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Full text of "Les six raisons du Dr. Verge contre Le Catholique de Quebec refutees"

LES SIX BAISONS 

DO 

DR VEEGB 

CONTKB 

LE CERCLE CATHOLIQUE DE QUEBEC 

RÉFUTÉES PAR 

M. Ph. Landry 

Député à la Chambre des Communes 



(Du u Courrier du Canada "j 



QUEBEC 
1884 

h 
ça. 



1207^5 



\ 



LES SIX RAISONS 

DU 

D R VERGE 

A M. Chs Verge, M. D. 
Mon cher docteur, 

Il vous plaît de descendre dans l'arène 
et de vous servir de la publicité des jour- 
naux pour faire connaître à toute une 
province les graves raisons qui vous ont 
décidé à résigner votre titre de membre 
du Cercle catholique de Québec. 

C'est bien là votre droit, quoique per- 
sonne, j'en suis sûr, ne voie la nécessité de 
donner à une démarche, si simple en elle- 
même, tout l'éclat que vous lui voulez. 

'* La charité chrétienne " que vous invo- 
quez, " les règles de la bienséance " aux- 
quelles vous faites un appel désespéré, vous 
dictaient sans doute cette impérieux devoir 
de traîner devant le public une question 
qui n'est pas de sa compétence, de répon- 
dre publiquement à une lettre privée» 



Mais encore une fois je veux bien croire 
que c'est votre droit, et je ne vous chica- 
nerai pas de l'exercer. 

Convenez, à votre tour, que je suis par- 
faitement justifiable de répondre à votre 
attaque et que rien ne m'empêche de me 
défendre et de défendre en même temps 
une institution contre laquelle on vous a 
bien imprudemment lancé. 

Et n'allez pas dire qu'il n'est aucune- 
ment question de moi dans votre lettre, et 
qu'à ce point de vue j'ai bien tort de croi- 
ser le fer avec vous. 

Non, vous savez mieux. 

Je suis doublement attaqué. D'abord, 
d'une manière général. En efFot, si vos 
raisons sont bonnes, si les accusations que 
vous portez contre le Cercle catholiquo 
sont fondées, alors tous les membres qui 
composent cette institution et qui conti- 
nuent, surtout après et malgré votre 
publique dénonciation, à en faire partie 
sont des coupables, de vrais publicains 
avec lesquels " la bienséance " au moins ne 
vous permet pas de frayer plus longtemps. 

Or, je suis l'un des membres du Cercle 
catholique et je continue à en faire partie. 



— • — 

Donc, votre attaque contre le Cercle 
m'atteint. 

Elle m'atteint encore, et d'une manière 
toute particulière et bien indéniable, lors- 
que vous sortez votre second grief et que 
vous signifiez au Cercle votre profond 
mécontement de ce qu'il a osé '■ faire 
" en quelque sorte l'apothéose de certains 
" hommes que l'on savait en lutte ouverte 
'• avec Mgr l'Archevêque ou avec quel- 
" ques unes de nos institutions religion- 
" ses. " 

Cette raison sera pulvérisée, à son heure. 
Je ne la cite, pour le moment, qu'alin 
d'établir, sans dispute possible, que votre 
lettre est une double attaque contre moi. 

Eh bien ! je me défends. 

Il me fait .peine, croyez-moi, d'avoir à 
lutter contre vous et je déplore la néces- 
sité de vous combattre. Mais, veuillez ne 
pas l'oublier, je ne vous ai nullement 
provoqué, et vous ne pourrez jamais dire 
que j'ai commencé les hostilités. 

Je vous félicite tout d'abord d'avoir eu 
le courage de donner ce que vous appelez 
les motifs de votre démarche. C'est un 



courage que tout le monde n'a point, 
soyez en sûr, et bien peu de personnes le 
pousseraient jusqu'à faire connaître publi- 
quement des motifs que répudie la voix de 
leur propre conscience. 

Mais je vous crois sincère. Seulement, 
permettez-moi de vous le dire, vous êtes 
dans l'erreur. % 

Je le prouve. 

Quelle est votre première assertion ? 
Je vous cite : 

" lo C'est qu'il existe au sein du Cercle 
u catholique un certain groupe qui ne se 
" gêne pas de critiquer tous les actes 
" émanant de nos autorités religieuses et 
" qui, nonobstant les préceptes de la 
a charité chrétienne, cherche constamment 
" à trouver en faute telle Institution qu'on 
" ne trouve pas assez catholique, bien 
" qu'elle ait reçu, en maintes circonstances, 
" l'approbation solennelle du Saint-Siège 
fl et qu'elle soit placée sous la surveillance 
" immédiate de Nos Seigneurs les Evê- 
• ; ques. " 

Cette première assertion contient deux 
accusations que vous portez contre un 
certain groupe du Cercle catholique. 

Vous l'accusez, en effet — le groupe et 
non le Cercle — : 



— 7 — 

lo De critiquer tous les actes de l'au- 
torité religiouse. 

2o De chercher constamment à trouver 
l' Université-Laval en faute. 

Entendons-nous bien maintenant, mon 
cher docteur ; la définition, vous le savez, 
est l'âme de la discussion, 

Vous dites donc qu'il existe au sein du 
Cercle catholique un certain groupe. 

Vous accusez ce groupe de deux choses, 
de critiquer l'autorité religieuse, de tramer 
contre Laval. 

Vous ne prouvez rien, c'est entendu ; 
c'est d'ailleurs plus facile. 

Puis, tout à coup, par une transition 
qui n'a pas de nom, vous faites peser sur 
le Cercle lui-même ce que réellement 
vous ne reprochez qu'à un groupe. 

C'est bien cela, n'est-ce pas ? Vous 
donnez votre démission de membre du 
Cercle catholique, non pas parce que le 
Cercle aurait critiqué l'autorité religieuse 
ou tramé contre Laval, mais uniquement, 
et c'est vous même qui le dites, parce que 
dans ce Cercle il existe un certain groupe 
qui, à vos yeux du moins, s'est rendu 



_8~~ 

coupable des deux fautes que voua lui 
reprochez. 

C'est-à-dire, et votre conduite le prouve, 
vous rendez le Cercle responsable des 
opinions du groupe, le tout solidaire do la 
partie, 

A ce compte-là, mon cher docteur, si 
vous voulez être conséquent avec vous- 
même, il vous incombe un impérieux 
devoir. 

Sans plus tarder, donnez votre démis- 
sion comme professeur à l'Université- 
Laval ; la même raison vous y oblige. 

En effet, M. Langelier, l'un des profes- 
seurs à l'Université-Laval, a assisté, le 30 
novembre dernier, à un service divin hériti- 
que ; il a participé in sacris avec des héri- ' 
tiques, ce qui est expressément défendu 
par l'Eglise. 

Or, si le tout est responsable des actes 
et des opinions de la partie, l'Université- 
Laval devient solidaire de la faute com- 
mise par un de ses professeurs ; et la bien- 
séance au nioins, la logique dans tous les 
cas, ne vous permet pas de rester plus 
longtemps professeur à l'Université. 



— 9 — 

Cette conclusion vous plaît-elle ? N'ou- 
bliez pas qu'elle est la conséquence rigou- 
reuse du principe que vous avez posé. 

Je puis maintenant vous dire : de deux 
choses l'une ; ou vous allez donner votre 
démission comme professeur à l'Univer- 
sité, ou vous ne la donnerez pas. 

Si vous la donnez vous prouverez que 
vous êtes un homme conséquent avec vous 
même. 

Si vous ne la donnez pas, vous aurez 
convaincu tout un public que vous ne 
voulez pas pour l'Université-Laval de 
cette solidarité que vous invoquez néan- 
moins contre le Cercle, conséquemment 
que vous ne croyez pas à la vérité du prin- 
cipe sur lequel vous tentez de vous 
appuyer, et, partant, que la première de 
vos raisons ne vaut rien du tout. 

Vous le voyez, mon cher docteur, vous 
allez vous réfuter vous-même. 

Arrivons maintenant à la question des 
faits. 

Vous affirmez l'existence au sein du 
Cercle catholique d'un certain groupe que 
vous accusez. 



— 10 — 

J'ai bien le droit de nier, n'est-ce pas, 
en vertu du principe quod gratis affirmatur 
gratis negatur ? 

Veuillez préciser, s'il vous plait, et 
donner vos preuves. Quel est-il ce groupe? 
Il doit se composer d'un certain nombre 
de personnes ; ces personnes doivent 
avoir un nom. 

Nommez donc, cher monsieur, nommez 
ces personnes qui contituent le groupe, 
qui critiquent sans cesse les actes de l'au- 
torité religieuse et trament constamment 
contre l'TJniversité-Laval. 

Car il ne suffit pas d'accuser, il faut 
prouver. 

Où sont donc vos preuves ? Je vous 
défie de les produire, je vous défie de 
nommer les personnes de ce groupe qui, 
suivant vous, s'acharne à poursuivre 
l'œuvre détestable de critiquer les actes de 
l'autorité religieuse et de tramer contre 
l' Université-Laval . 

Nommez-les, si vous le pouvez. 

Si vous ne le pouvez, retirez votre 
accusation. 

Sur la question des faits comme sur 



— 11 — 

celle des principes vous êtes donc égale 
ment en dehors de la voio, et rien ne vous 
aura servi de donner pour votre démission 
de membre du Cercle la plus mauvaise et 
la moins soutenablo dos raisons. 
Villa Mastaï, 5 janvier 1884. 



IJ 



Voilà plusieurs fois, mon cher docteur, 
que je me demande si les raisons que vous 
voulez bien donner pour justifier votre 
démission sont réellement les vôtres, ou si 
on ne profite pas plutôt de votre bonté 
naturelle et de la position que vous occu- 
pez pour utiliser votre nom et vos services 
au profit d'un cause de plus en plus com- 
promise. 

Cela s'est déjà vu et chaque joui* pour 
ainsi dire renouvelle, avec le triste spec- 
tacle des coupables défaillances et des 
lâches désertions, celui non moins fré- 
quent et celui non moins visible, croyez- 
moi, de ces prudentes substitutions, œuvre 
d'une fine diplomatie, calcul de l'intérêt et 
du plus pur égoïsme. 



— 12 — 

Ceux qm veulent s'y laisser prendre 
tirent tout naturellement les marrons du 
feu. 

N'est-ce pas votre rôle aujourd'hui, mon 
cher docteur ? Plus j'étudie votre seconde 
raison, plus je reste convaincu— étant 
donnés et votre caractère à vous et celui 
des relations amicales que nous avons 
toujours eues ensemble — qu'un person- 
nage qui n'aime généralement pas à rece- 
voir des horions, mais qui adore donner 
un coup de griffe tout en faisant patte de 
velours, s'est faufilé auprès de vous et 
vous a gagné, malgré vos légitimes scru- 
pules, à prendre la responsabilité de l'ac- 
cusation suivante. 

Je vous cite textuellement : 

" 2. C'est que, contrairement à toutes 
" les règles de la bienséance, et chaque 
" fois que l'occasion s'en est présentée, le 
" Cercle a profité de telle et telle circons- 
" tance pour faire en quelque sorte l'apo- 
" théose de certains hommes que l'on 
" savait en lutte ouverte avec Mgr l'Ar- 
" chevêque ou avec quelques-unes de nos 
;i institutions religieuses. " 

C'est là, mon cher docteur, numérotée 
par vous-même, la seconde raison que 



que vous donnez pour justifier votre dé- 
mission. 

Elle n'est pas meilleure que la premiè- 
re ; et franchement, si on ne vous l'avait 
pas soufflée, jamais, tant elle est faible, 
n'auriez-vous penser à la donner. 

Ce qui la distingue de la première, c'est 
qu'elle constitue une attaque contre le 
Cercle et contre moi particulièrement. 

En effet, mon cher docteur, vous chan- 
gez d'attitude. Ce n'est plus un groupe du 
Cercle que vous dénoncez, c'est le Cercle 
lui même que vous accusez, et quelle est sa 
faute à vos yeux ? 

D'avoir, en toute occasion, fait l'apothéo- 
se de certains hommes en lutte ouverte 
avec Mgr l'Archevêque ou avec quelques 
unes de nos institutions religieuses. 

Le cas est bien grave, mais jamais vous 
ne pourrez prouver cette futile accusation. 

Discutons la cependant, car je veux vous 
convaincre de votre grave erreur. 

Faire l'apothéose d'un homme, c'est lui 
rendre, du temps de son vivant, des hon- 
neurs considérables. 

Or, quels sont les heureux mortels qui 



— u~ 

ont été ainsi, de la part du Cercle, l'objet 
de distinctions aussi flatteuses ? 

L'histoire est là, mon cher docteur, et 
elle vous dit que les seuls honneurs rendus 
par le Cercle aux vivants, les seules apo- 
théoses qu'il ait tentées, ça été, de temps 
à autre, la présentation d'une adresse de 
félicitation ou de bienvenue. 

Depuis dix-huit mois, quatre fois l'occa- 
sion s'est présentée et quatre lois le Cercle 
en a profité pour faire, comme vous le 
dites, l'apothéose de certains hommes. 
Voici, par ordre de date : 

1. En juin 1882, présentation d'une 
adresse au général de Charettc ; 

2. En novembre 1883, présentation 
d'une adresse à M. Ph. Landry ; 

3. En décembre 1883,présentation d'une 
adresse à Son Excellence le Commissaire 
Apostolique ; 

4. Endécembro 1883,présen talion d'une 
adresse à M. le Curé de St-Eoch, repré- 
sentant alors autorisé de Mgr TAreheve- 
que de Québec auprès du Cercle catholi- 
que. 



— 15 — 

Ce sont là les seules apothéoses qu'ait 
tentées le Cercle, depuis dix-huit mois. 

Laquelle de ces adresses vous fatigue 
au point d'amener votre démission ? 

Est-ce l'apothéose du général de Cha- 
rette ou celle do Son Excellence le Com- 
missaire Apostolique ? Ni l'une ni l'autre, 
évidemment. 

Est-ce l'adresse présentée à M. le Curé 
de St-Eoch, on sa qualité de Visiteur du 
Cercle, de représentant de Mgr l'Arche- 
vêque de Québec ? Je ne le crois pas, car 
alors vous feriez insulte à Mgr l'Archevê- 
que lui-même, et cela ne doit certainement 
pas être votre intention. 

Il ne reste plus que l'adresse qui m'a 
été présentée. 

C'est donc celle-là qui vous fatigue . 

En me la présentant, le Cercle, c'est du 
moins votre prétention, a tenté de faire 
l'apothéose do certains hommes qu'il 
savait en lutte ouverte avec Mgr l'Arche- 
vêque ou avec quelques unes de nos insti- 
tutions religieuses. 

Votre accusation, il est vrai, est plus 
générale, et ce que vous reprochez au 



— 16 — 

Cercle c'est de ne laisser passer aucune 
occasion sans que cette institution n'en 
profite pour tenter de faire ce que vous 
condamnez. Ce n'est pas un fait particu- 
lier qui soulève ainsi votre indignation, 
c'ost au contraire un péché d'habitude, 
une tendance constante ot souveraine- 
ment déplorable que vous attribuez au 
Cercle. 

Ainsi formulée, votre accusation no rend 
pas du tout votre idée, et vous ne pourriez 
jamais, j'en suis sûr, la soutenir un seul 
instant. Si c'était à recommencer vous 
n'oseriez pas la répéter, car vous devez 
maintenant vous apercevoir qu'elle est 
une insulte à tous ces hommes que je viens 
de nommer, et dont le Cercle a tenté 
l'apothéose. 

Non, mon cher docteur, vous n'avez 
jamais eu l'intention de donner à votre 
accusation un caractère aussi général, et si 
vous vous êtes oublié à ce point, on doit 
attribuer cette erreur à la bonté de votre 
âme ; en habile et compatissant médecin 
vous avez voulu dorer la pilule avant de 
me la présenter. 



Merci, docteur, c'est peine inutile, jo 
n'en prends pas de vos pilules. 

C'est donc l'adresse de félicitations qui 
m'a été présentée par le Cercle catholique 
de Québec, le 21 novembre dernier, qui 
vaut à cette institution la piquante remar- 
que que, contrairement aux règles de la 
bienséance, elle a fait l'apothéose de cer- 
tains hommes. 

Et quels hommes ? je n'ai qu'à vous 
citer pour l'apprendre. 

Ce sont ces mécréante que le Cercle 
u savait en lutte ouverte avec Mgr l'Ar- 
" ehevêque ou avec quelques unes de nos 
" institutions religieuses. " 

Votre phrase est perfide, mon cher 
docteur, et, en second liou, elle n'est cer- 
tainement pas vraie. 

Elle est perfide, parceque, sans avoir le 
êourage de m'accuser directement et loya- 
lement, vous insinuez, d'une manière bien 
détournéo, que je suis en lutte ouverte, soit 
avec Mgr l'Archevêque, soit avec quel- 
qu'une de nos institutions religieuses. 

Eh bien ! je vous défie do prouver une 
telle assertion, 



— 18 — 

Je l'affirme ici publiquement, jo ne suis 
en lutte ouverte ni avec Mgr l'Archevê- 
que do Québec ni avec aucune institution 
religieuse. 

Si je suis allé à Rome,- c'est uniquement 
Gomme procureur do mon père dans son 
différend avec monsieur le grand-vicaire 
Hamel. Personnellement, jusqu'à ce jour 
du moins, je n'ai eu maille à partir ni avec 
Mgr l'Archevêque, ni avec aucune insti- 
tution religieuse quelconque. 

Que si vous voulez absolument identifier 
ma personne avec la cause même que je 
suis allé plaider à Eomo, si le fait de 
prêter mon concours comme procureur à 
une cause quelconque doit suffire pour 
m'en faire épouser toutes les responsabi- 
lités, alors, avouez-le,quelle ne doit pas être 
la responsabilité de certains avocats qui 
ont prêté le concours de leur parole et de 
leurs talents pour aller arracher, jusqu'à 
la Cour Suprême, une décision attenta- 
toire aux droits et aux libertés de l'Eglise ! 

Si le fait de m'être adressé, au nom de 
mon père et avec l'autorisation de Mgr 
l'Archevêque, non pas aux tribunaux 



— 19 — 

tribunaux civils de mon pays, mais au 
Souverain Pontife lui-même ; ni cet acte 
profondément catholique, incontestable 
reconnaissance des droits de l'Eglise, 
vous scandalise à ce point qu'il vous soit 
désormais impossible de rester au Cercle 
catholique, parce que je ferais partie de 
cette institution, et que vous trouveriez 
en moi un homme en lutte ouverte avec 
L'autorité religieuse, quels ne doivent pas 
être alors vos scrupules, les remords de 
votre conscience, lorsque tous les jours 
vous coudoyez, dans uno autre institution 
dont vous êtes l'une des lumières, des 
hommes qui se sont fait les avocats de 
l'influence indue. 

]S"e l'oubliez pas en effet vous avez 
comme collègue dans le professorat, l'avo- 
cat par excellence de V influence indue du 
cierge, et c'est M. Langelier qui a contri- 
bué à obtenir de la Cour Suprême ce 
fameux jugement que PEpiseopat tout 
entier a justement flétri. 

Or, M. Langelier est un de vos collègues, 
f l est également un de vos collègues celui 
qui, il n'y a pas longtemps., dans un ban- 



— 20 — 

quet resté célèbre, faisait l'éloge publie, 
j'allais dire l'apothéose, de Gambetta et de 
toute la sainte canaille de la république 
française. 

Si vous ne pouvez rester au Cercle ca- 
tholique plus longtemps, parceque vous 
croyez y trouver — ce qui n'est pas le 
cas — des hommes en lutte ouverte avec 
l'autorité religieuse, que veut dire alors 
cette persistance singulière à vouloir con- 
server une chaire dans une autre institu- 
tion où vous trouverez, à coup sûr, des 
hommes qui ouvertement ont combattu 
les droits de l'Eglise et compromis sa 
cause sacro-sainte ? 

Mais, cher docteur, donnez immédiate- 
ment votre démission comme professeur 
à l'Université. Assurément vous ne vou- 
driez pas avoir deux poids et deux mesures 
et vous ne reculerez pas devant l'impérieu- 
se nécessité de faire ce que la u bienséance " 
exige, ce que la logique vous impose, ce 
que le souci de votre honneur réclame de 
la manière la plus énergique. 

Franchement, tenez- vous encore à votre 
second motif de démission ? 



— 21 — 

Dans ce cas veuillez, non pas affirmer de 
nouveau, mais bien et dûment prouver. 

En attendant, je nie catégoriquement 
chacune de vos assertions, et je me déclare 
prêt à discuter avec vous et avec ceux qui 
vous soufflent, au triple point de vue du 
droit, des faits et des convenances, cette 
démonstration dont j'ai été l'objet, qui 
vous scandalise si fort, mais qui n'est ? 
après tout, qu'un respectueux hommage 
rendu à un acte du Souverain Pontife, 

Villa Mastaï, Y janvier 1884. 

111 

Me voici, mon cher docteur, rendu au 
troisième motif de votre démission. Vous 
l'avez formulé comme suit : 

" 3. C'est qu'un grand nombre des 
" ennemis de notre Archevêque et de 
u notre Université Catholique (chose tout 
" à fait étrange pour un Cercle soi-disant 
" catholique) font partie de la dite 
" Société, et contribuent par leurs pa- 
" rôles et par leurs actes à fausser la 
" mission que le Cercle s'était imposée en 
" écrivant sa constitution." 

Cette troisième raison n'est que la 
répétition de la première et ne vaut pas 
mieux qu'elle. 



— 22 — 

En effet, vous avez déjà, en premier 
lieu, dénoncé au sein du Cercle, l'exis- 
tence d'un certain groupe auquel y^ous 
avez reproché de critiquer l'autorité reli- 
gieuse et do tramer contre Laval, et 
maintenant vous affirmez que la mission 
du Cercle est faussée par les actes et les 
paroles des ennemis de Mgr l'Archevêque 
et de Laval que compte le Cercle. 

Comme vous le voyez, c'est sensible- 
ment la même chose ; l'accusation est 
identique, il n'y a que les termes qui 
diffèrent, et bien légèrement encore. 

Ma réponse à votre premier motif con- 
vient donc au troisième, et vous me per- 
mettrez de ne pas la répéter. 

Je vous demanderai seulement les noms 
des prétendus ennemis de Mgr l'Arche- 
vêque et de l'Université Laval que vous 
avez constatés faire partie du Cercle. 

Lorsque vous aurez terminé ce petit 
travail, je vous prierai de mentionner, en 
regard de chaque nom, les paroles et les 
actes que vous attribuez îi chacun de ces 
coupables et qui vous ont décidé à vous 
retirer du Cercle catholique. 



— 23 — 

Pour (■! u do clarté ot afin d'éviter des 
méprises désagréables, il serait bon, dans 
le cas où vous réussiriez à citer quelques 
paroles ou quelques actes, d'établir, sans 
erreur possible, si ces parolos ont été pro- 
noncées, si ces actes ont été faits par des 
personnes en leur qualité de membres du 
Cercle. 

La distinction est importante, néces- 
saire même. 

Si vous ne l'admettez pas pour le Cercle, 
alors, pour être conséquent avec vous 
même, vous seriez tenu de la refuser à 
cette autre institution dont vous faites 
partie, et, du coup, l'Université deviendrait 
responsable de toutes vos paroles et de 
tous vos actes, ce qui serait manifeste- 
ment absurde. 

Dans le cas où vous auriez donné votre 
démission de membre du Cercle pareeque 
de vos anciens confrères auraient, en de- 
hors même du Cercle, prononcé certaines 
paroles ou fait certains actes qui pour- 
raient les désigner comme des ennemis de 
Mgr l'Archevêque ou de l'Université 
Laval, alors,pour vous aider à comprendre 



— 24 — 

que vous avez mille fois tort de faire poser 
sur toute une institution la responsabilité' 
purement individuelle de quelques uns de 
ses membres, je vous prierais de signer lo 
document suivant : 

" A Monsieur le Eecteur 

" de l'Université Laval. 

u Monsieur le Eecteur, 

" J'ai donné tout dernièrement ma 
" démission comme membre du Cercle 
" catholique de Québec, parceque j'ai 
" constaté qu'il y avait dans cette société 
u catholique des ennemis de Mgr l'Arche- 
" vêque de Québec et de l'Université 
u Laval. Or, la logique a d'impérieuses 
11 et bien dures nécessités, et aujourd'hui, 
" pour une raison plus grave encore, je 
" dois me retirer de votre propre institu- 
" tion. Je constate en effet que dans notre 
" Université catholique il y a eu et il y 
" a encore des hommes qui sont les enne- 
" mis de Kotre Sainte Mère l'Eglise ; il y 
" a eu et il y a encore des protestants qui 
" par leurs paroles et par leurs actes 
" faussent nécessairement la mission que 
'* l'Université s'était imposée en écrivant 
" sa constitution. Or, vous comprenez 
li que si je ne puis pas rester au Cercle 



— 25 — 

Ïarceque j'y trouve dos ennemis de 
/aval, à plus forte raison ne puis je 
•' demeurer dans votre institution où j'ai 
" coudoyé hier encore un ennemi de ma 
iC religion. " 

Que la juste et sévère réponse que pro- 
voquerait votre démission, donnée pour un 
tel motif, soit la condamnation même de 
votre conduite vis-à-vis du Cercle. 

Et maintenant, mon cher docteur, laissez 
moi vous le dire en toute franchise. Mgr 
l'Archevêque de Québec et l'Université 
Laval n'ont pas d'ennemis parmi les mem- 
bres du Cercle. Le Cercle a toujours 
marché en parfaite union avec son vénéra- 
ble Archevêque et n'a jamais, en quoi que 
ce soit, méconnu son incontestable autori- 
te. C'est également parmi les membres 
du Cercle que l'Université a trouvé ses 
plus chauds partisans, ses défenseurs les 
plus zélés. Cette grande et belle institu- 
tion, qui s'est imposée des sacrifices con- 
sidérables, dont nous admirons les géné- 
reux efforts, sera toujours, je n'en doute 
pas, un honneur pour notre ville et une 
gloire pour notre patrie. Qu'elle marche, 
libre de toute entrave, vers le noble but 



— 26 — 

qu'elle s'est proposé ; que victorieuse elle 
atteigne, sous la bienfaisante surveillance 
de l'Episcopat, les hautes destinées pour 
lesquelles elle a été fondée, et jamais, vous 
pouvez en être sûr, jamais le Cercle ni 
aucun de ses membres n'aura la témérité, 
ni même le désir de comprimer une seule 
de ses expansions généreuses, d'arrêter le 
moindre de ses élans patriotiques, d'en- 
rayer en quoi que ce soit sa louable et 
irrésistible progression dans la. voie du 
bien. 

Votre présence d'ailleurs, pendant sept 
années au Cercle, est une réfutation vic- 
torieuse du motif que vous invoquez au- 
jourd'hui pour vous en retirer. Jamais, 
vous ne seriez resté si longtemps au 
milieu de nous, si réellement nous eus- 
sions été les ennemis et de l'autorité reli- 
gieuse et de cette grande institution qu'on 
appelle l'Uni vers ité-Laval. 

Cessez donc d'invoquer un motif qui 
vous condamne. 

IV 

La quatrième de vos raisons vaut 
encore moins, si c'est possible. 



27 



La voici : 

1. C'est que la constitution elle- 
•* mémo (du Cercle), ne prêtant guère aux 
u changements dans le recrutement du 
" personnel qui compose le comité et pour 
v ainsi dire l'amer du Cercle, il s'en suit 
" qu'il n'y a guère à compter avec un 
,k changement prochain dans l'esprit qui 
" anime aujourd'hui cette société ou plutôt 
11 un certain nombre de ses membres diri- 
" géante." 

Ici, mon cher docteur, vous vous mettez 
simplement un doigt dans l'œil et incon- 
sidérément vous souffletez: Mgr l'Arche- 
vêque lui-même. 

Vous vous plaignez de la constitution du 
Cercle ; plus que cela, vous donnez votre 
démission de membre du Cercle catholi- 
que parce que cette constitution ne ren- 
contre pas votro approbation, en ce sens 
qu'elle ne " prête guère aux changements 
" dans le recrutement du personnel qui 
" compose le comité.' ' 

Yoyons tout d'abord si les faits justi- 
fient votre attaque. 

Voici ce que dit la constitution du 
Cercle : 



— 28 — 

" Art IX. — Comité de Direction. — La 
" direction du Cercle Catholique de Québec 
" est confiée à un comité composé de douze 
" membres actifs 

ik Art X— § 1. Election des membres du 
" Comité de Direction. — Le Cercle Catholi- 
" que de Québec élit, le premier mercredi 
" après le vingt-six mai de chaque année, 
" six directeurs, aune assemblée générale 
" dûment convoquée à cet effet suivant 
" l'art XV. 

" § 2. Scrutin secret — L'élection se fait 
" au scrutin secret, d'après une liste pré- 
" parée par le Comité de Direction et 
" contenant deux à trois fois plus de noms 
i ( que de Directeurs à élire, avec, en outre, 
t l les noms des directeurs sortant de 
<' charge. " 

Chaque année donc les membres du 
Cercle choisissent eux-mêmes six direc- 
teurs, c'est-à-dire que chaque année il y a 
renouvellement de la moitié du nombre des 
membres qui composent le comité. 

Ces six directeurs nouveaux sont choisis 
sur une liste de vingt-quatre membres, dont 
dix-huit sont de nouveaux candidats et les 
six autres, les membres du comité sortant 
de charge. 

L'élection se fait au scrutin, le choix 



— 29 — 

do six monibres, sur vingt-quatre qui sont 
proposés, est parfaitement libre. 

Il y a donc trois chances contre une en 
faveur d'un renouvellement complet, cha- 
que année, de la moitié du porsonnel du 
comité, et il y a vingt-trois chances contre 
une en faveur d'un renouvellement partiel. 

Tout dépend de l'élection, du choix 
même que veulent bien faire les membres 
du Cercle. 

C'est leur droit et ils l'exercent comme 
ils l'entendent. Qu'avez-vous à dire ? 

Vous le voyez, mon cher docteur, votre 
quatrième motif ne vaut plus rien devant 
la simple exposition des. faits. Votre 
attaque est souverainement injuste. 

Elle est ridicule même, et vous met dans 
la plus singulière des positions. 

Vous vous plaignez de la constitution ! 
Mais elle a été élaborée par vous, oui, par 
vous même, en chair et en os. Vous avez 
été spécialement invité à ces deux séances 
du 19 novembre et du 4 décembre 187*7 
où il s'est agi de l'étude, de la confection 
et de l'adoption définitive de la constitu- 
tion qui régit aujourd'hui le Cercle catho- 
lique de Québec. 



— 30 — 

Vous avez accepté cette invitation 
spéciale et vous avez assisté à ces deux 
séances du comité d'organisation. 

Les minutes en font foi. Lisez pour 
votre propre édification. 

" Séance du 19 novembre 1877, sous la 
u présidence de M. le Chevalier Yincelette 

" M. le Président annonce au comité 
" qu'il a prié MM. Dr YEEGE, Ernest 
" G-agnon et E.-A. Barnard, d'assister à la 
" présente séance dn comité, vu les affaires 
" importantes dont le comité devait prendre 
(i connaissance." 

Vous n'aviez pas le droit d'être là, mon 

cher docteur, mais le comité, ayant 
confiance dans % vos lumières, voulant les 
mettre à contribution pour le plus grand 
bien du Cercle, vous a envoyé une invita- 
tion spéciale que vous avez bien voulu 
accepter. 

A'ous voilà donc rendu au milieu de 
ceux que vous^ appelez les membres diri- 
geants du Cercle. Que va-t-il se passer ? 
Ecoutez i 

" M. le Dr Dionne donne lecture d'une 
" lettre de Mgr l'Archevêque dans laquelle 
t( il suggère quelques amendements à la 
" constitution, avant de l'adopter définiti- 
" vement." 



— 31 -t- 

Vous notiez paa le /seul à travailler à 
cette œuvre importante de donner à une 
nouvelle société une constitution qui assu- 
rât son existence. Mgr l'Archevêque lui- 
même a prêté, en cette occasion, son 
concours précieux, et le Cercle a été mille 
fois heureux de pouvoir bénéficier de ses 
sages conseils et des fruits de son incon- 
testable expérience. 

Mais continuons : 

u M. le Dr Dionne donne lecture des 
" amendements faits à notre constitution 
" selon les désirs de Sa Grandeur Mgr 
" P Archevêque de Québec, et de la lettre 
" de M. le chevalier Vincelette on répon- 
ki se à celle de Mgr l'Archevêque dans 
k ' laquelle il suggère des amendements a 
" notre constitution. 

" M. le Dr Dionne donne lecture de la 
1 ' constitution entière avec ses différents amen- 
" déments et telle qn'elle doit être présen- 
i{ tée pour adoption à Mgr a l'Archevêque. 

" (signé) P. Malouin. " 

Les commentaires sont parfaitement 
inutiles. 

Voici maintenant le compte-rendu d'une 
séance subséquente : 



— 32 — 

u Séance du 4 décembre 1877. 

"Présents : MM.DéryjSamsoi^Langlais, 
" C. Yincelètte, Stafford,- Livernois, Dr 
" Dionne, Vallée, Mackay et Barnard, 
" Gagnon et Dr VERGE (ces trois 
" derniers) sur invitation spéciale faite par 
" le comité pour la séance présente. 

u Le secrétaire donne au Comité leetu- 
" re de la lettre de Mgr l'Archevêque de 
" Québec dans laquelle il approuve la 
" constitution telle que modifiée et souhai- 
u te au Cercle longue vie, prospérité et 
<f succès. 

" (signé) P. Màlouin " 

Voici cotte lettre de Mgr F Archevêque 
de Québec ; vous l'avez déjà lue, cher 
docteur, mais lisez-la encore ; elle dit 
beaucoup pour le Cercle et prouve beau- 
coup contre vous. 

Québec, 23 novembre 187t. 
x '- M. le Chevalier Vincelette, 
il Président du Cercle Catholique 

de Québec, 
" M. le Président, 

" J'ai l'honneur d'accuser réception de 
" votro lettre du 20 courant, avec copie 
" des constitutions du Cercle Catholique 



— 33 — 

'• de Québec, modifiées conformément aux 
u suggestions faites dans ma lettre du 17 
" courant 

"Une mo reste plus qu'à -vous exprimer 
" mon approbation et à souhaiter de nou- 
i( veau au Cercle Catholique do Québec 
" longue vie, prospérité et succès. 

" Veuillez agréer, M. le Président, Tas- 
" surance de ma considération distinguée. 

" (signé) f E. A. Arch. de Québec. 

Et, comme si cette précieuse approba- 
tion de la constitution du Cercle ne suf- 
fisait pas, voilà que le 11 décembre 1877, 
Son Excellence le Délégué Apostolique, 
feu Mgr Conroy, apporte de son côté, au 
nom même du Souverain Pontife, la faveur 
non moins signalée de sa propre , approba- 
tion et de ses abondantes bénédictions. 

Tout dernièrement encore, Son Excel- 
lence le Commissaire Apostolique a renou- 
velé en faveur du Cercle cet acte de pré- 
cieuse approbation et de paternelle solli- 
citude. 

Et vous, mon cher docteur, que faites 
vous? Vous vous plaignez de la constitu- 
tion? Mais elle est votre œuvre. Non 
seulement vous l'avez approuvée mais 
2 



— 34 — 

voua l'aves faite telle qu'elle est, et au- 
jourd'hui vous reniez cet enfant de vos 
anciennes prédilections, et précisément 
parce qu'il a conservé la physionomie, le 
caractère propres que vous lui avez 
donnés ! 

En vérité, en vérité, vous vous mettez 
un doigt dans l'œil. 

Vous condamnez aujourd'hui la consti- 
tution du Cercle ? Mais vous condamnez 
là ce que Mgr l'Archevêque a pleinement 
approuvé, ce que le Délégué du Saint Siège 
et le Commissaire Apostolique ont publi- 
quement reconnu et béni. 

Etes-vous donc aveugle ? Ne voyez- 
vous pas que cette quatrième raison que 
vous donnez pour justifier votre démission 
est une sanglante injure que vous lancez 
contre l'autorité diocésaine, un soufflet 
non moins violent que vous donnez et à 
Mgr Conroy et au Commissaire Apos- 
tolique ? 

Vous vous condamnez vous-même et 
vous insultez l'autorité religieuse. Voilà 
la réelle signification do votre quatrième 
et à jamais malencontreuse raison. 



— 35 — 

Docteur, il est heureux pour vous que 
vous ayez quitte lo Cercle, car voire con- 
duite actuelle justifierait parfaitement 
cotte institution de voler votre expulsion 
immédiate. 

Que faites-vous en effet ? 

u Nonobstant les préceptes de la charité 
chrétienne " vous no vous gênez pas " de 
critiquer un acte émanant de l'autorité 
religieuse. " 

Pris en flagrant délit, vous seriez impi- 
toyablement mis à la porte. 

Bénissez votre étoile ; vous êtes sorti à 
temps. 

Votre quatrième raison n'en reste pas 
moins une injure pour Mgr l'Archevêque, 
pour vous la plus grave des inconséquences, 
et pour le Cercle une accusation toute 
gratuite que ne justifient aucunement les 
faits. 

Y tenez-vous encore ? 

Villa Mastaï, 8 janvier 1884. 



Que nous dit votre cinquième motif de 
démission ? 



~ 36 — 

" 5o. C'est que le Cercle en refusant 
d'ouvrir ses portes à un certain nombre 
de catholiques, du reste honnêtes et 
respectables, pour dos raisons politiques 
ou autres, s'est montré tfop exclusif et 
n'a pas rempli le but pour lequel il a été 
" fondé. In înanifestationeveritatis devait 
u être son immortelle devise ; or, la mani- 
"' festation de la vérité no doit pas être 
■* restreinte à un certain groupe d'indi- 
i£ vidus à couleur et à idées choisies d'à- 
a vance, mais elle s'adresse à tous les 
;î hommes do bonne volonté. " 

Vous comprendre, mon cher docteur, 
devient difficile, et trouver dans tout cet 
étalage de mots sonores et de phrases à 
effet, la raison véritable de votre démission 
est simplement une impossibilité. 

Votre pour des misons politiques ou 
autres est superbe. 

Voyons, mon cher docteur, jouons franc 
jeu et ne craignons pas d'appeler les 
choses par leur nom. 

Vous accusez le Cercle do ne pas ouvrir 
ses portes à tout le monde. Il paraîtrait 
même que certains catholiques, " honnêtes 
et respectables du reste," sont là à croquer 
le marmot, et leur tour d'entrer dans la 
forteresse n'arrive pas. 



-3Ï- 

A qui la l'auto ? Mais à vous et à tous 
ceux qui, comme le Dr Verge, ont tra- 
vaillé à doter le Cercle de cette constitu- 
tion, approuvée par Mgr l'Archevêque, et 
qui rend si difficile l'admission des mem- 
bres. 

Car, il n'y a pas à soie cacher, il est 
très difficile aux humains de pénétrer 
dans ce sanctuaire que vous venez de 
déserter. Il est beaucoup plus facile d'en 
sortir. 

La constitution s'exprime ainsi : 

u Art. VII. — Admission des membres.' — 
' Toute personne, pour devenir n. embro 
" du Cercle, sera proposée par deux mem- 
" bres du Comité de direction, à trois 
H séances du dit comité et devra réunir 
l< Vunanimitê dos voix des directeurs 'pré- 
M sents à chacune de ces trois séances." 

Vous voyez que c'est une épreuve sé- 
rieuse à subir et rien d'étonnant qu elle 
ait été fatale à " certain nombre de catho- 
liques du reste honnêtes et respectables." 

Qu'un seul membre du comité se pro- 
nonce contre un candidat, et de suite le 
nom de celui-ci est infailliblement écarté. 
Ainsi le veut la constitution que vous avez 



— 38 — 

donnée au Cercle, que vous avez approuvée 
et signée, à laquelle Mgr l'Archevêque 
lui-même a bien voulu donner sa solen- 
nelle approbation. 

Mais il y a plus encore. Il peut arriver, 
lorsque le comité délibère sur la réception 
d'un nouveau mombre, qu'il se forme de 
suite une opinion générale favorable à 
cette admission. Dans ce cas, un dissi- 
dent pour ne pas entraver le mouvement 
ou froisser l'opinion de ses confrères, 
pourrait fort bien ne pas formuler la 
sienne et abandonnerait ainsi une opposi- 
tion qui lui paraîtrait peut-être singulière. 
Pour obvier à cet inconvénient, pour don- 
ner à tous les membres du comité une 
liberté entière d'action et pour assurer au 
Cercle un recrutement qui lui fournisse des 
sociétaires sans reproches, Mgr l'Arche- 
vêque de Québec a daigné suggérer un 
amendement à l'art. VII que je viens de 
citer, et, à la demande de Sa Grandeur, 
vous avez bien voulu ajouter le dispositif 
suivant qui rend les élections des membres 
encore beaucoup plus difficiles : " La 
vptation se fait au scrutin secret. " 



— 39 — 

Donc, mon oher doc tour, un «oui mem- 
bre du comité peut, par son vote donné 
en secret, empêcher n'importe quel catho- 
lique, " du reste honnête et respectable " 
de devenir membre du Cercle. 

Et vous allez reprocher à tout un corps 
l'acte isolé d'un seul membre ! quand 
même les onze autres membres du comité 
auraient donné, auraient manifesté par 
leur vote, une opinion contraire ! 

Est-ce juste de votre part ? îsTon, mille 
fois non. 

Et ne dites pas que la constitution 
est absurde ; c'est votre œuvre. C'est 
l'œuvre de l'autorité elle-même qui l'a 
façonnée à sa guise. Votre plainte serait 
alors, comme elle l'a déjà été, votre 
propre condamnation et une manifeste 
insulto à Mgr l'Archevêque. 

Je vous le demande maintenant ; de 
quel droit venez- vous scruter les intentions 
et qui vous autorise à assigner à un simple 
vote donné au scrutin des motifs " politi- 
ques ou autres ? " 

Votre diplôme de médecin ne vous ac- 
corde certainement pas cette latitude, un 



— 40 — 

peu trop grande que vous prenez de vou- 
loir sonder les cœurs et les reins. 

Vous dites que le Cercle, dans ces ques- 
tions d'admission ou de refus d'admission 
de nouveaux membres, est complètement 
mû par des motifs que vous condamnez 
puisqu'ils vous déterminent à sortir du 
Cercle, et quels sont ces motifs ? 

Ce sont des raisons politiques ou autres; 
voilà du moins ce que vous ave/ écrit. 

D'abord, vous n'avez pas le droit de 
scruter les intentions des autres : ensuite, 
votre accusation est formulée de manière 
à ne rien dire du tout. 

Vous les a-t-on jamais fait connaître ces 
raisons que vous attribuez au Cercle au- 
jourd'hui, et que veut dire votre singulière 
manière de vous exprimer dans une ma- 
tière aussi grave ? 

Politiques ou autres, dites-vous en par- 
lant de ces raisons. Mais lesquelles des 
deux ? voilà ce qu'il importe de savoir et 
ce que vous n'osez dire. 

Les raisons invoquées sont-elles politi- 
ques ? que ne le dites vous alors ? Nous 
aurions au moins une accusation spécifi- 



— 41 — 

(£iio, portant sur un sujot quelconque, et 
Je pourrais vous répondre. Mais que me 
servirait do vous réfuter et de vous prou- 
ver que la raison politique, dans le sens 
que vous l'entendez, est complètement 
bannie des délibérations du Cercle ? ne 
pouvez-vous pas me répondre : " Mais j'ai 
dit politiques ou autres' 1 ? 

Voyez-vous maintenant toute l'élasticité 
de votre perfide accusation, et n'ai-je pas 
parfaitement raison d'affirmer que formu- 
lée ainsi, elle ne vout rien dire du tout.... 
quoiqu'elle soit manifestement destinée à 
insinuer beaucoup. 

Politiques ou autres ; de grâce expliquez 
vous, mon.cher docteur, et dites nous har- 
diment ce que nous devons comprendre 

Devons-nous comprendre que vous don- 
nez votre démission comme membre du 
Cercle, pareequo celui-ci repousserait des 
catholiques pour des raisons politiques ? 

Ou autres ? mais alors quelles sont ces 
autres raisons. Il importe fort de les 
connaître. Elles peuvent être en effet 
excellentes et alors dans quelle mauvaise 
position ne seriez-vous pas placé. 



-42 — 

J 'incline à croire cependant que vous 
avez réellement l'intention de dénoncer ici 
ce que vous appelez les raisons politiques 
puisque, cinq ou six lignes plus loin, vous 
ajoutez " que la manifestation de la vérité 
; i: ne doit pas être restreinte à un certain 
" groupe d'individus à coukur et à idées 
u choisies d'avance/' 

Docteur, franchement vous m'étonnez. 
ISTon, ce n'est pas vous, vous un conserva- 
tour, qui avez écrit ces lignes d'où s'é- 
chappe, à n'en pas douter, le vrai cri du 
libéral confondu et humilié. 

Cette clameur, je la connais. Plus d'une 
fois elle a frappé mon oreille, mais tou- 
jours elle s'est élevée des sentines du libé- 
ralisme, et, aujourd'hui encore, ce sont les 
grands-prêtres de cette erreur condamnée 
qui mugissent ainsi, à l'abri de votre nom, 
leurs colères et leurs haines. 

Je m'eiï*moque. 

Vous, mon cher docteur, voué n'êtes 
que leur bouclier. 

On se sert de vous, de vous, un bon 
catholique, de vous, un conservateur con- 
vaincu, j'aime à le croire, pour proférer 



-43- 

contre le Cercle lu puérile accusation qu'il 
refuse d'admettre des catholiques dans son 
sein pour des raisons politiques, parcequc 
de tels hommes n'appartiendraient pas à 
•• ce groupe d'individus à cmçfenr et à idées 
choisies d'avance. " 

Cela veut simplement dire, étant donnée 
la composition actuelle du Cercle, que 
vous rejfcrochez, vous conservateur, au 
Cercle de refuser l'admission do certains 
libéraux, ,; du reste honnêtes et respecta- 
bles, " et ce refus serait motivé par des 
raisons politiques. 

Mais vous êtes renversant, monsieur, et 
n'ai-je pas raison d'affirmer que ce doit 
être un libéral qui vous emprunte et votre 
nom et votre plume ? 

Maintenant, comme question de fait, je 
nie votre accusation. 

Je vous ai démontré qu'avec la constitu- 
tion actuelle, votre œuvre, celle de l'auto- 
rité diocésaine, il est impossible, souverai- 
nement injuste et ridicule d'attribuer à 
tout un corps ce qui peut être l'œuvre 
d'un seul, car il no faut qu'une seule 
boule noire, jetée dans l'urne, pour empê- 



— 44- 






cher l'admission de n'importe quel catho- 
lique " du reste honnête et respectable. " 

À ce point de vue, vous no pouvez pas 
attaquer le Cercle, sans vous briser vous 
même. 

Si l'on consulte maintenant les faits, et 
c'est là un travail que vous auriez dû faire 
avant de lancer votre accusation, on voit 
que le Cercle a refusé, de temps à autre, 
l'admission de certaines personnes? et Ton 
constate, sans la moindre difficulté, l'ab- 
sence complète do motifs politiques dans 
de tels refus. 

La meilleure preuve c'est que les can- 
didats malheureux appartiennent égale- 
ment et au parti conservateur et au parti 
-libéral. 

Cela vous avait échappé, sans doute. 

Votre accusation F perd donc ce second 
appui, et avec elle tomb^pour ne plus se 
relever, la cinquième raison qu'on vous 
avait soufflée pour motiver, après coup, 
votre démission de membre du Cercle 
catholique. 

Il ne vous reste plus qu'une seule rai- 
son : c'est le sermon même, le remarqua* 



- 40 ~ 

ble sermon, prononcé le jour de Noël, à \a 
Basilique par le révérend M. Legaré. 

Encore vingt quatre heures, mon cher 
docteur, et cette raison vous ne l'aurez 
plus. 

Villa Mastaï. 9 janvier I8S4. 



VI 



Vous terminez l'énoncé de vos raison^ 
en donnant comme indiscutable argument, 
comme suprême et irréfutable motif le 
sermon même, prononcé à la Basilique de 
Québec, le jour de Noël. 

C'est à lire. 

"Si, par hasard, dites- vous, le eomité 
" ne trouvait pas mes raisons bonnes, je 
" me permettrais de le référer au sermon 
;i prononcé à la Basilique do Québec, le 
u jour de Noël, 25 du courant, par Mon- 
" sieur le Grand-Vicaire Légaré ; il trou- 
" vera dans la seconde partie de ce remar- 
*• quabîo discours des motifs plus que 
i: suffisants pour justifier pleinement ma 
11 présente démarche." 

Voilà qui est assez habile ; mais, croyez 
moi, docteur, ce n'est pas de vous. Je 



— 46 — 

reconnais encore ici cette ftnt diplomatie 
qui me tend le plus perfide des pièges. 

Dieu merci, je saurai Pévîter. 

Supposons toutefois que cette sixième 
raison soit réellement de vous. 

Vous vous Stei fait alors le raisonne- 
ment suivant : 

Ou bien on ne me répondra pas, grâce à 
la mention que p lais du sermon d'an 
grand-vicaire, ou bien on ne discutera 
que les cinq premières raisons données, 
sans oser toucher au sermon, ou bien on 
répondra au tout. 

Dans le pre.mier cas, je sors victorieux, 
intact, d'une lutte que j'aurai commencée, 
et non sans avoir porté au Cercle un coup 
terrible en insinuant que cette institution 
a été dénoncée, du haut do la chaire de 
vérité, par un haut dignitaire de l'Eglise. 

Dans le second cas, si on ne répond qu'à 
mes cinq premières raisons, sans oser 
toucher A, la sixième, je sors vieUv/ieùx 
quand même, car j'aurai toujours la res- 
source de dire que si on a réfuté mes cinq 
premières raisons on s'est bien gardé de 
toucher à la sixième, qui alors passera 



— 4Ï — 

pour la véritablo et qui, en me sauvant, ne 
laissera pas moins le Cercle gisant sur le 
carreau, et mortellement atteint par mon 
habile insinuation. 

Enfin, dans le dernier cas, si quolqu'au- 
dacieux pousso la témérité jusqu'à vouloir 
s'attaquer à ma sixième raison,immédiate- 
ment je crie : au profane ! Je dénonce 
au public le misérable qui osera discuter 
dans la presse ce sermon que j'invoque, je 
le signale aux autorités religieuses et il 
pourra se dire mille fois heureux, le plus 
fortuné des humains, s'il échappe à la cen- 
sure, ii une condamnation qui devra le 
faire entrer sous terre. 

Voilà, mon cher docteur, quel a dû être 
votre raisonnement, et volontiers j'admets 
que ce dernier coup, à première vue du 
moins, est habilement dirigé. 

Seulement, léger inconvénient sans 
doute, l'arme éclate entre vos mains et le 
coup, au lieu de nous tuer, vous inflige de 
cruelles blessures. 

J'aborde la question que soulève votre 
sixième raison, avec tout-os les délicatesses 



— ■48 — 

qu'elle demande, et je veux la traiter avec 
cette réserve que la prudence n'impose. 

Laissez moi vous dire de suite que je ne 
discuterai pas le sermon prononcé, le jour 
de Noël, par M. lo grand-vicaire Legaré. 
Il serait souverainement inconvenant de 
ma part et je ne me considère pas le droit, 
dans les circonstances actuolles, d'appré- 
cier publiquement, dans los journaux, cet 
acte de l'un de mes' supérieurs ecclésias- 
tiques. 

Le droit canonique indique umo toute 
autre procédure à suivre, et si quelqu'un 
a raison de se croire lésé ou injustement 
désigné par le sermon du grand-vicaire, et 
qu'il veuille le redressement régulier dos 
torts dont il pourrait avoir à so plaindre, 
qu'il s'adresse alors à l'autorité compé- 
tente et que, par une dénonciation 
judiciaire ou paternelle, il la mette en état 
de so prononcer sur la valeur de l'acte 
incriminé. 

Comme l'a si bien dit Son Excellence lo 
Commissaire Apostolique, dans sa réponse 
à l'adresse de félicitations et de bienvenue 
que lui a présentée le Cercle : " il doit y 



— 49- 

" avoir un moyen dans l'Eglise onsei- 
" gnanto de corriger pareille erreur (celle 
" d'un supérieur ecclésiastique). Oui. 
u Messieurs, nouS avons le vicaire de 
• Jésus-Christ, le Pape. 

u C'ost de là que doit venir la correction. 
" Elle doit venir d'en haut et non d'en 
" bas ." 

Mais, mon cher 'docteur, si je n'ai pas 
le droit de critiquer, dans les circonstan- 
ces actuelles, le remarquable sermon do 
M. le grand-vicaire Lcgaré, où prenez- vous 
celai d'en faire l'étrange application que 
nous indique votre lettre explicative ? 

Laissez à d'autres cette inconvenance 
qui ne sied nullement, croyez moi, à un 
bon catholique comme vous, à un citoyen 
posé, à un professeur de Laval. 

Que les forçats de la plume fassent seuls 
cette sale besogne et qu'ils mendient ainsi, 
au prix même de leur dignité et de leur 
honneur, les applaudissements dos ba- 
dauds. 

" La charité chrétienne, la bienséance " 
ne vous permettent pas à vous l'emploi de 
moyens si compromettants . 



— 50 — 

Discutons maintenant quelques objec- 
tions que fait tout naturellement surgir 
votre sixième raison. 

Vous commencez pat; référer le Comité 
du Cercle au sermon de M. le grand-vi- 
caire Legaré. 

Le procédé est un peu singulier. D'abord, 
ce n'est pas au Comité à s'astreindre t\ la 
corvée d'aller déterrer dans un sermon ce 
qui a pu vous décider à sortir du Cercle. 
Puisque vous aviez poussé la complai- 
sance jusqu'à donner cinq mauvaises 
raisons, il était do votre intérêt, ce me 
semble, d'en indiquer au moins uno bonne, 
vous fallût-il pour cela, la dénicher dans 
le sermon même où vous prétendez qu'elle 
prenait asile. 

C'est bien bon à vous de dire : " Cherchez 
dans le sermon et vous trouverez. !.' Si le 
Cercle eût cherché, il aurait pu tomber 
sur une raison que vous auriez ensuite 
énergiquement désavouée et c'eût été 
travail à recommencer. 

Mais, mon cher docteur, vous avez ou 
du moins vous devriez avoir uno raison 
pour justifier votre étrange conduite. Que 



— 51 — 

no ht donnez-vous alors ? Pourquoi aller 
la cacher dans la demi-douzaine de sujets 
que l'orateur sacré a traites, le jour de 
Noël ? 

Ce petit joli no vous fait pas honneur; 
tout au plus dénote-t-il a faiblesse de 
votre position et l'inanité des raisons que 
vous nous donnez. 

Et puis, dites-le moi, où est-il ce sermon 
auquel vous renvoyez si complaisamment 
le Comité du Cercle ? 

Voulez-vous parler dos extraits qu'en a 
publiés Le Canadien du 26 décembre ? 
Mais quelle confiance peut-on avoir dans 
un tel rapport, pris sténographiquement 
dans l'église même, presque dans lo sanc- 
tuaire ? Les fidèles, scandalisés sans doute 
de la nouveauté du procédé, ont dû, plus 
d'une fois, interrompre le travail du 
sténographe. D'ailleurs, n'est-ce pas un 
sermon de fantaisie qu'a publié le Cana- 
dien ? Comment le sténographe a-t-il pu 
be permettre de souligner certains passages 
de " ce remarquable morceau d'éloquence 
de la Chaire M ? 

Il est vrai, d'un autre cOté, que voilà 



~ 52 - 

plus de quinze jours que le Canadien a 
donné* publicité à ce sermon, avec se* 
passages en italiques ; il y a plus de 
quinze jours qu'un commentateur de la 
parole du grand-vicaire, se faisant jour 
dans la presse, a jeté aux quatre coins du 
pays une appréciation quasi autorisée et, 
dans un communiqué insolent, n'a pas 
craint de faire une application de ce 
sermon à certaines personnes qu'il a suffi- 
samment désignées. 

M. le grand-vicaire n'a point protesté, 
ni contre la publication du sermon, ni 
contre le procédé employé pour en accen- 
tuer certains passages, ni contre les com- 
mentaires qui en font une mercuriale 
dirigée contre certains catholiques. 

Co silence de M. le grand-vicaire sem- 
blerait indiquer qu'après tout l'invisible 
sténographe n'a pas trop mal rapporté 
les paroles du prédicateur, qu'il a proba 
blement souligné les vrais passages qui 
méritaient, dans la pensée de l'orateur, 
une attention spéciale, enfin, que les com- 
mentateurs de la parole sacrée ont par- 
faitement mis en relief l'idée dominante, 






— 53 — 

la significative portée de ce sermon remar- 
quable. 

A ce point de vue, dont l'importance 
n'échappe à personne, le compte-rendu du 
Canadien devrait être considéré comme 
fidèle. 

Le Canadien d'ailleurs est explicite. 
Voici ce qu'il dit : 

a Notre rédacteur sur le qui-vive s'est 
" préparé alors à prendre des notes sténo- 
u graphiques plus étendues et il a réussi à 
u reproduire textuellement tout le reste du 
" sermon. " 

" Notre reporter n'hésite pas à faire 
4< parler l'orateur sacré lui-même parce 
" qu'il est sûr de l'exactitude de son compte 
f rendu." 

Eh bien 1 mon cher docteur, pour les 
besoins de la discussion, je vais fairo 
comme vous, comme le rédacteur du 
Canadien^ comme M. le grand-vicaire lui 
même, je vais admettre l'exactitude du 
compte rendu donné par les journaux du 
sermon prononcé, le jour de Noël, à la 
Basilique de Québec. 

Votre sixième raison d'abandonner le 
Cercle se trouve, parait-il, (i dans la 



_ 54 — 

seconde partie de ce remarquable dis- 
cours.'' 

Que contient cette seconde partie ? 

Je viens do la relire bien attentivement 
et voici ce que je trouve. Je ne commente 
pas, je n'apprécie en rien : je constate 
seulement. 

T. L'orateur établit qu'il y a des diiii- 
eultés religieuses au pays, et il en rend 
responsables un certain groupe d'hommes ; 

II. 11 dénonce ce groupe d'hommes 
comme coupables : 1. de traduire leurs 
frères en accusation ; 2. de trouver ici une 
copie exacte des sociétés perverties de 
l'ancien monde ; o. de ne pas hç renfermer 
dans leur rôle de laïques ; 4. de manquer 
de respect à l'autorité religieuse. 

III. Après avoir porté cette quadruple 
accusation contre ce groupe d'hommes, 
M. le grand-vicaire fait un appel à son 
auditoire : " Tous ensemble, mes frères, dît- 
il, rallions nos efforts pour imposer sïlknt-k 
à quelques voix discordantes" 



— ÔO ~ 

Voilù «• i que contient la soconde partie 
de " ce remarquable discours, '" comme 
vous rappelez, de cotte mercuriale, comme 
dit le communiqué de V Evénement. 

Pour ma part, je vous le répète, je n'ai 
aucune appréciation à donner. i: La cha- 
rité chrétienne " ot " les règles de la 
bienséance " me le défendent impérieuse- 
ment. 

Pour vous, mon cher docteur, c'est tout 
différent. Vous n'appartenez pas à ce 
groupe d'hommes, perturbateurs de la 
paix religieuse, vils accusateurs de leurs 
frères ; aussi u la charité chrétienne " et 
u les règles de la bienséance " vous per- 
mettent-elles de pouvoir impunément 
dénoncer aujourd'hui vos confrères et vos 
amis de la veille et de vous servir de la 
publicité pour faire savoir à toute une 
province que vous vous retirez du Cercle 
catholique, parce que, sixièmement, cette 
institution a été, sans erreur possible, 
désignée et mal notée dans la seconde 
partie du remarquable sermon de M. le 
grand-vicaire Legaré. 

Merci. 



— 56- 

En quoi les paroles de M. Legaré peu- 
vent-elles s'appliquer au Cercle ? Vous ne 
le dites pas. 

Peu importe laquelle des quatre accusa- 
tions est celle qui nous doive convenir ; 
détail purement secondaire pour vous. 
Une prudence de bon aloi ne doit pas 
d'ailleurs vous permettre de préciser. 

Ce qui vous suffit amplement, le fait 
principal pour vous, qui domine tous les 
autres, c'est que le Cercle catholique de 
Québec a été dénoncé, le mardi, vingt 
cinquième jour de décembre dernier, du 
haut de la chaire de toute vérité, dans la- 
Basilique do Québec. 

C'est du moins votre impression, c'est 
ainsi que vous avez compris les paroles de 
M. le grand-vicaire Legaré. 

Il est heureux, croyez moi, que vous 
veniez dans un écrit public, portant votre 
signature, attester que c'est là la signifi- 
cation que l'on doit donner au sermon 
prononcé, le jour de Noël, à la Basilique, 

Un pareil témoignage vaut son pesant 
d'or. 



-57- 

Je vous l'ai déjà dit, mon cher docteur, 
l'arme dont vous vous servez éclate entre 
vos mains, et le coup, au lieu de nous tuer 
va vous blesser. 

Permettez que Je vous enlève cette arme 
trop dangereuse et que je brise, en même 
temps et sans effort, votre sixième et der- 
nière raison. 

Le sermon de M. le grand-vicaire Le- 
garé a été prononcé le 25 décembre. 

Vous vous appuyez sur la prétendue 
dénonciation que vous y trouvez du Cer- 
cle catholique, pour motiver votre départ 
du Cercle. 

Mais vous oubliez une chose essentielle, 
c'est que vous avez laissé le Cercle avant 
Koël, avant le 25 décembre, avant que le 
sermon eût été prononcé à la Basilique et 
publié dans la presse. 

Il est donc complètement impossible que 
vous ayez pu avoir pour motif de votre 
démission, donnée avant le 24 décembre, 
un fait qui ne s'est produit que le 25. * 

Votre sixième raison est donc inadmis- 
sible ; elle no vaut rien. 

Qu'elle aille rejoindre ses aînées et que 



— 58 — 

toutes ensemble elles doraient do l'éternel 
sommeil dans le fossé profond que vous 
m'avez généreusement aidé à leur creuser. 

Peut-être un jour trouverons-nous la 
raison véritable de votre démarche, celle 
que vous n'avez pas encore voulu faire 
connaître. 

Tout dépendra de votre réponse. 

En attendant, veuillez croire que mal- 
gré notre divergence d'opinions sur les 
faits que je viens de discuter, je n'en reste 
pas moins et avec beaucoup de considéra- 
tion, 

Votre ami dévoué 

Pu. Landry. 
Villa Mastaï, 10 janvier 1884.