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Full text of "Les premières civilisations : études sur la préhistoire jusqu'à la fin de l'empire macédonien"

LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



LES 



PREMIÈRES CIVILISATIONS 



ÉTUDES 



s u r, 



LA PRÉHISTOIRE ET L'HISTOIRE 



Jusqu'à la fin de lEmpire macédonien 



PAR 



J. DE MORGAN 

ANCIEN DIRECTEUR GÉNÉRAL DES ANTIQUITÉS DE l'ÉGYPTE 

DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL EN PERSE 

DU MINISTÈRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE 



-^^ 




PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, VI"^ 

1909 

Tous (Iroils réservés. 



PRÉFACE 



Traiter des enchaînements du progrès humain est parler de 
l'histoire universelle. C'est suivre ce grand mouvement de l'intel- 
ligence qui conduisit l'homme de la barbarie à la civilisation ; 
c'est faire à chaque race, à chaque peuple, à chaque individu la 
part qui lui est due dans cette œuvre sublime dont nous-mêmes 
ne sommes encore que les ouvriers inconscients ; dans cette 
impulsion qui entraîne l'humanité vers les destinées bonnes ou 
mauvaises, suivant des lois, le plus souvent, indépendantes de sa 
volonté, de ses désirs, de ses calculs. 

Les causes de cette évolution sont nombreuses, variées à l'in- 
fini. Elle-même se déroule en des phases complexes, s'appuyant 
sur des bases essentiellement mobiles, parfois en relations les 
unes avec les autres ; mais souvent aussi indépendantes, isolées 
et fortuites. 

N'envisager qu'un seul aspect de ce mouvement, c'est l'ignorer ; 
car ses manifestations sont multiples. La prospérité industrielle 
et commerciale ne constitue pas les seules causes de la vitalité 
d'un peuple ; les arts, la littérature ne sont que les dérivés d'un 
état général, des aptitudes d'un milieu, des loisirs dont il jouit; 
les succès militaires ne sont pas la preuve absolue delà puissance; 
le luxe, la richesse n'impliquent pas le bonheur des êtres. 

Et ces arts, cette littérature, cette prospérité, ce luxe, cette 
richesse, cette puissance militaire, ne sont que des biens éphé- 
mères; ils s'évanouissent pour ne laisser souvent (|ue de vagues 



II PRÉFACE 

et fugitives traces. Que sont devenus les trésors de l'Assyrie, de 
la Perse, les arts de la Grèce, les armées d'Alexandre, les légions 
des Césars, le commerce de A^enise, les colonies de l'Espagne ? il 
n'en demeure que le souvenir s'efFaçant peu à peu. 

De chacune de ces grandes choses, le progrès général a tiré 
quelque avantage ; mais les élans se sont éteints ; il semblerait même 
que rien ne fût resté d'eux, parce que le mouvement descendant 
est amplifié à nos yeux par l'éclat de l'ascendance; mais chacun a 
marqué un pas en avant. 

L'écrasement du monde romain par les barbares semblerait un 
déluge universel si nous ne sentions que, malgré ses désastres, 
Piome a prévalu, que son esprit est demeuré, surmontant le cata- 
clysme. 

C'est ainsi que nous sommes parvenus à ce niveau intellectuel 
dont nous novis montrons orgueilleux au point d'oublier nos 
devanciers, avec une vanité que railleront nos descendants. Mais 
est-il bien certain que nous dépassions en toutes choses nos 
ancêtres? certes, ce n'est pas croyable; car, si nous avons inauguré 
une ère scientifique, industrielle et commerciale, nous demeurons 
bien inférieurs aux conceptions artistiques et poétiques des 
Grecs, gouvernementales des Romains. 

Et ces sciences qui suppléent à la pratique d'autan, sommes- 
nous certains d'en posséder les exacts principes? n'apparaîtront- 
elles pas aussi enfantines pour nos descendants que, pour nous^ 
celles de nos devanciers? 

Nos sentiments d'humanité sont-ils plus purs que ceux des 
anciens quand nous exterminons les races inférieures pour colo- 
niser leurs territoires ? certainement non, et la morale avestique 
vaut sûrement celle que nous afl'ectons tant de pratiquer aujour- 
d'hui. 

Il en est des races comme des peuples, comme des individus. 
Chacun admire son œuvre, encadre l'univers dans ses tendances, 
ses désirs, se considère comme supérieur, dédaignant tout ce qui 
n'est pas lui. 

L'Euroj)e du vingtième siècle méprise les groupes humains des 
autres continents; alors que, tout en reconnaissant les j)rogrès de 
nos sciences pratiques, les Orientaux, par exemple, n'ont aucune 
estime pour notre civilisation, nos mœurs, nos croyances posi- 
tives ou négatives, nos conceptions philosophiques, politiques, 



PRÉFACE Ilf 

sociales, les trouvant grossières; et si, par force, ils s'inclinent 
devant la supériorité de nos armes, ce n'est pas sans dédain. 

C'est qu'ils envisagent la civilisation à dos points de vue tout 
difTérents de ceux auxcjuels nous nous plaçons; que leurs tradi- 
tions, leur disposition d'esprit, difï'èrent de celles de l'Europe. 
Sommes-nous bien certains que l'idée qu'ils se font de la vie n'est 
pas supérieure à celle que nous en concevons nous-mêmes ? 

Comme historiens, nous sommes enclins à traiter suivant notre 
esprit actuel les actes et les pensées des anciens ; à les juger 
comme nous jugerions des concepts et des actions de nos contem- 
porains. Cette fatale tournure d'esprit fausse non seulement la 
portée des événements de l'antiquité, mais aussi leur encliaine- 
ment. Pour beaucoup d'entre nous, l'histoire, quelle que soit 
l'époque dont elle traite, se montre vêtue à la moderne, tout 
comme au siècle du grand roi, Cinna entrait en scène en costume 
Louis XIV. Nous avons grand'peine à reconstituer l'ambiance, 
combien peu d'ailleurs en comprennent le besoin ? 

Peut-être tous les peuples anaryens disparaîtront-ils peu à 
peu devant la brutalité de notre convoitise; peut-être aurons- 
nous injustement détruit jusqu'au dernier représentant de ces 
races dont les seuls torts auront été de ne pas avoir pensé comme 
nous, combattu comme nous et d'avoir occupé leur patrimoine. 

Ces odieuses exécutions n'avanceront pas le progrès ; elles 
retarderont seulement l'heure fatale où, devenue trop nombreuse 
pour la superficie habitable de sa planète, notre humanité se 
déchirera elle-même. N'a-t-on pas sans cesse sous les yeux, dans 
les temps troublés, l'homme subitement rendu à la barbarie en 
dépit du milieu dans lequel il a vécu, se livrant aux pires horreurs. 

La densité de la population fait la force des nations, la 
richesse de quelques privilégiés, mais ne donne pas le bien-être 
à la masse. Tout au contraire ; quoi qu'en puissent penser et écrire 
ceux pour lesquels lexistence des autres n'est qu'un roman, un su- 
jet de thèses, un moyen de frayer son propre chemin dans la vie. 
Procurant la force, elle assure l'indépendance nationale, mais au 
prix de lourds sacrifices, d'une sorte d'esclavage. Nos sociétés 
modernes procurent à quelques-uns la liberté, et ceux-là même 
(|ui eu jouissent ne s"expli(juent même pas qu'il en puisse être 
autrement. Quant à la masse, est-elle pratiquement plus heureuse 
qu'au temps où ses besoins étaient moindres ? 



IV PRÉFACE 

Celui qui, libre, vivant dans l'abondance de toutes choses, n'a 
éprouvé ni les rigueurs du froid, ni les affres de la faim, ni les 
horreurs de la servitude, ne peut concevoir que les biens dont il 
jouit ne soient pas liés à l'essence humaine; qu'il se puisse faire 
que, dans ce monde, existent des êtres déshérités ne connaissant 
rien des douceurs de la vie, et que ces douceurs mêmes fussent 
inconnues quelques siècles avant nous. 

Pour celui-là, le monde est sa ville, son village, sa maison, 
ses intérêts; l'histoire est surtout celle de sa vie, à peine celle de 
quelques générations. Le reste se perd dans l'espace et dans 
le temps, n'offrant à son imagination que l'intérêt anecdotique 
d'une pièce de théâtre. 11 ne peut sentir cette effrayante réalité 
d'où ses ancêtres, après des milliers d'années de lutte, sont sortis 
pour lui créer son bien-être. 

Il vit sans reconnaissance envers ceux auxquels il doit tout, se 
plaignant de son sort, le désirant toujours meilleur; ne regardant 
jamais avant lui ni au-dessous de lui; ne se procurant même pas 
cette consolation égoïste de comparer les malheurs des autres à 
ses propres douleurs. 

Et pendant que ce privilégié, usant de tous les biens dans l'in- 
dépendance, coule ses jours sans autre souci que la satisfaction des 
besoins qu'il se crée, des infortunés, perdus dans les glaces du 
Nord, subsistent, au gré des temps, d'une irrégulière et misérable 
pitance; à peine vêtus, mal abrités contre le froid dans leurs 
infectes tanières, toujours préoccupés de la nourriture du lende- 
main. D'autres, courbés vers la terre sous la courbache du maître, 
nourris d'une poignée de sorgho, s'éteignent épuisés; et leur 
corps traîné hors du village, au charnier des animaux morts, est 
abandonné en pâture aux carnassiers. D'autres enfin, sous nos 
yeux, dans nos villes industrielles d'Europe, esclaves du pain 
qu'ils doivent à leur famille, s'étiolent dans un air malsain, affai- 
blis par un labeur incessant auquel ils ne peuvent se soustraire. 

Ces horreurs, moins fréquentes aujourd'hui qu'autrefois, étaient 
jadis le partage de la majorité des humains. On ne s'en souvient 
plus, on ne les veut pas voir et, malgré la sensiblerie qu'affectent 
la plupart des Européens, il en est peu qui réfléchissent aux souf- 
frances des temps passés, qui compatissent à celles de chaque 
jour. 

Mais cet injuste oubli des maux d'autrui, ce désir perpétuel 



PREFACE V 

d'améliorer son état sont précisément les causes du progrès; cha- 
cun lutte pour obtenir un sort meilleur, et, de tous ces efforts, 
résulte l'ascendance. 

Elle est bien irrégulière, cette marche en avant ; car, depuis que 
l'homme est sur terre, mille fluctuations sont survenues, soit que 
les peuples eux-mêmes se fussent transformés, soit que des élé- 
ments nouveaux soient intervenus. Après les mœurs douces de la 
Chaldée primitive, l'autocratie brutale des Akkadiens et d'Assour; 
après Rome, les barbares; après Constantinople, les Arabes. Rien 
ne prouve que nous n'atteignons pas, de nos jours, un maximum 
dans le bien-être social et que l'humanité ne retombera pas sous 
peu dans les privations et la douleur. 

S'il en doit être ainsi, apprenons du moins à jouir du bonheur 
qui nous est échu de naître dans une période aussi favorable, 
et sachons reconnaître les bienfaits de ceux à qui nous le devons. 

Si, désormais, l'humanité doit se perfectionner sans cesse et 
ramener l'âge d'or sur notre planète, ne doit-elle pas éprouver une 
extrême jouissance en rappelant les temps maudits où Thomme 
souffrait ? 

Là est le seul profit que doive attendre de l'histoire celui qui 
n'y cherche pas simplement un amusement de l'esprit; car, malgré 
les sept mille ans de ses annales, jamais ses exemples n'ont servi à 
la conduite des hommes. Dans chaque temps on retrouve les mêmes 
fautes, les mêmes erreurs, les mêmes imprévoyances, les mêmes 
vices, les mêmes iniquités. Les maîtres ont changé ; qu'ils se 
nomment peuples ou despotes, les idées se sont modifiées, mais 
aucun génie n'a su profiter largement des leçons du passé. 

C'est que l'observation, le calcul, ne sont j)as les causes les 
plus importantes dans l'évolution des progrès humains. La plus 
grande part des événements revient aux passions, aux intérêts, 
aux aptitudes, aux défaillances des éléments en jeu et, dans la 
plupart des cas, leurs effets ne peuvent être escomptés. 

Les peuples se transforment; jamais ils ne sont semblables à 
eux-mêmes, et bien rarement ils ont un gouvernement qui réponde 
exactement à leurs tendances. Tout gouvernement gouverne, et 
même s'il semble suivre le sentiment du peuple, il le guide, il le 
conduit dans le chemin voulu par ses pensées, par ses intérêts. 

Certainement, quelle que soit la forme du pouvoir, les limites 
d'action du gouvernant lui sont, en temps ordinaire, imposées par 



VI PRÉFACE 

la nation ; mais le champ demeure vaste et surtout si ce gouver- 
nant est un homme de génie, son initiative joue un grand rôle 
dans les destinées. 

Les Grecs eussent abattu la Perse, Alexandre envahit les 
Indes. Les Perses se fussent rendus maîtres de l'Asie, Darius les 
entraîna jusqu'en Scythie, Cambyse au delà de l'Egypte. La Répu- 
blique eût repoussé l'étranger, Bonaparte fit flotter sur Moscou 
ses étendards. 

Ainsi, dans l'étude du progrès, il ne faut donc pas seulement 
tenir compte des tendances de peuples ou de races ; il faut faire 
entrer en ligne, et pour une large part, Thomme, celui qui s'est 
trouvé être soit la cause, soit l'instrument des volontés et des 
intérêts populaires. 

Le génie, souvent, modifie le cours naturel des événements; il 
met en usage les ressources qui s'offrent à lui, les prenant où il 
les rencontre, déplaçant ainsi les prépondérances entre nations. 

Si Colomb avait trouvé dans sa patrie les éléments nécessaires 
à son entreprise, l'Espagne ne se serait jamais étendue sur la 
moitié du glojje. Si Théodose n'avait pas divisé l'Empire, peut- 
être Rome eût- elle repoussé l'invasion des barbares. Si Héraclius 
avait envoyé quelques légions pour étouffer dans sa racine le 
mouvement des Arabes, il eût changé la face du monde moderne. 

Mais, en dehors de ces sources humaines de l'histoire, il en est 
d'autres plus puissantes encore, les causes naturelles, celles 
contre lesquelles l'homme reste désarmé; elles sont nombreuses^ 
soudaines, inattendues. Peuples et rois leur obéissent. La famine. 
Peau, le feu, les frémissements du sol, sont maîtres de la destinée 
des nations. 

Ainsi le progrès dépend de mille causes, les unes lentes, les 
autres violentes; certaines échappant à la volonté, d'autres résul- 
tant de cette volonté même. C'est dans ce dédale que l'historien 
doit se mouvoir pour découvrir et mettre en lumière les causes 
principales dégagées des éléments d'importance secondaire. 

Qu'importent en efîet la mémoire des souverains dont le règne 
n'estdûqu'à leur naissance sur les marches d'un trône, les batailles, 
les conquêtes sans causes profondes, sans résultats généraux I 
Une idée, une volonté sont de bien plus grandes choses quand 
leurs résultats sont demeurés acquis pour l'humanité, pour le 
bien-être général. 



PRÉFACE VII 

Ainsi envisagée, Thistoire est passionnante. Soixante-dix siècles 
environ nous séparent seulement de ses déljuts. Qu'est-ce par 
rapport à rancionneté du monde? bien peu de chose. Et encore ce 
court espace de temps devient-il plus petit encore, (juand, au lieu 
d'envisager les ans, nous ne voyons plus que les grandes phases 
du développement. Elles sont peu nombreuses, se lient intime- 
ment et se suivent en un admirable enchaînement dont la sim])li- 
cité émerveille. 



AVERTISSEMENT 



Ce livre n'est pas un traité d'histoire ; de plus autorisés que je 
ne le puis être ont pris soin de rédiger les annales de l'antiquité. 
11 n'est pas non plus un précis d'ethnographie, de linguistique 
ou d'art. Le titre que je lui donne montre qu'il ne contient que 
des observations coordonnées sur l'histoire, Tethnographie, la 
linguistique, les sciences, les arts, etc., sur les diverses émana- 
tions de l'esprit humain en tant qu'ayant contribué au progrès 
général. 

Gomme l'indique le sous-titre « Études », cet ouvrage est loin 
de traiter à fond de toutes les questions. 11 en néglige quelques - 
unes, en effleure seulement d'autres, pour se plus étendre sur 
celles d'importance particulière et sur les faits rentrant plus 
spécialement dans le cercle de mes recherches personnelles. 

Forcément l'histoire anecdotique devait jouer un très orand 
rôle dans un tel travail; car elle est la vie de ce monde dont nous 
nous efTorçons de retrouver le penser. J'ai dû la reprendre sans 
toutefois entrer dans ces mille détails qu'un annaliste doit à ses 
lecteurs, et si, parfois, je l'ai suivie dans des phases d'un intérêt 
secondaire, c'est uniquement pour donner plus de suite à mon 
exposé. 

11 n'est pas douteux que, sur bien des points, mes vues ne 
soient pas celles de tous ; mais là où je me trouve en contradic- 
tion avec des autorités dignes de considération, j'ai pris soin de 
développer ma pensée, d'y joindre les sources d'où mon opinion 



X AVERTISSEMENT 

est issue ; afin de permettre au lecteur de juger par lui-même, 
sans qu'il lui soit nécessaire d'entrer dans de longues recherches 
bibliographiques. 

Afin d'alléger mes exposés, j'ai mis sous forme de notes tous 
les faits d'intérêt, renvoyant aux meilleures références, aux études 
spéciales. C'est en note également que j'ai fourni la plupart de 
mes observations personnelles, soit inédites, soit déjà publiées 
dans des ouvrages ou recueils particuliers. Enfin je me suis 
efforcé d'être concis. 

Les observations relatives aux pays orientaux sont presque 
toutes le fruit de mes voyages. Ayant pendant vingt-cinq ans 
parcouru l'Asie antérieure et méridionale, depuis la Méditerranée 
jusqu'aux limites occidentales de la Chine, visité l'Egypte, le 
Sinaï, le nord de l'Afrique, toute l'Europe, ayant toujours donné 
à mes voyages le même but scientifique, j'en ai rapporté un 
nombre considérable d'observations et, qui mieux est, des vues 
d'ensemble, me permettant de suivre sur le terrain les événe- 
ments d'antan. C'est de ce long labeur qu'en écrivant ce livre 
j'ai tenu à faire bénéficier la science. 

Cet écrit n'est destiné qu'à un public éclairé. J'ai supposé le 
lecteur en possession des diverses sciences en jeu; et si, parfois, 
j'ai dû expliquer des faits déjà connus, c'est parce que j'avais à 
les interpréter dans un sens différent de celui auquel on est 
accoutumé, ou que je les faisais servir de base à des idées nou- 
velles. 

J'ai admis, par exemple, que le lecteur, au courant de la 
géologie, possède la succession des étages, des faunes et des 
flores; que, versé dans les questions préhistoriques, il est instruit 
des discussions qui ont eu lieu sur cette matière depuis un demi- 
siècle ; que, sans être linguiste, il est familiarisé avec la méthode 
comparée, qu'il a des notions étendues sur la philologie générale. 

La géographie ancienne et moderne, je la suppose connue, et 
fais usage des termes appliqués aux diverses époques sans entrer 
dans un exposé spécial autrement que lorsqu'il s'agit de questions 
douteuses ou discutées. 

Enfin, j'ai ajouté à ce livre un grand nombre de cartes facili- 
tant l'entendement des faits, évitant ainsi de longues descriptions 
qu'il est aisé de trouver pour la plupart dans des ouvrages spéciaux. 

On pensera, peut-être, que j'ai bien négligé certains peuples, 



AVERTISSEMENT XI 

certaines périodes de lliisLoire de (juelques nations. Je l'ai fait 
intentionnellement, lorsque le rôle de ces nations s'est montré 
sans intérêt au point de vue des résultats généraux, ne considé- 
rant les peuples que comme des acteurs dans la grande pièce qui 
se joua dès les débuts de l'humanité, les faisant entrer en jeu 
alors seulement qu'ils avaient à remplir leur rôle. D'ailleurs, dans 
la pluj)art des cas, les notes suppléent à ces lacunes apparentes. 

Il existe fort peu de traités généraux d'histoire qui ne soient 
écrits sous rinfluence de tendances spéciales, les unes voulues 
par les études particulières auxquelles s'étaient voués leurs 
auteurs; les autres par des impressions extra-scientifiques ; ainsi, 
dans bien des traités, surtout aujourd'hui en Allemagne, en 
Angleterre et en Amérique, les peuples de la Palestine pren- 
nent une importance (ju'ils sont loin de mériter par le rôle poli- 
tique qu'ils ont joué. Ailleurs, c'est l'Egypte qui domine et à 
laquelle tous les événements se trouvent rapportés. Pour d'autres, 
c'est l'Assyrie, la Chaldée, la Grèce qui font l'oljjet des cons- 
tantes préoccupations. 11 est peu d'auteurs qui ne se soient laissés 
guider l'esprit. C'est d'ailleurs une tâche difficile que de faire à 
chacun la part qui lui est due. 

Si nous ne considérions que la durée du temps, il est certain 
que la période préhistorique devrait occuper au moins les neuf 
dixièmes d'un tel ouvrage. Mais c'est l'avancement du progrès 
qu'il importe d'étudier et non la vie des peuples demeurant sta- 
tionnaires. Plus on se rapproche de nous, plus la mentalité 
humaine se développe, plus les faits se multiplient,, augmentant 
d'importance. Partant, on doit accorder d'autant ])lus à l'exposé 
que l'époque envisagée est moins ancienne. 

J'ai joint à chacune des phases historiques des tableaux com- 
paratifs, afin de permettre au lecteur d'embrasser d'un seul coup 
d'œil l'état politique du monde pendant toute une période. Pour 
les concordances exprimées par ces tableaux, j'ai eu recours aux 
meilleures sources ; mais je dois insister sur ce fait que, surtout 
dans les débuts de l'histoire, beaucoup de dates sont encore 
indécises. 

L'établissement des concordances chronologiques est indis- 
pensable pour la solution d'une foule de questions historiques, 
surtout en ce qui concerne les arts et les industries. Sans ces rap- 
prochements, bien des faits demeureraient inexplicables. 



XII AVERTISSEMENT 

Ce livre que, depuis bien des années, je me propose d'écrire, 
voit enfin le jour. Je n'ignore pas, en livrant son manuscrit à l'im- 
primerie, que mon opinion sur bien des questions sera l'objet de 
remarques; j'espère toutefois qu'il rendra quelques services, ne 
serait-ce que celui de placer des discussions de détail sur un ter- 
rain plus général et de faire entrer en ligne des éléments tirés 
de sciences diverses. 

En terminant, je m'excuse de ne point offrir un travail plus 
étendu. J'y ai mis ce que je sais, ce que je comprends, sans pré- 
tendre à Tœuvre complète. 

Nota. — Les cartes renfermées dans cet ouvrage, dressées par 
l'auteur ou inspirées des meilleures sources, ont été toutes des- 
sinées par M. Ch. Emonts, dessinateur du Service des Antiquités 
de la Tunisie; les fac-simili d'écritures antiques ont été faits par 
l'auteur lui-même. 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



CHAPITRE PREMIER 



Des sources de la préhistoire et de l'histoire. 



I. — Des sources de la préhistoire. 

La question des origines naturelles de l'homme reste encore, 
pour l'instant, confinée dans la métaphysique. Nous ne possédons, 
je ne dirai pas aucune base ; mais bien aucune indication, même 
vague, de nature à guider nos recherches. C'est donc aux suppo- 
sitions seules qu'il convient d'avoir recours lorsqu'on aborde ce 
grave problème. 

Les hypothèses cessent dès que nous entrons dans la phase 
préhistorique, dans celle à laquelle il ne manque que des textes 
pour qu'elle prenne rang dans l'histoire. L'étude de ces temps 
fait usage d'une foule de connaissances qui, secondaires pendant 
la période où l'homme nous a laissé des annales, sont ses uniques 
ressources tant que les textes font défaut. 

Il semble utile, avant d'aborder l'étude du progrès humain, 
d'indiquer quelles sont ces sciences, quelles ressources nous 
sommes en droit d'en attendre, et avec quelles réserves nous devons 
tenir compte des arguments qu'elles fournissent. 

Géologie. — La géologie, en classant les diverses couches de 

1 



2 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

récorce terrestre, fournit la succession des phénomènes sans 
cependant en donner la chronologie. 

Partant d'une multitude d'observations de détails, elle a pu 
généraliser et tracer les grandes lignes de la vie de notre planète ; 
toutefois, sur mille sujets elle est encore indécise. 

En ce qui concerne les alluvions et les terrains superficiels 
entre autres, notre circonspection ne saurait être trop grande. 
Le synchronisme appliqué sans preuves positives peut amener, et 
a déjà causé, de très graves méprises. 

Paléontologie. — Botanique. — La paléontologie et la botanique 
montrent la succession des faunes et des flores en relation directe 
avec la stratigraphie. Elles permettent de juger du climat pour 
chacune des époques géologiques, de dessiner les contours des 
provinces de la vie et de reconnaître l'état général des continents 
aux divers âges. 

Il ne faudrait cependant pas attacher une importance capitale 
à l'existence des espèces dites caractéristiques. De tous temps il 
a existé des provinces zoologiques et botaniques variant, pour une 
même époque, les types suivant les régions; et de tous temps aussi 
des modifications climatériques ont causé des interchangements 
dans les diverses provinces de la faune et de la flore. Si les 
considérations générales s'appliquant à l'ensemble d'une période 
géologique sont exactes, celles portant sur des phénomènes locaux 
doivent être étudiées avec le plus grand soin avant d'être quelque 
peu généralisées. Elles peuvent être le fruit d'exceptions dont il 
faut rechercher les causes. Il serait également très imprudent de 
juger de la biologie des espèces éteintes d'après ce que nous 
savons de celle des espèces vivantes appartenant au même 
groupe. 

Ethnographie. — ^ethnographie préhistorique^ ou étude des 
industries et des arts chez les peuples sans histoire, montre les 
diverses phases par lesquelles est passé l'homme avant qu'il 
enregistrât des annales. 

Cette science née d'hier a fait de rapides progrès, surtout en ce 
qui concerne l'Europe occidentale et le bassin méditerranéen, pays 
les mieux étudiés jusqu'à ce jour. 
Pour les autres régions du globe, nous ne possédons encore 



DES SOURCES DE LA PRÉIIISK )ll!i: i;T Di: LllISTon^K 3 

que des données incomplètes; et il n'est |)as permis crappli(juei- 
aux pays étrangers les résultats des observations européennes. 

Comme toute science naissante, l'ethnographie préhistorique 
en est encore, pour bien des points, à la période des tâtonnements; 
chaque jour des théories admises sont renversées par de nouvelles 
découvertes faisant naître des hypothèses de plus en plus rappro- 
chées de la vérité. 

C'est que, au début, les savants se sont trop hâtés de passer du 
particulier au général, d'élargir la portée de faits locaux ; que, 
voyant ce procédé réussir dans d'autres sciences, ils ont cru 
pouvoir l'appliquer à la préhistoire de l'homme. 

Les phénomènes de la vie sont, dans la nature livrée à elle- 
même, d'une extrême complexité. Au temps de Pline, un seul 
nom suffisait, en général, pour désigner une espèce /oologique 
ou botanique. Linné reconnut que deux termes étaient nécessaires. 
Aujourd'hui les naturalistes admettent le genre, l'espèce, la variété 
et la forme. Et encore certaines séries animales résistent-elles au 
classement, suivant les nomenclatures en usage (1). 

C'est que, depuis Pline, la méthode et les moyens d'observation 
se sont améliorés. Ils se perfectionneront encore et, de même que 
la chimie dans ces dernières années a dû se transformer, de même 
la zoologie devra modifier un jour le système linnéen (2). 

Si la variété est grande dans le développement des êtres orga- 
nisés, que doit-elle être dans les manifestations de l'intelligence 
humaine; dans ces industries, même primitives, répondant à des 
besoins multiples d'hommes variés eux-mêmes, vivant dans des 
conditions variables suivant les temps et les lieux. 

S'inspirant de la méthode géologique, et se croyant autorisés à 
généraliser la portée de leurs découvertes, les préhistoriens ont 
établi toute une nomenclature par époques, parages, prenant pour 
types les éléments d'une échelle locale elle-même discutable (3). 



(1) Les recherches en eaux profondes 
(3 500 mètres) dans la mer des Antilles et le 
golfe du Mexique ont fait découvrir certains 
groupes animaux dans lesquels la variété des 
formes zoologiqucs est si grande, qu'elle rend 
presque impossible l'application des classifi- 
cations jusqu'ici les mieux établies. Les types 
de transition abondent, lit on trouve des in- 
termédiaires entre les groupes Jus(|u'ici con- 
sidérés comme tout à fait distincis. (Cf. Alpii. 
MiLNE Edwards. Corn/;/, rend. Acad. Sc.XCU, 
pp. 38i-87(;. — A. Di: Lappari;nt, Traite de Géo- 
logie, f/ édil., l'.tOO, p. I-2G.) 



(-2) Parmi les théories tendant à renverser 
complètement les idées scienlili<|ues admises 
jusqu'ici, je citerai G. Le Bon {L'Evolution de 
la matière et V Evolution de la force). « La science 
d'hier était fondée sur l'élernilé de la matière, 
dit-il, celle de demain sera basée sur la dé- 
sintégration de la matière. Elle aura pour but 
principal de trouver des moyens faciles d'aug- 
menter celte désirilégration et mettre ainsi 
dans les mains de l'homme une source de 
foices ])res(iue infinie 1 [Revue des idées, n" 4G, 
15 octobre l'.X>7, p. 862i. 

(3) Cette généralisation exagérée n'entrait 



/, LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Leur terminologie, inspirée de celle des géologues, fait jouer 
aux vestiges de la vie humaine le rôle que remplissent les fossiles 
par rapport à la stratigraphie; oubliant qu'un silex taillé et un 
ossement ne peuvent être assimilés l'un cà l'autre, l'un étant le 
produit artificiel d'une intelligence peut-être fantaisiste, l'autre 
étant celui de la nature suivant ses lois immuables. 

Les études préhistoriques s'étant, au début, développées dans 
la même région, les classifications par âges prirent un semblant 
d'exactitude ; parce que leur contrôle ne s'exerçait que dans un 
même milieu, soumis aux mêmes vicissitudes, habité par des 
populations successives ou contemporaines émanant souvent des 
mêmes centres. 

Mais lorsqu'on voulut faire rentrer dans cette nomenclature^ 
non seulement tles faits extra-européens; mais même des obser- 
vations plus rapprochées, là commencèrent les difficultés et les 
assimilations demeurèrent plus que douteuses. Quant au synchro- 
nisme, non seulement il ne fut pas établi ; mais il fut démontré 
qu'il ne pouvait pas l'être. 

Lorsqu'on envisage les industries primitives de l'homme, on 
voit pour chacune des fractions de terres habitables un déve- 
loppement, une chronologie relative spéciaux. L'industrie n'est 
donc pas seulement une dépendance du temps ; elle est aussi en 
relation avec l'espace. Ce principe fondamental a longtemps été 
méconnu et l'est encore de beaucoup. 

Dans l'étude des industries préhistoriques, le temps ne peut 
entrer en ligne que pour des espaces géographiques plus ou moins 
limités ; mais il est des phases naturelles dans les progrès de cette 
industrie se succédant d'une façon générale indépendamment du 
temps. Ces phases sont conformes à l'esprit humain, au déve- 
loppement de ses besoins. 

Tous les peuples n'ont pas assisté à toutes les phases, pour 
des causes naturelles ou artificielles. Ainsi les Africains semblent 
avoir connu le fer de suite après la pierre polie. Chez les Océa- 
niens, l'arme à feu succéda directement à la hache de roche dure. 

pas dans les vues de G. de Mortillet, à qui la hautes piêtenlions qui, du reste, ne sauraient 

science est redevable de la méthode dont se justilier. U faut simplement la considérer 

elle fait usage depuis un demi-siccle. « Ma comme un meuble à tiroirs, dans lequel se 

classification, dit-il [Conyrèx de Bruxelles, 1875, placent facilement et commodément, à des ni- 

p. 418), n'est pas un cadre fixe et rigide dans veaux différents, tous les faits et toutes les 

lequel doivent forcément s'encastrer toutes les observations. ■■ 
données de la science. Elle n'a pas de si 



DES SOURCES DE LA IMIÉHISTOIRE ET DE LlllSTolHE ô 

Les Américains du Nord ont connu le cuivre, l'argent et l'or, et en 
citaient là, quand ils ont reçu la civilisation européenne. Qui nous 
prouve que certaines peuplades de nos pays n'en étaient pas 
encore à la pierre taillée, mais non polie, quand l'usage du niélal 
leur fut enseigné ? 

Si nous devons rejeter les termes époque, âge, période connu c 
n'ayant aucune portée générale, si nous acceptons celui d'état (1) 
comme impliquant la pensée d'une civilisation sans relations avec 
le temps envisagé d'une manière absolue, nous voyons que l'in- 
dustrie primitive témoigne d'états principaux successifs ou con- 
temporains dans l'évolution préhistorique de l'humanité. 

Dans son état primitif l'homme, différent de l'animal tout au 
moins par son intelligence, ne possédait aucune industrie, ne 
connaissant probablement pas le feu, n'avait d'autre langage que 
le cri et le geste. L'existence de cet état ne repose que sur des 
suppositions. 

De cet homme, il ne pourrait en être parvenu jus([u'à nous que le 
squelette ; c'est la phase primordiale de l'évolution préhistorique, 
dont nous ne possédons encore aucune trace ; mais qu'il est possible 
d'admettre. Phase prodigieusement ancienne, d'une énorme durée ; 
car les premiers progrès ne se firent certainement qu'avec une 
extrême lenteur. 

La phase éolithique (2) vient ensuite, ouvrant la série des 
industries dontles vestiges ont pu se conserver juscju'à nos temps. 
L'homme, plus développé, emploie pour son usage les outils natu- 
rels qu'il approprie quelque peu à ses besoins, au but auquel il 
les destine. 

La question de l'éolithique est aujourd'hui l'objet d'ardentes 
controverses parmi les préhistoriens. Les uns affirment (3), les 
autres nient ijx) la taille intentionnelle de ces pierres informes 
qui, presque toutes, se rencontrent dans des couches tertiaires. 

Quoi qu'il en soit, que les éolithes présentées jusqu'ici soient 
ou non le produit du travail humain, il n'en demeure pas moins 

(1) J'ai, en 1889 {Recherches sur les origines des L. Capita.n. la ^)neslion des Eolilhes.ds RcLue 
peuples duCaucase, l.I, p. 2), proposé d'adopler Ecole d'Anthropologie, 1901. 

le lerme Elal Je le retrouve appliqué par (4) Cf. A. de Lappabent, les fUlex laillés et 

J. Ueniker iLes Rdces et les Peuples de la terre, l ancienneté de l'homme. Pari^, in-8, 1907, pp.iô- 

1900, Paris, p. 3(51). s(i. — M. Boi i.e, Comptes rendus de l'Acndémie 

(2) ïoj;, À;6o; (de Morliilct.) des sciences, C\L, p. lli'J. — L'Anthropologie, 

(3) Cf. RuTor, Bull. Soc. Iielge de Géologie, V.K)ô, p. 257. — G. Maiioldeal' cl Capitan. 
XVII, procès-verbaux, p. 427(28 juiliell903). illoiiiine tcrliaire à Thenay, ds Revue Lcole 
— La Défense des Eolithes l)rocluircK 190J. — Anihrop., I. XI. 1901. 



() LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

impossible de considérer la hache amygdaloïde comme le pre- 
mier des instruments ; il existe forcément des essais qui ame- 
nèrent à cette industrie, et ces essais sont des éolithes qui, si 
elles n'ont pas encore été rencontrées, le seront un jour; car il 
n'est pas douteux qu'il en soit, tout au moins pour l'époque qua- 
ternaire (1). 

Vétat paléolithique (2), faisant rationnellement suite à l'éoli- 
thique, est celui dans lequel l'instrument prend une forme définie. 
Le noyau, jadis grossièrement approprié, devient un véritable outil 
grâce aux éclats enlevés méthodiquement sur ses faces, instru- 
ment unique, ouvré avec plus ou moins de finesse {chelléen^ 
acheuléen) mais traduisant les mêmes besoins, la même conception 
du travail. 

Pendant longtemps, on a pensé devoir arrêter Vélat paléoli- 
thique à la hache amygdaloïde, parce que cette phase, limitée à 
l'emploi unique du noyau plus ou moins retaillé, semblait être la 
plus ancienne; et, par les instruments plus fins, faisant usage des 
éclats retouchés [type moustérien) on caractérisait une époque posté- 
rieure. Mais, les récentes découvertes tendent toutes à prouver que 
les trois types chelléen, acheuléen et moustérien ont été simulta- 
nément en usage dans presque tous les pays, chacune de ces caté- 
gories correspondant à des besoins spéciaux. Il y a donc lieu de 
ranger d'une manière générale le moustérien dans l'état paléoli- 
thique, bien que dans certaines régions, rares il est vrai, comme 
l'Italie, la zone qu'il occupe ne semble pas coïncider avec celle 
des formes chelléennes. 

^industrie archéolithiqae (8), plus compliquée, est caractérisée 
j)ar ce fait que les éclats retouchés ne le sont plus sur une face 
seulement, mais des deux côtés, pour les grands comme pour les 
|)etits instruments; ce f|ui n'empêche pas d'ailleurs quekjues-unes 
des formes primitives de subsister. Dans cet état [auriynacien^ 
solutréen, magdalénien, etc.) les formes se modifient, l'outillage 
devient plus nombreux, plus varié et la taille du silex atteint une 
perfection comparable à celle dont nous constatons l'existence dans 
lu dernière phase de l'usage de la pierre, dans létal néolithique (/i). 

(1) II n'est pas un gisement d'instruments (2) ~a)^a\oç, X;Go; (j. Lubîjock.) 

|ialcolitliiques qui ne renferme en abondance 

des hilex ((////.ses, nodules portant des retou- (3j apyaio;, Xi'Oo: (Nob.y 

«lies destinées à en faciliter rem[doi, mais ne 
[irésenlant aucune forme définie. (4) Vcoç, A'.ooç ij. Lnbbock.) 



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8 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Entre l'industrie archéolithique et celle de la pierre polie est 
une transition [kjoekkenmœddings danois, campignien, etc.) dans la- 
quelle les anciens procédés de taille sont toujours en usao-e, mais 
qui ne connaît pas encore le polissage. Cette industrie se rapproche 
à tel point de celle du néolithique qu'on a coutume de l'y ranger ; 
elle mérite toutefois d'en être séparée, ce que je ferai en la dési- 
gnant sous le nom iVéiat mésolithique (1). 

L'usage de la pierre polie constitue la dernière amélioration 
dans l'industrie de la pierre. Cette phase est désignée sous le nom 
d'état néolithique, terme des mieux appropriés ; car elle est la der- 
nière étape rationnelle avant l'apparition des métaux. 

Vétat néolithique comporte lui-même des divisions : celle de 
la pierre simplement polie et celle delà pierre percée pour l'em- 
manchement; mais ce travail très achevé semble n'être survenu, 
dans bien des pays, qu'au moment de l'apparition du métal. 11 
appartiendrait alors à ïétal énéolithique ou industrie mixte. 

Il y a peu d'années encore, on accordait à Yétat néolithique 
une très grande importance et une longue durée. La tendance 
actuelle des préhistoriens est de réduire le néolithique au profit 
de Vénéolilliiquc. (hielques auteurs même vont jusqu'à penser que 
jamais la pierre polie n'a existé sans le métal et que les appa- 
rences néolithiques ne sont dues qu'à la grande rareté du cuivre 
dans certaines régions et à certaines époques. Il ne faudrait pas 
cependant accorder à cette hypothèse une valeur absolue. 

Les types néolithiques, ou du moins semblant tels, sont extrê- 
mement nombreux, mais ne présentent guère qu'un intérêt oéotrra- 
phique. Il est d'ailleurs à remarquer que, d'une façon générale 
en ce qui concerne le travail de la pierre, la variété des formes 
s'accroît au fur et à mesure que les industries envisagées sont 
plus récentes ; etquil se forme peu à peu des provinces possédant 
leurs types spéciaux. Cette constatation viendrait à l'appui de la 
théorie de lorigine unique de l'invention de la taille de la pierre. 

A Vétat néolithique succède, dans l'ordre naturel des choses, 
Vélat métallurgique, celui dans lequel nous vivons. L'homme est 
dès lors en possession du métal ; non d'un minéral malléable 
susceptible d'être martelé, étiré, aiguisé ; mais d'un métal obtenu 

(1; \i.hoç, liOoz (Nob.) 



DES SOURCES DE LA PRÉHISTOIRE ET DE LUISTOIRE 9 

par la fusion des natifs ou par la réduction dos minerais de nature 
plus ou moins complexe. 

V état métallurgique commence dans i)rcsque tous les pays par 
la phase énéoUthique où le cuivre pur d'abord (1 ), le bronze ensuite 
sont associés à l'usage continué de la j)icrre. Puis la phase du 
bronze, divisée elle-même en types suivant les temps et les lieux ; 
enfin h phase du fer et ses multiples subdivisions. 

Ainsi classée, l'industrie préhistorique peut être envisagée 
en dehors de toute pensée chronologique ou synchronique, ce qui 
n'empêche d'ailleurs pas d'user des termes de cette nomenclature 
dans l'étude des successions ; l'ancienne suite des industries, si 
judicieusement établie pour l'Europe, ne perdant rien de sa va- 
leur. 

Quant aux pays éloignés, leurs industries préhistoriques se 
rangent également dans cette succession, basée seulement sur les 
progrès naturels; mais on devra se garder d'établir à la légère des 
concordances dans les époques, alors même qu'il y aurait similitude 
dans les types. 

On obtient, dès lors, le tableau ci-contre (p. 7) dans lequel 
peuvent rentrer toutes les observations relatives à l'industrie de 
la pierre et des métaux chez les peuples ne possédant pas d'histoire. 
Chaque région est représentée par une ou plusieurs lignes, les 
hiatus restant en blanc. Pour beaucoup de pays, ces lacunes ne 
seront jamais comblées. 

Anthropologie. — V anthropologie examinant le corps humain, 
au même titre que la zoologie étudie celui des animaux, n est 
qu'une branche de l'histoire naturelle à laquelle on a cru pouvoir 
faire jouer un rôle bien plus important que celui qui lui revient 
en réalité ; espérant tirer de ses déductions, non seulement la 
connaissance de l'homme en tant que sujet zoologique, mais aussi 
des notions précises sur ses origines, ses parentés, ses aptitudes. 
Cette science a malheureusement jusqu'ici donné ])caucoup moins 

(1) Au sujet des inslrumenls en cuivre pur, .scnl.-nit exacieuienl les mêmes foi mes (luVn 

Cf. docteur MucH, /Aye du cuivre en Europe et Eiuupe. (Cf. /.eilschrifl fiir Ethnologie, 190»;, 

son rapport avec, la civilisation (le.-< JndoGer- Hefl 1 u. II, p. '.t-2, figs. 5, u,6.c.) M. de Morlillel 

mains. Vienne, ll^86, in 8. L aul( iii- cite des dé considèreles inslrumcntsdecuivrecomme pos- 

couverles failesen II;iute-Aiilriciie,à Salzburg. lêrieursà ceu.x de bronze. (Cf. Mal., t. IV, 1887. 

en Basse Autriche, en Moravie, en Allemagne p. 2:^5.) Mais cette opinion, rejelée par tous les 

du Sud, en Suisse, en Italie, etc. A yiiiacatal archéologues, est remplacée par celle <|ui con- 

(Péroii , E. NordenskJ.dd a rencontré des ha- sidère l'usage du cuivre pur comme précur- 

ches de pierre et de cuivre (■?)(Bron/.ca.\tj pré- seur de celui du bronze. 



iO LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

tle résultats qu'on en attendait d'elle pour les temps modernes, 
aussi bien que pour les époques les plus reculées. 

Malgré le nombre énorme des travaux parus jusqu'à ce jour, 
nous ne possédons aucun classement naturel solide des races 
humaines récentes et, à fortiori, n'en pouvons-nous pas avoir pour 
les races anciennes au sujet desquelles les observations sont d'au- 
tant plus clairsemées et plus douteuses que le type est plus 
ancien. 

Tout animal, appelé à vivre dans un milieu différent de son 
habitat originel, se transforme plus ou moins rapidement, tout en 
conservant ses caractères spécifiques ; il rend ses facultés plus 
aptes à supporter les conditions de son nouveau mode d'existence, 
et ne tarde pas à constituer une variété, ou tout au moins une 
nouvelle forme (1). 

Ce qui est vrai pour les animaux, l'est aussi pour l'homme; de 
sorte que, si une race homogène a été jadis répandue sur notre 
globe, se trouvant soumise à des milieux très divers et répartie 
dans des habitats différents et variables, elle s'est forcément 
multipliée sous la forme d'une foule de types plus ou moins éloi- 
gnés du prototype et entre eux, et dont les différences sont allées 
en s'accentuant au cours des âges (2). 

Si ces hommes n'avaient jamais changé de demeure, si la patrie 
de chaque groupe ne s'était pas modifiée géographiquement et 
climatériquement, chacun de ces groupes présenterait les carac- 
tères dus aux influences locales naturelles simples. 

Mais tel n'est pas le cas ; nous savons que, depuis l'époque 
géologique où il est admissible de placer la venue de l'homme sur 
le globe, les continents ont changé de forme et qu'il n'existe peut- 
être plus la moitié des terres qui émergeaient autrefois (3) ; que, de- 
vantd'importants cataclysmes, l'être humain a dû modifier son habi- 
tat, fuir certaines régions pour en adopter d'autres; migrations qui 
n'ont pu se passer sans qu'il y eut mélange de fractions différentes. 
Nous savons encore que, sans qu'ils doivent être attribués à des 
révolutions naturelles sur la surface du globe, de grands mouve- 
ments de peuples ont eu lieu, causant de nouvelles fusions depuis 

(1) C'est à la difTérence dans lus conditions déjà noter des diirérences sensibles entre les 

ce la vie que nous devons toutes les variétés Américains du Sud et les Espai>nols, les Cana- 

de nos animaux domesliques. Laniélioration diens et les Français, les Américains du Nord, 

des races par lélevage n'e,l autre que lu mise les Australiens elles Anglais; les Boers et ks 

en i.ralKjue de ce principe. Hollandais, etc. 

{i) Dans les temps modernes, nous pouvons (3j Cl. Chap. II et III. 



DES SOURCES DE LA PRÉIIISTOIHE ET DE LIUSTOIKE U 

les temps les plus anciens jusqu'au cours des époques historiques 
les plus modernes. 

Les conquêtes politiques, les envahissements pacifiques, l'es- 
clavage, à peine éteint de nos jours (1), ont mis en présence les 
peuples les plus divers ; certaines peuplades ont été exterminées, 
laissant les femmes de leur race aux mains de leurs bourreaux (2) ; 
d'autres, tout en conservant les mœurs et la langue de leurs 
ancêtres, se sont, au point de vue anthropologique, fondus avec 
leurs voisins, prenant leur type; sans compter ceux qui ont perdu 
leur parler et leurs usages (3). Et il n'est pas une région au monde 
qui se soit trouvée en dehors de ces vicissitudes. 

Les Ossèthes, peuple iranien dont, par la linguistique, nous 
retrouvons aisément l'origine, sont, par contact, devenus physi- 
quement des Caucasiens, tout en conservant la langue et les ino'urs 
de leurs pères. Par contre, beaucoup de Slaves sont aujourd'hui 
linguistiquement germanisés. Les Italiens de nos jours dérivent du 
mélange des anciens peuples italiotes (/i), des Romains, des Grecs, 
des Gaulois, des Lombards, des Français et des Allemands; sans 
compter le sang étranger que l'esclavage fit affluer dans la pénin- 
sule, sans compter également les invasions dont l'histoire ne nous 
a pas laissé de traces. 

Chez les Français, on retrouverait aisément le sang du Celte, 
du Gaulois, du llomain, du Germain pour l'ensemble du pays, du 
Northman, du Basque, de l'Espagnol, de l'Anglo-Saxon pour cer- 
taines régions, sans parler de l'homme des cavernes, de celui de 
la pierre polie, du bronze, etc. 

Les Israélites, qui, malgré bien de svicissitudes, ont conservé 
leurs traditions et ne s'allient qu'entre eux, présentent-ils tous les 
mêmes caractères morphologiques (5) ? 



(1) L'esclavage a joué un grand rôle dans la (2) Joab égorgea toute la partie maie de la 

coiiiposilion du fellah égyptien acliiel entre population iduméenno (1, Rois, XL 15-1tV). 

autres. Pendant l'ancien et le moyen empire, David massacre les Moabites IL Sam., X-Xl; 

les e.xpéditions des pharaons amenèrent dans l, Chron,, XIX-XX). 

la vallée du Nil des nègres, des Libyens, des (3} Anciens peuples de l'Ilalie; Celtes, Gau- 

Nubiens, des Sémites du Sinaï. Sous les pas- lois et Francs; Pélasgcs et Grecs; Grecs de 

leurs, l'élément s»'mili(|ue prit une grande im- Sicile, de Sardaigne; Carthaginois d'Espagne, 

portance numérique; après ce furent des de Sicile; Normands et .\iifilo-Sa.\ons, etc.. 

Syriens, des llélrens, des Arabes, des Elliio- (4) Sicanes, Ligures, Celles, Boïens. Insu- 

piens, des Aryens (peuples de la mer^ (jui vin- briens, Cénomans, Etrusques, Venctes, Illy- 

renl comme prisonniers ; puis les Ethiopiens riens, Pélasges, Lydiens, Hellènes. Phéniciens, 

dominèrent avec les prélres d'.Xmmon, les Sicules, Chones, .Morgètes, OEnotriens, Dau- 

Grecs sous Alexandre et les Ptoirniées, les miens, Peucétiens, Messapiens, Liburnes, Thy- 

Romains avec leurs légions composées de tous rennieiis, etc. 

les peuples du monde antique. Enfin les.Vrabcs, (5) Les Juifs d'Akhaltsikh (Caucase) [indice 

les Turcs el les Européens de la Méditerranée. céph ,85,2J,de Galicie et de la Russie occiden- 



12 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Dans de telles conditions, que devons-nous attendre des études 
anthropométriques? Qu'elles nous signalent quelques parentés 
assez proches encore pour que les caractères ne se soient pas 
effacés ; qu'elles fassent ressortir les modifications imposées par 
l'habitat, par les conditions auxquelles certains groupes sont sou- 
mis depuis une longue période. C'est tout ce que nous sommes 
en droit de leur demander, et, pour s'en convaincre, il suffit de 
jeter les yeux sur une carte ethnographique basée seulement sur 
les mensurations. 

Quant aux origines, aux migrations, aux faits principaux de 
l'évolution humaine, l'anthropologie est et restera muette, sauf 
dans quelques cas spéciaux. Peut-être même est-il parfois dange- 
reux d'avoir recours à ses déductions autrement qu'à titre d'indi- 
cation, de renseignement de valeur secondaire à l'appui d'un fait 
déjà reconnu ou soupçonné grâce à d'autres méthodes. 

Un seul exemple suffira pour montrer à quelles conclusions 
peut conduire la recherche purement anthropologique. 

Le quatrième groupe (1), la race assijroïde^ comprend : 

Les Pe/'sans, peuples de langue aryenne, venus des montagnes 
et des plateaux du nord-est, dont l'histoire nous est connue, 
et qui n'entrent sur la scène politique générale que peu de temps 
avant la fin de la monarchie assyrienne. 

Certaines tribus kurdes (2), peuples également de langue 
aryenne, étroitement apparentés aux Persans, aux Ossèthes, et dont 
la migration nous est également connue, comme ayant pris place vers 
Pépoque de la chute deNinive,sous la pression des Iraniens persans. 

Les Arméniens (3), peuples de langue aryenne ; mais non ira- 
nienne, que nous suivons dans tous leurs mouvements, depuis leur 
passage du Bosphore jusqu'à leur installation sur le plateau d'Erzé- 
roum et dans le petit Caucase. 

Les Juifs, tribu sémitique issue de Chaldée et d'Arabie, que 
l'histoire suit pas à pas depuis plus de trois mille ans; et qui, tou- 
jours, se mariant entre eux ont, mieux qu'aucun peuple, conservé 
leur langue, leurs mœurs et leur religion. 



taie [indice, 83,31, sont sous-brachycépiiak'S ; (1) Demker, Races el peuples, 190O. p. 345. 

ceux duDaghestan (Caucase) [indice, 87,0; sont (2) Cf. J . de Morgan, Mission scienlifique en 

hyperbrachycéphales,ceu.\ de Bosnie [indice. Perse. 1904, t. V. Études linguistiques. 

80,1] sont mêsocéphales. Cf. J. Denikeiî, les (3) Cf. J. de Morgan, Mission scienlifique aa 

Ftaces el les Peuples de lu lerre. Paris, 1900, Caucase. Paris, 1889, t. II. 
p. G07. Appendice II et Commentaires, p. 69. 



DES SOURCES DE LA PRÉHISTOIRE ET DE L'HISTOIRE 13 

Les Assyriens, peuple aujourd'hui disparu, de langue sémi- 
tique, issu de Clialdce et, comme nous le verrons plus loin, 
d'Arabie. 

Ainsi, dans un même groupe, nous voyons figurer des peuples 
sémites venus de la péninsule arabique, un groupe aryen descendu, 
par le Bosphore et l'Asie Mineure, des steppes de Scythie; et deux 
peuplesiraniens qui, avant d'habiter le plateau persan, avaient leur 
patrie commune plus au nord vers les rives de la Caspienne et 
de rOxus. On se demande comment quelque parenté pourrait 
exister entre ces divers éléments. 

Au contraire, le linguiste réserve le nom de peuples sémitiques 
pour une famille possédant les mêmes caractères de langage et, je 
dirai plus, bien des aptitudes communes. Cette parenté com- 
prend les Assyriens, Clialdéens, Syriens, Arabes, Hébreux, Phé- 
niciens, Carthaginois, Himyarites, etc. 

Ainsi, pour ce groupe d'hommes seulement, nous voyons 
l'anthropologie en complet désaccord avec l'étude du langage et 
avec l'histoire elle-même. Cela tient à des causes nombreuses, 
dont les principales sont : 

Que tout peuple conquérant, quittant son habitat originel, s'est 
mélangé aux races des pays conquis, tout en conservant \o [)lus 
souvent sa langue, ses mœurs et sa puissance; et que ces mélanges 
prolongés ont, suivant leurs proportions, amené des métissages, 
ou fait entièrement disparaître les caractères zoologiques primitifs. 

Que les peuples conquis ont été fréquemment absorbés à tel 
point que le souvenir même de leur existence s'est éteint; que la 
formation de toute population est tellement complexe et que les 
éléments en sont si intimement mélangés que les caractères origi- 
naux, s'ils ont existé jamais, ne sont plus appréciables. 

C'est à ces transformations physiques, par mélanges, qu'on doit 
attribuer l'existence du groupe anthropologique des Assyroïdes ; 
l'histoire le prouve. 

Issus de Chaldée, les Assyriens s'avancèrent lentement vers 
le nord, déplaçant par trois fois leur capitale et refoulant devant 
eux les peuples de langues [)robablem(;nt agglutinantes, premiers 
occupants de l'i\ssyrie. Dans ce mouvement, les vaincus furent 
réduits en esclavage, d'où un premier mélange dont l'anthropo- 
logie ne parle pas. 

Pendant plus de mille ans les rois d'Assour ravagent l'Asie 



l/j LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

antérieure, alors peuplée de tribus apparentées aux Elamites,dont 
l'aspect assyroïde démontre qu'ils n'avaient rien de sémitique. 
Il en résulte encore des mélanges tant chez les Assyriens que 
chez les vaincus. 

Enfin les Kurdes ou Mèdes entrent en scène et, remplaçant la 
domination assyrienne, emploient les mêmes moyens qu'elle de 
gouverner les peuples vaincus. Puis vient le Perse avec ses rois 
achéménides ; et l'Arménien qui, vers la même époque, s'installe 
sur les ruines du royaume de Van. 

Dès lors, il n'est plus question de l'Assyrien ; vaincu, il se fond 
dans les races voisines. Perses, Mèdes et Arméniens, déjà très 
mélangées elles-mêmes par l'absorption des autochtones de 
langue agglutinante. 11 se forme un type nouveau dans lequel le 
sang assyrien joue certainement un rôle et ce type, c'est r.4ssf/- 
roïde de l'Anthropologie. 

On doit également observer que la réunion dans un même 
groupe d'un peuple disparu, sur lequel on n'a pu opérer de mensu- 
rations, et de peuples modernes, de trois mille ans plus jeunes 
que le type, est au point de vue scientifique un rapprochement 
tout au moins hasardeux. 

Mais si nous nous en rapportons uniquement aux caractères du 
squelette, à ceux qui ont pu survivre jusqu'à nous et sont nos 
seuls guides anthropométriques, en ce qui concerne l'antiquité, 
nous nous trouvons en face de conclusions bien plus originales 
encore. 

Les Assyroïdes sont des brachycéphales et, à ce titre, se rap- 
prochent, au point de vue anthropologique, des races: européenne 
occidentale, adricdique, cenlraméricaine, patagone, lapone, turco- 
tartare, mais sont éloignés des Arabes et d'une partie des 
Juifs. 

Est-il possible de jeter un plus grand désarroi dans l'histoire 
de l'humanité ? 

En séparant TAssyrien de l'Arabe et de l'Hébreu (pars), du 
Chaldéen, du Syrien et des autres peuples que la linguistique 
range dans le même groupe, l'anthropologie commet la grave 
erreur de considérer comme primordiaux des caractères essen- 
tiellement secondaires; de négliger les affinités de langage, de 
mœurs, de coutumes, d'aptitudes, de traditions, d'origine géo- 
graphique ; en un mot, d'oublier l'histoire. 



DES SOURCES DE LA PUKHISTOIIIE I;T DE LHISTOinE | T, 

L'influence que peuvent avoir la nature 7.oologi(|ue de riiomnie, 
la forme de son crâne, sur ses aptitudes à développer ou à recevoir 
la civilisation, nous est absolument inconnue. Or, ce qu'il nous 
importe d'étudier dans l'homme, c'est l'être capable de penser, 
d'inventer, de progresser et non un quadrumane quelconque, 
autrement développé que les autres, mais à ranger parmi les 
simiens. L'anthropologie doit rester dans son rôle zoologique et 
ne pas chercher h se donner une importance dont elle n'est i)as 
capable. 

Pour les temps très anciens, nous sommes i>ien obligés de faire 
usage de ses données souvent discutables (I), n'ayant à notre 
disposition aucun autre document sur l'homme lui-même; mais 
dès que commencent les annales, dès que les langues, la manifesta- 
tion de la pensée nous viennent en aide, nous ne devons plus nous 
servir de l'anthropométrie qu'avec une extrême réserve, peut- 
être même une grande méfiance. 

Sociologie. — La soc/o/o^/e reposant sur les usages, les mœurs, 
les croyances, les coutumes des hommes, montre les affinités des 
groupes entre eux. Malheureusement, cette science est encore en 
enfance, et l'évolution préhistorique ne nous a guère laissé de 
documents ([ue la sociologie puisse analyser avec sécurité. Tous 
sont d'une interprétation difficile et vague; car nous manquons le 
plus souvent de termes de comparaison. 

Quoi qu'il en soit, la sociologie est appelée à rendre les plus 
grands services; parce qu'elle étudie les lois régissant les rapports 
des hommes entre eux, la morale de l'individu par rapport à lui- 
même, la religiosité, le culte des morts, toutes notions qui ont 
conduit l'humanité aux sommets qu'elle atteint aujourd'hui. 

Linguistique. — En ce qui regarde l'antiquité, la linguistique (2) 
ne fournit pas, avant l'histoire, le moindre enseignement direct sur 
les groupements humains ; mais dès qu'apparaît l'écriture, elle se 
montre comme le plus sur moyen de réunir les hommes suivanl 



(1) Cf. A. DE Lappahent. /e.î Silex taillés el langues, on linguisliqiie propremenl liilc ; mai-- 
V Ancienneté de l'homme. Paris, 1907, p. .')5. aussi la philologie qui en découle, sciencr 
Docteur Hugo OitKu.MAiER, les Restes liuinains dans lafjuelle les langues sonl envisagées 
quaternaires dans l'Europe centrale, in l'An- quant à leurs affinités et à leur origine, à 
Ihropologie, t. XVI, 1!)()5 et t. XVU, lîlUti. leurs niotlificalions dans le lemps et dans l'es- 

(2) J'entends par linguistique, non seulement pacc, aux iiilluences quelles ont subies et à 
rétude de la phonétique el de la structure des Km- littératui-e. (.1. M.) 



1(5 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

leur génie, leurs tendances, leurs intérêts, leurs affinités, leurs 
ambitions. Elle nous offre dès les débuts un tableau des races 
permettant de remonter par la pensée aux temps antérieurs. Pour 
les peuplades vivant encore à l'état sauvage, elle est un guide 
précieux. 

Certainement la méthode linguistique n'est pas parfaite ; bien 
des groupements nous échappent (1), d'autres sont atrophiés 
parce que des peuples absorbés ont perdu leur langue. Pour la 
haute antiquité, nous nous dirigeons au milieu de ruine.s,doiit les 
grands monuments seuls ont laissé des vestiges. Quoi (ju d en 
soit, on retrouve toujours quelques guides d'utilité qui,\'iiant 
s'ajouter à d'autres éléments scientifiques, permettent de faire la 
lumière sur bien des points. 

La valeur des données linguistiques est souvent aiijouiHl'hui 
repoussée par des écoles qui n'ont pas su la remplacer \)m des 
classements plus précis; elle reste et, longtemps encore, (h^rneu- 
rera le guide le moins incertain. 

Lors de l'époque pléistocène, les hommes déjà répandus sur 
la majeure partie des continents étaient divisés en une mulîitude 
de groupes différents par leurs caractères ethniques, par leurs 
usages, et certainement aussi par les idiomes qu'ils parlaient. 
Ces groupes s'adaptant aux conditions naturelles de leur habitat, 
à leurs propres besoins, avaient déjà modifié leur façon pri- 
mitive d'être, de vivre, de parler (2), des époqii< s anté- 
rieures. 

Les pays où la vie était la plus facile, n'exigeant pas de grands 
efforts physiques et intellectuels, les progrès en tout ^oure s'y 
produisirent lentement ; Tahiti et les îles océaniennes en sont un 
exemple frappant. Les régions au climat très rigoureux produi- 
sirent le même effet; parce que l'homme, sans cesse préoccupé 
de faire face aux nécessités matérielles immédiates, y mena une 
existence elle-même matérielle. Les populations actuel les du 



(1) II ne faut pas confondre les similitudes tibles à des formes antérieures n'oiTrent abso- 

dc structure des idiomes avec la parenté lunient rien de commun, soit dans leurs étoffes 

d'origine. Les diverses langues à flexion se sonores, soit dans leur constiUition syllabique. 

divisent en deux groupes irréductibles et les Secondement, quand les lois qui président 

langues agglutinantes en un grand nombre, aux premières combinaisons de c >- mots sim- 

complèlement étrangers les uns par rapport pies diffèrent absolument dans lis deux sys- 

aux autres. lèmes comparés (II.Cn.wÉE, le> I ungues et les 

(i) Deux langues peuvent être tenues pour Races. Paris, 18Ij2, p. 13). C'est ainsi que, dans 

des créations radicalement séparées. Premiè- les langues agglutinante-;, l'agglutination se 

rement, quand leurs mots simples ou irréduc- fait suivant des lois très diverses. (J. M.) 



DES SOURCES DE I.A l'HKlIISKJlHE ET DE L I11ST(JIH1-; j/ 

nord silDérien, de la Laponie, du Groenland, de la Terre de Feu 
sont dans ce cas (1). 

C'est dans les zones tempérées, dans celles où l'individu, vivant 
sans grande peine, est sûr du lendemain, que le développement 
intellectuel fut le plus rapide. La lutte pour satisfaire aux néces- 
sités devint un stimulant de l'intelligence et de l'énergie, au lieu 
d'en être une cause de ralentissement. L'homme accrut ses besoins 
en ajoutant à son bien-être des raffinements inconnus dans les 
autres régions, incompréhensibles même pour les êtres moins 
élevés que lui. 

En même temps qu'il progressait, sa langue s'affinait parce 
qu'il lui demandait plus d'expressions, pour traduire d'une façon 
précise sa pensée devenue de jour en jour plus complexe. 

L'Asie antérieure et le bassin de la Méditerranée ont été le 
théâtre des premières civilisations; parce que les conditions de la 
vie ne s'y trouvaient ni amollissantes, comme sous les tropiques, 
ni absorbantes, comme sous les latitudes froides. 

Dans le nouveau monde, ce ne sont ni les grandes plaines des 
Etats-Unis, ni les forêts du Brésil ou des Guyanes qui ont vu 
s'épanouir les grandes civilisations américaines; c'est le Mexique 
et l'Amérique centrale, pays où la vie était facile. Là, l'écriture 
figurative, les arts et l'industrie atteignirent un degré de per- 
fection inconnu partout ailleurs dans ce continent. 

Les savants qui s'adonnent à la philologie comparée sont 
d'accord pour diviser les langues en trois grandes classes, suivant 
leur nature : 

1° Groupe monosyllabique ; 

2° Groupe agglutinant ; 

3" Groupe des langues à flexion. 

Ils pensent même, s'appuyant sur des vestiges du passé, que 
toutes les langues de la troisième classe sont passées par les deux 
autres formes; autrement dit, que les trois divisions corres- 
pondent à trois phases successives de l'expression de la pensée, 
cha(iue langue évoluant séparément. 

(1) 11 ne faut pas oublier qiip,ptu suite de mi- arcélérée tant dans la langue (\uc dans la civi- 
Srationsou de modifications climalériques.bien lisation générale. C'est ainsi que, depuis leur 
des peuples sont passés dun pays favorable à exode, les Canadiens ont progressé beau- 
une région défavorable et vice versa, et que, .oiip plus lenlement (pie les Frantjais, les Is- 
par suite, les conditions de développement landais que les Scandinaves, etc. {J. M.) 
s'élant modifiées, l'évolution s'est ralentie ou 



18 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Cette classification, comme celle que nous avons adoptée poul- 
ies industries préhistoriques, n'implique aucune idée chronolo- 
gique ou synchronique. 

Toutes les langues ne sont pas parvenues à la flexion; certaines 
sont encore dans la phase monosyllabique, d'autres, et c'est le plu» 
grand nombre, ont atteint l'agglutinance. Beaucoup sont mortes 
avant d'avoir atteint le troisième degré, ou se montrent occupant 
une position mixte entre deux formes. Voici quelques exemples 
de ces divers étals des langues : 

Langues monosyllabù/ues pures. — Chinois, annamite, siamois. 

Langues monosyllabiques avec traces d'agglutination. — Birman,, 
tibétain, pégouan, paloung, moi. 

Langues demi-monosyllabiques et demi-agglulinantes. — Kha- 
sia. 

Langues agglutinantes pures. — Hottentot, bochiman, cafre,. 
poul, nubien, négrito, papou, australien, maléo-polynésien, japo- 
nais, coréen, dravidien de l'Inde (1), ouralo-altaïque, basque, 
américain. 

Langues agglutinantes avec traces de flexion — (groupe cauca- 
sien); géorgien, mingrélien, iméritien, laze — (langues éteintes),, 
sumérien (?), élamite, vannique, iiétéen (?) 

Langues à flexion — (groupe sémitique). Akkadien, assyrien, 
chaldéen, syriaque, hébreu, phénicien, punique, himyarite, arabe 
— (groupe indo-européen), hindou, iranien, hellénique, italique, 
celtique, germanique, slave, lettique. 

Toutes les langues indo-européennes ont conservé des traces 
d'agglutination. 

fl) Les langues dravidiennes sont celles par- originellement à la race jaune el se rattachent 

lues dans le sud de'^l'Inde, depuis les monts' au rameau tibétain ; mais sont profondéinenL 

Vindhya et la rivière N'erbuddah jusqu'au cap mélangés de sang négrito et mélanésien; ou 

Comorin (3S millions d habitants). Ce sont le du moins d'une race, très proche parente 

tanioul, le telinga, le kanara, le malayâla et des Mélanésiens, qui occupait le sud de 

le toulou. La première est la plus importante llnde avant 1 arrivée des peuples jaunes, 

par son ancienneté el sa littérature ; mais c'est 11 semblerait donc que la péninsule hindoue, 

le kanara qui a le mieux conservé les forme-; peuplée au sortir des temps quaternaires de 

archaïques. A Ceylan et dans les monts Vin- Négritos, a subi : 1° une invasion de Mélané- 

dhya, on rencontre des idiomes d'origine dra- siens venus par mer ; 2° une invasion de peu- 

vidienne, imprégnés d'influences étrangères. pies apparentés au.x Tibétains descendus des 

Dans le nord-est du Beloutchistan, on trouve montagnes du Nord; 3° une première invasion 

le dialecte brahoui, qui appartient aussi à la aryenne (dans le Nord et le Centre); 4" une 

famille dravidienne et est le dernier témoin invasion iranienne dans le Nord seulement, 

occidental de la grande extension de ces lan- Les langues dravidiennes sont nettement 

gués avant la conquête indo-européenne de agglutinantes, mais ditTèrent notablement de 

ces pays. celles des groupes ouralo-altaïque, caucasien, 

La plupart des peuples parlant ou ayant t)as(iue, vannique et anzanite avec lesquels 

parlé les langues dravidiennes, appartiennent elles ne possèdent aucun liendeparenlé.(J. M.) 



DES SOURCES DE LA PRÉIIISlUlUE ET DE L'HISTOIRE 19 

Comme on le voit, c'est dans le groupe des langues les plus 
développées qu'il faut aller chercher les peuples auxtjuels est due 
la grande civilisation mondiale (1). 

Pour lesj autres classes, la' Chine (monosyllabique) est un centre 
de développement, l'Amérique centrale (agglutination) en est un 
autre ; mais ((uelles sont les civilisations des races (jui les em- 
])loient en comparaison de celle due aux peuples parlant les 
langues à flexion ? (}uant à la nature ethni(|ue, aux caractères 
anthropologiques de ces créateurs du monde moderne, nous 
n'avons guère à nous en préoccuper, leur «mvre parle pour eux. 
Qu'importe que cet homme soit dolichocéphale ou brachycéj)hale 
si, par son intelligence, il est armé de telle sorte que la domina- 
tion du monde lui est réservée ! 

En ce (jui regarde le vieux continent, l'histoire nous enseigne 
que, lorsque deux peuples sont entrés en antagonisme, c'est celui 
des deux (|ui possédait la langue la plus affinée qui, tôt ou tard, est 
parvenu à dominer l'autre; soit matériellement, soit au point de 
vue intellectuel. 

A l'aurore de l'histoire, un centre de civilisation se crée en 
Chaldée, dans un milieu d'idiomes agglutinants; les Sémites 
l'envahissent et lui imposent leur langue à flexion. 

L'Élam (agglutinant) réagit ; mais il tombe à son tour une 
première fois sous les coups des empereurs akkadiens de la Chal- 
dée, une seconde, et pour ne jamais se relever, sous les armes 
des rois sémites d'Assyrie. 

L'Egypte berbère conquise par l'esprit sémitique, venu de 
Chaldée, voit se fonder 1 empire pharaoni({ue. 

Le Phénicien fonde des comptoirs chez tous les peuples de 
langue inférieure, à Carthage, en Sicile, en Ibérie. 

L'heure des Sémites sonne, leurs empires s'écroulent pour 
faire place à des dynasties aryennes, les Achéménides s'emparent 

(1) Le développeiuenl du langage esl le incil- inslniit, et par suite civilisé, plus son vocabu- 

leur témoin, mis à noire poitée, du progrès in- laire est étendu. Ce qui est vrai pour le nom- 

tellectuel. Nos langues européennes conlien- lire des (;.\pressions fondamentales de la |)ensée 

neiit dans leur vocabulaire complet de 30 à lest également en ce qui concerne les procd- 

40.000 mois; mais ces mots sont loin d'être etii- dés Usitijs pour leur emploi, cesl-ù-<lire la 

ployés par tous nos com|);ilriotes. Go'llie el grammaire et la syntaxe. L'esprit peu déve- 

Voltaire qui ont tant écrit, <lont l'esprit élail loppé n'emploie qu'un nombre restreint de 

si affiné, n'ont eu besoin pour traduire leur lle.xions, simplilie même celles que la langue 

pensée que de 20 000 mots environ; Shaks- maternelle met à sa disposition. En sorleque 

peare n'en employa que 15.000. elpourbeaucoiip légalité inlellectuelle ne.xisle ni chez les na- 

de nos campagnards 5 ou t;oo mois suKisinl. lions prises dans |. ur eiisc'mi)le, ni chez, les 

Les sauvages ont en général :W0 mots à leur hoTimes considérés individiirllciucnl ^J. M.) 
service. 11 en résulte que plus un peuple esl 



20 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

de tout l'Orient, les langues parentes de celle de l'Avesta triom- 
phent de celle des ninivites. 

Mais bientôt entre sur la scène un idiome plus affiné que 
tous les autres, le grec ; en peu d'années il domine le monde 
entier, du Caucase aux déserts de l'Afrique, des Indes à la pénin- 
sule Ibérique. Partout on s'exprime en grec, partout on pense 
en grec, partout les peuples s'inclinent devant la supériorité de 
cette langue incomparable et du génie des peuples qui la parlent. 

L'Italie, fille de la Grèce comme civilisation, domine le monde 
entier, recule les frontières de l'intelligence jusqu'aux glaces du 
Nord, jusqu'à TOcéan, jusqu'aux sables de l'Afrique. 

Devenue omnipotente, Rome perd ses qualités d'expansion ; 
elle tombe elle-même sous les couj)S des barbares, mais les 
absorbe et, de sa chute, sort l'Europe moderne où domine encore 
l'esprit gréco-'atin. 

Les succès des Arabes et des Turcs, obtenus à la faveur de la 
désorganisation dans laquelle se trouvait alors le monde civilisé 
à la suite de l'invasion de l'Europe par les barbares, ne sont 
qu'éphémères; il n'en reste plus aujourd'hui que des ruines 
chancelantes. 

De nos jours, l'Europe se partage entre des nations pour- 
vues de langues à flexion, se disputant la suprématie du monde, 
et, dans leur ensemble, tenant la tête de la civilisation. 

Ainsi, c'est surtout aux peuples parlant des langues à fiexion 
que nous devons les grands progrès. Maîtres tour à tour, les 
Sémites d'abord, les Aryens ensuite, ont vaincu, subjugué, presque 
toujours même anéanti les autres races. C'est entre elles que s'est 
passée la grande lutte pour la suprématie ; aujourd'hui encore c'est 
entre elles, mais entre Aryens seulement, que se continuent ces 
compétitions millénaires, et si jamais d'autres hommes venaient 
à dominer l'omnipotence occidentale, ce ne serait qu'à l'aide des 
idées européennes ; fait inadmissible, semble-t-il, car il serait 
contraire aux enseignements de six mille ans d'histoire. 

Si, au lieu de classer les langues suivant leurs formes gramma- 
ticales, nous cherchons à les grouper par rapport à leurs affinités 
ou à leur parenté entre elles, nous nous trouvons en présence 
d'une foule de groupes irréductibles, les uns par rapport aux 
autres, et, par suite, sans origine commune apparente. 

Le développement dans chaque groupe subdivisé lui-même, 



DES SOURCES DE LA PHÉIlISTUlRE ET DE EIIISTOIUE 21 

s'est opéré indépendamment des autres groupes, cliacun [)arais- 
sant issu d'une source qui lui est propre. 

Pour les familles sémitique et indo-européenne, celles qui 
nous ont laissé une grande partie de leur histoire, nous entre- 
voyons, je ne dirai pas les souches originelles; mais tout au moins 
des foyers de diffusion. Pour les autres, nos connaissances sont 
et resteront toujours très limitées ; l'observation ne pouvant 
remonter le cours des temps que pour les types seulement qui 
ont laissé des traces écrites. 

Dans le groupe monosyllabique, le chinois seul fournit des 
enseignements. Nous le voyons se modifier, se perfectionner 
sans toutefois rien perdre de son caractère primitif. Il représente 
nettement la civilisation chinoise, figée depuis des siècles et 
incapable par elle-même d'un grand essor. 

Quelques-unes des langues agglutinantes parlées par des 
peuples voisins de la classe la plus développée ont, par contact, 
appris l'écriture (1), et, grâce à cela, nous en possédons des traces 
anciennes. L'élamite (2) fournit des textes dès le quinzième siècle 
avant notre ère et nous pouvons suivre son évolution jusqu'aux 
temps achéménides, où il se montre complètement défiguré (3). 
Le vannique (/i) n^est connu que par des inscriptions appartenant 
toutes à une même période de quelques siècles (du neuvième au 
sixième siècle avant J.-C). 

Les inscriptions hiéroglyphiques hétéennes (5) ne sont pas 
encore déchiflrées, en sorte que nous ne sommes pas à même de 
dire si cet idiome était agglutinant ; mais toutes les probabi- 
lités sont en faveur de cette hypothèse. 

L'étrusque (6), l'ibère (7), le crétois et bien d'autres langues 

(1) L'écriture se divise nalurellemenl en : lrilin<;iies (col. UIi (J. Oppert, le Peuple et la 

1° Picloyraplùe ; 2° Hiéroglyphes; 3° Signes Langue mèdes.) 

issus des hiéroglyphes, mais conservant leur (:t) Textes de Tépoque achéménide de Bisou- 
valeur; 4" Signes syllabiques ; 5° Signes alpha- toum.de l'Elvend.de Persépolis, de Suse, etc. 
béli(|ues. Ces cinq divisions peuvent être con- (4) Cf. A. -H. Sayce, Cuneiform inscriptions 
sidérées comme des phases de récriture. of Van., in Journ. Roi/al As. Soc, 1882, XIV, 
Quelques pays lesonttoutes connues (Egypte), N. S., pp. :f77-732. — SI-Glyard, Journ. 
d'autres se sont arrêtés aux signes syllabi<iues A.si'a/., 1880, t. XV, pp. 5i0-r>43; 1882, t. XIX, 
(Perse), d'autres aux néroglyplies simplifiés pp. 511-515; 1883, t. I, pp. 2(')t -203, 517-523; 1883, 
(Egypte pharaonique, Crétois, Chinois, prolo- t. II, pp. 30fi-307; 1884, t. 111, pp. 479-517. 
Elamile), d'autres aux hiéroglyphes (lléléens, (5) A. -H. Sayce, The Monuments of Ihe Uit 
Américains). Beaucoup à la première phase tites, in Trann. Soc. Bibl. ArchxoL, t. VIII, 
pictographique (Eskimaux, Polynésiens, etc. , p. 553, sq. 

d'autres enfin ne possédant aucune notion de (fi; Certains linguistes considèrent l'étrus- 

l'écriture (tous les Indo-Européens) ne la (]ue comme une langue aryenne. iCf. Cons- 

connurent que par contact (J. M.) sen, Ueber die Sprache der Etru.sker. Leipzig, 

(21 Comparer les textes anzanites (V. Scheil, 1874-1875.) 

Mém.de la Déléy. en l'er.se, t. III, 1901 ; V, 19U4; (7) Cf. "Van Eys, la Langue ibérienne et la 

IX, 1906) et ceux des inscriptions achéménides Langue basque, in Rev. de linguistique. Paris, 



22 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

aujourd'hui mortes, laissent sans solution le problème de leur 
traduction, de leur nature et de leur origine. 

Les langues, comme les individus, vivent, prospèrent et 
meurent. Il n'en naîtra plus aujourd'hui parce qu'il n'existe plus 
d'hommes à l'état primitif non encore doués de la parole. Les 
langues existantes évolueront ; soit sur elles-mêmes, soit en s'ai- 
dant des influences extérieures, aujourd'hui surtout que les rela- 
tions entre peuples sont plus faciles et plus fréquentes (piautre- 
fois. 

Les transformations dans la grammaire et la syntaxe (i) sont 
des évolutions naturelles attachées à la langue elle-même; celles 
touchant la lexicologie ])rocèdent de deux sources, Tune inté- 
rieure issue du progrès, l'autre extérieure résultant d'influences 
étrangères. 

Prenons comme exemple, la langue iranienne dont nous pou- 
vons suivre les transformations pendant une période de trois 
mille ans environ, en laissant de côté ses branches collatérales, 
telles que le zend (2), le kurde, le pouchtou, l'hindoustani, etc. 

Sous les Achéménides (3), le Perse possédait une grammaire 
et une syntaxe très complètes, comprenant presque toutes les 
flexions de l'aryanisme, et son vocabulaire était, semble-t-il, j)ure- 
ment indo-européen (Zi). 

Peu à peu, au contact des populations sémitiques de la ^léso- 
potamie, ce vocabulaire s'est chargé de mots étrangers, proportion 
qui s'accrut encore par la domination grecque de l'Iran et par le 
règne des Parthes arsacides. 

Lorsque, cinq siècles environ après l'avoir quittée sous les 
derniers Achéménides, nous retrouvons la langue iranienne, 
devenue le pehlevie ou huzvârèch (5 , elle est bien transformée ; 



1874, t. VII, p. 1. — \'iNSON. la Question ihé- était déiivé du zend ou d'un dialecte très 

Tienne M/em. Concjr. se. France. Paris, 1874, voisin; ce qui prouve que la région afghane 

t. II, p 357.) formait le domaine, ou du moins faisait partie 

(1) Rien n'est plus curieux que l'évolution du domaine de la famille zende (J. Darmes- 

deslangnes.Celles de lEurope surtout, que nous teteu, te Zend-Auesla, t. III, 1X1(3. Introd.p. V. 

connaissons mieux, montrent toutes les tran- /J., Chansons populaires des Afgans, lxiv, sq.). 

sillons, tous les passages entre les formes an- (3) De 549 av. J.-C. (Cyrus) à 330 (Darius IIJ 

ciennes et les formes modernes. On connaît le Codoman). 

texte ilii serment de Louis le Germanique, il (4) Le vocabulaire fourni par les textes cu- 

est 1 un des exemples les plus frappants. (J. M.) néiformes perses ne renferme guère plus de 

[i) La langue des Achéménides est le dia- quatre cenis mots (Cf. Spiegel, Die allpersis- 

lecte propre à la province de Perse; celle de chen keilinschrisflen. Leipzi», 186-2). 

l'Avesta appartient à une autre province. Le (5j Sous les rois Sassanides, de 225 à 652 ap. 

zend s est éteint sans descendance apparente. J.-C.,i'Cf.F.SpiECEL, Grammalik ier huzvàresch- 

Néanmoins le phonétique et le lexique de l'af- sprac/ie. Vienne, 1856. —De Harlez, Gramm. 

ghan moderne s'expliquent comme si l'afghan pehlevie.) 



DKS SOURCES DK LA PRÉHISTOIRE IT l»i: L'HISTOIHK 



'I.i 



les expressions sëniitiques foisonnent, et les flexions atrophiées 
ne nous oflVent plus que des ruines du passé. 

Avec la conquête musulmane, l'arabe vient se greffer sur les 
intrusions sémitiques anciennes ; puis arrive le turc, et la déca- 
<lence du persan (I ) se continue (2). A peine conserve-t-il quelques 
verbes et des conjugaisons aussi simplifiées qu'il est possible ; la 
•déclinaison a disparu et la position relative des mots dans la 
phrase remplace peu à peu la flexion. C'est le retour vers les 
langues primitives. 

L'histoire de la langue iranienne est l'image fidèle de l'histoire 
<le la Perse. Elle-même, sous les Achéménides, connut son apogée; 
puis le déclin vint par secousses, montrant des hauts et des bas. 
Aujourd'hui, la Perse agonise et dans peu de siècles, soumise 
•comme colonie à quelque empire, elle oubliera jusqu'à sa langue 
pour adopter celle de ses maîtres. 

N'avons-nous pas cent exemples de la dispai ilion d'une langue 
dans de telles conditions ? 

Combien sont ainsi déchues ! le grec ne nous ofTre-t-il pas la 
même décadence ? le latin qui peu à peu s'est transformé en italien 
sous l'influence des barbares et surtout de l'agonie de l'Empire ; 
l'arabe vulgaire, fantôme de l'arabe litl«''raire de la conquête 
musulmane. 

Si donc nous envisageons l'homme au point de vue ethnique 
et linguistique à la fois, nous voyons (|uil existe de grandes 
divergences entre les classifications résultant de ces deux bran- 
ches de la science. 

Les causes en sont multiples : il y a d'abord les mélanges que 
je signalais plus haut ; ensuite bien des j)euples ont, par contact, 
abandonné la langue de leurs ancêtres. Les Étrusques sont deve- 
nus des Romains ; les Ibères, des Espagnols ; les Égyptiens, des 
Arabes ; les Normands, les Burgondes, des Français ; les Lom- 
bards, des Italiens, et il est bien difficile de se reconnaître dans 
ce dédale ethnique. 

Par migrations, j)ar mélanges, par contacts, les groupes les 
plus divers se sont trouvés entrer dans une même famille linguis- 

(l) C'est aux dixième et onzième siècles (Fir- (2) Le parsi, langue des Mazdéens de Perse, 

<lousi)que le persan moderne fut à son apogée s'est mieux conservé que le persan moderne; 

(depuis il n'a fait que décliner^. Il y «ut alors il est encore parlé dans quelques villes (Yezd, 

«ne réaction contre les termes sémitiques: le Kirman, Téhéran, etc. iJ. M.) 
Oi«//) iiamelt est très pur à cet égard. (J. M.) 



9/, LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

tique, et c'est cette entrée même qui leur a communiqué les apti- 
tudes évolutionnelles de la race absorbante, leur faisant perdre 
leurs caractères propres. Ces groupes ont disparu, ils ne pré- 
sentent plus d'intérêt que pour l'annaliste (1). 

Chronologie. — Pour les temps antérieurs à l'histoire, il est 
impossible d'évaluer scientifiquement, même de manière approxi- 
mative, la durée ou l'ancienneté des phénomènes. 

Quoi qu'il en soit, bien des auteurs, s'appuyant sur des déduc- 
tions inexactes ou des données incomplètes, n'ont pas hésité à 
prononcer les termes de milléniums, de centaines et même de 
milliers de milléniums. Il serait puéril d'attacher la moindre 
importance à ces évaluations ; mais il est cependant intéressant 
d'en citer quelques-unes, pour mieux faire sentir l'inanité de nos 
efforts dans ce sens. 

« Que je porte l'apparition de la vie organique, dit E. Haeckel (2), 
à vingt-cinq, cent ou mille quatre cent millions d'années en arrière 
de ce jour, c'est ajjsolument équivalent pour mon imagination. 11 
doit en être de même pour la majorité des autres hommes. » 

Goldschmidt (3) ne compte pas moins de 1 .400 millions d'années_, 
depuis l'apparition sur la terre des êtres organisés jusqu'à nos 
jours ; selon cet auteur, 93 millions d'ans se seraient écoulés depuis 
les débuts des formations tertiaires. 

D'autres [li) estiment la durée des temps géologiques à 
100 millions d'années seulement et répartissent comme suit ce 
nombre de milliers de milléniums : 

Archéozoïque ou primordial, 52 millions d'années; palèozoïque 
ou primaire, 3/i millions; mésozoïque ou secondaire, 1 1 millions; 
cénozoïque ou tertiaire, 3 millions : anthropozoïque ou quater- 
naire, 500.000. 

G. de Mortillet (5) accorde 230 ou 2/iO.OO0 ans à la durée des 



(1)11 est bien des peuplades qui, refusant la (4) Chedner, Elém. de Geo/., 8« édit.. 1897. — 

civilisation, sont destinées à disparaître; il en Nelmays, Enlgeschichle, 2' édit., 18H5. 

est d'autres qui conservent leurs qualités et (5) G. de Mortillet, Evolution quaternaire 

leurs défauts, bien qu'ayant perdu leur langue) de la pierre, \n Rev. de l'Ecole d'Anlhrop., 

et de ce fait décroissent; d'autres, enfin, qui VII' année, 1, 15 janv. 1897; Exlrait, p. 26. — 

conservant toujours leur nationalité survivent Dans le Préhistorique, par G. et A. De Mortil- 

à tous les événements et prospèrent dans les let.Ics nombres suivants sont indiqués: chel- 

milieux les plus divers auxquels elles ne s'as- léen, 78.000 ans; moustérien, lOU.OUO ans; solu- 

similent qu'en apparence. (J. M.) térien, 11.0(X) ans; magdalénien, 33.<X>0ans.— 

(2) E. Haeckel, Origine de l'homme. Trad. Rutot (Essai d'évaluation de la durée des 
franc., note 20, p. 61. temps quaternaires, ds Bull, de la Suc. belge 

(3) E. Haeckel, op. cit. de GéoL, t. XVHI, 1W4, pp. 12 à 23,j réduit ces 



DES SOURCES DE LA l'RÉIIISTOlUE ET DE LIUSTOIRE 25 

temps (|iiatei'naires, depuis Tapparition de rhomme (chelléen), 
dont '200.000 sont compris par rëpoqiie glaciaire et ses oscillations, 
et 30 ou /lO.OOO ans par le postglaciaire. La période historique ne 
comprendrait, dans ce cas, que 1/30" au plus de l'évolution humaine 
à partir de l'état paléolithique. 

LyeU(l), étudiant un phénomène spécial, porte à 22/i.000 ans 
la période entière de submersion et d'émersion des îles Britan- 
niques, que d'autres évaluations permettent d'estimer à 20.000 ou 
7.000 ans par hectomètre de hauteur (2). 

S'appuyant sur des données astronomi(|ues, le même géologue, 
Croll et J.Lubbock (3), placentla plus grande extension glaciaire entre 
2/i0.000et800.000ans(récartestgrand),admettant80.000anspourles 
temps moderne3.L'homme(chelléen) serait donc vieux de 300.000 ans. 

« Suivant d'autres auteurs, l'époque de grande extension des 
glaces aurait eu lieu de 225.000 à 350.000 ans avant notre ère et 
sa durée aurait été pour les uns de 160, pour les autres de plus 
de 2.000 siècles... la date tout à fait tardive du départ des glaces 
se[)tentrionales enlève toute valeur à de tels calculs {!i) ». 

Quant à la durée de l'époque glaciaire: nous verrons (5) qu'en 
basant les calculs sur l'observation des phénomènes actuels au 
Groenland on arrive à un minimum de 1.000 années pour la 
durée de ces phénomènes quaternaires, et à 3.000 ans, en accor- 
dant 2.000 ans aux fluctuations. 

Lyell admet (6) par ailleurs que la formation des tourbières 
danoises (7) a exigé 16.000 ans, tandis que Stecnstrup (8) réduit ce 
nombre à /i.OOO ans. 

Heer (9) pense que l.liOO ans ont été nécessaires pour la for- 
mation des lignites quaternaires de Dûrnten (Suisse ; alors que 
Pretswich (10) estime que 600 ans sont suffisants. 



nombres comme suit : Faune de l'Eléphant the date, diiration and condition of Ihe glacial 

anlif^ue.ôO.OOOans; F. du Mammouth, 8i.00Uans; peiiod witli référence lo Ihe Aiiliquity of nian. 

Faune du Renne, 5.000 ans, portant ainsi à in Quart. Journ. of Geol. Soc, 1887, p. 393, sq. 

139.000 ans la période <iue G. et A. de Mor- (i) De Lapparent, Traité de Géologie, 6» éd., 

lillel estimaient à 22-2 000 ans. 1906, p. 1728. 

(1) Cii. Lyell, Aniiq. vf man., i' éd., 1873, (5) Cf. chap. ÏU. 

XIV, |). 33i. (6) Cii. LvELL, Ancienneté de l'homme, Irad. 

(2) Cf. chap. IIL franc., p. 21. 

(3) Croll, Geol. Mag., 18G7, p. 172. — Croll, (7) Pour l'étude des tourbières de la Suisse, 
Climale and Time, X^li), chap. XIX. — Cn. Cf. .1. Frlii et C. Schroter, Die Moore 
Lyell, Princ. of Geol., iO' éd., l. I, p. 275. — der Scliweiz mil Beriicksichligunij der Gesamlcn 
J. Llbbock, Prehisl. Times. 2" éd., p. 403. — Moorfrag. Berne, lilOi. 

Le IIo.n, l'Homme fos.file, 2" éd., p. 296, sq. — (8) in Worsaae, In Préhifloire du Xord, 1878. 

MoonE, Preglacial man and Geol. Chron. Du- i[9) Ukeix, Monde primitif de la Sui.'i.'^e, p. b9â. 

blin, 1869. — J. Lvams, /'Aye de p/e;ve, trad. fr., (10) Puestwicu, Quarlerly Journ. of Geol. 

l. I, p. 686. — Puestwicu, Considérations on Soc, 1887, p. 403. 



26 LES PREMIÈRES CIVJLISATIOXS 

Galliéron, Morlot et Tryon (1) admettent entre 6.000 et 
3.300 ans pour l'antiquité des cités lacustres de Suisse. 

Gosse (2), s'appuyant sur l'étude des terrasses du lac Léman, 
compte 18.280 ans depuis les débuts de l'époque du renne dans 
ces pays. 

Morlot (3). basant ses calculs sur les déjections du torrent 
de la Tinière, trouve 64.000 ans pour la durée de la période néoli- 
thique et 38.000 pour celle de l'âge du bronze. 

Ferry et Arcelin (4), étudiant les berges de la Saône, ont 
conclu à 1.500 ans pour l'époque romaine, 2.250 ans pour l'âge 
du bronze, 3.000 pour la pierre polie et 6.750 pour l'industrie 
quaternaire. 

Kervilerj (5), s'en rapportant aux limons de la baie de Penliouët, 
fixe la date des armes et outils de bronze à 500 ans avant J.-G. et 
à 6.000 ans le commencement de la période géologique actuelle. 

Lejeune (6), prenant pour chronomètre la formation de la terre 
de bruyère, compte 5.797 ans entre l'époque romaine et la pierre 
polie. Ces calculs revus par Gosselet donnent 5.300 ans. 

Se basant sur le déplacement de l'axe terrestre, Roisel (7) 
propose 77.500 ans pour la fin de Tâge chelléen: de cette date à 
/i6.000 pour le moustérien, 35.500 pour la fin du solutréen, de 
35.500 à 25.000 pour le magdalénien, de 25.000 à l/|.5O0 pour le 
robenhausien, de 1^.500 à '4. 000 pour l'âge du bronze (dernière 
période glaciaire selon lui) ; enfin il déclare que l'âge actuel com- 
mencé en /lOOO avant J.-G. se terminera en 6500 de notre ère (8). 

Mais l'une des plus curieuses appréciations des temj)s est celle 

(1) Galliekon, Acles Je la Soc.Jurans. d'Emu- de laSaone. Lyon, 1808. — Arceu.n, Eludes d'ur- 
laliun, 1860. (Cf. Morlot, .Soc. Vaudoise de.t se. cliéologie préhislorique. Paris, 1875. — Arce[.i.\, 
nat., Ih janv. 1662). — Tro\os, Bull. Soc. Vau- la Chronologie iiréhi.slorique. Mùcon, 1874; 
doi.se, 1862. — Cf. Lykll, Anriennelé de ibidem. Congrès de Paris, 18f)7, p. 260 ; /6;Wem. 
l'homme, trad. fr., pp. 34-:fâ. — J. Libbock, Matériaux p. l'hiat. de Ihomme, t. IV, p. 39. 
l'Homme avant l'h'ixloire, trad. fr., p. 3-20. — (5) Kerviler. l'Age de bronze et tes Galtn- 
De N.\daii.l.'\c, Premiers Hommes, t. II, p. 33;). Romains à Saint-Nazaire. Paris, 1877. — Cf. Ftei<. 

— De Quatrefages, l'Espère humaine, p. 101. arc/iéo/., 187(), t. II, p. 224; t877,t. I, pp. 145,230, 

— De Mortillet, le Prehistoriiiue, p G18. 342; Acad. des sciences, 9 avril 1877; Ilutl..Soc. 

(2) Cf. Cautaii.hac, iU(iîe>(«iJX, t. XX, p. IGl. Anthrop, 1877, p. 30O ; /?ei'. d'Anthrop., 1878, 

— Assoc. /rançaise, 188G, p. 171. l. VII, p. G6. — G. de Mortili.et, te PréhisL, 

(3) Morlot, Huit. Soc. Vaudoi.-te, t. VI, ii" 4t5. p. G20. — De ^admllac, les Premiers Hommes, 

— Cf. Ibid.,ib janv.l8G2, t. IX, n» 55. — Lyell, l. II, p. 337. 

j4)iCie/i/ie/e f/e /'/lomme, trad. fr., p. 33. — BouÉ, (') Cf. Matériaux pour t'hist. de l'homme. 

Ueber Geol. Chronologie, p. 13. — J. Lubbock, l. VIII, p. 151. 

l'Homme avant l'histoire, p. 356. — Pozzy, ta (7) Koisel, Essai de Chronologie des temps 

Terre, p. 415. — De Nadaillac, Premiers préliistoriques. Paris, 1900. 

Hommes, t. 11, ]>. 336. — Soutiiall, Recenl (8) Citons, pour mémoire, L. Rémond, Douze 

origin of Man, p. 475. — De Mortillet, le cent mille ans d'humanité el l'âge de la terre, par 

Préhislorique, p. 621. l'explication el l'évolution périodique des climats, 

(4) Ferry cl Arcelin, le Maçonnais préhis- des glaciers et des cours d'eau. Monaco, 1^2, 
torique, pp. 85, 104. 123. — Arcelin, les Berges in-12. 



DES SOLRCKS DE LA FRÉUISTOinE HT DE I.HISTOIHE '27 

(le Broca. « Après avoir constaté <|ii'onti-e la grotte du Moustier et 
celle de la Madelaine, dans la vallée de la Vé/èie, il y a une diflé- 
rence de 27 mètres, M. Broca écrivait : ce creusement de 27 mètres, 
dû à l'action des eaux, s'est eflectué sous les yeux de nos troglo- 
dytes et depuis lors, pendant toute la durée de l'époque moderne, 
c'est-à-dire pendant des centaines de siècles, il n'a fait que très 
peu de progrès. Juge/ d'après cela combien de générations 
humaines ont dû s'écouler entre l'époque du Moustier et celle 
<le la Madelaine (l) ! Or, d'une part il y a eu seulement depuis 
l'époque des plus hautes cavernes, déblaiement d'une vallée 
occupée par des dépôts meubles, et dautre part, s'il ne s'est rien 
fait depuis ce déblaiement achevé, c'est (pie la rivière avait conquis 
sa pente d'équilibre (2). » 

De même cju'il ne nous est pas permis d'estimer les dates 
anté-historiquos, de morne il n'est [)as possible d'évaluer l'âge 
d'une ruine d'après l'épaisseur des débris qu'elle renferme ; la pro- 
gression de ces couches ayant été forcément très variable. Fl. 
Pétrie (3) a cru pouvoir proposer une échelle proportionnelle d'un 
mètre d'exhaussement moyen par siècle. Cette échelle appliquée 
au Tell de Suse (hauteur 30 mètres maxima) donnerait à la capitale 
Elamite une durée de 3.000 ans alors que nous savons (ju'en 5000 
avant J.-C, elle existait déjà et qu'elle n'a cessé d'être habitée 
qu'au quinzième siècle de notre ère, ce qui lui donne une durée 
minima de 6.500 ans; correspondant à 65 mètres de hauteur sui- 
vant F\. Pétrie, alors que les terres des villes successives n'ont 
formé qu'une butte artificielle de 30 mètres. 11 en est de même 
pour la plupart des ruines de la Chaldée. 

Lorsque, dans les débris accumulés sur l'emplacement d'une 
ville antique, on constate une transition brusque d'une civilisation 
à une autre, la surface de contact correspond non pas à une inva- 
sion pacifique ou militaire; mais bien à un hiatus pendant le(juel 
la ville a cessé d'être habitée. Lorsqu'une population reconstruit 
une ville ruinée, elle le fait par les moyens indigènes, en conser- 
vant ses goûts et ses usages; et si la civilisation de ses vainqueurs 
est destinée à dominer cette culture ne s'établit que progressive- 
ment, se substituant peu à peu aux coutumes d'autan. 

(I) Association from;.; Congre! de Bordeaux, (2) De Lappaiikm, Traité de Gcoloyic, 6" t<i., 

p. 1-212. lyOG, p. 1728. 

(3) Tellel Ilesij, p. 15. 



28 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Il ne peut donc, en aucun cas être tenu compte des épaisseurs 
de débris dans la recherche des âges absolus. 

De toutes ces évaluations, et de bien d'autres encore que je ne 
crois pas devoir citer, rien ne doit être retenu ; car aucune d'elles 
ne s'appuie sur des bases rigoureusement scientifiques. Les phé- 
nomènes observés sont loin d'être simples dans la nature : non 
seulement ils varient suivant des lois que nous ne possédons pas, 
mais ces lois sont elles-mêmes troublées par des influences secon- 
daires parfois fort importantes. En sorte que ce qui nous semble, 
à première vue, être le facteur principal n'est souvent qu'un terme 
nég-liffeable de la formule. 

Quant à la chronologie historique, elle doit reposer uniquement 
sur des textes sinon contemporains du moins très voisins de 
l'époque envisagée. 

En aucun cas il ne doit être tenu compte des temps indiqués 
par les légendes ou les mythes. 

Les histoires, chioniques, annales et autres écrits très posté- 
rieurs aux événements, n'olIVent qu'une valeur indicative; et, avant 
d'entrer dans la chronologie historique, doivent être vérifiés. 

En mettant en jeu tous les éléments fournis par l'histoire uni- 
verselle et en synchronisant les faits pour lesquels nous possédons 
des documents précis, nous parvenons à fixer une foule de dates 
venant encadrer les récits (1). 



(1) Oiielques synchronisnu's i)ciivent ôlic 
établis d'une façon certaine, par exemple 
ceux d'Aménopliis IV, roi d'EgyiJlcavecBour- 
na-Bouiiach, roi cosséen de Babylone cl de Ché- 
chonq 1, roi d'EyypIe avec Jéroboani, roi d'Is- 
raël. En ce qui concerne Bourna-Bouriach, roi 
cassite, nous savons que celte dynastie ré- 
ynail vers 1400 av. J.C. parce que Nabonid 
[b'>b à 538) nous enseigne, par ses inscriptions, 
que le roi cassite Chagacli-alli-bouriach ré- 
gnaitSOOansavanl lui. Mais d'autre part noussa- 
vons que Bourna-Bouriach était contemijorain 
de Pouzour-Aclichour, roi d'Assyrie, et nous sa- 
vons aussi <(ue Fouzour-Acbchour vivait avant 
Achchour-Ouballit, roi d'Assyrie. Nal)onid nous 
dit, que Bourna-Bouriach vécut 7U0 ans après 
riamrnourabi. Assourbanipal (667-62G) dit que 
le roi élaniile Koudour-Naiiliounta envahit la 
Babylonie 1635 ou 1535 ans avant l'époque où 
lui-même s'empara de Suse, c'est-à-dire en 
2285 ou 2185 av. J.C. Or c'est Ilamniourabi qui 
renversa le pouvoir élamite en Chaldée ; il vé- 
cut donc après Khoudour-Nakhounla. C est 
donc vers2-2(X» av. J.-C. que nous devons placer 
l'époque de son règne. 11 s'ensuit que Bourna- 
Bouriach, qui vécut 700 ans après Ilamniou- 
rabi, régna vers 1450 ou 1400 av. J.-C Mainte- 
nant il nous faut revenirà Achchour-Ouballit, 



l'un des successeurs de Pouzour- Achcbour, 
roi d'Assyrie, dont la date peut être li.vée au 
moyen des données suivantes: Bammàn-nirâri 
déclare être l'arrière-petit-fils d'Achchour-Ou- 
ballit. D'aulre part, Salmanasar I se dit lîls de 
Rammàn-niràri I, et Toukoulli-Ninip affirme 
être le fils de Salmanasar I.— Sennachérib fil 
faire sur argile une copie d'un le.vte de Tou- 
koulli-Xiuip qui avait été gravé sur un sceau 
de lapislazuli ; ce sceau avait été tiansporlé 
d Assyrie à Babylone et fut retrouvé par Sen- 
nachérib lorsqu'il s'empara de celle ville. Nous 
savons (pie Sennachérib régna d'environ 705 à 
081 av. J.-C. el Sennachérib nous dit que le 
sceau de Toukouiti-Ninip avait été emporté à 
Babylone 600 aii^ avant son temps. Il s'ensuit 
que la limite inférieure du règne de Toukoulli- 
Ninip doit être placée au plus lard en U80 av. 
J.-C; et comme rien ne prouve que le sceau de 
ce roi fùlde son vivant transporté à Babylone, 
nous pouvons allribuer à Toukoulti-Niiiip la 
date de 1300 environ av. J.-C Mais nous avons 
vu qu'Achchour-Ouballil était le cinquième 
ancêtre (graiid-grand-grand-grand-père) de 
Toukoulti-N'inip ; il a donc vécu environ cent 
ans avant lui. Donc Achchour-Ouballit ne peut 
pas avoir vécu plus lard que 1400 ans av. J.-C 
Ceci étant acquis, nous savons que les lettres 



DES SOURCES DE LA IM^KIIISTOIIΠKT DE LllISTOlHE 



29 



Toute autre méthode chronologique n'étant pas scientili([ue 
doit être rejetée. Pou i- h's débuts de l'hisloire, sur tout, il est essentiel 
(le l)ien faire ressortir les dates rigoureuses, de celles qui seule- 
nuMil sont supposées ou approchées. Il en est de même ch<v. tous 
les peuples dont nous j)ossédons peu l'histoire et (|ui, cependant, 
vivaient aux temps où d'autres nous fournissent une chronologie 
exacte. Si nous parlons d'eux à ces époques, ce ne doit être qu'en 
faisant toutes réserves snr le synchronisme adopté. 

Telles sont les principales sciences à même de fournir les hases 
sur lesquelles s'établissent la préhistoire et les débuts de l'histoire 
de l'homme. J'ai cru devoir insister plus longuement sur la linguis- 
tique que sur les autres ; parce (ju'à mon sens elle joue un rôle 
préj)ondérant dès que nous approchons des temps historiques. 
Pour les époques plus reculées, elle n'est d'aucun usage; c'est à 
l'anthropologie et à l'ethnographie seules que nous devons avoir 
recours, en ce qui concerne l'homme et les [)roduits de son 
industrie, dans les temps antérieurs à l'écriture. 



II. — Des sources de Ihisloire proprement dite (1). 

Les documents sur lesquels s'appuie l'histoire (2) proprement 
dite sont de quatre natures dilférentes : 

1° Les textes contemporains des événements, inscriptions, 
monnaies et médailles, histoires, annales et mémoires. 



(le Tell el Aniorna étaient écriles an roi Ame- 
iiophis IV, par Achchour-Ouballit son contem- 
porain, c'est d'inc vers 1400 av. J.-C. que nous 
devons placer Aménophis IV. Nous avons vu 
plus haut que Bourna-Bouriach était le con- 
temporain de Pouzour-.Vchchour, roi d'Assy- 
rie, prédécesseur dWciicliour-Ouballlit. C'est 
donc vers 1430 qu'il vécut. Mais nous savons 
également que Bourna-Bouriach était en rela- 
tions de lettres avec Aménophis III. Nous 
sommes donc autorisés à dire que le début du 
règne de ce Piiaraon ne peut être postérieur 
à 1450av. J.-C. Ainsi se trouve établi le syn- 
chronisme. 

Un autre non moins important est celui qui 
relie Chéchonq I, roi d'Egypte, à Jéroboam, roi 
de Juda vers 950 av. J.-C. Le premier fait 
historique syrien dont nous connaissons la 
date d'une manière certaine est la bataille de 
Kharkhar (854 av. J.-C) dans ia(pielle .Vliab 
et ses alliés furent défaits par Salmanasar IL 
roi d'Assyrie, qui régnait de 859 à 8^25 av. J.-C. 
C'est en partant de ces dates (ju'il a été 
possible de calculer celle de Chechon([ I el de 



Jéroboam. (E.-A. WALiis-BincE, .4 Hislonj of 
Egi/pt , vol. L 1902; Eytjiil, in Ihe Neolithic and 
Arcliaic periods, p. 153, S(].) 

'1) J. DE Morgan, les Recherches archéolo- 
giques, leur but et leurs procédés, ds Revue 
des Idées, 1900. 

(2) L'histoire se définit suivant la manière 
dont elle est traitée, (^est le « récit des choses 
dignes de mémoires » [Dict. de l' Acad.fr ); c'est 
" une narration ordonnée des choses notables 
dictes, faictes ou advenues dans le passé pour 
en conserver la souvenance à perpétuité » 
(Amyot, Préface. Trad. Plutan]ue)pour lesan- 
nallstes ; c'est « la science du développement 
de la raison « (L. Bouroeau, i Histoire et les 
Historiens. Paris, 1888, p. 5.) pour ceu.\ qui 
n'envisagent que l'esprit humain. Ces délini- 
tions ont toutes le grand défaut de ne pas 
être générales A mon sens, l'Histoire est la 
.science des enriutinemenis du progrès humain, 
comprenant les faits, leurs causes et leurs ré- 
sultats en ce (jui concerne 1 humanité, tant au 
point de vue matériel, qu'à celui des idées. 
fj. M.) 



30 LES PREMIÈRES CIMLISATIO.XS 

2" Les documents archéologiques, monuments et objets divers 
rencontrés sur le sol ou dans le sol. 

3" Les écrits postérieurs aux événements qu'ils narrent. 
Il" Les considérations tirées des sciences dont j'ai parlé plus 
haut (géologie, zoologie, botanique, anthropologie, ethnographie, 
sociologie, linguistique), auxquelles il convient d'ajouter les obser- 
vations sur les industries, les arts, le commerce, les connaissances 
scientifiques, etc. 

Les sources rédigées au temps des événements sont, sans 
contredit, celles de plus grande valeur ; car elles renferment les 
témoignages. Les secondes, bien qu'étant du même ordre, sont 
souvent d'une interprétation difficile et par suite donnent lieu à 
des déductions douteuses. Ouant aux troisièmes, elles exio^ent des 
vérifications avant d'être employées et les quatrièmes ne peuvent,, 
en général être d'usage que pour Texplicatiou des sources qui 
précèdent. 

Les textes contemporains, inscriptions sur pierre, argile, papv- 
rus, parchemin, poterie, etc. (1), sont des éléments certains. 
INIais avant d'en accepter les dires, il est bon de vérifier leurs 
assertions par d'autres textes d'origine étrangère ou par des faits ; 
car souvent, par vanité les inscriptions triomphales dénaturent 
la vérité ; augmentant la portée des événements glorieux, amoin- 
drissant la portée des revers. 

Pour l'Assyrie, par exemple, dont, dans la plupart descas, nous 
ne connaissons les annales que par les Ninivites eux-mêmes ; les 
victoires sont souvent amplifiées et les défaites, comme bien on 
pense, passées sous silence. Ce n'est que par les récits égyptiens, 

(1) Voici les époques approximatives des Grec. Vers le septième siècle av. J.-C. 
premiers textes connus dans les principales Latin. Vers le sixième siècle av. J.-('. 
langues : Punique. Huitième siècle av. J ~V.. (Car- 
Egyptien. Tablette d'ivoire du lombcau de thage ) 
Menés, XL' siècle env. av. J.-C. (Cf. De Mok- Ibérien. (Sur les monnaies). Premier siècle 
GAN, Rech. orig. Eyijple, 1897). av. J.-C. 

Akkadien. Antérieurement à 3800 av. J.-C. Rhune. Premier siècle ap. J.-C. 

Elamile. Vers le quinzième sièile av. J.-C. Cliinois. Dix ou douzième siècle av. J.-C. 

Assyrien Quinzième siècle av. J.-C. ? Perse. Texte de Cyrus (Persépolis^ vers 

Hébreu. Sixième siècle av. J.-C? 5^5 av. J.-C. 

Araméen. Huitième siècle av. J.-C Indien. Troisième siècle avant J.-C 

Phénicien. Dixième siècle environ. Indobaktrien. Troisième siècle av. J.-C. 

Héléen. Date incertaine, antérieure au dix- Textes d'Açoka. 

huitième siècle av. J.-C Zend. Zend-Ave-la attribué au deuxième 

Chypriote. Sixième siè< le av. J.-C. (Cl. siècle ap. J.C., n'existe qu'à l'état de copies 

Bréai.,.S. ledéchiff. des iiiscr. chypriotes. Pan^, récentes. (Seizième siècle ap. J.-C.) 

1877, in-i, 26 p.) Etrusque. Sixième siècle av. J.-C. 

Cretois. Vers le quinzième siècle av. J.-C. Proto-Elamite. Vers le trentième siècle av. 

Carien. Septième siècle av. J.-(.!. J.-'J. 

Phrygien. Septième siècle av. J.-C 



DES SOUHCES DE LA PRÉHISTOmE ET DE L'HISTOIRE 31 

J>abyloniens, élamites, vanniques, otc, qu'il est possible de- 
rectifier ces supercheries, etil eu est certainement de même, dans 
bien des cas, pour les récits pharaoniques, chaldéens, anzanites, 
ourartiens et autres. 

Malheureusement, il est bien rare que nous rencontrions des 
documents de deux sources dilTé rentes relatifs à un même fait 
historique ; le vaincu n'ayant jamais narré sa défaite. Mais il 
arrive parfois (|ue les deux s'attribuent la victoire. Dans ce cas, 
ce n'est que par les événements postérieurs et antérieurs, par des 
considérations sur l'ensemble de la politique à cette époque et 
dans ces pays, qu'il est possible de reconnaître celui des deux qui 
réellement a remporté l'avantage. 

En Egypte comme en Ghaldée, la vanité ou le fanatisme portait 
les vainqueurs à détruire les inscriptions triomphales des peuples 
dont ils mettaient à sac les villes. Ainsi, bien des documents furent 
irréparablement perdus. 

Les Elamites, cependant, moins barbares que leurs adversaires, 
se contentaient souvent d'emporter comme trophées les monu- 
ments, se faisant probablement grand honneur des hauts faits 
de ceux qu'ils avaient vaincus. Grâce à cette coutume, beaucoup 
de documents chaldéens sont parvenus indemnes jusqu'à nous(1). 

En Egypte, les inscriptions couvrent les rochers, les murailles 
des temples et des tombeaux ; en sorte que par leur grand nombre, 
par la duretéde la matière dans laquelle elles étaient gravées, elles 
ont généralement échappé au vandalisme; cependant celles laissées 
par les Hyksos ont été systématiquement martelées par haine pour 
les noms qu'elles étaient destinées à transmettre à la postérité (2). II 
en a été de même pour les inscriptions du schismatique Ivhoue- 
naten (Aménophis IV) après le rétablissement du culte ortho- 
doxe (3). 

Les tablettes d'argile et les briques inscrites employées 
dans les constructions, sont, en Asie, les documents écrits qui 
ont le mieux résisté ; leur très grande abondance, la difficulté 
qu'on rencontrait à les détruire les a sauvés. Malheureusement, 
ces textes historiques sur briques sont fort courts, et ceux plus 

(1) Le souverain élamite Choiitroiik Nak- (2) Cf. Musée du Oaiiv. Monuments décou-, 

liounta est celui qui a rapporté à Suse le plus verts par Mariette dans les ruines di- Tlia- 

^rand nombre de trophées épigrapliiques de nis. 

M'- campagnes en pays sémitiques. (Cf. Mé- (3) Cf. Sépultures de Tell f\ Amarn«. 

inuin's de la Délétjdlion en Perse.) 



32 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



étendus sur tablettes n'ofïVent,le plus souvent, qu'un intérêt secon- 
daire (1). 

En Ghaldée, les briques presque toujours estampillées, sont 
peu variées. A Suse, et presque partout en Elam, au contraire, 
elles ont été inscrites à la main, sur la tranche, avant la cuisson 
et chaque prince, ayant construit, inscrivit sur ses matériaux 
son propre nom et celui de son père. C'est en s'appuyant sur ces 
données que V. Scheil a pu reconstituer avec certitude la liste des 
souverains élamites. 

B,, roi de Suse, fils de A., roi de Suse, construit un temple; C, 
roi de Suse, fils de B., en construit un autre, et ainsi de suite. 

Cette liste étant établie, d'autres documents viennent fournir 
le nom de personnages contemporains, ayant vécu dans d'autres 
pays ; et parfois nous connaissons la date de ces étrangers. 11 s'en- 
suit, alors, que certains points sont fixés chronologiquement dans 
la liste élamite,et que les intervalles entre ces dates sont occupés 
par les règnes des souverains dont l'époque varie entre deux 
limites fixes. 

En Chaldée, tous les documents écrits (2) sont donc sur pierre 
ou sur argile. Il en est de même pour tout ce que nous possédons 
comme originaux sur les Perses, les Ourartiens, les Elamites et 
quelques peuplades sémitiques de la Syrie (3). 

En Asie Mineure, chez les Hétéens, les Cypriotes, les Grecs; 
et en Europe, chez les Etrusques, les Latins (/j), les Gaulois, les 



;1) Leslexles sur tablelles d'argile sont par- 
fois extrêmement nombreux. Il sulfira de dire 
«juils composaient à Koyoundjik (Ninive) la 
bibliothèque royale et que par ailleurs, dans 
certaines localités (Telloh), on en a rencontré 
des groupes de plus de trente mille. 

(2) Ce qui dislingue les écritures modernes 
rationnelles des écritures antiques, c'est ((ue 
nos écritures se composent uniquement de 
signes conventionnels et excluent l'idée de 
figuration. C'est dans cet esprit que désormais 
évoluera l'écriture dans les rares pays où les 
procédés antiques sont encore en usage. Pour 
rendre les services qu'on attend d'elle, l'écri- 
ture doit être aussi cursive que possible. Cette 
condition exclut de l'usage une foule d'écri- 
tures compliquées de l'Orient, et quel(|ucs- 
unes encore usitées t-n Europe, telles les écri- 
tures slaves et gotliiques. Toutes disparaîtront 
devant l'alphabet latin dès aujourd'hui le plus 
/usité et pouvant s adapter à toutes les langues 
Cf. Alphabets linguistiques de Le[)sius, de Ros- 
;ty, etc.l. Il y a phis d un siècle que l'applica- 
tion de l'alphabet latin à toutes les langues a 
été préconisé (Cf. C.-F. Volmev, Simplification 



des langues orientales ou méthode nouvelle et 
facile d'apprendre les langues, arabe, persane et 
turque, avec des caractères européens. Paris, 
an III de la République (1795). in-8.) 

C'est par suite de l'extrême difliculté de rendre 
cursives les écritures hiéroglyphiques et cu- 
néiformes que toutes deux ont disparu de 
bonne heure. (J. M.) 

(3) Certainement, pour l'Asie antérieure, tous 
les textes n'étaient pas écrits sur pierre, argile 
ou métal ; il en était (comme en Egypte) sur 
bois, parchemin, étoffe, etc. Mais ils ne sont 
pas arrivés jusqu'à nous, par suite de l'humi- 
dité de ces régions. Dans les fondations du 
temple de Chouchinakà Suse, nous avons ren- 
contré de minces feuilles d'or et d'argent qui 
probablement plaquaient des objets de bois ; 
elles sont couvertes de signes (Cf. Mém. Délég. 
en Perse, t. VII, pi. XII.) Les textes assyriens 
parlent parfois de chars couverts de pein- 
tures (Cf. Inscrip. d'Assourbanipal.) Ces orne- 
ments étaient sùrementacconqiagnés d'inscrii)- 
tions. 

4) Sauf les papyrus découverts à Ilercula- 
num (Cf. Musée de Naples) et en Egypte. 



DES souRCKs Di: LA PHKnisToirΠi-T DE LnisToiiu- :\:^ 

Ibères, (île, nous ne possédons que des documents contemporains 
(les faits, écrits sur pierre et sur métal. 

En Egypte (1), grâce aux merveilleuses facultés conserva- 
Iriccs du climat cl du sol, les documents ne sont pas uniquement 
sur pierre; mais aussi sur bois, cartonnage, papyrus, |)archemin, 
étoile, etc. On rencontre non seulement des textes hiérogly- 
phiques, hiératiques et dénjotiques; mais aussi du grec, du latin, 
de l'araméen, de l'hébreu, tlu pehlevie, sans compter un certain 
nombre d'écritures encore indéchiflVées. 

A ces documents écrits, contemporains des événements, il 
convient d'ajouter les monnaies et médailles (2), dont le secours 
est grand à partir du septième siècle avant notre ère. Parfois elles 
sont datées (3); toujours elles fournissent de précieuses indica- 
tions historiques (/i) et géographiques (5). 

Il n'existe aucune monnaie ou médaille portant des textes hié- 
roglyphiques ou cunéiformes; cependant ces systèmes d'écriture 
étaient encore en pleine vigueur lors de l'usage du numéraire. En 
Egypte, la frappe ne commence qu'avec les Ptolémées; en Perse, 
on monnayait pour la couronne, sous les Achéménides, l'or et l'ar- 
gent sans légendes ; mais avec texte phénicien ou araméen dans 
les satrapies de Syrie et d'Asie Mineure. 

Pour les temps très anciens, jusqu'au troisième siècle, les 
légendes numismatiques furent en grec, en phénicien, araméen, 
punique. C'est plus tard seulement qu'on vit apparaître le latin, 
libérien, le bactrien, l'himyarite, le pehlevie, etc., et le chinois: 
mais je reviendrai plus loin sur cette importante question i\\i 
numéraire et de sa circulation de par le monde. 

Telles sont les sources les plus sures des premiers tem|)s histo- 
riques; il convient d'y ajouter quelques auteurs très anciens, tels 

(1) C'est surtout au coins du nouvel Empiro (3) Les monnaies des rois de Syrie, entre 
(XVIII' à XXIl' djnastics; que, la préparation antres, sont datées d'une ère spéciale dite des 
des momies étant plus soignée, les papyrus Séleucides commençant en 312 av. J.-C. et. 
c[ui accompa<T;naient le corps sont les mieux qui fut usitée, dans bien des pays de l'Orient 
conservés (Cf. Musée du Caire, papyrus (Syrie. Perse) sous les Parlhes (Egypte, etc.). 
royaux de Deïr el Bahri, des prêtres d'Am- (4) Bien des dynasties ne sont connues que 
mon, etc.); pour l'ancien et le moyen empire. parla numismatique, celles entre autres de 
la conservation laisse beaucoup à désirer. On Bactriane, de Persépolitainc, d'Elymaïde, etc.: 
rencontre aussi des papyrus, et en nombre. sans compter les usurpateurs romains sur les 
dans les ruines des villes. I.e Fayoum en a quels l'histoire se lait, tels Pacatianus. Do 
fourni une grande quantité, la plupartsonl de mitianus (emp. gauloisj, etc. 

basse époque (ptolémaïque ou romaine). (J M.) (5, l'resque toutes les villes grecques el phé 

(2) Cf. Kn. Lknormant, la Monnaie dans l'an- niciennes de l'antiquité ont frappé monnaie. 
liqaité. Paris, 1878, 3 vol. — Id., Monnaies et Les indications que fournissent ces médailles 
médailles, ds Bibliol. de l'Enseignement dex ont permis de contrôler les dires des géogra- 
fieaux-Arls. phes. Plolémée, Strabon.etc. 



3/i LES PREMIÈRES r.l\ ILISATK t\S 

que Gtésias, Bérose, Sanchoniaton et Hérodote qui, pour la plupart, 
ne nous sont malheureusement parvenus qu'à l'état de fragments, 
tous sous formes de copies de seconde main. 

Chez ces auteurs, il faut distinguer deux classes dans les sources : 
l'une correspondant aux faits que ces écrivains ont vu se dérou- 
ler, l'autre comprenant les renseignements qui leur ont été nar- 
rés par les indigènes ou par les prêtres (1). Pour les événements 
s'étant passés de leur temps, ces historiens sont fort précieux ; 
pour les autres, ils rentrent dans la catégorie des auteurs posté- 
rieurs; avec cette différence qu'étant beaucoup plus anciens que 
la plupart des classiques, ils ont souvent puisé dans des sources 
originales disparues après eux et avant leurs successeurs. 

L'Orient posséda de nombreuses bibliothèques, en Egypte (2 
et en Chaldée (3), chaque temple avait la sienne ; les villes de Phé- 
nicie conservaient leurs annales. Tous ces trésors ont été détruits : 
nous n'en possédons que d'informes et rares débris et il n'y a 
guère d'espoir qu'on retrouve jamais les ouvrages perdus. 

Des fragments qui nous restent des auteurs classiques, nous 
ne possédons pas les originaux, sauf dans quelques rarissimes pa- 
pyrus trouvés en Egypte. Il ne nous est parvenu que des copies faites 
au moyen âge et souvent fautives, spécialement en ce qui con- 
cerne les nombres et les noms propres; il y a donc lieu d'être 
très circonspect en ce qui regarde ces données. Ces auteurs onl 
toutefois été, dans ces derniers temps, l'objet d'études très atten- 
tives de la part d'hellénistes de premier ordre, et les éditions dont 
nous disposons aujourd'hui, ayant subi toutes les correction.s 
et rectifications dont elles étaient susceptibles, présentent de 
sérieuses garanties. 

En ce qui touche à l'histoire du monde oriental, les auteurs 
grecs ont défiguré les noms propres à tel point qu'il est parfois 
très difficile de les reconnaître dans ceux fournis par les docu- 
ments originaux (4) ; de sorte que les listes classiques de souve- 

(1) A ce point de vue Hérodote est fort pré- [Musée britannique), mais elle renfermait peul- 
■cieux, car il indique toujours ses sources. être aussi des parchemins, papyrus et. autres 

(2) Dès la VI'^ dynastie, un haut fonctionnaire matières qui ont disparu. A l'époque d"Ale3san- 
prend le titre de « Gouverneur de la maison dre les bibliothèques chaldéenncs sur ai^le 
des livres ». (Lepsius, Denkm., II, 50.) Le lem- existaient encore (Simplichjs, Commentaire sur 
pie dlmhotpou. à Memphis, avait sa bibliothè- Arislole. De Caelo, p. 503. A.) 

que (G. Maspero. //f.sfo/re a/ic. de.s peupfp.'? (/e (4j ilsaor/pt; = Zoserliti. (Pharaon delà 

VOrkni, b' éd., 1893, p. 74 ) j|j. dynastie); KepaepT.ç == Snofrou (HI« Dyn.l ; 

(3 La bibliothèque du palais d'Assourbanipal ,, . u . ..r .i.,i t^ 

à Ninive, découverte par Layard (JVia.t^eA end A.aspijç - Amenemhat lil XW Dyn. . 

Babylun), se composait de tablettes sur argile SxEfjiidopi: = Sovkounofriou {XII« Djn.). 



DES SOL'RC.HS UK LA IMîKlIlSTOIlU-: l.T Hi; I. IIISTUIUK .S.", 

rains ne doivent plus entrer en ligne tie compte. Ce sont seuls 
les noms tirés des écrits indigènes qui méritent considération (1 1. 

Jusqu'au début du dix-neuvième siècle, nous ne possédions, 
pour nous guider dans l'histoire de la haute antiquité, que ces 
auteurs et la Bible à laquelle on attribuait une antiquité extrême- 
ment reculée, alors que sa rédaction n'est certainement pas au 
plus tôt antérieure à Hérodote. Aussi Tliistoire n'était-elle com- 
posée alors que d'un tissu de fables et de légendes dans les- 
quelles les peuples hébreux et grec jouaient le rôle le plus impor- 
tant, comme passant pour avoir été les seuls promoteurs des 
idées philosophiques et de la civilisation moderne. 

A peine connaissait-on les auteurs arabes, arméniens, pej- 
sans, syriaques qui, lors de leur étude, déçurent d'ailleurs l'al- 
tente; car, en ce qui regarde l'anticjiuté. ils nont fait que copier 
sans discernement (2) les classiques et n'olTrenl d'intérêt que 
pour les faits dont ils ont été témoins, c'est-à-dire pour des événe- 
ments postérieurs au début de notre ère. 

C'est donc seulement depuis la découverte de l'interprétation 
des langues mortes orientales qu'est réellement née l'histoire 
ancienne. Chaque jour elle se complète par la découverte de nou- 
veaux textes d'une inestimable valeur et peu à peu nous la pos- 
séderons sans lacunes ; mais intei'viennent alors de grandes dif- 
ficultés, le déchiffrement de ces textes et leur interprétation. 

En Egypte (3) la tâche est devenue moins ardue depuis les 
admirables travaux de Champollion, de Lepsius, de Brugsch, de 
Rougé, de Maspero, etc. On lit les hiéroglyphes avec facilité : 
quoit(ue la comjîréhension de l'esprit de ces textes soit souvent fort 
difficile, surtout alors qu'il s'agit de compositions philosophiques. 
Cela tient non pas à l'imperfection de la méthode de lecture, ni à 
l'insuffisance de nos connaissances en égyptien; mais bien à ce que 
nous ne pensons pas encore dans l'esprit de ce peuple. Les nom- 
breusescritiques dont la traduction du Livre des mor/s, par Maspéro. 
a été l'objet, n'ont pas avancé la question et n'ont guère eu pour 

^11 Bien des liisloriens, Hérodote le premier, (2) Moise de Korcne l'avoue lui-même (Cf. 

onl cherché à encadrer les faits historiques Irad. V Langlois.j J. de Mokgan, Miss, se 

daus une formule générale séparant nettement au Caucase, t. II, p. l^t, entre autres, 

les diverses phases. Mais cette tendance se (3) L'usage des hiéroglyphes s'est con- 

trouve cocnbaltue jiar les continuelles decou- tinué, sans grandes inodilirations, dccuis 

ve-les de lestes contemporains des faits. G est I époque de Menés, jusque 1 Empire roniain. 

ainsi que les trouvailles récentes de G. Le- Ln déblayant en 18 3 le lemplo d'Ombos j'ai 

grain à Karnak portent une grave atteinte à la trouvé, gravé sur l'une des colonnes de la 

succession des dynasties pharaoniques. (J.M.) cour le cartouche, de l'Empereur Géta (J. M.) 



36 I^KS PREMIÈRES CIVILISATIONS 

résultat que de montrer l'énorme supériorité de l'égyptologue 
français sur ses contradicteurs. 

Pour les textes cunéiformes (1), c'est une tout autre chose ; 
d'abord parce que les signes sont bien moins facilement recon- 
naissables que ceux du système hiéroglyphique; ensuite parce que 
cette écriture s'est modifiée suivant les temps et suivant les pays 
qui l'employaient et que, su r l'argile, elle était devenue, surtout vers 
la fin de son usage, extrêmement cursive et embrouillée ; parce 
qu'enfin elle a été mise au service d'un grand nombre de langues 
très difTérentes, tant par leur vocabulaire que par leur structure 
grammaticale, l'akkadien, l'assyrien, l'anzanite, le vannique, le 
perse, etc. 

Les assyriologues sont beaucoup moins nombreux que les 
égyptologues; d'abord parce que leur science est plus ardue, 
ensuite parce que les documents asiatiques étaient jusqu'à ce& 
derniers temps bien moins abondants que ceux de la vallée du 
Nil et que, par suite, il était moins aisé de s'exercer. 

A peine compte-t-on aujourd'hui, en Europe, quatre ou cinq 
de ces savants dont l'opinion fasse autorité et, parmi eux, est 
Y. Scheil que j'ai la bonne fortune et l'honneur d'avoir pour colla- 
borateur dans mes travaux en Perse. Son nom restera à jamais 
attaché à sa magistrale traduction des lois de Hammourabi (2) et 
au déchiffrement des textes élamites (3), tour de force accompli 
sans l'aide d'un bilingue. 

Pour les époques qui suivent le cinquième siècle avant Jésus- 
Christ, nous sommes peut-être moins riches en documents épigra- 
phiques (ù) ; mais, jusqu'à notre ère, les historiens se contrôlent 
les uns les autres, tandis que l'épigraphie et la numismatique 
viennent corroborer leurs assertions. 

C'est pour cette époque que le champ est le plus largement 
ouvert à la critique; parce qu'elle est celle pour laquelle les 
renseignements sont les plus nombreux. Mais, là encore, on est, à 
mon sens, tombé dans un excès en portant l'hellénisme si haut 
qu'il écrasa longtemps toutes les autres branches de l'histoire. 
Certes lesGiecs méritent une très grande place parmi les peuples 

(1) L'inscription cuiiriforme la plus moderne (i) Cf. V. Scheil. iUf'/n. (/e la Déléy.en Perxc^ 

connue jusqu'ici, porte le nom tlu roi P.'irlhe t. IV. 

Pacorus(77-lll ap. J.-C ), contemporain de l'em- (.3) Cf. V. Scheil, Mém. de la Délég. en Perse. 

pereur Trajan (Cf. J. Oppert. Mélanges dAr- t. IH, 1901; V, 1904; IX, 1907. 

rhéologie égyptienne et assyrienne, t. Lpp- 33- (4) Les textes lapidaires très nombreux sonl 

29). beaucoup moins longs et importants. 



DES SOURCES DE LA PKÉllISTOIUE ET DE LIIISTOIIŒ 37 

auxquels nous devous la civilisation ; mais ils ne sont pas seuls 
dans les temps qui précédèrent la prépondérance romaine et ils 
ne sont pas les auteurs de tous les progiès. Leur rôle politique, 
jusqu'à l'entrée en scène d'Alexandre III, n'est, en somme, que 
très secondaire. 

Cette tendance s'explique par ce fait que les études grecques, 
plus abordables que celles des langues orientales, ont été dans 
tous les pays européens très suivies depuis jjlusieurs centaines 
d'années; que les hellénistes étant très nombieux et comme 
presque tous les philologues, souvent quelque j)eu (exclusifs, ont 
donné aux Hellènes une position trop importante pour le rôle 
<|u'a joué cette famille jusqu'au quatrième siècle avant J.-C. 

Ainsi, fréquemment l'histoire s'étend sur les faits et gestes d'in- 
signifiantes petites bourgades grecques; alors que des actes très 
importants du monde oriental sont presque passés sous silence. 
Cette tendance à l'exagération, très humaine d'ailleurs, est du 
même ordre d'idées que celle qui fit attribuer au peuple juif une 
importance prépondérante dans la haute antiquité. 

Je ne parlerai pas des textes hindous, kmères, chinois, etc.; 
ils font l'objet d'études tout aussi suivies que Tégvptien et 
l'assyrien et apportent chaque jour leur contribution à l'avance- 
ment de l'histoire générale, mais ne sont j)as de grande portée. 

De l'Amérique, malgré l'extrême abondance des inscrip- 
tions (1), nous ne connaissons rien; bien (|ue des philologues 
d'une indiscutable sagacité eussent, à maintes reprises, tenté le 
déchiffrement des hiéroglyphes du nouveau monde ; c'est que 
pour ces textes, nous ne possédons aucun bilingue. Le fana- 
tisme religieux des Espagnols, en brûlant les archives et les biblio- 
thèques du Mexi([ue, a détruit toutes les clefs à l'aide desquelles 
ces annales pouvaient être interprétées. Ce crime pèsera tou- 
jours sur le souvenir des « Conquistadores ». 

Les recherches archéologiques sont de beaucoup celles qui 
fournissent les données les plus précieuses. C'est par elles que 



(1) L'écriture azièqiie parait avoir été com- /'yl«/(V/(ii7e, 18'J1, p. 23).— Mission scienlifiqiic nu 

mune aux différentes races, Tollèques, Clii- Mexique : Rech. Hi.il. el Arcliéol., pnlil. s. la 

chimèques, Aztèques, qui ont successivement direction de E.-T. Hamy- I" partie, Hi>l<>irP... 

envahi le Mexique, venant du Nord el qui Paris. 181^5, in-4. Cf. au musée du Troradéro le 

toutes appartenaient à la grande famille des moulage de la célèbre tablette du Temple ili- 

Naliuas; elle se composait d'images peintes la Croix à Palenqué, document hiéroglyplii- 

ou sculptées, qu'accompagnaient de courtes que du pius li;iut intérêt. 
légendes (Cf. Pu. Bercjer, Hist. Ecriture de 



:;ïi LES PItHMIÈRES CIVILISATIONS 

nous possédons les textes contemporains des faits, la connais- 
sance des monuments et ces milliers d'objets qui, par leur pré- 
sence, permettent de reconstituer la vie intime et publique aux 
diverses époques et d'interpréter les récits historiques. 

L'archéologie est une science des plus comj)liquées ; car non 
seulement elle embrasse tout ce qui a rapport à l'homme, mais 
doit étudier aussi les phénomènes naturels ayant influencé sa vie. 
(^n la peut diviser en trois parties bien distinctes : l exploration. 
Viîwention et l interprétation. 

L'exploration est. de beaucoup, la phase la plus ardue dans la 
tâche de l'archéologue; car,/îe devant rien abandonner au hasard,. 
il doit, par des études préparatoires, posséder tout ce qui se sait 
sur la matière à laquelle il se consacre et connaître dans ses moin- 
dres détails, et à tout point de vue, le pays qu'il a choisi pour 
ses recherches. Ce n'est qu'à la suite de ces études approfondies, 
en se basant sur les moindres indices judicieusement interprétés, 
qu'il sera justifié dans l'attaque d'un site antique. 

L'invention (je dis invention et non découverte, parce que je 
n'admets pas comme scientifique les découvertes fortuites, les 
trouvailles qui ne sonl que des aubaines (1), l'invention, donc, 
résultante de l'exploration, nécessite des travaux de fouilles exi- 
geant, pour être bien conduits, des études préalables spéciales 
sur l'organisation des chantiers, les moyens d'attaque, l'évacua- 
tion des déblais, le déblaiement des monuments, etc., connais- 
sances dont, généralement, les archéologues ignorent jusqu'aux 
premiers éléments. Elle requiert une observation minutieuse et 
savante des conditions dans lesquelles se trouvent les choses, 
des rapports existant entre elles. 

L'invention doit être le résultat de calculs, de conclusions 
régulièrement amenées ; et il est aussi déraisonnable de qualifier 
d'heureux un archéologue parvenant au succès par des moyens 
scientifiques, que d'attribuer de la chance à l'astronome, qui, 
par ses déductions mathématiques, découvre une planète. 

L'interprétation qui, jusqu'ici, est presque toujours demeurée 
entre les mains des savants de cabinet, devrait, elle aussi, rentrer 
dans le domaine de l'inventeur ; car, connaissant seul toutes les 

(1) Les momies royales, celles des prêtres Bosco Reale, ceux de Kerlch, el tant d'autres 

d'Ammon, découvertes par des fouilleurs illi- sonl des aubaines. Ce qui, d'ailleurs, n'a pas 

cites à De'i'r el Rahri, ont été signalées par empêché les archéologues d on tirer un 1res 

la police au service des Antiquités; le trésor de grand parti scientifique. (J M.) 



DES SOURCES 1>K l, A PRÉIHSTOIRE Kl DE LlllSTOlRH .^9 

circonstances des découvertes, il est dans les ineilleuies condi- 
tions pour tirer d'une inscription toutes les inloiniations dont 
ce document est capable. 

Ainsi, Ihéoriquenient, l'archéologue deviail posséder toiiles 
les sciences dont l'étude de rantiqnité meta |)ront les connais- 
sauces; mais pratiquement il ne le peut, tant sa lâche serait vaste. 
Des recherches conduites par un tel homme produiraient le 
maximum de notions et, partant, seraient les plus prolilables à 
l'histoire. 

Dans la léalite, les choses ne se passent pas ainsi. Presque 
toujours les mémoires archéologiques sont écrits par des personnes 
n'ayant jamais vu les pays dont elles parlent; décrivant et e.\|)li- 
quant des monuments dont elles ne connaissent pas les affinités 
extérieures, des objets qui leur parviennent soit de chei-cheurs 
ignorants, soit même par le commerce. En sorte qu'il se débite, 
de ce fait, une foule d'erreurs fort préjudiciables à la science. 

C'est afin d'obvier à ces graves inconvénients que la France a 
fondé ses grandes missions permanentes au Caire, à Athènes, à 
Home, en Peise, en Tunisie, en Indo-Chine, et qu'elle envoie, de 
par le monde, tant de missions temporaires. L'Allemagne a suivi 
son exemple; aussi ces deux pays tiennent-ils aujourd'hui la tète 
du mouvement archéologique et historique. 

Beaucoup d'autres en sont encore à l'étude unique des objets 
venus par le commerce. Je n'insisterai pas sur la confiance que 
doivent inspii'er de tels documents et les travaux anx(|uels ils 
servent de base. 

Il était jadis de bon ton parmi les savants spécialistes de 
négliger, je dirai plus, de mépriser tout ce qui ne rentrait pas 
dans leur spécialité. Cet état d'esprit, néfaste au point de vue 
scientifique, tend aujourd'hui à disparaître. On com[)rend mainte- 
nant que le spécialiste n'est autre que l'ouvrier dans la construc- 
tion du monument dont l'historien est l'architecte et que, pour ache- 
ver l'œuvre, le concours de tous les corps de métier est nécessaire. 

Il s'en faut de beaucoup que tous les pays soient également 
explorés au point de vue archéologique. Tous ne présentent pas, 
il est vrai, la même importance historique ; mais le malheur veut 
que la plupart de ceux où se sont développées les premières civi- 
lisations, offrent de telles conditions que les recherches y sont 
pai'liculièrement difficiles. 



!xO LES PREMIÈRES CIVILISATR)NS 

Presque toute l'Asie antérieure est dans ce cas ; les communi- 
cations y sont pénibles, souvent même dangereuses et l'adminis- 
tration du pays ne possède pas grand moyen de faire elle-même 
les études; en sorte que la plupart des sites antiques sont jour- 
nellement dévastés sans profit scientifique (1). 

Certainement que, malgré ces difficultés, la Chaldée, grâce; 
à l'inlassable énergie de quelques archéologues (2), a déjà 
fourni bien des enseignements ; mais combien elle a été peu 
inexplorée par rapport à l'Egypte, à la Grèce, à l'Itaie! et encore 
ce que nous connaissons d'elle aujourd'hui provient-il en majeure 
partie de travaux effectués sur le sol persan ! 

L'archéologie de l'Iran est depuis dix ans confiée à la France, 
La Perse est aujourd'hui un pays ouvert. Je n'insisterai pas sur 
les résultats obtenus dans ces premières années de fouilles, tant 
dans le Sud que dans le Nord du pays. 

L'Afghanistan, l'ancienne Bactriane, est absolument fermé. Il 
en est de même pour l'Arabie, la Chine (3), l'Asie centrale où les 
voyageurs ont peine à pénétrer. Ces pays n'ont encore fourni que 
bien peu d'indications. Mais l'Asie orientale importe moins; car, 
ayant vécu retirée de la politique générale, elle n'entre, semble-t-il, 
pour rien dans les origines de la grande civilisation. 

Quant aux autres contrées, toutes sont phis ou moins ouvertes 
à la science; elles ont été étudiées depuis longtemps et ont fait 
l'objet de travaux considérables. Toutefois, dans l'état de nos con- 
naissances, sur chacune d'elles, sont bien des degrés; car pour 
certaines, les études ne font que débuter, tandis que pour d'autres, 
elles sont déjà vieilles de plusieurs siècles. 

Je citerai en première ligne l'Egypte (/|), la Grèce (5), l'Ita- 
lie (6), l'Algérie et la Tunisie (7j, la France, la Suisse, l'Allemagne, 

(1) D'après les anciens règlements turcs, lar- la ivligion (jiii ditend de toucher aux toni- 
chéologue désireux de faire des fouilles devait beaux. 

d'abord déposerune caution, puis prendre avec {il Les règlements égyptiens sur les fouilles 

lui à ses frais un surveillant auquelil payait archéologiques encourageant les archéologues 

500 francs par mois. Tous les objets décou- et leur faisant une large part dans leurs décou 

verts étaient, au fureta mesure des fouilles, vertes enrichissent chaque année le Musée 

saisis et expédiésau Musée de Constanlinople. du Caire et permettent l'exploilalion scienti- 

n en résulte que la majeure partie des res- fique des sites antiques (lui sans ces travaux, 

sources de larchéologue étaient mangées en seraient dévastés par les fellahs, 

frais généraux et qu'il n'avait droit à aucun (5) Les règlements grecs, extrêmement oné- 

prodtiit de son travail De là provient que le reux pour le fouilleur, ne lui laissent la pos- 

sol turc n est presque pas exploré scientifique- session d'aucun objet. 

ment, mais a été dévasté par les indigènes. 11 (6) L Italie, qui laisse libres les recherches 

en est de même pour la Cyrena'ique. (J. M.) arcliéologiques, ne se réserve qu'un droit de 

(2) I-oflus, Taylor, Place, Layard, Oppert, préemption lors de l'exportation des objets, 
de Sarzec, etc. (7) Où la France entreli<!nt un service régu- 

(3) En Chine, les fouilles sont interdites par lier des Antiquités. 



UFJS SOURCES DE LA PRÉHISTOIRE ET DE l/mSTOIHE /| | 

l'Autriche, les iles Biitaunicjues, les pays Scandinaves, les États- 
llnis d'Amérique du Nord '1); contrées dans lesquelles il y a certes 
encore bien des découvertes à faire; mais qui tiennent la tête du 
mouvement archéologique. 

Viennent ensuite la Tur([uie, les Eialkans, le bas Danube, la 
Russie (2), ri^spagne, le Portugal, le Japon, les Indes, les colonies 
anglaises, françaises, hollandaises, le Mexique, l'Amérique cen- 
trale, le Chili, le Pérou (3), bien peu explorés. 

Enfin tous les autres pays du monde sont encore presque 
fermés, soit |)ar des difficultés naturelles, soit par la mauvaise 
volonté, la jalousie, la cupidité ou l'incurie des populations (jiii 
les habitent. 

Parmi les pays demi-ouverts aux recherches, il en est qui soni 
plus ou moins favorables aux savants. 11 en est aussi qui, se 
réservant les travaux, ne possèdent ni les moyens scientifiques, ni 
les ressources matérielles pour les eOéctuer. 

Ces entraves ne sont |)as seuleihent un retard apporté dans 
l'avancement de la science; c'est pour elle un préjudice énorme. 
Car, durant ce temps, les sites antiques sont, dans un but vénal, 
pillés par des mains indignes (4). et ainsi, les documents se per- 
dent sans espoir d'être jamais relruiivés. 

Nous connaissons donc aujourd'hui les pays où se sont pro- 
<luits les effets; tandis que ceux c|ui sont le théâtre des causes 
restent encore bien peu étudiés. Deux régions surtout oUreiit 
un intérêt capital : l'Arabie, la Clialdée et toute l'Asie anté- 
rieure, en ce qui concerne l'évolution sémitique. L'Altaï, le 
Pamir, l'Afghanistan et la Transcaspienne en ce qui regarde l'ori- 
gine des peuples aryens. L'histoire des autres contrées n'est 

(1) En France. Suisse, Allemagne, Autriche- à conslruirc la maison d un pacha, les infî«' 

Hongrie, Scandinavie. Granrie-Bielajinc.Elals- nieurs du canal de Suez ont brisé à la poudre 

Unis, les fouilles peuvent être considérées une stèle quadrilingue achéménide, presque 

comme libres. loiiles les nécropoles ont été dévastées. En 

(i) En Ru isie les fouilles sont prohibées. Le Syrie, les sépultures phéniciennes sont en 
monopole en appartient à la Socielé russe core e.xploitées. En Chaldée, rVrcdeClesi- 
•rArchéologie qui ne fait rpie d'insignilianls plion a été. dans les dernières années, en par- 
travaux, t'^' <lémoli pour construire une école à laide de 

(;j) Les nécropoles <lc l'Amérique centrale cl ses matériaux. Tous les tells soni lobjel de 

méridionale ont été exploitées pour la recher- fouilles clandestines. En Perse, il se donne de 

elle des méuiux précieux quelles renfer- vérilablesconccssions de terrains anliquesqui. 

maient. parla vages, produisent des métaux précieux 

(i, Ucstpeu de paysdOrient dont les An- Dans le Caucase et le Talyche, les indigènes 

tiquilés ne soient <lévaslées et les monuments exploitent les anciens tombeaux pour vendrr 

détruits dans un bul vénal En Egypie. avant au poi.ls les métaux qu'ils y trouvent. naii> 

les nouveaux règlements, le Temple d'Ermenl pres(|ue tous les pays il se pra.i(|ue de- 

a fait les frais de la conslruclion dune sucre- fouilles dont le produit alimenie d'antiquités 

j-ie voisine, le temple d'Eléphanline a servi les marchés d Europe. 



Il2 LES I^IÎEMIÈRES ClVILISATIONy 

({u'accessoire par rapport à celle de ces foyers d'où est sorti le 
monde moderne. 

Quant à l'ancienne rédaction de l'histoire elle-même, à l'es- 
prit des textes antiques que nous tenons à notre disposition, la 
eiitique la plus sévère est de rigueur; car, presque toujours, les 
faits sont présentés avec un parti pris fort nuisible au jugement 
impartial de celui qui consulte ces sources. 

Pour certains historieus il n'existe que les grands hommes; 
pour d'autres, les personnalités disparaissent devant les ten- 
dances des peuples qu'elles conduisent, devant les croyances 
religieuses, ou devant toute autre force dont l'affirination est 
pensée dominante chez l'auteur. 

Sans partager le sentiment de ceux des écrivains modernes (1) 
qui ne voient dans l'histoire que des héros, nous devons cepen- 
dant reconnaître que c'est surtout [)ar les souverains que les 
annales se manifestent ; que les grands hommes personnifient, en 
les exagérant souvent, les qualités et les défauts de leurs sujets 
et que, par suite, ils fournissent les meilleures indications sur lé 
caractère des peuples; éléments d'appréciation qui, la plupart du 
temps, nous manqueraient sans eux. Quelle description, en efiet, 
est capable de mieux caractériser les Assyriens qu'une |)age des 
fastes de Sennachérib ou d'Assourbanipal ; de faire mieux com- 
prendre les Perses que le récit d'Hérodote sur les règnes de 
Darius ou d'Artaxerxès, la Grèce conquérante que la vie 
d'Alexandre, la puissance impériale romaine que les règnes 
d'Auguste ou de Trajan? 

Les peuples eux-mêmes, ouvriers de la civilisation, c'est sur leur 
compte que généralement les annalistes s'étendent le moius, con- 
sidérant leurs efforts comme d'intérêt secondaire (•>) ; alors que 
le plus souvent les actes des souverains n'ont été que l'exécution 
plus ou nu)ins consciente des désirs et des volontés de leurs 
sujets, (juele rollet diin état général des esprits. 

La plupart des grands despotes ne doivent être considérés 
(|ue comme les représentants de la pensée des peuples, les uns 
ne dépassant pas les limites des volontés nationales ; les autres 
entraînant leurs sujets dans l'exagération de leurs tendances; 

(1) Cf. Renan, Dialogues philosophiques. — {i) Nihil lani inesHmabile qunm animi mnl- 

*: <ini.vi.E, On heroes.hero'worship and Ihc heroir litudinis tTirs-LivE, Annales, XXXI, 31) Plebi 

in hislort;. — CocstN, Hist. f.V /.( Philosophie non jndicium, non Veritas (Tacite, Uisl., 1, 

nimlerne, elo. 32/. 



DES SOURCES DE LA l'HÉIIISTOIHi: i:i' DE I/IIISTOIIU; '|.S 

mais presque tous, j)ai- désir de conservation de leur trône, 
ont cherché à les guider dans le progrès. Quant à ceux qu'il 
semblerait même inutile de citer dans l'histoire, leur sommeil 
politique correspondait bien souvent à celui de leur peuple, et 
nous seiions mal avisés de ne pas tirer de leur inactivité les con- 
clusions qu'elles comportent. Les grands génies ont été rares 
parmi les rois de l'Oiient antique; quant aux souverains plus 
modestes, ce n'est pas leur individualité, souvent misérable, qu'il 
faut envisager; mais les temps qu'ils représentent. 

Les religions étaient pour les peuples antiques le miroir- de 
l'ame; car on faisait alors son dieu à sa j)ropre image, lui allribuanl 
ses qualités personnelles, ses défauts, voire même ses vices ; et 
il en était de même pour les lois profanes. 

C'est avec l'aide de ces données, et en y joignant celles que 
fournissent les observations archéologiques, que nous devons 
dégager l'histoire de l'évolution, des annales anecdotiques. Mais, 
je ne saurais trop le répéter : si, théoriquement, la méthode est 
simple, elle se complique, dans la mise en pratique, par suite 
d'une foule d'incertitudes dues au langage généralement tendan- 
cieux des documents sur lesquels nous avons à nous appuyer. 
Quelle qu'eu soit la nature, quelle qu'en soit l'époque, rarement 
ces écrits sont sincères. 



CHAPITRE II 



Les origines. — Les temps tertiaires. 



Nous ne connaissons rien des origines nalurelles de rhomme(l): 
de même que nous ignorons comment ont pris naissance les 
divers groupes zoologiques auxquels, pour lixer les résultats de 
nos observations, nous donnons le nom de familles, genres, 
espèces, variétés, formes ; appliquant, pour aider et satisfaire 
notre esprit, une nomenclature entièrement artificielle. 

L'apparition de l'homme, en tant que représentant d'un groupe 
zoologique, est expliquée par la création dans les philosophies 
religieuses (2) ; par la génération spontanée (3) et le transformisme 
dans les écoles du stoïcisme et les systèmes qui en dérivent (Ti). 



(1) " La question suprême pour l'humanité, 
le problème qui est la base de tous les autres, 
et qui nous intéresse plus prorondénient qu'au- 
cun autre, est la détermination de la place que 
l'homme occupe dans la nature et de ses rela- 
tions avec l'ensemble des choses. » (Th. Hux- 
ley, Evidence us lo maiïs place in nalurc. 
Londres. 1863 Trad. fr. Paris, 1868.) 

1,2) D'après les e.\égètes bibliques, les dates 
de la « Création du Monde » sont les suivan- 
tes : 3761 ans avant notre ère, pour les Juifs 
modernes ; 3'JôO pour Scaliger (1583) ; 3983 pour 
Pétau (contemporain de Scaliger); 4ii04 pour 
Usher (1650), date acceptée par Bossuel, 
P.ollin, etc. ; 4138 pour Clinton (1819) ; 4963 
poui' l'Aride vérifier les dates (1819) ; 6U00 pour 
Suidas; 6310 pour Onuphrius Panvinus, enfin 
6984 pour les tables alphonsines. 

• Le nombre va toujours dimi.iuant des es- 
j)rils étroits et insuffisamment éclairés, qui se 
croient obligés de défendre comme un dogme 
le système des 400i ans de la création à Jésus- 
Christ. » (Fr. Lenormant, les Orir/ines de l'His- 
loin; t. L p. -273, note i.) 



Sur les récits cosmogoniques chaldéens, Cf. 
G. Smith, Clialdean Account of Genesis, p. 6-J, 
sq — Delitzsch, G. Smith Chaldœische Gene- 
s/v, pp. :294-298. — J. Oppert et E. Ledrain. 
Histoire d'Israël, t. L p 411, sq. — A. -H. Sayce, 
Hecords of the past., t. IX, p. 109, sq Sur ceux 
de la Phénicie, Cf. Fn Lenorma.nt. les Origi- 
nes de rilisloire. t. I, p. '>'i-2, sq. 

(3) La faillite du bulhubius ou protoplasma. 
substance, disait-on, vivante, et dont l'analysf 
chimique a fait justice, ne doit certainemunl 
pas arrèler les études dans ce sens, mais en- 
gage à la prudence. La dédicace pompeuse 
qu'on avait faite de ce corps au professeur 
Uaeckel, la conception théorique du protu- 
bathybius n'ont laissé ipiune impression de 
profond ridicule (J. M.) 

(4) Voici l'ascendance (|ue nous assigne Er- 
nest Haeckel (Origines de l homme. Trad. fran- 
çaise, p. 45) ; 1" Homo sapiens; i" Homo slapi- 
dus; A" Pilhecanlhropus alalus^i' Protliylobales 
alaviis; b" Archipithecus ; 6° Neucrolemwes: 
1" Lemurauida <Pachy lémures); 8° Archiprimas 
{Prochoriata), foime îincestrale hypothétique. 



LES ORIGINKS /i5 

« Nous savons à n'eu pas douter, dit ()nahefages '1), qu'envisagé 
au point de vue analomique et physiologique, i'iiomme n'est 
autre chose qu'un mammifère, rien de plus, rien de moins. Dès 
([ue les mammifères ont pu vivre à la surface du globe, l'homme 
a pu y vivre avec eux. » 

UIJomo {Piihecanlhropus ! alalus, privé encore de la parole, 
VHomo stiipidus d'IIaeckel, les Ani/irojwpiihecus Bourgeoisi et 
Ribeiroi de Mortillet sont des êtres hypothétiques, dont l'existence 
ne repose (|ue sur des suppositions sans bases scientifiques pré- 
cises. Cette théorie implique l'unité originelle de l'espèce hu- 
maine; ce (jui semble vrai pour les races vivant aujourd'hui, mais 
peut aussi ne pas l'avoir été pour d'autres disparues. 

Ces hypothèses, dont la gratuité ne fait absolument aucun 
doute, ont cependant pris, dans la pensée de beaucoup, la valeur 
d'axiomes sur lesquels s'échafaudèrent, en ces dernières années, 
nombre de théories où la fantaisie tient lieu de raisonnement 
scientifique (2). Il no manque pas de savants, ou de soi-disant 
tels, qui considèrent le Pithecanthropus comme notre ancêtre ; 
alors que rien ne prouve cette ascendance ; (ju'aucune donnée 
ne permet d'affirmer que cet être fut une forme ancestrale de 
l'homme; qu'il est apparenté, même d'une façon très éloignée, à 
notre espèce (3). 

Darwin ('i), bien qu'adoptant en général les idées de son dis- 
ciple allemand, admettait comme possible que la transformation du 
singe en homme, en tant qu'annoncée par la perte de la fourrure 
primitive, pouvait remonter jusqu'aux temps éocènes. 

Wallace (5), plus réservé, a reporté vers le milieu de l'époque 
tertiaire le moment où un singe indéterminé atteignit la forme 
humaine, à la suite d'évolutions morphologiques multiples (6) ; et 
bien d'autres, dont les travaux sont appréciés par les penseurs super- 
ficiels, n'ont pas craint de se lancer dans cette voie, sans songer 



1) Hommes (ossilcset Hommes sauvages. Pai'i^, rattril)iilion de mes documents à un livre donl 

1884, p. 15. ainsi je semble approuver les absurdités et le- 

(2) Cf. entre autres El. Reclus qui, dans folies. (J. M.) 

l'Homme et la Terre, a poussé les choses à {3) Une autre théorie tend à considérer les 

le-xtrême ridicule. Il va jusqu'à considérer les Simiens comme des branches dégénérées de la 

animaux domestiques (se basant sur leurs race humaine. Cf. J.-II.-F. Kohlurugge, Die 

perfectionnements» comme des candidats à Morphologische Abslammung des Menschen. 

l'humanité Ce livre renferme bon nombre d'il- Stuttgart, 1908 

luslralions prises dans mes ouvrages par (4) La De.scc/u/a'ice Jfi /'/7omme, 1872, p. 115. 

suite de la gratuité et de la liberté absolue (5) Contrih. to llic Iheorg of .\alural sélect. .\ 

que j'ai laissées jusqu'ici de puiser datis mes Séries of essays. Londres, 1870, ch. IX. 

|)ublications. Je prolestc hautement contre (6) Cf. de Quatiiefages, op.d/. 



46 LH^ PREMIÈRES CIVILISATIONS 

({lie le terrain réellement scientifique faisait défaut sous leurs pieds. 

Ces assertions manqueront peut-être toujours de bases posi- 
tives; mais on ne saurait condamnera l'avance ces recherches: 
car la science a le devoir d'examiner impartialement toutes les 
hypothèses, sous quelque forme qu'elles se présentent. 

L'apparition de l'homme sur le globe, envisagée indépendam- 
ment du système adopté, esta coup sûr prodigieusement ancienne. 
Quant à l'histoire du développement de son esprit, elle se par- 
tage en deux périodes bien distinctes; celle où l'homme ne con- 
naissait pas l'écriture et celle où, ayant trouvé le moyen de fixer 
matériellement sa pensée, cet homme s'est trouvé à même de 
transmettre à ses descendants l'exposé de ses conceptions et le 
récit de ses actes. 

Cette dernière période est extrêmement courte par rapport à 
la durée de celle qui l'a précédée et, bien qu'aucun moyen ne 
permette d'évaluer, même approximativement, l'étendue des 
temps antérieurs à l'histoire, ils nous apparaissent comme ayant 
été très longs. 

L'histoire ne débute pas en même temps dans tous les lieux, 
loin de là ; comme il en advient pour toutes les notions intellec- 
tuelles, il s'est formé des foyers, des centres ; grâce à des circons- 
tances privilégiées, à des incidents occasionnels, à la supériorité 
de certaines races, de certains groupes sur les autres. 

De ces foyers, la science de l'écriture, base de l'histoire, s'est 
répandue, rapidement dans certaines régions, lentement dans 
d'autres ; suivant que la civilisation rencontrait des milieux plus 
ou moins aptes à la recevoir. 

Suivant l'école transformiste, l'homme primitif, celui qui le pre- 
mier foula le sol de notre globe, avait bien en lui les éléments de la 
mémoire, de la parole et des autres facultés qui le placent aujour- 
d'hui à la tête du monde animal; mais ces aptitudes, tout en faisant 
de lui un être très supérieur, n'en faisaient pas encore l'homme. 

Réparti sur tous les points habitables de la terre, vivant en 
bandes, sortes de troupeaux, plutôt qu'en tribus, il aurait cultivé 
peu à peu son intelligence, sa faculté de parler; chaque jour évo- 
luant séparément suivant les nécessités de son existence; et, peu à 
peu, iY Homo slupidus, il serait devenu Homo sapiens (1), 

(1) » Les fonctions physiologiques de Torga- livilé spirituelle, ou plus simplement dame, 
nisme, que nous réunissons sous le nom d'oc- sont commandées chez l'homme parles même-- 



LES OHIGINKS 



M 



Il est scienti(i(juemenl im|)ossible de dire si l'homme vinl sur 
la terre (1) type unique (2) ou s'il ajjpaïut, types multiples, pos- 
sédant déjà des caractères spécialement appropriés aux milieux 
dans lesquels ces divers types devaient vivre. 

Quoi qu'il en soit, un homme de type unique eût-il été versé 
sur l'écorce terrestre (3), que rapidement sa descendance se serait 
modifiée, en raison des conditions variables de la vie sur les 
divers points du globe (1). 

L'espèce humaine actuelle est une ; car ses diverses variétés 
peuvent se mélanger et procréer une descendance indéfinie 
Doit-on penser que toujours elle a été une ? non; car on peut sup- 
poser la pluralité des espèces humaines, eu admettant que les 
espèces inférieures soient disparues devant c(>lle ([ui aujourd'hui 
occupe la terre (5). 

Ne voyons-nous pas, de nos jours, les races lortes extcrminei- 
jusqu'aux derniers représentants des laces faibles et ceci se pro- 
duire dans une même espèce humaine (6) ? 

Quant à l'ancienneté de l'homme, elle est, depuis cent ans 
environ, l'objet de travaux considérables f7 . Quelques siècles 



phénomènes mécaniques .;physiques cl chi- 
miques) que chez le-< autres vertébrés. » 
E. HAECKEL,Or/^iie de //iomme.Trad. française, 
p. i!, note 9.) 

(1) Parmi les nombreuses hypothèses émises 
au sujet des origines de la race humaine et de 
ses migrations, lune des plus curieuses, et en 
même temps des moins fondées, est celle du 
centre unique situé dans le grand massif mon- 
tagneux de l'Asie centrale, qui pendant long- 
temps passa pour avoir été le berceau du 
genre humain. Cette thèse est fort bien résu 
méc par E. de Ujfalvv (Migrations des peu- 
ples, l'aris 1873) et plus spécialement dans la 
carte accompagnant cet ouvrage (Migralion 
des peuples depuis le moment oii ils quittirenl 
le Plateau Central, leur premier séjour, d'après 
M. DE Hauslalb •■).On remarquera que lespays 
recouverts rie hachures sur cette carte, répon- 
dant dans la pensée de l'auteur au berceau de 
l'humanité, sont précisément ceu.x qui, aux 
temps quaternaires, étant couverts de glaces, 
se trouvaient être inhabitables. (J. M). 

[i) Sur le monogénisme et le polygénisme, 
consulter : Abel Hovelacque et Georges 
Hervé, Précis d'Anthropologie. Paris, 1887, 
chap. IV, p. 120, sq. — A. Dësmouli.ns, Hist. 
nal. des races liumaines. 

(■{) La tradition sémitique localisant dans la 
Chaldée le Gan-Edcn ou Paradis terrestre, 
n'a rien qui doive surprendre; car ce pays était, 
«le tout le monde connu d'alors, le plus plan- 
lui'cux, et les Sémites d'Arabie qui l'abordèrent 
et s'y fixèrent conservèrent dans leur esprit 
la comparaison entre l'aridité des rives du golfe 
Persiqueet la richesse de la Babylonie M.'M. . 



Fr. Lenormant [Uisl de l'Orient, 9" éd., 
18.S1, t. I, pp. 98 et 99) place dans le Pamir le 
Gan-Edcn de la Genèse et l' Aryana-V-sprija de 
l'AvesIa, et en fait le berceau de riiumanilé 
post-diluviennc. On remarquera que le ber- 
ceau de l'humanité ne peut être pour les 
Hébreu.x le même (|ue j)our les Indo-Euro- 
péens, chacune de ces familles ne s'élant 
souciée que de 1 origine de sa propre race. En- 
suite que le point choisi, le Pamir, a toujours 
été depuis les temps glaciaires l'un des poiiils 
de l'Asie les moins habitables. (J M.) 

(4) L'envahissement des deu.x Amériques, d<' 
l'Australie, de la Nouvelle Zélande par les Eu- 
ropéens, est de (laie loule récente et cepen- 
dant déjà l'on i)cut constater des différence-; 
sensibles entre les populations émigrées et 
celles de même race (jui sont demeurées dan-- 
le vieux monde. 

(5) Déjà les Aryens, depuis les temps hislo- 
riques, ont fait disparaître une foule de peuples 
anaryens. Leurs progrès actuels sont si rapides, 
l'accroissement de leur nombre si grand, qu'il 
est à prévoir (pie, dans quelques milleniums. il 
n'existera plus sur le globe que des Aryens. mé- 
tissés des autres races fond u es avec eux. (J. M. 

(6) Cf. J.-E. Cai.i.er, of Ilobard-Town. Ac- 
count of the war of extii-pation and babils nf 
the native tribes of Tasmania. in Journ. ofthe 
Anlhrop. Insl. of Greal Bri'ain et Ireland. 1874. 
t in, p. 8. — A. de Quathefaces, Hommes fos- 
siles et Hommes saui'uges, 1884. p. 357, sq. 

(7) L'un des plus importants est sans contre 
dit celui de f.u. Lyell, Tlie Antiquily of Man 
I London, 4' éd., 1.873), auquel j'iuirai frèquetu- 
meni recours. 



LKS OHir.INES !i9 

avant nous, les exégètcs hijjliques faisaient remonter à 7.000 ans 
au plus la création du monde ; plus tard, on découvrit que riionime 
avait vécu à l'époque pléistocène. Et voilà que maiutenant des 
savants apportent des indices, souvent discutés, il est vrai (1), 
mais tendant à faire remonter Tliomme jusqu'au pliocène, au 
miocène même (2) ; et, qu'en tout état de causes, l'ensemble des 
faits le montre antérieur au quaternaire. 

Grâce aux récentes études des zoologistes e\ des géologues, il 
est aujourd'hui possible de reconstituer scientifiquement les 
diverses phases du développement de la vie sur notre planète; 
<le suivre l'évolution des climats et des êtres; et, par suite, de 
déterminer la période qui, pour la première fois, odrit des con- 
ditions favorables à la vie de l'homme ; celle, donc, à laquelle 
il est admissible de placer sa venue, même s'il n'a pas laissé de 
vestiges de son squelette ou de ses industries. 

Dès qu'un mammifère vécut, l'homme put vivre et, comme 
on le sait, le premier type des mammifères remonte à la fin des 
formations secondaires ; c'est donc à cette époque que débute la 
possibilité de la vie humaine sur la terre, probainlités l)ien incer- 
taines, il est vrai, en ce qui regarde ces temps reculés ; car, à 
l'époque crétacée, le développement des mammifères était fort 
incomplet, si nous en jugeons par leurs restes fossiles parvenus 
jusqu'à nous. 

L'homme, s'il a connu ces temps, s'est trouvé à même de sur- 
vivie à bien des cataclysmes; j)arce que, doué d'une intelligence' 
supérieure, il portait en lui les moyens de lutter contre la nature 
et, là où d'autres mammifères ont péri, peut-être a-t-il su résis- 
ter. Son aptitude d'adaptation aux climats est si grande qu'il peut 
vivre sous presque toutes les latitudes. 11 est omnivore et, par suite, 
jiiieux qu'aucun animal trouve sa nourriture. Ces facultés, et la 

(1) O. MoNTELius, Congrèx PrPhhl. France. signalés jusqu'ici : Thenay (oligocène^ ; Duan. 
1907-08, p, 85. .. Les éolilhes. situés au-dessous i»uy-Courny (miocène; plateau crayeux de 
des couches paléolithiques, ont été travaillés Kent (pliocène moyen); Saint Presl et lit fore? 
par une main humaine ou par un être inler- lier de Cromcr (pliocène supérieur); et ceux 
médiaire entre le singe et Ihomme. Ce sont du quaternaire inférieur.— A. De: yuATREtA 
les vestiges de l'homme ou de ceux qui n'étaient ces, l'Homme tertiaire et sa survivance, d> 
pas encore des hommes. » Celle manière de Malériaux, 1885, p. 337. - Max Vekworn, Ar- 
voir rencontre beaucoup d'opposilion delà part ch;eol. u. palfcol. Reisesludien in Frankreich 
<hi plus irrand nombre des préhistoriens. J. M.) and Portugal ; in Zeitscbrifl fiir Ethnologie. 

(2) Cf. Conijrc.-i international d'Anlhropoloiiie Berlin, l'Jt)6. Heft. IV u. V, p. "Il, ^1- — 
de 1889. Paris, 1891. pp. 5-29-5.=il, où sont discu- Fiutz Wikcjer, Die natûriische Entslehung der 
tés les silexdOtta, de Thenay. de Puy-Cour- Norddeutschen Eolithe, in Id. llcft., Hl. 
ny. etc. — Hugo Obermaier, Zur Eolithen frage, p 39.=). — A. Rutot. Congr. Pré.hmt. de France. 
190."), où lauleur reprend tous les gisements 1907-1908, p. 77. 



r)0 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



ij^rancle extension de son habitat, étaient pour lui des causes puis- 
santes de conservation à travers les âîres. 

Mais il semble inutile de remonter si loin dans les tem|)s 




Esquisse de l'Europe à l'oligocène inférieur (d'après A. de Lapparent, 
Traité de Géologie, 1906, p. 1547, f\g. 733). 



géologiques et d'envisager la possibilité d'existence de rhomme 
secondaire; nous nous en tiendrons à l'examen de la période ter- 
liaire, de la plus rapprochée de celle où l'humanité se révèle 



LES ORIGINES 51 

indiscutable manière, jjar les produits de son intelligence et par 
les restes mêmes de son squelette. 

II existe une transition insensible entre la faune du. crétacé 
supérieur et celle de Téocène inférieur; malgré cela, la difï'érence 
entre les types purs des deux faunes est telle, que la coupure 
choisie par les géologues doit être maintenue, aussi bien au point 
de vue zoologique <|u'à celui de la formation des continents. 

En ce qui regarde la géographie, c'est en effet, h la fin de 
l'époque secondaire que commencent à se dessiner les masses 
continentales actuelles. Certes, elles n'acquièrent pas de suite les 
contours que nous leur voyons de nos jours; elles n'y parvien- 
dront qu'à la suite de nombreuses et importantes modifications; 
mais les massifs demeureront dans leur ensemble (1). 

Ces efforts des continents pour conquérir leur forme et leur 
relief actuel, le début de l'éocène (Lutétien, Barthonien) les a vus 
se continuer sous un climat tempéré, sans hivers sensibles. Les 
Pyrénées commencent à surgir dans un premier mouvement 
(Lutétien), continuent dans un second (Bartonien); puis achèvent 
de se former dans un troisième (Sannoisien, Stampien). 

Bientôt, un bras de mer venant du sud traverse le continent 
européen et amène de grandes perturbations atmosphériques. Le 
régime des saisons s'établit, les unes sont sèches et brûlantes, les 
autres pluvieuses et tempérées. La moyenne thermoniétri(|ue 
annuelle se maintient dans les environs de 25° dans les pays qui, 
plus tard, formeront le littoral français de la Méditerranée, ce qui 
amène dans l'Europe centrale et méridionale une flore tropicale. 

A cette époque, le palmier croil dans le nord de la France, le 
cocotier s'avance jusqu'en Angleterre ; tandis que les arbres à 
feuilles caduques occupent les régions boréales (2) et les hauteurs 
d'où ils ne descendront qu'à la fin de l'éocène. 

La flore de cet étage débute, dit Saporta (3), par un asperl 



(1; Four l'étude de la «géographie géologique. senicnl qui amènera la période glaciaire du 

Cf. A. DE Lappareni. T rai lé lie Géologie. P avis. pôle- De Saporta ap. de Lapparent, Traité 

190(5. de Géologie, 19(Xi, p. 1504. 

(2) Cf. Nathorst, Geogr. Journ., 1899, p. 6i. (3) Sur la flore fossile, consulter : O. Heeb. 

— La flore boréale Landénien) renferme Recherches. ^iir la végélalion tertiaire, IS61. Trad. 

laune. le tilleul, le magnolia; on en retrouve fr — O. Hker. Flora fo-^silia Arclica. 7 vol. — 

les empreintes, à la Nouvelle Sibérie (V.ToLL, Sciiimper, Traité de Paléontolog réyétale,\S&). 

.Mém Acad. Se. Sainl-Pélersbourg, 1899), à Ate- — De Saporta, le Passé des régions arcli(|ues, 

nakerdliik Groenland) par 70" lat. N., à l'Ile in Rev. des Deux Mondes, 15 aoiH 1884. — De 

des Ours, en Islande, à la Terre de GrinncI S\pohta, le Monde des plantes avant l'apparition 

(8-2« lat. N.), au Spilzberg (Eisfjord et Bell de f homme. 1879. 
.Sound;. Elle marque les débuts du refroidis- 



LES OR[GINES 



53 



étroitement lié à celui de la flore crétacée, puis, clans la seconde 
partie de l'éocène (Landcnien, Yprésien), elle montre des plantes 
oflVant de grandes analogies avec celles qui, de nos jouis, couvrent 
les côtes de la mer des Indes, l'Asie australe et l'Afrique équa- 
toriale. 

Dans ces forets apparaissent (1) des animaux nouveaux, des 
pachydermes, dont l'ère commence, caractérisée par des formes très 
curieuses. En Amérique (2), ce sont des types alliés à la fois à l'élé- 
phant, au rhinocéros et au sanglier; ailleurs, on en voit d'autres 
parents des équidés. Les vrais carnivores se dessinent; lesquadru- 
nianes semblent, eux aussi, débuter avant la fin de la période par 
le Ca'no/;/7/?ec«s. C'est l'aurore des temps modernes (|ui commence 
à poindre, amenant avec elle toutes les facilités de la vie. 

Le continent européen dillére géographiquement peu de ce 
qu'il est aujourd'hui, sauf, toutefois, par l'existence de grands 
lacs Cn Orient. 

La (in de la période est signalée par quelques mouvements 
dont l'importance sera grande dans la géographie de l'avenir. Les 
Alpes se plissent pour la première fois (oligocène, probablement 
Stampien), elles s'achèveroiit dans un second mouvement (posté- 
rieur au Tortonien) et, avec elles, tout le système sardo-corse, peut- 
être aussi celui de la Sierra Nevada d'Espagne. Il se forme toute 
une zone de plissements s'étendant depuis l'Indo-Chine jusqu'au 
Maroc, peut-être même plus loin dans ce qui est aujourd'hui 
l'océan Atlantique. Le Caucase, dont les premiers mouvements 
sont antérieurs à ceux des Alpes, continue son évolution pour ne 
la terminer que dans le tertiaire supérieur (Sarmatien). 

Malgré ces transformations, le climat demeure au cours du Mio- 
cène doux en hiver, pluvieux en été; toutefois, le sol s'est quel- 
que peu refroidi. A la végétation tropicale succède une flore à 
feuilles caduques ; les forêts se peuplent d'érables, de platanes, 
bouleaux, aunes, charmes, peu[)liers, saules, lauriers, etc. Quel- 
ques conifères donnent au paysage un aspect analogue à celui 
ipi'il présente aujourd'hui dans les régions tempérées. Les pal- 

(I) Cf. A. GAiionv, Mainniifèrcx lerliaires. sous les mêmes laliludes croissaient Chara, 

{-2) Le caraclère conlinejital de l'Amérique Marcliantia, AspU-nium Alsophilu, Juijldndites, 

'lu Nord se fait sentir dans le climal dès Sasxa/'ra.'î, des noyers, liliacés,magnoIias(Rilly). 

l'éocène inférieur. I. a llore comprend lesgenres Cf. Munier-Chal.mas, Hull. Soc Gëol. France 

Po/iulus, Vihunnim, t'hlnniis, Conjlus (Haut [3], XVII, p. 870 — Sta.>to.n, Knowlton, Bul. 

Missouri) Sabal, luylans, Quercus (terril de G. S. Amer., VII, p. 130. — Dawson, Trans. 

NVashinglon, Vancouver^ alors qu'en Europe Roy. Soc. Canada, 1895. 



LES ORIGINES 55 

niiers deviennent de plus on plus rares el le sol se couvre d(^ 
graminées dans les clairières. 

Au milieu de ces richesses que répand à profusion la nature 
,ipparaissent lo mastodonte et une foule varice d'h(U'bivores (1), 
parmi lesquels Tliipparion, ancêtre du cheval. 

Les gisements célèbres (Sarmatien et Pontien) de l'Attique 
(Pikernii) (2) et de la Provence (mont Lubéron) montrent qu'à 
cette époque des pays, aujourd'hui arides et désolés, élaienl cou- 
verts de gras pâturages; où, sur les rives des lacs méditerra- 
néens, s'ébattaient d'immenses troupeaux de cerfs, d'antilopes 
et d'autres herbivores. L'hippopotame avait déjà pris possession 
des rivières, l'Amérique possédait un ancêtre du cheval (Miohip- 
pus), l'Inde était peuplée d'éléphants. 

Au cours du tertiaire moyen, les traces de ce climat béni se 
retrouvent juscju'à 80" latitude nord dans le Groenland et le 
Spitzberg (3) où croissaient alors le séquoia, le magnolia, le pla- 
tane [Ix). 

iVvec le pliocène, surviennent de nouvelles transformations plus 
ou moins profondes, [)lus ou moins étendues, amenant des consé- 
quences d'autant plus intéressantes à noter, que nous approchons 
des temps où se révéleront l'homme (Homo sapiens) et son indus- 
trie, où nous entrerons dans la p-àvùe préhistorique do l'humanité. 

L'axe de la région soulevée entre l'Atlas et la chaîne Bétique 
s'écroule à cette époque, laissant ouvert le détroit de Gibraltar. 
L'Océan pénètre dans la partie occidentale de la iSléditerranée, ame- 
nant avec lui sa faune marine. En même temps, l'ancienne chaiiic 
formée par les Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile se dis- 
loque, l'Atlas lui-même s'ouvre, laissant une fosse profonde (|iii. 
vers l'est, ne dépasse pas l'ile de Cos. 

La mer pénètre profondément dans les vallées du Guadal- 
quivir et du Rhône transformées en golfes étroits; elle entoure 
l'Apennin, longue presqu'île alors reliée^ par un archipel à la 
Sicile aux trois quarts submergée. 

(1) Dès loligocèiie appar.nl VAiilhnicolhe- w;i.s de CaliforniccL une foule d autres plantes 
/7i;m, avant-coureur des ruminants (jui, dansles montrant((u a ceUe époque res latitudes jouis- 
périodes qui suivent, prennent une énorme saient d'un «•limai moyen (Ch. Lyeli.. Anlii). 
importance. of Man, (>' é<l., 1873. ch. Xlll, p -279) anaiogu.- 

(i) Cf. A. Gauohy, Animaux fossiles el Géolo- à celui de IKurope actuelle. Des découvertes 

gie de l'Allique. Pari i, 1862. de même nature ont été laites d.tns le cercle 

(3) Les couches du miocène supérieur de polaire a loncst de la rivièie Mackenzic, en 

l'île Disco (Lat- N. 70°) renferment Sei/uoiVi lslande,etc.. . 

Lanysdorfii, conifère v..isin de 8. Semperri- (4)0. 1\em\\. Flora jossitis Arclica. 



5(3 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Des mouvements inconnus clans l'Atlantique déterminent dans^ 
la Méditerranée l'invasion d'une faune marine boréale. 

Un golfe s'avançait alors dans le Maroc et l'Algérie, laissant 
pénétrer la mer jusqu'au nord de Tétouan : un autre occupait la 
vallée du Nil, couvrant le Fayoum et la majeure partie de la 
moyenne Egypte. 

Sur notre continent, la Dalmatie, le Péloponèse, les Cyclades, 




Esquisse de l'Europe à lepoque Plaisancienne. 
(D'après A. de Lapparent, Trailé de Géologie, 190G, p. Iti33, fisf. 703.) 

la mer Egée, la Floumanie étaient occupés par les lacs du groupe 
ponto-caspien, indépendants de la mer Méditerranée. 

Les terres américaines, elles aussi, avaient leurs immenses lacs 
au pied des montagnes Rocheuses; tandis que la mer couvrait les 
côtes californiennes jusqu'à une grande distance du rivage actuel. 

Plus tard (Astien), nous assistons à une invasion marine des 
lacs de l'Egée. De nouvelles dislocations ouvrent un véritable 
fjord dans ce qui sera plus tard la vallée du Nil, et la mer se préci- 
pite jusqu'au 2/i° latitude nord. La mer Piouge n'existait pas encore. 

Enfin, au terme du pliocène (Sicilien), les mouvements se pour- 
suivent presque pai'tout. La Hollande émerge des eaux tandis 
que, dans le Cornouaille, est un golfe. 



LES ORIGINES 57 

Le delta du llhiu se trouvait alors vers le milieu de la uier du 
Nord, celui de la Seine dans la Manche à la hauteur de la pointe 
occidentale de la Bretagne. Les anciens golfes (Plaisancien) 
deviennent dans la Bresse, la vallée du Rhùne, etc., des lagunes 
ou des lacs; et le régime fluvial s'étal)Iit en France. 

En Sicile (l) apparaît une faune maiine froide, dont les rivages 
soulevés se rencontrent aujourd'hui de 30 à 70 mètres au-dessus 
ilu niveau de la mer. Dans le Péloponèse, on les retrouve à 
ôOO mètres d'altitude. La mer Ixouge se forme sans communica- 
tion avec la iNIéditerranée. 

Dans la région ponlo-caspienne (2) sont toujours les grandes 
nappes d'eau douce, dont cependant l'étendue diminue. De vastes 
lacs s'étendent sur le versant oriental du Liban (mer Morte, 
O route). 

Nos golfes se transforment en lagunes saumatres, celui du Nil 
entre autres; tandis qu'en Asie, en Amérique, des mouvements 
s'efléctuent, produisant dans les Pampas des alternances de lits 
lacustres et marins. A Sumatra, des tufs ponceux de formation 
neptunienne émergent de 1.000 à 1.500 mètres. 

Les mouvements que je viens d'esquisser, en ce ((ui regardi^ 
les régions méditerranéennes, ont eu leurs analogues dans 
toutes les parties du globe à la même époque. Tous ne sont pas 
(également bien étudiés, beaucoup sont encore inconnus. Je ne 
dirai ici que peu de mots sur ce ([ue furent les transformations 
survenues dans l'Asie antérieure (3), réservant j)our un chapitre 
spécial l'étude plus complète de la formation géologique de ces 
pays (h). 

Pendant l'épocjue éocène, le massif iranien était en grande 

(1) Cf. pour les Irniisformations des riva^fs mer. Sa faune jiarliculiùre renferme en m«"Miic 

ilans la Médilerraiiée le savant mémoire de temp.s des formes asiali(|ues (cliinolses et ja 

M. Houle, les Grotles ilc (îrimaldi, I. I, f;is. II, ponaises) et européennes. « Ainsi le Baïii.il a 

l>. 128{Monaco, 1900) où l'auteur reprend toutes pu servir de refuge à des animau.'v qui, aupa- 

les observations relatives à lu Côte d'Azur ravarit, peuplaient les lacs par les(iuels, de 

(p. Ii8), la Liguric. la Toscane (p 129), la Corse, Tali-Fou jusqu'en Mongolie d'un côlé. jusqu'à 

la Sardaigne (p 13'i). I Italie centrale et méri- Omsk de l'autre une grande partie de l'Asie 

dionale (p. 131), la Péninsule des Balkans et était alors occupée. » (\. de Lapp.vuent, Leç- 

la Crète (p. 133), la mer Egée et la mer Noire dp. Géogr. plu/s.. 1907, p. 541.) 

(p 131), la Méditerranée orientale (p. 13d), (3) Cf. .1. ni: Moiujan, Mission en Perse, i. I, 

l'Egypte (p. 17), la Tunisie (p. 138), l'Algérie 1894; t. II. 1895; t. 111, 1" partie, 1905. — Mcni. 

(p. l.<9), le Maroc (p. 140), la Péninsule Ibéri- delà Délèijalion en Perse, l. I. 1900. — Notes sur 

que (p. 141), le Golfe du Lion (p. 143). la Basse-Méso|)otamie, ds la (Géographie, iWi. 

(a) Au centre de l'Asie se trouvaient aussi pp. 242-2h7. — Note sur les gîtes de naphtc de 

lie grands lacs; le Baïkal (.\lt. 47G m.), dont la Kend-é-Chii in (Gouvernement de Ser-i-l*oul). 

profondeur est par places de 1.500 mètres en- in Ann. des Mines, février 1892. 

viron.est le dernier témoin d'un chapelet de (4 Cf. Chap. VII, « l'Asie antérieure et 

lacs qui, vers la (in du leitiairc;. se succédant l'Egypte anté-hislori(|ues ». 
sur le cours actuel de l'Angara, le reliaient à la 



58 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

partie sous les eaux (1) ; c'est donc postérieurement à cette époque 
qu'il a émergé. 

Jusqu'à ce jour, il n a pas été rencontré el assises fossilifères 
post-éocènes ; mais les couches éocènes sont loin d'être les der- 
nières. On trouve, sur le versant occidental (Louristan, Poucht- 
é-Kouh), d'épaisses alternances relevées de marnes, de grès el 
de gypse, bien postérieures à l'éocène du plateau et reposant sur 
des calcaires que je crois appartenir au tertiaire supérieur. 

Les gypses sont eux-mêmes surmontés de couches épaisses 
de sables, d'argiles, de marnes et de grès friables, relevées comme 
eux. 

Cet ensemble forme le fond de la cuvetle mésopotamienne ; il 
affleure sur les flancs des montagnes iraniennes, disparaît sous 
les alluvions pour reparaître, redressé, sur le bord du désert ara- 
bique, tant à la hauteur de Bagdad qu'entre Deir-el-Zor, Pal- 
myre et l'anti-Liban. 

Nous ne connaissons pas l'âge relatif de ces sédiments supé- 
rieurs, dont les fossiles ont été dissous parles eaux acides de cette 
région gypseuse ; toutefois, le relief du sol était à peu de chose 
près établi lors de l'existence des lacs (Sicilien) de l'inter-Libau 
et aussi lors(Plaisancien) du dépôt osseux de ^taragha. Nous pos- 
sédons ainsi les deux limites (éocène et Plaisancien-Sicilieni entre 
lesquelles le mouvement s'est opéré. 

A la fln du tertiaire (Plaisancien), le plateau persan n'oflrait pas 
l'aspect désolé qu'il pi'ésente aujourd'hui; son climat plus régulier 
et plus humide permettait aux prairies et aux forêts de se déve- 
lopper. 

A cette époque, l'Iran, peut-être moins élevé qu'aujourd'hui 
dans son ensemble, était ])ordé au nord par le grand lac ponto- 
aralo-caspien, à l'ouest et au sud par le golfe Persique, prolongé 
dans le pays des deux fleuves, ou par un immense lac s'étendant 
jusqu'au Liban. Il portait lui-même des lacs, tel celui d'Ourmiah, 
alors très étendu, et alimentait une plantureuse végétation, si 
nous en jugeons par la faune qu'on rencontre dans les sables de 
Maragha. 

La fin du pliocène vit l'Iran, l'Arménie, le Caucase se couvrir 
de névés et de glaciers reliés à la grande calotte de l'Asie centrale ; 

(1) ("lisemonts éoconesde Soh. de KiMiin, de Mollali Ghiavan au Pouclil-é-Kouh,du ZagrOj,elc. 



l.t:s OHllilNES 5t) 

puis, au cours du pléislocène, le |)ays prit définitivemeiil ses 
formes lopographiques actuelles. De vastes lacs salés ou sauniâtres 
s'établirent dans toutes les cavités du plateau, rendant infertile 
toute la région. 

C'est à l'époque des érosions et des alhivions quaternaiies 
que le pays a définitivement pris l'aspect actuel. Depuis longtemps 
peut-être la sécheresse et la salure des terres avaient fait émigr< r 
les herbivores; mais l'al^sence coiiijjlèle, (huis les limons du j)!;!- 
teau, de mollusques terrestres autres que ceux vivant actuelh- 
ment,estla preuve que cette faune n'a pas changé et que, par suite, 
les conditiojis climatériques sont restées les mêmes depuis la fin 
du pléislocène. 

Sur le plateau, et tout à l'enlour, sont de j)uissantes formations 
caillouteuses; près des montagnes, elles atteignent parfois (Zohàh, 
Dizfoul, Ghouster, Louristan) plusieurs centaines de mètres 
d'épaisseui-. .lamais je n'y ai rencontré d'ossements animaux ou de 
produits de l'industrie humaine. 

Ces alluvions, en Chaldée, sont aujourd'hui recouvertes j)ai- 
d'épais limons; elle se retrouvent dans le désert syro-arabi(|ne, 
ofîrant à leur surface des instiumenls paléolithiques du type 
chelléen. 

Dans la vallée du Lar, sur le versant de la mer Casi)ienne, 
j'ai, en 1889, découvert un gisement d'instruments très grossière- 
ment éclatés (Ab-é-Pardôma) et plus bas, ])rès d'Amol, on a trouvé 
dans les alluvions caillouteuses une molaire d'Elephas primu/e- 
niiis qui m'a été montrée; mais ces deux gisements sont situés 
en dehors du plateau : ils appartiennent au bassin caspien dont la 
végétation, surtout au Mazandéran, est et semble avoir toujouis 
été d'une extrême richesse. 

Comme on le voit, l'Iran a subi au cours du tertiaire des 
modifications plus importantes encore que celles de l'Europe. 

A la fin du pliocène, ou au début du pléistocène, la nier 
s'étendait au loin dans la Mésopotamie; et là, ses rivaires ont été 
relevés comme ceux de la Méditerranée. L'on voit en ellét, sur tout 
le bord du désert arabique, des falaises de giavier coquillier (Sici- 
lien?) situées à une assez grande hauteur au-dessus du niveau 
actuel de la mer. Les phénomènes d'émersion se sont étendus, au 
moins jusque-là, dans la direction de l'est. 

Avec le pliocène, le climat européen se refroidit encore ; on 



60 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

ne rencontre plus les grands palmiers et les camphriers; seul, un 
chamérops se maintient encore en Provence. 

Les séquoias et les bambous demeurent encore quelque temps 
dans les pays méditerranéens ; alors que les forêts de l'Europe 
occidentale se peuplent du chêne, de l'érable, du noyer, du mé- 
lèze, du peuplier ; essences dont quelques espèces se trouvent 
aujourd'hui encore en Algérie, en Portugal, au Japon et dans 
r Amérique du Nord. 

Dès lors, la faune moderne se dessine nettement ; le genre 
maslodon disparaît de l'Europe avant la fin du pliocène pour sur- 
vivre longtemps encore en Amérique. De grands proboscidiens 
le remplacent, VElephas nieridionalis entre autres, qui s'avance au 
nord jusqu'en Angleterre. 

L'hippopotame est à son apogée, les rhinocéros sont très nom- 
breux, de même que les cervidés, les bovidés, l'hipparion et enfin 
le cheval proprement dit qui fait son apparition. 

Les singes vont quitter l'Europe pour se rapprocher des tro- 
piques. A Java vit le Pithecanlhropus erectiis, grand quadrumane 
plus voisin de l'homme qu'aucun autre (1). 

Comme on le voit par ce qui précède, depuis la fin des terrains 
secondaires jusqu'à l'aurore de notre époque, la flore et la faune 
ont évolué d'une façon continue. H y a homogénéité parfaite dans 
l'efi'ort delà nature et notre époque n'est que la suite et la consé- 
(juence de celles qui l'ont précédée. C'est même, semble-t-il, au 
cours du pliocène que les grandes provinces zoologiques mo- 
dernes se sont formées. 

Dans la suite, les phénomènes glaciaires viennent, il est vrai, 
troubler l'harmonie de cette évolution et obliger la vie à se can- 
tonner d'une façon plus spéciale; mais le développement général 
ne se continue pas moins normalement dans son ensemble. 

Depuis les débuts de l'éocène, les conditions ont toujours été 



(1) " D'après les comptes rendus du Congrès les débris fossiles ù un homme, trois à un 

'le Leyde (auquel j'assistais), je vois que les singe; en revanche, six zoologistes et même 

.lulorités zoologiq'ies et analomi(|nes le^ plus davanlaRe les prirent pour ce qu'à mon sens ils 

éminenlesont émis des opinions très diver- sonten réalité : les restes d une /'orme (icpfz>.s'/(/c 

gentes sur la nature de ce remaniuable fos- encore inconnue ent:e l'homme et le singe. 

sile [l'ilhecanthropus enctus] » (E. D. bois). (E Hakckel, Origine de ihjinme. Tiad Iran- 

Malheureusement ses restes, consistant en une (;aise). Cf. s.iir Pilhecanlhropus. G Si;hwalbe, 

calotte crânienne, un fémur et quelques dents, Sludien ilber Pilhecanlkrofius erechis (Du- 

rtnient tiop incomplets pour permettre d'ass^-oir bois,, publié dans Zeilachrtfl fur Morplwlugie 

un jugement délinilif. La conclusion de ces und Anthropologie. Stuttgart, 18%, t. I — 

longs et orageux débals fut que, sur environ iMAiiouvRiEB, in Bull. Soc. Anlhrop. Paris. 

dniizc savants compétents, trois rapportèrent :896. 



Li:S ORIGINI-S (>| 

favorables au déveloj)j)onient tlos èties vivanlainsi (|u(i riioiniiKî ; la 
flore coiimie la faune leur lurent toujours |)roj)ices.Si notre ancêtre 
a connu ces temps, il n'y a certainement pas rencontré plus d'en- 
nemis que n'en virent les Chelléens et les Dorcioniens des diverses 
époques préhistoriques, que n'en trouvent aujourd'hui les nègres 
<le l'Afrique tropicale, les négritosde Tlndo-Chine ou les Lapons. 

Si nous rejetons comme non probants tous les restes attribués 
à l'industrie humaine, signalés jusqu'à ce jour dans les couches ter- 
tiaires; ce n'est pas une raison pour nier à j)riori la possibilité de 
l'existence hunjaine dans ces temps reculés. 

Nous ne connaissons, en effet, que bien peu de chose des 
dépôts terrestres laissés au cours du tertiaire sur les continents 
habitables ; beaucoup ont été lavés lors des grandes inondations, 
d'autres se sont abîmés dans la mer a\oc les teiritoires qui les 
portaient. 

Nos recherches en ce sens sont encoii; insuffisantes, elles n'oni 
porté jusqu'ici (|ue sur une bien faible partie des ruines des con- 
tinents tertiaires; et les régions explorées ne sont peut-être pas 
celles où l'homme d'alois a vécu. Dans tous les cas, la succession 
des dépôts terrestres de ces âges serait extrêmement difficile à 
établir d'une manière précise; car, d'une part les os et les coquilles 
ont généralement été dissous parles agents atmosphériques; el 
d'autre part les premiers hommes nont peut-être pas façonné 
<rinstruments en matières durables. 1! s(> peut que les pierres 
brutes, les morceaux de bois eussent répondu à tous leurs 
Ijesoins d'alors. 

Admettons que l'origine humaine des éolithes présentés 
jusqu'ici (1) ne soit pas démontrée (2); il est impossible de nier 
(jue, même de nos jours, l'homme iic lasse fréquemment emploi 

I 11 Cf. A. Rcror, Cnuserios sur li^s iiulustriep rieur,, lleulclii'ii. Maf/lien, Mcsvii, un {\>o\ir les 

<le la i)ieiTe .ivcc (lémonstration scienlifique divers niveaux du quale iiaire iiiferieuri, Flr 

el pratique de l'existence de l'industrie éoli- nusien (correspondant à l'iige néolilhique), el 

Ihique, ds Rev. de l'École d'Anthropologie de Tasmanien p ^ur l'époque acluelle. Cette ingt- 

Paris,1907,t. VIII. p. 283. — M. A. PiUtot (/îu//. nieuse théorie n'est généralement pas ;n- 

Soc iielge de (iéol., \Wl,l. \Xl. p. ii\. la Fin cepléc. {.J.M-i 

de la question des éolithes) considère les éoli- (2) M. Boule (lAge des derniers volcans de 

thés non plus comme une industrie primitive la France, ds la Géographie, t. XIJI. liKKi. 

de remploi de la pierre : mais comme une in p. 287) considère comme prohlémalique l'exis 

duslrie spéciale, avant débuté à l'époque 1er- lence de Ihomme à la fin de la période plio 

tiaire. .s'étanl développée dès le quaternaire cène, cesl-àdire au temps où vivaient VElr 

parallèlement aux autres svstèmes, (;t ayant phas ineridionalis, Ithino erox cirusrus. etc., et 

duré jusqu'à nos jours dans tous les pavs. Je où se formèrent dans la France les alluvion> 

classe, dit-il, les diverses phases de l'état éoli- des plateaux el les moraines de la première 

thique : Canlalien (miocène supérieur), Kenlien grande exiension glaciaire, 
pliocène moyen). Sa/n/-Pre.s/(cn(pliocène supé- 



(V2 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

d'instruments naturels en pierre, en bois, en os, etc. Cet usage 
est inné chez lui, chez le sauvage comme chez l'homme civilisé, 
chez l'enfant comme chez l'adulte. L'adaptation est la consé- 
(|uence forcée de cet instinct; et les éolithes en seraient les ves- 
tiges. 

Mais il est un fait plus important encore, venant à l'appui de 
la supposition qui accorde à l'homme une antiquité supérieure 
aux temps quaternaires; ce fait est que les instruments du type 
chelléen se rencontrent sur la plus grande partie de la surface 
du globe, dès les débuts du quaternaire. 

Le coup de poing, même grossier, est un instrument trop per- 
fectionné pour qu'il puisse représenter le premier essai d'un être 
doué d'intelligence, cherchant l'adaptation à ses usages des maté- 
riaux f|ue la nature mettait à sa disposition. Les tâtonnements ont 
(lu être nombreux et longs. Or, en possession de cette industrie 
relativement élevée, il nous apparaît déjà très répandu. Sa décou- 
^ erte avait donc eu le temps de se pro{)ager dans les pays 
encore émergés à notre époque et dans d'autres engloutis 
aujourd'hui. 

[jC foyer des dé\ eloppements antérieurs au coup de poing est 
probablement unique; mais peut-être aussi a-t-il, pour toujours, 
disparu sous les (lots ; on ne peut nier cependant qu'il a existé. 
C'est là, si ce lieu émerge encore, qu'on trouverait les stations 
éolithiques répondant à toute la série des essais, des tentatives 
qui, forcément, ('nd)rassent de longues suites de siècles. 

C'estau cours du Icrtiaire seulement ((ue ces tâtonnements peu- 
vent avoir eu lieu : peut-être ont-ils débuté pendant le pliocène, le 
miocène, l'éocène même; car rien ne s'oppose à ce que l'homme 
eût vu le jour dès les débuts du tertiaire. « Les nègres en Afrique, 
les négritos dans la ^falaisie affirment, a dit Cartailhac (1), par 
leur répartition sur la surface du sol, leur origine tertiaire. » 
(Chaque jour les présomptions s'accentuent en faveur de la thèse 
faisant renionter l'homme à ces époques. Elles sont combattues 
avec violence par certaines écoles et le seront jusqu'au jour où 
une preuve positive, inattaquable, viendra mettre fin au débat. 
Nous en sommes encore réduits, pour la solution de ce grave pro- 
blème, aux conjectures, aux considérations générales basées sur 

'1) La France préhi-<t.. Ik'JC, p. Xk 



LFS ORIGINES 68 

le rationalisme, et certes ces aperçus sont loin d'olïrir des bases 
scientifiques solides; mais 1(^ bon sens oblige à faire remontei- 
ra[)parition de l'homme au delà des temps où sa présence se 
manifeste par les réalités constatées jusqu'ici. 

« L'ère moderne ou quaternaire est caractérisée par l'appari- 
tion de riiomme sur la terre », disent les géologues. Si le quater- 
naire n'existe ([ue par cette définition, il faut se hâter de le sup- 
primer pour réunir les temps modernes au pliocène. Car ce n'est 
pas de l'homme primitif lui-même dont il est question dans cette 
définition, ce n'est pas de sa venue en tant que type zoologique; 
mais bien rapj)arition d'une industrie déjà nettement formée, déve- 
loppement qui suppose qu'une longue période s'est écoulée avant 
((ue l'ouvrier du coup de poing eut perfectionné son intelligence 
au point de posséder une telle civilisation. 

Si l'on envisage la flore et la faune des dernières époques ter- 
liaires,les comparant à celles des temps quaternaires et modernes 
on trouve de telles analogies, une suite si continue, (|u'il est im- 
possible de ne pas relier intimement entre eux ces deux mondes. 
Les phénomènes glaciaires ont, il est vrai, créé un hiatus dans cel 
(msemble homogène ; mais ce hiatus est plus apparent que réel, 
car il ne s'applique pas à la totalité du globe. 

Il ne saurait être ici question d'évaluation en millénaires des 
temps employés à ces perfectionnements ; nos chronologies ne 
peuvent être que relatives. Peut-être le jour viendra-t-il où les 
bases de ces calculs seront plus sûres; mais dans l'état actuel de 
notre savoir, nous ne pouvons que nous abstenir de formuler 
un nombre, quel qu'il soit. 



CHAPITRE III 



Les phénomènes g-lacialres. 



Nous avons vu combien les modilications continentales plio- 
cènes eurent d'importance (1) en ce qui concerne les reliefs de 
l'Europe et par suite la nature de son climat; mais nous devons 
remarquer aussi que la formation de grandes nappes d'eau dans 
la Méditerranée, l'existence de lacs étendus dans la région ponto- 
<3aspienne, en Afrique, en Syrie, en Sibérie, aux Etats-Unis, l'efîon- 
drement de continents entiers dans l'Atlantique (2), ne furent pas 
sans modifier également d'une façon notable les conditions clima- 
tériques de l'hémisphère boréal. Ces mouvements ne cessèrent 
pas avec l'époque tertiaii-e; ils se sont poursuivis au cours du 
pléistocène et se continuent encore de nos jours. 

Ces oscillations, dues à la plasticité de l'écorce terrestre, se 
manifestent sous forme d'immersion sur certains jjoints, d'émer- 
sion sur d'autres et, fréquemment, en vertu des lois de compen- 
sations dictées par l'invariabilité relative du volume terrestre, 
il y a mouvement de bascule ou de glissement allcctant de vastes 
n'ii-ions (3). 



(1) Voici (luelciues données sur l'cLat actuel 
(les reliefs terrestres pris dans leur ensemble; 
la surface totale du criobe étant de 5U',t.i)ôO.0OO 
kilomètres carrés, 365.501.000 sont occupés 
par les mers et 144. 449.000 par les terres, 
Cf. Wagner, BeilrAqe zur Geophiisik, 1895; 
dont 100.800.000 pour l'hémisphère boréal et 
44.200 environ pour l'hémisphère austral. Le 
quart environ des continents est occupé par 
des hauteurs supérieures à 1.000 mètres dal- 
titudc. soit 70.0no.000 kilomètres carrés pour 
lesallitudes situées entre 1.000 et 2.000 mètres. 
13.000.(00 pour celles de 2.000 à 3.000 mètres, 
7. 500.000 pour celles entre 3.000 et 4.000 mètres 
et 7.500.000 également pour les altitudes su- 
périeures à 4.000 mètres. 



2) Cf. .Vu sujet de la théorie de l'Atlantide, 
A. DE Lapparent, Traité de géol. — Lubbock, 
l'Homme auaiil l'Histoire, p. 40. — Cii. Ploix, 
lieu. d'Anthrop., 1887, p. 291. — Bull. Soc. df 
Borda (Dax). 188 i. Bien des .savants se refu- 
sent à cette hypothèse. 

(3) " Au moment où une grande ligne de 
relief se constitue sur le globe, elle forme le 
rivage d'une dépression océanique ou lacustre, 
sous laquelle elle s'enfonce par son flanc le 
plus abrupt, et en général, l'importance de la 
chaîne à laquelle elle donne naissance est en 
rapport avec celle de la dépression qu elle 
côtoie. >■ (A. DE Lapparem. Traité de Géolo- 
flie, 1906. p. 67.) 



LES PHl-NOMKXES GLACIAIRES 05 

Des défornialions de cette nature se sont produites à toutes 
les époques ; et nous en retrouvons les traces dès les temps géo- 
logiques les plus reculés. De nos jours, elles sont généralement 
peu sensibles et, par suite de leur lenteur même, avaient, jus- 
qu'à ces derniers temps, échappé à l'observation rigoureuse. 

De l'intensité des phénomènes qui se produisent sous nos 
yeux, nous ne pouvons cependant pas déduire l'importance de 
ceux concernant les temps écoulés; il y a certainement eu des 
périodes d'activité maxima et des époques de minima ; mais nous 
ne sommes pas en droit d'établir des lois chronologiques basées 
sur l'observation des faits récents. 

Les phénomènes dus à la plasticité de l'écorce terrestre sont 
de trois natures : les éruptions volcaniques, les secousses sis- 
miques et les déformations plus ou moins lentes de la surface. 

Les temps pléistocènes ont vu, comme les nôtres, de nom- 
breuses éruptions volcaniques: je citerai entre autres celles du 
massif central de la France, les dernières de ce groupe. 

Depuis, les éruptions se sont continuées sur toute la surface du 
globe et l'on ne compte pas moins de 323 volcans (1) qui, depuis 
trois siècles au plus, ont donné des preuves de leur activité. 

Grâce aux nouvelles méthodes d'observation (2), il a été possible 
de reconnaître l'existence d'un certain nombre de foyers sismiques 
principaux et d'établir approximativement l'aire de leur action. 
J'en citerai quelques-uns. 

Dans le Nouveau Monde sont deux groupes ; celui des Açores 
dont l'influence s'étend de 20" à 60" de latitude septentrionale, et ce- 
lui des Rocheuses et des Andes comprenant toutes les côtes occi- 
dentales de l'Amérique et se reliant par l'Alaska au groupe asiatique. 
Le groupe Central Américain, dont les limites comprennent 
les Antilles, la Floride et les Guyanes, se relie vers l'est à celui 
des Açores. 

Dans la mer du Nord, le foyer islandais fait sentir ses effets 
depuis les côtes nord-ouest de la Norvège jusqu'à 70Mnlitude nord 
environ. 

Plus au sud, le groupe indo-européen affecte les régions com- 
prises d'une part entre Bombay et Lisbonne, d'autre part entre 
Zanzibar et le Caucase. 

il) FvscHs, les Volcans. Paris, lt<78, -2' cdit. (2) J. Miliie. 



LES PHIvNO.MKXES GLACIAIIÎKS 67 

Enfin, un autre foyer sisinique comprend Maurice et Mada- 
gascar. 

Il serait aisé de citer un plus grantl nombre de régions ail'ectées 
par ces phénomènes; mais les exemples que je viens de donner 
sont particulièrement intéressants parce (|u'ils concernent des 
portions de l'écorce terrestre qui, nous le savons, ont travaillé 
pendant l'époque tertiaire et dont Tactivité s'est continuée au 
cours du pléistocène et jusqu'à nos temps. 

Il existe certainement des relations entre les diverses manifes- 
tations des forces centrales de la terre, qu'.elles se traduisent sous 
forme d'éruptions volcaniques, de secousses sismiques ou d'oscil- 
lations lentes de l'écorce; mais, jusqu'ici, nous ne possédons pas 
les données nécessaires pour relier entre eux ces phénomènes. 
En les passant en revue sommairement, j'ai simplement voulu 
montrer combien est mobile cette croûte sur laquelle l'homme 
s'est développé et combien, par suite, il doit être fait de réserves 
dans l'étude des causes de son évolution aussi bien zoologique 
qu'intellectuelle. 

En effet, si nous étudions les oscillations de l'écorce terrestre (1), 
nous nous trouvons en présence de faits dont les conséquences 
touchent de bien près à l'histoire de l'humanité ; car ces mou- 
vements ont profondément affecté l'habitat de notre espèce. 

Au nord de l'Europe, la péninsule Scandinave tout entière 
subit actuellement un mouvement de bascule, le fond du golfe de 
Bothnie s'enfonçant de 1 m. 60 par siècle, tandis que la pointe 
méridionale de la Scanie se relève (2). 

Jadis, cependant, au cours de la période actuelle, un bras 
de mer joignait la Baltique à la mer du Nord, passant par la 
dépression des lacs Mâlaren, Hjelmaren et W'enern ; et ces dis- 
tricts sont aujourd'hui situés bien au-dessus du niveau des mers. 
Ailleurs, sur d'autres points de la Scandinavie, des plages ma- 
rines d'époque glaciaire se trouvent maintenant surélevées de 
200 mètres. 

(1) Pour les moiiveirients de l'écorce 1er- Sitpan, r*e/. .Vi;., 1888. — Bhùckner, Verliandl. 
reslre en général, Cf. Ed. Suess, Das Antlitz d. IX'^'" Geographentays. — Siéger, Ze.tsch. d. 
derErde, surtout le t. II, trad. E. de M.'irgerie, Ge.s-. fiir Erdkunde. Berlin, 1890. — A. de Lap- 
190U. Toutes les théories du savant professeur parent, Trailé de Géologie. 1906, p. 581 sq. — 
viennois ne sont cependant pas admises par Docteur Andue, M. Hause^. Skandinaviens 
l'ensemble des géologues. SUgning, 104 p., avec résumé en anglais, in 

(2) Sur les mouvements de la péninsule Geologislœ iindcrsôgelser, n' iS. Aarbog, I89G 
Scandinave, consulter : V. Schmidt, le Dane- til i89!>. Krisliania, l'JOO. 

mark en 1867. — Suess, An/Z/Zz derErde; — 



68 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Le nord du Danemark, suivant le mouvement de la Suède 
méridionale, émerge lentement; de telle sorte que les kjœkken- 




Le plateau sous-marin et les vallées dans la mer du Nord 
(d'après les cartes marines). 

mœddings laissés jadis près des grèves en sont aujourd'hui dis- 
tants parfois de 10 kilomètres environ. 



LES PHÉNOMÈNES GLACIAIRES 



69 



Le sud et la partie centrale du Jiitland, au contraire, s'enfoncent; 
de telle façon que si ce mouvement se continue, le jour viendra, 
dans quelques siècles, où le golfe de Bothnie se joindra à la mer 
Blanche et où le détroit danois, au lieu de se trouver entre Gôte- 
borg et le cap Skagen, sera reporté plus au sud vers le Schles- 
wig (1), La Scandinavie, s'étendant au sud, absorbera le Dane- 
mark (2). 

En examinant la carte des côtes norvégiennes, nous la voyons 
découpée par de longues échancrures, les fjords, profonds et éten- 
dus. Or ces fjords ne sont autres que des vallées d'érosion qui 
n'ont pu se former qu'à Tair libre (3), au cours du pliocène ou 
du pléistocène, sous l'action des rivières. Ils contiennent 
aujourd'hui, par places, plusieurs centaines de mètres d'épaisseur 
d'eau (Ji) ; c'est donc de cette hauteur au moins que les Alpes 
Scandinaves se sont affaissées depuis le creusement de leurs val- 
lées (5) ; et il en est de même dans bien des régions, pour 
l'Islande entre autres (6 . 

Cette remarque est d'une importance capitale en ce qui con- 
cerne la formation des grands glaciers ; car elle prouve que les 
Alpes norvégiennes ont été beaucoup {)lus élevées qu'elles ne sont 
actuellement et que, par suite, elles offraient, jadis plus qu'aujour- 



(1) Forêts et tourbières submergées sur la 
côte orientale de Leba ^Poméranie). Cf. la 
Géogr., f. V, p. 284. 

(2) L'un des points les plus intéressants à 
étudier, en ce qui concerne les mouvements 
post-tertiaires des cotes, est Tile de M()en. 
(Cf. Ch. Lyei.l, Geol. Transactions, II' série, 
vol. II, p. 243. — PuGGAARD, Geologieder Insel 
Môen. Bern., 1851. 

(3) (Cf. DE Lapparent, Traité de géologie, 
V' éd., 1906, p. 24it.) Une seule conclusion 
demeure admissible, celle que ces déchirures 
du sol, si exactement prolongées sous la mer, 
existaient à l'état de vallées continentales, 
lorsqu'un changement de niveau a déterminé 
leur submersion partielle sous la nappe océa- 
nique. Ce changement semble avoir été très 
brusque, sans quoi les fjords n'auraient pas 
conservé leur aspect de vallées comme le 
fait a lieu dans la plupart des Rias de la côte 
de Galicie. delà Bretagne, de l'Irlande et du 
pays de Galles. Le fond des fjords a lui- 
même subi parfois des déformations aux 
abords de la limite du massif montagneux. 
Ainsi le Hardanger fjord, profond de 800 mè- 
tres, a été relevé à son entrée de 450 mètres, 
tandis (|ue d'autres présentent une pente 
continue. 

(4) La cavité la plus profonde des fjords 
norvégiens est de 1.242 mètres (Sognefjord) 
tandis que dans le Baker fjord, en Patagonie, 



la sonde est descendue à 1.2G1 mètres. (Cf. 
Otto Norde.nskjOld, Topograph. Geol. Stu- 
dien in fjordgebieten,ds Bull, de l'Institut géo- 
logique d'Ujjsala, 1899, n» 8, IV, 2). Les pro- 
fondeurs des principaux fjords de la Norvège 
sont, d'après Nordgaard (Naturen Bergen, 
n" 12, décembre, 1904, p. 382): OfotentenfjonI, 
550 mètres; Tysfjord, 725 mètres; Oxsund, 
630 mètres; Foldenfjord, 530 mètres; Skjers- 
ladfjord, 518 mètres, etc. On voit d'après ces 
données que l'affaissement de la côte norvé- 
gienne, après la période d'érosion des vallées, 
ne s'est pas faite régulièrement et que son 
maximum semble avoir été de 1.250 mètres 
environ. 

(5) Cf. sur les déplacements des rivages 
quaternaires dans la Norvège seplentrionaie, 
la Géographie, 1905, t. XI, p. 308. Compte 
rendu par C. Babot des travaux de W.-C. 
Brrigger(iVorye.s Geologiske Undersôgelse, n'^i], 
Om de Senglaciale og post-glaciale ,\ir,îforan- 
dringer i Kristiania fellet Kristiania, 19 X) et 
1901) et de W. Bamsay (Ueber die Geologische 
Entwicklung der Halbinsel Kola in der Quur- 
tarzeit. Helsingfors, 1898). 

(6) Suivant \\. Sevastos [Bull. Soc. Géol. de 
France, IV' série, t. \ I, p. 235), la cause 
efficiente d'abaissement des aires continen- 
tales devrait être cherchée dans la surcharge 
de celles-ci par l'énorme masse de glace des 
époques glaciaires. 



70 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



d'hui, des conditions favorables (1) à l'accumulation des névés (2). 

Cet affaissement s'est produit en même temps que celui des 
pays situés entre la Scandina\ie et la côte anglaise, dont les 
îles Orkney et Shetland ne sont que les ruines; que celui du 
banc de l'île porphyrique de Rockhall, long de 160 kilomètres, 
large de 80, sur lequel la drague recueille, par 200 mètres de fond, 
des mollusques morts depuis longtemps et appartenant à une 
faune beaucoup moins profonde (3) ; en même temps, en somme, 
que toute la surface du célèbre plateau de cent brasses (180 m.) 
qui entoure notre littoral du Nord (/j), que les terres qui jadis 
joignirent l'Europe à l'Islande, au Groenland et au Continent Amé- 
jicain, que nos contrées elles-mêmes. 

Ce mouvement semble se poursuivre encore dans les temps 
actuels; car on en peut suivre les traces sur les côtes de la mer 
du Nord et de la Manche (5). 

C'est en 1170 après J.-C. que l'isthme qui joignait la Hollande à 
la Frise s'est rompu et a disparu sous les eaux. C'est au treizième 
siècle que le lac Flévo devint un golfe, que le Zuyderzee se for- 
ma (6). C'est en J/j21 que se créa la mer de Biebosch. 11 y a donc eu, 
du douzième au quinzième siècle, afl'aissement continu de la côte (7). 



(1) « La tranche pluviale, dans un courant 
atmosphérique, est d'autant plus épaisse que 
le courant airétc par un obstacle est forcé 
de s'élever plus rapidement » ; (CEZANNf, 
Elude sur les torrenls, II, p. .'il), lair deve- 
nant plus froid avec l'altitude (1° par 100 mè- 
tres environ) se décharge d autant plus rapi- 
dement de son humidité que sa température 
s'abaisse plus vite. C'est ainsi que la friande 
muraille Scandinave, surélevée de 500 à 
l.OUO mètres, joua le même rôle vis-à-vis des 
vents océaniques, que joue l'Himalaya par 
rapport à ceux des tropiques (à Cherra-Pon- 
jée (Indes), il tombe une moyenne de 1-2 à 
14 mètres d'eau). Les pays jadis occupés par 
les glaciers se font d ailleurs encore remar- 
quer par la grande quantité d'eau (]u'ils re- 
çoivent sur (piel(|ues points (Bergen, 2 m 6' ; 
Slyehead [Cumberland;, 4 m. 7-2.) 

(2) L'influence du relèvement des massifs 
Scandinaves et autres sur la formation des 
glaciers a été mise en évidence dès 18G4 par 
Frankland (On Ihe physical cause of Ihe Gla- 
cial Epoch, in Phitosoph. Mag.) 

(3) Les dragages effectués sur le <■ Dogger 
bank » par une profondeur variant de 13 à 
40 mètres ont amené un grand nombre d'osse- 
ments de mammouth, de rhinocéros, de 
renne, etc., montrant que ce plateau était 
jadis émergé. Plus au nord, sur le « Long 
forties bank n, parmi les coquilles roulées du 
fond, se rencontient des mollusques ne vivant 
que dans la zone des marées, prouvant par 



leui' présence à une profondeur de 70 mètres 
qu'en ce lieu l'ancien rivage s'est affaissé 
d autant. (Cf. .Iukes Brow.n, The Building of 
Ihe British Iles.) 

(41 A. Rutot [Congres préhist. de France, à 
Vannes en 1906, le Mans, 1907), examinant la 
question des gisements chelléens submergés 
du Havre, rappelle ses travau.x sur « les ori- 
gines du quaternaire de la Belgique (ds Bull. 
Soc. Belge de Géol., t. XI, 1897 [Mém.]), dans 
lesquels il a prouvé que le plateau de la mer 
du Nord ne s'est enfoncé qu'à la fin du qua- 
ternaire et que, par suite, il a été occupé par 
1 homme chelléen. Il accorde 10.000 ans à 
l'anticjuité de cet effondrement et fait remar- 
quer que ce mouvement est indépendant 
d'autres qui ont eu lieu postérieurement. 

(5) Cf. Langeraad, Zeilsch. f. wissensch. 
Geogriiphie, 1888, p. 265. 

(6) C'est en 1277 que la mer, entrant dans 
le lac Flévo, forma le Zuyderzee. Quatre- 
vingt mille personnes périrent dans !e cata- 
clysme. 

(7) J. Van Baren, ds la Géograjihie, t. V, 
1902, p. 49 et les deu.x caries, pp. 50 et 51. — 
J.-C. Ramaer. Geogr. Geschied. V. Holland, 
beguiden de Lek en de yieuwe-Maas in de Mid- 
deleemven. Amsterdam, 1899. Ouvrage renfer- 
mant un essai de reconstitution de la carte 
de la Hollande en 1300 comparée à la géo- 
graphie actuelle. — Ed. Jonckheere, l'Origine 
de la Côte de Flandre el le bateau de Bruges. 
Bruges, 1903. 



LES PIIKNOMLWES GLACIAIIIKS 71 

En France, au troisième siècle, le littoral entre Ardres et 




Effet que produirait un afTaissement de KK) mètres dans les régions du Nord 
de TAIlernagne et du Sud des pays Scandinaves. 



Nordkerque était suljmergé (1) et nous y voyons aujourd'hui en- 
core la tourbe recouverte de 6 m. 50 par la mer (^2 . 



(1) Cf. Deb:iay, Mém.d' la Soc. des Scienrt 
de l'Agric. el des Arls d- Lille, 1873. 



(2) Cf. GossELET, Ann. Se. (i. .V.. XXX, 
p. 325. 



72 LES PREMIÈRES CIMLISATIOXS 

En Belgique (l), à l'époque de rindustrie néolithique, les flots- 
venaient jusqu'à Bruxelles. Toute \â plaine marine (2) repose sur 
des couches de tourbe surmontées de dépôts d'eau salée ; puis 
elle se retira; mais revint au quatrième siècle, s'avançant jusqu'à 
Bruges. 

Aux onzième et douzième siècles, on enregistre encore des 
irruptions de la mer dans la Hollande et la basse Belgique. 

On voit, à Wimereux, sur les 
rivages du Pas-de-Calais, une fo- 
rêt submergée avec les ateliers 
néolithiques qu'elle renfermait; et 
plus loin, entre la Somme et la 
Seine-Inférieure, l'embouchure de 
la Bresle montre des traces très 
nettes d'afTaissement. 

A Cherbourg, un slatère d'or 
gaulois a été trouvé dans les tour- 
bes submergées ; et entre le mont 
Saint-Michel et la côte, sont des 
traces de forêts. 

En Bretagne (3), rinimersion 
de la ville d'Ys, dans la baie de 
Douarnenez, vers le quatrième ou 
le cinquième siècle, est un fait classique; aujourd'hui ses ruines 
sont par \!i à 15 mètres de fond, profondeur qui indi(jue pour 
l'afiaissement sur ce point une moyenne de 1 mètre environ par 
siècle. 




Ilot d'Er-lanic (Morbihan) et les 
Cercles de pierre, d'après le 
docteur de Closmadeuc. 



A la pointe de Plogoff, des monuments mégalithiques sont 



(1) Cf. RuTOT, les Origines du Quaternaire de 
la Belgique. Bruxelles, l.>97; Soc. belge de Géo- 
logie. XI, p. i:'l. 

(2) L'élude des oscillations de la plaine 
marine belge est due aux beaux travaux de 
M. A. Rulot qui (Congrès préhist de France, 
Vannes, 190ii) les résume comme suit : 1° à 
la lin du quaternaire, affaissement général 
très important, formation de la mer du Nord, 
séparation de la Grande-Bretagne de l'Eu- 
rope ; 2° débuts des temps modernes, faible 
soulèvement ; 3* période de calme compre- 
nant le néolilliique, les âges du bronze et du 
fer, les temps gallo-romains; 4° troisième et 
quatrième siècles, affaissement lent permet- 
tant à la mer de reprendre une partie de ce 
«lu'elle avait perdu i)ar2°;5° période de repos 



de quatre siècles; 6° à partir de l'an 800, sou- 
lèvement lent; 7° en l'an 900, tous les pays 
]ier<lus au troisième siècle sont repris, pé- 
riode de repos; b° vers l'an 1000, nouvel 
alTaissement qui, en 1179, amène la rupture 
des digues, formation du Zuyderzée, détache- 
ment des îles de la Frise, la plaine marine est 
couverte d'eau ; t)° retrait lent des eaux, éta- 
blissement des dunes littorales. 

(3) Vallées sous-marines: entre autres celle 
de la rivière de Pontrieux qui prolonge son 
lit jusqu'à 10 kilomètres en mer par un sillon 
de 30 à 40 mètres de profondeur (Cf. J. Rey- 
NAun, Comptes rendus Acad. Se, XXVI, p. SlH; 
A. DE L.^PPARENT, Traité de Géologie, 19U6, 
p. 579.) 



LES rilKNOMÈNES GLACIAIRES 73 

aujourd'hui sous 5 à 6 mètres d'eau (1), et il en est de même dans 
l'îlot d'Er-lanic (Morbihan) (2). 

En Angleterre (3), les exemples de l'oscillalion du sol sont 
également très nombreux; ils montrent que la submersion est 
d'autant plus importante qu'on avance plus vers l'ouest, tandis 
qu'au nord, il y a manifestement émersion (A). 

Ainsi, les mouvements ayant donné naissance à la Manche et à 
la mer du Nord se continuent encore sous nos yeux. 

Ces affaissements, reconnaissables aux témoins qu'ils ont laissés 
sur le littoral, n'ont pas affecté que les côtes seules; leurs effets 
se sont fait sentir sur tous les continents voisins, modifiant l'al- 
titude de l'ensemble. En sorte qu'à l'époque où le plateau de la 
mer du Nord émergeait, où les Alpes Scandinaves offraient des 
cimes comparables à celles de Fllimalaya de nos jours, la France, 
l'Angleterre, le Nord de l'Allemagne formaient des massifs plus 
ou moins élevés ; et c'est probablement à ces variations d'altitude 
que nous devons, en grande partie, les époques chaudes et froides 
que révèlent la flore et la faune des temps quaternaires. 

Nos déductions, jusqu'à ce jour, ne reposent que sur les 
témoignages laissés sur les côtes et dans le fond des mers; parce 
que nous ne possédons aucun moyen d'appréciation en ce qui 
concerne la conduite des continents ; et le manque de notions à 
cet égard porte à supposer l'invariabilité dans l'altitude de ces 
terres. Grave erreur qui entraîne de sérieuses conséquences 
dans l'interprétation des phénomènes naturels continentaux. 

Ces émersions et submersions sont très variables dans leur 
rapidité; en Angleterre, m. 005 et m. OU semblent actuelle- 
ment être les extrêmes annuels. 

Si nous prenons le minimum m. 005 et que nous l'appli- 

(1) Cf. Marcel Baudouin, les Më(jalilhe<i mais \\i peuvent n'avoir affecté que des ic- 
submergés des- côles de la Vendée; lex Cotes de gions peu étendues. 

Vendée; de la période néolilhique au moyen âge ; (4) Hamsay [Glaciers o/" \orlh Wales, li^i'iO) 

le Mégalilhe délruil de Sainte Croix (Vendée). constate, pour l'Angleterre cl le pays de 

(2) Cf. Cartailhac, la France j)réhisloriqne, Galles, trois périodes glaciaires successives. 
2' édit.. Paris, 189fi, p. 202, fig. 79 (d'après le Pendant la première, les terres, beaucoup plus 
docteur de Closmadeuc.) hautes qu'elles ne sont aujourd'hui, étaienl 

(3) De nombreuses terrasses marines ren- couvertes d'une croitte énorme de glace. Dans 
fermant une faune récente, mais plus froide la seconde, ces mêmes terres se trouvaient à 
que la faune actuelle, montrent que les îles 750 mètres environ au-dessous de leur niveau 
Britanniques ont subi des mouvements d'im- actuel. Les hauts sommets des îles Britan- 
mersion et de submersion au.xtempsglaciaires. niques émergeaient seuls alors ef ils étaient 
(Cn. Lyeix, Anliq. o/ Man, éd. IV, 1873, couverts de neige. La troisième période, celle 
chap. Xin, p. 286 sq.). Ces mouvements n'ont de l'état actuel des terres, montre encore dos 
pas été sans influencer notablement l'attitude glaciers, mais moins importnuts que ceu.v de 
des glaciers Scandinaves vers le sud-ouest, la première phase. 



l!x 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



quions à la mer du Nord, nous voyons que 20.000 ans auraient 
été nécessaires pour abaisser de 100 mètres les terres qu'elle 
recouvre aujourd'hui, et que 7.000 ans environ auraient suffi 
pour le même aflaissement à raison de m. Ol/i par an. 

Mais ces évaluations ne permettent de tirer aucune déduction 
précise; car nous ne connaissons ni l'intensité du mouvement, 
ni sa conduite, ni les cataclysmes qui ont pu survenir pendant 
qu'il s'opérait, activant ou retardant son allure. 

Si, des bords occidentaux de la dépression atlantique, nous 
passons aux côtes américaines, nous constatons un mouvement 
de bascule analogue à celui de la Scandinavie, quoiqu'inverse ; le 
nord émergeant, ])endant que s'aflaisse le sud. 

Les dépôts marins se trouvent aujourd'hui à 300 et 330 mètres 
d'altitude dans le Labrador, à 1^9 mètres dans la baie de Fundy, 
à l/i3 mètres à Montréal, à 120 et 99 mètres au lac Champlain, à 
30 mètres à Boston, à 12 et 15 mètres à la Nouvelle Angle- 
terre (1). 

Avant d'en terminer avec les oscillations des rivages, je dirai 
encore quelques mots de la Méditerranée (2), qui, nous l'avons 
vu, occupe une région très tourmentée pendant l'époque tertiaire. 
11 s'y est formé, vers la fin des temps géologiques, des fosses 
profondes et, par compensation, d'importantes émersions (3). 

Près de Marseille, à 2 kilomètres de la plage de Fos, sont, 
par /i et 7 mètres de fond, des ruines romaines d'où l'on a tiré 
plus de cent monnaies antérieures au règne d'Auguste ;V . 

L'Italie n'est pas à l'abri des mouvements, d'après Issel (5). Ses 



(1) D'après le docleur Ochsenius (Halbfass 
ueberjunge llebungen in der Hiidsonbai, iii 
Ololnis, LXXVIII, n° 12, l'JOO), la région de la 
baie d'Hudson s'exhausse rapidement, au 
pointque dans quelques siècles son fond, dont 
la profondeur n'excède pas i>(X> mètres, émer- 
gera en entier Pour l'affaissement de l'état 
de New-York, Cf. Raph. S. Tarr, Phijxicdl 
Geoijr. of New York Stule, part. IX. The 
Shore Lines, ds Bail, of Ihe American Geo/jr. 
Soc., vol. XXX, n" 5, 18SI9, pp. 417-4i:H, 22 hg.; 
affaissement d'environ m. GO par siècle. 
O. n. Uersliey (ds The Quaternary of Sou- 
thern California in [iall. of Ihe Dep. of GeoL. 
vol. lU, n» 1, pp. 1-30, 1962, observe qu'en 
C.atifornie un soulèvement général a eu lieu 
au pléistocène, atteignant 1.000 à 1.300 mètres 
dans lu district de los Angeles, 2.00J à 
3.000 mètres dans la Sierra Nevada, 2.()00 mè- 
tres à la montagne de Fraser. 

(2) De ses observations sur les rivages 
méditerranéens et de celles de ses prédéces- 



seurs, M. Boule {les Grolles de Grimnldi, 
Monaco, 19U6, t. L fasc. H, p. 14i sq ), tire 
les conclusions suivantes : le phénomène de 
déplacement des rivages, pendant les der- 
nières époques géologiques, est un phénomène 
général pour la Méditerranée; les déiiôts qua- 
ternaires sont presque partout sensiblement 
horizontaux et, par suite, postérieurs aux 
grands mouvements tectoniques. Le jdéisto- 
cène inférieur correspond à un grand mouve- 
ment négatif de la Méditerranée. Il est néces- 
saire d'admettre pUisieursgrandsmouvements 
négatifs au cours des dernières périodes géo- 
logiques ; un mouvement positif a pris place 
au cours du pléistocène supérieur. 

(3) Pour l'élude des oscillations des côtes 
méditerranéennes aux temps pliocènes et 
pléislocènes. Cf. Cn. DEPtREr, Bail. Soc. 
Géol. de France, IV' série, t. VL 19J6, p. 207 sq. 

(4) D. Martin, ZJu//. Soc. d Etudes des Hautes- 
Alpes, 1898. 

(5) Issel, Bi'adismi. Gcnova, 1883. 



LES PllK.NUMÈMiS (iLACIAIHES 



/O 



côtes présenteraient des traces d'érncrsion pour les temps préhis- 
toriques et, par contre, des indices de submersion générale depuis 
cette époque (1^. 

II en est de même pour la Dalmatie, la Grèce (2) et beaucoup 
de terres méditerranéennes. Les autres parties du monde, moins 
bien étudiées que les régions dont il vient d'être question, pré- 
sentent aussi des indices de submersion et d'immersion (3) sur 
bien dos points (/i). L'écorce terrestre travaille donc constamment. 
On conçoit de quelle importance sont ces constatations en ce qui 
concerne les événements glaciaires, la vie et la dispersion de 
l'homme sur le globe. 

C'est, avons-nous vu, à la fin de l'époque pliocène que débute 
la période glaciaire ; elle chevauche donc sur deux des divisions 
adoptées, arbitrairement d'ailleurs, par la géologie. 

Bien des hypothèses ont été émises pour expliquer les causes 
de la naissance et de la disparition des grands massifs de neige. 
On a mis en avant des phénomènes cosmiques ou astronomiques(5); 
il semble que ces théories doivent être abandonnées, en grande 
partie du moins (6). 

D'autres (7) pensent que le refroidissement subit, qui causa 
la formation des névés, est dû à la descente vers le sud des 
banquises brisées par de puissants raz de marée, ou par des 
mouvements sismiques ayant eu leur foyer dans la région arc- 
tique. Les glaces flottantes (8), entraînées par les courants, 
s'étant accumulées sur les côtes d'Europe, auraient produit un 



(1) D'après GUnlher [Geoyr. Journ., XXII, 
pp. 121, 269; XXIV, p. 101), le sol de Naples 
à l'époque romaine était sensiblement plus 
haut que de nos jours. Vers le cinquième ou 
le septième siècle, il s'est enfoncé de 10 mè- 
tres. Ce mouvement a pris fin au onzième 
siècle Puis, vers le seizième siècle, il y a eu re- 
lèvement de 5 m. 70. De nos jours il y a tendance 
à la submersion. Cf. Suess, Anllilz der Erde. 

(2) Voies romaines du golfe d'Arta (Alti(iue), 
actuellement à 1 m. 20 sous l'eau. (Cf. Issei.. 
Bradisini. Genova, 1883.) 

A Syracuse, les carrières exploitées par les 
Grecs au pied des falaises qui, au nord-est, 
bordent la ville antique, sont aujourd'hui 
submergées (J. M.). 

(3; Cf. entre autres, E. Vredenburg, Pleis- 
tocene movements as indicated by irrcgula- 
rilies of gradient of the Narbada and olher 
rivers in the Indian peninsula, in Records 
Geol. Sarvey of India. vol. XXXIII, pari. I. 

(4) Le fond de l'océan Pacifi(|ue s'est 
affaiisé sur de grandes étendues, car Icpais- 
seur des récifs corallins atteint par places 



500 à 600 mètres de puissance; et ces courbes 
du niveau sous-marin accusent l'existence de 
vallées creusées jadis à ciel ouvert et au- 
jourd'hui profondément immergées. Aux îles 
Carolines, des monuments sacres d'ancienne 
date ont aujourd'hui le pied dans la mer. 
Pour beaucoup de récifs corallins. la théorie 
de l'immersion a été vivement combattue par 
J. Murray, L. Agassiz, etc..., mais elle de- 
meure exacte pour un grand nombre d'îles 
pour lesquelles d'autres preuves viennent 
appuyer cette hypothèse. 

(5) James Ckoll, Climnle and Time. 187.i. 

(6) Cf. A. DE Lapparent, Traité de Géologie. 
V» édit., 1006, p. 1722 sq. 

(7) Piette, Déplacement des glaces polaires 
et grande extension des glaciers. Saint-Quen- 
tin", 190 i. 

(8) La théorie des glaces floUantes anté- 
rieures à l'émersion de la Scandinavie et à 
la première extension des glaciers émise par 
Lyell doitètre abandonnée. (Cf. de Lappabent, 
Traité de Géologie, 1906; M. Boule. liev.dAn- 
throp., 1888, t. XVII, p. 134 cl noie 1.) 



76 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

froid intense, en même temps qu'une grande humidité; d'où con- 
densation abondante sur les sommets et grande extension des 
glaciers. 

Cette théorie oublie que, si les banquises peuvent amener un 
abaissement notable dans la température, elles s'opposent à 
l'élévation du degré hygrométrique de l'air; élévation qui néces- 
site un accroissement dans la température. En Sibérie, par 
exemple, où les glaces flottantes et fixes occupent de vastes sur- 
faces, l'humidité de l'air est presque nulle et par suite il tombe 
fort peu de neige. 

Les causes de ces perturbations ne sont d'ailleurs pas aussi 
simples que certains auteurs ont été tentés de le penser; elles 
proviennent certainement d'une foule de faits indépendants les 
uns par rapport aux autres et qu'il convient de faire entrer en 
ligne. 

La fin du pliocène et les débuts du pléistocène ont été signalés^ 
dans le monde entier, par un accroissement inusité des précipi- 
tations atmosphériques (1); c'est à cette époque que se sont 
creusées toutes les vallées, que le relief topographique actuel 
s'est établi. Ce fut pour les pays chauds l'ère des lacs et pour 
les régions froides celle des glaciers qui, dans l'hémisphère sep- 
tentrional seul, couvrirent une surface de vingt à vingt-cinq mil- 
lions de kilomètres carrés. 

Pour créer des masses aussi considérables de névés (2), il 
faut des vapeurs abondantes que seule peut produire la chaleur ; 
et pour condenser ces vapeurs sous forme de neige, un abaisse- 
ment de température sur certains points est indispensable ; ces 
lois sont absolues (3). 

Il a donc fallu qu'au début de l'époque glaciaire, les circons- 
tances naturelles permissent en même temps à des courants d'air 

(1) Il ne faut pas oublier que le i.liénomène tens, Du Spilzbenj au Sahara, p. 3U); plus on 
glaciaire n'est pas spécial à la période pléis- descend et plus la densité du névé augmente, 
locène; nous connaissons à des époques Elle arrive à %0 et même 960 kilogrammes 
beaucoup plus anciennes des dépôts gla- quand elle est entrée dans le glacier. Dans 
claires. Sur les phénomènes glaciaires à les Alpes, au-dessus de 3.300 mèlres, elle nest 
l'époque permienne, Cf. W.-M. Davis, obser- pas agglomérée et forme une poussière fme. 
vations in South Africa, in Bull. Geol. Soc. of (3) La neige se forme à toutes les tempéra- 
America, XVII, U)05, pp. 376-U9.pl. 47-5i. Sur lures au-dessous de zéro. C'est à lort qu'on 
ceux, plus anciens, de la période Huronienne, a parfois pensé que la chute de la neige 
Cf. A.-P. CoLEMAN, The lower huronian ice- excluait un grand abaissement de tempéra- 
age, in Jauni, of Geology Chicago, XVI, 2, ture. A Iakoutsk, on a vu neiger par — 37° et 
1908. même — 46°. (Vocikof in Pet. Milh. Ergàn- 

(2) Un mètre cube de neige fraicliement juny-s/ie/"/, 1874), à Moscou par — 22°. J'ai moi- 
tombée pèse 85 kilogrammes, le mètre cube même vu en 1889 neiger à Tiflis par — 18° et 
de névé de 500 à 600 kilogrammes (Ch. Mar- en 1890 à Hamadan par — 15° à — 18» (J. M.). 



LES rilKXOMÈNES GLACIAIRES 



77 



cliaud de s'établir, à de grandes surfaces liquides de se trouver 
sur leur parcours et à des massifs réfri<^éraiits de se former. 

Des variations dans la pression atmosphérique eussent, cer- 
tainement, beaucoup modifié l'état hygrométrique de l'air; mais 
rien ne nous autorise à en admettre. Nous devons donc nous bor- 
ner à rechercher, dans les phénomènes ayant laissé des traces, 
l'origine de ces singulières perturbations. 




Carte des isanabases de la Norvège, d'après Rekstad et Vogt. 



La fin du pliocène, on l'a vu, a connu des transformations 
importantes s'opérant dans l'Atlantique. Les continents s'y sont 
abîmés, laissant le chemin libre aux courants d'eau et d'air venus 
du sud, et créant d'énormes surfaces aqueuses. L'efTondrement 
des restes de ce continent fut l'œuvre du pléistocène ; en même 
temps que se créaient les fosses de l'Adriatique et de l'Egée, que, 
pour un temps très court, la mer Rouge communiquait avec la 
Méditerranée, que la mer Noire s'ouvrait le Bosphore, que le 



78 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

monde entier se couvrait de grands lacs. Ce fut une révolution 
complète dans l'équilibre du climat. 

A cette époque, le massif Scandinave, plus élevé qu'il n'esl 
aujourd'hui, offrait aux vapeurs d'eau venues de l'Océan nouvel- 
lement libre, un foyer de condensation très important, tant par 
son altitude (1), que par son étendue. Il n'en fallait pas plus pour 
qu'un amoncellement gigantesque de névés se produisît et que 
les glaciers en résultant s'étendissent au loin. 




^'allées sous-marincs de l'Islande (d'après les cartes marines}. 

Si l'Atlantique ne s'était pas affranchi des barrières qui l'en- 
combraient, s'il n'avait englouti ces terres pour avancer jusqu'aux 
pays Scandinaves (2), l'humidité faisant défaut, le froid serait 
resté sec sur les sommets norvégiens et il n'y aurait pas eu 
condensation, partant pas de glaciers. Les plateaux tibétains, 



(1) La lempérature s'abaisse de 1° par 
100 mètres d'altitude (Supan, Grândzuge der 
fjhysischen Erdkunde. 11« édit., p. 5*5.) Cette 
loi se vérifie dans les grandes hauteurs 
atmosphériques; à 16.fX)0 mètres de tiauteur à 
laide de ballons sondes, on a observé — 68° et 
— 76° (Cf. Bouquet de La Grye, Annuaire des 
lonyitudes, 188?.) 



(2) Un abaissement des eaux marines de 
4. 000 mètres ne changerait pas les grandes 
lignes de la distribution des continents sur le 
globe Le Groenland s'unirait à l'Islande et 
à l'Europe et il se formerait dans l'Atlantique 
deux longues îles au nord et au sud suivant 
son axe. (Cf. A. de Lapparent, Traité de 
Géologie, 1906, p. 63.) 



LES PIIKNOMÈNES GLACIAIRES 



79 



hauts de 5 et de 600 mètres, se trouvent dans ces conditions (1). 

Les glaciers actuels de nos montagnes (2), lout en fournissant 
bien des indications utiles, montrent les phénomènes trop réduits 
pour que nous soyons autorisés à déduire de leur allure celle 
que durent avoir les glaciers Scandinaves et américains du pléis- 
locène. Seules, les grandes masses de glace voisines des pôles 
offrent dans leur évolution une ampleur suffisante. 

Deux surtout de ces masses sont intéressantes par leur 
immense étendue, par l'intensité du froid qu'on y rencontre et 
par la gigantesque accumulation de glace qui les compose : ce 
sont celles du Groenland et du pôle antarctique. 

Le plateau groenlandais, haut de 1.000 à 1.500 mètres en 
moyenne et renfermant des pics élevés (3), est un immense 
réservoir où se précipitent constamment les névés, même au 
cœur de l'été. Ils se transforment en glace qui descend, sur ses 
flancs, jusqu'à la mer (/j). 

Bien que la pente d'écoulement ne soit que de 0° 30' environ, 
la vitesse de ces glaciers atteint des proportions hors de pair 
avec ce que nous connaissons sous nos latitudes. 

Le glacier de lakobhavn s'avance, en juillet, avec une vitesse 
de 19 mètres par vingt-quatre heures (5), celui du nord d'Uperni- 
vick parcourt 31 mètres par jour, celui de Torsukatak 10 mètres 
seulement. C'est de dix à vingt fois la rapidité que nous enregis- 
trons pour les glaciers de nos montagnes. 



(l) Dans rilimalaya, les pics les plus élevés 
sont dépourvus de neige et s'élèvent sur des 
])lateaux dénudes également, sans névés. 
C'est plus l)as que s'est opérée la condensa- 
tion des vapeurs (Cf. Schlagintweit, Reisen 
in Indien, etc., IV, p. 523) et la formation des 
champs de neige d'où descendent les glaciers. 
L'air dépassant cette zone ne contenait plus 
d'humidité, se trouvant à une température 
variant entre — 50° et — 80". 

(2/ Limite des neiges perpétuelles dans 
quelques montagnes : 

Himalaya, versant méridional, 4.900 mètres, 
climat très humide Isoth. -f- 0°,5. 

Himalaya, versant septentrional, 5.700 mè- 
tres, climat très sec. Isoth. — 2°, 8. 

Karakoroun, .i.80O mètres, climat Irè-; hu- 
mide. Isoth. — 3°, 9. 

Alpes valaiscs, 2.700 mètres, climat moyen. 
Isoth. — 4°. 

Alpes maritimes, 3.300 mètres, climat moyen. 
Isolh. — i». 

Norvège, cote occidentale, 8811. 306 mètres, 
climat très humide. 

Norvège, versant oriental. 1.021-1. U80 mè- 
tres, climat îrèî- -ce. 



Caucase (.\fkhasie), 3.570 mètres, climat très 
humide. 

Caucase (Daghestan), 4.300 mètres, climal 
très sec. 

Ues Shetland (lat. 62°), mètre, climal 
moyen. 

Nouvelle-Zemble (lat. 75° N.), mètre, cli- 
mat très sec. Isoth. — 11°. 

Du Mexique à l'Equateur, 4.500 mètres, 
climal très sec. 

Andes (CliiliArgentine), 5.200 mètres, cli- 
mat très sec. 

Terre de Feu (lat. 54° 30* S.), 9.50 mètres, cli- 
mat très humide. 

Islande (lat. 64» N.), 860 mètres, climal 
moyen. 

(3) Nanscn (Pet. Mit., 1889), pics de 2.700 el 
2.500 mètres ; pics d'Umanak, 2.000 mètres 
d'altitude. 

(4) L'Inlandsis du Groeidand (réservoir des 
névés) couvre une surface évaluée à 2 mil- 
lions de kilomètres carrés; l'épaisseur de la 
glace est, sui va ntXansen, de 1.700 à 2.000 mètres 
(de Lappahent, Traité île Gdoloyie, V' cdil., 
1906, p. 300). 

(5) IlELLANn, Pet. Mit., 1887. 



80 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Au pôle austral (1), où sont des terres élevées et do hauts 
sommets, l'intensité glaciaire est autrement grande encore (2); les 
névés comprimés ayant rempli toutes les cavités, toutes les val- 
lées, franchissent les chaînes de montagnes par leurs cols, cher- 
chant pour s'écouler la ligne de plus grande pente. Là, les glaces 




Fosse de Cap Breton, prolongemenl sous-marin de la vallée de l'Adour, 
d'après L.-A. Facre, le Sol de la Gascogne dans la Géographie, f. XI, 
1905, p. 269. 

forment aux continents une ceinture (3) émergeant des eaux de 
plus de 100 mètres. Les icebergs qui s'en détachent sont gigan- 
tesques. On en a vu de 100 kilomètres de longueur sur Qli de lar- 



(1) Ch. Rabot (la Glaciation antarctique, ds 
la (léoyraphle. 15 déc. 1907, p. 385), réunissant 
toutes les notions actuelles sur le pôle sud, 
donne des aperçus du plus haut intérêt au 
point de vue des phénomènes qui prirent 
place au cours du pléistocène. 

2) Les conditions climatiques actuelles, au 
pôle antarctique, sont insuffisantes pour ali- 
menter les glaciers, et d'après Scott et Ferrar 
faudrait considérer la « Grande barrière », 
le » Piedmonl glacier » de la rive ouest du 
Me Murdo Sound, et nombre d'autres appa- 
reils comme les témoins d'une glaciation 
antérieure paroxysmale en voie de s'éteindre 
progressivement. (C. Rabot, la Gêogr., 1907, 
p. 395.) Toutes les récentes expéditions ont 



reconnu le recul général de la glaciation an- 
tarctique. Ijd , p. 399.) 

(:^) La " Grande barrière » de Ross est une 
nappe de glace haute de 15 à 84 mètres au- 
dessus de la mer, s'élendant d est en ouest sur 
950 kilomètres dans toute la largeur de la mer 
de Ross, depuis la Terre Victoria jusqu'à celle 
du roi Edouard VII, et du nord au sud sur une 
longueur inconnue; mais qui n'est pas infé- 
rieure à 600 kilomètres. G est un vaste glacier 
(Nat. Antarc E.^ped., in iVa!. ///s/., vol. I., 
p. 67) dont l'écoulement est par places de 
1 m. 35 par jour (environ 500 mètres par an). 
[Cf. G. FÎABOT, la Glaciation antarctique, ds 
la Géographie, 5 déc, 1907, p. 390.] 



LES imii':.\()Mi;m:s (ILaciaiiîks 



81 



geur, pi'ësentant une épaisseur totale de à 700 mètres au moins, 
s'en aller en dérive jusqu'aux environs de /|/i" latitude sud. 

Ces énormes blocs ne peuvent provenir que de glaciers; aucun 
froid terrestre n'étant assez intense pour congeler l'eau de mer 
jus(|u'à une profondeur de près d'un kilomètre. 

Malheureusement, le Groenland (1) comme le pôle arctique sont 
d'une exploration difficile et nous ne possédons à leur sujet que 
peu d'inlormalions ; c'est à nos modestes glaciers alpins ((uo nous 
devons encore avoir recours pour obtenir des détails plus précis. 

Les années humides entraînent un accroissement dans la for- 
mation des névés et il s'ensuit une augmentation de l'énergie 
glaciaire. Cet accroissement ne fait pas de suite sentir ses effets ; 
ce n'est qu'après une période dite de retard, variable pour chaque 
glacier, que la tête s'avance ])Ius ou moins. Le recul correspond 
à des périodes sèches, longtemps après qu'elles ont eu lieu (2). 

Pour le Grindehvald, dont la vitesse moyenne est de 1 mètre 
par jour environ, le relard est de vingt années. 

Les glaciers se retirent avec la même facilité qu'ils s'allongent; 
c'est ainsi que celui du Rhône a subi de 1818 à 1880 un retrait de 
1.000 mètres et une perte d'épaisseur de 137 mètres près de son 
extrémité, et qu'en vingt-sept ans les glaciers du Valais ont aban- 
donné 5/i kilomètres carrés de terrain. 

Généralement les glaciers alpins suivent une seule vallée ; 
mais lorsque deux thalwegs se joignent, les deux glaciers se réunis- 
sent, etl'intensité résultante, sans être la somme de ses composantes, 
est singulièrement accrue en vitesse et en puissance de transport. 

Les glaciers descendent donc d'autant plus bas qu'ils sont 
mieux approvisionnés de névés ; c'est-à-dire que leur réserve de 
neiges est plus étendue. Ils atteignent les zones tempérées, qu'il 
pénètrent parfois profondément; c'est, entre autres, le cas de la 
Nouvelle-Zélande (3) où ils s'avancent jusqu'au milieu des forets 
de fougères arborescentes (4). 

(1) Sur les glaciers actuels du Groenland, Creusement des vallées et périodicité des 
Cf. le résumé de Ch. Rabot [Rev. scienlif., mai phénomènes Jilaciaires, ds Congrès d'Antlirop. 
1888. p. 580 sq.). Cf., Ch. Rabot les récentes et d'Arch. /(ri'/i/.s-;. Paris, 1889, p. 8.^. — De 
e.xplora(ions danoises à la côte orientale du Saporta, id., p. !)2. — Garrigou, id., p. 98. 
Groenland, ds/«Geo(/rap/i/e, 190-2, t. VI, p. 79 (3) Phénomènes glaciaires en Nouvelle- 
^1- Zélande. Cf. E. C. Andrews, The ice-nood 

(2) Cf. F.-A. FoREL, Essai sur les variations hvpothesis of Ihe New-Zealand Sound-basins. 
périodiques des glaciers. E.xlr. de la Dibl. In Journ. of GcoL, 1906, t. XIV, pp. 22-54. 
Unii'., 3= pér., t. VI, résumé dans les Mule- (4) Cf. Dupont, l' Homme pendant les âges de 
rtaux, 1888, pp. 336-348. Vallot, Oscillations des la pierre, p. 53. — Lykll, /'r/;ic., t. H. — Lar- 
glaciers des Pyrénées, Paris, 1887. — J. Geikie, xet, Relit]. AqniUmiae, p. 150. 



82 



I.ES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Ainsi, la tête d'un glacier peut se trouver dans la région 
habitable, au milieu de la végétation, des cultures, des villages. 
Ses mouvements d'avance ou de recul peuvent être suivis par 
l'homme, dont, par suite, les traces peuvent être prises entre 
deux couches d'alluvions glaciaires. 

La conduite de l'atmosphère est donc le principe de celle des 
glaciers; mais elle-même malheureusement, est peu connue. Les 
lois extrêmement compliquées qui la régissent, nous échappent 
encore pour la plupart (l). 

Les météorologistes ontcependantétablique des périodes de dix- 
sept années environ se succèdent régulièrement, les unes sèches, 
les autres humides. Mais en dehors do cette règle, il est bien des 
variationsdont nous ignorons la périodicité ; parce que nos obser- 
vations ne sont pas encore de durée suffisante. Quelques faits isolés 
autorisent toutefois à supposer des lois de grande amplitude. 

Depuis l'époque impériale romaine (Probus) jusqu'au moyen 
âge, la culture de la vigne, intimement liée au climat, a gagné vers 
le Nord; elle s'est arrêtée vers Bruxelles et Tournay pendant le 
quinzième siècle ; aujourd'liui elle redescend vers le Sud (2). 

En /(Ol de notre ère, la mer Noire gela presque entièrement; 
en 762, la glace s'étendit du Caucase aux bouches du Danube et 
se recouvrit, disent les contemporains, de 20 coudées de neige. 

Tous ces faits ont eu leur répercussion sur l'allure des glaciers, 
les faisant avancer ou reculer dans certaines régions, alors que 
dans d'autres, ils demeuraient stationnaires ; de là, cette grande 
complexité dans la succession des dépôts erratiques. Au milieu de 
ce désordre des témoignages naturels, il est bien difficile de dis- 
cerner les phénomènes généraux des faits d'importance secon- 
daire ou locale (8). 



(1) La diminiilion îles pluies après la dispa- 
rition complète des glacier-i doit, peul-êlre, 
en grande partie être attribuée au dél>oise- 
ment complet des pays autrefois couverts par 
les glaces. (Cf. Gaudry et M. Boule, Mater, 
p. IHisl. des temps quaternaires, 18^8, p. 83. — 
De Lapparent, Traite de G'-ol.). 

(2) Cf. Arago, Annaaire, 1834. — Le IIon, 
l'Homme foss'le^-i" odit., p. 306. — De Nadail- 
i.ac, 1 Origine et le développement de la vie 
sur le globe, ds Correspondant. Paris, 1888, 
|i. Si. 

(3) Dans le Schleswig-Holstein, entre autres, 
on a relevé les traces d'un raz de marée haut 
de 'iO mètres environ, qui, entre le dixième et 
le cinquième siècle avant notre ère, aurait 



(le part en part traversé la péninsule. (Cf. 
Flack, Die Cimbrische Flutli, in Mittlteil. d, 
Vereins NonlUcli d. Elbe, 18(59. p. 10 sq. — 
Geinitz, Mitt Petermann, XLIX. 1903, p. 82.) 
En 1(J34, un laz de marée couvrit la Frise et 
leSchles\vig-Holstein,englouLissant2.L(iOhom- 
mes et 50.000 létes de bétail. Le 8 septembre 
1362, ce furent les îles de Sylt et de Fnhr que 
dévastèrent les eari.x. Trente paroisses envi- 
ron, 11.000 êtres humains et 90.000 tètes de 
bétail disparurent (Cf. Eii.keh, Die Sturm- 
flalen in der Nordsee, Eniden, 1877, p. 8 sq. — 
StEss, trad. fr., II, p. 672. — Marcks, Uonner 
Jahrbiicher, XCV, 1894, p. 35. — Moritz, Die 
Nordseeinsel Rœm. in Mitt. d. Geogr. Gesells- 
cha/t, Hamburg, XIX, 1903, p. 161 sq.) 



LES piU':.\omi^:nes ijl\(:iaiiu:s 



8.3 



Qui nous prouve, en eOet, (|ue les j)ëriodes (rextension des 
glaciers, en Amérique, sont exactement contemporaines de celles 
de la Scandinavie ; qu'en Europe même, les divers versants d'un 
même massif ont, en même temps, subi les mêmes phénomènes ; 
que les glaciers des Alpes ont évolué parallèlement à ceux des 
Pyrénées, ou de l'Ecosse; et que ceux de l'Altaï ont suivi les 
mêmes phases ? 

Nos tendances à synchroniser les faits de même nature, à sim- 
plifier des phénomènes extrêmement compliqués, nous poitent à 
trouver des solutions capables de satisfaire superficiellement l'es- 
prit; mais elles nous mènent dans une voie bien souvent con- 
traire à la vérité. 

Le grand glacier du pôle arctique, entouré d'énormes masses 
liquides, pourvu de sommets élevés, se trouvant dans les condi- 
tions les plus favorables, est la masse glaciaire la plus impor- 
tante du monde moderne; car elle couvre une surface d'environ 
quinze millions de kilomètres carrés. Le Groenland (1 >, soumis 
sur sa côte orientale aux actions atlantiques, bordé par les mers 
au nord, offrant un inlandsis de deux millions de kilomètres car- 
rés, affectant une région de cinq millions environ, se rapproche 
également beaucoup par son étendue et par les conditions géo- 
graphiques dans lesquelles il se trouve, de ce que fut autrefois 
la masse glaciaire Scandinave; c'est donc aux phénomènes actuels 
de ces massifs modernes ([u'il convient de comparer ceux des 
grands glaciers quaternaires. 

Le centre principal des glaces se trouvait dans l'ossature 
rocheuse des Alpes norvégiennes, plus élevées alors qu'au- 
jourd'hui (2). Le Jjabrador, le Groenland, l'Islande et probable- 



(1) Cf. H. RiNK, Journ. of royal Geor/r. Soc, 
vol. XXlII,p.l45, 1853. — NoRDENSKjMLD, Expé- 
dition to Groenland, Geo/. Mai]., 187-2, vol. I.X, 
p. 305 — R1C11.4RD Bkov,-^, Quart. Geol. Journ., 
1870, vol. XXVI. p. fi8-2. E.vpodilion d'Amdrup 
à la côte orientale du Groenland, ds Geografisk 
Tidskrift, l'^DD, XV. 3 et 4. A (nielqtic distance 
de la cijle, on voit encore surgir des pics 
rocheu.x on nunataks, qui i)ointent au-dessus 
de la plaine glacée : mais plus loin tout dis- 
parait, et la glace, dont Nansen estime l'épai-. 
seur entr(! l.GOU et 1901) mètres, atteint des al- 
titudes de 2.iOO mètres (Cf. A. dk L.^ppaue.nt, 
Leçons de G^ogr. i>liys., 1897, p. 2-23.) 

(2) La bibliographie relative à l'étude des 
glaciers pléistocènes est extrêmement abon- 
dante. Je ne citerai que les principaux ou- 
vrages : Dolfis-Alsset, 1365-09, Malériaur 



pour l'étude de.i Glacier.-;. Paris. 8 vol. (renfer- 
mant la bibliographie jusqu'à 1869). — Falsan 
et Chanthk, les Anciens Glacierx du Rhône. 
2 vol., Lyon, 1879. — Geikie, The Great ice Aye, 
2' édit., Londres, 1877. — T\\D\LL.le.t Glader.'i 
et le.f Tranxfornialion.'i de l'eau, 3' é lit.. Paris, 
1880. — Pkestwicu, The Glacial period. in Journ 
of IheGeol. .Soc, août, 1887. — Penck. Die Ver- 
yletxcherunij der deutxchen Alpen, Lei|)zig, 
1882. — Pe.nck, Geogr. Wirkunyen des Eiszeit, 
Berlin, 1884. — \Vt»:iKor, A'/Zmcj/e derErde, 18H7. 
— Trameli-i Cause dcl Clima Qualernario. in 
lieniticonli In.sl. Lomb., 1888. — Boule, Essai 
de Paléontologie slraligraphique de l'homme, 
1889, in liev. Anthrop. —De Lapparcnl (r/(//7c' 
de Géologie, 5' éd., 190). Paris, p. 1663 et sq.i 
résume et e.xpose magistralement la ques- 
tion. 




u 



LES IMIKNOMÈXES (II.ACIAIRES 85 

ment aussi l'Irlande, l'Ecosse (1) et la Scandinavie étaient 
soudées ensemble par de gigantesques banquises, ou même 
par des terres dont les îles Jean-Mayen, Fa'rœ, Shetland, etc., ne 
seraient aujourd'hui que les ruines.Le sol de la merdu Nord, émergé, 
reliait l'Angleterre à la Norvège ; celui de la Manche également 
soulevé, joignait les îles Britanniques à l'Europe continentale ("il. 

Les terres océaniques, s'il en existait dans la région située aujour- 
d'hui entre la fosse glaciale et la fosse atlantique, devaient n'être 
qu'un archipel n'empêchant pas les courants du sud de lestraverser. 

La Scandinavie (3) surélevée, se reliait à l'Allemagne du Nord; 
le Groenland lui-même, plus haut qu'aujourd'hui, se rattachait à 
l'Amérique par les plaines de Baffin et d'IIudson. 

Les limites méridionales de cet énorme amas de glace sui- 
vaient, en Amérique (4), la vallée du Missouri, celle de l'Ohio, et 
venaient aboutir en dessus de New-York. De l'autre côté de 
l'Atlantique (5), elles comprenaient l'Irlande et l'Ecosse, passaient 
à Londres, à Anvers (6), au sud de Berlin, de Moskou, touchaient 
aux plages septentrionales du lac aralo-caspien et, vers l'Oural, 
remontaient droit au nord, laissant la Sibérie dégagée (7). 



(1) En Ecosse, l'épaisseur des glaces fut 
gigantesque; les monts Schehallion (Perth- 
shire) montrent des stries glaciaires sur 
leur flanc et jusqu'à leur sommet haut de 
1.150 mètres environ. (Jamieson, Quart. Geol. 
Journ., 1865, vol. XXI, p. 105.) 

(2) Cf. E. IIuLL, On the sub-oceanic lerrares 
and river ualleys of Ihe Coast of Western 
Europe. Londres, 1809, Institut Victoria, 
17 avril 1899. Cette plate-forme entoure les 
îles Britanniques et les côtes de France, 
d'Espagne et de Portugal. En face de Brest, 
elle est large de 210 kilomètres; au nord de 
1 Espagne, elle ne présente plus que 30 ou 
40 kilomètres; elle s'incline en pente douce 
jusqu'à 200 brasses (.360 m). Au delà, un 
immense talus très raide la relie au.\ grands 
fonds de 2. 400 brasses (4.320 m.). Ce plateau est 
sillonné de vallées correspondant au.x fleuves 
actuels, à la Loire, la Gironde. l'Adour ; celte 
dernière se prolonge par une vallée profonde 
de 117 brasses au-dessous du plateau, 175 de 
profondeur absolue à 5 ou 6 milles du rivage, 
puis se poursuit sous forme d'un véritable 
canon pour venir s'ouvrir sur le fond de 
l'Océan à une profondeur de 1.000 brasses. 
C'est la fosse du Cap Breton II en est de 
même pour les rivières d'Espagne et de Por- 
tugal. D'a|)rès IIull, ce soulèvement daterait 
de la lin du piiocène. A celte épo(iue, l'Is- 
lande, l'Irlande cl l'Angleterre étaient réunies 
au continent; le talus serait le reste d'une 
grande falaise litlorale. Il y aurait donc ru 
surélévation de 2.000 mètres environ portant 
sur tout l'occident de l'Euroiic. 



(3) L'établissement du relief actuel scandi 
nave procède de phénomènes de dislocation, 
d'émersion, d'immersion et de glaciation dont 
la complexité est extrême. (Cf. J. Rehstao, 
Norge.s Geologiske undersogelses Aarbog, 1902, 
1905, 1907.) 

(4) Moraines dans le sud-esl du Dakota. Cf. 
M. J. ToDD, Bull, of Ihe U. S. Geol. Survei/. 
1899, n° 158. 

(5) Cf. la carte de Penck (in Ranke, Der 
Mensch, t. II, p. 385) montrant les moraines 
anciennes et celles plus récentes. Congri-x 
de Bologne, \81i, pp. 89-97. Congrès de Buda- 
pest, 1876, p. 33.— Pe.nck, Zeitsclir. d. d. Geolog. 
Gesellsch., 1879, p. 117.-- Associât. Fr. p lavanc. 
des se, 1887, p. 29J. — Falsan, Esquisse géolo- 
gique du terrain erratique et des anciens gla- 
ciers de la région centrale du bassin du Rhône, 
1883. 

(6, .1. Lorié (Tijdschrift ran het kon. Xederl. 
Aardrijkskundig Genootschap. Lej'de, 1902, 
n°' 2 et 3) pense que les glaciers Scandinaves 
Iiléislocènes ont franchi le Rhin. 

(7) Le manque absolu de dépôts glaciaires 
dans la Sibérie centrale et septentrionale 
peut être le résultat de deux phénomènes 
distincts : ou bien les névés arrêtés par 
l'Oural d'une part, et de l'autre par les hauts 
sommets centre-asiatiques, n'ont pu, malgré 
le froid, se concentrer en Sibérie; ou bien la 
Sibérie jouissait d'un climat plus tempéré (|ue 
de nos jours Cette dernière hypothèse semble 
être la meilleure, si nous en jugeons par la 
faune do ce pays au temps pléistocène. 



86 I^ES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Ce vaste glacier, réuni à celui du pôle, se rattachait à la Nou- 
velle-Sibérie, aux îles Liakhov, Anjou, Long, etc., par le Spitz- 
berg, la Nouvelle-Zemble, la Terre de François-Joseph et d'autres 
terres polaires, soit encore inconnues, soit abîmées sous les eaux. 

Pour la région comprise à l'ouest du Groenland et au nord de 
l'Alaska, nous ne possédons aucun document; mais l'Alaska lui- 
même avait ses glaciers très développés (1), probablement sou- 
dés à ceux du vieux continent. 

L'ensemble (2) formait une masse tout aussi importante, si 
ce n'est plus, que celle des glaces antarctiques actuelles ; mais 
sa surface, au lieu d'être presque circulaire, se décomposait en 
deux grands massifs : celui d'Amérique qui, joint au Groenland, 
semble avoir été le plus considérable, et celui de l'ancien monde, 
dont le centre de dispersion se trouvait dans les pays Scan- 
dinaves, à 3.000 kilomètres environ des points extrêmes où les 
témoins erratiques ont été rencontrés. 

Du côté de l'Europe, les glaciers s'étendaient bien plus aisé- 
ment que ne le font aujourd'hui ceux du Groenland. Ayant comblé 
la dépression baltique, si toutefois elle existait alors, ils rencon- 
traient la terre ferme et non la mer comme limite à leur avance- 
ment. La Scandinavie (3) surélevée formait un inlandsis d'environ 
un million et quart de kilomètres carrés, où se déposaient des 
quantités énormes de névés (4). La pente était, il est vrai, très 
faible; mais nous avons vu que la masse des neiges indue beaucoup 
plus sur l'allongement des glaciers que l'inclinaison du sol. 

Plus au sud, dans le massif indépendant des Alpes, le glacier 
du Rhône (5), grossi par les affluents de l'Oberland Bernois, de 
la Savoie, etc., remplissait toute la plaine suisse, recouvrait le lac 
de Genève et s'étendait jusqu'à Lyon. Ses névés s'élevaient jus- 
qu'à 3.550 mèlres d'altitude (6) et sa puissance atteignait par 

(1) I.e mont Mac Kinlev dans l'Alaska, d'une la Scandinavie pendant la période pléi>t<icène, 
altitude de G. 139 mètres, est la plus haute la liyne de faite ne coïncidait pas avec celle 
monta-ne derAmérique du Nord. du relief Scandinave ; mais se rencontrait 

(2) Aux temps quaternaires, les glaces, en beaucoup plus à l'est, en Suède, en aval de 
Europe, couvraient une surface d'environ la zone occupée actuellement par les grandes 
'i. 00 i.UOO de kilomètres carrés, et en Amérique nappes d'eau du jilateau lacustre. Cf. G. 
i-mbrassaient quatre à cinq fois autant. Le Andeusso.n, Dcn Cenlraljnmiska ix.yun. in 
massif alpin, réduit aujourd hui à 4.000 kilo- Ymer, 1897, 1, Stockholm, résumé par C. Ra- 
inètres carrés, en couvrait alors 150.000. Cf. bol, ds la Géographie, t. III. 1901, p 325 sq. 
A DP Lapparevt, /es Silex tailles et lAncien- (5, Fai.sa.v et Chantre. Monogr. des Ane. 
netc de Ihûmme, Paris, 1907, p. 80. Clac, et des lerr. erratiques ds la partie mogenne 

(3 Cf. Ch. Lyell, A/ih'r/. of Man, éô. W, de la val. du Rhône. Lyon, ISSO. 

1R73, chap. XIII, p.274. - Kjerui.f. Zei/.sc/jn'/'/, (f.) « Dans toutes les vallées alpmes, la 

C.eoloqische Cesell. Berlin, 1800. zone des polis glaciaires monte à plusieurs 

(4) Sur la carapace glaciaire qui a couvert centaines de mètres au-dessus des glaciers 



LES l'IIKNOMÉNES GLACFAIllKS 



87 



places l.()SO mètres. Au nord, il se joignait à ceux du lîhiu et du 
Danube et couvrait une surface d'environ 150.000 kilomètres car- 
res, tandis que de nos jours sa superficie n'excède pas 'i.OOO (l). 

Je ne parlerai pas des Pyrénées, du massif central de la 
l-'rance, du Jura, de la (^orse i'2) ; ces chaînes avaient aussi leurs 
glaciers, de peu d'importance, d'ailleurs, parrappoità ceux dont 
il vient d'être parlé f3). 

L'Améri(|ue (h) du Nord, outre l'Alaska (5 , possédait aussi 
ses îlots glaciaires, dans les llocheuses justpi'à la Sierra-Nevada de 
Californie. De grands lacs les accompagnaient; l'un d'entre eux, 
le lac Bonneville, couvrait une surface de 50.000 kilomètres carrés 
et présentait une profondeur de 300 mètres (6). 

L'Amérique du Sud (7) au Pérou et au Chili, la Nouvelle- 
Zélande ont également connu les glaciers pléistocènes, de môme 
que r Himalaya et la plupart des grandes chaînes asiatiques. 

Le massif Scandinave, seule région élevée dans le nord de l'an- 
cien continent, formait l'ossature principale de la masse euro- 
péenne des glaces ; mais le relief actuel de cette chaîne ne peut 
donner aucune idée de la direction particulière de ses glaciers 
d'autrefois; car, disparaissant sous les énormes tombées de névés, 
les vallées, les sommets, les crêtes n'étaient plus alors un guide 
pour les glaces qui, comme le fait a lieu dans les régions antarc- 
tiques, suivant la ligne de plus grande pente, comblaient les 
dépressions, accumulant les neiges devant les obstacles, franchis- 
saient les cols et se déversaient du côté le ])lus favorable (8). La 



actuels, atle?.laril la hauteur à laquelle ceux-ci 
ont dû s'élever autrefois. (A. de Lapparent, 
Leçons de Géogr. pliyx., 1907, p. 213.) Sur la 
marche des glaciers alpins, Cf. Alb. Penck 
et Ed. Brickner, Die Alpeii im Eiszeilalter, 
Leipzig, 1901 et sq. 

(l) De Lapparent, Trailt': de (iéolmjic, 5' éd., 
1906, p. 1680. 

(-2) Sur les traces de glaciation dans lile 
de Corse, Cf. P. Castelnau, le Niolo, ds la 
Géogr., 1908, p. 210. 

(3) llooker (Nalural liistori/ review, 186-2, 
janv., n° 5, p 11) a reconnu dans le Liban 
des traces de glaciers descendant jusqu'à 
1.250 mètres environ au-dessous des sommets 
de cette chaîne. Lai. nord 33° à 38". 

(4) Des traces du glaciaire pléislocène ont 
été relevées dans les Andes de la Coloniliie, 
de l'K(iualeur et de la Bolivie. (Cf. A. Ben- 
RATH. l'eber eine Eiszeit in penianischen 
Kaslkordillorc, in Pelerm. Mill., 190», 50, 
Band. XL) 

(5) Sur le glaciaire de l'Alaska, Cf. H. 
Brooks. The (ieograpliy and Geologv of 



Alaska, a Siimmary of exisling knowledgc, ds 
U. S. Geol. Sarrei/, Washinulon, 1906. 

(6) Gilbert, U. S. G. S. 2' Ann. Hep., 1882. 
— Russei.. u. .s. G. S. Monographx, vol. XL 

(7) Partout, dans les forêts vierges du 
Brésil comme dans les Savanes de -Meta et 
de l'Apiue, on rencontre des boulders prove- 
nant du grand glacier des .\ndes. (De Nadaii.- 
LAC, ds Mulériiuij\ 1^81, p. 183.) Agassiz cons- 
tatait la présence de roches moutonnées et 
striées jusqu'aux environs de Montevideo. 
(Agassiz, Voijat/e un lirésil, Irad. fr. Paris, 
1869. p. 428)' 

(8) « Le glacier du Pdiôiie a dû former, à la 
sortie du Valais, audessus de la plaine 
suisse, un gigantesque embâcle, dépourvu de 
pente, de 1 19 kilomètres de longueur. » (Alpii. 
Favre, Cdile du phénomène erralique. Explira- 
lion. Genève, 188V, p. 18 ) Les glaces fran- 
chirent le Jura vers 1.2(0 mètres daltitude 
parles cols de la .longue, de la Croi.x.etc. pour 
venir se mélanger à celles des glaciers juras- 
siens. (Cf. De Lapparent, Traité de Géologie, 
5' édit., 1906, p. 1678.) 



88 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

ligne tles plus hautes crêtes ne demeura pas le centre principal 
de la diramation. 

De ce foyer aux limites des dépôts glaciaires actuellement 
reconnues (1), on compte en ligne droite jusqu'en Angleterre 
1.500 kilomètres, jusqu'en Allemagne 4.200, jusqu'à Moscou 2.000, 
et, enfin, les dernières traces orientales, vers l'Oural, se rencon- 
trent à 3.000 kilomètres du centre glaciaire. 

Nul doute que les glaciers d'alors, dans leur plus grande 
extension, ne s'étendissent à toutes ces régions en partant du 
foyer Scandinave; car les formations erratiques de tout le nord 
européen renferment, en grande proportion, des roches d'origine 
norvégienne et suédoise (2). 

Bien qu'il soit scientifiquement impossible d'appliquer aux 
glaciers pléistocènes européens les données que fournissent ceux 
du Groenland, il est cependant intéressant de rapprocher les 
actions constatées de celles supposées pour les temps anciens, afin 
de se faire une idée relative de leur puissance. 

Si nous acceptons le terme moyen de 20 mètres en vingt- 
quatre heures, observé au Groenland (3j, (7.300 m. par an) pour la 
rapidité d'écoulement des glaces (juaternaires Scandinaves, nous 
voyons que la période de relard a dû être d'environ 200 ans en ce 
qui concerne l'Angleterre, de 170 ans pour l'Allemagne, de trois 
siècles pour la Russie centrale et de quatre pour les glaciers 
tournés vers l'Oural; que, par suite, en moins de 1.000 ans, cette 
masse énorme de glaces a pu se former et disparaître. En raison- 
nant sur une vitesse journalière de 30 mètres, six siècles seule- 
ment eussent suffi au phénomène glaciaire tout entier [h). 

(1) Les phénomènes morainiques ne dé- glaciers Scandinaves dans leur trajet au 
pendent pas uniquement de l'intensité gla- milieu des pays plats de l'Allemagne du Nord. 
Claire; mais aussi et surtout du relief du sol (3, En 1903, le glacier dit IHassanabad. dans 
sur lequel se meut un glacier. A la terre ITIimalaya, s'est en deux mois et demi allongé 
Victoria, il est remar(|uablement peu déve- de 0.600 mètres, ce qui donne une vitesse 
loppé et sur la « Grande barrière » du pôle moyenne d'accroissement de 128 mètres par 
sud,., il n'a pas été observé le moindre caillou». jour. (Cf. Preliminary Survey of Certain 
(C. Rabot, /a Géoyr., 1907, p. 392.) Il résulte Glaciers in the North West Himalaya, in 
de cette constatation que les données que Rec. of Ihe Geol. Surveii of India, vol. XXXV, 
nous possédons relativement à lextension part. 3 et 4. Calcutta, 1907.) 

des glaciers pléistocènes sont insuffisantes et (4) Joseph VaUol {Annales de l'obsermloire 

que l'aire circonscrite par les moraines ne du Mont-Blanc, 1900, t. IV, p. 122), remarquant 

peut être considérée que comme un minimum quela vitesse d'un glaciercroit avec son épais- 

des surfaces jadis couvertes par les glaces. seur, affirme qu'à l'époque où l'ancien glacier 

(2) Cf. dans Results of the Antarclic E.^pe- du Rhône mesurait l.OoO mètres d'épaisseur 
dition (in Geogr. Journ., XXV, n" 4, april, sur l'emplacement de Genève, il devait che- 
1905, London). Les vues des glaciers Groenlan- miner de telle sorte que moins de 250 ans 
dais de Ferrar, et de l'ouest dans la terre suffisaient à un bloc erratique pour franchir 
Victoria dont la pente est extrêmement faible, la dislance qui sépare l'extrémité du Valais 
donnent une idée de ce que devaient être les du site de Lyon. 



LES PHÉNOMÈNES GLACIAlIiES 89 

On voit combien ce nombre de 1.000 années est peu en rap- 
port avec l'idée que, fréquemment, on s'est faite de la durée des 
temps glaciaires (1). Il ne peut, il est vrai, être pris que comme 
un minimum, en supposant que le premier mouvement d'extension 
a de suite précédé le mouvement définitif de recul, ce qui n'a pas 
eu lieu ; mais en accordant 2.000 ans à ces oscillations, on n'ob- 
tient encore qu'un nombre de 3.000 années pour la durée totale 
de l'évolution complète (2) dans nos pavs. 

Quand on songe à ce que représentent trois mille années, aux 
perturbations qui peuvent prendre place dans une aussi longue 
période, on est surpris de voir que bien des géologues se sont 
crus autorisés à faire intervenir les dizaines, les centaines, les 
milliers de millénaires pour expliquer ces phénomènes. 

L'irrégularité de la formation des névés a causé, dans la 
marche de ces glaciers, des périodes d'avancement et des périodes 
de recul (3) et, les masses se modifiant sous ces influences, il en 
est forcément résulté des changements dans la direction des cou- 
rants ; les traces de ces changements ont été fréquemment retrou- 
vées; et souvent il n'y a pas lieu d'attribuer à des foyers secon- 
daires les dépôts ne présentant pas la même direction. 

L'origine des glaciers pléistocènes semble devoir être attri- 
buée, d'une part à l'ouverture de l'Atlantique méridional par 
effondrement de ses terres, d'autre part à la surrection compensa- 
trice des massifs, Scandinave pour l'Europe {!i) et groenlandais pour 
l'Amérique, ainsi que des terres avoisinant ces deux centres prin- 
cipaux. Leur disparition serait due à l'affaissement des deux masses 
réfrigérantes (5). Si les forces cosmiques ou astronomiques sont in- 
tervenues, élevant dans son ensemble le deo-ré hvo-romélrinue 

/^'v9[; ^^'^^^ i-inliq. ofMan, 4' édit., 1873, l)elle di^nission île lauleur sur les évaluations 

ch. XIV, p. 33ï) estime, en se basant sur une chronoloiiiques fournies par les glaciers. (Id., 

vitesse moyenne de deux pieds et demi par pp. 101-119.) 

siècle, que la période entière de suijmersion (3; Li^niles de Diirnten, Utznach, Welzikon, 

et demersion (correspondant au glaciaire) des etc., situés entre deu.x couches -ilaciaires. 

lies Britanniques a e.xigé 224.000 ans. Cette (O. Heer, le Monde j,rimilif en Suisxe, trad. 

évaluation, comme d'ailleurs toutes celles con- française. 1872. p. .5M sq.) 

cernant ces mouvements, ne doit pas être (4^ Cf. Lyei.l, Anliq. of Man, 4» éd., 1873, 

prise en considération. Cf. chap. I, Chrono- cli;!!.. \IV, p. 322 sq et carte, p. 325. Limmer- 

logie. jjjy,, ,1,. l'Ecosse aurait été de 650 mètres envi- 

(2) .. ^ous nous croyons pleinement autorisé ron, celle des autres parties des îles Britan- 

a conclure que la dernière invasion glaciaire. niques, sauf les côtes de la Manche, de 

celle dont nos ancêtres paléolithiques ont 420 mètres 

connu et subi les vicissitudes, peut très bien (5) Cf. Lyell, Anliq. of Man, 4' éd., 1873, 

avoir été enfermée dans un nombre peu con- chap. XIV, p. 328, carte. — U. de la Bêche, 

sidérabie de milliers d'années. Vouloir dépas- Theorical Bexenrches, 1834, p. 90. Ces cartes 

ser cette appro.\imalion serait illusoire. .. supposent «pie la surrection s'est produite 

(A. DE Lappaisent, les Silex taillés et l'Ancien- régulièrement, ce qui n'a certainement pas eu 

neté de l'homme. Paris, 1907, p. 118.) Voir la lieu. 



90 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

de l'air, elles n'ont sûrement présenté qu'une valeur relative,, 
portant sur l'intensité, et non sur l'origine du phénomène ; cha- 
cune des périodes de croissance ou de décroissance correspon- 
dant, après le retard voulu, soit à des perturbations atmosphé- 
riques, soit à des oscillations de l'écorce terrestre, accroissant 
ou restreignant les surfaces liquides, modifiant la nature des cou- 
rants atmosphériques, diminuant l'altitude des réceptacles. 

Ces phénomènes, qui ont laissé des traces appréciables, nous 
les désignons sous le nom de phase glaciaire, quand il y a eu 
extension, et de phase inlerglaciaire, lorsqu'un recul important a 
fait quitter aux glaces de vastes territoires (l). 

Les glaciers Scandinaves, lors de leur plus grande extension,, 
semblent s'être arrêtés vers l'Oural. Au delà on n'en rencontre 
plus de traces; soit qu'elles aient disparu, ce qui est improbable,, 
soit que les plaines sibériennes fussent demeurées libres, par 
suite de conditions climatériques [)rivilégiées. 

Les plaines de Sibérie n'étaient pas alors ce qu'elles sont au- 
jourd'hui (2). Un vaste golfe marin occupait la région où se trouve 
actuellement l'embouchure du Ienisseï et, vers le pied des chaînes- 
altaïques, s'étendaient de grands lacs en relations, peut-être,, 
avec celui de la Caspienne. 

Dans la région arcli(jue, aux îles Liakhov, à la Nouvelle- 
Sibérie et dans des terres aujourd'hui disparues, se trouvaient 
alors des glaciers (3), annexes de ceux du pôle, ne semblant 
pas avoir été séparés par la mer des contrées sibériennes. Au sud, 
l'Altaï et son prolongement vers l'est jouaient, par rapport aux 
terres basses, le rùle que remplirent les Alpes en Europe. 11s- 
avaient leurs glaciers et formaient un massif très important (/i). 

Nous ne savons pas ce qui, au j)léistocène, s'est passé entre 
lAllaï et l'Himalaya. Probablement (\\\c les plateaux élevés du 

(1) Le-; restes (le forcis fossiles, les épaisses de leur paroxysme pléi=tocène, ils descen- 

coiiches (le lisniles, les brèches (rcl-ljoulis ne daient jusqu'à la cote 2-200 mètres ( Docteur 

sont pas le résultat do quelques années et L. Laloy, la Géoijr., 1908, p. 299, dap.L. Berg) 

on les a observées, non seulement sur la limite alors qu'en Europe ils avan(;aient jusqu'à la 

des grondes extensions, mais jusqu'au sein mer. Celte différence importante entre l'allure 

des massifs montagneux qui, à ce;Uiins mo- des glaciers nord-asialiques et ceux de nos 

ments, ont dû être débarrassés, sinon Iota- pays, montre que les conditions climatiques- 

lement, du moins en grande partie de leur des plaines du Turkcslan et de la Sibérie oc- 

manlea'u de glace. (M. Boule, /ifc d Anlhrup., cidentale étaient tout autres que celles de 

18H8, p. t)70.) l'Europe septentrionale et centrale. 

('il'L'allitude à laquelle se terminent aujour- {?.} Von Toll, Verluindl des .\ean!en Gemjvn- 

d'hui les glaciers do la ctiaine du Turkeslan idien lags. Berlin, 1891. 

varie de 3.070 mètres (glacier de Tatugen) à (41 OBR0USTC^E^v, in Pe!. Mit., 189-2, Lilte- 

,T.180 mètres (glacier de DjaouPaya). Lors raturbericht, p. 99. 



LES PHÉNOMÈNES (W.ACIAIRES 



<)| 



Pamir cl du Tibet (I),de Kouen-Liin et de Gobi, situés entre 1.000 
et ô.0()0 mètres d'altitude, constituèrent un immense réceptacle de 
froid j)liilùt que de névés, dépourvu d'écoulement; (juant à Tllima- 
laya,sesglaciers ont laissé des Iracesjusqu'à 1.000 mètres d'altitude 
sur son versant méridional dans le Sikkin, le Népal et le Pundjab (2). 
Ailleurs, TAustralasie (3) et l'Afrique possédaient aussi leurs 
glaciers. 

Le plateau iranien (/|), dont l'altitude moyenne est actuellement 
supérieure à 1.000 mètres, joua, en ])etit, le même l'ôle que les 
grands plateaux asiatitjues (5). Bordé surtout son pourtour par de 
très hautes montagnes qui condensèrent l'humidité (6), il demeura 
sec et froid, couvert d'une croule plus ou moins épaisse de neiges 
durcies, trop peu importante pour que, d'elle-même, elle pût for- 
mer des glaciers et franchir ses barrières. Lors de la fin de l'époque 
glaciaire, ces neiges se fondirent, créant de vastes lacs, dont quel- 
ques-uns trouvèrent un écoulement vers la mer (7); tandis que les 
autres, s'asséchant, laissèrent d'immenses surfaces salées (8). 



(1) D'après H.- H. Ilayden (Preliminary 
ote on tlie Geology of the Provinces of 
Tsang and Ù in Tibet, ds Records of Ihe Geol. 
Surv. of India. CalciiUa, vol. XXXII, part. II, 
1905), le Tibet central, à 1 époque pléistocène, 
aurait été le siège d'une glaciation extrême- 
ment intense. Une carapace de glace dev;iit 
occuper toutes les pentes de la crête maîtresse 
de ITIimalfiya et s'étendre très bas dans les val- 
lées adjacentes (G. R.*BOT,/(( Ge'oyr., 1908. p Suli. 

(2"; Medlicoit et Mi.AyFOKD, Geolo(i;/of India. 

(3) Sur les époques glaciaires en .\us(ralasie. 
Cf. A. Pe?«ck, Zeilschrift der Ge/^ellsrliaft fiir 
Erd/iunde :u llerlin, t XXXV, p. 339, 1900. En 
Nouvelle-Zélande, Tasmanie. Alpes austra- 
liennes, il n'y a pas eu do calotte glaciaire ; 
mais seulement extrnsion des glaciers qui 
existent encore aujourd'hui sur les hauts 
sommets. 

(4) En Perse, mémo dans les plus liantes 
montagnes(aU.r).080m.>, iln e.xisteiiius aujour- 
d'hui de glaciers; mais seulement des neiges 
persistantes. Cela lient à ce qu il ne se trouve 
pas de champs de névés assez développés 
pour donner lieu aux masses nécessaires à la 
formation des glaciers. Les principales mon- 
tagnes conservant des neiges éternelles sont 
le Démavend (ait. 6 080 m \ la chaîne de 
l'Elbour/. dont beaucoup de sommets déjjas- 
sent 4.500 mètres, le Savalan (ait. 4.813 m.), 
le Sahend (ait. 4.600 m.), les monlagnes du 
Kurdistan ait. 4.300 m.), le Zagros (ait. 
4 5C0 m.), la chaîne d Ochti'iràn Kouli (ait. 
4.401 m ) et de Kalian Kouh lalt. 4 800 m.), 
celle du Zèrd é Kouh (Baktyaris) (ait. 
5.000 m ). Toutes ces montagnes ont autrefois 
possédé leurs glaciers. (.T. M.) 

(5] Cf. J. DE MouGA>", les Travaux de la 
délégalicin scienlifiqur eu l'erse aucouisde' 



la campagne de 190fi-1907, ds Complea rendu:i 
de I Acdd. des Inscr. el Belkx-Lellies, 1907 ; 
p. 397; id.; le plateau iranien pendant 1 épo- 
que pléistocène, ds Rei\ de l'Ecole d Anlhrop. 
de f'nri!^, VI, juin 1907, pp. 213-216. 

(6) .J'ai rencontré des traces de moraines 
dans les hautes vallées des Baktyaris, dans 
celle du Ilo-roud (Louri.-^tan), dans les massifs 
montagneux de Kalian Kouh. d'Ochti'jràn 
Kouh, dans la vallée du Kialvi, dans celle 
d'Ouchnouv au Kurdistan ; des galets striés 
bien que très rares sur quelques points du 
Lourislan méridional el des Daktyaris. Dans 
ce deruierdistiict, bien des vallées présentent 
le profil en V typique du glaciaire, d'autres 
offrent des ruines de terrasses. Enfin l'énorme 
épaisseur des alluvions caillouteuses au pied 
des chaînes méridionales, tant sur le versant 
mésopotamien que sur celui du plateau, vien- 
nent prouver que de grandes masses d'eau se 
sont écoulées avec violence au moment de la 
fusion des neiges el des glaciers (.J. M ). 

(7) Les eaux du Kurdistan oriental (Bidjar, 
Gherrous) ont donné lieu au Kizil ouzen qui, 
franchissant lElbourz par les passes de 
Mendjil, s écoule à la Caspienne sous le nom 
de Sélid rond. Celles du district de Bouroud- 
jird où se trouvait jadis un lac (dont le nom 
s'est conservé dans celui de la localité de 
Bahrein) ont rompu la chaîne Loure pour 
former la branche septeiilriouale de l'Ab e 
Diz. Celles du district de Kirnianchah, main • 
tenues autrefois par la rlialne du Séfid roud, 
ont brisé celte barrière à Gherràban pour 
former le Se'in Mèrrè tpii gagne la Chaldée 
sous le nom de Kerklia (.1. M ). 

(hi Tous les lacs de Perse sont salés, tous 
les bas-fonds sont recouverts dune épaisse 
couche de sel (.1. M. '■ 



92 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Ainsi l'Iran, tout en ne renfermant pas de glaciers très impor- 
tants, car il en eut de moyens (1), demeura pendant toute la 
période glaciaire un pays inhabitable i2), relié aux grands réser- 
voirs de névés de l'Asie centrale (3). 

La formation de masses de glace aussi considérables ne fut 
pas sans modifier très sensiblement le climat ; nées de la chaleur, 
ces neiges abaissèrent la température et modifièrent les condi- 
tions de la vie, suivant que l'expansion des nappes réfrigérantes 
était plus ou moins grande. Puis les glaciers disparurent, ne lais- 
sant dans nos montagnes que des ruines de leur grandeur passée, 
et le climat actuel s'établit. 

Tandis qu'en Europe la température moyenne se relevait, par 
contre la Sibérie devenait un pays glacé ('4). L'avancement de sa 
côte septentrionale, l'assèchement de ses lacs la privèrent de 
l'humidité que le Gulf stream, reste très affaibli des grands cou- 
rants d'antan, nous apporte généreusement (5). 

Certainement la terre porte encore aujourd'hui des glaces 
fossiles datant, non seulement du pléistocène, mais aussi de 
l'époque tertiaire. Il suffira de citer celles de l'Alaska, de la 
Sibérie septentrionale, des iles Liakhov, de la Nouvelle-Sibérie, 
du Groenland, des pôles qui n'ont cessé, depuis la fin du pliocène, 
de couvrir les espaces qu'elles occupent encore de nos jours. 



(1) Restes de moraines, vallée du Seïn 
Mèrrè. Cf. J. de Morgan, Misxion en Perse, 
t. II, pi. LXVII. Le lac Gahar (Loiirislan), 
barré par des alluvions morainiqiies. est un 
reste du glaciaire. Cf. ici., pi. LXXVII. Vallée 
du Kébir Kouh. Cf. id., pl.LXXX. — Terrasses 
glaciaires. Haute vallée du Gader Tchaï 
(Kurdistan) Cf. J. riE Moiîgan, Mission en 
Perse, l. II, pi. II. Village de Hei construit 
sur le-xtrémité d'une terrasse glaciaire. 
Vallée du Kialvi (Kurdistan). Ochturân Kouh 
(Lonrislan). Cf. J. M., op. cit., pi. LX et LXI. 
Vallée du Lar au pied du Demavend ; vallée 
de r.\raxe à Khoudaférin. Cf. /(/., t. III. 1905, 
pi. VII. Plaine de Déchl-i-Khawa (Lourislan). 
— .Mhivions glaciaires, Ilolwân Rou (Zohàb). 
Cf. DE Morgan. Mission en Perse, t. II, 
pi. XVIII et XX. Teng é Ziba. Cf. ici., 
pi. LXXIV, Tefig é Bâdouch, id., pi. LXXV. 
Germasirs de Pinùbiul. Cf. id., pi. XCIV. 
Vallée du Kechghan Roud I.ouristan), de 1 .\b 
è Zal. du Belal rou (Arabislan) et au pied 
mésopotamien de toute la chaîne du Louristan 
et des Baktyaris. 

i2) Je n'ai rencontré en Perse d'instruments 
d'aspect archaïque qu'au gisement de l'Ab-é- 
Pardnma dans la vallée du Lar (Mazandéran). 
[Cf. J. DE Morgan, Miss. se. en Perse, t. IV, 
1896, Bev Archéol., p. 1 sq.] Mais, encore, ne 
puis-je affirmer qu'ils appartiennent à la 



période quaternaire. Ce gisement, situé sur 
le versant septentrional de l'Elbourz, était en 
dehois de la région glacée. 

(3) L'e.xpédition anglaise à Lhassa (Cf. 
L. AusTiNE Waddell, Lhasa and ils nujsleries 
willi a record of Ihe expédition of 19O3-i90'i. 
Londres, 1905) a rencontré sur le versant 
septentrional de lllimalaya un très grand 
nombre de traces des phénomènes glaciaires. 

(4) Il existe aujourd'hui deux pôles tlu froid; 
lun en Sibérie vers le cours de la Lén.i, 
température moyenne, — 17°. '2 (max. absolu, 
+ ;iS°; minim. abs., — 70°; dilT. max 114°!, 
l'autre dans les terres polaires arctiques, 
temp. moy., —-20°. Le pôle septentrional du 
froid se trouvait autrefois vers le centre de la 
Scandinavie, il s'est donc transporté vers 
lest de 1.35° environ en longitude. 

(5) Les iles Féroë et Iakoutsk, points situés 
tous deux par 62° 30' làl. nord, offrent des 
différences climatériques très notables Iles 
Féroë, temp. moy. ann., -f 7°,3; Iakoutsk. 
— 10°. 3; mois le plus froid, iles Féroë + '2°^' ; 
Iakoutsk. — 43°; mois le plus chaud, iles 
Féroë + l-2»,3; Iakoutsk + 20°, 4. Différences 
correspondantes, 17°, G. 41°,3, 8°, 3; différence 
extrè-ies, iles Féroë, 9°, 6; Iakoutsk, 63°, 4. (Cf. 
PROtif, Klima und Geslalhmg der Erdober 
flatrhc, 1S85, p. 8.) 



LES l'IlKNOMKNES GLACIAIRES 93 

Quelques géologues (1) ont admis, depuis la fin du pliocène 
jusqu'aux temps proto-historiques, l'existence en Europe de six 
périodes glaciaires ; d'autres (2) réduisent ce nombre à deux ou 
trois, ayant afTecté rensemi>le des continents, et considèrent les 
autres comme d'importance secondaire et locale. Suivant ces der- 
niers, la première extension glaciaire, la plus étendue, aurait 
couvert toute la région iruli(|uée plus haut. 

La seconde, moins violente, se serait cependant encore éten- 
due sur l'Irlande, l'Ecosse, le nord de l'x^ngleterre ; mais dans 
l'Europe centrale elle n'aurait pas dépassé au sud Hambourg, Ber- 
lin, A'arsovie, Vilna, Novgorod, et, à l'est, le lac Onega et Arkan- 
gelsk. 

Pendant les périodes qui suivirent, les glaciers, perdant de 
leur intensité, ont fait de moins en moins sentir leurs efTets. 

Le synchronisme des phénomènes glaciaires ou interglaciaires 
est extrêmement difficile à établir scientifiquement ; car les 
dépôts de cette nature, ne renfermant aucune trace de la vie, ne 
peuvent être datés relativement que par les lits fossilifères qui 
les accompagnent, les supportant ou les recouvrant. 

Les successions stratigraphiques, dit ^I. Boule (3), s'établissent 
aisément dans une même coupe, mais le synchronisme des allu- 
vions pléistocènes est, pour ainsi dire, impossible à prouver; les 
fossiles variant peu et des sédiments de même nature ayant pu 
se déposer en des temps différents sur divers points. 

A ces incertitudes viennent se joindre celles résultant de la 
conduite même des glaciers. L'observation prouve, en effet, que 
dans un même massif glaciaire, tous les courants ne croissent 
pas et ne décroissent pas en même temps. Les uns avancent, les 
autres reculent ; d'autres enfin demeurent stationnaires. 11 en 
résulte que, dans certaines régions, on serait tenté de croire à un 
recul général, tandis que, dans d'autres, tout concourt à faire pen- 
ser l'inverse. 

Si les Alpes, avec leur faible développement glaciaire, laissent 
souvent dans le doute, (jue doit-on penser de masses aussi con- 

(l)Gh;iKiE, Greal ice Age. London, 1804. Pe.nck, Die vierle Eiszeit im Bereiche der Alpen, 

(-2) Voir Penck, Vergleischerung der Deuls- Wien, 1699. — Chamberlin, Sa/js6urj/, Smoc/c in 

chen Alpen.— B\vvck:^eh. Petit k'sGeog.Abhiindl., Salisbunj Drifl of New Jersey, p. 102. — Cha.m- 

Wien, 1886.— Pe.nck, Die Glacial xcluitlcr in den berun, Proc. Amer. Assoc, 188G. 

Oslalpen, 1890. — Du Pasquiek, Mnlér. pour la (3) Maucelli.n Boi:le, Essai de paléontologie 

carie géol.de Suisse. XU'ii. - Penck et Dhuck.ner, stratigraphiiiuedelliomme, ds Rev. d'Anlhrop., 

Die A.penim Eiszeitaller, Leipzig, l'>01-l9iJô ; — 1888. 



9/, LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

sidérables que celles des glaciers quaternaires? Il serait imprudent 
de se hâter de généraliser la portée des observations; car les 
mouvements d'ensemble sont composés d'une foule de circons- 
tances particulières dont les traces peuvent être en contradiction 
avec la progression ou le recul général. 

Quoi qu'il en soit, après une série plus ou moins variée de 
lluctuations, les glaciers ont disparu ne laissant, en dehors des 
régions polaires, que des représentants presque insignifiants. 

Pendant la fonte il se forma, au sud-est et à l'est de l'ancien 
foyer glaciaire Scandinave, une vaste dépression, la mer à Yoldia^ 
beaucoup plus étendue que n'est la Baltique d'aujourd'hui et fai- 
sant communiquer la mer Blanche avec l'océan Glacial, par un 
canal dont on retrouve nettement les traces en Finlande et près des 
côtes méridionales de la Norvège (1). L'encombrement des deux 
extrémités de ce canal fit le lac (d'eau douce) à Ancylus et le dé- 
troit danois s'ouvrant, au moment de la formation de la mer du 
Nord, cette cavité devint la mer Baltique. 

C'est à cette époque, après la période d'érosions cl d'allu- 
vions qui précéda, accompagna et suivit le glaciaire (2j, que la 
chaîne Scandinave et les pays du Nord commencèrent ce mouve- 
ment d'immersion que nous voyons se continuer encore sur les 
côtes de Hollande, de France et d'Angleterre; que se créa la 
Manche en même temps que la mer du Nord. 

Au sud-est, entre l'Europe et l'Asie, le lac aralo-caspien, 
depuis longtemps connu et dont j'ai retrouvé les anciens rivages 
au pied des montagnes du Mazandéran et du (ihilan (3), ne se 
trouvant plus alimenté par la fonte des neiges de l'Altaï, du pla- 
teau persan et des autres massifs voisins, commença son assè- 
chement. Il en fut de même pour la plupart des grandes nappes 
d'eau douce, en Sibérie, aux États-Unis et dans le monde entier. 

La fonte d'aussi grandes masses de glace ne se fit pas sans 
amener des changements importants dans le relief topographique 
du sol. Si elle s'était effectuée régulièrement, il en fùl résulté 



[l] Le canal dont la topographie sous-nia- (2) Pour les érosions glaciaire-,, Cf. \\ . M. 

rine fournit les contours et qui est situé au Davis, Glacial érosion in France, Switzerland 

sud (le la Norvège peut n'être que le résul- and Norway, in Proc. Boston Soc. of Nal. 

tat des érosions causées par les nappes d'eau ///sf., vol. XXIX, n" 14, pp. .273-.'H22, 1900. — 

prébaltiques se déversant dans l'Océan, leur M. Boule, la Topographie glaciaire en Au- 

niveau se trouvant relevé par les apports vergue, ds A/îfî. r/f Geogr. ,5''année,ir>;(vril 1896. 

<;normes dus à la fonte des glaciers situés sur (3) Cf. J. de Morgan, Mission scienlif. en 

le versant oriental de la crête Scandinave. Perse, t. 1,1894; Eludes tjéologiques. p. 131». 



LES PHÉNOMÈNES GI.AC.I AUlES 95 

l'établissement de fleuves immenses, creusant de profondes 
■vallées, puis couvrant leur fond d'alluvions ; mais ce n'est pas 
avec autant de simplicité que les choses se passèrent. 

Nous observons, lors de l'extension de certains glaciers et de 
la fermeture des vallées secondaires dépourvues de glaces, la 
formation de lacs parfois très étendus qui, se constituant en plu- 
sieurs années, finissent j)ar rompre leurs barrières. Ils se vident 
alors en un temps très court, souvent en quelques heures seule- 
ment, causant dans les pays situés en aval de véritables déluges. 

Ces lacs de barrages (1), fréquents dans nos montagnes et au 
Oroenland, étaient jadis très nombreux dans les Alpes Scandi- 
naves; ils ont laissé, dans les vallées des deux versants et dans 
les fjords, des terrasses (2) parfaitement horizontales, témoins de 
l'ancien niveau de leurs eaux (8). 

De semblables cataclysmes se sont produits fréquemment au 
cours de la période glaciaire ; mais alors leurs proportions étaient 
bien plus grandes qu'elles ne sont aujourd'hui (/i). Enfin, lors de 
la fonte définitive des glaces, de nouvelles inondations survinrent ; 
et c'est à cet ensemble compliqué que nous devons le diluvium. 

Ce dépôt ne s'est pas fait en une seule période; il est le ré- 
sultat d'alluvions successives, dues à des phénomènes successifs 
•eux-mêmes, mais désordonnés (5). Ainsi, dans nos alluvions dites 
quaternaires, il en est qui peuvent appartenir au pliocène supé- 
rieur, époque de l'apparition des glaciers; il en est de contem- 
poraines des diverses phases glaciaires et interglaciaires; mais la 
majeure partie semble due à la disparition des glaciers. 



(1) L'Ecosse fournil des preuves indiscu- (4) Cf. E. A. Martel, Ruptures de poche-; 
tables de la formation de lacs itîndus au d'eau des glaciers, ds l(i Nature, n" 1138, 
-cours de la période glaciaire. (Cn. Lyell, 23 mars 1895. 

Anliq. of Man, ¥ éd., 1873. p. 304 et sq., (5) Les Annales chinoises ont conservé le 

•chap. XIV.) En Suisse, le Màrjelen See, en souvenir d'une grande inondation placée par 

amont de Brieg, dans la vallée du Rhùtie, est les livres sous le règne de Yao. D'après le 

un des exemples les plus intéressants de système chronologique du Lih-laï ki-ssé, les 

îacs-barrages visité en 1865 par Lyell (Pri/jcip. travaux de Yu, pour réparer les désastres 

-ofGeoL, XI' éd., vol. L 1'- 374). J'y ai, en causés par l'inondalion, auraientété terminés 

1906, vérifié points par points la description en 2-278 avant J .-G. ; d'a|irès celui des .\nnales 

<iu'en donne le grand géologue anglais. des bambous Su-Tchou-schou en 2U62. iFn. 

(2) 11 y a lieu de discerner entre les ter- Lenoumant, Hisl. anc. de l'Orient ; 9' éd., 
rasses glaciaires cl fluviales. Cf. à ce sujet t. I, 1881, p. .56.) Déluge clialdéen de Berosc. 
la belle étude de \V. M. Davis RivEH. Tenaces Déluge indien dans la Çatapati Brâhmana. 
in New Eiigland, l',W2 (in Bull, of Ihe Miixeum Déluges d'Ogyges, de lieucalion et de Dar- 
of corn [jaral lue Zooloyij at Hcward CoUeije. vol. danos en Grèce, des Lithuaniens, de tous le- 
XXXVlll, Geol. Ser., vol. V, n" 7, pp. 281-3i0. peuples indo européens. (Cf. Fk. Lenokmant, 

(3) Cf. R. L. Barett, The Sundal Drainage Hisl. anc. de l'Orient, Q' éd., t. I, §4. Le 
System in Central Norway (Bull, of Ihe Ame- Déluge, p. 55. Chapitre dans lequel sont 
rican Gengr. Soc., vol. XXXII, n" 3, 1900, reprises toutes les traditions relatives à ce 
pp. 19L)-220). cataclysme.) 



96 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

La masse énorme du liquide rendu au sol apporta une 
grande humidité dans l'atmosphère ; il en résulta des j)luies 
intenses qui, dans les pays où les eaux glaciaires n'avaient pas 
eu d'action directe, les remplacèrent dans leurs effets d'érosion 
et d'alluvion. C'est ce qui se passa pour le nord de la France 
entre autres et probablement aussi pour les pays syriens et égyp- 
tiens. 

Dans ces dernières régions, les traces laissées par les eaux 
diluviennes sont telles, qu'cà l'abondance des pluies nous devons 
joindre d'autres causes, celle entre autres de l'écoulement subit 
de vastes lacs qui, ayant rompu leurs digues, se précipitèrent 
dans les pays situés plus bas qu'eux. Le creusement du Bahr- 
Béla-Mâ, ou fleuve sans eau, postérieur aux alluvions caillou- 
teuses, doit être attribué, je pense, à un cataclysme de cette 
nature. 

Les alluvions asiatiques et africaines peuvent être contempo- 
raines de celles de l'Europe; mais rien n'oblige à le croire, sur- 
tout dans le détail; car aucune liaison certaine n'a encore été 
constatée entre ces divers phénomènes. 

L'observation et l'étude des alluvions est, dans nos pays, ren- 
due difficile par l'abondante végétation qui couvre le sol et par 
les modifications de surface apportées par la culture ; mais dans 
les pays déserts, tels que le Sahara, certaines parties de l'Algérie, 
de la Tunisie, de l'Egypte, de la Syrie, les faits sont beaucoup plus 
nets qu'en Europe. A El-Mekta près de Gafsa (Tunisie), entre 
autres, on voit de la manière la plus claire les traces du charriage. 
Les ateliers d'El-Mekta ont été balayés par le courant et leurs 
restes se sont déposés dans les épaisses alluvions de Gafsa, à 
15 kilomètres en aval. Or ce oued a changé de lit, a coulé à bien 
des époques différentes, entraînant tour à tour les débris d'ate- 
liers d'industries diverses ; en sorte que si la superposition des 
couches peut renseigner au point de vue de la succession des 
crues, elle est souvent sans valeur en ce qui concerne l'âge des 
instruments charriés; leur superposition ne doit donc pas être 
prise en considération de manière absolue. 

Le fait que je viens de citer pour une localité tunisienne 
s'est forcément reproduit dans nos pays. Sa constatation, d'ailleurs 
conforme aux lois de l'écoulement des eaux, porte un coup bien 
grave aux théories basées sur la superposition des couches dans 



ij:s phénomènes (îlaciaihks 97 

les alluvioiis ; parce qu'elle apporte la possibilité d'un doute sur 
la valeur scientifique des successions apparentes (1). 

Après avoir passé en revue les phénomènes glaciaires eux- 
mêmes, nous examinerons quelles furent les conséquences de 
ces perturbations au point de vue du climat, de la dore et de la 
faune, et enlin en ce qui concerne la vie humaine; mais il eût 
été impossible de se rendre un compte exact de ces transforma- 
tions, sans être préalablement entré dans les détails qu'on vient 
de lire sur ces faits naturels, dont la répercussion fut si grande 
sur les destinées liuniaines. 

La période glaciaire est loin davoir [)ris lin ; nos temps qui 
en font encore partie, sont caractérisés i)ar un imj)ortanl mou- 
vement de recul, commencé longtemps avant les débuts de l'his- 
toire. Il est à penser que ce retrait des glaces n'est pas définitif, 
que les froids reviendront, et avec eux la dépopulation d'une 
partie de notre globe. Rien ne peut faire prévoir l'amplitude de 
cette future oscillation ni le sort que destinent à Ihunianité 
les lois de la nature. 

11 se passera, lors de ce cataclysme, des révolutions que 
l'imagination la |)liis féconde ne saurait concevoir ; désastres 
d'autant plus horribles que, chaque jour, la population de la terre 
s'accroissant, les districts les moins fortunés se peuplant peu 
à peu, les divers groupes humains, refoulés les uns sur les au- 
tres, ne trouvant plus l'espace nécessaij-e à leur existence, se 
détruiront entre eux. 

(i) Cf. J. DE MoRG.\N, i Anthropologie , la chronolooie relative des faits préhisto- 
11K)7, pp. 380 à 383. Note sur l'incertitude de riques. 



CHAPITRE IV 



La flore, la faune et l'homme aux temps glaciaires 
l'homme à l'état paléolithique. 



Durant les perturbations glaciaires, le monde organique no 
senrichit pas d'une seule espèce ; les animaux, comme les plantes, 
ne firent qu'osciller entre les tropiques et les régions polaires, 
modifiant leur habitat, suivant leurs besoins, d'après les ressources 
qu'ils rencontraient. Bien des formes disparurent de nos latitudes; 
par exemple les grands mammifères herbivores qui, abandonnant 
l'Europe, la Sibérie, l'Amérique du Nord, continuèrent à vivre 
dans l'Afrique centrale et l'Asie méridionale, où ils existaient 
déjà (1) dès l'époque quaternaire. 

Ces transformations de la vie animale ont toujours eu lieu, 
même durant les temps humains, parce que fré(|uemment les cli- 
mats se sont modifiés et partant la flore (2 /, cause première de 



1) Zitlel {Traité de Paléontologie, Irad. 
Barrois. i. IV, p. 764) compte qu aux temps 
quaternaires la faune mammalogique de l'Eu- 
rope comportait 110 espèces, tandis qu'aujour- 
d'hui elle en possède 150, en y comprenant 
les espèces domestiques et importées; mais 
est-il certain que nous ayons retrouvé des 
vestiges de tous les mammifères qui ont vécu 
nu cours du pléistocène? 

(2) La flore actuelle du globe ne se com- 
pose pas de groupes organiques homogènes. 
Cette flore est, au moins pour un grand nom- 
bre des éléments qui la composent, un legs du 
passé. Chacun des groupes qu'on y peut dis- 
tinguer doit avoir son histoire souvent très 
ancienne, et il en est qui sont aujourd'hui 
dans la toute-puissance de leur développe- 



ment, comme il en est d'autres réduits à ne 
plus offrir qu'un petit nombre de types, der- 
niers survivants d'un ensemble dont la pros- 
périté réclamait d'autres conditions {A. dk 
Lapparent. Traité de Géologie. 1906, p 11F>.) — 
Pour se rendre compte de la distribution du 
règne végétal sur le globe suivant les condi- 
tions géographiques et climalériques. Cf. 
1. Costa NTiN, les, Végétaux et /es Milieux cos- 
miques. Paris, 1898 — Id., la Nature tropi- 
cale. Paris, \899.- E. EviGLER, Die Enlwickclung 
der Pftanzeri Géographie in den lelzten Jahren- 
hundert und }Veitere Aufgahen derselben. Ber- 
lin, 1^99. — O. Drlde, Manuel de géographie 
botanique, trad. G. Poirault. Paris. 1897. — 
A. F. W. ScHiMPKR. Pflanzen. Géographie 
auf PhijMologiiirher Grandlage. lena, 1898. — 



LA 1 J.ORE, f.A FAUNE KT 1/llO.MME AUX TEMPS GLACIAIUKS 99 

la faune d'un pays {!). Dans la période historique, sous nos yeux 
encore, bien des espèces abandonnent certaines régions pour se 
concentrer en d'autres. L'aurochs qui, au temps de César, peuplait 
les forêts de la Germanie, ne vit plus aujourd'hui que dans deux 
îlots de forêts, en Lithuanie et en Circassie. L'autruche qui, lors 
de la première dynastie égyptienne, habitait encoie la moyenne 
vallée du Nil (2), qui, sous Julien II (vers 350 ap. J.-C), vivait sur 
les bords de l'Euphrate (o), ne se rencontre plus aujourd'hui 
qu'en Afrique centrale et australe ; elle a disparu de l'Asie. 

Hien des animaux ont fui devant les modifications duc limât ('i) ; 
mais beaucoup aussi ont disparu devant l'homme qui, de mieux 
en mieux armé, les poursuit sans relâche. Les matelots hollandais 
ont exterminé les derniers des Dodos; l'ours a été complètement 
détruit en Angleterre et dans presque toute la France et, en vingt 
ans seulement, dans les montagnes iraniennes, le gros gibier a 
très sensiblement diminué, depuis que les nomades se sont armés 
de fusils à tir rapide et à longue portée. 

Quoi qu'il en soit, dans les temjis pléislocènes, l'influence de 
l'homme sur la disparition des types animaux peut être consi- 
dérée comme nulle; car ses moyens d'attaque du gibier n'étaient 
encore que très rudimentaires. C'est le climat qui fut le grand 
agent destructeur aussi bien que conservateur. La flore est notre 
meilleur guide pour apprécier les causes de ces variations dans la 
faune ib). 



A. Masclef, la Géographie botanique et son 
évoliilion au dix-neuvième siècle, ris la Géo- 
graphie, t. II. 1900. p. 35 sq. — G. Saint-Yves, 
Sur la dislribulion des plantes en Sibérie et 
dans l'Asie centrale. Id., p. 81. 

1) La répartition sur le globe des mollusques 
terrestres (Cf P. Fischek, Manuel de conchi/- 
liologie. 1887) fournil de précieuses indications 
sur les condilions de la vie sur la terre. Ces 
animaux, étant de ceux qui si' déplacent le 
moins, ont nettement conservé leurs caractères 
locaux depuis les temps géologiques. G est par 
leur élude qu'on peut le mieux retrouver les 
relations anciennes des continents entre 
eux. 

(2) Abydos, El Amrah. 

(3) Ammiën MARCiiLi.iN, Expéd. de Julien II 
contre lex Perses. — Des fragments d'œufs 
d'autruche ont été rencontrés à Suse dans 
les couches élamites du quinzième siècle 
environ avant noire ère L'on voit cet oiseau 
figuré sur un koudourrou d'époque cosséenne 
provenant de la même localité et sur des 
cylindres-cachets chaldéens du trentième 
siècle environ av. ,I.-C. 



(4) Nebringa démontre qu'à Thiede, près de 
Brunswick, après la fonte de la granile cara- 
pace glaciaire, il y eut d'abord une faune de 
toundra composéedu renne, du bœuf musqué, 
du renard bleu, du lemming, du lagopède 
alpin . et qu'à cette faune de loundra succéda 
une faune de sti-ppe composée de la gerboise, 
du porc-épic des steppes, du lagomys, du che- 
val sauvage, de l'hémione, du rbinocéios, du 
mammouth, et à certains endroits de l'anti- 
lope saiga. En d'autres termes, lorsque l'adou- 
cissement du climat amena la transforma- 
tion de la toundra en steppe, la faime changea 
également. (Cf. A. G. Naihorst, la Géogra- 
phie, 1901, I. 111 , p 7, sq.) 

(5) Sur la flore pléislocène, consulter : De 
.Sahorta, Aperçu sur la flore df l't'poque quater- 
naire. Caen, 1857. — De Sai>orta, lievue des 
Deux Mondes, 15 sept. 1881 — De Saporta, 
Congrès de Stockholm, 187 i, L p. Su sq. - De 
Saporta, le Monde des plantes, 1879. — De 
Saporta, Origine paléonloloqique des arbreu 
cultivés, 1888. — Schrotter, Die Flora dai 
Eisicit. Zurich, 1884. — Schi-mper, Traité de 
paléontologie végétale, t. I, p. 253, etc. 



100 I-l-^ PIÎKMIÈRES CIVILISATIONS 

En Anglelcrre, les couches dont le dépôt a précédé la première 
extension glaciaire, le Forest bed de Happisburg (1), montre une 
flore se rapprochant beaucoup do celle de notre temps dans les 
réo-ions de même climat : Pimis sulvestri.^, P. ahies. Taxas baccatu, 
Niiphar liiteum^ Ceralophijlliim demersum, Potamogelon, Prunus 
spinosa, Memjanthus Irifolia, Alnus, Ouercus, Betula, etc. 

Dans le même pays '2;, « les prenders indices de refroidisse- 
ment se sont fait sentir par l'apparition d'une flore à Salix polaris 
et Drijas octopetala (3), distincte d'une flore glaciaire ultérieure, 
à Betula nana et Salix herbacea. De même en Ecosse, une flore 
semblable à celle du temps présent se trouve intercalée entre 
deux végétations glaciaires de bouleaux nains ». 

Une flore voisine de celle du Suflblk a été trouvée en France 
à Jarville, près de Nancy, et à Bois-l'Abbé, aux environs d'Epinal, 
à la base des alluvions glaciaires vosgiennes. La physionomie de 
cette flore est subalpine et indique un climat analogue à celui qui 
règne aujourd'hui dans le pays à 1.000 mètres d'altitude. Le 
mélèze, actuellemenl confiné entre l.SOO et 2. 001) mètres, était 
alors commun sur les ])asses collines des environs de Nancy iji). 
C'est la première extension glaciaire qui aurait anéanti, en France, 
le platane, le sassafras, le chêne du Portugal, les derniei's repré- 
sentants des cannelliers et des palmiers. 

A Deuben i)rès de Iharand, à 18 kilomètres seulement de 
l'Erzoebirge, l'argile (|ui supporte le limon à fihinoceros licho- 
vhinus a fourni une vraie flore glaciaire à Salir herbacea, Polij- 
(jonum viviparum ■ 5. avec coléoptères arcti(|ucs comme Carabus 
Groenlandicus (6). M. Nathorst peuse (jue cette végétation, mar- 
([uant le bord externe des glaces septentrionales, régnait presque 
sans partage au nord des Alpes, sur 300 kilomètres, laissant tout 
au plus se développer par places des massifs de Betula odorata. 

La flore interglaciaire est connue sur divers points de l'Alle- 
magne du Nord, notamment à Honerdingen (7) où elle se montre 
composée de nénuphars (]ui ont crû sur un lac dont les bords 
étaient ombragés pai des forêts de pins, de chênes, d'aunes, de 

(1) Lyell, Anliq. of Mnn, i« .'•ilil. Loiidon, (ô) A Schlussenried et ù Wald sec en Wiir 
1873, ]>■ 250 lemberg, ou a rencontré des mousses arc 

(2) De Lappahem. Titiité de (rrniagie.U' i-(\\U, tiques st,-ml)lal)les à celles du Groenland et du 
1906, p. 16 '8 et si). Labrador : Uijpniim sarmcnlosuw. II. aduncuw. 

(3) Nathorst. in Hei<. Géol. suisse, 11' inWL, [(>) Nathorst, Koiu/I . Velenskap. al;a<l. 
p. 76. — Refd el RwLr.\,Geol. mar/.3[Vl,p.4il. Stockholm. 189'.. 

(4) Fliche, Cotiipt. rend. Anid. ■'^r.. I.XXX. 7) WKr.Ki;. IWiilln-oi-oloyie, ISÎKi. 
p. 1233; XCVII. [>. l;«i». 



I.A FLORE. LA 1 AUNK KT LlIOMMi; Al X TEMPS GLACIAIRES 101 

tilleuls, de lièties, associés ;ui\ hoiis. Le sapin (Ahies perfinaln) 
s'y est acclimalé en dernier lien. 

Du même âge, et du même caractère essenliellement tempéré, 
<'sl la dore des lio-niies interglaciaires de la Suisse; de ceux où il 
a été rencontré des morceaux de pin portant des traces du travail 
de l'homme (1). Cesligniles, ainsi que les tufs inférieurs de Moret, 
sont remarquables par la j)reuve qu'il fournissent du grand déve- 
loppement du figuier et du laurier au temps de leur formation. 

Les zones de végétation ont toujours été concentriques aux 
glaciers. Lors de la plus grande exteui^iou de ces derniers, l'aire 
des flores froides a fini par être continue depuis la Sibérie, par les 
Carpathes et les Sudètes, jus(|u'aux Alpes et même aux Pyrénées. 
Plus tard, cette aire s'est lompue en ilols *2i, et c'est ainsi qu'il a 
pu se constituer une lloie alj)ine aj)parenlêe à la flore boréale (3;. 

Le Forest bed fournit également la faune qui vivait au moment 
où commencèrent à se former les glaciers. On y voit(/i) : Elcphns. 
méridionale (ô), E. anliqiiiis (6), E. j>rimi()enitis (7), Rhinocerofi 
elruscus {S\ II. megarhiniis, E(/iiiis caballus, Ilippopoldinua 
major (9), Sus sera fa, Ursus spelœus (10 , ['. Arvernensis, Boa 
primigeniiis (11), Cervus megaceros (12 . C. capi-eolus, C. elaphus, 
C. polygnacus, C. cornuloi'nm, C l'cr'licornis, C. Sedgwicki, 
Castor fiber, etc. 

Cette faune caractérise nettement la j)roviuce zoologiqne an- 



Ci) A Wetzikon (Suisse). Hulimcxcr. 

(2) Les hautes cimes de la Suisse renfer- 
ment (les espèces végétales i(lenU(|ues à 
celles (lu Spitzberg et du Groenland. .Sur U- 
cône terminal du Faulhorn, Ch. Marlens a 
recueilli 132 phanérogames dont 4U se retrou- 
vent en Laponie et 8 au Spitziierg. Mémo 
chose a été observée pour toutes les grandes 
montagnes, même dans l'Atlas, 1 Abyssinie, 
au Brésil, dans les Andes, oie. (A. ije Lappa- 
UE^T, Traité de Gcoloyie, 1906. p. Ili.) 

(3) BouLAY, l'A'iciennetc de ilwmiiif. Paris, 
189i. 

(4) LvELL, Anliq. of Man, p. -2ôi). 

(r>) Cf. Gaudry, Enchainemenls du monde ani- 
mal, 1878, p. 169. — Id., leA AncèlreA de nos ani- 
maux, p. 279. — D'après Gaudry, iJ. meridio- 
;in//.s' serait l'ancêtre de l'éléphant de l'Afrique. 

(6) Cf. rALcoNER, On llie ossiferous caves 
of Ihe pcninsula of Gower, in Ouarl. Jonrn. 
Geol. Soc, t. X'VI. Gaudry considère /•,'. anli- 
quus comme l'ancêtre de l'éléphant des Indes. 

(7; Ou mammouth. Cuvier, Révol. du Globe, 
p. 3-29, ossements fossiles. Cf. H. Ilowoinii, 
The Mammolh and Ihe flood, 1887. — F.vlcoiser, 
Paleoniological Memoii\'i, t. 11, 1868. — D'Acv, 
Bull, Soc. AnlhropoL, 1884, p. 4.'>3. Los osse- 



ments en soûl trè.s abondants dans toutes U>>. 
régions habilables au pléistocène. On ren- 
contre son image gravée dans les cavernes (la 
Madelaine, lîruni(|iiel, Haymonden. etc.). 

(8) Falconer. 

(9) Cuvier ; rare dans l'Europe centrale, 
manquant en .MIemagne, il est abondant en 
Italie. Cf. Gkiwais, lierh. .s. I Anliq. dr 
l'homme, p. 101. — De Mortii.i.et, le Préhisto- 
rique, 2"^ édit., p. 205 sq. — IIamv, Pr^ci.s-. 
p. 175. 

(10) GuviEi!, Ussement.'i fossiles, vol. IV, 
pi. XX à XXIV, figuré sur un morceau de 
schiste (caverne de Massai). 

(11) GiivicR, Ossew. foss., t. IV, 112 sq., 
p. 1,50 s(j., pi XL Synonyme-., /?08 uru.s prj.scu.---, 
laurus fossilis, laurus primigeniu.s ; est au din- 
de certains auteurs (Cuvier, Uulimeycr, Bell, 
Nehringj peut-être l'ancêtre de nos grands 
bovidés d..mestiques. Fréquemment figuré 
sur les parois des grottes. 

(12) llarlan. — Synonymies, cerfs à bois gi- 
gantesques (Cuvier;, Megaceros hiberniciis 
(Owen), earycero.-), etc. ; irequent en Europr 
occidentale, rare eu Italie, est interglaciaire 
eu Irlande. W'ii.liams, Geol. May., 1881, 

p. ;\bi.) 







i^^^jj^^^ 



LA FLOJIE. LA FAUNE ET L'HOMME AUX TEMPS (lLA<:îAIPvES 103 

glaise de cette époque. Elle est forcément la même, à peu de 
chose près, pour la Gaule se[)tentriouale et centrale ; puisque la 
Manche n'existant pas alors, les terres britanniques irétaient que 
le prolongement du continent européen. Les temps qui suivent 
montreront le départ d'un grand nombre de types, mais n'en 
apporteront pas de nouveaux. 

La faune (1) n'est pas homogène pendant toute la durée du 
pléistocène et dans tous les districts. En Europe centrale et occi- 
dentale, elle débute par Elephas anliquiis dominant, mais vivant 
avec E. meridionalis, reste du pliocène ; tandis (|ue dans les 
rivières et les lacs abonde Corbiciila /Iiiminalis, lamellibranche 
aujourd'hui éteint partout ailleurs (|ue dans les eaux tièdes tie 
l'Afrique et de l'Asie méridionale (''1). 

E. meridionalis disparaît le premier, faisant place à E. prirni- 
(jenius, avec lecjuel d'ailleurs il a vécu ses dernières années (Forest 
bed). E. anliqiiiia s'eflace à son tour laissant seul E. primigenius 
(|ui, avec Rhinocéros tichorhinus, est contemporain du renne, et ce 
dernier lui survit jusqu'à nos jours, bien qu'ayant modifié son 
habitat. 

En sorte (ju'il semblerait qu'on puisse diviser les temps 
glaciaires en six périodes, suivant les caractères de leur faune, 
savoir : 

1. I Elephas meridionalis. ( Elephas antiqmis. 

i r-i I -j- /• IV. < Elephas priminenius. 

\ Elephas mendionnlis. ' j / ' ^' 

IL S E», / .• „ f Rhinocéros tirhorhinu^. 

l Elephas aniiquiis. 

TPI I ■ r r [ Elephas priminenius. 

Elephas nicridionalis. \ ■' . 

rp, 1 /• \ . { Rhinocéros lichorhinns. 

Elephas antiquus. j 

111. { ^, , . ■ . ( Cerviis iarandas. 

Elephas pnmigenias. 

Rhinocéros lichorhinns. YI. | Cervus larandus. 

Mais ces divisions, même si elles étaient rigoureusement éta- 
blies, ce qui n'est pas, ne seraient d'aucun usage pratique pour le 
classement des industries humaines ; car jamais on ne rencontre 

(1) Cf. J. WoLDRicii, Diluvinle europa-ische dans Ions les cours tleau de la plaine, acconi- 
nordasialische Sauerjetbierfauna und Une Bezie- pagnée fie Mehinin h'.berculata el de Mel'inopxis 
hunyenzum Menschen. Sainl-Pétersboiir<î 1887. nodo^us. pénètre dans les vallées; mais cesse 

(2) Knlre autres pays de l'Asie où j'ai ren- brusquement vers 700 mètres d altitude devant 
contré Corbicula fluminalis, je citerai particu- un climat trop rigoureux pour son existence, 
lièrement la Susiane. Là, celte espèce, qui vit (.T. M.) 



lO/i I.ES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

réunis tous les types caractéristiques et, semljloraiont-ils être tous 
dans une même couche, qu'on ne serait jamais certain, pour le 
groupe IV par exemple, qu'il ne manquât pas soit^". meridionalis, 
soit C. luî'andus. 

Parmi les espèces qui s'éteignent durant le pléistocène, citons 
les plus importantes, savoir : E. meridionalis, E. antiquus, 
E. primigenius, Rhinocéros lichorhiniis (1), Hippopolamus major, 
UrsLis spelœiis, Hyiena spelœa (2), Felis spelœa '8}, Ceruus mega- 
ceros. etc. 

Les genres Elephas, Rhinocéros, Hippopolamus, les grands 
félins, rhyène, l'antilope n'ont pas émigré, comme on le prétend 
généralement; ils ont disparu de nos régions par extinction des 
espèces qui les y représentaient; mais ont continué de vivre dans 
les pays propres à leur exislonce et où ils se trouvaient déjà repré- 
sentés par des tyj)es spéciaux, n'ayant aucune autre parenté avec 
les espèces européennes que leur nom généri(|ue. 

On remarquera que l'éléphant, qui vivait aussi bien en Amé- 
rique du Nord qu'en Europe, ne s'est pas retiré vers le centre 
ou le sud du nouveau monde, où il aurait rencontré des conditions 
analogues à celles que l'Afrique équatoriale, l'Inde et l'Indo-Chine 
olTrent ta ses congénères ; que les espèces européennes n'ont pas 
gagné le Sud, que toutes ces espèces se sont éteintes. 

L'émigration ne porte donc que sur les animaux qui se sont 
retirés vers les régions froides, pays polaires ou grandes altitudes, 
tels sont : le renne (Ceruus larandus) (4), émigré au Nord, le 
glouton {Galo luscus) (5) et la marmotte (Arclomgs niarmola) (6), 
cantonnés aujourd'hui dans les grandes hauteurs, et Crsus ferox (7; 
(|ui ne vit plus que dans les montagnes Rocheuses en Amérique 
du Nord. Ce fut une exode de ces animaux vers les régions lais- 
sées libres par la fonte des glaciers, pays où ils rencontraient 
les conditions propres à leur habitat. 

Nous savons que E. primigenius et Hh. lichorhinus étaient 

(1) Cuvier. Le Rh. licfioihinus (;iux na- nat. Dcscr. Musce de Saint-Germain, I, p. 53. 

fines cloisonnées) semble représenter un Nombreuses notes. 

rhinocéros tertiaire dont la ilenlilion a été (5) Cf. Gervais, Restes fossiles du glouton 

modifiée pour s'adapter au régime licrbivore. recueillis en France, in Matériaux, l. VI, 

Gaudry, Matériaux /lOur iltistoire des temps p. iSi, gravé suv un os (Reliq. Aquitan., p. '209). 

quaternaires, p. 86.) G) La marmotte ipiaternaire dillere de l'es- 

(-2) Goldfuss. Syn. probable, Hyœna vrocuta pèce actuelle. Cf. Gaudry, Matériaux pour 

d'.Virique (Gaudry, Matériaux, t. XIX, p. lltt.) l'histoire des lemjis quaternaires, 1, p. 27, 

(3)Goldiuss. Syn. Léo spelieiis. pi. H, lli. 

(4) Linné. Cuvier, Ussew. foss., t. IV, p. Il (7) Grizzly bear. Cf. Keller, Die Tliiere dvr 

s,|. Pour la bibliogr., Cf. S. Rei.nac.ii, Antiq. Allerlhums, p. lOfi, sq. 



LA FLORE, LA FAUNE ET LIIOMME AUX Ti:\IPS (.LACLMIŒS 10,') 

armés contre le froid par (l'éj)aisses toisons atteignant parfois 
jusqu'à m. 70 de longueur; mais il nous est interdit de juger 
iVE. meridionalis et d'^". anliquiis aussi l)ien suivant ce que nous 
connaissons de leurs contemporains, (|ue d'après ce que nous 
savons des éléphants modernes. Notre éducation, d'une pail, 
nous porte à ranger l'éléphant parmi les animaux des pays chauds, 
et d'autre part, les toundras nous ofl'renl des lypes de régions 
froides; mais nous ne connaissons pas les espèces des climats tem- 
pérés. 

En ce qui concei'ue nos pays, la premiéic phase des éléphants 
semble correspondre à un climat chaud, hi seconde à un froid 
humide, la troisième à un froid sec, s'adoucissant peu à peu, jus([u"à 
aboutir au climat actuel. 

Ces lois semblent se juslitier en ce (|iii concerne l'Europe 
centrale et occidentale; toutefois, les allernances d(î froidures et 
de chaleur ont elles-mêmes subi jjien des variations locales; et il 
serait imprudent de géjiéraliser, dès n)aiiit<'iiant, 1<3S conclusions 
d'observations souvent insuffisantes ou géogra|)iu(juement trop 
rapprochées les unes des autres. 

Hors d'Europe la faune est différente, bien (|ue faisant partie 
d'un même ensemble caractéristique des temps modernes. 

En Amérique du Nord, les herbivores dominent : Elephdn 
Colombi, E. americaniis{[\ E. primigenius, Maslodon americanus, 
Et/iius, et plus particulièrement les édenlés : Megalherium, Mylo- 
</o/i, A/e</a/o/2//x; mais c'est surtout dans TA nié lique méridionale que 
ce dernier groupe voit son apogée avec les Mcfjaiherinm, Mijlodon, 
Megalonyx, Glyptodon, Chamydoiheriiim, Pachi/lherium, etc. {'!). 

En Afri(|ue, la faune est la même que dans les temps actuels ; 
sauf que l'aire occupée par les éléphants, hippo])otames, rhinocé- 
ros et buffles est beaucoup plus étendue. Ces animaux vivent jus- 
qu'en Algérie et à Malte. On sait que les hippopotames ont habité 
la vallée du Nil jusque dans les temps hisloi iques. 

Les grands pachydermes modernes nés ont pas des habitants 
des prairies; ils vivent dans les forêts tropicales les plus épaisses. 
En Indo-Chine, j'en ai rencontré des troupes dans les jungles les 
plus impénétrables, là où l'homme n'avait jamais foulé le sol. 

(1) Une pipe en giè?i trouvée dans Louisa quaternaire^, nu. iitioqn'en Amérique du NoitI 

CounLy (lo\\a,i et représentant un élépliant les grands pacliydeinies ne se sont éteints 

(de Nadaillac, Matériaux, 1885, p. 505, fig. 131) que très Uu'divcnient. 

dont rage ne peut remonter jus({u'aux temps (2) Cf. H ana, Man. of d'aï., 1875. 



10() Î.ES PlillMlKHKS C.IVIFJSATIONS 

Les chevaux, au coiilrairc, cherchent leur noui'i-itiire dans les step- 
pes ; tandis que les buflles ne se plaisent que dans les marécages. 

En Australie, comme de nos jours, les marsupiaux dominent 
au pléistocène ; mais ils se font remarquer par leur grande taille : 
iJiprutodon, ïVoioiheriiim, etc. 

En IJussie, sauf peut-être dans une partie de la région Baltique, 
de la Finlande et du Gouvernement d'Olonetz, ou ne trouve qu'un 
seul dépôt erratique, contemporain de l'extension maxima des 
glaciers Scandinaves. Il (^st recouvert par des alluvions renfer- 
mant des vestiges d E. primigeniiis. 

Plus à l'est, toute la Sibérie (1) est restée pendant cette 
période le domaine des grands pachydermes (2). 

Le sol des îles Liakhow et de la Nouvelle-Sibérie est, pour ainsi 
dire, formé d'ossements de mammifèresé teints (3) ; parmi lesquels 
le mammouth [E. primifjeniLis), avant-coureur des glaciers en An- 
gleterre :7i), dont on a trouvé quelques molaires en Danemark et 
que certains savants (5; croient pouvoir faire vivre, dans nos pays, 
jusqu'au trentième et même au vingtième siècle avant notre ère. 

Bien f[ue ce soit une opinion généralement adoptée, on ne 
peut dire que le mammouth fut plus nombreux en Sibérie qu'en 
Europe; car, dans certains graviers de la France, on rencontre ses 
restes en abondance extrême. Toutefois, ce n'est que dans les 
toundras sibériens qu'on le trouve parfaitement conservé, gelé 
depuis des milliers d'années, ayant encore entre les dents les 
fragments des végétaux, l)ouleau, mélèze, épicéa, dont il se 
nourrissait. 

('es grands herbivores (0) ont disj)aru, parce que le froid a fait 
périr la végétation dont ils s'alimentaient; et les cadavres de ceux-là 
seuls ont été conservés (pii étaient tombés dans les crevasses des 
anciens glaciers (7). 

Ces glaces, (jui conli<'niient en très grand nombre les corps 



il) Puni- Io climat a<Uicl de l.i Sibrrie, Cf. (5) Schaaffiiausen. Contjr. de Salzbourij. 

Allas clinuilologique de l'Empire de liuxsie, 1881. 

IHiblié par I Observaloiro physique central (G) Le bœuf iaus(pié ne semble pas avoir 

Nicolas, in-folio, Sainl-i'éLersbouig, 1900. Un vécu en Sibérie; il s'est éteint en Europe 

pùle (lu froid (décembre, janvier, février pendant 1 époque glaciaire, mais a survécu en 

— 48°) semble situé par l/SO" long. E de Gr. et Amérique où il vit depuis le nord du Canada 

• u» lai. N au sud de Verkhoiansk. jusqu'au Groenland par H!" lat. N. Cf. 

{■■2) Pour les formations pléistocènes des iles G. Nathorst, le Lou|> polaire et le Koiuf mus- 

siluées au noid <le la Sibérie, Cf. Miim Acad. <pié dans le Groenland orien:al.ds l(i Géoyra- 

sr.Sainl-I'élerxboury, sér. VllI, vol. IX. 1. phie, 1901. t. 111, pp. 1-16.) 

3) UAitcHiAC, Rev. des roura sdenlif., 1. 1. (7) De Lapparent, Traité de Géologie, G' éd.. 

4) Bortr, liev. é'anlhrop.. 18ss. p. tlTl. IWC. 



LA FLORK, LA I AUNE KT LilOMME AUX TEMPS (ll^ACIAIRES 107 

gelés des animaux pléislocônes, sont recouvertes par des limons 
et des sables renfermant en même temps que des feuilles de bou- 
leau, des pisidiiim et des limnea, restes d'anciens lacs produits, 
bien certaincmciil, j)ar des barrages glaciaires. 

La disparition d<^s mammoutbs et des rhinocéros s'est-elle faite, 
en Sibérie, graduellement, ou d'une façon brutale? c'est ce que 
nous ne saurions dire ; mais la grande accumulation des cadavres 
serait de nature à faire supposer, sur certains points, des cataclys- 
mes soudains. La présence des grands ossuaires de ce genre à Pi- 
kermi (1), Maragha (2), aux îles Liakhow (3), à la Nouvelle-Sibérie, 
en Palagouie (/i), semblent bien difficiles à expliquer autrement. 

Telle était la faune aux temps pléistocènes. (^uant aux condi- 
tions dans Ios(|uelles nous rencontrons ses vestiges, elles sont 
essentiellement variables, tout en ne sortant pas des limites que 
je viens d'assigner. La division générale en faune froide et faune 
chaude ne présente guère de certitude ; car nous voyons partout 
sur le globe des phénomènes analogues dont la portée n'est que 
locale, et nous ne connaissons pas assez la biologie des êtres 
fossiles pour l'assimiler à celle des animaux actuels. Parmi les 
grands félins modernes le tigre royal, par exemple, l'hôte habituel 
des forêts du Bengale et de l'Indo-Ghine, ne vit-il pas au ^lazan- 
déran et jusque sur les plateaux glacés du Tibet? 

En ce qui concerne les alluvions, aucune certitude n'est per- 
mise ; car le transport par les eaux peut avoir opéré des mé- 
langes entre des faunes diverses, chaude et froide, entre celles de 
plusieurs disti'icts zoologiques d'altitudes diverses. De nos jours, 
ces districts abondent et parfois ils sont très voisins les uns des 
autres. Pour(|uoi n'en aurait-il pas été ainsi autrefois? 

Chercher à classer dans leurs détails les alluvions pléistocènes, 
au moyen des ossements fossiles (ju'on y rencontre, est négliger 
toutes les considérations que je viens d'exposer. Il ne faut donc 
envisager les alluvions que dans leur ensemble, en notant toutes 
les particularités qui peuvent présenter un intérêt local; car c'est 
de ces monographies qu'un jour sortira la classification métho- 
dique, si jamais on parvient à l'établir. 

Les premières traces prouvant l'existence de l'homme, qui 

(1) Cf. A. Gaudry, Ann. Pal. Muséum. 2.055 ossemenls appartennnl au mammouUi, 

{D Cf DE R. Mecouenem, ds Annalea de In au rhinocéros, au cheval sain-af^e, a I antilope 

Déléuation en Perse l. I. saïga, au tigre, etc. 

(3; Aux iles Liakhow, lîungc a recueilli {i) GAVDnY,Pata<jonie, Ann.PnlMuseuw. 



108 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

nous apparaissent d'indiscutable manière, ne se rencontrent géné- 
ralement pas dans le site même où cet homme a vécu; mais le plus 
souvent dans des lits plus ou moins épais d'alluvions (1), mélan- 
gés aux restes des animaux ses contemporains, peut-être aussi 
ses prédécesseurs, et à une quantité de matériaux arrachés aux 
couches plus anciennes que le phénomène alluvial. 

La masse énorme de névés durcis que renfermaient les glaciers 
détermina, avant et lors de sa fusion, de grands courants d'impé- 
tuosité variable, suivant que les lacs de barrages étaient plus ou 
moins volumineux, que les glaces fondaient plus ou moins rapi- 
dement. Ces courants, fréquemment très violents, désagrégèrent 
sur leur passage toutes les couches meubles, la terre végétale ter- 
tiaire, les roches tendres, telles que les sables, les argiles, les 
marnes, la craie ; entraînèrent au loin les particules légères pour 
abandonner, au fond de leur lit momentané, les matières dures 
demeurées en noyaux, d'un transport plus difficile. C'est ainsi que 
dans les dépôts du diliwium on trouve, à la base, des couches 
plus ou moins épaisses de galets. 

Puis l'intensité des courants décrut, permettant à des sédi- 
ments plus fins, graviers, sables, argiles enfin, de se déposer. De 
nouvelles crues survinrent encore, correspondant à de nouveaux 
cataclysmes; elles recouvrirent les premiers sédiments de lits 
supérieurs, comj)osés de gros éléments. 

Enfin les grands glaciers disparurent pour toujours; et les eaux 
lentes de leur dernière fonte, jointes à celles des pluies, terminèrent 
la série du diliwium par des dépôts sableux et boueux. Le régime 
actuel des eaux, la topographie moderne, étaient définitivement 
fixés. 

C'est dans les cailloux roulés inférieurs, reposant sur le ter- 
tiaire ou le crétacé, qu'à Chelles, à Saint-Acheul et h Abbeville 
ont été découverts les instruments les plus anciens connus jusqu'ici 
comme ayant été sûrement façonnés par la main de l'homme (2). 

Ces instruments, non roulés, taillés presque sur l'emplace- 
ment où ils ont été trouvés, eussent pu être attribués au pliocène 
comme provenant de son humus, lavé par les eaux du diliivium, 
s'ils n'étaient accompagnés d'ossements iVEIephas antiquus, 

(1) Cf. Belgrand, Conijràs de Bruxelles, ISTJ, (2) Ces couches sont considérées comme 

p. 133 sq. Ces îilluvions anciennes portent le interglaciaires. Cf. Reu. d'Anthrop., t. XVI, 

nom de diluvium, celui (t'alluvium étant ré- p. 388 sq., XVII, p. 388 sq. et rm sq. 
serve pour les dépôts Ihivialiles récents. 



LA ILOMK. LA FALiXE LT LMOMJMH AUX TKMPS CILACLMRES 100 

Rhinocéros Mercki, Trongolheriuin Cnvieri^ cLc, animaux consi- 
dérés comme caractéristiques du pléistocène dans nos pa\^s. 

Le coup-de-poing, c'est ainsi (|ue G. de Morlillet (1) nomme 
ces outils primitifs, est un instrument de forme amygdaloïde, 
taillé sur toutes ses faces, renllé en son milieu, arrondi à l'une 
de ses extrémités, terminé en pointe à l'autre. S'il est incomplète- 
ment façonné, c'est toujours la partie arrondie, le talon, qui 
demeure négligé ; c'est donc par sa pointe et s(;s côtés tranchants 
qu'il était d'usage. 

Les dimensions du coup-de-[)oing sont extrêmement variables. 
On en trouve présentant une longueur de m. 35 et même de 
m. 40, tandis <|uo d'autres sont à peine longs de 7 ou 8 centi- 
mètres. En moyenne, il mesure de 12 à 15 centimètres de lon- 
gueur. Dans tous les cas, ses formes, bien que variables, appar- 
tiennent toujours au même type de fabrication, que l'exemplaire 
soit élancé, ai'rondi ou ellij)tique. 

Les matières employées pour la confection de ces instruments 
sont celles de la région même où ils se rencontrent : le silex pour 
les pays du nord de la France, pour la Belgique, le sud de l'An- 
gleterre, l'Algérie, la Syrie, l'Egypte; les grès et les quartzites 
pour les contrées voisines des P^a^énées, les Indes, l'Amérique 
du Nord; le pétro-silex dans le nord de l'Afrique (2). Toutefois, 
l'obsidienne, matière abondante, mais tiop fragile, ne semble 
pas avoir été d'usage à réj)oc|ue quaternaire (8). 

Il est difficile de dire si ces matières ont été employées avant 
leur transport alluvial ou après. Beaucoup furent empruntées aux 
montagnes, dans le site même de leur formation géologique; 
mais aussi bien des coups-de-poing ont certainement été taillés 
dans des rognons déjà roulés. Fait très naturel d'ailleurs, au point 
de vue technique, et dont toutes les industries de la pierre four- 
nissent de nombreux exemples. 

Les préhistoriens conviennent généralement de ranger, parmi 
les plus anciens, les types présentant le travail le plus grossier: 
et de voir, dans la perfection de la taille, un signe de progrès. 

(1) Cf. enlrc autres ollv^0JiL■^- tic G. ni; Mou- non de >ikx. matière résorvcc aux objets «liin 

TiLLET, Musée prcliislorique. Paris, 1881. pi. VI travail plus soifinc. (J. M.) 

à X. (3 Les fiisemenis les plus importants d'ob- 

(2^ Dans les gisements de Tunisie où lir, sidienne se trouvent dans le petit Caucase, 

types chcUéen et moustérien coexistent, il les iles grecques, le Japon et le Mexique, 

est à remarquer que tous les iuslruments do pays où il n'a pas été rencontre jusqu'ici 

forme clielléennc sont faits de pélro-silox il irinslrnmcnls du type chelléen. 



I 10 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Cette classification ne saurait être admise (1) ; car certaines roches 
telles que les quartz, quartzites et grès durs, ne se prêtent pas à 
un travail fin ; et, tous les instruments n'étant pas destinés aux 
mêmes usages, il n'était pas nécessaire de leur accorder à tous 
les mêmes soins. 11 ne peut donc être établi de classement indus- 
triel et à fortiori de rangement chronologique d'après ces don- 
nées seulement. C'est ainsi qu'il semble aujourd'hui prouvé que, 
dans bien des localités, les formes dites nioustériennes ne sont 
autres que des instruments spéciaux, voulus par les besoins de la 
vie et contemporains des types chelléen et acheuléen (2). 

Quant à la destination et au mode d'emploi du coup-de-poing, 
il a été et est encore très discuté. G. de Mortillet admet qu'on em- 
ployait ces instruments, sans emmanchement, en les tenant directe- 
ment dans la main ; d'autres supposent, au contraire, qu'ils étaient 
munis d'un manche et citent à l'appui de leur opinion de sembla- 
bles outils emmanchés, usités encore par certaines populations 
australiennes (3). 

Débutant avec les galets inférieurs, l'industrie paléolithique 
se poursuit, sans grands progrès, jusqu'au sommet du lœss, 
sorte de boue argileuse assez fortement chargée de calcaire, qui, 
sur la majeure partie du globe, couvre les alluvions caillouteuses. 

On rencontre le lœss dans le nord de la France, en Angle- 
terre méridionale, en Belgique, dans l'Allemagne du Nord et du 
Sud, dans le bassin du Danube; mais on ne le trouve ni en Russie, 
ni sur les bords de la Baltique ou de la mer du Nord. 11 abonde 
en Chine, aux Etats-Unis, à la Plata et partout ne s'écarte pas des 
abords des grands massifs accidentés. Le dépôt de lœss est un 
fait spécial, qui n'a rien à voir avec le classement chronologique 
général des industries. 

Dans ces couches et dans les alluvions sous-jacentes, les instru- 
ments paléolithiques ont été rencontrés dans toute la France (/|), 
la Belgique, le sud de l'Angleterre (5), l'Espagne (6), l'Algérie (7), 

^1) On ti inùme proposé de subdiviser (4) France. Cf. G. de IMortillet, le Préhi.<- 

Vépoque itcheulêenne en quatre périodes sui- torique 

vanl la forme des instruments Cf. Th. Bau- (5* .Xnglelerre. Cf. .1. Evans, les Agex de lu 

noT^, Congrès préhist.deFrunre,\901{i'60'<),\) 97. pierre delà Grande-Bretagne, U'aà. fr., 1878. 

(2) Pour le nord de la France la succession (6) Espagne. Cf. Cartailhac, Ages préhisl. 

des types chelléen, actieuléen el mouslérlen de l'Espagne el du Portugal, 1880. 

semble devoir èlre admise, n n'en est pas de (7) Algérie. Cf. Matériaux, t. X, p. 196; 

même en Tunisie el eu Egypte où ces trois l. XXII, p. iii. — Zabouowski, Période néo- 

vpes ont élé contemporains. litli. Afr. du Nord. ïn Rev. Ecole Anthrop., 

(3><^:ABTAiLHAr., /a France préhistorique, 189G, 1899, p. 41 — Tunisie. Cf. Matériaux, l. XXI. 

P- 5. p. 176. — R. CoLLioo.N. les Ages de la pierre 



LA FLOUE, LA lAUNK ET LllO.MMi: MX I EMPS >iLACL\IRES 11| 

l'Italie (l), rAllemagne méridionale ;2,, la Hongrie, Tl^gypte (3), 
la Syrie (4), le désertsyro-arabique (5), la Palestine (6), les Indes (7), 
le Japon (8), le Somal (9), le Cap do nonne-Espérance (10), le 
Congo (H), le paysdesTonarogs (12), la Tnnisie (13), l'Algérie (l/i s 
rAmérique du Nord (15), le Mexique (16); leur présence est dou- 
teuse en Grèce (17), en Sicile (18), à Malle (19), en Sibérie (20. 
lis font défaut eu Scandinavie, Ecosse, Irlande, dans le nord 
de l'Angleterre, de l'AUeniagne, en Suisse, au Tyrol, dans le 
plateau iranien, au nord de l'Amérique septentrionale et dans 
toute la région inhabitable à l'époque glaciaire (21). 



en Tunisie, in Malér. Ilisl. uni. Homme, 1887, 

■.V S('T., t.. IV. 

(1) Ilalie. Cf. G. de Moutillet, le Préhislo- 
riqae. — Pigokini, Bull, di palelnol, ilal , 187G, 
p. 121. — Capei.lim, L'elA délia [nelra nella 
Valh' delta Vibrata.— C. Rosa. liic. di Arch. 

prei.'^l. n. Valle délia Vibrata. Florence, 1871. 

(2) Sur les fjisemenls paléolllbiques dAlle- 
masrie. Cf Thiede (Verli. Be-l Ge.s., 1876, 
p. 207; 1878, p. 259: 1880, p 83; 1882, p. 73). 

— Westeregeln Verh. Bert. Ges., 187 , p. 2(X;). 

— Weimar {Verh. Berl Ges., 1877, p. 25- 
Paleontographica, t. XXV, 1878. Arch. f. An- 
Ihrop., 1887, t. X, p. 13i). Ces gisements sont 
situés sur la lisière des dépôts erra.iques. — 
Cf. Boule, Heu dAnlhrop.,\S?,S, t. XVII, p 141. 

— S. Rkinach, Anliq nat. Descr. Mus. Saint- 
Germain, I, p. 37, note i. 

(3) Egypte. Cf. G. DE MoRTiLLET, le Préhisto- 
rique. \>. Ml. — Reu. d'Anthr., 1879,1. \ IILp.lKi. 

— J. DE Morgan, Recherches sur les Origines de 
l'Egijple. 2 vol. 1896, 1897. — G. Sciiwein- 
FURTH , Kiesel Arlefacte in der diiuvialen 
Schotler-Terrasse und auf den Plateau-H'ihen 
Yon Ttieben, in Verhandl. d. Berliner Gesell. /. 
Anlhrop., elc , 1902, p. 293. 

(4) Syrie. Cf. Zumoffen, la Phénicie avant 
les Phéniciens. — E. Cartailhac, l'Age de la 
pieiTe en Asie. Congr. orientalistes. 3= sess. 
(1878 , t. I. p. 315, 1880. — S. Chauvët, Age 
de la pierre en Asie. Congr. intern. Arch. 
préhist., 11» sess.. t. I, p. 57. Moscou, 1892. 

(5) Désert syro-arabique l'almyre, Soukhna. 
Cf. J. DE Morgan, Note sur la basse Mésopo- 
tamie, ds la Géographie, 1900, t. II, pp. 246- 
2(i2. — Cf Zlmoffeis. la Phénicie avant les 
Phéniciens. Beyroutb, 1900. pi I-V. 

(6 Palestine ? Congrès de Paris, p. 113. - 
Galilée (Cazalis de Fondouce otMoretain). — 
Babjlonie? Congrès de Paris, p. 118. 

(7; Indes. Cf. Cockburn, Joarn. Anlhrop. 
fn.it., t. XVI, n" 4. — Rivett Carnac, Joarn. 
Anthr. Inst., t. XIII, 1884, p. 119. - Mei.licot 
and Blanford, Man Geol. of India. Calcutta. 

(8) Japon. KouzNETzoF. Age de la pierre au 
Japon, in Malér. Hist. Homme. 1879, p ;si. 

(9) Somal Setton Karr, Discov of Evid. 
Paleolith. Age in Somaliland, in Journ. An- 
lhrop. Insl., 1896. t. XXV, p. 271 et id., août 
1897. 

(10) Cap de Bonne- Espérance. Gooch, The 
Stono .\ge of Soutb Africa, in Journ. Anlhrop. 



Inslituie, IKsi, — A. Rutot, Bull. Soc. Belge, 
Géol., t. XXI. 19W, p. 212. 

(11) Congo. W. GoocH, Journ. Anlhrop. 
Insl., 1882, t. XI. p 124. 

(12) Touaregs (Wcisgerber, Lenz, Collignon. 
(13^ Tunisie. Gafsa, environs de Rhadamès 

(J. M.. 19071. 

(1 1) Algérie. Dans le lac Karar[Sud-Oranais], 
M. Genlil a rencontré en même temps que les 
restes d'une très importante industrie acheu- 
léenne une faune composée d'éléphants, hip- 
popotame, cheval, bubale, etc. 

vl5) Amérique du Nord. Cf. Abbot. Primilive 
industry, Salem, 1881. — De Nadaillac, /Amc'- 
rique préhistorique, p. 22. — Tu. Wilso.n, 
Préhist. Art, in Rep of Nul. Muséum, Was- 
hington, 1898. p. 366. — Cf. Th. Wilson, 
Results of an intpiiry as to Ihe existence of 
Man in North America during Ihe palcolithic 
period, in Rep. of A'u/. Muséum. 1887-1888, 
pp. 677-702 Washington, 1890. — Th. Wilsoii 
{Congrès internat. d'Anthrop et d'Archéol. 
préhist. (1889), 1891, p. 118 sq., le Phénom. gla- 
ciaire à Trenton [New Jersey]), mel en paral- 
lèle les classifications du quaternaire dans 
les Etats-Unis, les Alpes allemandes et K; 
nord de la France Cf. tableau, p. 1-^7), mais il 
ne semble pas que les synchronismes soient 
établis d'une manière bien concluante. 

(16) Hamy. Anlhrop du Mexique; Miss, 
scientif. du Mexique {Rech.zool, 1" partie). — 
S. Herrara, J'roceed. Am. Ass udv Se. Ma- 
dison, 1893, pp. 42 et 312. — De Nai>aillac, 
l'Amer, préhist., 1883. 

(17) Grèce? 1879. Instr. signalé sous réserves 
par Fr. I cnormant. Ci. Reu. Arch., 1867, 1. p 1^. 

(18) Sicile. L'e.xistcnce des instrument-^ 
paléolithiques en Sicile est fort douteuse. Il 
n'en existe cpiun -ipécimen conservé au musée 
de Syracuse, mais dont la provenance n'est 
pas certaine. J. M.) 

(19) Malte. Le musée de vialte conserve un 
grand nombre d'ossements d'éléphants qua- 
ternaires ; mais on n'a pas rencontré dans 
cette île, à ma connaissance, d'instruments 
chelléens.(J. M.) 

(20 Sibérie. Autour du lac Baïkal (Tchersky 
et Poliakof), près de Tomsk iKouznelzof). 
Miltlteil. Anthr. Gciell. W.en, iS96, n" i et 5. — 
Ces instruments ne présentent pas les môme- 
caractères que le type européen. 

(21) Cf. la carie de Penck iRanke, Der 



112 LK.- l'KKMIÈRES CIVILISATIONS 

Partout ils picsentciil les mêmes caractères; et nulle part, dans 
les alluvions, ils ne se montrent in silii, c'est-à-dire au milieu de 
débris d'habitation ou accompagnés d'ossements et de fragments 
d'ivoire portant des traces de travail. Nous ne pouvons, d'après 
l'examen de ces restes remaniés, savoir si l'homme paléolithique 
connaissait le feu, construisait des abris, s'il se vètissait, s'il était 
chasseur et pécheur. 

Mais, fort heureus<Muont, à cet égard, là ne se bornent pas 
uos connaissances. Si. depuis les temps chelléens, le sol de l'Eu- 
rope a été bouleversé par les agents atmosphériques, il n'en a pas 
été de même dans certaines parties de l'Afrique où, par suite du 
j)eu d'abondance et de la rareté des pluies, le terrain n'a guère 
changé d'aspect dei)uis ré})oque quaternaire. 

Au lieu dit El Mekta près de Gafsa en Tunisie, sont de vastes 
ateliers chelléens 1 , s'étendant sur plusieurs kilomètres de 
lono-ueur et suivant h's affleurements des silex crétacés. Plus loin, 
vers le sud, au li<Hi dil ( habet Rechada, entre Dehibat et Rhadames, 
on voit (2; d'autres ateliers, mieux conservés encore que ceux 
d'El Mekta. Là se retrouvent près des enclumes, au milieu d'éclats 
et d'instruments inachevés, les foyers (3) des ouvriers chelléens 
dont l'emplacement est marqué par de grosses pierres calcinées 
et des cendres. Des constatations analogues en ce qui concerne 
les ateliers ont été faites par M. M. de Morgan et M. N. W. Selon 
Karr (h) dans la Haute-Egypte. 

On admet généralement que l'industrie paléolithique date de 
l'époque interglaciaire, en s'appuyant sur la faune qui l'accom- 
nao-ne dans ses crisemenls et sur des découvertes démontrant 

I !D C) 

péremptoirement l'existence de l'homme en ces temps (5). 

Lors de la fonte des glaciers, lors des pluies diluviennes qui 
l'accompagnèrent et la suivirent, tous les pays furent balayés par 
les eaux. Ce fut un déluge, entraînant tout avec lui, forêts, animaux, 
ossements, rochers et Instruments de pierre, détruisant les an- 

Mensch, i. I, p. 385, où sont iiuli(|aces les (3) 11 t'^l à remarquer que, dès les Icmp.s 

.-inciennes limiles de:^ glacier-, et le- localité- les plus anciens, l'homme connaissait l'usage 

où l'on a recueilli des vestiges de l'humanilé ellallumage du feu. 

paléolilhique. Elles -ont pre-jne toutes en (4) Cf. H. O. Foubes, Ballelin of llie Lt 

dehors <le la zone des moraines récentes, un verpoo! Mu.-<eums, janv. 19j0, vol. II, n»- 3 

|ietit nombre seulement se trouve dan- celle et i. 

<les moraines anciennes. (•")) Sile.x du type ciielléen trouvés par 

(1) La découverte en est due à M. Boudy. M. Boule entre deux couches glaciaires dans 

iuspeclcur dos Eau.v et Forêts. (J. M.' le Cantal, f/iu//. i^oc. philomalhiqnc. Pari-, 

2) Au cours de mon vovaec dr- mars liOT 1880.) 
avec .M. Roudv. (.1. M.' 



r.A n.oru-, r.\ fauxk kt l'hommr aux th.mi-s (ii.AciAiur.s \i:\ 

ciens loyers, les huiles, les Iraces (riuihilalion, tous les produits du 
travail autres que les outils de silex, dont la matière, inattaquable 




Stations paléolittii(iues et alluvions quaternairo-j do Gafsa iTiini^ie;. 



par les agents atmosphériques, fui cause de leur conservation. 
L'homme paléolithique (1) n'a jamais habile Taire glaciaire, 

M) ' L'homme paléolithique rchelléen, mous- principalcri dans notre pays : 1» une phase au 
térien et magdalénien) a travcr-A d'MU phases .'liinat chaud, dnns laquelle I^m hippopotames 



lU 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



le fait a été reconnu pour rAllemagne par Penk, pour l'Iran par 
moi-même, et si, dans de très rares cas, on rencontre ses vestiges 
situés entre deux lits d'alluvions glaciaires, ce n'est (ju'à titre 
d'exception ; il semble s'être toujours tenu, le plus ])Ossible, hors 
des limites des glaces. 

Il résulte de cette observation que, n'existant pas en Europe 
occidentale et septentrionale dans les derniers temps du pliocène. 




Répartition des iiisilruinent» paléolithiques dans rAmérique septentrionale (1). 

l'industrie paléolithique fit son apparition durant la période gla- 
ciaire(!>). C'est la première migration civilisatrice dont nous possé- 
dions des preuves indiscutables. 

L'étendue énorme que ces instruments occupent sur le globe, 
et la grande homogénéité de cette première industrie, montrent 
(|u'à l'époque de son expansion, les pays constituant l'aire paléoli- 
thique étaient en relations entre eux. 



fréquenlent les rivières; des éléphants et des 
rhinocéros de type africain, des cerfs, des 
singes vivent avec lui au milieu d'une riche 
végétation; 2" une phase au climat froid: alors 
le ciel se voile, la neiy:e tombe, les glaciers 
envahissent la plaine, les hippopotames s'éloi- 
gnent, les éléphants et les rhinocéros prennent 
d'épaisses toisons, le renne descend des con- 
trées boréales. •> (L'Age des derniers volcans 
de la France, ds la Géographie, t. XIIl, 1906, 
p. 287 sq.) 



(1) D'après les listes publiée» par T. \Vilso>. 
Rep. of mil. Hisl. Mut;., Washington, lOiXt. 

(2) M Boule Essai de paléontologie slrati- 
graphique de l'homme, ds liei'. d'Anthiop., 
1888-1889) place l'af>parilion des instruments 
paléolithiques dans le .Nord de la France et 
le Sud de l'Angleterre entre la deuxième el 
la troisième glaciation. — Obermaier (Bei- 
Iràqe zitr Kennlniss des quarlfirs in Pi/renaen, 
190G) le fait coïncider dans les Pjrénéesavec 
In dernière période inteiglaciaire. 



LA I I.ORi:. l.A I AINE ET LIIOMME AUX TEMPS (ll.ACIAlRES j 4 5 

On a pensé que ceitainos régions, comme l'Amérique du Sud, 
s'étaient trouvées en dehors de rinduence clielléenne, se basant sur 
la présence dans lesalluvions des Pampas d'instruments d'un type 
tout spécial (1) ; mais les récentes découvertes montrent que cette 
industrie s'est ])ropagée jusqu'au sud du nouveau monde. Certai- 
nement il existe des régions où riiomme, sans communications 
avec ses congénères, dut évoluer d'une manière spéciale; mais, ces 
districts, nous Jie les connaissons pas encore et, sauf en ce qui 
concerne la Sibérie, il semble qu'aux temps quaternaires il existait 
des relations entre les diverses parties des continents encore 
émergés de nos jours. 

Toute migration procède d'un centre, d'un foyer originel ou 
transitoire, d'un point d'où, trouvant les chemins libres pour les 
moyens à leur disposition, les êtres ou les idées ont pu se trans- 
porter en pays étrangers. 

Ce centre de l'industrie paléolithique, dont la migration est 
aujourd'hui dûment prouvée, où devons-nous le plac<3r ? Ce n'est 
certes pas dans les pays européens ; puisque c'est là même que 
nous trouvons les traces d'immigration, sans rencontrer les 
vestiges des premiers essais dans l'industrie de la pierre. Ce n'est 
pas en Amérique, région qui semble être l'un des points extrêmes 
de l'expansion, si toutefois les instruments chelléens de cette 
région peuvent être attribués au pléistocène. Ce n'est pas en 
Iran, contrée glacée ; ce n'est pas non plus en Sibérie, pays alors 
privé de communications avec le reste du monde; ce serait plutôt 
en Orient, peut-être dans les pays qui forment aujourd'hui la 
Syrie, l'Arabie et l'Egypte, peut-être même plus loin vers l'est, 
dans ce continent, aujourd'hui disparu, qui semble avoir relié jadis 
Sokotora aux Indes. 

Les éolithes signalées par Schw^infurth dans les alluvions égyp- 
tiennes (2) et tunisiennes (3) ne sont-elles pas ces premiers essais 
qui devaient aboutir à l'outillage paléolithique ? Et celles d'Europe, 
beaucoup plus anciennes, ne proviennent-elles pas d'autres races 
étrangères à celles du coiip-de-poing ? Le monde n'étail-il pas 

(1) F. Ameciiino, Armes et instruments de n» 12. Le Caire, 1897. — Kiesel Artcfacte in 
l'époque préhistorique des Pampas. Peu. der diluvialen Schotter-Terrasse und auf den 
(ÏAnthrop., 188», p. 4. — La Anteguedad del Plateau-Hôhen von Theben, in Verliandl. d. 
hombre en El Ptala. Buenos-Aires, 1880, 2 vol. Reiiiner Gesell. f. Anthrop., 19 juillet. 1902. 

(2) Cf. Docteur G. ScnwEiNFCRTn, De l'Ori- Berlin. 

gine des Egyptiens et de quelques-uns de (3) Cf. Docteur G. Schweinpurtu, Sleinzeil- 

leurs usages remontant à Tiige de la pierre, ds liche Forschungen in SUdlOnisien, in Zeilsch. 
Bull. Soc. khédiviale de Géncjraphie, IV' série, /'. Elhnol. Berlin, 1907, p. 137 sq. 



IK^^ LES l'HKMFKHES CIVILISATIONS 

habile, déjà, sur une partie de ses terres; et la civilisalion paléo- 
litliique n'est-elle pas venue s'implanter, par migration ou mieux 
par influence, chez des peuplades sauvages? On est tenté de le 
croire; car c'est là la seule hypothèse permettant d'expliquer l'im- 
mense ré|)artition de Tindustrie paléolithique sur le globe. 

Cette propagation du type chelléen, ayant eu lieu lors de la 
période glaciaire, n'aflecta qu'une partie des pays alors habitables, 
voire même i)eut-être habités ; car tous ne l'étaient probablement 
pas en dehors de ceux qui no le pouvaient être. Ainsi le nord de 
l'Europe, de rx\mérique, le plateau central de l'Asie, celui de 
l'Iran (1), restèrent impénétrables parce qu'ils étaient couverts de 
o-laces; mais la Sibérie peuplée (2) se trouvait dans des conditions 
telles que, probablement, idh' resta en deliors du mouvement. 

Isolée du reste du monde, à l'ouest par les glaciers Scandinaves 
et par le lac aralo-caspien, au sud par les plateaux gelés du 
centre asiatique et de la Perse, à l'est par les glaciers du 
Kamchatka et du Pôle, la Sibérie dut n'avoir que bien peu d<> 
communications avec le foyer paléolithique, si toutefois elle en eut; 
et quand les chemins s'ouvrirent, lorsque devenues glaciales 
elles-mêmes ses plaines durent être abandonnées, l'industrie 
paléolithique avait fait son temps et le monde entier, sauf peut-être 
quelques pays retirés, en était à l'état archéolithique ou même au 
mésolithique. 

La propagation du paléolithiciiic soulève de nombreux pro- 
blèmes dont la solution n'est pas encore étayée scientifiquement. 
Non, en ce qui concerne l'Europe, l'Afrique et l'Asie antérieure 
où les communications furent toujours aisées ; mais en ce qui 
legarde l'Amérique (3) et l'Asie orientale. Elle nous oblige à 

1) Au Caucase, les recherches ont été, il -glaciaires (Cf. Musée de Tiflis). — Argo (Da- 

esl vrai, très insuffisantes; mais jusqu'ici ghestan) Nourskodji (Terek). Elephax anh- 

aucune trace certaine «le Ihomme quaternaire quus. Alkhan-Djourkofki, Vedeno (Daghestan), 

n'a été rencontrée. Seuls, des restes à'Ele- Mkhaaiti, E. primigeniu.f. Mais ces ossements 

pkas primigenius et d'E. antiquus sont venus n'ont pas été recueillis scientifiquement, pas 

prouver qu'avant l'époque actuelle, l'Asie plus dailleurs que ceux signalés au Mazandé- 

antérieure présentait des conditids d'e.xis- ran. (J M.) 

tence analogues à celles de la France. (J. de (2) Découvertes des rives du lac Baïkal et 

Morgan, Miss Se. au Caucase, t. I. p. 29.) de Tomsk. 

Cette opinion que j'émettais en 1889 n'a pas à (3) • Pour certains savants, le nouveau 

être modifiée en ce qui concerne l'homme ; continent est un centre spécial de l'appari- 

mais, en ce qui regarde les pachydermes, je tion des espèces, où VHomo Americanus s'est 

dois ajouter que les très rares débris de leur développé surplace ; pourd'autres, les ancêtres 

squelette, découverts dans les parties basses des Indiens actuels seraient venus des pays 

du nord de la Transcaucasie, prouvent sim- voisins, de la Sibérie, de la Chine, de la 

plement, comme ceux trouvés au Mazondéran, Polynésie, de l'Europe. » (J. Deniker, les 

que les éléphants se sont pendant un temps Races et les Peuples de ta terre. Paris, 1900, 

avancés jusqu'au pied des grands massifs p. 583.) 



LA FLOIŒ. LA 1 AL.NL VA LllOM.Mi; AUX TK.MI'S GLACLMRES 117 

supposer l'existence de leires, trime part entre le vieux monde 
et les Etats-Unis (1) ou les Antilles, d'autre part entre la côte afri- 
caine, ou tout au moins l'Arabie, et la péninsule hindoue; et à cet 
égard, nous n'avons encore que des indications bien vagues, tirées 
de la géologie et de Tétude des faunes. 

Quoi qu'il on soit, l'hypothèse d'une même race, partie d'un 
foyer et se répandant sur presque tout le globe, ne saurait être 
admise; une i)areille migration eût exigé un temps si long que 
certainement, durant cette période, l'industrie de la pierre se serait 
transformée quelque part, et nous ne retrouverions pas partout le 
type chelléen pur 2). 

La théorie qui suppose la propagation par inducnce est bien plus 
admissible ; car elle rentre dans les phénomènes que nous voyons 
se produire constamment au cours du })réhistorique et de l'histoire 
même. Cette dillusion put être relativement rapide; car il n'est 
pas douteux que les tribus à l'état éolithique ne se soient empres- 
sées d'adopter un progrès vers lequel tendaient leurs efforts 
inconscients. 

Si même nous n'acceptons pas l'existence de l'état éolithique, 
si nous rabaissons l'homme des temps pléistocènes au quadru- 
mane presque voisin du singe, il n'en était pas moins un être doué 
de raison ; et le jour où l'usage d'un instrument de pierre lui fut 
enseigné, il l'adopta. 

Le paléolithique représente la première grande étape de 
l'homme vers la civilisation, et ce premier progrès notable, cette 
entrée de VHomo slupidus dans la vie de V Homo sapiens, est proba- 
blement due, comme d'ailleurs presque toutes les phases de l'évo- 
lution humaine, à un foyer unique ou à un petit nombre de 
foyers. 

Nous ne possédions, hier encore, de l'homme de cette époque 
rien autre que son industrie. Mais voilà que tout dernièrement, 
dans la Corrèze, deux savants explorateurs, MM. Bouyssonie et 
Bardon, viennent de découvrir, dans le moustérien inférieur, le 

(1) " L'Islande ne monire an jour que des iuot. Leçons de Geo;//'- plii/s., 1907, p. 67»').) 
lorrains volcanique -i. Mais à la base se trou- (i») La théorie des foyers d'invention niul- 

venl (les tufs à ligniles tertiaires, de forma- tiples satisferait beaucoup mieux lesprit que 

lion continentale. Par là. comme par sa celles des migrations et des influences ; mais 

situaliiin sur un socle sous-marin bien accusé elle a contre elle cette conslatation que dans 

(jui la relie, d'un coté au Groenland, de le monde entier les types paléolithiques sont 

rautre, par les îles F'eroë, à l'Ecosse, l'is- absolument semblables et qu'il est malaisé 

lande se révèle comme un reste du |)ont qui de concevoir plusieurs invenicurs, indépen- 

unissait autrefois tous ces parages en fer- dants les uns des autres, parvenant simulta- 

manl lAtlantiqne au nord. >> (A. de Lappv- nément au même résultat. 



118 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

squelette d'un homme, le plus ancien connu. Cet être, que ses 
caractères anthropologiques rapprochent tle la brute, inférieur à 
la plus inférieure des races actuelles, appartenant au groupe dit 
de Néanderthal, caractérise-t-il dans son district la race paléoli- 
thique? Nous ne pouvons encore le savoir, parce ([ue sa découverte 
est unique ; mais on est en droit de penser que les habitants de 
l'Europe, à cette époque, étaient vraiment des êtres bien primitifs. 
Avant cette heureuse trouvaille nous ne j)ossédions aucun débris 
de squelette; car ceux qui avaient été signalés jusqu'alors sont 
tous contestés (1). Malgré l'apparition de ce type unique, malgré 
la lumière qu'il jette sur les types anciens de l'espèce humaine, 
c'est encore à l'archéologie et à la géologie que nous devons 
jusqu'ici le peu que nous possédons sur le premier grand mouve- 
ment humain parvenu à notre connaissance ; car cette révélation 
zoologique n'éclaircit en rien les mystères des premiers pas 
vers la civilisation. 

Quant à la période elle-même, dans laquelle apparaît l'industrie 
humaine, elle ne diflere pas sensiblement du pliocène par sa flore, 
par sa faune, par son climat; les groupes végétaux et animaux 
de la fin du tertiaire étaient ceux qui vivent encore de nos jours 
sur le globe Les termes pléistocène, quaternaire, etc., n'ont donc 
qu'une valeur conventionnelle ; ils n'existent que parce que 
l'homme, rapportant les faits à lui-même, estime que les eflbrts 
de la nature, pendant des millions d'années, n'ont eu pour but que 
de préparer sa venue sur la terre. Cet événement méritait-il bien 
qu'une division spéciale fût faite dans la géologie? 

Le glaciaire, débutant avec la lin du pliocène, dure encore de 
nos jours. La situation climatérique de nos pays s'est, il est vrai, 
améliorée depuis quelques milliers d'années; mais les glaces n'ont 
pas dispaiu, elles demeurent comme une perpétuelle menace. 
Peut-être en eflet, ne sommes-nous que dans une phase inter- 
glaciaire. La durée de l'ère actuelle est bien probablement peu de 
chose en comparaison de celle des temps du paroxysme glaciaire; 
l'amplitude d'oscillation de ces lois de la nature échappe à notre 
imagination. 

Le pliocène a vu le mal glaciaire s'attacher à notre planète, 

(1) Nehring, Ze(7sc/î/-. /'. EthnoL, 1893, n° 6; les Restes humainsqiiaternaires dausl'Eui'ope 

Verli., pp. 455 el 573. — Salmon, Races hum centrale, ds l'Anthropologie, t. XVl (1905) et 

préhisl. Paris, 1888, p. 9. — Cartailiiac, t. XVU (190 •) ; de Morlillel, M. Boule ella plii- 

France prchisl., 189(3, p. 211. — Obermaier, part des palelhnologues. 



l.A 1 LORE, I.A FAUNE ET L'HOMME AUX TE.MI'S {'.LACIAIRES l'|J) 

pciit-èlre lui sera-t-il falal ; nous ne possédons aucun moyen d'en 
préjuger et ne pouvons que dire : la ferre traverse en ce momenl 
une période d accalmie, donl profite la civilisation. 

Pendant lîien des années il a élé admis qu'au type chelléen et 
acheuléeu succédait (I), dans l'ordre chronologi(|ue, une industrie 
plus raflinée, utilisant les éclats, en les relouchant sur une face, et, 
de cette industrie, G. de Mortillet avait fait une période distincte, 
la désignant sous le nom de « moustérienne(2)»; mais les récentes 
découvertes, venant se joindre à une foule de faits, constatés de 
longue date, renversent aujourd'hui cette théorie ; elles montrent 
que l'industrie moustérienne est fréquemment, non pas postérieure, 
mais contemporaine de celle du coiip-de-poing, et (jue ses instru- 
ments correspondent seulement à des besoins dillerents de ceux 
auxquels satisfaisait l'instrument amygdaloïde. 

A Chelles (3) et partout dans les environs de Paris (4), on 
rencontre dans les couches inférieures, avec l'outil classique 
amygdaloïde, des instruments du type moustérien. 

Au Moustiei- lui-même, la hache chelléenne, d'un type spécial 
d'ailleurs, se trouve, à la base du dépôt, accompagnée d'instru- 
ments grossiers; tandis que, dans les couches supérieures, les 
foyers renferment un outillage varié et très perfectionné (5). 

En Belgique, le coup-de-poiug naît dans le slrépijen, pour ne 
disparaître que dans la première partie du solutréen. 

En Tunisie (6), en Egypte, les ateliers contiennent en même 
temps les deux types chelléen et moustérien; sans qu'il soit 
possible de distinguer nettement des chantiers plus spéciaux de 
fabrication de l'un ou de l'autre de ces instruments. 

On objectera qu'à Abbeville et aux environs d'Amiens (7j, dans 
les lits inférieurs recouverts par un dépôt de marnes blanches, 
on ne trouve que des instruments grossiers tailh^s sur les deux 



(1) M Boule (l'Age des derniers volcans de 
la France, ds la GtO(jra[ihie, t. XIU, lOuO, 
p. 287) ditTérencie le chelléen (non l'aclieu- 
iéeni du moustérien cl le considère comme 
contemporain de l'hippopotame, Elephas an- 
tiquus et Hhinoceros Mercki correspondant à 
deux climats, le plus ancien, froid et humide, 
le plus récent, doux. 

(2) Cf G. et A. DE MoRTiLLET, Mnxée préhis- 
torique. Paris 1-^81, pl.XI-XIV Pour M.Boide 
(rAg(t des derniers volcans de la France, ds 
la Géoijraph e, I. XIII, 1906, p. 287 , le mous- 
térien qu'il sépare du chelléen cor' espondant 
à un climat froid et humide, serait contempo- 
rain du mammouth, du rhinocéros à narines 



cloisonnées, de l'ours, de la hyène des ca- 
vernes, etc. 

(3j D'AcY, Ihill. Soc. Anihrop., 1884. p. 411. 

(4) Capit.w, les Alluv. qiialernaires auloiir 
de Paris, ds Rer. Ecole d'Anlhrop.. XI, 190!, 
p. 337 sq. 

(5 Fouilles Bourlon. Cf. Capitan, le Congre- 
de 19 )(> » Monaco, ds Peu. Ecole Anihrop.. 
VIII, 1 06, p 269. 

(6 J. DE ÂloiiOAN, Voijdtje de \9Qn . Gis^enxenlx 
d'hl Mekla près de Gafsa, de Chabet liechadn, 
près Dehibat. 

(7) Cf. CoMMONT. ds Congr. prèhist France, 
1907 il908), p. ir. sq. 



1-20 I.KS r>P,EMIÈRES CIVIIJSATIONS 

faces (1); mais cetlo constatation ne saurait être concluante au point 
(le vue chronologique général. Elle prouve simplement qu'en 
amont d'Abbeville et d'Amiens se trouvaient des ateliers de fabri- 
cation de haches seulement, ou tout au moins que ceux-là seuls 
ont été lavés par les eaux et transportés (2 1 à l'époque du dépôt 
des graviers qui les renferment. 

De rares arguments négatifs ne sauraient infirmer le grand 
nombre de preuves positives que nous possédons aujourd'hui sur 
le parallélisme de ces deux types industriels (3). 

Comme on le voit par ce qui précède, dans toutes les régions 
explorées jusqu'ici, la première industrie renferme les types 
chelléen, acheuléen et moustérien ; instruments dont l'usage, 
dans bien des pays, s'est continué après la période glaciaire. 
(,)uelques formes même ont subsisté jusqu'à l'état énéolithique (4), 
se mélangeant avec d'autres beaucoup plus compliquées. Quant 
a la prédominance, dans certains gisements, de l'un de ces types, 
(die semble n'être due qu'aux exigences des besoins locaux. 

Certains auteurs ont pensé que l'idée d'employer les éclats, 
j)rovenant de la (aille des instruments paléolithiques, avait été 
Torio-ine des outils moustériens et que la transition s'est faite 
graduellement entre les deux industries ; d'autres attribuent à 
une invasion d'inlluences étrangères l'arrivée dans certains pays 
(lu type dit mouslérien. Enfin, les mélanges intimes, dans les 
alluvions et les cavernes, d'instruments appartenant aux deux 
industries démonlr(Mit qu'elles se sont développées en même 
lemps. 

11 est probable qii(^ les partisans de ces diverses théories sont 
également dans le vrai; c'est-à-diie que, dans certaines régions, le 
moustérien est né du chelléen ou en même temps que lui ; tandis 
(|u'en d'autres, c'est })ar migration ou contact que les populations 
l'ont connu. 

Les principales découvertes de l'outillage moustérien ont été 



1) D'Ali.t m MtsMi., Nul.' Mil- If lerniiii liers ciicoiù tu place, comme le fait a lieu 

.liialeriiairc des environ- .l'Abbeville, <ls dans certaines cavernes el dans l'Afrique sc])- 

Kui.de l-EcoledAnlhrop., 18'Jti, i» 284. tcnlrionnle. 

(-2) En Halie (Pigorinii, l'aire occupé-e par les {'») Cf. J. m: MoRtiAN. llcclienhe.'^ sur les Ori 

inslrumenls chelléens semble différer de celle (jines de l'Eijijpte, 1896, p. 137, figures 275 el 

où se rencontre le type moustérien. 270, pointes acheuleennes trouvées dans les 

(3) On a fréquemment invoqué des remanie- kjœkkenraœddings énéolilhiques de Toukh : 

ments pour e.xidiquer les mélanges d indus- figures 277 el 278, pointes monstériennes de 

tries ou de faunes; mais cet argument ne même provenance. 
l>eut être mis en avant quand il s'agit d'ate- 



LA l'LORK, I,\ FAUNE ET L'UCKMME AUX lEMl'S (;LA(:IAIRES {')[ 

faites dans los cavernes, là où l'homme a vécu. On y retrouve les 
cendres de ses loyers au milieu des silex travaillés et des os des 
animaux, ses contemporains, dont il faisait sa nourriture. 

Les Moustériens vivaient de la chasse et de la p(''che, ils con- 
naissaienl le feu. Quant aux autres détails de leur vie, nous n'en 
savons rien. Se vètissaient-ils ? Probablement ; car ils ont vécu 
dans un pays alors froid. S'ornaient-ils (1) ? Possédaient-ils des 
idées superstitieuses ou leligieuses ? Autant de questions qui 
restent sans réponse. 

Quelques peuples vivent encore de l'existence des Moustériens. 
Il est intéressant de citer leurs mœurs, si rapprochées de celles 
des tribus pah'olithiques du Périgord. 

Pallas (2), dans son voyage dans les pays du Nord, vit les 
Wogoules, retirés dans des cavernes, vivre uniquement de chasse 
et de pêche et, en cas de disette, concasser les os j)our en extraire 
par la cuisson une sorte de bouillon. 

Les Tchouktsches, habitant le promontoire sibérien le plus 
avancé vers l'orient, entre la mer (llaciale et le Pacifique, vivaient 
alors comme tous les Kamtchadales, dans destanièies souterraines 
et dans des antres de rochers, dont ils bouchaient l'ouverture en 
suspendant des peaux de renne devant l'entrée. Ils n'avaient aucun 
instrument de fer, ni de métal; leurs couteaux étaient des pierres 
tranchantes, leurs poinçons des os effilés, leur vaisselle de bois 
ou de cuir, leurs armes, l'arc, la flèche, la pique et la fronde. Les 
piques étaient armées d'os pointus. 

Les femmes tannaient les peaux des animaux tués à la chasse, 
en les raclant pour en ôter le poil; après quoi elles les frottaient 
de graisse et de frai de poisson ; puis les foulaient à tour de bras. 
Elles se servaient pour coudre des nerfs des quadrupèdes, d'os 
pointus et d'aiguilles faites d'arêtes de poissons. 

Non loin des Tchouktsches et des autres nations kamtchadales, 
vivaient, sur de petites îles, des populations encore plus sauvages, 
que Pallas désigne sous le nom d'insulaires orientaux. Ces 
hommes se nourrissaient de gibier à la façon des précédents et 

(1) C'est en coinp.i^^nk- ik- l'industrie mous- i\^ illcpinme prcliist., lilOti, j). i:U); mais il esl « 

lériennc (|n'on ;i rencontré les premièies penser que cet usage esl aussi vieux que 

Imces tic l'emploi imlustriel de l'os (H. Maiî- celui des plus anciens silex laillés. 
r\y. Maillets ou enclumes en os de la (Junia {■>) Pallas, Description de toutes les nations 

(Charente/, Dull. Soc. prclùsl. Fr., l'.lOti, [ip. 155 Je lEmpiie de Russie, 1776. -- Cf. Cartailiiac, 

et i8J. — A. DE MouTiLLET, les Os utilisés de la France prcliist ., p. 6-2 sq. 
la ])ériode moustériennc. Station de la Quina, 



j.22 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

leurs fenimes tannaient, de même, les peaux et les fourrures. 
Leurs occupations et leurs ouvrages n'avaient d'autre but que les 
besoins les plus naturels et les plus indispensables à la vie. Us ne 
possédaient aucun animal domestique, pas même le chien. Leurs 
armes, leurs meubles, étaient une image de l'enfance du monde, 
l'arc et la flèche, le dard et la lance, qu'ils tâchaient de rendre 
meurtrières en les armant d'os pointus. 

Leurs habitations étaient des tanières souterraines, longues de 
20 à 100 mètres, larges de à 10 mètres, divisées en compartiments. 
Là, s'entassaient jusqu'à trois cents personnes. D'autres passaient 
leur vie dans des antres de rochers ou dans des cavernes, qu'ils 
s'elforçaient d'arranger de leur mieux avec du bois flotté recueilli 
sur les plages, des peaux et des nattes. 

Il est permis de penser que la vie des primitifs habitants de la 
caverne du ^loustier ressemblait ])oaucoup à celle des sauvages 
cités par l'expédition russe ; car, à leur époque, la France offrait un 
climat comparable à celui que subissent aujourd'hui les Kamlcha- 
dales. Comme eux, ils s'abritaient dans les cavernes et comme eux, 
probablement aussi, ils se construisaient des habitations. 

Les instruments du lype moustérien sont très répandus (l), 
mais dans les anciens continents seulement. On les rencontre eu 
France, Angleterre méridionale, fielgique, Espagne, Portugal, 
Italie, Suisse, Allemagne, Autriche, Hongrie, Syrie, Russie méri- 
dionale, Caucase (?), Algérie, Tunisie, Egypte. Us semblent faire 
défaut en Chaldée et dans le reste du monde. 

(1) Pour l'exlension géographique <le l'in- — G. et A. de Mourii.LEr, le Préhistorique, 
(liistrie moiislérienne, consuUer J. Déçue- :!«é(lit., p. f)23.— IlœKisEs, I>er d//uyi"u/e il/ensf/i. 
LETTE, Mail. Archéol. préhist., 1908, p. 10G sq. p. fl8. — Obedmaier, Anthrop.,l9<X>, p. 38'J, elc. 



CHAPITRE V 



La civilisation au cours des derniers temps j^-laciaires. 



Lliomme aux élah (irchéolilhique el mésolilhique. 



Les industries archéolilhique et mésolilhique sont celles des 
instruments de pierre laits d'éclats retouchés de diverses ma- 
nières. En cela, elles se diflerencient de l'industrie paléolithique 
qui, surtout (1), transformait le noyau môme en outil et ne retou- 
chait l'éclat que d'un seul côté. 

Ces industries se présentent sous un grand nombre de formes; 
les unes locales et indépendantes, les autres successives et pro- 
cédant les unes des autres par transformation. 

Certains pays ont connu toutes les formes de transition entre 
le type chelléen et la pierre polie ; tandis (|ue d'autres n'en pos- 
sèdent que quelques-unes et qu'un certaiu nombre semble être 
passé de l'état paléolithique à l'état néolithi(|ue, sans avoir connu 
les intermédiaires archéolithiques. 

L'Egypte paraît jusqu'ici n'avoir vu ni l'industrie archéoli- 
thique, ni l'industrie mésolithique (2); l'Italie passe directement 
du type moustérien au type campignien sans connaître les types 
solutréen, magdalénien (^t leuis dérivés. 

(1) Les éclats divei-sfiiicnl n'iouolics se Iroii- (2) A moins i|ii<; la skllion dllrlouan, ou- 

vont, parloiil,, mais ne pi-cnnonl une allure jourd'liui ilisparue et dont la plus belle série 

franchement mousléfiennc (|ne dans l'achen- est conservée an musée Kirrlier à Rome, ne 

léeri (H. Brei ii,, les Divisions du Quaternaire doive être rangée dans l'aurignacien. (J. M.) 
ancien, (Is./.Vr. <i Arrh., l'J08, I, pp. il5-il7.) 



\-l!l LES l'RKMIKHKS CIVILISATIONS 

En Amëri(jue, rintlusliie est confuse entre la forme chelléenne 
el la pierre polie. On y trouve en même temps des instruments 
appartenant à tous les types européens, depuis celui du Moustier, 
jusqu'à celui des kjœkkenmœddings, sans qu'il soit possible de 
discerner les phases de la transformation. 

Plusieurs de ces industries qui, en Europe occidentale, ont 
laissé de nombreuses traces dans les cavernes, où les restes d'iia- 
bitatiou se sont le mieux conservés, ont improprement reçu le 
nom de Période des cavernes ; comme si l'homme, en ces temps 
seulement, eût habité les cavernes et les cavernes seules. 

Il serait puéril d'iusister sur le troglodytisme. L'homme s'esl 
approprié les al^is naturels, comme font les animaux, dans les 
pays où il s'en trouvait. Ailleurs il s'est construit des refuges arli- 
liciels, soit en les bâtissant sur le sol, soit en les creusant dans 
la terre. Les exemples de pareils usages abondent dans l'évolution 
préhistorique et histori<[ue (1). 

L'idée de se bàlir un abri est innée chez l'homme, comme chez 
bien des animaux, de même que celle de profiter des abris natu- 
rels. Il est donc à penser que les populations réfugiées dans les 
cavernes du Périgord, par exemple, avaient des congénères 
dissémiiK'S dans d'autres régions de la France, vi\ant comme 
eux, mais habitant des demeures plus fragiles. 

Cette hypothèse se trouve confirmée par ce fait que, dans bien 
des districts de nos j)a3S, se trouvent, à la surface du sol et dans 
l'humus, des instruments de silex des types magdalénien, solutréen 
<»u moustérien, sans (juil existe de cavernes dans la région. 

Le seul fait à retenir, dans cette <lénomination d'âge des 
cavernes, est que les cavernes seulement ont conservé, réunis ('2), 
jus(pi'à nos jours, les documents sur ces époques <|ui. ailleurs, 
sont disséminés ou détruits. 

l'^n ces temps où les c(jmmunications étaient difficiles, où 
d'ardentes comj)étitions s'élevaient entre triions au sujet des ter- 
ritoires de chasse on do pêche, les hommes, vivant en groupes 
stqîarés et souvent hostiles, se développaient plutôt sur eux-mêmes, 
ne recevant de proche en proche (|ue les découvertes les plus 
notables. 

(1) Cf. s. ni;iNAcii. Anliq. luil. <-al. .l/(i.v. ;i tous les poinls (]«■ viif est sans contredit 

S-iint-GeniKiin, 1869, p. 160. telle de Baoussé-Roussé ^Cf. M. Bori.f, /es 

;-2; Parmi les grottes nMifcrniant des ves- Grottes de (iiiinaldi, 1. l. fasc. II. Monaco, 

tijjos de l'homme, l'une de'^ niieuv étudiées 1906). 



(•.J\ [MSATION m: C.OUFIS DES DKUMKIÎS 1 KMPS ( .1. \<:i AIF!i:s {'>:) 

Dans la proscju île de Malacca, j'ai vu li des liibus sakayes 
(négritos), distantes de quinze jours d<i marche des villages malais 
les plus avancés, n'entretenir que peu de relations avec leurs 
voisins et entre elles, et se tenir à l'écart des peu[)lades seumangs, 
d'origine aussi ancienne (ju'elles dans le pays, dont les terri- 
toires sont limitrophes. 

Dans les montagnes du Louristàn (2), entre les deux branches 
de l'Ab é-Diz frivière de Dizfoul), sont des tri])us loures n'en- 
tretenant aucunes relations avec leurs \oisines de même race 
qu'elles, et ayant conservé leurs traditions au point de porter 
encore le costume en usage au temps des Acliéménides. 

Au Caucase, dans le Daghestan (3), chaque valléii est hainfée 
par une tribu étrangère à ses voisines, j)arlant un dialecte spécial, 
et n'ayant que fort peu de rapports avec les montagnards des 
autres vallées. 

Celte division des populations en trilius distinctes, pour des 
causes naturelles ou des raisons d'intérêt, est l'origine du déve- 
loppement inégal et varié dans les diverses provinces d'un 
même pays; d'autres causes s'y viennent joindre encore, quand co, 
pays a été soumis à des immigrations étrangères. On ne doit pas, 
sans raisons péremptoires, étendre ni géograj)hiquement ni chro- 
nologiquement les conclusions tirées d'une étude locale. 

En ce (jui concerne les instruments de silex, généralement 
considérés comme caractéristiques des industries, nous devons 
être d'une extrême prudence; en ellet, les néolithiques d'Egypte 
ne possédaient-ils pas des instruments du type acheuléen, mous- 
térien, solutréen, en même temps que des haches polies, et ces 
mêmes formes ne semblent-elles pas en d'autres lieux caractéri- 
ser des époques difTérentes? 

Les Susiens employaient en même temps le métal, la [)ierre 
polie et des têtes de flèches du type solutréen; et il en était de 
même dans certaines parties de la Syrie. Les racloirs de la Mad(^- 
laine et ceux du Campigny ne sont-ils pas identiques? 

En se basant sur la superposition des couches dans un m<'nie 
gisement et sur la comparaison des industries de stations dilTé- 
rentes, on a établi, en ce qui concerne l'état archéolithique, des 

(1} Cf. J. DK MoiiGAN, Exploration dans lo en Peiiic, (. II, Kludex (/ilographiques, 1895. 
Iircsqu'ilo malaise, ds /7/omme, 1885. (3) Cf. .1. dk Moroan. Mi^.-iion .<:cientilique an 

a] Cf. J. DE Morgan, Mission ■■fcienlifiqae Caacasp, l. II. 1889. 



126 LES PUEMIÈRES CIVILISATIONS 

divisions chronologiques; et il n'est pas d'années qu'on n'en voie 
surgir de nouvelles. 

Cependant, rien n'est moins prouvé que cette succession; car 
des tribus, de mœurs et d'usages différents, vivant parallèlement, 
ont pu occuper successivement certaines localités, sans qu'il y 
ait pour cela succession dans le sens général du terme, voire 
même dérivation et passage d'une civilisation à une autie. 

En résumé, l'Europe occidentale n'était certainement pas peu- 
plée de façon homogène ; plusieurs races y vivaient côte à côte 
en tribus plus ou moins nomades, et nous ne devons pas consi- 
dérer les usages de chacune comme représentant une phase spé- 
ciale s'étendant à tout le pays. 

En Amérique du Nord, par exemple, les clans indiens diflèrent 
sensiblement entre eux, par les usages comme par l'outillage et 
Farmement qu'ils emploient. Avant leur anéantissement par les 
Européens, ils vivaient, chaque tribu cantonnée dans son district; 
mais avaient tour à lour des mouvements d'expansion et de con- 
centration, empiétant parfois sur le domaine de leurs voisins, 
poussant au loin leurs expéditions. Ainsi les industries de cha- 
cune de ces tribus ont pu se superposer sur bien des points habi- 
tables, dans les cavernes entre autres; tout en étant contempo- 
raines et, par les restes qu'elles ont laissés, faire naître des idées 
de chronologie relative, alors que cette succession n'est qu'appa- 
rente. 

Certainement, au cours de la longue période qui sépare le 
milieu des temps glaciaires de l'apparition de la pierre polie, les 
industries ont évolué, et il doit être fait une large part à la succes- 
sion; mais cette part ne doit pas être exagérée suivant certaines 
tendances d'aujourd'hui. 

Ces civilisations, nous devons leur appliquer la méthode 
usitée en ethnographie pour l'étude des primitifs modernes. Il 
nous faut procédei- industrie par industrie, puis chercher à 
retrouver l'histoire de chacune, l'aire qu'elle occupait jadis en la 
considérant, à priori, comme isolée; et ne faire intervenir les carac- 
tères communs entre les diverses tribus, qu'alors qu'ils peuvent 
être tenus pour certains. C'est seulement en procédant de la sorte 
qu'il sera possible de mettre quelque ordre dans cet amas confus 
de peuplades, bien plus nombreuses que, généralement, on est 
lente de le penser. 



CIVILISATION Al" COURS DKS DERNIERS TEMPS (il.ACIAIHES 127 

Les mêmes lemaïques s'appliquent au climat, à la dore et à 
la faune, qui ne lurent pas partout les mêmes pendant la durée 
de la période glaciaire et de celles qui la suivirent (J ;. Dans 
cette étude, encore, il est nécessaire d'établir des monographies 
locales, permeltanl de reconstituer les districts ; et c'est de 
l'ensemble de ces provinces que ressorti ront les lignes géné- 
rales. 

En fondant, les glaces, dans leur retrait, abandonnèrent peu à 
peu d'immenses territoires, arides d'abord, quoique trempés 
d'humidité, coupés en tous sens par des cours d'eau, couverts de 
Fondrières, de marais, de lacs, d'îlots de glace en fusion. C'est 
sur ces terres que, peu à peu, gagna la zone des graminées. Il 
se forma d'immenses prairies, dont le gibier et l'homme s'empa- 
rèrent, sinon d'une manière définitive d'abord, du moins pen- 
dant les saisons favorables (2). 

La largeur de ces steppes était d'ailleurs très vaj'iable. Dans 
les pays plats, comme le nord de l'Allemagne, elles furent 
immenses ; tandis que, dans les régions montagneuses, elles se 
trouvaient réduites par la pente du terrain. Dans tous les cas, elles 
se tinrent toujours au voisinage des glaces fondantes. 

Au delà, les forets gagnant progressivement sur les prairies 
et suivant de loin le mouvement des glaces, offraient le faciès des 
pays froids ; et cette première zone forestière, de profondeur va- 
riable, se trouvait elle-même remplacée, plus loin encore, par des 
boisements de pays plus chauds, semés de clairières ; et ainsi de 
suite jusqu'aux régions tempérées. 

11 ne faut pas oujjlier que la fusion d'un amas de glaces aussi 
important, absorbant une énorme quantité de chaleur, produisit 
un refroidissement intense, dans les régions voisines des gla- 
ciers (3), et que^ si l'abaissement de la température atmosphé- 
rique fut général, il porta principalement sur la zone des steppes. 
Dans de telles conditions, l'inégalité dans les climats locaux était 
alors bien plus accentuée que de nos jours. C'est dans ce milieu, 

(1) Il existe aujouid'luii en Europe deux ci) C'est ainsi qu'on rencontre des vestiges 

colonies seulement de bisons, Tune en Li- du mammouth jusqu'au cœnrde la Russie d'Eu- 

Ihuanie, l'autre en Circassie (Kouhan) Qui rope bien en deçà de la limite des moraines, 

prouve que, dans les temps qui ont suivi (3) Le refroidissement causé par la fusion 

i'époq'ie glaciaire, il n'a pas existé également d'importantes masses de glace est intense, 

des colonies du mammouth, du renne cl C'est ainsi qu'un fort abaissement de tempé- 

d'autres animaux aujourd'hui éteints et aux- rature se fait sentir même au cœur de l'été, 

quels on a tendance à attribuer un habitat quand, entre l'Irlande et l'Amérique du Nord 

général dans nos pays ? les paquebots rencontrent des icebergs. 



128 t'K^ iMu:.Mira^i;s civilisations 

extrèmemenl varié, que l'homme développa ses industries archéo- 
lithiques et mésolithiques. 

Cantonnés, durant la grande extension des glaciers, dans des 
espaces relativement restreints, l'homme et les animaux virent 
peu à peu s'étendre devant eux d'immenses territoires. Ils les 
envahirent lentement, rompant avec leurs usages glaciaires, modi- 
tiant leur manière d'être suivant l'avancement ou le recul des 
terres habitable.s. Tout fut changé dans la vie, suivant des lois 
très complexes dans lesquelles entrent maints éléments qui, pour 
la plupart, échappent à notre appréciation. La multiplicité des 
races, des clans, la proportion numérique relative des diverses 
tribus, la variété des intérêts, des aptitudes, les conditions 
géologiques, botaniques, zoologiques, climaticjues des divers 
pays, les facilités plus ou moins grandes de migration, et bien 
d'autres considérations encore, influencèrent la vie dans ces 
temps. 

La plupart de ces conditions ont laissé des traces ; mais com- 
bien sont difficiles l'étude et l'interprétation de ces vestiges, 
combien il est aisé de les expliquer de façon erronée ! 

Les récentes études amènent à conclure que l'industrie paléo- 
lithique (type moustérien) a coïncidé avec la dernière extension 
des glaces, en sorte que raurignacien, le solutréen et toutes les 
autres industries du groupe archéolithique seraient post-gla- 
ciaires. Mais ces déductions tirées de cas particuliers et locaux 
ne doivent, j)eut-étre pas encore, être généralisées (1). 

Ces remarques étaient nécessaires avant d'aborder l'étude des 
industries archéolithiques et mésolithiques, très variées dans 
leurs détails et au sujet desquelles on a commis et l'on commet 
journellement tant d'erreurs. N'e.st-il pas mieux davouer l'insuf- 
tisance de nos observations, la fragilité de nos théories, plutôt 
(|ue de chercher pai- d'ingénieuses hypothèses à nous tromper 
nous-mêmes;' 

.le passerai simplement en revue les divers types d'industries 
des derniers temps glaciaires, en conservant l'ordre dans lequel 
ils ont été présentés jusqu'ici ; bien qu'il soit nécessaire de faire 
des réserves au sujet de la succession et de l'ascendance de 
beaucoup d'entre eux. 

1,1) Cf. DocteiirHrGoOBERMAiEr,, Beitriigczur Arehiv /. Aidhropoloyie, V. :î el i. Vienne, 
l<ennfniss des Qiiorh'trs in dcn Pyrenacn, in KWi. 



CIVILISATION AU COUHS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 129 

Industrie archéolithique. — Type aiirignacien (1). — Cette 
industrie, pour lacjuelle le nom àe pré-solutréen avait été proposé, 
se compose de types intermédiaires entre les formes du Moustier 
et celles de Solutré; on y rencontre des burins assez grossiers, 
des grattoirs courts et épais, des lames très retouchées sur tout 
leur pourtour, des racloirs simples et doubles, et enfin des éclats 
portant de larges encoches latérales. 

L'outillage en os comprend des pointes à contours ovoïdes 
parfois fendues à la base, des os appointis, des lissoirs, des pen- 
deloques, des épingles ou baguettes souvent incisées, des sifflets 
taillés dans des phalanges de renne, etc. 

Assez répandue, cette industrie a, jusqu'ici, été rencontrée en 
France, dans la Dordogne, à la Ferrassie et au Moustier; elle est 
signalée en Belgique, à Montaigle et à liastières(2), dans la Basse- 
Autriche (3), en Tunisie, en Algérie, en Syrie, etc.. et semble 
due à des populations très diverses, autres que celles des temps 
paléolithiques. Peut-être est-elle, partout, le fruit d'une invasion. 

Type solutréen (li). — L'ensemble de cet outillage est remar- 
quable par la finesse de sa technique. Les instruments, toujours 
composés d'éclats retouchés, sont de deux natures : les uns taillés 
seulement sur une face, grattoirs, perçoirs, scies, etc., analo- 
gues à ceux des types moustérien et aurignacien ; les autres, 
façonnés sur les deux faces, sont des têtes de javelots, d'épieux, 
des poignards (?) généralement d'un travail très soigné. Ces der- 
niers instruments aff"ectent toujours la forme lancéolée de la 
feuille du laurier ou du saule ; ils sont parfois arrondis à l'une de 
leurs extrémités, tandis que l'autre demeure aiguë. 

Les os sont grossièrement travaillés, façonnés en burins, per- 
çoirs, etc. ; et quelques canines perforées de loup et de renard 
montrent que ces populations aimaient à se parer. Quant aux pro- 
duits artistiques, ils sont peu nombreux, se bornant à quelques 
figurations de renne sculptées grossièrement dans la pierre 
tendre. 

Les Solutréens connaissaient le feu; ils vivaient de leur chasse, 
plus spécialement de celle du cheval, dont les squelettes forment 

(1) Cf. H. Breuil, la Question aurigna- renne, ds Congrès préhisl. de Pérlgueux, 1905. 
cienne, ds Rev. préhisl., 1907, n»' 6 et 7. (3) Hi»;u\es, Der Diluuiale Mensch. 

(2) Cf. Capitan-, Congrès de Monaco, lOOG, (i) Cf. G. et A. de Mortili.et, le Musée pré - 
mUev. Ecole. Anlhroi).,\\n,i>.r:Q. — \^\\vxu., Iiislorique, 1881, pi. XVIII-XIX. — J. Déciie- 
Essai de stratigraphie des dépôts de l'âge du LETTE,.U(i7!!ie/ti'arc/ieo/.prt'/i;.s(.,1908,pp. 131-148 



j30 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

d'énormes amas à Tentrée des cavernes ; peut-être même étaient- 
ils cannibales (1). Ils donnaient aux morts de leur clan une sépul- 
ture, suivant des usages qui paraissent avoir été constants. Là se 
bornent nos connaissances en ce qui les concerne. 

L'industrie solutréenne semblen 'avoir été que fort peu répan- 
due ; on ne l'a rencontrée jusqu'ici que dans certaines parties de 
la France et de la Belgique (2). 

Tijpe magdalénien (3). — Inférieure, par sa technique du silex, 
aux industries du Moustier et de Solutré, cette civilisation se 
fait surtout remarquer par la perfection qu'y atteint le travail de 
l'os et de l'ivoire, et par les aptitudes artistiques très développées 
des tribus magdaléniennes. 

Les instruments de silex, racloirs, perçoirs, burins, montrent 
des besoins aussi multiples que ceux des civilisations dont il vient 
d'être parlé ; toutefois l'outillage, tel que nous le connaissons, 
par les cavernes, est entièrement composé de petites pièces. 

On serait tenté de penser avec S. Reinach [h) que, près du 
foyer domestique, le Magdalénien ne se livrait qu'à des travaux 
délicats et que la grosse besogne, celle exigeant l'emploi d'ins- 
truments plus forts, se faisait toujours au dehors; mais s'il en 
avait été ainsi, l'homme eût parfois rapporté à son habitation 
quelqu'un de ces gros instruments et il en serait assurément par- 
venu jusqu'à nous dans certaines stations. 

La caractéristique du magdalénien est la grande abondance et 
la perfection des objets d'os et d'ivoire ; têtes de harpons, de 
lances, de sagaies, spatules, lissoirs, perçoirs, tous objets d'un 
travail extrêmement soigné, et ne présentant d'analogies avec 
aucun de ceux des autres industries mésolithiques. 

Les Magdaléniens se vêtissaient ; car ils nous ont laissé de 
fines aiguilles d'os et d'ivoire. Ils se paraient; car on rencontre 
en grand nombre les perles, les pendeloques, les dents per- 
forées d'animaux, les rondelles d'os parfois gravées. Ils se pei- 
gnaient ou se tatouaient le corps; les matières colorantes (limo- 
nite, sanguine) qu'on trouve près de leurs foyers en font foi. 



(1) Cf. A. RiiTOT,le cannibalisme à l'époque (3) G. et A. de Mortillet, le Musée prèhislo- 
des cavernes en Belgique, ds liull. Soc. pré- rique, \8Sl, pi. XXI-XXVHI. — J. Dkchelette. 
hisl. de France, iiTjuin lï)07 Manuel d'archéol. préliist., 1908, pp. 149-279. 

(2) On a dernièremenl rallaclié au solu- (i) S. Reinach, Anliq. nat. cul. Musée de 
tréen (|uelqiies stations <le la Basse-Autriclie. Sainl-Germaln, p. 231. 

Cf. lloERNES, Dec Dilaviale Menscli.. p. 121. 



CIVILISATION AU COUHS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 13i 

Ils entretenaient des relations commerciales étendues; car, dans 
les stations magdaléniennes, on trouve des coquilles marines (1) 
et des silex de provenance très éloignée. Ils se nourrissaient des 
produits de la pêche et de la chasse; témoins les nombreux osse- 
ments accompagnant leurs foyers. 

On a fréquemment rencontré, dans les cavernes magdalé- 
niennes, des os travaillés et ornés présentant une forme étrange. 
Nommés d'abord bâtons de commandement (2), appellation qui ne 
faisait que déguiser l'ignorance dans laquelle on se trouvait de 
leur usage, on les a considérés, plus tard, comme étant les pièces 
rigides de chevêtres (3), à l'aide desquels l'homme aurait dompté 
et conduit le cheval. Bien que les figurations de têtes de che- 
vaux rencontrées dans les cavernes semblent donner quelque 
vraisemblance à cette manière de voir, elle n'a pas été partagée 
par le monde savant. Si cette hypothèse se trouvait un jour véri- 
fiée, le Magdalénien aurait fait « la plus grande conquête 
de l'homme », ou tout au moins l'aurait appliquée ; car nous 
ignorons si les Moustériens, les Solutréens et autres tribus 
n'avaient pas, elles aussi, domestiqué les animaux, si elles n'em- 
ployaient des mors ou des chevêtres n'ayant pas laissé de 
traces {h). 

Il se peut que d'autres quadrupèdes eussent, en même temps, 
été domestiqués et que les Magdaléniens fussent aussi bien éle- 
veurs que chasseurs. Le renne, le chien étaient peut-être asservis. 
Les hommes néolithiques d'Egypte ne possédaient-ils pas des 
troupeaux d'antilopes, dont nous ignorerions l'existence, si les 
sculptures de l'ancien empire ne nous l'avaient révélée (5) et si 
moi-même, je n'avais retrouvé les parcs où ces bizarres troupeaux 
étaient réunis pour la nuit (6)? 

Cependant la plupart des préhistoriens, se basant sur des 
constatations qui semblent être fort probantes, nient la domesti- 

(\) Chkimiis Islandica, Turrilella rommunis, (4) Cette explication de l'usage du « bâton 

LillorinalHlorea. de commandement" est loin d'être acceptée 

(2) Larlet, Broca, Cf. Assoc. franc., 187-2, par tous les palethnologues ; beaucoup consi- 
pp. 126-127. — De Mortillet, Mus. préhi.tl., dorent la domestication des animaux comme 
fig- 192. l'une des caractéristiques de la civilisation 

(3) Cf. PiETTf, Eludes (i'elhnogr prélusL, l\. néolithique. 

Le Chevêtre et la semi-domestication des (5) Bas-reliefs des Mastabas de l'ancien 

animauxaux temps pléistocènes, in //ln//i;o/;., empire à Saqqarah (tombeaux de Ti, Mera, 

t. XVIL 1906. Les tèlesde chevaux enchevê- Kabin, etc.). 

Irées (?) figurées dans cette étude ont été dé- (6) J. de Morgan, Recherches sur les orûjines 

couvertes à Saint-Michel d'Arudy, Brassem- de lÈ<jijple, l. H, 1807. Kjœkkenmœddings de 

pouy,auxEspélugues(Lourdes),au Mas d'Azil, Kawamil, Toukh, etc. 

à Laugerie-Basse, à Raymonden (Chancelade). 



'132 I^ES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

calion des animaux aux temps quaternaires, et reportent sa décou- 
verte à l'état néolithique. 

Le caractère principal de la civilisation magdalénienne est 
l'art. Il nous apparaît tout formé et ayant atteint déjà une rare 
perfection; encore, ne connaissons-nous pas ses chefs-d'œuvre. Il 
semblerait qu'il soit le produit d'une population étrangère venue 
au moment où le renne abondait dans nos régions; et de même 
qu'il apparaît soudain, il disparaît subitement sans laisser au- 
cune survivance. 

Rien ne s'oppose, d'ailleurs, à ce que ces goûts esthétiques 
soient nés d'une migration affectant quelques districts seulement 
de la Gaule et de l'Espagne; à ce que, par influences, ces arts se 
soient répandus au loin ; à ce qu'aussi les tribus d'artistes, pous- 
sées par d'autres peuplades et changeant de région, aient laissé, 
dans les cavernes, des traces de leur séjour momentané, montrant 
ainsi une extension apparente beaucoup plus vaste que celle, 
qu'en réalité ils ont eue dans un même temps. 

Il se peut aussi que, né dans un district de la France ou de 
l'Espagne encore ignoré, cet art se soit développé sur place et 
que nous n'en ayons pas retrouvé les œuvres primitives. 11 n'est 
donc pas nécessaire, pour expliquer sa présence, de faire inter- 
venir des causes extérieures. 

Ces arts se manifestent sous deux formes distinctes : dans la 
sculpture, la gravure, réduites aux dimensions des instruments 
et des objets portatifs, et dans la gravure de sujets de grandeur 
naturelle sur les parois des cavernes. 

Ils nous ont laissé des ornements géométriques, de rares 
figurations de végétaux et une foule de représentations animales, 
« révélant un profond esprit d'observation, un sentiment exquis 
de la nature. Plusieurs de ces dessins sont supérieurs aux illus- 
trations de quelques-uns de nos livres d'histoire naturelle; et il 
faut avouer que plus de la moitié des copies qu'on a faites de ces 
œuvres, pour les publier, sont au-dessous des originaux (1). » 

Dans les sculptures, les membres des figurines ne sont jamais 
détachés ; parce que le bloc dont l'artiste disposait n'en permet- 
tait pas l'isolement, ou parce que les saillants eussent nui à l'usage 
des objets. Ce fait, nous l'observons dans bien des ivoires japo- 

(1) Cautailhac. la Fnince oré/iiglorique,\).Q~. 



CIVILISATION AU COURS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 133 

nais, dans beaucoup de menus instruments des civilisations pri- 
mitives de l'Egypte et de la Chaldée. 

La figuration sur les parois des cavernes (1) est autrement 
intéressante encore que la gravure ou la sculpture des pelils 
objets, parce qu'elle comprend souvent des sujets de grandeur 
naturelle, d'une exécution beaucoup plus difficile. Non seulement 
ces représentations sont dessinées, puis gravées au burin; mais, 
aussi, elles sont peintes, présentant un fini plus ou moins avancé 
et des caractères si conventionnels, qu'on est tenté d y voir une 
stylisation et le passage de l'art figuré à l'art décoratif (2). 

Tout en possédant très nettement le sens de la ligne et, géné- 
ralement des proportions d'un même motif, l'artiste semble avoir 
méconnu les proportions relatives des sujets entre eux; à moins 
que, dans les représentations que nous possédons, il ne se trouve 
que des essais, des ébauches dans lesquels, copiant un modèle 
pour s'exercer, le dessinateur faisait abstraction de celui dont 
l'image avait été précédemment tracée sur la même surface. 

11 serait, dès maintenant, prématuré de vouloir classer ces 
œuvres d'art (3), soit suivant la nature de leur exécution, soit 
suivant leur âge relatif ou leur distribution géographique. Nous 
ne connaissons pas assez les limites de l'aire habitée par les popu- 
lations artistes, ni celles de l'extension de leur art par influence, 
ni les changements de résidence de ces tribus, ni la durée de 
leurs établissements dans chacune de leurs étapes, pour être à 
même de nous prononcer. 

(1) Cf. II. Breuil, Nouvelles figurations du jours; elle existe dès les temps quaternaires 
mammout!i,ds Rev. de /ÈVo/e J'An/Zi/o/j., t. XV, (Cf. II. Breuil, Exemples de figures dégéné- 
1905. — La dégénérescence des figures d ani- rées et stylisées à l'époque du renne, ds 
maux et motifs ornementaux à lépoque du A7//' Congrès d'Anthrop. et dArcli. prèhiRl., 
renne, ds Comptes remln.-! Arad. Inscr., 1905, Monaco, i90H) et se rencontre communément 
p. 105. — Os gravé de la grotte des Eyzies, ds dans les peintures céramiques les plus ancien- 
Rev Ecol. Anthrop., Paris, n" 6, juillet 1901. nés de lAsie antérieure. (II. Bukuil), le Pas- 
— L. Capitam et H. Breuil, les Grottes à pa- sage de la figure à l'ornemetil dans la cérnmùpie 
rois gravées ou i)eintes,ds Heu. Er. d'Anthrop., peinte des couches arrhaï(jaes et de Moussian et 
Paris, t. XI, 1901. — E. Cartailiiac et H. de Su.ve. Monaco, 190H.) 

Breuil, les Peintures et gravures murales des (3) II. Breuil, l'Evolution de la gravure et 

caverne» pyrénéennes, ds l'Anthropologie, de la peinture sur les murailles dans les ca- 

l. XV, 1904; XVI, 1905.— L.Capitan, II. Breuil vernes ornées de l'âge du renne, ds Congrès 

et Peyrony. Une Nouvelle Grotte à paroisgra- préhisl. de Périgueux, 1905. - II. Breuil {iEuo- 

\ee-i, (\s Heu. Ecole Anthrop., 1903. — lu , les Fi- lution de l'art pariétal. Monaco, 1907) recon- 

gures gravées (grotte de BernifaI). Hev. Ecole naît cinq phases successives dans l'évolution 

An//irop., 1902. — Id., la Calévie(Dordogne). — du dessin aux temps quaternaires; la pre- 

Capitan et Breuil, Grotte des Combarelles. mière appartenant aux temps pré-solutréens 

Rev. Ec. Anlhrop., t. XII, 190-2. — Id., Grotte (aurignacien), la dernière étant contemporaine 

de Font-de-Gaume. Rev. Ec. Anlhrop., t. XII, des peintures sur galets du .Mas d'Azil. On 

1902. — L. Capital, les Origines de l'art en remarquera que les points étudiés étant fort 

Gaule. .4. F. A. S., 1902. éloignés les uns des autres, il est difficile 

(2) La stylisation des éléments fournis par d affirmer la succession de ces diverses ma- 
la nature est un fait courant chez tous les iiifestalions artistiques. 

primitifs, tant dans l'antiquité que de nos 



134 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Les sujets traités en dehors des ornements géométriques (1) et 
de quelques rares végétaux (2) sont : le brochet (3), la truite (/i), 
l'anguille (5), de nombreuses formes indéterminables de pois- 
sons (6), le phoque (7), quelques oiseaux très rares d'ailleurs, 
l'éléphant (8), le rhinocéros (9), le bœuf (10), l'ours (11), le che- 
val (12), le bouquetin (13), l'antilope saïga (l/i), le renne (15), divers 
cervidés (lô), l'homme (17), etc. 

Mais la représentation humaine, qu'elle soit gravée ou sculp- 
tée, est toujours fort médiocre et bien inférieure à celle des ani- 
maux; d'ailleurs, elle ne se montre que très rarement. 

Gomme on le voit, la civilisation magdalénienne est de beau- 
coup, la plus développée des temps pléistocènes ; mais elle est peu 
répandue. C'est en France, en Belgique, dans le nord de l'Es- 
pagne et le sud de l'Angleterre qu'on la rencontre le mieux carac- 
térisée. Son centre semble avoir été dans la région voisine des- 
Pyrénées. 

On a signalé également cette industrie en Suisse, en Allemagne, 
en Pologne et jusqu'au lac Ladoga où elle se trouverait sensible- 
ment modifiée; tandis qu'elle paraît faire défaut en Egypte (18), 
en Tunisie, en Algérie, en Syrie, en Italie et dans tout l'orient de 
la Méditerranée. 

Je me dispenserai d'entrer dans plus de détails au sujet de 
l'industrie magdalénienne; bien quelle ait donné lieu à la création 
d'une foule de subdivisions : Eburnéenne {\9), Glyptique, Gour- 
danienne^ Tarandienne, Lorlhétienne, Elapholarandienne, Hippi- 



(1) Ornements géométriques. — Laugerie- 
Basse, Gorge d'Enfer, La Madelaine. 

(2) Végétaux. — Bruniqufl, Montgnudior, 
La Madelaine. 

(3) Brochet. — Montgaudier (Charente). 

(4) Truite. — Montgaudier. 

(5) Anguille. — Montgaudier. 

(6) Poissons divers. — La Madelaine. 

(7) Phoque. — Montgaudier ; Sordes (Lan- 
des), Ahri-Mège. Une portion de mâchoire de 
phoque a été trouvée par Hardy et Fraux à 
Raymonden. — On comprend diflicilement 
comment le iihoipie, animal côtier, a pu être 
connu des gens du centre de la France. 

(8) Eléphant. — Bruniquel, La Madelaine, 
P>aymonden. 

(9) Rhinocéros. — Grotte du Trilobile à Arcy- 
sur-Cure (Yonne). 

(10) Bœuf. — Masd'Azil, Les Eyzies, Alta- 
inira, Marsoulas, Bernifal, les Combarelles. 

(11) Ours.— Massât (Ariège). 

(1-2) Cheval. — Chalïaut (Vienne), Laugerie- 
lîasse, Les Eyzies, Altamira, Marsoulas, les 
Coiubarclles, Thayngen (Suisse), Bruniquel, 



Lorthet, La Madelaine. Le cheval n'apparaît 
dans la Bible qu'après la sortie des Hébreux 
d'Egypte. En Egypte après la XVM' Dyn. (dix- 
neuvième siècle?). Prisse d'Ave -sne allribue 
sa venue aux Hyksos. 

(i:{) Bouquetin. — Marsoulas, les Comba- 
relles. 

(14) Antilope saïga. — Reconnu par P. Ger- 
vais sur une gravure d'Aurensan, mais dont 
on n'a pas encore retrouvé le squelette. 

(lf>) Renne. — Bruniquel, Mas d'Azil, Cor- 
gnac, Font-de-Gaume, etc. 

(16) Cervidés. — Mas d'Azil, Laugerie-Basse^ 
Lorthet, La Madelaine, Les Eyzies, Altamira, 
les Combarelles. 

(17) Homme. — Laugerie-Basse, Altamira, 
Marsoulas. 

(18) n se peut quaiijourd hui les vestiges de 
celte industrie soient partout recouverts par 
les limons du Nil. 

(lu) En. PiETTE, l'Epoque eburnéenne et les- 
rares huinuines de lu période (jtyptique. Saint- 
<^uentin, 1894. 



(•.1\ ILISATION AU COUHS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 135 

{jiiienne, Équidienne [\), Elaphienne {^), etc., basées soit sur des 
caractères artistiques, soit sur la nature de l'outillage, soit sur la 
faune accompagnant les vestiges humains. Ces subdivisions, ou 
bien n'ont pas lieu d'être, ou bien ne correspondent qu'à des cul- 
tures locales. 

A côté des industries caractérisées dans l'occident de l'Europe, 
nous voyons, dans d'autres pays, les traces de civilisation post- 
paléolithiques oflrir des caractères spéciaux et ne rentrant pas 
dans les classifications établies pour nos pays. C'est ainsi que 
se présentent les stations du versant oriental du Liban 3), sur 
lesquelles nous ne sommes encore que très mal renseignés, celle 
d'Hélouan en Egypte que je considérais autrefois(A) comme néoli- 
thique; mais qui me semble aujourd'hui devoir être reportée plus 
loin de nous, peut-être jusqu'à l'aurignacien. 

Les kjœkkenmœddings, dans les abris sous roche tunisiens et 
certaines alluvions, montrent une industrie archéolilhique spé- 
ciale, voisine de l'aurignacien; mais indépendante des cultures 
européennes. On y rencontre, en même temps que les racloirs, 
les burins, les encoches et les lames retouchées sur un seul 
côté, des types plus anciens tels que le disque. 

L'une des stations les mieux caractérisées de cette industrie, 
dans le nord de l'Afrique, se trouve au lieu dit El Mekta (5), à 
15 kilomètres au nord de Gafsa (sud Tunisien), sur le flanc des 
collines qui portent en même temps que des gisements naturels 
de silex, de vastes ateliers paléolithiques. Sans aucun doute, 
dans cette localité cette culture a succédé au chelléo-moustérien. 
Elle semble occuper tout l'espace de temps séparant le paléoli- 
thique du néolithique. Son aire géographique était extrêmement 
vaste; car on la retrouve dans le centre saharien (6), dans les pro- 
vinces de Constantine et d'Oran (7), et non loin de Rhadamès (8) 
sur les confins de la Tripolitaine. 

Certainement l'industrie tunisienne ne peut, en aucun cas, être 
complètement assimilée à celles de l'Europe occidentale, dont en 

(1) E. PiETTE, les Subdirisionx de l'époque 5) Découvei-le en 1906 par E. Boudy, signa- 

maijdalénienne et de ivjj0<iue néolilhique. An- lée par L. Ca|)ilan au Congrès de Monaco, 

ger?, 1889. I) A Uassi-lnife!, près d El Golea. Environs 

(i) E. PiETTE, in Congrès intenvitionnl dWii- de W'argla. 

t/irop , 1889. Paris, 1891, p -203. (7) Musée d'Alger. — Grotte d'Ali Bâcha; 

(3) Soukna, Erek, sur la route de Deir el Bir Lascaria (A'in Be'i'da); région de Tebessa, 
Zor à Palmyre. (J. M. 1900.) de Chellala Prov. de Constantine]. Batterie 

(4) Cf. J. i>E MoROAN, Eeclt. sur les oriij. espagnole (Oran), Moizana [Prov. d'Oran ^ 
de lEyyple, 189C-1897. (8)"a Chabet-Réchada près de Jénéyen. 



136 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Afrique elle tient lieu. Elle correspond à l'existence d'un peuple 
qui, à ces époques, occupait toute la partie septentrionale de ce 
continent. Je propose de la désigner sous le nom d'industrie cap- 
sienne (1 ) en raison de la localité où elle semble être le mieux carac- 
térisée (2), et afin de lui conserver son caractère géographique. 

11 serait aisé de signaler un grand nombre de semblables 
industries locales, rentrant dans l'état arcliéolithique; mais une 
telle étude sortirait du cadre que je me suis tracé. 11 suffisait d'en 
citer quelques-unes, pour montrer qu'au sortir des temps gla- 
ciaires, l'homme vécut en tribus plus ou moins importantes, 
sortes de nationalités dont pour la première fois nous rencontrons 
les traces indiscutables. 

Industries mésolithiques. — Les palethnologues ont coutume 
de ranger dans l'état néolithique des civilisations (campignien, 
kjœkkenmœddings, etc.) (3) très différentes de celles que nous 
venons d'examiner; et qu'ils considèrent comme formant la transi- 
tion entre les industries de la pierre taillée et celles de la pierre 
polie, se basant principalement sur des vues chronologiques, très 
discutables d'ailleurs. 

Ne tenant compte que du travail de la pierre dans la classifi- 
cation que j'ai choisie, je les rangerai dans un état de civilisa- 
tion auquel je donnerai le nom spécial d'étal mésolilhique; parce 
que, d'une part, on retrouve dans ces industries une foule de traits 
communs avec celle dite magdalénienne et ses analogues ; et que, 
d'autre part, bien des formes nouvelles apparaissent, montrant 
une tendance vers l'état néolithique ne s'oxpliquant que par 
l'apparition d'influences indépendantes et nouvelles. 

Industrie toiirassienne. — Cette division, proposée par G. de 
Mortillet (i) comme marquant la dégénérescence et l'extinction 
de l'industrie quaternaire, représente, pour cet auteur, une 
époque spéciale dont il retrouve les traces dans toute lEurope, 
dans le bassin méditerranéen et jusqu'aux Indes. Elle serait 
caractérisée par de tout petits instruments de silex présentant 

(1) De Capsa, nom de la ville romaine qui vue des industries du Campigny, du camp de 

occupait l'emplacement actuel de Gafsa. Calenoj-, de l'Yonne et du Grand-Pressigny, 

(-2) On retrouve celte industrie très bien ca- ds Conyr. Anthr. préhist., 19( 0, p. 206. 

ractérisée jusqu'en Syrie, à Antélias entre (i) G. de Mortillet, Evolution quaternaire 

autres. (Cf. ZuMOFFEN, la Phénicie nrant les de la pierre, in /^ey. E'-o/e .l/i/Ziro/)., 1897, p. 24. 

P/je>)/c/erî.'!.Beyrouth,1900,p.49sq.,pl. VIel Vil. — A. de Mortillet, les Petits Silex taillés à 

(3) Cf. L. Capital, Passage du paléolitlii- contours géométriques, ds/iey. £co/e A/ii/irop., 

que au néolithique. — Elude à ce point de t. VI, 1896. 



CIVILISATION AU COURS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 137 

des formes géométriques. Cette industrie ne semble pas corres- 
pondre à une culture particulière; mais bien à des besoins spé- 
ciaux, mal définis encore, communs à une foule de pays. 

Industrie des kjœkkenmœddings (1). — Les débris de cuisine 
abondent dans les pays Scandinaves (2), le nord de TAUemagne, 
les côtes de Belgique, d'Angleterre, de France, de Portugal, dans 
les îles de la mer du Nord. Ce sont des amas dont les plus grands 
présentent 3 mètres de hauteur, sur 100 à 300 de longueur et 
/i5 ou 50 de largeur. Tous marquent l'emplacement d'anciennes 
aorarlomérations humaines, et renferment les restes de la vie, 
cendres, charbon, os calcinés et brisés, coquilles marines en 
très grande abondance, nombreux instruments de silex et frag- 
ments de poterie grossière. 

En Danemark (3), où ces monticules ont été l'objet de travaux 
nombreux et remarquables, l'industrie de la pierre se montre 
assez grossière : sa technique semblerait, à certains points de vue, 
être une descendance du paléolithique; tandis que, par d'autres, 
elle se rattache franchement au néolithique. 

Les formes principales sont des haches oblongues et des têtes 
d'épieux taillées à grands éclats sur les deux faces, des racloirs, 
des lames plus ou moins retouchées et des tranchets, curieux 
instruments qui semblent caractéristiques de cette civilisation. 

Les pré-Danois de ces époques étaient chasseurs et pêcheurs, 
ils se construisaient des habitations, fabriquaient la poterie, creu- 
saient des pirogues dans des troncs d'arbres et s'y aventuraient 
au large de leurs côtes. 

Industrie campignienne ('i). — La station du Campigny (Blangy- 
sur-Bresle), qui a donné son nom à cette division, a été décou- 
verte en 1872 par Eugène de Morgan (5), mon père, et j'ai assisté 
aux premières fouilles. 



(1) Les kjœkkenmœddings se rencontrent trie de la pierre en pays Scandinaves et pense 
sur un très grand nombre de côtes. On en que celte civilisation dérive d'une plus an- 
trouve en Irlande, en France [Hyères (Var , cienne ilans l'ouest de l'Lurope. 
Sainl-Georges-de-Didonne (Cliarente-Inférieu- (^.) Lludiés par Forchamnier, Sleenstrup, 
re), Saint- Valéry (Somme), Wissant (Pas-de- Wor-.;ic, etc. Cf. Mori.ot, Etudes géologico- 
Calais), à l'ile d'Arz (Morl)ilian), à l'île de Sein arcluoingiqiies en Danemark et en Suisse, in 
(Finistère),] en Portugal à Mugem, en Asie, Soc. Vdudoise des sr. nat., 1859-1860. Comptes 
dans les deux Amériques (Floride), à Omori rendus du Congrès intern. d'AnUirop. el durcit. 
au Japon, etc., mais ils sont loin d'apparte- préhisl. Copenhague, 18G9, pp. 135-160. 

nir tous à la même époque. (4) Le Campignien, par Pu. Salmon. d'.Vui.t 

(2) Sophus Muller (Con(jrès inlernalional du Mesnil et Capita.n, ds Bel-. Ec. Anthrop., 
d'Anthropologie de 1889. Paris, 1891, p. ir.i) Paris, 1898. 

considère les kjœkkenmœddings danois {b) Sotice sur le Campiyny, par E. el IL de 

comme les restes les plus anciens de l'indus- Mougan. Amiens, 187:^. 



138 LKS PREMIÈRES CIX ILISATIONS 

Le petit plateau de Campigny domino le fond de la vallée d'une 
vingtaine de mètres. 11 portait autrefois un village de huttes et ce 
sont les restes de ces cabanes qui ont fourni les découvertes. 

De largeur variable (-> à 6 m.), le fond de ces huttes a été creusé 
dans le diluvium rouge sur une profondeur de m. 60 à m. 80. 
On y rencontre, avec des cendres et du charbon, une grande quan- 
tité de fragments de poterie grossière, de nombreux instruments 
de silex analogues à ceux des kjœkkenmœddings danois; le tran- 
chet, le racloir, le poinçon. Les lames à encoche dominent; et 
ces pièces se trouvent mélangées à une foule d'éclats non retou- 
chés. 

Au Campigny, les instrui-uents de silex sont d'une telle fiaî- 
cheur de conservation (jue mon pèr(\ ayant fait don d'une série 
provenant de ses fouilles au Musée de Saint-Germain, iNI. Al. Ber- 
trand les déclara faux et considéra le donateur non sans pitié. 

Cette découverte, cependant, devait être suivie de beaucoup 
d'autres; de nombreuses stations campigniennes furent reconnues 
dans le nord de la France et en Belgi((ue. Plus tard, on rencontra 
cette industrie en T^spagne et en Italie où elle est très dévelop- 
pée et le Campigny donna son nom à une culture très nettement 
caractérisée. 

Après avoir passé en revue les divers modes d'existence des 
peuples antérieurs à la pierre polie, les envisageant seulement 
au point de vue industriel et artistique, je dois aborder mainte- 
nant la (|uestion chronologique; celle de la succession ou du 
parallélisme des diverses civilisations et des peuplades qu'élites 
caractérisent. 

Cette question est de beaucoup la plus ardue. Jusqu'à ce jour, 
les préhistoriens ont pensé la résoudre en acceptant la succession 
des industi-ies presque indépendamment des conditions géogra- 
phiques. Il en est résulté qu'à leurs yeux, toutes les civilisations 
se sont fondues dans une évolution générale alîectant non seule- 
ment l'Occident européen; mais aussi, et pour beaucoup, le monde 
entier, et que, non contents de généraliser leurs conclusions, ils 
leur ont aussi accordé une portée chronologique. 

Il n'est pas besoin d'insister sur l'exagération de telles idées 
et sur les fâcheux résultats aux(|uels elle conduit. Toute super- 
position stratigraphique constitue dès lors deux âges au moins; 
et dès le terme d'époques lancé, il devient la base de nouvelles 



CIVILISATION AU COURS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 1 39 

spéculations Imaginatives. Ces spéculations sont contraires à 
toute méthode scientifique. 

Si la chronologie a été poussée trop loin, absorbant tout, il ne 
faudrait pas, par réaction, tomber dans l'excès contraire et exa- 
gérer le synchronisme au point de croire toutes les industries 
contemporaines; il est un juste milieu que seule l'observation 
réfléchie peut atteindre. 

J'ai exposé les raisons qui me portent à penser que l'industrie 
paléolithique, née peut-être dans les régions méditerranéennes 
orientales, et même possiblement plus loin, vers l'est, s'est pro- 
pagée dans le centre et l'occident de l'Europe aux temps inter- 
glaciaires; j'ai montré, également, que le type moustérien, con- 
temporain du chelléen, paraît avoir pris naissance dans le 
cheiléen lui-même, sur un ou plusieurs points, d'où il se serait 
propagé ; que le Moustérien ne correspond qu'à des besoins 
spéciaux des Chelléens et Acheuléens. 

Mais en même temps que les besoins ayant donné naissance 
au Moustérien se faisaient sentir, cette industrie se transportait; 
sans que, forcément, elle fut accompagnée par celles au milieu 
desquelles elle était née. 

L'un des exemples les plus frappants de cette migration est 
offert par l'Italie où Faire d'habitat du type moustérien est com- 
plètement différente de celle de l'instrument amygdaloïde. Pigo- 
rini pense, avec juste raison selon moi, que le Moustérien est dû 
dans son pays à des influences extérieures. 

En France, au contraire, comme dans la Belgique et l'Angle- 
terre méridionale, la coexistence presque générale des deux types 
dans les alluvions. comme dans les cavernes, ne peut être inter- 
prétée qu'en faveur du développement sur place de l'industrie la 
plus affinée, simultanément avec la plus grossière. 

Je ne conclurai certainement pas de même en parlant du solu- 
tréen, civilisation locale des steppes, circonscrite à des territoires 
peu étendus et dont l'importance est secondaire ; tandis que 
l'aurignacien, qui la précédé, se rencontrant dans des régions 
fort éloignées les unes des autres, sans lien commun, sans parenté 
possible de races, ne peut être regardé que comme un groupe 
d'industries indépendantes entre elles, géographiquement et 
chronologiquement. 

Le magdalénien semble faire époque, ou du moins dominer 



4/iO LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

par son importance toute une période. Déjà la civilisation archéo- 
lithique antérieure avait, en se développant, produit un grand 
nombre de types, multiples comme l'étaient les tribus elles- 
mêmes qui, à cette époque, peuplaient l'occident de l'Europe; car 
malgré les superpositions apparentes, on ne peut s'empêcher de 
voir dans la plupart des industries, depuis l'aurignacien (pré-solu- 
tréen) jusqu'au campignien, des évolutions pour la plupart paral- 
lèles et simultanées. 

Certainement toutes ne sont pas contemporaines, quelques- 
unes sont demeurées homogènes, pendant de longues périodes, 
alors que d'autres, s'améliorant plus rapidement, ont connu des 
variations; mais il est bien difficile, dans l'état actuel de nos obser- 
vations, d'assigner à chaque civilisation sa place dans le temps et 
dans l'espace. Nous n'en pouvons juger que par ce que nous 
apprennent l'histoire et l'ethnographie en ce qui concerne les 
temps voisins de nous. On constate à ces époques une extrême 
variété dans les civilisations suivant les pays et les peuples. 

On remarquera que là où se trouve la civilisation des kjœkken- 
mœddingsou le campignien, le magdalénien fait presque toujours 
défaut; et que s'il existe de très rares mélanges, ce n'est que sur 
les confins de l'aire de chacune de ces industries. En Danemark, 
le magdalénien ; manque, il en est de même en Allemagne du 
Nord, en Picardie, en Normandie, en Italie, pays où le campi- 
gnien est très largement représenté; tandis qu'au Périgord, dans 
les Pyrénées, il ne se montre pas. 

Il résulte de cette constatation que ces civilisations ne peuvent 
être déclarées successives ; puisqu'elles n'aflectent pas les mêmes 
pays ; qu'elles sont étrangères les unes aux autres et peut-être 
presque contemporaines. Dans les pays retirés comme le ^lassif 
Central et les Pyrénées, l'industrie, se développant lentement sur 
place, serait restée sensiblement semblable à elle-même ; tandis 
que, dans les régions plus riches et plus ouvertes, elle aurait pris 
un rapide essor et bénéficié d'influences extérieures. 

Dans les pays demeurés en retard, la pierre polie a succédé 
directement à l'industrie magdalénienne; pour ces régions existe 
l'hiatus dont on a tant parlé, lacune fictive ne reposant que sur 
une fausse interprétation des faits. Dans d'autres régions, la 
pierre polie est arrivée, soit par invasion, soit par influence, 
dans des milieux mieux préparés à la recevoir. 



CIVILISATION AU COURS DES DERNIERS TEMPS GLACIAIRES 1 VI 

Cette grande variété dans les civilisations, peut-être devons- 
nous l'attribuer, pour une grande part, à des influences exté- 
rieures, à des invasions ; peut-être n'est-elle due qu'à des diffé- 
rences de milieux, de climat dans les districts divers. 

S'appuyer, pour établir une classification, sur les conditions 
météorologiques, chaudes, froides, sèches ou humides, est sup- 
poser le même climat pour tous les lieux ; se baser sur la faune 
est méconnaître l'existence des provinces zoologiques. 

On a créé des époques hippienne et iarandienne; comme si les 
plaines bourguignonnes n'eussent pu être habitées de préférence 
par les équidés; tandis qu'en d'autres régions, à la même époque, 
le renne était prépondérant. On ne doit pas oublier que presque 
toutes les espèces pléistocènes de nos régions ont vécu côte à 
côte pendant toute la durée de cette période et que, dans toute 
faune, les divers éléments ont des habitats préférés. Ainsi, de 
nos jours, le renne est caractéristique en Laponie , le cheval 
dans les Pampas, le bœuf musqué dans le nord du Canada et le 
Groenland, l'éléphant dans l'Afrique équatoriale, l'Inde et l'Indo- 
Chine. 

La fin de l'état mésolithique correspond au passage de l'ère 
glaciaire ancienne à l'ère glaciaire moderne ; car il ne faut pas se 
le dissimuler, et d'ailleurs je l'ai déjà fait observer, les temps 
actuels ne sont que la continuation naturelle du pléistocène, et le 
climat, la flore et la faune se modifient encore sous nos yeux, don- 
nant lieu à des industries nouvelles 

Le renne vivait en Danemark au temps des kjœkkenmœddings. 
Savons-nous s'il n'existait pas encore, à l'état sporadique, dans 
les montagnes du centre et du sud-ouest de la France, au temps 
où se développait dans les pays plats du Nord l'industrie campi- 
o-nienne? On objectera que les Campigniens et les hommes des 
kjœkkenmœdings connaissaient la poterie, tandis que les Magda- 
léniens l'ignoraient; mais ne savons-nous pas qu'en Australie, à 
une même époque bien rapprochée de nous, certaines peuplades 
fabriquaient des vases de terre; alors que d'autres, leurs voisines, 
ne possédaient aucune notion de cet art? 

La disparition des glaciers, certaines oscillations de la croûte 
terrestre ont, à la fin du pléistocène, complètement modifié les 
conditions de la vie sur le globe. L'aire habitable s'est restreinte 
par places, étendue dans d'autres. Il en est résulté de grands 



llyl LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

mouvements dans les peuples : l'Orient s'est mêlé à l'Occident, 
les diverses tribus se sont parfois communiqué leurs progrès les 
unes aux autres; mais enfin, la civilisation la plus avancée, la 
mieux armée, étouffant les cultures inférieures, l'état néolithique 
s'est établi peu à peu dans toute l'Europe. 



CHAPITRE VI 



L'homme à l'état néolithique. 



Avec l'état néolithique, l'humanité entre dans une nouvelle 
phase de son évolution qui, pour bien des peuples, s'étendra 
jusqu'aux temps modernes. Tous les pays ont connu cette civili- 
sation; mais alors que, chez les uns, elle ne fut que de courte 
durée, elle comprit pour d'autres toute la vie post-pléistocène. 

Ses débuts ne furent sûrement pas contemporains dans toutes 
les régions. S'épanouissant rapidement dans quelques centres, 
elle rayonna ; et son mouvement d'expansion n'était pas encore 
complètement accompli, que déjà les métaux faisant leur appari- 
tion parmi quelques peuplades, les préparaient à l'ère histo- 
rique. 

Nous ne possédons aucun moyen scientifique d'établir, pour 
cette époque, l'état de culture du monde entier ; mais tout porte 
à croire que ses diverses parties présentaient au moins une aussi 
grande variété dans la civilisation de la pierre, que lors des 
grandes découvertes des navigateurs de la Renaissance et des 
siècles qui la suivirent. 

Il serait bien difficile, en présence d'une telle multitude de 
mœurs et d'industries diverses, d'une période de si longue durée, 
d'exposer en détails les divers caractères de la civilisation néo- 
lithique. Ils varient suivant les temps et les lieux; très souvent 
aussi se confondent, soit avec ceux des industries moins perfec- 
tionnées, soit avec l'état métallurgique qui, d'après l'évolution nor- 
male, ne devait les remplacer que peu à peu. 



illll LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Je serai donc obligé de m'en tenir, dans ce chapitre, à l'Eu- 
rope et aux pays méditerranéens seulement ; me réservant de 
parler, au cours de mon travail, des civilisations néolithiques dans 
les autres parties du monde, au fur et à mesure qu'elles se pré- 
senteront, correspondant à une phase historique. 

Dans nos pays, bien que profitant des notions déjà acquises 
indépendamment de lui, le néolithique apporta dans la civili- 
sation des idées nouvelles ; dans l'industrie, des procédés et des 
instruments inusités jusqu'alors. 

Nous avons vu que les hommes des kjœkkenmœddings et les 
Campigniens, c'est-à-dire ceux qui, tout en vivant à l'état mésoli- 
thique, étaient les plus avancés, construisaient des habitations, 
creusaient des canots sur lesquels ils s'aventuraient en mer (1), 
fabriquaient de la poterie; et nous avons supposé que, peut-être 
d'ailleurs comme les Magdaléniens, ils avaient des animaux 
domestiques. 

Nous ignorons si les Mésolithiques connaissaient l'usage des 
plantes textiles, s'ils étaient agriculteurs (2), s'ils possédaient des 
croyances religieuses ou superstitieuses; bien que le fait soit liés 
probable, d'après ce que nous avons remarqué au sujet de la 
sépulture dans les temps pléistocénes. 

Avec l'arrivée du néolithique, nous voyons apparaître le polis- 
sage de la pierre, l'emploi des roches dures pour la confeclion 
des armes et des outils polis, l'usage d'une pointe de flèche spé- 
ciale très caractéristique, une céramique abondante (3), la ciillure 
des céréales (/i) et des plantes textiles (5), le tissage (6), l'éle'.age 
du bétail (7) ; la construction, non seulement de huttes sur le 
sol, mais de véritables villages sur l'eau. 

(1) Presijue toutes les iles de nos mers du découvertes de céramique néolitliiquc dans 
Nord ont été occupées dès les temps néoli- l'Europe centrale. 

tliiques, beaucoup l'ont été avant. (4) Céréales de Suisse à l'époque drs cités 

(2) E. Piette (les Plantes cultivées au Mas lacustres: Trilicum vuUjnve (Willt Vat anli- 
d'Azil, ds l Anthropologie, t. VII, n° 1) a quorum (Heer) = ïromenl. T. dicoccum 'SvUvf.) 
cherché à établir que, dès l'étal archéoli- = épeautre, T. honococcum (L.) = IVoinent, 
tliique, certains habitants de nos pays étaient Ilordeuin hexaslichon [L.)— orge à sîa langs, 
cultivateurs et planteurs; mais rien ne prouve H. disticlium (L.) = orge à deux ranys. — 
que les graines et les fruits, dont il a retrouvé Cf. Heer, Plunzen der Pfnhlbuulen. Zurich, 
les traces, n'aient pas été recueillis sur des 1865. 

plantes sauvages. (5) La seule plante te.-stile connue était : 

(3) Sur la céramique de l'époque néoli- Linum usitalissimum (L.) = lin, non [)as le 
thique en Allemagne, Cf. A. Schliz, Heil- lin actuel, mais une variété à feirillr ( troite 
bronn. Der Schnurkeramische Kulturkreis spontanée et indigène dans le bassin de la 
und seine Stellung zu den andcren neolithis- Méditerranée. 

clien Kulturformen in Sudwestdeutschiand, (G) La laine ni le chanvre n'étaient encore 

in Zellschrift f. Ethnologie. Berlin, 1906, Hcft, employés, seul le lin était lissé. 

111, p. 312 et la carte {id., pi. VI), sur laquelle (7) Les animau.v domestiques dont on a 

l'auteur a soigneusement pointé toutes les retrouvé les ossements dans les palafittes 



L'HOMME A L'KTAT NKOLITHIOUE 



l/i5 



Les idées religieuses (I) se dessinent; nous en trouvons des 
traces spécialement dans la sépullure qu'on donne aux morts (2). 
L'architecture commence avec les dolmens et les pierres levées (3). 
L'industrie se développe ; on creuse de véritables mines pour 



J^Jr3'"'T-i" .. „;f,/;-)R faible cifiip/uurff^ 




Climat actuel de l'ancien Monde. 



extraire du sol le silex (/i), matière première indispensable, qui 
devient l'objet d'un commerce très étendu. De vastes ateliers se 



sont (d'après Rulimeyer) : le chien, le cheval, 
le porc, la chèvre, le mouton, le bœuf. 

(1) Divinités? figurées dans les grottes de 
la Marne ; crânes perforés et trépanés. 

(2) Cavernes funéraires naturelles, cryptes 
artificielles sépulcrales. (Cf. Cartailhac, la 
France préhistorique, 2° édit., 1896. — B"» de 
Baye, Archéol. préhisl. Paris, 1879 et 1889.) 
Des indices certains d'incinération ont été 
retrouvés dans la Marne (B"" de Baye), en 
Bretagne (F. du Châlellier), dans l'Aisne 
(Pilloy), en Suisse (Morel-Fatio), etc.. On se 
trouverait donc en présence de deu."c rites 
funéraires très distincts, l'inhumation et la 
crémation, impliquant des idées différentes 
chez des populations qui, cependant, vivaient 
confondues; ou, comme le pense Pigorini, en 



face de l'usage encore en vigueur chez bien 
des peuples sauvages de décharner le ca- 
davre avant de confier les os à la terre. 

(3) On a pensé que l'homme à l'étal néoli- 
thique, celui qui construisit les dolmens, 
connaissait l'usage de l'écriture. (Cf. Cu. Le- 
TOURNEAU, les Signes alphabéliformes des ins- 
criptions mégalithiques, ds Bull. Soc. Anlhrop. 
de Paris, t. IV, série IV, n» 2, 15 mars 1893, 
p. 28.) Mais cette opinion, contraire d'ailleurs 
à toute vraisemblance, a été réfutée par 
Hervé et A. et G. de Mortillel {id., p. 39 sq.). 

(4) Bas Meudon (Seine), Petit Morin (Marne), 
Noinlel (Oise), Mui de Barrez (Aveyron, 
Spiennes(Belgiqne), Cissbury (.\ngleterre), en 
Haute-Egypte, etc. .. 



10 



U6 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



créent pour alimenter l'exportation de la pierre (i) ; Thomme 
protège ses agglomérations au moyen d'enceintes fortifiées (2). 

Les arts glyptiques disparaissent sans laisser, en Europe, la 
moindre trace. La figuration des animaux, de l'homme, de la na- 
ture, en un mot, est oubliée ; et fait place à de grossières orne- 
mentations géométriques (3), à des représentations d'armes (Zi), 
indignes de la perfection qu'atteint la taille de la pierre. En 
Egypte (5), en Scandinavie (6), le silex se transforme en véri- 




Figurcs tracées sur une 
des dalles de la cham- 
bre du lumulus de 
Mané-Lud, à Locma- 
riaker (Morbihan). 



"'jjiiiiiiiiiiii'"''^ 
JT 



\ 






iujjjj>^ lliiiimil J - 



Représentation pictographi- 
que, sur un rocher à Skeb- 
bervall (Bohiisland, Suède). 



tables œuvres d'art, sous forme de couteaux, de poignards, de têtes 
de javelots et de lances, de pointes de fièches, etc.; et dans la 
vallée du Nil, dans les pays élamites, en Syrie (7), la poterie 
peinte se montre, semblant n'être que la survivance d'aptitudes 
artistiques de races antérieures. 

Mais, suivant les régions, il s'établit une foule de foyers dans 
cette civilisation même. Les types des instruments diffèrent (8) 
très sensiblement d'un pays à un autre ; au point que, pour un 



(1) Grand -Pressigny, Preuilly (Indreel- 
Loire), Spiennes (Belgique). 

(2) Sur les enceintes préhistoriques", Cf. 
A. GuÉBHARD, //' Congrès préhisl. de Vannes, 
1906 (le Mans, 1907), p. 157 sq. ; Soc. préhisl. de 
France, 28 mars r,t07 ; id.. 2.î avril 1907. — 
XXXVI' Congrès (Reims, lOOC} de fAss. Fr. p. 
l'Av. sciences. — liull. (25'-2fi') de la sect. des 
Alpes Maritimes du Club Alpin Français. Nice, 
1907. 

(3) Poteries des cités lacustres et des né- 
cropoles néolithiques, sculptures sur les 
dalles des dolmens (allée couverte de Ga- 
vr'inis). Cf. G. cl A. de Mortillet, Mus. pré- 
JiisL, mi, pi. LV et LVI. 



(4j Haches sculptées sur les monuments 
funéraires de la Bretagne, dans les cryptes 
de la Marne. 

(5) J DE Morgan, Reclierches sur tes Origines 
de l'Egypte, 2 vol.. 1896-1897. 

(6) Cf. s. MilLLER. Nordiske Forlidschminder. 
KjObenhavn, 18901903. 

(7) Dernières découvertes de J. Garstang 
dans les tells de l'Euphrate mnyen au.\ en\'i- 
rons d'Adana. 

(8) Cf. Hans Hildebrand, .Sur la subdivision 
du nord de l'Europe en provinces archéolo- 
giques pour l'ùge de la pierre polie, in Congrès 
de Bruxelles, pp. 479-485. 



lhommf: a l'ktat M'OLithique 



u: 



ethnologue accoutumé à manier des objets néolithiques, il est aisé 
de distinguer à première vue la provenance de chacun d'eux. 

L'origine, étrangère à nos régions, de la civilisation néolithique 
ne fait plus aujourd'hui de doutes. Cette industrie est venue 
d'autres pays ; que ce soit par le Nord, l'Orient (1) ou le Midi, 
nous ne le saurions préciser pour l'instant ; mais le fait d'une 
invasion brutale ou d(^ l'expansion d'une influence, dans nos 
régions, est accepté par tous les palethnologues. On serait même 
tenté de l'attribuer aux peuples venus de Sibérie, lors de leur 
désertion (2) devant le froid ; et, par suite, de la rattacher au 
grand ensemble des migra- 



tions indo-européennes. 

On a vu, d'après l'exposé 
que je donnais au précédent 
chapitre, combien les popu- 
lations de l'Europe occiden- 
tale étaient déjà mélangées 
vers la fin de la phase méso- 
lithique. C'est dans ce milieu, 
déjà si compliqué, que s'im- 
plantèrent les coutumes étrangères ; et elles étaient elles-mêmes 
bien complexes, par suite du grand nombre de tribus nouvelles 
qui entrèrent alors en scène. 

Dans bien des pays, l'innovation semble avoir été acceptée 
sans résistance; car les dernières industries mésolithiques j)arais- 
sent s'être laissé influencer par l'approche du néolithique (3) ; 
mais dans d'autres, où la transition est brusque, il semble qu'il y 
ait eu renvoi, destruction ou absorption immédiate des tribus 
anciennes par des nouveaux venus. Ceci expliquerait la disparition 
complète en Europe des arts archéolitliiques. 

Si le milieu recevant était compliqué, le flot civilisateur ne l'était 
certes pas moins. 11 y eut sûrement plusieurs courants (jui, ne 




Représentations pictographiques des ro- 
chers de l'Irtych, d'après Spasskv, Inscr. 
Siberiœ. 



(1) La civilisation néoliliiique de la Sibérie 
orientale est remarquable par l'abondance des 
haches en néphrite et par la finesse de taille 
de ses pointes de flèches; elle ne possède pas 
de monuments sépulcraux, les animaux do- 
mestiques ne s'y rencontrent pas encore. Elle 
connaît la poterie grossière, l'os travaillé en 
harpons, aiguilles, poinçons, etc. fCf. fiap. s. 
les foiiillex des tomb. de l'àye de la pierre ds le 
Gouv. d'Irkutsk, par Vitkovsky, 1883.) 

(2) La dépopulation de la Sibérie a été 



telle qu'aujourd'hui encore, malgré la coloni- 
sation russe, ce pays ne renferme, villes 
comprises, qu'un habitant par 4 kilomètres 
carrés. Si l'on fait abstraction de la popula- 
tion des villes, presque entièrement euro- 
péenne, la moyenne tombe à 0.1 par kilomètre 
po\u- certains districts et à 0,02 pour d'autres; 
enfin beaucoup sont complètement déserts. 

(3) Dans les kjoekkenmœddingsdu Portugal 
entre autres, l'industrie campignienne se 
trouve mélangée d'objets polis. 



j/l8 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

touchant pas les mêmes pays, se recouvrirent et se croisèrent 
parfois, laissant entre eux des espaces indemnes de leur action 
directe. Il semble certain, en effet, que ce ne sont pas les mêmes 
hommes qui élevèrent les monuments mégalithiques et bâtirent 
les villages lacustres; que les divers types d'industrie néolithique 
répondant à des tendances différentes, représentent une grande 
variété dans le degré de civilisation des hordes envahissantes, 
ainsi que dans l'époque de leur venue. 

La hache polie du nord de la France, avec ses côtés arron- 
dis (1); celle du Danemark, avec ses bords anguleux (2) ; celle 
des palafittes, simplement polie sur le tranchant (3); celle d'Italie, 
avec sa large rainure (/i), ne sont certainement pas issues des 
mêmes principes. 

Mais ces unités, ces tribus, qui nous dira jamais leur nom, 
leur parenté entre elles, la voie qu'elles ont suivie, les pays où 
elles se sont principalement tixées, leur lieu précis d'origine ? 
C'est à peine si nous pouvons deviner leur existence ! 

En se généralisant, le problème devient plus insoluble encore. 
Est-ce d'un même centre qu'a rayonné ce progrès pour se répan- 
dre dans le monde entier ? La hache caraïbe a-t-elle quelque 
parenté, même très éloignée, avec celles du Danemark, de 
rÉgy[)te et de la Polynésie (5) ? Certainement non. Force nous est 
donc d'admettre la pluralité des foyers néolithiques. 

Inutile, pour le moment, de chercher à percer ce mystère ; nos 
observations sont encore insuffisantes ; car, si nous constatons 
l'existence du néolithique sur presque tous les points du globe, 
nous sommes encore loin d'avoir étudié l'évolution de la pierre 
polie dans chaque région; et c'est seulement de ces monographies 
qu'il sera possible, un jour, de déduire les lois d'ensemble. 

Toutefois, pour quelques rares contrées, mieux explorées que 
d'autres, il est permis d'établir, dès maintenant, des subdivisions 
dans la culture locale néolithique. 

Dans les pays Scandinaves (6), on constate : 1° l'existence d'une 

(1) Cf. G. et A. DE MonTU.LET, le Musée triiments des divers Étals européens. (Cf. 

preVîisfor/que, 1881, n" 446 (Vendée); 422 (Seine- Hermann, Die Sleinartefakte der Australie!' 

et-Oise); 428 {id.)\ 460 (Morbihan). und Tasmanier, in Zeilsch. f Ethnoloy., Berlin, 

(2) /d., n° 454 (Danemark). 1908, p. 40tk forme éolitliique (fig. 1, p. 410), 

(3) Id., n" 451 (lac de Bienne); 430 (Alpes- f. paléolithique (f. 4, p. 417), f. solutréenne 
Maritimes). (f. 3, p. 415, fig. 5, p. 417), f. magdalénienne 

(4) Musée Kircher à Rome. (f. 7, p. 419), etc. 

(5) En Australie et en Tasmanie, l'indusliie (6) Cf. Montelius-Reinach, Temps préhislo- 
néolilhique récente offre tous les types d'ins- 



L'IlOMMl-: A LKTAT iNK OLlTlllOUE 1/|9 

industrie dans laquelle la liache est entièrement polie, ou polie 
seulement sur son tranchant; 2° l'apparition de la hache percée 
ou hache-marteau (1), dénotant une habileté consommée dans le 
travail de la pierre ; 3° l'établissement d'une phase de transition, 
répondant à l'apparition du métal (énéolithique). 

En Espagne (2), on distingue trois époques : i° une industrie 
locale, d'aspect archaïque, avec quelques objets polis, importés, 
répondant à l'épocjue des kjo'kkenmœddings portugais, mais pas 
à celle de la civilisation analogue en Scandinavie; 2" le plein déve- 
loppement dans le travail de la pierre polie et dans la poterie 
ornée ; cette industrie rappelant beaucoup celle des deux pre- 
mières villes d'Hissarlik; 3" l'apogée dans la taille du silex et le 
commencement des métaux. 

En Suisse (3), l'industrie lacustre comprend trois périodes suc- 
cessives : 1'' Celle des haches, petites, à peine polies et fabriquées 
en roches indigènes (!i) ; les os sont alors travaillés d'une façon 
rudimentaire et la poterie, grossière, n'est pas ornée ; 2" Celle 
des haches plus grandes, simples ou perforées, de matière (5) 
souvent étrangère à la Suisse; la poterie moins grossière est très 
simplement ornée ; 3" Les haches-marteaux perforées abondent, 
le travail de la pierre, de l'os, de la corne est à son apogée ; on 
ne voit plus de roches étrangères. La poterie s'orne de plus en 
plus; le métal fait son apparition. 

En Italie (6), où l'on ne rencontre jamais de haches polies en 
silex, où toutes sont façonnées dans des roches dures, il semble 
que deux courants néolithiques se soient réunis : l'un venant du 
Jura et de la Suisse, traversant les Alpes, serait descendu dans 
les vallées du Pô et du Tessin, sans dépasser le Pô ; l'autre, arri- 
vant du bassin du Danube par l'Istrie, l'Emilie et la Vénétie, se 
serait avancé, en longeant les côtes adriatiques, jusque dans 
l'Apulie (7). 

En France (8), il semble que nous devons adopter trois divi- 



riquex en Suède, 1895. — Sophus Muller, S;/n/. (7) Les Cyclades étaient très peu habitées 

préhist. du Dimemark. à l'époque néolithique. (R. Dussaud, Fouilles 

(1) Cf. G. et A. DE MoRTiLLET, Musre récentes dans l(;s Cyclades et en Crèle, ds 
préhisl , 1881, n»' 512, 513, 519. Bull, el Mèm. Soc. nnlhrop., l" mars 190i;, 

(2) Cf. H. et L. SiRET, Prem. Ages du mêlai p. 110.) 

dans le sud-est de l'Espagne. Anvers, 1887. (8) J. Déchelette {Man. Arcli. prcliisl., \90S, 

(3) Gosse. p. 33i) établit quatre divisions en se basant 

(4) Serpentine, diorite, saussurite, etc.. principalement sur le mode de sépulture. 

(5) Néphrite, chloromélanite, jadéite, etc.. I. Fosses(.'), haches taillées et polies triangu- 

(6) Pigorini. Cf. Musée Kircher à Rome. laires. — II. Dolmens simples, haches plutôt 



150 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



sions : l" une industrie très voisine du campignien; mais possé- 
dant la hache polie et la tête de flèche (1) caractéristique du 
néolithique ; 2" celle de la hache-marteau (2), correspondant à 
l'introduction des roches étrangères et h l'apogée dans la taille 
du silex; 3° l'apparition du métal concurremment avec l'indus- 
trie précédente. La poterie s'améliorant au cours de ces trois 
phases. 

En Egypte, je n'ai reconnu que deux industries : celle de la 
pierre polie pure (3), où le silex indigène fait seul tous les frais 
de l'outillage, et la période énéolithique (û), dans laquelle le tra- 
vail du silex atteint son apogée (5). Alors se trouvent en même 
temps l'usage des roches dures et celui du métal ; et la poterie 
décorée de peintures parvient à sa plus grande perfection (6). 

En Elam (7), on rencontre également deux phases, celle de la 
hache polie du type européen, quoique plus plate, et l'industrie 
énéolitiiique (8) avec son admirable céramique peinte, ses ins- 
truments variés, ses haches-marteaux, ses pointes du type solu- 
tréen et ses armes métalliques. La peinture céramique commence 
dès lors à décroître et, comme en Egypte, ne disparaît que dans 
les temj)S historiques. Toutefois, en ce qui concerne l'Elam, je ne 
saurais affirmer que la première culture ne soit pas déjà en pos- 
session du cuivre (9). 

Là se bornent, à peu de chose près, nos connaissances sur la 



rectangulaires que triangulaires. — III. Allées 
couvertes, haches épaisses. — IV. Coffres tle 
pierre, haches-marteau.-ç perforées. 

(l)Cf. G. et A. DK MoRTiLi.ET, Mus. prvhisl., 
1881, pi. XLIII, n" 368, 370, 375, 377, 383; 
])1. XLIV, n'"' 386, 390, 302, 318, 399, types. 

(-2) Id., pi. LIV, n°s514à 517, types. 

(3) Dimeh, 'Orn el' Atl, Koni-Achem. 

(4) Toukh, Khattara, El Amrah, Zawaidah, 
Gebelein, Négadah, Kawamil, Abydos, etc.. 

(5) A l'époque néolithique, la Syrie avait déjà 
très largement subi l'influence égyptienne. 
Pour s'en convaincre, il suffît de jeter les yeu.x 
■sur les planches de l'ouvrage de Zumoffen (la 
Phénicie aranl les Phéniciens. Beyrouth, 1900). 
Je signalerai entre autres, pi. IX, figs. 3, 4, 
10 et 11, représentant des types égyptiens 
purs. (Les fig. 7, 8 el 10 montrent la survi- 
vance de l'industrie caplienne ) Il en est de 
même pour pi. XI, figs. 1, i el 3 et pi. XII. 
fig. 8. Ces objets proviennent de Ras el Kell>. 

(6) J. MoRG.\>, Bech. Orig. Egypte, 2 vol., 
1896-1897. — G. ScHWEiNFURTii. Rech. sur 
l'âge delà pierre dans la Haute-Egypte. .A;;;;. 
Seri'. Aniiq. Egypte. VI, pp. 9-64. — II. W. 
SETTON-K-\rtR, Discov. of a neolith. settlement 
in the \V. désert N. of the Fayoum. Ann. Serv. 
Antiq. Egypte, VI, pp. 185 7. — Id., Flint im- 



plenients of the Fayum, Egypt., Rep. U. ^. 
Nal. Mus., 1904, pp. 747-751, pi. .XII. — L. W. 
KiNG et II. R. Hall, Egypt and Western Asia 
in Ihellght of récent discoueries. Londres, 1907, 
ch. I, p. 1 sq. 

(7) Délégation scientifique en Perse, Reclierches 
archéologiques, t. I, VII, VIII. Mémoire de 
J. E. Gautier et G. Lampre sur les fouilles à 
Tépeh Moussian. 

(8) C'est en 1908 que nous avons atteint à 
Suse les niveaux les plus anciens. La pre- 
mière ville (énéolithique) repose directement 
sur les collines naturelles, elle est recouverte 
par 25 mètres de débris des époques posté- 
rieures. 

(9) Localités néolithiques et énéolithiques 
du versant occidental des montagnes per- 
sanes. Hâroun;ibàd (près Mahi Dècht), Zohab, 
ser-ipoul, Djeba'i ben Rouan, Tèpèh Goulàm 
plaine de Moussian (Poucht è Kouh), Tèpèh 
Gourghi (Balityaris) — Quel<|ues rares indi- 
cations seulement permettent de conjecturer 
que le plateau iranien connut également, dans 
quelques districts, l'état néolithique. [Polissoir 
de Khalil-Dehlil (Kurdistan de Moukri). — Cf. 
J. DE MonGA>, Miss. Se. en Perse, t. IV, 1896. 
Rech. Arch., p. 7, fig. 9.] Mais s'il fut habité 
par des peuplades appartenant à celte civili- 



L'HOMME A LKTAT Nr;OI.ITII [QL'H loi 

division des industries néolithiques (1). Les pays étudiés sont 
peu nombreux; mais ce qu'ils nous enseignent montre que, la 
plupart du temps, le développement s'est fait spécialement dans 
chaque région. Les différences ducs aux divers milieux s'augmen- 
tant parfois d'influences étrangères. 

En ce qui concerne l'occident de l'Europe, aucun phénomène 
géologique ne semble avoir provoqué, sui- place, la révolution 
qui s'opère dans la vie de l'homme, lors de l'arrivée du néoli- 
thique. Le climat, s'étant réchaufTé, devient le même ({ue celui de 
nos jours; peut-être est-il quelque peu plus humide et plus froid; 
mais nous ne pouvons attribuer les changements d'industries à 
des causes climatériques locales. 

De vastes forêts couvrent alors toute l'étendue de nos pays, 
plateaux entrecoupés de vallées marécageuses où se forme la 
tourbe. Ces dépôts déjà commencés, lors du campignien et des 
kjœkkenmœddings danois, se poursuivent dans les temps qui 
suivent. Les sommets, les plaines, les marais comblés oiïrent de 
vastes prairies où abonde le gibier (2), le cerf, le sanglier, le 
chevreuil et tous les animaux sauvages de nos temps. Le chien 
est, déjà peut-être, le compagnon de chasse de l'homme ; tandis 
que l'ours et le loup sont ses seuls ennemis naturels. 

Construisant des habitations, il délaisse la plupart des cavernes, 
les réservant pour y soustraire ses morts aux atteintes des car- 
nassiers. Quant aux troglodytes d'antan, que sont-ils devenus ? 
Ont-ils émigré, ont-ils été exterminés ou, se fondant avec l'en- 
vahisseur, ont-ils, abandonnant leurs anciennes coutumes, adopté 
la nouvelle vie? Nous ne savons. 

Nous connaissons assez bien l'industrie et la civilisation des 
peuplades de la fin de l'archéolithique et du mésolithique; mais 
ces peuplades elles-mêmes restent mystérieuses, quant à leur 
importance, à leur répartition géographique. Savons-nous s'il 
n'existait pas d'autres populations que celles des chasseurs de 

salion, ce n'était que sur des points isolés Melea vulyaris, Miislclla foina, M. martes, M. 

«t très peu noinlireux. puloriux, M. enninea. Luira vuhjaris, Canis 

(1) En Belgique, M. Rutot flivise le méso- lupux, C. vuljies, Felis calas, Erinaceas euro- 
lilhique et le néolithique en cinq phases : pxus, Caslor fiber, Sciurus europasus, Mus si/l- 
i° Tardenoisien ; 2° Flénusien ; ri» Campignien : ralicus, Lepus limidus. Sus scrofa. Sus puluslris, 
4° Robenhausien et 5° Omalien. Cf. Rutot, Cerrus aires, C. elaphas, C. capreolus, Cnpra 
Esquisse d'une classiftcalion de l'époque néoli- ibex, C. hircus, Anlilope rupicapra, Bos primi- 
Ihique en France el en Dehjique, 1907. genius, li. bison. Taurus primiyenius, T. brachij- 

(2) Voici (fl après Rulimeyer) les principau.x ceros, T. /'ron/o.s-».'!, dont quelques espèces, peul- 
animau.x sauvages f|ui peuplaient la Suisse à être domesli(]Uées, étaient d'origine élran— 
l'époque des cités lacustres : Ursus arclos, gère. 



152 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

rennes et de chevaux, des mangeurs de coquillages et des cons- 
tructeurs de huttes ? Nous entrevoyons certainement des mélan- 
ges lors de l'arrivée des tribus néolithiques; mais la complication 
n'était-elle pas bien plus grande encore que nous ne le pensons ? 

Que s'était-il passé en Sibérie, depuis l'époque glaciaire ? Les 
habitants (1), chassés par le froid toujours croissant, avaient 
quitté leur pays, envahi les montagnes et les steppes laissés 
libres, au sud et à l'ouest, par la disparition des glaciers et des 
lacs ; ils s'y étaient installés provisoirement, pour continuer ensuite 
leur mouvement vers des pays meilleurs. Peut-être devons-nous 
rechercher dans cette gigantesque migration l'origine de l'arrivée 
des néolithiques en Europe (2), celle des constructeurs de cités 
lacustres, de monuments mégalithiques, celle des hommes qui 
confièrent leurs morts aux grottes sépulcrales naturelles ou arti- 
ficielles, dont les idées religieuses ont, dans nos régions, présidé 
à tant de coutumes nouvelles. 

Partout où elle rencontrait des lacs (3), la population bâtissait 
des villages (/j), se mettant ainsi à l'abri de ses ennemis. On en fit 
autant sur beaucoup de marais et de rivières; mais alors que les 
lacs nous en ont conservé les vestiges, les cours d'eau les ont 
emportés (5) et les marais, en se comblant, les ont recouverts 
d'épaisses couches de vase ou de tourbe. Là où ne se rencontraient 
pas ces moyens naturels de défense, le Néolithique construisit des 
villages de huttes, tout comme jadis le Campignien, et les abords 
en furent quelquefois défendus par des enceintes. 

Cette coutume de bâtir sur pilotis n'a rien qui doive sur- 
prendre; elle est rationnelle et, de nos jours encore, usitée dans 
bien des pays (6). Mais il est à remarquer que, dans nos contrées, 

(1) L'origine commune des peuples de la base d'un tumulus des poteries décorées 
l'Europe, de l'Iran et des Indes, prouvée par qu'il pense être néolithiques, puis au-dessus 
la linguistique, oblige à placer le pays d'ori- les vestiges d'une civilisation plus avancée 
gine de cette famille dans une région d'où les comprenant des instruments métalliques (Cf. 
migrations pouvaient s'effectuer. C'est donc la Géographie, t. X, t90i, p. l'2-2.) 

sur des considérations géographiques qu'il (3) Les palafitles abondent dans les lacs de 
faut nécessairement baser la recherche du la Suisse, du Jura, de la Savoie, de la Haute- 
berceau de ces peuples. Or, seule la Sibérie Italie, de la Hongrie, etc. 
centrale et occidentale résoud toutes les diffi- (4) Crannoges d'Irlande. Cf. Cu. Lyell, 
cultes du problème. On verra plus loin que Anliq. of Man, i' éd., 1873, p. 31. — W M. 
bien des considérations tirées de la linguis- W\ue, Archœoloijia, t. XXXVIII, 1859, p. 8. — 
tique, de l'archéologie et de la tradition Mudge, Archœoloyia, t. XXVI. 
viennent appuyer cette opinion. (5) Bordeaux (?) (C.^rtailhac, la France 

(2) L'étal néolithique semble être fort peu préhisl , 1896, p. 136). 

représenté en Sibérie. (Cf. A. Heikel, An?/»/. (6) Amériquedu Sud, Polynésie, Malaisie, etc. 

de la Sibérie occidentale. Helsingfors, 18.14.) L'usage de construire les habitations en les 

,. Mais ces pays sont encore mal connus. Près surélevant sur des pieux pour les tenir à 

d'Askabad. R. Punipelly a découvert (1902) à l'abri de l'humidité répond à des nécessités 



L'HOMME A L'ÉTAT iNÉOLITIIlQUE 



153 



elle est absolument spéciale aux états de la pierre polie et du bronze. 

L'apparition des dolmens (1) semble coïncider avec la seconde 
phase néolithique dans la Suisse et la France ; car les plus anciens 
de ces monuments, dont les mobiliers datent de l'âge de la pierre, 
renferment des instruments en roches dures importées. Quant aux 
autres, ils sont énéolithiques, le fait est certain. 

L'extension géographique (2) des dolmens est immense; on 




Distribution géograpliique des dolmens. 

les rencontre depuis le sud de la Scandinavie jusqu'en Algérie, et 
depuis le Portugal, jusqu'aux Indes (3) et au Japon (/j). 



et ne peut être consifléré comme une survi- 
vance des palafiltes.On le rencontre en Malai- 
sie, en Polynésie, aux Indes méridionales, 
au Mazandéran, au Ghilan, en Mingrélie, au 
Laristan, etc.. voire même en Suisse où tous 
les magasins des produits de la culture sont 
surélevés. 

(1) En 1901, A. de Mortillet (Rev. Ec. Anlhrop., 
t. XI) signale pour la France seulement 
4.226 dolmens relevés et 6.192 menhirs. La dis- 
tribution maxima des dolmens suit une ligne 
droite tracée du déparlement des Bouches-du- 
Rhône jusqu'à la pointe de la Bretagne, tandis 
que les menhirs semblent être plutôt concen- 
trés dans l'Armorique. 

(2) Les principaux pays où se rencontrent 
des dolmens sont : aux Indes, l'Assam (pays 
des Khasias\ Serapoor (Dekani, Neilgherries 
(Malabar), les pays du nord indien.' — En 
Perse, les montagnes bordières du nord, 
Tâlyche, Ghilan, Mazandéran — au Cau- 
case, le Kouban, lAfkhasie. —En Syrie, la 
Palestine. — En Russie, la Crimée, les envi- 



rons d'Odessa. — En Allemagne, dans le 
Hanovre, entre l'Oder et l'Elbe. — En Hollande 
et dans la Belgique, où ils sont très rares. — 
Dans le Holstein, le Schleswig; dans toutes 
les lies danoises et la presqu'île du Juthland. 
— En Scandinavie méridionale, jusqu'en Ves- 
lergolhland. — Dans toutes les îles Britan- 
niques; dans tout l'ouest de la France, quel- 
ques-uns dans les Alpes; sur les côtes de 
Toscane; en Corse; en Espagne et Portugal 
sur le versant océanien, dans les Algarves, 
en Andalousie; en Afri(iue où ils abondent 
depuis le Maroc jusqu'à la Tunisie. (Cf. Car- 
TAiLiiAC, la France préliislorique, 'i' éditilSdii, 
p. 179 sq.; 

(3) Les Khasias, peujjle habitant dans le 
coude méridional du Brahmapoutre, élèvent 
de nos jours des monuments mégalithiques. 
Les Va/.imbasdeMadagascaren construisaient 
encore il y a quelques siècles, et les Hovas 
en bâtissent aujourd'hui [CA. GRAyDwiKi\, lieu, 
elhnoijr.. 1886). 

(4) Les dolmens jai)onais sont de date rela- 



Voli 



LES PREMIÈRES CIMLISATIONS 



Tous ceux, et ils sont nombreux, que j'ai fouillés en Perse (1), 
sur les confins de la mer Caspienne, dataient, au plus tôt, du pre- 
mier état du bronze dans ces pays ; il s'ensuit que si l'usage de 
construire de semblables édifices était venu d'Asie orientale par 
ce chemin jusqu'en Europe, cette migration eût forcément intro- 
duit en même temps l'usage des métaux, ce qui n'eut pas lieu. 

L'hypothèse d'une migration de l'Europe vers le levant est 
également inacceptable; car elle supposerait que le premier état 
du bronze dans les pays caspiens s'est trouvé postérieur au même 
état dans l'Armorique, et ce ne peut être, la civilisation asiatique 
remontant à des âges bien plus reculés que celle de l'Europe 
occidentale (2). 

Reste cà supposer que l'idée de construire ces vastes sépultures 
est née dans plusieurs pays; et que, partie de divers centres (3), 
elle a rayonné parmi les populations possédant les mêmes con- 
victions sur la vie future (4). Les croyances seules, et non les 
usages qui en découlent, auraient, dans ce cas, fait l'objet d'une 
o-rande migration, dans l'ancien monde (5). Cette solution semble 
être la plus acceptable. 

L'Amérique (6), qui, certainement h partir du néolithique, et 
peut-être avant, se développa sur elle-même, presque sans con- 
tact avec le reste du globe, parvint aux mêmes idées; témoin 



tivemenl très récente. M. Gowland pense que 
!es plus anciens remontent au deuxième ou 
au troisième siècle avant notre ère seulement, 
et les plus récents au huitième siècle ap. J.-C. 
L'usage de leur construction serait parvenu au 
Japon par le sud de l'Asie. Cf. W. Gowland, 
The dolmens of Japan and their builders, in 
Tians. and Proc. of Ihe Japan Soc, London, 
1897-98, IV, pp. 128-183. 

(1) Cf. J. DE Morgan, Mi.'ision scienlifique en 
Perse, t. IV, 1" partie, Recherches archéolo- 
giques, p. 13 sq.— H. DE Morgan, in Mémoires 
de la Déléijallon scientifique en Perse, t. VIII, 
1905, p. 251 sq. 

(2) Il existe des dolmens jusqu'à l'extrémité 
orientale de l'Asie. Cf. Marcel Monnier, ds la 
Gconraphie, t. I, 1900, p. 43, figure représen- 
tant un dolmen à Kang-ouen-To (Corée). 

(3) Docteur Capitan et U. Du.mas, les Cons- 
tructions autour des Dolmens, ds. Comptes 
rendus Acad. inscr. et belles - lettres , 1907, 
p. 425 sq. 

(4) Le mode de sépulture en usage chez les 
Touaregs montre une survivance des usages 
répandus dans l'Europe, l'Asie antérieure et 
les pays méditerranéens dès les temps préhis- 
toriques. (Cf. Exploration de M. R. Chudeau 
dans le Sahara, ds la Géographie, IddC), l. XIII, 
p. 304 sq., fîg. 84 à 90.) 



(5) G. de Morlillet, le premier, a pensé que 
les dolmens n'étaient pas l'œuvre d'un seul 
peuple, mais d'une même idée. 

(6) Le continent américain a vu, tout comme 
les ])ays classiques, de grands mouvements 
de peuples. Malheureusement, nous n'en pou- 
vons suivre les traces que d'une manière liieii 
vague et sans qu'il soit possible d établir la 
moindre hypothèse sur la chronologie de ces 
événements. Sans remonter jusqu'à l'état 
paléolithique, nous constatons l'existence 
de centres divers de civilisation. Aux Etats- 
Unis, l'homme est nomade, chasseur, pêcheur. 
Au Mexique, dans l'Amérique centrale, l'Ari- 
zona et le Nouveau-Mexique, il est séden- 
taire, agriculteur, constructeur de monu- 
ments remarquables par leurs dimensions 
et par les sentiments artistiques qu'ils déno- 
tent de la part de leurs auteurs. Au Nicara- 
gua, au Yucatan, à Costa Rica, se rencontrent 
des traces dune civilisation toute différente 
de celle du Mexique. Le Pérou, la Colombie 
sont le centre d'une évolution spéciale, dont 
l'influence s'étend jusque dans l'Orénoque, 
1 Amazone, la Plala et le sud de laPatagonie. 
Quanta l'origine de ces peuples, elle estencore 
mystérieuse, cartoutesles suppositions émises 
jusqu'ici à son sujet ne reposent sur aucune 
base scientifique. 



LTIOMME A L'ÉTAT NKOLITIIIOUE 



155 



les chulpas et les sépultures du Pérou et de la lîolivie. Les 
croyances primitives se compliquant, furent, il est vrai, chez elle 
l'origine du Panthéon très spécial que trouvèrent les Européens 
-en abordant ce continent, forme apparente d'un ensemble de pen- 
sées très différent de celui (|ai naquit dans nos cerveaux ; 




mais cette évolution personnelle n'excluait pas la communauté de 
■certaines idées chez deux races. 

Quant aux sépultures des Géants dans la Sardaigne, monuments 
<jui, comme les dolmens, appartiennent à l'état néolithique, on a 
cherché à expliquer leur origine par une migration. L'aire spé- 
ciale qu'ils occupent ne serait-elle pas, au contraire, la preuve d'un 
<léveloppement sur place des pratiques dues au culte des morts ? 



156 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Pour les Niiraghi (1), leurs contemporains, on n'y doit voir que 
des habitations fortifiées, de même nature que les tours du Sinaï, 
destinées à répondre à des besoins du moment ; tout comme les 
enceintes de nos pays, et les Qala de la Perse septentrionale. 

Quoi qu'il en soit, l'état néolithique en Europe montre la 
trace d'au moins deux grands mouvements de peuples, d'indus- 
tries ou d'idées. Le premier correspondant à l'introduction de 
l'usage de la pierre polie, le second à celui des croyances qui 
présidèrent à la construction des dolmens. 

Mais ces mouvements, affectant tout le vieux monde, ne sont 
pas les seuls ; chaque progrès a certainement eu son foyer d'in- 
vention et ses migrations. L'art de percer la pierre, par exemple, 
pour en faire des haches-marteaux, est peut-être né en Suisse; 
pays où ce tvpe est extrêmement abondant, pour de là se répandre 
dans les pays voisins. La Chaldée et l'Amérique le connurent aussi, 
sans cependant qu'il soit possible de lui attribuer, dans ces pays, 
une origine helvétique ; on est donc conduit à supposer la plu- 
ralité des centres, même pour les moindres détails. 

Les indications sommaires que fournit l'archéologie sur ces 
migrations se trouvent être corroborées, bien que d'une manière 
plus vague encore, par l'anthropologie qui ne saisit qu'une seule 
transformation. Cette science montre, en effet, la race pré-néoli- 
thique dolichocéphale pénétrée par une race brachycéphale, lors 
de l'apparition de la pierre polie. 

Nous ne possédons qu'un nombre bien restreint de documents 
sur la nature physique de l'homme pléistocène. Quoiqu'il en soit, 
les spécialistes ont établi des races, s'appuyant sur la confor- 
mation des rares ossements parvenus jusqu'à nous; et les déduc- 
tions qu'ils tirent de leurs études concordent, dans les grandes 
lignes, avec celles que fournit l'archéologie. 

Trois races également dolichocéphales {'1) sont, jusqu'à ce 

(1) Le Nouragiie jouait par rapport au vil- Fouille et In terre ilOtranle en Italie. — 

lage le riMe que remplissait le donjon dans les (Fr. Lenormant, Notes archéol. sur la terre 

châteaux du moven âge : cïtait le refuge. d'Otrante, in Gazelle Archéol., VII' année, 

Autour se trouvaient les habitations, légère- p. 32 sq.i. Au sujet de la répailition géogra- 

menl construites, les ateliers des fondeurs et iihique des nonragues. Cf. Baix et Gouin, 

autres industriels, les étables pour le bélail. Essai sur les Xunujhes et les bronzes de Sar- 

Non loin était la nécropole avec ses tombes dai<jne, p. 189 sq. Rien ne prouve que les 

des géants. (Cf. La Makmoba, Voyaije en Sar- premiers nour.-igues n'ont pas été construits 

daujne. — Perrot et Chipiez, Hisî. de l'Art, par des hommes ignorant l'usage des métau.x. 

t. IV, p. 44.1 Des monuments analogues aux (2) Cf. Déchelette, Man. Arch. préhisl., 

nouragues se trouvent dans les Iles Baléares. 1908. p. 482. 
(Cf. La Marmora, Atlas, pi. XL), dans la 



LHOMMK A L'KTAT NKOLITIIIOUE 



157 



jour, signalées dans la Gaule pléistocène : celle de Néanderthal- 
Spy, qui pour certains savants appartiendrait à l'état paléolithique 
dans nos pays ; mais sur la haute antiquité de laquelle il subsiste 
bien des doutes ; celle de la Dordogne, rencontrée dans les ca- 
vernes magdaléniennes (1) et celle, au type négroïde, des grottes 
de Grimaldi. 

On remarquera que les témoignages étant très peu nombreux, 
appartenant à des peuplades ayant vécu dans des temps divers et 
sur des points fort éloignés les uns des autres, il est bien difficile 
de dire si ces populations ont vécu côte à côte pendant de longs 
espaces de temps, ou si celle qui possédait la civilisation la plus 
avancée n'est pas venue s'implanter dans les pays déjà occupés 
par l'autre. Cette seconde hypothèse impliquerait une migration 
extrêmement ancienne, contemporaine de l'usage du silex mous- 
térien ; la première au contraire, supposerait un dualisme de races 
dès l'état paléolithique, et par conséquent un mélange plus ancien 
encore. 

Toutefois il demeure un fait acquis : c'est que tout ce que nous 
connaissons des hommes pléistocènes de l'Europe centrale et 



(1) Tout dernièrement, MM. Bouj-ssonie et 
Bardon (Cf. Comptes rendus de VAcadémie 
des Sc'ences, 7 drc. 1908), ont découvert, dans 
une caverne du département de la Corrèze, 
près de La Chapelle - aux- Saints, dans des 
couches non remaniées caractérisées par l'in- 
dustrie du moiistérien inférieur, les restes 
d'un vieillard jadis enseveli sous un foyer. Le 
squelette, qui appartient aujourd'hui au Mu- 
séum d'Histoire naturelle de Paris, est en fort 
mauvais état; mais la tète, très bien conser- 
vée, est encore munie de son maxillaire infé- 
rieur. Ce crâne présente les caractères néan- 
derthalo'ïdes plus marqués encore que ceux 
de celui qui, jusqu'ici, était pris pour type. Il 
se fait remarquer: par l'aplatissement exces- 
sif de la voûte crânienne, par l'exagération 
des saillies sus-orbitaires, la largeur des or- 
bites, l'élargissement extrême de la base du 
nez, l'enfoncement énorme de sa racine, par 
un certain degré de prognathisme, par l'apla- 
tissement des condyles occipitaux (caractère 
indiquant la très minime amplitude des mou- 
vements de flexion et de rotation de la tète). 
Enfin par l'absence presque complète des 
fausses canines, disposition rapprochant cet 
être des anthropo'i'des. Ce crâne, le plus an- 
cien connu jusqu'à ce jour, sur l'âge ducpiel 
aucun doute ne peut être élevé, est d'aspect 
négroïde et dénote un être de beaucoup infé- 
rieur aux plus inférieurs des hommes vivant 
de nos jours (certaines tribus australiennes). 
— L'importance de celte découverte est consi- 
dérable ; car elle apporte un argument très 
sérieux en faveur du transformisme dans l'es- 
pèce humaine; mais ne fournit pas encore le 



passage entre l'homme et l'anthropoïde. Elle 
prouve seulement qu'il existait en France, 
aux temps paléolithiques, des êtres très infé- 
rieurs à l'Européen d'aujourd'hui, tout comme 
il en vit encore dans certains districts de 
l'Australie et de l'Africiue; que cet homme a 
disparu devant des races |dus développées, 
que dès le pléistocène avait débuté cette sélec- 
tion naturelle qui s'opère encore de nos jours, 
par extinction des groupes inférieurs. L'aspect 
négroïde de ce crâne yient à lappui de ce 
que nous savions déjà ; c'est-à-dire que les 
couches humaines les plus anciennes dans les 
pays méditerranéens appartenaient au groupe 
négrito. (J. M.) 

M. Boule (Acad. des Se, séance du li déc. 
1908) tire les conclusions suivantes de ses 
observations sur ce crâne : 

« Le type humain, dit de Néanderthal, doit 
être considéré comme un type normal carac- 
téristique, pour une certaine partie de l'Eu- 
rope, du Pléistocène moyen et non, comme on 
le dit parfois, du Pléistocène inférieur. Ce 
type humain fossile diffère des tyjjcs actuels 
et se place au-dessous d'eux, car, dans aucune 
race actuelle, on ne trouve réunis les carac- 
tères d'infériorité (|ue l'on observe sur la tète 
osseuse de la Chapelle-aux-Saints. » 

« Il représente un type inférieur se rappro- 
chant beaucoup plus des singes anthropoïdes 
qu'aucun autre groupe humain Morphologi- 
quement il parait se placer entre le Pithécan- 
thrope de Java et les races actuelles les plus 
inférieures, ce qui n'implique pas, ajoute 
M. Boule, l'existence de liens génétiques di- 
rects. » 



458 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

occidentale, nous les montre comme dolichocéphales ; et que les 
brachycéphales n'apparaissent jusqu'ici qu'avec la pierre polie. 
Ce fait tendrait à prouver l'invasion, et la démontrerait, si des 
observations plus nombreuses venaient à concorder. Mais jusque- 
là, nous sommes en droit de penser que, dans les pays où il n a- 
pas encore été rencontré d'ossements humains pléistocènes,. 
vivaient peut-être, dès cette époque, des tribus de brachycéphales- 
La découverte de vestiges de cette dernière race réduirait dès lors 
à néant toutes les déductions qui suivent, toutes celles sur 
lesquelles s'appuie la science d'aujourd'hui. 

Acceptons cependant, que la dolichocéphalie soit la caracté- 
ristique des races pléistocènes de l'Europe occidentale; nous 
voyons les brachycéphales pénétrer par places, influencer seule- 
ment en d'autres, lors de la diffusion de l'industrie néolithique. 

En France, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, les deux, 
formes se trouvent mélangées dans les sépultures de la pierre 
polie et montrent, par là, que le vieux fond ne disparut pas de 
suite. Il en de même, mais dans de moindres proportions, en 
Espagne, en Portugal, en Suède, où les dolichocéphales dominent; 
tandis que dans les îles Britannicjues et en Russie ils sont seuls, 
Ce fait montrerait que ces derniers pays ont été simplement 
envahis par influence, mais non pénétrés par les nouvelles 
couches humaines. 

Ces hypothèses correspondent à ce que montre l'archéologie; 
nous les devons donc accepter, pour l'instant, comme étant celle& 
qui satisfont le mieux l'esprit. Mais ce n'est pas sans réserves que 
nous pouvons les admeltre ; car elles ne reposent que sur des bases 
fragiles, car la généralisation des faits observés peut ne pas être 
justifiée. 

On a voulu faire des envahisseurs néolithiques(l) des aryens (2)^ 
c'est-à-dire des peuples de langue aryenne, pour expliquer l'ori- 
gine de notre parler européen (3). Cette supposition est entière- 

(1) Cf. Otto Scurader, Sprnrhveryleirhang l'un excluant les branches iranienne, arnié- 

und Un/eschichte, 2' éd., 1890 nienne, hellène, latine; l'autre néglifieant les 

{%j Le terme « aryen » em])loyé pour dési- Iraniens et les Arméniens. Tous ces termes 

gner les groupes linguistiques apparentés étant impropres par suite de leur défaut de 

aux langues européennes indiennes et ira- généralisation, je conserverai le plus courant 

niennes est fautif parce qu'il géuéralise une " aryen » en étendant, dans mon esprit, s» 

expression qui, historiquemeni, ne peut être portée à tous les groupes linguistiques étroi- 

appliquée qu'aux Iraniens ou Arias. Il en lement apparentés de l'Europe, des Indes et 

est de même pour les expressions « indo-ger- de la Perse. 

manique », « indo-européenne ■•. Ces termes Ci) Cf. V. Hehn. Knltarpflitnzen und Hnux- 

ne comprenant qu'une partie de renseml)le ; thiere in ihreiii Urbergang von Asien nack 



L'HOMME A i;état nkolithique 159 

ment gratuite, car rien n'y autorise. Et, d'ailleurs, pourquoi choisir 
la migration de la pierre polie plutôt que telle ou telle innovation ? 
et ne pas reporter l'aryanisation de nos pays à l'arrivée du bronze, 
du fer et de toute autre culture. Pouriiuoi supposer que sa venue 
ait produit une révolution ayant laissé des traces matérielles (1); 
pourquoi vouloir que les brachycéphales néolithiques soient uni- 
quement des Aryens ? 

11 n'y a pas que les hommes de langue aryenne qui soient bra- 
chycéphales ; les Turcs, les Mongoles, les Lapons, les Patagons, 
les Indiens centraméricains le sont également et, cependant, au 
point de vue linguistique, ils n'ont rien de commun avec nos 
peuples. De par ailleurs, tous les Aryens ne sont pas brachycé- 
phales, tant s'en faut, témoin les Européens nordiques, les Indo- 
Afghans qui sont dolichocéphales. Il se peut donc que l'Europe 
se soit aryanisée dès les temps pléistocènes, aussi bien qu'à l'au- 
rore de l'époque historique, et que l'arrivée d'une race brachycé- 
phale dans un milieu dolichocéphale (2) n'ait rien à voir avec 
celle de peuples parlant des langues à flexion dans un milieu 
d'idiomes agglutinants (3). 

La question aryenne est l'une des plus compliquées qu'il soit 
en ethnologie. L'anthropologie, ne reconnaissant aucun des 
groupes linguistiques, nie l'existence d'une race aryenne ; et je 
partage sa manière de voir en ce qui concerne VHomo sliipidus, 
l'être zoologique. Mais en ce qui regarde les progrès de la civili- 
sation, l'œuvre de VHomo sapiens c'est tout autre chose ; et ce 
sont ces progrès seuls qu'il importe à l'historien de constater [Ix). 



Griechenland und Ilalien sowie in das iibrige Ci) 3. Ta\\or (The Origin of llie Art/anx, 18' 0) 

Europa, 1870. admet dans l'Europe occidentale à l'époque 

(1) Tout d'abord, dit Broca {Bull. Soc. An- néolithique quatre types humains: les Ibères, 

?/!rop., Paris, 18(54, p. 193) répondant à dOma- les Celtes, les Scandinaves et les Ligures, 

lius d'Halloy ('cJ., p. 188), il faut distinguer Seuls les Celtes auraient été des Aryens, 

deu.v questions qui doivent être examinées (3) Cf. Hommel (Arrhiu fiir Anlltropologie, 

isolément: 1° d'où viennent les races qui peu- 1891, t. XIX, p. 260) et de Cara {Rei'ue archéoL, 

plent aujourdhui l'Europe? et 2° d'où vien- 189i, I, p. 136) qui considèrent les peuples du 

nent les langues parlées aujourd'hui en Eu- Caucase, les liétéens, les Pclasges, les Elrus- 

rope? 11 est très probable que ces deux ques, les Ligures, les Basques comme faisant 

((uestions, souvent confondues à tort, ne partie du vieux fond anaryen de la popula- 

(loivent pas donner lieu à des solutions iden- tion. 

tiques. <• Je suis de l'avis de notre vénérable (4) Les principauxouvrages à consulter sur 
collègue M. d'Omaliiis, dit Broca; en ce sens la question aryenne sont : O. Schrader, Coni- 
que, pour moi, les habitants de l'Europe sont paraison de.s langue.^ el histoire primitive, 1890. 
aujourd'hui à peu près ce qu'ils étaient au — J Taylor, The Origin of Uie Anjans, 1890. 
temps de l'immigration asiatique ; mais en ce — Renuai.l, The Cradle of Ihe Aryans, 1889. — 
qui touche les langues indo-européennes, je M. Mui.r.ER, liiogrnphies of Words and llie 
crois que l'ona raison de soutenir (lu'ellesont home of Ihe Argnmt, 1888. —Van de.n Giiev.n, 
suivi leur voie d'Orientà l'Occident. » (S. Rei- Congrè.'i xcienlif. internai, des catholiques. 
NACH, VOngine es An;ens, 189-2, p. 40.) Paris, 1888, t. II, pp. 718-760. 



160 LKS PREMIÈRES CIVILISATIONS 

On reconnaîtra probablement un jour que l'espèce humaine com- 
porte un nombre plus ou moins grand de divisions, suivant la 
nature des caractères servant de base aux diverses classifications; 
mais, qu'entre elles, ces classifications demeurent indépendantes, 
les groupements de l'une n'ayant rien de commun avec ceux d'une 
autre. La divergence d'opinion entre les anthropologistes et les 
linguistes n'existe que parce qu'on oublie que ces deux sciences 
doivent poursuivre des buts différents et non le même. 

Le groupe aryen, composé de peuples parlant des langues 
d'origine commune, plus développé que les autres, a été le grand 
ouvrier de la civilisation; et, à ce titre, il vaut qu'on le considère. 
Qu'il ne présente aucune homogénéité dans les caractères phy- 
siques de ses éléments, qu'importe ! si par ses talents il a mis à 
ses pieds le reste du monde ! 

11 tombe sous le sens que des idiomes présentant entre eux 
des caractères communs, grammaticaux et lexicologiques ont une 
commune origine; qu'ils sont apparentés, ou qu'ils ont subi des 
contacts très prolongés; et que les groupes humains parlant ces 
langues ne sont pas étrangers les uns aux autres. 11 demeurera 
toujours entre eux des traditions, des coutumes, des croyances, 
des aptitudes, des tendances les rapprochant ; tandis que forcé- 
ment ils resteront toujours éloignés des peuples dont l'esprit, et 
par suite le parler, est différent du leur. 

Sous le prétexte de se dégager de vieux errements, bien des 
savants de nos jours, et en particulier bien des anthropologistes, 
ont fait table rase de tout ce qui était enseigné autrefois, de tout 
ce qui était admis avant eux, parmi les données fournies par la lin- 
guistique et la tradition. Confiants dans une branche nouvelle de 
l'observation qui, dans leur pensée, devait bouleverser toutes les 
idées admises, dans une science dont ils ne pouvaient encore 
mesurer la puissance, ils ont tous nié; ne remplaçant d'ailleurs 
par aucune base dûment scientifique les suppositions résultant 
de siècles d'observation. 

C'était vite aller en besogne pour une Ecole si jeune; malheu- 
reusement, en examinant sans parti pris les tendances nouvelles, 
on est, à regret, forcé de reconnaître que bien des esprits se 
laissent trop facilement aller à des spéculations conscientes ou 
inconscientes n'ayant rien de scientifique. 

L'aryanisme montre une masse humaine unie par la langue, 



L'HOMME A L'ÉTAT NÉOLITHIQUE 461 

par les mauirs cl par les traditions, faisant la conquête du monde, 
imposant son génie à l'univers entier, lui donnant cette glorieuse 
civilisation des temps modernes, constituant une véritable aris- 
tocratie qui, comme toutes les castes supérieures, excite les ja- 
lousies. De nos jours, tous les peuples anaryens s'efforcent d'ac- 
quérir la mentalité Indo-Européenne, même ceux qui sont le 
plus attachés aux sentiments d'hérédité. N'est-ce pas le plus bel 
hommage (ju'on puisse rendre à notre génie ? Anéantir l'arya- 
nisme serait répartir sur toutes les races l'honneur des progrès 
actuels, serait relever les peuples inférieurs au détriment de ceux 
à qui l'humanité doit tout (1); nier les peuples supérieurs est 
nier l'histoire. 

Certainement les linguistes qui, comme Pott, Grimm, Max 
Millier, ont cherché à reconstituer le monde aryen primitif, s'étant 
laissés entraîner par la spécialité de leurs études jusqu'à pronon- 
cer le mot race, ont commis une faute ; mais cette erreur était bien 
excusable puisque, de leur temps, l'anthropologie n'existant pas, 
n'avait encore pu accaparer ce terme. Elle est réparable d'ail- 
leurs ; et O. Schrader (2) semble s'être plus rapproché de la vérité 
en parlant d'une famille de langues aryennes (3), indépendante de 
la conformation physique des hommes qui la composent (A), et 
d'une civilisation aryenne. 

Aucune des langues aryennes ne nous a livré tous ses secrets; 
parce que pour certaines, le zend (5), le perse (6), le sanskrit (7), 



1,1) J. Deniker (/e.s Hdces el les Peuples de l.-jngue commune ne devait-elle point se niodi- 
/a /e//e, 1900, p. 379) résume très nettement fier, s'altérer, se corrompre de façon difft'rente 
l'opinion des adversaires de l'aryanisme. « En dans les différentes tribus établies sur ee ter- 
somme, dit-il, la «question aryenne » n'a ritoire. » (A. HovELAcyuE, la Linguistique, 
plus aujourd'hui l'importance qu'on lui prêtait Paris, 1888, 4'éd., p. 405). 

jadis Tout ce que nous pouvons supposer (4) Cf A. Hovelacoue, lu Linguistique, 

légitimement, c'est qu'à l'époque voisine de Paris, 1888,4" éd., p. 407. 

l'âge néolithique les habitants de l'Europe (5) Le zend ou baktricn semble avoir été 

ont été aryanwe'.s au point de vue de la langue, la langue de l'Hyrcanie, de la Margiane, de 

sans changement notable dans la constitu- la Bactriane, de la Sogdiane et des pays rie 

tion de leur type physif|ue, ni probablement l'Oxus. La rédaction définitive du Zend Avcsta 

de leur civilisation. "—Autrement dit, les civi- est attribuée au deuxième siècle ap. .).-C. 

lisalions grecque, latine et finalement euro- (Cf. J. Dahmstete», le Zend Avesla. Ornuizd 

péenne moderne sont issues des anciennes el Ahriman, - Spieoei,, Entnische Alterthums 

races aussi bien que des Aryens. kunde), mais son origine e>l, dans tous les 

(5) O. Schrader, Spraclwergl. a. l'ryesch. cas, antérieure à la dynastie achéménide. 

2* édit., léua, 1890. (ti) Les plus anciens textes achéménides 

(3) « Nous ne connaîtrons jamais, selon datent du milieu du sixième siècle av. J.C. 

toute vraisemblance, les motifs qui délermi- et les plus récents des débuts du quatrième, 

nèrent les populations dont la langue était (7) Le livre le plus ancien de l'Inde, les 

l'indo-européen commun, à entreprendre leurs Védas, est attribué au troisième siècle av. 

grandes migrations; mais nous pouvons peu- J.-C. tout au plus. Mais l'écriture dite dava- 

ser, sans crainte d'erreur, qu avant leurs nu- n.îgari est beaucoup moins ancienne, de 

grations ces populations occupaient un 1er- même cpie celle dans laquelle les Védas nous 

ritoire assez vaste. En ces larges limites la sont parvenus. 

U 



162 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



nous ne possédons que des textes relativement archaïques ; tandis 
que pour les autres, nous ne connaissons que les formes modernes. 
Benfrey, de Saussure, et quelques auteurs, ne sont toutefois pas 
justifiés à s'appuyer sur cette inégalité des données, pour négli- 
ger la solution du problème aryen. Quant à l'anthropologie, ses 
tendances et les résultats encore désordonnés de ses déductions (1) 
i'écartent des sciences ayant voix dans un tel examen. La parole 
n'est, pour longtemps encore, pour toujours peut-être, qu'aux 
linguistes, aux archéologues et aux historiens. 

Le pays d'origine (2) des langues et de la civilisation aryennes 
a été l'objet de bien des controverses; les uns l'ont placé dans le 
Pamir (3) et l'Asie centrale (/i), dans le plateau iranien (5), l'Ar- 
ménie (6); d'autres dans le sud et le sud-est de la Russie (7), 
dans les Carpathes (8), dans le bassin inférieur ou moyen du 
Danube (9), en Allemagne du Nord (1 0), du Centre et de lOuest (11) ; 
voire même dans la Scandinavie (12), ou dans toute autre partie 
de l'Europe (13). 

La mentalité aryenne, telle que les langues la montrent, quand 



l'drii/iiw des Arijens. 
. — S. Reinach, l'Ori- 
18'.t-2. — Tu. PœscHE, 



(1) « En vain on apporle à l'élude de l'homme 
une science matliématique dont les paléonto- 
logistes n'ont eu nul hesoin pour faire avan- 
cer 1 histoire des animaux fossiles; en vain 
on invente chacpie année de nouveaux instru- 
ments de précision pour la mesure compara- 
tive des os du squelette; en vain on donne 
quatre-vingts chiffres pour un seul crâne, 
l'obscurité se dissipe bien lentement. « 
(E. Cartailhac. In France iiréhislorique, 189G, 

p. 3:u.) 

(2) Cf. ISAAC Tavlou. 

Trad. franc. Paris, IB'.C) 
ijine lies- Anienx. Paris, 
Die Arier. léna, 1878 

(3) Cf. Fu. Lenormant, Hist. et les Orig. de 
l'IIisl. Cette théorie néglige l'inhabiLabililé 
des plateaux du Pamir et du Tibet qui, cou- 
verts de glaces aux temps quaternaires, pos- 
sèdent encore aujoiinl'hui l'un des climat'^ les 
plus rigoureux du globe. Elle a été émise pour 
la première fois par J. G. Rhode [Die heilige 
sage des Zenduulkes) en 1820. 

(4) F. -A. Pott (Eigmologische Forschungen, 
1833. Indogermanisciier Sprachslamm.,ds En- 
njclopédie d'Enscu et Grùber, 1840) place le 
domaine primitif des Aryas dans les jiays ar- 
rosés par I O.xus et llaxarle, entre le Pamir et 
la mer Caspienne. - Ch. Lassen (/nd/.s-r/ie A/- 
lerthumskunde, t I, 1847) le met au nord de la 
Sogdiane — A. Piclet <les Origines Indo-Earo- 
fiiiennes et les Argas primitifs. Essai de paléon- 
tologie lingustique, Paris. 1850 1863), en Bac- 
Iriane. — Vircbow {Reu. scientif., 4 juillet 1874) 
dit: « Toutes les races etuopéeunes d'origine 
aryenne sont venues d Orient. » 

(5) Cf. PiCTET, les Origines européennes ou 



les Aryas primitifs. Essai de paléontologie lin- 
guistique. Taris, 1859, l I,p. 35. 

(6) Bruninhofer, Ueber den Ursilz der Indo- 
t;ermanen. Bâle, 1885. — Fr. Miii.i.ER, Geo- 
graphisches Juhrb., 187-2. 

(71 Benfrey, préface au Wœrterlnich der In- 
dogerm. Grundsprache, d'A. Fick, 1868, p. ix. — 
ScuRADER, Sprachvergleichung und Urges- 
chicble, 2' éd., 1890, p. Gii et Scuuader, Real- 
lexikon, 1901, p. 87^ s(|. - E. Von Stern, 
Die Priimgkenische Kullar in Snd Russland. 
Moscou, 1905. 

(8) llirt {Die Urheimat d. Dtdogermnnen ; 
Geogr. Zeilschr.. Leipzig, 1895, t. I, p. 649) 
considère un foyer secondaire comme le 
centre primordial. 

;9 De Michelis, l'Origine degli indo-uropei^ 
1903. 

(10) J. d'Omalius d'Hallov, Des Races hu- 
maines ou Eléments d'ethnographie, 1859. — 
R. G. LATHA.VI, Eléments of comparative Philo- 
logij, 1862. 

(il) L. Geiger, '/au- Entwicklungsgeschirhte 
der Menschheik, 1871, p. 113. 

112) Penka, Origines nriacx, 1883, Die Her- 
kunft der Arier. Wien, 1886. — Lombaro, Bull. 
Soc Anthrop., Paris, t. XII, 3" sér., 1890, 
p 472. — Pe.nka, Die Heimat der Germanen^ 
1893, in Mittheil. Anthrop. Ge^ell>chaft. Wien. 
- C.JULUAN, Hist delà Gaule, 1908.1. I, p 233^ 
et noie 3. — H. Hirt, Indogermanische Fors- 
chungen, 1892. 

(13i Cette théorie est celle des grammai- 
riens qui tiennent le i;rec pour le mieux con- 
servé des idiomes indo-européens. '— Cf. 
M. MucH, Die Heimat der Indo-Germanen.. 
Berlin, 19U4. 



LHO.MME A I/ÉTAT NÉOLITHIQUE 



103 



pour la preniicre fois nous la rencontrons (1 ■, a exigé, pour se 
développer et parvenir au degré qu'elle possédait (2), un énorme 
laps de siècles et fait remonter aux temps où les climats conti- 
nentaux n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'luii. 

L'Avesta (8) montre les Aryens fuyant devant les manœuvres 
(lu mauvais principe qui, toujours, glaçait et rendait inhabitables 
les pays qu'Ahouramazda créait pour eux. Cette vieille tradition 
est, à ne pas s'y méprendre, l'indication des causes de toute la 
migration aryenne. \'ivant dans la Sibérie centrale ou occiden- 
tale, alors que la majeure partie de l'Europe était glacée et que 
les plaines de l'Asie septentrionale leur offraient de faciles condi- 
tions d'existence, ces peuples ne commencèrent leur exode 
qu'au moment où le froid se déplaça de l'Europe pour passer en 
Sibérie. Chassés de leurs pays par les glaces toujours envahis- 
santes, toujours poursuivis par elles, lentement ils émigrèrent. 
C'est alors qu'eut lieu la dispersion (4) : une horde marchant vers 
l'Occident s'établit en Russie, au nord du lac aralo-caspien, dans 
la Scythie ; un autre flot, tournant les massifs inhospitaliers du 
Pamir, s'écoula plus tard vers les Indes septentrionales, l'Afgha- 
nistan et la Perse, pays depuis peu libre de glace et encore inha- 
bité (5). Tandis que des peuples sauvages, arrivant de pays plus 
déshérités encore que la Sibéiie, venaient occuper les districts 
abandonnés par les Aryens, 

Cette explication est celle qui satisfait le mieux l'esprit; car 
elle se justifie par toutes les observations archéologi([ues, par les 



(1) Les Sardes (Shordana: et les Thurses 
Thursana sont les seuls peuples européens 

dont les textes égyptiens fassent mention 
antérieurement au treizième siècle av. J.-C. 
(Max Mûller, Europa u. Asien, 1894). Ce sa- 
vant linguiste oublie de parier des peuples 
aryens contre lesquels Rnmsès III eut à lut- 
ter et dont l'apparition dans l'histoire est 
d'un millier d'années environ plus vieille que 
celle des tribus iraniennes sur le jdateati per- 
san ; toutefois nous ne possédons aucune trace 
des langues parlées par ces peuples très an- 
ciens. Ce n'est qu'après le di.vième siècle av. 
.I.-C. qu'apparaissent les œuvres littéraires 
montrant à quel haut degré la pensée était déjà 
parvenue chez certains peuples indo-euro- 
péens. 

(2) J. Schmidt (Die Verwundtschaft-sverhaell- 
ninse der Jndogermanischen Sprachen, 1872) 
suppose qu'aux temps préhistoriques, une 
langue primitive aryenne était parlée depuis 
l'océan .Mlanlique jusqu'à l'Indus; (lue dans 
ce milieu homogène il se forma bientôt des 
dialectes locaux qui, 1res prochemenl appa- 



rentés au début, accrurent graduellement les 
différences qui les séparaient jusqu'à former 
des langues diPTéreHles. 

(3) Les liadilions avestiques ne concerneut 
que la branche iranienne des Aryens. Mais 
dans le cas présent, peut être doit-on les ap- 
pliquer à l'ensemble de la famille qui, forcé- 
ment tout entière, quitta la Sibérie pour les 
mêmes causes. Cependant de llarlez et Bréal 
déclarent que l'Avesta ne peut fournir aucune 
indication sur la patrie primitive des Aryen.*^. 
Cf. DE Haiîlez, les Aryas et leur première 
patrie, ds Hevue de Unquislique, juillet 1880. — 
M. Bréal. Mélanges de mythologie el de tin- 
gaislique. p. 194. 

(4) Cf. A. SCHLEICHER, Keiler allgemeine 
Monalschiift. 1853 et Die Deutsche Sprache, 
i' édit.. p. 8-2, sq. 

(5 Les linguistes admettent généralement 
que, parmi les langues aryennes, le sanskrit et 
les langues iraniennes sont celles qui se sont 
le moins éloignées delà région où était parlé 
l'indo-européen commun. (Cf. A. IIovelacqle, 
In Linguistique, 4* éd., 18S8, p. 4U9.) 



IQll LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

données historiques et se base sur des faits géologiques et clinia- 
tériques incontestables. Elle répond à toutes les hypothèses, fort 
bien étudiées d'ailleurs, des partisans du centre européen de 
l'aryanisme, en réduisant les foyers occidentaux au rôle de centres 
secondaires. 

La limite supérieure de Page de ces migrations est fixée par 
la disparition des glaciers en Europe et dans l'Asie, par l'époque 
de l'ouverture des portes de Scythie, par celle du refroidissement 
de la Sibérie. Quant à sa limite inférieure, elle nous serait donnée 
par certaines racines communes à toutes les langues aryennes, 
désignant des végétaux et des animaux caractéristiques; si beau- 
coup de ces mots eux-mêmes n'avaient forcément disparu en même 
temps que les êtres qui en motivaient l'emploi, tels le mam- 
mouth. 

Un premier mouvement, d'une extrême lenteur, affecta les 
pays inhabités, jadis couverts de glaciers et d'autres qui, déjà, pos- 
sédaient une population. Certains peuples furent absorbés, d'autres 
émigrèrent, portant au loin des civilisations étrangères. Cepen- 
dant le plateau iranien, l'Arménie, la Transcaucasie et une 
partie du Taurus semblent ne pas avoir été touchés par l'inva- 
sion néolithique, si toutefois nous devons rapporter au néoli- 
thique les premières invasions aryennes. Pour la Perse, le fait 
s'explique aisément ; car ce pays, couvert en majeure partie de 
lacs salés, stérile dans ses parties asséchées, n'offrait aucune 
ressource. En ce qui regarde les pays caucasiens et arméniens, 
nous les voyons occupés dès les temps les plus anciens par des 
races apparentées à celles de l'Asie antérieure, que la grande 
muraille caucasienne défendait contre les irruptions venant du 
Nord. 

Les Aryens formèrent ainsi, dans l'Europe centrale et orientale, 
de nouveaux centres d'où plus tard, à des époques diverses et pour 
des causes qui nous échappent, ils se répandirent et formèrent 
le monde aryen moderne de l'Occident. 

Les groupements linguistiques permettent de retrouver les 
principales de ces familles, sans toutefois qu'il soit possible de 
préciser leurs habitats secondaires, dont chacun mérite une recher- 
che spéciale. La j)atrie de ces groupes a, d'ailleurs, fréquemment 
changé; chacun d'eux se mouvant, se divisant et se subdivisant, 
suivant des intérêts la plupart du temps inconnus. 



L'HOMME A L'ÉTAT NÉOLITHIQUE 



165 



Ces branches de la famille aryenne sont : lindo-iranienne (1), 
qui plus tard se subdivisa en iranienne et indienne, l'hellé- 
nique (2), l'italique (3), la celtique (/i). la germanique (5), la 
slave (6), la letti([ue (7). Enfin des peuplades peu connues, parlant 
des langues (8) dont la filiation est encore indécise, et ne ren- 
trant pas dans les groupes qui précèdent. 

Les premiers mouvements des peuples en Asie n'ont pas été 
sans influence sur l'Europe, avant même que les tribus sibé- 
riennes fassent leur apparition. Les invasions néolithiques no 
sont peut-être pas leur œuvre directe; mais elles sont certaine- 
ment la conséquence de leurs migrations. 

Entre leur départ de Sibérie et l'arrivée des Aryens dans nos 
pays, il s'est écoulé bien des milliers d'années, car les mouve- 
ments furent lents, les séjours |d'arrêt prolongés. 11 serait impos- 
sible d'évaluer la durée d'un pareil exode.' 

Si nous pouvons nous rendre compte de l'ensemble des phéno- 
mènes attachés au groupe aryen, si les Sémites nous fournissent 
également des renseignements sur leur évolution, nous ne con- 
naissons absolument rien en ce qui regarde les autres familles 
humaines; le mystère le plus complet enveloppe leur origine el 
leur vie. Que se passa-t-il en Asie centrale au moment où les hauts 
plateaux s'ouvrirent à l'homme; en Afiicjue, après les inondations 
qui suivirent le pléislocène; et dans le nouveau monde, alors que 



(t) Branche hindoue : Sanskrit, sindhi, pand- 
jabi, kachmiri, nepàli, bengali, assami, hindi, 
goudjarali, maraLlii, oiij'a. — Branche ira- 
nienne : Zend, perse, pehlevi ou huzvârèch. 
parsi, kurde, afghan, baloulche, ossèlhe ; 
(juant à l'arménien, bien des auteurs le ran- 
gent dans la branche iranienne; mais en le 
considérant comme s'éLant séparé de très 
bonne heure. La voie suivie par la migration 
arménienne semblerait devoir exclure celle 
langue du groupe iranien. 

(-2 Le grec et ses dialectes. 

i3i Latin, osque, ombrien, italien, espagnol, 
portugais, français, prQvent;al,ladin, roumain. 

(4) Groupe gaélique : Irlandais, erse, nian- 
nois — Groupe breton ou kimriqne : Gallois, 
comique, breton, «aulois. 

(5j Le ijroape gotique et non gothique, au- 
quel apparlenaienl le lombard, le herule, le 
vandale, le burgonde qui ont disparu sans 
laisser de traces. Le groupe Scandinave dont 
les formes actuelles sont l'islandais, le nor- 
végien, le suédois, le danois. Le groupe bni^ 
allemand renfermant le saxon et ses dérivés 
l'anglo saxon, d'où l'anglais ; le vicu.x saxon, 
d'où le bas allemand, le hollandais et le fla- 
mand el une forme spéciale, le frison. Le 
groupe haut allemand. 



(6"i Dont l'aire était autrefois en Europe 
bien plus grande qu'elle n'est aujourd hui. 
Les Slaves occupaient aux septième, huilième 
et neuvième siècles ap. J.-C. la Poméranie, 
le Mecklemboiirg, le Brandebourg, la Saxe, 
la Bohême occidentale, la Basse Autriche, la 
plus grande partie de la Haute Autriche, la 
Styrie du Nord et la Carinlhie septentrio- 
nale. On parlait des idiomes slaves sur les 
lieux qu'occupent à présent Kiel, Lubeck, 
Magdebourg, Halle, Leipzig, Baireuth, Linz, 
Salzbourg. Giatz el Vienne Mais dans tous 
ces pays les Slaves furent absorbés par l'élé- 
ment germanique. Les langues slaves sont 
les suivantes : russe, ruthène, russe blanc, 
slave liturgique, bulgare, croato-sêrbe, Slo- 
vène, tchèque, slova(]ue, polonais, sorbe 
(serbe de Lusace) el polabe. 

(7) Jadis représentée par le lithuanien et le 
lelle qui survivent encore, et le vieux prus- 
si 1 qui a disparu il y a deux siècles envi- 
ron. 

;8) Parmi les langues indo-européennes non 
classées sont : I étrusque (Cf Corssen, Ueber 
die Sprache der Etruxki'r. Leipzig, 187i 1875), le 
dace, le lydien, le carien, le lycien et quelques 
autres langues de l'Asie Mineure, ralbanai.^. 



166 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



les glaciers eurent disparu, que les grands lacs se furent assé- 
chée? Les peuples ont alors dû se mouvoir en tous sens, se mé- 
lano-er, se chasser, s'entre-détruire les uns les autres; et nous ne 
possédons pas la moindre notion sur ces perturbations d'où est 
sorti le monde moderne inférieur, celui qui n'a pas joué de rôle 
notoirement utile. 

Quant aux évaluations de l'âge auquel on doit faire remonter 
les débuts de Tétat néolithique dans les divers pays, je n'ai pas 
besoin de dire qu'elles n'ont rien de la précision scientifique. 
Elles sont très variées suivant leurs auteurs; toutefois, celles qui 
suivent, bien qu'hypothétiques, semblent être les moins mal fon- 
dées et les plus vraisemblables. 

Certains savants admettent que c'est vingt millénaires avant 
nous que la hache polie fit son apparition dans l'Asie antérieure 
et la vallée du Nil(l); d'autres pensent qu'en Crète, ce phéno- 
mène se produisit six mille ans plus tard (2), qu'en Suisse il 
débuta vers lan iOOO avant Jésus-Christ (3). 

En ce qui concerne la limite inférieure, nous sommes moins 
mal renseignés, parce que nous approchons des temps histo- 
riques. En Chaldée, l'âge néolithique aurait cessé vers le sixième 
millénium avant notre ère et il en aurait été, à peu de chose près, 
de même, en Egypte {!x)\ tandis que c'est, au plus tôt, au tren- 
tième siècle que serait née la civilisation égéenne, et que la Scan- 
dinavie n'aurait connu le bronze qu'au dix-huitième ou vingt- 
deuxième siècle avant J.-C. En Gaule, en Suisse, c'est vers le vingt- 
cinquième siècle que se serait passée cette évolution; tandis que 
la Finlande aurait, vers le cinquième ou le troisième siècle seu- 
lement, remplacé ses armes de pierre par d'autres, faites de fer, 
sans passer par le bronze; et que la Polynésie aurait attendu 
jusqu'au dix-huitième siècle après J.-C. 

Il serait aisé d'établir une table indiquant l'apparition des 
métaux dans les diverses régions ; mais ce serait empiéter sur 
l'histoire. Mieux vaut réserver cette intéressante question pour 
les siècles où ces progrès ont pris place, afin de mieux faire sentir 
l'induence des foyers de civilisation. Toutefois, je dois faire 

(1) O. Montelius, se basant sur la straligra- (-2) A. Evans, Congrès id. Reu. Ecole An- 

phie des fouilles de Suse, fait remonter cette 'hrop., 1906, pp. 2/4 et2.5. 
orioine à iO 000 ans Congrès d'Anllirop. prt- >3) S. Reinach Apollo. 

hisî de Monaco, 1906, in Rev. Ecole Anlhrop. (D Cf. J. de Morgan. Recherche, sur les oii- 

P.ni^lU 1906. p. 274). 'jines de l Egypte. Pans, 1897. Le tombeau de 

Negadah. 



LIIOMME A L'ÉTAT NÉOLITHIQUE 167 

observer que les tendances actuelles sont de réduire notable- 
ment l'importance et la durée de l'état néolithique pur dans 
les divers pays, et de reporter à l'énéolithique bien des civilisa- 
tions attribuées autrefois à la pierre polie. Cette tendance se jus- 
tifie par une foule de découvertes montrant le métal, bien que 
peu abondant, en compagnie des instruments considérés jadis 
comme néolithiques (1). 

L'apparition du métal ne donna pas lieu, comme on serait 
tenté de le penser, à une révolution; elle se fit par contact, dans 
la majeure partie des cas, plutôt que par invasion, et lentement 
s'infiltra dans les milieux néolithiques. Au début, les armes et les 
instruments métalliques furent peu nombreux par suite de la rareté 
du cuivre; au point que, dans bien des cas, leurs formes recon- 
nues comme supérieures, furent copiées en silex (2). Puis, la 
métallurgie s'établissant dans les pays miniers (3) et les relations 
commerciales s'étendant peu à peu, le métal prit la place de la 
pierre. Cette période de transition, qu'on est convenu de 
désigner sous le nom d'énéolithique, est la première phase de 
l'état métallurgique. 

La pierre taillée continua cependant d'être en usage bien 
longtemps encore; on l'employait pour armer la tête des projec- 
tiles qui, par la force des choses, devaient être perdus, soit à la 
guerre, soit à la chasse. Les pointes de flèches en silex étaient 
encore employées à Fépoque où le fer était depuis longtemps 
connu [h). On en rencontre des milliers sur les champs de bataille 
de Marathon et de Trasimène. J'en ai trouvé de nombreux spéci- 
mens dans les sépultures de l'Etat du fer au Nord de la Perse, et 
il n'est pas certain que les Huns ne s'en fussent pas encore ser- 
vis lors de leurs invasions dans l'Europe (5). 

(1) En 1881, dans Minsion scientifique au Cau- aussi les in^tnimcnls de cui\ rr ntil :■[<■ fondus 

caxe, l. I, p. :<1, je.Tivais: « Le nombre des sur des modèles de silex poli, 

objets dôcouveris jusqu'ici est si restreint, (3) Les premiers centres do la m.Mallurgie 

qu'il serait difficile d entrer dans des compa- furent peu nombreux. On ne savait alors e.x- 

raisons en re lùlat néolithique au Caucase ploilcr que les affleurements oxydi'-s des gise- 

<'t le même état dans des régions plus con- menls métallifères. 

nues; d est même impossible d'affirmer que ^4) Pointes de flcclies en silex et en obsi- 

ies Caucasiens soient jadis passés par cette dienne dans les sépultures de l'étal du fer au 

phase de la civilisation. » Depuis 1889 toutes Talyche Russe. Cf. de Morgan, MIsxion scien- 

mes constatations tendent à prouver que les lifique en Perse, t. IV, 1« partie, 1896, p. 75, 

objets caucasiens d'apparence néolithique fig. 7i), n'M3 et 14 (Musée de Saint-Germain), 

appartiennent en réalité à l'énéolithique et (5) Ammien Marcellin ne parle, en ce qui 

sont contemporains de l'usage des métaux concerne les Huns, que do pointes «le javelots 

(J- M.). et de flèches faites d'un os pointu. Mais il e~t 

(-2) Cf. DE Morgan, Rech. sur les oritj. de jvrobable que ces barbares pm|ilovaient aussi 

t'Ktii![)le, 1897, [1. 77, fig. 179, 180, haches en ],_•<, |inintes de silex, 
silex jaune station de Licht). Fré(picmrnonl 



168 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Ainsi l'emploi de la pierre ne disparut que très lentement des 
usages courants ; il persista, même jusqu'aux approches de notre 
ère, dans certaines pratiques cultuelles telles que l'éviscération 
des momies en Egypte (1), la circoncision chez quelques peuples 
asiatiques (2). 

Dans les pays où se développèrent les premières grandes civi- 
lisations comme la Chaldée (3), l'Elam (/i) et l'Egypte (5), les 
populations en étaient encore à l'état énéolithique quand apparut 
l'écriture, c'est-à-dire quand débuta l'histoire; mais, dans la plu- 
part des contrées, à l'énéolithique succéda l'usage du bronze, puis 
celui du fer; et ce n'est que longtemps après qu'apparut l'écriture. 
C'est ainsi que les choses se passèrent dans tout le nord, le cen- 
tre et l'ouest de l'Europe; tandis que dans la région méditerra- 
néenne, le fer ne fut connu qu'après la science de figurer la pensée. 

Les plus anciens instruments métalliques (6) sont faits de 
cuivre pur (7) ; c'est plus tard seulement qu'apparut Tétain (8) dans 
le bronze. Quant à l'or (9), il accompagne le premier métal sous 
forme d'électrum (10), produit du lavage des sables, et contient 
en général une forte proportion d'argent. Ce n'est que longtemps 
après qu'on parvint à l'affiner; car, au temps encore de la douzième 
dynastie égyptienne, les feuilles d'or ornant les sarcophages des 
j)rinces (M) renfermaient 17 p. 100 d'argent (12). 



(1) Itfisiohii, liv. 11, DiODOiiK DE SiciLi;, liv. I. 
— J. liVANS, les Ages de la pierre, Il ad. fr., 
1878, p. 9. 

(4) Chez k^s Juifs el les Phéniciens entre 
autres. 

(3) Cf. E. DE SkRzv.c. Décoiiverles en Chaldée. 

(4) Les couclies profondes du Tell de Suso 
renfermenlen même temps que le silex taillé 
des instruments en cuivre pur. L'usaj^e du 
silex se continue pour certains instruments 
l)ien longtemps après la découverte de l'écri- 
ture. 

f5) Cf. DE Morgan, Recherches s. les orig. de 
l'Egyple, 1897, p. 'i47, sq. L'usage du cuivic 
l>ur apparaît un ijeu avant la fondation de la 
royauté pharaonique et se conlinue au cours 
des deux premières dynasties au moins. 

(G) Dans le nouveau monde, le cuivre était 
d un usage courant avant l'arrivée des Euro- 
l>éens. Dans les lettres de Cortez à Charles- 
<^)uint il est fait mention des trihuls payés 
aux rois mexicains avant la conquête Certains 
villages étaient taxés tous les jours à cent 
haches de cuivre Bernard Diaz raconte que, 
liirs de sa seconde expédition avec Grisalva, 
les habitants de Goatzacoalco apportèrent aux 
Espagnols des haches de cuivre En trois jours 
il en fut réuni plus de 600. En 1873, l'ingénieur 
Felipe Larainzar a découvert dans la mon- 



tagne de! Ciguila (État de Guerrero) une an- 
cienne mine de cuivre exploitée par les In- 
diens. Ce métal (Ciavigero et Torquemada) 
servait pour les transactions, comme la mon- 
naie dans le monde classique, comme en Chine 
les couteaux de hronze. 

(7) Cf. Bektiiklot, Hist. des sciences, ou- 
tils et armes de l'à^'e du cuivre pur en Egypte, 
ds Comptes rendus de l'Acnd. des sciences. 
CXXIV, pp. 1119-1125, 1897. 

(8) Les Indiens envoyaient létain (Vava- 
nechla = désiré des Yavanas) dans l'Arabie 
et peut-èlre la Grèce (Yavnn) (Cf Fi-,. Lemor- 
iMANi, les Orig. de l'Histoire, t. III, ]i. 14.) 

('.)j Le plus ancien bijou d'oi- daté (|iie jr 
connaisse est la grosse [)erle d'nr découverte 
dans la tombe de Mènes à Ncgadah.De celte 
époque également est le couteau de silex orné 
d'une lame d'or du musée de Ghizeh; je le 
pense contemporain. Cf. J de Morgan, Rech. 
s. les orig. de l'Egypte, p. 197, fig 744 et pi. V. 

(10) Toutes les monnaies grecq. es archaï- 
ques sont en élcclrum 'Cf. Bauci.ay V. IIead, 
Uisloria namorum, Oxford, 1887) Les plus 
anciennes (Lyilie) datent du huitième siècle 
seulement av. J.-C 

(11) Cf. J. DE Morgan, Fouilles à Duhchour, 
t. I, 1894 ; t. II, 18E4-1895. 

(12) Analyses de Berthelot. 



L'HOMME A L'ETAT NÉOLITIIIOUE 



169 



Il semblerait (juil y eut dans l'antiquité deux foyers des inven- 
tions métallurgiques; l'un, le plus ancien, correspondant à la 
Chaldée ou à rElam, dont les montagnes sont riches en minerais 
cuivreux; l'autre dans l'Asie centrale (1), qui nous aurait trans- 
mis ses découvertes par la migration des peuples sibériens (2). 
Toutes les donnéesarchéologiquess'accordenteneiretpour dévoiler 
l'existence de deux courants métallurgiques bien distincts 
dans l'ancien monde. L'usage des métaux était courant dans 
l'Egypte (3) et l'Asie antérieure, bien longtemps avant qu'il n'ap- 
parût chez les peuples du Nord. En Amérique, il aurait été le 
fruit d'une découverte indigène (/|), bien que de nombreux indices 
permettent de supposer l'existence de relations très anciennes 
outre le nouveau monde ot l'Asie (5). 



(1) Cf. J. DE MoRGA>, Mission scientifique au 
Caucase, t. II, Fecherclies s. les oriy. des peu- 
ples du Caucase, 18S9, p. 15 à 35, pi. (carte) I. 

(2/ l'armi les migrations les plus intéres- 
santes et en même temps les plus mysté- 
rieuses, on doit citer celle du Swaslika qui 
s'est étendue sur les deu.x hémisphères Cf. 
Th. WiLsoN. The Swaslika. in Smilh.t. inslil. 
Rep. Washinglon, 896 . Ce signe ne semble 
pas exister d'ancienne date en Chaldée et en 
Assyrie Je ne l'ai jamais rencontré en Elam 
ni vu en Egypte. Il semble n'être entré dans 
le monde antique qu en njème temps que les 
peuples aryens (iraniens et européens) ; sa 
présence dans le nouveau monde semblerait 
indiquer un contact entre les populations amé- 
ricaines et celles de l'Asie. Mais il est im- 



possible de préciser l'époque à laquelle cette 
inllucnce se serait fait sentir. 

(3) S Reinach, le Fer en Egypte, ds VAn- 
Ihrop., XV, p 116. 

(4) Fr. Lenormant, dans les Premières Civi- 
lisations (t. I, p. 71), a traité longuement de 
l'invention des métaux et de leur introduction 
en Occident, reprenant toutes les données 
fournies par les auteurs classiques et orien- 
taux. 

(5) M. Flint a découvert dans les mounds 
de Nicaragua et du Costa Rica un certain 
nombre de haches et d'ornements en jadéite 
(minéralogiquemenlidenlique àcelle del'Asie), 
roche étrangère au nouveau monde [Maté- 
riaux. 1886, p. 273). Ce fait vient a[»puyer l'hy 
pothèse relative à la diffusion du Swastika. 



CHAPITRE VII 



L'Asie antérieure et lÉgrypte anté-historiques. 



J.' expansion sémilique en Chaldéc et dans la vallée du Nil. 
La conquête élamite. 

J'ai, dans les pages qui précèdent, esquissé à grands traits 
l'histoire du globe depuis l'époque où Fliomme a été à même 
d'apparaître sur la terre, en temps que type zoologique, jusqu'à 
l'aurore des temps historiques ; j'ai montré cet être supérieur 
lépandu sur tous les continents, aux prises avec les difficultés de la 
nature, avec l'instabilité des choses, luttant sans cesse pour la vie, 
pour le progrès. Dans ce milieu essentiellement varié et varia 
ble, quelques groupes humains mieux doués que les autres, êtres 
favorisés, se développèrent plus rapidement, avancèrent en 
civilisation et prirent la tête de l'évolution intellectuelle. Leur 
fpuvre devait dès lors conduire le monde. 

C'est dans l'Asie antérieure, dans les pays situés à l'orient de 
la Méditerranée, que la civilisation prit son essor (1) ; c'est là 
({n'apparaissent les premières lueurs de l'histoire. Les conditions 
naturelles de ces pays méritent une attention toute spéciale ; car 
les variations survenues dans la forme du sol et dans le climat 
ont pris une large part dans les causes de l'évolution historique. 

1^'homme se meut dans une ambiance dont la mobilité est 
extrême. Ces variations sont presque insensibles à nos yeux, parce 

(1 La C.haldée, pays où s'est développée la voisine du centre de figure de l'ancien monde 
première civilisation, est, fait curieux, très qui, exactement, se IrouvedansleMazandéran, 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTÉ-HISTORIQUES 171 

qu'elles occupent, en général, des laps de temps échappant à la 
vulgaire observation; parce que les faits humains se précipitent par 
rapport aux phénomènes naturels et que les termes de comparai- 
son sont em[)runtés à notre courte vie ; mais les grands mouve- 
ments de la nature se poursuivent toujours, imposant leurs 
lois aux hommes avec une implacable ténacité. 

C'est au cours des périodes tertiairesquel'Orient méditerranéen 
dessina les formes qu'il affecte aujourd'hui. Ce ne fut d'abord 
qu'une esquisse du sol que nous foulons; mais, par des modifica- 
tions successives, les reliefs et les dépressions s'établirent, les val- 
lées se creusèrent, les plaines alluviales se formèrent ; et l'homme 
put contempler enfin le berceau qui devait abriter l'enfance de la 
grande civilisation. 

Certes ce domaine n'est pas resté stable, môme au cours des 
époques humaines ; il s'est modifié et se modifiera encore. Demain 
peut-être les ruines de Babylone, de Ninive ou de Suse seront 
abîmées sous les mers, comme l'était le sol qui les porte, au début 
des temps tertiaires. 

A l'époque lutétienne (éocène), la mer couvrait toute l'Asie 
antérieure et le nord de l'Afrique. C'était une sorte de Méditer- 
ranée, comprise entre des continents européen au nord, africain 
au sud et asiatique à l'est. Grandes terres émergées, dont la sur- 
face égalait presque celles de nos jours ; mais qui ne ressemblaient 
en rien à celles qu'aujourd'hui nous désignons par ces noms. 
Quelques îles, le Caucase, l'Arménie, la Macédoine, peut-être aussi 
l'Anatolie, émergeaient çà et là de ce grand lac aux eaux salées. 
L'oligocène ne semble pas avoir apporté de grands change- 
ments à cet état de choses ; ce n'est qu'au vindobonien (miocène) 
que sortirent des mers l'Egypte, l'Arabie, une grande partie de la 
Perse et de l'Asie Mineure. Un bras de mer traversait alors l'Asie 
antérieure, se prolongeant en un golfe profond jusqu'aux confins 
orientaux de l'Iran, rejoignant presque la mer des Indes, prolon- 
gée vers le Nord; alors qu'une autre mer salée s'étendait au delà 
du Taurus, du Caucase, de l'Elbourzet de l'Ilindou-Kouch. 

Le plateau iranien n'était pas encore soulevé, ses terres se 
tenaient près du niveau des eaux. De grandes émergences dont le 
relief est inconnu couvraient l'Asie Mineure, le Caucase, le sud 
de la Transcapienne et l'Arabie, jointe à la Perse méridionale et à 
l'Egypte tout entière. 



/172 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Les temps sarmatiens et pontiens (miocène supérieur) virent se 
créer de grands lacs saumâtres dans la dépression située au nord 
du Taurus, du Caucase et de l'Iran. Des mouvements de l'écorce 
terrestre s'étant opérés, les uns fermèrent les communications 
entre la mer et ces fosses, les autres surélevèrent toute l'Asie anté- 
rieure, par compensation de la dépression qui venait de s'accen- 
tuer dans le Nord. 

Vers cette époque, la majeure partie des pays qui nous inté- 
ressent était occupée par de grandes nappes d'eau salée sans 
issue. Ces lacs ont laissé d'épaisses couches de marnes et de 
gypses; on en rencontre les traces depuis l'anti-Liban jusqu'au 
centre du plateau persan, depuis les déserts de l'Arabie jusqu'au 
pied des montagnes arméniennes (1). Ils couvraient une surface 
d'un demi-million de kilomètres carrés au moins. 

C'est en ces temps que s'est constitué le bassin fluvial de la 
mer Morte et du Jourdain (2). 11 semble qu'alors les fleuves de 
Palestine formaient l'extrémité d'un vasle système fluvio- 
lacustre comprenant le Nil, les grands lacs d'Afrique, les 
affluents supérieurs du Zau)bèze et peut-être aussi la mer 
Rouge (3). 

La configuration du sol était donc toute diflerente de ce qu'elle 
est aujourd'hui. La Méditerranée n'existait encore que partielle- 
ment ; la mer Rouge et le golfe Persique faisaient partie des 
continents. Les chaînes du sud de l'Iran, se rejoignant avec celles 
de l'Arabie par la région d'Hormuz, formaient le bord d'une vaste 
cuvette, probablement basse, où s'étendait le grand lac syro-ira- 
nien. Au loin, sur la côte orientale d'Afrique et d'Arabie, étaient 
des terres dont Sokotra semble n'être aujourd'hui qu'une ruine. 
Quant à l'Afrique, elle se trouvait soumise à un régime hydrogra- 
phique régulier de fleuves et de lacs. 

Dans le nord, au-delà du Taurus et du Caucase, déjà depuis 
longtemps formés en partie, s'étendaient les vastes lagunes 
sarmatiques ; puis le continent européen. 

Le plaisancien (j)liocène supérieur) n'a guère altéré le tracé 
des côtes; mais les altitudes se modifièrent, s'accroissant dans le 

(1) J'ai observé les afQeiiremenls de ces enfin dans tout le pays compris entre Delr el 

conciles gypseuses dans le LoiiiisUin cenlral, Zor, Palmyre et Damas. 

en Arabislan près de Siise, au pays des Bak- (2) Tristam, The Flora and Fauna of Pales- 

yaris. dans le Pouciit k Kouh, à Zohàlj Une, 188i. 

i.CL Misaion xcienlifique en l'erse. Eludes ttéo- (3) A. DE Lapparent, Traité de Géologie^ 

lo>::i(pies\ en Chalilén. à I!iU sur lEuplirale, Vl" rdil , Paris, lOifi, p. 1915. 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTÉ-IIISTORIQUES 



173 



massif de l'Asie Mineure et de l'Iran. Au cours de Tastien, la 
dépression nilolique se creusa, constituant un golfe profond 
qu'envahirent les eaux amères. Des cours d'eau venant de l'est 
s'y jetaient, semant de cailloux le désert arabique ; quelques lacs 
d'eau douce s'y formèrent (1). 11 en fut de même dans le sud de 
la mer Morte et dans la région de l'Oronte. 




'GaraJi 



O.Bahari^ehç'/ ^;„.^^ 



/ O.Fdrafrah Sioat 



0. DakhÙeh 



Pays égyptiens et syriens au cours du pliocène moyen (2). 

C'est probablement vers la fin du pliocène que s'est effectuée 
la grande poussée qui fit surgir le plateau iranien et que, par 
compensation, se sont creusées les deux fosses qui le bordent : 
la dépression aralo-caspienne, au nord, qui s'approfondit, celle du 
golfe Persique au sud. Plus loin, entre l'Arabie et l'Egypte, s'ou- 



(1) Lacs à Melanopsis Aegijpliaca. Aegy\)\cn<,, in Zeilscli. d. Deulschen Geol. Gesell. 

(2) D'après Max Ulanke.nhorn, Zur Géologie lUI. LUI. Urd. :i. .latirg. l'JOl, fig. 15, p. 355. 



17/i LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

vrait la mer Rouge parallèlement à la brisure nilotique mais 
tournée en sens inverse (1). 

x\insi se trouva constituée l'Asie antérieure, dans ses lignes 
principales. Les deux grandes dépressions pontique et aralo-cas- 
pienne (2) étaient séparées entre elles par le Caucase qui, vaste 
promontoire, s'avançait dans les pays plats septentrionaux. A 
l'ouest s'étendait la ^Méditerranée, parsemée d'îles, restes de 
terres disparues ; au sud, le golfe Persique pénétrait dans l'Asie, 
et ses eaux venaient baigner le pied des monts du Sindjar, du 
Kurdistan, du Louristan, peut-être même les dernières pentes 
de l'anti-Liban. Plus loin, vers le sud, s'allongeait la mer Rouge, 
sans communication avec la Méditerranée et le golfe égyp- 
tien. 

Les grandes chaînes du Taurus et du Caucase, alors reliées 
entre elles par le haut massif arménien, se rattachaient par le pla- 
teau iranien à l'Hindou Kouch et aux grandes hauteurs de l'Asie 
centrale ; tandis ((ue l'Arabie, en pente douce vers sa région 
septentrionale, se relevait sur ses autres bords pour former, près 
de ses côtes, d'importantes chaînes volcaniques. 

Plus au sud encore, le massif abyssin se reliant aux montagnes 
de l'Afrique centrale et, par elles, aux plateaux du Darfour, du 
Kordofàn et aux monts de la Lune, n'est que la continuation des 
chaînes arabes. 

Telle est la conformation de l'Asie antérieure et de l'Egypte, 
quand apparaît le pléislocène. Dès lors Thumidité s'accentue, le 
pays se couvre de lacs, de forêts, de prairies dans les parties 
basses, et l'homme est à même de s'y développer en compagnie 
des pachydermes et d'une faune très nombreuse. 

Mais survient la période glaciaire; toutes les grandes altitudes, 
peut-être alors plus accentuées qu'aujourd'hui, se garnissent de 
névés; le Taurus, l'Arménie, le Caucase, tout l'Iran (3), l'indou- 
Kouch et le centre asiatique se couvrent de glaciers, de champs 
de neige, et, pendant une longue succession de siècles, de millé- 
naires peut-être, demeurent inhabitables. Quelques îlots glaciaires 

(1) Cf. docteur Max Blanckenmorn, Zur Geo- Cf. J. de Morgan, Mission scienlifique en 
hgie Aegyplenx — IV. Das Pliocân iincl Oiiar- Per.se, l. 111, 19U5. Géol. Stratigr., p. 44, 
lârzeilaller, in Zeitsch.. d. Deulschen Geolog. Ge- fig. 42. 

xellschafU Bd LUI, Heft. 3, Jahig. lyOl. Elude (3) Cf. .1. de Morgan, Le plateau Iranien 

fort inttTessanle et très complète sur les der- pendant l'époque pléislocène, ds Rev. de l'Ec. 

niers temps géologiques dans l'Egypte et la d'Anlhrop., t. XVII, 1907, p. 213. — Commun i- 

yyrig cation à l'Acad. des Inscript, et Delles-Lettn^s 

(2) Anciens rivages de la mer Caspienne. du 5 juillet 1907. 



LASŒ ANTÉRIEUIŒ ET L'ÉGVPTE ANTÉ-HISTORIQUES 175 

se loniient, dans le Liban entre autres ; seule la zone intermédiaire 
reste habitée. 

Puis, après des oscillations restées encore inconnues, arrive 
la débâcle et ses alluvions. C'est le déluge chaldéen (1) qui détruit 
tout; forets, animaux et hommes sont engloutis. A peine quelques 
familles, campées sur les hauteurs, échappent-elles au désastre. 
L'homme ne survit ([ue grâce à ses bateaux, disent les légendes (2). 

Le souvenir d'un cataclysme de cette nature nous a été trans- 
mis par les Sémites de Ghaldée (3) ; mais eux-mêmes l'avaient 
j)eut-étre reçu de peuples plus anciens qu'eux dans le pays, des 
descendants des tribus pléistocènes. 

Chassés de leurs plaines par les inondations, ne sachant à 
([uels territoires confier leur existence, les humains durent vivre 
d'une façon bien errante, en ces temps troublés et si longs que 
nous n'en saurions évaluer l'étendue. 

De grandes vallées se creusent (/i), comme le Bahrbéla Ma (5) 
pour être de suite abandonnées par les eaux; la terre se couvre 
de cailloux roulés, là où croissaient jadis de luxuriantes forêts. 
Après l'eau, c'est le désert, la solitude, l'aridité absolue (6). 



(1) H est peiil-Otre téméraire de rapprocher 
(les cataclysmes qui ont marqué la fin des 
grands glaciers des légendes chaldéennes, 
juives, grecques, etc., relatives au déluge. Ce 
rapprochement laisserait supposer qu'à l'au- 
rore des époques historiques le souvenir des 
temps pléistocènes était encore vivant et 
que, par suite, cette période de la fonte des 
glaces ne serait pas aussi éloignée de nous 
qu'on le pense généralement. 

(2) Cf. P. DoR.ME, 1007, Choix de textes, 
p. 101. 

(:<) Cf. G. Maspero, llisl. anr. p. Or., 1893, 
p. 147 et sq.; pour la bihiiographie, p. 150, 
note 1. 

CO T. -G. Bonncy (Tiie Kisclion and .Jordan 
valleys, in Geol. Miii/., décembre l'.)()l. p. 57ri) 
considère que la vallée du .Jourdain s'est des- 
sinée depuis la formalion du calcaire nummu- 
litiijue, probablement au début de la période 
glaciaire. Les reliefs des pays voisins étaient 
certainemerit difrérenls de ce ((u'ils sont au- 
jourd'hui, l'aire d; drainage beaucoup plus 
vaste. 

(5) Lorsqu'au [jrinlemps de ISDGj'ai visité le 
Bahr bélà Ma, mon voyage s'est trouvé sin- 
gulièrement facilité par l'e.xisLence, dans les 
dépressions, de nappes d'eau résidtant des 
pluies abondantes de l'hiver précédent. Cette 
eau légèrement amère était cependant po- 
table pour les chameaux de l'cxiiédilion; mais 
elle ne l'était pas pour l'homme. En sorte 
qu'en aucun cas ces régions ne sont habita- 
bles et que c'est en grande hâte qu'elles doi- 
vent être visilécs. Le Bahr bélà Ma est une 
vallée de 10 à 25 kilomètres de large, creusée 



par les érosions dans les sédiments (horizon- 
taux) éocènes et miocènes, qui s'élèvent en 
falaises sur les deux bords à tiO et 80 mètres 
de hauteur. Au fond de cette vallée se mon- 
trent partout les couches géologiques avec 
leurs fossiles uî-és par le vent. Nulle part on 
ne rencontre la moindre trace d'humus ou de 
coquilles ayant appartenu à la faune terrestre 
pléistocène ou moderne. D'énormes dunes, 
semblables aux vagues de la mer, dirigées du 
Nord-Ouest au Sud-Est, recou|,ent cette vallée 
de leurs longues crêtes parallèles. Elles sont 
distantes les unes des autres de 1.50Û à 
2 01)0 mètres et larges de 1.000 mètres environ, 
laissant affleurer entre elles le sol géologi- 
que. En pente douce vers le Nord-Ouest, elles 
tombent à 45" environ vers le Sud Est. Çà 
et là, quelques collines bordées de falaises 
viennent troubler la régularité de cet océan; 
les sables s'en détournent pour aller s'accu- 
muler derrière elles en monticules énormes. 
Du sommet des collines la vue découvre une 
inlinilé de ces vagues parallèles se jierdant à 
l'horizon. Dans les parties moins encaissées 
du « fleuve sans eau ■•, les dunes atteignent 
parfois 50 mètres de hauteur, elles s'avancent 
au loin dans le désert et semblent être sans 
fin. Lorsqu'il vente fort, elles se déplacent ra- 
pidement au milieu d'une atmosphère presque 
irrespirable de sable. Ces parages sont consi- 
dérés par les Bédouins comme exirèmement 
dangereux; ils ne s'y aventurent ()u'avec la 
plus grande circonspection Aucun animal n'y 
vil, aucune plante n'y croit, laridité est ab- 
solue. (J. M.) 
(G) Sur les déserts d'Egypte. Cf. II. -T. Fer- 



176 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Mais pendant ce temps, les glaces ayant fondu, l'équilibre s'est 
établi; les fleuves ont adopté le cours qu'ils conserveront jusqu'à 
nous, tout en errant encore longtemps, fous, dans les plaines. 

Que reste-t-il après ces cataclysmes ? de hautes montagnes 
encore glacées, des plateaux couverts de lacs immenses, salés 
ou saumâtres, la mer pénétrant jusqu'au milieu des continents, 
et ce désert caillouteux qui se refuse à la végétation. Çà et là, en 
Arabie, en Ethiopie, sur le plateau persan, au Caucase, d'énormes 
volcans vomissent le feu, les cendres et les laves. Le pléistocène 
marque pour ces pays une ère de dévastation. 

Mais voici que, lentement, la nature va réparer les ruines qu'elle 
a semées; ce sont les fleuves qui, par leurs incessants apports, 
vont offrir à l'homme des terres habitables. 

Traversant les alluvions, y creusant leur lit, les cours d'eau 
issus d'Arménie et des pentes iraniennes, du Taurus et du Liban 
se fraient un passage jusqu'à la mer et, apportant les matériaux 
des hauts pays, fertilisent leurs rives, créent leurs deltas. 

L'Euphrate avait le sien bien au nord de Babylone, à la sortie 
des falaises qu'il venait de découper dans les alluvions durcies ; 
le Tigre se jetait à la mer quelque peu en aval de Mossoul. Deltas 
torrentiels, ou plutôt véritables cônes de déjection, où s'entassèrent 
d'abord les gros matériaux. 

La Diyala, la Kerkha, le Kâroun, l'Ab-è-Diz, le Djerrâhi réduits 
aujourd'hui au rang de rivières, étaient alors des fleuves. Cent 
cours d'eau de moindre importance descendant du Zagros, du 
Poucht è Kouh, des monts Baktyaris se jetaient alors directement 
à la mer, ils se perdent aujourd'hui dans la plaine. Quant au 
désert arabique, il ne fournissait aucun apport constant, ne possé- 
dant pas même un ruisseau. 

Les chaînes bordières de l'Iran, les montagnes d'Arménie, 
celles du Taurus, couvertes de neige pendant l'hiver, recevant les 
pluies du printemps, apportaient, comme de nos jours, aux diverses 
rivières en sortant, des quantités énormes d'eau, très variables 
suivant les saisons. 11 se produisit des crues violentes qui, entraî- 
nant à la mer d'immenses quantités de boues, ont fait, dans les 
débuts surtout, très rapidement progresser les estuaires (1). 



BAR, Some désert fealures, in Geological Mnga- core dans toutes les vallées de l'Asie anlé- 

zine, vol. IV, Londres, 1 07, p.4F>9, sq. (J. M.) rieiire, mais elles perdent graduellement de 

(t) Ces inondations périodiques existent on- leur importance. Au printemps, les eaux de 



i/Asii: a.nti;i!Ii;li!i: kt lkgvpte anti'miistoriques 



177 



Peu à peu, bien des lleuves devinrent de simples affluents 
des grands cours d'eau dont les deltas, avançant toujours, laissaient 
entre eux de vastes marécages il) et des lagunes j)rès des [)lages. 




Avancement de- allusions du Chatl-el-Arab dans le ii^olfe Persique (d'après les 

cartes marines) 2 . 

Ou a bien souvent essayé d'évaluer les temps écoub^s au moyen 
des progrès des alluvions '3i. Celte méthode n'est i)as sûre en 
ce qui concerne les parties hautes des vallées, el ne prend de 
valeur ([ue du moment où le cours d'eau ne dépose plus que des 
éléments très fins [h). On peut compter par exemple, en ce (|ui 



l'Euphralc, travtr-ianl la plaine prèï- de Bag- 
dad, vieiincnl se joiiulrc à ccl les du Tigre- (J.M.) 

(1) Beaucoup de ces terrains marécageux, 
asséchés depuis lungtemps, oui été livrés à 
la culture. Dans d'autres, on \oil encore les 
Unionidés enfoui> dans la t<'rre dans leur po- 
sition d'existence. (.). M.) 

(2) Cf. J.de Mni'.o.w, Mrm. I)rh->i. en Perse, 
t. I, 1900. 

(3) L'irrégulariti- de l'axanceinent des del- 
tas est un fait jnijourd'liiii reconnu. Kn ce 



(pii concerne l'avancement du P6. Cf. Sulle 
récente transformazioni del delta del Po, (1893- 
1904), in Riv.Geoijv.ll., 1897, fasc. .\. Pour celui 
du Danube, Cf. Semicnoii, Tian-Clianski Vénia- 
inine k voprousou onarostanii delty Dounaia, 
in Izcest. lousskauo geoijr. obstcliesU'a, XLI\', 
1908. p. Kil et cartes. 

1 4) I.a pro])orli()n des Itoues charriées par 
les cours d'eau est extrêmement variable. Le 
Khône porte à la mer 1 : lO.OOO du volume 
total de ses eau.x; le Danube 1 ; 2.40<t; le Mis 

12 



178 



LES PHEMIKRES r.IMF.ISATIONS 



concerne le Chatt el Arab, que, depuis Korna jusqu'à l'ao, les 
terres ont progressé de 1.700 mètres environ par siècle (1). Au 
delà, en amont, les évaluations basées sur ce phénomène seraient 
téméraires. 

D'ailleurs, ces causes de modifications des rivages n'ont pas été 
les seules ; car l'écorce terrestre n'est pas demeurée en repos. 
Depuis les temps modernes, le fond du golfe Persique, comme 
celui de la mer Rouge, s'est sensiblement relevé (2); tandis que 
le delta du Nil, au contraire, s'enfonçait (3). Nous ne saurions dire 
si ces oscillations se continuent de nos jours. 

La Chaldée, nouvellement née, se trouvait alors divisée en 
une foule d'ilôts et de presqu'îles, bordées de roseaux, couvertes 
d'arbres et de prairies où vivaient les animaux sauvages les plus 
divers (ù) : l'hippopotame (5), le sanglier (6), les bovidés (7), le 
cerf (8), le lion sans crinière 9^, etc. 



sissipi 1 : 1.700; le Gaiiii»' 1 : 4-28. Jévaliir pour 
le Chatl el Aiab à 1 : 1.000 la propoilioii de^ 
limons renfermés dans ses eaux. Mais pour 
le même fleuve ces proportions varient sui- 
vant les saisons et suivant aussi que les es- 
sais sont pris à la surface, au fonii, au milieu, 
ou sur les bonis du cours d'eau. (J. M.) 

(1) Cf. LoFTUs, Chaldiiea (ind Susinna, \i. 282. 
— J. DE Morgan, in Màn. Déléij. en Perse. 
t. I. p. 1, sq. 

(2) Dans la péninsule Sinaïtiquc j'ai observé 
(18%) des cordons corallins relevés de 10 el 
de 12 mètres. A Perim (1904), au nord de l'ile, 
j'ai visilé une |dage relevée de 30 à 35 mètres. 
Dans la baie d'Obok (1004), j'ai remarqué des 
exhaussements de 30 à 50 mètres. Le Geolo- 
gical Survey of Egypl (1897-9ft) a observé des 
piaffes soulevées pléislocènes sur les cotes 
de la mer Rouge ; les [dus élevées sont à 
24 mètres au-dessus du niveau actuel de l.i 
mer. La faune qu'elles renferment est fran- 
chement indo-pacifique et composée d'espè- 
ces actuellement vivantes. Dans le golfe Per- 
sique, lile entière de Bcnder Bouchir est due 
à une émersion, de même que les falaises de 
grès coquiller, qui s'élèvent sur la rive droite 
de l'Euphrale, près de Féloudja (1900), à plus 
de 50 mètres au-dessus du niveau actuel de la 
mer. (.1. M ) 

(3) Toutes les villes ruinées du lac Menzaieh 
montrent aujourd'hui des constructions par 
3 ou 4 mètres de fond ; ea sorte qae l'avan- 
cement du delta sur la mer se trouve en 
partie compensé par l'immersion lente du 
delta lui-même. (J. M. 1906.) 

(4) Il semblerait que l'éléphant vécut en- 
core au di.Y-septième siècle avant notre ère, 
dans le pays des Routonous situé à l'est et 
au pied de l'Anli-Liban, depuis le Haurànjus- 
qu'à la hauteur «l'Antioche Ce pachyderme 
est plusieurs fois cité dans les textes hiéro- 
glyphiques et, jiarnii les tributs qu'envoient les 



Hétéens aux rois assyriens, on voit figurer des 
meubles d'ivoire et îles défenses d'éléphant. 
Certainement ces défenses ne venaient pas 
de l'Afrique centrale. <• Prés de Nii, dan-; 
la Cœlesyrie ou la Syrie du Nord ■> (Cf. 
G. Maspero, Hial. anc. peiip. Orient, V' édit., 
1893, p. 200), Thoutraes III donna la chasse 
aux éléphants et en massacra cent vingt. 
Un éléphant figure au tombeau de Rekmaru 
n Thèbes, parmi les tributs des Routonous 
l Syrie); et la chasse aux éléphants est racon- 
lée dans l'inscription il'Amenemhabi, 1. 22, 
23. (Cf. G. Maspero, op. cit., p. 200, note 
4.) Toutefois, on est en droit de s'étouaer 
(le sa présence dans une région aride, dont le 
climat n'a certainement pas changé depuis ce 
temps. Halévy {Mél. de cril. eld'hisl. relatifs 
iiiix peuples sémitiques, p. 27, note 2) transporte 
Nii dans la Nubie méridionale. 
l'i) Disparu depuis les temps historiques. 

(6) On rencontre encore parfois dans ces 
pays des troupes de 150 à 200 sangliers. Cf. 
.).L)E Morgan, Mission en Perse, Etudes géo- 
graphiques, 1895, t. Il, p. 192. 

(7) Vn vase archaïque de pierre, trouvé à 
Suse, représente des bovidés sculptés très 
finement en relief, et certaines peintures céra- 
miques de Tépéh Mouçian fournissent des 
représentations du même animal qui vivait 
encore à l'état sauvage à l'époque des rois 
d'Assyrie. Chasse à l'Urus sur un bas relief 
uinivile(Cf. L.vyard, The Monumenl.t ofNineueii, 
t. l,pl. II). 

(8) Le cerf moucheté {Cervus dama L.), 
abondant encore aujourd'hui dans les forêts 
de l'Ab è Diz, en aval de Disfoul. (J. M.) 

(9) Encore fréquent dans les pays broussail- 
leux situés à la frontière de la Perse, entre la 
Kerkha et le Tigre, vers les marais deHawi- 
zèli ; se présente quelquefois aux environs do 
Suse. (.1. M.) 



L'ASIE ANTÉRIEUilE ET I.r:(;M>Ti: ANTK-ll ISTOIÎKJUES 179 

A l'orient, s'élevait le massif ii-anien, aride, désolé; à peine 
échappé aux glaces et aux neiges, pour se couvrir de lacs et de 
plaines salés, sans populations autres que l'ours (1) et la chèvre (2) 
dans ses montagnes; (|ue l'àne sauvage (3) et la gazelle sur les 
plateaux ('i). 

Dans le désert voisin du pays des deux fleuves, les gazelles (5) 
et les autruches (6) côtoyaient les bords de cette immense plaine 
marécageuse où abondaient le gibier et le poisson (7). 

En Chaldée, le sol d'une richesse extrême et perpétuellement 
humide, couvert de tamaris, de saules, d'acacias et de dattiers, 
oflVait des fourrés impénétrables et de vastes clairières où se 
développaient les graminées parmi lesquelles le froment, l'orge, 
l'avoine dont ces pays sont la patrie originelle. 

Les marais, peu profonds, vaseux, entourés d'une ceinture 
d'énormes roseaux, large parfois de plusieurs kilomètres, encom- 
brés de plantes aquatiques, nourrissaient le poisson en extrême 
abondance et des nuées d'oiseaux d'eau (8). 

C'est là, dans ce pays privilégié, entouré de toutes parts de 
déserts, que l'imagination des Orientaux a placé le paradis terrestre. 
C'était en effet le district le plus plantureux de toute l'Asie anté- 
rieure, et, quand on y a vécu, il est aisé de se représenter ce qu'il 
devait renfermer de richesses spontanées, alors que lliomme ne 
l'avait point encore dévasté par ses querelles. 

Cet homme (9;, il était déjà en Chaldée, sur les collines, au 
bord des rivières, près des sources, dans ces mille petites oasis 



(1) Ursus arclos (L. ) dans les montagnes rein, en même temps que des objets d'ivoire 

du nord, U. syriacus (Henip. et Ehr) dans cl de cuivre (Cf. Th. Be.nd, ,4//ie?i((eum, 6 juil- 

celles du sud. letlHSO}. Le sceaud'Ourzana, roi de Mouzazir 

{•1) Ovis Cyloceros (llulton) dans le sud, (Musée de La Haye. Cf. J. Menant, Cal. nj- 

O. Gmeliiii (Blyth.V dans le sud du Bélout- lijndres orientaux du Cab. r. des médailles de 

chistan et la Mésopotamie. Ln llaije, pi. VH, n" 32), porte deux autru- 

(3) Equus hermionus (Pall). Ce (|uadrupèdc ches (huitième siècle av. J.-C); au temps de 
est encore très abondant dans les plaines sa- Julien H, cet oiseau vivait encore sur les 
lées du Kirmân. rives ilo l'Euphrate (Ammien Marcellin). 

(4) Cf. A. vo.\ Kremer, in Aunland, 1875, :"} Dans toutes les rivières de la Chaldée 
n"^ 1. 2, 4 et 5. — Fr Hommkl, Die Xainen <ler et de l'Elam, le poisson extrêmement abondant 
Sœugelhiere bei den Siidsemilischen Voelkern, atteint parfois des dimensions énormes. L;i 
1879, s'appuyant sur des analogies le.xico- Kerkha en fournit (dits poissons de Tobie) de 
logiques dont beaucoup sont combattues par ■?. mètres de longueur, et à Poul è Teng, 
JoH. SciiMiDT, Die Urheimalh der Didoç/erma- dans la même rivière, j'en ai vu qui certaine- 
nen, ISÏK), pp. 7-9. — Cf. S. Reinach, l'Origine ment avaient i mètres de la (pieue à la tète. 
des Aryens, iddi, p. 62, sq. (8) Encore aujourd'hui, ces pays abondent 

(5) Gazella subyullurosa (Giildenst), G. en gibier d'eau: cygnes, oies, canards de 
Bennetii (Sykes); (?) G. Dorcas (L.) ; G. fusci- plusieurs espèces, sarcelles, bécassines, nom- 
frons (\V. Bl.). breux écbassiers, etc. (J. M.) 

(6) J'ai fréquemment rencontré dans le tell (9) CA. A. Ovpev.t, Eludes .■iumériennes,çç.ii'i~ 
de Suse des fragments d'oeufs d'autrnche ; 8.^. — Fr. Lenorma?(t. la Magie chez les Chal- 
on en a trouvé dans les sépultures de Bah- déen.s et les Origines accadiennes, p. 315, sq. 



180 



Li:S l'UKMIKHES (;i\ ILISATIONS 



(jui s'étaient formées de suite après les grandes inondations (Ij. 
Il suivit pas à pas les progrès des limons sur la mer, occupant ce 
sol nouveau dès qu'il ne trembla plus sous ses pas. D'abord 
chasseur et pêcheur, il devint plus tard agriculteur et éleveur, 
se concentra dans les parties riches du pays, abandonnant aux bêtes 
sauvages toute la région désertique ^j. 




La Basse Chaldée et l'Elain ;i l'époque de l'expédition mariiimede 
Sennachéi'il), en (J99 av. .I.-C. (d"ap. .1. de Mohcan, Mém. Délég. en 
Perse, l. I, 19<i'i, fii;. C). 

On a cru pouvoir reconnaître dans les non-Sémiles de la 
(Uialdée des peuples d'origine nordique, voire même sibé- 
rienne (;> qui, occupant d'abord le plateau iranien, seraient 
descendus dans la plaine des deux (leuves. Cette erreur provenait 
d'une fausse interprétation de la nature ethnique des JNIèdes consi- 
dérés à tort comme Anaryens ( Vi et dont, par suite, la migration 



(]) On rencontre fréquennneul près des 
sunrces et des ruisseaux, dans les vallons 
des derniers contreforts de l'Anti-Liban el 
de l'Iran, des stations néolithiques et énéoli- 
lliiques: Erek, Soukhna (Cœlesyrie"), Tépéli 
Goulam, ïéprli Aliahad, etc.' Poucht è Koidi). 
(.1. M.) 



(i) Pour la zoologie de la Perse, Cf. \V.- 
T. Blan'ford, Easlev Persia, Londres, 1h7<V. 
t. II, Ihe Zoology and Geology. 

(3) Cf. G. Maspero, Hist. anc. peiipl. Or.. 
1893, pp. 127 et 137. 

(1) .1. Oppeut, le l'euple el la Langue îles 
Mède.-<. 



I/ASIR ANTl'r.IKURE I:T L'KriVPTK ANTH-IIISIORK KES 



1S1 



a été reportée bien des inillénaiies plus haut quelle ne remonte 
en réalité ; mais justice a été faite de cette opinion (l). 

D'ailleurs, mes recherches dans le Caucase ('2), l'Arménie et 
le nord de la Perse 3j montrent d'une façon péremptoire que ces 
pays n'ont jamais été habités antérieurement à l existence d'une 
industrie des métaux déjà fort avancée et relativement récente (/i), 
u'avaul lien de commun avec celle de la Chakh'e. 




Itinéraire d'un voyage de l'auteur en (llialdée. (J. M. 1899.) 

Aucune migration très ancienne ne semble avoir traversé ces 
régions jusqu'aux invasions aryennes. Nous devons donc, en ce 
qui concerne les pré-Sémites de la Mésopotamie, penser qu'ils 
étaient les descendants des hommes pléistocèues de l'Asie anté- 
rieure, de ceux ([ui avaient connu les temps glaciaires et le déluge. 
Les observations anthropologiques concordent pleinement, à cet 
égard, avec les données archéologiques et linguistiques que nous 
possédons. 

En Chaldée, surtout dans le bas pays voisin de la mer, la distri- 
bution naturelle du sol en districts séparés entre eux, ne se prè- 



(1) Uelaiue, le Peupla <■/ IKinphe des Mrileii, 
Bruxelles, 1883. 

[i) J. DE Morgan, Mission scienlifique au 
Caucase, i vol., 1889. 

(3) J. iJË Moi'.GAN, Mission scientifique en 
Perse, t. IV. Recherclies archéologiques. 



1" pallie, p. 13, sq. — H. de Morgan, in Mé- 
moires de 1(1 Délég. se en PerAC, l. VHI. 

(4) n serait exagéré de faire remonter l'an- 
tiquilé «les dolmens ilu bronze dans le Nord 
Iranien an ilclù du XXV' siècle avant noire 



182 



LES TMIKMIÈRES CIVILISATIONS 



tant pas a la vie nomade, imposa aux tribus les règles de leurs 
premiers établissements, des usages qu'ils développèrent plus 
tard. Les hommes se groupèrent pour se protéger en commun 
des ennemis qui les entouraient, animaux féroces contre les- 
<|uels leurs combats furent incessants (1). 

« La maison sainte, demeure des dieux, en un lieu saint n'était 
])as faite ; aucun roseau navait poussé, aucun arbre nétait j)ro- 
duit, aucun fondement n'était posé, aucun moule à briques n'était 
construit, aucune maison n'était faite, aucune ville n'était bâtie, 
aucune ville n'était faite, aucune agglomération n'existait; 
Nippour n'('tait ])as faite, È-Kour n'était pas bâti, Erech n'était pas 
faite, E-Anna n'était pas bâti, etc. (2i. » 

Chaque groupe s'établit dans une terre, île ou presqu'île, 
grande assez pour subvenir à ses besoins. 11 se forma par la force 
des choses des agglomérations sédentaires, qui bientôt construi- 
sirent de petites villes (8), centres où il était plus, aisé de se 
défendre Ti. de se nourririons ensemble (5). Des gouvernemenls 
locaux s'établirent, chaque ville eut ses croyances, son dieu ou ses 
dieux dont un, plus grand que les autres, la j)rotégeait plus spé- 
cialement. Anou était adoré dans ()iirouk\ Bel à Nipoui\ Sin à 
Oiivoii, Mai'dniik à Bahi)lont\ Chouchinak à Suse. 

Les lois, chaque district avait son cou tumier, tous se ressemblant; 
car les besoins de la vie étaient les mêmes pour toutes les tribus. 



(I) Les cylindres archaïques de la Cbaldée 
el de l'Elain représentent, pour la phiparl, 
des scènes d'animaux sauvages lultaiil entre 
eux, et d'hommes conil)attant le lion et le tau- 
reau. 

Ci) Cosmogonie chaldécnne ( 1' . DiioiiME , 
1007, Choix de textes, p. H\i). 

(3) Dans la haute antiquité, chez tous les 
jxuiples, la ville n'était qu'un leluge de très 
modestes dimensions, où les habitants du 
voisinage mettaient à l'ahri, en cas de néces- 
sité, leurs hiens el leurs personnes. On est 
surpris par l'e.xiguïté de ces réduits, dont 
quelques chiffres permettront de juger. A 
Tell el Hesy, la ville occupait une surface de 
tout au plus G hectares et l'acropole moins 
d'un demi-hectape (Bliss, A Mound,p. 18, sq., 
pi. 1); à Tell Zakariyà, la ville est de 3 hec- 
tares et demi, l'acropole d'un quart d'hec- 
tare (Bliss et M\calistei;, Excurfdionx. p. 13 
et pi. I et II); à Tell es Safy. la ville couvre 
environ 5 hectare-; et demi {op. cit., p. 29, 
j.l. VIU) ; à Tell Djedeideh, 2 hectares et 
quart {op. rit., p. 45, pi. X}; à Ta'annak, 
4 hect. 80(Sei.un, Tell Tn-annak,j). 53); à Tell 
cl Moiité'sellim, 5 hect.02 (Schumacuek, Mil- 
llieil. u. Nnchr. de.f D. P. Vereins, l'.t04, p. 36). 

(i) A Suse, les premiers rempaits, ceux dont 



nous rencontrons les vestiges à 25 mètres de 
profondeur, étaient .simplement faits de terre 
pilée. Il en fut de même dans toute la Chal- 
dée et dans les pays plus occidentaiu: de Ca- 
naan. (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. 29. 
— Bliss, A Mound, p. 18. — Bliss el Macalis- 
TEH, ExcuiK,\). 15. — Macalister, S., 1903, 
p. 113 et 22i; 1904, p. 110, sq.200j. R. VVeil 
{Journ. asial., liK30, p. 82) estime qu'antérieu- 
rement à la XII« Dynastie les Asiatiques 
possédaient une science de fortification bien 
supérieure à celle que révèlent les types 
égyptiens de la même époque. 

(.5) Le texte suivant, l'un des plus anciens 
de la Chaldée, montre combien les premiers 
souverains étaient adonnés aux œuvres de la 
paix. U se lit sur une tablette de pierre pro- 
venant de Tello (f) et est certainement anté- 
rieur au quarantième siècle av. J.-C. » Urnina 
roi de Lagacli, fils de Gounidou, fils de Gour- 
sar, constiuisit le temple de Nina, creusa le 
canal X et voua ce canal à Nina... construi- 
sit l'A-edin (?), construisit le Ningar f?), cons- 
truisit l'Epa ('?), construisit l'enceinte de La- 
gach, fabriqua la statue de Lougalourou, ras- 
sembla des bois dans... la montagne » (F. 
Thdreau-Dangin, les Inscr. de Sumer el d'Ak- 
kad, 1905, p. 13). 



L'Asii: .\NTKiur:ui5K i;t i/k<;vi'Te antk-histoiîiques 



183 



Ces dieux locaux, raélaugés aux divinités des Sémites, formèrent 
le panthéon chaldéen; ces coutumes, codifiées plus tard, furent les 
lois de Ilfimmoiirahi et prol)ablement aussi celles de ses prédé- 
cesseurs. 

La langue était, à peu cl(^ chose près, restée commune parce 
(ju'elle descendait d'une seule souche et aussi parce que les 
diverses tribus n'étaient pas sans communiquer entre elles ; mais 
elle disparut rapidement, tout au moins dans les relations offi- 
cielles, faisant place à celle d'envahisseurs (1). 

Mais j'aborde une question d'origines qui a été l'objet de 
controverses passionnées (-2;. L'existence de pré-Chaldéens (Sumé- 
riens), niée et combattue par les uns, admise et soutenue })ar les 
autres, entraîne à sa suite le grand problème de l'origine de l'écri- 
ture (3) et, par suite, de la civilisation que certains auteurs attri- 
buent aux Sémites (Akkadiens); tandis que d'autres en repoilent 
l'honneur sur les vieilles races autochtones [h). 

Aussi loin que nous j)uissions remonter dans l'histoire basée 
sur des inscriptions, nous ne rencontrons, pour la haute antiquité, 
<jue des documents écrits en langue sumérienne et dans lesquels 
<et idiome est mélangé de <iuelques traces de sémitisme. Comme 
la Chaldée ])roprement dite, l'Elam nous fournit des textes sumé- 



(1) Les textes archaujues en fournisscnl ce- 
pendant d'indéniables traces. Cf. .\.-Il. S.xyce, 
The Archeologij of the Ciineiform Inscriptions, 
1908, p. 67, sq.' 

(2) Cf. J. Oppeiît {Rap. à S. E. M. le Mi- 
nistre de rinslr. publ., mai 1856, p. 11, sq.) dé- 
montre l'existence d'une langue non sémiti- 
(|ue dans la Clialdéc primitive. — Cf., contre 
cette théorie, J. IIalévv, Rech. crit. sur 
l'origine de la civilis. babylonienne, in Jonru. 
(isial., 1874-1876. — Etude snr les documents 
philologiques Assyriens. 1878. — Les nouvelles 
inscriptions clidldêennes el la question de Sumer 
et d'Accad., 188-2. — Obs. sur les noms de nom- 
bre sumériens, 188,3. — Docum. relig- de l'As- 
sijrie et de la liubi/lonie, 1883. — La théorie 
de J. Oppert a été généralement adoptée, 
sauf par J. Halévy, qui, en 1905, publiait une 
bi-ochure intitulée ; Encore l'inventeur du cri- 
térium sumérien (E,. Leroux, Paris). 

(3) Dans les textes les plus anciens de la 
Chaldée (d'épo<pie antérieure à Narani-Sin/ 
on se trouve en présence non de deux langues, 
mais de deux sj'stc mes d'écriture, l'un plioné- 
tique qui semble appartenir aux Sémites, l'au- 
tre idéographique dont, comme de juste, nous 
ne pouvons retrouver la langue. En sorte 
que c'est probablement aux Akkadiens qu'est 
dû le passage de l'idéogramme sumérien aux 
signes phonétiques. La présence, dans les 
anciens textes, de noms propres non séniili- 
ques serait due à ce que ces noms furent ren- 



dus par les Akkadiens par des signes ayant 
une valeur phonétique alors qu'autrefois pio- 
bablement ils n'existaient qu'à l'état d'idéo- 
grammes. Le phonétisme paraît avoir été dé- 
gagé de l'idéographisme, dès une très haute 
antiquité, par les habilantsde la Babyloniedu 
Nord. Je citerai par exemple l'inscription en- 
tièrement linéaire publiée par WinklerfFor.s-c/î. 
VL p. 544). Ce document contient déjà des 
termes écrits phonétiquement. Un texte pro- 
venant de .\bou-Habba et appartenant à une 
époque moins ancienne, mais encore anté- 
rieure à Sargon l'ancien, présente un système 
jjhonétique plus développé. Avec les rois 
d'Agadé, le phonétisme se complète et la 
domination de ces souverains parait avoir eu 
pour effet l'introduction partielle et momen- 
tanée du système phonétique dans la Babylo- 
nie du Sud. (F. Tmuke.vu-Dangin, Tubleltes 
chaldéennes inédites. Paris 1897, p. 6, sq.) 

(4) Le travail le plus récent el le plus com- 
plet au sujet des Sumériens, est celui du pro- 
fesseur A. -H. Sayce. Dans The Archeology of 
the cuneiform inscriptions, 1908, pp. 67-10(J, 
chap. in.The Sumerians, l'auteurse prononce 
nettement (Cf. p. 68). » Les premiers habi- 
tants civilisés de la plaine alluviale de Baby- 
lonie n'étaient ni des Sémites, ni des Aryens; 
mais ils parlaient une langue agglutinante et 
c'est à eux que sont dus tous les éléments de 
la culture babylonienne des derniers jours. » 



iSli LES PREMIÈRES CIVILISAHO.NS 

riens mélangés de sémitismes, et des textes sémites mélangés de 
suméiismes. Mais dans ce dernier pays, on voit apparaître très 
anciennement un troisième élément linguislique, des noms pro- 
pres ni sumériens, ni sémitiques (1), appartenant à une langue (2) 
appelée indifléremment par les savants, anzanite, siisicnne ou 
simplement élamite, qui, dominée pendant des siècles, renaît tout 
à coup vers 1500 avant J.-C, en même temps que se reconstitue 
rindéj)endance du peuple susien. 

Ainsi, en Elam, plusieurs éléments se trouvaient en j)résence 
dont Tun, l'élamite (ou anzanite) semble être plus ancien que les 
autres; mais dont il ne reste, aux plus anciens temps, que des 
traces. En Ghaldée, au contraire, l'élément le plus ancien domine 
au début et le nouveau n'existe qu'à létat d'inclusions, d'in- 
fluence. 

Quant aux langues sémitiques (3), elles constituent une famille 
fort bien étudiée {k) que les linguistes divisent en deux sections 
principales : celle du nord comprenant l'akkadien, l'araméen, 
l'assyrien, l'hébreu et le [)hénicien; celle du sud dans laquelle on 
range l'himyarite, l'arabe, etc. ('.es diverses langues ne procèdent 
pas les unes des autres; mais r<'pon(lent à des évolutions paral- 
lèles. Il semblerait, d'après l'cHude comparative de leurs éléments 
constitutifs, que cette famille fût originaire de TArabie. 

Schrader (5) suppose que le groupe sémitique du nord se 
sépara le premier pour venir essaimer eji Ghaldée (akkadien); puis 
cju'à son tour il se divisa, les Araméens puis les Hébreux se diri- 
geant vers l'ouest, les Assyriens vers le nord ()). 

A l'époque où écrivait Schrader, son système ne reposait ([ue 
sur une hypothèse; mais aujourd'hui, depuis les récentes décou- 
vertes de Ghaldée et de Susiane, cette supposition prend corps, 
s'appuyant sur des déductions archéologiques et épigraphiques. 

(1) Mémoirede hi DéléyalionenPerseipassim). moabite) se ressemblent tellemenl eiilic eux 

(2) Celle langue esl de la forme de celles qu'on peul les considérer comme les frac- 
qu'on esl convenu de nommer louraniennes, lionnemenls d'une même langue. Les Sémites 
appellation vague, dont il ne faut retenir que ont donc vécu ensemble dans une union plus 
ce fait quelle n'est ni sémitique, ni aryenne. étroite que celle que nous font connaître les 

(3) Fritz Hommel (Die Nanien der S;iuge- documents écrits. (M. J. Lagisange, Relig. 
lliiere, Leipzig. 1879, pp. xx et 480. — La patrie .semi'/., 1905, p. 12.) Et il en esl de même pour 
originaire des Sémites, in Alti del IV Con- les peuples parlant des langues dites aryen- 
gressodegli orienlalisli, Firenze (1878). 1880, p. nés. Quant au.\ autres groupes linguistiques, 
217, sq., place le berceau des Sémites dans la leurs origines sont encore confuses. 

vallée du Tigre, à l'ouest de Uolwan. Celle (5) Schradek, Die Abstammung der Chal- 

opinion esl aujourd'hui complètement aban- daeer und die Ursitze der Semiten, in 

donnée. Zeil.srh. d. d. Mon/enl. Ges., t. XXXVU. 

fi) L'assyro-babylonien, l'araméen, l'arabe, Leipzig, 187.'^. 

l'éthiopien et le cananéen (hébreu, pliénicien, (G) Bekose, Fragin, édil. Lenormaut. 



I/ASIK W'I l-IÎIKUnE ET i;K(iVl'Ti: A.MIMIISTOIUOUKS ISÔ 

La Chaldéo à elle seule ne foiiiiiil ([iie l)ien peu de rcnsei- 
gnenienls sur rinvasion sémitique; c'esl clans des parlieularités 
linguisli(|ues, déjà savamment exploit(''es, et dans les légendes 
chaldéenues, (|ue sont les meilleures sources. 

Des traditions antiques, recueillies par Bérose (1), l'ont \euir 
ces premières invasions de la péninsule arabe i'I), des îles du golfe 
Persique (3) et des côtes avoisinantes. 

Le nord de l'Arabie était alors ce (ju'il est aujourd'hui : un 
désert semé de rares oasis où les caravanes ne s'aventurent 
guère ('i). 11 formait une barrière entre la (Uialdée et les pays habi- 
tés de la presqu'île; mais au sud s'ouvr;iit le golfe Persique et 
la voie maritime. Les Sémites des côtes s'y aventurant, trouvè- 
rent au fond du golfe des terres fertiles, des habitants encore 
plongés dans la sauvagerie, et s'établirent parmi eux, leur ensei- 
gnant ce (ju'ils savaient eux-mêmes, profitant des notions qu'ils 
rencontraient chez eux et enfin, se trouvant |)eu à peu en giand 
nombre, ils les absorhèrent. Ainsi ce n'est pas du centre de 
l'Arabie qu'il convient, semble-t-il, de faire venir l'invasion sémi- 
tique; mais bien du sud, des pays d'Oman, de Hahrein ! 5 , etc. 

Ces faits, que la tradition énonce, tous les témoignages 
scientifiques viennent jusqu'ici les contrôler. Cette tradition se 
rapporte à la légende d'Oannes qui, arrivé par la mer, civilisa les 
peuples vivant jusqu'alors sans règle, à la manière des animaux. 
Un second être fabuleux, Annèdolos, sortit encore des flots après 
une première dynastie dont .4 /d/'os, Ala/xiros et Amillaros sont 
les types et qui gouverna pendant un nombre considérable d'an- 
nées (92.800 ans, suivant Bérose) (O). Puis les Oannes, sous divers 
noms, se succèdent à intervalles irréguliers; de sorte <iu'en tout 
six apparitions, venues du golfe Persique, guidèrent la conduite 



(1) Cf. SpRENOEH, Lc'/f/i ((. 1. élire d. Muluun- (4, Demis jours, lo courrier jiralx' qui |ii(rl<- 
mad, l,3H, <,q. — Id. Aile (ieoijr. Anihienx, p\\. la poste ciilie Ba<i(l;id et Damas parcoiiit 
293-295, note p. -29 . — Sciii'.adeiî, Zeils. d. ccUe distance i/^OO kilomètres) en neuf jours 
Morg. Gesell., t. XXVII. — G. Maspeuo, Ilist. sur nn cliameau, cl dans la >aison scclie 
(inc. p. Or., lf<93,p. I.'ÎT. ne rencontre ipie trois points d'eau. La roiilo 

(2) Hérodote (VII, «•) place à IJahrein l'ha- traverse \Vadi Haoïiràn. W. Kl Gheira el 
bital primitif des Phéniciens. Amloud el (Jhonmar. J. M.) 

(3) 11 semblerait que les Sémites fussent, iTii I.ile lic Balirein renferme uiir mulliliide 
dès leurs débuts en Chaldée, divisés en trois de tombeau.x antiques; mais jus(pi'ici nous ne 
branches, l'une habitant le Djéziret (pays pouvons leur assigner une époque. (Cf. .\. 
situé entre les deu.K neuves), les Suméro-Acca- .Iolan.mn, Les lumuli de nalircin, ds Méni. 
diens; une autre plus au sud, vers les déserts t/c ht Dclr;/. en Perse, l. VIII, !iK)5, p. 1 1'.»- 
arabiques, les Araméens ; el enfin une troi- l.'iT.) 

sième sur les côtes et dans les îles du golfe (tJ) Berose, Fra/jm. I.\, X, XI. édit. Lcnor- 

Persiqiie. Cf. Fr. Deutzsch, U'o lag dus Para- niant. 
dies ? pj). -JI^T-^il, ibl, S(|. 



186 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

des hommes pendant la période de 691.200 ans qui précéda le 
grand déluge. 

Dans ce « grand déluge », on ne peut voir les inondations qui 
ont marqué la fin de l'époque glaciaire ; car, en ces temps, la 
Ghaldée n'existant pas, l'Arabie n'y pouvait venir coloniser. 11 ne 
peut donc y avoir que rappel du souvenir d'un cataclysme d'im- 
portance secondaire, quoique mémorable, dont nous ne possédons 
pas de traces géologiques (1). Il demeure, toutefois, deux faits 
dominants, la direction de l'invasion et, bien que très exagérée, la 
longue durée de l'influence sémitique, souvent renouvelée avant 
l'absorption définitive. 

Cette conquête ne fut pas, à proprement parler, une invasion : 
les Sémites occupèrent d'abord pacifiquement les points mari- 
times et de là, de proche en proche gagnèrent lentement tout le 
pays. S'il y eut des guerres, elles furent de peu d'importance ; 
car la population se trouvait alors politiquement très divisée. Seul 
un peuple, habitant une région plus facile à défendre, résista (2) 
jusqu'à rétablissement de Tempire (3) suméro-akkadien, ce fut 
celui d'Élam ; d'autres peuplades moins fortes émigrèrent plutôt 
que de se soumettre. 

Ce que nous savons des anté-Sémites de l'Asie antérieure 
montre (|u'avaut la conquête, ces pays étaient occupés par des 
populations parlant des langues, dites sumériennes, d"un déve- 
lo|)pement bien moins avancé que l'akkadien. 

L'élamite aujourd'hui mieux connu, grâce aux beaux travaux 
de Y. Scheil, se montre sous cette forme primitive. Ses racines 



(1) Dans CCS pays il se produit, parfDis de 1er- trouve relatée et chantée la défaite du roi 
ribles inondations. Les vieillards d'Arabistan d'Elam et lasservissenienl de son pays, 
m'ont narré que, dans leur jeunesse, la Kerka Khoumbasitir fut aussi roi d'Ëlani ; mais nous 
avait débordé de telle manière que toute la ne possédons que son nom. Koudour-Koukou- 
l>laine était couverte d'eau et que les ruines mal (également roi d'Elam), plus heureux que 
de Suse formaient une ile. D'autre partj'ai vu, Khoumbaba, prit et dévasta Babylone; les 
le 18 mars 1904, la rivière de Douéridj, au armes élamites avaient alors vaincu celles de 
Poucht-é-Kouh, généralement large de lu ou Chaldée; c'est tout ce que nous savons jusqu'à 
1.") mètres, s étendre en moins d'une heure, ce jour sur la première guerre d'indépendance 
il la suite d'un orage, sur toute la plaine large élamite. (.1. M ) 

en cet endroit de plusieurs kilomètres, entrai- (3) Le premier patési <le Susedonl nous con- 

nant tout dans son lit, bestiaux, gibier, arbres naissons l'existence est Our-ilim (nom dou- 

et broussailles. Un pareil phénomène se pro- teux); il vivait au temps de Charrou-oukin qui, 

duisant dans des grands fleuves est de nature au commencement de son règne, avait soumis 

à laisser dans l'esprit des liabitants 1 impres- l'Elam et est indique dans les textes comme 

sien d'un déluge universel. (J. M.) étant le père de Naram-Sin qui, suivant Na- 

(2) Klioumbaba (roi d Elam), comme son nom bonide, vivait eu 3750 avant notre ère. Or, nous 
l'indique, personnifie, sans aucun doute, la savons que c'est vers â-280 que Koudour-Na- 
puissance élamite dans sa lutte contre la con- khounte secoua le joug sémitique; c'est donc 
(|uètede l'élément sémitique. Dans l'épopée (lu 1.500 ans environ que dura l'occupation su- 
héros national misopotamicn Ghilgamech, se méro-akkadienne de l'Elam. (J. M.) 



L'ASIF ANTKIUEURK ET LKC.VPTi: AXirMIISTOIUOUES 



187 



monosyllabiques s'agglutinent et, si les mots en résultant sont sus- 
ceptibles de flexions simples, c'est que la langue piimitive agglu- 
tinante a subi rinniieiice d'un parler plus («levé, lui empruntant 
ridée de la flexion sans toutefois s'en aj)proprier les formes. 

Il en est d(> môme du vamiique, langue parlée dans TArménie 
à l'époque ass\ riciiiic et qui n'a rieu de commun avec les idiomes 
sémitiques. 

De toutes les langues de l'Aslt» aMléri<'ure, ces deux seulement 
nous ont laissé des documents écrits; je ne parle pas du hittite, 
(|ui, probablement, aj)partiei)t au môme groupe quant à sa forme; 
mais dont les hiéroglyphes ïi'ont pas encore été déchifl'rés (1). 



?) cv. 



,^ /W /\ ^ 



j^ 







^T=># 




Inscription hiéroglyphique hétéenne de Djerahlus (d'ap. Wright, The 

Empire, pi. X). 



Quand je dis groupe, je n'entends pas affirmer que ces diverses 
langues soient parentes, loin de là; mais je réunis ces peuples, non 
.sémites et anaryens, comme ayant fait le fond de la population 
dans l'Asie antérieure et comme |)a riant des langues moins déve- 
loppées que celles des envahisseurs. Les nombreux dialectes 
karthweliens (2) seraient aujourd'hui les derniers représentants 



(1) Les récentes fouilles allemandes à Bop- 
liaz-Keuï ont mis à jour un «^rtind nombre de 
tablettes écrites en caractères ciinéifonnes 
dans l'idiome de-^ Hétéen s, et, par certains mots, 
Winckler se croit autorisé à reconnaître dans 
cette langue des indices indo-européens. Dans 
ce cas, les llétéens seraient les [)remiers avant- 
coureurs des migrations arvennes ; mais ces 
affinités linguistiques sont encore trop vagues 
liour qu'on puisse les faire entrer en ligne. 



(2)« La première tentative faite en vue d'ana- 
lyser scientilîquemenl la langue géorgienne se 
trouve dans un article de J.-A. Gattcyrias (dans 
la liev de linyuiftliqite el de p/iilologr. comparée, 
XIV, juillet 1S81, pp. '275-:ill). En lisant celte 
étude, il est impossible de ne pas être frappé 
de la ressenii)Iance des résultats obtenus par 
M. Galteyrias avec les faits grammaticaux des 
inscriptions vanniques. » {.V.-H. SAvcr;, The 
Cuneifonn inscr. of Van. \k H1.) 



188 



LES prp:mièri::s cimlisations 



de cet ensemble, parlé par des peuplades auxquelles certains au- 
teurs ont donné le nom vague de blancs allophyles. 




Développement d'un cylindre hié- 
roglyphique trouvé à Suse. Cf. 
Méin. Délég. en Perse, l. II, 19U0. 
V. SciiEiL, textes élamites-sé- 
mitiques, \^. 129 (1). 




Empreinte d'un cylindre- 
cachet portant une ins- 
cription hiéroglyphique 
pur une tablette proto- 
élamite [Ibid.., t. X, fin^. 



L'écriture fournit également des renseignements très précieux. 
On sait que les caraclères dits cunéiformes dérivent d'un système 
hiéroglyphique (2) qui, probablement lui-même, descendait de la 
pictographie (3). Or, les fouilles de Suse ont non seulement fourni 
des exemples de récriture hiéroglyphique < V, niais aussi une 






Inscription proto-élamite 
sur argile (51. 






ticMïï 







Inscription pndo - élainite (sur 
pierre) de Knriliou-cha-Chou- 
chinak (fi). 



série nombreuse de documents montrant une évolution spéciale 
de l'écriture, indépendante de celle de la Chaldée (7). 



(1) " An seul aspect (les signes on e>l fiappé 
de la haute anliquilé qu'il faut leur attribuer. 
Ce sont, semble-t-il, de vrais hiéroglyphes 
et cependant de tous les objets, outils, ani- 
maux, etc., il n'en est pas un que nous puis- 
sions idenlifier avec certitude. Le premier à 
gauche est peut-être un insecte {amilu ?) ; 
le deuxième, un séran ou un double peigne 
rabrabit ? ou ak ?] ; le troisième, un homme de- 
bout portant quelqHe charge ina-zikara?) ; le 
quatrième, des grains de blé ; le cinquième, 
le signe apin (iriisu ■?) et enfin, le dernier signe 
à droite ne présente rien de bien déterminé. •> 
(V. ScuEiL, op. cit.) 

(2) Cf. J. DE MoRG.\N. Note sur les procédés 
techniques en usage chez les scribes babylo- 
niens, ds Recueil de Irauaax, t. XXVIL 1005. 



— W. HouGHTO.N, On the hieroglypii or pict. 
orig. of Ibe charact. of the assyr. syllabary. ds 
Trnnsact. oflhe Soc. of Bibl. arcliaeol., t. VIL 

— PiNCHES, Archaïc forms of Babyl. charact, 
ds Zeilschr. /'. Keilschriflfor.sclnmg, t. H, p. 140- 
156. 

(3) Cf. W. HoL-tiUTON, op. cil. 

(4) Cf. Mémoire.^ de la Délégalion en Perse. 
t. IL 1000. p. 1-29, fig. représentant un cylindre 
découvert à Suse, portant un texte hiérogly- 
phique. 

(5) Cf. Mém. Délég. en Peine, t. VL pi- XXI. 
(tl) CL V. ScnriL, Mém. Délég. en Perse 

t. VL textes élainites-sémiliques, pi. II. p- f, 
sq. xxxvn' s. av. J.-C). 

(7) Cf. V. ScuEiL, ds Mémoires de la Déléga- 
lion en Perse, t. \1. VMb, p. 59, sq. 



i/Asii; \Mi-i!ii;riu-: i;t i.kc.vi'Ii; ANTK-iiisroiîioi i:s 



189 



Plus loin vers le nord-ouosl, dans la (lap{)adoce, le ])eu|)le 
liétéen, probablement apj)ai'enté aux peuples anté-sémilcs de la 
Mésopotamie, faisait encore, sous les lîamessides (dix-huitième 
siècle av. J.-C), usage d'hiéroglyphes dont nous ne connaissons 
j)as encore la ch^f, il est vrai; mais qui [)eut-être sont de même 
origine que ceux de leurs voisins du sud-est (1 1. 

L'Egypte, enfin, semble avoir reçu de l'iVsie les hiéroglyphes 
on tout au moins les principes de ce procédé graphique (2j; quant 
à l'Arabie, on n'va pas encore signalé la moindre trace d'écritures 
figuratives ou hiéroglyphiques. 11 semble donc que les Sémites 
n'en possédaient pas la notion avant leur arrivée sur les bords de 
TEuphrate et du Tigre. 

Par contre, nous voyons se développer en Élam. dès les temps 
les plus reculés fénéolithi(jue ou même néolithique), l'art de la 



Oy@ 




! 



H 



^/^ 




Cunéifoi'iiie^^ linéaires (3 



Cunéiformes linéaires (4). 



peinture cérami(|ne. La figuration de l'homme, des animaux et 

des plantes inn)li(|ue, chez ces i)euples, l'idée de la |)ictographie. 

M'appuyant sur ces considérations, je crois pouvoir attribuer 

aux anté-Sémites Tinvention des hiéroglyphes, que peu à peu leurs 



(1) Dernièrement il a éli'- découvert à Ani 
(Arménie russe), un l'raginenl de polerie por- 
tant des signes qui semblent cire des hiéro- 
glyphes. Ces signes, contemporains, d'après les 
conditions de la trouvaille, de l'époque on les 
cunéiformes étaient encore en usage, montrent 
(pie dans ce-> temps relativement très bas 
(juelques langues du Nord, elles aussi, em- 
ployaient le système liiéroglyphique. (Cf. Ver- 
Itandluntjen der Ilerliiier Gexellschaft. f. An- 
llirop., etc., 1902, p. 230, lig. 18 et 19.) 

(-2) C'est dans la tombe royale de Négadali 
que, pour la première fois, nous voyons appa- 
raître les hiéroglyphes et, jusqu'à ce jour, au- 
cune trace de piclographie n'a été rencontrée 
dans la vallée du Nil. « U semble évident que 
la connaissance de l'écriture en Egypte dérive 
d'une source asialiipie ; mais l'écriture égyp- 
tienne ne dérive pa>. des caractère linéaires 



babyloniens et encore moins des cunéiformes. 
11 est probablement plus e.xact d'affirmer que 
les hiéroglyphes égyptiens et les cunéiformes 
primitifs ont eu un ancêtre commun dont au- 
cune trace n'a survécu. " (E.-.\. Wai.i.is-Bi i>ge. 
r-lgijpl . in llip neolilliic and archaïc period, 1902, 
!>. il ) Quant à la peinture céramique, comme 
on ne la trouve pas, en t;gyi)te, dans les sta- 
tions antérieures au métal, j'estime qu'elle est, 
comme les hiéroglyphes, d'origine étrangère. 

{:>.] Sur une tablette de pierre provenant de 
Vokha (Basse-Chaldée). Cf. Mém. de la Délcy. 
en Perse, V. Sciieu.. t. II, 1;K)0, te.\tes élamites- 
sémitiipies, p. 130. 

(i) Inscri|ition de Karibou-clia-Choucliinak, 
jiatési de Suse, conlemi)orain de Doungi, roi 
d'Our (.x-x-wn' siècle av.' J.-C). Cf. 'V. Scueil, 
Mém. Déléy. en Per.se, t. VI, le.vteS élamiles 
sémitii|ues, 1900, p. 7. 



190 l^I^^ l'UKMIÈRES CIVILISATIONS 

vainqueurs ont transformés en cunéiformes linéaires ; alors qu'eux- 
mêmes, développant leurs signes primitifs, produisaient récriture 
proto-élamite. Ce fait semblerait démontrer que l'Elam, bien que 
faisant, à tous points de vue, partie de la plaine, conserva plus 
longtemps que la Chaldée une large part d'indépendance. 

Les tablettes d'argile et les textes lapidaires, malheureusement 
très courts, que nous possédons en ces caractères, montrent une 
évolution spéciale de l'écriture. Toutes deux, la proto-élamite et 
la sémite de Chaldée, seraient, semble-t-il, issues d'un même point 
de départ; mais tandis que l'une, celle des Sémites, s'est dévelop- 
pée jusqu'à devenir presque alphabétique (perse achéménide), 
l'autre s'est éteinte trois mille ans environ avant notre ère. 

Aucune trace d'écriture proto-élamite n'a été rencontrée jus- 
qu'ici dans la Chaldée })roprement dite ; il nest donc permis de 
formuler que deux hypothèses : ou bien la Chaldée a été conquise 
longtemps avant la découverte de Pécriture pictographique, alors 
c'est en Elam que les Sémites auraient piis l'écriture à son origine ; 
et le développement se serait fait parallèlement sous deux formes, 
l'une en Elam (pré-élamile), l'autre en Chaldée (cunéiforme) ; ou 
bien les Akkadiens auraient apporté avec eux l'écriture cunéiforme 
archaïque déjà constituée. Si cette dernière supposition corres- 
pondait à la réalité des faits, si l'Elam lui-même avait reçu les 
cunéiformes tout formés ; nous ne trouverions pas, dans les 
ruines de Suse, des textes hiéroglyphiques et surlout les traces 
d'une évolution des signes indépendante de celle des Sémites, 
rappelant des formes plus archaïques que celles qu'on rencontre 
en Chaldée. De ces deux hypothèses, la seconde semble être la 
moins rationnelle. 

L'Elam, inventeur des hiéroglyphes en même temps peut-être 
que les pré-Sémites de Chaldée, les aurait dévelo[)pés pendant de 
longssiècles; alorsquelesSémites qui les connaissaient également, 
soit par contact avec TElam, soit par les peuples qu'ils avaient sub- 
jugués, développaient ce système indépendamment de l'Elam (1). 
Suse, par les conquêtes des empereurs sémitiques, fut appelée à 
faire usage de l'écriture de ses vainqueurs; et lors(|u'elle reconf{uit 
son indépendance, ses caractères nationaux étaient depuis long- 



(1) Bien des auteurs, admettant une invasion l'écriture. (Cf. J.Oppert, Rapport à S.E, le mi- 
lle la Chaldée par les Suméro-Akkadiens, sup- nislre de l'Inst. pubL, mai 1856, p. 11, sq.) 
posent qu'à leur arrivée ils connaissaient 



L'ASIE ANTÉUIKUUE KT L'ÉGVPTi: A.M K-HISTORIQUES 



191 



temps oubliés. Elle mit les signes sémitiques au service de la 
langue anzanite. 

L'existence en Elam 
d'un |)eu|)le non sémite est 
également prouvée par 
l'anthropologie qui signale 
les restes d'une race doli- 
chocéphale, apparentée aux 
négritos, parmi les popula- 
tions actuelles de TArabis- 
tan (1). 

Ces observations se 
confirment par ce fait que 
sur les bas-reliefs les plus 
anciens (2), trouvés à Suse 
comme en Chaldée, on voit 
fréquemment figurer des 

Fragments de lahleUe découverte à Ninive, 
fournissant l'explication, en caractères cu- 
néiformes, des liiéroglyphes primitifs (3). 

personnages répondant au type 
négrito . La stèle triomphale 
de Naram Sin (4) , entre autres 
(trente -huitième siècle avant 
J.-C), montre ce souverain, de 
type sémitique, marchant à la 
tète de ses neuf vassaux qui, 
presque tous, présentent les ca- 
ractères de la race signalée par 
l'anthropologie. 

Les négritos, comme on le 
Uevzey deSai^zec, DécouvertesenChaldée, sait, sont des populations fort aii- 

pl. IV ter, fig. 2. . ' . . n, 

ciennes, apparentées a 1 homnii' 
pléislocène de l'Europe, l'éparties de nos jours dans des habitats 





Fragment du texte de la stèle dite des 
Vautours, du rci Eannadou. 



(1) Cf. l'Acropole de Suse, par M. Dieulafov, 
IS90. Appendice par Frédéric Houssay. 

(2) Cf. D"' PiNCHEs, in Journal of Ihe Roijal 
Axtatic Socielij, janvier 190<), pp. 87-93. 

(3) (Cf. HoLGHTON, On the hieroglyphic or 
piclure origin of the characters of Ihe assy- 
riari syliahary, in Transactions, I. VI, p. i5i. 



— Fu. I.ENOUMANT, llist. ancienne de l'Orienl 
1881, 9' édit., I., I p. 420. — .J. Menant, Lero^s 
d'épi(jrapliie assyrienne, 1873, pp. 49 el 50. — 
G. iVIaspero, Histoire ancienne de l'Orienl cltis- 
sique, 1895, t. 1, p. 727.) 

(i) Cf. Mémoires de la Déléijalion en Perse, 
t. I, 19O0, pp. 14i-l.^)8, pi. X. 



\i)-) Li-:s phi:mières civilisations 

sporadiques, on les ont cliassés les invasions successives des 
])euples de civilisalion supérieure occupant aujourd'hui leurs 
anciens territoires. 

Sans ])nrler des nc«-i-itos de la .Mëlanésie et des îles de la 
Sonde, ni de ceux de Tlndo-Cliine que j'ai visités à Malacca(l), 
je citerai ceux qu'on rencontre aujourd'hui confinés dans le centre 
(h' l'Inde ; alors que toute la péninsule appartient à des races de 
venue relativement récente. 

Il est ])ossihle qu'aux temps qui nous occupent l'Indo-Ghine, 
l'ilindoustan, le versant méridional des monts de Perside, lElam 
el la Chaldée eussent été peuplés de ces négritos dont nous 
rcirouvons les traces en Arabistan et dans les Indes, ou tout au 
moins d'une descendance des races (juaternaiies. Un objectera 
(|ue les négritos étudiés juscju'à ce jour sont tous brachycéphales 
ou sous-dolichocépliales, tandis que les types reconnus en l-]lani 
sont dolichocéphales comme les nègres d'Afrique, comme les 
hommes pléistocènes (h> ri^uroi)e occidentale. Mais il n'existe pas 
de raisons pour i-ejeter Thypothèse dune parenté éloignée entre 
les pré-Sémites de Chaldée et les Africains ou les Européens qua- 
tei-naires (2). Je dirai plus, il importe peu (|ue les crânes tle ces 
pré-Sémites appartiennent a une forme ou h une autre; le fait, 
surtout, qu'ils ont existé intéresse l'histoire (3). 

Si les Sémites ont été maîtres politiques en Elam pendant deux 
mille ans environ, ce n'a jamais été aussi complètement qu'ils le 
furent en Chaldée. Leur domination ne vint probal)lement à Suse 
(pie bien longtemps après la conquête du pays des deux fleuves; 
c'est pourquoi les ]-:lamites. subissant moins fortement l'influence 
des conquérants, ayant conservé libres leurs territoires monta- 
gneux et là un reste d'indépendance nationale, ont gardé leur 

(1) Cf. DE MoiiGAN. Bull. Sur. normande de saut sur la distribulioii géographique des di- 

Géoqraphie, 1881). - 1d.. l'Homme, 188.-,. verse- e^>èce<, aclucUes de Lémuriens el des 

ii) Les iiaturalisles. IVapiiés des analogies races nègres el négritos (rien ne prouve d'ail- 

(pii e.Yislenl entre rAfrii|ue el l'Asie méridio- leurs que ces deux races huitaines soient ap- 

nale au point de vue zooiogiqiie, ont cherclié i)arentéesi. Il en est de même, d'ailleurs, pour 

à les expliquer |)ar la supv.osition de l'e.xis- les autres mammifères, car l'Afrique centrale 

knce d'une terre aujourd'hui di-parue. La el méridionale, dune f.art, et l'Inde, de 1 autre, 

>. Lcmurie» de Hœckel aurait été un vaste con- forment, au point de vue de la faune, une re- 

lincnt, situé à hi place de 1 actuelle mer des gion naturelle. (Cf. A. Murr.w, The Geogr. dis- 

Irules, reliant 1 Oueslde l'Inde à l'i-lst de lAfri trib. of mammah, 18G(;.) 

(pie. C'est là que Ha-cUel place le l.erceau de ('3) 11 esl fort probable que les autochtones 

llmmanité. Le nom de Lémurie élanl tiré de de l'Asie antérieure appartenaient à plusieurs 

celui des Lémuriens, famille de siMi;esdont le familles .anllirppolùgiL|ues et linguistiques, et 

naturuliste allemand fait descendre Ihomme. ipie les peuiiles du Nord étaient entièrement 

G. de jMortillet {Malériaux, 188Lp. Uli accepte différents des négritos du Sud. fJ. M.) 
I li>pothèsf de l'existence de cette terre, se ba- 



LASIE ANTKHŒUIU-: ET L'EGYPTE A.NTK-llISTOiUOUES 193 

langue, leurs usages et plus tard à mrnu^ de reprendre leur en- 
tière liberté. 

L'ElamforniaiL prol)ablement déjà un véritaljle Etat quand les 
Sémites l'occupèrent. Seul, un peuple constitué est capable d'uu 
mouvement de rèaclion comme celui (|ui prit place vers la fin 
du troisième millénaire, sous la couduile de Koudour Nakli- 
khountè l'Ancien ; tandis qu'en Chaldée, assemblage sans cohé- 
sion de petites tribus, l'asserx issement fut rapide et définitif. Si les 
Sémites ont soumis l'Elam, ce ne fut (|ue pour écraser un ennemi 
qui menaçait leur empin» ; mais ils ne colonisèrent pas sur les 
bords du Kàroun et de la Kerkha, comme ils l'avaient pu faire sur 
les rives de l'Euphrate et du Tigre, 

Quant à la cause qui porta les Akkadiens à (|uitler leur patrie 
d'Arabie, elle nous échappe. La migra Lion ne fut d'ailleurs que par- 
tielle; la péninsule demeura peuplée de Sémites. Elle fut très 
importante ; en eflet non seulement elle couvrit la Chaldée, mais 
aussi elle essaima en Egypte, enSyrie, sur lehaut Tigre, etfit rayon- 
ner son influence jusque dans les îles de la Méditerranée. De- 
vons-nous l'attribuer à des éruptions volcaniques rendant certains 
districts arabes inhabitables (1) ; à l'immersion de terres autrefois 
peuplées ; à des modifications climatéi icjues, transformant en 
déserts arides des provinces jadis riches ; ou à des guerres, à des 
luttes entre tribus, obligeant les vaincus à s'expatrier .' Il n'est 
pas nécessaire, je crois, daller chercher si loin les causes de ce 
mouvement. Comparée à l'Arabie, la Chahb^e était un pays privi- 
légié ; les colons y affluèrent, tentés par ses richesses, lente- 
ment d'abord et par groupes isolés; puis en j)lus grand nombre, 
Jusqu'à imposer leurs volontés aux indigènes. Ne voyons-nous 
pas dans l'histoire cent exemples de semblable pénétration lente ? 

Le premier départ des Sémites d'Ai-abie remonte siuemenl a 
une très haute antiquité, à cincj ou six mille ans au moins avant 
notre ère; en sorte qu'au moment où débute pour nous l'histoire, 
vers ùOOO avant J.-C, les premiers habitants de la Chaldée étaient 
déjà absorbés (2). 

Il ne faudrait pas, comme ou Fa lente, s'appuyer sur \o manque 

(i;Lapliiparldesvolcans<leriitliiopieclaioiit lieu i)rès do Mcdiiie en l-25t). (Cf. Holdas, 

viicore en feu à Tépoque des Ptolémées (m' à Comptes rendus Acad. Se, t. CXXXVHI, p. 415.') 

i"s. av. J.-C. )el quelques cônes, sur les bords (i) L'absorption d'un peuple par un autre 

de la mer Rouge, en Arabie, n'ont que depuis n'exige pas un temps aussi long que bien des 

peu cessé d'être en activité. Une éruption eut auteurs sont tentés île le penser. Ouel(|ues 

i:{ 



19Zi 



LES PIŒMIÉRES CIVILISATIONS 




I.ASIE AXTKRIELIRE KT I.ÉGVI'TE ANTK-IIISTORFOUES 195 

complet de textes aj)|)arlenant en propre aux Sumériens pour nier 
leur existence ; car TElam, (|ui cependant avait conservé sa vie à 
part des Sémites, ne nous a laissé aucun document de langue 
anzanite pendant qu'il était sous le joug akkadien. 

C'est aux Sumériens (1) qu'on doit attribuer les premiers 
établissements fixes dans la Mésopotamie ; ce sont eux qui ont 
laissé les couches })r(»l"()U{les dans les tells de Suse, de l'Elam, de 
la Chaldée et dans les vallées du Zagros et du Poucht è Kouh, 
du Sirdjar, de TAnti-Liban ouvertes sur la plaine. Leur première 
industrie est néolilliicjue, j)eut-(Hre même énéolilhique ; elle se fait 
remarquer par rexiguïlé des instruments. Cela tient à ce que le 
silex, inconnu dans la plaine, faisait l'objel d'exportation des 
vallées voisines, sous forme de galets roulés. 

La poterie primitive, d'abord certainement très grossière, est 
encore inconnue. Elle nous apparaît seulement alors qu'elle est 
devenue fine el habilement ornée de ])einture ; c'est l'une des 
caractéristiques principales de cette civilisation très ancienne, 
mais secondaire. 

Les stations néolithi(|ues sont nombreuses ; il en existe vers le 
Liban, dans les plaines (|ui bordent l'Euphrate, à tous les points 
d'eau naturels. Au sud, en Chaldée, les tells les plus anciens repo- 
sent sur des couches néolithiques et énéolithiques, preuve que 
ces villes remontent à des âges incalculables. 

A Yokha, ville d'une très haute antiquité :'2l, située au centre 
de la plaine, au nord du Chatt el Hay, les couches inférieures 
abondent en silex taillés. Ce sont des nuclei provenant de galets 
roulés, des lames levées avec une extrême habileté, d'une grande 
ténuité et ornées de retouches extrêmement fines, de très petits 
instruments, poinçons, grattoirs plats, scies à un ou à deux Iran- 



^iècles seulement ont suffi aux Romains pour anzanite que spcciule à rliacun des tieux 

absorber tous les éléments elhni(iues de leur peuples? (.1. M.) 

péninsule;aux Allemands, pour germaniser les (2) Voklia se nommait dans l'antiquité Ouh 

Slaves de Prusse; aux Américains, aux Austra- ou Onhhou (je lai visitée en octobre 1899); elle 

liens, pour supplanter les races indigènes. La faisait partie dun petit royaume composé de 

rapidité de l'absorption dépend uniquement trois villes très voisines l'une de l'autre (au- 

de l'importance numérique et du la force vilab^ jourdhui Yokha, El Hammam et Oum el "Aga- 

de la race nouvellement arrivée. Certainement reb). Les ruines en sont considérables ; la base 

un millier d'années a dû suffire pour sémitiscr des tells est composée de cendres où abondent 

la Basse Cbaldée cl l'amener au point de se les silex taillés et les débris de poterie gros- 

constiluer en empire. sière ; au sommet sont des murailles très an- 

(1) n est certain que les langues sumérienne ciennes, car ces villes, ruinées par Hammoii- 

et anzanite ne sont pas apparentées; maise>l-il rabi vers le vingtième siècle, ne se sont jamais 

probable que les deux peuple-; ai)partinssent relevées. On voit encore près d'elles les canaux 

à une même souche ; et que la culture qui se qui leur apportaient l'eau nécessaire à la vie 

développa, aux origines, fût pliitùl suméro- et à la cidlurc. (.1. M.) 




iPetra 



o Noms 
^ Pabnyre +« 



o Hamas 



CARTE PRÉHISTORIQUE 

DE LA 

Syrie 

d'après H.VjIlCent "Canaan ,,1907, 

ûgllGet 277, G. Zumoffen "LaPhénu:. 

axtant les Phéniciens, 1900. p 2, 

et. les Notes de 1 Auteur 

LÉS£/VO£ 
♦ Statwns auaternair&s. 
+ n^xilUhicn^. 

nHoimens. 



L'ASIE ANTKHIKLKH HT l/ÉGVPTI- ANTÉ-IlISTOHir)LES 1<J7 

chants, consliLuaiiL un oulillage complet tel que nous le rencon- 
trons dans nos stations préhistoriques d'Europe. 

Tépch (loulam (1), au Poucht è Kouh, appartient à la même 
phase, que je considère comme la plus ancienne dans celte partie 
du pays, où l'industrie mésolithique n'apparaît nulle part. 

A Suse, (h\ns les niveaux les plus bas du Tell (énéolithique) 
(vers 25 mètres de profondeur), on rencontre les types de Yokha; 
mais les nuclei et les instruments sont j)lus grands (2), parce que 
non loin coule la Kerklia, fleuve impétueux roulant de gros galets. 

Dans ces ruines, quand on remonte au travers des couches, la 
taille du silex se perfectionne ; les tètes de flèches et de lances 
apparaissent, présentant deux formes bien distinctes : la feuille de 
laurier (3) (forme dite solutiéenne) abondante, et la pointe bar- 
belée (V) (type robenhausien), plus rare ; mais toutes deux sont 
contemporaines et appartiennent à l'industrie énéolithique. 

A ce grouj)e il convient de rattacher Tépèh'Aliabad et Té])èh 
Moussian au ])ied du Poucht è Kouh (5 . Là, comme à Suse, on ren- 
contre dans les tombeaux (Q) avec le mobilier néolithique, les vases 
peints (7) ornés de dessins géométriques (8), de figurations d'ani- 
maux (9), de i)lantes (10); et quelques objets de cuivre (11) viennent, 
par leur présence, témoigner de Page relatif de ces sépultures. 
Le plus grand développement de la céramique peinte, à Suse (12), 
corres|)ond à l'industrie énéolithique, puis peu à peu les formes, 
les qualités techniques et les goûts artistiques d'antan s'altèrent 
pour disparaître lentement au cours des temps historiques. Les 
silhouettes seules persistent pendant bien des siècles encore (13). 
La cérami<|ue peinte ne se montre que rarement en Chaldée (1/i), 
parce que probablement la conquête fut efTectuée par les Sémites 

(1) Jai dccouverl celte localité en 1891. Cf. (12) Cf. Mémoires de la Délégation en Perse, 
J. DE MoRt.AX, Mission scientifique en l'er.se, t. I, l'JOO, pp. 183-190, pi. XVII-XXII. 
t. IV, Etudes archéologiques, I" partie, p. 1. (13) Les sépultures de Warka et de Mou- 
Ce n'était qu'une simple station, un campe- gheir renferment quelques ornements de fer, 
ment, sur le bord d'un des nombreu.x ruisseaux tandis que tout l'armement, les ustensiles 
qui descendent du Pondit è Kouh. métalliques sont de hron/e. J'ai fait à Suse 

(i) Cf. Mém. Déléij. Perse, t. L 1900. pp. 191- (1908) la même observation lors de la décou- 

195, fig. 389-423. verte, à 15 mètres de profondeur, d'une ca- 

(3) Cf. /'/., fig. 414 et 41t'). chette 'ou d'une sépullucc), remontant certai- 

(4) Cf. ù/., lig. 417 et 418. nement à 1 époque de 1 Empire suméro-akka- 

(5) Cf. Mémoires de la Déléijntion en Perse, dien. Le fer n'avait été employé dans ce 
l. Vin, litoe, pp. 59-148. mobilier (jne pour de très petites amulettes; 

(6) Cf. id., fig. 109, 110, liri-UCi. alors que tous les ustensiles, instruments et 
0) Cf. id., fig. 135-28G. armes étaient en bronze. (J. M.) 

(8) CL id.. fig. 135-HK). (14) Cf. Heizey. Cap. Cros, ds Revue d'As- 

(9) Cf. id , fig. 200-2.53. syriolojie, 1905, p. 59. — A.-II. Sayce {The 

(10) Cf. id., fig. 191-196. Àrcheol. of the cuneif. inscr., 1908, p. 48, note 
(U) Cf. /'./., fig. 29.V308. 1) est d'avis que le fragment cité par le cap. 

Gros peut avoir été importé d'Elam à Telloh. 



198 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

peu après la découverte de cet art; et peut-être aussi parce que, nos 
recherches dans les sites archaïques étant encore insuffisantes, 
nous n'en connaissons que peu d'exemples. Toutefois, nous la 
retrouvons largement représentée en Assyrie (1), en Palestine (2), 
à Chypre (3), en Crète (û), en Syrie, en Cappadoce (5) et surtout 
dans l'Egypte préhistorique. 11 est rationnel d'en attribuer l'ori- 
gine aux peuples non sémites et, par suite, de penser que ces 
arts se sont développés dans tous les districts de l'Asie anté- 
rieure où l'évolution indigène put librement suivre son cours. 

Mais il ne faut pas confondre la technique asiatique avec celle 
de l'Egypte prédynastique; l'une emploie une sorte de vernis 
adhérent, tandis que l'autre n'use que de couleurs sans fixité, tout 
comme les peuples primitifs de la France, du nouveau monde 
et la plupart des tribus sauvages. C'est de la technique susienne 
que semblerait dériver celle des pays hellènes; tandis que 
l'Egypte, abandonnant de bonne heure ses procédés imparfaits, 
aurait progressé dans la voie de l'émail ])roprement dit, qui, 
défectueux, lui aussi, n'aurait été employé jusqu'aux basses 
époques que pour les menus objets d'art 0). 

Dans la vallée du Nil, comme en Élam, comme probablement 
aussi dans la Palestine et la Syrie, ces arts ont disparu peu après 
que les anciennes races eurent perdu leur indépendance ; se prolon- 
geant plus ou moins longtemps, suivant que les goûts autochtones 
s'étaient mieux conservés dans certains districts. 

Cette céramique prise dans son enseml)le est Ijien spéciale à 

;i) Le Musée liritanniqiie possède une série voisinage dAilaua, M. J.Garstang a (iécoii- 
de fragments de vases peints, provenant d'As- vert (1908) des couches néolitliiques renfer- 
syrie, et qui présentent identiquement les mant une céramique peinte ai)solument sem- 
caraclères de la poterie peinte susienne de blable à celle qu'ont fournie les assises 
la IP période. iCf. G. Perrot etC. Chipiez, profondes du Tell de Suse. 
Hist. de rArl,l. 111, 1885, lig. 373-375, 377- (6) Cf. J. de Morcan, Comptes rendus de 
379.^ - Déjà en 1875, Helbig Osservazioni so- IWcadémie des Inscriptions et Belles-lettres, 
pra la provenienza délia decorazione geome- 1!K)7, p. 397. — lu., Rev. de lEcole d'Anthropo- 
trica, ds Ann. de l'Insl. de corresp.archcol., 1875, lojie, 1907. — En Elara, et iieul-être aussi eu 
p. â21) signalait les analogies qui existent Chaldée, celte céramique se présente dès les 
entre la céramique ninivile et la poterie la temps énéolilhiques, c'est-à-dire antérieure- 
plus ancienne des îles de la mer Egée et de ment au quarantième siècle av. J.C. ; en 
rAlti(iue. Egypte et en Syrie quatre ou cinq siècles plus 

(-2) Cf. H Vincent. Canaan, 1907, chap. V, tard ; en Crète et dans la mer Egée au plus 

La Céramique, p. *17. sq., et les publications tôt vers le quinzième siècle ;plus tard encore 

du Palestine explor. fund. dans la Grèce continentale et l'Asie Mineure. 

(3) Cf. Perrot et Chipiez, Hist. de l'Arl. - Il est donc rationnel de penser que c'est du 
R. DussAUD, L'île de Chyi.re, ds Rei'. Ecole foyer le plus ancien qu'est partie celte con- 
d'Anlhrop.. 1907, p. 145. " naissance pour se répandre vers l'occident. 

(4) Cf. RoN.ALD M. BuRROws, The Discoue- Les analogie:- dans les motifs de décoration, 
ries in Crète, Londres, 1W7. Biblioyr. corn- la similitude dans les procédés techniques, 
plèle à la page 231, sq. — Ed. Hall, The le grand nombre de notions qui, à ces époques, 
Décorative art of Crele in Ihe Bronze A(je, Phi- passèrent de Chaldée à la Méditerranée par 
ladelphia, 1907. l'intermédiaire de la Syrie et de l'Egypte, 

(5) Au cours de ses récentes fouilles au viennent à l'appui de cette hypothèse. 



LASIK AMKRIEURE ET I.KGVPTE AXTIMIISTOHIOUES ][)[) 

l'Asie antérieure et à l'Egypte ; on la loncontre dans le Taurus ; 
mais elle ne se montre ni dans le Caucase (1), ni sur le plateau 
persan (2). Si donc ces derniers pays ont été envahis par des 
peuples venus du Sud, ce qui n'est d'ailleurs pas prouvé, ce ne 
le fut qu'antérieurement ou postérieurement au développement 
de la poterif peinte; or nous savons que, quatre ou cinq mille ans 
avant notre ère, ces plateaux et ces montagnes étaient presqu'inha- 
bités. Ce n'est donc que bien plus tard, au lemps où la céra- 
mique peinte avait achevé son lôle, (|ue des influences méridio- 
nales pénétrèrent dans les pays du Nortl. Cette industrie persista 
sûrement sur les côtes de la Méditerranée jusqu'à l'époque de la 
civilisation égéenne qui, s'en emparant, la transfoi-ma suivant son 
génie (3), tout en conservant les procédés techniques. 

L'ornementation des vases, tant en Egypte qu'en Chaldée, est 
fré({ueniment géométrique, presque toujours stylisée ; mais par- 
fois aussi naturiste. Dans tous les cas elle procède d'un art pins 
ancien s'inspirant de modèles réels. N'est-il pas bien curieux de 
rencontrer chez des peuples qui, probablement, descendaient des 
hommes pléistocènes, les aptitudes artistiques qui nous ont été 
révélées par les cavernes de l'Europe occidentale ? 

La poterie incisée, dont les ornements sont, ou ne sont pas 
remplis de pâte blanche, semble devoirétre attribuée, dans l'ancien 
monde, à la fin de l'état néolithique et aux cultures énéolithiques, 
et dans bien des pays à la civilisation du bronze. 11 est inutile de 
dire que, dans les diverses contrées où cet art est signalé, il ne 
s'est pas présenté à la même époque. Quarante-cinq ou cinquante 
siècles avant notre ère, il existait déjà en Asie antérieure (Elam, 
Chaldée, Syrie, Assyrie [û]) et en Egypte; quanta l'époque à laquelle 
il llorissait en Europe, dans le Caucase, l'Arménie et le nord de 
la Perse, il est difficile de la préciser; mais bien certainement elle 
n'est pas aussi reculée. 



(l)Cf. J. DE Morgan, Mission scientifique au tièmc siècle env. av.J.-C; il appartient à une 

Caucase, 1889, 2 vol. in-8. civilisation énéolithique (Musée de Syra- 

(t) Cf. J. DE MoriGA.\. Mission scienliftqae en cuse; Nécropoles de Monteracello, de Castel- 

Perse, t. IV, 1896. Uech. archéol., l'' partie. lucio, Gava Cana lîarharia, etc.), très diflV- 

— H. DE Morgan-, ds Mém de la Délé(j. en rente de l'industrie néolithique du même pays. 

Per.se, t. VIII, 190(5, pp. 251-342. (J. M.) 

(3) Onrencontredes tracesdecelte influence (4) Place {Sinice, t. II, p. 150) a découvert 

jusqu en Espagne et en Sicile, où la première dans le tertre de Djigan un gobelet incisé 

période sicule montre des ornements idciili- rappelant, par sa technique et son ornemen- 

ques à ceu.x de Susc et de Moussiaii ; la res- tation, les poteries analogues de Suse et 

semhlance est si complète qu'elle ne peut être d'Egypte, et qu'on retrouve également dans 

fortuite. M. Orsi attribue cet art au ving- lile de Chypre. 



•200 LES pi;i;mikres civilisations 

On place généi-aliMiieiil la constiiiclion des dolmens et des 
villages lacustres, dans nos régions, entre le quatrième et le 
troisième millénaire. L'abandon des habitations sur pilotis fut, 
on le sait, postérieur à la connaissance des métaux; ce serait donc 
entre 3000 et 1500 avant notre ère que, dans l'Europe, Fusage de 
la poterie incisée aurait été à son apogée. A cette époque, en Orient, 
les empereurs suméro-akkadiens étaient depuis longtemps dispa- 
rus et, en Egypte, régnaient les Pharaons. Tous les pays du Nord 
ont donc été, au point de vue industriel, de plus de mille ans en 
retard sur le foyer oriental de la civilisation. 

Les récentes découvertes de céramique peinte, dans le centre 
et l'orient de rEurojx'. ont fait penser que les peuples du Nord 
a\aientexercé uneinduence artistique sur ceux de la Méditerranée, 
et que la civilisation mirioenne, entre autres, avait été largement 
aidée par celle du NortL 

Cette théorie est celle des savants (jui phicent en Europe le 
berceau de la race inth^-européenne, ce (|ui ne saurait être 
admis pour les raisons que j'ai exposées plus haut(l). Elle suppo- 
serait une très ancienne conquête des pays méditerranéens par 
des peuples aryens, ap|)c>rtant avec eux leurs goûts et leurs ]>ro- 
cédés artisti(|ues. 

Or cette conquête, si elle eut lieu, n'a })u prendre place qu'à 
l'époque où ces peuph's possédaient les goûts et les procédés 
artistiques qu'on leur attribue comme faisant partie de leur patri- 
moine, c'est-à-dire entre le onzième et le trentième siècle av. 
J.-C, au plus tôt; jjien longtemps après l'apparition de ces mêmes 
arts dans la Chaldée et en Egypte. Soutenir ujie semblable thèse 
est Aouloir faiie instiiiire les maîtres par leurs élèves; car l'Eu- 
rope ne possédait eneoi-e ([u'une civilisation bien rudimentaire 
(|uand elle entra en contact avec l'Asie, déjà vieille de plusieurs 
millénaires. N'est-il pas In'en plus naturel de penser que les 
civilisations avancées ont rayonné et se sont répandues chez les 
peuples encore barbares .' Hationnellement et chronologiquement, 
le problème semble devoir être ainsi résolu. 

Ces théories, bouleversant toutes les idées admises, basées 
sur des observations séculaires, changeant du tout au tout la 
valeur des données hisloii(|ues et archéologiques, peuvent être 

(IjCf. cha|i. VI. L'homme à lïtiit m'olilhiqiio. 



L'ASIE ANIKniI-URK ET I.'KC.VPTi; AMI-MIISTOIUOUES 



201 



.'ittiayantes par Iciir impicvii ; mais elles ne rcposeiil (|ue sur des 
hypothèses ({u'on ne saurait accepter, lanl en ce cpii conccine 
l'origine euro|)éeune des Aryens qu'en ce <pii regarde; l'introduc- 
lion des arts céranii(]ues dans le bassin de la Méditerranée (1). 

Jusqu'ici on s'était préoccupé fort peu de l'origine des civili- 
sations méditerranéennes, parce que les documents faisaient 
défaut; mais aujourd'hui (ju'ils se montrent, il faut bien se tenir 
en garde contie les hypothèses ne concordant pas avec les 
grandes lois du progrès mondial. Or, ces lois, nous les possédons 
dans leurs ligues |)rincipales. 




Expansion de l'art de peinture céramique dans l'Asie antérieure 
et l'Orient méditerranéen. 



Les fouilles récentes ont prouvé (|ue l'île de Crète avait été dès 
les temps fort anciens un foyer artistique très important; mais, 
demain peut-être, il sera démontré (jue ce foyer n'était pas uni([ue 
dans la Méditerranée, et que la Crète n'était qu'une partie d'un 
monde intellectuel plus avancé qu'on est en droit de le suj)poser 



(1) Cf., entre autres, G. 1*errot,///.s-/. de l'Art, 
l. 111, 1885, p. 690, fig. 5U7 (vase d'Ormidi;i, 
Miiscc (le New- York), cl \). 711, fi<^ 523 (vase 
dOrmiilia, Musée de New- York), fij;ure deux 
vases oITranl tous les caractères de la cérami- 
<luo clamite de seconde époque. On y retrouve, 
l)lus spécialement dans le second e.\eniplaire, 



les |)rincii)es susiens d ornementation; la seule 
différence consiste en ce que, sur la panse, ce 
vase porte une frise de pei-sonnages. très ca- 
ractéristique, du goût des i)remiers Indo-Euro- 
péens de la Méditerranée, mitigé cependant 
d'iniluence ég\])lienne. 



20-2 I-ES PRKMIKRES r.IMLISATIONS 

aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, nous savons déjà que le Minoen, 
né de l'Orient, a produit le Mycénien ; que les côtes méridionales 
de l'Europe, depuis Chypre jusqu'à l'Espagne, ont, de très bonne 
heure, reçu la civilisation; que, sur ces rivages, des populations 
très développées étaient en rapports constants avec les barbares 
du Nord, et qu'elles les ont instruits de mille choses. 

C'est bien probablement ainsi que s'est formée cette vaste zone 
dans laquelle l'art de peindre les vases s'est répandu. Ce n'est 
vraisemblablement pas les populations de cette aire qui ont ensei- 
gné au vieux monde ; mais bien le vieux monde qui a fait rayonner 
ses connaissances. 

En ce qui concerne la poterie ornée de décors incisés, il ne 
peut faire aucun doute qu'elle soit née dans plusieurs milieux ; car 
on la rencontre aussi bien dans l'Europe qu'eu Egypte, qu'en 
Élam, que dans l'Iran septentrional, la Sibérie, le Japon, voire 
même dans le nouveau monde. » 

La poterie peinte couvre une ère moins étendue. Les traces de 
cette culture cessent dans le district de Tchernigof, au nord-est 
de Kief, dans le sud de la Russie (1), s'étendent jusqu'au nord de 
la Bohême '2) en passant par la Galicie (3), se i-onconlrent en 
Podolie et en Bessarabie d), en Roumanie (ô), Transylvanie (6), 
Bukovine (7), dans la Haute-Autriche (8), descendent jusqu'à 
Trieste (9) et en Bosnie (10), en Hongrie (11), en Serbie (12), en 
Bulgarie (13). Pour les provinces européennes de la Tiir([uie (1/|) 
nos informations sont, il est vrai, encore insuffisantes ; mais bien 
certainement cet art est descendu jusqu'à la côte. 

On ne conçoit pas aisément qu'une culture géographiquc- 
ment aussi étendue se soit uniquement portée vers le Sud, sans 
influencer le nord et l'occident de l'Europe; car il ne faut pas 
confondre dans un même art la poterie incisée et celle ornée de 

(1) E. Von STZRy, Die« Pramykenisclie » Kul- (7) Vo.\ Step-n, ap. cil., p. 77. Vallée du 
hirinSud-Rusf!hind. Moscou, 1",I05, p. 73. Fouilles Prulh. 

Chwoiko. (H) HoERNES, op. cit., pp. 51-!i5, fig. 123-130. 

(2) M. HoERNES, Die neolitische KeraniiU in (!•) IIoernes, op. cit., p. 48, fig. 118. Gabro- 
Oslerreich {Jahrbuch der K. K. Zenlral-Kom- vizza el Duino. 

mission fur KCinst and Hislorische Denkmale, (10) Hqernes, op. cit., pp. 7-10, fig. 1-7. 

III. i. 1905, Vienne, p. 72, fig. lH9-i;)5). Butmir. 

(3) HoERNEs, id., p. 114, sq., fig. 251-283. (11) HœRNES, op. cit.. p. 11, fig. 19-22.— 
Cf. Von Stern, Die <• PrâmT/kenische, » etc., Von Stern, op. cit., p. 75. 

p. 74. (12) HœRNEs, op. cit., p. 29, sq. — Von Stern, 

(4) Fouilles de E. Von Slern à Peirény. op. cit., p. 78, noie 2. 

(5) VoN Stern, Die Prtimykenische, etc., p. 77. (13) Musée de Sofia (.J.M }. 

Cucuteni. (14) Jérôme, Reo. arch., XXXIX, 1901, 

(0) ScHMiDT, Zeitsch. f. EthnoL, 1903, p. 438, pp. o28-349. 
sq. — HoEi-.NES, op. cit., pp. 19-2H, fig. 25-72. 



ÉLAM ET CIIALDKE 


Paierie peinle avec ornemenlalions génmétriaiiex et naltirisles 
du lM-'I ou xxx° (?) siècle au. J.-C. 


SYRIE, palestim;, phé.mcie, cappadoce 


É(;ypte 


Poterie peinte avec ornementation 


Poterie i)einte avec ornementation 


géométrique et naturiste. 


géométri<iue et naturiste. 


Du XLv° {■?) au xxv" siècle av. J.-C. 


Du xLV (?) au XL" siècle av. J.-C. 


Vernis indélébile 




Couleurs fragiles. 


CUVPltE 


ILE DE CRÈTE 


SANTORIN 


Poterie peinte. 


Poterie peinte, décoi- 


Poterie peinte. 


(léror géométrique. 


géoniétrifiue et naturiste. 
Minoen ancien, 


décor géométrique. 


Y 


jusqu'au xv s. av. J.-C. 


Y 


hi:llade 


0(;cif>F-\T miî;diterranéen 


GRÈCE 


ILES 


ILEDECRÈIE 


SICILE 


ITALIE 


ESPAGNE 




Décor géomé- 


Minoen 


I" période 






Mycénien. 


trique des 
Cyclades. 


moyen. 


Sicuie. 
Décor géomé- 














trique et na- 


rr 










' ' 


turiste sty- 


^ 










Minoen 


lisé. 










récent. 


XYiii^auxirs. 

1 


-Si 


Céramique 




1 


r 


Y 


IP période 


--_ TU 


incisée. 


Invasion 


Art g r é c - 


Invasion 


Sicuie. 


^ :i 




dorienne. 


phénicien à 


dorienne. 


Décor géomé- 


3 ^ 


Art 


XV siècle. 


Chypre. 


xi" siècle. 


trif|ue et na- 


■;^ ^ i'. 


indigène. 


Décadence 








turiste sty- 


~ i ■" 




décor géo- 








lisé. 






métrique et 








Spirale. 


1^2 




naturiste à 






Décadence. 


xir au i\' s. 


Vases 


Atliènes. 
x= siècle. 


Y 
x' au \\V s. 








•j: ^ ^ 


peints. 
Influence 














5i S 


minoenne. 








Y 


ATTIQLE 


COniNTIIE 


GRÈCE 


IIP période 


•?^ 






I 




Sicuie. 








Zones 




IX" au vir s. 


5 






d'animaux. 




Intluence 


-? 






ix" siècle? 




phénicienne, 
i 


^' 






II 




1 
Y 








Personnages, 
viii» siècle? 




IV« période 
Sicuie. 




Influence 

grecque. 

virau vs. 




III 

Inscriptions. 


Pein- 




Influence 
grec<pie. 


Importations 
corinthiennes 




VIT siècle. 


ture 


Pein- 




vir siècle. 










noire 


ture 




1 










(;20-500. 


rouée 


Y 


1 

Y 










550-180. 


V' période 


Cérami([ue in- 














grec(iue. 


digène du 




Lekytos 












type corin- 




blancs. 












thien. 




i\ et iir s. 

1 


















1 
Y 


■\ 


' 


^ 


r 


Y 


^ 


' 




Céramiqu 


e au tvpe grec dans toute la Méditerranée orientale 


et centrale, sauf dans les Etats carthaginois, m' siècle av. J.-C. 





Tableau nionlranl les diverses phases des avis céramiques 
dans VAsie anlérieure el le bassin méditerranéen, ri leur dérivation hiipothétique 



•20/| LES IMiEMIÈRES CIVILISATIONS 

peinture, ces deux pi'océdés étant complèlenient indépendants 
l'un de l'autre. 

La solution de cet inléressanl problème repose donc unique- 
ment sur une question de dates ; et personne ne supposera qu'en 
Europe, ces arts céramiques soient antérieurs à ceux de Phéni- 
cie (1), d'Egypte et de Chaldée. La priorité appartient sans con- 
teste à rÉlam, mais le sud de la Cappadoce et la Syrie ont été 
rapidement ses élèves; dès le quatrième millénaire, les riverains 
de la Méditerranée étaient instruits de cette industrie. Comment 
admettre quelle soit disparue pour revenir plus tard dans les 
mêmes pays, issue d'un nouveau foyer d'invention? 

Pour se mieux rendre compte de l'énorme influence ([u'eurent 
les arts orientaux sur les pays les plus éloignés, il est intéressant 
de (juitter les côtes d'Asie et d'examiner l'évolution artistique 
dans les régions lointaines des Portes d'Hercule. 

A l'extrémité occidentale du vieux monde, en Espagne, lait 
de peindre les vases est certainement venu d'Orient; car nous 
voyons, à partir d'une certaine époque, se présenter dans la pénin- 
sule les mêmes procédés techniques et fréquemment aussi les 
nuMues formes ((ue nous connaissons déjà dans l'Est méditerra- 
néen. 

Les recherches en i-^sj)agne ont été jusqu'ici j)eu nombreuses 
et généralement mal roordoniu'es; aussi ne rencontrons-nous 
pres(jue ([ue des documents épars, dépourvus pour la plupart de 
ces certificats d'origine (|ui leur donneraient une si grande valeur. 
Toutefois, il est dès aujourd'hui possible d'entrevoir les grandes 
lignes de l'art céramique espagnol. 

Je ne parlerai pas de la phase dans laquelle l'aitiste incisait la 
pâte et remplissait les ornements d une matière blanche (2). Ce 
j)rocédé est troj) répandu, en Europe comme dans l'Asie occiden- 
tale, pour qu'on puisse tirer de sa présence de solides conclusions; 



(1) Les divisions oUiiilits poui- la < iramique 270) propose poui- les iléijuts de lu civilisation 

paleslinicnne sont les suivantes : I. Indigène chananéenne, la <late approximative de 30(XJ 

!H. Vincent) =: pré-israélite arcliaïque (Bliss) av. J.-C. (chananéen ancien 3000 à 1550). Cette 

= .\morile (FI. Pétrie); 11. Chananéenne (V.)=: date, à mon sens est beaucoup trop basse en 

pré-israélite postérieure (B.) = phénicienne raison du développement que nous constatons 

(P.); III. Israélite (V.) = juive [B. I' ); IV. Ju- à cette époque en Egypte et en Chaldée, pays 

déo-hellénique (V.) = séleiicide (B. P.). La qui, forcément, se trouvaient en relations 

classidcalion adoptée jiarH. Vincent {Canaan. constantes avec la Syrie. 

l'.to7, p. 18 et chap. V, p. -297. sq.; est de beau- (2) Cf. Paris, Essai sur l'ail el l industrie de 

coiii) la plus judicieuse. R. Dussaud {Revue l'Espagne primilire, t. II, 1904, p. 43, fig. 20 

de l Histoire des religions, 1907, I, pp. 349-350, el (vases préhistoriques de la coll. Bonsor). 
Ilei'ue de l'Ecole d'Anthropologie, 190S. p|). 269- 



LASIK ANTKRIEURE ET L'KGVP'I H \NTK-inST<JlUOL ES "200 

nous le considérons comme indigène. Je mCn tiendrai à la céra- 
mique peinte. 

Les premières influences orientales se l'onljCii I-^spagne comme 
en Sicile, sentir dès les temps fort anciens, et tout i)orte à croire 
qu'elles sont dues au foyer crétois, ou lout au moins aux mêmes 
enseignements (1), venus de proche en proche. 

Ce n'est cpu» |)lus lard (|u'a|)|)arail Tari niinoen dans son 
entier dévelo|)pement, au point qu'on serait tenté de croire que 
bien des spécimens de cette céramique ont été importés de Crète 
et n'appartiennent pas aux induslries indigènes (2). On y voit 
l'ornementation géométrifjue, la ligu ration des [)lautes et des 
animaux (3) par des procédés crétois et mycéniens. 

La poterie grecc|ue vint ensuite, i\u septième au cinf|uième 
siècle, importée de lAtlique ; mais en Espagne elle ne lit pas école 
comme en Étrurie. L influence phénicienne, prenant vile le des- 
sus, détruisit le peu d'aptitudes arlisli(pies que possédaient les 
peuples de l'Ibérie. 

L'Espagne, tant par sa sculj)ture que par sa céramique, ne 
semble pas devoir jamais montrer des tendances artistiques indi- 
gènes bien élevées. Tout ce quelle [)OSS(''da lui vint de Tétran- 
e-er et, semble-t-il, cette semence tomba dans un terrain stérile. 

Mais revenons aux peuples orientaux. 

A la question de l'origine des progrès dans la Chaldée et 
l'Élam vient s'ajouter un autre problème non moins inij)(>rtanl, 
celui de la découverte de la métallurgie; car nous soyons apj)a- 
j-aître le mêlai vers répocjue où l'homme avait inventé l'écriture, 
plutôt avant qu'après (/i). Ces divers laits sont intimement liés 
et c'est leur ensemble qui a élé la cause ])rincipal(> de la supé- 
riorité du peuple parvenu le premier à ces connaissances. 

Je pensais auliefois (5) que la découverte du bronze était unique 
et originaire de l'Extrême-Orient, et je crois encoi'e (jue ce centi-e 
n'a pas été sans grande influence dans le monde, surtout en ce qui 



(1) Cf. p. Paris, o/>. i-it., fi^. -21 ù'J^ el 104), surloul If^l i .Musée de Madrid); reprîseiUalion 
(^^_ ' d'oiseau rapi)elant celles de la Crète, de la 

(2) Cf. P. Paris, op. cit., fig. 16 (urne de la Syrie el de Chypre. 

collection Gil, à Sarafiosse), fig. 99 (fragm. (4) Les signes des métaii.x usuels et pré- 

provenanl d'Elche, Musée de Madrid), fig. 101 cieu.v sont au nombre des plus anciens, ce 

Mu-sée de Taiagone , lig. 102, 103 (Musée de qui tendrait à prouver que lécrilure ne prit 

-Madrid), iig. 169-173 ^. M usée du Louvre), naissance qu'après la découverte de la mélal- 

fig. 17.5-170 (Musée du Louvre), (ig. 178 (Musée lurgiellChaldée). 

de Saragosse). i^) CI"- J- oii Morga.n-, nech. oikj. peu/des du 

(3) Cf P. Paris, vp. ril., fig. 180 à KK) et Otncaxe, -2 vol., 1889. 




stations préhisloritiues de la vallée du Nil, entre Koiifl el Louxor. 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET LÉCVPTE A.XTÉ-HISTORIQL'Ey 



20: 



concerne les origines euroj)éennes ; niais, en ce (jni regarde les 
pays chaldéo-élaniiles, je suis aujourtriuii amené à supposer un 
foyer spécial, silué vers l'est de TAsie anléiieure el dans ses 
montagnes riches en minerais cuivreux (i). 

Les premiers instruniciils niélalli(|ucs, lanl en l-^gyple (ju'à 
Suse et en Glialdée, sont en cuivre pur (2); mais rapidement inter- 
vient le bronze, et c'est en vain que je cherche le lieu d'où prove- 
nait Télain que renferme cet alliage. Le milieu chaldéeu de civili- 
sation remonte à une telle antiquité qu'il est bien dillicile dad- 
nietlie, pour lui, des relations comnierciales avec les lointains pays 
où gît la cassilérite (3). 

Dans la Aallée du Nil, I ijidnslric ncolilhicinc avait j)ris une 
grande extension (Zi) grâce à la ([iialiiccla Tabondancc des inatiè)-es 



(1) De toutes les villes de la Glialdée, Suse 
est de beaucoup celle dans laquelle les fouil- 
les ont mis au jour la plus grande quantité 
de métal (Cf. Mém. de la Délég. en Perse) ; la 
statue de la reine Napir-Asou, seule, pèse 
environ 2. (M) kiloiframmes. ITne si grande 
abondance de cuivre laisse à penser que 
l'Elani était un centre i)roducteur important. 
Les mines se trouvaient probablement dans 
le massif montagneu.v du Haut Kàroun et 
du Haut Ab è Diz, là où existent des for- 
mations géologiques propres à renfermer des 
liions cui)rifères. Malheureusement, ces mon- 
tagnes sont encore peuplées de tribus si peu 
hospitalières, qu'ai)rès deu.x tentatives infruc- 
tueuses en 1891 et en 1898, j'ai dû renoncer 
à leur exploration, (.f . M.) 

(■2) Cf. Beuthelot, Comples rendus de l Aca- 
démie des sciences, t. CXXIV, pp. 1119-1125. — 
.1. DE MouGAN, Recherches sur les origines de 
l'Ei/ypte, le Tombenu de Xégadah, 1897, p. 247. 
— li en est de môme dans toutes les civilisa- 
lions métallurgiques primitives des pays mé- 
diterranéens. 

(3) Cf., dans J. i>e MoncAN, Rech. orig. peu- 
ples du Caucase, t. II, carte des gisements 
d'élain connus dans le monde entier. L€s 
gisements d'étain de la Malaisie n'ont pas 
été exploités dans la haute antiquité. — Cf. 
J . OE MoRCiAN, La géologie et l'industrie 
minière du royaume de Pérak, ds Ann. des 
Mines, mars-avril 1886. 

(4) Avant mes découvertes et mes publica- 
tions de 1896 et 1897, sur l'âge de la pierre 
dans la vallée du Nil, les égyptologues se re- 
fusaient à reconnaître l'existence du préhis- 
torique en Egypte. Voici, comment en 1875, 
s'exprimait à cetégaid P. Pierret (Dic/. d'arch. 
égyptienne, p. 439, article Pierre), résumant 
l'opinion générale qui s'est maintenue jus- 
ipi'eii 1896: « On a trouvé, à Biban-el-Molouk, 
(le nombreux silex de forme lancéolée, évi- 
demment travaillés par la main de l'homme ; 
ilsappartiennentà l'âge hisloriiiue de l'Egypte. 
On s'y est servi, jusque sous les Plolémées, de 
silex pour faire des pointes de flèches (nous 



en avons au Louvre, salle civile, armoire il), 
des pointes de lances, dos lames de couteaux 
emmanchées dans du bois ; c'est avec des 
instruments en silex qu'on pratiquait l'incision 
nécessaire pour l'éviscéral^ion des momies el 
l>our enlever la peau de la plante des pieds. 
— La constitution du sol de l'Egypte ne per- 
met guère d espérer qu'on y trouve jamais des 
traces de l'homme préhistorique. >■ Et P. Pier- 
rot cite, à l'appui de ce qu'il avance : Ihdlelin 
de l'Instilut égyptien, n° 11, pp. 57, 74; Lei>- 
siLS, Zeitschr. /'. JEgypl. Sjirache, 1870, p|i. 
89, 113 ; Chabas, f Antiquité historique, p. 389. — 
Le vicomte de Rougé écrivait, en 189.j (pen- 
dant même que je coin])osais le premier vo- 
lume de mes Recherches sur les origines de 
l'Egypte): « On doit écarter du débat (sur le> 
origines) la constatation qu'on avait cru faire 
en Egypte, comme dans d'autres pays, d'une 
époque préhistorique, par la découverte de 
gisements de silex taillés. Les remarques de 
Mariette, Chabas el d'aulres savants, ont 
montré que ces instruments avaient été em- 
ployés pendant toute la durée de l'Empire 
égyptien (Orig. de la race égyptienne, in 
Mém. Soc. Antiq. France, t. LIV, 189.^, tirage à 
part, p. 15). — C'est imbu de ces principes 
plutôt surprenants que Flinders Pétrie, ayant 
eu main tous les documents pour établir l'exis- 
tence de l'âge de la pierre en Egypte, mettait 
sous presse, en 1S96, son livre I\'ag(idu and 
Dallas, expliquant par l'intervention d'une 
New race ses découvertes que la science offi- 
cielle ne lui permettait pas d'expliquer natu- 
rellemenl. Nos deux livres sortirent en même 
temps ; la Xeti' race rentra dans le néant d'où 
elle n'aurait jamais dû sortir, et le préhisto- 
rique égyptien devint de suite l'objet des 
études d'une foule d'archéologues heureux 
d'exploiter un filon aussi riche, qu'ils n'avaient 
pas su découvrir eu.\-mêmes. Les stations de 
l'Egypte furent mises à sac, et comme on 
s'y pouvait attendre, les observations scientifi- 
ques furent presque entièrement négligées, 
les chercheurs, pour la pliqiart, ne s'attachant 
qu'à la valeur vénale des objets qu'on vit ai"- 



•208 



LES PHKMIKRP:S r.[\ILlSATlONS 



premières que fôuniisseuL ses montagnes (1). Parmi les restes do 
ces industries, parvenus jusqu'à nous, les slalions du Fayoum (2) 
sont, à coup sûr, les plus anciennes ; tandis que celles de la Haute 
Egypte (3) semblent avoir précédé de fort peu, si elles n'en sont 
contemporaines, le grand événement d'où devait sortir l'Egypte 
pharaonique {!i). 

L'histoire de ce pays nous est mieux connue que celle de tout 
autre, grâce aux facilités rencontrées par les savants pour son 
exploration. L'homme y apparaît par son industrie paléolithique (5), 
puis, après un hiatus compienant les industries archéolilhique et 
mésolithique (6), nous le retrouvons taillant et jiolissant le silex 
avec une rare perfection. Enfin, employant les roches dures (7) 
et atteignant dans la fabrication des objets de pierre un véritable 
art qui n'a été surpassé dans aucun pays, il creuse des vases dans 
les matières les plus résistantes, sculpte l'os et Tivoire et possède 
une superbe céramique, quand le métal fait son apparition. 

Entre les stations du Fayoum et celles du Saïd avec leurs 
nécropoles, leurs débris, leurs lestes d'habitations, est une 
grande distance, et cependant, malgré l'a ppari lion de formes 
nouvelles, il semble (jue ces deux civilisations se font suite; la 
seconde étant fortement (Mnpreinli^ d'innucnces étrangères (8), 



parailrc enfouie sur tous les marchés de 1 Eu- 
rope. L'exposé très complet des discussions 
survenues au sujet des premières civilisa- 
tions dans la vallée ilu Xil est donné par 
E.-A. Wallis Budge dans H;iupt in Ihe neoli- 
lliic and archaic period, IWi, chap. I, Tlie pre- 
dynastic cgyplians. 

(1) Le silex égyptien du Saïd appartenant 
aux étages Turonien et Sénonicn est des plus 
beaux et des meilleurs qu'on puisse rencon- 
trer pour la fabrication des instruments. 

(2) Dimeh, Om el Atl, Kom Hachim. 

(3) El'Amrah, Toukh, etc. 

(4) Nous n'avons pas encore retrou\é de 
textes chaldéens faisant mention des pre- 
mières colonisations asiatiques dans la vallée 
du Nil; mais la Bible qui, comme on le sait, a 
tiré toutes ses données historiques des archi- 
ves de la Babylonic et n'est, somme toute, 
qu'un reflet des annales primitives, montre 
Mitzra'im, fils de Cham, quittant la Chaldée 
lors de la dispersirm des peuples et venant 
s'établir en Egypte [Genèse, XI, 4). Or, cette 
dispersion n'eut lieu qu'après la construction 
lie la tour de Babel, c'est-à-dire à une époque 
où les Suméro-Alikadiens étaient déjà assez 
avancés en civilisation pour concevoir et exé- 
cuter de grands travaux. C'est donc munis de 
connaissances avancées que Mitzra'im et ses 
hommes gagnèrent la vallée du Nil. Ces indi- 
cations co'incident de jour en jour plus étroi- 
tement avec les données fournies par la lin- 



guistique et l'archéologie. La dispersion des 
peuples de la Bible ne serait donc que le sou- 
venir imprécis des émigrations qui prirent 
place dans une antiquité extrêmement reculée 
sous la pression de la colonisation sémitique 
grandissante en Chaldée. 

" (5) Cf. J. DE MoR(;.*.N, 1896, Rech. sur les 
orig. de ÏE<j]jide, iùtje de la pierre el les mé- 
laux. 

(6) La station, aujourd'hui disparue, d'Hé- 
louan doit peut-être se ranger dans les temps 
(|ui précédèrent, en Egypte, l'usage de la 
pierre polie. La collection la plus importante 
de cette station ^e trouve dans les galeries 
du Musée Kircher à Rome; on y remarque de 
grandes analogies avec l'industrie archéoli- 
lhique de l'Afrique du Nord (Tunisie, Algérie). 

(7) L'usage des roches dures, pour la con- 
fection des haches, n'apparaît en Egypte que 
fort peu avant l'arrivée (les métaux si ce n'est 
en même temps. 

(8) Les relations très anciennes de l'Egypte 
avec l'Arabie sont, suivant le professeur 
Schweinfurlh (De l'orig. des Egyptiens, Bull. 
Soc. Khédiv. Géogr., W' série, n"> 12, 1897),prou- 
vées par ce fait tjue les arbres sacrés de 
l'Egypte, le Persea et le Sycomore, cultivés 
dès la IV<^ dynastie <t avant, appartiennent à 
la flore spontanée de l'Arabie Heureuse et de 
l'Abyssinie du Nord. Cette déduction du sa- 
vant botaniste allemand ne semble pas justi- 
fiée; car il se peut que ces espèces fussent 



L'ASIK AMKIUEURE ET LÉC.VPTE ANTÉ-IIISTORFOUES 



209 



tandis ((iie la première semble être fraiicheinent africaine (1). 

L'industrie énéolithique d'Egypte montre une céramique ornée. 
Comme en I*]lam, ces peintures représentent des hommes, des ani- 
maux, des plantes, des barques et cent objets inconnus aujour- 
d'hui. Elle apparaît subitement avec le métal; c'est une révolu- 
tion complète dans l'industrie de la vallée du Nil. 

J'ai fourni jadis bon nombre de preuves de l'origine asia- 
ti(|U(' ['2) de la civilisation i)haraonique (3). Il semble utile de les 
reprend le sommairement aujourd'hui que le préhisloj-i(|ne égyp- 
tien a été plus étudié et que, pendant ce temps, j'ai moi-m(''me fait 
de nombreuses observations en Chaldée, en Élani et dans la 
majeure partie de l'Asie antérieure. 

Longtemps avant mes découvertes relatives au préhistorique 
égyptien, les égyptologues les plus éminents, de liougé (/j), Lep- 
sius(5), Maspero (6) et d'autres (7), bien des assyriologues (8), s'ap- 



jadis l)caucoup plus répandues, et que les 
points où elles croissent aujourd'hui ne soient 
que les témoins d une flore beaucoup plus 
étendue et en grande partie disparue par 
suite des changements de climat. 

(1) Les types de Fayoum se retrouvent avec 
quelques variations jusqu'au sud de l'Algérie 
et dans le Maroc ; leurs gisements sont 
continus au travers de la Tripolitaine, de la 
Tunisie et du sud algérien. 

(2) Cf. Genèse, chap. X, V, 3-6. Misraïm, fils 
de Kham, frère de Koush l'Ethiopien et de 
Canaan, se fixa sur les bords du Nil avec ses 
enfants. Loudini, l'aîné d'entre eux, personnifie 
les Egyptiens proprement dits. — G. Mas- 
PEHO, Hisl. anc. p. Or., 1893, p. 14. — Pline, 
Hist. nul., VI, c. 29, attribue à des Arabes la 
fondation dUéliopolis. — G. de Morlillel (Cf. 
Matériaux, 1884, p 119) considère la civilisa- 
tion égyptienne comme d'origine africaine, se 
basant sur ce que : 1° l'usage du bronze i)arait 
avoir manqué en Afrique; or, on le rencontre 
en Egypte, largement représenté; 2° la domes- 
tication des animaux, que nous voyons floris- 
sante en Chaldée et en Elam dès les temps les 
plus anciens et qui peut avoir appartenu aussi 
bien à la vallée du Nil qu'à celle de l'Eu- 
phrate-Tigre; 3» sur ce que cette domestica- 
tion s'appliquait à des espèces africaines, le 
chat, le chien, l'anlilope, l'âne, etc.; or, rien ne 
prouve que le chat, le chien et l'antilope ne 
fussent pas également à l'état sauvage dans 
l'Asie antérieure. Quant à l'âne, il vit en 
bandes dans le grand désert de Kirman. Le 
bœuf vivait en Asie comme en Afrif|ue et, 
d'ailleurs, il se peut que les procédés de do- 
mestication eussent, en Egypte, été ap])li(]ués 
aux animaux de la région sans que pour cela 
la domestication elle-même y ait été décou- 
verte; i" sans le fer, la civilisation égyptienne 
n'aurait jamais pu atteindre le haut degré de 
développement où elle est parvenue. Les ro- 
ciics d'Kgypte sont fort dures, le fer était in- 



dispensable pour les tailler. Or, les récentes 
découvertes tant en Egypte qu'en Chaldée 
montrent que ces roches dures étaient déjà 
finement ouvrées dès les premiers temps du 
cuivre pur ; on est donc bien loin encore de 
l'usage du fer. L'absence d'un état du bronze 
dans l'Afrique, si elle est réelle, montrerait 
simplement que les populations extra-égyp- 
tiennes n'ont connu que tardivement le fer et 
sont directement passées à son usage en sor- 
tant de l'état néolithique, tout comme le fait 
eut lieu dans la Finlande. 

(3j Cf. .1. DE Morgan, Recherches sur les ori- 
yines de l'Eijypte, 1890-1897. 

(4) E. DE HoL'GÉ, Rec/i. s. les monum. qu'on 
peut attribuer aux six prem. dijn. de Manelhon, 
18()G, p. 2- 

(5; Lepsius accordait aux Khamites une 
origine asiatique; Schweinfurlh les suppose 
issus de l'Arabie méridionale et leur attribue 
un développement spécial aux conditions afri- 
caines, tandis que les Sémites, « leurs congé- 
nères sauraient évolué suivant celles de l'Asie. 
Cette hypothèse repose sur la conception de 
l'iioinme primitif unique. Il semblerait plus 
rationnel de sujjposer que le type khamilique 
n'est que le (iroduit d'im mélange des races 
africaines avec celles de l'Asie antérieure mé- 
ridionale, mélange effectué par contact dansles 
régions voisines de la mer Rouge. 

(6) G. Maspero, //«?. nnc, p. 10. 

(7) Vicomte J. de Roucé, Origine de la race 
égyptienne, ds M(hn. Soc. anliq. France, t. LIV, 
1895 — E.-A. Wallis Bi'dge, E(jijpt in the 
neolithic and archaic period, 1902. 

(8) Fritz Ilommel {Ancienl Orient, 1895) pense 
((ue longtemps avant l'an 4000 av. J.-C, mille 
ans |)eut-étre auparavant, les ])remiers émi- 
granls bal)yloniens seraient arrivés sur les 
bords du Nil. 11 aflirme que la moitié des mots 
égyi)tiensde l'ancienne jiériode sont de racine 
sumérienne et cite, à rapi)ui de son hypothèse, 
une longue liste d'hiéroglyphes démontrant 

11 



210 LES PREMIÈRES CniLISATIOXS 

puyaiit sur des données linguistiques, avaient conclu à l'origine asia- 
tique des Egyptiens pharaoniques. Voici comment ils s'exprimaient : 

« La race égyptienne se rattache aux peuples blancs de l'Asie 
antérieure par ses caractères ethnographiques ; la langue égyp- 
tienne se rattache aux langues dites sémitiques par sa forme 
grammaticale (W Non seulement un grand nombre de ses racines 
appartiennent au type hébréo-araméen ; mais sa constitution 
grammaticale se prête à de nombreux rapprochements avec 
l'hébreu et le syriaque (2). » Et « s'il y a un rapport de souche 
évident entre les langues de l'Egypte et celles de l'Asie, ce 
rapport est cependant assez éloigné pour laisser au peuph' qui 
nous occupe une physionomie distincte » (S). 

((■ Les Egyptiens appartiendraient donc aux races proto-sémi- 
tiques. N'enus d'Asie par l'isthme de Suez, ils trouvèrent établie 
sur les bords du Nil une autre race probablement noire, fju'ils 
refoulèrent dans l'intérieur (Zi). » 

A ces opinions, basées sur l'étude approfondie des langues, 
viennent s'ajouter une foule d'indications concordant toutes avec 
les conclusions des linguistes (5). 

J. Oppert ((>) a remarqué que l'évaluation du temps, chez les 
Egyptiens et les Chaldéens, est basée sur le même point de départ; 
car les deux cycles, sothiaque (égyptien) et lunaire (chaldéen\ se 
rencontrent en l'an 115^2 av. J.-G. (7); ce qui tendrait à indi- 
cjuer une origine commune. 

Or. ces appréciations, basées sur des faits d'ordre général, se 
trouvent appuyées par une foule de détails dont l'intérêt néchap 
pera pas. 

Les mesures de longueur dans les deux pays concordent exac- 
tement (8 . 

d'après lui 1 identité des deux systèmes idéo- (5) A. Thomson et D. Randall Me Iver, 

graphiiiues. The anc. races of Ihe Thebaïd. [Anlhrop. <■ Lon- 

(1) Benfrey, Ueber das Verhaeltntss der dres, 1905. 

Aegypi. Sprach. z. Sernitisch. Sprwlisl , Leip- (6) J. Oppert, Congrès de Bruxelle< . 1872, 

zig, 1844. — ScnwARTZE, Dus Aile Aegypi, t. 1, p. 162. 

p. 2003, sq. — E. DE RouGÉ, Recherches sur les (7; Celle date, 11&42 av. J -C.^ prise comme 

monuments, pp. 2-4 — Lepsios, Zeilschrifl, indication de relations entre \a Chaldi'e et 

1870, pp. 91, 92. — Maspero, Hisl. anc. peup. l'Egypte, n'aurait rien qui doive surprendre; 

Or., 1893, p. 17. elle laisserait une période de quatre à cinq 

(2» G "Maspeho, Ilisl. anc. f/eu]>les de rOrient, mille ans pour la phase d'incubation de la 

V« éd., 1893, p. 16. royauté pharaonique. Mais si elle doit être 

(3)E. DE RouGÉ, Recherches sur les monu- prise en considération, elle n'implique pas f.jr- 

menls, p- 3.— Cf-HoMiiEi., Die Seniilischen Vol- cément des relations chaldéo-égypliennes à 

ker und Sprachen, t. I, p. 9i, sq. ; 439, sq. — cette époque: car il se peut que le système chro- 

Maspero, Hisl. peup. Or., V«éd., p. 17. nomélrique ne soit venu que plus tard dans 

(4) Lepsius, Zeitschrift, iS'O, p. 92.— Mas- la vallée du Nil, de Chaldée où il existait déjà. 

PERo, id., p. 17, (8) Cf. C. Mauss, lEylise Sainl-Ji-rcmie à 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTK-IIISTORIQUES 211 

L'usage du cylindre cachet (1), la culture du blé (2), origi- 
naire de Chaldëe, l'emploi de la faucille armée de silex (3), 
l'usage de la brique crue (4), les arts céramiques, la taille des 
pierres dures (5), la figuralion sur les vases des bateaux et des 
étendards de tribus (6), le sentiment artistique guidant la sculp- 
ture des menus objets (7), enfin l'incinération des sépultures (8), 
l'analogie dans les idées religieuses, sont tous caractères communs 
aux deux pays. Ainsi bien des observations se réunissent à l'aj)- 
pui de l'hypothèse supposant l'origine asiatique de la civilisation 
dans la vallée du Nil. 

Certainement le panthéon égyptien (9) diffère notablement de 
celui de la Ghaldée au point de vue des formes qu'il revêt, surtout 
dans les temps historiques ; cependant nous rencontrons là encore 
des traces d'origine commune (10). Les divergences ne sont dues 
qu'à des mélanges et à des développements indépendants, sous 
Tinfluence de clergés guidés par des intérêts divers. 

Dans les deux pays l'origine politique repose sur la théocratie. 
Puis le pouvoir se sépare des prêtres ; mais les souverains con- 
servèrent toujours un caractère sacerdotal, voire même divin (11). 

Dans les religions de l'Asie antérieure et de l'Egypte se mon- 



Abou-Gosch. Mesure Uiéorique des piliers de 
Tello, 1894. 

(1) Cf. G. Jeouier, tls J. DE Morgan, 1897, 
Bech. ori(j. Egypt.; Tombeau royal de Néyadah, 
p. 2-29, sq , fig. 78i-7, 816-821, elc. 

;2) Cf. Mastabas de l'ancien empire à Saq- 
qarali. 

(3) Cf. Fl. Pétrie, lllahun. Kahun <ind Gurob, 
pi. Vil, fig. 27. — J. DE Morgan, Rech. oriy. 
Eyypjte, 1897, p. 95, fig. 266-273. Méni. Déléy. 
en Perse, 1900, t. I, fig. 404-408. 

(4) Cf. J. DE Morgan, Recli. oriy. E</;/p/e, 1897, 
p. 194. L'usage de la i>rique crue chez les Cha- 
nanéens de même qu'en Egypte est sans au- 
cun doute d'origine clialdéenne. Quant à la 
brique cuite elle ne semble pas avoir été em- 
ployée dans la vallée du Nil antérieurement à 
l'époque romaine. Nous ne connaissons en 
Ghaldée (ju'un seul e.temple de construction 
en pierre appareillée, dans les murs du temple 
d'Eridon, déblayé par Taylor en 185'i. La ma- 
tière employée est un conglomérat coquillier, 
de formation récente, très abondant dans les 
collines arabiques, bordant la vallée de 1 Eu- 
phrate. De nombreux fragments de cette pierre 
tendre se rencontrent dans toutes les ruines 
chaldéennes; on n'en trouve que très rarement 
à Suse. 

(5) Cf. J. DE Morgan, id., 1897, p. 74 et sq. 

— Fl. Pétrie, 1895, Naqada and Ballas, elc. 

— E. DE Sarzec, Découverles en Chaldée, 
pi. XXVL 

(6) Cf. J. DE Morgan, id., 1897, p. 92. — 
Fl. Pétrie, Diospolis, pi. XX, 8; Neqadah and 



Ballas, pi. XXV, XXVI, etc. Les mêmes repré- 
sentations se montrent sur la céramique su- 
sienne. 

(7) Entre autres, la figuralion du lion (Cf. 
J. DE Morgan, Tomb. Boijal. Nèyadah, 1897, 
p. 192, fig. 698, 699. - G. Lampée, ds Mem. 
de In Déléy. en Perse, 1906, t. VHI, p. 159 et sq.), 
pieds de vases et de meubles en forme de 
jambe de taureau, fréquents dans l'Egypte 
archaïque et en Susiane, gravures sur pierre 
et sur os, etc. 

(8) L'usage d'incendier les .sépultures, re- 
connu dans les tombes de Négadah et d'Aby- 
dos (rois thinites de la I" dynastie) se retrouve 
en Chaldée (Cf. R. Koldewey, Zeilschr. f. As- 
syrioL, vol. II, pp. 403-430), à El Ilibba et 
à Zerghoul. 

(9) Sur le polythéisme et le fétichisme chez 
les anciens Egyptiens, Cf. G. Maspero, Bibl. 
éyyplologique, 1893, t. 1, p. 127, sq. — Lepage 
Renouf (Hibbert Lectures, 1879, p. 99) dit que le 
mot Xuter — Dieu n'a jamais été un nom 
propre, mais est demeuré toujours nom 
commun. 

(10) Fritz Homme! {Ancienl Orienl. 1895) croit 
pouvoir affirmer une identité parfaite dans la 
généalogie des divinités égyptiennes et baby- 
loniennes, identité qu'il retrouve dans les 
noms mêmes. —.1. Gaunier, Worship of llie 
dead; or, oriy in and nature of payan idolalry 
upon early hisl. of Eyypt and Babi/lonia, Lon- 
dres, 1904. 

(11) Cf. A. Wiede.mann, le Roi dans Cancienne 
Eyyple. 



2J2 LES PREMIÈRES CI\ ILISATIONS 

trentles traces de deux conceptions (1) primitives : du culte sidéral 
qui semble appartenir aux Sémites (2), et de celle des éléments et 
des facultés de la nature, qui paraît être l'héritage des Asiatiques 
non Sémites (3), si elle n'appartient pas aux couches anciennes 
de la population égyptienne. 

Pour des causes politiques les deux cultes se mélangèrent en 
proportions diverses; de là ces nombreuses difterences qui feraient 
croire à des religions complètement indépendantes les unes des 
autres [h]- 

Dans son remarquable ouvrage sur les religions sémitiques, 
le P. M. J. Lagrange (5) reconnaît, dans les concepts de la Chaldée 
primitive, ces deux éléments bien distincts, le naturisme et le culte 
sidéral (6) et, les attribuant tous deux aux races sémitiques, se 
préoccupe de rechercher l'antériorité de l'un sur l'autre. ^lais il 
me semble que ce serait là le cas de faire entrer en ligne le dua- 
lisme ethnique des Sumériens et des Akkadiens, dualisme dont 
nous ne possédons ((ue des traces archéologiques vagues, parce 
qu'il remonte à des époques très lointaines. 

Ces deux éléments se retrouvent dans les notions religieuses 
parvenues jusqu'à novis. Aux Sumériens revient le naturisme, 
aux Akkadiens le culte astral (7). C'est ainsi, par la superposition 
des deux systèmes, que serait née la religion suméro-akkadienne ; 
les anciennes races conservant leurs divinités locales, les enva- 
hisseurs gardant pour leurs dieux le rang suprême. 

La longue durée de la civilisation babylonienne, sa grande 
supériorité intellectuelle sur la culture des populations voisines, 
furent les causes de l'expansion de son influence qui s'infiltra 
jusque parmi les plus pauvres nomades de l'Arabie (8). Toutefois, 
la péninsule conserva plus pures ses traditions astrales et c'est 

(1) En Chaldée, la triade suprême, Anoii. (4) Rien ne nous permet de dire ce qu'é- 

Bèl et Ea, est issue d'un couple antérieur: talent au début ces divinités, si les Egyp- 

Anchar, élément mâle symbolisant la totalité tiens les apportèrent toutes de leur patrie 

des choses célestes et Kichar, élément fe- primitive, ou si beaucoup d'entre elles naqiii- 

melle, symbolisant celle des choses terres- rent sur les bords du Nil. Au moment où 

1res. (Cf. P. DnoRME, 11K)7, C/(o/x de ?ex(es, etc., nous les rencontrons pour la première fois, 

introd., p. xvni.) leur forme s'était modifiée profondément au 

(-2) Le dieu principal des Sémites était le So- cours des siècles, et ne renfermait plus tous 

leilqu'ilspla(;aientau-dessusdetouslesautres les traits de leur nature première. (G. Mas- 

dieux. Ils réunissaient en une même personne pero, Hisl. une. p. Or.. 189o, p. 25.) 

les principes mâle et femelle, Anou-Anat, Bel- (5^ Lagrange, op. cit., ]>. 448. 

Beltis. MardoukZarpanit, etc. Cf. Sayce, T/iC (6) A. Jere.mias, Da^i allé Tetilamenl, p. 23. 

Ancienl Empires of //ig Efi.s/, pp. 389-390. (7) Saturne (Ninip), .Jupiter (Mardouk), 

(3) A la religion, il convient d'ajouter, pour Mars (Nergal), Vénus (Ishtar), Mercure (Na- 

la Chaldée, les superstitions magiques, qui bon). 

sernblent être l'apanage de toutes les popu- (8) Winckler. 
lations primitives. 



LASIE ANTÉRIEURE ET L'EGYPTE ANTÉ-HISTORIOUES 213 

en Chaltlée, centre du mélange originel, que le naturisme laissa 
le plus de traces. 

A quelle phase se trouvait la religion babylonienne quand 
rÉgypte fut envahie par les croyances orientales? Nous ne saurions 
le préciser; mais il est aisé de retrouver dans le panthéon égyptien 
les dieux astraux d'origine sëmili(fuo, et de les séparer des divini- 
tés locales (1). Chaque nome possédait son protecteur, élément 
terrestre déifié (2). Quant au culte des forces reproductrices du 
genre humain si répandu dans toute l'Asie (3), il est rationnel 
d'en attribuer l'origine aux Sumériens j)lulàl (|u'aux Akkadiens. 

En Egypte comme en Chaldée, les divinités sidérales occupent 
le premier rang, parce qu'elles sont celles des maîtres; mais, dans 
la vallée du Nil, les planètes ne sont pas, con)me en Asie, toutes 
divinisées; parce qu'en Egypte l'influence sémitique fut moins 
intense. 

Malgré cette apparente confusion, on peut aisément i-econnaîlre 
dans Ra en Egypte, Chamach en Chaldée, Javeh f/i), Kamoch (5), 
Melqarlh (6) chez les Ghananéens, le soleil et ses manifestations, 
astre que nous retrouvons sous forme de dieu secondaire (7), 
chez les Ourarthiens non Sémites, sous le nom cVArdinich (8) et 
qui n'était entré dans le panthéon de ce peuple que par influence 
étrangère. Quant au grand dieu susien Choiichinak, il semble 
être indépendant de toute idée astrale. 

Dans les deux pays, chaque ville, chaque tribu avait son dieu 



(1) Sib (la terre), Notit (le ciel), Non (l'eau 
primordiale), etc. Les dieux des morts, Sokari, 
Osiris, Isis, Anubis, Nephthis semblent égale- 
ment correspondre à des croyances antérieu- 
res aux Sémites. 

(-2) En Egypte, Sib, Nout, Tonen, dieux 
des éléments, semblent avoir été délaissés 
de bonne heure. 

(3) Cf. M.-J. Lagrange, op. cil., p. 450, 
note 3. 

(4) La religion du bas peuple d'Israël ne 
différait pas sensiblement, à l'origine, des au- 
tres religions chananéennes. Elle reconnais- 
sait des dieux de nature diverse : dieux do- 
mestiques (teraphim), particuliers à chaque 
famille (Cf. Histoire de Racbel,6'c/iè.se, XX.XL 
19-38 ; Juyes, XVIH, 15. sq.; Samuel, XIX, 13, 
sq.); dieux des astres et du ciel, dont le plus 
important s'appelait Javeh. (G. Maspeuo, 
Ilixl.nnr. dex peupleA de l'Orient, 5' édit.. ls;»3, 
p. 343,1. Le mot Javeh doit appartenir au 
vieux fond sémitique (Schradeh, Die Kei- 
lin.schriften und dus aile Te.'ilamenl, 1883, p. 
23, sq.); l'origine et le sens n'en sont pas en- 
core bien assurés ; certains criti<|ues sont 



portés cependant à croire qu'il fut le dieu des 
Kénites avant de devenir le dieu d'Israël. 
(TiELE, Ven/elijkende (ie.tcliiedeni.f, pp. j58, 
')W ; Stade, Geschichle des Volkex Israël, pp. 
1:30-13-2.) Ses emblèmes étaient des images 
(éphod) d'homme, de taureau, de serpent en 
métal ou en bois, des pierres lirutes. des co- 
lonnes. (Cf. G. Maspeuo, op. cil., 1893, p. 34i 
et notes.) 

(F>) Dieu de Moah. 

ftî) Dieu de Tyr. 

(7) Bien des conceptions religieuses asiati- 
ques ont survécu jusqu'aux temps de l'anti- 
quité classique. Cf. Fiîieu DEi.rrzscu, The ba- 
bylonian origin of the greek cuit of Dcmeter 
and Persephone, Athenwum, l'.)04. II, p- S'ri. 

(8) Khaldich est le grand dieu de l'Ourar- 
Ihou ; les dieux secondaires ou enfants de 
Khaldich sont extrêmement nombreux : Tei- 
chbach (maiire de I air et des cieux). .Vouich 
(l'eau), .\yach (la terre), Ardinich (le soleil), 
Silardich (la lune), etc. Les dieux sidéraux 
semblent n'être entrés dans le |)anthéon van- 
nique que par contact de l'Ourartliou avec les 
Sémites. 



91/, LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

principal, supérieur pour elle à tous les autres (1), même aux dieux 
])riucipaux des peuples voisins, qu'il rejetait au second rang (2). 

En agglomérant les divers districts, les conquérants réunirent 
aussi leurs dieux. C'était dune politique judicieuse; car, bien que 
sémitisés, les clans avaient conservé pour leurs divinités d'an- 
tan un attachement tel que chez eux l'idée de patrie se confon- 
dait avec leur culte (3). 

Cet indice de nationalisme est surtout remarquable chez les 
Chananéens, qui, séparés du tronc sémitique dans des temps fort 
reculés, n'ayant pas éprouvé les vicissitudes de leurs congénères, 
s'étant développés librement, accordèrent à leur dieu principal un& 
importance prépondérante. Dans l'esprit de chaque tribu, le dieu 
national devint celui qui devait asservir l'univers entier, parce qu'il 
personnifiait ses intérêts, ses traditions, son désir de domination. 
Ne serait-ce pas là l'origine du dieu unique des Hébreux, du Dieu 
juif contempteur des autres divinités, comme ses adorateurs haïs- 
saient tout ce qui n'était pas eux ? On aurait tort de rechercher, à 
ces époques, les origines du monothéisme dans des idées philoso- 
jihiques dont des pauvres nomades demi-sauvages sont inca- 
pables (/i). 

Plus tard, ce principe domina, à Texclusion des panthéons 
multiples que leur complication même conduisit à la ruine (5). 
11 fut d'abord exploité par les Assyriens, par les Hébreux et beau- 
couj) d'autres dans un sens exclusif; puis celte idée suivant le pro- 
grès, devint, chez une élite d'abord, puis chez les Aryens, la base 
lie toute la philosophie qui régit encore le monde. Si les Chana- 
néens n'avaient pas quitté la Chaldée, s'ils ne s'étaient pas affran- 
chis du joug des polythéistes, s'ils avaient, comme leurs congé- 
nères, accepté pour leur dieu un rang secondaire, le monothéisme 
n'aurait peut-être jamais vu le jour dans l'antiquité ((3). 

(1) En Egypte, comme en Chaldt'-e, les dieux de l'Asie antérieure, le dieu disparaissait 

siiivircnllesdestinées polili(|ues de leur ville. comme dieu devant son caractère national ; 

Sin eut la suprématie tant que dura l'omni- aujourd'hui encore, dans tout 1 Orient, la reli- 

potence dOurou ; il en fut de même à Lar- gion tient lieu de race et de nationalité, 

sam pour Chamach, à Thèbes pour Ammon, à (5) Le polythéisme est la base de toutes les 

Uéliopolis pour Râ, à Ninive pour Assour. religions sémitiques. En ce qui concerne la 

(i) En Egypte, le même nôme pouvait avoir, Chaldée, « revenditiuer pour elle le culte d'un 

en même temps, ses dieu.x solaires, ses dieux dieu unique ne peut être que le résultat 

des éléments et ses dieux des morts, c'est-à- d'une illusion occasionnée par les elTorts d'un 

dire trois classes divines, ne provenant cer- syncrétisme tardif». (P. Dhorme, op. cit., in- 

laincment pas de la même origine. trod., p. xvu.) 

(3] En Egypte, Hator à Dendérah, Nil à (G) C'est contre le cuite sidéral, dont l'im- 

Saïs, Nekiiah à El Kab, Râ à Uéliopolis, porlance allait grandissant, que les prophè- 

-Vmmon à Thèbes, etc. tes eurent le plus à lutter. (J.-M. Laorange, 

(4) Dans l'antiquilé, chez tous les peuples op. cit., p. 4y(.i.) 



LASIE ANTÉKIEURK ET L'EGYPTE ANTÉ-IIISTORIQUES 215 

lui l>gy|)te (1), comme en Chaldée (2), nous voyons les ani- 
maux jouer un rôle important clans les concepts religieux (3). Ils 
devienuenL rincarnalion ou remblème des divinités, croyance 
sûrement étrangère à la famille sémitique, mais dont l'acceptation 
était destinée à concilier les idées anciennes avec celles des nou- 
veaux venus. 

Nos connaissances des religions primitives de TAsie antérieure 
sont encore trop imparfaites pour qu'il soit possible d'entreprendre 
leur élude comparée ; malgré cela, comme on le voit, il est aisé de 
se rendre compte du mélange qui se produisit lors de la concjuète 
akkadienne de la Chaldée et de celle de TÉgypte par les peuples 
asiatiques [fi). 

A quelle époque s'est passé le départ des tribus mésopota- 
miennes vers l'Egypte et par quelle voie sont-elles parvenues 
dans la vallée du Nil (/i) ? 

Les émigrants connaissaient le métal (5) et l'écriture hiérogly- 
phique ou tout au moins figurative. Ils possédaient l'art de 
peindre les vases, de sculpter des figurines. Ceci nous reporte 
au lem[)S où se déposèrent les couches du tell de Suse aujour- 
d'hui situées entre 25 et 28 mètres de profondeur; c'est-à-dire à 
cinq milléniums avant notre ère, peut-être même avant. 

Ce mouvement des tribus, depuis les bords de l'Euphrate jus- 
qu'aux rives du Nil, se fit avec lenteur ; si toutefois ce sont les 
mêmes peuplades qui, parties de basse Chaldée, arrivèrent en 
Egypte. Il est plus naturel de penser que les hordes se chas- 



(1) Tolli (ibis ou cynocéphale), Hor (éper- 
vier), Sovkou (crocodile), Amou (oie), Aniibis 
(cliaca!), Fiitah (bœuf) 

(2) Les Koudourroiis cosséens fournissent 
une liste très importante des emblèmes di- 
vins. (Cf. J. DE MoiiGA>, Mém. Déléij. en Perse, 
l. I, l'JOO, pp. 165-16-2; t. VU, l'.)05, pp. 137-153.) 

(3) Parmi les animau.x momifiés de l'an- 
cienne Egypte, le docteur Lortel et M. C. 
Gaillard (/« Faune momifiée de l'ancienne 
Egiiple, Lyon, l'K)r>) ont reconnu : SZ/iye-s : 
Papio hamadryas (Linné), P. Anubis (F. Cu- 
vier), Cercopilhecus grisco-viridis (Desni.j ; 
Chiens et Charal.s: Canis familiaris (L.), C. au- 
reus (L.); Chais : Felis maniculata (Cretzs )ou 
F. l.>bica(Meyer), id. var. domestica (Fitz.); 
Insectivores : Crociduragiganlea (GeolT.),C.re- 
ligiosa (Geoff.); /îojiyeiir.s : Acomys cahirinus 
(E. Geoff.), Mus .\le,'sandrinus(.ls. Geoff.); Bo- 
vidés : Bos Africanus (Fitzing); Anlihiies: Bu- 
balis buseiaplius /Pallas) ; Gazelles : Gazella 
dorcas (Linné), G. Isabella (Gray.) ; Moulons : 
Ovis longipes (Fitz.), race palœotegyptiacus, 



O. plalyura (Wag), race .Egyptiaca (Fitz.) ; 
Mouflon à numcheltes : Ammotragus tragela- 
pbus (Cuvier) ; Chèvres : Hircus mambricus 
(Linné); H. tbebaicus (Dcsm), H. reversas 
(Linné) ; Oiseaux : :^8 espèces ; /?ep/i7es .• 3 es- 
pèces ; Poissons : Lates nilolicus. 

(4) Il semblerait qu à Eridou (H. Rawlin- 
son), il se soit formé une école de mono- 
théisme. Mais celle doctrine, si jamais elle a 
existé, s'éteignit sans laisser de lraces.(A.-lL 
Sayciî, The Ancient Em/iires, p. 3H1.) M en fut 
de môme de la conception du dieu unique, 
dans la philosophie grecque et pour l'unité 
divine d'Ammon Ihébain imaginée par les 
grands prêtres dans un but politiiiue. 

(d) L'anthropologie signale en Egypte, dès 
les temps néolithiques et énéolithi<iues la 
présence de deux races juxtaposées, l'une 
autochtone (.') sous mésatiréphale, l'autre 
envahissante (?) dolichocépliale. (E. Chamre, 
Congrès de Paris, 2-!» aoiH lîtOO. Bec. Ecole An- 
thrôii., liKXi, t. VIII, p. 287.) 



216 



LES PREMIÈfŒS CIVILISATIONS 



sèrent les unes les autres, et que celles qui parvinrent au Nil 
n'étaient pas toutes les descendants de celles qui avaient bu l'eau 
du Tigre ou de l'Euphrate. 

En route, de proche en proche, ces hommes se perfectionnèrent 
et, partis peut-être avec la pictographie pure ou l'hiéroglyphe 
rudimentaire, il se peut qu'ils soient arrivés avec un système 
tout constitué d'écriture, indépendant de celui qui s'était formé en 
Chaldée après leur départ. 

Le tombeau de Menés (l), à Négadah, qui peut être placé vers les 
débuts du quatrième millénium av. J.-C. (2); ne doit pas être con- 
sidéré comme contemporain de l'invasion, bien loin de là. Des 
siècles se sont écoulés entre l'arrivée des premiers envahisseurs 
et la fondation d'une monarchie. 11 fallut se trouver en nombre, 
subjuger les premiers occupants du sol, s'établir dans le pays, 
s'emparer des foyers de résistance, centres de la richesse, enfin 
reunir les éléments d'un pouvoir politique (3). Cette période d'incu- 
bation de la monarchie pharaonique est celle des dynasties divines 
ou des serviteurs d'Iiorus; l'Egypte elle-même nous en a transmis 
le souvenir dans ses légendes (1). 

Par quelle voie se fit cette invasion ? Nous l'ignorons parce que 
nous ne connaissons pas l'état des routes d'alors. L'Arabie n'était 
peut-être pas infranchissable comme de nos temps, et la mer 
Rouge oflrait peut-être des passages. 

Si les conditions naturelles étaient les mêmes qu'aujourd'hui, 
ce qui semble probable, la migration, remontant l'Euphrate (5), 



(1) Les seuls métaux alors connus étaient le 
cuivre et l'or. O. Montelius (Soc. d'Anlhrop. et 
de Géoijr. de Stockholm, 18 sept. 1885) déclarait 
qu'on ne possédait alors (1885) aucune preuve 
certaine de l'emploi du fer en Egypte avant 
l'an 1500 av. J.-C. et, depuis, aucun fait nou- 
veau n'est venu contredire cette assertion. 
En 1883, M. G. Maspero (.Soc. d'.An;/!rop. de Puri.s-, 
15 nov. 188rl), se basant sur des découvertes 
de viroles de fer dans la pyramide noire de 
Dahciiour qu'il pensait être de l'ancien empire, 
émettait l'opinion que le fer, quoique très rare, 
était en usage dès la IV' dynastie. Mais, 
d'une part, il a été démontré que la pyramide 
noire de Dahciiour ne remonte qu'à la XIP 
dynastie ; d'autre part, le site e.xact dans le- 
quel furent trouvées ces viroles n'ayant pas 
été observé scientinquement, celle trouvaille 
n'infère en rien les assertions de M. O. Mon- 
telius. 

(2) Suivant FI. Pétrie (Royri/ Tombs, part. II, 
p. 4), la tombe royale de Négadah ne serait 
pas celle de Akha, mais celle de Nit-Khetep, 
femme de Menés. Mais celle opinion ne 



semble pas devoir être acceptée par les égyp- 
tologiies. (Cf. BoRCHARDT, in Sitzungsberichte 
der Kônig. Preugs. Akad. der Wissenschaften 
zu nerlin Ges., v. 25, nov. IB'JV, p. 1054, sq. Ein 
neaer Kùnigsname der Erslen Dijnitstie. — E.-A. 
Wallis Budgl-, .1 Ilistory of Eyypt, vol. 1, 
1902, p. 174. sq.) 

(3) L'école memphite comptait 770 ans pour 
la durée des trois premières dynasties pharao- 
niques et pla(;ait le règne de Snéfrou vers 
3998 avant noire ère. Ce calcul donnerait 
pour l'époque de Mènes 4777 ans av. J.-C., éva- 
luation d'ailleurs vraisemblable. 

(4) Le professeur Sergi, dans sa Mediterra- 
nean Race, p. 91 (cité par E.-A. Wali.is 
BuDGE, A History of Eyypt, vol. I, 1902, p. 34, 
sq.), soutient l'origine africaine des anciennes 
races d'Egyi)te, au point de vue anthropolo- 
gique. Je partage sa manière de voir en ce 
qui concerne le fond de la population dans la 
vallée du Nil ; mais cette constatation ne 
louche en rien à l'origine asiatique de la civi- 
lisation pharaonique. (J. M.) 

(5) D'après les données certainement fan- 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET L EGYPTE A.NTÉ-lIiSTOaiOUES 217 

gagna le Jourdain par la Cœlésyrie, descendit sa vallée jusqu'à 
la mer Morte et Édom et de là soit par le Sinaï, soit par le désert 
voisin de la côte méditerranéenne, parvint à la limite orientale; 
du golfe Nilothique, aucune autre voie ne lui étant ouverte. Mais 
comme conséquence forcée de ce mouvement, la Syrie et la 
Palestine reçurent des colonies mésopotamicnnes (1). 

Le souvenir de cette invasion et probablement aussi d'autres 
qui se sont succédé, était resté vif en Chaldée ; car le même che- 
min fut suivi, à Ijien des siècles de là, par les llyksos d'abord et 
par les Hébreux ensuite. 

En quel état les envahisseurs trouvèrent-ils l'Egypte ? Le Nil, 
toujours désordonné, ne déposait pas encore ses limons comme il 
le fait de nos jours. Des bancs de galets, situés à quelques 
mètres de profondeur près de Gebel-Abou-Fodah, m'ont appris 
que le temps n'est pas encore très éloigné où, tout au moins dans 
le Saïd (^2), ce fleuve avait encore, sur bien des points de son 
cours, un réo-ime torrentiel. 

Sept mille ans avant nous, le Nil, couvrant le fond de sa vallée de 
galets, laissait çà et là de longs bancs de gravier et de sable. Chan- 
geant sans cesse son cours, abandonnant des bras morts de tous 
côtés, renversant un jour ce qu'il avait édifié la veille, il parcourait 
toute la haute Egypte et une partie de la moyenne sans laisser de 
limons en quantité appréciable (3). Son lit, couvert de broussailles 
dans les parties asséchées, de plantes d'eau dans les marais et les 
bras morts vieux de quelques années, laissait à droite et à gauche 
deux bandes de terres fertiles, inondées au moment des ciues {f\). 
Plus bas, les eaux s'étant calmées, les limons se déposaient 



taisisles de l'école memphite, la durée des 
temps légendaiies en Egypte aurait été de 
17.870 ans, se décomposant comme suit : 
I" dynastie divine, 12.300 ; II' 1.570; III' 3.650 ; 
IV» "(rois de This.), 350. Les trois premières 
dynasties historiques auraient donné une pé- 
riode de 779 années (1" dyn., 263 ans ; II', 
302 ans ;III% 214 ans). Ce qui rapporterait à 
18.649 ans avant Snéfrou (3.998 av. J.-C.), à 
22.647 ans avant notre ère, les débuts de l'in- 
cubation en Egypte delà civilisation pharao- 
nique. Inutile de dire combien ces nombres 
sont e.xagérés, surtout en ce qui concerne la 
période légendaire. 

(li Depuis la hauteur de Bagdad ( Féloudj a) ju i- 
qu'à la Commagcne, les émigrants remontant 
l'Euplirate ne rencontrèrent certainement pas 
une grande résistance ; car ces pays sont in- 
capables d'une population nombreuse, les 

terres cultivables se bornant à deux étroites 



bandes (de quelques centaines de mètres au 
plus) à droite et à gauche du fleuve, limitées 
par des falaises caillouteuses. Ils durent 
même parcourir rapidement celte région trop 
pauvre pour les nourrir. Ce n'est ([n'en Syrie, 
pays fertile, qu'ils rencontrèrent les premières 
tribus assez fortes pour résister ([uelque peu 
à leur invasion. (J. M., Voyatje de V.m de la 
Chahh'e à la Si/rie.) 

(•2} .lai donné dans Hecli. oriy. Eyijple, 1896, 
chap. I et II, une étude détaillée sur le creu- 
seiiieiit de la vallée du Nil et sur la formation 
du sol fertile actuel de l'Egypte. (J. M.) 

(3) Dans ces lits caillouteux gris, j'ai trouvé 
à .Malanah (Haute-Egypte) un éclat de silex 
finement relouché semblant appartenir à l'état 
néolithique. (J. M.) 

(4) On peut se faire idée de ce qu'était l'al- 
lure de la vallée du >Jil à celte époque, en la 
comparant à ce qu'est aujourd'hui la haute 



218 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



comme de nos jours et, surélevant le lit du lleuve, formaient des 
digues naturelles, laissant sur les bords du désert de longs ma- 
récages. Une végétation luxuriante se développait alors grâce à la 
grande humidité de ce pays sans hivers (4). 

Le delta n'existait pas encore, le Nil rejoignant le golfe non loin 
du site actuel du Caire, yia'is ce golfe, naturellement peu profond,. 
se comblait peu à peu, laissant émerger çà et là des bancs de vase 
à peine durcie, bordés de roseaux gigantesques, couverts de gazon,, 
de broussailles, entremêlés de troncs d"arbres, de branchages 
arrachés par le fleuve aux forêts d'amont, chariés par le courant 
et rejetés par les vagues. 

L'hippopotame, le crocodile habitaient ces îlots boueux et les. 
rives du fleuve, le sanglier vivait dans les fourrés ; des milliers 
d'oiseaux d'eau volaient en tous sens, quittant un marais pour 
s'abattre dans un autre. L'antilope, l'autruche, bétes du désert,, 
se tenaient sur sa lisière et, dans le bruit confus de tant d'ani- 
maux, le rugissement du lion jetait la terreur. 

A droite et à gauche de ce vaste oasis, s'étendait le désert, avec 
ses immenses solitudes desséchées ; celui de l'ouest, se perdant à 
l'infini, couvert de dunes de sable, mobiles comme les vagues de 
la mer ; celui de l'est, balayé, dénudé, semé de galets brunis et 
brûlés par le soleil. 

Mais, chaque année pendant plusieurs mois, le Nil sortant de 
son lit obligeait à fuir tous les hôtes de sa vallée. Habitants de 



vallée tle l.i Loiie, en amonl de Nevers. Tou- 
tefois, en Egypte, les proportions du phéno- 
mène élaienl hien plus grandes, et les débor- 
dements annuels. 

(1) Le docteur G. Schwelnfurlli qui, comme 
on lésait, fut l'un des premiers explorateurs 
du haut Nil, compare l'état dans lequel se 
trouvait jadis l'Egypte à ce qu'il a vu en 
amonl du confluent des deux fleuves. » Veut- 
on se faire une idée de ce qu'était la vallée 
nilotique, avant l'introduction de la civilisa- 
tion basée sur la cuit ure des céréales ? On n'a 
qu'à établir une comparaison entre le Nil 
supérieur, en amonl de Kharthoum, et le 
lleuve bleu du Senuaar, dans leur étal actuel. 
Des forêts épaisses d'acacias, de palmiers 
doûms et un certain nombre d'arbres à larges 
feuilles couvrent les îles et les plaines acces- 
sibles aux inondations et aux crues. Des 
taillis impénétrables, des bosquets épineux, 
des festons de lianes superbes comblent les 
lacunes entre les gros arbres. Parfois, s'of- 
frent à nos regards do vastes clairières cou- 
vertes de prairies, tout aussi infranchissa- 
bles, grâce à l'énorme végétation des hautes 
herbes qui y dominent. l.e cours du lleuve, 



nullement réglé par des digues, marque,, 
selon l'importance des crues, entre de nom- 
breux îlots, une certaine indécision de bran- 
ches et de canaux. De nombreuse s lagunes,, 
des arrière-eaux se forment isolées pendant 
l'étiage et se dessèchent. Ailleurs, dans le& 
dépressions abritées pendant la crue, des in- 
filtrations donnent naissance à des marais- 
constants. Les bras du fleuve, arrêtés par des 
obstructions causées par la végétation aqua- 
tique, se remplissent de papyrus et d'îlots 
flottants. La région entourant cette vallée, si 
richement dotée d'une végétation permanente, 
donne lieu souvent aux conliastes les plus- 
éclatants. Dans r.\frique équatoriale du 
Nord, les forêts riveraines, qu'on classe 
parmi les plus épaisses du monde, forment 
des bandes relalivemenl étroites, qu'entou- 
rent des prairies desséchées pendant huit 
mois de l'année, et qui n'ont même pas sou- 
vent la moindre feuille verte. Dans les ré- 
gions du Soudan oriental, ces forêts rive- 
raines sont moins nombreuses et ont moins 
de continuité. Le désert gagne partout du 
terrain. » (G. ScuwEiyFvimi, Bull. Khédiv. 
Géoyr., IV" série, n» 12, le Caire, 1897.1 



L'ASIE ANTERIEURE ET L ÉGVPTE ANTÉ-IIISTORIOLES 



•21i> 



tout genre gagnaient alors le désert, ou se tenaient dans les brous- 
sailles encore découvertes (1). 

C'est dans ce milieu que s'était dévelo])pé 1 lioninie d'Egypte 
aux temps préhistoriques. Isolé du monde par les solitudes qui 
l'entouraient, attaché à sa terre et à son fleuve aux(|uels il devait 
tout, n'ayant d'autres ennemis ([ue les animaux féroces, nom- 
breux alors, mais trouvant en abondance le gibier, le poisson et 
les végétaux comestibles (2). 

Cependant il ne pouvait, lui non plus, habiter en tout temj)S la 
vallée d'une manière fixe. Chassé par les crues, il devait gagner 
les sables ou tout au moins se tenir sur les bords des terrains 
inondés. C'est là, en efl'et, qu'on trouve les restes de ses habita- 
tions, des enclos où il réunissait les troupeaux pour la nuit (3); 
quant aux traces de ses campements provisoires, dans les terres 
soumises à l'inondation, elles ont disparu sous les limons. 

Si le fleuve nourrissait l'honime, il lui imposait aussi ses exi- 
gences ; lors des débordements, toute la terre étant couverte par 
les eaux, on ne tiouvait plus sa subsistance au jour le jour ; force 
fut donc de s'approvisionner à l'avance. C'est ainsi que rEgy[)tieii 
devint éleveur et agriculteur; que, semparant des bétes du désert 
et de la vallée (û), il en fit ses troupeaux, auxquels il joignit plus 
tard le bétail importé d'Asie (5) ; qu'ayant choisi les plantes les 



(1) On a pensé que lea marais du delta 
constituaient alors un obstacle infranchissa- 
ble pour une migration venant d'Asie par 
l'isthme de Suez, sans songer qu'à l'ouest du 
délia, entre Tell el Kel)ir et Suez, est un large 
passage quelque peu surélevé, composé de 
conglomérats coquilliers et de sables, et que 
celte langue de terre n'a jamais été cou- 
verte par les eau.x du Nil. (.1. M.) 

(2) Entre autres, le lotus, dont les graines 
demeurèrent, jusqu'à l'époque romaine, un 
comestible recherché, le dattier et le doum, 
dont les fruits se rencontrent souvent comme 
offrandes dans les tombes pharaoniques. 
(J. M.) 

(3) Les troupeaux égyptiens, à l'époque des 
kjœkkenmœddings de "Toiikh, se composaient 
de moutons {Ovix longifien, Fitzingcr). de 
mouflons à manchettes (Ammolra<ius Inige- 
laphiix, Cuvier), de chèvres (Hircuf; thebdiriis. 
Desm.), cl probablement aussi d'antilopes 
(liubniis buselaphus, Pallas), el de gazelles 
(Odzella dorcns, Linné; G. Isabella, Gray.). 
(Cf. docteur Lohtet,/(i Faune momifiée de tan- 
cienne Egijpte, Lyon, lîMJô) 

(il Les mammifères dont j'ai retrouvé les re-; 
les dans les kjœkkenmœddings sont : Rox lau- 
rus, D. bub'ilus, Cnpra liircux, Gnzellit Isabelln, 
Hippolrmjux liakeri, Sua Srrofi, Canix Ittmiliaris. 

(5) D'après le docleurUlrichDurst^/i/eyîinf/cr 



von Babylonien, Assyrien unJ Eyypten, Berlin. 
1899), le Bos macroreros des monuments 
égyptiens l'Cf. Wilkinson, Tlie Ancient Eyyp- 
lian.s, vol. I, i)p. 249 et 370) aurait été im- 
porté dans la vallée du Nil par une race hu- 
maine primitive qui, venant du Nord de 
l'Inde, à une époque très reculée, aurait tra- 
versé la mer Rouge pour se répandre sur 
toute l'Afrique orientale. Le docteur Lortet 
{In Faune momifiée de l'ancienne Eyypie, Lyon, 
1905, p. 07) ne partage pas cette opinion : « La 
vallée du Nil, dit-il, ainsi que le centre de 
r.Vfrique, a joui probablement depuis l'épo- 
que crétacée des mêmes conditions climaléri- 
ques qu'elle présente aujourd'hui Dans un 
tel milieu, d'une stabilité si constante, races 
humaines et races animales ont dû acquérir 
des caractères tout à fait spéciaux, en har- 
monie avec les influences climatériques si 
remarquables. ■> .le ne partage pas l'opinion 
de mon savant ami au sujet de la permanence 
des conditions climatériques de lEgyple, 
depuis les temps crétacés ; car, au pliocène, 
entre autres, le relief de ces pays était tout 
différent de ce qu'il est aujourd hui, de même 
que le régime des eaux. l'.L M.) 

i< Le mouton préhistori<]ue d'Eg>pte n'est 
pas iin mouton indigène, comme on l'a pré- 
tendu. 11 a été importé probablement de 
l'.Vsie, aussi bien que Bas brachyceros, dont on 



220 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



plus utiles de son pays, il en sema les graines; qu'à peine eut-il 
connu le blé, il en fit son principal aliment (1). 

Au nord, non loin de l'embouchure du Nil, sur sa rive gauche, 
était une grande dépression, aujourd'hui le Fayoum, jadis, prétend- 
on, le lac Mœris, beaucoup plus étendue à l'époque anté-historique 
qu'elle ne l'est de nos jours (2). Là, l'homme avait placé ses sta- 
tions (3) tout autour de cette nappe d'eau merveilleuse par 
sa richesse en poisson (Zi). 

Jamais rien ne variait dans ce monde à part, où régnaient la quié- 
tude et l'abondance ; les peuples y prirent ce caractère doux et 
insouciant qu'on voit encore chez le fellah de nos jours, après 
sept ou huit mille ans de civilisation. 

Il suffit de jeter les yeux sur les bas-reliefs de l'ancien empire (5) 
pour vivre de la vie de ce peuple au début de l'histoire. Par- 
tout on ne voit que représentations de scènes de chasse et de 
pèche, de navigation et des travaux de la campagne. Toujours des 
œuvres de paix ; c'est un monde à part qui semble n'avoir connu 
que bien tard les horreurs de la lutte, les calamités de la guerre. 
Ce milieu, les émigrés asiatiques l'envahirent aisément et ils en 
firent un grand empire. 

Il est à présumer, d'après les indications que fournit l'archéo- 
logie, que l'avant-garde des Asiatiques, apparaissant dans la vallée 
du Nil, fut le premier trouble jeté parmi les populations autoch- 
tones. Jusqu'à ce temps, les Égyptiens étaient en droit d'ignorer 
qu'il y eut au monde d'autres hommes qu'eux. La douceur de leurs 
mœurs fut cause de leur malheur d'abord, de leur grandeur ensuite. 



trouve les ossements dans les Kjœkkenmœd- 
dings (le Toukh •> (Cf. Gaillaru, le Bélier Je 
Mendè.t, Lyon, l'JOl, p. 22), « et que Balfelus 
antiquus, et de nomi>reuses gazelles. Mais, 
en présence de sa grande réi)arlilion dans 
le Nord de l'Afrique, à l'âge de la |)ierre polie, 
on se demande si la souche sauvage de ces 
races de moulons n'est pas arrivée en Afrique 
avec les ruminants cités plus haut, à une 
époque hien plus ancienne, au moment de la 
grande extension glaciaire, lorsque les mam- 
mifères des régions tempérées de l'Asie et 
de l'Europe furent détruits ou chassés vers 
le ?ud, par ces modifications du climat et par 
l'arrivée dans les mêmes régions des espèces 
de la faune horéale » lid., p. 3i). M. Piètre- 
ment (les Chevaux dans les temps préhisloriques 
et Bull. Soc. Aulhrop., Paris, 1906, p. 658) 
reconnaît, dans l'âne d'Egypte, une espèce 
africaine, mais pour le mouton, la chèvre et 
le bœuf, il démontre l'origine asiatique. 



(1) La grande usure des dents chez les Egyp- 
tiens pharaoni()ues prouve que non seule- 
ment les céréales étaient consommées sous 
forme de farine mais aussi à l'état naturel ; 
et sans cuisson. 

(2) Les fonds d'anciens lacs, avec leurs osse- 
ments de poissons et leurs mollusques, s'éten- 
dent au loin; autour du lac actuel, j'en ai 
observé à 40 mètres environ au dessus du ni- 
veau des eaux. {J. M.) 

(3) Les stations néolithiques de Dimeh, Om 
El Atl, etc., se trouvent à plus de 30 mètres 
au dessus du niveau actuel des eaux du lac. 
On ne rencontre pas, au Fayoum, de traces 
de palafittes. (J. M.) 

(4) Le Birket-Karoum, encore très poisson- 
neux, fournit à la ville du Caire une énorme 
quantité de poissons (carpes, perches, silu- 
res, anguilles, elc ). (J. M.) 

(5) Tombeaux de Ti.de Méra,de Kabin, etc., 
à Saqqarah. 



L'ASIE ANTK1UEL1U-: ET L'EGYPTE ANTÉ-IIISTORKJUES 221 

Si les envahisseurs s'étaient heurtés à des populations belliqueu- 
ses, jamais l'Egypte pharaonique n'aurait vu le jour. 

Quelles étaient les populations qui hajjitaient l'Egypte avant 
l'arrivée des Asiatiques ?La vallée du Nil était alors très peuplée; car 
les traces de cette époque sont })artoul (rimo (>xlrèin(> abondance. 

Après bien des hésitations et des tâtonnements, je suis aujour- 
d'hui porté à croire que le fond de la poj)ulalion était, dans la val- 
lée, le même que dans les oasis et dans toutes les terres habita- 
bles voisines de la Méditerranée ; que cette race était blanche et 
apparentée aux Berbères de noti'e éj)0(|ue. 

Les frappantes analogies qui existent entre les instruments 
néolithiques de l'Egypte et ceux qu'on rencontre dans tout le 
nord de l'Afrique, m'amènent à penser que l'habitat de cette 
race était extrêmement vaste et couvrait presque tout le nord du 
continent africain. 

Est-ce à une réaction anti-akkadienne en Chaldée, aux mouve- 
ments violents qui en seraient résultés, que l'Egypte dut son 
envahissement ; est-ce à la conquête même du pays des deux 
fleuves par les Sémites? Nous ne le pouvons savoir; mais on serait 
tenté de le penser, car ces faits prirent place vers l'époque carac- 
térisée par la grande expansion akkadienne. D'après les arts, les 
industries, les connaissances diverses apportées d'Asie dans la 
vallée du Nil, il semblerait que les hordes envahissantes fussent 
composées d'autochtones asiates demi-sémitisés plutôt que de 
Sémites purs, dont l'influence fit partout périr les arts nais- 
sants. 

La conquête de l'Egypte ne fut pas un mouvement isolé. Tous 
les pays de la Syrie, de la Palestine, furent englobés par la coloni- 
sation (1) ; et c'est là l'origine des peuplades semi-sémitiques (2) 

(1) Les récentes explorations arcliéologiques vingtième siècle et peut-iire bien antérieurs, 

en Palestine ont fourni de nombreuses traces Grotte artificielle sépulcrale néolithique de 

des peuples qui, occupaient le sol avant les pre- Gezer (Cf. Alex. Mac.^usteu, Oaalerley State- 

mières invasions sémitiques. menl, 1902, pp. 353-356 ; 1903, p. 50, sq., 3-2-2 326) 

« Chez les pré-Sémites de Palestine, dont entre 4.000 et 2.500 av. J.-C. (H. Vince.nt, Ca- 
le concept religieux nous échappe encore, il nuan, 1007, p. 211), incinération des corps, 
n'y a ni sanctuaire bien déterminé, ni autel. En Palestine, comme d'aillem-s en Chaldée 
à plus forte raison pas didole. Tout le culh' et dans lEgypte, les origines de la céramique 
s'accomplit devant un trou creusé à même le peinte ne i)euvenl être datées, même approxi- 
sol nourricier ou devant des roches percées de malivement. H. Vincent est d'avis que la po- 
cupules;ony répand, en hommage à ladivinité, terie indigène s'éteignit en Palestine vers le 
des libations d'eau probablement pure et sim- seizième siècle av. J.-C. (Cf. CaïuKin, p. 19.) Sa 
pie à l'origine, ou de lait, plus tard de vin et disparition en Susiane comme en Egypte est 
de sang. » (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. 201, beaucoup plus ancienne; elle est, dans la val- 
sq.) Sanctuaires indigènes d'époque néoli- lée du Nil. antérieure à l'époque de Snéfrou, 
thique il Gezer, Tell Djedeideh, Megiddo (Cf. et en Chaldée voisine du trentième siècle. 
ll.ViNCENT,Canaa/i,1907, p.92)du trentièmeau (2) Chez les Chananéens, on rencontre en 



4)99 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



qui, bien longtemps avant Tarrivée des Araméens, formèrent le 
fond des populations voisines de la Méditerranée. Ce fut égale- 
ment la cause du départ vers le nord de ces tribus qui, plus tard, 
«ur le haut Tigre, mélangées avec une nouvelle poussée sémi- 
tique, devaient créer l'Empire ninivite (1). 

Dès que la Chaldée nous apparaît dans l'histoire, nous la voyons 
divisée en trois régions bien distinctes : 
• Au sud-ouest et au sud, le pays de Shoumer avec ses villes 
principales dont nous connaissons Ourou, Eridou, Bâb-Saliméti, 
Ourouk, Larsam, Sirpourla. 

Au nord, le pays d'Akkad et ses capitales, Nipour, Barsip, 
Babylone, Kouta, Sippar, Agadé... 

A l'est, au pied des montagnes, le pays d'Elam avec Suse et les 
nombreuses villes de sa j)laine. 

Les rois de toutes ces villes portaient le titre de patésis ou 
princes héréditaires sacerdotaux ; sous eux gouvernaient d'autres 
roitelets, chacun dans sa ville de second ordre. 

Ce régime montre les dernières traces du morcellement en 
■clans dans la ^lésopotamie pré-akkadienne. Plus tard, des rois 



foule lies preuves de leur origine chaldéenne, 
par la langue, par les connaissances céra- 
miiiues, architecturales, glyptiques ; par les 
■croyances religieuses ils montrent n être qu'un 
rameau des peuples sémitisésdes deux lleuves. 

La divinité revêtait deux formes principales: 
l'une masculine figurée par le Ba'al (Phallus), 
l'autre féminine personnifiée dans l'Aslarté de 
l'Elam et de la Chaldée. Le concept général 
■était la fécondité. Plus lard, des dieu.x secon- 
daires vinrent se joindre à celte idée primi- 
tive, soit pour satisfaire à des hesoins locau.v, 
soit pour répondre au.v exigences de maîtres 
étrangers. La divinité principale elle-même 
obéira dans sa forme à des influences exté- 
rieures changeantes et très diverses. 

Les sanctuaires chananéens de Gezer et de 
Megiddo (du xx"' au x\" s. av. J.-C.) déblayés 
•depuis peu (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, 
p. 102, sq ) présentent de grandes analogies 
avec celui de Seràbit el Khadim (Sinai) 
reconnu, malgré ses nombreuses transforma- 
tions égyptiennes, comme d'origine sémitique 
(iv< millénium av. J.-C.) ; avec la représen- 
tation de bronze découverte à Suse (xr s. av. 
J.-C); avec quelques sanctuaires très anciens 
de l'Abyssinie. Ils sont, aux débuts, à ciel 
ouvert et ornés de monolithes plus ou moins 
grossièrement taillés : une simple caverne leur 
lient lieu d'adijlum et de trésor, aucune antre 
construction, palais ou demeure des prêtres 
ne les accompagne. 

.Sur l'autel les sacrifices sanglants prennent 
de plus en plus une place prépondérante et 
ies sacrifices humains deviennent fréquents. 



L'offrande des premiers nés dans les sanc- 
tuaires, l'immolation de victimes humaines 
pour la fondation ou l'achèvement d'un édifice 
par exemple, montrent à quel degré le Chana- 
néen primitif a le sens de la suprématie divine 
et de sa propre dépendance vis-à-vis de celte 
force redoutable il'oij émane toute vie el qui 
régit la mort. (IL Vincent, Ca/J<ia;j, 1907, p. 203. 

En ce premier stade de la religion cliana- 
néenne, si une influence extérieure est saisis- 
sable, elle vient plutôt de l'Orient babylonien 
que d'aucun autre point du monde antique. La 
Babylonie, l'iilam ou la Susiane fouinissenl 
les meilleurs répondants pour les éléments 
aujourd'hui saisissables du culte de Canaan. 
(Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p 202.) 

Pendant la période chananéenne, les sépul- 
tures se faisaient généralement dans des 
tombes à puits rappelant [)ar leur forme celles 
de l'ancien et du moyen Empire égyptien (sauf 
toutefois celles des premières dynasties à Né- 
gadah, Abydos, etc ), inhumation des corps 
accompagnés d'offrandes. 

La deuxième période céramique (chana- 
néenne), dans la Palestine, s'étend du seizième 
siècle environ jusque vers le douzième-onzième 
siècle I' Les éléments spécifiques, en tant que 
distincts de la culture antérieure, nous demeu- 
rent fort obscurs; mais elle est caractérisée à 
ce moment par la fusion qu'elle introduit entre 
les éléments locaux qu'elle s'est appropriés et 
ceux qu'elle reçoit du dehors, se laissant pé- 
nétrer par le grand courant égéen si puissant 
alors. » (H. Vincent, Canaan, 1907, p. 19.) 

(1) Genège, X, 11-12. 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET L'ÉGVPTE ANTÉ-IIISTORIOUES 2iZ 

conquérants vinrent, partant d'Agadê ou tl'autres villes, sou- 
mirent ces peuples divisés à l'infini el en formèrent leurs 
•empires. Mais la division administi'ative demeuia la môme ; les 
patésis, jadis indéj)endanls, devinrent Iribulaires et ainsi se créa 
■ce vaste système féodal qui régit la Ghaldée pendant des siècles. 
11 en fui de même en l']gypte, où ces divisions primitives (1), con- 
tinuées jusqu'aux temj)s romains pendant (|uatre mille ans, sont 
■connues sous le nom de Nômes. 

Bien des siècles après l'installation des Akkadiens dans la 
Chaldée, mais encore très loin avant l'histoire, les envahisseurs, 
iiyant affermi leur puissance, organisé le premier gouvernement 
•de ce pays, écrasé, absorbé ou chassé les tribus sumériennes, 
songèrent à éloigner d'eux les dangers dont les menaçaient sans 
cesse leurs voisins non-sémites de l'Elam, du Zagros, des mon- 
tagnes qui séparent ces deux pays, et du haut cours du Tigre. Des 
guerres acharnées furent certainement le résultat de cette lutte 
pour la conservation de l'indépendance, mais l'histoire ne nous 
«n a pas laissé de traces. 

Au sud-ouest et à l'occident, les déserts arabiques et svro- 
arabiques constituaient une frontière naturelle sûre et n'offraient 
à la cupidité aucune tentation ; c'est donc vers le nord et lorient 
seulement que se tournèrent les regards des Akkadiens. 

Mais aussi, la conquête du pays des fleuves, l'asservissement 
<le ses anciens habitants, l'établissement définitif des Sémites 
•dans la plaine basse, étaient pour les Etats voisins un avertisse- 
ment; et si les Akkadiens redoutaient un retour oflensif des 
peuples autochtones, les autochtones eux-mêmes craignaient 
d'être subjugués un jour. 

Dans cet antagonisme, l'Elam lui aussi succomba. L'Akkadien 
vainqueur domina, étendit les limites de sa puissance sur toute la 
plaine, s'avança peut-être même jusqu'à la ^léditerranée et im- 
posa dans tout le sud de l'Asie antérieure une dynastie d'empe- 
reurs qui dura plus de mille ans. Ainsi le premier grand empire 
ne naquit pas de l'ambition d'un peuple de réunir sous un même 



(1) La céramique peinte de l'Egypte énéol- iand Rallas, etc.) A Suse, nous avons trouve 

Ihique fournil un grand nombre de représen- (Cf. Méin. de la Déléy. en l'erse, l. 1, 1900, fig. 

talions de barques qui, toutes, sont ornées 337, p. 135) un fragment de poterie arcliaïque 

d'emblèmes, sortes d'étendards désignant dont l'ornenientalion incisée et remplie d'une 

certainement les tribus. (Cf. J. de Morg.\n, pâle blancbe représente également une bar- 

liecher. s. les oriy. de l'Egypte, t. H, 1897, fig. que munie de son étendard. iJ .M.) 
240-204, p. 93. — Flinders Pétrie, Naqada 



•12!\ LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

sceptre toutes ses tribus afin de lutter en commun plus sûrement 
pour la vie, mais de la cupidité d'un homme, d'une famille qui 
asservit tous les peuples civilisés d'alors. Seuls les soldats de cet 
autocrate furent ses sujets, les autres hommes n'étaient que ses 
esclaves. Quel abîme sépare les conceptions gouvernementales 
d'alors de celles des sociétés modernes ! 

L'Elam, important encore bien que politiquement sémitisé, for- 
mait dans son territoire, comme d'ailleurs tous les Etats du monde 
à cette époque, une monarchie féodale. Suse était la plus populeuse 
de ses villes, mais Anchan, x4damdoun (llatamti) et bien d'autres 
bourgades, portant le titre de villes royales, étaient gouvernées par 
des patésis, dynastes moins asservis que ceux de la Chaldée 
propi"ement dite, si même ils n'étaient entièrement indépendants. 
Sharoukin, ou Sargon l'Ancien, ne fut probablement pas, des 
princes suméro-akkadiens, le premier qui devint empereur ; peut- 
être fut-il précédé par ^lanichtousou et d'autres rois de Kich ; 
mais il est celui sur le règne duquel se sont concentrées toutes 
les légendes relatives à celte grande révolution : or, il vivait au 
trente-huitième siècle avant notre ère. 

Si nous sommes juslifiés à placer vers la seconde moitié 
du cinquième millénaire, au j)lus tard, la concjuête des pays éla- 
mites époque qui correspond, dans le pays des ])haraons, aux 
dynasties divines, ce serait donc mille ans au moins après l'enva- 
hissement sémitique de l'Elam que la Chaldée se présenterait à 
nous par ses monuments et ses textes. Est-il dès lors surprenant 
que nous n'ayons, jusqu'ici, retrouvé aucune trace précise des 
jiopulalions qui couvraient autrefois le sol de la Mésopotamie? 

Ces évaluations, basées sur de simples approximations, n'ont 
rien de la rigueur scientifique. 11 n'en est pas moins vrai que 
nous connaissons la succession des faits, des mouvements accom- 
plis, des évolutions; et (|ue l'idée que nous pouvons nousfaii*e du 
temps qu'ils exigèrent ne doit pas être très éloignée de la vérité. 
Les questions traitées dans ce chapitre laissent subsister une 
foule de doutes que l'avenir éclaircira certainement; mais nous 
entrevoyons nettement quel était l'état du monde au moment où 
va commencer l'histoire. 

En Chaldée, l'Akkadien domine sur tous les anciens peuples. 
En Egypte, la race autochtone, subjuguée par une migration 
asiatique, voit s'étal^lir la royauté pharaonique. 



L'ASIE ANTÉRIEURE ET L EGYPTE ANTÉ-HISTORIQUES 225 

Les deux pays possèdent le métal et rëciiluie liiéioglyphique, 
connaissentrarchitectuie,prali(iuent l'élevage et la culture, adorent 
des dieux issus d'une même pensée religieuse, bien que mélangée 
à celle des autochtones, parlent des langues apparentées. 

Quant au reste du monde, il est plongé dans les ténèbres de la 
sauvagerie, la pierre polie règne partout en maîtresse et, peut-être 
aussi, bien des peuples en sont-ils encore à l'état mésolithique. 

Désormais, au cours des siècles, les divergences entre les 
Chaldéens et les Egyptiens n'iront qu'en saccenluant, jusqu'à 
former deux peuples entièrement difTérenls. Pendant deux mille 
ans au moins ils demeureront sans contact direct entre eux, 
s'ignorant presque l'un l'autre et, lorsqu'ils se retrouveront en 
présence, ce sera les armes à la main. 

Le tableau suivant résume les principaux faits qui, pendant une 
période de trois mille ans environ, précédèrent les débuts histori- 
ques. 11 ne repose que sur des su|)positions appuyées par les tra- 
ditions et les découvertes archéologi(|ues. Les dates, indiquées 
en milléniums, ne sont basées sui- aucune preuve positive, sauf en 
ce qui concerne celle de l'Empire chaldéen ; et s'il est des correc- 
tions à faire dans ces évaluations, on devra plutôt, à mon sens, 
diminuer qu'augmenter ranti([uité des faits antérieurs à Sargou 
l'Ancien. 



Y. 



IV. 



CHALDEE ET ELAM 



Z5 



m 



Tribus 

sumériennes 

(clans). 

Envahissement 
sémitique. 

Formation 
des principautés 

(patésis). 



Premiers 
royaumes. 

Empire 
suméro -akkadien, 



EGYPTE 



Tribus 
nord-africaines. 



Conquête 
asiaticiue. 

Serviteurs 
d'Horus. 



Etablissement 
du régime 

pharaonique. 
I" Dynastie. 

IIP — 
IV« — 



o2 



MOUVEMENTS 

DE PEUPLES 






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CHAPITRE VIII 



L'expansion sémitique. 



V Empire sumét'o-ahhadien. — V Egypte pharaonique à i ancien 
el an Moyen Empire. — La réaction élamite. — Les Hyksos dans 
la vallée du Nil. 



Quand les Sémites eurent étendu leur pouvoir ou leur 
influence aux pays de la plaine, lorsqu'ils eurent occupé toute 
la région fertile, depuis les bords de la mer jusqu'au cours moyen 
des fleuves, jusqu au pied des montagnes iraniennes et à la bor- 
dure du désert arabique, il se forma, peu à peu, dans ce milieu 
d'abord sans cohésion, des centres politiques correspondant aux 
bourgades les plus avantageusement situées, aux districts les 
mieux administrés. 

Ces villes, grâce à leur puissance relative, accrurent leurs 
domaines aux dépens des communautés voisines plus faibles, les 
absorbèrent et réduisirent leurs patésis au rang de tributaires. 

Cette période d'incubation politique fut longue; elle dura vrai- 
semblablement })Ius de mille années et, pendant ce temps, les 
anciennes populations du sol chaldéen se fondirent avec les nou- 
veaux venus. Leur civilisation dénaturée par lesprit étranger 
adopta une nouvelle voie ; les usages se modifièrent, sadaptant 
au récent état des choses. L'écriture jadis hiéroglyphique se trans- 
forma, j)eu à peu, en cunéiforme linéaire ; on oublia mômejus- 
<|u"au sens de ses éléments primitifs. 



L'EXPANSION SKMITIQL'E 227 

L'ail, demeuré entre les mains des aborigènes, mais soumis à 
la volonté des maîtres, prit un grand essor, si nous en jugeons 
par les rares œuvres parvenues jusqu'à nos jours. 

Dans cette civilisation mixte (1), composée de deux éléments 
originels distincts et provenant de deux races aux tendances et 
aux aptitudes très diverses, il est bien difficile de distinguer la 
part qui appartient aux vainqueurs de celle qui revient aux vain- 
cus. Toutefois, il semble qu'aux Sémites doivent être attribuées 
les conceptions gouvernementales telles que l'administration, les 
finances et la guerre ; tandis qu'aux aborigènes seraient dus les 
arts, l'écriture, les industries, la culture et toutes les branches des. 
connaissances dérivant des soins donnés à la terre. 

Disposant des bras de leurs serfs, les Akkadiens ordonnèreiiL 
des canaux, assainirent et irriguèrent le pays ; sinsj)irant, en les 
améliorant, des méthodes employées avant eux. Ils Idilifièreut 
leurs villes, élevèrent des temples et des palais et réglemen- 
tèrent la propriété, en vue d'assurer et détendre leur pouvoir 
avec leurs revenus. 

Réunissant les coutumes éparses, propres aux besoins locaux, 
les adaptant à leurs usages et à leurs intérêts, ils composèrent 
les premiers recueils de lois qui, comme le fait a lieu pour tous 
les coutumiers, différaient d'un district à l'autre pour mille dé- 
tails ; mais demeuraient toujours, d'une part attachés aux néces- 
sités du sol, d'autre part liés aux vues politiques des conquérants. 

11 se forma une caste militaire ayant à sa tête, parfois des 
Sumériens, souvent aussi des Akkadiens, gens de vieille race, 
dont le concours était assuré aux vainqueurs; les Patésis, qui déjà 
détenaient l'administration, en furent les principaux officiers. 
Cette caste était nécessaire au maintien dans l'obéissance des 



(1) L'organisation sociale el administrative nauté. En dehors de ce partage, des lots étaient 

d'un royaume chaldéen nous est révélée par attribués au roi et aux divers fonctionnaires 

les textes, et plus spécialement par ceux trai- civils el militaires, suivant leur grade, avec 

tant de la propriété foncière. En tète, se trou- obligation de rapport à la communauté en cas 

vait le roi ou le patési ayant pouvoir sur un de cessation de leurs fonctions. (Cf. Ed. Cuo, 

certain nombre de tribus. Chaque tribu avait La propriété foncière en Chaldéc, ds Xotw. 

son chef (portant souvent aussi le litre de pa- Reu. kisl. de droit franc, et étranger., nov.-déc. 

tési), ses administrateurs, ses conseillers, ju- 1906, p. 722, sq.) Cette législation est le reflet 

ges-prèlres, scribes el autres fontionnaires. des anciennes coutumes du teniijs où les pré- 

Les terres appartenaient à la communauté; Sémites, plus pasteurs et chasseursqu'agricul- 

mais la jouissance en était attribuée aux leurs, vivaient sous le régime de la propriété 

villes et villages, chacun pour leur part. Lad- collective dans les territoires attribués à 

ministration des centres secondaires était or- chaque tribu. Elle montre également de quels 

ganisée comme celle de l'Etat. Dans chacune, ménagements durent user les Akkadiens en- 

les terres tirées au sort étaient remises en vers les Sumériens lorsqu'ils s'établirent peu 

jouissance aux divers membres de la comnui- à peu en mailres dans le pays. 



2-78 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

peuples soumis, ainsi qu"à la protection du domaine sémitique 
contre un retour offensif des autochtones non asservis encore ou 
à peine vaincus. 

Le risc(l), comme de raison, demeura entre les mains des 
Sémites. Les Akkadiens percevaient les taxes non seulement 
comme maîtres politiques, mais aussi comme chefs religieux; 
car cette aristocratie, aussi bien sacerdotale que militaire, s'as- 
surait de toutes les ressources par sa double autorité. La religion 
avait été transformée, les panthéons des deux races s'étant fondus 
lun dans lautre ; mais dans presque toutes les grandes villes, 
les prêtres de rang élevé étaient des Sémites. 

La caractéristique de l'esprit akkadien est le défaut complet 
de morale, la morale étant entendue dans le sens que nos cul- 
tures attribuent à ce mot. L'égoïsme régna toujours en maître dans 
les États fondés par cette race, et si parfois, dans Ihistoire, appa- 
raissent des sentiments généreux chez les souverains, c'est que 
les circonstances, lintérèt même, les obligeaient à masquer leurs 
véritables vues. 

La cruauté chez les Assyriens, les Arabes, les Chananéens, les 
Phéniciens, etc., nest quune conséquence de ce principe du 
mépris de l'intérêt etde la vie d'autrui, sentiment dominant parmi 
ces peuples. Chez les adorateurs dAssour, toute pitié disparais- 
sait devant lintérèt du dieu, et le dieu nétait que le représen- 
tant des appétits de chacun, le masque déguisant l'égoïsme. 

(( Les Sémites ont à leur charge deux abominables tares (2), 
les prostitutions sacrées pour les deux sexes et les sacrifices hu- 
mains non seulement des prisonniers de guerre, mais des enfants 
immolés par leurs parents, avec la conviction d'être agréables 
aux dieux (3). Il est vrai que les courtisanes plus ou moins 

(1) Les revenus de lElal en Chaldée se de remparts, etc., qui s'effecluaienl à la cor- 

composaient de deux parties distinctes : ceux vée. (Cf. G. Maspebo, Histoire, l, P- J63. - 

provenant des terres de lEmpire et ceux pro- Metchmkoff, la Civilisation el les Grands Heu- 

duits par les tributs qu'envoyaient les peuples ves historiques, 1889. - Babelon, Science soc, 

étrangers soumis. Les impôts intérieurs se I, 3W-351, etc.) 

réparlissaienl suivant les produits de lagri- (^2) M. J. Lagrange, Etudes sur les religions 

culture et de l'élevage dans des proportions sémitiques, Pans, 1905, p. 445. 

variables suivant les districts et les époques; (3) Les sacrifices humams chez les Arabes 

en outre c'étaient des métaux, des produits furent d'usage jusqu'à I'hégire.En529,Mundhir, 

manufacturés, des esclaves des deux sexes. Le prince de Hira, vassal de Kavùdli, roi sassa- 

iribul prélevé sur les peuples étrangers se nide de Perse, envahit la Syrie qu'il ravagea 

payait en denrées, produits manufacturés, mé- jusqu'à Antioche. » Celait un payen sauvage, 

taux pierres, bois, bétail et esclaves, etc. qui en un seul jour offrit les 4O0 nones d'un 

L'intérieur moins taxé que les tributaires, couvent syrien en sacrifice sanglant a la déesse 

avait aussi'à fournir des prestations pour les Uzzâ (la planète Vénus). .. (Noeldeke, E/udes 

travaux d'intérêt public, tels que création et hisloriquessurlaPerse ancienne, \,rad.O.\\ irlb, 

entretien de canaux, construction de digues, 1896, p. 170.) 



L'EXPANSION SK.MITIOUE 229 

sacrées affluaient en pays grec, mais la prostitution n'y fut jamais 
regardée comme un acte religieux si ce n'est peut-être à Co- 
rinlhe et à Eryx en Sicile, deux points où l'influence sémitique 
est incontestable. 

« Et les Grecs aussi ont immolé des victimes humaines, mais 
il est très vraisemblable que ces cas sporadiques s'expliquent 
encore par l'influence des Sémites, par exemple en Arcadie (1), 
en Chypre (2), dans l'île de I^hodes (3), pays où leur action a été 
particulièrement sensible. 

« Chez les Sémites, au contraire, ces immolations sont enraci- 
nées par l'usage. On les trouve en Arabie iZi) et en Aramée (5). 
Les prophètes ont eu beaucoup de peine à empêcher qu'elles ne 
prévalussent dans Israël. 

« La Phénicie en avait comme le privilège (6), elle le transmit 
à Carthage qui les pratiqua avec fureur, même après sa ruine po- 
litique (7). On vient d'en retrouver au pays de Chanaan des traces 
évidentes (8). Babylone — moins purement sémitique à ce qu'on 
prétend — ne paraît pas s'y être adonnée avec la même passion ; 
cependant les critiques nous paraissent bien exigeants s'ils ne se 
contentent pas des traces fournies par les inscriptions et par les 
monuments (9). Ce ne sont point là des faits qu'on se préoccupe 
de transmettre à la postérité (10). » 

Ce n'est pas, en efïet, dans la Babylonie qu'il faut s'attendre à 
retrouver les traces du véritable esprit sémitique. Là, dans le ber- 
ceau de leur puissance, devant appuyer leur pouvoir sur des peu- 
ples étrangers à leur sang, qu'ils cherchaient à s'assimiler, ils 
durent faire une large part à la mentalité de l'ancienne popula- 
tion. 11 se forma une religion, des lois, des coutumes mixtes 
qui décèlent à chaque instant la présence des deux éléments. 

C'est dans les régions éloignées de ce foyer mélangé, dans les 



(1) Victor Bérard, De lOrujine des cultes ar- (7) Les textes sont nombreux. Pliitarque note 
cadiens, p. 58. sq. (De supersl., 13) qu'il eiU mieux valu que les 

(2) TertulueiM, Apo/. /A. — Porph., De A6a^. Carthaginois n'eussent pas de dieux que de 
II, 54. leur ofTrir de semblables sacrifices. 

(3) PoRPH., Cod. loc, sacrifice à Kronos. (8) A Gezer; voir les rapports de M. Maca- 

(4) L'histoire de saint Nil, les captifs immo- lister ; Pn/ expl. Fund. Stal., Id03, p. 17,33, 
lés à el-'Ouzza (Noeldeke, Tabiin,p. 171.) — 223, 224. Des faits analogues ont été relevés à 
PoRP»., De Abxt., II, 5G. — Procope, liell.pers.. Ta'annek. 

II, 28. — EvAGRE, Hint. ecl, VI, 22. (U) CL Jeremias, Das aile Teslamenl im Lichle 

(5) De lie syrià, LVIIL— Lampride, Vie dHé- des Allen Orients, p. 276. 

lioyabale, 8. — Cf. Chwoi.son, Die Ssahier und (10) Les inscriptions phéniciennes sont com- 

der Ssabismus, II, p. 142, sq. — D'après Cler- plètement muettes, et les auteurs grecs em- 

mont-Ganneau, Recueil, 11, 66, le jeune Neteiros. ploient volontiers dans ce cas des périphrases 

(C) PoRPH., De Absl., II, 56. mystérieuses. 



930 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

pays où, comme nombre, l'élément non sémitique était sans 
importance, dans les survivances jusqu'à nos jours au milieu de 
populations presque pures, qu'il faut aller chercher les tendances 
réelles de la race sortie d'Arabie. 

Cet égoïsme féroce n'est d'ailleurs pas la caractéristique des 
Sémites seuls; on le retrouve en Extrême-Orient, dans la Chine, 
en Amérique, où les gens de sang rouge offraient constamment 
à leurs dieux des hécatombes humaines ; dans presque toutes les 
sociétés primitives, même indo-européennes. Mais, chez cette 
dernière race, il ne résista pas au progrès ; tandis que, chez les 
Sémites, on en rencontre d'abondantes traces en plein temps de 
civilisation philosophique. 

C'est dans un esprit de domination personnelle que les pre- 
mières organisations sociales suméro-akkadiennes furent fon- 
dées. Le temple, demeure des dieux des deux races, où le peuple 
apportait ses offrandes et sa dîme, était en même temps le trésor, 
Farsenal, le bureau administratif des Patésis. C'est là que se 
passaient tous les actes, sous la protection de la divinité locale 
et, par suite, sous la surveillance de l'État. Les scribes, très peu 
nombreux alors, presque toujours Sémites, étaient des gens 
d'État et rien ne se faisait sans eux. Dans les édifices sacrés les 
devins, les sorciers exerçaient leur métier et le bas peuple, très 
attaché à ses vieilles croyances divinatoires (1), se trouvait encore 
lié de ce coté. C'est ainsi qu'il oublia si vite sa nationalité, le 
parler de ses ancêtres et jus({u'à ses intérêts vitaux. 

Quanta la langue, les Akkadiens imposèrent la leur; tous les 
actes, tous les écrits, quelle qu'en soit la nature, se faisaient en 
sémitique; c'est au point qu'à Suse même aucun document en 
langue indigène ne fut rédigé pendant l'occupation chaldéenne. 
Dans la Mésopotamie le sumérien, devenu l'idiome de la servi- 
tude, s'oublia peu à peu parce qu'on avait tout intérêt à parler 
la langue des maîtres. 

En Élam, pays où les Sémites étaient moins nombreux que 
dans les districts de l'Euphrate et du Tigi-e, où par suite la 
puissance absorbante des vainqueurs était beaucouj) iiioindie, 

(1) Ce n'est pas seulement en ChaUU'e que mal avait deux causes : lune nalurelle, contre 

la divination était en honneur, elle l'a toujours laquelle on administrait des médicaments, 

été chez tous les peuples primitifs. Les pra- l'autre surnaturelle, produite par les esprits 

tiques médicales comportaient en Egypte des malfaisants. (CLPapijrusdeLeijde, 1,34?, verso, 

formules conjuratoires qui n'ont rien à envier pi. Xlil, I. 5-G, jd. IV, 1. 9-10. Pi.evte, E/iH/e.* 

au.x phrases divinatoires des Chaldéens. Le é<jyptoloyiquex,l. 1, pp. 61-62, 14.V146.) 



L'EXIWNSION SK.MITIOLK 



231 



l'anzanite ne mourut pas coiuino le sumérien ; les documents sémi- 
tiques sont, dès l'origine, l'emplis de noms propres indigènes, et 
un système d'écriture spécial se développa même, dans les débuts; 
en sorte qu'au jour où les événemenls politi(|ues, où les circons- 
tances permirent aux Susiens de secouer le joug étrange)-, l'Islam 
■était encore élamite. 

L'écriture, dont j'ai déjà parlé au précédent chapitre, aucun do- 
-cument positif ne permet d'en attribuer la découverte aux autoch- 
tones plutôt qu'à leurs vain([ueurs. Je dirai plus, tous les textes 
archaïques étant rédigés en sémiticfue, on serait tenté de croire 
à son origine akkadienne. Cependant, nous avons vu que bien 
longtemps avant la conquête, les peuples de F Asie antérieure 
■connaissaient la peinture, la gravure, la représentation des objets 
réels, et que par suite ces populations possédaient le sentiment 
■de la figuration. 

Dans ces conditions, n'est-il pas plus rationnel de penser que, 
peu à peu, en se perfectionnant, les aborigènes ont fait pailer 
leurs images et sont ainsi parvenus à la figuration 
•des idées ; plutôt que d'attribuer cette invention 
à une race, fort bien douée par ailleurs, mais dé- 
pourvue du sentiment artistique. 

Le foyer chaldéen des hiéroglyphes, issus de 
la pictographie, n'est d'ailleurs pas unique, nous 
en connaissons trois autres principaux : celui de 
l'Amérique centrale pour lequel les développe- 
ments nous échappent; celui d'Extrême-Orient (1), 
dans lequel révolution fut guidée par une toute autre pensée que 
celle qui prévalut en Occident; et enfin celui qu'on a récemment 
découvert dans lile de Crète, mais pour lequel, quant à lorigine 
indigène, il peut subsister des doutes ; car celte île avant, dès les 




Hiéroglyphes 
a r c 11 n ï q u e' s 
(^'ou II dynas- 
tie) (2). 



(1) L'écriture chinoise, pictographique à l'ori- 
îïinc, devint peu à peu hiéroglyphique et, par 
suite du grand nomhre des formes «lialeclales 
<lu parler, suivit des courants divers, éloignant 
de plus en plus les dérivés des signes primi- 
tifs. L'unification de l'écriture fut faite par 
She Chuu, ministre de Suen Wang, souverain 
de la dynastie chuu, vers s-20 av. J.-C. Repre- 
nant les signes à leur origine hiéroglyphique, 
ShcChou s'appliqua, non pas à leurdonncr une 
valeur phonétique, mais bien un sens idéogra- 
phique capable de les rendre compréhensibles, 
quelle que soit la prononciation qu'ils suggè- 
rent, dans les divers dialectes. Celte concep- 
tion de l'écriture est toute différente de celle 



qui domina le monde occideulal, où l'idéo- 
gramnic^fut vile remplacé par des signes n'of- 
frant plus qu'une valeur phonétique. .\u qua- 
rantième siècle av. .L-C. déjà.en Egyplecommc 
en Chaldée.la proportion des idéogrammes dans 
les textes est fort restreinte. Toutefois, leur 
usage persista tant que druèrent les hiérogly- 
phes égyptiens {vers-210ap. .I.-C.^el les signes 
cunéiformes (premier siècle ap. J.-C). 11 dispa- 
rut complètement devant l'usage des carac- 
tères alphabétiques. 

^2) Graves sur un vase de pierre dure dé- 
couvert dans les sépultures royales d'.Vbydos. 
Cf. J. DE MoROAN, liecli. uriij. Egypte. 1897, 
p. 211, fig. 81-2. 



232 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



temps très anciens (IV Dynastie?), reçu crÉgypte les principes 
de sa culture industrielle et artistique, peut aussi bien en avoir 
acquis en même temps la notion de l'écriture hiéroglyphique. 

Quelques autres tentatives de figuration de la pensée, efforts 
dont nous ne possédons que de vagues traces, semblent aussi 



T'i'i=>;^- f^fi^/T'^ 









Ecriture chypriote (1). 




Inscription hiéroglyphique 
d'Ani (Transcaucasie) (2). 



n'être nées que du contact avec les peuples en possession des 
hiéroglyphes. LHétéen d'une part se serait simplifié dans l'écri- 
ture chypriote (3), d'autres auraient peut- être fourni aux peuples 
du petit Caucase les éléments de leurs inscriptions. 

Nous savons qu'en Chaldée l'hiéroglyphe a été l'origine des 
cunéiformes; les écrits de l'antiquité l'affirment et nos travaux de 
Suse ont matériellement prouvé l'existence de cette conception. 
Nous retrouvons les hiéroglyphes en Egypte dès les premiers 
temps dynastiques (4}, plus tard chez les Météens (5). Il semble- 
rait que ces trois systèmes d'écriture fussent nés de la pictogra- 



(1) Inscription hypriole (W. Wright, P. Le 
Paoe-Renolf et Pu. Bkrger, Proc. Soc. of 
Bibl. Arch., déc. 1886, fév. -mars 1887.— Cf. Ph. 
Berger, Comptes renJux Acad. inscript., 1887, 
p. 187-198. — Clermoist-Gan.ne.\u, i<J., p. 198- 
201. 

(2) Inscription figurative ou hiéroglyi)liifnie 
sur lin fragment de vase trouvé à Ani. (Cf. 
Arch. Forscli. in Transkauliasien. Ivaiserlicti 
russiclie Arch. Commission im 1900, in Ver- 
handl. der BerUner Gesellschafl fur Anthropolo- 
gie, Ethnologie iind Urgeschichte, 1902, p. 236, 
■fig. 19.) 

(3) L'écriture chypriote (Cf. Trans. Soc Bibl. 
\rch. — H.vMiLTO.\, L«/i;/., t. I. 1872, p 116. s(|. 
— G. S-viiTH, id., p. 129, sq. — S. Birch, /(/., 
p. 14E, sq. — Breal, Journ. des Savants, aoùl- 
scpl , 1877) est syllabique. Son origine est cer- 
tainement asiati(iue ; j)eut-élre hétéenne . Les 
documents que nous possédons d'elle sont tous 
en langue grecque. Cette écriture vécut paral- 
lèlement avec le^ alphabets grec et phénicien 
jusqu'audeuxiéme siècle avantnolre ère. L'ins- 
cription la plus imporlaiile est celle de Dali, 
gravée sur bronze, ayant trait au l'ôle joué 
par la ville d'Idalion au cours des guerres 
médiques (Cf. Bibliotliètpie nat., Paris, don 
de Luynes). 

(4) Sous la I'= dynastie, bien que le système 



hiéroglyphiipie fût déjà définitivement établi, 
les inscriptions montrent par les hésitations 
qu'elles trahissent, comme par le désordre 
frécpient des signes, que ce mode d écriture en 
était encore à ses débuts. (Cf. Fl Pétrie, iîoy. 
Tombs ofthe firsl Lhjn. I, pi. IV à X.) Ces textes 
sont très brefs et ne contiennent en général 
que les formules du protocole royal. 

(ô) Ce système d'écriture s'est éteint avec le 
peuple qui en faisait usage, et ses textes ont, 
jusqu'ici, résisté à toutes les tentatives d'inter- 
prétation. Sayce croit voir dans les caractères 
chypriotes une survivance de ce système sim- 
plifié et aiq)li(]né à la langue grecque. Cf. H. 
Sayce, on the Hamalhile inscriptions, in 
Trans. of Ihe Soc. of Bibl. Arch., t. V, p. 31, sq. ; 
t. Vil, p. 278, sq. — Conder Hamath. Inscrip- 
tions in Palestine expl. f. Quart. Stnt., 1883, 
p. 133. sq.; 189, sq. pense à des analogies avec 
les hiéroglyphes d'Egypte. — Halévy (Introd. 
au déchiff. des inscr. pseudo-hitiites ou anato- 
liennes, in Beu. .sémitique, 1. 1, p.56,sq. ; 126, sq.) 
j)ropose de remplacer le nom de Héléens, Hit- 
tites, par celui d'Anatoliens. — Jensen (Orund- 
lagtui fiir eine Entzift'erung der Halischen oder 
cilicischen Iiischriften, in Z. d. D. Moryenl. 
Ges.. l. XL Vin ) propose de voir dans la langue 
hétéenne celle des tribus ciliciennes. 



L'EXPANSION SÉMITIQUE 233 

phie, découverte quelque part dans l'Asie antérieure, et qu'ils se 
soient développés indépendamment les uns des autres, évoluant 
suivant les conditions locales, les aptitudes et les besoins des 
peuples qui les ont adoptés et nous les ont transmis. 

Certainement le cunéiforme linéaire n'existait pas en Clialdée 
lors de la venue des Sémites ; la preuve s'en trouve dans la 
double évolution en l^]lam et sur les bords de TEuphiale. Il n'est 
pas non plus venu d'Arabie avec les Akkadiens; car la Chaldée, 
seule au monde, impose récriture sur argile parla nature de son 
sol. C'est donc après la conquête (jue, développant une décou- 
verte sumérienne, les Sémites ont établi le système cunéiforme, 
afin de répondre aux besoins de leur administration et du progrès 
dans les transactions. De grands Empires n'auraient pu se fonder 
sans le secours de l'écriture. 

Les arts, ne trouvons-nous pas leur enfance dès le néolithique 
et l'énéolithique ? dans les poteries peintes de Mouçian et de Suse. 
non loin du j)ays où se développa l'art chaldéen le plus pur ? 

En Egypte, nous voyons la culture artistique évoluer à partir 
de l'époque de Menés (Négadah) (1). Pendant la première dynas- 
tie, la grande sculpture, celle qui nous est révélée par les stèles 
d'Abydos, est encore grossière; tandis que les arts réduits attei- 
gnent une incroyable perfection (2). La peinture (3), la bijoute- 
rie {II) sont formées, peut-être même a-t-on déjà découvert l'émail 
sur terre cuite (5). 

En Chaldée, et mieux dans l'Élam, nous assistons aux mêmes 

(1) A l'époque du roi Mènes, tous les inslru- Tombx, II, 1901, pi. VI, fig. 3-4) fournit un 

monts étaient encore faits de silex; ce n'est que bel exemple de ces essais primitifs. 

plustar(l,soussessuccesseursdelaI"dynastie, (4) La perle d'or trouvée dans le tombeau de 

que le cuivre devint d'un usage courant. (Cf. Négadah (Cf. J. de MoriOAN, liecli. Orhj., 1897) 

J. DE Morgan, /îec/i. On'»/., 1897. — Amelineau, est le bijou le plus ancien connu jusqu'à ce 

Fouilles à Abydos, 1896-18-J7. — Fl. Pétrie, jour. L'usage de l'or élait d'ailleurs courant 

Royal Tombs, 1900-1901.) dès la I" dynastie. (Cf. Fi.. Petiîie, lioy . 

(i) Les spécimens les plus anciens connus Tom^.s II, lWl,pl. IX.) 

jusqu'à ce jour de la sculpture égyptienne (5) On trouve en Egypte des indices de 

sont les figurines animales découvertes dans l'usage de la terre émaillée dès les débuts de 

le tombeau de Menés à Négadah (Cf. J. de la monarchie. (Cf. Fl. Pétrie, A^ydo.s-. remenos 

Morgan, Rech. orhj., 1897), et celles provenant of Osiris, 1902, pi. LUI, fig. 7-11, 19-22 ; Temp.e 

de la sépulture du roi Zer-ta, à Abydos (Cf. l'.)03, pi. IV, VII, XI.) Mais ces objets, n'ayan 

Fl. Pétrie, Royal Tombs, II, 1901, pi. VI, point été rencontrés dans des sépullurcs, 

fig. 3 et 4). sauraient être datés d'une manière précise. — 

(.3) L'art de la peinture se montre en Egvpte Analyse des porcelaines égyptiennes par H Le 

dès les temps antéhistoriques. (Cf. .LE. Qui- Chatellier (A/m. c/i/m., 1907, p. 3t;3 : Silice, 

BELL et F.-W. Green, Londres, 1902, Uivrukon- 88,6; alumine, 1,4; o.xyde de fer, 0,4; chaux, 

/)0//.s,parl. II, pi. LXXV-LXXIX.)Les couleurs 2,1 ; soude, 5,8 ; oxyde de cuivre, 1,7.) H. Le 

employées sont : le rouge, le jaune, le gris et Chatellier a reproduit les pâtes en mélangeant: 

le noir. La composition désorilonnée et l'e.xé- verre bleu, 40; sable broyé, 55; argile blanche, 

culion barbare montrent combien ces premiers 5 ; le verre bleu ayant été obtenu par la fusion 

essais sont voisins des origines. La sépulture dun mélangedcsable,6G; carbonaledechaux,8; 

du roi Qa, de la \" dynastie (Fl. Pétrie, Royal carbonate de soude sec,22; o.xyde de cuivre, 4. 



-23/l LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

débuts, aux mêmes efforts ; mais par suite de la rareté des matériaux 
durables et de qualité, nous ne rencontrons qu'un très petit 
nombre de grandes œuvres. Je citerai cependant la stèle des Vau- 
tours de Telloh et quelques pièces archaïques découvertes à Suse. 

Mais les goûts artistiques ne se donnèrent pas carrière de 
même façon; dès les débuts, l'Egypte enferma son style dans des 
lois rigoureuses, tandis que l'Asie conserva toujours une grande 
liberté dans la composition comme dans l'exécution. 

L'Arabie, malheureusement, est encore bien peu connue ; quoi 
qu'il en soit, aucune sculpture très ancienne n'y a encore été 
signalée, aucun objet n'en a été rapporté par les marchands mu- 
sulmans qui la parcourent en tous sens. J'ai fréquemment inter- 
rogé les hommes du pays les plus à même de me renseigner à 
•cet égard et tous m'ont affirmé qu'il n'existe rien de semblable 
dans la péninsule. 

C'est donc aux Sumériens que nous devons attribuer l'honneur 
d'avoir fondé l'art asiatique ; sinon à. ces autochtones eux-mêmes, 
du moins à quelque tribu, leur parente, habilant vers la même 
région, car l'Egypte n'a pas agi sur l'Asie dans ces temps très 
anciens, c'est elle-même qui a subi l'influence artistique pré- 
chaldéenne. 

L'aire des arts primitifs asiatiques semble s'être étendue 
depuis les derniers contreforts de l'Iran jusc[u"aux pays médi- 
teri-auéens et depuis le Taurus jusqu'à la vallée du Nil. Il y a 
dans tous ces pays une homogénéité dans les tendances qui ne 
peut être l'eflêt du hasard; d'autant que ce groupe est unique 
au monde (I). Plus loin vers l'ouest se développa plus tard 
une civilisation dite égéenne, qui ne fut pas sans puiser largement 
<lans celle de l'Asie, mais n'eut certainement aucune influence 
sur les débuts orientaux. Ajoutons aussi que, dès les temps les 
plus reculés, peut être même dès le néolithique, tous les pays 
méditerranéens ont reçu de la vallée du Nil bien des notions ('2). 

La première organisation politique de l'Egypte se fit comme en 
Chaldée, par l'établissement d'une foule de principautés indépen- 
dantes les unes des autres (3), correspondant probablement aux 



(1) Dans l'Amérique centrale et au Pérou, méridionale on trouve, ilès l'élat néolithique, 
•des arts céramiques analogues à ceux de l'Asie bien des traces d influence orientale, 
antérieure sont nés sur place. {Cf. Musée du (3) Ces principautés se sont conservées dans 
ïrocadéro, à Paris.) la suite sous le nom de nômes ou provinces. 

(2) A Chypre, dans l'ile de Crète et en Italie Chacun se composait dune ou plusieurs villes 



LEXPANSION SKMITIOUE 



•23 ô 



territoires des anciennes tribus. Les conquérants les conservè- 
rent dans leurs grandes lignes et, pendant bien des siècles, cette 
division du pouvoir contraignit ri*]gypte à se développer sur 
elle-même, sans ambitions militaires extérieures. 

Le premier de ces princes qui, dit la tradition, sut concentrer 
•en ses mains le gouvernement de l'Egypte entière fut Mini (1), 
le Menés des Grecs (2). Les légendes égyptiennes lui attri- 
buent des améliorations et des progrès ([ui certainement furent 
l'œuvre de bien des générations; il aurait réuni sous son sceptre 
tous les princes de la vallée, construit des digues, creusé des ca- 
naux, fondé Mempliis, codifié les lois, fixé la religion. L'imagi- 
nation des Orientaux se plaisait en Egypte, comme en Asie, à r«;- 
porter sur un seul nom tous les événements d'une longue période. 

Bien que les prêtres égyptiens eussent atli'ibué à Menés la for- 
mation de l'unité pharaoni(jue, il n'en est pas moins vrai que les 
princes dépossédés, réduits au rang de vassaux, si ce n'est de 
simples gouverneurs, ne supportèrent que difficilement leur 
déchéance. Après la mort de Menés des révoltes éclatèrent sur 
bien des points, des dynasties illégitimes se fondèrent même ; et 
les noms de leurs rois, parvenus jusqu'à nous dans les listes pha- 
raoni({ues, ne sont même pas cités par Manéthon. 

La première dynastie sombra dans une révolte et dans des 
troujjles ; il est donc fort probable que les 550 ans attribués à 



et d'un territoire très restreint (Cf. A. Bruosch, 
Vieogr. Insclir., t. I, p. 03, sq.) grand parfois 
<-omme notre département de la Seine. Le 
noml)re de ces divisions varia suivant les épo- 
ques (DioDoiîE DE Sicile, I, 41. — Strabon, 
XVII, 1. — PthNE, Hisl. nal., V, 9-9. - Ptolé- 
MÉE, IV, 5) entre 36 et 47. Les listes piiaraoni- 
ques en comptent 44, dont 2-2 pour la Haute- 
Egypte, 2-2 pour la Basse. H. Brugsch, (jeogr. 
Inschr., t. I, p. 99.) Contrairement à ce que 
nous voyons en Clialdée, dans l'Egypte anti- 
que le sol est propriété du roi, les habitants 
n'ont que la possession que le pharaon veut 
bien leur accorder, à la condition de i)ayer cer- 
taines redevances ou de supporter certaines 
charges, celles du service militaire par exem- 
ple. (Cf. Bouché-Leci-erco, Hisl. des Lagides, 
t. in, 190(3, p. 178.) 

(1) Jusqu'au.^ découvertes de Négadah cl 
d'Abydos, on avait considéré les princes des 
<leux luemières dynasties comme « de simples 
fantômes presque au-;si insaisissables que ces 
douteux serviteurs dllor, dont les chroni- 
queurs égyptiens peuplaient le monde primi- 
tif ». (G. Maspero, Ilist. (inc. des peuples de 
rOrienl, V<^ éd., 1893, p. 49.) Krall {Die Composi- 
lion, p. 16-18) les considérait comme ayant été 
sinon inventés, du moins ordonnés arbitraire- 



ment par les prêtres égyptiens du nouvrl em- 
pire. 

(2) Bien que la tradition ail attribué à Menés 
l'unification du pouvoir dans la vallée du 
Nil, nous ne pouvons, d'après les récentes 
découvertes, voir dans ce prince autre chose 
qu'un dynaste local. La Haute-Egypte semble 
avoir été gouvernée, juscju'à l'époque du der- 
nier roi de la première dMiasIie, par de noin- 
breu.v princes. Il se lit abu's une première ten- 
tative d'unincation. Mais celte unité, encore 
toute précaire, fut rompue lors de la deuxième 
dynastie, ])our être réformée à nouveau par 
le roi Perabsen. Menés ne joua certainement 
pas le rôle qui lui fut ■attribué dans la suite. 
Son nom, tel (|ue nous l'entendons comnuiné- 
menl, personnifie les elTorts de la royauté, 
pendant plusieurs siècles, pour établir l'unité 
pliaraoni(iue, mais, en celtt; qualité, ne répond 
cerlainenient pas ;i la réalité. Il suffira, pour 
se rendre coiMple (lu désordre qui régnait en- 
core en Egypte au cours des premières dynas- 
ties, de consulter le beau travail de IL Gai:- 
Tiu^w (Le livre des rois, ds. Mém. del'Insl. Fr. 
d'Arrh.Or.daCaire,VMS) où tous les noms 
princiers de ces épocpics sont repris en faisant 
usage des documents fournis par h-s dei-- 
nières découvertes archéologiques. 



236 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 




"'1 



Tablette d'ivoire du trésor 



la durée des deux premières suites de souverains furent unique- 
ment consacrés à Fasservissement de la noblesse, à la consoli- 
dation du trône. 

11 semblerait qu'en Egypte, contrairement à ce (jui se passa 
en Chaldée, l'adaptation du pays au réprime royal ne se fit que 

longtemps après l'établissement des 
Pharaons ; tandis que l'Asie, dès long- 
temps préparée, se serait soumise pres- 
que de suite à l'autorité des empereurs 
chaldéens. 

C'est à Négadah, non loin d'Abydos 
etdeThinis, que j'ai découvert la sépul- 
ture de Menés (1), et la nécropole d'A- 

royal de Khemaka, représen- bydos elle-même a fourni les tombes 
tant le roi Ten dansant de- ,, , i i • 

vant Orisis (Semti, I" dyn., "^ "^^ g^'^nd nombre de princes ses suc- 
vers 4266 av. J.-C.) (3 \ cesseurs (2). C'est donc dans la Haute- 
Egypte, dans le Saïd, pays dorigine 
princière de leur famille, que les premiers pharaons établirent 
d'abord le siège de la royauté unique (4). 

Ces sépultures, bien que détruites en grande partie, renfer- 
maient encore une foule d'objets présentant de grandes analo- 
gies avec ceux de la Chaldée et de FElam dans les temps les plus 
anciens; il semble donc certain que les deux développements 
résultent des mêmes influences originelles. Le tombeau de Menés 
lui-même, qui, par son architecture, rappelle les monuments chal- 
déens, est complètement étranger à ce que nous connaissons de 
la construction égyptienne dans les temps postérieurs (5). Ce 
style s'atrophie déjà dans les tombes archaïques d'Abvdos (6), 
pour ne plus laisser de traces dès le règne de Snéfrou (7), à la fin 
de la troisième dvnastie. 



(1) Cf. J. DE Morgan. Recli. sur le.'< orig. de 
l'Egypte. Le tombeau de Xégadah, Paris, 1897, 

(2) Cf. E.-A.\Vallis Budge, A Ilist.of Egijpt, 
vol. I, Egijpt in tlie neoUthic and archnic pe- 
riods, 1!HJ2, p. 177 à 22-2. 

(3) E.-A. Wallis BiDGE, Egijpl in Ihe neoU- 
thic and archair periodx, 1!102, p. 195. 

(4) Les tombes royales de la I'' dynastie se 
trouvent toutes concentrées dans la région 
d .\bydos. (Cf. J. de Morgan, liech. orig. Le 
tombeau de Ve;/'/'/a/i, 1897. — Amelineau, Foui/- 
les à Abgdon, 1890-1897. — W.-M. Fl. Pétrie, 
The rtoijal Tombs of Ihe firsl Dtinastg, 1900- 
1901. — in., Abydos, 1902-1904.) 

ô) Comparer l'architeclure du tombeau de 



Menés (.1. DE MoR(.AN. op. cit., 1897, fig. 518- 
biij avec celle du palais de Goudéa à Sirpourla 
(Telloh) (E.DE S.\RZEC, Oécouuerte.'i en Chaldée. 
pi. L; pi. LUI, flg. 1.) 

(6j Les sépultures archaïques d'Abydos sont 
creusées dans le sol; il en est de même pour 
une autre qui, à Négadah, se trouve près de 
celle de Menés. (t:f. .J. de Morgan, o/j. ci7.,1897, 
fig. 513 [tombeau spolié"). 

(7) Les mastabas de la III' dynastie à Dali- 
chour (au cartouche de Snéfrou) sont tous 
construits en briques crues, matériaux dont 
l'usage décroît pendant la IV" dynastie et qu'on 
rencontre rarement ensuite, sauf dans l'ai- 
chileclure militaire (El Kab,\ où il semble 



L'EXPANSION SÉMITIQUE 



237 



Les sépultures des premiers temps royaux sont énéolithiques, 
c'est-à-dire que le métal (le cuivre pur [1]) sy montre en même 
|.emps que le silex taillé; or, la phase énéolilhicjue n'a pu remplir 




N éCROPOLE '\DU MOYEN EMPIRE 



Temple de Sétùi^ \ T^nnU d/OsiriS 

* ^ ^, . -, , i^m^ «^ Jcmpl&.dcJia^nses \\ !■ 

iklhramiâe , £l-Ar'aheJv^% ,-,,--~,JZd^ >l Ji 

Echelle de 1 Mille El-Kh£rbe}o "" 

I I I 




Nécropole royale d'Abj dos, d'après Fl. Pétrie (T/ie Royal Tonibs, l:)00, pi. III) 

et les notes de l'auteur. 



en Egypte la longue période qui s'est écoulée entre la première 
apparition des Asiates et la seconde dynastie. 



n'être maintenu que pour donner plus de mas- ces, 19 août 1896. IJ. dans J. de Morgam, Reclu 
ses aux fortifications. :iur les orig. de l'Egypte, 1896, p. 223, note 1. 

(1) Cf. Bertiielot, Comptes rendus Acad. Scien- 



53S LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Nous devons donc admettre, ou bien que les envahisseurs ont 
établi la royauté presque de suite après l'invasion, ce que les 
récentes découvertes ne permettent plus d'accepter, ou que la con- 
quête s'est produite graduellement, en plusieurs phases. La pre- 
mière partie de l'occupation par ces peuples s'étant faite à l'état 
néolithique correspondrait à la période des « serviteurs dllorus », 
et la seconde efïectuée par des tribus énéolithiques aurait apporté 
le germe du régime royal. 

D'une part les dynasties divines ne peuvent être considérées 
comme autochtones, sans quoi la lutte du bien contre le mal, les 
fables d'Osiris, d'Hor, de Thot l'inventeur de l'écriture, seraient 
l'écho de faits antérieurs à la conquête asiatique, ce qui ne peut 
être admis, les nouveaux maîtres de l'Egypte n'ayant eu aucun 
intérêt à perpétuer les souvenirs historiques des populations 
asservies. D'autre part les traditions j)lacentle mythe d'Osiris dans 
la Haute-Egypte et son sanctuaire à Abydos, c'est-à-dire dans le 
pays même où se fonda la royauté. Il existe donc une étroite 
liaison entre les serviteurs d'Ilorus et les premiers souverains. 

Une première partie de l'invasion très ancienne, dont le point 
de départ reste encore inconnu; mais qui ne peut être indépen- 
dante des mouvements dont l'issue fut la royauté, aurait en- 
vahi la vallée du Nil et s'y serait installée, créant ou régulari- 
sant un système de principautés analogue à celui de la (Hialdée, 
et apportant peut-être les éléments de l'écriture. Dans une seconde 
migration, d'autres Asiatiques apparentés aux premiers venus, en 
possession des métaux, profitant des résultats déjà a((|uis j)ar 
leurs prédécesseurs, auraient fondé la royauté pharaonique après 
une période plus ou moins longue de guerres. En ce cas, les ser- 
viteurs d'Horus seraient les chefs asiatiques des ])remiei's clans ; 
et l'on s'explique fort bien le prestige religieux attaché à leurs 
souvenirs. 

Nous devons observer toutefois, en ce qui regarde l'(''ci'iture, 
qu'il n'a pas été trouvé jusqu'à ce jour, dans la vallée du Nil, la 
moindre trace d'essais hiéroglyphiques ou d'écriture figurative, 
les plus anciens textes connus, ceux de Négadah, montrant le sys- 
tème graphique déjà complètement fixé. Par suite, nous sommes, 
jusqu'à plus ample informé, autorisés à penser que l'écriture ne 
s'est pas constituée surplace; mais aété importée peu avantl'époque 
de Menés. En Chaldée, non plus, là où nous connaissons le pas- 



L'EXPANSION SÉMITIQUE 



n9 




Hiéroglyphes archai- 
c[ues. Impression d'un 
cylindre sur des eônes 
d'argile fermant les^ 
vases dofîrandes du 
tombeau de Menés à 
Négadah (1). 



sage du signe hiéroglyphi(jiie au cunéiforme, nous navons encore 
rencontré aucune trace des tâtonnements qui prirent sûrement 
place entre la figuration et lidéographie. Cette remarque fait j)en- 
ser, soit (jue les tâtonnements n'ont pas eu lieu dans les sites explo- 
rés jusqu'à ce jour, soit qu'ils ont été de très 
courte durée, soit enfin que nos investiga- 
tions sont encore trop imparfaites. 

Ces origines sont bien confuses, malgré 
les nombreuses recherches dont l'Egypte et la 
Chaldée ont été l'objet ; elles l'étaient plus 
encore avant les découvertes relatives au pré- 
historique égyptien. Il est à peine conce- 
vable que ces questions d'origine n'eussent 
pas été élucidées longtemps auparavant; alors 
que depuis plus d'un siècle les savants les 
plus éminents de l'Europe étaient venus étu- 
dier le sol égyptien (2). Quoi qu'il en soit, il 

apparaît clairement aujourd'hui que l'Egypte et la Chaldée se sont 
développées parallèlement et dans des conditions semblables. 
Toutes deux ont droit à l'honneur d'avoir civilisé le monde ; mais 
tandis que l'Egypte, enfermée dans ses sables, ne pouvait étendre 
son influence au delà de certaines limites imposées par la nature, la 
Chaldée, pays ouvert sur toutes ses frontières, entourée de tous 
côtés de dangers et de menaces, était appelée à s'accroître et à 
fonder le premier grand empire dominateur. 

Ainsi, c'est dans ces deux vallées jouissant de conditions natu- 
relles analogues, peuplées de races pacifiques, aux mêmes apti- 
tudes, que se formèrent les deux premiers foyers civilisateurs. 
Les facilités de la vie enfantèrent les progrès initiaux qui. peut- 
être, se développant sur eux-mêmes, eussent donné au monde une 
culture toute difterente de celle que nous possédons aujourd'hui : 
si l'élément sémitique, doué d'un génie gouvernemental et admi- 
nistratif spécial, n'était venu, pendant trois ou quatre mille ans, 
dirisfer cette évolution, lui donner une tendance à la domination 
inconnue avant lui spécialement en Egypte, et qui, probable- 
ment aussi, eût été sans lui ignorée en Chaldée. L'autochtone 



(1) Cf. J. DE Morgan, Bech. oriy. Eyijple, Cuneijorm inscriptions. Londres. 1908, p. 101. 
Iû97, p. 168, fig. 558. Chap. IV. The relation of Babylonian lo- 

2) Cf. A.-H. S.wcE, The archaeoloyij o/ Ihe Egyptian civilisation. 



•240 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

devint la main de cette civilisation hybride, dont le Sémite fut la 
tête. 

Lhistoire des Patésis chaldéens nous est encore presque incon- 
nue; à peine savons-nous quelques-uns de leurs noms attachés à 
leurs œuvres de paix; quant à leurs expéditions militaires, tant 
pour la conservation du trône que pour l'extension des frontiè- 
res, nous nen connaissons rien. 

Ourou,Eridou, Ourouk, Larsa, Sirpourla (Lagach), etc., et enfin 
Suse et Anchan semblent avoir été à l'origine les principaux centres 
chaldéens. Il y régnait des princes plus ou moins puissants sui- 
vant les temps, parfois soumis et réduits à la situation de feu- 
dataires par leurs voisins plus forts, souvent aussi maitres eux- 
mêmes, imposant leurs volontés. 

On comprend aisément quun tel état politique chez un peuple 
ambitieux, par tempérament, de richesses et de pouvoir, amenait 
de perpétuels conflits entre les principautés et faisait souvent 
changer de mains la prépondérance relative des petits États. 

Dès une très haute antiquité, Zi.OOO ans au moins avant notre 
ère, les rois-prétres (1) de Kich, Manichtousou et autres, étendi- 
rent au loin leur domination, faisant peser leur joug sur les pays 
d'Akkad et de Choumir et sur la Susiane même. Nous n'avons jus- 
qu'ici retrouvé d'eux que quelques-unes de leurs constructions, 
dont les ruines sont éparses dans les pays jadis soumis à leur 
sceptre. Les autres Patésis, ceux des villes asservies, avaient con- 
servé leurs titres, leurs prérogatives et une grande partie de 
leur pouvoir, mais sous Paulorité de Kich. 

Ce premier royaume, sans frontières définies, ne modifiait 
guère les conditions politiques du début ; ce n'était encore que le 
régime des principautés étendu, à peine centralisé entre les mains 
d'un seul prince. D'ailleurs, à la suite de ce premier essai d'un 
gouvernement couvrant de son autorité l'ensemble des pays chal- 
déens, le régime des petites principautés indépendantes fut resti- 
tué pour un temps. 

Cependant l'extension de la puissance de Kich devait enfanter 
l'Empire. Elle ne fut qu'une première tentative, mais prépara l'esprit 

(1) Les patésis et souverains les plus anciens Suse, dOur, d'Isin, de Larsa et d'Ourouk. Ces 
dont les noms soient parvenus jusqu'à nous villes dont, pour beaucoup, nous ne connais- 
sent ceux des villes de Lagach, de Gichhou, sons pas l'emplacement, semblent avoir été 
de Chouripak, de Kisourra, de Nippour, de les premiers foyers de la culture chaldéenne, 
Kich, de Gouliou, d'Hourchilou, de Louloubi, peut-être même sumérienne. 
d'Achnounak, de Dour-llou, de Kimach, de 



L'EXPANSION SKMITIOUE 'IM 

des peuples à coopérer aux grandes vues politiques des souverains 
de l'avenir. Sargon 1, dit l'Ancien, roi d'Agadè, détrônant son 
oncle et maître (vers 3800 av. J.-C), soumit toute la Clialdée, 
lElam, les rives du golfe Persique, les îles, les peuplades à 
l'orient du Tigre jusqu'aux montagnes. Il porta ses ai-mes en Syrie, 
à Chypre même, dit-on. 

Sargon n'élait pas le premier des empereurs ; mais il fut le 
véritable fondateur de l'empire. Deux petits royaumes, ceux de 
Larsam et d'Apirak, conservèrent toutefois leur indépendance ; 
il la leur laissa, soit qu'ils eussent contribué à l'établissement du 
pouvoir suprême, soit pour toute autre cause qui nous échappe. 

Sargon n'était plus un Patési, plus puissant que les autres, 
imposant son joug à ses proches voisins, mais bien un véritable 
empereur féodal, tel que plus lard les invasions des barbares 
en ont établi en Europe, tel que nous en voyons encore de nos 
jours un frappant exemple de l'autre côté du llhin. Non seulement 
les populations suméro-akkadiennes furent réunies sous un même 
sceptre ; mais les armes d'Agadê se tournèrent vers les peuples 
étrangers, reculèrent les frontières sémitiques et établirent la 
première grande domination d'un seul. 

De nos temps, cette politique a pris le nom d'unité de races ; 
mais, de même que dans l'antiquité, elle cache simplement un 
désir de conquête, un appétit de domination. A six mille ans de 
distance, les mêmes cupidités se traduisent par les mêmes ini- 
quités. 

Le centre du pouvoir se trouvait alors dans les pays, dès long- 
temps sémitisés, delà Chaldée et du golfe Persique; mais déjà des 
colonies s'étaient établies sur le haut Euphrate, sur les côtes et 
dans les montagnes de Syrie et de Palestine, vivant côte à côte 
avec les tribus d'origine plus ancienne. C'est de cet ensemble 
que Sargon fit son Empire, sans que ses armes se fussent jamais 
tournées vers l'Arabie, pays d'origine de ses ancêtres, dont il 
avait plutôt à redouter Tàpreté qu'à convoiter les biens. 

Cette conquête ne se fit pas sans ébranler l'équilibre établi 
depuis des siècles dans 1 Asie antérieure ; des migrations eurent 
lieu, les unes concentrant dans les monlaguesdu Nord et de l'Est 
les populations autochtones, les autres chez les Sémites eux-mêmes, 
qui, suivant la seule route ouverte, s'avancèrent jus(|u'à la pres- 
qu'île (lu Siiiaï. ^lais là, elles se licurtèrenl à la puissance <''gyp- 

IG 



n2 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



tienne qui, depuis longtemps déjà, occupait militairement cette bar- 
rière de ses domaines, fermant ainsi la porte par laquelle elle était 
venue. Là, pendant, des milliers d'années, les nouveaux arrivés, 
vaincus, étaient traînés en esclavage sur la terre du Nil, où les 




La presqu'île du Sinaï au temps de l'empire Memphite (1;. 

Pharaons les employaient aux grands travaux dont ils nous ont 
laissé les ruines. 

On a pensé que la possession du Sinaï importait aux Egyptiens 
à cause des mines de cuivre que renfermerait cette presqu'île. 
Cette opinion se basait sur une erreur commise par Lepsius qui^ 



(1) D'après G Maspero, Hisl. anc. des peuples de l'Orient classique, t. I, p. 349. 



LEXl'AXSIOX SKMITIOUE 



2A$ 



confouJaiit des minerais naturels de manganèse avec les scories 
résultant de la métallurgie du cuivre, crut à une immense exploi- 
tation minière. Les gisements du Sinaï contiennent de la tur- 
quoise, et non du métal en (juantité industrielle ; leur richesse 
naturelle neiilrait donc pour rien dans les vues j)oliti(jues des 
Pharaons. 

Cest uniquement au point de vue de la défense de ses inté- 
rêts vitaux que rEgyj)te occupait le Sinaï, repaire de nomades 
toujours prêts à fondre sur les riches contrées du Delta. Ses 
efforts étaient d'ailleurs largement compensés j)ar la quantité des 
esclaves quelle capturait dans ce district asiatique. 

Le désert syro-arabi([ue constituait une excellente frontière 
entre les deux empires d'Asie et d'Afri({ue, empêchant leur con- 
tact. Tandis que les Pharaons se l)ornaient à conserver le Sinai\ 
les Suméro-Akkadiens ne descendaient pas vers le sud ; leurs 
hordes, pour gagner la Syrie, remontaient lEuphrate et se trou- 
vaient amenées ainsi vers l'Oronte, plutôt que dans la Phénicie 
méridionale. 

Les dix premières dynasties (1) sont généralement appelées 
memphites, parce que c'est à Menés qu'est attribuée la fondation 
de Memphis, et aussi parce que les sépultures de la plupart des 
souverains de la 111% de la IV** dynastie et des suivantes s'y trou- 
vant, on supposait que celles des trois premières dynasties s'y 
élevaient également et que, dès les débuts, le centre du pouvoir 
avait été établi dans le nord du pays. Manéthon, toutefois, désigne 
sous le nom de Thinites les deux premières suites des Pharaons. 



(1) E.-A.\Vallis Biidge [Egijpl in Ihe neolilhic 
and arcliaic periud, 190-2, chap. II, Egyplian 
chronology. fip. lU-ltJl) donne avec beaucoup 
de clarté les résullals de loules les évaluations 
clironoloffiques tentées jusqu'ici en ce qui con- 
cerne l'Egypte et les empires asiatiques. Jus- 
qu'à la XVIIP dynastie (Amenophis JV, <; 1400 
<C 1450) aucune date n'est certaine dans la 
chronologie égyptienne. Les dates de Lepsiiis 
ont été soumises à une attentive et ingé- 
nieuse révision, notamment par M. Ediiard 
Meyer (Aegyptische Chronologie. Berlin. 190'*, 
ds Ablinndlungen der K. pr. Akademie der 
Wisxenschaften, 1904). Les anciennes estima- 
tions pour les époques antérieures à la XVIII'' 
dynastie sont sensiblement réduites. Ainsi la 
XII' dynastie est classée de l'an 2000 à 1788 ; la 
XIII', de 17^8 à 1660. La domination Hyksos 
n'a duré qu'un siècle environ, de 1660 à 1580. 
C'est l'époque d'anarchie qui vit les dynasties 
contemporaines et non successives, classées 



sous les n" XIV-XVII (Cf. R. Du.ssald, Rev, 
École anlhrop.. 1908, p. 268). Ces nombres sont 
très différents de ceu.x adoptés jusqu alors (G. 
Maspero,FI.,Petrieetc.); on considérait la XII» 
dynastie comme s'élendant de3î60 à .3248 pour 
les uns, de 2778 à 2565 pour les autres. Les 
calculs de Ed. Meyer reportent l'invasion des 
Hyksos à une époque où, aucune grande révo- 
lution ne s'étanl opérée en Asie, il devient dif- 
ficile d'expliquer son origine. D'après les Iroi.s 
systèmes de FI. Peirie, Evans et E Meyer, le 
premier palais de Cnossos (Minoen moyen II) 
daterait de 3460 à 3248 (FI . Pétrie) ; 2500 à 2200- 
(Evans) et 2000 à 1800 (Ed. Meyen. De ces 
trois é]ioques. celle supposée par Evans 
m'apparait comme la plus rationnelle et cor- 
respondant le mieu.x aux événements dans le 
monde oriental. Il n'est pas irrationnel d'ail- 
leurs de placer vers la fin du troisième millé- 
naire I apogée de la civilisation Cretoise. 



nii 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Mais les découvertes de Négadahet d'Abydos iiioiitreiit, au con- 
traire, que les premiers rois eurent le siège de leur pouvoir dans 
la Haute-Egypte, et ce n'est, sem])le-t-il, qu'avec la IIP dynastie (I) 
que le centre polititfue fut reporté vers le nord (2). 

Peut-être devons-nous voir une nécessité polititjue dans ce 
transport du siège du gouvernement. De Memphis, bien mieux que 
de la Haute-Egypte, les Pharaons étaient à même de surveiller la 
seule frontière dangereuse de leurs Etats, celle de lAsie, qui pro- 
bablement servait de passage à des migrations plus ou moins 
importantes que les rois d'Egypte avaient souci, sinon d'arrêter, du 
moins de surveiller. 

Les premiers Pharaons memphites tournèrent jjien certaine- 
ment de suite leurs regards vers le Sinaï ; car on voit dans ces 
montagnes, à Wadi Maghara, la stèle triomphale de Sozir (3), 
celle de Snéfrou, dernier roi de la IIP dynastie (Zi), relatant une 
prise de possession de la presqu'île par les troupes égyptiennes. 
Si ces campagnes ne sont pas les premières, ce sont du moins 
les plus anciennes dont la trace se soit conservée jusqu'à nous. 
D'autres monuments montrent com])ien les Pharaons de tous 
les âges attachaient d'importance à leur frontière asiatique. Cette 
attention se soutint pendant toute la durée du moyen Empire (5) 



(1) En ITOl, J- Garstang découvrit à Bel klial- 
laf, près «le Girgeh, les tombes îles roi Hen- 
neklil et Tchéser de la III' dynastie ; c'est donc 
au cours de cette dynastie que le pouvoir cen- 
tral se déplaça pour venir se fixer à Mem- 
phis. 

(-2) En dehors des monuments de Négadah 
et d'Abydosqui, sans contredit, sont les plus 
anciens des temps pharaoniques, les égyi)tolo- 
guesontcru pouvoir attribuer à la IP dynastie 
quelques-uns des monuments découverts dans 
la nécropole memphite; tels sont: le tombeau 
de Thothpou à Saqqarah, la grande stèle de 
Shiri (Cf. G. Maspero, Guide du uisiteur au 
Musée de Boalaq, p. 31), les statues de Sapi 
(Cf. E. DE RouGÉ, Notice dex monuments égijpl. 
du Louvre, 1855, p. 50) ; mais ces attrihulions 
sont loin d'être prouvées, car ces monuments 
[leuvent aussi bien être reportés à la III' dy- 
nastie, de même que la pyramide à degrés de 
Saqqarah (Sozir) et la grande enceinte rectan- 
gulaire située à l'ouest de cette pyramide 
(Cf. J. DE Morgan, Plan de la nécropole mem- 
phite, Caire, 1897). La chose semble même plus 
vraisemblable, car nous ne connaissons dans 
la nécropole memphite aucun monument ap- 
partenant sûrement à la IP dynastie. Les plus 
anciens, portant un cartouche royal, sont jus- 
qu ici les mastabas de Dahchour, contempo- 
rains du roi Snéfrou (Cf. J. de Morgan, 
Fouilles à Dahchour en 1895; qui, par leur grand 
nombre, semblent prouver que la sépulture 



du roi se trouvait également dans ces pai-ages. 

(3) Le roi Sozir, dont le tombeau se trouvait 
à Saqqarah (i)yramide dite à degrés; et dont 
la stèle triomphale se montre sur les rochers 
de Wadi Maggarah, au Sinoï (Cf. ii.Benedite, 
Recueil, t. XVI, 1891, p. loi;, appartient à la 
IIP dynastie. 

Ci) Sur cette stèle, Snéfrou écrase de sa 
masse un nomade (Mention) terrassé. L'ins- 
cription dit : « Le roi des deu.x Egyiites, le 
seigneur des diadèmes, le maître de justice, 
! Ilorus vainqueur, Snéfrou, le dieu grand. » 
Ce roi, afin de protéger ses frontières de ce 
côté, fonda une série de forteresses dont une, 
Shê-Snofrou (l'ouadi de Snéfrou), existait en- 
core au Moyen Empire. — Cf. LEPsius,I'e/iA-m., 
IL 2. — J. DE Morgan, Recherches sur lesorig. 
de l'Egypte, 1896. — Chabas, les Papyrus de 
Berlin, p. 91. — E. de Bougé, Recherches, 
p. 90. — G. Maspero, Hisl. anc. des peuples de 
lOrient, V« éd., 1893, p. 59. . 

(5) Les expéditions des pharaons contre les 
nomades du Sinaï (Mention) sont nombreuses 
au cours de lancien et du moyen empire. 
Après Snéfrou (Illi^dyn.), Cheops (IV»), puis 
Sahouri (V-), Ousirounri-An. (V<^), Dadkeri (V) 
(Cf. Lepsius, Denkm., Il, pi. 39 a, 152 a, 39 d. 
— BiRCH, Zeitsch., 1869, p. 26. — Ebeiîs, Durch 
Gosen zum Sinaï. p 536. — J . de Morgan, liech. 
s. les oriy. de l'Egypte, 1896). Pépi I" (Vp) 
(Cf. G. Maspero, Hisl. anc. des peuples de l'Or., 
V* éd., 1893, p. 81) envoya son ministre Ouni 



L'EXPANSION SKMITIOUE 



245 



jusqu'au jour où, les armées égyptiennes se trouvant écrasées 
par un (lot humain, la vallée du Nil fut envahie. 

On a pr(''teu(lu que, sur la fin de ses jours, Sargon aurait péné- 
tré dans la presqu'île du Sinaï (Magan), rappelé par des révoltes, 
et qu'il y auiait renversé Kastouhila, roi de Kazalla (1). 

Si les Sumc'ro-Akkadieus s'élaieul avancés jusqu'au Sinaï, ce 
n'est pas un roi indigène qu'ils y auraient rencontré, mais bien les 
garnisons égyptiennes. De plus, comment le Sinaï aurait-il pu se 
révolter contre Sargon alors (piil appartenait à l'Egypte ? Ces 
deux invraisemblances eussent dû suffire pour faire écarter l'iden- 
tification du pays de Magan avec le Sinaï. 

M'appuyaut sur un grand nombre de textes anciens et sur des 
considérations tirées de la géologie, j'ai prouvé (21 que le pavs de 
Magan était situé sur le Khabour, affluent de l'Euphrate. C'est donc 
sur la route de Syrie, déjà conquise, que le roi d'Agadé alla pré- 
cipiter du trône le prince révolté Kastoubila, et non dans les 
montagnes du Sinaï. 

La légende met au compte de Sargon l'Ancien toutes les grandes 
améliorations de son époque; il est le Menés de la Chaldée. Les 
traditions et les vieux écrits sacerdotaux furent compilés, traduits 
en langue sémitique et coordonnés, les augures, les ouvrages 
d'astronomie, de mathématique (3), de médecine, de magie, de 
législation (/i), rédigés primitivement en sumérien, furent aussi 
traduits et commentés. Un autre ouvrage donnait les règles des 
deux grammaires sumérienne et akkadienne. Tous ces documents 
furent réunis dans le grand temple d'Ourouk où, quinze cents 
ans plus tard, Assourbanipal les fit copier. A ces travaux. 



soumettre les Anioii et les Hiroii-Shaitou de 
la presfiu'ile (Cf. Maspero, o/<. cit.. p. 82 ; 
d'autres tribus au pays de Tobi, toujours dans 
le Sinaï (Cf. Maspéko, Zeilschrijl, 1888, p. 6i). 
furent également vaincues par une expédition 
marilime. MirinrijVP) (cf. E.de Rougé, liech. 
sur les monum., p. 80 sq. - Erman, Comm. z. 
inschr. d. Una., in Zeilschr., 188-2, pp. 1-29. — 
Lkpsil-s, Denkm, II, pi. 116 a.), Entouf IV (XI") 
(cf. BiRCH, T'ap. Ahholt, p. 11-12.) Les souve- 
rains de la XII' dynastie restaurent la ligne 
de forts construite sous l'ancien empire et 
reliant la mer Rouge à la Méditerranée, la 
muraille qui barrait l'entrée du Ouadi Tou- 
milat (cf. Chabas, tes Pnpi/rus hiérnliques de 
Berlin, pp. 38-31». 81-82, 91)' e\, défont les Slia- 
sou et les Menlou (Cf. .1. de Morgan, /•ou///e.s 
à Diihc/iour, peclorau.\ royau.x). 

(1) G. Maspero, Uisl. anc. des peuples de 
rOrienl, V' édit. p. 158. 



(-2; Cf. Méin. de la Déléy. en Perse, t. I, 1900; 
Recherches archéologiques, p. 3i, sq. 

(3i Dès l'époque de Sargon l'Ancien et de 
Naràrn Sin, les connaissances mathématiques 
en Chaldée permettaient de relever des plans 
exacts. (Cf. F. Tuureau-Dangin, Un cadastre 
chaldéen, ds Rev. d'Assi/r. et d'Arch. orientale, 
vol. IV, n°l. 1897, pp.l3-'27. — IIeuzev, Comptes- 
rendus Acad. Inscr., t. XXIV, p. 128.) 

(4) L'obélisque de Manichlousou, découvert 
à Suse et portant un long litre de propriété, 
prouve que déjà vers 3800 avant notre ère les 
coutumes relatives à la propriété étaient co- 
diliées. Il est permis d'en conclure qu'à cette 
époque, déjà, tous les rapports des hommes 
entre eux étaient réglementés par des lois. 
Ce document est relatif à des domaines situés 
près de la ville de Kich en Chaldée. (Cf. V. 
SciiEiL, Mém. Déléy. se. en Perse, t. II, textes 
élamiles sémitiques.) 



246 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

attribués à Sargon, il convient d'ajouter de nombreuses cons- 
tructions de temples et de palais, le tracé d'une foule de 
canaux. 

Certainement cette œuvre ne fut ni celle d'un jour ni celle d'un 
seul homme (1); mais c'est vers cette époque, au moment de la 
fondation de l'Empire, que s'accomplirent ces progrès ; qu'un 
pouvoir central fut à même de coordonner les connaissances du 
passé, et d'en faire ce tout qui, pendant des milliers dannées, 
régit la Chaldée, et dont, pour bien des choses, l'effet se fait en- 
core sentir de nos jours. • 

Déjà la civilisation égyptienne était alors très développée; mais 
il lui manquait l'ambition des conquêtes et l'organisation militaire 
de l'Asie. Pendant toute la durée de l'ancien et du moyen empire, 
elle n'eut qu'une politique extérieure restreinte, se contenta de 
naviguer dans la mer Egée et d'opérer des razzias sur le haut Nil ; 
et lorsqu'après l'invasion des Hyksos, elle entra sur la scène du 
monde, les idées sémitiques de domination avaient fait leur che- 
min, gagnant l'Assyrie, la Phénicie, la Judée, toute l'Asie anté- 
rieure. Avec l'énorme développement qu'elle possédait à tous les 
points de vue, l'Égyjjte eût été la maîtresse incontestée du monde 
si elle avait su conquérir, comme les Akkadiens, les Assyriens et 
plus tard les Perses. 

Fils et successeur de Sargon, Naràm Sin (vers 3750 av. J.-C. [2]) 
continua l'œuvre de son père. Sans cesse en campagne, il parcou- 
rut la Syrie, le pays de Magan, s'avança peut-être jusqu'à Diar- 
békir, guerroya dans les montagnes et visita l'Elam a(in d y 
afTermir l'autorité akkadienne. 

Le seul danger pour l'empire était celui qui devait plus tard 
sortir de l'Est; car là se développait, à l'abri des atteintes chal- 
déennes, une puissante civilisation autochtone qui, s'aidant des 
progrès suméro-akkadiens dont elle s'inspirait, devenait de jour en 
jour plus menaçante. Mais, contre ce danger, la Chaldée ne pouvait 
rien militairement; une bonne administration intérieure, une poli- 
tique étrangère judicieuse eussent seules pu écarter d'elle le péril, 

(1) Les souverains (suzerains) les plus ds Rev. SéiniliqLie janvier 1909, p. 110. 

anciens dont les noms soient parvenus jus- (2) Nabonide dit avoir fait pratiquer à Sip- 

qu'à nous ont régné dans l'ordre suivant: par une tranchée de 18 coudées de profondeur 

1° Charrou oukini ; 2° Manichtousou; 3° Ourou pour retrouver la pierre de fondation du teni- 

mououch (lous trois rois de Kich) ; 4° Char- pie de Chamach placée par Naràm Sin, 3200 

gani-charri et 5° son fils, Naràm Sin, rois ans avant lui. (Cf. Schrader, Keilinsch. Di- 

d'Agadè (V. 3750 av. J.-C.) Cf. J. Halévy 6//o;/î., IIL 2, p. 102, sq.}. 



L'EXPANSION SI:MITI0LE O'jT 

on coiisei'vaiiL à l'empitc, avec sa vitalilé économique, la force 
de résislcr à l'orùge. 

Entre 3750 et 2300 av. J.-C, époque tic la réaction an/anile, 
nous ne connaissons que peu de chose des événements qui pri- 
rent |)lace; l'empire continua d'exister sous les rois de la j)re 
mière dynastie d'Our, Our-Engour, Doungi, etc. ; mais vivant sur 
lui-même, administrant tant bien que mal son avoir, réprimant de 
son mieux les révoltes, n'entreprenant plus de contjuètes. Il sem- 
blerait (|ue les successeurs de Sargon et de Naràm Sin, prolitanl 
■des efforts de leurs ancêtres, fussent lombes dans l'insouciance; 
que, peu à peu, cette vaste organisation militaire, se désagrégeant, 
soit devenue si faible que la première secousse la devait renverser; 
que, presque tous les princes féodaux sétant affranchis, il y 
eut encore, dans bien des provinces, retour au régime des Patésis 
indépendants. N'en a-t-il pas été toujours ainsi des grands États 
orientaux ? n'ont-ils pas tous péri par linsouciance des descen- 
dants de leurs créateurs ? 

Sous Narâm Sin, le régime était toujours féodal. Le roi mar- 
chait en personne à la guerre entouré de ses neuf vassaux. Les 
armées se composaient, en dehors des troupes d'Agadê, des con- 
tingents tirés des grands fiefs, dont tous les chefs n'étaient pas des 
Sémites, loin de là ; mais, par crainte ou par intérêt, ils obéissaient 
au roi et le secondaient dans ses entreprises. 11 faisait bon, en 
effet, de guerroyer avec un chef aussi puissant et de recevoir sa 
part dans les dépouilles des vaincus. 

Cette époque est celle de l'apogée des arts en Chaldée. Aux 
grandes conquêtes, à l'opulence, correspondent presque toujours 
les grandes œuvres de goût. Les monuments au nom de Naràm Sin, 
ceux de l'Empire, sont d'une composition et d'une exécution remar- 
quables, supérieurs même, comme conception, à ce que nous a laissé 
l'Egypte ; mais cet art souple et majestueux devait entrer rapide- 
ment en décadence, dans un milieu où les préoccupations maté- 
rielles dominaient chaque jour de plus en plus. Quant à la sculp- 
ture provinciale, elle avait conservé la rudesse archaïque. 

Pendant ce temps, l'Egypte poursuivant sa destinée, se dévelop- 
pait sur elle-même en dehors de la scène du monde. Quelques 
troubles intérieurs, quelques expéditions contre les nomades du 
Sinaï, des côtes de l'Erythrée, quel(|ues campagnes au sud dans 
les pays des nègres, vinrent seuls troubler l'harmonie de cette 



9/48 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 






évolution si homogène et si suivie. Les arts se développèrent au 
point d'enfanter des merveilles dans tous les genres, œuvres très 
spéciales d'ailleurs, d'un style qui, pour manquer de souplesse, 

n'est pas sans une 
extrême élégance. 
Le sol se couvrit 
de digues, de ca- 
naux, de villes et 
de villages, de tem- 
ples et de palais; 
la richesse devint 
immense en es- 
claves, en métaux, 
en biens de toute 
nature; la popula- 
tion s'accrut dans 
d'incroyables pro- 
portions. 

Le pouvoir cen- 
tral avait plusieurs 
fois changé de siè- 
ge; de Memphis il 
était remonté dans 
la Haute - Egypte, 
j)uis il redescendit 
vers le nord avec 
la Xil»- dynastie. La 
Nubie fut conquise, 
tandis que du côté 
de ri\sie les Égyp- 
tiens ne dépassè- 
rent pas le Sinaï, 
souvent envahi par 
les nomades asia- 
tiques ; mais que les Pharaons gardaient avec vigilance. Les 
souverains pressentaient que, de l'Asie, viendraient un jour des 
hordes barbares portant la ruine sous leurs pas. 




La Nubie au temps de l'Empire égyptien (1). 



(1) D'après G. Maspero, Ilist. anc. des peuples de lOrienl classique, l. I, p. 177. 



L'EXPANSION SKMITIOUE '2!i9 

Ceitainemciil rÉgyptc se tint à l'écart pendant les quatorze pre- 
mières dynasties qui la gouvernèrent ; mais il ne faudrait pas croire 
qu'elle soit demeurée sans communication avec l'Asie. Le chemin 
entre l'Euphrate et la vallée du Nil, connu de toute antiquité, était 
sans cesse parcouru par les caravanes, et les Pharaons n'étaient 
pas sans savoir ce qui se passait en Chaldée ; peut-être même les 
marchés du Delta recevaient-ils bien des produits asiatiques (1). 
Avec les peuples de la Méditerranée, les relations commerciales 
étaient constantes; y doit-on voir la source des quantités énormes 
de métal que renfermait l'Egypte dans un temps où elle ne possé- 
dait de district minier que sur le Haut-Nil ? Je suis porté à le 
croire. 

Les vaisseaux égyptiens, dès la IV" dynastie, s'aventuraient 
déjà dans les îles de la mer Egée, alors à peine peuplées (2), sur 
les côtes de Candie, où les Cretois reçurent de la vallée du Nil 
tous les principes de leur civilisation, en Chypre, pays de cuivre. 

Peu après l'époque où les empereurs chaldéens fondaient la 
bibliothèque d'Ourouk, les Pharaons encourageaient les lettres; 
quelques-uns même, dit-on, composèrent personnellement des ou- 
vrages. Dès la VI'' dynastie, un haut fonctionnaire porte le titre de 
(( Gouverneur de la Maison des livres». C'est qu'en Egypte, les 
moyens de fixer la pensée étaient autrement aisés que jamais ils 
ne furent en Chaldée ; le papyrus permettait d'écrire comme on 
le fait de nos jours sur papier, et son usage se perd dans la nuit 
des temps. Rapidement l'écriture hiéroglyphique avait produit un 
système plus cursif, l'hiératique (3), tandis qu'en Mésopotamie 
l'argile seule se prêtait à recevoir les signes (i . 

De quels ouvrages se composaient les bibliothèques de l'ancien 

(1) C'était déjà de l'Asie (XII« dynastie) qi:e (3) L'usage de l'écriture liiératique est fort 
l'Egypte tirait les esclaves, les parfums dont ancien, on en connaît des exemples dès l'ancien 
elle faisait une si grande consommation, le empire. L'un des plus beaux manuscrits en 
bois et les essences du cèdre, les vases émail- cette écriture parvenus jusqu'à nous est le 
lés, les pierreries, le lapis et les étoffes bro- Papyrus Prisse de la XI' dynastie. — Dans 
dées ou teintes dont la Chaldée se réserva les constructions de la XII' dynastie à Dali- 
le monopole jusqu'au temps des Romains. chour, toutes les indications techniques ins- 
{G. 'M.KSPEno.Hist. anc. des peuples de I Orient, crites sur les matériaux sont en caractères 
éd. V, ISy.S, p. 101.) hiératiques et non en hiéroglyphes. La dernière 

(2) « Les Cyclades n'ont pas été habitées à de ces écritures était réservéeaux inscriptions 
l'époque néolithique, ou du moins quelques et aux textes religieux, tandis que la première 
familles suffisaientpourexploiterlesgisements était courante et servait à toutes les transac- 
d'obsidienne de l'île de Milo et pour approvi- lions privées. 

sionner un commerce restreint. L'usage des (4) Si les Chaldéens avaient écrit s-ur par- 
couteaux en obsidienne s'est développé à chemin, les signes ciméiformes n'auraient pas 
l'époque énéolithique et s'est perpétué pen- pris naissance. Ct ne fut que plus tard que 
dant tout l'âge du bronze. » R. Dlssaud, Bull. l'introduction de laraméen permit d'abandon- 
elMém. Soc. Anlhrop., Paris, 1896, p. 110. ner l'argile. 



250 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Empire égyptien ? Nous l'ignorons ; mais d'après les indications 
sommaires parvenues jusqu'à nous, il est à croire qu'elles ren- 
fermaient des traités de médecine (1), de sciences mathémati- 




Écriture hiératique. 

Première page du Traité de Morale du prince Phtah- 

Holpou écrit à la fin de la V= dynastie. 

ques (2) et astronomiques, peut-être même d'histoire mais sur- 
tout des livres religieux (3) et philosophiques {^). 

Ce que nous connaissons de la littérature égy})tienne montre 







à' 'i.]àXi^ 






Théorème de géométrie d'après le papj rus mathématique du Musée Britannique 

(XlX-'dyn.) (5). 

un peuple rapportant toutes choses à la divinité, et attachant à ses 
croyances une importance telle qu'elles dominent au point d'effacer 



(1) Les sciences médicales, si toutefois on 
peut donner le nom de science aux pratiques 
usitées chez les Égyptiens, sont aussi ancien- 
nes que la royauté, peut-être plus même. Le 
premier traité connu jus((u'à ce jour est attri- 
bué au règne de Clu'ops, les autres datent 
des rois Menkeri 'Cf. G. Ebers, Pdpijros 
Ebers, Leipzig, 1875; Cn.\B.is, Délenninalion 
d'une date certaine, Paris, 1877), IlousapaïU 
(Cf. Brugsch, Rec. monum. EijijpU, l. M, 
p. 101-1-20, pi. LXXXV-CVII. - Chab.^s, Mel. 
Eiji/plol., 1" série, pp. 55-79). Ces deu.x traités 
e.xistaienl encore à 1 époque romaine (GAr.i.iEN, 
De compos. medic. Sec. (jen , V) et ([ueUpies- 
uns des remèdes qu'ils indiquaient font au- 
jourd hui encore partie de noire pharmacopée. 
Comme tout en Egypte, la médecine avait 
pris un caractère divin et le médecin qui 
s'écartait des prescriptions sacrées était pas- 
sible de mort comme assassin (DionoiiE de 
Sicile, L 8-2). On conçoit aisément quel genre 
de progrès dut faire celle science, en dépen- 
dance de la religion, pendant la durée des 
temps pharaoniques. 

(2) Les connaissances mathématiques en 
Egypte remontent à la plus haute antiquité, 



si Mcius en jugeons par les travau.x exécutés 
dè> la IV'' dynastie. Malheureusement nous 
ne possédons rien des traités primitifs Le 
plus ancien document mathématique parvenu 
jusiju'à nous est le papyrus Rliina, du Musée 
Brilannique. (Cf. A. Eisenlohr, Ein mathema- 
lisches Handbuch der Allen JEgijpler, i'èll.) 

CX] Parmi ces livres, il en était de contem- 
porains de Menés et même d'antérieurs. Celui 
des morts remonte à l'antiquité la plus recu- 
lée ; le chapitre LXIV fut, dit-on, découvert 
sous Housaphaiti ou sous Chéops. Toutefois 
les tombes archaïques de Négadahetd'Abydos 
n'en renfermaient aucun fragment. 

(4) I-a philosophie est aussi ancienne que 
l'Egypte. Le plus ancien traité connu {Papijrux 
Prisse, Bibl. nat. de Paris), écrit au début de 
la XII' dynastie, renferme deux ouvrages : l'un 
composé sousla IIP dynastie (Snéfrou), l'autre 
sous la V'' par Ptahhotpou, fils d'un des rois 
de cette époque. (Cf. Ciiabas, Pieu. Archéol., 
1= série, t. XIV, p. 1, sq.) 

(5) Cf. EisENLOiin, Ein niathematisches Hand- 
buch der Allen y'Egypter (Papyrus Rind des 
British Ihiseum), 1877. 



LEXPANSIOX SÉMITIOUE 251 

presque les autres sujels. L'honmie songeait, toute sa vie duraiil, 
à se construire un tombeau, ne niédilait que sur la survivance. 

La vallée du Nil a fourni une innombrable quantité de textes 
écrits sur pierre, sur bois, sur papyrus, e til en est bien peu qui 
présentent un caractère profane. Les indications historiques, géné- 
ralement perdues dans l'encombrement des formules rituelles, 
sont souvent bien vagues et difficiles à retrouver. C'est que la 
croyance à la vie future absorbait l'Kgyptien au point de lui faire 
négliger niill<^ choses de la vie sur terre ; que son histoire même 
avait pour lui moins d'attrait que ses espérances d'outre-tombe, et 
que les prétreslentretenaient dans cetétat d'esj)rit afindeconserver 
sur lui un ascendant absolu (1). Tant que l'Egypte vécut en dehors 
du monde, tant cju'elle n'eut pas senti le besoin de luller pour 
l'existence, l'idéalisme fut le seul mobile de 
tous ses actes privés et publics. Elle n'était ^ ^^^ ^ 

pas un royaume de la terre. t/ "> -^ ^ 

En Chaldée, au contraire, les Sémites /T' '^ !t\ al 

moins croyants, plus positifs, plus orgueil- 1J2 1,1\ ^ ^ 

leux, plus ambitieux des biens de ce monde, J^ ^^^^^ i* 
ont sude bonne heure, tout en rendant hom- ^it''^^ >C /.i 
mage à leurs divinités, séparer les faits des iX ^TT t\ "^ 

formules, étudier les sciences sans y mélan- «tC ^ \} ^ 

ger les dieux, narrer les hauts faits, rédiger ^^ ^ '^ u 
des lois en les déofag-eant des idées et des 5* â iZ % 

formules religieuses. p^jA tu-r ~y 

Ces deux états d'esprit s'expliquent aisé- JY ^r\ ^ ^^'i 

ment par la nature même des lieux où vi- "^ 

vaient les deux peuples, par leur éducation. Fragment du manusnit 
T .,% .• . . 1 r.^ . < c • hiératifiue de Sineli 

L Egyptien n ayant pas grand efïort a faire ;papy,us de Berlin; de 

pour conserver son patrimoine, protégé qu'il la Xll» dynastie (2). 
était de tous côtés par des déserts, avait tout 

loisir de se livrer aux spéculations iinaginatives ; le calme de 
la nature et la régularité de la vie l'y portaient, de même que ses 
dispositions naturelles et ses croyances traditionnelles. Tandis que 
les Sémites ardents à la con(|uête, toujoui's assoiffés de richesses 

(1) Les prêtres qui veillaient sur les sépul- of DtbI. ArcheoL, t. Vil, p. 6, sq.) Ce fui une 

tures étaient gt'rants des biens fin tombeau des principales causes de l'immense richesse 

■que l'Egyjjlien donnait de son vivant par con- du clergé. 

Irai régulier afin d'assurer après sa mort le (-2) La disposition de l'écriture hiératique en 

service des offrandes. (Cf. G. Maspero, Egypt. colonnes verticales semble cesser avec le 

docum. relat. to the dead, in Trans. of llieSoc. moyen Empire. 



252 Ll'^ PREMIERES CIVII.ISATlttNS 

et de jouissances, ayant perpétuellement à lutter contre de dan- 
gereux voisins, envisageaient la vie sous un jour plus réel. Ils fai- 
saient aux dieux leur part dans leurs inscriptions triomphales, au 
début et à la fin des textes; mais tout le cours du récit conservait 
son caractère profane. Dans la pratique, ils se servaient du nom 
de leur divinité pour couvrir leurs iniquités; car, il ne faut pas 
l'oublier, les dieux n ont jamais été, surtout entre les mains des 
Sémites, que des instruments de haines, de vengeances, de 
rapines. 

Certainement les empereurs chaldéens durent user des procédés 
que nous voyons plus tard employés par 1" Assyrie où, au nom 
d'Assour, se commirent tous les crimes ; mais ils étaient tenus à 
certains ménagements envers le vieux fond de la population, assez 
nombreux encore pour adoucir, dans une certaine mesure, la 
cruauté et l'injustice naturelle de ses maîtres. 

Pendant que se développait l'Egypte sous ses premières dynas- 
ties, que s'établissait la ])répondérance sémiticjue dans l'Asie an- 
térieure, de grands mouvements de peuples s'opéraient dans le 
Nord. Les Aryens, fuyant devant le froid, avaient depuis longtemps 
([uitté leur patrie originelle et, lentement, s'étaient avancés vers 
l'ouest et le sud. Les plaines de la Transcaspienne, celles de la 
Russie étaient déjà occupées, peut-éti"e même les avant-coureurs 
sétaient-ils avancés déjà jusqu'en Europe centrale. En Extrême- 
Orient des migrations analogues, mais plus confuses encore pour 
notre esprit, jetaient les bases de ce qui fut plus tard l'Empire 
chinois. Les hordes tartares et turques prenaient leurs positions 
dans la Sibérie et l'Altaï, pa^s abandonnés par les Aryens. 

De ces mouvements, nous ne connaissons rien de précis encore; 
mais la suite de l'histoire les fait pressentir. Ils s'imposent, et si 
j'en parle en traitant du quatrième millénium, c'est que bientôt 
nous verrons paraître, dans laire historique, les premiers 
Aryens. 

Ces hordes du Nord n'étaient point encore parvenues jusqu'à 
la mer Méditerranée où, sous l'influence bienfaisante des naviga- 
teurs égyptiens, les vieilles races se développèrent et acquirent, 
de bonne heure, une civilisation digne d'entrer en ligne avec 
celle de leurs maîtres. 

Ce n'est que vers la IV'' dynastie que l'influence égyptienne 
se fit sentir en Crète, foyer d'une culture intellectuelle nais- 



LEXl'ANSION SÉMITK »l E 



253 



saute (1). Auj)aravant, jiis(|irà la III" dynastie, le centre du pouvoir 
et j)ar suite de la richesse et de l'énergie, se trouvant, en Egypte, 
éloigné de la mer de mille kilomètres environ, le nord du pays 
était (jii('l(|ut> peu (Udaissé et ses naviga- 
teurs, encore barbares, ne s'aventuraient ^\ ^^^-(•.-j-^ 
pas loin des cotes. I l i.1 ' 

Le transj)orl du pouvoir à Memphis ('2) 1 1 j vi/.-^^ "^ M 1 1 
procura la richesse et la force aux gens ni \ 1^ ^ i i n 
du délia. Arrêtés par les sables et les no- 
mades pillards, aussi bien du côté de 
l'Asie que de celui de la Lybie, les com- 
merçants s'élancèrent sur le chemin de 
la mer et, dès la H" dynastie, nous ren- 
controns des traces de leur passage. 

La Crète était en jadmirable position 
pour développer la culture qui lui était 
enseignée ; entourée d'eau de toutes parts, 
elle n'avait à redouter que la piraterie, 
dont ses habiles marins la protégeaient 
dès les temps néolithiques. Grande assez 
pour subvenir à ses besoins en toutes 
choses, elle ne l'était pas de telle sorte 
qu'il s'y put développer de grands pou- 
voirs absorbants. Indemne de toute inva- 
sion, elle était habitée par une race homogène parente de celle des 



-^' r-, " I 
Y / 4^ 

Inscriptions Cretoises sur 
argile, découvertes à 
H. Triada (3). 



(1) R. Dussaud (BuU. el Mém. Soc. Anlhrop., 
Paris, r.>06, p. 112, sq.) ilonne, d'après M. 
Evans, la classification chronologique des 
anti(iiiilés nouvellement découvertes en Crète. 

1. Minoeii ancien I. — Enéolithiqiie que IM. 
Evans croit contemporain de la V' dynastie 
égyptienne. 

i. Minoen ancien II. — Vases de pierre, 
armes de bronze, cachets, figurines, or el ar- 
gent, mobilier présentant de grandes analogies 
avec celui de l'Egypte à la IV« dynastie. 

I. Minoen ancien III.— Objets divers, si- 
gnes ^pictographiques d'un type primitif. 

II. Minoen moyen I. — Plein âge du bronze, 
polychromie dans la céramique; l'écriture pic- 
tographique prend la forme hiéroglyphique. 

il. Minoen moyen II. — Premiers palais de 
Cnosse et de Phaestos. Belle époque des va- 
ses de Kamarés. — Xll» dynastie. Vingtième 
à dix-neuvième siècles. 

II. Minoen moyen III. — Deu.ïièmes palais 
de Cnosse et de Phaestos. Premières sculp- 
tures. Ecriture linéaire en même temps (jue 
hiéroglyphique. — XIIP dynastie. 

III. Minoen récent I. — (Ilaghia Triada.) 



Vases en stéatite ornés de bas-reliefs. Fres- 
ques très habiles, épées de bronze, écriture 
linéaire, encore mélangée de linéiques hiéro- 
glyphes. — XVIIl^ dynastie (xvii's.). 

ll\. Minoen récent II. -Traces nombreuses 
d'influence égyptienne. Second palais rema- 
nié de Cnosse. Art céramique à son apogée. — 
Deuxième ville de Phylacopi (Milo). — Ruines 
«le Théra (Santorin). — Tombes à fosses de 
l'acropole de Mycènes. — XVIIP dynastie. 

III. Minoen récent III. — Mycénien. L'hé- 
gémonie passe sur le continent. XVIII" à 
XIX° dynastie. 

IV. Inrasion Jorienne. - Apparition du fer, 
de la fibule, de l'incinéralion, retour de la 
céramique au décor géométrique. 

(-2) Dès les débuts de la royauté, les Pha- 
raons avaient les yeux tournés vers le delta, 
puisque c'est à Menés qu'on attribue la fon- 
dation de Memphis ; mais cette ville ne devait 
être, au début, qu'im simple poste militaire 
chargé de surveiller la route d'.\sie et de pro- 
téger la vallée du Nil en la Ijarrantà son entrée. 

(3) Cf. A. Mosso, G/( .Scat'i di Cre/((, Milano, 
p. 52, fig. 29, a, b. 



Tôh 



LES prp:mieres civilisations 



iles de VÉgée, des terres voisines de l'Europe et du nord de 
l'Afrique, populations possédant des tendances, des aptitudes et 
des besoins analogues aux siens. 

Minos est, dit-on, le fondateur de cet Etat dont le développe- 




L'ile de Crète dans la haute antiquité. 

ment fut si rapide qfie, dès le vingtième siècle, son influence régnait 
sur la majeure partie de la mer Méditerranée. Commerçant avec tous 
les pays et surtout avec l'Egypte, chez qui elle alla puiser des 
notions artistiques, la Crète sut développer chez elle, dans une 
évolution qui lui est très personnelle, la sculpture (1), l'architec- 
ture, la peinture à fresques, la céramique et tous les autres arts 
utiles. 

Libre dans son progrès, n'ayant pas à restreindre, par des 
canons religieux, l'envolée de ses conceptions, elle produisit des 
œuvres d'une grâce réaliste parfaite, que seule la Grèce de labelle 
époque devait surpasser. 

Ce peuple Cretois n'élait ni sémite, ni égyptien, ni aryen; il 
appartenait aux vieilles couches de la population, avait du sang qua- 
ternaire dans les veines, de ce même sang peut-être que les pein- 
tres magdaléniens, que les Berbères de l'Egypte primitive, que 
les Sumériens de Chaldée ; mais il possédait aussi l'élément prin- 
cipal du progrès, la sécurité. 

Chypre, également visitée par les Egyptiens, était peuplée de 



II) E.-li. Ua\l {The decoralive art ofCrele in de consulter les nombreuses publications 

the Bronze Aije, Philadelphie, 1907) a donné parues depuis queltjues années sur les fouil- 

un excellent exposé de l'art décoratif, plus les en Crète, 
spécialement céramique. Ce travail dispense 



LEXPANSION SKMITIOUK 25^ 

congénères des Crélois, mais elle était trop voisine des côtes^ 
d'Asie; les maîtres du continent, en la visitant, y semèrent la 
ruine et la crainte. Aussi n eul-elle pas le loisir de se développer 
à l'égal de sa nœuv d'Occidcul. 

Ainsi l'Egypte, par son commerce, avait fait naître dans la Médi- 
terranée une civilisation raflinée et une thalassocratie puissante 
qui, longtemps avant celle de la Phénicie, fut maîtresse des mers. 

En Asie, l'Elam avait prospéré en dehors du monde Méditei'- 
ranéen. Il n'avait jamais été entièrement soumis aux empereurs 
chaldéens; si quelques-unes de ses villes, telle Suse, obéissaient 
au maître d'Agadê, les Suméro-Akkadiens n'avaient d'autorité que 
dans la plaine; et cette j)laiue, tiès réduite alors, n'était qu'une 
faible partie du domaine anzanite. 

La mer s'avançait à cette époque au delà du Iniri-age naturel de- 
Nasseri-Ahwaz, et, en amont de cette ligne d'îlols rocheux, étaient 
des lagunes et des marais que comblaient peu à peu les apports du 
Kâroun, de l'Ab-é-Diz et de la Kerkha. Plus loin vers le Nord- 
Ouest, la mer venait baigner les collines qui séparent aujourd'hui 
la Kerkha du Tigre et le pied de Kouh Hamrîn ; en sorte que la 
plaine élamite se trouvait réduite à une longue ])ande de terrain 
s'étendant en demi-cercle au pied des montagnes. 

Au moment où les Sémites, venant d'Arabie, abordèrent les 
côteschaldéennes,ilsdescendirent également dans les payssusiens, 
occupèrent Dilmoun (Bender Dilem) (1), île sableuse située au 
sud-est de l'Elam et tous les îlots boueux qui, sortant alors des 
eaux, font aujourd'hui partie de la terre ferme (2). 

La puissance akkadienne en Elam fut probablement longtemps 
disputée parce que les indigènes, retirés dans les vallées du 
Poucht è Kouh, du Louristan et des Baktyaris {3}, étaient toujours 
prêts à profiter du moindre moment de faiblesse des conquérants; 
parce que les montagnards se rendaient insaisissables, grâce aux 
difficultés naturelles de leur pays ; enfin, parce qu'à cette époque 
la Susiane n'était guère attaquable que par mer. Dans le haut pays,. 

(1) C'est à tort que .1. Oppert a placé Dil- ment de la ville arluelle de Bender-Bou- 
moun dans l'île de Bahrein; ceUe île, aiijoiir- chir. 

d'hui réunie au continent, étail alors située à (3) Le district actuel de Mal-Emir, sur la 

quelques kilomètres de la côte. (Cf. .1. de route de Chousier à Ispalian, était une princi- 

MoRGAN, Mém. de la Délég. en Perse, t. I, pauté élamite. Elle portail le nom d'Aiapii- : 

Rech. archéol.) on y voit encore des ruines el plusieurs stèles 

(2) Lors de l'invasion sémitique, ces pays anzaniles. (Cf. V. Scheil, ds Mém. Déléij. en- 
étaient de langue anzanite. Ils furent repris Perse, t. IH, 1001, p. IWJ, sq. et G. Jéquieb, 
plus tard par les rois susiens et Chilhak in Description du site de Malamir, même ou- 
Chouchinak éleva un temple sur remplace- vrage, p. 133, ^q-). 



256 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

les Élamites conservèrent toujours leur indépendance. Ils avaient 
leurs villes, Madaktou (J), Khaïdalou (2), Naditou (3), Khamma- 
nou (4), etc.,où le vainqueur ne les pouvait atteindre. Ces villes 
gardèrent toujours le titre de « cités royales », même au temps 
de la splendeur de Suse, de l'indépendance de toute la nation. 

Comme touteslesanciennes monarchies, l'Elam était unroyaume 
féodal divisé en principautés; il y avait les Habardip, les Houssi, 
leNimé, etc., obéissant tous au roi de Suse; et, pendant Toccupation 
akkadienne de la plaine, c'est dans leurs cités que se conserva l'in- 
dépendance et l'esprit de revanche. 

Entre 2300 et 2280 av. J.-C. (5), profitant de la faiblesse des 
Sémites et, probablement aussi, de dissensions qui troublaient 
l'empire, un roi de Suse, Koudour-Nakhkhountè I, chassa les domi- 
nateurs de l'Elam et, traversant la plaine mamelonnée qui le 
sépare de la vallée du Tigre, pénétra au cœur de la Chaldée, s'em- 
para d'Ourou, de Babylone, de presque toutes les villes du pays 
des deux fleuves et renversa l'Empire chaldéen(6). Une dynastie 
indigène survécut cependant dans la ville d'isin, tandis que les 
Élamites avaient installé leur nouveau centre politique à Larsam. 

Le peuple d'Élam, se vengeant de sa longue servitude, dévasta 
le pays de ses anciens maîtres ; Suse regorgea des trésors des 
Choumirs et des Akkads; il rapporta dans sa ville comme tro- 
phées de ses victoires, les dieux au nom de qui la Chaldée l'avait 
opprimé. 

Certainement la réaction fut dune violence extrême, car bien 
des peuples s enfuirent devant les armées anzanites. Ce furent 
les adorateurs dAssour, qui gagnèrent le Nord en remontant la 
vallée du Tigre, les habitants des bords de la mer, des îles de 
Sour, Arad, Dilmoun qui, émigrés sur les côtes de Syrie, devinrent 



(1) Probablement Derrè i Chahr, dans la Nanâ qui avait été enlevée de la ville d'On- 
moyenne vallée de la Kerkha (Seïn-Merrè). rou 1.635 ans auparavant par Koudour Nakh- 
(Cf. J. DE Morgan, Mission scienlif. en Perse, khounlé l'Ancien. 

t. IV, 1" partie, Rech. archéol., p. 2-29, et carte (0) Peut-être devons-nous attribuer à l'époque 

de l'Elam.) de Koudour Nakhkhounlé l'Ancien la série 

(2) Probablement Khorremûbâd dans le de tablettes proto-anzaiiites découverte à Suse 
Louristan. (Cf. J. de Morgan, op. cit., p.-228. ) et publiée par V. Scheil (Cf. Mém. de la Délé- 

(3) Cf. J. DE Morgan, op. cit., t. IV, 1" par- galion en Perse, t. VI, 1905, p. 59, sq.); la pro- 
tie, p. 230. fondeur à laquelle ces tablettes ont été Irou- 

(4) Cf. id.. p. 228. vées (15 mèlres) légitimerait cette supposition, 

(5) Cette date nous est fournie d'une ma- d'autant mieu.x que le caractère ciim])table 
nière certaine par un te.xte d'Assourbanipal des textes qu'elles portent en faisait des do- 
(Cf. G. Smith, Hisl. of Assurbanipal, p. 251^ cuments d'usage passager ; on n'avait aucun 
où il est dit que ce souverain, lors du sac de intérêt à les conserver toujours dans les 
la ville de Suse en 645 av. J.-C., enleva pour archives ou la bibliothèque des rois su- 
la rapporter en Chaldée la statue de la déesse siens. 



LEXPAXSION SÉMITIOUK 257 

les Phéniciens ; enfin les Ghananéens et autres tribus cantonnées 
dans le bas Euphrate, qui remontèrent le fleuve, grossissant leur 
noniljre des peuplades rencontrées sur leur chemin. 

La tradition veut que les Elamites, vainqueurs, aient étendu 
leur domination jus({u'à la Syrie ; peut-être j)Oursuivirent-ils les 
fuyards juscju'à la mer du Soleil couchant ; toujours est-il que 
la Cœlesyrie et la Palestine furent envahies par des populations 
trop nombreuses pour qu'elles fussent à même de trouver dans 
cette région la satisfaction de leurs besoins. 

Là, certainement, est l'origine de Tinvasion des pasteurs en 
Egypte. L'établissement des envahisseurs dans le delta, la route 
quils suivirent pour y parvenir, leur nature ethni([ue montrent 
que le flot venait, non des déserts du sud ou du sud-ouest de 
l'Arabie, mais bien de la Syrie où lavait jeté une pression que- 
seule la conquête élamite était à même d'exercer à cette époque.. 

L'invasion de TEgypte ne se produisit pas de suite après l'émi- 
gration de Chaldée. Les peuples nouveaux venus dans la Cœlesy- 
rie, la Palestine et la Phénicie, cherchèrent probablement à s'éta- 
blirdans ces pays ; mais ce surcroît dépopulation ne trouvant pas 
la place d'y vivre, et, peut-être aussi, poussé par des événements 
que nous ignorons encore, s'écoula vers le sud. 

On a pensé trouver la cause du départ d'Asie des Hyksos (1) 
dans de grandes éruptions volcaniques qui, ayant eu lieu dans 
l'Arabie centrale, auraient rendu inhabitable une partie de la 
péninsule ; mais la position même que les massifs volcaniques 
occupent en Arabie exclut cette hypothèse. 

En effet, ces chaînes sont situées sur les rives de la mer Rouge 
et de l'océan Indien. Il s'ensuit que leurs éruptions auraient 
causé des migrations par mer et non par terre ; que les émigrants 
auraient abordé la côte érythréenne de l'Egypte et non la pénin- 
sule sinaïtique et le delta ; enfin que la Chaldée ne serait pas restée 
indemne d'une nouvelle invasion sémitique, et que les tribus pré- 
phéniciennes du golfe Persique n'auraient pas été chassées de 
leur pays, de même que les Chananéens de l'Euphrate, par un 
cataclysme se passant au loin dans l'Arabie. 

Lorsque le flot des llyksosse présenta vers l'isthme de Suez, la 

(1) Les Égyptiens, confondant les pasteurs Shasou, le roi des Shasou, au pluriel Hiqou- 

avec les nomades qu ils étaient accoutumés à Shosou dont les Grecs ont fait llyksos. (Cf. 

combattre sur leur frontière asiatique, les G. Maspero, Ilisl. anc. des peuples de l Orient . 

avaient nommés Shasou, et leur prince, Iliq- V éd., 1893, p. 161, note 2.) 

17 



258 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

science de la guerre (1) était bien plus développée chez les Clial- 
déens que chez les Égyptiens, et la race sémitique, bien j)lus ar- 
dente à s'emparer du bien dautrui, voyait ses appétits surexcités 
encore par les privations sans nombre qu'elle avait dû supporter 
dans son long voyage au travers des pays pauvres. Aussi les 
États du Pharaon furent-ils pour l'envahisseur une proie facile, en 
même temps qu'indispensable à l'existence de ces hordes. 

Après avoir remonté le cours de lEuphrate, les pasteurs eus- 
sent aussi bien pu se tourner vers le Nord plutôt que vers le 
Midi; mais, sur le haut fleuve, dans les gorges de l'Amanus et 
du Taurus, ils eussent rencontré des peuples pauvres, forts et 
belliqueux, qui les auraient arrêtés. 

D'autre part. l'Egypte enrichie par des milliers d'années de 
paix, encore inviolée, excitait bien plus les convoitises que tout 
autre pavs. Memphis exerçait sur ces bandes la même fascination 
que causèrent plus tard Rome et Constantinople sur les barbares. 

Il est à remarquer que jamais les invasions sémitiques n'abor- 
dèrent, dans un esprit de conquête, les grands massifs montagneux; 
et que, si quelques expéditions s'y aventurèrent parfois, ce ne fut 
que pour piller ou par mesure de protection. La Chaldée ne j)ut 
écraser l'Élam, TiVssyrie laissa subsister TOurarthou ; si elle fran- 
chit les chaînes kurdes, ce ne fut (jue pour opérer des razzias sur 
le plateau iranien. Le Sénùte s'est toujours montré homme de la 
plaine (2); l'I^gvptc répondait donc à ses aptitudes sous ce rap])()rt. 



(1) Parmi les ressourcCb militaires spéciales lii.fl. unli(i., p -202. — Max Mulleu, Biogr. of 

aux populations de l'Asie se trouvait l'usage Wordx. p. lit;.) C.-F. Kiel (.Ua;i of bibl. Arch , 

du cheval, dont l'emploi semble être r.é quel- II, 219) dit qu'au temps de Salomon (vers 

que part dans les pays situés au nord de lan lOOO av. J.-C.) les rois et la noblesse 

l'Asie antérieure, bien plutôt qu'en Extrême- montaient des clievaux au lieu de mules el 

Orient ou dans les steppes de Sibérie. Il d'ànes (2, /îo/.s, IX, 21, 23 ; XI, 16; /sai'e, XXX, 

semble que, bien qu'avant vécu à l'étal sau- li', : .Im., IV, 10). Mais cet usage était déjà à 

vage dans tout le monde occidental, le che- cette époque connu depuis des siècles ; car il 

val ne devinl.un auxiliairedelhomme que très existait des chevaux en Egypte au temps de 

tardivement. En Chine, dans les anciens temp.-;, Jacob, à l'époque des Hyksos (Ge«., XLVII,17; 

le cheval n'étaitpas monté. Cet usage apparaît Exud., IX, 3; Deul. XVII, 16). Dès le temps 

vers la fin de la dynastie Chi'Ju (Liu hiuen). La de Thothmes 1»% on les voit figurer sur les 

cavalerie fut, pour la première fois en Chine, monuments. 

employée à la guerre à l'époque de Su Tsin, (2i Plus tard, l'invasion musulmane n'oc- 

c'est-à-dire vers 350 av. .f.-C. Cf. Terrien de cupa ni l'Iran, ni les massifs de l'Arménie et 

L\CouPERiE, The oldest book of Ihe Chinese, du Taura*. En Perse, la population devint 

The Yh-Kiiuj, vol. I, Ilistory and Method, musulmane; mais aucune colonie sémitique 

London, 1892, p. xviii, note 5.)'— A la bataille ne s'y fixa. Le Taurus et l'Asie Mineure ne 

de Marathon (190 av. J.-C), les Perses firent changèrent de religion qu'avec la conquête 

usage de cavalerie, mais non les Grecs. turque. En Espagne, pays montagneux, l'élé- 

L'équitation, à l'époque d'Homère {Odiissée, ment arabe, quoique gouvernant, fut tou- 

V, 371; Iltinde, X, 513; XV, 6791, n'était pas en- jours très peu nombreux ; il en fut de même 

core complètement entrée dans les usages. en .\lgérie. au Maroc, où les indigènes em- 

II en était de même aux Indes à l'époque vé- brassèrent l'Islam. Il ne faut pas confondre 

dique (/?/<;., V, Gl-2). (Cf. O. Scnn.^DER, P;-e- dans les Arabes tous les musulmans. 



L'EXPANSION SI-MITIQLE 259 

Le moment était craillcurs propice pour envahir la terre du 
Nil, l'anarchie y régnait en maîtresse. Depuis la XIP dynastie, le 
pouvoir royal s'était aflaibli au point que la XIV" n'avait plus 
guère de puissance ([ue dans le Deltad, autour de la ville de Xoïs, 
dont elle avait fait sa capitale. Partout ailleurs, les princes révol- 
tés s'étaient déclarés indépendants, luttaient entre eux ou contre 
les restes du pouvoir royal. 

La faiblesse des souverains, l'excès des richesses résultant de 
la bonne administration des Ousertesen et des Amenemhat, para- 
lysaient les forces pharaoniques quand le flot des llyksos se pré- 
senta aux portes du Delta. 

« Il nous vint un roi nommé Timaeos, dit Manéthon (1); sous 
€6 roi donc, je ne sais pourquoi. Dieu souffla contre nous un vent 
défavorable ; et, contre toute vraisemblance, des parties de 
l'Orient, des gens de race ignoble, venant à limproviste, envahi- 
rent le pays et le subjuguèrent facilement et sans combat. » 

Quelle orgie pour ces « hommes ignobles », pour ces nomades 
pauvres, cupides, sensuels et cruels ! L'Egypte connut toutes les 
horreurs. Et quel afl'reux réveil pour les paisibles populations 
■de la vallée du Nil que l'arrivée de -ces hordes féroces ! Le patri- 
moine des aïeux mis à feu et à sang, ses villes incendiées, ses 
temples détruits et ses habitants, ceux qui échappèrent au car- 
nage, réduits en esclavage. 

Les sépultures des rois violées (2), le llyksos s'empara des 
immenses trésors qu'elles renfermaient. Elles furent systémati- 
quement exploitées, au moyen e galeries de mines, quand les 
entrées ne purent être découvertes, quand les prêtres se refusè- 
rent à livrer leurs secrets. 

A peine quelques sépultures princières échappèrent-elles au 
pillage, entre autres celles de la Xll^ dynastie que j'ai retrouvées 
dans la nécropole memphite(3); et l'on peut juger par les trésors 



(1) Manétiiox, édit. Unger, p. liO. dans l'inUTieur delà pyramide d'Ouscrlc- 

(-2) Il est impossible datlril)uer à d'autres sen III, ne sonl pas l'œuvre d'Egyptiens, mais 

rju'aux pasteurs la violation des sépultures bien d'étrangers. (J. M.) 

royales et princières de l'ancien et du moyen (3>Cf. J. de Morgan, Fouilles à Dahchour, 

Empire dans la nécropole memphite ; car in-4, 2 vol. 1902-3. Les trésors de cinq prin- 

l'ouverture de ces tombeaux exigea des Ira- cesses renfermaient plus de ;0 kilogram- 

vaux longs et importants qui ne purent être mes d'or et on peut évaluer à plus de 10) 

faits que de connivence avec le gouvernement kilogrammes, au moins, ce ([ue renfermait cha- 

dans un temps où les prêtres n'avaient plus cune des pyramides royales de la Xll'' dynas- 

le pouvoir de proléger les monuments confiés tie. On com^oit avec quel acharnement les 

à leurs soins. D'autre part, les dessins gros- pasteurs altatiuèrent ces monuments pour le» 

siers tracés par les ouvriers sur les murs, violer. 



260 LES PREMIÈRES CIMLISATIONS 

qu'elles renfermaient de la richesse et du luxe qui régnaient en 
Egypte, lors de l'arrivée des Asiatiques. 

Dans les pyramides royales que j'ai ouvertes, tout avait été 
enlevé, jusqu'aux cercueils de bois lamés d'or et, en se retirant 
avec leur butin, les pillards avaient tracé, sur les murs blancs des 
cryptes, des caricatures (l) qui, par leur facture, décèlent des 
mains étrangères. 

Ce qui restait de Memphis('2) fut choisi par les Hyksos comme 
centre de la nouvelle royauté ; mais les forces militaires étaient 
concentrées à Avaris (3), dans le Delta. Là fut élaljli un vaste camp 
retranché capable de contenir 2/iO.OOO hommes, tous Asiatiques. 
C'est d'Avaris que les rois pasteurs exploitèrent ce qui restait de 
la malheureuse Egypte. 

L'invasion avait été dès longtemps précédée par la venue paci- 
fique d'un grand nombre d'hommes d'Asie, arrivant par petits 
groupes, s'établissant comme commerçants et prospérant sous le 
régime juste et doux des Pharaons ; tolérés sans méfiance, ils de- 
vinrent bientôt, par leur nombre, un élément important et dange- 
reux. Lors de l'arrivée des Hyksos, ces étrangers se groupèrent 
autour des nouveaux maîtres de leur sang; peut-être même les 
avaient-ils attirés et facilitèrent-ils singulièrement l'écrasement 
de l'Egypte, qui, pendant si longtemps, les avait nourris. 

Toutefois les rois pasteurs n'avaient pas d'un seul coup para- 
chevé leur œuvre; ils s'étaient substitués aux Pharaons de la 
XIV dynastie dans leur Etat, mais avaient aussi hérité de 
l'hostilité des princes de la Haute-Egypte. Fuyant devant eux, 
une partie de la population du Nord remontée vers le Sud 
venait renforcer la résistance. Il fallut, dit-on, deux siècles pour 
l'abattre. Enfin depuis Syène jusqu'à la Méditerranée, toute la 
vallée du Nil, ravagée, obéit aux nouveaux maîtres (/i). 



(1) Cf. DE Morgan, Fouilles à Dahchour, 1903, J'ai visité les ruines en 1895. (J. M.) (Cf. Fouilles 
fig. 137 à 140. de Mnrielle, Musée du Caire.) 

(2) Dans mes fouilles de isg'î, à Mil-Ralii- (4) La période de 600 ans, consacrée au.x 
neh, j'ai retrouvé, sous les dallages du temple Hyksos par Manéthon, semble être beaucoup 
ramesside de Phlah, les ruines de l'édifice de trop longue. L'historien compte 250 ans pour 
la XII' dynastie. (J. M.). la conquête, 200 ans pour l'occupation du pays 

(3) Hàrouàrou (Tanis), ville dont les ruines et 150 ans pour la guerre d'indépendance. On 
sont situées à quelques kilomètres au sud du convient aujourd'hui de placer au cours du 
lac Menzaleh ; les buttes qui les composent, vingtième et du dix-neuvième siècles la XI" 
rougies par un formidable incendie, sont en- dynastie, et vers le di.\-septième la XVIIP 
combrées d'obélisques brisés, de fiagments dynastie. 11 ne resterait donc que deux ou trois 
(le statues et des matériaux de grands édifi- siècles au plus pour répondre aux XIII» et 
ces en granit. On voit que cette ville a été XIV' dynasties, à l'invasion des pasteurs (XV« 
détruite avec un extraordinaire acharnement. et XVI' dyn.), et à la XVIP dynastie pharaoni- 



LEXPANSION SKMITIOUE 



2(51 



Ce fut le plus grautl pillage de ranliquilé ; il eut son retentis- 
sement dans le monde entier d'alors. Les Asiatiques se présen- 
tèrent en foule, venant sans cesse, par la voie du Sinaï, pour 
prendre leur part dans cette gigantesque curée. Les uns s'enrô- 
laient au camp d'Avaris, les autres s'établissaient dans les villes 
du Delta, afin d'y exercer des commerces, devenus très lucratifs 
dans ces moments troublés. 

Du nombre de ces derniers était une tribu chananéenne, celle 
d'Israëlqui, issue de Clialdée(l) en même temps que d'autres nom- 
mées Ammon et Moab (2), se serait séparée d'elles et, après 
de longues aventures, les laissant en Syrie, serait entrée en Egypte. 

Cette tribu d'Israël, nous ignorerions sa venue sur la terre du 
Nil si, plus tard, elle n'avait joué un rôle bien supérieur à son 
importance politique. Comme tous les autres Asiaticjues, elle ne 
vint qu'attirée par Fappàt du lucre et ne mérite de considération 
spéciale (3\ que parce que nous sommes mieux documentés à son 
sujet que sur le compte des autres peuplades ayant j)ris part à 
ce sfrand mouvement. 

Les Hyksos importèrent en Egypte les principes gouvernemen- 
taux de l'Asie ; au lieu de chercher à reconstituer l'empire de la 
XII® dynastie avec ses nomes, ils se créèrent dans le Delta un 
royaume où leur autorité était directe. Pour la haute et la 
moyenne partie du pays, ils la pillèrent d'abord, puis soumirent 
au tribut les princes en les plaçant sous l'autorité de ceux de 
Thèbes. 

C'était le caractère propre à la méthode gouvernementale 
de toutes les monarchies asiatiques ; un territoire vaguement 



que; ce qui semble être un minimum trop 
faible, car la XIII' el la XIV"- dynasties comp- 
tent 80 règnes, les Hyksos 81, et la XII' dy- 
nastie 43, ce qui attribuerait à chaque régne 
une durée maxima d'un an, dix mois et se|)t 
jours. Or, la date de la XVlIP dynastie semble 
certaine. C'est donc celle de la XII' dynastie 
qu'il faut remonter. D'autre part, la date de 
Koudour Nakliounlé l'Ancien, -2300 ou 2280 
(G. Smitu, Hisl. oj Assurbanipal, p. 251) est 
certaine etco'incide avec le départ des Hyksos 
de Chaldée. Si nous ajoutons à cette ilate 
les 600 ans de Manéthon, nous sommes menés 
au di.\-septième siècle pour la XVII' dynastie. 
Sans compter le tem[)s que dura le vojagc 
des pasteurs entre la Chaldée el l'Egypte. Or, 
nous savons, que la XVIIl' dynastie corres- 
pond au seizième siècle. C'est donc 100 à ISOans 
au moins qu'il faut retrancher de l'évaluation 
des prêtres égyidiens. 
(1) Abraham, suivant la Bible, serait sorli 



d'Oiirou. Si les Juifs ont choisi cette ville pour 
lieu de leur origine, c'est probablement parce 
quOurou était la ville sainte où les rois ve- 
naient se faire introniser. Ils pensaient rele- 
ver ainsi, aux yeux des générations, la valeur 
de leur chef originel. (Cf. G. Rivière, Le 
Code de Hammoural)i,ds Rev. de.-i Idées, 15 fé- 
vr., 1905, p. 135.) On place généralement vers 
le vingtième siècle le départ d'Abraham de 
Chaldée. Cette date, comme on le voit, coïncide 
à peu de chose près avec le mouvement éla- 
mite. 

(2) .\mmon se fixa au nord-est de la mer 
Morte, Moab au sud-est, au sud des monts 
du Haourân, sur la limite du désert et la route 
du Sinaï. 

(3) La Bible (Genèse, XLV, 17-18) fait dire à Jo- 
seph par le pharaon Hyksos : « Pressez votre 
père el vos familles, el revenez vers moi ; je 
vous donnerai du meilleur du pays d'Egypte 
cl vous mangerez la graine de la terre. » 



202 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

limité formant l'apanage direct du maître, et une zone plus ou 
moins étendue de royaumes tributaires. Au delà, on se contentait 
de simples expéditions de pillage, d'où la métropole tirait ses- 
esclaves et une partie de sa richesse. A Rome, plus tard, les 
trois classes territoriales se retrouvent encore, la terre romaine, 
les colonies et les royaumes alliés; mais à la brutalité orientale 
avait alors succédé la haute intelligence aryenne des affaires pu- 
jiliques. De nos jours, la métropole, les colonies et les zones d'in- 
fluence et de protectorat, ne résultent que de la persistance de 
ces principes politiques rationnels. 

Avec des idées nouvelles, les Ilyksos apportèrent en Egypte 
bien des améliorations inconnues jusqu'alors dans l'armement,, 
dans la science militaire. Il semble que l'emploi du cheval fut du 
nombre; car ce n'est qu'après leur départ que nous voyons le 
char figurer sur les bas-reliefs égyptiens. Où connurent-ils le 
dressage de cet animal ? Ce ne semble pas avoir été en Ghaldée ; 
car, là aussi, nous ne le voyons apparaître que tardivement. 

L'écrasement complet de l'Egypte dura plus de deux siècles et 
demi, dit la légende ; car deux cents ans environ auraient été 
consacrés à la réduction des princes du Sud. Enfin, dans la Haute- 
Egypte, l'étendard de liiulépendance se leva ; tant d'exactions, 
tant d'humiliations ne pouvaient durer sans que disparût à jamais 
la nationalité égyptienne. 

Peu à peu les Hyksos, gorgés de richesses, s'étaient adoucis (1)» 
If luxe les avait gagnés ; et leur cour, copiant celle des anciens- 
pharaons, était devenue aussi somptueuse et d'un protocole aussi 
compliqué que celle des rois indigènes. Incapables de traiter eux- 
mêmes des détails administratifs, ils les avaient laissés entre les 
mains de fonctionnaires égyptiens. Les Grecs, les Romains, les 
Arabes ne firent pas autrement; l'Égyptien et le Copte furent tou- 
jours indispensables aux maîtres du pays. 

D'abord proscrite, la religion égyptienne fut enfin tolérée. 
Quelques temples furent ouverts de nouveau, le joug devenait de 
jour en jour plus supportable^ concessions plutôt dues à l'afl'ai- 

(1) Les arts avaient repris; malheureusement Manclhon que nous le tenon*. U existe ce- 

louslesmonumenlsdeceltci'i.oqueontétésys- iientlant, au Musée du Caire, quelques monu- 

lématiquement détruits lors (le la réaction ; les mcnts hyksos (/'oo ///es de Marielle à Taiiis) 

textes hiéroglyphiques qu'ils portaient ont jirésentant des caractères très particuliers 

été martelés avec tant de soin qu'il est impos- (Cf. A. Mariette, Lettre à M. le vicumte de 

sihie d'y reconnaître un seul signe. Tout ce Bougé, sur les fouilles de Tanis, p. H) mais ne 

ijuc nous possédons sur les jiasteurs, c'est de fournissant aucun renseignement historique. 



L'EXPANSION SÉMITIQUE 263 

blisseinoiit du pouvoir qu'à des scnlimenls d'humanité. L'heure 
élail |)r'()|)ice ])our hi réaction. 

Cliasscs de la haule et de la moyenne Egypte, les Ilyksos se 
virent assii^gés dans Mempliis, puis dans leur camp d'Avaris. 
Enfin rejclés hors du Delta, les derniers débris de leur armée 
furent encore vaincus en Syrie (1), où le Pharaon les j)()ursuivit. 
C'était la première fois que les troupes égyptiennes, dépassant le 
Sinaï, pénétraient en Asie. 

Bien que l'armée hyksos se fût retirée, il restait encore sur la 
terre du Nil, et plus spécialement dans le Nord, une foule d'Asia- 
tiques, j)resque tous les non-condjattanls. Ils refusèrent de partir; 
on les mit en servitude, et ils devinrent les manœuvres de la 
réfection, car l'Egypte nélait plus qu'un monceau de ruines. 

Il fallait aussi assurer le trône à la XVIP dynastie ; car, dès la 
libération du territoire, des révoltes éclatèrent contre la suprématie 
des princes thébains et la Nubie toujours demeurée indépendante 
prétendait le rester. L'armée, qui venait de combattre l'étranger, 
tourna ses armes contre ses propres congénères et, après quelques 
eflbrts, l'ordre fut rétabli. L'histoire moderne ne fournit-elle pas 
bien des exemples d'une situation politique analogue à celle dans 
laquelle se trouvait lEgypte après sa longue servitude? 

Revenus de leur stuj)eur à la vue de leur patrimoine dévasté 
par les Asiatiques, d'horreurs dont ils ne pouvaient même pas 
souj)çonner l'existence, les Egyptiens, comprenant qu'un royaume 
d inqiortance ne peut se maintenir sans intervenir dans la poli- 
tique générale, modifièrent du tout au tout leurs vues. Ils avaient 
appris la guerre, le pillage, l'injustice, la violence, le mépris de 
la vie des autres; ils entretinrent dès lors de formidables armées, 
de puissantes flottes de guerre, modifièrent leur administration 
intérieure et ne révèrent plus que conquêtes. Leurs troupes 
remontèrent le Nil jusqu'aux confins de la terre, portèrent le 
nom des j)liaraons en Ethiopie, sur les rives mêmes des grands 
lacs, dit-on, et revinrent chargées de butin. Ils n'oublièrent pas 
non plus le chemin suivi par les pasteurs et l'Asie paya ses crimes. 

C'est longtemps auj)aravant, pendant la réaction élamite en 
Chaldée, au moment où les maîtres d'autan étaient devenus 
esclaves à leur tour, (|u'en dehors des Ilyksos, bien des tribus 

(I) A Sharoiiliana, probablement Sliaroiiken, G. Maspero, Ilisl. anc. de.< peitple.-i de l'Orient, 
«lans la tribu de Siméoii. Uosué, XIX, 6. — Cf. V' édit., 189:{, p. 169.) 



•264 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

sémitiques avaient émigré. Nous avons vu ([ue certaines d'entre 
elles, primitivement cantonnées dans le Nord, peut-être vers 
Agadé, remontèrent le Tigre et s'installèrent dans sa vallée très 
en amont du site actuel de Bagdad, assez loin, pensaient-elles, 
pour ne pas être inquiétées par lÉlam; là elles fondèrent une 
ville, El Assar (aujourd'hui Qal'a tchergliat), c'étaient les Assy- 
riens ; que d'autres chassées des côtes et des îles du golfe Persi- 
que, territoires appartenant jadis aux Élamites, traversèrent la 
Ghaldée, remontèrent l'Euphrate et vinrent s'établir sur les côtes 
syriennes de la Méditerranée, c'étaient les Phéniciens. 

La position primitive de ces tribus sur la mer en faisait une 
race de navigateurs et de marchands. Autrefois ils avaient par- 
couru le golfe Persique et la mer des Indes, abordé sur les côtes 
d'Arabie, aux bouches de l'indus et, plus au sud, le cabotage les 
avait peut-être même conduits dans la mer Erythrée et sur les 
côtes de l'Afrique. Les boutres arabes de Mascate ne font-ils pas 
encore aujourd'hui le trafic de Zanzibar, de Bombay, de Cevlan 
et de la mer Rouge ? 

Leur nouvelle j)atrie permettait aux Phéniciens de développer 
leurs aptitudes, car les hasards d'une migration ne les pouvaient 
mieux servir. Ils occupèrent les îles, les caps delà côte méditerra- 
néenne, tous les points maritimes présentant quelque avantage et, 
dès leur fixation, disposèrent leur vie politique en vue de la navi- 
gation, du transit, du commerce, accordant aussi peu que pos- 
sible aux nécessités territoriales, mais réservant toute leur éner- 
gie, toutes leurs ressources pour la colonisation et surtout j)Our 
l'établissement de comptoirs commerciaux. 

Par tradition, ils connaissaient toutes les routes terrestres et ma- 
ritimes depuis la Syrie jusqu'aux Indes; ils apprirent vite celles 
de l'Occident et devinrent, pour près de deux mille ans, les grands 
intermédiaires commerciaux du monde, remplaçant peu à peu, 
dans la domination de la mer, les Cretois et les Égyptiens. 

Depuis longtemps déjà, des peuples sémites ou sémitisés étaient 
venus se fixer dans le pays du Liban, leur apparition en Égvpte et 
dans le Sinaï en est la preuve; mais la majeure partie de la Syrie, 
surtout la montagne, était encore occupée |)ar des autochtones. 

Quand les Chananéens traversèrent ces pays, ils eurent à lutter 
contre des tribus dont ils ne nous ont pas transmis les noms; 
mais qu'ils désignent par des appellations ne laissant aucun 



L'EXPANSION SÉMITIQUE 2(35 

doute sur la nature ethnique de ces peuplades. Ce sont les « lîe- 
phaïni, hommes à la voix boui-donnanle et indistincte » parlant 
des idiomes incompréhensibles pour les Chaldéens ; les « Néfilim, 
monstres formidables » ; les <( Zomzoniim, des géants », auprès 
desquels les Sémites semblaient n'être que des sauterelles. Le 
premier passage des Chananéens réduisit l'importance des tribus 
indigènes; leur retour d'Egypte, quelques siècles plus tard, les fit 
disparaître. 

La réaction anzanite sur les peuples sémitiques avait donc pro- 
fondément modifié la face du monde. En anéantissant l'empire 
summéro-akkadien, elle avait créé l'Assyrie au nord, la Phénicie et 
la Judée à l'ouest ; elle était cause de l'entrée de l'Egypte sur la 
scène politique mondiale. La conquête de KoudourNakhkhountè 
est l'un des faits dont les conséquences ont été les plus graves 
dans les destinées de l'Orient. 

Dès lors commence l'histoire du monde, des grandes luttes 
pour la prépondérance, des grandes étapes du progrès. Deux 
puissances seules sont en présence, les Asiatiques et les Africains, 
les Sémites et les Égyptiens^ deux frères ennemis. Ils se dispute- 
ront la suprématie pendant plus de mille ans, jusqu'au jour où 
interviendra la race aryenne qui, en quelques années, anéantira 
ces États, réduisant leurs empires, si puissants jadis, au rang de 
simples provinces. 

Mais, pendant que les armées élamites franchissaient le Tigre, 
pendant que les Hyksos pillaient l'Egypte, les grands mouvements 
des peuples du Nord se continuaientlentement. Déjà les avant-cou- 
reurs iraniens, longeant les plages de la mer Caspienne, s étaient 
avancés jusqu'à l'Araxe, semant leur passage de dolmens, appor- 
tant avec eux le bronze grossièrement travaillé, l'électrum, Tor, 
la poterie, les animaux domestiques de l'Asie centrale. Cette 
avant-garde resta cantonnée dans les montagnes fertiles et boi- 
sées du ^Nlazandéran, du Ghilan, du Talyche. 11 ne semble pas 
qu'elle ait pénétré bien loin sur le plateau iranien déjà occupé 
dans sa partie occidentale par des peuples apparentés aux races 
primitives de la Chaldée. 

Jamais les Sémites ne soumirent les j)euplades montagnardes 
du Zagros, des monts Carduques ; mais il n'est pas douteux ({ue, 
refoulés de la plaine, ces peuples n'eussent, dès une époque fort 
reculée, gagné le plateau persan ou tout au moins les pentes orien - 



266 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

taies de la chaîne bordière, et ne s'y fussent installés en dépit 
des rigueurs du climat. Malgré cela, leurs établissements durent 
être fort peu nombreux, car on ne rencontre que bien rarement 
des traces de la pierre taillée dont ils se servaient certaine- 
ment en même temps que du métal. ' 

L'Iran central, encore couvert de lacs, de déserts salés, aride 
et desséché, soumis à des températures extrêmes, n'était pas 
d'un grand attrait pour des envahisseurs. Les premiers Aryens 
le négligèrent ; mais ils furent rapidement suivis par d'autres 
tribus, leurs congénères, les unes s'avançant par le nord, les 
Mèdes ; les autres par le sud, les Perses, après avoir traversé 
les massifs montagneux de la Bactriane et les déserts d'Ara- 
chosie. 

Un rameau de la branche du Nord passa l'Araxe, le petit 
Caucase et, remontant la vallée du Cyrus, vint se fixer au milieu 
de la grande chaîne, près des célèbres défilés du Dariall; ce sont 
les Ossèthes de nos jours. 

Les hordes qui, prenant la voie de l'Ouest, s'étaient avancées 
dans les steppes de Russie, furent arrêtées par la Caspienne, par 
le Caucase et sa grande muraille, par la mer Noire et toujours 
empêchées de descendre vers le sud, dans les pays du Soleil. Les 
unes, poursuivies par le froid, continuèrent leur chemin par la 
vallée du Danube ou par les plaines de Germanie ; les autres en- 
vahirent la Thrace,leur nombre allant croissant chaque jour, prêtes 
à fondre sur l'Asie Mineure après avoir franchi le Bosphore. 

Ainsi, pendant que dans l'Asie antérieure, déjà très dévelop- 
pée, s'ouvraient de formidables compétitions, le ciel s'obscur- 
cissait au nord d'innombrables fumées de campements; un déluge 
humain se préparait. 

En Europe centrale, il semble que ce soit au cours du troisième 
millénium qu'apparut le métal. Dans quelques terres méditerra- 
néennes il était depuis longtemps en usage, s'étant de proche en 
proche répandu de la Chaldée et de l'Egypte. 

Beaucoup plus loin vers l'Orient, au delà des chaînes glacées 
de l'Asie centrale, en dehors de toute communication avec le 
monde méditerranéen, une autre race se développait sur elle 
même, préparant une civilisation qui plus tard devait atteindre 
un sommet. La Chine qui, malheureusement nous est trop peu 
connue au point de vue archéologique, était déjà, semble-t-il, 



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oijuit'i.? oi^sbua" 



■•sS-gE;'' 



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268 LES PREMIÈRES CIN ILISATIOXS 

en possession du bronze et il s'y formait des groupements poli- 
tiques (1). 

Quant au reste du monde, encore plongé dans la barbarie, il 
ne connaissait encore que l'usage de la pierre. Nous ne possé- 
dons aucune donnée exacte sur les nombreux mouvements de 
peuples qui se passèrent alors. Devons-nous attribuer à ces temps 
reculés la colonisation de Madagascar par les hommes de race 
jaune (2), la grande expansion du type malais dans l'océan Pacifique, 
la conquête de l'Inde par les Dravidiens sur les Négritos ? etc.. 
On ne saurait dire à quelle époque prirent place ces événements 
dont la réalité ne souffre aucun doute, et qui jouèrent un si grand 
rôle dans les destinées du genre humain et dans sa répartition sur 
le globe. 

(1) Le plus ancien livre <ie la Chine serait le sait, accorder (jiie bien peu de confiance 

le Yi-Kinij, qui, d'après les autorités indigè- aux évaluations chronologiques des annales 

nés, remonterait dans sa forme primitive chinoises. 

au vingt-troisième ou vingt-deuxième siècle ii) L'expansion de la race malaise est, sans 

av. J.-C.(Cf. T. DE laCoui'erie, r/ie oWe*/ 6oo/r aucun doute, de date relativement récente 

of the Clunese, Londres, 18'J2, p. 18, note 1, mais il se peut qu'elle ait été [u-écédée par 

p. 28), c'est-a-dire à l'époque de l'invasion d'autres mouvements dont les populations 

des Hyksos en Egypte, 1.500 ans après celle australasialiciues ont conservé de nombreuses 

de Naràm Sin. Toutefois, nousne pouvons, on traces. 



CHAPITRE IX 



La prépondérance égryptienne (I). 

Conquêtes pharaoniques en Asie. 
La C ha Idée et iÉlam, l Empire Hétéen, les Phéniciens, 

les Hébreux. 
Apparition des Aryens en Iran et dans la Méditerranée. 



Pendant cette longue période de mille années et plus qui sui- 
(i) Liste des dynasties égi/pliennes d'après Manélhon. 



I 

II 

III 

IV 

V 

VI 

VII 

VIII 

IX 

X 

XI 

XII 

XIII 

XIV 

XV 



CENTRE 

[>ORIGi>E 



This .... 
This .... 
Meniphis. . 
Memphis. . 
Elépnantine 
Memphis. . 
Memphis. . 
Memphis. . 
Iléracléopol 
Héracléopol 
Thèbes. . 
Thèbes. . 
Thèbes. . 
Xoïs. . . 
or. Avaris. 
b. Thèbes 



Yvi(Q- Avaris. 

'^^'(6. Thèbes 

Yvrito- Avaris. 

'^^^^ b. Thèbes 

XVIII Thèbes. . 

XIX Thèbes. . 

XX Thèbes. . 

XXI Tanis . . 

XXII Bubaste . 

XXI II Tanis. . . 

XXIV Sais. . . . 
XXV Ethiopie . 

XXVI Sais. . . . 

XXVII Perses. . 

XXVIII Sais. . . . 

X.XIX Mendès . 

XXX SeJjennytu 

Domination grecque 
Domination romaine 



Smv.J.AFRICANOS 



8 

9 

9 

8 

8 

6 

70 

27 

19 

19 

1() 

7 

&) 

76 

6 

22 

43 
43 

ir, 

7 
12 
7 
9 
4 
1 
3 
9 
8 
1 
4 
3 



253 
302 
214 
271 

248 
203 
70 jours 
14« 
409 
185 
43 
160 
453 
184 
284 

508 

151 

151 

263 

209 

135 

130 

120 

89 

6 

40 

150 1/2 

124» 4m 

6 
20» 4 m 
38 



Smv. EUSÈBE 



252 

297 

198 

448 

100 

203 

75 jours 

100 

100 

185 

43 

245 

453 

184ou484 

250 

190 
103 

348 

194 

178 

130 

49 

44 

44 

44 

163 

120» 4 m 

6 
21» 4m 
20 



OBSERVATIONS 

Ces dates proposées par Ed. Meykr 
et A. ËisENLOHR sont encore discutées. 



Menés, env. 4483 av. J.-C. ? 



Ouserles en 1111,876 ou 1872 av.J.-C. 



Aménophis !«'•, 1.54.5 ou 1542 
Thouthmès III, 1.503 à 1450. 
Aménophis III, vers 1450. 
Aménophis IV, vers 1400. 
Chéchonq I, vers 950. 



Sabacon, 716. 

Mort (le Psammctique I", .589. 

Conquête de Cambyse, 525. 



Con(iuèle ilAle.xandre, 330. 



^70 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

TÏt la conquête élamite et précéda l'entrée en scène de l'Assyrie, 
le monde se divisa en deux parties : l'une, l'Egypte et les pays 
soumis à ses armes et à son influence, tels la Syrie, l'Arabie, 
l'Afrique ; l'autre, les royaumes indépendants de l'Asie, Elam, 
Chaldée, Assyrie naissante, Hétéens, etc., dont la politique exté- 
rieure, très restreinte, ne comprit guère que des contacts de fron- 
tières. 

Délivrés de leurs maîtres étrangers et des ambitions impériales, 
les Chaldéens et les Élamites, ayant en partie retrouvé leurs apti- 
tudes d'antan, accordèrent le principal de leurs soins au dévelop- 
pement des richesses naturelles de leur pays. Ce fut une renais- 
sance dans la culture, dans le commerce et l'industrie ; les arts 
se développèrent, la littérature reprit. 

En Chaldée, la langue antique était morte ; mais en Élam, l'an- 
zanite, qui avait encore toute sa force, s'épanouit dans des textes 
parfois très littéraires (1). La prospérité revint dans ces États; il 
semblait que, sous les empereurs suméro-akkadiens, le monde eut 
vécu un mauvais rêve. 

^lais cette paix relative, dans la majeure partie de l'Orient les 
peuples ne la mirent pas à profit. C'est que le monde oriental 
n'avait qu'une conception très vague des devoirs comme des inté- 
rêts d'un gouvernement, et des causes de la vitalité des nations. 
Régner pour lui était exploiter, recevoir des tributs. Augmenter sa 
richesse, en accroissant la zone des peuples terrorisés, était con- 
quérir; quant à développer les ressources des territoires acquis, à 
les administrer avec prévoyance, rarement il y songea. 

L'Egypte primitive, la Chaldée, l'Elam avaient, dans les dé- 
buts, compris mieux qu'on ne le sut faire plus tard, l'utilité de 
la prospérité nationale ; leur développement n'est dû qu'à cette 
pensée, qu'aux eflbrts des princes pour améliorer, pour accroître 
les revenus de leur patrimoine. 

L'arrivée des Sémites en Asie changea du tout au tout ces 
dispositions. Aux tendances progressistes avaient succédé des 
appétits de rapine, de pillage, d'exploitation du faible par le fort; 
et peu à peu les populations heureusement douées se laissèrent 
entraîner, par l'exemple et par le besoin, dans cette néfaste voie 
qui devait mener à la ruine le berceau des civilisations. 

(1) Cf. V. SciiEiL, Méin. delà Délég. en Perse, textes élamites-anzaniles, t. III, V et IX. 



LA PUÉPONDKIIANCE ÉGYPTIENNE 271 

L'Egypte elle-même, après avoir souffert des cupidités de l'Asie 
fut prise de la fièvre des conquêtes et, oubliant ses traditions, son 
histoire, se lança au dehors, en quête de cette richesse éphémère, 
<{ui ne lui devait apporter ([ue l'épuisement et la mort. 

L'autorité de l'Élam sur la Ghaldée n'avait pas été de longue 
durée ; elle s'éteignit bien avant ([ue les Ilyksos n'eussent quitté 
la terre d'Egypte. Koudour Lagamar, l'un des successeurs de Kou- 
dour Naklîkhounte, étendit encore le domaine de Suse, aidé de ses 
vassaux iVmraphel, prince de Sinéar; Arioldi d'El Assar, Thargal, 
roi des Goutim, etc. 11 envahit la Syrie méridionale, dont il battit 
les rois ligués contre lui; et obligea les peuples riverains de la 
Méditerranée à lui payer tribut (1). Plusieurs fois il dut se rendre 
en Syrie pour réprimer des révoltes et l'un de ses successeurs, 
Koudour Mabouk, y fit aussi quelques campagnes. 

La présence dans les armées élamites du prince d'El Assar 
montre que, malgré leur exode, les Assyriens avaient été réduits, 
soit par Koudour Nakhkliounté lui-même, soit par ses successeurs. 
Le souvenir de cette servitude demeura certainement dans l'esprit 
des populations du Tigre ; car, lors de l'apogée de leur puissance, 
elles considérèrent toujours comme ennemi héréditaire ce 
peuple « qui n'avait pas craint Assour leur Seigneur ». 

En s'emparant de l'Asie, les souverains susiens n'avaient pas su 
l'organiseï- ; ils laissèrent à chaque pays ses chefs, ses institutions 
et se contentèrent de recevoir le tribut. Aussi, peu à peu, la fai- 
blesse des Elamites aidant, bien des petits États se déclarèrent- 
ils indépendants. 

Ce fut d'abord la Syrie, province lointaine, qui échappa ; puis 
les rois de Larsa, ceux de Nipour qui secouèrent le joug; ceux 
d'Agadê qui, non contents de reprendre leur liberté, accrurent 
leurs Etats ; enfin Babylone qui, absorbant les principautés voi- 
sines, réunit à son sceptre les pays d'Akkad et de Choumir et 
fonda un premier royaume chaldéen dont la durée fut de trois 
siècles (2). 

Bien que n'ayant plus la vitalité nécessaire pour conserver 
ses provinces extérieures, l'Elam, de son côté, ne renonçait pas, 
à ses prétentions sur la Ghaldée. Perpétuellement, il fut en 

(I) Genèse. XIV, sq. — G. P.awi.inso.n, The (-2) Cf. Pinciies, Notes on a iicw list of earl 

fwegreal monarchies, p. 10-2. — Fr. Lenorma.-st, Babyloniaii Kings, in Proc. of the Soc. of liibl. 
la Lamjiie primilive de la Chaldée, p. 37-2-379. Archacol., 1881, p. 37, sq. 



272 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

guerre contre elle ; jusqu'au jour où, devant l'ennemi commun, 
l'Assyrie, elle s'allia à sa rivale. 

Parmi les princes de cette première monarchie babylonienne, 
le plus célèbre est, sans contredit, l'auteur de cette dynastie, 
Hammourabi (1), le législateur, qui vivait vers l'an 2000 avant 
notre ère. 

Ce roi était déjà connu par un grand nombre d'inscriptions (2) 
quand, en 1903, j'ai eu la bonne fortune de découvrir, à Suse, le 
code entier des lois rédigé par ordre de ce souverain. 

Magistralement déchiffré et traduit (3) par V. Scheil, ce code, 
aujourd'hui à la portée de tous, est le plus ancien et le plus im- 
portant document d'ordre moral que nous ait légué l'antiquité (/i). 
Certainement il ne renferme pas la première rédaction des lois 
chaldéennes ; les empereurs avaient déjà fait compiler les cou- 
tumes antiques, mais les écrits des temps primitifs n'ont pas 
encore été retrouvés. 

Le code d'Hammoural)! fut rédigé pour tout le royaume baby- 
lonien et l'exemplaire que nous possédons, gravé pour la ville 
de Sippar, enlevé comme trophée par Choutrouk Nakhkhountè 
lors de l'une des nombreuses razzias qu'exécutaient les Elamites 
en Chaldée, a été rapporté à Suse et c'est ainsi qu'il est parvenu 
jusqu'à nous. 

D'autres copies furent également transportées dans la capitale 
élamite, nous en rencontrons fréquemment les fragments dans 
nos travaux; mais elles ont été mises en pièces, probablement 
par les soldats d'Assour, lors du sac de la ville. 

Ce n'est pas ici la place d'analyser ces lois ; cette étude a été 
faite déjà par d'éminents juristes (5). Je ne citerai donc en passant 



(1) D'après H. Sayce et Vigoureux, Hani- nou, qu'on avait cru d'alionl remonter au 
mourabi ne serait autre qu'Amraiiliei, roi de quinzième siècle av. J.-C, les indianistes 
Senaar, qui ligure avec Chodorlahoniar (Kou- paraissent aujourd'hui d'accord pour la pla- 
dour-Lagamar), roi des Elamiles, dans le ré- cer tout au plus au onzième siècle. La pre- 
cit de la guerre de la Pentapole (Genèse, \l\'). mièrc rédaction du code chinois serait de la 

(2) Cf. Fr. Delitsch, Die Spraclie der Kossàei', même époque. Le seul code de l'antiquité qui 
Leipzig, 1884, p. Gl-75. — J. Men.^.nt, Inscript. pût être contemporain de celui d'Hammourabi 
de Hammourabi, 1863; Bec. des Irai'., i. Il, i>. li^t, est le code égyptien qui, au témoignage de 
sq. — Amiaud, Bec. Irai'., t. I, p. 181, sq. ; Diodore, était composé de huit livres (R. Da- 
Journ Asial., 188-2,1. XX, p. 2o1-244. reste). Aucune loi de l'antiquité, sauf le code 

(3) V. SciiEiL, Mém. de In Délég. en Perse, d'Hammourabi, ne nous est parvenue en te.xte 
t. IV, 1902, textes sémitiques, p. 1-162, pi. I original; nous n'en possédons que des copies 
à XV, et la Loi de Hammourabi, in-8, 1903. relativement récentes et dont par suite la va- 

(i) » La loi de Hammourabi est de beaucoup leur est sujette à caution, 

le plus ancien texte législatif connu. Moïse a (5) Cf. R. Dareste, Le code babylonien 

vécu cinq siècles plus tard, la loi Gortyne de }iainmoiirub\, in Journal des savants, ocl. el 

n est guère plus ancienne que le cinquième nov. 1002. 
siècle avant notre ère. Quant à la loi de Ma- 



LA PRKPONDERANCl:: KGVPTIEXNE 



273 



que les principaux enseignements se dégageant de leur 
examen. 

Renfermant les idées de deux races très diflérentes comme ten- 
dances, elles sont empreintes d'une part de ce caractère vindicatif 
du talion, d'aulie pari d'une mansuétude qui, certainement, tient 
au vieux fond de la ])opulation. Elles réglementent les travaux des 
champs (1) ; mais d'autre part ne négligent pas les intérêts du gou- 
vernement (2). La femme (3) y occupe parfois une situation très 
supérieure à celle que lui ont faite les Sémites ; ailleurs elle est 
traitée en esclave. Certainement ces différences proviennent du 
mélange des vieilles coutumes sumériennes avec celles des Akka- 
diens ; car en Elam, pays ayant mieux que la Chaldée conservé 
ses traditions, nous voyons la femme occuper un rang bien supé- 
rieur à celui que lui réservent en général les Orientaux. 

La rédaction de ces lois est entièrement dégagée de toute for- 
mule, presque de toute pensée religieuse ; fait surprenant pour 



(1) « Ce qui dislingue surtoul la loi baby- 
lonienne, c'est l'étendue et l'importance des 
dispositions relatives à l'agriculture, au 
louage des terres et des maisons, au louage 
d'ouvrage et à l'industrie sous toutes ses 
formes. Aucune autre loi ancienne ne fournit 
sur ce sujet des renseignements aussi com- 
plets et aussi précieux. i> (R. Dareste.) En 
Chaldée, comme plus tard à Rome, la pro- 
priété est antérieure à l'Etat. Le roi respecte 
la propriété des tribus qui le reconnaissenlpour 
chef. S'il veut créer des apanages au profit de 
ses enfants, si, à la suite d'une guerre heu- 
reuse, il veut donner des terres pour récom- 
penser les services de ses vassau.x, il doit 
traiter avec la tribu à qui la terre appartient 
et lui payer une indemnité préalable. C'est là 
une tradition constante chez les rois Chal- 
déens ; on peut la suivre jusqu'au quaran- 
tième siècle avant notre ère (Manichlou-Sou). 
(E. Cuo, La propriété foncière en Chaldée, ds 
Nouv. Rev. Iiixl. du droit français el étranger, 
nov.-déc. 190G, p. 720.) Cet usage est la consé- 
quence de la formation lente des Etats chal- 
déen el romain. Il était de bonne politique de 
respecter la propriété foncière chez les tribus 
nouvellement annexées. En Egypte, au con- 
traire, où tout le sol appartenait au roi, les indi- 
gènes furent dépossédés parce que la conquête 
se fit en une seule campagne et par des 
moyens plus énergiques qu'en Chaldée. 

(2) La situation des hommes d'armes néces- 
saires à la stabilité de l'Etat est particulière- 
ment favorisée. C'est là, d'ailleurs, le seul in- 
dice que nous possédions au sujet des castes 
privilégiées ; car les lois ne parlent pas des 
relations entre la population et les pouvoirs 
sacerdotal et royal. U existait certainement 
un autre code qui n'a pas encore été re- 
trouvé celui que nous possédons n'ayant eu 



pour but que de régler les intérêts privés et 
d'assurer au pouvoir royal la perception des 
impôts par la richesse et la sécurité des peu- 
ples gouvernés. 

(3) Cf. Ed. Cuq, le Mariaye à Dabiilone d'aprèx 
les lois de Hammourabi, Paris, 1905. Bien (pi'il 
reste encore dans les lois de Hammourabi des 
traces de l'ancienne coutume de l'achat de la 
femme (la Tirkhalou), elle jouit dans la société 
chaldéenne d'une situation très supérieure à 
celle qui lui est, en général, attribuée par le 
monde oriental moderne. Avant le mariage, si 
son mari est chargé de dettes, elle peut se 
faire promettre qu'elle ne sera pas saisie par 
les créanciers (art. 151). Elle conserve la capa- 
cité de s'obliger, car le mari n'est i)as tenu 
des dettes qu'elle a contractées avant son en- 
trée dans la maison (art. 151). Durant le ma- 
riage, la femme a la capacité juridique (art. 162, 
163). Elle est libre de disposer de ses esclaves 
(art. 146, 147). Elle peut être témoin d'un acte 
juridique. (S. Daiches, Allbabylonische Rechl- 
surkiinden, «us der Zeil der Hanimurabi, 1903, 
I, .32, 63, 72, 79. — B. Meissner, Deilriiye :uni 
Allbabylonischen Privatrecht., 1893, p. 14.) En 
cas d'absence du mari, la femme d'un militaire, 
dont le fils est en bas âge, est chargée de la 
gestion d'une partie de ses biens (art. 29). En- 
lin elle peut, dans le cas prévu par l'article 142, 
refuser de cohabiter avec son mari et rentrer 
dans la maison paternelle; et, en cas de dis- 
solution du mariage par le prédécès du mari, 
la femme exerce la puissance paternelle. 
(B. Mkissner, op. cit., n" 56 el p. 136.) Elle 
dirige la maison et ses enfants ne peuvent se 
soustraire à son autorité sans la permission du 
juge. Quant au mariage par achat de la femme. 
Ed. Cuq démontre, avec la grande autorité 
(|u'on lui connaît en pareilles matières, qu'il 
n'existait plus à répo(iue de Hammurabi. 

18 



27/i 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



ces époques, où chez tous les autres peuples la législation ne fait 
qu'un avec les préceptes du culte. 

Ces lois, complétées par les textes juridiques que nous possé- 
dons en langue élamite et sémitique, donnent une haute idée de 
la morale des peuples qui habitaient l'iVsie antérieurement à la 
venue des Akkadiens. Elles ont été largement utilisées dans la 
rédaction de la loi mosaïque (1), qui en a pris les bons comme 
les mauvais côtés, replaçant la divinité dans ce milieu législatif 
d'où Hammourabi, ou ses prédécesseurs, avaient su l'écarter. 

Nous ne possédons pas les codes assyriens ; mais certainement, 
comme celui des Hébreux, ils devaient faire jouera la divinité un 
rôle important, si nous en jugeons par les actes de ce peuple, 





T 



-, < -t '"^ i^^i" 2»-" r-- - ''"-^ws 

^'^'-'^lins f L^:*:ifc- V' --^ -^ 








^'Asie Antérieure à lépoque des campagnes égyptiennes en Syrie (2). 



et par ses tendances à toujours faire intervenir Assour comme pré- 
texte de sa conduite. Laisser le droit dans la légalité profane 
eût été lui conserver son caractère de justice; faire intervenir la 
divinité, c'était autoriser et couvrir l'arbitraire. 

Celte dynastie babylonienne, re^^renant les traditions, semble 



(l)Cf. Fred. DEUTzscH,Ba6e/ u/iJ -B!6e/(con- 
lérence faileà Berlin le 19 janvier 1902). Le sa- 
vant professeur allemand constatait, en s'ap- 
puvant sur les textes chaldéens, que non seu- 
lement les Juil's avaient forgé leur propre 
histoire à l'aide de documents assyriens et 
babyloniens, mais que leurs lois étaient en 
grande partie calquées sur celles de Babylone. 
Présentée sous une forme absolue cette thèse 
ne saurait être acceptée ; car tous les codes po- 



sitifs présentent des analogies, parce que tous 
se fondent sur le droit naturel, à fortiori lors- 
qu'ils prennent naissance dans des sociétés 
voisines et contemporaines. Les emprunts 
faits aux codes chaldéens par les Hébreux 
sont certainement très importants ; mais ils 
ne portent sûrement pas sur l'ensemble de ta 
loi mosa'ique. 
(3) {D'après G. Maspero.) 



LA PRÉPONDKIUNCE ÉGYPTIENNE 



275 



s'ètio suitoul préoccupée du développeuieul des richesses uatu- 
rellos du pays. Elle creusa des canaux, nettoya les anciens, rec- 
tifia le cours des fleuves, ré[)ara les monuments, en construisit de 
nouveaux. 

Pendant ce temps, TElam, dëgao-é, lui aussi, des |)réoccu|)alions 
extérieures, désabusé dans ses ambitions impériales, organisait et 
administrait son bien, tout comme la Chaldée (1). Il semble ((u'à 
cette époque, il s'était formé en Asie des groupements ]>ar natio- 
nalités, chacune étant |)lus (bjsireuse de progresser sur soi-même 
que de soitir de ses frontières pour dominer ses voisins. Ce fut 
un temps de repos. 

Mais si l'Asie demeurait en paix, il n'en était pas de même du 
côté de l'Egvpte. Là, les Pharaons, à peine sortis des dil'licultés 
(|ni suivirent b^ départ des Hyksos, pris d'un désir de con{juêtes(2) 
bien étranger au caractère de leur race, entraient en campagne (3), 



(1) Rois de la U' dynastie de Babylone (Cf. 
PiNCHES. Noie on a new list of early babylo- 
nian kings, Proc, 1880-81, t. III, p. 2-2, 42-43. 
— Id., The babylonian kings of llie second 
period., Proc, 1883 84, l. VI, p. 195. — Fr. De- 
i.iTzscH, Assvrische Miscellen, in Berichle, 
Acaci. Se. Saxe, 1893, t. II, p. 184.) : 

Aiiman Iloiimailou] 2082-2022 

Ki;innibi lUi-llori-Nibi] 2022-1967 

DamUiliciiou 1967-1931 

Iclikil.al 1931-1916 

Choiiclichi (frère du précédent) 1916-1889 

Goulkichar 1889-1834 

Koiirgalalamma 'fils du précédent). 1834-1780 
Adarakalama (fils du précédent)... 1780-1756 

Ekouroulanna 1756-1730 

Melamkourkourra [^Melammatati'.. . 1730-1723 
Eiigamil :Eâgâ] 1723-1714 

[2) L'existence d'expéditions de rEgyi)le 
des la VP dynastie dans les pays asiatiques est 
fort douleuse. R. Weil (l'Asie dans les textes 
égyptiens de l'ancien et du moyen Empire, 
w'Sphinr, Vlll, 1904, p. 179, sq., LX, \Mb, 
p. 1-17, b3-t)9) a groupé les textes relatifs à 
cette question ; mais J. Lévy publie une 
élude [Sphinx, 1905, p. 70-86), dans laquelle il 
tend à localiser Lofanu Lolan (nom sous lequel 
sont désignés les pays asiatiques) à la région 
du Sinai, reportant à la XVIIl' et la XIX' dy- 
nasties l'époque d'entrée en contact des Egy- 
(itiens avec les populations syriennes. Cette 
manière de voir est d'autant ])liis rationnelle 
qu'en Palestine les traces égyptiennes les plus 
anciennes parvenues jusqu'à nous (Gezer. Ma- 
geddo; datent du vingt-cinquième siècle envi- 
ron et semblent être dues à des influences in- 
directes. Nous savons aussi que, sous la XH' dy- 
nastie, quelques caravanes asiatiques s'aven- 
turaient à trafiquer dans la vallée du Nil (fres- 
que d'Abicha, tombe de Kbnoumhotep à Béni 
Hassan -- G. Maspero, ///.s/., 1, p. 468, sq.). 
Les Egyptiens de l'ancien et du moyen Em- 
pire, qui nous ont transmis avec tant de soin 



la nomenclature de leurs expéditions vers la 
Nubie et le Siiia'i, n'eussent pas man(|ué de 
laisser quelques souvenirs de leurs incursions 
en Syrie, s'ils s'y étaient aventurés. Le récit 
romanesque des aventures de Sinouliit chez le 
cheikh sémite Ammiânsi (MuLLER,vl.s/e/i, p. 38, 
sq. — G. Maspero, Hisl., I,p. 471, sq.) viendraità 
ra|)pui de cette opinion que, pour les Egyptiens 
de ces époques, tout ce qui se trouvait au nord 
du Sina'i était un pays étranger avec lequel 
Mem|jhis n'entretenait que des relations com- 
merciales d'abord qui, se resserrant peu à peu, 
amenèrent plus nombreux les Sémites dans 
la vallée du Nil et causèrent plus tard l'inva- 
sion des pasteurs. 

(3) A;i sortir de l'Egypte, les armées suivaient 
la Cote, passaient par Raphia, Gaza, Ascalon, 
Jafa, traversaient le Carmel, arrivaient à Taa- 
nak et atteignaient Magidi où généralement 
les attendaient leurs adversaires, puis, traver- 
sanl le Tbabor, gagnaient, près de Tyr, la ri- 
vière deNazana dont elles remontaient la val- 
lée jusqu'à Tibekhat, i)rès de sa source, fran- 
chissaient le Liban et se trouvant dans la 
vallée de l'Oronle la descendaient jusqu'à 
Kadesh, près du lac de Iloms, prenaient Ha- 
nialli, Karkar, tournaient à droite à la hau- 
teur (1 Antioche, passaient par Khaloupou, 
Gargamish et abordaient l'Eiiphrate. (G. Mas- 
pero, Hisl. anc. de.s peuples de l'Orient, \' éd., 
1893, p. 191, sq.) Cette route était fort dange- 
reuse à cause du passage du Carmel, du Tha- 
bor et du Libm, mais elle avait l'avanlage de 
traverser, à partir de Gaza, des pays riches en 
a|)provisionnements. Une autre route bien plus 
facile etaujourdhui encore suivie par les ca- 
ravanes suit la cote orientale de la mer Morte, 
remonte le.Jourdain jusqu'au lac de Tihériade 
gagne sur la droite le désert, passe par Damas 
et, de là, permet d'arriver en quelques jours -au 
lac de Homs; mais la jilupart, dulemi>selle tra- 
verse des pays arides. (J. M.) 



276 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



s'emparaient de la Syrie (1), de la Phénicie et, dans ces pays, 
organisaient le tribut avec toute l'imprévoyance des empires 

asiatiques, des 
pasteurs dans 
r Egypte elle- 
même (3) ; ne 



bonis de l'Euphrate. (E. 
DE RouGÉ, Annales de 
Tout mes, III, p. 17.) 
Thoiitmès II y répri- 
ma quelques révoltes. 
Tlioulmés III fil trois 
campagnes et porta ses 
armes jusqu'aux pays 
situés enire l'Oronle et 
l'Euphrate. (Cf. E. de 
RouGÉ, Annalesde Toul- 
mès m, p. 8, sq.; 28, 
sq. — H. BiiUGSCH, Ges- 
chichle Aeyyptens, p. 
294-305. — G. Maspero, 
Recueil, t. II, p. 48 sq ; 
139, sq.). Ameiihotep II 
ravagea les hauts dis- 
tricts du Jourdain et 
une partie de la Syrie 
révoltée. Cf. CuAMPOL- 
Lio.N, Notices, t. II, p. 
185, sq. — G. Maspero, 
Notes sur quehiues 
points, dans Zeitschrift, 
1879, p. 55, sq.) Puis ce 
furent Tlioulniès IV 
(Lepsius, Denkm., III, 
pi. LXIX, e, /■.), Amen- 
hotep m, les pharaons 
de la XIX' dynastie. 

(2) D après G. Maspe- 
ro, Hi'^l- <""■■ peuples 
de lOrienl classi(iue, t. 
II, p. 5). 

(3) Le gouvernement 
pharaonique des pos- 
sessions asiatiques se 
réduisait à loccupation 
de quelques centres im- 
portants au moyen de 
garnisons suffisantes 
pour se maintenir, mais 
incapables de réprimer 
de grandes révoltes. Les 
officiers royau.x n inter- 
venaient que très rare- 
ment dans la vie intime 
des petits royaumes pla- 
cés sous leurs ordres, se 
contentant de recevoir 
les tributs imposés à 
chacun (contributions, 
présents, pierres pré- 
cieuses, femmes des- 
tinées aux harems royaux, esclaves, etc.), as- 
sistance aux troupes, leur entretien, etc. Ils 
surveillaient la sécurité des courriers, des ca- 
ravanes, prélevaient des otages, fils de chefs, 




C/l E<ncrrrL\dti 



La Syrie à l'époque chaldéenne (2). 



(1) Thoulmès I" est le premier souverain 
d'Egypte qui entra en Asie ; il s'avança jus- 
qu'au nord de la Syrie (Lepsius, Denkm., III, 
5} et laissa des stèles triomphales sur les 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 



277 



comprenant pas que les circonstances qui, dans leur patrimoine, 
avaient été favorables à la libération du territoire, devaient se 
tourner contre eux s'ils les laissaient se reproduire en pays con- 
quis j)ar It'ui-s ai'ines. 

Tous les districts, depuis le Sinaï jusqu'aux sources de 
rOronte, furent asservis ; mais chaque chanorement de rèo-ne, 
chaque signe de faiblesse de la part de la Métropole devenait 
une cause de révolte et, en ({up1(|ii. «s jours, l'Egypte perdait le fruit 
de ses victoires, de ses efforts pendant de longues années ; les 
conquêtes étaient à recommencer. 

Ce qui se passait en Syrie avait également lieu dans le pays 
de Pount l . lArabie, envahie par les armées de la reine Hata- 
sou (21, dans le pays des nègres sur le haut Nil Z\ Les troupes 
égyptiennes étaient sans cesse en mouvement dune frontière à 
lautre. 

Si la politique extérieure des Pharaons était inhabile, celle des 
Egyptiens à l'intérieur était plus déplorable encore. Ce n'étaient 
que compétitions religieuses ou civiles, agitations inutiles, appor- 
tant mille complications dans la conduite des affaires. 

Les souverains de la XVII1« dynastie se succédèrent, douésd'une 
même énergie, animés d'une même pensée : faire régner l'Egypte 
sur l'Asie, sur l'Arabie, sur l'Afrique ; rapporter à Thèbes et à 
Memphis les trésors du monde. 

Les territoires asiatiques, nouvellement conquis, étaient soumis 
plutôt au régime du protectorat qu'à celui du gouvernement 
direct. Les chefs et rois conservèrent leurs titres et une partie de 



qui recevaient à Thèbes ou à Memphis une 
éducation égyptienne les préparant à gouver- 
ner suivant les vues des maitres. Le pouvoir 
local demeurait aux mains des roitelets indi- 
gènes et les populations conserAaienl intactes 
leurs mœurs, leur religion, leur langue. Dans 
la plupart des cas même, les officiers égyp- 
tiens n intervenaient d'aucune manière dans 
les querelles des petits rois entre eui. Les pha- 
raons ne se montraient que fort peu soucieux 
d'égyptianiser les pays conquis par leurs ar- 
més. (Cf. G. Maspero, Histoire, II, p. 271 — 
ZimtERs-WiycKLER.Keilinsch, p. 193, sq. — Nie- 
BLR, Die Amarna Zeit ; Aegyplen a. Vorderasien 
um IVjOv. Ohr., p. 6. sq. — Winckler, Die Thon- 
tafeln v.-el Amarna. — Selun, Tell Ta'annek. 
(1) Pays de Pounit connu des Egyptiens 
dès la V< dynastie. ;Cf. Maspero, Rev. crit.. 
18&1, t. II, p. 177-179.) Pays compris entre 
Massaouah et Souakin ou mieux de Suez au 
cap Guardafui, sans compter la côte asiati- 
que de Irt mer Rouge. 



(2) Cf. Temple de Deir el Bahri, où sont 
énumérés et figurés la plupart des produits 
rapportés d'Arabie par lexpédition ordonnée 
par la reine Halasou.composéede cinq navires 
Cf G. Maspero, De quelques navigations des 
Egyptiens, dans Rev. hisl., t. I.\, p. 12, note 1'. 
qui toucha toutes les côtes de la mer Rouge 
et poussa jusqu aux environs du cap Guarda- 
fui, où elle rencontra des peuples apparentés 
aux Nubiens et aux gens de lArabie. Cf. 
G- Maspero, ///.</. anc. peup. Orient. 5' édit , 
1893, p. 195. — Dlmichen, Die Flotte einer Aegp- 
ti.^chen Kœnigin et Hi.<t Inschriften, t. IL — 
G. Maspero, Rev. histor., t. IX. p. 1, sq. — 
IIoMMEL. Die semitischen Vôlker, t. I, p. 136, sq. 
— E. Naville. Deir el Bahri., 

13 Expéditions de Thoutmès II! i G. .Maspero. 
Hi-^t. anc. des peuples de l'Orient, 5« édit. 1893, 
p. 197 , d'.\menhotep II (Lepsius. Denkm.. III, 
pi. LX\n, d'.\menhotep III Lepsics. Den/i/n.,' 
IIL pi. LXXVII\ de Séti I Lepsius, Denkm., 
III, 121), de Ramsès I. 



t>78 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

leurs prérogatives ; au-dessus d'eux se trouvaient des Égyptiens 
de race, gouverneurs, préfets de villes et de districts et inspec- 
teurs chargés de la surveillance pour le compte des gouverneurs 
et du pouvoir central. A Khoutnaton (Tell el Aniaina) (l), sous les 
yeux du roi, se trouvaient des « bureaux asiatiques » chargés de 
la correspondance, tant avec les protectorats qu'avec les cours 
étrangères. 

On n'entretenait pas partout des gouverneurs égyptiens; le 
plus généralement le pouvoir, héréditaire avec l'autorisation 
royale, était confié à des dynastes indigènes sur lesquels le Pha- 
raon pensait, à tort ou à raison, pouvoir appuyer sa domination. 
Ces chefs et roitelets étaient en nombre infini; chaque vallée, 
chaque boui'gade avait le sien ; et c'est cette division même qui 
rendait la tâche plus aisée aux gouverneurs des grands centres ; 
soutenus par des garnisons plus ou moins importantes, ils étaient 
généralement k même de maintenir dans l'obéissance les districts 
placés sous leurs ordres. 

La correspondance des fonctionnaires égyptiens nous échappe 
en partie, parce qu'elle était souvent rédigée sur papyrus en langue 
pharaonique ; nous possédons surtout celle des indigènes, tracée 
sur argile suivant l'usage chaldéo-assyrien. La langue de leur ré- 
daction est le chananéen, dialecte sémitique très pioche parent du 
parler de la Mésopotamie ; mais présentant cependant des formes 
et des termes spéciaux, montrant par leur présence que les Cliana- 
néens avaient depuis de longs siècles quitté leur pays d'origine. 

Dans certaines lettres le chaldéencst plus pur ; mais il ne faut 
pas oublier que, si la masse de la population était chananéenne, il 
n'en existait pas moins d'autres tribus sémitiques qui, comme les 
Ammonites, nouvellement venues de Chaldée en même temps que 
les Hébreux, étaient demeurées dans le bassin de la mer Morte, 
alors que leurs congénères gagnaient la vallée du Nil ; que ceux-là 
parlaient encore le chaldéen pur ; que, bien certainement, il 
exista toujours des relations étroites entre les gens de Chanaan et 



(1) Les lettres d'El-Amarna datent approxi- on à ses fonctionnaires; l'autre renferme les 

mativement du quinzième siècle, elles sont minutes des lettres expédiées d'Eî.'yple en 

postérieures par conséquent àl'arrivée desHé- Asie, elles ont été ]uibliées par Winckler et 

breux en Egypte el antérieures à leur exode. Abel, Der Thonlafelfund v. El-Amarna, 1«89 9(), 

Elles se divisent en deux classes : les unes et par C. Bezold, The El-Amarna tablets, in 

émanant des rois d'Alactiiya, deKhatti, deMi- The Drit. Mus., 189-2) et V. Scueil {Mém. de la 

tanni, de Babylonie, d'Assyrie el d'une foule Mission du Caire. VI, p. 297-312 et Bullel . de 

de chefs syriens, sont adressées au pharaon l'Inst. franc, du Caire, II. p. 110-118). 



LA PRÉPONDKRANCE KG Vl'TlKNNH '279 

ceux de la Babylonie et que ces relations entretinrent, pendant 
bien des siècles, la pureté du langage officiel. 

Les gouverneurs indigènes étaient responsables du liibiil (|ii ils 
levaient sur la jjopulalioii, aliu de salisfaire aux exigences du 
Pharaon et de ses fonctionnaires en Asie, à l'entretien des troupes, 
aux nécessités administratives et à leurs propres besoins. C'étaient 
des denrées, du bétail, des chevaux, des chars, des hommes, 
des femmes, des esclaves, des l)()is j)i-éci(Mi\ ou utiles, des pierre- 
ries, des métaux. Aucun fonctionnaire n'était rétribué, cluicun 
faisait valoir ses prétentions ; il existait des coutumes les régle- 
mentant. 

Le contribuable attardé ou fautif augmentait de son plein gré 
ses taxes, afin d'obtenir son pardon; ils'imposait lui-même, envoyait 
au Pharaon ou à ses fonctionnaires ses biens, ses filles pour con- 
server son poste; quitte à s'enrichira nouveau aux dépens de ses 
subordonnés. 

Ce mode d'administrer n'était pas seulement en vigueur dans 
la Syrie ; il était appliqué par les Égyptiens h toutes leurs pos- 
sessions, que ce soit dans le Pount ou dans les terres du haut 
Nil. 

Dans l'Asie antérieure, tous les districts ne faisant pas partie 
d'une métropole étaient exploités de la sorte ; on en retrouve 
l'assurance dans les textes assyriens et babyloniens. Cette mé- 
thode qui, plus tard, fut celle des Achéménides, des successeurs 
d'Alexandre, des Sassanides et du monde musulman, je l'ai vue 
appliquée encore dans bien des pays de l'Orient. 

A partir d'Aménophis IV (Khouenaten), une révolution religieuse 
survint (1), provoquée par les menées and^itieuses des prophètes 
de l'Ammon thébain ; elle préoccupa plus les esprits que les in- 
térêts vitaux de la nation. Après ce souverain, des désordres 
éclatèrent et la XYllI" dynastie s'éteignit dans les troubles. 

Malgré cela, sous Khouenaten encore, les princes d'Asie étaient, 
pour la plupart, demeurés dans l'obéissance ; nous avons vu qu'ils 
envoyaient à la cour des lettres et des rapports, en caractères 
cunéiformes, dont quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous. 

Les débuts de la XIX" dynastie rétablirent, en même temps 
que le culte national d'Ammon, l'ordre dans l'intérieur et la do- 

(1) Cf. G. Maspei.o, Bull, (k- la religion (lerEgypte.dans/îey.t/e lliisl. des religions, 188-2, l. V. p. 99. 



•280 



LES PREMIÈRES CI\ ILISATIOXS 



minatioii à l'extérieur. Enfin, avec Séti I, commença Fère de la véri- 
table grandeur de l'Egypte au dehors. Toutes les anciennes pos- 
sessions furent reprises ; mais, 
au nord de la Syrie, les Pharaons 
se heurtent contre la puissance 
des rois hétéens, qu'en dépit de 
leurs inscriptions triomphales (1) 
ils ne purent vaincre, et avec 
lesquels ils s'accordèrent après 
plusieurs expéditions (2). 

Ce traité, dont fort malheu- 
reusement nous ne possédons 
que le texte égyptien (3), et qui 
avait été écrit dans les deux 
langues (4), est la plus ancienne 
pièce diplomatique connue. Ses 
clauses révèlent, de la part des 
deux chancelleries, des concep- 



(3) On Iroiivern la IraducUon complète du 
Irailù entre l'Egvple et le Kliéla (d'après le 
texte égyptien), dans les Hétéens, de 
A. -H. Sayce, trad. J. Menant, IftH, p. 24, sq. 
(Cf. Trad. de Rongé, dans Egger, Etudes liis 
loricines sur les traités jiublics chez les Grecs et 
les liomains. Le le.xte a été publié ])ar Cham- 
poi.uo, Xol. mnn., t. II. — Bnucscn, Monu- 
ments, l. I, pi. XXVIII cl par Lepsiiis.) 

(4) Sur la langue des lléléens Cf. 1VIE^•A^T, 
Etudes liétéennes, ds Recueil de Intvaux rela- 
tifs à lu philolotjie el à l'archéologie étfjjptienne 
et assijrionne, vol. XIII, 18!)0. — Id., Elude sur 
Karkemich, in Mém. Acad. Inscr. et Ilelles- 
Leltres, t. XXXU, 2' partie, 18110, p. 201. sq. 
— S.vYCE, les Hétéens, trad. fr. par J. Menant 
Paris, iwn. 

Les inscriptions liétéennes se distinguent de 
celles des autres pays i)ar des caractères spé- 
ciaux; les hiéroglyphes y sont toujours taillés 
en relief el non en creux sur les monuments; 
tous se lisent horizontalement et sont bous- 
troi>hedon, système qu'on ne rencontre ni en 
Egypte, ni en Chaldée, ni en .\ssyrie, ni en 
Phénicie; mais qu'on retrouve dans les plus 
anciens textes grecs (Thera, osselet de Suse), 
ce (lui indique des liens entre les usages 
hétéens et ceux des Grecs du début. D'autre 
part, les hiérogl\phes eux-mêmes sont entiè- 
rement indéiiendants de ceux de l'Egypte. 
Us ont bien certainement été inventés dans 
l'Anianuset la Cappadoce ; mais peut-être ce 
système graphique a-t-il été, dans son en- 
semble, inspiré par le mode d'écrire usité en 
Egypte. 

(5) D'après G. Maspero, Hisl. anc. peuple.'i 
de l'Orient classique. 




L'Egypte vers l'époque de:- 
Ramessides (5). 



(1) A la bataille de Kadèch, le roi Ramsès 
(1383 av. J.-C. date discutée) dut donner de 
sa personne ; c'est sur cet acte de courage per- 
sonnel qu'a été édifié tout le poème du Pen- 
laour L'armée égyptienne avait lâché pied et 
tout porte à croire qu'elle subit un échec; 
l'empressement avec lequel le pharaon traita 
est éloquent à cet égard. — (Cf. A. -H. Sayce, 
A Forg. Emp., éd. J. Menant, p. 23.) 

(2) Séti II (Cf. CiiAMPOLLio.N, yot. man., t. II. 
p. 96), Ramsès II. 



LA PRÉPONDtnANCE ÉGVPTIENNK 



281 



lions qu'on est fort surpris de rencontrer à cette époque: paix 
éternelle entre les deux peuples, alliance offensive et défensive, 
conditions spéciales pour assurer la justice et les facilités com- 
merciales au profit des résidents d'un peuple chez Tautre, extra- 
dition des criminels et des transfuges, restitution des sujets passés 
sans autorisation d'un territoire dans l'autre. C'est entre Ram- 
sès II, roi d'I'^gypte, et Khitisar, fils de Môroussar, roi des Khiti, 
que fut passé ce contrat mémorable (1). 

Ainsi deux grands peuples, appartenant aux anciennes races, 
possédaient déjà, sur le droit international, des principes qui, de 
nos jours encore, ne seraient pas désavoués par la diplomatie. En 
Chaldée, en Egypte et chez les Hétéens le sens de la justice était 
donc encore très développé. Il fallait, pour le malheur des hommes, 
que l'Assyrie surgît et réduisît à n(''aut ces progrès issus de 
tant de siècles de labeur. 

Les Khiti (Hétéens) (2) étaient des autochtones, apparentés plus 
ou moins étroitement aux anciens peuples de l'Asie antérieure (3). 
Leurs congénères habitaient encore toute l'Asie Mineure, le Tau- 
rus, l'Arménie jusqu'au Caucase (^), la majeure partie des monts 



(1) Champollion, \ol. nian., t. II. — Lepsius, 
Denkm., III, 46. — Brcgscii, Monuments, l. I, 
pi. XXVIII. — TradiicUons : E. de Rongé, 
dans Eggeb, Etude sur les traités publics, 
p. 243. — Chabas, le Voijaye d'un Eijijptien, 
p. 322, sq. — GooDwiN, Treaty of peace bel- 
ween Ramses II and the Hiltiles, in Records 
of Ihe past., t. IV, pp. 25-32. La minute de ce 
traité avait été rédigée en langue héléenne et 
gravée sur des laines d'argent. Ce texte hétéen 
s'est perdu, nous n'en possédons que la traduc- 
tion égyptienne gravée sur les murs du temple 
du Ramesséum à Thèbes. 

(2) Les Hétéens doivent être considérés 
comme les premiers maîtres des grossières 
populations de l'occident de l'Asie Mineure. 
Ils leur apportèrent une civilisation dont les 
éléments leur avaient été inspirés parles Ba- 
byloniens, et ils y joignirent une écriture dont 
les indigènes tirèrent ensuite, selon toute pro- 
babilité, le système graphique qu'ils se sont 
approprié. (A.-II.Sayce, les Hétéens, éd. J. Me- 
nant, p. 77, sq.) Avec les fouilles des Alle- 
mands à Boghaz-Keu'i, l'histoire des Hétéens 
entre dans une nouvelle phase, ou mien.\, 
commence enfin. (On prépare la pul)licalion 
de ces documents.) 

(3) Il est évident qu'il faut voir dans les I ri- 
bus héti'ennes les restes d'une race |irimili- 
vement établie dans les chaînes du Taurus, et 
qui s'étaient hasardées à se fî,\er ensuite dans 
les plaines et les vallées brûlantes de la Syrie 
et de la Palestine. Ces tribus appartenaient 
originairement à lAsic Mineure et non à la 
Svrie. Nous devons considérer comme un nom 



national cette appellation d'Héléens, qui les 
désignait comme un peuple distinct des autres 
races du monde oriental. (A..-H. S.wce, les Hé- 
téens, éd. .1. Menant, p. 51, sq.) 

(4) Tout porte à croire que les peuples cau- 
casiens de nos jours sont les derniers repré- 
sentants de cette famille qui, avant la pre- 
mière invasion sémitique (akkadienne), cou- 
vrait toute l'Asie antérieure depuis les déserts 
de l'Arabie jusqu'à la mer Noire et de la Mé- 
diterranée jusqu'au plateau iranien et peut- 
être au delà C'est à cette race qu'apparte- 
naient les Hétéens, les gens du Nairi, de lOu- 
rartou, duNamri,de rElam(?) et peut-être aussi 
les Cosséens. De leurs langues, nous ne con- 
naissons que l'élamile et le vannique ; cette 
dernière montre une parenté avec le géorgien. 
Les langues caucasiennes sont agglutinantes 
et possèdent ce caractère au point d être capa- 
bles de faire entrer toute une phrase dans un 
seul mot. Seul legéorgien est une langue liUé- 
raire possédant récriture depuis la conversion 
du Caucase au christianisme ; les autres m- 
s'écrivent pas, on les divise communément en 
deu.x groupes, celui du Nor<l el celui du Sud. 
Le groupe septentrional comprend: le les- 
ghien, l'avare, le kazi-koumoukli,le kourine, le 
tchouch, l'onde, le Iclielchenze, etc., etie tcher- 
kesse lui-même très subdivisé. Le groupe méri- 
dional ou karthwélien comprend legéorgien, le 
mingrélien, le laze, l'imérilhien, le souane,elc. 
Bien que pos-^édant des traits communs, la 
plupart de ces idio.ncs ne présentent entre 
eux que des i)arentés originelles, beaucoup 
même sont irréductibles par rai)port aux au- 



282 



LES PREMIÈRES CIMIISATIONS 



Cardiiques et FÉlam (?). Leur patrimoine se trouvait situé entre le 
golfe d'Alexandrette et l'Euphrate, entre l'Amanus et les sources 
de rOronte ; mais, comme tous les grands souverains asiatiques, 
le roi des Khiti avait, à l'époque des Ramessides, une foule de 
vassaux et d'alliés. Son influence s'étendait jusqu'à la mer Noire 
au nord, jusqu'à la pointe de l'Asie Mineure à l'ouest et jusqu'au 
lac de Van à l'est, à la vallée de l'Araxe et peut-être aussi jus- 




L'Einpire liétéen vers l'époque des Ramessides. 

qu'à l'extrémité orientale du Petit Caucase. Ses troupes occupaient 
tout le bassin de l'Oronte. C'était un puissant souverain (1). 

Mais les succès égyptiens en Asie devaient être de courte 
durée ; déjà, du temps de Menej)htah, les provinces syriennes 
avaient échappé aux Pharaons et, du vivant de Séti II, l'anarchie 



1res. Au Caucase, on compte 120 langues el 
flialecles; il semblerait que ces montai^nes ont 
conservé quelques trilius de chacun de ces 
peui)les,qui jadis occupaient l'Asie Antrrieure, 
peuplades qui, tour à tour, y seraient venues 
chercher un refuge contre les envahisseurs. 
Au Lazislan, plus particulièrement le nombre 
des tribus étrangères les unes au.x autres est 
considérable. (Cf. Klaproth, Voymje au Cau- 
case. — .1. DE M0RG-4N, Mission sc.au Caucase, 
t. II, 1889.) 

{l)Les monumenlshéléens, rencontrés dans 
toute l'Asie Mineure, prouvent par leur pré- 



sence la grande étendue de cet empire. Ce- 
pendant, quelques-uns semblent dus non pas 
au.xllétéens eux-mêmes, maisà leur influence, 
tels ceu.x d'iberez, sur lesquels le dieu el son 
adorateur présentent un type sémitique bien 
différent de celui des l)as reliefs de Karahel, 
du mont Sipyle, d'Hnmath, de Karkemich,etc., 
qui sont dus aux Hétéens eux-mêmes. Pour 
les caractères hiéroglyphiques, l'unité est 
frappante dans tous les textes parvenus à 
notre connaissance. (Cf. A. -H. Sayce, A for- 
ijot. Emp., trad. J. Menant, p. 78 ) 



LA PRKruXDKlIANCE ÉGYPTIENNE -283 

régnant clans la métropole empêchait le gouvernement de son- 
ger aux possessions extérieures. Les princes des nomes révoltés 
se mirent à guerroyer entre eux et contre ce qui restait de l'au- 
torité royale, 

La politique intérieure et extérieure des Pharaons commettait 
toujours les mêmes fautes. Que de fois n'avait-on pas vu déjà, 
depuis trois mille ans, les feudataires se révolter à la faveur des 
moments de faiblesse de leur suzerain; et cependant, aucun pha- 
raon, même des plus puissants, n'avait abaissé cette aristocratie 
féodale, cause d'une telle instabilité dans le pouvoir central. Les 
fauteurs du désordre étaient punis, privés de leur principauté ; 
mais ces fiefs remis entre d'autres mains n'en demeuraient pas 
moins un foyer de révolte. L'Egypte ne sut pas, |)aniii ses cen- 
taines de rois, trouver un Louis XI. 

Cette révolution, qui couvaiL depuis longtemps, éclata soudain 
€t, après la mort de Séti II, l'Egypte connut tous les désastres 
de l'anarchie. Des dynasties usurpatrices se disputèrent le pou- 
A'Oir. Les princes, indépendants à nouveau, se donnèrent tour à 
tour aux unes et aux autres ; la guerre civile s'étendit depuis les 
frontières de Nubie jusqu'à la Méditerranée. 

Menephtah avait encore entretenu des relations diplomatiques 
avec le roi des Hétéens et conservé les garnisons de Syrie ; mais 
peu à peu les troupes durent être rappelées, si toutefois elles ne 
se retirèrent d'elles-mêmes pour venir peser dans la balance en 
faveur de l'un ou de lautre des prétendants. 

C'est à l'époque de Menephtah ou de Séti II qu'il convient de 
placer le départ des Hébreux d'Egyj)te ; fuite d'une bande d'es- 
claves, dont les Pharaons s'inquiétèrent bien peu, au milieu des 
graves préoccupations qui, de tous côtés, assaillaient le trône. 

Depuis longtemps l'Egypte possédait une multitude de serfs 
appartenant à toutes les races de l'Asie et de l'Afrique. Ils se 
révoltèrent; et les étrangers libres habitant le pays, presque tous 
des Asiatiques, se joignirent à eux. A la guerre civile venait 
s'ajouter une lutte plus terrible encore, celle des oj)primés contre 
leur maître. L'infiltration lente avait amené, au comii- même de 
l'Egypte, une armée étrangère. 

Les rebelles occupèrent le Delta pendant douze ans ; c'étaient les 
restes des pasteurs, des tribus sémitiques du sud de la Syrie, du 
Sinaï, des Libyens, des esclaves. Les révoltés choisirent pour capi- 



28li LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

taie Avaris, ce site de l'ancien camp retranché des Hyksos, dont 
ils espéraient restaurer la royauté et les déprédations. N'est-ce 
pas même l'issue de ces événements qu'attendirent les Hébreux 
pendant quarante ans dans les gorges du Sinaï: leur sort ne dé- 
pendait-il pas du succès ou de la répression de cette tentative ? 

Pendant ces troubles surgit une dynastie nouvelle, la XX^ de 
Manéthon.Son chef, Nakhséti, rétablit Tordre, chassa les révoltés, 
renversa, non sans peine, le chef syrien Irisou et reprit la majeure 
partie de l'Egypte. Il était réservé à son fils Ramsès 111 de chasser 
les Bédouins de l'est du Delta, qu'ils occupaient encore en dépit de 
leurs défaites, d'expurger la péninsule sinaïtique des pillards qui 
l'infestaient, et de refouler les Lybiens dans leurs territoires de 
l'Ouest. Peut-être doit-on voir, dans l'expédition de Ramsès III au 
Sinaï, la cause du départ de Moïse et de ses tribus vers le Nord? 

La Syrie était perdue pour l'Egypte; mais, fait bien plus grave, 
son allié du Nord, le roi des Hétéens, avait vu s'écrouler la majeure 
partie de sa force et ses rêves de puissance. D'une part, l'Assyrie 
grandissant avait déjà vaincu et asservi bien des peuples du Naïri 
et du Khoummoukh inféodés aux Iletéens ; d'autre parties Aryens, 
nouveaux venus en Asie ^Mineure et sur les côtes du Pont-Euxin, 
avaient formé une puissante coalition contre les royaumes d'Asie, 
et les alliés s'avançaient vers le Sud. 

Vaincus en même temps que leurs congénères, les Hétéens 
furent entraînés parle flot qui, descendant en Syrie, vint briser ses 
forces vers Péluse (1) contre l'armée de Ramsès III. 

La Libye menaça encore le Delta ; elle fut repoussée et quelques 
expéditions heureuses ramenèrent, pour un temps, dans l'obéis- 
sance les anciennes possessions de l'Asie et de l'Arabie. 

C'est à cette époque que les Philistins furent cantonnés par 
Ramsès en Syrie et que les Tyrséniens et les Shardanes, n'ayant 
plus de patrie, s'éloignèrent, dit-on, vers l'Occident sur leurs 
vaisseaux; les uns se seraient établis au nord de l'embouchure du 
Tibre, les autres auraient colonisé la Sardaigne. 

L'Egypte et la Syrie étant toutes deux épuisées et personne 
ne voulant plus la guerre, les règnes des Ramessides se passèrent 
en paix. Les Egyptiens avaient assez à faire pour remettre en 

(1) Sur la marche des peu))les du Nord, et la quelques lestes hiéroolyi>lii(|iies. dans VAlhe- 
hataille de Raphia-Péluse, Cf. Greene. Fouil- iieum français, 1855. — Ciiabas, Etudes sal- 
les à Thèbes, 1855. — De Rougé, notice de iantiquilé historique, pp. 250, 288. 



LA PIUiPONDKUA.NCK ÉGYPTIENNE 285 

ordre leur pays ; ([uanl aux Syriens, les appréhensions que leur 
causaient les progrès rapides de l'Assyrie étaient autrement graves 
que la crainte des Pharaons. 

Ainsi livrée à elle-même pour plusieurs siècles, la Syrie entra 
dans une com[)lète anarchie; et c'est ce désordre même, ce manque 
de surveillance de la part des grands États, qui permit aux Hébreux 
de s'installer en Palestine. En tout autre temps, ils eussent été arrê- 
tés par les troupes ninivites ou égyptiennes, détruits ou refoulés 
dans le désert arabique et se seraient fondus avec ces Bédouins 
sans histoire qui, de tout temps, ont erré dans ces plaines. 

Gomme il en advient toujours à la suite de longues périodes 
guerrières, l'élément égyptien de la population, dans la terre du 
Nil, avait diminué dénombre; mais il s'était trouvé remplacé par une 
foule d'étrangers appartenant à toutes les races (1) qui, venus 
comme esclaves, s'étaient vite afTranchis et, adorateurs des dieux 
du pays, comptaient pour de vrais Egyptiens dont ils n'avaient ni 
le caractère, ni les aptitudes, ni l'énergie. En petite proportion, ils 
se fussent mélangés à la masse, sans aflaiblir sa vitalité ; en grand 
nombre, ils vicièrent le sang indigène. 

Il en fut de même à Thèbes qu'à Rome, qu'à Constantinople 
plus tard; un amalgame de tous les peuples s'étant peuà peu sub- 
stitué à la race des maîtres, le patriotisme, les qualités guer- 
rières (2) et administratives s'évanouirent. 

Cette paix, heureuse en apparence, fut pour rEgyj)te une ère de 
misère et de malheur. Les bras manquant pour la culture, il y eut 
de terribles famines (3); les travaux d'utilité publique furent 
délaissés (û), des bandes armées parcoururent le pays et, l'admi- 
nistration se relâchant, les nécropoles furent pillées. 

Le souvenir des trésors ravis par les pasteurs dans les sépul- 
tures antiques était encore présent à la mémoire de tous; et les 

(1) Etrangers au service de l'Egypte (Grecs) fermer dans la caserne, etc. » {Papyrus 
XVin» dvn. Sayce. Academii, 189-2, I, p. 164. — Ana.slasi, III, pi. V. 1. 5 ; pi. VI ; 1. 2 ; IV, pi. 
Les Sicules = Shakalsha (Sayce. Acaci., 1891, I, IX, 1. 4 ; pi. X, 1. I. — E. dr Rougé, Discours 
p. 222-2-23). — Sous Setil" (Cf. Fl. Pétrie, — d'oucerlure, p. 34-35.— G. Maspero, Du yenre 
Kaliun,Garob and Hawara. p. 3'5,.38,40), Tur- cpislolaire, \k il-i3.) 

sha=: Thyrsénien. (3) Cf. Lieblei.n-Chabas, Deux papyrus 

(2) L'aniimilitarisme faisait son apparition ; hiératiques, p. 38. —G. Maspero, ///s/, anc. 
on rt'ciierchait les emiilois civils, mais on peup. or., 1893, p. 275, sq. 

raillait tout ce qui touchait au militaire. (4) Cf. Pleyte et F. Rossi, Papyrus de Tun;!, 

« Pourquoi dis-tu que l'officier d'infanterie est Leyde, 1869-1876,— documents privés montrant 

plus heureux que le scribe ! demandait un lappauvrissement graduel de l'Egypte. (Cf. 

scribe à son élève. Arrive que je te peigne le Maspero, Hisl. anc. peuplesde l Orient, V« édit., 

sort de l'officier d'infanterie, l'étendue de ses 1893, p. 274.) 
misères : on l'amène tout enfant pour l'en- 



286 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

prêtres ne se trouvaient pas en état de résister par eux-mêmes aux 
spoliations (1). On dut enlever de leurs tombeaux les momies 
des rois du nouvel empire, celle des grands personnages, afin de 
les soustraire à la profanation que la police était incapable de ré- 
primer. 

Pendant que TEgypte était écrasée par le malheur, quelle payait 
si chèrement ses nombreuses révolutions, sa gloire militaire à 
l'étranger, les prêtres thébains ne restaient pas inactifs. Us rêvaient 
depuis longtemps de posséder un jour ce trône des Pharaons 
qui, sous leurs yeux, faisait Tol^jet de tant de compéti- 
tions (2). 

jNlodifiant insensiblement le culte, reprenant le dogme qui, par 
un eflet de réaction du pouvoir royal, avait amené la révolution 
religieuse, le schisme d'Aménophis IV, ils proclamèrent Amnion 
le seul dieu d'Egypte et s'emparèrent de l'esprit de la haute société 
et du roi lui-même au point que, sous Ramsès 111, le véritable Pha- 
raon était le premier prophète du dieu théjjain (3). 

On a pensé que cette révolution dans les croyances était le ré- 
sultat de déductions philosophiques (fi), et de là 1 imagination est 
partie pour construire tout un système de monothéisme chez les 
Egyptiens. Inutile d aller chercher dans des sphères aussi élevées 
l'origine des événemejits (|ui se passaient alors à Thèbes ; car 
seule lambiliou du clero-é thébain en fut l'orio-ine. 

Thèbes était alors une ville immense, occupant les deux rives du 
fleuve ; ses temples, grands eux-mêmes comme des cités, entre- 
tenaient la majeure partie de la population ; leurs servants étaient 

(1) Papyrus Abiiot. Cf. Ciiabas, Une spolia- cléopolis magna et de celui de Coptos), /î'(,//or!;.s' 
tion des hypogées de Thèbei au onzième d'or qui saisit avec sa force Ions les pays, ijui 
siècle, dans les Mélanges é<iijploloiii(iues, eslyraiiden[ormalions,filsdiiSo!eil,Aménoplns, 
III" série, l. I, p. 1-172. — G. Maspeiîo, Une le réyenl divin d'IIéliopolis (A. Wiedemann, /e 
enqiièle judiciaire à Thèbes au lemps de la Roi dans l'ancienne Eyyple. Bonn, p. 7;. 
XXJl' t///'i(i.s;/e. — A. EiiMAN, Beilr:igezur Kent- (3) Cf. G. Maspero. Note sur quelques points 
niss der Aegyplischen Gericlitsverfahrens, de grammaire et d'histoire, ds Recueil, I, 
dans Zeilschr , 1879, p. 81-83, 148-152. p. 157, sq. — Lepsius, Denkm., III, pi. 219. 

(2) En Egypte, le roi était un dieu de pas- (4) Si les événements politiques ne venaient 
sage sur la terre. Maître absolu de ses sujets, montrer le but intéressé des prophètes d'Ain- 
il réglait en personne (théoriquement) toutes mon, on serait tenté de croire qu'à celte 
les affaires grandes et petites, marchait à la époque l'Egypte avait atteint une philosophie 
lête de ses armées; tout émanait de lui, il était religieuse très élevée. Ammon, dieu unicpie, 
l'auteur de tous les biens, de tous les succès. e.xislant par essence, le seul générateur dans 
L'emphase de ses litres surpassait tout ce le ciel et sur la terre qui ne fut pas engendré, 
que jamais la pompe des Orienlau.x a pu con- le père des pères, la mère des mères, était 
cevoir. Aménophis il est nommé : Haras, le bien le dieu qu'il fallait à des prêtres rêvant 
Taureau jmissant, grand par la valeur, maiire l'établissement d'une Ihéocialie. — Sur les 
du diadcme du Vaulour et décelai du SerpenI ;de papyrus relatifs au dogme théJjain, Cf. Gré- 
la H;iuleet delà Basse-Egypie; f/(i; /-e/if/ ;/;-'i/u/e isaijt, l'Hymne à Ammon-Rù des pajiyrus de 
la joie, qui laisse solenniser des fcles à l'hcbes, Doulaq. 1875. 

le Sulen-nel (grand prêtre du nùme d'Héra- 



288 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

une véritable armée. Le mystère régnait dans ces sanctuaires 
sombres, à peine éclairés, où les fidèles ne pouvaient, suivant leur 
rang, dépasser certaines limites. Le roi voyaitla divinité face à face. 
Le premier prophète interprétait la volonté dWmmon, à laquelle 
souscrivait toujours le pharaon prosterné; Thèbes était la ville du 
merveilleux, du mystère, de Fomnipotence, les pèlerins y 
affluaient saisis dune terreur mystique. A cette plèbe on aban- 
donnait les superstitions, le culte des animaux (1), tandis que 
se jouait dans le sanctuaire cette comédie dont le trône était 
l'enjeu. 

Le terrain avait été dès longtemps et habilement préparé ; aussi, à 
la mort de Ramsès XII, le premier prophète d'Ammon, Hrilior, 
crut-il le moment venu de fonder une dynastie théocratique et se 
déclara-t-il lui-même « maître de la haute et de la basse Egypte ». 
Par sa mère il descendait de sang royal et divin (2). 

Il ne manquait à l'Egypte, dans ses malheurs, qu'une usurpation 
religieuse; elle l'eut, et tandis que Thèbes et le haut du pays 
reconnaissaient pour pharaons ces prêtres qui, par la richesse de 
leurs temples, tenaient la population, la basse Egypte refusait de 
s'associer à ce retour aux temps antiques ; dAvaris sortait une 
dynastie, la XXP, qui gouverna le Delta, alors que les prophètes 
d'x\mmon étaient omnipotents dans le haut pays. 

Pendant que ces événements se passaient en Egypte, les Phé- 
niciens (3j établis déjà sur les côtes méditerranéennes de Syrie 
au temps de la venue des Hyksos, affermissaient leur domination 
sur les mers ( Ti), devenues presque lilues par suite du déclin de 
la thalassocralie Cretoise. A vrai dire, les Phéniciens ne possé- 

(l)Cf.G. MASPEno.Noles sur quelquespoints épouse. Ramsès II se maria avec plusieurs 

de grammaire et d'histoire, ds Recueil, II, de ses filles. De telles unions, réprouvées par 

p. 108, sq. — 1d, Éludes égyptiennes, t. I, nos mœurs, étaient aux yeux de l'Egyptien 

p.l45, sq. choses natuielles dictées par la raison d'Etat 

(2) Cf. E. Naville, Trois reines de la afin d'éviter les usurpations, i A. WiEDEMANN,/e 

XXP dynastie, ds ZeitscJir., 1878, p. 29-30. Roi dans l'ancienne Éyyple, Bonn, p. 12.) Quel- 

Pour être à même de monter sur le trône, le ques divinités épousèrent leur propre mère et 

prétendant devait être de sang divin, c'est-à- le titre d' « époux de sa mère » est l'un des 

dire royal. Aussi les pharaons légitimes veil- litres les plus ordinaires d'un dieu (Id. p. 16). 

laient-ils avec un soin jaloux à leur descen- (3) Cf. Fr. Le.normant, La légende de Cad- 

dance, contractant les alliances les plus mons- mus et les établissements phéniciens en 

Irueuses, alin de conserverintacte leur lignée. Grèce, dans Annales de philosophie chrélienne. 

Les mariages entre parents les plus proches 1867 et dans les Premières CiL'ilisations, t. II, 

étaient d'usage dans la famille royale qui 874, p. 33-437. 

tenait à conserver le plus pur possible le (4) Sur les parois d'une tombe du quin- 

sang divin coulant dans ses veines. Le roi zième siècle av. J.-C, à Drah-abou-'l-neggah 

Pinet'em, de la XXP dynastie (vers 1100 av. (Thèbes), une fresque représente une flotille 

J.-C), épousa sa propre fille, née de son phénicienne. (Cf. G. Daressy, Rev. archéoL, 

mariage avec sa propre sceur et engendra une 1895, Une flotille phénicienne d'après une pein- 

fille qu'il nomma, aussitôt née, reine et ture égyptienne.) 



LA PRKPONDKRANCK KGVrTIIvNM: 



289 



daient sur terre que des points d'attache ; leurs diverses cités, 
Aradus, Ziniyra, Gebel, Beyroulli, Si don et Tyr ne pouvaient 
communiquer sûrement entre elles (|ue j)ar eau. Dans 1 intrrieui' 
ils avaient des comptoirs jalonnant les grandes étapes des cara- 
vanes (1), lla- 
math (2), Thap- 
saque (3), Nisi- 
bis (û), en plein 
continent ; Dor 
(5), loppé (6), si- 
tués près de la 
mer sur la route 
d'Egypte, etc.. 

Sur les côtes 
étrangères , les 
Phéniciens 
étaientplus puis- 
sants qu'au voisinage même de la ^létropole. Chypre (7) leur ap- 
partenait en grande partie dès les temps les plus anciens. Pa- 
phos, Golgos, Lapethos, Kourion, Karpasia, Soli, Tamassos étaient 
de leurs villes. En Crète, des marins sémites s'étaient établis sur 
tout le rivage méridional. Partout où se rencontrait un abri natu- 
rel (8) pour les vaisseaux, station facilement défendable, on était 
sûr de rencontrer desTyriens ou des Sidoniens (9). 

Lors des conquêtes égyptiennes en Asie, les Phéniciens eurent 
quelques velléités de résister aux pharaons; mais, en commerçants 




L'ile de Chypre et ses colonies phéniciennes et grecques. 



(1) MovERS, Die Phônizier, 1. II, "2"''' Iheil, 
p. 159, sq. 

(2) Au pays de Chonaan. 

(3) Sur lEupliratcsen amont de Deïr cl Zor, 
ville héléenne. 

(4) Ville du haut Khabour. 

(5) Sur la côte méditerranéenne où les Phé- 
niciens avaient une pêcherie de pourpre. (Cf. 
E. Renan, Mission en Phénir.ie, p. 40, 757.) 

(fi) Jnffa sur la côte. 

(7) M.-W. Max Millier pince l'AIachiya 
(Cf. Bezold, The Tell el Amarna lablels, 1892, 
5-7. — WiN-cKLER el Abel, Der Thonlafelfund 
V. El Amarna, 1889-90, 11-17) dans l'île de 
Chypre, se basant sur l'abondante production 
du cuivre dans cepovs. {Zeitsch.f. Assi/riolo(jie, 
t. X, 1895, |>. 257-2G8). (Cf. A.-J. Delattre, 
Lettres de Tell el Amarna, in Proc. Soc. Dibl. 
ArcliaeoL, t. XIII, 1890-91, p. 542. — Id., le 
Pai/s de Clianann, 1890, p. 5i.) 

(8) Temples i)hénicicns de l'île de Gozzo et 
de Haginr Ivriin à Malte. Cf. Fr. Lenormant, 
Monuments phi'niciens de Malte, dans Reu. 



générale de l'archileclure el des Irav. pub., 1841, 
p. 497, pi. XXI. — J.-G. Vance, Descripl. of 
an ancienl temple near Crendi, Malta, in 
Archaeologiii, t. XXIX, p. 227, sq. — Caruana, 
Report. Il y eut aussi des temples phéniciens 
en Sicile, en Sardaigne, mais on n'en a pas 
retrouvé les ruines. 

(9) En Cilicie, ils possédaient des comptoirs 
à Kybyra, Masouru, Rouskojjoiis, Sylion, 
Mygdalé, Phaselis, Sidyma (Movers, Die Phô- 
nizier, II, 2, p. 346), Astyra en face de Rhodes 
(Movers, /((., p. 217 sq.),à Rhodes même, laly- 
sos, Lindos, Camyros (Diodore, IV, 2, 5, etc ), 
dans lesSporades.les Cyclades; Delos.Rhénée, 
Paros, Oliaros (Sidoniens), Melos(Giblites) sur 
l'Hellespont, Lampsaqiie et Abydos, sur les 
côtes de l'Anatolie. Ils s'aventurèrent jus(]u'au 
Caucase. A l'ouest ils s'installèrent en Crète 
(Lappa, Kairatos, Phœniké, Gorlyne. Lebénê), 
à Cythère, dans les îles Ioniennes, on Illyrie, 
en Italie, en Grèce même (Egine, Salamine, 
en Argolide. en Attique), en Sicile, sur la côte 
africaine, etc. 

19 



LA PRHPONDKHANC.E K(iVPTir::NNE 



291 



habiles ils jugèrent vite quilétail plus |)rofitable depayortribut ([ue 




Établissements grecs et phéniciens de la Méditerranée orientale. 
Villes phéniciennes (en caractères gras). 
Villes grecques (en caractères maigres). 

de soutenir une guerre inégale, et demeurèrent loyaux vassaux (1^ 



(1) La correspondance d'El Amarna montre 
que, tout au moins nominalement, les villes 
phéniciennes de S3 rie étaient pour la plupart 
vassales de l'Egypte au même litre que les 
cités de Chanaan. Rib-Adda, de Byblos, écrit 
au pharaon : « Les gens d'Arwada (Aradus) 
sont maintenant chez toi (sont entrés sur ton 



territoire), saisis leurs vaisseaux qui sont en 
Egypte ». (C. Bezolo, The Tell El Amurna 
lablets, 1892, 4't, 13-18). Zurata était préfet 
d'Akka pour lÉgypte {Id., 93). Çiduna (Sidon), 
Biruta(Beyroalh),r:urri(Tyr),sonl traitées dans 
ces documents de servantes du roi. (Cf. A.-L. 
Delattre, le Pays de Chanaan, 1896, p. 51, sq. 



292 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Ils avaient, en effet, tout à gagner à s'attirer la clientèle de 
rÉgvpte (1) ; exportant ses marchandises (2) chez les peuples 
étrangers, ils importaient chez elle les produits des autres pays 
et du leur (3). Cette situation privilégiée les poussa à fonder des 
comptoirs dans toute la Méditerranée, qui devint bientôt une mer 
phénicienne. 

Plus tard, ils s'établirent solidement dans les parages lointains, 
dès longtemps fréquentés par leurs vaisseaux ; ils fondèrent des 
comptoirs sur les côtes d'Asie, en Italie, en Sicile, en Sardaigne, 
aux îles Baléares, en Espagne, en Afrique et, affrontant l'océan, 
allèrent, dit-on, chercher Fétain jusque dans les Cornouailles {li). 

Leurs expéditions, toutes parties sous le couvert commercial, 
ne se terminaient pas toujours par des échanges de marchan- 
dises; lorsqu'ils se sentaient en force, ils n'hésitaient pas à piller 
les bourgades des côtes, parfois même à s'y installer et à fonder 
des colonies militaires ; mais, lorsqu'ils avaient affaire à des peuples 
forts, ils se contentaient d'un commerce lucratif. Que dépeuples co- 
lonisateurs procèdent encore de nos jours comme les Phéniciens ! 

Sur le continent, leurs caravanes ou plutôt les convois circu- 
lant pour leur compte, chargés de marchandises à destination de 
Tyr ou de Sidon, venaient des pays lointains du Caucase, de 
l'Arménie, de l'Iran, des Indes, de l'Arabie et tous les produits du 
monde affluaient sur leurs marchés. Dans l'intérieur ils n'avaient 
guère que des agences commerciales; il eût été trop dangereux 
de chercher à conserver des villes. 

L'or de la Lydie, du Phase (5), de l'Altaï (6), des Indes (7); le 

(1) Grâce à leur soumission aux pharaons, vains grecs et latins qui les ont consultées 
ils avaientélé autorisés à posséder en fivple ne nous ont pas transmis leurs œuvres. Sur 
même des entrepôts : ils en avaient à Mem- les périodes les plus anciennes, nous ne dis- 
nhis Tanis Bubaste, Mandés, Sais, Ramsès- posons que des légendes et des renseigne- 
Anakhtou elc raents épars relatifs à la fondation de chacune 

(2) Dans le palais de Mvcènes se trouvaient des colonies. Le meilleur ouvrage (déjàaucien) 
des tuiles émaillées portant le cartouche sur les Phéniciens est Movers, D;e P/ionirier. 
dAménophis 111, de travail franchement (5) Presque tous les cours d'eau de 1 Asie 
éovptien (Cf. R. Seewëll, Proc. .Soc. Bibl. Mineure et du Caucase roulent de 1 or dans 
A/t/î., XXVI, n» 6, 190i, p- 258, sq.) — La quan- leurs sables. Les lavages étaient autrefois 
litc des objets de fabrication égyptienne de rémunérateurs, ils ne le seraient plus au- 
basse époque qu'on rencontre sur toutes les jourd'hui. J ai fait inoi-méme un essai des sa- 
côtes de la Méditerranée est énorme et il blés du Phase et ai reconnu la présence de 
semble plus rationnel d'en attribuerla diffusion l'or, quoiqu'en très petite quantité. (J. M.) 
auxPhéniciensplulôt(iuau.xnavigateursgrecs. (6i Les gisements d'or de 1 Allai «ont au- 

(3) Entre autres les bols de cèdre du jourd'hui connus et les rivières descendant de 
Liban, le cuivre de l'île de Chypre, la pourpre ce massif roulent toutes du métal précieux, 
de leurs pêcheries. Leurs importations ren- (7) Dans la Tounghabadra a \idjayanagar 
daient à l'Egvpte les plus grands services. (Mysore). j'ai, en 1884, constate la présence de 

(4) Nous ne possédons aucune histoire de l'or dans les sables. Les gisements aurileres 
la colonisation phénicienne. Les archives de de l'Inde sont très nombreux, «luoique peu n- 
Tvr et de Sidon ont été détruites, et les écri- ches. (J. M.) 



LA IM\K1'()M)KHAXCE KGVPTIENNE 



203 



cuivre du pays du Chalybes, dos Toubals (1), de Chypre ; Targont 
de la Thrace, duTaurus;les pierres précieuses de l'Iran (2), des 
Indes; les fins tissus babyloniens; les parfums de 1" Arabie et 
tous les procbiils du monde passaient j)ar leurs mains. Ils les 
revendaient en T^gypte, grande consommatrice, en même temps 
([ue les produits de leur propre industrie, tels le verre (3), la 
pourpre (li). 

Par contre, ils exportaient, lant en Asie que sur les côtes médi- 
terranéennes, les marchandises égyptiennes, tissus, pâtes émail- 
lées, meubles, vases de j)ierre, de métal, objets d'art, bibelots de 
toute nature, qu'on retrouve aujourd'hui dans tous les pays où 
s'étendaient leurs relations. 

La voie maritime était de beaucoup lapins sûre et lapins éco- 
nomique, car les Phéniciens régnaient encore en maîtres dans la 
Méditerranée. Par terre les marchandises risquaientle pillage, et, en 
tout cas, avaient à payer des droits de passage souvent fort élevés. 

C'est par le transit que s'enrichirent David, Salomon et bien 
des roitelets de la Palestine et de la Syrie; c'est par les caravanes 
que plus tard se créa Palmyre (5) dont la richesse, dans un site dé- 
solé et aride, ne peut s'expliquer autrement. C'est que les terri- 
toires de ces royaumes se trouvaient sur les grandes routes reliant 
au monde oriental l'Egypte et la Phénicie et, par suite, ouvrant les 
débouchés de l'Occident. 

L'invasion des llyksos dans la vallée du Nil fut un véritable 
cataclysme; mais, comme toutdésastre, elle n'eut pas que des effets 
malheureux. C'est à elle, pense-t-on, que l'humanité doit la propa- 
gation de l'écriture. 



(1) Les gisements île pyrite cuivreuse sont 
très nombreux dans le Grand et le Petit Cau- 
case (Kedabek, Akl;da, Allah Verdi, Dilid- 
jan, etc.). le Lazistan (Gumuch Kliani près de 
Trébizonde), l'Arménie et le Nord de la Perse. 

(-2) La turquoise du Khoraçan. 

(3) Le verre, dit phénicien, se rencontre en 
Egypte dès le nouvel empire. J'en ai trouvé 
des fragments dans une sépulture de la XVI U» 
dynastie. A Suse, les dépots de fondation du 
temple de Chouchinak (.\v" s. environ) en ren- 
fermaient également. On ne le voit apparaître 
en Ualie méridionale et en Sicile (Syracuse) 
que vers le VIL siècle (dans les sépidtures 
grecc|ues). Les Phéniciens étaient rapidement 
devenus d'habiles verriers, aussi leur allri- 
huat-on l'invenliou du verre. Plini; (Hisl. 
nal., V, 17, XXXVL 00.) — Cf. Perrot et Chi- 
piez, Hisl. de l'art dans l'antiquilc, t. III, 
p. 733, sq., t. VI, p. 48-2, 550, sq.; 7i5, sq ; 
850, 943, sq. 



(I) Ils avaient un grand nombre de pêche- 
ries de pourpre, entre autres à Dor, sur la 
cote au nord de Péluse, à Nisyra, à Gyaros 
dans les îles Itanos, en Crète, etc. On a pré- 
tendu que cette matière colorante avait été 
découverte par les Phéniciens. Le fait n'est 
pas exact, car bien longtemps avant leur ar- 
rivée en Phénicie, les étoffes teintes en 
pourpre étaient d'usage en Egypte. J'en ai 
retrouvé dans les sépultures princières de la 
XIL dynastie à Dahchour (Cf. J. de Mougan. 
Fouilles à Dahchour, II). 

(5) On coni;oit diflicilement (ju'une grande 
ville se soit (lévelo|)pée dans un pays aussi 
aride que celui de Palmyre, où les terres 
cultivai)les suffisent à peine aujourd'hui i\ 
l'aliinentalion du village de Tedmour. L'eau, 
qui d'ailleurs vient de fort loin, y est sau- 
niiitre de même que celle des rares puits sou- 
vent à sec ((u'on renrontre dans les ruines 
(.]. M., Voyaije de l'JUO;. 



29/i 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Lorsqu'ils étaient en Egypte, les 
leurs vaincus un procédé cursif de 
eomj)rirent de suite le grand avan- 
tage qu'ils en pouvaient tirer. Ils le 



Ghananéens (1) trouvant chez 
fixer la pensée, l'hiératique^ 



EGYPTE 



(1) G. Maspero, Hist. anc. or. classique, t. II, p. 
573, note 3, place l'inlroducUon de l'alphabet phé- 
nicien entre Amenôthés IV (xv s.) et H irùm I" (x* s.), 
cl en prenant le terme moyen, vers 11(X), comme 
(laie pos>;ible de l'invention ou de l'adoption. Dans 



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Tableau de l'origine des signes alpha- 
bétiques, d'après Flinders Pétrie. 



cv cas, la propagation de l'écriture alphabé- 
lique sérail de beaucoup postérieure au séjour 
lies Ilyksos en Egypte. L'origine égypliennc 



(Cf. CiiAMPOi.i.iON,Lef/rc à M. Dacier,p.80. — Sal- 
\oyi, Analyse yrammatirale de Vinscriplion de 
lioselle. p. W, sq. — E. de Rougé, Mém. s. 



LA PPvKPONDKRAXCK KGYPTIKXNE 



295 



siiiiplitiricnl on ra(lii|)laiil à leurs idiomes an poiiil de rendre ses 
signes al|)lial)(Ui(nies(l), el lors de leur l'elour eu Asie, la nouvelle 
écriture se répandit rapidement (2). 

(!(>t alphabet, passant en Europ(% lui l origiiu' de tous ceux de 
nos pays (3). C'est d(»uc aux Ilyksos (|ue revieul iliouueui-, non 
d'avoir inventé l'écriture, mais d'avoir simplifié lexpression 
figurée de la pensée, presque au point où elle se trouve encore 
de nos jours, et aux Phéniciens qu'appartient celui davoir fait 
connaiire à l'Europe cette incomparable dc'couverle ; lAsie (/|) 
Fappril de la Ghaldée. après l'avoir reçue elle-même des bords 
de la ^léditerranée. 

Bien qu'aujourd'hui la filiation de nos écritures semble être 



Torig. égy|)l. de l'alphabet phénicien, in 
Comptea rendut; Acad. Inscr., 1851), l. III, ])|(. 
115-12i. — Lauth, II. Brlgscii, Vr. Le.nou- 
mant) est anjiiiiid'hiii fortement allaqiiée, liien 
qu'encore admise par la majorité des savants. 
(Cf. Pu. Berger, Ilisl. de récrilure dans l'an- 
liijuité. ])p. 11.5-122.) 

(1) E. de Rongé (Mém. lu en ISt» à 1 Acad. 
des Inscr., publié en 187i) a démontré qu'au 
temps des pasteurs en Egjpte, les Chana- 
néens avaient choisi, parmi les formes de 
l'écriture hiératique, un certain nombre de 
caractères répondant au.x articulations fonda- 
mentales de leur langue et qu'ils en avaient 
formé un alphabet «|ui, d'abord employé an 
pays do Chanaan, s'y modifia suivant les lo- 
calités et forma les alphabets araméen, pal- 
myrien, hébreu, etc. C'est de ce premier al- 
phabet qu'est venu, par des transformations 
successives, celui dont nous faisons usage. — 
Cf. G. M.vsptRo, Les écritures du monde orien- 
tal, in Ilisl. une. des peuples de l'Orienl, appen- 
dice, p. 745, sq. — Cf. Ph. Berger, //;.--/. de 
l'écriture. 

(â) L'origine égyptienne des signes alplia- 
bétiques phéniciens, qu'autiefois on admet- 
lait couramment, est aujourd'hui mise en 
doute par quelques savants (J. Ilalévy, 
Lids-Barski . On a proposé d'admettre que les 
Phéniciens avaient emprunté (juelques let- 
tres, et qu'ils auraient inventé eu.x-mèmes 
les autres. Evans et à sa suite S. P.einach 
pensent que les caractères al])habéliques dé- 
rivent plutôt de l'écriture égéenne ou Cre- 
toise. Les Philistins, en émigrant de la mer 
Egée en Syrie, l'auraient apportée avec eu.x, et 
à leur contact, les Phéniciens auraient pro- 
cédé au traxail éliminatoire, d'où est sorti 
l'alpliMbct. (Cf. R. DussAUD, Bull. Soc. An- 
Ihrop. Paris, 1!KJ6, pp. 1-21-1-22.) Cette hypo- 
thèse, toute séduisante qu'elle paraisse" par 
sa nouveauté, ne pourra prendre corps qu'au 
jour où la valeur des caractères Cretois sera 
connue ; ce qui malheureusement n'est pas 
encore le cas. Les uns .sont allés chercher le 
prototype de nos écritures en Bahylonie (Cf. 
Deeke. Uer Ursprung des altsemitischen Al- 
phabets ans der Neuassyrischen Keilschrifl, 



in 7.eil. der D. Morgeiil. Ge.'<ellscliaft, 1877, pp 
102-15't. — Peters, The babylonian origin of 
the plurnician alphabet, in Proc. .Soc Bibl. 
An-h., t. VI. — llo.MMEi., (k'schiclile Babylo- 
niens und Assyriens, pp. 50-.'>5j; d'autres dans 
ces hiéroglyphes barbares, nouvellement dé- 
couverts en Crète (Cf. A. Evans, Oe/an pjc- 
loijraptis and prse-Pheniciun script., pp. it2-103, 
in Joui-n. of llellenic SUid., t. XIV, pp. 361- 
o72. — S. Reinacu. Chronique d'Orient, n" XXX, 
l». Ci, sq) ; d'antres enfin, dans les signes 
primitifs (l" dynastie) rencontrés sur les po- 
teries de l'ancienne Egypte. (Cf. FI Pétrie, 
Naqada ; Royal tombs, Kahun, Gurob and 
Ilawara. Londres, 1890. — L. Capitan, Les dé- 
buts de l'art en Egypte, in Bei'. Ecole. An- 
throp.,l. VI, 11)04, p. 203. - R. WEiLt., La ques- 
tion de récriture linéaire dans la Méditerranée 
primitive, in Rer. Archéul., 1"J03, 1, p. 213, sq., 
qui combat cette thèse.) 

(3) Cette simplification de l'écriture était 
déjà un grand progrès ; mais elle avait be- 
soin d être reprise et complétée ; au début, 
l'alphabet ne comprenait guère que des signes 
répondant aux sons des consonnes (araméen, 
phénicien, hébreu). Les Sémites lui adjoigni- 
rent une accentuation pour figurer les sons 
voyelles (hébreu moderne, arabe), tandis que 
les Aryens (grec, zend, sanskrit augmentèrent 
le nombre des lettres pour répondre à ce besoin. 

(i) Les alpliabets sémitiques se rattachent 
à trois ou quatre grands courants |)arallèles : 
1" le phénicien qui, à l'époque roniaiiie, abou- 
tit eu Afrique à l'écriture néo-punitjue ; 
2° lancien alphabet hébreu, dont le samari- 
tain est un rameau détaché qui a séché sur 
place ; 3° l'écriture araméciine. qui a donné 
naissance, d'une part à l'hébreu carré et au 
palmyréen ; de l'autre, au nabatécn, au sy- 
ria(|ue et à 1 arabe ; 4" récriture himyarite, à 
laquelle il convient de joindre lali)habet des 
inscriptions, que l'on trouve dans le désert 
du Sala. Enfin, il faut encore rattacher à 
l'écriture araméenne les anciennes écritures 
de l'Inde, qui ont donné naissance au déva- 
nàgari et à tous les alphabets modernes usi- 
tés dans l'Asie méridionale. (Ph. Berger, 
Ilisl. de l écriture, 1891, p. 1()7, sq.) 



296 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



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lia, Tiiibélain, Pa' ssé-pa, Koutila. Dévanâgari, 
ali, Gouzarali. Kiousa, Pâli carré, Siamois, 
an, Singalais, Télégou (Canara). 


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Tableau donnant la filiation des principales écritures. 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE -297 

prouvée; on a, en ces derniers temps, cherché à nier cette ascen- 
dance et à faire remonter à d'autres sources l'origine de nos 
lettres. Ces essais, bien que devant èlrc abandonnés, n'en sont 
pas moins fort intéressants, car ils montrent que, si l'évolution 
chananéenne prévalut, elle ne fut pas la seule. 

Flinders Pétrie a montré dans le tableau ci-joint (p. 29/i) tout 
le parti qu'on peut tirer des tentatives anciennes de simplifica- 
tion des signes ; mais je ne partage pas son opinion au sujet des 
déductions ([u'il croit pouvoir en tirer. 

Ainsi la Phénicie fut, pour ces temps, le grand agent civilisa- 
teur du monde, non qu'elle eut par elle-même une culture très 
élevée; mais parce que, servant d'intermédiaire, elle répandit au 
loin les idées, les industries et les arls de ll^gypte et de la 
Chaldée. 

Vers le Liban, la Palestine et la mer Morte, des mouvements de 
peuples s'opéraient, issus d'I']gypte. De nouveaux venus, les Hé- 
breux, profitant de la division des peuplades syriennes, envahis- 
saient peu à peu les districts de Galaad et de Chanaan. 

La tradition biblique nous a transmis avec amples détails la 
légende de cette migration (1); curieux récit qui, dégagé du côté 



Écriture phénicienne (2). 



mystique, est uni({ue en son genre. 11 narre, en efîel, tous les 
actes des émigrants, leurs succès, IcMirs défaites, leurs espoirs 
et leurs désespérances. Cette histoire est celle de tous les peu- 
ples qui, dans ces temps de barbr.iie, ont changé de pays; 
mais elle est la seule dont le récit vraisemblable et détaillé soit 
parvenu jusqu'à nous. 

{[) C(. Ed. Bev»s, 1(1 Dible, Ancien Tcshimenl. Baal-lal)nnoii son Seigneur, des prémices de 

Wellhausen, Proleijomena zur Ge.tcliichle Is- l'airain... Inscription la plus ancienne connue 

rael. en longue phénicienne de la Coupe du dieu 

(i) ... Sôken de Kartliadast, serviteur de Hi- Liban (x' s. av. .T.-C; Cf. Corp. In.'scr. sem , 

ram, roi des Sidoniens. Il a donné ceci au 1" partie, t. I, jil. IV, pp. 22-26. 



^298 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 






OM/- 



C'est à l'époque de Ménephtah (1) ou de Séti II (2), vers le 
temps où le Delta était menacé parles Lybiens, que les Israélites, 
|)roritant d'un moment où leurs maîtres étaient absorbés par la 

défense du territoire, s'échappèrent 
d'Egypte et, tournant la ligne des 
forts de l'isthme, en suivant les pla- 
ges de la mer Rouge (3), s'enfon- 
cèrent dans le massif du Sinaï, se 
dissimulant au milieu des monlagnes 
et parmi les nomades, leurs parents, 
mal soumis aux Pharaons. 

Depuis l'expulsion des pasteurs, 
l'Egypte s'était montrée dure pour 
tous les étrangers restés sur son territoire; elle avait appris 
à connaître ses hôtes (5) et les traitait en conséquence ; mais pour 
les Hébreux, qui n'avaient point été ])ellig(''rants, la mesure était 
particulièrement sévère et la transition brusque. 

En même temps que les Pharaons craignaient (h' nouvelles 



Graffilo phénicien des mercenaires 
de Psammélique P'ou de Psam- 
métique II (de 650 à 595 av. J.- 
C.) sur l'un des colosses du 
grand temple dipsamboul (4). 



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Décalogue samaritain de 
Naplouse (<>). 



V '\)S7t)jv'^l^viJV'v] -Ul -^(11*1 

Inscription nabalhcenne (7j. 



tentatives delà part des Asiatiques, ils se vengeaient sur eux des 
maux qu'avait souflerts l'Egypte de la part de leurs congénères. 



(Ij C'est sous Menephlali, qu'apparaît 
pour la première fois dans les textes égyp- 
tiens le nom d'Israilou. " Israël est déraciné 
et n'a pas de graine. » (Cf. Ph. Vnu;Y, Note 
sur le pharaon Mene|)litali et les temps de 
lE.xode, dans la Rec. biblique, 1900, )>. f)85. — 
Deiber, La stèle de Meneiditah et Israël, in 
Reu. bibl., 189'J, p. 267, sq.) — W. Spiegei.berg, 
Die Ersle Ervahnung Israël in einem a^gy|>lis- 
chen Te.xte, in Sitzunijxberirhii; der K. preus.f. 
Akademie zii Berlin, "l8ilG, XV, p. 593. — G. 
Maspero {Ilisl. II. pp. 430 et 443, sq ) traite 
des Apouriou, qu'on avait cru pouvoir identi- 
licr avec les Ilélireux, identification aujour- 
<l hui rejetée. 



{■2) Cf. E. DE RouoÉ, Examen critique de l'ou- 
vraqe de M. le citev. de Bunxen, 2' partie, 
p. 74. 

(3) Exode, I, 14; XV, 1-10. 

(4) >■ Cussaï, fils d Abdpaam, préposé aux... » 
(Corpus Inscr. sem., 1" partie, n° 112.) 

(5) Cf. M.\MJTU0>J, ds JosepI). contra Apio- ^ 
nem, 1. XXVI, XXVII. 

(ti) W. Wrigut, Proc. of the Soc. o/ Bibl.Ar- 
chaeol., 6 nov. 1883, p. 2R. 

(7) Cf. Pli. Berger. Nouvelles Inscriptions, 
n" 19, Euting, n» 2 — In., Ilist. de lécriiure, 
1891, p. 274-5 (1" s. de notre ère) (Arabie), val- 
lée d'El liedjr. 




(1) Dapvès G. Maspc.0, UisL anc. des pc.ule. cie lOneni classique, l H, P- G83. 



300 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



Tous étaient placés en servitude sous une étroite surveillance (1). 

Jadis bien accueillis sur la terre du Nil (2), les Israélites, devenus 
presque les maîtres du pays sous leurs parents les pasteurs (3^, 
se trouvaient subitement tombés au rang d'esclaves {!\). Ils s'en- 
fuirent, ne sachant certainement pas où se fixer ; leurs hésita- 
tions dans le Sinaï en sont la preuve. La police égyptienne, après 
avoir, semble-t-il, faiblement tenté de les reprendre sur la fron- 
tière, ne se préoccupa guère d'eux par la suite. 

Au Sinaï, ils s'arrêtèrent dans les gorges et les vallées où ils 
trouvaient de l'eau (5), n'osant ni gagner la Syrie, ni revenir sur 
leurs pas, attendant les événements; ils errèrent longtemps, qua- 
rante ans, dit-on. Là, ils souffrirent de la faim, car le Sinaï est 
une terre aride, et peu à peu reprirent la vie nomade de leurs 
ancêtres. Lorsque, poussés par le besoin, ne conservant aucun 
espoir de rentrer en hommes libres dans la terre du Nil, ils se 
décidèrent à gagner le Nord, ils étaient redevenus Bédouins. 

Ce flot, avec ses tentes, guenilles tendues au vent, ses trous 
peaux, son bétail chargé des bardes et du peu de biens emporté 



(1) Cf. Chabas, Méhiivjes é<juploloiji<jues, 
i" série, pp. 108-165. 

(2) Exode, I, 8. 

(3) La légende bililiriue de Joseph, fils de 
Jacoi), usant du crédil qu'il a su se créer pour 
servir les intérêts de sa tribu, est l'un des 
traits caractérisant le mieux les habilelés du 
peuple hébreu. Un rôle analogue a fréquem- 
ment été joué à la cour des pharaons |)ar des 
Sémites araméens ou cliananéens qui, profi- 
tant des préoccupations politiques de leurs 
maîtres, s immiscèrent dans les affaires el de- 
vinrent des favoris. Ben .Vzana sous Mc- 
nepbtab, Arisou sou.s le règne suivant, L'in- 
khanou en Chanaan sous Aménopbis IV. 
(Cf. Maspei'.o, ///.s/., h, pp. 438 el ViO. — 
WmcKLKR, Die Thontafcin, 61^ 31, sq. ; GC), 1.5, 
sq., etc.) 

(4) Exode, I, 11-14. On jugera des conditions 
dans lesquelles vivaient les esclaves et con- 
damnés au.\ Iravau.x, d'aiirès le récit suivant 
d'Agalharchidès, qui, au deuxième siècle 
av. J.-C, vécut à la cour des Plolémées 
(d'ap. DiODORE DE Sicile, Bibl., III, 12-41 et 
Photios, Cod., COL, 11. — .V.-J. Delattise, le 
Pays de Chanmin, 180G, p. 80, noie 1). « Les 
rois d'Egypte envoient aux mines (de la fron- 
tière nubienne) les malfaiteurs condamnés, 
les prisonniers de guerre, et même ceux de 
leurs sujets qui ont succombé à des intrigues, 
el que la disgrâce a fait tomber dans les fers. 
Ces derniers sont envoyés jiarfois seuls, par- 
fois avec toute leur parenté... La multitude 
des gens ainsi livrés esl mise aux entraves ; 
elle supporte le labeur sans relâche ; aucun 
repos ne lui est accordé et, grâce à une sur- 
veillance jalouse, aucune évasion n'est pos- 



sible... En ce (pii concerne la santé, on n'a 
aucun souci île ces malheureux, dépourvus 
même d'un haillon pour couvrir leur nudité 
(excepté les femmes, d'ajjrès le texte de Pho- 
lius), et personne ne peul voir un tel excès 
de misère sans se sentir ému de compassion. 
Ni le malade, ni l'estropié, ni le vieillard, ni 
la femme si faible, personne en un mot, n'ob- 
tient ni indulgence, ni relâche. Les coups re- 
lienuenl, lion gré mal gré, tout le monde au 
travail, en allendant la mort, suile inévitable 
de si mauvais Irailemenis. Ces mallieiireux 
reilouleut l'avenir encore plus (pie le pré- 
sent, tant est grand leur sup|)lice, el ils pré- 
fèrent la mori à la vie. » Celte fa(;ou de trai- 
ter les condamnés sous le régime adouci des 
Plolémées permet de se faire idée de ce cpii 
se passait au (piinzième siècle av. J.-C. dans 
les mines de Nubie, du Sina'i. et dans les 
grands chantiers de construction ouverts 
après le déi)art des Ilyksos pour la restaura- 
tion de rEg\pte. 

(5) La principale de ces vallées esl celle 
dile Wadi Faran, où coule une petite rivière. 
Elle esl située au pied du pic le |)lus élevé de 
la pres(pi île. C'est là que les traditions pla- 
(;aient les fails miraculeux dont Moïse aurait 
été témoin Les premiers chrétiens y construi- 
sirent des monastères et des églises, dont on 
voit encore les décombres ; les cénobites se 
creusèrent des demeures dans les rochers. 
Mais, constamment inijuiétés par les nomades, 
ils durent abandonner Wadi Faran, el s'ins- 
taller au Sina'i actuel, dont la basilique date 
de l'époque de Justinienll. (J. M., Voyage de 
1800.) 



LA l'UKPONDÉRAXCE KGVPTIENXE 



301 



d'Égyf)lP, s'écoula en longue traînée par la dépression joignant la 

mer Morte au golfe d'Akaba, ancienne vallée du Jourdain. Dans ce 

désert, ses étapes furent marquées par les points d'eau; mais tous 

étaient déjà occupés, il fallut les con(|U('rir. 

D'autres tribus bédouines, les Kénites, les Madianites, les Édo- 

mites, qui déjà flottaient en ces lieux, les joignirent et après un 

séjour prolongé dans la 

région de Kadesh (1), la 

horde entière continua sa 
route vers le Nord. 

Les Hébreux, comme 

d'ailleurs beaucoup de peu- 
plades nomades de ces 
temps (3), étaient alors ré- 
partis suivant douze (?) tri- 
bus (fi), groupes d'importance inégale obéissant tous à un même 
chef, leur guide ; Moïse d'abord, Josué ensuite, suivant la tradition. 
Ce chef, malgré tous ses efTorts pour en imposer par la reli- 
gion (5), n'avait qu'une autorité bien relative; car, à peine sorties 
des pays arides, les tribus se divisèrent. Juda, Lévi, Siméon, joints 
aux Kénites, s'arrêtèrent pour un lem])s dans le ])ays d'ilébron (6), 
laissant le gros de la nation avec les Edomites et les ^ladianites 



Inscriplion palmyréenne de la statue de Zéno- 
bie, d'après un estampage de M. J.-E. Gau- 
tier (2). 



(1) Aujourd'hui Ain Gadis. Cf. C. Tbumbull, 
A visil lo AïnQadis, the supposed site of Ka- 
desh Barnea, in Pal. Exploi. Fund. Quart. SI., 
July, 1881, p. 208, sq. Les ruines de villes cha- 
nanéennes sont nombreuses (Cf. H. Vi.ncent, 
Canaan. 19)7, chap. I, p. 23, sq.);les principales 
découvertes jusqu'à ce jour sont: Tell el Ilesy, 
Tell es-"^afv. Tell el Moutésellini, Tell Zaka- 
riyâ. Tell ta'anak, Tell Sandaliannah, Tell 
Djezer, Tell Djedeideh, Oplie 1 (Jérusalem pri- 
mitive), etc.. Epaisseurde quelques murailles: 
Gazer, muraille du vingt-neuvième siècle au 
quinzième. 3 m. 35; muraille du quinzième siè- 
cle, 4 m. -25; Tell elHésy, 5 m. 20 à 3 m. 50; Tell 
esSafy. 3 m. 66; Megiddo, 8 m. 60 (Cf. H. Vin- 
cent, op. cit.). Le rempart de Lâchis (dix- 
huitième siècle av. .I.-C.) est fait de briques 
crues, séchées au soleil etdonlla pâte est mé- 
langée de paille hachée. (Bliss. A .Ùound, pp. 22 
et 44. — F. Pétrie, Tell el Hcsi/, p. 21.) Ce 
mode de construction, prodigieusement ancien 
en Chaldée. se retrouve en Egypte dès l'épo- 
que de Mènes. 

(2) Statue de Septimia Batzabba'i (Zéno- 
biei. Illustre et juste |1 reine. Les Septimiens 
Zabda, général en || chef el Zabbaï, général 
de Tliadmour (Palmyre), les très puissants, || 
l'ont ériiféc à leur souveraine. Dans le mois 
de Ab de l'année 582 (août 271). « 

(3) Les Edomites avaient douze tribus, aux- 



quelles était adjointe une tribu illégitime, celle 
d'Amalek {Genèse, XXXVI, 4-14; 16-22); les 
Nakhorides (Genèse, XU, 20-24); les Ismaélites 
(Genèse, XV, 12-16) et les Qétouréens (Genè.^e, 
XXV, 1-6) étaient dans le même cas. (Maspero, 
Hist. anc. peupl. Orient, \' éd., 1893. p. 302, 
note 1.) 

(4) 1. Ruben, 2. Siméon, 3. Lévi, 4. .luda, 
5. Issakhar, 6 Zébulon, 7. Joseph, 8. Benja- 
min, 9. Dan, 10. Naphtali, 11. Gad, 12. Ashs- 
her. Piépondant aux noms des douze fils de 
Jacob, 1 à 6 descendant de sa première femme 
Léa, 7 et 8 de sa seconde Rachel, 9 à 11 des 
servantes de son harem. 

(5) Au souvenir du Sina'i resta, pour les 
Hébreux, attachée l'idée de la demeure divine 
(Cf. Cantique de Déborah (Jaijes, eh. V, v. 4-6), 
Deuléronome, XXXIII, 2; Ùahlnilaik, 111,2; 
Psaumes, LXVIII,8-9, etc.).— Sur le sommet de 
la stèle des lois de Hammourabi, le dieuCha- 
mach (le Soleil) est représenté remettant au roi 
le burin avec le(]uel il doit graver les lois dic- 
tées par la divinité. C'est ainsi que Moïse 
re(;ul les lois de Dieu sur le Sina'i, que le 
prince DoudouPhor, (ils de Menkéri (IX' dyn.), 
découvrit aux lueds du dieu Thot. à llernio- 
polis, le XLIV« chapitre du Livre des morts. 

(6) Cf. B. Stade, Geschichle des Volkes Israël, 
pp. 131-132. 



302 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

continuer sa route par la rive orientale et la mer Morte. 

Ces neuf tribus et leurs alliés longèrent les pays de Moab et 
d'Ammon, peuplés de congénères que, s'acheminant vers l'Egypte, 
les Hébreux avaient laissés des siècles auparavant. 

Il semblerait que ces peuples leur eussent accordé libre pas- 
sage sur leurs terres ; car ils s'avancèrent encore et lentement pri- 
rent possession du pays de Galaad (l), district situé au nord de 
celui des Ammonites, sur la rive gauche du Jourdain. 

Là, ils rencontrèrent des peuples dès longtemps fixés dans le 
pays, les Amorrhéens et les Bashamites, contre lesquels ils eurent 
à lutter; eux nomades, forts par leur mobilité, 
rilWIîA'rtlnX^ toujours en mesure de harceler ou de fuir, 
î^ ]^A ^a>I S guerroyant contre des populations sédentaires, 
HALVIUV? Tl S attachées au sol et que l'insécurité perpétuelle 
iiirMi Ai Hp^ devait forcément abattre. Peu à peu ils les 

*^Yhf(IÎH absorbèrent. 
Écriture Himyariie^ Galaad devint leur centre; de là, ils pous- 

sèrent jusqu'aux contreforts du Haurân, jusqu'à 
Kénath (3) ; mais, devant des forces supérieures aux leurs, du- 
rent rétrograder. Ils se tournèrent alors vers les autres peuples 
leurs voisins, et malgré leurs incursions continuelles, les razzias 
qu'ils opéraient sans relâche, ils ne parvinrent ni à s'enrichir, 
ni à se procurer de nouveaux territoires. 

A la longue, le pays de Ghanaan fut enfin conquis. Jéricho forcé, 
les Hébreux s'y installèrent ; mais, rétablis de leurs revers, les 
indigènes (/i) tentèrent un premier edbrt pour chasser ces intrus. 

Une coalition des Chananéens du Sud se forma, commandée 
par Adonisédek, roi de Jébus, et fut défaite ; une autre, ayant à 
sa tète Jabin, roi d'Hazor, fut également écrasée et les vainqueurs 
massacrèrent les vaincus. 

Dès lors, chaque tribu commença de guerroyer pour son propre 
compte, en quête de butin et de terrains ; c'est ainsi que les Am- 
monites furent absorbés. 

Dans les montagnes de l'ouest de la mer Morte, les tribus de 

(1) Galaad rapi)elaitaiixlsi'aéliles les noinsde (3) Cf. Stade, Gescli. d. Volkes Israël, 
leurs ancôtres Esaii, Laban, Jacob. (Cf. Ge- pp. 148-152. 

Mè.s-e, XXIII, V. 2-3, v. 23-33.) (l) Beth-Anat, Bet-Shemesh, Magiddo, Taa- 

(2) Cf. I. et A. DEiiENBOURC, £/ade.s- sur /Vp/- nak, Beth-Sheàn, Sichem, Jébus, Gibéon, 
graphie du. Yémen.V sëv\Q{Aans Journ. Asiat.) Guézer, Aialon, etc. {Juges, l, 21, sq.), places 
Paris, 188i, pp. 36 et 51, n" 6. « Cippe de Ksm. fortes chananéennes, avaient conservé leur in- 
fîls de Daf. a... et puisse Athtar l'oriental dépendance. 

frapper celui qui le détruirait. » 



LA PRÉPO.XDÉRANCl-: KGVPTIE.NM-: 303 

Lévi et de Siinéoii presque détruites, joignirent leurs restes à 
celle de Juda (1) ; tandis que leurs alliés, les Danites, plus 
habiles, réussirent à s'emparer de Lais, colonie sidoniennc où ils 
s'installèrent, après en avoir massacré toute la''|)()j)iilalion (2). 

Presque partout les Hébreux tenaient la campagne, vivant sur le 

Hébreu carré (I" s. de noli-e ère) (:5). 

pays; mais ils ne j)arvenaient (pie l'arement à s'emj)arer des villes 
chananéeunes qui, presque toutes, grâce à leurs murailles, conseï'- 
vèrent pendant longtemps leur indépendance. Les nomades, c'est 
une règle, ne peuvent s(» tlécider au siège dos places fortes (/i). 

11 résulta de cette situation une extrême division politique des 
<listricts envahis et partant, des luttes perpétuelles.. Du haut d(; 
leurs citadelles les Ghananéens assistaient journellement à la 
razzia de leurs cultures, au massacre de leurs campagnards, voire 
même aux combats entre tribus israélites ; car elles ne s'épar- 
gnaient pas entre elles. 

Dans ce désordre les Hébreux, abandonnant leurs vieilles tra- 
ditions, s'allièrent aux femmes indigènes; et, méconnaissant 
Yahwê, adorèrent les dieux étrangers (5). 

Les Amorrhéens, les Moabites, les Philistins, cherchant à i-éagii* 
contre les incessants brigandages dont ils étaient victimes, furent 
vaincus à leur tour. Cette lutte de toutes les peuplades syriennes 
entre elles et contre les Bédouins du désert dura de longues années ; 
et l'avantage ne resta jamais bien longtemps aux mêmes mains, 

(1) Cf. Genèse, XLIX, v. 7; Josué, XIX, 1-9; {'->) Jiujes, 111. .'i-7. La (■on(iin''Le<''gy|ilienne no 
I C/i/'on., IV. 24-43. semble pas avoir apporlé de niodificalions 

(2) Juges, XVIII, I, 27-31 . fonfiamenlalesdans les concepts religieux clia- 

(3) Cf. DE Vogue, Rev. avch., t. IX, I8Gi, nancens. L'intr()<lnclion de quelques diviniirs 
p. 200 sq., pi. VI, d'un des sépulcres de la nouvelles (Amon) el de (pu'hiues objets du 
vallée deJosapbal. — « Ceci est le tombeau et culte jieuvenl nélre que lelTet de la servilité 
le [monument] : 1° d'Eléazar, Onias, Joazar, des Sémites conquis. Il n'e.xiste depuis l'Oronte 
Juda, Simon, Johassan, fils de .Jamah (.'), fils jusqu'aux frontières du Sinaï aucun vestige de 
d'Azar;iahj; 2° de... fils d'Eléazar; ;.des| fils sanctuaire égyptien preuve certaine <|ue les 
d'Onias .., d'entre les Benè-Hézir. pharaons ne tentèrent pas d'inqioser leur cuite 

(4) La plus ancienne preuve de l'e.xistence de au dehors. (Consulter sur les trouvailles d'objets 
forleresseenpaysdeChanaanqiiisoitparvenue cultuels égyptiens en Palestine :II. Vincent, 
jusqu'à nous est une fresque découverte par Canaan, l'JU7, ]). 447. — Sciiu.M.iCiiliR, Mill. d. 
Fl.Felrie à Desbasiieli et représentant le siège, Deulsch. PaUi.st. Vereinx, 1904, p. 55. — Bliss, 
par les Egyptiens, d'un château fort des Sali A Moand, p. 40, 67. — M.\CAUSTiiR, Quai., Slal., 
par un officier nommé Anti, pour un pharaon 1903, p. 213; 1904, p. 15, etc.) 

de la V" dynastie (vers 3600 av. J.-C). 



304 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



aucune de ces principautés n'ayant la force nécessaire pour établir 
sa suprématie. 

Çà et là, quelques tentatives d'organisation d'un pouvoir royal 
échouèrent. Le peuple de Manasché établit à Ophra(l) un royaume 
dont Jéroubal fut le chef et Abimelech lui succéda, bien que n'ayant 
aucun droit à la couronne. Ce premier royaume n'eut d'autre 
objectif que de piller et de rançonner les caravanes, de razzier 
tous les pays voisins. Sichem se révolta, elle fut détruite; enfin 
Abimelech ayant péri d'un coup de pierre devant Tébez qu'il 
assiégeait (2), son royaume disparut avec lui. 

Pendant cette période, celle des Juges de la Bible (3), la Syrie, 
livrée à elle-même, ne se trouvant contrainte ni par l'Egypte qui 
avait abandonné ses territoires asiatiques, ni par les Hétéens dont 
la puissance s'éteignait peu à peu, ni par l'Assyrie dont les armées 
n'avaient point encore franchi l'Euphrate, se débattit dans la plus 
affreuse anarchie. 

Tour à loiir et pour un temps très court, les peuples les plus 
forts dominèrent les autres et de tous, il semble que ce soit les 
Philistins (/|) (qu'on a longtemps pensé d'origine Cretoise (5) ou 
carienne ((5), alors que sûrement ils sont Kgéens) qui, installés jadis 
dans le pays par les Piamessides (7), exercèrent la suprématie la 
plus durable. 



(1) Ophra (1 Aljiézur, dont rem])lacement est 
inconnu. 

(-2) Cf. Stade, Gesch. d. Fo/A-e.s- Israël, 
pp. 190-101. 

(3) Sortes de héros spéciau.x (sophet) à cha- 
que tribu, mais n'ayant aucune autorité sur 
l'ensemble de la nation. Ehoud (tribu de Ben- 
jamin), Japhtéh (Galaad), Gédéon (Manasli- 
shé), etc. 

(4) E. Renan {Hisl. gén. des langues sémili- 
ques, 4« éd., t. 1. pp. 5:i-55 ; Ilist. peuple Isriiël, 
II, pp. 24-33) considérait les Piiilistins comme 
d'origine Cretoise et leur attribuait un dialecte 
gréco-latin. Ce dialecte se serait perdu après 
leur arrivée en Palestine, car à la XXIP dy- 
nastie on parlait, chez les Philistins, la langue 
chananéenne (Cf. Chassinat, Bull. Insl. Fr. 
Caire, I, 1901. pp. 98-100.). Cette origine Cretoise 
acceptée par M. W. Max-Miiller entre autres 
(Mitt. der Vorderasialisrhen Gesellschafl, 1904, 
2, pp. 14-15), semble cependant encore fort 
douteuse, k II semble que les Egéens qui, lors 
des mouvements des peuples de la mer contre 
l'Egypte, s'installèrent en Palestine, apparte- 
naient à diverses tribus : au premier rang les 
Poulousali ou Philistins qui donnèrent leur 
nom au pays, puis des Cretois et des Pheléti. 
L'origine de ces derniers, tout comme celle 
des E'oulousali, resta indéteiminée ; jusqu'ici, 



la qualification d'Egéens leur est seule appli- 
cable. (R. Dussaud, Questions mycéniennes, ds 
lieu, de l'hist des religions, 1905, tirage à part 
p. 31.) 

(5) Juges, III-IX.— IIitzig. Urgescli. u. Mglho 
log der Philislaeer. p. 14, sq. — GiiNESius, 
Thesanrus. au.x mots Caplhor, Erelhi, etc. — 
EwALD, Geschichle des Volks Israël, I, p 325, 
sq. — Bertheau, Zur Geschichle der Isr lelilen, 
p. 188, sq — MovERS, Die Phœnizier. I, pp. 3-4, 
10. 27-29, 33, sq.; 663. — Tucn, Commenlar iiber 
die Genesis, p. 213. -— Lengerke, Kenann. I, 
p. 193, sq. — KnObel, Die Vœlkerlufel der Ge- 
nesis, p. 215, sq. — MuNK, Palestine, p. 82, sq. 

rc) II Sam., XX, 23. — II Rois, XI. !, 19.— 
IlSom , VIII, 18. Hakréli est un nppollatif et 
non un ethnique (R. Dussavd, Ilev. hisl. relig,, 
1905. Ouest. Mijc, tirage à j'art, |i. 32, note 1.) 

(7) Le territoire qui leur fut concédé, enlre 
la Syrie, la mer et le désert, s'étendait du tor- 
rent d Egypte aux environs de .Joppé.dont cinq 
villes importantes [lar leurposition stratégique, 
Gaza, \scalon. Ashdod. Ékroii '•', Galh, com- 
mandaient les débouchés de I.T Palestine et les 
abords de l'Isthme de Suez. (G. Maspero, llist. 
nnc. des peuples de l'Orient, V' éd., 1893. p. 313. 
313, et note 4. — Fr. Lenormant, Hisl an- 
cienne, t. I, p. 207-208. 



LA riŒl'ONDKUA.NCE ÉGYPTIENNE 



305 



Cependant, grâce à plusieurs expéditions heureuses contre les 
peuplades de la Phi listie, Saûl,chef de la tribu israélite de Benjamin, 
était parvenu à grouper (|uel(|ues districts sous son autorité. 

Enfin (1) David, un aventurier, secoua le joug (|ui pesait sur 
les Hébreux (2) el, groupanl auloiif de lui les mécontents, sans 
distinction de nationalité, fonda le royaume juif; non sans des 
luttes acharnées conlre les anciens maîtres, et aussi contre les 
peuples soumis [)ar les Philisliusen même temps que les Hébreux. 
Jérusalem, l'ancienne Jebus des Chananéens, fut choisie comme 
capitale du nouvel Etat (3) et fortifiée {!\). 

Profitant de la division du pays, de l'antagonisme des divers 
roitelets et surtout de l'inattention des grandes puissances, David 
s'empara de toute la Palestine et de toute la Syrie, réduisit à son 
obéissance Damas, MaaUha, Piohob, Zobah, Ilamath, Moab ; mais 
n'entama pas les domaines de Tyr et de Sidon. Il étendit son 
pouvoir depuis les rives de l'Oronte jusqu'aug olfe d'Akaba, depuis 
les frontières de Phénicie jusqu'au désert syro-arabique et, en un 
seul elfort, forma son royaume, im])osant sa domination par des 
cruautés dignes des rois d'Assyrie. 

En Idumée (5), Joab fit égorger toute la partie mâle des vain- 
cus ; àMoab(6), les deux tiers de la population fut de sang-froid 
mise à mort. Les Ammonites, « on les mit sous des scies, sous 
des herses de fer, sous des haches, on les fit passer par les 
fourneaux où Ton cuit la brique (7) ». 

Partout ce ne furent que massacres, égorgements, tortures et 
finalement pillages. Les dépouilles des victimes furent agréables 
à Yahwé ; comme, quel({ues siècles plus tard, celles de la Judée 
elle-même devaient remplir de joie le cœur d'Assour. 



(1) Les années qui précédèrent l'apparition 
de David sV'Toulèrent en luttes perpétuelles 
des Hébreux conlre les Philistins. L'intérêt de 
ces guerre:^, n est d'ailleurs que local Cf. 
Stade. Geschichte des Volkes Israël, p. 160. sq. 

(2) II Sam.. V, 17-25. — I Chroiu, XIV, 
8-17. — I Chron.. XVIII, 1. —Cf. Stade, op. 
cil , p. 2»;5-Jt)7. 

(3) Salomun s'efTorça d'établir dans sa capi- 
tale, près (le sa résidence, le centre du culte 
de son petiiile, mesure politique continuée par 
tous les d\ nastes israélites, el d'établir ainsi un 
culte national. " Les monarques juifs des deu.x 
royaumes essaient vainement (le centraliser 
le culte dans leurs capitales et chacun à l'om- 
bre même ih son palais ; celte religion officielle 
el national- mettra de longs siècles à triom- 
pher des cultes locau.x, issus du sol, àcecpril 



semble, plus encore qu'ils ne sont inhérents à 
une race.» (II. Vincent, Canaan, 1907, p, l.'il.) 

(4) L'arrivée des Hébreux au pays de Cha- 
naan semble avoir introduit des méthodes 
nouvelles dans la construction. Alors que les 
Chananéens ne connaissaient que l'appareil 
polygonal en matériaux à peine dégrossis, les 
Israélites font usage de blocs équarris de cal- 
caire. (Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. .59.) Les 
nouveaux venus avaient bien certainement 
appris en Egypte les jirincipes de construction 
qu'ils appliquèrentjtrès gauchement d'ailleurs, 
à Tell Ta'anek (Cf. Sei.li.x, Tell Tuanak, p. 21, 
sq., pi. 1), mais d'une manière beaucoup plus 
habile à Jérusalem. 

(5) I Rois, XI, 15-11^. 

(fi) II Sam., X-XII; I Chron., XIX-XX. 
(7) II Sam., VIII, 2 ; I Chron., XVIII, 2. 

2Ô 



306 LES PREMIÈRES CIMLISATIONS 

Et ce royaume, qu'était-il, même au temps si court de son 
apogée, sous David et Salomon (1) ? Un district montagneux, 
pauvre, à peine long de 200 kilomètres et large de 150, même 
pas une province des empires asiatiques; vingt auties princi- 
pautés tributaires de l'Egypte, de l'Assyrie ou de la Perse ont, 
plus que lui, des droits à figurer dans l'histoire ; et, cepemiant, 
l'imagination des exégètes bibliques l'avait tellement grandi 
qu'il y a peu d'années encore on lui accordait une importance 
dominant toute l'antiquité orientale. 

Aujourd'hui que, grâce aux nombreux textes antiques nouvelle- 
ment découverts, il est aisé de comparer l'état d'esprit des Hé- 
breux et leur valeur politique à ceux des autres peuples asiati- 
(jues, ils se montrent sous leur vrai jour. Ce n'était qu'une peu- 
plade sémitique comme les autres, douée des mêmes vices et des 
mêmes qualités ; rien de plus, rien de moins. 

Les récentes investigations en Palestine (2) ont jeté une lumière 
toute nouvelle sur les progrès de la culture dans I(\s pays bibli- 
ques, connus autrefois seidement ])ar des traditions souxcut dou- 
teuses, toujours tendancieuses. Les ruines interrogées j)ar d'ha- 
biles observateurs (3) ont montré que la succession des faits coïn- 
cide, comme il fallait s'y attendre, avec les lignes fournies par 
l'histoire générale asiatique. 

Au début, de[)uis les temps préhistoriques les j)lus anciens 
jusqu'aux environs du vingtième siècle avant l'èie vulgaii-e, les 
peuples palestiniens seraient, suivant quelques auteurs, demeu- 
rés à PEtat néolithique. 

Celte date apj)roximalive du vingtième siècle ne saurait, à mon 
sens, être acceptée ; car il est inadmissible que la Syrie, placée entre 
deux foyers très anciens des connaissances métallurgiques, 
exposée à de fréquentes invasions asiatiques dont nous jîossé- 
dons d'exactes notions, se trouvant sur le passage des relations 
commerciales entre l'Egypte et la Chaldée, en contact constant 



(1) Salomon reconnaissail la suzeraineté du (3) Les principaux ouvrages à consulter 

roi d'Egypte, recevait une de ses filles en ma- sont : Zeilschrifl des deul. Palaslina-vereins. — 

riage, adorait ses dieux et les honorait en face Milllieilunyen u. Nachrichten des deiit. Palds- 

de Yahwé. (H. Vincent, Canaan, 1907, p. 4(55.) tina-L'ereins . — Quarlerii/ slatenienl Palestine 

C'est par les Hébreux seuls que nous connais- Exploration Fiind. — Bévue biblique.— Procee- 

sons celte alliance de la fille du pharaon avec dimjs of Ihe Soc. biblical Arcliaeoloijij. — 

leur roi ; et il est permis de douter de lu sin- Ci, eumont-Ganneau, Reçue// d'Arc/jeo/oy/V orien- 

cérilé de cette assertion. taie, 1899. — Perbot et Chipiez, Hist. de l'art. 

Ci) Cf. H. Vincent, Canaan, Paris, lib. t. 111, etc. 
V. Lecoffre, 1'j07. 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 



307 



par nier avec les civilisations égéennes et ci'étoises (1), soit de- 
meurée ignorante des métaux (2). 

Les antiques migrations des Chaldéens se rendant dans la val- 
lée du Nil la traversèrent; les armes élamiles la con({uirent, de 
même que les empereurs suinéro-aklcadiens (3) ; les Hyksos la 
j)arcoururent. Puis les hommes d'Abraham {!i) y laissèrent les 
peuples d'Ammon et de Moab; elle eut dès la haute antiquité des 
contacts directs avec les Sémites de l'iMiphi-ate moyen et, forcé- 
ment, connut de 1res bonne heure les arts utiles, tels que la mé- 
tallurgie, la construction et la céramique (5). C'est donc vers l'épo- 
que des premiers mouvements des Asiali(|ues vers TÉgypte ((u'il 
<;onvient de reporter les débuts de l'étal énéolilhique en Cœlésvrie, 
soit antérieurement au quatrième milléniuni avant notre ère. 
Les indices sur lesquels ou s'était basé pour abaisser réj)oque de 
ce fait ne peuvent avoir été que mal interprétés. 

Dans ces pays relativement pauvres, le j)rogrès peut ne s'être 
fait que lentement ; aussi est-il possible d'admettre une longue 
durée de la civilisation énéolithique. En Chaldée, en Egypte, pays 
riches, la période d'incubation n'exigea-t-elle pas des dizaines de 
siècles ? Puis, cette culture se modifia peu à peu, évoluant sur 
elle-même et profitant de maintes influences. L'arrivée d'élé- 
ments et]i]ii(|iies nouveaux forma l'état social dit chananéen, dont 



(1) La seule route entre la Chaldée et 
l'Egypte remonte l'Euphrate jusqu'à Deir el 
Zor ou Mesqueneh. gagne la montagne, tra- 
verse la Palestine, suit la côte de la Médi- 
terranée ou celle du golfe d'Akkaba et entre 
en Egypte par Péluse ou Suez. 

(2) i^a connaissance du métal en Egypte est 
contemporaine de Menés ou quelque peu 
antérieure; en Chaldée elle est plus ancienne 
que Narâm Sin (3800); on peut lui assigner 
dans les deux pays une antiquité supérieure 
à 4.000 ans av. J.-C. Si donc en l'an 2000 les 
Palestiniens avaient encore été à l'état néoli- 
thique, ils eussent vécu vingt siècles entre 
ces deux foyers : l'un, l'Egypte, situé à 400 kilo- 
mètres ; l'autre, la Chaldée, à 120O (l'Oronte 
n'est qu'à 150 kilomèlres environ de l'Eu- 
phrate), sans en recevoir le plus précieux des 
enseignements, supposition invraisemblable 
amenante rejeter la date du vingtième siècle 
pour les débuts de l'énéolithique dans la 
Palestine. 

(3) Cf. G. Maspero, Histoire, H, p. 17, sq. — 
ZiMMERN-WiNCKLEH, Die KeiHnsrliriflen und 
das Alt. Teslam., 3' éd., p. 15. — L.-'VV. King. 
Art. Babylonia, ds. Encyclopedia biblica (de 
Cheyne), I, col. 440, § 41. 

(4) n fut un temps où certaine classe de 
savants était tellement suggestionnée par la 



recherche des traces du peuple d'Israël, qu'au 
moment de la découverte du tombeau de 
Khnoumhotcp (à Béni Hassan] et de la fresque 
qu il renferme représentant une caravane, on 
y voulait voir 1 arrivée d'Abraham en Egypte 
{Genèse, XIL 10, 20), ne doutant pas que les 
Egyptiens n'eussent accordé leur attention à 
cette insignifiante tribu dont ils étaient eux- 
mêmes si féru^.. Inutile de dire que nous ne 
connaissons et probablement ne connaîtrons 
jamais Abraham ([ue par la Bible. C'est, 
semble-l-il, vers le vingtième siècle que les 
Hébreux, conduits par leur patriarche, traver- 
sèrent le pays de Chanaan. 

(5) Bien qu'avant la XVIII» dynastie les 
Egyptiens n'eussent pas lancé leur-; armées 
en .\sie, ils n'en avaient pas moins des com- 
munications avec les peuples de la Syrie 
(Cf. Max Mlller, Asien und Europa nach 
AUnejuipl. Denkmaelern, p. 2. — G. Maspeuo, 
Histoire, I, p. 392). « Les découvertes contem- 
poraines en Ctianaan nous ont fait constatera 
maintes reprises la trace des Egyptiens, à 
des époques parfois fort reculées, le vingt-cin- 
quième siècle par exemple, pour l'hypogée de 
Gezer,probablement aussi pour les tombes et 
un palais de Megiddo. » (Cf. Mittheil. u. Nach- 
vichlen d. d. Paliisl. vereins, 1906, p. 50 et 52.^ 
(H. Vi.NCE.NT, Canaan, 1907, p. 430, note 1.) 



308 I^E^ PREMIÈRES CIMLISATIONS 

on a voulu placer les débuts au seizième siècle avant notre ère. 

Cette dernière date, proposée par quelques archéologues, 
semble, elle aussi, beaucoup trop rapprochée de nous; car au sei- 
zième siècle, la Palestine était parcourue en tous sens par les 
Égyptiens, les Hétéens, les Phéniciens et le degré de civilisation 
de ces peuples était trop élevé pour que les pays soumis à leur in- 
fluence n'eussent pas très largement bénéficié de leur incessant 
contact. D'ailleurs, depuis bien des siècles, la Syrie et la Palestine, 
de même que les pays de TOronte et du haut Euphrate, n'étaient- 
ils pas sémitisés, la Crète et l'archipel n'avaient-ils pas atteint 
l'apogée de leur développement? pourquoi vouloir faire de la Syrie 
un îlot de peuples aussi en retard sur le mouvement général ? 

Les divisions chronologiques établies pour la culture dans cette 
partie de l'Asie antérieure, considérées au point de vue relatif, 
semblent être fort judicieuses; mais il n'en est pas de même en ce 
(jui concerne les dates pour les raisons énoncées plus haut. Voici, 
d'ailleurs, cette classification telle qu'elle est présentée dans les 
récentes publications : si j'insiste sur cette question, c'est unique- 
ment par suite de l'intérêt majeur qu'elle présente au point de 
vue de l'ensemble du développement dans le monde antique. 

\ (\). — Entre les origines imprécises de la culture et le sei- 
zième siècle suivant les auteurs. [Période amorite (FI. Pétrie), pré- 
israélite archaïque (lUiss), indigène (H. Vincent)], civilisation dont 
je crois devoir reporter la fin vers le cinquième milléniiim av. J.-C. 
Les instruments de silex, les poteries grossières ornées d'inci- 
sions, la nature primitive des sanctuaires sont ses caractéristi- 
ques. Les populations qui l'ont produite appartenaient probable- 
ment aux vieilles races de l'Asie antérieure plus proches des 
Sumériens et des Hétéens que des Sémites. 

IL — Du seizième au douzième-onzième siècle (auclorum) 
[Période phénicienne (Fl. Pétrie), préisraélite postérieure (Bliss), 
chananéenne (H. Vincent)]. Longue phase correspondant, cà mon 
sens, à l'influence suméro-akkadienne dont le début se perd dans 
la nuit des temps et qui semble se terminer avant le vingtième 
siècle. Cette civilisation présente non seulement des caractères 
spéciaux dus au vieux fond de la population et à sa culture, mais 
aussi des analogies frappantes avec celle de la Chaldée. 

(1) Les termes proposés par II. Vincent être beaucoup mieux appropriés que ceux 
pour désigner ces quatre périodes semblent employés par Flinders Pétrie cl par Bliss. 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 



309 



Le métal j)araît faire son apparilion dès les débuis de cette 
période. La céramique qui se couvre de peintures est inspirée, dans 
sa technique comme dans sa décoration, par les œuvres similaires 
de Chaldée et non d'I^gypte (1). Les procédés de conslruclion 
sont clialdéens (2). La forlification joue un rôle important et s'ins- 
pire des principes suméro-akkadiens (3). Le culte franchement 
asiatique [h] donne naissance à des sanctuaires d'une disposition 
toute spéciale (5), établis sur les hauts lieux tles anciens habitants; 
preuve qu'il s'est fait une sorte de fusion entre les croyances 
anciennes et nouvelles. 

Au cours de cette longue phase, l'ornementation céramique se 
modifie (6), la technique demeurant chaldéenne; elle est d'abord 
purement asiatique puis, vers l'époque du développement minoen 
se laisse pénétrer par dos influences artistiques occidentales, 

III. — Du douzième ou onzième au neuvième ou huitième 
siècle (auctorum); [Période juive (Fl. Pétrie, Bliss), Israélite (H. Vin- 
cent)] dans laquelle la culture se modifie par suite de l'arrivée des 
Hébreux et des contacts de plus en plus fréquents avec les pays 
du Nil et de la mer. 

Les vieille.s traditions céramiques s'éteignent peu à peu pour 
faire place à des formes plus utilitaires (7) qu'artistiques. Les 
objets d'importation étrangère abondent (8). La construction 
s'inspire des œuvres égyptiennes (9). Le temple remplacera bien- 
tôt les hauts lieux chananéens (10). Je verrais j)lutôt dans cette 



(1) Cf. J. DE Morgan, Comptes rendus de 
l'Acad. des inscr. et belles-lettres, 1907. — Revue 
de l'Ecole d'antlirop. de Paris, 1907. 

(2) Cf. les observations de Fl. Pétrie au 
sujet des constructions de Lâchis en briques 
séchéei au soleil (.wiii s. av. J.-C.) {Tell el 
Hesi/, p. 21.) 

(3) Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, p. 29, II. 
Foi-tificalion et structure. Les malériau.x, les 
remparts. — Les restes du plus ancien rem- 
part connu jusqu'à ce jour en Palestine seraient 
la muraille antérieure de Gezcr ; elle daterait, 
suivant IMacalisterfOurt;^ S/af. Pal. Explor.F., 
1904, p. 203; 1905, p. 28, sq ), de la période s'éten- 
dant du vingt-neuvième au quinzième siècle. 

(4) Cf. H. Vincent, Canaan, 1907, chap. III, 
p. 153. 

(5) Tell es Sâfy. (Bliss et Macalisteu, 
Excav. in Palestine, p. 31, sq.) Gczer, le plus 
important et le mieux conservé de tous ceu.\ 
découverts jusqu'à ce jour. (Cf. Quart. Slal., 
1903, p. 23, sq.) 

(6) Les spécimens les plus anciens montrent 
une ornamentalion très voisine de celle (lu'oii 



rencontre à Suse etàTepeh Moussian (Poucht 
è Kouh), dessins géométriques (H. Vincent, 
Canaan, 1907, pi. VI H, entière, lig. 205', repré- 
sentations d'animau.x (/(/., tig. 2(JC à 211), se 
compliquant {Id , lig. 213, 214), pour enfin sini- 
prégner d'influence occidentale {Id., lig. 212, 
232). — Sellin, Tell Taanak, (ig. 21. A ce 
dernier type appartient le vase du musée du 
Louvre, dit de Jériisaleni, tous deu.x présen- 
tent nettement le caractère susien. 

(7) C'est à peine si, à la IIP période, on 
rencontre encore sur les vases quelques gros- 
sières peintures. Cet art s'éteint en Ctianaan 
comme en Elam, s'atrojjhianl peu à peu et ne 
persistant que sous formes de grossières ban- 
des colorées ornant les amphores. 

(8) Cf. Macalisteh, Quart. St. Pal. Explor. 
Fund., janv. 1905, lig. 2. — Sellin, Tell 
Taanak, lig. 44, 94, 97, 219. 

(9; Cf. Sellin, Tell Ta'annak, fig. 5. Ap]ia- 
reil en grossières pierres de taille d'époque 
Israélite. 

(10) Cf. Perrot et Chipiez, Hisl. de l'arl. 



'^[Q LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

transformation une action réflexe des Chananéens d'Egypte, Tin- 
'luence des llyksos chassés de la vallée du Nil et aussi des Hé- 
breux dont, au début, le rôle ne fut sûrement que bien secon- 
daire. Cette période comprend certainement aussi celle des 
conquêtes asiatiques de TÉgypte. Elle a donc débuté vers ran 2000 
av. J.-C; empreinte d'influences multiples, par suite des progrès 
efl'ectués par tous les pays du monde antique et par la Méditer- 
ranée indo-européenne nouvellement entrée en scène, cette cul- 
ture ne possède plus rien de personnel. 

lY. — Du neuvième ou huitième au quatrième siècle [Période 
séleucide (FI. Pétrie, Bliss), judéo-hellénique (IL Vincent)]. 

J'ai dû, pour faire mieux comprendre la vie des peuples pales- 
tiniens, sortir des limites tracées par ce chapitre que seules la 
deuxième et la troisième période intéresse, l'une concernant les- 
peuples sur lesquels l'Hébreu eut à conquérir le sol, l'autre s'ap- 
pliquant à la civilisation contemporaine des Israélites. 

Pendant que se passaient les événements dont il a été question 
plus haut, profitant de l'apathie élamite, les Sémites du Tigre 
-moyen avaient, comme leurs congénères du Sud, repris leur indé- 
pendance. Leurs villes de Singar, d'El Assar, de Kalakh, de Ni- 
noua, jadis administrées par des patésis sous la suprématie chal- 
déenne ou élamite, se groupèrent, après leur affranchissement, et 
formèrent la fédération d'où naquit plus tard le royaume d'Assyrie. 
Entre le dix-huitième et le seizième siècles, c'est-à-dire au temps 
de la conquête égyptienne des pays syriens, vivaient, sur le Tigre, 
des princes qui, sans être déjà rois, étendaient leur influence sur 
les diverses peuj)lades sémitiques cantonnées sur le cours moyen 
du lleuve. Ils portaient le titre à'ichakkoa ou palési (1). 

Assour n'était, à cette époque, qu'un petit royaume correspon- 
dant à la partie plate de la vallée. En lutte perpétuelle contre les 
anciens habitants dépossédés et retirés dans les montagnes kur- 
des (2) et arméniennes (3), ce nouvel Etat était menacé vers le 
Sud par ses congénères de Chaldée (4). 



(1) Sur cette époque encore obscure il y ;i lien (3) Les Bikni. les Mousri, les peuiiles de 
il'espérer que les fouilles allemandes jellerunl Khoubouslda. 

bientôt une vive lumière. Voirplus loin la liste (4j Les Louloubi entre autres. Cf., sur la 

des plus anciens princes d'Assyrie, telle quelle slèle d'Anou Baiiini, au pays de Bâtir (Zohàb\ 

ressort des plus récentes découvertes. J. de Morgan, Mission scientifique en Perse, 

(2) Les Kouti, les Namri. t. IV; Reclierches archéologiques, l" paitie. 



LA PUKF^ONDKUANCK ÉG VI» TIlilNNE 311 

Celte siluation périlleuse développa chez les gens d'Assour les 
qualités giHMrières de leur race. Peu à peu ils se rendirent maîtres 
des autochtones leurs voisins, étendirent leurs territoires dans le» 
pays accidentes de IKst et du Nord, dans le Sindjar et vers le 
Khabour, que. peut-être ils atteignirent de très bonne heure. Ils 
accrurent leurs ressources par le butin fait sur les tribus vaincues 
et pi'ospérèront (1(^ telle manière qu'au (|ualorzième siècle ils 
constituaient déjà une puissance traitant d'égal à égal avec celle 
de Babylone (1). 

Ce sont les princes d'El Assar (|ui fondèrent le royaume d'As- 
syrie; leur capitale située au sud de leursEtats, c'est à-dire près des 
pays 1res développés, s'élevait au milieu d'une plaine fertile qui, 
par les soins des anciens patésis ou ichakkous, s'était couverte 
de canaux. 

Mais si la lichesse des campagnes d'El Assar rc'pondait aux 
besoins de la poj)ulation, elle ne satisfaisait pas les and)itions 
des rois dAssyrie qui, maîtres d'un peu})le ardent (4 ])elli([u<'ux par 
nature et par éducation, ayant goûté au butin pris sur les nations 
voisines, ne révèrent plus que le pillage du monde. Dans ces temps 
d'ailleurs, il était bien difficile [)Our une nation de vivre sans domi- 
ner. Telle fut lorigine du caractère et de la fortune des Ninivites. 

Au moment où l'Assyrie n'était encore qu'une minuscule prin- 
cipauté, l(^s Cosséens (2), peuples des montagnes, peut-être 
apparentés aux Elamites, profitant du sommeil des rois susiens, 
descendirent en Ghaldée, renversèrent la dynastie babylonienne 
et, sul)sli tuant leurs rois aux princes sémites, fondèrent la mo- 
narchie dite cassitequi, pendant quatre siècles environ, gouverna 
la plaine, sans grand éclat d'ailleurs. 

Ces princes, souvent en guerre contre leurs voisins y compris 
l'Elam, semblent n'avoir fait d'expéditious (|ue sui- leurs frontières 
ou contre des feudataires révoltés. Nous possédons de leur époque 
un grand nondjre de documents dits Koudourrous (3), titres de 



p. 147, sq. fig. US. — V. Sciiuii., liecueil des Koxsiier, in-8, Liepzig, 188i. — Hai.iïvy, /?eci;e 

Irai'., 1602, p. 103. cn7/V/u(*. 188i,i). 481-487.Lcs (;o.s.séons(Ko7'Ja:o:) 

(Il Entre 14œ el, 1370, Assourhelnisisou et ouKassiles, en assyrien Kuclichou, sont inen- 

son fils Ba^ourassour traitaient sur le pied lionnes par I^olybefN', 4i, 7), Strahon (XI, 13,6; 

d'égalité Karainclacli et son fils Bournabou- XVIl, IH. Dioilore de Sicile ^XVII, 111), Arrier 

riach I", roiscosséjns de Ghaldée. Les deux fa- (L'x/;/. Alex , VII, 15, 1). 

milles royales s'allièrent par des mariages. (3j Cf. J. de Mohgan, dans Méin. de la Délég 

(•2!Cf. PoGNON,Ins(-ript. do Méroii-Nérari I"', en Pente, t. I, 1900. Rech. nrchéoL, p. 165, sq. 

roi d'Assyrie, dans Joarn. asial., 18s3, t. II, /-/., t. VII, 1905, ii. 137, sq. 
p. 351-431. — Fr. Delitzsch, Die Sprache der 



312 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

propriété foncière gravés sur pierre, faisant penser qu'ils ont 
pris grand souci de l'administration intérieure de leurs Etats (1). 

Ces écrits, tous rédigés en langue sémitique, n'offrent guère 
d'enseignements sur la nature ethnique des Cosséens. Ces conqué- 
rants n'étaient pas des sémites, cela résulte de leurs noms propres; 
c'est tout ce que nous sommes en mesure d'affirmer. Quant à leur 
lieu d'origine, on le place généralement dans les montagnes du 
Louristan (Pouclit é Kouh) ; mais il se peut qu'ils soient venus des 
massifs qui bordent au nord le golfe Persique et que les Kas- 
hshi des Assyriens ne soient que les restes de ces tribus après 
leur expulsion de Cbaldée. 

Au Nord-Est et à l'Est, la migration aryenne s'était continuée. 
Des montagnes voisines de la Caspienne, les ^Nlèdes étaient entrés 
sur le plateau, rencontrant, surtout en Azerbaidjan et dans le 
Kurdistan actuel, des tribus autochtones probablement issues de 
la vallée du Tigre, des montagnes d'Arménie ou des vallées du 
Caucase. Ils s'emparèrent des meilleurs territoires et sinstallè- 
rent divisés en une foule de tribus, vivant côte à côte avec les 
anciens habitants (2), les absorbant ou les refoulant devant eux ; 
de même que plus tard, après avoir joué leur rôle, ils se trou- 
vèrent eux-mêmes repoussés dans les montagnes par dautres 
invasions (3). 

Leur industrie s'était quelque peu perfectionnée pendant leur 
séjour dans le nord de la Perse, si nous en jugeons par ce que 
nous révèlent les fouilles ih). Us avaient probablement exploité 
quelques affleurements des riches gisements de cuivre du Qara 
dagh et du Ghilan (5) et progressé en métallurgie ; leurs armes, 
devenues plus meurtrières, devaient leur donner une grande 
supériorité sur les peuples du plateau. 

De cette époque sont, je crois, les citadelles dont on rencontre 
encore les ruines dans les pays caspiens (6), forteresses situées 

(1) En s'élablis~anl dans la Chaldée, les actuel, il en C.-.1 Ijeaiicoup dont les noms ne 
Cosséens introduisirent de nouveaux usages sont sûrement pas indo-européens. 

dans la )iropriété foncière ; le collectivisme (3j C'est plus spécialement l'invasion turque 

avec partage et jouissance tem|ioraire fut qui a refoulé les anciens peuples du Nord de 

remplacé par la propriété exclusive et héré- la Perse dans les montagnes. 

ditaire. (Cf. Ed. Cuo, La propriété foncière (4) Cf. J. de Morgan, Mission se. en Perse, 

en Chaldée, ds Noav. Rer. hist. de droit fran- t. IV, 1" partie, chap. II, p. 13, sq. — H. de 

çais et étranger, nov.-déc. l'J06, p. 728, sq.) Morgan, dans Mèm. de la Délèy. en Perse, 

Cette innovation est bien le fait d'une inva- t. VIII, 19tiG. 

sion brutale et du passage de l'autorité en des '5) Cf. J. de Morgan, Mission se. en Perse, 

mains étrangères. t. III. Etudes géologiques. 

(2) Parmi les nombreux peuples cités dans (6) Cf. II. de Morgan, op. cit. 
les textes assyriens comme habitant l'Iran 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 313 

sur des hauteurs faciles à défendre, et entourées d'immenses 
nécropoles de dolmens imposants par leurs dimensions, et d'une 
magnifupie cousU'ucliou (1). 

Les arts n'exislaient pour ainsi dire j)as chez ces peuplades; leur 
goût se contentait de quelques dessins géométrie] ucs liés simples 
tracés au brunissoir sur les vases de terre grossière et de quel([ues 
ornements de métal destinés à la parure. L'or (2),rélectrum (3) et 
le bronze étaient alors les seuls métaux en usage chez eux. On ne 
rencontre aucune ciselure, aucune tentative de représenter 
Ihomme ou Tanimal. Nous nous trouvons là en présence d"une 
race ne possédantpas de liens communs avec celles que, jusqu'ici, 
nous avons rencontrées dans l'Asie antérieure; c'est un élément 
ethnique spécial analogue en tout à celui (pii, dans l'Europe 
occidentale, fit disparaître les arts archéolithicjues, comparable 
aux hommes de la pierre polie et du bronze. 

Au Sud, une autre branche aryenne, celle des Perses, ayant 
dans sa marche vers le Sud^ atteint le versant intérieur de la 
chaîne bordière, le suivit quelque peu, maintenue sur sa droite 
par les déserts salés, sur sa gauche par les montagnes elles-mêmes. 
Elle gagna le Fars et ne sarrèta qu'aux territoires d'Ispahan oc- 
cupé peut-être déjà par les ^Nlèdes. Se butant d'une part dans les 
montagnes à des tribus probablement apparentées aux Élamites. 
d'autre part, sur le plateau, à leurs congénères venus des pays cas- 
piens par le haut bassin du Kizil Ouzen (Séfîd-roud) (/i), ils s'éta- 
blirent dans la Perside et, peu à peu, descendirent jusqu'à la mer (5). 

Ces deux pointes avancées de la migration iranienne avaient 
laissé derrière elles bien des tribus dont les noms sont devenus 
synonymes des satrapies achéménides. Derrière les Mèdes 
étaient les llyrcaniens (6), dans le « pays des loups » (7) bor- 
dant le sud de la mer Caspienne. Proches parentes des Perses, les 
tribus caspiennes semblent n'être qu'une branche de ce peuple, 

(1) Cf. n. DE McMîGAN, dans Mém. de la dée. Pour 3' parvenir, force leur élait de Irn- 

Délég. en Perse, l. VIII, 190G. Recherches verser l;i plaine élamile, et je suis porté à 

archéologiques. croire ((iiils furent pendant un temps maîtres 

(i) Cf. J. DE Mono.KJS, Miss. se. en Perse, l.W, de la Siisiane. 

1" partie. Rech. archéol., Nécropole de Véri. (Gj l.'Hyrcanie formait avec la Parthyène 

(3) Cf. H. DE Morgan, op. cit. (Parihava) la XIIP satrapie. — Je n'ai pas 

(4) Districts actuels de Bidjar et de Glier- cité les Parthes ])arce que ce peuple non 
rhous, |)ays légèrement accidentés. Le Kizil Mazdéen n'était certainement pas arrivé dans 
ouzen i)rend sa source à peu de distance au le pays lors de la composition de l'Avesta et 
nord d'Ecbatane (Ramadan). que d'ailleurs il n'appartenait pas, semblc-t-il, 

(5) C'est peut-être à l'occupation des mon- au groupe médo-pcrse. 

tagnes du sud de l'Iran par les Perses qu'est (7) Vehrkana, Cf. Fr. Spiegel, Eranisclie 

due la migration des Cosséens vers la Chai- Allerlhumskunde, 1871. 



31 à LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

qui, entraînées à la suite des Mèdes, les auraient chassés devant 
elles mais se seraient arrêtées sur les bords de la mer. Derrière 
les Perses, les Carmaniens (1) et les Gadrosiens (2), descendus 
tous deux jusqu'aux rives du golfe Persique ; les Drangiens (3) 
et les Arachosiens (i) arrêtés dans les massifs du Baloutchistan ; 
enfin les Margiens (5) et les Baktriens (6) demeurés <à la limite 
des steppes de l'Oxus. 

Un autre rameau de la branche aryenne avait, pendant ce temps, 
au sortir de l'Aria (7) ou de la Bactriane, pris la route du Sud- 
Est et, traversant l'indus, s'était avancé jusqu'au cœur des Indes, 
asservissant, absorbant ou poussant devant lui les habitants, la plu- 
part de langues dravidiennes qui, eux-mêmes, ne devaient l'occu- 
pation du pays qu"à d'antiques conquêtes. 

Il est impossible d'assigner une date à ces mouvements et 
c'est à peine si nous en pouvons suivre les traces ; mais, vrai- 
semblablement, ils se terminèrent entre le quinzième et le dou- 
zième siècles avant notre ère, leur origine se perdant dans la 
nuit des temps. 

Ce n"est qu\à l'époque de Cyrus (8) qu"aj)paraissent les pre- 
mières inscriptions en langue iranienne ; auparavant ces peuples 
ne savaient point écrire. Nous en serons donc toujours ré- 
duits, pour les débuts de leur histoire, aux légendes de l'Avesta 
et aux textes, malheureusement trop laconiques, dans lesquels 
les Assyriens nous entretiennent de leurs campagnes en Iran. 
Les premières de ces inscrij)tions remontent au temps de Baman- 
nirari III, c'est-à-dire au neuvième siècle i^9) avant notre ère seu- 
lement. 

Quanta l'Avesta (^10), les meilleures autorités s'accordent pour 
placer sa rédaction primitive, ou mieux la réunion des éléments 
qui le composent (li\ vers les temps où la nation mède, dont les 
mages semblent n'avoir été qu'une secte ou une tribu, avait à 
peu de chose près terminé son mouvement (P2\ 

il) La province otiuelle de Kiiman a con- celle «le J. Darmsteter, dans les Annales du 

serve leur nom. Musée Gniniel, t. XXI à XXIII, Paris, 1892. 

(2) Cf. Spiegei., op. cit., 1871.' (11) La personnalité de Zoroasire fZaralhoiis- 

(3) Cf. Spiegel, op. cit., 1871, p. 161, 219. Ira) est rien moins que prouvée. (Cf. Spiegel, 
(i) Haraouvaslis des Perses, XXIP satrapie. Erani.'iche AllerlhumsKunde, l. I, p. ms, sq.) 

(5) Cf. Spiegel, op. cit., 1871. (12j La rédacliondu premierlivre du Vendidnd 

(G) Bakhlris, XVII' satrapie. tel que nous le possédons daterait seulement 

(7) Ilaraïva, XV» satrapie. du deu.xième siècle de notre ère, et le tableau 

(8) 549 av. J.-C. à 5-29. (|u'ii donne des provinces iraniennes ne serait 

(9) Ramannirari III, 812 à 784 av. J.-C. pas antérieur à cette époque (Cf. J. Darms- 

(10) La meilleure traduction de l'-lccs/a e-t teter, le Zend Auesla, t. III, 1893, introd. 



LA IMU.PONDLIUNCE KGVl'TIENNE 



315 



Les diverses étapes qu'assigne celle tradition à la branche indo- 
iranienne, bien que ne présentant guère de sécurités scientifiques, 
sont cependant intéressanle^s à suivre; parce que si elles ne cor- 
respondent pas exactement à la réalité, elles l'ont voir du moins 
l'ensemble de la migration (1). 

Ce sont (2) : la Sogdiane (3), la Margiane /i), la Bactriane (5), 
les pays situés entre cette région et la Margiane (6) elle-même, 



p. L) ; TAvesla porte l'empreinle grecque, 
issue de la conquête macédonienne, se mani- 
festant par des emprunts de docti'ine (id., 
p. I.I), des traces d'influence juive dniis les 
vues générales el dans la forme (id., p. LVII); 
mais ses origines remontent sûrement à des 
âges très anciens, puisque dans les débuts de 
la monarchie achéniénide nous voyons Ahou- 
ramazda apparaître dans les inscriptions. 

(1) G. Maspero (Ilisl. anc jieup Or. classique, 
t. m, 18011, p. 450, noie 1) expose de la manière 
la plus claire l'étal des études sur les origines 
de la race iranienne. L'opinion, dit-il, que le pre- 
mier chapitre du Tend/rfaci esl d'une haute im- 
portance pour l'histoire des origines aryennes 
el des migrations iraniennes remonte au début 
de notre siècle. Ileeren [Ideen :ar Allen Gea- 
chichle, t. I, p. 498), i)uis Rohde (De Heili<je 
Sage des Zendvolks, p. Cl) émirenl d'abord 1 idée 
qu'il nous présentait l'étal de l'Iran tel qu'il 
était du temps de Zoroastre ; Rhode pensait 
même que l'ordre dans lequel les provinces 
élaient énumérées répondait aux étapes suc- 
cessives de la conquête, l.assen, parlant de ce 
principe, conjectura que l'Airyanem Vaèjù, 
nommé le premierdans la liste, était le berceau 
de la race {Indische Allerthumskunde.l" ijd.,[. I, 
p. 526) el bientôt Haug voulut voir dans le 
chapitre entier une sorte de journal rédigé au 
cours de la migration (Das Erste Kai)itel des 
'Vendidads, ds Blnsen, JEgyfilen's Slelluny in 
der lVe.s;</e.sc/i/c/i/e,t. V,2'parlie,p. 104. 127). Ces 
notions ont i)révalu jusqu'au moment où Kie- 
perl les réfuta (dans \esMonalsberirlile de l'Acd- 
démie des Sciences de Herlin, 1856, ]>. 621, sq.) et 
où Rréal démontra (dans son Mémoire de la 
géographie de l'Avesla i)ublié en isti-i dans 
le Journal asiatique et reproduit dans les Mé- 
langes de mijlhologie el de linguislique, p. 187, 
sq.) que toute la géographie de l'Avesla est 
cssenliellemenl fabuleuse. Celte opinion est 
admise par J. Darmsleler [le Zend Avesla, 
t. II, p. l-4\ — D'après de nouvelles théories, 
les Iraniens seraient venus d'Europe, descen- 
dus des plaines de la Russie méridionale dans 
les vallées du Kour et de l'Araxe; de là, re- 
jelés d'Arménie par l'Ourartou, ils se seraient 
étendus sur le plateau Persan, les Mèdes dans 
le Nord, entre l'Ararat et Ilamadan, les Perses 
plus bas, vers l'Elam ; le rameau indien, éga- 
lement venu d'Europe, serait entré dans le 
pays des cinq fleuves par la Transoxiane. 

Si l'ancienne interprétation des te.vtes axes- 
tiques laissait prise à la critique, certes celle 
qu'on propose aujourd hiii n'est pas exempte 
de reprociies, car elle présente des invraisem- 
blances nombreuses. D'abord elle se relie inti- 



mement à celte théorie \>\us que hasardée qui 
fait venir tous les Aryens d'Europe, comme 
si l'Europe des temps glaciaires eût présenté 
une surface suffisante jiour lincubation de 
cette race qui, en moins d'un mlllénium, couvrit 
presque loul l'ancien monde. Là est une im- 
l)Ossibililé matérielle, ((ue la linguistique ne 
soup(;onne même i)as. Admettons, cependant, 
que le point de départ soit bien lEurojJe. 
Voici donc les Iraniens cantonnés au nord du 
Caucase dès que ces terres furent débarras- 
sées des lacs el des glaciers. Ce serait là 
qu'ils auraient inventé la métallurgie, le tis- 
sage, la culture, tous les arts que les Aryas 
possédaient au début. Où en auraient-ils trouvé 
les éléments? dans ces alluvions boueuses à 
]ieine sorties des eaux? Admettons encore celte 
hypothèse afin de ])ouvoir suivre dans leur 
exode imaginaire les Mèdes el les Perses. Ils 
traversent le Caucase, se répandent dans V\r- 
mcnie el font du Qarabagh (pays situé aux 
alentours du Gheuk tchaï) leur Anjanem-vaédjô 
(Cf. Spieoel, Eranisclie Alterlhumskunde, I. I, 
p. 1114, 211. — J. DAU.MSTETEB, Thc Zcud 
Avestn, t. I, p. 3, le Zend Avesla, t. II, p. 5, 
note 4), au contact des Touraniens, qui les 
laissent établir dans ces montagnes sans que 
toutefois aucune trace d'eux soit restée dans 
ce pays. Ensuite ils sont chassés vers le Sud ; 
mais ce ne peut pas être par suite du froid 
qu'ils quittent le Qara daghi pour se rendre, 
d un bond, dans la Sogdiane el le pays de Merv, 
afin d'y trouver un climat plus doux '■ El dans 
tous ces mouvements, en contact perpétuel avec 
les grandes civilisations asiatiques, les Iraniens 
restent nomades ignorants, se forment à peine 
en société, pas encore en royaumes, ne se 
laissent envahir par aucune connaissance 
utile ! Voilà qui dépasse les bornes de ce qu'il 
est permis d admettre même par égard pour 
les noms ([ui se sont inscrits en lête de cette 
théorie. (J. M.) 

(2) Cf. .1. Dar-msteteiî, The Zend Aiestn, t. I, 
p. 1-10.— Bréal, Fragm. de critique zende : 
de la Géogr. de l'Avesla. Jour, usial , 18()2 ; 
Mélanges lie mijlhologie el de lingui.'<lique,p 187.— 
Spieoel, Eranische AHertluanskunde, t.I, p. litO 
106. 

{?) Çoughdhà (de VAresla Vendidùd, Fr. I), 
sur le haut Oxus au nord de ce tleuve, aujour- 
d'hui Taciikent. 

(4) Mouron (jd.), district actuel de Merv. 

i5jBàkhdhi (/ti.), district actuel de Balk(Af- 
ghanislan). 

(6) Xiçàya (j(i.), la Ntaa-'a de Slrabon et de 
Plolémée, VI, 10, 4. 



316 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

l'Ariana (l),le Seistan (-i) pour la première partie de l'exode en 
commun. Les triljus se seraient alors divisées : les unes traver- 
sant l'Arachosie (3) seraient entrées dans le Pundjâb (/i) et 
auraient envahi les Indes ; les autres, par l'Apavortène (5), 
auraient gagné THyrcanie (6), puis le district de Rages (7) et le 
Khoraçan (8). 

Là s'arrête le récit (9), il n'y est pas question de la séparation 
des Mèdes et des Perses ; c'est donc dans les provinces du nord- 
est de l'Iran qu'aurait eu lieu cette division, les uns partant vers 
l'Ouest, les autres s'étendant au Sud. 

Mais il ne faut pas oublier que ce récit, maintes fois certaine- 
ment arrangé par les prêtres, sest pendant plus de mille ans 
uniquement transmis de bouche en bouche et que les plus 
anciennes copies que nous en possédons ne datent que du 
milieu (10) de notre ère. Que de transformations il a dii subir, 
même depuis les temps où il fut fixé par l'écriture (^11), sous 
les Achéménides, les Grecs, les Parthes, lors de la renaissance 
sassanide du culte mazdéen et enfin tle la persécution isla- 
mique ! 

Les Aryens arrivèrent en Iran à l'état pastoral, divisés 
en un grand nombre de clans rattachés entre eux par quelques 
liens, saidant mutuellement dans les entreprises d'où dé- 
pendait le salut commun, mais vivant chacun d(^ ses propres 
moyens. 

Peu à peu les tribus se fixèrent, fondèrent des bourgades, défi- 

(1) Harùyou (/J.), Haravaiva des Perses, au- peutêtre que le district deVahmeh-RehncluIans 

jourd'liui district de lierai 'Afghanistan). la moyenne vallée du Lar, cette vallée étant 

(2}Vaekerêla-Douhzaka l'/J.)' où se trouvent la seule voie par laquelle les monts Elbourz 

encore près de Djellabad les ruines de Dous- puissent être traversés depuis la vallée du Sé- 

hak. t'idroud jusqu'à la passe de Chaliroud-Aste- 

(3) Haraqaïti ('/(/.), pays compris depuis Kan- ràbàb. Cf. J. de Mot.gan, Miss. se. en Perse, 
dahar jusqu'à la rive droite de l'Indus. t. IV, 1896, Archéol., p. 133. 

(4) Heplahendou(ù/.),le f^endj-àb,aux Indes. 1 10) Le plus ancien manuscrit zend connu de 

(5) D'après Fr. Lenormant, TOurvâ de l'A vesta est celui de la bibliothèque de Copen- 
l'Avesta serait rOurivàn des Assyriens; 1 Apa- hague. 

varctisène d'Isidore de Sic, § 3 ; l'Apavortène ai) L'écriture zend ne semble pas être beau- 

de Pline, VI, 18. coup plus ancienne que le pehlevie ; elle re- 

(6) Khnentà-Vehrkanà (/(/.), Varkàna des Per- monterait donc tout au plus au premier ou au 
ses, aujourd'hui Djouardjân, près d'Astérâbâd. second siècle de notre ère. Auparavant on 

(7) Ragae (Isidore de Sicile, § 7), dont les faisait usage en Perse de caractères araraéens, 
ruines sont à Chah Abdul Azim, près de Téhé- employés sur les monnaies par les princes 
ran. persépolitains, ceu.x de 1 Elymaïde et les Ar- 

(8)Tshakhrà (Ayes?o,/d.), aujourd'hui Karkh, sacides de Persedepuis MithridateV (vers 150 

à l'extrémité nord-ouest du Khoraçan, d'après ap. J.-C.) jusqu'en 2-22, où, sous Artaxerces P' 

Haug. (Sassanide), ils cédèrent la place au pehlevie. 

(9) L'Avesla parle encore d'un district de Le plus ancien manuscrit conservé du Vendi- 

Varena que les Aryens auraient traversé en dad date de l'an 1324, il provient d'une copie 

descendant du plateau vers la mer Caspienne, faite en 1185 dans le Seistan. (J. Darmsteter, 

par conséquent entre Rages et Amol. Ce ne op. cit., inlrod., I, p. 15.) 



LA rHÉPONDÉRANCL: ÉGYPTIENNE 



317 



nircnl leurs fi'onlièi'os; mais le morcellement subsista jusqu'au 
temps où les Assyriens ciilièrent en contact avec les Mèdes clans 
le voisinage du lac d'Ourmiah, jusqu'à celui môme des Aché- 
ménides ; l'énumération des peuples figurant à la revue des ar- 
mées concentrées sur le lk)S[)hore en témoigne. 

L'élément nouveau apportait dans l'Asie antérieure des notions 
nouvelles. C'étaient dabord, dans la vie matérielle, des procédés 
métallurgiques spéciaux, des animaux domestiqués inconnus jus- 
qu'alors, tels le mouton venu de l'Altaï, le l)iifnc originaire des 
Indes ; enfin, dans l'ordre moral, des conceptions religieuses et 
philosophiques (1) autrement élevées que celles des j)euples les 
plus civilisés d'alors (2). 

Ormazd (Ahouramazda) (3) est le dieu unique, mais émanant 
d'une force vague, « le temps infini », créateur (/i), clément, om- 
niscient, parfait. Il est le ciel immense (5), son œil est le soleil (6), 
Dieu abstrait qui ne peut avoir d'image. Les émanations de sa 
puissance sont personnifiées dans des génies, dans des esprits 
bienfaisants, répondant aux diverses nécessités de la vie, aux diffé- 
rents actes terrestres. Mais ces génies, ces esprits qui sont de 
son essence n'agissent que suivant sa volonté. 

Chaque être, vivant ou à naître, a son ange protecteur, son 
guide, mais nen demeure pas moins responsable de ses actions, 
dont il rendra compte lors du jugement dernier. Après la mort, 



(1) Le zoroastrisme ancien présente un fond 
aryen commun avec l'Inde pour certaines 
croyances et spécial à l'Iran pour d'autres, 
par conséquent une part provenant des temps 
antérieurs à la séparation et une postérieure, 
mais cependant spéciale à l'Iran et n'étant 
pas le produit d'influences extérieures. Parmi 
les croyances les plus anciennes sont: le dieu 
du ciel, dieu suprême Ahouramazda; le dieu 
de la lumière céleste, Milhra ; le culte des 
divinités naturelles (l'eau, le feu, la terre, le 
vent), un ensemble de mythes mettant aux 
prises le dieu de l'éclair et le serpent de 
l'orage ; le culte de Ilaoma. (J. Darmsteter, 
le Zend Avesla, t. III, 1893, introd., lxxiii.) 

L'Avesta,telque nous le jiossédons, n'est que 
le débris d'une littérature beaucoup plus 
vaste, divisée en vingt livres ou Naska, que 
l'on possédait au temps des Sassanides. 
L'Avesta sassanide lui-même, suivant la tra- 
dition parsie, n'était que le débris d'une col- 
lection antérieure, détruite en grande |>artie 
par Alexandre, qui lit traduire en grec les 
nasks traitant d'astronomie et de médecine 
et lit brûler les autres. Après lui, les grands 
prêtres se réunirent, écrivirent chacun les 
parties de l'Avesta qu'ils se rappelaient et 



ainsi fut restauré ce que l'on possède de 
l'Avesta. Il ne resta qu'un nasks complet, le 
Vendidad. (J. Darmsteter, le Zend Avesta, 
t. III, I8!i3, Introd., p. vu, sq.) 

Le culte zoroastrien ne devint religion 
d'Etat que lors de l'avènement des Sassanides 
(226 ap. J.-C); il régna jusqu'à la conquête 
arabe (652) et l'introduction de l'Islamisme eu 
Perse. Il survécut dans quebpies villes, Téhé- 
ran, Bahramàbâd, Chirâz, Kachari, Bouchir, 
mais plus spécialement à Yezd et à Kirman 
où les Parsis sont au nombre d'environ six à 
sept mille. La majeure partie des Zoroastriens 
émigra aux Indes dans la présidence de Bom- 
bay et forme aujourd'hui une population de 80 à 
lOÔ.OOO âmes (89.887 en 1891).(Cf..l. Dahmsteter, 
le Zend Avesta, 1892, introd. I, p. xxxvm.) 

(2) L'étude la plus complète sur la religion 
avestique est celle de J. Darmsteter, Ormazd 
el Ahriman, in-8, Paris, 1877. 

(3) Ahourùmazdàô en zend. 

(4) SpiEGEL,£,'rn/iisc/ie Alierlhumskunde, i.W, 
p. 21, sq. 

(5) Spiegel, op. cil , t. I, pp. G68-711. 

(6) .T. Darmsteter, Ormazd el Ahriman, p. 30 
et le dieu suprême des .\ryens dans Essais 
orienlaux, p. 120-121. 



318 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

les bons entreront au paradis près d'Ahouramaztla, les mauvais 
seront précités en enfer. 

Cette croyance en un Dieu voulant un univers bon, l'ayant créé 
dans ce but, ne pouvait s'accorder, à priori, avec les douleurs de 
la vie, avec le malheur et la lutte pour l'existence. Les Iraniens 
pensèrent qu'une sorte de génération spontanée, dans la ma- 
tière mise en mouvement, avait été l'origine d'un être mauvais, 
cVAhriman, principe du mal, venu contre la volonté créatrice 
pour lutter perpétuellement contre le bien, contre l'œuvre dOr- 
mazd. 

Ce dogme, comme on le voit, était de la plus parfaite moralité, 
il tendait vers la perfection et résumait, en somme, l'esprit de 
toutes les idées religieuses modernes : la confiance et l'espérance 
d'une part, et d'autre part la crainte. 

Certainement cette foi ne fut pas celle des Aryens alors qu'ils 
étaient tous réunis, car seuls les Iraniens et les Indiens ont 
atteint cette hauteur de pensée. Les autres branches, celles qui 
gagnèrent l'Europe et l'Asie Mineure, y sont arrivées avec des 
cultes grossiers peu difïerents, au point de vue philosophique et 
moral, des religions de l'Asie antérieure. 

C'est donc après les premières séparations que prit naissance 
la conception du dieu unique et bon. Elle naquit avant que les 
tribus n'allassent coloniser les Indes et la Perse. Elle évolua des 
deux côtés d'une manière différente, ])roduisant d'une part les 
Védas, de l'autre l'Avesta (1), c'est-à-dire deux des livres religieux 
les plus importants de la haute antiquité. 

Quant aux dieux d'antan, à ceux qui, dans les pays de l'Altaï, 
recevaient les offrandes et les prières, ils furent oubliés des Indo- 
iraniens au point que leurs noms mêmes n'ont pas survécu. 

L'Avesta devint le code religieux de la Perse ; mais cette loi, 
héritage d'une secte ou d'une tribu, ne fut certainement pas suivie 
iiu pied de la lettre par tous les peuples iraniens (2). Elle demeura 
pure parmi les Zends et resta confinée dans quelques parties du 
pays; ailleurs elle fut certainement modifiée, dénaturée par les 



(1) U ne nous esl parvenu qu'une fail)le par- bornée. C'est un Talmud, un livre de casuis- 

tie de 1 Avesla.Nous ne possédons que le Ven- tique cl d'étroite observance. J'ai peine à croire 

didad, le Vispered, le Ya.^na et quelques mor- que ce grand empire perse ait eu une loi aussi 

ceaux secondaires connus sous le nom de stricte. « (E. Re.nan, /?ap/(. sur les travaux de 

Petit Avesta. la Soc. aaiat., 1880, p. 29.) 

(2j « C'est le code dune secte religieuse très 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 819 

prêtres, jus(ju'à devenir presque iiniqiiejueiit une règle d'obser- 
Tances et de pratiques. 

Quoi qu'il en soit, ra[)parition de l'Avesta sur la scène du 
monde fut d'un grand poids dans les destinées de la philosophie 
et de la morale humaines. La concej)tion diiu dieu uiii(iue (1), 
immatériel, élail née. Bien longtemps j)lus lard, nous la verrons 
apparaître aussi chez les Hébreux, a|)p]i(|uée à Yahwè terrible et 
vengeur; puis le christianisme, rentrant (hiiis les sentiments 
aryens, fera de cette même divinité un dieu de bonté, de miséri- 
corde, d'égalité des hommes devant lui. 

r]n même temps que se mouvaient les peuples dans l'Iran et 
dans rinde, il se passait aussi d'importantes migrations dans 
le Nord de l'Asie antérieure et quelques-unes des tribus aryennes 
nouvellement venues s'aventuraient plus au Sud. 

Sous les Ramessides, vers le quinzième siècle (2), il s'était pro- 
duit en Egypte un fait anormal. Des peuples nouveaux, aux noms 
jusqu'alors inconnus, parlant des langues incompréhensibles pour 
les races de l'Asie et de l'Afrique, avaient attaqué le Delta. Les 
uns, débarqués sur la côte de la Cyrénaïque, s'étaient alliés aux 
Lybiens ; les autres, après avoir traversé la Syrie, se montraient 
du côté de Péluse. 

Ils se nommaient Danaens, Troyens, Tyrséniens, Teukriens, 
Chakalach, Chardanes, Philistins, Lyciens, Cariens, etc., et des- 
cendaient de l'Asie ^lineure où se passaient alors de grands 
événements. 

Longtemps les rois hétéens avaient tenu sous leur influence, 
sinon sous leur domination, les nations de l'Amanus, de la Cap- 
padoce, de la Phrygie, du Pont et de l'Arménie occidentale. Ces 
peuplades, dont beaucoup étaient apparentées entre elles, for- 
maient la puissante confédération contre laquelle s'étaient heur- 
tées les armées des Pharaons dans le nord de la Syrie (3). 

(1) Ce dieu, au début, irélait pas, à propre- (-2) Sur la fixation du l'époque des Hamcs- 

nienl parler, dieu unirpie ; car il est « le plus sides. Cf. Ed. Maher (Chronolog. Bestimmung 

grand dus dieux... Darius invoque Ahoura- der Regierungszeit der Rainussidcn, in Zei/sc/ir. 

inazda « avec tous les dieux ». Les dieux au.v- f.Aefjijiil.Sprache ii. Allerlh. Knnde.Bâ. XXXH, 

quels sacrifient les Perses d'Hérodote son! des Heft. '2, p. 91), 1895) et A. Kisem.ouu (Proc. of 

dieux naluralistes, le soleil, la terre, la lune, Ihe Soc. of Bibl. Archaeol , décembre 189ri). 

le vunt, les eaux. .\rta.xerxès Mnémon invoque Suivant ces auteurs, Tothmès III serait monté 

nommément, avec Ahouramazda, deux aulrus sur lu trône en 1504 av. J.-C. et mort en 14.5u. 

dieux. Mitbra et Anahala f.\nûbita), ledieu de (3) On a tenté de prouver que les peujjles 

la lumière et la déesse des eaux. Mais la base de la mer étaient doriginu africaine. (Cf. 

<lu Mazdéisme est le dieu suprême. (Cf. J. Dumkeh, Geschiclite de.t Mteiiliums, I, p. 151, 

Dar-Msteter, le Zend Aresla, t. III, 1893, inirod. sq. — Unger, Chronohx/ie des ManeUio, p. 118, 

p. L.XV.) cité par G. Maspero, Âevue critique, nouvelle 



320 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

Parmi ces peuples, tous ceux de l'Asie Mineure jusqu'aux rives 
du Bosphore et à la Paphlagonie étaient des Phrygopélasges, de 
race aryenne, installés dans ces pays depuis que, chassés de 
Thrace par d'autres tribus, leurs congénères, ils avaient, quelques 
siècles auparavant, quitté l'Europe, 

Mais, le mouvement aryen se poursuivant, peu à peu ce furent 
les Dardaniens, les Kébrènes, les Phrygiens, les Paphlagoniens, 
les Ascaniens (Arméniens), les Bithyniens, les Mysiens, les Teu- 
kriens, etc., qui, eux aussi, passant le Bosphore, vinrent demander 
des terres à l'ancien monde, poussés par d'autres tribus qui 
prirent leur place en Europe (1). 

Ils trouvèrent, en entrant en Asie, le pays occupé au Nord par 
leurs congénères, et à TOuest aussi bien qu'à l'Est et au Sud par 
les anciennes races (Ibères, Chalybes, Saspires, Moschiens, Tou- 
bals, Hétéens, gens du Nairi, etc.), enfin, dans les districts du 
Sud-Ouest, par des peuplades (Lyciens, Lydiens, Lèlègues, Cares, 
etc.) dont la nature ethnique ne nous est pas encore connue. 

Dans le désordre qui accompagna et suivit ces mouvements, la 
puissance hétéenne sombra ; les peuples qui avaient subi son joug le 
secouèrent et entraînèrent même leurs anciens maîtres à leur suite 
dans l'expédition que, par terre, ils projetaient contre l'Egypte. 

Si les Asiatiques continentaux avaient souffert des Hétéens, les 
gens des côtes et des îles avaient aussi fort à se plaindre des Phé- 
niciens (}ui, peu à peu, s'étant installés sur tous les points favo- 
rables de leurs territoires, exploitaient de là les contrées envi- 
ronnantes. 

Les Cariens devenus marins ("2) tenaient depuis quelque temps 

série, t. V, ]>. 320. — J. IIalévy, Etudes ber- menis. (Cf. Gr. G. Butzureano, dans Congrès 

bères, inJourn. Asiat., 1874, t. IX, p. 400, sq.) internai. d'Anlhrop. de 1889. Paris, 1891, p. 229, 

Cette théorie ne peut se soutenir en présence pi. HI.) Ces objets, qui semblent devoir être 

des noms de ces peuples qui, pour la plupart, reportés vers le (juinzième ou le douzième 

appartiennent à 1 Asie Mineure (Iliouna siècle, avaient déjà subi l'influence asiatique 

= Ilion ; Dardani ;= Dardaniens ; Piilasa au travers de l'Asie Mineure et de la Thrace, 

= Pedasiens ; Masou = Mysiens; Aqaïou- tout en conservant leurs caraclèi'es artistiques 

cha =: Achéens ;Tourcha = Tyrrhéniens,etc.). et industriels indigènes. 

(1) A Getazina (commune de Baiceni, dis- (2) Les types des bateaux diffèrent suivant 

trict de Jassy), on a rencontré, avec des ins- les régions. Ceux de Phénicie (Gf. Daréssy, 

truments en pierre,, en os, et quelques orne- Rer. Arch., 18;i5, pp. 286-292), à la XVIIl» dy- 

menls en bronze et en argent, une céramique nastie égyptienne, se rapprochent par leur 

très curieuse, rappelant en même temps les forme générale de ceux usités sur le Nil dès 

formes et ornements du Caucase et de la les temps préhistoriques (Cf. J. de Morgan, 

Perse septentrionale et ceux de la Grèce Rech. oriy. Egypte, I8dù, \)\. X), et à la XIP dy- 

primitive(Mycènes,Tirynlhe, Hissarlick, etc.). nastie. (Cf. J. de M., Fouilles à Dahchour,) 

Les idoles, spécialement, sont d'un grand in- Les navires égéens (Gf. Tsoumtas, Ephemeris 

térêt, car elles reproduisent dans les moindres Archalogikè, 1899, p. 90), plus légers, se rappro- 

détails celles de l'énéolithique égyptien, sauf chent plus des navires de course égyptiens de 

toutefois qu'au lieu d'être peintes, elles sont la XVIIP dynastie. (G. Maspero, ///*■(., I, 

ornées de dessins incisés figurant des vête- p. 393.) La barque mycénienne présentait un 




o 



322 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

la mer et y disputaient aux Sidoniens, sinon la suprématie, du 
moins le monopole de la piraterie. Les Aryens, qui eux-mêmes 
avaient appris à naviguer, entrant en lutte contre les Phéniciens, 
les chassèrent de Grèce d'abord, des îles ensuite, de Crète entre 
autres. 

Dans l'intérieur de l'Asie Mineure, la lutte pour la possession de 
la terre fut acharnée. LV/zar/e nous a transmis les échos poétiques 
d'un épisode de ces guerres. Enfin, tous les peuples ne trouvant 
pas la place d'y vivre, quelques-uns durent s'expatrier ; c'est ainsi 
que, par mer comme par terre, beaucoup d'entre eux cherchèrent 
à envahir la terre du Nil; tandis que d'autres s'éloignaient vers 
l'Occident, emportant sur leurs vaisseaux toute leur fortune, leurs 
armes. 

Par les navigateurs phéniciens, cariens et autres, par les Hé- 
téens et les Syriens, les peuplades du Nord connaissaient l'Egypte, 
dont les richesses, grandies à leurs yeux par les récits des voya- 
geurs, excitaient leurs convoitises. Mais ils furent vaincus; Piam- 
sès 111 les arrêta vers sa frontière de Péluse d'une part et dans 
l'ouest du Delta de l'autre. 

Les Philistins prisonniers de guerre furent, nous l'avons vu, 
cantonnés en Syrie, les Shardanes (1) gagnèrent la Sardaigne, les 
Thyrséniens l'Italie centrale, les Lydiens colonisèrent l'Ombrie. 
D'autres Pelasges-Thyrenniens apparurent à Imbros, à Lemnos, à 
Samothrace, dans la péninsule de Ghalcis, sur les côtes et dans 
les îles de la Propontide, à Cythère, à la pointe de Laconie, et sur 
presque tout le littoral de la mer Méditerranée; ne laissant aux 
Phéniciens que bien peu de leurs anciens comptoirs, ceux d'Afri- 
que, d'Espagne et des Baléares, entre autres, qui ne se trouvaient 
pas dans la sphère hellène. 

Ainsi, ce passage de tribus d'une rive à l'autre du Bosphore 
fut la cause de cette grande migration maritime qui répandit 
le sang phrygo-pélasge dans presque tous les pays méditerranéens 

autre Ivpe à proue et poupe relevées, mais numenls égyptiens trouvés en Sardaigne, Chris- 

de forme spéciale. (Cf. R. Dussaud, Rev. liana, 1><79 ; M. Pais, Le popolazione egizie in 

Ecole d'Anthrop., 1906, p. 129, fig. 53.) En Sardegna, in Ballelino archeologico sardo, 

sorte qu'au cours du second millénium avant 1884. Les preuves apportées par Pais contre 

notre ère, la Méditerranée était sillonnée par cette opinion sont insuffisantes. Il ne faut pas 

des flottes de forme et de nationalités diver:^es cherchera rattacher les objets égyptiens qu'on 

battant chacune pavillon de leur pays. (Celui trouve en Sardaigne à la migration des Shar- 

de Svra était un poisson attaché en poupe.— danes; car ces peuples vinrent en fugitifs et 

Cf. TsouNTAS, op. cit.) non en commerçants et, en quittant l'EgypIe, 

U) Au sujet de la migration par mer des ils n'y avaient pas laissé les attaches qu'e.xige 

Shardanes en Sardaigne, Cf. Chabas, Recher- le commerce. 
ches.p. 3>X>, sq. ; Lieblei.n, \olices sur les mo- 



LA PllKPONDÉRAXCE ÉGYPTIENNE 323 

«t prépara la coloriisalion grecque, d'où devait sortir la véritable 
civilisation. 

Dans presque tous les pays qu'ils envahirent, les émigrants 
rencontrèrent des peuples aryens comme eux, venus de l'Europe 
orientale ou centrale, et mélangés avec les anciens habitants; mais 
•ces tribus étaient encore très primitives, tandis que les nouveaux 
-arrivants avaient déjà bénéficié de leur contact avec les civilisa- 
tions orientales. 

Le coup avait été si violent pour les llétéens, et par suite pour 
tous les autochtones de l'Asie Antérieure, qu'à peine s'en relevè- 
rent-ils quelque peu devant les envahissements assyriens. C'en 
était fait de leur puissance; peu à peu leurs voisins, les Indo- 
Européens du Nord, s'infiltrèrent parmi eux; certains même, 
tels les Ascaniens, les traversèrent pour s'avancer vers les pays 
•de l'Ararat et de Van et remplacer plus tard les Ourarthiens, peu 
après la chute de Ninive. 

L'élément nouvellement venu, l'Aryen, ne possédait encore 
•qu'une civilisation bien rudimentaire par rapport à celles des 
vieux peuples, il était encore très voisin de la phase nomade et 
pastorale, ne connaissait pas l'écriture ; et, cependant déjà, se 
transmettaient, de bouche en bouche, en Hellade, des chefs-d'œuvre 
de poésie, littérature dont les sociétés asiatique et égyptienne 
s'étaient toujours montrées incapables. 

Des arts, les nouveaux venus ne possédaient même pas la 
notion; ni dans l'Iran, ni dans l'Europe occidentale ou centrale, 
ni même dans le monde hellénique ; mais les Grecs, plus que tous 
les autres peuples, en avaient les aptitudes naturelles ; et ces qua- 
lités, ils devaient plus tard les développer au plus haut degré, en- 
fantant des merveilles. 

Si les Iraniens et les Indiens possédaient seuls alors les concep- 
tions philosophiques élevées qui, chez les branches européennes, 
ne se montrèrent que plus tardivement, tous ces peuples n'en 
avaient pas moins quelques conceptions religieuses et des mœurs 
communes (1); mais ils ne possédaient j)as, pour la plupart, d'apti- 

(1) Avant leur séparation, les Indo-Eiiropîcns devognala = née d'un dieu, nom propre); vieil 

possédaient la notion de la divinité ; le radi- islandais, livar, etc.]. Pour eux, le dieu est un 

«al dv, commun à toutes les langues de leur fait naturel ou social, aiuiuel on attaclie une 

groupe, en fait foi [sanskrit, deuas ; lithua- importance particulière ; le dieu n'a i)as un 

nien, dëvas ; vieux prussien, deiws (génitif nom distinct de celui du fait en ((uer-tion ; le 

<Jeiwas) ; latin, deixs et ses dérivés (vocatif, dieu n'est pas une personne ayant un nom 

dive); vieil irlandais, dia \ gaulois, dévo (dans propre ; c'est le fait lui-même, c'est son es- 



32Zi LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

tudes gouvernementales. Ils empruntèrent le plus souvent au 
vieux monde ses méthodes avec leurs défauts et leurs qualités, et 
sïls employèrent la forme démocratique, reste de leurs usages 
d'antan, ce ne fut que dans un cercle très restreint et sans habi- 
leté soutenue. C'est aux Italiotes qu'étaient réservées les grandes 
vues politiques qui aboutirent à l'empire du monde. 

Les qualités, les aptitudes indo-européennes devaient encore, 
pendant bien des siècles, demeurer à l'état latent; ce n'est que 
peu à peu, par le contact de ces esprits d'élite avec les progrès 
réalisés par d'autres races que, recevant les principes de leurs 
premiers maîtres, les Aryens porteront au sommet les arts et les 
sciences, atteindront toutes les habiletés. 

Aussi serait-il inexact et injuste d'attribuer à une race plutôt 
qu'à une autre l'origine de nos civilisations ; toutes y ont con- 
couru. Les anciens Asiates fournirent les matériaux dans la cons- 
truction de ce grand édifice, les Sémites les dégrossirent, les 
Aryens les assemblèrent et les ornèrent. 

L'incubation de la civilisation grecque dura plus de mille années. 
Négociants habiles, ils remplacèrent peu à peu les Phéniciens dans 
la colonisation et le commerce maritime, visitèrent le monde entier 
d'alors, puisant chez les divers peuples des notions, souvent 
rudimentaires qu'ils développèrent, parfois compliquées ou con- 
fuses qu'ils eurent le talent de simplifier ou de dégager des 
broussailles orientales. 

L'expédition contre l'Egypte leur avait appris à respecter la 
puissance de ses souverains, mais aussi à connaître sa civilisation. 
Pacifiquement et isolément ils s'y installèrent dès la fin de la 
XXP dynastie, habitèrent les villes de la côte, les portes du 
Delta ; ils y trafiquèrent, conservant leurs usages nationaux, leur 
manière de penser, leur langue. C'est ainsi que, de très bonne 
heure, tout ce qui se faisait dans lo^cidentde l'Asie et en Egypte 
eut son écho chez les peuples de la Grèce, de l'Asie Mineure et 

des îles. 

Les pays de l'Euphrate et du Tigre étaient, pour les Grecs, plus 

sence sa force intime. Le sens de deiwos est indo-européenne, ds Revue des Idées, 15 août 

celui de » divinité », pris dans l'acception la 1907, n" 44, p. 689, s(i.) Pour l'Avesla, la divi- 

idus large ; duaush (sanscrit védique;, Zej?, n\li- demeure immatérielle. Elle prit une 

Zeas (Zeu Trâiep = Jupiler), aies signifient forme en Europe, au contact des panthéons 

..ciel., «jour ..,1e dieu étant ce/e./e par op- du vieux monde, mais n en consenapas 

position avec l'homme lerreslre (latin, humus, moins la notion générale de la divinité dan^ 

homo ; guma en gothique, goma en vieux haut Ifi racine du. 
allemand, etc.). (Cf. A. Meillkt, La religion 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 325 

difficiles à alleindre; aussi ne les connurent-ils que plus tard et, 
malgré quelques expéditions assyriennes aux confins de leurs 
territoires, ils ignorèrent longtemps cotte puissance. Pendant plus 
de mille ans Tintcrieur de l'Asie demeura le domaine commci- 
cial des Phéniciens et autres Sémites de la Syrie, parce que, sur 
le continent, la Grèce ne les pouvait atteindre. La civilisation 
grecque euipiunta bien, il est vrai, quelques notions aux pays 
asiatiques; mais c'est surtout vers l'Egypte, la Phénicie et la Crète 
qu'elle tourna son attention. 

Cette influence ne pouvait porter que sur les pays proches de la 
Méditerranée; elle diminuait, peu à peu, lorsqu'on s'avançait vers 
le Nord. On en retrouve cependantquelques traces jusqu'en Scandi- 
navie (1) 

Dans le bassin du Danube, en Scythie, en Allemagne, se pres- 
saient alors des peuplades sauvages, sans histoire, sans littéra- 
ture et sans arts; demi-nomades, demi-sédenlaires, en perpétuel 
conflit entre elles sur des questions de territoires, de pâturages et 
de troupeaux. 

Le métal, cuivre, bronze et or, était déjà répandu dans toute 
l'Europe centrale, en Gaule, en Grande-Bretagne, en Suisse, dans 
les Alpes, où les tribus sédentaires vivaient dans leurs villages des 
lacs. La culture des céréales et des plantes textiles, l'élevage du 
bétail, la pèche et la chasse, la lutte contre leurs voisins étaient 
les seules préoccupations de nos ancêtres de ces temps. 

La civilisation du bronze, qui semble s'être répandue vers l'épo- 
que de l'expansion pharaonique au dehors, prend alors un grand 
développement dans les pays méditerranéens, grâce à la proximité 
des vieilles sociétés de l'Asie Antérieure et de l'Egypte. Chaldéens, 
Assyriens, Phéniciens, Chananéens, Hétéens et Egyptiens, tous ont 
leur part dans l'influence répandue et, que ce soit en Crète (2), 



(1) Les peuples celtiques n'ont jamais ha- avait eu dans l'ile (l'importants mélanges an- 
bilé la Suède peuplée dès longtemps par la térieurs à l'apparition des Hellènes dans la 
racegermanique, maisleurcivilisation a exercé Méditerranée. Les Cretois appartenaient 
une très grande influence sur la Scandinavie au fond de la vieille population de ces para- 
des le quatrième siècle avant notre ère. ges. Evans les considère comme composés 
(O. MoNTEt.ius, Co/iyr. /)ré/î. /"rfiAip., 1907 (1908), de trois éléments : l'un apparenté aux peu- 
p. 80'i.) Aiirès la conquête de la Gaule par pies de l'Anatolie, l'autre issu de l'Europe, 
César, l'influence celtique en Suède fut hienti'jt et, par suite, voisin des Ligures, et le dernier 
remplacée par l'influence de la civilisation ro- venant de la Libye. (Cf. A.-J. Evans, Prehi.tl. 
maine. i/</.,p. 812.) lombx of AVio.s.so.s-, Londres, 1906, p. 132. — 

(2) Il est impossible de dire, d'une manière Seugi, lex Hacex de la Méditerranée. — R.-M. 
certaine, à quelle race appartenaient les hom- Brnuows, The dixcorerien in Crète, Londres, 
mes qui habitaient l'ile de Crète, au début du 1907, p. 170.) 

royaume Minoen, et si, dès ces époques, il y 



126 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



àMycène ou à Troie, les traces s'en montrentbien nettes (I), sans 
que, souvent, il soit aisé de faire la part originelle de chacun. 

Entre la civilisation méditerranéenne du bronze et celle des. 
pays du centre, de Touest et du nord de l'Europe, il existe bien 
certainement des liens ; mais ces affinités se confondent avec les. 
connaissances primitives communes, et l'on ne peut pas dire d'une 
manière certaine que les progrès du Nord procèdent de ceux du 
Sud (2). Les divers groupes se développèrent sur eux-mêmes, su- 

































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bissant toutefois des influences d'autant plus marquées qu'ils se 
trouvaient plus rapprochés des foyers. 



(1) Quelques exemples suffiront à montrer 
1 importance des iiilluences étrangères sur 
les premières civilisations méditerranéennes. 
Certainement, en Crète, l'usage de l'émail est 
d'origine orientale ; mais il est difficile de dire 
s'il provient de Ciialdée par les Phéniciens, 
ou d Egypte, ces deux pays étant, dès la 
haute antiquité, en possession de cette indus- 
trie. Par contre, le siège de pierre dit trône 
de Minos, les tables d'offrandes (libations) 
sont d'origine franchement pharaonique. L'ap- 
pareil et la taille de la pierre semblent être, 
eux aussi, de môme origine; car c'est dans la 
vallée du Nil que cette architecture se déve- 
loppe tout d'abord. La glyptique, née sur les 
rives de l'Euphrate et du Tigre, sous forme 
de cachets et de cylindres, gagna l'Egypte, 
la Phénicie, le monde préliellènique, employant 



toujours les anciens procédés de gravure. A 
Uaghia Triada, entre autres, on a trouvé un 
vase de stéatite, portant en relief des scènes 
sculptées. Il suffit de jeter les yeux sur les 
o^-uvres du même ordre découvertes à Suse et 
dans les nécropides primitives de l'Egypte 
pour se rendre compte de l'origine de l'art 
que décèle le vase en question. Enfin, la dif- 
fusion des procédés lei^hniques de la céra- 
mique est l'un des exemples les plus curieux 
de ces migrations. Partie de Chaldée, elle 
gagna la Syrie et peut-être l'Egypte, puis se 
répandit dans le monde préhellénique. 

(i) Il existait cependant des relations com- 
merciales entre les pays du nord et ceux du 
midi, puisque l'ambre découvert dans les 
ruines de yiycènes est d'origine ballique. (Cf. 
E. CARTHAïLAC,Ma/énaux, t. XX, 1886, p. 201.) 



LA PRÉPONDKRAXCE ÉGYPTIENNE 327 

Le résullal fut (jiie, dans la Méditerranée, il se forma deux 
centres principaux issus des données primitives et des contacts 
avec l'étranger; l'un, le plus ancien, en Crète, l'autre, plus récent, 
à Mycènes et dans les régions voisines (1). 

Les (Icniiércs découvci'tcs, si impoilanles, permctlcnl aujour- 
d'hui d(^ tracer un tableau des civilisations méditerranéennes ; 
tableau hien sommaiie, il est vrai, et souvent bien hypothétique^ 
mais traduisant nettement les conceptions actuelles (cf. p. 32(3). 

Les croyances religieuses ou superstitieuses, dont on trouve 
déjà la trace chez l'homme néolithique de nos pays, étaient encore 
bien rudimentaires. La crainte du mal, l'espérance du bien et de 
la vie future, tels étaient les sentiments ([ui poussaient l'être vers 
l'adoration dun monolithe, d'une grossière statue ou d'images 
gravées sur les rochers. 

Certainement la l^ranche européenne des Aryens n'avait pas, au 
point de vue philosophi(|ue et moral, évolué comme ses sœurs des 
Indes et de l'Iran; les croyances, chez elle, étaient grossières, ins- 
tables, plutôt superstitieuses que religieuses ; et, si les Grecs ont 
su les colorer d'une délicieuse poésie, elles n'en étaient pas moins 
si flottantes chez eux qu'ils adorèrent la plupart des dieux de 
rOrient, les adaptant à leurs goûts et à leur génie. 

Vers l'Occident méditerranéen, l'influence orientale se faisait 
d'autant moins sentir qu'on s'éloignait plus du foyer ; certaine- 
ment les métaux étaient depuis longtemps connus sur toutes les 
côtes, jusqu'à celles de l'Espagne; mais les peuples occidentaux 
étaient en retard sur la Sicile, en retard elle-même sur l'Italie et 
sur les pays grecs. 

Bien peu de peuples, vers le quinzième siècle, connaissaient 
l'écriture. L'Egypte, la Nubie, les Hétéens faisaient usage des hiéro- 
glyphes; la Chaldée, l'Assyrie, l'Elam employaient uniquement les 
cunéiformes; tandis {|u'en Syrie se développait, à côté de cette écri- 
ture, le système alj)ha]jéti(}ue araméen et son dérivé le phénicien. 
En Crète, une écriture spéciale, dont on n'a pas encore trouvé la 
clef, semble être née spontanément, et, bien qu'on n'en connaisse 

(1) Dans les Cyclades, la poterie peut êlre III. Poterie mycénienna locale, avec des- 
classée comme suit : sins en noir mat, noirs et ronges, rouges et 

I. Poterie primitive avec décor incisé, presque noirs, rouge lustré, 

toujours remi)li de pâle blanche. IV. l'ase.s mijcéniens //iipor/e'.s-, qui peu à peu 

II Poterie peinte à ornements (jéomélriqaes. remplacèrent, dans les Cyclades, la poterie in- 

— La peinture est noire sur fond blanc ou digène, et semblent provenir de Crète. (Edm. 

blanche sur fond noir. Pottier, Cal. vases antiques, 18%, I, p. 198, sq.) 



328 



LES PREMIERES CIVILISATIONS 



pas encore la valeur, les archéologues pensent qu'elle s'est for- 
mée et développée sans influence extérieure. 

La Chine, également pourvue du métal, possédait aussi ses hié- 
roglyphes issus d'une pictographie d'origine locale. L'Amérique 



Pluie 



Aurore 



Feu Mont Poisson 



Œil 



Bouche 



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Jardin Riz 




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yu tan ho chan 'yu mou kheou yeou mi 

Hiéroglyphes primitifs chinois, avec leur valeur moderne (1). 



centrale commençait peut-être, elle aussi déjà, la figuration de la 
pensée ; rien n'autorise cependant à faire remonter aussi haut 
les débuts de la civilisation dans le nouveau monde. 

On a cherché, pour la Chine, à rapprocher ses signes hiérogly- 
phiques de ceux de la Chaldée('2), espérant trouver entre ces deux 

systèmes un lien commun. Ces efforts 
n'ont pas abouti : les analogies entre 
les deux écritures j)rovenant de ce que, 
dérivées de la pictographie, elles ren- 
ferment forcément un certain nombre 
de signes naturels communs, qui se 
pourraient aussi bien rencontrer chez 
tous les peuples, sans que pour cela il 
y eut eu contact de l'un à l'autre ou in- 
fluence de l'un sur l'autre. 

Si nous nous en rapportons aux an- 
nales indigènes, l'archéologie ne four- 
nissant encore aucune donnée sur les 
origineschinoises,c'estvers le vingtième 
siècle avant notre ère que l'organisation 
politique et sociale de cette partie de 
l'Asie aurait pris une forme. Yao, le 
premier roi de la première dynastie, le ^Nlènès de la Chine, aurait 




1 2 3 

Caractères chinois de di- 
verses époques (3). 



(1) D'après A. Remusat, Rech. sur l'orig. et 
la format, de récriture chinoise (Mém. Insl. 
royal, de France, t. VIII, 1827,i, et Klaproth, 
Aperçu de l'origine des direrses écritures, p. 4-13. 

(2) Cf. Terrien de Lacouperie, Wheat car- 
ried from Mesopotamia to early China, dsBn^y- 
onian and oriental record, Londres, juillet 1888. 



(3) N° 1. Caractères dits des têtards attribués 
à Yu le Grand, 2278 av. J.-C. (d'après les co- 
pies conservées dans les Archives de l'Empire 
à Pékin.) — N» 2. Ecriture tchouen usitée de 
l'an 800 à l'an 200 av. J.C. — N" 3. Écriture 
courante moderne — (d'ap. P. Berger, Hist. 
de l écriture, 189), p. 44). 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGYPTIENNE 829 

vécu vers le vingt-deuxième siècle, et organisé sous la royauté 
une population agricole possédant déjà, outre l'écriture et l'usage 
des métaux, cuivre ou bronze, des notions astronomi{)ues et la plu- 
part des arts utiles. 

Confucius, dans le Chou-Ring (I), n'a {)as cru devoir enregis- 
trer les temps fabuleux qui précédèrent Yao ; il les rangea dans les 
dynasties divines, tout comme l'école memphile attribuait aux 
serviteurs d'ilorus les faits antérieurs à Menés. Quoi qu'il en soit, 
en Extrême Orient, les débuts bislori(|ues sont certainement pos- 
térieurs de deux à trois mille ans à ceux de la Chaldée et de 
l'Egypte. Quant à la période d'incubation de la monarchie, peut- 
être a-t-elle été aussi longue que celle dont nous entrevoyons la 
durée pour les pays de l'Asie antérieure; mais sûrement elle dé- 
liuta bien longtemps après. 

Le Japon, bien moins ancien que la Chine, a vu l'état néolithi- 
que (2) se continuer, chez certaines peuplades, presque jusqu'à 
nos jours ; tandis que chez d'autres, d'arrivée récente dans le pays, 
les métaux furent connus vers le troisième siècle avant notre 
ère (3) au plus tôt. A l'époque de la XVllP dynastie d'Egypte, ces 
îles en étaient donc, pour longtemps encore, à la pierre polie. 

Dans le sud de l'Asie, l'Inde et l'Indo-Chine, à l'époque qui 
nous occuj)e, l'influence étrangère était encore loin de faire sen- 
tir ses effets. Nous connaissons de ces peuples les vestiges de 
leurs établissements néolithiques ou énéolithiques (li) ; quant au 

(1) Cf. le Chou-King (Irad. Couvreur); le lure, construisaient des dolmens, inconnus 
Ché-Ki, de Sé-ma-Tsien (trad. Chavannes); avant eux. (Cf. W. Gowland, The dolmens of 
le Yi-King (The oldest hook of liie Ciiinese, Japan and Iheir l)uilders, in Trans. and Proc. 
par A. Terrien DE Lacol'Perie, Londres, 190-2). of Ihe Jap. Soc, London, 1897-1898, IV, pp. 
Dans ce dernier ouvrage (vol. I, p. 96, sq.), 182-183.— V. Dickins, Congr. préhist. France, 
l'auteur cherche encore à prouver l'origine 1907(1908), p. 47i, sq.) — Michel Revon {le 
occidentale de l'écriture chinoise. Sliintlioï.sme, Paris. 1907, in-8) pense que le 

(2) La céramique japonaise prend, dès l'é- Japon a été le théâtre de deux invasions : 
poque néolithique, un caractère très spécial l'une, venue de Corée, qui a fourni la masse 
ne présentant aucune analogie avec ce que de la population, l'autre, issue de l'archi- 
nous connaissons de r.\sie occidentale et des pel Malais, qui a fourni la classe aristocra- 
peuples venus de Sibérie. (Cf. E. B.^elz, Zur litiue. 

Vor-und Urgeschichle .Japans, in Zeituch. fnr (i) Les stations de Somron-Seng et de Long- 

Ethnol.. Berlin, 1907, p. 281, sq. — Go\M..\>ii), prao.au Cainhodge, montreni la Iransilionentre 

The dolmens and lUirials Mounds in Japan, le néolilhi(iue et rénéûliliii(iue. Les objets de 

Arcliieologia, London, 1897. — Dc'initz, Vorge- pierre \ présentent un faciès tout parti- 

schichlliche Graber in Japan, 1887. — Baelz, cuIIli-. Quant aux métaux employés sous 

Kôrperliche Eigenscliaften der Japaner. Tokio, forme d'alliage (cuivre, 95 p. 100 ; élain, 5 

1882 et 1883. — Id., Die Menschenrassen Os- p. 100), ils diffèrent par la forme des instru- 

tasien, Berlin. Anlhrop. Gex., 1901) ments, ainsi que par la teneur en étain, de 

(3) Les premiers imniii-'rants de race japo- ce que nous connaissons dans lOccident. 
naise, venant du nord-^pst de l'.Vsie par la Cette industrie est antérieure à la civilisation 
Corée et Tchouchima, apportèrent peut-être kmère, dans l'Indo-Chine ; mais ne semble 
à leur nouveau pays une civilisation qui, pas remonter à une très haute antiquité. (Cf. 
bienque préhistorique, élait déjà très avancée: J.-B. Noui.ët, l'âge de la pierre polie et du 
ils connaissaient le bronze, le fer, l'agricul- bronze au Cambodge, ds Arc/i. du 3/usee c/'/i/*/. 



330 



LES PREMIÈRES CIVILISATION 



courant qui leur apporta l'usage de la métallurgie, nous ne pou- 
vons, jusqu'ici, nous faire aucune idée de son époque. 

Pour lAmérique, nous ne savons, de manière précise, rien sur 
l'évolution de l'écriture ; parce que, ne pouvant en traduire les 

textes, nous ne sommes, 
pas à même de juger de 
leur époque relative. Quoi 
qu'il en soit, il n'est peut- 
être j)as exagéré de faire 
remonter jusqu'aux envi- 
rons du quinzième siècle 
avant notre ère les dé- 
buts de cette curieuse ci- 
vilisation et de son sys- 
tème graphique, dont nous- 
ne possédons que des 
types relativement moder- 
nes. 

Ailleurs, dans le monde 
entiei', il n'existait d'autre 
procédé d'enregistrer les 
faits et les idées que la 
tradition orale ; aussi les 
premiers hommes qui par- 
vinrent à la notion de 
l'écriture, sous quelque 
forme que ce soit, pri- 
rent-ils sur les autres une 

mexicaine ocronipagnée telle avance ciu'il fallut des 
de légendes explicatives en hiéroglyphes Lt-i^*^ ''vaiiLe qu ii laiiui ue^ 

(dap.L.DE RosNy,/es Ecriiuresfi(juraiives) (1). milliers d'années pour que 

l'équilibre s'établisse et^ 

d'ailleurs, l'effet de cette supériorité n'est encore pas terminé. 

Quant aux langues, nous ne possédons, pour la plupart, que 

d'informes vestiges de leur état en ces temps si reculés. Cepen- 




Peintiire figiiiative 



nal. de Toulouse, 1879.) — H. Mansuy, Stal. 
préhist. de Somronseng et de Longprào, Ha- 
noi, 1902. 

(1) Le registre supérieur représente la fon- 
dalion de la ville de Mexico (dont l'aigle A esl 
le symbole) par KouaoïiUi-Kelzki et Te- 
Nolch, aidés par les chefs des princii)ales fa- 



milles (1. Akassitli, 2. Koiiapa, 3. Oselopa. 
4. Akecholl.ô.ïesineouh, 6. Tenoiilch, 7. Clio- 
niimill, 8. Chokoyol, 9. Chiouhcak, 10. Alo- 
totl). Le registre inférieur figure les con(piètes 
d'Akamapichlli, premier roi de Wesico sur le* 
États de Colhuacan{B) et deTenolclititlan (C). 



LA PRHPOXDKRAXr.E KCYPTIENNE 33| 

dant, grâce aux loxles laissés par quelques-unes d'entre elles et 
aux traces encore vivantes de certains idiomes, il est possible de 
se faire une idée générale de la carte linguistique du monde à 
cette époque. 

En Chaldée, l'akkadien, dans tonte la force de son développe- 
ment, se transformait déjà en babylonien, différant en cela quelque 
peu de l'assyrien, qui se formait sur le Tigre, conservant plus 
d'archaïsmes que le dialecte du Midi. 

En Syrie, l'araméen, le chananéen, le phénicien partis de Chal- 
dée, avaient évolué chez de petits groupes d'hommes, dans le pays 
même et en Egypte au temps des pasteurs. Il en était résulté une 
foule de formes dialectales dans chacun des idiomes primitifs: le 
tyrien, le sidonien qui essaima plus tard le punique, l'hébreu, 
le moabile, l'ammonite, le galiléen, ramorrhécMi, le samari- 
tain, etc., tous plus ou moins proches parents, s'entendant les 
uns les autres, mais dont la plupart ont disparu sans laisser de 
traces. 

En Arabie où, malgré la proximité de l'Egypte et de la Chaldée, 
l'écriture n'avait point encore pénétré, il se parlait une foule 
de dialectes, tous voisins entre eux et plus proches de la lan<i-ue 
primitive que ceux du Nord qui, dans leurs migrations, s'étaient 
mélangés d'expressions et de formes étrangères. 

Tel était le domaine des langues sémitiques, fort restreint, 
comme on voit, et formant un groupe homogène. Ceci explique 
les affinités étroites qu'on rencontre toujours entre les diverses 
branches de cette famille, quels que soient les matériaux soumis 
à l'examen. 

L'Egypte n'avait guère modifié son parler d'autan, qui était 
d'usage dans toute la vallée du Nil, de Syène à la Méditerranée ; 
mais dans la vallée du Nil seulement, car ce pays n'a jamais 
essaimé de colonies durables, ses fondations à l'étranger n'étant 
que des postes militaires, aux garnisons sans cesse relevées. Il 
existait dans la langue vulgaire des différences de terroirs et, 
dans le Delta, des traces très marquées d'influence asiatique (l). 

Au sud commençaient les langues klianii tiques des nègres, 

(l)S.ir le haut Nil, les dialectes nubiens iiHlécliifTi-és sur les murs, entre autres du 

étaient restes purs. Quelques siècles seule- temple de Philœ ; certains se sont conservés 

ment avant noire ère, ils employaient une jus(iuïi nos jours (le Biotiari) 
écriture spéciale dont on retrouve des textes 



332 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

qu'en Nubie on écrivait au moyen des hiéroglyphes égyptiens; 
plus haut, l'écriture était inconnue. 

Au nord, riiétéen, dont les textes encore indéchiffrés ne nous 
renseignent pas sur la nature delà langue, puis des tribus autoch- 
tones, certainement apparentées aux Hétéens, et s'étendant jus- 
qu'au pied du mont Caucase. Les peuples de ces pays parlaient 
probablement des langues agglutinantes comparables au géorgien 
de nos jours, au vannique des temps assyriens, mais n'écrivaient 
pas. 

Seuls, des anciennes races, Van et l'Elam possédaient alors les 
cunéiformes. Suse nous a transmis une abondante littérature mon- 
trant une langue agglutinante avec flexions 
simples. 

DansTIran, un grand nombre de dialectes 
Aa^ g>T "--^'^TJ^ >^^^^ divisaient alors le plateau. Sur les bords 
^^Tg^^^^l'^§H occidentaux, où se parlaient encore les 
idiomes des anciennes races, le mède et le 
perse se trouvaient en îlots ; mais ces lan- 
gues devenaient plus compactes au fur et 

à mesure qu'on avançait vers 1 Orient, au 

Texte anzanite de <.hil- i i ■ i i i t^ 

. , ■ r'u 11 nord pour le mede, au sud i)our le i)erse. De 
nak in Chouchinak, ^ 'il 

sur un pommeau de tous les dialectes iraniens, il ne nous reste 
terre émaillée (1). ^^^^^ç j^j^^^ ^^^^ ^^^ chose : le zend, dans l'Avesta, 

et le perse, dont nous ne connaissons qu'une 
forme relativement récente, lachéménide. 

Ces deux langues sont parallèles et ne j)rocèdent pas Tune de 
l'autre. La preniièreétaitprol)a])lementle parlcrd une secte oud'une 
tribu habitant le Nord, l'Hyrcanie ou la Bactriane ; la seconde 
acheva son développement dans les pays situés au Sud du plateau. 

Le lieu d'origine du zend et son époque ont été l'objet de lon- 
gues discussions; les uns placent son berceau vers les confins de 
la Scythie, les autres en Médie ou dans l'Atropatène. Certaines 
sources le montrent parlé à l'époque où la famille iranienne était 
encore groupée dans le pays de Balk, c'est-à-dire trois à quatre 
mille ans avant notre ère ; d'autres abaissent cette date jusqu'au 
quinzième siècle, voire même aux temps des Achéméiiides. (^uoi 

(1) « Moi Chill)ak in Choiichinak, fils de cl la bf-néilirtion de la vie de noire famille 

Choutrouk Nakhkounte, vaillant chef, pour la — Cf. V. Scheil, Mém. Délcg. en Perse, t. 111, 

bénédiction de ma vie, la bénédiction de la textes élamites-anzanites, 1901, p. 74. 
vie de Nakhkhoiinla-Oulou, ma femme chérie. 



LA rUKPONUKHANCE ÉGYPTIENNE 333 

([u'il en soit, cctlc langue ne le cède sûrement en rien au perse 
pour l'anticiuilé, bien que son écriture soit de date récente. 

A côté de ces deux langues, il en est d'autres qui n'ont jamais 
été écrites, et dont nous ne possédons presque rien; tels sont le 
mède dégénéré en kurde actuel, et l'ossèthe parlé par une peuplade 
perdue au milieu du grand Caucase. 

Mais ces types n'étaient pas les seuls, ils se décomposaient 
eux-mêmes en une foule de dialectes. Toutes ces formes ont à 
jamais disj)aru, parce que l'écritui'c n'est arrivée que tard en 
Iran, et qu'elle n'a januiis été mise ([u'au service du perse d'abord 
et du zend ensuite. 

Il en fut de même dans les Indes, où l'invasion aryenne apporta 
probablement un grand nombre de langues, elles aussi divisées en 
multiples dialectes (1). Aucune ne fut écrite avant le second ou 
tout au plus le troisième siècle av. J.-C. ; elles se parlaient seule- 
ment comme la plupart des langues de l'Iran et de la Grèce un 
demi-millénaire auparavant. Dès le III* siècle avant notre ère, la 
langue védique possédait déjà une culture ; mais son dévoloppe- 
ment avait été purement oral. Le sanskrit classique en sortit, 
provoqué par l'application de l'écriture. Quant au sanskrit-mixte, 
il n'est qu'une manière d'écrire le prâkrit, et les brahmanes en 
ont fait sortir le sanskrit profane. Les dialectes pràkrits, populaires 
par leur origine, ont également évolué, du IP au IV siècle de 
notre ère, sous l'influence du sanskrit. 

« Tout, dans ce système, se tient et se suit en un mouvement 
naturel et bien lié. Les mêmes inspirations que nous voyons à 
l'œuvre dès les premiers temps continuent leur action dans la 
suite ; au travers des évolutions qui se commandent et s'engendrent 
l'une l'autre, les principes moteurs restent identiques (2 . » 

La Scythie (Russie méridionale et Transcaspienne), alors occupée 
par des tribus aryennes, ne nous a rien laissé; et ce n'est que dans 
le sud et l'occident des pays méditerranéens que nous rencontrons 
quelques indices permettant de suivre les Aryens. Encore, ces 



(1) Nous ne possédons aucun document sur déjà fermement établis dans ces pays. Il sem- 

linvasion de l'Inde par les peuples de lan- blerail aussi que des tribus aryennes ont, éga- 

gues dravidiennes, de môme que nous n'avons lement, traverse l'Altaï pour gagner les pla- 

aucun renseignement sur l'époque où les teaux de l'Asie centrale et là se soient fondues 

Indo-Européens franchirent l'Hindou Kouch, avec les populations mongoliques. 

pour pénétrer dans les plaines du Pandj-Ab (2) Cf. E. Sénart, les Inscriptions de Pii/a- 

et la haute vallée du Gange. Les premières dasi, t. II, 1881, p. ,53. 
informations historiques montrent les Aryens 



33,i LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

traces ne nous sont-elles parvenues qu'indirectement, seulement 
par quelques noms de peuples transmis par les textes égyptiens. 

Les Lyciens, les Phrygiens, les Dardaniens, les Kébrènes, les 
Paplîlagoniens, les Bithyniens, les INIysiens, les Ascaniens, etc., 
de l'Asie Mineure, parlaient des langues apparentées au grec, de 
même qu'une foule d'autres peuplades, dont les noms sont 
oubliés aujourd'hui. 

Parmi ces peuples, les Ascaniens, ancêtres des Arméniens, ont 
plus tard gagné le bord du massif persan, dans les pays de l'Ara- 
rat; ce qui porta bien des savants, des linguistes même, à cher- 
cher à les rapprocher des peuples iraniens. Mais il ne faut pas 
oublier que c'est vers le XV^ siècle avant notre ère que les 
Arméniens passèrent le Bosphore, en compagnie des peuples que 
je viens de citer et que, s'ils sont aujourd'hui plus rapprochés géo- 
graphiquement de la Perse que delà Grèce, ce n'est que par suite 
<le leur retour vers l'Orient. Cette famille linguistique semble 
former le passage entre le groupe gréco-ilaliote et la souche 
irano-hindoue (1). 

La Grèce et l'Italie furent occupées par des peuples très proches 
parents, si nous en jugeons par les affinités que présentent leurs 
langues. 

Le grec prit des formes spéciales, suivant les pays où se fixèrent 
les diflérentes tribus, et il n'est pas bien certain que ces variétés 
n'existaient pas déjà avant l'invasion. C'est ainsi que Téolien fut 
parlé vers la pointe occidentale de l'Asie Mineure; le dorien dans le 
Péloponèse et plus tard en Crète Ci), dans les colonies de Sicile, 
de Libye et d'Italie méridionale; le béotien au nord de Corinthe; 
l'ionien, la langue des îles, était aussi parlé dans certaines localités 
de l'Asie Mineure, en Attique, etc. ; sans compter les nombreux dia- 
lectes disparus avant l'introduction de l'écriture chez les Hellènes. 

(l)Hûbschmanu considère l'arménien comme Perse, t. VI, 1905, p. 59, sq.) dérive des hié- 

laisanl partie d'un groupe indépendant dans roglyphes sumériens primitifs. Cette descen- 

la famille indo-européenne. (Cf. Zeilschr. de dance est affirmée par des rameaux, des têtes 

Kuhn, t. XXIII, p. 407.) C'est à lort qu'on a humaines schématisés Quelques signes sem- 

pensé (HovEL.\cijuE, la Linguistique, Paris, blant appartenir au même groupe ont été 

1888, p. 288), confondant le vannique avec rencontrés dans les Cyclados, à Mile entre 

l'arménien, que cette langue avait été écrite autres, en sorte qu'on serait tenté d'attribuer, 

dans I antiquité en caractères cunéiformes. dans la très haute antiquité, un système 

(2) Les peuples qui occupaient la Crète d'écriture figurative ou hiéroglyphique à 
avant l'invasion dorienne possédaient, non seu- l'Orient méditerranéen et de songer à une pa- 
iement une langue que nous ne connaissons rente possible entre les signes hétéens qui, 
pas, mais une écriture restée indéchilïrable. comme on le sait, furent en usage jusqu'à la 
Elle résulte siirement de la simplification d'un côte et les hiéroglyphes, d'où descendent les 
système hiéroglyphique, tout comme le proto- curieux signes découverts en Crète par M. 
Elamite (Cf. V. Scheil, Mém. Délég. en Evans ;etpeut-être aussi l'écriture chypriote. 



LA PRÉPONDÉRANCE ÉGVPTIKNNE 



335 



C'est vers celte époque également que la péninsule italique fut 
envahie par des tribus étroitement apparentées à celles de la 
Orèce, mais ne descendant pas d'elles. \.c lalinfri, qui renfei-me 
<l('s lornies plus archaïques (jue le grec, est la langue qui a 
dominé les autres. Il avait alors une foule de sœurs, telles (|ue Tos- 
<iue, l'ombrien, qui toutes disparuient de bonne heure. L'ombrien 
était parlé dans le sud-est de la Péninsule, ros(|ue au sud, le 
latin vers le milieu, près de létrusque, langue que quelques au- 
teurs (2) rattachent au groupe indo-européen, et que d'autres (3) 
•croient pouvoir faire rentrer dans celui des dialectes qui, avant 
la venue des Aryens, se parlaient au sud de l'Europe. 

Dans quelques pays isolés, tels que les montagnes, les anciens 
idiomes se seraient conservés encore longtemps. L'albanais (li), 
le basque (5), jusqu'à nos jours, l'ibérien (6), dans la péninsule 
espagnole, jusqu'au milieu de l'empire romain. 

Les Celtes (7) s'étaient avancés dans la France et depuis long- 
temps occupaient nos pays. Ils étaient probablement venus de la 
région du Dnieper ou du Bas,-Danube, en passant par les pays 
baltiques, apportant avec eux des langues, telles que le breton, 
■dont le parler s'est perpétué jusqu'à nous. 

Pour le reste de l'Europe, nous ne pouvons nous prononcer ; 
certainement il avait été, plusieurs fois déjà, envahi par les peu- 
ples aryens ; mais aucun indice ne nous permet de juger des lan- 
gues que parlaient ces premiers envahisseurs. 

Le monde situé en dehors de celui que je viens de décrire som- 
mairement était en entier le domaine des langues inférieures, 
monosyllabiques ou agglutinantes. 

En dehors des principaux centres de culture intellectuelle, 

(1) Nous en pouvons suivre révolution de- bolais (1542), et le premier livre en cette 

puis le troisième siècle avant notre ère. (Cf. langue est de 15i5. Le bnsipie, dont l'origine 

CoRSSE.-y, Ueber Ausspraclie, Vokdlismus iind demeure absolument inconnue, se subdivise 

Belonunij der laleinischen Sprache, 2" édit. en une vinglaine de dialectes, parlés tant en 

Leipzig, 1868, t. I, p. 695.) Espagne qu'en France. 

{2) CoRssEy, Ueber die Sprache der Elrusker, (6) L'ibérien, langue parlée jadis dans toute 

Leipzig, 1874, 1875. l'Espagne et le Portugal jusciu'au.x environs 

{3) FuGviER, Zur prechislorischen Elhnol. lia- de Narbonne en Gaule, ne nous est connu 

lienx, 1877. que par les médailles (i" s. av. J.-C.) et les 

(4) L'albanais ou skipetar sembleappartenir inscri[)lions encore indécliillrées; on le pense 
à la souche aryenne. apparenté au basque. (Cf. Van Evs, La lan- 

(5) Cf. Broca, Sur l'origine et la réparlilion gue ibérienne et la langue basque, ds Rev.de 
de la langue bascjue, ds Rev. d'Anlhrop., t. linguistique, Paris, 1874, I. VIH, p. 1. — Vin- 
IV et carte, pi. IIL — Carte du prince Bona- son, La question ibérienne, ds Mém. Coiujr. se. 
])arte, 1869. Le plus ancien document en lan- de France, 1874, t. Il, p. 357.) 

gue basque n'est pas antérieur au di.xième (7) La branche celtique (indo-européenne) du 

siècle de notre ère (charte latine de 980, don- langage se subdivise en deu.v groupes, le 

nant quelques noms propres basques). Quant gaélique et le kimrique. 
au plus ancien te.xte basque, il est dan"s Ba- 



336 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 

il se forma, dans les îles et sur les côtes, une multitude de foyers 
d'une indépendance relative, où chaque peuplade donna cours à 
ses tendances. Ces foyers s'influencèrent les uns les autres et ne 
manquèrent pas de réagir plus ou moins sur les pays d'antique 
civilisation. 

Tour à tour on a voulu attribuer à une seule origine les pro- 
grès dans nos pays. Tantôt ce furent les Phéniciens qui, par 
l'étendue de leur navigation, auraient porté leurs connaissances 
dans toute la Méditerranée; tantôt ce furent l'Egypte, la Ghaldée, la 
Grèce même, apportant du Nord des notions qu'elle ne posséda 
jamais aux origines. Aujourd'hui que la Crète entre en jeu (1), 
l'on exagère déjà les conséquences des récentes découvertes. 

11 faut se souvenir (|ue tous les éléments en contact jouèrent leur 
rôle suivant des proportions que nous ne saurions, dès maintenant, 
évaluer d'une manière précise; mais dans lesquelles les grandes 
civilisations asiatiques tiennent une place certainement prépondé- 
rante, par la force que leur donnaient les siècles écoulés, l'expé- 
rience, la puissance commerciale, maritime et militaire. 

Dans tel pays, l'influence égyptienne domina; dans d'autres ce 
fut celle de la Phénicie, de l'Assyrie ou de la Chaldée, souvent plu- 
sieurs à la fois. Quant au génie indo-européen, il n'entra sérieu- 
sement en ligne qu'après avoir dépassé ses maîtres ; et l'on peut 
affirmer, sans crainte, qu'au début son influence fut insignifiante 
sur les vieilles civilisations. 

Dans une étude aussi compliquée, ne reposant que sur des 
appréciations souvent discutables et sur des faits d'une analyse 
très ardue, il ne faut jamais perdre de vue l'ensemble de l'évolu- 
tion et laisser son esprit s'attacher outre mesure à des détails, 
quelque séduisants qu'ils paraissent. 

(t) Minos, ayant formé la première marine rat. 25). Son frère Rliadamante réunit sous 
nationale, domine les Cyclades et étend son son sceptre une partie de la côte d'Asie Mi- 
hégémonie sur toute la Grèce (Thucyd., I, i). neure au,x îles septentrionales de lArcliipel 
On signale des établissements crétois de (Dion. Sic, V, 7J). Enfin, son autre frère 
cette époque dans la plupart des îles de l'ar- Sarpédon se forme un royaume indépendant, 
chipel. (Voy. BoLANACHi et Fazy, Préc/s ciVi/s/. mais allié, en Lycie (Hérodote, I, 173.— 
de CrÀie, pp. 118-121.) On en place également Diod.Sic, V, 79), et dans une portion de la 
un à Ténare, en Laconie (Plutarque, De .scr. Carie et de l'ionie. (Cf. Bolanachi et Fazy, 
numin. vindict., p. 559. — Hesych). Minos, Précis d'histoire de la Crète, pp. 121-126.) Tel- 
avec sa flotte, soumet une partie de la Sicile, les sont les traditions grecques sur la thalas- 
où il lutte contre les Sicanes, les rivau.x des socratie Cretoise. (Fr. Lenormaist, les Premiè- 
Sicules (DiOD. Sic, IV, 79. — Hérodote, VIII, ;e.s- Civilisations, t. II, 1874, p. 418, noie 1.) Cer- 
170), et il fonda Ileraclea, Minoa et Egyon. tainement elles ne répondent pas absolu- 
De son temps, un peu après lui, les Crétois ment à la réalité des faits, mais montrent 
dominent sur la lapygie, où ils bâtissent combien l'influence minoenne avait laissé de 
Ilyria, Brentésion et Tarente (Hérodote, souvenirs chez les Hellènes. 
VII, 170. — Strab., VT, p. 279. — Cono.n, nar- 



LA PRKPOXDERANCE EGYPTIENNE 



337 



Si, dès l'âge du bronze, nous rencontrons parfois, mais très ra- 
rement, dans l'Europe centrale et septentrionale, des traces d'in- 
fluence de l'Orient, nous n'en devons point être surpris; car les 
peuples commerçaient entre eux dès la plus haute antiquité. Mais 

Tableau monlranl le dcueloppemenl de la connaissance des métaux 
dans l'Asie Anlérieiire, l'Afrii^ue du Nord el l'Europe |I). 



SIÈCLES 


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M = Mésolithique ; N = Néolithique; E = Enéolitiiique; B — Bronze; 
BF — Bronze avec connaissance du fer; F = l-'er. 

partout le faciès local sautant aux yeux aussi jjien dans les civili- 
sations méditerranéennes que dans celles du Nord, il est sou- 



(1) Les indications fournies par ce tableau elles devront être rectiliées au furet à me- 
né sont, et ne peuvent être qu'approximatives; sure des découvertes. 

22 



338 LE^ PREMIÈRES CIVILISATIONS 

vent aisé de faire la part des principes originels, des apports 
étrangers et des efforts personnels à un peuple. 

La forme des vases, des armes, l'ornementation, l'art, la techni- 
que industrielle sont autant d'éléments qui, joints aux indications 
d'ordre social et moral, entrent dans la balance et servent à classer 
les diverses phases et les divers foyers de l'évolution. 

Ces fractions, dans le temps et dans l'espace, sont plus ou 
moins apparentées; elles se groupent naturellement, montrant des 
successions et des familles. C'est ainsi qu'il est permis d'affir- 
mer que l'évolution méditerranéenne envisagée dans son ensemble,, 
est étrangère à celle des pays européens, bien qu'il se trouve par- 
fois enchevêtrement de principes nordiques et d'idées orientales. 

Certaines formes, par exemple, très anciennes et très simples, 
occupant une large surface, indiquent, par leur présence même, la 
parenté des efforts dans les pays où elles se rencontrent. Elles 
éloignent, au contraire, de leur famille celles où elles font défaut. 

Parmi les types d'instruments de bronze hongrois, par exemple, 
il est à remarquer que les plus anciens, seuls, peuvent être suivis 
jusqu'au cœur de l'Asie septentrionale (1). L'un d'entre eux, le petit 
celt, parfois muni de deux œillères, qui se montre dans toute 
l'Europe, la Russie méridionale et la Sibérie, s'avance jusqu'au 
Japon et à la Chine ; mais les pays méditerranéens, l'Asie anté- 
rieure, l'Iran et les Indes demeurent en dehors de sa zone. 

Cet instrument est donc caractéristique d'une grande famille 
nordique; quant à son point d'origine, il est difficile de le préciser. 
Est-il venu de Chine en Bretagne ? ou de Bretagne en Chine ? 
Est-il né en Hongrie, en Russie, au pied de l'Altaï, pour de là 
s'étendre à l'est et à l'ouest, et gagner ses limites extrêmes ? Nous 
ne le pouvons dire ; dans tous les cas, nous savons que son ori- 
gine n'a aucun lien avec les vieilles civilisations du Sud, 

Ce que je viens de dire d'un seul type s'applique à une foule 
d'objets, d'ornements ou d'idées; et l'ensemble de leur élude, cor- 
roboré par d'autres observations, par les traditions et par les lam- 
beaux d'histoire écha])pés à la destruction générale des textes 
sur les origines, permet d'établir le sens, l'intensité et les bords 
de ces grands courants, auxquels l'Europe est redevable en ma- 
jeure partie de ses connaissances initiales. 

(1) Cf. SopHusMuLi.EP, L'origine (Je l'âge du bronze en Europe, lra(l.ds.'\/(i/t?//(ua', t. XX, 1886, p. 16-2- 



LA PRÉPONDKnANCE ÉGYPTIENNE 339 

Un autre exemple est celui Je rornement en spirale. Né en 
Egypte, suivant la plupart des archéologues il aurait de la vallée 
du Nil gagné l'Asie antérieure, la Perse, le Caucase, la Russie 
d'une part; d'autre part il se serait répandu dans TArchipel, la 
Grèce, l'Italie, l'Ibérie et aurait atteint la Scandinavie après avoir 
envahi toute l'Europe. 

Pour la famille méridionale, je choisirai un exemple j)uisé dans 
un autre ordre d'idées, celui de la diffusion du culte d'Astarté 
« la terre mère, la fécondité » et de sa représentation. Née en Baby- 
lonie et dans l'Elam, la déesse Nana se répand en Asie, en Egypte, 
en Syrie, gagne les îles grecques, l'Asie Mineure et s'étend peu à 
peu jusqu'aux portes d'Hercule ; mais ne sort pas de la zone médi- 
terranéenne, ne pénètre que peu ou pas dans les pays situés à 
l'Orient du Tigre. Il y a là diffusion de principes du Sud dans la 
famille nordique, sans invasions comme véhicules des notions. 

Le phénomène inverse se produit aux débuts de l'état métal- 
lurgique dans l'Asie jNIineure et à Chypre. Là on reconnaît des in- 
fluences, dont les traces plus anciennes se montrent dans la vallée 
du Danube (1). Dans ce cas il y a diffusion par invasion car, on le 
sait, les Indo-européens qui, vers le second millenium, apparu- 
rent dans le nord de l'Asie antérieure, venaient de Thrace et 
avaient séjourné au-delà des Balkans. 

Les exemples qui précèdent sont concluants, mais tous les faits 
ne se laissent pas interpréter aussi aisément. Il en est qui résis- 
tent à la critique la plus judicieuse. Le Swastika, répandu sur le 
monde entier, aussi bien dans le Nord que dans le Sud, en Amé- 
rique qu'au Japon et en Chaldée, ne nous a pas livré ses secrets; 
et, malheureusement, il en est ainsi pour la plupart des indices du 
culte que nous relevons dans les vestiges des premiers âges. 

(1) R. V. LicHTENBERG, Beilriige z. âUeslen Geschiclite v. Kypros, in Milt. d. Vorderasiat. 
Ces., I'.t06, 2. 



CHAPITRE X 

La prépondérance assyrienne. 

Décadence de l Egypte. — Les Mèdes et Cyaxares. 

Invasion des Scythes. — Pelasges et Hellènes. 

Les Ligures. — Les Etrusques, fondation de Borne. 

Origines de la civilisation chinoise. 



L'Assyrie fut le nid tFoiseaux de proie d'où, pendant près de 
dix siècles, partirent les expéditions les plus terribles qui aient 
jamais ensanglanté le monde. 

Assour, Nimroud (1) et finalement Ninive, furent successive- 
ment les capitales de cet empire; Assour était son dieu, le pil- 
lage sa morale, les jouissances matérielles son idéal, la cruauté (2) 
et la terreur ses moyens (3). 

Jamais peuple ne fut plus abject que celui d'Assour ; jamais 
souverains ne furent plus despotes, plus cupides, plus vindicatifs, 
plus impitoyables (/i), plus fiers de leurs crimes (5). 



(1) Le transfert de la capitale d'Assour à 
Kalach se fit sous Salmanasar !"■ (Cf. G.Mas- 
PERo, Hixt. Or.class., t. II, p. 608), mais ne 
semble avoir été définitif que cent ans plus 
lard. 

(2) Je (Assournazirabal) construisis un pilier 
à la porte de la cité, puis j'enlevai la peau de 
tous les notables, et j'en recouvris le pilier; 
j'accrociiai les cadavres au pilier même, j'en 
empalai d'autres sur le sommet du pilier ; je 
rangeai les derniers sur des pals autour du 
pilier. » {Ann., col. I, 89-91.) 

(3) « La terreur de ma force les culbuta, ils 
craignirent le combat et ils embrassèrent mes 
pieds. » {Ann. de Tiylalphalasar, I, col. III, 
1. 4-6.) 

(4) On laissait au.t vaincus leurs rites natio- 
naux, leurs constitutions, leurs rois (Cf. An- 
nales de Tiylalphalasar, col. II à V) ; même 
lorsque l'un de ceux-ci avait été empalé ou 



décapité, après une rébellion, on ne lui don- 
nait point pour successeur un personnage 
étranger à sa famille ; mais on choisissait, 
parmi ses fils ou parmi ses parents, celui que 
l'âge ou le degré d affinité appelait à régner, 
et on l'intronisait sur les débris fumants en- 
core. Il devait humilier ses dieux devant As- 
sour, payer un tribut annuel {Annales de Ti- 
glatphalasar, id.), prêter aille et secours aux 
commandants des garnisons voisines, joindre 
son armée au.\ troupes royales en cas de be- 
soin {Ann. Assourbanipal, col. III), consigner 
ses fils ou ses frères en otages, livrer ses 
filles et ses sœurs, les filles et les sœurs de 
ses nobles pour le service ou le lit du vain- 
queur. (G. Maspeko, Hisl. anc. des peuples de 
l'Orient classique, t. II, 1897, p. 640, sq.) 

(5) «J'ai (Sennacherib) détruit leur (Elam et 
Babylone) plan de bataille et je les ai mis à 
mort. Ils jonchaient la terre comme des.. 



LA PRKPONDKUANCE ASSYRIENNE 



3/4 1 



L'Assyrie résume en elle tous les vices; liornii la bravoure, elle 
n'offre aucune vertu. Il faut feuilleter l'histoire entière du monde 
pour trouver ç.à et là, dans les époques les plus troublées, des 




Limites de L'Empire assyrien =vers I400av. J-C^ = sous Teglalhpalasar^ vers 1120.. 

Tinirari III, 8 12-784. ^._.j. = sous Assourbanipal, 667-625. . 



= sous nama- 



Marche du développement de l'Empire assyrien. 

crimes publics dont l'odieux soit comparable aux horreurs com- 
mises journellement par les Ninivites au nom de leur dieu (1). 



les harnais, les armes, les trophées de ma 
victoire nageaient dans le sang des ennemis, 
comme dans une rivière. Mes chars de ha- 
taille (jui écrasent les hommes elles animau.K 
avaient broyé leurs corps. .lai élevé comme 
un Irojdiée des monceau.t de cadavres dont 
j'ai coupé les extrémités des membres, .l'ai 
mutilé ceu.\ qui sont tombés en mon jjouvoir, 
je leur ai coupé les mains, je me suis em- 
paré de leurs bracelets, des monceaux d'or. 



des objets qu'ils possédaient. » (Prisme de 
Taylor, VV. A. I. I, c. V, 1. .56; c, VI, 1. 1, 
trad. J. Menant, Ann. Assyr., p. 223.) 

(l) Cf. Annalex d'Ax.foiirbcinipal, col. I, pp- 
81-111, II. 1. 107, III, col 111. 107-109, 111- 
li;{, etc. — Cf. Pkizkr, Inscbriflen Aschur- 
nàsir-abal's, in Schr.\der, Keilinxchriflliche 
Bihliolhek, t. I, pp. 66-f>7. — Cf. G. Maspero, 
llixt. (inc. des peuples de l'Orient classique, l. II, 
p. G:î8, sq. 



3/j2 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



L'Assyrien n'est ni un artiste, ni un littérateur, ni un légiste ; 
c'est un parasite, appuyant l'organisation du pillage sur une for- 
midable puissance militaire (1). Si loin que s'étende son empire, 
partout il domine et nul part ne gouverne; ses appétits sont sans 
limites (2). En lui s'incarnent, au plus haut degré, les défauts et 
les vices de la politique asiatique. 11 est, à ce point de vue, celui de 
tous les peuples de l'antiquité, dont l'étude soit la plus intéres- 
sante. 

Les débuts de l'Assyrie, nous l'avons vu, furent obscurs. Des 
bandes refoulées de Chaldée par la venue de nouveaux contin- 
gents sémitiques, ou peut-être aussi par la conquête élamite, 
avaient remonté le Tigre; et, s'arrêtant à dix ou douze jours de 
marche de Babylone, avaient fondé une ville, Assour, et une prin- 
cipauté gouvernée par des Patésis. 

S'étant peu à peu développée, ayant agrandi son territoire, cette 
colonie devint bientôt un véritable royaume (3) qui, dès le 
quinzième siècle, comptait déjà dans la politique de l'Asie. 



(1) L'armée assyrienne était rationnellement Pouzoïir Achir, 1520. 
organisée, les divers corps de troupes étaient Achir rimnicliechou II, 1500. 

séparés, le commandement intelligemment 

réparti. Elle possédait ses sapeurs ou trou- Achir nadinakhè, 1478. 

pes de siège, son matériel spécial, etc Cf . 

Layard, The Mon. of Nineveh, t. I, pi. XIX, Elrha Adad. 

XX, XXIX, LXVI ; t. II, iil. XLIII, etc. Achour ouballit, 1418-1370. 

(2) ■• Pour assurer la puissance de mes (Ti- Enlil nirari, 1370-1345. 
glatphalasar I") armes au.Kquelles le dieu As- .\rik denili, 134.5-1320. 
sour, mon seigneur, a promis la victoire et Adad nirari l'^ 1320-1290. 
l'empire du monde. » (Prismes de Kalah Chmilmanacharidou I", 1290-1260. 
Cherghat. Cf. J. Menant, 1874, Ann. des rois Toukoulti Ninib, 1260-1240. 
d'Assi/rie, p. 37.) Achournasirapal I", 1240-1235. 

, . , , „ . . Achournarara, 12.30. 

(3) Liste des Souverains assyriens. Nahou daïan. 

(D'après Schnabel. Mitllieil. der Vordera- Ninib toukoulti Achour, 1220. 

sial. Gesellsrhnft, 1908, I. Achour choum lichir, 1210-1198. 

Enlil Koudoiir ousour, 1198-1192. 

Kate-Achir, vers 2100. Ninip apal Ekour, 1192-1182. 

Chalim Alioum. Achour daïan 1", 1182-1145. 

llouchouma. Moutakkil Nouskou, 1145-1135. 

Erichoum, vers 2030. Achourrichichi I, 1135-1115. 

Ikounoum, vers 20(X). Toukoulti apal Echarra I", 1115-1100. 

Chamchi Adad III, 1100. 

Sankenkale Achir, 1930 (.'; Achour bèlkala, 1080. 

Enlilkapkapou. Achour rabi II, 10(X>. 

Samsi .\dad I", 1870. Achourrris iclii II. 

Toukoulti apal Echarra IL, 9.50. 

Ichme Dagan I". Achour daïan IL 

Samsi Adad II, 1815. Adad nirari II, 9iiO-890. 

Toukoulti Xinip II, 889-885. 

Ichme Dagan II. Achour nasir apal II, 884-860. 

Achirnirari I", 1700. Choulmanou acharidou II, 859-825. 

Samsi Adad IV, 824-812. 

Achir rabi I, 1600. Adad nirari 111,811-783. 
Achir nirari II. Choulmanou acharidou 111,782-773. 
Achir rimnichechou, 1560. Achour daïan 111, 772-764. 
Adad nirari IV, 763-755. 



LA prépo.ndérancp: assyrienne 



348 



Vers 1370, Boiiniabouriyach I,roi cosséen de Babylone, traitait 
d'égal à égal avec Assoiirouballil, roi d'Assour, et lui donnait 
sa fille en mariage. 

Cent ans a|)rès, Toukoultininip, s'étant adroitement immiscé 
dans les aflaires de la Chaldée, imposait son joug à Babylone 
même, dont les souverains devenaient ses vassaux 1. 

Ainsi, l'un des premiers actes des Assyriens, en politique exté- 
rieure, fut d'asservir leurs frères du Sud ; et, pendant la longue 
durée de leur empire, ils ne cessèrent de les traiter en esclaves. 

Mais Babylone se révolta; les Assyriens furent pour un temps 
•chassés de ses territoires et El Assar elle-même serait tombée 
sous les coups de Ramânbaliddin, si vers 1220, Ninippalékour, 
ayant réorganisé ses armées, n'avait écrasé les Chaldéens sous 
les murs mêmes de sa capitale. 

La guerre entre les deux grandes puissances sémitiques se 
poursuivit sans relâche pendant plusieurs règues, l'une et l'autre 
prenant alternativement l'offensive ; l'avantage resta aux Assy- 
riens, populations plus rudes et plus entraînées à la guerre, et 
Babylone y perdit son indépendance (2). 

Ces guerres perpétuelles contre la Chaldée et contre les tribus 



Acliour nirari III, 754-746. 
Toukoulli apal Ecliarra III, 745-7-27. 
dioulmanou acliaridou IV, 726-722. 
•Charroiikin, 721-705. 
Sin ahe irha, 704-681. 
Acliour ah iddin, 680-668. 
Acliourbanipal, 667-626. 
Sin choiim licliir, 625. 
Achour elil ilani, 625-620. 
Sin char ichki3iin,620-iU0. 
(l) Toukoulliniiiip profila de cequeles Elami- 
tes venaient de vaincre Belnadiuchoumou, roi île 
Babylone. 11 aUaqiia son successeur Kadach- 
man Kliarbé II avant que celui-ci eût pu se 
remettre de ses désastres, prit Habylone, 
massacra une partie de la population, pilla 
les palais et les temples, enleva les statues 
•des dieu.v (Mardouk), les insignes de la royauté 
et rentra dans Kalakh chargé de butin. 

(2) Lisle des souverains cosséens de linhi/lone 
(D'après les travaux de Schnabel, MiUheit. 

<ler Vorderasiul. Gesellschafl, I"J08, I.) 

Gandach, 1761-1746. 

Agoiini, 1745-1724. 

Kachliliach I", 1723-1702. 

Ouchclii (?1, 1701-1604. 

Abi ratlach. 

Tachclii gcoroumacli. 

Agouni Kakrime. 

Karaindach I, 1560 (?) 
Kadachniaii Kharbe 1". 



Bourna Bouriacli I"-, 1520 (?). 



Kourigaizou I" ( 
Melichihu I" (?). 



Karaindach II, 1425-1408. 
Kadachnuin Kharbe II, 14<J8-1388. 
Nazi Bougach. 1 88. 
Kourigaizou II, 1388-1382. 
Bourna Boiiriacli II, 1381-1352. 
Kourigaizou III, 1351-1327. 
Nazi Marouttach, 1326-1.301. 
Kadachnian Toiirgou, 1300-1284. 
Kadachmaii Kharbe III, 1283-1278. 
Koudourri linlil, 1277-1270. 
Chagaraklî Choiiriach. 1269-12,57. 
Kaclililiachou II, 1256-1240. 
Enlil uadiii chouiii 124H-I247. 
Kailaclinian Kharbe I\', 1247-1246. 
Adad cliouui iddin, 1245-1240. 
Ada<l chouni nasir 1239-1210. 
Melichihou II, 1200-1105. 
Mardouk apal idiiin I. 1194-1182. 
ZaïiKiiiia clioiiiii iddin. 1181. 
Bel nadin ahè, 1180-1178. 

Cette dynastie aurait compté trente-six rois 
au moins, occupant une durée de 576 ans et 
6 mois. vCf. G. Maspeko. Ilist. anc. Or. clas- 
sique, t. II, p. 612. — Knudtzo.n, Assyrische 
Gebele an den Sonnengolt, t. I, p. 60. — HiL- 
PRECHT, The lidiyl. exped. of Ihe University of 
Pennsylmnia, t. I, pp. 37-38. — Winckleb, Àllo- 
rienlaiische Forschunyen, p. 133.) 



3/14 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



du Kurdistan entretenaient l'humeur belliqueuse des Assyriens, 
les exerçaient à la lutte; et dès que les rois d'Assour eurent 
péniblement groupé autour de leur capitale ce qu'il fallait de peu- 
ples et de terres pour assurer leur force, on les vit fondre sur 
l'Asie, soumettre à leur joug tout le monde civilisé de leur temps. 

Après les expéditions de Chaldée, l'Assyrie ne cessa de 
s'agrandir sur toutes ses frontières. Téglatj)halasar I (-1), vers 
1130, fut le premier de ses grands conquérants; il soumit la 
Commagène (2), le pays des Moschiens, les tribus des montagnes 
orientales voisines du Tigre, opéra de fructueuses razzias dans 
le massif arménien, dans les pays du Naïri, soumit au passage 
les restes des Hétéens (3), les Sémites de l'Oronte, une partie du 
Liban et de la Phénicie : il fut le véritable fondateur de l'empire- 

Chez les souverains ninivites (4), l'usage était d'exécuter 
chaque été une razzia sur un point de l'Asie. Il était aisé de 
faire naître les prétextes; car il suffisait de ne point être adora- 
teur d'Assour pour avoir mérité sa haine. 

Le pays sur lequel s'abattait la colère des dieux (5), district 
convoité pour ses richesses, était alors mis à sac, dévasté et ses 
biens partaient pour Ninive (6), accompagnés d'une partie de la 



(1) Pour l'histoire de ce souveniin. Cf. 
Rawlinson, Cun. Iinicr. W.As., l. I,|)l. IX-XVI. 
— WiNCKi.El!, Sitmmluiuj von Keilsrlirifteii, 
I, PI). 1-25. — LoTz, Die Insihriflen Ttyldllipile- 
zers, l, pp. 12-188, etc. 

(2) " Dans ce temps-là, j'ai (Teglatphala- 
sar I")Tnarcht' contre le pays «le Koummoukh, 
qui m'était rebelle. Il avait refusé au dieu 
Assour, mon seigneur, les trihus et les rede- 
vances qui lui sont dus ; j'ai envahi tout le 
pays de koummoukh (la Commagène). .l'en ai 
emporté des esclaves, des butins, des trésors; 
j'ai incendié leurs villes, je les ai démolies, 
je les ai détruites. ■> (Prismes de Kalah Cher- 
ghat. — Cf. J. Men.knt, 1874, Ann. des rois 
d'Asxj/rie, p. 36.) 

(3) Peut-être les Assyriens, en abordant les 
Hittites, espéraient-ils se l'endre maîtres des 
régions minières de l'Asie Mineure, de l'Ania- 
nus et du Taurus. U est à remarquer que les 
principaux districts miniers de l'Asie anté- 
rieure se trouvaient très éloignés de Ninive, 
et que cependant ce sont eux rpii lui fournis- 
saient, soit par le commerce, soit par le pil- 
lage, les métaux dont elle avait besoin. Les 
mines du Petit Caucase débitaient le cuivre en 
anneaux suivant le système pon<léral assyrien. 
(Cf. J. DE MoRG.\N, Misa. se. au Caucase, t. I, 
p. 109.) 

(4) Les titres que se donne Sennachérib (Cy- 
lindre de Beliino, Layard,pl. LXIU, I. 2. Trad. 
J. Menant, Ann. des ro/.s d'As.-ii/rie, p. 225) 
résument fort bien le caractère des roisd'As- 



sniiiv « Sennakilérib, roi grand, roi puissant, 
roi du pays d'Assour. roi des nations, pasteur 
suprême, adorateur des Grands Dieux (Assour 
et Isl.-ir), fidèle à la foi jurée, observateur des 
traités, exécuteur de la justice, marchant 
dans le sentier du droit, le juste, le vaillant, 
le fort, le terrible, le premier des i)rinces, 
celui (|ui ané.Mitil ses ennemis. » 

(5) « Dans ma quatrième cam|)agne. je mobi- 
lisai mon armée el la dirigeai contre Akhchèri, 
roi des Mannéens, sur l'ordre de .Vssour. Sin, 
Chamach, Ramman, Bel. Nabou, Ichiar de Ni- 
nive, Ichtar-Kilmouri, Icbtar d'Arbèles, Ni- 
nip, Nergal, Nouskou ; j'entrai chez les Man- 
néens et m'v promenai victorieux » fCi/l., col. II, 
120-130, trad.j. 

(6) .\ssour nazir habal ayant mis le siège 
•levant Karkemich, les Hétéens rachetèrent 
leur ville par des présents ; c'étaient « des 
coupes d'or, des chaînes d'or, des lames d'or, 
100 talents de cuivre, 250 talents de fer, des 
dieux de cuivre sous la forme de taureaux sau- 
vages, des vases de cuivre, une bague ('?) de 
cuivre, le somptueux mobilier d'une résidence 
royale, des lits el des trônes de bois rares et 
d'ivoire. 2(X) femmes esclaves, des vêtements 
el des étoffes de diverses couleurs, du cristal 
noir el bleu (améthyste), des pierres précieu- 
ses, des défenses d'éléphant, un chariot blanc, 
de ])etites statuettes en or, ainsi que de sim- 
ples chars et des chevaux de guerre. » (/n.s-rr. 
du palais dé Niinroud, col. III, I. 71, trad. Me- 
nant.) 



LA FUKPONDÉRANCE ASSYRIENNE 



345 



population réduite en esclavage (1); le temple avait sa large part 
des dépouilles, de même (jue le trésor royal; le reste était par- 
tagé entre les principaux feudataires d'Assour ou vendu sur la 
place publique; les hommes, les femmes, les enfants, le bétail 




Le premier Empire assyrien (2). 

s'écoulaient en énormes troupeaux (3) vers les terres encore libres, 
que les vaincus cultivaient (/i) pour le compte d'Assour, tandis que 
les Assyriens menaient ailleurs d'autres campagnes de dévastation. 



(1) «J'ai (Sennachérib) emmené comme ca\)- 
tifs (du pays des Juifs) 200.150 personnes de 
tout âge. des hommes, des femmes, des che- 
vaux, des ânes, des mulets, des chameaux, 
des bœufs et des moutons sans noml)re... 
Alors, la crainte immense de Ma Majesté ter- 
rifia Kliazakiaou (Ezechias), roi du pays de 
Vaouda ides .Juifs), il contrédia les troupes 
(|u'il avail réunies pour la défense de la ville 
d'Oursalimmi (Jérusalem), sa capitale, et il 
envoya des ambassadeurs vers moi, dans la 
ville de Ninoua, ma capitale, avec 30 talents 
d'or, 800 talents d'argent, des métaux, des 
pierreries, des perles... du bois de santal, de 
l'ébène, le contenu de son trésor, ses filles, les 



femmes de son palais, ses esclaves mâles et 
femelles, et il délégua vers moi son ambassa- 
deur pour m'olTrir des tributs et faire sa sou- 
mission. (J. Me.na.nt, 187't, Aitn. Asxijr., pp. 
218-219.) ' 

(2) D'après G. Maspero, Hisl.anc despeuples 
de l'Orienl classique, t. II, p. bW. 

(3) Cf. Lavais D. TIte mnnnmenls oj Ni- 
ni(v/i, t. I. pi. LVllI. LX, LXXIV ; t. n, pi. 
XXVI, X.XIX. XXX. XXXI, XXXIV, XXXV, 
XXXVII, XLII figurant «les troupeaux de 
captifs. 

(l) Cf. Delattre, le Peuple et l'Emp. des 
Mèdes, p. 110, sq. le rôle des colonies et des 
captifs dans l'Empire assyrien. 



346 



LES PREMIERES CIVILISATIONS 



Tout pays ayant attiré une fois la colère ou mieux la cupidité 
du roi était dès lors en servitude; chaque année, il devait payer 
tribut (1) et, s'il y manquait, était considéré comme en état de 
rébellion. 

Les x\nnales assyriennes abondent en récits d'expéditions des- 
tinées à ramener dans l'obéissance des peuples révoltés (2), et la 
cruauté de la soldatesque s'y révèle dans toute son horreur. 
Les rois, dans leurs inscriptions triomphales, se plaisent, en 
effet, à décrire les supplices infligés aux vaincus ; ils le font 
afin de semer la terreur chez ceux qui ont déjà supporté le 
poids de leurs armes, afin d'avoir toute liberté d'action sur 
leurs frontières, et d'être à même de dévaster des pays encore 
vierges. 

L'Assyrien est soldat, scribe et gouverneur des pays conquis; 
au-dessous de lui est l'esclave, qui le nourrit de son labeur. Cet 
homme, libre la veille, réduit dès lors à la perpétuelle dé- 
sespérance, n'est plus qu'une sorte de bétail, dont on vend 
les enfants alors que, lui-même aussi n'est qu'une marchandise. 

Ces principes, l'Assyrie y manquait parfois pour des raisons 
d'intérêt qui la plupart du temps nous échappent. Ninive trai- 
tait alors certains peuples avec ménagements, leur reconnais- 
sant des droits et des privilèges. 

Le bruit des victoires de Téglatphalasar 1 se répandit jusqu'en 
Egypte, d'où le Pharaon, par politesse diplomatique, lui envoya 
des présents; mais, dans ses inscriptions, le roi d'Assour consi- 



(1) « De... Chun, du pays de Patin, je reçus 
3 talents d'or, KX) talents d'argent, 3(HJ talents 
de cuivre, 300 talents de fer, 1.(hh) vases de 
cuivre, 1.000 vêtements d'étoffe brodée et 
d'étotîe de lin, sa fille avec une dot considé- 
rable, 20 talents de bleu, 500 bœufs, 5.0iK)mou- 
lons ; je lui imposai un tribut de 1 talent 
<ror, 2 talents de bleu, KX) madriers de cèdre 
que je reçus chaiiue année dans ma ville 
d'Assour. De Khayanou, fils de Gabbari, habi- 
tant au pied de 1 Amanus, je ri'çus 10 talents 
<l'arsfnt, 90 talents de cuivre, 90 talents de 
fer, 300 vêtements d'étoiïe brodée et d'étoffe 
de lin, 300 bœufs, 3.000 moutons, 200 madriers 
lie cèdre, 700 homerx de résine de cèdre, sa 
fille avec une dot. Je lui imposai un tribut de 
10 mines d'argent. 2O0 madriers de cèdre, 100 
liomerx de résine de cèdre que je reçus cha- 
que année. De Arannui, fils d'Agousi, je reçus 
lO'mines d'or, 6 talents d'argent, ,^iOO bœufs, 
5.000 moulons. De Sangara de Kargamich, je 
reçus 2 talents il'or, 70 talents d'argent, 30 ta- 
lents de cuivre, 100 talents de fer, 20 talents 



de bleu, .%0 armes, sa fille avec une dot et 
1(K) d'entre les filles de ses grands, .'SOO bœufs 
et .'S.iKX) moutons ; je lui imposai un tribut 
d'une mine d'or, de 1 talent d'argent et de 
2 talents de l)leu, et le reçus annuellement. • 
(Salrn. Aniiaud Scheil, pp. 21-23.) 

(2) Lorsque les rois d'Assour ne pouvaient 
commander en personne, ils confiaient la di- 
rection des campagnes à leurs généraux. « J'ai 
(Samsi-Ramman) envoyé Moutarrits Assour... 
vers le pays de Naïri. U s'avança jusqu'à la 
mer du soleil couchant ; il enleva 3.0(» villes à 
Khirtzina, fils de Migdiara, 11 capitales vl 200 
villes à Ouspina. Il tua beaucoup des leurs ; 
il fit des i)risonniers, il s'empara de leurs tré- 
sors, do leurs dieux, de leurs fils, de leurs 
filles ; il détruisit ces villes, il les ravagea ; 
il les livra aux flammes ; en revenant, il tua 
beaucoup de monde au pays de Soumbaya, et 
il imposa des chevaux en tribut à tous les rois 
d;i pays de Naïri. (J. Menant, 1874, Ann. As- 
syr., p. 120.) 



LA im\i:pondérance assyrienne Su? 

dère ces cadeaux comme un tribut, un acte de soumission de 
l'Egypte à son égard {!). 

La Chaldée se révolta de nouveau; Téglatphalasar I la rava- 
gea, reprit Babylone et arrosa de sang tous les pays du Sud (2). 

Mais le pouvoir ninivite s'aiïaiblit vers le onzième siècle, sous 
les successeurs du conquérant et sous Téglatphalasar lui-même (3) ; 
soit que les guerres eussent épuisé l'armée assyrienne, soit que 
le nouveau domaine de Ninive fût trop vaste par rapport aux 
forces militaires dont elle disposait, les peuples tributaires 
secouèrent le joug. 

Battus par les lléléens, les Assyriens j)erdirent la Syrie, une 
partie deNaïri et encore une fois la Chaldée (/i), le Kurdistan (5), 
l'Arménie. A peine, vers le début du neuvième siècle, restait-il, 
aux conquérants de la veille, la banlieue de leur capitale. 

Comme les souverains Akkadiens et Klamites, comme les Pha- 
raons, les rois d'Assyrie savaient conquérir, exploiter les vain- 
cus, mais non organiser leurs conquêtes ; et les exactions des 
faibles contingents qu'ils laissaient dans chaque pays tributaire 
étaient plutôt une excitation à la révolte, que ces garnisons elles- 
mêmes n'étaient une assurance de domination. En cent ans à 
peine, ils s'étaient emparés de presque toute l'Asie, imposant au 
vieux monde, fatigué de luttes séculaires, les volontés d'un peuple 
jeune ; mais malgré leur affaiblissement, les anciens royaumes 
avaient enfin secoué le joug, et l'Assyrie fut près de sa perte. 

Cette période d'humiliation dura plus d'un siècle, qu'Assour 

(1) Les souverains musulmans de la Tur- Nabou Uoudourri ousour, 1152-1124. 
<iuie, de la Perse el du Maroc ne faisaient-ils Enlil nadin apli, 1123-1117. 

pas accroire à leurs sujets, il y a bien peu de Mardouk nadin abê, 1116-1105. 

temps encore, que les présents qu'ils rece- Illi Mardouk balatliou, Iin5-10il5. 

vaienl des cours européennes nélaient autres Mardouk cbapik zer mati, 109,5-10'Jl. 

que des tributs ? Adad a|.al iddin, lOnO-lOnO. 

(2) «Il (Téglali)balasar) domina depuis la Mardouk ..1068. 
ville de Babilou (Baliylone), qui est située Mardouk... 1067-1055. 

dans le i)ays des Akkads, jusqu'au pays d'A- Nabou cboum licbir, 1054-104G. 
mourrida l'hénicie). » (IF.A./.J.pl.XXVilLc.l.) 

(3) Les dieux Adad (Ramnian) et Cbala, les Naboukodorosor, contemporain d'Acbcliour 
dieux de la ville d'Ekallàte que Mardoiik-na- ricbiclii (vers 1150), battit les Assyriens, mais 
din-Ousour, roi du pays d'Akkad, au temps <le fut défait lui-même sous les murs (l'El Assar, 
Téglatpbalasar, roi du pays d'Assour, avait et les deux Etats, l'Assyrie et laCbaldée, fu- 
pris et apportés à Babilou, après 418 années, rent égaux pour un temps. 

je (Sennacbérib) les ai enlevés de Babilou et (5) Les premiers contacts de l'Assyrie avec la 

"les ai remis à leur place dans la ville d'Eka- Médie sembleraient êtrt- vers le douzième .-iè- 

iâte [W. A. /., IIÏ, pi. XIV, 1. 48et ,50). de av. .L-C. lors de l'expédition de Téglatiiha- 

(4) La dynastie dite de Paché régnait alors lasar P^ au sud du Zab inférieur (Prisme de 
sur la Cbaldée. Voici la suite de ses rois, telle Téglatplialasar I") mais jamais ce prince ne 
que nous la connaissons aujourd'hui : poussa, comme on l'a dit (MEyAyr, Annales 

rois Assi/r., ]). 34) jusqu'aux plages de la mer 
Mardouk... 1177-1159. Caspienne (Delattrk, le Peuple et l'Emp. 

X, 11.58-1153. des Mèdes, etc., 1883, p. 38). 



3/|8 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



employa utilement à réparer ses désastres, à refaire son armée, à 
organiser son propre territoire ; et, quand Tougoullininip II monta 
sur le trône, en 889, l'Assyrie disposait de forces suffisantes pour 
recommencer l'ère des conquêtes. 

Cent ans de paix relative n'avaient pas modifié le caractère de 
ce peuple; il avait soufTert dans son orgueil, dans son intérêt; 
ses haines s'étaient accrues, et avec elles la soif du bien d'autrui. 
Peu après ses défaites, au moment où, dans le recueillement, 
il se préparait pour de nouvelles guerres, Assour jugea que la po- 
sition stratégique de sa capitale 
ne répondait pas aux aml)itions 
de sa nation. Proche de la Chal- 
dée et de l'Elam, ses plus puis- 
sants adversaires, découverte du 
côté de la Syrie, cette capitale 
se trouvait trop exj^osée. Assour- 
rasiiahal 111 transporta vers le 
Nord le sièo-e de son gouver- 
nement (1) et l'installa à Nim- 
roud (Kalakh) (2), bourgade fon- 
dée cinq siècles auparavant par 
Salmanasarl comme poste avan- 
cé contre les peuplades turbu- 
lentes du Haut-Tigre. La posi- 
tion de Niniroud {présentait comme capitale de grands avantages 
sur Assour; située au confinent du Zab supérieur et du Tigre, 
adossée aux montagnes kurdes, elle était défendue vers l'Occident 
et le Sud par ses deux fleuves. 

Plus tard, lorsque, reportant leur résidence à Ninive, les rois, 
à l'époque de Sargon, délaissèrent Kalakh, ce ne fut que par 
fantaisie; car les deux sites, très voisins d'ailleurs l'un de l'autre, 
présentent la même valeur aux points de vue politique et straté- 




Le triangle de l'Assyrie (B). 



(1) Déjà Salmanasar I" avait lemporaire- 
menl habile Kalakh avec sa cour. (Cf. G. 
Maspero, Hisl. nnc. des peupL Or. clans., t. II, 
p. 609.) 

(2) " La ville ancienne de Kalakh, celle qui 
avait été hâlie par Salmanasar, roi du pavs 
(l'Assour, le prince (pii régna avant moi, était 
loniliée en ruines, elle était devenue comme 
un monceau de décombres. J'ai rebâti cette 
ville; j'y ai réuni les peuples que ma main 
avait soumis, les habitants des pays vaincus. 



ceu.v du pays de Soukbi,dupays de Lakiedans 
son entier, de la ville de Sirqou sur le bord du 
fleuve Poiirat, du pays de Zamouya et de tou- 
tes les tribus qui en dépendent, du pays de 
Bit Adini, du pays de Kbatti (la Syrie), et 
ceu.x lie Libourna (roi) du pays de Kbatti. » 
(J. Menant, 1874, Ann. des rois d'Assi/rie, 
p. i>2, Assour nazir-Habal.) 

(.S) D'après G. Maspero, ///s/, anc. des peuples 
de rOrienl classique. 



LA PRKPONDKUANCE ASSVHIKNXE 3/^9 

giqiie. Ninive fut le Versailles de Ninuoud, mais un Versailles 
fortifié, un arsenal (1) en même temps qu'un palais; tandis que 
les grandes demeures des dieux étaient restées dans les anciennes 
capitales. 

Dès que l'Assyrie se sentit assez forte pour entreprendre de 
nouvelles campagnes, elle fit valoir les droits que lui donnaient 
ses anciennes conquêtes, et considéra comme rebelh's les peuples 
qui, sous Téglatphalasar I, avaient subi son joug et repris depuis 
leur liberté. 

C'est vers Fan 884 av. J.-C. qu'Assournazirpal (2) entra en 
guerre. 11 dirigea d'aliord ses pas vers les pays voisins de l'Assy- 
rie, les monts du Kurdistan, TArménie (3:, la Commagène, afin 
d'assurer la banlieue de sa résidence. Un soulèvement, inlei-rom- 
pant cette campagne, le ramena en Mésopotamie; mais à son 
approche les révoltés, jetant leurs armes, implorèrent son pardon, 
11 fut impitoyable, jugeant qu'un exemple était nécessaire. 

« J'en tuai, dil-il, un sur deux. Je bâtis un mur devant les 
grandes portes de la ville ; j'écorchais (vif) les chefs de la révolte 
et je recouvris ce mur de leurs peaux. Quelques-uns furent murés 
vifs dans la maçonnerie, quelques autres empalés au long du 
mur ; j'en écorchai un grand nombre en ma présence et je revêtis 
le mur de leurs peaux ; j'assemblai leurs têtes en forme de cou- 
ronnes et leurs cadavres transpercés en forme de guirlande (/j). » 

C'est ainsi que délmta le second empire d'Assyrie. Assour- 
nazirpal, de retour de cette expédition, mit à feu et à sang en 881, 
le Zagros, montagnes dont il était important de fermer les cols; 
en 880 l'Arménie, où le royaume d'Ourarthou (Van) était pour le 
haut Tigre une perpétuelle menace; en 879 les districts des envi- 
rons de Diarbekir les montagnes du haut Khabour ; il vainquit en 



(1) " Alorsj'ai (Sennachêrib) achevé cepalais of Ihe Pasl.,'î' fiév., t. [I, p. 128-177. — Sciiua- 
au milieu de Ninoua, pour la demeure de ma deu, Ketlinschrifllische Bibliol., t. I, p. 50-119. 
royauté. J'ai élevé des tours (?) pour l'admi- (3) C'est, semble-l-il, vers le neuvième siècle 
ration des hommes, ce palais avait été cons- av. J.-C. que se constituèrent les royaumes 
trait parles rois, mes pères, pour y déposer de Mannaet d'Ourarthou ;autrefoisces peuples 
des richesses, pour y exercer les chevaux, se confondaient avec les autres tribus du 
pour y loger des troupes. Ses fondations Naïri. 

n'étaient plus solides, j'ai entièrement démoli (4) Les cruautés d'Assournazirabal ont été 

cette antique demeure. « (J. Menant, 1874, exagérées par Gutschmid {.Veue Ueiirueije zur 

Ann. assyr., p. -224.) Gescluchle des Allen Orienls, p. Ii8, sq ), atté- 

(2) Cf. J. Oppert, Hist. emp. Chaldée el nnées i)ar liommel {Geschichle Babyloniens und 
Assyrie, p. 72-102.— J. Menant, Ann. des rois Assyriens, p. 588). La note juste sur la ques- 
d' Assyrie, p. 66-93. — Rodwell, Annals of lion a été donnée par Tiele (/irt6;//o«/.sc/i-A.ssy- 
Assur-Nasir-pal, in /îecor</.so/"//îeP«.-{/.,l" série, rische Geschichte, p. 177).— G. Maspero, Hisl. 
t. in, p. 37-80. —A. -H. Sayce, The Standard anr. peuples Orient classique, t. 111, p. 51, 
nscriptioa of Assur-Natsir-pal. in Records note 3. 



350 



LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



877 les Hétéens sur l'Euphrate moyen, s'ouvrant ainsi le che- 
min de la Syrie (1), et s'avança jusqu'aux plages de la Méditer- 
ranée (2). 

Salmanasar (3), son successeur, entra en campagne dès son 
avènement au trône (860), traversa l'Oronte, envahit la Syrie (Zi), 
vit aussi la Méditerranée, défit en 854 le roi de Damas (5) sans 




Les pays du Xaïri au ix^ s. av. J.-C. (fi). 

toutefois entamer son royaume ; puis rappelé en Chaldée par 
une nouvelle révolte de Babylone en 852, répandit la terreur dans 



(1) « J'ai (Achchoiir-nazir-habal) relevé le 
courage et la force de mes soldats. Ils s'abat- 
tirent sur la ville (de Piloura, au pays de 
Dirra) comme des oiseaux de proie. J'ai pris 
la ville, j'ai fait passer 800 hommes par les 
armes, je leurai coupé la lèle; un grand nombre 
de prisonniers tombèrent dans mes mains, 
j'ai livré aux flammes leurs demeures, j'ai 
élevé un mur devant la porle de la ville avec 
les cadavres des prisonniers. J'ai fait ti'anclicr 
leur tète, j'ai fait mettre en croix devant la 
grande porte 700 hommes, j'ai ravagé la ville, 
je l'ai démolie, j'en ai fail un monceau de 
ruines, j'ai brûlé leurs llls et leurs filles. ■> (Cf. 
J. MENA^T, 1874, Ànn. de /'A.s.s(/r/e, p. 81.) 

(2) Le point où Assour-nazir-pal loucha la 
mer ne saurait être fixé exactement. (<;f. 
G. Maspero, Hist. nnr. jieujilex Orient clii:isique, 
t. m, p. il. — BoscAWEN, The monum. and 
inscr. on the rocks at tlie Nakr ef Kelb, in 
Trans.Soc. Dibl. Arch., t. VII, p. 339.) 

(3) «Je suis Salmanasar, le roi des légions 
des hommes, le souverain, le mandataire 
d'Assour, le roi puissant, le roi des quatre 
régions de Chamach et des légions des hom- 
mes, le vainqueur de tous les pays, fils d'As- 



sour-Natzir-Habal, le seigneur suprême, dont 
la puissance émane des grands dieux et qui 
soumet toute la terre à son empire ; descen- 
dant de Téglatphalasar qui réduisit sous sa 
puissance tous les jiays et les couvrit de 
ruines, .. (J. Me.nant, 1874, Ann. Aft.sijr., p. 97, 
sq.) 

(4) En Palestine, « à partir du douzième- 
onzième siècle, le l)ays a de nouveau changé 
de maîtres. Comme s'il était devenu fermé aux 
relations extérieures, son art ne s'alimente i)Uis 
des créations étrangères; il se développe sans 
progresser ])ar la modification des formes 
antiques et une tendance marquée à sacrifier 
la préoccupation artisti([ue au souci utilitaire. » 
(H. ViNCE.NT, Canaan, 1907, \). 20.) 

(5) Le royaume de Damas devenait de jour 
en jour plus puissant; il avait soumis à sa 
vassalité Hamalh, Israël, Ammon, ])lusieurs 
tribus arabes, les Iduméens, les principautés 
de la Phénicie septentrionale, Ousanata, 
Chianou, Irkanala, etc. (Layaud, InucrijilionK, 
pi. XIV, 1. 16, 17, 3-2, 33, 45, 46. — Scuradeb, 
Keilinsrhriflen und