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Full text of "Les Serbes de Hongrie: leur histoire, leur priviléges [sic], leur église, leur état politique et ..."

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%i K. I 








•:UR ETAT 



VIRES EDITEURS. 




LES 



SERBES 



DE HONGEIE, 



I.EUR fflSTOIRE, 

LEURS PRIVILEGES, LEUR EGLISE, LEUR ETAT 

POLITIQUE ET SOCIAL. 



- •. i ,1 ( ' 



-'S^lgiet' 



PRAGUE. 
GR^GR & DATTEL LIBRAIRES i;DITEURS. 

1873. 



J"^ 



.^ y 



UN/VFRsrry 
3 FEB. m < I 

OfOXl-OKD <5V. 



Iinprimerie du D'- Gregr k Pragup. 



PB^FACE. 

Principaute dc Serbie, 

deduction faite de 110.000 Roumains .... 1,140.000 

Crna Gora (Mont6n6gro) 200.000 

Herzdgovine 227.000 

Bosnie 780.000 

Novipazar . . . .^ 120.000 

Hongi-ie, Croatie et Slavonie 1,000-000 

Dalmatie et Istrie 426.000 

Ensemble: 3,892.000 

Si, h ce chifft-c d6]h respectable on ajoute: 6,000.000 
de Bulgares, 1,350.000 Creates et 1,210.000 Slovenes, on 
arrive, pour les Slaves du sud, h un total de 12,452.000 
individus. 

Par leur position g^ographique qui fait d'eux le lien 
entre les Bulgares et les Serbes de la Principaute, d'une 
part, les C-roates et les Slovenes, d'autre part, les Serbes 
de Hongrie peuvent etre appeles Jijouer un role important, 
ct nous avous voulu leur consacrer le premier volume de 
nos etudes ethnographiques. 

La plus grande partie de ce volume est occup^e, par 
un resume historique dans lequel nous nous sommes efforc^ 
de coordouner les notions contenues dans toutes les publi- 
cations anterieures, les coutrolant par des informations nou- 
velles ct les soumettant h des vues d^ensemble. Au risque 
de fatiguer le lecteur par la frequence des renvois, nous 
n'avons avauce aucun fait sans iudiquer la source h laquelle 
nous Tavions puise. Cette preoccupation d^exactitude justi- 
fiera, nous le pensons, la longueur de quelques unes de nos 



pb]S:face. 

citations. Nous n'avons pas voulu, par exemple, parler des 
privileges accord^s aux Serbes par Tempereur Leopold et 
par ses saccessenrs, sans en reproduire des ex traits qui per- 
missent an lecteor de prononcer an jugement personnel. 
Nous estimons que, dans une ceuvre critique, les documents 
doivent tenir la premifere place, et nous n'avons pas craint 
de citer les textes originaux, toutes les fois qu'ils ^taient 
r^diges dans une langue g^n^ralement comprise. 

Les chapitres qui viennent aprfes cette partie purement 
historique, sont destines h fournir k ceux qui suivent au 
jour le jour les incidents de la politique, toutes les infor- 
mations qui peuvent leur etre utiles pour apprecier I'^tat 
social des Serbes de Hongrie. La plupart des journaux 
europ^ens sont si pen renseign^s sur les questions de ce 
genre, qu'on accueillera peut-etre avec interet ces details 
pen connus. 

Nous ne nous dissimulons point que notre ou\Tage 
pourra susciter des attaques. Sans parler des errcurs qui 
nous auront ^chapp^, on nous accusera sans doute de par- 
tiality, alors que nous avons surtout voulu faire oeuvre de 
justice. !l^tranger par la naissance aux luttes passionnees 
dont la Hongrie est le theatre, nous en avons 6t6 simple 
spectateur, et ne nous sommes point prononc^ sans de 
mftres reflexions. Si, le plus souvent, nous avons dft com- 
battre en termes ^nergiques Tamour de domination, I'attitude 
hautaine et intol^rante des Allemands et des Magyars, nous 
n'avons pas craint de parler aux Serbes avec franchise, toutes 
les fois que nous avons eu des reproches k leur adresser. 



pbjSface. 

Noas avons h\km6 sans management Findiff^rence et Tindis- 
cipline d'an grand nombre, et serions heureux que nos con- 
sells, dlct^s par an sentiment sympathlque, produlslssent 
qaelqne fruit. 

Nous prdsentons ces llgnes k nos amis de tons les pays 
slaves et latins. Polssent-Us les agr^er comme un gage de 
ces rapports fraternels que nous esp6rons voir se d^velopper 
entre TOrient et FOccldent! 



NOTE 



sur la transcription des noms serbes et nfiagyars. 



X our ne pas tomber dans une confusion qne les auteurs fran^ais 
se sont rarement appliqu(^s li dviter, nous avons adopts, pour tous Ics 
noms serbes citds dans le texte, la mdtliode de transcription croatc. 
Grftce aax indications suivantes, lo lectenr poun-a trouvcr sans peine 
la veritable lecture de chaque mot, tandis que dans la plupait des 
ouvrages franc^is publids jusqu'ici, notammcnt dans le dernier ouvrage 
de M. Saint-Rend Taillandier sur la Serbie, Tabsence de systeme fait 
qu'on rencontre des mots transcrits h rallemande, ^ cOtd d'autres mots 
Merits k la frangaise. II n'est pas besoin dUnsister sur les inconvrnients 
de ce mdlangc qui rend la lecture des plus difficiles. 

Le create et le serbe ne ferment qu^une seule et mCmc langiie; 
ils ne different gu^re que par la transcription, latine d'un cdtd, cyril- 
lienne de Tautre. II est done utile qu^on se familianse in Tdtrangcr 
avec des signes diacritiques dont Temploi devient chaque jour plus 
nsuel chez les Slaves. 

Yoici un tableau des signes graphiques qui n'ont pas chez les 
Serbes la mfime valeur qu'en fran^ais. Nous avons ajoutd h I'alphabet 
en usage chez les Croates, les lettres correspondantes de I'alphabet 
cyrillien rdformd par Vuk Stefanovid Karadzic, puis la transcription 
adoptde par les Hongrois. Comme uu gi-and n ombre de noms propres 
sont dcrits dans ce travail avec Torthographe magyare, cctte indication 
ne sera pas superfluc. 



TBAN8CRIPTI0N. 



Groate: 


Serbe: 


Magyar: 


Valear en frangais: 


c 


^ 


c, cz 


t$. 


6 


is 


cs 


tch fran^ais tr^s-adouci et ldg^rcmcDt mouilld. 
Bien que le serbo-croate 6 corresponde h 
peu pr&s aa magyar ty^ les UoDgrois le 
transcrivcnt toi^'ours par C8. 


6 


1 


cs 


tch. Uancienne transcription magyare eh s'est 
conser^'de dans quelqucs noms propres : 
Szichenyi, Zichy, etc. 


dj,gj 


% 


gy 


Ce son, stranger au fran^ais, peut-^tre rap- 
prochd de di dans le mot Dieu, prononcd 
avec force et d'nno senlc Amission de voix. 


di 


V 


dzs 


dj. Ces sigues ne sent gu^re asitds que dans 
les mots cmpruntds au turc. 


h 


X 


Ii 


Aspiration, toujours forte en magyar, souvent 
jvdoucic, ou compldtemcnt supprimde en 
serbo-croate. 


• 

J 


• 

J 


• 

J 


y, comme le j italien ou allemand. 


Ij 


Jb 


ly 


I mouillee, conime dans pareil (ne pas pro- 
noncer pareye). 

• 


"J 


H» 


ny 


gUt dans campagne. 


s 


C 


sz 


s (Inr, dans soih 


s 


m 


R 


ch, dans chevaL 


V 


» 


zs 


j, dans jour. 



NI3. Les voyclles magyares ont un son particulier qn'il est utile 
de faire connaltrc : a sonne comme un o guttural ; d sonne comme Va 
frangais de papa; I'accent allonge la prononciation sans pouilant pro- 
duire Va ouvert de j;f/^e, dme, etc. Ue magyar incline vers a tandis 
que V6 est Ve de cafe. FiCs voyclles o, o rdpondent k Veu fran^^iis et 
ne se distingucnt que par la quantity. U sonne oh, en magyar comme 
en serbe, de plus le magyar poss^dc u et ii, (m frangais), corrcspon- 
dant k o et o. 

LV a chez les Serbes un son fortement vibrant qui lui permet 
de jouer le r61e d'une voyelle : srb^ hrv, prst, etc. 



Bibliographie. 



I. Histoire politique. 



A. Histoire gindrale. 



1. Dissertatio brevis ac sincera hungari auctoris (Stephani Novakovic) 
de gente serbica, pcrperam rasciana dicta, ejusque mentis ac fatis in 
Hnngaria, cum appendice privilegiorum eidem gcnti elargitorum. Budce^ 
1790, in-8. 

M. Vitkovid et plusieurs autres auteurs attribuont cette disser- 
tation ^ Keresztriri; ello est d'Etienne Novakovic, ancien agent serbe 
pr6s de la Chancellerie hongroise. Safafik Gesch, der sudslav, Lity 
III, p. 224. 

2. Kurzgefasste Abhandlung tiber die Verdienste und Schicksale der ser- 
bischen oder razischcn Nazion in dem KOnigreiclie Hungarn. Von 
einem hungarischen Patrioten (Stephan von Novakovic). Mit einem 
Anhang der derselben verliehenen Privilegien. Neusatz und Bel- 
grad, bei Em. Jankovits 1791, in-8. 

Traduction de I'opuscule pr(3c6dent. Voy. SafaHk, ibid. 

3. HcTopiH pa3HUx% ciaBCHCKHxi HapoAOBi, naHnaqe Boirap'b, Xop- 

BHTOBl, H Cep60Bl9 H3 TMU 3a6BeHHfl H3flTafl H BO CBtrB HCTOpHieCKil 

npoH3Be4eHHaH losHHOirB PaHqeirb. B% BieHut, npn 6. F. CTe^airb 
HoBaxoBini; (Histoire des dflf^rcnts peuples slaves, en particulier 
des Bulgares, des Creates et des Serbes, tir^e de Toubli et misc 
dans la lumiere historique, par Jean Rajid. Vienne, Etienne 
Novakovic), 1794—1795, 4 vol. in-8. — IP Edition: B By4H- 
HOMi rpaA^^npH TvnorpaoiH xpai. VfliBep. yHrapcKaro, 
(Bude, imprimerie de l'Univcrsit<5 royale de Uongrie), 
1823, 4. vol. in-8. Lcs privil(5gcs et autres documents r(?unis dans 
le IV* vol., ont dtd aussi publics h part. 



10 Bibliographie. 

4. Kurzer Bericht von der Beschaffenhcit dcr zerstreaten zahlreichen 
illyrischen Nation in den k. k. Erblanden. (Von Freiherrn von Bar- 
tenstein.) Frankfurt und Leipzig, 1802, in-8. 

Comme ce livre est dcvenu h, pen prfes introuvable, nous indique- 
rons aussi la traduction serbe qui en a 6t6 publi^e par M. A. Sandic : 

(JoBEHa XpHCTB<fr. BapoHa BapTeHniraJHa) KparaK HaseniTaj o crafty 
pacejaHora MHoro6poJHora UHpcKora napoAa no oap. h xpajs. Hacie- 
AHHqKHM seiiJbaMa. npeseo AieKcaHAap CaaARli. VBeqy, mraMna- 
pHJa n H34aH»e jepMeHCKora ManacTHpa, 1866, in-8. 

5. Slavonien nnd zum Tlieil Croatien. £in Beitrag zur YOlker- and 
L&nderkundo, tkeils aus eigener Ansicht und Erfahrung (1809 — 1812), 
theils auch aus sp&teren zuverl&ssigen Mittheilungen der Insassen; 
von Johann v. Csaplovics. Pest, in Hartleben*s Verlag, 1819, 
2 vol. pet. in-8. 

6. Die Serbier und Rascier in Ungam und deren Privilegien. Articles 
publics dans le Lloyd du mois de Janvier 1849. 

Cette suite d'articles est^cit^e par M. Helfert (Gesch. Oester- 
reichs, II, p. 169, note 94), mais nous n'avons pu nous la procurer. 

7. BoftB04CTBO Cep6a aycTpiHCKn. IlHcao IcB4opi HHKOiHTb. yBienRH, 
neqarano y KHbHroneqaTHU epiieHCKora MOHacTHpa, (Le 
Voli^vodat des Serbes autrichiens, par Isidore Nikolid. Yienne, im- 
prim^ k Timprimerie du Monast^re arm^nien), 1849, 
in-8. 

8. Neueste National- und Sprachenkarte des 5stereichischen Eaiser- 
staates, im Vereine mit Mehreren herausgegeben von R. A. FrShlich. 
Wien, Verlag von Albert A. Wenedikt, 1849, 1 f. gr. aigle 
et un texte in-8. 

Le texte de Fr6hlich contient (pp. 17 — 31) un rdsum^ assez 
bien fait de Thistoire des Serbes de Hongrie. 

9. Geschichte des Illyrismus oder des sfld-slavischen Antagonismus 
gegen die Magyaren. Nebst einem Vorworte von Dr. W. Wachsmuth. 
Leipzig, Verlag von Gustav Mayer, 1849, in-8. 

10. Darstellung des Recktsverbilltnisses der serbiscben Nation, von Dr. 
J. Subboti6. Agram, 1849, in-8. 

11. ^epTO xasoTa Hapo4a cp6cKor y yHrapcKHirb o6iacTHiia, OA^ spe- 
Mena, KBAh cy Mri)apH y one 4oni2ir, na 40 ciaBHorb 406a Bocxpe- 
ceiria BoftB04]iHe Cep6i6, hih 041 ro4iiHe 895 — 1848. CnHcao h 
■34ao Aiein>caH4cp% CroaqKOBHlsi. yEewy, nicMCHuepMeR- 
CKor MoHacTupa; (Esquissc do la vie du peuple serbe dans les 
pays hongrois, depuis T^poque oii les Mag>ars y sont arrives, jusqu'^ 
r^poque glorieuse du r^tablissement de la VoY^vodine serbe, ou de 
895 k 1848, par Alexandre Stoja^kovi<5. Vienne, imprimerie 
du Monast^ro arm<3nien), 1849, in-8. 



Bihliographie, 1 1 

12. Etknographie der 5sterreichisclien Monarchic von Earl Frcilierrn 
von CzOmig. Mit einer ethnograpbiscben Karte in vier Bliittern. 
Herausgegeben durch die kaiserlicb konigliche Direction der admi- 
nistrativen Statistik. Wien, aus der k. k. Ilof- and Staats- 
druckerei, 1855 — 1857, 3. vol. gr. in-4 et unc carte en 4 
feuilles. 

M. Gzoemig a donn^ dans ce grand ouvragc beanconp de ren- 
seignements sor les Serbes. II a ins^r^, b, la fin de son III® vol., les 
privileges imp^riaux et plnsieurs autres documents qui n'avaient pas 
encore 6i6 imprimds. 

13. Ueber die staatsrecbtlichen Verhftltnisse der Serben in der Woj- 
wodina and Oberhaupt in den L&ndem der nngarischen Krone. Hi- 
storisch-jaridiscbe Abhandlang von Alexander Stojacskovics Te- 
mesvar, aus der kaiserlich-k5niglichen Filial-Staats- 
druckerei, 1860, in-8. 

14. A magyarorsziigi szerb Telepek jogviszonya az i.llamboz. Szalay 
L&szl6 Altai. Pest, Kiadja Heckenast Gusztav; (Les Colonies 
serbes de la Hongrie dans leurs rapports juridique avec T^tat par 
Ladislas Szalay. Pest, GustaveHeckenastdditeur), 1831, in-8. 

Ce mdmoire a paru en allemand, avec divers cbangements et 
additions, sous ce titre: 

Das R'echtsverb&ltniss der serbischen Niederlassungen zum Staate, 
in den Lftndem der ungariscben Krone, von Ladislans von Szalay. 
Leipzig and Pest, Lauffer und Stolp, 1862, in-8. 

15. Die serbischen Privilegien, Verhandlungs-Congresse and Synoden, 
von Dr. Jos. Jire^ek, dans I'Oesterreichische Revue, 1864, 

n^ vn, vm. 

IG. Fiac H3 Cp6HJe o mrraBy Hapo4HOCTH y VrapcKOJ. Y BeovfaAJj 
y4pxaBH0J niTaMnapHJH; (Une voix de Serbie dans la question 
de la nationality en Hongrie. Belgrade, imprimerie de Tdtat), 
1865, in-8. 

Extrait du Vidov Dan, n«» 67—94 de Tannde 1865. 

17. Ubry a vychodnl otAzka. Ilistorickd studie. Sepsal Josef Perwolf. 
V Praze. Tisk Jaroslava Pospisila; (Les Hongrois et la 
question d'Orienf. Etude historique par Joseph Perwolf. Prague, 
imprimerie de laroslav Posplsil), 1869, in-8. 

Extrait du Casopis Musea kr&lovstvf Ceskdho (Journal 
da Musde du Royaume de Boheme, 1869). 

18. Les Serbes et la mission de la Serbie dans TEurope d'Orient, par 
Vladimir Yovanovics. Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et 
C«« , 1870, in-12, 

II existe une ddition anglaise plus ou moins remanide de cet 
ouvrage, dgalement publico a Geneve, sous ce titre: The Emanci- 
pation of the Servian Nation, 1871, in-12. 



12 BtbUograpMe. 

19. KpHTHqKH norie4 na npomiocT Cp6a y VrapcKOj, 04 FaBpua Brt- 
KOBilia (Coup d'oeil critiqae sur le pass^ des Serbes de Hongrie, 
par Gabriel Vitkovi<5), dans le FiacHHK q^nCROr y«ieHor 4pyiiiTBa 
(Bulletin de la Socidt6 scientifique serbe) T. XXVm, 
1870, pp. 1—176 ; XXXVH, 1873, pp. 250—304. 

B. Faits historiques particuiiers. 

20. Die freiwillige Tlieilnahme der Serben und Eroaten an den vier 
letzten osterreicbisch-tarkischen Eriegen, dargetban in einer Samm- 
lung gleicbzeitiger gescbicbtlicber Urkunden. Wien, Druck von 
Keck und Pierer, 1854, in-8. 

21. A Rftczok Ellenforradalma(1703— 1711). — (La Contre-R^volution 
des Rasciens (1703 — 1711). — Articles de M. Jean Hornyik dans 
le recueil intitule. Sz&zadok. A magyar t5rt^nelmi T&rsulat 
E5zl5nye; (Les Si^cles. Bulletin de la Soci^td d^histoire bon- 
groise), Pest, 1868, pp. 530—553; 608—633; 693—720. 

22. Die serbiscbe Bewegung in Sfldungarn. Ein Beitrag zur.Oeschicbte 
der ungariscben Revolution. Mit einer Earte. Berlin, Yerlag von 
Franz Duncker, 1851, in-8. 

Get ouvrage a 6t6 traduit en serbe, par M. Zdravkovi<5, sous le 
titre suivant : 

CpncKH IIoKpcT y JyxHOJ yrapcROJ (1848). npeseo J. 34paB- 
KOBHli. Beorpa49 uiTaiinapHJa HHKOie CTe<»aHOBHlia, 1870, 
2 part. in-8. 

23. Die Erlebnisse eines k. k. Offiziers im Ssterreicbisch-serbiscben 
Armeecorps, in den Jabren 1848 und 1849. Semi in, 1861, in-8. 

Divers articles insdr^^s dans le Jtronici cpncKift (Annual re 
serbe), Novi Sad, 1825 et anndes suivantes; et dans le riacmirb 
4pyiUTBa cp6cKe cioeecHOCTH (Bulletin de la Soci^^td scienti- 
fique serbe). Belgrade, 1847 et anuses suivantes. Ces articles 
seront indiqu(?s dans le texte. 



II« Histoii^e eccl6sia4stiqiie« 

24. Die Union der in Ungem zwiscben der Donau und Drau wobnen- 
dcn Bokenncr des griecbisch-oricntaliscbcn Glaubens, von Josepb 
Fiedler. Wien, aus der k. k. Hof- und Staatsdruckerei, 
1862, in-8. 

Extrait des Sitzungsbericbte der philos.-bist. Glasse 
der kais. Akadcmie dor Wissenschaften, T. XXXVIII. 

25. Beitrage zur Union der Valacben (Vlacben) in Slavonien und Sjr- 



Bibliographie, 13 

mien, mi(|;etheilt von Joseph Fiedler. Wieu, ans der k. k. Uof- 
and Staatsdrnckerei, 1867, in-8. 

Extrait de I'Arehiv ftir Eundc 5sterreichisclier Ge- 
chichtsquellen, T. XXXVII. 

26. Actenmftssige Darstellung der Verbaltnisse der gr. ii. u. Hierarchie 
in Oesterreich, dann der illirischen National-Congresse und Verhaud- 
Inngs-Synoden (von Dr. Jos. Jire^ek). Wien, aus dor kaiscr- 
lich-k5niglichen Hof- nud S taatsdrue kerei, 1861, in-8. 

27. Airra Ca6opa HapoAa cp6cRorB y TeMHiOBapy ro4HHe 1790*Te 4p- 
xaHorb H lUpcTBa FbuieHiui. Y Semyuy, neqarao h ii34ao 
H. K. ConpOHi ; (Actes da Cougr^s national serbe tenu h. TemesvAr, 
en 1790, et Resolution imp^riale. Zemuu (Semlin), imprimd 
et public par I. K. Sopron), 1861, in-8. 

Outre la Resolution imperialc (Eais. Entschliessung) de 
1791, ce recueil contient diverses lettres adiess^es k la Chanccllerie 
aulique illyrienne par Leopold n et Francois P' en 1691 et 1792. 

28. Universalis Schematismus venerabilis Cleri oricntalis Ecclesiae graeci 
non uniti ritus I. Regni Hnngariae Partiumquo cidem adnexarum, nee 
non Magni Principatus Transilvaniae ; item Literarius, sen Nomina 
eorum qui rem literariam et fundatioualcm scbolarem ejusdem ritus 
procurant, sub benigno-gratiosa protectionc Excelsi Consilii Regii 
Locumtenentialis Hungarici ; per Aloysium Reesch de Lewald, pro anno 
1846/7 redactus. Budae, typis Regiae scientiarum Uni- 
versitatis Hungaricae, in-8. 

Get annuaire, Ic seul qui ait (5te public, pour r^glise orientale 
de la Hongrie, contient des documents statistiques fort prdcieux. 

29. Pa4&a 6iaroBemTeHCKor Ca6opa Hapo4a cp6cKor y cpcMCKjiM Kap- 
lOBiuna, 1861. H34ao Josan ]^op])eBHis. V HoBOMe Ca4yf 6p3 0- 
TiCKOM enHCKOncxe KH>HroneqaTH»e; (Travaux du Congr^s 
national serbe tenu h, Karlovci de Sirmie, h, Tdpoque de* Tannoncia- 
tion ; en 1861 ; publics par Jean Gjorgjevic. Novi Sad, imprime 
avec les presses rapides de la typograpbie episco- 
pal e), 1861, in-8. 

30. Vechi'a Metropolia ortodosa romana a Transilvanici, suprimerea si 
restaurarea ei, de Nicolau Pope*a. Sabiniu, Filtscb, 1870, in-8. 

Documents relatifs h, la separation des deux eglises serbe et 
roumaine. 

31. HaftBHmi PecKpenT 04 lOra Ayrycia 1868 saiciiomuiiia cp6cKor 
Hapo4BOr Ca6opa 04 ro4iiHe 1864/5 sa o6ceT q. Kp. BoeHC KpaHue. 
VEeyy, thckom epMeHCKor ManacTHpa; (Rescrit imperial du 
10 aotit 1868, relatif aux decisions du Congres national serbe do 
I'annee 1864-65, an sujctde la Fronti^re militaire imp. roy. Vienne, 
imprimerie du monastcrc arraenicii), 1868, gr. in-4. 

32. Cp6cKH Hapo4Hn Ca6op y cpcMCKHM KapioeuHiia, ro4HHe 1869. 
Onicao ■ Ha cbot H34ao 4p* CreBau IlaBiOBHii. yHoBOM Ca4y) 



X4 BibUoffraphie. 

y IIiaTOHOBOJ uiTainapHJi; (Le Congr^s national scrbe tena 
en 1869 h Karlovci do Sirmie. Compte-renda public par le Or. ]^- 
tienne Pavlovi6. Novi Sad, imprimerie Platon), 1870, in-8. 



HI. Bistoire lltt^iraire. 

33. Paul Jos. SafaHk's Oeschichte der sf&dslawischen Literator. Ans 
desscn handschriftlichem Nachlasse heransgegeben von Jos. Jire^ek. 
Prag, Verlag von Friedrich Tempsky, 1864-65, 3 vol. in-8. 

Le T. m® do CO grand onvrage est consacr^ k la littdratnre 
serbe ; il est pr6cdd6 d^nn aper^n historiqne qni renferme unc fonle de 
renscignements pr^cienx. 

34. CpncKa EH6iHJorpa«HJa sa noBHJy KftuseBHOCT (1741 — 1867). Ca- 
crasHO CrojaH HoBaKOBvli. Ha CBHJer H3Aao 9,CpncK0 jnieHo 4pyniTB0.*' 
y EHorp«4y) y ApxaBHOJ mraMnapHJi; (Bibliographic de la 
litt^ratnre serbe moderne (1741 — 1867), dress^e par Stojan Nova- 
kovi<5, pnbli<^e par la Soci^td scientifiqne serbe. Belgrade im- 
primerie de TEtat), 1869, in-8. 

Cettc Bibliographie comprend 3291 n®». 

34. HcTopHJa cpncKC KaHxesHOCTH. IlanHcao CrojaH HoBaROBiii. 4pyro 
ca CBHM npepaiscHO ii34aBe. EeorpaA* H34aH»e h mraMna 4p- 
xasne mraMnapije; (Histoirc de la littdrature serbe par Stojan 
Novakovid. Deuxifemc Edition euti6rement refondue. (Belgrade, 
imprimd et ^ditd h rimprimerie de Tfitat), 1871, in-8. 

M. Jagi6 n'a encore fait paraltrc que la I*" Partic de sa grande 
Histoire litt^raire (Historija Knji^evnosti naroda hr- 
vatskoga i srbskoga). Gette Partic ne s'occupe que de la p^- 
riode ancienne. 

A ces onvrages spdcialement destines k fairc connattre Thistoire 
politique, religicuse et litt($raire des Serbes, il convicut d'ajouter les 
grands onvrages relatifs k Thistoire de la Hongric: Bonfini, Istv&nfi, 
Pray, Katona, Engel, Fesslcr, le Corpus Juris Hungarici, 
la prdcieuse Encyclopedic boheme (Nau^uy Slovnfk), etc. 

Nous aurons plus loin I'occasion de citer encore nn grand nom- 
bre d'antres publications. 



Les Serbes de la Hongrie depuis le Vn« si^cle, jusqu'aox premieres guerres 

avcc les Tares. 

Les auteurs qui ont 6crit Thistoire des Serbes se sont boni6s, 
pour la plupart, h nous faire connaitre les populations comprises 
dans les limites de la Piincipautd actuelle de Serbie, ou dans les 
provinces slaves encore soumises a la domination ottomane et ne 
se sont guere occup6s des Serbes de la Hongrie. Ces demiers 
ont pourtant une origine plus ancienne que leurs freres des bords 
de la Morava-O 

En efifet, c'est par le nord qu'eut lieu Tinvasion des Slaves. 
Sans remonter jusqu'aux immigrants qui, des la fin du IIP siccle, 
formerent des etablissements en Thrace et en Mac6doine, on voit 
clairement ce mouvement se produire au VIP siecle. C'est alors, 
ainsi que Tout d6montre Dobrovsky (ap. Engel, Gesch. v. Ser- 
bien, pp. 153 — 161) et Safaffk (Gesch. der Siidslaw. Lit., 
Ill, pp. 9 sqq.), que les Serbes et les Creates quittcrent les 
Carpathes Orientales et la Russie Rouge et vinrent prendre pos- 
session des pays oil nous les retrouvons encore. Le nom de 
Creates est, h cette epoque, le nom gcn6rique, mjiis deja les 
Serbes reconnaissent des chefs differents. La ressemblance de nom 
qui exists entre les Creates (Chorvates) et les Chorvates de^la 
Bohfeme et de la Lusace a souvent amene une confusion entre ces 
deux peuples, ou du moins a fait croire, comme parait Tindiquer 



') NooB renyerrons, une fois pour toutes, pour les questions qui se ratta- 
chent k I'originc des Serbes aux Antiquitis slaves de Safafik (Slovanski 
staroMnosH. Sepsal PaTel Jos. Safarik. Druhe vydini. V Praze, 1862-68), 
n, pp. 1UM sqq. 



X6 Origine des Serbes et des CroaUs, 

le rccit plus qu'obscur de Constantin Porphyrog6netc, que les 
Croato-Serbes s'^taient d'abord avanc6s jusqu'aux confins des pays 
habit6s par les Germains, mais les recherches des deux savants 
illustres, que nous venons de citer, ont 6tabli que, si cette simi- 
litude de nom 6tait due a une origine commune, la separation 
avait eu lieu au nord-est des Carpathes, oil les monts Horby 
attestent encore le passage des Creates. 

Au VII* siecle, les Creates sent 6tablis en Dalmatie, a Textrfi- 
mit6 orientale de la Bosnie et dans une partie seulement do la 
Croatie modeme ; ils ont memo d6ja penetre en Camiole ; *) quant 
aux Serbes, ils ont pour limites: au nord, la Save et le Danube; 
h, Test la Morava, I'lzar et la ville de Raza (Novi-Pazar) ; au sud, 
la ville de Skadar et la Boljana; a I'ouest les montagnes qui 
s'etendent cntrc Tembouchure de la Cettina et le Vrbas et celles 
qui s6parent le bassin du Vrbas de celui de la Bosna. 

Tellcs etaient les limites assign6es aux Serbes par rcmpereur 
d'Orient, mais, si les populations anciennement etablies dans la 
peninsule des Balkans leur barraient le cliemin de Constantinople 
et de la Grcce, ils avaient toute liberte pour s'etcndre au nord 
du Danube et Ton ne pent douter qu'ils nc possedassent des 6ta- 
blissemcnts sur la rive gauche du fleuve. lis avaient de meme 
pris possession d^ rextrdmite du triangle form6 par la Drave, le 
Danube et la Save.*) 

Pour juger de la situation des pays qui nous occupent, il ne 
faut pas perdre de vue que dans la periode qui suivit I'invasion 
des barbares, les envahisseurs etaient pour la plupart nomades 
et se deplagaient sans cesse. Pendant la lutte que durant un siecle 



*) Vers la fin du VI« sifecle, le pape Saint Gr6goiro Ic Graud 6crit aux 
ev^ques de Tlstrie : „De Slavorum gmte, quae vobis imminet et affligor 
,yVehemefUer et turbor: affligor in his quae in vobis iam patior-, con- 
„turbor, quia per Istriae aditum in ItMatn intrare coeperunt^ Ce 
que le pape desigue ici sous le nom d'ltalie, c'est simplcment la Car- 
niole qui, & cette epoque, faisait encore partie de Tltalie et ou nous 
retrouvons atyourd'hui les SloviineB, — Noy. Fejer, Croatiae ac Sla- 
voniae cum regno Ilungariae Nexus et Bdationes, Budae, 1839, in-8. 
Part. U, p. 5. 

') M. Szalay {Szerb Tel, p. 7) dit lui-mt>me, en parlant de I'einigration en 
Uougrie de la famille Braukovic au XV® siecle, que, h. cette 6poque, 
les Serbes babitaient deja la Sirmie et les Confins inilitaires depuis 
des siecles : „Ajs ekkor bekdltosettek, Szerimben, hoi mint hatdrvideken 
„m6f szdiadok ota Szerbek is laktdk ..." 



Les Avares, 17 

et demi, les Slaves eurent k soutenir contre Ics Avares, les uns 
et les autres perdirent et gagnferent tour k tour du terrain. Pour, 
ne parler que des Serbes, il ne semble pas que ceux-ci aient 
jamais cess^ de se repandre au nord du Danube, oil ils rencon- 
traient d'autres peuples de mfeme race. Parmi ces derniers, on fait 
d'ordinaire figurer les Obotrites ou Botritses qui paraissent devoir 
fitre confondus avec les Serbes. C'est Topinion soutenue avec 
beaucoup d'apparence de raison par Timon') et par Hilferding.*) 
D'apres lliistorien russe, les Botritses 6taient 6tablis dans la 
Ba^ka et le Banat de la Temes. Si Pray') place ce peuple sur 
les bords de la Baltique, c'cst 6videmment par suite d'un examen 
peu attentif des textes d'Eginhard.*) D ressort pour nous dc ces 
textes que les Botritses avaient dil s'etablir d'abord dans le bassin 
du Danube, dans le voisinage des Serbes. Ds furent alors vas- 
saux des Bulgares, puis se soumirent aux Francs. C'est en 827, 
lorsque les Bulgares redevinrent les plus forts, qu'ils durent en 
grande partie abandonner les bords du Danube, pour se porter 
vers la Bohfeme. 

Les Avares, qui, de 582, ann£e oil ils s'emparferent de la 
Dacie et de la Pannonie, jusqu'en 799, epoque a laquelle Charle- 
magne acheva de les soumettre, rSgn^rent en maitres sur TEurope 
orientale, depuis la Lusace jusqu'a la Mer Noire, furent k leur 
tour debordes par les Slaves, si bien qu'en 805 leur chef en fut 
reduit k solliciter de Charlemagne la permission de s'6tablir entre 
Sabaria (anjourd'hui Szombathely, Steinamanger) et Camuntum 
(Petronell, prfes de Vienne), parce qu'ils ne pouvaient plus 
r^sister aux Slaves.*) Du reste, la domination des. Avares ne dut 
s'exercer que sous la forme de tributs lev6s et de requisitions 
de guerre et ne dut menacer I'existence m6me d'aucune des nations 
dtablies auparavant dans ces contr6es. 

La meilleure preuve que les populations croato-serbes ne 
fiirent pas constamment inquietees, c'est que, au dire de Con- 



^) Imago awtiquae Hungariae. Cassoviae; 1766. 

') Loco dt, I, p. 33. 

*) Annales'Huimortlm, Avarum et Htmgarorum. Vindobonae, 1761, in-fol., 

p. 889. 
*) Yoy. Eginhardi Annates KaroU Magni et Hisioria KaroU Magni, La 

meiUeiire ^tion est ceUe qu'en a donn6e Pert2s dans ses Mont»m, hist 

germ., T. I et H. 
^ Eginhardi A^imUs, ad ann. 805. 

2 



13 Conversion des Serbes, 

stantin Porphyrog^nete, leur conversion eut lieu pen de temps 
.apr^s leur arriv6e sur les confins de Tempire grec. Une premiere 
fois des missionaires leur furent envoyes de Rome, mais le paga- 
nisme n'ayant pas 6t6 entierement extirpe, Fempereur Basile 
confia, vers 867, h des pretres slaves le soin de leur prficher de 
nouveau Tevangile.^) 

>) Les Serbes vont jasqu'^ pr^tendre qae le monast^re de San-Gjorgje 
(Szent-Gy5rgy), dans le comitat de la Temes, remonte au Yin* si^cle. Nous 
nous sommes effbrc^ d'approfondir cette question, mais nous avouons n'^tre 
pas parvenu k on r^snltat bien satisfaisant M. Pardiimandrite Mihiy- 
lovic, qui est depuis longtemps k la t^te de ce couvent, a bien voola 
nous communiquer un m^moire historique r^dig^ par lui pour le gou- 
vemement autrichien, sous le minist^re Bach. Void textuellement le 
passage de ce m^moire qui se rapporte k la fondation du monast^re: 
(Zur Zeit der Iconochlasten), „fassten einige fromme M6ncbe den festen 
„Entschluss sich zu den an der untem Donau wohnenden beidnischen 
„Y6lkem zu begeben, und denselben das Eyangelinm zu verktlndigen. 
„Das Werk der Bekehrung ward ihnen scbon dadurch erleicbtert, dass 
„sie im Jahre 787, d. i. zur Zeit der Abhaltung des siebenten allge- 
„meinen Conciliiuns zu Nicaa, welches unter dem Vorsitze des Patriar- 
„chen zu Constantinopel H. Tarasius zusammenberufen und abgehalten 
„ward, mit patriarchalischer Vollmacht zur GrOndung und Errichtung 
„erforderlicher Eldster versehen, — auch im Banate, zur leichteren 
„Verbreitung des Ghristenthums, mehrere Kldster grundeten, — denen 
„auch diess dem heiligen Gross-M&rtyrer Georg geweihte und an der 
„6erzava liegende Kloster, laut einer kurzen in griechischer Sprache 
„Terfassten und unter den Reliquien der heiligen M&rtyrer Fortunati, 
„Modesti, Thalalaei und Tryphons aufgefnndenen Geschichte, welche 
„aber leider im verhangnisvollen Jahre 1849, als die Bibliothek des 
„Elosters Szent-Gydrgy nach Temesvdr transportirt ward, sammt einem 
„chronologischcn Elostervorsteher-Gataloge vom Jahre 1487—1739 in 
„Yerlust gerathen ist, beigez&hlt wird." 

Tout cela, on le volt, est assez probMmatique. 

En effet le document sur lequel on s'appuie n'existe plus et ce do- 
cument lui-m^me n'^tait pas un document original, ni m^me tr^s-ancien* 
En outre, comment cette histoire du monast^re de Szent-GyQrgy aurait- 
eUe p^ri k Temesvdr qui ne fut pas prig par les Hongrois et oh rien 
ne fut d^truit? 

De plus, les Roumains out voulu revendiquer le m^me monast^re 
sous le pr^texte qu4] avait 6t6 construit k leurs d^pens et, en Pabsence 
de documents, on ne pent dire qui des deux parties en cause avait tort 
on raison. Si nous insistons sur ce point, c'est pour protester centre la 
tendance que les Serbes, de m^me que les Magyars et les Roumains, 
ont k se cr^er une histoire de fantaisie, sans donner les prenves k 
Pappui de tons les faits qu'ils avancent 



Conquetes des Hongrois. 19 

Lorsqu'au siecle suivant, Cyrille et Methode visiterent les 
Slaves du sud, ils n'eurent point a les convertir ; ils se bornerent 
k traduire pour eux les livres saints et les transcrivirent 2t Taide 
d'un alphabet particulier que Ton designe encore sous le nom 
d'alphabet cyriUien.^) 

Ce mouvement religieux s'6tendit aussi bien aux Serbes qui 
etaient fixes sur la rive gauche du Danube qu'a ceux qui habi- 
taient la p^ninsule des Balkans. Toutefois, dans les dernieres 
ann^es du IX« siecle, les premiers virent surgir devant eux des 
adversaires nouveaux. En 887, les Magyars, sous la conduite 
d'Arpdd, envahirent la Dacie oricntale et une partie de la Pan- 
nonie. Pro visoiremen t ils s'arretcrent sur les bords de la Theiss, 
mais, sous le regne de Saint-Etienne (997—1038;, ils s'avancerent 
jusqu'au Danube. 

La Slavonic et la Croatie formferent jusque vers la fin du 
XI* siecle des 6tats ind^pendants. Ce ne fiit que de 1088 k 1091 
que le roi de Hongrie Ladislas P' (Saint Lancelot) conquit la 
Slavonic, puis il touma ses armes centre la Croatie qu'il reunit 
egalement a ses etats (1091 — 1095). 

Coloman, son successcur soumit la Dalmatic qui resta jus- 
qu'en 1301 au pouvoir des Hongrois.^ 

La suzerainet^ magyare, pas plus que cello des Avares, ne 
parait avoir pese beaucoup sur les Slaves du sud, car nuUe part 
ITiistoire ne fait mention de luttes ayant le caractere d'une guerre 
de races. Les Hongrois n'apport^rent pas un trouble sensible k la 
vie que menaicnt les Serbes. Bien plus ils leur emprunterent, en 
partie leur organisation feodale. Les comitats hongrois, dont 
Saint-Etienne jeta les premiers fondements et dont I'organisation 
fiit compl6t6e par B61a III (1173—1196), prSsentent une analogic 
assez frappante avec les anciennes joupanies slaves, et le nom du 
comte, (ispdn = zupan), fut emprunt6, lui aussi, au vocabu- 
laire slave. ^) 



') Voy., sur les ap6tres des Slaves, Fint^ressant ouvrage de M. Louis 

Leger intitule : Cyrille et Methode. Etude Mstorique su^ la conversion 

des Slaves au ehristiamsme. Paris^ 1868, in-8. 
') Un certain nombre de famiUes dalmates vinrent alors s'^tablir en 

Hongrie. On cite notanunent la famille Prebir d'od descendent les com- 

tes Zrinyi. 
*) L'influence des Slaves et des Grecs fiit d'abord pr^pond^rante sur les 

Hongrois, au point que deux de leurs principaux chefs, Bolosudes et 

2* 



20 Influence du slave Uiurgique, 

A cette epoque c'est-St-dire, au X* et au XP sifecle, les 
idiomes slaves paraissent avoir jou6 un r61e important dans les 
relations que les peuples de TEurope orientale entretenaient les 
nns avec les autres.^) D^s que Cyrille et M6thode eurent acheve 
leur traduction des livres saints, la nouvelle langue eccl6siastique 
(qui n'6tait autre que le bulgare, m61ang6, a Torigine, de quel- 
ques mots serbes), rempla^a le grec dans les 6glises des pays 
slaves, et fut nifeme importfie chez les Roumains pai; Moznopon, 
disciple de ces deux grands apotres.^) 

Une fois adopte par le clerge, le vieux bulgare ne tarda pas 
i, fitre employ^ m6me dans la vie civile. Un grand nombre de 



Gila, qui dominaient en Transylvanie, re^arent le baptSme h Constan- 
tinople, et eurent pour parrain Tempereur Constantin VUl (1025 — 1028). 
') T^moin le grand nombre de mots emprunt^s aox Slaves par les Ma- 
gyars. La forme de ces mots est d'ordinaire celle du slave liturgique, 
c'est-k-dire ceUe qui se rapproche le plus des dialectes paries par les 
Slaves du sud. Voy. k ce si\jet, les ouvrages suivants: 

Fausti Verantii Dictionarium quintme nohiUssifMMrum Ewropae Ztfi- 
guarum : latinae, italicae, germanicae, dalmaticae et ungaricae. Venetiis, 
1595, in-4, (r^impr. Fosonii, 1834); 

Affinitcis linguae hungaricae cum Unguis fennicae originis, gram- 
matice defnonstrata a S. Gyarmatho, necnan Vocabultma dialectorum 
tartaricarum et Slavic arum, cum hungaHca comparata, Gottingae, 
1799, in-8 ; 

Elenchus vocabulorum europaeorumf cumprimis slavicorum magya- 
rici usus . . . ^uo . • . reiptiblicae literariae quodam modo emolumento 
esse voluit Stephanus Leschka, hungarus verbdtzino-nitriensis. Bndae, 
1825, in-8. ; 

G. Dankovsky: Magyoficae linguae Lexicon critico-etymologieum^ 
e quo pateftt quae vocabula Magyari e sua avita caucasia dialecto 
eonservarint quaeve a Slavis, uti Bohemis, Camiolis, CroatiSj IllyriiSf 
Folonis, BussiSf Serbts, Slavis, Fannoniis, Vendis, ValachiSf porro a 
Chraecis, Germanis, Balis, etc. adoptarint, Fosonii, 1833, in-8; 

Die slavischen Elemente im Magyarischtn von Dr. Franz Miklosich 
(Separatabdnick aus dem XXL Bde. dcr Denkschriften der phUos-'hist. 
Classe der k, Akademie der Wissenschaften). Wien, 1871, in-4. 
*) C'est I'emploi du bulgare dans la liturgie qui a fait, pendant des si^cles, 
consid^rer les Roumains conune des Slaves. Fendant tout le moyen 
&ge, leur ^glise fut au pouvoir des Bulgares et des Serbes, en sorte 
qu'on ne pent gu^re s^parer leur bistoire deceUe de ces deux peuples. 
On consultera avec int^r^t, sur Tintroduction du bulgare eccl6sias- 
tique cbez les Roumains, un travail de M. B. F. H^'defl, public dans 
le TraianH, du '/i^ aoUt 1869 et dans les No* suivants, sous le titre 
de : lAmba slavica la Momanif peni la ofUfZa 1400. 



Xe grand ucHisme. 21 

chartes et de diplomes furent redig^s en slave liturgique, malgr6 
les efforts fsuts par les papes pour faire pr^valoir Tusage da 
latin. 

C'est dans Forganisation ecclesiastique que se concentre 
pendant des sifecles la vie des Slaves du sud; aussi ne sera-t-il 
peut-etre pas sans interet de donner quelques details sur ces 
questions encore mal 6claircies. 

Lorsque Photius donna le signal du grand schisme qui divise 
encore les Eglises d'Orient et d'Occident (858), les Slaves du 
sud inclinferent vers le patriarche de Constantinople. Le Saint- 
Si6ge crut voir la cause de cette defection dans I'emploi de livres 
slaves et mit tout en oeuvre pour leur substituer des livres 
latins. Le pape Jean X (914 — 928) retira I'autorisation donn6e 
par Jean Vin a la liturgie slave, et la fit formellement condamner 
par le concile de Spalatro (925). Malgre les efforts du Saint-Siege, 
rimmense majorite du peuple rcfusa d'adraettre le latin. A Tex- 
ception de quelques 6v6ques gagn6s k la cause occidentale, le 
clerge lui-mfeme r6sista a toute tentative de rapprochement avec 
reglis6 latine. En vain, un nouveau concile tenu i Spalatro en 
1059, prononga des peines centre ceux qui se serviraient de la 
liturgie slave. Les princes serbes se mirent i la tete de Toppo- 
sition centre le Saint-Siege et la pression que les Papes cher- 
chferent a exercer sur eux ne fit que consommer plus comple- 
tement le schisme. 

Lorsque, en 1097, les croises traversferent la Dalmatic, ils y 
trouvferent partout le culte grec, ce qui fit croirc a plusieurs 
chroniqueurs, k Raimond d'Aguilers entrc autres, que les Serbes 
etaient encore pai'ens. Aussi bien les historiens des croisades ri- 
valisent-ils avec les Byzantins pour nous depeindre sous d'affreuses 
couleurs le pays des Slaves, ou comme ils dirent des Esclaves,^) 
mais on ne trouve dans leurs ecrits aucune indication precise. 



') G^est des historiens byzantins que vient la confusion entre lo mot Slave 
et le mot Esclave (Slavi z= Sclavt), eutre le mot Serhe et lo mot Serf 
{Serhi = Servi)y etc. Les historiens des croisades ne iirent que r6p6ter 
les calomnies que les Grecs s^^taient attaches h, r6paudre contre lea 
Slaves; c'est aiusi que GuiUaume de Tyr, tromp6 par Taualogie des 
mots Serbi et Servi, repr^sente les Serbes comme un ramassis de mal- 
fiaiteurs rMuits en esclavage et condaum^s au travail des mines. II 
serait temps que cette coufusion due h Tignorance du moycn-age, dia- 
pardt des livres modemes et qu^on ne dit plus EsclavoniCf Servie, 
ServienSf aa lieu de: Slavamc, Serbic etc. 



22 Palatins de Hongrie d^arigine serbd 

Pendant plusieurs si^cles, on ne salt rien de positif sur la 
hi^rarchie serbe; toutefois il est probable qu'il y eut sans inter- 
ruption sur les deux rives du Danube des 6v6ques reconnaissant 
la supr6matie du patriarche d'Orient. 

Un auteur serbe ^) a relev6 dans un texte cit6 au C o r- 
pus Juris Hungarici, un passage curieux qu'il cite a Fappui 
de cette opinion. Les canons dHin synode ecclesiastique tenu 
vers 1112, sous le roi Coloman, font defense aux feinmes des 
6vfeqties d'habiter les propri6t6s ^piscOpales: uxores episco- 
porum episcopalia praedia non inhabitent. M. Hadzic 
voit dans ce passage une allusion k des 6v6ques du rite oriental. 
Si le fait n'est pas absolument certain, il est probable que les 
6v6ques dont il s'agit ici flottaient tout au moins entre les deox 
6glises d'Orient et d'Occident. C'est ainsi qu'ils avaient pu de- 
venir pr6tres aprfes leur manage et m6me, par exception, fetre 
sacr^s 6v£ques k la condition de ne point cohabiter avec leur 
femme. Or des 6v6ques slaves, serbes ou rutlifenes pouvaient 
seuls 6tre dans ce cas. 

Toutes ces questions sont encore aujourd'liui fort obscures. 
Les historiens serbes, il faut Tavouer, ne se sont gufere preoccup6s 
de les 61ucider. lis se copient d'ordinaire les uns les autres et 
leurs travaux repondent rarement aux exigences de la critique. 

Un point sur lequel ils sont d'accord, c*est pour revendi- 
quer corame Serbes, certains personnages qui s'illustrerent en 
Hongrie au XP et au XIP si^cle. Malgre le dire des historiens 
magyars et allemands,^) c'est une tradition constante chez les 
Slaves que les Palatins Rado (1056—1059) et Vid (1072—1074) 
6taient d'origine serbe. La forme toute slave des deux uoms 
semblent leur donner raison. De plus, le Codex diploma- 
ticus de Fej6r^ contient relativement au premier de ces pala- 
tins un texte curieux. Rado s'exprime en ces termes: „Rogavi 
„graciam Dominorum meorum gloriosissimi Andree Regis et optimi 



M. A. HadziCy dans le Cp6cKili liromici (Annoaire Serbe) de 1860, 
p. 156. 

*) Voy. particuli5rcment le recueil intitul6: Palatini Begni Hungariae 
beUo paceque clarissimi, e diversis seriptoribua patriis, exteris, dipUh 
matibus dliisque instrummUs Uterariis eruH. Edit in- Tyrnavie, 1760, 
in-foL L'auteur de cette histoire dit expresB^ment que Rado et Vid ap- 
partenaient k des famiUes aUemandes. 

■) T. I. pp. 894—897. 



La familU UroSeviS. ^3 

^Ducis Adalbert!, %o Rado Palatinus, ut Monasterium meum 
«S. Demetrii supra Zavam fluvium, quod multis bcllicis 
„laboribus cum tota provincia ilia sanctae coronae rectificavi et 
„iterum acquisivi confirment." Ces mots prouvent clairement que 
Bado au Radivoj £tait serbe puisque S. D6m^tre, a qui il avait 
consacr6 son monast^re, n^est honors que dans T^glise orientale 
et qu'en outre ce monastfere etait situ§ sur la Save. 

Si les preuves nous manquent au sujet du palatin Vid, nous 
sommes mieux inform^s quant h la famille Uro^evic. On salt que 
cette famille donna a la Hongrie un g^ndral, k qui Andr^ P' confia 
la defense de Pozsony (Pressburg) contre les AUemands, et les 
deux palatins Jean I«(de 1100? k 1125) et BeluS (1156—1161). 
Jean I** £tait k la fois due de Mac6doine et comte de TEmpire ; 
11 maria sa fille Hel^ne au roi fi61a Taveugle, mais, ayant aspir6 
au trftne, se vit exiler en Grhce. Belus ou B61a UroSevic, fils de 
Jean, fut gouvemeur de la Dalmatie, d'oii sa famille paratt avoir 
et6 originaire. 

Les Serbes vantent beaucoup la reine H^l^ne ^) et la sagesse 
dont elle fit preuve comme r^gente de son fils G6za II. M. Max 
Ludajic pretend *) qu'elle fonda le monastfere grec-oriental de 
Kovin, monast^re qui aurait subsists jusqu'en 1787 et n'aurait 
^te suprim6 que par Joseph IL 

QuoiquUl en soit et lors m&me que les details donnds sur 
la princesse Helfene seraient d'une authenticity incontestable, il ne 
semble pas qu^elle ait song6 non plus que le reste de sa famille 
k rien faire pour les Serbes. 

Le peuple n'avait encore, k cette 6poque, qu'un vague sen- 
timent de sa race, et pourtant, i^k et la, nous rencontrons des 



^) M. Rosen, consul g^n^ral de Prusse k Belgrade, a consacrS k la reine 
H^l^ne one notice assez d^taill^e, dans sa Odlerie des illt^tres femmea 
aerhes (Fuepiga 3HaMeHHTHx seaa cpnCRHz ; III, Y Eeorpa4y, 1866, in-8). 

■) Ap. VitkoYid, p. 26. — Une lettre du pape Innocent III au roi £ni6ric 
de Hongrie, dat^e de Rome, le 17 des kalendes d'octobre 1204 et cit^e 
par StojackoYio (Staatsrechtl Verhaltnisse^ p. 4) d'aprds le Supple- 
mentum AwiUctorum Saepusiensium, porte ce qui suit; 

„Qula vero nee novum est, nee absurdum ut, in Regno Tuo diver- 
ytSarum naUonutn, Conventus uni Domino in regulari habitu famulen- 
„tur, licet unum sit ibi Latinomm ccenobium, quum tamen ibidem sint 
fffnulUi Graecorum, etc." Ces paroles foumissent un argument des plus 
B^rieux aux traditions qui font remonter jusqu'i cette ^poque la fon- 
dation de plusieurs monast^s serbes. 



24 Saint 3avd, 

indices, qui nous portent a croire que d6jd. les Serbes ne se 
laissaient pas confondre avec les autres peuples de la Hongrie. 
Dans rarm6e, par exemple, ils semblent avoir form6 des corps 
distincts. 

Les historiens hongrois parlent des cavaliers serbes qui, en 
1044, ^taient dans I'ann^e du roi Aba Samuel, a la bataille de 
Gy5r (Raab). En 1052, sous Andr6 I**; ces mfimes cavaliers pri- 
rent une part glorieuse a la guerre contre les AUemands. Le 
chroniqueur Turoczi fait mention en particulier, d'un Serbe nomm6 
Uro§, k qui fut confi6e la defense de Pozsony (Pressburg) contre 
Henri IH/) 

Deux si^cles plus tard, les Serbes sont mentionn^s avec 
honneur dans la lutte que la Hongrie eut k soutenir contre les 
Tatars (1242). Leurs chefs, KreS, KupiSa et Rak, 6taient origi- 
naires de la Sirmie. On les vit encore, en 1260, combattre avec 
ardeur contre le roi de Boh^me Ottokar, ainsi que I'atteste une 
lettre de ce dernier au pape Alexandre IV. En recompense des 
services qu'ils avaient rendus, plusieurs chefs serbes rejurent des 
terres de B61a IV.') 

Ces Iib6ralit6s furent sans doute les seuls bienfaits que les 
Serbes regurent alors des rois de Hongrie. Leur attachement k 
Teglise orientale d^toumait d'eux les Catholiques, en m^me temps 
qu'il ne devait pas pen contribuer a leur conserver a eux-m6mes 
une existence nationale. II ne sera done pas hors de propos de 
dire quclqucs mots des querelles religieuses de cette 6poque. 

Les Papes firent les plus grands efforts pour amener les 
princes serbes b, reconnaitre leur autorite; ils essayerent a di- 
verses reprises (1158, 1107, 1179) de detacher Etienne Nemanja 
du schisme oriental; ils echouferent, mais furent plus prfes du 
succfes dans leurs negoeiations avec le second fils de Nemanja, 
Vlkan. Celui-ci, dans la lutte qu'il soutint contre son fr^re Etien- 
ne P' voulut se faire une arme de rinfluence pontificale. Leur 
frfere a tons deux, Sava, k qui TEglise d'Orient a d6cem6 le nom 
de Saint, chercha a les r6concilier et se mit en rapport, d'une 
part, avec Constantinople, d'autre part, avec Rome. En 1221, il 
obtint de Tempereur Lascaris la creation d'un archev6ch6 serbe 
ind6pendant, auquel les 12 m6tropoles, ou 6v6ches, du royaume 

*) Vitkovic, p. 24. 

*) Stojackovic, Staatsrechtl Verhdlin. p. 4. 



% J^vechi serhe en Sirmie, 25 

devaient ob6ir.*) Sava lui-m6me fut sacr6 archevSque par le pa- 
tiiarche Germanus et fixa sa residence au couvent de Studenica, 
puis a Zica.^ 

Malgr6 sa cons6cration par le patriarche grec, Sava ne fit 
point difficult^ de couronner son fr^re Etienne avec une couronne 
envoy^e par le Pape (1222). A la verite, rien ne prouve qu'il ait, 
poor cela, reconnu I'autorit^ pontificate. 

Bien quails ne fussent pas souniis a la hi^rarchie religieuse 
institute par Saint Sava, les Serbes etablis entre le Danube et la 
Save, eurent 6galement, k cette 6poque un 6v6que du rite ori- 
ental.*) D^s le III« sifecle il y avait en Sirmie un ^vfechfi auquel 
Baronius fait allusion (ap. Theiner, Vet. Mon. Hung., ad 
ann. 308), mais on ne salt rien de precis sur son histoire. Jean, 
fils de Timp^ratrice Marguerite, qui occupait cet 6vfech6 dans les 
premieres ann6es du XIII^ siecle, appartenait k I'^glise d'Occident, 
mais il fut excommuni6 en 1227, pour avoir refus6 de marcher 
centre les Schism atiques de la Bosnie, bien qu'il ett pris la 
croix et eiit accepts 200 marcs d'argent de Tarchevfique de Kalocsa.*) 

Deux ans aprfes, le pape Gregoire IX, apprenant que la 
Sirmie 6tait tomb6e entre les mains d'une soeur du roi de Hongrie, 

eerivit au m^me archev^que de Kalocsa, en lui recommandant 

_ • 

^) Ces ^v^ch6s, dont SafaHk donne la lisle (Gesch. der sudslaw. Lit, 111, 
p. 84.), ^taient situ^s dans la Serbie proprc, en Bosnie, en Herzegovina 
et en Dalmatie. Lear nombre fut port6 k 15 par Milutin, qui r^gna 
de 1275 a 1321. 

') On salt qu'en 1346, I'empereur Dusan fit de rarchevech6 serbe un pa- 
triarcat, ce qui donna lieu h, de vives plaintes de la part de Tempe- 
reur Jean Pal^ologuc et du patriarche de Constantinople Th^ophane. 
Oe ne fut que sous I'empereur Lazare (1375) que les Grecs consentirent 
it reconnaitre cette innovation. Joannikg 11, qui porta le premier le 
litre de patriarche, vint r^sidcr k Pec (Ipek), petite viUe silu^e sur 
la Bistrica, affluent du Drin, k Test dc Cattaro. Ses successcurs s'y 
eiablirent ^galement. On peul consulter snr le palriarcat de Pe6, le 
FiacunrK Afyrnnti cp6cKe cioBecRocni (Bulletin de la sociiU savante 
serbe) VI (1864), p. 26—88.; Vni (1866), pp. 129—130; XIX (1866) 
pp. 76 — 83. et d'aulres passages du mtoc recueil. 

*) Les Serbes de la rive gauche eurent probablement aussi un ^v^que. 
£n 1225, ils fond^rent le monast^re de Mesi6, dans le comital de la 
Temes, s'il faut aj outer foi k une tradition populaire. Voy. V Histoire 
du Moncut^e de Mesic (KpaTxaii noBten o o6iiiei(iiTejiHOMi MOHacTRpi 
MecMit), Bude, 1798, in-8. Cf. Safarik, I c, III, p. 427. 

*) Fej^r, Cod. Dipl,, T. IX, p. 3.; Schematismus ven, eleri Dioecesium 
bomensis seu diaeovensis et sirmiensiSf pro anno 1870, p. 10. 



26 ihiques grees en Hongrie. # 

de travailler sans rel&che h la conversion an catholicisme des ha- 
bitants de cette province; „maxime quum adhonorem apostolicae 
„Sedis pertineat, ut Sclavi et Graeci qui inhabitant terram illam, 
„in divinis officiis et ecclesiasticis sacramentis, ad Latinorum ritum 
„et obedientiam Bomanae Ecclesiae, si potest fiieri, convertantur." 
L'archevfeque devait, avant tout, rechercher s'il existait en Sinnie 
un 6v6que schismatique et, dans le cas affirmatif, s'efforcer de le 
ramener k I'union. 

On ignore si Jean, Tevfeque pr6cedemment excommuni6, vivait 
encore, ou s'il avait eu un successeur. Quoi qu'il en soit, on ren- 
contre, dfes I'annfie 1231, un 6v6que latin nonmi6 Innocent (Theiner 
I, pp. 187—191), k c6t6 duquel subsista probablement P6v6que grec 

Des 6vfech6s du rite oriental s'6taient constitu6s, mfeme dans 
le nord de la Hongrie, ainsi qu'on le voit par une lettre que le 
pape Gr6goire IX adressa, en 1234, au roi B61a IV. „In Cuma- 
„norum episcopatu," dit le pontife romain, „sicut accepimus, qui- 
„dam populi, qui Valachi vocantur, existunt, qui, etsi censeantur 
„nomine Ghristiani, sub una tamen fide, varies ritus habentes 
„et mores, ilia committunt, quae huic sunt nomini inimica. Nam 
„romanam Ecclesiam contemnentes, non a venerabili fratre Nostro, 
„Episcopo Cumanorum, qui loci dioecesanus existit, sed a quibus- 
„dam pseudoepiscopis, Graecorum ritum tenentibus, 
pUniversa recipiunt Ecclesiae sacramenta, et nonnuUi de regno 
„Ungariae, tarn Ungari quam Theutonici, et alii orthodoxi, mo- 
„randi causa, cum ipsis transeunt ad eosdem, et sic cum eis 
„ quasi populus unus factus, cum eisdem Valachis, eo contempto, 
npraemissa recipiunt sacramenta in grave orthodoxorum scandalum 
^et derogationem non modicam fidei christianae."*) 

Si des 6v6ques du rite, grec existaient dans le nord de la 
Hongrie, nul doute que les Slaves du sud n'eussent une hi6rarchie 
r6guliferement organises Aussi voit-on le Saint-Siege travailler 
sans relache k la conversion des populations qui se refusaient 
k reconnattre son autorite. 

Dans cette mSme ann^e 1234, le roi Bela, sur les instances 
d'un l^gat special de Gr^goire IX, avait dejd. ordonn6 que tous 
les H6r6tiques et Schismatiques de son royaume devaient revenir 
au catholicisme, mais cette ordonnance demeura lettre morte. 

Cependant la cour de Borne ne se laissa pas d^courager. 



') Pray, Ann. Begni Hung, I, p. 240. 



PenSeutions nUgieuses. 27 

Elle r6ussit un moment aupr&s du roi Milutin, que le patriarche 
de Constantinople, en 1299, dit 6tre ritus a graeco pere- 
grin!,^) mais ce triomphe ne fut pas de longue dur4e. Etienne 
De&nski, successeur de Milutin, se montra sourd k toutes les 
remontrances du pape (1305, 1325). £n vain les rois de Hongrie 
voulurent prater la main au Saint-Si^ge; ils ne furent pas plus 
heureux. C'est alors qu'ils cherchferent k employer centre les 
Schismatiques des moyens de rigueur. Un synode tenu k Pozsony 
(Pressburg), au mois de novembre 1309, dSfendit aux Catholiques 
de marier leur fiUe, leur nifece ou leur parente „haeretico Pata- 
^reno, Gazano, Schismatico vel alteri fidei contrario, maxime 
„Ruthenis, Bulgaris, Rasciis,^) Lithuanis, in error e manentibus; 
0. . . . nam, sicut didicimus ab experto, viri ab unitate fidei 
sCatholicae separati, uxores suas, quantumvis catholicas, insti- 
^gante diabolo, ad infidelitatis errorem trahunt, potius quam 
„trahuntur".^ 

ke n'est pas tout. 6aployi£ raconte que, en 1363, le roi 
Louis 1^ ordonna au fOispdn (comes supremus) du comitat de 
Krass6, d'arrfiter, avec leurs fenunes et leurs enfants, tons les 
prfetres du rite oriental qui se trouvaient dans le pays, et envoya 
pour les remplacer, des prfitres dalmates qui devaient les con- 
vertir au catholicisme.^) Ces Dalmates se servaient de livres 
glagolitiques, mais parlaient le serbe comme leurs pr^d^cesseurs, 
ce qui leur permettait d'etre compris du peuple. 

Les violences commises par les Catholiques amenferent centre 
eux des repr^sailles, la oil les Orientaux etaient les plus forts. 
I^tienne Bu^an forga ses sujets k recevoir de nouveau le baptfeme 
et la confirmation; il adopta des mesures de rigueur centre tons 
ceux qui se rendraient coupables d'h6r6sie.*) 



') Engel, Weligesch,, m, p. 242. 

^ La Rascie, dont le nom fut donn6 par les historiens hongrois anx 
Serbes en g^n^ral, 6tait une region montagneose sita^e au sud-ouest 
de la principautS actuelle de Serbie et dont la yille principale 6tait 
Raza, a^Joordliui Novi-Pazar. (Cf. p. 16.) Dans les deux demiers 
Blades, le nom de Rcisciens (magy. E&CBoh) devint un terme de m6pris 
pour les Serbes. Yoy., sur Forigine de ce mot, SafaHk, Slov, Staroi,, 
n, pp. 278 sq. 

*) P^terfy, Sacra Concilia EccUaiae BomanO'Catholicae in regno Hun- 
gariae ceUhrata, Posonii, 1741 — 42, in-fol Part. I, p. 147. 

*) fiaplovic, n, p. 17. 

") ^^7* 3aK0HiK Cre^aia Aymaia Kipa cpncior. lfs4ao h o6jacno CroJaH 



28 ljm%8 jFbt conquiert ta Ddtmatie. 

Ges questions religieuses ont une importance capitale, en ce 
sens surtout qu'elles produisirent une scission profonde entre les 
Serbes et les Groates. Les premiers subirent Tinfluence exclusive 
de Gonstantinople, tandis que les seconds restferent attaches k 
rOccident. De 1^ les destinies diverses de ces peuples qui ne 
sont pourtant que deux branches d'une mftme famille. 

Les rois de Hongrie qui avaient, d^s la fin du XI® siMe, 
conquis la Slavonie et la Groatic, se firent une arme des querelles 
religieuses pour ^tendre leur domaines. 

En 1352, Louis P' ayant repouss6 les Tatars qui mena- 
gaient la Transylvanie, demanda au pape la permission d'annexer 
k ses 6tats les pays qu'il avait pr6serv6s de leur invasion. Le pape 
G16ment VI acc^da k cette demande et I'autorisa k garder en sa 
possession les provinces, villes, camps, chateaux et forteresses 
qu^il aurait arrach^s „de manibus Schismaticorum et In- 
„fidelium".») 

Fort de la permission que le Pape lui avait accord6e, 
Louis P' songea k 61argir les frontieres du royaume aux depens 
des Serbes. En 1356, il d6puta au pape Innocent VI un homme 
de confiance, charg^ de lui annoncer la prochaine occupation de 
la Rascie. G'6tait uniquement pour la plus grande gloire de Dieu 
que le Roi avait resolu d'envahir ce pays qui, disait-il, „ juris 
„Praedecessorum Nostrorum ac Nostri fuit et existit, et quod de 
„facto tentum est et tenetur occupatum per sanctae et unicae 
„matris Ecclesiae rebelles, Schismaticos, infideles et catholicae 
„fidei con temp tores ".^ 

Les Rasciens, pen desireux de partager le sort des popula- 
tions serbes d6ja soumises par les rois de Hongrie, negociferent 
en secret avcc les V6nitiens. Louis I" ayant eu connaissance de 
ces negociations, marcha tout d'un trait contre la Republique de 
Venise et vint mettre le si6ge devant Tarvis. Son v6ritable but 
6tait de reconquerir la Dalmatie que la Hongrie avait perdue en 
1301, et sur laquelle les successeurs du roi Coloman pr6tendaient 
avoir des droits imprescriptibles, parce que celui-ci avait r6ussi 
k s'en emparer momentan6ment par la force. Sur Tintervention 



HoBaKOBHh. y BHorpaiy; (Code cTJi^ienne DuSany empereur des Serbes^ 
publii avec des iclaircissements par Stojan NovakaviC, Belgrade), 1870| 
in-12. Cf. §§ 81, sqq.; 137, sqq. 

») Pray, /. c, II p. 93. 

*) Pray, {. c, II, pp. 101, sqq. 



Triste sort des Dalmates. 29 

du Pape, Louis P' consentit a faire la paix avec les Venitiens, 
mais il demeura maitre de la Dalmatie (1357). Cette occupation 
^trang^re causa la mine des villes libres da la cote, qui j usque 
la n'avaient 6te que dans une d^pendance nominale, soit de la 
Hongrie, soit de Venise. Louis I* laissa, a la v6rit6, subsister 
iin Ban de Dalmatie, mais il fit peser sur tout le peuple cette 
main de fer qui lui a valu le nom de Grand. Ce n'est qu'un 
demi-si^cle plus tard, en 1409, que Venise put racheter la Dal- 
matie, k deniers comptants, mais cc changement de domination 
ne profita gufere aux Dalmates. Depuis lors, jusqu'aujourdTiui, 
les mattres qui se sont imposes a eux, ne se sont appliques 
qu'a tirer le meilleur parti possible de leurs services, soit comme 
marins, soit comme soldats, mais ni les Hongrois, ni les Venitiens, 
ni les Autrichiens, n'ont song6 a faire quelque chose pour les tirer 
de Tetat de grossi^re ignorance oii ils sont encore ploughs. ^) 

*) Nous n'avonB pas vonla insister sor ces premiers temps de lliistoire 
des Serbes, aimant mieux renvoyer aux auteors qui on); fait une 6tude 
sp^dale des commencements de la Hongrie. Outre le grand ouvrage de 
Safaffk, on consnltera avec fruit THlBtoire de Boh^me (Dfjiny ndroda 
ieakSho) de M. Palacky, I'Histoire des origines de la Hongrie actneUe 
(Di^iny PdHatkov terajHeTio Uhorsha) de M. Sasinek, (Saint Martin de 
T6r6Gz, 1868, in-8), enfin les travaux public sur le mtoe Bi:yet par les 
historiens magyars. On tronvera un r^sum4 de ces demiers travaux dans 
PHistoire do Hongrie (GeschichU van Ungam) de Fessler, publico 
avec des additions par M. Ernest Klein (Leipzig, 1867 et anndes sui- 
yantes). 



Histoire des Serbes de Hongrie depnis les premieres guerres avec les Tares 

jasqn'li la fin des Brankovic. 



Les Slaves du Sud, deji si mal trait6s par les peuples qui 
les entouraient, eurent dfisormais h combattre un ennemi plus ter- 
rible que tous ceux qu'ils avaient eus jusque la devant eux. Apr^s 
la victoire du Tenare (1371), les ann6es turques devinrent irr6- 
sistibles, et, par mallieur, les Chretiens n'essayerent mfeme pas de 
se r6unir pour les refouler en Asie. La joumee de Kosovo (15 
juin 1389), cette joumee sanglante dont les Serbes racontent en- 
core toutes les pfiripeties dans leurs chants populaires, marqua 
la fin de Tempire serbe. 

Les eflforts du malheureux empereur Lazarc avaient et6 in- 
utiles: la Serbie dut reconnaltre la suzerainet6 ottomane. La vic- 
toire de Nicopoli (1396) acheva de livrer aux Turcs la rive 
droite du Danube. A la v6rit6, ce pays conserva encore, pendant 
un sifecle, des princes qui portferent le nom de despotes, mais 
ceux-ci furent obliges de chercher leur salut, tantot dans la pro- 
tection de la Hongrie, tantot dans celle des Turcs. 

Quant au peuple, il voulut se soustraire k Toppression mu- 
subnane et commen^a a passer le Danube pour se refugier en 
Hongrie. Les Serbes de la Sirmie, ceux qui existaient ga et \k 
dans la Backa et dans le Banat de la Teraes, se virent renforces 
par suite de I'arrivde d'un grand nombre de fugitifs. De cette 
6poque, c'est-a-dire de la fin du XIV*» sifecle ou du commencement 
du XV*» date la fondation de plusieurs eglises serbes sur la rive 
gauche du Danube. On pent citer, entre autres, r6glise et le mo- 
nastere da Vojlovica, dans le Banat. 



ColoHte serbe dans Vile de Caepel, 31 

Ce n'est pas seulement h, proximity de leur pays que les 
^migr^s s^etablirent, ils p^n^trerent jusque dans le coeur de la 
Hongrie. En 1404, les historiens hongrois font mention d'une co- 
lonie serbe fondee dans File de Csepel, en aval de Pest. Le vil- 
lage de Szent-Abrahdm, occup6 par les nouveaux venus, est appele 
par eux Kovin, en -souvenir de leur pays d'origine et les Ma- 
gyars lui donnent depuis le nom de Racz-Eeve. Les colons 
serbes re^urent, dfes leur arriv6e des privileges que le roi Sigis- 
mond leur confirma dans deux diplomes de TannSe 1428. 

C'est dans cette colonie de Rdcz-Keve que M. SzaJay*) et 
les autres auteurs magyars de ce si^cle, voient le premier 6tablis- 
sement des Serbes en Hongrie, mais il y a la une erreur 6vidente. 

Les tfimoignages abondent relativement aux Serbes de la 
Sirmie et de la Slavonic, et les faits que nous venons de rap- 
porter ne permettent pas de douter qu'il n'y ait eu des Serbes au 
nord du Danube. La population £tait si clairsem^e dans la Hon- 
grie m^ridionale que chacun pouvait y vivi-e en paix, sans savoir 
qui il avait pour voisins. 

Pour en revenir aux 6tablissements de Csepel, nous ferons 
observer que les Serbes leur attribuent une origine beaucoup plus 
ancienne que celle que nous venons de rapporter. L'Annuaire ec- 
cl6siastique serbe de 1846-47*) parle d*un convent qui y aurait 
6t6 fond6 vers 1320. L'eglise qui so voit encore k Rdcz-Keve est 
le plus curieux monument religieux que le culte grec-oriental 
poss^de en Hongrie. Elle renferme trois sanctuaires disposes de 
telle sorte qu'on pent y c616brer trois offices k la fois.') Cette dis- 
position est 6videmment fort ancienne et on pent I'attribuer mieux 
encore au XIV^ sifecle qu'au XV* . 

n y a plus. M. Max Ludajic pr6te^d, ainsi que nous Tavons 



*) SMtrh Tdepeky p. 6. 

*) UniwrsaUB 8<3^emaiU9mu8 eedeHasUeue venerabiUs Clmi orimUaUs Ee- 

eluiae graeci non itniti ritus i. regtU Hungariae parHumque eidem 

adnectarum, nee nan M, Prineipatus Transilvcmiae per Aloygium 

Reesch de Lewald, pro anno 1846-47 redcictns. Budae, in-8. 

Get annaaire est un recueil d'aatant plus pr^cieux que c'est le 

seal qui ait M jusqu'ici public par le clerg6 grec-oriental de la 

Hongrie. 
*) Voy. ilm^c Henszlmann, Gyori TorUnelmi is BigiseeH Tdgetek 

(Cafaiers d'histoire et de mythologie de 6y6r [Raab]), T. in (1865), pp. 

289 sqq.; et Floris B6mery Archaeologiai ^rtesUd (Berue arch^ologique 

hongroise)! m (1870)| pp. 246 sqq. 



32 iJHetme BrarikoviS vtissal de la Hongrie, 

rapports plus haut que la reine H^l&ne aurait fonde le monastfere 
de Kovin vers 1150. D y a loin de \h. h. la date assignee par les 
Magyars. 

Tandis que le peuple ftiyait devant les Turcs, les princes 
achevaient de leur livrer le pays par leurs rivalitSs 6goistes. D6ja 
Vuk Brankovic avait combattu a Kosovo du c6te du Sultan, dans 
Tespoir que celui-d lui conserverait le pouVoir.*) Eticnne Laza- 
revic fit de mfeme a Nikopoli et a Ancyre. Des lors, chacun des 
parents du feu empereur Lazare chercha dans la trahison les 
moyens de s'assurer son heritage. Les infamies commises par ces 
petits comp6titeurs, laiss^rent le champ libre aux Turcs qui, le 
plus souvent, rficompensferent assez mal leurs allies Chretiens. 

Ce fut le cas pour Etiennc Lazarevic, qui apr^s avoir decid6 
de la victoire en favour de Soliman centre Mousa, se vit pr6f6rer 
par ce dernier son neveu, Georges Brankovic. fitienne avait seul 
obtenu de Tempire grec le titre de despote, 1(1406) mais il fiit 
bientot aprfes oblig6 de partager ses 6tats avec son frfere Vuk et 
avec son neveu Georges. Dfes lors, il voulut se soustraire a la 
suzerainet6 ottomane et chercha un refuge auprfes du roi de 
Hongrie. II se reconnut vassal de I'empereur Sigismond lequel, 
de son cdt6, lui garantit a lui et a ses h6ritiers la possession de 
la Serbie, a I'exception de Belgrade, de Macva, de Golubac et de 
quelques autres places, lesquelles, au cas oil l&tienne mourrait 
sans enfants, devaient faire retour ^ la Hongrie. Nous faisons 
savoii*, dit Sigismond dans le diplome original, dat6 de 1424, 
„quod quia fidelis Noster illustris Stephanus despotus Rasciae, 
aprudenter attendens et in acie considerationis diligenter revolvens, 
„ipsum regnum Rasciae, cum omnibus juribus et pertinentiis suis, 
„Nobis ac sacro Nostro diademati ac dicto regno nostro Hungariae 
„semper et ab antique subjectum fuisse et esse, ac ad jus et 
„proprietatem Nostrae majestatis sacracque coronae ac dicti regni 
„nostri Hungariae et regum, nostrorum praedecessorum, nuUo me- 
„dio spectasse et pertinuisse, ac spectare et pertinere etiam de 
npraesenti; ac cupiens, ut ipsum regnum Rasciae temporum in 
^processu ad manus non deveniat alienas: per universes et quos- 
„libet sues barones majestati nostrae, nee non praelatis, baroni- 



') La trahison de ce.personnage est rest^ c^l^bre parmi les Serbes. Yoy. 
Toisies papuladres Serhes, tradoites par A. Dozon; (Paris, 1859| in-12), 
pp. 48 sqq. 



Moi't d'iJtienne LojsareM, 33 

„bus et proceribus ipsius regni' nostri Hungariae de fidelitate et 
„obedientia Nobis et sacrae Nostrae coronae, successoribusque 
^nostris, regibus Hungariae, nee non praelatis, baronibus et pro- 
„ceribus regni Nostri praedicti et eidem regno Nostro per ipsos 
^in perpetuum observandum juramentum praestare fecit fidelitatis ; 
„et insuper fidelem Nostrum magnificum Georgium, filium Vuk, 
„tilii Brank, nepotem utputa suum, in coetuin et consortium dic- 
„toram baronum ejusdem regni Nostri Hungariae aggregari instanti 
„prece a Nostra obtinuit Majestate."^) 

Sigismond oblige done Etienne a reconnaltre que la Serbie 
a toujours 6t6 et est toujours une dependance de la couronne de 
Hongrie, mais la declaration du prince serbe, dont certains homnies 
d'etat de Pest voudraient aujourd'hui se faire une arme pour 
s'emparer des provinces slaves qui sont a leur convenance, n'a 
au fond aucune valeur. Etienne fait hommage aux rois de Hongrie 
comme il se prosterne devant le Sultan; c'est un suppliant qui 
sacrifie son pays, sa liberte, son honneur, au futile desir de porter 
une couronne. 

En retour de rhommage qui lui etait fait, et des places dont 
il se reservait la possession, au cas oil Etienne mourrait sans en- 
fants,^ TEmpereur etait cense faire don au Despote serbe de 
tous les pays que celui-ci gouvemait et contractait envers lui les 
obligations auxquelles le suzerain etait tenu envers le vassal. 

fitienne Lazarevic mourut en 1427, sans laisser d'h6ritiers 
mliles. Aux termes du diplome de Sigismond, Belgrade, Macva 
et les autres villes d6sign6es dans ce document, auraient du im- 
mfidiatement 6choir a la couronne de Hongrie, mais il ne parait 
pas que I'Empereur ait pu faire valoir les droits qui lui avaient 
6t6 c6d6s. Georges Brankovic, qui succeda a fitienne, demeura 
maitre de Belgrade, et ce ne fut que plus tard qu'il I'^changea 
centre un certain nombre de places sises en Hongrie. 



■) Ce dipl6me est cit^ in extenso par Szalay, Szerb, Tel.y pp. 119 sqq. 

*) En cas de mort, sans po8t6rit6 male, de Georges Brankovic, institn^, 
par le m^me acte, successeor pr^somptif d'Etienne, tout le pays dcvait 
reyenir k la Hongrie: „in casu quo et ipsum Georgium filium Vuk, 
fiSine haeredibus masculinis decedere contingat, extunc omnia praetacta 
„per Nostram Majestatem eidem data et coUata iterum ad Majestatem 
jfNostram coronamque et regnum Nostra praedicta integraliter redundent 
jyet devolrantur.** 

3 



34 Villes hongroises cedies a G, Brank(m6. 

■ 

Nous ne savons pas au juste comment cet echange eut lieu.^) 
Ce qui est certain, c'est que Georges Brankovic fit avec Sigismond 
un veritable marche. La date de cette transaction, que la plupart 
des auteurs placent en 1424, ne peut etre anterieure a 1430;') 
elle ne dut en effet intervenir qu'apr^s que le prince serbe eut 
conclu la paix avec Murad 11. 

Les principales places c6d6es k Brankovic par I'Empereur, 
6taient: Slankamen, en Syrmie, 0-Becse et Kulpin dans la 
Ba6ka, Szent-Endre, au nord de Bude, dans le comitat de 
Pest-Pilis, Debreczen, dans le comitat de Bihar, Szatmar, 
dans le comitat du mfeme nom, Szerdahely, dans le comitat 
de Poszony, Tokaj et Talya, dans le comitat d'Abauj, Mun- 
kdcs, dans le comitat de Beregh, Racz on Hajdu-Boszor- 
meny dans le district des Haidukes, Mez5-Tur et Tiir-Kevi, 
dans la grande Cumanie, Szolnok et Tisza-Varsany, dans 
le comitat de Szolnok, Csongrad et Arad, dans le comitat du 
mfeme nom, Arad et ViHgos, dans le comitat d'Arad, Nagy- 
Becskerek, dans le comitat de Torontal, etc.*) 



') Boufini dit, b, propos de Sigismond : ,fFreptentavit qtwque illius aulatn 
jfieorgius, superioris Mysiae Frtncepn, quern Despotem naminant. Hie 
„8igismtmdi heneficentia mctus^ Alham Regiam, ibi ad Danuhii ac 
f,Savi confiuenta sitam^ ubi Tcmrinium olim fuerat, in perpettMe fideli- 
„tati8 pignus, veluti tuti obsidis locOy Imperatori sponte dono dedit ; 
„quod quidem in Mysia, etc ea quae ad Twrcoa nunc special Ungaria, 
^unicum est propugnaculum. Contra ille, ne bene merendo cederet, 
„haec illi castella in regno rependit, Zalankemem^ Bechien^ Kelpem, 
„Vilago8varumj Tochajum, Monkachum, ITiealliatn, Rhegeeum; oppida 
„vero, Zathmar, Bezermem, Debreczem, Thur, Varsan et pleraque alia : 
„Budae autem magnificas aedes quae regiae loco haberi possunt.** 
Bonfinii Decades (ed. 1606), p. 400. 

^ Divers historiens, entre autres Ducange, font mourir Ktienne Laza- 
revic en 1421, mais le document cit^ plus haut montre qu'il vivait en- 
core en 1424. La date de 1427, h laquelle s'arr^te Safafik parait 
exacte. 

') Timon (Imago Novae Hung., c. VIIo ) rapporte, a ce sujct, le texte 
d'un avis public par le chapitre de FEglisc de Bude, pour anuoncer 
aux fideles la donation faite par FKmpercur k Georges Brankovic. On 
ne voit pas figurer, dans ce document Tokaj, Munkdcs, Tdlya, Regecz 
Szatm4r, ni Debreczen, mais on y trouve tons les autres noms cites 
ici, ainsi que Pindication de diverses localites plus petites dependant de 
la mtoe donation. 

Le texto reproduit par Timon porte la date de 1412, ce qui est 
^videmment une erreur, puisque Georges Brankovid y est appel6 ^Des- 



G. Brankovic s'Hahlit en Hongrie, 35 

L'^num^ration qui precede a une veritable importance, vu 
que Brankovic fonda des colonies dans toutcs les villes qui lui 
avaient et6 ced^es. De cette epoque date Tetablissement des com- 
munautes serbes de Szent-Endrc, Szatmdr, Szerdahely etc.^) 

Nous aurons plus loin I'occasion de voir ce que sont de- 
venus ces etablissenients, qui prirent un ceitain developpement 
lorsque le Despote fut lui-mfime contraint de se refugier en 
Hongrie. 

Celui-ci vivait alors en paix avec le Sultan a qui il avait 
ete oblig6 de livrer Mara, sa plus jeune fille. H avait fixe sa 
residence a Smederevo (Seniendria) qui devint sa capitale, main- 
tenant que Belgrade appartenait a la Hongrie. II y construisit la 
forteresse gigantesque que les voyageurs admirent encore.^ Si 
cette forteresse etait impuissante a arreter I'ennemi, il pouvait 
facilement de la gagner ses possessions de Hongrie. En 1435, il 
y conclut un trait6 avec les Venitiens au sujet de ses domaines 
de Dalmatie. Dans cet acte, ainsi que dans toutes ses relations 
avec la Seigneurie, il etait traits en prince souverain.*) 

Malgi'e ses titres pompeux, en depit des murailles 6paisses 
de Smederevo, Brankovic ne fut bientot plus en sftrete sur la 
rive droite du Danube. Murad, devcnu son gendre, recommeuQa 
la guerre, et le Despote dut passer le Danube (1439).*) 



„potu8 regni Basciae, atque Bominus Albaniae^, U faut lire 1431 
ou 1432. 
*) En meme temps, les Serbes prirent un nouvel essor en Slavonie, od, 
dfes le siecle precedent, ils avaient fond6 les monast^res de Grgeteg, 

V 

Opovo, Jazak, Besenovo, Kuvezdin, Sisatovac, etc. On voit par une lettre 
de PevSque de Sirmie, Jacobus Blasius, au pape Eugene IV, que, en 
1437, il existait en Slavonie un inquisiteur sp^cialcmcnt charge par le 
Saint Siege de poursuivre les schismatiqucs serbes (Rascianoa schisma- 
ticos). Voy. Szlavonidrol mint Magyarorszdgndk alkatmdnyos Beseirol 
Ertekezik Podhradczky J6zsef; Budan, 1837, in-8, pp. 29 sq. 

*) Voy. J. Safafik, Acta Archivi veneti, II, p., 287. 

") Une inscription en briques rouges qui se lit sur Tun des murs constate 
que la construction a 6t6 faite par Georges Brankovic; elle est datce 
de 1432. Voy. Eanitz, Serhienj p. 7. 

*) „Dum haec ita geruntur, audita Sigismundi ohitu magnam hinc 
„Turcae audaciam sane conceperant; videbant enim in Rascia (qtiam 
„ffuperiorem Mgsiam veteres appellabant) suum imperium facile propa- 
y,gan posse. Despotes Georgius provinctae Regulus, quum ferae gentis 
„viribus obstare non posset, trajecto Savo Danubioque in Ungariam 
„emigravit, Eum caeteri nobiles sacerdotesque sequuti, units duntcucat 

3* 



36 O. Branlvom6 a Eaguse. 

■ 

Smederevo 6tant tombe au pouvoir des Turcs, de nombreuses 
families serbes se rfesignerent a 6migrer et vinrent s'etablir en 
Hongrie. Elles se fix^rent au nord de la Maros, aux environs de 
Boros-Jen5 et de Vilagos, et regurent de Vladislas I" un privilege 
special. 

L'arrivee de ces nouveaux colons rendait plus considerable 
encore la position faite k G. Brankovic par Sigismond et Vla- 
dislas; aussi Tarticle XXV® de la loi hongroise de 1439 vint-il 
de nouveau d6finir ses droits: „Juxta requisitionem regnicolarum 
^Nostrorum," porte cet article, „Nos una cum eisdem operabimur 
J, quod Despotus Rasciae et Comes Cilliae, caeterique Ma- 
^gnates dominia vel possessiones, castra, fortalitia, civitates, op- 
„pida et alia bona in hoc regno Ungariae habentes et tenentes, 
^hujusmodi castra, fortalitia, etc., non advenis et forensibus sed 
^Ungaris hominibus pro honore dare debeant." 

Comme on le voit, le roi parait craindre que le Despote, le 
Comte de Cilli ou les autres magnats ne constituent un 6tat a 
part, et il garantit aux Hongrois des prerogatives speciales. 
Ce sont peut-etre ces defiances qui porterent Brankovic k quitter 
la Hongrie ; toujours est-il que, un pen plus tard, nous le retrou- 
vons a Raguse (Dubrovnik) oil il avait transporte toutes ses ri- 
chesses. „Quinquies centena aurcum millia in Ragu- 
„sinorum aerario, quo tutius asservarentur, recon- 
„didisse fcrtur", dit Bonfini (1- c., p. 431), mais il faillit etre 
victime de la perfidie du sultan Murad qui promit a la Republique 
de Raguse tons les trfesors du prince serbe, si elle consentait a 
le lui livrer. 

Le S6nat ragusain ne voulut pas trahir Thospitalite qu'il 
avait donnee a ce dernier et refusa g6n6reuscment de se prfeter 
h ce marche. Pour se soustraire a de nouvelles intrigues de la 
part des Turcs, Brankovic se retira en Hongrie avec sa femme 
Irene, soeur de I'empereur Jean VHI Paleologue.*) 

La, il prit une part active aux negociations, qui amenferent 
la formation d'une coalition contre les Turcs. Ceux-ci furent battus 



„fiUus in Mysia rdictus est, qui Synderoviam (Smederevo) in ripa 
y^Danubii sitam^ et a Turds obsessam, propugnaret.*^ Bonfinii Dee., 
ed. cit., p. 413. 
*) Engel, (Gesch. des ung. BeicheSf U, p. 321) ^yalue les revenue annuels 
que Georges Brankovic tirait de.ses terres de Hongrie h 50.000 ducats. 



G. BrcmkaviS passe aux Turcs^ 37 

k Nis par Jean Hunyadi et durent faire la paix (1444). Le Des- 
pote recouvra ses 6tats. 

La paix ne fut pas de longue dur^e. Le roi Ladislas, excite 
par le Pape, reprit la guerre, dans I'espoir de delivrer comply - 
tement TEurope des Musulmans, mais Brankovic jugea cette en- 
treprise iniprudente et refusa de s'y associer. II resta neutre dans 
la lutte engag6e entre les Hongrois et le Sultan; de cette raa- 
niere il se flattait de conserver sa principaut6 quelle que fftt 
Tissue de la guerre. 

On connait assez la fatale joum^e de Varna, dans laquelle 
Ladislas fut tue et son ann6e aneantie. Hunyadi dut reprendre 
en fugitif le chemin de la Ilongrie; a Smederevo il fut mSme 
arrfete par odre du Despote et ne fut rel&che qu'aprfes avoir pris 
des engagements envers lui. D parait que Brankovic etait bless6 
de la hauteur avec laquelle les Hongrois le traitaient, lui qui se 
considerait comme prince souverain, et cherchait k bien 6tablir 
sa situation personnelle. 

Le Despote eut alors a se defendre contre deux ennemis; 
contre Hunyadi, qui lui reprochait sa trahison, et contre le Sultan 
qui se plaignait de ce qu'il avait rendu la libeit6 a son prison- 
nier. II se tira d'affaire en negociant avec les deux partis et en 
faisant des promesses. 

En 1416, il aspira en mfeme temps que HunyAdi au poste 
de gubernator regni,^) mais il se vit pr6ferer ce dernier. 

Par ressentiment, il refusa de prendre part a I'exp^dition que 
Hunyddi entreprit, deux ans aprfes, avec le concours d'une armee 
hongroise et d'une arm6e foumie par les Roumains de la Valachie, 
et traita en secret avec le Sultan qui lui paraissait le plus fort. 
L'ev6nement trompa les provisions de Brankovic; Hunyadi fut 
vainqueur et, pour punir le Despote de sa d6fection, s'empara de 
toutes les places qui lui avaicnt 6te c6d6es en Hongrie. 

Brankovic, voyant que les Hongrois Otaient vainqueurs, im- 
plora son pardon et fit a Jean Hunyadi de nouvelles protestations 
d'amitiO; il rentra ainsi en possession de ses biens. 

Outre le titre de grand baron du royaume, (baro regni 
major), il possMait en Hongrie le droit de se faire repr6senter 



^) Caroli da Fresne dom. da Cange lllyricum vetus et novum (extrait de 
VEittaria byMonUna de du Cange avec des additions par Jos. Keglcvic 
de Busin), PoBonii, 1746 in-foL, p. 221. 



38 ^ort de G. Brankovi6, 

par procureur, droit important qui n'appartenait qu'aux dignitaires 
ecclesiastiques et aux comtes perpetuelsJ) 

Cependant, Mahomet 11 r6ussit a s'emparer de Constanti- 
nople (1453) et touma encore une fois ses armes contre les 
Serbes. LeDespote effraye quitta Smederevo et se refugia a Bec- 
kerek, conmie il le raconte lui-meme dans une curieuse Icttre 
italienne adress6e au 16gat du pape.^ II ajoute, dans cette mis- 
sive que Jean Hunyddi se prepare a la lutte : „Appresso notifi- 
„camo ad essa Vostra Signoria chel Signor Johann de Hulbinad 
„Capitanio generale de Hungaria, con tutto suo sforzo et potentia 
„e appresso el Danubio." 

Les Hongrois r6ussirent dans leur entreprisc; ils forcerent 
les Turcs k lever le si^ge de Belgrade et les repousserent jus- 
qu'i Sofia. Que ne vit-on pas alors? Brankovic, au m6pris des 
plus chers interfets de son pays, passa encore a Tennemi. Ce fut 
pour la demifere fois, car il fut tu6, Tannee suivante (1457), en 
combattant le general hongrois Michel Szilagyi; il avait 91 ans.') 

Ce grand ^ge pent expliquer bien des faiblesses du Dcspote, 
mais ne le justifie point. 

Dans ces epoques de guerre pei-petuelle, les princes et les 
chefs d'ann^e ne se faisaient aucun scrupule de violer leur pa- 
role pour obtenir un avantage passager. Eleve dans la tradition 
byzantine, le Despote semble avoir considere la duplicite comnie 
la premiere des vertus politiques. C'est une opinion que beau- 
coup dliommes d'etat de I'Europe orientale n'ont pas encore aban- 
donnee, mais a laquelle il serait grand temps de renoncer. 

A son lit de mort, Brankovic laissa le gouvernement de scs 
6tats a sa femme Irfene qui devait les administrer de concert avec 
ses trois fils. Mais le plus jeune de ces fils, Lazare, empoisonna 
sa m^re, for^a ses frferes a se refugier Tun a Constantinopl'e, 
Tautre en Hongrie et s'effor^a de consolider son usurpation en 
offrant au Sultan un tribut annuel de 20.000 livres d'or. D ne 
jouit pas longtemps du fruit de ses crimes, car il mourut cinq 



*) Verb'cSczi, Decretum tripartitum jims consuetudinarii, I, 13, §. 6. 

*) Cette lettre en style barbare, dont roriginal existe aux archives de Milan, 

a 6t6 j)ubli6e par M. Makuscv (FjacHHR, XXXII, 1871, pp. 192 sq.). Elle 

est datee de Beckerek, le 30juin 1456. 
■) Voy. sur la campagne de 1466 en Serbie et sur les causes qui ame- 

n^rent Brankovic k passer aux Turcs, un int^ressaiit article in86r6 par 

M. N. Erstic dans le rjacBHv, T, XIX« , 1866, pp. 1—73. 



£tienne BrankoviS et AngSUne. 39 

semaines aprts son pere. Sa veuve, Helene Paleologue, fit hom- 
inage du pays au Pape, dans I'espoir d'int6resser par la les puis- 
sances catholiques k sa cause. Cette concession faite au chef de 
TEglise d'Occident froissa si vivement les pr6jug4s des boyars 
serbes, qu'ils aim^rent mieux courir au-devant des Musulmans que 
d'etre redevables au Pape de leur ind^pendance. lis choisirent 
alors pour chef Michel Abogovic, frhre du grand vizir Mahmoud- 
Pacha, mais ils pay^rent cher cet aveuglement. Abogovic fut livr6 
aux Hongrois par Helene qui I'avait attir6 dans un pi^ge. Les 
Turcs, loin d'etre touches de la preference que les Serbes leur 
avaient t6nioign6e, envahirent de nouveau la Serbie, en d6vast^rent 
toutes les provinces et emmen^rent deux cent mille homines en 
captivite, C'etait le deniier coup porte a ce malheureux pays (1459). 

Ainsi acheva de s'6crouler I'empire de Dusan. Les princes 
qui se succederent encore pendant soixante-dix ans, fiirent r6duits 
k leurs possessions de Hongrie. Le peuple lui-meme continua 
d'emigrer en Sinnie et dans les colonies fondles par Brankovic. 
Les rois de Hongi'ie niirent a profit ses vertus militaires; ils en 
firent des soldats et, en 1477, lorsque Mathias Corvin arriva aux 
portes de Vienne, on raconte que les Rasciens, qui 6taient dans 
son arm6e, se distinguerent par leur bravoure, comme aussi par 
leur cruaute.*) 

Du cote des Turcs, la gueiTe continuait toujours. lEtienne, 
second fils de Georges Brankovic, s^etablit en Sirmie et, bien que 
le Sultan Murad lui eut fait crever les yeux, en m§me temps 
qu'a Gregoire son frere aine, il entreprit de reconquerir ses 6tats. 
Reconnu par Mathias Corvin et assure de ses domaines de Hon- 
grie, il passa en Serbie, mais ne put s'y maintenir (1461). 

II dut se refiigier en Albanie chez Skanderbeg, dont il 
6pousa la belle-soeur, Ang61ine, cette femme v6neree que les Serbes 
honorent encore aujourd'hui comme une sainte, sous le nom de 
Majka Angjelina. Apres la mort de Skanderbeg, Etienne 
transporta sa residence en Italic, mais il y mourut la mfeme annee 
(1467). 

Son neveu, Vuk Brankovic, qui, depuis 1465, 6tait venu se 
fixer en Hongrie avec un grand nombre de ses compatriotes, se 
trouva lui succeder par la force des evenements. fitabli a Slan- 
kamen en Sirmie, il ne laissa echapper aucune occasion dd se 



^) Bonfin., {. c, p. 534. 



40 ^^^ BrankoviS et Paul Kinig, 

mesurer avec les Turcs. Vuk, k qui les Serbes decernferent le 
noin de Dragon (Zmaj), ne resserablait point aux autres membres 
de sa famille; intr^pide comme eux, il joignait au courage le 
sentiment de Thonneur; il etait digne d'fetre compar6 aux h6ros 
qui, d'aprfes la legende, entouraient Tempereur Dusan, ou bien 
encore a ce fameux Marko Kraljevic, dont Tesprit revivra plus 
tard dans Kara-George. Tout d6vou6 au roi de Hongrie qui lui 
avait conf6re le titre de despote (1471), il aida les Hongrois k 
s'emparer de Sabac, et prit part k une expedition que le capi- 
taine general du Banat de la Temes et du Banat de Severin en- 
treprit, en 1481, contre les Turcs. Ce capitaine est le personnage 
fameux que les Serbes revendiquent conmie un des leurs, sous 
le nom de Knez Pavo, *) tandis que les Magyars Tappellent 
Paul de Kinis ou Kinizsi Pdl.^ M. Laurianti fait de ce 
mfime Paul unRoumain, et le nomme Paul Chinezti.') 

n est difficile de dire qui, des Serbes, des Roumains, ou 
des Magyars, a raison de consid6rer Paul Kinis comme un fr^re. 
Le plus grand merite de ce vaillant soldat fut precis6ment de 
ne faire aucune distinction entre les Chretiens et de consacrer 
toute son ardeur a la lutte contre Tennemi commun. Aussi bien, 
n'est-il gufere question k cette epoque des haines nationales. La 
noblesse, cette mSme noblesse qui voudrait faire croire aujourd'hui 
qu'elle descend des compagnons d'Arpad, se recrutait indistinc- 
tement parmi les differents peuples du royaume, et, chose etrange, 
la part reservee aux Magyars dans sa formation paraft avoir 6t6 
beaucoup moins considerable que celle des Slaves, des Roumains 
et des Allemands. L'organisation feodale, Temploi de la langue 
latine dans toutes les relations sociales donnaient k la Hongrie 
une cohesion, une force qu'elle a perdue, le jour oil les Magyars 
ont eu la pretention de dominer les autres races. 

Que Paul Kinis fut d'origine serbe ou roumaine, nul doute 
qu'il ne se considerat comme hongrois, do meme que la famille 



*) Les Serbes pr6tendent que c'etait im membre de la famille Brankovi^, 
ce qui est inadmissible, ainsi que Ic prouve le tableau que nous don- 
nons ci-aprts. 

') Dans une lettre du pape Sixte IV, cit^e par Hieronymus Ortelius Au- 
gustanus, et relevee par M. Vitkovi6 (loc, cit. p. 14), il est pourtant 
dit: „Siquidem signiticasti mibi recentem victoriam sub Paulo Knezio...** 

■) Istoria EomanilorH de A. Treb. LaurianQ, ed a d6ua; BucurescI, 1862, 
in-8, p. 325. 



Paul Kinis et DimiPre JakSiS. 41 

Hunyadi qui 6tait roumaine. Du reste, les Serbes paraissent avoir 
forme le noyau le plus solide de son armee. 

En 1481, Paul Kinis, de concert avec Vuk Brankovic et le 
gouvemeur de Belgrade, Ladislas de Rozgony^ passa sur la rive 
droite du Danube et ramena avec lui 50.000 Serbes, qui s'6ta- 
blirent aux environs de TemesvAr et furent organises en divers 
corps de troupes.^) 

Ce sont eux notamment qui composferent la fameuse legion 
noire (fekete sereg).^ 

Cette 16gion, c6mmand6e par Paul Kinis, prit part, en 1485, 
k la bataille de Keny6r-Mez5 en Transylvanie. 

Neuf ans plus tard, en 1494, Kinis passa le Danube et fit 
une nouvelle expedition dans la contr6e de Smederevo, il rfiussit 
k enlever aux Turcs une partie des richesses qu'ils avaient amas- 
s6es dans cette forteresse. En recompense de ces hauts faits, il 
fat 61ev6 k la dignitfi de Judex Curiae, une des plus conside- 
rables du royaume. 

Cette distinction ne Tempficha pas de continuer ses operations 
inllitaires; il fat assez heureux, cette mfeme ann6e, pour d61ivrer 
Belgrade, menac6e a deux reprises diflf6rentes de tomber au pou- 
voir des Turcs, mais il mourut sur les bords de la Save, au 
moment ou il cherchait a porter la guerre en Bosnie et en Serbie. 

Dans toutes ses entreprises, Paul Kinis avait 6t6 puissam- 
ment seconds par les Serbes. Au nombre des families, qui bril- 
Iferent au premier rang a cette 6poque, il convient de citer la fa- 
mille Jaksic, dont le chef, D6mfetre Jaksic, gendre du Despote 
Lazare, s'6tait fait un grand renom de courage.^ On pent voir 
dans Istvdnfi (p. 13), le recit de son duel avec un g6ant tatar 
qui 6tait venu d6fier les guerriers hongrois pendant la campagne 
de 1494 

Les Serbes, dont le nombre s'etait si consid6rablement accru 
depuis le conunencement du siecle, se distinguferent par leur fid6- 



'} Yoy. le r^cit de cette expedition dans deux lettres adress^es par Mathias 

Corrin au cardinal -^v^que d'Eger (Agria, Erlau) et au pape Sixte lY. 

Math. Corv. regis Eptstolae, part. lY. 
*) Deux autres 16gions serbes existaient en Sirmie, Tune sous les ordres 

de Yuk BrankoTid, Tautre sous D4m^tre Jaksic. 
") La famiUe Jaksic est souvent cit^e dans les chants populaircs. Yoyez 

notamment le recueil traduit par Dozon, pp. 202 sqq. 



42 ^^«« hongroises de 1481 et de 1495. 

lite au roi de Hongrie. Non seulement ils s'associerent aux expe- 
ditions dirigees contre les Turcs, mais ils paraissent avoir contri- 
bu6 a la d^faite de Geoi'ges Dozsa, le chef fameux de la jacquerie 
hongroise, (1514). Ce Dozsa, plus connu sous le nom de Szekelyi, 
6tait un sz6kler de la Transylvanie, et les bandes qu'il avait reu- 
nies devaient se composer presque exclusivement de Magyars. On 
trouve panni les chefs qui aidijrent Zapolya a combattre cettc in- 
suiTection, divers noms slaves, d'oii Ton peut conclure que les 
troupes serbes etaient avec lui. 

Les services rendus par les Serbes a la cause chr6tieune et 
plus particulierement encore au roi de Hongiie, avaient anieu6 
ce dernier a leur rendre justice. Des 1481, un article de loi vote 
par la Diete de Bude et confirm^ par Mathias Corvin les exempta, 
eux et les autres adherents de I'Eglise orientale, de la dime 
payee jusque \k au clerge catholique. II y est dit en termes 
foimcls : 

„Iteni quod Rasciani et caeteri hujusmodi Schismatici, ad 
„solutionem decimarum non astringantur, et neque per Comites pa- 
„rochiales, instar alionim, ad hujusmodi decimarum compellantur; 
„quodque ad Christianos, in quorum medio tales Schismatici mo- 
„rantur, aut e contra, ratione ipsoi-um Schismaticorum et non so- 
„lutione decmiarum, interdictum ecclesiasticum non imponatur." 

Cettc disposition fut confirmee en ces termes par Tarticle 
XLV® de la loi hongroise de 1495: 

„Sunt plurima loca in confiniis Regni sita, in quibus Ras- 
„ciani, Rutheni, Wallachi, et alii Schismatici in terris 
^Christianorum habitant, et de eisdem terris hactcnus juxta corum 
„ritum viventes nullas penitus decimas solvere consueverunt, quos 
„tameu ipsi domini Praelati ad decimas solvendas cogerc nit€- 
„rentur. Et quia ipsae decimae in patrimonium Christi hominibus, 
„praescrtim vero illis ad vocationem et assecurationem Regiae Ma- 
Jestatis ac Woywodarum, Baronum et caeterorum officialium ipsa 
„confinia Regni tenentium, dicta loca incolentibus exigi solent; 
„ob hoc ordinatum est et conclusum: 

„ Quod a modo de caetero abipsis Rascianis, Ruthenis, 
^Wallachis et aliis Schismaticis in quibuscunque terris 
flChristianorum residentibus nullae penitus decimae exigantur. " ^) 

'} II convient de dire que, depuis on si^cle, les Hongrois avaient k pea 
pr^s cess6 d'op^rer one pression sor les Chr6tiens du rite oriental pour 
les conyertir au catholicisme ; il y avait comme une sorte de tr^ve. Le 



Mort dt Vuk BrankoviS Zmaj, 43 

Les pr^lats catholiques eux-nienies ne craignaient pas d'en- 
tretenir des relations d'amitie avec les princes serbes, ainsi qu'on 
le Yoit par la correspondance de Pierre de Varda, archevfique de 
Kalocsa, avec plusieurs menibres de la faniille Brankovic.*) 

Bien plus, Vuk Zmaj avait 6pouse ui^e catholique, Barbara, 
sceur de Jean, 6v6que de Nagy-Varad (Gross wardein, Oradea Mare),') 
et avait eu d'elle un fils qui niourut, en 1495, sur le siege 6pis- 
copal prec^demnient occupe par son oncle. 

M. Stojackovic ^) place la mort de Vuk en 1485, tandis que 
M. Khzek, dans ses tableaux synoptiques *) ne la place qu'en 
1497. Gette demifere date concorde avec un passage d'Istvanfi oil 
il est parl6 de la part active qu'il prit a la campagne de Sinnie 
en 1494. L'historien hongrois Tappelle Lupus, (c'est-Jt-dire Vuk), 
mais il n'est pas impossible qu'il I'ait confondu avec son cousin 
Georges, fils d'Etienne Brankovic. En effet, Vuk est associe par 
Istvanfi a Jean Halapsic, dit Kis-Horviit, (le Petit Croate), per- 
sonnage qu'un diplome important public par M. Fimhaber*) rap- 



baron Siagoiia, deniicr metropolitain des Roumaiiis de la Transylvanie 
et de la Hongrie, cite, dans son Histoire eccUsiastique (IcTopia Eicepiiett 
opT040Rce PecipiTeue HuiBepcaje, Ci6iH, I860), des documents int^ressants 
relatifs h un convent que deux seigneurs de religion grecque fond^rent, 
en 1391, dans le (;ouiitat de Mdramoros. Le Patriarche de Constantinople 
avait accord^ h ce convent une constitution independante ; il Tavait 
soustrait h la juridiction de I'^v^que local, preuve 6vidente que les 6ve- 
ques du rite oriental n^etaient pas inquietes en Hongrie. £n 1494, le 
roi Yladislas II confirma expresscment les dispositions edict^es par le 
Patriarche, et, TevSque de Muukdcs ayant voulu sMmmiscer dans les af- 
faires du convent, il fit droit aux reclamations des religieux. 

*) Pierre de Vdrda protesta pourtant contre la loi qui exemptait les Serbes 
de la dime et declara qu'il ne a'y soumettrait pas. Voy. ses lettres pu- 
bli^cs par Ch. Wagner, (Posoniae et CassoviaCy 1776, in-4). Cf. Szalay, 
Seerb, Tel.y p. 36; Rechtsverh., p. 32. 

*) II est difficile de dire quel 6tait an juste cet 6veque. Comme le Sche- 
matisnms Dioecesis magno-varadinensis en fait foi, le si^ge de Nagy- 
Varad ne fut pas occupe, pendant Ic cours du XV^ sidcle, par moins 
de cinq prelats du nom de Jean. 

') Staatsrechtl. Fcr/t., p. 8. 

*) Dejiny ndrodu slovafiski/ch v pfehledu si/nchronistickem. Sestavil Vaclav 
Kffzek. V Tibofe a v Jindfichovo Hradci, 1871, gr. in-8, p. 61. 

•'') Beitrage zur Geschichte Ungerns unter der Regierung Wladislaus IL 
und Ludmg I I. (1490—1626), mitgcthcilt von Fr. Fimhaber. (Aus dem 
n. Bde. des Archiv f. Kunde der oesterr. Geschichtsquellen), Wien, 
1849, in-8; p. 47. 



44 Oeorges Stefanovi6 Brankavid, 

proche de Jean Brankovic et de sou frere, et non de Vuk.*) 
D s'agit dans ce document de la reconnaissance par les re- 
pr6sentants des Serbcs de Fempereur Maximilien comme roi de 
Hongrie (1490); or les deux fils d'fitienne Brankovic et les deux 
frferes AlapSic se prononcent sans qu'il soit fait aucune mention 
de Vuk. Georges et Jean prennent tons deux le titre de despote, 
mais ce fait n'a rien de probant, puisque d'autres membres de 
la mfeme famille le prennent 6galement dans d'autres occasions. 

Ce qui est certain c'est que Vuk eut pour successeur im- 
m6diat et reconnu par les Hongrois, non point un de ses cousins, 
mais sa tante Angeline, femme d'Etienne Brankovi6 et mhre de 
Georges et de Jean (1498). 

Ang61ine mourut, pen de temps aprfes avoir 6t6 officiellement 
investie de la dignity de despote.^ Georges, son fils aine lui 
succ^da. 

Ce prince prenait depuis longtemps part aux affaires. Dfes 
1486, il avait, de concert avec son frfere, prfet6 k Mathias Corvin 
une somme de 12.000 ducats, pour laquelle le roi de Hongrie 
donna en gage le domaine de Berkasovo (Berekz5), dans le co- 
mitat de Valpovo.^ 

Mathias ne rendit sans doute jamais I'argent, car les Bran- 
kovic garderent Berkasovo. 

L'adh^sion que Georges et son frere avaient faite, comme 
nous I'avons deja dit, a I'empereur Maximilien, leur avait ali6n6 
Vladislas. Bhs que celui-ci fut en possession du trone, il rendit 
contre eux un d6cret d'exil et de confiscation, mais ce decret 
fut leve k la paix.*) 

Georges, devenu despote, fixa sa residence a Kupinik. 

n n'y resta pas longtemps; le pouvoir lui pesait et^ 
dfes 1499, il s'en d6cliargea sur son fr^re. Elev6 au milieu des 
camps, il s'6tait epris, chose etrange, d'une veritable passion 
pour I'etat eccl6siastique. En 1486, il avait fond6 en Sinnie 



^) Lc Sldvnik Naudn^ (Encyclop^die boh^me) dit, comme M. KHzek, que 

Yak mourut en 1497 h Slankamen. 
'} M. J. §afahk a public des monnaies qui portent son nom et celui de 

ses fils. (FjacoMKi, III, p. 244). 
•) Ce comitat est aigourd'hui r6uni k celui de Virovitica (Terdcze). Le 

fait est rapports par Pray, Annates, T. IV, p. 186. 
*) IstvAnfi, p. 18. 



J^Henne Stiljanovid. 45 

le monastere de Krusedol ') et des lors, il n'avait plus eu 
d'autre pensee que celle de s'y retirer.*) C'est ce qu'il fit 
en 1499. 

Pourtant ITiistoire de ce curieux personnage n'est pas encore 
finie. En 1503, il se rendit en Valachie et y fut nomm6 metro- 
politain sous le nom de Maxime. II se d^mit peu de temps apr^s 
de cette dignite, revint en Sirmie, reprit un moment le titre de 
despote, puis retourna en Valacjiie, oh il fonda, ou tout au moins 
restaura le fameux monastfere d'Argesitt. II mourut en 1516. Sa 
m^moire est restee en grande veneration chez les Serbes, qui ont 
fait de lui un Saint Maxime. 

Jean, frfere de Georges, devint apres lui le chef de la nation, 
et dut, aux termes de Particle XXIP de la loi hongroise de 1498, 
foumir au roi de Hongrie un contingent (banderium) de 1000 
cavaliers. II consacra sa vie a des oBuvres de pi6te et mourut 
en 1503. 

La dignite de despote fut alors revendiquee par Etienne 
Stiljanovic, kneze de Zaholmije'), que M. Stojackovic croit avoir 
ete allie de la famille Brankovic. 

Etienne s'6tablit a Morovic en Sirmie et combattit vaillam- 
ment contre les Turcs. Les Hongrois lui allouerent une dotation 
annuelle de 3600 florins en argent et de 1200 florins en sel, mais 
il etait par contre oblige d'occuper une place frontiere (c a s t r u m 
finitimum) et de foumir un banderium 6gal au banderium 
royal (Art V* de la loi hongroise de 1507). 



') P. J. Safafik, Gt»ch. der sOdsl Lit, m, p. 122. 

*) En 1496, il fit ^ ses moines une donation, dont le texte original existe 
encore dans les archives du convent, da moins h ce que rapporte M. 
Stojackovi^, et qui comprenait les domaines de : Kupinovo, Earlovci, Kru- 
sedol, Maradik, Gortanovci, Grabovci, Krcedin, Pazovo, Ind\ja, Ljukovo(?), 
Dobardol, Neradin, Pefiinci, Brestac, Satrinci et Miko^ja (?). Cette 
m^me ann^e, il institna, avec la participation de sa m^re et de son 
fr^re, une rente annueUe de 1000 florins au profit du monastere de 
Hilandar. Yoy. le texte du chrysobule publi6 par M. E. Nevostnigey 
dans le rjacBHv, XXY, 1869, pp. 272 sqq. 

') La Zaholmyje ou Zahumijef dont le nom est d^jk donn^ par Constantin 
Porphyrogdn^te h un peuple serbe {ZctnXoviioi), 6tait le pays situ6 entre 
Ragnse et la Neretva. £Ue tirait son nom des montagnes qui la cou- 
vraient: sa -J- XAkUk = pro montibus. Yoy. Safafik, Oesch. der siidsL 
Lit, ni, p. 14; Danicic, Pje«iHHK m3 KftHxeBHHx crapHea cpncKMx, I, p. 
369; ITT, pp. 414 sqq. Cf. Safafik, Slov. StaroHtnosH, l\, pp. 280 sqq. 



46 ■^*** ^^5 BrankomC, 

Malgr6 ses efiForts, Etienne se vit bientot debord6 par les 
Turcs et dut, en 1508, abandonner la Sirniie. Par ordre du roi 
Vladislas II, il s'etablit alors dans le Baranya, c'est-a-dire dans 
la contr6e dont Pecs (Funfkirchen) est le centre. De cette 6poque 
date la presence de populations serbes dans cette partie de la 
Hongrie. EUes y avaient sans doute p6n6tre auparavant, mais en 
petit nombre et sans conquerir plus d'importance que la colonie 
de Csepel par exemple. Le Despote lui-meme fixa sa residence 
dans la forteresse de Siklos. 

Etienne Stiljanovic mourut le 4 octobre 1515 v. s. Ses restes 
reposent au couvent de Sisatovac en Sirmie. 

La veuve de Jean Brankovic, Helene Jaksiceva prit alors le 
titre (^e despote, titre qu'elle conseiTa jusqu'a sa mort (1521). 

Avec elle finit le prestige, la puissance de la famille Bran- 
kovid, dont les membres avaient successivement port6 depuis un 
siecle le titre superbe de Despote de Serbie, Roi de Ra- 
scie, Margrave de Sitnica, due de Seta et Seigneur 
d'Albanie.^ 

Quarante ans plus tard, un neveu de Vuk Zmaj, Dem^tre 
Brankovic, pourra prendre le titre dc despote (1561— 15G3); son 
frere Geoi-ges - Lazare (1563 — 1596), puis son neveu Abraham 
(1596 — 1630), pourront porter ensuitc le nom de voi6vode, 
ils ne poss6deront ni influence, ni autorite; ce n'est qu'au sifecle 
suivant qu'un descendant de cette famille r6clamera avec energie 
la succession de ses aieux. 

La famille Brankovic jouc un role assez considerable dans 
rhistoire des Serbes de Hongrie pour que nous ne croyions pas 
inutile de donner ici un tableau genealogique de ses membres. Nous 
extrayons ce tableau de Touvrage deja cite de M. liiizek, nous 
bornant a quelques additions pen importantes. 



*) Muratori, Scr, rer. ital, T. XXIII, p. 755. 



1 

J pereur serbe Lazare Grbljanoviii. 



6i 



Georges j 
aveagl^s U 



1 1411, dans la guerre 
les fr^res Masa; 11 
u c6t^ de Soliman. 



Mara, ^p. le Boltan Hurad 11. 



Gr6goire (Georg 
aa Mont Athoi 
Lazare ; 6p. X 



Yak Zmaj Bri 

despotedes Sei 
+ 1497 (?), s'6tabl 



Lazare, despote, 1467—1468; 6p. H^l^e, fille 
de Thomas Pal6ologue, despote de Mor^e^ soeur 
de la tsarine Sophie de Russie. H61^ne conserve 
le titre de despote apr^s la mort de son mari; 
elle est forc^e de fair devant Mohammed, celui 
qui conquit la Serbie, 1469; f 1474. 



kamen en Sirmie ; ie, ^p. D^m^tre Marie f 1466, 6p. Milica, ^p. Jean 

bara, soeur de Je^ic, f 1487 IStienne Toma- Bessarab yoI6- 

' »• sevic roi de vode de Yalachie 

jnne Jaksic Bosnie, f 1463 (1612— 1621).») 



quedeNagy-Vi 
wardein, Oradea 



Valentin Vuk J4 
(Farkas), 39« 

^Y^que de 
Nagy-VArad 

1490—1496 

Paul. 



Jaksi^eva des< 
ie Serbie et de ^ 
|e, 1616—1621. 



Marc. 



D6m^tre, 



Antoine. 

Augustin, 
^p. Marie J^ 
Mn^ayiceva. 

Paul, n6 1640. 



ban de Groatie. 



Modrus. 



Catherine, ^p. Nicolas Zrinyi, ban 
de Groatie. 



IX ^mard ^fifo^o^^^ Brankovic et partant toute la g6ntologie da 
demi< 

«) Leshii"'© WiHKai Aii man (lami, 1868, in-4), T. U, pp. 197—198. 



/ 



M.M M m 



toire des Serbes dc Hongrie, depuis la fin des Brankovi6, jusqu^k rimmi- 
tion da patriarche Cmojevic (1521—1694). Lea premiers privileges de 

rempereor Leopold. 

T « 

Le faible roi Vladislas mourut en ISlfi et son successeur, 

uis n, encore enfant, fut incapable de rien faire pour r6tablir 

rdre dans le royaume 6puise d'honinies et d'ai^ent. Les troupes 

Soliman surent profiter de cette situation; elles s'emparerent 

Sabac sur la Save, et Belgi^ade meme ne tarda pas a tomber 

:re leurs mains (29 aoiit 1521). 

Alors seulement, Louis II songca a la guerre.^) Une arm6e, 
nmand6e par un ancien soldat dcvcnu archeveque, Paul Toniori, 
nporta d'abord quelques succes, mais les choses ne tarderent 
5 5. changer. La bataille de Mohdcs, oil Louis II, Paul Tomori 
cinq cents nobles liongrois perdirent la vie, livra aux Turcs 
plus grande partie de la Hongrie (1526). Les arm6es de So- 
lan s'avancerent jusqu'au lac Balaton et occupferent Bude qu'elles 
rerent an pillage. 

Nous ne suivrons pas les luttes dont la Hongrie fut le 
iatre pendant le cours du XVP siecle; nous nous an-feterons 
ilement aux faits qui concement plus particuli&rement les 
rbes. 



*) II abandonna k rcmpcreiir Ferdinand, son beau-p^re Senj (Zengg), 
Klisa, Knipa, Lika, Jaska et plusieurs autres places de la frontiere 
create, pour les defendre contre les Turcs. Ferdinand concentra dans 
ces viHes Emigres de la Bosnie et du Montenegro, qu'on dcsignait sous 
le nom d'Uskoci (fugitifs). Ce fut Toriginc des Confins militaires de 
rAutriche. 



48 Berislov et drnovid. 

Le mouvement d'^migration, commence un sifecle auparavant, 
continue presque sans interruption. En 1522, le kneze Paul 
Bakic passe en Hongrie avec ses cinq freres; Tomori et le Roi 
lui-mfeme les avaient appeles.*) Bakic fut suivi de Radic Bozic et 
de Pierre Monasterli. Tous ces nouveaux venus amenaient avec 
eux un grand nombre de families et tous les hommes valides 
6taient autant de combattants acquis a la cause chretienne. Les 
Serbes prirent une part glorieuse k la bataille de Mohacs; beau- 
coup des leurs, entre autres Radic Bozic, demeurerent sur le 
terrain.^ 

Au milieu du d6sordre eflfroyable qui suivit cette catastrophe, 
les Serbes furent des plus ardents a continuer la lutte. Pour se 
les concilier, les Hongroia retablirent la dignite de despote dans 
la personne d'Etienne Berislov (1526). On ne sait rien de par- 
ticulier sur ce personnage qui mourut Tannee suivante. 

A peine Berislov avait-il disparu, qu'un aventurier, Jean Cr- 
novic, revendiqua la dignit6 de despote, ou meme prit le titre 
d'empereur (car) en vertu d'une pretendue parente avec Ang6- 
line, ferame d'Etienne Brankovic. Les Serbes a qui ce nom etait 
cher, aussi bien que la possession d'un chef particulier, se grou- 
pferent autour de lui sans resistance. Cmovic eut bientot reuni 
plus de 10.000 hommes; il s'entoura lui-mfeme de 600 soldats 
d'elite, auxquels il donna le nom de janissaires. Commc il fallait 
vivre, il ne se fit nul scrupule de ran^onner les ch&teaux et les 



Istv^fi, ed. Col. 1622, in-fol., p. 103 : „Nec midto postquam TamaraeuB 
„in JByangepani locum suecessit, ac Baciam adventavit, Paulus Ba- 
^qMiUu9 e Thracia nohilt et militari Oraeci ritus stirpe ortus, q[uum 
„l\ircaruin insolmttM ferre CMtpliua nan posset, apttd quos in suyn- 
f,c%onem mutatae fidei incideraty crehris Tomoraei Uteris et nuneOs, 
„non inscio rege, sollieitatuSf cum quinque fratribus egregiae wrU»U9 
^fortitudinisque viris, Petro, Clemente, Manuele, Demetrio et MichaeUj 
„fn Ungariam venit, supercUis ingenti animo sed magna cum difficult 
Btate, Turcarum insidiis, quae ei per omnia fere itinera et compita 
„collocaverant. Ei Ludovicus Laccum, in Semigio sitam arcem (Lak 
ou L6k, ch&teau, qui a disparu et devait se trouver pr^s de Stlmegy 
BUT les bords du lac Balaton), quam cum suis inhdbitaret, liberaU 
„munere assignandam curavity donee ampliora dare posset \ atque ii 
npostea omnibus hellis fortem fidelemque operam BeipuhliCM navavere.^ 

') IstY^fi, p. 131 : ^Radicius Bosithius Thrax, qui classi praeerat, com- 
„mendata veteranis trierarchis Amhrosio Fogassio et loT^anm FiUe" 
„ressio classe et navalibus soeiis, inani spe victorias in primam etdem 
„equo vectus processit, ibique pugnans interfectus est.^ 



JHvdlite de Zdpolya et de Ferdinand, 49 

villes, n'etablissant guere de difference entre Turcs et Chretiens.*) 
Ccs pillages u'etaieut pas du reste, «i cette epoque un fait isole; 
ils se renouvelaient dans tons les pays de TEurope, des que les 
soldats n'etaient plus en campagne et cessaient de toucher leur 
solde. Les populations paisibles en etaient reduites a souhaiter 
la guerre. 

Ferdinand d'Autriche pensa qu'il valait niieux avoir Crnovic 
pour ami que pour ennemi. II lui deputa Francois Revay avec 
des presents et des propositions d'arrangement que le chef serbe 
accepta. Des lors Cniovic resta fidele a la cause royale. 

Zapolya,-) le rival de Ferdinand, qui possedait la Transyl- 
vanie par la grace des Turcs, n'eut pas plus tot appris que les 
bandes serbes s'ctaient ralliees a la maison d'Autriche qu'il en- 
voya Pierre Perenyi, a la tete d'une aniiee de Roumains et de 
Szeklers pour le combattre. Perenyi atteignit Crnovic pres de 
Szeged, mais fiit battu. Les debris de son armee se rassemblerent 
a Temesvar et s'augment5rent de troupes fraiches. Emeric Czibak 
qui rempla^a Perenyi, li\Ta de nouveau bataille et demeura cette 
fois vainqueur. Crnovic, bless(!», tenta Pattaque de Szeged, mais 



') Istvdnfi, p. 139 : ^lohannes quidem^ cognomento Niger, natione Thrax, 
jtOhscurae servilisque conditionis homOy quum se e sanguine principum 
y^Sermde, qui Despotae vocabantur, originem trahere, popularibus suis 
„ Thrcunbus sive Servianis persucisisset, magna eorum manu brevi coacta, 
npostremo vagis et errabundis militibus, quarumcunque nationum aueto 
„exercitu, vieinas citHtates et oppida vexare ac diripere, pecoris maioris 
„minarisqi*e greges peJlere, mercatoribus insidias moliri, nobilium 
f,domo8 praedari, nan leges, non principes vereri, Chriatianos ac Turcas 
„aeque pro hostibus habere, quoque maior ei inesset auctoritas, sex- 
„€entos iuvenes, armorum et vestimentorum similitudine inter se pares, 
„ideoque Turcarum in morem laniceros appellatos, <nistodiae corporis 
„adhibuit; aliisque servitiis et ministeriis aeque splendide usus est. 
„Maior ad eum quoiidie perditorum hominum concursus fiebat, ita ut 
„eiu8 exercitus decern millium armatomm numerum excedere iu- 
^dicaretur.** 

*) I)6tail peu connu, Zdpolya etait lui-meme serbe. M. Vitkovic {loc. cit,, 
p. 68), cite un curicux passage dc Georges de Sirmie (Georgii Syrmi- 
cnsis Epistolae de perdicione regni Hungarorum, lib. XL VI, pp, 161—163), 
ou il est dit: „Rex Zapulia . . . quaiiiam nacione esset Sclavorum, 
ffBosnen, de villa Zapulia (3anoa»a) . . . Quum iste Sigif^mundus rex 
„fu€rat ex genere Bohemorum, et propter linguam sclavonicam, et cum 
„terranei fuissent, , . . et isto sclavo Zapulyi concessit arcem . . . et 
„inde posthec appeUati sunt Sepusiensis loannes et Sepusiensis 
nGeorgius,^ 

4 



50 FideliU des Serhes envera VAutriche. 

fut repousse et regut une seconde blessure. Retir6 dans un village, 
qu^il croyait sdr, il y fat surpris par un des g^n^raux de Zdpolya, 
Valentin T6r6k, qui le tua et envoya sa tfete a Bude. T5r6k pr6ten- 
dait venger ainsi la mort de Clement Bakic, chef, apr^ Radic BoiSic, 
de la flotille du Danube, lequel avait embrass^ le parti de Zipolya. ') 

Les restes de Tarmee de Cmovic farent reunis par R6vay 
qui parvint a gagner la flotille du Danube a la cause de Ferdi- 
nand. Montes sur de l^ers bateaux (sajke), les Serbes remon- 
t^rent le Danube sous la conduite de Jean Fikeressi et d'Ambroise 
Fogasi, franchirent, non sans de sensibles pertes, les obstacles 
dont Zdpolya avait convert le fleuve entre Pest et Bude, et par- 
vinrent a op6rer leur jonction avec les troupes autrichiennes 
stabiles a Komarom (Comom). Ferdinand recompensa richement 
les chefs et leur donna le domaine de Szelistye sur le Vag (1528).*) 

Les Serbes qui avaient eu tant k souffrir des divisions in- 
testines de la Hongrie, furent d^s lors in^branlables dans leur 
fid^lite a Ferdinand. Aussi bien, depuis qu'ils figurent dans This- 
toire de la Hongrie, les voyons-nous toujours les plus fermes 
soutiens de TAutriche. Tandis que de 1527 k 1711, les Magyars 
songent moins a reconqu6rir leur pays qu'a se soustraire k Tin- 
fluence imp6riale, que les Zapolya, Bethlen, Apafi, Bocskai, Teleky 
et les Rdk6czi traitent avec les Turcs, soUicitent leur appui, se 
reconnaissent leurs vassaux, les Serbes se rallient k Ferdinand, 
k Maximilien et a leurs successeurs. Sans doute, la preponderance 
de TEmpire qui repr^sente TAllemagne et ses passions envahis- 
santes, pent devenir dangereuse un jour, mais, dans leur haine 
contre les Turcs, contre ces ennemis traditionnels, unplacables, 
qui out r^duit la Bosnie, la Serbie, la Slavonic, une partie de 
la Hongrie, les Serbes ne peuvent h6siter; ils sont les auxiliaires 



') Nous nous contenterons de renvoyer le lecteur aux curieux details, donn^ 
sur CmoYi6 par Georges de Sirmie. Yoy. YitkoTid, loc. eit, pp. 61, sqq. 

') Istv&nfi, loc, cit. — L^historien bongrois raconte en d^taU rhistoirc de 
cette p^rinense nayigation. L^andace d^ploy^e par les Serbes dans cette 
circonstance, amena la creation d'un corps special de mariniers-pon- 
tonniers d^sign^s sous le nom de TsehaikUten (SaikaH). Ce corps 
qui rendit k diverses reprises, de grands services fut r^organis^ en 
1746 k rinstar des regiments des confins et forma un bataUlon terri- 
torial, dont Titel, au confluent de la Theiss et du Danube, devint le 
cbeMieu (Engel, Gesch. des ttng. Beiches, in, p. 476). M. Stoja6kovi6 
{Bechtsverh., p. 12) rapporte avoir vu en 1844, dans F^glise serbe de 
Komarom le premier drapeau des Chaikistcs, 



Paul Bakid au siige de Vienne, 51 

« 

naturels et devours de tous ceux qui ne craindront pas de faire 
la guerre au Sultan. De la, leur attachement pour la maison 
d'Autriche qui s'est impose la taclie de refouler tout au moins 
les Turcs de I'autre cote du Danube et de la Save; nous verrons 
plus loin comment les Habsbourg ont recompense cette fid^lite. 
Lorsque Soliman vint mettre le siege devant Vienne, Paul Bakic, 
dont les talents militaires inspiraient toute confiance, eut mission 
de d6fendre le passage du Danube ; il avait avec lui 200 cavaliers, 
presqne tous serbes, qu'il entretenait a ses frais.^) II r6ussit a 
surprendre les Turcs, pres du Kahlenberg et rcmporta sur eux 
un avantage important. Les prisonniers qu'il fit le renseigncrent 
sur les dispositions que les Turcs avaient prises pour donner 
Tassaut, et les Autrichiens purent profiter assez a temps de ces 
renseignements pour repousser I'annee ottomane. La plupart des 
conseillers municipimx et un grand nombre de bourgeois s'etaient 
enfuis; ce fut le serbe Bakid qui sauva Vienne !'0 

Ce vaillant capitaine, a qui aucun des chefs liongi'ois ne 
pouvait fetre compare,^ fut tu6 en 1537, au moment oil les 
troupes hongroises qui vcnaient de traverser la Drave, quittaient 
Valpovo pour gagner Pozega. Avec lui p6rirent Paul Fodor et 
Theodore Pejic. D'autres knezes serbes, en particulier Demetre 
Skanderovic et Vuk Mikula, tombferent au pouvoir des Turcs.*) 

L'annee 1538 parut devoir ramener la paix a ce malheureux 
pays de Hongrie, depuis si longtemps desole par la guerre. Za- 
polya renonca pour ses h6ritiers k la possession de la Tiansyl- 
vanie et du Banat de la Temes; ces provinces, dont il restait en 
possession, sa vie durant, devaient ensuite tire devolues k Ferdinand. 
Le moment de cette devolution ne se fit pas attendre. Zapolya 
mourut en 1540, niais sa veuve Isabelle, assist^e des deux tuteurs 



>) IstY&Dfi, p. 159. 

*) IstvAnfi, p. 163. Weiss {Geschichte der Stadt Wim) ne rapporte meme 
point cet Episode du si^ge de Vienne. 

*) ^Cui nemo inter omnes nostrarum copiarum duces, militari solertia cu: 
„ingenii8 animi fortitudine erat conferendus."^ Istvanfi, p. 214. — Paul 
JoTe s'exprime k pen pr6s dans les memes termes : „J^o interfectOy qui 
yyinter nostras duces militaris ingenii solertia, atque ingentis animi 
ytplurimum etninebat, magnus timor totis castris incussus est" Voy. 
Engel, Gesch, des ung, Reiches, III, p. 478. 

*) Voy. Bur la famille Bakic, Part. XLVUIo de la loi hongroise de 1642: 
Bakics familiae, pro arce Sabaria fiat compensatio, 

4* 



52 Defection passag^e des Serbes. 

de ses enfants: Georges Utisenic, dit Martinuzzi, 6vfeque de 
Nagy-Varad et Pierre Petrovic, comte de Temesvar.et parent de 
Zapolya,^) se refusa a ex6cuter le traite. La Hongrie retomba 
encore une fois dans les horreurs de la guerre civile. Soliman 
prit le parti des h6ritiers de Zapolya, et profita de Toccasion pour 
s'emparer de diverses places. Ce n'est qu'en 1544 que Ferdinand 
put engager avec lui des n6gociations qui conduisirent a une 
treve provisoire.') 

La trfeve fut courte. Six annees s'6taient a peine 6coul6es 
que les Turcs revinrent en Hongrie; ils s'emparferent succcssi- 
vement de Becse, Becskerek, Kikinda, Szent-Miklos et Csanad. 
Les Serbes du Ban at, ne montrerent pas leur energie habituelle. 
S'il faut en croire Istvanfi, ils implorerent la clemence des armees 
du Sultan et s'offrirent a leur faciliter la prise de Temesvar et 
de Lippa.') Hammer leur impute aussi la reddition de Csan4d 
et dlladia.*) 

Bien que cette defection ne soit guere dans le caract^re 
des Serbes, nous n'essaierons point de revoquer en doute le t6- 
moignage des historiens. Doit-on s'6tonner que ces populations 
du Banat, 6puisees par la guerre, plus maltrait^es encore pendant 
les luttes st6riles de Ferdinand et de Zapolya que pendant les 
campagnes contre les Turcs, aient c6d6 au dccouragement et au 
d^sespoir ? 

Du reste, tons les Serbes ne se laissercnt pas entrainer 
comme ceux du Banat. En 1552, Tarmee de Losonczi etait 
commandee en second par un serbe nomm6 Milak, qui fut tu6 
Tannec suivante, lors de la prise de Temesvar. Un autre serbe, 
Demetre Ocarovic, commandait un corps de cavaleric qu'il avait 



') Ces deux personnages ^talent d'origine serbe comme Z&polya, mais, 
comme lui aussi dtaient devenus les chefs du parti magyar. 

^) Voy. les details dans Hammer, T. V., pp. 389—398 de la trad. fran^. 

^) „Interea ThraceSy qui in campis TemesvaHo suhitctis late sedts Aa- 
„h€bant, tot arcibus et castellis ab hoste captis perterritiy ad Mehemetcm, 
„8ingulari perfidia defecere, ac muneribus f» allatis suam industriam 
„8imul et operam, redigendia in potestatem Temesvario ac lAppa ur- 
„bibu8 ultro obtulere: quorum primores equisy vestibus purpureis, 
npecunia donatos dimisit, ita ne quid occasionis, qua interdpiendis 
ffillis fidem suam probatam redderent, negligere vellent, ac ab se 
^deinceps quid facto opus esset, expectarent,*^ Istvauli, p. 301. 

•) Hist, T. VII, p. 23. 



Origine den Confitis miUtairett, 53 

equipe a ses frais.') Enfiii Pierre Bakic et ses soldats prireut uue 
part active au coup de main tent6 par les H ongrois centre Szeged 
(fevrier 1552). 

Cette famille Baki6 6tait toujours la plus ardente k com- 
battre contre les Turcs. Un de ses membres, Mathias Bakic de- 
fendit glorieusement Krupa en 1565 et s'ensevelit sous les mines 
de la ville.*) 

Nikolas Zrinyi qui, de 1542 k 1566 fiit revfetu de la dignit6 
de ban de Croatie, et qui pendant ces vingt-quatre ann6es fut 
constamment en campagne, n'avait avec lui que des Slaves : serbes 
et croates. Les Hongrois, les AUcmands, les Espagnols lui four- 
nirent a peine ?i et \k quelques troupes auxiliaires; c'est avec 
les nouveaux habitants des confins qu'il tint tete si longtemps 
aux armees ottomanes. 

Aprfes la bataille de Mohdcs, les Turcs avaient ravag6 les 
etablissements fondes par les 6migr6s bosniaques prfes de Varaz- 
din; le monast^re de Marca, autour duquel ils s'^taient groupes, 
avait 6t6 detruit et le pays 6tait redevenu un desert. Dans le 
langage des g6n6raux hongrois, ces espaces d6peupl6s furent di- 
vis6s en deux regions: desertum primum et desertum se- 
cundum et form^rent plus tard, lorsque les habitants commen- 
cferent k y revenir, les deux regiments de Vara2din et de Gomji- 
Earlovac (Carlstadt).^ 

Les Serbes de cette contree embrasserent avec ardeur la 
cause de Ferdinand contre Zdpolya, et furent, en 1564, recom- 
penses de leurs services par un privilege special de I'empereur. 
Leur nombre s'acci-ut scnsiblement sous Maximilien, par suite de 
Tarrivfie de fugitifs bosniaques. Sous Rodolphe, deux knezes de 
Bosnie, Vukovic et Bcasinovid, amen^rent dans les confins un 
nouveau contingent. Ils furent accompagnes du metropolitain 
serbe Gabriel et de soixante-dix moines. Ces demiers, qui venaient 
du monast^re de Cmilja ou Sniiil (situe sur la Zermanja, en 
Dalmatio), restaurerent le convent de Marca. 

Pour attirer les colons, les Empereurs les dispensferent de 
tout impot, en retour du service militaire auquel ils 6taient as- 



*) IstvAnfi, p. 329: '„Demetriu8 Ociarovitius, naiione ThrcLX, qui ntdlius 
^stipendio addictus, cum peculiari suorutn equitum ala tunc Lippae 
f^(igttahat . . .* 

^ Istvinfi, pp. 452—463. 

*) Bartenstein, p. 11 ; Caplovic, H, p. 19. 



54 -^^*^ ^^ Bruck. 

sujettis. Les hommes valides devaient veiller h. la defense du 
pays oil ils etaient 6tablis; a cette condition, ils recevaient une 
solde du tr^sor imperial. 

Bien qu'on ne puisse s'6tonner de rien en Hongrie et qu'il 
y ait souvent contradiction evidentc entre les mesures 6man6es 
de la chancellerie aulique et les lois vot6es par la difete, on doit 
pourtant. expliquer dans un sens restrictif, les peines 6dict6es 
par Tart. XXX® de la loi de 1567 contre les Rasciens et alios 
dubiae fidei homines, aussi bien que contre les capitaines 
qui les prenaient i leur service. II ne saurait fetrc ici question 
que des vagabonds errants sur les frontiferes turques, et qu'on 
accusait, a tort ou k raison, d'intelligence avec rennemi.*) 

La situation legale des Confins fut d6terminee, en 1578, par 
un edit rendu k Bnick-sur-la-Mur (Brucker Libel 1), h, la 
suite des deliberations des Etats autrichiens. Depuis lors jus- 
qu'aujourd'hui, leurs destinees furent liees a celle de TAutriche, 
bien que la difete hongroise voulftt toujours y faire pr6valoir son 
influence.^) L'edit de Bruck fut suivi de privileges imp6riaux en 



') Gomme excmple de la contradiction, dont 11 vient d'etre parld, on pent 
citer pr6cis6ment les privileges accordes aiix Serbes, qui fond^ent les 
premiers ^tablissements militaires sur les confins de la Slavonic et de 
la Croatie. Ces privileges furent cassds et mis ^ n^ant par la di^ 
hongroise, sous le pr6texte quails avaient tih accordes subreptic^ment 
et portaient prejudice au reste du royaume. ^Subrepticia Valachomm 
privilegia cassentur'* porte Tart. XL« de la loi de 1635, successivement 
confirm^ par Tart. XC^ de 1G59 et Tart. LXiy« de 1681. Les pauvres 
Orangers, d§pouill6s, persecutes furent encore condamnes par Part 
XCI« de la loi de 1659, 2i restituer aux seigneurs feodaux les terres 
qu'il avait plu h quelques grands personnages de reclamer. Qui done 
h la diete edt cherche k contredire les pretentions d'un Erdody on 
d'un Auersperg, alors surtout quUl ne s'agissait que de quelques mis^- 
rabies villages rasciens? 

Ueureusement pour les Serbes, les Empereurs qui appreciaient mieux 
leur services que les Magyars, si non par reconnaissance du moins par 
interet, s'efForcerent de faire de plus en plus rentrcr les confins sous 
leur autorite directe. Mieux valait un maltre, meme allemand, que 
la protection du droit eanstitutionnel hongrois. 

^ Aux textes cites dans la note precedente, ajoutons Tart. XIV^ de la loi 
de 1604, qui faisait defense aux colons serbes de s'etablir ailleurs que 
sur les terres des seigneurs, et les y frappait d'un double imp6t : de la 
dime (perdue natureUement par le clerge catbolique), et du neuviemey ou 
droit de terrage, etabli au profit des seigneurs. II etait absolument 
interdit aux colons do s'etablir sur les terres incultes, qu'on pouvait 



S. Bdthari ilu despote. 55 

1580 et 1582.') On avait pu h Vienne appr6cier la valeur des 
troupes serbes sans cesse engag6es centre les Turcs.* 

Soliman 4tait mort en 1566 devant Sziget, pendant ce si^ge 
oil les soldats serbes de Zrinyi firent des pertes si sensibles. Un 
grand nombre de chefs, PieiTe Farkadi6, Marc StanSic, Jean No- 
vakovid, Jean Oiarevid, Vuk Popratovic, Dandov, Radovan, etc 
succombferent au milieu de la lutte.^ 

Dans les campagnes qui suivirent, les Serbes donn^rent de 
nouvelles preuves de leur courage. 

Sigismond Bdthori qui, en 1581, succ^da au roi Etienne, son 
pfere, dans la principaut6 de Transylvanie, parut vouloir, en 1593, 
organiser un soul^vement des populations magyares, roumaines et 
serbes contre les Turcs. Les Serbes du Banat, ces monies hom- 
mes que les historiens magyars accusent d'avoir trahi lors du 
si6ge de Temesvdr, 6taient disposes k tout entreprendre pour se 
d^livrer d'un joug abhorr6. lis accueillirent avec enthousiasme les 
ouvertures de BAthori et lui d6putferent I'^vfique Theodore Tivo- 
dorovic pour lui oflfrir la dignity de despote.^) 

Bathori re^ut Pfivfeque avec empresseraent , promit de 
r6unir la difete transylvaine pour lui demander des subsides et, 
en attendant, engagea les Serbes a entamer la lutte. Ceux-ci, 
commandos par Georges Palotic, ban de Lugos et par Michel 
Vajda, commencferent les hostilit6s le long de la Maros et, dans 
deux rencontres successives, oil les Turcs coraptaient plus de 
5000 combattants, en mirent 1500 hors de combat. C'6tait un 
beau succ^ pour des bandes mal organis^es, a peine armees; si 
les secours attendus de Bdthori etaient arrives, peut-fetre le Banat 
tout entier e6t-il 6t6 reconquis. Malheureusement Bathori 6tait 
lliomme du monde a qui Ton pouvait le moins se fier; il avait 



con8id6rer comme sans mattre. Les dispositions de cette loi furent 
renouyel^B par Tart. IX« de 1608. 

Ces priYil6ges, anxquels vinrent se joindre en 1737, trois nouveaux 
articles, furent conserr^s, jusqa'k Finsurrection croate de 1765, dans 
le clocher de Tancienne ^glise grecque orientale de Severin; ils Etaient 
k I'abri de fortes semures et deux sentinelles y TeiUaient continueUe- 
ment. Caplovic, qui rapporte ce detail (11, p. 20), croit qu'ils se trou- 
vent encore au m^ine endroit. 

*) Istrinfi, pp. 478—481. 

•) Sinkai, Xpoiiia PomiHiiop, II, p. 249, 262. Cf. Szalay, Seerh. Tel, 
pp. 12—18; Vitkovid, pp. 94—95. 



50 Coloniefi Series au nord de la Maros. 

dissip6 en folics les sommes vetoes auparavant par la diete et la 
nouvelle reunion de juin 1594 ne voulut rien entendre. Aussi 
bien les trois ordres de I'assemblee: les Hongrois, les Szeklers 
et les Saxons etaient-ils tons gens trop egoistes, trop aveugles 
pour comprendre la neeessite de la lutte. lis s'6taient resign6s 
a Tidee de la domination ottomane et n'etaient point accessibles 
au sentiment genereux qui poussait ces paysans k demi-sauvages, 
ces Serbes ou ces Roumains a tout sacrifier pour continuer la 
guerre sainte. Les Serbes reduits a leurs propres forces, ne pa- 
rent tenir longtemps la carapagne. Les pachas de Bude, de Lippa 
et de Temesvar s'avan^aient centre eux; ils durent se dispei*ser. 
Plusieurs milliers d'entre eux passerent la Maros. Les uns s'eta- 
blirent au dessus d'Arad, dans cette contree appelce alors le- 
nopolis du nom des deux bourgs de Boros-Jenci et de Kis-Jem'i; 
d'autres entrfercnt en Transylvanie et se fixerent a Alba Julia/) 
k Ileiinannstadt '^j et dans d'autres yilles.') Theodore Tivodorovic 
fonda a Ilermannstadt une 6parchie serbe qui pen a pen imposa 
son autorite h tout le clerg6 roumain de Transylvanie. Un peu 
plus tard un eveche serbe fut organise a Boros-Jeno ; ce dernier 
siege fut d'abord occupe par Sava Brankovic. 

Dans une autre direction, les Serbes que nous avons deja 
vu s'6tablir dans le Baranya, s'etaient fixes par petits groupes a 
Kecskemet, a Nagy-Konis, a C/egled, a Bude, a Esztergom 
(Gran); paitout les Turcs les avaient suivis, mais partout aussi 
ils saisissaient la moindre occasion de tirer vengeance de leurs 
ennemis. En 1594, ce furent eux qui livrerent au comte Palfi la 
ville d'Esztergom.*) 

Cette meme annee, les imi)eriaux firent une expedition en 
Croatie et s'empar^rent de Petrinja, ainsi que de quelques autres 
places. ') 



*) En serbe Belgrad, en magy. Gyula-FehSrvdr, en all. Carhburg. 

^ Hermannstadt est le nom (lonn6 h la ville par les AUemands; les 

Roumains Tappellent Sibiu; les Magyars: Nagy-Szeben; les Serbes: 

Si7)tn. Le nom latin du moyen kgo est Cibinium. 
') Szalay {Sserb Tel, p. 15; Eechtsverh., p. 14) parle notamment d^iine 

colonie serbe qui se serait etablie Ji Orestie (magy. Szdszvdros, all. 

Broos), pr^s d'Alba lulia. Cette' colonie aurait promptcment disparu. 
*) IstvAnfi, p. 628. „Interea autem curante per idoneos internuncios 

„Palftio clandestina cousilia cum Thrcunbus qui in nrbe erant, Christianis 

„quidcm, sed Graecos ritus sequutis, contracta sunt . . ." 
*) Istvanli, pp. 632 sqq.; Ljubic, Pregled Jirvatskt Povesti, p. 231. 



Deputation den Serhes de Dalmatie. 57 

En 150(J, Sigismond llerbestoin assiegoa Kostajnica etrevint 
a Petriiija. II regut, dans celte deniiere ville, une deputation des 
Sevbes de la Bosiiie et de la Daliiiatie septeiitrioiiale, qui deman- 
daient la cession des places situees entre TUnna et la Kulpa et 
promettaient en retour de prendre une part active a la guerre 
centre les Turcs.*) 

Herbestein consentit a ce march^, mais soit que les Serbes 
craignissent la domination trop pen ni(»nagec des Allemands, soit 
qu'ils n'eussent pas et6 satisfaits des conditions stipulees, ils ne 
vinrent pas prendre possession des terres qui leur avaient ete 
assignees. 

Malgre leur fidelite a TAutriche, les Serbes sentent au fond 
tout le poids du joiig gennanique. La brutalite allemande leur 
apparait en regard de la brutality hongroise, et alors ils s'arretent 
hesitants entre les deux partis. Ni d'un cote, ni de Tautre ils ne 
voient pour eux ni estime, ni sympathie, mais un egal desir de 
mettre k profit leurs qualites militaires. Le jour oil Ton aura 
vaincu grace a eux, on les traitera comme des mercenaires. Seu- 
lement les mercenaires etrangcrs doivent etre pay6s; ils doivent 
tout au moins toucher la soldo convenue; les Serbes, eux, n'au- 
ront droit a rien; ce ne sont plus des etrangers; ils sont de- 
venus sujets de TEmpereur. 

C'est ainsi que la situation se dessine a Tepoque oil nous 
sommes parvenus. Si les Serbes se prononcent pour les Alle- 
mands, ce n'est pas qu'ils n'aicnt eu deja Toccasion de soup- 
Qonner leur pei'tidie, mais Tempire est resolu a poursuivre 
la guerre contre les Turcs. Ce motif suffit. Ds aiment mieux 
subir la loi des Allemands que de courber la tete sous le joug 
des Ottomans, les premiers auteurs de leurs maux. 

Telle n'etait pas la pensee des Magyars devenus les plus 



») IstvAnfi, p. 085 : „Adfuere etiam nimtii Thracum cum Uteris a Rado- 
„slavo Archipresbytero, ac lUiaco Voivoda, Voino, et Siucone Cnesiis, 
„£manaele lusbassa, Bogdano liaraiubassa, Novacaga, Dracula Odabassa, 
„aliisque omnibus, qui a Colapi ad Adriaticum litus usque sedes ba1)cnt, 
^communi nomine sciiptis (eas autem ut quam secretissime ha1)e- 
„rentur petebaut) quibus si ipsis vacuac arccs cum agris et fundis dc- 
„scrtis, quae inter Colapim ct Valdanum (sic antiquitUB tiumini Ilunnao 
„nomen luissc fenmt) circiter LXX babcntur, inhabitandac conccde- 
„rentur, se arma advcrsus Turcas sumturoB polliccbantnr.^ Istv&niiy 
y,p. 685. 



58 Gturre de trente ans. 

fidfeles allies du Sultan centre les arm6es inop^riales. En 1601, 
Sigismond BAthori, n'eut pas honte de trahir le voi'vode de Mol- 
davie, Michel-le-Brave, et de s'unir aux Turcs contre lui. Aprts 
lui, Moise Sz6kely, puis Etienne Bocskai suivent cet exemple. 
En 1604, Bocskai prend les armes contre I'empereur Rodolphe et 
achete ainsi sa confirmation par la Porte (1605). II envahit 
rAutriche et la Styrie et se charge de montrer que ses bandes 
indisciplin^es laissent loin derriere elles la barbarie des soldats 
ottomans. 

La politique de Bacskai fut celle de ses successeurs: Si- 
gismond Rakoczi, Gabriel Bathori et Gabriel Bethlen ; aussi n^avons 
nous pas k nous y arrfeter. Nous avons hate de sortir de cette 
tristc p6riode. 

En 1613, TAutriche conclut avec la R^publique de Venise 
un traite de paix qui m6rite d'etre signale ici, parce que la cause 
apparente ou r^elle des difficult^s sur\'enues entre les deux 6tats 
6taient des actes de piraterie reproches par les V^nitiens aux 
Uscoques, k ces fugitifs bosniaques etablis dans les confins mili- 
taires. La France avait 6t6 la m^diatrice de la paix. 

En 1618, commence cette ex^rablc guerre de trente ans qui 
coftta la liberty, mais non Thonneur au vaillant peuple boh^me. 
Jusqu'a la funeste journee de la Montague blanche, les Serbes 
n'eurent pas k y prendre part, mais plus tard, pendant la p^riode 
su6doise de la guerre, TAutriche trouva commode de combler les 
vides de son ann6e epuisee, en y incorporant les regiments serbes. 
Les 6migr6s qui ne devaient payer I'impot du sang que contre 
les Turcs durent maintenant entrer en lice pour d6fendre une 
cause impie. Eux dont la religion avait 6te pers6cutee, durent 
combattre du c6t6 des persecuteurs, au profit de ce fanatisme 
ignorant dont ils avaient 6te les premieres victimes. Le devoue- 
ment des Serbes ne se fit point marchander. lis ob6irent aux 
ordres qui les envoyaient mourir au loin.^) 



*)'Le dernier privilege imperial relatif aux Serbes des confins militaires 
^tait du 5 octobre 1530. Ce privilege ne parlait que des obligations 
qui leur ^taient impos6es pour la defense des fronti^res contre les 
Turcs et ne faisait qu'une aUusion, dissimulde dans Tavant dernier 
paragraphe, k la possibility d'un envoi des soldats serbes en dehors de 
leur province. 

Puisque nous mentionnons ce privilege, nous rel^verons ici una confu- 
sion singnli^re qui a 6chapp6 k un historien roumain, M. HdsdefA, Celui-ci| 



DhneUs rdigieux en Transylvanie, 59 

En 1632, il y avait plus de 10.000 Serbes parmi les seules 
troupes du g6n6ral Isolani. Apres plusicurs actions importantes, 
ils prirent une part decisive a la bataille de Llitzen, ou Gustave- 
Adolphe fat tu6, (1632) et a la bataille de Nordlingen (1634).') 

Tandis que les Serbes des confins aidaient au triomphe des 
iinp^riaux, ceux de leurs frferes qui 6taient all6s se fixer en 
Transylvanie, voyaient surgir devant eux un ennemi. Georges P' 
Rakoczi, qui fat prince de Transylvanie dfe 1633 h, 1648, 6tait 
un calviniste passionn6, qui considerait la violence comme le 
moyen de propagande religieuse le plus sur et le plus efficace. 
Bdkoczi, k qui la foi et le nom mferae des Serbes 6taient 6galement 
odieux, for^a d'abord le m6tropolitain d'Alba Julia, Genadius II 
(1628 — 1640), a faire impriraer et a r6pandre panni ses fiddles le 
cat6chisme calviniste. Irrite de la resistance d'Oreste II, succes- 
seur de Genadius, il le fit d6poser, le fit declarer d6chu du sa- 
cerdoce et le livi'a au bras s6culier (1643). II le remplaga par 
une creature d6vou6o, Etienne II Simonovic, que les Serbes con- 
sidferent comme un. traitre k la cause nationale. Si Etienne fat 
peu favorable aux pretentions de ses compatriotes, il eut du 
moins le m6rite de se montrer juste envers les Roumains. Ces 
demiers, dont I'histoire est plus mal connue, mais dont la situ- 
ation n'6tait pas meilleure que celle des Serbes, fonnaient a eux 
seuls la majority de la population transylvaine. Les Serbes ne 
constituaient en face d*eux qu'un corps de nation d'une impor- 
tance trfes-secondaire et pourtant ils voulaient dominer sur leurs 
coreligionnaires du rite oriental, et imposer les livres slaves aux 
communaut^s roumaines. Etienne Simonovic donna satisfaction 
aux Roumains en faisant imprimer des livres liturgiques dans 
leur langue.*) 



tromp6 par le nom de Vdlachi donn^ aux Serbes dans ce document, 
comme dans bien d'autres, imagine une colonisation raumaine d'une 
partie au moins des confins militaires de la Slavonie I Voy. le journal 
intitule Columna lui Traiany 30 aoftt et 6 septembre 1871. Le privilege 
de Tempereur Ferdinand y est rcproduit en entier, comme un des mo- 
numents les plus pr^cieux de rhistoire des Roumains! Cf. Szalay, 
Reehtwerh, p. 49, note 1. 
•) Stopfert, SMiatik der M%litargrange\ Gratz, 1840, p. 40. — Vitkovic, 

pp. 104, 105. 
*) Voy. sur Etienne Simonovic et les d6m6168 religieux de cette 6poque : 

Nicolau Popea, Vechi, a MetropoUa ortodosa romana a Trantilvaniei, 



00 Oonfints entre les Series et Us Boumains, 

Nous sonmies assez porte a croire que le luetropolitain d'Alba 
lulia ne faisait en cela que suivre les prescriptions de Rdkoczi, 
lequel avait a coeur non point d'etre agreable aux Roumains, 
qu'il detestait conime les Serbes, mais de semer la division panni 
les adherents de la confession orientale. Les Eglises sout toujours 
disposees k empieter les unes sur les autres, et Rakoczi s'en 
faisait un utile insti'ument pour amener les populations slaves ou 
roumaines a se faii'e niagyares, en meme temps qu'elles adoptaient 
les preceptes de Calvin. 

Ce n'est pas ici le lieu de parler des villages roumaias 
qu'il parvint a convertir au protestantisme et qui depuis se sont 
transformes en villages magyars ; les Serbes, qui etaient en petit 
nombre, mais qui avaient assez de cohesion entre eux pour r6- 
sister, ne se laisserent point entralner. Comme ils etaient tr^s- 
jaloux de leur preponderance religieuse, ils eurent le tort de 
garder rancune aux Roumains que Simonovic avait, croyaient-ils, 
favorises. Les Serbes comraetttiient la une grande faute, contre 
laquelle leurs historiens modemes ne sont pas assez en garde au- 
jourd'liui.*) Par leurs discussions ecclesiastiques avec les Roumains, 
discussions dans lesquelles, nous n'h6sitons pas a le dire, le bon 
droit etait le plus souvent du cote de leurs adversaires, ils n'ont 
fait que servir les interfits des Allemands et des Hongrois a qui 
toute division panni les peuples de TEmpire est bonne et profi- 
table. Nous reviendrons plus tard sur ce point, quand nous par- 
lerons de TEglise serbe. Disons seulement que I'attitude des 
Serbes envers les Roumains a ete assez analogue a celle des 
Grecs envers les Bulgares. 

La paix de Westphalie vint rendre pour un temps a tous 
les peuples de I'Europe centrale le repos dont ils avaient si grand 
besoin (1G48). Pendant I'intervalle de tranquillite qui suivit, se 
place I'avenement de Leopold a la couronne de Hongrie (1655), 
puis a TEmpire (1G58). 

Ce prince, qui passa toute sa vie dans les exercices d'une 
piete excessive, et a qui la faiblesse de sa constitution ne permit 
point de jamais prendre nne part active aux affaires, etait des- 
tine a occuper une grande place dans Thistoire des Serbes. Son 
rfegne qui dura cinquante ans en Ilongrie ne fut qu'une suite 

pp. 75, sqq. ; Szalay, Bz. Teh p. 16; Rac, IV., p. 272; Cp6cRH 
JiroDHci, I. pp. 129. sqq. 
*) Voy. Vitkovic, p. 108. 



Georges Brankovic. 61 

non-interrompue de guerres saughintes. II corabattitala fois deux 
ennemis: Louis XIV et les Turcs, ct, dans ses uombreuses expe- 
ditions les troupes serbes lui rendirent des services auxquels il 
ne put demeurer indifferent. Aussi aliens nous voir quels efforts 
il fit pour attirer dans ses etats une nouvelle inunigration des 
habitants de la Bosnie, de la Rascie et de la Serbie; niais avant 
de parler de Leopold, nous devons dire quelques mots d'un per- 
sonnage qui joua alors un grand role panni les Serbes. 

Nous avons deja mentionnc Simeon Brankovic, qui fut eveque 
de lenopolis, sous le nom de Sava et en 105(), fut promu me- 
(Vopolitain d'Alba lulia.*) 

Nous ne nous an^citerons pas a discuter s'il desccndait ou 
nom du fameux despote Georges ; il suffit de renvoyer an tableau 
genealogique donne ci-dessus et de rappeler le doute que nous 
avons exprime d'apres Safarik. Sava avait un frere cadet, Georges, 
ne, selon les uns en 1640, selon d'autres en 1(545 ou meme en 
1648 seulement, et il avait preside a Teducation de ce jeune 
homme. Charge par le prince de Transylvanio, Michel Apafi, d'une 
mission k Constantinople, Sava s'arreta a Andrinople et entra en 
pourparlers avec Tenvoye autrichien, Christophe de Kindsberg. 
II lui fit part du projet qu'il avait forme de proclamer despote 
des Serbes, le jeune Georges Brankovic dont il vient d'etre parle 
et qu'il avait amene avec lui. Kindsberg ne fit point opposition 
a cc projet et assista meme 1^ 28 septembre 1663 a la cere- 
monie, dans laquelle le patriarche de Pec (Ipek) declara la (lignite 
de despote r^tablie en la personne (hi frere de Sava. 

Cette consecration fut d'abord tenue secrete. Georges re- 
touma a Alba lulia, oil il passa plusieurs ann(5es dans Tobscu- 
rite. En 1668, il accompagna Sava en Russie, pour y recueillir 
des aumones destinees a I'eglise metroi)olitaiue. Kevenu en Tran- 
sylvanie, il fut depute par Apafi a Constantinople et charged de 
delimiter les propri(jtes du prince hongiois de concert avec Ibra- 
him-Pacha. II re^ut, en recompense de ses services, le domaine 
d'Alvincz (Winzendorf) en Transylvanie ; mais les bonnes dispo- 
sitions d'Apafi ne tarderent pas a se modifier a son cgard. Soit 
que la haine religieuse Temporta, soit qu'il ob(»it a des conside- 
rations politiques, Apafi et, avec lui, le surintendant protestant. 



') Voy. les actes relatifs a la nomination de Sava dans le .lironHCi Cp6- 
cnill, 1841, pp. 129—136. Cf. Szalay, Szerh Tel, p. IC; Bechtsv.^^Ah. 



62 Siige de Vienne. 

Michel Tophaeus, poursuivirent Georges et Sava. Le premier put 
se reftigier en Valachie, tandis que le metropolitain arrfit^, de- 
pouille, degrade, mourut miserablement en prison (1680). Georges 
quitta la Valachie pour se rendre a Constantinople, oil il se lia 
avec Ladislas Csaki qui le fit connaitre a Tempereur Leopold. Nous 
le retrouverons tout a I'heure. 

La bataille de Saint-Gothard, gagnee par Montecuculli sur 
les Turcs (1664), avait montre la decadence prochaine des armies 
ottomanes; elle fut suivie d'une treve de vingt ans avec les 
Turcs, mais les seigneurs hongrois ne la laisserent point s'ecouler. 
lis provoquerent de nouveaux mouveraents centre les imperiaux, 
et les Turcs durcnt encore une fois intervenir. De concert avec 
Emeric Tokolyi qu'ils avaient proclame prince de Hongrie, ils 
s'avancerent dans la Basse-Hongiie et vinrent mettre le si6ge devant 
Vienne avec une des plus terribles armees qu'ils aient jamais 
cues (1683). 

Leopold etait par lui-m6me incapable de tenir tete a cet 
orage. II eut le bonheur de rencontrer deux grands hommes de 
guerre qui conduisirent ses troupes a la victoire: le roi de Po- 
logne Jean Sobieski qui sauva Vienne, et le due Charles-Leopold 
de Lorraine, le vainqueur d'Esztergom (1685) et de Bude (1686). 

A partir de cette 6poque, nous pouvons suivre la part prise 
par les Serbes aux deniieres guerres contre les Turcs, dans un 
ouvrage precieux, dont nous avons deja transcrit le titre en in- 
diquant les sources employees pour ce travail.*) 

Nous trouvons dans ce livre des extraits d'une foule dTii- 
storiens contemporains qui nous montrent Tinfatigable ardeur des 
Slaves du sud dans la lutte contre leurs ennemis traditionnels. 

En petit nonibre au siege de Vienne,^) plus nombreux de- 
vant Bude, les Serbes avaient assez souvent donne des preuves 
de leurvaleur pour que les imp6riaux sentissent tout le prix de 
leur concours. Le conseil de guerre de la cour songea a preparer 
un soulevement general des Slaves du Danube. L'empereur qui, 
des 1683, avait confere a Georges Brankovic le titre de baron,*) 



') Die freimllige Theilnahme der Serhen uiid Kroaten an den frier 

leteten dsterreichisch'tiirkischen Kriegen. 
') Les Serbes de Hongrie n'^taient repr^sent^s an si6ge de Vienne que 

par de faibles d^tachements, mais il no faiit pas onblier que les V^- 

tiens fournirent b, Pemperenr 15.000 Uskokes de la c6te dalmate. 

^ Le diplome imperial est dat^ du 7 juin 1683. 



i 



Arrestation de Brankovi6. 63 

le cr6a comte de TEmpire et lui donna Tindig^nat hongiois (20 
septembre 1688).0 Georges passa alors dans Tannee imp^riale 
avec les forces qu'il avail pu reunir grace a la popularite de son 
nom et au credit que venaient encore y ajouter les distinctions 
qu'il avait revues. ^ C'etait tout ce qu'on demandait h Vienne. 
Ou voulait enroler les Serbes, mais on voyait leurs chefs avec 
une inquietude d'autant plus grande que la couronne de Hongrie 
venait d'etre d6clar6e hereditaire dans la maison d'Autriche. Le 
cabinet de Vienne ne chercha mfeme pas un pretexte pour se de- 
faire de lui.') On le fit arrfiter au canip du Margrave de Bade, 



*) Le dipl6me, cit6 par IUyi6, IV, pp. 282-301, et par Czoemig m, II, 
pp. 7S— 82, dit en outre: ^Te . . Georgium Brankovich ac per te Sza- 
vam pariter Brankovich fratrem tuum carnalem et uterinum haredes 
item ae posteritcUes tuos utriitsque sexus universes, tncisculos et ftetni- 
wu in futurum et in infinitum nascituros . . ., non solum in heeredi- 
UUe . . HeresegovintSy Syrmia et Ivanopolis districtuum, qua . . oUm 
Volffgangus Brankovich Fodgoricsensis, gavisus fuisse perhibetur, con- 
firmandos . . . esse duximus,"^ 

*) Les historiens parlent de 30.000 homines, mais ce nombre est sans 
donte exag^r^. Un pareil contingent valait bien quelques morceaux de 
parchemin et quelquos signatures imp^riales ! Et puis, quand on n'eut 
plus besoin de Brankovic, on s'en d^barrassa: Der Mohr hat seine 
Arbeit geihan, der Mohr kann gehen ! On se montra m^me dement 
envers lui, car on n'eut pas recours au poison, Tarme favorite du pieux 
Leopold et de sea j^suites. 

*) Le 26 juillet 1689, le prince de Bade ^crit k Tempereur : „Ein gewisser 
„Br^koYich schickht hier weit und breitb im landt vin brieff aus 
„wonnit Er all das Yolckh zu denen Wafifen animiren, und an sich zu 
„ziehen bemtlehet, gibt sicb auss vor Einen NatOrlichen Erbbcrrn, oder 
^despoten Ton Servien, Bosnien, Misien, Bulgarien, Tracien, Syrmien, 
„und aUen denen landten von Ossek an biss Constantinopel, und ^in 
„formaliter flber selbte herrschen, und regieren. Der General Heisler 
^wamet mich schon zum dftem auf sein Thuen gutte obsicht zubabcn; 
„Indeme Er wegen allzu genauer Correspondenz mit dem Farsten auss 
„der Wallachey nicht wenig suspect sey\ Ich khenne und weiss nicbts 
„Yon Ihme, werde anch nicbts dergleichen femers gestatten, so lang 
„nicht, wie mich dissfalls zu verhalten babe, von Euer K M. aller- 
„gnadig8ten befelcb Erlangen thue." — L'empereur r^pond k la date 
du 6 aodt: „Dem Brankovicb anbelangent, ist Er derjenige, welcber 
i^bie beuor von dem vorigen Fttrsten in der Wallachey, nebst cinigen 
„andem Gesandten zu Wien gewesen, toestwegen Euer Liebden fleiss 
„anwenden woUen, solchen mit gutter manier vnd einigen suechenden 
^rdtext MU sich zu rueffen, sodann auf demselben gutte acht zu hah 
«ten, vnd so es nottig, sich wohl gar seiner Persohn zu versichern, 
„Son8ten hat sich bey mir ein gewisser Paul Brankoviz angemeldet, 



64 Brankovic en prison. 

pres (le Kladovo (octobre 1089). Transporte a Vienne, ou il 
s'attendait a fetrc relaclie, ou tout au moins jug6, Tinfortune 
Brankovic fut enferme commc un malfaiteur dans la prison de 
Cheb (Egcr), en Boheme. 

Pour quel crime Brankovic etait-il si rigoureusement puiii? 
Son crime ctait d'avoir ajoutc foi aux promesses de TAutriche: 
on ne put invoquer centre lui que la raison d'etat, ce grand mot 
qui a servi a couvrir taut d'injustices. „Nihil mali fecit, sed 
sic ratio status exposcit." C'est ainsi que les AUemands 
s'exprimaient siti* sa captivite.') La Camarilla ctait nee; elle 
fouctionnait sous le cardinal Kolonics et dcja elle portait ses fruits. 



„vnd an Euer Liebden vmb eine Voruchrifft gebetteu, welche Ich Dim 
„auch vnter hefitigen dato in termini s gcneralibus gniidigst ertkailt 
„babe." — Dans nne autre du 7 novembre 1689, le Prince de Bade 
racontc Tarrestation du Despote : „Uebrigens habe den Jonigen Georg 
„Iirankovich, vom deme Euer K. M. sob on zum oflftern allervndtertlia- 
„nigstc meldung getban, Endlich mtt gueten Worten eu mir gelockht, 
„vnd nacbdeme bcfuuden, das selbiger nicbt allein das von Euer K. 
„M. Erbaltcne Diploma malitioser weiss Missbrauchet, sondern vcr- 
^mittels dessen sich absolute vor Einen Despoten von Servien, lUy- 
„rien, Mysien, Bosnien, Sirraien, vnd villcn audern Provincien mchrers 
^aufwerffen will, auch zu dem Endte die Restitution aller diser liind- 
,,ter obne alle scheti als Kin Rechtraeasiger Erb pritendirt, Ingleichen 
„8owohl von denen Griechiscben Patriarchen, vnd Geistlichen, die 
niiberauBS vill bey dem Einf&ltigen Landt Volckb verm5gen, alss sonst 
„von Etlicb Tausent Mann, die Ibne vor Ihreu Rechtmessigen Erb- 
„berrn schon Erkbennen, bereits Einen grosscn anhang haty welebea 
„mit langeni Zuesehen gefiihrlicbe Consequenzien nach sich Ziehen 
„dorffte, so bin ich gendttiget warden mich discs Brankovich seiner 
nperson zu versichemf vnd Dime von bier auf Orsova, vnd fernors nach 
„Hcrraanstatt im Arrest zu schickbon, das diploma aber, dessen Er 
' „zu Euer K. M. bocbstcn praciudiz sich praevaliren woUen, bey 
„der ("anzley in Ven^'abruug bobalten lassen." Des MarJcgraven Ludwig 
Wilhelm von Baden Feldziige wider die Tiirken, grosstentheils ncich 
bis jetet unbeniitzten Handschriften bearbeitet von P>eiberrn Pbilipp 
Bodcr von Diersburg, Carlsrubo 1839—1842, II. Bd., pp. 76, 78, 176. 
— Freiw. TJieiln. der Serb, und Croat pp. 99, 100, 120. — Ne voit- 
on se rcH^ter dans ces lettres toutc la politique cauteleuse et menson- 
g5re de I'EmpircV 
*) Voy. Pouvrago intitule : Brevis historia gentis rascianae et despota§ 
Qeorgii Brankovich, excerpta e libro historico Leopoldi Magni impe- 
ratorisy Lipsiae 1700 impresso, cite dans le Programm des k. k. Ober- 
gymnasiums zu Eger in Bdhmen, am Schlusse des Schuljahres 1868; 
Vitkovic, pp. 136, sqq. 



Le palriarche Arsene 6rnojetn6, 65 

Dans sa prison, le despote Georges eut le temps de m^diter 
sur les malheurs qui attendaient ses corapatriotes, livr^s d6sormais 
a toutes les intrigues, k toutes les fausset^s de la politique im- 
p6riale. Lui-meme ne sentit point son courage d6faillir. Perdant 
tout espoir d'fitre jamais rendu a la liberte, il s'adonna k des 
travaux litt^raires ; il ecrivit une histoire des Serbes et sa propre 
biographie.^) II mourut a Cheb le 17 septembre 1711, apres fetre 
rest6 enferme pendant 22 ans. Ce ne fut qu'en 1743 que ses d6- 
pouilles purent fitre transportes au monastere de Knisedol. L'his- 
toire des Serbes se resume en quelque sorte dans la mort de 
Sava et de Georges Brankovic : Tun fiit victime de la persecution 
des Magyars; I'autre p^rit sous les coups des Allemands. 

Si la Chambre aulique et le Conseil de guerre de la Cour 
avaient montre si pen de menagements pour le chef reconnu de 
la nation serbe, c'est qu'ils avaient jete les yeux sur un autre 
chef qu'ils pensaient devoir se prater mieux a leurs desseins. 
Nous voulons parler d'Arsene Cmojevic, patriarche de Pec, suc- 
cesseur de ce Maxime qui avait proclam6 le dernier Brankovic. 
La vanit6 tout eccl6siastique de ce prelat le rendait plus acces- 
sible qu'aucun autre aux flatteries int6ress6es de la cour de 
Vienne. 

Qu'on ne s'imagine pas que nous voulons refaire I'histoire. 
C'est Bartenstein, ministre de Joseph 11, qui nous donne lui-mfeme 
ces details dans un rapport fameux, dont nous aurons Toccasion 
de parler plus loin.') Apres avoir rappel6 que Leopold permit 
d'abord aux Serbes d'avoir un voievode a eux, „il a 6t6 trfes-sage, 
ajoute Bartenstein, de revenir sur cette concession ... On pent 
croire que le premier metropolitain qui passa chez nous, Arsfene 
Cmojevic, ne contribua pas peu k Timmigration dans, la pens6e 
de se faire attribuer k lui seul le service rendu, et de n'avoir 
k ses c6t6s aucun laic qui edt pu diminuer son prestige. La 
Cour servait par la sans nul doute, aussi bien ses int6rfets 
propres que ceux du metropolitain, car il 6tait beaucoup plus 
ais6 de le diriger, de le plier, de le tenir en bride, par la simple 



*) Consultez, au Bujet des manuscrits de Brankovic: SafaHk, Oesch. der 
sUdsl LU.y 01, pp. 246 sq.; Ruvarac, JeionHC Cpncu, k&. Hi; Nova- 
kovid, riacHHKy XXXIII, pp. 135 sqq. 

^ Berieht von der Beschaffenheit d^ tlhjrischen Nation, 



(36 Proclamation de Liopold. 

sequestration de ses revenus temporels, qu'un general entendu k 
Tart de la guerre et place a la tete de troupes nombreuses".^) 

C'est Brankovic lui-m&me qui avait inspire aux imperiaux 
I'id^e d'entrer en negociations avec le patriarche de Ped.*) 

L'idee leur parut si feconde qu'ils firent, comme on I'a vu, 
disparaitre le despote, qui eut pu vouloir intervenir d'une fa^on 
gfinante. Toutefois, pour donner plus de poids h la demarche pro- 
jetee aupres d'Arsene Cmojevic, on voulut a Vienne r^parer par 
un acte solennel le mauvais effet que I'enlevement de Brankovic 
avait du produire parmi les Serbes. Telle est I'origine de la pro- 
clamation lancee par Leopold, a la date du G avril 1690. 

Dans cette proclamation, I'Empereur s'adresse a tons les 
peuples Chretiens encore soumis au joug ottoman et leur promet 
la d^livrance: „Notum sit vobis, quod helium turcicum, ad quod 
^foedifrage et injuste provocati sumus, pro munere Nostro Cae- 
„sareo et Regio, in protectione divina et causae Nostrae justitia 
^confisi, prosequamur, eo solo fine, ut populps Nohis jure sub- 
Jectos, et jure a memorato Nostro Hungariae Regno dependentes, 
„omnesque alios Christianos, immani Turcarum servituti ereptos, 
„pristinae libertati, pristinis privilegiis, pristinaeque cum corpore 
„a quo dependent, unioni, ah usu omni sublato, reparatoque de- 
„fectu per tyrannidem turcicam introducto, et reddito unicuique 
Jure suo, restituamus. Quapropter omnes populos, per universam 
„Albaniam, Serviam, Mysiara, Bulgarian!, Sillistriam, lUyriam, Ma- 
„cedoniam, Rasciam constitutes, aliasque pro\incias a praedicto 
„Regno Nostro Hungariae dependentes,') omnesque alios populos 
„suh jugo turcico gementcs benigne hortamur, ut, pio et paterno 
„ Nostro desiderio coiiespondentes, in hac tam favorabili occasione, 
„attritis tot cladibus per victricia anna Nostra Turairum viribus, 
„pro sua salute et liberatione, religioneque Christiana promovenda, 
„onmes ad partes Nostras accedant, contra Turcas arma suniant, 
„copiis Nostris pro opportuuitate et necessitate, ad mandata No- 
„stronun belliducum et generalium, qui justo munerosoque exer- 

*) Barteiibtein, p. 107; cf. p. 108. 

-) Stojackovic, Bechtsverhdlinisse, p. 13. 

•) On remarquera avcc quelle iusistance Leopold parle de ses droits de 
Kouverainete sur les Serbes, les Bulgares, les Albanais. C'est comme 
roi de Ilongrie qu*il rcvendiqnc ses possessions, aiixquelles beaacoup 
de Magyars exalt^s n'ont pas encore renonc6 aigourd'hui. 



Proclamation de Leopold, Q^ 

^citu proxime in campo comparituri sunt, se adjungant, iisdem 
„pro posse annonani caeteraque necessaria pro earum conserva- 
„tione subministrent, et promptas in quibuslibet occasionibus contra 
„bostem communem fcrant suppetias, dictis belliducibus Nostris 
„ iisdem protectionem omnem contra Turcarum impetus impai*tituris, 
„exactamque ubilibet, prout serio demandavimus, militarem disci- 
nPlinam servaturis, et legitimae Nostrae dominationi voluntarie 
„se restituant, si gratiam et clementiam Nostram experiri velint. 
„Promittimus vobis omnibus praedictis populis et provinciis, Nobis, 
„ quasi Regi Hungariae subjectis et legitime subjiciendis servata 
^imprimis religionis suae, eligendique vaivodae libertate, privilegiis 
»et juribus, exemptionem ab omni onere publico et contributione, 
„exceptis tamen antiquis et solitis ante omnem Turcarum invasio- 
„nem Regum et Dominorum juribus, sublato etiam in iis omni ab- 
„usu per dominium turcicum introducto, nisi in casu necessitatis 
„bellorum, in quibus pro vestra propria salute ac defensione, per 
„modum gratuitae contributionis, pro posse necessaria subsidia 
^concedetis, quibus copiae Nostrae possint conservari, defendi pro- 
„vinciae, et onera belli sustilieri . , . Promittimus insuper, do- 
„namus et concedimus omnibus et singulis liberam bonomm sive 
„mobilium, sive immobilium, quaecumque Turcis in confinibus suis 
^ademerint, possessionem."*) 



') Ce texte et les aatres privileges de Leopold et de ses successeurs 
ont 6t6 r^unis au XYIU® si^cle par ordre du Congr^s national, sous ce 
titre : Privilegia per dives Imperatores Leopoldum, Josephum et Ca- 
rolnm YI gloriosiss. reminiscentiae, nee non modemam regnantem Ma- 
jestatem Mariam Theresiam inclytae Nationi illyrico-rascianae, per se- 
quentes deputatos et plenipotentiaiios, nempe Paulum Nenadovich 
Episcopum Carolostadiensem et Patriarchalem Yicarium generalem; 
Joannem Georgievich, Archidiaconum Patriarchalem; Arsenium Wuich, 
Yicecolonellum Regium, ex Gonfinio Tybiscano ; Andream Andreovich, 
Regium postae directorem Petrovaradiensem et Dominii Uffeliani Gar- 
lovitii administratorem impetrata, medio exc. Gancellariae aulico-in- 
timae clementissime concessa et coniirmata, die 24 aprilis, anno 1743. 
Vindobonae, 1743, in-fol. de 18 ff. Le texte latin est accompagn6 d'une 
traduction en langue slavo-serbe due h. Paul Nenadovic, fr^re du Pa« 
triarche, traduction dont on pent voir le titre dans §afaf(k (Oesch, 
der sudslaw. Lit, in, p. 453, No. 869), et dans Novakovid (Bibh srpska, 
No. 3). Ge pr6cieux volume a et6 enti^rement grav^ sur cuivre par on 
serbe, Ghristophe ^efarovic. Les privileges ont ete publics de nouveau 
par Rajic (T. IV), et par Gzoemig (T. HI, Beilagt). Des fragments ont 
M insures par Eereszturi^ Ti^kdlyi, Gaplovic, Jean GjorgjeyiC; etc. dans les 

5* 



68 Negociations de Leopold avec (!!rnojev\6, 

Une peroraison pressante termine cet appel que nous avons 
tenu k reproduire presque entiferement comme la raeilleure r^ponse 
a ceux qui reproclient aux Serbes de s'etre imposes a la Hongrie 
et de n'y avoir ete recueillis que par grace. 

En rafeme temps que Leopold signait la proclamation qu'on 
vient de lire, il s'adressait directement au Patriarche, pour re- 
clamer son intervention. Apr^s avoir rappele les services rendus 
par Crnojevic au general Piccolomini, TEmpereur ajoutait: „Id 
„ipsum Nobis deinceps a singulari fide ac studio vestro, prae- 
„sertim vero in Deum cultu promittentes, dum non dubitamus 
„vos pro ea, qua apud populos illarum partium, et imprimis Al- 
„banenses et Rascianos polletis authoritate, strenue collaboraturus, 
pUt, oblata a Deo tam opportuna occasione, jugum turcicum, sub 
„quo hactenus deplorandum in modum gemuerunt, excutiant, et 
^armis Nostris sociati barbaram Ottomanorum tyrannidem depri- 
„mere modis omnibus extinguereque juvent, opus certe Deo gra- 
„tissimum praestituri, Nostra etiam gratia Caesarea Regiaque om- 
„nino digDum. Quam uti vobis clementissime oflferimus, ita vivis 
„documentis comprobare in se ferentibus occasionibus non omit- 
„temus." 

Le messager, porteur de cette dep^che, devait, selon toute 
apparence, faire connaitre au Patriarche le desir que Tempereur 
avait couQu de le voir s'etablir en Hongrie. 

n etait facile de pr6voir que Crnojevic scrait touch6 des 
paroles imperiales. Repondant aux bonnes dispositions qui lui 
etaient exprim^es, il chargea Tev^que d'lenopolis, Isaie Djakovic, 
de remettre a la cour de Vienne un memoire d6taille sur la si- 
tuation des Chretiens et de I'assurer que son concours lui 6tait 
acquis. 

A la date du 21 aoftt 1690, Leopold repondit au Patriarche 
et lui renouvela, k lui et a tons ses fiddles, les assurances con- 
tenues dans le premier rescrit. Cmojevic s'6tant surtout inqui6t6 
de la question religieuse, c'est sur ce point que I'Empereur in- 
sistait : 

„Vicissim ut lenitatem, ac dulcedinem imperii, dominatusque 
„Nostri in ipso limine sentiatis, petitionibus vestris, pietati Nobis 



ouvrages cit^s plus haut. II s'en trouve aussi dans Eercselich (Sclavoniae, 
Croatiaeque Notttiaey Zagrabiac, 1770 in-fol.) et dans diff^rents ouviages 
hongrois. Les originauz sont conserves aux archives de Earlovci. 



Privilige du 21 aout 1690. 69 

^connaturali annuentes, decrevimus: ut juxta orientalis Ecclesiae 
ngraeci ritus Rascianorum consuetudinera, ac normam veteris ca- 
„lendarii libere conservemiui, et, prout hactenus, ita deinceps a 
„iiullis ecclesiasticis, vel saecularibus statibus ulla afficiamini mo- 
„lestia; liceatque vobis, inter vos, ex propria facultate, ex natione 
„et lingua rasciana constituere archiepiscopum, quern status ec- 
pClesiasticus et saecularis inter se eliget. Isque archiepiscopus 
^liberam habeat facultatem disponendi cum omnibus orientalibus 
„graeci ritus ecclesiis, episcopos consecrandi, sacerdotes in mona- 
„steriis disponendi, templa, ubi opus fuerit, propria facultate ex- 
„truendi, in civitatibus et villis rascianos sacerdotes subordinandi, 
„verbo, sicut hactenus, graeci ritus ecclesiis, et ejusdem profes- 
„sionis communitati praeesse valeat, et propria authoritate eccle- 
„siastica, vigore privilegiorum a praedecessoribus Nostris, divis 
„ quondam Hungariae Regibus, vobis concessorum, in tota Graecia, 
^Rascia, Bulgaria, Dalmatia, Bosnia, lenopolia et Hercegovina, 
^necnon in Hungaria et Croatia, ubi de fiicto existunt, et qua- 
„tenus et quamdiu Nobis universi et singuli fideles et devoti 
„erunt, facultate disponendi gaudeat. Statibus porro ecclesiasticis, 
^velut archiepiscopo et episcopis, monachis omnisque generis sa- 
„cerdotibus ritus graeci in raonasteriis et templis maneat propria 
„facultas disponendi, ita, ut nemo in praedictis monasteriis, tem- 
„plis et residentiis vestris violentiam exercere valeat; verum in 
„decimis, contributionibus et quartiriis antiqua immunitate gau- 
„deat, nee super ecclesiastico statu uUus saecularium, praeter 
„Nos, potestatem habeat arrestandi, vel incaptivandi aliquem, sed 
„archiepiscopus tales a se dependentes ecclesiasticos, poenam ali- 
„quam incurrentes, jure ecclesiastico sen canonico punire queat. 
,,Couferimus etiam et confirmamus graeci ritus templa, monasteria, 
,,et ad haec spectantia, prouti etiam archiepiscopum et episcopos 
„concementia bona, qualiacumque ilia sint, juxta collationem Prae- 
^decessorum Nostrorum possidenda; quae autem templa christian! 
,Qominis hostis Turca vobis ademit, ea quoque recuperata mani- 
„bus vestris resignari demandabimus ; archiepiscopo denique, vel 
„ episcopis vestris, necessitate sic exigent e, monasteria et ecclesias 
„in civitatibus aut pagis visitantibus, vel etiam parochos et com- 
„munitatem instruentibus, a nemine turn ecclesiastico, tum saecu- 
„lari molestiam inferri patiemur." 

On voit avec quelle habilet6 la Cour de Vienne d^peignait 
la situation privilegi6e qui devait fetre faite a Tfiglise orientale en 



70 Intrigues reltgieuses en Croatie. 

Hongrie, avec quel art elle faisait ressortir aux yeux de Cmojevic 
rimportance du r61e reserve au m6tropolitain serbe. Ces pompeuses 
promesses 6taieiit d'autant plus n6cessaires que, au moment mfeme 
oil Leopold promettalt aux adherents du culte grec pleine et en- 
tiire liberty, il mettait tout en ceuvre pour faire rentrer dans le 
sein de I'Egllse romaine les Serbes de la Croatie et de la Sla- 
vonie. *) 

L'evftque Gabriel que nous avons vu s'etablir, non loin de 
Varazdin, au monastfere de Marca, avait eu des successeurs r6guliers. 
L'un de ces successeurs, Gabriel Mijakic, se laissa entrafner a une 
conspiration centre Leopold, et fut, pour ce fait, d6pos6 et mure 
dans un cachot par le peuple et par son propre clerg6. 

Ce Mijakic fut, k son tour remplac6 par son ancien vicaire, 
Paul Zorcid, moine adroit et ruse, qui n'6tait peut-6tre pas de- 
meur6 stranger a I'histoire de la conspiration. Celui-ci voulait k 
tout prix s'61ever, et se montrait pen d^licat sur le choix des 
moyens. Estimant que son election par les fidMes ne lui donnait 
pas un titre inattaquable, il s'adressa a TevAque de Zagreb et 
promit d'accepter I'union avec Rome, s'il 6tait reconnu 6v6que. 
Cette ouverture ne pouvait qu'fetre bien accueillie. Zorcic fut 
nomm6 6vfeque de Svidnica et vicaire du diocese de Zagreb; il 
ne s'agit plus que de le faire accepter par le peuple. 

L'ambitieux pr61at pr6tendit que son acceptation n^6tait 
qu*une question d'argent, et il en demanda. En vertu d'un traite 
conclu en 1678 avec Kolonics, alors 6v6que de Neustadt, il regut 
le domaine de Pribic, dont les revenus devaient I'indemniser et 
lui permettre d'elever des prfetres grecs-unis. La donation ayant 
6t6 confirmee par Leopold, en bonne et due forme, Zorcic, qui 
tenait ses machinations tr^s- secretes, voulut se faire installer 
(1682). n n'avoua point qu'il avait reconnu I'union, et chercha II 
faire croire qu'il avait 6t6 sacre a Moscou. Le peuple ne tarda 
pas k p6n6trer ses desseins, et refusa de se soumettre k son au- 
torit^. Des bandes armees TempSchferent de faire sa premifere 
toum6e pastorale, et il n'eut que le temps de s'enfuir a Zagreb, 
oil il mourut. 

Isai'e Popovic et Gabriel Turcinovid qui vinrent aprfes lui, 
ne parlferent plus de Tunion. n fallut que polonies se toum4t 



*) Voy. pour les details qui suivent: Caplovic^ 11, pp. 20 sqq. et Fiedler, 
he, dt 



dmojeviS passe en Hongrie. 71 

d'un autre c6t6. La Sirmie lui parut fetre un champ favorable 
pour y proclamer la supr6matic de Teglisc romaine. 

Les efforts reunis du Cardinal, de Teveque catholique de 
Sirmie, Francois Jdnny et du nombreux personnel charge de Tor- 
ganisation et de I'administration des pays reconquis sur I'eunemi, 
avaient amen6 quelqucs Serbes de Sirmie a accepter I'union. On 
se gardait bien de dire k ces neophytes qu'il fallait cmbrasser le 
catholicisme ; on employait avec eux les procedes habitucls des 
J6suites; on esp6rait les amener peu a peu a se convertir a TE- 
^lise d'occident et au germanisnie. Le principal 6tait de reunir 
de gr6 ou de force quelques adherents et de leur donner un 6v6- 
que. Les agents do TEmpire eurent \ite accompli cette tache.^) 
Longin Rajic fiit nomm6 6veqne grec-uni de Slavonic (30 mars 
1688). Pour exercer au besoin sur lui une sur\xillance efficace, 
Fev^que catholique Janny fut place, comme administrateur civil 
(fOispdn), a la t6te du comitat de Sirmie nouvellement recon- 
stitue (16 mars 1689). 

L'Evfique une fois installe, les Serbes furent aviscs d'avoir 
a le reconnaitre et k se soumettre a sa juridiction. C'est la ce 
qu'on appelait a Vienne respecter la liberte religieusel 

Le Patriarche de Pec ne pouvait iguorer ces faits; aussi 
I'Empereur dut-il recourir a de nouvelles promesses pour agir sur 
son esprit. Un diplome du 11 decembre 1G90 leva les deniiers 
doutes qu'il pouvait avoir au sujet do son eglise. Crnojevic vint 
en Hongrie, oil nous le rencontrons dans le courant de Tannee 
1691. 

Son arriv6e etait pour Leopold un premier succes, mais le 
Patriarche ne devait etre qu'un instrument. C'est la popuhUion 
valide, celle qui pouvait fournir des soldats qu'il s'agissait de 
fiaire affluer vers la Hongrie. Le Patriarche et les fiveques qui 
Taccompagnaient n'6taient venus en quelque sorte que pour re- 
connaitre le terrain ; la Cour de Vienne songea a se les attacher 
par une premiere marque de sa bienveillance. Les Serbes recla- 
maient un voi6vode; TEmpereur leur avait reconnu le droit d'en 



*) Les Magyars 6taient du reste sur ce point en parfait accord avec les 
Imp^riaux. Ainsi la Di^te hongroise de 1687 declara que les Catholi- 
ques remains auraient seuls le droit d'dtre propri^taires en Croatie et 
en Slavonie (art. XXIII« de 1687). Cette disposition fut renouvel6e en 
1715, 1723 et 1741. 



72 J^^^ Monasterli. 

61ire un (promittimus vobis eligendi vaivodae liber- 
tat em, est-il dit dans le diplome de 1690); mais cette promesse 
6tait demeur6e lettre morte. On consentit k ratifier le choix quails 
avaient fait de Jean Monasterli, sans vouloir toutefois lui recon/ 
nattre d'autre titre que celui de vice-voi^vode.^J Pour d6guiser 
cette infraction k une parole donn6e, la Chancellerie aulique le 
fit proclamer en grande pompe.'*) Le chef supreme, aprfes I'Em- 
pereur, devait fetre le Patriarche. Ce subterfuge flattait la vanity 
de Cmojevid, faisait oublier Brankovid et entrait k merveille dans 
les vues du Cabinet de Vienne. 

La patente qui investissait Monasterli du titre de vice- 
votevode 6tait du 11 avril 1691; elle fut suivie, k la date du 20 
aodt de la mSme ann6e d'un quatri^me rescrit dans lequel Leo- 
pold ^num^rait encore les avantages conc6d6s aux Serbes qui 
s'^tabliraient en Hongrie, particuliferement au clerg6. 

^Adhibebimus quoque pro possibili omnem conatum, ut per 
„victoriosa anna Nostra, auxiliante Deo, rcpetitam gentem Rascia- 
|,norum quo citius in territoria sen habitationes antehac possessas 
„denuo introducere, et inimicos abinde repellere possimus; volu- 
„musque ut sub directione et dispositione proprii magistratus 



^) L'^lection de Monasterli ayait d^jk eu lieu depuis quelque temps et 
les Serbes avaient d^put^ k rEmpereur r6v§que Djakovid et Adam Fold- 
y&ri de Komarom, pour demander la confirmation de leur choix. 

') Void en quels termes un historien contemporain raconte Pinstallation 
de Monasterli: „Eben diese Nation hatte allbereits in die 800 bei Ofen 
;,sich versammelt und bei St. Gothardsberg ihr Lager genommen; da- 
phero der Commendant yon Ofen, nachdem er ein Decret, Krafft dessen 
„der Herr Monasteri zum Vict-Despot oder Vice-General ftber die 
„gantze Raitzische Nation, so in kais. Diensten stunde, und kOnfftig 
„noch tretten wOrde, erkl&rt ward, Gelegenheit hatte, ihm solches za 
„beh&ndigen. Der sich dann auch in Begleitung dero und 12 Ratzischen 
„Officiers, nebst noch andem zu Pferd, welchen die 6 Standarten und 
,)6 Fahnen, so ihr kais. Mcgest&t selbiger Nation gegeben, yorgetragen 
„wurde, ins Lager erhub; allwo ihn der Fatriareh mit 8 Bischoffen 
„yergesellschaftet, sehr hOffiich empfangen. Der Herr Commendant yon 
„Ofen flberreiclite hierauf, in Oegenwart aller raitzischen YOlker, das 
„kai8. Patent dem Herm Monasterien und liess denselben, Namens 
^Kais. Majestat zum Vice-General Ofifentlich ausrufen.*' De8 GlanU- 
Erhdheten und TriwnpMeuchtenden Kriegs-Helms Romisch-KatserL 
Majestdt und Dero hohen Bunda-Verwandten wider den Mahometi^ 
achen Tulban , . Feldguge , . ion Christ. Boethio (Nftmberg, 1688—1692 
in-fol.), V. Bd. p. 740. — Die freiwiU. Theiln. der Serb. u. Croat p. 84* 



Priparatifs de Vimmigration s&rhe. 73 

^eadem gens rasciana perseverare, et antiquis privilegiis eidera 
„a Hajestate Nostra bcnigne concessis, ejusque consuetudinis im* 
„perturbate frui valeat. Insuper annuimus et in eo quod si ex 
„ipsis graeci ritus sine consolatione prolium et consanguineorum 
„aliquis decederet, ex tunc talis omnis substantia in archiepiscopum 
„et ecclesiam, non secus, si archiepiscopus et episcopus quispiam 
^moriatur, talis etiam omnis substantia in archiepiscopatum de- 
^volvatur. Denique, ut omnes ab archiepiscopo, tanquam capite 
„ ecclesiastico, tarn in spiritualibus quam saecularibus dependeant, 
„clementissime volumus et jubemus." 

Ainsi, non seulement Farchevfeque n'a rien a craindre pour 
sa foi, mais il sera combl6 d'avantages temporels. Les successions 
de ses fidfeles, morts sans enfants lui seront devolues ; il sera leur 
chef s6culier, comme leur chef spirituel! 

Les Serbes ne pouvaient se montrer plus exigeants. 6mo- 
jevic fit savoir h, Tempereur qu'une partie des populations sou- 
mises h, son autorite 6tait prfete a venir chercher un refuge en 
Hongrie. II ne restait plus qu'i prendre des mesures pour I'^ta- 
blissement des nouveaux colons. 

Les deux ann6es 1692 et 1693 furent employees par Tad- 
ministration imp6riale k determiner les terres qui devaient fetre 
conced6es aux immigrants serbes. Crnojevic et Monasterli insistaient 
pour que leurs compatriotes fussent 6tablis dans la Cumanie, 
dans la Slavonie orientale et dans la Petite- Valachie croate ; mais 
leur avis ne put pr6valoir: II fut decide que la population rascienne 
serait cantonn6e entre le Danube et la rive gauche de la Theiss, 
c'est-a-dire dans le Banat, qu'on esperait reprendre aux Turcs, et 
au nord de la Maros. Cette d6cision fut communiqu6e aux deux 
repr6sentants des Serbes, le 11 mai 1694^) et, le 31 mai suivant, 
un avis 6man6 du Conseil de guerre de la cour leur fit connaitre 
les mesures arrfet6s pour Tex^cution des ordres de Tempereur. 

Voici les passages principaux de ce dernier avis: „Sacrae 
„Caesareae Regiaeque Hungariae et Bohemiae Majestatis, Domini 
^nostri clementissimi, nomine, orientalis Ecclesiae graeci ritus 
^Archiepiscopo, domino Arsenio Csernovich, et rasciani militiae 
„ Viceductori Joanni Monasterli, hisce benigne significandum : intel- 
^lexisse Sacram Caesaream Regiamque Majestatem, qualia petita 
^iidem nomine memoratae gentis rascianae, in puncto fiendae 



') Szalay, Sztrh, Tel, pp. 36 sq.; Rechtsverhf pp. 33 sq. 



74 PrSparatifs de Vimmigration serhe, 

^ejusdem translationis in Campum cumanum et partes Sclayoniae 
„et signanter in Parvam Wallachiam sic dictam; apud altefatae 
„Suae Majestatis camerarium, ejusdemque equitatus et generalem 
^Commissarium bellicum, Dominum Donatum Heissler, comitem 
„ab Heidershaimbt in commissione eidem hunc in finem dele- 
„gata; decenter proposuerant, et siquidem servitium Suae Caesa- 
„reae Regiaeque Majestatis exposceret, ut dicta translatio, quo citius, 
„eo melius effectui manciparetur, et quidem taliter, ut messem in 
alocis pro nunc possessis proxime sperandam quidem colligere 
„possint, caeterum vero certum numerum suonim statim seligant 
„qui loca et territoria eisdem assignanda, confestim in possessio- 
„nem recipiant, aedificia exstruant, et babitationes ita accommodent, 
„ut, peracta messe, et ad fiiturum mensem octobris, totius gentis 
„rascianae communitas infallibiliter subsequatur et commodo habi- 
„tando domicilia inveniat, quern in finem supra dicto Domino Com- 
„missario generali intimatum est, ut per commissarios sibi sujectos 
^sufficientes stationes et loca ad inhabitandum apta, quantotocius 
„assignari, et Rascianis cum iisdem eo proficiscentibus rite dis- 
„tribui et repartiri faciat." 

En terminant, le Conscil de guerre recapitulait les promesses 
faites par Tempereur et celles qui, en retour 6taient exig6es des 
Serbes. Ceux-ci etaient assures de leur independance ; ils n'6taient 
soumis qu'Ji I'autorit^ imp6riale et n'avaient pas a reconnaitre 
Tautorite des comitats ni des seigneurs feodaux. Les comitats 
et les seigneurs representaient I'influence magyare a laquelle 
ou voulait a Vienne substitucr Tinfluence allemande. De plus, (et 
par ce seul detail ou voit combien les Serbes avaient besoin d'en- 
couragements pour venir s'etablir en Hongrie), si les armees vic- 
torieuses de TEmpereur parvenaient a chasser les Turcs des pays oil 
les Serbes residaient presentement, ils auraient la faculte d'y retourner. 

Ces precautions de la part de TAutriche n'etaient pas in- 
utiles. Comme le remarque Bartenstein, „il ne s'agissait pas de 
recueillir des fiigitifs ou de leur abandonner des terres desertes, mats 
d'amener des gens etablis, qui vivaient dans Taisance, qui n'etaient 
point inquietes dans Texercice de leur religion, k passer, au peril de 
leur vie et de leurs biens, de la domination turque sous la notre".^) 

En effet, la guerre ne cessait point. L'Erapereur, maltre de 
la Transylvanie, dont le general Veterani gardait la frontifere, en 



') BarteoBteio, p. 25. 



Grande immigration, 75 

possession de Lippa, de Caransebesiti d'Orsova, dans le Banat, de 
Belgrade et de Kladovo, sur la rive droite du Danube (1G88), put 
croire un instant que rien n'arrfeterait plus la marche de ses 
armies. A deux reprises, il repousa les propositions de paix des 
Turcs, mais bientot il vit sa fortune chanceler de nouveau. En 
1690, Belgrade retomba an pouvoir des Ottomans. L'ann6e 1691 
parut fetre plus heureuse; Louis de Bade battit le grand- vizir 
Kuprisli prfes de Slankamen, Veterani et Polland, ce dernier k la 
tfite d'une forte colonne serbe, remporterent quelques avantages sur 
les confins de la Transylvanie et du Banat. 

La mollesse du nouveau grand-vizir Ali-Pacha donna aux 
Imp^riaux le temps de respirer, pendant les trois campagnes sui- 
Tantes. On se boma de part et d'autre k des entreprises sans 
importance. 

Ce ralentissement des operations militaires sur le Danube 
permit aux Serbes de la Rascie et de la Serbie d'effectuer leur 
passage en Hongrie. Us y vinrent au nombre de 35 a 40.000 fa- 
milies.^) Cette population fiit r6partie par les soins des commis- 
saires imp^riaux, non point seulement sur les rives de la Maros, 
mais en Sirmie, en Slavonie, dans la Backa, aux environs de 
Bude et de Szent-Endre. D6sormais ses destinies etaient liees 
k celles de la Hongrie et de 1' Empire.^) 



') Les historiens different beaucoup dans P^Taluation des Emigrants qui 
accompagn^rent Ornojcvic. Les uns parlent de 200.000, les autres, de 
500.000 indiyidus. Malgr^ le doute ^mis par Caplovic (II, p. 29), c'est 
une tradition constante que cette population avait ^t^ recens^e par fa- 
mille et non par t^te. Or, il ne faut pas onblier qu41 s'agit ici non 
point de famiUes proprement dites, mais de ces communaut^s domesti- 
ques (jsadruge), soumises h I'autorit^ du p^re de famille, qui comptent 
parfois jusqu'k 40 membreB comme on en voit encore dans les anciens 
Confins militaires. Le chiffre de 400.000 ou 500.000 individus ne devra 
done point paraltre trop (AevL 

*) La plupart des historiens disent, d'une maniferc vague, que 6mojevi6 
et les Emigrants qui r^pondirent k Pappel de TEmpereur arriv&rent en- 
semble en Hongrie, en 1690. M. Jirecek (Oest, Bevue, 1864, YII, p. 6) 
place cette Emigration au printemps de 1691. Szalay (Seerh, Tel,y pp. 36- 
38; Bechtwerh., pp. 33-35) n'insiste pas sur la date, mais paralt croire 
que, d^s 1690, la population amende par le Patriarclie passa en Hongrie, 
qu'eUe s'Etablit d'abord en Sirmie et en Slavonie et changea de canton- 
nements en 1694. Nous croyons, pour notre part, que Cmojevi6 ne fut 
d'abord suivi que d'un petit nombre de families et que le grand mou* 
vement d'immigration ne se prodoisit qu'en 1694. 



IV. 



Depuis rimmigration de 1694, jusqu'k r^migration de Hrvat et T6k5lyi en 
RuBsie (1751). — Nouveaux privileges de Leopold !«' , de Joseph !•' , de 

Charles VI et de Marie-Th^r^se. 



L'6tablissement sur les confins les plus menaces de la Hon- 
grie d'une population guerri^re de 500.000 individus 6tait un 
grand bienfait pour I'Empire. La situation de la monarchic autri- 
chienne en 1694 6tait des plus pr6caires. Sans parler de la guerre 
avec la France qui continuait encore, les Turcs pouvaient a cbaque 
instant p6netrer dans I'int^rieur du pays. La possession de Bel- 
grade leur livrait le cours du Danube; les troupes envoy^es en 
Bosnie sous le commandeinent du g6n6ral Strasser avaient et6 
battues et dispers6es; Bude, le boulevart de Vienne, n'etait pas 
en 6tat de defense; la Transylvanie etait a la discretion du Sul- 
tan, dont les armees occupaient le Banat et possedaient Nagy- 
Vdrad, au nord de la Maros; enfin Tokolyi et les Mecontents 
6taient maltres de la Haute-Hongrie.^) 

L'arriv6e des Serbes constituait sur le Bas Danube une sorte 
de rempart et permettait aux Imp^riaux de manager leurs forces 
pour les campagnes du Rhin; on congoit d^s lors Pempressement 
que Leopold leur avait temoign6. 

Les documments 6man6s de la Cour de Vienne que nous 
avons fait connaltre dans le chapitre pr6c6dent n'etaient pas de 
simples privileges. Ce uom qu'on leur a donn6 depuis ne leur 
convenait nullement. II etait intervenu cntre les Serbes et Tem- 
pereur un veritable contrat, qui liait 6galement les deux parties. 



>) Stoja(^ko?ic, BechtsverJuilt p. U. 



Situation juridique des Series en Hongrie, 77 

En retour du sacrifice qu'ils avaient fait de leur pays, en retour 
de rimpot du sang qu'ils avaient d6ji si souvent pay6 et qu'ils 
devaient encore acquitter a Tavenir, les Serbes recevaient certai- 
nes concessions express6ment determinees. A Texemple de M. 
Stojackovid, r^capitulons quelle devait 6tre leur situation juridique 
en face de la Hongrie et de TEmpire. 

En premier lieu, Leopold, en sa double quality d'empereur 
et de roi de Hongrie, reconnalt aux Serbes le droit de former 
une nation distincte. Comme nation, ils ne sont soumis ni a 
Tautorite des comitats, ni a celle des seigneurs f6odaux; ils ne 
reinvent que deTEmpereur. 

En second lieu, ceux qui le desireront pourront retoumer 
dans le pays qu'ils habitaient auparavant, d^s que ce pays aura 
ete reconquis par les armies imp6riales. 

En troisi^me lieu, les Serbes jouissent du libre exercice de 
leur religion, pour laquelle ils ne pourront fetrc inquietes. lis ont 
le droit d'elire un archeveque, a qui appartient le gouvemement 
de leur 6glise et dont la juridiction s'etend sur tons les membres 
da clerg6. 

Enfin, en quatrieme lieu, ils ont le droit d'elire dans leur 
sein un voi'6vode et de s'administrer d'apres leurs contumes na- 
tionales. 

Tels sont les points principaux etablis par les textes cit6s 
plus haut. On verra par la suite comment les deux parties con- 
tractantes ont tenu leurs engagements reciproques. 

Des son arriv6e en Hongrie, Cmojevic reclama le territoire 
distinct que lui promettait TEmpereur; il voulait que son peuple 
format un groupe compact, au lieu d'fetre diss6min6 sur une grande 
6tendue de pays et m616 aux Roumains et aux Magyars. Leopold, 
qui visait au contraire h mfiler les races entre elles, sinon pour 
en op^rer la fusion, du moins pour les affaiblir par la division 
et leur mieux imposer ses lois, eut recours k son expedient 
babituel, il promit. De plus il accorda aux Serbes un nouveau 
privil6ge, dans lequel il n'eut garde d'omettre le point qui faisait 
I'objet de leur demande. 

Voici le texte entier de ce diplome, qui resume encore une 
fois les dispositions des rescrits ant6rieurs: 

„Nos Leopoldus etc. etc." 

„Fidelibus Nostris universis et singulis dominis Praelatis, 
^Baronibus et Magnatibus, signanter autem future Srigoniensis et 



78 Privilege de 1695. 

^et Colloczensis ac Baciencis ecclesianim Archiepiscopo,^) Principi 
„dicti Regni Nostri Hungariae Palatino; item Comitibus, Judici 
„ Curiae Nostrae Regiae, uti etiam Supremo partium praetacti 
„ Regni Nostri Hungariae superiorum Generali, et Regnorum No- 
„8trorum Dalmatiae, Croatiae et Sclavoniae Bano etc., Consiliariis 
„Nostris intimis; porro personalis praesentiae Nostrae Regiae in 
Judiciis Locumtenenti et Consiliario Nostro, necnon Hungariae et 
„Scepusiensis Camerarum Nostrarum Praefecto, Administratori et 
„caeteris Consiliariis; praeterea Suprerais et Vice Comitibus, Ju- 
„dicibus Nobilium et Jurassoribus, quorumcunque praerepetitorum 
„ Hungariae, Dalmatiae, Croatiae et Sclavoniae Regnorum Nostro- 
„rum Comitatuum; insuper praesidiorum Nostrorum Supremis et 
„Vice-Capitaneis, caeterisque Officialibus militaribus, equestris pa- 
„riter, ac pedestris ordinis, praesentibus requirendis; salutem et 
„gratiam Nostram." 

„Humillime repraesentavit Majestati Nostrae Arsenius Cser- 
„novich, Servianorum graeci ritus archiepiscopus, quod licet is 
„non dudum abhinc evolutis annis, sub modemi videlicet adversus 
Juratum christian! nominis hostem etiamnum flagrantis belli tractu, 
„victricium annorum Nostrorum progressu incitatus, luculentoque 
„divinae benedictionis vires Nostras promoventis exemplo com- 
„punctus, ad excutiendum tyrannidis ottomanicae jugum, una cum 
„populis rascianis, in servitute barbara pridem gementibus ani- 
„mum adjecisset, eumque in finem non solum Nostro, qua legi- 
„timi Regis juri gratiaeque et clementiae Caesareae se et posteros 
„ipsorum subjectos, verum etiam desertis intra Turcarum ditiones 
„domiciliis, objectisque fortunis et facultatibus, patemis laribus 
„exules, et intra regni Nostri Hungariae confinia translocatos, ad 
„vindicandam ulterius et profligandam immanissimi hostis crude- 
„litatem, sub Nostrae perpetuo protectionis umbra vivere et mori 
„paratos declarasset, eoque non aspernandae virtutis et generosi- 
„tatis facinore, benigna indulta et diplomata, in anno praesertim 
„1690 et 91 emanata, immunitatesque et prerogativas ibidem con- 
„tentas a Nostra impetrasset Maj estate. Quorum tenore non modo 
„vetus cjusdem Archiepiscopi authoritas et populi rasciani ritus 
„sarta tccta conservari, verum etiam plena spiritualis administra- 



') L'archev^que d^sign^ de Strigonium (Esztergom, Gran) 6tait le cardinal 
Leopold Kolonics, qui succ6da en 1695 k Georges VII Szech^nyi, et oc- 
cupa le si^ge primatial de Hongrie jusqu^en 1707. 



PrivtUge de 1695, 79 

^tionis libertas, imo in temporalibus quoque onerum quorumlibet 
„et obventionuiu, signanter autcm decimamm immunitas iisdem 
aConcedi dignoscebatur. " 

„Reperiri tamen nonnuUos fideles Nostros utriusquc status 
^regnicolas, qui, non attenta benigna voluntate et concessione 
„ Nostra, praemissum archiepiscopum et populuni servianum jam 
„in avito sui ritus exercitio turbare, jam ab administratione spiri- 
„tuali arcere, jam deuique ad incompetentem decimamm praesta- 
^tionem compellere attentarent, uon sine gravi ipsorum praejudicio 
„et jactura, sei-vitii Nostri discrimine manifesto. Supplicando apud 
„Majestatem Nostram memoratus Archiepiscopus servianus debita 
„cum instantia humillime, quatenus, pro animandis eoioim servitiis, 
^pristina ipsorum jura benigne conservare, archiepiscopi dignita- 
„tem et in promovendis sui ritus episcopis authoritatem confinnare, 
^episcopis porro imperturbatam pastoralis muneiis administrationem 
„permittere, toti denique populo liberam ubique sui ritus profes- 
^sionem et consuetam a decimis inmiunitatem denuo concedere, 
^eatenusque in Regiam protectionem Nostram ac defensionem cle- 
„menter assumere dignaremur." 

„ Quorum demissa instantia Nobis humillime proposita et re- 
„lata, fidelibusque dicti populi rasciani servitiis, contra communem 
„Christianitatis hostem generose impensis, copiosaque sanguinis ef- 
„fusione contestatis, in benignam reflexionem sumptis, atque con- 
^stantem eorum devotionem etiam in futumra benigne Nobis pol- 
^licentes (usque ad ulteiiorem benignam dispositionem et ordina- 
gtionem Nostram, pro ratione temporis instituendam), clementer 
„decrevimus: ut et memorato Archiepiscopo vctusta dignitas, et 
^episcopos sui ritus promovendi facultas (siquidem ei de jure et 
„more ejusdem litus sui competeret) Integra maneat, et constituti 
„per eum episcopi, signanter vero honorabiles: Isaias Diakovich 
„(Djakovic), Temesvariensis, lenopolitanus, et archimandrita mo- 
„nasterii Crusedoliensis ; Stephanus Metoviach (Metohijac), Carlo- 
„stadiensis et Zrinopoliensis ; lephtimias Drobnyak (Drobnjak), 
„Szegediensis ; lephtimias Popovich (Popovic), Budensis et Albae- 
„Regalensis ; lephtimias Tetovacs (Tetovac), . Mohacsiensis, Szige- 
„thensis; Spiridon Stibicza (Stibica), Versacziensis ; et lephrem 
„Benianin (Banjanin), Varadiensis et Agriensis (quos videlicet 
„Nos praesentium virtute, benigne admittendos et tolerandos cen- 
^suimus) per assignatos sibi districtus, — in quibus videlicet nu- 



80 Privilege de 1695. 

„inero competente rasciani seu serviani populi de turcicae, ut me- 
„moratum est, sei-vitutis jugo in Nostram devotionem asserti fa- 
„miliae, de Consilii Nostri Aulae Bellici voluntate consederunt 
„seseque collocarunt, spiritualia sua munia imperturbate obire, 
„sontes corrigere et pro demeritis punire, stolas et proventus ec- 
„clesiasticos sibi de ritu et antiqua consuetudine competentes per- 
„cipere, officiumque suum (citra tamen uUum Pi'aelatorum Nostro- 
„rum et Ecclesiae romanae catholicae praejudicium) administrare ; 
„et popiilus denique omnis in praesidiis, oppidis, confiniis et ditio- 
„nibus Nostris, locis videlicet sibi per memorati Consilii Nostri 
„ Aulae Bellici commissionem concessis, ubicumque locatus, libero 
„sui ritus et professionis exercitio, absque omni metu, periculo, 
„corporisque vel facultatum detrimento gaudere, pristinaque et 
Jam antiquitus vigore Mathiae Regis decreti quinti, articuli tertii,*) 
„et Vladislai regis decreti secundi, aiticuli ultimi eisdem admissa 
„decimanim inmiunitate uti et frui possit valeatque; quas quidem 
„decimas ipse populos pro sui ritus episcoporum alimentis et re- 
„ditibus, nullis Praelatonim Nostrorum, vel cameralium Officialium 
„impedimentis, in contrarium obstantibus, convertat et applicet 
„Proinde, quo in praemissarum libeitatuni et immunitatum usu 
^securius persistere, et beneficiis per Nos impertitis felicius con- 
„servari, ac per id in coepto adversus otthomanicam tyrannidem 
„odio et fervore alacrius pei-severare, debitamque Nobis devotionem 
„et laudabilem serviendi animum generose et constanter continuare 
„possint, eosdem universes, Archiepiscopuni videlicet, Episcopos et 
„Populos servianos de turcica servitute recenter vindicates, cum 
„tota familia et bonis, ac rebus quibusvis, facultatibusque eorum, 
„in Nostram Regiam tuitionem et singularem tutelam, ac protec- 
„tionem suscipiendos, imo vestrae etiam tuitioni, defensioni ac 
„speciali protectioni committendos esse duximus. Id circo fidelita- 
„tibus vestris, quibus supra, universis et vestrum singulis harum 
„serie firmiter praecipientes, benigne committimus et mandamus, 
^quatenus dum, et quando, aut quotiescumque a praefatis Archi- 
„episcopo et Episcopis eidem subordinatis, circa praemissa simul 
„vel divisim requisiti fueritis, ipsos contra quoslibet illegitimos et 
„violentos impetitores, turbatores et damnificatores, rebus sicuti 
apraefertur stantibus, tueri, protegere ac defendere, in praemissis- 
„que indultis et concessionibus Nostris conservare et manutenere 



*) Voy. ces textes pp. 42 sq. 



Privileges accordes a des villes serbes, 81 

„modis omnibus debcatis ct tencamini; autlioritate Nostra Regia 
„vobis hac in parte per Nos plcnarie conecssa ct attributa, jiireque 
„et justitia mediantc, secus non facturi Praeseutibus praelectis cx- 
„hibenti restitutis. Datum in civitate Nostra Vicuna Austiiae, die 
„4. mensis Martii, anno Domini IGOo, rcgnorum Nostrorum, romani 
„37., Hungariae et reliquorum 40., Bohcmiae vcro anno 39. Leo- 
„poldu8. (L. S.) Blasius Jaklin, cpiscopus Nitiiensis. Paulus 
„Mednyanzky." 

On remarqucra la manierc dont rEmpcrcur lui-meme parle 
de Tardeur montrce par les Scrl)cs dans la guerre contre les Turcs, 
ilu devouemcnt qu'ils out apporte a son service et fait allusion 
aux teriitoires qui leur ont etc concedes en propre. Leopold 
n'etait pas avare do paroles; il ctait en cela connne tons ceux 
qui nc songent point a tenir leurs promesses. 

En dehors des concessions ftiites a toute la nation, il accorda 
mix comraunautes serbes de certaines villes des privileges parti- 
culiers. C'cst ainsi que les Serbes de Bude, fort nombreijx a cette 
epoque, virent leurs droits reconnus dans deux diplomes dates, 
run du 24 mars 1G96, I'autre du 18 Janvier 1697. Le premier de 
ces textes les declarait bourgeois de la ville et reglait leurs rela- 
tions avee radministration imperialc et royale aussi bien qu'avec 
les autorites municipales ; il consacrait le droit qui leur avait ete 
confere de posseder des magistrats particuliers. Le second les 
exemptait des logements militaires et • de toutes les vexations 
exerc6es contre Thabitant par les soldats en passage. \) 

En depit de Leopold, de ses patentes imperiales, de ses ge- 
neraux d'arm^e, en depit des mesures que le Conseil de guerre 
de la Cour etait cense avoir i)rises, la situation des Serbes lors 
de leur airivee en Hongrie etait vraiment pen digne d'envie. 

Des 1695, la guerre recommeuQa avcc acharnement. Mus- 
tapha II, successeur de Mahomet IV, se mit lui-meme a la tete 
de ses troupes, et passa le Danube. Les Imperiaux lui opposerent 
I'electeur de Saxe, Frederic-Auguste, qui fut incapable de rien 



*) Le diplome de 169G est redige cu latiu; M. Vitkovic n'en a donne 
qa'une traduction, p. 150. Cclui do 1607 est en aUemand et M. Vitkovic 
en rcproduit le textc outier. L'lui ct I'autre soiit conserves en original 
aux archives de la communaute serbe de Bude. Les Rascicns qui a- 
vaient d'abord voulu etre soumisala juridiction mUitaire, deraand^reut 
en 1708 X relever do rautorit6 civile, tout en couscrvant leurs juges et 
leurs jun'-s. V^v. lc'=< docum^'uts cites par Czoernig (III, pp. 88 sq.). 

6 



^2 Chierre des ImpMaux et des Turcs^ 

tenter avec les 40.000 homines dont il disposait, laissa battre 
Veterani pres dc Lugos et pcrdit cettc place ainsi que Titel. Le 
Sultan, voyant la niauvaise saison s*approcher, se retira volontaire- 
ment et T^lectcur put prendre scs quartiers d'hiver, sans s'etre 
nulle part mesure avec rennemi. Le peuple sonffrait, Tarmee 
mal retue, nial pourvue se decimait dans d'inutiles fatigues; peu 
inq)ortait aux generaux de cour; ils suivaient, sans risquer ime 
observation, les ordres venus dc Vienne, et leurs defaites deve- 
naient pour eux des titres a la faveur du niaitre. 

Le Banat avait particulierement souffert pendant les der- 
nifcres rencontres des Iniperiaux et des troupes de Tokolyi. De 
part et d'autre on avait eu peu de respect pour les malheuucux 
villages serbes et rouniains qui s'elevaient dans le pays. Quand 
le Sultan regagna le Danube par la voie de Lugos et de Caran- 
sebesift, il ne vit paitout que des mines. „Est-ce la, s'ecria-t-il, 
ce que les Chretiens font entre eux?" Dans sa colore il vit venir 
son vassal Tokolyi, et voulait le faire metre a mort, mais il se 
contenta de le faire jeter en prison, pensant que le chef magyar 
pouvait lui 6tre utile un jour.^) Les Allemands de Vieime, pas 
plus (pie les Mnguats hongrois, ne pouvaient plus reprocher au 
Turc sa barbaric. Le Sultan avait prononce leur condamnation. 

L'annee 1G06 ne fut guere plus favorable aux Impcriaux. 
L'Electeur se decida a livrer bataille dans les marais du Banat, 
mais la victoire demeura indecise. Tout ce qu'il put faire fut 
d'occuper les Turcs et de les empecher de p^netrer en Transyl- 
vanic. 

Frederic-Auguste ayant etc elu roi dc Pologne, Tannee sui- 
vante, le commandement do rarmee imperiale devint vacant. Ce 
fut pour Leopold un bonheur inesi)ere que de pouvoir appeler a 
la tete de son armec de Hongrie le grand capitaine que le fol 
orgueil de Louis XIV avait jete dans le camp imperial. II 6tait 
temps que le Piince Eugene vint diriger les operations. Mustapha 
encourage par la faiblesse de TElecteur, s'appretait a tenir la 
cami)agne avec des forces imposantes, bien qu'il dilt en meme 
temps faire face aux Russes et reprimer un soulevenient en Asie. 
Titel fut encore une fois emporte par les Turcs; Petro-Varadin 
etait menace, quand le rrince t]ugene songea h, frapper un grand 



') Wagnor, Hist Ltopoldi Magni, 1. XIII ; Griseliui, Gesch. des Temes' 
rarer Banats\ AVicn 1870, 4, I, p. 114. 



Ptiix de Karlovei. 83 

coup; il sut attirer Tennenii dans les marais de la Tisza et le 
defit entierenieiit a Zenta (11 septembre 1697). 

Jean Mouasterli, qui, depuis sa nomination a la dignity de 
vice-voievode, avait sans cesse combattu de concert avec les trou- 
pes imperiales, t^ntot les Turcs, tantot les i)artisans de Tokolyi; 
qui s'etait distingue a Slankamen en 1092 et a Cseney, dans le 
Banat, en 1696, prit encore une part glorieuse a la bataille de 
Zenta. Deux ans plus tard, le prince Cliarles-nionias de Lorraine 
temoignait en ces termes des services rendus par ce vaillant ca- 
pitaine: „ Joannes Monasterly Vice-Ductor Gentis Rascianae, non 
„parcendo vitae sanguinisque profusioni, in omnibus cum Turcis 
„habitis conflictibus utilia et maxime prolicua, generosa, militaria- 
„que et heroica praestitit servitia.^'^) 

L'elogc qu'on faisait du chef s'appliquait egalement aux 
soldats. A chaque page de sa correspondance, le prince Eugene 
fait allusion aux Scrbes qu'il avait dans son armee;') c'etaient 
ses meilleurs eclaireurs, sa cavalerie la plus lege re, les defenseurs 
les plus surs des places conquises.^) 

La defaite de Zenta mettait les Turcs hors d'etat de soutenir 
le choc du prince Eugene; ils offrirent la paix, et Leopold, qui 
pr6voyait le pen de duree du traite qui allait etre signe a Ris- 
wick, et voulait menager ses forces pour de nouvelles campagnes 
centre la France, consentit a negocier. Apres des pour-parlers ([ui 
durerent un an, la paix fut conclue a Karlovei (Carlowitz) (1799j. 
Les Imperiaux conservaient leurs conqu&tes: la Transylvanie, la 
region septentriouale du Banat, la Backa et une partie de la 
Simiie; les Turcs gardaient Temesvar et le pays qui s^pare cette 
forteressc du Danube. 

Les Serbes, qui avaient conQu Tespoir de se delivrer a tout 
jamais de Toppression ottomane, virent sans enthousiasme une 



*) Stojackovic, EechtsverJi,, p. 23 en note. 

*) Voy. Militdrische Korrespoyuhnz des Prinzen Eugen von Savoyeu. 
Au8 osterreiclmchen Origindl-Qudlen herausgegehen von F. Heller. 
AVien, 1848, I. Bd. (1694--1702). 

•) „Ab anno 1691 usque ad pracscntein pacilicalionem," dit encore le Prince 
de Lorraine au sujct de Mouasterli, „in cunctis conflictibus jam cum 
„octo, jam cum sex, jam quinque etiam quatuor millibus armadae Suae 
^sarratissimae Majestatis semper interfuit in omnibusque occasiouibus 
„veluti virum beroicum decuit, so accomodavit atque gessit.** Vitkovic, 
p. 163. 

6* 



g^ Nouvelles querelks relujkuses en Sirmie, 

paix qui retardait rentier accoinplisscmcnt de leurs desirs, mais 
la considerant comme unc simple treve, ils devaient du moins 
soiiger a prendre un repos bieu merite. Pour la premiere fois de- 
puis plus de quiuze ans, ils allaieut pouvoir retounier a leurs 
champs et deposer le mousquet, pour couduire la charrue. Le mo- 
ment etait anive pour les nouveaux venus de sc donner Torgani- 
sation promise par les diplomes imperiaux ; nuiis la encore ue les 
attendaient que deceptions. 

On sait combien les Serbes, dans leur foi naive, etaient at- 
taches a leur eglise nationale, combien les craintes que leur avait 
inspirces son independance les avait rendus hesitants, quand il 
s'etait agi de passer en Hongrie. Leopold leur avait promis li- 
berte pleine et entiere, mais les Jesuites, qui etaient a la fois 
ses conseillers et ses agents, ne pouvaient permettre a la libeit6 
religieuse de se developper, dans un pays oh flottaicnt les cou- 
leurs autrichiennes ; c'est dans le domaine ccclesiastiquc qu'ils 
Youlaient d'abord rctirer aux Serbes les droits qui leur avaient 
(He si solennellement reconnus. 

Nous avons deja parle de Teveque grec-uni Rajic, que Ko- 
lonics avait impose aux Serbes de la Sirmie. Ce personnage, mou- 
rut en 1(594; il eut pour successeur Pierre Ljubibratic que Leo- 
pold promut „ad Episcopatum Laeuscm (Tlachensem) et Syrmi- 
j^ensem ad sanctum Nicolauin OpoAvo dictum".^) 

Ljubibratic avait jou6 un role, a Tepoque ou Belgrade etiiit 
occupe par les Imperiaux; il avait scconde les efforts faits par 
la Cour de Vionne, en vue d'attirer I'immigration serbe vers la 
Hongrie, et Ton comptait sur lui comme sur un instrument fidele 
et docile. Fort de I'appui dcs Jesuites, il ne craignit point d'entrer 
en lutte avec le Patriarche serbe. II pretendait etre reconnu comme 
chef ecclesiastique par tons les Serbes de la Slavonic et em- 
ployait toute rinfluence que lui donnait la faveur de Leopold 
pour susciter des em])arras a Crnojevic. Ce dcniier se plaignit a 
Vienne et il fallut bien qu'on pretat Toreille a ses reclamations. 
Toutefois, avant d'examiner les questions en litige entre les deux 
representants du rite oriental et du rite grec-uni, le Cabinet au- 
trichien voulut fournir des amies nouvelles a Ljubibratic. Par un 
diplome date du 20 mai 1()09, Leopold le confirma solennement 



>) Fiedler, Beitr. zur Union der Val in Slav, und Syrm., p. 8; Bei- 



Ingo VI, 



Les Scrbes refusent d'aecepier Vum'on. 85 

r 

en qualite d'eveque serbe de Sivmie et dc Bassc-Slavonie, lui re- 
connut toutcs les francliises et prerogatives doiit jouissaient les 
evfiques en communion avec Rome, et souniit a son autoiite tous 
les edifices religieux, tous les archimandrites, gardiens, archipretres, 
cures, pretres et moines de la Sinnie et de la Valachie (ou 
Slavonic inferieure, portait le diplome), „ea cum conditione, ut idem 
^Frater Petrus Lubibratich non soluui debitam fidelitatem, devo- 
„tionem ac obsequium erga Summum Tontificem et Nos, una cuui 
„Populo sibi subject praestare et constanter servare . . . debeat 
„et teneatur". La situation privilegiee de Teveque grec-uni etaut 
bien otablie, rien n'empechait plus les ImperiaiLx d'ordonner une 
enqufite. La Chambrc aulique prescrivit au comte Guidobald de 
Starhembcrg d'y proceder, en sa qualite de commandant d'Osjek 
(Esseg) et de la Basse-Slavonie (22 juin 1G09). 

CiTiojevic songea a parer le coup qui le mena^ait. II adressa 
a tous les dignitaires ecclesiastiques et civils qui relevaient de 
lui, une sorte de maudement, dans lequel il denouQait les machi- 
nations ourdies centre lui et contre son eglise. L6opold s'etait 
mepris sur son compte quand il avait cru trouver dans le Patri- 
arche un serviteur aveugle. Celui-ci savait montrer de Teuergie 
quand il sentait ses droits menaces. A son appel, les chefs les 
plus influents des Serbes de Hongrie se reunirent a Kameusko 
le jour de la St. Andre (30 novembre), et decidereut qu'ils ne 
prfeteraient a Ljubibratic aucune obeissance. 

Cette reunion devait etre tenue secrete, mais elle fit du 
bruit et nous est connue par le procfis-verbal d'lme commissiou 
que laCour de Vienne chargea d'instruire Taffaire.^) 

On pretendait voir un fait coupable dans la resistance opposee 
par les Serbes, mais la Chancellerie aulique ne voulut pas les 
heurter de front; elle aima mieux temporiser, esperant bien que 
le temps lui permettrait d'accomplir ses desseins. Elle venait du 
reste de remporter en Transylvanie une victoire qui lui faisait 
bien presumer de Tavenir. 

Athanase P^ avait, en 1G98, remplace Tlieophile III sur le siege 
metropolitain d'Alba lulia. Ce prelat faible et anibitieux consomma 



') On voit tigurer dans cette commission, \s, c6t6 du vicc^ispdn de Pozega, 
le sup6rieur des J6suites dans cette m^nie ville. C'est la Compagnie de 
J^sus qui est appel6e & statucr sur un contlit qui nc regardait que les 
SeitesI — Voy. Fiedler, \oc, cit., Beilage XI. 



86 VSglise grecque-unie de Transylvanie. 

I'union avec Rome doiit son predecesseur avait d^ja accepts le 
principe. Les negociations conduites par le jesuite Barany du- 
rerent pendant deux ans. Athanase avait cess6 de s'appartenir le 
jour oil il avait prete I'oreille aux ouvertures des agents autri- 
chiens. II se soiimit h tout ce qu'on demandait de lui. Leopold, il 
est vrai, lui prodignait les lionneurs et plus encore les promesses. 
Le clerge, gagn6 par Texemple du metropolitain, intiinide par les 
menaces des J6suites, n'opposa qu'une faiblc resistance. Ainsi s'ac- 
complit Punion de la Transylvanie avec Teglise romaine. Le peuple 
ne sut rien alors de cette union et plus tard m6me il n'en a appris 
que pen de chose. C'etait assez pour rEmpereur que d'avoir de- 
capite leur {^glise, .dernier refuge de leur independance, en lui 
enlevant son chef. Les Roumains, et avec eux les Serbes que nous 
avons vus s'etablir en Transylvanie, furent prives de toute hierar- 
chie ecclesiastique. De gve ou de force, il leur fallut accepter la 
loi des Jesuites et se soumettre a un archevfique qui pour eux 
n'etait qu'un renegat. 

En fait^ la masse des fidMes ne voulait point de la commu- 
nion avec Rome, mais les decrets imperiaux ne pennettaient point 
qu'elle joutt de la liberte religieuse. Ce n'est qu'en 1759 que le 
Cabinet de Vienne suspendit les poursuites contre ceux qui refu- 
saient de reconnaitre Tunion, et autorisa le r6tablissement d'un 
6vech6 grec-oriental en Transylvanie. Le nouvel eveque releva du 
metropolitain de Karlovci, en sorte que ce dernier ne fut plus 
seulement le chef de Teglise nationale serbe, mais etendit son au- 
toiite sur tons les adherents de I'eglise orientale en Hongiie.^) 

Dans toutes les circonstances de la vie, en matiere civile, 
comme en matiere religieuse, radministration imperiale se nion- 
trait animee des monies sentiments envers les Serbes. Nous en 
avons la preiive dans plusieurs documents authentiques rolatifs 
k rhistoire de la Slavonic.') Voici en quels teniies s'exprimait 

*) L'histoire ecclesiastique de la Transylvanie rentre dans Thistoire des 
KoumainSy et non des Serbes, qui ne constituaient dans ce pays, comme 
on la dit, qu'une faible minorite. On trouvera k cet 6gard des renseigne- 
ments x^r^cis dans Hintz (Geschichte des BistJiums der griechisch-nicht' 
unirten OJattbihsgefiossen in Siebenbilrgen ; Hermannstadt, 1850, in-S), 
et dans Vouvrage d^jk cit6 de M. Popea. 

^) Selavdnidrdl mint Magyar Orozdgnak alkatmdnyos reszit'dh il^rtekezik 
Podhradczky J6'sef*, (De la Slavonie^ considSrie comme pa/rtie inU- 
grante de la Hongrie^ par Joseph Podhradczky), Bude, 1837, in-S, 
pp. 70-71. 



Les Serbes Jugh par les AUemands, 87 

en 1699 une coniniission charj^a^e de faire connattre la situation 
(le ce pays: „Populus fere uiiivcrsiis (il s'agit des Serbes), est 
„adeo mdis in rebus fidei, ut re vera sylvestres quasi homines et 
„fauni possint nuncupari. Interim est nimium perfidus, perjurus, 
^ciiidelis, ftirtis, latrociniis, rapinis, liomicidiis, omnibusque flajjji- 
„tiis et facinoribus, jam ab antiquo deditus: praecipue tamen in 
^utroque sexu viget ebriositas quotidiana, et ex ea provcnientes 
„rixanim contentiones. Ilic populus est arniis asuetus, hal)etquc 
„arma copiosissima etiam plebs rustica. Magna ex parta sunt 
^schismatic], homines ex sua religione Catholicis infensissimi, to- 
„toque animo alienissimi. Popuhis iste scliismaticus pro suo ca- 
^pite et quasi rege hahet suum Patriarcham, quem nos Archi- 
„episcopum Riiscianomm nominamus, quem autem sui vocant Pa- 
j,triarchara, et, quem ad modum apes suam matrem apem, se- 
^quuntur in omnibus. Est gens instabilis ot admodum vagabunda, 
^quae de loco ad locum continuo solet variare, Deo, Patriae et 
^Sacratissimae Suae Majestati paruni utilis; quae nunquam aliud 
„quaerit, quam vivendi facilitatem, et ubicumpue illam reperire 
^potest, sive sub Turca, sive sub alio principe, libenter amplec- 
„titur. Unde etiam fidelitas hujus gentis est tanta, quanta est fa- 
^cilitas \ivendi. NuUibi aedificant, sed manent in tuguriis et ca- 
„vemis terrae, ut, si opus sit, statim possint alio transmigrare, 
„sylvas et montes amant ut plurimum, veluti latibula et refugia 
„praedonum. Ipsorum Patriarcha gentem istam sibi vendicat una 
^cum illis terris, quas inhabitant. Quod si talis terra alteri di- 
„vendatur, incolae hujusmodi continuo vacuam relinquunt, et, 
„praeter solum et teiritorium, nihil remanet. Est autem populus 
„iste omni flagitionim genere et specie refertissimus, si unicam 
„excipiamus jejunandi consuetudinem, quae etiam uti est summe 
„ardua, ita videtur longe stultissima. Ilorum omnium censetur 
^optimum esse remedium, si Comitatus illi ad suas Dioeceses de- 
„termiuentur, et Patriarcha, cum suis Episcopis et Calugeris, ar- 
„ceantur. Deinde pai^ochi catholici provideantur, alioquin enim 
„confusio, et animarum interitus nunquam cessabit." 

Ne voit-on pas, dans ce document, se refleter Tesprit de 
TAllemagne? On flatte un peuple dont on a besoin, on lui accorde 
des privileges solennels, puis, en secret, on le denigre, on le ca- 
lomnie, on le traite de barbare; il n'est memo plus question des 
promesses qu'on lui a tant de fois renouvelees. La haute civili- 
sation germanique permettrait d'exterminer ces sauvages, ces 



SB I^s Serhes combattent Its Micontents hongrcis, 

voleurs, ces assnssins, mais on ue Ic fcra point. Tout ce qu'on en 
(lit n'a d'autre but que le bien de leur arae; c'est pour leur gagner 
la vie etenielle qu'on Ics reduit en servitude! 

L'affreux tableau que Ics commissaires alleniands tra<jaient 
des Serbes, n'empeclia pas qu'on nc songeat bien vite a exiger 
d'eux le paiement des inipots dont Leopold avait promis de les 
exenipter. Void quelles instructions d'autres commissaires, des 
Mag}'ars cette fois, donnaient aux autorites du comitat de Valpovo 
(Comitatus Valkoiensis),') a la date du 11 decembre 1700: 

„Gcns Riisciana hucusiiue militaris conditionis, quae in de- 
„sertis locis, et praediis collocabitur, ad tricnnium ab omnibus 
„oneribus publicis, simul et privatis (sola Ciipitatione floreuorum 
„octo ipsis imposita, et ad exsolutionem praesidiariae militiae in 
^niedietate convcrtendonim : in altera vero Camerae, vel Dominis 
„teiTestribus pcndendonim; nisi alitor hac in parte Sacratissima 
„Majestas disponere dignata fuerit) eximetur; evoluto vero trien- 
„nio, Comitatuum jurisdictioni et universis Regni oneribus, mode- 
„rate tamen iisdem imponeudis subjicietur."^) 

Malgre ces vexations qui etaient d'un triste presage pour 
Tavenir, les Serbes restaicnt tidelcs a Tcmpereur. Le soulevement 
de R4k6czi leur donna une nouvclle occasion de montrer comment 
ils entendaient tenir leurs engagements (1701). Ce fut sur eux et 
sur les Creates que retomba tout le poids des c^mpagnes de 
Hongiie, alors que les troupes allemandes etaient engagees dans 
la guen-e de la succession d-Espagne. Ils battirent les partisans 
de Rakoczi a Pecs (Funfkiichcn), a Siklos, *\ Kecskemet, a Szeged, 
k Bacs et dans diverses autrcs recontres. lis deployerent en toute 
circonstance une telle vigueur, une telle fouguc, que leur nom 
devint un 6pouvantail pour les enfants et que les Kouroutses ne 
les appclferent plus que vad Raczok, „les sauvages Rasciens". 
Leur concours paraissait si important aux deux partis que Ra- 
koczi ecrivit au Patriarche une lettre datee de Gyongjos, le 6 
septembrc 1704, pour lui promettre Ic maintien complet des pri- 
vileges nationaux, auxquels I'Empereur conunen^ait deja a porter 
atteinte, si les Serbes consentaient a se joindre a lui.^) II est a 
jamais regrettable qu'un accord n'ait pu s'etablir alors entre les 



Voy. p. 44, note 3. 
*) Szlavdnidrol^ p. 75. 
«) Cotte lettre est cit^o par M. Vitkovic,riacHHif,T. XXX (1871), pp.6— 118. 



Requete adressee a VEmpcrtnr par CmojeviS, 89 

Magyars et les Scrbes, en vue d'opposer line energique resistance 
a Tennemi comnuin. Combien dc malheurs eussent pu etre evites, 
si ces deux peuples egalenient menaces, ayant an fond les niemes 
interfits, etaient parvenus a nouer entrc eux les liens d'une solide 
amitie ! 

Mais line nation ne renonce giiere a ses prejuges. Rakoczi 
ne faisait ces avances a Cmojevic que pour en obtenir un secours 
d'un jour; il ne dissimulait meme pas, coinine les agents de Leo- 
pold, Faversion que les Slaves lui iuspiraient; aussi la r^ponse du 
Patriarche ne pouvait-elle etre douteuse. D'un cote, lui et tons 
les Serbes voyaient dans les Magyars les allies des Turcs; de 
I'autre, ils se sentaient lies par les engagements pris envers TEm- 
pereur. II n'en fallait pas tant pour faire 6carter les propositions 
du prince hongrois. Crnojevic envoya sa lettre a Vicnne.*) 

Tout dans les actes du Patriarche montrait sa bonne foi, sa 
fid^lite envers I'Empereur; aussi se croyait-il fonde h reclamer 
Texecution des proniesses de Leopold, et ne se lassait-il point 
de les rappeler. La demarche faite par lui en 1604 etant demeu- 
ree sans effet, il la renouvelle chaque fois qu'une occasion favo- 
rable se presente. A la date du 18 decembre 1703, il adresse h 
la Cour un m^moire dans lequel il developpe ses pretentions, 
demande notamment qu'on ne donne plus k ses- fideles le nom de 
schismatiques, et sollicite encore Tattribution d'un territoire dis- 
stinct. Void comment il s'exprime sur ce point, qui forme le 
dix-septifeme chef de sa requete : 

„Translocationem quoque gentis, eidem jam dudum decreta- 
„liter compromissam, videlicet Slavoniam, Par\\ain Valachiam, Syr- 
^mium, Campum Cumanum, districtum inter Savuni et Dravum, 
^usque fluvium Illova, ad confinia Croatica, Campum Gyhliensem, 
„districtum Aradienscm, incl Jcnova et Halmagy, inter fluvios 
„Maros et Nigrum Crisiensem fiendam, eamque quo cytius acce- 
„lerandam modalitatemque ejusdem, ac instiiictionem in casum, 



*) Un ^crivain magyar, d'origine slovaque, M. Jean Ilornyik, a consaor6 
trois articles 6tendus h r6tu(io du role jou6 par les Serbes pendant 
cette p^riode. Ces articles intitules: A* Rdczok EUenforradalma (La 
Contre-R6volution des Rasciens), 1703-1711, ont 6te ins6r68 dans les 
Seazadoh : a' magyar iortinelmi Tdrsulat Knzlnnye (Voy. notre Biblio- 
graphie N® 21). Gomme on pent Timaginer, ces articles sont emproints 
de Pesprit dc parti qui defigure la plupart des ouvrages magyars. — 
Voy. aussi Vitkovic, FjacHMK, T. XXX, pp. 1—91. 



90 FriviUge de 1706. 

„si quipiam Domini Ten-estres saeculares aut ecclesiastici ibidem 
„bona possiderent, nobis communicandam . . . efflagitanms.^) 

Le Conseil de guerre repondit en protestant du bon vouloir 
de rEmpereur, affinna que les privileges serbes sortiraient un plein 
et entier effet, des que la paix serait retablie en Hongiie, puis 
ne songea plus k la question. Cniojevic feignit de ne point aper- 
cevoir le parti pris contre lequel venaient echouer ses eflForts. 
A la mort de Leopold, il voulut sonder les dispositions de son 
successeur, et adressa a Joseph P', le 16 juin 170G, un memoire 
oil etaient reproduitcs les niemes demandes. 

Le Cabinet autrichien sentait trop bieu le prix du concours 
que les Serbes lui pretaient pour ne pas leur donner quelque 
marque de bienvcillancc.^ Le Conseil de gueiTe de la Cour avait 
deja adresse a Monasterli un brevet, oxx etaient rappel^s tous les 
services rendus par lui a la cause de TEmpereur; Joseph !•' vou- 
lut maintenant rendre k la nation tout entiere un temoiguage en- 
core plus eclatant. Dans une diplome date du 7 aotit 170G, il 
confirmait les privileges de Leopold et s'exprimait en ces termes: 
„Considerantes igitur benigne meniorati Rascianorum Patriarchae, 
„et Archi-Episcopi Arsenii Czernovich, nee non Statuum totius 
„Gentis et populi Illyrici sou Rasciani preces Ratioualibus et me- 
„rita praestantissima, de Augusta Domo Nostra sibi comparata, 
„dum nempe dicta Gens et Natio, per omnes rerum vicissitudines 
„flagrantibus cum acerimo hoste bellis, durantibus etiam rebellium 
„violentiarum, invasionum, damnorum, aliorumque casuum adver- 
„sorum turbid inibus, in illibata et integemma erga eandem fideli- 
„tate, immota non tantum semper perstitit, venim etiam spe- 
„cialem suum devotionis, obsequiique zelum plurimis in occasio- 
„nibus, tarn promovendo commodo, servitioque Domus Nostrae, 
„quani ferendis promptis suppetiis et sublevandis oneribus com- 
„munibus niagno animo demonstravit, hostiliumque ac perduellium 
„conatuum avertendorum causa cum immortali laude, nee sanguini 



') Czoernig, loc. cit.f III, p. 126. 

*) Bartenstein (h c. p. 47) rappelle les efforts prodigals alors par les Ser- 
bes: „Da3 Andenken derw£dirend der Kakoczischen Uiirulicn geleisteten 
„ersprie8sUc7ten DienstCf etc." £t plus loin il ajoute: „So lange die in- 
„nerlichen Empdrungen in Ungam fortgedauert haben, das ist vom Jahre 
,,1526 — 1711, siud sie aller Often wo das Erzhaus die Oberhand be- 
^hauptet, von demselben (wegen ihrer ausserordentlichen Dienste) kr&f- 
ntigst geschfltzt worden." 



Les Jisuites poursuivent leur cmvre en Croatie. 91 

„nec substantiae pepercit, sed posthabitis bonis omnibus et spretis 
^vitae periculis, cunctisque difficultxitibus Legitimo Regi et Do- 
„mino suo constanter adhaerens, vere fidelium subditorum, vassal- 
„lorumque obligationem adimplevit, ac imposterum adiniplere spon- 
„det et in votis habet, .... praerecensitas Privilegiorum Immu- 
„nitatum, ac Pi'aerogativarum, per Augustum Doniinuni et Geni- 
^torem Nostrum clementissinie concessas Regias patentes Literas, 
Juxta omnes et singulas earundem Continentias, Clausulas et 
^Expressiones hisce benignissime ratihabemus, et in omnibus et 
^per omnia clementer approbamus et confinnamus. Reservantes 
„insuper Nobis plenissimam facultatem, reddita per Dei benigni- 
^tatera, eorundem Ulyricorum, et aliorum Fidelium Nostronim Sub- 
^ditorum conjunctam operam Regno Nostro Hungariae et finitimis 
^Provinciis Nostris tranquillitate, e^sdcm Immunitates, Prae- 
„rogativas et Privilegia ulterius explicandi ac in 
„meliorem, pro temporum conditione, formam redi- 
ng en di, simul et propensissimum Nostrum in gentem Illyricam 
„animum amplius demonstrandi, prout ad Nostra m Regno- 
«rum Nostrorum et Provinciarum atque adeo ipsiusmet 
„Populi Illyrici utilitatem et bonum conducere vi- 
„debitur."0 

Ainsi TEmpereur ne desirait rien tant que de donner aux pri- 
vileges serbes une fonne definitive et plus avantageuse encore 
que celle qu'ils avaient regue de Leopold. C'6taient toujours des 
piK)messes, et des promesses bientot oubliees. Joseph, rentrait con- 
stamment dans les phrases generales, et se gardait bien de re- 
pondre aux demandes precises du Metropolitain. 

On n'aimait point les Serbes a Vienne et, au moment m6me 
oil TEmpereur exaltait lours sei-vices, le Conseil de guerre de la 
Cour cherchait les moyens de leur enlever tout reste d'autonomie 
et de les mettre sons la ferule des Jesuites. 

L'evGque grec-uni de Slavonic, Pierre Ljubibratic, mourut 
en 1704; le cabinet imperial lui donna pour successeur Joanisa 
Ljubibratic, son neveu, Celui-ci devait etre installe a Pakrac 
par r^vequc catholique de Zagreb (Agram), mais avant que la 
c6r6nionie edt pu avoir lieu, Crnojevic accourut de Vienne, ou il 
6tait, r6ussit a racheter au nouvel eveque Teglise et la maison 



>} Czoemig, Ethnographie, m, Bell., p. 72. 



92 Survetllance exercee sur 1e Patriarche. 

cpiscopales de Pakrac, et y installa, do sa propre autorite, un 
eveque dii rite oriental, Sophronius Podgoricanin. Le vieux Patri- 
arche avait puise dans sa lutte avec les Jesuites une Anergic dont 
on ne Teut pas cru capable. 

Podgoricanin fut le fondateur de reveche gi*ec de Pakrac, 
et Joseph I" fut oblige de le confirmer deux ans aprfes, par un 
diplome date du IG septembre 1708.*) 

L'insurrection de Rakoczi, qui ne se temiina qu'en 1711, 
obligeait les Allemands a garder quelques menagements envers 
les Serbes; ils subirent le coup d'audace de Cniojevic, mais ne 
le lui pardonnerent point. Ils recherch^rent alors dans son pass^, 
virent que la resistance opposee aux agents de PEmpercur par 
les hal)itants de la Petite-Valachie-j avait coincide avec le sejour 
du Patriarche dans ce pays. Des lors ils tinrent Cmojevic pour 
i^uspect et r6solurent de le surveiller de prixs. Pour rendrc la 
surveillance plus facile, le chef de Tadministration imperiale h 
Osjek (Esseg), Alexandre de Kalaneck, proposa a la Chanri)re 
aulique d'abandonner au chef del'^glise serbe un village situ6 pros 
d'Osjeg oil il pftt s'etablir sans qu'on le perdft de vue. Comme 
il etait, au dire nieme de Kalaneck, en grande veneration prfes de 
sa nation, et que la necessite exigeait qu'on entretint cette nation 
dans sa bonne volonte, la Chambre aulique aifecta le domaine de 
Dalj, sur le Danube, a la residence du Patriarche (decret du 15 
juillet 1706, confirmant le decret du 18 decembre 1703).') 



*) Ces details cxpliquent bicn pourquoi Pakrac ne figure pas parmi les 
eveches serbes 6nuin6rcs dans le diplOme de 1G95. Avant que M. Fiedler 

V 

eftt pul)li6 scs documents in6dits sur I'union, Caplovic (Slavonieny II, 
pp. 37 en note, et 152) avait vainement chercbc la cause dc cette 
omission. 

^) Sous ce noni il faut entendre, non point la Petite Valachie proprement 
dite, c'est-k-dire la region de Craiova, mais bien une region intermd- 
diaire entre la Slavonic et la Croatie. Voy. p. 89. 

") Le rapport adress6 par Kalaneck h la Chambre aulique montre trop bien 
de quel ocil inquiet et jaloux les Allemands regardaient les Serbest 
pour que nous n'en reproduisions pas le texte original, II en dit pins 
long que bien des commentaires : 

„nocliloblichc Kays. Hoff Cammer. 
„Eur Excellenz vndt Gnaden, Wass die Selben decretando an mich 
„vnterm Dato Wien d. 21. Junij baben gniidig ergehen lassen, ist mir 
„den 26. Ejusdem recbtens worden, daraus gehorsambst ersehen, dass 
„ich Einen Bericbt erstatten solle, Wic nemblichen der Ilerr Patriarch 
«bono modo, von Pakarz, vndt auss der Kleinen Wallachey hinnweg 



Le Fatriarche re^oU h domains de Dalj. 93 

Si Ton envisage eu lui-mCme rabandon fait au Patriarche 
du domaine de Dalj, abstraction faitc des motifs interesses qui 
le dictercut on y verra a peine nn acte de vulgaire justice. Or- 
nojevic avait re?u successivenient de rEnipereur pour prix de ses 
services, deux grands domaines: celui de ^irac, dans le comitat 



ngebracht, vnd zuruckh gehaltcu werdteu iiioge : zufolge (less guadigeii 
„Befchls, Uabc rnit dcss Comineiidirenteu General Veldtzcuguieister llerru 
„6arou de Neliem Excellenz micli vuterredet. Wass dess llerru Patri- 
^art'hen seine anforderung dcss Ilausses, so Er zu Pakarz erkautrt, be- 
„triefft, ist eine Intricate Vndt Weith aussehendte sach, in denie die 
^amotion dess Joaniiis Lubibratich (Welcheu der Ilerr liischofi' von 
„Agram, alss Eiucn vnirten Biscbofifen zu gedaebteu Pakarz Vndt der 
^Kleinen Walachey zu installircu, in Commisis goliabt), Welcber solcbes 
„Hauss vorhero besessen, bo zu sagen hart walir, vndt cbendter, alss 
„der Herr Bischoff von Agrani dabiukomnien ist, der Patriarch sich in 
„der Kleinen Wanachey Eingefundteu, dass Ilauss zu Pakarz uebst alien 
„appcrtiucnticn vom ihme Lubibratich gekautft, ihuic Lubibratich also 
ngleich fort, vndt wie die Rede gehet, nach Moscau verschickt, de 
„facto aber der, von ihme Uerrn Patriarchen Eingesetzte Bischoff Graeci 
„Rittu8 darinnen wohnct; die Hartniikigkcit der Kleinen Wallachey 
„ohne zu wissen von wehme dieselbe fomentirt wirdt) machet ebenfalss 
„Einen grossen argwohn, vndt wehre die Residenz dess Patriarchen 
^nicht wenig verdachtig vndt Weillen Euer Excellenz vndt Gnaden niir 
„giiadig anbefohlen, dariiber den Bericht zu crstatten, dahero mit gueteu 
„gewis8en gehorsambst Berichte, dass, weillen der Ilerr Patriarch bey 
^seiner nation in grosser veneration stehe, vndt diesse auf alio weiss bei 
„gueten Willen zu Erhalten die noth Erfordtet, dahero Wehre meine 
„onmassgcbIiche vndt vnuorgreiffliche Mainung, dass man den Ilerrn 
^Patriarchen £in oder dass andere Dorff vnweith Essekh geben thate, so 
„daa Er da gar gerne seine bestilndtige Residenz halten, vndt nicht 
„8eine gedancken auff Pakarz oder die Kleine WaUachey machen, son- 
„dern dass Ilauss zu gedachtcn Pakarz den jetzigen Bischoff, welcher 
„schon darinnen wohnet, iiberlassen, oder verkauffen werdte, so dan 
„uian ihme auch besser von Essekh obscrviren, auff sein thun vndt 
„las8en Ein vigilantes aug haben kunte, welches Euer Excellenz vndt 
„gnaden zur gnadigcn Consideration gehorsambst anheimb stelle, ver- 
„bleibend. 

„Euer Excellenz vnd Gnaden 

„E8sek den 7. Julij A^ 1706. 

„gehorsambster 

„Alexander v. Kallanekh Praefectus 
„ct Judex Regius.*^ 

Ce document public par Fiedler {Beitr, znr llnimi der Valachen 
p. 29, N" III), est conserve en original aux Archives de la Chambn^ 
auUquo k Vicune. 



94 I^^ AlUmands se flattent d^extirper le schisme, 

de Pozega (diplome rtu 11 aout 1065), et celui de Szekcso, prte 
de Mobiles, (diplome du 16 juiu 1698) ; or, ce dernier domaine 
ayant ete revendique par des tiers, le donataire, qui ne Tavait 
pas reQU a titre absolument giatuit, pouvait demander une com- 
pensation. Dalj ne fut pourtaut* pas iiTcvocableuient donnc au pa- 
triarcat, niais abandonne a Crnojevic, en vertu d'une simple af- 
fectation viagere. L^affectation devait etrc renouvelee d'une ma- 
niere expresse pour cliaque metropolitain. ') 

Ces restrictions etaicnt inspirees a la cour de Vienne par 
la pensee que Teglise grecque orientale n'aurait en Ilongrie qu'une 
dur6c 6ph6mere et que, grace aiL\ Jesuites, la souverainete du 
Pontife roniain ne tarderait pas a 6tre reconnue dans toute la mo- 
narcliie. Pendant un denii-siecle Tunion est la preoccupation do- 
minante des gouvcmants et rien ne les anete quand ils croient 
pouvoir y parvenir. En 1703, le jesuite Szent Ivany public un 
livre intitule: De ortu et progressu ct diminutione 
Schisniatis graeci atque graeci ritus Ecclesiae cum 
Romana Ecclesia tot votis exoptata Reunione, livre 
dans lequel se refletent les pieuses esperances de la maison d'Au- 
triche. De toute part la persecution est organisee pour le salut 
des &mes. 

Cmojevic doit se multiplier pour tenir tcte a Torage. Les 
difficultes qu*on lui suscitc sont d'aiitant plus redoutables qu'il 
est surveille de pres et ne pent gucre soitir de ses residences de 
Szent-Endre et de Dalj. S'il proteste centre un abus, on lui ob- 
jecte que les privileges de Leopold n'ont d'effet que pour les 
Scrbes qui ont fait pai'tie de la grande innnigration et ne s'appli- 
quent point a ceux qui habitaient la Hongiie auparavant. 

En I'absence d'actes reguliers, comment administrer la preuve 
que telle ou telle famille etait dans le pays depuis plus ou moins 
de dix ans? C'etait une veritable frustration.*) 

La prise de possession de Paki'ac') fut le dernier acte du 
vieux Patriarche qui mourut a Vienne le 24 octobre 1706. II 



') Cf. Caplovic, U, p. 45. 

») Cf. Caplovic, n, p. 47. 

') La question de Tev^ch^ de Pakrac, fut de nouveau agit^e en 1721. Un 
iiioine du noni d'Etieiine Vojuovic, qui avait servi de vicaire h Pierre 
Ljubibratic, chercha i\ s'eniparor du sic^ge ('"piscopal en invoquant la 
raison qui pouvait le plus seduirc Ic Cabinet de Vienne, Pimprescripti- 
bilit^ du droit des Caiholiques remains. Yojnovic fut soutenu par la 



Congrh serbe de 1707, 95 

Skagit aloi-s de pouvoir a la vacance du siege metropolitain. Pour 
la premiere fois, les Serbes curent a exercer le droit que les pri- 
vileges imperiaux leur avaicnt rceonnu, de se reunir en congrcs 
et d'elire leur chef ccclesiastique. Leiirs delegues s'asseniblireut 
a Krusedol le 24 mai 1707, sous la pi;esidcnce du consciller au- 
lique de Quarient.*) 

II fut tout d'abord procede a Telection du uietropolitain ^) 
et la succession de Cmojevic fut devoluc a Isaio Djakovic, ^veque 
d'lenopolis. L'election tenninee, les Serbes s'occuperent de leurs 
interets nationaux. La comnuinaute de Budc soumit au congres 
un memorandum en 15 articles, dans lequel elle avait reuui toutes 
les reclamations qu'il importait de taire valoir aupres du Cabinet 
de Vienne. L'importancc qu'elle avait a cette epoquc lui donnait 
le droit de parlor au noni de toute la population serbe de Hongrie. 
Void quelques-uns des articles qui figuraient dans son memo- 
randum:^ 

Art. 6. „Que dans les pays de rempirc, partout oil sc trou- 
vent les Serbes, ou tout autre peuple du rite gi*ec, au milieu des 



Chancellerie hongroisc, mais on nc sait comment il ^choua aupres du 
Conseil de guerre de la Cour et il ne fut plus question de lui. Pakrac 
resta aux Serbes, c'est-k-dire k P^glise orientale. 

*) C'est par suite d'une erreur que M. Jirccek (Verhiiltn, der gr, n. u. 
Hitrairchiey p. 20), place le premier congrcs serbe en 1706. 

*) Les successeurs de Cmojevic dans la monarcliie autrichienne ne por- 
t^rent point le titre de patriarche, qui resta attach^ au sioge de Pec, 
mais seulement celui de mitropolttain, Lorsque\\rs^ne Joanovic Saka- 
bent quitta Pec, pour aller s'etablir h, .Belgrade, (qui appartenait alors 
k rAutriche), il conserva son titre de patriarche qui fut ensuite conf6r6 
exceptionneUement k plusieurs de ses successeurs. En 1766, le Patri- 
arche de Constantinople, s'arrogeant un droit souverain sur Tc^glise 
serbe, et, I'administrant comme il avait coutume d^administrcr son eglise, 
afferma le patriarcat de Pec pour la somme de 40 bourses! 

') M. Vitkovic a retrouve, aux archives de la communaute serbe de Bude, 
I'original meme du document dont il est ici question ct en a reproduit 
les principaux passages (pp. 153 sqq.). L'importancc de cette pi^ce de- 
meur^e jusque Ik ignor^e prouvc combien il serait utile de fouiller les 
archives des ancicnnes communautes serbes de la Hongrie. Dans quel- 
ques villes, h, Czegl^d, h Kecskemet, k Szeged, a Tokaj, etc., ces com- 
munautes auront bientOt disparu. N'est-on pas fonde k craindre quo 
beaucoup de titres precieux ne soicnt detruits? Ce n'est pas sur les 
Magyars qn'on pent compter pour les cousci*Yer. M. Vitkovic a done 
fort bien fait de publier les documents conserves a Bude (CpncKH 
CnoieHHaH, T. II). 



90 L^ Serb^ rcnouvcUcnt leur6 detnandes. 

AUeiuauds et des Magj'ars, les preiniei*s puisscnt vivre aussi li- 
breiueut que les deiiiiers; qu'ils puissent avoir leurs magistrals 
ail menie titre qu'eux; qii'ils puisscnt egaleinent avoir et entre- 
tenir leurs eglises et leurs protres du rite grec, conservant Icur 
culte et leur aucien CiileMdrier, et uc celebrant pas les fetes deux 
fois, niais seulement d'apres rancien caleudrier.'* 

Art. 12. „Par Tauguste patente iniperiale de Tannee 1G04, 11 
nous. a etc dit et proniis qii'on nous donnerait la Slavonic et la 
Sirniie, entre la Drave et la Save, jusqu'a la frontiere create, la 
Backa et la contrce de Gyula entre la Kuros et la Maros. C'est 
pourquoi nous demandons maintcnant que cela nous soit confinu6 
et donne, afiu que notrc nation puisse s'y etablir.**^) 

Art. 13. „Que deux conseillers de notrc nation et du rite 
grec soient pres de la Cour impciiale, a la Chancellerie hongroise 
pour qu'ils puissent clever la voix auprcs de la glorieuse Cour 
iniperiale pour notre nation; que ces conseillers soient elus par 
rasseinblec generale du peuple serbe." 

Art. 14. Quand la paix sera faite avec les Magyars, alors 
puissions-nous agir et denieurer libreincnt en Ilongrie, conime le 
peuple allcinand reste libre en Ilongrie, libre dans son fglise et 
dans le reste. Puissions-nous denieurer libres, nous aussi, dans 
notre rite grec, dans notre eglise et dans le reste, et obtenir sur 
cc point la confinnation de nos premiers privileges!" 

Le nouveau metropolitain fut charge de rcmettre le memo- 
randum k rEmpereur et nous savons qu'il s'acquitta de cette com- 
mission. Joseph P' lui ayant demande de designer deux deputes 
serbes pour representcr la Sirmic, et deux pour represeuter la 
Backa a la Diete qui devait se reunii' a Poszony (Pressburg) le 
29 fevrier 1708, il adressa son rapport a rEmpereur a la date du 
4 Janvier de cette annee, et profita de Toccasion pour lui faire 
connaitre les demandes des Serbes. Tout d'abord il reclamait Tas- 
signation du teiTitoire distinct, dont il a etc parle plus haut: 
„Siquidem jam anno 1G94 ea erat benignissima Aug. Caes. Leo- 
„poldi Majestatis Vestrac genitoris glorissimae recordationis, mens 
„et voluntas, ut nationi nostrae separatum excindi debuisset ter- 
„ritoriuni ut A) quod autem eorum effectui mancipatum non est, 
„Majestas Vestra Sacratissima catenus clementissime providere 



*) Nous u'avous pu retrouvcr le texte du dccret auciucl il est fait alhision 
ici. II devait etre iuterveuu sur les reclamatious de Crnojevic. 



Les reclamations des Serbes demeurent sans effet 97 

^dignabilur." II priait en consequence Joseph de presenter cette 
question aux deliberations de la Dicte, en nifime temps que dix 
autres questions relatives k la situation des Serbes. Les trois 
points principaux de ces dernieres demandes etaient les suivants: 
1° Les Serbes auraient le droit d'6tre rei)resentes au sein de la 
Diete hongroise par des deputes ecclesiastiques et laics, ayant 
seance et voix deliberative, comme cela avait du exister avant 
Toccupation ottomane „ubi Rasciae Despotus inter primarios Sacrae 
„Coronae Hungariae Barones censitus," 2° ils pourraient tenir 
entre eux, aussi souvent qu'ils le jugeraient necessaire, leur con- 
grfes national compose de repr^sentants des deux ordres eccl^sias- 
tique et laic; 3^ les privileges conf6res aux Serbes par Leopold 
sentient edges en lois par la Diete, afin que leur maintien fiit 
assure („Ut Privilegia nostra . . . articulariter, una cum jam im- 
^petrandis, insimul, absque omui clausula recipiantur".^) 

Nous ne savons si les deputes designes par Djakovic pour 
la Sirmie et la Backa parurent a la dihte de 1708, et si les re- 
clamations des Serbes furent discut6es. Toutes les recherches faites 
par les historiens nationaux pour elucider ce point sont demeurees 
infructueuses. Aussi bien, la Dihte de 1 708 n'eut-elle pas le temps 
de vot€r aucune loi. La peste la forga de sc separer et les eve- 
nements empfecherent qu'elle se r^unit de nouveau.*) 

Djakovic mourut k Vienne le 24 mai 1708. Le siege nietro- 
politain resta vacant pendant deux ans, ct, durant cet intervalle, 
il ne survint aucun evenement de quelque importance pour les 
Serbes. Un nouveau congies tenu a Krusedol appela Sophronius 
Podgoricanin, ce meme prelat que nous avons vu install^ k Pakrac 
par Cmojevic, k la succession de Djakovic (26 mai 1710 v. s.). 

II est probable, bien que nous ne sachions rien de precis 
sur cette assemblee, que les Serbes ne laisserent pas echapper 
Toccasion de renouveler leurs doleances. Quoiqu'ils aidassent de 
toutes leurs forces les Allemands a combattre Tinsurrection de 
Rakoczi, ils ne pouvaient se faire illusion sur la reconnaissance 
que ceux-ci avaient pour leurs senices. II est bien vrai qu'ils 



*) Voy. le texte du memorandum dans Kercselich, Notitiae praeliininares 
de regnis Dalmatiaey Croatiae et Sclavoniae, p. 437, et dans CzQrnig, 
in, Beil. pp. 89 sqq. Gf. Szalay, Sserb. Telep., pp. 45 sqq. ; lUchtsverh,, 
pp. 40 sq. et Stojackovic, Hepie, pp. 49 sq. 

■) Stojackovic, Staatsrechtl. Verh,, p. 17. 

7 



98 Haine des Serhes contre les Magyars, 

n'^taient point soumis a la juiidictiou des comitats et que, pro- 
visoirement dii inoins, ils if etaient pas iion plus reduits a la con- 
dition dc serfs des seigneurs feodaux, niais ils sentaient bien 
que le Conseil de guerre de la Cour leur etait hostile, que Kinsky 
et Strattniann/) successivenient charges par Tempereur Leopold 
de Fexpedition de leurs aflftiires et le prince Eugene lui-meme, 
qui eut h s'en occuper plus tard, partageaieut la haine gcrmanique 
contre tout ce qui est slave.-) 

D5s cette epoque, s'accentue clairenient ravei*sion des Serbes 
contre ceiix [qui veulent les opprinier, centre les Allemands, et 
plus encore contre les Magj'ars. Nous en avons une preuvc cu- 
rieuse dans un chant populaire que nous ne croyons pas sans in- 
teret de faire connaitre par une traduction complete. On y trouvera 
un fidele tableau des niocurs primitives et, disons-le, sauvages des 
Serbes, en nieme temps que de leurs passions belliqueuses. Ce 
sent ces instincts guerriers que les Imperiaux voulaient faire tounier 
a leur profit, en soite qu'ils s'etfoicerent plutot de les developper 
que de les calmer par Tinstruction et la culture. 

Combat des gens d'Arad avec ceux de Komadi.^) 

Srbin Tukelja buvait du vin, 
A Arad, la ville des Confins. 



^) Bartcnstcin (I, c, p. 108) admire Thabilcte avec laqaelle ces deux mi- 
nistres surent exploiter les Serbes : „Es ist an beiden erfahmen grossen 
„Miiiistem Kaisers Leopold, an den Grafeu Kinsky und Strattmann 
„h6cblicb zu loben, das sie des Metropoliten Anstandigkeit, so wie er- 
„folgt, dem Staate zu Nutze zu machen gewusst haben, um durch Ein- 
„gcstehung eines Theiles desscn, was sotbaner Anstandigkeit gem&^s 
„war, die Nation von etwas abzubringen, was bei ibr andcrwiirts ablich, 
„zugleicli aber hiiutigen und weit wicbtigeni Anstossigkeiten iinterworfen 
„ist, als man ninimcrmebr von eineui Metropoliten zu befOrcbten liat. 
„AVic dann viclcr anderer Bcweise zu gescbweigen, unter cinem Woy- 
^woden die jctzt nahmhaft verbcssoi-te Einrichtung der Gr&nizer nicht 
„wobl hatte zu Stande kommen konnen, etc." 

*) En 1716 fut cr66e une commission si>ecialc qui eut h s*occuper de 
Porganisation des territoircs nouvellement rcconquis sur les Turcs 
(Commissio neo-acquistica). Cette commission, institute par Tart. X« 
de la loi hongroise de 1716, eut son sie^e ii Vienne, mais entretint des 
delegations a Osjek et, plus tard, a Temcsvar. Cost eUe qui fut com- 
p^tente pour statuer sur toutes les reclamations des Serbes. 

') CpncKe Hapo^ne Fljecve. CKynHo irxHHa CBHJer h34«o Bvk Cre*. Kapava^; 
(Chants nationaux serbes rocuoillis ot publics par Vuk Stefanovic Ka- 



Eaine dea Serbes eontre Us Magyars. 99 

Avec lui buvaient quatre lieutenants : ^) 

Le lieutenant Baja et Peja Rckovic, 
5 Le lieutenant Gjurka, de la blanche Szenta, 

Et le lieutenant Ostoja, d'Arad. 

Tukelja vide son verre: 

„Portez-vous bien, [dit-il, tons] quatre, lieutenants! 

„[Ce n'est] ni a ma saute, ni a la votre [que je bois], 
10 „Ni au ban, ni au general, 

„Ni a Tempereur Joseph; 

„Mais a la sante du heros 

„Qui apportera une langue de Calviniste 

„De Piispoki ou de Komadi,^) 
15 „[0u] de Szamos, la ville des Lutheriens."') 

Peja Rcak jeta un coup d'ccil sur la terre, 

Porta son regard sur Ic lieutenant, 

Et, bondissant sur ses jambes <le heros. 

Leva son verre a la sante de Tukelja: 
&0 „[C'est) en ton honneur [qu']il se Ifeve, Tukelja; 

„Je t'apporterais, raoi, Szunok lui-m§me, 

„A plus forte raison, une langue de Calviniste! 

„Mais donne-moi trente soldats, 

„Que je prendrai dans Arad la ville, 
85 „A mon choix, ccux que je sais les plus braves." 

Srbin Tukelja lui dit: 

„Peja Rcak, mon aile droite! 

„ Va, je ne t'empeche point, [ni toi], ni une compagnie enti^re ; 

^Encore moins, trente soldats!" 
30 Alors, le jeune Peja Rcak bondit 

Et choisit d'Ai'ad, la ville, 



,radzic), III, (Y Be«iy (Vienne), 1846), pp. 567—660. — La date de cette 
composition nous est indiquee par la mention de Pemperear Joseph. 
11 ne pent 6tre question que de Joseph I«' (1706 — 1711), poisqu'Arad 
est appelee „la viUe des Coniins'^, dont elle ne fit partie que de 1702 
k 1741. 

') AiHa^. Karadzic, dans son Dictionnaire, tradult ce mot par ^gendarme'', 
mais il signifie proprement „lieatenant^ ; c'est le magyar hadnagy, 
Les quatre h^ros du poeme etaient des oificiers, comme le montre bien 
la suite du r6cit. 

') PospOki et Komddi (nous r^tablissons la forme magyare), sont situ^ea 
dans le comitat dc Bihar. 

*) Szamos-l^vAr, en Transylvanie. 

7* 



IQQ Haine des Serbea conUre Us Magyars, 

Choisit trente soldats 

Et les conduisit a la maison de Tukelja. 

Srbin Tukelja leur dit: 
35 „Aradais, mes faucons! 

„Buvez du vin, mais conservez voire esprit" 

Puis il jeta h ses serviteurs un regaid de c6t6: 

„Mes serviteurs, apportez du vin, 

„Que les jeunes Aradais boivent!** 
40 Us burent du vin jusqu'au premier chant du coq, 

Chacun pretendit valoir dix Calvinistes, 

Le lieutenant Baja, quinze, 

Peja Rcak, vingt-cinq. 

Quand les premiers coqs eurent chant6 
45 Les deux jeunes lieutenants se leverent, 

Les trente soldats se levferent, 

Puis, montant sur de bons chevaux, 

lis s'elancferent vers la damnee Komadi, 

Mais Srbin Tukelja dit: 
50 „Peja Rcak, mon aile di-oite! 

„Je sais que vous fetes tons alertes; 

„ AUez sagement ; ne p^rissez pas comme des fous ; 

„Mais perissez plutot que de revenir 

„Sans quelque langue de Calviniste." 
55 Et ils partirent pour la damnee Komadi, 

— [Quand] la blanche aurore parut. 

Sur le mur damne de Komadi, 

La sentinelle calviniste [les] apergut 

Sur le mur damn^ de Komadi; 
60 Elle cria k Szunok, le general: 

„Seigneur! Szunok, le general! 

„Voila justement sous nos murs, 

,Voila toute une compagnie; 

„Tue-moi, si ce ne sont des Aradais." 
65 Alors, Szunok, le g6n6ral, bondit; 

II plaga des sentinelles dans les quatre directions: 

„Sur pieds, Magyars calvinistes! 

„Rassemblez-vous sur les murs de Komadi!" 

Les Calvinistes s'assemblerent sur les murs. 
70 — Quand le jeune lieutenant Baja voit cela, 

II monte sur son cheval ; 



Haine dea Serhes eontre lea Magyars. 101 

Les trente soldats monteut aussi; 
Peja Rcak se couche sur sa selle 
Jusqu'i ce qu*il ait compt6 les Calvinistes [qui sont] sur le 

rempart, 
Alors le jeune Peja Rcak s'^crie: 
„Chers frferes, jeunes Aradais! 
„Quand nous avons bu du vin JiArad 
„Chez notre [cher] Srbin Tukelja, 
^Chacun a pr6tendu valoir dix Calvinistes. 
„Le lieutenant Baja, quinze 
„Et moi, vingt-cinq; 

„I1 sont maintenant trois cents; nous sommes trente; 
„A chacun dix, et il n'en reste plus!" 
Srna, faisant bondir son cheval, 
S'elance au milieu des Magyars; 
Szunok, le g6n6ral lui dit: 
„Va miserable, Srna balraktar!*) 
„Tu as port6 loin ta plume d'argent ;*) 
„Que je meure si tu la remportes!" 
Mais Srna, le bai'raktar, s'6crie: 
„Va, ou je ne remporterai pas ma plume 
„0u je remporterai la tienne avec elle tout-Jt-rheure!" 
Puis il pousse ses soldats eontre les Calvinistes; 
II se toume et retourne avec furie 
Et trois fois il s'61ance sur le rempart. 
Mais Szunok, le g6r6ral, s'ecrie; 
„Allons, mis6rables, Magyars calvinistes! 
„Quand vous buvez du vin dans les auberges 
„Et dans notre damn^e Kom^, 
„ Chacun pr6tend valoir deux soldats; 
„Et maintenant vous 6tes trois cents; eux trente 
„Que peuvent faire trente soldats!" 
Mais le jeune Peja Rcak s'6crie: 
^Lieutenant Baja, k moi, frfere, par Dieul 
„Arrfete un pen, que nous voyions [notre] troupe. 
Baja s'arrfite et ils regardent la troupe; 



*) Mot tare adopts par les SerbeSi qui signifie „porte-drapeaa^. 

') Helena, plume d'argent que, d'apr^s one usage barbare, les Serbes 

portaient k leur coift'ure, pour marquer les tdtes qa'ils avaient couples 

k lenrs ennemis. 



102 ^o^ ^ Joseph !•' et de Podgariiamn. 

Gr^ce a Dieu, toute la troupe est ensemble 

Srna d'Arad est blesse; 

[Mais] sa blessure n'est pas encore giave 
110 Et nulle pai*t il n'en laisse voir d'autre; 

Alors de nouveau il se tounie et retoume 

Et rejette les Calvinistes en arrifer^. 

Le lieutenant Baja prend un lieutenant, 

Peja Rcak prend Szunok, 
115 Szunok lui-m6me, le general en chef; 

Srna d'Arad accourt; 

II saisit la plume du general; 

Avec elle il s'elance aussitot vers Arad, 

Et des trois cents Magyars calvinistes, 
120 Des trois cents, trente ecliappferent. 

Le poete populaire parle des Calvinistes, mais, on le sent 
bien, ce n'est pas un antagonisme religieux, c'est une guerre de 
race qui est allumee entre les deux peuples. La maison d'Autriche, 
k qui toutes les armes 6taient bonnes, ne voyait pas avec de- 
plaisir ces luttes engagees entre deux nations qu'elle meprisait 
6galement. Jamais devise n'a 6te plus fid^lement suivie que celle-ci : 
diviser pour regner. 

Joseph P' mourut au moment oil les mecontents hongi-ois 
d6posaient les armes (17 avril 1711). 

Le metropolitain Podgoricanin le suivit de prfes au tombeau 
(19/30 septembre). Ce deniier eut pour successeur Vincent Po- 
povic, evSque'de Bude, 61u par le Congies national le 6/17 mai 
1713. Popovic pressa si vivement I'empereur Charles VI, qui dans 
rintei-valle avait ete couronne roi de Hongrie, de reconnaitre les 
privileges des Serbes que celui-ci ne put s'y refuser. Deux di- 
plomes succesifs du 2 aout 1713') et du 10 avril 1715 portferent 
confinnation des franchises accordees par Leopold. Charles VI 
montra d'autant plus d'empressement k se rendre aux soUicitations 
du M6tropolitain que la guerre avec les Turcs recommengait et 
que le concours des Serbes 6tait indispensable.^ 



') Pabli6 h cette date par la Ghancenerie antrichiennc, et le 8 octobre 
de la mdme ann^e par la Chancellerie hongroise. 

^ Par une de ces contradictions ordinaires k la pohtique autrichiepne, 
Charles VI nli^sita pas a sanctionner les articles XXX« et CXXY« 
de la loi vot^e par la Di^te hongroise en 1716. Ces articles renouve- 



Campagne de 1716 contre les Turcs, 103 

Le Sultan Achmet III, fier de scs succes contre les Russes, 
touma ses armes contre les Venitiens qui avaient 6te partie con- 
tractante lors du traits de Karlovci (1715). L'Empereur pouvait 
d'autant moins rester inactif que, deux ans auparavant la Sirmie 
avait deja eu a soufrir des incursions de Tennemi. II reunit une 
armec de 140.000 hommes dont le commanderaent fut confie au 
prince Eugene. 

Celui-ci arriva a Tamiee le 17 juillet 171G et, moins d'un 
mois apres, remporta la sanglante victoire de Petrovaradin (13 
aoCit), qui d6cida du succes de la campagne. Le 25 aoftt, il etait 
sous les murs de Temesvdr. La ville resista pendant 48 jours, 
mais enfin elle tomba, et fut restitu6e a la Hongrie, aprfes 6tre 
restee 1G4 ans au pouvoir des Turcs. Dans son enceinte, vivait 
a cote des Turcs, une population cliretienne assez nombreuse, 
composite de Serbes et, sans doute aussi, de Roumains.^) Les 
Serbes possedaient des magistrats particuliers qui subsisterent 
apres la conqufete par les Imperiaux; mais Timportance de la 
place, qui dominait toute la plaine du Banat, ddcida la cour de 
Vienna a y envoyer immediatement des Allemands qui devaient 
former le premier noyau d'une population gemianique.^) 

Ces immigrants re^urent des privileges qui les mirent dans 
une situation beaucoup plus favorisee que celle des anciens ha- 
bitants. 

On pent voir dans les histoires du Prince Eugene aussi 
bien que dans I'ouvrage auquel nous avons deja renvoye,') la part 
que les Serbes et Creates prirent aux eampagues de 1716 et 1717. 
Monasterli, mort en 1707, n'avait pas 6te remplace dans ses liautes 



laient Fcxclusion prononcee eu 1687 contre les Non-Catholiques, rclati- 
vement h la propri6t6 fonci^re en Croatia et en Slavonie. 

*) Un 6v§ch6 serbe avait 6t6 fond6 k Temesvdr avaut T^poque du si^ge, 
mais post^rieurement h 1695, puisque le privilege da 4 mars de cette 
ann^e nomme Djakovic: Episcopus Temesvdiritnsis, lenopoUtanus. Le 
titulaire de cet ^vSche, Jean Vladisavljevi6, se trouvait dans la place 
au moment oil elle fut investie par le prince Eugene. Ses sympathies 
pour les assaillants le firent enfermer par les Turcs. Yoy. BGhm, 
Gesch, dea Temcser Bcmats, 1, p. 229. 

*) Monographic der kdn, Freistadt Temesvdr, von Johann N. Preyer, Te- 
megv&r, 1853, 8 ; p. 55. — M. Prayer a retrouv6 le sceau des magistrats 
serbes, lequel portait Tefiigie de Saint Georges et cette inscription: 
SigiUum . . . Oentis Baseianorum gracci ritus, 8. Oeorgius, 1719, 

'} Die freiwillige Theiln, der Serben und Croaten, pp. 285—251. 



d4d^<7%/ikL: 1'^z.r: iititKJi-r iizuE.* ?<?••!:-- 3t IST* dt celoBcl des 

P->3' •iiinLi^r? 'S^jLy.T^izjtr 'i^ •^Trry*^ nair^ par Ics Bjis- 
ci«tft. ^>z:jl^ f.'Ji 'iL^ii; tl-.-r^, j-nir I-esr ^sI^irtT T*Mite pretciition 
i «t*: ^.iVi?.>2:i^ i^-^siiitr:- vi »t>;: Kwrri Lyi> I^ dirffs corps 
Afe Tina^ siLf^riAie :->a^ tr^:LL 5:1: :."i{-f<fcnc!iii«K jos aia Con- 

Detttfu it qui on aut^ror ck-uXkUii^-t^ «iviuie le litre de etpitjiiie 
dft U Uiilke risdecDe. friDchit it::* Cirj^thes. peBefra en Va- 
latfaie. •'eicipATA <ie Bacare^: et cblev^ I'h>>s[»>lir Marrocordato, 
qui vooUit renter fi«lek aax Torcr flTlo-. 

Aa prifit^mps «]e rano^e ^aiv^inte. le prince Eagene reimit 
se^ troupers a Futak et re:««:>Iur tie tenter un coop contre Bel- 
grade. Apre? liivers incidents, il r^a5sit a passer la Save et prit 
position "OU-s ler^ mnr^ ile la ville. Le Ir* aout se livra ane ba- 
taille rnemoraMe. thtus iaquelle le grand-nzir accoam poor se- 
cotirir la place fut compietement «iefait. La ville se rendit le 
lendemain.'f 

La perte de Belgrade ne permit pas anx Tints de se main- 
tenir en Serine: ils evacuerent, sans coup ferir, i^abac Rama, 
Smederevo et Golubac qui furent fjccufies par les Imperiaux. et 
durent .-e resiCTer a la paix. Le traite fiit conclu a Pozarevac 
rPafi.sarovitz) le 21 juillet 171><. L'Empereur gardait le Banat et 
JMrft conquetes de Serbie: TOlto devait former la frontifere de la 
Valachie. 

'> Molne Ka^kovic etait prince de la Vieille-Valachie, c'eat-k-dire des 
monUfrnes (laos lefl^iuelle^ la Morava prcnd sa source. En 1688^ but one 
invitation spe/iale de Leopold I^, il passa en Sinnie, avec ses fibres 
Jean, Klie et Michel, et un«* nombreuse population. On voit encore ii 
i^arengrad les mines de la maison qu'il habitait. StojackoTic, Hepie, 
p« 46, en note. 

'; Colandlui glavonicae naiionalis miliiiae, porte le diplOme da 8 juillet 
1707. II avait r^siidence k Sarengrad en Sirmie. 

•; Cettij ^pifiode de la prise de Belgrade est reste tres-populaire dans 
toot€ la Uongrie m^ridionale. On connait la chanson allemande : 

Frinz Eugenius, der edle Bitter, 
WoUf dem Kaiier wiedrum Kriegen 
Stadi imd Festung BOgarad; etc. 



InjuBtes soupgons du Cabinet de Vienne. 105 

La guerre achev^e, la Cour de Vienne, griice aux places 
qu'elle occupait sur le Danube, se crut a tout jamais d61ivr6e 
des invasions ottomanes, et, dans la s6curite que ses succfes lui 
inspirferent, n'eut plus que du m^pris pour ceux qui y avaient si 
utilement contribue. Elle accusa les Serbes de se laisser gagner 
par les Mecontents hongrois qu'eux-mfemes avaient combattus avec 
tant d'ardeur. A P6cs (Fiinflcirchen), une 6meute populaire servit 
de pr^texte, en 1720, pour leur interdire Texercice de leur culte 
et leur retirer le droit de bourgeoisie.') 

U est bien vrai que Rakoczi s'eflForcait de rallier les Serbes 
k sa cause ; mais il faut bien se garder de prendre au pied 
de la lettre ce qu'il ecrivait de Rodosto, au due d'0rl6ans regent 
de France, a la date du 24 mai 1722: „Les Rasciens si attachez 
„a TEmpereur pendant la guerre que je faisois, sont devenus 
^aujourdui leurs enneinis moitels; ils m'ont deja souvent 
„offert leurs services depuis que je suis icy, et lors- 
„qu'ils apprendroient qu'une arm6e de Moscovites, dont ils sui- 
„vent la religion, est dans le pais, ils les regarderoient comme 
„un messie venu pour les d^livrer".^ 

Rakoczi, pour int^resser la France k ses pretentions, exa- 
g^rait les chances favorables qu'il pouvait avoir, et se flattait, 
d'fitre assure du concours des Rasciens, mais rien ne prouve que 
des oflfres de service lui aient 6t6 faites. Tout porte k croire, au 
contraire, que Ton disposait des Serbes sans leur agr^ment, de 
mSme que le Tsar, dans le traite du 21 septembre 1707, avait 
promis k Rdkoczi de faire son possible, pour que les Rasciens 
abandonnassent le parti de TEmpereur.^) 

De vagues soupcons suffirent au Cabinet autrichien pour aban- 
donner les Serbes. H leur avait promis de faire eriger leurs pri- 
vileges eu lois par la Difete hongroise, puis, quand cette assembl6e se 
reunit en 1723, il lui soumit Taffaire avec un mauvais vouloir si 
Evident que laDifete se refusa a reconnaitre les engagements pris 
par Leopold. Les Magyars se bornerent k declarer qulls ne pou- 
vaient consentir au morcellement du royaume de Hongrie, sans 
m&me vouloir examiner si les Rasciens taut mepris6s n'avaient 
pas des droits sur les provinces arrach6es aux Turcs. La Chan- 

Yoy. M. Haas, Oedenkbuch der k. fir. Stadt FUnfkirchen, p. 74. 

*) Voy. Fiedler, Acktenstiicke zwr Oesehiehte Franz Rdkdezy^Sy dans les 

FonUs rwum AusifiaearwHiy T. XYII, p. 520. 
•) Fiedler, 2oe. city II. Abtheih^ IX, p. 67. 



106 Lois voties par la Diete de 1723. 

cellerie aulique declara qu'elle ii'y pouvait rien et laissa la Diete 
voter des lois qui etaient la violation la plus flagrante des pro- 
mfisses imperiales. 

L'art. LXP de la loi hongroise de 1723 (De migrations 
Taxalistarura et aliorum quorumcunque Ignobilium 
li mi tan da) reduisit Ics colons serbes a Tetat de serfe; ils furent 
d6sormais attaches a la glbbe. Nou seulement ils ne purent point 
regagner leur pays d'originc, comme Leopold Ic leur avait fait 
esp6rer en 1791, mais ils ne purent meme pas se d6placer d*un 
lieu k un autre dans Tinterieur du royaume; ils devenaient en 
quelque sorte la chose des seigneurs feodaux. 

L'ait. LXIX° de cette mfeme loi introduisait une exception 
en faveur du clerge grec-uni. Les fils des pretres qui reconnais- 
saient Tunion avec Rome ne devaient point 6tre reduits a la con- 
dition de serfs, pourvus qu'ils fussent instruits et entrassent dans 
les ordres. Les Jesuites n'ayant pu forcer ceux d'entre les pr&tres 
gi-ecs qui avaient accepte Tunion a adopter le celibat, voulaient 
se faire une arme de Tamour pateniel et esp6raient, que le d^sir 
de voir leurs fils libres porterait le clerge grec a subir leur do- 
mination, lis se proposaient tout au moins d'assurer le recnito- 
ment de ces prfetres a demi ren^gats, trop pen nombreux 5. leur gr6. 

L'art. LXXXV® mettait dans tout son jour la tyrannic des 
Magyars et leur mepris des engagements contractus. On se rap- 
pelle que Mathias Cor>'in et Vladislas avaient exempte les po- 
pulations du rite oriental de la dime payee par les paysans au 
clerge catholique, et que cette exemption avait etc de nouveau 
consacree par Leopold.^) Un conflit survenu entre T^vCque de 
Nagy-Yarad^) et les populations serbes et roumaines du voisinage 
foumit aux Mag}-ars Toccasion de revenir sur les lois qu'eux- 
mfimes avaient edict6es. Toutefois, ils n'osferent pas se montrer 



*) Voy. pp. 42 et 80. 

2> L'6v6ch6 catholique dc Nagy-Vdrad n'avait pu Stre occup6 par ses ti- 
tulaireu pendant les demi^rcs guerres avec les Turcs. II fut restaur^ 
par Leopold I«r qui lui rendit tons ses biens jure postliminii et, pour 
augmenter Tinflucnce de r6v6que, lui confera b, perp6tuit6 le litre de 
foispdn du comitat de Bihar. Lo pr^lat ainsi dot6 n'avait point ou 
n'avait gu^re de fiddles, les Serbes et les Roumains ^tant k peu pr^s 
seuls revenus habiter ces contr^es d^peuples, mais c'^tait k lui de s'en 
faire, k Paide de ses revenus et de son autorit^ k la fois civile et re- 
ligieuse. On verra plus loin quHl n'avait pas d'autre mission. 



Les Confins mih'tairea. 107 

directement parjures; ils d^ciderent que rEmpereur, autremont 
dit le Roi de Hongrie, statuerait sur les difficultes qui s'6taient 
Aleves k Nagy-Vdrad et sur les difficultes analogues qui pour- 
raient surgir ailleurs. Ils pouvaient compter sur les AUemands 
pour mettre aux Serbcs le couteau sous la gorge. ^) 

Enfin, I'article LXXXVI* portait confirmation des lois an- 
t^rieures qui excluaient les Non-Catholiques do la propriete fon- 
cifere en Croatie et en Slavonic. 

L'intolerance des Magyars fit que les Serbes considerferent 
comme un bienfait F^rection des Confins militaires. Les Confins 
de la Slavonic, de la Tisza et de la Maros remontaient k 1702; 
ceux du Banat furent organises en 1724. Bien que le coinman- 
dement fftt presque toujours confi6 a des officiers allemands, les 
Serbes enroles dans ces territoires avaient du moins la satisfaction 
de se sentir compacts; de plus, ils relevaient directement de 
Tadministi-atiou de la guene autrichienne, dont le siege 6tait a 
Vienne et n'avaient pas k subir Tingerence des Magyars; ils 
n'avaient en un mot qu'un raaitre, tandis que les Serbes etablis 
dans les comitats en avaient deux. 

Le metropolitain, Vincent Popovic, etait hors d'etat de rien 
faire pour apporter quclque adoucissement au sort de sa nation. 



*) Leopold avait, commc on Pa vu, promis au clerg6 grec-oriental le pro- 
dnit de la dime. Le gouvemement autrichien ayant ou besoin de grain, 
pendant les guerres avoc les Turcs so Feserva le droit do percevoir la 
dime en nature en Sirmic et en Slavonic, ct assigna au patriarche, k 
titre do compensation, uno somme annuelle de 3000 florins sur le trdsor 
(ex catneraU). Cettc indemnity fut pljis tard port6e au double, mais 
6000 florins 6taient un bien faible Equivalent pour la dime de deux 
provinces. 

La m6me chose so passa dans le Banat, oil le metropolitain per- 
cevait la dime sous le nom de knezovske dukate, L'administration im- 
p4riale se les attribua et accorda en retour au clerg6 grec-oriental una 
allocation annuelle de 3000 florins. 

La perception de la dime donna naissance h une foule de querelles 
entre les Serbes et les Roumaius, d'une part, et les 6v6quc8 catholiques, 
d'autre part. Une Commissio delegata, institute k Pest en 1726, fut 
charg^c d'examiner les reclamations des deux parties. EUe d6posa son 
rapport deux ans apres, concluant & ce que le droit de pr61ever la 
dime fAt refuse aux 6v6ques non unis, et h, ce que Texemption du droit 
per^u au profit du clerg6 catholique fdt restreinte aux habitants des 
Confins. En d^pit de ce rapport, la question resta ind6cise jusqu'eu 
1790. Voy. Caplovic, II, p. 64. 



108 Inswrrection de 1735. 

U mourut le 13/24 octobre 1725 et eut pour successeur Moise 
Petrovid, elu le 16 mars 1727, au congrfes de Karlovci. Celui-d 
transporta son si6ge a Belgrade et voulut etendre son influence 
religieuse sinon politique, sur les deux rives du Danube et de 
la Save, raais il ne tarda pas a mourir (27 juillet 1730 v. s.). Sa 
seule consolation avait 6te d'obtenir de Charles VI en 1727, une 
nouvelle confirmation provisoire des privileges nationaux, par un 
mandatum protectorium. Mais que pouvaient les paroles 
imp6riales contre Fhostilite de la noblesse hongroise? 

Vincent Joanovic, ev6que d'Arad, qui fiit 61u m^tropolitain 
aprfes Moifse Petrovic (7 mars 1731) ne fut pas plus heureux que 
ce dernier dans les eflforts qu'il fit pour faire reconnaitre les droits 
nationaux.^) 

La situation des Serbes ^tablis dans les Confins militaires, 
sans fetre brillante, avait du moins les avantages de la r6gularit6 
et convenait k leur nature belliqueuse, mais ceux qui 6taient 
rest6s dans les comitats, r6duits par la loi de 1721 k la condition 
de serfs, voyaient s'accroitre chaque jour la brutality et les exi- 
gences de leurs maitres. Malgre un mandatum protectorium 
de 1735, les choses en vinrent h, ce point qu'un soulfevement 
^clata au uord de la Maros. 

Un capitaine des confins de la Backa, Pierre Segedinac, 
connu aussi sous le simple nom de Pero, Jean Sebesty^n, Andr6 
Pasztor et Jean Szildsi ^talent a la tSte du mouvement. Malgr^ 
leurs noms magyars, ces trois derniers 6taient des Serbes comme 
Pero. Le peuple, jaloux par dessus tout de recouvrer son ind6- 
pendance religieuse sans cesse contestee, ne demandait qu'JL prendre 
les armes pour faire reconnaitre ses droits. Bientot une troupe 
d'environ 7000 hommes fut r^unie dans le comitat de B6k^s. 
L'ardeur 6tait grande parmi les insurg^s, mais Torganisation leur 
faisait absolument defaut. Sentant eux-m6mes combien un chef 
leur etait n6cessaire, ils eurent Tid^e de s'adresser k Rak6czi, 
dont ils ignoraient la mort survenue dans Tintervalle a Radosto. 



*) Vincent Joanovid fut un des prelate les plus ^clair^s que les Serbes 
aient eus. II fonda les ^coles latines de Karlovci, d'Osjek (Esseg), et de 
Dalj. II cr^a un regiment de hussards serbes, dont il fut d'abord co- 
lonel et propri^taire, et qui se distingua en Italie. En 1736, la pro- 
pri^t^ de ce regiment passa au prince Cantacuz^ne. 6aplovi6, U, p. 67. 
— Joanoyi<^ composa des r^glements eccl^siastiques au stget desquels 
on peut consolter §afaHk, Oesch. der sUdalaw, Lit, III, p. 801. 



Defaite des insurges. 109 

Tandis qu'ils delib^raient sur la couduite a tcnir, quelques gen- 
tils-bommes protestants du voisinage: Etienne Orczi, Jean Be- 
leznay, Piene Halasz, Pierre Podhradeczki, etc. provoquerent une 
levee des comitats magyars. Des renforts leur arriverent de Tiir, 
de Racz-B6sz6rm4nyi*) et de Vanya et ils se jetereut inimedia- 
tement sur les rebelles, avec la superiorite que donue une orga- 
nisation mSme defectuense sur des bandes desordonnees. La ren- 
contre eut lieu k Erdohegy, sur les bords de la Koros blanche, 
dans le district de Zarand, au moment oil Pero et sa troupe se 
disposaient a tenter un coup de main contre Arad. Les Serbes 
furent defaits et disperses. Beaucoup d'entre eux restferent sui* le 
champ de bataille; 140() environ furent faits prisonniers.*'*) 

Les Magyai-s voulurent faire des exemples. Les quatre chefs 
cites plus haut, puis Paul Matula, Etienne Barta, Michel Santu 
et Pierre Szabo furent roues; quatre autres malheureux, tir6s au 
sort parmi les prisonniers, furent d^capites; ^nfin le reste fut 
puni des travaux forces ou du fouet (P'avril 1736). Tel 6tait le 
sort r6sei-ve a ceux qui voulaient rappcler aux Magyars et aux 
Allemands que les Serbes avaient le droit de vivre libres en 
Hongrie, le droit tout au moins de s'y livrer sans entraves aux 
pratiques de leur foi I 

Le souvenir de insurrection de 1736 et de la repression 
qui la suivit, n'emp6cha pas les Serbes de rendre de nouveaux 
services a la maison d'Autrichc dans la guerre qui s'engagea 
cette m£me annee.') 

Charles VI avait conclu avec la Russie une alliance offensive 
et defensive et ne put rester neutre quand la Porte fit marcher 



') Cette viUe est une de ceUes qui furent c^d^es par le roi de Hongrie 
k Georges Brankovi6 et re^urent alors des r^fiigies serbes, comme Tin- 
dique son sumom de Bdcz, (Voy. ci-dessus, p. 84.) La part que scs 
habitants prirent k I'expddition contre les rebelles du Comitat de Bekes 
semble prouver que, d^s Ic si6cle dernier, la population scrbe dont on ne 
retrouve plus guere de traces aujonrd'hui, avait 6migr^, ou s'^tait fon- 
due avec les Magyars. 

') Voy., sur Pero Segedinac, les extraits des proems- verbaux du comitat 
de Bekes ins6r6s par M. Km6ric Palugyai dans son Histoire de Hongrie 
(Magyarorszdg TortSneteJy T. IV (Pest, 1855, in-8), pp. 4 sqq. 

') Ce souvenir sVst i>arait-il, conserve dans le peuple. M. Stojadkovic 
rapporte (Hepre, p. 52, note 1) avoir oui dire h, un capitaine en re- 
traite, ^tabli a Karlovci,M. Ostojic, que celui-ci avait entendu, en Croatie 
dans sa jeunesse, des chants populaires relatifs a Pero. 



1 10 Campagne malheureuse de 1737, 

ses troupes contre Anue Ivanoviia. II publia une patente dans la- 
qiielle il deYeloi)pait Ics causes de la guene et se pr6para k 
entrer en campagne. 

Au prin temps de 1737, les forces imperial es se reunirent 
sur le Danube et le commandement en fut confie au due Francois 
de Lorraine, qui venait d'epouser Marie Tli6rese. 

Plusicurs generaux renonmies : Seckendorf , KhevenhuUer, 
Schmettau, le Prince de Saxe-Hildburghausen servaient en second 
dans cette annee,M mais dte le premier jour on sentit que Tunite 
de direction n'existait point. Le Prince de Saxe, qui voulait 
manoeuvrer a sa guise, se lit battre a Banjaluka. Ali-Pacha, guid^ 
par le celebre Bonneval, penetra dans Vidin, et Nis mfime, dont 
les Imperiaux s'etaient rendus maitres, lui fut livre par le trop 
fameux general Doxat, plutot par ineptie que par trahison. Fran- 
cois de Lorraine et les autres chefs de Tannee repasserent le 
Danube en d6sordre et durent prendre position dans les mon- 
tagnes qui ferment le chemin de la IVansylvanie. 

Les malheureuses populations que Ton avait attirees dans 
la plaine du Banat, k qui Ton avait promis le repos et la paix, se 
virent expos6es a toutes les horreurs d'une guerre plus achamee 
peut-^tre que les precedentes. Les colons italiens que Mercy avait 
etablis a Temesvar et a Mercydorf, les Catalans de Uj-Arad, bon 
nombre d'Allemands que Tespoir du commerce avait amends dans 
les villes renaissantes, quitterent cette contree d6solee pour n'y 
plus revenir. Le poids de la guen-e retomba presque entierement 
sur les families serbes et roumaines, dont tons les hommes va- 
lides etaient retenus sous les drapeaux. L'incapacit6 des generaux 
allemands ne leur permettait pas de porter secours a leurs femmes, 
a leurs enfants abandonn6s a la brutalite des Turcs. 

En Croatie, le peuple avait a soufrir de maux differents, 
mais n'etait guere plus heureux que dans le Banat. 

Les exactions des seigneurs Qroates, dignes emules des pro- 
prietaires magyars, etaient pour les paysans une cause de plaintes 
continuelles. On craignit une revolte et, pour I'empechcr, le comte 
Khevenbiiller, qui commandait a Osjek, obtint en 1735, que les 
Confins de la Slavonic, rendus, des Tannee 1702, a Tadministration 



*) L'ami6e comptait 30.000 Serbes, tant infanterie que cavalerie. Voy. 
Die freiwiU. Theiln, der Serb. u. Croafen, p. 262. 



Le painarcTie Arsene Joanovid Sakabent. HI 

civile, seraient soumis de nouveau au regime militaire.*) Comme 
cette reorganisation laissa subsistcr les abus que Ton avait con- 
states dans la Croatie propre, Cliarles VI fit publier, le 22 mai 
1737, une patentc urbariale,'-) dans laquellc il apportait quel- 
ques menagements a la condition dcs serfs. Mais la noblesse 
croate rechercha les cxemplaires de cette patente avec tant de 
soin pour les detruire qu'elle passa inaper(;ue ; elle serait inconnue 
aujourd'hui s'il ne s'en etait conserve fortuiteinent un exeniplaire 
a Karlovci, exemplaire que le nietropolitain Stratiniirovic commu- 
niqua plus tard a Pfahler.') 

Cette mfeme annee 1737, une commission aulique fut chargee 
de regler les questions de propriete relatives aux tenitoires que 
les Turcs avaient cedes a TEmpii-e par la paix de Pozarevac, et 
d'etablir des colons serbes sur ces territoires, mais la guerre in- 
terrompit les travaux de cette commission sur laquellc nous 
avouons n'avoir rencontre aucun document precis.'*) 

Le nietropolitain Vincent Joanovic mourut a Belgi-ade le 
6,17 juiu 1737. Au lieu de lui faire elire un successeur par le 
Congres national serbe, ainsi qu'il avait et6 elu lui-m6me, la Cour 
de Vienna eut I'idee d'offrir la direction de Teglisc orientale de 
Hongric k Arsene Joanovic Sakabent qui occupait le siege patri- 
arcal de Pec, ce m6me siege que Cmojevic avait quitte pour 
venir s'6tablir sous la protection des annees imperiales. 

En portant ses vues sur un prelat de la Vieille-Serbie, le 
Cabinet autrichien se flattait d'exciter chez la population chretienne 
des Balkans une nouvelle ardeur pour la guerre eutreprise contre 
les Turcs. Joanovic, par son influence religieuse, rendrait les mfi- 
mes services que Crriojevic et amenerait sans doute une inuni- 
gration nouvelle vers la Hongrie. C'cst en eflet ce qui arriva. 

Le patriarclie quitta Pec avec les principaux membres de 
son clerge et arriva a Belgrade le 6-17 septembre.*) II etait suivi 



') Bartensteiu, p. 61 ; Gyurikovics, De situ et ambitu Slavoniae et Croatiae 
(Pestini, 1844, iu-8), p. 49. 

') On dounait le uom d'urbarium aux dispositions qui reglaicnt la con- 
dition respective dcs seigncui's et des serfs. 

-*) Voy. K. Pfabler, Jus Georgicon Regni Hungariae, pp. 121 sqq. de 
I'introductiou bistorique. 

*) Voy. pourtant les noms des commissaires dans Bidermann, Russ, Urn- 
triebe, p. 42, note 24. 

^) riMCBHi, VI, p. 60; Stojackovic, Ueprr, p. 46. — Les dates indiquent 



112 Peste de 1738. 

d'Athanase Raskovic, proche parent du Moi'se Raskovic dont il iL 
6te parle plus haiit, lequel amenait avec liii une troupe de 1500 
homraes prets a marcher a rennemi.^) 

C'etait surtout de ce renfort que les Imperiaux avaient be- 
soin; aussi ne marchand^rent-ils pas a Athanase Raskovic, le 
grade de colonel, tandis qu'il se montrerent plus reserves envers 
Joanovic. On evita de le reconnaitre fonnellement ; il fut consi- 
dere comrae exer^ant par interim les fonctions de metropolitain. 
Les Serbes avaient pourtant teraoigne deja a diverses reprises de 
Timportance qu'ils attachaient a ce que leur chef ecclesiastique 
port&t le titre de patriarche; une conference reunie a Vienne en 
1734 s'etait prononc6e pour le retablissement dc cette dignite, 
mais la Chancellerie aulique nc pouvait ainsi rompre avec ses 
errements du pass6; elle devait toujours promettre et ne point 
tenir.*) 

De nouvelles et plus graves preoccupations vinrent du reste 
absorber Tattention des hommes d'etat. Aux horreurs de la guerre 
vinrent bientot se joindre celles de la peste. Ce qui restait d'ha- 
bitants dans le Banat devint la proie du fleau. Les ravages exer- 
c^es par la contagion furent tels que Tadministration impMale 
dut 6tablir un cordon sanitaire sur la Tisza et sur la Maros. 
Toute communication fut interrompue entre le pays envahi et le 
reste de la monarchic. On ne saura jamais combien de victimes 
succombferent alors, sans qu'on pAt leur porter secours; il dut 
se fiaire un vide sensible dans les rangs des Serbes de la Hongrie.*) 

La peste dura a Teraesvar depuis le commencement de 
Tann^e 1738, jusqu'a la fin de mars 1739, et ne disparut de 
la campagne que longtemps apj'^s a la fin de I'annee 1740. Dans 
Tintervalle, les Turcs ne rest^rent pas inactife. lis s'emparerent 
d'Orsova (27 mai 1738) et se rendirent maitres de la route etablie 
dans les montagnes, route qui met la Transylvanie en communi- 
cation avec le Danube. 



avec quelle promptitude les Allemands d6ciderent le Patriarche k trans- 
porter sa residence k Belgrade. La negociation fut sans doute conduite 
oralement, par un envoy6 special. Nous n'avons pu retrouver aucune 
correspondance qui en donnat Ic detail. 

*) Les soldats amends par Arsene Joanovic etaient pour la plupart des 
AlbanaiSy ou Cl^mentins. lis sc sont, par la suite, fondus dans la po- 
pulation serbe. 

*) Cf. Jirecek, Hierarchie, p. 16. 

') BOhm. I c, I, pp. 233 sqq. 



TrisU role impose a la viilice serbe, 113 

En possession de cette partie du pays, les Tares forcerent 
un certain nombre de pay sans roumains a se joindre k eux et 
leur donn^rent un costume oriental qui les rendit d'abord m6con- 
naissables aux Imp6riaux. D'autres, pousses par la faim, prives de 
toute ressource par la guerre et la peste, se ralliferent a ceux qui 
avaient 6t6 ainsi contraints de prendre les armes. Ainsi se for- 
merent plusieurs bandes de pillards ignorants, dont les Turcs 
chercherent a se faire des auxiliaires. II se pent que les Magyars 
reveillent, a quelque jour, le souvenir de cette espece de jac- 
querie et veuillent s*en faire unc arme contre les Rouraains ; mais 
tout ce qu'cn racontent les auteurs contemporains repr6sente ces 
malheureux paysans coranie plus a plaindre qu'a blamer. D'ail- 
leurs, les insurges revenaient a la raison des qu'ils etaient 
eclaires. C'est ainsi que les Piinces de Lorraine s'6tant egares a 
la chasse, non loin de Temesvar, furent surpris par une bande 
roumaine, et que le chef de cette bande, nomine Pierre Vancia, 
au lieu de leui* faire un mauvais parti, implora leur pardon, s'oflFrit 
a leur servir de guide et leur resta toujours attach^.^) 

Quoi qu'il en soit, les Imperiaux durent agir contre les in- 
surges, et c'est aux Serbes, que leur connaissance du pays et leur 
intr^pidite fit donner cette mission. Stanislas Markovic, qui avait 
succede a Jean Gursic, comme chef de la milice rascienne, ne se 
conforma que trop bien aux ordres qui lui furent donnes. II at- 
teignit plusieurs bandes qu'il defit, massacra impitoyablement tous 
les prisonniere qu'il put faire, et brdla plus de 50 villages rou- 
mains (feviier 1739). Les Allemands eux-memes trouverent que 
Markovic avait 6te trop loin et ouvrirent contre lui un commen- 
cement d'instruction ; mais enfin ils penserent que le sang de 
quelques miserables Valaques, lors mfeme qu'il aurait ete repandu 
injustement, ne valait pas une reparation. Markovic leur avait 
rendu service, non seulement en les d61i\Tant d'insurges incom- 
modes, mais encore en semant une cause de discorde entre les 
Roumains et les Serbes. Markovic fut done relache et remis a la 
tfete de ses soldats. Bien plus, le comte de Wallis, qui commandait 
en chef, lui fit d6cemer une chatne d'or, qui lui fut remise a 
Belgrade, en presence de tous les officiers de Tarm^e imp^riale. 
Homme glossier, mais devoue, son ignorance et sa cruantfe de- 
vaient lui meriter la faveur des Allemands.^ 

_ • 

») Griselini, I, p. 168 ; Bolim. I, p. 242. 

*) Die freiw. Teiln, der Serb. u. CroaUn, pp. 268 sq. 

8 



X14 Avenement de Marie- Therese, 

La victoire reniportee par Markovic centre les insurges 
rouiiiams fut le seul succfes obtenu par les Imp6riaux durant 
cette guerre. Soit que tous leurs generaux fussent incapables, 
soit que les entraves apportees au libre cxercice du commande- 
nient par le Conscil de guerre de la Cour, rendissent leurs efforts 
steriles, il firent tous mauvaise figure devant Tennemi. Battus a 
Krocka en Serbie, le 22 juillet 1739, ils n'avaient plus que Bel- 
grade sur la rive droite du Danube, en aval de la Save; mais 
cette place etait en etat de souteni'r un siege. Aussi, ne peut-on 
s'expliquer la legeret^ incroyable avec laquelle le comte de Nei- 
perg signa le V^ septembre de la mcme annee des preliininaires 
de paix, dont la premiere condition etait I'abandon de Belgrade. 
La paix definitive fut signee quinze jours apres et confirmee par 
rp]uipereur le 2 octobre. On en connait les conditions. La Porte 
rentrait en possession de la Serbie et recevait Belgrade et Sabac^ 
avec le materiel que renfermaient ces deux places. Les Imperiaux 
conservaient le Banat de la Temes, dont la limite orientale devait 
etre formee par la Cina; ils devaient demanteler Mehadia, Uj- 
Palanka, Kubin et Pancevo. 

Tel fut cc traite de 1739, dont Charles VI resentit tonte 
rhumiliation et auquel il ne suiTecut guere plus d'une annee. Le 
20 octobre 1740, Marie-Tlierese prit possession des etats de son 
pere. Si divers competiteurs pouvaient se disputer la couronne 
imperialc, Tlieritiere des Habsbourg dominait sans contcste sur la 
Hongrie. Rak6czi n'avait point laisse de fils qui pftt aspirer a res- 
susciter Findependance du royaume de Saint-Etienne, en sorte que 
I'autorite de la Reine fut universellemcnt reconnue. 

Les Serbes peuserent que le commencement d'un regne etait 
un moment favorable pour reclamcr la confinnation de leurs pri- 
vileges. La clemence dont la Reine usa envers quelques Serbes 
de Btide, poursuivis pour rebellion ^) leur donnait confiance et 
ils crurent pouvoir obtenir le redressement des injustices dont ils 
avaiont a se plaindre. lis voulaient surtout voir leurs privileges 
recevoir une forme definitive. La Diete hongi'oise, qui se reunit 
en 1741, se chaigca de leur repondre. Loin de songer a elever 
les concessions faites aux Serbes par Leopold, au rang des lois du 
royaume, les Magyars etaient animes d'un esprit plus ego'iste, plus 

*) Voy. E. T. Miller, Epitome vicissitudinum et rerum memorabilium de 
libera Begia Urbe Budensi (Budae, 1760), p. 140; Linzbaner, (Jodex 
sanitario-medicincdis Hungariaey U, p. 132. 



Suppression d'une partie des Canfifis milUaires, 115 

^troit que jamais. Les embaiTas suscites k Marie-Th6rfese en Au- 
triche la inettaieut h. leur merci, ct ils ne manquferent point d'ex- 
ploiter cette situation favorable. 

La premifere mesure vot6c par la Diete fut la suppression 
des Conlins militaircs organises en Sinnie, dans la Basse Slavonie, 
dans les comitats de Bacs, Bodrog, Csongrad, Arad, Csanad et 
Zarand, enfin dans le Banat de la Temes (Art. XVIII* de la loi 
de 1741).^) Cette suppression portait le coup le plus sensible 
aux Serbes, qui constituaient la population exclusive des regiments 
dissous, excepte dans la partie orientale du Banat et sur la rive 
droite de la Maros, oil ils se trouvaient m61es aux Roumains. 
On a vu que le regime militaire, malgre les sacrifices qu'il leur 
imposait, 6tait regarde par eux comme un bicufait, en ce qu'il les 
mettait a I'abri des exactions magj^ares, plus odieuses encore que 
la domination allemande. La Diete avait hate d'imposer ses lois 
a cette partie du tcnitoire et de remplacer les officiers autrichiens 
par les gentilshommes rapaces de ses comitats. La Reine dut ceder. 

Tout ce qu'elle put obtenir de la Diete, d'apres les conseils 
du Palatin et du Primat, a qui le danger n'avait pas cchappe, ce 
fut le maintien provisoire des frontieres militaires jusqu'a la 
paix; mais cette noblesse ambitieuse qui representait en Hongrie 
la tradition magyare, esperait bien, a la prochaine occasion, arra- 
cher a la couronne la complete abolition des Confins. Tout n'etait 
pas desinteresse chez les Magnats, alors qu'ils criaieut: Moriamur 
pro rege nostrol lis n'avaient d'autre pensee que de vendre 
cher leur concours. Les Serbes, conune les autres Slaves de la 



') Quarantc-six petites places oa pcUankas avaient dt^ d^tacMes des co- 
mitats de B&cs, Bodrog, Csongrad, Arad, Csan&d et Zaraod ct consti- 
tuaient, en dehors du Banat, la frontidro militaire qu'il s'agissait de 
detruire. De ccs 46 places, 15 relevaient de Szeged, savoir: Szeged, 
Martonos, Kaniza, Zenta, Ostrova, Moholj, Petrovo Selo, Fdldv^r, Bece, 
Curog, Zablja, Szent-Tamas, Brestovac, Zombor et Szabadka; 25 rele- 
vaient d'Arad, savoir: Arad, Simand, Orovilj, Gabi, PiperszkiszallAsa, 
Glogovac, Mandorlak, Szabadhely, Cicer, Paulis, Soljraos, Ohova, Boros- 
Jeno, Vildgos, Galsa, Moroda, Agris, Sikula, Kondrato, Gurba, Pecka, 
Semlak, Sajtin, Nagylak, Csandd; entin 6 ressortissaicnt ^ Petrovaradin, 
savoir: Petrovaradin, Kovilj, Vilova, Titel, Palanka, 6cnje. M. Szalay, 
qui nous donne ccs renseignements n'6value pas k plus do 20.000 in- 
dividus la population serbo de ces palankas (Kechtsverh.y p. 43), mais 
ce nombre ne doit sans doute etre entendu que des bommes en ^tat 
de porter les armes, deduction faite des invalides, des femmes et des 
enfants. 

8* 



116 Ineapacitia prononceea contre les Serbes de Slavonic, 

Hongrie, et comme les Roumains, n'etaient que des marchandises 
que les AUemands et les Magyars vendaient et achetaient ^). 

La Di^te de 1741 ne s'arreta pas en si beau chemin; elle 
voulut, pour couronner dignement son oeuvre, temoigner de son 
zfele pour la vraie religion, et le fit aux depens des Serbes de 
la Sirmie et de la Slavonie. L' Article XLVP de la loi de cette 
annee^ porte que ceux qui refuseront de se soumettre a Tauto- 
rit6 de la sainte eglise catholique, ne pourront exercer aucune 
fonction ni emploi. Bien plus, on ne reconnait au metropolitain 
du rite grec aucune espece de juridiction sur le clerge, ou sur 
les fidMes de la Croatie et de la Slavonie. L'administration royale 
devra prononcer sur les conflits nes et a naitre, et surtout veiller 
a ce que les eveques grecs ne se rendent coupables d'aucun 
exces.') 

fl eut ete difficile au clerge serbe de se livrer a des exces 
de pouvoir, alors qu'il etait d^sherite au profit des pretres ro- 
mains. La loi de 1741 n'avait done pas pour objet de mettre un 
temie k des empifetements dont il se serait rendu coupable ; elle 
ne devait servir qu'a donner une apparence de legalite aux per- 
secutions religieuses dont la Slavonie 6tait le theatre. 

Nous avons parle de TevSque gi'ec etabli au monastere de 
Marca et des intrigues auxquelles se livra Zorcic pour faire ac- 
cepter aux Serbes du voisinage I'union avec Rome. Apres un in- 



') C'est dans cette m§nie session do 1741 que le Jtidex Curiae d^clara 
publiquement que Bude ne conviendrait pas k la residence royale, tant 
que la canaille serbe (plehis rasdanae faex) y serait etablie! Cf. Bi- 
dermann, Bussische Umtriebe in Unga^rn (Innsbruck, 1867, in-8), p. 9. 

*) Be una, toque sola vera Bomano-Catholica fide in Begnis BalmaHaej 
CroaUae et Sclavoniae ultra conservanda. — Comme le remarque M. 
Szalay, la Slavonic legale ne comprenait k cette epoque que les comitats 
de Yarazdin, de Zagreb et de Krizevac ; le reste du pays, correspondant 
aux comitats actuels de Sirmie, de Pozega et de Vcrovitica, n'avait pas 
encore et6 rHncorpori dans les provinces civiles. 

') M. Szalay s'attache avec une grande ardeur k d6monter que les Magyars 
ne poursuivaient que Textension de Tadmiuistratiton civile, et voulaient 
simplement faire rentrer les colonies serbes dans le droit rommun. 
Selon lui, c'est sur les Creates seuls que retomberait la responsabilit^ 
des restrictions apportecs en 1741 k la liberty religieuse. Quelles que 
fussent les demandes communiqu^es k la Diete hongroise par les Etats 
de la Croatie et de la Slavonie, on sait bien que ceux-ci se faisaient 
simplement P^cho des pretentions magyares. Cf. Szerh Telepekf pp. 49 
sqq; Bechtsverh., pp. 43 sqq. 



Persicutions religtetises en Croatie. 11? 

tervalle de paix, les Jesuites trouv^rent un nouvel auxiliaire dans 
Tun des successeurs de Zorcic, Georges Jugovic. Celui-ci consentit 
a se reiidre k Rome, pour y reconnaitre Tautoritfi du Pape, et 
voulut, a son retour, Timposer aux fiddles. II s'ensuivit une emeute 
que le general Heister reussit a comprimer (1718). 

Raphael Markovic qui reraplaga Jugovic, marcha sur ses 
traces. A peine avait-il 6te installe par le general comte Konigs- 
egg, qu'il accepta solennellement I'union et se prepara k la Tiin- 
poser au peuple, m6nie par la force. L'indignation mal contenue 
des Serbes eclata cette fois avec violence. Le Conseil de guerre 
de la Cour voulut faire le recensement des Grecs-Unis de la Sla- 
vonie et il ne s'en trouva pas un seul! Pour cacher la honte de 
cette defaite, les Jesuites organisferent une veritable persecution 
Les prfetres qui refusferent de proclainer Tunion furent jet6s en 
prison, oil beaucoup p^rii-ent de faim et de misere. Au nombre 
des victimes, on compta ITiegoumene du monastfere de Lepavina, 
Kondrat, qui un jour tomba perc6 de balles sur le seuil de son 
eglise. Le general Petazzi, digne instrument des Jesuites, ne se 
fit pas faute de faire batonuer les prfetres recalcitrants. 

Les choses en vinrent k ce point que Tadministration imp6- 
riale dut eloigner Markovic et ses complices, Georges Vucenovic 
et Sylvestre Palkovic. Un 6veque du rite oriental, Sim6on Fili- 
povic, fut installe k Marca (1735). 

C'6tait la une fausse esp^rance. Le Conseil de guerre de la 
Cour, plus d6sireux de gagner des S-mes pour le ciel, ou plutot 
de complaire aux Jesuites, que d'organiser Tarm^e imp6riale, or- 
donna au general Strassoldo de reinstaller Sylvestre Palkovic a 
Marca, en qualite d'eveque uni. Alors les Serbes s'insurgferent ; GOO 
se reunirent en armes a Casma et ne se dispersereut que sur les 
bonnes paroles de Strassoldo. Ses promesses demeurant sans effet, 
de nouvelles 6meutes se produisirent. 

Le 8 septembre 1737, tandis qu'on c616brait une c6r6- 
monie k Krizevac (Kreutz), les Serbes prirent les armes et 
voulurent chasser Teveque. Palkovic prevint le danger par la 
fiiite; il se refugia a Zagreb, oil il mourut. 

Un aventurier, nomm6 Pasic, qu'on lui donna pour succes- 
seur, voulut I'annee suivante, recommencer la lutte, mais il 
6prouva le mfeme sort; il dut, k son tour, se cacher k Zagreb. 
Les J6suites s'en prirent k Tevfeque Filipovic, dont ils ne pou- 
Vaient ^carter Tinfluence, et c'est contre lui que fut dirig^ Tar- 



Ug PersScutions setnblabh^ au nord de la Maros. 

tide XLVP de la loi de 1741.*) La Difete ordonnaitune enqufete, 
mais avant que le r6sultat de I'enqufete fut connu, Tinculpe etait 
d6pouille de toute autorit6 ecclesiastique.*) 

L'union ne faisait guere plus de progr^s dans les autres 
dioceses ou le Cabinet de Vienne cherchait a la faire triompher. 
Ce qui se passait h, Nagy-Varad ressemblait fort aux 6venements 
de la Slavonie. Nous avons dit dans quelle intention Leopold P' 
avait restaure I'eveche latin de cette ville; le succes ne repondit 
que m6diocrement a ses vues. En 1734, Charles VI, s'inspirant 
des mfimes sentiments, d6cida que, de ses immenses revenus, 
r6v6que ne toucherait personellement que 17.000 florins, et que 
le reste serait employ6 pro bono unionis. 

La cupidit6 du prelat catholique rendit ce r^glement illu- 
soire; aussi, pour le forcer de s'occuper des int^rSts de Tunion, 
lui donna-t-on pour coadjuteur un ancien moine grec convert!, 
M61it6e Kovac, dout le fanatisme inspirait confiance. 

Kovac voulut tout d'abord percevoir la dime k son profit, 
sans tenir compte des lois hongroises qui en exemptaient les 
membres de I'eglise orientals Ses exactions qui furent la cause 
principale du soulfevement de Pero Segedinac, ne purent passer 
inapergues et un decret de la Cour de 1736 lui rappela que la 
violence n'est pas le meilleur moyen d'amener des conversions; 
il devait s'en abstenir, „ne dum si quis ex nonUnitis unionera am- 
„plectitur, per id dcterioris quam antea fuerat conditionis, quoad 
„temporalia reddatur". H n'y avait pas la de quoi arreter un 
grand seigneur magyar, et Nicolas IV, comte Csaky de Kereszt- 
szeg, qui occupait le si6ge de Nagy-Varad, ne pouvait donner 
tort k son agent Kovac. Mettant k profit sa dignite de f5is-p&n 



*) Capovic, n, pp. 23 sqq. 

■) Rien de plus odienx que le tcxte de cctto loi auquel le lecteur fera 
bien dc se reporter. Dans le pr^ambule, los Etats exaltont la cl^mence 
toute maternelle avec laquclie Mario-Th^rt^se veut luaintenir les droits 
exclusifs de la vraie religion, puis ils confirmont, dans le paragraphe 1« 
les mesurcs qu'elles k prises h ce gujot. Le second paragraphe renon- 
velle les dispositions de Particle LXXXVI® dc la loi de 1723 et declare 
exclus du droit de propri6t6 en Croatie et en Slavonie, ceux qui ne font 
point profession de la foi catholique romainc; non seulement ils ne 
pourront etre proprictaires, mais ils sent incapablcs d^administrer les 
biens d'autrui. Les quatre deniicrs paragraphes sent relatifs h Simeon 
Rlipovic et k ses pr^tcndus empi^tements. Voy. Corpus Juris hung,, 
ed. 1779, II, p. 200. 



Le mStropoUtain Arsene JoanoviS. 119 

du comitat de Bihar, il convoqua, Tann^e suivante, une commission 
au sein de laquelle il invita les communaut6s grecques-orientales 
a se faire repr6senter par des d61egu6s. Lk, tout fut mis eu ceuvre 
pour amener la proclamation de Tunion. Csaky, sourd aux protes- 
tations des malheureux prfetres serbes et roumains, fit grand bruit 
de son triomphe. D annonga qu'il n'y avait plus de Schismatiques 
dans son diocese et que desormais la dime pourrait 6tre perdue 
regulierement. Les communautes serbes n'eurent d'autre ressource 
que de renouveler leurs doleances, mais nul ne devait se faire 
illusion sur I'inutilit^ de'ces plaintes. L'Evfeque hongrois fit sim- 
plement batonner les d616gues et crut 6touflFer le scandale en 
distribuant quelque argent au bas clerg6, qu'il se vantait d'avoir 
converti. Son successeur, le comte Paul Forgacs de Ghymes 
(1747 — 1757) suivit les memes errements. Les pretres qui refu- 
s^rent d'accepter Tunion furent chasses du diocfese, et la dime 
fat prelev6e avec la demiere rigueur.^) 

On pourrait ecrire une longue histoire si Ton voulait ra- 
conter en detail les epreuves que Tcglise orientale cut a subir 
en Hongrie. Les Serbes qui avaient quitte les provinces turques, 
sur la foi des promesses de Leopold, ne durent-ils pas bien sou- 
vent regretter leurs anciens maitres? L'oppression ottomane n'allait 
pas jusqu'a inqui^ter les populations conquises dans Texercice 
de leur culte. lis avaient converti des iiglises en mosquecs, mais 
ils avaient laisse les Chretiens en construire d'autres, et no son- 
geaient pas a poursuivre leurs prfetres. L'indiflference, ou le m6pris, 
leur donnait une tolerance inconnue aux Magyars et aux Allemands. 

On concjoit que dans ces temps de trouble, la situation du 
Metropolitain dftt etre fort difficile. Arsene Joanovic, qui, depuis 
1737, etait revetu de cette dignite, avait ete oblig6 de quitter 
Belgrade, au moment oil Neiperg rendait la ville aux Turcs, et 
s'etait 6tabli h Karlovci oil il avait fait construire une maison 
assez modestc. Fort des droits que lui conferait Tespece de contrat 
qu'il avait conclu avec les agents de TEmpereur, quand il avait 
^change le siege de Pec pour celui de Belgrade, il s'adressa a 
Marie-Thercse et fit valoir ses pretentions avec force. A la date 
du 21 octobrc 1741, la reinc le confirma par un diplouie dans 
lequel elle Vappclait: „actuale super universo clcro ac natione 
„rasciana, in regnis et provinciis Nostris haereditariis caput ec- 



^} Caplovi6, 11, pp. 49 sqq. 



120 Privilege de lUS. 

„clesiasticuni." C'etait indirectement contester au M6tropolitain 
toute autorite civile. 

Malgr6 son extreme devotion et le vif d6sir qu'elle avait de 
voir r^glise romaine devenir universelle, la Reine etait moins 
hostile aux Serbes que ses pr6d6cesseurs. Elle, qui s'6tait vue 
abandonn6e par les AUemands, ne pouvait manquer d'fetre touchee 
de la fidelite de ses sujets slaves. D^s que les Serbes avaient 
appris les embarras suscites a Marie-Therese, ils lui avaient, en- 
voy6 h, Pozsony une deputation charg^e de I'assurer de leur d6- 
vouement. Par contre, une commission composee de Paul Nena- 
dovid, 6vfeque de Gomji-Karlovac, de Jean Gjorgjevic, archidiacre, 
d'Arsfene Vujic, et d'un lieutenant-colonel des Confins de la Tisza, 
fut chai^ee de poursuivre aupres de la Cour imperiale la recon- 
naissance des privileges nationaux.^) 

La Chancellerie hongroisc ne dissimula point son opposition. 
La situation particuli^re des Serbes etait un obstacle a la reali- 
sation de ces projets de magyaiisation a outrance, qui pergaient 
d6j^ il y a un siecle; aussi les Mag)'ars demandaient-ils, que les 
privileges qui leur avaient ete octroyes ne fussent reconnus qu'au- 
tant qu'ils subsistaient encore dans Tusage. lis reclamaient en 
outre Tinsertion, dans I'acte a intervenir, de la clause: salvo 
jure tertii, qui en edt rendu Teffet illusoire. La pei-sistance 
des commisaires, ou plutOt encore la crainte de froisser trop ou- 
vertement les Serbes, fit rejeter ces reserves. Un rescrit, emane 
de la Chancellerie autrichienne a la date du 24 avril 1743, con- 
firm6 par la Chancellerie hongroise le 18 mai et le 20 juin, et 
par le Conseil de guerre de la Cour le 4 juillet de la m&me 
ann^e, porta confirmation des privileges accordes aux Serbes. Les 
Hongrois eurent soin d'y inserer une allusion au chef de Teglise 
orientale en Hongiie: ^ caput ecclesiasticum, Archiepiscopum 
nempe et Metropolitan!". C'etait de nouveau insinuer que 
le peuple ne devait lui attribuer aucun pouvoir temporei.') 

Un Congi'^s national dut etre convoque pour recevoir com- 
munication des rescrits royaux et se reunit a Karlovci, au mois 
de fevrier 1744, en presence du baron d'Engelshofen, commissaire 

*) Ce sont ces m6mes coiiimissaireB qui publi6rent la recueil des priyil^ges 

serbes que nous avons cite plus haut. 
*) Jirecek, OtsU Eevue^ 1864, VII, pp. 50 sp. — Voy. le texte entier du 

dipldme de 1743 dans Szalay, Szerh Telep., pp. 122—143; RechtsverK, 

pp. 162—171. Dans ce texte sont inserts les dispositifs des priyil^ges 

de 1690, 1691, 1696, 1706 et 1713. 



Les Pandours du baron de Trench. 121 

inilitaii*e et du cointe Patacici de Zajesda, commissaire civil, ^ics 
d6put6s serbes ^talent au nombre de 98, mais, en dehors des 6v6- 
ques, 76 seulement furent admis a prendre part aux deliberations.*) 
Le Cabinet de Vienne ne tarda pas a faire payer aux Serbes 
les t6moignages de bonne volont6 qu'il venait de leur donner. lis 
durent prendre a la gueiTe de la succession d'Autriche la part 
active qu'ils avaient prise aux campagnes precedentes, et verser 
leur sang sur des champs de bataille lointains. Nous n'avons pas 
k raconter ici les 6v^nements de cette guerre, ni mSme a rechercher 
la part qu'y prirent les regiments formes de Serbes, mais nous 
devons dire quelques mots des fameux Pandours du baron Fran- 
gois de Trenck.^ 

Get aventurier, dont I'histoire extraordinaire ne devait fetre 
depass6e que par celle de son cousin Fr6d6ric, avait des proprifetfs 
en Croatie. En 1740, il y reciiita une troupe de 500 hommes, tant 
Serbes que Croates, qu'il employa a poursui^Te les brigands r6- 
pandus dans le pays. Sa troupe se grossit des prisonniei's qu'il tit 
aux brigands et devint bientot assez nombreuse pour pouvoir pren- 
dre part k une campagne. Trenck, loin de chercher a instniire ses 
hommes, k developper en eux des sentiments d'humanit6, s'eflforga 
d'augmenter encore leur ferocite naturelle. Le chef et les soldats 
divinrent partout un objet d'6pouvante, et leur reputation s'^tait 
r6paudue en Sil6sie, avant qu'ils arrivassent a rann6e. 

*) Un manascrit des Archives de Vienne contient un compte-rendu des 
debats du Congr^s de 1744. Apr^s la publication des privileges, ct apres 
que le Patriarche eut pr6te seiment, des petitions furent remises aux 
commissaires. Les points principaux soumis aux deliberations furent: 
la creation d'un consistoire metropolitain, la reconciliation du Patriarche 
avec les eveques (entre qui avaient surgi des difficultes canoniques), re- 
conciliation en vertu de laquelle ces derniers eiurent le droit de convoquer 
dans leurs dioceses des synodes particuliers, le paiement des dettes 
nationales, la fixation d'un tarif uniforme des frais d^eglise etc. Voy. 
Jirecek, Hierarchie, pp. 24 sq. 

Pourquoi les Serbes des Hongric ne publient-ils point les debats de 
ce Congres, comme ils ont publie ceux du Congres de 1790? 

•) D'apres Caplovic, qui consacre aux Pandours de Trenck une note de- 
taiUee (loc, eit.^ II, p. 364 sqq.), le uom de ces soldats deriverait de 
I'ancien handerium, du ban, que les comitats et certains personnages 
etaient tenus de foumir. M. Matzenauer, avec plus de raison, rapproche 
le mot pandour du slave ecclesiastique nA4HTH, pellere, ce qui lui don- 
nerait le sens de pulsor, persecutor. La forme actuelle se serait sub- 
Btituee k la forme serbe reguliere pudar, par une influence magyare. 
Voy. Ciw slova ve slovanskych Mech. V Bme, 1870, in-8, p. 271. 



1^2 Exploits des Pandours, 

Au printeinps tie 1741, Ti'eiick se trouvait aux environs de 
Neisse; il ne s'y arreta pas longtemps, mais descendit en Bavifere, 
brdlant et pillant partout sur son passage. Avec une poignee 
d*hommes, il occupa les defiles qui commandent la Styrie et jeta 
la terreur dans le pays. D commenQa I'annee suivaute par la prise 
de Deckcndorf, de Reichenhall et dc Cham, tuant tons ceux dont 
il s'emparait. Ses cruantes all^rent si loin qu'il fut arr6t6 et con- 
duit k Vienne, mais, bientot aprfes, remis en liberty. 

Les Serbes, priv6s des moyens de s'instruire, devenaient 
ainsi les trop dociles instruments des passions allemandes. On 
voyait en eux des bfites sauvages, dont il fallait exciter la bruta- 
lity, pour s'en servir ensuite comme d'une arme.^) On profita de 
la courte tr^ve qui suivit le traite de Breslau, pour renforcer les 
troiq)es terribles que Trenck avait formees. Ses Pandours, au nom- 
bre de 4.000, furent organises en regiment hongrois; on y joignit 
600 hussards et 130 chasseurs, dont il paya I'^quipement. Ces 
pr6paratifs achev^s, Trenck rentra en campagne et continua sur le 
Bhin, contre les troupes frangaises, ses exploits legendaires, puis 
il revint en Boheme et servit d'aniere-garde a Tannic du prince 
Charles. Harcelant sans cesse le marechal de Belle-Isle, il s'em- 
para de Neubourg, de Sultzbach, de Tabor, de Budejovice (Budweiss), 
etc.; mais laissa 6chapper le roi dc Prusse, tandis qu'il e&t pu 
s*emparer de lui a la bataille de Sorav (Sorr) (14 septembre 1745). 
D perdit le temps a pillcr le camp prussien, et on Taccusa, non 
peut-etre sans raison, de s'etre laisse gagner par Tor de Fred6ric. 
D fut traduit devant un conscil de guerre, tandis que ses soldats 
rcst^rent h. Tarm^e.^) 

La guerre continua encore pendant trois ans jusqu'au traitfi 
d'Aix-la-Chapellc. Les Magyars profit^rent dc ce que Tattention 



^) La renommde des Pandours se r6pandit si rapidcment que le Roi de 
Prusse Youlut aussi en avoir un corps dans son arm6e. Nous connaissona 
cette imitation des soldats dc Trenck par un livrc intitule : Portraits 
des Hongrois, des Pandoures ou CroateSy des Waradins au Esclawh 
mens et des Ulans etc., qui sont au service de LL. MM, la Heine de 
Hongrie et le Boi de Prusse, dessinis d^apris la vie par des personnea 
de distinction. La Ilaye, 1742, 6 pi. in-fo et 1 fcuille de texte en 
iran^is et en hoUandais. 

^ Caplovifi raconte que le souvenir des Pandours de Trenck s'est conserve 
si vivant en Slavonic, que, de son temps, on donnait aux]recmes le nom 
de Baronovac, comme si elles eussent dH cntrer au service du fameuz 
baron. 



La Deputation aulique iUprietine, 123 

generate 6tait touniee vers les 6v^nemeiits du dehors pour porter 
le premier coup k rinstitution des Confins. 

lis obtinreut d'abord du Gonseil de guerre aulique un ordre 
qui transformait les regiments de la Croatie et de la Slavonic 
en regiments de ligue ordinaires. Serbes et Croates slemurent; 
on courut aux armes dans le g6n6ralat de Gomji - Karlovac, 
mais des mesures prises k temps par les commandants imp6riaux 
parvinrent k arrfeter le mouvement (1746). Les Serbes, qui gar- 
daient le souvenir des rescrits de 1743, se soumirent, et 
d'ailleurs, on reconnut k Vienne qu'on 6tait all6 trop loin et 
Ton restreignit I'effet de Tordonnance. Les seuls regiments dis- 
80US furent ceux de la Sirmie et de la Slavonic. Les comitats de 
Sirmie, de Pozega et de Verovitica (VerCcze) furent reconstitufes 
(1747). Novi Sad (Uj-Videk, Neusatz) fiit 6rig6 en ville Ubre 
royale (1748); trois ans apr^s, la mfime favour fut accordfie k 
Zombor. C'6tait une compensation donn6e k une partie de la po- 
pulation serbe, aux negociants surtout.^) 

Marie-Therfese, nous Favons dit, 6tait devenue plus favorable 
aux Serbes. Soit qu'elle eiit pour eux une bienveillance sincere, 
soit qu'elle voulftt seulement mettre en pratique le systfeme de 
bascule si cher au Cabinet autrichien, et songe&t k leur donner 
une compensation pour le toit que leur causait la dissolution des 
Confins, elle sembla s'appliquer k les prot^ger contre les vexa- 
tions des Magyars. 

Le premier acte que nous puissions citer dans cette voie 
fill la creation, en 1746, de la D6putation aulique „in 
„Transilvanicis, Banaticis et lUiricis",^ commun6ment appel6e 
Illyrische Hofdeputation.') Ce nouveau conseil succ6da k 
la Commissi neo-acquistica et eut des attributions bien 
distinctes de celles de la Chancel lerie hongroise, qui peu k peu 



') D^s Tann^e 1743, Szabadka avait H^ transform^e en YiUe privil6gi^, 
sons le nom de Maria-Theresiopel. 

*) Dans le langage administratif de cctte 6poqae, le mot tl/yrten d^signe 
d'one fa^on g6n^rale les Serbes de la Badka^ des Confins militaires et 
de la Slavonie et m^e les Roumains. Plas tard, il scrvit k distingner 
la langue ecrite par les aateurs de la Slavonie et de Ragnse de PidiAme 
croate proprement dit. Plus tard enfin, le nom d'lllyriens fut donn6 par 
L. 6aj aux Slaves du Sud: Slovenes, Creates et Serbes, qu'il esp^rait 
▼oir se r^unir an jour en une mc^me nation. 

■) C'est par erreur que M. Frdhlich (National' und Sprachenkarte, (Wieni 
1849| in-8y py 25), rapporte cette creation k Fannie 1760. 



124 Influence bienfaisimte de la D€putaHon4 

avait reussi a s'iinmiscer dans les ajBfaires exclusivement serbes. 
D6soimais la Deputation aulique fiit seule competente pour d^ 
Iib6rer sur tons les actes concemant „la nation rascienne ou il- 
lyrienne," et pour en faire rapport au souverain. Composee d'an- 
ciens conseillei's qui avaient reside au milieu des populations 
dont les int^rSts leur 6taient confies, et qui connaissaient leurs 
besoins, elle ofiErait plus de garanties qu'aucun des coi-ps admi- 
nistratifs precedents et, pour pen que Tesprit de justice pr^sidat 
k ses d61ib6rations, elle devait bientot amener une amelioration 
dans le sort des Serbes. 

Le comte Ferdinand Kolovrat qui, de 1746 h 1760, fut k 
la tfite de la Deputation aulique, s'attacha tout d'abord a com- 
battre les pretentions de la Chancellerie hongroise. Dans un ex- 
pose date du 27 aoiit 1748, il soutint avec force que les aflfaii-es 
de la nation illyrienne ne rentraient point dans les affaires hon- 
groises proprement dites, mais etaient du domaine politique au- 
trichien. Les Serbes relcvaient de rAutriche, non de la Hongrie.*) 
Les provinces meridionales avaient ete reconquises sur les Turcs 
par les armies imperiales et constituaient le patrimoine propre de 
la maison d'Autriche.^ 

Ce conflit profita aux Serbes, qui obtinrcnt quelques con- 
cessions sur le terrain religieux. Le patriarche Arsene Joanovic 
6tant mort le 0/17 Janvier 1748, deux mandataires de la nation 
se rendirent k Vicnne, pour demauder la convocation du Congrfes, 
auquel appartenait le droit de lui designer un successeur. La De- 
putation illyrienne admit la justesse de cette pretention (rapport 
du 9 mai 1748), et le general Engclshofen fut do nouveau in- 
vesti des fonctions de commissaire; mais, a la difference de ce 
qui s'etait passe en 1744, on ne lui adjoigiiit point de repre- 
sentant hongrois. On 6tait bicn aise a Vieune de tenir les Ma- 
gyars en 6chec, et c'etait aussi le seul moyen d'fetre equitable 
envers les Serbes. Avec une bienveillance a laquelle le Cabinet 
de Viennc n'avait pas habitu6 les populations slaves de la monar- 
chic et qui etait peut-etre un peu forcee, on recommanda au 
commissaire de retablir Taccord entre le siege metropolitain et le 
monastere de Bezdin, qui etait en lutre avec lui, et Ton trancha 



^) „Die illirische Nation selbsten ein Patrimonium domus Auitricieae and 

^nicht Begni Hungariae,"- 
*) Jire6ek, EierarcMef p. 22. 



Execution de la lot de I74I relcUive aux Coafins. \2b 

dans le sens le plus favorable la question de savoir si leCongr^s 
pouvait 6Iire un candidal unique k la dignite ecclcsiastique 
supreme, ou si, au contraire, il devait en presenter plusieurs a 
la sanction imperiale. Le droit pour le Cougres de faire une de- 
signation unique fut solennellement reconnu; mais, comme il ne 
fallait pas laisser oublier aux Serbes leur etat d'humble depen- 
dance, on eut grand soin d'ajouter que TEmpereur etait toujours 
le maitre de ne pas confiimer un candidat qui lui parai trait indigne.^) 

Le Congrfes se reunit au commencement de septembre 1748. 
Ses suffrages se porterent sur Isaie Antonovic, eveque d'Arad, 
mais celui-ci ne fit que passer sur le siege archiepiscopal. II 
mourut des le 22 janvier/12 fevrier de I'annee suivante. 

Un nouveau Congres fut alors convoque et s'ouvrit au mois 
de juillet 1749, en presence du lieutenant-marechal de Helfreich, 
a qui 6churent cette fois les fonctions de commissaire. L'eveque 
de Gomji Karlovac (Karlstadt), Paul Nenadovic, obtint la majo- 
rite des voix. Ce personnage fut plus tard au nombre des fami- 
liers de Marie-Th6rese.-) 

En dehors des affaires religieuses, la Reine echappa moins a 
la deplorable influence des Magyars. Ceux-ci la presserent d'exe- 
cuter integralement Taiticlc de la loi hongroise de 1741, relatif 
a la dissolution des Contins, article dont TeflFet avait d'abord cte 
suspendu, puis s'etait etendu aux seuls districts militaires de la 
Slavonie et de la Sinnie. Le Cabinet de Vienne ne crut pas pouvoir 
resister plus longtemps et prit successivement des mesures pour 
r6unir au comitat de Bacs les Confins de la Tisza (sauf quelques 
villages reserves au corps des Tchaikistes ou Pontonniers) et aux 
comitats d'Arad et de Csanfid, ceux de la Maros (1750). 

Comme on prevoyait Topposition des Serbes des Contins, ou 
comme ou disait, des Granzers, on permit a ceux qui voudraient 
continuer a faire le metier de soldat, de vcnir s'etablir dans le 
Banat. C'etait une etrange consolation. Pouvait-on esperer que 
cette population guemere supporterait sans plainte le changement 
qu'on voulait amener dans sa condition? II ne s'agissait de rien 
moins que de lui enlever les annes auxquelles elle tenait par tra- 



*) Jirecek, Uierarchie^ pp. 25 sq. 

*) Le Congrfes s'occapa en outre de Peveche de Marca qui fut supprimc 
et r^uni au diocese de Gornji-Karlovac. II fiit de plus convenu que, k 
la mort du titulaire, P^v^che de Kostajnica serait egalement supprim^, 
Voy. Jirecek, Hierarehie, p. 27. 



126 Irritation dea Series, 

dition et par exercice, et de la reduire en servage. En supposant 
qu'elle se r6signat a une nouvelle emigration, qu'elle consentit k 
quitter ses champs et ses chaumieres pour chercher plus loin un 
abri, ce n*6tait la qu'une ressource plus qu'incertaine. La loi de 
1741 n'ordonnait pas seulement la suppression des Confins de la 
Tisza et de la Maros, elle visait aussi Ics Confins du Banat, et, 
du jour au Icndemain, les habitants anciens ou nouveaux de cette 
province, pouvaicnt se trouver r^partis dans les comitats bOngrois; 
c'est ce que les Serbes ne voulaient point. 

Si I'Autriche s*etait boni6e a supprimer le regime exceptionnel 
des Confins, et k donner a ce territoirc une administration civile 
autonome, les Serbes eussent eu mauvaise grace a resister; mais 
le projet dont on poursuivait Texecution etait tout autre. C'est au 
profit des Magyars qu'on voulait ressusciter des comitats depuis 
longtemps disparus, et dont les Serbes avaient reconquis au prix 
de leur sang, I'emplaccment devenu deseit. Commc la noblesse 
locale avait disparu, c'est Tetat qui devait exercer les di'oits fe- 
odaux. On pouvait prevoir que I'administration de ces douiaines 
(Kameral-Verwaltung) serait bientot entre les mains des gentils- 
hommes magyai-s, et d'ailleurs nulle administration seigneui*iale ne 
pouvait fetre agi*6able a un peuplc qui voulait conserver sa liberte. 

On ne dut pas etre surpris a Vienne, ni en Hongrie 
quand on vit les soldats serbes refuser de rendre Icurs annes, dont 
ou voulait d'abord les depouiller, pour en avoir ensuite plus faci- 
lement raison. Une tentative de soulevement eut lieu, mais elle 
6choua, par defaut de direction et de concert pr6alable. Faute 
d'un meilleur asile, 2.400 families abandonnerent Icurs villages, 
passerent la Tisza, ou la Mai*os et vinrent se fixer dans le 
Banat. Les autres hesitaient sur le parti a prendre, quand une 
ressource inattendue s'offrit a elles. 

D y avait au sud-ouest de la Russic dc vastes territoires 
inhabites dont les Russes et les Turcs s'etuicnt longtemps dispute 
la possession. Par le traitc de Belgiade (1739), la Russie s'etait 
engag6e h, les rendre k PEmpire ottoman, mais sous divers pre- 
textes, elle avait differe cette restitution et rimp6ratrice Elisabeth 
6tait si pen disposee a Teffectuer qu'elle songea au contraire a 
peupler ces contr6cs d6sertes. Le m6contentement des Serbes fut 
pour elle une occasion excellente, qu'ellc ne laissa pas echapper. 
Elle connaissait la valeur des soldats serbes non seulement par la 
reputation europ6enne dont ils jouissaient, mais encore par les 



iJmigraium de Hrvat et de Tokolyi eti UuasU, 127 

services qu'ils avaient deja rendus a la Russie,*) et leur fit pro- 
poser de venir s^etablir h, Tombre de sa protection. Malgr6 la 
difficulte des communications, son oifre fut accueillie avec em- 
pressement. 

Le cabinet de Vienne fut impuissant a an*Ster remigration.*) 
Un premier detachement de plusieurs milliers d'individus se mit en 
raarche vers la Russie sous les ordres des capitaines Hi-vat et 
Tokolyi.') Ces premiers arrivants re^urent aussitot une organisation 
analogue a celle qu'ils possedaient dans les Confins hongrois; on 
en forma un regiment de hussards et un regiment de pandours 
reguliers. Us fiirent suivis, pendant les deux annees 1752 et 1753 
de nouvelles colonnes d'emigrants dirigees par Preradovic et Sevic. 
Les bistoriens serbes evaluent a 100.000 le nombre de leurs com- 
patriotes qui prirent le chemin de la Russie. lis 6taient, en tout 
cas, assez nombreux pour qu'un ukaze du 11 fevrier 1752 vint 
donner au pays oil ils furent cantonnes, le nom de Nouvelle- 
Serbie. 

Cette region se divisait en deux parties. La Nouvellc- 
Serbie proprement dite s'etendait, a Touest, depuis la rive droite 
du Dniepr, jusqu'a la Sinjucha, confinait, vers le nord, a la Pologne, 
et. vers le sud, a la Turquie ; elle avait pour ville principale Nov- 
gorod. L'autre partie, organisde en 1760, sous le nom de Sla- 
viano-Serbij a, s'etendait, surVautre rive du Dniepr, le long de 
la ligne de FUkrajna, et touchait aux Cosaques du Don; elle avait 
son centre a Bachmut. 

En souvenir du pays oii ils avaient vu le jour, les Serbes 
donncrent aux villages qu'ils fondfercnt les noras de ceux qu'ils 

^) D'apr^s Haxthausen (Studien uber Bussland, Hannover, 1847, 11, p. 217), 
rimp6ratrice Anne avait form6, d6s Tann^e 1727, un r6giment de hus- 
sards serbes. Ge regiment 6tait, non point un corps isol6, mais une co- 
lonie miUtaire ^tablic en Ukraine, etil s'augmcnta, en 1737, d'un nouveau 
contingent. M. Bidermanu qui a relev6 ce renseignement [loc, city 
p. 49, note 56) ne peut dire si ces premiers colons serbes venaient de 
la Hongrie, ou d^aiUeurs. 

') C'est ^videmment k tort, ainsi que le remarque M. Bidermann, que M. 
Schnitzler (VEmpire des Tsars, Paris et Strasbourg, 1862—1870, 11, 
p. 495) suppose qu'un accord intcrvint entre la Rusie ct FAutriche, au 
sujet de T^migration. 

') Ce Tdkolyi ou Tuke\ja etait peut-Stre le fils du Tukelja dont il est 
fait mention dans le chant populaire cit^ plus haut. — £n 1784, un 
Pierre Tdkdlyi 6tait lieutenant g^n^ral dans Tarm^e russe (Ellis, M^* 
moireSf m, p. 30). 



128 -^^^ emigres scrbes ae fondent avec ha Busses, 

avaient quittes. C'est ainsi que surgirent les villages de Peck a, 
Congrad, 6anad, Nadlak, Semlak, Vrsac, Eovin, 
Pancevo, Zemun, Slankainen, Kamenica, Vukovar, 
Martonos, Kaniza, Zenta, Bece Feldvar (Foldvar), 
Zombor, Varazdin, Mokrin, Subotica, etc. Leur organi- 
sation en regiments ayant 6te copiee sur le modele autricliien, 
les Serbes parent croire qu'ils n'avaicnt point change de patrie. 
II n'est pas jusqu'a I'arrivec de colons roumaius et nieme nia- 
gyars qui ne dut leur faire illusion a cet egard.*) 

Quelques Serbes de la Montague Noire et de THerzegovine 
prirent a leur tour le chemin des steppes russes ; ils furent suivis 
a diverses reprises de contingents bulgares bien importants, en 
sorte que la Nouvelle-Serbie se peupla assez vite. Hrvat, devenu 
major general, fonda Jelysavetgrad et rendit a Tempire des ser- 
vices signales, notamment pendant la guerre de Sept-Ans. Plus 
tard, il tomba en disgrace et mourut dans la retraite en 1780.*) 
Sa famille existe encore en Russie. 

Les emigres serbes conserverent assez longtemps leur indi- 
vidualite distincte, mais la population russe s'6tant fortifiee autour 
d'eux, ils durent perdre peu-a-peu les traits particuliers de leur 
langue, signes distinctifs de leur origine.') En 1842, §afarik, dans 
son Ethnographic slave (Slowansky Narodopis),en eva- 
luait encore le nombre a 100.000 individus,*) mais, depuis lors, 
la decroissance a 6te rapide. M. Schnitzler, en 1862, ne trouve 
pas en Russie plus de 1400 Serbes, dont moins de 1000 dans 
le gouvernement de Jekaterinoslav. 



^) Aujourd'hui encore, M. d'£rckert lvalue k 13.000 les Roumains qui se 
trouvent dans le gouvernement de Jekaterinoslav. Les Magyars, qui ne 
durent jamais etre qu^en tres-petit nombre, ont disparu. 

^) Les Memoires de la Princesse Daskov nous repr^sentent Hrvat sous un 
jour peu favorable. II se serait approprie les sommes destinies au d^- 
veloppement de la colonisation, et aurait par ses exactions emp^ch^ de 
nouveaux emigrants de venir se iixer en Russie. Voy. Memoires de la 
Frincesse Daschkoify dame d'honnewr de Catherine U, publ. par Mrs. W. 
Bradfordt, trad, de Panglais par M. Alfred des Essarts. Paris (Leipzig), 
1859, 4 vol. in-12; T. I, pp. 89—92. 

') La NouveUe-Serbie avait 6t6 dissoute des Tann^e 1764 et annez^e au 
gouvernement de la Nouvelle-Russie. 

') Dans la carte jointe k cet ouvrage (Slovcmsky Zemivid), il indique avec 
soin les Umites des 6tablissements serbes et la plupart des villages 
4num4r6s ci-dessus. 



Besultat dc V emigration serbe, 129 

En perdant leor nationality, les Serbes de la Russie n'ont 
pas cess6 d'etre slaves ; ils n'ont fait que se fondre dans la grande 
famille russe dont ils etaient les proches parents; ils n'ont point 
succombS sous les coups des Magyars et ont 6chapp6 ik Tinfluence 
d6sastreuse des Allemands. 



V- 



Depois r^migration de TOkolyi et de Hrvat en Russie, jusqu'k la concessioii 

aox Serbes dea droits civils (1761—1791). 



L'^venement justifia vite les apprehensions qui avaient d6- 
tourne beaucoup de Serbes des Confins de la Maros et de la Tisza 
dc venir s'etablir dans le Banat. Un an s'^tait k peine 6coul6 
depuis la suppression de ces premiers rfigiments, qu'un ddcret de 
Marie-Th6rfese, intervenu a la date du 21 septembre 1751, d6- 
clara que Tadministration du Banat serait k ravenir toute provin- 
ciale, c'est-Jt-dire qu'elle cesserait d'fttre partagee entre rautorit6 
militaire et la Chambre aulique. Provisoirement on adopta an 
terme moyen ; les comitats ne furent pas r^tablis et le lieutenant- 
mar^cbal baron d'Engelshofen resta a la t^te de la province, en 
quality de gouvemeur civil.*) Malgr6 ce temp6rament, il 6tait 
ais6 de prevoir que les Magyars feraient bientot triompher toute 
leurs pretentions. 

Alors se produisit cette recrudescence d'^migration dont il 
a 6te question a la fin du Chapitre precedent. Les Serbes prirent 
en si grand nombre le chemin de la Russie qu^on s^en inqnieta 
k Vienne. Marie-Therese se vit contrainte d'arrSter ce mouvement 
par un acte solennel. Telle fut Forigine de la patente du 23 octo- 
bre 1751, connue sous le nom de Versicherungs-Patent 

Voici le texte de ce document: 

„Nos Maria-Theresia . . . Omnibus et singulis praesentes 
^Nostras visuris, lecturis, aut legi audituris, Gratiam Nostram Cae- 



>) Yoy. B6haL Geschichte des Temeser BanatSf 1, p. 258, note 8, 



Patente impMaJe de 1751. 131 

„sareo-Regiam, et omne bonum, vobis signiticantes : Cum provida 
^Nostra benigna Matema cura ad omnes, quotquot Nobis subsunt 
apopulos sese extendat, nihilque naturale magis sit, quam ut con- 
sfiniaiii milites in Imperii Nostri confiniis coUocentur, ibidem tarn 
„pro propria, quam pro communni salute libertate ac securitate 
^excubaturi, prouti Invitatoriis Divi Leopoldi Avi Nostri glo- 
„riossimae memoriae Literis anno 1690: promulgatis discrtim san- 
„citum reperitur. Hinc mutato insigniter limitum, qui tunc erat, 
„statu, justis Statuum et Ordinum Inclyti Hungariae Regni precibus, 
„Nobis pro incorporatione Marosiensis et Tibiscani Districtuum 
^decenter supplicantium deesse baud potuimus. Non tamen ideo 
„mens Nostra unquam fuit, aut etiamnum est, aut imposterum erit, 
^concessis ab Augustis Praedecessoribus Nostris, et a Nobismet 
nipsis solenniter confirmatis Rascianae Gentis Graeci Ritus privi- 
^legiis ullum, vel mininum praejudicium afferre, sed potius de 
^eadem Gente illos, qui laudabili aemulatione, fide, obsequio, for- 
^titudine, et militaris artis peritia aliis antecellere satagunt, con- 
odigne remunerari: prouti luculentum singularis Nostri erga prae- 
,fatam Gentem affectus documcntum concesso eidem novo Tergesti 
^stabilimento baud ita pridem dedimus.^) Itaque illubentes intel- 
^leximus, inquietos in eadem concitatores baud deese, qui violata^ 
^quam Nobis jurarunt, fide, aliis persuadere allaborant, ac si oppres- 
„sionis periculum illis immineret. Sicuti enim tale quid a Clemen- 
^tissimae Principis Dominae ac Matris sensibus quam longissime 
„alienum est; ita nee patiemur unquam, ut uUus de eadem Gente 
^fidus subditus a quopiam contra indulta privilegia opprimatur, aut 
„ad amplectandam Unionem vi adigatur: de qua benigna simul et 
^enixa voluntate Nostra omnes et singulos quam securissimos esse 
^cupimus. Unde sponte sua fluit, Nos proprio motu fuisse sollicitas, 
, sicuti etiamnum sumus, ut illis, qui post subsecutam Marosiensis 
„et Tibiscani Districtuum incoi-porationem ibidem diutius commo- 
„rari recusarunt, de aliis aeque commodis laribus in Imperii Nostri 
,finibus juxta primaevi instituti rationem provideatur, ibidem autem 

En 1751, Marie-Th^r^se permit aux Serbes et aax Grecs dc Trieste de 
BC constituer en commimaut^ religieuse; elle leor accorda le libre exer- 
cice de leor cnlte et autorisa les manages mixtes, pourvn que les en- 
fants fiissent catholiqaes. Voy. Storia cronografiea di Trieste del canonico 
D. Yincenzo Scnssa, cogli Aiinali dal 1695 al 1848 del procuratore 
civico cav. Pietro Dr. Handler ; Trieste, 1863, in-4*, p. 158, et un ar- 
ticle de I'archimandrite Da6ic, ins6r6 dans le riacuK, T. XXXVI, 1869, 
pp. 1—19. 

9* 



X32 PcUenU imperiaU de 175L 

„maiiere volentibus, nihil quisqaam de immunitatibus et privil^iis 
^dccedat, quae per confirmatorias Literas Nostras in arce Nostra 
„Rcgia Pragensi die decima octava mensis Maii ddo. 1743: datas 
„eidem Genti Graeci Ritas in Comitatibus quoque et Partibus Begni 
„Nostri Hungariae, nbi ilia degit, asserta fuenint. £t ue hac qui- 
„dem singularis utut Caesareo-Regiae benevolentiae Tessera con- 
„tentae, devinciendis porro animis iisdem immunitatom harum et 
nprivilegiorum extensionem offeri fecimus, quam magna illonim 
„pars quam lubentissime accepit. Penes unumquemque proinde ex 
npraedictorum Districtuum incolis st«tit, vel banc vel illam sortem 
„eligere, curaeque Nobis erit, prouti nunquam non prius jam 
„fuerat intentio Nostra, ut illis, qui primam elegerunt, sufficiens 
„tam pro laribus suis, quam pro sustentatione spatium in Confiniis 
„assignetur, ea primaevo instituto consona lege, ut ibidem in mi- 
^litari arte strenue sese excrceant, et Munia militaria diligenter 
„obeant. Quemadmodum vero declaratione hacce Nostra penitus 
„exhaurimus, non modo quidquid ab indulgentissima Principe fidus 
„subditus supplex expetere sed et quidquid bellicosa niyrica Gens 
„ Graeci Ritus votis suis exoptare potest, ita vicissim severe contra 
„eos animadvertere constituimus, qui, eadem posthabita, refracta- 
„riatus aut concitationis crimen incurrent, ac proinde eo ipso sese 
„concessis privilegiis omnino indignos reddent ; nimis leniter quippe 
„erga pravos agendo, concreditae Nobis a Divino Numine siipremae 
„potestati ac muneri deforemus. Cumque concessorum Genti Ra- 
„scianae privilegiorum prima basis sit, ut ilia non solum erga Nos, 
„sed ct Augustam Domum Nostram in illibata fide et devotione 
„perseveret, integrum Nobis non est, ulli, quod huic condition! 
„consonum baud sit, desiderio assentiri Nee dubio locus esse 
„ potest, quin, dummodo sufficiens pro habitatione et sustentatione 
„ spatium assignetur, determinatio loci in Confiniis unice a summo 
„Reginae ac Dominae arbitrio, non autcm a pervicaci subditorom 
„selectu dependere debeat. Sciant proinde omnes et singuli saepe 
„memoratorum Districtuum incolae, cujuscumque qualitatis, aut 
„conditionis sint, ct sive etiamnum ibidem degant, sive alio sese 
Jtunjam contulerint, quod juxta praefatas justitiae et aequitatis 
„regulas indubia poena renitentes, gratia vero Nostra obsequentes 
„sit mansura. Atque haec est non minus benigna, quam seria vo- 
„luntas Nostra, ubicumque e re visum fiierit, cum in finem pro- 
nmulganda, ut ad omnium eorum, quorum interest, perveniat. Da- 



Conference relative aux affaires serhes. 133 

^bantur ... in Civitate Nostra Vieniiae die vigesima tertia Mensis 
^Octobris, Anno millesimo septingentesimo quinquagesimo primo .^y 
Par une derogation curieuse aux regies etablies en 1746, la 
patente avait 6t6 61abor6e, non point par la Chancellerie illyrienne, 
mais par la Chancellerie hongroise, dont le president, le comte 
Leopold de Nadasd I'avait contresign6e. A I'intervention des Ma- 
gyars etaient dus sans doute le ton hautain et les menaces qui 
per^ient dans la redaction des demiers paragraphes. Les re- 
proches k la fois imm^rit^s et inutiles que la Beine semblait a- 
dresser aux Serbes, les doutes qu'elle 6mettait indirectement sur 
leur fidelite, n'6taient gnhre propres k calmer I'efifervescence qu'elle 
s^etait propose d*etoufifer. L'6migration vers la Bussie suivit son 
cours et Marie-Therfese fat forc6e de convoquer une conference 
diargee de rechercher les causes de cette emigration et de Tar- 
rfiter (4 juUlet 1752). 

M. Nikolic*) a eu sous les yeux le proems -verbal de cette 
conference k laquelle prirent part des deiegues du Conseil de 
guerre de la Cour, de la Chancellerie hongroise et de la Depu- 
tation illyrienne, et il en cite de curieux passages. Ce qui do- 
mine dans ce document c'est I'hypocrisie avec laquelle on feint 
de s'interesser k ce peuple serbe que Ton abhorre. Les commis- 
saires lui veulent tant de bien qu'ils se preoccupent de le proteger 
contre les exactions de ses propres chefe. Ds s'en prennent sur- 
tout aux evfeques du rite oriental, qui se montrent sourds aux 
reclamations de leurs ouailles et donnent lieu k de justes plaintes. 
n faudrait rappeller ces evfeques a I'observation de leurs devoirs, 
k lamodestie, k Thumilite dont ils ne devraient point se departir. 
Les autorites hongroises ont la charge de veiller k ce que ces 
abus prennent un tenne et, de la sorte, I'emigration s'arretSra; 
Ton n'aura point k redouter les consequences de I'etat de choses 
actuel. 

Ainsi, les evSques serbes sont seuls responsables des souf- 
frances de leur nation 1 Les commissaires se gardent bien de faire 



^) Nona reprodnisons ce document en entier par ce quMl n'a M pnbU6 
que par M. I. Nikolic (Bofiso^CTBo, pp. 41—47) ; M. Szalay (8gerh. TeUp,, 
pp. 58— -61; Bechtsverhdltn., pp. 61 — 54), s'est contents d'en traduire 
les principaox passages d'apr^s one copie manascrite consenr^e au Mus6e 
national de Pest 

*) BoiB04cno, pp. 52 sqq. 



134 -^ Series sont chcisses du monast^e de Mar6a, 

mfeme une allusion aux persecutions exerc^es par les 6v6ques ca- 
tholiques et par les fonctionaires magyars. 

NuUe mention des excfes commis k Nagy-V4rad, en Sla- 
vonie et ailleurs ; rien qui puisse fairc supposer que la dissolution 
des Confins, Textension donn^e aux comitats aient pu exciter le 
m^contentement des SerbesI 

A la suite de Tavis donn6 par la Commission, une ordon- 
nance rendue exclusivement contre la Bussie, pronon^a les peines 
les plus 6§vferes contre ceux qui chercheraient k enrSler des emi- 
grants. Une prime de 24 florins par tSte fut allou6e aux d6non- 
ciateurs.^) 

La Chancellerie hongroise mit un veritable achamement k 
poursuivre les Serbes. Dans une s6ance tenue le 26 novembre 
1754, elle voulut faire pr6valoir cette idee deji ancienne que les 
privileges de Leopold ne devaient s'appliquer qu'aux descendants 
des Serbes immigres sous son rfegne. Le comte de Konigsegg-Eszp, 
president de la Deputation illyrienne, prostesta contre cette in- 
terpretation, mais eut grand peine a faire prevaloir son avis a la 
Cour.^) La Deputation illyrienne perdait chaque jour du terrain 
devant les pretentions croissantes de la Chancellerie hongroise; 
elle n'eut bientot plus le droit d'eiever la voix,*) ou ne put feire 
prevaloir ses conseils que d'une fagon tout-k-fait illusoire. C'est 
ainsi que le decret administratif rendu sur sa proposition le 29 
ao6t 1752, pour prononcer I'admission des Serbes aux emplois 
publics, demeura lettre morte.*) 

Le clerge catholique, sentant bien qu'il serait soutenu, con- 
tinua ses empietements. En 1753, le general Petazzi s'empara du 
monastere de Marca, en chassa les moines qui durent se refiigier 
k Lepa-Vina, et le remit aux prfetres grecs-unis. qui Tout garde 
depuis. En vain des protestations se firent entendre. Un soul&- 
vement etait imminent lorsqu'une mesure administrative qui pa- 
rait bien inoffensive, un changement d'uniforme qu'on voulut im- 
poser aux soldats des Confins, en leur faisant quitter le costume 



') Ign. Kassics, Enchiridion, seu Extractus benignannn Normdhum (Pest, 

1826), I, pp. 6, 94, 98. 
*) Bartenstein p. 104. 
") Bartenstein lni-m§me (p. Ill) se plaint des entrayes apportdes k I'acticm 

de la D6patation. 
') Voy. Fraas, Topographie der Karhtddter MtUtargreme (2. Aofl., Agramj 

1860), p. 174. 



RivoUe dans les Confim croates 135 

oriental des Pandours, pour celui des troupes de ligne, mit le 
comble au m§contement populaire et amena une revolte. 

Le mouvement se produisit au mois de Janvier 1755 et me- 
na^ aussitot de prendre de grandes proportions. Les Grenzers de 
Krizevac (Ereutz) donn^rent le signal. Le 25 Janvier, huit officiers 
qui s'effor^aient de r^tablir Tordre fiirent massagr^s et les insurg^s, 
auxquels vinrent se joindre en foule les paysans des comitats 
voisins, exasp^r^s par la cupidit6 des propri^taires, se r^pandirent 
dans le pays. L'^tablissement des Jesuites It Stanidi, pr^s de Ka- 
pela (Capella), dans le regiment de Saint-Georges, le ch&teau de 
r^v^ue de Zagreb k Gradec, au sud de Krizevac, dans le comitat 
de m6me nom, et, s'il faut en croire Katona,^) trente autres cha- 
teaux devinrent en pen de jours la proie des flammes. Les com- 
missaires imp6riaux, envoy^s sur les lieux, furent menac^^ de 
mort; Tun d'eux, Widmann fut effectivement tu6, ainsi que deux 
Croates hostiles aux paysans, Eercelid et Zakjevid. Les bandes 
insurgies, comptant prfes de 20.000 hommes choisirent pour chef 
le colonel Kengyel. Leur triomphe 6tait assure si les seigneurs 
croates n'avaient appel6 les Magyars k leur sec ours. 

A la premiere nouvelle des 6v6nemcnts, les Etats de Croatie 
et de Slavonie se r6unirent et, jusqu'au mois de juillet 1755, tin- 
rent de fr^quentes conferences „in merito tumultuantium, primum 
^quidem Generalatus Goniiniariorum, dein vero etiam tractus Trans- 
^loniensis et respective Podravani') Rusticorum.*)" Le comte Dras- 
kovics, propri^taire de Veliki-Bukovec, de Dubovica et d'autres 
villages dont les paysans s'dtaient revoltfis, prit la direction des 
operations avec un ardeur d'autant plus grande, et grace aux 
troupes hongroises qu'on lui adjoignit, parvint k r6tablir I'ordrc, 
non sans exercer des reprisailles. 



») Katona, Hiataria critiea Reg. Bung., T. XXXIX, pp. 632-643. 

*) Le Traetus Trans-Lonieims est appel6 ainai de la Lonja, petite ri- 
Yi^re qui, sar nne assez grande ^tendae, court paralldlement k la Saye 
et forme an centre de la Croatie une region mar^cageuse appel^e 
Lof^sko-Polje, Les tripotages financiers auxqnels le pr6tenda dessd- 
chement de ces marais a donn6 lieu, sous la trop c^Ubre administration 
da ban Rauch en 1869, out fait connaltre le Lanjeko-Polje en dehors 
mtoe de la Croatie. Le Traetus Podravanus est le pays situ6 sur les 
bords de la Drave. 

•} Knkuliievic Sakdnskii Ji4ra CroaHae^ DahnaUae et Slawmiae (Zagrabiae, 
1862, 3 ToL in-4'0, T. II, p. 170. 



136 Bariensiein. 

Marie-Th^r^se comprit qu'une r6forme dans la condition des 
paysans croates ne pouvait pas 6tre ajoum^e, et, k la date da 
15 mars 1756, sanctionna un nouvel nrbarium pour les comitats 
de Sirmie^ de PoJega et de Verovitica.^) L'intention 6tait bonne; 
malheureusement la Reine suivit, dans la redaction de ce d^cret 
les conseils d'un grand seigneur magyar, le comte Antoine Erdody, 
que ses exactions avaient fait ex^crer de ses vassaux croates. 

Comme on Ta d^jk vu, ce n'est pas seulement en Groatie 
que la rigueur du servage et les persecutions religieuses exci- 
taient le mficontentement du peuple. A Nagy-Vdrad, les violences 
de r6v6que Forgdcs provoquferent un tel tumulte qu'une commis- 
sion d'enqufete dut y fetre envoyfie (1754). Cette commission 6tait 
compos^e de Tarchev^que de Ealocsa et des g^n^raux de Yille 
et Hadik. Le M^tropolitain serbe fut autoris6 k envoyer de son 
cdt6 un d£16gu£ ad audiendum et informandum, etchargea 
de cette mission Farchimandrite Molise Putnik. L*archev6^ue de 
Ealocsa ayant ^t^ retenu par une indisposition, le comte Em^ric 
Battydnyi le remplaca dans ses fonctions de president. L'enqu^te, 
commenc6e en 1756, s'6tendit k 170 villages, et donna des rfeul- 
tats tout autres que ceux que la Cour avait esp6r6s. Le proc^- 
verbal releva dans toute I'etendue du diocese 8.667 pferes de &- 
mille et 14.420 enfants, sur lesquels 255 p^res de famille et 431 
enfants seulement adh^raient k Tunion, au moins de nom. On put 
constater que ces deux parties de la population 6taient 6galement 
ignorantes; aussi proposa-t-on dc condSer leur instruction aux J6- 
suites, dont les saintes predications cultiveraient leur esprit, en 
m6me temps qu'elles sauveraient leur kme. 

Tons ces faits trouv^rent un censeur eclair^ dans le baron 
de Bartenstein, qui avait quitte, en 1753, le poste de secretaire 
d'£tat et fut appeie, en 1760, k remplacer le Comte Eolowrat 
comme president de la Deputation illyrienne.*^ Bartenstein, esprit 
eieve mais caractfere impitoyable, est peut-fitre plus encore que 
Eaunitz, le type des ministres autrichiens au X'^II* si^cle. Pour 
lui, TAutriche est et doit etre allemande, mais elle ne doit pas 
negliger de s^imposer de plus en plus aux peuples etrangers k 



>) Yoy., k ce 8i:uet, Part Xm de la loi create de 1766, ap. Eakayeri^ 
loe. citf n, pp. 172 sqq. 

*) M. Sandi6 a reprodnit, en tdte de sa traduction dn M^oire de Bar- 
tenstein (pp. XXX sq.), d^apr^s le Kais. Hof'SehemoHsmus de 1760, la 
liste des membres qni composaient alors la Deputation. 



Le Rapport de Bartenstein hut la nation tllyrienne. 1 37 

TAllemagne qui font partie de sou empire. II importe seulement 
qu'elle sache bien discerner les moyens les plus propres a at- 
teindre ce but; or, la douceur, Tadresse, la persuasion, la ruse 
font plus d'ordinaire que la violence; ce sont les moyens que 
Bartenstein pr6conise. 

L'ancien secretaire d'Etat developpa ses vues dans une s6rie 
,de m6moires qu'il 6crivit de 1754 h, 1762 pour Tinstruction de 
Joseph n. Au nombre de ces memoires se trouve le Bapport 
sur la nation illyrienne^) que nous avons eu souvent 
Toccasion de citer. Bartenstein mit la demifere main i ce travail 
an mois de Janvier 17G1; il avait eu k sa disposition tons les 
documents r6unis aux archives de la Deputation, ce qui lui per- 
mit de presenter un resume trfes-int6ressant de Thistoire des Serbes. 
Dans ce r6cit, il n'a devant les yeux que rint6r6t unique de la 
politique autrichienne, c'est-a-dire allemande. II bl2jne les exac- 
tions dont les Serbes ont 6te victimes, non point parce qull les trouve 
injustes, mais parce qu'elles lui semblent avoir ete inutiles. C'est 
aussi le sentiment etroit du bien de TEmpire qui le porte ^ re- 
connattre les services signal6s rendus par la nation illyrienne & la 
dynastie des Habsbourg. En d^pit de ces merites, qu'il se plait 
i, mettre en lumiere, il approuve la suppression de tons les privi- 
leges conc6d6s par Leopold, parce que ces privileges eussent pu 
assurer I'existence propre de la nation illyrienne, au lieu d'en 
faire un peuple conquis et docile. 

Bartenstein ne s6pare pas les questions serbes des affaires 
g^n^rales. II s'occupe de Teffet que les mesures prises par la Cour 
pourront produire k Tetranger. Comme il sait que la Russie s'in- 
t^resse aux Serbes, ses coreligionnaires, il veut qu'on les m6nage, 
sortout en matifere religieuse. II a fallu, dit-il, k propos des vio- 
lences qui amenferent I'^migration de 1751, il a fallu bien de la 
peine et du travail pour apaiser le grand mecontement qu'elles 
ont cause h, la Cour de Russie et pour ecarter la demande que 
fit cette Cour d'une emigration plus considerable, qui eut et6 trfes- 



Kwreer Bericht von der BescTMffenheit der zerstreuten gahlreichen iUy» 
risehen Nation, etc, Gomment se fait-il que M. Ameth qui a consacr6 
k Bartenstein one longne notice et a public un autre travait de cet 
homme d'etat, ^crit dans les monies circonstances, n'ait pas mtoe cit6 
le memoire sur leg Serbes? Voy. Johann Chriatoph Bartenstein und seine 
Zeitf von Alfred Ritter von Ameth. Wien, Gerold, 1871, in-8. (Extr. de 
rAtdnv far Osterreiehisehe GeschichU, T. XLYI, pp. 1—214). 



138 ^ Cabinet de Vi^me s^tfforce de admer Us Serhes, 

funeste, et la Prusse et FAngleterre ont su a merveille exploiter 
ces circonstances d6favorables."*) 

Les principes qui guidaient Bartenstein trouvferent de r^cho 
chez Joseph 11, k qui les m^moires de ce ministre 6taient de- 
stinfis.*) 

Le fils de Marie-Th6rfese poussait encore plus loin que son 
mattre Tamour de la germanisation, mais du moins ses id^es hu- 
manitaires le mettaient au-dessus des mesquines persecutions dont 
les Serbes avaient eu si souvent k se plaindre. 

L'attitude conciliante recommand6e par Bartenstein parut 
d'autant plus n6cessaire qu'on 6tait k la veille de graves 6v6ne- 
ments. La guerre, cette guerre de sept ans qui fonda la grandeur 
de la Prusse aux d§pens de I'Autriche et de la France, pouvait 
rendre le concours des Serbes indispensable, et I'on dut s^efforcer 
de les calmer par de bonnes paroles. Le Cabinet de Vienne les 
prodigna, en m6me temps que, avec sa duplicity habituelle, 11 
laissait organiser des missions dans le diocfese de Nagy-Vdrad,*) 
et qu'il adoptait des mesures s6vferes pour rendre impossible 1*6- 
migration vers la Russie. 



') Bartenstein, p. 39 ; trad., p. 31. 

*) Dans le m^moire in^dit public par M. Ameth, Bartenstein parle encore 
des Serbes, et void en quels termes: 

„Soyiel nun die Illyrischc Nation anbelangt, hat dieselbe onstrittig 
unter der nonmehrigen glorwArdigsten Regierong noch wdt mehr als 
yorhin sich yerdient gemacht, and dannoch ist sie mehr als yorhin 
immerzu angefochten worden. Ich bin nngemein weit entfemet Ihr fiber 
die Gebuhr das Wort zu sprechen, sondem vielmehr yon der Noth- 
wendigkeit aberzenget, einen jeden von Ihr, der Nation, er seye geist- 
oder weltlich, militaris oder Provincialis, scharff zn bestraffen, wann er 
ansser denen Schrancken der Treu und des Gehorsams im mindcBten 
schreitet. 

„Allein glaube untereinstem nicht, dass man einem wiedrigen Yor- 
nrtheil oder Argwohn statt geben mOge, ohne die Sach mit aller Yor- 
sichtigkeit von erfahrenen Lenten ontersuchen zn lassen, noch jemanden 
nngehdrt zn yerdammcn. Dann mir leyder ans einer yielftltigen £r- 
fahmng in Uebermass bekannt ist, dass man jezuwcylcn von der Gewiss- 
heit eines Argwohns innerlich vollkommen aberwiesen seyn kan, der 
gleichwohlen an sich keinen standhafften Grand hat" Ameth, Bartm- 
stemj p. 212. 

") Les habitudes despotiques des pr^lats magyars produisaient toiyours 
des r^sultats contraires k ceux qu'ils poursuivaient C'est ainsi que, en 
1763, les Serbes magyaris6s de Ricz-Dorog, dans le district des Hal- 
doukesi irrit^s de yoir avec quelle hauteur F^y^ue d'Eger (Erlaa)i 



Bielamations des ^<xts croates, 139 

Les Serbes ne furent pourtant pas appel^s k prendre uue 
part active k la guerre de sept ans. Laudon commanda bien quel- 
ques troupes hongroises et croates, mais ce fiit un fait exception- 
nel. Les Autrichiens seuls se battirent, k c6t6 des troupes fran- 
^aises, pour cette querelle d'AUemands, dont les Slaves de la 
Sil6sie furent les victimes ; mais, comme on ne pouvait pr6voir la 
dur^e de la lutte, Marie-Th6rfese Youlut se mettre en communi- 
cation aves les repr^sentants de ceux de ses peuples, qui n'6taient 
pas compris dans FEmpire. A la date du 2 mars 1764, elle con- 
voqua la Difete hongroise pour le 17 juin de la m§me ann^e. 

Au nombre des affaires sur lesquelles la Di^te devait statuer 
se trouvaient les reclamations des Etats de Croatie et de Slavonie, 
reclamations dont plusieurs articles etaient relatifs aux Serbes. 
On salt d6ji comment la noblesse croate, indiff6rente aux v6ri- 
tables int6rfets du pays, 6tait r6duite k n'fetre plus qu'un instru- 
ment dans la main des Magyars et des J6suites ; loin de chercher 
k eclairer le peuple, k le rapprocher des Serbes, ses fr^res, elle 
s^effor^ait de semer entre les deux branches de la mftme famille, 
cet esprit de defiance et de haine, dont les effets se sont fait 
sentir pendant si longtemps. Avec une persistance bien digne des 
J^suites qui les inspiraient, les Etats croates revenaient encore 
sur cette malheureuse question religieuse, cause de tant de dis- 
cordes et de persecutions. 

„L'identit6 des croyances, disaient-ils, dans leurs cahiers, 
est le lien le plus solide des &mes et le garant de Tunite domes- 
tique, d'oii depend principalement le bien de la patrie; nos an- 
c^tres nous Font appris par un usage seculaire, de mfime que 
beaucoup de pays ont pu reprouver par I'exemple du contraire. 
C'est pourquoi les fitats de ces Royaumes (de Croatie et de Sla- 
vonie) supplient Votre Majeste de daigner confirmer Particle XL VI* 
de la loi de 1741, ainsi que les autres articles qui y sont vis^s, 
afin qu'en consequence les adherents de reglise catholique-ro- 
maine aient exclusivement le droit de detenir des biens-fonds 
dans ces royaumes, et afin que Taction accordee k toute personne 
noble de la religion catholique-romaine , centre les adherents 



Charles Eszterh&zy, traitait T^y^qae grec-oni de Munkdcs, Simeon 0- 
savski, dont ils avaient rcconnu la juridiction, firent retoor k I'^lise 
orlentale. Basiiovics, Brevis NoHUa fi4ndati(mi8 Theodori KoriiUhO' 
vUs, lY, p. 41. 



140 H^cUmaUon des ^tats creates, 

d'autres cultes qui sont en possession desdits Wens, demeure 
ouverte. Que, jusqu'a Tex^cution de cette lot, les detenteurs de 
biens-fonds de religion grecque non-unie soient soumis comme les 
autres propri6taires k la juridiction des Comitats, et que, dans 
les afifaires civiles, il soit prononce par les Comitats et non par 
les agents de la Cour." 

Comme la jalousie des propri6taires croates contre les pro- 
pri6taires serbes e6t paru trop visible, les Etats insistaient encore 
k la tin de leur memoire sur le motif purement religieux qui les 
faisait agir. „Le plus grand malheur, ajoutaient-ils, est Tfinorme 
extension que prend le schisme. L'article XL VI* de la loi de 1741 
a bien dispos§ qu'il est interdit au M6tropolitain grec non-uni 
d'exercer aucune juridiction sur le clerg6 et le peuple de ce culte 
dans toute Tfetendue de ces Royaumes; et pourtant, si nous con- 
sid§rons que trois puissants §v6ch6s ont 6t§ fond6s au milieu de 
nous, a Plaski,*) a Kostajnica et k Pakrac, 6vfech6s qui, au dire 
mSme des Strangers, rivalisent d6ji avec les ndtres; si nous con- 
sid6rons tons leurs monast^res, la foule toujours croissante de 
leurs popes, les titres de comte et de baron conf6res k des gens 
de ce culte et, ce qui est plus douloureux encore, les lettres de 
noblesse accord^es a des individus de cette espfece, et en vertu 
desquelles ils deviennent habiles k poss6der des terres, le nom 
qu'ils ont pris de Nation illyrienne, la concession qui leur 
a 6t6 faite d*une administration cre6e en opposition avec nos lois 
et nos autorit^s, et qu'on appelle la D6putation illyrienne, 
et, comme consequence, les progrfes surprenants de toutes leurs 
affaires, progrfes contre lesquels nos autorit^s, nos administrations, 
nos lois municipales ne nous protegent que faiblement ; si nous nous 
arrfetons a tout cela, nous serons convaincus que ce schisme Stran- 
ger (comme le prouve Particle XTV* de la loi de 1604), se trouve 
d6ji presque sur le mfeme pied que la religion qui domine dans 
nos Royaumes. Ce n'est done pas sans fondement que nous crai- 
gnons de voir ce corps immense, qui s'etend depuis la trontiire 
moscovite jusqu'i TAdriatique et auquel I'autorite du M6tropolitain 
donne de la cohesion, se d6velopper de telle sorte que, dans la 
suite des temps, il etoufferait notre foi et notre pays. Ces craintes 
sont surtout provoqu6es quand nous r6flechissons a runion re- 



>) Plaski, Tillage 8ita6 an sad-est d'Ogolin. L'^y^qae de Gongi-Earlovac 
y reside encore aigonrd'hai. 



Inamte des reclamationa croates, 141 

doutable de ces Schismatiques avec Tannde. Leurs mt6r6ts sont 
tenement confojidus que d'une part Tautorite iiiilitairc est habitude 
a reculer ses limites en profitant des violences des Schismatiques 
tandis que, d'autre part, les Grecs non-unis etendent de plus en 
plus leur centre d'action, a I'ombre des forces superieures de 
Tarmee ..." 

M. Szalay, qui a retrouv6 ces dol6ances des Croates, les re- 
produit avec une complaisance que sa haine centre les Serbes 
explique de reste ;^) aussi se garde-t-il bien de relever les erreurs 
historiques 6chapp6es au redacteur de ce document. Comment, par 
exemple, les Croates 6taient-ils autorises k se plaindre en 1764, 
de revfech6 grec de Plaski (autrement appele de Varazdin, de Marca, 
de Lepa-Vina, ou de Severin, suivant que la persecution forgait 
r^veque a r6sider dans un lieu, ou dans un autre), alors que, des 1749, 
ce diocese, devenu vacant, avait ete r6uni a celui de Gomji-Kaiiovac? 
Comment parler des convents, apres que le monastfere de Marca, 
celui que les Serbes v6neraient le plus, leur avait 6t6 violem- 
ment enlev6? Enfin, pourquoi s'en prendre a r6vech6 de Kostaj- 
nica, dont la suppression avait et6 d6cidee en principe? II n'y 
avait en realit6 qu'un seul 6v§que serbe en Croatie, celui de 
Pakrac, puisque Gomji - Karlovac appartenait aux Confins mili- 
taires. 

Nous ne signalons point ces erreurs pour mettre en doute 
Tauthenticite de la pi^ce citee par M. Szalay, mais pour montrer la 
bonne foi qui dictait les accusations portees centre les Serbes. 
Les gentilshommes croates qui siegeaient a la Di^te signaieut 
aveugl6ment les memoires que les Jesuites avaient r6dig6s, et le 
peuple ignorant, tromp6 par ces mensonges, se laissait entratner 
a regarder les Schismatiques comme des ennemis. 

Par bonheur pour les Serbes, Marie-Therfese, gagnee sans 
doute par la parole insinuante du metropolitain Nenadovic, ne 
se laissa pas emporter a de nouvelles mesures de rigueur. EUe 
se contenta de repondre qu'elle veillerait a ce qu'il ne se produislt 
pas d'exces en Croatie, et ne voulut pas soumettre Taffaire a la 
Diete. Bien plus, Tannee suivante, elle permit au Metropolitain 
de d616guer en Transylvanie r6v6que de Bude, Denis Novakovid, 
qui put parcourir le pays sans obstacle.^) 



^) Szerb. TeUpek, pp. 62 sqq.; Eechtsverhaltn, pp. 54 sqq. 

^ Pope'a, p. 146. — En 1765, Marie-Th^r^se t^moigna encore dans one 



142 Freparatifit dm Comgres dc 1769. 

Nenadovic rendait des services k ses coreligioiinaires, mais 
fl agissait, parait-il, plus encore par interfet personnel qae par d^ 
Youement a la cause nationale. Oblige de se rendre sans cesse h 
Yienne et de sejoumer a la Cour, il Toulait sans doute y fiure 
figure et se montrait pen scrupuleux sur les moyens de se pro- 
curer des ressources. Les ev^^ues ne demandaient pas mieux que 
de suivre cet ezemple, et le peuple, qui voyait s'sgouter k ses 
manx les exactions de ses propres chefs, fit entendre des plaintes. 
Quand il s'agit, en 1768, de pourvoir k la vacance du si^ de Bude, le 
comte Hadik, qui devait remplir les fonctions de conunissaire 
auprte du synode conToque k cette occasion, conseilla de rem- 
placer cette reunion par un Congrte general. On pourrait y exa- 
miner les grie& formules centre le haut derge, ainsi que les pre- 
tuitions du peuple qui, pour mettre fin aux abus, demandait que 
les pr^tres fossent pay6s par le tresor. 

Le Conseil de guerre de la Cour emit un avis favorable sur 
la proposition du comte Hadik, dont la Deputation illyrienne 
s'etait faite Torgane, et, par un rescrit date du 25 juiUet 1768,^) 
Marie-Th6rese annon^ au M^tropolitain la convocation d'un Con- 
grhs national, aprte lequel le synode attendu aurait lieu. Celoi-ca, 
qui s'etait efforcS de parer le coup, en fut si vivement frappd, 
qu'n en mourut d^ le 26 ao&t de la m^me annee.^ La reunion 
du Congrte devenait ainsi doublement necessaire. 

L'^poque fixee pour Touverture de Tassemblee ayant 6t6 
remise au printemps de 1769, Thiver fut employe par la Depu- 
tation illyrienne k preparer une instruction pour le conunissaire 
royal. Plusieurs des questions restees jusqu'alors indSdses furent 
tranch^es par des resolutions souveraines. On ne se boma pas & 
etudier la situation de Teglise grecque en Hongrie ; on fit prendre 
par la voie diplomatique, des informations sur le traitement des 
ev£ques et I'organisation du saint synode en Russie. Le comte 
Hadik, qui prenait la part principale a ces travaux, semble s'etre 
occupe des afEEubres serbes avec tout Tinter^t d'un veritable fr^ 
slave. 



autre dreonstance de son bon Tooloir poor les Serbes. Plur on billet 
aotogn^ihe, date da 15 decembre elle approuYa le rapport par leqael le 
baron KoUer, membre de la Dentation iUyrienne proposait d'organiser 
cette iastitotion tor des bases noaTelles. Voy. Jirecek, Hierarchies p. 21. 

■) Yoy. le tezte da rescrit dans Jirecek, HierarMe^ pp. 59 sq. 

*) Jlre&k, OesL Bentey 1864, Ym, p. 51. 



Segukmm^m camtiH^tionis NaHams ittyrieae. 143 

L'oayerture solennelle da Gongrfes eut enfin lieu le 4 mai 1769. 

Les deputes serbes s'occupferent d'abord des questions de 
discipline qui devaient leur Stre soumises; its r6glferent les droits 
que le M^tropolitain et les £v6ques pourraient percevoir pour Tor- 
dination des membres du derg^, pour Tinvestiture des abb^s, 
archipr^tres et curSs, et pour la visite et la consecration des 
6glises ; ils d^terminferent les conditions d'admission dans le clerg6 ; 
fixirent le detail des formalitSs k observer k la mort du M^tro- 
politain et des c^r^monies k accomplir k cette occasion ; arrSt£rent 
le tarif du casuel qui constituait le revenu des pr^tres; ordon- 
n&rent que des registres matricules seraient r6guli^rement tonus 
dans chaque paroisse; en un mot pass^rent successivement en 
revue toutes les questions qui touchaient k Torganisation int^rieure 
de leur eglise et k ses relations avec les fiddles. Toutes ces ques- 
tions ne furent point tranch^es par les seules decisions de Tas- 
sembl6e. Le Gomte Hadik £tait charge de transmettre k Vienne 
les proc^verbaux des stances, ainsi que ses observations per- 
sonnelles. Ghacun de ses rapports 6tait soumis k la Reine par la 
Deputation illyrienne et donnait lieu k une decision sp^ciale qui 
lui etait communiquee par rescrit^ 

Les travaux du Congr^s scf prolong&rent pendant plus de 
quatre mois, et ce ne fut que le 7 septembre que reiection du 
Metropolitain put avoir lieu. L'^vSque de Yrgac, Jean Gjorgjevic, 
fdt £lu. 

Imm6diatemeut apr^s le Congr&s, les ^v&ques se r^unirent 
en synode et pourvurent aux sieges vacants. Ds prononc^rent la 
reunion du dioctee de Eostajnica avec celui de Gomji-Karlovac, 
mesure qui fut sanctionn6e par Marie-Th^r^se. 

Les decisions prises par les d^put^s serbes, et approuv^es 
par la Reine, fui*ent coordonn^es dans un texte special, sous le 
nom de Regulamentum constitutionis Nationis illy- 
jicae. Ge reglement fut communique aux ^vSques, k la date du 
27 septembre 1770, mais ne fut pas intSgralement publi6. On se 
boma k en faire un extrait, ou le texte latin etait accompagn6 
d^une traduction serbe, et d'une traduction roumaine, et Ton a- 
dressa cet extrait, sous la date du 20 juillet 1771, a tons les 
Serbes „6tablis dans les provinces h6r6ditaires de la Reine, no- 
tanunent dans le Royaumc de Hongrie et dans les Pays y annexes, 

') ^^J't V^^ tool les details de ce Gongr^s, Jire5ek, Hierarchies pp 28. sqq 



X44 E$ynt du noiiveau rtgUtmuL 

dans les G6neralats de Gornji-Karlovac et de Varazdin, dans les 
Confins militaires de la Croatie, de la Slavonie et de la Temes, 
ainsi que dans le Banat de la Temes." 

Le premier paragraphe du reglement rappelle Tespftce de 
contrat intervenu entre Leopold et le patriarche Crnojevic et d6- 
clare que les Serbes jouiront des immunit^s et privileges qui leur 
ont 6t6 accord6s, tant qu'ils pers6vereront dans leur fid61it6 envers 
le trone, puis vient un second paragraphe ainsi conQu: 

„Afin que chaque membre de la nation illyrienne, de quelque 
rang qu'il soit, connaisse le chef et le juge 16gal, auquel ils devra 
s'adresser le cas 6ch6ant, Nous disposons et ordonnons que, sui- 
vant la necessity du bon ordre, et ainsi que cela est admis partout, 
dans les affaires ou causes qui ne concement point la foi, la con- 
science ou le culte, la Nation illyrienne, m^me celle qui est ^tablie 
en Hongrie et dans les pays annexes a la Hongrie, ainsi que dans 
le Banat de la Temes, rel^vera des magistrats provinciaux (c'est-i- 
dire des magistrats civils, non militaires) et des seigneurs terriens, 
puis de Notre Chancellerie aulique pour le Royaume de Hongrie, 
ou respectivement de notre Chambre imp6riale et royale institute 
pour les habitants du Banat, et que dans tons les Confins militaires, 
elle relfevera des officiers et des autoritfis qui y commandent et 
de notre Conseil de guerre aulique imperial et royal ; que, de plus, 
relativement aux privileges, au libre exercice du culte, ainsi qu'aux 
affaires concemant le clerge, tons, les personnes civiles aussi bien 
que les militaires, rel&veront de la Deputation aulique instita^e 
en temoignage particulier de la protection auguste que Nous ac- 
cordons a la Nation illyrienne." 

Ce principe pose, le paragraphe troisi^e en tirait nar 
turellement cette consequence que le Metropolitain 6tait bien le chef 
du peuple serbe, dans les affaires religieuses, mais nuUement dans 
les affaires civiles. 

„Enfin, s'6crie vivement Szalay,^) le principe de regalit6 dans 
PEtat est proclam6!" Grand mot, qui pent faire illusion, mais n*est 
point appuy6 sur la realite des choses. Sans doute, dans un grand 
pays, on ne pent guere admettre qu'une fraction quelconque de 
la nation constitue un 6tat dans T^tat; mais, ce qui est vrai, d'un 
peuple compact, poss6dant une unite veritable, I'est-il bien des 
peuples de la Hongrie ? Sans rappeler les concessions de Leopold qui 



Seerl, Telepek^ p. 68; BecM8vefhalin.j p. 59. 



Consequences du refflemtnt. 145 

constitnaient au profit des Serbes, non point une pretention vague, mais 
un droit positif et serieux. La difference des nationalites, la di- 
vision des castes, la situation privilegiee des Magyars expliquaient 
de reste Taversion des Serbes contre les autorit^s auxquelles on 
les soumettiiit desormais sans restriction. 

Le Congi'^s de 1769 avait ete convoque dans une pensee 
favorable a qu'on appelait la Nation illyrienne; on y avait trait6 
un grand nombre d'afifaires serieuses et adopte d'utiles resolutions ; 
mais quand il s^6tait agi de resumer la situation faite aux Serbes, 
les intrigues de la noblesse hongroise Tavaient emport6, et cette 
situation se trouvait aggrav6e. Le peuple ne s'y trompa point, et 
lorsque le reglement fut publie, il n'y vit pas les dispositions, 
bonnes peut-etre, qui avaient pour objet T^glise, le clerg6, les 
6coles, etc., il.ne vit que I'article qui le livrait aux Magyars, et 
comprit que e'en 6tait fait de ses franchises, disput^es depuis 
quatre-vingts ans avec tant et de si grands efforts. lUen au surplus 
n'empfecherait ses maitres de changer a leur gre toutes les ame- 
liorations qu^on lui accordait dans le domaine religieux, comme 
une satisfaction d'un jour. Le mecontentement ne se dissimula 
point. On voulait bien ob^ir au depositaire de la puissance im- 
periale, mais on protestait contre Tinvasion des fonctionnaires hon- 
grois, contre cette etrange justice qui mettait un peuple a la 
merci d'un autre peuple, son ennemi. C'est la ce que M. Szalay 
ne craint pas d'appeler r6galit6 dans TEtat! Peu importait aux 
Serbes, et peu nous importe k nous-m6me cette tradition historique qui 
voulait faire revivre partout les moeurs de la feodalit6 et ces co- 
mitats organises au moyen-age pour assurer la domination exclu- 
sive des seigneurs. Les Magyars jouaient le role d'un homme qui 
voyant sa foret pres d'etre r6duite en cendre, appelle a son se- 
cours un voisin, le prie de I'aider a combattre Tincendie et lui 
promet, en retour, une partie des bois qu'il aura sauv^s, puis, 
quand le feu est eteint, quand le danger est eloign^, refuse k ce 
voisin devoue, qui a gagne de nombreuses blessures au milieu du 
peril, la part qui lui est legitiment acquise. Faut-il done que la 
mauvaise foi devienne une vertu, lorsque ce n'est plus le fait d'un 
homme, mais le fait d'un peuple? 

£n realite, les Serbes subissaient dej& le joug que leur im- 
posait le R^lement, mais quelle que fClt I'oppression dont ils 
avaient ik se plaindre, ils se rappelaient le resent de 1694, d'aprfes 
lequel la Nation rascienne devait fetre „soumise seulement h. Sa 

10 



146 ^<5?« de la Bmsie, 

Majeste imp^riale et royale, et fetre exempte de toute d^pendance, 
aussi bien des comitats que des seigneurs terriens/ et ils n'a- 
vaient jamais completement d6sesp6re de voir enfin cette promesse 
s'accomplir. 

Les temps 6taient durs pour les Slaves. Le partage de la 
Pologne, signe a Varsovie, le 2 septembre 1772, consomma I'al- 
liance de la Kussie avec I'AUemagne et enleva aux Serbes, comme 
aux autres Slaves de PAutriche, Tappui qu'ils eussent du trouver 
dans leTsar. Les Polonais s'etaient rendus coupables de bien des 
folies, ils avaient les premiers meconnu, en subjugeant par la 
force plusieurs millions de Ruthfenes et de Lithuaniens, le droit 
que possfede chaque peuple de choisir ses destinies, et main- 
tenant ils etaient a leur tour victimes de la conqufete. 

Pourtant, malgr6 ces fautes, qaalgre la separation des eglises, 
la Russie n'e(it pas dii oublier que la Pologne aprte tout 6tait 
habitee par des frferes, et elle n'eilt pas du les livrer traitreu- 
sement a la rapacite germanique. Ce n'est ni a Frederic, ni a 
Marie-Tlierese que nous faisons un crime du partage, c'est k Ca- 
therine, qui, d'un trait de plume, sacrifiait pour un siecle I'avenir 
des Slaves, et, par sa complicity, reduisait son empire a n'fetre plus 
qu*un etat vassal de TAutriche et de la Prusse. 

Mieux eut valu que la Tsarine gardat a elle seule tout le 
royaume des Jagellons; elle eftt conserve vis-a-vis de ses voisins 
toute sa liberte d'action, et la reconciliation des Russes et des 
Polonais, entre lesquels ne fussent plus intervenus les Allemands, 
se flit probablement bien vite accomplie. 

La Russie, seul pays oil les Slaves fussent maitres de leurs 
destin6es, e6t pu facilement grouper autour d'elle toutes les popu- 
lations de mfeme race maintenues dans une humiliante sujetion 
par les Allemands, les Magyars, ou les Turcs ; mais il eiit fallu qu'elle- 
m6me f6t delivree de I'influence de TAllemagnc. On n'avait con- 
fiance i Petersbourg que dans les precepteurs germaniques, a qui 
Ton avait cominis le soin d'introduire en Russie la hierarchic, 
Tadministration, tons les usages de la Prusse. Malgre les obstacles 
opposes aux indigenes et, k plus forte raison, aux autres Slaves, 
par ces instructeurs allemands, d^sireux de se r^server tons les 
emplois de I'Empire, quelques Slaves de TAutriche et de la Hongrie 
rfeussirent k faire carrifere en Russie. Les Emigrants de 1751 
fitablissaient entre les Serbes et le'i)euple russe des liens durables; 
aussi n'est-il pas 6tonnant que des officiers, des prfttres, d'origine 



L€8 Magyars renouveUent htirs efforts contre les Serbcs, 147 

serbe, soient all6s chercher fortune chez leurs voisins du Nord. 
Nous ayons d6ji parl6 de Ilrvat et de Tokolyi, qui devinrent Tun 
major-g^n^ral, Tautre Iieutenant-g6n6ral au service du Tsar. Ces 
deux Serbes ne sont pas les seuls qui se soient distingu6s. Nous 
mentionnerons encore: Rajko Pi-eradovic de Bude, qui, de concert 
avec Sevid, avait dirig6 un contingent d'emigrants et qui, en 1760, 
avait le rang de g6n6ral de division ; ^) Simon Cmovid de Macsa, ca- 
pitaine des gardes du corps de Tlmp^ratrice ; *) Paul Julinac, of- 
ficier russe, attach^ au ministre de Russie h Yienne, puis consul 
k Naples;') ZoricJ, Tun de ceux a qui Catherine II accorda ses 
faveurs,*) et qu'elle nomma general; Theodore Joanovid Jankovid 
de Mirijevo, directeur des ecoles serbes du Banat, qui fut emn)en6 
en Russie, en 1782, par le giand due Paul et y devint conseiller 
d'Etat actuel;*) etc. D'autres, comme Thistorien Rajid, allferent 
s'instruire en Russie; quelques uns m6me s'y Stablirent conune 
professeurs. 

D aurait 6t6 digne des Tsars d'attirer ainsi dans leur empire 
les Slaves des pays voisins et de leur donner Pinstruction qu'ils 
ne pouvaient obtenir ailleurs, mais le Cabinet de P6tersbourg, 
c^dant presque toujours h des influences ^trangeres, aimait mieux 
avoir recours aux combinaisons artificielles de la diplomatic, que 
de s'appuyer au dehors sur ses allies naturels. Les questions re- 
ligieuses Tintferessaient, a cause de la position pr6ponderante r6- 
serv6e dans P^glise russe au souverain temporel, mais, pour tout 
le reste, il 6tait k pen pres indifferent et n'essayait pas d'inter- 
venir en faveur des Slaves. 

Si les Russes n'avaient pas de plan bien arr6t£, il n'en 6tait 
pas de m£me des Magyars qui poursuivaient sans relftche Paccom- 
plissement de leurs desseins ambitieux. Dfes Pannee 1773, un arr6t6 
de la Chancellerie hongroise supprima les juges nationaux que 
les Serbes de Tokaj avaient continue d'61ire, de concert avec 
les Arm^niens et les Roumains de la Macedoine.^ 



') Miller, Epitame Vicissitudinum et Berum memordbilitm de libera Begia 

Urhe Budensi] Budae, 1760, p. 148. 
*) §afaHk, Gesch, der siidsl Lit, m, p. 418. 
*) §afaHk, 2oe. eit, p. 309. 
^) Sugenheim, BussUmds Einfluss auf DcutseMand. Frankfort a. M., 1866, 

n, p. 36. 
») da&rfk, loe. cif., p. 321. 
^ Archiyes da comitat de Zempl^n, fasc. 188, no 246. Gf. Bidermann, 

Bussische Umtriehe in Ungam, p. 52, note 68. 

10* 



148 Utile intervention de la Deputation illyrienne. 

L'aversion dont les Allemands et les Magyars triomphants 
poursuivaient les Slaves, eut peut-etre amen6 d'autres raesures 
du mfeme genre si la Deputation illyrienne, presidee maintenant 
par le baron Frangois KoUer/) n'avait pris la defense des Serbes. 
Le m6tropolitain Jean Gjeorgjevic etant mort cette m&me annee 

1773, la Deputation fit autoriser la convocation du Congrfes na- 
tional, apres lequel dut se tenir un nouveau synode ecclisia- 
stique. 

Le Gongres eut lieu en 1774, en presence du lieutenant- 
mar6chal baron de Mathesen, qui remplit les fonctions de com- 
missaire du gouvemeinent. Vincent Joanovic Vidak, evfeque de 
Temesvar fiit appel6 a la succession de Gjorgjevic. Les evfeques 
et les autres deputes serbes profiterent de la reunion pour re- 
mettre au commissaire imperial ct royal une petition dans la- 
quelle etaient formulees 31 reclamations contre le reglement de 
1770. Mathesen transmit ce document a Vienne et, des le 4 aofit 

1774, une resolution de Marie-Therese, prise sur le rapport de 
la Deputation illyrienne, vint trancher les points en discussion. 
En g6n6ral, les solutions adoptees n'etaient pas d6favorables aux 
Serbes. 

La Deputation, par Tactivite qu'elle mettait a exp6dier les 
affaires comme aussi par le soin qu'elle appoitait a les 6tudier 
rendait les plus grands services aux interets qui lui etait confi^s. 
Elle ne fut sans doute pas etrangere a la promulgation de Tor- 
donnance du 1" mai 1774, par laquelle la Reine rctirait a tons 
les ev^ques Ciitholiques de Hongrie, saul* au primat, la dignite de 
fdispan.-) On a vu quel etrange abus les prelats magjars fai- 
saient du pouvoir civil pour gouvemer les ames; ils etaient parvenus 
a usurper universellcment les fonctions <le f5ispan, ce qui leur 
permettait de ])ersecuter a leur gre les Ileretiques, ou les Schis- 
matiques. L'ordonnance de Marie-Tlierese dut 6tre un grand bien- 
fait pour les Protestants comme pour les Grecs Orientaux. 

C'est encore a la bienftiisante intervention de la Deputation— 
qu'il faut rattacher Tordonnance du 12 novembre 1774, par la — 
quelle Marie-Therese donnait aux Serbes etablis a Velika-KikindaB- 
et aux environs, une organisation autonome. Nous ne nous airft — 
terons pas en ce moment sur cette ordonnance, dont nous aarons» 
lieu de reparler plus loin dans un Chapitre distinct; nous dironsi? 

') KoHer ayait remplac^ Bartenstein, mort le 7 aoiit 1767. 

') Schwartner, StatisUk von Ungam (Ofen, ISll, 2 vol. in-S), T. U, p. IM 




Synode de 1776. 149 

seulement qu'on etait a la veille d'ex6cuter dans toutes ses con- 
sequences Particle de la loi de 1741 qui rendait le Banat k la 
vie civile ; on allait y retablir le regime des comitats si justement 
odieux k tous ceux qui ne faisaient point partie de la classe pri- 
vilegiee des nobles, et c'etait le moins qu'on donn4t aux Serbes, 
k qui Ton avait tant promis, une leg^re compensation.* 

Le sentiment d*6quite, qui avait dict6 les ordonnances de 
1774, ne pouvait toucher Taristocratie hongroise; elle s'insurgea 
contre la Deputation illyrienne, a laquelle elle s'6tait toujours 
oppos^e, et r^solut de lui porter un grand coup. 

En 1776, les Magyars remportferent un premier succfes; Us 
obtinrent la suppression de Tagent que les Serbes avaient jusque 
la entretenu k Vienne. C'etait la Nation qui subvenait aux depenses 
de cet agent et le M6tropolitain qui lui donnait ses instnictions, *) 
il ne semble done pas que personne fftt fonde k demander son 
rappel, mais les ennemis des Serbes voulaient leur enlever tous 
moyens de faire entendre leur voix k la Cour, et le renvoi du 
modeste fonctionnaire qui s'occupait des affaires illyriennes k 
Vienne devait etre Tavant-coureur d'une mesure plus efficace, la 
suppression de la Deputation.^) 

Pendant cette meme ann^e 1766, le Synode eccl6siastique se 
reunit de nouveau pour reprendre les deliberations commencees 
en 1 774, examiner la question du calendrier et des ffetes chom^es, 
organiser les siminaires et jeter les bases d'un Corpus juris 
canon ici. Malgre la diversity des affaires dont elle devait s'oc- 
cuper, cette assemblee, auprfes de laquelle le Comte Antoine Jan- 
kovic, fOispan du comitat de Pozega, remplit les fonctions de 
commissaire imperial et royal, se boma a Teiaboration d'un rfe- 
glement qui dut remplacer celui de 1770. Chaque article de ce 
dernier texte fut soumis k une revision minutieuse. Le Comte 
Jankovic adressait chaque jour un rapport a la Deputation illy- 
rienne qui devait k son tour se mettre d'accord avec la Chancel- 
lerie autrichienne, la Chancellerie hongroise et les autres juri- 
dictions superieures de la monarchie. On con<;oit que, dans ces 
conditions, un accord piit rarement etre obtenu dans un sens fa- 



») Jiredek, Hierarchies p. 23. 

*) ^tienne Novakovic, Tauteur des deux opuscules que nous avons cites 
en t^te de notre Biblioffraphie, exer^a pendant plusieors annees les 
fonctions d'agent serbe k Vienne. Yoy. Safahk, Oeseh, der fUdslaw, 
Lit, m, p. 323. 



150 ^9 Magyars exeitent la difiande des Series centre Us Mques. 

vorable aux Serbes; aussi, lorsque le leglement ainsi elabor^ fut 
public, le 2 Janvier 1777/) le mficontentement ne tarda-t-U pas 
k se faire jour. 

Pour donner le change au peuple et lui faire rejeter sur les 
6v6ques et sur les autres membres du synode toute la responsa- 
bilit6 du nouveau rfeglement, les Magyars eurent recours a un ex- 
pedient assez habile. lis usferent de leur influence sur Marie- 
Th6rfese pour Tamener k montrer aux repr6sentants des Serbes 
une bienveillance singulifere. EUe envoya au M^tropolitain, aux 
6y6ques et au secretaire de la nation, des presents que le com- 
missaire imperial et royal leur remit en grande pompe a la der- 
nifere s6ance du Synode.*) N'6tait-il pas evident, aprfes une marque 
aussi particulifere de la faveur souveraine que, I'accord le plus 
complet existait cntre les deputes serbes et le gouvemement 
central? 

Cette demonstration, habilement mise en scfene par les Ma- 
gyars, eut Teflfet desire. Le peuple cnit que les evfeques avaient 
pris part k un complot contre lui, et voulut leur demander compte 
des modifications apportees aux rfeglements nationaux depuis 1769. 
Une circonstance fortuite augmenta encore la defiance contre eux. 
Le rfeglement de 1770 n'avait ete communique au public que par 
extraits ; aussi, lorsque la foule vit que la nouvelle ordonuance 
faisait mention de deux Synodes, oil le haut clerge avait dii, loin 
de tout controle, sans la participation des deputes Mcs, statuer 
sur les aifaires les plus importantes de la nation, s^imagina-t-elle 
de bonne foi que toutes les lois sous Pempire desquelles elle 
existait, avaient ete de nouveau bouleversees. Les evSques, disait-on 
avec raison, n'avaient pas le droit de renoncer a une seule des 
prerogatives qui appaitenaient au peuple tout entier; or qnelles 
garanties ofiraient des deliberations faites k huis clos, sous I'in- 
fluence directe de la Cour? 

Les reclamations furent si vives que le Metropolitain sentit 
qu'il ne pouvait rester dans Tinaction. D sollicita rautorisation 
de se rendre k Vienne pour y faire agreer quelques modifications 
de nature k satisfaire les exigences populaires. U etait necessaire 
qu'il debatttt lui-mfeme les points contestes, car les Serbes n'avaient 

*) Regtdament womach die griechisch nicht onirten EeUgionsyerwandten, 
Laien and Priester sich zu richten haben. Hit X TabeUeOi TTten, 1777, 
in-fol. (en allemand et en serbe). 

') Jiredeki Bmairchiey p. 86. 



f. 



Suppression de la Diptttation. — Declaratorium Ulyricxim, 151 

plus de representation dans la capitale de I'Empire. La D6- 
putation illyrienne, sans cesse paralysee dans son action par la 
Chancellerie hongroise, obligee de faire k I'organe de Taristocratie 
magyare des concessions de chaque jour, n'avait pu 6viter le sort 
dont elle 6tait depuis longtemps menac^e. Une ordonnance de 1777 
Tavait dissoute et avait transf^re ses attributions a la Chancel- 
lerie hongroise. C'est k cette demi^re juridiction que Joanovic 
dut s'adresser. 

Les seigneurs magyars qui dirigeaient les affaires auraient 
sans doute accueilli le repr6sentant des Serbes avec toute Tarro- 
gance du triomphe, si la Chancellerie autrichienne et le Conseil 
de guerre aulique n'eussent et6 appeles a prendre part aux deli- 
berations. Les seances commencees le 19 fevrier 1778, durerent 
trois semaines et aboutirent a Tadoption d'un projet d^finitif 
que le conseiller aulique Izdenczy fut charge de rediger. Ce pro- 
jet, qui re^ut la sanction imp^riale et royale a la date du 16 juil- 
let 1779, fut public sons le nom de Rescriptum declara- 
torium;*) il a r6gl6 jusqu'aujourd'hui les rapports de Teglise 
orientale de Hongrie avec I'fitat, aussi bien que Torganisation in- 
t6rieure de cette 6glise. 

La Chancellerie hongroise, delivi'6e des entraves que la De- 
putation illyrienne avait niises a ses projets, put a son aise op6rer 
dans le Banat les innovations que les Magyars souhaitaient, et en 
vue desquelles on avait conc6d6 aux Serbes comme une bien mo- 
dique compensation, I'erection de Kikinda en district privil6gi6. 
La reincorporation du pays compris entre laMaros, laTisza, 
le Danube et les Carpathes, eut lieu en 1779, sous la direction 
de Christophe Nitzky et de Francois Zichy. On en forma les trois 
comitats de TorontAl, de Temes et de Krasso, et Ton ne laissa 
plus sous le regime militaire que la region frontifere qui fut di- 
vis6e en trois regiments. En mSme temps que Ton organisait les co- 



>) Le Bescriptum declaratorium fut public k la fois en latin et en alle- 
mand. Le texte latin eat force de loi dans ce qu'on appelait le Pro- 
vincial, c'est-^-dire dans les pays soumis k Padniinistration ciyilei tandis' 
que le texte allemand dut seal dtre suivi dans les Confine militaires. 
Cette distinction est importante parce qu^on a relev6 des differences 
entre les deux versions. Voy. Jirefiek, Oesterr. Bevuey 1864, VXIf, p. 56. 
Les autorit^s charg^es de distribuer les exemplaires du resent exig^rent 
qu'on leur rendlt les exemplaires existants des r^glements ant^rieurs, de 
pear qu'U y edt confusion. 



152 ^^^ Mcifff/ars prennent posftession du Batiat 

mitats du Banat, on eut grand soin d'y creer une noblesse qui 
repr^sent&t les id^es de la race dominante. Comme il n'y avait 
pas, dans les nouveaux comitats, de Magyars proprement dits, k 
Texception de quelques colons etablis dans le voisinage de la 
Tisza, Nitzky et Zichy firent appel aux Allemands, aux Ann6- 
niens, aux Serbes mfeme et aux Roumains, pour constituer une 
sorte de noblesse et en faire les d^fenseurs de I'ordre de choses 
qu'ils voulaient fonder. lis leur vendirent a vil prix des terres de 
TEtat, et les privileges nobiliaires furent conf6res aux acqu^reurs. 
Telle est la faiblesse humaine. Ces mSmes bourgeois, ces m^mes 
petits marchands, qui, la veille encore, "eussent maudit le joug 
seigneurial et les traditions feodales qui sont la base des comitats, 
n'6taient pas plutot en possession d'un parchemin, ou d'un titre, 
qu'ils se changeaient en oppresseui^s. 

Nous n'avons pas a parler ici <lu toit immense que T intro- 
duction du syst^me administratif hongiois eut pour le Banat tout 
entier. Ce fut la mine des utiles travaux que Mercy et ses suc- 
cesseurs avaient entrepris avec une si gi-ande et si louable perse- 
verance; les routes laiss^es a Tabandon ne seront pas entretenues 
et deviendront des fondrieres; les canaux, qui devaient mettre le 
pays k I'abri des inondations, ne seront pas achev6s; la culture, 
Tindustrie ne recevront plus d'encouragement ; en un mot les 
Magyars laisseront une contr^e d'une richesse et d'une fertility 
admirables, redevenir k pen prfes ce qu'elle etait sous les Turcs. 
Ce n'est peut-fetre pas incurie de leur part; qui salt s'ils ne 
veulent pas, en introduisant dans le Banat le d^sordre qui frappe 
retranger dans les autres parties de la Hongrio, montrer que la 
conqufite est bien definitive et qu'ils sont bien chez eux dans ce 
coin de terre? 

Si nous ne nous arrfetons pas k ce spectacle, constatons du 
moins Torigine de la noblesse qui aujourd'hui encore soutient 
seule dans le Banat la cause des Mag)'ars. A Texception de quel- 
ques anciennes families, qui y ont acquis des proprietes par spe- 
culation, mais qui n'y resident point, comme les Csekonics, les 
Nddasdy, les Szapary, etc., cette noblesse s'est recnitee k la fin 
du sifecle dernier, ou au commencement de celui-ci de la mani^re 
que nous avons indiquee plus haut. Les Karacsonyi, les Koracson, 
les Kiss sont desArmeniens magyarises, les Nako sont des Serbes, 



Mart de Marie -Therhe. 153 

les Sina sont des Roumaius do la Macedoiiio, iiue foule dautres 
sont des Allemands.*) 

La reorganisation du Banat fut un des derniers actes de la 
Reine qui mourut le 22 novembre 1780, apr^s un regne fecond 
en 6venements. 

Marie-Tli6rfese, nous Tavons reconnu, ne manquait point d'un cer- 
tain sentiment de justice ; on pent meme dire qu'elle clierchait a faire 
le bien. Sa penetration naturelle qui lui avait fait deviner les desti- 
nees de la Prusse, ne Tempechait point de subir les influences 
les plus contraires. Apres avoir perce a jour les <lesseins de Fre- 
deric, apres avoir eu conscience de tons les dangers qu'ils pou- 
vaient faire courir h, la monarchie autrichienne, elle contribua 
elle-mfeme au trioniplie de son ennemi. Elle cut le tort immense 
de considerer son Empire conmie un Empire allemand, de chercher 
a y introduire Tunite, non point en proclamant Tegalite des races 
et des langues, mais en imposant aux peuples les i)lus divers la 
langue, les moeurs, les id^es alleniandes. Elle croyait en cela con- 
tribuer a d^velopper Tesprit national, tandis qu^elle preparait les 
luttes intestines qui durent encore. Ses efl'orts n'ont proflte qu a 
la Prusse qui est devenue rAllemagne, et qui a recueilli le be- 
nefice de tout ce que la Cabinet de Vienne avait fait pour affaiblir 
les nations non-alleniandes de rAutriche. 

Cet esprit gennanique dont Marie-Theri^se etait imbue et 
qui lui dicta les refonnes qu'elle voulut introduire dans Tadnii- 
nistration et dans les ecoles, se niontra plus exclusif encore chez 
son fils. Joseph II, associe a Tenipire depuis la mort de FranQOis 



') 11 ne sera peut fitrc pas hors de propos de reproduire ici ce que dit 
Struve (Allgemeine Weltgeschichte, U, p. 253), de la haute aristocratie 
autrichienne. On comprendra mieux, on lisant ces paroles, pourquoi 
cette aristocratie a presque toujours ete du c6t6 des oppresseurs : 

„Wenn wir fragen, wer Kind die grossen Gmndbesitzer in Oesterreich, 
Hdhmen und Ungai-n, so ist die Antwort: die Enkel der Honker und 
Pfaffenknechtc, mit deren Iliilfe Ferdinand II., und Ferdinand III., bc- 
sugsiKeise Leopold I , Karl VI. und Maria-Theresia jeno Lander in einen 
Zustand der herabwurdigsten Unterwtii-figkeit versetzten. Religiose Ver- 
folgungswuth, Verrath, Mord und jcgliche Art von Schergediensten sind 
die Titel, auf deren Gnmde sie zu Bositzem des bltthendsten Theiles 
der OBterreirhischon Monarchie wurden. Es sind die Enkeln jener Mo- 
nopoUsten und Cameralisten, welche ihre nnormiisslichon Reichthttmer 
zusammen gestohlen, betrogen und ergaunert batten. Fttrwahr, von alien 
Adeligen der Welt haben die Ostcrreichischen am wenigsten Grund auf 
ihren Unprong stolz zu sein." 



154 DScrets de Joseph IL 

de Lorraine (17G5), etait, pai* temperament, autant que par edu- 
cation, oppose h toute transaction. Un des principes de sa philo- 
sophie ^tait de chercber a imposer ses id6es aux autres, mfeme 
par la force, parce qu'il les croyait seules justes. Tromp6 par ses 
propres sophismes, il pr6tendit qu'^tant TEmpereur d'AUemagne, 
Tallemand devait fetre la langue de tout son empire et n'admit 
aucun raisonnement a Tencontre du sien. Sa politique int6rieure 
n'eut qu'un mobile: ne plus r6gner que sur des AUemands. 

Toutefois il impoile de rendre justice h Joseph II, et de 
reconnaitre les bons cotes de sa doctrine philosophique. Disciple 
de Voltaire et des Encyclopedistes, il professait le plus souvendn 
m6pris pour les discussions theologiques et ne pouvait admettre 
les persecutions religieuses. 

A la mort du m6tropolitain Joanovic arriv^e en 1780, les 
Serbes obtinrent sans difficulte la convoc^ition du Congres national, 
qui lui donna pour successeur Moisc Putnik, 6veque de Temesvdr 
(10/21 juin 1781).^) Cette fois encore, le conite Jankovic avait 6te 
d616gu6 en qualit6 de commissaire du gouveraement. 

Le 25 octobre de Tannee suivante, Joseph II, publia son 
fameux 6dit de tolerance, acte de justice qui profitait ^galement 
k tons les cultes non-catholiques. Comment se fait-il qu'un homme, 
assez 6clair6 pour proclamer la liberte de conscience, n'ait pas 
voulu reconnaitre le droit qui appartient k chaque peuple d'exister 
et de se developper librement? 

Impatient, comme nous Pavons dit, de faire entrcr dans la 
grande patrie germanique ceux de ses sujets qui etaient en de- 
hors de TAUemagne, il ordonna par un d6cret dat6 du 6 mai 
1783, que, „dans un delai de trois ans, k compter de ce jour, 
tons les fonctionnaires du royaume de Hongrie devraient parler 
couramraent et ecrire correctement la langue allemande." 

Bien que les Serbes fussent attaches k I'idiome de leurs 
ancfetres, cette mesure les atteignait peut-fetre moins que les 



^) „Aa8sit6t apr^s la cldturc du congres, fut tena un synode dans leqael 
la reunion des 6vecb^s de la Backa et de Bude fut discut^e, mais re- 
pouss^e par les ^v^qucs. Le synode proposa en outre que les revenas 
des diffdrents 6v§cli^s fussent versus dans une caisse commone, snr 
laquelle chaque 6veque eiit re^u un traitemcnt proportionnel. On com* 
men^a la perception, mais la proposition fut en suite abandonn^e. 

„Dans un synode qui eut lieu plus tard en 1786, on aglta la qaestioQ 
d'une reduction des f^tes chdm6es." Jirecek, Hierarchie, p. 83. 



Joseph IT dSclare la guerre aux Turcs. 155 

Magyars. Ceux-ci 6taient aussi jaloux de leurs droits, qu'ennemis 
du droit des autres, et leur aristocratic d6ploya, dans la lutte 
centre les pretentions excessives de TEmpereur, une activity, une 
perseverance, qui dispensa les Serbes d'intervenir. 

La consequence la plus facheuse du decret de Joseph II 
fut dinspirer aux Magyars Tidee d'imposer h toute la Hongrie, 
non plus Tallemand, mais leur langue a eux. A partir de ce mo- 
ment, des voix s'eievent parmi eux centre le latin. On ne veut 
plus de ces vieux debris de la langue classique, bien que, trans- 
formes par Tusage, il se pr^tent k mei-veille k tons les besoins de la 
vie telle qu'elle existe en Hongrie; on leur preftre un idiome 
inferieur, ben pour les peuplades de TOural et de TAltal", mais 
qui ne saurait interpreter les finesses de la pensee europeenne. 

La lutte qui va s'engager sur cette question des langues, 
oil les AUemands et les Magyars pretendent faire prevaloir leur 
influence sur les autres peuples, dure depuis pr^s d'un siecle et 
n'est peut-etre pas pris de s'apaiser, tant il est vrai qu'il n'y a 
point d'entente possible, en dehors du droit et de la justice ! 

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les autres reformes que 
Joseph II tenta d'introduire dans son Empire. Beaucoup de ces 
reformes eussent ete excellentes, si elles n'avaient pech6 par un 
esprit trop absolu, mais TEmpereur ne possedait pas la force ne- 
cessaire pour faire brutalement executer ses decrets. II echoua, et 
la conscience de son echec lui fit chercher une diversion dans 
une entreprise etrangfere; il resolut d'attaquer les Turcs, „voulant, 
disait-il venger Thumanite centre ces barbares". 

Potemkin avait amen6 la guerre entre la Kussie et la Porte ; 
Joseph alUe de Catherine II, ne put rester neutre, tel fiit du 
moins le pretexte qu'il invoqua pour entrer en campagne. Les 
demiers mois de Tannee 1787 furent consacres k de grands pre- 
paratifs militaires. Cent quatre vingt mille hommes furent reunis 
sur les herds de la Save, avant mfime que la declaration de guerre 
eftt eu lieu. Les Slaves de TEmpire, en particulier les Serbes et 
les Creates, fermaient la moitie de cette armee qui devait eperer 
sur le rive droite dn Danube. Le commandemcnt echut k Lascy, 
honmie de cenfiance de TEmpereur, mais general incapable, qui 
devait cempremettre le succfes de la campagne. 

Nous renven^ons aux histeires de Hongrie pour les details 



|5fi ^« corps auriUnire aerhe. 

(le cctte gucire. L'ouvrage que uous avons deja cit6*) fait con- 
nattre la part sp^ciale qu'y prirent les Serbes. Sur les deux rives 
du Danube, ils luttferent d'ardeur pour combattre les Turcs et, 
s'il etait possible, les refouler au-delJt des Balkans. Les regiments 
des Confins furent pendant toute la guerre les premiei'S au feu 
et rimperitie de lours chefs n'augmenta pas pen leui-s souffrances. 
Le 24 avril, TEinpereur en personne reussit a prendre Sabac, mais 
ne put empecher les Turcs de passer le Danube et d'occuper 
Pancevo, Kubin, Uj-Palanka, etc. Lascy avait disperse inutilement 
ses forces et les Turcs purent ravager le Banat sans fetre in- 
qui^tes. Le desir de regagner ses quartiers d'hiver avant la mau- 
vaise saison decida seul lo grand-vizir a replier son annee. Les 
succ^s du Prince de Cobourg en Moldavie soutinrent a peine la 
r^»putation des troupes impeiiales. 

Joseph II conipiit enfin qu'il avait ete nial inspire dans le choix 
de ses generaux, et appela Laudon a la tete de Tannee de Croatie. 
Ce vaillant homnie de gueiTe retablit Tordre panni les troupes, 
en inerae temps que Cobourg et les Russes infligeaient aux Turcs 
en Moldavie de sanghantes defaites (1789) II etait temps que les 
Autrichiens resaisissont la victoire, car la guerre, a laquelle ve- 
naient se joindre les requisitions forcees ordonn^es par TEmpereur, 
imposait aux populations du Banat les plus rudes sacrifices. Hadik, 
qui remplaga Lascy pendant quelques mois, prepara avec Laudon 
un nouveau plan de campagni*. II s'agissait d'attaquer Belgi'ade, 
et Laudon, qui cut seul maintenant la conduite des operations, 
se chargea de diriger I'entreprise. Le 8 octobre, la place c>apitula 
aprfes un si6ge de vingt jours. Sabac se rendit ^galement. 

Ces avantages ne furent pas seulement dus aux troupes re- 
gulieres, mais aussi aux volontaires serl)es. „L'empereur Joseph, dit 
un historien allemand, avait eu Texcellente idee de former un 
coi'ps franc des Serbes qui viendraient se joindre k lui, et bientot 
ce coi'ps s'eleva a un chiffre considerable de fantassins et de C4i- 
valiers, qui rendirent pendant la campagne les meilleurs sen'ices, 
des le siege de Belgrade en 1789, et surtout apres qu'on fut eu 
possession de cette place et du pays voisin. Le colonel Mihajljevic 
qui commandait le coi-ps franc, prit position pres de Jagodina et 
de Cuprija; suivant des chemiils oii jamais une ann6e, ni un 

*) Die freimllige Theilnahmt der Serben und Croaten an den vier letsUn 
dsierreichiach'tiirkischen Kriegen^ pp. 270—340. 



Ias Serbes combaitent les Tares avec etUh(}u$iasme, 15 7 

canon n'avaient passe, il penetra jusqu'i Karanovac qu'il enleva aux 
Turcs. An mois de Janvier 170O, il parut dovant Kmsevac, mit 
son nionde en ordre de bataille, tout ensem])le an son des ins- 
truments turcs et autrichieiis, et s'empara de la ville. Les vieilles 
eglises qui temoignaient de la magnificence du kneze Lazare, (le- 
quel avait a Krusevac sa priiicipale residence), et qui depuis lors 
avaient du servir aux Turcs d'ecuries, furent nettoyees, consacrees 
et^ retentirent de nouveau des chants Chretiens. Ce n'est pas sans 
raison que les Imperiaux se vanterent dans leurs bulletins d'avoir 
conquis une grande partie de Fancien royaunie de Serbie. Les ha- 
bitants regardaient couune certain qu'ils restcraient cette fois 
snjets de TEmpereur de Vienne; ils s'etaient joints a lui avec 
empressement ; dans la plupart des districts ils avaient prfete 
rhonimage; ?a et la, ils avaient accepte de concert avec les 
troupes imperiales, la defense des places conquises sur Tennemi 
commun".^) 

La prise de Belgiade et de Sabac niarqua en quelque sorte 
la fin des hostilitfe. Joseph II etait preoccupc des questions in- 
terieures; il voyait ses reformes menacees par Topposition des 
comitat'S hongrois; la guerre lui avait revele la mauvaise organi- 
sation de son amiee; il voulut prendre un parti energique. Les 



') Ranke, Die serhische Revolution, p. 78. Remarquons eu passant que le 
corps auxiliaire scrbe avait cte forme dcB Ic commcu cement de la 
guerre et qu'il cu partagea toutcs les fatigues. Quand les populations 
chretienues de la Turquic virent que la Ritssie et TAutiiche s'aUiaient 
pour attaquer la Porte, elles crureut que le moment de la d^livrance 
etait venu et il y eut chez elle un entliousiasmc scmblable a celui qui 
aTait marqa6 les campagnes de Leopold. Tous les hommes valides s'en- 
r6Urent^ soit dans le corps franc, goit dans les troupes r^guli^res. Beau- 
coup de families, fuyant devant les Turcs, pass5rent le Danube ou la 
Save et vinreut se rcfugier sur le territolre hongrois ou croate. Ou retint 
dans les Confins les individus en ^tat de porter les armcs et Ton envoya 
plus loin les autres. Au mois de juiUet 1788, on fit le d^nombrement 
des famines qui 6taient ainsi venus s'6tablir dans le comitat de Sirmie, 
apres quo le regiment de Petrovaradin avait gard6 les hommes validesi 
et Ton en trouva 855 comprenant 5732 personnes des deux sexes. Ccs 
Emigrants, qu^on le remarque bien, n'^taicnt pas des vagabonds, qui 
dassent ^tre k charge au pays. Hs avaient amenS avec eux 1300 chevaux, 
5000 tdtes de gros b6tail, 8000 moutons, 3000 ch6vres et 2000 pores. 
Vers lo m^me temps, 475 autres families vinreut encore s'etablir dans 
le mdme comitat. Yoy. Tcxtrait da la Wiener Zeitung du 13 aoilt 1788 
leproduit dans la Freiwillige Theilndhmej p. 274. 



\ 



158 Moine Futnik expose a Leopold II Us demandes dee Serbes, 

mesures de rigueur ne produisant aucun effet, le monarque phi- 
losophe se decida k supprimer d^un trait de plume toutes les 
innovations qu'il avait intioduites en Hongrie (28 Janvier 1790). 
Get eflFort Tepuisa, et contribua sans doute a pr6cipiter sa fin. 
n mourut vingt-quatre jours apres, le 20 f6vrier. 

Nous avons dejS, reconnu et nous reconnaissons encore que 
Joseph avait voulu le bien de son Empire, seulement il avait cm 
h tort pouvoir Tassurer en courbant tous ses peuples sous le jong 
allemand. Ses idees ne furent pas realis^es alors, parce qu'elles 
6taient irrealisables, mais elles lui ont survecu; elles etaient trop 
conformes au g6nie gennanique pour ne pas faire ecole. Depuis 
Joseph n, I'ambition, la convoitise de FAllemagne n'a fait que 
s'accroitre. De lui, plus encore que de Frederic 11, viennent ces 
reves funestes du „ Danube allemand", des villes allemandes qui 
doivent former comme une couronne autour de la Mer Noire,*) 
enfin tous les projets de conquete, dont les Latins et les Slaves 
doivent 6tre les victimes. 

A la mort de Joseph, au moment oil de grands changements 
s'operaient dans Tadministration, les Serbcs penserent que leur 
sort allait serieusement s'ameliorer. „Supportant toutes les chaiiges 
du pays, prenant leur part de toutes ses soui&ances, ils n'avaient 
pas encore obtenu le droit de bourgeoisie. Leur seule garantie 
r6sidait dans les privileges imperiaux, auxquels les Hongrois se 
refusaient toujours a reconnaitre une valeur constitutionnelle, 
tandis que, d'autre part, depuis I'avenement de Marie-Th6rfese, ils 
s'effor^aient d'exercer une influence de plus en plus prepond^rante 
sur les affaires serbes, dont ils voyaient augmenter Fimportance."*) 

Les Etats de Hongrie allaient se reunir; c'etait une occasion 
favorable; aussi, des le 22 mars, avant m^me que les lettres de 
convocation eussent et6 exp6diees, le metropolitain Putnik, remit-il 
k TEmpereur un placet dans lequel il renouvelait la demande 
faite par Djakovic en 1708; il soUicitait pour les Serbes le droit 
d'etre repr6sentes par quelques uns des leurs au sein de la 
Diete . 

Le comte Palffy, appele, en sa qualite de chancelier k donner 
son avis sur cette pretention, ne manqua pas de la declarer ex- 
orbitante. 



^) Der deiUsche StddUkranjB am Sehwarzen Meer, 
') Jirecek, Oesterr, Bevue^ 1864, Vni, p. 67. 



Futnik obtient la convocation d^un Congrea. 159 

n contestait purement et simplement k ce qu'on appelait 
a Nation illyrienne toute existence politique. Le cardinal- 
irimat Battyanyi alia plus loin encore. A ses yeux, les Serbes 
talent des Strangers, dont la presence sur le sol hongrois n'6tait 
[ue tol6r6e, qui pouvaient bien se pr6valoir de privileges, mais 
ion pas de la loi. 

L'opposition de I'aristocratie magyare eut le succes prevu. D 
at r6pondu a Putnik que les Etats seuls pouvaient statuer sur 
a demande. Celui-ci ne se laissa pas rebuter; sur Tinvitation 
iifeme de Leopold, il lui remit un second ni^moire, k la date du 
I juin, quatre jours avant I'ouverture de la Difete. Dans ce nou- 
eau factum, le M6tropolitain montrait encore combien il 6tait 
licessaire pour sa nation d'entrer en communication directe avec 
es Etats, maintenant surtout qu'elle n'avait plus pour organe de 
es interfets, une juridiction sp6ciale, comme la Deputation illy- 
ienne. Les Serbes ne tenaient tant a faire entrer leurs manda- 
aires a la Difete que pour 6tre mis a meme de travailler de 
oncert avec les Magyars, au developpement du Royaume. 

Leopold fut touche des motifs d6veloppes par Putnik, et fit 
ixp6dier des lettres de convocation au Metropolitain et aux Evfe- 
[ues serbes. Le 23 juin, ces lettres furent remises aux hauts 
lignitaires de la Difete par les Evfeques de VrSac, d'Arad et de 
Jude, avec une adresse de Putnik qui reclamait la bienveillante 
Qtervention du Primat, du Juge de la Curie et du Lieutenant 
oyal, pour faire accepter par la Difete la decision qui Tappelait 
t singer, lui et les autres repr6sentants du clerg6. 

Tandis que Putnik attendait une r^ponse, il voulut de nou- 
eau profitcr des bonnes dispositions de TEmpereur pour obtenir 
'autorisation de reunir le Congr^s national. 

n y avait seize ans que les Serbes n'avaient pu s'assembler 
>our discuter leurs aflFaires, puisque le Congrfes de 1781 n'avait 
las eu d'autre objet que Telection du m6tropolitain ; beaucoup 
/interfets etaient en souifrance, et les Serbes d6siraient les trai- 
er eux-mfemes. De plus, il 6tait bon qu'ils fussent entendus, au 
[loment oil la Difete allait peut-fetre statuer d6finitivement sur 
eur sort.*) 



^) Szalay reproche au Metropolitain scrbe d'avoir contrevenu aux promesses 
faites par lui a la Di^te, en demandant la convocation d'un Congr^s. 
Les dates seoles montrent combien ce reproche est peu fond^. Putnik 



160 La Di^te repousse les pretentions ihs Serbes, 

Leopold n'eleva point d'objections et, le 27 juin, le jour 
meme oil il avait re^u la deputation, il adressa un billet auto- 
graphe au Chancelier hongrois en le chargeant de prendre les nie- 
sures nccessaii'es pour la convocation du Congres. 

II iuvestit d'avance le lieuteuaut-niarechal baron de Schmiedfeld, 
commandant de retrovaradin, des fonctions de commissaire. 

Dans un rapport elabore en commun, la Chancellerie hon- 
groise et le Conseil de guerre aulique entreprirent de fairc revenir 
TEmpereur sur sa decision. „Le Congres ne devait en aucun cas 
se reunir avant la Diete de Ilongrio. Les 6veques grecs orientaux 
etaient deja en possession des droits regaliens, et, on le savait, les 
fltats ne rcfuseraient pas de les laisser sieger panni eiix, avec 
voix deliberative; il ne fallait done pas, en convoquant un Congres, 
les empficlier de prendre part aux travaux de la IJiete. On avait 
eu de bonnes raisons pour poser en principe que le Congi-es n'au- 
rait a s'occuper que de I'election du Metropolitain; toutes les autres 
affaires nationales etaient reglees par le Res crip turn decla- 
ratorium, et les reclamations devaient etre portees aux autorites 
par les voies ordinaires. Si pourtant Sa Majeste ne voulait pas 
revenir sur sa resolution, qu'elle adjoignit au moins au lieutenant- 
marechal de Schmiedfeld, un second commissaire, ex provin- 
ciali hungarico." ^) 

Leopold se montra j)lus genereux que ses conseillers et main- 
tint sa decision. Le Congres devait avoir lieu a Temesvar, dans la 
fonne que les interessos avaiont demandee. La ci^isse domaniale de 
cette ville fut m(>me auforisee a faire une avance de 10000 florins 
pour les frais de rassemblee et Schmiedfeld fut manda a \icnue pour 
recevoir ses instructions (7 juin). 

La faveur imperiale etait d'autant plus necessaire aux Serbes 
que, la veille mfeme, ils avaient essuye un nouvel echec. Apres 
huit jours de reflexion, le Primat, parlant au nom de la Difete, 
repondait aux Eveques qui lui avaient soumis les lettres imperiales 
de convocation, par une veritable tin de non recevoir. Les l^tats, 
disait-il, etaient pr^sentement occupes dans les sections, et il n'6- 
tait pas possible de tenir une seance pleniere pour y discuter 



pouvait croire, le 27 mars, que les lettres qui Tappelaient k singer k la 
Di^t^ produiraient un effet incontestc ct se serait abstena d'une de- 
marche qu'il.etit cm de nature k blcsser les Ktats. 
') Jirecek, Bterarchie, p. 89. 



CoTtj^rh de J 7 90, 161 

Taffaire; il ne doiitait pourtiint point, que la Diete ne tranchat 
la question en toute cqiiite ct que les Serbcs ne re^ussent satis- 
faction, pourvu qu'ils se plagassent sur le terrain du droit commun, 
et non du privilege.^) 

II etait difficile de faire une reponse plus equivoque et de 
mieux montrer que I'aristocratie hongroisc se mcttait au-dessus du 
Roi, coinme elle se niettait-au dcssus de la justice. Leopold avait 
donne gain de cause aux Serbes ; sa decision formelle etait eludee 
par de vains pretextes. 

Sur ccs entrefaites, le 9 juillet 1790, le nietropolitain Tutnik 
niouinit, en soite que le Congres eut mainteuant a lui douner un 
successeur. 

Le 17 juillet, les evcques de Temesvai', de Vrsac ct de la 
Backa presentercnt une nouvelle requete. lis voulaient que les 
cveques de la Bucovine *) et de la Transjlvanie,^) en nicnie temps 
que cdui de Belgiade,*) fussent invites a prendre part au Congres, 
avec quelques deputes de leiu's dioceses, enlin que les proprietaires 
seigneuriaux des comitats d'Arad, de la Temes, de Torontal, de Bacs et 
de Tolna, ainsi que les trois gcneraux Papilla, Secujae, Davidovic et 
les autres officiers superieui-s des Conlins pussent y assister. 

Une resolution iniperiale, prise sur le rapport de la Clian- 
cellerie hongroise et du Cons^eil de guerre aulique, a la date du 
20 juillet, decida que le Congres foi-umlcrait ses reclamations, avant 



>) Szalay, Szerb, Tel.y p. 74; Beehtsverhdltnise, p. 67. 

*) La Bucovine avait ete rciinie a TAutriclie en 1777, h la suite de la 
convention concluc, doux ans auparavaut, h Constantinople, entre la 
Cour de Viennc et la Porte. L'ev6ch6 grec-oriental de lladauti fnt alors 
transports & Czemowitz et d6tach6 de la m6tropole de Moldavie. Une 
resolution impSriale du 8 d^cembre 1786 le subordoniia k la mStropole 
de Karlovci. Voy. Jirecek, Hier archie, p. 9. 

*) Joseph II avait d^finitivement r^gle, en 1784, la question de Tdv^cM 
de Transylvanie. Les Rouraains poss6d(^rent un 6v6que du rite oriental 
qui rdsida k Sibiu (Horinaunstadt, Nagy-Szeben), mais, par une dispo- 
sition Strange, n'eurent pas le droit do concourir a sa nomination. Ce 
fut le ni6tropolitain serbe qui le designa. Des resolutions imperiales du 
30 septembre 1783, du 9 octobre do la mSme annSe, ainsi que la reso- 
lution dSji cit6e du 8 decerabre 1786, restreignirent la competence du 
siSge archiSpiscopal de Karlovci, au droit de statuer en appel sur les 
questions de dogme ct de discipline. Voy. Jirecek, Hierarchiey p. 8, et 
I'opea, Vechi'a Metropolia ortodosa roitMna a Transihaniei, pp. 192 sq. 

*) Belgrade, nous Tavons dit plus haut, Stait alors occupS par les troupes 
autrichiennes. 

11 



Jf,2 Le Co tiff rh fnif rmmniht ses fv>«ije, 

de pror^der 2i relection du m^tropolitain; que les cv^ques dc 
Bucovino ct do Transjivanio pourraicnt prendre part & relection 
commc les autres, niais quO ces deux pays n'auraicnt pas le droit 
d'envoyer des deputes laics; enfin que la Serbie ne serait repre- 
sentee ni par Teveque dc Belgrade, ni par d'autres mandataires. 
Le Conpres etait autoris6 a appeler dans son sein les ggn^raux 
Papilla et Secujac,^) ainsi que le nonibre ordinaire d'ofticiers d^- 
l^p:ues par les Confins. Quant aux propri^taires seigncuriaux des 
coniitats, ils pouvaient elire 25 des leurs, en sortc que Tassemblee 
devait ctre coniposee de 100 niembres : 25 membres eccl6siastiqucs, 
25 de la noblesse, 25 de Tarm^e ct 25 de la bourgeoisie. Unc 
decision imperialc du 31 juillct statua que ces dispositions ctaient 
speciales & la reunion de 171U>, et ne prejugeraient rien pour ravenir. 

Le Congrcs, dont Torganisation avait coutc tant de peine, 
fut ouvert Ic \" scptcnibre et se prolongea jusqu'au niois de de- 
conibre.^) L'attitudc de la Dietc hongroise avait aigii les esprits; 
aussi la principalc preoccupation des Serbcs fut-elle d'obtenir 
leur separation d'avec la Ilongrie et de voir eriger en province 
distincte les territoircs (ju'ils occupaicnt. Aprcs un sitcle d'attonte 
ct tie deception, cette pretention reparut avec plus dc force que 
jamais. 

Le 7 scpt(Mubrc, rAsscni])lcc remit au conimissairc royal 
un placet contcnant les dcmandcs rcsumces en trois points: 1® As- 
signation iVxm tcrritoire particulicr ct creation d'une juridiction 
spcciale qui put dcfendre les intcrcts serbcs aupres de la Cour 
ct des grands conseils de Tctat; 2** Libre exercice du culte grec- 
oriental, droit dc bourgeoisie et aptitude aux emplois publics; 
H® Concession cvcntuclle d'unc constitution particuliere aux Con- 
fins militaircs dans Ic cas oil ils vicndraient h ctre replaces sous 
une administration civile. Rchmicdfcld tit bien preciser les tcrmes 
du i)lacet, surtout en <'e qui conccmait Tassignation du tenitoire. 
Sans blamer cette deniandc, il fit remarquer que la Diete s*oppo- 



') D.avidovic rtait ilevant I'onneini. 

*) Voy. Acta Ilhjrici Conffressus Nattonalis Temesvarini 1790 habi^9\ ma- 
miscrit conBtM-v6 dans la bibliotb^quo dii Musoo National de Pest, et log 
Axra Co6opa HapoAa cp6cKor'i> y TeaiiniBapy (ii« 27 dc notro Bibliograpki^), 
liC discours d'oiivertiiro do Sclniiicdfcld a etc public ii part sous ce 
titrc: Anrede den Konigliclien Commissars Freiherm van Schmiedfeld 
b^i ErO/fnung des illyrischen Nationalcongresses fw TememfOir^ am 
1. September 1790; sans lieu, in-8. 



VEmptrtur ajy^rouve la modiration des Serbes. \QQ 

serait certainemcnt h ce qu'une portion quelconque des pays de 
la couronne hongroisc en fut detachee et proi)osa de rcstreindre 
les pretentions nationales a la concession dii Banat. La r6in- 
corporation definitive de cette province n'avait pas encore eu 
lieu; les difficultes seraient moindres pour I'obtenir.M Le Congres 
56 rendit k ces raisons, et Schniiedfeld expedia la pifece a Vienne.'') 
Des le 27y il put presenter aux deputes un billet autop:rai)he de 
Leopold, billet dans lequel TEnipereur reconnaissait la justice des 
dcmandes qui lui avaient 6te adress6es et felicltait rasseiubl^e de 
Tcsprit d'ordre et de sagesse dont elle donnait des preuves. 

*) Szalay, Sscrb, TeUp,, p. 79 ; Eecht9Vtfh,y p. 73. Voy. le texte de la peti- 
tion adress^e 2i I'Empereur daus VitkovicTjacHMK, T. XXXVII, pp. 267—286. 

') Le placet ^t&it d^jk cxp^di^, quand Sava Tdkolyi, Tun dos membros da 
Congres, pronon^a un discours devenu cel6brc, et qui a 6t6 imprim6 sous 
ce titre : 8ermo quern Sabbas Tokoli, quasi deputatus ad nationalem illy' 
ricum Congressum 9. SeptembHs 1790 idiomate nattonali fecit, in linguam 
latinam traductus; Pestini, 1791, in-8. Tdkolyi, fier sans doute de sa 
noblesse liongroise (il s'appelait de Yizes et de Eevermes), soutenait 
que les Serbes ne pouvaient aspirer k une condition plus heureuse quo 
ceUe dont ils jouiraient en Hongrie, le jour ou le droit de bourgeoisie 
leur serait conf6r6. II s'61evait surtout centre les privileges de Leopold, 
nil est arrive, disait-il, que nous n*avons plus 6te consider^s comme 
on peuple allie et ami, mais qu'on a et6 porte k nous regarder comme 
un peuple qui avait besoin de protection, un peuple simplement toler^, 
Bouvent mdme ennemi. La raison de ce changement inouY, Q'a ete le 
privilege accorde aux Serbes venus alors de Serbie, privilege qui d'ail- 
leors ne reufermait rien de particulier, car on ne saurait, par charite^ 
en refuser un semblable k un chretien de quelque pays quMl vinf 
On a en effet confondu, disait-il en continuant, les Serbes primitivement 
etablis en Hongrie, avec ceux qui sent venus s'y fixer; les uns et les 
autres n'ont plus et6 que des etrangers re^us par grAce. Les Serbes, dans 
leur interet Men entendu, ne devaient plus songer k s'isoler de la 
Hongrie, mais renoncer k toute idee de territoire distinct et partagor 
les avsntages reserves aux autres habitants du royaume. Telle etait la 
these de TakGlyi, et M. Szalay, qui reproduit avec complaisance de longs 
fragments de son discours, applaudit de toute s ses forces k cette argu- 
mentation. Nul doute aussi qu'en 1790, la Chaucelleric hongroise ne se 
Boit fiait one arme de ces paroles imprudentes. TOkOlyi parlait pour lui, 
et peut-etre quelques ons de ses compatriotes, gratifies de la noblesse 
^ da royaume, etaient-ils de son avis; mais quo devaient penser des 
avantages de la constitution hongroise, les paysans reduits malgre eux 
k la condition de serfs? Faliait-il que la nation tout entiere s'immolkt 
pour le benefice d'on petit nombre? 

TOkOlyi fut recompense par les Magyars du concours inatteudu qu*il 
leur avait prSte. U exer^a de 1792 a 1798 les fonctions do secretaire 

11 •= 



^ 



1(J4 Biincorporation dft Banat h la Hongrie* 



Leopold avait beau faire espercr aux Serbcs la prise 
consideration do leuis vceux; il n^etait pas libre de leur faire 'l^a. 
nioindre concession. La Dietc hongroise faisait agir tons les rc3"fe3^ 
sorts pour I'enipecher provisoirenient de rien decider, sachant b m ^3n 
qu'il importait surtout de gagner du temps. Les mcmbres ^^u 
Congi'es, sans autre appui que la bieuveillance ihiperiale, n'avai ^^ nt 
aucun inoyen de hater la solution ; ils s'annerent done dc paties^M^ -ce 
et teiininerent leurs deliberations sans bruit Ils s'occuperent A "* "^lu 
giand nonibre dc questions relatives a regliso et aux ecoles, ar a.'^K^nt 
surtout en vue d'assurer a la nation des rcvenus qui lui peniB ^Ss- 
sent de developper Tinstruction. L'assemblec vota, a cet eHr"««t, 
une contribution annuelle a laqucllc seraient ten us le nietropc^ li- 
tain, les eveciues et les nionasteres. Ces ressources, jointes a eel ^^Kes 
que les Serbes possedaient deja, devaient pennettre de doter 1>M us 
largenient les etablissenients scolaires et d'augmenter le nonil:3:»re 
des professeurs. 

Lc 9,20 novenibrc, le Congres proceda a Telcction du met::^'o- 
politain. et porta ses suffrages sur Tevequc de Budc, £tiei:^ne 
Stratimirovic. Pen de jours ajjres le vote, les deputes se s^^^a- 
rerent anxieux du sort qui serait fait a leurs dcniandes. 

La \)\htc hongroise craignait surtout de voir Lcoi)old don«:^cr 
aux Serbes un tenitoire separe. Elle voulut done tout d'abcz^rd 
parer a ce danger et s'occui)a sans retard de regler les demiers «Je- 
tails relatifs a la reincorporation du Banat. Marie-Tlier^^i>e 
n'avait pas encore fait recevoir par la Diete les deputes des <^' 
mitats de Torontal, Tenies et Krasso et le non acconiplissem^^i^^^ 
de cette fonnalite avait seul fait croirc a Schmiedfeld et au C^^n- 
gres qu'il serait i)lus aise d'obtonir pour les Serbes I'abandon ^^ 
Banat (pie celui de toute autre province. Les fitats s'empresscr^^Dt 
d'expedier Taffaire * ), et repondirent des lors qu'il n'6tAit po i^^ 

aulique pres d<* la Chancellorie lioiigroise, ct fut plus tard consei Ucr 
royal. Son attacheiiieut aux projuges de la fcodalito magyarc lc po^^ 
aux attaquos les plus injustes contre los Roumaius. Sur la tin d(? ^ 
vie, ses idecs se nioditieront, ct, comme pour reparer lo tort qu'il a'*''^*'^ 
cause aux Serbes sans le vouloir, il leur legua une fortune considera^^*. 
Nous aurons plus loin roccasion de parler des legs qui ont mis ^on 
nom en grand honncur aupres de la posterite. M J. Suhotic a ^crit"- ^* 
vie de Tokolyi (/Khbot Case TeRejHfie, 6e3CMpTHor 6jaro4iTeAa aap^'^* 
cp6cKor. y Ey4Hay, 1861, in-8). 
') Voy la loi de 1790-91, article XXVIIIe. 



tot hmup'ohe de 1790—1791. jf\5 

)ossible de s^parer un seul coin de teiTe du royaume de Saint- 
iltienne. 

Pour ne pas refuser aux Serbes toute compensation, la Diete 
'engagea k leur conferer le droit de bourgeoisie, k Icur donner 
lans le domaine religieux la garantie d'une loi, et k recevoir leurs 
vfiques panni les magnats. La encore mille difficultes surgirent. 
hi pent voir dans Fouvrage de M. Szalay *) le recit des n^gocia- 
ions qui eurent lieu entre les Etats et la Chancellerie liongroise, 
epuis le niois de novembre 1790 jusqu'au niois de mars 1791. 

Ces n6gociations aboutirent enfin k Tarticle XXVII* de la 
w de 1790 — 91, article ainsi conQu: 

„De Graeci ritus non Unitis. 

„Sua Regia Apostolica Majestas Sanctissima clementer an- 
,nuere dignatur, ut Graeci ritus non uniti Regni Incolae in Regno 
,hoc jure Civitatis donati, sublatis in contrarium. sancitis Legibus, 
,in quantum hae ad Graeci ritus non Unitos se referunt, ad instar 
,aliorum Regnicolarum acquirendorum et possidendorum bonomm 
,ac gerendorum omnium ofticiorum capaces in Regno Hungariae 
,Partibusque adnexis sint. 

„Juribus ceteroquin Regiae Majestatis circa negotia Cleri, 
Ecclesiae, Religionis, cujus exercitium plene ipsis liberum erit, 
fundationum, studiorum, ac Juventutis educationis, non minus 
privilcgionim ipsoinim, quae fundamentali Regni Constitutioni non 
idversantur, prout Majestas Sacratissima a gloriosae Memoriae 
Majoribus suis accepit, ita, eidem altcfata,e Regiae Majestati porro 
juoque in salvo relictis." 

La loi n'est pas absolument confonnc aux promesses faites 
\r la Diete, puisqu'elle ne confere pas aux eveques serbes le 
roit de sieger parmi les magnats, comme representants de leur 
ition, mais elle reconnait du moins aux Serbes la qualite de ci- 
>ycns hongrois.^) Que de luttes n'a-t-il pas fallu engager, que 



») Szerb, Telf pp. 90—107; Rechtsverh.y pp. 84—98. 

*) D'autres articles de loi votes par la meme difcte enlevaicut indirectoment 
aux Serbes quelques iins des avantagos qui paraissaicnt leur etro con- 
c6d6s. L'article XVIe: De lingua peregrina (id manipulationcm ne- 
goiiorum publicorum non inducenda, hungarica vero conservanda, fait 
d6Jk de la langue magyare la seule langiie nationalo, au d(^triment de 
la vraie mtgorite des habitants du pays, slaves et roumains. L^artirb^ 
XXXV® : De nexu Dominorum Terrestrium cum suhditis, rive encore 
one fols les chaines qui attachent le paysau a la glebe. 



1Q(\ fh-faticm de la CJianceJIerie ilJyriennt. 

I 

irobslacles u'a-t-il piis fallu surmouter, pour faire trioiiipher une 
prttention aussi simple ct aussi juste? 

Leopold ne crut pas que la loi vot^e par la Di^te f&t une 
satisfaction suftisante pour un peuple qu'il comptait au nombre 
de ses plus fidfeles sujets. Par une ordonnance dat^e du 5 mars 1791, 
il r6tablit le conseil supprime en 1776, non plus sous le nom de 
Deputation, mais sous celui de Ghancellerie aulique 
illyrienne (Illyrische Hofkanzlei). Ce changement de 
titre avait son impoi*tance puisqu'il mettait la Chancellerie hon- 
groise et la Ghancellerie illyrienne sur un pied h, peu prto sem- 
blable.*) 

Par un sentiment d'^quit^ bien rare chez ceux qui ont r6gn6 
it Vienne, L6opold ne se crut pas encore quitte cnvers les Serbes.*) 
Le droit <Ie cite n'6tait pas la seule concession qu'ils eussent sol- 
licit^e; il importait d'examiner leurs autres reclamations, relatives « 
ik la concession d'nn territoire, it Texeniption de la dime, etc La«j 
Ghancellerie illyrienne fut chargee de cet examen et, dfes le 17T 
mars, prescnta son rapport k TEmpereur. Elle divisait les demanded 
enianees du Gongifes en trois classes, suivant qu'elles avaient 6t^ 
presentees par les d6put6s eccl^siastiqucs, militaires ou civils, efs 
les soumettait ^ la decision souveraine. Le rapport fut approuv^ 
par une resolution impeiiale, datee de Florence le 23 avril 1791*/* 
et la Ghancellerie illyrienne pr^para un projet de resent conform*^ j 
aux solutions adoptees. 

La Ghancellerie hongroise et le Conseil de guerre anliqu ^ 
furent naturellement appel6s i\ donner leur avis sur le projet 0' ^ 
connait assez I'hostilite traditionnelle de ces deux juridictionsr 
pour penser que leur avis ne pouvait fetre favorable, toutefoP' 
elles n'oserent pas manifester ouvertement leur opposition, aimai^ 

>) Voy.y dans la notice in8^r6<& pAr M. Siindi6, en \k\A de la tradaetic:^ 
Berbe da M6inoire de Bartenstein (pp. XXI sq.), comment la Chanci^^ 
lerie illyricime etait compos6e. 

') M. Szalay dit negligemment que Leopold laissa tombet dans l^oabiia 
toutes les reclamations des Serbea. Le simple expos6 des fails montrv 
combien cette assertion est erron^e, ptdsque ce fat prMs^ment r£m- 
peroar qui les lit examiner et se pr^occupa d'y donner saite. Tout le 
livre de M. Szalay est ^crit de la sorte. II choisit les faits fitTorables 
k sa ih^se, les expose de la mani^re non pas la plus conforme k rhii- 
toiroi mais de la manidre qui lui plait, et passe les autres boob silence. 

") (j'est le texte de cotte resolution imp^riale qui est annex6 aux A«n 
Co6opH ro4. 1790-T6 4pmMor. 



s 



Oppofllion de la Chancelhrie hongroise, 167 

deux trainer les choses en longueur jusqu'au jour oil elles au- 
dent r^ussr ^ faire supprimer la ChanccUerie illyrienne. Nous 
jrrons dans le chapitre suivaut qu'elles n'y reussirent que trop 
ien.^) 



^) Le rescrit ne fat jaioais sanctionn^, mais il n*est pas sans int^r^t 
d'indiquer dans quel esprit le projet avait 6t6 redig6. £n void quelques 
fragments cit^s par M. Jiredek, {^Hierarchies pp. 42, 43) d'apr^s Toriginal 
conserve aux Archives de Yienne. Sur la question da territoire, le 
projet s'^xprimait en ces tennes: 

^La Nation iUyrienne doit attendre qu'il ait 6t6 decide soivant le temps 
^et les circonstances, si, quand et od il sera possible de la r6anir, et 
.quel territoire on pourra lui abandonner. Jusqu'k ce moment, la Nation 
^peut envisager son sort avec d'autant plus de tranquillit6 que les pri- 
lyVildges qu'eUe poss^de et les avantages que Nous lui avons encore ac- 
,cord68 nouvellement la mettent provisoirement dans une situation assez 
,{avoris^e. 

„£n tant que les habitants du rite grec non-uni des districts de la 
„Thi3za et de Kikiifida, des comitats de Bics, de Sirmie, d'Arad et de 
„Csan^, peuvent d^montrer et prouver qu'ils out ^t^ l^s^s dans les li- 
„bert^s que les privileges leur garantissent, ou maltrait^s de toute autre 
i^mani^re ill^gale, nous voulons qu'une enquSte ait lieu, et, si les plaintes 
lyport^es k qui de droit sont appuy^es de preuves suffisantes et re* 
,,connues fondles, que les autorit^s y rem^dient suivant les circonstances. 

^L'^tablissement de Notre Ghancellerie illyrienne et d^une Commission 
„provinciale particuli^re pour la Slavonie et rillyrie, si^geant k Petro- 
^varadin, puis la mesure que nous avons adoptee et qui, en Croatie et 
„dan8 le Banat de Temesv&r, soumet It la competence des g^neraux 
,iexerQant le commandement dans ces deux provinces, les affaires qui, 
„en Slavonie, ressortissent It ladite Commission provinciale illyrienne, 
„a(yoignant & ces g^n^raux, pour les aider dans cette tdche, des com- 
„mis8aires provinciaux, donne d^jk satisfaction aux demandes pr^seut^es 
,ipar la Nation k cet ^gard. 

„£n ce qui conceme la crainte exprim^e k la fin de la pr^sente re- 
„quete, que Tun ou Tautre district des Confins ne vienne k etre plac6 
i^sous Padministration civile; il n^est pr^sentement question de rien 
,,de semblable.** 

M. Jirecek ne nous fait pas connaitre d'autres fragments du projet 
de rescrit n est ais^ d'y supplier & Taide de la resolution imperiale 
du 23 avril, dont le rescrit ne devait etre qu'uue refonte. Au nombre 
des points importauts sur lesquels Leopold donnait raison aux Serbcs 
il convient de citer Pexemption de la dime. Les lois de 1481 et dc 
1495, les privileges imperiaux et los commissions nommecs pour exa- 
miner la question, n^empechaicnt pas que les Scrbes no payasscnt encore 
la dime au clcrge catholique. 



IQPt ^aUsanee (J-e la IttUrctt-ure serhe. 

L'aiin6e 1791 fut remplie par des negociations entre TEm- 
pereur et la Chancellerie illyrienne/) mais les preoccupations de 
la politique ^trangerc d^toum^rent Leopold des questions inte- 
rieures. L'6ventualite d'une intervention en France lui faisait desirer 
la paix avec les Turcs, aussi ne se montra-t-il pas exigeant dans 
ses pretentions. Par le traits signe a Sistov, le 15 aoiit, il con- 
sentait an r6tablissement du statu quo ante bellum. L'exp6- 
dition entreprise par Joseph n n'avait produit aucun r6sultat; 
Belgrade retombait au pouvoir du Sultan. 

La perte de cette place fut d'autant plus sensible aux Serbes 
de Hongrie, que sa possession leur avait permis d'entretenir des 
rapports plus frequents avec leurs frferes de la rive droite de la 
Save. Ds 6taient condamn6s ^ passer par une s6rie d'epreuves 
nouvelles, avant do la reconquerir. Aujourd'hui que ces 6preuves 
glorieuses ont ete surmont6es, que les victoires de Kara-George 
et la perseverance de Michel Obrenovic ont assur6 aux Serbes la 
possession effective sinon souveraine, de Belgrade et de la Princi- 
paut6, Ton ne pent regretter que les Imp6riaux aient dft aban- 
donner le pays. Les Serbes sont libres du moins dans ces 6troites 
limites, tandis qu'ils n'eussent fait que changer de mattres si les 
Allemands et les Magyai^ etaient restes sur leur territoire. 

Les campagnes de 1788 Ji 1790 n'eurent pas de r6sultats 
militaires, mais elles ne furent pas sans influence sur le d6velop- 
pement ultericur des populations serbes. L'agitation caus6e par 
la guerre produisit ses fruits, aussi bien que les " id6es 6mises au 
Congres de Temesvar. Lcs esprits une fois en mouvement ne s'ar- 
reterent point et travaillerent au progi'fes national, avec des vues 
pratiques qui leur avaicnt manque jusque Ik. A cette 6poque, on 
pent le dire, naquit la litt^rature serbe modeme. Ce sujet tient 
trop de place dans I'histoire d'un peuple pour que nous n'en di- 
sions pas ici quelques mots. 

Le premier monument de la langue serbe qui nous ait 
ete conserve est, abstraction faite de quelques inscriptions plus 
anciennes, un diplome du ban de Bosnie Kulin, date du 29 aoftt 
1189. A partir du milieu du XIIP si^cle jusqu'a la fin du moyen- 
iige, les diplomes, les inscriptions, les livres de liturgie et le& 
vies des Saints nous foumissent une suite non-interrompue de do- 
cuments ; enhn, d^s 1494, Timpilmerie multiplie les Psautiers et 

^) Voy. ^ la suite des Arts Co6opa, les lettres adress^es par Leopold 
comte Balasa^ president de la Chancellerie iUyrienne. 



DontUiie Ohradovi^. 1(50 

les Evangiles. Tous ces documents, il faut le remarquer, nc sont 
pas Merits en langage vulgaire, mais bien dans Tididme adopts 
par TEglise, depuis Cyrille et Methode, et qui n'est autre que 
i'ancien bulgare. Get idiome y est seulement plus ou moins im- 
}r6gn6 de locutions propres aux Serbes; les flexions y sont sou- 
^ent emprunt6es au dialecte vivaut, enfin la phon6tique elle-mfime 
[)orte de nombreuses traces du parler populaire. 

Les Croates et les Dalmates catholiques parviennent a d6- 
jager leur litterature des entraves de la langue sacree, bien 
ivant que les Serbes songent k s'en affranchir. Du XV«' au XVII* 
uecle, et mfeme encore au commencement du XVni® la Ripublique 
le Raguse (Dubrovnik) est un centre litteraire dont Pinfluence se 
Fait sentir sur tous les Slaves du sud. Darzic, qui florissait vers 1480, 
3undulic (1588—1638), Palmoti6 (1606—1657), Bunic Vucicevid 
1580?- 1658), Gjorgjic (1675—1737), sont les representants les 
)lus illustres de cette ecole. Kacic Mijosic (1690 — 1760) est le 
)oete le plus populaire de la Dalmatie. 

Les Serbes, que la religion separe des Croates et des Ragu- 
jains, restent etrangers k ce raouveraent. Ceux qui 6crivent au 
tVIIP siecle, fitienne Brankovic, par exemple, se seiTent toujours 
le I'ancien slave liturgique; Rajic, qui met la demifere main k 
ion grand ouvrage en 1768, fait un melange pen intelligible du 
ieux bulgare, du russe 'et du serbe. II 6tait reserve k Dosithee 
)bradovic d'ouvrir une voie nouvellc ct d'elever la langue nationale 
u rang de langue litteraire. 

Obradovid uaquit en 1739, au village de Cakovo, dans le 
ianat. Des son enfancc, il montra une veritable passion pour 
etude. Place en appreutissagc a Temesvar, il s'echappa de chez 
3n maltre, et s'enfuit au monastiire d'Opovo. II devint moine, 
lais quand il eut d6vore tous les livres du convent, il eprouva 
! d6sir d'acqu6rir des connaissances nouvelles. Quelques ducats 
a poche, il partit pour le Mont Athos, mais tomba malade en 
>ute et dut s'an'6ter a Kotor (Cattaro). II y composa un premier 
isai en serbe vulgaire, dont les copies manuscrites obtinrent un 
rand succfes en Dalmatie. Bhs qu'il put continuer son voyage, il 
artit pour Corfou, atteignit le Mont-Athos, oil les rivalites des 
loines ne furent pour lui qu'un objet de degoAt, et gagna Smyme. 
1 y passa trois ans dans une ecole grecque, revint par la Grfece 
, Corfou, penetra on Albanie, visita Venise et Trieste, puis s'6- 
Ablit k Viennc oil il passa six ans. Partout oil il s'arrfitait, il 



170 ^cx)le de iCartovci. 

(lonnait des lemons qui le faisaient vivre et s^instruisait lui-mime 
avec avidite. De Vienne, il repartit pour I'ltalie, passa de nouveau 
k Constantinople, gagna la Moldavie et Moscon, puis se mit en 
route pour la Pologne et TAllemagne. L'universit6 de Leipzig le 
captiva. Plus il voyageait, plus il songeait aux progrfes que ses 
infortun^s compatriotes devaient faire pour s'61ever au niveau de 
la science modeme. II voulut du moins travailler pour eux, et 
fit imprimer k Leipzig mftme, en 1783, un petit volume qui con- 
tenait sa vie et ses aventures. Nul roman n'est plus attachant 
que cette histoire vraie; chaque page respire le plus pur patrio- 
tisme. Obradovi<S voulait fetre un r6formateur moral, en mftme 
temps qu'un novateur litt6raire. Son ouvrage est la premiere pro- 
duction de la langue serbe modeme ; il en est rest^ une des plus 
int^ressantes. 

Apr^s deux ans passes en Allemagne, il part pour T Angle- 
terre et revient en Allemagne, oti il fait imprimer ses Fables 
d'£sope, qui sontunmodMe de style simple et clair. II continue 
ensuite ses peregrinations, habite tantot la Russie, tantdt Venise, 
ou Karlovci. II meurt en 1811, h Belgrade, oil il avait accepts 
les fonctions de pr6cepteur des enfants de Kara-George. 

Les ouvrages d'Obradovic sont nombreux, et nous ne pre- 
tcndons pas en transcrire ici, mftme les titres, mais nous avons 
voulu dire quelques mots d'une vie si agitee et si bien remplie. 
A peine sa Biographie et ses Fables eurent-elles vu le jour 
qu'il lui surgit des imitateurs. Nous parlerons dans le chapitre 
suivant d'un autre travailleur infatigable, qui continua roeuvre 
d'Obradovid, et tira du sein mfeme du peupleune litt6rature aussi 
riche qu'originale ; nous avons nomm6 Vuk Stefanovid Karadzic. 

L'6cole de Karlovci, fond6e en 1733, par le m6tropolitain 
Vincent Joanovic, qui avait dft faire venir des professeurs de Kyjev, 
se d6veloppe, k mesure que la litt6rature fait des progrfes. De 
ses bancs doit sortir, au commencement de ce sifecle toute une 
generation d'ecrivains. Les ressources de Timprimerie augmentent 
k mesure que I'instruction se r6pand. De 1760 k 1771, presque 
tons les livres serbes sont imprimes k Venise, chez Teodosi, mais 
en cette demifere annee, Joseph Kurtzbock fonde a Vienne, sous 
le patronnage de la Deputation illyrienne, une imprimerie speciale. 
En 1791, Etienne Novakovid, Tancien agent serbe dont nous avons 
deji parie, public k Vienne un journal serbe bi-hebdomadaire. D 



tm>primerie$ aert)6a. 171 

devient propri6taire de rimprimerie de Eurtzbock (1792), laquelle 
est achet^ quatre ans apr^s, par runiversit^ royalc de Bude. 

Emmanuel Jankovic, qui d&s 1787, traduit en serbe une co- 
mMie de Goldoni, cr£e k Novi Sad une imprimerie et une 
librairie, premi&re origine des 6tablissements qui ont fait de cette 
ville le centre litt^raire des Serbes de Hongrie. Ceux-ci ont pris 
Favance sur leurs frferes de Serbie; il n'y a pas encore d'impri- 
merie k Belgrade 1 



■.-^^■^-r*.^^ 



Histoire des Serbes de Hongrie, dcpuis la concession aux Serbes des droi 
civils jusqu'Ji la revolution de 1848. -— Lcs guerres contre la France; I'llly- 
risme; la lutte des nationalit6s en Ilongrie (1791 — 1848). 



Woiis avons suivi les perip6ties de la lutte soutenue durant 
un sifecle par les Serbes, avant d'obtenir la jouissance des droits 
civils en Ilongrie. La loi de 1791 reconnait en eux des citoyens; 
ils sont capables d'exercer des fonctions publiques et ne peuvent 
fetre troubles dans Texercice de leur culte. Ce seraient Ik de s6- 
rieux avantages si la loi n'etait sans cesse violee, s'il ne de- 
pendait de I'aristocratie des comitats de substituer son bon 
plaisir aux regies de la justice. Aussi les Serbes ne furent-ils 
pas satisfaits. „Dans la loi d'ailleurs si bienfaisante et si juste, 
mais vot6e sans leur participation, ils virent la mine de rindivi- 
dualit6 historique de leur nation, la mine de leur existence, en 
tant que Serbes, la mine des privileges politiques qu'ils avaient 
payes de leur sang et que des diplomes imperiaux leur garantis- 
saient."^) Les concessions qui faisaient Tobjet de I'article adopts 
par la Diete, 6taient deja contenues dans les diplomes imperiaux 
et pourtant, dans la pratique, elles avaient sans cesse 6t6 con- 
testees. Sur un point meme, la situation se trouvait aggravee. La 
loi ne parlait que des adherents du culte grec non-uni, et ne pro- 
nongait pas mfime le nom des Serbes. Enfin, la Difete refusait 
d'admettre dans son sein les deputes du peuple serbe, et cela, 
au moment ou elle accordait k de petits groupes sans importance, 
mais appartenant, il est vrai, k la race magyare, aux Lazyges, aux 



') Stojackovicy Becht8verh.f p. 31. 



Avhnement de Vemjpereur Franqais, |73 

Coumans et aux habitants du district des Ilai'doukes, le droit de 
Be faire representor. 

Leopold, nous Favons dit, sentait la justesse do ces plaintes; 
il avait confie a la Chancellerie illyrienne Texamen des questions 
encore pendantes, ct pcut-6tre eut-il reussi h donner aux Serbes 
line legitime satisfaction, lorsque la niort vint le frapper (P'mars 
1792). Ce fut une giandc perte pour les nations oppiiiuees de 
TAutriche et de la Hongrie, puisque, par suite du principe nionar- 
chique, leurs esperances reposaient sur la vie d'un homme. Fran- 
cois, successeur de L6opold, n'^tait pas de temperament h resister 
aux Magj'ars. C'etait Tami des basses et obscures intrigues. 
II ne voulait qu'une chose, combattre cette grande revolution fran- 
^ise, dont le bruit Tepouvantait; extii-per, s'il se pouvait, du 
nionde entier, et tout au moins de ses 6tats, les mots de patrie 
et de liberte, menaces perp6tuelles pour un trone chancelant. 
Dans cette pensee, il ne pouvait trouver de meilleure alliance que 
celle de la noblesse hongi'oise. Quoique la declaration des droits 
de rhomme eut rencontre, chez quelques gentilshonnnes du pays, 
un echo inconscient, la Hongrie offrait a TEmpereur un excellent 
terrain pour les projets de reaction qu'il nourrissait. II pouvait 
etre sftr qu'en representant a cette noblesse egoi'ste les dangers 
que les revolutionnaires faisaient courir h ses privileges, il la 
trouverait pr6te a le suivre. En bonne logique, il ne pouvait se 
montrer favorable aux aspirations les plus legitimes de ses peuples ; 
il ne dcvait fetre question ni de leur ind6pendance, ni m6me de 
leur dignit6; leur asser\issement etait le prix dont il aclietait le 
concours des gi-ands seigneuis de son empire.') 

Dans ces circonstances, on con^oit que les Serbes n'eussent 
rien de bon a esp6rer. Le plan des Magyars etait fait; il avait 
ete developpe avant la fin de la Difete prccedente. II s'agissait do 
supprimer avant tout la Chancellerie illyrienne, dont les adh6rents 
du culte grec-oriental ne devaient plus avoir bcsoin, maintenant 
qu'ils etaient citoycns de la Hongiie. Pour cux, comme pour les 
autres habitants du royaume, il ne devait y avoir d'autre juri- 
diction que la Chancellerie hongroise.^) Du reste, les ev^qucs 



') Voy. BUT cet ^poque rint^ressante Histoire des Hongrais et de leur 
litUratwre politique de 1790 a 1815, dc M. Edouard Sayous. (Paris, 
1872, in-12). Nous avons k peine besoin de dire que sur bien des points 
nous nous trouTons en complet disaccord avec Pauteur. 

^ Szalay, Sjserb. Tel, p. 107^ Beehtsverh., p. 98. 



]^74 ^^^ hequc^ 9trht9 sont icartis de la Dihte, 

grecs seraient adniis St la Difete, ce qui devait 6tre consid^re, par 
les plus exigeants, comme une compensation. Quant aux deputes 
laics, que les Serbes n'avaient cess6 de rdclanier il n'en etait 
meme pas question. 

La Diete hongroise fut convoqude, pour le 20 mai, k Bude. 
Conformement an plan arr^te, les £vSques serfoes re^urent des 
lettres de convocation, mais, coimne il nc fallait pas faire trop 
vite les concessions, leurs lettres porterent cette clause humiliante 
qu'ils si^eraient derri&re tons les autres d£put4s. II dtait difficile 
qu'ils se soumissent sans protestation h une condition semblable, 
alors surtout que les prelats catholiques formaient un ordre a 
part, qui avait le pas sur les autres. L'on etait encore au temps 
oil le haut clei^6 jouissait de prerogatives importantes et, du mo- 
ment que les repr^sentants des Serbes n^avaient leur entree a la 
Diete qu'en tant qu'6veques ils devaient tenir a y occuper une 
place qui correspondit au rang que leur donnait le respect popu- 
laire. Le 21 mai, ils communiquerent k la Di^te une rSpouse 
ccrite, oil il dtait dit, „qu'il 6tait loin de leur pens6e de se plaindre 
de ce qui s'etait pass6, qu'ils ne voulaient pas retarder m6me 
d un moment le couronnement du roi, par des querelles semblables, 
et que provisoirement ils se contenteraient de la place que le 
Palatin leur avait designee ; mais qu'ils se r^servaient de rSclamer 
plus tard, tout ce que k quoi il leur semblait qu'ils avaient droit, 
lis avaient confiance que la Di^te leur assignerait des places qui 
fussent en rapport avec leur situation d'6v6ques.^)" 

Les f^tes du couronnement une fois termin£es, les Svfiques 
renouvelerent leur demarche. lis demandaient a fetre places sur 
le mgme rang que les 6v6ques catholiques, Tanciennet^ seule de- 
vant detenniner entre eux la preseance. Cette pretention, disaient- 
ils, n'etait qu'une consequence naturelle de la loi qui accordait 
aux Grecs-Orientaux la jouissance des droits civils en Hongric. 
Ils croyaient eux que les diverses nations qui se partageaient le 
pays devaient vivre desormais dans une entente fratemelle, et 
s'cn remettaient au sentiment de justice des Etats. Ils ne s'aper- 
cevaient point, dans leur simplicity, que leur admission k la Diete 



'} Szalay, (Sgerb. Tely pp. 107 8qq.; Rechtaf>erh,y pp. 99 sqq.), rapporte 
cette r^ponsc des ^v^ques serbes, mais se garde bien de dire par quel 
incident eUe avait 6t^ provoqu^e, en sorte qu'elle deyient chez loi tout 
h fait inintelligible. 



La Ditte dinonce la ChaiiceUene iUyrimnt, 175 

n*^tait pour les Magyars que le prix dont il fallait payer la sup- 
pression de la Ghancellerie illyrienne. 

L^affaire fut examinee par la Di6te dans sa seance' du 18 
juin 1792. Apres la lecture du rapport relatif a la suppression 
de la Ghancellerie illyrienne et a la compensation accord6e aux 
6v6ques, quelques d^put^s furent d'avis de voter imm^diatement 
le second point qui faciliterait d'autant Tadoption du premier. II 
ne d^pendait pas en effet de la Difete seule d'abolir une juri- 
diction qui puisait son autorit6 dans les prerogatives royales. La 
majority fut d'avis, pour ce motif, qu'il valait mieux attendre la 
decision de la Cour. Elle adopta, en consequence, une represen- 
tation ainsi con^ue: 

„Nous avons speciiie, dans notre humble representation du 
5 mars 1791, votee pendant la dernifere Di^te, les inquietudes que 
nous a inspirees Torganisation de la Ghancellerie illyrienne par 
le precedent gouvemement, et nous avons fait connaitre nos mo- 
tifs juridiques. Nous etions inquiets de pcnser qu'on avait con- 
stitue de la sorte un etat dans I'etat, qu'on avait cree^ une juri- 
diction iliegale en lui donnant autorite sur tout le pays. Notre 
roi, Sa Majeste feu le glorieux Empereur, a daigne, pour calmer 
nos inquietudes trop bien fondees, nous faire savoir, par son au- 
guste rescrit, que non seulement les juridictions et autorites le- 
gales du pays ne recevraient aucune atteinte, par suite de la cre- 
ation de ladite juridiction en ce qui conceme les affaires civiles 
des Grecs non-unis, mais encore qu'elles conserveraient la mSme 
competence juridique que par le pass6. Cette promesse a calme 
la blessure sans la guerir. Pour nc pas aggraver le mal par nos rc- 
montrances nous nous sommes plies aux circonstances et avons predit 
ce qui ne pouvait manquer d'arriver, que la Ghancellerie trop peu 
occupee, desireuse pourtant de montrer aux interesses la necessite 
de son existence, se mSlerait des affaires des autres et sortirait 
des limites de ses attributions. 

„Ainsi en est-il arrive. Si nous pensons k toutes les choses 
qui ont ete dites dans les calendriers des Grecs non-unis, choses 
qui ont eveilie Tattention des autorites politiques,^) aux ecrits 



') n est difficile de dire quelles ^taient les choses eztraordinaires con- 
tennes dans les calendriers auxquels il est fait allusion ici. Le seul 
livre de ce genre qui ait fait quelque bruit est un calendrier public 
par Kurtzbdck en 1771. Le j^suite Pcja6evic entreprit de r^fiiter les 
vies des siunts qu'U contenait. Yoy. §afaHk, Gesch, der si^Utv, 



176 ^ Dibte deuome la ChanceUerie illyrienne, 

s6ditieux qui ont etc propagcs dans plusicurs comitats,*) il de- 
vicnt clair pour nous que la ChanceUerie illyriennc ne peut con- 
tinuer sou action sans troubler Tordre interieur, sans empieter 
sur la competence des juridictions 16gales. Ajoutons a ccla les 
commissions provinciales qui expedient les affaires des Grecs non- 
unis dans les provinces. -J De mfime, en effet, qu'il serait contraire 
a la constitution qu'une paitie quelconque de la Hongrie possedat 
une juridiction particuliere, que des commissions arbitraires et 
non les autoiites legales du royaume administrassent la province, 
de m6me, apres que les habitants du culte grec non-uni ont re^u 
le droit de bourgeoisie par Teffet de Particle XXVIP de la loi 
votee par la precedente Dicte, et sont pai* consequent devenus 
hongi'ois, il est contraire a la loi, a resi)rit de notre constitution 
qu'ils relevent de la ChanceUerie illyrienne nouvellement creee, 
on de commissions quelles qu'elles soient. 



Lit.^ Ill, p. 445. En 1783 et 1789 parut le Calendrier perpituel (Btqiyfi Ka- 
jeH4ap'b) d'Orfelin. Est-ce la table chronologique contemie dans ce livre 
qui aura choque les Magyars? Auront-ils et6 blesses par d'autres calen- 
dricrs boh^mes, ruth^nes ou roumains, r^pandus en Hongrie ? Nous Pigno- 
rons, mais dans ce dernier cas, il serait bien Strange d'accuser les Serbes. 

*) Nous n'avonfl par 6t6 plus heureux pour les Merits s^ditieux que pour 
les calendriers. Nous ne pouvons indiquer les uns plus s(lrement que 
les autres. Tout ce que nous pouvons dire c'est qu'il s'agit sans doute 
ici du journal et de I'ouvrage d^jJi cit6 d^^tienne Novakovic, (Voy. notre 
Bibliographie, noB i et 2). Dans cet o'uvrage Pauteur s'intitule lui-m^me 
patriate hongrois, ce qui n'^tait pas de nature h d^plaire aux Magyars, 
et ne dit que quelques mots d'apologie en faveur des Serbes. H y a 
tout au plus un passage qui aurait pu alarmer les membres les plus 
fanatiques de la Di^te, c'cst cclui-ci: „Auch muss man nicht denken, 
^dass die razischc Nazion aus (hmst der Hungam onser Land be- 
„wohnen. Nur Thoren kOnnten auf diesen tollen Gedanken verfallen. 
„Man suchc nur die Jahrbttcher der verflossenen Jahrhunderte durch, 
„so wird man deutlich das Gegentbeil finden. Saget mir, ob sich zur 
„Zcit, als die TtLrken Sklavonien und das Banat aberschwemmten, nicht 
„die meisten Edellcute und Grundherren in verschiedene Gegenden Un- 
„gams flttchteten? Wer vertheidigte nun uach deren Flucht diese Pro- 
„vinzen? Nicht wahr, die Kazen und Wallachen? Wer trug bei An- 
„rttckung des kaiserlichen Heeres zur VV' iedererobenmg diescr Provinzen 
„mehr bei als die Razen?" (Kurzgef, Ahhdlg. iiher die Verdienste der 
Serb, Nazion, p. 18, sq.) Rien de plus vrai que tout cela, mais nous 
savons d6jk qu'en Hongrie toute verit6 n'est pas bonne k dire. 

') Comme Pavait fait jadis la Comtnissio neoaequistieaf la ChanceUerie il- 
lyrienne avait organist dans la province des commissions locales. 



V JJEinpereiir tloHnc minon a 1<i Dicte. J 77 

^Telles sont, trfes-gracieux Seigneur, les remontrances que 
nous avons voulu faire avec autant de sincerity que de confiance 
et d'humilit6, pour la sauvegarde de notre constitution. Que Votre 
Majest6 daigne les avoir pour agreables et reponde h uos voeux 
legitimes. Le bel exemple donne par Son auguste grand-m^re 
notre trfes-gracieuse Reine, est digne d'etre imite. EUe avait cr6e 
la Deputation illyrienne, et I'abolit aussitot qu'elle fiit convaincue 
que cette juridiction etait mauvaise et superfine. 

„Que Votre Majeste ne se laisse pas arrfeter par Topposition 
que les adh6rents du culte grec non-uni pourront temoigner contre 
ce chimgement. Leurs affaires seront bien mieux reglees si, apres 
la suppression de leur Chancellerie, dont Tentietien n'est pas sans 
grever le tresor royal par le temps de guerres que nous traversons, 
quelques uns d'entre eux, repondant aux prescriptions de la loi, 
sont attaches a la Chancellerie aulique hongroise et k la Lieute- 
nance royale).* Et pour qu'on ne nous accuse pas d*oublier 
ce qui est de notre ressort, nous donnerons au metropolitain grec- 
uni et k ses 6v6ques voix deliberative a la Difete, aussitot apres 
la suppression de la Chancellerie illyrienne, et nous aviserons la 
Deputation regnicole, ^) d'avoir a regler d'une fagon convenable 
Timportance de leur suffrage et le rang dans lequel ils siegeront. 
Nous ne leur accorderons le droit de vote qu'i cette condition, 
sans quoi il serait k craindre que les inconvenients qui se sont 
reveles dans Tadministration publique, par suite de la creation 
de la Chancellerie illyrienne, ne se montrassent pas moins au sein 
de I'Assemblee legislative." ^) 

On ne pent s'empficher d'admirer avec quel art les Magyai-s 
developpaient leurs reclamations. Si TEmpereur avait hesite a les 
reconnaitre^bien fondees, nul doute qu'il ne se fAt rendu a de si 
bonnes raisons. D approuva, par un resent date du 22 juin 1792, la 



') La lAeiUetuineef ou plutOt le Cotiseil royal de LietUenance (CotuUium re- 
ffium locuvitenenHale), ^tait une juridiction qui si^gcait a Bude, sous la 
pr^sidence du Palatin et concentrait les attributions du pouvoir executif. 
La ChanctLlerie aulique honyroUe etablie ii Vienne, n'avait au contraire 
qu'une autorit6 consultative. Quant k la Cfiambre aufiqtie honfjroi«e qui 
avait M institute h Bude, elle n'avait k s'occuper que des droits re- 
galiens, en particulicr de la perception des imp6ts. 

*) II s'agit ici d'une deputation ou commission qui fut chargee en 1701 
d^eiaborer un projet de reorganisation de la Diete (coordluatlo ComUio- 
rwn). Voy. Schwartner, Statistik von Ui^yaim, II, p 139. 

») Sz&lay, Szerb, Tel., pp. 110 sqq.; Eechtsverh., pp. 102 sqq. 

12 



J 78 ^^* homfroise fJe 1792, 

suppression qui lui etait demaud6e. Ce rescrit, dont nous n'avons 
pas a citer le texte, a passe presque mot pour mot dans Tartide 
X"" de la loi de 1792. Voici la teneur de cette loi: 

„Art. X. De sublatione Cancellariae Illyricae, veto 
„item et sessione non unitorum Graeci ritus Episco- 
„porum. 

„Ad demissum Statuum et Ordinum postulatum Sua Regia 
„Majestas clementer declarare dignata est, se adductum per Domi- 
„nos Status et Ordines Augustae condam Imperatricis et Reginae 
„Apostolicae Mariae Theresiae Aviae suae desideratissimae exem- 
„pluni eo in pretio habere, ut hoc absque ea etiam reflexione, 
„quod non uniti ritus regni accolae medio tempore, postquam 
„nempe Cancellariae Illyricae arectio jam decreta erat, Jure Civi- 
„tatis Lege publica donati fuerint pennota, desideratam a Dominis 
„Statibus et Ordinibus Cancellaiiae Illyricae sublationem jam re 
„ipsa decreverit, neque aliud amplius fore reliquum, quam ut mox 
„ac Sua Majestas e diversis, quae suscipienda habet, itineribus fe- 
„liciter redux, exauditaque propositione, qualiter supprcssio haec 
„absque negotiorum convulsione, suscipi valeat, realem ejusdem sub- 
^lationem ordinare queat. 

„Ut autem ritus hujus Regni accolis jam alioquin sub prae- 
„sidio Legum constitutis omni ratione consulatur, atque ii ipsum 
„etiam conditae de iisdem Legis effectum sentiant, justam agnos- 
„cere Suam Majestatem eam Dominorum Statuum et Ordinum pro- 
„positionem, ut ex individuis ejusdem ritus nonnuUa requisitis 
^qualitatibus instructa, ad Cancellariam Regiam Hungarico Auli- 
„cam ; prout et ad Consilium Regium Locumtenentiale applicentur 
„individua, quae Sua Majestas mox subsecuta dictae Cancellariae 
^sublatione hunc in finem etiam nominatura est. 

„Quam clementissimam Suae Majestatis Sacratissimae afttda- 
„toriam declarationem Status et Ordines cum vero homagialis de- 
;,votionis, et gratitudinis sensu suscipientes, ne parte etiam ex 
„sua quidpiam desiderari sinerent, in confoimitate factae humilli- 
„mae representationis Suae dicti ritus Mctropolitae, et Episcopis 
»votum in Comitiis jam ex nunc competere declarant, ac una etiam 
„benigno Suae Majestatis consensu decemunt, ut de ipsa quali- 
»tate voti et sessionis per Deputationem Regnicolarem in coordi- 
„natione Comitiorum operaturam prcstetur opinio, in aflfuturis 
„Regni Comitiis praescripto modo referenda, et terminanda." 



La hi ffe. 1702 n*est jyan e^c.utie. |79 

Ainsi, la Chancellerie illyrienne est supprim^e, mais, en re- 
tour, les Serbes devront avoir des reprSsentants a la Diete, dans 
la personne de leors ^vfiques, en m£me temps qu'an certain 
nombre des leurs seront attaches a la Chancellerie hongroise 
et au Conseil de Lieutenance. Tel est le principe, mais, en fait, 
ces promesses seront aussi mensong&res que les autres promesses 
des Magyars. La Commission charg6e de r6gler les conditions 
d'admission des 6v6ques au sein de Tassembl^e n'aura garde de 
s'occuper de la question, et il s'^coulera bien des annSes encore 
avant que les pr61ats du rite grec-oriental aient effectivement 
leur entree a la Di&te. Quant aux places qui devaient £tre r^ser- 
vees aux Serbes a un double titre, d'abord parce la jouissance 
des droits civils leur donnait la capacity necessaire pour exercer 
en Hongrie des fonctions publiques, et, en second lieu parce que 
ces places, nous venous de le voir, ^taient une compensation 
formellement stipul^e par la loi a leur profit, nous les aureus 
bientot ^num^r^es. Au moment oil la Chancellerie illyrienne fiit 
supprim6e, F^vfeque de TemesvAr, Pierre Petrovid, qui en faisait 
partie, avec le titre de consciller, fut admis avec le mftme titre 
k la Chancellerie hongroise. Sava Tdkolyi fut nonmi^ secretaire, 
en recompense du discours dont nous avons parle, mais il quitta 
ce poste des Tannde 1798, a la mort de Petrovid Ce dernier eut 
pour successeur Etienne Avakumovi6, 6galement ^vfique de Te- 
mesvar, qui resta en fonctions jusqu^en 1805, mais ce fut tout. 
Des lors, aucun adherent du culte grec, ni slave, ni roumain, ne 
fiit admis ni ^ la Chancellerie hongroise, ni au Conseil de Lieute- 
nance, ni h, aucune des charges de la Cour. Tout au plus en em- 
ploya-t-on quelques ims dans les bureaux des grands conseils de 
retat comme traducteurs, ou comme exp^ditionnaires. II leur ^tait 
interdit de pretendre ^ ricn de mieux. 

A la Difete de 1843 — 44, le m^tropolitain Rajafid protesta 
avec force centre Tinjuste exclusion dont les membres de son ^glise 
etaient frapp^s, malgre les prescriptions formelles de la loi. A la 
suite de ses reclamations, le gouvemement se d^cida a confier a 
des Grecs orientaux une place de chef de bureau dans chacun des 
trois conseils superieurs de la Hongrie. Telle 6tait la situation, 
lorsqu'^clata la revolution de 1848. II y avait en tout dans le 
royaume trois fonctionnaires appartenant ^ cette categoric Un grec 
d^origine, Pasiasi, etait ^ la Chancellerie hongroise, un serbe, Tri- 
funac de Batfa, a la Chambre aulique, et un autre serbe, Isidore 

12* 



"[plff) Ravages causin par le^ Tnrcs. 

Nikolic, au Conseil de Lieutenance. Voila comment la loi de 1792 
fut cxecut6e. ^) Peut-on encore s'etonner que les Serbes Taient 
accneillie avec repugnance? 

Nous avons interrompu Fordre des ev^nements pour faire 
bien voir d'un coup d'oeil la mauvaise foi des Magyars. Nous 
aurons Toccasion de revenir plus loin sur ce triste sujet, mais 
nous devons d'abord reprendre la suite des faits. 

Les populations riveraines du Danube, surtout celles du Banat, 
avaient ete singulierement 6prouv6es pendant la demiere guerre 
avec les Turcs. Des districts entiers avaient 6t6 d^peuplSs, les 
habitants n'ayant d'autre ressource que la fuite. Lorsque les hos- 
tilit6s cesserent en 1789, deux ans avant la paix de Sistov, les 
anciens habitants reprirent le chemin de leurs demeures et ne 
trouverent plus que des mines. M. Bohm *) nous decrit le spec- 
tacle de desolation qui s'offrit a elles, mais il reserve toute sa 
commiseration pour les colons allemands. Nulle mention ni des 
Serbes ni des Roumains, qui pourtant etaient des hommes comme 
les autres et qui de plus etaient les premiers possesseurs du pays. 
Ceux-ci eurent plus encore a souifrir que les immigrants germa- 
niques. Les bord du Rhin, la Hesse, la Suisse, la Bavifere eurent 
bientot comble les vides que la guerre avait faits dans les rangs 
de ces colons privilegies, la protection de I'administration ne leur 
manqua pas, tandis que les autres habitants ne purent compter 
que sur eux-mfemes. 

La paix une fois assur6e du cote de T Orient, la monarchic 
autrichienne se jeta dans les guerres occidentales. L'ann6e 1793 
vit se former la premiere coalition. Les troupes hongraises ne 
prirent pas d'abord une grande part a la lutte, mais bientot il 
fallut renforcer les armies imperiales et faire appel a la Hongrie. 
Les grands seigneurs du royaume leverent des soldats a leurs 
frais et envoyerent leurs paysans combattre les armees de la R6vo- 
lution. Pouvaient-ils penser, les pauvres gens, que des id6es bien- 
faisantes de cette Revolution sortirait plus tacd leur Emancipation ? 



') Szalay rapporte en enlier le texte de la loi de 1792, qu'il semble con- 
siderer comme la preuve la plus eclatante de Vesprit de justice et de 
la modi^ratiou des Magyars. II n'iiidique m6me pas d'un mot que cette 
loi resta iiicxecut6e. Nous avons d6j2i fait remarquer que tout son 
ouvrage est 6crit avec la meme partiality. 

') Geschickte des Temtaei^ Bonats, I, p. 307. 



La Hongrte jmrHripe aux (juerres cmtfrfi fa France. iHl 

En 1796, le Palatin Joseph obtint de TEmpereur la convoca- 
tion de la Difete. On ne devait traiter dans Tassemblee aucune des 
questions sur lesquelles les Etats avaient eu a statuer auparavant 
L'Empereur voulait des hommes et des subsides. On lui vota 
50.000 consents, 20.000 boeufs, 10.000 chevaux, plus des subsi- 
stances considerables. Lorsque le traite de Campo-Formio fut 
sign^, la guerre avait coftte a la Hongrie trente millions de florins 
et cent mille hommes. Quelle 6tait dans ces pertes la part des 
populations asservies aux Magyars? 

De si 6normes sacrifices, dissimul^s sans doute autant que 
possible ne refroidirent point les Magyars pendant la seconde coa- 
lition. Les terribles campagnes de 1799 et de 1800, dit M. Sayous, 
h qui nous empruntons ces details, ^) furent en grande partie leur 
ouvrage. La noblesse hongroise pretendait garder intacts les pri- 
vileges quelle avait si heureusement conserves jusque la; elle 
ne pouvait s6parer sa cause de celle de Tancien regime. D'ailleurs, 
par une singuliere inconsequence, c'est au nom de la liberty que 
ses orateurs et ses poetes prfechaient la guerre centre la France. 
On parlait de libert6 en Hongrie, au moment mfeme oil le despo- 
tisme s'y renfor^ait et oti le gouvernement poursuivait .avec une 
rigueur inexorable la soi-disant conspiration de Martinovics. Au 
fond rien n'6tait moins bien d^fini que la doctrine de ceux qu'on 
a nommes les jacobins hongrois. Magyars pour la plupart, 
ils ne paraissent pas avoir jamais songe a rdclamer des droits 
6gaux pour les populations opprim6es. Tout leur crime fut d'avoir 
partag6 les idees philosophiques de Voltaire et de Joseph II, et 
d'avoir traduit la Marseillaise en magyar. 

Lorsque la paix de Lun6ville eut mis fin aux hostiIit6s entre 
la France et TAutriche (9 f6vrier 1801), Tempereur Francois 
convoqua la Diete hongroise. II voulait demander k ses provinces 
orientales de nouveaux sacrifices en hommes et en argent. Les 
deputes du royaume firent d'abord quelques difficultes, mais enfin 
ced^rent aux soUicitations de la Cour ; ils consentirent a des me- 
sures dont Teffet pesait beaucoup moins sur eux et mfeme sur le 
peuple magyar proprement dit, que sur les autres peuples de la 
Hongiie, en particulier sur les Serbes. Bien plus ils essayferent 
d'exploiter dans un int6r6t tout personnel les lois qui venaient 
d'etre votees; ils r6clamerent en retour la reunion de la Gallicie 



») BUtaire dea Hongrois de 1190 h 1815, p. 124. 



1f^2 Ce9$ion de 1-a Dalmatie a la France. 

et de la Dalmatie k la Hongrie. L'aristocratie privil6gi^e qui 6tait 
tout dans T^tat, ne distrait rien tant que d'auginenter le nombre 
de ses esclaves; elle voulait ^largir ses domaines et c^^taient na- 
turellement les Slaves qui devaient plier sous sa loi. Par bonheur, 
Francois refusa cette concession. 

La campagne de 1805 fut pr6c6d6e d'une nouvelle convoca- 
tion de la Di^te qui dut encore voter des consents et des impots 
extraordioaires. L'Assembl6e, inqui^te du titre d'empereur d'Au- 
triche, que FranQois venait de prendre, ne les vota pas sans pro- 
testation, n fallut la rassurer sur les consequences du change- 
ment survenu dans le titre du souverain, et la convaincre que la 
situation de la Hongrie n'en serait point modifi6e. Ces l^gislateurs 
se montraient aussi jaloux de leurs prerogatives, de ce qu'ils appe- 
laient leurs droits, que d^daigneux des int^rSts de la nation. 
Qu'importait au paysan attach^ a la gl^be que le chef de 1' Etat eftt 
en Hongrie le nom d'empereur, ou le nom de roi, et pourtant il 
suffisait qu'on mainttnt la Difete en possession de son roi, (de 
ce roi qui pour elle signifiait la continuation du regime feodal), 
pour qu'elle envoy3.t des milliers d'hommes p6rir sur les champs 
de bataille. 

On ne saura jamais combien de victimes furent alors immo- 
l£es a Tincapacite, k Tincurie des g6n6raux qui commandferent les 
armies autrichiennes. Lors m&me que ces g£n6raux 6taient des 
chefs experiment's et habiles, comme Tarchiduc Charles, la mau- 
vaise organisation des troupes, Tinsuffisance des pr'paratifs, et 
disons-le, la superiorit6 de leurs adversaires, les condamnaient 
d*avance h fetre vaincus.*) 

Le traite de Pozsony (Pressburg) c6da la Dalmatie k Napo- 
leon. Cette infortunee province etait destin^e k changer souvent 
de mattres. En 1797, elle etait 6chue a I'Autriche qui depuis des 
si&cles la r^clamait comme une d^pendance de la Hongrie; elle 
appartenait maintenant a la France. En depit des combats qui 
pr6c6dferent Toccupation, les Fran^ais montrferent bien vite qu'Us 
n^etaient pas insensibles au sort des vaincus. Grace a Marmont, 
qui d6ploya dans son administration un veritable g'nie, le pays 



^) La Didte de 1805 ^tait trop p^n^tr^e de Tid^e de la suprdmatie ma- 
gyare pour ne pas s'occuper de la question de la langue. Elle renoa- 
yela done les prescriptions de 1792 et les compl^ta, de mani^re k forcer 
peu-k-peu les peuples non magyars de la Hongrie k se servir de Tididme 
d'Arp&d. 



atteignit promptement un (legr6 de prosp6rite qui lui 6tait in- 
connu. Les bienfaits de la civilisation qui ne 8*etaient jamais fait 
sentir que dans les villes du littoral, pen6trferent pour la pre- 
miere fois dans Pint^rieur. Mannont cr6a des ^coles, en m^me 
temps qu'il 6tablit une route sur le fafte des montagnes. II faut 
lire dans ses M^moires*) quels etaient ses plans. On puisera 
dans ce livre les notions les plus pr6cieuses sur r6tat des popu- 
lations dalmates a cette 6poque. Nous n'aborderons point ce sujet, 
puisque, malgr6 les revendications des Magyars, les Serbes de la 
Dalmatie sont, en fait, encore etrangers k la Hongrie, et que nous 
n'avons pas a nous occuper d'eux dans cette histoire. Disons 
seulement que les grands travaux entrepris par la France sont les 
seuls qui aient jamais 6t6 commences sur la cote orientale de 
TAdriatique.*) 

Pendant la campagne de 1805, les Serbes combattirent avec 
la m&me devouement que par Ic pass6. Combien de raison n'au- 
raient-ils pas eues pour faire defection a TAutriche? Sans parler 
m^me des vexations dont ils etaient cliaque jour victimes, ils 
voyaient en face d'eux leurs frferes de la rive droite du Danube 
lutter pour lenr ind6pendance. Ne devaicnt-ils pas fetre plus dis- 
poses a s'unir a eux, k reprendre les armes contre les Turcs, qu' a 
s'immoler pour des maitres ingi-ats? Gr^ce a leur organisation 
militaire, a leur discipline, a leur habitude de la guerre r^gulifere, 
nul doute qu'ils n'eussent decide promptement de la victoire. Et 
pourtant, les Serbes de la Hongrie resttrent fiddles aTEmpereur; 
ils se firent tuer a Austerlitz, tandis que Kara-Georges tenait les 
Turcs en 6chec. 



*) Nous n'avons pas h parler ici du rdle jou6'par Mannont, lors dc la 
chilte de Napol6on, mais seulement de son administration en Dalmatie 
(de 1806 ^ 1808 et de novembre 1809 k avril 1810). C'est pourquoi 
nous ne saurions assez recommander la lecture de la partie de ses M^- 
moires qui s'y rapporte. A notre grand ^tonnement, nous avons pu con- 
stater que ce livre fort appr4ci6 et devenu presque classique dans Par- 
m6e autrichienne, est peu connu en France. II y a fait beaucoup de 
bruit quand il a paru, puis il est presque tomb^ dans Poubli. 

^ La Dalmatie comptoit de 250.000 k 260.000 habitants, en 1808. Sur ce 
nombre, les Serbes orthodoxes formaient un peu plus d'un cinqui^me. 
Le reste sc composait de Serbes catholiques et de quelques milliers 
d'ltaliens disperses sur la cdtc. C'est k tort que Mannont dit en par- 
lant de cette population {MSnwires, T. Ill, p. 25): „Presque toute ca- 
tholiqne, k peine y comptait-on un dixiftmc dc la religion grecque." 



184 Indifference de PAvtriche. 

8i le Cabinet de Vieime cut eu en vue la veritable grandeur 
de rAutriche, au lieu de s'achamer a d6fendre centre Napoleon les 
pretentions du droit divin, s'il avait su mettre la cause des peuples, la 
cause de Phumanite elle-mfeme, au-dessus d'ambitions dynastiques, 11 
eftt r6solument soutenu les insurg6s serbes et eftt peut-6tre tranche 
d'un coup la question d'Orient. Depuis trois si^cles, la politique 
traditionnelle de TEmpire avait et6 de soutenir les Chretiens centre 
les Turcs et, s'il se pouvait, d'arracher au Sultan les provinces 
qui lui restaient en Europe. Jamais I'instant n'avait 6t^ si pro- 
pice pour reprendre les projets de Maximilien et de Leopold. 
Toute la peninsule des Balkans 6tait en feu, et les Serbes avaient 
eu Tavantage sur les janissaires ct les pachas. Que n'aurait pas 
fait une armee bien pourvue et bien dirigee, jet6e k temps au-delli 
du Danube? 

Pas plus que les Thugut ou les Cobenzel, les Stadion et les 
Mettemich n'etaient hommes a se lancer dans des entreprises de 
ce genre. Les Serbes le savaient bien et ne s'adressferent mftme 
pas k eux, lis aimiirent mieux solliciter I'appui du Tsar. La Russie 
n'a pas toujours 6te habile, ni 6clair6e dans ses relations avec les 
Slaves du dehors; elle les a souvent abandonn6s, alors qu'elle 
eut eu le plus evident int6ret k les soutenir, et ce n'est pas elle 
qui a invents le mot do p a n s 1 a v i s m e ; cependant elle accueillit 
avec bienveillance les envoy6s des insurges serbes et promit 
d'intervenir en leur faveur, au moins par la voie diplomatique. 
11 n'en fallait pas plus pour augmenter la confiance des compa- 
gnons de Kara-Georges. Bien que le Gouvernement russe ait 6te 
sans doute guide plus encore par des considerations de politique 
generale que par une sympathie d6sint6ressee, les bonnes paroles 
qu'il eut alors pour les Serbes sont rest6es chez ces demiers 
comme un de ses principaux titres k leur reconnaissance. 

La fidelite des Serbes k la maison d'Autriche, pendant les 
guerres avec la France m^rite d'autant plus d'etre admir6e que 
cette periode vit se d^velopper en Hongrie la plus effroyable r6ac- 
tion. On pent, au premier abord, se demander contre quoi il s'agis- 
sait de r6agir, puisque tons ceux qui avaient 6t6 en possession 
du pouvoir en Hongrie s'6taient sans cesse signales par leur in- 
tolerance et leur despotisme; mais ces oppresseurs eux-mfemes 
avaient paru d'abord accessibles aux idees des philosophes et de 
la Revolution; nous avons vu que c'etait au nom de la liberty 
qu'ils avaient cherche a maintenir leurs privileges; maintenant 



M^contetitement des Serhes. 185 

ils repoussaient avec horreur Tapparence mfime de la sympathie 
pour les doctrines nouvelles. Tels furent les sentiments qui do- 
minferent dans la Di^te de 1807. Le seul orateur qui s'elevat 
au-dessus des prejuges vulgaires, Paul Nagy, se montrait par contre 
plein des plus vives passions, toutes les fois que la supr6matife 
des Magyars pouvait fetre discut^e. Ce fut lui qui revint k la ques- 
tion de la langue nationale et prficha la diffusion forc6e de Tidiome 
magyar. D n'est pas impossible qu'il crflt en cela s'inspirer des 
id6es de la Revolution, et qu'il eftt entre les mains le rapport pr6- 
sent6 par Barrftre h la Convention, en vue d'assurer sur tout le 
tenitoire frangais Tusage unique de la langue frauQaise; mais 
comment comparer les deux langues, comment surtout rapprocher 
les populations non-magyares de la Hongrie, populations qui occu- 
paient et occupent encore les deux tiers du pays, avec les groupes 
isoles et d6nues de toute importance qui formaient en France une rare 
exception? La DiHe de 1808 se distingua pen de celle de 1807. Pas 
plus que les pr6cedentes assemblies, elle ne songea aux 6v6ques 
serbes, qui attendaient en vain leur admission effective parmi les 
deputes. Elle vota de Targent et des hommes, pour la guerre, 
dont chacun sentait Timminence, et se s6para. 

Tant de sacrifices exig6s de la Hongrie devaient lasser la 
patience du peuple, surtout de cette partie du peuple qui suppor- 
tait les plus lourdes charges pour I'honneur et le profit des Ma- 
gyars. II n'est done pas surprenant que des symptomes de m6con- 
tentement se soient manifestos, et cela, chez les Serbes, qui avaient 
tant a souffrir de la guerre. Le decouragement dont nous parlous 
explique de reste I'esp^ce de r6volte qui se produisit dans le 
Banat, au milieu de TannOe 1808. 

M. Bohm a donn6 le detail de ces evfenements d'apr^s les 
actes officiels conserves aux archives de Bela Crkva (Weisskirchen) ;*) 
c'est son r6cit que nous abr6gerons ici. 

Le 12 juin 1808, Tarchiprfetre grec-oriental, Raphael Milose- 
vic, donnait un diner aux autoritOs civiles et militaires de 
la locality, quand un des convives, le cur6 serbe de Subotica, Elie 
Popovic, prit la parole et r6vela k I'assemblee Texistence d'un 
complot form6 contre la ville par les habitants d'un village voisin. 
M. Bohm ne tious dit point quel pouvait fetre le mobile de ces 

») Oeachichte des Temeser Banals, I, pp. 312 sqq. ; Monographie dor privi- 
legirteti MiliUii^Kommunit&t Wtisskirchen, (Banat- Weiai^kirchen, 1871, in-8), 
pp. 80 sqq. 



paysans, quel but ils poursuivaient, ni de quelles forces il pou- 
vaient disposer; il raconte seulemcnt Ics mesures imm^diatement 
arrfitees par le colonel Branovacki, qui commandait le regiment. 

Sur la foi d'une denonciation faite a la leg^re, par un homme 
qui avait peut etre bu plus que de raison, le colonel fit prendre 
les armes a la milice urbaine ct donna ordrc k trois compagnies 
de Grenzers de venir la renforcer. Cela fait, il envoya 100 hom- 
mes en reconnaissance du cote de Krucica, village situe a environ 
G kilometres de Bela Crkva, et qu'on pretendait etre le centre du 
mouvement L'officier qui dirigeait la reconnaissance arriva a 
Krucica au milieu de la nuit et voulut y p6n6tror seul, mais Teveil 
avait sans doute ete donne. II fut arrete par les habitants surpris 
de voir une promenade militaire k pareille heure, et, d'apris le 
rapport officiel, condamn6 & mort par un jeune prfetre serbe, D6- 
m^tre Djak, qui s'improvisa chef de T insurrection. Ce qui montre 
bien que le cure de Subotica avait en grande partie, sinon abso- 
lument, invente I'histoirc de la r6volte, c'est que nul n'osa exe- 
cuter la sentence de mort que Djak aurait port6 contre Tofficier, 
et que celui-ci, reussissant a sc sauver, put tracer ensuite a loisir 
un tableau temble des dangers quMl avait courus. La conspiration 
existait si pen qu'alors seulement Djak, le seul, a ce qu'il semble, 
qui ait eu des velleit^s de resistance, se mit a parcourir les vil- 
lages roumains de lamu, Berlistie, Mircovatiu, Nicolintiu, Racasdia, 
Subotitia, etc. II ne trouva point d'echo dans la population, et 
reconnaissant qu'il etait isole, sans espoir de pouvoir organiser la 
lutte, voulut s'enfuir en Serbie, mais il fut arret6 a Rebenberg. 

On le voit, il n'y avait la rien de serieux. Nous sommes assez 
port§ a croire qu'une simple rivalite de confrere, une inimitic 
personnclle avait amene Popovic a d^noncer Djak. Toujours est- 
il qu'on etait en territoire militaire et que les chefs, serbes pour- 
tant pour la plupart, cherchaient plutot I'occasion de montrer leur 
devouement a la dynastie r6gnante par un excfes de zele, que 
d'etre justes envers leurs compatriotes. On pretendit du rest^, 
(et il fallait bien emettre une pretention de ce genre, puisqu'on 
ne d6couvrait rien a Tinterieur), qu'une insurrection avait et6 or- 
ganisee de concert avec les Serbes de la rive droite du Danube, 
que ces demiers s'etaient dej^ reunis a Rama, prets a passer le 
fleuve, et Ton fit mine de prendre des mesures contre eux. A la 
verit6, une insurrection semblable eiit 6te jusqu'a un certain 
point justifiee. Les Serbes qui venaient de triompher des Turcs 



Iai France, ocatpe vne par tie. des Confina. 187 

ivaient s'exag6rer leurs forces et tenter de faire payer aux Ma- 
irs et aux Allemands les injustices dont ils avaient 6t6 abreuv6s. 
liit 6t6 un projet insens^, puisque les Serbes ^taient hors d'etat 

r^sister k des adversaires aussi redoutables, mais il n^est pas 
possible qu'il ait germ^ dans quelques t^tes. 

Le rapport officiel ne nous dit pas que les ins^rg£s, si Ton 
it donner ce nom a quelques paysans qui auraient eu un 
»ment la pens^e de se joindre a Djak, aient donn6 k leurs pro- 
3 un simple commencement d'ex^cution et pourtant la repression 

s^v^re. Krucica fut occupee militairement ; on poursuivit tons 

hommes qui n'^taient pas chez eux au moment de rarriv^e 
( troupes et Ton reunit sur le champ un conseil de guerre 
irg6 de les juger. Djak fut condamn6 a mort, mais succomba 
IS sa prison; le sous-lieutenant Skribet^je, qui commandait k 
uiica, fut convaincu de complicite et pendu. Le proems dura 
idant plusieurs ann^es et se terminapar un certain nombre de 
idamnations. Les principaux accuses etaient: le sous-lieutenant 
manka, qui mourut en prison comme Djak, le cur6 Triphon 
odorovii, le diacre Urosevic, Athanase Stajic, negociant, etc. 

Les troupes des Confins furent bientot appel6es a prendre 
rt a une guerre nouvelle. La campagne de 1809 ne fut pas 
IS heureuse pour TAutriche que les pr^cedentes et la paix dut 
e achetee par de cruels sacrifices. Le traite de Vienne (14 oc- 
)re 1809) fit passer sous la domination frangaise une partie des 
pulations serbes de la Hongrie. La Save formait la frontiere 

riUyrie frangaise depuis la limite de la Camiole jusqu'au con- 
ent de TUna. Les territoires c6d6s a Napol6on comprenaient 
. regiments de Lika, Otocac, Ogulin, Slunj (Szluin), enfin les 
iix regiments du Ban.*) 



') Void, d^apr6s Schwartner (Slatifitik des Koniyreichs Ungam, II, p. 314), 
queUc 6tait la population de ces divers districts en 1807 : 



Regiment de Lika : 


62.734 hab. 


— d'Otocac : 


46.131 — 


— d'Ogulin : 


44.940 — 


— de Slunj: 


46.760 — 


Seiy (Zeng), environ: 


2.800 — 


Bag (Carlopago), environ: 


1.000 — 


1» Regiment du Ban: 


47.313 — 


2e _ _ _ 


43.933 — 


Petrinja : 


2.863 — 


Kost^nica: 


1.108 — 


Total: 


288.662 hab. 



188 Les Serhes de la Hongrxe vistruueni ceux de la PrineipauU, 

Tandis que PAutriche se faisait battre k Lobau et k Wagram 
les troupes russes reprcnaient centre les Turcs la guerre commen 
c6e en 1807, et qu'un simple armistice avait interrompue. C'6tait 
pour les Serbes de la rive droite du Danube un secours presque 
inesper6. lis purent recouvrer les avantages qu'ils avaient un 
moment perdus. L'annee suivante Belgrade fut emport6, mais les 
operations devinrent languissantes et les Russes, d^sirant concen- 
trer leurs forces contre la France, signferent le traite de Bucarest 
(28 mai 1812). D6sormais Tarmee de Kara-Georges se trouva 
seule en presence de ses adversaires. 

C'est ici le lieu de rappeler les services rendus par plusieurs^ 
Serbes de la Hongrie qui se d6vou^rent k Tinstruction de leurs 
frferes de la Principaute. Kara-Georges, qui ne savait pas lire, 
comprit avec une admirable intuition le priK de la science, et 
s'efforga de la faire p6n§trer dans son pays. Dfes Fannie 1808, 
il cr6a une 6cole nationale, dont il confia la direction k Jean 
Jugovid, appele aussi Jean Savic, professeur originaire de la Hon- 
grie; il fit venir le fameux Dosith§e ObradovicS k Belgrade et le 
chargea d'inspecter toutes les 6coles qu'il venait d'organiser ; enfin 
il attira vers lui tons ceux qui avaient puis6 k Karlovci ou ailleurs 
des connaissances suffisantes pour enseigner. 

„Le premier 16gislateur de I'^tat naissant fut un Serbe de 
Hongrie, nonmi6 Filipovic. II 6tait docteur de droit, et demeurait 
k Charkov, en Russie. Quand les d6put6s serbes allferent k Saint- 
P6tersbourg invoquer la mediation du Tsar, ils trouverent sur leur 
route ce demi-compatriote, qui prit feu pour leur cause. Revenu 
avec les d6put6s, il fut frapp6 tout d'abord de Tanarchie qui 
menagait de tout perdre. „Je ne vois chez vous, disait-il, que 
des pouvoirs militaires, m^me dans la skupstina; il vous faut 
un pouvoir civil sup§rieur k tons les conflits." II congut Tidfie 
d'un s6nat (sovjet), charge de r^gler les affaires communes et 
dont les decisions feraient loi. Rien de plus simple, de plus pa- 
triarcal, de plus conforme a Texprit serbe que le s6nat propose 
par Filipovic ... II en fut le premier secretaire, et, au t^moi- 
gnage de tons, il alaisse le souvenir d'un magistrat sans reproche."*) 

Les ann6es 1810, 1811 et 1812 s'6coulent pour les Serbes 
de Hongrie dans une tranquillite relative. lis doivent bien 




') La Serbie-Kara-Qeorye el MUosch par Saint-Ren^ Taillandier; Paris» 
Didier, 1872, in-8, pp. 103 sq. 



Officiers aufrichteim fVorit/hte aerhe. 189 

contribuer au paiement des impots que la Di^te de Pozsony est 
forc6e de voter, ils doivent encore s-associer aux pr6paratifs de 
guerr6 que TEmpereur croit prudent de faire, tandis que Napol6on 
est aux prises avec les Russes, mais enfin ils ne sont pas exposes 
aux dangers des champs de bataille. L'ann6e 1813 voit se former 
la sixi^me coalition et tons les peuples de la monarchic autri- 
chienne subissent de nouveaux sacrifices. Les Serbes, comme les 
autres, se battent k Leipzig, et p^n^trent en France avec les 
allies. 

Malgr6 tant d'6preuves support6es, tant de perils surmont6s, 
tant de pertes 6prouv6es, la p^riode que nous venous de traverser 
ne pent 6tre consid6ree comme la plus triste de Thistoire des 
Serbes. Leurs ennemis les plus proches, les Magyars, sont tenus 
en respect par les Allemands; ceux-ci, k leur tour, sont absorb6s 
par la lutte centre Napoleon, et, au milieu mfeme des revers qu'ils 
partagent, les Slaves de I'Autriche et de la Hongrie ne sont du 
moins pas menaces, en tant que Slaves. Aussi est-ce pr6cis6ment 
dans I'annee 1813 que Demfetre Davidovic et Demfetre Frusid, re- 
commengant la tentative faite de 1791 a 1794 par Etienne Nova- 
te vi6, publierent a Vienne un journal scrbe, les Novine srbske, 
qui se continuerent jusqu'en 1822. 

Parmi les officiers serbes qui se distinguerent dans les armies 
aatrichiennes, nous nous bomerons a citer : le licutenant-mar^chal 
Dedovic, de Hrgovce en Sirmie; les deux frfires Kovacevid, de 
Kraljeva Velika, qui tons deux parvinrent au grade de g6n6ral-major 
«t tons deux furent tues a Tennemi, Etienne Mihaljevid, qui com- 
mandait le corps serbe a Landrecies, en 1794, et son fils Michel 
Michaljevic, qui mourut en 1845, dans le grade de feldzeugmestre ; 
le lieutenant-mar6chal Milutinovic, cre6 baron de Weichselburg ; 
le major 9obalic de Sokol, etc. II est regrettable que les Serbes 
n^aient jamais dress6 une liste de tons les hommes de guerre re- 
marquables qu'ils out fournis a TAutriche. 

Les campagnes centre Napoleon et les 6venements qui en furent 
la consequence reclamerent jusqu'en 1815 Tattention de la mon- 
archic des Habsbourgs, comme celle de toute TEurope. La lutte 
int4rieure des diverscs populations de Tempire n'eclata qu'apres 
la conclusion du traits de Vienne. C'est cette p6riode de Thistoire 
des Serbes qu'il nous reste k raconter; ellenous conduira jusqu'i 
rannie 1848. 



"190 -^ pari I ffe la i^forme en Hotiffne. 

Tandis que Vienne et les provinces allemandes de la mon- 
arehie se trouvaient au ])ouvoir des Fmn^is, la Hongrie avait 
6te un instant sur le point de devenir le centre de rEmpire d'Au- 
triche. Ce ue fut la qu'un pix)jet passager que le retablissement 
de la paix fit tomber dans Toubli, mais la paix elle-m6me ne 
satisfit point les Magyars. L'aristocratie, moins cruellement atteinte 
que le peuple par les guerres qu on venait de traverser, avait 
pourtant souffert, et se plaignait surtout des usurpations commises 
par TEmpereur, au detriment de ses privileges. Elle voulait avant 
tout ressaisir son influence compromise par les mesures arbitraires 
du cabinet de Vienne. Pour cela, il etait necessaire que les rela- 
tions de la Hongrie avcc les autres parties de la monarchie fussent 
mieux definics, que son autonomic fut assuree, et que le regime 
parlementaire, auxquels les grands proprietaires et les hobereaux 
' des comitats avaient voue une sorte de culte, fut replace sur des 
bases solides. 

Qu'on ne s'y trompe pas; il ne s'agit pas ici du regime 
parlementaire tel que pcut le concevoir une society democratique^ 
mais d'un gouvernement essentiellemcnt oligarchique. L^aristocratie 
hongroise comprenait qu'elle ne pouvait exister sans la Ilongrie; 
elle songeait done a relever le royaume, mais elle se proposait 
de le relever de maniire a ce qu'elle conservit tous ses avantages. 
Rien ne lui etait plus odieux que le nom seul de la Revolu- 
tion; aussi ne fit-elle point d'opposition h Mettemich, quand 
celui-ci intenint pour retablir Tordre en Italic. Ce fiirent encore 
les troupes des Confins, specialement les Serbes, qui durent faire 
executer en Italic les volontes de la Sainte-Alliance (1821). 

Dans la pensee des chefs de Taristocratie hongroise, il suf- 
fisait de rendrc plus regulier le jeu des >ieilles institutions, d*ob- 
tenir que Targent leve sur les paysans et les bourgeois, seuls 
imposables, fut depense sur place; de la sorte on pourrait per- 
petuer Tetat de choses d'autrefois, tout en paraissant rameliorer. 
L'emploi des finances en travaux publics, en routes, en canaux 
protiterait surtout aux seigneurs qui tireraient meilleur parti de 
leurs terres, en memc temps qu'il satisferait les contribuables. 
Tout se trouverait done pour le mieux. 

Tel etait le programme que se proposaient les hommes qui, 
pen de temps apres les guerres avec la France, formerent en 
Hongrie le parti de la reform e. Ce parti avait, si Ton veut, la 
pensee de reformer Pancien regime, mais c'est toujours k rancien 



/>;^/e de 1H2ry -tS27. 191 

regime qu'il pretendait s'en tenir. II ne pouvait se faire illusion 
sur ropposition que Ics nations non-magyarcs du royaume ne 
manqueraient pas de faire a ses projets; il avait vu poindre dejJi 
chez les Slaves et chez les Rouniains le sentiment de leur valeur 
et de leur impoitance meconnue, et devait penser que leurs justes 
reclamations ne resteraient pas toujours sans echo; aussi etait-il 
r6solu a tout mettre en oeuvre pour developpcr Telement magyar. 
Les Slovaques et les Ruthenes ne remuaient pas encore, les Rou- 
mains ne donnaient que pen de signes de vie; c'etaient done en 
r&ilit6 les Serbes seuls qu'il avait a combattre; il comptait bien 
en avoir raison, avant que leurs idees de resistance fussent de- 
venues contagieuses. 

On connait deja les efforts faits par les Dietes de 1792 et 
de 1805 pour amener le trioniphe de la langue magyarc sur la langue 
latine. Pendant la session de 1811, Paul Nagy revint a la charge 
dans un discours demeure celebre, et grace aux ecrits de Virag, 
de Csokonai, de Kazinczy, de Berszenyi, de Kisfaludy, de Kolcscey, 
la langue magyare piit un essor incounu jusque la. Rien ne 
serait plus digne d'61oges que les eflforts deployes par les homraes 
dont nous venous de citer les noms et par une foule d'autres, 
pour developper une litterature encore dans Tenfance, si ces efforts 
n'avaient et6 une menace directe centre tons ceux pour qui Tidi- 
ome magyar etait un idiome etranger. L'ardeur que les Hongrois 
apportent a la lutte devra exciter une ardeur non moins grande 
chez leurs adversaires, et, de la sorte, les pcuples de la Hongrie, 
au lieu de chercher leur salut dans I'union et la concorde, s'iso- 
leront de plus en plus les uns des autres. 

Ces tendances se montrent ouvertement pendant la Diete de 
1825—1827. Les Etats renouvellent la demande faite en 1811; 
ils veulent que le magyar devienne la langue officielle gen^rale. 
Pour assurer Taccomplissement de leurs d6sirs, un certain nombre 
de deputes se cotisent. Animus par Etienne Szechenyi, qui offre 
lui-meme 60.000 florins, ils recueillent en quelques jours une 
somme importante destinee a la fondation d'une academic hon- 
groise. C'est de ce corps savant qiie viendra d^sormais I'impulsion 
en toutes choses, a un point de vue strictement magj'ar. 

Ce qui frappe, dans les luttes de cettc epoque c'est que la 
Diete n'emploie jamais d'autre mot que le mot national, chaque 
fois qu'il s'agit de la langue ou des institutions magyares. II 
semble qu*il n'y ait en Hongrie qu'un seul peuple universellement 



]92 Milovan Vidakooir. — Vuk Ste/auocir K^iratW^. 

attache a ce qui est national. On en est presque r6duit k douter 
s'il existe, h c6t6 de la race privilegi6e, des populations qui n'ont 
rien de commun avec elle. Comment imaginer, quand on lit cette 
histoire, que ces populations ont une majorit6 reelle des deux 
tiers? Comment surtout Petranger ne serait-il pas tromp6 par cet 
artifice de langage? 

Les Magyars seuls sont repr6sent6s au sein de la Di^te; 
seule leur aristocratie dispose de ressources assez considerables 
pour cr6er des 6tablissements aussi grandioses que TAcademie 
hongroise; mais ce n'est pas k dire que les autres peuples ne 
songent pas eux aussi k leur developpement litteraire. Ce sont 
les Serbes qui les premiers entrent dans cette voie. 

Dosithee Obradovic, mort en 1811, laisse, de nombreux sue- 
cesseurs. Milovan Vidakovic, ne en Serbie, mais fix6 en Hongrie 
depuis son enfance, 6crit le premier des romans dans la langue 
nationale. Ses oeuvres les plus connues sont: I'Histoire du beau 
Joseph (Istorija o prekrasnom Josife; Bude, 1810), le 
Jeune solitaire (Usamljenji Junosa; Bude, 1810); Ljubomir 
aux Champs Elys6es (Ljubomir u Elisijumu; Bude, 1814 
k 1823), etc. Vidakovic n'adopte pas encore la reforme d'Ob- 
radovic, il ne cherche pas k purger son style des mots et des 
toumures de phrases emprunt^s au slave eccl^siastique, mais ses 
romans sont devores par tons ceux qui savent lire, et ne contri- 
buent pas pen a r6pandre le gout des lettres chez ses compa- 
triotes. 

Nous avons d6ja cite le nom illustre de Vuk Stefanovic 
Karadzic. Cet homme, n6 au fond d'un obscur village de la Serbie, 
fit ses premiferes etudes a Karlovci et k Belgrade, mais ce n'est 
pas dans ces trop courtes lecjons, c'est en lui-meme, dans son 
infatigable Anergic, dans son amour pour le travail qu'il puisa les 
tr6sors de science qu'il amassa. Lors delachiitede Kara-Georges, 
il quitta la Serbie, vint s'6tablir k Vienne et put s'y adonner k 
Tetude. Son premier ouvrage decida de sa vocation; ce fut une 
petite grammaire 6crite d'apres le langage vulgaire (Pismenica 
srbskoga jezika, po govoru prostoga naroda napi- 
sana; Vienne, 1814). Cette grammaire fut bientot suivie d'un 
petit recueil de chants populaires (Mala prostonarodna sla- 
veno-serbska Pesnarica; Vienne, 1814). Stefanovic allait plus 
loin qu'Obradovic, en ce sens qu'il ne se bomait pas a 6crire 
dans un style simple, mais recherchait partout les monuments de 



Vnk Stejanovif Karadzic, J 93 

la litterature populaire, chants, contes, provcrbcs, etc., pour en 
extraire les vrais principes de la langue. 

Dfes Pannee 1818, il fit paraitre son Dictionnaire serbe-alle- 
mand-latin, qui tit epoque, non seulement chez les Serbcs, niais 
chez les Slaves en general. En m6me temps que Karadzic deve- 
loppait dans une longue preface les rcigles extraites par lui des 
documents qu'il avait recueillis, regies non plus etablies arbitrai- 
rement par le melange d'un idiome depuis longtemps disparu avec 
le parler vulgaire, mais fondees sur Tusage, il introduisait une 
orthographe simplifi^e qui devait faciliter la lecture et Tecriture, 
enfin, il donnait un lexique du veritable idiome populaire. 

Malgre leur haute valeur, il ne faudrait pas croire que les 
travaux de Karadzic n'aient pas trouve d'ardents adversaires. 
Tout novateur doit s'attendre a des attaques, et celles contre les- 
quelles le modeste et savant ecrivain eut a hitter furent d'autant 
plus vives qu'elles vinrent du clerge. On lui reprocha de sacrifier 
les traditions revues dans TEglise, oil Tancienne langue bulgare 
faisait presque partie du dogme; on lui opposa que renoncer a 
cet idiome que les lettres seuls comprenaient, mais qui formait 
un lien entre les differents pays slaves, c'etait separer les Serbes 
de leurs parents les plus proches, leur ali6ner surtout les sym- 
pathies de leurs fr^res de Russie; enfin on lui fit un crime des 
expressions parfois un peu crues qu'il avait admises dans son 
Dictionnaire. 

L'opposition qui porta quelques prfitres exaltes jusqu'i d6- 
truire les exemplaires de ce livre qui leur tomberent sous la 
main, ne Fempecha pas d'avoir un immense retentissement. Ka- 
radzic 6tait d'ailleurs sur la brfiche et defendait vigoureusement 
ses doctrines. En 1821, il publia un premier recueil de contes 
nationaux (Narodne srpske Pripovijetke) et repondit a ses 
principaux adversaires StipkalovicS et Kuckal. Nous ne pouvons 
enumerer ici tons ses ouvrages, mais il en est un surtout que 
nous ne devons point passer sous silence: nous avons en vue la 
Danica (I'Etoile du matin), sorte d'almanach qui parut de 1826 
a 1829 et, qui, tout en se boniant a des notices litteraires, eut 
une influence serieuse sur la direction des idees nationales. *) 

L'ceuYre de Karadzic a 6t6 appreci^e pai' M. I. I. Szeznevski dans la 
4aBima de 1865 et 1867; par M. Jagic (Vuk St. Karadzic i njetjovt za- 
sluge u kiator, arbske i hrvatske Kjijizeonouli, Zagreb, 1865, iu-8); par 
M. Etienne Pavlovic (.leionuc cpncKM, 1864); par M. Hoseii, consul ge- 

13 



)4 ■^ Matica arpaka, 

A cote (le Karadzic, il convient de citer D6metre Da- 
ddovic, n6 en 1789 a Zemun (Semlin), en Sirniie. C'6tait aussi 
un honime laborieux qui consacra sa vie ^ repandrc la lumiere 
panni ses compatriotes. En 1813, il publia, nous Tavons dit, un 
journal serbe (N ovine srbske), qu'il redigea d'abord avec 
Denietre Frusic, puis tout seul jusqu'en 1822. A cette 6i>oque 
nialheureusenient le journal dispaiiit et rimprimerie que Da\i- 
dovic avait fondee a Vienne fut fermee, mais, si lui-mfeme etait 
oblige de chercher des nioyens d'existence en Serbie, les hommes 
qui I'avaient aide dans sa taclie, Lucien Musicki, Jean Beric et 
Jean Hadzic (plus connu sous le pseudonyme do Milos Svctic), 
resterent en Hongiie, et poursuivirent la meme oeuvre. 

Dans la situation oil se trouvaient les Serbes, le grand ob- 
stacle qui s'opposait au developpenicnt de leur litt6raturc 6tait 
les difficultes que les auteurs rencontraient i!i se faire imprimer. Non 
seulenienjt ils ne pouvaient esperer une remuneration de IcUrs 
peines, mais encore ils devaienfc» le plus souvent etre eu^-mSmes 
leurs propres editeurs. 

Une association pOuvait seule avoir les moycns d'encourager 
et de publier les travaux litteraires. L'idee premiere d'une asso- 
ciation de ce genre fut con^ue par Jean Hadzic, qui d6s Tannec 
1823, tenta de la realiser. Ses efforts isoles fiirent abord impuis- 
sants, mais, trois ans apres, il se reunit a Lucien Musicki, a 
Georges Magarascvic et a Paul Josci)li Safarfk, le fameux slaviste 
boheme et, grace a leur concours, parvint a rcaliscr son projet. 
La societe, qui prit ainsi naissance, re(;ut le nom symbolique de 
Matica srpska (La Reine des abeillos serbe): elle eut son 
siege a Pest et admit un nonibre illimite de membres; il suffit 
pour en. faire partie d'acquitter une cotisation annuolle, en retour 
de laquelle on devait recevoir les ouvragcs publies sur le budget 

neral de Prusse a Belgrade (ByK Cre*. Kapayuh, y Eeorpa^y, 18(>4, in-8); 
cntin par M. S. Kuvakovic (Uct. cpncKe KibH^i^BuocTH). 

Les Chants populaires (CpncKo Hapoaue UjecMe) fiircut d'abord im- 
prinies a Leipzig (2« ct 3« parties 1823; ic partiol821; 4© partie 1833)- 
En 1841, Karadzic commen^a la publication d'une nouvolle edition qui 
s'imprima h Vienne, ct dent la 5<> partio n*a paru qu^on 1865. Les 
Chants de rilerzegovine, qui formcnt commo une G® partie, n*out vu 
le jour qu'en 1866, apr^s la mort de Karadzic, par los soins de Vuk 
Vrctjvic. Les Proverbes (UocjoBHue), ont eu deux editions (Cetinje, 1836 
ct Vienne 1»49); les Coutes (OpMiiouMJcTKe) ogalcmeut deux (Vienne, 
1853 et 1870). 



Le LetopU srpski, 195 

commun. La soci^te ne pouvait esperer des dons comparables a 
ceux qu'il etait resen^e aux grands seigneurs magyars de faire a 
TAcademie hongroise, mais des ressources, mfeme trfes-limit6es, 
suffisaient pour donner une vive impulsion k la litt6rature na- 
tionale. 

La fondation de la Matica fut pour lesSerbesun veritable 
evenement; elle repondait i un bosoin serieux et son action pro- 
mettait d'etre d'autant plus salutaire qu'elle inspirerait a ses ad- 
herents ridec de se r6unir plus souvent pour travailler ensemble 
a leur developpement politique et social. Le nom de Matica 
devint promptement populaire, meme en dehors des pays habites 
par les Serbes. Des I'ann^e 1830, il fut donne par les Tchfeques 
a une section du Musee bohcme, section specialement chargee 
de publier les anciens monuments de la langue.^) II passa plus 
tard chez les Creates, les Slovaques, les Slovenes et les Ruthenes, 
qui tour a tour fonderent des associations analogues a celle de 
Hadzic.^) 

La premiere publication due a la Matica srpska fut celle 
des Annales serbes (Le topi si serbske), fondles en 1825 p^ir 
Magarasevic. Ce recueil parut par fascicules trimestriels, comme 
les premieres revues auglaises. La publication en fut suspendue 
en 1835 et 1836, mais elle fiit reprise en 1837, et continua sans 
interruption, sauf pendant les evenements de 1848 et 1849. Quand 
elle recommenga do nouveau en 1850, I'importance dela Matica 
avait diminue, la fondation de la Societe scientifique de Belgrade 
venait de deplacer le centre litteraire des Serbes, en sorte que 
le Letopis ne fut plus que semestriel. Jusqu'en 1865, Timpres- 
sion se fit a Bude, mais, a partir de cette epoque elle se fit k 
Novi Sad. 3) 

L'influence de la Matica ne tarda pas a se faire sentir. 
En dehors des encouragements qu'elle accorda aux jeunes auteurs, 
fion seulement en publiant leurs oeuvres, mais encore en distri- 



») Voy. daaopis ceskiho Museum, V, 1831, p. 117. — En 1867 fut en outre 

fondle k Prague la Malice Udu, pour la publication de livres populaires. 
^) Voy. Particle intitul6: Die slavischeti Matica-Vereine dans le CentrMlaU 

fur slavigcJie Literatw and Bibiiofjraphie de Smoljar (Schmalcr), 1866, 

pp. 118 sqq., et le Slocnlk Naucnij, au mot Malice, 
') Le Letopis stpski (c'est le nom que la revue fond6e par Magarasevic 

prit ddfinitiveuient en 1831), a cess6 de paraitre de 1867 h 1870, mais, 

en 1871, M. Jean Subotic en a repris la publication. 

13* 



jgg Influence dc la Sldvy Deer a de KoUdr, 

buant des prix et des indemnites, des bienfaiteurs 6claires lui 
permirent de coutribuer avec efticacite a Teducation nationale, 
par la fondation de bourses qu'elle fut chargec de repartir entre 
les 6tudiants pauvrcs.^) 

Comme nous n'ecrivons pas ici une histoire litteraire, nous 
nous contenterons de citer les noms des poetes et des romanciers 
dont la Ma tic a fit connaitre les essais; ce fiirent Simeon Milu- 
tinovic, Milovan Vidakovic, S. Jean Popovic, etc. 

Le mouvement national que les ecrivaius, dont nous venons 
de parler, provoquerent a la fois chez les Magyars et chez les 
Serbes, ne se produisit pas tout d'un coup; ce fut le resultat 
d'un long travail; pourtant, mfeme avant 1830, il n'etait pas pos- 
sible de se m6prendre sur Tetat d'hostilit^ dans lequel les Slaves 
de Hongrie vivaient a cote de la nation doniinante. En 1827, 
Jean KoUar, ministre de la communaute cvangelique de Pest, et 
slovaque de nation, publia son fameux poeme dc la Slavy 
Deer a (La Fille de la Gloire), dans lequel il celebra le triomphe 
prochain de la grande nation slave. ^) „Que seront les Slaves dans 
cent ans, disait-il; que sera TEuropc entiere? Lc slavisme se 
repand sans cesse, et, seniblable au deluge, d6borde sur notre 
hemisphere. La langue que les Allemands, dans leur dedain, ap- 
pellent la langue des esclaves, retentira dans les sallcs de leurs 
palais, et aux embouchures de leurs flcuves!'* II y a la, sans 
doute, une exageration poetique, niais on comprend qu'un tel Ian- 
gage devait enflammer Tesprit de la foule. Ce ne fut pas seulement 
en^Boheme que les vers et, plus encore, les id6es de Kollar de- 
vinrent populaires, Tinfluence s'en lit sentir dans toute la Hongrie, 
et nous croyons que Louis Gaj, le propagateur de Tunite illyrienne 
avait puise ses inspirations a cette source. Maintenus dans une 
situation huniiliante sur le territoirc dc TAutriche et de la Hongrie, 
les Slaves voyaient avec orgueil les progres faits par leurs frcres 
en Russie; ils devaient penser, et ils pensaient en effet, qu'eux 
aussi acquerraient la force qui leur manquait en s'unissant, en 



*) Les principaux bienfaiteurs de la Matica on etc Paul de Furlok, Pierre 
TokSlyi, Nestor Dimitrijevic et T^vdque patriote Strossmayer. Les bourses 
auxqueUes nous faisons aUusion furent fondees par Sava Tokolyi et 
Paul Jovauovic. Nous aurons Toecasion d'en parler avec det^l dans le 
chapitre que nous consacrerons aux institutions proprcs k assurer le 
d^Yeloppemcut moral des Serbes. 

*) Ce n'est qu'en 1832 qu'il parut une edition complete du poi^me. 



THkte hongroUe de 1830. 197 

se declarant solidaires les uns des autres. Cette solidarity avait 
issur^ le triomphe des Allemands, avant qu'ils songeassent & con- 
stituer une mfeme nation politique. 

Le seul fait digne de remarque que nous ayons a enregistrer 
ivant 1830 est le r^glement du droit de seance des 6vfeques serbes 
\ la Difete. Cette question 6tait au nombre de celles dont Texa- 
nen avait 6t§ attribue a la commission speciale (Deputatio 
re^nicolaris) institute par la Diete de 1825—1827. A la v6- 
rite, les deliberations de cette commission ne firent jamais I'objet 
d'un vote de Tassemblee, mais le point particulier qui nous occupe 
Fiit tranche par le palatin Joseph.*) . 11 avait fallu pr^s de qua- 
rante ans pour faire decider que les ^vSques serbes seraient trait6s 
2omme les autres deputes. 

La revolution qui eclata en France en 1830 ne fut pas sans 
ivoir un contre-coup en Europe, mais la vie politique 6tait en- 
core trop nouvelle pour que les populations qui eussent eu int6rfet 
i changer le mode de gouvernement en Autriche et en Hongrie, 
3ussent profiter de cette occasion pour revendiquer les droits dont 
'exercice leur avait ete refuse jusque la. D'ailleurs le Cabinet 
igit prudemment dans cette circonstance, et, dfes qu'il put pres- 
jentir le danger, convoqua les Etats. La Diete hongroise se r6unit 
e 8 septembre a Pozsony; elle devait proceder au couronnement 
ie Ferdinand, fils alne de TEmpcreur Frangois, et voter des sub- 
sides militaires. 

On eftt pu croire que le parti de la r6forme profiterait des 
ivencments pour obtenir quelques unes des mesures inscrites dans 
son programme, mais, comme le remarque Horvath,^) qu'on n'accu- 
sera pourtant point d'hostilite contre les membres de ce parti, 
jeux-li meme qui se glorifiaient de leurs opinions lib^rales, furent 
emplis d'inquietudc par les nouvelles de Paris, parce qu'avant 
out ils tenaient a la conservation de leurs privileges nobiliaires. 
^es Serbes eussent ete mal venus ^ rien demander d'une telle 
issembiee. Les Magyars ne furent point troubles dans leur omni- 
)0tence par les plaintes des autres nations, et purent veiller ^ 



*) Szftlay, EecJilsverh., p. 105. 

') FUnfundzwanzi^ JaJire aus der OeschicJUe Unyarns von 1823-1848 Ton 

Michael Uorv^th. Aus dcm Ungarischen (Ibersetzt yon Joseph NoveUi. 

Leipzig, 1867, 2 vol. in-8, T. I, p. 199. Nous aurons plus d*une fois 

encore ^ citer cet ouvrage. 



198 ^^ hongroiae de i8.80. 

leurs interftts egoi'stes. Nicolas Wesselenyi parla le premier en 
faveur de ridiome national, et fut energiquement soutenu par 
Paul Nagy. Assurer la suprematie de la langue magyare, pour 
mieux 6tablir celle de la nation tout entifere, c'est.en somme tout 
ce que voulaient ceux qui parlaient alors d'ind^pendance et de 
libeit§. 

II y a du reste d'excellents passages dans le discours pro- 
nonc6 alors par Nagy. Il.avait mille fois raison de reprocher aux 
grands seigneurs leur indifference pour ce qui touchait a teur 
pays et la preference qu'ils accordaient a tout ce qui 6tait alle- 
mand, mais, en vertu des droits egaux pour tous dont il 6tait 
sans cesse question a la Diete, ne devait-il pas admettre que les 
Slaves et les Roumains protestassent contre la predominance ab- 
solue de la langue magyare? Or que demandaient les Etats? lis 
voulaient que le magyar seul filt employe dans toutes les bran- 
ches de Tadministration, qu'il filt introduit dans les regiments 
hongrois, commc langue du commandement, qu'il servit h la re- 
daction des lois, adresses et autres actes emanant de la Difete, 
etc. La loi sanctionnee par le Roi n'adrait pas toutes ces preten- 
tions, mais elle ordonna: 1° que la Lieutenance royale coitcs- 
pondrait en magyar avec les autorit^s qui lui ecriraient dans cet 
idiome; 2° que les tribunaux sup6rieurs d61ib6reraient en magyar 
dans toutes les causes oil les parties le desireraient ; 3*^ que les 
tribunaux inf6rieurs auraient la facult6 de se servir exclusivement 
du magyar; 4** qu'aucun individu ne serait admis a des fonctions 
publiqucs sans justifier de sa connaissance du magyar; 5® que la 
mfime condition serait exig6e des avocats, k partir du 1*' Janvier 
1834; 6^ que les regiments hongrois seraient tenus de rec^voir 
de la part des autorites des documents magyars. (Art. VIII** de la 
loi de 1830.) 

Pour faire apprecier d'un mot jusqu'i quel point la Difete 
faisait bon marche de la justice, il suffit de rappeler que les deux 
tiers des habitiints de la Hongric sont Strangers non pas seulcment 
a la race domiuante, mais a la langue meme des Mag}'arsl 

Les Serbes n'etaient aptcs a exercer aucun emploi public en 
Hongrie, depuis surtout qu*on Icur avait reconnu la qualite de 
citoyens, mais ils 6taicnt bons pour aller mourir au loin, en defen- 
dant la politique de Metteniich. Lorsque le Cabinet de Vienna 
eut decide qu'il interviendrait en Italic, en faveur du Due de Mo- 
dfene, de rArchiduchesse de Panne et du Pape, les soldats des 



Les casinos mngyars. — Inquietude des magnats, 199 

Confins furent les premiers a qui echut cette triste mission. On 
eftt dit qu'on voulait que les Slaves fussent h la fois opprimes et 
oppresseurs. 

Tandis que la Cliancellerie autrichienne s'occupe des 6v6nc-. 
ments ext^rieurs, toutes les preoccupations des Magyars sont 
toum6es vers Tinterieur. Le comte Sz6clienyi cr6e a Pest un 
casino national, oil doivent s'elaborer ce quil appelle les projets 
de r6formo, en merae temps qu'on pourra y discuter, avec moins 
de reserve qu'a la DieteJ tons les moyens propres a etendre Tin- 
fluence des Magyars, au detriment des autres nations du pays. 
Des casinos analogues s'ou\Tent dans toutes les villes de province 
et repondent a la meme pensee. M. Hor\^atli^) a raison d'insister 
sur I'importance de ces lieux de reunion. lis ont et6 et sont en- 
core les foyers oil s'alimentent les sentiments exalt6s des Mag}'ars. 
Quelqucs proprieta.ires, quelques fonctionnaires, quelques avocats, 
vou6s a la cause des conquerants, y calomnient k loisir ceux qui 
s'efforcent de leur resister, arretont la conduite que les autorites 
devront tenir pour opposer une digue au flot.toujours croissant 
des reclamations slaves ou roumaines et s'encouragent mutuelle- 
mcnt h la lutte contre leurs adversaires. On comprendra facilement 
que la nation dominante a presque seule, jusqu'aujourd'hui, possede 
des casinos semblables. Que pouvaient faire les Serbes ou les Slo- 
vaques pour se grouper, alors que toute Tautorit^ 6tait entrc les 
mains des Magjars, que ces deruiers seuls disposaient de I'argent 
et des moyens d'instniction ? C'est ainsi que grkce Tiniatitive de 
Szeclienyi et de quelques autres grands seigneurs, les Magjars 
furent dotes d'une academic, d'un mus6e et d'un th&Ure national. 

Parmi les magnats qui composaient la Chambre haute, il y 
en eut toutefois qui trouverent que Szechenyi, Wessel6nyi et les 
autres orateurs qui parlaient sans cesse de r^fonne, pourraient 
compromettre les privileges de la noblesse. II valait mieux, a leur 
sens, s'en tenir a ce qui avait existe jusque la; ils craignaient 
meme de voir la langue magyare remplacer entierement le latin, 
nou qu'ils fussent sensibles aux dol6ances de ceux de leurs com- 
patriotes qui etaient etrangers aux Mag)'ars, mais parce qu'ils rc- 
doutaient de la part de ceux-ci une opposition qui eut trouble 
leur tranquillite. Telle etait, ce nous semble, la mani^re de voir 



*) Loc, ciL, pp. 236. sq. 



200 Vnrharuim de 1836, 

(111 comte Gsziraky et de la plupart des magnats qui, a la DiHe 
de 1832, refuserent d'admettre que les lois fussent desonnais rt- 
digees en magyar. 

Nous n'avons pas a parler ici des debats qui eurent lieu k 
la Diete de 1832 — 1836 k propos de la liberie religieuse, puis- 
qu'il n'y fut question que des Protestants, mais nous devons au 
moins mentionner la loi qui y fut votee, pour regler les relations 
entre les proprietaires et les paysans. Ce nouvel urbarium, 
destine a remplacer celui qu'avait publie Marie-Th^rese, donna 
lieu a de longucs discussions entre le gouvernement et I'assembl^e. 
La Diete ayant admis que, dans certains cas, les serfs pourraient 
se liberer par un rachat, la Chancellerie hongroise s'^mut et 
obtint de I'Empereur des lettres dans lesquelles il protestait 
contre cette innovation. II suffisait que le mot de liberation eftt 
ete prononce, pour qu'on en fremit a Vienne; il ressemblait trop 
au mot de liberty! Aprfes mille incidents que nous n'entendons 
point rapporter, Tur barium fut vote et sanctionn6. II contenait 
certains adoucissements a la condition des serfs. Ceux-ci pouvaient, 
avec le consentement du propri^taire, emigrer d'un village dans 
un autre, et vendre alors a un tiers, qui se substituait a eux, 
leur maison et les ameliorations par eux faites au lot de terre 
dont ils avaient la jouissance; en cas de refiis des proprietaires, 
le paysan pouvait se pourvoir devant un tribunal compose d'un 
fonctionnaire du comitat et de deux hommes de loi; le seigneur 
n'6tait plus le seul juge. De plus, le serf pouvait racheter les 
impots et les corvees qu'il devait au propri6taire moyennant une 
redevance annuelle, mais cela, saps fetre entiferement a£franchi. 
Enfin, le seigneur perdait le droit qu'il avait exerc6 jusque 1^ 
sans contestation, de faire donner la bastonnade aux paysans; il 
ne pourait leur infliger d'autre peine que celle de la prison, et 
pour trois jours au plus. ') Dans les cas graves, il devait recourir 
h rintervention d'un tribunal. 

Tel 6tait en substance Turbarium de 1836.') Ce rapide 



*) On a souvcnt parl6 du hnnt russe; on voit qu*on aurait pa aassi bien 
parler du hint hongrois. La Hussie n'a 6te prec^d^e que de seize ans 
par la Hongrie, en ce qui conceme I'dmancipation des serfs, et encore 
n'a-t-il pas fallu moins que les ^v^ncments de 1848 pour amener cette 
reformc en Hongrie. 

') Tjurharimn. fut discut^ de 1833 \k 1835, mais ne fut sanctionn^ qa'en 
1830. II forme Tarticle lYo de la loi de cette ann^e. 



Mettemhh inelifie vera les Slaves. 201 

resiune suffit a montrer que la situation des paysans hongrois 
n'6tait rien moins qu'enviable. Voila le sort quiavait et6 fait aux 
Serbes, apr^s qu'on leur avait promis de respecter leur ind6- 
pendance. 

L'Empereur Francois avait use de son influence dans cette 

question comme dans toutes les autres, pour prolonger Tasservis- 

sement de ses peuples. Nul n'6tait plus decid6 que lui a r^sister 

au courant des id6es modenies. Toute sa politique consistait a 

combattre la Revolution, a developper la police secrete et les 

moyens d'oppression. Aussi, malgr6 les demonstrations officielles 

dont on est moins avare peut-6tre en Hongrie que partout ailleursi 

peut-on dire que sa mort n'excita guere de regrets. Elle arriva 

le 2 mars 1835. 

Ferdinand V apporta sur le trone les raemes principes que 
son pere, et laissa Mettemich continuer paisiblement son rfegne. 
Or Mettemich trouva que les Mag}'ars avaient conquis trop d'in- 
d^pendance depuis 1815, et, fidfele a la tradition autrichienne, 
pensa qu'il etait temps de se montrer plus favorable k leurs ad- 
versaires, c'est-a-dire aux Slaves. Assurement il n'6tait mA par 
aucune idee sympathique envers ces derniers ; il voulait simplement 
recourir k son syst^me de bascule ordinaire. II poursuivit done 
Wesselenyi, le plus ardent promoteur de ce que les Magyars ap- 
pelaient la r^forme, et menaga de ses rigueurs d'autres chefs du 
parti, tandis qu'il ne s'opposa pas au progi'fes de Tilly risme. 

Nous avons deja montr6 comment les pretentions exagerees 
des Magyars devaient amener contre eux des represailles de la 
part des nations auxquelles ils esp^raient enlever les derniers 
restes d'une vie propre. Nous avons parle du poeme compose par 
Kollar pour exciter ses freres slaves a la resistance et leur faire 
eutrevoir la grandeur du role qui leur etait reserv6. Un jeune 
create, qui s'etait 6pris des id6es de Kollar, Louis Gaj, ne a 
Krapina en 1809, entreprit de leur donner un commencement de 
realisation, en travaillaut a Funiou des Slaves du sud. En pre- 
sence des agressions magj^ares, cette union n' etait pas seulement 
souhaitable, elle 6tait necessaire, indispensable, mais comment 
TefFectuer? On ne pouvait essayer d'y parvenir que dans le do- 
maine litteraire, et, jusque dans ce domaine, les differences etaient 
si accentuees entre les Serbes et les Croates que Safafik, tout en 
d^sirant quMls n'eussent plus qu'uue mfime litt^rature, ne peusait 



202 ^".Z fonde le parti illyrien, 

gufere quil fut possible d'amener la fusion entre eux.^) Gaj, qui 
(leji s'etoit fait coniiaitre par plusieurs ou>Tages ecrits en latin, 
en allemand ct en croate,-) ne cnit pas cettc tacbe au-dessus de 
ses forces ; toutefois il ne sc lan^a pas du premier coup dans une 
voie aussi nouvelle; il ne s'ecarta pas d'abord sensiblement des 
traditions admises. 

L'entreprise a laquelle il se consacra tout entier fut la pu- 
blication d'un jounial,^) qu'il fonda k Zagreb, sous le nom de 
Ilorvatzke N ovine (Les Nouvelles croates). Cette feuille, qui 
parut pour la premiere fois le l^"" Janvier 1835, eut un supplement- 
intitule: Danica (L'Etoile du matin); elle etait cousacree auj^- 
informations politiques, tandis que le supplement etait entiferemeni 
litteraire. La langue et Forthograpbe employees au d^but p 
Tediteur devaient ftiire croire qu'il s'adressait principalement i 
ses compatriotes do la Croatie propre, mais Gaj ne tarda pas i 
reconnaitre que son joumal n'aurait que de ftiibles chances d< 
succes s'il n'avait en vuc qu'un public aussi restreint; il voulu 
done pouvoir frtrc lu par plus de cinq millions de Slaves repandu 
en Dalmatic, en Istrie, en Croatie, en Slavonic, en Hongrie, 
Serbie, en Caniiole, en Styric, sans parler dc riIcrz6govine et d»- 
la Bosnie, et c'est alors que Tidee d'une grandc Illyrie germs- 
dans son esprit. II fit de ce nom d'lllyriens une denominatioc 



') Cf. rintroduction ajout^e par M. JircC-ck ii la secondc partio de 

If 

Gesch. (Jer ttihUlaw, Literatfir de Safafik. 

^) Los Magyars attribiient h Kollar, oii [t Gaj un pamphlet qui parut 
C'foatie on 18.*V2 sous le titro de Solien tn'r Matftfami irerdcH, et n*< 
pas nioins do trois editions en un an. Ge pamphlet repr^sente par U 
ad versa iros des Slaves comme un rerueil d^invectivos gross! 5re8, n'c^ 
qu'une simple refutation des tli6orios dovoloppces au commencement 
la Di^to de 1832. 

®) Horvdth a rocours, pour expliquer I'ardeur apport6e i\ la lutte par Gi 
k la fable ordinaire dog agents russes. ('^est un agent russe qui am 
arrOte, de concert avec Gaj et le comte Draskovic, le plan du joam 
qu'il s'agissait de fonder (Ilorvath, Inc. n'f., T. I, p. 463). II va 
dire qu'il sc garde bien de prociser et n'appuie cette assertion d'aucu^^ 
preuve. M. Bidennann ( 7?w«,«/yr7/r Vinfriehe in Unyam), qui pourtant -^^ 
place h un point de vue strictemeut allemand , a fait justice des ace '*- 
sations dirig^es coutre les Russes par les Magyars. Ceux-ci font app-^ 
raitre sans cesse quelque 6missaire du Tsar, comme le Detts ex machir^^ 
afin de pouvoir accuser les Slaves de Ilongrie do trahison et d'int^/' 
ligence avec retranger. En r6alit6, le Cabinet de P6t<»rsbourg a presqae 
toujours et<3 indiffS^rent au sort des Slaves en Hongrie. 



Fusion des deux litUratures serbe et croaU. 203 

commune pour les Serbes, les Croates et les Slovenes. C'6tait la 

peut-fitre une expression impropre , puisqu'il n'est pas prouv6 

que les anciens niyriens aient et^ des Slaves, mais elle avait ^16 

mise en usage par la Chancellerie antique, qui Tappliquait il est 

vrai k tous les adherents du culte grec-oriental en Hongrie, Slaves 

et Eoumains. 

En 1836, Gaj changea le titre de son journal qui s'appela 

d^sormais: Ilirske narodne No vine (Les Nouvelles nationales 

illyiiennes), et en modifia en mfeme temps la langue. „Le dialecte 

de la Croatie civile, moins riche et raoins cultive, en m6me 

temps qu'il est renferme dans des limites geographiqucs fort 

6troites, ce dialecte dont Torthograplie est si corapliquec, dut 

ceder la place a la langue illyrienne riche, sonore, cultivee, telle 

qu'elle est parlee dans la Croatie militaire, en Dalmatie, sur le 

littoral hongrois, en Istrie, en Slavonie, en Serbie, en Bosnie, etc., 

aussi belle, aussi noble que Pont faite les immortels poetes illy- 

riens, dans leui'S norabreux ecrits, les Darzic, les Mincetid, les 

Vetranic, les Hektorovic, les Gundulic, les Palmotic, les Kacic, etc. 

La vieille orthographe, elle aussi, fut remplacee par une ortho- 

graphe logique qui, par sa convenance, sa simplicity, sa regularite, 

laisse loin derri^re elle, non seulement celle des autres idiomes 

slaves employant les caractferes latins, mais encore celle de toutes 

les langues modemes en general. ^)" C'est en effet Gaj qui arrfeta 

d^finitivement le syst^me de transcription create dont I'usage est 

aujourd'hui universel, celui m6me que nous cmployons dans ce 

livre.*) 

Ainsi, grfice aux eflforts de Gaj, la langue serbc ramenee par 

Dosithee Obradovid et par Vuk Stefanovic Karadzic a sa purete 

primitive, penetra chez les Croates. Le talent du jcunc ecrivain 

et de ses coUaborateurs fit adopter la refonne, et le nombre de 

ceux qui reclamferent en favour du dialecte des Kekavci') de- 



') SafaHk, dans POst und West dc Prague, 1838, n« 17. Get article, qui 
contient des renseignements tr^s-int^ressants sur TcRuvre de Gty, est 
reproduit dans I'ouvrage suivant : Kin Wort an lUrietut 1u>chherzige Tochter 
Tom Grafen Janko Draskovic (Agram, 1838, in-8). 

■) D^8 Pann^e 1830, Gaj avait fait imprimcr h Bude, en create et en al- 
lemand une dissertation dans InqueUe il insistait pour que les Slaves 
du sud, chez qui Talphabet latin 6tait on usage, se servissent des signos 
diacritiques tch^quos. 

*) Les habitants do la Croatie propre, dont lo dialecte est prcsque enti^- 
rement Slovene, sont appel^s Kekavci, parco qu'ils disent kaj, au lien 



204 Aspirations des illyri^ns. 

vint de jour en jour plus restreint. La fondation du parti illyrien 
repondait a un besoin si reel que Gaj vit venir k lui une foule 
d'auxiliaires. Le directeur des 6coles croates et la presque una- 
nimit6 des professeurs h, qui Tenseigneinent 6tait confi6, embras- 
sferent avec chaleur les idees nouvelles. Bientot Gaj put dire avcc 
une certaine empbase, mais aussi avec I'accent de la verity, que 
tons les enfants qui naissaient en Croatie lui appartiendraient 
dans Favenir. 

En effet, le mouvement illyrien 6tait surtout un mouyement 
politique. II fallait faire sortir de son sommeil un peuple depnis 
longtemps endormi, faire cesser rantagonisme fatal que ses en- 
neniis a\^ient cree entre lui et une nation soeur, la nation serbe, 
lui montrer qu'il pourrait jouer un role dans le monde en s'unis- 
sant aux membres dispei-s6s de sa famille, et que Tunion des 
Slaves en general pourrait changer la face de TEurope. On conQoit 
que cette grande pensee puisse deplaire aux Magyars, pour qui 
il n'y a pas de place entre les Slaves, les Germains et les Latins, 
mais ce n'est pas a dire qu'elle manque de justesse. Horvdth 
cherche a nous donner le change quand il dit: „Le caractfere par- 
ticulier du mouvement illyrien, c'est qu'il ne fut pas liberal, comma 
le sentiment national Test d'ordinaire partout et toujours. L'Dly- 
rismc ne \isa qu'a la reunion d'une race et h, son autonomic; il 
ne respecta point la liberte populaire, et eftt ete prSt a rejeter 
loin de lui la liberty constitutionnelle que le Magyar partageait 
fratemellement avec lui, si, a ce prix, il efit pu acheter la reunion 
de sa race. Cette circonstance met hors de doute que le mouve- 
ment national croate se rattachait au fil conducteur de la propa- 
gande panslaviste russe.^)" 

Nous arreterons-nous a refuter des erreurs aussi 6videntes? 
II suffit que Horvath invoque la liberte constitutionnelle 



(le UOf pour le pronom interrogatit quoi. Ce mtoe pronom se rend par 
ra, sur la c6te de TAdriatiqiie, depiiia la limite croato-slovdne jnsqn'k 
Alinissa, et dans toutes les lies, ii Pexception de celles qui sont pr^B 
de Raguse, ce qui a valu aux habitants de cette contr^e le nom de 
Cakavri. Les autres nicmbres de la famille serbo-croate sont appel^s 
Stokavci, parco qu'ils donnent au m^me pronom quoi sa forme ordinaire 
de S(o. C'est leur langue, 6crite avec des diff6rence8 peu importantes 
par Obradovid, Karadzic et Gaj, qui est devenue I'ididme litteraire 
actuel. Nous donnons ces details parce que la langue tient toigoors la 
premiere ])lacc partout ofi plusienrs nations sont en lutte. 

*) Horvath, loc, cit, p. 464. 



Opposition des Series cotUre Gaj. 205 

des Magyars pour que nous soyons edifies sur la force de ses 
argumeuts. Le privilege des castes, Ic servage, la domination bru- 
tale d'une race sur une autre etaient autant de bienfaits dont les 
Creates etaient redevables a la constitution hongroise, et dont ils 
eusseut du se montrer reconuaissants. Est-ce done I'existence 
d'une Diete qui fait de cette constitution une asuvre liberale ? Ila- 
rement le mensonge eut ete plus flagrant. Ce ne sont pas seule- 
inent des discours pronouces par des orateurs dans une asseinblee 
qui font une representation nationale ; il faut savoir si ces orateurs 
sont les veritables mandataires de ceux au nom de qui ils pren- 
nent la parole, on bien s'ils nc representent qu'eux-niemes et un 
petit nonibre de privilegies. 

Le premier resultat que la formation du parti illyrien pro- 
duisit chez les Serbes de llongrie fut la fondation d'un journal 
politique. En 1835, Theodore Pavlovic fit paraitre a Pest la 
Feuille nationale serbe (Cp6cKHfi Hapo4uud .Ihctti), dont la 
publication fut hebdomadaire. Ce journal fut interrorapu par le 
redacteur en 183G, mais il fut repris Tannee suivante et augmente 
m£me d'une seconde feuille bihebdomadaire, les Nouvellcs na- 
tionales serbes (Cp6cKe Hapo4ue HoBHuej. Le titre seul de cette 
nouvelle feuille indiquait, de la part de Pavlovic, I'intention de 
faire concurrence au journal de Gaj. Pavlovic etait en effet uu 
adversaire de Pillyrisme, et c*est dans cette ordre d'idees qu'il re- 
digea aussi bien le Narodni List et les Narodne No vine, 
que TAnnuaire de la Matica (Jtionuci) dont il reprit la publica- 
tion en 1837. Ecrivain honnete, mais fuible,^) Pavlovic ne comprit 
point la grande pensee d^veloppee et propag^e par Gaj ; il fut 
choqu6 du nom d'lllyriens, applique par celui-ci aux Slaves du 
sud, et crut qu'il 6tait question d'enlever a ses compatriotes leur 
nom et partant leurs traditions nationalcs. C'en fut assez pour 
qu'il poursuivit de ses attaqucs le parti qui s'etait form6 a Zagreb. 
Le clerge serbe, qui avait deja fort mal accueilli la reforme litte- 
raire de Karadzic, lie fut pas plus favorable k celle de Gaj. II 
regardait comme une espece de sacrilege la substitution a I'an- 
cienue langue ecclesiastique de Tidiome vulgaire, et n'etait mcime 
pas sensible k la concession que les Creates faisaient aux Serbes, 
en abandonnant leur ancien dialecte provincial, pour ne plus ecrirc 
que celui des Serbes. 

*) C'est le jugement que porte sur lui M. Novakovic, HcropHJa cp6cKe 
KKIVeBBOCTH, "2^ 6d., p. 256. 




206 Veritable f/rhfideur d^ idies de GaJ, 

II eftt fallu que les chefs de Teglise orientale en Hoi 
se fussent rallies k I'illyrisme, mais c'est de leur part, au coi 
traire, que ropposition fut le plus vive. Le m6tropolitain Strat 
mirovic, qui 6tait sur le siege archi^piscopal de Kailovci depui: 
prfes d'un demi siecle, etait trop vieux pour admettre qu'on 
aucun cbangement i ce qui avait existe jusque la; il n'avait mfii 
pas voulu qu'on introduisit la langue vulgaire dans les ecoles. 
mourut en 1837, et r6v6que de la Backa, Etienne Stankovic, ftr^^ 
elu par le Congr^s national pour lui succeder.*) Celui-ci montnr^ 
dans la question de la langue la plus complete indiif6rence ; il^^E7a 
s'opposa pas k ce que de legers changements eussent lieu dawis 
les ecoles, mais, en tout cas, resta etranger a ces anielioratiorf^: 

Les 6crivains qui puisaient leurs inspirations h Earlovci, 
lladzic et les autrcs niembres de la Matica sri)ska se firent I'echo 
(les doleances du clerge, accusant Gaj et les Illyriens de vouloir 
convertir les Serbes et de poursuivre une idee de propagande rc- 
ligieuse.-) II est triste de penscr que des hommes de merite, qui 
au fond aimaient leur nation et voulaient qu'cUe fftt un jour 
forte et respectee, aient pu faire preuve d'aussi pen de sens po- 
litique. Gaj visait a rcunir tons les Slaves du sud dans un meme 
etat, t6inoin la Carte de rillyiie qui fut annex6e h Tun des nu- 
nieros de son journal, et que les Magyare lui reprochent encore 
aujourd'hui comnie un actc de trahison envers la patrie hongroise. 
Ses plans 6taient sinon iiT^alisables, du nioins prematures, mais 
ils ne manquaient pas d'une veritable grandeur. 

nSoyons unis, fr^res, disait-il dans une de ses po6sies,') * 
soyons unis avant tout; rien n'est impossible a Tunion b6niel Si 
vous penetrez la-haut sur la montagne, dans T^paisse forfit, vous 
y voyez les restes de chateaux; si vous allez dans le champ 
qu'on labourc, ou dans la prairie oil paisscnt les troupeaux, vous 
y voyez des mines rcnversees, dispcrsees, les murs d'anciennes 
villes, sur Icsquels la charrue a pass6. Assez de mines, assez de 
souvenirs de la puissance passee des Illyriens, de cette puissance 



') C'est un ofiicicr serbe, Ic lieutenant-mardchal baron Colic qui remplit 
les fonctions de commissaire imperial et royal pr^s du Congr^s de 1837. 

^) Parmi les Serbes appartenant k I'eglise orientale, un seal fit profession 
d'illyrisuie, et prit le nom d^Ulyricn de la Bucka, Ce fut Pierre Jova- 
novic, qui rddigea la Backa Vila, et fut directcur du gymnase de Novi- 
Sad. Novakovic, /oc cit., p. 301. 

') Banica iliraka, 1838, n® 11. 



Progrhs de Villynsme parmi liHt Crocttes. 207 

riue nos ancetres fond^rent par runion, mais que leurs descendants 
>nt detruite par la discorde ; aussi soyons unis, frferes, soyons 
mis ; rien n'est impossible k I'uuion benie ! 

„La premiere blessurc a ete faite a notre independance par 
'orgueil des Remains, mais Tlllyrie ne succomba point. Elle con- 
,inua de fleurir doucement entre les 6pines, bien qu'elle fut de- 
irenue territoire romain, de TAdria jusqu'a la Montagne Noire, de 
3oce jusqu'au Balkan. Elle augmcnta par Tuuion scs droits na- 
tionaux, elle agraildit son domaine ; elle donna plusieurs empereurs 
aux Remains; aussi, soyons unis, frercs, soyons unis; rien n'est 
impessible ^ Tunion b6nie!" 

' Gaj continue sur ce ton; il arrange peut-etre un pen This- 
toire pour les besoins de sa cause, mais si son patriotisme est 
trep exalte, on ne pent liii rcproeher d'etre interesse. II n'cst 
done i)as surprenant que la Croatic qui voyait de pres ceux qui 
dirigeaient I'esprit national, se soit abandonnee a eux tout entiere. 
Seuls quelques rei)rescutants de cette aiistocratie que les Magyars 
avaient implantee parmi les Creates, protestcrent centre un mou- 
vement qui pouvait lour devenir fatal. Jusque la ils avaient cu 
dans leur pays un role preponderant; en reteur de leur deveue- 
ment aux Magyars, ils avaient eu teutes les charges, teutes les di- 
gnites, teute I'lnfluence politique : ils ne pouvaient se laisser ravir 
cette situation piivilegiee, sans essayer de s'y maintenir. Pourtant 
le nonibre de ces adherents du systeme mag)'ar fut moms consi- 
derable qu'en n*eut ete fonde a le supposer. Ainsi les deputes 
creates ^ la Diete hengreise, cos memes hommcs qui en 1832, 
n'etaient point eleignes d'admettre que la langue magyare fut 
adoptee comme langue diplomatique gen^ralc pour tons les pays 
de la couronne de Saint Eticnne, eurent honte de leui- faiblesse et 
devinrent d'un avis tout oppose.^) 

Le clerge catholique d'abord incertain, puis hostile, parce 
•que, a Toppose du clerge grcc, il croyait que I'usage de la langue 
serbe recemmande par Gaj, pouvait porter les Creates vers Teglise 
orientale, finit par se laisser gagner a sen tour. Ce changement 
d'attitude fut du surteut a la cenduite du gouvemement imperial. 
Mettemich, si Ton ne pcut raisennablement soutenir qu'il ait pre- 
Yoqu6 la formation du parti illyrien, n'y assista du moins pas 
sans une satisfaction qu'il ne prit point la peine de dissimuler. 



*) Horv&thy lot, cU,, I, pp. 461, 468. 



208 Influence tJe ViUyritme en dehors de la Croatie. 

II esperait, giacc aux Creates, teiiir les Mafryai*s on echec, mais 
il no voulait pas non plus quo los Croatos dovinssent i*edoutables 
et Ton pout oroiro qu*cn socrot il porta los Sorbos a se (letter 
do cos (leruioi-s. Los discordos intostincs de la monarchic dc- 
vaicnt lui pormottro do gouvonier eu paix. 

Gaj otait iiifjitipddo. Eii \KM, il obtint du fjcouvcniement 
Tautorisation do fondor uiio imprimorio qui portii le noni d'lm- 
primcrio illyrioiino iniporialo ot royalc privilegice. 
Dans cot atolior, dont lo noni soul otait uno domonstration, s'im- 
prinioroiit outro los doux jouniaux dont nous avons parle, une 
foulo do livros oinpreints du nionio osprit.^j 

Lo niouvoniont des Slaves do Ilongrio ciui avait commence 
avoe la Slavy Dcera, aujnnonta d'intensito, nionie cliez Ics 
Slaves du Nord, quand les Croatos so furent rallies autour de 
(iaj, Cost alors (pio Kollar, dovoloppaut I'idoo principale do son 
poemo, til paraitro son etude sur la rociprocito littorairo entre les 
Slaves.-) A vrai dire, cotto idoo avait 6t6 eniise avant Kollar; 
Horkel, par exemplo, dans sa (Iraniniairo slovaquc, publiecaBude 
en 182(), parlc deja do r„Unio in litoratura inter onines Slaves'', 
niais cc n'etait la quo des inots vagues dont Kollar entreprit de 
prcciser la portoe et le sens. 

CI race a Kollar, co furent los Slovaques qui, apres les llly- 
ricns, connuenecrent ii battrc en broclio avec le plus do force la 
domination des Magyars. Nous no parlerons pas de la qiierelle 
du comto Zay, inspectour general des oglises evangeliques en 



V 

') Kii 1838, fut fondeo la soci^to littcraire (CUaonica) de Zagreb, sous la 
prcsidcuce du comte Draskovic. Pea apres s*organisa une rdnnion d'a- 
niateurs qui rcprt'seiita des drames d(is aux nouveaux 6criTain8 creates 
et au Serbe Joseph Etieimc Popovic. 

-) rcher (lie litcrnvlschc Werhseheififfk'eit zwischen den verachiedei^en Sitimmem 
dcr ifloH'ischcn Nation. Leipzig, 1837, in-8 (2« 6d. 1841; 3« ^d. 1844.) 
^La reciprocite littcraire, dit Kolldr, est la participation commune de 
toutes les branches aux productions iuteUectuelles de la nation; c*est 
Taehat ct la lecture reoiproque des Merits ou des livres publics dans 
touB les dialectcs slaves/ Aiiisi un Serbe doit lire et compreudre les 
ouvrages d'un KusBC, comme s'ils <^taient faits pour lui, et on Rnase, 
les ouvniges d'un Create, etc. Pour amver ii cette reciprocity, Koll4r, 
recoiimiande retablisseinent de librairies slaves, de chaires de langaet 
slaves, Pechange des livres, la i)ublication de joumaux bibliographiqaei 
de grammaires comparees, etc. Cf. Cypricu Robert, Lea deux /Vvufo- 
visjnes, dans la Revue des deux Mondes du 1«' novcmbre 1846, p. 461. 



PoUiitiquc eittrc IcH '^/((veK tic Hoiujne cf Im Mmjyava, 2<)9 

longrie, avec les pasteurs slovaques, querelle qui jeta une grande 
rritation dans les esprits, mais nous citerons du moins le titre de 
aelques unes des brochures qui furent publi6es k cette epoque 
arce que, de prfes ou de loin, les Serbes ne restferent pas Strangers 
ces d6meles, et que tout ce qui fut dit des Slaves de la Hongrie 
'appliquait naturellement k eux. Une brochure intitulee: Le 
lavisme et le Pseudo-Magyarisme,*) engagea la lutte avec vigueur; 
He fut suivie d'un autre pamphlet plus violent encore: La Con- 
ision et le D6sordre de la Hongrie. ^J D'autres auteurs resumerent 
vec plus de calme, mais avec non moins de force, les droits et 
BS pretentions des populations non-magyai-es de la Hongrie.^) 

Enfin la corresi)ondance echang6e entre le comte L6on Thun 
t M. Pulszky, au sujet des Slovaques montra que les interfets 
laves trouvaient des defenseui's j usque dans les rangs de la haute 
ristocratie boheme.*) 

L'appui prete aux Illyiicns par les representants les plus 
.utoris6s des autres groupes slaves de la Hongrie donna une nou- 
elle ardeur a Gaj et a ses pai'tisans. lis se crurent en 6tat do 
esister aux intrigues do la petite noblesse plus magyare que 
roate qui les avait opprimes jusque 1^. Lorsque le comitat de 
^agreb dut proceder au renouvellement de ses fonctionnaires, en 
.842, les Dlyriens resist^rent avec energie et r6ussirent a faire 
►asser leurs candidats.^) Les Magyars cri^rent au scandale, a la 
iolence, et s'efforc^rent de provoquer contre leurs adversaires 
les demonstrations hostiles des autres comitats, et surtout des 
epresailles de la part du gouvemement^) A la fin, les Magyars 



*) SlawUmus und Pseudovbagyariamtis. Vom aUer Menschen Freundc, nur 

der Pseudomagyarcn Feinde. Leipzig, 1842, iu-8. 
') Uitgarische Wirreri nnd Zenciirfnisse. Leipzig, 1842, in-8. 
') VertheUliynng der DeuUchen mid Slave/i in Ungarfi, Von C. Beda. Leipzig 

1843, iu-8. 

Die Beachwerden und Klagen der Slawen in Ungarn, Leipzig, 1843, iii-8. 
Slawen, Rusaeih, Germanen. Ihre gegeweitifjen VerhiUtmsse in der Gegen- 

wart und Zukunft, Leipzig, 1843, in-8. 

Entre autres informations, on trouve dans ce deruier oavrago uu 

exceUent resume de Phistoirc de Tillyrisme. 
•) Die Sldlung der Slowaken in Ungarn, beleuchtet von Leo Grafeu von 

Thnn. Prag, 1843, in-8. 
*) Get Episode est singuli^rement grossi et d6natur6 par les historiens 

magyars. Voy. Qeschichte des IllyrUtniuaj pp. 89 sqq., et Horvdth, loc, 

cii,, T. II, pp. 99 sqq. 
*) D n'est pas jusqu'aux Turcs que les Magyars, fidHes k la tradition des Ba- 

14 



rempoiterent. Le foispan du comitat de Bacs, Rudics,fut charg6, 
en qualit6 do conimissaire royal, d'ouvrir une enqufete sui* les 
6venemciits dont la Croatie 6tait le theatre; r^vSque de Zagreb, 
Haulik, charge temporairement des fonctions de ban, fut accuse 
d'avoir encourage en secret les Illyriens, de concert avec le f6is- 
pan Zdencsay, et dut ceder la place au general comte Fianfois 
Haller, qui regut le titre de ban (octobre 1842). 

En faisant cette concession au parti magyar, Mettemich 
n'avait sans doute pas d*autre pensee que de lui t^moigner sa 
bienveillance, apres avoir paru incliner vers les Slaves; aussi ne 
chcrcherons nous pas Texplication de la niesure qui fut prise en- 
suite, ailleurs que dans la perp6tuelle politique de bascule si ch^re 
au Cabinet de Vienne. Au commencement de 1843, I'empereur 
Ferdinand signa un decret aux termes duquel il 6tait defendu de 
sc senir des mots: Illyrien, Illyrisme, Illyrie, etc., „tant 
dans les feuilles publiques que dans les autres ouvrages imprimes, 
en particulier dans les debats publics et dans les 6coles." ^) Voiii 
a quelle extremit6 ce malheureux gouvemement en etait r6duit; 
impuissant a combattre les id6es, il faisait la guerre aux mots! 

Alors, dit avec raison M. Novako\id, ^Vardent amour de 
Tillyrisme cntra dans une phase nouvelle, oil Ton envisagea les 
choscs avec plus de sang-froid. Tout le travail se ressentit de cet 
evenemcnt et fut dirig6 avec plus de serieux et de maturity. Si 
le nom d'illyrien dispanit de Tusage, la chose mfeme qu'il reprfi- 
scntait subsista, et, si les hommes d'6tat autrichiens pens^rent 
aiTeter de la sorte le mouvement slave, ils ne parvinrent qu'a le 
seconder; ils firent que la pol6mique a laquelle Tillyrisme avait 
donne lieu ceda la place a des peusees plus rassises."^) Ainsi se for- 
nierent et sc resserrerent les liens do solidarit6 qui devaient amener 
en 1848 Taction commune des Croates et des Serbes. 



thori et des Ruk6czi, n'aient cherch^ h exciter contre les panslavistes Ulyri- 
ens. Ainsi I'auteur de la Geschichte dea Ilhjrisnins n'a pas honte de se faire 
un argument d^une lettre que le Pacha de Bosnie aurait ^crite au Com- 
mandant g6n4ral k Zagreb pour se plaindre de la propagande de Gi^\ 
Voy. p. 103. Le mSme auteur n'est pas moins sympathique aux AUe- 
mands qu'aux Magyars et aux Turcs. „0n remarquera, dit-il, p. 144 
([uc Ic Slave, partout oCi on laisse sa conscience nationale s'^lever 
jusqu'k la politique, se montre hostile i^ TAllemand, et Ik est pr^cis^- 
meiit le danger du panslavisme, etc." 

*) Voy. le texte de ce curieux decret dans Horvath, II, p. 109. 

^) NovakoTic, UcropHJa cpncie KBMxeBHOCTH, p. 302. 



^ CoKijirs i<rrhc dc t-^J'J. 211 

Le parti des Slaves du sud qui remplaga le parti illyrien, 
acquit une force nouvelle par Telection d'un nietropolitaiu plus 
ardent pour la cause nationale que ue I'etait fitienne Stankovic. 
Ce dernier 6tant mort le 31 juillet 1841 v. s., une resolution 
imp^riale du 26 mars 1842 autorisa la reunion du Congres serbe. 
La Chancellerie hongroise fut en mfeme temps chargee d'elaborer 
divers projets relatifs k la dotation du clerg6 grcc-oriental, ainsi 
qu'a Forganisation des ecoles dont il avait la direction. 

Le Congrfes se r6unit au mois de septembre 1842, en pre- 
sence du comte Nicolas Szecsenyi, commissaire du gouvcmement. 
Pour la premiere fois depuis que les deputes serbes procedaient 
a Telection de leur chef ecclesiastique, il n'y cut pas unanimity 
parmi eux. Les voix se divis^rent, mais la majorit6 se porta sur 
Tevfeque de Vrsac, Joseph Rajacic, qui fut confirm6 par I'Empe- 
reur. Qui eiit pu pr6voir alors que ce Rajacic serait un jour le 
plus ferme soutien de la couronne imp6riale? 

Pendant la session du Congi-fes, 53 d6putes signerent une 
adresse dans laquelle ils soUicitaient de TEmpereur la convocation 
d'une nouvelle assemblee qui fxlt autorisee k deliberer sur les 
besoins des Grecs non-unis, sur leur 6glise, leur clcrg6, leurs 
Ecoles, leurs fondations et autres objets de nature analogue, qui 
n^avaient d'int6r6t que pour eux.^) 

Un grand nombre de paroisses appuyerent cette adresse par 
une demande. La Chancellerie hongroise, qui prenait pen d'interfet 
aax affaires serbes, dut pourtant examiner la question, mais son 
avis fut que la competence du Congr5s national ne depassait point 
le vote des sommes n6cessaires aux seminaires et aux 6v6ques, 
ainsi que la fixation du casuel allou6 aux prctres. II ne semblait 
done pas qu'il y ett urgence de statuer sur des points deja 
r^es. 

L'Empereur, ayant entendu le Conseil dc gueiTC aulique, se 
pronon^a dans un sens favorable aux Serbes. Par lettrc autographe 



*) Dans cette adresse, dat^e da 12 octobre 1842, les deputes relevaient 
particali^rement le tort qui avait ^te caus6 k leur nation par la sup- 
pression de la Chancellerie illyrienne laqueUe n^avait 6t6 remplacee par 
aacone juridiction nouvelle. Le M^tropolitain, disaient-ils, ^tait devenu 
le seul intenn6diaire entre eux et la couronne, et les 6v6nements avaient 
montr6 combien son intervention etait insuffisante. Voy. G. Kiijakovic, 
4ocTonaHJiTHOCT y lepapxiH KapioBaHRoli. Hapo^Hufi Ca6opi 1842 ro4a; 
Novi Sad, 1846, in-8, pp. 106 sq. 

14* 



OiO Lot honnroisc tie l^^lff. 

du 2o iiiai>> 1843, il lit savoir an Cliaiicclicr lioiigruis et au Pre- 
sident du Coiiscil de guerre, qu'il autorisait la reunion du Congres, 
aussitot apres la session do la Diete hongroise, ct qu'il permettait 
a cette assemblee, en dehors des points indiqu6s par la Chancel- 
lerie, de statuer sur les moyens d'instruire et de doter le clerge. 
En ni6me temps qu'il prit ces dispositions gen^rales, il institua 
un coniite dont les meiubres etaient pris parmi ceux des deux 
hautcs juridiction dont nous venous de parler, et qui dut pre- 
parer les travaux du Congres, fixer Tepoque et le lieu o(i il se tien- 
drait, etc.') L'intervention de ce comite 6tait sans doute une ma- 
chination des Magyars, car il ne pouvait avoir d'autre mission 
que celle de retarder indefiniment la reunion de Tassembl^e et de 
la rcndre, sinon impossible, du moins infructueuse. C'est en eflfet 
ce qui arriva. La procedure prescrite pour les operations du co- 
mite etait si compliquee qu*il lui fallut plus de quatre ans pour 
arriver a un resultat. Ce ne fut que le 22 aout 1847 qu'il deposa 
son rapport. Nous verrons plus tard quels evenements s'opposercnt 
a la reunion du Congies serbe. 

Les Magyars, il faut le reconnaitre, ne s'61oignaient jamais 
de la ligne de conduitc qu'ils s'etaient tracee. Leur haine coutrc 
les Shives ne s'affaiblissait pas un seul jour, et rien ne pouvait 
les arrfeter dans rcxccution de leur plan. C'est Tusage general de 
leur langue qui devait surtout assurer leur conqufete, aussi ne 
ncgligeaient-ils aucun moyen propre a I'imposer. La Di^tc de 
1839 — 1840 revint sur cet important sujet et d^crcta, que les rc- 
gistres matricules des paroisses seraient desorraais tenus en langue 
magyare, que nul ne pouirait etre cure, vicaire ou diacre s'il ne 
la possedait, etc.^) Ces dispositions vexatoires frappaient uuiqaement 
les membres du clerge grec-oiiental, serbcs, roumains et iiith^ncs. 
Jusqu'alors ceux-ci n'avaient jamais songe a ctudier un idiome 
qui leur etait aussi inutile qu'etranger, puisqu'ils ne s'adressaient 
(lu'a Icurs seuls fiddles, tandis que les pretres catholiques et pro- 
testants pouvaient, memo au milieu des Slaves, etre en relations 
forcees avec les Magj^ars. 

Oubliant que rien n'est odieux comme la domination violentc 
(Fune race sur une autre, surtout quand la race qui pretend dieter 
ses lois ne possede ni intelligence, ni civilisation sup6iieure, les 



') Jirecek, IlierarcMe, pp. 45 sq. 
^) Loi hongroise de 1840, art. Yl®. 



nhcnvrs ^e na^ja^i^ a la Diete tJe 1R44. 213 

chefs du parti magyar d6veloppferent leurs id6es avec une entiere 
franchise. C'est ainsi, que Wesselenyi, le rival de Sz6chenyi, publia 
]e livre fameux,^) dans lequel il avertissait ses corapatriotes des 
dangers que les Slaves pouvaient Icur faire courir. Les intrigues 
russes, le panslavisme, les progr^s de la demagogie 6taient autant 
de grands mots que Wesselenyi mettait en avant pour exciter 
le fanatisme magyar. II voyait le salut de la monarchic dans le 
f6d6ralisme, non pas dans un systiJme ftderatif qui eftt donne a 
chacune des nationalit6s de TEnipire ce a quoi elle pouvait pre- 
tendre et rien de plus, mais dans un systeme batard, fort analogue 
au dualisme actuel, dans lequel les Magyars devaient occuper la 
premiere place. 

Les idees de Wessel6nyi etaient trop conformes k celles de 
son parti, pour ne pas trouver un echo, a la fois chez les ecri- 
vains Magyars et a la Diete.^) Dans sa session de 1843-44, cette 
assemblee renouvela les dispositions des lois precMentes relatives 
a la langue magyare dont elle 61argit encore le domaine ; elle 
prfitendit meme forcer les d6put6s creates a renoncer au latin, et, 
comme ceux-ci refusaient de souscrire a cette exigence, et se de- 
claraient incapables de parler une langue qu'ils ignoraient, il 
s'eleva dans la Diete un indicible tumulte, funeste avant-coureur 
des luttes armees de 1848. 

Pendant cette meme session, le Metropolitain serbe fit acte 
d*6nergie. En face d'adversaires impatients, il ne craignit pas do 
prendre la parole en faveur de sa nation, et de r6clamer Texe- 
cution de la loi de 1792, aux termes de laquelle un certain nombre 
de places devaient etre reservees a des fonctionnaires du rite 
oriental, dans les hautes juridictions de TEtat. „Quelque grands, 
dit-il, que soient le royaume de Hongrie et les pays qui y sent 
annexes, quelle que soit la multitude de places qui existent dans 
les conseils auliques et dans les autres corps charg6s de la jus- 
tice et de I'administration politique, on n'y trouve nuUe part, a 
Pexception de deux secretaires, un seul adherent du culte grec- 
oriental : pas un pr6sident, pas un conseiller, pas un seul fonction- 
nairc judiciaire ou politique d'ordre superieur! Toutes les di- 



') SzSzat a magyar is azldv nermetisig ilgyihen, Pest, 1843, in-8, traduit en 
allemand sous ce titre: Eine SHmme Uher die nngartsche vnd alairische 
NatianalitSif Leipzig, 1844, in-8. 

^ Parmi les brochures inspir^es par Wossel6nyi, citons celle-ci: Slavenvnd 
Magyarertf Leipzig, 1844, in-12. 



214 Pi'opcujande dn parti nniionnl aerhe. 

giiites, les charges lucratives, et, pour ainsi dire, tous les bonneurs 
sont plus ou moins partag6s, mais seulement entre les Gatholiqnes 
et les Protestants. Quant aux Grecs-Orientaux, Us ne peuvent 
chercher fortune que dans les camps, ou dans les monast^res.** ^) 

Les 6v^nements se pressent de 1844 k 1848. Les Magyars, 
h qui Tarrivee aux affaires de Georges Apponyi donne une con- 
fiance nouvelle, deviennent de jour fen jour plus insolents. Quant 
aux Serbes, leur entbousiasme s'exalte h mesure que s*accroit 
Tan^ogancc de leurs ennemis. Eloign6s des assemblees pii se 11- 
vrent les luttes politiques, ils cberchent dans leurs vieilles tradi- 
tions Tespoir d'un avenir meilleur. 

„Les cbants b6roiques serbes recueillis par Vuk devinrent 
un livre, dit un historien contemporain, qui ne manqua dans au- 
cune maison, ou tout au moins, dans aucun village. Les ceuvres 
des anciens 6crivains de la florissante 6cole de Raguse forent 
remises en honneur, et Ton y rattacha de nouveaux essais. 
En Croatie suilout, Ton vit se d^velopper un puissant mou- 
vement litteraii'e, une pol6mique bien dirigee, Tun preparant les 
relations avec les Tcheques, Tautre propageant Thostilitfi contra 
les Magyars. En mfime temps, la Sirmie, la Backa et le Banat pre- 
naicnt leur part des efforts intellectuels de la ville de Belgrade qui 
commcn^ait a prendre son essor ; 11 en etait ainsi parce que les sou- 
venirs et la conmiunaut6 de religion attiraient plutot les Serbes vers la 
rive droite de la Save que vers les Croates catholiques, et parce que 
I'ordre de choses existant rendait impossible dans cette region 
une vie intellectuelle nationale. Cependant des soci6t6s de lecture 
se fonderent comme licux de reunion de ceux que les m^mes 
id6es rapprochaient ; la langue tant mepris6e, fiit cultiv6e et de- 
vint bientot le drapeau d'un parti decide, dans les Elections mu- 
nicipales, aussi bien que dans celles des comitats, k r^sister aux 
envahissements des Magyars. A la propagande magyare k laquelle 
travaillait le niagyarisme tout entier, Tarm^e des employes des 
villes et des comitats, la majorite de la moyenne noblesse, riche 
en bicns-fonds, et k laquelle se ralliait tout homme qui voulait 
obtenir n'importe quoi, une fonction, ou du pain, vint s'opposer 
la propagande nationale, la propagande serbe, qui se recruta parmi 
la bourgeoisie grecque-oricntale des villes, parmi la jeunesse in- 
telligente, qui n'avait pas encore d'emplois, parmi les fonction- 



*) Stoja5kovi6, RechtsverJUiUiiUse, p. 32. 



Opposition faite avx idieft Htt4raireft (fe Karadzic. 215 

naires communaux moins d^pcndants^ et trouva ses plus ardents 
promoteurs dans le clerg6 serbe."^) 

Les anciens h6ros, dont les chants populaircs recueillis par 
Karadzic retra^aient les exploits regurent une vie nouvelle sur le 
th6&tre. C'etaient, il est vrai, de simples amateurs qui organisaient 
des representations dans les villes habitues par les Serbes de la 
Hongrie, mais, strangers a la profession du comedien, ils n'en 
mettaient q\ie plus d'ardeur a reproduire les exploits de Milos 
Obilic, d'Etienne Decanski ou des haidouques. Souvent aussi les 
productions des ecrivains serbes n'etaient connues que par la 
lecture, et devaient supplier par Tardcur enthousiaste du dialogue 
et I'audace des situations aux effets de la scene. De tons les 
auteurs qui travaillferent pour le theatre, celui dont les pieces 
eurent le plus de succes fut Jean Steric Popovic ne en 1816 a 
Vrsac. A c6t6 de lui se distinguerent : Moise Vidakovic, George 
Maletic, Mathias Ban et Jean Subotic. Ce dernier se fit 6galement 
un nom par ses poesies et divers ouvrages didactiques. 

Lc d6veloppement de la litt^rature donna une importance 
toujours croissante a la r^forme tentee par Karadzic. En ce qui 
conceme la langue, ses idees, conformes du reste pour le fond a 
celles de Dosith6e Obradovic 6taient adopt6es a peu pres univer- 
sellement, mais, il n'en etait pas de mSme de son systfeme ortho- 
graphique. Ce systfeme rencontrait de la part du plus grand nombre 
des 6crivains serbes cette opposition qui s'attache d'ordinaire aux 
innovations les plus simples et les plus logiques. L'ancienne or- 
thographe empruntee au slave eccl^siastique 6tant une fois mise 
en question, chaque auteur imaginait une methode particuli^re, 
et la confusion 6tait des plus grandes. C'est surtout parrai les 
Serbes de Hongrie que se manifestait la defiance, Teloignement 
m^me contre la doctrine de Karadzic. Ce furent eux, et en 
particulier, Jacques Zivanovic, secretaire du prince Milos, qui 

*) Die serbische Bewegung in Sudungam^ pp. 19 sq. — M. Cyprien Robert 
qui avait 6tadi6 avec beaucoup de pdn^tration Thistoirc des Slaves d6- 
plore avec raison Pantagonisme des Magyars et des Slaves. II parait 
croire cependant que les propagateurs da moavement national chez les 
Croates et chez les Serbes eurent le choiz d'etre les amis ou les en- 
nemis des Magyars et se mirent volontairement en hostility avec eux. 
C^est Ik une erreur manifeste. Nous croyons avoir montr6 que les Slaves 
88 troav^rent dans Pobligation de se d^fendre. Of. Revut des deux Man' 
des du 1« novembre 1844: Le Moihde grico-alave par Cyprien Robert, 
pp. 446 sq. 



21(5 Dike hongroUe de 1847, 

amenerent le gouvernement serbe a d^fendre rintroduction sur 
le territoire de la Principaut6 des livres imprimis avec Vor- 
thographe de Karadzic (1^' Janvier 1833 n. s.). Hadzic fat, nous 
Tavons d6ji dit, le plus ardent adversaire du reformateur ; ^) les 
petits lettr^s au contraire se declarferent pour lui. C'est parmi 
cette classe de lecteurs que les Chants populaires de Karadzic se 
r6pandirent le plus vite. 

Tandis que nous consacrons quelques lignes k Thistoire lit- 
teraire, nous n'omettrons pas de rappeler le d6but d'un 6crivain 
politique qui devait plus tard devenir le chef reconnu des Serbes 
de Hongrie. En 1844, un jeune homme qui 6tait encore sur les 
bancs de T^cole fit imprimer une po6sie pastorale, en Fhonneur 
d'un de ses professeurs. *) Ce jeune homme 6tait Svetozar Miletic, 
en qui devait se concentrer vingt ans plus tard Tesprit d'oppo- 
sition aux Magyars. Singulifere destin^e, le fameux agitateur Mi- 
letid se faisait d'abord connaitre par une egloguel 

Le caractfere principal de la litterature serbe dans les der- 
niferes ann6es qui pr6cedferent la revolution de 1848 fat d'exalter 
le sentiment national. Tons ceux qui tenaient une plume se pro- 
posaient de r6pondre aux aggressions des Magyars. Ceux-ci, de' 
leur c6t6, etaient plus resolus que jamais a ne point se departir 
de leurs pretentions. La Difete qui s'ouvrit a Pozsony le 7 no- 
vembre 1847, les trouva tels qu'ils 6taient auparavant. L'oppo- 
sition, dirig^e par Sz6chenyi et par Kossuth, prit une attitude plus 
hostile en face du gouvernement, mais ne fut pas moins oppos^c 
k toute transaction avec les peuples m6contents du royaume. 
Pauvres politiques, ils entendaient de loin Torage qui commen^ait 
a gronder sur la France ; ils prevoyaient que de grands 6v6nements 
allaient survenir, et, eux qui parlaient sans cesse de la liberty, 
ne comprenaient point combien il etait imprudent de ne la r6- 
clamer que pour eux mfemesl Des qu'ils apprirent que Paris 6tait 
en feu, que Louis-Philippe avait dft abandonner son trone, ils de- 
vinrent plus pressants, reclamferent la responsabilitfi ministerielle, 
la liberty d6 la presse, Tabolition de la dime et de la corvee. 
Certes ces preoccupations 6taient louables, mais combien elles 
perdaient de leur valeur, alors que ceux qui les nourrissaient 
songeaient avant tout a maintenir, k consolider le triomphe d'une 

») Voy. dans Novakovic (loe. cit,, p. 233), la liste des dcrita publics dans 

cettc pol^mique par Hadzic et par Karadzic. 
^ Novakovid. CpncKa 6H6jirorpa«RJa, n° 1305. 



Les Mnfjyant venfent. exphiter J a r^,oolulion de 1843, 217 

race sur les autres races. A I'^tranger il y eut dans beaucoup de 
bons esprit comme une sorte de mirage, quand on vit les magnats 
renouveler la nuit du 4 aout et renoncer volontairement a leurs 
privileges, mais Tillusion ne put fitre de longue duree. Les Magyars 
ne sacrifiaient que ceux de leurs privileges qui, aux yeux de TEurope, 
devaient parattre le plus incompatibles avec les id6es modemes. 
lis esp6raient, en se disant eux aussi revolutionnaires, donner le 
change k leurs voisins et att6nuer Todieux de leur domination. 
LTiistoire des deux ann^es qui vont sui^Te montre que s'ils ren- 
contrferent au dehors des sympathies, qui ne leur eussent pas 6t6 
acquises pour peu que Ton eftt p6netr6 leurs manoeuvres, ils ne 
reussirent pas un seul instant a tromper leurs adversaires.^) 



^) La Di^te de 1847 vota ane loi plus rigoareuse encore que les pr6c6- 
dentes, an sujet de la langue magyare. Cette loi ay ant disparu an 
milieu des ^Y^nements qui surgirent alors, nous n'en ferons point con- 
naltre le detail, mais nous constaterons que les Slaves eurent h subir 
une demi^re et violente provocation de la part de leurs adversaires. 



L'insurrection serbe de 1848 et 1849. Creation de la Vol^vodine de Seft:^*®' 

Les 6v6nements qui se produisirent k Vienne le 13 mars 19^^^^ 
la chtlte de Metternich, rabolition des privileges, la formation d'U-^^e 
garde nationale, eurent leur contre-coup a Pest trois jours ap:«^^s 
et causferent dans toute la monarchic une agitation immense. NijJJc 
part r^motion ne fut aussi vive que chez les Serbes qui crur^^^t 
voir se lever pour eux une aurore nouvelle. La vie politique co^* 
centr6e depuis deux siecles dans le clerg6, se r^pandait ma-i^" 
tenant dans les autres classes de la soci6te. A c6t6 du clex"^^> 
s'6tait form6e une jeune g6n6ration, instruite dans les 6coles ^® 
Vienne ou de Pest, qui avait puis6 chez les Allemands la hfti^® 
de Tabsolutisme autrichien, en mfime temps qtfelle avait app^*^^ 
des Magyars k se passionner pour son ind6pendance nation^-'^- 
Dans les comitats I'ur barium, dans les Confins, les lois ^® 
Marie-Therese rendaient la situation du peuple intolerable; aU-^^* 
6tait-il dispose a tout essayer pour ameliorer son sort 

Les premieres nouvelles qui arrivferent dans la Backa ®^ 
dans la Sirmie repr6sentaient la revolution sous un faux jour- ^^ 
disait que les Magyars avaient fait une levee de boucliers, po^^ 
mettre un terme par un acte d'audace k Topposition des autx"^8 
peuples de la Hongrie, et, dans le premier moment, les Serb^ 
voulurent courir aux armes, mais, k part quelques exefes qui ^® 
produisirent k Vukovar, les informations officielles arrivferent ass^ 
k temps pour arrfeter les plus emportes. 

L'inqui6tude fit alors place a un veritable enthousiasme. L^^ 
demonstrations, les proclamations se succedferent sans inteitallc, 



Impression prodnite sur tes Serbes par Its ivinemenfs de mars. 219 

toutes dict^es par un esprit de conciliation. On avait h&te seulement 
de jouir de la liberty de la presse et de^ autres libert^s qu'on 
avait conquises. Les haines nationales, qui venaient de se r^veiller, 
s'endormirent tout-a-coup. Dans la plupart des villes, les Serbes 
votferent des adresses de confiance au ministfere hongrois, et c'est 
a peine si quelques unes de ces adresses firent allusion k T^ga- 
lit6 constitutionnelle reclam6e par les nations non-magyares ; il 
semblait superflu de rappeler un droit que nul ne devait songer 
a contester.^) 

Dans les Confins militaires, le terrain 6tait moins favorable 
aux id^es de r^forme. Qui aurait pu penser et agir librement sous 
une administration aussi tracassi^re? Les officiers, sortis pour la 
plupart de families de pay sans, avaient puis6 toute leur instruction 
dans des ^coles allemandes oil ils n'avaient appris que le respect 
et la crainte de I'Empereur; le d6vouement irr6fl6chi k la dy- 
nastic avait presque remplac^ chez eux les aspirations nationales. 
Les simples soldats ^taient dans la main des officiers et ne pou- 
vaient rien. Restaient done seulement les villes des Confins, oil 
une espfece de petite bourgeoisie avait pu se dfivelopper. L'auto- 
rit6 militaire avait toujours pes6 sur elle, et avait empfechfe ses 
rangs de s'augmenter. L^, tout changement devait 6tre accueilli 
avec joie. Pancevo et Zemun (Semlin) se sentirent assez fortes 
pour renverser les fonctionnaires que le Conseil de guerre aulique 
leur avait imposes et pour en 61ire d'autres, comme villes libres 
hongroises. 

Les principaux centres serbes, poursuivant l'id6e qui avait 
inspir6 leurs adresses au minist^re, introduisirent imm6diatement 



^) Tous ces details sont emprant^s k Pouvrage anonyme intitule : Die 
MrhUche Bewegung in Sudungam onvrage qui sera notre principal guide 
pour les 6Y6neinents de 1848 et 1849. Nous ne suivrons pas I'exemple 
de M. Bdhm qui, dans sa Geschiehte des Temeser Banats, en a copi6 
des pages enti^res sans indiquer la source; nous tenons k faire con- 
naltre nos emprunts. Le traducteur serbe de- la Serbische Bewegung y. a 
lyout^ des notes dont nous avons ^galemeut fait notre profit 

A c6t^ de cet ouvrage nous rappeUerons les Erlebnisse eines Je, k. 
Offisiers (Bibliographie, n® 23), dont Pauteur anonyme est Jean Stefanovid. 

Nous ne connaissons que de nom Pouvrage suivant omis k tort dans 
notre Bibliographie: 

Authentische Darstellung der Ursachen, der Entstehung, Entwickhng 
und Fuhrungsart des Krieges zwiscJieti Serben und Magyaren im Jahre 184S» 
Yon Dr. J. Subbotic. Agram, 1849, in-8. 



220 JeJaciS est Hu ban de Croatie. 

ridiome national dans radministration, comme les grandes villes 
creates Tavaient fait^ avant la r6volution. Novi Sad, Karlovci, 
Zemun, Pancevo suivirent I'exemple de Zagreb, de Pozega, de 
Krizevac et de Gornji-Karlovac. Le moment 6taitvenu, croyait-OD, 
oil chacun des peuples de la monarchie allait avoir le droit 
d'exister par lui-m§me, sans craindre les envahissements d'une 
race dominante. Profonde eneur, que le cabinet de Pozsony allait 
se hater de dissiper! Mais, avant de poursuivre ce r6cit, disons 
quelques mots des 6venements de Croatie. 

La revolution avait et6 accueillie chez les Croates comme 
chez les Serbes, par une explosion de joie g6n6rale; toutefois, 
chez eux aussi, Ton chercha a lui faire produire ses consequences 
naturelles. Gaj et ses amis voulurent etablir sur de nouvelles 
bases Tind^pendance du royaume triunitaire, afin que la Hongrie 
ne fftt pas seule a profiter des changements qui s'accomplissaient ; 
ils voulurent surtout obtenir pour leur pays une organisation ad- 
ministrative separee. 

Le comite dont Gaj etait le chef convoqua, pour le 25 mars, 
a Zagreb, une reunion des patriotes croates, slavons et dalmates. 
Cette reunion eut lieu au jour fix6; tons ceux qui dans les der- 
niferes ann6es avaient pris part aux luttes nationales furent exacts 
au rendez-vous. La premiere question qui fut traitee fut celle des 
rapports avec la Hongiie. L'assemblee se pronon^a pour que les 
liens qui rattachaient les deux etats fussent maintenus k I'avenir, 
mais elle d6clara en meme temps indispensable que la dignity de 
ban, sauvegarde des libert6s des trois royaumes, ffit immddiatement 
retablie ; elle alia m^me plus loin et proclama ban le baron Joseph 
Jclacic, colonel d'un des regiments des Confins. 

Jelacid, fils d'un general qui s'etait distingu6 dans les cam- 
pagnes de TAutriche contre Napoleon, s'etait fait connaltre par 
ses sympathies pour le parti illyrien. C'6tait un homme d'action 
plus que de conseil. Son Education uniquement militaire avait 
etouffe en lui toute initiative personnelle; il ne connaissait que 
TEmpereur, n'attendait sa fortune que de lui. Son 61ection de la 
part des Croates 6tait une faute; elle les mettait a la discretion 
du Cabinet de Vienne. 

La Cour, informee de ce qui se passait k Zagreb par I 



baron Kulmer qu'elle y avait envoy6 en toute hate, comme agen — t 
de confiance, vit bien vitc tout le parti qu'elle pourrait tirer d^^5 
Croates aussitot qu'ils auraient a leur tfitc un homme tel qra e 



pretentious de la Dikfe honf/roi«e. 221 

Jelacic; toutefois, elle ue vouliit pas avoir Pair de se laisser im- 
poser sa nomination. Dfes le 28 mars, avant que la deputation 
charg^e de porter a Vienne les resolutions de Tasscmblee, fiit ar- 
rivee dans la capitale de la monarchic, un decret imperial eleva 
Jelacic a la dignite de ban. 

Quelles que fussent les divergences do vues qui s6paraient 
les Magyars des Slaves du Sud, on avait de part et d'autre un 
interet trop Evident k s*entendre pour qu'il ne fiit pas permis 
d'esp6rcr une conciliation; la nomination du Ban subitement de- 
cidec par Ferdinand, nomination qui ne fut mfeme pas communiquee 
aux representants de la Hongrie, diminua les chances favorables 
et porta les Magyars a la resistance. Pour conjurer le danger, il 
e&t fallu que le ministfere hongrois pretat Poreille aux justes re- 
clamations des Croatcs, et entrat dans la voie des concessions; 
c'est ce qu'il ne fit pas. 

La Diete reunie a Pozsony s'occupa, des sa premiere seance 
des aflfaires creates; elle protesta de ses sentiments d'amitie pour 
la Croatie, mais elle etait si bien convaincue que le plus grand 
bonheur qui put lui fetrc r6serve etait de rester unie a la Hongrie, 
qu'elle crut pouvoir trancher dans le sens magyar cette question 
des langues agit^e depuis tant d'annees. Tout en lui promettant 
les bienfaits d'un regime constitutionnel, elle exigeait que le ma- 
gyar devint la langue de Tadministration dans les trois royaumes 
et ne voulait tolerer Temploi du create que pour les affaires pu- 
rement locales. 

Cette pretention etait aussi pen soutenable en droit qu'ap- 
plicable en fait. Comment forcer tons les employes a se servir 
d'un idiomequ'Dsignoraient? II eut fallu, ou les remplacer par des 
etrangers, ou laisser traiter toutes les affaires importantes par les 
renegats politiques depuis longtemps fl^tris du nom de ma- 
gyar o n s. 

Quand on connut dans les provinces les dispositions du gou- 
vemement et de la Diete, on ne put conserver aucune illusion. 
Slaves et Koumains durent s'attendre a voir peser sur eux le 
jong de la race tfeminante d'un poids plus lourd encore que par 
le passe; il n'est done pas etonnant que les Serbes aient songe 
k prendre leurs sflret^s, et a provoquer une solution prompte et 
denude d'equivoques des questions qui les concemaient. Aux pre- 
miers froissements causes par Tattitude du comte Batthyanyi et 
de ses coUfegues, aussi bien que par les d6bats de la Di^te, 



222 ViputatUm ettvofj^e de Xaci Sad a fa Dihfe, 

s'ajouta le m^contentement provoqu6 par I'msolence des proprie- 
taires hongrois. U semblait que la noblesse fiit deVenue plus in- 
traitable le jour oil elle avait perdu ses privileges. Les Serbes 
comptaient eux aussi des magyarons dans leurs rangs. Si Ton 
songe a Pattitude provocatrice de cette classe d'hommes avides 
d'influence et d'argent, on admettra qu'il n'en fallait pas plus pour 
susciter une defiance g^n^rale. A Karlovci, point de reunion da 
clerg6, a Novi-Sad, oil se rencontraient les medecins, les avocats, 
tons ceux qu'on appelait T intelligence, des conferences 
eurent lieu. On rechercha les moyens d'assurer Tautonomie du 
peuple serbe, de mettre son 6glise, sa langue, a Tabri des menaces. 
Comme le remarque Tauteur anonyme d'une brochure publiee pen 
de temps aprfes, les Serbes, delies des engagements qu'ils avaient 
pris envers Leopold et ses successeurs par suite de rinex6cution 
du contrat par TAutriclie, se trouvaient dans la mfime situation 
qu'avant Tarriv^e de Cmojevic en Hongrie; ils examinerent en 
consequence la question de savoir s'il n'y avait pas lieu de con- 
clure un nouveau pacte, et, dans le cas aftirmatif, s'il valait mieux 
s'entendre avec Vienne, ou avec Pest.^) 

Les points sur lesquels on se mit d'accord a Novi Sad 
etaient: le r6tablissement de la dignitfi de patriarche et de cellQ 
de vo'i6vode, puis la constitution d'une Voievodine serbe 
compos6e des territoires reconquis sur les Turcs, de la Sirmie, dc 
la Ba£ka, du Banat et du Baranya. Ce n'est pas qu'on pr6tendit 
cnlever aux Magyars tons les privileges en possession desquels 
ils se trouvaient ; les Serbes leur reconnaissaient Taction diploma- 
tique a retranger, mais r6clamaient pour eux-memes le respect de 
leurs droits nationaux dans toutes les affaires interieures. Per- 
Sonne ne songeait a se detacher de la Hongrie. 

Ces demandes furent formulees en 17 articles; une depu- 
tation conduite par Alexandre Kostic dut les presenter a la Difete. 

Le 8 avril, la deputation fut introduite au sein de I'assem- 
blee. Son president developpa la petition au nom de 12.000 Serbes 



') Hapo4Ha cp6cKa CxynniTHHa 1-ra h 3-ra Maa 1848, y KapiOBimi jipsaii, 
npe^amHa nomiKa 4BopcKa, h ca4an[Hfl noJHTHKa hobo Ma^apcse Bja4e, 
OKh 64Hora npaeocjaBHora po40Jio6a ; y Beorpa4y, (VAssemhUe nationaiU serhe 
tenue h Karlovci le 1^ et le 3 mat 1848, Vancienne politique de la Oour 
et la politique actuelle du nouveau gouvernenieiU hongrois, par un patriate 
orthodoxe) ; Belgrade, 1848, in-l2. 



R^poififC de lvoi*8iUh a Iq (Upvtatlon. 223 

de Novi Sad, et Kossuth se leva pour lui rfipondre. Le ministre 
hongrois declara que les nationalit^s seraient respectSes, mais 
soutint que la langue magyare pouvait et devait seule les r6unir. 
Ces paroles imprudentes se perdirent au milieu du bruit, dans 
rinstant oil elles furent prononc^es, mais les d^put^s serbes avaient 
^ peine quittfi la Diete qu'elles leur revinrent a I'esprit et les 
troublferent lis se rendirent au domicile personnel de Kossuth 
pour solliciter des explications. 

, Alors se produisit une scfene violente qui devait decider de 
la paix ou de la guerre. Le repr^sentant des Magyars, emport6 
par sa fougue naturelle, refusa toute concession et reprit pied a 
pied celles qu'il avait semble faire h, la stance. En vain les mem- 
bres de la deputation voulurent insister sur la justice des pre- 
tentions de leurs mandants, sur les dangers qu'il y avait a les 
blesser si ouvertement Kossuth resta sourd a leurs paroles: ;,En 
pareil cas, s'6cria-t-il, le glaive seul pent d6cider," et il se retira 
dans son cabinet.^) 

L'eflfet de ces paroles fut terrible. Kossuth n'en eut sans 
ioute pas conscience lui-m6me, et crut les faire oublier en d6- 
cidant la Diete h, voter trois jours apr^s r6galit6 des cultes, le 
libra exercice de la religion grecque-orientaJe et la convocation 
i'un Congr^s eccl^siastique.^) Le minist^re fixa la reunion du 
Congr^s au 15/27 mai, distribua quelques emplois a des Serbes 
ju'il croyait d6vou6s et s'imagina que I'orage 6tait conjur6. D 
a'en 6tait rien; les Serbes r^clamaient des garanties positives; 
Kossuth les avait repousses ; sa r6pouse avait 6te trop nette pour 
lue ses adversaires fussent gagn6s par un semblant de con- 
[^ession. 

D est d'autant plus difficile de comprendre Tobstination du 
^ottvemement hongrois que les esprits, dej^ surexcites, allaient 
prendre feu. Dfes que la r^pouse du ministre des finances fut 
connue, les Serbes n'eurent plus d'autre pensee que celle d'orga- 
liser la resistance. Dans les villages, le drapeau hongrois fut 
remplacS par les couleurs nationales; k Szent-Tamds, h Bece, h, 



') D'apr^s Horvdth, dont il est int^ressant de comparer le r6cit avec 
celai de I'auteur de la Serhische Bewegung, ce mot de Eossnth aorait 6t^ 
provoqu^ par ane allusion d'un des membres de la deputation, Georges 
Stratimirovic & I'appui que les Serbes pourraient trouver en dehors de 
la Hongrie. Voy. Horvdth, loc, ciL, n, p. 626. 

«) Art XXe de la loi hongroise de 1847-48. 



22 -t Em^ute de Kikinda. 

Vrsac, les registres de Feglise, qui depui^ quelquc temps avaient 
du 6tre tenus en magyar, furent train6s sur la place publique et 
solennellement bniles. Le signal une fois donne, Temotion gagna 
toute la Backa, la Sirmie, les Confins et le Banat. 

L'insurrection mena^ait de prendre un caract^re efEroyable, 
si elle n'6tait transform6e ^ temps en revolution r^guliere. Les 
Serbes, non contents d'entrer en conflit avec leui*s voisins magyars 
et allemands, attaquaient sans hesiter les troupes subordonn6es 
au gouvemement hongrois. Les faits dont Velika-Kikinda fut le 
th^itre le 12/24 mars, avaient montr6 qu'ils ne se laisseraient pas 
intimider. Un aventurier, nomme Kengelac^ avait promis, pour sc 
faire elire juge du dictrict, la restitution gratuite des portions 
de teiTe domaniale (Ueberland), que les anciens usagers avaient 
alienees; il reussit, mais ne put naturellement tenir parole. Les 
electeurs mecontents protesterent, un rassemblement se forma et 
Kengelac eut I'imprudence de requeiir les troupes cantonn6es 
dans la localite. Tandis que le combat s'engageait, le premier 
auteur du desordre reussissait & s'enfuir; les deux senateurs du 
district qui avaient voulu s'interposer, Cuncic et Isakovic, tomberent 
victimes de leur zfele. 

L'emeute de Kikinda fut consideree par les Magyars comme 
un mouvement communiste, et le ministere, qui n'avait pas su 
amener une conciliation, voulut du moins agir avec fermet6 centre 
les insurg6s. II declara tons les territoires habites par les Serbes 
en etat de si6ge et del6gua Pierre Cniojevic, fdispdn du comitat 
de la Temes, en qualite de commissaire royal, pour r6tablir Fordre. 
Le commissaire eut pouvoir de faire appliquer la justice som- 
maire. 

La lutte 6tait done engagee et les Serbes songferent 2i s'en- 
tendre pour ne rien perdre de leurs avantages. A Karlovd et ii 
Novi Sad, on fut bien vite d'accord sur la conduite a tenir. La 
Diete de Pozsony s*6tait separ6e le 10 a\Til sans avoir donne 
satisfaction a aucune des reclamations qui lui avaient et6 faites; 
on resolut de s'adresser a I'Empereur et k TAutriche, seuls mattres 
dont les Serbes eussent volontairement accepts les lois. Pour 
donner plus de poids k la demarche qui allait 6tre tent6e aupres 
de la Cour, on pensa qu*elle devait emaner d'une assembl^e na- 
tionale. Or le M6tropolitain avait seul assez d'autorit6 sur le 
peuple serbe tout entier pour reunir une assembl6e de ce genre et 
B^jadic, vieillard tranquille et indecis, ne pouvait se r^soude h 



Le (/Mral tlrahovshj sc prononce pour les Mofjtjars. 225 

prendre sur lui rinitiative de la convocation. Son hesitation eAt 
pu devenir fatale k la cause qu'il devait servir. Heureusement 
pour les Serbes, Tinaction du commissaire hongrois leur permit 
de gagner du temps et de vaincre la resistance du Metropolitain. 

Cmojevic, que les Magyars avaient charg6 de comprimer 
['insurrection, descendait de la famille du Patriarche, ce qui devait 
lui donner du prestige aux yeux du peuple. C'6tait un homme 
paisible, qui n'avait accepts ces fonctions que dans la pens6e 
d'amener un accord devenu impossible; aussi n'agit-il pas avec 
I'energie que le ministfere attendait de lui. H voulut faire aux 
Serbes des concessions qui les d6sarmasscnt, mais ses pouvoirs 
lui Tautorisaient a sevir n'etaient pas suffisants pour qu'il re- 
aongat a la moindre pretention du parti magyar; il dut bientot 
reconnaitre que la tache 6tait impossible etsollicita lui-mSme son 
remplacement. 

Le g6n6ral autrichien Hrabovsk;^, qui conmiandait a Petro- 
raradin, 6tait d'humeur moins facile que Cmojevic. Ne connaissant 
lue la consigne militaire, il avait accepte le gouvcrnemcnt hongrois 
^mme gouvemement legal, le jour oil TEmpereur s*etait prononce 
;n ce sens, et il etait r6solu a faire respecter son autorit6. Le 
[Cabinet de Pest,^) heureux de rencontrer un homme sur qui il 
At compter, le nomma commissaire pour la Sirmie et les pays 
roisins. C'6tait une grave menace pour les Serbes, dont la Siiinie 
ionstituait le veritable centre. Aussi cette nomination amena-t-elle 
'explosion qu'il avait 6te facile de pr6voir. 

Les patriotes de Novi Sad r6solurent de vaincre a tout prix 
es hesitations du M6tropolitain. Ds organiserent une deputation 
^mposee de bourgeois de la ville, de rcpr^sentants de la Backa, 
le la Siimie et du Banat, enfin d'habitants des Confins. Ces dcr- 
liers, qui se voyaient livres aux Magyars, se montraient les plus 
Lchames Ji protester contre les mesurcs arrach^es 5. la faiblesse 
le Ferdinand. La deputation se mit en route, et dans le court 
rajet qui separe Novi Sad de Karlovci, se grossit d'une immense 
oide de peuple. De tons cotes les pay sans s'assemblaicnt avec 
les drapeaux et des banniiircs, chantant les vieux airs nationaux : 
es exploits de Marko Kraljevic, I'histoire du saint patriarche Ar- 
lene, les malheurs du voi6vode Brankovic. Quand cette procession 



>) Le miniature hongrois s'^tait 6tabli & Pest aussit^t apr5s la cloture de 
laDi^te. 

15 



226 Assenibl^e natiouale Je Karlocci. 

gagna Karlovci, Rajacid n'6tait plus maitoe de resister. On ^^ 
demanda la convocation d'une assemblee nationale (skupsticB. a); 
il dut promettre que la reunion aurait lieu dfes le 1*'/13 nud. 

Toutes les communes serbes de la Hongrie et m^me d^ la 
Croatie furent invit6es a envoyer des d61egues k Tassembl^e. Cr- 
nojevic, encore en fonctions, essaya vainement d'intervenir, en -pro- 
clamant I'etat de si^ge k NoviSad; ni lui, ni les autorit^s hon- 
groises des comitats, ni memc les chefs militaires des Coafias 
no purent empecher les delegues d'accourir en foule. PlusieuJ^ 
jours avant la date fixee, la petite ville de Karlovci, d6sign6e, ^ 
la place de Novi Sad, pour lieu de reunion, 6tait trop petite poi^ ^ 
les contcnir. Les soldats, les prfitres, les paysans se mfilaient ax-^ 
m6decins, aux avocats, aux negociants; qk et li, mSme, quelques^ 
proprietaires avaient r6pondu a Tappel. Enfin, le 1*713 mai, ai 
matin, un service religieux annon^a Touverture du Congrfes.*) 

Ce fut, en plein air, dans la cour de la residence archi — ^' 
episcopale et sur la place qui y est contigiie, que les Serbes s^^® 
reunirent, au nombre de plusicurs milliers. lis allaient delib6ren^-^ 
sur le sort de Icur nation, dans cette forme primitive qui est pour^ ^ 

cux et pour les autres peuples slaves une tradition s6culaire -'^* 

Ainsi les braves de Kara-Georges se donnaient rendez-vous sou^^ -^ 
un chfine pour y d6battre les int6rets de la patrie; ainsi encore^^^ 
les Bohfemcs ont conserv6 Tusage du tabor. 

Le Patriarche, accompagn6 d'un nombreux clerg6, parut dan^s^ ^ 
la cour, tenant a la main les parchemins de 1690 et de 1691^ — 
Un silence religieux se fit et, d'une voix retentissant^, un archi — " 
mandrite donna lecture de ces chartes ven6r6es. Aussitot 
orateurs prircnt la parole et dcmontrerent que les Serbes 6taien1 
maintenant d61ies de tout engagement. L'Autriche leur 6tait dt 
venue aussi 6trangere que la Hongrie, mais, comme il leur fallail 
im point d'appui, micux valait le chcrcher a Vienne que de resterr 
isoles, en presence des Magyars ct des Allemands. Quoique TEm-^ 
pcreur les eut abandonnes, il etait necessaire de le soutenir, mais 
on ne pouvait se fier a lui, sans poser a I'avance des conditions; 
or plusieurs choses tenaient siugulierement a coeur a la nation 
tout cntiere. 

Les Serbes voulaicnt remcttre en vigueur les privileges de 
Leopold; ils voulaicnt avoir un patriarche, veritable successeur 




*) Voy. la brochure citce plus haut: Hapojna rpncKa CKynoiTHHa. 



Election du paiiiarche el du vo'iecode, 227 

de Crnojevid, et non plus un simple mStropolitain, k la merci du 
pouYoir; ils demandaient la nomination d'un yo'i^vode, dans les 
termes ou Leopold la leur avait promise; enfin ils r6clamaient 
le territoire separfi qu'on leur avait toujours fait espdrer et 
toujours refus6. L'instant 6tait venu de d^crfeter eux-m6mes ce 
que, depuis un sifecle et demi, ils avaient en vain sollicit6 des 
gouvemants. L'61ection du patriarche et du voi6vode passait 
pour eux avant tout le reste; c'etait le symbole des libert6s na- 
tionales et ils voulurent y proc6der sans plus attendre. 

Seance tenante, le vieux Rajaci(S fut 61ev6 sur les 6paules 
de la multitude et acclam6 patriarche, puis on passa au choix du 
voi6vode. Rajacic lui-mfeme prononga les noms du lieutenant- 
mar^chal Zivkovic, du g6n6ral Jovid, du g6n6ral Todorovid, du co- 
lonel Jovic, du colonel Budislavljevic, que le peuple entendit en 
silence, mais d*immenses hun-ahs accueillirent le nom du colonel 
Etienne Suplikac de Vitez. Get officier commandait actuellement 
le regiment d'Ogulin. C/etait un homme de 59 ans, qui s'etait dis- 
tingu6 dans les gueiTCS de la Revolution et de TEmpire, et sur 
qui le peuple fondait de grandes esp^rances. 

La deliberation fut reprise le surlendemain, 3/15 mai, le 
jour mfime oil les Roumains, reunis a Blasiu (Balasfalva, Blasen- 
dori), protestaient solennellement centre Tunion forcee de la Tran- 
sylvanie avec la Hongrie. De nouvelles resolutions furent adoptees. 
L'assemblee declara que le peuple serbe devait avoir une existence 
politique independante, mais reconuut en mfime temps la supr6- 
matie de la maison d'Autriche et de la couronne de Hongrie; 
elle 6mit le vceu que „la Sirmie et ses Confins, le Baranya, la 
Backa, avec le district de Bece et celui des Tchai'kistes, enfin le 
Banat avec ses Confins et le district de Kikinda fussent friges en 
Voievodine serbe." 

Les assistants voterent ensuite une union 6troite avec les roy- 
aumes de Croatie, Slavonie et Dalmatie, sui* la base de la liberte 
commune. Cette union, but supreme du parti illyricn, devait faire 
cesser les anciennes querclles entrc les Scrbcs et les Creates. 
On touchait au moment oil ccs deux pcuples, si longtemps victimes 
de dissentions religieuses, habilement exploit6es par leuis ennemis, 
ne formeraient qu'une raeme famille. 

Un comit6 superieur de 48 membres (glavni odbor) fut 
charge de poursuivre Fexecution des resolutions prises par 

16* 



i/$ mi ^u ^ 

rassenibleo, en memo temps <iue la realisation do ^es voeux,M ct- 
(Iiit, a son tour, dele^^uer a Karlovci une sous-commission perma. — 
nente (postojanji odbor), avec mission de recevoir les de. — 
mandes et les plaintes dc eliacun et de les soumetoe a I'asse 
]>lec nationale. 

La reunion ne youlut pas se sepaier sans donner un t 

m()iji:nage de sympathie a un peuple dont les destinecs so^ ^^ 

et lesteront etroitemcnt liees a cellcs des Serbcs. „Guidee i>-^ ^ 
un sentiiiient de sincere amitie pour Ic peuple roumain, ct s'ass^^, 
ciant a tous les proj^Tes qu'il pent faire dans le developpenier* ^f 
fie sa nationalite, animee du desir qu'il reussisse a s'unir comx7y(» 
nation/ elle emit Tespoir de voir se fortifier, entre les Serines 
et les Roumains, ces rapports fraternels si profitables aux deux^ 
l)arties. 

Dans un autre ordre d'idecs, la reunion, consid6rant qu'ellt^^^ 
seule representait le peuple serbe, decida qu'il n'y avail pas lie 
d'envoyer des deputes au Congres que le gouvemement hongrois 

*) Les souvomrs qui se rattaclieut ^ la revolution de 1848 sont encore u 
vivants aujourcriiui que nous ne croyons pas inutile de donner la liste 
lies membres de ce eomite. Void leurs noms: 1" Andre Birra, de Vu- 
kovdr; 2" Rajic, cur6 de Sivac; :P* Nicolas Putnik, capitaine an ba- ^ 
taillon des Tchaikistos ; 4" Gabriel Nikolic, de Gjurgjevo ; 6® Kerre Toma- ^ 
sevic, de Stari Banovci: 6** Paul Gjorgjevi^, de Vinkovci; 7" Georges ? 
Novic. dc Kamenica; 8** Molovic, do Ruma; 9® Triphon Mladenovic ^ 
d'Irig; 10* Svetozar Milutiiiovic, do Subotica; 11« Pierre Stojsic, de ^ 
Senta; 12** Despinic, de Kevin; 13® Nicolas Tomasevic do Elenak* 
14'* Georges Gjurkovic d'Osjek; 15*» Mo'ise Gjorgjevic, d'Osjek ; 16» Tho- 
mas Diiiiic, do Tomascvac; 17" Michel Krestic, de Titel; 18® Theodore ^ 
Sarajlio, dc 2abalj; 19" Krostic, de Zagreb; 20° Constantin Jovanovic ^^ 
do Mitrovica; 21° Theophile Dimic, do Bavaniste; 22° Etienne Ristic,' e-'^ 
de Karlovci; 23" Alexandre Stojarkovic, de Karlovci; 24° Sim^n Radic, ^^- 
de Novo-Selo ; 25° Mario Dragulic, de Ccnta; 26° Eugene Arsenyevic,^-^^:^- 
d'Orlovat ; 27° Etienne Ikkic, de Porlez ; 28° Jean Stankovic, de Far — rx'-J 
kazdin; 29° Georges Varsau, do Pancevo ; 30° Igpjatovic, de Cobanacr r^-* 
31'^ Joan Subotic, de Pest; 3J" Georges Stojakovic, dc Pest; 33° Kojio.£> -» 
dc Bade; 34" Joan Hadzic, de Novi Sad; 35° Alexandre Kostic de No 
Sad; 36® Georges Stratimirovit" ; 37° Ivauiievic de Karlovci; 38° Vas 
Kavic, de Petriiya; 39" Vasilijovic, d'Orsava: 40° Georges Pantclic, 
Zomun; 41° Nedoljkovic, do Bela Crkva; 42° Gvorges Musicki, doSzen 
Tiimds; 43" Manojlovio, de Szent-Tarads ; 44° Jefta Vasic, de Crep^'£7 
15" IMcrre Nikolic, de Vnkovac; 46° Ars6uo Kolai-sky, du r6gimeii^ 
sorbo du Banat; 47° DeniCitro Zavisic, du regiment serbe du Banal/ 
18" (iabriol Pisarovic, du bataillon dos Tchatkistes. 








Deputation envoyee h Zatjreh et a Vienne. 229 

ayait convoqu6 pour le 15/27 mai. Elle autorisa le comity noinme 
par elle h prelever sur les fonds natiouaux les sommes n6ces- 
saires a ses besoins. Enfin, elle chargea ce m&me comity, d'accortl 
ivec le Patriarche, de transmettre a rEmpereui' et h TAssemblec 
create par une deputation sp6ciale, les resolutions qui venaient 
i'fitre adopt6es, et de choisir des d616gu6s pour le Congr^s slave 
ie Prague. 

Apres le vote de ces differents articles, la foule se dispersa. 
En deux jours les Serbes avaient organise la resistance et des 
lors le comit6 sup^rieur prit la direction du mouvement. Dfes 
e lendemain, 4 / IG mai, les 48 d61egu6s commenc^rent leurs 
l61ib6rations et se mirent d'accord sur les mesures les plus 
irgentes. Le Patriarche et tons les evfiques dui'ent faire partie 
ie la deputation qu'il s'agissait d'adresser au Roi de Hongrie (on 
isait encore le Roi et non TEmpereur), et il fut decide que tons 
2S couvents, toutes les communes urbaines, ainsi que chaque re- 
iment des Confins, s'y feraient representer. 

Cette deputation devait prendre la route de la Croatie, s*ar- 
&ter k Zagreb, et arriver a Vienne le 24 mai / 5 juin. L'archi- 
landrite Nikanor Grujic et le protopope Paul Stamatovic, qui 
irent charges de se rendre au Congr^s de Prague, eurent mandat 
e soUiciter TenvOi a Vienne, de la part des Boh5mes, d'une d6- 
utation qui appuyat la d-marche des Serbes. 

Le gouvemement hongrois, qui d'abord n'avait pas cm devoir 
*arr6ter a ce qu'on pourrait faire a Karlovci et avait songe trop 
sird h empficher Tassembl^e de se r6unir, ne fut pas sans inquie- 
ade quand ces nouvelles lui parvinrent. Son aveuglement Tavait 
et6 dans des difficultes dont il n'6tait pas aise de prevoir Tissue. 
)mojevic, qui le representait dans la Hongiie meridionale, cssaya 
le tenir tete a Torage. Des qu'il apprit les premiferes resolutions 
le Karlovci, il somma le M6tropolitain de rentrer dans la legalite 
it de dissoudre lo comit6 national, mais il 6tait trop tard; sa 
ettre fut livr6e aux flammes. 

Rajacic, que le peuple avait salu6 du nom de patriarche, 
ivait h6sit6, nous I'avons vu, avant de se prononcer dans le sens 
le la resistance aux Magyars; a la fin, il avait pris un parti et 
le pouvait plus reculer, mais il croyait encore une conciliation 
)ossible et ne voulut pas s'eloigner sans obtenir du comit6 la 
)romesse qu'il ne prendrait aucune decision importante avant le 



230 Georges Stratimirovi6. 

retour de la deputation. D comptait sans le caract^re imp6tueux 
d'un jeune homme que le comity mit a sa tfite. 

Ce jeune homme 6tait Georges Stratimirovid, qui s'6tait distin- 
gu6 k r6cole du g6nie a Vienne, et qui, k peine nomm6 officier, avdt 
dft quitter rarm6e k la suite d'un enlevement romanesque. Stra- 
timirovic descendait d'un ancienne famille de TAlbanie, fix6e depuis 
longtemps dans la Backa, et qui avait donn6 aux Serbes un me- 
tropolitain rest6 populaire; sa naissance, sa fortune, ses talents, 
tout lui assurait un role pr6pond6rant, du moment qu'il se jetait 
dans le mouvement. II n'avait que vingt-six ans, quand les membres 
de rOdbor lui decemferent la presidence. 

En pen de jours, Tautorite de ce conseil revolutionnaire 
s'^tait aflfermie. Un journal de Novi-Sad, le Vjestnik (Moniteur), 
qui dut s'imprimer desormais a Karlovci, publiait ses delibfirations 
et ses dfecisions, ct nul parmi les Serbes n'en contestait la lega- 
lite. Des sous-comites (pododbori) furent organises dans chaque 
commune, en correspondance avec le comite superieur. Une fitroite 
entente, une exacte discipline etaient indispensables pour donner 
k la nation la force de la resistance. 

Le premier acte de Stratimirovic fiit d'adresser une procla- 
mation aux AUemands de la Backa. Cctte population avait 6te 
amende dans le pays par le gouvemement autrichien qui esp6rait 
d6posseder pen a peu les Slaves; aussi les Serbes n'avaient-ils 
pas a lui temoigner de grandes sympathies. Pourtant il eftt 6t6 
injuste de rcndre les simples paysans responsables de Todieux 
metier que le Cabinet de Vienne avait voulu leur faire faire. De 
plus, ces AUemands constituaient une minorit6 qui ne devait pas 
voir sans inquietude les pretentions des Magyars. Stratimirovic 
s'adressa done k eux plein de confiance, les assurant que les 
Serbes reconnaissaient leurs droits et voulaient vivre en bonne 
intelligence avec eux. On ne rcclamait pas de privileges au profit 
de telle nationalit6 et au detriment de telle autre, on voulait 
seulement etablir le mSme droit pour tons.*) 

Le Comite de Karlovci agissait trop ouvertement pour que 
Cmojevic et le general Hrabovsky ne fussent pas inform6s de ses 
actes. Ceux-ci ne manquCjrent pas de tenir le minist^re hongrois 
au courant de ce qui se passait et rcgurent Tordrc d'engager la-- 



») La proclamation est dat^e du 10/22 mai. Voyez en le texto dans 
ScrhUche ^eweffung, p, 88« 



S, Vul'ovi^. organise fa terrciir contre Ics Series . 231 

lutte avec vigneur. L'assemblee du 1«'/13 mai fut d6claree facti- 
euse, r^lection du Patriarche, illegale et de nul eflfet Rajacic fut 
somm6 de r^unir le Congr^s que le gouvernement avait convoque 
a Temesvar; Hrabovsky fut autorise a retablir Tordre mfime par 
la force. On nc comptait plus sur Cmojevic, dont la complaisance 
ou la faiblesse etait 6vidente, mais, comme son nom dtait utile, 
on ne le remplaga pas encore, on se contenta de lui donner pour 
adjoint Sava Vukovic, premier vicc-ispdn du comitat de la Temes, 
avec des pouvoirs aussi etendus que les siens propres, (12/24 mai). 
En mfeme temps, un Magyar exalte, Ladislas Csanyi, fut nomme 
commissairc en Croatie. 

Vukovic, serbe comme Crnojevic, appartenait comme lui k 
la noblesse hongroise, dont il partageait tons les prejug^s, mais, 
a la diff6rence du premier, il 6t<iit inaccessible a tout sentiment 
de sympathic pour scs compatriotes; il etait dispos6 h les pour- 
suivre avec toute la fureur d'un rcn6gat. II d^fendit, sous peine 
de mort, de faire circuler des journaux scrbes, ou mfime slaves 
en g6n6ral, et institua sans retard des tribunaux charges d'appliquer 
ses d^crets. Des patrouillos rccrutees dans les villages magyars 
de la Backa durent parcourir les villages serbes: c'^tait un sftr 
moyen de provoquer des confiits. Les Serbes, poursuivis, pill6s, 
massacres par ces bandes, furent amends k des reprfisailles, mais 
e gouvernement comptait pour les reduire sur Tardeur belliqueusc 
les Magyars. Les AUemands, pensait-il, viendraient se joindre aux 
Vlagyars, Taristocratie hongroise et les cent mille nobles qui en d6- 
3endaient s' emprcsseraicnt de d6fendre un ordre de choses dont ils 
ivaient tout le profit, enfin Tarmee imperiale prSterait son con- 
tours aux representants legaux de Tautoritfi dans le royaume. 
Pour tirer parti de tons ses avantages, le ministere ordonna do 
ever une garde nationale dans les comitats et dans les villes 
ibres de la Hongrie m^ridionale, et de r6unir ces forces dans un 
»mp 6tabli prfes de Szeged. Un cordon militaire devait isoler 
;ous les pays oii Tinsurrection dominait. 

Le comite serbe, r6duit k un petit nombre de membres, par 
;uite du depart de la deputation pour Vienne, sentit qu'il avait 
)esoin d'etre soutenu par les annes. II jeta tout d'abord les yeux 
;ur les Confins oil le peuple 6tait organise militairement ; mais, 
)ien que les Grenzers eussent 6te representcs par quelques 
ms des leurs a Tassemblee nationale do Karlovci, il connaissait 
xop bien leurs habitudes de discipline, pour ne pas fitre persuadfi 



232 ' Urahovshj a^ oppose h fa conciliation. 

qu'il serait difficile de les detacher de leur chef, et ce chef 
n'^tait autre que Hrabovsky. II fallait amener le g6n6ral k se 
prononcer nettement pour ou centre les Serbes, et, s'il se d6clarait 
leur ennemi, peut-fetre le Comit6 r6ussirait-il a entralner les Confins. 

Le 29 mai/10 juin, au matin, une deputation se rendit k 
Petrovaradin et demanda a Hrabovsky secours et protection contre 
les bandes magyares qui d6solaient la Backa. Celui-ci d6clara 
qu'il ne pouvait rien faire; il avait 6t6 r6gu)i^rement subordonn6 
au ministfere hongrois et devait ob6ir. 

En vain la deputation insista; il se retrancha derrifere les 
instructions qu'il avait revues, refusa de prendre aucune des me- 
sures qu'on reclamait de lui, et, s'6chauflfant par degr^s, en vmt 
a contester aux Serbes tout droit d'exister dans la monarchic.*) 
Les chefs du mouvement voulaient une situation nette, ils purent 
fetre satisfaits; d6sormais nul doute n'6tait plus possible sur les 
dispositions de Hrabovsky. Au retour de la deputation, le comit6 
sup6rieur r^digea une proclamation pour denoncer h tons Tattitiide 
du general. „Voili, disait-il h ses adherents, comment un general 
imperial paie le sang, le sang serbe, que vous avez vers6 pour le 
trone et pour la couronne autrichienne, en France, en Sil6sie, en 
Prusse, en Russie, et celui que vous versez aujourd'hui encore en. 
Italic!" II tenninait par un appel aux armes et ordonnait 
sous-comites de publier la proclamation dans chaque village, au«L-»'-u 
son des cloches. Les hommes valides devaient se pourvoir dan^-Miis 
les magasins militaires de tons les objets requis pour la guerre- :^^ "C, 
s'emparer des canons, des chevaux et des voitures, puis se rendre^ TMre 
k Karlovci, a Perlas et sur les foss6s romains de la Backa, sous' -«:-«s 
la conduitc de chefs de leur choix. 

Dfcs le lendemain matin, Hrabovsky, sentant qu'il 6tait all^XJle 
trop loin dans sa reponsc k la deputation, envoya deux officier2^":«^'rs 
a Karlovci pour demander aux deiegu6s un nouvel entretien. Ler^^^s 
Serbes repondirent qu'il 6tait trop tard. En eflfet la guerre etai-S-^^ 
commencee. 

La proclamation du comit6 superieur trouva les Serbes pr§^^^- 
par6s k la lutte. Les excfes commis dans la campagne par les-^^s 
patrouilles hongroiscs les avaient forces de s'armer; dans hesmcovu^^^P 
de villages, on n'attendait qu'un signal pour se porter a Karlovcn^/ 

^) La sc^nc est racont^e avec bcaaconp de chalcur et de v^t4 dans J$ 
ISerhische Bewegang, pp. 92 sq. 



l^fense mclorieuse tie Karlovci. 23»3 

la Sirmie surtout, ce berceau des Serbes de Hongrie, paraissait 
[estin^e k 6tre le th^Mre de combats acham^s. Ses montagnes 
louvaient abriter des bandes de partisans et servir de forteresse 
lu peuple tout entier. Le jour mfeme ou Hrabovsky recevait la 
[eputation, un ancieu officier des Confins, Cica Joanovic, poussS 
)ar une sorte de pressentiment, passait le Danube avec une troupe 
le 800 hommes qu'il avait r6unis en Sirmie, d6barquait sur le 
erritoire de Titel, et, gr^ce au concours des Tchaikistes, rfiussissait 
I s'emparer de huit petites pieces de canon et de quelques mu- 
litions. 

Cica Joanovic 6tait connu par son 6nergie et son d6vouement 
i la cause nationale. Ce fut tout d*abord sur lui que le comit6 
eta les yeux pour dinger les operations. E fut 61eve au grade 
le colonel, et re^ut tout pouvoir pour suspendrc les officiers des 
3onfins qui refuseraient de se joindre a lui. Tandis qu'il devait 
oulever le bataillon de Titel, un ancien lieutenant nomm6 comme 
ui colonel, Drakulic, dut agir dans le regiment allemand du 
}anat, et s'emparer des magasins de Pancevo ; enfin Kojic et Sta- 
limirovic furent charges d'envahir le regiment serbe, et de s'e- 
ablir k Bela Crkva (Weisskirchen) A Karlovci mfeme se rfiunirent 
environ 2000 hommes de la Sirmie, quelques centaines de paysans 
le la Backa, et une poign6e de Serbes de la Principaut6, qui, 
tux premieres nouvelles, avaient pass6 la Save. 

Le mouvement s'accomplissait, lorsque Hrabovsky rfisolut 
le comprimer la revolution d'un seul coup. Le 31 mai/12 juin, 
1 dirigea sur Karlovci une colonne d'execution, avec du canon, 
5sperant bien jeter le d6sarroi dans le camp serbe et se saisir 
les membres du comite. Lorsque les tfetes de colonne parurent 
levant la petite ville, les insurg6s eurent un moment de surprise ; 
Is songferent d'abord a evacuer la position et k se retirer dans 
es montagnes; mais il 6tait trop tard; d'ailleurs, mieux valait 
iubir un 6chec que de laisser croire k la foule qu'on craignait 
le se mesurer avec les troupes reguliferes. Les Serbes de la Prin- 
npaut6 se placferent au poste d'honneur et se pr6parferent k r6- 
jister. Leur exemple fut suivi et toutes les issues de la place 
:urent occup6es. En vain Hrabovsky commenga le bombardement ; 
3n vain il essaya de lancer ses soldats en avant; les assi6g6fl 
dnrent bon. L'arriv6e de Stratimirovic, qui ramenait de Banstol 
an corps de volontaires, changea en victoire ce combat in6gal. 
La colonne de Hrabovsky dut se replier sur Petrovaradin. 



234 Suspension d*arme8 du 12/24 juin, 

Un succcs aussi inesper6 donnait au comit6 une force im- 
mense. Le 3/15 jiiin, Stratimirovid, utilisant un bateau k vapeur 
tombe entre ses mains, dcscendit k Titel et s'empara de TarsenaL 
n y trouva de quoi armer ses premieres troupes. Partout 11 fut 
re^u avec enthousiasme par les soldats des Confins. Le premier 
bataillon du r6giraent de Petrovaradin 6tait a Mitrovica, il suffit 
d'un mot du comit6 pour faire marcher ces forces k la d^ense 
de Karlovd. Le second bataillon, envoy6 en Italic, traversait 
Croatie quand la nouvelle de Finsurrection lui parvint; 11 refiissk. 
d'aller plus loin et le Ban lui permit de rentrer sur son terrltoire^ 
Les Tchaikistes so soulevferent egalement et se joignirent k Stra- 
timirovic. Ce qui n'etait pas moins important, un certain nombrc 
d'officiers vinrent sc ranger sous ses ordres. En moins de quinze 
jours, Tinsurrection posseda une annee do priis de 15.000 hommes, 
avec 40 pieces dc canon. Ces troupes 6taient 6tablies a Kamenica, 
Szcnt-Tamas, Perlas et Alibunar. Le commandement en chef etait 
exerce par Stratimirovic. 

Au milieu dc ces preparatifs militaires, le comite apprit 
deux graves nouvelles: la suspension du Ban de Croatie par Ic 
manifeste du 29 mai / 10 juin, et la catastrophe du Congrfes de 
Prague. 

Ignorant ce qu'etait devenue la deputation conduite par Ra- 
jacic, et desirant ue pas marcher a Taventure, il consentit a une 
suspension d'anncs de dix jours, a partir du 12/24 juin.*) II 
comptait mcttre ce temps a profit pour organiser ses forces, tandis 
que les commissaircs hongrois, dont Timpuissance etait 6vidente, 
malgi'6 les executions sanglantes auxquellcs ils avaient eu recours, 
attendaient de nouvelles instructions. 

Les passions etaient trop excitees des deux c6t6s pour 
qu'une trfeve p6t etre . strictcment observee. Cmojevic ayant con- 
voqu6 les electeurs de Novi Sad pour nommer un dSputd k la 
Difete, une bataille s'cngagea dans les rues entre les partisans du 
regime mag)\ar et les Serbes, oppos6s a Telection. La victoire 
demeura aux demiers, mais les autorites hongroises disposaient 
de troupes et paiTinrcnt ^ d6sarmcr ceux qui avaient r6sist6. 

Dans Tinterieur de la Backa, le long des foss6s remains, 
les hostilites continu5rent sans interruption entre les bandes 



*) Le texte de rarmisticc est rapporte, d'apr^s le Vjestnik, par M. ZdraV' 
kovid, OoKper, pp. 86 sq. 



Zm d^putaiion serbe h Zagrebf puis h Tnnsprueic, 235 

magyares et serbes. Crnojevic, d6bord6, 6perdu, se retira; Hra- 
bovsky se trouva seul en face des insurg^s. Le corait6, qui s'at- 
tendait k lui voir prendre une vigoureuse offensive utilisa tons 
les instants pour ses pr6paratifs; il fortifia Karlovci, bien qu'il 
eftt mis en sftrete, k Belgrade, la caisse et les archives nationales, 
et forma de nouveaux camps sur les bords du Danube k Dok, k 
Eamenica et k Nestin. II 6tait tout occup6 de ces mesures, quand 
il apprit Faccueil fait par la Cour auPatriarche et les resolutions 
vot6es par la Difete hongroise le 30 mai/11 juin. 

La deputation, conduite par le Patriarche, avait fait k Zagreb 
une entr6e solennelle ; le 5 juin elle assistait k I'ouverture de la 
Difete croate, et, pour sceller la reconciliation des deux peuples 
si longtemps s6par6s par de mis^rables querelles religieuses, Ra- 
jacic donnait sa benediction a TevSque catholique Osegovie, tandis 
lue celui-ci entonnait un Te Deiun slave. Le procfes -verbal de 
I'assembiee serbe fut lu au sein de la Diete et provoqua des d6- 
nonstrations enthousiastes. II fut convenu qu'on reglerait plus 
:ard les details pratiques de Tunion du Royaume triunitairc avec 
a Voievodine serbe et, qu'en attendant, un certain nombre de de- 
3utes creates accompagnerait la deputation.*) 

Le 19 juin, les mandataires serbes et creates, auxquels s'etait 
joint le Ban lui-meme, r6voqu6 de ses fonctions par le manifesto 
iu 10 juin, arriverent k Innspruck. C'est la que TEmpereur s'etait 
rfefugie, au moment oil les troubles de Vienne avaient 6clate. 
Sans initiative comme sans esprit, incapable de rien decider, ou 
seulement d'executer un plan forme pas ses conseillers, Ferdinand 
ne sut que r6pondre aux demandes qu'on lui soumettait; il eut 
recours au moyen traditionnel employe par la politique autrichienne 
dans les cas embarrassants ; il ne dit rien de precis et s'effor^a 
de trouver des paroles a double entente. Ouvertement, il ne pou- 
vait en sa qualite de roi de Hongrie, approuver aucune tentative 
faite centre Tautorite constituee, mais comme empereur, il tenait 
k se reserver un appui centre les envahissements des Magyars. 
II re^ut done avec beaucoup de hauteur les explications et les 
reclamations de Rajacic et de Jelacic, mais, en secret, il 6crivit 
au Ban une lettre toute intime, dans laquelle il retirait les paroles 
un peu vivos dont il s'etait servi. II n'en fit pas autant avec le 



*) Toy, le texte de la loi vot6e par la Di^te de Dalmatic, Croatie ct 
Slavonie, ap. Stojackovi^, Hepre, pp. 73 sqq. 



036 S(rafhnirov{6 cH nommi gMraUssime, 

Patriarche, pensant peut-fetre que ce dernier prendrait pour lui 
les marques de bienvcillance donn^es i Jelacic. De la sortc, la 
Cour ne s'engageait point; elle sauvait les apparences, et pouvait 
k son gre trahir le parti qu'elle aurait intfirfit h trahir. La depu- 
tation se retira m6contentc, mais non absolument d£courag6e. 

Pendant ce temps, les Magyars, suipris dans leurs calculs 
par Textension du mouvement slave, 6taient prfets aux plus grands 
sacrifices, pour r6tablir leur domination menac^e. Ds avaient ob- 
tenu la revocation du Ban, mais cette mesure ne leur donnait 
pas encore satisfaction; il leur importait d'avoir une ann6e natio- 
nale qui n^obett qu'a leurs ordres. Dans la stance du 11 juin, la 
Diete vota I'organisation d'une arm6e de 200.000 hommes, et un 
emprunt de 42 millions de florins, pour faire face aux d^penses 
urgentes. Kossuth lui-meme a /ait pr6sent6 et soutenu le projet 
de loi; dans sa fureur contrc les Serbes, 11 n'avait pas trouve 
d'expressions assez fortes, pour combattre la folie de ^ces Rasdens 
qui se pretendent un peuple, et ne sont qu'un ramassis de bri- 
gands." 

Ces nouvelles mirent le comit6 sup6rieur dans le plus vi- 
sible embarras. II avait compte sur Tassentiment de TEmpereur, 
et cettc csp6rancc etait vaine. Que devait-il faire dans cette con- 
joncture? Separer la cause des Serbes de celle des Creates et tenter 
un rapprochement avec Pest, ou bien poursuivre la lutte, sans 
aucun appui ext6rieur? Le discours prononce k la Di^te par 
Kossuth trancha la question. La conciliation n'^tant pas possible 
entre les Slaves du sud et les Magyars, le comity fut force de 
se prononcer pour la resistance, sans rien attendre que des seules 
ressources nationales. 

L'organisation reguliferc faisait encore absolument d6faut aux 
insurg6s; mais le comite avait le m6ritc de ne pas hfisiter. D ne 
regardait pas en aniere, allait droit devant lui, et son indomptable 
energie ne se laissait pas arr^ter par les obstacles. Abandonne 
par I'Empereur, il ne compta plus que sur lui seul, impro- 
visa des officiers et ressuscita, en faveur de Stratimirovic, le titre 
de vrhovni vozd (generalissime), titre que Kara Greorges avait 
port6 ct qui avait conseiTe un gi\and prestige dans le souvenir 
populaire. ' Deux officiers des Confins, Radosavljevid et Joanovic 
furent nommes colonels de la nation ct prirent solidement pos- 
session du regiment de Petrovaradin ainsi que du bataillon de 
Titel. 



Pf^mii'iti aUa>jue de Sztnt'Tant(U. 237 

La premiere action importante eut lieu dans le Banat, oil 

les tribunaux de Sava Vukovic avaient deji fait ex6cuter de 

nombreuses victimes. Le 28 juin / 10 juillet, les bandes hongroises 

avaient reduit en cendre le village serbe de Vlikovec. Le Icnde- 

xnain, les Serbes, cantonnes 5. Alibunar, se mirent en devoir de 

^enger leur village. Au nombre d'un millier, armes de fiaulx, sans 

ordre, presque sans chefs, ils sortirent de leurs retranchements et 

xnarchferent sur Vrsac. Le colonel imperial Blomberg, qui com- 

snandait dans la ville, vint au devant d'eux avec de la cavalerie 

€Je ligne et la garde civique allemande, et n'eut pas de peine a 

"triompher de ces paysans imprudents. II leur tua 60 hommes, leur 

cnleva 4 canons, trois drapeaux et 21 prisonniers. Parmi ces der- 

Tiiers se trouvaient Tagent du Comite superieur Stanimirovic et 

Je major national Kojic, charges tous deux de soulever le Banat. 

li'un et Tautre* furent emmen^s a Temesvar et pcndus huit jours 

aprfes (7/19 juillet). 

n etait urgent que le Comity sup6rieur s'occupS,t de se for- 
tifier dans le Banat L'echec qu'on venait d*6prouver montrait que 
c'6tait Ik le point faible de Tinsurrection. Si les Magyars n'y 
etaient gufere represent^s que dans les villes, ils avaient du moins 
des auxiliaires dangereux dans les paysans allemands. Ceux-ci, 
qui formaient des groupes compacts dans les comitats de Torontal 
et de la Temes et mSme dans une partie du comitat de Krasso, 
etaient depuis longtemps organises en Landsturm; ils avaient 
des chefs et observaient une sorte de discipline qui leur assu- 
rait Tavantage sur une troupe h peine form6e. Les villages 
serbes et roumains etaient pour eux une proie facile qu'ils ne 
laissaient pas 6chapper. C'etaient chaque jour de nouveaux actes 
de depredation; la rapacite germanique avait libre cours. 

Les Serbes 6taient mieux 6tablis dans la Backa. Le camp 
de Szent-Tamds contenait de 3.000 h 4.000 hommes ct une demi- 
douzaine de canons, mais il n^etait prot6ge que par de simples 
ouvrages en terre et eftt pu 6tre emport6 facilement, si les Hongrois 
avaient pris Foldvar pour base d'operation, au lieu de rester en 
plaine Jt 0-Ker.^) Les fausses dispositions du general Bechtold qui 
les commandait, ne contribuerent pas pen h donner aux Serbes 
la victoire. Dans la nuit du 1^' /13 au 2/14 juillet, Bechtold marcha 
contre Szent-Tamds, k la t6te d'environ 8.000 hommes, divis6s en 



») Voy. Erlehnuae, pp. 63—66 et le plan de Szent-Tamds qui y est annex6. 



238 Gmhals d'E^ka et de futak, 

trois colonnes. Les Serbes, dirig^s par le sergent Bosnic et par 
un brave de la Principaut6, Luc Stefanovic, 6taient heureusement 
sur leurs gardes. La sup6riorite de rartillerie hongroise ne put 
leur faire abandonner leur position. En vaiu Bechtold voulut 
forcer leurs retranchements ; il dut battre en retraite apr^s une 
lutte de six heures. 

Ce succfes, qui renouvela chez les d^fenseurs de Szent-Tamds 
la joie qu'avait causae la resistance de Karlovci, eut pour effet 
d'augmenter leur confiance en eux-memes. Quoi de plus Strange 
en eflfet que de voir ces g6n6raux, ces 6tats-majors, cea troupes 
disciplinSes, bien pourvues et bien armies battues par des bandes 
iuferieures en nombre, que commande un simple sous-officier? 
L'enthousiasme des insurges . fut tel qu'un echec eprouv6, trois 
jours apr^s, par une de leurs colonnes, centre un parti de hussards 
et de fantassins magyars, passa presque inaper(ju. 

La nouvelle de Tavantage remport6 par Bosnic vint fort k 
propos rStablir les affaires serbes dans le Banat. Stratiniirovic, 
qui se trouvait au camp de Perlas, en face de Titel, en eut con- 
naissance [le jour mfime et resolut aussitot de profiter de Ten- 
thousiasme populaire pour tenter un coup de main centre le d6- 
tachement du colonel Kiss. Ce d6tachement, qui s'6tait fonn6 a 
Beckerek, se composait de 3 bataillons d'infanterie, 10 escadrons 
et 8 pifeces de canon, n s'6tait avanc6 jusqu'4 Ecka, d'oii il me- 
nagait le camp de Perlas. Stratimirovid prit Toffensive et dans la 
nuit du 2/14 au 3/15 juillet se porta vivement sur Ecka.*) Kiss 
Vj attcndait en ordre de bataille et defendit sa position avec 
tout I'avantage de I'organisation et du nombre. Les Serbes, arrfetes 
au premier choc, recommencferent Tattaque avec une ardeur fa- 
ricuse. Kiss dut se replier sur Beckerek. 

Bien que I'armee de I'insurrection ne fftt pas en 6tat d'enleveir 
Beckerek, ni meme de se maintenir k Ecka, elle avait desormais^ 
pleine conscience de sa valeur. Le 5/17 juillet, un millier d^ 
Serbes attaqu^rent Futak; ils echouerent, mais le lendemain, le& 
Magyars inquiets abandonnerent d*cux-m6mes leur position deFoldvair 
et se repliferent sur 0-Becse. Quelqucs jours aprfes, les trouper 
hongroises quittercnt 0-K6r et revinrent h Vrbac Le 13/25 juillet. 



^) Plusieurs autcurs placent I'attaque d^Ecka au 10 juillet n. s., et ?arien^ 
Bur la date d'autrcs 6v6neiiicnts secondaires ; nous avons suivi Paateur 
de la Serbische Bewef/ung, Commc lui, nous n'avons pas cm inutile d*in- 
diquer les dates h la fois dans les deux calendriers. 



Le Cabinet de Behjrade favorUe en secret Vlmfurrectton, 239 

les Serbes surprirent le village d'Uzdin qu'ils savaient favorable 
h rennemi, et le r6duisireiit en cendre. Lorsque les Allemands du 
Banat virent ce que leurs adversaires 6taient capables de faire, 
ils se montr^rent moins entreprenants, et les luttes de village k 
village devinrent plus rares. 

La possession du Banat £tait d'autant plus importante pour 
les Serbes que cette region commande le cours du Danube depuis 
Titel jusqu'aux Portes de Fer, partant, la principale frontifere 
de la Principaut6. On ne pent le dissimuler, la cause d6fendue 
par le comit6 sup6rieur n'6tait pas seulement la cause des Serbes 
de Hongiie, c'6tait celle du peuple serbe tout entier. Les anciens 
braves de Kara-Georges et la generation qui avait grandi depuis 
eux etaient disposes k prendre part k la lutte; chaque jour de 
nouvelles recrues venaient renforcer Farmee nationale. Alexandre 
Karagjorgjevic, qui, en 1844, avait arrach6 le pouvoir au jeune 
fils de Milos Obrenovic, se vit tout k coup aux prises avec les 
difficultes les plus s6rieuses. D'une part, le sentiment public le 
pressait de se prononcer ouvertement pour Tinsurrection, et il 
semblait qu'il dfLt au nom qu'il portait de ne pas demeurer 
simple spectateur des 6venements; mais, d'autre part, la diplo- 
matie autrichienne mettait tout en oeuvre pour le decider a garder 
tout au moins la neutrality. La Porte et le consul de Fiance a 
Belgrade se faisaient les conseillers de cette politique d'ab- 
stention. 

Le Prince 6tait d'autant plus ind6cis, que son rival Michel 
avait paru dans la Backa, dfes la fin de juin, et pouvait trouver 
dans le mouvement actuel une occasion favorable pour le ren- 
verser. Afin de sortir d'embarras il convoqua la skupstina 
serbe k Kragujevac, pour le 11 juillet, protcsta, aupr6s des re- 
presentants des Puissances, de sa ferme volenti de maintenir sa 
neutrality, 6dicta mfeme des peines contre ceux qui voudraient 
passer la fi'onti^re, mais en realit6 ferma les yeux sur les en- 
rolments qu'il n'eiit pas 6te maitre d'emp6cher. II voulut seule- 
ment avoir, dans les rangs de Tinsurrection, un agent devou6. 
Get agent se trouva dans la personne d'Etienne Petrovid Knicanin, 
s^nateur de la Principaute, qui se demit de ses fonctions et vint 
se mettre k la disposition du comite. Ami d6voue de Karagjor- 
gjevic, Knicanin n'6tait pas un homme ordinaire. „I1 unissait le 
courage au sang-froid, la penetration k la patience; c'6tait une 
figure qui commandait le respect, bien faite pour en imposcr a 



240 Stratimirocic s'empare de Panceoo, 

des enfaiits encore iucultes de la nature. lis avaient en eflfet ui 
mine sauvage, ces guemers serbes, avee lour costume, leur armemei:; 
national, leur long fusil oriental, portant a la ceinture deux pir 
tolets ct le terrible yatagan ou handzar (long conteau droo- 
avec une large poignee en os); I'adresse et la ruse, la force 
porelle et la sArete dans le maniement de leur arme les disti-f , 
guaient, en mfime temps que leur indiscipline, leurs allures d'u 
independance farouche les rendaient redoutables aux honunes (E> "" 
Confins eux-mfimes, pour pen que ceux-ci ne voulussent pas ^ ^ 
soumettre a leur volonte. Knicanin seul pouvait dompter l^JT /. 
sauvagerie; un clignement d'oeil, un signe de la main lui sufjfia,^^^ 
pour les ramener h I'obeissance. " ^) 

Knicanin 6tait done un auxiliaire pr6cieux. II fut accu» ^^ cillj 
avec empressement par le comite national qui le nomma col^ _oqqj 
et lui confia la defense du Banat. Des lors, les Serbes purent ^.^ t6^ 
parer I'echec de Bela Crkva. C'est centre Pancevo que fut dj^Srig4 
leui' effort. 

Pancevo, chef-lieu d'un r6giment appel6, on ne sait -^rop 
pourquoi regiment all em and du Banat, comptait plus de 1(^.000 
habitants; c'etait la ville la plus importante des Confins, efc les 
Serbes qui I'habitaient en grande majority, s'6taient toujours <li- 
stingu^s par leur patriotisms Des Torigine de Tinsurrectioa, ^m^ 
comit6 de district s'y etait install6, mais avait et6 presque aussit^t 
dissous par les autorites militaires, encore fideles a la consiS^^ 
venue de Vienne et de Pest. II ne s'agissait de rien moins c^l^® 
de s'emparer de la place et de s'y maintenir. Stratimirovic vai»-l^* 
accomplir ce coup de main en personne. Le 11/23 juillet, il pa-'*:^^ 
subitement k Pancevo, a la tete d'un detachement d'hommes ^^- 
solus, se saisit de I'artillerie qui y 6tait depos6e et se ret»-^^ 
maftre de la ville. H fallait toute I'audace de ce jeune hon^™® 
pour risquer une telle aventure, mais I'entreprise r6ussit. Le fi^" 
neral en chef fit une ample moisson d'armes, de munitions et de 
vivres, et s'occupa sans retard de pouiToir k la defense do ^ 
place. II adressa une nouvelle proclamation aux habitants ^u 
Banat: Serbes, Roumains, Slovaques, AUemands, Magyars m&Me, 
promettant a chacun le respect de son droit, ordonnant que ^^ 
soimais la langue officielle de chaque village serait la langue de 



') Oeachichte Oesterrtichs vom Ausgamje des Wiener Oetober'AufBtande^ ^848. 
Von Jos. Al. Freiherm von Helfert. Prog, 1869 et ann, suiv. T. II, ?• ^^ 



Entente de JiajaHe et de Jelacic, 241 

la majorite, et menagant d'un prompt ch&timent ceux qui ne re- 
connaitraient pas son autorit6 (24 juUlet). Que faisait pendant ce 
temps le lieutenant-marechal Piret a Temesvar, que faisaient les 
Alleinands de Bela Crkva? C'etait sous leurs yeux que le gouver- 
nemcnt revolutionnaire dictait ses lois. 

Le lieutenant-colonel national Bobalid regut le commandement 
du camp de Pancevo; il devait agir de concert avec Knicanin. 

Les 6venements que nous venons de rapporter nous con- 
duisent jusqu'a la fin de juillet 1848. L'empereur Ferdinand 
considerait avec surprise, mais avec une joie secrfete, les succfes des 
Serbes. T\ commcngaient k voir clair dans les projets ambitieux des 
Magyars, et sentait par une sorte d'instinct que les Slaves seuls 
avaient conserve I'idee d'un 6tat autrichien. Malgr6 cette con- 
viction qui devait s'enraciner de plus en plus dans son esprit, 
il ne pouvait surmonter sa pusillanimite naturelle et prendre rc- 
solument un parti. Ce sera une honte 6ternelle pour le Cabinet 
de Vienne d'avoir laiss6 tons les peuples de la monarchic s'6gorger 
pendant de longs mois, avant d'avoir declar6 de quel c6t6 il en- 
tendait se porter. Que penser d'un souverain qui incline a la fois 
vers les deux camps, laisse desorganiser ses 6tats, immoler des 
milliers d'hommes, et reste spectateur de cette lutte fratricide, 
comme si I'affaiblissement mutuel de ses peuples devait en fin de 
compte profiter a ses vues personnelles ? 

Nous avons racont6 la reception faite par Ferdinand au 
Ban de Croatie et au Patriarche. En quittant Innspruck, Rajacic 
regagna son si6ge archiepiscopal par la voie de la Croatie. II 
n'^tait pas d6sireux de rentrer trop vite sur le theatre de I'in- 
surrection, aprfes I'echec qu'il venait d'essuyer. Une indisposition 
le forga mfime de rester huit jours aupr6s du Ban. Ces huit 
jours furent en grande partie consacres a des conf6rences avec 
Jelacid, et le Patriarche, jusque la dans I'incertitude, s'y p6n6tra 
des idees de son bote; Jelacic, quoi qu'aient pu dire ses adver- 
saires, 6tait avant tout un fidele serviteur de I'Empereur; il 6tait 
autrichien avant d'etre create; seulement il pensait que I'Autriche 
ne pouvait subsister qu'^ la condition de se transformer. II r6- 
clamait des droits 6gaux pour tons les peuples de I'empire, et, 
s'il etait decide h combattre jusqu'au bout les Magyars, c'est 
qu'il ne pouvait admettre leurs pretentions dominatrices. La lettre 
confidentielle que Ferdinand lui-avait ecritc le confirmait dans la 
pens^e que la Cour se rangerait de son c6t6, pourvu qu'il se 

16 



242 Bajartil iCtiti'C a Karhvci. 

maiutint quelquc teuips. llajacic lut heurcux de trouver dans 
ropiuion soutenue par le Ban, dcs arguments qui levassent tous 
ses scrupulcs ct lui permissent dc rester fidele a rEmpereur, 
tout en participant au mouvement; des lors sa ligne de conduite 
fut bien anfetfie; il ne s'en ecarta pas. 

D rentra en Sirmie vers la mi-juillet, au moment oil les 
Serbes venaient de remporter leurs premiers avantages. II ne 
pouvait s'emp6cher d*admirer ces succ6s, mais il dissimulait mal 
I'inquietude que lui causaient les actes du comit6 superieur. Stra- 
timirovic et ses coUegues marchaient en avant avec toute Tardeur 
de la jeunesse, et voulaicnt maintenir Tindependance des Serbes 
aussi bien contre TEmpereur que contre les Magyars eux-mfemes. 
Rajacic, nous venons de le dire, croyait que les Serbes devaient 
en tout 6tat de cause rester fidcles a la maison d'Autriche et 
que dans cette union seule ils pouvaient puiser la force neces- 
saire pour r6sister a leurs ennemis les plus proches, les Magyars. 
L'idee de Stratimirovic 6tait plus gcnereuse et plus 61ev6e, mais, 
a la v6rite, moins pratique que cclle du Patriarche. Les Serbes 
n'eussent pu conquerir leur independance qu'a la conditions d'etre 
soutenus par tous leui-s frfercs slaves; or Fentente qui les aorait 
sauvcs n'existait pas. Le panslavisme etait demeur6 un mot, 
qu'Allemands et Magyars exploitaient depuis longtemps, mais qui 
en fait ne repr^sentait pas la force inunense qu'on lui prfetait 
Le Congres de Prague avait ete le premier pas fait par les Slaves 
de TAutriche dans la voie du f^deralisme, et Ton sait comments 
il avait 6te dissout. Les Bohemcs, qui auraient pu prendre la direc- 
tion du mouvement n'etaient pas encore asscz bien organises pouK- 
sc trouver en mesure dc prfeter aux Serbes un concours efficace 
les Moraves, les Slovaques, les Slovenes eux-mfemes commengaienM^M--: 
h peine a s'agiter; I'aristocratie polonaise de la Galicie 6tait to 
cnti5re absorbee par sa lutte insensee contre les Ruthfenes 
reservait d*ailleurs ses sympathies pour les Magyars ; les Roumaiic^ _i 
etaient bien les allies naturels des Serbes, mais ils avaient 6^ ^Su 
maladroitement froisses par les pretentions exag6r6es du cleiit"^(? 
serbe, et leurs chefs n'avaicnt gufere de relations avec le Comit^mte 
de Karlovci; dans ces conditions I'avis de Rajacic 6tait peut-^tlC/^ 
le plus sage. 

Tous les efforts du Patriarche n'eurent desormais qu'un hwii: 
ressaisir Tautorite dont le comite s'etiiit cmpard en son absence 
n se mit r6solument en campagne, parcourut les lignes serbes; 



La Cour sc prononce en faveur den Serhes, 243 

excita partout sur son passage Tenthousiasme populaire, et se fit 
saluer du nom d'administrateur de la nation (upravitelj na- 
roda). D6cor6 de ce titre suprfeme, il r6ussit h reprendre les 
renes du gouvernement ; Stratimirovic et le comitd n'eurent plus 
i s'occuper que des operations militaires. L'insurrection eut ainsi 
% sa t6te un personnage plus grave, plus considerable et changea 
:iout a coup de caract^re. Les Croates, group6s autour de Jeladid, 
bendirent au Patriarche une main fratemelle. C'en 6tait assez pour 
jue Tunion des Slaves du sud pariit a tout jamais accoraplie. Le 
Ban envoya aux Serbes des munitions et des artilleurs ; le Cabinet 
de Belgrade, rassur6 par la nouvelle toumure des choses, facilita 
lUx volontaires le passage du Danube ; enfin les troupes nationales 
rcQurent des renforts qui pouvaient leur permettre la lutte contre 
les armies hongroises. 

On vit ainsi arriver le moment que beaucoup d'officiers des 
Confins avaient attendu pour faire adhesion au comit6. La Cour 
elle-meme crut avoir trouve sa planche de salut. EUe connaissait 
les sentiments de Jelacic ; elle n*avait pas vu au fond avec trop 
de d^plaisir qu'il fit aux Magyars une resistance dont FEmpereur 
se sentait incapable; elle songea maintenant a profiter de la si- 
tuation qu'il s'etait faite. Nous n'entrerons pas dans le detail des 
negodations secretes qui furent conduites par Latour, n6gociations 
qui appartiennent plutot k Fhistoire des Croates qu'k celle des 
Serbes; mais nous remarquerons encore une fois que c'est sett- 
lement alors, c'est-i-dire au mois d'aoftt, que les conseillers de 
Ferdinand song^rent a traiter avec les insurg6s. Jelacic et Ra- 
jacic etaient des hommes avec qui leurs anciennes traditions di- 
plomatiques leur permettaient de s'unir; ils etaient trop profon- 
d6ment imbus des id6es Kodales, pour avoir jamais regard^ un 
soulfevement populaire d'un autre oeU que d'un oeil de m6pris. 

Les historiens hongrois ont toujours prfitendu que le soulfe- 
vement des Serbes et des Roumains avait 6t6 provoqu6 par les 
menses secretes de TEmpereur et de son entourage. A les en- 
tendre, Jelacid ne fut qu'un „mercenaire h la solde de la clique 
aristocratique et r6actionnaire", sa prise d'armes, que la conse- 
quence „d'un complot ourdi par la Camarilla". La Cour aurait su 
ameuter les Serbes, „ces fiddles serviteurs du Cabinet de Vienne", 
contre le ministere hongrois; des emissaires slaves et autrichiens 
auraient trayailie Tesprit de ce peuple encore ignorant et bigot. 

16* 



244 Orvjine populaire de V insurrection, 

Un ecrivain allcmand, que nous avous deja cite, M. Helfert,*) a 
fait justice de ces accusations. . 

„n est si pen vrai, dit-il, que Pinsurrection serbe et rou- 
nminc ait 6t6 mise en scene a Vienne ou a Innspruck, que Ton 
doit bien plutot soutenir le contraire. Si Ton sentit dte I'abord, 
dans les cercles de la Cour, un interet instinctif pour ce qui so 
preparait dans le midi, si Ton ne put serieusement se facher contre 
les hommes qui s'y mii'ent sur la brfeche, on avait si compl6tement 
perdu le sens et le courage qu'on ne fit rien pour foumir au 
soul^vement un appui materiel, ni m^me moral; bien plus, les 
influences magyares Temportant, on le renia, on Tabandotuia. 
J usque vers la fin de r6t6, tout ce qui dans les pays insurg^s 
etait imp6rial et royal, ne fut pas du c6t6 des peuples qui com- — .- 
battaient pour leur liberte, mais du cote du Cabinet de Pest d6- — ^. 

cliaine contre eux. C'est ainsi que, au moment mfeme oil le mou ^- 

vement serbe se produisit, de Temesvar et de Petrovaradin on fit* m\i 
defense a tons les officiers de I'arm^e d'y prendre part, sou^.«js 
peine de perdre leiu- grade. Entre tons les grands personnage^ ^i^s 
qui appartenaient au service de I'Etat, Jelacic fit seul exceptiorx' <=Dn 
des le principe; les autres se soumirent au ministfere hongroi&jf ^3is 
qui resplendissait de tout I'^clat de la majesty royale, ou biencK'^n, 
dans leur doute, dans leur mauvaise humeur, se retirferent com-^:a3Bn- 
pl6tement de.la scfene. 

„La marche de I'insurrection serbe en foilmit une preur^^-KUve 
6vidente. Le premier corps de Parmee imp6riale qui s'y joignf -c:M'3nit 
fut le regimcnt-frontiere de Petrovaradin; mais son adhesion fxit^MLW^^- 
ellc determinee par les officiers? En aucune fa(jon. Quand le>X les 
evenemcnts eclaterent, le 1" bataillon de campagne se trouva:Js^-^'ait 
on Italic, le 2*" 6tait sur le point de s'y rendre, et les meilleurs o o^ of- 
ficiers accompagnaient ces bataillons. Ceux qui restaient itaiera: ^ J^nt 
isoles, et impuissants, ou bien irr6solus et sans initiative. T#TC*Tel 
etait le lieutenant-colonel Halavanja, qui remplagait le commandancMT-^JJt 
La troupe etait d6ja en fermentation ; les soldats regardaient av^ ^s^rec 
defiance vers Petrovaradin ; la forteresse appartenait bien a \em^ f^ur 
regiment, mais elle ne leur paraissait pas en suret6 aux maivr Qs 
d'une gaiTiison composee pour la plus grande partie de Tin&r -^- 
terie de Don Miguel. Pour les rassurer, Halavanja dut envoyer Je 
capitaine-auditeur Radosavljevic prior Hrabovsky de faire entr*<^ 



Helfert, loc, cU., T. II, p. 200. 



<*i 



Absence d'qffieiei'a parmi len insurg^s. 245 

dans la forteresse au moins une division du regiment, mais Hra- 
bovsky 6tait bien 61oigne de songer a satisfaire a cette deniande. 
Lorsque le 2* bataillon fut, ainsi qu'on 1'^ dejJt dit, renvoye dans 
son district par Jelacic, une revolte ouverte 6clata le 15 juillet, 
k Mitrovica; la plupart des officiers, le colonel Rastic en t^Xo, 
juittferent le district. Pour que tous les liens de la discipline ne 
Pussent pas rompus, Radosavljevic prit le commandement, de sa 
propre autorit^, proclama la loi martiale, fit ex6cuter quelques 
nutins et tint les autres en respect. Jelacic, qui vint en personne 
i Mitrovica quelques jours apres (18 juillet), confiima Radosa- 
i^yevid dans le poste de commandant provisoire du regiment; 
^f 6anmoins Tordre ne put se retablir, tant qu'on ne fit pas marcher 
le regiment vers les fosses de Szent-Tamas. 

„Des incidents semblables se produisirent sur d'autres points 
ies Confins. Les officiers, qui, dans leurs stations, ne voulurent 
pas se joindre k I'insurrection, furent forces de s'eloigner; quel- 
[jues ims m6me arret^s et emmen^s prisonniers k Karlovci. Le 
colonel de Beller, du bataillon des Tchal'kistes, se mit k Tabri 
[lerrifere les murs de Petrovaradin, dfes que ses troupes se furent 
prononc6es pour Karlovci; le major Molinary et quelques autres 
officiers furent violemment enlev6s par les soldats. Le colonel 
Dreihann, qui commandait le regiment illyrien du Banat, dut 
s'enfuir; ses honmies se mirent en marche pour tenir en echec 
Bela Crkva (Weisskirchen), tandis que leurs frferes du regiment 
allemand se reunissaient au camp de Perlas. 

„Le h^ros fameux de Temesvar, la vieux Rukavina, qui, avant 
d'autres g6n6raux imp6riaux, avait reconnu tout ce que le jeu des 
Magyars avait de dangereux, et sut plus tard I'arreter, n'etait 
6galement rien moins que bien dispos6 envers les Serbes. Mili- 
taire de la vieille roche, habitu6 toute sa vie aux formes rigides, 
il n'avait que de la repugnance pour les allures irr6guli^res de 
Tenthousiasme national. Loin de favoriser le soulfevement des 
Serbes, il y opposa, dans les premiers temps du moins, des ob- 
stacles de toute sorte, rcfusa de reconnattre Tautorit^ administra- 
tive du Patriarche, etc. 

„Toutes ces circonstances r6unies firent que pendant les 
premiers mois, Tinsurrection se trouva completement privde d'of- 
ficiers sup6rieurs. Le pr61at grec, k qui Ton pouvait reconnaitrc 
tous les m^rites, sauf des connaissances strat6giques, exercja do 
fait Tautorite militaire supreme. S'agissait-il d'unc action militaire. 



24G Aspect du cump serhe et da camp niagyar. 

il se r6unissait en couseil de guerre avec le jeune comte Albert 
Nugent, (n6 en 1816), et avec Stratimirovic, plus jeune encore 
(n6 en 1822). Les hommes d'age miir etaient quelque chose de si 
rare parmi les officiers superieurs, qu'un acteur de ces ev6nements, 
tout jeune lieutenant lui-mfime, raconte dans son Journal,*) que 
le 9 septembre, il rencoutra Stratimirovic, „ayant k ses cot^s, 
chose toute nouvelle, un conseiller barbu". S*il en 6tait 
ainsi dans les grades 61ev6s, on pent se figurer comment les grades 
inferieurs 6taient occup6s. Dans les troupes des Confins, il arriva 
souvent qu'une compagnie entiire fut commandee r6guli6rcment 
par un sous-officier, un bataillon, par un lieutenant. Si par malheur 
le commandant d'une expedition 6tait mis hors de combat, un 
simple caporal prenait le commandement, ainsi que le fit Yasa 
Cakovan, pr^s de Margitica, k Tattaque de Neuzina. Le lieutenant- 
capitaine Michel Jovanovic commanda trois, et mfeme plus tard, 
quatrc bataillons. La forteresse de terre de Szent-Tamds cut pour 
commandant, un sergent-major, Theodore Bosnid, jusqu'au moment 
oil le lieutenant Pierre Biga survint avec le 2® bataillon de cam- 
pagne de Petrovaradin, et prit Ic commandement de 6000 hommes 
(18 aoftt). Pour obvier au manque d'officiers, Rajacic n'eut d'autre 
ressource que de nommer officiers nationaux les individus les plus 
capables, ou de conferer h. ceux qui avaient un grade un rang 
plus 61ev6 dans le corps des officiers nationaux. En pareille cir- 
constance, ces demiers firent souvent des sauts de g^ant. Le 
sergent-major Bosnic, dont il vient d'etre question, fiit promi 
d'embl6e au grade de capitaine ; le sous-lieutenant en retraitc 
Drakulic, qui avait forme le camp de Perlas, devint colonel; Stra— , 
timirovic, qui avait quittc Tarmde comme sous-lieutenant, quelque? 
anndes auparavant, devint gCmeral. 

„Combien 6tait different I'aspect que pr6sentait le camr 
hongroisl II fourmillait de veritables generaux, de veritables ca=^^ 
lonels et d'officiers de tous grades; on y nageait au milieu dca^ e^ 
revers et des galons d'or, des plumets verts et des ceintures jaun^ ^qs 
et noires, des crachats et des croix. B y avait le ministre de la 
guerre hongrois M6szdros, les lieutenants-mardchaux Hrabovsky ct 
Bechtold, les g6ncraux Wohlnhofer ct Eichenheim, les colon^vfe 
Kolovrat, Kiss, Castiglione, Blomberg (Lancicrs Schwarzenberg, n® ^X 
etc., etc. Les regiments de ligiic Alexandre, Miguel, etc. combattai^/?^ 



») Erlebnisse, p. 49. 



Mesiires exfraordinaires j^naCM par la Dike. 247 

en rangs serr^s centre les bataillons nationaux, contre Ics com- 
pagnies k peine fonn{^es dcs Serbes de la Hongrie et de la Prin- 
cipaut^. La presence dans le camp hongrois de tant d'officiers haut 
places, tandis qu'il y en avait un manque absolu dans les rangs 
des Serbes, fiit ^galeraent d^favorable a ces demiers, en ce sens 
que beaucoup de troupes non-magyares auxquelles il repugnait de 
se battre contre les soldats des Confins, ne purent distinguer de quel 
c6t6 on d6fendait vraiment la cause de TEmpereur, cette cause i 
laquelle ils avaient jure fid^litc. C'6tait le cas notamment pour 
es Landers Schwarzenberg, qui resterent avec les Hongrois jusqu'a 
a mi-juillet, comme s'ils ne pouvaient faire autrement, et peu 
i peu, k mesure que leur defiance augmentait contre leurs com- 
lagnons d'armes, s'abstinrent de prendre part k aucune action 
ifirieuse contre les Grenzers, dans lesquels ils reconnaissaient 
iprfes tout des troupes imp6riales." 

Tons ces faits nous apparaissent aujourd'hui avec clarte, 
nais 11 £tait impossible surtout aux insurg6s serbes de les d^mi^ler 
ilors qu'ils etaient en presence de I'ennemi. Les hommes qui 
ivaient pris les armes pour la defense de leurs droits menaces 
le s'apergurent pas qu'ils ob6issaient maintenant k une direction 
liffigrente. Les membres du comite sup^rieur sentirent bien que leur 
nfluQnce s'affaiblissait de plus en plus, mais ils ne s'en plaignirent 
joint; peut-fetre mfeme furent-ils bien aises de voir leur responsa- 
)ilit6 partag6e. Du reste, ils n'en continu^rent pas moins la guerre 
ivec toute Tfinergie dout ils etaient capables. 

Alors seulement les Magyars mesur^rent toute la grandeur 
iu p6ril. La Difete accusa de faiblesse et d1ncapacit6 les g6n6raux 
lui commandaient en Hongrie, et decreta des mesures extraordi- 
aaires. Maurice Szentkiralyi, Tun des orateursvles plus exalt^s de 
I'Assembl^e, fut nomme commissaire du gouvemement dans la 
Ba£ka (24 juillet). Le Patriarche fut declar6 dechu de sa dignity, 
et r6v6que de Bude, Platon Atanackovic, d6sign6 pour le rem- 
placer (2 aoiit). Les comraissaires furent autorises k institucr 
des tribunaux r6volutionnaires dans les comitats; des corps francs 
s'organisferent pour combattre k cote des troupes de ligne ; enfin 
un vote de la Di^te rappela en Hongrie tons les regiments hon- 
grois qui se trouvaient hors du royaume a I'exception de ceux 
qui faisaient campagne en Italic. Hrabovsky, Bechtold et Piret 
ftirent charges de I'organisation des conseils de guerre, mais Hra- 
bovsky, d6goilt6 lui-meme du role qu'il jouait, dcmanda qu'il lui 



250 Echec. (les Magyars h Szent-TanuU. 

mcnt dc moindre importance dut tenter de franchir la Tisza, sur 
Tun des points praticablcs, pour achever d'enveloppcr les Serbes. 

Stratimirovic avait alors son quartier-general k Josefsdorf, 
dans le district de Titel; k la premiere nouvelle du mouvement 
dc Tennemi, il plia bagage, confia k Surducki la defense de la 
Tisza, envoya quelques hommes s&rs dans les marais de Turija, 
ct sc r6serva pour lui-mSme le commandement k Szent-Tamds. 
II y arriva comme Taction allait s'engager. Un Polonais, k qui Ic^ 
comit6 national avait confi6 Torganisation de Tartillerie, Wno — 
rowski, s'etablit avec 1.500 Granzers et 200 volontaires de la Prin — 
cipaut6 sur la tete de pont qui couvre la place du c6t6 du sud ; un 
jeune homme qui n'avait jamais appris le m6tier de soldat, Ka.- 
doniii, occupa la digue qui protege la ville contre les inoD- 
dations ; 500 tireurs des Balkans se logcrent dans les ouvrages en 
terre qu'on avait 61ev6s ; enfin 4.000 hommes de Petrovaradin, de 
Titel et de la Principaute prirent position sur la ligne de Vrbas. 
Une colonne de reserve 6tait 6chelonn6e prfes de Turija. C'6tait 
une arm6e ctrangement bigarree; les Granzers avaient depouilli 
Tuniforme imperial, pour revfetir le costume national aux vives 
couleurs; de toute part Tenthousiasme 6tait k son comble. 

La premiere attaque des Magyars fut victorieusement re- 
poussee; ils changirent alors de tactique et portferent leur prin- 
cipal effort sur la ligne de Vrbas. Le colonel Bakonyi k la tfite 
de deux bataillons du rdgiment Alexandre, atteignit le retran- 
chement et faillit I'emporter d'assaut. Un moment les Serbes 
fl6chirent, mais Wnorowski rfitablit le combat. L'arm6e hongroise 
dut battre en retraite. 

Jovanovic se maintint a Turija pendant six heures, contre 
un ennemi tr6s-superieur en nombre; Tarrivfie d'un officier du 
bataillon de Titel, Dadinov, ct de quelques centaines dliommes, 
fut son salut; un officier de Tinsunection, Pniavorac, prfiserva 
F51dvar; le long de la Tisza, il n'y cut qu'un simple feu d'artilleric; 
les Magyars ue purent meme pas essayer le passage. Le nombre 
des morts, de part et d'autre, fut d'environ L500. 

On pent imaginer quelle deception cet insuccfes causa dans 
le camp magyar. Quoique les nouvelles du Banat fiissent plus 
favorables, il y eut'a Pest une veritable consternation. Dans un j 
discouis vehement, Maurice Perczel prononga le mot de trahison; ^ 
il ne pouvait admettre que des capitaines blanchis sous le hamoii 
n'eussent pas fait prompte justice dc ce qu'il appelait „unc band< 



Les Serhes cUtaquent Bein Qrkva. 251 

de brigands". H s'en prit au g6u6ral Bechtold, qui fut relev6 de 
son commandement. Le commissaire extraordinaire Szentkiralyi 
voolut en vain tenter de le justifier; il fiit lui-m6me remplac6 
par Eugene Be5thy. II fut decide que Tarm^e aurait desormals un 
caract^re exclusivement magyar, afin d'^carter tous les officiers 
suspects. Le ministre de la guerre M6szdros alia prendre lui-mfeme 
la direction des operations. 

Stratimirovic avait pr6vu un redoublement d'activit6 de la 
part de Tennemi; aussi avait-il voulu profiter de I'elan que la 
victoire devait donner d. ses troupes, pour ameliorer sa position. 
C'6taient surtout Sireg, Temerin et Jarek qui le gfenaient dans 
ses mouvements. La possession de ces trois points 6tait pour lui 
de la plus haute importance; elle d^gageait Szent-Tamds et Tu- 
rija, isolait Petrovaradin de Tannfie magyare, et permettait aux 
Serbes de disposer utilement des forces qu'ils 6taient obliges de 
laisser en observation. Le 14/26 aoftt, Sireg fut de nouveau attaque, 
mais Ventreprise echoua. Le colonel Math6, qui occupait Temerin 
accourut avec 5.000 hommes; le comte Sz6cheuyi, propri6taire de 
ce village et qui y avait form6 un bataillon de honveds, se joignit 
k lui, et la colonne serbe ne put disputer le terrain a des adver- 
saires trop sup6rieurs en nombre. Stratimirovic crut pr6f6rable de 
se porter k la fois sur les trois positions; il I'essaya le 19/31 
aoiit, mais ne put encore reussir. II attendit alors jusqu'au 1"/13 
septembre et prit si bien ses dispositions, que les Magyars crurent 
k une attaque partielle, degarnirent Temerin, et se virent succes 
sivcment d61oger des trois villages. 

Les insurgfes serbes furent moins heureux dans le Banat. 
Les propri6taires magyars, ou plutot d6voues aux Magyars, les 
bourgeois allemands des villes, sans parler des troupes r6gillieres, 
arrStaient le mouvement. La petite ville de Bela Crkva, chef-lieu 
du regiment serbe du Banat, 6tait d6fendue par une milice alle- 
mande, que soutenaient un d6tachcment d'infantcrie de ligne et 
les Lanciers de Blomberg. Les Serbes ne pouvaient esp6rer que 
les villages du nord et de I'ouest se rallieraient k eux tant que 
cette position ne serait pas emport6e; c'est done sur ce point 
qu'ils dirigferent leur principal effort. Le 6/18 aoftt, a I'heure mfeme 
oil les Magyars attaquaient Szent-Tamds, Bobalid r^unit au camp 
de Vracevgaj une troupe d'environ 6.000 hommes, et, la nuit sui- 
vante, se porta sur Bela Crkva. Ses forces dtaient divis6es en 
trois colonncs; il commandait lui-mSme le centre^ tandis que 



252 ^^ Serhes 80nt hattus dans fe Banal. 

la (Iroite 6tait sous les ordres de Knicanin et la gauche sous 
ceux de Milenkovic, officier originaire de la Principaut6. 

A 4 heures du matin, les msurg6s parurent devant Bela 
Crkva. Une lutte achamce s'engagea ; la milice allemande fit des 
prodiges de valeur, mais elle dtait d6ja refoul6e, quand parurent 
les Landers de Blomberg. Les Serbes, qui disposaient k peine de 
quelques pieces d'artillerie, 6taient completement dfipourvus de 
cavalerie; ils ne purent soutenir le choc des escadrons ennemis 
et durent se rcplier. 

La ville avait ete incendi6e, mais elle n'6tait pas prise. Une 
nouvelle attaque eut lieu trois jours aprfes (12/24 aoftt), mais eut 
la m6me issue que la pr6c6dente. On parlementa; les Serbes 
croyant que les AUeraands voulaient simplement gagner du temps, 
essay^rent une troisi^me fois d'emporter la place (18/30 aoillt). 
La mort de Gjuric, un des chefs en qui ils avaient le plus de 
confiance, et la resistance d6sesp6r6e de leurs adversaires ame- 
n^rent encore un echec. 

Dans une autre partie du Banat, le colonel Kiss, que le 
Gouvemement hongrois venait de nommer g6n6ral, rfisolut de 
vcnger Tinsuccfes que TarmSe magyare avait subi devant Szent- 
Tamas. Son objectif 6tait le camp de Perlas, qu'il voulait enlever, 
puis il se proposait de passer la Tisza, d'occuper Titel, de couper 
les communications entre la Sirmie et la Backa et de prendre 
Stratimirovic i dos, II s'6branla le 21 aoftt/2 septembre au matin, 
ayant avec lui 8.000 hommes de bonnes troupes et le corps franc 
de Woronieczki ; ses lieutenants 6taient le comte Hadik et le co- 
lonel Vetter, plus tard ministre de la guerre. 

Le camp de Perlas 6tait command^ par Drakulid, officier 
qui parait n'avoir pas 6t6 k la hauteur de sa tache. Du reste la 
position 6tait mal defendue et pouvait difficilement r6sister k des 
forces sup6rieures. Les Serbes furent disperses; quelques uns, 
comme I'intrepide capitaine Janca, qui se tua de douleur, luttferent 
centre tout espoir. Plus de 200 des leurs restferent sur le terrain. 
Drakulic r6ussit a passer la Tisza avec 500 ou 600 honmies; le 
reste se debanda. Kiss eftt pu profiter de sa victoure pouJr achever 
de mettre son plan h execution, mais il n'en connut peut-fetre pas 
toute I'importance ; il se contenta d'occuper Perlas, Botes, Orlovat, 
Farkasdin et se retira sur Ecka et Beckerek. 

LTi6sitation de Kiss sauva les Serbes. Ceux-ci 6taient sur 
le point de s'abandonner au decouragement ; il n'est pas im- 



Echec de Stratimirovic devanl BeeJcerek, 253 

possible qu'une vigoureuse offensive sur Titel les eut forc6s de 
poser les amies. Une proclamation du Patriarche, qui rappelait 
les succ5s de Foldvdr, de Szent-Tamas et de Temerin vint a point 
ranimer les esprits. Stratimirovic fut instruit du desastre, au 
moment oil il 6tait en marche sur 0-Ker; il abandonna sur le 
champ les operations dans la Backa, et songea tout d*abord a 
couvrir Pancevo. D partit en toute hate pour Titel, suivi d'un 
millier de Grenzers months sur des chariots, reuuit les fuyards 
de Drakulid, traversa la rivifere, et, contoumant Perlas pendant la 
nuit, atteignit en une marche la rive gauche de la Temes. Kni- 
danin, avis6 a temps se rapprocha de lui, et prit position a To- 
masevac. II n'avait pas fallu trois jours, apr6s la d6route de 
Perlas, pour operer ce mouvement d6fensif. Kiss se porta sur To- 
masevac, mais fut repousse. 

Stratimirovic avait pare au danger le plus pressant ; il voulut 
maintenant obtenir un succfes qui rendtt Tardeur a ses troupes- 
II ne s'agissait de rien moins que d'attaquer Beckerek, centre de 
rarm^e ennemie, et de donner la main aux Serbes de Kikinda. 
Le Patriarche tenta vainement de s'opposer a cette entreprise, 
qu'il jugeait t6m6raire, le general en chef persista dans sa resolution. 
Kiss averti k temps prit ses dispositions en consequence. Lorsque 
le 30 aoftt/ 11 septembre au matin, les colonnes serbes se mirent 
en marche, sous la conduite de Stratimirovic, d'Agic et de Stefa- 
novie, elles trouvferent partout les Magyars sur la defensive. Stefa- 
novid dut reculer devant Vetter, Stratimirovic dut enlever h la 
1)aionnette la digue de la Tisza; la colonne d'Agid rencontra des 
obstacles, elle parvint pourtant a prendre Aradac. Le mouvement 
^tait retarde, mais pouvait encore r6ussir; deji les Serbes de 
Kikinda s*appr6taient a rejoindre leurs freres. Par malheur Kni- 
itmin^ qui de Tomasevac devait se porter tout droit sur Beckerek, 
n'arriva pas ; depuis le matin, Kiss le tenait en 6chec. L'operation 
dut fitre abandonn6e, il fallut battre en retraite. C'est alors que 
les Serbes, dans leur fureur, incendi^rent le chateau que Kiss 
avait eieve sur sa terre d' Aradac. Aujourd'hui encore les Magyars 
leur reprochent cet incendie comme un acte d'odieuse sauvagerie, 
comme si eWmfemes n'avaient ni incendies, ni meurtres sur la 
conscience. II est vrai seulement que les Serbes ne possedaient 
point de chateaux, auxquels Tennemi pttt mettre le feu. 

Les revers successivement 6prouv6s dans leBanat foumirent 
au Patriarche Toccasion de faire pr6valoir son autorite sur celle 



> 



254 Straliniirovi^ est dipouilli de son coniniandefnetU. 



de Stratimirovic et de se rapprocher de la Cour, ainsi qu'il en 
avait congu le projet. L'Empereur venait de rentrer & Vienne, 
bicn d6cid£ a s'appuyer d^sormais sur les Slaves, et k combattre 
les Magyars qu'D voyait prets a sacrifier les droits de sa couronne.^ ^ 
Cette r6solution, pr^vue depuis les conferences d^Innspruck, fot^^mi 
nettement exprim^e dans le manifeste du 4 septembre. n etaitt^^jt 
impossible, disait Ferdinand, d'administrer Tfitat avec deux gou-^«:jn. 
vemements responsables ; la majorit6 des habitants de la monarchic ^oie 
ayant bl&m6 les concessions faites aux Magyars, au mois de mar si^ - js , 
il les d^clarait non avenues. En m&me temps, il r6tablissait Je^ Te- 
lacic dans sa dignity de ban. Gelui-ci, qui venait d'achever se:».ecs 
prdparatifs militaires, passa la Drave le 11 septembre, ralliaE^ti^^uit 
dans sa marche les troupes imperiales. 

n n'est pas douteux que Jelacic et Raja£i£ ne ftissent £gs 
lement opposes au syst^me de centralisation que rEmpereur 
tendait remcttre en vigueur; ils esp^raicnt pour le moins obteirz^^V 
de lui une organisation federative acceptable; mais, pour le mmzmno- 
ment, ils ne voulaient point reffrayer par un appareil r6volutio«=:x)o- 
naire, et cherchaient Tun et Tautre k mod6rer le parti nation^^cnial. 
C'est dans cette pens6e que le Patriarche voulut ^carter Stra^czati- 
mirovic et ne plus laisser subsister un pouvoir rival du sien, D 

accusa le general en chef de d^sobeissance a ses ordres, le rei 
responsablc de Techec subi k Beckerek, lui reprocha d'avoir 
pilie l6s ressources qui lui etaient confines, lui retira son 
mandement et lui intima I'ordre de se rendre a Karlovci, p- 
y fetre jug6. II est fort possible, en effet, que Stratimirovid 
fait des d6penses excessives, mais en cherchant k Pficarter, ." 
jacid servait plus sa rancune personnellc et les vues mesqi 
du Cabinet de Vienne, jaloux de tons les talents supSrieurs, 
les veritablcs int^rSts de la nation. C'6tait lui, D importe d( 
pas Toublier, qui avait engage la lutte, rendu la resistance 
cace et remporte, grace k son activite de tons les instants, 
haute capacite militairc, des avautages presque inouis dan&r 1^ 
fastes de la guerre. 

Stratimirovic se soumit et rentra volontairement k VM^^ycL 
Le colonel Mayerhofer, qui rcvenait de Vienne ou il fitait ^H 
s'entendre avec la Cour sur les moyens de donner k TinsurrectWA 
serbe un caract6re r6gulier, et qui, en dernier lieu, avait nigodi 
avec les chefs militaires qui tcnaient gamison dans le Banat, M 
provisoirement charge de la direction des operations. D dcnft 



Tfoidihnie aU(tque de Szeal^Ta/nds, 255 

rester en fonctions jusqu'au jour ou TEmpereur aurait nomm6 un 
Yolevode. Les Magyars, dfesormais en 6tat d'hostilit6 d6clar6e avec 
la Cour, redoublerent leurs efforts. Kiss fut envoys centre Jelaci6 
tandis que M6szdros vint combattre les Serbes. 

La m^sintelligence, qui avait si mal a propos 6clat6 entre 
le Patriarche et Stratimirovic, pouvait tout perdre. L'ennemi, du 
moins, esp^rait en profiter pour frapper un coup d6cisif. Le 9/21 
septembre, M6szdros attaqua Szent-Tamds, a la t£te de 25.000 
hommes. Le capitaine Biga, qui y commandait, n'avait gu^re 
avec lui que 5.000 hommes, mais il fiit averti k temps et put 
adopter Tordre de bataille qui avait si bien r6ussi pr6c6dement. 
Cette fois encore, les Magyars se portferent centre la ligne de 
Vrbas avec la plus grande partie de leurs troupes. Un premier 
insucc^s ne les arrfeta pas; ils essayferent alors d'un mouvement 
toumant dans la direction d'0-K6r. A ce moment, Michel Joanovid, 
qui pendant la nuit avait quitt6 Curug, arriva sur le champ de 
bataille. M^szaros detacha centre lui ses hussards, mais ne put 
Tempfecher d'op6rer sa jonction avec Biga. Les Magyars durent se 
retirer; ils n'avaient pas lanc6 centre les positions serbes moins 
de 3500 boulets, sans pouvoir les forcer. A Pest, Topinion pu- 
blique se montra s6vfere pour M6szdros, pour le commissaire extra- 
ordinaire Be5thy et mSme pour Kossuth, qu'elle rendit responsables 
de ce nouveau revers. 

Le jour mfime oil avait lieu Tattaque de Szent-Tamas, un 
corps de 2.000 Serbes, parti d'Alibunar, tenta de s'emparer de 
VrSac, dont la gamison restait fidele k la cause hongroise. L'ex- 
p6dition 6choua, mais Mayerhofer entra en pourparlers avec le 
colonel de Blomberg, qui se soumit aux ordres de la Cour. 

Cependant, Stratimirovic, m6content de se voir surveill6 de 
trop prfes k Karlovci, r^ussit a s'^chapper et k gagner le camp 
de Knicanin. U lui suffisait d'adresser quelques mots a ses anciens 
soldats pour les ramener a I'ob^issance et faire tomber les fusils 
qu'on aurait pu toumer centre lui. II esp6rait avoir le m6me 
ascendant sur Knicanin, mais celui-ci, qui se conformait en tout 
aux ordres venus de Belgrade, soumit Pex-g6n6ral k une surveil- 
lance non moins gfinante que celle du Patriarche, tout en lui t6- 
moignant plus d'egards. Stratimirovic, en butte k d'injustes soup- 
50ns, voyant qu'il n'6tait mfime plus question de son proems, ne 
Be rfeigna pas a cette humiliante situation. Le Patriarche ayant 
ordonn6 un mouvement qui avait pour effet de d^gamir le Banat, 




25G Slratiuiirovid reprend Is commandtnitiU, qu*U cede a Suplikac, 

pour renforccr la ligne du canal Francois, rintr^pide soldat 
s'elaoQa, sans etre vu, a la poursuitc des bataillons, les atteignit 
pr6s dc Titel, et les somma de le rcconnaiti*e pour chef. Uofficiei 
qui coumiandait la colonne, fit former ses soldats en carr£, me — .^. 
nagant Stratimirovic de le faire passer par les armes; ce fiit en:*"— ^ 
vain. Aux cris enthousiastes de la troupe, le jeune gSn^ral fur^^^at 
reintegr6 dans son commandement. Le Patriarche, inform6 de ce^^^^t 
incident, se rendit sans retard a Titel, decid6 a se faire livrer h Ml le 
traitre; il ne fut pas plus heureux qu'il ne Tavait 6t6 pr^cedemcrK::^!!- 
ment. Les soldats refuserent de livrer le chef en qui ils avaiein»- ^n^ 
place leur confiance. Rajacic d^clara qu'il soumettrait Taffaire . i 

une assemblee populaire qu'il convoqua pour le 25 septembr^^-:^/ 
7 octobre. Stratimirovid, qui dans Tentre-temps s'6tait assur6 d^^JHes 
corps de la Backa, se rendit & Earlovci, et, la force des 6v6nemeiM^.n^ 
aidant, parvint h, se reconcilier avec le Patriarche. Ce dernier i{ 

connaitre Thcureuse issue du conflit dans une proclamation dat^zst^e 
du 22 septembre / 4 octobre. Trois jours plus tard, le colon:^ciieI 
fitienne Suplikac, que Tassemblee des \^^ et 3 mai (v. s.) av -^^ait 
proclame voievode, revint de Tarmee d'ltalie. II fut rcQu a^ tec 
acclamations par ses compatriotes, et Stratimirovic lui remit' le 
commandement, ne conservant plus pour lui-m6me que le titre de 
vice-president du comitd sup6rieur. 

L'arrivce de §uplikac montrait clairement que la gu( 
venait d'entrer dans une phase nouvelle. Les n6gociations ei 
la Cour et le gouvernement hongrois 6taient rompues; le coi 
Batthyanyi 6tait sorti du rainistfere; le palatin Joseph avait 
ses fonctions; en un mot, les Magyars s'6taient d^cid^ment lai 
dans la voie de la r6volte, tandis que la 16galit6 se trouvait 
sormais du cote des Serbes. Kossuth et ses collies tentfen^^rent 
alors de se rapprocher des Slaves du sud, en leur promettant -<J^s 
concessions, mais il etait trop tard. Nous avons eu plusieurs ' 
deja Toccasion de le repeter, rien n'eiit ete plus desirable, 
confoime aux int6rets des deux partis, que de s'entendre, de 
franchir pour toujours du joug allemand et de fonder une cor 
deration ind6pendante. On vit en 1848 que les tendances, 
idees, les traditions d'un peuple ne peuvent se modifier brusc^oe- 
ment. Si en effet ce changement avait 6t6 possible, il e<it dA ^ 5wr- 
complir au milieu de cette crise supreme. Mais les Serbes sava-ieo^ 
ce qu'il fallait penser des promesses magyares, et ne vouliLT'eo/ 
point prfeter Toreille a des n6gociations ; puisqu*il leur idJMt 





liajacfU riunit proviaoirtnient tous le» 2}Ouvoira» 257 

choisir entre deux ennemis, ils aimaient encore mieux s'allier h, 
celui qui 6tait le plus loin. L'Empereur, croyaient-ils, devait fetre 
touch6 de leur fidelity ; c'est de sa reconnaissance et de sa justice 
qu'ils espSraient quclque adoucissement & leur sort. 

Le Patriarche vit ainsi triompher la politique qu'il avait 
suivie. Ses pouvoirs regurent de la part du peuple tout entier 
une eclatante confirmation. Le 9/21 septembre, s'ouvrit ^ Karlovci 
une seconde assemblde nationalc, dont les stances se prolongerent 
jusque dans les premiers jours d'octobre (n. s.). 

Cette assembl^e approuva tout ce qu'avaient fait Bajacic et 
le comit6 central, et voulut Mter I'entrfee en fonctions du voi6- 

V 

vode. Quoique Suplikac iiii tout d6vou6 k la cause qu'il ^tait ap- 
pel6 a servir, il £tait trop habitu6 a la discipline militaire, trop 
aveugl6ment d6vou6 h, la dynastie pour pren^e la moindre r6so- 
lution qui eM pu d6plaire h. Vienne; il ne se crut pas suffisam- 
ment autoris6 k porter le titre de voievode, dedara qu'il 6tait 
simplement en cong6 et ne pouvait jusqu'^ nouvel ordre intervenir 
dans les affaires serbes que d'une mani^re officieuse. H y eut 
des d6put6s dans Tassemblee qui trouv&rent une semblable decla- 
ration insuffisante, et jug^rent que Suplikac mettait les int6r£t3 
6troits de la Cour au dessus de ceux de sa nation, mais la ma- 
jority lui accorda un vote de confiance, lui maintint le titre de 
volfevode, et chargea le Patriarche d'en exercer les fonctions par 
interim. Rajacic fut autoris6 h, exp^dier toutes les affaires, sous 
sa responsabilite personnelle. II organisa un conseil auquel il 
confia le soin de preparer des rapports sur toutes les matiferes 
administratives, se reservant pour lui-mSme la decision et rex6- 
cution. 

Investi de la confiance publique, TAdministrateur provisoire 
(privremeni Upravitelj) devait avoir une double pre- 
occupation: soutenir TEmpereur dans sa lutte centre les Magyars, 
obtenir de lui la sanction des resolutions vetoes par Tassemblee 
de mai. La principale de ces resolutions concemait la cr6ation 
d'une Votevodine serbe distincte du territoire hongrois et rattach^e 
au royaume triunitaire de Croatie, Slavonic et Dalmatic. Dans 
sa stance du 1*'/13 octobre, la nouvelle assemblee avait exprimfi 
le mftme voeu;*) il fallait que Rajacic travaill3,t k le r6aliser, s'il 
voulait conserver son ascendant sur le peuple. 



Stqja^kovid, Hepre, p. 72. 

17 



258 Arad et Teniesvdr se diclareiU potir VEnipereur, 

Le meilleui' moyen dc parvenir a ce but etait de pousser 
activement la guerre; aussi le Patriarche appela-t-il sous les 
drapeaux tous les hommes valides de 16 ^ 60 ans. II frappa en 
outre d'un impot de guerre tout homme qui, pour un motif qud- 
conque, sauf le cas d'infirmit6s corporelles, ne serait pas sous 
les aiiues, et decr^ta la requisition des chevaux. Quant aux n6- 
gociations avec laCour, elles 6taient conduites par deux membres 
du comite central, Jean Suplikac et Gonstantin Bogdanovic. Rajacid, 
a qui Stratimirovic continuait de porter ombrage et qui redoutait 
son influence sui* Tarmee, fut bien aise de T^loigner en Tenvoyant en 
Moravie avec des pouvoirs speciaux (23 octobre/4 novembre).^) 

Pendant que le Patriarche prenait ses dispositions, Suplikac 
parcourait les lignes occupees par les Serbes. Partout il y etait 
re^u avec des demonstrations d'enthousiasme. Le nom seul de 
voi'evode, dont il 6tait universellement salu6, ce nom qui avait 
surv6cu a I'infortunfe Georges Brankovid, suffisait pour enflanmier 
les imaginations. A la v6rit6, Suplikac n'^tait pas un honmie k 
qui pusscnt plaire des manifestations bruyantes; son Education 
militaire lui inspirait peu de confiance dans des bandes Snlemi 
organisees ; il se proposait, avant toute chose, de rfitablir la s6vfere 
discipline des Confins. C'6tait la tache que le colonel Mayerhofer 
poursuivait depuis quclque temps d6j^ avec un mediocre succte; 
mais Suplikac avait de plus que ce dernier le prestige du nom 
et un ascendant plus grand sur ses compatriotes. 

La n6cessit6 oil les Magyars se voyaient de s'opposer k la 
marche de Jelacic, de tenir en 6chec les forces qui d'Autriche et 
de Boheme allaient p6n6trer en Hongrie, de combattre enfin Pin- 
surrection des Slovaques et des Roumains, ralentit singuli^rement 
les operations contre les Serbes. Ceux-ci eussent pu mettre k 
profit ce moment de calme pour gagner du terrain, mais, depuis 
la retraite de Stratimirovid, Tabsence d'un chef unique se faisait 
vivement sentir parmi eux. Les engagements qui eurent lieu a ce 
moment furent sans importance, cependant la cause nationale obtint 
un secours s6rieux lorsque les commandants de Temesvdr et 
d'Arad, repondant au manifeste imperial du 3 octobre et au contre- 
manifeste hongrois du 8 octobre, se prononcferent pour PEmpereur. 
Les Serbes etaient strangers a la resolution de Eukavina et de 
Bcrger, mais ils ne devaient pas moins en retirer un profit indirect 
La possession de Petrovaradin eut eu pour eux des consequences 

*) Voy. Helfert, he, cit., HI, pp. 463 sq. et Anm. 430. 



Attaques de Sirey et de Pancevo, 259 

bien plus favorables; le Patriarche ne manqua pas de communi- 
quer au lieutenant-mar^chal Blagoevics qui y commandait le ma- 
nifeste du 3 octobre, mais ce fut sans succ^s. Blagoevics fit ad- 
hesion au gouvernement r6volutionnaire hongrois, et fit flotter sur 
les murs de la forteresse les couleurs magyares. 

Aprfes un intervalle dinaction, les hostilit^s recommencferent 
dans la Backa et dans le Banat. Les Magyars voulaient toujours 
emporter les positions de Szent-Tamas, de F51dv4r, de Turija, et 
surtout reprendre le passage de Sireg, clef des marais de la Kri- 
vaja. Tandis que d'incessantes escarmouches avaient lieu, le com- 
missaire hongrois tenta de n6gocier; d'un mfeme trait de plume 
il signait des condamnations a mort et des propositions de paix; 
aussi n*est-il pas 6tonnant qu'il ait 6chou6 ; il fallut recourir a un 
d6veloppement de forces plus considerable. Le 18/30 novembre, 
rann6e hongroise s'ebranla tout cntiere contre les lignes ennemies. 
Elle avait pour principal objectif Sireg, tandis que de fausses at- 
taques 6taient faites contre Foldvar, Turija et Szent-Tamds. Sireg 
n'6tait d^fendu que par une poignee d'hommes, mais put fetre se- 
couru h temps et promptement degag6. La gamison de Petrova- 
radin ne fut pas plus heureuse contre Kameniec; elle ne reussit 
pas k gagner un pouce de terrain. 

Les operations dans le Banat furent comme par le passe, 
moins favorables pour les Serbes. Le 1/13 octobre, ils r6ussirent 
a s'emparer de Tfirok-Becse, et poussferent le lendemain jusqu'a 
Eikinda. C'est alors que les g6n6raux hongrois Vetter et Da- 
mianics, s'appropriant le plan de Kiss, r6solurent de faire une 
pointe de Beckerek sur Pancevo. Dans les premiers jours de no- 
vembre, ils prirent I'offensive, se heurtferent une premiere fois 
contre Knicanin a Tomasevac, et contre Bobalid k Lagersdorf, 
puis recommenc^rent Tattaque en m6me temps contre toutes les 
positions ennemies. Tomasevac tint bon, tandis que Earlsdorf fut 
emporte. Joanovic dut 6vacuer Alibunar, pour ne pas etre coup6 
de sa ligne de retraite. Kni(5anin put attaquer k son tour; il re- 
poussa Tennemi, lui enleva 9 canons, mais ne parvint pas h r^- 
occuper Alibunar. 

Bien que Pancevo eilt et6 sauv6, I'incertitude qui pr6sidait 
aux mouvements de Tarraee nationale 6tait 6vidente. L'opinion 
publique accusa le Patriarche et Suplikac lui-m6me d'incapacite 
ou d'impr6voyance. Le Napredak (le Progrfes), journal qui re- 
pr^sentait les id6es ardentes des jeunes gens, se fit T^cho de ces 

17* 



260 Nigociaiions avec la Cour. 

plaintes, ct u'eut point de peine a montrcr que Rajacic, si jaloux 
de rautorit6, n'6tait pas en 6tat de I'exercer utilement. Les 6v6- 
nements donn^rent raison aux opposants. Avant que les troupes 
du Banat eussent 6t6 reform6es et renforc6es, les Magyars, k la 
tete de 12.000 hommes, renouvelferent leurs tentatives centre 
Botes, Orlovat et TomaSevac (23 novembre / 5 decembre). Les 
Serbes furent exposes aux plus grands dangers, mais, cette fois 
encore Knidanin d6cida de la joum6e et pr6serva Pancevo. 

L'Empereur ne pouvait suivre que de loin les 6v6nement8 
dont la Hongrie etait le theatre. Les affaires purement autrichiennes 
etaient plus que suffisantes pour troubler sa faible tfetc. L'in- 
suiTection du 6 octobre I'avait forc6 de fuir sa capitale; il 6tait 
maintenant a Holomauc (Olmiitz), et c'est dans cette ville que se 
poursuivaient les negociations avec les Serbes. Tout ce que les 
delegu6s du Patriarche purent obtenir fut une lettre autographe 
que Ferdinand 6crivit k Rajacic, pour lui faire connaitre la reso- 
lution qu'il avait prise de combattre les Magyars, et pour lui dire 
qu'il comptait toujours sur son d6vouement personnel et celui de 
son peuple (14 novembre).*) 

Une semaine plus tard, un nouveau cabinet oii entrferent 
Schwarzenberg, Stadion, Cordon et Bach, arriva au pouvoir. C'est 
a ces ministres, en particulier a Stadion que durent d^sormais 
s'adresser les mandataires du Patriarche. Le moment paraissait 
plus favorable; Tid^e que les Slaves seuls pouvaient sauver la 
luonarchie gagnait du terrain; on disait meme que Stadion 6tait 
decid6 a placer les diverses nations de Tcmpire sur le pied de 
Tegalite. Stratimirovid insista vivement auprfes de lui, pour obtenir 
la reconnaissance des privileges, ou plutot des trait6s de 1690, 
ainsi que des resolutions prises a Karlovci, au mois de mai. Les 
Serbes voulaient enfin posseder le droit d'elire leur voievode, 
mais cc n'etait pas la seule pretention qu'ils avaient k faire 
valoir. B etat urgent que TEmpereur, dont ils soutenaient le 
trone vtnt h leur secours et suitout leur donnat les moyens fi- 
nanciers qui leur manquaient. Les fonds de r6glise nationale 
etaient 6puis6s; le gouvemement de la Principaut6 avait bien 
promis 20.000 ducats; il avait autoris6 dans le pays I'ouverture 
de souscriptions volontaires, et le prince Karagjorgjevic avait 
souscrit lui-mfeme 36.000 zwanzigers (29.000 francs); ce n'6taient 



') Voy. le texte de cette lettre ap. Stojackovic, 4epTe, pp. 76. Bqq. 



li que des ressources pr6caires, De plus U fallait des armes et 
des chevaux ; nul doute que, sur ces points au moins, Ds n'obtins- 
sent satisfaction. 

La confusion £tait si grande k Holomauc que toute la fer- 
met6 de Stratimirovic fut n6cessaire pour le faire 6couter. Les mi- 
nistres autrichiens ne se montraient pas disposes h lui faire la 
moindre concession. S'agissait-il du voi*6vode, ils 6taient imm6dia- 
tement arr6t6s par la difficult^ de determiner sa sphere d'action; 
leur parlait-on du patriarcat, ils h6sitaient k le restaurer de peur 
de mecontenter la Eussie. Ce nom, croyaient-ils, pouvait la froisser, 
bien qu'en r6alit6 elle n'eftt pas S. intervenir et n'intervint pas en 
effet dans les affaires des Grecs-Orientaux de la Hongrie, Enfin, 
ajoutaient-ils, ils manquaient, eux aussi, d'armes et de munitions. 

D 6tait urgent qu'on prft une resolution k Holomauc. Les 
Serbes qui attendaient toujours une r6ponse favorable, et con- 
tinuaient a tenir la campagne pour le plus grand bien de TEm- 
pereur, commengaient k perdre patience. II se formait un paili 
qui eiit consenti d. traiter avec les Magyars, i condition que Tau- 
tonomie nationale fftt respectee, et la situation du PatriarcHe de- 
venail de jour en jour plus difficille. Ses embarras furent tels 
qu^il se vit contraint de faire aupr^s de la Gour une d-marche 
decisive. II lui adressa un m^moire dans lequel il repr^sentait les 
dangers centre lesquels il avait d. lutter, et ne laissait pas ignorer 
£t TEmpereur que si les Serbes n'obtenaient point les concessions 
auxquelles ils croyaient avoir droit, le m6contentement leur ferait 
poser les armes. „Si la diplomatic, disait-il en terminant, devait 
cette fois encore se laisser entralner h, des lenteurs, je me verrais 
oblig6 envers la nation serbe, peut-6tre mfeme malgr6 moi, a 
entrer en n6gociations avec le gouvemement hongrois, pour mettrc 
fin a une guerre d6vastatrice. Ge gouvemement trouverait dans 
une entente le double avantage de s'allier toute une nation, et 
de pouvoir concentrer ses forces. L'arm6c du Ban se compose 
pour moiti6 de Grecs-Orientaux ; ces demiers verraient aussi dans 
une entente des Serbes avec les Magyars la fin des hostilit6s 
entre les deux nations. Je laisse k la prudence profonde du gou- 
vemement imp6rial et royal le soin d'examiner les consequences 
qui pourraient en r6sulter et qui en effet ne manqueraient pas 
de se produire." 

Gette lettre causa d*abord une certaine irritation aux mi- 
nistres autrichiens, mais rabdication de TEmpcrcur Ferdinand et 



262 Manifeste irrvpirial du 15 dicemhre 1843. 

rav6nement de Frangois-Joseph au trone (2 d6cembre), ne leur 
permirent pas d'y r6pondrc imm6diateraent, et la reflexion leur 
inspira des id6es plus mod6r6es; ils se declarferent prfets a ceder 
sur tous les points. Le dernier acte de Ferdinand avait 6te de 
confirmer T^lection du general Suplikac a la dignit6 de volevode; 
Stadion le lui notifia par une lettre dat6e du 6 d^cembre.*) Quel- 
ques jours plus tard, la dignit6 de patriarche fut rfitablie (15 de- 
cembre). En meme temps Frangois-Joseph signa un manifeste so- 
lennel, dans lequel il resuma toutes les concessions faites aux 
Serbes. Ce document etait ainsi congu: 

„Nous, Frangois-Joseph I®'' par la gr^ce de Dieu Empereur 
d'Autriche, etc., etc., etc. 

„Notre brave et fidfele nation serbc s^est distingu6e dans 
tous les temps par son attachement h. Notre maison imp6riale et 
par Tardeur h^roique avec laquelle elle a combattu les ennemis de 
Notre trone et de Nos royaumes. 

„En reconnaissance de ces services, et comme t^moignage 
particulier de Notre gr^ce imp6riale, et de Notre sollicitude pour 
Fexistence et la prosp6rit6 de la Nation serbe, Nous avons rfisolu 
de r6tablir la dignit6 ecclesiastique supreme du patriarcat, telle 
qu'elle a jadis existe, et telle qu'elle 6tait reunie au si6ge archi- 
Episcopal de Karlovci, et Nous conf6rons le titre et la dignity de 
patriarche a Notre am6 et f6al archevfeque de Karlovci, Joseph 
Rajacic. 

„Nous Nous trouvons en outre dispos6 h, confirmer F^lection 
qui a et6 faite de Notre general Etienne Suplikac de Vit^z, en 
quality de voievode de la nation serbe, en mfeme temps que Nous 
retablissons cette ancienne dignit6 historique. 

„C'est Notre volonte et Notre dessein imperial de donner ik 
la brave et fidfele nation serbe, en r6tablissant ces dignit^s su- 
prfimes spirituelle et temporelle, la garantie d*une organisation 
interieure et nationale, correspondant k ses besoins. 

„Aussitdt apr^s le r^tablissement de la paix, ce sera Tun 
des premiers et des plus pressants soins de Notre coeur patemel 
que de r6gler et d'etablir cette administration interieure nationale, 
sur la base de droits egaux pour tous Nos peuples. 



») Stojackovic reproduit les lettrcs adregg^es par Stadion h §aplikac et 
k lUu'acic, ainsi que deux billets autographes de PEmpereur k oe dernier, 
4epTe, pp 78 sqq. 



{ 



Mart de Suplikae, 263 

„Donn6 dans Notre capitale royale de Holomauc le 15 de- 
cembre 1848." 

Le jour mfeme ou Frangois-Joseph signait ce manifeste, Ic 
g^n^ral Suplikae succombait a Pancevo, frappe d'apoplexie. Triste 
coincidence qui devait faire raal augurer de la nouvelle dignite 
de vo*i6vodel Le Patriarche annonga sans retard k la nation cette 
mort cruelle, et confia provisoirement au g6n6ral Mayerhofer le 
commandeinent des troupes. II manda de son autorite priv6e le 
g6n6ral Todorovic^ qui tenait t6te h, Maurice Perczel, sur les con- 
fins de la Croatie et de la Styiie. 

C'est k ce g6n6ral qu'il destinait la succession de Suplikae. 
Todorovic entra en fonctions le 21 decembre / 3 Janvier. 

Le manifeste du 15 decembre marquait la fin de Pinsurrection 
serbe ; la suite des operations devait fetre conduite par le gou- 
vemement autrichien, dont les Serbes 6taient devenus les simples 
auxiliaires. La politique du Patriarche avait triomph6 avant m6me 
que celle de ses adversaires edt 6te examinee ; Rajacic, investi par 
le vote populaire des pouvoirs les plus etendus, s'6tait r6duit volon- 
tairement au rang d'un simple fonctionnaire imperial, et, comnie 
d6ji la Cour paraissait entree dans un courant de violente re- 
action, de vives reciiminations s'elevferent centre lui. Ce qui 
excitait surtout Tinquietude et le m6contentement, c'est que le 
Patriarche s'etait prononce sans mfeme prendre conseil du comit6 
central ; il agissait en . toute chose avec cette hauteur, cet arbi- 
traire qui est le propre des hommes d'6glise, chaque fois qu'ils 
ont une autorit6 civile, parce qu'ils sent naturellement portes k 
se croire infaillibles dans le domaine politique, aussi bien que 
dans le domaine religieux. C'est ainsi que le 11/23 decembre, un 
d6cret du Patriache d^clara rebelles et traitres k la patrie ceux 
qui ne se soumettraient pas k lui en toute chose. Dans ce 
d6cret Rajacic avait en vue les membres du comit6 central, parti- 
culiferement Stratimirovic, qu'il redoutait plus que tout autre. 

Tandis que le Patriarche s'6tait 6tabli k Zemun, qu'il nom- 
mait des officiers et disposait de tout k sa guise, le Comity, dont 
le sifege 6tait k Karlovci, ne pouvait m6me pas se r6unir. A Pin- 
stigation de Stratimirovic, qui se pr^tendait l^s^ par la nomination 
de Todorovic et r^clamait la succession de Suplikae, il d6clara 
que le n6gociateur de Holomauc avait m6rit6 la reconnaissance 
nationale, et somma Rajacic de revenir k Karlovci. Une scission 



264 -^ comitd aup^rteur ahdique ses pouvotrs. 

redoutable se produisit aJors. Le parti clerical repr6sent6 par le 
Vjestnik prfecha la guerre centre le parti liberal dont Porgane 
6tait le Napredak. Le Patriarche poi-ta centre Stratimirovic 
Faccusation de trahison, et gagna Beckerek, oil il se crat plus 
en s<iret6. LJl, prot6g6 par Todorovic et par Knidanin, il invita 
les membres du comit6 k venir le retrouver. En mfeme temps, il 
mit Karlovci en 6tat de si6ge, chargea un officier imperial d'en 
chasser ceux des d616gu6s qui s'y trouvaient encore, et supprima 
les joumaux qui entretenaient la pol^mique. II devenait ainsi 
bien Evident qu'il s'associait aux id^es de reaction congues k 
la Cour. 

Malgr6 les mauvais proc^d^s dont on usait k son 6gard, le 
comit6 se rendit k Beckerek, mais Rajacic 6tait d^jk parti pour 
Hatzfeld, oil se trouvait le quartier-gen6ral de Todorovic. Una 
pcurtie seulement des membres du comity se r^solut k Vy suivre; 
Stratimiroviii et ses amis les plus intimes jug^rent plus sage de 
s'abstenir. Les premiers rejoignirent enfin le Patriarche a Temesvir, 
et se r6unirent sous sa presidence les 28 et 29 Janvier / 9 et 10 
fevrier 1849. Dans cette assembl6e tronqu^e, Rajacid obtint gain 
de cause; il n'avait ricu tant d6sir6 que de se trouver en pre- 
sence de la fraction la plus mod6r6e des d^l^gu^s; il savait trop 
combien sa parole ecclesiastique 6tait insinuante pour ne pas 
fetre siir de faire triompher son opinion. D regut en effet Pappro- 
bation pleine et enti^re du comity qui d^posa son mandat entre 
ses mains, Pengagcant a s'cntourer de conseillers de son choix, 
qui s'occuperaient d'instruire toutes les affaires sur lesquelles il 
avait k statuer. Ces conseillers, dont la nomination fut publide 
le 14/26 tevrier, furent: Rudid, Fogarassy et Mihajlovic, qui por- 
tferent le titre de vice-presidents du comit6 central, puis Parchi- 
mandrite Eacianski, spdcialement charg6 des affaires religieuses, 
Gjurkovic, charge des affaires scolaires, Zivanovid, des relations 
avec Pext6rieur, c'est-i-dire d'une part avec Padministration au- 
trichienne, d'autre part avec la Principaute de Serbie, Popovic, 
d616gu6 k Pint6rieur, Suplikac, aux finances, et le major-auditeur 
Radosavljevic, k la justice. C'etait un ministfere au petit pied, 
compos6, il est vrai, de creatures du Patriarche. Le choix de Zi- 
vanovid fiit surtout jug6 sdvferement. 

Pendant que Rajacid remportait cette complete victoire, le feld- 
mar6chal Windischgratz entrait a Pest et k Budc, k la tfite de 
Parmtc imperiale (5 Janvier 1849). Lc Gouvernement hongrois, 



Oommeneements de la reaction autrichtenne, 2g5 

retire h Debreczen, au sein de la population magyare, pressait 
les armements et concentrait les troupes nationales dans Tint^- 
rieur du pays. La Backa et le Banat furent presque compl^tement 
6vacu6s. Les Serbes, renforc^s par quelques corps de Tarmfie im- 
p^riale et par de nouveaux volontaires, se trouvferent en presence 
de simples d^tachements. Us obtinrent un premier avantage k 
Pancevo (2 Janvier) et se disposferent k prendre Toffensive vers 
le nord. Knicanin marcha sur la gauche, dans la direction de 
Szeged; Todorovic, sur la droite, vers la Maros. Le 7/19 Janvier 
VrSac fiit occup6, .puis ce fiit le tour de Befikerek, Bela Crkva, 
Stari Bece, Vrbas et Kula. Le 1/13 ftvrier Kniianin repoussa vie- 
torieusement une attaque essay6e par les Magyars contre Sireg; 
cinq jours plus tard, il occupa Sombor. Todorovic, ayant pris pos- 
session de LugoS et de Bogsan, porta son quartier-g6n6ral k 
Hatzfeld, oil nous avons vu que le Patriarche le rejoignit. A ce 
moment, Petrovaradin 6tait la seule place de Hongrie m^ridionale 
sur laquelle le drapeau magyar flott&t encore; la Backa et le 
Banat ^taient tout entiers aux mains des Serbes. Le succ^s rem- 
port6 par Windischgratz dans les plaines de Edpolna put faire 
croire k la Cour que tout allait bientfit rentrer dans I'ordre, et 
TEmpereur signa la fameuse charte du 4 mars. 

On vit alors quelle faute les membres de I'ancien comit6 
supSrieur avaient commise en abdiquant leurs pouvoirs entre les 
mains du Patriarche. Tandis que FAutriche recueillait le fruit des 
victoires si chferement achetees par les Serbes, des officiers d6- 
tach6s par Windischgratz poursuivaient sans piti6 les dcmiers 
restes de Tinsurrection. Partout le drapeau national fut remplac6 
par les couleurs imperiales, les comit6s dissous par la force, les 
villages d6sarm6s, enfin la langue allemande fut de nouveau in- 
troduite dans les Confins. Rajacic essaya vainement quelques re- 
montrances; on le savait faible, ennemi lui-mfime des id6es lib6- 
rales et sa voix ne pouvait fetre 6cout6e. Le sentiment public 
le comprit done dans la reprobation universelle dont le g6n6- 
ralissime autrichien fut I'objet, quaud, foulant aux pieds la pa- 
tente du 15 d6cembre, il 6tendit aux territoires serbes la loi 
martiale qu^il avait proclamee dans les comitats magyars. 

„Voili, dit le Napredak, comment on nous traite dfes 
aigourdliui, tandis que nos guerriers sont encore sons les armes, 
que le vaillant Knicanin est au milieu de nous, avec nos fr^res 
h^rofques; qu'adviendra-t-il de nous quand cette protection nous 





266 Chnstttution du 4 man 1849, 

aura 6t6 retir6e, ainsi que cela semble 6tre r6solu en haut lieu ?" ^ 
En effet, en ce moment mfeme, le gouveraement serbe, cedant 
la pression des consuls occidentaux, rappelait Enicanin et se 
12.000 volontaires. 

La constitution octroy6e par Francois-Joseph ne fiit gufei 
propre k calmer les esprits. Tout d'abord on remarqua que 
Voievodine ne figurait point au nombre des pays de la couronni 
le paragraphe 72®' qui la concemait, 6tait ainsi conQu: 

„La Voievodine de Serbie recevra une organisation, qui 
rantira son 6glise et sa nationality sur la base des anciens pri^ 
l^gcs et des declarations imp6riales. 

„La reunion de la Voievodine avec un autre pays de la 

couronne sera d6tennin6e par une resolution sp^ciale prise d'accczaord 
avec ses deputes." 

Ainsi, les Serbes n'obtenaient cette fois encore qu^une p '^■ro- 
messe, et cette promesse devenait un vain mot avant d'av^s— ^oir 
regu un commencement d'ex6cution, puisque la Volfivodine, aa 

lieu d'etre un territoire autonome devait fetre reunie k quel^*- qae 
autre pays de la couronne. Mais la disposition relative aux Con- ^jfins 
militaires etait plus defavorable encore. 

^L'institution des Gonfins militaires cre^e pour d^fendre l^H'in' 
tegrite de Tempire, est maintenue, portait le paragraphe 73* d^Hans 
son organisation militaire, et reste soumise, comme une partie in- 

tegiante de rarm6e imperiale, au pouvoir executif de Fem i lire. 

Un statut particulier accordera aux habitants des Confins, qi^Hiant 
h, la propriete fonciere, les mSmes adoucissements qui ont tit 
concedes aux habitants des autres pays de la couronne." 

VoilSi done oil devaient aboutir les victoircs remportec^s en 
defendant la cause imperiale! Les Confins subsistaient, sepewi^ 
non seulement de la Voievodine, mais, pour ainsi dire, du r^csfe 
du monde, par des institutions d'un autre ftge. Le Patriarchs eU 
dft protester de toutes ses forces contre des dispositions a^nm 
pen conformes h, ce que les Serbes etaient en droit d*e8p6rer; i 
ne le fit point, et Mayerhofer, recemment promu au grade de 
general, ayant 6te nomme commandant en chef de la Backa et 
du Banat, il eut la faiblesse d'accepter auprfes de lui les fonctions 
de commissaire civil (21 mars / 2 avril).'^) 

*) Napredak du 27 f6vrier/ 11 mars, n^ 14. 

') Le texte du billet autographe par Icquel TEnipereur avait appel6 Rft' 
jacic k COS fonctions est rapports par Stoja^kovid, Hepre, pp. 88 sqq 



Todorovi6 ahandonne la Itgne de la Tina, 267 

n n'y eut qu'une voix dans tout le pays pour r6prouver la 
condescendance de Rajacic. Des deputations de Karlovci et d'un 
^nd nombre de communes voisines le pressferent de convoquer 
ine assembl6e nationale ; il r6pondit qu'il n*en avait plus le droit. 
\lors une reunion tenue k Zemun, dans la ville mfeme oil le Pa- 
riarche s'6tait r6fugi6, d^clara qu'il 6tait urgent de le soumettre 
I la surveillance d'un conseil supreme qui lui prescrirait les me- 
ures h prendre; il fallait qu'il intervint directement auprfes de la 
Jour pour obtenir la revocation des ordres violents de Windisch- 
ratz. II etait d'autant plus indispensable de nommer ce conseil 
ue les nouvelles du th64tre de la guerre 6taient mauvaises et qu'il 
Uait peut-fetre devenir n6cessaire de reformer rarm6e nationale. 

La bataille de Kapolna que les Imp^riaux avaient consid^ree 
>mme un avantage d6cisif, n'6tait que le premier acte du plan 
e campagne arr6t6 a Debreczen. Les Magyars avaient r^ussi a 
>nstituer d'imposantes arrases commandoes par des chefe tels 
ue Perczel, Bem, Gorgey, sans parler de D^binski qui dut c6der 
I place k Gorgey, et se portaient, avec une vigueur inouie du 
sntre aux extr6mit6s du pays. Les troupes autrichiennes durent 
Itrograder jusqu'a Pest, oil elles ne purent se maintenir, et ne 
irent pas plus heureuses dans le sud. Windischgratz, non moins 
icapable comme gOnOral que froidement cruel, ne se r6signait 
i£me pas k laisser agir ses auxiliaires. 

Loin de seconder Todorovic, qui cherchait k d6bloquer Arad, 
I'entrava dans ses mouvements, lui retira les forces sur les- 
uelles il comptait et le laissa battre. On edt dit que les Imp6- 
iaux mOcontents de devoir aux Serbes la conqu^te de la Backa, 
oulaient y laisser revenir Tennemi, pour le chasser ensuite eux- 
igmes. Todorovid dut se replier devant Perczel, 6vacuer succes- 
ivement Sirig, Gjala, Kanjiza, Senta, Ada, Stari Bece, tandis 
ue les Magyars enlevaient les camps de Vrbas et de 6-K6r, ra- 
itaillaient Petrovaradin et y trouvaient trois solides bataillons 
vec du canon. Szent-Tamas tenait encore, mais la position 6tait 
oumOe ; Windischgratz, qui, dans son aveugle prOsomption, n'avait 
ien fait pour Fappuyer, etait hors d'etat de le secourir. Perczel 
.dressa des sommations a la place. 

D n'y avait k Szent-Tamds qu'un bataillon de volontaires, 
t compagnies de Tchaikistes, 4 compagnies du regiment de Pe- 
rovaradin et 200 Serbes de la Principaut6, qui etaient restfis 
iprfes le d6part de Knicanin, plus 8 petites pieces d'artillerie. 



268 Prise de Sz&U-Tamds, — ^ttuUion ddsespirie det Serhet. 

Cette faible gamison 6tait pourtant r^solue k se d6fendre. Bosnii 
et StefanoYi(i, qui la commandaient, r^pondirent avec indignation 
aux sommations de Perczel, et prirent leurs dispositions pour la 
resistance. Le chef hongrois avait sous ses ordres 10.000 hommes: fl 
n'en fit qu'une colonne, et marcha sur la tfete de pont avec 4 
batteries (22 mars / 3 avril). La poudrifere serbe fit explosion, et 
le village tomba aux mains 4e rennemi. Alors eurent lieu des 
scenes de devastation et de carnage plus horribles encore que 
celles qui avaient d^jd. marqu6 cette guerre funeste. Les 6 com- 
'pagnies r6guliferes et les 200 hommes qui avaient inutilement (mj- 
cupe la lignc de Yrbas, sur laquelle il avait paru probable que 
Perczel porterait son principal effort, sacrififerent la moitii des 
leurs, mais r6ussirent k gagner Bece. Quelques troupes s'y refor- 
m^rent, mais Todorovid, ayant abandonn^ Kikinda, puis Beckerek, 
pour t&cher de couvrir Titel, Perczel en eut facilement raison. 

Dans Tentre-temps, Bem, maitre de la Transylvanie, p£n6- 
trait dans le Banat, occupait Kardnsebes et Lugo§ et menafait 
VrSac. Le Patriarche n'avait que le temps de se r6fugier k Zemun, 
en proie au d6sespoir. Peut-etre comprenait-il la faute qu'il avait 
commise en livrant ses compatriotes pieds et poings 1168 am 
ineptes g6n6raux qu'il plaisait k la Cour de mettre k la t6te de 
ses armees. Le d^couragement fut si grand que des milliers de 
fugitifs, hommes, femmes, enfants, quitt^rent tout pour passer le 
Danube et se r6fugier en Sirmie. Personne n'6couta plus la voix 
de RajaCid, ni celle de^ Mayerhofer, qu'on accusait tons deux plus 
que le malheureux Todorovic. II ne resta plus d'autre ressource 
au Patriarche que de s'adresser k Knicanin. Celui-ci se rendit i 
Karlovci le 27 mars / 7 avril, poussa une reconnaissance jusqu'i 
Titel, et d6clara que la lutte 6tait desormais impossible. 

Stratimirovic 6tait le seul g6u6ral sur qui les Serbes pus- 
sent encore compter. Etouffant son ressentiment .personnel. et 
comptant sur le patriotisme 6prouv6 du jeune officier, Rajacic lui 
confia les d6bris 6pars dejrarm6e nationale. Stratimirovic nliesita 
pas; il debarqua pr6s de Titel, comme les Tchaiikistes 6vacuaient 
la place; il les y retint, anfcta les fuyards, fit rechercher les 
armes cach6es dans les marais, et parvint k faire partager a ses 
soldats Tardeur dont il 6tait anime. Un major serbe, Milivoje 
Petrovic, qui joua plus tard un grand role dans Thistoire de la 
Principaut6 sous le nom de Blaznavac, lui amena 1.200 hommes; 
les volontaires repronant courage accoururent du Banat et dc la 



Welden remplace WiadUdigrtltz, 269 

acka; en quelques jours, Stratimirovic eut r^uni 4.000 bommes 
ir le plateau de Titel et derri^re les digues de Mo§orin. 

„Les combats vraiment h6roiques de cette petite troupe sous 
s ordres de Stratimirovic, de Stefanovic et de Milivoje Petrovic 
rent la demi^re explosion de Tentbousiasme national; les jour- 
tes de MoSorin, de Vilovo et de Kafi, les demiferes que Thistoire 
isse enregistrer comme appartenant k Tinsurrection serbe. Elles 
ip6chferent que les territoires serbes tombassent entiferement 
tre les mains des Magyars, elles 6viterent aux g6n6raux autri- 
iens la peine de les reconqu^rir pour la monarchies elles as- 
rferent atix Serbes le droit de dire qu'ils avaient conserv6 le 
I de la Vottvodine avec leurs propres armes."*) 

Par sa politique insens^e, laCour s'^tait mise h deux doigts 
I sa perte ; les Slaves lui restaient encore fidMes, mais ils ne 
itaient qu'i regret. lis s'6taient jet6s dans le mouvement de 
;48 avec la pens6e qu'ils obtiendraient k leur tour les libert6s 
le Ferdinand avait reconnues aux Magyars; ils itaient frustr^s 
\ leurs esp6rances, places entre une reaction allemande qui 
lulait tout absorber k son prolit et le parti hongrois tout aussi 
ispotique et d6cid6 a poursuivre la. guerre. Si Kossuth et ses 
Ungues itaient revenus a des id^es plus raisonnables, s'ils avaient 
^oci^ avec les Slaves, en leur donnant de s6rieuses garanties, 
mt-6tre TAutriche eiit-elle 6t6 une bonne fois r6duite a ses 
>8sessions purement allemandes; par malheur, les chefs de Tin- 
irrection 6taient pouss6s en avant par des Polonais, qui croyaient 
irvir leur infortun6 pays, en combattant partout les Slaves. 
3 ne firent aucune d-marche dans cette voie, et laisserent a la 
our le temps de s'entendre avec ces demiers. On leur sacrifia 
rindischgratz, dont le nom 6tait un objet de haine universelle; 
1 lui donna pour successeur le lieutenant-mar^chal Welden, qui 
«ta de se rapprocher de Jelacic (aviil). Le Ban, qui, des la 
lamSe de Edpolna, avait eu de graves d6m^l6^ avec le feld-ma- 
^chal, n'avait pas voulu supporter ind^finiment ses actes arbi- 
aires. Quoiqu'il ne se piquat point d*6tre lui-mfeme ce qu'on 
[>pelle un lib6ral, il avait protest6 contre les moyens de terreur 
ixquels Windischgratz avait recours et contre son penchant a 
mt soumettre aux Allemands. Lorsque les troupes imp^riales 



•) Die Serhtiehe Bewegung. pp. 276 sq. C'est ici que B'arrfite cet excellent 



270 InttrcetUion de la Russie en Hongrte. 

durent abandonner Pest (22 avril), il se retim en Croatie, et iM 
parattre un manifeste dans lequel il se plaignait vivement des in- 
jures dont les Slaves 6taient victimes. 

Le successeur de Windischgratz avait pour mission de s*en— 
tendre avec Jelacic et d'op6rer de concert avec lui; e'est qu'ec: 
eifet les centralistes allemands comptaient presque uniquement 
sur les Slaves pour terminer la guerre. Welden fondit let. 
troupes serbes dans son ann6e, et Stratimirovic n'eut plus qu' ' 
se d6mettre de ses fonctions. Jelafiic, charg6 d'arrfeter rennen:::^ 
vers le sud, prit Osjek pour base d'op6ration; mais Perczel ^ 
Guyon lui tinrent tfite, en sorte qu'il ne put avancer que Ic^ 
tement. 

A Touest et k I'est de la Hongrie, les Imp6riaux se trc^i] 
vaient chaque jour dans une situation plus critique; ils ^tai^j^/ 
perdus si quelque secours inattendu ne leur arrivait. Fran^ojs^ 
Joseph, nourri pourtant dans la haine de la Russic, se jeta dam 
les bras du Tsar. Nicolas, qui occupait d^ja la Yalachie et h 
Moldavie, 6tait tout dispose a intervenir; il trouvait dans cette 
resolution Tavantage de donner aux Slaves de rAutriche one 
preuve de son bon vouloir, et plus encore de combattre les idto 
r^volutionnaires que les Magyars repr6sentaient alors aux yeux de 
TEurope. 

Dfes le 1" f^vrier, a la demande du g6n6ral autrichien Puchner 
ainsi que des Roumains et des Saxons de la Transylvanie, 10.000 
Russes avaient franchi les Garpatbes et occup6 Sibiu (Hermann- 
stadt), dont Bern 6tait sur le point de s'emparer ; mais, k cette 
epoque la Cour se croyant en 6tat de dompter Tinsurrection avec 
ses seules forces, avait bl4m6 Puchner et Tavait contraint de prier 
ses auxiliaires de quitter la Transylvanie. Maintenant rEmpereor 
en 6tait r6duit k solliciter I'assistance qu'il avait refus6e deux 
mois plus tot. n pressa les n^gociations avec la Russie, et Ni* 
colas promit son concours. A cette nouvelle, le gouvememait 
magyar prononga la d6ch6ance de la dynastie et proclama Kossuth 
president de la r6publique (14 avril). 

Le feld-mar6chal prince Paskjevifi d'Erivan, k qui fat confii 
le commandement des troupes russes en Hongrie, ne comment 
les operations qu'au mois de juin. Dans I'intervalle, Welden avait 
fait place au lieutenant-marechal Haynau, homme d^e ^neigie 
sauvage, qui paraissait plus capable que tout autre de venir i 
bout de rinsurrection. Haynau, non moins d^dd^ que Windisch- 



Capitulation de Gorget/ ii Vtldgos. 271 

,tz ii vaincre par la terreur, mais ayant dc plus que lui de 
itables talents militaires, entra vivement en campagne. II en- 
a Gy5r (Raab) k Tennemi et, laissant derrifere lui Eom&rom 
)inorn), qu'il ne put emporter, s'avan^a rapidement vers le sud- 

En m6me temps Paskjevic marchait vers le nord et Jelacic 
frayait un passage au midi. Au commencement de juillet, ce 
nier occupait le centre de la Backa; d^ja il avait relev^ le 
ap de Vrbac, et se mettait en mesure d'occuper Hegyes, quand 
'czel et Bern Tattaquferent k Timproviste et rejeterent ses 
upes en d6sordre. H ne put les reformer que sur la rive de 
mie et dut exiger des Creates de nouveaux sacrifices, tandis 
) Tennemi avait d6gag6 Petrovaradin et br&16 Novi Sad. 

Heureusement pour les Serbes, Haynau, Paskjevic, Nugent, 
)tenhelm et Luders deployferent des forces centre lesquelles 
Magyars ne purent r6sister. Se sentant prfes de succomber, ils 
g^rent, mais ils song^rent trop tard k faire des concessions 
: Slaves. Kossuth, oblig6 de se r6fugier k Szeged, avait re- 
jiu les droits des Roumains (16 juillet); il dut fuir cette ville 
ir s'abriter derri^re les remparts d'Arad, et c'est la qu'il signa 
; proclamation dans laquelle il implorait Taide des nations non- 
gyares, leur promettant a toutes une existence autonome ; cette 
clamation ne fut m^me pas connue dans le camp ennemi. Hay- 
i, poursuivant le cours de ses succfes, descendit vers la Tisza, 
npara de Szeged sans coup f^rir, et d6bloqua Temesvar (9 aoiit). 
i;e forteresse, qui pendant plusieurs semaines avait 6t6 le seul 
nt que les troupes imperiales occupassent encore dans le 
lat, 6tait assi6g6e depuis le 25 avril; il 6tait grand temps 
elle fftt d61ivr6e. 

La prise de Temesvdr fut la demifere operation de la cam- 
5ne; trois jours aprfes, G5rgey, rest6 seul k la tfete de I'insur- 
tion posa les armes k Yildgos. 

Ainsi finit la lutte des Magyars centre I'Autriche, lutte qui 
fut pas sans gloire et dans laquelle ils auraient sans doute 
)mph6 s'ils avaient su faire entrer dans leurs int6r6ts les po- 
ations slaves, s'ils n'avaient rendu possible I'intervention de la 
ssie. L'origine du conflit en rendait Tissue fatale. 

n n'appartient pas a cette histoire de raconter les horribles 
ir6sailles auxquelles TAutriche triomphante se livra centre tons 
IX qui de pr^s ou de loin avaient pris part k Tinsurrection ni 
Dum^rer les victimes que les tribunaux militaires envoy^rent 



2 La Cour dicUlt la cr^tion d^une VoUoodtM. 

a supplice. Les peuples qui avaient eu le plus Jt souffirir de 
)rutalit6 des Magyars, nc purent voir sans fir6mir des mesureaa 
aussi violentes; elles ne presageaient rien de favorable poor eux — 
m£mes. 

Us ne tardferent pas en eifet It ressentir le contre-couptc 
de cette repression. Les Serbes furent immediatement d^sarmSs^e- 
leur administration nationalc dissoute, leurs joumaux interdit^ 
avec la m6me rigueur que les journaux magyars. Les membre^ 
de Tancien comit6 sup^rieur furent expulses du pays comm^ 
agitateurs; cnfin il n'est pas jnsqu'au drapeau serbe aaquel ok-. 
ne fit la guerre. 

On ne pouvait s*attendre, dans de semblables circonstance ^s. 
a cc que la constitution de la Voi*6vodine r6pondlt aux d6si — :- 
exprim6s par les Serbes. Pourtant la Cour de Vienne eftt crai^::::^ 
en ecartant cette question, de froisser le Tsar, qui s'int^ressi^^ j/ 
sinon aux Slaves en g6n6ral, du moins a ses cor^ligionnaire^^i; 
et dfes que les ^vSnements militaires cureut pris en Ilongrie c^jfe 
toumure plus favorable aux armes imp6rialcs, elle s'^tait inquifef^ 
d'y donner une solution. Le Patriarche, relev6de ses fonctions de 
commissaire civil, avait 6t6 mandd h Vienne pour prendre pa/i( 
de concert avec quelques representants de la nation, h des n^go- 
ciations avec le ministfere.'^) 

Les n^gociations se prolong^rent pendant quatre mois. Enfio, 
le 17 novembre 1849, Schwarzenberg et ses coU^es prisenthrent 
h TEmpereur un long rapport dans lequel ils exposaient sonunai- 
rement Thistoire des Serbes de Hongrie, rappelaient leur fidiiiti 
a la maison d'Autriche, les services qu'ils lui avaient rendus avant 
et pendant Finsurrection hongroise, et coucluaient a ce que leurs 
voeux fiissent pris en consideration. Ce rapport, dont M. Stojac- 
kovic nous a conserve le texte,') regut la sanction souveraine, e' 
les conclusions auxquelles il aboutissait furent ins6r£es dans ! 
patente du 18 novembre. Voici la traduction int6grale de ce d 
cument : 

„Nous Frangois Joseph I®', etc. 



') Ce qui montre bien cette preoccupation dc Nicolas, c'est qu'il f 
tribuer k ses frais de nouveaux livres liturgiques aux 6glises 
que les Magyars avaient pill^es. 

') Yoyez dans Stojackovic (Mepre, p. 94), la Icttre adre8s6e par P£7 
an Patriarche, k la date du 11 juillet 1849. 

■) Hepre, pp. 96—139. 



Patente du i8 novenibve 1801. 273 

„Avon8, conform^ment k Notre patente du 15 d^cembre 1848, 
et aux paragrapbes 1 et 72 de la Constitution de FEmpire, rSsolu 
et ordonn6 ce qui suit, sur la proposition de Notre conseil des 
ministres : 

„Du territoire compris dans les comitats actuels de Bdcs- 
Bodrog, de Torontdl, de la Temes, et de Krasso (la Backa et le 
Banat), et dans les districts de Ruma et dllok du comitat de 
Sirmie, est form6 provisoirement, et pour aussi longtemps qu'il 
n'aura pas 6t6 statu6 d^finitivement et par les voies constitution* 
nelles sur la situation organique de ces pays dans Notre Empire, 
ou sur leur reunion k un autre pays de la Couronne, un terri- 
toire administratif distinct, dont Padministration, ind6pendante de 
celle de la Hongrie, sera dirigee par des autoritis provinciales, 
relevant directement de Notre ministfere. Ce territoire portera le 
nom de Voi^vodine de Serbie et Banat de la Temes. 

„Nous Nous r6servons de r6gler provisoirement, par une 
ordonnance particuli^re, conform^ment k ce qui existe dans les 
autres pays de la Couronne et d'apr^s les principes de la consti- 
tution de I'Empire, la representation provinciale de ces pays, et la 
part attribute k leurs habitants dans la repr6sentation de TEmpire. 

„Nous trouvons bon de coniier la direction de Tadministration 
de la province, a un chef provisoire, ayant son si6ge k Temesvar, 
et qui sera assists d'un commissaire minist^riel, pour Torganisation 
de Tadministration civile. 

„Consid6rant les int6r6ts particuliers des diverses populations 
qui habitent ces pays. Nous ordonnons que le territoire soit di- 
vis6 en trois grands cercles administratifs, r6pondant aux trois 
principales nations qui Thabitent, que cliacun desdits cercles 
soit subdivis6 en districts, et qu'un projet d'ordonnance, relatif k 
Torganisation et aux attributions de leurs organes administratifs 
et repr6sentatifs (chefs de cerclc et de district, conseils de cercle 
et de district), soit soumis k Notre sanction. 

„Les districts de Ruma et dllok en Sirmie, et les parties 
de la Backa et des comitats dc la Temes et de Torontdl habit6es 
principalement par des Serbes, formeront provisoirement un cercle 
particulier de ce temtoire, celui de la Voi6vodine de Serbie. 

„Relativement k la reunion de la Voicvodine de Serbie avec 
un autre pays de la Couronne, il sera statu6 aprfes que ses d6- 
putes auront 6te entendus, conform6ment au § 72' de la Consti- 
tution de TEmpire. 

18 



274 Citation de la Vo'Uvodinc de Scrhie, 

„Afiii (le (lonner a la nation serbe de Notre Empire, confor- 
m£ment aux voeux qu'elle nous a exprim^s, un t^moignage de re- 
connaissance qui bonore ses souvenirs nationaux et historiques, 
Nous sommes dispose h ajouter h Notre titre imperial celui de 
Grand-Voi'fevode de la Voievodine de Serbie" et k con- 
ferer au chef administratif du territoire de la Voievodine, qui 
sera nomme par Nous par intervalles, le titre de Vice -Voi6vode. 

„Nous attendons du peuple serbe que, fortifi6 dans son at- 
tachement et dans sa fid^lit^ envers Notre maison imp^riale, par 
le durable t^moignage que Nous lui donnons actuellement de Notre 
bienveillance et de Notre gr^rce, il verra dans un lien intime avee 
la monarchic tout enti^re, dans une union pacifique et bien r^l^e 
de nations jouissant dcs m^mes droits et dans une £gale parti- 
cipation aux institutions accord6es h tons les peuples de Notre 
Empire, le gage le plus silr de son developpement progressif, de 
sa prosp6rit6 croissante et de celle du pays qu'il habite. 

„Donn6 dans Notre capitale et r6sidence de Vienne, le 18 
novembre 1849." 

Un d6cret imperial du meme jour nomma le g£n§ral Ferdi- 
nand Mayerhofer de Grunbfllil chef provisoire de la province.*) 



') Le JeioDHc de 1866 contient (pp. 136—216) de tr^s curieuses lettros de 
Jelacic, Cmojevic, Hrabovsky, Stratimirovic, Knicanin, etc., relatives aux 
^venements de 1848. U est k d6sirer que cette publication soit continaee. 



VITL 



Histoire des Serbes de Hongrie depuis Pinsurrection hongroise jusqa'k nos 
jours. — Suppression de la Volevodine de Serbie. — Le Doalisme austro- 

hongrois et ses cons^qaences (1849—1873). 



Aprfes 



avoir raconte comment les Serbes obtmrent en 1791 
la jouissance des droits civils, nous avons dfi montrer combien 
cette concession 6tait illusoire; notre role d'historien nous force 
de faire maintenant encore les m&mes reflexions. La creation de 
la Voi(6vodine avait pu etre consid6r6e par le Tsar et par une 
partie des Serbes eux-m&mes comme une mesure favorable, mais, 
si Ton examine le fond des choses, on reconnait bien vite que les 
avantages accord6s aux Serbes ne furent guere plus s^eux en 
1849 qu'en 1791. 

Aussitot apr^s la paix, le general Mayerhofer, ii qui TEm- 
pereur avait adjoint Griez de Ronse en qualite de commissaire 
minist^riel, entreprit de donner a la Voievodine et au Banat Tor- 
ganisation qui leur avait 6t6 promise. Ge fut T^poque des taton- 
nements et des incertitudes. On ne savait m£me pas k Vienne ce 
qu'on voulait faire. Quel devait 6tre Tembarras des malheureux 
fonctionnaires charges d'ex^cuter des ordres contradictoires ! 

Par, moments, la peur du panslavisme, de cet ennemi non 
moins imaginaire qu'invisible, s'emparait du gouvemement central, 
n prescrivait alors des mesures de rigueur cpntre les patriotes 
serbes. C'est ainsi que larchimandrite Stamatovid fut arrets a 
Novi-Sad et conduit h Temesvdr (f^vrier 1851). Deux mois apr^s, 
des voyageurs boh^mes fiirent emprisonn^s i Zemun et accuses 

18* 



276 Introduction du syst^me de Bach, 

d'avoir voulu cimenter ralliance des Slaves du sud avec les Slaves 
du nord. On congoit que des prOc6d6s aussi arbitraires devaient 
inspirer k la population serbe de vives apprehensions.^) 

Une autre source dMnqui6tudes, 6tait le peu de stabilit6 des 
institutions. A la fin de 1850, le commissariat institu6 k Temesvir, 
fit place a une administration provinciale; des commissaires du 
gouvemement furent institu^s dans les anciens comitats et ser- 
virent d'interm6diaires entre les populations et le chef de Tadmi- 
nistration. 

Au mois de juillet 1851, Mayerhofer, degoilt6 de la t4che 
qui lui 6tait confine, ne sachant s'il devait se toumer davantage du 
c6t6 des Serbes ou des Allemands, se retira dans la vie priv6e. 
Avec lui disparut le titre mfime de vice-voi6vode qui, k la v6rit6, 
n'avait gufere de sens alors qu'on imposait aux Serbes un etranger. 
Le lieutenant-marfichal comte Coronini-Cronberg, qui commandait 
k Temesvar, fut alors investi des pouvoirs civils et militaires. 
C'est lui qui contribua le plus a d6velopper dans le pays la bu- 
reaucratic autrichienne. H pla^a partout des fonctionnaires alle- 
mands, prescrivit Tusage exclusif de la langue allemande dans 
I'administration, et pr6tendit gouvemer la Voi'6vodine et le Banat 
comme un regiment. 

Bach, rcste seul k la t6te du Cabinet viennois k la mort de 
Schwarzenberg (5 avril 1852), poussa Coronini de plus en plus 
dans cette voie. FrauQois-Joseph, qui visita la Hongrie m^ridionale 
dans le courant de cette ann^e, lui donna sa haute approbation, 
et ne s'apergut mfeme pas que Ffitat de choses actuel 6tait en op- 
position avec les termes de la patente du 18 novembre 1849. Au 
mois de mai 1853, Torganisation de la Yoi'^vodine et du Banat 
fut complet6e; le pays fut divis6 en 5 cercles: Lugos, Temesvar, 
Beckerek, Novi-Sad et Sombor. C'est alors que le systfeme de 
Bach fonctionna dans sa plenitude. Aujourd'hui encore, on parte 
avec un certain effroi de ce temps ou les mesures de Joseph n 



^) La pear da panslavisme porta le goayemement aatrichien k faire la 
guerre k I'alphabet cyrillien, qui avait le malheur d'etre en usage chez 
les Russes. On entreprit de Penlever k la fois aux Serbes et aux Ru- 
thanes. Ge n'est qu'li la date du 4 septembre 1860 que le journal offi- 
ciel de Temesvdr (Temesvarer Zeitung) pnblia un arr6t6 portant qu'il 
serait permis aux habitants de remettre aux autorit6s des actes 6critt 
avec les lettres cyrilliennes ! 



IdavvaUe constitution de la Votivodine, 27? 

paraissaient remises en vigueur, pour assurer la germanisation de 
la monarchie. 

Sur un point pourtant le syst^me de Bach £tait plus dur 
que celui de I'empereur philosophe ; il respectait moins la liberty 
individuelle et favorisait par tous les moyens Tinfluence cl6ricale. 
Inutile de faire remarquer que le clerg6 catholique profitait seul 
de ces tendances, qui devaient produire le concordat de 1855. 

Le parti ultramontain ne pouvait s'empfecher de reprocher 
int6rieurement aux Serbes leur attachement k T^glise orientale. 
Tout ce que ceux-ci avaient gagn6 aux luttes sanglantes de 1848 
et 1849, c'6tait de voir revenir le r6gime dont ils avaient 6t6 
victimes il y avait un sifecle. 

La Voifivodine ett 6t6 plus qu'un nom, si elle n'avait com- 
pris que le pays occup6 par les Serbes et ce pays tout entier; 
mais les Serbes de Hongrie se trouvaient s6par6s en trois groupes, 
ceux de la Yoi'^vodine, ceux des Gonfins et ceux qui appartenaieut 
encore k la Groatie, sans faire entrer en ligne de compte ceux 
de la Dalmatie. II r^sultait de cette division que les Serbes de 
la Yoi^vodine constituaient une minorit6 en face des Roumains, 
des Allemands et des Magyars qui peuplaient le reste de la province, 
et par 1^ sc voyaient r^duits a Timpuissance. Sans doute, PAs- 
sembl^e nationale de Karlovci avait reclame le Banat et la Bacika, 
mais sa pretention ne devait s'appliquer qu'aux regions habit6es 
par les Serbes. La chose avait 6t6 ainsi comprise k Yienne; la 
patente de novembre 1849 avait eflfectivement d6cide que les ter- 
litoires serbes seraient coustitu^s a part et formeraient seuls la 
Vottvodine; mais, en fait la separation n'avait pas 6t6 op6r6e. 
Le Banat et la Backa, avec une faible portion de la Sirmie, etaient 
r6unis dans les m^mes mains, et les Serbes n'^taient plus chez 
eux. En outre, trfes-peu d'entre eux furent admis dans I'adminis- 
tration ; on edt dit que dans la Yoii6vodine serbe, telle que Tavaient 
imagin^e Bach et Goronini, il y avait place pour des fonctionnaires 
de toutes les parties de Tempire, excepts pour des Serbes 1 

Yoici comment, M. Stojackovic r6sumait quelques ann6es plus 
tard les voeux de ses compatriotes.^) Quatre pai'tis se trouvaient 
en presence, tous ^galement ^loign^s de la solution adoptee par 
le Cabinet de Yienne: 



^) Recht8verh&ltniBse> pp. 43—47. 



278 ProjeU divers pour VorganiscUion de la Vof^odtne. 

Dans une premiere opinion, la Vo'i^vodine devait fetre com- 
pos6e, conform^ment k la patente du 18 novembre 1849, de8 
districts de Ruma et d'Dok en Sirmie et des parties des comitats 
de Bdcs-Bodrog, de Torontdl et de la Temes, oil la majority de la 
population 6tait serbe. A la t&te de la Vol'6vodine devait fetre un 
YoK^Yode relevant imm^diatement du pouYoir central 6tabli k Vienne. 

Dans un second syst^me, la Voi^vodine, ainsi constitute, ad- 
ministr^e par un voi'6vode, devait fetre rfeunie au royaume triuni- 
taire de Dalmatie, Croatie et Slavonie, ainsi que I'avait dfedd^ 
Tassemblfee nationals de Earlovci, et rattachfee comme ce royaume 
k la Couronne hongroise. 

D'aprfes un troisifeme parti, laVoT^vodine, constitufee sur les bases 
qui viennent d'fetre indiqu^es, devait former & elle seule une pars 
adnexa du royaume de Hongrie, au mfeme titre que la Croatie. 

Ceux qui soutenaient ces trois systfemes fetaient d'accord 
pour declarer qu'aucun changement ne pouvait fetre opfer6 sans 
qu'on eAt entendu les Serbes, par I'organe de leurs d^putfes^ 
ainsi que Tavait promis la patente de novembre. 

Dans une quatrifeme opinion longuement dfeveloppfee par 
Stojackovid, la Voi'fevodine eftt 6t6 purement et simplement r6un 
a la Hongrie et remplacfee par I'organisation suivante. Trois 
mitats eussent 6tfe considferfes comme territoires serbes : le comit:,««. 
de Sirmie formi des districts de Ruma et d*Ilok, avec Karlo 
pour chef lieu, ou Ruma, s'il n'fetait pas possible d'enlever Karlo 
aux Confins militaires, le comitat de Bacs, comprenant la 
m^ridionale du comitat actuel de B&cs-Bodrog et le comitat 
Toront&l, dont les limites auraient Stfe remanifees de fa^n 
faire entrer tons les territoiies occupfes par les Serbes dans 1« 
comitats actuels de Torontdl et de la Temes, les Roumains c( 
les Allemands restant naturellement en dehors. Ces trois comit;£irts 
eussent fetfe reprfesentfes comme les autres k la Difete hongrol^6. 
Le voi6vode, mis k la tfete de cette nouvelle Votevodine, eftt ^ti 
de droit f5ispdn (comes perpetuus) du comitat deB&cs; il ^n 
eftt fetfe de mfeme du patriarche pour le comitat de Sirmie; qti»i»t 
au f5ispin de Torontdl, il eftt fetfe nommfe sur la proposition ^^ 
vol'fevode. Celui-ci auralt fetfe considferfe comme baro reg^i 
major, et aurait siegfe k laDifete hongroise immfediatement apr^ 
le Ban de Croatie. Nous ne nous arrfeterons pas k d'autres piiots 
de detail, dont le plus important 6tait que la langue serbe de- 
viendrait la langue officielle des trois comitats serbes. 



^r(Uimirovi6 tt Nugent au MorUhUgro, 2t9 

Quant aux Confins, les d^fenseurs des quatre syst^mes que 
nous avons exposes 6taient d'accord pour reclamer la reunion k 
la Voi6vodine des territoires habites par les Serbes, d^s que I'ad- 
ministration civile aurait remplace le regime militaire. Le mini- 
stfere autrichien n'6tait du reste rien moius que dispos6 a laisser 
entamer les Confins, qu'il avait fait rentrer dans la discipline ac- 
coutumee. La seule r6forme dont cette partie de la monarchic 
eut a se louer fut introduite par la loi organique du 7 mai 1850. 
Le Grenzer, jusque \h, simple usager du domaine de T^tat, devint, 
dans une certaine mesure, proprietaire du sol qu'il occupait; les 
villes d^sign^es sous le nom de conmiunes des Confins (M i 1 i t £L r- 
grenz-Kommunitaten) regureut une organisation municipale 
plus conforme k leurs besoins; mais ce fut tout. Les autres re- 
formes, dont il avait pu etre question, restferent en projet, et fu- 
rent examinees dans les joumaux serbes, en mfeme temps que la 
constitution de la Voi6vodine. 

Plusieurs ann6es se pass^rent ainsi en discussions st^riles. 
Ces discussions trouverent un aliment nouveau dans les 6v6nc- 
ments du Mont6n6gro. Peu de temps apr^s la mort de ]'6veque 
Pierre II (octobre 1851), la Porte, hesitant i reconnaitre le prince 
Danilo, chercha querelle aux habitants de la montagne ; les Serbes 
de la Hongrie et de la Principaut^, comme ceux de la Bosnie et 
de rHerz6govine, embrassferent alors avec ardeur la cause de leurs 
frferes. L'administration autrichienne s'alarma; elle vit dans des 
t^moignages de sympathie malheureusement improductifs une agi- 
tation panslaviste encouragee par la Bussie, et r^solut de les r6- 
primer 6nergiquement. La directeur du Srbski Dnevnik de 
Novi Sad, Daniel Medakovic, fut menac6 de poursuites par le gou- 
vemeur de la Voi'^vodine (decembre 1852). 

Un moment, les Serbes eurent une lueur d*espoir. Le Cabinet 
autrichien, d6sirant cr6er des embarras k la Porte, coupable d'avoir 
donnS asile aux r6fugi6s hongrois, intervint k Constantinople et 
seconda secr^tement les efforts des Montenegrins. Gr&ce k ce 
changement d'attitude, Stratimirovic et Nugent purent rejoindre 
les combattants Chretiens; Tarm^e imp6riale leur foumit m6rae 
des secours, mais ces bonnes dispositions ne furent pas de longue 
durSe. Le ministere viennnois se contenta de quelques 16gferes 
concessions que lui fit le gouvemement ottoman, et tout fut dit 
(f6vrier 1853). Les persecutions dirig6es contre les Slaves de la 
monarchic, pour les emp(^cher de se montrer sympatliiqucs aux 



280 Ouerres de CrimU el d'ltaiie. 

Montenegrins, recommencferent de plus belle. Des arrestations 
eurent lieu ik Zagreb; Gaj, I'apotre de Tunion illyrienne, fiit jete 
en piison (d6cembre). Quelques mois plus tard, r^v^que de Bude 
et plusieurs autres personnages influents parmi les Serbes eurent 
le mime sort. 

L'Autriche inaugurait ainsi la politique qu'elle suivit pen- 
dant la guerre de Crim6e. Les fonctionnaires de Bach continnaient 
durant ce temps leur administration, sans se laisser d^toumer de 
leur mission. Us etaient d'ailleurs soutenus par les rigueurs de 
retat de si6ge qui se prolong^rent en Hongrie jusqu'au 21 juin 1854 
Alors eut lieu Poccupation des Principaut6s par un corps d'ob- 
servation, dont Coronini eut le commandement. Des concentrations 
de troupes se firent en Transylvanie et dans le Banat Les popu- 
lations serbes et roumaines eurent la part principale dans les 
charges que cr^ferent ces mesures militaires. 

Nous passerons rapidement sur les annSes qui suivirent la 
guerre de Crim6e. Ces ann6es furent pour I'Europe une ^poque 
de repos ou plutdt de recueillement ; peu dUncidents dignes de 
fixer notre attention se produisirent dans la Hongrie meridionale. 

L'ann^e 1854 vit s'6teindre le vaillant d^fenseur de Toma- 
§eyac. Knicanin, a qui le gouvernement autrichien avait confirm 
le grade de general, mourut en Serbie k F&ge de 47 ans. Strati- 
mirovid, qui avait et6 confirme comme Knicanin, dans le grade de 
general, fut en butte aux poursuites des Magyars et contraint de 
quitter rarm6e avec une petite pension. II ne sut pas supporter 
la mauvaise fortune, comme il eftt dft s'eflForcer de le faire, apr^s 
avoir jou6 un role aussi marquant; il agit auprfes de I'Empereur, 
au risque de compromettre son caractfere jusqu'alors ind^pendant, 
et parvint k se faire r^tablir snr les cadres avec la pension de 
son grade. La mission qu'il avait remplie a Cetinje, et dans la- 
quelle il n'avait pas 6te assez menager des deniers imperiaux, inspira 
de legitimes defiances k ses partisans les plus d^voues. Nous le 
retrouverons un peu plus tard a la Difete hongroise. 

La guerre d'ltalie, en 1859, foumit aiix Serbes Toccasion de 
montrer une fois de plus leur fidelity envers la maison d'Autriche. 
Les troupes des Gonfins foumircnt un contingent considerable k 
Parm^e qui opdra dans les plaines de la Lombardie. Malheureuse 
destin^e que celle de ces soldats qui, soupirant eux-mftmes aprte 
la libeite, dcvaient imposer aux Italiens de nouvelles chatnesl 

Les defaites de Magenta et de Solferino portferent Francois- 



Prtmern pcurparlers etUre les Series et le$ Rofimairu. • 281 

Joseph k faire un retour sur sa politique des dcmiferes ann^es, 
et k rechercher si le moment n^etait pas venu de donner aux 
peuples de la monarchie des institutions moins despotiques. De 
tous c&t£s, les proc^d6s arbitraires des fonctionnaires allemands 
avaient excite le m^contentement public. La cMte de Bach et 
Tarrivfie aux affaires de Goluchowski et de Rechberg (aoftt 1859) 
pennirent d'espSrer quelques concessions. 

Pour s'6clairer, le nouveau ministfere r6solut de prendre 
Tavis de personnages choisis parmi les hommes marquants des 
diverses pays de la couronne, et organisa ce qu'on appela le 
Conseil de Tempire renforc6 (verstarkter Reichsrath). Le 
Patriarche et T^v^que de Temesvar Masirevid furent appel6s k 
repr6senter l^s Serbes dans cette assembl^e. 

Rajacic se rendit k Vienne; il y rencontra Pfevfeque grec- 
oriental de Transylvanie, Siaguna, celui de Bucovine, Hackmann, 
et deux propri6taires roumains, d6sign6s pour faire partie du 
Reichsrath : Andr6 Mocioni de Fenu, du Banat, et Nicolas Petrino, 
de la Bucovine. Ces demiers profitferent de la circonstance pour 
s'entretenir avec le Patriarche des difficult^s pendantes entre les 
Serbes et les Roumains. 

Nous avons i^jk parl6 ^) des conflits religieux survenus entre 
les deux peuples. 

Dans le domaine ecclesiastique, la situation des Roumains 
du rite grec-oriental 6tait beaucoup moins favorable que celle des 
Serbes. Dans le Banat et, au nord de la Maros, dans le diocese 
<VArad, tout le clerg6 6tait serbe; les prfttres roumains d'origine 
^taient obliges de recevoir leur instruction dans des 6coles serbes 
et de renoncer k leurs traditions nationales. Dans la Bucovine, 
l'6v&ch6, transports en 1784 de Radauti k Czemowitz, 6tait partag6 
entre les Roumains et les Ruth^nes; le prelat qui occupait ce 
si6ge depuis 1835, Eugfene Hackmann, pour ne pas fetre soup- 
^nn6 de partialit6 envers les uns ou envers les autres, s'6tait 
jet6 dans les bras des Allemands, et s'6tait fait Tagent de la pro- 
pagande germanique. En Transylvanie enfin, les Roumains avaient 
obtenu depuis la fin du dix-huiti^me si^cle la restauration de Te- 
\6ch6 grec-oriental, mais cet ev&ch6 avait 6t6 plac6 en principe 
dans la d6pendance du Metropolitain serbe et n'avait pas encore 
une situation bien dSfinie. Andre Siaguna, qui, depuis le mois de 



*) P. GO; of. p. 161, note 3. 



232 Dhielis religieax dea Series 6t dea Houniaini. 

Janvier 1848, 6tait plac^ k la tfite de ce diocese, voulait k tout 
prix se soustraire k Tautorite du Patriarche et constituer ime 6glise 
roumaine ind^pendante, comme les Serbes avaient la leur. 

Homme instruit, actif, ambitieux, Siaguna n'avait pas montr^ 
moins de d^vouement que Rajacic envers la famille impSriale, 
pendant rinsurrection de 1848 ; il se croyait done en droit, aussitot 
apr^s le r^tablissement de la paix, de r6clamer, k son tour, en 
faveur de ses compatriotes. D^s le commencement de la lutte, les 
Roumains, r6unis a Blasiu, le 3/15 mai 1848, avaient sollicit^ de 
TEmpereur la restauration de Tancienne m^tropole transylvaine.^) 
Les evenements s'etaient precipites, mais n'avaient point change 
les pretentions des Roumains. Trois petitions solennelles fiirent 
pr6sent6es par eux k Francois-Joseph pendant rann6 1849; des 
synodes tenus a Sibiu et a Arad, rann6e suivante appuy^rent cette 
demande; ce fut en vain. Siaguna, qui prenait la part principale 
dans ces d-marches n'obtint m^ine pas one r6ponse de la Cour. 

Le Patriarche, jaloux de son autorit^, plus dispose k com- 
mettre de nouveaux envahissements qu'a rien c6der de ce qu'il 
croyait son droit, r^ussit a mettre obstacle aux voeux des Rou- 
mains. Ceux-ci, qui dej^ se plaignaient d'avoir 6t^ sacrifi^s aux Serbes, 
lors de la creation de la Voi6vodine, se r6pandirent en recrimi- 
nations, et les relations entre les deux peuples s'envenim^rent. 
On ciiit,a Vienne que le moment 6tait propice pour determiner 
les Roumains k entrer en foule dans T^glise unie, et que leur 
aversion pour les prfitres serbes les porterait k se livrer aux J^- 
suites. Le nonce du Pape et le Primat catholique ne laiss^rent 
pas 6chapper Toccasion de montrer leur z^le Les Roumains sol- 
licitaient la creation d'une m^tropole grecque-orientale, on leur 
accorda la creation d'une m6tropole grecque-unie.*) 

Cette metropole eut pour si^ge nominal Alba lulia, mais 
pour si6ge effectif Blasiu; elle eut pour suffiragants r^vftque de 
Nagy-Vdrad, successeur de ce Melitee Kovac, dont nous avons 
racont6 la triste origine,') et deux nouveaux 6vfeques institu6s a 
Gherla (Szamos-Ujvdr) en Transylvanie, et k Lugos dans le Banat 

Peut-fetre crut-on k Vienne que les Roumains seraient con- 
tents de ce qu'on leur presentait comme une concession. On se 



') Pope'a, VechVa MetropoUa ortodosa romana a Transilvaniei, p. 165. 

^ RcBcrit imperial du 12 ddcembre 1860; bulle Ecclentm ChriBti da 26 

novembre 1853. 
=•) Voy. p. 118. 



HajaH^. 80?licite fa convoccUion (Vun Canfjrh« national, ^^^3 

flattait sans doute de les amener k ce premier pas, en faisant 
briller k leurs yeux les bienfaits de I'autonomie religieuse; puis, 
ce premier pas fait, on aurait toujours pu les rattacher a Tfiglise 
romaine par un lien plus 6troit.^) Du reste, le fait que nous 
Tenons de rapporter est bien conforme aux idees politiques au- 
trichiennes. Exciter les peuples de la monarchie les uns contre 
les autres, parattre leur faire des concessions, en d6cr6tant sou- 
vent le contraire de ce qu'ils demandent, puis, s'ils montrent 
quelque m^contentement, s'^tonner de leur ingratitude: tel a 6t6 
le systfeme suivi d'ordinaire par le Cabinet de Vienne; aussi 
n'a-t-il jamais rien cr66 de solide. 

La creation d'une m6tropole grecque-unie ne pouvait fetre 
indiff§rente k Siaguna, qui se voyait frustr^ dans ses plus chores 
esp^rances. Ses protestations ne se firent pas attendre, et se re- 
nouvel^rent plusieurs fois. De son cdt6, Raja6i6 6tait poss6d6 du 
d6sir de soumettre k son autorit6 supreme tons les Grecs-Orientaux 
de I'empire, et ne d6ployait pas moins d*ardeur que son adversaire, 
pour I'emporter auprfes de TEmpereur. L'affaire en 6tait \k quand 
les repr^sentants des Serbes et des Roumains se rencontr^rent k 
Vienne. Le 10 et le 12 juillet 1860, ils tinrent ensemble deux 
conferences, auxquelles assistferent, du c6t6 des Serbes, Rajacic 
et Masirevid, puis deux personnages lalques, Mladenovic, pro- 
pri^taire en Sirmie, et Matid, officier ^n retraite. L'entente ne fut 
pas possible, et Rajacic r6solut d'en appeler k I'Empereur. 

Dans une petition qu'il remit lui-m&me a Francois-Joseph, 
le Patriarche demanda que les ^v^ques grecs-orientaux de Dal- 
matie, de Bucovine et de Transylvauie lui fussent subordonnes; 
qu*il fftt autoris6 a r6unir tons les evfeques en synode, et k con- 
voquer ensuite un Congrfes national ; que, k I'instar de ce qui avait 
6t6 felt pour les Protestants, il fftt cre6 k Vienne, au ministfere 
de rinstruction publique et des cultes, une section speciale pour 



■) Le mSme fait se produisit en Dalmatie k la fin de 1852. Thoni Pauteor 
fatur du concordat, intenrint dans les affaires de r6v6ch6 grec-oriental 
de Zadar (Zara), et voulat le livrer aux J^suites. Pour acheyer de vexer 
les pi^dtres serbes, il leur intima Tordre de tenir tons leurs registres en 
italien et, dans les cas od Pemploi de la langue serbe 6tait indispen- 
sable, proscrivit de la mani^re la plus absolue Pemploi des caract^res 
cyrillieus. Thun s'etait pourtant fait un nom parmi les d^fenseurs des 
SlaTes, mais nul n'ignore que cbez les ultramontains, tout sentiment na- 
tional disparalt quand les passions cl^ricales sont en jeu. 



384 liescnt impfrial. du 29 neptemhre i860. 

les Grecs-OrieDtaux ; que les fidMes de cette religion r^idant k 
Yienne pussent b&tir une ^glise et c616brer les offices dans leur 
langue ; que deux ^coles sup6rieures fussent cr^^es, Tune pour les 
Serbes, Tautre pour les Boumains; que le gouvemement mtt un 
terme k la propagande religieuse, etc. 

Les Roumains n*etaient nullement opposes k ce que les 
Serbes jouissent de leur autonomic eccl^siastique ; ils youlaient 
seulement obtenir cette autonomic pour eux-m6mes, et ne recon- 
naissaient point an Patriarche le droit de parler en leur nom a 
TEmpereur. lis furcnt done contraints d'exposer leurs demandes 
dans un acte distinct. 

Si le clerg6 serbe 6tait unanime k soutenir les pretentions 
de Rajacic, il y avait par bonheur dans le public des hommes 
aux opinions plus justes et plus mod6r6es. Miletid ne fit pas dif- 
ficultg de reconnaitre que le droit des Roumains ^tait bien fond^, 
et fut d'avis de provoquer la reunion d'un Congrfes, oh les deux 
nations seraient representees, et oil la question serait tranch6e. 

Le 29 septembre, PEmpereur fit connaitre sa decision rela- 
tivement k la petition du Patriarche. Elle 6tait ainsi couQUe: 

„Cher patriarche Rajacic, En r^ponse aux demandes que 
vous et r6veque de Temesvdr M'avez expos6es, Je permets que 
les evfiques grecs non-unis s'assemblent en synode, pour deiib^rer 
sur les affaires gen^rales de leur ^glise en Autriche et Me pre- 
senter leurs voeux et leurs propositions dAment motives, dans la 
forme canonique. Ma volont6 est en particulier, que ce synode, 
auquel seront 6galement convoqu^s les evSques grecs non-unis de 
Transylvanie, de Bucovine ct de Dalmatic, Me fasse, apr^s en avoir 
deiiber6, des propositions conformes aux regies canoniques, pour 
le r^glement de la hierarchic, en tenant compte, dans une juste 
mesure, des besoins ct des interSts ecciesiastiques des Roumains 
du rite grec non-uni. 

„Je vous invite, pendant ou aprfes ce synode, k vous r6unir, 
conformement k la tradition avec les evSqucs d'Arad, de la Baika, 
de Gomji-Karlovac, de Bude, de Pakrac, de Temesvar et de Vrsac, 
afin d'examiner en commun les matiferes qui devront Stre sou- 
mises au prochain Congres national illyrien; des propositions Me 
seront faites en consequence. 

„Je Me r6serve d'envoyer au synode le lieutenant-marechai 
Sok£evid, ban de Croatic et de Slavonic, comme Mon conunissaire, 
et Je le chargerai de Me donner son avis motive sur un mode 



liescrit imperial du 20 aeptembre I860, 285 

■ 

de convocation du Congres national, qui doive assurer la represen- 
tation convenable des Roumains du rite grec non-uni des dioceses 
d'Arad, de Temesvdr et de Vrsac, aprfes qu'il se sera entretenu 
avec vous et les 6v6ques desdits dioceses, ainsi qu'avec quelques 
honunes 6clair£s d'origine roumaine. 

„En tout cas, Pam^Iioration du sort fait au clerg6 s^culier, 
et la r6glementation des paroisses dans les dioceses ou le rescrit 
dedaratoire du 16 juin 1779 a force de loi, r6glementation qui 
en est la consequence n6cessaire, devront faire Tobjet des delibe- 
rations du prochain Congres national. G'est pourquoi les relev6s 
y relatifs que vous et les evSques avez et6 invites k preparer par 
])Ion Ministre des cultes et de Pinstruction publique, devront 6tre 
promptement termines, la convocation du Congres etant, dans une 
certaine mesure, subordonnee au resultat de ces relev6s qui devra 
Stre consigne dans un rapport. 

„Rien ne s'oppose h ce que des synodes soient tonus chaque 
annee. 

^jApprenant par le rapport qui M'a ete fait sur vos reclama- 
tions que les vceux et les demandes de Mes fiddles sujets serbes 
ont ete deja discutes en detail au Congres tenu k Temesv^r en 
1790, en se referant aux privileges conferes par Mes ai'eux k la 
nation serbe ; qu'un rapport a ete soumis a ce sujet k feu Tempc- 
reur Leopold II, mais que la resolution par lui prise n'a jamais 
ete promulguee, J'ai decide que des travaux preparatoires pour 
rinterpretation complete de ces privileges seraient entrepris sans 
retard et qu*un homme expert, appartenant au peuple serbe du 
rite grec non-uni, serait appeie k y prendre part. 

„Quant k la demande que vous Me faites d'empfecher que 
les adherents de votre eglise soient pousses par des moyens oc- 
cultes k. changer de religion, les evfeques grecs non-unis n'ont, le 
cas echeant, qu*k demander protection a Mes autorites. 

^jj'ai donne I'ordre de faire savoir aux Serbes appartenant 
k reglise grecque non-unie, qui sejoument dans Ma capitale et 
residence de Vienne, qu'il leur est permis de se reunir en com- 
munaute ecciesiastique. Des qu'un comite de cette communaute 
86 sera constitue, il lui sera egalement permis de faire un appel 
aux souscriptions volontaires dans tout TEmpire, pour la construction 
d'une eglise, d'un presbytere et d'une ecole; Je serai mfime dis- 
pose a lui faire donner pour cela un terrain. La communaute devra 
entrerkcet effet en negociations avec Mon ministre de rinterieur. 



286 Diplome (111 20 ociobre 1860. 

m 

„£nfin J'aurai soin qu'au sein du Conseil charge en demiere 
instance des. affaires de TSglise grecque non-unie, une place soit 
r^servSe k un adherent de cette ^glise. 

^Relativement aux autres demandes et propositions qui m'ont 
£t6 faites, Je prendrai une decision, dfes que les d61ib6rations aux- 
quelleselles donnent lieu seront terminSes.^ 

Bajacid n'6tait d^jk plus a Yienne quand la r^ponse imp6- 
riale fut couQue. II avait dt retoumer k Earlovci, et la Gour, , 
se flattant peut-^tre de le payer de bonnes paroles, avait profits ^ 
de son depart pour le combler d'honneurs. Un bateau k vapeursi 
special fut mis a sa disposition ; on lui donna m£me pour le servii^ 
des laquais a la livree grise des Habsbourgs. N'6tait-ce pas mzm 
indice qu'on nourrisgait a Yienne une arriere-pensee contre ler< 
Serbes? 

Cette arriere-pensee existait en effet; elle se r6v61a dans 1 
diplome du 20 octobre 1860. Ce n*est pas k la verite d'une 
ni^re immediate que Facte soleunel du k Tinitiative imp^riale d^^ 
vait atteindre les Serbes ; ceux-ci semblaient ne rien avoir a perd^L^ 
a la restauration des Di^tes provinciales et a la creation d' 
Diete centrale k Yienne; on pouvait mfeme croire que le diplo: 
allait en quelque sorte inaugurer un systfeme f6d6ratif. Les resci' T'j jj 
qui accompagnferent le diplome prouvferent combien une semblafc^i 
interpretation 6tait mal fondee. Un de ces rescrits r^tablit eo 
Hongrie les institutions constitutionnelles et montra que le ^. 
plome d'octobre ^tait avant tout le developpement de la pate-nfe 
du 19 avril pr6c6dent qui avait fait revivre Torganisation des co- 
mitats hongrois. La constitution hongroise refusant aux Serbes 
toute vie politique, I'existence de la Yo'i6vodine allait fetre rennise 
en question; c'est ce que faisait clairement pressentir un autre 
rescrit imperial, dat6 du mftme jour, qui etait ainsi congu: 

„Cher comte Rechberg, les voeux et les pretentions consti- 
tutionnelles de Mon royaimie de Hongiie, relativement k la rein- 
corporation de la Yoievodine serbe et du Banat de la Temes, 
aussi bien que les voeux et les pretentions de Mes sujets serbes, 
qui ont et6 de tout temps en possession de privileges et d*exemp- 
tions legales, demandant un examen serieux ; les vues diverses et 
tr^s-opposees des autres habitants de la Yoi6vodine de Serbie et 
du Banat de la Temes, r^clamant une etude et une discussion 
approfondies, J'ai resolu d'y nommer dans la personne de Mon 
lieutenant-feld-marechal comte Alexandre Mensdorff - Pouilly, on 




Suppttaslon de la VoUvocUtie. 287 

ommissaire, qui, aprfes avoir entendu des personnes marquantes 
[e tontes les nationalit^s et de tous les coltes, M^adressera le 
las tot possible son rapport, et Me proposera une solution satis- 
Msante pour tous. Hon ministere devra Me soumettre imm^dia- 
ement les instructions n^cessaires a ce commissaire." 

Mensdorff-Pouilly partit pour Temesvar vers le 15 novembre, 
t convoqua pour le24du m6me mois une assembl6e de notables.^) 
'ette assembl^e, compos^e en grande partie de propri6taires amis 
es Magyars, se prononga pour la reunion k la Hongrie. Parmi 
ss Serbes qui y fur^nt admis, quelques uns opin^rent dans le 
ifime sens, par haine contre le regime de Bach ; la plupart furent 
i^avis qu'une assembl^e nationale 6tait seule comp^tente pour 
tatuer sur la question; tous insisterent pour que les divers idio- 
les usit^s en Hongrie fussent regus dans Tadministration.^) La 
ause 6tait gagn^e d'avance pour les Magyars. 

Le 27 d^cembre, une patente impSriale proclama la reunion 
. la Hongrie du Banat et de la Voi'^vodine. 

L'organisation conc6d6e aux Serbes comme une marque par- 
iculifere de la reconnaissance de Frangois - Joseph avait vecu. 
chmerling, appel6 le 13 decembre a la succession de Goluchowski, 
avait sacrifice a ses idfies centralistes. Une note publi6e dans la 
ITiener Zeitung du 30 decembre invita le Patriarche i d6signer 
on certain nombre d'hommes distingu6s par leur position, leurs 
dents, leurs semces envers le pays et par la confiance publique.** 
68 d616gu6s devaient stipuler des garanties sp6ciales en faveur 
es Serbes. 

La Chancellerie hongroise appel6e k prendre en main les 
Baires du Banat et de la Vo'ievodine, a partir du 1®' Janvier 1861, 
snoUvela Tinvitation faitc a Rajacic de choisir les d616gu6s na- 
onaux. Celui-ci, las d'etre bem6 par le Cabinet viennois, r^pondit 
ar un refus. D avait sollicite vainement la convocation d'un Congrfes 
ational et reclame pour les Serbes le droit d'etre consult6s, 



>) Un antenr que nons avons d^^ cit^ profita de la circonstanca pour ex- 
poser de nouveau les droits historiques des Serbes. Voy. Offenet Schreir 
h&h an den Patriarchen Joseph von Bajctcsics, von Isidor Nikolics ; Zombori 
1860, in-8. 

>) Le recueil des proc^s-verbaux (Pa4&a) du Congr^s de 1861 (pp. 235-242) 
reprodoit, d'apr^s la Temesvarer Zeitung, plasieurs petitions adress6es 
alors {i Mensdorff par les Serbes de Kikinda, Sabotica et Nov! Sad. 



283 



Cotii/iit de iSilJ. 



re 




a< 



i 

ait 



comme les Magyai*s ravaient et6 h la conference d'Esztergom ; i 
ne lui appartcnait point de designer des del6gues qui peat-Str( 
sentient d6savou^s par la masse du peuple. Puisant dans la si-^ 
tuation une ^nergie qui lui avait manquS souvent, le Patriarch 
se plaignait avec amertume des deceptions prodigudes aux Serbes^^^^T' 
et d6clarait vouloir d6sormais publier toute correspondance ^change* ^^ ^ 
entre lui et le gouvemement, pour qu'on ne TaccusM pas de ne^ J*, 
gocier dans Tombre.*) ^^• 

La fermetS de Rajacic le servit inieux que sa trop gran^;^ , 
docility aux ordres de la Cour. Le 5 mars 1861, TEmpereur 
dressa en meme temps a Schmerling et au chancelier hongrois, 
colas Vay, une lettre autographe, dans laquelle il les invitai 
convoqucr le Congres serbe. Le general Filipovid, qui comman 
k Zemun, 6tait charge des fonctions de conmiissaire imperial. 

Les Roumains devaient £tre repr6sent6s au Gongr^s, 
au moins par les ^v^ques de Transylvanie et de Bucovine, mais, 
chant bien qu'ils ne pourraient I'emporter sur le Patriarche, cem^r-c/ 
avaient declare d'avance qu'ils s'abstiendraient. L'assembl^e qui 
s'ouvrit k Karlovci le 21 mars / 2 aviil 1861 fut done uniquetnent 
serbe ; elle se composa, de 25 deputes eccl^siastiques et 50 lafqoes 
sans compter le Patriarche ni les 6veques de Temesvdr, de Vriac 
et de Novi Sad. L'abstention des Boumains emp^cha quHI fit 
question de la separation des deux ^glises; on ne s^occnpa que 
de la situation politique des Serbes. 

Aprfes un discours de rarchimandrite Nicanor Gngid, le 
Congres nomma une commission chargee d'examiner la lettre im- 
periale du 5 mars, et de rediger un projet de resolution qui serrit 
de base a la discussion generale.^) La commission choisit poor 
secretaire Alexandre StojaCkovic, qui d^posa son rapport le 29 mars/ 
10 avril. Dans ce travail Stojackovid se rapprochait beaucoup dw 



mt 
sa- 



') Yoy. Pa4Ba EiaroBemTeHCKor Ca6op« Hiipo4a cp6cKor y CpeHcm KaH^ 
BRKiMa (n** 29 de notre Bibliographie), 

') Le lendemain de la premiere stance, un incident tragique cansa QO^ 
yiye Amotion parmi les Serbes. Michel Stojanovi6, administnteor dM 
biens du baron Sina et depute de Eikinda, fut mortollement bles86 d'an 
coup de pistolct par le brasseur Schobcr, chez qui il 6tait log6. GomBO 
Stojanovic etait un homme influent, capable de rendie i sei compft- 
triotes des services s6ricux, on crut k Karlovci que rassassin avait ^ 
pou886 au crime par sa haine contre les Serbes. Da reste le fond de 
Taffaire n'a jamais 6t^ bien ^clairci. 



i.- 



T . 
I •- 

T — 



iU 



Limites de la Voiecodine d'aprh le Couffrha dc 180 1, 289 

syst&me que nous avons expose d'aprfes lui.*) Le projet fut d6- 
battu dans une discussion a laquelle prirent part Georges Stojac- 
kovic, Svetozar Miletid, Jean Subotic, le g6n6ral Stratimirovic, le 
protopope Milutinovic et les 6v6ques Masirevic et Kengjelac; les 
articles furent adopt6s apr^s quelques modifications h, la stance 
du 6/18 avril. Aprcs avoir rappele les privil6ges iinp^riaux que 
les Serbes consideraient comme la base de leur droit public, la 
resolution concluait h, la reunion a la Hongrie, sous les conditions 
Boivantes :*) 

„L Le territoire dans lequel les Serbes forment la majorite 
doit 6tre reconnu comme temtoire serbe dans le royaunie de 
Hongrie, et respectivement dans les royaumcs de Croatie, Slavonic 
et Dalmatie, sous le nom de Voi'^vodine serbe. 

„A ce territoire appartiennent : 

„1^. Toute la Sirmie provinciale, c'est-a-dire les districts de 
Buma, d'Dok et de Vukovdi- ; 

„2®. La Backa inferieure, ayant pour limites les localites sui- 
vantes, appartenant encore k la Voi6vodine, savoir, a partir du 
Danube: Sonta, Sombor, Stari et Novi Si vac, Kula, Stari et Novi 
Vrbas, Szent-Tamas, Mohol. 

„Le Banat, ayant pour limites les localites suivantes, appar- 
tenant encore h, la Voi6vodine, savoir, a partir de la Maros: le 
monastere de Hodos, Novi Bodrog, Nova Vinga, Fenlak, Sekusic, 
Nagyfalu, Varjas, Ketfel, Knez, Perjamos, Srpski Szent-Peter, Staro 
BeSenovo, Vrbica, Crnabara, Mokrin, Velika Kikinda, Mali Orosin, 
Clary, Ketfa, Cenej, Nemet, Mali Beckerek, Mehala, Tcmesvdr avec 
ses faubourgs, Freidorf, Utvinj, Szent-Mihalyi, Dinjas, Srpski Szent- 
Mdrton, Ivanda, Cebza, Cakovo, Makedonija, Gad, Gjir, Tolvadija, 
Soka, Denta, le monastferc de Szent-Gyorgy, Berekuca, Kameral- 
Szent-Gyorgy, Omor, Bresce, Dezsanfalva, Mali Zam, Malo et 
.Veliko Srediste, Mesic, Jakuba, Vojvodince, Subotica, Podporanj, 
Vlajkovec. 

„Tout le pays compris entre les localites sus-enoncees, les 
^iConfins militaires, la Tisza et la Maros, constitue la portion de 
la Voievodine empruntee au Banat. 



*) Voy. p. 278. 

*) Lea demandes formul^es par le Congr^s out 6te publi^cs eu allemand, 
aTec le memorandum et la petition r6dig6s par I'assemblee que tinrent 
les Sluvaques en 1801, sous ce titre: Peiitionen der Serhtn und Slowaken 
wtn Jahrt 1861 ; Wien 1862, in-8. 

19 



> 



290 AJressc du Comjrls a VEmpereur, 



„Le regiment-froutiere de Petrovai-adin, les regiments alle- 
niand et serbe du Banat, aiusi que le bataillon de Titel, doivent 
6tre consideres comme parties integrantes de la Voievodine." 

Aux termes des autres ai'ticles, qu'il nous sufBra de r^sumer, 
radministration de la Voievodine devra 6tre confieeJtun voi6vode. 
Co dignitaire, qui siegera parmi les magnats comme baron du 
royaume, sera elu par tons les Serbes de la Hongrie et par les ha- 
bitants de la Voievodine etrangers k la nationality serbe. II devra«i-:a 
ctre choisi parmi les Serbes de religion grecque-orientale et con- 
lirme par le Roi. Au point de vue administratif, la Voi6vodin( 
sera divisee en deux parties: la partie dependant de la Sirmi^^Je 
relfevera comme par le passe des royaumes de Slavonie, Croatia ^cie 
et Dalmatic, et sera soumise a la legislation de ces royaumes; k J" la 
partie dependant de la Backa et du Banat sera soumise au coomzk-^ii- 
traire a la legislation hongroise. La langue de la Voievodine scrT:»^:-ra 
le serbe ecrit en caracth'cs cyrilliens; ce sera la langue de TacEi:^ ad- 
ministration ct de la justice, mais les communes pourront choisf -^^t sir 
pour leurs aflfaires Tidiome qu'elles pr6f6reront; les individiL^ Jus 
auront de meme le droit de s'adresser aux autorit6s dans uniKrjBiie 
quelconque des langues parlees sur le territoire oil ces autorit^-:^tes 
seront en fonctions. 

Les comitats faisant partie de la Voievodine n'auront p:^crj)as 
de foispans; le voi6vode reunira dans sa personne toutes leiuKi-^urs 
attributions. Les deputes de la province seront comp6tents po 
organiser la justice; en tout cas, la Voievodine recevra une co 
d'appel, la troisieme instance devant etre port6e devant le tribui 
supreme de Hongrie, pour les districts hongrois, et devant 
haute cour create, pour la Sirmie. 

Les armes et les couleurs serbes pourront fetre ai*bor6es ^3r sur 
toute Tetendiie de la Voievodine ; les couleurs autrichiennes c^ de- 
vront y fetre joint es, ainsi que les couleurs hongroises, dans ^ la 
partie de la province dependant de la Hongrie. 

Telles etaient, dans leurs traits g6n6raux, les demandes c: 
le Congris national avait fonnul6es en 16 ailicles. Pour acc( 
pagiicr la resolution, les deputes sign^rent une adresse h, V 
pcreur a propos de laquelle ils eurent quelque peine k se met::::^^^ 
d'accord. Le projet redig6, en meme temps que la resolution, ::^ar 
la commission dont Stojackovic etait le secretaire, n'6tait qu^ le 
developpement des articles cites plus haut, auxquels il ser^wlf 
d'expose de motifs. II fut combattu par Suboti(J et par Mileti<5 qui 





Bdpai'tUion Jes nationalitis dans la VoUvodine projetee, 291 

le trouvercnt ik la fois trop long et trop peu explicite, long parce 
qu'il se perdait dans certains details Inutiles, peu explicite parce 
qu'il n'insistait pas assez sur des questions importantes, par 
exemple sur la reunion k la Yofevodine de la partie serbe des 
Ck)nfins. Le projet fut cependant adopt6; une commission de 
12 membres pr6sidee par r6v6que Kengelac fut d6sign6e par le 
Patriarche pour le porter a Vienne. 

Le passage le plus int6ressaut de I'adresse ^tait celui oil 
les d^put^s serbes appuyaient leurs pretentions de donn6es sta- 
tistiques. La population purement serbe de la Yol^vodine ainsi 
delimit^e, y compris le comitat de Sirmie tout entier, devait 
s'elever 2i 299.078 ames; les autres nationalit^s : AUemands, 
Boumains, Creates, Slovaques, Bulgares, Magyars et Juifs 
auraient forme par centre un total de 352.276 individus. Les 
Serbes du culte oriental n'auraient eu qu'une majority relative, 
mais en leur adjoignant les Creates, Chokatses et Bouni6vatses, 
appartenant k T^glise latine, mais parlant la meme langue, rididm.e 
serbo-croate aurait 6t6 la langue de 345.777 individus, soit celle 
de la majority absolue. De plus, au point de vue religieux, I'ad- 
dition de la population roumaine du rite oriental h, la population 
serbe de la mfime confession donnait le chiflfre de 376.121 indi- 
vidus. La reunion a la Voi6vodine de la partie des Confins a la- 
quelle pretendaient les Serbes, et dont la population se montait 
k 350.000 4mes environ, aurait donn6 les chififres suivants. Serbes 
purs: 498.078; individus parlant le serbo-croate: 584.777; Grecs- 
Orientaux : 636.121, sur 1,001.354 habitants. 

Le Congrfes avait eu le tort 6vident de trop 6tendre les li- 
mites de la Vo'ievodine projetee. Les calculs a I'aide desquels il 
soutenait les droits des Serbes ^taient sans doute ing^nieux, mais 
il n'en ressortait pas une majority assez forte k leur avantage. II 
eftt 6te plus sage de reporter la limite de la Voi'6vodine plus au 
sud du Banat et de la Backa, de fagon k n'y faire entrer des 
AUemands, des Boumains et des Magyars que dans la plus faible 
proportion possible. Demander trop c'6tait pour les Serbes s'ex- 
poser k des refus, ou, pour le moins, se lancer de nouveau dans 
les embarras qu'avait suscit6s Torganisation de 1849. II est dif- 
ficile de ne pas avouer que le systfeme propos6 eftt donn6 lieu 
dans la pratique ^de nombreuses complications. Chacun des trois 
systfemes que nous avons fait connaltre plus haut valait mieux, 
et, si les Serbes ne pouvaient esp6rer leur separation d'avec la 

19* 



292 "^ question des uationalitds eat portve devant la Dikte* 

Uongric, la combiuaison imaginee d'abord pai* M. Stojackovic eut 
et6 plus ais6ment realisable. 

La deputation conduite par Eengjelac remit k TEmpereur le 
11 mai la resolution et Tadresse du Congres, mais la reponse 
qu'elle reQut dut lui laisser peu d'espoir. Conune le president 
faisait allusion aux sacrifices que les Serbes s'6taient imposes pour 
le bien de la dynastie,x Francois- Joseph leur dit, que sans vouloir 
prejuger sa decision, il pouvait prevoir qu'ils devraient faire de 
nouveaux sacrifices, pour maintenir Tintegrite de la monarchie. £n 
d'autres termes, TEmpereur leur permettait de se devouer pour 
lui, sans qu'ils eussent mfeme Tespoir d'une recompense. 

La deception causee aux Serbes par la reponse imperiale 
les aigrit au point qu'ils considerferent toute parole qui n'etait pas 
absolument conforme a leurs pretentions comme un acte d'hostilite. 
Un depute create, Kukuljevic Sakcinski, f5ispan du comitat de 
Zagreb, ayant soutenu dans un de ses discours que les Confins 
croato-slavons devaient appartenir a la Croatie, et ses paroles 
n'ayant pas souleve de reclamations, le Patriarche s'emut, con- 
voqua les anciens membres du Congres national qui demeuraient 
prfes de Karlovci, et les forga de signer une protestation contre 
le discours de Kukuljevic (4 juin). Cette protestation ne pouvait 
avoir d'efifet pratique, mais elle etait de nature h, froisser les 
Creates, alors que ceux-ci luttaient avec energie contre les Ma- 
gyar's et les Allemands. Le clerge catholique de Croatie faisait 
preuve en ce moment de patriotisme; c'etait Eajacic, qui par un 
esprit de mesquine rivalite, ravivait les anciennes querelles. 

Le Cabinet de Vienne ne pouvait croire que les Serbes ou- 
blieraient facilement les resolutions du Congres. Pour leur donner 
le change et detoumer leur attention de la Voievodine, il voulut 
porter la question sur un autre terrain. Un rescrit imperial 
adresse k la Diete hongroise, h, la date du 21 juillet 1861, lui re- 
presenta la necessite d'une loi spcciale sur les nationalites. Quelle 
que fut cette loi, Fi-angois-Joseph s'en desinteressait de la sorte, 
ct en rej etait toute la responsabilite sur les Etats du royaume. 
Or, comme ces fltats etaient toujours composes de la m^me ma- 
niere, que le syst^me electoral introduit par le gouvemement d'a- 
prfes la loi de 1848, etait tout aussi frustratoire pour les Slaves 
et pour les Roumains, que le systfeme d'autrefois, les Serbes pou- 
vaient imaginer sans peine ce que serait une loi votee par leurs 
ennemis. 



La Dike rejette les propositiotis impinales, 293 

La patente ajoutait, il est vrai, ce qui suit: 
„En ce qui touche particulicrement les Serbes qui vivent 
dans le pays, Nous Nous r6seiTons de transraettre aux magnats 
et aux representants pour qu'il en soit d61iber6, Nos decisions et 
Nos propositions relatives aux anciens privileges, droits et ga- 
ranties de Tinteret national des Serbes, sur la base des voeux 
6inis dans le Congres national qu'ils ont tenu r6cemment, lors 
de la reincorporation de la VoT6vodine serbe au royaume de 
Hongrie. " 

Comme, en fin de compte, c'etait toujours la Diete qui devait 
statuer sur les propositions iraperiales, ce passage de la patente 
n'avait pas plus de sens que le premier. La Difete le prit de 
haut, et, dans son adresse du 12 ao6t, soutint qu'il n'y avait nul- 
lement besoin en Hongrie d'unc nouvelle loi des nationalit6s ; que 
la legislation de 1848 etait aussi favorable que possible k toutes 
les populations du royaume, qui avaient echappe tout d'un coup 
aux servitudes feodales, et que la suprematie de la langue ma- 
gyare etait reconnu par les lois de 1830, de 1840 et de 1844. 
Aprfes tout les AUemands etaient mal venus a se plaindre de 
Tintoierance des Magyars; n'etaient-ce pas eux qui, pendant toute 
la duree du gouvemement absolu, avaient impose leur idiome aux 
divers peuples de la monarchie et qui maintenant encore Timpo- 
saient aux Tchfeques, aux Polonais, aux Slovenes, etc. ? 

La Difete hongroise montrait, il faut I'avouer, une grande 
independance en face de la Cour. Decidee k tenir tfite k TEm- 
pereur lui-meme, elle ne devait guere s'arreter aux protestations 
des rares deputes slaves qui etaient parvenus a se faire confier 
un mandat legislatif. 

En eflFet, parmi les sept deputes serbes qui nous trouvons 
a la Difete, J. Ignjatovic, P. Cmojevic, E. Branovacki, K. Rac- 
kovic, A. Cmojevic (fils), Al. Zako, Th. Nikolic, les trois premiers 
seuls se rattachaient reellemcnt au parti national, qui d'aillcurs 
n'avait pas present6 de candidats. 

A la chambre haute, les Serbes n'eurent pas de representants. 
Les evSques, qui en faisaient partie do droit, savaient que leur 
presence y serait inutile, et s'abstinrent d'y paraitre. 

La Difete avait, pour la fonne, charge une commission spe- 
ciale d*etudier la question des nationalites, mais le projct de loi 
prepare par cette commission ne put 6tre discute. Un rescrit du 
21 aofit pronon^a la dissolution do rnssnnbieo. 



294 ^^^^ ^« EajaH^, — Ses faufes, 

Tant de luttes st6riles ^puis^rent le vieux RajaJid qui mourut 
le 1"/13 d6cembre 1861. D6vou6 tout entier k la dynastie im- 
p6riale, le Patriarche avait toujours mis le patriotisme autrichien 
au-dessus du patriotisme serbe. D avait plus d'une fois compromis 
son influence, sa popularite par attachement pom* la Cour. On a \'U 
k quoi ses efforts avaient abouti. A sa mort, les Serbes, affaiblis 
par les combats de 1848 et 1849, accabl6s par le d6couragement, 
menaces de voir 6clater entre cux des dissentions intestines, 
etaient dans une situation beaucoup moins prospfere que lors de 
son av6nement au si6ge m^tropolitain, dix-neuf ans auparavant 

La responsabilite d'une situation aussi triste retombe prin- 
cipalement sur le Cabinet autrichien, dont les incertitudes, les 
tergiversations mecontentaient k la fois tons les partis, mais elle 
retombe aussi sur Rajacic. Celui-ci avait jou6 un role pour lequel 
il n'6tait pas fait; il avait agi plus en homme d'6glise qu'en po- 
litique. II inclinait k mfeler au gouvernement temporel les choses 
de la foi, et nuisait singuli^rement k sa cause par ses id^es en- 
vahissantes. 

Au lieu de donner aux Serbes une force nouvelle, en culti- 
vant les bons rapports n6s pendant la revolution d'une action 
commune avec les Creates et les Roumains, il froissa les Creates 
par animosity contre les Catlioliques, et s'attira la haine des Rou- 
mains qu'il pretendit garder malgr6 eux en tutele. L*instruction 
publique resta stationnaire, et les Serbes perdirent un temps pre- 
cieux pendant lequel ils eussent At avancer dans la voie de la 
civilisation. 

L'exemple de Rajacic est un exemple de plus des dangers 
que presente Timmixtion du clerg6 dans la politique. Lors m£me 
que les ^glises sent independantes, que leurs ministres n'ont 
les yeux tourn^s hors des frontieres de leur pays, les prfitres 
peuvent £tre que de mauvais administrateurs, parce qu'ils sont sans 
ceses amends a confondre le temporel et le spirituel. 

Les fautes de Rajacic devaient amener chez les Serbes k 
formation d'un parti national qui entreprit de substituer son i 
fluence a celle du clerg6. Dans tons les pays de PEurope la di 
rection des affaires politiques appartenait aux hommes d'etat la' 
ques; les Serbes etaient tenus de suivre I'exemple de leu 
voisins, de leurs adversaires eux-m6mes, sous peine de se laiss 
distancer par eux pour toujours. La ville de Novi Sad avait confief 
los fonctions de maire a Svetozar Milotic, qui repr^sentait cetf^ 




Les Boumaina rdelamenf. de nonveav leur aufonomie, 295 

tendance nouvelle. Jeune, ardent, intrepide, Miletic avait gi'0up6 
autour de lui les avocats, les medecins, toute la classe instruite 
et laborieuse qui, en 1848, avait donn6 le signal de la resistance 
aux Magyars. Bien qu'on le sdt oppos6 au Patriarche, il avait 
trouv6 des sympathies jusque dans les rangs du clerg6 seculier. 

Le parti national ne pouvait manquer d'fetre pour le gouver- 
nement central un sujet d'inqui6tudes ; la Cour songea done a 
faire passer la succession de Rajacic entre les mains d'un homme 
qui continu4t les mfimes erreraents. Cet homme fut I'eveque de 
Temesvjir, Samuel Masirevic, qui fut nomm6 . administrateur du 
8i6ge de Karlovci. 

En mfeme temps que Rajacic s'etait attir6 Thostilitfi du parti 
national, nous avons vu qu'il 6tait en guerre ouverte avec les 
Boumains. Sa mort fut consideree par ces demiers comme un 6ve- 
nement des plus heureux. lis crurent que le jour de leur eman- 
cipation religieuse 6tait arrive, qu'il suffirait, pour qu'elle f&t 
complete, de tenter une demiere demarche a Vienne, tandis que 
Parchi-dioc^se etait vacant. Deux conferences eurent lieu a Te- 
mesvar au mois de Janvier et de fevrier 1862; d'accord avec Sia- 
guna, il fut r6solu qu'une petition plus d^veloppee que les pr6- 
c6dentes serait presentee k I'Empereur par une deputation com- 
pos^e de del6gu6s appartenant a tons les districts roumains. Cette 
petition fut remise le 15 mars a Tarchiduc Renier, en Tabsence 
de TEmpereur, mais Siaguna et plusieurs de ceux qui Taccom- 
pagnaient attendirent k Vienne le retour de Francois-Joseph pour 
le soUiciter de vive voix. 

Rajacic ayant laisse semer la discorde entre les Roumains 
et les Serbes, ceux-ci ne manquferent pas d'attaquer avec violence 
la d-marche de leurs adversaires. Le Srpski Dnevnik de Novi 
Sad invoqua I'histoire centre les pretentions des Roumains, mais 
Siaguna lui-m6me et son secretaire Popea lui repondirent dans 
leur organe de Vienne TOst und West. Un an s'6coula sans 
que PEmpereur statu^t sur le litige; enfiu, le 25 juin 1863, il 
6crivit a Siaguna une lettre autographe dans laqucUe il exprimait 
rintention de doter les Roumains appartenant au rite grec-oriental 
d'une m6tropole independante, mais en ne lui subordonnant que 
la Transylvanie. 

Cette restriction deplut aux Roumains qui eurent recours k 
leur moyen d'action ordinaire. Un synode, tenu k Sibiu le 22 mars / 
3 avril 1864 et les jours suivunts. redigea une petition a rpjnixMTur. 



296 Congrha Serhe de 1864. 

De leur c6t6, les Serbes soUicitferent la convocation du Congrfes 
national, afin de donner un successeur ddfinitif a Rajacic; le gou- 
vernement autorisa cette convocation pour le 1^ aofit suivant, et 
chargea pour la seconde fois le general Filipovid des fonctions de 
commissaire. 

Le grand role joue par Rajacic donnait un interfet tout par- 
ticulier k Tfilection qui allait fetre faite. Le Cabinet de Vienne ne 
voulait pas que le M6tropolitain serbe tUt un homme capable de 
lui porter ombrage, et, pour fetre sfir du vote du Congrfes, il con- 
sacra toute son influence k faire nommer des d6put6s qui ne luL 
Assent pas d'opposition. Grace h la pression administrative, Tas- 
semblee fut peupl6e d'officiers des Confins, prfets h executer la 
consigne qu'on allait leur donner. 

Le 1*" aofit, les d6put6s 6taient arrives a Karlovci. Au mo- 
ment oil les deliberations allaient s'ouvrir, les representants rou- 
mains elus dans les diocfeses d'Arad, de Temesvdr et de VrSac se 
pr^sentferent en corps chez Filipovid, sous la conduite de I'dvfeque 
d'Arad Ivackovic, et lui remirent une declaration solennelle qu'ils 
venaient de signer, en m6me temps qu'un m6moire adress6 k TEm- 
percur.^) Dans cette declaration, ils exposaient que le Congr^s 
ecclesiastique de Karlovci, lors mfeme qu'on lui donnait le nom 
de Congi'fes illyrien, etait une assemblee purement serbe, k la- 
quelle les Roumains n'avaient pas k participer. II fitait juste que, 
a leur tour, ils obtinssent le droit de se reunir comme les Serbes. 
Rappelant alors les d-marches qu'ils avaient A€jk faites pour 
amener la separation des deux eglises, ils montraient quelle si- 
tuation dlnf^riorite ils auraient dans le Congrfes. En fait, disaient- 
ils, les Roumains n Vaient qu'un depute par groupe de 60 Jt 70.000 
ames, tandisque chez les Serbes un depute ne repr6sentait que de 
13 k 14.000 S,mes. Cette disproportion numerique rendait illusoires 
pour eux les deliberations d'une assembiee commune. 

La petition jointe k la declaration exposait les mSmcs con- 
siderations avec plus details, et pressait TEmpereur de prendre 
Tinitiative de la mesure soUicitee par les Roumains. Filipovic pro- 
mit de la transmettre immediatement a Vienne. 

L'ouverture effective du Congres n'eut lieu que le 23 juillet/ 
4 aoflt; les Roumains y assistcirent, mais le lendemains, jour fix^ 
pour reioction du metropolitain, I'un d'eux Vincent Babesiu, de- 



') Voy. le textc de ccs deux documents dans Pope'a, he, cit, pp. 249 sqq. 



S^aration ecclisiastiqtte des Serbes et des Roumains. 297 

xnanda la parole, d^s que la stance fut ouverte, et d^veloppa les 

KDOtifs qui portaient ses collogues et lui k s'abstenir. H eut soin 

€}'insister sur le d^sir que nourrissaient les Roumains d*entretenir 

avec les Serbes des rapports fratemels et sur la n6cessit6 qu'il y 

svait de trancher promptement un diflF6rent, qui pouvait devenir 

'line source de graves discordes. Dfes que Babesiu eut fini de 

parler, les 14 d6put6s roumains, I'^vfeque Ivackovid a leur tfete, 

quitt^rent la seance et laisserent les Serbes proceder ^ T^lection. 

lies voix se porterent, comme on le savait d'avance, sur Tadmi- 

nistrateur int^rimaire de la m6tropole, Samuel Ma§irevi6. 

Le nouvel 61u 6tait un personnage agr6able au gouvemement 
qui ne lui fit pas attendre I'investiture. Une d6cision imp6riale 
du 13 ao&t le confirma dans ses fonctions de mdtropolitain et lui 
conf^ra le titre de patriarche des Serbes. C'6tait 1^ une derogation 
importante aux usages suivis jusqu'alors. U 6tait de tradition 
panni les Serbes que le patriarche devait fetre revfetu de cette 
haute dignity par un vote de la nation; or Masirevid n'avait re^u 
du Congrfes que le titre de m^tropolitain. La faveur dont il 6tait 
I'objet de la part de l/Empereur indisposa contre lui la plupart 
des esprits ind6pendants, qui y virent plus encore une infraction 
aux anciens privileges qu'une recompense peu m6rit6e. 

L^eiection termin6e, les d6put6s se dispersferent. Les 6vfeques 
rest^s seuls se r6unirent en synode, avec un comit6 de perma- 
nence nonmie par le Congr^s. Filipovid continua auprfes de cette 
assembl6e ses fonctions de commissaire. Siaguna, Ivackovic et 
plusieurs d616gu6s roumains prirent part aux deliberations qui 
porterent sur la separation des deux eglises. L'Empereur, par sa 
lettre ^ Tfivfeque de Transylvanie en date du 25 juin 1863, et par 
la lettre adress6e a Masirevic le 13 ao6t 1864, avait admis en 
principe la requite des Roumains; il ne s'agissait plus que de 
rechercher les moyens pratiques d'execution. On arrfeta le mode 
de separation des dioceses, la division des protopopies et des 
communes. II fut convenu que les diocfeses des deux nations em- 
pi^teraient les uns sur les autres, de fagon h, ce que toutes les 
communes roumaines ressortissent aux 6veques roumains, et les 
communes serbes aux ev6ques serbes. 

Une des questions dont la solution devait susciter les plus 
grandcs difficult^s 6tait celle de la fortune nationale. Les Roumains 
avaient apport6 leur quote-part dans la constitution des fonds 
dits nationaux, et demandaient qu'une partie dc ces fonds leur 



298 ^^^^ ^^ ^^^* 

fftt attribute en propre, mais cette question ne pouvait fetre tranch6e 
par le synode. 

L*assembl6e allait achever ses travaux quand T^vfeque de 
Bucovine, Hackmann, vint s'y associer. Oubliant les d6marches qu'O 
avait faites, en 1848, de concert avec Siaguna, cet homme n'h&ita 
pas a se lancer dans les plus basses intrigues; il d^clara quHl ne 
se soumettrait pas k une metropole transylvaine, et r6clama pour 
la Bucovine une 6glise ind6pendante, Cette pretention nouvelle 
qui menagait les Roumains d'uue division dangereuse, excita de 
la part de tous les interesses les protestations les plus vives. De 
ce jour, Hackmann fut consid6r6 comme un trattre vendu aux. 
Allemands. Sa conduite jusqu'Jt sa mort, arriv6e en 1873, n'a. 
que trop justifi6 cette accusation. 

Tandis que cet incident impr6vu jetait le trouble parmi les 
Roumains, Belcredi, qui, depuis le 30 juillet, avait remplac6 Schmer- 
ling au ministfere, obtint de TEmpereur la convocation de la Diete 
hongroise. Les Serbes, toujours desireux de donner un signe de 
leur existence nationale, ne n^gligerent rien pour envoyer k Pest 
quelques uns des leurs. Stratimirovid, Miletic, le protopope Milu- 
tinovid et plusieurs autres regurent le mandat parlementaire. 

La voix des d6put6s slaves n'avait gufere de chance d'etre 
6cout6e dans une assembl6e ou Dedk r6gnait en maltre. Le Ca- 
binet de Vienne d6sirait arriver a une entente avec la Hongrie, 
mais cette entente pour les Magyars n'6tait possible qu'autant 
qu'ils resteraient en possession de leur supr6matie sur les autres 
peuples du pays. 

lis voulaient avoir leur autonomic complete et songeaient k 
r6tablissement du syst^me dualiste. Leurs exigences mena^aient 
trop directement les Slaves du sud, pour que ceux-ci ne son- 
geassent pas k se d6fendre. On crut a Vienne porter aux Serbes un 
coup d^cisif en donnant satisfaction aux Roumains qui semblaient 
plus accommodants. Un rescrit imperial du 24 d^cembre 1864 con- 
voqua le Congres serbe pour statuer d^finitivement sur les ques- 
tions pendantes ; un autre rescrit date du mfeme jour eleva I'eglise 
6piscopale de Transylvanie au rang de m6tropole^) et lui subor- 
donna rev6ch6 d'Arad, ainsi qu'un uouvel 6v6cli6 cr66 a Edrdnszebes. 



») Bien que, dans le premier moment, les Serbes aient consid^r^ la sepa- 
ration des deux ^glises comme une d^faite pour eux, Masirevid fiit on 
des premiers k feliciter Siaguna. Voyez Pope'a, Inc. rif., p. .^02. 



Congrhs terhe de 1865, 299 

Les calculs auxquels on se livrait a Vienne n'fetaient peut- 
fitre pas tres-sdrs. La separation ecclesiastique des Serbes et des 
Roumains devait avoir pour r6sultat non pas de les irriter les uns 
contra les autres, raais de leur faciliter ralliance contre leurs en- 
nemis commiins. Ces ennemis, que T^veque catholique de Djakovo, 
Strossmayer, d6nongait k la Difete croate, dans un memorable 
discours, le 25 Janvier 1865, c'etaient les Allemands et les Magyars 
qui songeaient a se partager la monarchie, au detriment de la 
\6ritable majority. 

Le moment approchait oil le syst6me dualiste allait triompher; 
les Serbes et les Roumains eussent At renoncer k leurs querelles 
et se preparer ensemble a la resistance, mais, avant qu'une en- 
tente cordiale pfit s'6tablir cntre eux, il fallait que les questions 
qui les divisaient fussent d6finitivement r6gl6es. Le Congrfes na- 
tional, convoque pour en 6tudier la solution, s'ouvrit k ICarlovci 
le 6 fevrier 1865. Comme Fannie pr6c6dente, le gouvemement 
avait employ6 tous les moyens d'influence pour faire 61ire des of- 
iiciers, des fonctionnaires qu'il ptlt diriger k sa guise, et qui tins- 
sent en 6cliec le parti avanc6 repr6sent6 par Subotic et Miletid; 
le general Filipovic nomm6 commissaire pour la itroisifeme fois, 
se proposait de mener les deputes militairement. 

Une delegation de 13 membres pr6sidee par Siaguna, fit 
connattre les pretentions des Boumains relativement aux fonds 
ecciesiastiques et aux monasteres. Abstraction faite des donations 
speciales dues a des particuliers, la fortune administr6e par le 
patriarcbe s'61evait a 2,522.742 florins d'Autriche. Les Roumains 
reclamaient 875.100 florins, plus les monastferes de Hodos, Bezdin, 
Szept-Gyorgy et Mesic. Sur le refus formel des Serbes, qui se 
pr6tendaient seuls propri6taires de la fortune amass6e par leur 
6glise, ils reduisirent leurs exigences k 500.000 puis k 400.000 
florins. Masirevic, au nom du Congres, offrit 100.000 florins et 
monta jusqu'i 200.000. On etait encore loin de compte. Siaguna 
avait semble dispose k se contenter de la somme proposee par 
les Serbes, mais en faisant certaires reserves pour Tavenir; ces 
reserves ay ant ete rejetees par I'autre partie, il en revint k son 
minimum de 400.000 florins dont il declara ne plus vouloir se 
departir. Les Serbes se montrerent 6galement intraitables au sujet 
des monasteres, en sorte que les deiegues durent se separer sans 
fetre arrives k aucun rcsultat. La triste consequence de cette rup- 
ture fut que les Roumains s'adresseront i Vienne ; les Allemands 



300 ^^ Serhes songent h se rSeoncilier avec Us Magycars. 

furent appel6s & intervenir entre eux et les Serbes. Des paroles 
imprudentes prononc6es dans le Congr^s achevferent d'envenimer 
la querelle. 

L'assembl6e termina ses d61ib6rations par quelques mesures 
vraiment utiles. EUe deer eta que les biens des monastferes seraient 
administr6s en commun par le Patriarche, de fagon it ce qu'une 
partie des revenus pfit fetre attribute i rinstruction publique; 
elle fixa le traitement allou6 au clerge, vota quelques ameliorations 
dans Porganisation des 6coles et des consistoires. Mais sur cer- 
tains points, elle se soumit servilement aux volont6s du commis- 
saire imperial, et se lia les mains en admettant Ting^rence du 
gouvemement dans des affaires dont il ne s'6tait pas m§16 jusqu'a- 
lors. Miletic, Cmojevic, Grcic et Stojkovic, qui constituaient, a 
eux seuls, la minorit6 liberale, sentirent qu'ils 6taient impuisants 
k retenir leurs coUcgues dans une voie aussi ficheuse; ils quit- 
tfererit le Congr^s brusquement et publiferent une protestation 
contre la pression qu'on leur faisait subir.*) 

Les luttes intestines des Serbes furent heureusement rel6- 
gu6es au second plan par les 6v6nements de la politique g6n6rale. 
Les efforts du ministere Belcredi pour amener un compromis avec 
la Hongrie les port^rent a se redemander s'il n*y avail pas 
quelque moyen de se r6concilier avec les Magyars. Loin de se 
laisser entratner, comme le disaient leurs adversaires, aux pr6- 
tendues agitations panslavistes, loin de chercher a se separer de 
Tempire, ils ne laissaient 6chapper aucune occasion de montrer 
leur attachement a TAutriche. Ce sentiment de fid6lit6, qu'ils 
puisent dans leur histoire, doit 6tonner ceux qui les voient du 
dehors. Malgr6 les relations frequentes que le Danube 6tablit eiitre 
Novi Sad et Belgrade, les Serbes de Hongrie sent presque con- 
sid6res dans la Piincipaute comme des etrangers; on les appelle 
AUemands, ou, dans le langage populaire Souabes (Svabi)! Un 
ecrivain russe, qui a pris k tache de donner une existence reelle 



*) Les stances du Congr^s de 1865 n^ont pas k,\k pnbli^es en yolame et 
I'on doit se reporter aux comptes-rendus ins^r^s dans le LetopU (1866), 
le Naprtdak et le Svetovtd. Un discours prononc6 par le protopope Mi- 
lutinovic a seul paru sdpart^ment (Novi Sad, 1865, in-8). Quant aux fonds 
nationaux, le secretaire de la nation Milos Rsyic en avait public en 1864 
un relcv6 d'apr^s les documents conserves au patriarcat (Cp6cKi up. 
♦0H40BH no cnHCHia koh ce y naTpHflpraecKott nHcvoxpanH Ha04e; y Kapjo* 
BiuiMn, in-8). 



DUtpoMoM (leu Serhcn hra de^ ^iectioiii de itHiu, ?}0\ 

au panslavisme, M. Lemanskij, a constate avec surprise chez les 
Serbes de Ilongrie ce d^vouement h. la patrie autrichienne.*) 

Le manifeste imperial du 20 septeinbre 1865, qui promettait 
le retablissement des institutions constitutionnelles en Hongrie, 
ftit favorablement accueilli par les Serbes. lis esp6raient toujours, 
comme le disait le Napredak quelque temps auparavant, que 
la jeunesse magyare, plus instruite d6sonnais, n'ignorerait plus 
qu'il existe plusieurs peuples dans le royaume de saint Etienne 
et ne leur refuserait jplus le moyen d'exister. Aussitot que Fran- 
cois-Joseph e&t ordonn6 la convocation de la Difete hongroise, 
qui devait jeter les bases d'une transaction entre rAutriche et la 
Hongrie, „les patriotes serbes se mirent k I'oeuvre pour preparer 
,les 61ections dans un esprit de liberty g6n6rale, de solidarity 
„fratemelle entre tons les groupes nationaux".*) 

Les d6put6s elus par les districts serbes devaient reconnaitre 
les droits du royaume de Hongrie, mais par une juste consequence, 
ils devaient revendiquer I'administration autonome promise par les 
anciens privil6ges. Un comite institu6 k Novi Sad se montra encore 
plus mod6r6 dans ses exigences ; il se contenta de r6clamer une 
delimitation nouvelle des comitats, combin6e de manifere k grouper 
autant que possible les diverses nationalit6s, et Temploi dans les 
comitats ainsi reconstitu6s de Fidiome de la majorit6. Plusieurs 
ecrivains entreprirent de prouver aux Magyars que leur interfet 
6tait de s'entendre avec les Serbes, comme avec les Slaves en 
g6n6ral.^) Les 6v6nements de 1848 n'avaient-ils pas montr6 qu'ils. 
avaient eu tort de s'en faire des ennemis? 

Dans le camp magyar, on etait tout aussi peu dispos6 k la 
conciliation que par le pass6. Eotvos consacrait un livre d. la 



') Voy. one brochure do M. Lamansk^', intitol^e: Cep6Hfl ■ loxHociaBiucKe 
IIpoBHmiH AscrpiM, extraite de rOre^ecTBeHHua SaoMCKM, 1864, n^ 2. Gette 
brochure a ^id traduitc en allemand sous ce titre: Serhien und die sild- 
slavischen Provirizen Oesterreichs, dans la Zeitachr, filr alav. Lit., Kunat u. 
Wiss,, n, pp. 216—231 ; 252—276. Lamanskij prSche le panslavisme, 
mais il entend par Ki la nissiiication de tons les peuples slaves, et 
froisse ainsi leurs traditions les plus chores. 

*) Jovanovic, Lea Series et la mission de la Serbie, p. 62. 

•) Cast dans ce sens qu'etait 6crite une brochure qui fit alors sensation, 
et dont I'auteur etait un Scrbe: Occident, Orient und der Panalavismua, 
Oder BeitrOge zur Orientimng fUr die aadostlichen VOlker Europaa; Pest, 
1866} in-8. 






302 Guene de JSf)h\ 

question des nationalites/) mais, apr^s avoir reconnu que cette 
question presentait en Hongrie des difficultes gigantesqaes, 11 
concluait h la supr^matie historique des Magyars. Si les philo- 
sophes, ou ceux qui avaient la pretention de Tfttre t^moignaienl 
de cet esprit exclusif, Tintol^rance ^tait plus grande encore dans 
la pratique. Les elections h la Difete de 1865 iiirent faites sous 
la pression des f5ispdns, second6s par les fonctionnaires des 
mitats. L'argent et les autres moyens de corruption furent mis 
en oeuvre pour faire ^carter les eandidats qu'on appelait natio 
naux. Quand ils triomph^rent de ces intrigues et furent investL 
d^un mandat r^gulier, ils furent en butte aux contestations arb: 
traires de la majority. Miletid, elu k Basahid, dans le distrii 
de Eikinda, vit son Election annul6e; il se repr^senta dans 
mSme college qui se pronon^a de nouveau pour lui. 

Malgi'6 le mauvais vouloir Evident des Magyars, les d^put-^^^ 
serbes, slovaques, ruth^nes et roumains pr^sent^rent h la Di^^C:^ 
divers projets de loi relatifs aux nationalit6s. Ces projets n'eur^xit 
pas plus d'eflFet que les discours de Miletii. Loin de r6pondre 
avances qui leur avaient 6t6 faites quelque temps auparavant, 
Magyars montrferent en toute chose leur mauvais vouloir. A I'assem- 
bl6e ils tlU^h^rent de fermer la bouche aux orateurs nationaux ; dan s 
les comitats ils poursuivirent leurs partisans avec vigueur. L»c 
30 novembre 1865, eut lieu k Novi Sad une reunion pour la coim- 
struction d'un theatre serbe; la commune d6clara qu'elle ferait S 
la soci6t6 I'abandon gratuit du terrain n6cessairc ; c'ea fiit ass^^ 
pour provoquer des tenipfetes parmi les adversaires des Serbes ^ 
qui imaginerent mille intrigues pour ruiner Tentreprise. 

Les querelles continuaient chaque jour quand la menace 
d'une guerre avec la Prusse vint exciter Tattention g^n^rale. Qu^ 
se passa-t-il alors ? Les Magyars, en possession de leur Difete, suf 
le point de recouvrer dans leur plenitude leurs institutions coa- 
stitutionnelles, n'h^siterent pas a n^gocier en secret avec le Cabinet 
italien, pour combattre TAutriche les armes k la main ; les Serbes, 
au contraire, 6toufferent leurs ressentiments pour d6fendre un 
empire ou ils avaient toujours 6t6 trait6s, sinon en ennemis, du 
moins en strangers. Lorsque la guerre 6clata, au mois de juin 1866, 



*) Die NcUionaJUaten-Fragej von Joseph Freiherrn von Edtvds. Au8 deu 
ungarischen Manuscripte ttbersetzt von Dr. Max Falk. Pest, 1866, in- 
Les id^es d^EotvOs ont 6t6 r^fiitces dans la brochure intitul^e: Fjk 
Cp6RJ6 nHTa&y HApo4HOCTM y YrapcKoj (Bibliographie, n" 16). 



Orii/ine du at/athne dualiate, 303 

es regiments des Confins furent envoy6s sur la fronti^re italienne ; 
Is obtinrent Tavantage h Custozza, puis transport's h la Mte en 
Bohfeme, se battirent brillamment h, Sadova. Leur valeur ne put 
ien centre la sup6riorit6 du nombre, de rarmement et du com- 
nandement. 

Triste situation que celle des Slaves et des Roumains de la 
nonarchie autrichienne en 18661 Que la Prusse f&t vaincue ou 
dctorieuse, c'^taient eux qui devaient payer le prix de la victoire. 
Dans un cas, ils voyaient la politique de Tempire absorb6e tout 
mtifere par cette Allemagne d'oii venaient les plus grands de leurs 
naux; ils n'^taient plus que des nations conquises destinies k 
)6rir dans la servitude; dans I'autre, ils 6taient sacrifi6s h Talli- 
ince des AUemands et des Magyars. C'est un trait du caractfere 
jermanique d'etre toujours du c6t6 du plus fort. Les AUemands 
ie TAutriche furent aussi fiers, sinon plus fiers de la victoire de 
a Prusse, que s'ils I'avaient remport6e eux-m6mes. Leur orgueil 
3t leurs fanfaronnades 6taient incapables pourtant d'assurer leur 
lomination sur une foule de peuples impatients de leur libert6; 
a Prusse, occup6e chez elle, observ6e par la France et par la 
Kussie, ne pouvait leur preter la force de ses armees; il leur 
'allait a tout prix d'autres allies pour conserver la direction de 
a monarchie; ils tendirent la main aux Magyars. 

Telle fut Torigine du dualisme. Un Stranger, qui n'avait 
amais vu de prfes les diff6rents peuples de TAutriche, qui ignorait 
eur pass', leurs aspirations, leurs conditions d'existcmce, crut, ou 
roulut faire croire qu'il avait trouv' le moyen de donner h, I'em- 
}ire des forces nouvelles. M. de Beust, appele aux affaires peu 
ie temps apr's la conclusion de la paix, fut Tinventeur et le n6- 
^ociateur du pacte dualiste. Dfes le 19 novembre, la Difete de 
B[ongrie fut ouverte et re^ut la promesse d'un minist^re auto- 
aome. Dans I'adresse vot'e par cette assembl'e, en r'ponse au 
iiscours du trone, au mois de d'cembre 1866, se trouv^rent ces 
nots: la nation hongroise. Stratimirovid proposa de les rem- 
placer par cette expression plus g'n'rale: les nations de la 
Hongrie, et soutint son amendement par d'excellentes raisons; 
il n^en provoqua pas moins la fureur de ses adversaires aux 
feux de qui les Magyars seuls avaient le droit d'exister. La Di'te 
yoate ayant demand', pour le royaume triunitaire, une autonomic 
jemblable k celle que la Hongrie allait recevoir, fut ajoum'e avec 
a raftme rigueur qu'en 1865 (10 Janvier 1867). Les reclamations 



304 CoiiQrka slave cle Moscou. 

permises aux Magyars, apr5s qu*ils avaient et6 d'intelligeiice avec 
I'enneini, devenaient criminelles quand elles 6manaient d'un peuple 
fidMe I 

Bientot s'acheva le nouvel 6difice politique ; Belcredi c6da la 
place a Beust qui joignit k ses deux minist^res la presidcnce du 
conseil (7 f6vrier). Le lendemain, les termes de la transaction 
intervenue entre les Allemands et les Magyars etaient arr&tes. 
Pcu de jours apr^s, la Chancellerie bongroise 6tait supprimie et 
le ministfere pr6sid6e par le Comte Andrassy entrait en fonction 
(20 ftvrier). Toutes les protestations que les Slaves de Tempire 
firent entendre furent inutiles; elles n'eurent d'autre eflfet que la 
dissolution de la Di^te croate (27 mai). Beust triompbant fiit 
61ev6 k la dignit6 de chancelier (30 mai). 

Le dualisme, dont nous ne tarderons pas k 6tudier les con- 
sequences, est bien la plus 6trange conception qui ait jamais genne 
dans la tfete d'un bomme d'etat. Imagine-t-on que 16 millions de 
Slaves et 3 millions de Roumains aient pu §tre livres a la merd 
de 9 millions d'AUemands et de 5 millions de Magyars ; que cette 
minority fflt tout et la majorit6 rien? C'est pourtant ce qu'on 
vit alors, tant le Cabinet de Vienne 6tait babitu6 k mficonnaitrc 
le droit des peuples. 

Allemands et Magyars, ligu6s pour I'oppression des autres 
groupes de la monarcbie comptaient et comptent encore sur les 
dissentions qu'ils peuvent semer parmi leurs adversaires, sur les 
defections que Tinterfet personnel et la cupidity vulgaire peuvent 
amener gi et la dans les rangs des Bob^mes, des Slovenes, des 
Dalmates, des Polonais, des Rutbfenes, des Serbes eux-mtoes; 
aussi furent-ils surpris de la grande manifestation k laquelle s'as- 
sociferent les Slaves d'Autricbe et de Hongrie pen de temps apres 
rav6nement du dualisme. L'exposition etbnograpbique qui s'ouvrit 
a Moscou le 5 mai 1867, leur foumit un pr6texte pour entrer 
en relations avec leurs freres de Russie. Tons les groupes slaves 
de TAutricbe et de la Hongrie, h. la seule exception des Polonais, 
qui s'obstinent k ne pas sortir de leur isolement, furent repr6- 
sentes aux ffetes qui eurent lieu a Petersbourg et i Moscou. Les 
Serbes de Hongrie y compt^rent buit des leurs: Jean Subotic, 
assesseur au tribunal septemviral a Pest, Polit-Decanski, ivocat a 
Zagreb, les protopopes Milutinovic, Kukic, Kovacevic et Begovic, 
Vladan Gjorgjevic, de Vienne et Zivko Vasiljevic, n6gociant a 
Zemun. 



Persicutiom cofUre lt9 Serbes h leur retour de Moscou* 305 

n n^appartient pas k cette histoire d'^num^rer les autres 
Slaves de la monarchie autrichienne qui prirent part h la reunion 
de Moscou, mais nous devons constater le retentissement qu'eut 
le Congr^s aussi bien en Russie qu'au dehors. Les visiteurs fiirent 
accueiUis par les Russes avec la cordiality la plus franche, admis 
k presenter leurs hommages k TEmpereur et regus k Penvi par 
tons les personnages marquants de Tempire. Ds furent mis k 
mdme d'appr6cier les qualit^s solides et hospitali^res des sujets 
du Tsar, et puis^rent dans leurs entretiens avec eux un sentiment 
plus profond de la solidarity qui doit unir tons les membres de 
la famille slave. ^) 

De peur de blesser le Cabinet de P6tersbourg, le gouver- 
nement austro-hongrois n'avait pas os6 d^fendre le depart pour 
Ifoscou, mais, en secret, il excita centre ceux qui avaient entre- 
pris ce voyage Tanimosit^ des joumaux allemands, magyars et 
polonais; il s'efforga m6me de provoquer des manifestations hos- 
kiles k la Russie, par exemple chez les Slovenes. II n^est pas 
i'invectives, d'accusations auxquelles n'aient 6t6 en butte les 
iommes courageux qui voulurent opposer au pacte dualiste la 
:orce calme mais puissante de la fraternity slave. A leur retour 
es persecutions conunenc^rent Subotic, le seul d'entre eux qui 
)€cup&t des fonctions publiques, fiit destitu6 brutalement On 
rhercha querelle k Polit, qui s'6tait ^tabli comme avocat k Zagreb, 
K>us le pretexte qu'il n'avait point pass6 ses examens en Hongrie. 
1 6tait docteur en droit de la faculty de Yienne et se trouvait 
ians la mSme situation que plusieurs de ses confreres. On lui 
nterdit Texerdce de sa profession, sans mSme Tadmettre k subir 
le nouvelles 6preuves dans une 6cole magyare ; il lui fallut trois 
ms pour obtenir cette autorisation 1 

Une institution qui eut le privil6ge d'exciter Pinqui^tude du 
ninist^re hongrois fut celle de I'Omladina Srpska (Soci£t6 de 
a Jeunesse serbe). Au mois d'aofit 1866, les 6tudiants de Novi 
Sad avaient organist une esp^ce de congr^s auquel avaient pris 
>art des deputations venues de diflferentes villes de Hongrie et 
le Serbie; ils s'^taient proclam6 solidaires les uns des autres, 



1) Consultez sor le Congr^s de Moscou les int^ressantes lettres ins^r^es 
par Smol^r (Schmaler) dans le SlavUches OsntralblaU, 1867, passim et 
la brochure saivante : Pout Slovan&v do Buaka roku 1867, a j^i vjznam, 
(Le Voyage des Slaves en Russie en 1867 et sa signification.) Prague 
1867, in-8. 

20 



3 TjOmlmlinft ^nmku, 

/aicnt resolu dc travailler de concert a reducation nationale par 
i publication d'lin journal et de livrcs didactiques £ditte It finals 
3onimuns; enfin ils avaient d6cid6 qu'ils s'assembleraient chftque 
ann6e dans unc ville indiquee d'avance, afin de resserrer par un 
commerce r6gulier les liens qui les unissaient d6jk. L'assodation, 
qui n'avait d'abord qu'un but purement litteraire, ne pouvait 
manquer de prendre un caract^re politique. Tons ceuxqui ayaient 
a coeur le progr^s national, qui rfivaient de voir les Serbes occaper 
dcfinitivement une place parmi les peuples europ6ens, s^empres- 
serent de participer k ToDuvre patnotique des ^tudiants de Novi 
Sad. En quelques mois, TO ml a din a s'etendit dans toutes les 
provinces habitees par les Serbes et constitua, non plus une simple 
society, mais un parti considerable. Ce parti donnait son entifere 
approbation ^ la ligne de conduite suivie par Suboti(i et Mileti<S 
et revendiquait les droits impresaiptibles du peuple serbe; il 
n'ctait pas hostile aux Magyars par principe/) mais croyait Ten- 
tcnte impossible tant que Tegalitc des races ne serait pas re- 
connue. 

L'Omladina ne se rendit pas seulement redoutable en 
Hongrie, elle provoqua les coleres du Cabinet de Belgrade. Gara- 
sanin et Hnstic qui en etaient les chefs crurent sc manager Pa 
mitie du gouvemement hongrois en s'opposant au dSveloppemen 
de Tassociation. Lorsqu'ils virent leurs compatriotes accourir d 
tons cotes a la seconde reunion convoqu6e a Belgrade pour I 
mois d'ao6t 1867, ils les forcferent de se disperses Cette 
mecontenta d'autant plus les adherents du parti d^action qtfelBT Je 
accusait une entente trop intime entre Andrdssy et Garasaniir_fl, 

Les Magyars avaient interdit aux ctudiants serbes de*la Hon gi H e 

de se rendre ^ Belgrade; il semblait qu'en pronon^ant la liifTfw., it 
lution de Tasscmblee les ministres de la Principaut6 n'eussent fsnA 
qu'ob6ir h, des ordres venus de Pest. 

Nicolas Ilristic 6tait encore au pouvoir quand le prince <fe 
Serbie Michel Obrenovi<5 tomba sous les coups d'une troupe d* as- 
sassins (juin 1868). L'occasion lui sembla bonne pour se vengier 
de rO ml a din a qu'il savait opposee a sa politique; il fit repandre 




■) Detail curioax, un des premiers actes des Ctudiants de Non Sad bA 
d'en?oyer des adresses aux etudiants magyars de Pest, et aux ^tadiaoti 
slaves de Moscon, en vue de faire oublier aux jeunes gens les d^fiinces 
et les querelles qui avaient aniiu6 leurs ptos. 



MilctU est deslUufI de *e« fonctiom municqioles, 307 

le bruit que cette soci6t6 r^volutionnaire avait pr6par6 le crime 
et s'efforca d'exciter Topinion publique centre ceux qui en faisaient 
partie. Cette denonciation ne dut convaincre personne, mais elle 
ne fut pas perdue pour le Cabinet de Pest qui voulut en profiter 
pour perdre un de ses principaux adversaires. II eut Tidee d'im- 
pliquer dans le complot le chef du parti national serbe, Miletii, 
dont Tattitude h la Di^te 6tait pour lui un sujet constant d'em- 
barras. L'accusation ^tait aussi ridicule qu'odieuse; Miletic avait 
fait son Education aux frais du prince Michel, il ^tait rest6 116 
avec lui d'une amitid sincere, et, s'il avait parfois combattu son 
gouvemement, c'edt 6t6 le dernier honune du monde qui eftt ac- 
cepts Talliance d'une troupe de bandits. Pourtant Sliletic 6tait 
membre de TO m 1 a d i n a, soci6t6 que Hristic avait rendue suspecte ; 
e'en fut assez pour que le baron Wenckheim, ministre de I'intd- 
rieur, le suspendit de ses fonctions de maire de Novi Sad et le 
rempla(4t par un commissaire royal. En sa qualite de d6put6, Miletic 
ne pouvait fetre arr6t6 sans Tautorisation de la Diete; le commis- 
saire fit incarc6rer, par mani^re de compensation, deux hommes qui 
lui parurent 6galement dangereux : MM. Vladimir Jovanovid, ancien 
r6dacteur du journal franco-serbe de Genfeve, la Srbska Sloboda, 
qui coUaborait alors k la Zastava de Novi Sad, et M. Amable 
Karavelov, ^igr6 bulgare, qui se trouvait par hasard dans cette 
ville. M. Alexandre Badovanovic, ndgociant a Earlovci, fut en m^e 
temps arrfitd. La detention de ces trois inculpSs dura plusieurs 
mois avant qu'un tribunal statuat sur leur sort. Les proc6dds ar- 
bitraitres du ministfere hongrois et de son agent soulevferent Tin- 
dignation de la ville de Novi Sad qui fit entendre une protestation 
6nergique. Le commissaire prononga la destitution en masse de 
tous les fonctionnaires municipaux, suspendit les lois constitution- 
nelles et prdtendit reunir tous les pouvoirs. Miletid, qui avait 6te 
la cause premiere de cet incident, continuait heureusement k singer 
au sein de la Difete. D interpella vivement le Cabinet sur les ar- 
restations ordonndes k Novi Sad, sur la destitution des fonction- 
naires municipaux et le somma de s'expliquer avec franchise: „Si 
je suis un assassin, s'4cria-t-il, pendez-moi, mais n'essayez pas 
de justifier par cette accusation ma destitution du poste de maire. ^ 
Wenckheim n'osa pas le prendre au mot ni lui donner des juges ; 
il se contenta de repondre qu'il avait dft prendie cette mesure 
par 6gard pour le gouvemement serbe. 

20* 



308 IrUAgues (VAndrdssy h Belgrade. 

Que signifiait cette parole? Les Magyars avaient-ils done 
habitu6 les Serbes a leur rendre des services de bon voisinage? 
Cbacun savait le contraire, aussi Wenckbeim faisait-il involontai- 
rement allusion aux intrigues nouses par le comte Andrdssy et 
Hristic pour 6carter de la. succession a la principautS Milan Obre- 
novi<5, petit-cousin de Micbel et son b6ritier naturel. Michel 
avait 6pous6 la fille du comte Hunyady, qui vivait s6par6e de 
lui depuis plusieurs ann6es quand il mourut; c'est i, cette fenune 
que le minist^re hongrois voulait faire confier la r6gence. Par 
elle, il croyait pouvoir implanter Tinfluence magyare d*une ma- 
ni&re durable au-delji de la Save. Beust avait con^u ce projet de 
concert avec Andrdssy et, pour donner plus de prestige it la veuve 
du Prince, avait d6cid6 I'Empereur & lui faire une visite de con- 
dolSance. Par faiblesse, ou peut-fetre dans Tespoir de conserver 
son influence, Hristic s'employait i, faire triompher la cause hon- 
groise. H faut pourtant convenir que la politique seule peat in< 
spirer des idees aussi monstrueuses. Le titre de prince edt 6t6 
conf6r6 au fils biLtard de Michel et la princesse Julie, pour qui 
cet enfant £tait adulterin, etlt 6t6 nomm6e r6gente! Voili pour 
quelle combinaison le gouvemement hongrois avait calomni6 les 
chefs reconnus des Serbes de Hongrie, pourquoi il avait poursuivi, 
emprisonne les hommes ind^pendants capables de r6sister h ses 
intrigues. Le vote de la skupstina serbe qui remit au jeune Milan 
la couronne princifere et nomma regents le colonel Milivoje Pe- 
trovid Blaznavac, Jean Ristid et Jean Gavrilovid, 6carta d6finiti- 
vement les pretentions de la princesse Julie. La detention de Jo- 
vanovid, de Karavelov et de Radovanovic n'ayant plus d'objet, ila 
purent fetre remis en libert6.*) 

La pens6e que le comte Andrdssy avait eue d'intervenir in- 
directement dans les affaires de la Principaut6 n'^tait pas one 
pensSe nouvelle. Comme tons les hommes d'6tat magyars, il a 
toujours consider^ les populations chretiennes de I'Empire ottoman 
comme devant fetre absorbees un jour par le royaume de Hongrie. 
D6s qu'il eut a donner son avis sur la politique autrichienne, 
des officiers de I'armfie imperiale fiirent envoy6s en Serbie, en 
Bosnie, en Herz6govine, au Montenegro, pour 6tudier ces pays, 
en examiner les ressources et rechercher les routes les plus feiciles 



^) M. Jovanovic a racont^ tous les details de sen arrestation dans aon 
oavrage intitule : Xm 8erbu et la Mission de la ^bie, pp. 81--117. 



DAats h ta Dibiz en 1863. 309 

pour y arriver du dehors. Nous ne connaissons que les travaux 
publics par Th5mmel/) Roskiewicz ^) et Filek de Wittinghausen,') 
nuds nous savons que ce ne furent pas Ih les seuls explorateurs.*) 
En 1869, Andrdssy poussa I'imprudence jusqu'i parler publique- 
ment des droits du royaume de Saint Eticnne sur la Bosnie; ses 
paroles firent assez de bruit pour que la Porte fftt obligee de 
protester. 

Les d^bats soulev6s k la Dihte hongroise par Tassassinat du 
prince Michel ne furent pas Tunique occasion oil les Serbes furent 
appel^s k intervenir, pendant la session de 1868. D^s le mois 
d'avril, Tassembl^e statua sur la separation definitive des deux 
eglises serbe et roumaine. Cettc question, qui passionnait les 
esprits de part et d'autre donna lieu h de vives discussions au 
sein de la Di^te. Oubliant qu'ils se trouvaient en presence d'ad- 
versaires pr6ts k profiter de toutes leurs querelles, les deputes 
nationaux se laiss^rent entratner a des vivacites de langage re- 
grettables. Apr^s trois jours de luttes oratoires, le projet fut 
vote, tel qu'il avait 6te prfisente par le ministfere, et forma Par- 
ticle IX* de la loi de 1868. Le premier paragraphe de cet article 
contenait un curieux aveu des abus commis par le gouvemement 
lors de la reunion des Congrfes de 1864 et 1865; U y etait dit 
que ces reunions seraient considerees comme legales, bien qu'elles 
n'eussent pas ete coustituees conformement k Particle XX"" de la 
loi de 1847-48.^) Ainsi, mfime au point de vue magyar, les deux 



') Gesehichtliche, politische und topographisch-stcUtstische Beschreibung det 
VUajet Bo8nien, das Ut das eigentliche Bosmen, nebst tilrkisch CrocUien, 
der Hercegovina und Rascien, Wien, 1867, in-S. 

^ Studien Uher Bosnien und die Hercegovina, Leipzig and Wien, 1868, 
in-8. Le m^jor Roskiewicz est en ontre Faatcur d'one grande carte de 
ces provinces en 4 feuilles. 

^ Das FUrstenihum Serhien geographisch-miliUiriseh dargesteUt, Wien, 1869, 
in-8. 

*) Sans parler des articles ins^r^s dans VOesterreichisehe mUii&risehe Zeit" 
Bchrift et dans d'antres recueils, nons citcrons encore Ponvrage sai?ant: 
MUit&rische Beschrmhung des Paschalik^s ffereegomna und des Ftlrsten- 
(hums Cmagora; mit eincr Earte von Paoliny, 3. Anflage, Wien, 1870, in-8. 

*) L^article XX« de la loi de 1847-48, qui reconnaissait I'existence de P^- 
glise grecque-orientale, stataait qne les d^put^s an Congr5s de Earlovci 
seraient an nombre de 75, k savoir 25 eccl^siastiqaes, 25 lalqnes da ter^ 
ritoire civil et 25 lalqnes des Gonfins. Le gouvemement avait en 1864 et 
1865 61ad6 cette disposition, on augmcntant arbitraircment Ic nombre 
des d^put^s ^lus dans les Confins. 



3l() Lot icoiatre dt 18^8. 

demiers Congr^s avaient 6t6 entach§s d'ill6galit6 ; la minority 
avait done eu raison de protester. Les paragraphes suivants con- 
firmaient la separation des m^tropoles et reconnaissaient aux fi- 
ddles le droit d'administrer leur 6glise et de pratiquer leur reli- 
gion. Le ministre des cultes 6tait invit§ h, convoquer le Congrfes 
serbe et le Congrfes roumain, pour jeter les bases de Porganisation 
nouYclle et determiner le composition et le mode d'^lection des 
assemblies ult^rieures. Quant aux contestations relatives au pa- 
trimoine de chaque m^tropole, elles devaient 6tre port^es devant 
un tribunal d^signd par le Roi.^) 

La Difete se montrait en apparence tol^rante dans ses rap- 
ports avec ri^glise orientale; elle lui accordait la libert6 dans 
retat, mais les charges qui correspondaient k cette liberty la ren- 
daient plus ou moins illusoire. La loi scolaire qui fut vot^e en 
1868 montra clairement I'esprit du ISgislateur. Aux termes de 
cette loi, les ^tablissements consacr^s h, Tinstruction populaire, 
c'est-Jt-dire les 6coles primaires, professionnelles et normales, sent 
diYis6es en deux classes : les 6tablissements de I'J^tat, oil I'ensei- 
gnement est lai'que, et les ^tablissements que les diverses con* 
fessions religieuses sont autoris6es & fonder pour leurs adherents. 
Dans les premiers, Tenseignement doit etre fait en langue ma- 
gyare, les autres idiomes du pays n'6tant plus qu'un accessoire 
purement facultatif; dans les seconds au contraire, la langue de 
Tenseignement pent £tre choisie par la confession qui entretient 
r^cole, h, la charge toutefois d'y faire entrer certaines mati&res 
obligatoires. Ces matiferes obligatoires varient suivant le degre 
auquel T^cole appartient ; ainsi dans les 6coles normales primaires 

') Le minist^re hongrois n'attendait qae la r^gularisation des Congr^ 
de 1864 et 1866 par I'effet r^troactif de la loi pour faire sanctionner 
les decisions ^man^es de ces assemblies. La sanction imp^riale leur fat 
donn^e par une ordonnancc du 10 aodt 1868, (voy. notre BibUogropkie, 
n® 81, ordonnance qui contenait les 6 titres suivants: 

X^ De la reduction et de la dotation du clerg6 s^culier; du personnel 
du clerg^ r^gulier et de la dotation des 6ygch^; 2^ de Toiiganisation 
des communaut^s cccldsiastiques des yilles ou villages ; 3® dee ^coles; 4* de 
Porganisation des consistoires et des coQseils eccl^siastique et scolaire de 
la m^tropole; 6' de Tadministration des biens des monast^res et des 
fonds nationaux serbes; 6° de I'examen pour Padmission dans le deig^ 
B^culier. Nous avons d^jk dit que les d^put^s ^lus sous la pression da 
gouvemement, s'^taient montr6s h^sitants dans leur r6fonnes; ils avaient 
en outre reconnu an mdtropolitain des pouvoirs excessif qui empdchaient 
tout contr61e de la part de la nation. 



tot de iS68 8ur iu wj^ionditii. 3j, j[ 

(preparandije) que T^glise serbe peut cr6er, les 61feves-mattres sont 
tenus d'apprendre Tallemand k c6t6 du magyar; c'est une conces- 
sion faite au dualisme, aux depens des idiomes slaves ou du 
roumain.^) 

On voit sans peine les consequences du syst^me adopt6 par 
la Difete. A moins de renoncer d'elles-mfimes a leur langue, a 
leurs traditions particuli^res, les nations non-magyares doivent 
avoir des ecoles confessionnelles. C'est la pour elle une lourde 
charge, puisqu*elles paient en mfeme temps leur part du budget 
sur lequel le gouvemement subventionne les 6coles de FEtat II y a 
pour elle double sacilfice, sans parler de ce qu'il en codte h, 
beaucoup d'hommes independants de subir Tinfluence forc6e du 
clerge dans les ecoles. Si maintenant Ton tient compte des mille 
obstacles qui rendent difficile la lutte contre les ^tablissement de 
TEtat, de la situation forc6ment pr6caire des instituteurs nationaux, 
des avantages assures aux instituteurs magyars, on conviendra que la 
liberty des 6glises et I'organisation scolaire, qui en a 6t6 la con- 
sequence, out 6t6 de rudes coups port^s par la Di^te aux peuples 
strangers & la race dominante. 

L'article XLIV* de la loi de 18G8 qui fixe la situation des 
nationalitSs en Hongiie est couqu dans le mSme esprit. Les pr6- 
tendues concessions que les Magyars ont voulu faire passer pour 
une proclamation d'egalit6 cntre tons les peuples du royaume 
sont inappliqu^es ou inapplicablcs. Leur langue est la langue de 
la Di^te, de I'administration et des tribunaux institu^s par Tetat. 
Les membres des conseils 61cctifs des comitats et des conmiunes 
peuvent se servir d'un autre idiome, mais alors ils rencontrent 
de la part des Magyars un mauvais vouloir absolu. Les procfes- 
verbaux doivent 6trc dans tons les cas r^dig^s dans la langue du 
gouvemement; la seule ressource des nationaux est d'y joindre 
une traduction, mais, pas plus que celle des lois, cette traduction 
ne fait foi, lorsqu'elle est en disaccord avec le texte magyar. Les 
autres dispositions de Farticle XLTV* qui paraissent favorables 
aux nationaux sont elud^es par les organes de I'administration, 
ou ne sont que des bienfaits temporaires destines k disparattre 
promptement. Ainsi les tribunaux electifs des comitats et des 



") Article XXVni« de la loi de iS68. Notts ne pouvons indiquer que som* 
mairement I'oUjet do ce toxte qiii ne compte pas moins de 148 par^« 



grapbcs. 



312 Efforts de MUeiU et de Mocioni en faveur dts nalxonaliUi. 

villcs libres, tribunaux oil la loi de 1868 admettait Temploi des 
ididmes anciennement en usage, ont 6t6 supprim£s par une loi 
de 1871 et remplac6s, sur toute T^tendue du territoire, par des 
tribunaux uniquement magyars, composes de juges amovibles 
choisis par le gouvemement. 

La loi des nationalit^s qui consacrait la supr^matie absolue 
des Magyars sur les autres peuples de la Hongrie, ne fut pas 
Yot§e sans que les repr^sentants des Serbes et des Roumains 
fissent vaillamment leur devoir. Miletid et Mocioni n'eurent pas 
de peine h, montrer tout ce que le projet avait d'injuste; ils 
insist^rent pour que les comitats regussent une delimitation nou- 
velle qui tint compte des nationalit^s, de fagon k ce que de 
faibles minorit^s fiissent seules sacrifices. Rien n'Ctait plus sensC 
que cette demande, mais aussi nuUe proposition n'avait moins de 
chance d'fetre acceptCe par les Magyars. Ceux-ci ne forment de 
groupes compacts que sur le bords de la Tisza et dans les pays 
des SzCklers; partout ailleurs ils eussent §t6 en minority. Les 
AUemands sont encore plus disperses que les Magyars, en sorte 
que ceux qui auraient pu d§fendre k la Di^te les idCes genua- 
niques, les Saxons de la Transylvanie par exemple, repoussferent 
le contre-projet de Miletid et de Mocioni. Les Slovaques et les 
Ruth^nes n'6taient reprCsentCs a I'assemblCe que par des ennemis ; 
les 29 membres de la delegation create, qui siCgeaient pour la 
premiere fois k Pest, etaient des creatures du ban Ranch, prates 
aux plus serviles concessions; les Serbes et les Roumains se 
trouvferent seuls k soutenir les droits des opprim6s. Le 29 no- 
vembre 1868, leur contre-projet fat repouss6 par 267 voix contre 24. 
Le patriarche MaSu-evii et r6v6que grec-uni de Nagy-VArad 
Szilldgyi essayferent une protestation k la Chambre haute; ils ne 
farent pas plus heureux. 

Un point sur lequel Miletid et Mocioni n'avaient pas manqu6 
dHnsister et qui devait dominer toute la discussion etait la pro- 
clamation de regalite vraie, de cette 6galite qui etlt assure k toutes 
les nationalites une part proportionnelle dans la gestion des affieures 
publiques. Les Magyars ou les Magyarons exergaient tons les 
emplois. A qui parmi les Serbes un emploi du gouvemement 
avait-il et6 confi§? L'un d'eux, Theodore Mandic, s'occupait de 
leurs affaires eccl6siastiques au ministfere des cultes, mais il y 
etait par necessite, menace d^une destitution, s'il manifestait quelque 
sympathie pour ses compatriotes. Subotid avait 6t6 revoquS; 



Ctmfirmets de Be^erek el de Temesvdr. — Dihte de i8S9, 3l3 

il ne restait, apr^s lui, dans radministration ou la haute magistra- 
tare, que deux ou trois hommes insignifiants ou compromis par 
leurs attaches magyares. Alexandre Stojaf kovid, r^crivain dont nous 
avons souvent cit£ les travaux, 6tait malheureusement du nombre ; 
il avait par besoin accepts une place de conseiller ministeriel. 
Citons, k cdt6 de lui, Samuel Maiirevic, neveu du Patriarche, 
nonun§ juge k la Table royale. 

La loi sur les nationalites fut Tune des demi^res que vota 
la Difete; elle £tait arriv^e au terme de son mandat et dut se 
dissoudre. Alors on s'occupa de preparer les Elections nouvelles. 
La loi de 1848 qui r^glait les conditions du cens §tait, nous Tavons 
dit pr^cedemment, on ne pent plus d^favorable aux nationaux. 
Ceux-ci essay^rent n&tnmoins de lutter. Les Serbes organis^rent 
k Beckerek, le 16/28 Janvier 1869, une grande conffirence dans 
laquelle fut arr^t^ le programme du parti d'action. Affirmant 
r^galit6 de tons les peuples du royaume et rappelant les de- 
mandes formul^es par le Congr^s de 1861, la conference proclama 
les Serbes solidaires des autres nations opprim6es de la Hongrie 
et en particulier des Roumains; elle se d^clara pr6te k soutenir 
le parti democratique magyar, si ce parti acceptait sans arri^re 
pens^e r6galit§ des races, et ne s'opposait pas aux efforts qui 
auraient pour objet T^mancipation des Chretiens d^Orient^). 

Les rapports des Serbes et des Roumains devenaient chaque 
jour plus mtimes depuis quails n*6taient plus divis^s par des 
querelles eccl6siastiques. Une conference tenue au mois de ffivrier, 
k Temesvar, par les r^presentants des deux peuples, acheva d'^tablir 
entre eux la solidarity. lis agirent de concert dans les Elections 
et r§ussirent k faire 61ire quelques d6put6s de plus qu'en 1866. 

Miletid, investi de nouveau du mandat parlementaire par ses 
concitoyens de Novi Sad, ne perdit point de temps et, dfes que la 
Difete s^occupa de rfipondre au discours du trSne, proposa d'ajouter 
k Tadresse un paragraphe ainsi conQu: „Sa Majesty a daign6 
donner k une deputation nationale I'assurance que les resolutions 
du Congrfes serbe seraient remises k la Di^te hongroise comme 
propositions royales; cette promesse a €t& renouveiee dans la 



*) Voy. OAiyse Benxe KOH«epeHmge q>ncKe y Ee<iKepeKy 16. JtHyapa 1869. 
Mpm^nef y noneAy nporpaMa sa sacrynuKe cpncse sa jrr. Ca6opy; (R^so- 
lations de la graude Conference tenne k Be^kerek le 16 Janvier 1869, 
pour arr^ter le programme de ropposition serbe k la Di^te hongroiae); 
[NoyI Sad], 1869. in-8. Gf. Joyanoyi^ pp. 118 sqq. 



resolution adress^e k la Di^te hongroise en 1861, mais, malgr6 
des interpellations r6it6r6es et des promesses particulifereB , le 
Gouvemement de Sa Majesty ne s'est pas cm oblige, jusqu'ii la 
fin de la derni^re Di^te, de remplir ces engagements sacr6s. 
La nation serbe ne cherche, en se fon dant sur son droit historique) 
droit qui est aussi la base de la couronne hongroise, rien autre 
chose que ce qui lui appartient par le droit naturel et la notion 
d'6galit6 entre les peuples du pays, ce qui s'accorde avec Tint^- 
grit6 du royaume et Tunitfi politique de Tfitat, ce qui est conforme 
& regalit6 des citoyens. Quant & la question des idiomes, se3 
demandes sont beaucoup plus couformes au principe d'6galit6 que 
ne Pest la supr6matie de la langue magyare, comme langue de la 
legislation et de Tadministration. Le peuple serbe de Hongrie ne 
pent abandonner ses droits nationaux et conserve encore Tespoir 
que Sa Majest6 sauvera cette question de Toubli, et donnera I'ordre 
h. Son gouvemement de faire a la Di^te les propositions n^cessaires, 
propositions qui seront soumises ensuite & la sanction de Sa Majesty." 

Miletid d6veloppa son amendement a la stance du 13 mai 1869. 
Ainsi qu'il etait facile de le pr^voir, la Diete refusa de le prendre 
en consideration. Les dispositions de rassembl6e paraissaient plus 
hostiles encore que pendant la pr^cedente legislature. 

Les Magyars ne voulaient pas que les Serbes conservassent 
leur existence nationale ailleurs que dans leur eglise. Tel avait 
ete Tesprit des lois de 1868 que le ministere s'occupa d'ex6cuter. 
Par lettre datee du 3 mai 1868, le baron Eotvos, ministre des 
cultes, invita le Patriarche k convoquer le Congrfes, conformement 
Jt la loi, et r6gla provisoiremant la procedure k suivre dans les 
elections. Masirevid fixa la date de la convocation au 1®'/13 juin. 

La nouvelle legislation hongroise donnait au Congrte qui 
allait s'ouvrir une importance plus grande que celle des assembles 
tenues jusqu* alors. Plus que jamais la vie nationale devait s'y 
trouver concentree; aux questions purement ecciesiastiques se 
joignaient les affaires scolaires et Torganisation complete de Tin- 
struction publique chez les Serbes. II fallait que cette organisation 
se rattach&t par un lien quelconque a reglise, puisque les Magyars 
ne laissaient pas d'autres ressources aux populations rivales. 
Le parti liberal avait compris qu'on pouvait mettre k profit la 
liberte des cultes recemment proclamee par la loL Le Congrte 
pouvait prononcer souverainement sur tons les objets de sa com- 
petence, sans qu'un commissaire royal intervtnt dans ses deiib^- 



Congtks Hrhe de iS6^. 3l5 

radons; rien n^emp^chait les deputes de transformer T^glise, de 
donner a T^l^ment laique une part d'influence et d'initiative, qui 
arrach&t la nation tout enti^re it la tutelle de pr^tres peu 6clair6s» 
n fallait de Targent pour entretenir les ^oles, pourquoi ne pas 
lenr attribuer les revcnus des couvents et supprimer quelques 
moines oisifs et inutiles? L'intention des fondateurs avait 6t6 de 
contribuer & Tinstruction du peuple ; la mesure projet6e permettait 
de remplir cette intention charitable, en se rapprochant des id^es 
modemes.^) 

Telles 6taient les vues que les membres du parti liberal, 
Subotid, Miletic, et leur amis, apport^rent h, I'assemblSe de Earlovci. 
Dfes le premier instant ils se trouvferent en opposition avec ceux 
qui avaient int6rfet k maintenir Pancien 6tat de choses. Les d§- 
put6s eccl6siastiques refusferent, sauf deux ou trois exceptions, de 
participer aux conferences pr^paratoires que leur coUfegues lajfques 
avaient convoqu6es, empfechferent le Patriarche d'ouvrir le Congrfes 
au jour tix6, et firent remettre la premifere s6ance au 4/16 juin, 
afin que tons les leurs fussent presents. Leur attitude provocatrice 
ne permit pas la conciliation, et, dfes Tinauguration, de vifs d6bats 
s'engagferent. La question de la pr^sidence passionna d'abord les 
esprits. Pour mettre un frein k Tomnipotence que le Patriarche s'ar- 
rogeait, les Hbferaux soutinrent qu'il n'6tait pas president de droit, 
mais que le president devait fetre 61u par Tassembl^e. 

Les cl6ricaux dfefendirent le droit du Patriarche et firent 
triompher leur opinion, mais ne r6ussirent pas h, r6tablir I'accord. 
A chaque stance, se produisirent des scenes orageuses. 

Le Patriarche donnait lui mfeme I'exemple de la violence. 
,Qu*on se figure un vieillard osseux et grand, portant au moins 
ses 66 ans, aux yeux sees et sans vie, au visage sans signification, 
pile et maladif. II ne pouvait s'appliquer au travail, n'6coutait 
point ce qu'on lui disait et r^pondait que toute chose 6tait bien, 
sans la comprendre, ni savoir en profiter. D 6tait d'un caractfere 
passionnS, mais faible et irr6solu. Quand sa passion ordinaire 
s'emparait de lui, elle crispait son esprit, comme une crampe fait 
du corps." Tel est le portrait que M. Pavlovid*) trace de Masi- 
revid, dont le Congrfes montra bientot toute la nullit§. Les d6put6s 
liberaux essayferent de s'entendre avec lui; ils furent tenus h, dis- 

') Ces details et ceux qui suivent sont extraits du compte-rendu pnbli^ 

par M. ijfetieime Pavlovic {Bibliographie, n® 32). 
^ Pp. 82 sq. 



3l6 Bruiqae fin du Chngrit de 18^^. 

tance, ou ne reQurent que des r^ponses ^vasives. Tantot c*6ta^- 
Rajid, le secretaire du patriarcat, tantot Eusevid, fdispin 
comitat de Sirmie, tantot r^vfeque Grujic, tantdt enfin 
qui venait au secours du Patriarche et lui soufflait ce qu'il devi 
dire ou faire. L'ancieu gSn^ral de Tinsurrection, dont la poj^^ 
larit6 avait §t6 compromise par ses tergiversations politiques ei 
ses complaisances envers la Cour, avait cm regagner son autocjt^ 
perdue, en se jetant dans le parti clerical; il ne s'y £tait rsXiii 
que pour en devenir le chef. 

Le Patriarche agissait en toute circonstance avec on arbitraine 
qui rendait indispensable un controle serieux. n avait radmioi- 
stration des fonds nationaux, dont il ne rendait aucun compte, et 
ne se pr6occupait point de les augmenter par une bonne gestion. 
Le gymnase de Novi Sad place sous sa surveillance, avait souffiert 
de son incurie, et la ville r^clamait avec impatience une directioo 
ind^pendante, mais, sur ce point, comme sur beaucoup d'antres, 
Masirevic refusait satisfaction. 

Le parti liberal, qui d^s lors s'appela parti national, avait 
la ferme resolution de poursuivre ces abus, jusqu'lt ce qu*il 
etlt obtenu gain de cause. Subotic, Miletid, et leur adherents, 
I'avocat Kiijakovic, le protopope Begovid, Etienne PavloviiS, etc 
n'^taient pas hommes k se laisser intimider par les menaces 
du Patriarche. Celui-ci s'efiforQait de gagner du temps et faisait 
en sorte que les stances fussent aussi rares et aussi courtes 
que possible. L'assembl^e consacra ses premieres reunions 
k Texamen d'affaires d^int^rSt secondaire, et s'appr6tait k passer 
aux questions plus importantes, quand un coup d'6tat de MaSirevic 
et de ses partisans amena sa dissolution. Le 3/15 juillet au matiB, 
lorsque les d^put^s voulurent penStrer dans la salle des delibera- 
tions, ils trouvferent sur la porte une affiche non sign^e qui leur 
apprenait que la stance du jour n'aurait pas lieu. Les membres 
du parti national soupconnferent quelque pi^ge et d^put^rent aa 
Patriarche. Celui-ci rfipondit qu'il ne pouvait s'entendre avec des 
hommes qui voulaient detruire reglise et le clerge. La joumee 
se passa dans une extreme agitation, et, le lendemain, les ciericaox 
adress&rent h Ma§irevi6 une demission collective, declarant, comme 
lui, que leurs adversaires avaient tenu des discours pen parlemen- 
taires et que, dans Tinteret de leurs compatriotes, ils devaient 
s*eioigner des revolutionnaires. La demission collective emanait de 
31 deputes, sans compter les evfeques qui y donnferent leur ad- 



Mort du patriarche Maiiremi. 317 

h^iou. II ne resta plus aux nationaux qu' h, protester centre le 
proc6d6 dont ils 6taient victimes. Leur protestation r^unit 
29 signatures, chiffire imposant, qui prouve qu'ils auraient pu 
conqu^rir la majorite si les stances du Gongrfes avaient continu§. 
n faut croire que le parti clerical regarda cette 6ventualit6 conune 
probable, sans quoi il se serait \AXjk d'exp6dier toutes les affaires 
sur lesquelles devaient porter les deliberations communes. 

Le Patriarche ne crut pas pouvoir se dispenser de foumir 
jL la nation quelques explications sur la facheuse issue du Gongr^s* 
II fit publier dans les joumaux un long manifesto dans lequel il se 
r6pandait en invectives centre les impies qui voulaient „8§parer 
les fils de leur p^re et arracher les enfants k leur m^re TEglise, 
qui les a engendres par le' Saint Esprit et les a nourris du lait 
de sa benediction".^) Le pauvre Magirevid etait tellement efiraye 
des projets de ses adversaires qu'il s'imagina qu'on en voulait 
h sa vie. Son testament, rSdige le 10/22 juillet 1869, pr^vit le 
cas oil il mourrait de mort violente, „dans ces temps agites et 
malbeureux*'.^) 

Le Srbski Narod, journal fondeaNovi Sad par une pre- 
tendue ^Societe nationale", mais en realite soutenu par le clerge, 
sous rinspiration du Patriarche et de Stratimirovid, prit h, t&che 
de defendre le parti clerical, mais ne reussit pas h, calmer les 
col^s excitees centre les partisans de MaSirevid. Gelui-ci se vit 
Tobjet d'une reprobation generale; plus de cent paroisses repre- 
sentees par les conseils de fabrique lui firent parvenir des votes 
de defiance. De leur cote les deputes du parti national envoy^rent 
quelques uns des leurs a Pest, pour protester contre le coup d'etat 
da Patriarche. Eotvos promit de s'occuper de I'affaire sans retard 
et de £Edre en sorte que les deliberations pussent etre reprises, 
mais il laissa le temps s'ecouler sans s*inquieter beaucoup des 
Serbes. Au mois de septembre, Masirevid reunit en conference 
ses principaux adherents, et Ton put croire que le Gongrfes allait 
reconunencer ses travaux. Ge fut une esperance vaine; le Patri- 
arche, perdant tout courage et toute presence d'esprit, s'afEublis- 
sait de jour en jour. Les manifestations des paroisses Tacbeverent; 
il mourut le 7/19 Janvier 1870. 

L'evfeque de Bude, Stojkovid, fut investi par le gouvemement 



') Voy. ce manifeste dans le compte-renda da Congr^ pp. 802-809. 
^ BM,, p. 801. 



318 Insurrection dc BcUiiuUie* 

de radministratioQ provisoire de la m§tropole (22 f^vrier) C'^tait 
le plus ancien et le plus modern des evSques ; il s'^tait fait uoe 
reputation par ThabiletS avec laquelle il avait su relever la for- 
tune de son diocese, aussi les lib6raux eux-m6mes accueillirent- 
ils sa nomination avec satisfaction. Stojkovic obtint du ministiire 
Tautorisation de convoquer le Gongr^s pour le mois de mai 1870, 
et s'efforQa d'amener une conciliation entre les partis.^) 

Les ev^nements que nous venous de rapporter perdirent de 
leur int6rSt pendant les trois demiers mois de Fannee 1869, par 
suite de I'agitation que Tinsurrection dalmate vint jeter dans les 
esprits. Comme nous avons laiss6 les Serbes de Dalmatie en de- 
hors de cette histoire, nous n'examinerons point en detail les 
causes qui amen^rent la r§volte des Bocch^ses, mais nous, pro- 
testerons tout au moins centre Tid^e d'une conspiration cardie 
entre les Serbes de Dalmatie, et leurs freres de la Bosnie et da 
Montenegro. Qu'on le sache bien, Podieuse exploitation & laqaelle 
la Dalmatie s'est vue soumise par TAutriche a fait germer dans 
le coBur du peuple la haine de I'Allemand. Les Italiens des villes 
se sent malheureusement allies aux fonctionnaires de Vienna poor 
epuiser un pays d^j^ pauvre. Les Dalmates out dft foumirlPAa- 
triche tons ses matelots, sans qu'on fit ricn pour adoudr leor 
sort; ils ont consider^ la loi militaire de 1869, qui, sans tenir 
compte de leurs habitudes s^culaires, ni des charges auxquelles ils 
sent soumis pour la marine, les astreignait au service dans la land- 
wehr, comme une aggravation trop p6nible de leur situation, et 
sans penser k la disproportion des forces, ont r6siste It main arm^ 
Qu'on ne parle pas d'un plan arrStg d'avance ; il nV avait pas de 
plan, mais un mouvement irr6fl6chi, que favorisa la nature mon- 
tagneuse du sol.^ 



Pour les affiiires eccl^siastiqaes de ces demi^res anndes, noos arons nn 
exceUent guide dans une brochure intitnl^e : Zur Ldtung der serbuehm 
Kirchenfr<ige. Von einem gew, Congreasmitgliede; Budapest, 1873, in-8. lA 
plus grande partie de cette brochure avait paru sous forme d'artides 
dans le n<* 205, 209, 212, 213 et 217 de VUngarischer Lloyd (septembre 
1873). 

*) On pent consulter sur ces 4v4nement8 la brochure suiyante: DU hmr- 
rection in DalnuUien, Eine historisch-Jcritisehe DarateRung der osUrreickiHhm 
KriegaopercUionen in der Boccha (sic) von CcUtaro, Wien, 1870, in-8. L'iO- 
teur de ce travail critique pr6tend p. 12 que I'insuirection fat 8oadoj6e 
par PAngleterrel 



Pacification tie la Dalmatie. 319 

Le lieutenant-mar^chal Wagner, gouvemeur de la Dalmatie, 
^choua d'abord dans ses tentatives de repression ; il fiit alors investi 
d'un pouvoir dictatorial qu'il exer^a dans son cabinet (25 octobre 1869) 
et c^da la direction dcs operations au g^n^ral Auersperg. Ce nou- 
veau commandant re^ut des forces imposantes qui devaient lui 
pennettre de se distinguer facilement, mais ne se montra gufero 
plus habile tactiden que Wagner. La campagne de cinq jours 
qu*il entreprit dans les montagnes eut toutefois pour eflfet d'inti- 
mider les insurg^s qui se montrferent disposes h traiter. Ce r6- 
sultat etait At, surtout aux officiers slaves, tels que les colonels 
JoYanovic et Simid, qui, s'ils §taient animus du m§me esprit mi- 
litaire que les officiers allemands, avaient Tavantage de mieux 
comprendre la situation du pays, et de ne pas concevoir centre 
leurs adversaires une baine aveugle. Auersperg entama done des 
pourparlers avec rennemi, mais, paralyse dans son action par 
Wagner et les fonctionnaires places sous les ordres de ce dernier, 
il ne put esp6rer qu'un mediocre succes. L'Empereur eut alors 
la sagesse de rappeler Wagner qu'il remplaga par un admini- 
strateur civil (2 d6cembre) et d'envoyer sur le th6&tre des hosti- 
lites le lieutenant-mar6chal Rodi6 avec une commission extraordi- 
naire. Rodifi etait serbe; il etait ne dans les Confins et pouvait 
mieux que personne arrfeter une insurrection dont il connaissait 
les veritables causes. II arriva le 30 decembre a Kotor (Cattaro) 
et se mit inmiediatement en relations avec les chefs du mouve- 
ment. Ceux-ci reclam^rent une amnistie generale, la reparation 
des dommages causes i, leurs proprietes pendant la lutte, et le 
maintien des conditions primitivement posees par eux pour leur 
enrolement dans I'armee territoriale. Apr^s quelques hesitations, 
Bodie ceda sur les deux premiers points et fit quelques reserves 
sur le troisifeme. Le 11 Janvier, 300 hommes vinrent deposer leurs 
armes entre les mains du commissaire, qui consentit ^ les leur 
laisser pour leur s&rete personnelle. La pacification du pays fut 
complete en moins d'une semaine. 

Ainsi finit rechauffouree de Dalmatie, qui pouvait, en se 
prolongeant, causer & la monarchic les plus serieux embarras. Les 
concessions de Rodic ne furent pas du goftt des Allemands de 
Vienne, qui, de loin, s'imaginaient qu'il serait facile d'avoir raison 
d'une poignee de rebelles. lis chercherent h, se consoler en pu- 
bliant mille recits odieux sur les montagnards serbes qu'ils trai- 
terent de cannibales et de canaille panslaviste. Le mi- 



320 Congris aerbe de 1870, 

nistre des finances dsleithan, Giskra, protesta contre la promesse 
dMndemnit^ faite aux insurg6s, mais Bodid ^n'eut pas de peine 
a lui d^montrer qu'il n'avait point outrepass6 ses instructions.^) 

Les Serbes de Hongrie n'avaient pas pris parti pour leurs 
frferes du Grbalj *) et des KrivoSije, •) mais il est certain quils 
avaient pour eux de secretes sympathies. L'ardeur avec laquelle 
les montagnards s'6taient d^fendus leur rappelait la prise d'armes 
de 1848, et leur domait une preuve nouvelle des qualit^s guer- 
riferes de leur race. lis accueillirent avec joie I'arrangement condn 
par Rodic, et purent reporter leur int6r6t sur leurs propres afihires. 

Le Congrfes, dont Tadministrateur Stojkovid avait obtenu la 
convocation, se r^unit au commencement de mai. Grike aux efforts 
de ce pr61at, les membres d^missionnaires avaient consenti a re- 
prendre leur mandat, en sorte qu'il n*y eut point d'elections nou- 
velles. Quatre d^put^s seulement, parmi lesquells Stratimirovid et 
le fSispdn EuSevid, persist^rent it se tenir k Tecart; ils fiirent 
remplac^s par quatre libSraux. Les deux partis en presence se 
trouvferent ainsi de forces egales, mais les nationaux obtinrent une 
majority considerable par suite de revolution du centre qui se 
porta de leur cot^. Le statut organique du Congr^ fut vot£ par 
les deux tiers des voix. Ge statut portait un coup mortel a Tin- 
fluence cl6ricale. II r6duisait la competence des synodes dpisco- 
paux aux questions purement dogmatiques, etablissait le droit 
pour TassemblSe d'elire seule les ^v^ques, dont la nomination 
avait ete faite jusqu'alors par les synodes, lui permettait de choisir 
le metropolitain en dehors m6me des ^vSques, et d^clarait que la 
pr6sidence de Tassembiee serait h I'avenir Elective. 

Les evSques protesterent, mais la majority du Congrte etait 
dedd^e k passer outre. EUe s'inspira des m^mes idSes dans le r^gle- 
ment electoral dont elle eut ensuite a s'occuper et d^dda que les 
25 deputes ecciesiastiques seraient nomm^s non plus seulement par 



^) M. Ljabisa, maire de Badva et d^put^ k la Di^te de Vienne, r^ondit 
yigoureasement dans la presse aux attaques dont Rodi6 6tait I'objet II 
developpa sea arguments plus au long dans un discours prononci i 
la stance de la Di^te du 9 f§Trier 1870, et que les journaox de Yienne 
affect^nt de laisser passer inaper^^n. 

*) Le OrhalJ, que les Italiens et les Allemands appellent Zuptt, est le pays 
8itu6 entre Kotor et Budva. 

*) Les KrivdHjt sont un petit groupe de population qui se trouYe dans la 
montagne, au-dessus de Risan. 



Proch de presse inletUd h MtUtid, 321 

le clerge, mais au suffrage universel. C'^tait le moyen d'dcarter 
du Congrcs les homines prfits k trahir les intdrfits populaires. 

Ce n'etaient 1^ que des resolutions prdliminaires. Le parti 

liberal, encourage par de nombreuses petitions venues du dehors, 

Youlait rendre le clerg6 moins nombreux, mais mieux r6tribuc, 

plus instruit, plus capable de remplir la mission patriotique qui 

lui incombait. Dans cette pensde, Subotid et Miletic, developpant 

les principes adoptes par le Congrfes de 1790, proposferent de pro- 

ceder h Tinventaii-e de tons les biens des convents et des 6v6ch6s, 

d*en composer une masse sur laquelle le clergd recevrait un trai- 

tement fixe, tandis que Texcedant des revenus serait verse dans la 

caisse nationale: Les conservateurs quisiegeaient a Tassemblee de 

1865 avaient eux-m&mes senti la ndcessite de cette mesure, mais 

ils s'en dtaient remis k Tintervention de Masirevid, qui n'dtait pas 

sorti de son inaction. Depuis lors, les consequences deplorables du 

syst^me actuel s'etaient accusdes de plus en plus. A la suite des 

abondantes recoltes de 1868 et 1869, certains archimandrites na- 

geaient dans une opulence, qui les portait a de scandaleux exc^s. 

On avait vu par exemple Tarchimandrite de Bezdin promener pu- 

bliquement sa maitresse dans une voiture k quatre chevaux, 

tandis que les mattres d'dcole et le bas clergd mouraient de faim. 

Le Congrfes se proposa d'apporter im remade 6nergique k cette 

situation. II nommades commissions d'enqufete chargdes de recon- 

nattre la fortune de Peglise afin d'dviter des ddtoumements sem- 

blables a ceux qui avaient dt6 constates d6ja dans les monasti^res 

de Kru§edol et d'Opovo; les resultats de cette enqufete devaient 

etre examines dans une session ultdrieure, oil seraient r^glds les 

details de la secularisation. Sentant qu'il fallait sans retard relever 

le niveau de Tinstruction, le Congres vota diverses bourses en fa- 

veur de jeunes gens destines au professorat. Quatre theologiens 

partirent pour Kijev; dix instituteurs, choisis parmi les plus ca- 

pables, furent envoyds pour un an dans les ecoles d'AUemagne et 

de Suisse. 

Miletic avait pris part aux premieres deliberations du Congres, 
mais il ne put y assister jusqu' k la fin. Le cabinet hongrois, 
inquiet des progrfes du parti national serbe, avait resolu de lui 
susciter des embarras en le privant de son chef. Un article insure 
par toetid dans la „Zastava" servit de pretexte. Le ministfere 
obtint sans peine de la Difete Tautorisation de le poursuivre. 
Une assembiee populaire tenue k Novi Sad declara que la cause 

21 






„s ^aeS*"^.: «\^^8 ta^*; %e to^^^^^!i \a pa\sae A^JT ;» Dv^W 




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Le9 Magyara ridamttU la auppreasion des Confins, 323 

et fonda le Zato^nfk (Le Banni), dont Voniina fut rimprimeur. 
C'est alors qu'il fut mis en possession, on ne sait comment, de 
toute la correspodance relative au dess6chement du Lonjsko Polje. 
D publia toutes ces pieces qui compromettaient gi-avement Ranch 
et quantite de grands seigneurs: le comte Szdchenyi, le comte 
Erd6dy, le comte Pallavicini, le comte Georges Andrdssy, frfere du 
ministre pr6sident, le comte prussien Scherr-Toss, ancien aide- 
de-camp de Klapka, condamn6 pour escroquerie en AUemagne, 
etc. Le chapitre catholique de Zagreb fut egalement impliqu6 dans 
I'aflFaire, mais ce qu'il y eut de plus curieux ce furent les lettres 
des gentilshommes sp6culateurs, qui se plaisaient entre eux a de- 
verser Tinjure sur les Creates, tout en supputant les benefices 
frauduleux que devait leur rapporter la concession votee par les 
complaisants de Ranch. Mrazovid devoila sans pitie toutes ces 
intrigues, et Miletid reproduisit ses articles en les commentant. 
Ranch se sentit menace, mais crut pouvoir payer d'audace et pour- 
suivit Mrazovid et Voncina comme dififamateurs. 

A I'agitation causee par les tripotages financiers de Ranch se 
joignit r^motion caus6e par la suppression des Confins militaires. 
Depuis rinauguration du systfeme dualiste les Magyars n'avaient 
cess6 de reclamer cette mesure qui devait directement leur profiter. 
lis connaissaient les sentiments pen sympathiques des Grenzers 
et de leurs officiers, et consideraient leur reunion li la Hongric 
comme indispensable ^ la s6curit6' du royaume. Des avant 1860, 
ils avaient tente de battre en breche „une institution barbare", 
qui ne r6pondait plus aux besoins du siecle, mais Tint^rSt qu'ils 
portaient aux habitants des Confins 6tait pour le moins suspect. 
Ceux-ci, loin de souhaiter que I'administration hongroise fftt in- 
troduite chez eux, trouvaient toutes les charges qui leur 6taient 
impos6es plus 16geres que le joug des Magyars. lis voulaient 
surtout qu'on ne disposat point de leur sort avant de les avoir 
consult^s, et le resent du 9 mai 1861 consacrait la 16gitimit6 de 
cette pretention. Sur les remontrances de la Diete de Zagreb, 
I'Empereur avait permis aux Confins creates d'y envoyer des de- 
pute. C'6tait lii un prec6dent favorable aux Grenzers, mais que 
le ministfere hongiois s'cfiforQait de faire oublier. Le comte Andrassy 
et ses collfegues, maitres des destinies de Tempire, ne r6ussirent 
pas imm^diatement. Quelle que fftt leur influence sur I'esprit de 
Francois-Joseph il leur fallut deux ans pour vaincre ses demiers 
scrupules. Le parti militaire, hostile au regime nouveau, ne laissa 

21* 



324 ^* Mofjyavs ilouffetU la voix des Grenzers. 

pas oublier la part gloricuse que Ics Confins avaient prise aux. 
campagnes dc 1848, 1859 et 1866, mais U ne put les sauver. 

La patentc du 19 aoftt 1869, se fondant sui- la loi militaire 
qui rendait le seiTicc obligatoire a Tavenir dans tons les pays de 
la monarchie, ordonna leur reunion a la Hongrie. L'adniinistration 
civile dut fetre introduite imm6diatenient dans les deux rdgiments 
de Varaidin, la 11* et la 12® compagnie du regiment de Slunj et 
ilans les villes de Sisak et de Senj. 

L*6motion fut grande d'une extrcmitfi a Fautre des Confins. 
lis allaient 6tre livres a leurs cnnemis, sans avoir pu 6mettre 
Icurs voDux! Les villes qui jouissaient de quelques franchises mu- 
nicipales et n'ctaient pas comme les villages k la merci des of- 
liciers, protcstcrent, sign5rent des petitions a I'Empereur, deman- 
dferent la grace d'etre entcndues; leurs reclamations n'arriverent 
pas jusqu'k Vienne. Pour empecher Frangois-Joseph de revenir 
sur sa decision, Andrassy lui anacha la patente du 31 Janvier 
1870, qui contenait un commencement d'execution et r6glait le 
detail des mesurcs transitoires. Ces resolutions energiques tou- 
chercnt pen les habitants des Confins, qui ne pouvaient admettrc 
que la dissolution s'effectuS,t sans qu'ils eussent donn^ leur avis. 
Trente villes designferent des mandataires qui durent porter 
h Vienne leuis dol6ances. Andrassy craignit assez Peflfet de cette 
demonstration pour juger n^cessaire de se rendre k Vienne; il 
cmpfecha I'Empereur de recevoir les deputes (mai 1870). 

Les int6r6ts des Confins fitaient d6fendus avec chaleur par 
les joumaux nationaux; Milctic et Mrazovic surtout apportferent h 
la lutte uno activity qui les d^signa d'avance aux coups des 
Magyars. 

Tandis que le ministfere se disposait k les poursuivre, il 
chcrcha dans les rangs du clerg6 create et serbe des auxiliaires 
qu'il crftt capables de desorganiser Topposition des Slaves du sud. 
L'archev6ch6 de Zagreb, devenu vacant par la mort de Haulik, 
fut confer6 au m6pris des traditions eccl6siastiques et des stipu- 
lations du compromis hongro-croate k I'une des plus infimes crea- 
tures du gouvemement. C'6tait un des si6ges le plus richement 
dot6s de I'empire; ses revenus depassaient en moyenne 200.000 
florins par an ; il y avait 15, des ressources que le comte Andrdssy 
ne voulut point laisser perdre. II exigea du nouveau titulaire qu*a 
consacrerait la plus grande partie de ces revenus k la propagande 
politique. 



L'cweheveqiie M'i1valom6 et I'archtmaiidrile Angjelif, 325 

L*archev6che de Zagreb revenait de droit k T^vfeque de Dja- 
kovo Strossmayer, qui en 6tait non moins digne par ses connais- 
sances th6ologiques, par le role eminent qu'il avait joue au con- 
cile du Vatican, dans les rangs des pr61ats hostiles h, Tinfailli- 
bilit^, que par es services qu'il avait rendus i la Croatie.^) 

Cr6ateur de I'Acad^mie des Slaves du sud, connu par ses 
sentiments patriotiques, Strossmayer devait fetre 6cart6 par An- 
drdssy, qui lui pr^fera I'abbe Mihalovic, ancien cure du faubourg 
Fabrik k Temesvdr, homme vulgaire et de moeurs douteuses, qui 
se montra par la suite tout ik fait incapable de la mission qu'on 
lui avait confiee (4 mai 1870). 

Le ministfere hongrois s'en rapportait h, Mihalovic pour jeter 
la discorde parmi les Croates; il compta sur Tarchimandrite An- 
gjelic pour la porter chez les Serbes. Angjelid avait 6t6 d6sign6 
par le synode de 1870 pour occuper r6v6ch6 de la Backa, vacant 
depuis 1867, mais le Patriarche etait mort avant d'avoir pu lui 
donner la consecration. C'6tait un de ces ambitieux de bas 6tage, 
prfets a vendre leur pays pour satisfaire leur cupidit6 personnelle. 
n avait fr6mi en entendant Ic parti liberal d6velopper ses id6es 
de r6forme aux Congrfes de 1869 et 1870. Pen lui importait que 
la jeunesse serbe v6c<!lt dans Tignorance, pourvu qu'il eftt pour 
charmer son oisivet6 les 60.000 florins que rapporte bon an mal 
an r6v6ch6 de la Backa. Mft par cette pens6e d'6goisme, il se 
distingua entre tons ceux qui cherchferent k paralyser les efforts 
du parti national. II amenta contre les amis de Miletid et 
contre radministrateur Stojkovic, qui les avait laiss6s faire, les 
archimandrites et les h^goumfenes, et demanda du secours k Pest, 
n ne parlait de rien moins que d'excommunier Stojkovid, d^nongait 
les sacrileges qu'on allait conmiettre, et, pour faire croire que 
ses adherents etaient en grand nombre, recourait aux lettres et 
aux d6nonciations anonymes. Le Srpski Narod, dont Stratimi- 
rovic s'6tait & pen prfes d6sint6ress6, servait de porte-voix k la 
coterie d'Apgjelic. Grftce aux avances que Tarchimandrite avait 
obtenues du gouvemement sur les revenus de son evfech6, ce jour- 
nal fiit distribu6 gratuitement k tons ceux qui voulurent I'accepter. 

La querelle s'envenimait chaque jour entre les Slaves du 



*) Yoy. 9ur M. Strossmayer Pdtude que lui a coti8acr6e M. Louis Lcger 
dans le recueil d'articles intitul6: Le Monde t/m>e: voyagti et lUUratur$ 
(Paris, 1873, in-12), pp. 113-134. 



;26 Ouerre de 1870-71. 

sud et les Magyars, quand 6clata la guerre entre la France et 
rAllemagne. Quelle allait fttre Tattitude des differentes nationalit^s 
derAutriche et do la Hongrie en presence de ce conflit? Les AUe- 
mands et les Magyars 4taient acquis ik la cause du plus fort; 
croyant que Napoleon III avait fait de longue date des pr^paratife 
formidables, et qu'il avait plus de chances favorables que ses ad- 
versaires, ils inclinferent d'abord vers la France, n en fut de mftme 
des Slaves du Nord qui, directement menaces par Tambition ger- 
manique, ne pouvaient que souhaiter sa d^faite. Quant aux Slav^ 
du sud, ils h^sitferent. La France avait k leurs yeux le tort d'avoir 
favorise F^tablissement du syst^me dualiste ; elle s'^tait d^partie da 
principe des nationalit^s qu'elle avait elle-m^me proclam^ ; les incerti- 
tudes de sa politique avaient 61oign6 d'elle ses allies les plus naturels. 

Le d^sastre de S^dan changea complfetement cette situation. 
Les Allemands sMuits par le prestige de la victoire, entratnes 
par les chants d'all^gresse des joumaux de Vienne et par Texem- 
pie du gouvemement imperial et royal, n'eurent plus poor les 
vaincus que des paroles de m^pris. 

A peine quelques voix s'61everent-elles gi et \k pour d^plorer 
la coup porte k TAutriche par la defaite de la France. Les Ma- 
gyars, ceux du moins qui se ralliaient au parti De^, oft mftme 
k la gauche mod6ree partag^rent Padmiration des Allemands pour 
les succ^s de la Prusse; ils toumerent le dos k la France ou ne 
lui t^moignferent plus que cette sympathie d^daigneuse qui est 
presque du m^pris. Souls, les deputes de 1 'extreme gauche, Lr&nyi, 
Simonyi et leurs amis, ne craignirent pas de s'61ever au sein de 
la Di^te centre la brutalite des vainque'urs. II furent soutenus dans 
leur g^n^reuse protestation par les d^put^s nationaux, slaves et 
roumains, qui press^rent, comme eux le gouvemement d'interposer 
ses bons offices, pour empficher le demembrement de la France. 
Si les Serbes avaient h^site, lors de la declaration de guerre, k 
manifester leurs sympathies, ils les r§servferent dfes lors tout en- 
tiferes pour ceux qui chcrchaient ik d61ivrer la France. Stratimi- 
rovic interpella Ic ministi^re en lui reprochant ses tendances ger- 
maniques (19 Janvier 1871). 

Les dangers qui pouvaient surgir du triomphe des Allemands 
portferent les Slaves du sud ^ se r6unir, k se consulter sur les 
6v6nements. Une grande conference k laquelle privent part des 
Slovenes, des Creates et des Serbes, eut lieu k Ljubljana (Lai- 
bach), dans les premiers jours de decembre. Plus de 100 per- 



Cbr^irence de l(fubljana, — tUtrmU du ban Rauch. 327 

sonnes y assistferent, parmi lesquelles on distinguait les Slovenes 
Bleiweiss, Costa, Razlag, Poklukar; les Croates Mrazovid, Von- 
cina, Miskatovic et Makanec, les Serbes Kostic de Novi Sad, 
Barcid de I'lstrie, etc. 

L*assembl6e se prononga .pour runion des Slaves du sud, la 
separation de la Croatie d'avec la Hongrie, et la formation d'un 
royaume d'lllyrie, qui comprendrait la Croatie, la Slavonic, la 
Dalmatie les Confins militaires et la Votevodine serbe, et jouirait 
de la m^me autonomic que la Hongrie. 

Tandis que les doctrines de Gaj recevaient une nouvelle 
consecration, Miletic payait pour toute Topposition slave. La con- 
damnation prononcee contre lui ayant 6t6 confirmee par les juges 
d'appel, il fut transporte k Vacz pour y subir sa peine. II eut la 
douleur d'y voir mourir sa plus jeune fiUe, sans que ses gardiens 
lui permissent dialler recevoir son dernier soupir (d6cembre 1870). 

Plus heureux que Miletid, Mrazovid et VonCina furent renvoy6s, 
par le tribunal militaire de Petrinja, de la plainte port6e contre 
eux par le ban Rauch (7 Janvier 1871). Celui-ci fut ainsi frapp6 
en pleine poitrine et sa situation devint insoutenable. Autoris6 
i dissoudre la Difete create en quality de commissaire extraordi- 
naire, il n'en fut pas moins forc6 de se retirer. Les r^dacteurs du 
Zatoinik, obliges de d6fendrc k la fois k dix proems de presse, 
sttbirent de 16gferes condamnations sur des poursuites priv6es, 
mais furent encore acquitt^s sur une seconde plainte de Rauch. ^) 
Quoiquc les officiers des Confins fussent dans la main du gouver- 
nement central, ils n'avaient pu assister sans indignation aux me- 
nses du Ban. Le Cabinet de Pest, pour 6touffer leur voix pressait 
TEmpereur de lever les deniiers obstacles qui s'opposaient k ce 
qu'ils prissent d6finitivement possession de Tancienne region fron- 
tifere. Un manifeste du 8 juin 1870, confirmant la patente du 19 
aoftt precedent, avait ajout6 la ville de Belovar et la forteresse 
dlvanic aux territoires qui devaient fitre soustraits en premier 
lien au regime militaire; un resent, date du mftme jour, avait 



') Le 27 mars, le Zatocnik fut suspenda poor 3 mois. H fat remplace par 
le Brcmik (D6fen8eiir). Le l«' juin, ce journal fut transports de Sisak 
k Zagreb, et bientdt remplacS par rObzor (La Revue). 

Une autre feuiUe r^pandue chez les Croates et chez les Serbes de 
Hongrie fut la Sadslavische Zeitung, fondle k Sisak aussit^t apr^s la 
conference de Ljubljana, puis transportSe h Zagreb, en mtoe temp» 
que le Branik* 



328 ^^ ministhre Uohmwart h Vtenne, 

d6cid6 que ces territoires seraient reprfisent^s k la Difete croate 
par 12 d6put6s ; dfes lors les Magyars introduisirent leur poste, leur 
douane, leur telfegraphe, leur loterie d'une extremity k I'autre des 
Confins. 

Les Grcnzers continuferent a protester ct k sc d^fendre. LV 
v6nement du ministere Hohenwart k Vienne (4 fevrier 1871), leur 
rendit Fesp^rance. Quoi de plus remarquable que de voir les id^es 
f6d6ralistes faire des progrfes au point de se frayer un chemin 
jusqu'Ji la Com*? Ce sont deux AUemands, Hohenwart et Sch&fQe, 
qui ne craignent point d'accepter cette doctrine si juste, mais si 
nouvelle, comme pour montrer que les peuples les plus violents 
peuvent produire des hommes sages et mod6r6s. La presence aux 
affaires de deux professeurs bohfemes Jirecek et Hab^tfnek 6tait 
pour tons les Slaves de la monarchie une garantie que leur in- 
fluence politique serait d6sormais moins effac6e. Le f6deralisme 
une fois implants k Pouest de la Leitha devait s'^tablir ^alement 
k Test; aussi les Magyars, qui affectaient de ne point intervenir 
dans les affaires purement autrichiennes, mirent-ils dfes le premier 
jour tout en oeuvre pour renverser Hohenwart. 

Les Serbes ne furent pas les demiers k croire que Tarrogance 
iraprudente des AUemands de Vienne porterait la dynastie k sc 
toumer vers les Slaves, dans un int6r6t de conservation person- - 
nelle. La Zastava r^clama la prise en consideration des voeux jz 
du Congrfes de 1861, et proposa la reunion d'une grande conte- — 
rence des Slaves de la monarchie. Une assemblfee tenue k Novi-S 

Sad le 27 mars soUicita la mise en liberte de Miletid La con 

damnation prononc^e centre lui avait 6t6 motiv6e par ses articles^ 
sur I'affaire du Loiysko Polje; or, depuis le jugement interveni 
centre lui, la preuve des faits scandaleux imputes k Bauch avait 
6t6 faite; le tribunal de Petrinja avait acquitt6 le Zatocni 
poursuivi pour la m6me cause et le Ban lui-mfeme s'^tait retir6— 
Cette argumentation, quelque fondee qu'elle pftt fetre, demeura san^ 
6cho; plus que jamais tout Tespoir des Serbes se concentra dans 
la nouvelle organisation de leur 6glise. 

En se s6parant k la fin de juillet 1870, les membres du 
Congrfes national s'^taient ajoum6s k I'automne, mais ils s'enten- 
dirent individuellement pour remettre la session au printemps 
suivant, dans la pens6e que le gouvemement hongrois donnerait 
dans I'intervalle sa sanction aux mesures A€jk vetoes. La reunion 
s'ouvrit le 18 mai 1871, et se constitua sous la pr^sidence de 



Chngrhs aerie ete 1871, 329 

Stojkovid. Elle re^ut communication du rfiglement Electoral que 
le minist^re avait approuv6 sans difficulty. Le statut provisoire 
relatif aux assemblies dioc^saines, aux consistoires, aux commis- 
sions administratives et scolaires, ainsi qu'au conseil m6tropolitain 
fut approuv6 sous la reserve de certains changements, que les 
d^put^s acceptferent; quant au statut organique du Congr^s le 
ministre des cultes Pauler demandait qu'il sublt des modifications 
radicales. II exigea que Tassembl^e s'appeUt non plus Congrfes 
national serbe, mais Congres national eccl6siastique 
des Serbe s, qu'on retranchat de Tarticle l^'ces mots que „toutes 
les questions se rattachant aux privil6ges nationaux seraient de 
la competence du Congres," que le M6tropolitain exerg^t de droit 
les fonctions de pr6sident; il pr6tendit que la commission perma- 
nente institute k cote du chef de I'feglise, empi^terait forc6ment 
sur les attributions r6serv6es Jt ce dernier et serait pour le moins 
an rouage inutile; enfin il se fit une arme de la protestation 
§lev6e par Angjelic et les autres 6v6ques pour exprimer les ap- 
prehensions que lui inspirait tout changement dans Porganisation 
Bcciesiastique. 

Le Congres s'occupa de la constitution des paroisses, des 
6coles et de la dotation du clerg6 s6culier, puis reprit Texamen 
iu statut organique. Examinant ensuite les reclamations du gou- 
iremement, les deputes chang^rent le titre du Congrfes, d6cidferent 
lue le M6tropolitain en serait de droit president toutes les fois 
q[ue les deliberations porteraient sur un objet ecciesiastique, et 
[^ue, en tout cas, il presiderait la commission permanente; que 
I'assembiee serait competente pour statuer sur „les questions sou- 
levees pai' les privileges et rentrant dans la sphfere de reglise et 
ie rinstruction" ; en un mot ils s'efiforcerent de donner satisfaction 
\ Pauler. Abordant les points de detail, ils allou^rent au Metro- 
politain un traitement de 24.000 florins par an, plus 2000 florins 
ie frais accessoires, aux archimandrites, un traitement de 1200 
florins, aux hegoumenes, un traitement de 600 florins, aux simples 
moines, une indemnite de 100 k 200 florins en argent, plus le 
logement et la table. Une direction centrale des biens ecciesiasti- 
ques fut etablie k Karlovci, et dut avoir un budget regulier. Elle 
se composa du Metropolitain president, de quatre assesseurs nom- 
mes par le Congrfes et de deux administrateurs. 

Dans le domaine scolaire, Tassembiee vota la creation de 
ieux ecoles normales primaires, analogues k celle qui existait 



330 Assemhtiei diocisavies de 1871, 

k Somber; elles durent fetre 6taWies k Gomji Karlovac et itPakrac, 
renseignement dut comprendre trois anii6es d'etudes. Le budget 
de rinstruction publique, tel qu'il flit arrfet6, depassa 70.000 florins, 
somme qui paraftra considerable, si Ton songe qu'elle 6tait constitute 
sur le patrimoine prive des Serbes, en dehors de tout secours de 
retat, malgr6 les obstacles suscit^s par le gouvemement, et qu'elle 
s'ajoutait aux sacrifices particuliers faits par toutes les paroiss^. 

Avant de se s6parer, les d6put6s proc6dferent au r6glement d6- 
finitif des questions en litige entre les Serbes et les Roumains. 
Nous avons vu qu'en 1865, une entente avait 6t6 impossible; Sia- 
guna s'6tait adress6 k Vienne pour y faire pr6valoir ses preten- 
tions, mais les ev6nements n'avaient point permis de donner suite 
k Taflfaire, en sorte que les choses 6taient demeur6es en P^tat 
Les deputes nationaux d^siraient vivement condure une transaction 
honorable pour les deux parties ; ils consentirent k payer aux Rou- 
mains une somme de 300.000 florins pour solde de tout compte, 
et leur offre fut acceptee. En attendant que les Serbes fussent en 
mesure d'effectuer le versement, les 300.000 florins durent porter 
int^rfet k 6%, k partir du 1«' juillet. Les seules difficult6s encore 
pendantes entre les deux nations concemaient les communes mixtes, 
oil Serbes et Roumains n'avaicnt qu*une mfeme 6glise, une m£me 
ecole, une mfeme caisse. Le CongrJjs ne pouvait entrcr dans Texamen 
de ces contestations de moindre importance; il en chargea des 
commissions sp6ciales qui durent agir de concert avec les repr6- 
sentants de la partie adverse. 

Ainsi s'acheva la session de 1871. Grkce k leur majority com- 
pacte, les d6put6s avaicnt pu mener rapidement leurs deliberations a 
bonne fin, mais la minorite ciericale, battue sur tons les points, se 
flattait de rendre inutiles les travaux du Congrfes. Le ministire 
ayant approuve le statut relatif aux assembiees diocesaines, Ang- 
jeM crut ti'ouver du secours dans ces assembiees qui devaient 
compter plus de 500 membres; ses efforts echouferent miserable- 
ment. Les deiegues de six dioceses exprimferent k la presque una- 
nimite leur confiance dans Tadministrateur Stojkovic et dans la 
majorite liberale de Karlovci. Les deiegues de six dioceses se 
montrferent plus reserves, mais r6v6que Grujic lui-mfeme, qui de- 
vait succeder k Stojkovie quelques mois plus tard n'osa pas at- 
taquer les decisions prises par le Congrfes. 

Tandis que les Serbes s'occupaient de leurs reformes inte- 
rieures, les intrigues des Allemands et des Magyars faisaient 



Emeute de Bakovtea, 331 

^honer le ministfere Hohenwart. L'empereur Guillauine ne d6- 
laigna point d'intervenir personnellement pour assurer aux Alle- 
nands leur supr6matie en Autriche. Les entrevues de Salzbourg 
it de Gastein n'eurent point d'autre but que de peser sur Tesprit 
le Frangois-Joseph et de pousser en avant les d6fenseurs de la 
jonstitution. Le Prince royal de Saxe mit son influence au service 
le la mfeme cause, pressa FEmpereur et Beust de revenir k la 
ofime politique, tandis que le comte Andrdssy, plus fin que le 
Jiancelier de I'Erapire, clierchait a le perdre en perdant Hohen- 
fart Tons les raoyens furent bons pour les adversaires du fed6- 
alisme; ils se firent une arme de Topposition des Creates, des 
lerbes et des autres peuples de la Hongrie et voulurent eflfrayer 
Empereur en lui faisant entrevoir le b o ul ev er semen t de la mo- 
archie. Une miserable 6meute qui se produisit k Rakovica, dans 
J regiment d'Ogulin, lors du d6sarmement des Grenzers, leur 
)urnit un excellent pr6texte pour accuser les Slaves de trahison. 
ne compagnie excitee par les discours de deux ou trois hommes 
ispects, un ancien sous-officier, Iladelnic, un avocat tar6 Kva- 
;mik, un ancien agent de police Rakias, retint ses officiers pri- 
)imiers et mit le feu k un magasin de fouiTage (8 octobre 1871). 
e fat tout. D5s le 11 octobre, le lieutenant-mar6chal Molinary 
rait entourfi les insurges. Leurs chefs furent imm6diatement pas- 
is par les aimes. 

Telle ftit r6chauffouree de Rakovica que les Magyars repr6- 
mtferent comme un complot ourdi entre tous les Slaves de la 
lonarchie. Cette affaire surgit tellement a point que beaucoup de 
ens accuserent le Cabinet de Pest de Tavoir provoqu6e pour la 
,ire servir a scs desseins.') Les rapports que les fauteurs du 
louvement avaient eus precedeniment avec la police n'6taient 
aere de nature a leur meriter la confiance. C'etaient ou des fous, 
u des agents provocateurs. Du reste, ils payferent leur impni- 
ence de leur vie. En dehors des chefs, 35 personnes furent con- 
amn^es k la prison, mais TEmpereur leur fit gr^ce Tannic sui- 
mte. 

La revolte de Rakovica fut exploitee avec la plus grande ha- 
ilete par le gouveniement hongrois centre le ministere autrichien. 
ndrdssy, allie secr^tement aux meneurs du parti allemand, porta 

') La rdpression fut si promptc qa'il scmbla que Molinary avait dft prendre 
ges dispositions k Tavance. 



332 Umyay priaident du mmisthre hongroU. 

un coup decisif aux f6d6ralistes. H se crut assez fort pour lever 
le masque, d6clara que le rescrit du 12 septembre par lequel 
TEmpereur reconnaissait les droits de la Boh^me, 6tait la ruine 
de la monarchie ct d6cida FrauQois-Joseph k revenir sur sa pa- 
role. Hohenwart aima mieux se retirer que de se prfeter a des 
intrigues qu'il jugeait malhonnfetes; ses deux coUfegues tchfeques 
et Tallemand Schaffle n'h^sit^rent pas h, le suivre (26 octobre). 
Au dernier moment, Beust essaya d'entrer dans la ligue dirig^e 
par Andrdssy, mais il 6tait sacrifi6 d'avance. Son revirement subit 
ne fit qu'augmenter la d6consid6ration oil il 6tait tomb6e; Thabile 
Andrassy recueillit sa succession (6 novembre). 

Le comte Lonyay qui fut appel6 k la pr6sidence du mini- 
stfere hongrois, avait puissamment contribue, comme ministre des 
finances communes aux deux parties de Tempire, k renverser Ho- 
henwart et Beust, afin de prendre la place d'Andrdssy. L6nyay 
6tait agr6able a la Cour, dont il avait liquid^ les int6r&ts dans 
I'affaire Langrand-Dumonceau, mais il avait centre lui la r6puta- 
tion d'un homme politique plus soucieux de sa fortune priv6eque 
du bien de r6tat. Pour se faire pardonner par les Magyars son 
excfes de pr6voyance personnelle, il voulut d6ployer contre les 
Creates, les Serbes et les autres nations opposantes de la Hongrie, 
une ardeur plus grande encore que celle de son pr6d6cesseur. 

Les mis6rables moyens employes par le gouvemement hon- 
grois pour combattre le parti national en Croatie suffiraient k de- 
considerer ceux qui n'ont pas craint d'y avoir recours. L'arche- 
veque Mihalovid n'ayant pas tenu ce qu'on attendait de lui, ayan 
mieux aim6 r6server pour les siens les revenus de son dioc^s 
que de les employer k la propagande magyare, L6nyay enr^gi 
menta toute une 16gion d'agents vulgaires qui devaient surpren 
les projets des d6put6s hostiles k la Hongrie et semer parmi e 
la defiance et la discorde. Ces menees occultes nous ont 6t4 rfe 




v61ees par un de ses espions, qui, trouvant sans doute ses gage^ 
insuffisants, s'est propos6 de les augmenter en faisant du scan-- 
dale.i) 



*) Voy. KroatUn auf dtr Marterhank, oder wichtige J^UhUUungen aher die 
politischd Action der ungariscfi-kroatischm Begierung in jUngst ioerfioneMr 
Zdt* LUcrtsaanier Beitrag zur GeschicJUe des kroatiechm VoJkea. Kach 
geheimen ActenstUcken, Aussagen von Aagen- tmd Ohrenzengen, sowie 
nach eigenen Erfalmingen und Erlebnissen verfasst and heransgegeben 
von Anton Sinkoyic. Pest, 1872; in-8. 



Attitude de la r^ence serhe, 333 

Les Serbes ne furent pas mieux trait6s que leurs frferes de 

Croatie, bien que les Magyars jugcassent inutile de recourir centre 

eux k des moyens aussi raflin6s. lis avaient heui-eusement rccouvre 

leur chef, Miletic, dont la peine avait expire au mois d'octobre 1871. 

Le retour du prisonnier fut un long triomphe. Plus de cent de 

ses partisans vinrent le chercher Ji Vdcz et le conduisirent jusqu'i 

Novi Sad. Des deputations venues de cinquante communes diflf6- 

rentes et plus de 10.000 spectateurs saluerent son entr6e dans la 

ville. Des demonstrations analogues s'organisferent d'un bout k 

Fautre du territoire habite par les Serbes. Partout la foule ac- 

damait Miletic, d6fenseur de ses droits et martyr de la cause 

nationale. 

L6nyay, plus aggressif dans ses relations exterieures que ne 
Tavait ete Andrassy, excita rinqui6tude de la regence serbe. Bla- 
znavac et ses collegues avaient toujours mcnag6 la monarchic au- 
trichienne, en particulier la Hongiie, depuis qu'ils 6taient au 
pouvoir ; ils s'etaient flattes d'y trouver un appui, mais leurs der- 
nieres illusions s'etaient dissipees peu a pen. La visite du prince 
Milan k I'Empereur de Russie k Livadija (octobre 1871) fut le 
premier acte d'une politique nouvelle. 

Le changement du ministfere hongrois les poussa plus avant 
dans cette voie. Le Jedinstvo, de Belgrade, organe ordinaire 
de M. Ristic, fit sentir ce revirement, en rappelant le mauvais 
Youloir du gouvemement austro-hongrois, etlamani^re dont il avait 
agi envers la nation Serbe, envers cette nation qui s'etait si sou- 
vent d6vouee pour I'empire.*) Lors du voyage que Frangois- Joseph 
fit au mois de mai 1872, dans la Hongrie meridionale, les con- 
seiUers du prince Milan, qui I'avaient envoye k Livadija quelques 
mois auparavant, ne jug^rent pas k propos quHl B\\kt saluer le 
descendant des Habsbourgs. 

L'attitude du Cabinet de Belgrade, en m&me temps qu'elle 
encourageait les partisans de Miletic k la resistance, mettait le 
minist^re hongrois en demcure de se prononcer nettement pour ou 
contre les Serbes. Les Magyars 6taient trop ennemis de la moindre 



Ce livre a vite obtenu le sacc^s que recherchait Tauteur. A peine 
avait-il M mis en vcnte que L6nyay achetait le silence de son ancien 
agent Sinkovi6 d^savoua son oayrage avec la mgme audace qu'il avait 
mise k rapporter ses propres turpitudes et supprima P^dition. Nous en 
avons pourtant un exemplaire entre les mains. 
*) Voy. notamment le Jedirutvo du 14 avril 1872| n® 82. 



334 Basses intrigues <VAngjeli^^ 

concession pour no pas prelerer la lutte; d'ailleurs, le coBCOurs 
d'Angjelic devait, pensaient-ils, leur assurer la victoire. 

Au moment oil Andrassy allait partir pour Vienna, Ic fBis- 
pan de Sirmie, Kusevic, vint lui remettre un long memoire redig6 
par Angjelic sur la situation. Andrassy le transmit h, son succes- 
seur qui y puisa les conseils les plus pcrfides. pour son action 
centre les Serbes. Angjelic decida Lonyay ^ convoquer une con- 
ference de soi-disant notables, choisis parmi les fonctionnaires 
cnnemis du parti liberal. KuSevic et le juge Masirevid neveu da 
Patriarche, donnerent sans restriction leur approbation aux me- 
sures de reaction; le juge Mihajlovid, le conseiller . aulique Badi— 
vojevic et le conseiller de section Stojackovid firent quelques ob- 
jections; mais, au fond, le gouvemement trouvait quelques fils d( 
la nation assez indignes, ou assez aveugles pour ne point bl&mei 
son ingerence dans les affaires int6rieui*es des Serbes. 

Les membres do la majoritfi du Congrfes n'avaient d'autrc^-re 
ressource, en presence de ces intrigues, que de soUiciter sans^^zis 
cesse la publication par le minist^re des r6glements quails avaien^MZKut 
votes. Un memorandum oil tons les points en litige 6taient exa^EK^- 
mines avec detail fut redig6 a la date du 26 Janvier / 7 fevrier ; les troLf <Dis 
delegu6s, qui I'avaient signe, les avocats fitienne Pavlovic et GeoHr ^zzor- 
ges Dimitrijevic, ainsi que le protopope Georges Brankovic, W le 
presenterent eux-m6mes k Lonyay et a Pauler, mais leurs parole M\e& 
n'curent pas plus d'cffet que leur 6crit. Le ministftre, sans respe»^^acct 
pour le principe liierarcliique, d'apres lequel Angjelic n'etlt dE:^ du 
faire aucune demarche sans que Stojkovid, son sup6rieur direct ^sDct, 
Teut approuv6e, poussa cc prfitre ambitieux & de nouvelles agiti:*"-ta- 
tions. Exasp6re pai' des aflfronts qu'il avait re^us k Sombor et •:^t a 
Novi Sad, Farchimandrite, h, qui Kusevid ne marchanda point s^-^3on 
concours, voulut ameuter centre les lib6raux le clerg6 du diocte^^cse 
de Karlovci. Sur environ 190 cur6s ou moines, il parvint ik * en 
rcunir 33 qu'il forca de signer une representation k la Dii^^ etc 
create, dans le sens de la reaction (avill 1872). Racontant h, le^^^ur 
maniere les incidents qui s'etaient produits depuis 1869, ces F^iMIP^" 
titionnaires chargeaient d'imprecations les ;,61ements subversi*' -^s" 
conjures centre I'Eglise, et sollicitaient la dissolution du Congr — '^y 
avec Telection d'une nouvclle asserablee chargfie „d'aprfes IHisa^^^^gie 
ancien," d'61ire le metiopolitain. Les 33 signatures r^unies ^^f^ 
Angjelid suffirent au gouvernement, qui ne se laissa pas arrfe=-^/' 
par les contre-protestations 6manees de 150 communes, repr^s-^?/?- 



Catitjrh serbe de 1872, 335 

tant 300.000 ames, Lonyay n'h^sita pas a violcr de la fa^on la 
plus flagrante les liberies de Teglise serbe, que la loi de 1868 
garantissait en termes expr^s. 

Tout d'abord, la dissolution du Congrfes fut prononcee ; Stoj- 
kovid fut invit6 a prescrire de nouvelles Elections, mais, comme 
il 6tait suspect de condescendance pour les liberaux, le gouvernc- 
inent le r^voqua de ses fonctions. Chose inouic dans les fastes 
le r6glise serbe, I'administrateur de la m6tropole, candidat uni- 
irersellement designe pour la succession de Masirevic, dut ceder 
[a place qu'il occupait ! II fut remplac6 par Nicanor Grujid 6Y6que 
le Pakrac, digne rival d'Angjelic (23 juillet). Le parti national 
j'attendait k ce coup et sut conserver une remarquable entente; 
12 ddputes sur 75'furent choisis dans ses rangs. La d6faite des 
d^ricaux fut tellement complete qu'Angjelid lui-meme ne put ob- 
tenir de mandat. 

Le ministfere ne pouvait prevoir que Topposition remporterait 
me victoire aussi eclatante, mais il s^etait r6sign6 d'avance a 
I'avoir pour lui qu'une minority; grace au stratagfeme imaging 
par Angjelic, cette minority pouvait suffire i la rigucur pour as- 
surer le choix du m6tropolitain desir6 par le gouvemement. Le 
Cabinet de Pest, ne tenant pas compte des resolutions votees par 
les deux Congr5s pr6c6dents, avait imagin6 de remettre en vigueur 
le Declatorium illyricum et les autres reglements tombes 
en d6su6tude: il cxigeait que le metropolitain reunit Tunanimite 
les suflFrages, mcnaQant de Tinstituer d'office, si cette condition 
a^6tait remplie. Le lieutenant-inarechal Molinary fut nomm6 com- 
tnissaire royal aupr^s de Tassemblde. 

Les liberaux ne s'airfitferent pas a discuter tout ce que cette 
nomination avait d'ill^gal, alors que I'autonomie de toutes les 
6glises avait 6t6 solennellcment proclamee; ils aimcrent mieux 
convenir entre cux qu'ils ne procederaient pas a I'elcction, tant 
que le statut qui etablissait les formes k suivre n'aurait pas 6te 
promulgu6. 

Le 18 aoftt etait le jour fix6 pour Pouverture du Congrcs, 
mais, la veille m6me de la cercmonie, on vit s'61ever un singulier 
conflit. Molinary pr6tendit qu'il devait etre regu par les deputes 
serbes avec Tancien ceremonial; qu'on devait former la haie sur 
son passage et lui rendre les honneurs royaux. Semblablc exi- 
gence avait lieu de surprendre ; les demiers commissaires nomm^s 
prfes des Congrcs nationaux,- Coronini et Filipovid, ne Tavaient 



336 Dissolution du (Jontjrha. — Mission de MajtMnyi, 

point manifcstee, se contcntant d'un accucil honorable. Lesmembres 
dc rassemblcc adress5rent une reclamation k Fest, mais, sans at- 
tendre la reponse du minist^re, Ic lieutenant-marechal leur fit 
parvenir un veritable ultimatum. Les d6put6s ayant refus6 de con- 
sacrer un usage humiliant, qu'ils croyaient aboli, Molinary pro- 
nonga la dissolution du Congrfes (9,21 aoflt). 

Ce coup de th^&tre produisit chez tons les Serbes une vive 
agitation. Les deputes si cavalifcrement congedi6s r6dig5rent un 
memoire a leurs 61ecteurs, dcnongant ik la fois les proc6d6s du 
gouvemement et les intrigues des Angjelic et des Grujic qui les 
avaient provoqu^s. Lonyay les menaga de les faire arrfeter en 
masse et d'exercer contrc eux des poursuites criminelles. Pour le 
moment, il se contenta d'envoyer le baron Majtli§nyi ^ Novi Sad 
en qualite de commissaire extraordinaire, et de lui donner tous 
pouvoirs, pour se saisir des fonds nationaux, administrer les biens 
des convents et dompter Topposition serbe. II accusait le parti li- 
beral d'avoir dilapid6 la fortune du peuple cntier, pour se livrer 
h, de coupables agitations, et se flattait de faire constater la r^aliti 
de ce soupQon par ses agents. Avant tout, Majth6ny voulut inti- 
mider les Serbes de Novi Sad. II s'imagina que sous Tempire de 
la crainte ils rdvoqueraient la protestation qu'ils avaient signee 
contre la dissolution du Congr5s. Assiste du secr6taire niinisteriel 
Jean Marszo et d'un infime d61ateur, Georges Popovic, ancien 
rcdacteur du Srpski Narod, le commissaire convoqua une as- 
sembl6e extraordinaire des Serbes de Novi Sad, et leur tint un 
langage provocateur (10 octobre). Cinq jours aprfes, il fit occuper 
militairement la salle oil la communaute^) se reunissait, enfonga 
les armoires, s'empara des registres ou autres papiers qu'il put 
saisir. 

Les Elections pour la Di^te hongroise avaient eu lieu au 
mois d'aoflt; il restait encore h, faire quelques Elections compl6- 
mentaires notamment k Novi Sad. 

La mission de Majthenyi eut ainsi un double but: faire 
avorter la r^forme religieuse entreprise par le parti national ; im- 
poser h. Novi Sad un depute ami du pouvoir. Le gouvemement avait 
deji donn6 Texemple de v6ritables scandales en faisant nonuner 



^) Le nom de eommunauti (opHtina) d6signe I'ensemble des fidMes de 
cbaqae paroisse, qui se r^onissent pour administrer les biens de I'^glise, 
solder le traitement des prdtres et da personnel enseignant, etc 



i 



Fetes de Behjradt. — Inf^rpellalion de Miltti6. 337 

bourgmestre le candidat de la minorite, Macsvansky, tandis que 
la grande majorite des citoyens dcsignait Subotic pour ces fonctions. 
Le commissairc continua de fausser leslistes 61ectorales et, grace 
a c«t honnfete moyeu, assura le succes de Kondorossy, son can- 
didat (17 octobre). Telles sent les bizarreries que presente le re- 
gime constltutionnel hongrois: un Magyar put valablement 
representer a la Dicte la capitale des Serbes du royaume! 

Dans tous les comitats, les nationaux avaient etc victimes 
des inenies precedes, en sorte qu'ils avaient a peine reussi a faire 
elire quelqucs uns des leurs. Ces rares deputes ne laisserent point 
passer ces violations dc la loi, sans s'elever avec energie centre 
la politique du ministere. A peine la Di6te avait-ellc ouvert ses 
seances, qu'Alcxandre Nikolic interpella le gouvemement sur la 
dissolution du Congrfes (12 septcmbre). Lonyay repondit eu justi- 
fiant les actes du commissairc royal, qu'il declara conformes au 
Declaratorium illyricum; il proniit de convoquer un nouveau 
Gongres mais il mit a cette promesse des restrictions qui la ren- 
dirent illusoire. 

Lors de la discussion de Tadiesse parlementaire, Miletic et 
Trifunac presenterent un projet d'adresse, dans lequel ils d^fen- 
daient la doctrine federaliste, reclamaient la creation d'une Voie- 
vodine et pressaient le gouvernement d'entretenir des rapports 
amicaux avec la Serbie, ainsi qu'avec les Chretiens d'Orient en 
g^n^ral. 

Cette partie du projet faisait allusion aux incidents qui s'e- 
taient produits recemment lors des fetes de Belgrade. Le prince 
Milan avait et6 proclamc majeur le 10/22 aoftt et, pour celebrer 
cet evenement, les Serbes dc Hongric se proposaient d'envoyer de 
nombreuses deputations dans la capitale de la Principaute. L'agent 
politique austro-hongrois, Kallay, infoime de cette intention, n'avait 
elev£ aucune objection, mais, quelques jours avant les fetes, le 
Cabinet de Pest avait interdit aux sujets hongrois d'y prendre part. 

Quelques hommes independants ne s'en rendirent pas moins 
a Belgrade, mais furent arret6s ^ leiir retour. C'6taient Lazare 
Kostic, Jean et Lazare Erstic de Novi Sad et Jean Pavlovic, r6- 
dacteur du journal serbe de Pancevo. 

Miletid intei'pella le ministere a ce sujet, insistant sur Tin- 
jure gratuite faite au gouvemement serbe, et releva toutes les 
illegalit^s commises par Lonyay et ses collegues, tant dans les 
comitats du bas Danube que dans les Confins militaires (4 octobre). 

22 



Q,iQ youveau pacte honffro-croate dt 1873, 

de la fin d'octobrc 1873, ont sanctionnc d*une fa^on definitive lc» 
arrangements avec Ics Roumains et present diverses mesures con- 
servatoires destinces a sauvegarder la fortune des Serbes. La co- 
terie d'Angjelid, convaincue de mensonge et de fourbcric par Hueber 
lui-ni6me, a subi line d^faite complete. D est probable qu'elle ne 
sera pas nioins battue dans le Congies qui doit se r6unir en 1874. 

Le niinistfere Szlavy parait dispos6 k donner ainsi quelques 
Icgcres satisfactions aiix nationaux, mais sans leur faire aucunc 
concession iiuportante. Telle a 6te sa pensee, lors de la revision 
du pacte create. La Diete de Zagreb, toiichce des souflFrances in- 
terieures du pays, a consenti a sacrifier une partie de ses preten- 
tions, ellc a conclu avec les Magyars une transaction nouvelle» 
mais a nos yeux elle a commis une grande faute. Ce sera toujourst 
une faute pour les nationalites de la Hongrie que de chercher k. 
se faire une situation a part dans le royaume; elles doivent s& 
considercr comnie solidaires et agir comme telles. Tout acte isole^ 
tout arrangement particulier, consenti par Tune d'elles, leur est:, 
egalement fuiieste, lors mcme qu'il en r6sulte un avantagc pas— 
sager pour celle qui s'y est prfit^e. Le fedcralisme ne pourra s'e- 
tablir en Autriche, ni en Hongiie, tant que ses partisans n'adoptc- 
ront pas cette doctrine. II ne s'agit point de parler d'un droit h i- 
s tori que sur lequel les peuples ne pouiTont jamais se mettre 
d'accord, mais de tenir compte de la situation actuelle des 
diverses nationalites, de leurs aspirations, de leurs voeux et de 
leurs devoirs r6ciproques. 

liCs Serbes paraissent comprendre le prix de cette action 
commune. Le 31 aoftt 1873, ils ont tenu k Pancevo une grande 
conference oil ils ont traitfi la question des 61ections parlementaires 
dans les Confins. La loi hongroise s'est montrce des plus rigoureuses 
envers les nationaux, puisqu'elle n'a donn6 h chacun des regiments 
du Banat qu'un scul d6put6, mais les Serbes ont ^tk d'avis qu'ils 
ne devaient point laisser perdre un seul de leurs avantages, quelque 
minime qu'ii pAt &trc. Ils ont constitu6 un comity serbo-roumain, 
avec mission de concilier les int6r£ts des deux peuples intSress^s. 
Les Magyars ont vainement tent6 d'emp£cher cette coalition en 
s'opposant k la rdunion d*une seconde conference qui devait avoir 
lieu k Bela Crkva le 20 septembre: la victoire 6tait d^jk sftre 
pour les nationaux. Quoique les Grenzers ne soient gufere inities 
k la vie politique, ils ne se sont pas laiss6 intimider par les nou- 
veaux fonctionnaires hongrois. U^lection de Bela Crkvai qui a 



I^4ce$»it6 cPune etUeiUe etUre les partUant du fid^raliwie. 341 

6par6 les autres Elections des Confine du Banat et de Titel, 
ut 6tre coDsid^r^e comme un 6y£nement important parce que 
J Allemands forment sur le territoire de cet ancien regiment 

groupe compacte et que les Magyars ont eu pour candidat, 

grand propri6taire du pays, le comte Bissingen. Les Serbes ont 
Qti le danger d'une d^faite; plus nombreux que les Roumains, 

ont eu la g4n6rosit6 de leur c^der le terrain, k condition que 
iix-ci les soutiendraient a Pandevo. Cette tactique a donne la 
ttoire k Babesiu, Thomme actif et intelligent qui dirige Toppositiou 
iimaine eu Hongrie. Les intrigues magyares Tavaient 6cart6 de 
Difete en 1872; les Serbes Tout aid6 fratemellement k y rentrer. 
Dans une autre circonstance, les Serbes ont donn6 la preuve 

leur esprit politique. Bien qu'ils n'aient jamais eu k se louer 
s Allemands, ils n'ont pas craint d'appuyer la demande d'auto- 
mie pr6sent6e a la Difete de Pest par les Saxons de la Tran- 
ivanie. Une petition, enian^e de la municipality de Novi Sad et 
tee du 4 septembre 1873, revendique pour les Saxons Tusage 
iciel de la langue allemande, comme pour les Serbes le droit 

se servir ds leur idiorae matemel. 
La force m6me des choses doit pousser les nationalit6s de 

Hongrie k resserrer de plus en plus les liens qui les unissent 
land les Roumains de Transylvanie renonceront k leur politique 

sterile abstention, quand les Kuth^nes et les Slovaques com- 
Bndront leur inter^t ct feront cause commune avec les autres 
iiples opposants, le systemc dualiste sera bien prfes d'avoir vecu. 
lis qu'on ne Toublie pas, c'est k ce prix seul que la constitution du 
^aume et celle de la monarchic se transformeront et que le f6d6ra- 
me pourra mettre en pratique cette belle devise : cuiquc suumt 
Voili pourquoi nous regrettons que la Croatie ait rcnouvel6 
1 pacte avec les Magyars. 

La transaction de 1873 ne lui donne qu'une satisfaction tres- 
parfaite et ne pent 6tre consid6r6e comme un arrangement du- 
)le, mais, telle qu'elle est, elle prive les Slaves et les Roumains, 
iir quelques ann6es, d'un concours qu'ils £taient en droit d'esperer. 
Quels ont ete les resultats du syst&me dualiste, et quel 
)fit la Croatie a-t-elle dft en attendre? Les Magyai*s Pont dila- 
16e ; ils ont port6 la hache dans ses forfets, ob6r6 pour longtemps 
1 budget, sans contribuer en rien k son d6veloppement. 

Et que dire du budget hongrois pris dans son ensemble? 
ipuis 1867, la dette du royaume s'est accrue de 355 millions 



^2 R^ftfiUata dii synthne dttaliste. 

(le florins d'argent, soit d'environ 887 millions de francs *) Cette 
somme vient s'aj outer k la part de la dette consolidee et de la 
dette rurale de FAutriche, mise en 1867 k la charge de la Hou- 
grie, part qui atteint 1 milliard de florins environ. Telle est la si- 
tuation financi^re de la Hongrie, apres une periode de paix! La 
proportion dans laquelle elle participe aux dSpenscs communes est 
pourtant des plus mod6r6es; elle 6tait de 30°/o avant Tannexion 
des Confins, elle s'est 61ev6e k 32% depuis. 

Comment des sommes aussi considerables ont elles ^te d^pensees? 
Elles ont servi a cr6er des cliemins-de-fer qui traversent les pro- 
pri6t6s particuli^res des ministres, a subventionner les entreprises 
magyares, par exemple le th64tre de Pest, qui ne revolt pas moins 
de 150.000 fl. par an, enfin k former Parmee des honv6ds, destinee 
k contenir par la force les nations m6conteutes. Celles-ci ont dft 
participer k toutes ces d6penses, mfeme lorsqu'elles 6taient faites 
contre elles; elles ont dii en outre soutenir de leurs deniers leur 
6glise et leurs 6coles, sous peine d'etre frapp6es de mort. La 
consequence de cet etat de choses a et6 la misire de plus en 
plus grande du peuple. 

II y avait en Hongrie, d'aprfes le recensement de 1851, 2,562.170 
proprietaires fonciers; il n'y en avait plus que 1.925.620, d'aprfes 
celui de 1870, soit 636.550, ou plus de 25^0 de moins. 

Nous avons dit que les Serbes comprennent la n6cessit6 d'una 
action commune entre tons les peuples non magyars. Le develop- 
pement qu*a pris leur litt6rature n'a pas peu contribue k leur 
donner Tesprit politique. 

Dans les ann^es qui suivcnt la revolution nous assistons au 
triomphe definitif de la reforme litteraire de Karadzici. Un jeune 
homme de Novi Sad, Georges Danicic (de son vrai nom, Popovic) 'j, 
eut rid^e d'embrasser Tetude des langues slaves dans leur ensemble; 
il se perfectionna sous la direction de KaradSc et de Miklosich, 
et dota la litt6rature serbe d'une s6rie de travaux linguistiques 

*) Void les chiflfres exacts: 1" empmnt de 1867: 83,167.200 fl.; 2* em- 
prunt de 1870: 19,040.000 il.; H^ premier emprunt de 1871 : 6,514.350 fl.; 
4* second emprunt de 1871: 29,184.000 fl.; 5^ premier emprunt de 1873: 
54,000.000 fl.; 6® second ompnmt de 1873: 153,000.000 fl.; ensemble: 
354,905.550 fl. Le rembonrsement des premiers emprunts a commence, 
mais le deficit ^tant toujours plus grand, il est impossible de pr^?oir 
quels appels la Hongrie devra faire encore au credit europ^en. 

*) N6 en avril 1825. — Voy. sur Danicic la notice biographique ins4r6e 
.dans les Stawucfie BlcUt9r, 1867, pp. 342-349. 



D^vpfoppenient de la UtUrcthire $erbe, 343 

€lu plus haut int6r6t. Nomm6 bibliothficaire i Belgrade en 1856, 
il y publia, deux ans apr^s, sa Srhska Sintaksa, Pouvrage 
le plus important qui ait pani jusqu'ici sur la syntaxe d'aucune 
langue slave. Son Rjecnik iz knjizevnih starina srpskih 
(Lexique des anciens livres serines, Belgrade, 1863 — 64) est un 
monument considerable, qui doit tenir sa place ^ c6t6 du Lexicon 
palaeoslovenicum de Miklosich. Enfin, sa Morphologic de la 
langue serbe (Oblici srpskoga jezika, 5® Mition 1872) est 
Ic travail le plus profond qui ait 6te fait sur la matifere. M. Da- 
nicic qui dans ces demiferes ann6es exer^ait les fonctions de bi- 
blioth6caire i Zagreb, vient d'accepter une chaire a Belgrade. A 
c6t6 de M. Danicic, nous devrions placer MM. Vatroslav Jagic et Stojan 
Novakovic; tons deux ont ecrit avec le mfenie zele et le mfime 
savoir Thistoire litteraire dos Serbes, tons deux ont fait faire de 
serieux progres a la linguistique slave; mais ils n'appartiement 
ui Tun ni I'autre aux Serbes de Hongrie. M. Jagid, actuellement 
professeur a Puniversite d'Odessa,*) est d'origine croate; M. No- 
vakovic est de la Principante ; il a recemment occupe le ministire 
de Pinstruction publique et des cultes dans le cabinet Ristic. 

Panni les ecrivains serbes de Hongrie, dont les travaux ont 
contribue a faire avancer TStude de la langue nationale, nous 
citerons encore les deux fr^res Boskovic. L'un, Jean, a public un 
bon r6sum6 de la syntaxe serbe (Srpska Sintaksa, Belgrade, 
1864), et remplit aujourd'hui les fonctions de secretaire de la 
Matica; Pautre, Stanoje, auteur d'une grammaire serbe pour les 
Allemands (Lehrbuch zur Erlernung der serbischen 
Sprache, Pest, 1864 et 1871), a 6t6 ravi par unc mort pr6- 
maturee. 

Les 6rudits qui ont cultiv6 ITiistoire avec le plus dc succfes 
sont: Isidore Nikolic, auteur (Pun travail que nous avons cit6 
(Bibliograplie n® 7), et poete tragique; Jean Gjorgjevic, ancien 
r^dacteur du Srpski Dnevnik, qui a publi6 dans le Letopis, 
plusieurs articles curieux, notamraent une etude sur Georges de 
Sirmie ( 1859) ; Constantin Nikolajevic, qui a fait paraltre des rechcrches 
sur les sept premiers sifedes dc Phistoii-e serbe (Letopis, 1861- 
1871); N. Georges Vukicevic, redacteur du Skolski List de 
Sombor, auteur de lettres sur Phistoire des Serbes et des Bulgares, 



^) Les professeorB de Punivenit^ de Berlin vieiment, dit-on, d'offhr k 
Jagic uae chaire qui serait cr66c poor lui. 



344 Proffrh du th4dtre et dti sclmeet chex Ie$ 8erbe». 

qu'il est intfiressant de rapprocher de celles de Hilferding (Le- 
topis, 1859—1860); Maxime Ludajid, qui a publi6 dans le Le- 
topis des documents tires des archives de plusieurs villes hon- 
groises ; Gabriel Vitkovic, dont nous avons cite les articles critiques 
sur rhistoire des Serbes de Hongrie (Glasnik, T. XXVni, 

xxxn, xxxvn, xxxix), etc. 

Les efforts des deux demiers secretaires, Antoine Hadzic et 
Jean Boskovic ont rendu k laMatica srpska I'influence litte- 
raire que lui avait fait perdre la creation de la Soci^t^ scientifique 
de Belgrade. Elle figure dignement entre cette soci6t6 et TAcademie 
des Slaves du sud de Zagreb. 

Le theatre a pris chez les Serbes un d6veloppement qu'il 
est curieux de signaler. De 1861 a 1873, il a 6t6 reprfeente 
k Novi Sad 193 pieces dont 61 sont des oeuvres originales dues 
& Jean Sterid Popovic (f 1872), k Jean Subotic, Mathias Ban, La- 
zare Kostic, Michel Polit-Decan6ic, Constantin Trifkovic, etc Ce 
sont ou des drames nationaux, ou des pieces m&lSes de chant 
tir6es le plus souvent de la vie populaire. Les autres sont des 
traductions de Shakspere, de Molifere, de Goldoni et des auteurs 
modemes fran^ais, alleraands, italiens, polonais, bohemes, etc. Les 
traducteurs ou arrangeurs ordinaires sont : Jean Gjorgjevic, Antoine 
Hadzic, Francois Oberknezevid, etc.^) 

Dans cette rapide revue, nous ne pouvons enum^rer tons les 
6crivains qui ont collabor6 aux journaux politiques et litteraires. 
La presse periodique, en particulier la presse litt^raire a fait 
chez les Serbes de remarquables progr^s. On en jugera par le ta- 
bleau d6taill6 que nous donnerons plus loin. 

Les etudes scientifiques ont aussi leurs adherents. C'est moins 
du point de vue theorique que du point de vue pratique que les 
Serbes abordent la science. Us doivent y chercher les moyens 
d'existence que le gouvemement ne leur permet pas de chercher 
dans les fonctions publiques, et s'assurent ainsi une vie indepen- 
dante et honorable. On rencontre chez cux des m^decins, des in- 
g^nieurs et surtout des avocats. 



*) Le journal OoaopRiBTe (Le Th^toe) a commence en 1873 (no* 61 sqq.) 
la publication d'un important travail de M. Jean Gjorgje?i6 sur This- 
toire du th^&tre serbc. En 1872 la Soci^t^ du th^&tre national a fond^ 
un 616gant recneil d'ourrages dramatiques (36opm ■osopmaix 4eja)^ 
oh les pieces originales sont imprim^es separ^ment, dans le mtee format. 



ArH$te9 wrhei, 345 

La science juridique a dans Balthasar BogiSid son repr^sentant le 
lus Eminent. Bogisic s'est occup6 des origines du droit slave en 
gneral et prepare une grande publication dans laquelle il doit 
sposer Tensemble de ses recherches. Malheureussement pour les 
erbes, il n'est plus aujourd'hui parmi eux; comme Jagi(5 il a 
orte au loin Thonneur de leur nom; il est en ce moment pro- 
(sseur k Tuniversitfi d'Odessa. 

Les beaux-arts ont 6t6 cultivfis avec succfes par plusieurs 
erbes de Hongrie. L'usage de dficorer rint6rieur des feglises a 
epuis les temps les plus recul6s fait nattre des peintres dans 
)us les pays serbes, mais jusqu'au milieu du sifecle dernier, ces 
rtistes se bomferent k reproduire les types consacres de T^cole 
yzantine, sans chercher a les modifier par aucune invention nou- 
elle. Zacharie Orfelin, n6 en 1726 k Vukovar, fut le premier k 
'inspirer des mattres italiens. Sa reputation fut assez grande, 
our qu'il fftt nomme membre de I'Academie de Vienne. On compte 
armi ses meilleures productions quatre panneaux peints k Ficono- 
tase de T^glise de Kraljevic en Sirmie. 

Theodore Die (Cesljar), ne k Temesvdr en 1746, peignit aussi 
es portraits dans le genre italien, mais resta fiddle k la tradition 
yzantine pour la decoration des 6glises. Jean Stanisavyevic, n6 
a 1816, k Novi Sad, etudia le grand art a Home, ou il ex^cuta 
es copies d'apres Kaphael pour le grand-due Alexandre de Russie, 
ctuellement empereur. Novak Radonic est connu en Sirmie et 
ans la Backa par un grand nombre de portraits estim^s de ses 
ompatriotes. Etienne Teodorovic, ne a Novi Sad en 1833, occupe 
ujourd'hui le premier rang parmi les peintres serbes; il appar- 
ent k la nouvelle ecole viennoise et possfede de brillantes qualit^s 
e coloriste. Ses oeuvres principales se trouvent k Belgrade oil il 
3t maintenant 6tabli. 

M. Kanitz, a qui nous empruntons ces details,*) cite encore : 
racun, a qui Ton doit Ticonostase de Karlovci, £tienne Gavri- 
►vic, mort k Karlovci, k la fin du XVIIP sifecle, Arza Teodorovid, 
e Pancevo mort en 1835, Nicolas Aleksic, sorti d'un atelier de 



') Serbien, pq. 741 sq. Le chapitre consacr^ par M. Kanitz k I'architectare 
et k la peinture est sans contredit Tan des meiHenrs de son Hvre. — 
Nous renverrons aussi au dictionnaire artistique des Slaves du sud de M. 
Jean Kukuljevic Sakcinski (Slotfitik umjetmkah jugoBltwenskVi), bien que cet 
ouvrage soit encore inachev^. 



346 Artiite$ el NigodwhU $9rhe9. 

Vienne, D^mfetre Avramovid, n6 en 1815 dans le bataillon de Tit el, 
Uros Kneievic, n6 en 1812 i Karlovci, Paul Siniid, de Novi Sad, etc. 

Parmi les artistes dramatiques scrbes, nous nous bornerons a 
citer : MM. D. Ruzi(3, M. Kolarovii, A. Maksimovic, N. Ra.sic, L. Telecki, 
Gj. Savi^, S. Rajkovic (Angjelic), M. Subotic, V. Markovic, Zoric, 
Nedeljkovic et MM** D. Ruzicka, Lj. Kolarovicka, S. Maksimovickaf 
M. Ra§i6ka, M. Grgurova, J. Popoviceva, K. Saviceva, etc. II ne 
faut pas demander aiix acteurs serbes de repr6senter le drame 
classique ou la comedie contemporaine avec la distinction, la fi- 
nesse que Ton admire sur les th6&tres des grands pays; its n'oat 
pas encore d'6cole et se forment eux-menies comme ils peuvent, 
mais on trouve paimi eux des comiques d'un naturel fort divertis- 
sant et plusieurs artistes qui reproduisent avec une grande v6rit6 
les allures des anciens h6ros, depuis Marko Kraljevic jusqu'aux 
compagnons de Kara Georges. 

A ces aptitudes varices, les Serbes joignent celles de la 
guerre et du commerce. Nous avons rappele les campagnes aux- 
quelles ils ont pris une part glorieuse en combatt^nt k Torabre 
des aigles autrichiennes, nous n'avons pas h revenir sur ce siyet 
En 1861, Czoemig evaluait le nombre des Serbes appartenant a 
rarm6e rfigulifere, deduction faite des Confins, a 2r>.(XX) individus. 
II n'y a plus aujourd'hui k rechercher combien ils foumissent de 
soldats, puisque Tobligation du service niilitaire est devenue gt- 
n6rale. 

Beaucoup do families serbes s'adonnent au commerce. Ce sont 
des negociants qui ont pour la plupart 16gue k la nation les biens 
qui servent k entretenir les 6glises et les 6coles. II n'y a pas plus 
de vingt-cinq ans, presque tout le trafic dans les villes importantes 
du Banat et de la Backa 6tait entre les mains des Serbes, lis 
possedaient en outre des maisons considerables k Vienne, a Pest , 
et dans les autres grands centres d'approvisionnement. Depuis lors -= 
c'est-a-dire depuis Tinsurrection hongroise, Taccroisj^eraent inouL# 
de la population Israelite leur a fait perdre une bonne partie d 
terrain. Plus entreprenants, plus actifs, sachant mieux se cree^- 

des relations etendues, les Israelites ont de plus la faveur du gou 

vemement. lis ont amene une veritable revolution dans le cowm - 
merce de la Hongrie meridionale. D'une part, les jeux de bourse. <? 
y ont ete pouss^s jusqu*a la fren^sie, d'autre part, les petits ok?- 
jets de pacotille qui favorisent le faux luxe ont ete mis k la mode 
au point de ne pouvoir plus t^tre remplac^s. Si les negociao/!9 



Tendances JthSrales des Serhen, 347 

serbes redoublent d'eflforts, s'ils s'occupent sfirieusement de leurs 
affaires, au lieu de se laisser entrainer k la speculation v^reuse, 
ou k Toisivete, peut-&tre la crise financifere actuelle leur sera-t-elle 
favorable, en leur ramenant une partie de leur clientele. 

Tous les Serbes qui se livrent au negoce ou k Tune des 
professions lib^rales peuvent fetre eonsid6r6s comme membres du 
parti national. Les seuls qui se rallient aux Magyars sont ceux 
qui ont ^t^ admis dans la noblesse hongroise, ou qui ont reQu 
des titres de chevalier, ou de baron. Ces titres ne suffisent pas 
pour que les grandes families du royaume considferent la no- 
blesse rascienne comme une veritable aristocratic, mais ils 
^tablissent une separation entre ceux qui les portent et le commun 
de la nation. A part ces dissidences peu importantes par le nombre, 
et qui d'ailleurs ne sont pas g§n6rales, a part rindiff6rence, la 
mollesse, ou meme la trahison d'une partie du haut clerg6, les 
Serbes ont une tend<ance de plus en plus marqu6o k chercher leur 
salut dans une entente fratemelle. 

Nous an-eterons ici ce tableau que les chapitres suivants sont 
destines a completer. Nous croyons en avoir assez dit pour mon- 
trer que les Serbes de Hongrie m6ritent d'occuper dans T^tat une 
place meilleure que celle qui leur est faite. Ne vaudrait-il pas 
mieux pour les Magyars s'en faire des amis que des ennemis? 



Ethnographie des Serbes de Hongrie. 



ft 



fans la partie purement historique de ce travail, nous nV 
vons pas insists sur la repartition de la population serbe en 
Hongrie ni sur son chiflre approximatif aux diif6rentes 6poques. 
Nous avons voulu reunir toutes les notions ethnographiques dans 
un chapitre particulier. 

Nous avons admis qu'en franchissant le Danube, les Serbes 
Venus du nord des Carpathes laissferent des d^tachements sur la 
rive gauche du fleuve. Ainsi les Serbes de Hongrie auraient une 
origine plus ancienne que ceux de la P6ninsule des Balkans, mais 
ce n'est Ik qu'une hypothfese h, laquelle nous ne nous arrfeterons 
pas. Quant k la Sirmie, nous ne pouvons guire douter que les 
Croates qui en 6taient les principaux d^tenteurs, n'y aient ktk Ah 
Torigine mSlang^s aux Serbes. L'h6sitation que les evfeques du 
pays manifest^rent au XHI** sifecle entre Tfiglise d'Orient et celle 
d'Occident nous paratt en fetre une preuve certaine.*) 

II serait difficile de trouver des dilKrences ethniques entre 
les Croates et les Serbes, qui ne constituent au fond qu^un seul 
peuple. n n'y a pas k tirer de la langue un argument irrefutable 
puisque leur idiome ne se distingue que par des formes pea 
61oign6es les unes des autres. On est done conveuu de considirer 
comme Serbes les adherents de T^glise orientale, tandis que les 
Croates professent le culte catholique romain. Toutefois, a ce point 
de vue, il importe de faire quelques reserves. On classe panni 



*) Cf. pp. 25 sq. 



premiers itahlissemenU des Serbes, 349 

les Serbes les Grecs-Unis de Croatie, les Slaves catholiques de 
la Dalmatie et de Tlstrie qui parlent le dialecte oriental et le 
dialecte m6ridional, enfin les Chokatses et les Bounievatses, popu- 
lation catholique repandue en Hongrie, et dont il sera parl6 
plus loin. 

Du XI® au XIV® si^le, des rapports trfes-fr6quents paraissent 
avoir existe entre les deux rives du Danube et de la Save. Les 
palatins d'origine serbe et la reine Helene durent amener en 
Hongric de nombreux compatriotes : des honunes d'armes, des 
moines etc. Nous avons cite les combats oil figurerent les troupes 
serbes et les monasteres ou s'etablirent les moines.^) Evidemment 
les uns et les autres ne resterent pas tout-a-fait Isolds. Si done 
Ton ne veut point admettrc que les Serbes aient et6 r6pandus 
dans la Hongrie meridionale avant Tarriv^e des Magyars, on ne 
pent songer a contester qu'ils n'y aient eu des 6tablissements per- 
manents d^s le XIII'' siecle. La raret^ des informations qui nous 
sont parvenues ne prouve rien centre cette opinion; il est pro- 
bable en eiTet que, sans les Guerres avec les Turcs, les historiens 
comme Bonfini, Istvanfi, etc., n'eussent point fait une mention 
sp^ciale des Serbes, lors m&mc que ceux-ci eussent habit6 toute 
la Hongrie meridionale; ils se seraient bomes k parler du roi, 
de ses sujets. de ses soldats, sans rien dii*e des diver ses nations 
qui occupaient le territoire. 

Au XIV® sifede, les Serbes fondent la colonie de Kovin 
(Racz-Keve) dans Tile de Csepel prfes de Pest. Nous ne savons 
r^poque precise k laquelle remonte cette colonie, mais nous la 
Yoyons mentionn^e des le commencement du XV® siecle. En 1435, 
Sigismond abandonne aux habitants de Kovin les villages de Bal- 
vani et Skorenove, et leur accorde divers privileges que Ladislas 
^tend plus tard a des 6tablissements situ^s sur la terre ferme en 
face de File de Csepel. 

L*arriv6e de Georges Brankovid en Hongrie (1539) provoque 
une inmiigration plus importante. Les Serbes ne restent plus can- 
tonnes aux environs de Bude; ils pSn^trent dans la ville et se 
r^pandent dans toutes les places ced^es au Despote par TEmpereur. 



Cf. pp. 22 — 24. Ajoatons qu'en 1198, divers vmages slaves du diocese 
de Kalocsa, c'est-k-dire de la Backa, refus^rent de payer la dime k 
r6v6qae catholique; c'^taient sans nol doute des villages serbes. Fc)j6r, 
Codex cUplonu, T. II. p. 528. 



350 fm/nifjralion 8erhe du XV^ an XVII* siMe. 

m 

Nous avons enumere ces places,') dans la plupart desquelles nous 
retrouvons plus tard des colonies serbes qui dorent etre fondee8 
a cette 6poque. 

Tandis que les nouveaux venus s'avancent jusque vers Ic 
nord de la Hongrie, ils deviennent de plus en plus nombreux en 
Sirmie et en Slavonie. La prise de Smederevo par le sultan 
Murad decide les Chretiens & se r6fugier en foule sur le sol hon- 
grois. De cette epoque date la colonisation de la I e nop o lis, 
c'est-i-dire du pays situ6 an d€ik d'Arad, au nord la Maros, et 
auquel Jean Hunyddi avait donne son noiu. 

L'immigration continue sans interruption sous Etieune Bran- 
kovic. En 1463, Mathias Corvin accorde aux Serbes de la Slavonic 
un premier privilege L'heureuse expedition dirigee par Paul 
Kinis en 1481 ramfene un contingent de 50.000 individus. De {)€- 
tits groupes, par cxemple, celui que conduit Monasterli vers 1525, 
entrent successivenient en Hongrie. L'empereui- Ferdinand fait 
tons ses eflForts pour attirer de nouveaux colons. II promet des 
primes aux capitaines on voi'^vodes qui seront accompa^es de 
200 personnes au moins,-) et parvient k recueillir un giand nombre 
de fugitifs bosniaques (Uskoci). Les Confins s'organisent et les 
Serbes fournissent d'abord la plupart de leurs habitants. 

Les Serbes de Slavonie ct de Croatie sont forces de fiiin 
devant les Turcs, mais ils reviennent dans le cours du XVI*'^* 
siecle. Leurs moines prennent possession du Desertum secun-j 
d u ni, et la protection iinp6riale y constitue pen a peu une popu .^ 
lation. En 1600, Vukovic et Beasinovic y installent 1600 families—: 
de Bosnie et de Macedonie. Le m6tropolitain Gabriel et ses 7^ 
moines restaurent le monastere de Marca, qui devient un cent 
important. Pros de la se developpeut les colons souvent cites, 
XVI" et au XVIP, sous le nom de Valaques. Ce nomatrom 
certains auteurs qui out voulu y voir des Boumains, mais ^wss 
donner aucune preuve a I'appui de leur opinion. Les Valaqime^ 
ont ete ainsi appeles h cause de la religion grecquc qu'ils profes- 
saient. Les accusations de violences, de vols d'enfants et autres 
semblables portes centre eux par les Hongrois, paraissent navoir 
eu d'autre fondement que riniuiitie des Gatholiques centre les 
Schismatiques.*) 

*) Voy. p. 34. 

') Privilege du 9 scptembrc 1638. 

') Gf. Czoeroig, Ikhnographie, U, p. 170. 



V 

Immigration de CrnoJcvir. — Colonic serhe de Bude. 361 

L'immignition s'achfeve k la fin du XVII® siecle par rarrivAe 
u patiiarche Crnojevic et des 40.000 families qui le suivent en 
[ongric") C'est un contingent d'environ 500.000 individus qui 
assent sous la domination imperiale. La Gour leur assigne d'abord 
our residence le territoire compris entre le Danube et la Tisza, 
lais, sur les reclamations de Cniojevic et de Monasterli, leur 
ermet d'entrer in Campum Cumanum et partes Sclavo- 
iae, signanter in Parvam Valachiam, c'est-a-dire, d'une 
art, au nord de la Maros, dans la lenopolis, et, d'autre part, en 
lavonie, dans la contree habitue deja par les Valaques (comitat 
e Pozega).^) 

En evaluant a 200.000 individus le nombre des Serbes qui 
B trouvaient en Hongrie avant rarrivee de Cniojevic, on pent 
dmettre que la population scrbe dii royaumc s'elevait a la fin 
u XVII^ siecle k 700.000 ames. C'est la une evaluation tres- 
lod^ree, et qu'il conviendrait peut-^tre de porter k 800.000, 
uies. 

Une population aussi considerable ne resta pas enfenn6e dans 
js limites que nous venons d'indiquer. Des detachements serbes 
araissent ctre venus renforcer les colonies 6tablies dans les villes 
ui avaient cte ced6es a Brankovic. Bude, Szent-Endre, Komarom 
e^urent de nombreux habitants. II en fut dc m6me de la contree 
itu6e entre P6cs et le confluent du Danube et de la Drave, 
ontree qui appartient au comitat de Baranya. 

Bude devint un centre particuli^rement important. Des le 
lilieu du XV* sifecle, les Serbes y avaient b^ti tout un faubourg, 
ui prit le nom de Tabahan, Taban,') ou ville rascienne. 
e faubourg eut une cglise en 1697 et prit alors une grande ex- 
snsion. En examinant les documents conserves dans les archives 
erbes de Bude, M. Vitkovic a pu se convaincre par les idiotismes 
u'il y a relevcs que les habitants 6taient originaires de la Re- 



V 

') C'cst le chiffrc donue par Grnojevic dans une petition adress^e h PEm- 

pereiir en 1706, (voy. Czoernig, II, p. 157). 
*) La Petite' Valachie comprcnait la partie occideutale du comitat de Po- 

zega; eUe s'ctcndait, au nord-ouest, jusqu^au-dela de Pakrac; k I'ouest, 

jusquc dans le comitat dc Krizevac; enfin au snd, jusqu'k la Bosnie. 

Elle avait pour clief-lieu Kra^eva Velika. Voy. Czoernig, II, p. 168, 

note 3. 
'} Probablemcnt du turcs tahak-hariy quartier des tanueurs. 



352 Colonies serhes itohliea dans dtverses villts de Hongrie, 

sava, de la Vieille-Valachie, de la Vieille-Serbie, de rHerzegovine 
et de la Bosnie.^) Le Taban dcvait rcceler les elements les plus 
divers.'^) 

II dut en 6tre de meme des villes de Vdcz, d'Esztergom, de 
Gy5r, de Soprony, de Sziget, de Veszpr6m, de Szekes-Fehenar 
(Stuhlweissenburg, Stolni Beograd), etc.,^) aussi Thistoire des 
Serbes de Hongrie devra-t-elle fetre refaite, quand les archives dc 
toutes ces villes auront ete publiees comnie I'ont ete celles de Bude. 

Le mouvement qui porta les Serbes a prendre la direction 
de Bude et des villes de la Hongrie occidentale uc se prolongea 
pas au-dela des premieres annees du XVIII** siecle. Les colonies 
etablies dans les grandes villes allemande sou magyares du royau- 
me, nc re^urent plus que ^ des renforts accidentels, et durent 
bientot entrer dans la periode de la decadence. Les groupes dis- 
perses n'6tant plus aliment6s par Timmigiation du dehors dimi- 
nuerent peu-4-peu par suite de I'assimilation avec les autres ha- 
bitants du pays, et m6me de T^migration. Beaucoup de Serbes 
des villes perdirent leur nationalite, en contractant des manages 
mixtes, en abjurant la foi de leurs anc6tres, pour obtenir le droit 
de bourgeoisie et la noblesse ; d^autres oubli^rent leur langue, pour 
ne plus parler que Tallemand ou le magyar, tout eH conservant 
la religion orientale; d'autres eniin ^migr^rent, afin de se rap- 
procher de leurs compatriotes. Tel fut le sort des habitants de 
Bude qui s'clevaient a 7.000 &mes environ, au commencement da 



») riacHHK, T. XXVIIIo , p. 436. — M. Vitkovic & recueim dans les ar- 
chives de Bude et de Pest one serie de documents du plus haut in- 
ter^t pour Phistoire de ses compatriotes. II a d^jk public trois volomes 
qui forment les Tomes III®, IV® et Vo de la IIo Sdrie du GUunik, et 
qui sont intitules: CooieiumH nb dyAMiCKor h nemraHCKor ApxHBs; Bel- 
grade, 1873-74. Nous regrettons vivement que la premiere partie de eel 
ouvrage ait 6t^ dejk imprim^e quaud les precieux mat^riaux reuois ptf 
M. Vitkovic ont 6t6 publies. lis jettent un jour tout nouveau sur Thi* 
stoire des Serbes au XVIIIo siecle. Le ^leronic de 1870-71 pp. 136-229 
avait d^jit reproduit un certain nombre de documents copies k Bode 
par le mdme savant. 

*) D^s Tann^e 1640, les Serbes de Bude ^taicnt assez nombrenx pour qa^ 
le Patriarche de Jerusalem sollicit4t leurs aumdnes. Yoy. YitkoTie, 
CnoHCHimii, 1®'* partie, n** 15. 

') £n 1655, les Serbes de Komarom et dc Gy6r avaient re^u un privilege 
particulier. Yoy. Vitkovic, loc. cit., 3« partie, n* 5. 



Mouvenient dc la population serbe au XVII^ sihde, 353 

XVni® siecle/) et ne sont plus represent6s aujourd'hui que par 
325 individus. 

Les habitants des campagnes fiirent plus encore que ceux 
des villes tentes par rfimigration. Les brutalit6s que les paysans 
avaient a supporter dc la part des seigneurs allemands, ou ma- 
gyars, les portaient a quitter un pays inhospitalier. La rdgion de 
Bude et le Baranya, qui avaient reQU un grand nombre d'ha- 
bitants furent ainsi depeuplcs. La rigueur des lois qui attachaient 
le serf a la glfebe ne retint pas des hommes d6cid6s k chercher 
plus loin une patrie. Ge sont precisement les pays dont nous 
parlous qui paraissent avoir alimente au moins en partie Tinimi- 
gration serbe dans la Hongrie m6ridionale. En 1720, Novo Selo 
(Backa), Vrsac et Pancevo re^urent de nouvelles families serbes; 
Mali Beckerek en regut en 1722; Karansebes, en 1725; Veliki- 
Beckerek, en 1728; Csanad, en 1733; Mehadia, en 1740; Dognacka, 
en 1741; Gajdobra, en 1743; Torok Becse, en 1748; Bukin, en 
1749; Csonoplya, en 1750. Pendant ce temps, le seul 6tablis- 
sement dont il soit fait mention aux environs de Pest, est celui 
de Cobanka (1727j.2) 

Dans le Banat, dans la Backa, en Slavonic et dans les Con- 
fins, les Serbes 6taient en progrfes. On pent voir par un tableau 
des paroisses grecques-orientales de la Backa, en 1733, que M. 
L Nikolid a plublie dans le Le topis, ^) que beaucoup delocalites 
etaient vraiment importantes. Sivac comptait 281 fcux; Stapar en 
avait 236; Kula, 251; Palanka, 419; Vrbas, 243, etc.*) 

La suppression des Gonfins de la Tisza et de la Maros amena 
I'emigration en Russie, dont nous avons racont6 les d6tails.*) Le 
nombre des Serbes qui abandonnferent la Hongrie de 1751 k 1753 



•) C'est le chiffre indiqud par M. Vitkovic (Tmchhk, T. XXVm«, p. 489), 
mais il est peut-^tre exag^re. Le recensemeiit de 1707 indique 484 chefs 
de famiUe, 351 maisons ct 88 boutiques, mais ne donne pas le total 
des individus (Vitkovic, CnoieiHim, l®'® partie, n" 48); celui de 1766 
indique 238 chefs de famiUe et 216 maisons, avec une population to- 
tale de 1.038 individus (ibid., 3^ partie, n** 96. £n supposant mSme que 
le nombre des habitants de chaque maison ait sensiblement diminu6, 
Ton ne peut gu^re admettre le nombre de 7.000 individus en 1707. 

*) Voy. Czoernig, II, pp. 251-286. 

*) Jeronnc, 1859, n'* 100, pp. 71-75 et 1860, n* 101, pp. 61-65. 

*) Ces feux repr^sentent, dons les villages, autant de communaut^s do- 
mestiques, dont on peut ^valuer les membres k une douzainc environ. 

*) Voy. pp. 126 sqq. 

23 



3>4 L(( jjopnlation aahc commence h decroire, 

est evalue k 100.000. Leur depart dut laisser un grand vide non 
seulcment au nord de la Maros, mais dans le Banat et dans la 
Backa. La plupart dc ccux qui restaient encore dans les Con- 
fins supprim6s, descendirent vers le Danube et se fixferent dans la 
partie m6ridionale du Banat,*) et de la Backa; peut-fetre m&me 
y en eut-il qui pass^rent le fleuve, pour s'etablir en Slavonie. 

L'6migration de Hrvat et de Tokolyi marque le premier pas 
fait par les Serbes de Hongrie dans la voie de la decroissance. 
La d6population a continue depuis, non pas, si I'on veut, d'une 
maniere absolue, mais tout au moins d'une maniere relative. Au 
lieu de suivre la marche ascendante que toutes les nations doivent 
suivre, les Serbes nc se sont d6velopp6s que dans certaines r^ons 
de la Hongrie; dans d'autres, ils sont restes stationnaires ; dans 
d'autres enfin, ils ont sensiblement retrograde. Nous allons exposer 
les causes de cette decadence. 

Nous ne nous arreterons point aux colonies repandues a 
r^tat sporadique au milieu dcs Magyars et des AUemands. Les ^ 
Serbes de Debreczen, de Szatmar, de Szerdahely, de Tokaj, de^ 
Tiilya, dc Boszormeny, etc. ctaient d'avance condamnes a dispa — 
raftre. Nous avons deja dit comment ils fondirent peu a peu e#%; 
ne rcviendrons pas sur ce sujet Les motifs qui amenerent ler,:^ 
Serbes de Szent-Endre, de Bude et du Baranya a se replier 



Griselini (OeachicJUe dea Tenieswarer Banats, 1,' p. 196) reprodait 
statistique da Banat dress6e pendant Padministration du comte C 
(1768-1774). En void les chiffres : 

Roumains 181.639 

Serbes 78.780 

Bolgares 8.683 

Tsiganes 5.272 

Colons allemands, italiens et fran^ais . . 43.201 

Israelites . 363 

Ensemble! 3177928. 
Cette population ^tait renferm^e dans le territoire civiL En y sjoatoflt 
celle du territoire militaire, c'est-k-dire des districts de Pftncero, de 
Nova Palanka, de Mehadia, et des 23 villages du district de Earinsebes 
qui appartenaient alors aux Confins, Griselini arrive au total de 450.000 
individus. Or, les habitants des districts militaires ^tant pour les 19/20<» 
dcs Serbes et des Roumains, on devrait admettre que, si les deux peoples 
etaient en proportion ^gale, les Serbes s'elevaient pour le Banat toat 
entier k 142.000 environ; mais, en r^ito les Serbes ctaient alors plus 
nombreux que les Roumains dans la r6gion fronti^e du Banat U &Qt 
pour le moins les ^valuer h 150.000 individus. 



Ptrlcis su^JWf par les Serben au service de VAutriche. 355 

le sud-est ne peuvent 6tre consider^s comme des motifs de d6- 
croissance, puisque les Emigrants rest^rent pour la plupart sur 
d'autrcs points du territoire hongrois, mais les causes proprement 
dites de depopulation sent nombreuses. 

Le role actif jou6 par les Serbes depuis deux sifecles dans 
toutes les guerres soutenues par rAutriche leur a fait subir des 
pertes sensibles. Nous avons dit que les campagnes de 1793 & 
1797 avaient seules coftt6 i la Hongrie 100.000 hommes ; *) quelle 
6tait dans ce nombre la part des Serbes? Les vides qui se pro- 
duisirent dans leurs rangs furent d'autant plus grands que tons 
les soldats des Confins 6taient mari^s.^) n y eut des villages dans 
lesqucls il ne resta pour ainsi dire plus d'hommes valides, et oil 
les veuves se trouv^rent par cons6quent dans Timpossibilitfi de 
convoler. Les guerres de TEmpire succ6dant aux guerres de la 
Revolution, imposferent encore aux Grenzers de cruels sacrifices, 
puis vint une periode de paix qui dura de 1815 k 1848, et qui 
ne fut troubl6e que par les deux interventions en Italic (1821 
et 1830).») 

L'insurrection de 1848, malgr6 les succfes remportfis par les 
Serbes fut plus fiineste pour eux que les campagnes centre Na- 



*) Ayant d'enum^rer les causes de decadence, rappelons que pendant les 
campagnes de 1788 et 1789 centre les Turcs, plusieurs contingents serbes 
pass^rent le Danube et se ilx^rent en Hongrie. Ds y furent r^partis de 
la mani^e suivante: 

Gomitat de Po^ega: 635 

„ de Sirmie: 8.379 

„ de Tolna: 34 

„ de Baranya: 27 

„ de Torontdl : 392 

„ d'Arad: 1.824 

„ d'Eger : 63 

„ de B6k^s: 4 

Ensemble : ^11.358" 
Voy. Czoemig, loc,cit.,Tn^ p. 137. 
-) Voy. ci-dessus p. 181, 

>) Malgr6 les ^preuves quails durent traverser, le ddyouement des Serbes 
envers la maison imp6riale ne se d^mentit pas un instant. Lorsque le 
trait6 de Viennc eut ced6 2i la France une partie des Confins croato- 
slavons, un certain nombre de Grenzers ^mlgr^rent D'apr^s les docu- 
ments officiels, 2.209 individus s'6tablirent, de 1809 & 1813, dans la 
portion des Confins croato-slavons rest^e autrichienne, et 1.256, dans le 
regiment allemand du Banat. Voy. Czoemig, m, p. 113. 

23* 



356 Pi'Ofjrhs fles Magyars daiis la Backa depuitf 1848. 

pol6on. EUe lit dans les Contins pres de 30.000 veuves et de 
60.000 orphclins, et, 12 ans apr5s, on calculait que la population 
totale de la frontifere militaire avait diminu6 de 20.000 ames.*) 
Les habitants des comitats ne furent pas moins eprouves que les 
Grenzers. C'est surtout dans la region de la Tisza que leurs pertes 
furent sensibles. Avant 1848, les Scrbes occupaient tout le sud 
de la Backa; ils avaient pour liinite vers le nord une ligne se 
detachant de la Tisza un peu au-dessus de Senta, englobant To- 
polja, Omorovica, Gara et aboutissant a Baja, sur le Danube. Les 
points occup6s dans cette region par les Magyars etaient peu 
nombreux; c'6taient le village de Temerin, et les petits groupes 
d'habitations Aleves sur les bords du Danube, au-dessus de Baja, 
par les gardeurs de clievaux hongrois (csikos): Szeremle, Bat- 
Monostor, Baracska, Dautova. Les Allemands etaient r6pandus a 
Kemya, Vrbas, Parabuty, puis sur les bords du Danube a Baja, 
Apatin, Bukin, Novi Sad, mais les Serbes 6taient compacts dans, 
tout le reste du pays. Les Magyars profit^rent de TinsurrectioiL 
de 1848 pour gagner du teiTain. C'est un trait distinctif de leur- 
nature de ne se plaire que dans la plaine, dans ce qu'ils appcllent^ 
la p u s z t a, sur le bord des fleuves. Tandis que les Szeklers depe— 
risscnt dans les montagnes de la Transylvanie et cherchent leur 
salut dans Temigration, leurs frferes des bords de la Tisza se sont, 
au contraire rcmarquablement d6velopp6s. Cette vallce est la ve- 
ritable patrie des Magyars; c'est \k qu'ils se sentent k I'aise et 
qu'ils prosperent. On ne doit done pas s'^tonner s'ils ont cherche 
h, s'6tendre dans la direction de Titel. Senta, Ada, Mohol, Petrovo 
Selo, 6 Becse, Foldvdr qui etaient presque entierement serbes 11 
y a vingt cinq ans, ont aujourd'hui une population magyare en 
grande majorit6. Le mouvement de recul des Serbes n'a pas ete 
aussi prononc6 que pourrait, le faire croire la carte de Czoniig') 
compar^e par exemple k celle de Safaffk,^) mais il n'en a pas 
moins ete accentu6. Les Magyars ont pris position sur la basse 
Tisza d'une manifere formidable, et la suppression des Contins leur 



') Petition adresB6e ^ I'Empercur par les deputes des Confins k la Di^te 

create (juiUet 1861). 
*) Ethnographische Karle der bsten^eichischen MonarchU entworfen von Karl 

Freiherm von Czoernig, hcrausgegeben von der k. k. Direction der ad- 

ministrativcn Statistik. Wien 1855, 4 fcuilles. 
3) Slovamk]^ Zevi&uid od P. J. Safafika; (Carte des Slaves par P, J. Sa- 

faHk), Prague, 1842, 1 feuiUe, 



Ih^oyres rte^ AUeiuundH daiis fe Banal. ' *)57 

fait sans doute esperer qu'ils arriveront promptement jusqu'a TiteL 
Ada compte 7.000 Magyars centre 1.833 Serbes ; Mohol en compte 
3.800 contre 3.092 Serbes ; Petrovo Selo, 4.600, centre 1.688 Serbes; 
6 Becse, 8.300, contre 4.844 Serbes; Foldvdr 2.600, contre 2.190 
Serbes. *) 

Les Magyars se sont developp6s dans une proportion presque 
egale au centre de la Backa. lis sont 4.000 k Pacser, contre 1.295 
Serbes; 2.000 a Bajsa, contre 624 Serbes; 2.300 a 6-Ker, contre 
1.089 Serbes; 1.250 a Piros, contre 1.019 Serbes, etc. Bacs, ville 
entiferement magyare, a plus de 8.000 habitants ; Hegyes en a 4.200 ; 
Feketehegy, 3.000; Veprovac, 2.800. Szeremle, Bat-Monostor, Ba- 
racska, Dautova sont devenus des villages importants. Kupuszina 
et Bogojeva, situees, comme les pr6c6dentes localit6s, sur les bords 
du Danube, comptent Tune 3.000 et Tautre 2.000 habitants, tous 
magyars. 

Les AUemands se sont fortifies dans les endroits oil nous 
les avons deji signales, mais leurs progies, dds uniquement a 
Texces des naissances sur les dec^s, ne pen vent fetre compares k 
ceux qu'ont realises les Magyars, descendus en foule vers la 
Backa. ^) 

Das le Banat, les AUemands et ler Magyars ont progress^ 
dans une proportion inverse. Les premiers se sont consid6rablement 
accrus tant par Texces des naissances sur les deces que par Tar- 
riv6e d'immigrants vcnus des . autres parties de Tcmpire ; les Ma- 
gyars, au contraire, ne se sont d6velopp6s que par Tarriv^e de 
nouvelles recrues, venues du bassin de la Tisza; ils occupent au- 
jourd'hui Tangle forme par la Maros et la Tisza, de Ladany k 
Pad6, nc laissant plus aux Serbes que Deszk, Szoreg, Uj Szcnt- 
Ivan, Gydla et Kcresztur, localites dont I'envahissement est ideja 
commence. Dans leur situation actuelle, les Magyars menacent le 
district de Kikinda, du cote de Touest, tandis que les AUemands 
rassi6gent k Pest. Les Magyars ont fait quelques progr^s entre 
Temcsvdr et Beckcrek, mais cette region parait devoir leur etre 
enlevee par les AUemands qui les entourent. 

Les Serbes du Banat ont et6 separ6s en divers groupes par 
Taccroissement des autres peuples. Nous ne donncrons point ici 



*) Cos nombres et les suivanta sont 6videinment nn peu trop faiblos parce 
quo nous n'avons pas pii tenir compte des Serbes catholiqnes. 

*) En 1848, le coinitat de B;ics-Bodrog comptait 396.696 habitants; il en 
comptait 528.345, on 1857 ot 576.149, en 1870. 



358 Ahsorbtton des Serbes par leu RoumcUna. 

une enumeration qui ferait double emploi avec la liste gen^rale 
qu'on trouvera ci-aprfes. II suffira de s'y reporter, pour connattre 
paroisse par paroisse le territoire sur lequel ils sont actuellement 
fix^s. 

Nous n'avons parl6 jusqu'ici que des Magyars et des Alle- 
mands, mais il est une autre population qui a fait perdre aux 
Serbes beaucoup de terrain; nous avons en vue les Roumains. 
Aucune nation n'est peut-fetre aussi persistante que celle-ci. Non 
seulement les Roumains, r6sistent a Tinfluence des Magyars^) et 
des Allemands, comme ils ont r6sist6, pendant tout le cours du 
moyen ftge, k Tinfluence des Slaves, mais ils ont sur les peuples 
avec lesquels ils se trouvent m616s une singuli^re force d'assimi- 
lation. lis n'apprennent point la langue de leurs voisins, quils 
forcent h, comprendre la leur. n suffit comme le disent les Serbes, 
qu'une femme roumaine soit introduite dans une maison, pour qu'en 
peu d'ann^es toute la maison devienne roumaine.^) Ainsi ont dis- 
paru tons vestiges des Serbes qui s'etaient 6tablis en Transylvania ; 
ainsi la langue, les usages, la nationality roumaine a remplace, 
dans une foule de villages du Banat, la langue, les usages, la 
nationality serbe.') 

Cette transformation n'est point I'oeuvre des si&cles; elle 
s'opfere sous nos yeux avec une rapidite surprenante. Depuis 1848, 



') n existe pourtant pr^s d^Arad plnsieurs yUlagcs habitus par des Ron- 
mains magyaris^s. 

^ Eanitz (Serhien, pp. 323 sq.) a fait la mdme observation. II rappelle 
qu'on ^crivain distingn^, D6m^tre Tirol, exprimait il y a cinqoante ans 
la crainte de voir les Serbes absorbds par les Ronmains. Eanitz ne dit 
point oti Tirol a manifesto cette crainte ; I'expression vagne d^U y a 
dnquanU ans, nous montre que le voyagenr n'a point vdrifid on rensei- 
gnement qui lui aura 6t^ foumi par on tiers. Tirol ne peat avoir parl6 
des Ronmains que dans son Almatuich du Banat (BaHarcxiii AjMiBtn; 
Temesv&r, 1827 et 1828), et dans sa G^ographie politique h Pusage de 
la jeunesse scrbe (noiHTH«iecKo 3euioinicaHie aa yiioTpe6jeBie cp6cxe 
Mia^esR; Belgrade, 1832). Nous n'avons pas ces livres sous la main 
pour verifier la citation. 

Eanitz renvoie & propos de la m§me question k la JuhM PMa (L'A- 
beiUe du sud) et an 8v€U>md (LlJniversel) de 1850, mais ces renvois 
ne signifient rien. La Juzna PMa est probablemcnt la Srbska FSda 
publi6e par Paul Stamatovic de 1830 k 1841. Quand an Soetomd^ il n'a 
commence de paraltre qu'en 1852. Beaucoup des indications de Eanits 
ne sont malheorensement pas plus exactcs. 

*) r^e BiaxHfta 4o^e, caa ayfia noBiamv. 



Les Jiouuiulu-H H'/.lendenf jusqu'a Pauvevo. ;>r)9 

« 

c'est-i-dire en I'espace dc 25 ans, nous pouvons citer plusieuj^ 
localites importantes qui se sont enti^rcment roumanis6es. Mehala, 
gros bourg situ6 a la porte de Temesvar, a vu 3.000 Scrbes sc 
transformer en autant de Roumains. La languc serbe n'est pas 
encore oubli6e des habitants, mais ils ne la parlent plus entre 
eux; ils Pemploient tout au plus pour adresser la parole aux 
etrangers. 

Ce que nous disons de Mehala s'applique h. NajdaS (r6giment 
de Bela Crkva), oil se trouvcnt aujourd'hui 2.08G Roumains contre 
86 Serbes; a Jascnova (r6g. de Bela Crkva), oil 1.500 Roumains 
sont en presence de 500 Serbes; a Racz-Csandd (comitat de To- 
rontAl), qui compte 2.400 Roumains et 1.500 AUcmands contre 
1.198 Serbes; a Magyar-Csamid (comitat dc Csandd), oil se rencon- 
trent 1.G70 Roumains, contre 890 Serbes, lesquels sont presque 
roumanis6s ; k Nagylak (com. de Csandd), qui renferme 2.543 Rou- 
mains de religion grecquc, contre 202 Serbes (plus environ 1.000 
Roumains grecs-unis ct 5.500 Magyars ct Slovaqucs) ; i Pecka (com. 
d'Arad), oil Ton a recense 5.102 Roumains contre 244 Serbes (mfeles 
a 7.500 Magyars, AUemands et Slovaques), etc.^) L'ilot de popu- 
lation roumaine, figur6 sur la carte de Czomig autour d'Alibunar, 
gagnc de proche en prochc comme une tache d'huile. Les Serbes 
ont presque enti^rement disparu d'Alibunar et de Karlsdorf ; les 
Roumains leur disputent aujourd'hui Vlajkovec, Novo Selo (Satu 
Nou, Neudorf), Dolova, Mramorak, Gaja, Kovin (Kubin); enfin ils 
ont penetre jusqu'a Pancevo, oil ils revendiquent 3.000 des leurs. 

Les Serbes voient les Roumains se substituer i eux dans 
un assez grand noinbre dc villages. C'est un fait qu'ils peuvent 
regretter, mais qui, au fond, ne leur porte pas un prejudice s6- 
rieux. II en serait tout autrement si la partie de la population 
qui se laisse roumaniser 6tait victime de la germanisation ou de 
la magyarisation. Depuis la separation des deux 6glises, il n'y a 
plus entre les Roumains et les Serbes aucune cause d'inimiti6. 
Les uns et les autres doivent se proposer le mfeme but, qui est 
d'obtenir leur aflFranchissement politique et le droit de vivre libres 
a c6t6 de leurs oppresseurs actuels. II se pent que des villages 
entiferement roumains opposent a Tenvahissemeut des Magyars, 



•) Nous cmpnintons la plupart de ces cliiflfreB aox recensements locaux 
faits en 1873 par les commissions serbo-ronmaines, chargdes d'op6rer 
la separation eccl^siastiqiio dos communes mixtcs. 




,^(]0 Emigration dun* la PrindpautA, 

aussi bien qu'au torrent germanique, une digue plus solide qui 
des villages partagSs entre des nations difif^rentes, et que, k 
point de vue, les Serbes roumanis6s m^ritent la reconnaissanc«ki^ 
de leurs anciens compatriotes. 

Quoiqu'il en soit, il y a U pour les Serbes une cause d 
d^croissance dont on ne pent les rendre absolument responsables 
puisque la transformation s'opfere insensiblement, et, pour aii 
dire, a leur insu. L'6migration dans la Principaut6 est, par contur 
un fait Yolontaire. Cette femigration n'a pas lieu par groupi 
nombreux; il s'agit plutot d'individus isol6s qui traverSent 
Danube ou la Save, mais ce mouvement est incessant. Ce so 
des professeurs, des m6decins, des commer^aiits, des ouvriers ^xi 
vont s'6tablir k Belgrade, h Sabac et dans les autres villes cJe 
Serbie. On pent cependant signaler aussi T^migration de plusieurs 
contingents de paysans, et le gouvemement de la Principal! fe 
s'est lui-mfeme eflForc6 de la d6velopper. 

Kanitz parle d'un essai de colonisation fait avec des Serbes 
du Banat, prfes de 6uprija, mais il en trace le plus deplorable 
tableau. Les nouveaux venus 6taient des paresseux, des ivrognes, 
etc., et n'ont rien pu crfeer de s6rieux. II est possible que cette 
assertion soit vraie, mais ce qui la rend 16gferement suspecte c'est 
la phrase par laquelle Tauteur termine sa description. „Le gou- 
vemement serbe a fait li, dit-il, une facheuse experience, mais 
une experience qui ne devrait en somme que le porter a faire de 
nouvelles tentatives avec des races plus aptes a la colo- 
nisation (lisez avec des Allemands)." Ainsi, Kanitz, qui a pu- 
bli6 son ouvrage aux frais des Serbes, ne craint pas de les de- 
nigrer et conseille au Cabinet de Belgrade de livrer le pays aux 
AUemands. C'est le cas de s'ecrier, en pensant aux pr6cieuses 
qualit6s de ces colons : Timeo Danaos I 

La cause de depopulation sur laquelle nous devons insist^ 
sans mfinagements pour Tamour propre national est le pen 
fficondite des Serbes de Hongrie. 

En principe les Serbes peuvent 6tre classes parmi les peu 
prolifiques; il suffit pour s'en convaincre de suivre le progr^ 
la population dans la Principaute. Ce progrfes est indique da 
tableau suivant que nous cmpiiintons a M. Jaksic:^) 



») Serhien, pp. 29 sq. 

^ riacni. T. XXXIs p. 122. 



T>hmnution dons fa fdcondifi den maj-ictges. 



3G1 







Nombre dliabi- 


Annies: 


Population 
totale: 


tants par mille 

g^ographique 

carr6: 


1833 


678.133 


857 


1840 


828.895 


1.048 


1843 


859.545 


1.087 


1846 


913.160 


1.154 


1850 


956.893 


1.210 


1854 


998.919 


1.263 


1859 


1,100.879 


1.392 


1863 


1,133.647 


1.433 


1866 


1,215.576 


1.539 


1870 


1,294.255 


1.636. 



Les r6sultats que nous venons d'enregistrer sont satisfaisants, 
et, mfeme en tenant compte de rimmigration etrang^re, ne per- 
mettent pas de reprocher aux Serbes leur st6rilit6,*) mais en 
Hongrie le nombre des naissances est proportionnellement beau- 
coup plus faible. Les godts de luxe introduits par les Allemands 
et par les Israelites ont eu sur les Serbes la plus deplorable in- 
fluence. Rien n'est plus frdquent que de voir jusque dans les 
villages, des femmes qui vont pieds nus toute la semaine sacrifier 
leurs epargnes pour revStir le dimanche une robe de sole. La 
passion du luxe am^ne rindiflF6rence pour les enfants qui seraient 
une gfene; elle produit le relachement des mceurs, dont les rela- 
tions ill6gitimes et Tavortement sont la triste consequence. Nous 
connaissons des villes et des villages oil des matrones renommees 
prodiguent leurs conseils aux jeunes mferes inexperimentees et 
suppriment au plus juste prix le fruit des manages. Ces avor- 
teuses, qui vendent leurs services aux femmes serbes, allemandes, 
ou magyares sans distinction de nationalite, ne sont jamais in- 
quietees par la police et font leur metier au grand jour. 



') On a compt^y en 1859, dans la Priucipaut^y 46.678 naissanceSy centre 
28.980 d6c^s; en 1866, 65.322 naissances, contre 30.281 d^c6s. Kanitz, 
Serbien, p. 618. 



362 -^^ Matica provoque Vitude cfes causes de ddcrousance* 

L'avortement est bien loin de produire chez les Serbes les 
d6plorables eflfets qu'il produit par exemple chez les Saxons de 
la Transylvanie, mais le mal existe; il est assez grand pour que 
nous n^h^sitions pas k le signaler. Nous ne doutons pas que si 
tons les Serbes 6elair6s qui remplissent des fonctions municipales 
usaient de leur influence pour faire condamner les avorteuses; si 
des soci6t6s de bienfaisance propageaient des livres h la fois 
moraux et patriotiques, les femmes, mieux instruites de leurs de- 
voirs, ne reculeraient plus devant les charges de la maternity. 

Nous avons' adress6 aux femmes un grave reproche; la jus- 
tice nous oblige k rechercher aussi la part de responsabilit6 qui 
p^se sur les hommes. Les Serbes ont un regrettable penchant 
pour rivrognerie. L'amour du vin derive en quelque sorte de leur 
ardeur guerri^re. Les plus fameux heros dont les chants popu- 
laires nous racontont les exploits n'entreprenaient jamais aucuue 
expedition sans avoir bu d'un vin gen6reux.*) 

L'abondante production des vignes hongroises n'a fait que 
developper ce godt naturel, mais, le vin ayant rench6ri sensible- 
ment depuis Touverture des chemins-de-fer, la consommation des 
alcools s'est accrue d'une maniere inqui6tantc. II y a dans Tab- 
sorption des eaux-de-vie grossi^res de s6rieux dangers d'abitar- 
dissement pour les populations du Banat et de la Ba^ka. 

Nous avons expos6 les causes de decadence qui ont eprouve 
les Serbes de Hongrie et qui les menacent encore. II y a long- 
temps que de bons esprits les ont reconnues et se sont efiforc^s 
d'y porter remede. En 1864, la Matica srpska mit au concours 
r^tude de cette question. Le prix fut deceme a M. G. Natosevid, 
inspecteur des 6coles serbes, dont le m6moire figure au Letopis 
de 1865.*) M. Natosevic y expose pourquoi ses compatriotes re- 
culent, tant au point de vue moral qu'au point de vue materiel. 
H insiste sur les pertes que le commerce serbe a subies et sur 
la diminution de la richesse publique qui en est resultfie; il n'6- 
pargne pas les reproches k ceux qui par leur d6sordre compro- 
mettent k la fois eux-mfemes et la nation tout entifere; il ne dis- 
simule pas les progr^s faits par les Roumains. Quant aux remfedes, 



') Brho nnje XpaieBRisy Mapko etc. Les histoircs de buveorB tiennent la 
plus grande place dans les npinioBiijeTRe do Karadzic. 

^ Ce m6moirc a 6t^ tir6 k part sous ce titre: 3a mro Ham Hap04 7 Ay- 
crpi^H npona^a; (Pourquoi notrc Nation decroit en Autriche), Kovi Sad^ 
1866, in-8. 



Stafistique de M. JaJcKif, 363 

['auteur du m^moirelcs cherche dans une r6forme de T^glise, qui 
levra se proposer avant tout un but moralisateur. Les 6v6ques, 
les protopopes, plus instruits que le vulgaire devront visiter les 
Families et les 6clairer de leurs conseils. II est urgent, ajoute-t-il, 
ie fonder des 6coles de tons les degr^s, en particulier des 6coles 
ttormales primaires et des 6coles commerciales. Le d6veloppement 
le rinstruction pourra seul mettre les Serbes en 6tat de lutter 
ivec avantage centre leurs concurrents.*) 

Un autre ecrivain, M. Jaksic, directeur de la statistique 1^ 
Belgrade, a group6 des chiflfres qui jettent une vive lumifere 
ur la situation des Serbes de Hongi-ie k vingt annfees de 
listance.^) II a pris pour termes de comparaison les ann6es 1847 
i 1867, et voici les r^sultats auxquels il est parvenu. Le nombre 
les Serbes 6tait de 977.723 en 1847, et de 1,002.832 en 1867.') 
)ans les Confins, la population serbe qui est compacte et qui a 
oui d'une situation politique relativemeiit favorable, a suivi une 
narchc ascendante, nialgr6 les pertes subies par les Grenzers. Le 
hiffre total, qui 6tait de 322.885 en 1797, monte a 481.323 en 
847 et & 513.539 en 1867, ce qui constitue pour cette demifere 
>6riode une augmentation de 6.66%.*) 

Dans les comitats bongrois, Th^g^monie magyare est d6sa- 
treuse pour les Serbes. Leur nombre, qui est de 344.362 indi- 
idus en 1797, monte k 415.579 en 1847, puis redescend Jl 413.262 
n 1867; c'est assez dire que les Serbes sont en decadence. Toute 
copulation qui ne s'accrott plus doit diminuer, telle est la rfegle 
ommune. 

En Dalmatie et en Istrie, oil le gouvemement se contente 
le traiter les Serbes en peuplc conquis, sans poursuivre leur ex- 
ermination, il y a quclquc progri^s: 59.381 individus en 1797, 
ontre 81.808 en 1848 et 86.131 en 1868. 



') Noas tenons de M . Nenadovic lai-m5me on fait caract^ristiqae. £n 1858 
les Serbes de Podporaivj, pr6s de Vrsac, (de 300 & 400 individus) n'ont 
pas prodait un seul enfant! 

») rjacHHK, T. XXXIIIe, pp. 38-134. 

') M. Jaksic neglige les Catholiques et les Qrecs-Unis, mais il comprend 
dans ces chiffres les Serbes do la Dalmatie et de Plstrie poor 81.828 
en 1847 et 86.131 en 1867. 

*) L'immigration n'a peut-6tre pas 6t6 sans influence enr cette augmentation. 
Nous avons en effet constats une diminution de la population des Con- 
fins apr^s 1848. 



364 Statistiqties de Schwardtner, de Gaplovif. et de FSnyes. 

' Nous laisserons & M. Jaksi6 la responsabilitfe des chiffres qu'il 
a rfeunis et nous leur comparerons les diverses 6valuations qui ont 
6t6 faites des Serbes de Hongrie, dans le courant de ce siMe, 
par les statisticiens les plus autoris^s. 

Schwardtner *) ne nous fournit point de donn6es d'ensemble, 
mais il rappelle que, en 1793, le nombre des paroisses serbes en 
Hongrie 6tait de 935, celui des paroisses roumaines de 553 
et celui des paroisses grecques de 17. La Transylvanie reste en 
dehors de ces denudes. 

Caplovid,*) qui reproduit avec plus de detail les chifires du 
recensement de 1797, 6value le nombre des Grecs-Orientaux de 
la Hongrie k 1^369.425 individus, qu'il decompose ainsi: Serbes: 
676.613; Roumains: 687.124: Grecs et Roumains de la Mac6- 
doine : 5.688. Dans ces chiffres ne figurent ni la population de la 
Transylvanie, ni la noblesse. II convient d'aj outer au nombre des 
Serbes, au moins pour les 9/10®» , les Grecs-Unis du diocfese de 
Krizevac, (8.552 en 1791), puis les Bouni6vatses et les Chokatses. 
Avec I'adjonction de ces deux 616ments et de la noblesse rascienne, 
le total serait de 740.000 environ. 

Dans ses Gemftlde von Ungern,') Caplovid reproduit la 
carte ethnographique de Lipszky, mais ne Taccompagne point d'une 
statistique d6taillee des nationalitfes de la Hongrie. 

Fenyes *) 6valuait les Serbes de Hongrie, en 1841, k 1,200.463 
individus; Safaffk*) dressait, en 1842, le tableau suivant: 

Hongrie et Banat 532.000 

Slavonic 738.000 

Croatie 629.000 

Camiole meridionalc 40.000 

Istrie et Littoral hongrois . . . 254.000 

Dalmatic _j__391i^ 

Ensemble : 2,584.000, 

SafaHk fait entrer dans ce total les Bounifivatses et les 
Chokatses, puis les Catholiques des Confins creates, de la Car- 



*) StaHstik van Ungam, T. lof, p. 179. 
») Slavonien, T. He, p. 70. 
») Pest, 1829, 2 vol. in-8. 

*) Statistik des KOnigreiches Ungarn, T. I^' (Pest, 1843, in-4). 
•) Slowansk^ Ndrodopis (Ethnographic slave), 3» 6dition; Prague 1849, 
in-12, p. 65. 



^atistiquea de Safaiik, de Hmijfer, de Irohlich et de Osoemig, 365 

ole, de llstrie et de la Dalmatie, tandis que nous rangeons 
urmi les Croatcs la population catholique des Confins croates, 
lie de la Camiole m6ridionale et de la plus grande partie de 
strie. Safaffk atteint de la sorte un chiffre considerable pour 
s Serbes, tandis que les Croates deseendent k 801.000 individus. 
3s Slovenes sont 6valu6s a 1,151.000. Les trois peuples reunis 
rment un total de 4,536.000 individus, chifEre certainement trop 
ev6. 

En 1846, Haufler^) proposait pour les Serbes le nombre de 
135.416 individus. 

Frohlich,^) qui avait fait des recherches speciales sur les 
jrbes de Hongrie, les cvaluait, en 1849, dela nianiere suivante: 

Hongrie, Croatie et Slavonie: 739.240 

Confins niilitaires (non compris les hommes 
faisant le service actif) : 339.176 

Militaires en activite de service, environ: _ 12.000 

""1,090416. 
En ajoutant les Serbes de Dalmatie et de Tlstrie, Frohlich 
>tenait un total general de 1,614.934 individus, tandis qu'il 6va- 
ait les Croates a 1,263.821 et les Slovenes h 1,143.514. 

Czoernig') nous foumit le tableau suivant dress6 d'apres le 
censement de 1851 : 
1® Dalmatie: 

Morlaques 143.780 

Ragusains 45.834 

Bocchfeses 31.720^ 378.676 

Habitants des cotes et des fles 157.342 
2* Voievodine et Banat: 
Serbes de religion grecque- ] 

orientale 321.110 i 384.046 

Chokatses et Bounievatses . . 62.936 j 

3^ Slavonic 222.062 

4° Confins militaires 310*964 

5® Serbes de I'lstric (Morlaques) . . , , 44.160 
6** Groupes serbes epars en Hongrie . . . 62.880 

7« Arm6e active 2 5.000 

Ensemble 1,427.788. 

*) Hain, SUUisHk des dsterreichischen KaiserstcKUes, T. Iw (Wien, 1852, in-4). 
^ Neueste National- und SprackenkarU, texte pp. 15 sq. 
•) Ethnographie, I, p. 78. 



366 StcUisttQue de Finyes, de Ficker et de Keleli, 

En retrauchant de ce total les chiffres correspondant a \ 
Dalmatie ct a llstrie, ainsi que 8.000 homines de troupes, ncasi 
obtenons, pour les pays dont nous nous sommes occupes di 
cette histoire, un total de 996.952 individus. 

Un recensement officiel de la Voi6vodine publifi en 1861 
contenait les chifires ci-apr^s: 

Allemands 396.156 

Magyars 256.164 

Serbes 309.8851 

Croates, Bouni6vatses, Chokatses 73.642J 383.527 

Bulgares 23.014 

Slovaques 25.982 

Roumains 414.947 

Juifs 23.596 

Tsiganes 657 

Ensemble " 17524.043. 

Ces chiflFres officiels 6taient combines a plaisir pour re- 
duire autant que possible le nombre des Serbes au moment; ok 
Ton supprimait la Yoievodine ; nous n'avons done pas ^ noii£ j 
arrfeter. 

F6nyes,*) mettant en ceuvre le recensement de 1857, nous 
donne les chifires suivants: 

Hongrie 311.371 

Confins hongrois . 143.676 

Slavonie 201.055 

Croatie et Confins creates 263>611 

Ensemble 919.713. 

En 1869, Ficker') lvalue le nombre des Serbes de la mon- 
archie autiichienne a 1.520.000, c'est-5.-dire que ses calculs tien- 
nent pr6cis6ment le milieu entre ceux de Frohlich et ceiix de 
Czoernig; il nous donne pour chaque province non point Tindica- 
tion de la population totale, mais la proportion des diverses na- 
tionalitSs compar6es entre elles. 

Keleti, qui a recueilli et publi6 les denudes statistiques 

^) Reproduit dans le Jeroimc, 1863, II, n^ 108, pp. 104-148. 

') A magyar Birodcdom nemzetisigei, (L'Empire hongrois par nationalit^s), 

Pest, 1867, m-8. 
') Die VoUcerst&mme der osterreichisch'UngarUchen Montxrchie, ihre GtM^ 

Ordnzen und Imeln. Wien, 1869, in-8 (avec 4 cartes). 



Mot/en iVobteniv la pints tjvawh approximation, 367 

ournies par le recensement du !•' Janvier 1870,*) a voulu dresser, 
iii aussi, un tableau ethnographique.-) Le chiifre qu'il obtient 
►our les Serbes de la Hongrie propre, deduction faite de la Croatie, 
e la Slavonie et des Confins militaires, est de 267.344, total 
ont rinexactitude est si visible qu'il nous dispensera de nous 
rrfiter aux autres calculs du m6me auteur. 

Le recensement de 1870 n'a pas compris de releves ethno- 
raphiques, et lors mfeme que le gouvemement hongrois en eftt 
lit faire, nous devrions forc6ment en suspecter Texactitude. Mille 
aisons empSchent qu^une statistique de ce genre puisse &tre suf- 
sainment approximative ; ^) aussi devons-nous chercher la base 
e nos calculs ailleurs que dans une declaration souvent trom- 
euse, ou mal reproduite. 

La repartition de la population d'apr^s les diff^rents cultes 
ous oflfre, au point de vue particulier qui nous occupe, les ren- 
eignements les plus precieux. L'immense majorit6 des Serbes 
rofesse la religion grecque-orientale, religion qui, en Hongrie, ne 
ompte d'adherents que chez eux et chez les Boumains. Dans 
)utes les parties du territoire oil les Roumains n'ont point pc- 
6trc, nous pouvons, a coup silr, consid6rer comme Serbes les 
lembres de I'Eglise orientale; c'est le cas pour la Croatie, la 
lavonie, les Confins croato-slavons. Dans les anciens Confins du 
;anat, nous rencontrons les Boumains, mais les documents eccl6- 
iastiques que nous avons entre les mains nous permettent d'eva- 
ler ces demiers avec une grande approximation a 165.000 indi- 
idus.*) Retranchant cette somme du nombre total des Grecs-Orien- 
lux dans les Confins et dans le Royaume triunitaire, nous ob- 
mons un premier chiflFre de 620.110 individus de nation serbe. 
e que nous avons dit des Grecs-Orientaux s'applique 6galement 
ax Grecs-Unis, que nous devons tons consid6rer comme serbes 
ans la r6gion qui nous occupe. La petite colonic ruth^ne de 
id, en Sirmie, qui edt seule pu faire exception, est, croyons-nous, 



') M. Brachelli, decomposant leg mSmes chiffires (SttUUtuche Skizze der 
osterreichiach'UnQariachtn Monarchie, Leipzig, 1871, in- 8), lvalue les 
Serbes et les Croates ensemble h 3,016.300 individus. 

^ Voy. son ouvrage intitule : Hazdnk is Nipe, (Notre Pays et ses Ilabi- 

tants), Pest, 1872, in-4. 
') dicker a fort bien expo86 ces raisons, pp. 30 sqq. 

♦) Le chiffre donne par les Roumains est de 170.000. Albin% 1873, n* 36. 



368 -^* Bouniivahes et les Cfiokatses. 

presque entierement serbisee. De ce chef, nous pouvons ajouter 
un total dc 9.506 individus. 

La question devient plus ardue quand on aborde les comi- 
tats hongrois, niais le chiflfre de 267.344 individus, propos6 par 
Kcleti, est certainement tres-inf6rieur a la verite. Le guide le 
plus siir que nous ayons est le tableau des paroisses serbes pre- 
sent6 au Congres de 1870. Pour combler la lacune que nous 
avons h remplir, nous emprunterons les chiflfres relatifs au diocese 
de la Backa, (dont nous retrancberons seulement les paroisses du 
bataillon de Titel, d6ja comprises dans les Confins), soit 104.517 
individus; au diocfese de Bude, soit 19.920 ames; a celui de Te- 
mesvdr, soit 160.214 individus; cnfin a la partie du diocfese de 
Vrsac situ6e en dehors des Confins, avec unc population de 
23.055 individus. Le total est de 307.706. Admettons, pour pre- 
venir toutes les objections, que dans ce nombre figurent par er- 
reur 10.000 Roumains, que Teglise serbc aura dft ou devra ceder 
a la hierarchic roumaine, nous arriverons ainsi aux resultats 
suivants : 

Croatie, Slavonic et Confins militaires . . 629.616 

flongrie _2^7J06 

Ensemble 927.322.' 

Nous devons maintenant faire entrer en ligne de comptc les 
Serbes catholiques de la Hongrie: les Bouni6vatses et les Cho- 
katses. Cette population n'a pas encore confondu scs destinees 
politiques avec celles des Serbes du rite oriental, mais elle ne 
pent en etre s^paree au point de vuc ethnographique. Elle est 
originaire de la Dalmatic, qu'elle a quittee k diff6rentes epoqucs 
pour venir s'6tablir en Hongrie. Les noms qu'elle porte aujour- 
d'hui paraissent lui avoir etc donnes par les adherents du culte 
oriental dans un sens injurieux. Karadzic') propose pour Cho- 
katse (Sokdc) Tctymologie italienne de sciocco, imb6cile.^ Quant 
au mot Bonnie vatse (Bunjevac), aucun auteur n'cn donne Tex- 
plication, mais si Ton attribue au mot Chokatse la signification 
d'imbecile, on doit chercher pour les Bounievatses une 6tymo- 
logie analogue. Peut-6tre convient-il de rapprocher ce nom de 



') Pje«iHMK 20 Edition, v° IIIoKim. 

') Ce mot n^est cit6 ni par Miklosich^ ui par Matzenauer, dans leors lexi- 
qaes des mots slaves d'origine dtrangerc. 



Tas BoiiniVvatses et les Chokatses. 369 

T)uojak „das Auskehricht^ quisquiliae," oudebunistar „Schimpf- 
ifort fiir einen Dieb, convicium in furem"? 

Quoi qu'il en soit, les noms de Chokatse et de Bounievatse 
n'ont plus la signification injurieuse qu'ils ont pu avoir k Von- 
gine. Ce ne sont plus seulement les Serbes de religion grecque 
qui les emploient; ceux-m6mes qu'ils d6signent ne craignent point 
de s'en servir. Un journal serbe imprira6 en caractferes latins, qui 
paratt h Kalocsa, porte le titre de Bunjevacka i sokacka 
Vila. II se publie 6galement k Subotica (Szabadka, Maria- 
Theresiopel) un almanach intitule: Bunjevacki i sokacki Ka- 
lendar. 

Les Bouni^vatses et les Chokatses sont r^pandus dans la 
Badka et dans le Banat. Comme ils sont catholiques, ils sont na- 
turellement confondus dans les recensements avec les Magyars, les 
AUemands, les Slovaques, etc. Les Annuaires des dioceses qui 
nous foumissent la population de chaque paroisse, avec Vindica- 
tion des idiomes employes dans Texercice du culte peuvent seuls 
nous permettre de les reconstituer. 

Le Schematismus cleri Archi-Dioecesis colocen- 
sis et bacsiensis pour 1871 n'indique qu^une seule paroisse 
oil la langue serbe soit exclusivement en vigueur, c'est celle de 
Ker, faubourg de Subotica, laquelle, avec la succursale de S^dor, 
compte 7.917 imes. Les paroisses oil le serbe est employ^ con- 
curemment avec le magyar sont: B&tya, Dusnok, Szent-Ivdn, 
B6reg, Szdntova, Nemes-Militics, Vajszka, Fels5-Szent-Ivdn, Csan- 
tav6r, Szabadka (Subotica), Zenta. Dans 4 paroisses, le serbe est 
en usage en mfime temps que Tallemand, k Bikity, Gara, Plavna 
et Bukin. Enfin 14 paroisses emploient simultan6ment le serbe, 
le magyar et Tallemand, savoir: Baja, Csivoly, Vaskut, Csono- 
plya, Monostorszeg, Zombor, Szonta, Bdcs, Futak, Josephsdorf, 
Novi Sad, Titel, Bdcs-Almds, Katymdr. 

Les Bouni^vatses et les Chokatses sont beaucoup moins 
nombreux dans le diocese de Csan&d. Toutefois le Schemati- 
smus de ce diocese pour 1870 permet d'en relever a R6kas (en- 
viron 1.700, mfel6s k des AUemands), k Mali-Pakac, prfes de 
Bilet, k Badna, a Szoreg, k Orsova, k Carlsdorf (ces 5 localites 
tfen contiennent qu'un trfes-petit nombre). 

Nous ne poursuivrons pas les Serbes catholiques de la Hon- 

24 



370 Population des diocimes aerbes. 

grie en dehors dcs deux dioceses dont nous venons de parler.^) 
Los indications qui precedent suffisent pour nous permettre d'cva- 
luer cette population a 70.000 individus, soit 7.000 de plus que 
le chiflfredonnfi par Czoemig en 1851. 

n ne nous reste plus, pour achever nos calculs, qu'Jt supputer 
le nombre des Serbes actuellement sous les drapeaux. En les eva- 
luant k l°/o de la population, nous trouvons 9.269 individus et 
700 Bouni6vatses, ou Chokatses, soit 9.969. Tons ces chiflFres 
reunis nous donnent pour les Serbes de Hongrie un total de 
1,006.929 individus. 

Pour completer ces donnees, nous reproduirons le tableau 
de 6v6ch6s serbes, avec la population de chaque paroisse. Ce ta- 
bleau fera connaitre en detail les anciennes divisions eccldsiasti- 
ques, en m6me temps qu'il serviia de guide g6ographique.') 

I. Archidioc^se de Karlovci. 

1. District de Ruma: Irig: 3.500; Beocin: 966; 
Dcdinci: 1.258; Kamenica: 1.002; Neradin: 825; mo- 
nastfere de Grgeteg: (?); monastfere de Velika-Remcta 
ct d6pendances: (?); monast^re de Krusedol et dfipen- 
dances: (?); Krusedol et Satrinci: 735; Maradik: 578; 
Indjija: 720; Putinci: 360; Malo Radince: 326; Pe- 
trovci: 541; Dobrinci: 1.421; Sibac: 574; Brestac: 970; 
Subotiste: 886; Vudjanovci: 1.955; Kraljevci: 871; Ru- 
ma: 2.467; Voganj: 576; Pavlovci: 450; Rivica: 785; 
village de Vrdnik : 858 ; monastfere de Vrdnik : (?) ; vil- 
lage de Jazak: 1.620; monast^re de Jazak ct d4pen- 
dances : (?) ; monast^re d'Opovo : (?) ; monast^re de Be- 
senovo: (?); d6pendances de Rakovac: (?).^) Ensemble 24.244*- 

A reporter • . 2424^ 



^) Notons pourtant qu^one grande partie de la population catholiqae di 
Zeman (Semlin) se compose de Chokatses. 

') II est ^tonnant que les moines, qui pourtant n'auraieiit rien eu de mleox k 

faire, n^aient point r^uni de renseignements statistiques sur les d^] 
dances de leurs monast^res. Voici, pour combler tant bien que 
cette lacune, les chi&es foumis par le Schematismusde 1S4M' 
Grgetek: 206; Krusedol: 312 ; Sisatovac: 149; Rakovac: 368; Oporo: (?"!^/ 
Beocin: 306; Kuveidin: 279; Besenovo: 207; Jazak: 107; Vrdnik: 14^,- 
Privina Glava: 194; Yelika Remeta: 43; Fenek: 155. Qoant au moiatet 
eux-m6mes, nous en donnerons plus loin un d^nombrement d^taill^ 



Ai'chidioche ds KarlovcL 



371 



Report . • 

2. District d'Erdevik: Sid: 2.406; Berkasovo: 
572; Bacinci et Gibarak: 799; Grabovo: 461; Svilos: 
384; Vizid: 342; ErdeviketLjuba: 1.228; Bingula: 650; 
Calma: 629; Divos: 1.168; Lezimir: 1.146; Mandje- 
los: 941; Grgurevci: 1.455; Suljam: 703; monast^re 
de Sisatovac et dependances: (?); monastfere de Ku- 
vezdin et dependances: (?); Veliko-Radince : 413; vil- 
lage de Besenovo et dependances du monastere: 966; 
Stejanovci: 789; monastere de Privina Glava et depen- 
dances : (?) ; Movo : 395 ; .Sarengrad : 230 ; Tovarnik : 469 ; 
Banovci: 475; Opatovac: 449; Petrovci: 209; Ma- 
rinci: 267; Negoslavci: 1.065; Cakovci: 177; Cere- 
\ic: 1.408; Banostar: 515; Susek: 966; Nestin: 888 
nok et Molovin: 618; Miklusevci: 319^) ... . 

3. District de D al j : Vukovar : 1.447 ; Ostrovo: 679 
Bersadin: 510; Pacetin: 730; Bobota: 1.982; Vera: 659 
Tri)inja: 1.520; Markusica : 841 ; Gabos: 498; Dalj: 3.294 
Erdod et Almas: 324; Belo-Brdo: 1.900; Tenj: 1.936 
Osjek: 1.776; Cepin: 1448; Budinci et Poganovci: 1.540 
Borovo: 1.821; monastfere de Rakovac: (?); monastfere 
de Beocin: (?)i) • • . 

4. Zemun 

5. Karlovci 

6. District de Mitrovica: Mitrovica: 2.516; 
Kuzmin: 2.382; Martinci: 2.896; Lacarak: 2.215; Ja- 
rak: 896; Sasinci: 1.585; MorovicS et Batrovci: 786; 
Grk: 1.436; Bosut et Raca: 1.075; Jamina: 1.484; 
Adasevci: 1.520; MalaVasica: 1.168; Uinci: 945; Vin- 
kovci: 965; Mirkovci: 1.124; Laze: 1.144; Orolic: 270; 
Progar : 596 ; Asanja : 512 ; Kupinovo : 1.072 ; Obrez : 445 ; 
Petrovcic: 312; Becmen: 225; KarlovcicS: 637; Klenak 
et Hrtkovci : 884 ; Platicevo et Nikinci : 630 ; Grabovci 
et Vitojevci : 829 ; Tovarnik : 695 ; Ogar : 580 ... 

District dePazovo: Pazovo: 702; Vojka: 2.400; 
Banovci: lv416; Batajnica: 1.342; Belegis: 1.582; Sur- 
duk: 1301; Sase: 2.378; Cortanovci: 539; Krcedin: 
1.468 ;Be§ka: 1.001 ; Slankamen : 1.004; Bukovci: 1.094; 
Golubinci: 2.108; Pedinci: 887; Popinci: 580; Simu- 

A reporter . . 



24.244 



23.492 



23.834 
4.519 
2.719 



31.824 



110.632 



24* 



572 Diochse de la BaSca, 

Report . . 110.63? 
novci : 1.137 ; Krnjesevci : 703 ; Ugrinovci : 1.221 ; 
Dec: 644; Mihaljcvci: {\bh\ Prvo: 560; Surcin: 1.158; 
Bczanija: 812; Jakovo: 708; Boljevci: 768; Doba- 

novci: 1.395; mouast^re de Fenek: (?) 29.56 3 

Total . . 140.196 ^ 

11. Diocese de la Backa. 

1. Novi Sad (Ncusate, Ujviddk) 8.050 

2. Sombor 10.477 

3. District de Subotica (Szabadka, Maria- 
Theresiopel) : Subotica: 2.722 ; Szeged : 480; Jegra (Eger, 

Erlau, comitat de Heves): 129 3.331 _ 

4. District de Stari Becej; Stari Becej (0 
Becse): 4.844; Foldvar: 2.190; Turya: 2.505; Szent- 
Taiiids: 4.927; Petrovoselo: 1.688; Mohol: 3.092; 
Scnta: 2.173; Stara Kanjiza: 640; MartonoS: 1.482 . 25.37 

5. District de Zabalj: Zabalj: 4.112; Gospo- 
djinci: 2.076; Nadalj : 1.520; Curug: 4.625; Gjur- 
gjevo: 2.777; Szent Mn: 1.460; Vilovo: 902; Mo- 
sorin: 2.180; Titel: 1.744; Lok: 711; Gardinovci: 907; 
Gomji-Kovilj : 1.900; Doljnji-KovUj : 1.294; Kad: 2.522; 
monastfere de Koviy: (?)/) 28. 

6. District de Stapar: Stari Sivac: 3.697; Sta- 
par: 5.278; Brestovac: 1.059; Miletici: 150; Deronja 
1.318; Bodjani: 283; Parabuce: 697; Parage: 1.159 
Lalici: 1.571; Kula: 1.848; Bajsa: 624; Pa«r: 1.295 
Stanisic: 956; Ridjica: 533; Baja: 598; §andor: 700 
monastfere de Bodjani: (?)^) 21.769 

7. District de Pal an k a: Palanka: 3.441; Fu- 
tog: 2.774; Begec: 1.819; Glozan et Ceb: 477; Obro- 
vac: 1.113; Tovarisevo: 2.577; SilbaS: 2.265; Pivnice: 
1.814; Despot-Szent-Ivan: -1.654; Kulpin: 1.279; Pi- 
ros: 1.019; Kisac: 365; Sove: 1.634; Stari Ker (0 

K6r): 1.189; Stari Vrbas: 1.611 , 25.031^ 

Total . . 122.662^ 



*) En 1846 : 350. 
^ En 1846: 328. 
') Le Schemati$m%u Archidioecent Cohceims et BcienermM poor 1871, po 

le total des Orecs-Orientaux k 126.000. 



Diorhe rfe Bude. 373 



ni. Diocfese de Bude. 

1. District de Mohacs: Bain: 669; Bdttosz^k, 
Also-NAna et Vdrdomb: 448; Bolmdn: 1.068; Bere- 
ment et Dlocska: 651; Borjad et Pocsa: 545; Nagy- 
Budmir: 282; V6m6nd: 405; Ddrda: 649; SzekczS: 648; 
Somberek et RAcz-Gorcsony : 928; Kdcsfalu: 1.120; Kis- 
Talud, Izs^p, Dardzs, Herczeg-SArok : 664; Lipova et 
Bezedek: 550; Lipt6d et Lancsuk: 456; Maiss et Sa- 
toriste: 489; Magyar-Boly et Villdny: 487; Medina, 
Fels6-Ndna, Tolna, Rdcz-Kozdr: 356; Monostor: 364; 
Mohdcs: 686; P6csvdr et Rdcz-Mecske : 221; Racz- 
r5tt5s: 441; Sziget: 21; Herczeg-Sz511os, Csuza et Vo- 
rosmart: 760; Sdrok, Lakk et Mn-Darda: 570; Siklos 
3t Szent-Mdrton : 277 ; Grabovac (Grdbocz) Saka et Hi- 
las: 396; monast^re de Grabovac: (?) 14.051 M 

2. District de Szent-Endre: Szent-Endre et 
!beg (Izb6g): 745; Kalaz: 611; Pomaz: 926; Cobanac 
Csobdnka): 364; Esztergom (Gran), Domos, Levicza, 
Uselyes: 40; Komarom (Comom), Szerdahely, etc.: 55; 
jy'r (Raab) et d6pendances: 26; Vacz (Waitzen): 4; 
Jalassa-Gyarmat et d^pendances : 85 ; Kecskemet, Nag)^- 
ioros, Czegled, Szolnok, etc.: 121; Stojni Beograd 
Sz6kes-Feh6rvar, Stuhlweissenburg) et d6pendances : 149 ; 
Jude: 326; Pest: 267; 2) Bata et d6pendances: 325; 
;Js6p: 203; Kovin (Racz-Keve) et d6pendances: 128; 
jovra (L6re): 592; Adony: 54; Rdcz-Almas: 133; 
^entele: 174; Duna-Foldvar, etc.: 47; Miskolcz, Tokaj, 
Jyongyos, Ungvdr: 75 ^'j^9^ 

Total . . 19.47 P) 



') Le SchematUmud Dioeeens quinqut-ecdenensis pour 1871 porte les Grccs- 
Orientaux k 20.068. Si Ton fait abstraction des deux districts de Val- 
povo et Miholj, pour avoir la correspondance avcc Ic district serbo de 
Moh&cs, Ic total est de 15.077 soit de 1.0:26 plas ^leve. 

*) Nous ne faisons pas entrer en ligne de compte les Roumains (340), ni 
les GrecB (119). 

•) Les Annuaires des dioceses catholiques pour 1871 permettent de penser 
que ce chifFre est un pen faible. Voici les chiifrcs qu'ils founiissent: 
Esztergom: 2.813; Sz6kes-FehervAr : 8.816; V4cz: 1.638; Gyor: 91; 
Kass6: 55; ensemble: 8.262, soit environ 7.800, deduction faite des 



tHoeiie de Teiattmir. 



IV. Diocdse de Temesvar/) 



1. Dietrict de TemesT&r: TemesT^r, Josepbstidt 
et Mayerhofe : 766 : Fabrik ;*) 794 ; **Meliala : 2.140 ; **Mali 
Be£kerek: 1.152; **Szent-AndrAs et Csernegyhaz: 181 
DiiyaS: 1.524; Kraljevac: 764; Lukarevac; 321; Ne- 
met: 1.146; Bereksovo (BeregsziS): (?); Parac: 492; 
Petrovo Selo : 904 ; Kameral Szent-Gyorgy : 970 ; Tes : 397 
Standevo: 1.005; •*Cakovo : 2.262; •'•Hrnjakovo : 302 
Brestovac : 867 ; Cenej : 1.205 ; Clary : 2.060; Cnya : 3.331 
*Ke6a:*) 2.777; Szent-MArton: 1.612; Radna: 1.154 
Duboki-NadaS : 500; Omor: 10; monaatfere de Szent- 
Gyorgy: (?) 

2. Velika-Eikinda 

3. District de Mokrin: Mokrin: 7.600; Josifovo 
1.233 ; Krstur (Rdcz-Kereaztur) : 1.943; Coka : 932 ; Tisza- 
Szent-Miklos : 1.540; Padcj : 957; Tiszahegyes: 2.754 
Bofiar: 974; Beodra: 2.163; Karlovo: 4.0G7 ... 

4. District de BraBJevo: Melenci: 7.199; Bra- 
Hjevo: 6.214; BaSohid: 3.386; Novi Befiej (Uj Becae) 
2.163; Kumani; 4.802; TaraS: 1.382 

5. VelikiBeckerek 

A reporter 



28.9K 
15.000 



101.275 



HoumainB et dea Grecs. Cetta obB.erration n'a gutre d'inttrtt pratique, 
mais nous la faiaons pour moatrar que nons ne dSpaasona pas la tiali- 

') Noua indiquons par un aat^risqae les paroisses miztes dana lesqneUc* 
la B^paration des SerbeB et des Roomains s'est efef ttite poalWrnm**' 
& 1870, et nouB donnona en note la rfipailition de la populaiion i*"* 
ces paroisseB. Le double iBti^risque iadiquo les paroisses dans iMqaell^ 
la afiparation n'avait paa*pin:ore eu lieu ft la fin de 1673. Li's unemi 
en trop dans le nombre des Seibes, risnltant de ee quo les Sprbes rt 
leB Boiunains aont confondti'^ ici tlani^ certaioea paroisBeB, sani redilWi^^ 
dans notre total g£n£ral. D'uni' ;i,irt, nnua avons laisag sdiriitfr 1( 
cunes qui existaient dans le dislnct d'Arad; d'sutrc jiail, is 
retrancbfi 10.000 &meg au diocL^se de TemesTir e( h U ]iMlild A 
ckte de Vreac non compriae dans les fonfins. 

*) La separation dea biens de la commuiiauU' n'n 
la BiparatioD deB fidfeles a'eat pffectu^e. Lp 
lea Seibes Bur une population de 3.1C1 Gt»e^ 

•) Keia: 2.46a Serbes; l.SMJtoi 




Dioches fh Temesvdr et de VrSac. 



375 



Report . . 

6. District de ModoS: ModoS: 1.935; *Tolva- 
lija^): 1.124; *Fenj«): 2.217; Ivanda: 1.007; Djir 
Gy6r): 326; Gad: 896; Ovsenica: 200; Soka: 906 
iurijan: 710; Kanak: 600; Boka: 1.596; Neuzina: 1.726 
>ardaiy: 1.538; Szent-Ggorgy : 1.073; Itebej: 3.408 
*Ecka: 300; Elemir: 2.853; Aradac: 1.681 . . . . 

7. District de N a g y-S z e n t-M i k 1 o s : **Nagy-Szent- 
iiklos: 4.500; Srpski-Szent-P6ter : 2.627; Deska: 1.547; 
Izoreg: 1.168; Uj-Szent-Ivan: 482; Djala: 2.027; Turska 
Canjiza: 1.540; Sanad: 1.471; Cma Bara: 423; Orosz- 
imos : 1.639 ; **Saravola : 3.300 ; monastfere de Bezdin : (?) 

8. District d'Arad: Arad: 1.125; K6tf«: 1.776: 
^arjas: 1.911; Nagyfalu: 872; Firegyhdz: (f); ♦Mono- 
tor') et **Fenlak : 2.927 ; Aradgaj : 1.537 ; *Pecka*) : 350; 
Tomja ^) : 600 ; *Nagylak «) : 300 ; Batanja, *Racz - 
!sandd)^: (?); Hold-Mezo-Vdsarhely : (?); Sajtin: (?); 
*Magj'ar-Csandd ®) : (?) ; Kesinci : (?) ; Knez : (?) ; mona- 

t^re de Hodos: (?) * . . . 

Total * . 



101.275 



V. Diocfese de Vrsac. 



24.096 



20.724 



14.119 



160.214 



1. Vr§ac (Versecs, Werschetz) ...... 

2. District de V r s a c : Pavlig : 1.863 ; *Vlajkovac ») : 
.178 ; *Jabuka^^) : 1.470 ; Vcliko-Srediste : 1.056 ; Dezs4n : 
99; *Bucin*^): 230; *Mali-Zami'): 853; Vatin: 438; 

A reporter . . 



8.616 



Tolvadya: 


380 Serbcs; 


1.018 Roumains. 


■) Feiu : 


523 


n 


1.601 


n 


*) Monostor: 


922 


iy 


1.456 


» 


*) Pe(*.ka: • 


244 


n 


5.102 


» 


») Tonga: 


459 


n 


272 


ft 


•) Nagylak: 


202 


n 


2.543 


n 


^ lUcz-Csanid: 


1.740 


n 


1.192 


n 


') Magyar-Csandd : 


890 


n 


1.670 " 


n 


^ Vljgkovac: 


217 


n 


1.001 


n 


*•) Jabnka: 


402 


ft 


1.107 


n 


") Bu6in: 


26 


n 


143 


It 


*») Mali 2am . 


227 


n 


656 


ft 



8.616 



376 Dioche de Vriae, 

Report . . 8.S1 
** Velika Margita : 1 .743 ; Subotica : 483 ; Podporanj : 353 ; 
*Mali Gaj^): 700; *Denta^): 3.278; Veliki Gaj: 1.698; 
*Markovac'): 280; monast^re de Mesic: (?).... 14^5 

3. District de Bela Crkva: Bela Crkva (Feher- 
templom, Weisskirchen, Biseric'a alba): 1.300; Kalu- 
gjerovo: 622; Radimna: 631; Mafievic: 562; Krucica: 
1.527; Belobrezka: 637; Suska:394; Divic : 425 ; **Srp- 
ska Poiezena: 480; Romanska Poiezena*): 557; Les- 
kovica: 960; Zlatica: 823; Kusic: 2.267; *Najda§5): 
2.145; Svinjica: 1.021; Dolnja Ljubkova: 1.049; Vra- 
cevgaj: 2.075; Crvena Crkva: 776; Sokolovac: 1.035; 
Langenfeld: 785; Palanka: 1.133; monast^re de Zla- 
tica: (?); d6pendances de Zlatica: 100; *Stara Rusava 

(0 Orsova) ^) : (?) 2^.11^ 

4. District d'Uljma: Uljma: 2.560; *AlibunarV: 
3.607; Izbiste: 1.780; Zagajica: 910; Parta: 470; Ore- 
sac: 549; Kajtasovo: 370; *Jasenovo *) : 1.551; Du- 
pljaja: 750; Ilanca: 2.395; Ferdin: 1.379; **Dobrica: 

2.607; Szdmos: 2.244; Margitica: 1.046 22.218 

5. District de Kovin: *Kovin (Kubin)»): 2.755; 
Bavaniste: 5.939; *Dolovo»°): 5.815; *Mramorak"): 
2.258; Deliblato: 3.459; Gaj: 1.200; Dubovac: 670; 
Plocica: 978; Ostrovo: 889 23.963 

6. Pancevo (Pancsova) 9000 

7. District de Crepaja: Crcpaja: 4.433; Homo- 
Ijica: 2.516; Starcevo: 1.036; BorCa: 983; *Novo Selo 
(SatuNou)"): 7.024 (dont 5.563 Roumain^); Sevkerin: 

A reporter . . 100.833 

Mali Gaj: 106 Serbes; 558 Roumains. 

*) Denta: 968 ^ 1.106 „ 

*) Markovac: 100 „ 716 „ 

*) Srpska et Romanska Po^ei^ena: 606 Serbes; 593 Ronmains. 

*) Najdas: 86 Serbes; 2.086 Roumains. 

•) Stara Rusava: 68 „ 557 

^ Alibunar: 1.263 „ 2.357 

«) Jasenovo: 500 „ 1.500 (?) 

») Kovin: 1.983 „ 1.016 „ 

") Dolovo: 1.568 „ 4.013 „ 

*») Mramorak: 1.102 „ 2.161 „ 

") Novo Selo: 1.193 , 6.131 „ 



n 
» 
n 



Dioekse de Pakrae, 377 

Report . . 100.833 
2.706; Opavo: 2.821; Brestovac: 1.232; monastfere de 

Vojlovica: (?) • • 22.751 

8. District de Perlez: TomaSevac: 2.470; 
Jarkovac: 2.418; Botos: 2,873; Orlovat: 1.985; Far- 
kazdin: 1.888; Centa: 2.435; Perlez: 2.638; Baranda: 

2.133; Sakule: 2.523; Idvor: 2.077 23.440 

Total . . 147^024 

VI. Diocfese de Pakrac. 

1. District de Pakrac: Pakrac: 929; Kusonje: 
1.485; Bucije: 2.872; Kamenska: 1.259; Slobostina: 
1.052; Smoljanovci : 1.131; Bolomace: 780; Ceca- 
vac : 1.123 ; Sumetlica : 792 ; Darovar : 1.402 ; Bjela : 1.523 ; 
Bastasi; 1.617; Katinac: 1.129; Brestovac: 579; U- 
Ijanik: 913; Trojeglav: 599; Doljani: 659; Toranj : 726; 
Graovljani : 1.109 ; Pozega : 1.219 ; * TreStenovci : 444 ; 
Vetovo: 422; Gradiste: 1.249; Lonzica: 1.296; Paka: 

628; monast^re de Pakra: (?) 26.937 

2. District de Nova GradiSka: Dolnji Rajid: 
1.625 ; Jablanac : 1.003 ; Kukunjevac : 508 ; Lovska : 1.255 ; 
Caglic: 807; Subotska: 839; Rogoye: 1.259; Oku- 
cani; 990; Bodegraj: 800; Gregjani: 671; Vrbov- 
Ijani: 1.105; Stara GradiSka: 770; Nova Gradi§ka: 1.081 ; 
Medari : 606 ; Ratkovac : 696 ; Svinjar : 261 ; KobaS : 855 ; 

Brod: 376; Novo Topolje: 520; Kiokocevik: 1.047 . 17.074 

3. Premier district de Belovar: Belovar: 2.834; 
Vukovije: 479; Stupovaca : 989 ; Brsljanica: 1.417; Mi- 
kleuska: 1.022; Pasijan: 1.355; Narta: 2.007; Pav- 
Ijani: 1.868 ; Lipovljani : 1.651 ;Ivanid: 51; Zdenci: 963; 
RoviSte: 1.853; Boli: 1.005; Kapela: 1.267; Voja- 

kovac: 1.267; Lepavina: 965 20.993 

4. Second District de B e 1 o v a r : Novosey ani : 1.220 ; 
Severin: 995; Bedenik: 929; Velika Pisanica: 3.090; 
Tresnjevica: 750; Bama: 1,052; Peratovica: 1.439; Tur- 
6evid Polje: 1.007; Grubisno Polje: 1.479; Grgjevac: 
1.220; Plavsinci: 1.220; Sredice: 722; Salnik: 237; 
Poganac: 1.050; Mucna: 717; Bolfan: 818; Kanjiia: 27; 
Koprivnica: 40; monastfere de Lepavina: (?)... 18.012 

A reporter . . 83.016 



378 Dioc^$e df Gomji Kartovae, 

Report . . 83.016 
5. District de SI a tin a: Vodin, Macute et Smu- 
de: 3.405; Lisicine : 980 ; Klisa: 1.144; Virovitica: 53; 
Borova: 1.380; Gaciste: 745; Srpski Miholjac: 718; 
Medinci: 870; Meljani: 1.154; Slatina: 1.570; Buko- 
vica: 788; Mikleus: 691; Dobrovic: 732; Suhomlaka: 
710; Kapelna: 7G4; Kucanci: 491; Obradovci: 649; 
Gazije: 612; Oraovica: 1.273; Drenovac: 1.599; Bra- 
cevci: 758; Nabrdje: 895; Pocuje: 880; Majar: 845; 

monastfere d'Oraovica: (V) 24. 706 

Total . . 107.722 



VIL Diocfese de Gornji Karlovac/) 

1. District de Petrinja: Petrinja: 988; Bliiya: 
1.301; Josavica: 1.594; TremuSnjak: 1.319; Komogo- 
vina: 1.809; Svinjica: 1.036; Gradusa: 788; Staro 
Selo: 805; Bukosevac: 964; Cetvrtkovac: 1.182; Me- 
minska: 2.167; Crkveni Bok: 1.960 15.913 

2. District deKostajnica: Kostajnica: 721 ; Ru- 
jevac: 2.581: Ljubina (1): 1.468; Ljubina (2): 2.097; 
Dvor: 1.281; Javoranj: 1.937; Brdjani: 1.943; Jurako- 
vac: 1.428; Sakanlije: 996; Babina Reka: 1.631; Rau- 
sovac: 540; Slabinja : 743 ; Zivaja : 986; Dubica: 1.632; 
Jasenovac: 1.024; Ustica: 602 20.810 

3. Premier District de Glina: Bovic: 2.178; To- 
pusko: 2.251; Pema: 2.860; Blatusa: 1.728; Vrgin 
Most: 1.828; Slavsko Polje: 1.303; Sjenifiak: 3.700; 
Stipan: 2.338; Kirin: 2.151; Cememica: 1.885 . . . 22.222 

4. Second District de Glina: Glina: 2.797; Vlao- 
vic: 1.834; Luscani: 1.806; §uSnjar: 990; Veliki Gra- 
dac: 1.166; Mali Gradac: 1.369; Dragotiiya: 1.618; 

A reporter • 




*) M. Nede)jkoyi6 a pabliS dans le Jeroinic de 1878 (pp. 142-171) on 
l6v6 d^taill^ de ce diocese. H y a doiin6 la population district 
district, mais ces divisions no correspondent plus aux anciennes^-^ i 
cause des changements introduits par le resent du 10 aoCtt 1868. N«>m 
devrons done nous bomer k comparer, de part et d'autre, le total ^ 
ndral. Les chiifres de M. Nedcljkovic remontent, suiyant les t^oub, i 

1870, 1871 ot 1872. 



Dtoche (Je Gornji Kartovne, 379 

Report . . 58.945 
lasnid: 1.670; Buzeta: 1.675; Brezovo Polje: 1.185; 
irovac: 3.248; Obljaj: 1.460; Bojna: 1.228; Hajtid: 
812 23.858 

5. Premier District de Slunj: Vojinic: 2.193; 
eljun: 2.047; Cetin: 1.534; Radovica: 2.189; Krstina: 

437; Kloko6: 3.355; Kolaric: 1.883; Blagaj: 2.304 . 17.942 

6. Second District de Slunj: Slusnica: 2.426; 
)loj: 1.548; Perjasica: 2.194; Tusilovic: 1.178; Utinja: 
080; Trebinje: 1.406; Skrad: 1.328; Gonyi Budadki: 

395; Dolnji Budacki: 1.611; Marindol: 662 ... 15.828 

7. Premier District de Plagki: PlaSki: 4.840; 
tsenica: 1.572; Tobolid: 1.499; Premislje: 2.236; Sa- 

lovac: 2.921; Mocila: 2.212; Ljeskovac: 3.848 . . 19.128 

8. Second District de PI a ski: Lucani: 4.108; 
amirije: 3.355; Dreznica: 3.206; Muiyara: 1.557; Du- 
ave: 2.176; Ponikve: 869; Trzic: 1.829; monastfere 

5 Gomirije: (?) 15.300 

9. District d'Otocac: Otocac et Svica: 1.553 
osinj : 2.276 ; Klenovac : 1.147 ; Gomje Vrhovine : 3.143 
alnjeVrhovine: 1.608; Zaluznica: 1.525; Doljani: 1.057 
abar: 1.036; Brlog: 2.169; Senj (Zengg): 101; Ska- 
: 1.933 15.995 

10. District de Korjenica: Korjenica: 4.949; 
rbavica: 2.155; Bunic: 1.835; Debelo Brdo: 1.693; 
3lo Polje: 2.503; Petrovo Selo: 2.475; Nebljusi: 1.893 17.503 

11. District de Gospic: Ploca et Kik: 1.884; 
mn: 1.765; Srednja Gora: 1.330; Podlapac: 1.712; 
ekinjar: 1.064; Mogorid: 1.787; Vrebac: 1.872; Ostr- 
ca: 1.465; Siroka Kula: 1.817; Gospid et Smiljan: 
065; Divo Selo: 1.490; Pocitelj: 1.635; Medak: 2.266; 
iduc: 1.332 23.484 

12. District de Dolnji Gracac: Gomji Gra&ic: 
399; Dolnji Gracac: 3.554; Mazin: 2,092; Bruvno: 
219; Komic: 980; Mutilic: 1.506 ;'Visuc: 1.703; Po- 
na: 1.637; Srb: 2.448; Osredci: 1.545; Suvaja: 2.428; 
}ljani: 1.792; Dobro Selo: 1.921; Lapac: 3.189; Pri- 
»dic: 1.300; Zermanja: 2.278 33.991 

13. District de Karlovac et de Zagreb: Gomji 



A reporter . • 241.974 



380 Population totale dei dtoches serhe*. 

Report . . 241.974 
Karlovac (Carlstadt) : 442 ; Zagreb (Agram) : 318 ; Srpske 
Morovice: 2.082; Reka (Fiume): 91 2.933 



Total . . 244.907 

VIIL Diocfese grec-uni de Krizevac. 

1. Comitats de Krizevac et de Varazdin, . 110 

2. Regiments de Gjurgjevac et de Krizevac 106 

3. District de ^umberk (Sichelburg) : Mrzlopolje, 

Pecno, Stojdraga, Grabar, Radatovid, Drage, KaSt, SoSice : 6.854 

4. Dalmatie 737 

5. Backa et Sirmie 10.477 

6. Elfeves dependant du s6minaire 103 

Total . .___18Jf86^) 
Population totale des diocfeses grecs-orientaux : 942.185~uidlvidus 
Diocfese grec-unis (deduction faite de la Dalma- 
tie) et d'environ 2.000 Ruthenes . . . . 15.649 

Total . . 957.834 

Tous les chiflFres que nous avons reproduits nous semblent 
d6montrer que, en tenant compte de la population catholique^ les 
Serbes de Hongrie d^passent un million d'individus. Les causes 
de d^croissance que nous avons signal^es ne s'appliquent qu'au 
Banat et k la Backa; sur la rive droite du Danube, en Slavonic, 
en Croatie, le developpement des Serbes est k peu prfes normal. 
II devra le devenir tout k fait depuis que introduction du ser- 
vice militaire obligatoire a r6parti entre tous les hommes valides 
de la monarchic les charges qui pesaient sp^cialement sur les 
Confins. 

Nous ne nous arr^terons pas k d^crire les usages nationaux 
des Serbes,') mais nous terminerons ce chapitre par quelques 
notions sur les dialectes paries par les Serbes de Hongrie. 

^) Le total de M. Nedeykovic est de 253.471. 

*) Ges chiffres remontent h Taim^e 1868. Nous les donnons snrtout poor 
indiquer la repartition des Grecs-Unis. 

^ On pent consulter sur ce siget les ouvrages sulvants: 

3Khbot I 06HHaji Hapo4a cpnCRora. Oimcaio ix ■ aa mrtHoy oparorovio 
ByK. Cre*. Kapa^iili (Vie et Usages du peuple serbe, d^crits et pr^par^ 
pour rimpression par Vuk Stefanovic Karadzic); Yienne, 1867, in-8- 
On y trouve un appendice contenant des details carieux sur les fian- 



Les flialeclts series. 381 

La famille serbo-croate se divise en deux groupes Unguis- 
tiques tres-distincts : les Cakavci et les Stokavci.*) Les Ca- 
k a V c i, ainsi appel6s parce qu'ils rendent par i a le pronom q u o i, 
habitent la cote de rAdriatique, depuis llstrie, ou ils confinent 
aux Slovenes et mfeme se confondent avec eux, jusqu*^ OmiS (Al- 
missa), en suivant le littoral de la Croatie maritime et de la 
Dalmatie; toutes les iles, excepts les plus voisines de Dubrovnik 
(Raguse): Kolocep (Calamotta), Lopud (Isola di Mezzo), Sipan 
(Giuppana) et peut-fetre Mljet (Meleda) ; enfin la pfininsule de Pe- 
lje§ac (Sabbioncello). lis sont en outre r^pandus dans les comitats 
de Sopronj (Oedenburg) et Gy. r (Raab). 

Tons les autres membres de la famille sont appel^s S t o- 
kavci, parce quails disent sto au lieu de £a. Leur langue est 
devenue, gr&ce k Karadzic et k Gaj, I'idiome litt6raire adopts par 
les Cakavci eux-mfemes. 

Les habitants de Tancienne Croatie provinciale, c'est-^-dire 
des comitats de Zagreb, de Varaidin et de Krizevac, restent en 
dehors des deux groupes que nous venous d'6num6rer. Leur langue, 
qui est un melange de croate et de Slovene les distingue de la 



^allies et sor les diseases de bonne aventore en Sirmie. — D<u Leben, 
die Siiten und GehrOucTie der %m Kaisertkume Oesterretch Ubenden Sild- 
sloven. Verfasst und aus dem Serbischen ins Deutsche abersetzt von 
Baron lUgacsich, k. k. Hauptmann. Wien, 1873, gr. in-8. — Die Haus^ 
c&mmunionen der Siidslaven, Zur Beleuchtung der volksthtUnlichen Acker- 
und Familienyerfassung des serbischen und kroatischen YoUtes heraus- 
gegeben von 0. M. Utisenovid. Wien, 1869, gr. in-8. — Relativement 
aux Serbes de la Slavonie et de la Croatie, on trouvera des details dans 
GaploviCy Skwonien und zum Theil Oroatien, I, pp. 93-206; relativement 
k ceux des Confins, dans Spiridion Jovid, EthnograpTusches GemiUde der 
slxwonUchen MUitdrgreme, Wien, 1835, in-8; relativement enfin h ceux 
du Banat, dans B5hm, ^eschichte des Temeser Banats, U, pp. 223-244. 

Quant aux chants populaires, aux contes, aux proverbes, aux jeux 
des Serbes de Hongrie, il n'en existe pas de recueils sp6ciaux. On trou- 
vera des chants populaires dans le recueil de Earadiic (voy. p. 194) i 
des contes dans les recueils de Earad2i6 (ibid.) et de V. Yrcevid (Bel- 
grade, 1868, in-8); des proverbes dans la collection de Gj. Danicic, 
(Posloviee, Zagreb, 1871, gr. in-8), des jeux dans celle de V. Vrftevi6 
(Cpncie sap. Hrpe, Belgrade, 1868, gr. in-8), etc. Le BanaUr Liederhueh 
(Temesv&r, [1869], in- 16) contient un certain nombre de chants serbes 
r^pandus dans le Banat. 

C£ p. 203| note 3. 



382 IHalectes serbcs cfe la Hongrie. 

population serbo-croate, tlont ils ont pourtant accept^ Tidiome 
litt^raire. lis sont appeles Kekavci, dii pronom kaj. 

La langue parlee par les Stokavci se divise en trois dia- 
lectes: 1^ le dialecte occidental usit6 par les habitants de Tinte- 
rieur de la Dalmatie, au nord de la Neretva (Narenta), et par les 
Catholiques de la Bosnie, de THerz^govine septentrionale, de la 
Croatie turque, des Confins militaires croates et de la Slavonic; 
2° le dialecte meridional qui comprend le sous-dialecte du Mon- 
tenegro, egalement parte aux bouches de Cattaro, et dans TAl- 
banie septentrionale jusqu'a la Bojana, celui de Raguse, celui de 
rHerz6govine, qui s*etend jusqu'aux environs de Raguse englobant 
le sud de la Bosnie et Touest de la Serbie, et celui de la Bosnie 
repandu chez les Grecs-Orientaux de la Bosnie, de la Croatie 
turque et chez les Serbes de la Slavonic et du Baranya ; 3® le 
dialecte oriental, qui comprend le sous-dialecte de Simiie, com- 
mun aux Serbes de la Sirmie, du Banat et de la Serbie septen- 
trionale, et celui de Resava propre a la partie orientale de la Prin- 
cipaute et a la Vieille Serbie.*) 

En Tabsence de tout autre criterium, les auteurs qui se 
sont occup6s de I'ethnographie des Slaves du sud sont tombes 
d'accord pour considerer comme Serbes ceux des Stokavci qui 
parlent le dialecte meridional et le dialecte oriental, tandisque 
les Cakavci etles Stokavci du dialecte occidental constituent 
les Croates. On leur adjoint d'ordinaire les Eekavci. 

Ces pr61iminaires etaient n^cessaires pour faire bien com- 
prendre la place que les Serbes de Hongrie occupent parmi leurs 
cong6n^re8 des pays voisins. II y a chez eux, nous venons de le 
dire, deux sous-dialectes : celui de la Slavonie et du Baranya et 
celui de la Sirmie, repandu dans le Banat et dans Backa. La 
principale difference de ces deux sous-dialectes est le son attribue 
i la voyelle representee par t dans le slave ecciesiastique. Les 
Serbes de la Slavonie prononcent je: Ijepi, mjesto, svjet 
(forme qui devient au Montenegio lijepi, mijesto, ivijet) 
ceux de la Sirmie et du Banat disent: lepi, mesto, svet. Le 
Chokatses et les Bounievates ont le son i, comme dans le dialecL 




') Nous ne faisons qu^indiqucr rapidement ces divisions. M. Badmani, « 
qui nous les empruntons, fait connaitre dans sa grammaire (Qramma- 
lica delta lingua aerho-croata, Yienna, 1867, in-8), on grand nombre de 
particularit^s dialectales. 



Influence des idioms Strangers. 383 

occidental: lipi, mis to, svit, mais sur d^autres points, ils se 
rapprochent du dialecte de la Sirmie.*) 

Les Serbes et les Croates ont pour leui* langue, conime pour 
leur religion, un remarquable attachcment. II en resulte que des 
paysans catholiques et grecs-oricntaux fix6s depuis plusieurs sifecles 
peut-6tre dans le mSme village, ne se mfelent point entre eux, 
mais conservent leur idiome particulier. 

Les Serbes, qui oublient si facilement leur langue mater- 
nelle, quand ils sont en presence des Roumains leurs coreligion- 
naires, empruntent rarement les idiotismes croates. lis subissent 
par centre Tinfluence des Magyars et des AUemands, dans les 
contrees oil ils se trouvent en contact avec eux: dans leBaranya, 
dans la Backa, dans le Banat. II y a tel mot magyar, par exemple 
varos, ville, qui a fait son chemin loin des frontiferes dc la 
Hongrie, mais le plus souvent les mots Strangers restent heuii^u- 
sement localises. 

Dans les villes, oii les Serbes font le commerce, oil ils sont 
en contact avec d'autres nationalit^s, ^influence des autres idiomes, 
surtout de PAllemand, se fait parfois sentir sur leur langage, au 
point de le rendre meconnaissable. C'est ainsi que, k Temesvdr, 
tons les noms de metiers employes dans la vie ordinaire sont des 
noms allemands: sustr, snajdr, ti^lr, etc. Les femmes ne 
craignent pas d'employer des phrases comme celle-ci: Mi cemo 
frise luft sepfovati (Wir werden die frische Luft schopfen). 
Les termes etrangers en usage chez les Allemands penfetrent 
chez les Serbes, et certaines dames que nous pourrions citer 
croiront parler avec 616gance en employant les mots les plus 
barbares: Jesam dobro dormirala (Ich habe gut dormirt); 
Jesam se dobro amisirala (Ich habe mich gut amilsirt), 
etc. Les m^res, dont le langage est ainsi coiTompu sont hors 
d'6tat d'apprendre a leurs enfants Tidiome national. Nous avons 
vu plus d'une fois avec 6tonnement le maftre d*6cole serbe oblig6 
d'employer Tallemand pour donner h, ses 61feves une explication 
qui leur avait 6chapp6. 

^) LeB Serbes dont la roumanisation est en train de s'op^rer parlent un 
langage hybride fort curieux. Voici deux phrases relev^es dans les 
environs d'Alibunar: da Borne ke moraj te ne podelimo, (sans doute, 
11 faut que nous nous s^parions), en roumain : Jiresce treln^e se ne det- 
partimu ; Borne, nu haU hima apa jute in huncvrielje noaatre (mon Dieu, 
I'eau que nous avons dans nos puits n'est pas trop bone), en roumain: 
Dieui nu pri buna apa este in funtanele ndstre, Cf. Albin'a, 1873, n* 66. 



384 



Appe! aux femmes serhes. 



Nous rclevons ccs fiiiblesses, parce qu'il est necessaire que 
les Serbes Ics connaissent et s'efforcent d'y porter remMe, s'ils 
veulont se niainteuir en Hongrie. C'est aux femnies surtout qu'il 
convicnt de donner plus d'instruction et plus de patriotisme.*) 



') Ce que noas disons ici u'est pas g^n^ral. D y a des femmes serbes ani- 
mees du plus pur seutiment de patriotismc, et nous en citerons plus 
loiu qui ont fait des donations ou des legs importants pour assurer k 
leur nation les bienfaits de T^ucation. 



> 



Les Confins militaires. — Le District de Kikinda. 

Les Confins militaires n'cxistcnt plus, le District de Kikinda 
disparaitra sans doutc prochainemcnt ; ccst done iiniquenient 
au point de vue historique que nous nous proposons d'en dire 
id quelques mots. 

1. LES CONFINS MILITAIRES.') 

Nous avons cu Toccasion de raconter comment les g^neraux 
autrichiens entreprirent de repeupler les parties de la Croatie 

') Yoici la lisU) des principalcs publications relatives aux Couiins mili- 
taires: StcUistUcM liesehreibung der MUUdrgrdnze, von L A. Demian. 
Wien, 1807-1808, 2 vol. in-8. 

Suuistik der MUitdrgHinze, von Karl Bcmhard von lliotzingcr. Wien 
1817-1820, 3 vol. in-8. On y trouve Pindication des ouvrages piiblies an- 
terieorement sur le m6me siyet 

ErlAuteningen der OmndgcsetstefUr diek. k. oslet^'eichhcfie MiliUh'-Griuizc. 
Von Mathias Stopfer. Wien, 1830, in-8. 

ErlHitterungen ilher die Militfir-Grdnz- Verwaflfing des Saterreiehischen 
Kaiserthiims. Von Mathias Stopfer. Wien, 1838, in-8. 

Lehrbuch fiber die StatUtik der MiliUir-GrHnse des osterreichischen 
Eaiaerthums, Nach des Ilerm Hofrathcs Karl Bcmh. Frciherrn v. lliet- 
zinger grdsserem Werke bearbeitet durch Matkias Stopfer. Qratz, 1848, in-8. 

VolUt&ndige Topographic der KarlatAdter MilitdrgrUnze, Von F. J. Fras. 
Agram, 1835, in-8. 

Die Militergrflme und deren Verfcusung, von 0. M. Utiesenovic, Wien, 
1861, gr. in-8. 

D%$ k. k, BiUiUlr-Oremd und thre VerwaUung, von J. Hostinck. Wien, 
1861, 2 Tol. in-4. 

Od ohrani Juvaiiko-elawmeke Krqjine u XVL i XVII, viehi (Do la 

25 



> 



^f^C^ Lett Va^aqueM et let Uecoqvea. 



et de la Slavonic transfonuecs en desert pendant les guerres avec 
les Turcs. ' ) lis donnercnt asilc aiix fiifjitifs dc la Bosnia, les dispenserent 
d*inipots, a condition qu'ils participeraient a la defense <lu pays 
et leur donnercnt iinc organisation militaire. Le premier district 
ainsi organise fut celui de Zoniberk (Sidiclburg), qui confine & la 
Camiole. II re?ut, des Tannee 1524, im privilege imperial, et ^ 

ses habit^ints obtinrent, en 1535, que les teiTes qu'ils detenaicnt j 

seraient la possession liereditaire de Icui's families. 

Les Valaques, ou Serbes de religion grecque, qui etaient Ji 

venus se fixer dans les comitats de Pozega 6t de Krizevac, avaient .it-j 
ie<;u de Mathias Corvin, en 14<>r>, ini premier privilege. Disperses .5— ; 
par les Turcs, ils furcnt de nouveau attires dans le pays par les -.s-s 
promesses de I'empereur Ferdinand, en paiticulier par le privilege ^^e 
de 153S.-) Leurs services dans la guciTc contre Zapolya leur va- — ^- 
lurent en 15(>4 un privilege plus favorable encore que les pre- — > 
cedents. 

L'instiillation des Uscoques sur le littoral maritime cntre -z*--e 
Senj et Kag (Carlopago) fut plus longue et plus difficile. Ces hom- — ^j- 
nies energiqucs et robustes se familiariserent avec la mcr et so -^i^^c 
livrerent h la pirateric. Jusqu'en 1()17, epoque in laquelle leurs-=s-,»rs 
vaisseaiLx furcnt brules par onbrc de rarchidue Fei'diuand, la^^ J" la 
seigneurie de Venise ne cessa de reclamer contre les dommage^ ^:»cs 
plus ou nioins sericux faits a son commerce.^) 

defense de la frontiere croato-slavone au XVI« et au XVIIc siecle) ar-3-.«jar- 
tido dc Vr. Rack! iiiscrc dans \q Kvjizemik (Litterateur), de Zagrpb«:#'-'jpb» 
1866, pp. 510 sqq. 

Parmi les brochures publiees lors dc la suppression des Contins, nojjx.m' ^zxm 
citerons les suivantes: 

Die MUitHrgrenz'Fi'agc vml dcr osterreichisch-nNgai'lache Oonttituiionn^ m-^ 'M- 
finnwM, (Vom F. M. L. Freihen-n von Scudier.) Wien, 1869, iii-8. 

VoJnMa Krajina im razkrhhi avoje proHloatl % hudu^iosti; (La Fn>K '*".>* ^>n* 
tidro militairo ou point de vue de sou passe et dc son avcnir). SisaTl^^&'dc- 
Militaire, 1871, in-8. 

FpRHH^apH M qapcKH reniKpHiiT. Vqh y cioje Bpeie; (Les Gronzers et 

le Uescrit iinpeiial. Un mot on son temps). Belgrade, 1871, in-8. 
') Voy. p. 47, note 1 et p. 63. 
*) Ozoemiff, II, pp. 360 sq. 
') Voy. Iliatoria derjli Uacocchl scritta da Minuccio Minucci, arcivescc^^-oro 

di Zara, coi progress! di qu(dla gente iino all'anno 1602, con TAggiar 0^4 

del Padre Sarpi sino alPanno 1612, et il Suppliraento del medesimo s^ — ino 
all'anno 1616, dans le Tome Y^ des Oeuvres dc Sarpi, r^impr.^ 11^ Jm- 
stadt (Verona), 1763, in-8; Napoli, 1790. in-8; Milano, 1831, in-8; 



l^emirhrt organisntious dts Conjins. 3H7 

Malgre les obstacles apport<»s sur differents points a la co- 
ionisatiou, rocuvrc entreprisc par rcmpcrcur Ferdinand fit dcs 
M'ogres asscz rapides [»our pouvoir 6trc elev6c au rang des in- 
jtitutions de la monarchic. Unc instniction imperiale rcdigee, a la date 
lu 5 aoftt 1563, pour les coniuiissaires charges de parcourir les 
enitoires an'ach6s h Tennemi, divisa les Confins en deux 
Kirties, les Confins vendcs ou slovtoes, comprenant: Varaidin, 
(oprivnica (Kopreinitz), Gjurgjevac (S. Georges), Krizevac (Kreutz), 
lagrcb (Agraiu), Ivanic et Crkvenica, et les Confins creates, qui 
jrinaient la premiere ligne dc defense centre les Turcs, avec 
enj (Zeng), Otocac, Modrus, Sluiij (Szluin), Glina, Sisak, etc. 

Cette division fut conservee par Tedit de Bruck-sur-la-Mur, 
ui dctermina pour la premiere fois d'une manicre precise le re- 
inie des Confins.*) 

L'administration imperiale, ayant ainsi jete les bases d*un 
tablissement solide, sc preoccupa de [)rolonger la frontiere mili- 
iire vers Torient. En 1580, Tarchiduc Charles recueillit un certain 
ombre de fiimilles morlaques entre TUna et la Kulpa. Ce fut 
engine du regiment de Petrinja. Son successeur, I'archiduc Fer- 
inand, y cantonna d'autres fugitifs serbes cvalues a 1700 (1597). 
1 6tait facile aux colons de s'y elever des abris; on comptait 
ans le district plus de 70 cliJiteaux en ruine. En 1598, Tempe- 
eur Rodolphe accorda aux habitants de cette region le libre 
xercice de leur culte et Texemption de tout impot. 

La fondation de Gomji Kai'lovac (Karlstadt), dont la popu- 
ition rcQut un privilege en 1581,^) complcta Tinstitution des 
Boutins croates. Les Valaques 6tablis entre la Save et la Drave 
3rmerent les regiments slavons. Us furent repartis en trois ca- 
litanats, ccux de Krizevac, de Koprivnica et dlvanic ; Fcrdi- 
land II leur octroya une legislation complJjte.*) 

Les Confins s'ehirgirent a mesuie que les Turcs durent 
6der le terrain aux armees chretiennes, mais, plus les troupes 

en frangais par Amclot de la Iloussaie, dans le T. HI® de son Goiwer- 
nement de Venise, Amsterdam, 1705. On pent voir dans le Swftjio di hi- 
hliografia istriana (Capodistria, ISGi, in-8) rindication d'uno foulc de 
pieces relatives aux expeditions de Vcnisc contre les Uscoques. 

*) Voy. p. 54 et Ilitzinger, loc. ciL, pp. 18 sq. 

') Czoemig, in, II, pp. 62 sq. 

*) Voy. les curieux privileges du 15 novcmbrc 1627 et du 5 octobre 1630 
ap. Czoemig, II, pp. 364-372, ct Yitkovic, CnoMomui, 3* partie, no> 3 
et 4. CI ci-dessusy p. 58, note 1. 

25* 



3^g Le^ Canfim de la Maros ct tie In. Tiaza, 

autrichiennes firent dc progrcs, plus les Magyars chercherent a 
contrarier leur action. Rijgardant Ics privileges cmanes dc la chan- 
cellerie iinpcrialc, coinine uue atteintc portec aiix droits du royaume, 
ils leur denicrent toutc validite. Unc premiere fois, la Dicte lion- 
groise les dcclara uuls en 1635, mais ils fureut confirmes en lf42 
et en 1650; la Diete fiddle a sa doctrine, renouvela sa declaration 
en cette memc annee 1659 et en 1681.*) 

Lorsque la paix,de Karlovci eut etc conclue (1699), Leopold, mis 
en possession de la Backa, d'une paitie de la Sirmie et de la 
region septcntrionale du Ranat, s'occupa d'y organiser une zone 
de defense, analogue aux Confinfe croato-slavons. Uu reglement 
redige, en 1702, pai* le general baron Scblicliting, etablit les gc- 
ueralats de Gomji Karlovac et de Varazdin, administres par Ic 
Conseil dc guene dc rAutriche centralc, s6ant a Gratz, celui de 
Petrinja (fronticre du Ban), adniinistre par Ic Ban et par le Con- 
seil de guerre de Vicnne, enlin le gcneralat de Slavonic et celui 
de la Tisza et de la Maros, relevant tons deux du Conseil de 
guerre de Vienne. 

Les Grenzers re^urent en 1703-) im privilege qui tut continue en 
1717 et dcveloppa ceux qui leur avaient etc preccdemment octroyes. _ js^ 
Les victoires du prince Eugene firent alors entrer le Banat tout cntier -ra-^j 
dans la region fronticre. D6s que la paLx dc Pozarevac eut ete signec sz^ .^ 
(1718), le g6neral en chef prit des dispositions pour occuper mi — i*. 
litairement la ligne du Danube et dc TOltu. En 1724, le Conseir^// 
dc guene aulique fit un reglement special pour les milices Aim- h 
Banat. Alors sc succ6derent divcrscs roformcs paitiellcs. En 1732^^> 
Charles VI sanctionna im systemc nouveau pom* le gcneralat d_' e 
Varazdin. Le comte Khevenhuller dressa des statute pour cdui-^' 
de Slavonic; enfin, en 1742, le Prince de Saxe-Hildburghausc?J7 
completa I'organisation des Confins. 

Le Cliancelier Batthyanyi porta Marie-Thercsc ik modifier rct«-i^ 
dc choscs existant. Le reglement signc par rimpcratrice en 1747 
reconstitua en partie les comitiits dc Sirmie, dc Pozega et de 
Vcrovitica, qu'il rendit II Tadministration civile. Ce premier de- 
membrement des Confins fut Ic point de d6part des mcsures que 
les Magyars projetaient a Tautre extr6mit6 du royaume. En 1750, 
Marie-Thercsc consentit i ce que la loi hongroise de 1741, qui 



*) Voy. p. 64, note 1. 

') KuJcuUeyic, Jura regni Croatiae, Dalmatian et SUtwmiae, 11, pp. 94-98. 



Ntwuenux Conjiua fin Jinnai. — Cmifiuft th Trawn/Ivanie. 3^9 

avait ordoun^ la suprcssion dcs Confins de la Maros et de Tisza, 
regut sa pleine execution. La seule portion du territoire qui resta 
soumise au regime militaire fut le district mar6cageux de Titel. Le 
bataillon des Tcha'ikistes fut completement organise par le reglement 
de 1764. 

Pour donner satisfaction aux Serbes et les empfecher de 
prendre en masse le chemin de la Russie, Tadministration civile 
du Banat fut remise en 1751 h la Deputation aulique illjrrienne. 
Cc ne fut 1^ qu'une situation provisoire. De 1764 k 1767, le com- 
mandant general de Temesvar restaura les Confins du Banat, qui 
ne comprirent plus que les Districts de Pancevo, de Nova Pa- 
lanka, de Mehadia et de Karansebes, et formerent deux regiments. 

Dans I'intervalle, le lieutenant-mar6chal Serbelloni 61abora 
une constitution particuliere pour les Confins de la Slavonic (1753). 
L'annee suivante, les genfiraJats de Varazdin et de Gomji Kar- 
lovac recjurent une legislation qui fut 6tendue, en 1769, aux fron- 
tiferes de la Slavonic et du Banat. En 1761, le g6n6ral de la ca- 
valerie baron de Buccow commenga I'organisation dcs Confins de 
la Transylvanie, qui ne fut complete qu'en 1766. Joseph II voulut 
am^Uorer le sort des Grenzers, et leur conc6da, en 1787, une 
administration cantonale et communale qui fut supprimce par Tor- 
donnance du 17 septembre 1801). 

On le voit, bien des syst^mes furent essayfis pendant le 
cours du sifecle dernier. L'absence de vues d'ensemble applicables 
k toutes les parties du territoire, fit qu'ils n'eurent tons qu'une 
existence 6ph6mere. L'incertitude des lois pesa durement sur les 
Grenzers. Accables d'impots et de corv6e8, malgr6 les franchises 
qui leur avaient etc promises, il sembla qu'on avait oublie les 
services rendus par eux au tr6ne et a la patrie. 

Le V novembre 1807 fut promulgu6e la loi foncifere (Grenz- 
Gnmdgesetz), qui determina la situation de la propri6t6 dans les 
Confins. Les habitants et les communes, simples usufmitiers, 
aux termes de cette loi, sont devenus propri6taires, en vertu de 
la loi du 7 mai 1850, d'une partie au moins des terres detenues 
par eux. La loi de 1862 constitua le dernier 6tat de la legislation 
sur la matifere. Cette loi, qui etait encore en vigueur au moment 
de la dissolution dcs Confins, pouvait donner lieu, du point de 
vue economique, k de sevferes critiques, mais on ne pent uier 
qu'elle ne correspondit, dans une certaine mesure, k Tesprit et 
aux traditions des populations auxquelles elle etait destin^e. La 



f^\){) Deft cmnhinnottfrs ilmupsitiques, 

question est de savoir si le legislatcur ne doit prendre pour point 
de d6part de ses prescriptions que les moeui-s de ceux pour qui 
elles sont edict6es, ou s'il ne doit pas plutot chercher le progrcs 
de la soci6t6. 

Lorsque les Gonfins creates furent soumis a Tadministration 
fran^aise (1809 — 1^14), Mamiont se pronon^a pour le premier 
systfeme; il adopta dans leurs traits g6neraux les r6glements an- 
t^rieurs.*) Nous n'hesitons pas, quant k nous, a nous rallier au 
second systfeme, et c'est pourquoi Tinstitution de la fi-ontifere mi- 
litaire aurait dft, croyons-nous, disparaftre il y a cinquante ans, 
Le danger auqucl elle devait parer, les invasions turques, n'^taient 
plus k redouter; les sacrifices cxceptionnellement imposes aux 
Grenzers devcnaient dfes lors sans objet II etait d'autant plus 
urgent de les rendre i\ la vie civile que leur organisation appor- 
tait h leur d6velopperaent social un obstacle h pen pres insur- 
montable. 

Parmi les institutions que les r6glements militaires avaient, 
sinon cre6es, du moins respectfies, la plus ftmeste etait celle de 
la communaute domestique, autrement dit, de la vie patriarcale. 
On designait sous le nom de communaute domestique la 
reunion des personnes vivant sous un m6me toit et mettant en 
commun leurs biens et leur travail, qu'il existAt ou non entre 
elles des liens de parents. Les individus recevant un salaire n*en j 
faisaient point partie. L'homme le plus ig6 de la communaute, ^ 
s'il etait sain d'esprit et libere du service militaire, etait consi — 
dere comme le piire de faraille (gospodar). II 6tait charge Hc^^m 
maint-enir tons les individus places sous son autoritfi dans la paix. := 
Tordre, la religion, les bonnes moeui's,^) et devait en mfeme temps- ^ 
adniinistrer les biens comniuns. Les chefs militaires ne devaiei 
intervenir qu'en cas de discorde. 

Tons les produits du travjiil de la communaute constituaiei 
I'avoir commun et servaient aux d6penscs de la maison, ain-^E=?j 
(lu'a Tentretien de la famille. Tout individu qui abandonnait '■.a 



*) R(ipporl ct projet de dicrel sur Vorgai^isation des promneet iJfgriem^^i. 
Paris, 1810,in-4. 

*) Unc ordonuancc du 6 mars 185i), montre quo le 16gislateur s'^tait sp^ 
cialemcnt prcoccup6 de la moralito. II y est dit que les enfants nataw/s 
d'uno femme devroiit fairo parties do la communaute k laquelle api)artien( 
leur mftre, pparce qii'il ot^it du devoir des autres membres de la ft- 
mille do voillor ]>lu?* strirtomont ^nr la ronduito do lours co-asso<*i^.* 



Inewm^menU de la vie patriarcaHe, 391 

nmunaut^,' ou qui etait autorise h s'etablir hors dcs Confins, 
(lait tout droit sur les immeublcs communs. 

Telle 6tait la vie slave primitive; mais le nom seul de pri- 
Lif ou de patriarcal suflit k montrer qu'une semblablc organi- 
ion n'est pas en rapport avec les besoins de la civilisation 
deme. Le travail personnel, Tepargne individuelle doivent reni- 
cer ces communautes, oil la part de chacun ^tait forcement 
gale. Autant Ton devait s'appliquer k developper la famille, qui 
istitue le lien le plus naturel et le plus salutaire, autant Ton 
-^ait s'empresscr de dissoudre ces agr6gations de personues sou- 
it 6trangeres les unes aux autres. 

Rien ne pouvait 6tre plus touchant, mais aussi rien ne devait 
e plus mre, que le spectacle d'une communaute ou regnait la 
me hannonie. Les inconv6nients au contraire devaient se repro- 
ire presque partout, Les membres de la communaute pouvaient 
[icilement resister k la paresse. Pourquoi auraient-ils travaille, 
sque le p^re de famille etait oblige de pourvoir k la subsistance 
nmune, et que nul ne profitait de son travail? Les honunes, 
;orb6s par les exigences du sei-vice, laissaient les femmes cultiver 
champs tant bien que mal, et vivaient sans espoir d'un meil- 
r sort. L'un des enfants avait-il le d6sir de recevoir une in- 
uction sup§rieure, le chef de la communautfi, ne comprenait point 
on voulut vivre autrement qu'il avait v6cu lui-m6me, et refusait 
it subside. Qu'6tait-ce si quelques uns des membres de la 
lille demandaient a se separer pour fonder une communaute 
ivelle? lis ne le pouvjiient qu'i la condition de recevoir deleurs 
associ6s le lot de terre exig6 par la loi, comme minimum des 
ns qui devaient assurer Texistence de chaque famille. Si les 
associ^s refusaient, les individus, mfeme de Thuineur la plus in- 
npatible, devaient continuer de vivre ensemble. 

Nous ne faisons qu'indiquer les principaux inconv6nients de 

vie commune. On ne pouvait esperer que les Confins entreraicnt 

IS la voie du progies, tant que leurs habitants ne jouiraient pas 

la liberty individuelle. Or, tout s'enchainait dans Torganisation 

la fi'ontiere militaire; il n'6tait gufere possible dedfiplacer une 

irre sans que T^difice entier s'ecroulat. 

Les 5 regiments de Transylvanie furent supprim6s en 1851. 
ur transformation en tenitoires civils s'op6ra sans difficulte; 
; lors beaucoup de bons esprits r6clamerent la suppression coin- 
te d'une institution qui nvnit fait son temi)s. Los scMvires rendns 



392 -^'^-^ Mtu/f/ars ohttennenl In suppression des Confins. 

par les regiments des Confins en 1848 et en 1859 firent que le 
parti militaire consid^ra tons les projets de suppression comme 
dangereux pour la s6curit6 de Tempire, mais la campagne de 18G6 
montra que Tobligation de porter les armes devait s'6tendre k 
tons les citoyens, sans exception, et foumit, un argument puissant 
a ceux qui voulaient faire rentrer les Confins dans le droit com- 
mun. Lorsque la loi militaire de 1868 eiit et6 vot^e, les Magyars 
pressferent TEmpereur d'abolir les lois qui r6gissaient les Grenzers. 
lis surent repr6senter habilement les dangers que la presence sur 
les fronti^res du royaume de 80.000 soldats toujours pr&ts k marcher 
a Tennemi, pouvait faire courir a la constitution dualiste, et reus- 
sirent k tenir en 6chec les d6fenseurs des Confins. Le minist^re 
de la guerre de Tempire, et les g^n^raux qui combattaient les 
pretentions des Magyars, eurent un tort; ils voulurent conserver 
une organisation qui devait 5tre abandonnSe, et se content^nt 
d'y projeter quelques am61iorations. 

Les Grenzers sentirent que leur situation allait fetre profon- 
d6ment modifi6e ; ils reclamijrent le droit de disposer d^cux-mfimes 
et d'etre au moins consultes sur les mesures qui devaient £tre 
prises. Le parti militaire, doming par des id^es routiniferes, ne 
comprit pas qu'il etait de son int^r^t d'appuyer une demande si 
legitime. II pers^v^ra dans ses errements, prepara les projets de 
reforme de 18(>9 et laissa le comte Andrdssy mattre du terrain. 
L'Empereur, circonvenu par les Magyars, sentant que les plans du 
ministere do la guerre 6taient inex6cutables, adopta la solution 
proposee par le cabinet de Pest. Toutes les d-marches des Gren- 
zers, leurs petitions, leui-s deputations demeurferent sans effet 
Trois siecles de devouement et de fidelit6 ne leur assurferent m£me 
pas le droit d'etre entendus dans leur propre cause 1 

Void un tableau des regiments des Confins, avec rindication 
de leur suporficic en kilometres ct en milles carr6s, leurs chefs- 
lieux et leur population au 1*"^ Janvier 1870: 



SialUtiqfte dea Qmfi/u mililaires en 1870, 



393 



Gonfins croato-slavons. 



1 


Saperficie 






Regiments:') 


en kilometres 
carr^s: 


en milles 
carr^B d'Autr. 


Chcfs-Iienx: 


Population : 


1 Lika 


2.902,64 


50,44 


Gospid 


84.069 


2 Otocac 


3.025,21 


52,57 


Otocac 


76.787 


3 Ogulin 


2.647,14 


46, „ 


Ogulin 


87.716 


4 Sluiy 


1.400,10 


24,33 


Giniji Karlrao 


68.825 


1 5 Krizevac 


[ 3.880,93 




Belovar 


66.187 


6 Gjai^evac 


67,44 


Belovar 


93.061 


7 Brod 


2.203,45 


38,29 


Vinkovci 


82.540 


8 Gradiska 


1.928,96 


33,52 


Nm Gndiika 


61.596 


] 9 Petrovaradin 


3.429,19 


59,59 


Mitrovitica 


102.765 


ilO rig.iliBanOl 


1.318,39 


22,91 


Glina 


70.035 


11 , , n-2 
Total . . 

• 


1.452,47 
24.188,48 ■ 


25,24 
420,33 


Petriiya 


66.096 


859.677 



Confins hongrois. 



Saperficie 



Circonscriptions: 



en kilometres 
carr^s: 



BataillondeTitel 
12 R^. allemand 

du Banat 
[ 13 R6g. serbe du 

Banat 
14 R^g. roumain du 
Banat 
Total . . 



908,08 
2.385,30 
1.761,50 



5.872,61 



10.927,49 



en miUes 
caiT^s 
d;Autr. 

15,78 
41,45 
30,61 

102,05 

'189,89 



ChefB-lieox 



Titel 



Pancevo 



Bela Crkva 



Kar&nsebes 



Population : 



34.358 



114.515 



94.762 



98.260 



341.895 



*) Nous ajoatons la population des yilles constita6es en communes anto- 
nomes (Bag, Seiy, Petriiya, Belovar. Ivanic, Brod, etc.) k cclle des 
regiments sor le territoire desquellcs ces villes sont situdcs. Nous rec- 
tifions les (^hiffres rclatifs & la supcrficie dos confins croato-slavons, 



304 



C^^ation till comitat ile Jlelounr, 



Un point do vuo do la iiationalito, octte population so de 
coraposait approximativoniont do la manii'^ro suivanto: 



I 



Serbos 

(Voatos 

Roumains 

AUemands 

Magyars 

Tchcques ot Slo- 

vaques 
lsra61itos 
Italions 
Divers ((Jrocs, 

Albauais, Fran- 

Qais, etc.) 

Total . 



Confins 

croato- 

slavons : 



386.U()0 ' 
459.000 ; 

(J.OOO 
550 

3.(0) 
3.0(JO 
1.000 



1.127 
859.()77 



Coniins 
hongrois : 

111.000 
1.500 

1 05.233 
38.000 
14.000 

11.000 
G80 
120 



I 



3()2 
341.895 



Total : 



497.000 

4G0.500 

105.233 

44.000 

14.550 

14.000 
3.080 
1.120 



_1.489 
1,201.572' 



Le roscrit iniporial dii 8 juin 1871 a port-o Ic premier cdlDup 
a rinstitution des Cloutins niilitaires, on ordonnant la suppress^- ion 
dos regiments d(» Krizovac; ot do (ijurg,jevac, qui ont fonne le co- 
mitat de Belovar. Les communes de Belovar et d'lvanic ont ^ti 
comprises dans la dissolution. En mfime temps, la commune dc 
Sisak-Militaii-e a ete distraite du regiment d'Ogulin, et r6uni^5 i 
Sisak-Civil, dans le comitat de Zagreb. 

Lo rescrit imperial du 9 juin 1872 a dissous les CJon-^ns 
hongi'ois. Le bataillon do Titel a 6t^ reuni du comitat de BaSf*^- 
Bodrog; lo regiment allomand a ete incorpor6 au comitat de To- 
rontal, ainsi qu'uue partie du regiment serbe ; une seconde portiofl 



(Vapr^s los donn6es empnint^es au cadastre par M. Matkovic. Voy. P* 

Matkovic, JTrvatska i Slavontja ii svojih fizifnih i druSevnih odnoS^j*^ 
(U Zagrehii, 187a in-8), ouvi*ago traduit on fran^ais «t on allemand^ s^w 
CCS titros: La Crontit el S/avnnie, au point tie wie de leiir culturt p^Jf 
8i\ue el infpffechtelfe (Zagreb, lS7;i, in-8) ; KroiUien-Sfaoottien itath tti^m 
pfn/mxrhrn utnl i/ehfttfeit Verhiilfnissen (Agraiii, 1873, in-8). 



CWaflnii (hi comitat de Severiu. 395 

cle cc mfiine regiment est entr6 dans le comitat de la Temes ; una 
t-Toisifeme, dans le comitat de Krass6; la partie restante a servi 
avec le regiment roumain a constituer un nouveau comitat, sous 
le nom de Severin (Szor6ny). 

Le rescrit imperial du 8 aoftt 1873 a ordonne que les Confins 
croato-slavons, encore soumis a Tadministration militaire, passe- 
raient sous Tadministration civile, h partir du 1®' octobre 1873. 
Us devront renforcer les comitats existants et former un ou deux 
comitats nouveaux. 

Ainsi disparait une institution qui a tenu une grande place 
dans Forganisation militaire de TAutriche. LTiistoire des Confins 
est si intimment liee a celle des Serbes que nous avons cm 
devoir lui consacrer quelques pages. Si les anciens Grenzers com- 
prennent leur veritable interfet, ils pourront travailler plus siirement 
qu'auti'efois au d6veloppement de leur nationality. Le comman- 
dement allemand avait 6te introduit dans les r6giments-frontiferes 
en 17G9, et, depuis lors, la germanisation y avait fait de grands 
progies. C'est aux Slaves maintenant et aux Roumains k regagner 
le terrain qu'ils ont perdu. La Difete de Zagreb, k laquelle les 
Confins croato-slavons seront desormais repr6sent6s, jouit d'une 
autonomic suffisante pour resistor k Pinfluence etranger^, si ses 
membres sont animes d'intentions vraiment patriotiques. Quant 
aux Confins de la Backa et du Banat, ils sont places dans une 
situation beaucoup moins favorable. Fondus avec les comitats 
hongiois, ils sont exposes k la propagandc des Magyars et k toutes 
les vexations de leur administration. Les Roumains ont regu une 
satisfaction partielle par la constitution du comitat de Severin, oil 
ils ne se trouveront, pour ainsi dire, en contact avec aucune autre 
nation. Les Serbes des regiments de Panccvo et de Bela Crkva 
ont vainement sollicit6 I'^rection de comitats distincts; ils sont 
entres dans les comitats d6jJt existants, bien que ces districts 
fussent assez peuples pour n'avoir besoin d'aucun agrandissement. 
En refusant aux Serbes Favantage accorde aux Roumains, le Ca- 
binet de Pest a sans doute voulu leur donner une marque particu- 
liere de defiance; peut-fetre aussi s'est-il flatte de refroidir les 
bons rapports qui existent entre les deux peuples; c'est k eux k 
d6jouer ces calculs 6goistes.*j 

*) Les forSts qui ronstituaient la principalo ressource des Confins (il y on 
avait G51.495 hectares dans les Coniins creates, et environ *220.GOO, dans 
les Confins liongrois), ont 6t6 singulitVemcnt compromises i)ar le minis- 



> 



39<.» Creation du {Jhfrict </c KihimJa. 



I LE DISTRICT DE VELIRA KIKINDA.^) 

All moment oil, redant aux sollicitations tics Magyars, MaricE^ M:\t' 
Tlierese voulut faire revivre les comitats rtu Banat^ la Deputotio: ^'> ion 
illyrienne la pressa de donner aux Scrbes un tfimoignage <le bieiir:^' ^ruen- 
veillance. II s'agissait a la fois de rcconiiaitrc les services rendu.BJ' -Bus 
par eiix dans toutes les gueiTcs soutenues par TAutriche et dM.^ de 
les empecher d'emigi^r, comme KXUKX) des leurs Tavaient fai-^LtTiait 
apres ITol.^) Telle fut Toriginc de la patente du 12 novembre 177^?- "^'4, 
par laquelle llmperatricc crea le district de Kikinda et lui doniLMiB'.mna 
une orgjinisation autonome. Les habitants de ce territoire regurenr ^^ent 
le droit d'elirc eux-ni6mes leurs magistrats, a qui furent d61egu& -auies 
tous les pouvoirs adniinistratifs et judiciaires; ils furent sousti'air ^^ts 
h la juridiction de toutes aiitres autorites secondaires, et ne d^ .tJe- 
pendirent plus que du gouvememcnt provincial du Banat. Mari'^r— ie- 



tt>ro de hi j^ucrre, avant la suprcssiou du r6ginic militaiFe. En 184^ ^367^ 
17.000 hectares on out M vendn» k des particuliers poor la somme de 

:iO millions de Horins. ('ettc somme dovait en principe dtre aifect^c^^ e k 
des cntreprises d'utilite publique, mais elle a disparu sans le gonf^^_ffiip 
dos depenscs militaires. Malgre les reclamations incessantes des iiEmsnt^ 
ross6s, les Mag}'ars se aont autoris^s de ce precedent pour restrein- ^^dre 
le droit d'usage des Grenzers h la moitid des for^ts dont ils avai^^Bent 
anterieurement la jouissiuice (loi du 8 juin 1871). Ces mesures, qoi ont 

vivoment froisse la population des Conlins, menacent gravement le \m ujs 
tout ontier. Le deboisement, devenu inevitable le jour od TEtat a c-^^m- 
menco Palidnation des forets dnmaniales, ne manquera pas d'amener des 
inondations. 

') Consultez sur le district de Kikinda, les onvrages suivants: 

Genesis und wesentliche Momente aus der Geschichtc des in der 
Wojwodschaft Scrbien gelegenen privilegirten Grosskikindaer DistriL g-tes. 
zur Belouchtung dor Frago fiber die Abldsung der Ucberlilnder and 
Regalbenetizien. Von P. Trifunacz do TUtfa, k. k. pcusionirten Minister "wai- 
rath. Temcsvnr, 1868, in-8. 

Ilirraibe BeiHKOKHKHH4CKor /tHnirpHKra ca 4pxaBOiipaiHor rie^imn, Uo- 
BjacTRne Koje uy cjy»e 3a ochob, h MCTopB<iHo-npaBiiH<iRA PaciipaBa C9 n- 
raay 04Kyna aeroBH raROSBaHH H6epjaH4CKif seiajba n peraim npaia. Ct> v^w 
H Hs^ao AjeKcaH4ep CTojaiROBHh (La Question da District de Yeliki 
Kikinda avec nn resume de sos droits constitntionnels; Privileges sar 
losquels repose son orjijanisation ot Expose historicx)-juridique dc l» 
question du rachat des ten-es aijpeleos Uelterland, et des droits regaliVns, 
par Alexandre Stojackovic.) *, Bude, 1808, in-8. 
') Vny. oi-doK^iUR, p. 148. 



Hiatoivc du district de Kikinda. 397 

Th6rfese se r^serva pourtant la facultc de charger un commissaire 
special de surveillcr rcxccution des lois. EUc conceda de plus 
aux habitants une notable reduction d'impots, Icur permit de fa- 
Iriqucr libreiueut de la bicre et de Teau-de-vie et leur aban- 
donna nioyennant une fiiible redevance la jouissance d'une etendue 
considerable de terres. 

Loi-sque le coniitat do Torontal tut constituc en 1779, le 
district de Ivikinda y fut enclave, mais conserva son existence 
particulicre. Le gouvernenient provincial n'existant plus, il releva 
desormais de la Chancellerie hongioise. Ses privileges furent con- 
fimids par une patente du 1°^ aout 1817.') L'cnipereur Francois 
reconnut Tautonomie politique et administrative du territoire, qui 
se trouva place de la sorte a pen pr6s sur le mcme pied qu'un 
comitat, et lui accorda Texercicc complet du pouvoir judiciaire, 
y compris le jus g 1 a d i i. 

Jusqu'aloi-s le district n'etait point considerc par les Magyai-s 
comme une circonscription legale, parce qu'il avait ete crce par un 
acte de I'initiative imp6riale et non par un vote de la Diete. L'ar- 
ticle XLn« de la loi de 1840 et Particle VU^ de la loi de 1844, 
qui en firent mention comme d'une circonscription distincte, con- 
firm^rent implicitement les privileges de 1774 et de 1817. Les 
lois votees en 1848 n'en parlerent point, mais loi-sque le Banat 
cut 6t6 r6uni a la Voievodine et fut dote d'une organisation pro- 
vinciale, les autorit^s du district furent remplacees par un simple 
dconomat. 

Le 1" novembre 1861, I'ancienne constitution fut remise 
en vigueur a Kikinda. Elle y est restee depuis, malgre Tavenement 
du syst^me dualiste. Le district comprend les 10 communes dc 
Velika Kikinda, Basahid, Melenci, Taras, Kumani, Vranjevo, Kar- 
lovo, Mokrin, Srpski Krstur, Josefovo, et compte 63.632 habi- 
tants, sur lesquels les Serbes peuvent 6tre cvalues a 52.500. 
Le reste de la population se compose de Magyars et d'Allemands. 
Les premiers envahisscnt le district a I'ouest; les seconds a Test. 
Presque tout le terrain qu'ils occupent aujourd'hui a 6t6 gagne 
par eux depuis 1848. 

Les 10 communes que nous avons 6num6r6es sont r6parties 
en 3 cercles, chacun desquels est administrfi par un juge de cercle 



') Les privileges de 1779 et de 1819 sont rapport^s en tradaction par Sto- 
jackovii^, loG, cU,, pp. 29-52. 



398 Organisation du district de Kikindiu 

(srezki sudac), qui rciuplit Ics fonctions des szolgabir6s 
magyars. A la tctc du district se trouvent un jugc superieur 
(prvi sudac, f5bir6) ct un second jugc (drugi sudac). Ces 
deux magistrals sont assistes dc fonctionnaires analogues a ceux 
des comitats et des villes libres. Jusqu'a la refonne judiciaire de 
187ii, il y cut en outre 6 scnateurs, ou assesseui"s electifs, statuant sur 
les affaires civiles et criniinelles, un procureur et un substitut. 
Ces magistrals recoivent maintenant leur investiture de Tctat. 

Le pouvoir delib6ratif est exerc6 par un conseil compose de 
120 niembres elus pour 3 ans. 

Telle est Torganisalion acluelle du district de Kikinda, mais 
cette organisation doit disparaitre tres-prochainement. Un projct 
de loi soumis a la Difete de Pest enlevc au territoire de Kikinda , 
son administration autonome et le reunit au comitat de Torontal. « 
C'cst li pour *les Serbes un cvcnement douloureux, puisqu'ils ^ 
ctaient a pen pres les maitres dans le district et que leur in — 
iluence est contre-balanc^e dans le comitat par les AUemands etJ* ; 
les Magyars. 

Unc question qui n'est pas encore definitivement tranches ^ 
est celle des anciennes tones domaniales non constituees en ses^= 
sions (Ueberland). Aux temies du privil6ge de 1774, le terri. 
toire du district se divisait en deux parties: les tenses regulifen 
nient constituees en sessions, dont TElat, seul propri6taire et seigneu*-, 
du district, disposal! comme un simple particulier, conform^meirj 
aux regies de Turbarium, et les terrains vagues, conquis sur \{ 
marais de la Bega, de la Maros et de la Tisza, teiTains dont 
jouissance ^taitabandonn^e au habitants, sans qu'ils fussent soum 
aux redevances et aux corvees imposees aux detenteurs des s( 
sions.') II 6tait stipule toulefois, par le privilege de 1774, que toi 
ari)ent (Joch) de terrain vague mis en culture serait tax6 a 




^) A Kikinda comme dans le comitat dc Torontdl, la session comprex^K sai 
d^ipr^s rurbarium de 1836: 24 arpents de tcrre laboorable; 6 arpe-^^ts 
do prairie; 3 arpents dc paturage commun; 1 arpent pour la mai^sou 
et le jardin ; soit 34 arpents, ou 19 hectares, 57 ares. Le d6tenteur de 
la session devait au seigneur 1 tiorin par an pour le loyer de sa no^'- 
son, le neuvi^me de tous les produits de la session, plus, de 62 jours 
ct domi ^ 194 jours de corv6e par an (suivant la classe & laqnelle a^ 
partcnait la session). Le seigneur exercait en outre les droits regolieuj^ 
droit de mouturc de debit des boissons, de p^agc des ponts, etc. Ce 
que le paysan payait au seigneur ne se confondait pas avec les impdts 
diis k retat. 



Question des terres domanial^ h Kikirula. 399 

reuzers par an, ct que Timpot pourrait s'61ever successivement 
istiu^au taux fixe pour les sessious. Cette disposition, confirmee 
ar le privilege de 1817, ne reijut pendant longtenips aucunc ap- 
lication. Les dctenteurs des sessions s'airondirent aux depens 
D ruberland, niais, en 1844, Tetat voulut faire valoir ses droits 
t leiir reclama, outre une rente annuelle de 60.000 florins, une 
>ninie de 2 uiillions de florins d'argent. A ce prix, ils devaient 
tre considcres comme d6tenteurs de ces terrains, au ni6mc titre 
u'ils I'etaient des sessions, c'est-^-dire qu'ils ne pourraient ctre 
winces arbitrairement. 

La mise en demeure faite par la Chambre aulique hongroise 
D 1844 rcsta sans effet. La question etait beaucoup plus com- 
lexe qu'elle ne le paraissait au premier abord, piirce que certains 
ctenteurs de portions d'iiberland les avaient cedees h des tiers 
pres les avoir mises en valeur. En 1848, un aventurier cssaya 
c persuader k ses conipatriotes qu'il arrangerait Taffaire k Tamiable 
ans qu'ils eussent rien k debouiser, niais ses promesses fallacieuses 
'aboutirent qu'a une 6meute.') Lorsque la paix eiit et6 r6tablie 
n Hongiie, le gouveniement s'occupa de reorganiser la propriete 
}nci^re ct de regler les rapports entre les anciens seigneurs et 
es paysans desormais emancip6s; il profita de la circonstance 
our reclamer un premier versement de 2 millions de florins sur 
38 sommes dftes par le district. Les usagers s'adress^rent aux 
ribunaux pour faire ^carter une partie des pretentions de PEtat, 
t surtout pour faire reconnaftre leur droit de propri6te d6finitif. 
3n 1857, Tetendue des terres domaniales en litige fut 6valu6e a 
19.259 arpents (J o ch e) de 1.600 toises carr6es {= 68.498 liec- 
ares, 66 ares), pour lesquels le fisc reclamait une somme de 
,341.084 florins d'argent {= 20,852.710 fr.) y compris 811.162 fl. 
►our le rachat des droits regaliens. Une decision imperiale du 
1 aoiit 1860 admit le droit de propriete des usagers, mais laissa 
n suspens la question du prix qu'ils devaient acquitter. Apres 
les lenteurs qu'explique la nature delicate du debat, M. Stojac- 
ovid fut charge dans le district d'une mission speciale, ayant 
lOur objet la fixation des sommes dues au domaine (1866-1867). 
iCS interfets echus venant grossir le capital reclame en 1857, il 
i'6tait pas possible que le district se liberat autrement que par 
nnuites. La cr6ance de T^tat fut arretee a 14 millions de florins, 

*) Voy. ci-deBBUB, p. 224. 



400 TrisU ntucUion des Serbet de Kikinda. 

qui furent divises en dix annuit6s. Les Serbes de Kikinda 6taient 
en voie de payer cctte dette, quand la disette ct la mis5re sont 
venues s'abattre sur eux. Les inondations de la Bega, de la Maros 
et de la Tisza (1870-1873) ont arrach6 ^ la culture une grande 
partie des terres dont I'etat poursuivait le paiement Les malheu- 
reux propri6taires de cctte region ont et6 pressures par les agents 
du tresor hongrois qui ne reculaient devant aucnne exaction pour 
emp6clier la banqueroute de I'^tat lis n'ont pu obtenir d'argent de 
ceux qui n'avaient plus rien, aussi la Diete s'est-elle decidee i 
suspendre dans les comitats du Banat les expropriations forcees 
pour Tacquittement des impots arri^res. G*est la une mesure 
tardive qui n'apportc qu'un mediocre soulagement a tous les maux 
accumules depuis trois ans. Les Serbes du district ont vu se con- 
sommer leur mine materielle, au moment oil ils vont etre de- 
pouilles de leur autonomic politique. 



L'^glise serbe de Hongrie.') 

L histoire eccl6siastiquc des Serbes dc Hongrie ne peut fetre 
s^par^e de Icur histoire politique. Leur Eglise, d^positaire depuis 
prfes de deux siecles des libert6s nationales, conserve aujourd'hui 
encore pour eux unc importance capitale. Cc n'est pas seulement 
une institution religieuse; les laiques, qui ont la part principale 



') Outre les ouvrages indiques dans notre Bibliographic (no« 24 & 32) et 
ceax que nous avons cit^s p. 211, note 1 et p. 318, note 1, on pourra 
consulter sur Teglise serbe de Hongrie les publications suivantes : 

Caplovid, Slavonien, U, pp. 1-230. 

Cy46a npaBocjaBHe npKBe y hctoihoj YrapcKoj (Lea DeaUndea de Vigliat 
orUiodoxe dam la Hongrie orieiUaJe), article ins^r^ par M. Yukicevic dans 
le JeTOMc de 1860 (n® 101, pp. 164-166, et n* 102, pp. 41-66). 

HapoAVH KoHrpecH OBOCTpaani Cp6a (Les Congrh nationaux de$ Series 
de ce coU [de la Save]), travail anonyme ins^rd par M. Yukicevid dans 
le JeronHC de 1^61 (n* 104, pp. 74-102), 1862 (no* 106, pp. 62-129; 106, 
pp.36-82) ; 1863 (n« 107, pp. 63-90). 

CpDCKa Hapo4Ha Kproa aa KaHOMiHO-HCTopauoi roiesy cboI| c e4ini 
cjoBoi y A04aTiy : o nodonocTH a ■apoAaocn. Hamcao Teo^aii XteiOBiii, 
6ei4aBCKi apxHaaB4pBT; (VEgliae nationale aerhe dana aea haaea canoniquea 
el hiatoriquea avec queHqtiea mots, aoua forme d^appendice, aur la religion et 
la nationaliti, par Th^ophane l^ivkoyic, archimandrite de Bezdin). Te- 
mesYdr, 1868, in-8. 

UepioBiHll ■ noiRTHieciiM Eun npaBOCiaanai Cep6oii ■ Boiozoai 
Bi aacTpiacKaxk seaian ch IX. CTOiiria 40 aacToamaro Bpeaen (L'exi- 
ateiiee religieuae et politiqw dea Serhea et dea Vdlaquea aur le territoire 
tMtridiien, depuia le IX* aitele jtuqti*h Vipogue actueUe), article ins^r^ par 
I'archimandrite Ars^ne dans le HCypaaji MaHRcrepcTBa ■apo4Daro npocafc- 

20 



404 



Du clergd rdgulier. 



Dioceses : 



Protopopies : 



Nombre d^ 
paroisses: 



Report 



(Arad . . 
Temcsvar 
Mokrin 



Diocese de VrSac: 



Diocese de Pakrac: 



\ Veliki Be6kerek 

Vrsac . . 
Bela Crkva 
Pancevo . . 

{Dolnji Rajic 
Belovar . . 
Pakrac . . 
Vocin . . 

Lika . . . 
Korenica 
Plagki . . 
Budacki . . 
Glina . , 
Kostajnica . 
Goinirijc ' . 
Gomji Karlovac, Trie- 
ste, Reka (Fiuuie) 
Total: 29 protopopies et 627 paroisses 7~ 



Diocese de Gomji Kar- 
lovac: (residence de 
Tevfique: Plaski). 



3 



163 



Le Sei-viiic du culte est fait, dans les dioceses que nous 
venous d'enuin6rer, k la fois par le clerge regulier et par le clei£4 
seculier. Nous pariefons s6parement de Tun et de Tautre. 

• DU CLERGY Rl^GULIER. 

La liierarchie serbe, comine la hierarchic orientate en g^ 
neral, repose Surla distinction fondamentale des moines et des 



Le nombre des protopopies 6tait auparavant de 60. G'eat Pancieime divi- 
sion que nons arons reproduite ci-dessus avec les documents itatiiti- 
ques pr^sent^s au Congr^s de 1870. 



Tableau dee divisions eceldsiasliques. 



403 



est r^gie par Tarticle XX® de la loi de 1847-48 qui lui reconnatt 
le droit de gerer librement ses affaires sous la surveillance de 
l'£tat, et par Tarticle JX"" de la loi de 1868, qui a consacr6 r6* 
troactivement la 16galit6 des Gongr^s de 1864 et 1865, et pro- 
Donc6 la separation des Serbes et des Roumains. A ces textes 
l^slatifs il convient de joindre le rescrit imperial dU 10 aoftt 
1868, lequel a sanctionnS pour les Gonfins militaires les decisions 
prises par les Gongr^s de 1864 et 1865, tandis que ces monies decisions 
Dtaient promulgu^es dans les comitats hongrois par une simple 
approbation ministeriellc. Enfin, trois des r^lements vot6s par le 
Congrfes de 1870 out obtenu en 1871 Tapprobation minist6rielle.*) 
C^est Tensemble de ces dispositions que nous voulons rSsumer 
brifevement. 

L^Eglisc scrbe comprend un archi-dioc^se et six dioceses ou 
eparchies, nombrc qui sera probablement reduit, quand le Gongrte 
sera d^barasse des cntraves gouvcrnementales. Les dioceses sont 
divises en protopopies ou districts, et subdiviscs en paroisses. Lfi 
nombre des protopopies a 6t6 reduit par Tar tide 9® du titre V^ 
du rescrit de 1868; en voici le tableau: 




Protopopies: 



Archidiocese dc K a r- 
lovci: 

Diocese de la Backa: 
(residence de Tevfequc: 
Novi Sad). 

Diocissc de Bude: (resi- 
dence de rev6que : Szent- 
Endre). 



{Karlovci . 
Zemun . 
Mitrovica 
Vukovar 

Novi Sad 
Sombor . 
Stari Bccej 
^abalj 



I 



Mohacs 
Bude . 



A reporter 



Nombre des 
paroisses : 



123 



60 



46 



229 



') Nous avons tu (p. 335) que le Cabinet de Pest prdtend (aire revivre le 
Dedaratorium iUyriaim, mais c'est 1& une pretention denude de tout fon- 
dement juridique. Ce texte ne puut plus aroir d'application que pour 
la discipline int^rieure de Teglise. 

26* 



406 Ahus commia par It haul eUrgi dam ha monastkres, 

le m^tropolitain Stankovic s'exprimait dans une circulaire dat^e^^se 
du 9/21 Janvier 1837: 

„I1 me revient de source authentique que certains snpSrieai 
des monast^res de Sirmie se conduisent d'une fa^on indigne d< 
leur ordre et commettent des exc^s qui sont pr^judiciables ai 
autres moines en m6me temps quails menacent de mine la fortunes mh 
conventuelle et rfivfelent au grand jour leur vie coupable. Quel — Mi 
ques uns, dont je tairai provisoirement les noms, ne vont guiresE^*:^ 
k r^glise que les dimanches et jours de f&te; ils n'y sonr 
ni recueillis, ni pieux, comme il convient k des moines, mais 
disputent pendant Toffice, on, ce qui est plus coupable encore, forcenr.M=K( 
le diacre officiant k descendre de son estrade. lis ne veulent poin\^3Bt 
se rendre k T^glise au troisifeme coup de la cloche et ne permetten^cKnt 
point que la messe commence en presence des fiddles, mais restent traiiKi^m- 
quil-lement assis en compagnie de femmes, et, quand Tidie leur pren ..^md 
d'aller k TSglise, ils le font annoncer par leur valet k rofficiaB^^ct, 
pour que celui-ci commence la messe .... J'ai appris en outi^n^^i^ 
que le vicaire charge de la comptabilit6, ainsi que les moinM^ _es 
ignorent comment les superieurs perdent au jeu des somm»> __es 
^normes appartenant au monasti^rc, donnent k leurs parents et 
amis, sans scrupule et sans retcnue, la fortune conventuelle* et 
d^vastent les for&ts du monast^rc. Ils ne mangent pas au refectolHre 
avec les moines, leur donnent unc mauvaise nourriture, le vin et 
Teau-de vie les plus, detestables, leur font des retenues sur le^ur 
pension quotidienne, leur paicnt leur traitement annuel sur le 
produit des offrandes de bienfaisance, et quand Tun d'eux est nrmii- 
lade, ne lui font point cherchcr de mfidecin. Ils regardent lei/r 
monast^rc, non pas commc une propri6t6 commune, mais comine 
leur appartenant en proprc. Si Tun des fr^res commet une faut^^ 
ils ne le corrigent pas avec humility, suivant les rfegles mona- 
stiques, mais cherchent k le faire entrcr dans un autre couvent. 
lis donnent aux moines des noms injurieux, au lieu de les exciter 
au bien par de bons exemples ..."*) 

Tel est le tableau effrayant que Stankovic tragait des mona- 
stferes serbes en 1837. Depuis lors la situation n'a pas change. 
Les archimandrites et les h^goumi^nes pillent pour la plupart leur 
couvent; les moines, r6duits a la condition la plus infime, ne 
trouvent plus k se recruter que parmi les declass^s de bas itage 



*) 2^r Loiung der $erht$chen Kirchenfrage^ pp. 63 sq. 



Tableau ilea fnoiwathres serhes en 187L 



407 



!t Ton peut affirmer qu'ils ne tarderont pas k disparattre entifere-^ 
nent. L'urgence d'une r6forme a frjipp6 le Congrfes de 1865 qui, 
eprenant Pidee adoptee par I'assembl^e de 1790, voulut donner 
ine destination utile au moins a une partie de Targent si foUe- 
aent dissip6 par les raoines. II s^agissait d'inventorier les biens 
onventuels et de les soumettre a une administration \ r^guli^re. Le 
escrit de 1868 admit ce principe, mais le gouvemement a refuse 
lepuis d^approuvcr la deliberation par laquelle le Congr^s del871 
lUouait k tous les membres du clerg6 regulier une dotation fixe, 
^s archimandrites devaient recevoir 1.200 fl., les h6goum^nes 
iOO fl., les simples moines, divis6s en 2 classes, devaient avoir 
.00 et 200 fl., plus la nourriture; tous les revenus conventuals 
levaient, apres defalcation de ces d6penses, tomber dans le tr^sor 
tommun. Le Cabinet de Pest s'est refus6 jusqulci h sanctionner 
ine r6forme, dont il appr6ciait lui-mfeme les excellents' eff^ets. D 
'.St r^solu k s^opposer par tous les moyens possibles aux progr^s 
les Serbes. Les archimandrites dissipateurs et les moines ignorants 
ui paraissent 6tre d'excellents alli6s. 

Void, dans I'^tat actuel, un tableau des monasteres serbes 
le Hongiie. Nous indiquons le revenu de chacun d'aprfes des ren- 
ieignements particuliers que nous avons rfiunis avec soin, mais 
lont nous ne pouvons garantir la parfaite exactitude, les archi- 
nandrites et hfigoumenes ayant toujours pris k t4che de dissimuler 
a fortune dont ils avaient la jouissance.*) 



Tableau des monasteres serbes en 1871. 



Dioceses : 



Karlovci 






Monasteres : 



Beocin 

Be^enovo 

Fenek 

Grgeteg 

A reporter 



Snp^ricnrs : 



arcbinaidrite 
hegoumi^ne 

fl 
archinandrite 



Rcnbrf 

des 

■•iiei : 



3 
3 
2 
4 



• • * • 



Revenu: 



10.000 fl. 
7.000 „ 
10.000, 
20.000, 



12 I 47.000 fl. 



■) Un inventairc • dft (ttre dresg^e, dcpnis 1869, par la commission admi- 
nistrative institute k Karlovci, mais nons ne croyons pas que les risul* 
tats en aient m publics jusqu'ici. 



408 



Tableau dea monaathres aerhe en tS7t. 



Dioceses: 



Monaathres : 



Sup^rieors : 



des 
■•iiei : 



Rerena: 



Karlovci 



II 
I) 

» 
I) 
I) 



Ba£ka 



Bade 

Cfoniji Earkvac 
Pakrac 



Temesvdr 



I) 

n 



I) 

VrSac 



Hopovo 

Jazak 

Kru§edol 

Euvezdin 

Privina Glava 

Bakovac 

§i§atovac 

Velika Remeta 

Vrdnik 

Bodjan 

Kovilj 

Grabovac 

Gomirije 

Lepa Vina 

Orahovica 

Pakrac 

Bezdin 

HodoS (Bodrog) 

Szent-Gyorgy 

Vojlovica 

Mesid 

Zlatica 



Report . • 

archimaDdrtte 
h^goum^ne 
archinaDdrite 



h^goum&ne 



I) 



archinandrite 



n 



hegoum^ne 



» 



I) 



archinaDdrite 



h^goum&ne 
archinaDdrite 
h^goum^ne 
Total . . 



12 

3 
2 
5 
4 
2 
2 
3 
2 
3 
4 
2 
2 
5 
3 
5 
3 
6 
2 
6 
3 
3 
2 



» 



B 



47.000 fl. 

10.000, 

5.000 

20.000 

10.000 

10.000, 

15.000, 

11.000, 

5.000, 

6.000, 

5.000, 

13.000, 

10.000, 

9.000, 

6.000, 

5.000, 

6.000 

28.000 

9.000 

20.000 

10.000 

15.000 

3.000 



84 



278.000 



n est possible que nos chif&es soient trop ^lev^s, inais nod 
He pensons pas que Terreur puisse 6tre tr^s-consid^rable.') 

Celui qui se destine aux dignit^s eccl^siastiques n^est gu&iv 
moine que de nom. Apr^s avoir §tudi£ la philosophie et le droJ<^ 

*) L'anteur anonyme de -la broehnre intitol^e: Zur LSumg dtr »tM»dm 
Rrehmfragt dit (p. 62) que ie nombre des moinea s'^l^ve k 60 enTiraS) 
mais nous croyons qu'il n'y comprend ni lea archimandrites, ni lea k^ 
gouminea, en aorte que Ie total aerait k pen pris le mdme. Quant i 1* 
fortune dea monastires, le mfime auteur I'^value k 3 nulliona de flonUi 
prodniaant on revenu annuel d'environ 200.000 fl. 



Deftris de hi hierarchic rigulihre. 409 

11 doit subir les examens th^ologiques. Ses degrSs une fois ob- 
tenus, il se rend dans un monast^re et y passe quelques mois 
comme novice (iskuSenik, monah), puis il est ordonn6 sous- 
diacre (ipodjakon) et diacre (djakon). En cette quality, il 
quitte le convent pour fetre attach6 k la personne du m6tropolitain 
ou de Tun des evfeques. S'il est attach^ k I'un des ^vfeques, il 
revolt le titre de protodiacre (pro to djakon); si, au contraire, 
il est appel6 auprfes du m6tropolitain, il devient archidiacre (ar- 
chi djakon), ce qui lui donne le pas sur les protodiacres et lui 
permet de parvenir plus tot au grade sup6rieur. Ce grade est celui 
desyncelle (sindjel). 

L6f syncelle a regu tons les ordres, il est prfetre et peut 
c616brer k Tautel. Avec le temps il devient protosyncelle et fait 
alors partie du haut clerg6. Comme les archimandrites et les 6v6- 
ques, il a le droit de porter Tomement lat6ral appel6 nabe- 
drenik. 

Les archimandrites (arhimandriti) forment, avant les Evfe- 
ques, le dernier degr6 de la hi^rarchie. lis ne sont point tenus 
de r^sider dans leur convent, oil ils se font remplacer par un 
pr^posE (namesnik) et remplissent aupr^s des 6v6ques les fonc- 
tions de grands vicaires. lis les remplacent au besoin et portent 
comme eux la croix d'or sur la poitrine. Ds doivent en outre, 
avec les autres membres du haut clerg6, professer dans les Ecoles 
ecclEsiastiques. lis sont actuellement au nombre de huit, c'est-lL- 
dire qu'il y a parmi eux 7 vacances. Quant aux autres membres 
du haut clergE, ils sont moins nombreux encore: on ne compte 
en ce moment que 2 protosyncelles, 2 syncelles et 1 archidiacre. 

Les Evfeques (episkopi) soi)t felus par le synode composfi 
des Evfeques et du secretaire de la nation; Pusage veut qu'ils 
soient pris parmi les archimandrites. Le Congr^s national, seul 
competent pour I'election du mEtropolitain, revendique avec raison 
le droit de nommer fegalement les Evfeques et prEtend ne pas fetre 
fprcE de limiter son choix aux archimandrites. 

Quant k Tarchevfeque (archiepiskop) ou mEtropolitain 
[metropolit), il est Elu par le Congrfes national, dans les for- 
mes que nous verrons ci-aprEs. C'est lui qui donne aux Evfeques 
la consEcration dont ils ont besoin avant de pouvoir exercer leur 
DiinistEre. 

Le mEtropolitain et les Evfeques doivent fetre confirmEs par 
le Roi ; ils doivent en outre acquitter, lors de leur nomination, une 



410 Hevmfii du mitropolitamst et cle$ Mque$. 

taxe assez &le\6e au profit du tr^sor hongrois, k moins. que par 
une exception toute personnelle, il n'en soit autrement ordonik&^) 
lis sont log^s dans Ics residences Episcopates et percoiveut dif- 
ftrents revenus. 

Le mStropolitain a la jouissance de la terre de Dalj, dont 
la concession faite par Leopold V' k 6mojevic a 6t6 renouyel^e 
par le § 4 du Declaratorium. Le produit de cette terre doit 
d^passer lOO.OOO fl. L'Evdque de la Backa per(;oit les revenus de 
la terre de Sirig afferm^e pour 52.000 fl. Quant aux autres £?&• 
ques le produit des biens qui leur sont affect^s ne d^passe pas 
5.000 k G.OOO florins; il est mSme inf^rieur k cette somme dans 
le dioctee de Gonyi Karlovac.^) 

Le m^tropolitain et les Evfiques avaient autrefois deux autres 
sources de revenus: la konvencija et la sidoksija. La kon- 
vencija fitait une redevance acquitt6e par les communes grec- 
ques-orientales et dont le montant 6tait determine par des con- 
ventions particuliferes ; la sidoksija {avdo^la) 6tait une taxe an- 
nuelle pay6e par le clerge s6culier et calcul^e d'aprfes le nomb 
des feux. Ces deux taxes out Ete remplacEes, aux termes du § 27 
du titre P' du rescrit de 1868, par une taxe unique perijue a 
profit du fonds inalienable de la nation. Les dioceses de Temesvi 
de VrSac et de la Backa paient annuellement 4 kreuzers; Tar- 
chidiocese de Karlovci, 3 kreuzers; les dioceses de Bude et d« 
Pakrac, 2 kreuzers ; le diocese de Gomji Karlovac, 1 kreuzer 
tfite d'habitant. Le m6tropolitain et r6v6que de Gon^ji Karlovi 
ont, par exception, le droit de pr61ever sur cette contribution 
somme figalc k celle quMls touchaient autrefois.') 

Le Congrfcs de 1870 avait d6cid6 que le mEtropolitain toi 
cherait un traiteraent fixe de 20.000 florins, mais cette riloTva^rne 
qui eftt procure au budget national de precieuses ressources c- i t 
au nombrc de celles que le Cabinet de Pest a refuse de san^HC- 
tionner. 





*) Le m^tropolitain pale: 3.000 fl.; Ics 6y^cs de Tcmesvdr et d& Zi 
Ba^ka, chactin 2.000 ; ceux de Pakrac et de Vrsac, chacun 1.000; e^hii 
de 6on\ji Karlovac, 800, et celui de Bude 500 11. Le principe de k 
separation de TlCglisc et de TlCtat devrait avoir pour consequence /4 
suppression de ces taxes. 

*) Voy. ci-dessus, p. 94. 

*) Le produit de la contribution, avant les preUvements antorises par Je 
reicrit, doit Atre d'environ 26.394 fl. 58 kr. 



Organisation dea paroiaaes, 411 



DES PAROISSES ET DU CLERGY SECULIER. 

Le clerg£ s^culier ne relive point seulement des ^vSques; 
il depend, comme dans la primitive Eglise, de Tassembl^e des 
fiddles; il importe done de conniattre Porganisation des paroisses, 
avant de parler des ministres du culte. 

Tons les Serbes de religion grecque-orientale, domicilii dans 
une mSme paroisse fonnent une comniunaut^ (opstina). Les lo- 
calit^s qui renfennent plusieurs eglises, oil il y a par consequent 
plusieurs cures, ne forment pourtant qu^une seule paroisse, une 
seule communaute. Les hommcs &g6s de 24 ans au moins, qui 
contribu^nt a Tentretien de T^glise et des 6colcs (biraci) jouis- 
sent de prerogatives particuli^res. Dans les communautes oil ils 
ne sont pas plus de 50, ils forment k cux seuls TassemblSe ec- 
clesiastique (crkvena skupstina); dans les communaut^s plus 
importantes, ils nomment au contraire cette mftme assembl^e k 
reiection. Les membres de la skupstina sont aunombre de 30, 
dans les conununautes comptant moins de 2.000 &mes, au nombre 
de 60, dans celles qui out de 2.000 k 4.000 ^cs, au nombre de 
90, dans celles qui ont de 4.000 k 6.000 ftmes, enfin au nombre 
de 120, dans celles qui d6passent ce dernier chiffre. Peuvent fitre 
eins tons les biraci dg^s de 30 ans accomplis, excepts ceux qui 
sont comptables de deniers on de biens appartenant k la commu- 
naute. L'assemblee est 61ue pour 6 ans; elle nomme elle-m&me 
son president et se r6unit au moins deux fois par an, aux mois 
de mars et de septembre. Elle arrfite le budget paroissial et prend 
toutes les mesures qui lui paraissent utiles. Elle est seule com- 
p6tente pour 61ire le cur6. 

La skupstina d615gue un comity permanent (odbor) 
charge de veiller de plus prfes aux intfirfits de la communaut6. 
Le comitfi se compose d'un president, d'un vice-president, de 8 
membres au moins et de 24 membres au plus. D^accord avec le 
president de la skupstina, il pent provoquer une reunion de 
Tassembiee. 

La hierarchie s^culi^re comprend les degree suivants: sous- 
diacre (ipodjakon), diacre (djakon), pope ou cur6 (pop, 
paroh, svestenik) et protopope (protopop, protojerej, 
pro to). Quand une cure devient vacante, le consistoire dioc4sain 
la met au concours par la voie de publications faites dans les 



412 Mode de nomination dea curh el prolopopes, 

journaux. Les concurrents doivent justifier d'une vie religieuse et 
d'nn examen subi devant le consistoire ; il n'est pas n^cessaire qu'ils 
aient encore 6t6 ordonn6s prfitres. A Texpiration du terme fix6 
pour Tadmission des demandes, les membres de la skupgtina 
choisissent celui des candidats qui leur agr^e ; mais, pour que Fe- 
lection soit definitive, il faut que T^lu ait r§uni les deux tiers 
des voix. Si cette condition n^est pas remplie, la nomination est 
faite par le consistoire. 

Le cur6 ainsi nomm6 doit fetre mari6; il est confirm^ par 
le consistoire, et Tfivfeque lui conftre, s'il y a lieu, les ordres ec- 
cl^siastiques. 

Les protopopes sont charges de Tadministration d'un district, 
en m6me temps qu'ils desservent une cure. Lem* double fonction 
k dd faire imaginer un mode special de nomination. Ds sont 41us 
par une deputation dans laquelle chaquc communaute du district 
est representee par 2 membres. La paroisse, dont le protopope 
doit fetre le cur6, ayant un intfirfet preponderant, nomme a elle 
seule un nombre de representants egal au tiers de la deputation 
tout entifere. Les eiecteurs peuvent porter leurs suffrages soit sur 
un des prfitres du district, soit sur un prfetre quelconque du dio- 
cese ou meme d^un autre diocese. 

Les evfeches de Pakrac et de Gomji Karlovac, qui sont 
pauvres, possfedent un certain nombre de vicaires (pomocnici), 
dont le traitement est naturellement moins eieve que celui des 
cures. Quant aux diacres, il ne s'en trouve que dans les paroisses 
importantes. La comraunaute qui veut entretenir un diacre et lui 
assurer un traitement suffisant, en donne avis au consistoire, qui 
met la place au concours, dans les formes usitees pour la nomi- 
nation des cures. 

Le traitement des popes et protopopes se compose d'uue 
session de terre, d'un traitement fixe et du casuel. 

L'etendue de la session varie suivant les comitats et suivant 
la classe k laquelle elle appartient. Elle contient, en tout cas, one 
maison d'habitation et pent nourrir une famille mfeme nombreuse. 
Lorsque la paroisse ne possfede point de session de terre, ou n'en 
possfedc qu'une portion, le cure regoit une indemnite calculi i 
raison de 300 fl. pour la session complete, dans les trois diocfeses 
de Temesvar, de Vrsac et de la Backa, et de 200 fl. dans le3 
autres. 



TraiterMfU du dergi s^culim'. 



413 



Le traitement fixe vane suivant rimportance de la commu- 
naiit^. Le rescrit de 1868 divise les paroisses en 6 classes, d'aprfes 
la population, et alloue aux cures le traitement suivant: 

Premifere classe: 1.800 amcs et au-dessus*) .... 1.000 fl. 

Seconde * „ 1.600 k 1.800 ftmes 800 „ 

Troisi^me „ 1.400 i 1.600 „ 700 „ 

Quatri^me „ 1.100 a 1.400 „ 600 „ 

Cinquifeme „ 900 k 1.100 „ 500 „ 

Sixifeme „ 700 i 900 „ '. 400 „ 

Le dioctee de Gornji Karlovac, plus pauvrc que les autres 
dioc&ses, n'a que 3 classes dont la dotation est ainsi rSglee: 

Premiere classe: au-dessus de 2.000 limes .... 700 fl. 

Seconde , de 1.600 k 2.000 imes 500 „ 

Troisi^me „ moins de 1.600 &mes 400 „ 

Le tableau suivant indique le nombrc des cures par diocese, 
en m&me temps que la classe k laquelle ils appartiennent : 








Cvxia de: 




l*r. 


2« 


3« 


4. 


6e 


classe 


classe 


classe classe 


classe 

_ . 


9 


15 


7 


22 


28 


22 


20 


17 


10 


3 


3 


2 


1 


4 


2 


26 


20 


19 


26 


12 


14 


14 


13 


9 


19 


4 


5 


9 


20 


20 


41 


40 


52 
118 


J» 


n 


119 


116 


91 


84 



6e 

classe 



Total 



Vi- 
caires 



EarlOYci 


•123 


Backa 


60 


Bude 


46 


Temesvar 


84 


VrSac 


74 


Pakrac 


104 


Gornji Karlovac 


136 


TotAl . . 


627 



56 
15 
38 
18 
25 
49 



201 



137 
87 
50 

121 
94 

107 

133 



II 

n 



30 ' 



729 38') 



Le traitement total des 729 cur6s et desservants s'61feve ainsi 
k 431.500 florins, savoir: 

*) Plusieurs cures richement dot^es, dont la population est inf^rieore k 
1.800 &mes, sont par exception de la premiere classe, par exemple les 
3 cores qui composent la paroisse de Pest. 

*) Les tableaux qui se trouvent k la suite du rescrit de 1868 sont fort peu 
clairs et ne correspondent pas entre eux pour les deux dioceses de Te- 
mesy^ et de Vrsac. Nous ayons t&ch6 de les mettre d^accord, en r^u- 
nissant le district de Pan^ero au diocese de Vrsac. 





X4 Situation inttUteiutUe d» bat clergi. 

!«• classe: 78 curfe ik 1.000 fl.; 41 4 700 fl. = 106.700 fl. 

2» , 76 „ , 800 i 40 „ 500 , = 80.800 , 

3» „ 66 „ „ 700 „ 52 , 400 , = 67.000 „ 

A* „ 91 „ „ 600 „ 54.600 , 

5* , ■ 84 „ „ 500 „ 42.000 . 

6« „ 201 , „ 400 , 80^,, 

Ensemble 431.500 fl.' 

En sus dc CQ traitcment, les protopopes regoivcnt S\ de 

toutcs les sommes dcpqnsees par chacune des communautcs de 

leur district pour les besoins de la paroisse. Dans le dioctee de 
Gomji Karlovac, ils ont un traitement fixe de 900 fl. 

A chaque protopope est attach^ un pr6tre qui est considd 
comme cure de 6"" classe et revolt 300 fl. dans le dioc^e de Gomj 
Karlovac, 400 fl. dans les autres dioceses. 

Le minimum du traitement allou6 aux diacrcs est de 400 ff . j^ 

Le casuel (s t o 1 a) est presquc enti^rement supprim6 par l^^n^ ^ 
rcscrit de 1868, cependant le § IG"" du titre l''" accorde cncoi^^-c 
aux prfetres des indemnit6s particulicres pour diverses cfir&nonie^^s. 

Cette organisation est d'une remarquable simplicity; elle i^iks- 
sure aux Serbes un clerg6 patriote et doit avec le temps mpi f — t p. 

fin aux abus qui avaient exists jusqu*ici. Le reproche qu'on pc at 

encore adresser aux prfetres est de manquer d'instruction. I iCS 

mcmbres du clerg6 s6culier, les archimandrites et les protosgpm- 
cclles, qui devaient veiller k leur instruction, sont rest^s par ^gpa- 
resse et par incurie au-dessous de leur tdche. Les 6coles th^c^io- 
giques de Earlovci, de Yrsac et de Plaski ue donnent qu^m ^o- 
seignement insuffisant; elles manquent a la fois de livres et de 
professeurs, et les aspirants a la pretrise y puisent rarement ^jes 
connaissances s6rieuses. L'empereur Joseph II avait accord^ aax 
Serbes une somme de 50.000 fl. pour la fondation d'un s^minaire 
mais les m6tropolitains Putnik et Stratimirovic la regardfereu/; 
peut-6tre avec raison, comme inutile. Depuis lors, Tfiducation des 
pr&tres s'est faite au hasard, mais leur ignorance pent causer on 
grave prejudice k la nation tout cnti^rc et le parti national doit 
se prfioccuper d'y porter remedc. 



OrganUation den dioc^esj d'aprhti It itatut de 1870, 415 

DES ASSEMBLIES DIOC^SAINES, DES CONSISTOIRES, DIJ CO- 
mt ADMINISTRATIF ET DU COMITE SCOLAIRE DIOCESAIN. 

Avant 1870, il y avait dans chaque diocese un consistoire 
qui possedait deux classes d^attributions trfes-distinctes. La pre- 
miere classe, relative k la discipline eccl6siastique, comprenait le 
reglemeut des conflits entre les divers membres du clerg^ Tappli- 
cation des peines disciplinaires aux pr^tres qui avaient d6merit6, 
la confirmation, ou suivant les cas, la nomination des protopopes, 
popes et diacres, la surveillance des registres matricules des pa-^ 
roisses, la connaissance des actions en nullity de manage, etc. 
Les attributions de la seconde classe 6taient purement administra- 
tives ; elles comprenaient le reglement des difficultSs qui pouvaient 
s*elever entre les instituteurs et les repr^sentants des commu- 
naut^s, Tadministration et la surveillance des ^coles nationalcs, 
les changements dans la delimitation des paroisses, la surveillance 
de la gestion financi^re des paroisses et des monast^res, etc. Aux 
termes du chapitref I*'' du titre IV* du resent de 1868, le con- 
sistoire etait diversement compost, suivant qu'il statuait sur les 
affaires de la premiere ou de la seconde cat^gorie, mais, dans les 
deux cas les 6v6ques, ou les autres repr6sentants du clerg6 se- 
culler, y avaient n6cessairement une grande influence ; or ce n'est 
pas sur les moines qu^on pouvait compter pour veiller aux int6r6ts 
de la nation. Le Congr^s de 1870, si d^sireux de donner une 
vive impulsion h, Tinstruction publique, a done fort bien fait de 
revenir sur les d6cisions du Congrfes de 1865, que le rescrit avait 
sanctionn6es. H a, d'une part, modifi6 la composition des consi- 
stoircs, il leur a, d'autre part, retire les affaires administratives 
et scolaires qu'il a confines ^ deux comites speciaux, enfin il a 
institu6 dans chaque diocese une grande assemblee Elective, cbar- 
gee de pr^sider k la formation de ces divers conseils. 

Les assemblies dioc^saines (eparhijske skupstine) sont 
composees du m^tropolitain ou de I'Sveque diocesain et de re- 
presentants du corps enscignant, du clerg6 paroissial et des com- 
munautSs serbes. Le nombre de leurs membres varic suivant les 
diocfeses ; il est de 82 pour Karlovci, de 73 pour la Backa, de 30 
pour Bude, de 90 pour Tcmesviir, de 73 pour Vrsac, de 62 pour 
\Pakrac et de 135 pour Gornji Karlovac. De plus tons ceux qui 



41 g Comit^s diociaaina, — ConseiU mdtropolUaina, 

appartiennent k la carricrc dc Teglise ou k celle de I'enseignement 
ont Ic droit d'etre cntcndus au sein des assemblees. 

Lcs consistoires dioc^sains (eparhijske kousistorije) 
se composent des protopopcs de district et d'un nombre de mem- 
bres eccl6siastiques et lal'ques fixe par les assemblees dioc6saines^ 
suivant les besoins locaux; un procureur (fiskal), un notaire, oa 
secretaire (beleznik) et un exp6ditionnaire (pisar) leur sont 
attach6s. Les membres qui doivent, s^adjoindre aux protopopes 
y compris le procureur, sont 6Ius par les assemblees diocesaines. 

Les consistoires ne conservent que les attributions purement 
ecclSsiastiques ^numSr^es ci-dessus. Le procureur soutient la va- 
lidite des manages attaqu^s devant eux. 

Les comites administratifs diocesains (eparhijski admi- 
nistrativni odbori) se composent d'un nombre de membres 
fixes par les assemblies diocesaines, qui doivent les dlire. C-es 
membres sont pour les deux tiers des lal'ques, et pour un tiers 
des eccl^siastiques ; ils s'occupent des affaires administratives por- 
tees autrefois devant les consitoires. 

Les comites scolaires dioc6sains (eparhijski skolski od- 
bori) se composent de 15 membres, savoir: Tinspecteur des licoles 
du diocese, 2 ecclesiastiques, 2 instituteurs et 10 membres la¥ques. 
L'inspecteur (referent) est nomm6 par le Congrfes national; les 
autres membres, par les assemblies diocesaines. Les comites s^oc- 
cupcnt des affaires scolaires prec6demment attributes aux consi- 
stoires, c'est-i-dire qu'ils statuent sur les conflits entre les institu- 
teur et les communaut6s, et surveillent les 6coles. 

L'inspecteur des ecoles revolt un traitement de 1.200 fl., 
plus 300 fl. de frais de voyage; le procureur du consistoire, qui 
est, dans la pratique un avocat de la ville, touche 300 fl. ; I'expe- 
ditionnaire en k 600. 

DU CONSEIL ECCLESIASTIQUE METROPOLITAIN ET DO CONSEIL 

DES ECOLES NATIONALES. 

Ces deux conseils complfetent Torganisation provisoire dc 
1870; ils statuent en appel sur les affaires soumises aux consis- 
toires et. aux comites dioc6sains. Le conseil eccldsiastique (me- - 
tropolicko-crkveni savet) se compose du metropolitain, pre- 
sident, de 2 ev6ques nommes par Tassembiee des evfiques, de 



J)u congrhs national. ^^f 

itres membres ecd^siastiques et de 3 membres lalques ^lus par 
congr^s national. Le secretaire de la nation y tient la plume; 
ifin un procurcur y est attache, comme aux consistoires. 

La competence du conseil est restreinte aux affaires purement 
clesiastiqnes. Les fonctions des membres qui le composent sont 
atuites; cependant, les membres 61u8 par le congrfes ont droit 
des jetons de presence pr^leves sur le budget national. Le trai- 
nent du secretaire est fixe k 1.000 fl. par le rescrit de 1868; 
lui du procureur est de 400 fl. 

Le conseil des.^coles nationales (narodno-skolski savet) 
compose de Tinspecteur general (glavni referent) des 6coles 
rbes et de 6 autres membres nomm^s, conmie lui, par le con- 
bs. Le secretaire de la nation y tient la plume. 

Le conseil connait en dernier ressort des questions sou- 
ses aux comites scolaires dioc6sains. Les fonctions des membres 
it gratuites, mais ils reQoivent des jetons de presence. L'in- 
M^teur general touche un traitement, de 2.000 fl., plus 400 fl. 
frais de voyage. 

Le dedoublement des conseils dont nous venons de parler, 
rganisation des assemblies dioc^saines, des comites eccl^siasti- 
3s et scolaires sont de tr^s-heureuses innovations du congrfes 
1870. L'influence de. rei^ment lalque dans I'administration des 
ns nationaux et de FEglise elle-mfime est d^sormais pr^pon- 
unte. Tous les Serbes sont appeler & g^rer les affaires com- 
nes. La multiciplicite de leurs assemblies, de leurs conseils, de 
rs comit6s doit avoir pour effet de resserrer les liens qui les 
ssent et de faire prendre 5. chacun une part plus active au 
eloppement national. 

DU CONGRfiS NATIONAL, 

Le Congr^s national est la base de Torganisation eccl^sia- 
[ue des Serbes. C'est le reste le plus precieux de leurs anciens 
aleges. L'assembiee n'est plus comp^tente que pour statuer sur 
affaires de TEglise, mais elle a du moins le droit, d'^lire le 
tropolitain ou le patriarche ; elle a conserv6 ce droit jusqu'au 
rd^ui, tandis que les congr^s catholiques, institu^s par la loi 
Tautonomie des divers cultes, ne sont pas autoris^s & nommer 
evftques. D r^sulte de ce rapprochement que les prerogatives 
lelles du congr^s serbe d^coulent bien des anciens privileges 

27 



418 



Du cofujrbs national. 



et non point de la nonvelle legislation religieuse de la Hongrie. 
A la m6me source se rattachent les droits du congrfes roumain, 
organis6 depuis la separation des deux peuples. 

' Des congrfes nationaux ont eu lieu en 1707, 1710, 1713, 1726, 
1731, 1744, 1748, 1749, 1769, 1774, 1786, 1790. 1837, 1842, 
1861, 1864, 1865, 1869, 1870 et 1871.^) Nous avons vu comment 
celui de 1872 fut dissous avant d'avoir 6t6 ouvert M. Jirecek a 
voulu distinguer entre les congr^s d^aflfaires (Verhandlungs- 
congresse) et les congr^s ^lectoraux (Wahlcongresse), mais 
cette distinction ne repose sur aucun fondement solide. Les de- 
putes au congr^s sont investis d'un mandat g6n^ral et peuvei 





*) Void la liste des publications relatives aox Congrds nationaux. On pen 
consulter sur les Congr^s de 1707 k 1744 (celui de 1726 except^), W 
traTafl de M. Vukiceyid, Jeroiiic, n® 104 (1861), pp. 76-81; — sur cd 
de 1744, en particulier, Jirecek, loe. eU,, pp. 24 sq. et Yitkovic, Cnoa 
HMiui, 2« partie, n^ 138-144, pp. 309-331,; — sur celui de 1748, Ji 
pp. 25-27, Yukicevic, pp. 81 sq. etYitkovi6, Cfloa., 3» partie, no» 61-6 
pp. 96-116; — sur celui de 1749, Jirecek, p. 27, Yuki6eyic, pp. 82 
et Yitkovic, 3^ parde, n<» 69 et 70, pp. 119-122; — sur celui de 17 
Jirecek, pp. 28-32, Yukicevid, pp. 83-96, le compte-renda public p 
B^kovic, JeTonHc, n*" 114 (1872), pp. 162-202 et Yitkovic, 3« p 
nos 111-117, pp. 306-372; —- sur celui de 1774, Jirecek, pp. 32-37 
Yukicevic, pp. 97-101 ; — sur celui de 1781, Jirecek, pp. 37 sq. et 
kicevic, pp. 101 sq.; — sur celui de 1790, Jirecek, pp. 38-44, Ynkide 
Jerome, n^ 106 (1862), pp. 66-129 et n<* 106, pp. 36-82 et lea Am 
6opa (Bibliographie, n* 27); — sur celui de 1887, Yukicevic, ler 
n® 107 (1863), pp. 63-79, le compte-rendu public par Constantin _ 
vie: OuHcaHHe Co6opa cjaBeHO-cep6cKorfc ■ BaiaxiicKon ciaBHon Bap^>jiji 
. . . .; Novi Sad, 1838, in-4 et I'ouvrage suivant: Cop6cni m^juuM 
KoHrpeci cHptu H86paiiie Hapo4M apxi-enHCKona ... TOpsecnoBaHO .orftnr 
1837. H34ao K. h. 0. B. P. (Le Congr^s national serbe tenu en 1837, poor 
Tclection de rarchevdque et m6tropolitain national); Novi Sad, 18dr, 
in-8, ouvrage cite par M. Yukicevic, mais qui manque k la fois k la Bi- 
bliographie de M. NovakoviiS et au supplement k ce repertoire iaaM pu 
M. R^kovic au JeronHc (n° 113); — sur celui de 1842, Pouvnge ate 
ci-dcssus, p. 211; — sur celui de 1861, les Pa>uMi Ca6opa ^BsUm^/h^ 
n*» 29); — sur celui de 1866, le Jeronac n» 111 (1866), pp. 248-307; - 
sur celui de 1869, le CpncM Hapo4U Ca6op (BibUographie, n* 32) et la 
brochure suivante extraite du Bm40b 4aH: TiacH n Cp6qd o pacipi 0p- 
joBaiKor Ca6opa 1869; (£chos de Serbie dans le d^bat do Coflgrti 
de Karlovci en 1869); Belgrade, 1869, in-8; — sur cenxde 1870 et 1871 
la brochure cit6e p. 318 (Zur U$ung der BmhUdM SM^m^ragt); - 
sur celui de 1872, le memoire in86r6 au leronc, n* 114 (1871), pp. 
114-128. 




e 




Composition du Congrhs national. 



419 



exp^dier toutes les a£Eaires qui leur sout soumises, sans qu'ils 
aient besoin de pouvoirs sp6ciaux pour prendre telle ou telle de- 
cision particulitee. 

Les questions politiques ne sont plus de la competence du 
congr^s, mais le § S"" de Farticle IX"" de la loi de 1868, Tappelle 
k statuer sur tons les int6r6ts eccl^siastiques et scolaires des 
Serbes, ne r^servant au Roi qu'un droit de simple surveillance. 
M. Jirecek ne reconnaissait aux deliberations de Tassembiee qu^une 
valeur purement consultative/) mais cette opinion, dej& contestable 
sous Tempire de la legislation anterieure & 1868, est absolument 
inadmissible en presence du texte que nous venous de citer. Le 
congr&s prend de veritables decisions, et la necessite d'une ap- 
probation du gouvemement ne change rien & leur caractfere. Ce 
qui le prouve c'est que le gouvemement peut refuser sa sanction 
aux mesures votees par Tassembiee, mais ne peut y substituer sa 
volonte propre. 

Les elections pour le congrfes national sont organisees par 
le reglement special de 1870. Aux termes de ce reglement, Pas- 
sembiee compte 25 membres ecciesiastiques et SO membres lalques 
ainsi r6partis: 



Dioctees: 


Ecdidast 


Lalques: 


Karlovci 


5 


7 


Ba5ka 


3 


7 


Bude 


2 


2 


Temesvdr 


4 


8 


Vrsac 


3 


• 

8 


Pakrac 


3 


5 


Gornji Karlovac 


5 


12 


Pakrac et G. Karlovac 
Total . . 


n 


1 


25 


50 



Les circonscriptions eiectorales sont fixees par Ic reglement. 
Sont eiecteurs tous les ecciesiastiques sans distinction de grade 
et tous les laKques qui ont le droit d'elire les membres des as- 
sembiees paroissiales ; cependant, pour les lalques, le suffrage est 
^ deux degres. Tous ceux qui concourent & la nomination des as- 



') Hitrairchief p. 50. 



27* 



^20 Election du mdtropoHlain par le congrh, 

semblees paroissiales sont electeurs priinaires; lis nomment un 
electeur secondaire par 200 d.mes. Dans les communautes de Gomji 
Karlovac, Zagreb, Reka (Fiume), Subotica (Szabadka), Szeged et 
Eger (Erlau), il y a un 61e'cteur secondaire pour 50 imes. Les 
electeurs secondaires ne peuvent fetre pris parmi les fonctionnaires 
publics; ils se reunissent au chef-lieu de la circonscription, nom- 
ment un president et precedent au vote. Ils 61isent seuls les de- 
putes laiques et concourent avec les membres du clerg6 a la no- 
mination des deputes eccl^siastiqAies. Le congr^s statue, s'il y a 
lieu, sur les elections dont la validity est contestee. 

Le congrfes doit s'abstenir d'aborder les questions politiqueS) 
mais, c'est 1^ croyons-nous la seule limite apport^e & sa compe- 
tence, n pent traiter toutes les affaires eccl6siastiques, scolaires, 
economiques qui int6ressent les Serbes. Une de ses prerogatives 
cssentielles est T^lection du m6tropolitain. A ce sujet se presente 
une question controvers6fe. Au congrfes de 1790, le commissaire 
imperial d6clara que les deputes devaient faire Telection a I'u- 
nanimite, que, dans le cas oil I'unanimite ne serait pas atteinte, 
la Cour se r6servait le droit de nommer directement le m^tropo- 
litain.^) Le Cabinet de Pest a voulu arguer de cette declaration, 
au moment oil devait se r6unir le Congrfes de 1872, dans I'espoir 
que les 3 clericaux qui en faisaient partie refuseraient de se rallier 
a la majorite liberale, et qu'ainsi le gouvemement pourrait nonuner 
un homme de son choix. II saute aux jeux que la pretention (Ju 
lieutenant-mar^chal de Schmiedfeld en 1790 n'avait aucune valeur 
juridique et ne pouvait se produire que sous le regime du bon 
plaisir. Quelque opinion que Ton puisse avoir de Pesprit constitu- 
tionnel des Magyars, on doit rejeter Targument tir6 du pr6c6dent 
de 1790, comme une miserable chicane. 

Le congr^s ne pent se r6unir sans Pautorisation gouveme- 
mentale. La faculty d'autoriser ou d'interdire la reunion r6sulte 
pour le gouvemement de la loi de 1868. Celui-ci se fonde sur la 
mfimeloi et sur le droit de surveillance qu'elle lui attribue, pour 
revendiquer le droit de se faire representer h, I'assemblee par un 
commissaire special. II pent emettre cette pretention et la faire 
pr6valoir, puisque les Serbes sont ^ sa merci, mais ce n'est pas 
une raison pour vouloir ressusciter lec6r6monial surann6 consacre 
par le Declaratorium. Les d6put6s au congrfes de 1872 ont 



») Cfl JeroMc, n* 106, p. 79. 



De» syiiodet, 421 

6t6 de ce sentiment. lis ne se sont point opposes h, ce que le com- 
missaire royal assistAt a leurs d^libemtions, raais ils ont courageuse- 
ment refuse de lui rendre des honneurs empruntes aux lois f6o- 
dales et incompatibles avec la dignit6 des citoyens d'un 6tat mo- 
derne. *) 

DES SYNODES. 

D'aprfes les ancicns canons, il devait y avoir au moins deux 
synodes par an dans chaque province eccl6siastique. Le concile de 
Nic6e n'en exigea plus qu*un,*) et, dans la pratique, les reunions 
devinrent peu h, peu moins reguliferes. Cependant nous savons que 
jusqu'^ I'avfinement de Marie-Tli6rfese, les fivfeques serbes se r6uni- 
rent fr6quemment, sans se croire obliges de soUiciter Tautorisation 
du pouvoir central. Un resent du 16 septembre 1760 rendit cette 
autoris^ition obligatoire; un autre rescrit du 14 fevrier 1763 y 
ajouta la nomination d'un commissaire imperial; enfin le Decla- 
ratorium de 1779 renouvela Tune et Tautre disposition. 

Les synodes se composent des 6vfeques et du secretaire na- 
tional. 

Sous I'empire de la legislation actuelle, il en est, croyons- 
nous, de ces assemblies comme du congrfes national, en ce qui 

>) Le Gongr^s a-t-il le droit de d^cerner au m^ropolitain le titre de pa. 
triarche ? Nous n'h^sitons pas 2i r^pondre afdrmatiYement Le titre donn^ 
au chef de P^glise n'est pour les Serbes qu'une question int^rieurc; il 
ne change rien k la situation du m^tropolitain en face du pouvoir cen- 
tral. S'il a 6t6 conf6r6 k Masirevic par d6cret imperial, ce n'a pu dtre 
que par derogation au principe. Le droit qu'ont les Serbes d*61ire leur 
chef religieux d^coule, nous Favons dit, des anciens privileges ; or, en 
le leur conc^dant, Leopold d^clarait qu^il ne serait rien change k la si- 
tuation du patriarche. „Isque archiepiscopus . . . ncut hactenu$ graeci 
,,ritus ecclesiis et ^usdem profession! s communitati praeesse valeat, etc." 
porte le privilege du 21 aoAt 1690. ITest-ce pas dire que Tarchevftque 
conservera son ancien titre? Nous croyons, en tout cas que, du jour 
od Cmojevic se rendit h Pinvitation de Leopold, le patriarcat serbe de 
Hongrie devint ind^pendant du patriarcat de Pec, et^^que d^s lors, il nc 
dependit plus que du Congr^s national de maintenir cette dignity h ses 
successeurs. Cf., en sens contraire, Jirecck, pp. 14 sq. Le statut orga- 
nique vote en 1870 n'apporte aucune restriction au choix du metropo- 
litain. Les deputes doivent avoir le droit de reiire mtoe en dehors 
des evdques, mais le gouvemement refuse energiquement de sanctionner 
cette innovation. 

«) Jire6ek, p. 12. 



422 Dtoehe de Kt^iievac. 

concerne rautorisation du gouvernement et renvoi d^un commis- 
saire. Aussi bien, ces assembl6es n'ont elles plus gu^re d'impor- 
tance. En dehors des questions purement th^ologiques, elles n'ont 
plus qa*k s'occuper de T^lection des 6y6ques, mais il faut 
esp^rer que le congr^s ne tardera pas k 6tre mis en possession 
du droit de proc6der k cette nomination. Par \k seulement, les 
Serbes auront des pr^lats 6clair£s et patriotes. 

Dl) DIOCSSE GREC-UNl DE RRI2EYAC. 

Nous avons d6jk fait connattre sonmiairement les divisions 
et la population dc ce diocese, qui compte en tout 22 paroisses. 
L'fevfeqiie relfeve de Tarchevfique catholiqu(^ d'Esztergom, primat 
de Hongrie; il est par consequent dans la m&me situation que 
les 6v6ques grecs-unis ruthfenes d'Epeijes et de Munkacs, tandis 
que les fivftques grecs-unis roumains d'Oradea Mare (Nagyvfirad), 
de Oherla (Szamos-Ujvdr) et de Lugos relfevent du m^tropolitain 
d'Alba lulia, dont la residence est k Blasiu, en Transylvanie. 
L*annuaire de 1868 mentionne 2 chanoines, 27 cur^s ou vicaires 
et 20 il^ves du grand et du petit s^minaire. 



LISTE DES MfiTROPOLITAlNS ET DES fiVEQUES SERBES. 

Nous croyons utile de donner ces listes qui sont un guide 
pr6cieux pour la chronologie et Thistoire. Nous les avons dress^es 
k Taide de source trts-diverses et nous pensons qu^on les trouvera 
r^unies ici pour la premiere fois. 



Aj?chev^ques,Patriarches et Meta?opolitams serbes. 

I. Archevgques (r^sidant ^ 2i£a)/) 

1. 1221: Sava P' Nemanjic (Saint Sava), reconnu ind^pen- 

dant par le patriarche Manuel I" Charitopoulo^) f 12 
Janvier 1235 ou 1230;') 

2. 1236 (?): Ars^ne (Saint Arsfene), d6sign6 par Sava en 123S 

pour lui succeder f 28 octobre 1262 ou 1263 ; 

3. 1263 ou 1264: Sava II f « ftvTier 1270 ou 1271; 

4. 1272: Joannice P' f 27 avrU 127(?); 

5. ? Daniel P'; 

6. ? (entre 1279 et 1285): Eustathe P' t4 Janvier 1286(?); 

7. 1286 (?): Jacob t 3 fevrior 1292 (?); 

8. 1292: Eustathe II f 16 aoftt 1309; 

9. 1309: Sava HI f 10 ou 26 juillet 1316; 



*) Nous siiivons pour les archevfiques ot les patriarcbes les listes dress^es 
par Golubinsky, Inc. eiL, pp. 449-459 et 47:^489, oil les principales sour- 
ces ont 6t6 coordonn^es. On y trouvc aussi des variantes que nous croyons 
inutile de reproduire dans des listes qui nc servent ici que d'introduc- 
tion \i la hi^rarchie serbe de Ilongrie. 

*) Golubinsky donne p. 452 la date de 1219, mais 11 reconnalt p. 712 que 
la prC'conisation de Sava nc dut avoir lieu que plus tard. Nous r^tablis- 
sons la date indiqu6e par nous p. 24 d'apr^s Safarik (Qe$ch. d^r sudtlaw. 
Lit,, III, p. 84). Nous nous bornons h rectifier le nom du patriarche 
cecum^nique: Manuel I^^ au lieu de Germain II. 

*) Toutes les dates sont donnas dans le vieux style. 



4. 


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5. 


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6. 


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7. 


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8. 


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9. 


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10. 


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11. 


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424 Zw/e nf«« patriarchea Rerhen, 

10. 1316: Nicodfeme f 12 mai 1323; 

11. 1323 (14 septembre): Daniel II f 9 dfecembre 1337; 

12. 1338: Jo an nice II, proclam6 patriarche par Tempereur 
Dugan 1346. 

2. Patriarches (r^sidant ^ 2i£a, puis h Pad). 

1. 1346: Joannice 11, f 3 septembre 1354; 

2. 1354 (d6cembre): Sava IV f 29 avril 1375; 

3. 1376 (3 octobre): Ephrem f aprfes 1382; 
(entre 1382 et 1387): Spiridion t (?); 
Daniel HI, exer^ait vers 1406; 
Say« V; 

(aprfes 1407): Cyril le I"; 
(apris 1420): Nicon f 19 juin 1427; 
Th6ophane, exer^ait en 1446; 
(entre 1446 et 1451): Nicodfeme; 
ArsfenlB n, (pendant son pontificat, le patriarcat est 
ruin6 par les Tares, 1459);^ 

12. ? (entre 1557 et 1574): Mac aire I", restaure le mo- 
nast^re de Pec; 
Paul; 

Antoine f vers 1574; 
(vers 1580): Gerasim; 
Sabbatius; 
Nicanor; 

18. (vers 1589^: Hi6roth6e f 17 Kvrier 1591; 

19. (vers 1592): Jean, est deliv»6 du joug turc en 1606 par le 

gouvemement autrichien f 14 octobre 1614; 

20. 1615 (?): Patsius I" f aprfes 1646; 

21. ? (avant 1650): Gabriel Raji6; 

22. 1663 (?): Maxim e, sacre Georges Brankovic despote, 28 sep- 

tembre 1663 t 3 octobre 1681; 

23. 1683: Arsfene m Crnojevic, passe en Hongrie 1690 

t 1706; 

24. 1696: Callinique !•' (grec de nation) f 16 aoAt 1710; 

25. 1691 (6 Janvier): Athanase I" (serbe de nation ?); 

26. 1712 (6 octobre): Moise (serbe de nation); 

27. 1725 (?): Arsfene IV Joanovic Sakab^nt (serbe de na- 

tion); patriarche serbe de Hongrie 1737 f 1748; 



13. 


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14. 


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15. 


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16. 


? 


17. 


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Patriarelies et mitropoUlains series, 425 

I. ? (aprts 1644): Jo an nice III (grec du Phanar); 
I ? Athanase 11 Gavrilovic (serbe de nation); 
? G a b r i e 1 n (serbe de nation) ; 
? Gabriel III (grec de nation); 
? Vincent (serbe de nation); 
? (aprfes 1743): Paisius n (serbe de nation); 
? Cyrille (grec de nation); 

? GabriellVde Chrome (grec de nation), se convertit 
k rislamisme en 1762, sous le nom de Mohammed 
EflFendi ; 
. 1763: Basile Brkid (serbe de nation); 
. 1765: Callinique II (grec de nation). 

Le patriarche cBcumSnique Samuel P' afferme le patri- 
arcat pour 30 bourses.*) 

3. Patriarches et M6tropolitains serbes de Hongrie.^) 

. 1690: Arsfene III Crnojevid, patriarche de Pec, confirm^ 

1695 t ^ Vienne, le 24 ou le 28 octobre 1706; 
. 1707: IsaYe Djakovid, 6vfeque d'Arad et de Temesvdr 1690; 

elu m^tropolitain au congrfes de KruSedol, le 24 mai 

1707 t i Vienne le 21 juillet 1708; 
. 1710: Sophronius PodgoriCanin, 6v. de Pakrac 1708; 

61u m^tropolitain au congr^s de Krugedol le 27 mai 

1710 t Jt Karlovci le 7 Janvier 1711 ;») 
. 1713: Vincent Popovic, 6v. de Bude vers 1700; 61u m6- 

tropolitain au congrfes de Karlovci, le 6 mai 1713 f ^ 

Karlovci le 23 ou le 24 octobre 1725 ; 
. 1726: Moi'se Petrovid, adjoint en 1718 au m^tropolitain 

Popovic comme coadjuteur pour la Serbie et la basse 

Sirmie; elu mdtropolitain au congrfes de Karlovci le 

16 mars 1726 f i Belgrade le 27 juillet 1730; 



') A vrai dire, le patriarche de Constantinople trafiqnait depuis longtemps 

du patriarcat de Pec. C'^taient platdt des sp^culateiirs que des prStres 

qui I'achetaient pour s'enrichir en quelques ann^es. L'exemple de ce 

Gabriel IV, qui se fit turc, suffit pour donner une id^e de la morality 

- de ces personnages. 

*) Nous suivons ici Golubinsk^, pp. 616-624 et le riacnv, YI (1854), pp. 
47-64. 

>) Le 7 Janvier est la date donn^e par le rjacHHi; plusieurs auteurs disent 
le 19 septembre de la mtoe ann^e. Gf. leronMc, n® 104, p. 78. 



426 pEUriarchei et mitropolitaifM Hrhet, 

6. 1781: Vincent Jovanovic, 6v. d'Arad 1728; 61u mfitro- 

politain au congris de Belgrade le 7 mars 1731 f ii 
Belgrade le 6 juin 1737 ; 

7. 1737: Arsfene Joanoyi6 Sakabent, patriarche de Pe6; 

Emigre en Hongrie 1737; est confirmfi 1741 f i Karlovd 
le 6 Janvier (selon quelques uns le 7 Kvrier) 1748; 

8. 1748: Isale Antonovid, 6v.d'Aradl731; fev.deVrSac l74U 

61u m^tropolitain au congrfes de Karlovci, le 27 aofit 174$ 
t le 22 Janvier 1749 ; 

9. 1749: Paul Nenadovic, 6v. de Gomji Karlovac 1742; ilu 

m^tropolitain au congrfes de Karlovci, le 16 juillet (selon 
quelques uns, le 20 juillet) 1749 f ie 15 aoftt 1768; 

10. 1769: Jean Gjorgjevic, 4v. de VrSac 1749; 61u m6tropo- 

litain au congrfes de Karlovci le 27 aoftt 1769 f le 23 
mm 1773; 

11. 1774: Vincent Joanovid Vidak, 6v. de Temesvdr 1759; 

61u mfitropolitain au congrfes de Karlovci le 5 juin 1774 
t i Dalj le 18 Kvrier 1780; 

12. 1780: MoKse Putnik, 6v. de la Backa 1757; 6v. de Teme- 

svdr 1774; 61u mfitropolitain au congrfes de Karlovci 
le 10 juin 1780 f le 28 juin 1790; 

13. 1790: fitienne Stratimirovic, 6v. de Bude 1786; 61u 

m^tropolitain au congrfes de TemesvAr le 29 octobre 1790 
t le 18 aoftt 1835; 

14. 1837: fitienne Stankovic, 6v. de la Backa 1833; flum^- 

tropolitain au congrfes de Karlovci, le 11 novembre 1837 
t le 31 juillet 1841; 

15. 1842: Joseph Rajacic, 6v. deDalmatie 1829; fiv. deVrgac 

1833; 61u mfitropolitain par le congris de Karlovci le 
1 1 septembre 1842 ; proclame patriarche par Fassemblfe 
populaire de Karlovci le 1*' mai 1848; confirm^ par 
rescrit imperial, le 3/15 d6cembre 1848 f le I*' dficem- 
bre 1861; 

16. 1864: Samuel Magirevic, (6v. de Temesvir; 61u m^tropo- 

litain au congrfes de Karlovci, le 24 juillet 1864; 
nomm6 patriarche par rescrit imperial, le I^/IS aoftt 
1865 t le 7 Janvier 1870. 



Eviquea d*Arad ei de VrSac. 427 



1. 1690: Isai'e Djakovic, 6vdque de Temesv&r et de leiiopolis ; 

61u mfetropolitain 1707 f 1708 ; 
}. 1710: Joannice Martinovid f 1723; 
(. ? Sophronius Ravanicanin; 

L 1728: Vincent Joanovi6; 61u mfitropolitain 1731 f 1737; 
). 1731: Isai'e Antonovid; 6v. de VrSac 1741; 61u m6tro- 

politain 1748 f 1749; 
}. 1741: Synesius Zivkovic; 
1. 1769: Pacome Kneiewi'c f 1783; 
I 1784: Pierre Petrovid; 6v. de Temesvdr 1786; 
h 1786: Paul Avakumovic; d'abord 6v. de Pakrac; 
). 1829: Nestor Jovanovic; 
I. 1835: Gerasim Rac; 

I 1853 : ProcopeIvackoyid;^Ju m6tropolitain roumain 1873 ; 
I. 1873: Visarion Romanu. 

Depuis 1865, le diocese d'Arad relive de la m^tropole 

roumaine de Sibiu (Hermannstadt, Nagy-Szeben). 

fiv^ques de Vi^dac et de ^Slar^oisebes. 

[. ? Parthenius, i la fin du XV sifecle;') 

t. 1695: Spiridion Stibica; 

L 1722: Molse Stanojevid: 

[. 1728: Maxime Nestorovic f 1738; 

). 1739: Euthymius Damjanovic f 1739; 

J. 1741: Is ale Antonovic; d'abord 6v. d'Arad; 61u mttropo- 
litain 1748 t 1749; 

f. 1749: Jean Gjorgjevid; 61u mfitropolitain 1769 f 1773; 

$. 1769: Vincent Popovid; confirm6 1774 f 1785; 

I. 1786: Joseph Jovanovic Sakabent; d'abord 6v. de Pa- 
krac, puis de la Backa; 

K 1806: Pierre Vidak; d'abord 6v. de Gonyi Karlovac; 

. 1829: Maxime Manujlovid; 6y. de Temesv&r 1833; 



*) Nons soivoiiB id les listes reprotfoites an fiaewn de 1854 (T. ¥!•, pp. 

54-87)| d'apr^s lea papiers de Muiicki; les principaleB additions que 

none y faiaons aont indiqu^ea en note. 
^ Cit6 par BOhm, €h§ch dta Tmuw Bonait, l^ p. 414k 



^2^ KvfqveM (fe Teniefwir et dt KagyVtiraiu 

12. 1833: Joseph Rajacic; (Pabord £y. de Dalmatie; £lu mk- 

tropolitain 1842; patriarche 1848 f 1*61; 

13. 1843: £tieniie Popovic, d'abonl 6v. de Pakrac; 

14. 1853: Emilien Kengjelac. 

En 18G5, le diocese do Vrdac et de Kar&nsebes est 
divis6 entre les Serbes et le Koumains: fiyfique serbe 
de Vrsac: Emilien Kengjelac; 6v6que roumain de 
Kar^sebes: Jean Popasu. 

fiv^ques de TemesvAr. 

1. 1690: Isai'e Djakovic, 6v. de Temesvdr et de lenopolis; 

61u m6tropolitain 1707 f 1708;*) 

2. 1710 (?): Joannice Vladisavljevic, confinn6 1722;*) 

3. 172G: Nicolas Dimitrijevii f 1744; 

4. 1745: Georges Popovid f 1757; 

5. 1759: Vincent Joanovid Vidak; 61u m6tropoIitaiii 1774 

t 1780; 
G. 1774: Mol'se Putnik, d'abord ks. de la Badca, 61u mitro- 
politain 1781 f 1790; 

7. 1781: Sophronius Kirilovi6; d'abord ev. de Bude f 1786 ; 

8. 1786: Pierre Petrovic; d'abord 6v. d'Arad; 

9. 1801: Etienne Avakumovid; d'abord 6v. de Gomji Kar- 

lovac ; 

10. 1829: Joseph Putnik; d'abord 6v. de Pakrac; 

11. 1833: Maxime Manujlovic; d'abord 6v. de VrSac; 

12. 1839: Pantelimon ZivkovicS; d'abord 6v. de Dalmatie, 

puis de Bude; 

13. 1853: Samuel Masirevic; elu metropolitain 1864; nommi 

patriarche 1865 f 1870; 

14. 1865: Antoine Nako; resigne ses fonctions 1871. 

fiv^ques de Nagy-Vdrad et d*Eger. 

1695. Ephr^me Banjanin. 

Nous ne savons quels fiirent les successeurs de ce*:i 



') Djakoyid portait, des I'ann^e 1690, Ic titre d'^v^ue de TemesTir ei 
d'lenopolis qui lui fut confirm^ par le privil6ge de 1695. Voy. pp. ^ 
et 79. 

•* 103, note 1. 



^ 



Eviquea de la Bct^ka. 429 

6v6que. En 1748, fut fonde l'6vftch6 grec-uni, dont void 
les titulaires successifs : ^) 

1. 1748: Melitee Kovac f 1770;^) 

2. 1776: Moise Dragosiu f 1787; 

3. 1788: Ignace Dorobantu f 1805; 

4. 1806: Samuel Vulcanu f 1839; 

5. 1842: Basile Erdelyi (Ardelenu) t 1862; 

6. 1862: Joseph Papp Szilagyi f 1873. 

Les Grecs-Orientaux du diocese de Nagy-Varad (Oradea 
Mare, Grosswardein) reinvent aujourd'hui du diocfese 
d'Arad. 

fiv^ques de la BaCka. 

1. 1695: Euthyme Drobnjak; ev. de Szeged; 

2. 1708: Etienne Metohijac;*) 

3. 1710: Christ op he, 6v. de la Backa et de Szeged; 

4 1713: Gr6goire Dimitrijevic, 6v.de la Backa, de Szeged 
et d'Eger; 

5. 1718: Sophronius Tomasevid f 1730; 

6. 1730: Visarion Pavlovic; 

7. 1757: Moise Putnik; 6v. de Temesvdr 1774; elu mfetropo- 

litain 1781 f 1790; 

8. 1774: Arsfene Radivojevic; d'abord 6v. de Pakrac, puis 

de Bude; se retire 1781 f 1783; 

9. 1781: Athanase Zivkovid, d'abord 6v. de Pakrac 11782; 

10. 1783: Joseph Joano vie S a k a b e n t ; d'abord 6v. de Pakrac ; 

6v. de Vrsac 1786; 

11. 1786: Jean Joanovic; d'abord 6v. de Gonyi Karlovac; 

12. 1807: G6d6on ^^etrovid; 

13. 1833: Etienne 'Stankovic; d'abordiv. de Bude; 61u m6- 

tropolitain-1837 f 1841; 

14. 1839: Georges Hranisldv; d'abord 6v. de Pakrac ; 11843; 

15. 1851: Platon Atanackovic; d'abord 6v. de Bude f 1867. 



') ScTiemalUmus ven. Geri DiotcuU Mttgno-VaracUnenns pro anno 1871. 
*) Voy. p. 118, 

*) Nous ne savons si ce personnage est le m^me qui figure dans le pri- 
vilege de 1695 comme ^vdque de Gomji Karlovac et de Zrinopolje. 



430 Eviques de Bude, de Mohdc$ et de Pozega, 

fiv^qnes de Bude. 

1. 1695: Euthymius Popovid, m6tropolitaiii de Bude;^) 

2. ? Vincent Popovid;*) 61u m6tropolitain 1713 f 1725; 

3. 1716: Michel Milosevic, archev6que de Bude^ f 1728: 

4. 1728: Basile Dimitrijevic t 1748; 

5. 1749: Denis Novakovid t 1767; 

6. 1770: Arsene Radivojevic; d'abord ev. de Pakrac; ev. 

de la Backa 1774 f 1783; 

7. 1774: SophroniusKirilovi<S;ev.deTemesvar 1781 11786; 

8. 1786: fitienneStratimirovic;61umetropolit. 179011835; 

9. 1791: Denis Popovic; 

10. 1821: Etienne Stankovic; ev. de la Backa 1833; elu 

mdtropolitain 1837 f 1841; 

11. 1834: Justin Jovanovic; 

12. 1836: Pantdlimon Zivkovid; d*abord ev. de Dalmatie; 

ev. de Temesvar 1839; 

13. 1839: Platon Atanackovic; ev. de la Backa 185111867; 

14. 1853: Arsgne Stojkovic. 

£veques de MohAcs et de Sziget. 

1. 1695: Euthymius Petovac; 

2. ? Ephr&me; 

3. ? Nicanor Milidcvid; ev. de Mohacs, de Sziget et 

d'Osek ; 

4. 1721: Maxime Gavrilovic f 1731. 

Le diocese de Mohacs est rduni k celoi de Bude 1731. 

ifiv^qnes ou M^tropolitains de Poj^ga. 

1. Basile 1^; exergait en 1524; 

2. Joseph; exerQoit en 1634; 

3. Basile II; exergait en 1650.*) 



*) C'est le titre qu6 lui donnent deux documents de Pann^e 1698 pabli^a 
par M. Yitkovid, CnoaoBNiui us 6yAHHCKor h nemraMCKor Apxm, 1«« par- 
tie, n<» 1 et 2. 

*) Popovid prend tantdt le titre d*6vdqae, tantdt celoi de m^tropolitain. 
Voy ibid, nos 94 et 103. 

') Ibid, n® 92; aiUeurs il n'a que le titre d'^ydque, n* 168. 

') Voy. Oaplovi^, SlawnUmh H, p. 152. 



Evique* de Petkrac el de Goifiji Karlovac. 431 



ifiv^ques de Pakrac et de Slavonie. 

I. ^vdques grecs-unis. 

1. 1688: Longin Rajid f 1694; 

2. 1694: Pierre Ljubibratic, confirme 1699 f 1704; 

3. 1694: Jean Ljubibratic, cMe la place k Tevfeque grec- 

oriental 1706.0 

2. Ev§ques grecs-orientaux. 

1. 1708: Sophronius Podgoricanin; elumetropolitain 1710 

t 1711; 

2. 1713: Basile Rajic; 

3. 1717: Athanase Radosevic; 

4. 1722: Nic6phore Stefanovic; resigne ses fonctions 1743 

t 1749; 

5. 1746: Sophronius Joanovic f 1759; 

6. 1759: Arsene Radivojevic; 6v. de Bude 1770; 6v. de la 

Backa 1774 f 1783; 

7. 1770: Athanase Zivkovic, 6v. de la Backa 1781 t 1782; 

8. 1781: Joseph Joanovid ^akabent; ev. de la Backa 

1783; ev. de Vrsac 1786; 

9. 1783: Paul Avakumovic; 6v. d'Arad 1786; 

10. 1786: Cyrille Zivkovic; 

11. 1808: Joseph Putnik; 6v. de Temesvar 1829; 

12. 1829: Georges Hranislav; ev. de la Backa 1839 f 1843; 

13. 1839: Etienne Popovic; 6v. de Yrsac 1843; 

14. 1843: Eticnnc Kragujevic; 

15. 1864: Nicanor Grujic. 

fiv^ques do Goiiyi Karlovac.') 

1. 1695: Etienne Metohijac; 

2. 1713: Daniel Ljubotina f 1739; 



*) Voy. ci-dessuB/pp. 71, 84, 91. 

*) Bf. NedeljkoTic donnc cette liste et ceUe de la page saiYante dans le 

dloTosHc de 1873, p. 143; uous avons rectifid d'apr^^s la liste da fjacHNK 

quelques errcors de date qui lui out 6chapp6. 



432 Evique de Zrinapolje et de Croatie, 

3. 1742: Paul Nenadovic; elu metropolitain 1749 f 1768; 

4. 1751: Daniel Jaksic t 1771; 

5. 1774: Pierre Petrovic; reuuit les deux dioceses de Gomji 

Karlovac et de Eostajnica; 

6. 1783: Jean Jovanovic; 6v. de la Backa 1786; 

7. 1786: Genadius Dimovic f 1796; 

8. 1798: £tienne Avakumovic; cv. de Temesvar 1801; 

9. 1801: Pierre Vidak; 6v. de Vrsac 1806; 

10. 1807: Moise Mijokovic; 

11. 1828: Lucien Musicki f 1837; 

12. 1839: Eugene Jovanovid; 

13. 1858: Ser