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Full text of "Les soirées de Saint-Pétersbourg: ou, Entretiens sur le gouvernement ..."

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DE 

SAIJVT-PÉTERSBOURG. 



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PROPRIÉTÉ DES ÉDITEURS. 



Ltm. — Imprimerie de 1. B. Féugaud. 



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LES SOIRÉES 

DE 

SIINT-'FÉTËRSBOIIRG 



mfi LE GOIITBlUnHBEn' TEMPOREL DK U PHOmSIÏCE 

aura* B*ca 

TRAITÉ SDK LES SACRinCES 

OISIÉHB ËOmON. 

TOME I. 



H. PÈLAGAUD FILS ET ROBLOT , 

UBRAIRBS DB S. ÉH. LE CARDINAL AnCHËVËQUB DE LVON^ 

LYON , I PARIS , 

cusss am mescièbb, kdb de toduoit, 
48. I S. 

Lâ70. 



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Vil 



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PRÉFACE 

DE L'ÉDITEUR. 



La vérité «t Perreur m partagent cette ferre oit 
rhomme ne fait que passer ; où le crime , les souf- 
frances et la mort lui sont des signescertaios qu'il est 
iine créature déchue; où la conscience , le repentir et 
mille antres secours lui ont été donnés par la bonté 
du Crëalenr pour le relcTcr de ta chute ; où il ne eesse 
de marcher vers le terme qui doit décider de sa desti- 
née étemelle, toujours soumis & la volonté de Dieu , 
qui le conduit selon la profondeur de ses desseins ; 
toujours libre , par sa volonté propre , de mériter la 
récompense ou le chàlimeQt. Deux voies lui sont donc 
ouvertes, l'une pour la perte , Tautre pour le salut ; 
voies invisibles et mystérieuses dans lesquelles se pré- 
cipitent les enfants d'Adam , en apparence confondus 
ensemble, divisés ccpendint en deux sociétés qui s'é- 



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Tj PREFACE 

■oignent de pltis en plus Tune de l'autre, jusqu^au 
moment qui doit les séparer à jamais. C'est ainsi que 
saint Augustin nous montre admirablement les deux 
Cités que le genre humain doit former a la Gn des 
temps, prenant naissance dès le commencement des 
temps : la Ciié du monde et la Cité de Dieu. 

Dieu et la Vérîtt' sont une même chose ; d'où il 
biut conclure que toute vérité ([ue l'intelligeace hu- 
maine est capable de recevoir lui vient de Dieu j que 
sans lui elle ne connaîtrait aucune vérité , et qu'il a 
accordé aux hommes , suivaDt les temps et les circou- 
stances , toutes tes vérités quileurétaient nécessaires. 
De cette impuissance de l'homme et de cette bonté de 
Dieu déoGole encore la nécessité d'une tradition uni- 
verselle dont on retrouve en effet les vestiges plus ou 
moins effacés chez tous les peuples du monde , selon 
que l'orgueil de leur esprit et la corruption de leur 
cœui' lés ont plus ou moins écartés de la source de 
toute lumière ; car l'erreur vient de l'homme comme 
la vérité vient de Dieu; et s'il ne crie vers Dieu, 
l'homme demeure à jamais assis dans les ténèbres 
et dans l'ombre delà mort (1). 

L'errem' a mille foimes et deux pnncipaux carac- 
lùres : la superstition et l'incrédulité. Ou l'homme 



I:,q-,Ë,::y/Q00i}\e 



DES KDITEURS. TJj 

altère en lui I*image de Di«u pour [^acfommfHler k 
ses passiona , ou , par une passion plus détestable en- 
core, il pousse la fureur jusqii''i Ten efTaeer entière- 
ment. Le premier de ces deux crimes tat , dans les 
anciens temps , celui de tous les peuples du monde, 
UD seul excepte ; ils eurent toujours pour le second 
une invincible horrenr , et les malheureux qui s'en 
rendaient coupables furent longtemps eux-mêmes une 
< xceptJoD au milieu de toutes les sociétés. C'est que 
cette dernière îmjnété attaquait à la fois Dieu et l'exi- 
stence même des sociétés ; le bon sens des peuples 
l'avait pressenti : et, en effet , lorsque la secte inftme 
d'Epicure eut étendu ses ravages au milieu de l'em- 
pire romain, on put croire un moment que tout allait 
rentrer dans le chaos. Tout était perdu sans doute , si 
|a Vérité dlennème n'eût choisi ce moment pour des- 
cendre sur la terre ot pour y couveraer avec lea 
Iiommes (1). Les anciennes ti«dilions seranim^reat 
aussitftt , purifiées et sanctifiées par des vérités nou- 
velles ; la société , qui Mji n'était plus qu'un cadavre 
prêt à se dissoudre , reprit le mouvement et la vie , et 
ce principe de vie , que lui avaient rendu les traditions 
l'eligieuses, ne put être éteint ni par les rérolutions des 
empires , ni jur une longue suite de ces siècles illettrés 
qu'il est convenu d'appeler barbares. Les symptômes 
«> mort ne reparurent qu'au quintièmc siècle , qui est 
itppelé le siècle de la renaissance : c'est alors que la 



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Tiij 

Taisoa hamaiae, reprenant son anli([ne oi^eil qii''u 
-anit cru pour jamais (errasse par la foî, osa de dou 
veau scruter et attaquer les traditions. Les supersti- 
tioDS du Pagauisme n'élaot plus possibles, ce fut l'iD- 
crédulilé seule qui tenta ce Tuoeste combat : elle dé- 
molit peu k peu l'antique et merreilleux édifice élevé 
par la Vérité même, et ne cessaRt de nier, les unes 
après les autres, toutes, les croyances religieuses, 
•c'est-à-dire tous les rapports de Thomme a?ec Dieu, 
elle cootiona de marcher ainsi, an milieu d'une corrup- 
tion .toujours croissante de la société, jusqu'à la révo- 
4utioD ftaoçaise , où Dreu lur-mAme fut vii par la 
40ciMi , ce qui ne s'était jamais tu ; où le monde a 
'éprouvé des maux plus grands , a été menacé d'une 
catastrophe f lus terrible même que dans les derniers 
temps de l'empire romain, parce que la Vérité -éter- 
nelle, ayant opéré pour lui le dernier miracle de la 
grùce, ne lui doit plus maintenant que la justice , et 
ne reparaîtra f\\a au milieu des hommes que jtour le 
jugement. 

EtTéritablemente'en^taitlaitdu mondes!, seloii 
la proauMity cette grùcequi éclaire et TÏTÏGen'eAt trouvé 
un refuge dans un petit nombre de cœurs humbles , 
fidèles et généreux. Ils combattirent donc pour la vé- 
r'iUi ils furent ses martyrsj ils sont encore sesapAtres. 
Autour de la lumierequi leur a été donnée d'en haut, 
ils ont su réunir, ils rassemblent encore tous les jours, 
-ceux qui savent ouvrir les yeux pour voir, les oreilles 



hyGOOgIf 



pour eaSmUn. LVitcut étant amr^ i son d^crnîer 
excès el s'étant montrée dans sa dernière expression , 
b vérité a b\t entendre par leur bouche ses arrêts les 
plus formidables , a dévoilé'à la fois tous ses principes 
i jamais immuables et leurs «mséquences non moins 
absolues : toutes tes nuances ont disparu y tous les 
ménagements de timidité ou de prudence ont cessé ; 
d'une main ferme y ces courageux athlètes ont tracé 
la digue de séparation ; et ^ ce qui est encore nouveau 
fious le soleil , les deux Citéry celle du monde et celle 
de Dieu, se sont séparées pour o^étre plus désormais 
confondues Josqu'i la fin j et, dès cette ne^ eUes- sont 
devenues manifestes k tous les yeux. 

Parmi ces interprètes de la vérit^^ si visiblement 
choisis et appelés par elle pour rétablir son empire et 
relever ses autels ^ nul n'a paru avec plus d^éclat que 
M. lec<MntedeMaistre:dës les commencements de la 
grande époque où nous avons le malheur de vivre , il 
fit entendre sa voix , et ses premières paroles , qui re> 
teotirent dans l^urope entière (1 ) , laissèrent un sou- 
venir que trente années d'événements inouïs ne purent 

(l)I>aiM l'outrage tuneui iplilulé : CorufdmiriDs* n* la Finmct, 
publié en 1796. Quoique rigoureniemeal dérenJa pv le miprinbla 
ItouTOir qui IjnanSsiit alun b Frarm, {I cnf, diiM h ném innée, 
trois Mition», el une qualriéme Tannée aurriiiFie. Déi (703, époqus 
du n rclraiie en E^mont , U. Je Mnitire anii dît pirallre deut Lcl- 
irai iFun nonaUut uroimn 1 ici compairiotra ; el en 1 795 , il mit 
pablid un aalrc ëcril , «nu le litre do Jean Clamli: Têlii, maire île 
iioMiaijinile i brucliaiv, dii-«u, ausii iiiqLionle qu'ingéuiciue lorlo 



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elfacer. D« mëinti qoe «elles des prot^ièles, mb paroltt 
dévoilaient TaTenir , ea même temps qii*^es indi- 
quaient aux hommes le» moyens de les rmdre meillean. 
Ce qo'il a prédit est arrWé ; paisse-t-il étn mijoui 
suivi dans c« qu'il a eooseiUé! 

Il fallut se taire lorsque la terre entière se taisait 
devant un seul homme : ce fut dans le silence et dans 
Texil que 11. de Maïstre prépaA et acheva en partie 
les travaux qui devaient compléter eette espèce de mi^r 
sion qu'il avait reçue â''ëclairer et de reprendre son 
siècle , de tous les siècles sans doute le plus aveugle 
et le plus criminel. Toutefois, dès 181 0, il publia k 
Pétersbourg l'ouvrage intilult' : Essai sur leprtnet'fo 
générateur des eonstitviions politiques. Daus ce 
Ihre court , mais tout substantiel, Tauleur, remontant 
à la puissance divine comme It la source unique de 
toute autorité sur la terre , semJile s'arrêter avec une 
sorte de complaisance sur cette ^-ande idée qui féconde 
tout en effet dans le monde des intelligences , et da 
laquelle allaient bientôt émaner toutes ses autres pro- 
ductions. Dans un sujet qui était purement métaphy— 
sique,on lui reproclia d'avoir été trop métaphysiciens 



i»j>inMni<lBnniaea(.EiiSaenlTS6,ui CwaiéMiihm n/r laFraue» 
tarent prioiâtst <f un doit iatituM : Aurait it qutiqaa partaf de* 
miaiaim «avoMCHi d U nation fitutçail, daiu lequel il comLdlUiil 
MCC b«aiMoqp iTiBo^ rapplicalian tin loii françaiici lur l'émigra- 
tion ui iujeu du ni (ht Sardaignct Hallel du Pau fut IVdileuT de ci 



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cenx qui lai &ïDt un tel reprocne oe saraiml pfti , et 
peut-être se savent point encore que c^est dans la até- 
taptaynque qu'il faut aller attaquer les erreurs qui 
ooiTompent et désolent aujourdliui la société ; c'est 
parceqHe les basesdeeetl« science soDtlalisseg,dqiais 
Arîstote jusqu'à nos jours , que je ne saÎH quoi de faux 
s'est glisse partout etjusqu'auseïnde La vérité in£nie, 
e'est<-i-dire , jusque dans les paroles et dans les écrits 
d'un grand nombre de ses plus siiicéres et plus ardents 
défenseurs. Nous pouvons concevoir quelque espérance 
de voir bientôt se faire cett« grande et utile réforma- 
tion , et M. de Maistre aura la gloire d'y av<»r puî»- , 
sanunent contribué, 

En 1816 , parut sa traductirat fran^'se du traité 
de Plutarque , intitulé : Sur les délais de Injustice 
divine dan» la punition des c upakles. Dans les 
liotes savantes et profondes dont il accompagna cette 
traduction, M* dé Maistre fit voir l'esprit du Christia- 
nisme exerçant son infloence secrète et irrésistible sur 
an philosophe pUen, l'éclairant k son insu, et lui fai- 
sant dire des choses que toute la sagesse humaine 
abandonnée \ elle-même n'eût jamais pu dire ni mfime 
imaginer. On voit dès lors que ces grands mystères de 
la Providence occupaient fortement cet esprit dont la 
vue était si juste et si perçante; qu'il cherchait, autant 
qu'il est permis à un homme de le faire , à en pénétr-er 
les profondeurs et à en justifier les décrets. C'est en 
cITot à suivre la Providence dans toutes ses voies qu'ail 



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«'J 

l'Aaît appliqué sans relâche dans ses longues ei Isbo- 
-rieuses études ; et l'on vit bientôt parattre le livre Tii- 
meux dans leqnd , s^élevant d'un vol d^aïgle au-4les$ua 
de toas les pr^ugés reçus , attaquant tontes les erreurs 
accréditées , renversant toiis les sophiaraes de la mau- 
vabe for et de la &nsM éruditiMi , il nous rendit celte 
Providence visible dans le gouvernement temporel des 
papes, qu^il a présentés hardiment , soua ce rapport, 
comme les bienfaiteurs et les conserrateurs de la so- 
ciété européenne , après tant de déclamations ineptes 
qui , depuis trois nècles, ne cessent de les en déclarer 
les tyranset les fléaux. On n^a point répondu aux deux 
premiers volumes de ce livre , qu^un des plus grands 
esprits de notre ftge a qualifié de BDBLiME(1);et,l>ien 
que le sujet en soit phttdt politique que religieux, l'im- 
jriété , qui se croit justement attaquée dès que V<m 
parle du chef de l'Eglise autrement que pour Finsulter, 
ne IVtit point laissé sans réponse , s'il eût été possible 
d'y répondre. On ne répondra pas davantage au troi- 
sième qui vient de paraître, et qui traite spécialement 
du pape dans ta rapports avec V Eglise gtUlieane . U 
ne convaincra pas sans doute des esprits passionnés et 
vieillis dans les habitudes d'une doctrine absui-de et 
dangereuse , mais les passions les plus irascibles se- 
ront elles-mêmes réduites au silence. 

Noos ne dirons point que les Soirées de Sàirt- 
(1)11. lericonie JeOoDald. 



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XIIJ 

PéTEinoDio que oous puolions aujourdliui , der- 
BÏire production de cet homme illustre , soient nit 
ouvrage supérieur lu livre do Pafe. Tous les deux 
loal l'œuvre du génie ; tous les deux nou$ semblent 
également beaux : o^iendant quelque admiré qu^ait 
été cehii-ci , nous ne doutons point que les Soixées 
ne trouvent encore un filus grand nombre d'admira- 
teurs. Dans le livre du Pape , M. de Maisbv ne dé- 
veloppe qu^nne seule vérité : c'est i mettre cette v^ité 
unique dans tout son jour qu'il consacre toutes les 
ressources de son talent , qu'il prodigue tous les tré- 
sors de son savoir ; iri le champ est plus vaste , on, 
pour mieux dire , sans limites : c'est l'homme qu'il 
considère dans tous ses rapports avec Dieu ; c'est le 
libre arbitre et la puissance divine qu'il entreprend de 
concilier ; c'est la grande âiigme du \ntia et du mal 
qu'il vent explkpier ; ce sont d'innombrables vérités, 
ou plutôt ce sont toutes les grandes et utiles vérités, 
dont il s'empare comme de son propre bien , pour les 
défendre en possesseur légitime contre Porgneil et 
l'impiété qui les ont toutes attaquées. Au milieu d'une 
route semée de tant d'écueib , il marche d'un pas a.s- 
suré, le flambeau des traditions à la main; et sa 
raison en reçoit des lumières qu'elle fait rejaillir sur 
tous les objets dont elle sonde les profondeurs. Jamais 
la philosophie abjecte du dix-luitième siècle ne ren- 
contra d'adversaire plus redoutable : ni la science , ni 
le génie, ni les renommées ne lui imposent ; il avance 
sans cesse , abattant devant lui tous ces colosses aux 



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prèds d^rgile ; il a des armes de tonte Mpiee pour les 
combattre : c>st le cri de rindigoation ; c'est le rirv 
amer da mépris ; c'est le trait acéré du sarcasme ; c^est 
une dialeelique qui atterre ; ce sont des traits d'élo- 
quence qai foudroient. Jamais on ne pénétra arec plus 
de sagadté dans les replis les plus tortueux d'un so- 
phisme pour le metb« au grand jour et le montrer tel 
qu'il est , absurde ou ridicule ; jamais une émditiMi 
pins étendue et plus variée ne fiit employée avec plus 
d'art et de jugement pour fortifier le raisonnement de 
toute la puissance du témoignage. Fuis ensuite^ quand 
il pénètre jusqu'au fond du cœur de rbomme, quand 
il visite, pour ainsi parler, les parties les plus «ecrëtes 
de son intelligence , soit qu'il en explique la force , 
soit qu'il en dévoile la faiblesse , quelle foule d'aperçus 
ingénieux , de traits inattendus , de vérités profonddi 
et nonvelles ! Que de sentiments tendres , délicats et 
généreux I quelle foi pieuse et inébranlable! quel e. - 
prit que celui qui apu concevoir des pensées si grandes, 
si étonnantes sur la aoERRE ! quel cœur que celui 
d'oà il seml^e s'écouler, comme d'une source pure et 
viviSante , des paroles si animées et si touchantes sur la 
PBiÈaE ! 

Dans tous les ouvrages qu'il avait publiés jusqu'i 
celuiHït, la manière d'écrire de M. de Maistre a été 
jugée claire , nerveuse , animée , abondante en expres- 
flons brillantes et en toumuresori^nales: ce sont là 
ses principaux caradtevs. Dans les Soixées , où des 



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ng'eU tiiiét e^ inaoïnlvibies semUeQt en quelque 
sorte se presser sous sa plume , Tillustre auteur s^a- 
bandonne davantage et prend tous les toiu. A la force 
et k l'éclat il sait anir , au besoin , la grtce et ta dou- 
ceur ; il sait étendre ou resserrer son style avec autant 
de charme que de flexibilité ^ et ce style est toujours 
vivant de toute la vie de cette Ame où il y avait comme 
une surabondance de vie. Ce n'est point un style aca- 
démique f i Dieu ue plaise ! c^est celui des grands 
écrivains f qui ne prennent des écrivains clasaques que 
ce qu'il en faut prendre , et qui revivent le reste de 
leurs propres inspirations. Et nVst-ce pas ainsi qu^l 
convient en eiïet d'entendre et de mettre en pratique 
les traditions âe notre grand siècle littéraire ? Ces tra- 
ditions ne sont point perdues, ainsi que semblent le 
craindre quelques amateurs délicats des lettres , tmp 
épris pcutr-étre de certaines beautés de langage , par- 
tisans trop excinsife de certaines manières d'écrire qui 
ne sont plus de notre Age , et ne prenant pas garde que 
l'imitation servile, qui fait les rhéteurs, est justcfflent 
dédaignée de l'écrivain qui sait penser ^ qui a de la 
conscience et des entrailles. Les princes de notre iitt^ 
rature, qui sans doute doiventétreétemellementnos 
modèles y comment sY preoaient-îU eux-mêmes pour 
enrichir leurs écrits des précieuses dépouilles qu'il* 
ivaicnt enlevées aux génies sublimes de la Grèccet de 
Home ? se fiiisaient-ils Grecs et Romains ? non sans 
doute : ils demeuraient Français , et Français comme 
on l'était au temps de Louis XIV. Avec un gotit exquia 



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et le jugement le plus sfir, ils »iTsi«it sccommoder 
râoqueDce des r^nbliques et rinspiration des museà 
païennes aux mœnrs n(d>les et douces d'une grande et 
paisible monarchie, à la morale pure et austère d'une 
reli^on descendue du ciel. Cest ainsi que , nous of&ant 
rnumple, ils noos ont aussi laissé le précepte. Imi- 
tons-les donc ainsi qu'eux-mêmes ont imité : méditons 
sans cesse ces die&-d'œuTre où ils ont honoré la pa- 
role humaine plus peut-être qu'on ne l'arût jamais 
fait avant eux; m«s Tisitons en même temps, et avec 
une ardeur non moins stu^euse, ces sources antiques 
et fécondes où ils se sont abreu?és arant nous , oà nous 
trouverons encore à puiser après eux ; et ce que nous 
y aurons amassé , essayons d'en faire un utile et géné- 
reux usage , selon les temps ott nous vivons et les cir- 
constances oànous pourrons nous trouver. Touthomme 
qui join^ un grand sens & un talent véritable sentira 
donc que le dix-neuTÎême sîèclencpeutêtre littéraire, 
ainsi que l'a été le dix-septième ; qu'on n'écrit point, 
et qu'en effet on ne doit point écrire an milieu de tous 
les désordres , de toutes les erreurs , de toutes les pas- 
sions , de toutes les haines , de la plus eSroyable cor • 
ruption , comme on écrivait au sein de l'ordre , de la 
paix, de toutes les prospérités, lorsque la société était 
en quelque swte pleine de foi, d'espérance etd'amour. 
Ahisansdoute, si ces grandsesprits eussent vécu dans 
nos temps malheureux , la douceur de Massillon se ffit 
diangée en véhémence j une sainte indignation trans^ 
priant Bourdaloue etit donné à sa puissante dialee- 



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"■■} 

tique des moarements plus paulonnég ; Pascal eût di- 
rige vers un même but les traits étiacelants de sa satire, 
les traits non moins pénétrants de sa mâle éloquence ; 
5t la Toix de Bossuet eût fait entendre des tonnerres 
raeore plus retentissants. Boileaii et Racine , tous les 
Jeux si pleins de raison , considéreraient aigourd^ui 
Mmme do vains amusements Les chefe-d'œuvre qui font 
leur immortalité ; et , aband(»inant ces agréables et 
innocents mensonges, dont ils avaient fait chez les 
anciens une mouson si riche et peut^tre trop abon- 
dante , on les verrait consacra' uniquement t louer 
3U & défendre la céleste vérité tous ces dons célestes 
iu génie et du talent qui leur avaient été si magnïG- 
qwmrat prodigués. Maintenant, c'est donc ea imitant 
ces puluts modèles , sans loutefob leur ressembler , 
qu'on peut aspirerkvivre aussi longtemps qu'eux jc^est 
pour ne s''étre point servilement traîné sor leurs traces, 
c'est pour araïr marché librement dans la m6me route , 
dans cette rout« devenue plus large depuis deox «ëcles, 
et surtout conduisant plus loin , que M. de Maîstre et 
quelques autres rares esprits (1 ) ont élevé des monu- 
ments qui sont destinés , comme ceux du grand sièelct 
1 vivre aussi longtemps que la langue françuse , et i 
servir i leur tour de modèles à ta postérité. La cri- 
^tique trouvera sans doute & reprendre dans les écrits 
^e cet homme célèbre : et quelle oeuvre &t jamais par- 

0j. • . . Panel quoi mtMM amtll 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



XTDJ 

fuite? Elbi pourra remarquer , pirticuli^ment dans 
l'onvraf^e que noiu publions , quelques expressions et 
iD^e quelques plaisanteries que Le bon gofit de l'auteur 
aurait dû rejeter ; elle lui reprochera de donner quel- 
quefois i la raison les apparences du sc^hisme, par (a 
manière recberchëe et trop subtile imit i) présente 
oerlainea yérltés ; mais si cette critîqtie est frsncbe , 
raisonnable , impartiale , elle reconnaîtra en même 
temps qu'il serait honteux p<Hir elle de s'an'èter h ces 
taches rares et légères qui se perdent dans Téclat de 
tant de beauté supérieure», et souvent de Tordre le 
plue élevé. 

A la MHte desSoiRÉEB, on lira un opuscule intitulé: 
Echireistement sur le* sacrifiées } et nous œ cral* 
gnons pas de dire que , dans ces deux Tolumes , il n^est 
rien peut-être qui soit de nature k produire de plui 
profondes impressions. L'aatenr, avec sa prodigieuse 
érudition, qui semble ici se surpasser ell^même par 
de imiTMUX pro^ges , parcourt le monde entier et en 
compolselesannalesles plus obscnresetles plus eachéeSf 
ponr non» 7 montrer le sacrifice , et le sacrifice saii- 
GLANT y étdrii dans fous Ics teuips , dans tous les lieux, 
et sur la foi d'une tradition universelle et immémoriale^ 
qui a partout enseigné et persuadé partout : « Que la 
1 cbair et le sangsont coupaMes,et que le ciel est irrité 
N contre la chair et le sang ;que dans TeOusion du sang 
<* il est une vertu expiah-ice; que le sang coupable 
, • peut Être racheté^&r le sang innoccuL i> Croyance 



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Di:S EDITEimS. \l\ 

jiicxplicable que ni la raison ni la folie aVnt pa inren- 
l«r,encore moins faire adopter généralement \ eroyanee 
mystérieuse , qui a sa racine dans les dernières profon- 
deurs du coBur humain, et qui, dans ses ses applications 
les plus cruelles , les plus révoltantes, les plus erronées, 
se rattache par d^invisibles iiens à la plus grande des 
Tentés. Uauteur poursuit cette vérilé aux traces de 
lumières qu^elle laisse après elle à travers la nuit pro' 
fonde de ridolàtrîe. Au milieu des erreurs de tant de 
fausses religions , il retrouve plus ou moins alt^s tous 
les dogmes de la véritable, toutes ses promesses, tous 
ses mystères, toutes les destinées deThomme, et vient 
finir en se prosternant devant )c sacrifice incompréhen- 
sible qui a tout consommé, aux pieds de la grande Vio- 
tîmequia opéré le salut àamoiaitvaWet par le sang. 
Rien de plus frappant que ce morceau : c^est un tableau 
que, dans toutes ses parties, on peut dire achevé. 

Héias 1 il uVn est pas ainsi du livre même des Soi- 
rées. Il était arrêté que M. le comte de Maistre ne 
recevrait point ici— bas la dernière couronne due à ses 
longs et pieux travaux ; il travaillait encore à ce bel 
ouvrage , lorsque Dieu a voulu Tappeler à lui pour lui 
donner, dans un monde meilleur , cette couronne « que 
H la rouille et les vers n'altéreront point ; cette 
« couronne incorruptible qui ne sera point enle- 
n vée(^). 1) Ceux qu^ilaimaitne se consolerontpoint 

(I) Hetauriiau aaîrm robis thamnoi in erelo , vbl mipie rerngo or. 
^m lùua demolUir, ei niifiira non effodiant twc/wonivr > Matth.VI,!0. 



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lie ravoir pf rdu ; TEurope entière a donné des regrets 
ft cette perte vraiment européenoe; et ces regrets se 
renomelleroot sans cesse pour les cœurs généreui ^ 
lorsque, jetaut tes yeux sur les lignes deœi-acheTées 
qui terminent le XI' entrelien el les dernières que sa 
main ait tracées , ils verront que , de cette main déjà 
déraillante, il s'occupait alors de sonder la plaie la plus 
profonde de notre malheureux ège (1), dVn montrer 
le danger toujours croissant,et d'y chercher sans do^le 
des remèdes. Cest ainsi, qu'imitant jusqu'au dernier 
moment son divîn modèle, c il a passé en Taisant le- 
K bien. > PerlrantiitbeHefaeiendo(2). 



(<)LcI>ru(eslin<iaM. 
(S) Set. X, Ô8, 



* a. de SMni-V>ct«r. 



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LES SOIRÉES 
DE SAINT-PÉTERSBOURG, 

SCB LE GOCVEBNEUENT TEUPOBEL 

DB Li nonmncB. 

PREMIER ENTRETIEN. 



An mms de jiûllet 1 809 , A la fin d*aiie 
jonmie des pins chaudes, je remontais la 
Neva dans one chalonpe , avec le conseiller 
privé de T***, membre da sénat de Saint- 
Fétersbonrg, et le chevalier de B**», jeune 
Français qne les orages de la révoladon de 
son pays et une fonle d^évènements bizarres 
avaient ponssé dans cette capitale. L^estïme 
réciproque , la conformité de goûts , et quel- 
ques relations précieuses de services et d%os- 
{utalité, avaient formé entre nous une liaison 
intime. L'un et Tautre m'accompagnaient ce 
jour-li jusqu'à la maison de campagne oh je 
I. 1 



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2 LES «OIB<K» 

passais Tété. Quoique silaée dans fenceinte de 
la TiUe, elle est cependant assez éloignée da 
centre poarqn'il soît permis de l'appeler cam- 
pagne et mâme solitude; car il s'en fant de 
beaucoup que toute cette enceinte soit occupée 
par les bâtiments ; et quoique les rides qui se 
trouvent dans la partie habitée se remplissent 
à Toe d*oeil, il n'est pas possible de prévoir 
si les habUations doivent un jour s'avancer 
jusqu^aux limites tracées par le doigt hardi 
de Kerre V. 

U était à pen près neuf heures du soir; le 
soleil se coachait par dd temps superbe ; le 
faible vent qui nons poussait expira dans la 
foîle que nous vtmes badiner* Bientôt le 
paviUoD qui annonce do haat du pahùs im- 
périal la présence da souverain, tombant im- 
mobile le loi^ da m&t qui le supporte , 
proclama le silence des tùrs. Nos matelots 
[Mirent la rame; nous leur ordonnâmes de 
nons conduire lentement. 

fiien n'est plus rare , mais rien n'est plus 
cDcbanteur qu'une belle nuit d'été i Saint- 
Pétersboorg, soit que la longueur de l'hiver 
et la rareté de ces nuits leur donnent , en les 
rendant [^os désidérables^ xm ch»me partico- 
lier; soit que réellement, comme je le crois , 



D,9,t,.?(ib, Google 



DB GAIKT-PfiTBSSBODBÔ. i 

ellea soient plus douces et plus caline« qne 
dans les plos beaux climats. 

Le soleil qai , dans les zones tempérées , se 
précipite à Toccident, et ne laisse après lai 
qD'oncrépnscnle fbgitif , rase ici lentement ane 
terre dont il semble se détacher À regret. Son 
disqae environné de vapeurs rougeâtres roale 
comme an char enflammé sut les somlves fo- 
rêts qai cooronnent Thorizoa , et ses rayons , 
réfléchis par le vitrage des palais , donnent ao 
spectatenr l'idée àim raste incendie. 

Les grands fleuves ont ordinairement nn lit 
profond et des borda escarpés qui lenr donnent 
un aspect sauvage. LaNévacoaleàpleins bords 
aa sein d'nne cité magnifique : ses eanx Uni' 
pides touchent le gazon des lies qu^elle em- 
brasse , et dans toute l'étendue de la ville elle 
est contenue par deux quais de granit , allignés 
à perte de vue , espèce de magnificence répé- 
tée dans les trois grands canaux qoi parcou- 
rent la capitale , et dont il n'est pas possible 
de trouver ailleurs le modèle ni Timitation. 

Mille chaloupés se croisent et sillonnent 
l'eau en tons sens : on voit de loin les vais- 
seaux étrangers qni plient lenrs voiles et 
jettent l'ancre. Ils apportent sons le pAle les 
fruits des zones brûlantes et tontes les pro- 
i. 



D,9,t,.^(ir>,GO(K^lc 



( la sonJEs 

<Iuctîons de raniven. Les brillanb oiseaux 
irAmériqae voguent sor la Néra avec des 
bosquets d'oraogers : ils retrouvent en arri- 
vant la noix da cocotier , Tananas , le citron, 
et tons les fruits de leur terre natale. Bientât 
le Russe opulent s^empare des richesses qu^on 
lui présente, et jette l'or, sans compter, i 
l'avide marchand. 

Nous rencontrions de temps en temps d'é- 
légantes chaloupes dont on avait retiré les 
rames, et qui se laissaient aller doucement 
«u pabible courant de ces belles eaux. Les 
rameurs chantaient un air national , tandis 
que leurs maîtres jouissaient en silence de 
la beauté dn spectacle et du calme de la nuit. 

Près de noos une longae barque emportait 
rapidement une noce de riches négociants 
JJn baldaquin cramoisi, garni de franges 
d'or, couvrait le jeune conple et les parents. 
.Une musique russe, resserrée entre deux files 
de rameurs, envoyait an loin le son de ses 
bruyants cornets. Cette musique n'appar- 
tient qu'à la Russie, et c'est peut-être la 
seule chose particulière à un peuple qui ne 
«oit pas ancienne. Une foule d'hommes vi- 
vants ont connu l'inventeur , dont le nom ré- 
veille constamment dans sa patrie l'idée de 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



Ds SÂnrr-fÉTEBSBODafi. !fr 

Tanliqne hospitalité , do loxe élégant et dea- 
nobles plaisirs. Singulière mélodie ! emblème 
éclatant fait ponr occaper l'esprit bien plos 
que l'oreille. Qu'importe à l'œnvre qoe les in- 
struments sachent ce qa'ils font? vingt oa trente 
automates agissant ensemble produisent on« 
pensée étrange à chacun d'eux; îe mécanisme 
aveugle est dans l'individu : le calcul ingé- 
nieux, rimposante harmonie sont dans le tout. 

La statue équestre de Pierre 1* s'élève sur 
le bord de la Neva, à Tune des extrémités de 
l'iiiimense place d'/saoc. Son visage sévère 
regarde le flenveet semble encore animer cette 
navigation, créée par le génie du fondateur. 
Tout ce que l'oreille entend, tout ce que Tœil 
contemple sur ce superbe thé&tre n'existe 
que par une pensée de la tête puissante qui 
fit sortir d'un marais tant de monuments 
pompeux. Sur ces rires désolées , d'où la na- 
ture semble avoir exilé la vie , Pierre assit 
sa capitale et se créa des sujets. Son bras 
terrible est encore étendu sur leur postérité 
qiû se presse autour de l'auguste effigie : on 
regarde , et Ton ne sait si cette main de 
bronze protège on menace. 

A mesure que notre chaloupe s'éloignait , 
le chant des bateliers et le bruit confus de 



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J 



6 LES SOIBÉKS 

la ville s'éteignaient ÎDsensibleméat. Le toleil 
ébùl descenda soas Thorizon; des nuages 
brillants répandaient nne clarté douce , un 
demi-jonr doré qn^on ne saorait peindre , et 
qae je n'ai jamais va ailleurs. La lamière et 
les ténèbres semblaient se mè^er et comme 
s'entendre pour former le ToUe transparent 
qui convre alors ces campagnes. 

Si le ciel , dans sa bonté , me réservait on 
de ces moments si rares dans la vie où le 
cœm' est inondé de joie par qnelqne bonheur 
extraordinaire et inattendu; sî une femme, 
des enfants , des frères séparés de moi depnis 
longtemps, etsans espoir de réonion, devaient 
tont-Â-conp tomber dans mes bms,'ie von- 
drsàSf oui, je vondraisque ce fût dans une 
de ces belles nuits , sor les rives de la Neva , 
en présence de ces Russes hospitaliers. 

Sans nous communiquer nos sensations , 
nous jouissions avec délices de la beauté du 
spectacle qui nous entourait , lorsque le che- 
valier de B*** rompant brusquement le si- 
lence , sécria : « Je voudrais bien voir ici , 
M sur cette même barque oii nous sommes, 
(» un de ces hommes pervers, nés poor le 
« malheur de la société; on de ces monstres 
n qui fatiguent la terre., » 



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Dfi SAIHT-rfiTBBSBOUBG. ? 

« Et qn*en ferieK-Toos , s^il voos plaît ( ce 
Alt la question de ses deax amis parlant à 
la fois ) ?» — «Je lui demanderais, reprit 
n le chevalier } si cette noit lui parait aussi 
•1 belle qu'i nous. » 

L'exclamation do chevalier nous avait tirés 
de notre rêverie : bientât son idée originale 
eneaj^ entre nous la conversation suivante, 
dont nous étions fort éloignés de prévoir les 
soites intéressantes. 



Mon cher chevalier, les coeurs pervers 
n'ont jamais de belles nuits ni de heanx jours. 
Ils peuvent s'amuser , ou plutôt s'étourdir; 
jamtûs ils n*ont de jouissances réelles. Je ne 
les crois point susceptibles d'éprouver les 
mêmes sensations que nous. An demeurant, 
Diea veuille les écarter de notre barqae« 

LE CnVALlKB. 

Vous croyez donc que les méchants ne sont 
pas heureux? Je voudrais le croire aussi; ce- 
pendant j'enlends dire chaque jour que tout 
leur réussit. S'il en était ainsi réellement, 
jeAeraiii uu peu f%ché que la Providence eût 
- réservé enlièrement pour un aulre monde la 



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à 



ponition des méchants et la récompense des 
JDStes : il me semble qa'nn petit i-compte 
de part et d''aotre dès cette vie même n'aa- 
rait rien g&té. C'est ce qni me ferait désirer 
an moins qne les méchants , coomie Toos le 
croyez j ne fussent pas sasceptibles de cer- 
taines sensations qni nons ravissent. Je tous 
avoue que je ne Tois pas trop clair dans cette 
question. Vous devriez bien me dire ce qne 
TOUS en pensez , vous , messieurs , qni êtes 
si forts dans ce genre de philosophie. 

Panrnwi ijui,iu» In cimpi noarri dètiuMenlkitcv, 
LràMi loujoan «n deux Umh d«Ienr TcngsiDce, 

je TOUS avoue qne je ne me suis pas trop 
informé de qnelle manière il plaltà Dien 
d'exercer sa justice, quoique, à vous dire 
vrai f il me semble , en réfléchissant snr ce 
qui se passe dans le monde , qne s'il punit 
dès cette vie, au moins il ne se presse pas. 



Ponr peu que voos en ayez d'envie, nous 
poorrions fort bien consacrer la soirée à 
Texamen de cette question , qni n'est pas dif- 
ficile en elle-même, mais qui a été em- 
brouillée par les sophismes de l'orgueil et de 
tja fille aluée l'irréligion. J'ai grand regiret à 



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SB MIKT-PinaSBOUBa. 9 

ces symposiaques y dont Tantiquité nous a 
laissé qnelqnes monaments précieux. Les da- 
mes sont aimables sans doute ; il fant vivre 
avec elles; poor ne pas devenir sauvages. Les 
sociétés nombreuses ont leur pris; il faut 
même savoir 8*y prêter de bonne grâce ; mais 
quand OQ a satisfait à tous les devoirs im- 
posés par l'usage, je trouve fort bon que les 
hommes s^assemblent quelquefois pour rai- 
sonner, même à table. Je ne sais ponrquoi 
nous n''iniiton5 plus les anciens sur ce point. 
Groyez-Tons que l'examen d'une question 
intéressante n^occupàf pas le temps d'un repas 
d'une manière plus utile et plus agréable 
même qne tes discours légers ou répré- 
hensibles qui animent les nôtres ? C'était , à 
ce qu'il me semble f une assez belle idée 
que celle de faire asseoir Bacchus et Minerve 
à la même table, pour défendre à l'un d'être 
libertin et à l'autre d'être pédante. Nous n'a- 
vons plus de Bacchus , et d'ailleurs notre 
petite sjrmposie le rejette expressément; mais 
nous avons une Minerve bien meillenre que 
celle des anciens ; invitons>la i prendre le 
thé avec nous : elle est affable et n'aime pas 
le brait; j'espère qu'elle viendra. 
Vous voyez déjà celte petite terras«e snp. 



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10 LESSOlBflKS 

portée par quatre coloimeA chinoises ao- 
dessus de L'enlrée de ma maison : mon cabi> 
net de livres onvre immédiatement sur cette 
espèce de belvédère , que tous nommerez si 
voos voulez un grand balcon ; c*est là qu'assis 
dans un fauteuil antique, j^altends paisible- 
ment le moment du sommeil. Frappé deux 
fois de la fondre , comme vous savez , je n'ai 
plus de droit à ce qu'on appelle vulgaire- 
ment ^/lAeur: je vous avoue même qu'avant 
de m'étre raflermi par de salutaires reOexions , 
il m'est arrivé trop souvent de me demander 
è moi-même ; Que me reste-t^U? Mais la con- 
science, à force de me répondre uoi, m'a 
fait rougir de ma faiblesse , et depuis long- 
temps je ne suis pas même tenté de me plain- 
dre. Cest là surtout , c'est dans mon obseT" 
vatoire que je trouve des moments délicieux. 
TautAt je m\ livre à de sublimes méditations : 
l'état où elles me conduisent par degrés 
tient du ravissement. Tantôt j'évoque , inno- 
cent magicien , des ombres vénérables qui 
furent jadis pour moi des dirinités terrestres , 
et que j'invoqne aujourd'hui comme ùcs gé- 
nies tulélaires. Sonvent il me semble qu'elles 
me font signe; mais lorsque je m'élance vers 
elles, de charmants souvenirs me rappellent 



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DE SAIST-PÊTERSBOURG. 1 ! 

ce que je possède encore , et la vie me pa- 
raît aussi belle que êi j'élats encore dans 
Tâge de l^eapérance. 

Lorsque mon cœur oppreisé me demande 
do repos, la lecture vient à mon secours. 
Tous mes livres sont U sous ma main : il 
m'en faut peu, car je sui's depuis longtemps 
bien convaincu de la parfaite inutilité d'une 
foule d'ouvrages qui jouissent encore d'une 
grande réputation... 

Les trois amis ajant débarqué et pris 
place autour de la table a thé , la conversa- 
tion reprit son cours. 

LB sAlTATBDI. 

Je suis charmé qu'une saillie de Mf le che- 
ralier nous ait fait naître l'idée d'une sympo- 
sie philosophique. Le sujet que nous traite- 
rons ne saurait être plus intéressant : le bon- 
heur des méchants , le malheur des justes / 
Cest le grand scandale de la raison humaine. 
Pourrions-noaa mieux employer une soirée 
qo^en la consacrant à l'examen de ce my»- 
tére de la métapliysîque divine ? Noos serons 
conduits h sonder , autant dn moins qu'il est 
permis à la faiblesse humaine, Pensemble 
des yçies de la Providence dans le gouver- 



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12 us fiOUÉES 

nanaU du monde mural. Mais je Totu en 
avertis , H. le Comte , il poarrait bien vons 
arriver , comme à la sultane ^chéerazade , de 
nVn être pas quitte pour une soirée : je ne dis 
pas que nous allions jusqu'à mille et une ; 
il y aurait de l'indiscrétion; mais nous y 
reviendrons au moîn« plus souvent que voos 
ne l'imaginée. 



Je prends ce que vons me dites pour une 
politesse et non poor une menace. An reste , 
messieurs , je pnis vous renvoyer ou l'une oa 
l'antre, comme vons me Tadressez. Je ne 
demande ni n'accepte même de partie prin- 
cipale dans nos entreliens; nons mettrons, 
si vous le vonlez bien , nos pensées en com- 
mun : je ne commence même que sons cette 
condition. 

lly a longtemps , messieurs , qn*on se plaint 
de la Providence dans la distribution des 
biens et des maux; mais je vons avoue qne 
jamais ces dîAicnllés n'ont pn faire la moin- 
dre impression sur mon esprit. Je vois avec 
une certitude d'intuition, et j'en remercie 
hnmblement cette Providence, que sur ce 
point rhomme » tbonts dans tonte la fores 



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DE sinrr-PâTSBSBOusfi. 1 3 

dn terme et dans le sens naturel de Pexpres* 
sion. 

Je Tondrais pouvoir dire comme Montai- 
gne : Vhomme se pipe , car cVst le Téritable 
mot. Oui } sans doute l^omme se pipej il est 
dupe de lui-même ; il prend les sophismes 
de son cœur naturellement rebelle ( hélas \ 
rien a>st plus certûn ) pour les doutes réels 
nés dans son entendement. Si quelquefois 
la superstition croit de croire , comme on le 
lui a reproché , plus souTent encore , soyez- 
en sûrs , Torgueil croit ne pas croire. C'est 
toujours rhonome qui se pipe; mais, dans 
le second cas , c^est bien pire. 

Enfin, messieurs, il n^ a pas de sujet 
sur lequel je me sente pins fort que celui 
du gouTeraement temporel de la Providence : 
c''est donc avec une parfaite couTiction, c>st 
avec une satisfaction délicieuse que j*expo- 
seraî à deux hommes ^e j^aime tendre- 
ment quelques pensées utiles que )*ai recueil- 
lies sur la route, déjA longue, â*une vie 
consacrée tout entière & dea études sérieuses, 

UdsvAunia 

Je vous entendrai avec le plus grand plai* 
sir , et je ne douU pas qoe notre ami com- 



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H LES 60IBÊES 

muD ne vouâ accorde la même attentioD ; 
mais permeltez-moi , je tous en prîe, d« 
commencer par vods chicaner avant que 
TOUS ayeK commencé, et ne m'^accnsez 
point de répondre à votre silence i car c'est 
tout comme si tous aviez déjà parlé , et je 
«ais très bien ce qoe tods allez me dire. 
Vous êtes, sans le moindre doute, sur le 
point de commencer par oii les prédicatears 
finissent , ptw la vie éternelle, « Les méchants 
Ci sont heoreox dans ce monde; mais ils 
« seront tourmentés dans l'autre : les justes , 
« au contraire, souffrent dans celai-d; mais 
R .Us seront heureux dans l'autre, m VoiU 
ce qu^on trouve partout. Et pourquoi vous 
cacherais-je que cette réponse taranchante 
ne me satisfait pas pleinement ? Vous ne me 
soupçonnerez pas, j'espère, de vouloir dé- 
tnùre on affaiblir cette grande preuve ; mais 
il me semble quVn ne lui nuirait point du 
tout en rassociant â d'antres. 

LE 8ËKATB1JB. 

Si M. le chevalier est indiscret ou trop 
précipité, j'avoue que j'ai tort comme lui 
et autant qne Im; car j'étais sur le point de 
vous quereller aussi avant qoe vous eussiez 



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DB fiAIHT-PÉTBaSBOnBO. 1 5 

entamé la question : on , si vous Toules qne 
je TOUS parle plus sérieusement, je voulais 
vous prier de sortir des routes battues. J*ai 
lu plusieurs de vos êciïraÎDS ascétiques du 
premier ordre, que je vénère infiniment; 
mais , tout en leur rendant la justice qu'ils 
méritent, je ne vois pas sans peine que , sur 
celte grande question des voies de la justice di- 
vine dans ce monde , Us semblent presque tous 
passer condamnation sur le fait, et convenir 
qu'il n'y a pas moyen de justifier la Provi- 
dence divine dans cette vie. Si cette propo- 
sition n*est pas fausse, elle me parait au 
moins extrêmement dangereuse; car il y a 
beaucoup de danger à laisser croire aux hom- 
mes que la vertu ne sera récompensée et le 
vice puni que dans l'autre vie. Les incrédules , 
pour qui ce monde est tout , ne demandent 
pas mienx , et la foule même doit être rangée 
^ sur la même ligne : l'homme est si distrait , 
si dépendant des objets qui le frappent , si 
dominé par ses passions, qne nous voyons 
tons les jours le croyant le plus sonmîs bra- 
ver les tonnnents de la vie future pour le plus 
misérable plaisir. Que sera-ce de celui qui 
ne croit pas on qui croit faiblement? Ap- 
puyons donc tant qu'il tous plaira sur la vie 



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16 hts soib£bs 

fntore qù répond à toates les objeclïobs ; 
mais s'il existe dans ce inonde nn véritable 
gooTernernent moral, et si, dès cette vie 
même , le crime doit trembler , poorqaoi le 
décharger de cette crainte? 



Pascal observe qnelqaepartqae/a âemtère 
chose qiCon découvre en composant un litre , 
ejf de savoir quelle chose on doit placer la 
première : je ne fais point an livre , mas bons 
amis; mais )e commence on disconrs qni 
pent-étre sera long, et j'aorais pa balancer 
sur le débat : faeareasement voas me dispen- 
sez da travail de la délibération; c^est vous- 
mêmes qai m^apprenez par où je dois com- 
mencer. 

L'expression familière qu'on ne peut adres- 
ser qn'à nn enfant oa à an inférieur, vous 
ne savez ce que vous dites ^ est néanmoins le 
compliment qu'an homme sensé aurait droit 
de faire à la foule qui se mêle de disserter sur 
les questions épineuses de la philosophie. Avez' 
vous jamais entendn, messieurs, an militaire 
se plaindre qa*à la guerre les coups ne tom- 
bent que sur les honnêtes gens , et qu'il suffît 
d'être nn scélérat ponr être invulnérable ? Je 



D,9,N..<i h, Google 



BX SAlIÏT-PêTKRSBODBG. 17 

inis sta que non , parce que en effet chacun 
sait que les balles ne choisissent personne. 
J'aurais bien droit d'établir au moins nue pa- 
rité parfaite entre les manx de la guerre par 
rapport aux militaires , et les maux de la vie 
en général par rapport à tous les hommes; 
et cette parité , supposée exacte , suilirait seule 
pour faire disparaître une difficulté fondée 
sur une fausseté manifeste; caril est non-seu- 
lement faux, mais éridemment FAUX fue/e 
crime soit en général heureux, et la vertu 
malheureuse en ce inonde i il est , an con- 
traire , de la plus grande évidence que les biens 
et les maux sont une espèce de loterie oU 
chacun sans distinction peut tirer un billet 
blanc ou noir. Il faudrait donc changer la' 
question, et demander pourquoi ^ dans tor- 
dre temporel , le juste n'est pas exempt des 
ïïnaux 4fui peuvent affliger le coupable { et 
pourquoi leméchant n^est pas privé des biens 
dont le juste peut jouir? Mais cette question 
est tout i fait différente de Tautre , et je sois 
même fort étonné si le simple énoncé ne tous 
en démontre pas Tabsordité; car c*est nne 
de mes idées favorites qne Thomme droit est 
assez communément averti , par un sentiment 
'nlérieur , de la ^usseté on de la vérité de 
1. - î 



D,g,t,.?(lb, Google 



18 LES SOIBÉES 

certaines propositions avant tout examen, 
fiODTent même sans avoir fait les études né- 
cessaires pour être en état de les examiner 
avec une parfaite connaissance de canse. 



Je suis si fort de votre avis et si amonrenz 
de cette doctrine , que je Tai pent-ètre exagé- 
rée en la portant dans les sciences naturelles ; 
cependant je païs , an moins jnsqn'Â un cer- 
tain point , invoquer rexpérience à cet égard. 
Plus d'nne fois il m'est arrivé , en matière de 
physique on d'histoire natarelle , d'être cho- 
qué , sans trop savoir dire pourquoi , par de 
certaines opinions accréditées , que j'ai en le 
plaisir ensuite (car c'en est on) devoir atta- 
quées , et même toarnées en ridicule par des 
hommes profondément versés dans ces mê- 
messciences, dont je me pique peu, comme 
«His savez. Croyez-vous qu'il faille être l'égal 
de Descartes pour avoir droit de se moquer 
de ses tourbillons 7 Si l'on vient me raconter 
<[iK cette planète qne noas habitons n^est 
qu'une «clabonssnre dn soleil , enlevée , il y 
a quelques millions d'années , par une comète 
extravagante courant dans l'espace ; ou que 
les animaux se font comme des maisons , en 



D,9,t,.?(i h, Google 



DB SAINT- PÉTBRSBODEG. 19 

meltant ceci à cdté de cela ; on qae tontes 
les couches de notre globe ne sont que le ré- 
snltat fortuit d'une précipitation chimique , et 
cent antres belles choses de ce genre qu'on a 
débitées dans notre siècle , fant-il donc avoir 
beaucoup lu , beaucoup réBéchi ; faut-il être de 
quatre on cinq académies pour sentir Textra- 
vagance de ces théories?Je vais plus Loin; |e 
crois qae dans les questions mêmes qui tien- 
nent anx sciences exactes , ou qui paraissent 
reposer entièrement sur Texpérlence , cette 
règle de la conscience intcllectaelle n'est 
pas  beaucoup près nulle pour ceux qui ne 
sont point initiés à ces sortes de connaissant 
ces; ce qui m'a conduit à douter, je vous 
l'avoue en baissant la voix , de plusieurs cho- 
ses qui passent généralement pour certaines. 
L'explication des marées par l'attraction lu- 
ni-solaire , la décomposition et la recomposi- 
tion de l'eau , d'autres théories encore que je 
pourrais tous citer et qui passent aujourd'hui 
ponr des dogmes , refusent absolument d'en- 
trer dans mon esprit , et je me sens innnci- 
blement porté à croire qu'un savant de bonne 
foi viendra quelque jour nous apprendre que 
nous étions dans l'erreur sur ces grands ob- 
jets y on qu'on ne a'ententlait pas. Vous me 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



direz peut-être (l^atnitié en a le droit) : Cerf 
pure ignorance de votre part. Je me le sois 
dit mille fois à moi-même. Mais -dites-moi à 
votre toar poarqaoi je ne serais pas égale- 
ment indocile à d'autres vérités 7 Je les crois 
sur la parole des maîtres , et jamais il ne s'é- 
lève dans mon esprit une seule idée contre 
la foi. 

D'où, vient donc ce sentiment intérieur qui 
se révolte contre certaines théories ? On les 
appuie sur des arguments que je ne saurais pas 
renverser , et cependant cette conscience dont 
nons parlons n'en dit pas moins : Çuodcun- 
fue ostendis mifii sic y increduîus odi. 



Vous parlez latin , monsieur le sénateur , 
quoique nous ne vivions point ici dans nn 
pays latin. C'est très bien fait à vous de faire 
des excursions sur des terres étrangères; 
mais vous auriez dû ajouter dans les règles 
de la politesse , avec la permission de mon- 
sieur le cheyalier. 

LB CHETiLIBB. 

Vous me plaisantez^ monsieur le comte : 
sachez , s'il vous plalt, qaeje ne suis point 



D,g,t,.?<lb, Google 



m SUNT-PâTBRSBOUIlG. 2C 

âa tont aussi broaillé que vous pourriez le 
croire avec la langue de rancIenDeRome. Il 
est vrai que j'ai passé la fin de mon bel &ge 
dans les camps , où Ton cite pea Cicéron ; 
mais je Tai commencé dans an pays oîi Yé- 
ducation elle-même commence presque toa- 
joors par le latin. J'ai fort bien compris îe 
passage qne je ^ens d*entendre, sans savoir 
cependant à qui il appartient. An reste, je 
n'ai pas la prétention d'être sur ce point , ni 
sur tant d'autres , l'égal de moiisietir le séna- 
teur dont j'honore infiniment les grandes et 
solides connaissances. Il a bien le droit de 
me dire , même avec une certaine emphase : 

Ta dite i la pallia 

Qa'flesIqDeliHfaMlr aaKbwâtda IcScfthw. 

Mais permettez, je vous prie , messieurs^ 
an pins jeune de vous de vous ramener dans 
le chemin dont nous noas sommes étrange- 
' ment écartés. Je ne sais comment nous som- 
mes tombés de la Providence au latin. 

ut COMTE. 

Quelque sujet qu*on traite , mon aimable 
ami , on parle toujours d'elle. D'ailleurs une 
conversation n'est point on livre; peut-être 
même vaut-elle mieaz qu'on livre , précisé- 



D,g,t,.?(lb, Google 



22 LES SOUiÉES 

ment parce qu'elle permet de divagàer un 
peu. Mais pour rentrer dans DOire sujet par 
oii nous eu sommes sortis, je n*exaininerai 
pas dans ce moment jusqu'à quel point on 
peul se fier à ce sentiment intérieur que M. le 
sénateur appelle , arec une si grande justesse , 
conscience intellectuelle. 

Je me permettrai encore moins de discu- 
ter les exemples particuliers auxquels il Ta 
appliquée; ces détails nous conduiraient trop 
loin de notre sujet. Je dirai seulement que 
la droiture du cœur et la pureté habituelle 
d'intention peuvent avoir des influences se- 
crètes et des résultats qui s^étendent bien plus 
loin qu'on ne Timag^ne communément. Je 
suis donc très disposé à croire que chez des 
hommes tels que ceux qui m'entendent, Tio- 
slinct secret dont nous parlions tout h l'heure 
devinera juste assez souvent , même dans les 
sciences naturelles ; maïs je suis porté à le 
croire à peu près infaillible lorsqu'il s'agit de 
philosophie rationnelle , de morale , de mé- 
taphysique et de théologie naturelle. Il est 
inSnimeot digae de la suprèine sagesse , qui 
a tout créé et tout réglé , d'avoir dispensé 
l'homme de la science dans tout ce qui l'in- 
téresse véritablement. J'ai donc eu raisou 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB SAUrr-^TEfiSBODBâ. 23 

d'affirmer qae la question qui nous occope 
étant une fois posée exactement, la détermi- 
nation intérieure de tont esprit bien fait de- 
vait nécessairement précéder la discussion. 

LE CBBTALIBR. 

lime semble qae M. le sénateur approuve ^ 
puisqu''il n'objecte rien. Quant & moi, j'ai 
toujours en pour maxime de ne jamais con- 
tester sur les opinions utiles. Qu'il y ait une 
conscience pour Tesprit comme il y en a une 
pour le cœur, qu'un sentiment inlér.eur con- 
dnise rhommede bien, et le mette en garde 
contre l'erreur dans les choses mêmes qui 
semblent exiger un appareil préliminaire tl'é- 
tudes et de réflexions , c'est une opinion très 
digne de la sagesse divine et très honorable 
pour l'homme : ne jamais nier ce qui est utile , 
ne jamais soutenir ce qui pourrait noire , c'est , 
4mon sens, une règle sacrée qui devrait sur- 
tout conduire les hommes que leur profes- 
sion écarte comme moi des études approfon* 
dies. N'attendez donc aucune objection de 
ma part : cependant, sans nier que le senti- 
ment chez moi ait déjà pris parti , je n'en 
prierai pas moins AJ. le comte de vouloir bien 
encore s'adresser h ma raison. 



D,g,t,.?(lb, Google 



Je TOUS le répète ; je D*ai jamais cuinpna 
cet argoment éternel contre la Pro^ideiice ^ 
tiré do malhear des jnstes et de la prospé- 
rité des méchants. Si Thomme de bien souf- 
frait parce qn'il est homme de bien, et si Ie< 
méchant prospérait de même parce qa'il esl 
méchant, J*argument serait insolable; il 
tombe à terre si Ton soppose seulement qae 
le bien et le mal sont distribués indifTérem- 
ment à tous les hommes. Mais les fausser 
opinions ressemblent à la faasse monnaie 
qui est frappée d'abord par de grands cou- 
pables , et dépensée ensuite par d'honnëtei* 
gens qui perpétuent le crime sans savoir ce 
qu'ils font. C'est rim|Hété qui a d'abord fait 
grand bruit de cette objection ; la légèreté et 
la bonhomie l'ont répétée : mais en vérilé ce 
n*est rien. Je reviens à ma première compa- 
raison innhommedebienest tué àlagnerref 
est-ce nne injustice ? Non , c'est un malheur. 
S'il a la goutte ou la gravetle; si son ami le 
trahit;s'il est écrasé par la chute d'un édifice, 
etc. , cVst encore un malheur ; mais rien de 
plus , puisque tous les hommes sans distinc- 
tion sont sujets à ces sortes de disgrâces. Ke 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAinT-PÉTBRSBODBe. 2% 

perdez jamitis de vue cette grande Térité : 
Qitime loi générale , si elle n'est injuste pour 
tous, ne saurait t être pour P individu, Vons 
n'aTi^pas une telle maladie, maisvoas pon- 
viéz Taroir; toqs l'avez , mais toos pouviez en 
£tre exempt. Celui qat a péri dans une ba- 
taille pouvait échapper; celui qui en revient 
poavait y rester. Tous ne sont pas morts ; 
mabtons étaient là pour moarir. Dès Icrs 
plus d'injustice : la loi juste n'est point celle 
qnl a son eFet sur tous , mais celle qui est 
faite pour tous ; l'effet snr tel ou tel individu 
n'est plus qu'un accident. Four trouver des 
dîHicultés dans cet ordre de choses , il faut les 
^mer; malheureusement on les aime et on 
les cherche : le cœnr humain , continuelle- 
ment révolté contre l'autorité qui le géoe, 
fait des contes i Tesprit qui les croit; nous 
accosonsla Providence , pourétre dispensés de 
nous accuser nous-mêmes ; nous élevons con- 
tre elle des difficultés que nous rougirions d'éle- 
Tercontre un souverain ou contre un simplead- 
ministratenr dont nous estimerions la sagesse. 
Ghoseétrangelilnousestplus aisé d'être juste* 
envers les hommes qn''envers I>teu(1). 



(l]JMlMi«iwn<«giMi«lMrfAikog(teM,-ctfMriKiDtiM,: 
(Stn. 5p. iCTj 



D,g,t,.?(lb, Google 



S6 LIS SOIBÉES 

Il me semble , messieurs , que j'aboserais 
de votre patience si je m'étendais davantage 
ponr TOUS proaver qae la question est ordî- 
nairement mal posée, et que réellement o/i 
ne sait ce q^on dit lorsc|u''on se plaint que 
le vice est hem-eux , et la vertu malheureuse 
dans ce monde ; tandis que , en faisant même 
la supposition la plus favorable aux inurma- 
rateura, il est manifestement prouvé que les 
maux de toute espèce pleuvent snr tout le 
genre humain comme les balles sur une 
armée, sans aucune distinction de person- 
nes. Or, si rhomme de bien ne souffire pas 
parce qu'il est homme de bien , et si le mé- 
chant ne prospère -çSiS parce qu il est méchant , 
robjecUou disparaît , et le bon sens a vainca. 

LE CHETALDU. 

J^avoae que si Ton s'en tient à la distribu- 
tion des maux physiques et extérieurs , il y a 
évidemment inattention ou mauvaise foi dans 
robjection qu''on en tire contre la Providen- 
ce; mais il me semble qu'on insiste bien plus 
sur rimpnnité des crimes : c^st là le grand 
scandale, et c'est l'article sur lequel je suù 
le plus curieux de vous entendre. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DR SAIKT-ntntaSRODflS. 



Il n'est pas temps encore , M. le cheTalier. 
Vous m'avez donné gain de cause an peu 
trop vite sur ces maux que vous appelez 
extérieurs. Si j'ai toujours sapposé , comme 
vous l'avez vu , que ces maux étaient distri- 
bués également à tous les hommes , je L'ai 
fait uniquement pour me donner ensuite pins 
beau jeu; car, dans le vrai, il n*en est rieu. 
Mais , avant d'aller plus loin , prenons garde , 
s'il TOUS plaît , de ne pas sortir de la route ; 
il y a des questions qoi se touchent, pour 
ainsi dire , de manière qu'il est aisé de glisser 
de l'une à l'autre sans &^&n apercevoir : de 
celle-ci, par exemple : Pourquoi le juste 
souffre-t-il? on se trouve insensiblement à 
une autre : Pourquoitkomme souffre-t-ilJLa^ 
dernière cependant est toute différente; c'est 
celle de l'origine da mal. Commençons donc 
par écarter toute équivoque. Le mal est sur 
la terre ; hélas ! c'est une vérité qui n'a pas be- 
iMn d'être prouvée; mais de plus : Hjresttrh- 
justement , et Dieu ne saurait en être tauteurt 
c'est une autre vérité dont nous ne doutons , 
j'espère , ni vous ni moi , et que je puis me dis- 
penser de prouver , car je sais à qui je parle. 



D,g,t,.?(lb, Google 

à 



LE SÉNATEUB. 

Je professe de tout mon cœur la même 
vérité , et sans ancune restriction ; mais cette 
profession de foi , précisément à cause de sa 
latitude, exige nne explication. Votre saint 
Thomas a dit avec ce laconisme logique qui 
le distingae : Dieu est fauteur du mal qui 
punit , mais non de celui qui souille (1). Il a 
certainement raison dans on sens; mais il faot 
s'entendre : Dieu est l'auteur du mal qui pu- 
nit, c*est-à-dire du mal physique on de la 
douleur , comme nn souverain est l'auteur 
des supplices qoi sont infligés sous ses lois. 
Dans un sens reculé et indirect, c'est bien lui 
qui pend et qui roue , puisque tonte autorité 
et tonte exécution légale part de lui ; mais , 
dans le sens direct et immédiat, c'est le vo- 
leur, c^est le faussaire, c'est l'assassin, etc., 
qui sont les véritables auteurs de ce mal qui 
les punit; ce sont eux qui bâtissent les pri- 
sons, qui élèvent les gibets et les échafauds. 
En tout cela le souverain agit , comme la Ju- 
non d'Homère , de son plein gré , mais fort 



ft}Dnu ttlautloTmaliiiviidtitpaiia.iiiniaiiUmniatituoietteutfa. 
[S-Tbon. 9. V»a.f. l.QucM. 40, HhU.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SiHIT-PËTlIBSBODBG. 29 

CE contre-cœur (1). lien est de même de 
Dieo (en excluant toajonrs tonte comparai- 
son rigourense qui serait insolente). Non- 
seulement il ne saurait être, dans ancnnsensi 
l'anteor dn mal moral , on du péché; mais 
Ton ne comprend pas même qull pnisse être 
originairement ?antear dn mal physique , 
qui n^existeraît pas û la créatnre intelligente 
ne Tavait rendn nécessaire en abusant de sa 
liberté. Platon Ta dit, et rien n'est plus évi- 
dent de soi : Hêtre bon ne peut couloir nuire 
à personne ^).Maiê comme on ne «''avisera 
jamùs de sontenir qae l'homme de bien cesse 
d'être tel parce qu'il châtie justement son Ois , 
on parce qu'il tne on ennemi sur le champ 
de bataille, on parce qu^ envoie un scélé- 
rat an supplice, gardons-nous, comme vous 
le diàes tout é l'heure, H. le comte , d'être 
moios équitables envers Sien qu'envers les 
honunes. Tout esprit droit est convaincu par 
intuition que le mal ne saurait venir d'un 
Etre tont-poissant. Ce int ce sentîment infail- 
lible qui enseigna jadis au bon sens romain 
de réunir, comme par un lien nécessaire , 



(1) S*Af àixerst 7t »v/if. Iliad. IV . 4S« 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



30 LBS SOIRÉKS 

les deux titres augustes de TBits-Bott et de 
TBis-GBAND. Cette magnifique expression , 
quoique née dans le sein du paganisme, a 
paru si juste , qu'elle a passé dans votre langue 
religieuse , si délicate et si exclusive. Je tous 
dirai même en passant qu'il m'est arrivé plus 
d'une fois de songer que l'inscription antique , 
lOTi OPTiHO mxiHO , pourrait se placer tout 
entière surle fronton de vos temples latins; 
car qn''est-ce que lOT-i , sinon iot-ah ? 



Vous sentez bien que je n'ai pas envie de 
disputer sur tout ce que vous veneE de dire. 
Sans doute , le mal phjrsique na pu entrer 
dans lunivers quepar la faute des créatures 
libres ; il ne peut j- être que comme remède 
ou expiation y et par conséquent il ne peut 
avoir Dieu pour auteur direct; ce sont des 
dogmes incontestables pour nous. Mainte- 
nant je reviens à vous , M. le chevalier. Vous 
conveniez tout à l'heure qu'on chicanait mal 
à propos la Providence sur la distribalion des 
biens et des maux , mais que le scandale 
roule surtout sur l'impunité des scélérats. Je 
doute cependant que vous puissiez renoncer 
à la première objection sans abandonner la 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAinT-PËTefiSBODIin. 3 1 

seconde; cars*il n'y a point d'injustice dans 
la dîslribution des maux , sur quoi fondc- 
rez-vons les plaintes de la rerla? Le monde 
n'étant gooTerné que par des lois générales , 
vous n'avez pas , je crois , la prétention que , 
si les fondements de la terrasse où nous par- 
lons étaient mis subitement en Taîr par quel- 
que ébonlement sonterrain , Bien fût obligé 
de SDspendre en notre faveur les lois de la 
gravité , parce que cette terrasse porte dans 
ce moment trois hommes qui n^ont jamais 
toé ni volé ; nous tomberions certainement , 
et nous serions écrasés. Il en serait de même 
si nous avions été membres de la loge des 
illuminés de Bavière , ou du comité du salut 
public. Voudriez-vous lorsqu'il grêle que le 
champ du juste fût épargné ? voiU donc un 
miracle. Mais si, par hasard, ce juste venait 
& commettre un crime après la récolte, il 
faudraitencore qu'elle poorrJt dans ses gre- 
niers : voilà un autre miracle. De sorte que 
chaque instant exigeant on miracle , le mira- 
cle deviendrait l'état ordinaire du monde; 
c'est-à-dire qu'il ne pourrait plus y avoir de 
miracle ; que l'exception serait la règle , et 
le désordre l'ordre. Exposer de pareilles idées , 
c'est les réfuter suffisamment. 



r:,9,N..<i h, Google 



33 os SOUlfiES 

Ce qui nous trompe encore assez suDvent 
. car ce point, c^est que notu ne ponvons nom 
empêcher de prêter k Dieu , sans nous en 
apercevoir , les idées qae nons avons sar la 
dignité et importance des personnes. Far 
rapport à noas, ces idées sont très-jostes, 
puisque nous sommes tous soumis à Tordre 
établi dans la société ; mais lorsque nous les 
transportoQS dans l'ordre général, nous res- 
semblons à cette reine qui disait : Quand il 
s'agit de damner les gens de notre espèce , 
croyez que Dieu y pense plus dune fois, 
Elisabeth de France monte sur Téchafaud : 
Robespierre y monte un instant après. L'auge 
et le moustre s''étaient sonmis eu entrant 
dans le monde à toutes les lois générales qui 
le régissent. Aucune expression ne saurait 
caractériser le crime des scélérats qui firent 
couler le sang le plus pur comme le plus au- 
guste de Tunivers ; cependant, par rapport à 
Tordre général , il n^r a point d'injustice; 
c'est toujours un malhenr attaché à la con- 
dition de Thomme , et rien de plus. Tout 
hommey en qualité thomme , est sujet à tous 
les malheurs de rhumantté: la loi est géné- 
rale; donc elle n'est pas injuste. Prétendre 
que la dignité ou les dignités d''nn homme 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



Dt SAINT-FfiTBBSBOCBG. 33 

doivent le soustraire à l'action d'un tribnnal 
inique ou trompé , c'est précisément vouloir 
qu'elles l'exemptent de Tapoplexie, par exem- 
ple , ou même de la mort. 

Observez cependant que , malgré ces lois 
générales et nécessaires , il s'en faut de beau- 
coup que la prétendue égalité , sur laquelle 
j'ai insisté jusqu'à présent , ait lieu réelle- 
ment. Je l'ai supposée , comme je vous l'ai 
dit , pour me donner plus beau Jeu ; mais 
TÏeo n'est plus fanx , et vous allez le voir, 

' Commencez d'abord par ne jamais consi- 
dérer IHudividu : la loi générale , la loi visi- 
ble et visiblement juste estçue la plus grande 
masse de bonheur, même temporel, appar- 
tient , non pas à l'homme vertueux , mais à 
la l'ertu. S'il en était autrement, il n'y aurait 
plus ni vice ni vertu , ni mérite , ni démérite , 
et par conséquent plus d'ordre moral. Suppo- 
sez que chaque action vertueuse soit payée , 
pour ainsi dire , par quelque avantage tem- 
porel , l'acte , n'ayant plus rien de surnatu- 
rel , ne pourrait pins mériter une récompense 
de ce genre. Supposez , d'un antre cdté , 
qu^en vertu d'une loi divine , la main d'un 
voleur doive tomber an moment où il com- 
met un vol , on s'abstiendra de voler comme 
I. 3 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



34 LBS SOlfitKS 

on s'abstieodrait de porter la main sons 1« 
hache d'un boQcber ; l'ordre moral disparai- 
trait entièrement. Pour accorder donc cet 
ordre (le seul possible poar des êtres intelli- 
gents , et qol est d'aîUears prouvé par le fait) 
avec les lois de la justice , il fallait que la 
Tertn fût récompensée et le vice puni , même 
temporeUement , mais non toujours , ni sur- 
le-champ; 11 fallait que le lot incomparable- 
ment plus grand de bonheur temporel fût 
attribué à la vertu , et le lot proportionnel de 
malheur, dévolu au vice ; mais que l'individa 
ne fût jamais sûr de rien : et c'est en effet 
ce qui est établi. Imaginez toute autre hy- 
pothèse ; elle vous mènera directement à la 
destruction de Tordre moral , ou à la créa- 
tion d'un autre monde. 

Four en venir maintenant au détail y com- 
mençons , je vous prie , par la justice hu- 
maine. Dieu ayant voulu faire gouverner les 
hommes par des hommes « du moins exté- 
rieurement , il a remis aux souverains l'émi. 
nente prérogative de la punition des crimes , 
et c'est en cela surtout qu'ils sont ses repré- 
sentants. J'ai trouvé sur ce sujet un morceau 
admirable dans les lois de Menu ; permettez- 
moi de vous le lire dans le trobtèine volume 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



DB SAIRT-PCTEBSBOQItG. 35 

des (Suvres du checalier William Jones., 
qui est là sar ma table. 



LB CnETAUEB. 



Lisez , s^ TOUS plalt ; mais avant , ayez la 
bonté de me dire ce qu« c''est que le roi 
MeoQ , auquel je a'ai jamais ea rhonneur 
d'être présenté. 



Mena , M. le cbevalîer, est le grand légis- 
lateur des Indes. Les ans dîsetd qa'il est fils 
dn Soleil, d'autres veulent qnll soit ÎA& de' 
Brahma, la première personne de la Trinité 
indienne (1). Entre ces deux opinions, éga* 
lement probables, je demeare suspendu sans 
eapoô* de me décider. Malheureusement ea- 
coreîl m'est également impossible de vous dire 
à quelle époque l'an ou Vao tre de ces decu pères 
engendra Menu. Le chevalier Jones, de docte 
mémoire » croit que le code de ce lé^slateur 
est peat*ètre antérieur au Pentateuqoe^ et cer~ 
tmnemeta au moins antérieur à tous les législa- 
teurs de la Grice (2) , Mais M. Pinkerton , qoi a 

(1) Hinrirc'i bittory or Indoilin. l/mAoa , iB-4 , lom. I , f n;. ^ 
»^;ellttin.U,]iaff.S7. 
&i Sir WiUi«B'*J«H'si«iiriu,l«Mi. m.ft-. 

3. 



D,g,t,.?(lb, Google 



36 U» AOIRÊH 

bien aossi qnelqae droit à notre confiance , a 
pris la liberté de se moqoer des Brahmes , et 
s'est crn en état de leur prouver qne Mena 
pourrait fort bien n'être qu'on honnête lé- 
giste du xm' 5iècIe(1).Ma coatnme n'est pas 
de disputer pour d'aussi légères diflerences ; 
ainsi , messieurs , je vais vous lire le morceau 
en question , dont nous laisserons la date en 
blanc : écoutez bien. 

M Brabma , an commencement des temps, 
« créa poar l'usage des rois le génie des pei~ 
<x nés , il lui donna un corps de pure In- 
« mière : ce génie est son fils; il est la justice 
ce même et le protecteur de tontes les choses 
n créées. Far la crainte de ce génie tous les 
<c êtres sensibles, mobiles on immobiles (2), 
c( sont retenus dans l'osage de leurs jonîs- 
« sances natorelles , et ne s'écartent point de 
tt leur devoir. Que le roi donc , lorsqu'il aura 
t€ bien et dûment considéré le lien, le temps, 
« ses propres forces et la loi divine , inflige 
« les peines jostement & tons ceux qui agis- 
« sent injustement : le châtiment est un goa- 
*t vemenr actif: il est le Téritable adminis- 



(1) G«agr. , ton. Ylètlà tndaelion tnofAt, tm§' 200— 3B1. 
18} fitctd or (i>«MwH*u. Uià. , fxf . £». 



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DB SAinr-PeTERSBOUHA. Vï 

L tratenr des afTaires pDbliqaes , il est le dïs- 
1 pensateur des lois , et les hommes sages 
1 rappellent le répondant des quatre ordres 
i de Tétat, poar l'exact accomplissement de 
I leurs devoirs. Le châtiment gonvenie Thn- 
c manité entière; le châtiment la préserre; le 
c châtiment Teille pendant que les gardes ho- 

< maines dorment. Le sage coosîdèr* le châti- 
t ment comme la perfection de la justice. 
( Qd'dd monarque indolent cesse de panir, 

< et le pins fort finira par faire rôtir le pins 
( faible. La race entière des hommes est re- 
n tenne dans Tordre par le ch&tjment ; car 
« l^nnocence ne se tronve goère , et c'est 
X la crainte des peines qui permet à Vwâ- 
X vers de joair da bonheor qui loi est des- 
w tiné. Tontes les classes seraient corrom- 
X paes } toutes les barrières seraient brisées : 
K il n^y aurait que confusion parmi les hom- 
ic mes si la peine cessait d'être infligée oc 
[< l'était injustement : mais lorsque la Peine , 
H au teint noir, i Tceil enflammé, s'avance 
K pour détruire le crime , le peuple est sao- 
K Té si le juge a Tœil juste (1). m 



fl) Bit WilBtm'i Iom'i irMÏ* , Km. m , jMf . 223—234. 



.,y Google 



38 



Admirable! magnifiqne! tous êtes on excet> 
lent homme de nons avoir déterré ce mor^ 
cean de philosophie indienne : en vérité la 
date n'y fait rien. 



n a fait la même impression sur m<». Tj 
troave la raison européenne avec nne juste 
mesnre de cette emphase orientale qai plaît 
& tOQt le monde qaand elle n'est pas exagè> 
rée : je ne crois pas qn'il soit possible d*ex- 
primer avec plus de noblesse et d'énergie cette 
divine et terrible prérogative des sonverains : 
La punition des coupoles. 

Nais permettez qu'averti par ces tristes ex- 
pressions , j'arrête on instant vos regards snr 
un objeî qni choque la pensée sans doute, 
mais qui est cependant très digne de Toc- 
cnper. 

De cette prérogative redoutable dont je 
TOUS parlais tout A Theare résulte Teiustence 
nécessaire d'un homme destiné i infliger aux 
crimes les châtiments décernés par la justice 
humaine ; et cet homme , en effet , se trouve 
partout , sans qu'il v ail aocnn mojen d'ex* 



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DB SAmr-ràTEBSBODRG, 39" 

pliquer comment; caria raison ne découvre 
dans la natare de l'homme aucnn motif ca- 
pable de déterminer le choix de cette pro- 
fession. Je TOUS crois trop eccontomés & ré- 
fléchir, messieurs, pour qa'il ne vous soitpas 
arrivé souvent de méditer sur le bouireau. 
Qu'est-ce donc que cet être inexplicable qui 
a préféré à tous les métiers agréables, lucra- 
tifs ^ honnêtes et même honorables qui se 
présentent en foule à la force ou & la dexté- 
rité humaine , celui de tourmenter et de 
mettre à mort ses semblables? Cette tétCf 
ce cœur sont-ils faits comme les nôtres ? ne 
contiennent-ils rien de particulier et d'étranger 
à noire nature? Pour moi, je n'eu sais pas- 
douter. Il est fait comme nous extérieure- 
ment ; il naît comme nous ; mais c'est un être 
extraordinaire , et pour qnll existe dans la 
famille humaine il faut un décret particulier, 
on Fut de la puissance créatrice. IL est créé 
comme un monde. Voyez ce qu'il est dans 
l'opinion des hommes, et comprenez, si vous 
pouvez, comment il peut ignorer cette opi- 
nion ou l'affronter! Â peine l'autorité a-t-elle 
désigné sa demeure , à peine a-t-il pris 
possession , que les autres habitations recu- 
lent jusqu'à ce qu'elles ne voientplus la sienne, 



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40 LES SOIBÉBS 

C'est an milîea de celte solitQcIe et de cette 
espèce de vide formé aatoar de loi qu'il vit 
seul avec sa femelle et ses petits , qui lui 
font connaître la Toix de Thomme : san* 
eux il n'en connaîtrait que les gémissements... 
Un signal lugahre est donné ; un ministre 
abject de la justice vient frapper à sa porte 
et Tavertir qu'on a besoin de lai : il part ; il 
arrive sur une place publique couverte d'ane 
foule pressée et palpitante. On lui jette 
nn empoisonneur , an parricide , un sacri- 
lège : il le saisit , il l'étend , il le lie sur 
une croix horizontale , il lève le bras : alors 
il se fait un silence horrible, et Ton n'en- 
tend plus que le cri des os qui éclatent 
sous la barre , et les hurlements de la vic- 
time. 11 la détache ; il la porte sur une roue : 
les membres fracassés s^enlacent dans les 
rayons ; la tète pend ; les cheveax se héris- 
sent , et la bouche , ouverte comme une four- 
naise , nVnvoie plus par intervalle qu'un petit 
nombre de paroles sanglantes qui appellent 
la mort. Il a fini : le cœur lui bat, mais c^est 
de joie ; il s'applaudit , il dit dans son cœur : 
Nul ne roue mieux que mot. Il descend : il 
tend sa main souillée de sang , et la jus- 
lice y jette de loin quelques pièces d'or qu'il 



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DE sAnrr-FtTBasBotiBe. 4t 

emporte à travers une donble haie cThommes 
écartés par rhorreur. Il se met i table, et 
il mange; aa lit eosoite, et il dort. Et le leD- 
demaia, en s'éTeillant, il songe à tout antre 
chose qu^à ce qaHl a fait la veille. Est-ce 
on homme ? Oni : Dien le reçoit dans ses 
temples et loi permet de prier. Il n^est pas 
criminel ; cependant aucune langue ne con- 
sent à dire , par exemple , qu'il est vertueux , 
{fu^il est honnête homme , qu'il est estima' 
ble , etc. Kol éloge moral ne peut Ini conve- 
nir; car tons supposent des rapports avec les 
hommes , et il n^en a point. ^ 

Et cependant toute grandeur, toute puis- 
sance , tonte subordination repose sur Texé- 
cutenr ; il est l'horrenr et le lien de l'associa- 
tion hnmaine. Otez du monde cet agent in- 
compréhensible ; dans l'instant même Tordre 
fait place au chaos , les trânes s''ablment et la 
BOCÎété disparaît. Dien qui est Taotetir de la 
souveraineté , l'est donc aussi du châtiment : 
il a jeté notre terre sur ces denx pâles ; car 
Jéhovah est le maître des deux pôles , et sur 
eux il fait tourner le monde (1). 



(Caol. AuM.I. R«g. U,8j. 



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43 LBS SOIRÉES 

Il y a doDC dans le cercle temporel nne loi 
dmae et visible pour la panilioh da crime; et 
cette loi , aussi stable qne la société qu'elle 
fait sobsister, est exécutée invariablement de- 
puis Torigine des choses : le mal étant sur la 
terre , il agit constanament ; et par une con- 
séquence nécessaire il doit être coostammenl 
réprimé par le ch&timent ; et en effet , nous 
voyons sur toate la surface da globe une ac- 
tion constante de tous les gouvernements pour 
arrêter ou punir les attentats du crime : le 
glaive de la justice n'a point de fourreau; tou- 
jours il doit menacer ou frapper. Qu'est-ce 
donc qu'on veut dire lorsqu'^on se plaint de 
l'impunité du crime ? Pour qui sont le knout , 
tes gibets, les roues et les bûchers? Pour le 
crime apparemment. Les erreurs des tribu- 
naux sont des exceptions qui n'ébranlent point 
la règle : j'ai d'ailleurs plusieurs réflexions & 
vous proposer sur ce point. En premier lieu , 
ces erreurs fatales sont bien moins Éloquentes 
qu'on ne i'ima^ne : l'opinion étant, pour peu 
qu'il soit permis de douter, toajours contraire 
& l'autorité , l'oreille du public accueille avec 
avidité les moindres bruits qui supposent un 
meurtre judiciaire ; mille passions indivi- 
duelles peuvent se joindre à celte inclination 



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m SlIHT-rtrSBSBODRfi. 43 

générale ; mais j^en atteste votre longue expé- 
rience, M. le sénateur; c''est nne chose exces- 
ûvement rare qu^oa tribunal homicide par 
passion on par errear. Vous riez , M. le che- 
valier! 

tS CHBTAUBB. 

G*est que dans ce moment )*ai pensé aux 
Calas; et les Calas m^ont fait penser au che- 
val et à toute técurie (1). Voilà comment les 
idées s'enchaînent , et comment Timagination 
ne cesse d'interrompre la raison. 



Ne Tons excusez pas , car tods me rendez 
service en me faisant penser k ce jugement 
famenx qni me fonmit nne prenve de ce qae 
je Tons disais tout à Thenre. Rien de moins 
prouvé , messieurs , je vons Tassnre , qne lin- 
noceoce de Calas. U y a mille raisons d'en 
douter, et même de croire le contraire ; mais 
rien ne m'a frappé comme une lettre origî- 



11) A l'jf oqne 0^1 II mAnoirc de &!■• fal rAabilll^ , ta duc d'A.... 
dentadiil 1 un habiUDl de Tooloaie ciauMtU il /lait potiiU» fv« (■ 
triivtiàl de tfllt villg u fûl tnmpé »u$ii tnitllemnt ,■ à qani et der- 
nier p^pondil par le proTprbo iritîol ; Il n'y a pat d» ion cktvai qui m 
ir<MMj(«. A 11 bODBe bcufe, r^pli^u la duf , nui'i tnutt «■( ^cairjf I 



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iA LB8 SOIREES 

oale de Voltaire aa célèbre Troncfain de Ge^ 
nève , qae j'ai Ine toot à mon aùe , il y a 
qnelqaes années. An milien de la disctission 
pnbliqne la plas animée, où Vollaire se mon- 
trait et s'intitolait le tatenr de rinnoceoce et 
le Tengear de l'humanité , il boalTonnait dans 
cette lettre comme s'il avait parlé de Topéra- 
comiqne. Je me rappelle surtout celte phrase 
qui me frappa : Fous ai>ez trouvé mon mé- 
moire trop chaud , mais je vous en prépare 
un autre au Bim-aiARiB. C'est dans ce style 
grjive et sentimental que le digue homme par- 
lait à roreille d'un homme qui avait sa con- 
6ance , tandis que l'Europe retentissait de ses 
Trénodies fanatiques. 

Mais laissons là Calas. Qu'un innocent pé- 
risse , c'est un malheur comme un autre , 
c'est-à-dire commun à tous les hommes. Qu'un 
coupable échappe , c'est une autre exception 
du même genre. Mais toujours il demeure 
vrai, généralement parlant, qu^il y a sur la 
terre un ordre universel et visible pour la pu- 
nition temporelle des crimes; et je dois encore 
vous faire observer que les coupables ne trom- 
pent pas à beaucoup près Toùl de la justice 
aussi souvent qu'il serait permis de le croire 
si Ton n'écoutait que la simple théorie , vu les 



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DB SilNT-PÉTZBSBOUfia. , 4 S 

précautions Infinies qa''ils prennent ponr se 
cacher. Il y a sourent dans les ctrconstaDces 
qni décèlent les pins habiles scélérats, qnel- 
qae chose de si inattenda, de si surprenant, 
de si impréi>ojrable^ qae les hommes, appelés 
par leur état on par lenrs réflexions k saivre 
ces sortes d'affaires, se sentent inclinés à 
croire qne la jostice homaine n''est pas tont- 
à-fait dénuée, dans la recherche des coo- 
pables, d^ane certaine assistance extraordi- 
naire. 

Permettez-moi d'ajooter encore une consi- 
dération pour épuiser ce chapitre des peines. 
Comme il est très possible qne nous soyons 
dans Terreur lorsque nous accusons la jus- 
tice hnmaine d'épargner un coupable , parce 
que celui que nous regardons comme tel ne 
l'est réellement pas; il est, d^nn antre cûté, 
également possible qn'nn homme envoyé au 
supplice pour un crime qu'il n'a pas commis , 
Fait réellement mérité par on autre crime ab- 
soloment inconnu. Heureusement et malheu- 
reusement il y a plusieurs exemples de ce 
genre prouvés par Tareu des coupables ; et il 
y en a , je crois , un plus grand nombre que 
nous ignorons. Cette dernière supposition mé- 
rite surtout grande attention ; car quoique 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



46 LES SWBftRft 

les juges , dans ce cas , soient grandement coq- 
pables OQ malheureux, la Providence, pour 
qnl tout est moyen, même Tobstacle, ne 
s'est pas moins servi du crime ou de Tigno- 
rance pour exécuter cette justice temporelle 
que nous demandons ; et il est sur que les 
deux suppositions restreignent notablement le 
nombre des exceptions. Vous voyez donc 
combien cette prétendue égalité que j'avais 
d'abord supposée se trouve déjà dérangée par 
la seule considération de la justice humaine. 
De ces punitions corporelles qu'elle inflige, 
passons maintenant aux maladies. Déjà vous 
me prévenez. Si l'on ôtait de l'univers l'in- 
tempérance dans tons les genres, on ea chas- 
serait la plupart des maladies , et peut-être 
même il serait permis de dire toutes. C'est ce 
que tout le monde peut voir en général et 
d'une manière confuse ; ma^s il est bon d'ex»- 
mioer la chose de près. S'il n'y avait point 
de mal moral sur la terre , il n'y aurait point 
de mal physique ; et puisqu'une infinité de 
maladies sont le produit immédiat de cer- 
tains désordres, n'est-il pas vrai que l'ana- 
logie nous conduit & généraliser l'observa- 
tion? Avez- vous présente par hasard Li tirade 
vigonreuse et quelquefois an peu dégoûtante 



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DB SlINT-PÉTSnSBOURG. 47 

de Sénèqae sur les maladies de son siècle? 
Il est intéressant de voir l'époque de Néron 
marquée par une affluence de manx incon- 
nns ans temps qaï la précédèrent. Il s'écrie 
plaisamment : te Seriez-voas par hasard éton- 
« né de celte innombrable quantité de ma- 
« ladies? comptez les coisîniers (1). »I1 se 
f&che surtout contre les femmes : m Hippo- 
« crate , dit-il , l'oracle de la médecine , avait 
et dit que les femmes ne sont point sujettes 
M à la goutte. II arait raison sans doute de 
« son temps, aajoard'huiil aurait tort. Mais 
« puisqu'elles ont déponillé leur sexe pour 
« revêtir l'autre , qu'elles soient donc con- 
« damnées & partager tous les maux de celui 
c( dont elles ont adopté tous les vices. Que 
« le ciel les maudisse pour tinfâme usurpa- 
« tion que ces misérables ont osé faire sur 
« le nôtre (2) !» Il y a sans doute des mala- 
dies qui ne sont, comme on ne l'aura jamais 
assez dit , qae les résultats accidentels d'une 
loi générale : l'homme le plus moral doit 



(1) /MHnuraiilEi mm merhot mirmriit eoquoM numera. (Sea. 
Ep. xcr]. 

(2] Cart «n tiïet nli , k pen prk ia HtiK. Ccptadul on ftn bi<ii 
de lirfl la tnig. LVpaaTuiIable tablcaa qna pràcots ici S^aï^ne oi^rilt 
^gilcnienl l'atlCBlJM do mJdMk H m1I« da laanliils 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



<8 US 80IBÉBS 

mourir ; et deox hommes qoi font une course 
forcée , l'an poor sauver son semblable et 
l'antre pour Tassassiner, peuTent l'an et Tau- 
tre ntoarir de pleurésie ; mais qnel nombre 
ei&ayant de maladies en général et d'accidents 
paiticnliers qui ne sont dus qvi'à nos vices ! 
Je me rappelle que Bossuet , préchant devant 
Louis XIV et toute sa cour, appelait la méde- 
cine en témoignage sur les suites funestes de la 
volupté ( 1 ) ■ 11 avait grandement raison de citer 
ce qu'il y avait de pins présent et de plus frap- 
pant ; mais il aurait été en droit de généraliser 
Tobservation; et pour moi je ne puis me refuser 
an sentiment d'un nouvel apologiste qui a sou- 
tenu que toutes les maladies ont leur source 
dans quelque vice proscrit par TEvangile ; que 
cette loi sainte contient la véritable médecine 
du corps autant que celle de l'ame ; de ma ; 



(1) ■ ht» tjraiu onUli jimab [dtddI^ iIci lortnm plni Ituoppcr- 

■ UUMqaeeel1«iqiie In plainra font toaSiir à ceux qui )'j «UodaiK 

■ loilT III OUI UMUJ dioi le aaoda de* dudx iMonnu au gcnn 

■ hamiin; al la médedin eiueigTml d'un commun accord qua cet 
• rnnaitn compliealiant d« tymiiltaui et da miladiit qui Ueoneactnt 

■ leor art, confiiadciil Inr* aipëriMCi*, d/meotoit « •ontent U« 

■ ancien! aphorûmca, ont lear MarM dani ki plaisir*. ■ (Semoa 
UDlrs ramoDT itt plsldn . I. poml. ) 

Cm bMBM dit M f«1l *Mtl [ liaa «'ni wtot— i ti n^MW d* 



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DB SAlNT-PÉTCRSBOnRG. 49 

niére qne, daiiâ nne société de jnstes qui en 
feraient osage, la mort ne serait plus que 
Tinévitable terme d'âne vieillesse saiue et ro- 
buste ; opinion qui fut, je crois, celle d'Ori< 
gène. Ce qui noas trompe sur ce point, c'est 
qae lorsque l'eflet n*est pas immédiat, nous 
ne l'apercevons plus ; mais il n'est pas moins 
réel. Les maladies, une fois établies, se pro- 
pagent, secroisent,s''amaIgament parnne af- 
finité funeste ; en sorte que nous pouvons 
porter aujourd'hui la peine phjsique d'un excès 
commis ityaplus d'un siècle. Cependant, mal- 
gré la confusion qui résulte de ces affreux mé- 
langes, l'analogie entre les crimes et les ma- 
ladies est visible pour tout observateur attentif . 
Il y a des maux comme il y a des crimes 
actueîs et originels, accidentels, habituels, 
mortels et véniels. Il y a des maladies de pa- 
resse , de colère , de gourmandise , d'inconti- 
nence, etc. Observez de plus qn'ily a des crimes 
qui ont des caractères, et par conséquent des 
noms distinctifs dans tontes les langues , com- 
me le meurtre, le sacrilège, l'inceste, etc.; et 
d'autres qu'on ne saurait désigner que par des 
termes généraux , tels qne ceux de fraude , 
d'injustice, de violence, de malversation, etc. 
Il y a de même des maladies caractérisées, 
1 4 



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SO I 

comme Thyâropisie , la phthuîe , l'apoplexie, 
etc.; et d^aatres qaî ne penveot être désignées 
qae par les noms généraux de malaises, d'in- 
commodités , de doaleors , de fièvres innom- 
mées^ etc. Or, plasThomme estrertaenx, et 
plas il est & Tabri des maladies qui ont des noms. 
Bacon , qaoiqae protestant , n'a pn se dis- 
penser d'arrêter son o»l obserratenr sur ce 
grand nombre de Saints (moines sartoat et 
solitaires ) que Diea a favorisés d*ane longae 
TÎe ; et l'observation contraire n'est pas moins 
frappaute, puisqu'il n'y a pas un vice, pas 
nn crime, pas une passion désordonnée qui 
ne produise dans l'ordre physique nn effet plus 
ou moins funeste, |^as oa moins éloigné. Une 
belle analogie entre les maladies et les crimes 
se tire de ce que le divin Aoteur de notre Re- 
ligion, qui était bien le maître, pour aa- 
toriser sa imssion aux yeux des hommes , 
d'allumer des volcans on de faire tomber 
la fondre, mais qui ne dérogea jamais anx 
lois de 11 nature que pour faire an bien am 
hommes; que ce dinn Maître, dis-je, avant 
de gnérir les malades qui lui étaient pré- 
bcntés , ne manquait jamais de remettre leurs 
péchés , ou daignait rendre lui-même nn té- 
moignage publie i la foi rive qui les avait 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAinT-PËTEBâfiOUBG. T>\ 

réconciliés (1) ; et qu'y a-t-il CDCore de plus 
marquant qoe ce qu'il dit aa lépreux : ce Voas 
ce voyee qae je roas ai goéri ; prenez garde 
a maintenant de ne plus pécher, de peur 
« qu'il ne tous arrive pis ? » 

11 semble même qn'on est conduit à péoé- 
Irer eu quelque manière ce grand secret , 
si Ton réfléchit sur nae rérité dont renon- 
ciation seule est une démonstration pour tout 
homme qui sait quelque chose en philosophie, 
savoir : « Que nnlle maladie ne saurait avoir 
une cause matérielle. » Cependant , quoique 
la raison , la révélation et Texpénence se 
réonbsent pour nous convaincre de la funeste 
liaison qui euste entre le mal moral et le 
mol physique , non-seulement nous refusons 
d'apercevoir les suites matérielles de ces pas- 
sions qui ne résident que dans Tame , mais 
nous n'examinons point assez, à beaucoup 
près t les ravages de celles qui ont leurs ra- 
eiees dans les organes physiques, et dont les 
suites visibles devraient nous épouvanter da- 
vantage. Mille fois , par temple , noos avons 
répété le vieil adage ^ que la table t/io plus 

(1} Boarriainnca fsltl pan priai* même okcrrition dîna ion mt- 
awn mr U prcdaMwaliM : tu »ium nutT dicf-d'ouTre d'un* 
togique Mipc et coiualinI«. 

4. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



S2 LES SOIBÉES 

de monde que ia guerre ; raaîs il y a hier 
peu d*hoiiunes qoi réfléchissent assez sur 
Timmense vérité de cet axiome. Si chacun 
veut s'examiner sévèrement , il demeurera 
convaincu qu'il mange peut-être la moitié 
plus qu'il ne doit. De l'excès sur la quantité , 
passez aux abus sur la qualité : examines 
dans tous ses détails cet art perfide d'exciter 
un appétit menteur qui nous tue; songez aux 
innombrables caprices de rintempéraoce, à 
ces compositions séductrices qui sont préci- 
sément pour notre corps ce que les mauvais 
livres sont pour notre esprit , qui en est tout 
i la fois surchargé et corrompu; et tous 
verrez clairement comment la nature , conti- 
nuellement attaquée par ces vils excès , se 
débat Tainement contre nos attentats de tontes 
les heures; et comment il faut, malgré ses 
merveilleuses ressources , qu'elle succombe 
enfin ^ et qu'elle reçoive dans nous les germes 
de mille maux. La philosophie seule avait 
deviné depuis longtemps que tonte la sa- 
gesse de rhomme était renfermée en deux 
motstsnsmiBBT ABgTinB(l). Et quoique cette 



(1) Siw/TW tt ahlUnt'tH, CM la bmMi ANEXOT KAI 
41IEX0Y i> 



D,9,t,.?(i h, Google 



DB SAnrT-PËTBBSBOnSA. 53 

faible législatrice prête aa ridicnre , même 
par ses meilleures lois , parce qa''elle manqae 
de puissance pour se faire obéir, cependant 
il faut être équitable et loi tenir compte d^ 
vérités qa^elle a publiées ; elle a fort bien 
compris que les plus fortes inclinations de 
rhomme étant vicieuses an point qu'elles 
tendent évidemment à la destruction de la 
société , il n'avait pas de plus grand ennemi 
que lui-même , et que , lorsqu'il avait appris 
à se vaincre , il savait tout ( 1 ). Mais la loi 
<jhrélienne , qui n'est que la volonté révélée 
de celui qui sait tout et qui peut tout , ne se 
borne pas à de vains conseils ; elle fait de 
l'abstinence en général , ou de la victoire ha- 
bituelle remportée sur nos désirs , un pré- 
cepte capital qui doit régler toute la vie de 
l'homme ; et de plus, elle fait de la privation 
plus ou moins sévère , plus ou moins fré- 
quente , des plaisirs de la table , même per- 
mis , une lot fondamentale qui peut bien être 
modifiée «elon les circonstances , mais qui 



(1) Lap1a«iimplE,lBpluipieai,le phihamble.st psr toniMca 
niwni I* phw pMlnot dM^criTaJu uc^tiqiiet.idil • qae notre ir- 
■ fairs da hxit lea JMUl m4 ds Boni m>dreplgtfi>niqaciian»m(mei.> 
Dm âthirtl tut ntgeHun wuirttn... qitolidti M fp» fitrtionm fitH 
\ Da Imit., 1. 1, «r 3,a. 3.}) miîne loi mtuI digne d'EfîdilaebrfiJeii. 



D,g,t,.?(lb, Google 

 



$ j va soœftBs 

demeure toajoora inrari&ble dans son essence. 
Si nous voulions raisonner sur cette privation 
qu'elle appelle yeiï«e , en la considérant d'une 
manière spirituelle , il nous suffirait d'écouter 
et de comprendre l'Eglise lorsqu'elle dit h 
Dieu , avec rinfaillitilité qu'elle en a reçue : 
lït te sers iune abstinence corporelle pour 
élever nos esprits jusqiCà toi , pour répri- 
mer nos vices , pour nous donner dès vertus 
que tu puisses récompenser (i) ; mais je ne 
Tenx point encore sortir du cercle temporel : 
souvent il ro'est arrivé de songer avec admira- 
tion et même avec reconnaissance à cette loi 
salntaire qui oppose des abstinences légales 
et périodiques i l^ction destructive ^ue l'in- 
tempérance exerce continuellement sur nos 
organes , et qui empêche au moins celle 
force de devenir accélératrice en Tobligeant à 
recommencer toujours. Jamais on n'imagina 
rien de plus sage, même sous le rapport de la 



Itm largirii tt pramia (PrrifiM de 1* Mena pmiliDl le C»i4m>]. 

PUloBtililqaa,i:ia nitun ■'■Tiit pu dn mOf eu phfùqoapMU 
prfnair , du moîn* en parti* , U§ loilM de l'inlcmpëraDce , M tÏh 
bralil (urGnil kqI ponr midre rhomms hhibilt 4 loui lit dam d» 
$imit, itê gritii itdtiM ttrlu , tl pour iMmàtt •» lui Fitprit di- 
•iB(In Tim. Opp-, lom. X, peg. 304). 



n,9,N..<ir>,G00gIf 



DK SUnT-PfiTBBSBOCBG. 55 

simple hy^ène ; jamais od n'accorda mieux 
Tavantage temporel de Thoinme avec ses inté- 
rêts et ses besoins d^ua ordre sopérieQr. 



Voas Tenez d'indiquer une des grandes 
sources do mal physique , et qui seule jus- 
tifie en grande partie la Providence dans ses 
voies temporelles , lorsque nons osons la ju- 
ger sons ce rapport ; mais la passion la phu 
efTrénée et la plus chère à la nature humaine 
est aussi celle qui doit le plus attirer notre 
attention , paisqu'elle rerse seule plus de 
maux snr la terre que tons les autres vices 
ensemble. Nous avons horrenr da meurtre ; 
mais que sont tons les meurtres réunis , et 
la guerre même, comparés au vice, qui est 
comme le mauvais principe, homicide dès 
le commencement (X")^ qui agît sur le possible, 
tue ce qui n'existe point encore, et ne cesse 
de veiller sur les sources de la vie pour les 
appauvrir ou les souiller 7 Comme il doit 
toujours y avoir dans le monde , en vertu 
de sa constitution actuelle , une conspiration 
immense pour justifier , pour embellir , j'ai 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



.56 LES SOIBÉBS 

presque dit, pour consacrer ce Tice, il ny 
'en a pas sur lequel les saintes pages aient 
accumulé plus d'anathèmes temporels. Le 
Sage nous dénonce avec nn redoablement de 
sagesse les suites funestes des nuits coupa- 
bles; et si Dons regardons autour de nous 
avec des yeux purs et bien dirigés , rien ne 
'nous empêche d'observer l'incontestable ac- 
complissement de ces anathèmes, La repro- 
duction de l'homme, qui, d'un cdté, le rap- 
proche de la brute ; Télève, de Tautre, jusqu'à 
la pnre intelligence par les lois qai environ- 
nent ce grand mystère de la nature, et par 
ia sublime participation accordée à celui qui 
s'en est rendu digne. Mais que la sanction de 
ces lois est terrible ! Si nous pouvions aper- 
cevoir clairement tous les maux qui résul- 
tent des générations désordonnées et des in- 
nombrables profanations de la première loi 
du monde, nous reculerions d'horreur. Voilà 
pourquoi la seule Religion vraie est aussi la 
seule qui , sans pouvoir tout dire à Thomme , 
se soit néanmoins emparée du mariage et 
Tait soumis à de saintes ordonnances. Je 
crois même que sa législation sur ce point 
doit être mii>e au rang des preuves les plus 
sensibles de sa divinité. Les sages de l'anti' 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAIRT-PÉTZRSBOUBG. 57 

quité , quoiqae privés des lumières que nous 
possédons, étaient cependant plus près de To- 
ri^ne des choses , et qaelqaes restes des tra- 
ditions primitives étaient descendus jusqu'à 
eux ; aussi voyons - nous qu'ils s'étaient forte- 
ment occupés de ce sujet important; car non- 
seulement ils croyaient qne les vices moraux 
et physiques se transmettaient des pères aux 
enfants ; mais par une suite naturelle de cette 
croyance, ils avertissaient l'homme d'exami- 
ner soigneusement l'état de son âme , lors- 
qu'il semblait n'obéir qu'à des lois matérielles. 
Que n'auraienl-ils pas dit s^ils avaient su ce 
que c'est que l'homme et ce que peut sa vo- 
lonté! Que les hommes donc ne s'en pren- 
nent qu'à .eux-mêmes de la plupart des maux 
qui les affligent : ils souffrent justement ce 
qu'ils feront souflrir à leur tour. Nos enfants 
porteront la peine de nos fautes; nos pères 
les ont vengés d'avance. 

LE CHEVALIER. 

Savez-vous bien , mon respectable ami , 
que si vous étiez entendu par certains hommes 
de ma connaissance , ils pourraient fort bien 
vous accuser d'être illuminé. 



D,9,t,.?(i h, Google- 



58 



Si ces hommes dont rons me parlez mV 
dressaient le compliment aà pied de la lettre, 
je les en remercierais sincèrement ; car il n^ 
aurait rien de plos henrenx nî de plos hono- 
rable qoe d''étre réellement illuminé; mais 
ce nVst pas ce que vons entendez. En toot 
cas , si je snis iUnminé , je ne sois pas aa 
moins de ceux dont noas parlions tout à 
rheare ( i ) ; car mes lumières ne viennent 
pas sûrement de chez enx. Âa demeurant , 
si le genre de nos études Dons condait qoel- 
qnefois à feoilleter les ouvrages de qaelqaes 
hommes extraordinaires , rons m'avez fourni 
vous-même une règle sûre ponr ne pas nous 
égarer , règle à laqoelle vous nous disiez , il 
n*y a qu''un moment, H. le chevalier, qne 
vous soumettiez constamment votre conduite. 
Cette règle est celle de l'atilité générale. 
Lorsque ane opinion ne choqne aucune vérité 
reconnue, et qu'elle tend d'ailleurs à élever 
l'homme , à le perfectionner , i le rendre 
maître de ses passions , je ne vois pas pour- 



D,g,t,.?(lb, Google 



m saiht-pAtbrsbovbg. 59 

quoi nous la repoosserions: L'homme peut- 
il être trop pénétré de aa digoité spirituelle ? 
]1 ne saurait certainement se tromper en 
croyant qa'il est pour loi de la plus hante 
importance de n^agir jamais dans les choses 
qni ont été remises en son pouvoir , comme 
un instrument aveugle de la Providence ; 
mais comme un ministre intelligent , libre 
et soumis, avec la volonté antérieure et dé- 
tominée d'obéir aux plans de celui qni l'en- 
Toie. S'il se trompe sur Tétendae des effets 
qu'il attribue à cette volonté, il faut avouer 
qu'il se trompe bien innocemment, et j'ose 
ajouter bien heureusement. 

LS COMTE. 

J*iadmets de tout mon cœur cette règle de 
l'utilité, qui est commune à tons les hommes; 
mais nous en avons une autre, vous et moi, 
H. le chevalier, qui nous garde de toute er- 
renr; c'est celle de l'autorité. Qu'on dise, 
qa''on écrire tout ce qu'on voudra ; nos pères 
ont jeté l'ancre , lenons-noos-y , et ne crai- 
gnons pas plus les illuminés que les impies. 
En écartant, au reste, de cette discussion 
tout ce qu'on pourrait regarder comme hy- 
potbéliqDe, je serai toujours en droit de po- 



D,g,t,.?(lb, Google 

J 



60 LBS S01BÉB3 

ser ce principe incontestable , que les vices 
momux peuvent augmenter le nombre de tin- 
tensité des maladies jusqiià un point qu'il 
est impossible d'assigner; et réciproquement , 
que ce hideux empire du mal physique peut 
être resserre par la vertu , jusqu'à des bor- 
nes qitil est tout aussi impossible de fixer. 
Comme il nî-j a pas le moindre doute sur la 
vérité de cette proposition, il n'en fant pas 
davantage ponr JDSlifîer les voies de la Pro- 
nidence rnéme dans Tordre temporel , si Ton 
joint surtout cette considération à celle de la 
justice hnmaine , puisqu'il est démontré que , 
sous ce double rapport , le privilège de la 
vertu est incalculable , indépendamment de 
tout appel à la raison, et même de toute 
considération relîgteose. Voulez-vous main- 
tenant que noDS sortions de Tordre temporel ? 

LE CHETALIBB. 

Je commence à m'ennuyer si fort sur ta 
terre, que vous ne me f&cheriez pas si vons 
aviez la bonté de me transporter un peu plus 
haut. Si donc... 

LE SÉHATBUI. 

Je m'oppose an voyage pour ce »olr. Le 



D,9,N..<i h, Google 



DB SilHT-PÉTSRSBODBG. 61 

plaisir lîe la conversation nous sédolt , et le 
jour nons trompe; car il est minait sonné. 
Allons donc nous coucher sur la foi seule 
de nos montres , et demain soyons fidèles aa 
rendez-vous. 



Vous avez raison : les hommes de notre 
âge doivent , dans cette saison , se prescrire 
une noit de convention pour dormir paisi- 
blement , comme ils doivent se faire un jonr 
factice en hiver pour favoriser le travail. 
Quant à M; le chevalier , rien n'empêche 
qu'après avoir quitté ses graves amis il n'aille 
s'amuser dans le beau monde. Il trouvera 
sans doute plus d'une maison où l'on n'est 
point encore à table. 

LB CHEVALIER. 

Je profiterai de votre conseil , i condition 
cependant que vous me rendrez la justice de 
croire que je ne suis point sûr, à beaucoup 
près, de m'amuser dans ce beau monde au- 
tant qu'ici. Mais dites-moi y avant de nous sé- 
parer, si le mal et le bien ne seraient point, 
par hasard , distribnés dans le monde comme 
'e jour et la nuit. Aujourd'hui nous n'allu- 



D,g,t,.?(ib, Google 



6S LBS SOUtâBS DR F UNT-PfiTBRSB0na6. 

moDs les bonnes que pour la forme : dans 
six mois noos les éteindrons à peine. Â Qnito 
on les allnme et les éteint chaque jonr à la 
même heure. Entre ces deux extrémités , le 
jonr et la naît vont croissant de téqaatear 
an pôle , et eu sens contraire dans nn ordre 
invariable ; mais , à la fin de Tannée , chacnn 
it son compte , et tout homme a reçu ses 
quatre mille trois cent qnatre-vingts heurei 
de )oar et autant de nuit. Qu'en penses- 
TODS , M. le comte ? 

LS COMTB. 

Nous en parlerons demain. 



ns ou PBBaiBR KHiunUa 



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HOTES DU PREMIER ENTRETlEEt. 



HOIBI. 



(Pige 9S. Il loi jwie n'œt {kôdI tàk qui k IM iSm MT leWi mit 
calle qui e« tùlB pour tMa>) 

JViAif afroMir Mnm od fw Hott mrn , qaa tdn mU 9wrB«i% 
çnfd parla ani «mnihu.... etfom qaod tffiigii alIgtU, pall poiak. 



al (Sencc ppiil. CV1Q. fn aai Inmrvinaa madam la çuo Ut viviur 
legibU! Flaetif part i Ifon plartif txi. bidigaari tlqMln Itàlqst 

FROmifi contlbof HW etf Itia dt ijiiihiit qurreHi, tmat^ taiem 

nmt ! milU dari facdiora pouuni 00. F[>i:(. XCI). 



(Fagr SO. Qu'cil-o) ipe IOT-), «non lOV-AH T) 

Hii'v mnllpit (lanninidGdifBeDll^ai lenioi ètiix ^ritr^jcanc* 
tim Ixiliriiqua ; car ii chaque lellre Je lOTl est miimic par ta 
poinl-iojelle conTcnililc, il en rtnlio ciactcmcDl 1c nom incrv >!m 
Bâjrcai, Enrtùaiit abstnclioa dasM AplNr,qdMtitiicaiMnulie, 
il eii cerlÛD que l'auili^ Jw uiUea tormtlioai de ce Mcn donod an 
Ueu luprlme «Tce le TtlragrammaUn, tu (|*^ua cbon d'asseï 
petnurqaable. 



(Pifi 49. 0\«<Am qui fui, je en», cdie ifOHi^O 



D,g,t,.?(lb, Google 



6> NOTES 

Je a'nircnconlréBnlUfart cellaobwmli>!aiIaD*li?«innTeid*Or>* 
gêna; mû* dam la livre i)aI'niidpea3KiutleQtqne,if7ue£i|a')in(ii>aii 
k lomr de eherchtr data rBcrUare tabitt loui la paaaga eA il cU 
qsttlSat de* maladit* io«fftna par dti coupobUi , on (ronvrofi qnt 
cet maladttt nt (onl gae da lypei gai figurent dei vieet ou dei np» 
/liea ipiriiiuU, (llipl i-x^, U, n.) Ce qui ert «li 
par U làule du traducteiir Ulïn. 

L'opologiita cité pu l'înlcriMaleaf panll llri 
du Trlompht de FEnnigile. 



(Page SO. Plm l'homme e>t Tertnen, M jbu B ert 1 l'abri de* 
BtiladÏM qui oal dea uoiiu.) 

11^9 3 ; a bien nuàas qn'ou ne le croît eonmunfmeal de ces ma* 
ladîei canclénifes et clairemeut disiingufet de toute autre -, car la 
■nédediu du premier ordre iTOaeol qu'on peut k jieine compter trait 
ou qunlre maladie* enlrelouta, qui aient leur àgne palhf^amauiqM 
teUemeal propre et cidiuif, qu'il «ril ponible de let diilingaer da 
toute* la autrei. (Joap. Bap. Uorgagni. De ledibut et cauMi mofà»- 
non, Ijb. f, \a epist. ad Joan. Pried, Hechel.) 

Od lerail lentj de dire i Pourquoi pa< tnûi précisinent , pui*qM 
loalela hideuse famille des liceiTaie lermiiMrl Iroii dàinl ( Salot 
fcon.T. épltre.n.ieo 



f^S° M- ^"^ ^^ * favoritttf d'au* longue *ia.) 
Je croîa devoir pUeer ici lei parolei de Bacoo liréei de tOH HiiMirt 
ie lavie el de la mon, 

■ Onwque b Tie bnmaiM M aoit qu'au MKnbhge demîWra et an* 
• kdcmyu1alnBeontiiH>dleda|i6Jiéi, et qu'alliai cUemit bicufeada 



D,g,t,.?(lb, Google 



DU P&EMlSIt ETITRETISII 6 5 

> cIioK pour celai qa[ upireà l'iuniti; Bi!anmoiiu lechrilien m^me 
a nedoilpoiBllimfpriMr.pnijqn'ild^ptDd de lui d'en faire une luile 

■ d'ietioiU TertoeoMS. Noai coyonna effel qut li diieipte bien-tti»ii 
t nrvieul à lati$ Im autre, el qu'un grand nombri de Péra de 
• tBgliie,turtoutfarmiUittiiUtmûineà el ermltf , paniinr*nl à 
' unetxIrlmevMlliiie; itmaziiiTenue, depuis laTeanednSioTeiii, 

■ on peut cruire qu'il* ^i^d^n^ à celte Un^dictioa de li langue tîs, 

■ rooineqn'i loule) tn (Dira Woéliclioiu temporelle!. (Sir Francie 
Btcon'iwarki. London, 1803, io-So, tome TIU , pas. 358. ' 

VI. 

I Pie- 51. Nulle nuhdie m MuriilsToir uoe cime matérielle. } 

A l'appai de celte auerlion , je puii citer le plui ancien el peul-(tre 
le meilleur des obterraleura. /{ «l impoi$ible, a dil Hippocrate, de 
connaître la nalare dnmalidlea.aioaDeleseonnaltdansriNDlVISIBLE 
dnnltllti émanent. ( 'Eu tû AHtPEl rjcrà Tnv ifx'l' 'ï ^1 !iI'P>3b. 
Hippocr. 0pp. Edil. Vsd der Lindcn. in-8<> , lom. II. A* ti<r- 
gituim norïii , pig. 3^. 

Cal dommage qu'il n'ait pM donirf plu d« d^Teloppemenl à celle 
penaëe: nuii je le Ironie parfaitement commenta daniroDiraged'un 
pbjiielogiite modeme ( Barlhei , Jfeuvicntx éUmntli di la leimu* dt 
l'IwMMe. Parii, 18D6, 2to1. io-S» }, lequel reconnaît eipreu^ienl 
que le principe TÏlal eil an tUt , qne oe principe eit an , que nulle 
cwieoii loi m^Dlqne n'est recerable dîna l'eiplicalion dei pMnamènea 
de* corpl TÎTgatt , qa'unr matidie n'eal ( hon ]ea cai dn lëueni orga- 
nique! ] qu'une affeclioa de ce principe rilil qui ttl indépendant du 
arpi , selon loUTKi lu tdiisehblikcu ( il a peur ) , tl qac eetle 
afftrtion ttl déitrminie par l'infiunce qu'un» eatus quitconqae peut 



Les erreurs qui taullleul ce mjme liTre ne Mftl qu'il 
lièele; elle» drparenl leagrasda aven MU letafTaiblir. 



D,g,t,.?(lb, Google 



<1^ge 36. Lcantcifiiiic«lMil«a nniU CAnpabln.) Exmkpàttùi»- 
9itfitilipum»temnÊ;*U.(^,Vl, 6.) EtUtagnMboMuioei'tak 
iuiÈ ÂthèMi I 



Eorip. H«d. ISM. S3v 



^«ge 58. L« mbIb Rel^iioi] traîa M aoui b mie qaî m toit as»- 
|>iTie (la nuriage «I Fui «Dnii k de uicilei ordoDOiucei.) 

Um épom M doÎTcot lODger qn'i iToir dea enfaDla , o( moîni 1 ea 
XToir qu'à n donner i Ken, (Féaélos , OBuert* ^bilk^t, in-lS , 
toD. ni. D» mwhgt. n° Jjm.) 

CmI «prit avoir dté celte loi qn'tl hnl eicer eotan ■> Init 
AIoabMBt daoe mtnnFAaJloa. Ahi diI4l , «{ be homm* «MdeMjUi 
fa ArffglM, Ik rmrvtaufaU» Hm «tfnMWM. 



(hg. S7. Lonqa'3 KnUAil n'dbéir qu'l dee lait mtltrMIe*. ) 
C«iid£Minj(lérieaUiMiont«D)[nrtade pltuiMn lAl«i eJUfarcfc 

OiîgèfW, que je laûaerd puW dan* u propre bagne, de peur de la 

gèaer, adt daiuaoDoaTTageiarlapriére : 

ïfa ^ xsl Tfi> lOKtk fit fifitt ttAnafat &{ufl> jKvtiif<w> ti ip^> 

■V*fT^, «al PfMrtfOr, ul BnMf ip«i ]><iiTai. 

(Dt Or». Opt>. ion. I, p. 198, n" 1, ia-fal.) 



D,9,t,.?(ib, Google 



DV PREHIER ERTHETIEN. 67 

iUSenri encore il dit, en paHint d« l'iiuUiulioa aMwatqM i 

(Uem. adf. Cels. 1. T.] 

Milioa ne pouvait w former une Mft mki ftotile rfr te* msiurteaiu 
Ml (Partd. loal. IV.TiS, VIII,T9S),eI leireuion, i]d; l'acommeDl^ 
nerlil que Hilloa déugoe, pv ces tnoti de mgëUriciaee lait, qaelqm 
cboM qa'H n'éuûi pu bou de àiTiilguer , qa'il fallBlt «oavrlr d'na û- 
leece reUgïeui et rérjrer canini« un iRytMre. 

M^ l'élégant TLéoBoplie, qui e véca de aMJoan, kprii im ton 
plos liant. ■L'aTi]re,dii-3, pernielqiieleapéreaetnifaciuinilTiergei 

■ dam leon géniralioDtt afin qns le disc^dre j trouve ton lajf lice; 

■ c'est par Uqne lononreannceiDieaMpréiDe.... Opit^iadaa-dee 
«onniriwmiew aUatlUt* àUlgentralioa deittreiltisitTSi'Saâft^' 

■ Kive» ntip^o». le leui toib laiaser nui ràerre 1 Pageol ib* 

■ prima i a**!! «uet qa'il ait daigné nau Hoorder Mi-bai une 

■ image ioléiieure det loîa de kki émaontion. Vermeai épooi t !«• 
« gardci-toot comme dei Angn en exil, elc » 

^aiot-Uartln. Homme de dbk, in-8*, § 81.) 



(Rige 60. Ce hideux «mfûre da mal phjiiqiie peni Jlro Tcnciri par 
la vertu jiuqii*Ji det boToet qu'il eU loot aossi impouibla de fixer.) 

CrayaM doM de tertSi Mi hraM, tree cet ncdleat philoNpIw W- 
fcreaqaivniluBilangeMad'AlUMBetiIellempliti ledledeUnaa- 
ka* qa* ta JatU peine dt ttbd ipi t^laue km OtfiMWMt «fAra 
■rit amw h awl* éâ aMricdR. (EoU. XXXTnt, IS^ EeootaH-la 
nen une reUgiente atleatioD, lonqn^ i]oate t Lm médeehu prknmi 
eex-mAn» le Seigneur, afin qu'il latr dame m kenreux taeeie dau la 
■Dulagemenl et U guiriion do malade, ponr loi couerrerla ne, {IMd, 
14.) Ol'scrvoi» quedana la loi divine qui a loal Tait pocrr l'npriifîlTa 
cepeDdanlnnKiermifflf.a'eil-ji-diTeunmajreDapiritneldireclemeatéut- 
Lli pour bguérÎMn do maladie* corporelle*, deminiéfeqnel'enelipirt- 
luel cit oui, diBï celle cireou>laacC(3i la secoade place. (Inc. T, 1 1-1 S.) 



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C8 BOTES 

ConcoToni, ùnoiM pooTm», la foret opiratric* de U jiriïre Aa jnili 
( lie. T , iB. ) , nrUnit de ceft« pri^« apoilolii^iM gui , par s» 
Mpfe* d« tknrm» divin , tutpmd Iti dmileurt la pins Tiolcnln el tiil 
Oublier II mort. Jil'iitd souteutI i|ui la ^nle itscfoi. (Bonacl, 
OraitimfiiiMradBladiieheiud'OrUaiiJ ] 

Elaawcopipmdraiu un* peine l'opinioD de craïqniioat penoidri 
^at U première ^ailiti d'un mMecin «l la pi^l^. Quanl k mai , je d&Iira 
fTétirtt inGnimenleu mMecin impie le menririer dea greDds chemina , 
tonlre lequelia moina il eti permii de aedéfeiilre, «t qui ne UitM pu 
d'iillean d'iliepciidn de iMopi cb ten^i*. 



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DEUXIEME ENTRETIEN. 



Vous toomez votre tasse , M. le chevalier A 
est-ce que vous ne voulez plos de thé ? 



LE CHETALIBB. 



Non , je vous remercie , je m'en tiëadrai 
pour aujourd'hui à une seule tasse. Elevé , 
comme vous savez , dans une province mé- 
ridionale de la France t où le thé n'était re- 
gardé que comme on remède contre le rhume , 
j^ai vécu depuis cfaez des peuples qui font 
grand usage de cette boisson : je me suis donc 
mis à en prendre pour faire comme les an- 
(res, mais sans pouvoir jamais y trouver as- 
sez de plaisir pour m*en faire nn besoin. Je 
ne suis pas d'ailleurs , par système , grand 
partisan de ces nouvelles boissons : qui sait si 
elles ne nous ont pas apporté de nouvelles 
maladies ? 



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* Cela poarrait être , sans qoe la somme deé 
maux eût augmenté anr la terre; car en snp- 
posant qoe la cause que tous indiquez ait pro- 
dnitquelqoesmabdîesoa quelques incommo- 
dités nouvelles , ce qm me paraîtrait assez dif- 
ficile à prouver, il faudrait aussi tenir compte 
des maladies qui se sont considérablement 
affaiblies , on qai même ont dispara presque 
totalement, comme la lé[H%, Téléphantiasis , 
le mal des ardents , etc. Aa reste , je ne me 
sens point dn tout porté à croire que le tbé , 
le café et le sucre, qui on fait en Enrope 
nne fortune si prodigiense, nous aient été 
donnés comme des punitions : je pencherais 
plutdt à les envisager cninnie des présents : 
mais, d'une manière ou d'une antre, je ne 
les regarderai jamais comme indifférents. II 
n'y a point de hasard dans le monde , et je 
soupçonne depuis longtemps que la commn- 
nicalion d'aliments et de boissons parmi les 
hommes , tient de près ou de loin à quelque 
œuvre secrète qui s'opère dans le monde à 
notre insu. Pour tont homme qui a Toeil sain 
et qui veut regarder, il n'y a rien de si visi- 
ble qoe le tieo det deux nioades| on poor- 



D,g,t,.?(lb, Google 



OB SilNT-PfrTBBSBOCaG. 7t 

nit dire même, rigonrease ment parlant, qult 
n'y a qo^uo monde , car la matière n'est lien. 
Essayez, s*il tods plalt, dlmaginer la ma< 
tière existant seule, sans intelligence; jamais 
vous ne poorrez y parrenir. 

LE COBTTE. 

Je pense aussi que personne ne pent nier V 
les relations mutuelles dn monde visible et ' 
do monde inviAible. Il en résnlte nne don- 
ble manière de les envisager; car Tan et l'an- 
tre pent être considéré , on en Ini-mème , on 
dans son rapport avec Tautre. C^est d'après 
cette division natorelle que j^abordaï hier la 
question qui nous occupe. Je ne considérai 
d'abord qae Tordre purement temporel; et 
je TOUS demandais ensuite la permission de 
m'élever pins haut , lorsque je fus inter^ 
rompu fort à propos par M. le sénateur. 
Aujourd'hui je continue. 

Tout mal étant un châtiment, il s'ensuit 
que nul mal ne saurait être considéré comme 
nécessaire, et nul mal n'étant nécessaire , il 
s'ensuit que tont ma! pent être prévenu on 
par la suppression du crime qui l'avait rendu 
nécessaire, ou parla prière qui a la force 
de prévenir le cUkIiment on de le mitiger. 



r:,9,N..<i h, Google 



72 LES SOEItÎES 

L'empire da mal physique pouvant donc en- 
core être restreint indéfÎDtment par ce moyea 
Bornatorel, wons voyez.... 

LB CBETAUEB. 

Permettez -moi de voos interrompre et 
d'être nnpea impoli, s'il le fant , pour tous 
forcer d'être plus clair. Vous tonchez là an 
sujet qai m*a plos d^une fois agité pénible- 
ment; mais pour ce moment jesnspends mes 
questions sur ce point. Je voudrais seale- 
mentvous faire observer que vous confondez, 
si je ne me trompe, les maux dus immédiate- 
ment aux fautes de celui qui les souiTre, avec 
ceux que nous transmet un malheureux héri- 
tage, y ous^iez que nous souffrons peut-être 
aujourd'hui pour des excès commis ily aplus 
dun siècle; or, il me semble que nous ne de- 
vons point répondre de ces crimes, comme de 
celui de nos premiers parents. Je ne crois pas 
que la foi s'étende jusque là; et si je ne me 
trompe, c'est bien assez d'un péché originel, 
puisque ce péché seul nous a soumis à toutes 
les misères de cette vie. lime semble donc que 
les maux physiques qui nous viennent par 
héritage n'ont rien de commun avecle gou- 
vernement temporel de la Providence. 



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DB SAinT-PÉTEHSBOOaG. 



Prenez garde , je vous prie , que je n'ai 
point insisté do tout sur cette triste hérédité, 
et que je ne vous Tai point donnée comme 
une preuve directe de la justice que la Provi- 
dence exerce dans ce monde. J'en ai parlé 
en passant comme d'une observation qui se 
trouvait sur ma route; mais je vous remercie 
de tout mon cœur, mon cher chevalier, de 
Tavoir remise sur le tapis , car elle est très 
digne de nous occuper. Si je n'ai fait au- 
cune distinction entre les maladies , c'est 
qu'elles sont tontes des châtiments. Le péché 
originel , qui explique tout , et sans lequel 
on n'explique rien , se répète malheureuse- 
ment à chaque instant de la durée, quoique 
d'une manière secondaire. Je ne crois pas 
qu'en votre qualité de chrétien , cette idée , 
lorsqu'elle vous sera développée exactement, 
ait rien de choquant pour votre intelligence. 
Le péché originel est un mystère sans doute; 
cependant si Thomme vient & l'examiner de 
près , il se trouve que' ce mystère a , comme 
les autres, des côtés plausibles, même pour 
notre intelligence bornée. Laissons de cdié 
la question théologique de l'imputation , 



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74 LES SOtnÉBS 

qui demeure intacte , el tenons-noas-en i 
celte observation vnlgaire , qui s'accorde si 
bien avec nos idées les plus naturelles, gue 
tout être qui a la faculté de se propager ne 
saurait produire çu^un être semblable à lui. 
La règle oe souHre pas d'esceptïoa; elle est 
écrite sur toutes les parties de ToniTers. Si 
donc un être est dégradé , sa postérité ne sera 
plus semblable à Tétat primitif de cet être, 
mîds bien à Tétat oîi il a été ravalé par 
une cause quelconque. Cela se conçoit très 
clairement, et la règle a lieu dans Tordre 
physique comme dans Tordre moral. Mais il 
faut bien observer qu'il y a entre Thonmie 
infirme et Thomme malade la même diffé- 
rence qui a lieu eiïtre Thomme vicieux et 
' Thomme coupable. La maladie aiguë n'est 
pas transmîssîble ; mais celle qui vicie les hu- 
rneors devient maladie originelle , et peut gâ- 
ter toute une race. 11 en est de même des 
maladies morales. Quelques-unes appartien- 
nent à Tétat ordinaire de Timperfection hn< 
inaine ; mais il y a telle prévarication ou telles 
suites de prévarication qui peuvent dégrader 
absolument Thomme. C'est unpéclié origi- 
nel du second ordre , mais qui nous repré- 
sente , quoique imparfaitement , le premier. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAlNf-PÉTERSBOUUG. "iZ 

De là vienneut les sauvages qui ont fait dire 
tant d'extravagances et qa< ont surtout servi 
de texte éternel à J,-J. Rousseau , l'un des 
plus dangereux sophistes de son siècle , et 
cependant le plus dépourvu de véritable 
science , de sagacité et surtout de profon- 
deur , avec une profondeur apparente qui est 
toute dans les mots. Il a constamment pris le 
sauvage pour Thomnie primitif, tandis qu'il 
n'est et ne peut être que le descendant d'un 
homme détaché du grand arbre de la civi- 
lisation par uue prévarication quelconque , 
mais d'an genre qui ce peut plus être répété, 
autant qu'il m'est permis d'en juger j car je 
doute qu'il se forme de nouveaux sauvages. 
Par une suite de la même erreur on a pris 
les langues de ces sauvages pour des langues 
commencées, tandis qu'elles sont et ne peu- 
vent être que des débris de langues antiques , 
ruinées , s'il est permis de s'exprimer ainsi , 
et dégradées comme les hommes qui les par- 
lent. En eflet, toute dégradation individuelle 
ou nationale est sur-le-champ annoncée par 
une dégradation rigoureusement proportion- 
nelle dans le langage. Gomment l'homme 
poorrait-ît perdre ooe idée oa seulement la 
rectitude d'une idée sans perdre la parole od 



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76 LKS SOIRÉES 

la justesse Je la parole qui l'exprime ; et com 
ment au contraire pourrait-il penser od plus 
ou mieux sans le manifester sur-le-cfaamp par 
son langage ? 

Il y a donc une maladie originelle comme 
il V a un péché originel , c'est-à-dire gn^en 
vertu de cette dégradation primitive, nons 
sommes sujets à toutes sortes de souffrances 
physiques en général; comme eu vertu de 
cette même dégradation nous sommes sujets 
 toutes sortes de vices en général. Cette mala- 
die originelle n^a donc point d'autre nom. Elle 
n'est que la capacité de souffrir tous les maux« 
comme le péché originel ( abstraction faite 
de l'imputation ) n'est que la capacité de 
commettre tous les crimes , ce qui achève le 
parallèle. 

Mais il y a de plus des maladies , comme 
il y a des prévarications originelles dusecond 
ordre ; c'est-à-dire que certaines prévarications 
commises par certains hommes ont pu les 
dégrader de nouveau plus ou moins ^ et per^ 
petuer ainsi pîus ou moins dans leur descen- 
dance les vices comme les maladies; il peu 
se faire que ces grandes prévarications ne 
soient plus possibles ; mais il n'en est pas 
moins vrai que le principe général subsiste 



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DE SAINT- FÉTBaSBOUBG, 77 

et que la Religion chrétienne s^esl montrée 
en possession de grands secrets , lorsqu'elle 
a tourné sa sollicitude principale et tonte la 
force de sa puissance législatrice et institu- 
trice, sur la reproduction légitime derfaoïnme, 
pour empêcher toute transmission funeste 
des pères anx fils. Si )'ai parlé sans distinction 
des maladies qne nous devons immédiate- 
ment à nos crimes personnels et de celles que 
nous tenons des vices de nos pères , le tort 
est léger; puisque, comme je vons disais 
tout k rheure , elles ne sont tontes dans le 
Traîqaelesch&timentsd'uncrime, Iln'y a que 
cette hérédité qni choque d'abord la raison hu- 
maine; mais en attendant que nous paissions 
en parler plus longuement , contentons-nous 
de la règle générale que j*ai d'abord rappelée, 
que tout être qui se reproduit nesaurait pro- 
duire que son semblable. C'est ici, monsieur 
le sénateur , que f invogne votre conscience 
itiiellectuelle : si un homme s'est livré à de 
tels crimes on à nne telle suite de crimes , 
qu'ils soient capables d'altérer en Im le prin- 
cipe moral, tous comprenez que cette dégra- 
dation est transmissible, comme vous compre- 
nez la transmission du vice scrophnleux ou 
syphilitique. An reste, j'ai nul besoin de 



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7 s LE.'S SOIBÊBS 

res maax héréditaires. Regardes , si voas tod- 
lez , toat ce qae Yai dit sar ce sujet comme 
ane pareothèce de conversation; tout le reste 
demeure inébranlable. En réunissant tontes 
les considérations qne |*ai mises sous vos 
yeux, il ne vous restera, j'espère, aacon doute 
que t innocent y lorsqu'il souffre y ne souffre 
famais qu'en sa qualité dhomme ; et que l'im- 
mense majorité des maux tombe sur le crime ; 
ce qui me suffirait déjà. Maintenant.... 

VR CBBTAUBR. 

Userait fort inutile, du moins pour moi, 
que vous allassiez plus avant; car depab que 
TOUS avez parlé des saavages , je ne vous 
écoule plas. Vous ares dit, en passant sur 
cette espèce d'hommes, un mot qui m'occupe 
tout entier. Seriez-vons en état de nie prou- 
ver que les langues des sauvages sont des 
restes , et non des rudiments de langues ? 



Si je voulais entreprendre sérieusement 
cette preuve, monsieur le chevalier, j*essaierais 
d'abord de vous prouver que ce serait à vous 
de prouver le contraire ; mais je crains de me 
jeter dans cette dissertation qui nous roène- 



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DE fiAINT-pfiTERSBOUKG. 79 

rait trop'loin. Si cependant rimportanccr du 
sujet vous parait mériter au moins qne je 
T0D5 expose ma /bi , je la lirreraî volontiers 
et sans détails à vos réflexions fbtures. Voici 
donc ce qae je crois sar les points princî- 
paax dont une simple conséquence a fixé 
Totre attention. 

Uessence de tonte intelligence est de con- 
naître et d^aimer. Lee limites de sa science 
sont celles de sa natnre. L'être immortel 
n'apprend rien : il sait par essence tont c« 
qa*il doit savoir. D'an antre côté , nul être in- 
telligent ne pent aîmer le mal natarellement 
on en Tertn de son-essence; il faudrait pour 
cela qne Dien l'eût créé manvaîs , ce qni est 
impossible. SA donc Thomme est sujet à IH- 
gnorance et an mal, ce ne pent être qn*en 
Tertn d'une dégradation accidentelle qoi ne 
saurait être qne la saite d'an crime. Ce be- 
soin , cette faim de la science , qni agite 
rhomme, n'est qne la tendance naturelle de 
son être qui le porte vers son état primitif, 
et l'avertit de ce qu'il est. 

Il gravite , si je puis m'exprimer ainsi, 
vers les régions de la lumière. Nul castor , 
nulle hirondelle , nalle abeiUe n'en veulent 
savoir plos qae leurs devanciers. Tous les 



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80 LIS SOIRÉRS 

êtres sont tranquilles à la place qu'ils occa< 
pent. Tous sont dégradés, mais ils Tignorent; 
l'homme seol en a le sentiment , et ce sen- 
timent est toQt à la fois la prenve de sa gran- 
deur et de sa misère, de ses droits sablimes 
et de son incroyable dégradation. Dans Tétat 
où il est réduit , il n*a pas même le triste 
bonheur de s''ig;norer : il faut qu'il se con- 
temple sans cesse , et il ne peut se contem- 
pler sans rougir ; sa grandeur même l'humilie r 
puisque ses lumières qui relèvent jusqu'à Tan' 
ge ne servent qu'à loi montrer dans lai des 
penchants abominables qui le dégradent jos- 
qn'à la bnite. Il cherche dans le fond de 
son être quelque partie saine sans pouvoir 
la trouver : te mal a toat souillé , et thomme 
entier n'est ^iCune maladie (1). Assemblage 
inconcevable de deux puissances différentes et 
incompatibles, centaure monstrueux , Usent 
qu'il est le résultat de quelque forfait incon- 
nu , de quelque mélange détestable qui a vicié 
l'homme jusque dans son essence la plus inti- 
me. Toute intelligence est par sa nature même 
le résultat , à la fois ternaire et unique , d*ime 

(1) iiof a-Bfa-Mi ïsOgof. Ilipproc. , Leilrt i DeoMgèlg. ( Inur 
tpp. cit. »dU. , lora. II , f. O-U } Ccb «M Tr«i dau low lu leai. 



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SB SUNT-PÉTBBSBODBG. SI 

perception qQÎ appréhende , d^ane raison qai 
affirme, et d'one volonté qui agit. Les deu:: 
premières puissances ne sont qu'affaiblies 
dans Thomme; mais la troisième est brisée(\ ), 
et semblable an serpent du Tasse , elle se 
(roiïnea/jrèfi'ot (2), toute honteuse de sa dou- 
loureuse impuissance. C'est dans cette troi- 
sième puissance que l'homme se sent blessé 
à mort. Il ne sait ce qu'il vent ; il veut ce 
qu'il ne veut pas ; il ne veut pas ce qu*il veut ; 
il •voudrait vouloir. Il voit dans lui quelque 
chose qui n'est pas lui et qui est plus fort 
que. Im. Le sage résiste et s'écrie : Çui me 
délivrera (3) ? L'insensé obéit , et il appelle 
sa lâcheté bonfieiir ; mais il ne peut se dé- 
faire de cette autre volonté incorruptible 
dans son essence , quoiqu'elle ait perdu son 
empire ; et le remords , en lui perçant le 
cœur, ne cesse de lui crier : En faisant ce 
que tu ne veux pas, tu consent à la loi (4). 



(IJ Frarla ri dibilUala. C'en noe expnssiim deGcëron, aiJlUU, 
qaele*Ftr«9ducuntitedcTrcn:cn'vnlroiiyvrcnlpssdeniiill«itepoar 
eiprimcr IVlal ds U Ta1onli< soaa l'empire du p^ch^ : {.lierum orii- 
IriamftactiiH alnvt ilebllilaltim (Conc. Trid. sws. 6. id Fini. I. 9). 

(2) E êi d^po $i lira. TlMo, XV. 48. 

(3J Rum. VII, 2». 

(») Ibi-l. IB, 

1. 6 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



8^ LES SOffiCSS 

Qdî poomtt croire qo^an tel être a!t pa sor- 
tir dans cet état . des mains dn Oréatenr ? 
Cette idée est si révoUaute, que'la pliiloso-' 
phie senle / j'entends la phllosophî^ pateli- 
ne , a deTÏné lé péché originel. Le' vietix 
Timée de Locres ne disait-il pas déj&\ 
sûrement d'après son maître Fythagore , 
çuc nos vices viennent bien moins de nouS' 
mêmes que de nos pères et des éléments qui 
nous constituent ? Platon né dït-ii pas - de 
môme qiCilfaut s'en prendre au générateur 
plus qn'aa généré? 'El dans on antre endroit 
n''a-t'tl pas ajonfé que le Seigneur^ Dieu des 
dieux (1 ) , voyant que les êtres soumis à la 
génération avaient perdu (on détruit en enx) 
le don inestimable , avait déterminé de les 
soumettre à un traitement propre tout à là 
fois à les punir et h les régénérer, Océroil 
ne s^éloignàit pas da sentiment dé ces philo- 
sophes et de ces initiés qui avaient pensé 
que nous étions dans ce monde pour eaj>ier 
quelque crime commis dans un autre. Il a 
cité même et adopté quelque part la compa-' 
raison d'Aristote, i qui la contemplation dô 



(1) DEOSDEORUH. Eiiod. XTm.II.Dcnl X, IT. Euh.XiV. 
13. Vi. XUX.t. Du. U,47iUl,90. 



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DB SAII^T-PÉTBItSBOtntG. $2 

la natare humaine rappelait l'épouvantable 
supplice d'un malheureux lié à un cadavre 
et condamné à poorrir avec lui. Ailleurs il 
' dit expressément que la nature nous a traités 
en marâtre plutôt qiùen mère; et que l'esprit 
divin qui est en nous est comme étoile par 
le penchant qu'elle nous a donné pour tous 
les vices (1); et. n'est-ce pas une chose sin- 
gulière qn'Ovide ait parlé sur Thomme ^é- 
cisémei^ dans les termes dé saint Faol ? Le 
poète erotiqae a dit : Je vois le bien , je l'ai- 
me, et le mal me séduit (2) ; et TApAtre s» 
élégamment traduit par Racine, a dit : 

Je oe fiii pii le biea qae j'iimâ , 
Etjebùlt in«l<iDe jeh*ii(3}. 

An snrplos , lorsque les philosophes que 
je viens de vous citer, nous assurent que les 

(IJ T. s. Auf . lib. lY,coniraPelai/.:ttiatngniealMitCiciroD, 
m-4<>, EliCTir, IMl, f. 1314—1342. 

(2j ndco mtlivra , proboqat ; 

Btltriora icqiiar. 

(Ofid. Hel. Tn,17.) 
(3) Voluira ■ dil bcaoïoap moins bien : 

Ob Tail \t bieo qu'an time ; on bail la m*) qu'on fiiu 

(lalMf. n.} 
fâU il ajonle ïmmMiaicnicnl iprh : 

L'homme, on doui l'a tant dit, M nne énigme obicure | 
Uoiteonuoi l'est- il plus que iodIp l> MluraT 
Euurdi ijue vous iles '. tous teuei de le dire. 

f 



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Y4 tXS HHRtKS 

▼îces delà natarehamaine appartiennent plus 
aux pères qiCaux enfants , il est clair qu'ils 
ne parlent d^aucane génération en f>articalier. 
Si la proposition demeure dans le vague , elle 
n^a plus de sens; de manière que la nature 
même des choses la rapporte à ifhe corrup- 
tion d'origine , et par conséquent universelle, 
Platon nous dit qt^en se contemplant luî~ 
même il ne sait s'il voit un monstre plus doU' 
blCyptus mauvais que Typhon, ou bien plu- 
tôt un être moral , doux et bienfaisant , qui 
participe de la nature àivine (1 ). Il ajoute que 
rhomme , ainsi tiraillé en sens contraire , ne 
peut faire le bien et vivre heureux sans ré' 
duire en servitude cette puissance de Fâme 
où réside le mal , et sans remettre en liberté 
celle qui est le séjour et Yorgane de la vertu» 
C'est précisément la doctrine chrétienne, et 
Ton ne saurait confesser plus clairement lepé- 
ché originel. Qu'importent les mots? Thomme 
est mauvais, horriblement mauvais. Dieu Ta- 
t'il créé tel? Non, sans doute, et Platon lui- 
même se hâte de répondre que têtre bon 
ne veut m ne fait de mal à personne. Nous 
sommes donc dégradés , et comment ? Cette 

41) Il tojiil l'uB Cl l'iaUc. 



D,9,N..<i h, Google 



DB SAITIT-PfiTBBSBOURG. 8& 

«orraplîon que Platon voyait en loi n'élaît 
pas apparemment quelque chose de particu- 
lier à sa personne , et sÛFement il ne se 
croyait pas plos mauvais que ses semblables. 
Il disait donc essentiellement comme David : 
Ma mère m'a conçu dans riniquité,' et si ces 
expressions s'étaient présentées à son esprit, 
il aurait pu les adopter sans diiïiculté. Or, 
tonte dégradation ne pouvant être qu'une 
peine , et tonte peine supposant un crime , 
la raison seule se trouve conduite , comme 
par force, au péché originel : car notre fu- 
neste inclination au mal étant une vérité de 
sentiment et d'expérience proclamée par tons 
les siècles, et cette inclination toujours plus 
on moins victorieuse de la conscience et d«s 
lois, n'ayant jamais cessé de- produire snr la 
terre des transgressions de toute espèce , ja- 
mais l'homme n'a pu reconnaître et déplorer 
ce triste état sans confesser par là même le 
dogme lamentable dont je vous entretiens ; 
car il ne peut être méchant sans être mauvaisy 
ni mauvais sans être dégradé , ni dégradé 
sans être puni , ni puni sans être coupable. 

Enfin, messieurs, il n'y a rien de si attesté, 
rien de si uniTerselIemenl cm sons une forme 
ou sous une autre, rien enfin de si intrinsè- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



86 LES SOIRfiBS 

qoement plausible qae la théorie du péché 
originel. 

Lais6ec-moi vous dire eacore ceci : Voua 
a^éprouverez , j'espère, nalle peine à conce- 
voir qa ane intelligence originellement dégra- 
dée soit et demeure incapable (à moins d'une 
régénération substantielle) de cette contem- 
plation inefTable i;ae nos vieux maîtres appe- 
lèrent fort à propos vision béatifique, puis- 
qu'elle produit , et que même elle est le 
bonheur éternel; toat comme vons concevrez 
qu'an ceil matériel, substantiellement vicié, 
peut être incapable , dans cet -état , de sup- 
porter la lumièfe du soleil. Or, cette incapa- 
cité de jouir du SOLEIL est , si je ne me 
trompe , l'Qniqae suite du péché originel 
que nous soyons tenus de regarder comme 
nalnreUe et indépendante de toute transgres- 
sion actoelle (!)■ La raison peut, ce me 
semble , s'élever jusque li ; et je croîs qu'elle 
a droit de s'en applaudir sans cesser d^étre 
docile. 



(1} Li p«riç de la toc da Disu , tuppoij qu'il* la ce 
pral miDfiier da Ibdt causer habiiuetlcnenl (tui enrinU morti uni 
bipdiM } une douleur Ka9ibls ijtii ha cmpCcba d'jlra hcumu. 
(DougeanL Eipotiiian de la doctrine chr^limna, iii-J2, Paria, 17JB, 
lom. Il, dof. U. an. 2, ji. 150, et lom. lU, ttxl. IT, cbap. 111 , 
,. iU.) 



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DK SAiaT-PéTBaSBOUBfi. ST 

L'homme ainsi étudié en lui-même , passoiu 
4 son histoire. 

Tout le genre humain vient d'un conpie. 
On a nié celte -vjërité Comnïetoaté* les autres: 
eh!<pa*63t-Ééqaecfelafait? - ■■■ > 

Nôtis savons très ' peu 'de choses sur les 
temps qui précédèrent le délnge^rt même, 
"suivant qnelqnes conjectures pbcstiiles , il 
ne nous conviendrait pas- d'en Savoir davan- 
tage. Une seule considéï:dtion nous intéresse , 
et il ne fant jamais là ptrdre de vue , c^est 
•que les châtiments sont' toiiiours proportion- 
nés aux crimes, et les criïnes toujours ^^>- 
portionnés aiix connaissances du coupable ; 
de manière que le déluge suppose des crimes 
inouïs , et que ces crimes supposent des con- 
naissances infiniment an-dessas de celles que 
nous possédons. Voilà ce qnl est certain et 
ce qu*il faut approfondir. Ces connaissances, 
'dégagées du mal qui les avait rendues si 
-funestes, survécurent dans la famille juste à 
la destruction du genre hairiain. Nous som- 
mes aveuglés sur la nature et la marche de 
la science par on Sophisme grossier qni a 
fasciné tous les yeux: c'est de juger du temps 
où les hommes voyaient les eiîets dans les 
causes, pjir celai- oîi ils ^'élèvent pénible- 



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88 LBS KMtXS 

méat des effets aux caoses, où ils ne s*oc- 
cnpent même qae des effets , oîi ils disent 
qi]*il est inaUle de s'occaper des causes, où 
ils ne savent pas même ce qae c''est qxi'ane 
caose. On ne cesse de répéter : Jugez du 
, temps qu'il a fallu pour savoir telle ou telle 
i chose l Quel inconcevable aveDglementl II 
1 n.*a faUu qu'on instant. ^ l'homme poovait 
I connaître la canse d'nn senl phénomène 
physique , il comprendrait probablement 
t tons les antres. Noos ne Toalons pas voir que 
les vérités les plos difficiles à découvrir , 
sont très aisées è comprendre. La solution 
du problème de la couronne fit jadis tressail- 
lir de joie le plus profond géomètre de l'an- 
tiquité ; mais cette même solution se trouve 
dans btus les cours de mathématiques élémen- 
taires , et ne ' passe pas les forces ordinaires 
d'une intelligence de quinze ans. Platon, par- 
lant quelque part de ce qu'il importe le plus à 
l'homme de savoir, ajoute tout de suite avec 
cette simplicité pénétrante qui lui est natu- 
relle : Ces choses s''apprenneTtt aisément et par- 
faitementf si quelqu'oh nous les erseigiib (1), 



"El iiôdixoi lit. Ce qai Mit o'cat pu muînt |ir<!cierji; iiBti 
, ficrfoiuM at amu t'appmdT* , é aaitii {«« DU» M f< 



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DB SAlUT-PfiTERSBOUaG. 89 

Toilà le mot. Il est , de plas , évident poar In 
simple raisOD qae les premiers hommes qui 
repeuplèrent le monde après la grande catas- 
trophe , eorent besoin de secours extraordi- 
naires ponr vaincre les diiïîcaltés de toute es- 
pèce qoi s'opposaient à eux ( 1 ) i et voyez , 
messieurs, le beau carnctère de la vérité ! S'a- 
gît-il de l'établir? les témoins, viennent de tout 
cdté et se présentent d'eux-m^mes : jamais ils 
ne se sont parlé , jamais ils ne se contredisent , 
tandis que les témoins de Terreur 5C contredi- 
sent, même lorsqu'ils mentent. Ecoulez la 
sage antiquité sur le compte des premiers 
hommes : elle vous dira que ce furent des 
hommes merveilleox , et que des êtres d'un 
ordre supérieur daignaient les favoriser des 
plus précieuses commani cations. Sur ce point 
U n^ a pas de dissonance : les initiés , les 

Montra la rouis. 'Ail' tvi* £» JiSôîiisv, ■! ^ Biàt iijriyiitn. Epin, 
Opp. tom. IX , p. 259. 

(I] Jtntii»il4pai,iua\\'BiffocnK,jueli$artin'aUnHtipT{- 
wUltvtaenl dc$ çrâcii IQilh xipf"v) tcrdiu aux homati par Itt 
dinue. (Hirpacr. Epitl. in 0pp. ex. edil. Fociii. FraDcTort, 1621, 
iB-fol. p. 1274.} Voltiirc o'fsl pi) de cet atil : Pour fàrgtr li f*r , 
0» pour t luppUtr, il faut tant it HASAHDS \*yiTtvm. tajtt dia- 
duttrii, lonfde tUclti! (Essai, etc. iatrod. p. 45.} Ce conltiile rsl 
piipunt; miiaje craûqn'Dn bon esprit ijai HBfchira itlentifcineiit lui 
l'oripne drs iris et ie» Kiencei , m UUscen pm lODglusp rnlr* 
b irrtfei et le kaiarrf. 



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90 LES SOUUtES 

philosophes, les -poètes, rhUtotre, la fable ,- 
TAsie et l'Europe n'ont qu'Anne Toix. Un tel 
accord de la raison , de la rérélation , et de 
tontes les traditions hpmaùies, forme une 
démonstration que la bonche seole peat coor 
tredire. Non-seulement donc les hommes ont 
commencé par la science, mais parune science 
différente de la nôtre , et supérieare à la nôtre ; 
parce qu'elle commençait pins haut, ce qui la 
rendait mèmç très dangereuse ; et ceci tous ex- 
plique pourquoi la science dans son principe 
fat toujours mysléiieuse et renfermée dans 
les temples , oii elle s'éteignit enfin , lorsque 
cette flamme ne pouvait plus servir qu à brû- 
ler. Personne ne sait à quelle époque remon- 
tent, je ne dis pns les premières ébaaches 
de la société, mais les grandes institutions , 
les connaissances profondes, et les monu- 
ments les plus magnifiques de l'industrie et 
de la puissance humaine. A côté dn temple 
de Saint-Pierre à Rome, je trouve les cloa- 
ques de Tarquin et les constructions cyclo- 
péennes. Celte époque touche celle des Etrus- 
ques , dont les arts et la puissance vont se 
perdre dans l'antiquité (1 ) , qu'Hésiode ap- 

itj DU aiM nm ramnàam. Tit. Lit. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE U1.1T-PÉTBRSB0DR0. 9 t 

pelait grands et illustres , neuf siècles avant 
JésnS-Christ (1) , qoi envoyèrent des colonies 
en Grèce et dans nombre d'Iles ^ plosiears 
siècles avant la gaerre de Troie. Pythagore, 
voyageant en Egypte six siècles avant notre 
ère , y apprit la cause de tons les phéno- 
mènes de Vénus. Il ne tint même qu'à lui 
dV apprendre quelque chose de bien plus 
curieux, puisqn''on y savait de toute antiquité 
(fue Mercure j pour tirer une déesse du plus 
grand embarras , joua aux échecs avec la 
lune , et lui gagna la soixante - douzième 
partie du jour (2). Je vous avoue même 
qu'en lisant le Banquet des sept sages , dans 
les œuvres morales de Platarque, je n^ai pu 
me défendre de soupçonner que les Egyp- 
tiens connaissaient la véritable forme des or- 
bites planétaires. Vous pourrez, quand il vous 
plaira, vous donner le plaisir de vérifier ce 



[1] Th^. T. lll.CoDsultci, auiujsIdeiElnuque». Cartt-RittM, 
Ullire amtricatu, p. UI, lett. ii , p. 9i ,— lOt de l'Mil. in-S° de 
Mil», tanil. Saggio dilingua elrvteo.tte, 3 tdI. iiH8° .Rom* ,1780. 

(2] On poDt lira celle histoire dam l« Irailj ds PiuUiqae d> Itidt M 
Oiiridt , cip, Xiï, — Il Tant reman]Der que II tuitiDte -domitma 
par^ du joar mullipli^e par 360 donne \et ciai| jann qu'on «joula , 
dins l'iDliqaitd , pour formiir l'tnnfc wtlaire, et que 360 mulliplîA 
pïrcemtme nombre dMincal celai de ^,920, qui ti.priiii« U grande 
(éTolulioB r^ulUnt de ii prtccHiin du ^uinum. 



D,g,t,.?(lb, Google 



92 LES S01R£bS 

texte. Jalien , dans l'un de ses fades discoupt 
( je ne sais plos lequel ) , appelle le soleil 
le dieu aux sept rayons. Où avail-il pris celte 
singulière épilhète? Certalnemeiit elle ne 
pouvait lui venir que des anciennes traditions 
asiatiques qu'il avait recueillies dans ses éludes 
thénrgiques ; et les livres sacrés des Indiens 
présentent un bon commentaire de ce texte, 
puisqu'on y lit que sept jeunes vierges s'étant 
rassemblées pour célébrer la venue de Cri- 
schna, qui est TApollon indien, le dieu apparut 
tout à coup au milieu d'elles , et leur proposa 
de danser ; mais que ces vierges s'étant ex- 
cusées sur ce qu'elles manquaient de danseurs, 
le dieu y pourvut en se divisant lui-même , 
de manière que chaque fille eut son Cri- 
schna. Ajoutez que le véritable système du 
monde fut parfaitement connu dans la plus 
haute aoliquité. Songez que les pyramides 
d'Egypte, rigoureusement orientées, précè- 
dent tontes les époques certaines de l'histoire ; 
que les arls sont des frères qui ne peuvent 
vivre et briller qu'ensemble ; que la nation 
qui a pa créer des couleurs capables de ré- 
sister i Taction libre de l'air pendant trente 
siècles, soulever à une hauteur de six cents 
pieds des masses qui braveraient toute notre 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAinT-PÉTBBSBOimG. 93 

mécanique ( 1 ) , sculpter sur le gramt des 
oiseaux dont un voyageur moderne a pu 
reconnaître toutes les espèces (2) ; mais que 
cette nation , dis-je, était nécessairement tout 
aussi émlnente dans les antres arts , et savait 
même nécessairement une foule de choses 
que nous ne savons pas. Si de là je jette les 
yeux sur TAsie, je vois les murs de Nemrod 
élevés sur une terre encore humide des eaux 
du déluge, et des observations astronomiques 
aussi anciennes que la ville. Oîi placerons- 
nous donc ces prétendus temps de barbarie 
et d'ignorance? De plaisants philosophes nous 
ont dit : Les siècles ne nous manquent pas : 
ils vous manquent très fort ; car Tépoque du 
déluge est là pour étouffer tous les romans 
de rimaginatiou ; et les observations géolo- 
giques qui démontrent le fait, en démontrent 
aussi la date , avec une incertitude limitée , 
aussi insigniBante, dans le temps, que celle 
qui reste sur la distance de la lune à nous , 
peut Tëtre dans Tespace. Lucrèce même n*a 

(1) Toj. Ut Anliq. ^gypt.,sncq,, atc , do Ùijli», iD-4<>, tom. T. 

(9) TojM k Tojage de "Bref» et celni de HiMttqabl, dit p« 
M. Brjaal. Ktfetfrttm, or »* »»»lliHt of Mitittit MnOat^n, »U. t 
in-4«, un. lU, f. 301. 



r:,9,N..<ir>,G00gIf 



94 ves soiBfiBS 

pa sVmpteherde reodre dd témoignage frap- 
pant à la noQveaiité de la fainiUe homaine;' 
et la phpiqae , qui pourrait ici se. passer de 
rhistoire, en tire cependant tine noavelle 
force , puisque nons voyons que la certitude 
historique finit chez toutes les nations à la 
même époqne, c'est-à-dire vers le VIII' siè- 
cle avant notre ère. Permis à des gens qui 
croient tout , excepté la Bible , de nous cîler 
les observations chinoises faites il y a quatre 
on cinq mille ans , sur une terre qui n''existait 
pas , par un peuple à qui les jésuites appri- 
rent à faire des almanachs à la fin du XVl* 
siècle ; tout cela ne mérite plus de discussion : 
laissons-les dire. Je veux seulement vous pré- 
senter une observation que peut-être vous 
n'avez pas faite : c'est que tout le système 
des antiquités indiennes ayant été renversé de 
fond en comble par les utiles travaux de l'a- 
cadémie de Calcutta , et la simple inspection 
d^ne carte géographique démontrant que la 
Chine n'a pu être peuplée qu'après l'Inde , 
le même coup qui a frappé sur les anti- 
quités indiennes a fait tomber celles de la 
Chine y dont Voltaire «urtoot n'a cessé de 
nous assourdir. 

L'Asie, an reste, ayant été le théâtre des 



<::>y Google 



DE SAinT-PfiTEBSBOnRfi, 95 

pins grandes merveilles « il n'est pas étoonant 
qoe ses peaples aient conservé no penchant 
pour le merveilleux plus fort que celui qui 
est natorel ■k- l'homme en- général , et que 
chacun peat recdnnattiie dans lur-mème. De 
I& vient qu'ils ont toi;i]onrs montré si peu de 
goût et de talent pour nos sciences de con- 
duslons. On dirait qu'ils se rapellenl encore 
la science primitive et Tère de intuition. 
L''aigle enchaîné dem^de-t-U ttne montgol- 
fière ponr s'élever dans les airs? Non, il 
demande sei]Iement qae ses liens soient rom- 
pus. Et qni sait si ces peaples ne sont pas 
destinés encore & contempler des spectacles 
qui seront refusés au génie ergoteur de l'Eu- 
rope ? Quoi qu'il en soit , observez , je vous 
prie y qu'ail est impossible de songer à la 
science moderne sans la voir constamment 
environnée de toutes les machines de l'esprit 
et de tODtes les méthodes de l'art. Sous l'ha- 
bit étriqué dà nord , la tâte perdue dans les 
volutes d'une cheyelnre menteuse, les bras 
chargés de livres et d'instruments de toute 
espèce , pâle de veilles et de travaux , elle se 
trahie aonillée d'encre et toute pantelante sur 
la route de la vérité , baissant toujours vers 
la terre son front sillonné d'algèbre. Rien de 



D,g,t,.?(lb, Google 



96 us soiatKS 

semblable dans la haute antiqmté. Autant 
qu'il nous est possible d'apercevoir la science 
des temps primitifs à une si éuorine distance, 
on la voit toujoars libre et isolée , volant 
pins qa'elle ne marche , et présentant dans 
tonte sa personne quelque choso d'aérien et 
de surnaturel. Elle livre anx vents des che- 
veux qui s'échappent d'une mitre orientale ; 
Véphod couvre son sein soulevé par Tinspira- 
lion ; elle ne regarde que le ciel; et son pied 
dédaigneux semble ne toucher la terre que 
pour la (juitter. Cependant , quoiqu'elle n'ait 
' jamais rien demandé à personne et qu'on ne 
' lui connaisse aucun appui humain , il n'est 
I pas moins prouvé qu'elle a possédé les plus 
! rares connaissances : c'est une grande preuve, 
si vous y songez bien , que la science antique 
avait été dispensée du travail imposé à la 
. nôtre, et que tous les calculs que nous éta- 
! blissous sur l'expérience moderne sont ce qu'il 
est possible d'imaginer de plus faux. 

LB CHEVALIER. 

Vous venez de nous prouver , mon bon 
ami, qu'on parle volontiers de ce qu'on aime. 
Vous m'aviez promis un symbole sec : mais 
votre profession de foi est devenue une es- 



D,9,N..<i h, Google 



DE SAIHT-PËTBBSBODBG. 97 

pèce de dissertation. Ce qu^il y a de bon ^ 
c'est qae tous n'avez pas dit un mot des 
saavages qui Tont amenée. 



Je Tons avoae qae snr ce point je sois 
comme Job, plein de discours (1). Je les 
répands volontiers devant voos; maïs qne ne 
pais-je, an pris de ma vie, être entendu de 
tous les hommes et m'en faire croire! Au 
reste , je ne sais pourquoi vous me rappelez 
les sauvages. H me semble , à moi , que je 
n'ai pas cessé un moment de vous en parler. 
Si tous les hommes viennent des trois couples 
qui repeuplèrent l'univers , et si le genre hu- 
main a commencé par la science , le sauvage 
ne peut plus être , comme je vous le dispîs , 
qu'une branche détachée de l'arbre social. 
Je pourrais encore vous abandonner la science, 
quoique très incontestable , et ne me réser- 
ver que la Religion , qui suffit seule , même k 
un degré très imparfait , pour exclure l'état 
de sauvage. Partout où vous verrez un aatel , 
là se trouve la civilisation. Ze pauvre en sa 



dlPlMiiM ïinBïBînmniiMiitui... lojtior,«»fMp(rB4o pond 
fo..XXXtl,18 — 20. 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



^8 LES «Mal» 

cabane j où. le chaume le couvre, est DM^iH 
savant qne noDS , sans doute , mais pins vé- 
ritablement social , sHI ajsiste aa catéchisme 
et s'il en profite. Les erreurs les plos faon- 
tensea , les plos détestables craaatés ont 
fionillé les annales de Herophis , d'Athènes 
et de Rome; mais tontes les verlos réaiuea 
honorèrent les cabanes da Paraguay. Or, si 
la Religion de la famille de Noé dnt être né- 
cessairement la pins éclairée et la plus réelle 
qa'il soit possible dHma^ner, et si c'est 
dans sa réalité même qn'il fant chercher 
les canses de sa corruption , c'est une seconde 
démonstration ajoutée & la première, qtû 
pouvait s'en passer. Noos devons donc recon- 
naître que Tétat de civilisation et de science 
dans nn certain sens, est Tétat naturel et 
primitif de Thonune. Ainsi tontes les tradi- 
tions orientales commencent par un état de 
perfection et de lumières , je dis encore de 
lumières surnaturelles; et la Grèce , la men- 
teuse Grèce, qui a tout osé dans rhisloire , 
rendît hommage h cette vérité en plaçant son 
fige dW à Torigine des choses. Il n'est pas 
moins remarquable qu'elle n'attribue point 
aux Ages suivants , même à celoî de fer, l'état 
sauvage; en sorte que tout ce qu'elle noua 



D,9,t,.?(ib, Google 



Dl SUnr-PÉTEBSBODRG. 99 

a conté de ces premiers hommes virant dans 
les bois , se nourrissant de glands , et passant -, 
ensnite à l'état social , la met en contradic- 
tion avec elle-même, ou ne peat se rapporter 
qa'à des cas particnliers, c*est-à-dire à quel- 
ques peuplades dégradées et revennes ensuite 
péniblement à fétat de nature t qui est la ci- 
vilisation. Voltaire, c'est tout dire, n'a-t-il 
pas avoué que la dense de toutes les nations 
fat toujours : Vies d'ob js rasiiœK sb MonTBA 
suB u TSBRB? Efa Men, tontes les nations ont 
donc protesté de concert contre Thypothèse 
d'un état primitif de barbarie, et sîlrement 
c*est quelque chose que cette protestation. 

Maintenant , qne fn^mporte Tépoque k la- 
quelle telle oTi telle branche fut séparée de 
Vftfbre? elle Test, cela me suffit : nul doute 
sur la dégradalion, et j'ose le dire aussi, 
nul âoate sur la cause de la dégradation , 
qui ne peQt être qu'un crime. Un chef de 
peuple ayant altéré chez lui le principe moral 
par qaelques-nnes de ces prévarications qui, 
suivant les apparences , ne sont plus possibles 
dans l'état actuel des choses , parce que nous < 
n'en savcms heureusement plus assez pour 
devenir coupables à ce point ; ce chef de l 
peuple, dis-je, traniîmit Tanathème à sa pos- 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



ma LES SOmABS 

térité; et tonte force constante étant Je sa 
natore accélératrice , pnisqa''elle s'ajoute con- 
' tinuellement à elle-même, cette dégradatïoa 
pesant sans intervalle sar les descendants, 
en a fait à la fin ce qae nons appelons des 
sauvages. C'est le dernier degré d^abrotisse- 
ment qae Ronssean et ses pareils appellent 
tétat de nature. Denz causes extrêmement 
diiTérentes ont jeté on nuage trompeur sur 
répooTantable état des sabvages : Tune est 
ancienne , l'autre appartient à notre siècle. 
£n premier lieu l'immeme charité da sacer- 
doce catholique a mis souvent , en nous par- 
lant de ces hommes, ses désirs à la place 
de la réalité. Il n'y avait que trop de vérité 
dans ce premier mouvement des Européens 
qui refusèrent , au siècle de Colomb , de re. 
eonoattre leurs semblables dans les hommes 
dégradés qui peuplaient le nouveau monde. 
Les prêtres employèrent toute leur influence 
à contredire cette opinion qui favorisait trop 
le despotisme barbare des nouveaux mattres. 
Ils criaient aux Espagnols : « Point de violen- 
M ces, VEvangile les réprouve; si vous ne 
« savez pas renverser les idoles dans le cœur 
« de ces malheureux , à quoi bon renver- 
A ser leurs tristes autels?. Four leur £iire 



D,9,t,.?(i h, Google 



DB SAUfT-PâTERaBOUBO. lOf 

n conDallre et aimer Dieu, Ufantnne aotn 
« tactiqoe et d^antrea armes qne les vôi 
« très (1). » Du sein des déserts arrosés d« 
lenr soeor et de lenr sang, ils volaient i 
ftladrîd et à Romeponr y demanderdes édits 
et des boUes contre Timpitoyable aridité qui 
Toalait asserrir les indiens. Le prêtre misé<- 
ricordieux les exaltait pour les rendre pré- 
eienx; il atténnatt le mal, il exagérait le 
bien , il promettait toot ce qoll désirait ; 
enfin Robertson , qni n'est pas sospect , nous 
avertit, dans son histoire d^Âmériqne, ^u'il 
faut se â4fier à ce sujet de tous les écrivains 
qui ont appartenu au clergé f vu qu^ils sont 
en général trop favorables aux indigènes. 
Une antre source de faux jugements qa^on 
a portés sar eux se trouve dan» la philosophie 



(1) FeuMlre l'inlM^oculEar mit-fl ni *ne hi belle* rfpHMnrilùmi 
qoe l« p^n B»tbA«mi d'OInado •dnvMÎI 1 Cortn , al «pe X&4%\a\ 
Salis Dou» • ceutn JM. Porqut te eompadteitit nal la moltnci» y cl 
EJanjilUii y aqatllo tu la lubifanHa, «ra derriiar loi Mloarti y 
4ttear lot tdolat ta et teratrm, tte,, ttt. [Conippiia de li dd«t« 
E^. m , 3.} J'*i la qnelqnc cboie nr l'Ami'ri-iDt i je n'ai p«i om- 
MÏMince d'BD Kul icH de Tialenec Biii à II ckirga An prtlrn , aoefli 
U ctiUtre aTCDInrc de Yalterd*. qui prouvenit, d elle Jloit Trsie, 
q*'ilt «Mil ua fùm n Etpeçut itm I* ttitiim» tièett; nuii «Ito 
p«rle loDi Ut ciracitnt înlriDièqiiei de U îtaimili. D ne ta'» pu iià 
pDuible d'en dédwTrir l'origine ; un Eipignol ieGnimiBl iulniil m'i 
Sx : Jt croit ga* «'«1 «s oMt dt c«l laUcile d« GarciJoMa, 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



f 02 LES SOIBÉBS 

de notre siècle, qui S'est servie des sauvages 
pour étayer ses vaines et coupables déclama- 
tioDS contre Tordre social; mais la moindre 
attention soflit pour nons leur en garde 
contre les erreurs de la charité et contre 
celles de la mauvaise foi. <^ ne saurait fixer 
an instant ses regards sur le sauvage sans 
lire Tanathéme écrit, je ne dis pas seulement 
dans son Ame, mais }asque sur la fonne 
extérieure de son corps. C'est na enfant dif- 
forme, robuste et féroce, en qat la flamme 
de rintelligence ne jette plos qa^une Ineur 
p&le et intermittente. Une main redoutable 
appesantie sur ces races dévouées efiace en 
elles les deux caractères distinctîfs de notre 
grandeur , la prévoyance et la perfectibilité. 
Le sauvage conpe Tarbre pour cueillir le iruit; 
il dételle le bœuf que les missionnaires vien- 
nent de lui confier , et le fait cuire avec le 
bois de la charrue. Depuis plus de trois siè- 
cles il nous contemple sans avoir rien voulu 
recevoir de nous, excepté la poudre pour 
tuer ses semblables , et l'eau-de-vie pour se 
tuer lui-même; encore n'a-t-il jamais imaginé 
de fab'j-iqoer ces choses : il s'en repose sur 
notre avarice , qcù ne lui manquera jamais. 
Comme les substances les plus abjectes et 



D,g,t,.?(lb, Google 



M Minr-ntTKasBon&A. fff^ 

(es plus ré?oltaDtes sont cependant encore 
susceptibles d'une certaine dégénératitm, de 
même les vices naturels de rhumanité sont 
encore viciés dans le saonge. 11 est volear, 
il est crael , il est dissolu , mais il Tes! aatre- 
ment que nous. Pour être criminels , non» 
surmontons notre nature : le saunge la suit, 
il a Tappétit da crime, il n^en a point les 
remords. Pendant qne le fils tue son père 
pour le soustraire aux ennuis de la vieillesse , 
sa femme détmit dans ion sein le froit de 
ses bmtales amours pour échapper anx fati- 
gnes de Tallaitement. Il arrache la chevelure 
sanglante de son ennemi vivant; il le déchire, 
il le rdtit , et le dévore en chantant ; s'il 
tombe sur nos Uqnenrs fortes , il boit jusqn'à 
IHvresse, jusqu'à la fièvre, jusqu'à la mort, 
également déponrva de la raison qui com- 
mande à l'homme par la crainte, et de Tins- 
linct qoi écarte l'animal par le dégoût. Il est 
visiblement dévoué; ii est frappé dans les 
dernières profondeurs de son essence morale; 
Il fait trembler l'observateur qui sait voir : 
mais voulon^noos trembler sur noos-mémeâ 
et d'une manière très salutaire 7 songeons 
qu'avec notre intelligence , notre morale ,. 
nos sciences et nos arts, nous sommes pré> 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



f04 us êoatxa 

Gisement & rbonuue primitif ce qae le sau- 
vage est à nous. Je ne puis abandonner ce 
sQJet sans roos saggérer encore une obser-( 
ration importante : le barbare , qoi est une 
espèce de moyenne proportionnelle entre 
l'homme civilisé et le saavage, a po et peot 
<;ncore être civilisé par ooe reli^oa quelcon- 
que; mais le sauvage proprement dit ne Ta 
jamais été qae par le christianisme. C'est nn 
prodige du premier ordre, une espèce de 
rédemption , ezclosivement réservée an véri- 
table sacerdoce. Eh ! comment le criminel 
condamné à la mort civile pourrait-il rentrer 
dans ses droits sans lettres de grâce du son- 
verain? et quelles lettres de ce genre ne 
sont pas contre-signées (1 ) ? plus vous y ré- 
fléchirez , et plus Tons serez convaincus qu'il 
n'y a pas moyen .d'expliquer ce grand phé- 
nomène des peuples sauvages , dont les véri- 
tables philosophes ne se sont point asse> 
occupés. 



(1) J'^pliuJùde loainoD atarkeet gnuida vériléi. Tool peapla, 
Hunge a'ippeUe lo-oinai; el jiuqa'à ce qu'il lui iliélédii: PouAa 
muipellpU,lvamùniifiUimd\n:VeiaaetmimDieu.'{Otée n, U.) 

On peutlireun irèj-bon morceintor lasuiniga daiulejoarMld* 
Nora. Septembre, 180T,n°XXXV,p,Ta4 tliah, Ttoberison (nisloi* 
ie l'Amér, tom. 11,1. 4) n pariailaneal d£crîiVBLralifMnieat<lDiM> 
vigfi. C'e*t sa porlrait également Ti«i el lûJeux. 



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DB SlÇlt-RËTSBSBODBA. 105 

An reste , il ne faot pas confondre le sau- 
fage avec le barbare. Chez Tnn le germe de 
la vie est éteint on anidrli ; chez l'autre il a 
reçu la fécondation et n'a plus besoin qne 
dn temps et des circonstances poar se- dére- 
lopper. D2 ce moment la langae qai s'était 
dégradée avec Thomme, renaît avec loi, se 
perfectionne et s'enrichit. Si Ton vent appe- 
ler cela langue nouvelle, j'y consens : l'ex- 
pression est JQste dans on sens ; mais ce 
sens est tnen difiérent de celui qui est adopté 
par les sophistes modernes , lorsqu'ils par- 
ient de langues nouvelles ou inventées. 

Nulle langne n'a pa être inTenlée , ni par 
on homme qnï n'anraitpn se faire obéir, ni 
par plusieurs qui n^auraient pu s*entendre. Ce 
qn'on peat dire de mieux sur la parole , c'est 
ce qui a été dit de celai qui s'appelle parole. 
n s'est élancé avant tous les temps du sein de 
ton principe; il est aussi ancien que téternité. . . 
Qui pourra raconter son origine (1 ) ? Déjà , 
malgré les tristes préjugés du siècle , un 
phyMcien,... oui, en vérité, un physicien! 
a pris sur lui de convenir avec une timide 



(llCfrani ejut ai iaititt, i iiibui mttmitalU... Geniratiti 
4 11 fHi( (MiToHI r UicWe , T, 3- luir , LUI , S . 



D,g,t,.?(lb, Google 



106 LES BOOÉBS 

intréjndîté , qite thomme avait parlé d'abord^ 
parce f u'on lui avait parlé* Bien bénisse la 
particule on , si utile dans les occasions diffi. 
ciles. En rendant à ce premier effi»rt tonte 
la jostice qu''il mérite, il faat cependant ctat- 
Tenir que tons ces philosophes du dernier 
siècle , sans excepter mâme les meilleurs , 
sont des poltrons qui ont peur des esprits. 
Rousseau , dans une de ses rapsodies so- 
nores y montre aussi quelque envie de parler 
raison. Il avoue que les langues lui parais* 
sent une assez belle chose. La parole , cette 
main de l'esprit f fM>mme dit Charron, le 
frappe d'une certaine admiration; et. tout 
considéré , il ne comprend pas bien claire- 
ment comme elle a été invenlée. Mais le 
grand Condillac a pitié de cette modestie. II 
s'étonne çtiurt homme desprit comme Blon- 
eieor Rousseau ait cherché des difficultés où 
il ny en a point; qu'il n'ait pas vu que les 
langues se sont formées insensiblement, et 
que chaque homme y a mis du sien. Voilà 
tout le mystère , messieurs ; une génération 
a dit BA, et l'autre, be; les Assyriens ont 
inrenté le nominatif, et les Mèdes , le génitif, 

Qui! inepli 

Tarn ptlltnê lUfitit , ttm ftmtu «I UkM «• 



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IS SUnT-rtTBRSBODBe. 107 

Hais jeToadrau, avant defiairsurcesaiet, 
recommander à votre attention une observa- 
tion qm m''a tODionrs frappé. D'ofi vient qa'on 
trouve dans les langues {MÎmitives de toaa 
les anciens peuples des mots qai supposent 
nécessairement des connaissances étrangères 
it ces peuples? Où. les Grecs avaient4Is pris , 
par exemple , il y a trois mille ans an moins , 
répîthite de Phj-shoos (donnant on possé- 
dant la vie) qa^omère donne quelquefois 
à la teire? et celle de Pkeresbios^ k pea 
près s^onyme, qne lui attribue Hésiode (1)? 
Où avaient-ils pris Tépithète encore plus stn- 
gallère de Philemate (^amoureuse ou ahé- 
rée de sang) donnée à cette même teire 
dans une tragédie (2)? Qui leur avait ensei- 



(i)rMda,m,243tXxr, oa.oij^ie, xi,3oo.HMod.Opp. 

ttIK«,T. SM.Cal onmgï était depa« lenglnnfatolmiiMiMia*, 
lortfM f •■ raiconti^ l'ohumllon inhul» hite p«r on boiniiie ie«o«- 
Umt è Toir, «t ai pour Un Toir t PhuUvri fdtmtt, dit-il, fuf n'aj^ 
partftlHunl n^ourd'&vf Ipl'i du ftwptu tartar*i, itmblml tir* bi 
iIAr<j d* iMtt*** riehtt , Jl(«ttlc> «( amunteanl une eullmr* mvameè*. 
(Uonnm. dci peaplci indigtoci de rAm^ri^Qe, pir U> ds HamboUt. 
tint.xorfP, ISie. Inirod. , p. 2». 

(2] ifi^uttip! IwtÇ, 7fl(«IAA]UT0Tp«.[Eiirip.ni«i.V, 
1790 EKhjle itiU dii tDputTtni i 

Dm deox MrM timn , fn pir rialn ^gorgëi, 
Li um NT k ND^ ■ •!(• 

(£« S»tt Chefi, «de IV, m. 1.] 



D,g,t,.?(lb,GOO'^If ■ 

J 



108 LBS sontfiBS 

gné de nommer le sonfre , qui est le chiffre 
(la fen, le dmn (1)? Je ne sais pas moins 
frappé da nom de Cosmos^ donné an monde. 
Les Grecs le nommèrent beauté^ parce qae 
tout ordre est beauté ^ comme dit qaelqae 
part le bon Eostathe, et que l'ordre suprême 
est dans le monde. Les Latins rencontrèrent 
' la même idée , et Texprimèrent par leur 
mot Mundits , que nous avons adopté en 
loi donnant seulement une terminaison fran- 
çaise ^ excepté cependant qoe Tan de ces 
mots exclut le désordre, et que l'autre ex- 
clut la souillure; cependant c'est la même 
idée f et les deux mots sont également justes 
et également faux. Mais dites-moi encore, 
je vous prie, comment ces anciens Latins, 
lorsqu'ils ne connaissaient encore qoe la 
guerre et le labourage , imaginèrent d'expri- 
mer par le même mot l'idée de la prière et 



Co qui rippdk nue cipreuioa im l'Ecriture Mintc : la ttrrê a Mic«rl 
talmtht «I a ■» U naît ^ >•• Mk [G«d. IT, 11.) 

EiEKiDB.qai tnit à tnti tatidtgrf If tcnliawDl deruiUqM.a 
InupoTld celle nprHaion ( on pcs lUpaHe par me ^illitle «imH 
luu M IrigMiB de Pbèdn , 11 , 1. 

nui 

■DT à rfgTel k HBg dfi ncTcn d'Erctlliiïe. 

(!) TeStûi. 



D,9,t,.?(i h, Google 



DB SinTT-RftnBSBOURG. 109 

celle dn supplice? qui lenr eiueigna d'appe- 
ler la fièvre , la purificatrice , ou Vexpiatrice ? 
Ne dirait-on pas qn^il y a ici dq jugement , 
une véritable connaissance de cause, en 
verta de laquelle un peuple affirme la jus-' 
tesse du nom? Hais croyra-vous que ces sor- 
tes de jugements aient pQ appartenir au temps 
où Von savait à peine écrire , où le dictateur 
bêchait son jardin , où l'on écrivait des vers 
que Varron et Dcéron n^entendaient plus? 
Ces mots et d^antres encore qu'on pourrait 
citer en grand nombre, et qui tiennent à 
tonte la métaphysique orientale, sont des 
débris évidents de langues plus anciennes 
détruites on oubliées. Les Grecs avaient con* 
serve quelques traditions obscures à cet égard; 
et qui sait si Homère n'attestait pas la même 
vérité , pent-étre sans le savoir, lorsqu'il nous 
parle de certains hommes et de certaines 
choses que les dieux appeUerUdune manière 
et les hommes dune autre ? 

En lisant les métaphysiciens modernes, 
vous aurez rencontré des raisonnements à 
perte de vue sur l'importance des signes et 
sur les avantages d'une langue philosophique 
(comme ils disent) qui serait créée à /^r/ori, 
on perfectionnée par des philosophes. Je ne 



D,g,t,.?(lb, Google 



110 I 

veux point me jeter dans la question de l'ori- 
giae da langage (la même , ponr le dire 
en passant, qae celle des idées innées); ce 
que je puis tous assurer, car rien n'est plos 

I clair, c^est le prodigienz talent des peuples 
enfants ponr former les mots, et l'incapa- 
cité absolne des philosophes pour le même 

I objet. Dans les siècles les plus raffinés , je 
me rappelle que Platon a fait observer ce 
talent des peuples dans leur enfance. Ce 
qu'il y a de remarquable , c'est qu'on dirait 
qu'ils ont procédé par vole de délibération , 
en vertu d'un système arrêté de concert, 
quoique la chose soit rigoureusement impos- 
sible sons tons les rapports. Chaque langue 
a son génie , et ce génie est utt , de manière 
qu'il exclut tonte idée de composition , de 
formation arbitraire et de convention anté- 
rieure. Les lois générales qm la conslitoent 
sont ce que toutes les langues présentent de 
plus frappant : dans la grecque , par exem- 
ple , c'en est une que les mots poissent se 
joindre par une espèce de fusion partielle qui 
les unit pour faire naître une seconde signi- 
fication , sans les rendre méconnaissables : 
c'est une régie générale dont la langue ne 
s*écarte point. I p Latio , plus réiiractaire , 



r:,9,N..<i h, Google 



DE Simr-rtTEUBODBG. lit 

laisse, ponr ainsi dire , casser ses m(^ ; et da 
lenrs fragments choisis et réaais par la toîs 
de je ne sais quelle agglutination toat-à-faît 
singolière, naissent de nooreanx mots d*Qne 
beanté surprenante, et dont les éléments ne 
saoraient pins être reconnus que par an œil 
exercé. De ces trois mots , par exemple, uro, 
jtàta, TSRmi&uj, ils ont fait cadatbb, chair 
abandonnée aux vers, De ces antres mots ^ 
igkgis et voho y non et vorxi , ils ont fait halo 
A noLO , deox Teri>e8 excellents qne tontes les 
langues et la grecque même peuvent enner A 
la latine. De cxcus dt ibb (mar(Aer ou tâ- 
tonner comme un aveugle) ils firent leur 
cxorrUB , antre verbe fort heureux qui nous 
manque (1).HA^*fetaiA:rB ont produit MACTS, 
mot tout-à-fait particulier aux Latins , et dont 
ils se serrent avec beanconp d'élégance. Le 
même système prodmsit leur mot otebqob, 
si heureusement formé de vnus oItsaqve (2), 
mot qne je leur envie extrêmement, car nous 



(DLeaChiDiHa ont fiilpoDril' oreille çiéôtimoDl te que In Iitint 
Croit pour lei ynra. [BUm. de* miu. de PAh, i>8*, lom. Vm, 

(2) De B TMDl «pe la phralitj tmi poar liMl dire udrfe d«u <« 
■Dot , 1h Uiiu l'ani coutniEi iTec le fluiel da mba. Vtraju» aitp* 
«nml. (OtU. Fui, , VI, 3*7-] 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



1 1 i LES SOOtÉU 

ne poDTons Texprîmer que par une phiase, 
fun et Vautre. Et que vous dirat-je da mot 
nBfiOTiOB, admirablemeat formé de ite Bfio 
oTioa (/e suis occupé, je ne perds pas mon 
temps), d'où Ton a tiré negotîum, etc.? Maïs 
il me semble qne le génie latin s''e5t sur- 
passé dans le mot OBiTio , formé de os et de 
BATio, bouche et raison j c'est-à-dire, raison 
parlée. 

Les Français ne sont point absolument 
étrangers i ce système. Ceux qui furent nos 
ancêtres, par exemple , ont très bien sa nom- 
mer les leurs par Tunion partielle du mot 
Ancien avec celai d^TBE , comme ils firent 
beffroi de Bel EFntoi. Voyez comment ils opé- 
rèrentjadis sur les deuxmofs latins DDo et IBR. 
dont ils firent ddihb, aller deux ensemble, 
et par one extension très naturelle, mener, 
conduire. Du pronom personnel, se, de 
Tadverbe relatif de lieu hobs, et d'une ter- 
minaison verbale tib, ils ont fait s-ortib, 
c'est-à-dire , sehorstib , ou mettre sa propre 
personne hors de tendrait où elle était, ce 
qui me parait merveilleux. Etes-vous curieux 
de savoir comment ils unissaient les mots à 
la manière des Grecs? Je vous citerai celui 
de CODBAGB , formé de COB et de bigb , c'est- 



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DB SAIIIT-PfiTBR8BODR6. 113 

i-dire , rage du cœur; on, pour mieoK dire , 
exaltation , enthousiasme du cœur ( dans le 
sens anglais de aiGs). Ce niot fat dans son 
principe une tradoction très henrense du 
thjrmos grec, qui n'a plus anjonrd'hui de 
synonyme en françab. Faites avec moi Tana- 
tomie da mot mconTESTABLB , tous y trouve' 
rez la négfttion m , le signe du moyen et de 
la simultanéité cuh, la racine antique tbst, 
commune, si je ne me trompe, aux Latins 
et aux Celtes , et le signe de la capacité able , 
du latin habius, si l'un et Tautre ne vien- 
nent pas encore d'une racine commune et 
antérieure. Ainsi le mot incontestable signi- 
fie exactement une chose si claire j qu'elle 
n'admet pas la preuve contraire. 

Admirez, je tous prie, la métaphysique 
subtile qui, du qcabb latin, parce detorto^ a 
fait notre cab , et qui a su tirer de xsvus cette 
particule on , qui joue no si grand rAle dans 
notre langue. Je ne puis encore m^mpécher 
de TOUS citer notre mot bieh , que les Fran- 
çais ont formé du latin bbv, pris pour la 
chose quelconque ou pour l'être absolu. C'est 
pourquoi , hors le cas où bisit , répondant à 
une interrogation, contient ou sappose une 
ellipse, nous ne pouvons employer ce mot 



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114 LES SOIHÉBS 

qn^avec une négation « parce qn''!! n^est point 
négatif (1), à la différence da latin niBii., 
qni est formé de ne et de eilu/r , comme 
nemo Test de ns et de howo (pas un atome t 
pas un homme), 

C*est nn plaisir d'assister, poor ainsi dire , 
an travail de ce principe caché qni forme 
les langues. Tantôt Tons le Terrée Intter con- 
tre une difficulté qui Tarréte dans sa marche ; 
il cherche nne forme qui lui manque : ses 
matériaux lui résistent ; alors il se tirera d'em- 
barras par un solécisme heureux , et il dira 
fort bien : Rue passante , couleur voj'onte , 
place marchande f métal cassant^ etc. Tanlât 
on le Terril se tromper évidemment , et faire 
une bévue formelle , comme dans le mot 
français incrédule ^ qui nie un défaut an liea 
de nier nne vertn. Quelquefois il deviendra 
possible de reconnaître en même temps Ter- 
reor et la cause de Terreur : Toreille françabe 
ayant , par exemple , exigé mal i propos qae 
la lettre s ne se prouobçàt point dans le mo- 



(1) Ri'nt l'ol formj àt mn , comme bU% de k«é. JoioTilla , MM 
KUnrir i d'inln*', dou runtoa 1 la cr&Uon de ce mot (■ now di- 
wiÊÊAimataa^taï, fMpowawJdmmiaaMomdaUm'tfilcauIa, «(c. 
DoMUiciDlon da II FraTCaci, j'ii BolBiida, (niiMtMfMUH, ecqni 
■tl parnneBt IiLJd. 



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DC SAUfT-PÉTBBSBOnBfi. 113 

no^llabe bst, troisième personne «ngnlière 
da rerbe snbstantif , il deTenait indispensa- 
ble, ponr éviter des ëqaÎToqnesridicnles, de 
soustraire la parlicale conjonctire bt à la 
loi générale qui ordonne la liaison de toute 
consonne finale avec la voyelle qai soit (1) : 
iDids rien ne fot plas malheureusement éta- 
bli; car cette coajoDction, nniqne déjà, et 
par conséquent insnflîsante , en refosant 
ainsi , iralis musiSy de s^allier avec les Toyelles 
saivantes , est derenne excessivement embar- 
rassante pour le poète, et même pour le 
prosateur qui a de Toreille. 

Hais , pour en revenir au talent primordial 
(c^est & TOUS en particnlier que je m''adresse, 
H. le sénateur) : contemplez votre nation, 
et demandez-lui de quels mot* elle a enrichi 
sa langue depms la grande ère?Hélâs! cette 
tkatioD a fait comme les autres. Depuis qu''el]e 
s'est mêlée de raisonner, elle a emprunté 
des mots et n^en s plus créé. Aucun peuple 
ne peut échapper à la loi générale. Partout 
Tépoque de la civilisation et de la j^losophie 



{1} Eb effet, ri U ptninlb «njoDetir* mirail I* rtgl« gMnIe, 
eMdsiix jbxtKt ; um hommtwi»** ftmmt, iMhtïitHéli hommt rr «n 
/Wpn» , N prMHXKcnttDl prfcûAnnit coinnM nont proDOnccrioDi , 
«M Amwm ut tHu ftmm», «b Imuttlt twuw ut ■■ fripe», île. 



Digitir^dhyGOOglf 



116 IIÎS SOIRÉBS 

est dans ce genre, celid de la stérilité. Je 
lis snr vos biUeU de visite : Minister , Géné- 
ral ^ Kammerherr f Kammeriunker ^ Fraù- 
lerif Général-kvCBXSj GénêrahvaoxiKSEiy Jous- 
tizU'Poîitzii Minister y etc., etc. Le com- 
merce me fait lire sur sti affiches : magazei, 
fahrica , meubel , etc. , etc. Tentcnds à l'exer- 
cice : directii na prava, na leva; deployade 
en échiquier, en échelon, contre-marche, etc. 
L^administration militaire prononce : haupt- 
wacht , exercice-haitse , ordormance-hause ; 
commissariat , cazarma , camellarii , etc. / 
mau tons ces mots et mille antres que je 
pourrais citer ne raient pas mi senl de ces 
mots si beaux , si élégants , A expressife qui 
abondent dans votre langue primitive , sou- 
proug (époux), par exemple, qui signifie 
exactement celui qui est attaché avec un au- 
tre sous le même joug : rien de pins jaste 
et de pins ingénieux. En vérité , messîenrs , 
il fant avoner qne les sanrages on les bar- 
bares , qoi délibérèrent jadis pour former de 
pareils noms, ne manquèrent point da tont 
de tact; 

Et que dirons-nous d« analogies snrpre- 
nantes qu'on remarque entre les langues sé- 
parées par le temps et l'espace , au point de 



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DE SAINT-PimBSBOUaG. 117 

n^avoir jamais pu se toocher? Je poairais tous 
montrer dans l'an de ces volâmes manuscrits 
que TOUS Toyez sur ma table , plusieurs pages 
chargées de mes pieds de mouche , et que 
j'ai intitulée» Parailélismes de la langue grec- 
que et de la française. Je sais que j'ai été pré- 
cédé sur ce point parun grand maître, Henri 
Etienne! mais je n'ai jamais rencontré son li- 
vre , et rien n'est plus amusant que de former 
soi-même ces sortes de recueils , à mesure 
qu'on lit et que les exemples se présentent. 
Prenez bien garde que je n'entends point 
parier des simples conformités de mots ac- 
qtûs tont simplement par voie de contact 
et de communication : je ne parle qae des 
conformités d'idées prouTées par des syno- 
nymes de sens , différents en tout par la 
forme; ce qni exclut toute idée d'emprunt. 
Je TOUS ferai seulement observer une chose 
bien singulière : c'est que lorsqu'il est ques- 
tion de rendre qnelqnes-anes de ces idées 
dont l'expression naturelle offenserait de quel- 
qne manière la délicatesse , les Français ont 
souTent rencontré précisément les mêmes 
tournures employées jadis par les Grecs pour 
sanTer ces naïvetés choquantes ; ce qui doit 
paraître fort extraordinaire , puisqu'à cet 



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i 



118 LFs sontes 

égard nous avons a^ de nons-mémes , sans 
rien demander à nos intermédiaires , les La- 
tins. Ces eitëinples safiîsent poor nous met- 
tre sur la voie de celte force qui préside à 
la formation des langues , et poor faire sen- 
tir la nullité de toutes les spéculations mo- 
dernes. Chaque langue, prise à part, répète 
les phénomènes sfurîtaels qui eurent lieu dans 
Torigine ; et plus la langue est ancienne , plus 
ces phénomènes sont sensibles. Vous ne trou- 
verez surtout aacmie exception ftrobservation 
sur laquelle j'ai tant insbté : c'est qu'à mesure 
qo^on s'élève vers ces temps d'ignorance et de 
barbarie qui virent la naissance des langues, 
vous trouverez toujours plus de logique et 
de profondeur dans la formation des mots , 
et que ce talent disparaît par une gradation 
contraire , à mesure qu'on descend vers les 
époques de civilisation et de science. Mille 
ans avant notre ère , Homère exprimait dans 
un seul mot évident et harmonieux : lis ré~ 
pondirent par une acclamation faimrable à 
ce qu'ils venaient d'entendre (1), En lisant 

(1} It l'igit ici, HU 1b maindro douli, 'de l'EIIET*HIIHZJlN 
( Eptnflumeioit } ds lUUdi. On prodoinit paat4tn a fran- 
faif l'ombra de ce mol «nu onc [orne barUre, ni ditOBl iU M SUR- 
IIIBNACCLAUEBENT. 



D,9,t,.?(ib, Google 



OB SAIHT-piTEBSBODHfi. ff9' 

ce poite , tantôt on entend pétiller antoar de 
soi ce Cen génératear qui fait vivre la lie (I), 
et tantdt on se sent humecté par la rosée qui 
distille de ses vers enchanteurs sur la cou- 
che poétiqoe des immortels (2). Il sait ré- 
pandre la Toîz diriae antour de l'oreille ho- 
maine, comme nne atmosphère sonore qui 
résonne encore après qae le Dieo a cessé de 
parler (3). Il pent évoquer Aadromaqae, e( 
nous la montror comme son époux la rit pour 
la dernière fois , frissonnant de tendresse et 

UAIfT ras LABHBS (4). 

D'où venait donc cette langue qui sem- 
ble naître comme BlinerTe , et dent la pre- 
mière production est un chef-d'œuvre déses- 
pérant , sans qu'il ait jamais été possible de 
prouver qu'elle iàf balbutié? Noos écrierons- 
noos niaisement à la suite des docteors mo- 
dernes : Combien il a fallu de siècles pour 
former une telle langue I En efTet, il en a fal- 



(1) tMfi.riiH*ii.i6ana.m^.\31,tltb. 

(2) ZnlsMt r iaimwm Ufna. Ittd, XIT. SM. 

(3) e<i« u fa Vr'x<^ ^ri* '"^- u> 4i. oui *«« te «hmi 

MniMMa «mwrlfr* toM, il itmiâm, qum lit tonmwMhitowMCM 
4t itifitm t—tUI. (CliTkiui *d Luc.) Il tjvalt née nwm ; Dmfna 
t)»àu »oti malt ; * Il Idî wmbU fM 1* Toà r/pudac intOHr de lai 
> TeienlÏNiU encore à let onillei. ■ • 
(1) Aaiuii4ii iiUiBiB. liid. VI, Ut 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



120 IE3 SOIR&BS 

lu beaacoDpi si elle «''est formée comme on 
l'ima^oe. Da serment de Louis-Ie-Germani- 
qae en 84î josqu'an Meriteur de Corneille, 
el JQsqa'aux Menteuses de Pascal (1), il 
s'est écoulé huit siècles : en suivant une 
règle de proportion, ce n'estpas trop de deux 
mille ans pour former la langue grecque. 
Mais Homère vivait dans an siècle barbare ; 
et pour peu qu*on veuille «''élever au-dessus 
de son époque ^ on se trouve an milieu des 
Pélasges vagabonds et des premiers rudiments 
de la société. OU donc placerons-nous ces 
siècles dont nous avons besoin pour former 
cette mervâlleuse langue? Si, sur ce point 
de rorigine du langage , comme sur une 
foule d'autres, notre siècle a manqué la vé- 
rité , c'est qu'il avait une peur mortelle de 
la rencontrer. Les langues ont commencé ; 
mais ta parole jamais , et pas même avec 
l'homme. L'on a nécessairement précédé Tau- 
Ire ; car la parole n'est possible que par le 
VBRBE. Toute langue particulière naît comme 
l'animal, par voie d'explosion et de dévelop- 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAinT'PÉTBRSB0UR6. 121 

pement , snns que l'homme ait jamais passé 
de l'étal d'aphonie à l'asage de la parole. 
Tonjonrs il a parlé , et c^est avec une sublime 
raison qae les Hébreux l'ont appelé ahe pae- 
LAiTTE, Lorsqn^aiie nouvelle langue se forme , 
elle naît an milieu d'une société qui est en 
pleine possession da langage; et l'action, ou 
le principe qoi préside à cette formation ne 
peut înTenter arbitrairement aucun mot ; il 
emploie ceux qu^il trouve autour de lui ou 
qu'il appelle de plus loin; il s'en nourrit, il 
les triture , il les digère ; il ne les adopte ja- 
mais sans les modifier plus ou moins. On a 
beaucoup parlé de signes arbitraires dans nn 
siècle oii l'on s'est passionné pour toute expres- 
sion grossière qui excluait Tordre et l'intelli- 
gence ; mais il n'y a point de signes arbitrai- 
res, tout mot a sa raison. Vous avez vécu quel- 
que temps , M. le chevalier, dans un beau pays 
au pied des Alpes, et, «i je ne me trompe , 
vous y avez même tué quelques hommes... 

IX CHBTALIEB. 

Sot mon honneur, je n'ai tné personne. 
Tout au plus je pourrais dire comme le jeune 
homme de madame de Sévigné : Je riy ai 
pas nui; 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 

À 



Qaoi qa^ilen soit, il tous soiiTient peut- 
être qae dans ce pays le son (forfor) se 
nomme Brett, De Taotre côté des Alpes, une 
chouette s'appelle Sava, Si Ton vous avait 
demandé pourquoi les denz peuples avaient 
choisi ces deux arrangements de sons ponr 
exprimer les deux idées , vous aoriez été tenté 
de répondre : Parce qu'ils Vont jugé à pro- 
pos; ces choses là sont arbitraires. Vous au- 
riez cependant été dans l'erreur : car le pre- 
mier de ces deux mots est anglais , et le 
second est esclavon; et de Ragose au Kams- 
chatka , il est en possession de signifier dans 
la belle langne russe ce qnll signifie i huit 
cents lieaes d'ici dans un dialecte pure- 
ment local (1). Vous n'êtes pas tenté , j'es- 
père , de me soutenir que les hommes , dé- 
libérant snr la Tamise, sar le Rhône, sur 
roby ou sur le Pô , rencontrèrent par ha- 
sard les mêmes sons pour exprimer les mêmes 
idées. Les deux mots préexistaient donc dans 



(1} Lei dulccUt, le* pitoii et 1» mudi fiopra d'bMnme) el da 
litui me KmUealdei rninn prr*i|ue iii1tclei,el doDt i! eilpOMibIcde 
ntti do grande* ricb««*ct hUtorifun «l pbUoti^ifna. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



U SAinT'PâTBBSBOUBG. 123 

les deux langaes qai en firent présent anx 
deux dialectes. Voalez-Toas qne les quatre 
peuples les aient reçus d'an peuple anténeor? 
je n'en crois rien; mais je Tadmets : il en ré- 
sulte d'abord que les denx immenses familles 
teatone et esclavone n'inventèrent point arbi- 
trairement ces denx mots ^ mais qu'elles les 
avaient reçus. Ensuite la question recom- 
mence à l'égard de ces nations antérieures : 
d'oliles tenaient-elles? il faudra répondre de 
même, e!les les avaient reçus; et ainsi en 
remontant jusqu'à Torig^e des choses. Les 
bonnes qu'on apporte dans ce moment me 
rappellent leur nom : les Français faisaient 
autrefois nn grand commerce de cire avec la 
ville de Botzia dans le royaume de Fez ; ils 
en rapportaient une grande quantité de chan- 
delles de cire qu'ils se mirent à nommer des 
btOzies. Le génie national façonna bientôt ce 
mot et en fit bougies. L'Anglais a retenu l'an- 
cien mot wax-candle (chandelles de cire), 
et l'Allemand aime mîenx dire wachs/tcht 
(lumière de cire); mais partout vons voyez 
la raison qui a déterminé le mot. Quand je 
n'aurais pas rencontré l'étymolog^e de bougie 
dans la préface du Dictionnaire hébraïque 
de Thomassin, oh je ne la cherchais ccr- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



124 LES SOIBÊES 

tainement pas, en aurais-je été moÏDS sur 
d'une é^mologîe quelconque 7 Four douter à 
cet égard il faut avoir éteint le flambeau de 
Tanalog^e ; c^est-à-dire qu'il faut avoir renon- 
cé au raisonnement. Observez, s'il vous platt, 
que ce mot seul d^étjmologîe est déjà une 
grande preuve du talent prodi^eus de Tanti- 
qnité pour rencontrer ou adopter les mots les 
plus parfaits: car celai-U suppose que chaque 
mot est vrai y c'est-à-dire qu'il n'est point 
imaginé arbitrairement; ce qui est assez pour 
mener loin nn esprit juste. Ce qu'on sait 
dans ce genre prouve beaucoup , à cause de 
Tinduction qui en résulte pour les autres cas; 
ce qu'on ignore au contraire ne prouve rien , 
excepté l'ignorance de celui qui cherche. 
Jamais on son arbitraire n'a exprimé , ni pu 
exprimer une idée. Comme la pensée préexiste 
nécessairement aux mots qui ne sont que 
les signes physiques de la pensée , les mots , Â 
leur tour , préexistent à l'explosion de toute 
langue nouvelle qui les reçoit tout faits et 
les modifie ensuite k son gré (1), Le génie 

(1) Sana «iccpler mtme les noms propre! qui, de leur uturc, 
«emblenim ioTariablc*, Li nalîjn qui a i\é le plul kllb->ê>b dani 
(«9 hl\xn , U grccqua , eit ccUo qui a te pins »\K(li eu moli en lu 
IrtnsporlaBl chei elle. Les bwlariens doirnl tanidoalc s'impilIcDlcr; 



D,g,t,.?(lb, Google 



D8 SAOTT-PfiTERSBODRG. 12!3 

de chaqne langne se ment comme on animal 
poor troorer de tout côté ce qoî loi convient. 
Dans la nôtre , par exemple , maison est cel- 
tique, palais est latin, basilique est grec, 
honnir est tentoniqae , rabot est esclavon (1), 
almanach est arabe , et sopha est hébren (2). 
D'oU nona est venu tout cela ? peu mimporte , 
du moins pour le moment : il me saflit de 
TOUS prouver que les langues oe se forment 
que d^autres langues qu'elles tuent ordinaire- 
ment pour sien nourrir, à la manière des ani- 
mauB carnassiers. Ne parlons donc jamais de 
hasard ni de signes arbitraires , Gallis hœc , 
Philodemus ait (3). On est déjà bien avancé { 

miii tilli e«l h lui> llna nilion dc r.toil rien un* I« modiEici 
SialM^anMI Isual nom propre, pcot-ttre, qni ait prit plice dinili 
lugM TniiciiM iTee u pronondalioD oaiionale d« Chilupif* : ca,l 
TolUîra qid la Et ptSMr, mgii ce lat psne qus la g^oia ^ «llul £« 
iMinr k liÏMa faire. 

[IJ En afTïl, k mol raiol ligniGe Iraeallltr, dam la hngva ruuei 
■imi riiutniineDt la plat actif ds la nnaaiierie fat noioni^, loi» da 
l'adoptioD da mol pai la g^nie tianfiis , la înwailltvT pat nectlenrt. 

(2) SoruH , éUttr, d« U SùpMim, le» Juftt, (c'ait la tiin de l'irn 
dalimauJaU), lit hoamt» iltvit , aux fut iUt*nl pliu Itaul qut 
Uiautrti. DeUencon tvffetei (wiio^/ïfti). Ici dan grandi magiilrati 
de CarthtgE. Excropfa d* rideatité irt da«i langnct UbraTque cl 
Boniqna. 

(3} Celle cHatlon, ponr tin juste, doilllndaljt. Poarqaoj nadi- 
rioDi-iioai pis I Nlmtiwtelinitnctl oua (î««rM,etpODiqi]oiD'ajoa> 
tcrioDs-DOD9 pu encore . en proEUBl «tk compIabanDa do double tcti 
(niapparlianiM mot oui : Hon ti wmU mm tt elim ri< (kilf 



h, Google 



126 LES SOnÉES 

dans ce genre lorsqu'on a sufTisamant réflé- 
chi sur cette première observation qoe je 
voas ai faite; savoir, que la formation des 
mots les plus parfaïU^les plos significatifs, 
les plos philosophiques , dans toute la force 
du terme , appartient invariablement aux 
temps d'ignorance et de simplicité. Il faut 
ajouter, pour compléter cette grande théorie , 
que le talent onmnatwge disparait de même 
invariablement à mesure qu'on descend vers 
les époques de civilisation et dt science. On 
ne cesse, dans tous les écrits du temps sur 
cette matière intéressante, de désirer une lan- 
gue philosophique j mais sans savoir et sans 
se douter seolement que la langue la plus 
philosophique est celle dont la philosophie 
s'est le moins mêlée. Il manque deux petites 
choses k la philosophie pour créer des mots : 
l'intelligence qui les invente, et la puissance 
qui le* fait adopter. Yolt^lle on objet non- 
vean? elle feuillette ses dictionnaires pour 
trouver on mot antique on étranger ; et pres- 
que toujours même elle y rénsût mal. Le mol 
de montgolfière , par exemple , qui est natio- 
nal, estjustCj an moins dans nnsens; et je 
■le préfère à celui d'aérostat , qui est le terme 
scienlifiqae et qui ne dit rien : autant van- 



D,g,t,.?(lb, Google 



I 



DB sinrr-PâmsBODBG. \%1 

drait appeler ua navire hydrostat. Voyez 
cette fonle de mois nonreaoz empmntés da 
grec, depuis vingt ans, à mesure qne le crime 
oa la folie en avaient besoin : presque tons 
sont pris ou formés à contre-sens. Celai de 
théophilanthrope , par exemple , est plos sot 
que la chose , et c'est beaoconp dire : an 
écolier anglais on allemand aorait sa dire 
théanthropophile. Vons me direz qne ce mot 
fat inventé par des misérables dans an temps 
misérable ; mais la nomenclatare chimique , 
qai fut certainement Tonvrage d''homme5 très- 
éclairés , débute cependant par un solécisme 
de basses classes , oxigène an lieu d^oxigone. 
Tai d^llears, quoique je ne sois pas chimiste, 
d'excellentes raisons de croire qne toat ce 
dictionnaire sera eflacé; mais , à ne Tenvisa- 
ger que soas le point de vue philosophique et 
grammatical, il serait pent-Atre ce qu'on peut 
imaginer de plus malheureux , si la nomencla* 
tore métrique n*était venue depuis disputer 
et remporter pour toajonrs la palme de la 
barbarie. L'oreille superbe da grand siècle 
l'aurait rejetée avec an frémissement douloa- 
reux. Alors le génie senl avait le droit de 
persuader l'oreille française , et Corneille lui- 
mâme s^en vit plos d'une fois repoussé; mais, 



■ D,9,t,.?(ib, Google 



128 LES SOIRËBS 

(le nos jours , elle se lirra à tout le monde. 
Lorsqn^nne langue est faite (comme elle 
peut être faite), elle est remise aux grands 
écrÎTains , qui s'en servent sans penser seule- 
ment à créer de nouveaux mots. Y a-t-il 
dans le songe d'Athalie, dans la description 
de Tenfer qD''on lit dans le Télémaque , oa 
dans la péroraison de Toraison funèbre de 
Condé , un seul mot qui ne soit pas vulgaire, 
pris à part? Si cependant le droit de créer 
de nouvelles expressions appartenait à quel- 
qu'un , ce serait aux grands écrivains et non 
aux philosophes , qui sont sur ce point d'ane 
rare ineptie : les premiers toutefois n'en usent 
qu'avec une excessive réserve , jamais dans 
les morceaux d'inspiration, et seulement pour 
les substantifs et les adjectifs ; quant aux pa- 
roles , ils ne songent guère à en proférer de 
nouvelles. Enlîn, îlfauts'dter de Tesprit cette 
idée de tangues nouvelles y excepté seule- 
ment dana le sens que je viens d'expliquer; 
ou , si vous voulez que j'emploie une autre 
tournure , la parole est étemelle , et toute 
langue est aussi ancienne que le peuple qui 
la parle. On objecte, faute de réflexion, 
qu'il n'y a pas de nation qui puisse elle-même 
entendre son ancien langage : et qu'importe, 



D,g,t,.?(lb, Google. 



DE SAIHT-PfiTBBSBODBG. 129 

je TODS prie? Le changement qaî ne louche 
pas le principe exclnt-it TiJendté ? Celot gai 
me vit dans mon bercean me reconnailrait- 
U aujourd'hui ? Je crois cependant que j'ai le 
droit de m'appeler le même. Il nVn est pas 
autrement dMne langue : elle est la même 
tant que le peuple est le même. La pauvre- 
té des langues dans leurs commencemenlA 
est une autre supposition faite de la pleine 
puissanceet autorité philosophique. Les mots 
nouveaux ne prouvent rien , parce qn*à me- 
sure qu'elles en acquièrent , elles en laissent 
échapper d'autres, on ne sait dans quelle 
proportion. Ce qu'il y a de sur, c'est que 
tout peuple a parlé, et qu'il a parlé précisé* 
ment autant qu'il pensait et aussi bien qu'il 
pensait; car c'est une folie égale de croire qu'il 
y ait un signe pour une pensée qui n'existe 
pas , ou qu'une pensée manque d'un signe 
pour se manifester. Le Hnron ne dît pas 
garde-temps , par exemple , c'est un mot qui 
manque sûrement à sa langue ; mais Toma- 
wack manque par bonheur aux ndtres, et 
ce mot compte tout comme un autre. Il 
serait bien à désirer qae nous eussions une 
connaissance approfondie des langues sau- 
vages. Le zèle et le travail infatigables des 



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130 tes someEs 

missionnaires avaient préparé snr cet objet im 
OQvrage immense , qui aurait été inStitment 
utile à la philologie et à l'histoire de l'homme : 
le fanatisme destructeur da XVIII'^ siècle Ta 
fait disparaître sans retoar (1). Si nous avions, 
je ne dis pas des monuments , puisqu'il ne 
peut y en avoir , mais senlement Jes diction- 
naires de ces langues, je ne doute pas que 
nons nV trouvassions de ces mots dont je 
TOUS parlais il n'y a qu'un instant , restes évi- 
dents d'une langue antérieure parlée par un 
peuple éclairé. £t quand même nous ne les 
trouverions pas , il en résulterait seulement 
que la dégradatioîi est arrivée au point d'ef- 
facer ces derniers restes : Etiam periêre rut- 
WE.Mais dans l'état quelconque oii elles se 
trouvent, ces langues ainsi ruinées demeurent 
comme des monuments terribles de la justice 
dinne ; et si on les connaissait à fond, on 
serait probablement plus effrayé par les mots 
qu'elles possèdent que par ceux qiû leur man~ 
qneut. Parmi les sauvages de la Nourelle- 
HoUaude il d^ a point de mot pour exprimer 
t 

(I) Toja l'onTrage iUlito , cnrieiii ^a«ii|as nul fcril i dcuaÎB , 
tl dCTtDB exirtaicmeal nn , îniitaltf i Mimorit tatoticht. 3 v*> 
lanci, in-lil. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAlHT-PÉTBIlSBOnRe. 131 

ridée de Dien ; mais il y en a on pour exprimet 
TopératioD qui détroit nn enfant dans le seia 
de sa mère, afin de la dispenser des peines 
de Tallailement : on l'appelle le hi-bea (1), 

us CHBTAUBB. 

Vons m^avez beancoQp intéressé , M. 1« 
comte , en traitant arec nne certaine étendue 
une question qoi s'est trooTée sur notre route; 
mab souvent il tous échappe des mots qoi 
me causent des distractions , et dont je ma 
promets toujours de tous demander raison. 
Vous avea dit, par exemple, tout en courant 
à un autre sujet, que la question de lorigine 
de la parole était la même que celle de torigine 
des idées. Je serais corieox de tous entendre 
raisonner sur ce point; car souvent j'ai entendu 
parler de difTérentsécritssurrortgînedesîdées, 
et même j'en ai la; mais la vie agitée que j'ai 
menée pendant si longtemps , et peut-être 
saisi le manque d'un bon aplahisseur ( ce 
mot , comme tous vojez , n'appartient point 
i la langue piimitiTe ) m*ont tot^onrs emp^ 
ché Sy voir clair. Ce problème ne se pré- 



(1] Je Dc H<i i* quel Tspgnr Ht lir^ l'tMcdau do Mi-brai 
■ail jproUUenwl M» a'tmrt 4t4 âl^ )■• mu une aaloril^ ibn. 

9. 



n,9,N.?(ir>,G00gIf 



n2 us soibCbi 

sente à moi qu'à travers une espèce de nuags 
qa''il ne m'a iamaû été possible de dissiper; 
et soDvent j'ai été teoté de croire que la 
raaavaise foi et le malentendu )oaaieot ici 
comme ailleurs jm râle marquant. 



Votre sonpçoD est parfaitement fondé , mon 
cher cfaerali^, et j'ose croire que j'ai assez 
réâéchi sur ce sujet pour être en état aa 
moins de vous épargner quelque aligne . 

Mais avant tout je voudrais roos proposer 
le motif de décision qui doit précéder tous 
les autres : c^est celui de Tantorité (1). La 
raboQ humaine est manifestement convaincue 
d'impuissance pour conduire les hommes ; 
car peu sont en état de bien raisonner, et 
nul ne Test de bien raisonner sur tout ; en 
sorte qu'en général il est bon, quoi qu*on en 
dise , de commencer par l'autcHÏté. Pesez 
donc les voix de part et d^aulre , et vojes 
contre l'origine sensible des idées, Pythagore, 
Platon, Cicéron, Origène, saint Augustin, 



(1) N»lum9ri»tteÊ*kaitl,»tjiàttmaliqtiiddiicimiu,T 
pneeidat auelorllat : c'wl-l-din , l'ordre iKlnrel inige fut , lonqoi 
Doui appraïaii* qadqae cboH , riBloHK pricèda U n'aoa. rMai 
ADgunia, Dé mtr. Bcelu. eatk., t. U. ) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SâWT-PfiTBBSBOinifl. 133 

Descftrtes, Cndworth, Lami, Poltgnac, Pas- 
cal , rfîcole , Bossnet , Fénélon , Leibnitz ^ et 
cet illostre Male^ranche qui a bien pu errer 
quelquefois dans le chemin de la vérité, m^ 
qui n'en est jamais sorti. Je ne Tons -nom- 
merai pas les champions de Tantre parti; car 
leurs noms me déchirent la bouche. Qaand 
je ne saurais pas on mot de la question , je 
me déciderais sans antre motif que mon goût 
pour la bonne compagnie, et mon aversion 
pour la mauvaise (1). 

Je vous proposerais encore un antre argu- 
ment préliminaire qnî a bien sa force : c'est 
celai qoe je tire du résultat détestable de ce 
système absurde qui voudrait , pour ainsi 
dire, matàialiser Torigine de nos idées. Il 
n^en est pas, je crois, de plus avilissant, de 
plus funeste pour Teaprit humain. Par loi 
la raison a perdu sea ailes , et se traîne 
comme un reptile fangeux; par loi fut tarie 
la source divine de la poésie et de l'éloquence; 
par lui tontes les sciences morales ont péri Ci), 

(1) CéUit r«T(> d» Gc^NB. ■ n KM HmUe, dit-41, ipi'aD powrdl 
■ ifp<l*i MiaÉiHU taas ca phOoHqibw qd ne io«t pi* de U nttUli 
m î» PItiM , de Soente el de loula k» boJIb. ■ PLont «iéttar 
«fptOtmM «MM* fiiloiopM f«( à KsiM* H Sotrati il ab tt fa- 
mUU HuUtKl. (TnK. QiuMt. 1. 33.} 

(S) ■ Li iWaris mUiew fd npfgtle Mal tms mmiUmu n'a M 



D,g,t,.?(lb, Google 



U CHETALIEB. 

n ne m'a[^artient pas p^t-itre de dispu- 
ter sur les suites do système ; mais quant à 
ces défeaseara, ilmesemble^ moncheramt, 
qu'il est possible de citer des noms respec- 
tables à cdté de ces autres noms qai vous 
déchirent la bouche. 

LECOVn. 
Beaucoup moins, je puis tous Fassarer , 
qu'on ne le croit communément; et il faut 
observer d'abord qn^ne foule de grands 
hommes , créés de la pleine autorité du der- 
nier ûècle , cesseront bientât de Tétre on de 



■ iaitginée que peur frajer le cherain h malMiEone. Soutojoim 

■ k prdMDi ponnjitai h pbiloMphie d« l^icko ■ M « bko •eendUie, 
•I et le* «D'eu qui en «m riwlté. Cttl ne* nûoD qn'tlla ■ écj ceutt. 

■ rie (par la SurboDoe), eatnme hnne, ■■! ninniio et Mmduiunt 

■ 1 de* mu^ueDcea tri* pernicieiHi. m [Bergier, Ttxàu Ux tf 
dojM. ifc la ReBg. too. m, ebap. f, art. n, $ H,p. BIS.) 

Rieo de ptiujuite qiiecrtte obtenaiioa. Par warrii^me gmâer , 
I«die a ilécbainé le mitéHalwiie. Cooililkc a mii depuii ix tjîXime à 
U modn daiu le pays de la mode, par» prAendoe dané qui n'tU ati 
bodqoe la «mpUcilé du rien; elle vice ea a liridei WHmMaqoll ■ 
'Ml Dietlre 1 la portée mètoe de l'extréate fuldilé. On pent T<nr dani 
le* lettre* de madame cln Deffant tout le pan] qoe oetle amgJt titA 
de la maûnM ndkalemeDl Eiaiee , qm MKfei lu tdeti how rieaMM 
rnr In tnu.eiqiiel édifice elkâenil «HT c«IH bue atriniM.(lB- 8^1 
IMQ. IV, 1. lu, p. S50.} 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAIHT-PiTBUBODBa. 13^5 

le paraître. La grande cabale avait bescàn de 
leur renommée : elle Ta faite comme on fait 
one boite on an sonlier; mais cette répata- 
tion factice est aux abois , et bientôt Tépon* 
Tantable médiocrité de ces grands hommes 
seia rinépnisable sojet des risées enropéennes . 
U faut d^ailleors Fetrancher de ces noms 
respectables^ cens des philosophes réellement 
illustres qne la secte philosophique enrdla 
mal à propos parmi les défensears de l'orî- 
g^ne sensible des idées. Voas n'arez pas ou- 
blié pent-étre , M. le sénateur y ce )onr oU 
nous lisions ensemble le livre de Cabanis sur 
les rapports du physique et du moral de 
thomme (1), à Tendroit oii il place sans fa- 
çon an rang des défenseurs da système ma- 
tériel Hippocrate et Aristote. Je vous fis 
remarquer à ce sujet le double et invariable 
caractère do philosophisme moderne , l'igno- : 
rance et reffi-ooterie. Comment des gens '. 
entièrement étrangers aux langues savantes , 
et surtout au grec dont ils n'entendaient pas 
une ligne , s*avisaient-iU Je citer et de juger 
les philosophes grecs? Si Cabanis en parti- 
culier avait ouvert une bonne édition d'Uip- 

(1) Pirii, 1805, 2 *ol. in~8a, CrapoJat. 



D,g,t,.?(ib, Google 



\i& LES SOIKÉRS 

pocrate , aa Uea de citer sar parole oq de lire 
avec la dernière négligence quelque mauvaise 
traduction , il aurait tq que l'ouTrage qu'il cite 
comme appartenant 1 Hippocrate est on 
morceau supposé (1). Il n'en faudrait pas 
d'autre pieore que le s^le de l'auteur , aussi 
manrais écriTain qn'Hippocrate est clair et 
élégant. Cet écrivain d'ailleurs, quel qu'il soit, 
n'a parlé ni pour ni contre la question ; c'est 
ce que je tous fis encore remarquer dans le 
temps. Il se borne & traiter celle de l'expé- 
rience et de la théorie dans la médecine , en 
sorte que chez lui œsthèse est synonyme 
tCexpérience , et non de sensation (2). Je 



(1) CtA\'aajn^&ttÀ9ÊrtUiimviUt{H%fVft%i<M.)(iuft^oia- 
•aller inr n point 1m dMt Mitûns principiletiI'Hippiienla; cdte da 
FoM, G«nèT«, 1657, 3 val. in-rol.; A ebU« it Tinder-Lisdu, Layde, 
lus, 3 ToI. î»^ ; BÙ nrlonl raoTngc du cAibn HiUir, Arti* 
■m<fc«frrliM(yn,clc,LiQ3iiiiiB,l?SS,û-8i>,lom.IT,p.86.l>ra/. 
in m. de fTWtf, M : Spurtui llè«r, «m ituptiu (amcm. 

(2] rwiiii li«iiwiiiri»ililn tnîli ilii ininii liii i|iii iliitîii|(iiriilli 
•Mla iaod«ne,npcol dùti^acr «M fai EonfoDd l'BiptriBola t^ 
giin oB mfcui[i[aa, IiUb qu'on l'einog duH noi cilnneli di phjK- 
^a , BTCG l'mpineaee prise dan* on «ni plu relerd , ponr le* îm- 
prCMÏODi ipe naiu rsccTooi dct objeti utfrican pir la mojoa de nul 
un> ; et pirea qas la Spirituiliila iOBlient iTec niw* que ihm iddtt 
ne peuTenI tirer leur origine de eella •onrGe toal-1'fiit KCondilra , ce* 
boonitei ^ilotophei loi finit dire jm dnu iVltutt isà teiMie*t ffit'f- 
f UM il Ikm t'mtUekar aiM (Uariai ttHraitti préféraUtmtnt éV*xfi- 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAIlIT-PfiTEa&BODBO. 13) 

Voos fis de plus toucher au doigt qullip- 
pocrate devait à bien plus juste titre ëtro 
rangé panni les défenseurs des idées innées , 
puisqu'il fut le maître de Platon , qui em- 
prunta de loi ses principaux dogmes méta- 
physiques, 

A Pégard d^Aristote , quoiqu'il ne me fût 
pas possible de tous donner sur-le-champ 
tous les éclaircissements que tous auriez pu 
désirer, tous eûtes cependant la bonté de 
tous en fier à moi lorsque , sur la foi 
seule d'une mémoire qui me trompe peu, 
je TOUS citai cette maidme fondamentale du 
pMlosopIie grec , que Ihomme ne peut rien 
apprendre qi£en vertu de ce qiCil sait déjà; 
ce qd seul suppose nécessairement quelque 
chose de semblable k la théorie des idées 
innées. 

Et si TOUS examinez d'ailleurs ce qu'il a 
écrit arec une force de tête et une finesse 
d'expressions véritablement admirables, sur 
l'essence de Pesprit qu'il place dans la pensée 
luéme, il ne vont restera pas le moindre 



MM. OetU impottare gromtre ast ttfiiàt diBt jt at Mis Mmliico 
umgM ferili nir Ii qurtUon dont il l'tgil ici ; tt noinbn d« gcai 
» «Kp*nntt l'y wdI ItiN^ presdis. 



D,9,t,.?(i'r>,G00gIf 



138 LBS 80IBÉBS 

doate snr Verrear qnî a préteada ravaler 

ce philosophe jusqu'à Locke et CondUlac. 

Qnant aux scolasUqaes , qu'on a beaucoup 
trop déprimés de nos jours « ce qui a trompé 
Burtont la foole des hommes superficiels qui 
se sont avisés de traiter une grande question 
sans la comprendre , c'est le fameux axiome 
de recoller : Hien ne peut entrer dans Pesprit 
^ite par tentremise des sens (1). Par défaut 
d'intelligence on de bonne foi , on a cm on 
l'on a dit que cet axiome fameux occluait 
les idées innées : ce qui est très faux. Je sais , 
M. le sénatenr, que tous n^avez pas penr 
des in-folios. Je veux tous faire lire un jour 
la doctrine de saint Thomas sur les idées ; 
vous sentirez à quel point... 

U CHKTALIBR. 

Vous me forcez , mes bons amis , à faire 
connaissance avec dVtranges personnages. 
Je crojais que saint Thomas était cité snr 
les bancs , quelquefois à l'Eglise ; mais je me 
dontais peu qui! pût être question de lui 



[1} .TiAII «If (H Inf ItKtM quoi priât «m {«trtl lub tiMit. 



D,9,t,.?(ib, Google 



OB UIIIT-PÉT£B5S0DU. 



Saint Thomas , moQ cher chevalier , a 
fleuri dans le XIII* siècle. Il ne pouvait 
s^occDper de sciences qai n^existaient pas de 
son temps , et dont on ne s'embarrassait nul- 
lement alors. Son s^le admirable sous le 
rapport de la clarté, de la précision, de lu 
force et da laconisme , ne pouvait être cepen- 
dant celai de Bembo , de Muret ou de Maf- 
fei. Il n^en fut pas moins l'une des plus 
grandes têtes qui aient existé dans le monde. 
Le génie poétique même ne lui était pas 
étranger. L'Eglise en a conservé quelques 
étinceUes qui purent exciter depuis l'admi- 
ration et Tenvie de Santeail (1). Puisque vous 
saveE le latin , monsieur le chevalier , je ne 
roadrais pas répondre qu'à l'âge de cinquante 
ans et retiré dans votre vieux manoir , si Dieu 
vous le rend, vous n'empruntiez saint Thomas 
i votre curé pour juger par vous-même de ce 
grand homme. Mais je reviens à la qnestiofi. 
Puisque saint Thomas fut surnommé Cange 



A) SinICDÎ] dUiil qu'il prfGfriil 1 m plm bell« eompawtian 
rirniiM, ou, eommeiHi dit, Upmi(il«H!alTb«itu, ponrli llu dm 
SuBt-Sicroinciil ; Lauim, Sioa. S^tMtrtm, «le. , «le. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 

À 



f40 LU toiRtsa 

de Fécole . c'est lui surtout qu'il laut citer 
pour absoudre l'école; et eu attendant que 
M. le chevalier ait cinquante ans , c'est à 
TOUS, M. le sénateur, que je ferai connaître 
'a doctrine de saint Thomas sur les idées. 
Vous verrez d'abord qu'il ne marchande point 
pour décider que Vintelligence dans notre 
état de dégradation , ne comprend rien sans 
image (1). Biais entendez-le parler ensuite 
sur Tesprît et sur les idées. Il distinguera 
àoigueusement « ^intellect passif ou cette 
et puissance qui reçoit les impressions de 
« t intellect ac/i^( qu'il nomme aosû possi- 
a. ble) , de TîntelUgence proprement dite 
« qui raisonne sur les impressions. Le sens 
« ue connaît que l'individu ; l'intelligenc; 
« seule s'élève à rmiiversel. Vos jeux aper- 
ce çoivent un triangle ; mais cette appréhen- 
« sion qui tous est commune avec l'animal 
<x ne vous constitue vous-même que simple 
c« animal ; et vous ne serez homme ou intel- 
« ligence qu'en vous élevant du triangle à la 
« triangulité. C'est celte puissance de géné- 
« raliser qui spécialise Thomme et le fait ce 



jil tint fianiatmalt. S. Tbam. Advtriùi gnttt. Lib. in, cip. 41. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAIRT-PÉTSBSMHnMt. 141 

H qDHle5t;carlesseiun''entrentpoiirrieDdans ' 
« ceUe opération, ils reçoirent les impres- i 
« âonfl et les transmettent à Tintelligence ; ! 
n mais celle-ci pent senle les rendre àitelli- \ 
n gihles. Les sens sont étrangers à toute 
« idée spirituelle , et même ils ignorent lenr 
« propre opération , la vue ne ponrant se ' 
M voir ni voir qu'elle voit. » 

Je voudrais encore Toos faire lire la su- 
perbe définition de la vérité , que noua a 
donnée sùnt Thomas. La vérité ^ dit-il, est 
une équation entre Vqffirmation et son objet. 
Quelle justesse et quelle profondeur I c^est 
un éclair de la vérité qui se définit elle-même, 
et il a bien eu soin de nous avertir qu'il ne 
s^a^t ^équation qu'entre ce çu^on dit de la 
chose et ce qui est dans la chose; « mais qu'à 
K l'égard de l'opération spirituelle qui af- 
K firme , elle n^admet aucune équation , » 
parce quVUe est an-dessus de tout et ne res- 
semble à rien , de manière qu'il ne peut y 
avoir aucun rapport, aucune analogie, ao- 
cnne équation entre la chose comprise et 
r^^ration qui comprend. 

Maintenant , que les idées universelles 
•dent innées dans nous, on que nous les 
foyiona en Dieu, on comme on voudra, nMm* 



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142 LES SOIBËBS 

porte ; c'est ce que je ne veux point exami- 
ner dans ce moment : le point négatif de la 
question est sans contredit ce qu'elle renferme 
de plus important; établissons d'abord qne les 
pins grands , les plus nobles , les plus ver- 
tueux génies de rnnivers se sont accordés à 
rejeter l'origine sensible des idées. CTest la 
plus sainte , la plus unanime , la plus entraî- 
nante protestation de l'esprit bnmain contre la 
pins grossière et la plus vile des erreurs: pour 
le surplus , nous pouvons ajonrner la question. 

Vous voyez ^ messieurs , que je suis en 
état de diminuer un peu le nombre de ces 
noms respectables dont vous me parliez, M. le 
chevalier. Au reste , je ne refuse point 
d'en reconnaître quelques-uns parmi les dé- 
fenseurs du sensibilisme ( ce mot , ou tout 
antre qu'on trouvera meilleur , est devenu 
nécessaire ) ; mais dites-moi , ne voos est-il 
jamûs arrivé , ou par malheur ou par fai- ' 
blesse, de vous trouver en mauvaise com- 
pagnie ? Dans ce cas , comme vous savez , il 
a^ a qu'un mot à dire : Sorixz ; tant que 
Tons y êtes, pn a droit de se moquer de 
TOUS, pour ne rien £re de plus. 

Après ce petit préliminaire , M, le cheva- 
lier, je voudrais d'abord , û vons me faisiez 



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DE SAlIfT-PâTBUBOUBO. 143 

rbonneiiT de me choisir poor votre introdac- 
tenT dans ce genre de philosophie , vous faire 
obsorer avant tout qae toute discossion sur l'o- 
rigine des idées est on énorme ridicnle, tant 
qn^on n*a pas décidé la qnesdon de Tessence de 
Famé. Vons permettrait-on dans les tribtmaox 
de demander un héritage comme parent, tant 
qaHl sériât douteux si vons Têtes? Eh bien, 
messieurs , il y a de même dans les discus- 
sions philosophiques, de ces questions que 
les gens de loi appellent préjudicielles , et 
qni doivent être absolument' décidées avant 
qu'il soit permis de passer à d^aatres. Si Tes- 
timable Thomas a raison dans ce beau vers : 



tout est dit ; car si la pensée est essence , 
demander rcrigine des idées, cWt deman- 
der Tori^ne de Tori^ne. Voilà Condillac 
qui nous dit : Je nCoccuperai de tesprit kw 
main , non pour en connaître la nature , ce 
qui serait téméraire ; maisseulemerU pour 
en examiner les opérations. Ne soyons pas 
la dupe de cette hypocrite modestie : tontes 
les fois que vons voyez un philosophe du 
dernier siècle s'incliner respectueusement 



' n,9,N.«ir>,G00glc 



144 LBS SOlBtBS 

(levant quelque problème ^ noQ3 dire que ta 
question passe les forces de tesprit humain ; 
yu^ il n*entreprendra point de la résoudre, etc., 
tenez pour sûr qu^U redoute an contraire 
le problème comme trop clair , et qu'il 
se h&te de passer à cdté pour conserver 
le droit de troubler teau. Je ne coiinais 
pas an de ces messieurs à qui le titre sacré 
dhonnête homme convienne parfaitement. 
Vous en voyes ici, un exemple : ponrqnoi 
mentir 7 pourquoi dire qu'on ne veut point 
prononcer snr l'essence de Tame, tandis qu^on 
prononce très expressément sur le point ca- 
pital en soutenant que les idées nous vien- 
nent par les sens, ce qui chasse manifes- 
tement la pensée de la classe des essences ? 
Je ne vois pas d'aillenrs ce que la question 
de l'essence de la pensée a de plus difficile 
que celle de son ori^ne qu'on aborde si cou- 
rageusement. Peut ~ on concevoir la pensée 
comme accident d'une substance qui ne pense 
pas? on bien peut -on concevoir taccident- 
peiisée se connaissant lui-même , comme pen- 
sant et méditant sur tessence de son sujet 
qui ne pense pas ? Voili le problème pro- 
posé soos deux formes différentes , et pour moi 
je TOUS avoue qae je n^ vois rien de déses- 



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DB SAilfT-PATSBSBOURG. M5 

pêraot; mais enfin on est parfaitement libre 
de le passer soas silence , à la charge de 
convenir et d'averUr même, i la tête de 
tout ouvrage sur l'origine des idées, qa^on 
ne le donne qne pour un simple jeu d'esprit , 
pour une hypothèse toot-à-fait aérienne , puis- 
qoe la question n^est pas admissible sérieu* 
sèment tant qae la précédente n'est pas réso- 
lue. Mais une telle déclaration faite dans la 
préface accréditerait peu le livre ; et qui con- 
naît cette classe d'écrivains 'ne s'attendra 
guère à ce trait de probité. 

Je vous faisais observer ensuite , M. le che< 
valier , une insigne équivoque qui se trouve 
dans le titre même de tous les livres écrits 
dans le sens moderne , sur l'origine des idées , 
puisque ce mot d'origine peut désigner éga- 
lement la cause seulement occasionnelle et 
excitatrice , ou la cause productrice des idées. 
Dans le premier cas , il n'y a plus de dispute , 
puisque les idées sont supposées préexister ; 
dans le second, autant vaut précisément son* 
tenir que la matière de l'élinceUe électrique 
est produite par l'excitateur. 

Nous rechercherions ensuite pourquoi l'on 
parle toujours de l'origine des idées-, et ja- 
' niais de l'origine des pensées. Il faut bien 
1. to 



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146 LBS soib£bs 

qa'il y ait nne raison secrète de la préférence 
coDstamtiient donnée^i Taoe de ces expres- 
sions sur l'autre : ce point ne tarderait pas à 
être éclaircî; alors je vons dirais, en me ser- 
vant des paroles mêmes de Platon qae je cite 
toujonrs volontiers : Entendons*nouSy vouset 
moi , la même chose par ce mot de pensée ? 
Four moi, la pensée est li discocis que 

lWuT SB TIERT k ICt-IuUlE (1). 

Et celte définition sublime vous démon- 
trerait seule la Térité de ce qae je roos disais 
. tout & rheore : qiœ la question de torigine 
des idées est la même que c^le de Horigine 
de la parole; car la pensée et la parole ne 
sont qae deux magmfiqaes synonymes ; Vin- 
telligence ne poovant penser sans saveur qaVUe 
pense , m savoir qn^eUe pense sans parler f 
piiisqa''il faut qu'elle dise : je sais. 

Que û qaelqœ inHié aux doctrines mo» 
dexnes rient vous dire qae vous parlez, parce 



(f) Ti li lucralifcu dp jiti^ lyA ultlt ;••<- IJyot St mt ic^ 
■vT^ i fi:rt MipTiTii. (Kilo, «I non. 0pp., 1. 1f,lt. ISO-^ISI. 

rtrè», parait «trobon, c'ml 11 âèiae •tMwe(BiuHi^ VI Lttn. laa 
Prolnluili, H» 48), el ce vtrit, celle paraît, oMe rafnn est un élre, 
■nei^ipoMBMrëclle, lUnirimage comme duurorii^iiiL Ctilpo f i 
|«OÎîlc*t icriirffc Mrte, etww ganbt vtràam. 



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DE SAinr-PiTEBSBOITBG. 147 

qu'on TOUS a parlé ; demandez-luï (mais tous 
comprendra-t-ïl?) âVerOendement , à son avis , 
est la même chose qae Vaudition; et sHl croit 
qne^ pour entendre la parole , il soflise d'ei^ 
tendre le bmit qn^elte envoie dans Voreille ? 

An reste , laissez , si vods voulez , cette 
qaestioD de côté. Si nons votilioiis approfon» 
dir la principale , je me h&terais de tous con- 
duire à on préliminaire bien essentiel , celai 
de Tons convaincre qn'après tant de dispntes , 
on ne s^est point encore entendo «ar la défi- 
nition des idées innées. Fonrriez-vons croire 
qae jamais Locke n^a pris la peine de nous 
dire ce qu'il entend par ce mot? cependant 
rien n'*est plus vrai. Le tradacteur français 
de Bacon déclare , en se moquant des idées 
innées j qu'il avoue ne pas se souvenir d^acoir 
eu dans te sein de sa mère cxtnnaissance du 
carré de Chypothénuse. Voilàdoncuahomme 
d'esprit ( car Locke en avait beaucoup ) qui 
prête aux philosophes spiritnatis tes la croyance 
qu'an fœtus dans le sein de sa mire sait 
les mathématiques, ou que nous pouvons 
savoir sans apprendre; c'est-à-dire , en 
d'antres termes , apprendre sans apprendre; 
et que c'est là ce que les philosophes nom- 
ment idées innées. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



14S LIS S<HBftBS 

Cd écrivain bien différent et d*ane tonte 
antre antorité, qni honore anjonrd'huî la 
France par des talents supérienrs on par le 
noble osage qn'il en sait faire , a cru argamen- 
ter d*nae manière décisive contre les idées 
innées y en demandant : Comment , si Diea 
R avait gravé telle on telle idée dans nos es- 
m piits, Yhomme ponrrait parvenir à les effa- 
a cer? Comment, par exemple, Tenfant 
K idol&tre , naissant ainsi qne le chrétien avec 
« la notion distincte d^nn Dieu nniqne , pent 
. <t cependant être ravalé au point de croire 
« i nne mnldtnde de dienx ? m 

Qne j^anrais de choses à vous dire snr cette 
notion distincte et sur Téponvantable pois- 
sance dont Thomme nWt qne trop réellement 
en possession , ^effacer plus ou moins ses 
idées innées et de transmettre sa dégrada- 
tion! Je m'en tiens i voos faire observer ici 
nne confusion évidente de Vidée on de la 
simple notion avec ^affirmation , denz choses 
cependant tontes différentes : c^est la première 
qui est innée , et non la seconde ; car , per- 
sonne , je crois , ne s'est avisé de dire qn'il y 
avait des raisonnements irmés. Le déiste dit: 
Il rfjr a qtiun Dieu , et il a raison ; l'idolâtre 
dit : 7/ ^ en a plusieurs^ et il a tort; il se 



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DB sAnrr-pfiTEBSBODBe, 149 

trompe, maù comme an homme qo! se trom- 
\ierait dans une opération de calcul. S'en sni- 
vrait-il par hasard que celni-ct n^anrait pal 
l'idée da nombre ? An contraire , c^est nne 
prenre qa'il la possède ; car , sans cette idéo , 
il n^aorait pas même Phonnenr de se tromper. 
En effet pour se tromper, il faut affirmer; 
ce qu^oa ne peut faire sans une puissance 
quelconque du verbe élre^ qui est Tame de 
tout verbe (1), et toute affirmation suppose 
une notion préenstante. Il n^y aorait donc , 
&ans ridée antérieure d'nnDieu, ni théistes, 
ni polythéistes, d^autant qu'on ne peut dire 
ni oui ni non sur ce qu'on ne connaît pas , . 
et qu'il est impossible de se tromper sur Dieu , 1 
sans avoir l*idée de Dieu. Cest donc la no. ■ 
tion on la pure idée qni est inoée et néces- 
sairement étrangère aux sens : quesi elle est : 
assujettie à la loi du développement, c'est la 
loi universelle de la pensée et de la vie dans 
tons les cercles de la création terrestre. Du . 
reste toute notion est vraie (S). 



(1} Tnl qna la nrbï na pinll pu duu la pbraia , Hhudum ne p«rto 
^, il RRDti.fPln laïque, Queilioni plalouiquei , chap. IX ; IcaducUon 

(3) Cdul i]dI léDiit M &eaan, Dy a plu de dh lU, h donUlt 
p«D alon fi'il Aail à la Teîlk de dcrair la comapmdaot d biaalAI 



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1K0 LIS aoiutu 

Vons voyez, mesùeors, qae car cette 
grande question ( et je pourrais toqs citer 
bien d'antres exemples ), on en est encore 
i savoir précisément de 4juoi il s'agit. 

Un dernier préliminaire enfin non moins 
essentiel serait de vons faire observer cetts 
action secrète , qoi , dans tontes les sciences... 

ut SËIUTBDB. 

Croyez-moi , mon cher ami , ne toqs jonea 
pas davantage sor le bord de ceUe question ; 
car le pied vous glissera , etnons serons obli- 
gés de passer ici la noit. 



Dien vous en préserve, mes bons amis, 
car TOUS seriez assez mal logés. Je n'anrais 
cependant pitié que de vous , mon cher sé- 
nateur , et point du tout de cet aimable sol- 
dat qui s'arrangerait fort bien snr un canapé.' 



l'iml do l'illatlre ph{|o*aphe dont U Frmcs « Uni d« nÎMa de l'm- 
•rgocillitt cl qa'cD receriDt d« U Buia mtma de U. le vicomM ds 
SsmU II colleclion p^nue da Kt auTrci , il lortlt 1« pliiiir d'j 
IroQTcr 11 prcun que la cc'ltbrE Kulnrr de U ligiilalton pHmJfict t't- 
bil (DËn TKBgi parmi Ici plai mprciBbte* djrcnwnn de* Uiti i»uéei. 
Ad Kiie.Dn n'tDtcod parler id qog de la ptopoillioD n^galirequi nia 
rarigineiiniiuUrieU«dciid^;1enrp)a(«it una qawlion calra dodi , 
■na quntJon da famillt, dont U* BMJrialittei na dairaol pai la 
Btlcr. 



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n SAIHT-PfiTSBSBOD&C. ISf 

t£ CHBTALIBB. 

Vous me rappelez mes bironaes; mais, 
quoique vous ne soyez pas militaire, toq» 
pourriez anssi nous raconter de terribles nuits. 
Courage, mon cher ami! certains malhenrs 
peuvent avoir une certaine douceur; j'éprouve 
du moins ce sentiment, et j'aime & croire 
que je le partage avec vous. 



Je n^épronve nulle peine & me résigner; je 
TOUS ravonerai même, si j*étais isolé, et si 
les coups qui m''ont atteint n'avaient blessé 
que moi, je ne regarderais toat ce qui s'est 
passé dans le monde qne comme nn grand 
et magnifique spectacle qui me livrerait tout 
entier i Tadmiration ; mais que le billet d'en- 
trée m*a coûté cher],.. Cependant je nemor- 
mture point contre la poîssance adorable qui 
■ si fort rétréci mon appartement. Voyez 
comme elle commence déjà à m'indemniser , 
puisque je suis ici , puisqu'elle m*a donné si 
libéralement des amis tels qne voos. Il faut 
d*ailleurs savoir sortir de soi-même et s'élever 
assez haut pour voir le monde, au lien de ne 
voir qu'an point. Je ne songe jamais sans ad- 



D,g,t,.?(lb, Google 



iiiiralion à cette Iroiube politique tpn est 
venue arracher de leurs places ties milliers 
<rhommes destinés à ne jamais secoDDaltre, 
pour les faire tournoyer ensemble comme la 
poussière des champs. Nous sommes trois 
ici y par exemple , qui éUons nés pour ne ja- 
mais nous connaître : cependant nous sommes 
réunis , nous conrersons ; et quoique nos ber- 
ceaux aient été si éloignés , peut-être que dos 
tombes se toùcheroJtt. 

Si le mélange des hommes est remarqua- 
ble, la communication des langues ne Test 
pas moins. Je parcourais un jour dans la bï- 
bliothèqne de l'académie des sciences de 
cette Tille, le Muséum sinicum de Bayer, 
livre qui est devenu , je crois , assez rare , et 
qui appartient plus particulièrement à la Rus- 
sie , puisque l'auteur , fixé dans cette capitale , 
y fît imprimer son livre , il y a près de quatre- 
vingts ans. Je fus frappé d'une réflexion de 
cet écrivain savant et pieux, n On ne voit 
(i point encore, dit-il, à quoi servent nos 
R travaux sur les langues ; mais bientdt on 
<t s'en apercevra. Ce n'est pas sans un grand 
n dessein de la Providence que les langues 
(( absolument ignorées en Europe, il y a 
» deux siècles, ont été mises de nos jours 



D,9,t,.?(i h, Google 



DE UUIT-PÉT1IB8BODB6. 1S3 

« à la portée de tont le monde. 11 est per- 
« mU déjà de soQpsonner ce dessein; et c''est 
« an devoir sacré poar noas d'y concoarir 
« de toutes nos forces. » Que dirait Bayer, 
s'il vivait de nos jours ? la marche de la Pro- 
vidence loi paraîtrait bien accélérée. Réflé- 
chissons d'abord sur la langue universelle. 
Jamais ce titre n*a mieux convenu à la lan- 
gue française ; et ce qu^il y a d'étrange , c'est 
que sa puissance semble augmenter avec sa 
stérilité. Ses beaux jours sont passés : cepen- 
dant tout le monde Tentend , tout le monde 
la parle ; et je ne crois pas même qu'il y ait 
de ville en Europe qui ne renferme quel- 
ques hommes en état de récrire purement. 
La juste et honorable conSance accordée en 
Angleterre au clergé de France exilé , a per- 
mis  la langae française d^y jeter de pro- 
fondes racines : c'est une seconde conquête 
pent-étre , qui n'a point fait de bruit , car Dieu 
n'en fait point (1), mab qui peut avoir des 
suite* plus heureuses que la première. Sin- 
galière destinée de ces deux grands peu- 
ples , qui ne peuvent cesser de se cher^ 
cher ni de se haïr ! Dieu les a placés eu 

(1} ffM laKouuffMMOiMifiiM. nl.Reg. 111, tl. 



h, Google 



154 LES SOIR^ 

regard comme deux aimants prodig^eax qd 
t'attirent par un côté et se fuient par Tautre, 
car ils sont à la fois ennemis et parents (1). 
Cette même Angleterre a porté nos langues 
en Asie , elle a fait traduire Newton dans 
la langue de Mahomet (2) , et les jeunes 
Anglais soatiennent des thèses à Calcutta, en 
arabe, en persan et en bengali. De son côté, 
la France qui ne se doutait pas , il y a trente 
ans , qu'il y eût plus d'une langue vivante 
en Europe , les a tontes appiises , tandis 
quelle forçait les nations d'apprendre la 
sienne. Ajoutez que les plus longs voyages 
ont cessé d'effrayer l'imagination ; que tous 



(1) ■ Vooi élei , 1 eo qui DM gemble, gémit inaaabtla ROMm, «t 

■ toujoora ta France « eierté sur l'Angtelare uo« îaBueoea monio 

■ {JaKMatÛDtfoi'te. Lorique U ■ource qui est cbei voot u trouTera 

■ obstruée oa«>uiIlée,leaeamqii[ CD paTlcnl wnnt lùenlAllariaoB 

• Aoglelerre, oaUeDdlcs perdront leur liDipidilé,M(i«(i-<lr>f)/ilai 

• fera lit mOiu ponr tout* Ut mtra naiiant. De 11 lient, tainiil ma 

■ maiiî^d« voir, qoel'Europe n'est (pie trop iniéreafe iloalca 

■ qui se bit en FnuiM. ■ Burbfi Rrjltx. on tht RtvoL ^ Fr«ae»t 
LoDdon. Dodiey, IT93, ia-8*,p. ItB— 119.) Paris ett le centre de 
l'Europe. (Le même, Laim d im membrt de -le dnmbrt det eommm- 
M*, 17tT, in-8% p. 18. 

9} le lracluuiear,quiaécTii preK|iieiou)Udieited'uDutruaom* 
■Dglii», le noiiinieTar[uzul-Hui£cii], Klian. Boerhive ■ re^ u le mima 
benueur. (Sfr Will. Joii^t laarkt, in-~i*, lom. S , p. STO, Supplé- 
■enl. loa. I,p. 278. Twu.ll.ji. 832.) 



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DE SiUlT-PiTEItSBOOltG. 155 

les granJs uavigateora sont earopéens (1); 
qae TOrient entier cède manifestement & Vaa- 
cendant eDropéen; qae te Croissant, i^ssi 
sur ses deux points , à GonstaDlinople et à 
Delhi, doit nécessairement éclater par le mi- 
lien ; que les événemeotâ ont donné i TAn- 
gleteire quinze cents lieaes de firontières 
arec le Thibet et la Chine, et tous anrez 
une idée de ce qui se prépare. L'^homme, 
dans son ignorance , se trompe sooTent sar 
les fins et sur les moyens , sur ses forces 
et sur la résistance , sur les instroments et 
sur les obstacles. Tantât il veut couper qd 
chine arec on canif, et tanlât il lance nne 
bombe pour briser on roseau; mais la'Pro- 
TÎdence ne t&tonne jamais , et ce n'est pas 
en Tain qu'elle agpte le monde. Tout annonce 
que nous marchons vers nne grande unité 
que nous devons saluer de loin , pour me 
servir d'une tournure religieuse. Nous som- 
mes douloureusement et bien justement 
broyés ; mais si de misérables yeux tels que 
les miens sont digues d'entreroir les secrets 

(l)Ta]rei£ta|M^ii#«iiilMUW/>''')KUin»Ai »tngaI,t\c.CA- 
Mlu, tSOÏ. 

Saiiit-Uirlîn ■ remirquù qHiloat Utgnaii mmigaUbii$mi cïrt* 
tkai. Col b mtate cItoM, 



D,g,t,.?(ib, Google 



1 56 IXS SOUfiBS DB SàlRT-PÉTBRSBODHfi. 

divins , nous ne sommes broyés que pour être 
mêlés. 

LB silTATSUB. 
Mtt( tam loagm imiimI parijilUma vitml 
LB CEBTALIEB. 

Vous permettrez bien, j'espère, au soldai 
de prendre la parole en français. : 

Coutei , Tolci , bmra trop IcnlH, \ 

Qoi rafudc 



FUT DO aUOHD EnTEÊnElf. 



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NOTES DD DEUXIÈME ENTRETIEN 



(PigeTS. Jeni-TKqnw RooMean , Tnii da plndn^emtx MpUiM 
da MM nid* , et eepandant le pfaii d^nm de t jriuble tùtate , d* 
i^Mll^ et iBTtoiit de praTondcnr , itcc une profandenr ippumle qni 
Ml tonte itMlamoti.] 

l» mërile da iljlc iM doit pu ttre iccordJ t Rowieau hu ree- 
friclioii. n Tint Tenuniara qu'il éttil trii mit li Iingn philoiopbi- 
qne ; qu'il oe d/Gnit rien ; qn'îl emploie nul ke tennea ibtlrtiit* ; 
^'ille* prend LutAtduunnicni poétique, ettulAt dini Isiou de* 
coDTemlioiu. Qmnl i Min mérite intrimiqae , Li Harpe ■ dit le uMt 
TiHàl , ju4fui ta tériU , Iromp* dam ui ieritê. 



Page 76. Tonte d^edalioa indlfiduella M Mlionale eel mr-le- 
damp anuoiicde par mu d^radalion rigonicnaenuDl proporiionneae 
dan* la langage.) 

raefoitMelcitniuniutihiïliMi. (Senec. , EpiiLmor. CXIT.JOnpenl 
KbtnnieT cette penade «I dire arec autant de ytàxi : t'bitvmqttt mont 
draeloilaaeiciiiaeiifaWi, W]iH)fMi>ralioitrainim(|ilnipJae(reao)i 
wl duHim. Leaiïcie qui Tient définir a dooD^enFrancannegnod* 
«tirisi* praoTe de celte T^riU. Cependant de Irt* boni eqirila ont Ta 
le mal et ont dTendn la langne de lonlof lann forces: on a* cail 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 

A 



158 nom 

eneott «e ^ iniTcra. Li if yl* réfn^ii , cshbm «i le Bimiai jadii , tm 
a>U 1 11 m Jma Ib^rie. Ptr nu de cm fini «pnfni qai m eeswDl ^ 
•'bitrodflirt dani la donuini da li ■eîciiGe , oqi lUriba^ ee tlile an aie- 
Int dei nitioDi ^Uugttaii d Toilà MMDmDOI l'capril tnmiiB pn4 
ion umpt 1 M janar lur du lorluai IrompeaMi où il l'amnit mémi 
i M mirer Mllaiiiail , m tiea de Ici briMt poar irrÎTer 1 la tMI^ 
Jimiii 1e prolcaUDIiiaïc taafU ftnéeali , airriDctii on ftotégt , n'i 
prodnil ai m prodoiia «s fri&(iii «nam monniaenl capable d'homm 
kliDgne etlifliiiaii. Kîmi dini tt moneot ne r«Mftcbtd« aw M- 



m. 

(P«g« 83. FUlon aa diUI pi* de mèrn* fn'fl /ktH >'«■ ynain •« 
f ja^raftur plu* qn'ia génériï cl dans oa aolre ndrail ■'«-t-il pM 
^JMtlë qna JtStiffiimr, Dira d<i Dimta, tojbbI qneletitrci «ramia 1 
Il g^BAvtton iTaicnt perda (od djlrnil en am) le don ûuattnuble , 
■'âait d^tannÎD^ de le* lauiiieUn 1 un Iralleaunt propre tout 1 U fwt 
ft lei punir el 1 le* r^gâi^rerT] 

En gAi^nl cet dtition* luit jnilM, On penl Iti TMfler duf Toi»- 
Vi«g« de HmA de Loen* , imprima iree lea tenrrei de PlMoa. (Ediu 
Bip. , lom. X, p. 26. VofM enom le Timfc da PlttM , «U., p. 4M , 
MleCriUi*, a<i,,65— M.irobMrreNnlementqne duuleCilLiia 
Plilonneditpe* le lira <n<iK«itWa, nuit WjitiubelletclwMepimii Ici 
plat prMenMi : TJi itHUnx loti Td> ti/i4tbt«« imlilÙHtt. 
(tUd., i* fi»,) Vabié Le Bittmi , dini m tndsdton de Tuait de Lo- 
cn« , et l'abbé de Feller { Dld. bi«t, , irl. Ttmié , el tJMi, philM., 
lOBi. m, B» 465,] font parler ce phUosopbe d'one minière pini eipU- 
dle; miii comme la wcaDde partie da païuge dlj Hlobacure, et qo* 
Uarcita Fidn me panlt iToir pnranenl conjednrd, j'imilela tétÊtn 
ir fnl l'MeMlennàMfD'ilf adecerUia. 



IT. 



(Page B4. Il ajoute (PUwa) qoe Iboauia , aioal (ir*ilU «awMW n . 
Iriin, BapfDl faire le bienol Tivraheumtf loiurMui'rtfiKrriitaib 



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BD DEUXIÉKÉ ESTBSTIEH, 159 

MMir«4(twut d» l'am abriiUt Itmal.tl nuu mutin •> HMrii 
mlU gut u( I* tàjour tt VorçaiM de la ttrtu.) 

ToaM CM Uirâ h rencootroit en dtH dut* le PUdrt de PliMk 
jOpp., tom. X,j>.280et 341.) CediilogiieNDgiilieTreuGinhle bt(V- 
•onp à rkomme. Lc« téritÀ In plu* nipecublee j toDt foft mil ac- 
M| MIïitAvni'jinoBtnInipàctUd'OriH** 



(FegeST. TMthgelinblaMteTientd'iiBMaple. OKaBUceUa 
TJril^ comme UmM In intTee. Eb I qn'm-«e foe cdi UtT) 

Ibwtia, ^1 pral ilra tppelJ i jule lllre, pont me terrix d'oiN 
•ipnmiMdalhiUe.HÀnvoDicoLmcHa iudio,i djddJtpi'Qn'eii 
pu permii cd ^lîloHfliie d'tdmetUe le plia lonfiui le «Mrfiu inifil k 
l'eiplicatiMi dea pbéDamlBi*, 'd qa'tiuî tu eanple tofGitnt posr 
npliqocT II popoliltoa de rnniren, on n'i pu dnltd'ta nppoier 
phinenn. Ijnn^ , qui a'i poial d'^m dini li ideiiee fii'il i aA&- 
fdl , ngirda de mtmc comme ua niomi I fM (cHil Mr« vtvonl oyaitl Mi 
«MX, vital d'à* totiplt erM if Dttuàtm* l'ortgintiM tient i^ia 
«hiTilier W. Jonei , qui eT*il UDt mMild inr lei Ungnei et nu le 
dilHrentM famSlee hamiinci, d^cUre embnHer oelia doctrine ibm 
»fllaKar.(Àiiit.ReMiMh. i>-4<>,lam.UI,jHg«4eO.)TeIlaire,r<mâd' 
■ut u miiAnble riiiMi de Ii diTcnitd dei eipicti , • lealenii ditnde- 
mnl l'o^OB canlnire , et il lenH eicuible [ n'Aiit li manTaiie 
JBlailîeB], Ta qn'3 pirtiitdece qa'il n'mtmdiit pu. Hiii qoe dire 
d'mi pbjiiologitie did plm hiut(p. 04, wtla VI), kq«d, iprti 
iToir TiceDDB eipreu^ment b lante-paiiiiae* du prindpe inUrienr, 
diHl'/cMwmte enimile, etHoedianaltAruile lanqu'il fetlni-mime 
yiài de qselqae minitK , n'idopie pu moin* le nidmnement groe- 
emr de Volliin , et l'appuie de U ititnn d'mi Peligeo , de li laine 
d'mNigre, daDeid'na CoMqoe, etc., poar neoi dire gnTemenI 
<pw , mttamt Copfmle» la pltu erafacmUotU , Li K4TVU ( qo'eel- 
et doM fae celle femme T ] a M <4l«nR<ii^ par rfu Iirif ^wordlolu 
ia»t In UKMi lont inemmutt , a caiea dlemu root ikammm, 

TeOi comment SB bomme, d'aiUeDn Iria hilnlB, peol Htnvrer 
enfia ecaduit par le faetiniie inti^eHl^ de a» liMs 1 Icoorei ce 
fa'il lût et t nier ce qu'il itErme. 



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(ftgc 89. EcoDtm b nge iDtiqaiid sur te ennple Sa prenilm 
Imhiidcs : elle tous dira que ce Turetit àet booine* nermUaai, « 
qoa dei élm d'au erdra *upéricar (UiguaieDt les iaioriscr de^ ploi 
prictetua coiniaiuricilbiu.) 

AntiquOai protdmi aectdil ad dett (fSoao, de I^. H, 1 1 .) ffon !«• 

wua ntgmtHm fiàue primat bomhitt allf ipirUat tiroi , n, h( lia dh 

cam , A nn mEcncm : mgue eTrtn duilmi al qaùt tntUora nanufia 

Mndtini tffàltu ediderti. (Sen, EpUl> XC.) Orig^a diuùl [rfi «tiuf 

ment i Celse i ■ Le moude Bjaet él£ créi pu' U Providence, il &ul 

néeeutÙTement que le genre bunuin «It 6lé mit, duu la commea- 

ceneDU, M>u) la lulelle de ceruioi ttrei Bupjnenn', et qa'alon 

Dieu djjâ se BÙL mauifeaté au homiDn. Ceil amiceqne l'Ecriture 

uinicalutte, etc. (Gen. XVm), eiil coDTenait en edei qoe, dim 

l'enrance du monde, Papice humÛDe reçAt dea eecoun eiiraonli- 

luira , jaiqu'l ce que VbieatioD des arts l'eAt mise en eut de se 

dérpodre rlle-méine et de n'aToir pins benia de nDlerrentioii di- 

Tine, etC]>Ori|tne*|feUellui h poésii prcbne coome uMaOite 

de U raÎMn el de la rérélalioii ; 11 cite Hiiuode doul le patuge Iréi 

ooDnu e« fart bien paraphrasi par Hilton, ^ar. loil. IX, S, elc.) Ftqr. 

Orig. contra Cdi.IT.eap.SS. 0pp. Edil.Rucet.loin.I.iKig. 562,199. 



(hge 91 . I^ihagare TOjageanl en ^ pie , «i siMee anal ootM 
irt, j apprii U cûiue de toutlei phénoniéuei deTiouï.) 

Vtuerii tidlit nmanon Pj/lhagorai deprekttulil, Oljoipiail. XL1I. 
f>j piii onmii urbli CXLII. Hla. Hift. nat., lib. Il, cap. S, lom, 1 , 
pag. mo. Edit. Hard. {n-4". Macrob. Salera. I. XD. — Uiuri«e'( 
Bislorj oTIndwiaiii iu-4*lua. I< pag. 167. 



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DU DBUXlâMB BTTRSTIB^. 161 

VllI. 

(PagB Dl. Le* Egfplinu conniisMieDl , i ce i]ac jn «oupconne, U 
T^riublc (brine dn orbites plaD^Uim. ) 

EIts où Stiitf , t. T. X. Stpl. Sap. ccM«. Bdit. Sltf». in-fit. , 
Mm. II , pig. Ii9. Amfol 1 tndait : ■ L« EgypliBU diacnlqul 

■ Ira ■«Ins. tD raitintlsiui r^tolalions ordiaiim, uni nnc fais faml 
• ctpuitDnc foii bu, el, hIou leurtualeDrctltaT btH««c , dcrioi- 

■ uni pilta on meillean , qa'ilsa'^tiiaot, «te. n [ifanf. dti itptiafti, 
e. XI.) 

IX. 

(Page 93. Julien, daoi l'nB dsM« fades diiedanljene Mitphu 
lequel ) , sppeUe la loleil , le Diau oui «pi roiwM. ) 

C'est dam U T* diKonn qu'il «nplow celle eipretsion Temarqaa- 
bU; at il m fait haaoeur ea elTal aaiChtld^nu. Il at Trai qae Félao , 
1 b nui^ de aan MilioD ( iD-4o . pag, 323 } , cita nn numnicril qui 
porta IsiiTna dfo>, aa lien de inrûiivi; mai) U pmnïire Icfon 
Mt éridemineBl l'oDTrage d'no copiale qai , ne eomprenanl nen 1 
en icpl rairoiu , dut l'applindir beiocoup d'afoir imagina celte corree- 
lim. Elle proOTS aenlemcDl combien il fanl M garder de corriger le* 
■UDuicrila ianipaaroii l'appnyerd'ana antre autorité icàte. 



(P«ge92. On litdaule* H*R«HcHa detlulieni, qneteptjesmi 
TÎarges «'étant raiMobhin pour cabrer la Tenue de CHkAim, qsietl 
l'Apollon Indien , le dira apparut tout aoiapaa niiliea d'elles , et leur 
proposa de duuer ; oui* que ce* vierges s'éUnt eicns^ snr ce qu'elles 
mtDqnaient de dantean , le dieu j ponrYal en ae dîTiHut Itti-mjme , 
de manière que chaque Elle eut son CrtitlMa. } 

Ce n'est p«s précisànenl cela. I4 fable indienne ne dit point qoe 

ces Tit^ea rnisent an nombre de sept , mais dans le monnmenl qui n- 

présente la fable, el dont on a envoyé nna copie m Enrope, m Toiltn 

I. 11 



n,g,N.?(ir>,G00gIf 



1 62 nuTKS 

cfittwptjraiiciGlIeil JAwHcg'tltid. 0^t«d. .Ion. I,pa;. 10S.)i 
M <pu Hmblc DJinmoiiu nTfiiir ta mtme, d'inuat ploi que Is 
brahmea loiitieiDieDt cipreu^mtol que Is tolcil ■ i^l njoiu primilib- 
(Sir William Jone't wh-Iu, ntppltM. m-4<>,tDm. II, paf . 116. ) 
( Kola dt Céiittur, ) 
I>md«rsiaiL((M««^. rr/,13— 135. BdU.Utinii. Gotting. . 
179S, bi-8<>, tom. I, pdj. 08.} ■qa'ipriiqnclMdltniMfnnDtdi- 

■ Tiri II tcm , et i]De le Mleil , onUi^ dtoi Ut piTUgc , cùl retoiB 

■ poar loi l'Us da Bboda qai teuH de Mrtir da Kîn dt la mer , il 
« autdc UnpapbBquidoiiDitonnoml l'tiï ttft /Hid'uit tipril met^ 
• veilli%x; s dl'oDpnilToirdB pluidini Isgrand ourrigcdup. de 
HoolfiDcon , que lODlnlca G^mqoi Tepr^ntcnt Apolloa on le So- 
leil onl U UU amie de lepl njou InminFui où d'an diadtne i i^ 
poÏDlM . M qui nricDt «>core lu même. D'une minitre ou d'me ■»- 
tK, on Toil eontUmmefit le pombratipItuicU m Soleil, elt«eim'a 
toajannp«niKiMripi*Ue.(Jiilif.M|p(.P«rii,173i,in-lol.,loin.III, 
dup. VI, pag. llVetHiiT.] 

XL 

(Pige 03. AjoalNqaele T^Ubte i^ème dn monde fat parfule- 
■Dtnl toam itm le plo* hinle mliqail^. J 

On p«at Toir lar ce pomi les nombreax lÙDaignigto de rutiqnité 
recueillii duu li belle prifice que Copernic à plac^ 1 U Itte de ia> 
ftiiKaxliTTei)aOrt. cal. fftsoj. , dMM an pipe Paol QI , gnpdpro- 
tedenr it» KiEncei et initosl de l'allronoDÙe. On peut oburrei , ■ 
propos de ee lirre , que 1m •onTeraina Pontifca onl paiuunment laTO- 
rbé la d^cODTerle dn T^ritible «jaltme du monde par ta protection 
qa'ib aceordirtnl , i dîFKrentei ^poqoce , aux d^fenaenn de ce ejilènM. 
Il ett dsTeon loul-^rail inutile de parler de l'afenlnie da GaliUe , dont 
lef Ion* ne unlplaii^or^ que de l'ignorance. (Foy. leiH^m. In* 1 
l'aetd. de Hipione, par l'abbé Tiraboscbi. Slorio delta Mltrat. IM., 
Teneiia, lT06,in-8B, lom. S.iw;. 313. et eeg. ; 

xn. 

(Page94, Permiik de* gefu qoi croient loat. ncepié laBiUe, dn 
•ou dKr In otteniiion* cbinoiiei raitn il y a qaitre on cinq mille 



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DtJ DEim&in E^TRETtCV. 163 

«n< n>r tiiia tore qai n'ciiiiail p», par an praplal qwkijérailM 
apprirent 1 faire de> almanacht à la Qa du XV'aiècIe. 

SJDéqoa a dit : J^itonpM ciYdoia jnu. CQiunt. oal. V, S6.)Bht 
Gommeut ne >craienl~ilg po* crédalei , ceui qui croient ce qa'ila 
veulent? Les exemples ne manqnral pa>, Ceai-à «ont remarquable*, 
ne lea aTons-tious pas ms, pendant plua d'un denii-aiécle> nou« dé- 
montrer l'ImposiibililH plijalqae du dâiige par le détani d'eau oécœ- 
aaire 1 ]■ graude aubmcriioa ! iUaig du moment que, pour fùrour le* 
montagnes par Toie de prfcipilalioa , il leur a fallu plus d'eau que 
n'en suppose le déluge, ils n'ont pa* liésllé d'en couTrir le globe jui- 
qa'au-dessns des Cordillères, biles que les blocs gigantesques qui for- 
ment etn-iaios monuments du Pfrou pourraient bien être des pien«s 
factices, TOUS troutem lur-le-champ uo de ces meiûeurs, qui tam 
<lJra:/« nt toi» n'en II que dt tris pmbable. (JLeliTtt amtric, lom. I, 
lettre VI, ^mij. 93 ; noMdii (i'adiicHur.)Uonirei-lenr la pierre de 
Sibérie, qui eit i l'académie dei adence* de Saint-Pétersbourg, et qui 
pèse S,000> Cen un atrt^the, diroat-îls; ttte ta tomb^ du ma a 
t^enformie en un clin tadl. Bais s'a^l-il des eoufAfi terrestres, c'otl 
antre chose. ITn Péraiien peut fort bien faire du granit impromptu, 
comme il l'en rorme en Pair très souTent ; mais, pour la roche cal- 
caire. Dieu ne s'en tirera pat en mwM de aniaule mille an* ; il but 
4n*il en passe par-li. 

xm. 

(Page 94. Toat cela ne mérite pin* de discoinon ; laÎMons^kidire. 

Bailli aTBit déataure que les fameuse* tables de Triralore renwn- 
taieni & l'époque «i célèbre dans Huda du Celi-Yug, c'esl-i-dire ï 
deni mille ans an moins avant notre ère. UaisneToïU-t-it pas que ci-s 
tables se sont trouvées ecriia,t.i même par bonheur dartoTersla Co 
doXIlfiièdal {De rambpiUé du Siinia-Sidliatta,parM, BauUt. 
tau Ici Bteti. axial,, in-4*, lom. Yl, pùg. S58.) Qurl malbeur poop 
h science, si les Français avaient dominé dans l'Iode pendant la Aèrre 
îircUgieoso qui a traiaiUé ce grand poujrie, et qai ne parait enooie 
affaiblie qne parce qu'elle a affaibli le mabdeiCesdétcataliledeiIrOs 
(lu dernier siècle se seraient onnlisés avec les brabmo pour étonBer 
la vérité, et l'«n oc sait plusderiner Goamenl dlese serait bit jov. 
11. 



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J 



(illtirop* doit def MliMuds giice i ta société ingbiie de Cnkniu, 
JDot la banonblei tnnux ont briai celle orna dam le* inaiBi dei 



XIV. 

ÇPif. 96. Cependant quoiqu'elle (la acicoce de l'anriquîtf} d'iïI 
janats Tiea deaundé i penoone, el qu'on ne lui cuauiii^ aocnn ip- 
pni bonuiin, il n'eit pa* moini prouvé qu'elle a pouidé lea ploa rarei 

L'ooTTage célèbre de H. Bryiat, Â xwSjfUtm, er on Àmigtii «J 
mdaa mgiiobt^, tic. Londoo, ITTG, in-f*, 3toI., pcul Ëtreconai- 
Uré comme un taTani commentaire de celle propoution. Dn liTrede 
ee genre contient otceMureiDeat duc partie hjpotliélique ; mais l'eo- 
aemble do TouTrage, et le Ul' Tolume turtoot, me aemUenl présentée 
nue irritable dimonilration de la tcieDce primiiiTe , et même des 
poiMtDti KM^'eTia jdiyatqaea qui furent mil i ta dbpoililaa de* jm~ 
mien honmiea, pdaque leun ouiragei nalérieli paasént lea rorcet 
bnmuiMa, gaalia rame Aomimnn producil carpora lelba. Çaj\at a déGé 
rEorope enli^ avec touLe m mécanique de conitraîre une pyramide 
d'Eof ta. (Sech. d'anliq., etc. iD-4*, tom. Y, préf.) 



(Page99.TolldKinJ>De n'a-t-SpaiditqueUderiM de toalealea 
nattoDi fut loajoon : L'agi <tor le premier « motara aw la um ?) 

11 l'a dit en effet iiirrEnaiKir let mcenra, etc., iareapria»Êalaeu 
amu. aap. IV. OEoTT. de Volt., in-8», 1Ï85, lois. XVI.p. Î89.) — 
n eat bienrenMixpuUa qne \a mémei tradilioni ae tant relrouTétt en 
Amérique! Le rtgne de Qaeixakoall tlaii lûge for an papla 
fànalmae : olan (oui la taâmanx , Ui honanei inême* vicàeia en 
foixt la lem prodiàiaii tamaJiitrt tti pba richa nK)iuoni....]fai* 
teTigtie.,.^ U banhetr da inaaite ne fttran paâ de bague dar6e,tfe., 
(Voea detOKdiliéret et moaom. de l'Amériquei pur M. deHnmboMt, 
«Hn. t, ia-S", PUnche VII, p. i.) 



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OD OBDXlâHE ENTHSTIEn. 



(Ptgg 108. J« no (DU pu moin* fnppj dn bodi da Comui 
ioaat iB monde.) 

Toj. Eiutatht rar la t. U» ta I< ]ifn do ITiida, Ad reste, 
Miupr^lHidreuHileitarrabiemtioag^n^rile , qu'ilnlTotvtdaniht 
taitgimam:ieiuut,aux*poqMtd'uiubarbariepliiiimmoiiitfrofàtidt, 
dei moliqui tappoieai dii eonnainmeei ilrmtjèrtt à Mlle épcfut, 
j'atooc cependint qni le mot de cOBloa ne me Kmbte pu cité beumi~ 
tement à Oppoi de cette propoiiliHi , poûqa'U e<t érjdemiqenl noo- 
Tcan dani le Mm da monit. Homère M l'emploie jinMÙ que dam 
•OD ■cceplioD primilÎTB d'ordr* , de déttnet, d'omemenl, etc. 
ItUde,II.St4; T,75B;Vm, 12; X, i72; Xl,M;Xn,40; 
XXIT,ftsa,eu.Odyu, TIU, 179, 364, 4SB, 4B2; XIT,3«3: 
elc. HMode ne feil prexfoe pu d'oMge de ce mot [mÏDia diDi le 
MDi d'ornemesl J DJ d'iDCDn de au d^iir^ li nombreoi et ai éi^inla. 
Ce qui est fort liDgolier, on tnmts BDe teaie foi* coimdi dan* le 
TbAigonie, T,588,et coiiHo. îMd. T,572, Pindare emploie pre» 
<fat tonjotiri ce mol de coawM dua le aena d'onummf , fielfscfoia 
dui citai de «immiuhw* , jamaii dana eeini da mondt. Enrîpida da 
nitme-na t'en leri jamai) dou ce derniei aen, ce ijoi dinl paraîtra 
Irte nupreBant. On le troaTo à la T^ritj aelon ce mtma aena dan» lea 
hfiuwa lUribnA à On>hfe. {A la Terra, T,4{ ah SoMI, T, Ift , 
•le. } Haia ce s'iat qu'one preuTe da plaa que eei hjmDea ont ili fa- 
briqua on ialerpolà à ma fpoqne tria poit^rieara 1 celle ^'oq bar 

XTH. 

(Page 108. Comment cet andeo* Latina. lonqn'Qa ne convala- 
MÎCDt encore qtio la gawre al le laboortge, imaginïreiii-ila d'eipiv 
mer pu le mime mol l'idA d* la priire et celle du luppliafj 

Sallnsle , qui aimait lea anbalamei , a dit : llaqu» Stnalns , ob m 
flliHttraelo,diii Inmorlalf hu so mici A (tec^mare . De MIo JoguL , 
I.. T..) El prêt d'un liiele phiaUrd, Apulée, tïngoanlcemtnMgoAl, 
UnittacMf.PltitaanmtttiiitionLKat. (U^lam. SI-) D'tiUeun 



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166 noTEs 

MpptlMKa, MfpKtoW, el«., #(<:., TknMat de ce mot, etbnlms 
■uIogi« * lira itia ootie itagat , «4 l'ott InnTe fi<iylte« et lajipti- 
oaliM , nifif>fi«r et npplicitr. 

xvra. 

(Page 109i Qui leai eniaigiu d'appeler Ii Girre h purifealritê et 
ftmpiatriet 1 ) 

U DE piralt pu en eflelqa'ilf «illamamdrt doDle rarTAjintiIagia 
de f^it , ifiii «pparlieDl ^TidunmeDl k l'incien mot ftbntart. 
De U Ftiruariui , le moii du eipulitnu. 

An ring de ce« mou «ngnlien , je place celui de Ahimt , qui ip- 
pirlieirt depnit longlempa k piniieon laogun miritimea de l'Europe. 
Rhvmioê en grec tignifianl en g^nëril la rotation , et rAmnhm hm 
c<r«Mi(it>liilliii> en ipirali , ne ponrnit-on pii . hd) tira dd JTaftwM- 

losednwM? 

XIÏ. 

(Pige 109. Hontin.... imm» perla de certainf hommei et deeer- 
IWDe* dMua qui Ui diêiui epjwflcM d'sNa aunitre tt lu JkiatKM 
i'uMaiitn.) 

Ogpeot ehMrrer, 1 propoe deeetle eiprefuon, qu'elle ne te rco- 
coBlie jtiDuit diu* l'Odjwft ; et «elte obacrralioB poorrail eut jomie 
à celle* qui parmeUraicDl de coDJecbirrr qns lea deoi potma de l'Iliade 
«I de l'Odjw^ ne wnil pa* de ta m(me maio ; car l'auleiu de l'Iliade 
«t très coûtant lai lee noua , le* (uraonu , lei ^pilhMa , k* taiiin»> 



II. 

(Page 110. PlatOB • Eail obwrrer «e talent de* peuplée daae bai 
enfance. ] 

Il dit en eflet ^tM tout homau iiiteUigt*t inl é» grandei Uma»itt 
i tamtiquitéfoitrli grand nombrt dg melt Aemvwc tl nalunUqn'ttU 
a l^oUt amt ckcui ! 'Ùttu ntl xmkfùju ui/tox, DtUf.VU. 
0pp. Ion. TUI , pagti. 379. 



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DU DEinUËMS EnTBimBIT. 16T 

flMqneidmïK d« mtea M tilcnl de l'tnliqoM pour Uûgnet le* 

thinU efficteitiimti >al<j,(SeD.Epiil. mar. LXXXI. ) Lui^itmeMt 

adminblc diu crUi ciprosion qui at toat i bit tffiiMtë pon non» 

fain comprendre ce qu'il tcbI dire. 

PIaIod ne l'en tinil pM 1 rceonmttra ce Ulcnl de rtBli<|i]lU , il cft 
tira l'iDcontesUble «oiu^aeiiee : Pour moi , dit-il , ji rifarit eoBimt 
MU vérité éviâenlt qurleiiKOtin'imlini élTtimpoiéipriniUivBmtnl 
mua tkeui jw par une puiiunet au-detiiu i» l'homm* ; et di la 

TURT Od'iU fOITT Bl JDETES. Oljiai /(iv 1-/& TOI âll0<ITaTei> U)M 

s^ TOUTo» ilvat/iiIÇïi Tivi Hng/ur iIki i? ÉvSpainibii t^t 9i/i<nii> 
Tiirpfit«TAd>4/i«itT«Ttiip^V;ii9<'','Q£TEAKArEAI0IIEINAIATTA 
OPeas ESIEN. PUl. in Cnl. 0pp. , lom. U. Edil Bip. , fag. 3U, 

XXI. 

(Pige 112. Toyei comment ila [ la Frui^ii) opérèrent jadEi mr 
ta deux mol* UlÎM ddo et lu , dont ib Greol nctu , ai/sr rf*«x 
mMilUt, H pir une eiteuian ulDnlte, ruimt, «onAiire./ 

Chirroa t dit OMore t C«Iii> f<M /< Muai duiib <I i»iini(t« d Ja 
M9(iH,(fc.(I>elaiigeur.liT. II. chip. T, &a<3>) CemolMqoil 
i uoe ^poqae de notre ungue où le leru de eei deui mola da» et in 
Aiilg^n^TalefnenleonnD. LonqueTidA do II aimuRinfil^s'enifa dn 
c^rili, l'ielion ouomalurg» j joignil II panîeale dettin^ eo frinciii 
i eiprimer celle id^ , e'e«l-i-dire le coh de* Lilins , el l'on dit con- 
dulr». Quiod DODi dimoi lujonrd'hai en ilyle familier : Ctl» ru m» 
dhit fXM, le leni primitif lubaîale lonjoan; cir s'est comme il nooi 
dinonB : Ctls M p*ut olter bmb moi ; m'ateompafiitr , ttiititr à 
•#M da moi , et c'eit encore dini nn leni tout HmbUble ipie nom diwn» : 
Ctla M omM Ti pai. 

xxu 

( pige 113. Db preoom penoonel n , de l'idrerbe relitif de lien 
MU , e( d'une termination r«rbale tih , ili ( le* Frinfili } ont Ul 
•-oa-iiB , c'eal-à-din , »-houtib , oa mtllrt n propre ptrioiM» 
i«rtd*t'a%dnU ok illt ilail.} 



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À 



168 HOIES 

RoDbiBd, dit dam un dticaan pfdlmiiuin <h •<»?«»> didÎMt- 
aiin det tjDimfnui frtnt*» , TÙl dtnt lorlJr bou et m. Il n'i pu 
««nprii M mot pires qu'il iTiit luIgU^ In eoDwnim , iniquelln 
ts T^ritablg ^mologiiU doit bire un* nUaiitîaii prMqqg ndniite. 
Ltb TojrellM rcpr^HDlsDt Im Idjriix d'an orgoe : c'est U poUunce 
MÛnuh ijni na peal qua crisr ; nuis Im conimiDea Mot In iomcAm , 
c'stt^-din laNgDB de rialellîgBQCs qai articule le cH. 

xxin. 

(P*gall9. CoDMOB, iiwnté de Eom et de mi«B , c'e*l-i-din roge 

A diiofi nt iMi» coDKiei : Si {« rri ('en alhil , ttt. { Joianlle , 
d*H It ooIImI. dei mjmairei , etc. , lom. I. Celle phnse eit lout-i- 
bil gneqoe : 'Eyfi II i> t£1 eXMQ /wû III?» , etc. 

Ad milien du XVI* aiècle , ce mot de couiu* retmit encore ea 
lignificilion primiliTC. Li eouloir de Dit» lonl^uiMaiil lui thansta 
U cowsf*. ( Voj. Ltimtf-eondtûl domtépar le mtldan auiujtl du 
rat trie ttkrilitn , i[a /hida livre inlilull : Prompltiairt dn Ctm 
*a$*, *le. LjMt, dsToarnee, 15W, ia-i» , pag. 206.} Cor , ta 
rcal« , * fail «BUT , en Teriu de le même BDitagic quidaioi ifiitbcenr, 
iafio*, Benr, de a», qoeai , de cvIum , Tcca, de emtm, <cuf, de 



(Pige 113 , Ftûlet l'aïutomie du mat iiwimfcdatb , Tou ; trmiTerei 
Il irfgitiaii n ; le aigae du œj en et de le NmnlIiD^iU cd> ; le racin* 
uliqaeTxR, cammane, li je ne me (rompe, inil^iini et kux 
Celtee.) 

De li le mol rUTti en latiu • celui de limaio ( tncienDemcnl 
SMMOÎHf } dini noire liDgne , tut en engleii , lermealdD Tut, tu. 



i Pegc 113. El le eigne de la capacilé lau , du lalin a 
Fan al l'anln ne TÎamcni pobt encore d'one recine coi 



r:,9,N..<i h, Google 



DD OEOXliHB BnTBBTIEN. 169 

CiFvl Ai«iu , ciriiui : UU paimmlt qui poaèdt unt grand» 

tcpadU. Li preinîire raeiac t'^tant cflacfe, dodiutoiu altribuj à t« 

mottapablal»Kia%uau{aeia Mtimi , hahiit. Le* Anglais oui coiucrTd 

Mlle-ci pare M «impie; sm àbli«ui»(«b tamm%aifelaU). 

XXVI, 

( Pigs 113. Admini la mcliphpiipu lublile qoi du QDiai lilin , 
]wrej dtforla , * fait notre en. ) 

Oaona fait «or, cominSfiuMia fait eotf ,' fanrltif , corl ; fiiarela , 
jtfnlb ; f uiciHif ti« . kicnn^tM; fiHn^uui , «ancan ( celai-ci Mt célè- 
bre ), e( tant d'aalTïs <|ni ont roanni on rcjcl^ l'orthographe laliM. 
Car l'a cimicrT^ asseï longlempi : car on lit dan» Hua ardomuDCB do 
Fhilîppc~le-LoDg' , du 98 «lobre 131B : qdik » w«u louffrioni , tic. ; 
UAnoirada lire de Joiniille , dan» laCoUecl. gAi^riledei mém. , 
in-So , pr^r. pag. 88 ; el dau le commencemeiil da %Vl» uècle , un 



Bob mire , je le toi afG. 

( Vers àtéi dans l'aTcrlin de Lebret , 
ua I« Uidtel» maigri lui , de Uoliire. ] 

XXVII. 

(Page 113. Elqaiaia tirerds dxim celle parlicnis ONqoijoMBa 
à grand rdle dlu oalre langue. ) 

L'eipreasiOB nainériqae un , eoDTerlie en pronom indéfini pour 
Ofprimer l'onilé Tague d'un genre qaeiconqne , ni ai a^eessaîre , oa il 
ularelle , qns ke Lalim l'eniplojàreDl quelquefois presque ud> l'en 
«pereeToif coMislegAiieel learèglcali^pliutertaiDei de leur langue. 
Ob a dié •oaTMi le pawage de Témic« , forU dk*k vidi adoUieta- 
iKlon. On ponrrail en eïler d'anlm. Cnm. Ktp. in jaunit. . XII} 
Cic.it Hal. deorua , U,1; Ai Fam. iV . Ifl. Pkil.tt. 3; Tac. 
ÀtM. //, 30, tte. Cepronom indéfini Aant an dnétémenUprimordiaiil 
de la langQB frantaiie , noa pire* , employant une ellipia Irei oa- 
Inrelle el uèt commode , le lépartrent dn luhalanlif Arasw , leou 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



170 HOTES 

pour téfiU lonlM Im Toi* fa'il l'igùiut iTeipriaHr m qna Ttemnm 
•hilnil mil dit on f*il ; et ît> dirait oa • ilit , c'»( su g«( patit ^ 
tomme on le dit da m» joan dini ijoeiqua* dialecM toïûm d* ■ 
FnsM. Li Fontunt ■ dit encore : 

Tau nppelei en moi le «oDrcBuiea 

D'an qui l'eit Tn mon uaiqmi xnid, 
UûlMealdl DKiecbaDgfi eo on par l'apelogis ^Avie ^lichingé 
rninilUl Utia m O fnnfiii, sada, oMtrg, onia, onction.ongunl, afc., 
ntiea dewuU.iiiifcra, «le. Celte analogie est si Torie, qn'elie non* 
fait «oamt pnooneer l'o dan* let molt mime oii l'orthagraphe a 
rettBU I'd ; comme dauanarapoK^, ^npu , dmtmtir , Mnmpir , 
aandinaJ, >te. , qne nooi pranimtoni tumeupalif , fongm, efti. Delà 
râst «Bcora la prMMadalioa lil'iDB da Fraafais qai amnie li fort le* 
llaliem, tonom, malom , Damimtn mbiicom , aie. Jeme range dons 
volonlien à TaTii de l'iDletloealeni (ur l'crigioe de noi particolei cift «( 
01. Le* gtM d* Porl-Rajal ont pr^lendn cependant qOE nvtre car lienl 
da grec i3*B ( rtp ], et qne OH Tient de non»! ; mai* il me parait certain 
qne , dana cea deni eaa , la gria de l'^Iymoiogie BTiit manqua a ce» 
BMiiran: Dira edU naître. ( foy. laGramm. gâi. , diap. XIX.} 

XXTIII. 

( P»piii.Samprmig(ifaax} , qui ligDiBa exactement cetal fai 
*tt atlatU atM lu* aulra amu h H^aia >[>■;. J 

Qui ne acraii Tnppd da l'analogis pirfuiie de e« mol iimpnmg xtcc 
le ee^jllg dr* Lalini ; analogie parement inlellecInFlle , pniiqB'ell* 
a'a rien de cnminan atec la aon)* Ce mol de ctnjax, tu rule, eal 
noa ajncope de coHinoalai , le a et l'i ^tant ctchéa dan* ï'i. 

Le rraiemiid doUtinel del'nelaTon, laqnvUa inppoM abaolnmenl 
■ne origlao commune , eM aoe chose conane. Oa cannait minn* 
celle da l'etdaTon (TM le tanuerit, dont je m'aperçai pogr la premier* 
foii CD lisant la diuerUliao dn P, Paglin da Saiot-BartUlemi. D* 
latini aamuaia ar>f iaa al anal oritnlalibtu linguCi coanaxfsa*. 
EomB,1802,iD-t». 

Je recommande aartoal i l'aiienlion de* philologuei te* Mm* de 
nombre qni loal eapitaai dam eei aorte* d« t«cb«cbet. 



D,g,t,.?(lb, Google 



VO DEVXUfKE BMK£T1£H. 



(Page tlT, Ce qui udal iaul« idée J'emprunt.) 

Jb <ai> que 1« recueil indiqué eiiitait; nuii ja ae uia s'il eibl* 
eticore, el duu ce eu mtaie j'iurus aujourd'hui peu il'aipoîr d< l'ob- 
Icuir. JeUcherai d'j ni|ipléer JDtqi/à ud Krliiu poiut par quelques 
eiemple* TemarquabUt quej'ai noiét moi-même. 

A>Euf<d>(w»( f rtcapitutatioH. l-j-gitiiitMit. MBdaeeadantt. 
tmivfiAii , ftrùfiagt. Amii/ic.!! , pertifUr. ETtafiçijMriK , jrau- 
cten(> Ait/uw Siifia, hoimne du prvpU. (Hoioére , 11. , U , 198. 
tliL^st f ili) > grmdt amw (Thiocr. H, 43.) KiiJx/iif aù;it>, 
^c A tome (,id. Aid.) Es^mv iraiiTï, /ofre une féu. OptAsa, 
v/iMt < PmiI. Otjroip, m , s. ) dniter an etnlral , on plan, ne. 
tiofiat Xéfi "illt gi-iea (Eurip. Aie. , SS-i.) 'En' s/ifu tnHUta, 
<icmir fr U* dtax ertilia. "Ofpa 'uaUtAlaiH, (Bav., 11., 
IV , 203.) Toir on maladt ( en pariaul d'ua médecin ]. AîjURst i tt 
QjaSuto, (/d. Odjn.i IV, 61! ) vovi tiei ifun ton tatig. Oùruit 
jiity£li](i[>,<PUt. iaHea. Edil. Bip. Hom. , pa^. 378) it «dl d'un 
fiimit màtm. Mti» •; ^iZny , ( Xén. , lilii. Gra». , T, 4, SS.) 
phu cflc guf b poi. B* a&twt lUiMci, (Mmoit., De falil legs, 20.) 
^tiaitieta de Mt>afr. n>I ggSséJa iimIiIc, (Eurip., Ore». 651.) 

DewtMrfM deiiMiftnn- aouiiTimliréinbAi'aWECimalAnfratzqui 
■ppMiemoeiit égilemeut i la miière el au tÏcc, l'une ne coudoiMnl 
^ue iTCf BMmnt 1 l'autre : la Grecs avaient procédé de néme sur 
leurs deoi mol* Ili>ai et Hè^Bm, 

Mois loutes les andi^ies diiparaisimt devant celle île Stnt/itt 
(RM(iiiia>)eI de rtetnau. Comme 3 d'j a rien de û dan queleTc- 
lour d'uM personne clii^le longtemps séparée de nous , cl récipro- 
qoemenlfrien de si doux pour le mitruon, pour le gneTTimartoirt, 
que ce jour fortuné qui le rrnJ sain ei laur â sa pairie el à » bniîlle 
(H«»ti/u>A^Bp); les Grecs eiprimircui jnr le même mol le pteiifrel 
lerMcntr. Or, les Français ont snivi la même idi-e précitémenl. lit 
oui dit bMm» arenant, /cn»e aienanlci figure, p/iff/innomie me- 
aaiile. Cet Acnun* me anitst : c'esl-A-dire, ît ui'al Oijiilablc comwr 
M mai ^uBwmleiidraii. 
, Je ne tois rien d'aoui turprniaul. 



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XXX. 

(hge 117. pQUT umer ces nmelii duqaaoles.) 

TèliMnlipar exemple, lesmaliEii/upl(i(£Binarîa].Nfi{itf^i*iu. 
— IMMril*, id. VI, 3S. Euilh. ad 11., I, lt3.) 

Ti fiàpia, H lijinii (Innev). ipa/iltt^ eiù,, etc. 

U eat bieu eaealiel d'objerrer, et lur ces mou et lur le> préeédenls, 
que ces meneiHeiue* coïnùdeiKeiil'icléeiDeKiatpolDlparTeBaapar 
de* ialemédiaîns Utioa , Ion mime que doos aToiii prit d'en les 
moli qoi repréunleut cet iâiiei. Noui kToni reçu dei Lalioa , pv 
exemple , le mol (utiunonl (nifiiaileni) ; ouii Jamala la Latina n'ool 
emplojâ ce mot pour exprimer ce quS eu egrêabte. Pour ce mot , 
M pour tut d'BDtrea, il n'j a entre noui et les Greca aacunlieDi 
ID nubla. Qael aujet de médituion» JUt qt^ia 



{Page 1 10. Da lermeul de Louù-le^ermaaiijue, en &4S.) 
Cecermeni, qui paiaepoar le pliu ancien monuDient de noire lin- 
goe, Bél6 KiaT^I imin-lmé; il se IrouTe i la litede I'ud deaTolnmea 
du Kondeprlmiiifàt Cûon de Gebelio ; dana le dklioniuire romia , 
wallon, celtique etiudetque, etc. io-S*, 1777; dîna le journal hiato- 
rique et llilériûre, juillet, t7I7, p. ZH, elc. La pleine naiuriti de 
«elte mâmckiDeue est 6xée aiec raison au Jfenimrde Corneille, el 
ua UUrri provhiciaUi, Ce dernier ouvrage aorloul est gramm^ca- 
lemeni irréprocliable : oo n'j reDCoaire pu l'ombre de ces lorlet de 
•tories qu'on Toii eacore flotter anrles meilleures piâeeideCorneille. 



^age 190. Ce» arec une sublima raisan que Im EUbrau l'oal 
appelé AMSMKMiiTi.) 

UUAIN-DABER. C'est l'iKmme arU'alalear d'Homire. L* grave 
Vidlaire noua dit ; L'Iuoime a loujoara été ee qu'il est. Cdt ne «eut 



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VD DBDXlSHB BHTBETIBIT. 173 

• pu di'n ^'il «il (onjtran m d« bellts tîIIm , da unoB de vingl- 

• qutre liTm àt bilJ«> , de> apjra-camiqnes cl dea canmili ia rdi- 

• gieBHi { Ticile en pciwone I ). H>ii.... le fondïmenl ds U mh 

■ <Hl4 eiiilaDl loujonn , il ; ■ doue tonjonra mi qoelque locîël^.. . 

■ Ne Toyoa>-DODi p» que tous les mimiux , ùaà que loni WiDlree 

■ Slra eifcatent iaTirUblecnenl li ]o: qoe II «sfura leur ■ donn^ ï 

■ L'oiiean fiitMD nid comme Inufrea fournissent Itur ci>nrse par on 

■ principe qui ne chaugsajsmiii. Camm«nt l'homme anrail-jl ching^t 

■ eu., elc ■ MiiiiUpagsnrnnleiln'eDimhereherapasmoiii» 

par quell* M , far fUtlt titni tttrtti , parfuel iiiad'iicl l'Aoninu nlra 
TODiDDB» vfeu t» famillt , f an* oeirfr tncon fermé un lanfagt. [ In- 
uodnet. 1 l'Euai nr l'HiU. ouït. , In-So , 1785. (XoTre. Tom. Tf , 
p. 31 ,32 et 33.) 

AMuml toHmif tqiiitit pidiltiqae eaekinintm. 



( Pige 138. Il* D'eu usent qu'iTcc unt titrfme ràerre , jimiît 
diM Ici morceiui d'iBipirtiion, el Mulcment pmir les nibstuilifi. ) 

El mime eocore ili n'iuent de ce droit que tri* lobrement et née 
nm timidité uurqnje, Jt eoudraii qu'il m« fût p«reiia d'tmployer 
JelenulDWACMiit. [Bowael.Hisl. det Ver. T, 18. JSiGiciTt,*! 
J'bm tmploftr ti terPM. { Bonnblane , *erm. nr U ftiî. obserr. de 
k lot , ne partie. ) Êtprit ldhinidi , tonn* diunt tu» emt't ( de 
parl-Rejal ). Midame de SJTÎgn^, 27 septembre 1671. — L'icLir 
dM pento. ( nieele , eil^ par la mime , 4 norembre mâme taait. ) 
Elle souligne ■ïTUDiei, Il dA;embre 1695, aliiaiiiLrritpraaTe 
qu'oMotiliM n'eitilait pu) , 7 octobre 1676. — RiTiLtii, mol 
ioTeol^ par Molière. ( Commenl, deLebrelaor le DtpU amovrmm , 
•et. I. Mine IT. ) EmsTHcuica : CoMMenl difef-mu eiia , MO jUJ«r 
toUd ■■ eut iontjt n'aeoJt jamatt ohI partir, ( Uadame de %h\gaé, 
a août 16S9. Elle y reileni aitleer*. } — OMcfanii : Cmmml iitw 
.•inueeto,.«udeM(r[HoI>tTe, Crit.de XEeelt Uifemam.) 

En gtatni la grandi jcriraini craigoiDl le n^logiime ; nn ecplU 
mai Ment h* «Tefiit qa'il n'eu pu peimii d'winligiier rAriinre A 
iwf n^trt»ifurt. 



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iU 



XXXIT. 



(Ptg«l99. Elbcit Unt«a unique U peuple m le mliiM. ) 
D Ml bien nmir^ntble que peinant qn'naa luigm Ttria ea l'ap- 
procbuil gnlnellcnmt du paisl de perfsciioD qni lui ipptrlicDl , k* 
(inctèn* qui 11 peignent Taiieal du» U mtiiM proporlEoD , el ne M 
Eienl enfin qne lonqa'elle le Cm elle-oifaïu. FitIodI où let ttiIi 
principa da U liagne uronl aMtf* , on ipercerri de même mie cer- 
Uine ■llAitioo dent IVcriture. Tout cela Yieat de ce que chaqne m- 
ikn écrit M fMmh. B y t une grinde eicrplion m fond de l'Atie , où 
b CUdm* Mmble m «oolraire p4rlrr t-n étrituTtj mais 1i je ne donto 
pu qae U moindre all^ntion dani le ijslimo de l'^rilnra n'eu pro- 
dnbtl mbilemml nne «nlte dau le kngage. Ce* consd^riliou ich^ 
Tcnt d'efFacer JDMgn'l la noSoJre id^ de rinoan^menl anUrienr ou 
dVbtlnire dim les Ungu». Aprti «Toirro U vérité , on U toacbe. An 
relie , paisqn'il e'agîL d'^rire , je liens ponr le i:n<imenl de Pline , 
^BOi qu'en dieanl Bryant et d'anlra : opporeJ alenum Ulltrvntm 
«wnlHiil. nal. TU,57. ) 

XÏÏV. 

( Pige 137. n inl le matin de PUlon , qui empniala de lui tu 
priDciptns dogme* m^upbyn^n. ) 

Gallien lemble ne luiier ancnn doaU inr ce lujM. ■ Hïppocnle , 

■ dit-il , idmelliil deni eource* de no* connaiiiuiec* i le priocipo 
« tennble ri t'inleltigmcc. D croyait qne, par it première pnitu ace , 

■ non* c(NUitl*iîon* lea cboees eaniibit* , et par U aeconde les cboeee 

■ ipihtaellei.t/» lit. itoffie.Sid,, I. tT. ] Le premier d'enlro lei 

■ Grec* , dont non* ayon* cenniisiance , il rccDonol qne tonte errent 

■ et lont d^idre parlent de la milière , nuJi qne lanle idëe d'ordre , 
• debeantd et f artifice non* rient d'en haut, (a Id,, Da dM. aient.) 
De là vient * que Flalon fui le pin* grand parliitn d'Hippocrate , e4 

■ qn'il emprunta de lui le* dogme* principaux. ■ [ Ziiittritt Sa 
InaiydTOWC IIUt«> EIHEP TiS AAAO£ , ni rà jul/iinc tS> I«7- 
p*nn ^ tfbnv liatt. ( M. Dt mu pari. , I. Tilt. ) Cet leMe* 
M IronTent cUÀ à U 6a do boonf* Mition* iTHippocrKe , inler 
Itttimonia Mfarvn. Le leelenr qui lerait tenl^ de Ici TJrifier dans 



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va DBUXlftBIB BHTRBTIBN. 17 S 

ttOtilerMi in- Linâei>lnf»>, Ion, U,pag, 1017 ) doit obtciTM 
Mr le pnonic/ leile, dont je ne donne ijoe li rabsUDce, que h 
(ndodenr Iitin Ttdui , Ttdiui , t'ett Iromp^ ea fàbint p*rl«f 
Hippocrtle Ini-mlme , au lien de Gallini qui prrnd !■ pirole. — 
If Im ti/il îii K<m( , x. «. J. Ihid. 



(Pige 137. L'iiomntene peut rien apprendra qB'enTerindeceqa'il 
iiîI<Uji.} 

Cel uiome tMvI es breat de* idi^ei iim^ , h (roDTe ni cFTel 
4iHblUUplijiiiiDed'Ariilole.ndiTK/idSii<i; Ji& wpayiynnt/iitiM. , 
trrl. Eb. I. , cap, tii. — Ailknn il répète, gtu loata ioelrint et 
Amf* leitnet ralionmlle eil fondit lur une cmneitiatat antfeë- 
iatUj,,. fua U lyllogiinu tl l'induilicm n'appuimt Itur mortkt 
(M rar e» torlM d« connatumett ; pariant tmtjimri dt prlnciptt 
foiU COMM* «OMM. ( Aniljl. poMer. , lib. 1 , cip. t , De deaunuf . } 

( Pige 13B. Bot rewcDce de l'etpril qa'ii place denl la pnu^ 

h iTOQTeaa lir. XII, chip, n de la U^plijiiqae d'AriMole, 
qœlqun iifm qui le rapporteml inEnîniml i ce qae dit id i'iaierlocn- 
tenr, ■ Comme il n'j ■ rien, dil-ll , in-^naut de la p?iu^, li elle 
• • n'âail pai i abalance , nui* ecla einiple , il l'eDiiiiTrail que l'acle an- 

• rail lianp^iîoriUd'eicelleiice on de perTedion — toiû t» ii/iw> — 

■ HT le principe mtme qni le produit , ce qui e*t rtrolUnl. — "Ont 

• fBoxlùt nÛTs. — On l'iecoalnme trop k emiuger la penaja 

■ en Uni qa'eUa l'epptifne an obJeU nt/rienra , comme KJaiee , 
a on lenulioD, on opinion, en cannaiaunca ; UDdii que l'apprt- 

■ benaion de rinlalligaDce qni h comprend ellt-mtma , parait un* 

■ Mftce de hoM-d'cnivre. Aiiih ii ( 4 rinttt } ti mftf^\ 
« —Celle fwiBaitHnit del'aprit c»l cependant (ni; l'intelligCBce *■ 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf ■ 



1 7C KOTES 

• paaraiit jlr* ({dc l'iDlcIligerep de l*iBlcltigcoce — »! ^t» if i4ii«i 

■ *ii)>cu( v^oif. — La CM)]|.rMiuit et le «aaiprâ*De mu qa'nn* 

■ — On' Eitpg* eÏH fiTSf toS vMu/iiuM («t to3 >oC , elc. ■ Je ■• 
•eraU p£i âoignj de cniie qnc ce chipiire de U H^liphjiique 
d'Ariitote H pr^MDtiil ■■ moini d'uae msaitre T.igne 1 l'eipril de 
riDUrlMOlenr . lonqa'il r^fatail Is préjugé Tolgiire qui nnge *> 
fDJailemeat Ariilate parmi la d^fcosenn d'nn ijiUma Don moiai 
bai qne Til el dingenin. 

(Ifottâi l'Edilmr.) 



(Page 141. làHnU, dit-il, rilnas équation entre i'affirnuliooel 
eon «tjel. ) 

lelnrareetielTeieeUed^GDitioDdanaiaiDlThomM, tounseforB» 
nu peu moins laconique. VtriUi tiMhetti al adi^uatie itUtilteltt 
ni itamdiim quAd nlelltelai dietf tut quod tit , Ml nv» un cuti 
■mad. l'idf. ^enf-Lib. I.up. lux.nol. — flfiid fiiod ••il«lf«cl«r 
inliUiseiKh iieil II mg^oieil [car il ne penl eoanaiire et jnger lan 
inu] [iiMrfil <tiania]iia(M«,anl(i:«li>f •te l'nraifl, t>a«t faM- 
Utl^dUil. Ibid. 

XXXIX. 

( Page 141 . Entre la cbMC eompriie et l'opA'aliDn qui comprend. ) 
IHudvtmm tildttaqtmdinMltelui dictl, u9noptratic»eq»dH 



XL. 

(Pagel41.EptnUclMiieciHnpriKeirBpénlion qaïcoDprau). 

lafallMliw paniKHt ( un actiTiu ) «il atijtta pan kiimi»ti , el al 
dignitiimumel fàrtuliiilmumitiipn. ErgBat toipttiemiarlUar,tt 
«M ab <MaHw(« puaf eo. —InMlecluifouibitii probatnr mmetHae- 
f Hi wrptWf ojin^M ,pra]>t«r Aw fiiM til«sf iioan'f f ««# mm* iMi/i>m- 



D,g,t,.?(lb, Google 



DO DEDXIÉMK EMTBEnEIT. 177 

rimt toaibUioA in mivetiali. Huila igilar virtm cigia operaSo m 
«Tfmdcrc foMt ad tBÙvertaliaoamiafermanimtendbiiiaa, fotalettt 
uclut clicig'u cerporii. S. Thom., ÏAÙJ. , lib. II , cap. li , u* S-4> 
Scienlia non eal in iatelkclu paiiivc , Md ia inlelleetu poisibili. Ibid. 
a" 8. — iHUikctia peuibilU.., perfldlnr ptr ipteitt inulligibila g 
pbataamialibul absiraam. Ibid., n" Itl. — Stiau non cil «ogno*^ 
tilima nin liiigularimi.,.. per tptda indiniduaiet rtcepla» in orga- 
nit torporalibia :inlellccliii auum tU cognotciiivui mlverialùm.lbid,, 
lib. H , cap. LiTi[ , D° S , — Sentat nm cognoKi! Ineorpmalia , née 
ttipiam, lueniam ^peratiorum f vitutatim non videtie ipnm , nrc 
«Jdcf u vUbre. Ibid., a" 3-4. 

Ce petit nombre de dtatiaiia niffit , jepeme, pour jimiEer lei is* 
Miiiaiii dcl'interloealeoT au sojel de S. Tboiou. Oq peut ; lire en 
pomot la Goadamnalion de CondiElac , à ridimle btgc m> Kmaiion* 
trani/ormée* , ti <^iînémeal brouillé atec la fir'ai, qne lonqi^il la 
rencoDlre par hajard , iit'éaiei Ce n'eu pa* elle. 

{Soude rEdiuar.y 



(Pa^ tS3.Cc*tnn dermr ncré pour noui d'y 
noi lorca. ) 

Qaoîi]ue Tnipril géafral do pamge indiqnf wit reDdn , il *aDt 
U peine d'élre àti en original , tq surfont f extrême rareté da line 
dont il eat lire. 

relim ajaem ut < mtuqaitqiit ) l'U per k imiUit gnent fnttxm non 
nodùraliiunTia, itd ttiaruTU ehrittUma et Itiinoitri* Imxbraiiwii- 
but paetplura lil , uf noilrtt ainanidnm non inàigeat ; et lamelti gnfd 
conmodi fmprinut religimi eiMleritim nondun cuigiie ftirtatiii illiat 
apparebil , [onun veniet Impw qiom non ira ebteuriim ttit. Eqiàdtm 
ùngulare ealenit Samiiiii btMfidmn tut artitror quàd omaei onmiinn 
yeaiium linguar qate anie Aw dnctnw ondm miufmd îgmrantià ttge- 
Wattur ,ampatefeeue imibmtonan virorim indairiàaiitadhiK pro- 
dacmtia. flamiidaUimatmrm,alenmimjeattai>ainf¥l»«m tempat 
foiailia divina meniit raiio imeuigare no» poftu , imncn exuani jam 



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■malu Provlâaatm Mm argmnenia tx qvibm nuJMi alffnM cgfttirf 
■mfiamuii fwNl waà* expettn pam MnuAoaTUS cM t pv FtriU ouim 

(Tbeoph. Sigib. Bireri, MiBniiuiiiuiaBiÉ»^, Mforoh, 1130^ 



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TROISIÈME ENTRETIEN. 



Cest moi , mon cher ctnnte , qui corn- 
tnencerai aujourdliai la conversait^»! en vous 
liroposant mie difficulté, VEvangile à la main ; 
ceci est sérieux, comme toob Toyes:. Lonqne 
tes disciples 4^ l'Homme-Dien loi demandi- 
rent si ravengle-né qui se trouvait sur son 
chemin élait daas cet état pour ses propres 
crimes ou pour ceux de ses paivnts , le divin 
Maître leur répondit i Ce ti^est pas tfu'il ait 
péché ni ceux qui font Tiiis au monde ( c*est- 
&-dire , ce n^est pas qae «es parents oa lui 
aient commis qnelqne crime, dont «on état 
soit la suite immédiate ); mais c^est afin que 
la puissance de Dieu édtite en lui. Le P. de 
Ligni , dont vons connaissez sans donte Tex' 
cellent oun-age , a vu dans la rép<nue que je 



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180 ^s somfiBS 

tiens de tous citer ooe preore que tontes les 
maladies ne sont pas la soite d*an crime ; 
commeat eatendez-voas ce texte , sll toqs 
pktt ? 



De la manière la plus natorelle. Première- 
ment, je TOUS prie dVbserrer qne les disci- 
ples se tendent sûrs de Pane on l'antre 
de ces denx propositions : Que taveugh-né 
portait la peine de ses propres fautes , oa de 
celles de tes pères j ce qui s*acc(^de mer- 
Teillensement arec les idées qne je vons ai 
«sposées sm> ce point, f observe en second 
lien que la réponse divine ne présente qae 
IHdée d'nne simple exceptioD qni confirme la 
loi MI lien de Tébranler. Je comprends à 
merveille qae -cette cécité pouvait n^avoir d^tn- 
tre caose qae celle de la manifestation so- 
lennelle d'âne poîssance qni venait changer 
le monde. Le célèbre Bonnet, de Genève, a 
tiré da miracle opéré sur l'aveagle-né le so- 
jet d'an chapîh^ intéressant de son livre sur 
la Vérité de la Beligion chrétienne, parce 
qa'eo efièt on trouverait difficilement dans 
toate l'histoire , je dis même dans tonte l'his- 
toire sainte, qnelqae fait où la vérité soit re- 



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SB $AII!nVP£TEBSB0mi6. f8t 

tétae de earactères aossî frappants , anssi pro- 
pres k forcer la conviction. Enfin , û l*on 
Toolaît parler â la rignear , on poturût dîre 
qae , dans im sens pins éloigné , cette cécité 
était encore one snite du péché ori^nel , 
sans leqael la rédemption , comme tontes 
les œnvres qui Tont accompagnée et proorée^ 
n'^nrait jamais en Uen. Je connais très bien 
le précieux ouvrage du P. de Ligm , et je me 
soarieus même ( ce qui tous a pent - être 
échapi^ ) que , pour confirmer sa pensée y il 
deman^ie d^oii viennent les manx physiques. 
soafTerts par des enfants baptisés avant Tâge 
où ils ont pu pécher ? Mais , sans manquer 
aux égards dos à nn homme de ce mérite y. 
il me semble qu'on ne pent se dispenser de 
Eeconnaltre ici une de ces ^tractions aux- 
quelles nons sommes tous plus ou moins su- 
jets en écrirant. L'état physique du monde » 
qui est le résultat de la chute et de la dé- 
gradation de Fhomme , ne saurait varier jus- 
qu'à une époqne  venir qni doit être aussi 
générale que celle dont il est la suite. La ré- 
génération spirituelle de Thomme individuel 
o'a et ne peut avoir aucune inQuence sur ces 
his. L'enfant souiTre de même qu'il meurt, 
parce qu'il appartient i une masse qui doit 



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f83 LES SOIBÉBS 

conlTrir et mourir parce qa'elle a été Jégni- 
dée dans son principe , et qu'en vertu de la 
triste loi qui en a découlé , tout honune^ 
parce qu^ est homme , est sujet à tous les 
maux qui peuvent affliger l'homme. Tout 
nous ramène donc à cette grande vérité, que 
tout mal , ou pour parler plus clairement , 
toute douleur est un supplice imposé pour 
quelque crime actuel ou originel (1) ;que si 
cette hà'édité des peines toqs embarrasse, 
oubliez , si TOUS voulez , tout ce que je tou» 
ai dit sur ce point; car je n^aî nul besoin de 
cette considération pour établir ma première 
assertion, qu'on ne s'entend pas soî-mèmc 
lorsqu'on se plaint çue les méchants sont heu- 
reux dans ce inonde , et les Justes malheu- 
reux; poisqnll n'y a rien de si vrai que la 
proposition contraire. Four justifier les voies 
de la Providence , même dans l'ordre tempo- ' 
rel , il n'est point nécessaire du tout que le 
crime soit toujours puni et sans délai. Encore 



(I) On peut Rjoaler que tout (uffvUot esl nirruci dana les deai un* 
du mol latin nfip^'iaii, «Tuù Tient le nâire : car tout mnici scmu. 
Ualtieur donc A la natioa qui abolirait In mj^iliccal eu 1> <k-ltc iIp 
cbaqiMcoapableiMceMuiideraioDiberinrb niiKia,MUe<i (craîi 
forcée de paj'er «ani miiéricorde , et pourrait mdme à ta Bn ce «oii 
kaiter comme intohabU uLia toute b rigueur des lo'u> 



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m susT-ptisssBovM. t83' 

me fois, il est singulier que l^onune ne- 
piùsse obtenir de loi d'être aussi )mte envers 
Dieu qu'enTers ses semblables : qoî jamais 
s'^est avisé de soutenir qall n^ a ni ordre ni 
justice dans un état parce que dexix on trois 
criminels auront échappé aux tribonanx ? 
La seule difiërence qu'U y ait entre Iça deiuc 
justices , c'est que la nôtre busse échapper 
des conpaUes par impuissance ou par cor- 
ruption, tandis que ù Paulre ;»ira/£ quelque- 
fois ne pas apercevoir les crimes, elle ne 
suspend sefl coups qae par des motifs adora~ 
blés qui ne sont pas , i beanconp près , hors 
de la portée de notre intelligence. 

XX CHCVALIBB. 

Poiv mon compte., je ne veux plus chi- 
caner SOT ce point, cFaotant plus que je ne 
S1Ù5 pas ici dans mon élément , car j'^ai très 
peu lu de livres de métî^ihysique dans ma 
vie ; mais permettez que je vous fasse obser- 
ver nne contradiction qui n'a cessé de me 
JVapper depuis que je tourne dans ce grand 
tourbillon du monde qui est aussi un grand 
livre, comme vous savez. D'an cdté, tout 
le monde célèbre le bonheur, même tem- 
porel de la vertu . Les [««miers vers qui soient 



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184 lES somSES 

entrés dans ma mémoire sont ceux de Loois 

Racine , dans son poème de la Religion : 

Adonbb nrta , qtw te* dniot KttMÎtt, 

et le reste. Vons connaissez cela : ma mère 
me les apprit lorsque je ne savab point en- 
core lire ; et je me vois toniom^ sm- ses ge- 
noux répétant cette b^le tirade qae je n''oo- 
blierai de ma vie. Je ne troure rien en 
vérité que de très raisonnable dans les 
sentiments qn^elle exprime , et quelquefois 
i^ai été tenté de croire que tout le genre hu- 
main éb^ d'accord sm* ce point ; car , d'un 
cdté , il y a une sorte de concert pour 
exalter le bonbeor de la vertu : les livres en 
sont pleins ; les théâtres en retentissent ; 
il tCj a. pas de poète qui ne se soît éver- 
tué pour exprimer cette vérité d^e manière 
vive et touchante. Racine a fait retentir dans 
la consdence des [»inces ces mots si doux et 
si encourageants : Partout on me bénite on 
nCaime; et il n^ a point d'homme anqnel ce 
bonheur ne puisse appartenir plus ou moins y 
suivant l'étendue de la sphère dont il occupe 
le centre. Dans nos conversations familières, 
on dira communément : que la fortune dun 
telnégotiaraf par exemple, n'a rien d'éton' 



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DE SUnT'I^TEBSBOinUÎ. 18& 

Dant ; qu^elle est due à sa probité , h son 
exactitude , à son économie qui ont appelé 
Festime et la confiance universelle. Qui de 
nous n'a pas entendu mille îtàs le bon sens 
du penple dire : Dieu bénit cette Jamîlie / ce 
sont de braves gens qui ora pitié des pauvres : 
ce n'est pas merveille que tout leur réussisse ? 
Bans le monde , même le phis firivole , il n^ 
a pas de sujet qa^'on traite pins volontiers que 
celai des avantages de Thoanéte homme iso- 
lé sm* le faqain le pins fortuné ; il n'y a pas 
d'empire plus nniversel , plus irrésistible que 
celui de 1^ vertu. H faut l'avouer , si le bon- 
hem- même temporel ne se trouve pas U, où 
8era-t41 donc 7 

Mais d'an antre c^ , on concert non moins 
général nons montre, d'âne extrémité de 
l*miîvers à l'antre , 

IilanocMMBtgBnomt tendant lagnfge «m cdae. 

On dirait qoe la verta n'est dans ce monde 
qae pour y souilHr , pour y être martyrisée 
par le vice eflrouté et toujours impuni. On ne 
parle que des succès de l'audace, de la &ande, 
de la mauvaise foi; on ne tarit pas sur l'éter- 
nel désappointement de l'ingénue probité, 
font se donne à l'intrigue , à la ruse , à b 



D,9,t,.?(lb,GOOgI.f 



/16 LES SOIRÉES 

comiptioii, etc. Je ne puis me rappeler sans- 
rire la lettre d'un homme d''esprit qai écrivait 
à son ami , en Im parlant d'un certain person- 
nage de leur connaissance qui venait d'obte- 
nir un emploi distingué : M*** méritût bien 
cet emploi à tous égards , csPBinUiHT il ta- 
obtenu. 

Eneâêt, on est tenté qnelqaefois, en jre- 
{prdant de près , de croire que le vice, dans 
ta plupart des aflàîres, a un avantage décidé 
'. «ur la probité : expliquez-moi donc cette con- 
tradiction t je vous en prie; raille fois elle a 
irappé mon espit : l'universalité ^s hommes 
semble persuadée de deux propositions con.- 
traires. Las de m'occnçrer de ce problème 
fatigant , j'ai fini par n'y plus penser. 



Avant de voos dire mon avis , M. le che- 
valier, permettez , s*U vous plalt , que je vous 
félicite d'avoir lu Louis Racine avant Voltàre. 
Sa muse, héritière(je ne dis pasnniverselle} 
d'une antre muse pins illustre , doit être 
chère à tous les instituteurs; car c'est une 
muse de famille , qui n'a chanté que la raison 
et la vertu. Sî la voLx de ce poète n'est pas 
«datante, elle est douce au moins et too* 



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DE SimT-^TERSBOimO. t87 

{ours juste. Ses Poésies sacrées sont pleines 
dépensées, de sentiment et d'onction. Rons- 
sean marche avant loi dans le monde et dans 
les académies : mais dans l^glise, je tiendrais 
pour Racine. Je voos ai félicité d'avoir com- 
mencé par lui } je dràs toos féliciter encore 
plus de Tavoir appris sur les genoux de vo- 
tre excellente mère, qne j'ai profondément 
vénérée pendant sa vie , et qu'anjourd'hni je 
suis quelquefois tenté d'invoquer. C'est à 
notre sexe sans donte qu'il appartient de for- 
mer des géomètres , des tacticiens , des chi- 
mistes, etc. ; mais ce qu'on appelle TAoTrane, 
c'est-à-dire l'homme moral , est peut-être for- 
mé à dix ans; et s'il ne l'a pas été sur les 
genoux de sa mère , ce sera toujours un 
grand malheur. Rien ne peut remplacer cette 
éducation. Si la mère surtout s'est fait un 
devoir dlmprimer profondément sur le front 
de son fils le caractère divin, on peut être à 
peu près sur que la main du vice ne l'effa- 
cera jamais. Le jeune homme pourra s'écar- 
ter sans doute ; mais il décrira , » vous vou- 
lez me penneUre cette expression, une courbe 
rentrante qui le ramènera au point dont U 
était parti. 



n,9,N..<ir,,G00gIf 



IS CHBTALIBa (riaat). 



Croyez-Toos, moa bon ami, qae la conrbe-» 
A mon ^ard , commence à rebrousser? 



Je n^en doate pas ; et je pois même tous 
en donner une démonstration expéditîre : 
c^est que vous êtes ici. Qael charme vous 
arrache anx sodétés et anx plaisirs pour tous 
amener chaque soir auprès de deox hommes 
Agés , dont la conTersation ne tous promet 
rien d'amusant? Pourquoi, dans ce moment, 
m''entend^-Toiu avec plaisir? c''est que tous 
portez sur le front ce sigpe dont je vous 
parlais tout i Theore. Quelquefois lorsque je 
TOUS vois arrirer de Imn , je crois aussi voir 
à vos cAtés madame votre mère , couverte 
d^m Tétement lumineux , qui vous montre 
du doigt cette terrasise où nous tous atten- 
dons. Votre esjHÎt , je le sais , semble en- 
core se relbser à certaines connaissances; 
mais c'est uniquement parce que tonte vérité 
a besoin de préparation. Un jonr, n'en dou- 
tez pas , vous les goûterez ; et je dois aujour- 
d'hui même vous féliciter sur la sagacité 
avec laquelle vous avez aperçn et mis dans 



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DE SAUTT-PËTBBSBODBO. 189 

tout son jonr nne grande contradiction hu- 
maine , dont je ne m'étais point encore oc- 
cupé , quoiqu'elle soit réellement frappante. 
Oui , sans doute , M. le chevalier , tous avez 
raison : le genre humain ne tarit ni sur le 
boohenr ni sur les calamités de la verta. 
Mais d^abord on pourrait dire aux hommes : 
Puisque la perte et le gain semblent se ba- 
lancer ^ décidei-vous donc^ dans le doute, 
.pour cette vertu qui e^ si aimable , d^antant 
plus que nous n^en sommes pas réduits k 
cet équilibre. En eiTet , la contradiction dont 
TOUS Tenez de parler , tous la trouverez par- 
tout , puisque Tunirers entier obéit à deux 
forces (1). Je Tais & mon tour tous en citer 
un exemple : tous ailes an spectacle plus 
fioorent que nous. Les belles tirades de Lu- 
signan ^ de Polyeucte , de Hérope , etc. , 
manquent-elles jamais d'exciter le plus vil 
enthonûasme ? ÀTez-vons souTenance d'un 
seul trait sublime de piété filiale , d'amour 
conjugal, de piété même, qui n'ait pas été 
profondément senti et couTert d'applaudis- 
sements? Retournez le lendemain, tous en* 



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190 I 

tendrez le même bnût (l)poiir les couplets 
de Figaro. Cest la même contradiction que 
celle dont nous parlions tont à Theore ; mais 
dans le isàt il n"^ a pas de contradiction pro- 
{M-ement dite , car Topposition n'est pas dans 
le même sujet. Vous avez la tout comme 
nous : 

HoaDico, quelle (uerrecrndiel 
Je troundeui bommea eo moi. 

LB CEBTILIEB. 

Sans doute , et même je crob que chacnn 
est obligé en conscience de s'ccrîer comme 
Lonis XIV : ^éh ! que je commis bien ces 
deux hommes~làl 



Eh bien I voili la solnticA de votre pro- 
blème et de tant d^antres qui réellement ne 
sont qae le miême sons différentes formes. 
Cest un homme qui vante très justement les 
avantages , même temporels de la vertu , et 
c'est un autre homme dans le même homme 
qui [Hx>uvera , un instant après , qu'elle n'est 
sur la terre quepoury être persécutée, honnie, 

(t).4«taMife£r'trpcvMrre; oequiniffii à bjosteMederoIwna- 
lMD: mail non pulEmAne indt.la coiucieDce no Ml rien comoMlt 
noDiâK* appbuiliuemcatg mâmcs antaD accent. 



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DE SAUfT-P^RSBOmtG. 191 

égorgée par le crime. Qa'avez-vous donc en- 
tenda dans le monde? Deux hommes qui 
ne sont pas dn même avis. En vérité , il 
n^ a rien là d'étonnant ; mais il s'en faat de 
beaucoup que ces deux hommes soient éganx. 
C'est la droite raison, c''est la conscience qnî 
dît ce qn^elle voit avec évidence : qoe dans 
tontes les professions , dans tontes les entre- 
prises , dans tontes les afiaires , davantage , 
tontes choses égales d'ailleurs, se tronve toa- 
joors da cdté de la vertn; qne la santé , le 
premier des biens temporels et sans lequel 
tous les autres ne sont rien, est en partie 
son ouvrage ; qu'elle nous comble enfin d'un 
contentement intérieur pins précieux nulle 
fois que tous les trésors de ronivers. 

C'est au contraire l'orgueil révolté ou dé- 
pité , c'est Tenvie , c'est l'avarice , c'est rira- 
piété qiû se plaignent des désavantages tem- 
porels de la vertn. Ce n'est donc plos Vhom- 
me, ou bien c''est nn autre homme. 

Dams ces discours encore plus que dans 
ses actions, l'homme e^ trop souvent déter- 
miné par la passion du moment, et surtoot 
par ce qu'on a{q>elle humeur. Je veux vous 
citer à ce propos un auteur ancien et même 
antique, dont |e regrette beaucoup les ou- 



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102 ISS SOIBfiES 

vrages, à raison de la force et dn grand sera 
qui brillent dans les fragments qui nous en 
restent. C'est le grave Ennins , qui faisait 
chanter jadis snr le théâtre de Rome ces 
étranges maximes : 

Taî dit qu'il eal dci dieux ; js le dînti Ktsa cmm t 
Hais je le di> loni , leor prolbiide ngena 
Ne te mêla jsiiuii des cbone d^-bu. 
Si j'énis dam rerreur, ne les Terrioas-Miu pu 
Rùcompeaser le jnilett punir lecoupable I 
Bélai 1 il D'en elt tien. .>.>... 

Et Cicéron nou5 apprend, je ne sais plus 
oh , qne ce morceau était couvert d'applau- 
dissements. 

Mais dans le même siècle et sur le même 
théâtre , Plante ^tait sûrement au mons aosst 
applaudi, lorsqull disait: 

Da haut de M sainte demeure , 



Il nous TWl t nous entend, Dooscdiaemi !obIb Inarei 
Et la plnisambre nuit ne sasTait nous mdiar. 

Voili , je crois ^ un assez bel ezenqile de 
cette grande contradiction humaine. Ici c'est 
le sage , ç^est le poète philosophe qui dérai- 
sonne; et c'est le farceur aimable qui prêche 
à merveUle. 

Mais si tous consentez à me suivre , par* 



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DB SAIST-PÉTEaSBODRG. 193 

tons de Rome et pour un instant allons à 
Jérusalem. Un psaume assez court a tout 
dit sur le sujet qui nous occupe. Fret à con- 
fesser quelques doutes qai s'étaient élevés jadis 
dans son ame , le Roi-Prophète , auteur de 
ce beau cantique , se croit obligé de les con- 
damner d'avance en débutant par un élan d^a- 
mour; il s'écrie : Que notre Dieu est bon 
pour tous les hommes qui çnt le cœur droit! 

Après ce beau mouvement , il pomra 
avouer sans peine d'anciennes inquiétudes : 
J'étais scandalisé , et Je sentais presque ma 
foi s'' ébranler lorsque je contemplais la tran- 
quillité des méchants. J'entendais dire au- 
tour de moi : Dieu les voit-il ? et moi Je 
disais : (Test donc en vain que fai suivi le 
sentier de tinnocence ! je niefforçais de 
pénétrer ce mystère qui fatiguait mon in- 
telligence. 

Voilà bien les doutes qui se sont présen- 
tés plus ou moins vivement à tous les esprits ; 
c'est ce qu'on appelle , en style ascétique , 
des tentations ; et il se hàle de nous dire que 
la vérité ne tarda pas de leur imposer silence. 

Mais je Fai compris enfin ce mystère , 
lorsque je suis entré dans le sanctuaire du 
Seigneur ; lorsque fai vu la fin qu'il a pré- 
I. 13 



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iOi LES somÉBS 

paré aux coupables. Je me trompais^ 6 Dieu. • 
vous punissez leurs trames secrètes; vous 
renversez les méchants ; vous les accablez 
de malheurs : en un instant ils ont péri; ils 
ont péri à cause de leur ini^uîtéf et vous leà 
avez fait dîsparattre comme le songe d'un 
homme qui s'éveille. 

Ayant ainsi abjaré toDS les sophismes de 
Tesprit , il ne sait plus qa''aiiner. Il s^écrie : 
Que puis-je désirer dans le ciel ? que puis-je 
aimer sur la terre excepté vous seul ? ma 
chair et mon sang se consument ^ amour; 
vous êtes mon partage pour t éternité. Qui 
s'éloigne de vous marche à sa perte , comme 
une épouse infidèle que la vengeance pour~ 
suit ; mais pour moi y point d'autre bonheur 
que celui de ni attacher à vous , de riespérer 
qi£en vous, de célébrer devant les hommes 
les merveilles de mon Dieu, 

Voilà notre maître et notre modèle ; il ne 
faut iamais, , dam ces sortes de questions , 
commencer par un orgueil contentieux qui 
est un crime parce qu'il argomente contre 
Dieu , ce qui mène, droit à l'aTeuglementi 
Il faut s'écrier avant, tout : Que vous étef 
ton I et supposer qu'il y a dans notre esprit 
quelque erreur qu'il s''agit seulement de de- 



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OB SiJTTT-fÉTEHSBODIta. 195 

mêler. Avec ces dispositioiis , nom ne tar* 
deroDS pas de tronver la paix, qui noiu 
dédaignera jostement tant que nous ne la 
deDianda*ons pas à son Ânteor. Raccorde i 
la raison tout ce que je lui dois. Uhomme 
ne Ta reçue que pour s'en sernr; et noua 
avons assez bien prouvé, je pense, qu'elle 
n'est pas fort embarrassée par les diilîcultés 
qu'on lui oppose conire la Providence. Too, 
tefois ne comptons poii^ exclusivement sur 
une lumière trop sujette à se tronver éclipsée 
par ces ténèbres du cœur , toujours prêtes 
à s'élercr entre la vérité' et nous. Entrons 
dans le sanctuaire t c'est là que tous les scru> 
pules, que tous les scandales s'évanouissent. 
Le doute ressemble à ces mouches impor- 
tunes qu'on chasse, et qui reviennent too- 
joors. H s'envole sans doute an premier geste 
de la raison ; mais la Religion le toe , el 
franchement c'est un peu mieux.' 

V&. SËRATSUB. 

Je Tôds ':â suivi avec un extrême plaisir 
dans votre exctn^on à Jérusalem; mais per- 
métteB-iùoi d'ajouter encore à vos idées en 
v&ai fàlsaiit observer que ce n'est pas tou- 
jours à beaucoup près l'impiété , ignorance 
13. 



D,g,t,.?(lb, Google 



196 LES somâBS 

ou la légèreté qui se laissent éblouir par le 
sophisme qae toos attaquez arec de si bon- 
nes raisons. LHnjustice est telle à cet égard , 
et l'erreur si fort enracinée , que les écrivains 
les plus sages , séduits on étourdis par des 
plaintes insensées , finissent par s^esprimer 
comme la foule, etsemblent passer condam- 
nation sur ce point. Vous citiez tont-â- 
l'heure Louis Racine : rappelez-vous ce vers 
de la tirade que vous aviez en vue : 

laiortiuie, ilatnattlaricbcwetefuit, 

lUen n'est plus faux : non-seulement les 
richesses ne fuient pas la vertu ; mais il n'y 
a , an contraire , de richesses honorables et 
permanentes que celles qui sont acquises et 
possédées par la vertu. Les autres sont mé- 
prisées et ne font que passer. Voilà cepen- 
dant on sage , un homme profondément 
religieux qui vient nbus répéter après mille 
autres : Que la richesse et la vertu sont 
brouillées ; mais sans doute anssi qu'après 
raille autres il avait répété ^ bien des fois 
dans sa vie , l'antique , l^Dmve^sel, l'infailli- 
ble adage : Bien mal acquis ne profite 
guère (1). De manière que nous roilà obligés 

(I) MMpurta mott dUaiuuw. Ce i«<i*erbc eM de looiei I19 bif 



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BE MinT-pâTEUBOima. 19^^ 

de croire qae les richesses iuieot paiement 
levice et la-vertu. Oùson(>ellesdoBcdegràce7 
SiVon avait des obserrations morales, comme 
on a des observations météréologiques; si des 
observateurs infatigables portaient mi œilpé- 
nétrant surI*histoire des Êuuilles, ou verrait 
que les biens nud acquissont autant d'anathè- 
mes dont Taceomplissement est inévitable 
EUT les indiridus ou sur les iamilles. 

Mais il y a dans les écrivains du bon parti 
qui se sont exercés sur ce sujet, une erreur 
secrète qui me parait mériter qu'ion la mette 
à découvert ; ils voient dans la prospérité 
des méchants et dans les souilrances de la 
vertu une forte preuve de Timmortalité de 
l'ame , ou , ce qui revient au même , des 
peines et àes récompenses de Tautre vie ; ils 
sont donc portés , sans qu''il5 s'en aperçoi- 
vent peut-être , à fermer les yeax sur celles 
de ce monde , de peur dWaiblir les preuves 
d'une vérité du premier ordre sur laquelle 
repose toutTédifice de la Religion; mais j'ose 
croire qu'en cela ils ont tort. 11 n'est pas né- 



gaa et de UHu lea itjla. Ptuon Ta dit ; Ctf ia vtn» qid proMlta 
ridkne*, temmi tlle prtdidl Uiu la avtra tiau, ttat poNi'a qaepof 
HcuLêti. (in ^1. Soc opp., Uni. I , pag. 70.) Cm U lériit uân» 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



f9S I 

cessaiiï, ni même, je pense, permis as dé» 
armer, pour ain^ dire, une Tenté afin tTen 
armer ime antre ; chaque Térlté peut se dé- 
fendre seule : ponrqooi finre des aveux qui 
ne sont pas nécessaires? 

lises, je tous pie , la prennère fois qne 
TOUS en am-ez le temps, les réflexions criti- 
ques de riUustre Leibnitz snr les principes 
de FnfTendorr: vous y lirez en propres termes 
que les châtiments d'une autre vie sont dé- 
montrés par cela seul qu'il a plu au souve- 
rain Maître de toutes choses de laisser dans 
cette vie ta plup/wt des crimes impunis et la 
plupart des vertus sans récompense. 

Hais ne croyez pas qu'il nous laisse la peine 
deleréfnter. Use li&te,dans le mâmeoarrage, 
de se réfuter lui-même avec la supériorité qui 
lui appartient ; il reconnaît expressément , 
ffiienfaisantmêmeabstradion des atOres pei- 
nes que Dieu décerne dans ce monde à la ma- 
nière des législateurs humains^ il ne se mon- 
trerait pas moins législateur dès cette vie f 
puisifu'en vertu des lois seules de la ruOure 
qùUla portées avec tant de sagesse^ tout mé- 
chant ett un EEAmonTixo&DHBNOS (1 ). 

(t) Soumad 4) Jni-mAnc; ensile tilrv Tort conBu f une «ointiîe A 



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DE 8UKT-l>fiTBIt8BODBS. f99' 

On ne saurait mienx dire ; mais dites-moi 
Tons-mémefi comment il est possible que. 
Dieu ajrara prononcé des peines dès cette vin 
à la manière des législateurs, ettontméchaut 
étant d'ailleurs , en vertu des lois naturelles , 

un BOUHBSAn DB LUI-HÂMX , la plupart des cri~ 
mes demeurent impunis (1) ? LlUosion dont 
je vous parlais tout à Thenre et la force du 
préjugé se montrent ici à découvert. Je n'en- 
treprendrai pas inutilement de les mettre 
dans un plus grand jour , mais je veux vous 
dter encore on homme supérieur dans son 
genre , et dont les œuvres ascétiques sont 
incontestablement un des plu^ beanx pré 
«ents que le talent ait £dts à la piété ; le P. 
Bertliier. Je me rappelle qœ sur ces paro- 
les dhm psaume : Encore un moment , et 
rimpîe rf existera plus , vous chercherez sa 
olace , et vous ne la trouverez pas; Il ob- 
serve que si le Prophète n'avait pas en vue 

TCntner. Le Ténjiablo auteur de TEvangilt trjtliguiî n ilit nTfciiuT.int 
(feapril elpIusiTailtOTilé : VU ceir coupablt prend loigcur' amirt lui- 
liant U farli ielajmitx dni'i.e. (Toni. lli, liU* màt.. ^* poiiil.) 

(,\)UibuiKH miiHita i/uirilaiu ail Puffiadûrfii princ'pia, Oii[;,lim. 
lY, port. Kl tP"3' 31T> Lua iiriKécs les plui iinpnrt.inleidoiw grand 
Ikmudw onl élu iniiei 1 b ]wiléï <ïc luul le tuunde dini Ir livre ég!t- 
lemofilbiC'iuiiifaclIndi u'i&uld ih.tfmuadeLeUmkt. Yoff.luBl.n, 
maa. 996 ot S7S. 



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200 LES SOIHÉSS 

la bienheureiue éternité, sa proposition serait 
fausse ; car , dît-il , les hommes de bien ont 
péri f et ton ne connaît pas le lieu qu'ils ont 
habité sur la terre; ils ne possédaient point 
de richesses pendant leur vie , et Von ne -uoit 
pas (jiCils jr fussent plus tranquilles que les 
méchants , yui, malgré les excès des pas- 
sions , semblent avoir le privilège de u SAUTt 
ET O'nm TIB THÉS LONGOE. 

On a pe<ne à comprendre qu'un penseur 
de cette force se soit laissé aveugler par le 
préjugé vulgaire au point de méconnaître 
les vérités les plus palpables. Les hommes de 
bien , dit-il ont péri. — Mais personne , je 
pense , n'a soatemi encore qne les gens de 
bien dussent aTmr le privilège de ne pas 
mourir. On ne connaît pas le lieu qfiils ont 
habité sur ta terre.— Prenûèrement qu'im- 
porte ? d'ailleurs, le sépulcre des méchants 
est-ildcHicplus connu qne celui des gens de 
bien , toutes choses égales entre elles du câté 
de la naissance , des emplois et du genre de 
vie ? Louis XI ou Pierre-le-Cruel fiu%nt-ila 
plus célèbres ou plus riches que saint Loniv 
et Charlemagne ? Suger et Ximénès ne vé- 
curent-ils point plus tranquilles, et sont-ils 
moins célèbres après leur mort que Séjan oq 



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DE .SAmT-PÉTEBSftOO&G. ^01 

Pombal ? Ce qui soit sur le privilège de la 
santé et dune plus longue vie, est peut 
4tre one des preuves les plus terribles de la 
force d'un préjugé général sur les esprits les 
plus faits pour lui échapper. 

Mais il est arrivé ^u P. Berthier œ qui est 
arrivé à Leibnitz , et ce qui arrivera à tous les 
hommes de leur sorte : c^est de se réfuter 
eux-mêmes avec uAe force , une clarté digne 
d'eux ; et de pins, qoaid; au P. Berthier , 
avec une onction digae d'im maître qui ba- 
lance Fénélon dans les routes de la science 
spirituelle. En plusieurs endroits de ses œu- 
vres , il reconnaît que sur la terre même il 
tCy a. de bonheur que dans la vertu ; que nos 
passions sont nos bourreaux ; tfue Cabime 
du bonheur se trouverait dans tabîme de la 
charité; que s'il existait une vi\l'à évangélique, 
ce serait un lien digne de radmiratton des 
anges , et qu'il faudrait tout quitter pour aller 
contempler de près ces heureux mortels. 
Plein de ces idées , il s'adresse quelque part 
 Dieu même ; il lui dit : Esl-il donc vrai 
qt^outre la Jéliàté qui jtC attend danstautrts 
vie , je puis encore être heureux dans celle- 
ci ? Lisez , je vous prie , les œuvres spiri- 
tuelles de ce docte et saint personna^ ; vous 



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à 



S02 ^ ISS smiÉES 

trouverez aïsémjmt les difiërents passage» 
que j'ai en vue , et je suis liiea sûr que tous 
me remercierez de tous avoir fait coimaltre 
ces livres. 

T.lt CHIVilJEB. 

Avouez franchement , mon cher sénateur , 
que TOUS voulez me séduire et m''embarqner 
dans vos lectures favorites.. Sûrement votre 
proposition ne s*aclresse pas à votre complice 
qui sourit. Au reste , je vous promets , si je 
commence, de commencerpaf le P, Berthier. 

LB SÉNATBtra. 

Je vous exhorte de tout mon cœur à ne 
pas tarder; en attendant, jesnîs Hen aise de 
vous avoir montré la science et la sainteté 
se trompant d'abord, et raisowiant comme 
la foule , égarées à la vérité par un noble 
motif, mais se laissant bientôt ramener par 
l'évidence et se donnant à elles-mêmes le 
démenti te plus solennel. 

Voilà donc , si je ne me trompe , deux er^ 
reurs bien éclaircies : erreur de l'orgneil , qui 
se refuse à l'évidence pour justifier ses coii- 
pables objections ; et de plus , erreur de la 
wrlu qui se laisse scduire par l'envie de ren- 



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DE SAnr^4>fiTBB8IIOUHO. 203 

lorcer nue vérité , même aux dépens d^ne 
«atre. Maïs il y a encore une troisième er- 
renr qtû ne doit point être passée sous si* 
leace ; cWt cette foule d^hommes qui ne 
cessait de parler des succès dn crime , sans 
savoir ce que c^est que boohenr et malheur. 
Ecoutez le misanthrope , que je ferai parler 
pom- eux : 

On >ai( qoe ce pleéfloi, digneqn'on hconbode, 
ftrdenloemplob iTealpouuidsiulB momic ; 
El qtM par em aon tort de iplendeut Teiéta , 
^il rougir 1b mârite et gronder h lerlu. 
Cepcodaat lagrimaceal partout bien venue ; 
Ooraccoeilleioaliiirir ; partout il ^insi.iue ; 
Et a^il sst pir la bri^e un rang i diupulir , 
Snr le plui bonndCe homme on le Toit reinporti-r. 

Le théâtre ne nous plalt tant que parce 
qu'il est le complice étemel de tous nos vices 
et de tontes nos erreurs (1). Un honnête 
homme ne doit point disputer un rang par 
la brigue , et moins encore le disputer à un 
pied'plat. On ne cesse de trier : Tous les 
emplois^ tous les rangs , toutes les distinc- 
tions sont pour les hommes gui ne les mé- 
ritentpas. Premièrement rienn'estplusfaux: 

(I) Paiicai poelie rfperiiuii fabulai 

VU boni aitimrrtfiuiii. 

(PUul.opt. iil E)>il.) Onpculle civirc, j'es|H^re. 



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204 LES S(HBfiE9 

(Vaiileors de quel droit appelons-noos tontes 
ces choses des biens ? Vous nous citiez tout 
à rhenre one charmante éptgranune , M. 1« 
chevalin : il mérUait cet emploi à tous 
égards ; cspUDinT il fa obtenu ; k merveille 
s'il ne s'agit qae de rire ; mais s^ faut rai- 
sonner, c'est autre chose. Je voudrais tous 
faire part dWe réflexion qui me vint un jour 
en lisant nn sermon de votre admirable Bour^ 
Baloue ; mais j'ai peur que vous ne me trai- 
tiez encore d^illuminé. 

LE CHETALtEB. 

Comment donc , encore I jamais je n'ai 
dit cela. Tai dit seulement, ce qui est fort 
difiërent , gue si certaines gens vous enten- 
daient y ils pourraient bien vous traiter (Til- 
luminé. D'ailleurs il n'y a point ici de cer- 
taines gens ; et quand il y en aurait , quand 
on devrait même imprimer ce que nous di- 
sons , il ne faudrait pas s'en embarrasser. 
Ce qu'on croit vrai, il faut le dire et le dire 
hardiment ; je voudrais, itCencoûtât-Ugrandt 
chose , découvrir une vérité faîte pour cho- 
quer tout le genre humain : je la lui dirais 
à brùle-pourpoint. 



D,g,„.,.,GO 



DX SUITT-PËTrESBOUBO. 205 

LE SEnATEUa. 

S jamais toos £tes enrôlé dans nne armée 
qnela Providence 1ère dans ce moment en; 
Emt>pe, TOUS serez placé parmi les grenadiers ; 
mais Toici ce qae je voulais tous dire. Je 
lisais un jour dans je ne sais quel sermon de 
Bourdalone un passage où. il soutient sans 
la moindre restriction , yuVi rCest pas permis 
de demander des emplois (1). A tous dire 
la vérité , je pris d'abord cela pour un sim- 
ple conseil , ou pour une df ces idées de 
perfection, inutiles dans la pratique , et je 
passai ; mais bientôt la réflexion me ramena, 
et je ne tardai pas à trouTer dans ce texte le 
sujet d^nne longue et sérieuse méditation. 
Certainement une grande partie àcs maux 
de la société Tient des dépontaires de l^anto- 
rité, mal choisis par le prince; mais la plo- 



(l)Sui*nnt toulei les^parenoes, rmterloailenr ■nileaToereo- 
dnàtoAcegnutd ontenr dh nec tUM «évMléqui panll «ccennvi 

■ Mail qDoil motba^vo», ne wnitil dooc Juuk ponnù 1 oc 
• hoDiDie du monde da déiûer d'être plin gnnd qa!^ ii'eM t Non > 

■ mon cher auditeur , il ne tdui tara yamût ptrmia de to déttrer i 

■ il mua (en permii de l'être quand Dieu le Toudra , quand voir* 

■ roi Youi^dnliaera, quand la mil publiquBTOUijr appellera, eu..i> 
{SenBontnrr£iPi(k vw, ta [•iulûl cimne rambiiiaa, 1"parl.} 

[•Vole lie ftjliitir.) 



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É 



206 i£s sontËES 

part (le ces mauvais choix sont roorrage Az 
ranibition qui I*a trompé. Si tout le monde 
aLlendait le choix au lieu de s'efforcer de le 
détenniner par tons les moyens possibles ^ 
je me sens porté à croire que le monde chan- 
gerait de face. De quel droit ose^-on dire : 
Je vaux mieux ^ue tout autre pour cet em- 
ploi ? car c'est ce qu'on dit lorsqu'on le de- 
mande. De quelle énorme responsabilité ne 
se charge-l-on pas ! il y a un ordre caché 
qu'on s'expose à troubler. Je vais plus loin ; 
je dis que chaque homme , sll examine avec 
soin et lui-même et les antres , et toutes les 
circonstances, saura fort bien distinguer les cas 
oîi l'on est îq^dé, de ceux où l'on force le pas- 
sage. Ceci tient à une idée qui vous paraîtra 
peut-^tre paradcnale ; Ëiites-ence qui vous plai- 
ra. Il ine semble que l'existence et la marche 
des gouvernements ne peuvent s'expliquer 
par des moyens hmnains , pas pins que le 
mouvement des corps par des moyens mé- 
caniques. Meiis agitât molem. Il y a dans 
chaque empire un esprit recteur (laissez>moi 
voler ce mot à la chimie en le dénaturant ) 
qui l'anime comme l'ame anime le corps , el 
qui produit la mort lorsqu'il se retire. 



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DE SAHTT-pftTEBSBODEO. 



Voos domtez on nom nouveau , assez hea> 
reax même , ce me semble , A une chose 
toute simple qoî est rinterrention nécessaire 
d'une paissance sWnatnreUe. On Tadmet dans 
le monde physique sans exclure l'action des 
causes secondes ; pourquoi ne Tadmettrait-on 
pas de même dans le monde politique , oii 
elle n'est pas moins indispensable? Sans son 
ïnteirention immédiate, on ne peat ejq>U- 
quer, comme tous le dites très bien, ni la 
création nî la durée des gonTemements. Elle 
est manifeste dans l'unité nationale qui les 
constitae; elle l'est dans la multiplicité des 
Tolontés qaâ concourent au même but sans 
saToir ce qu'elles font, ce qm montre quelles 
sont simplement employées ; elle l'est sur- 
tout dans l'action merreillense qid se âert de 
celte foule de circonstances que nous nom- 
mons accidenteUes , de nos folies mêmes et 
de nos crimes , pour maintenir l'ordre et sou- 
TCDt pour l'établir. 

LE SËKATEUn. 

Je ne sais si rous avez parfaitement saisi 
mon idée ; n'importe quant à présent. La pois- 



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SOS UU KOUÉBI 

saoce sumatnrelle une fois admise, de qael- 
qne manière qa'elle doive être entendue , on 
peut bien se fier k elle; mais on ne Tatira 
jamais assez répété, nous noos tromperions 
bien moins sur ce sujet , si nous avions des 
idées plos justes de ce que nous appelons 
biens et bonheur, Nons parlons des succès 
du vice, et nous ne savons pas ce que c'est 
qu^n succès. Ce qui noas parait nn bonheur y 
est souvent une punition terrible. 



Vous avez grandement raison , monsieur : 
rhonome ne sait ce qai lui convient; et la 
philosophie même s'en est aperçue, pais- 
qn'elle a découvert que l'homme de lui-même 
ne savait pas prier, et qu'il avait besoin de 
quelque instructeur divin qui vint loi appren- 
dre ce qutl doit demander (1). Si quelque- 
fois la vertu paraît avoir moins de talent que 
le vice pour obtenir les richesses , les emplois , 
etc., si elle est gauche pour toute espèce d'in- 
trigues , c'est tant mieux pour elle , même 
temporellement; il n'y a pas d'erreur plus 



(]] n n'Ml pin» D^trtMlre de cil» ce pmigada Phb»,qol| d« 
UtN dtccgnaJ liaiiiuie,aii«HJi]tDi miU* (iilra. ^ 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE «AINT-PËTERSBOO&fi, 209 

commune que celle de prendre une béné- 
(Ëction pour une disgrâce : n*envions jamais 
rien au crime: laissons-lai ses tristes succès 
la Tertii en a d'autre.':; elle a tous ceux qu'il 
lui est pormis de désirer; et quand elle en 
aurait moins, rien ne manquerait encore à 
rhomme juste, puisqu^îl lui resterait la pabc, 
lapais dn cœor! trésor inestimable, santé 
de Tame , charme de la vie , qui tient lieu de 
tout , et que rien ne peut remplacer ? Par 
quel inconcevable aveuglement semble-tKin 
souvent n'y pas faire attention? D^m câté I 
est la paix et même la gloire : une bonne re 
nommée du moins est la compagne insépa. 
rable de la Tertu , et c'est une des jouissances 
les plus délicieuses de la vie ; de l'autre se 
trouve le remtnxls et souvent aussi IWamie. ! 
Tout le monde convient de ces vérités ; mille 
écrivains les ont mises dans tout leur jour ; 
et l'on rais<Huie ensuite comme si on ne les 
connaissait pas. Cependant peut-on s'empê- 
cher de contempler avec délice le bonheur de 
l'homme qui peut se dire chaque jour avant 
de s'endormir : t/é rCai pas perdu la journée; 
qui ne voit dans son cœur aucune passion 
haineuse, aucun désir coupable; qui s'endort 
avec la certitude d'avoir fait quelque bien , et 
I. U 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



310 LBS SOmtËS 

qui s^érôlle avec de nouvelles forces pom 
devenir encore meilleur? Dépomllez-le , s 
TOUS voulez , de tous les biens que les hom- 
mes convoitent si ardemment , et comparez- 
le à rheurenx , au puissant Tibère écrivant 
de llle de Caprée sa fameuse lettre an sénai 
romain (1); il ne sera pas difficile , je crois , 
de se décider entre ces deux àtoations. Antoni 
du méchant je crois voir sans cesse tout 
Tenfer des poètes , tebbibii£S visu fokm£ : 
ies soucis dévorants , les pdles maladies , Tz- 
gnohle et précoce vieillesse , la peur , tindi- 
gence (triste conseiUère) , les fausses Joies 
de tesprit , la guerre intestine , les furies 
vengeresses , la noire mélancolie j le som- 
meil de la conscience et la mort. Les plus 
grands écrivains se sont œrcés à décri- 
re Tinévitable supplice des remords; mais 
Perse smtout m*a frappé , lorsque sa plume 
énergique nous fait entendre , pendant Fhor- 
reur dune profonde nuit ^ la voix d'un cou- 
pable troublé par des soufres épouvantables , 



(1) nQuennu éoirai^ injoardlmi , Pèi-acoaanbl oDcumiMBl 

■ Touateini-je, ou que doi»je ne |iai voui écrire du toull Si je le 

■ uù moi-m^e , que la dieux et la lUetaa me rancnt pMr ea- 

■ can pJDi hi»Til>Ien:7t que je ne msae:^ pArir ebaqne jour I • 
^T>i:.ADn.VI,e.) 



D,9,t,.?(ib, Google 



DR sAnrr-pfrrEHSBODDe 211 

tratné par sa conscience sur le bord mou" 
vant d^an précipice sans fond, criant à lui- 
même : Je suis perdu t je suis perdu ! et qoe , 
pour achever le tableau^ le poète notu 
montre Tinnocence dormant en paix à cota 
du scélérat bourrelé. 

f.K CHETALIBR. 

En vérité TOUS faites p^ir an grenadier; 
mab voilà encore une de ces contradictioDS 
que nous remarquions tout à Theure. Tout le 
monde parle du bonheur attaché à la vertix , 
et toQt le monde enc<n« parle de ce terrible 
supplice des remords; mais il semble que ces 
vérités jïoient de pores théories ; e^ lorsqu'il 
s''agit de raisonner sur la Providence , on les 
oublie comme si elles étaient nulles dans la 
pratique. Il y a ici tont à la fois erreur et in- 
gratitude, A présent que j'y réfléchis, je vois 
un grand ridicule i ae plaindre des malheurs 
de l'innocence. C'est précisément comme si 
Ton se plaignait que Dieu se plaît à rendre le 
bonheur malheureux. 



Savez-vous bien , M. le chevalier, que S» 
oèque n'aurait pas mieux dit! Bieu , en effet, 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



SI 2 LES somiss 

a tont donné aux hommes qall a préservés 
on délivrés des vices (1). iUnsi, dire que le 
. crime est hem:«nx dans ce monde , et Tinno- 
cence malhem^use , c*est une véritable con- 
tradiction dans les termes ; c'est dire précisé- 
ment que la pauvreté est riche et l'opulence 
pauvre ; mais Thomme est ainsi fait. Toujours 
il se pimndra, toujours il argumentera con- 
tre son père. Ce n'est point assez que Dieu ait 
attaché un bonheur ineffable à l'exercice de 
la vertu ; ce n'est pas assez quHl lui ait promis 
le plus grand lot sans comparaison dans le 
partage général des biens de ce monde; ces 
têtes folles dont le raisonnement a banni 
ta raison ne seront point satisfaites : il fau- 
dra absolument que leur juste imaginaire 
soit impassible ; qu'il ne lui arrive aucun mal ; 
que la ploie ne le mouille pas ; que la nielle 
s'arrête respectueusement aux limites de son 
champ; et que s'il oublie par hasard de pous- 
ser ses verrous , Dieu soit tenu d'envoyer k sa 
porte un ange avec une épée flarabovante , 



(i) Omaia nmla ab tUb (Dciu) rtnwOl j tdtra ttflagUlt , H m- 
- ftoriMM taprotei , tt mMacooMilia, alltuimm cxtmt.HêlkM 
■imtàaemtm «mtJIwm . ( Ses. D* Prue. c n.) 



n,9,N..<i h, Google 



DE SUnr-FËTSRSBODBO. 213- 

âe peur qu'an voleur heureux ae nenaer 
enlever Toret les bijoux du jdstB'(I).. 

LE CfiETALIEB, 

Je vous attrape aussi à plaisanter ,' M. le 
philosophe , mais je me garde bien de tous- 
quereUer , car je crains les représailles ; je 
conviens d^ailleors lûeu volontiers que , dans 
ce cas, la plaisanterie peut se présenter au 
milieu d^tine discussion grave ; ou ne sam^îl 
imaginer rien de pins déraisonnable que cette 
prétention sourde qui voudrait que chaque 
juste fût trempé dans le Styx , et rendu in- 
accessible & tous les coups- du sort.. 



Je ne sais pas trop ce que cW que le sort ; 
mais je vous avoue que , pour mon compte ^ 
îe vois quelque chose encore de bien plus dé- 
nûsonnable que ce qui vous parait à vous 



[t) HttiMiKid qHoqm à Oco allijuli eiiylt Bt beat viriairchtmeriftf 
Oui I uDs doute , oa l'eiige tou* les joim, auiu >*vn appreemir. Qu« 
do iDlcnn ditcouneat ce qi/oa aj^lU: un botatHe kommi , tel qui 
■crotJaU an rira approbaleur 1 ce pMugo ds Sénèque > ilim lur^** 
diuaf i Pareil maUteur kt mail pat arriu ù un richt toqiiiu i m 
gho r'-lA 'fnrrirrntqlfata kOHmUet g<iu. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 

à 



SI 4 LES SOQIÊES 

Texcës de la déraûon : c^est llncoucerablc 
folie qui ose fonder des argoments contre 
la Providence , sur les malheurs de IHnno- 
cence qui n'existe pas, Oii est donc l'inno- 
cence , je TOUS en pcie ? Où est le juste ? 
est-il ici , autour de cette taMe ? Grand Dien , 
ehl qui pouirait donc croire un tel excès 
de délire , si nous n'en étions pas les témoins 
à tous les moments ? Souvent je songe à cet 
endroit de la Bible où il est dit: «.Jevisiterat 
Jèrustdem ai>ec des lampes ( 1 ) . » Ayons nous- 
. mêmes le courage de viâter nos cœurs af&c 
j des lampes, et nous n'oserons plus pronon- 
cer qu'en rougissant les mot de vertu , de 
justice et ^innocence. Commençons par exa- 
miner le mal qui est en nous , et p&lissona 
en plongeant un regard courageux an fond 
de cet abîme; car il est impossible de con- 
naître le nombre de nos transgressions , et il 
ne l'est pas mmns de savoir jusqu'à quel 
point tel ou tel acte coupable a blessé l'or- 
dre général et contrarié les plans du Lég^Ia- 
tenr éternel. Songeons ensuite à celte épou- 
vantable coinmonicadoa de crimes qui existe 
entre les Hommes , complicité , conseil , ex- 

(I) Scrulaii» JcrimdemmUaiiU, (Sopii., I, tS.) 



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DE SilHT-PSTKBSBOUBe. 21 S 

exemple , approbation , mots terribles qu'il 
^udrait méditer sans cesse ? Quel homttie 
sensé pourra songer sans fi^mir à Tactioa 
désordonnée quHl a exercée sur ses sembla- 
bles } et aux suites possibles de cette funeste 
inâuence ? Rarement lliomme se rend cou- 
pable seul ; rarement un crime n'en produit 
pas un autre. Où sont les bornes de la res- 
ponsabilité ? De là ce trait lumineux qui 
étincelle entre mille antre dans le livre des 
Psaumes : Quel homme peut connaître toute 
détendue de ses prévarications ? O Dieu i 
DUrifiez-moi de celles (fue f ignore ^ et par 
donnes-moi même celles daiUrui(\'). 

^rès avoir ainsi médité sur nos crimes , 
il se présente à noos un antre earamen en- 
core plus triste , peut-être , c'est celui de nos 
vertus : quelle efirayante recherche que celle 
qui aurait pour objet le petit nombre , la 
fausseté et llnconstance de ces vertus ! il fau- 
drait avant tout en sonder les bases : hélas ! 
elles sont bien plutdt déterminées par le pré- 
jugé que par les considérations de Tordre gé- 
néral fondé- sur la volonté divine. Une action 



(1) Micta ipàt inlelligii ? Àb oo 
para «rw fwi.(Pt. XVII], 14.) 



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216 LBS SOUËES 

nons révolte bien moins parce qu elle est mau- 
vaise ^ qne parce qu'elle est honteuse. Qoe 
deux hommes An peaple se battent , armés 
chacun de son conteaa, ce sont deux co- 
quins : allongez seulement les armes et at- 
tachez an crime une idée de noblesse et dïo- 
dépendance, ce sera Taction d'un gentil- 
homme ; et le souverain , vainca par le pré- 
jugé, ne ponrra s'empêcher d'honorer lui* 
même le crime commis contre lui-même: 
c'est-à-dire la rébellion ajontée an menrtre. 
L'éponse criminelle parle tranqmllement de 
tinjamie d'nne infortunée qne la misère con- 
duisit à une faiblesse visible; et da haid 
d'un balcon doré, Tadroit dilapidateor du 
trésor public voit marcher au gibet le mal- 
heoreus serviteur qui a volé un écu i son 
maître. Il y a un mot bien profond dans on 
livre de pnr agrément : je l'ai lu , il y a qua- 
rante ans précis , et l'impression qu'il me fit 
alors no s'est point eiTacée. C'est dans on conte 
moralde Marmontel, Un paysan dont la fille a 
été déshonorée par un grand seigneur, dît & 
ce brillant corrupteur : Vqus êtes bien heu- 
reux , monsieur , de ne pas aimer Por autant 
tfue les femmes : vous auriez été un Cartou- 
che. Que faisons-nous communément pen- 



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VE saasT'PtTESsmuKa. 217 

âanl toute notre rie ? ce qui nous platt. S 
nous daignons nous abstenir de voler et de 
tuer , c''est que nons n'en avons nulle envie; 
car cela ne se/ait pas : 

Stdii 
CaaiiùlamrlitiiiiMriimoUtpitUa , 

Ce n'est pas le cibne que nous craignons, 
c'est le déshonneur ; et pourvu que Topinion 
écarte la honte, onmémeysubstitnelagloire, 
comme elle en est bien la maltresse, nous 
commettons le crime hardiment , et Thomme 
ainsi disposé s'appelle sans façon Juste , ou 
tout au moins honnête homme : et qui sait 
s'il ne remercie pas Dieu de n'être pas comme 
un de ceux-ià ? Cest un délire dont la moin- 
dre réflexion doit nous faire rougir. Ce fut 
sans doute avec une profonde sagesse que 
les Romains appelèrent du même nom la 
force et la vertu. Il n'y a en effet point de 
vertu proprement dite, sans victoire sur nons- 
mémes, et tout ce qui ne nous coûte rien, ne 
vaut rien. Otons de nos misémbles vertus 
^ ce que nous devons an tempérament, àl'hon- 



(I) Hab si b blanche lî lie daToUin .adreue un nuirirc Toleptamt, 
toiacurconiinae-l-il i battre njemeair(J>«ri.(*U.lJI, IIA — Il I,' 



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SIS LES SOOtfiKS 

nenr , à ropinion , i Torgadl , A Ilmpai» 
sance et ans circotutances ; que nous reste* 
ra-t-il ? Hélas ! bien peu de chose. Je ne crains 
pas de TOUS le confesser; jamais je ne médite 
cet épouvantable sujet sans être tenté de me 
jeter à terre comme un coupable qui de- 
mande gr&ce ; sans accepter d'avance tous 
les maux qui pourraient tomber sur ma tète , 
comme une légère compensation de la dette 
immense que j'ai contractée envers rétemelle 
justice. Cependant vous ne sauriez croire 
combien de gens , dans ma vie , m'ont dit 
que j'étais un fort hoimête homme, 

LE CHBViLIEB. 

Je pense , je vous l'assure , tout comme cea 
personnes-là , et me voici tout prêt à vous 
prêter de l'aient sans témoins et sans billet, 
sans examiner même si vous n'aurez point 
envie de ne pas me le rendre. Mais, dites- 
moi, je TOUS prie , n^anriez-vous point blessé 
votre cause sans y songer, en nous montrant 
ce voleur public , qui voit , du haut dun 
balcon doré , les apprêts d'un supplice bien 
pins fait pour lui que pour la malbeurense 
victime qui va périr ? Ne nous ramènenez- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



M SAnrr-ptntRSBODHA. 219 

Toos point sans vons en apercevoir, au triomphe 
du vice et aux malheurs de rirmocence ? 



Non ai Térité , mon cher chevalier , je ne 
sois point en contradiction avec moi-même : 
c'est TOUS , avec votre permission , qui êtes 
cBstrait en nous parlant des malheurs de Tin- 
nocence. 11 ne fallait parler que du triomphe' 
du vice : car le domestique qui est pendu 
pour avoir volé un écn à son maître n'est 
pa dn tout innocent. Si la lo! du pays pres- 
crit la peine de mort pour tout vol domes- 
tique , tout domestique sait que s'il vole son 
maître , il s'expose à la mort. Que si d'autres 
Crimes beaucoup plus considérahles ne sont 
ni connns ni punis, c'est une autre question : 
mais, quant â lui , il n'a nul droit de se 
plaindre. H est coupable suivant la loi ; il 
est jugé suivant la loi ; il est envoyé à la mort 
suivant la loi : on ne lui fait aucun tort. Et 
quant au voleur public , dont nous parlions 
tout à l'heure , vous n'avez pas bien saî^ 
ma pensée. Je n'ai point dit qu'il (ixt heu- 
reux; je n'ai point dit que ses malversations 
ne seront jamais ni connues ni châtiées ; j'ai 
dit seulement aue le couj>able a en l'art fux- 



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220 LES SOmÉES 

(jiCà ce moment y de cacher ses crimes, ^ 
qu'il passe pour ce ga'on appelle un honnête 
homme. Il ne Test pas cependant à beancoQp 
près pom- l'œil qui voit tout. Si donc la gontte, 
on la pierre , on quelque autre supplément 
terrible de la justice humaine , viennent loi 
faire payer le balcon doré , voyez-vous là 
quelque injustice ? Or , la sui^sition que je 
fais dans ce moment se réalise à chaque in- 
stant sur tous les points du globe. S*il y a des 
vérités certaines pour nous , c'est que l'homnu 
n'a aucun moyen de juger les cœurs ; que la 
conscience dont nous sommes portés i juger 
le plus favorablement, peut être hoiriblement 
souillée aux yeux de Dien ; qu'il v^ a point 
d'homme innocent dans ce monde; que tout 
mal est une peine, et que le juge qui noosy con- 
damne estinfîniment juste et bon : c'est assez, 
ce me semble , pour que nous apprenions 
an moins à nous taire. 

Mais permettez qu'avant de 6nir je vous 
fasse part d'une réflexion qm m'a toujours 
extrêmement frappé : peut-être qu'elle ne 
fera pas moins d'impression sur vos esprits. 

// n'^ a point de Juste sur la terre (1). 

(t) ffm w komo jHilat ùi icrrà, qm facial bonianei Hoapeceet, 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAIKT'PÈTSaSBODBG. 221 

Celui qui a prononcé ce mot devint lai-méme 
tme grande et triste preuve des étonnantes t 
contradictions de rhomme : mais ce juste' 
imaginaire, je veux bien le réaliser un mo- 
ment par la pensée , et je Faccable de tous 
les maux possibles. Je vous le demande , qui 
a droit de se plaindre dans cette supposition ? 
Cest le juste apparemment ; c'est le juste 
souffrant. Mais c'*est précisément ce qui n'ar- 
rirera jamais. Je ne puiâ m'empêcber dans 
ce moment de songer à celte jeune fille deve. 
noe célèbre, dans cette grandeville, parmi les 
personnes bienfaisantes qui se font un devoir 
sacré de chercher le malheur pour le secou- 
rir. Elle a dlx-hnit ans ; il y en a cinq qu'elle 
est tourmentée par un horrible cancer qui 
lui ronge la t£te. Déjà les yeux et le nez ont 
dispara , et le mal s'avance sur ses chairs 
virginales , comme un incendie qui dévore 
un palais. En proie aux sooflrances les plos 
aiguës, une piété tendre et presque céleste 
la détache entièrement de la terre, et semble 
la rendre inaccessible ou indiflerente à la 



&].)IUTaJl élddît depun longtemia t QMmllKiiitt 
vt1t,€t UJMiu appartankmalitrtfgttéMertaari». 
<Iob,XV,Ur<S.) 



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£22 LSS SMBftBS 

douleur. Elle ne dit pas comme le Ëtslneiusto^ 
cien : O douleur! tu as beaufaire^ lu ne me 
feras jamais convenir tfite tu sois un mal. Elle 
fait bien mieux : elle n^en parle pas. Jamais il 
nVst sorti de sa bouche que des paroles d^a- 
mour, desoamissioaetderecoQuaissance, L1- 
naltérable résignation de cette fille est derenne 
une espèce despectacle; et comme dfmsles pre- 
miers siècles du christianisme , <m se rendait 
au cirque par simple curiosité pour y voir 
BlanâJne^ Agathe-, Perpétue y Uvrées aux 
lions oa aux taureaux sauvages , et que plus 
d'un spectateor s^en retourna tout surpris 
d'être chrétien; des curieux rieiment aussi 
dans votre bn^rante cité contempler la jeu- 
ne martyre livrée au cancer. Comme elle 
a perdu la toc , ils peuvent s'approcher 
d'elle sans la troubler , et plusieurs en ont 
rapporté de meilleures pensées. Un iourqn''oQ 
lui témoignait une compassion particulière 
sur ses longues et cruelles insomnies : Je ne 
suis pas } dît-eUe , aussi malheureuse que 
voiu le croyez , Dieu me fait la grâce de 
ne penser qu'à lui. Et lorsqu'un homme de 
bien, que vous connaissez, M. le sénateur, 
im dit un jour : Quelle est la première grâce 
que vous demanderez à Dieu , ma chère en- 



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DB sautt-pétersboum. 223 

*anl , lorsque vous serez devant lui ? Elle 
répondît avec une naïveté évangélîqne : Je 
lui àemanâerai pour mes bienfaiteurs la 
grâce de Taimer autant que je Faime, 

Certainement , messieurs , si TimioceDce 
existe quelque part dans le monde , elle se 
trouve sur ce lit de douleur auprès duquel 
le mouvement de la conversation vient de 
nous amener un instant; et A Ton ponvatt 
adresser & la Providence des plaintes r^on- 
nables, elles partiraient justement de la bou- 
che de cette victime pure qui ne sait cepen- 
dant que bénir et ûmer. Or , ce qne nous 
voyons iù on Ta toujours vu , et on le verra 
jnsqn'à la fin des siècles. Plus Thomme s'ap- 
prochera de cet état de justice dont la perfec- 
tion n^af^iartient pas à notre faible nature , 
et plus vous le trouverez aimant et résigné 
jusque dans les situations les plus cruelles de 
la vie. Chose étrange ! c''est le Aime qui se 
plaint des soufirances de la vertu ! c''est tou- 
jours le coupable, et souvent le coupable , 
heureux comme il veut Tétre , plongé dans 
les délices et regorgeant des seuls biens qu*il 
estime , qui ose quereler la Providence lors- 
qu'elle juge k propos de refuser ces mêmes 
biens à la vertu I Qui donc a donné à ces té< 



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à 



S2-i LES SOIBiES OB tbAirïT-PÉTXaSBOinie. 

méraires le droit de prendre la parole aq 
nom de la verta qui les désavoue avec hor- 
reur , et d'interrompre par d'insolents blas- 
phèmes les prières , les offrandes et les sa- 
criiices volontaires de rameur ? 

LB CHEVALKR. 

Âh ! mon cher ami , que je vons remercie ! 
Je ne saurais vous ei^rimer & quel point je 
suis touché par cette réflexion qui ne s'était 
pas présentée h mon esprit. Je l'emporte 
dans mon cœur , car il faut nous séparer. 
U n'est pas nuit y mais il n^est plus jour , et 
déjà les eaux hnmissantes de la Neva an- 
noncent l'heure du repos. Je ne sais, an reste, 
si je le trouverai. Je crois que je révérai 
beaucoup à la jeune fille; et pas plus tard que 
demain je chercherai sa demeure. 

LE SfiNATEDR. 

Je me charge de vous y conduire. 



wix ao tbwsiAhb ehthbtieii. 



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NOTES DU 71\0IS1EME E!4TaETlEN. 



N"I. 

(P<(a 1M. Hihi I il n'ea M rim...) 
Ego dtùM gaua t4tt temper Mxi ei dleaat taUliaii ; 
Snf «M DM cn-orc opàur quid agaf bomimun gmat. 
Mur fi emtnl, bené bomnit, tnolif malt, qmiD Nimc um. 
(Snnftu qp. Occr., dt Dis. H, 5(1.) 

V<v. pour riolifrilé da leile, b note itXWrel mit cet mdroil. 



(FigalSI. CemorcMnéUit conrertd'apfilnidîaciMaU.) 
Magmpkaim lognUur awcnrrénfepopHla. (Oc. iUd.) 



(Page 192. El Ii ^oi «ombra nnit ne Murait nona cacher.) 
En noTiCTO dedi qui iptee not seritaia andirque tt vidtl. 
U, Hfi ru nu Aie tnAatrit, protnde i'IIbri iUic airaveril; 
Btnt meraili btnt pnijutrii ; mtàèmrreml par rril. 

(Hanl., Capl. n, 11— 63— 69.) 
Tag. daoi lea aarrei de Raciiiv la iradnctioo tte> Ljmne* tio liti- 
^aire romaiD 1 liauda : Lux ttet tiirgii tmna, eic. — On ne m 
ilgylerail gujr« que d*Ri cet eudraîl il a Indnit Plaute. 

I. 15 



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rr. 

( Pag» 194. Gnaae l« msaga fao bmame qui l'inalle.) 
(f/àmboaMlmulBeai UÊgidreaoïmi eot^! (Pi.hXJB, t.'MH 
^laan paie moU imt peda.... paean paxaloruui vSdeat, (9 — S)... 
EldixermU: f^amadodlDtml {H).„El^xi : r-rqo tinè emaà jialh- 
feati cor meum, cl lavi iiaer iratMemet mmia mtati (l 'S),., £i(MtoH- 
faim u cogiUMcertia koe : Joior M oMc me. (16)..,. flonee bOrtm m 

propter di>ktpetdâilHt, ibitdttl tM.(lfSj.^ PaeH timtbidtÊ«h^o~ 



niau nrgaiaia:^\9 — SD.) 

Bidenit , duit Im PriDOpei de monls qa'i] a compoifc «fapréi Ira 
Caratéiùtiqaei de SbiAenborftCttsBe paKoga de David tpaitwtûti 
ml ptilel melt somme nn doute fi^ dani Tesprit da pniphèle, cl uns 
dira un motdeoaqùprtcUenidecsqu! luîl. lenncsse îocoosidMel 
qouid tu porta It main mr qadqae lirre de cca bommci per*en , 
■wmenMoiqBe ta friWM^rl ^ealilé gnt Uer manqM, ^etf imijaara 



(Pagelïi.DiicAébRr denot les lKwmeaIe«mcn«tIlei damen 
Dieu.) 

Qdd cnfa mUii est in etdo , tia tt gaid p«lid nper (rrmiB ? 
(Pi. LXXn, 3S.} Defedi canmoi tî cor meam, Deut «sNKinwief 
pE>«tiKaDn«fni)rMniiM.(36)...0aia MecçuriongoitlM àKperi' 
tlOtf, pcrdidâd onma qid Jornicantar ebi le, (2T).,.. KU aiOrm 
ailumre Deo huttan t>t , poaere In Dto meo ipen meai / M mnw» 
(i«m ovuKtprtrdiaiiiBna fiou inponUJlUm Sloa. (tS.) 

VI. 

( Page tôt . Et qa^l bedmït tout quitter pour dier mntenphr d* 
prdiCM heureux morlela.) 

Toj. Ejflteailotit dei Piaianea, lom. [1 ; Fs. XXXVI, S ; jm^.TT— 
Jt—Sl. luflex, ^rù., tom. ITipe;. 43S, etc>Si)ea'arû( cnint 



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St TROISlilU! EHTRBTIBII. ?27 

i" ftmer 1m hmet itiot nota, j'tonûi cîii niw foula ds pwngei 1 
l'appui de M que dit ici Vua dea ialerlocQlaan, Js me bonierai i 
quelque* mita Tr^put* de l'e^pto de prijre qD'Q iadif ue ici d'une 
waDÎ^ générale. 

■ Ea^41 doH Tr«i que oalra la félidU qui m'ittend daai b cAoU 
-> ptlrie, je pm «uai me Snuet d'dtre heureux daiu oetle tîb nor- 
-■ teDet Le bonheur De m trouve doua la pDaaemoD d'aucun liien de 

• nnieode... Ceoi qui en joaiaaaal as plaij^enl tMn de baitoatÎM 

■ oàiliaoat, lia diùreot toua quelque cbeae qa'3) n'iat paa, ou 

• qudqoeanveque ce qu'ila onLlfuD lulre cAié, tout lea nuBKqai 

• incKidcnt la faoe do la terre nntfrowra^ilarfeaa,.!.., gmJ noua 

■ pnMnUM CmNifw de fafir déehataé pour rmdrs Flmmn» noUa»- 

■ raa Fuiaeul-ila ao plu» haut point de la ^re et duia le ada 

1 néaw dea plrâ'n, le* bontmea qui n'ont pai comprii la iroie doo- 

■ Irine, aérant maflwureaij parce que lea biens aoni ÎDcq»l>lea de lea 

■ uliafaire : ccui, aacoutrairetquioatrefii la parole de rie... mar- 
ie ebent dant la rooie dn bonheur, qtumd iti tertùtnt tatmt livret à 
a lowet Itê caJamflA JonporeSn..., En paraouml lea aonalea de 
a VoDiTers.... je se tronte le bonbeor que dana eeux qui ont poriâ 
a lejongaiaubleetI6ger del'EMngîIe,... foire loi eil droiit, tt eltt 

■ mqifidb/ofalactrara. (h.XTIO, 9.),...Elleprocorenaéutde 

■ repoa, ds oaulattenenl, de 4â>ce* même, qui aarpatM toal wali- 
« ment.... elquiinhHatemémeanmDieadeelribnlMloBa..., JuMH- 
•I (nifre, dit le Sage, (Ecdi., XU, U—it,')maOiaireiueimpialiU 
a rhmaïUau IaiMMic(lai....LetrouUe,laperpleiiié,ledéMspoir 

■ méme,reroaI, d<iMttvJ(,leiounnent deaeoaemiadeTOireloi.i» 
Birthier, Rt!|b*. i^plril., IMn. I, i** méiit„«PTéOet.,p<ig. iSS 
etanèr, (ItoUdeFEdilaa-.J 

VU. 

(Pagg 910. Autour du médiani je croia voir uiaa ceaae tout l'enfer 
éc» poètes, la loueit dAvrùmt, ht pâles maladltt, etc., eu.) 
Vatibidim ertu Ipium, priniln/n* HifintiboM Orei 
LucluM ttultritetpimtrteublUacara; 
Pallenlesqae habilanl morbi, Iristisque tennlvi, 
El medu, etmalaaadafamei, ri lurpit égalai, 
Terri^ltt vita/ormmi UÛBaïqiie, tabor^iu ; 



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~?38 KOTBS 

Tm cMM^antm luNtoptr, ET MALi UEltTIS 
GâCDIà, mortfftnmgiie adverte in Uame beUnn, 
nrrcjfac Btmtnlibaii fkalaml, tl (fficonfla demtru, 
Vtptrana criaam vlISt ùmexa crwtnIiM, 

(Tirg., Sa. VI, 3T3— 3S0. 
Hj kun tTÙtédemonkduuMimciUiffpiâJamtMtf^aiHUa, 



(Page SlI.Te po^lB Twamoairt'nDaoceneR dormaâlen iiu*4 
«Aie du tc&àni boorrelé.} 

ÂntnagUùtralnprndau'Iaqtttinibaïauli 
ArpsTcof wbir ctniea urndi, tnta, 
fmu* fmdpiia ipiàm li tM dital, et âtM 

(A. Itet., BM. 10» 40— U^ 



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QDATRIËHE ENTRETIEN. 



EB. COMTE.. 

Je me- rappelle un scmpnle de M. le che< 
valier : il a bien falla pendant longtemps 
avoir Tair de n*y pas penser ; car il y a dans 
les entretiens tels que les nâtres, de Téritables 
courants qui nous font dériTa* malgré nous : 
capendant il faut rereiùr. 

IS CBBTiUER» 

Taî bien senti que nous dénnons ; mais 
dès que la mer était parfaitement tranquille 
et sans écneils , que nous ne manquions d^ail- 
leors ni de temps ni de TÎTres, et qae nous 
n'^avions de pins ( ce qui me parait le point 
essentiel) rien à faire chez nous, U ne me 
restait qae le plaisir de Toir du pays. Ad 
reste , puisque vous voulez revenir , je n*ai 
point oublié que , dans notre wcond entre» 



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230 tss soiBâES 

tien, on mot que voas dites sur la pnlic: 
me fitéproaTer mie certaine peine, en révetl- 
bnt dans mon esprit des idées qni Tavaieut 
obsédé plus d*wiQ fois ; rappele«-moi les t^ 
très , je tous en prie. 



Voici comment je fos conduit i von» 
parler de la prière. Tout mal étant on châti- 
ment , il s'ensuit que nul mal ne peut être 
regardé comme nécessaire , pQisqa''îl pouvait 
Atre prévenu. L*ordre temporel est , sur ce 
point comme sur tant d'autres, limage d^on 
cvdre supérieur. Les supplices n'étant rendus 
nécessaires que par les crimes , et tont cii* 
me étant l'acte d'une volonté libre , il eu 
résulte que tout supplice pouvait être préve- 
nu, puisque le crime pouvait n'être pas com- 
mis. J'ajoute qu'a[M*è$ même qu'il est com- 
mis , le ch&liment peut en>:ore être [devenu 
de deux manières : car d'abord les mérites 
du coupable ou même ceux de ses ancêtres 
peuvent faire éqnilibre à sa faute ; en se* 
cond lieu , ses ferventes supplications ou 
:elles de ses amis peuvent désarmer le sou> 
verain. 

Une des choses que la philosophie ne cca«e 



» D,9,t,.?(ib,Googlc 



DE SAIHT-PfiTBHSBOTJBS. 23f 

de nons répéter , c'est qu'il faut nous garder 
de faire Dieu semblable à noua. J'accepte 
Tavis , poorvn qnVUe accepte à son tour celui 
de la Religion, de nous rendre semblables à 
Dieu. La jostice divine peut être contemplée 
et étudiée dans la nâtre , bien pins que nous 
ne le croyons. Ne sarons-noos pas que nous 
avons été créés à timage de Dieu; et ne" 
nons a-t-il pas été ordonné de travailler ^ 
nous rendre parfaits comme lui? J'entend» 
bien que ces mots ne doivent point être pris 
à la lettre ; mais toujours ils nous montrent 
ce que noua sommes ^ puisque la moindre 
ressemblance avec le souverain Etre est un 
titre de gloire qu'aucun esprit ne peut conce- 
voir. La ressemblance n'ayant rien de com- 
mun avec l'égalité , nous ne faisons qu^iser 
de nos droits en nous glorifiant de cette reft> 
semblance. Lui-même s'est déclaré notre père 
et Yami de nos âmes (1 ). L'honome-Dieu nous 
a appelés ses amis , ses enfants et même ses - 
frères (2) ; et ses apôtres n'ont cessé de nous 
répéter le précepte d'efre semblables à lui. Il 

(l)Sap.,XI,27. 

(S)Mdû ■cuIcmcDl «pri^Ki riaamclion, quanl'aa lilra Anfièrt 
i^ol uoercuuniueds Bounblouu (luu un rragmuiilqgM Doaia ku'xl 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



232 ISS somâES 

ii*y a donc pas le moindre doute sur eetfe 
augo&te ressemLlance ; mais Thomme s'^est 
trompé doublement sur Dieu ; tantât il Va 
fait semblable à Thomme en lui prêtant no& 
passions; tantdt, an contraire, il s'est trompé 
d^une manière plus humiliante pour sa na* 
ture en refusant d'y reconnaître les traits- 
divins de son modèle. Si Thoninie sait dé- 
comnr et contenqtler ses traits ^ il ne se 
trompera point en jugeant Dieu d'après sa 
créature chérie. Il suffit d'en juger d'après- 
toutes les vertus, c'est-à-dire d'après tontes 
les perfections coidraires à nos passions; per- 
fections dont tout homme se sent suscepti- 
ble, et que nous sommes forcés d'admirer 
an fond de notre coeur , lors même qu'elles 
nous sont étrangères (1). 

Et ne TOUS laissez point séduûe par les 
théories modernes sur l'immensité de Disa ^ 
âur notre petitesse et sur la folie que nous 
commettons en voulant le jnger d'après 
nous-mêmes : belles phrases qui ne tendent 

<l)Leii Piaamei prétcDlcnl ane bonne Ir^n contre l'erreur «nn- 
lnirc,etc(illelG^npraaTElniLTild : aVom avez ^I alliance a<rrela 

• vuleur ut (ncc i'ailullcrc ; vouv bouclie regorgeall de nHilice. Vous 
«avez jinrU (DDlremlrc fr^rc, contre la fila de loIr* mérc , droit 

• aivt cru tnulit crimiMUtmefi qurjt vomreMtembtaù. » {Pt.y.U'Ii, 
ilt-tt.) Ulilkiit3girauiri.'iiK:iu el cniin di; iinHiic. 



n,9,N..<ir>,G00gIf 



DE SilNT-PfiTEaSfiOUfiG. 133 

poïat & exalter Dieu, mais à dégrader Thom- 
me. Les intelligences ne peuvent différer 
entre elles ^ qu'en perfections , comme les 
Ggures semblables ne peuvent différer qu'en ' 
dimensions. La courbe que décrit Uranus 
dans l'espace , et celle qui enferme sous la 
coque le germe d\m, colibri , diffèrent sans 
doute immensément. Resserrez encore la 
seconde jusqu'à I atome , ouvrez Vautre dans 
rinfiui y ce seront toujours deux elBpses , et 
vous les représenterez par la même formule. 
S^ ny avùt nul ra]^rt et nulle ressem- 
blance réelle entre TinteUigence divine et la 
uAtre , comment l^ine aurait-elle pu s'unir à 
l'autre , et conmient rhomme exercerait-U 
même après sa dé^^dation , un empire aussi 
firappant sur les créatures qui renvironnent ? 
Lorsqu'au commencement des choses Dieu 
dit : Faisons t homme à notre ressemblance , 
il ajouta tout de suite : Et <fiûil domine sur 
tout ce {jui respire; roilà le titre originel de 
rinrestitore divine : car rhomme ne règne 
sur la terre que parce qu'il est semblable à 
Dieu. Ne craignons jamais de nous élever 
trop et d'affaiblir les idées que nous devons 
avoir de l'immensité divine. Pom- mettre l'iu- 
liiii entre deux termes , il n'est pas nécessaire 



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234 LB& sontfiES 

d'en abaisser un ; il suffît d'élever Tantre sans 
limites. Images de Diea sur la terre , tout ce 
qne nocs avons de bon loi ressemble; et 
VGOS ne samtez croire combien cette soblime 
ressemblance est propre à éclaircir une foule 
de questions. Ne soyez donc pas surpris si 
j'insiste beaucoup sur ce point. PTayons, par 
exemple , aucune répugnance à croire et à 
dire qu'on prie Dieu , comme on prie nn sou- 
verain , et que la prière a , dans l'ordre su- 
périeur comme dans Tautre , le pouvoir 
d'obtenir des grâces et de prévenir des manx: 
ce qui peut encore resserrer l'empire do 
mal jusqu'à des bornes également inassig- 
oables. 

LE CHETALIEB. 

Il faut que je vous le dise franchement : 
le point que vons venez de traiter est un de 
ceux où , sans voir dans mon esprit aucune 
dénégation formelle ( car je me suis fait sur 
ces sortes de matières une théorie générale qm 
me garde de toute erreur positive ) » je ne 
vois cependant les objets que d'une manière 
confuse. Jamais je ne me suis moqué de mon 
curé lorsqu'il menaçait ses paroissiens de la 
grêle ou de la nielle , parce qu'ils n'avaient 



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m SAINT-piTEBSBODIlG. 27^ 

pas pay^ la dlme : cependant j'observe un or- i 
dre si iovariable dans les phénomènes physi- 
' gQes, qneje ne com^n-ends pas trop comment - 
les prières de ces panvres petits hommes | 
poorraient avoir qnelqne inSnence sar ces j 
phénomènes. L'électricité , par exemple , est 
aéc'essaire an monde comme le fen on la la- 
mière : et pnisqa'îl ne peot se passer d'élec- 
Iricité , comment pooirait-il se passer de ton- 
nerre ? La fondre est an météore comme la 
rosée; le premier est terrible pour nona; 
mais qu'importe i la nature qai n''a peur de 
rien? Lorsqu'on météorologiste s^est assuré 
par une suite d'observations exactes, qu'il doit 
tomber dans un certain pays tant de pouces 
d'eau par an, il se met à rire en assistant A 
des prières publiques pour la pluie. Je ne 
l'approuve point : mais pourquoi vons cacher 
que les plabanteries des physiciens me font 
éprouver nn certain malaise intérieur , dont 
je me défie d'autant moins que je voudraLs 
le chasser? Encore une fois; ]e ne veux point 
argumenter contre les idées reçnes ; mais 
cependant faudra-t-il donc prier pour que la 
foudre se civilise, pour que les tigres s'appri- 
voisent et que les volcans ne soient plus que 
des illaminations ? Le Sibérien demandent- 



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S36 tES S01RBS9 

t-îl au cîel des oliviers , on le FroT«içaI dit 
tlukwa (1) ? 

Et que dironSMions de la guerre , sajet. 
éternel de nos supplications oa de nos actionS' 
de grâces ? Partout on demande la victoire y 
sans pouvoir ébranler la règle générale qui 
Tadjuge aux plus gros bataillons^ L^jus- 
tice sous les lauriers tratuant à sa suite le bon 
droit vaincu et dépouillé , ne vientelle pas nous-' 
étourdir tous les jours avec ses insupporta- 
bles Te Deiim ? Bon Dieu ! qu'a donc de- 
conunun la protection céleste avec toiUes ces- 
horreurs que i''ai vues de trop près ? Toutes- 
les fuis que ces cantiques de la victoire ont 
ti^ppé mon oreille , toutes les fois-mènie qae- 
Yy ai pensé ^ 

Je n^ùceuédflToîrKiaieM Telennde nuit 

Qui , dans ua diemin créai , mu [ambour et Kioa bruit ,, 

Diacrèlement innés de ubrea et d'échelles , 

Anasùnent d'abord cinq ou sîi *entinelle« ; 

Puta, moDUnc Icstemeut aui murs de ladlé, 

où les paurrea bourgeois donuaienl en sArclù r 

Parlent dans leur logis le ter aiec le* Oamniei , 

Poignardent les maris , désltonorenl les Temmes r 

Ecrasent les enlanU, et, las de liintd'eirorti. 

Boivent lennd'aulniisur des monceaui de morti. 

Le lendemain malin on les mène i l'ûglisa 

Ben Jrc grice au UiuDicuik leur niriile eolrcprlsot 

<1) Pvtile baie rouge dont au lait en Busuc des couSlures et un* 
ItObUn acidulé ■ saine ot iigr&tblc* 



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DB SJINT-PÈTERSBOnaG. S37 

Lof chuiM CD btÎD qu'il «M \ear Aigae appui ; 
Que dan* b TÎlle «n feu l'on n'eût rien fait nna lui ; 
Qu'on oe peut ni Tialer ni musacrer ran monde , 
Mi biftier k* dté» n Dien ne nom Mconde. 

LB COMTE. 

Âh ! je TOUS y atlrape , mon cher chevalier, 
vous citez Voltaire; je ne sois pas assez sé- 
vère pour vons priver du plaisir de rappeler 
en passant quelques mots henrenx tombés 
de cette pimne étincelante; mais vous le ci- 
tez comme autorité , et cela n^est pas permis 
chez moi. 

LB CHBTALIEB. 

Oh! mon cher ami, tous êtes aussi trop 
ranctmeirc envers François-Marie Arouet; 
cependant il n'^dste pins : comment pent-on 
conserver tant de rancune contre les morts? 



Mais ses œuvres ne sont par mortes ; elles 
vivent, elles nous taent : il me semble que 
ma haine est suffisamment justifiée. 

LB CBSVILIBB. 

A la bonne heure ; mais permettez-moi de 
TOUS le dire , il ne faut pas que ce senti- 



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^38 us SOIBÉBS 

ment , quoique bien fondé dans son piîn- 
cq>e , nous rende injustes envers un si beau 
génie , et ferme nos jeux sur ce talent uni- 
Tersel qu'on doit regarder comme une bril- 
lante propriété de la France. 



Beau génie tant qu'il vous plaira , M. le 
chevalier; il n''en sera pas moins vrai qu'en 
louant Voltaire, il ne faut le louer qa'aveo 
une certaine retenue , j'ai presque dit , & con-, 
tre-cœur. L^admiration elTrénée dont trop 
de gens TentonreiU est le signe infaillible 
d'une Âme corrompue. Qu'on ne se fasse 
point illusion : si quelqu'un f en parcourant 
sa lùbliothèqae , se sent attiré vers les (Sw 
très de Ferne^ , Dieu ne l'aime pas. Souvent 
on 8*est moqué de l'autorité ecclésiastiqaequî 
condamnait les livres in odîum auctoris ; en 
vérité rien n'était plus juste : Refusez les hon- 
neurs du génie à celui (fui abusede ses dans. 
S. cette loi ébût sévèrement observée , on 
Terrait bientôt disparaître les livres empoi- 
sonnés ; mais pmsqu^U ne dépend pas de nous 
de la promulguer, gardons-nous au moins de 
donner dans l'excès bien plus répréhensU>le 
qu'on ne le croit d'exalter sans mesure les 



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DE SAinT-F6TEBS^TTB&. ^39 

écrivains coupables , et celai-lâ sortuat. Il 
a prononcé contre lui-même , sans s'en aper- 
cevoir , un arrât terrible , car c''est Icû qui a 
dit : Un esprit corrompu rje fut Jamais su- 
blime. Rien tfest plus vrai , et poorquoi Vol- 
taire, avec ses cent volâmes, ne fut jamais 
qae/o/t; j'excepte la tragédie, oîi la nature 
de rouvn^ le forçait d'exprimer de nobles 
sentiments étrangers à son caractère ; et 
même encore sur la scène , qui est son triom- 
phe , il ne trompe pas des yeux exercés. 
Dans ses meiUeores pièces , il ressemble à 
ses deux grands rivaux, comme le pltis ha- 
bile hypocrite ressemble à un saint. Je n'en- 
tends point d'ailleurs contester son mérite 
dramatique, je m'en tiens à ma première 
observation : dès que Voltaire parle en son 
nom, il n'est que yo//; rien ne peut l'échauf- 
fer, pas même la bataille de Fontenoi. // 
est charmant , dit-on : je le dis aussi , mais 
i'eirtends que ce mot soit une critique. Du 
reste , je ne puis souffrir l'exagération qui le 
nomme universel. Certes , je vois de belles 
exceptions à cette universalité. Il est nul dans 
l'ode : et qui pourrait s'en étonner ? nmpiélé 
réfiéchie avait tué chez lui la flamme divine 
de l'enthousiasme. Il est encore nnl et 



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240 i:es soiafiBS 

même jusqu'au ridicule dans le drame lyii 
que , son oreille ayant été absolument fermée 
aux beautés harmoniques comme ses yeux 
rétaieot à celles de Tart. Sans les gem«s 
qui paraissent les plus analogues k son talent 
naturel , il se traîne : il est médiocre , froid , 
etsouTent (qui le croirait?) lourd et grossier 
dans la comédie ; car le méchant n'est ja- 
mais comique. Far la même raison, il n'a 
pas sa faire une épigramme , la moindre 
gorgée de son fiel ne pouvant couvrir moins 
de cent vers. SU essaie la satire , il glisse 
dans le libelle ; il est insupportable dans 
rhistoire , en dépit de sou art , de son élé> 
gance et des gr&ces de son st^le ; aucune 
qualité ne pouvant remplacer celles qm lui 
manquent et qui sont la rie de rhistoire, la 
gravité ^ la bonne foi et la dignité. Quant à 
son poème épique , je n''ai pas droit d^en par- 
ler : car pour juger un livre , il faut Tavrar lu, 
et poia> le lire il faut être éveillé. Une mono- 
tonie assoupissante plane sur Lt plupart de 
ses écrits , qui n'ont que deux sujets , la bible 
et ses ennemis : il blasphème ou il insulte. 
Sa plaisanterie si vantée est cependant loia 
d*être irréprochable : le rire qu'elle excite 
n^est pas légitime ; c'est une grimace. N'avez 



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DE SAINT'PÉTEHSBOnBG. 241 

vons jamais remarqué qae Tanathème divin 
fut écrit sur son visage ? Après tant d^années 
il est temps CDCore d'en faire rexpérience. 
Allez contempler sa Jïgure an palais de VEr- 
mztage : jamais je ne la regarde sans me fé- 
liciter de ce qu'elle ne nous a point été trans- 
mise par quelque ciseau héritier des Grecs , 
■ qui aurait su peut-être y répandre un certain 
beau idéal. Ici tout est naturel. Il y a autant 
de vérité dans cette tète qu'il y en aurait dans 
on plâtre pris sur le cadavre. Voyez ce front 
abject que la pudeur ne colora jamais , ces 
deux cratères éteints où semblentbonillonner 
encor la luxure et la haine. Cette bouche. 
— Je dis mal peut^tre, mais ce n'est pas ma 
faute. — Ce rictus épouvantable , courant 
d'une oreille à l'autre , et ces lèvres pincées 
par la cruelle malice comme un ressort prêt 
à se détendre pour lancer le blasphème ou 
le sarcasme. — Ne me parlez pas de cet 
homme , je ne pms en soutenir l'idée. Ah ! 
qu'il nous a fait de mal ! Semblable à cet 
insecte, le fléau des jardins, qui n'adresse ses 
morsures qu'à la racine des plantes les {dxis 
précieuses , Voltaire , avec son aiguillon , 
ne cesse de piquer les deux racines de la 
société, les femmes et les jeunes gens; il les 
1. 16 



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J 



242 LES SOIRËHS 

imbibe de ses poisons qa^ transmet ainsi 
-d^nne génération à Pantre. C^est en Tain que , 
ponr Toiler dHnexprimables attentats , ses 
stapides admirateurs nous assourdissent de 
tirades sonores où il a parlé supérieurement 
des objets les plus vénérés. Ces aveugles vo- 
lontaires ne voient pas qu'ils achèvent ainsi 
la condamnation de ce coupable écrivain. 
Si Fénélon, avec la même plume qui peignît 
les joies de l'Elysée, avait écrit le livre du 
Prince , il serait mille fois pins vil et plus 
coupable que MachiaveL Le grand crime de 
Voltaire est Tabns du talent et la prostitution 
réfléchie dW génie créé pour célébrer Dieu et 
la vertQ. Il ne saurait alléguer , comme tant 
d'antres , la jeunesse , I^considération , Ten- 
fralnement des passions , et pour terminer^ 
enfin , la triste fttiblesse de notre nature. 
lUen ne Tabsont : sa corruption est d'un 
genre qnî n'appartient qu'à lui ; elle s''enra- 
cine dans les dernières libres de son cœur et 
se fortifie de toutes les forces de son entende- 
ment. Toujours alliée an sacrilège , elle 
brave Dien en perdant les hommes. Avec 
ime fureur qui n'a pas d'^emple , cet inso- 
lent blasphémateur en vient à se déclarer Ten- 
nemi personnel du Sauveur des hommes; il 



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UI SAIRT-PtiTEaSBOUBG. 243 

<cse da fond de son néant lui donner un 
nom ridicule, et cette loi adorable qat 
1*Hoinnie-I}ien apporta sur la tetre , il Tap- 
pelle l'^hfaiib. Abandonné de Dîea «joi panit 
en se retirant , il ne counatt plus de firein. 
D'antres cymqaes étcmnèrent la TCrtn, Vol- 
taire étonne le vice. Il se plonge dans la 
fange, il s'y ronle, il s'en abrenve; il livre 
son imagioatioa à rentfaoumsme de l'enfer 
qui loi prête toutes ses forces pour le traîner 
jasqa^aDX limites dn mal. Il invente des pro- 
diges , des monstres qui fost pMir. Paris ]» 
conronna, Sodome Teùt banni. Profanateur 
eftrottté de la langue onÏTerselle et de ses 
plos j^xuids nomS) le dernier des hommes 
après ceux qui Taiment ï comment vous 
peindrais-|e ce qatl me fait éprouver ? Quand 
je vois ce qu'il p avait faire et ce qu'il a fait, 
fies inimitables talents ne mHnsiMrent plus 
qn^ine espèce de rage sainte qui n'a pas de 
nom. ^o^ndu eidre radmiratton et Thor- 
renr, quelquefois je voudrais lui faire élever 
une statue.... par la main du boturean. 

LE CRETiUEB. 
C-loyen , voyons votre pouls. 



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^44 



Ah 1 Toas me citez encore un de mes 
amis (1); maû je tous répondrai comme loi : 
/^oyea pltttât Phiver sur ma tête (2). Ces 
cheTeox blancs toqs déclarent assez qae le 
temps dn fanatisme et même des simples 
exagérations a passé pour moi. Il y a d'ail- 
leors une certaine colère rationnelle qui s*ac~ 
corde fort bien avec la sagesse ; l*Esprit-Saint 
loi-méme Ta déclaré formellement exempte 
de pécbé(3). * 

LB SANATEDB. 

Après la jortb$^raItbnne//e de notre ami, que 
pourrais-je ajoider sur Vhomme universel ? 
Mais crojez , mon très cher chevalier, qa''ea 
TOUS appuyant malhenrensement sur Ini , 
TOUS Tenez de nous exposer i la tentation la 
phis perfide qui pmsse se présenter i l^esprit 
faomaîn : c''est celle de croire anx loii iuTa- 
riables de la nature. Ce système a des ap- 
parences séduisantes , et il mène droit i ne 
pins prier, c'est4-dire , i perdre la vie spiri- 



(D Tojw la pribca <la h TfoweUe Orlob*. 
ifi^ammlnlti noOuptte^t. Fi. IT,S, 



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DE saiht^étebsboou. 24 S'' 

bielIe; car la prière est la respiration de- 1 
l'Ame, comme l*a dit, je croîs , M, de Saint- I 
Martm; et qui ne prie pins, ne TÏtplus. I 
Point dis religion sans prière , a dH ce même 
Voltaire qne tous Tenez de citer (1) : rien 
de [^Qs évident ; et par nne conséquence 
nécessaire , point de prière , point de reli- 
gion. Cest à peu près Tétat qHl nons somme» 
réduits : car les hommes n'ayant jamais prié- 
qn*en vertu d*mie Religion révélée (on recon> 
nœ ponr telle ), à mesure qnHls se sont 
approchés dn déisme, qcd n'est rien et ne 
pent rien, ik ont cessé de prier, et mainte- 
nant Tons les voyez conrbés vers la teire^ 
nniqaemait occiq>és de lois et d'études phy- 
nqnes , et n'ayai^ plus le moindre sentiment 
de ]iear dignité naturelle. TA est le malheur 
de ces hommes qu'ils ne peuvent même plus 
désver leur propre régénération, non point 
seulement par la raison connue qu'on ne 
peut désirer ce qiùon ne connaît pas , mais 
parce qulb trouvent dans leur abralissement 
moral je ne sais quel charme affreux qui est un 
chàdmeat épouvantable. (Test donc en vain 
qn'on leur parlerait de ce qu'ils sont et de ce 

{\)W r« dît daru VEaai tur la mcaat et retpril, de., loo). I, M 
WfaîMB.œu»'^"*" î»*". wm. XVI, p. S3S. 



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340 LBS SOlHEBtf 

qo'ib devraient être. Plongés dans ratmaaK 
phare divine, ils refusent de vivre, tandisçue 
s'ils voidfùent seulement ouvrir la bouche, ils 
aUireraient tesprit (1). Tel eatThomme qnî 
ne prie plus ; et si le coite public (ilne faudrait 
paa d^aatre preuve de son indispensable né^ 
cessilé) ne s^opposaît pas du pea à la dégra- 
dation imiverseUe, je croîs, sur mon honneor, 
qoe nous deviendrions enfin de véritables 
brutes. Aussi rien n^égale Tantipatlùe des 
hommes dont je vons parle pour ce coite et 
pooT ses iQÎiùstres. De tristes con&dences 
m'ont v^ngriA qo'il ea est po«r qui Tair d'une 
église est nue espèce de mofeUe qm les op- 
presse an pied de la lettre, et les oblige de 
sortir; tandis que les âmes saines s'y sentait 
pénétrées de je ne sais quelle rosée spirituelle 
qui n'a point de nom, mais qui n'en a point 
bestûn, car personne ne peut la méconoattre. 
Votre Vincent de Lerins a donné me règle 
fameuse en fait de religion : il a dit qu'il fal- 
lait croire ce qui a été cru todjoubs, paktodt 
et PAR TODS (2). Il n'y a rien de si vrai et de 
si généralement vrai. L'homme, malgré sa 



(i)ft. cxvm, 151. 



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BB SAIHT-PÉTKHSBOOHO. ïiT 

fatale dégradation, porte tOQJonrs des mar- 
foes évidentes de son origine divine, de ma- 
nière qae tonte croyance universelle est tou- 
jours phu on moînâ vraie ; c*est-à-dire qae 
lliomme pent bien avoir couvert et, pour 
ainâ dire, encroûté la vérité par les errenrs 
dont il Pa sorchargée; mais ces errenrs seront 
locales, et la vérité nniverseUe se montrera 
tooqom^. Or, les hommes otA tonjonTS et 
parfont prié. Ils ont pa sans doute prier mal: 
ils ont pu demander ce qu'il ne fallait pas , 
on ne pas demander ce qa''il fallait , et voilà 
Tbomme; mais tonjonrs ils ont prié, et voilà 
Dieu. Le beau système des l(ns invarîables- 
Qons mènerait droit aa fatalisme, et ferait 
de ï*honmw ime statoe. Je proteste comme 
notre ami Pa fait hier , qae je n'entends point 
insulter la raison. Je la respecte iiiBniment 
ma^ré tout le mal qn^^e nons a fût; mais 
ce quil y a de bien sûr , c'e&t que toutes les 
fois qu'elle se trouve opposée au sens com- 
mun , nous devons la repousser comme uae 
empoisonneuse. CTest elle qui a dit : Hîen ne 
doit arriver tjue ce qui arrips , rien tCarrive 
que ce qui doit arriver. Mais le bon sens a 
dit : *y/ vous pries , telle chose qui devait 
tarifer , i^arrifera pas ; en quoi le sen* 



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S4S LES SCHBfiE» 

comiHDD: a fort bien raisonné, tandis cpxe la- 
raison n'*aTmt pas le sens commun. Et pea 
importe, an reste, qu'on poisse o]^>oser à 
des vérités proarées certaines subtilités dont 
le raisonneipaat ne sait pas se tirer snr-le» 
champ; car il n*y a pas de moyen pins infail- 
fible de donner dans les errem^ les plot- 
grossières et les pins funestes qae de rejeter 
tel on tel dogme , wûqoement parce qu'il 
8oaffi« nne objection qoe nons ne sawns pas 
résoudre. 



Vont avez parfaitement raison , mmi cfaei 
sénateur : aucune objection ne pent être ad- 
nûse contre la vérité, autrement la vérité 
ne serfdt plus elle. Dès que son caractère est 
reconnu, llnsolulnlité de Tobiection ne siq>- 
pose [Jus que défaut de connaissances de la 
part de celui qui ne sait pas la résoudre. On 
a appelé en témoignage contre Holse This- 
toire , la chronologie , rastronomie , la géo- 
logie, etc. Les objections ont disparu devant 
la véritable science ; mais ceux - là furent 
grandement sages qui les méprisèrent avant 
tout examen , ou qui ne les examinèrent que 
pour trouver la réponse, mais sans douter 



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DE SAHIT-FËTEBSBOIiaft. S49 

Jamais qa'U y en eût une. L'objectioii mathé- 
maliqiie même doit être méprisée : ceit elle 
lera sans doute une Terîté démontrée ; mais 
jamais on ne pomra démontrer qa'elle con- 
tredise la vérité antérîearement démontrée. 
Posons en fait que par on accord suffisant de 
témoignages historiques (qne )e suppose seu- 
lement) , il soit parfaitement pronvé qa'^- 
ehimède brûla la flotte de Marcellos avec an 
miroir ardent : tontes les objections de la 
géométrie disparaissent. Elle anra bean me 
dire : Mais ne savez-vons pas qae tont miroir 
ardent réonit les rayons an quart de son dia- 
mètre de sphéricité ; que vous ne pouvez éloi- 
gner le foyer sans diminuer la chaleur , à 
moins que vous jCagrandissiez le miroir en 
fHxtportion suffisante , et qtien donnant le 
moindre éloignement possible à lafiotte ro- 
maine, le miroir c€xp€Û>le de la brûler rC au- 
rait pas été moins grand que la ville de 
Syracuse ? Qu^aves-vous à répondre à cela ? 
— Je loi dirai : J'ai à vous répondre tp^Ar- 
chîmède brûla la Jlotte romaine avec un mi- 
roir ardent. Kircher vient ensnite m*expH- 
qaer Téiùgme : il retronre le miroir d^Arcbî- 
mède ( tuUt alter honores ) , et des écrîvaini 
ensevelis dans la poussière des bibliothèqaec 



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250 us socaÉES 

eu sortent pour rendre témoignage au géiaee 
de ce ducte moderne : j'admirerai fort Kïr 
cher ; je le remercierai même ; cependant 
je n^avais pas besoin de loi poor croire. On 
disait jadis an célèbre Copernic : Si votre 
système était vreu^ f^éiuis aurait des phases 
comme la lune : elle n^en a pas cependant ; 
donc toute la nouvelle théorie s'éyanouit i 
c'était une objection mathématique dans 
tonte la force du terme. Smvant une ancienne 
tradition dont je ne sais plus retroaver l'ori^ 
g^ dans ma mémoire , il répondit : J'avoue 
que je liai rien à répondre/ mais Dieu fera 
la grâce qu'on troufera une réponse. En 
efièt, Dieu fit la grâce (mais après la mort 
du grand homme) qoe Galilée trouvât les 
lunettes d'approche avec lesquelles il vit les 
phases; de manière que ^objection insoluble 
devînt le complément de la démonstration (1 ). 
Cet exemple fournit tm argument qui ma 

(I) le CA uiaiBe îdie do ce Eiir. lUn TastniDome nngliiu Keill 
(Atrtm. Lsaat*, XT ), d[d|iar Taoleurde rinléremot A)ge hûir>> 
riqiie de Coperaic(VinaTip i'i-'''', ^'«^' na\efitpag. 3S),3Uriba« 
àragnu] hamioe bgUre il' ti'oit rcconailtrait A Venu* 

a Déma phaiM que iioui | uni?. Qjvique sii|iposîliaii 

qu'on ùuw , TM^umeal deii.;' • \ la nuimc. II luUil qu^>ii ail 
{Hi oLjecler A Copanûo qoe .. ''' i ' >unit eoconlmiiclioaiivcf; 
«Devérilé^tMnuliqxc, <'ii, i, en cecMicAl^éoUigé 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



0B SiIRT-p£TBHSBOtm<ï. 2Sf 

p&rait de la plus grande force dans les dis- 
cussions reUgieuses , el plus d^une fois je 
m'en sms servi avec avantage sur quelques 
bons esprits. 

LB CHBTiliER. 

Vous me rappelez une anecdocte de ina 
première jeunesse. Il y avait chez moi un vieil 
abbé Poulet, véritable meuble du château, 
qui avait jadis fouetté mon père et mes on- 
cles , et qui se serait fait pendre pour toute 
la famille ; un peu morose et grondant tou- 
iours, au demeurant, le meilleor des hu- 
mains. J'étais entré on jour dans son cabine^, 
et la conversation étant tombée , je ne sais 
comment, sur les flèches des anciens : Sa- 
vez-vous bien, me dit-il. M, le chevalier, 
ce ifue tétait {jt^une fiècht antique , et 
quelle en était la vitesse? Elle était telle 
que la garniture de plomb qui serf ait, pour 
ainsi dire , de lest à la Jlèche , s''échauffait 
quelquefois par le frottement de tair au point 
de se dissoudre I Je me mis à rire. Allons 
donc , mon cher abbé, vous radotez : croj'ez- 
vous qtCune flèche antique allât plus vite 
qiCune balle moderne chassée ctune arque- 
buse rayée ? y6us voyez cependant que 
cette balle ne fond pas. Il me regarda avec 



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S53 Ess somÉss 

un certain rire grimacier qui m''aumt montré- 
toutes ses dents , sHl en avait en , et qui vou- 
lait dire assez clairement : Vous n'êtes qQ''an' 
blanc-bec; pus il alla prendre sur on guéri- 
don Termonla un vieil Arîstote à mettre des 
rabats qu'il apporta sur la table. Il le feuil- 
leta pendant quelques instants ; frappant en- 
suite du revers de la main sur Tendroit qu'il 
avait trouvé : Je ne radote point , dit-il; voi- 
là un texte que les plus jolis arquebusiers 
du monde rieffaceront jamais , et il fit une 
marque sur la mai^ge avec Tongle dn ponce. 
Souvent il m^est arrivé de penser à ce plomb 
des anciennes flèches, que vous me rappe- 
lez encore en ce mimient. Si ce qu^endit Aris- 
tote est vrai , voUà encore une vérité qull 
faudra admettre en dépit d'une objection in- 
soluble tirée de la pbysiqne. 

LE COMTE. 

Sans doute ^ si le fait est prouvé , ce que 
je ne puis examiner dans ce moment; il me 
suffit de tirer de la masse de ces faits une 
théorie générale , une espèce de formule 
qui serve à la résolution de tous les cas par- 
ticuUers. Je veux dire : « Qœ tontes les 
« fois qu^une proposition sera prouvée par 



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« le genre de preuve qai lui appartient , 
« rob}ection quelconque , même insoluble , 
« ne doit plus être écoutée. » ïl résolle seu- 
lement de TimpaUsance de répondre^ qoeles 
deux propositions, tenues poor vraies, ne se 
tronTent nollement en contradiction; ce qai 
penttonjoars arriver lorsque la contradiction 
n'est pas, comme on dit, dans les termes. 

Ll CHEVAUBB. 

Je voudrais comprendre cela mieux. 



Âncnne antorité dans le monde, par exem- 
ple, nV droit de révéler *^ue trois ne sont 
^fWun; car un et trois me sontconnos , et 
comme le sens attaché aux termes ne change 
pas dans les denx propositions , vouloir me 
faire croire que trois et un sont et ne sont 
pas la même chose, c'est m'ordonner de 
croire de la part deDîenque Dieu n'existe 
pas. Hais si l'on me dit çue trois personnes 
ne font qu'une nature ; pourvu que la révé- 
lation, d'accord encore , quoique sans néces- 
sité, avec les spéculations les plus solides de 
la psychologie , et même avec les traditions 



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?5.i LES sninf-EH 

plus oa moins obscures de toutes les nations, 
me fournisse une démonstration suffisante; 
je suis prêt à croire, et peu nïlmporte que 
trois ne soient pas un^ car ce n^est pas de 
quoi il s^agit , mais de savoir si trois per- 
sonnes ne peuvent être une seule nature ^ ce 
qui fait une tout autre question. 

LB SÉEfATBDB. 

En effet , la contradiction ne pouvant être 
affirmée ni des choses, puisqu'on ne les con> 
naît pas , ni des termes , puisqu'ils ont chan- 
gé , où serait-elle , s^ vous platt ? Permis 
donc aux Stoïciens de nous dire que cette 
proposition, il pleuvra demain^ est aussi cer- 
taine et aussi immuable dans Tordre des des- 
tinées que cette antre, il a plu hier; et 
permis à eux encore de nous embarrasso' àiïs 
le pouvaient , par les sophîsmes les plus 
éblouissants, Nous les laisserons dire , car 
l'objection , même insoluble ( ce que je snis 
fort éloigné d'avouer dans ce cas ) ne doit 
point être admise contre la démonstration 
qui résulte de la croyance innée de tous les 
hommes. Si vous m'en croyez donc, M. le 
chevalier, vous continuerez à faire chez vous 
lorsque vous y serez , les prières des Roga- 



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M SAIHT-PKTBKBODBS- 255 

tîons. D sera même bon, en attendant , de 
prier Dieu de tontes vos forces poor qn'U 
vons fasse la gr&ce d^ retourner , len laissant 
dire de même cenxqaiTonsobjecteraient qn^ 
«st décidé d'avance si vous reverrez on non 
votre chère patrie. 



Qnoiqne je sois , comme voas l'avez va , 
intimement persuadé que le sentiment géné- 
ral de tons les hommes forme , pour ainsi 
dire , des vérités d'intuition devant lesquelles 
tous les sophismes du raisomiement dispa- 
raissent, je crois cependant comme vous, 
M. le sénateur, que, sur la question pré- 
flente , nous n'en sommes pas du tout réduits 
aux sentiments ; car , d'abord , si vous y 
regardez de près vous sentirez le sophisme 
sans pouvoir bien l'éclaircir. Cette proposition 
il a plu hier, n'est pas plus sûre que l'antre , 
il pleuvra demain : sans donte , si en effet il 
doit pleuvoir} mais c'est précisément de quoi 
il s'agit , de manière que la question recom- 
mence. En second lieu , et c'est ici le prin- 
cipal , je ne vois point ces règles immuables, 
et cette chaîne inflexible des événements 
dont on n tant parlé. Je ne vois, au contraire. 



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256 LES soinEn 

dans la natare que des ressorts sonples , tels 
qu'Us doivent être pour se prêter autant qall 
est nécessaire i Taction des êtres libres , qu. 
se combine fréquemment sm* la terre avec 
les lois matérielles de la nature. Voyes en 
combien de manières et jusqu*^ quel point 
nous influons sur la reproduction des ani- 
maox et des plantes. La greffe , par exemple^ 
est ou n*est pas une loi de la nature , suivant 
que l'homme existe ou n^existe pas. Vous 
nous parlez, M. le chevalier, dNme certaine 
quantité d'ean précisément due à chaque pays 
dans le cours dHine année. Comme je ne me 
stûs jamais occtq>é de météorolo^e, je ne 
sais ce qu'on a dit sur ce point ; bien qu'à 
TOUS dire la vérité, l'expérience me semble 
imposable y du mo^os avec une certitu- 
de même approximative. Quoiqu'il en soit , 
il ne peut s^agir ici que d\ine année com- 
mune : A quelle distance placerons-nous 
donc les deux termes de la période ? Ils sont 
peul>être éloignés de dix ans, peut-être de 
cent. Mais je veux faire beau jeu h ces rai- 
sonneurs. J'admets que , dans chaque année, 
d doive tomber dans chaque pays précisé- 
ment la même quantité d'eau : ce sera la loi 
invariable ; mais la distribution de cette eao 



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DB Sinrr-PÉTERSBOimc. 2 RI 

sera , sHl est penaû de s'exprimer ainsi , la 
partie Jiexible de la loi. Ainsi vous voyez 
qa'arec vos lois invariables nous pourrons 
fort hien encore avoir des inondations et 
des sécheresses ; des pluies générales pour 
le monde , et des pluies S^exception pour 
ceux qui ont su les demander (1). Noos ne 
prierons donc point pour que l'olivier croisse 
en Si}>éiie ^ et le klukwa en Provence ; mais 
notas prierons pour que l'olivier ne gèle point 
dans les campagnes d'Aïs, comme il arriva 
en 1 709 , et pour que le klukwa n'ait point 
trop chaud pendant votre rapide été. Tous 
les philosophes de notre siècle ne parlent que 
de lois invariables; je le crois : il ne s'agit 
pour eux que d'empêcher l'homme de prier, 
et c'est le moyen infaillible d'y parvenir. De 
là vient la colère de ces mécréants lorsque 
les prédicateurs ou les écrivains moralistes 
se sont avisés de nous dire que les fléaux 
matériels de ce monde , tels que lès volcans, 
les tremblements de terre, etc. , étaient des 
châtiments divins. Us nous soutiennent , eux, 
qu'il était rigoureusement nécessaire que Lis- 

(I ) Plrmiam ralioinir Am tcgrqjabù. Dm, lurrnUlafl lua. (Pi.XI.TIT, 
10.) Ceit propremeni h HK^rfiivay oi/iov d^omète. ( lliadi 
XIV, 19.)l'luie«u«cDI, D^HBpoite, pwinu qu'Ut niMI nffi^»»- 

1. 17 



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"258 LES soio^ 

bonne fût détraite le l«r novembre 175S; 
comme il était néceuaîre qnele soleil se levftt 
le même jour : belle théorie en vérité et 
toot-i-fait propre A perfectionner l'homme. 
Je me rappelle qne je fos indigné nn joor 
en lisant le sermon que ^en^r adresse qoel* 
qae part A Voltaire , an sajet de son poème 
snr ce désastre de Lisbonne : a Voos osez , 
c( Ini di^il sérieusement , Tons plaindre & la 
n Providence de la destruction de cette 
n rille : TOUS n'y penses pas ! c'est an blas- 
ée pfaème formel contre ^éternelle sagesse. 
n Ne savez-Tons pas qae l'homme, ainsi qae 
« ses poutres et ses toiles , est débiteur du 
« néarUj et qae toat ce qui existe doit payer 
« sa dette? Les éléments s'assemblent , les 
n éléments se désonissent; c'est une ioi 
CI nécessaire tJe la nature i qu'y a-t-fl donc 
« U d'étonnant ou qm poisse motÎTer ane 
« plainte 7 » 

IiTest-ce pas , mesdenrs , que voilà une 
belle consolation et Uen digne de Thonnéte 
comédien qni enseignait TEvan^e en chaire 
et le panthéisme dans ses écrits? Hais la 
philosophie n*en sait pas davantage. Depais 
E[nctète josqu'A l'ew^^ue ^e Weimar^ et jas- 
qu'A la fin des siècles, ce sera sa manière 



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DE SilNT-PÉTEBSBOUBG. 2K9 

inTariable et sa loi nécessaire. Elle ne con- 
naît pas rhoile de la consolation. Elle des- 
séche , elle racornit le cœra* , et lorsqu'elle 
a m^HYi on homme, elle croit avoir £aU 
on sage (1). Voltaire, an sniplns, avait ré- 
ponda d'avance i son critique dans ce même 
poème sor le désastre de Lisbonne : 

Mon, H priHDtei phui awa ccrar tgkd 
Cet înumiablM IcûdeU Dà»uiid, 
GdtedudnedB*ci»{)«, daMpriti eldesmonilNl 
O ré««4(i muti, a dimirM prafondd I 
Dîea lieirt M BÙD Ib chiloa «t n'at point eoclulaé I 
Ite M» dioii liwDfakint tant al (Ubrainé i 
flMtlibrat UMIJala.il ■*«! point sBplicnbt*. 

Jusqu'ici il serait impossible de dire mietn; 
mais comme s'il se repentait dVuir parlé 
raison , il ajoute tout de suite : 



(I) n ; * mut do dBKKMe ntre U«érîl*Ua>Mnlact la lew 
(adladetphiloMfJieiUoïcieai clépioancnt) qnlljiananitrebjcàa 
db piUenee; car lenr InaqiùllM a'eit badé« qae nr UntcMÙid. 
( Leiinâs, danile Inre da U Tbéod., ton. n , p. «IS, i^ Ut .) 

|ga»iacqaai a joitiU cette oii^mtioi], lonq^A U ndW de MW «ail 
fitùu» demcavle etdeiertn, il a Soi par nom Jirs: ■ Llioinnw Mfi 
« et topérienr ttout lea reren art eclniqni nBToitdamtoniMa mtH- 
abeunquele* oonpa de TaTenfla néceuilé. • ( Tm Ptom. O&nrei. 
Caoérn, i TW , ii^V^p. SS.) To^oon rbonuDS endard à b pbee da 
ItioauMrAigii^/ToîlàloatcequWinnMii fiécixr cet ptéceflem 
4a ffivm bojwun. Enriloi relient bien ectia lafon de Ion maître > Na 
fnaepMnlàDiaaaiaulfiogt ani.atla tana i cet Igenaecharmaato 
«riatanl 



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I^)iirqiiai donc KnifAroiu-iioiu mmu on aallre éqBiubial 
VnU le anud bai qull bilait dtljer. 

là commencent les questions téméraiie 
Pourquoi donc souffrons-nous sous un ma 
tre équitable ? Le catéchisme et le sei 
commmi répondent de concert : paacb Qt 
nous LB HÉBiTon«. Foilà le nœud fatal SI 
gement délié , et jamais on ne s'écartera i 
cette solation sans déraisonner. En vain i 
même Voltaire s'écriera : 

Mra-TCiueD rojantoet utaidericrinKi t 
Dieu ^BstTeugi; leaimntM le prix de leon -iiKst 
Quoi crûnei qwlie bule ont oaminii cei enlaau 
Snr le KÎa maternel écniéi et nogUatiI 

Mauvais raisomiemeat ! Défaut d'attentio 
et d'analyse. Sans doute qu'il y avait d< 
enfants à Idsbonne comme il y en avait 
fferculaïuim , l'an soixante et dix-^enf t: 
notre ère ; coimne il y en avait h Lyon que 
que temps aiqiaravant (1), on comme il 
«n avait , si vous le voulez , au temps du di 



(1) Ixgdanain qaod moniirabtuiir m GaUSi, qiueriiia'..., no n 
fidt inur Hrbem maximaai et uaOïat. ( Sen. Ep. mor. , KCI.) On lis 
iadii ces deux gustga de Séoéque au-detnaa dei deux pandi 
bteauxqui repréMotaienl celte deftradbDdsLjan, d>iulegnuid< 
Mlier de fliAtel-ile'nlle. Tigoart li b BOuwUe ntutropbe les ■ ^ 



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OB sinrr PÉTEBfflODBCF. 26-T 

ige. Lorsque Dtea ponit une société qoel- 
>nqae potir les crimes qn^elle a commis , 

fait jostice comme nom la faisons nous ' 
lémes dans ces sortes de cas , sans qoe 
îisoane s^râe de s'en plaindre. Une ville 
! révolte : elle massacre les représentants 
1 souverain ; elle loi ferme ses portes; elle 
! défend contre Ini ; elle est prise. Le 
■ince la fait démenteLer et la dépouille de 
'US ses privilèges ; personne ne blâmera ce 
igement sons le prétexte des innocents ren- 
irmés dans la ville. Ne traitons jamab 
înz questions à la fois. Za vlUe a été pu- 
'e à cause de son crime , et sans ce crime 
le rCauraU. pas souffert, Yinlà une propo- 
tion vraie et indépendante de tonte autre. 
le demmderez-vous âïsnite pourquoi le? 
tnocents ont été enveloppés dans la mêmt 
'.ine ? Cest ime autre question & laquelle 

ne suis nulloneDt obligé de répondre. Je 
jurrais avouer que je n'y comprends rien, 
ms altérer Téridence de la |n«mière pro- 
oâtîon. Je pins aussi répondre que le son- 
ïrain est dans Impossibilité de se conduire 
jtrement, et je ne manquerais pas de bonnes, 
usons pour rétablir. 



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362 us tOEBtES 

tB CHETALIBI. 

PenneUo-moi de voos k demander : qui 
empêcherait ce bon roi de prendre sons sa 
protection les habitants de cette ville demeo» 
rés fidèles , de les fian^mrter dans quelque 
proTÎnceplashem^nsef ponrles jfaire joair, 
fQ ne dis pas des marnes privilèges, mais de 
privilèges encore jdas grands et fdns digne» 
de leur fidélité 7 



Cest {o^dsément ce qoe fait Dlea, lorsi^ 
des innocents périssent dans one catastrophe 
générak i mais revenons. Je me flatte que 
Voltaire n'avait pas plus sincèrement jôtié 
que moî de ces malheoiein: ertfaiOs sur te 
sein materna éavsês et sanglants; mais c'est 
on délire de les citer poor contredire le pré- 
dicateur qni s'écrie : Dieu s'est vengé; ces 
maux sont le prix de nos crimes; car rien 
n*ett ^ns vrai en général. H s^agît senle- 
ment d'ezpliqoer pourquoi l'innocent est 
enveloppé dans la peine portée contre les 
coupables i mais comme je vons le disais toat 
à rhenre, ce n'est qu'une objection; et si 
nous faisions plier les vérités devant les dit 



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DE S£inT-FfiTEBSBOmtff. 26$ 

£cDltéa , il n'y a plus de philosophie. Je doute 
J^ullenrs que Vc^laire} qui écrÎTait si vite, 
ait &ît attention qu'au lieu de traiter une 
question particolière , reladve à révènement 
dont il s*occiq»ail dans cette occasion , il en 
trattait une générale ; et qu'il demandait , sans 
»^ agercevtàry pourvoi les enfants qui n'ont 
DU encore ni mériter ni démériter^ sont sujets 
dans tout Punivers aux mêmes maux qui 
peuvent affliger ies hommes faits ? Car sHI est 
décidé qa^ln certain nombre d'enfants doivent 
pair, je ne Tois pas comment il leur importe 
de mourir d'We manière plutdt que d'une 
antre. Qo^nn poignard traverse le cœu* d'un 
homme, on qaiia peu de sang s''accumule 
dans son cerrean , il tombe mort également ; 
mais dans le premier cas on dit qn^ a fini 
ces jours par une mort violente. Four Dieu,, 
cependant, ,îl n^^ a point da mort violente^ 
Une lame d^cier placée dans le cœur est une 
maladie, comme un simple durillon qne nous 
appellerions polype. 

Il faudrait donc s'élever encore plus haut , 
et demander en vertu de quelle cause il est 
devenu, nécessaire qiCunefouh et enfants meu- 
rent avant de ruittre; que la moitié franche 
de ceux qui ruiissent , meurent avant Cage 



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*t64 LES SOIKËES- 

de deux ans; et que d'autres encore en très 
grand Tiombre meurent avant tâge de raison^ 
Toutes ces qaesttoDS faites dans nn esprit 
d'orgueil et de contention sont loat-à-faifc 
dignes de Matthieu Garo; mais si on les- 
propose avec une respectueuse cariosité,elIe» 
peavent exercer notre esprit sans danger. 
Platon s'en est occupé ; car je me rappelle 
qoe , dans son traité de la RépabliqDe , il 
amène sur la scène, je ne sais trop comment, 
nu certain Levantin (Arménien, si je ne me 
trompe) (1), qui raconte beaucoup de choses 
sur les supplices de l'autre vie , éternels oa 
temporaires ; car il les distingue très-exacte- 
ment. Mais  Pégard des enfants morts avant 
, l*âge de raison, Platon dit qu'au sujet de leur 
état dans Vautre vie, cet étranger racontait des 
choses çui ne decaient pas être répétées (2). 



(1)11 p*nlt qiM a^e«t Dira HTCur, et qa'*B ISea da BtrTamairiem, 
1 faut lire Htri, flii dHarmonia$. iHuel, Dammlr. evang,, ia-i^, 
lom, U.Prop. 9,diap. ItS, a" 11. 

(ffa/« de rMitaa:) 

(S)L'iiiterioG»lcar est ici un pea irompé par u mémoire; FUton dit 
■culcnieDl : ■ Qu'i l'égard de cea cntanti, [1er racootait dMcbcMeiqui 
■ ae valsimi pas la peiae d'élre rappelées. ■ (Oûx àia juii^^iic. De 
Rep. 1. X; 0pp. t. vn, p. 5S5.} Saot diKnler l'eipreuioa ■ Q but 
avoacT qus n PlaUw atait bica iïappA i toulei le« porlei, 
ifiole de t'Aliltur.^ 



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DE SAmT-PÉTEBSBOTlBG. 26S 

Fonrqaoi ces enfants naissent-ils , OQ poop- 
quoi meurent-ils? Qn'anirera-t-il d^eos on 
jour? Ce sont des mystères peut^tre inabor- 
dables; mais il faut avoir perdu le sens pour 
argumenter de ce qui ne se comprend pas 
contre ce qui se comprend très bien, 

Voulez-TODs entendre un antre sophisme 
sur le même sujet ? C'est encore Voltaire 
qni TOUS l'oiTrira ; et toujours dans le même 
ouvrage : 

Liibonne , qui a'est pliui eut-elk plni da vicei 
Que Icndrca, qua Paru plongea dav lea dèliceiT 
Lbbonae est ahlioée, et Ton dameil^uù. 

Crand Dien ! cet homme voulait-il que le 
Toat-Fuissant conTerttt le sol de tontes les 
grandes villes en places d'exécution ? ou bien 
Toulaital que IHen ne punit jamais , parce 
qu'il ne punit pas toujours , et partout , et 
dans le même moment ? 

Voltaire avait-il donc reçu la balance di- 
vine pour peser les crimes des rois et des 
intUvidus , et pour assigner ponctuellement 
Tépoque des supplices ? Et qn'anrait-il dit ce 
téméraire si , dans le moment oit il écrivait 
ces lignes insensées , an niiliea de la ville 
plongée dans les délices , il eût pu voir tool- 
à-coup , dans un aveiùr si peu reculé , le 



D,9,t,.?(i'r>,G00gIf 



266 CBS somâss 

comité de salut public , le tiibniial révolu- 
tionnaire , et les longues pages du Moni- 
teur toutes rouges de sai^ humain ? 

Au reste , la pitié est sans doute on des 
plus nobles sentiments qui honorent Humune, 
et il faut bien se garder de Téteindre , de 
l'aflàibUr même dans les cœurs; cependant 
lorsqu'on traite des sujets philosophiques, ou 
doit éviter soigneusement toute espèce de 
poésie , et ne voir dans les choses que les 
choses mêmes. Voltaire , par «umple , dans 
le poème que je tous cite, nous montre ceiU, 
mille infortunés que la terre déyore : mais 
d'abord , pourquoi cent mille ? il a d^autanl 
plus tort qu'il ponrait dire la vérité sans 
briser la mesure , puisqu'il ne pérît ea effd 
dans cette horrible catastrophe qn'euriron 
vingt nulle hommes ; beaucoup moins , pai 
conséquent, qae dans miasseZfgrand nombre 
de batailles que je pourrais TOUS nommer. En- 
sniteil &nt considérer que, dans ces grands 
malheurs , une foule de circonstances ne son< 
que pour les yeux. QQ*nn malheureux enfant, 
par exemple , soit écrasé sous la pierre , 
c'est on spectacle épouvantable pour nous ; 
mais pour lui , il est beaucoup plus heureux 
que sll était mort d'une vaiiole conânente 



r:,9,N..<i h, Google 



m fTone dentition pénible. Que trois on 
quatre mille hommes périssent disséminé* 
SOT on grand espace , on tont & la fois 
et d'an seul conp , par nn tremblement de 
terre on mie inondation , c'est la même 
chose sans doute poor la raison ; mais pour 
Kmagpiation la difTérence est énorme : de 
manière qullpent très bien se faire qa'un de 
ces érènements terribles que nous mettons 
au rang des plus grands fléaux de l'Wivers , 
ne soit rien dans le f jit , je ne dis pas pour 
Uramanité en général , mais pnnr une seule 
c<mtrèe. Vous ponvcE voir ici nn nourel 
«l enq iie de ces lois i la fois souf^ et inva- 
riables qui régissent l^unirers : regardons y si 
TOUS Tooles y comme un point déterminé qoe, 
dans un temps donné , il drare mourir tant 
«Tbommes dans un tel pays : voilà qui est in- 
variable ; mais la distribution de la vie parmi 
les individus , de même que le lieu et le 
temps des morts , forment ce que j'ai nom- 
mé la partie flenble de la loi ; de sorte 
quMne ville entière peut être abîmée sans que 
la mortalité ait augmenté. Le fléau peut même 
se trouver doublement juste , i raison des 
coupables qm ont été punis , et des inno- 
cents qm ont acquis par compensation une 



n,9,N..<,r,,Googlt: 



268 us sonutES 

vie pins longue et plus heoretue. La tout»- 
paissante sagesse qol règle toat, a des moyens- 
si nombreux, si diTersifiés, à admirables ,. 
qae la partie accessible à nos regards de- 
vrait bien nons apprendre & révérer Tautre; 
J'ai en comiaissance , il y a bien des années , 
de certaines tables mortnaires fÊdtes dans 
ane très petite province avec tonte Tatten- 
tion et tons les moyens possibles d'exacti- 
îade. Je ne las pas médiocrement soiprîs 
d*iq^»rendre , par le résultat de ces tables , 
qae deox épidémies foneoses de petite-vé- 
role n'avaient point augmenté la mortalité 
des années où cette maladie avait sévi. Tant 
il est vrai qae cette force cachée qae nons 
appelons nature , a des moyens de compen^ 
sation dont on ne se dente gaère. 

LE SfiNATEna. 

Un adage sacré dit qae torgueit est le 
commencement de tous nos crimes (1); je 
pense qn''on poarrait fort bien ajoater : Et 
de toutes nos erreurs* Cest lai qui nous 
égare en nous inspirant on malhearenx es- 
prit de contention qai nous fait chercher des 

(l)/nfUwn amnit pteeaHmperbio, (Cadi.i Xt 15>} 



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Iffi SAinT-ngTBBSBODBG. Î69 

lifficoltés pour aroir le plaisir de contester , 
m Uea de les soumettre an principe proové; 
nais je sms fort trompé si les dispnteors 
!iix- mêmes ne sentent pas intérieurement 
javelle est tont-à-fait vaine. Combien de dis- 
antes finiraient si toat homme était forcé 
le dire ce qu'il pense ! 



Je le crois tout comme toos ; mais avant 
}*aller pins loin, permettez-moi de tous faire 
observer un caractère particulier du chrîstia- 
oisme , qui se présente à moi , à propos de 
;es calamités dont nous parlons. Si le chris- 
âanisme était bmnain , son enseignement va- 
rierait arec les ojûnions humaines ; mais 
comme il part de l'être immuable , il est 
immuable comme loi. Certainement cette Re- 
ligion , qui est la mère de tonte la bonne 
ït véritable science qtd existe dans le monde, 
ît dont le plus g;rand intérêt est Tavance- 
meat de cette même science , se garde bien 
le nous Interdire on d''en gêner la marche. 
Elle approuve beaucoup , par exemple , que 
nous recherchions la nature de tous les 
igents physiques qui jouent un rôle dans les 
^andes convulsions de la nature. Quant & 



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^~iO us sotaÉBS 

elle, qui se troare en relation directe avec le 
soarerain , elle ne 8''occiipe guère des minU* 
très qui eKécQtent ses ordres. Elle «ait qn*eUe 
est &Lte pour prier et non pour disserta , 
paiqa'elle sait certainement tont ce qu'elle 
doit savoir. Qa''on Papproure donc on qnV>n 
la blâme , qu^on Tadmire ou qn^on la tourne 
en ridicule , elle demeure impassible; et sar 
les mines d*nne ville renversée par un trem- 
blement de terre, elle s'écrie au diit^iuitième 
siècle , comme elle Taùrait fait an douzième: 

Nous vous en supplions j Seigneur^ dai- 
gner nous protéger; rt^ermisse* par votre 
grâce suprême cette terre ébranlée par nos 
iniquités , afin que les cœurs de tous les 
hommes connaissent que t^t votre courroux 
qui nous envoie ces châtiments ^ comme c'est 
votre miséricorde qui nous en délivre, 

n nij a pas là de lois immuables , comme 
vous voyez ; maintenant c'est an l^pslatenr 
à savoir, en écartant même tonte discnsâoa 
sor la vérité des croyances , si une nation eu 
corps gagne plus à se pénétrer de ces senti- 
ments qu'à se livrer exclusivement & la re- 
cherche des causes physiques , à laquelle 
néanmoins je suis fort éloigné de refuser ub 
très grand mérite dn second ordre. 



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DB SAIirr-PÉTBBSBOtmS. 27 1 

LE SÉHATEDB. 

Jappronve fort qne Totre église, qui a la 
|>rétention d'enseigaer tout le monde , ne se 
laisse enseigna* par personne; et il Ëmt sans 
doute qu^eUe soit donée d*niie grande con- 
fiance en elle-même , poor qne Topinion ne 
poisse absoloment rien sur elle. En votre 
qualité de Latin.... 



Qa'a[^)eIez-TOns donc Zofin ? Sachez , je 
Toos en prie , qn'eu matière de Religion je 
•ois Grec tout comme voos. 

tS ftbtATBUl. 

Allons donc , mon bon ami , ajonmons 
la plaisanterie , ai tous le Toolez bien. 



Je ne plaisante point du toot , je roos Tas* 
mre : le symbole des Apdtres nVt-il pas été 
écrit en grec avant de l'être en latin ? Les sym* 
boles grecs de Nîcée et de Constantinople, et 
celai de saint Athanase ne contiennent-ils pas 
ma foi 7 et ne devrais-îe pas monrir pour en 
défendre la vérité ? J'espère que je suis de 



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273 LES SOIRÉES 

de la religion de saint Paul et de sûnt Luc qiii 
étaient Grecs. Je sois de la Religion de saint 
Ignace, de saint Justin, de saint Âthanase , 
de saint Grégoire de Nysse , de saint Cyrille , 
de saint Ba^le, de saint Grégoire de Na- 
zianze , de saint Epiphane , de tous les saints , 
en un mot , qoi sont sur tos aatels et dont 
TOUS portez les noms , et nommément de 
saint Chrysostdme dont tous av» retenu la 
litm^e. J'admets tout ce que ces grands et 
saints personnages ont adnùs; je regrette toat 
ce qalls ont regretté ; je reçois de plus comme 
évangile tons les conciles œcuméniqaes con- 
voqués dans la -Grèce d'Asie ou dans la Grèce 
d Europe. Je tous demande s'il est possible 
d'être plus Grec? 



Ce que tous dites 1â me fait naître une 
idée que je crois juste. S jamais il était 
question d'an traité de paix entre nous , on 
pourrait proposer le statu quo ante beilum. 



Etmoî, je suerais smvie-champeîriéme 
«ans instruction , sub spe rati. Maïs qu'est-ce 



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DE SAIin^PÉTElSBOURO. 27î 

donc tjae vous voulies dire sur ma qualité 
de Latin ? 

ILE SÉNâTEUR. 

Je voulais direqu'en votre qualité àeLatin^ 
vous ea revenez toujours à rautorité. Je m'a- 
muse sonvent vous voir dormir sur cet oreil- 
ler. An surplus , quand même je so:^ pro- 
testant , nous ne disputerions pas aujour- 
d'hui : car c*est , à mon avis , tris bien , 
très justement , et même , si vous voulez , 
très philosophiquement fait d'établir comme 
dogme national , que toutJUau^ ciel est 
un châtiment • et quelle société humaine n'a 
pas cru cela? (^elle nation antique ou mo- 
derne j d^lisée on barbare , et dans tous les 
systèmes possibles de religion ,' [n'a pas re- 
gardé ces calamités comme l'onvrage d'une 
puissance sapérieure qu'il était possible d'a- 
paiser? Je lone cependant beaucoup M. le 
chevalier, s'il ne s'est jamais moqué de son 
coréf lorsqu'il l'entendait recommander le 
paiement de la dlme , sous peine de la grêle 
ou de la foudre \: car personne n'a droit 
d'assurer qn'nn tel malheur est la suite d'une 
tdje faute ( légère surtout ) ; mais Ton peut 
et l'on doit assurer, en général , que tout mal 
I. 18 



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^74 ix$ somfiBS 

pl^sique est im cMdment ; et qo^aiiui cenx 
qoe Dons appelons îesjléaux du ciel , sont 
nécessairement la suite ifon grand crime 
national , ou de racctunnlation des crimes 
individnels ; de manière qne chacon de ces 
fléaux pouvait £tre {a^ena , d'abord par nna 
i4e méillem« , et «unité par la prière. Ainsi 
nous kùsserons dire les soplùstes avec leurs 
lois étemeUes et immuables , i^ n'existent 
que dans leur imagination , et qm ne ten< 
dent h rien moins qu'à Pextinction de toute 
moralité , et & rafarutissement absolu de Te»- 
pëce humaine (1). Il feot de rélectricité , 
diiiez-Toos , M. le chevalier : donc il nous 
faut des tonnores et des foudres , comme 
il noQs fàtd de la rosée ; vous pourriez ajou- 
ter encore : comme il nous faut des loups» 
des tigres, des serpents i sonnettes, etc. , etc. 
'— Je rîgnore en vérité. L'homme ^nnt dans 
nn état de d^radatûn aussi visiblfl que dé- 
{^orable , je n^ea sais pas asses pour décider 



(1) IlMMmknMl le* kotM « les UMMn , Mail «Mon tw frMra 
•tat MUn, SiM ajut eu ce* prières eo tus ÉnntqulleAt rtgU lag 
eboMi; «t noiMealemeni ceox qui prétende*!, Hnii le nîn préleiU 
deUaéEeMiU<leiMue«ents,^a*aapm néglt^rtetiai»^ h» 
trfUmiMUiidnr, uii enoon EMi^ niMWMUt CM>« kl prilNai 
tombeni iboi ce qnaletiDcieiMiippebienid^leMipUMKpartMnK. 
4 Lribuii. TbcaJ., uju. Il , iu«\ f . <1 S.) 



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DE sunT-pÉTEHSBomia. 275 

qnel être et qael phénomène sont dm uiû> 
qoemeut & cet état. D'ailleurs , dans cela 
même oji nous sommes , on se passe fort 
hîen de lonpa en Angletore : pourquoi , je 
vous piie , ne s'en passo^'Oo pas ailleurs? 
Je ne sais point du tout sHl est nécesiaîra 
qoe le t^re soit ce qaHl est : je ne sais paa 
même s41 est nécessaire qu^ y ait des tigres, 
on t pour Toos parler iranchement , je ma 
tiens sur du contraire, (^ peut oublia' la 
sublime prà^gative de rfaomme : Qtte par- 
tout où ii se trouve établi en nombre suffi- 
sant les animaux qui Fentourent doivent le 
servir ^ l'amuser ou disparaître ? Mais par- 
tons , si l'on veut , de la foUe hypothèse de 
de Toptimîsme: supposons que le tigre doive 
être , et de plus être ce qnll est , dirons- 
nous : Donc il est nécessaire qu'un de ces 
ajiîmaux entre aujourd'hui dans une telle ha- 
bitation , et qu'il j' dévore dix personnes ? Il 
Ëiut que la terre recèle dans son sein diverses 
substances qui , dans certaines -circonstances 
données , peuvent s'enflammer ou se vapo- 
riser, et produire un tremblement de terre : 
fort bien ; ajouterons-nous : Donc il était 
nécessaire que , le ^^ novembre 1755 , i^> 
bonne entier périt peu- une de ces cata^ 



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Î78 XES soisSes 

Irophet. Eeaeplosion n'aurait pu fe faire ait- 
tews, dans un désert, par exemple^ ou sous 
te bassin desmers, ou à cent pas de la villet 
Les habitants ne pouvaient être avertis, par 
des légères secousses préliminaires , de se 
mettre à tabri par la fuite ? Tonte raison 
humaine non sc^histiquée se réroltera contre 
de pareilles conséquences. 

LBCOXTG. 

Sans doute , et je crois que le bon sens 
unÏTersel a incontestablement raison lors- 
qu'il s>n tient i ré^r»iologie dont lui-même 
est Tantear. Les fiéawe sont destinés i nous 
battre} et nous sonunes battus parce que nous 
le méritons. Nous pouvions sans doute ne 
pas le mériter , et même après Tavoir mé- 
. rite , nous pouvons obtenir grftce. C'est U , 
' ce me semble , le résultat de tout ce qu^on 
peut dire de sensé sur ce point; et c'est ea- 
core no des cas assez nombreux oh la philo- 
sophie y après de longs et pénibles détours , 
vient enfin se délasser dans la croyance uni- 
Terselle. Vous sentez donc assez, M. le che- 
valier ^ combien je suis contraire à votre 
comparaison des nuits et des jours (t). Le 



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VE sicrr-i^TBRfflionHff. 27 T 

mra des astres n^est pas un mal : c^est, ai> 
iDtrûre une rè^e constante et un bien qu» 
ipartîent à tout le genre hamain; mais I0- 
al qm n'est qu'on châtiment , comment 
>urrait-il être nécessaire? L'innocence poa- 
it le prérenir ; la prière peut Técarter : 
□jours j*en reviendrai à ce grand prindpe. 
•marquez à ce sujet un étrange sophisme- 
! Km|Hété , on, si tous vonles, de Tigno- 
nce; car je ne demande pas miens que de 
ir ceUe^ à la place de Tautre. Parce que 
toute-pmssante bonté sait employer un maï 
ur en exterminer un antre , on croît que le 
al est nne portion int^rante du tout. R^ 
Ions -nous ce qrfa tfit la sage antîqittté î 
uc Mercure ( qui est la raison ) a Ai puis- 
nce ^arrachier les nerfs de Typhon pour 
faire tes cordes de la Irre divine (2), Mais 
Typhon n*e&Utait pas , ce tour de force 
ureilleuz serait inutile. Nos prières n'étant 
'ne qn'un efibrt de Pitre intelligent contre 
clionde Typhon ^ Futilité et, même la né- 
ssité s'en troorent philosophiquement dé* 
Dntrées. 



9) Cette ■Uégoriatoblùwwv^nlHu E|]rp(ign. (Mr. *K 

1t.. un, UT.) 



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278 



Ce mot àt Typhon qui iut dans f antiqnftô 
Femblème de toat mal, et spécialement de 
tout fliaa temporel , me rappelle une idée 
qm m*a sonrent occTq>é et dont je Teiu von» 
feire part. Anjorn^liui cependant je toos 
fais grÂce de ma métaphyuqne , car il faut 
qoe je tous quitte pour aller voir le grand 
feu d'artiiice qu^on tke ce soir sur la route 
de Péteritioff, et qui doit représenter nne ex- 
plosion dn Vésuve. (Test un spectacle typho- 
nien , comme vous voyez , mais tontri-faif 
innocent. 



Je n^en Tondrais pas répondre poiv les 
moucherons et pour les nontbreoz oîseaœc 
qni nichent dans les boci^es vtnsins , pas 
même pour qnelqne téméraire de Feqièce 
humaine , qui pourrait fiwt bien y laisser la 
vie on quelques membres , tout en disant 
Nîebosse (1)/ Je ne sais comment il amvn 



(1) Ifai/tx pal peur ! Eijncuba (amiliére *u Rmm , le pTiu hanli 
et lepliueDlKiimianidei boaiiiKi,e(qu'UMiiuiiqae«iirtoDt jamui 
do pTonoDCV tonqu'il alTroMo les dangen h* plus I ciriMM Cl k* plo* 



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mi uarr-PËtEBSBDtmfi. 279^ 

«pB les hommes ne se rassemblent jamais 
sans s'exposer. Allez cependant , mon cher 
ami , et ne manqnez pas de revenir demain ^ 
b tète pleine d^dées voicaniques. 



Wa vu (^ATmÉOB K^TftimSK* 



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NOTES DU QUATHIÊME ENTRETIEN.- 



(?•(« tSt. SeiwMKDdreNniUaMMlHer.)' 

U tint mtoe ttBotqvtt qœ U iiMiii|ihM tpciniM w«rprttiJ8> 
M précepte, ^higoredùuttlnnc Sun, IhEoa, qnldarril tinidtt 
dMMCÉ i oot tiwl«n («fe, • dit : f^rtaMnw /uiE al ecU firf iW rm- 
AiamtlMta DUm oMM fw min maiwrt k ^fnwf . ( Mit. X, 
opp. T. ) «I rià f KXf i tœat, f»« rtem m naKmSk pbwd Mot qm 
ftamme JaUt. ^ïu'IitÊlt.tpf., MM. B, p. Iff.) ItaMfw q«al« 
querhooiM* M panl Jodr daUem d'à» maalén fini dâUenM qn'c» 
N readm, mimI qaH le pMi, Mrtbbb i hn pw risHuiM àm 
pnbcliM* dni>w.( De «r« ab>.*M. , 1. 1V.> 



(Pige m . U TMHnUtDaa B'a^t rira 4« c«MMW ««M r4fdilé.> 
Iiii— iii l i l iiii II uni iiiiili I mil niiiiiiHiiiiliiM f iilili n i f t»'" 
l'imige an modelai Sied al esnuiarj, wn MooKtini Kfwt" 

(8. TTioinM, Smima Thtel., I. pîrl,, KT, ift- lOToTO" 

rcunnblMee, Ibd Aln.,(Bl4, œdn-t Vïf, Tôt. M. Mod., I^ 
WU T , Prop. n. ) ^ qael<jii*uD nont bJI dira qa'n Iwb»m ratmbU 
«•aa/ior(niJf,l'abMrdili erttoulrl loi: cw ^ut l««i 



( Page KZ. (.'homme ne rr|iM wr h tene rjm pnve ipi*!! e>l *W^ 
ïkUvk Dieu.) 



D,9,t,.?(i h, Google 



m QUATBdtMB EflTRETIElf. SSf 

JtifcnM évident et Térilibleinent dÏTin ! Car la tiiprfmalSt de 
flu»miietfaptuieaiarr/endtmenlq>ietaratemblanainieelHeii.(6uoon, 
*i Dtnf . de toJJo Mcra. WoHu, tom. X , p. 31 1 .) Il attriboe cette nw 
gniSqae kUe i on tUolegieD «epagnol , aomaié nmiçnit VtlKrta,aKTT 
ID 1B3I, a IqodqiHi latree. En eflM, PtiMon et queltpec pirea et 
fhiliMopiMi p^ei en «nuenl lirt parti d^nii loaflenip* , CMame on 
peat le ma ikot b bel oamffi de Pélau. {De fl tUtr. opff^ lib. Il , 
«ap. 3-3. Dogm. ibo/., Parii, 1644 , in4Dl. , tom. III, fwf .2BG|ieq.) 



(Page Ht. klle> contempla- n Sgnreaaiuriiii derKrmtuge.) 
L* bibliotbiqae de Toltaire fnt , tanaae on aait i acfaetâe aprit «a 
■lort par I> oonr do Roslie. Aujonnfhai die eil ddposte an paUii de 
fErmtiagt , m^nifiqaa dt^pcndance da pataîi dliinr, bjilie par Ilm- 
pérUrice Catherine n.LaiDtuedsToliaire,eiJcutéeei) martre bLinc 
par le acalpteor Fnatûi Hooilon , eat placée >a laaà de la biblio- 
■béqoe et asodda l'ioipectei. Celte bibliotliéqae donna lien 1 de* ob- 
•emtioai inpoituitei qui n'ont point encore été Gdlea , u je ne ma 
Rompe. JB DM aonrieii*, autant qu'on peot le «MTenir de ce qiA>aa 
luilj ■ cinquante ana, que Loretace, dana le roman de Clarîaaet écrit 
iaonamli SlMiamjfttUrade coanaOn lattStiaMptrêotme, em^ 
■nen«M par tmmalirt te» Uiire» qiitlU ttl. Il o'j a rien de ai ineonlC' 
itable; mai* cette vériti m cTin ordre bien pliuginénl qu'elle neio 
préieaiail i l'eapril de Ricbardaon, Elleie rapporte i la acieoce autant 
qu'an eanoére, et il ertoettain qu'en parcourant le* lînearaaembté» 
par un homme, on connaltenpeude lemptoeqiAl aaketceqi^nmci 
Cal tonicepwnlde Tueqnela tnblîolbéque de Vuluïreeat partkiw 
liêremsnl cnrienae. On ne rerieat pas de aan élonnenent en conôdc- 
rant l'extrême médiocrilé de* onrTageaquiauflireDt jadiiaujMUrAircAa 
de Femej. Ou ; cbercherait en vain ce qu'on apiielle le* gratub livres 
et le* édition* reiJierdiiea lurlout de* cliniques. Le tout entemblc 
lionne Hdée Jnne bibliothèque tonnée pour amuser le* aolrée* d'un 
campagnard.il Eautencorci) remarquer une armoire remplie de linea 
déparôlUa dont lesmai^eaBOiililiargéis de nous écrilei de la maimlo 
Tolliire , et presque toute* marquée* au cuiii <lc la iiiédiocriié et 'lu 
Nuuiaia Ion, Iji collcclîoncntîére e*t uu« démoutraiion quuVolUue 
fut étranger à loalc cijiéce de GoiioaîsnKW approfondie), maîi iuruiul 



D,9,t,.?(ir>,Googk\ 



m 




{nfatU.CvpcnODnaiiepealbiiifcoDiiiltre.) 
^rAif''''^*^ il japri*ieiia|l-diK| lUdotiia'iui bonne qnl 
Ktt lapladdaDf on umpta •eotiMltra «i loi nn antre e«|rii>{&M. 
^ nw. XCtT.) but ( du* BM ttnpt BddcnM , fat a> «Mi^ da- 
MiiikMUeaolngi«.I«|riJM|i«UtqM«llMd*aUNli|îaB ladb»- 
qiuieM. SaMla Mm md mgem wur Om twdJw. Toj. U nadoe (w 
H>nl, tirie da FVcpMfU^, dm la CtrrcqMadnl d> ibp>T da T 
nm 1804 . n" jajCitaii on «(ua dL- rVobXîM d) 
peMmul ca qulli Toudroot. 



(h ge 147 . Bien n^irin qna ce qui dml arrircr.) 

jnW/iw«fi«rf*mHM<M^MHf,«t«idî«ldjbrffiwk^l<«rtMr 
foa au pÈiKfimtft.,, Mensf 1> tnninittk m mts tmfal^m ,acotM 
«I Sdi>Wi ««dm noaJiiliir Scipiu, ute., sic ( Occr^ d(>*( Cif . IX.) 

VII. 

<Pige ISS. Hraiia'ni dit AriMou Ml mt.) 

Il i^ * rirn de li raonu que ca tnu d'Arûlole i|u'm lit du* l> 
K*nO(C«JO|C*p V]l,adildileDetEet que celle pnùtnreqQe nom 
]MHirriuui appeler U pItaMm, /écltaollùl dam !«• un eu paiMi 4t 
fax^, *rtê niiMA«.Leanteinilt(ini*llriiiMMleBéna [ H e» 
mtee 1 U balle de ptoabéchiippiedelaiKioda* 

A'm weai emrijf 7H1M çun Balearitm plambam 

DmilaJacii.VoliuUUitlti lacoadacù emdoi 

Si fWM ■Bittafarft Ml MBKfrBt imitait igm». ffhïd. Hei.) 



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DO' Q0ATBIBKS BlfTlUrtUUr. ^S3 

Ufletdi a':Ma gUaufmàà tl aarila aerit vtlut tgnt iKMttfat. 

( $«a. Nat. qnzM.n, S7.) 
ÈlwtàlaadMttiUqiitJmclottmpoTa^mnba 

H. Hfljnsi dit nu m ymtlhn quart pbmiiiM fioiH nnlMnBr 
urtIiqK^erlpudrtiu,qiiod poMtiUottan etmt ; md btjlittmtt lUkam 
Aaii iMibtt, m. UjumiipaudfldifGcnliénee tetieéuir noiqat, 
oa n Aintole, Séaiqna, LncrAce etOttdemJnw D'inientpM (XtfUeii 



(hgs SU. Lm priera dit Kogitioiu. ) 

J'dwerre tor ee mol qu'on tiouTa cbez la andeu Romaina de tW- 
1^GiRogià]nt,d[Hit laformale doiu t <[é coiucrrée. 

Hart pour, uprecor, qaatoqut utf fti marbot \it»* bariiotqiit , rf- 
JlKrIatat, wwfHiHflmm, ealamluilim, buentperlaïque prahlieuil ; iitf 
tt ftugtt, franoùa, ttineUi, vtrgallaqoi graitdlrt, btntqut cvtnirt tinati 
fuurttrptutuaqiÊi tmhia nrMuU. (C»lo,de R. Il.,c. 4t.) 



(h(eS58.<}i^»-C-ildonc lld*4loanantanqD{iniÙ9eniotiTer anv 
plalntat) 

OiipniicniiTcrQnpeudeQTilatlindaBiaeuedblioadaaiéDunTei 
DMb leteMetlpréwntitrèieiactaïaaDr. Voici te* pnprei paroieider 
Kn'drr.— CTcrt une [dainle Ueo peaphilMophiiioei]DeceUadBT<il< 
tÛTs k propoidii rrmmemea de Li^xHiDei doat U leplalata la iM- 
idKi[»M«witiirtq\iiftpraqattmKai^ami. (7o;ei Ib bon cbrétient) 
fttoaBM*-itMi>pM,naii> rllaataqid nota apparfiait, amtmttmlf 
dnwKM t les débiteun de U tcire el des ti^menu I £ri^ en vgrta dea 
loiidahaitnre, ftattooKABundcnf cequi o*t 4eui... qiiarrirtro' 
§41 ouïr* cAdm 9H( ce qui dall arrfvrr en Terlu dci Ma éwraellca de la 
nge*M ride /onfr* ^ < ncnicra Ideen lÛT diu Fhilowpbîe dr r GcMèidil* 
ilnlleMcUint, km. l, tii. i.dMp. S.) 



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Î8i nOTKB DO QDlTKI&n KHTuntlTr 



(Pags 279, ConB« c'ctl voir* nii^ieordt qnE uoui «n délin-f.) 

Tutn >iM,Domliit, quaiimui,.., ii urrmmqumm vUdaiu awln» 

iHÏjuiatiiut lrtnt»uum,iuptrno muutr* firmai la mortatlum cbfJ» 

cofuMMHI (I, M Indigaaalt, Imlia fiajttU frodin,M,ti mittmnlâ, 

nMU«. (Vo). UBiluJ.) 



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CII«<9JIÈME ENTRETIEN. 



U CnBTAUBB. 

Conmrr tous ètes-vons amusé hier, H. le 
fèiatenr? 

IX SBHATEUB. 

Beaucoup} en vérité, et toat autant qu'il 
est possible de s*amnser à ces aortes de spec- 
tacles. Le feu d'artifice étût siqwrbe, et 
personne n'a p^, du moins personne de 
notre espèce : quant aux moucherons et aux 
oiseaux y je n'eu retonds pas mieux qae notre 
ami; mais j'ai beaucoup pensé à eux pendant 
le spectacle , et c'est là cette pensée dont je 
me réserrai hier de vous £aire part. Pins j'y 
songea , et plus je me confirmais dans ridée 
que les spectacles de la nature sont très pro- 
bablement ponr nous ce que les actes homaina 
(oui ponr les animaux qui en sont téjnoins. 



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286 us somÉES 

Nul être TÎTanl ne peat avoir d'autre» «n 
naissances que celles qui constituent son e 
sence, et qui sont exclusivement relatives 
la place qaHI occupe dans l\toîvers; et c'e 
& mon avis une des aoiulireuses et invinclbli 
preuves des idées innées : car sSl n^ ara 
pas des idées de ce genre ponr tout être qi 
connaît, chacun d^eux, tenant ses idées d( 
chances de Texpérience, pourrait SMtir c 
«on cercle, et troubler l'univers; or, c'est c 
qui n'arrivera jamais. Le chien, le ange 
l'éléphant demi-raisonnaTa(\ ), s'approcheroi 
du feu, par exemple, et se chaufleront comm 
nous avec plaisir; mais jamais vous ne lec 
apprendrez à pousser un tison siv la braise 
car le feu ne leur appartient point; aatremei 
le domaine de liiomme serait détroit. IJ 
verront bien un, mais jamais Vunîlé; le 
éléments du nombre, maisjamaislenom^ 
on triante , deux triangles , mille triangle 
ensemble , ou fnn après l*antre , mais jam&i 
la trîangidlté. L'union perpétuelle de certûne 
idées dans notre entendement nons les îsi 
confondre , tpoiqn'elles soient essentidlemec 
séparées. Vos deux yeux se peignent dans le 



'^l) àlf rtoMmiHg, (Fopc.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAraT-PÉTERSBOrRa. 287 

miens : j^n ai la perception qne j^associe sur. 
k-champ à IHdée de duité; dans le fait ce- 
pendant ce5 deux connaissances sont d*an 
ordre totalement divers , et l'Anne ne mène 
nullement à' Tantre, Je vous dirai plna , puis- 
que je sois en train : jamais je ne comprendrai 
la monilké des êtres intelligents, ni m£me 
limité homaine, on antre nn^ cognitive 
quelconque , séparée des idées innées : mais 
revenons anx animanx. Mon chien m'accom- 
pagne à qnelqae spectacle public, une exé- 
cotion, par exem[^ : certainement il T<nt 
tont ce qne je vois : la foule , le triste cortège, 
les officiers de justice, la force armée, 
téchaiaod, le patient, rexécutenr, tout en 
nn mot : mus de tout cela que comprend-il? - 
ce qnll doit comprendre en sa qualité de 
chien ! il saura me démêler dans la foule, 
et me retronver si quelque acôdent Ta séparé 
de moi ; il s'arràngeni de maniire à n'être 
pas estropié sous les [âeds des spectateurs; 
lorsqne l'exécnteur lèvera le bras , l'animal , 
sll est près , pourra s^écarter de crainte qut 
le coup ne soit pour lui; s'il voit du sang, 
il pourra frémir , mais comme à la boucherie. 
Là s^urètent se& connaissances , et tous les 
eiTorts de aieis instituteurs intelligents, employés 



D,9,t,.?(ib, Google 



SS8 ISS SOlflEBS 

sans relÂche pendant les siècles des siècles « 
ne le porteraient jamais au-delà; les idées de 
inorale, de souTenôneté, de crime, de justice,' 
de force publique, etc., attachées à cç triste 
spectacle , sont nulles pour lui; Tous les 
signes de ces idées renvironneat^le touchent, 
le pressent, pour ainsi dire, mais inutilement; 
car nul signe ne peut exister que l^ée ne soit 
préexistante. Cest une des lois les plus évi- 
dentes du gouremement temporel de la Pnv 
vidence, que chaque être actif exerce son 
action dans le cercle qui lui est tracé, sans 
pouvoir jamais en sortir. Eh! comment le 
bon sens pourraît-il seulement imaginer le 
contraire? En partant de ces prindpes qui 
sont incontestables, qui tous dira qu'un volcan, 
une trombe, un tremblement de terre, etc., 
ne sont pas pour moi précisément ce que 
rezécntion est pour mon chien ? Je comprends 
de ces phénomènes ce que j>n dois compren- 
dre , c''est-à dire , tout ce qui est en rapport 
avec mes idées innées rpii constituent mon 
état d'homme. J^e reste est lettre close. 



11 n'y a rien de si plausible que votre idée , 
mon cher ami , nu , pour mieux dire , je ne 



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DE SAIRT-PfirS&SBODIie. 289 

Tois rien de si évident , de la manière dont 
Tons avez envisagé la chose ; cependant qnelle 
diHUrence sons un antre point de vue ! Votre 
chien ne sait pets qu'il ne sait pas ^ et vous, 
bonune intelligent, vous le savez. Quel pri- 
ril^ sublime que ce doute ! Suivez cette 
idée , vous en serez ravi. Mats à propos , 
* puisque vous avez touché cette corde , savez- 
vons bien que je me crois en état de vous 
procnrer un véritable plaisir en vous montrant 
comment la mauvaise foi â''est tirée de Tin- 
rincible argument que fournissent les ani- 
maux en faveur des idées innées ? Vous avez 
parfaitement bien vu que Tidentité et Tinva- 
riable permanence de chaque classe d^étres 
sensibles ou intelligents , supposaient néces- 
sairement les idées innées; et vous avez fort 
à propos cité les animaux qui verront éternel- 
lement ce que nous voyons , sans jamais pour 
voir comprendre ce que nous comprenons. 
Mai-s avant d'en venir à une citation extrême- 
ment plaisante , il faut que je vous demande 
si TOUS avez jamais réfléchi que ces mêmes 
animaux fournissent un autre argument direct 
et décisif en faveur de ce système î En effet, i 
pmsque les idées quelconques qui constituent i 
ranimai, chacun dans son espèce, sont innées I 
I. 19 



D,g,t,.?(ib, Google 



S90 us somÉss 

au pied de la lettre , c'est-à-dire , absolument 
indépendantes de l'expérience ; puisqae la 
poule qui n*a jamais tu Tépervier manifeste 
néanmoins tous les signes de la terreor, au 
moment où. il se montre à elle pour la pre- 
mière fois, comme un point noir dans la 
nue*; puisqu'elle appelle sur-le-champ ses 
petits avec un cri extraordinaire qn^elle n'a 
jamais poussé; puisque les poussins qui sor- 
tent de la coque se précipitent à IHnstant 
même sous les atles de leur mère; enfin, 
puisque cette obserration se répète invaria- 
blement sur>toutes les espèces d'animaux, 
pourquoi rexpérience serait-elle plus néces- 
saire à l'homme pour toutes les Idées fonda- 
mentales qui le font homme ? L'objectioD 
n'est pas légère , comme tous voyez. Ecoutes 
maintenant comment les deux héros de VEs- 
tkétùjfue (1) s'en sont tirés. . 

Le traducteur français de Locke , Coste , 
qm fut à ce qtû parait un homme de sens , 
bon d'ailleurs et modeste , nous a raconté , 
dans je ne sais quelle note de sa traduction (3), 
qnll fit un jour à Locke cette même objection 



(1) FnpnaieM nfncc du stnibnenl, du grae «fsA^TM. 
<a) Ut. n ,ch. XI, § 5, tl« rEiui lur renlend. bom. 



r:,9,N..<i h, Google 



DB SAI!1T-PÉTEBSB0CRG. 291 

i santé aux jenx. Le philosophe , qui se 
itit touché dans un endroit sensible , se 
ha nn peu , et lui répondît brusquement: 
tiai pas écrit mon livre pour expliquer 
actions des hêtes. Coste , qui avait bien 
Iroitde s'écrier comme le plùlosophe grec: 
»/er, tu te fâches y tu as donc tort I s''est 
itenté cependant de nous dire, d'un ton 
isamment sérieux : La réponse était très 
mCy le titre du livre le démonlre clairement. 
eSétf il n'est point écrit sur Tentendement 
r bêtes. Vous voyez , messieurs , i quoi 
:ke se trouva réduit pour se tîrerd'emhar- 
. U s^est bien gardé , an reste , de se pro- 
ier Tobjection dans son livre , car il ne 
liait point s'exposer à répondre; mais Con- 
[ac , cpii ne se laissait point gêner par sa 
iscience , s'y prend bien autrement pour se 
T d'atTaire. Je ne crois pas que Taveugle 
ilinatiod d'un orgueil qui ne veut pas re- 
er ait jamais produit rien d'aussi plaisant. 
bétefuiray dit-il, parce qu'elle en a vu 
'orerdautres/màs comme îi n'y avait pas 
yen de généraliser cette explication, il 
ute , « qu'à Tégard des animaux qui n*ont 
jamais vu dévorer leurs semblables, on 
peut croire avec fondement que leurs mé- 



r:,9,N..<i h, Google 



S92 tXS SWtËBS 

-« res , dès le commencement , Ie« aoronl 
« engagés à foir. » Engagés est parfait! Je 
txùs fâché cependant quHl n'ait pas dît , leur 
auront conseillé. Ponr terminer cette rare 
explication y il ajoute le pins sérieusement du 
monde, <fue si on la rejette ^ il ne voit pas 
ce ^ui pourrait porter tanîmal à prendre ta 
fuite (i). 

Excellent! Tont à l*lienre nous allons voir 
que si Ton se refuse à ces merveilleaz rai- 
sonnements, il pomra très bien se faire qoe 
ranimai cesse de fmr devant son ennemi , 
parce qae Condillac ne voit pas pourquoi cet 
animal devrait prendre la fuite. 

Au reste, de qaelqoe mamère qu'il s'ex- 
prime, jamais je ne puis étr» de son avis. // 
ne voit pas y ditril : avec sa permission, je 
crois qu'il voit parfaitement , mais qall aime 
mieux mentir que TaToner. 

LE sÉRiixna. 

Mille gr&ces, mon cher anû, pour votre 
anecdote philosophique qae je trouve en elîet 
extrimement plaisante. Vous êtes donc par- 
faitement d*accord avec moi sur ma maniera 

H) Euaitiir Torig, deicoiin. Iiiim,, sect. [l,ehaji. a. 



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DS SAinT-PÉTKaSBOnHQ. 297 

"ennsager le^ ammanx , et sar la coucltuioiï 
ne j'en ai tirée par rapport à nous. Ils sont , 
omme je tous le disais tout à Theare , en- 
ironnésy touchés, pressés par tous les signes 
e Pintelligence , sans jamais pouvoir s'élever 
isqu^au moindre de ses actes : rallinez tant 
u'il vous {Jaira par k pensée cette &me 
uelconque, ce principe inconnu, cet instinct, 
ette lumière intérieure qui leur a été donnée 
rec une si prodi^euse variété de direction 
t d'intensité, jamais tous ne trouverez qu'une 
^miptote de la raison , qui pourra s'en ap- 
rocher tant que vous voudrez, mais sans 
imais k toucher; autrement une province 
e la création pourrait être envahie , ce ^ 
ît évidemment impossible. 
Far une raison toute semBlable , nul doute 
ue nous ne puissions être nous-mêmes en- 
'Tonnés y touchés, pressés par des actions 
t des agents d'un ordre supérieur dont noos 
'avons d'autre connaissance que celle qui se 
■pporte k notre situation actuelle. Je sais 
)ut ce que vaut le doute sublime dont vous 
snez de me parler : oui, je sais que je ne 
lis pas , peut-être encore sai»-je quelque 
dose de plus ; mais toujours est-îl vrai qu'en 
erto même de notre intelligence, jamais il 



D,g,„.,.,GO 



294 LES soib£es 

ne nous sera possible d'atteindre aur ce poîc 
une connaissance directe. Je fais, au reste, ai 
très g^and usage de ce doute dans toutes me 
recherches sur les C€mses. J'ai lu des niîlUoii 
de plaisanteries sur Tignorance des ancien 
qui •voyaient des esprits partout : il me sem 
ble que nous sommes beaucoup plus sots 
nous qui n'en voyons nulle part. On ne cess 
de nous parler de causes physiques. Qu'est-c 
qu'une cause physique? 

LE COMTE. 

C'est une cause naturelle, si nous Toulon 
nous borner à traduire le mot; mab, dao 
l'acception moderne, c'est une cause maté 
rielle, c'est-à-dire, une cause qui n'est pa 
cause : car matière et cause s'excluent me 
tuellement, comme blanc ^ noir^ cercle e 
carré. La matière n'a d'action que par 1 
mouvement : or , tout mouvement étant m 
effet, il s'ensuit qu'une cause physique ^ t 
l'on veut s'exprimer exactement, est on kok 
SESS et même une contradiction dans le 
termes. Il n'y a donc point et il ne peut ; 
avoir de causes physiques proprement dites 
parce qu'il n'y a point et qu'il ne peut y avoi 
de mouvement sans un moteur primitif, t 



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m sunr-pATERSBODBfi, 29S^ 

fne tout moteur primitif est immatériel ; 
partout, ce qui meut précède ce qui est mu y 
ce qui mène précède ce qui est mené , ce qui 
commande précède ce qui est commandé : la 
matière ne pent rien, et même elle n'est 
rien que la preuve de l'esprit. Cent billes 
placées en ligne droite , et recevant toutes de 
la première un monrement successivement 
communiqué , ne snpposent> elles pas une 
main qui a frappé le premier coup en vertu 
d'une volonté? Et quand la disposition des 
choses m'empêcherait de voir cette main , en 
serait-elle moins visible à mon intelligence ? 
L'ame d'un horloger n'est^^Ile pas renfermée 
dans le tambour de cette pendule, oti le 
grand ressort est chargé , pour ainsi dire , des 
commissions d'une intelligence ? J'entends 
Lucrèce qui me dit : Toucher, être touché, 
jCappartient qiCaux seuls corps; mais que nous 
importent ces mots dépourvus de sens sous 
un appareil sententieox qui fait peur aux 
enfants ? Ils signifient au fond que nul corps 
ne peut être touché sans être touché. Belle 
découverte , comme vous voyez ! La question 
est de savoir s'il n'y a que des corps dans 
l'univers , et si les corps ne peuvent être mus 
par des substances d'un autre ordre. Or, non- 



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296 us SOIRÉES 

seulement ils peuvent Tétre , mais piimitr 
ment ils ne peuvent l'avoir été autrement: c 
tout choc ne pouvant être conçu que conu 
le résultat dW autre , il faut nécessairemt 
admettre une série infinie de chocs , c'esl 
dirCf dWets sans cause, on convenir que 
prindpe dn mouvement ne peut se troui 
dans la matière; et nous portons en noi 
mêmes la preuve que le mouvement coi 
mence par une volonté. Rien n'empêche , 
reste , que , dans un sens vulgaire et ind 
pensable , on ne puisse lé^Iimemeuk appe! 
causes des effets qui en prodmsent d'autre 
c'est ainsi que dans la smte de billes de 
je TOUS parlais tout à l'heure , toute» les fon 
sont causes , excepté Ut dernière , comi 
toutes sont effets y excepté la premi^. U 
si nous voulons nous exprùner avec une pi 
dsion philoso[^que , c'est autre chose. < 
ne saurait trop répéter que les idées de m 
itère et de cause s'excluent Tune Tai^re 
goureusement. 

Bacon s'était Eût, sur les forces qui ag 
cent dans l'univers , une idée chimérique c 
a égaré à sa suite la foule des dissertaleoi 
il supposait d'abord ces forces matérielle 
ensuite il les soperposait indéfiniment l^i 



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os SATfT-PÈTEBSBOimS. 297 

an-dessus de Taotre ; et souvent je a'aî pu 
m'empécher de soupçonner qu'en voyant au 
barreau ces arbres généalog^cpes où tout le 
inonde est fils , excepté le premier , et oii tout 
le mondeest père, excepté le dernier, il s'était 
fait sur ce modèle une idole ^échelle , et qu'il 
arrangeait de même les causes dans sa tète ; 
entendrait h sa manière qa'nne telle cause était 
fflle de celle qui la précédait , et que les gé< 
nérations, se resserrant toujours en s'élevait, 
conduisaient enfin le véritable interprète de 
la nature jusqu'à une aTenle commune. Voilà 
les idées que ce grand légiste se formait de la 
nature et de la science qui doit rejqdiquer : 
mais rien n'est pins chimérique. Je ne vtujf 
porat vous traîner dam nne longue discussion. 
Pour vous et pour moi c'est assez dans ce mo- 
ment d'une seule observation. (Test que Bacon 
et ses disciples n'ont jamais pu nous citer et 
ne nous citeront jamais un seul exemple qui 
vienne  Tappui de leur théorie. Qu'cmnous 
montre ceprétendaordredecauses^^n^ra/ej, 
plus générales , généralissimes , comme il 
kor plalt de s'exprimer. On a beaucoup dis- 
serté et beaucoup découvert depuis Bacon : 
qu'on nons donne un exemple de cette mer- 
veilleuse généalogie , qu'on nous indique un 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



'i98 LES SOIHÉES 

seul mystère de la nature , qa^oD ait expliqua 
je ne dU pas par cne caoïe , mais senlement 
par un effet premier auparavant inconna , et 
en 8''élevaDt de Tan à l'aolre. Imaginez le 
phénomène le pins rnlgaire , rélasticité , par 
exemple, ou tel autre qn'il tous plaira choisir. 
Maintenant je ne sois pas difficile ; je ne de« 
mande ni les aîeales ni les trisalenles da 
phénomène, je me contente desa mère; hélas! 
tont le monde demeoremnet; etc^ttonjonrs 
( j*enteDds dans l'ordre matériel) proies sine 
matre creata. Eh! comment peut-on s'aveu- 
gler au point de chercher des caoses dans la 
nature y qoand la nature même est un effet ? 
tant qu'on ne sort point da cercle matériel, 
nul homme ne peut s'avancerplos qu'un autre 
dans la recherche des causes. Tous sont ar- 
rêtés et doivent l'être au premier pas. Le génie 
des découvertes dans les sciences natarelles 
consiste uniquement à décooTrir des faits 
ignorés, ou à rapporter des phénomènes non 
expliqués aux effets premiers déjà connus | et 
qne nous prenons pour cause; ainsi , celui 
qnî découvrit la circulation du sang, et celui 
qui découvrît le sexe des plantes, ont sans 
doutel^n et Tautre mérité de la science; mais 
l:i découverte des faits n'a rien de comman 



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DE Sil^ïT-FÉTEnSBODRC. 299 

avec celle des causes , Newton , de son câté « 
s'estimmortalisé en rapportant k la pesanteur 
des phénomènes qu'on ne s'était jamais avisé 
de lui attribuer ; mais le laquais du grand 
homme en savait , sur la cause de la pesan-r 
teur,autantquesonmaltre. Certains disciples, 
dont il rougirait s'il revenait au monde , ont 
osé dire querattractionétait une loi/ntîcaw'fue. 
Jamais Newton n'ai^ofà:^ un tel blasphème 
contre le sens conunnn , et c'est bien en vain 
qu'ils ont cherché & se donner un complice 
aussi célèbre. Il a dit, an contraire, (et certes 
c'est déjà beaucoup), qu'il abandonnait à ses 
lecteurs la question de savoir si ragera qui 
produit la gravité estmatériel ou immatériel. 
Lisez , )e tous prie , se& lettres théologiques 
au doeteor Bentley : vous en serez également 
instruits et édifiés. 

Vous voyez , M . le sénateur , que j'approuve 
fort votre manière d'envisager ce monde , et 
que je l'appuie même , si je ne suis absolu- 
ment trompé, sur d'assez bons arguments. Du 
reste, je vous le répète, je sais que je ne sais 
pas; et ce doute me transporte à la fois de jois 
et de recoimaissance , puisque j'y trouve 
réunis et le titre inefTaçable de ma grandeur , 
et le préservatif salutaire contre toute spéca- 



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300 LES WURflES 

lation ridicule ou téméntire. En examinant ht 
nature sous ce point devue , engrand , comme 
dans la dernière de ses prodactions , je me 
rappelle continuellement ( et c*est assez pour 
-moi ) ce mot d'un Lacédémonien songeant à 
ce qui empêchait un cadavre raide de se tenir 
debout de quelque manière qu*on s'y prit : 
PAB DiBD y diUil , il faut qu'il y ait quelque 
chose là-dedans. Toujours et partout on doit 
dire de même : car , sans quelque chosCy tout 
est cadarre , et rien ne se tient debout. Le 
monde , ainsi envisagé comme un simple as- 
semblage d'apparences t dont le moindre phé- 
nomène cache une réalité , est on véritable 
et sage idéalisme. Dans un sens très vrai , je 
puis dire que les objets matériels ne sont rien 
deceque jevois; mais ce que je vois est réel 
par rapport à moi , et c'est assez pour moi 
d'être ainsi conduit jusqu'à Texistence d'un 
autre ordre que je cnns fermement sans le 
voir. Appuyé sur ces principes , je comprends 
parfaitement , non pas seulement que la prière 
est i^ile en général pour écarter le mal pbysi* 
qne , mais qu'elle en est le véritable antidote , 
le spécifique naturel , et que par essoice elle 
tend à. le détruire , précisément comme cette 
puissance invisible qui nous arrive du Pérou 



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DE Sdmr-PÉTKBSBOUBS. 301 

cachée dans une écorce légère , va chercher ^ 
en TCrtu de sa propre essence , le principe 
de la fièvre , le touche et Tattaqae avec plus 
ou moins de succès , suivant les circonstance* 
et le tempérament; à mcnns qu'on ne veuille 
soutenir que le Imhs guérit la fièvre , ce qui 
serait toutà-fait drôle. 



Drôle tant qu^il vous plaira ; mais il faut ap- 
parenunent que je sois un drôle de corps , 
car , de ma vie , je n^ai en aucnn scrupule 
sur cette proposition. 



Mais si le bois guérit la fièvre , pourquoi se 
donner la peine d'en aller chercher au Pérou ? 
Descfflidons au jardin : ces bouleaux nous en 
fourniront de reste pour toutes les fièvres tier- 
ces de la Russie ! 

I£ CBBVAUEB. 

Parlons sérieusement , je tous en prie : il 
ne s'agit pas ici da bois en général , mais d*an 
certain bois dont la qualité particulière est d« 
guérir la fièvre. 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



303 



Fort bien , mais qu'entende^vous par tfua- 
lUé ? Ce mot exprime-b-il dans voire pensée 
un simple accident ^ et croyez-Toiu , par 
exemple , qne le quinquina gaérisse , parcs 
qu'il estjîguré, pesant , coloré , etc. 

LB CHBTALIBB. 

Vous chicanez , mon cher ami ; il va sans 
dire qae j'entends parler d'une q[ualité réelle. 



Comment donc , qualité réelle ! Que veut 
dire cela , je tous prie ? 

r.H CHITUJKB. 

Oh ! je vous en prie à mon tour, ne dispn* 
tons pas sur les mots : savez-Tous bien que le 
bon sens militaire s''ofrense de ces sortes d'er* 
goterîes? 

I£ COHTB. 

J'estime le bon sens militaire plus quevons 
ne le croyez peut-être ; et je vous proteste 
d'ailleurs que les ergoterles ne me sont pas 
moins odieuses qu'à vous : mais je ne crois 



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DB SAINT-PËTEUBOCaG, 303 

point qu'on dispntesarlesmotseud' nandant 
ce qulk signiBent. 



LE CHETAUEB, 



Jenlends donc par qualité réelle quelque 
chose de réellemeat sobsistant , un Je ne sais 
quoi que je ne sois pas obligé de défîmr appa- 
remment , mais qui existe enfin comme tout 
ce qui existe. 



A merretUe , mais ce quelque chose , cette 
inconnue dont nons recherchons la valeur , 
est-elle matière oa non ? Si elle a'est pas 
matière... 

I£ CBBTAUEB. 

Ah ! je ne dis pas cela ! 



ïlais si elle est matière, certainement vons 
ne pouvez pins rappeler qualité! ce n'est plus 
on accident , une modification , un mode , ou 
comme il vous plaira l'appeler; c'est une sub- 
stance semblable dans son essenceitoate autre 
substance matérielle , et celte substance qui 
n'est pas bots (autrement tout bob guérirait) 



r:,9,N..<ir>,G00gIf 



304 LLS SOIRÉES 

existe (Ions le bois , od pour mieux dire, da 
ce bois , comme le sucre , qui n'est ni eau 
thé, est contenu dans cette infosion de t 
qni le dissout. Nous n^avona donc fait que i 
monter la question , et toujours elle recoi 
mence. En eflet, puisque la substance qu< 
conque qui guérit la Séfre est de la matièr 
je dis de nonveau : Pourquoi aller au Péroi 
La matière est encore plos aJsée à trouv 
que le bois : il y en a partout, ce me semblt 
et tout ce que noos voyons est bon pour guéri 
Alors TOUS serez forcé de me répéter sur 
' matière eu général tout ce qne tous m''arii 
dit 'sur le bois. Vous me dires : // ne s'ag 
point de la matière prise généralement , ma 
de cette matière particulière, c'est-à-dire 
de la matière , dans le sens le plus abstrait 
pluSf une qualité gui la distingue et çi 
guérit la fièvre. 

Et moi, je tous attaquerai de nouveau , e 
vont demandant ce qne c'est qne cette qualil 
que TOUS supposez matérielle , et je vons pon 
suivrai aiusi avec le marne avantage, sans qi 
votre bon sens puisse jamais trouver un poii 
d'appui pour me résister; car la matière étai 
de sa natare inerte et passive, et n'ayant d'a< 
tion qne par le mouvement qu'elle ne pei 



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m SàiBT-rÈTSB&BOjma. 303 

se donner , il «''ensuit qu'elle ne sa omit agir 
qœ par Taction d^on agent pins on moioA 
éloigné , Toilé par elle , et qui ne saurait 
tin elle. 

Vous voyez , mon cher dievalier, qull ne 
s''a^t pas tout-à-fait d'une question de mots ; 
mais revenons . Cette excursion sur les causes 
nous condmt à nne idée également juste et 
féconde : c'est d'envisager la prière considérée 
dans son effet , simplement comme une canse 
seconle ; car sous ce pomt de vue elle n'est 
qoe cela , et ne doit être di^ingnée d'aucune 
antre. & donc nn philosophe k la mode 
s'étonne de me voir employer la prière pour 
me préserrar de la fondre , par exemple , je 
hn dirai : Et pous^ monsieur j pourquoi em- 
pioj-ex-vous des paratonnerres? ou pour m'en 
tenir à quelque chose de pins commnn , 
pourquoi employes-vous les pompes dans les 
incendies^ et les remèdes dans les maladies? 
Ne vous opposez-vous pas ainsi tout comme 
moi aux lois étemelles ? « Oh ! c'est bien diffé- 
n rent , me dira-t-on ; car si c'est une loi , 
» par exemple , qne le feu brûle , c'en est 
n nne aussi qae l'ean éteigne le feu. » Et mol 
je répondrai : C'est précisément ce que je dis ', 
ie mon câté ; car si c'est une loi que lafow. , 



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'30G xBS sonttES 

I dre produise tel ou tel ravage « c^en est une 
■ aussi çue la prière i répandue à temps sur le 
FEU DU CIEL , réteigne ou le détourne. Et soyez 
persuadés , messieurs , qu'on ne me fera aa- 
cone objection dans la même siqiposition , 
que je ne rétorque arec avantage : il n^ a 
point de milieu entre le fatalisme rig^e , 
absolu , universel , et la foi commune des 
hommes sur Inefficacité de la prière. 

Vous rappelez-vous , M. le chevalier , ce 
joli bipède qm se moquait devant nous « il 
y a peu de temps , de ces deux vers de 
Boileau : 

Pour moi qu'en nali mAu oh antre noade Aonne i 
Oni cnùi rime immorOUe et que deet Dien qui toaue. 

M Dn temps de Boileaa , disaitil devant 
« des caillettes et des jonvenceaux ébahis d6 
« tant de science, on ne savait pas encore 
« qu^m coup de foudre n'est que rétîncelle 
« ^ctrique renforcée; et l'on se serait fait 
» une affaire gï^ve si Pon n'avait pas r^ardé 
m le tonnerre comme l'arme divine destinée 
« & ch&tier les crimes. Cependant il faut 
« que vous sachiez que déjà , dans les teaips 
« anciens , certains raisonneors embarras- 
« salent un peu les croyants de leur époque, 
« en leur demandant pourquoi Jupiter s*a- 



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DE SUKT-PiTEBSBOUBG. ZOl 

m ntosalt & fondroyer les rochers du Cau- 
« case oa les fin^ inhabitées de la Ger- 
<t manie. » 

Tembarrassaî moi-même on pen ce pro- 
fond raisonneur en kii disant : » Mais tous 
n ne faites pas attention, monsieur, qne 
« TOUS fournissez vons-même on Œcellent 
« argnmieid aux dévots de nos jours ( eu* il 
« y en a toajoars, malgré les effbrti des 
M sages ) pooT continuer â penser comme 
« le bocdtomme Boilean; en effet, ils tous 
« iSront tont simplement : Le tonnerre , 
« <juoiqt/il tue^ iCest cependant point étahii 
« pour tuer j et nous demandons précisé- 
i> ment à Dieu qu'il daigne , dans sa bonté y 
« envojer ses foudres sur les rochers et sur 
« les déserts , ce qui suffit sans doute à 
tt l'accomplissement des lois physiques. » Je 
ne Toolais pas , comme tous pensex hien, 
soutenir thèse devant on tel auditoire; mais 
Toyea, )e tous prie, où nous a conduit la 
science mal entendue , et ce qne nous devons 
attendre J^one jemiesse imhue de tels prin- 
cipes. Quelle ignorance profonde, et même 
quelle horreur de la vérité ! Obsorez surtout 
ce sophisme fondamental de Toi^eil mo- 
d£rne qui confond toujours la découverte on 
20. 



D,g,t,.?(lb,GOOgJC 



303 LES soniStis - 

la génération d^on effet avec la rèvél 
d'iine cause. Les hommes reconnaissent 
une substance incounue ( f djnbre ) la 
prîété, qu'elle acquiert par le frottem 
d'attirer les corps légers. Ils nomment 
qualité Vambréité ( électricité ). Ils ne c 
gent point ce nom à mesure qu^ dé 
vrent d'autres substances idio-électriq 
bientôt de nouvelles observations leur -d( 
vrent le feu électrique. Ils ap[»«nneDt 
■cumuler, à le conduire, etc. Enfin , il 
croient sûrs d'avoir reconnu et démontr 
"^entité de ce feu avec la fooflre , de mai 
que si les noms étaient imposés par le 
sonnement, il faudrait anjourd'bui, en 
Tant les idées reçues, substituer au 
dHélectricité celui de céraunisme. En 
cela qu'ont-ils fait? Ils ont aggrandi le 
racle, ils l'ont, pour ainsi dire, rappn 
d'eux : mais que savent4Is de plus sur 
essence? Rien; Il semble même qu'il 
montré plus inexplicable à mesure qu'oi 
considéré de plus près. Or , admirée la be 
de ce raisonnement : « H est pronvé que Ti 
« tricité , telle que nous l'observons dans 
« cabinets , ne diff'ère qu'en moins de ce 
- « rible et mystérieux agent que Ton nor 



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DB amfT-pfTEHSBonnGr. 50D- 

JÔudret ''>o^f^ ce n'est pas Dieu qui tonne, w- 
oU^ dirait : Fbtre Ergo riest tjiCun sott" 
ais nous seii.- 9s bienheureux s'il n''était qoe 
t , voyez les- conséquences altérienres : 
Donc ce n^est point Dieu qui a^t par \ta 
causes secondes ; donc la' marche eu est 
invariable; lionc nos.craintes et nos prières 
sont égalemetd; vaine», u Qnelle-smte d'er- 
urs monstrueuses I Je lisais , il n'y a pas 
og-temps, dans on pajàer fi^inçus, que 
tonnerre rCest plus y pour un homme in~ 
•uàj la foudre lancée du haut des cieiua 
ur Jaire trembler les hommes ; ^ue c'est 
i phénomène très, ruituret et très simple qui 
passe à. quelques toises au-dessus de nos- 
teSy et doTtt les astres les plus voisins rCorU 
>s la moindre nouwelle. Analysons ce rai- 
nnement , nous trouverons : « Que si la fon- 
dre partait , par exemple , de la planète de 
Saturne , comme elle strait alors plus près 
de Dieu y il y aurait moyen de croire qoHt 
s'en mâle ; mais que y puisqu'elle se forme 
à quelques toises au-dessus de nos té/es , 
etc. M On ne cesse de pu'ler de la gros- 
ïreté de nos areux : il n^ a rien de û 
ossier que la philosophie de notre siècle ; 
bon sens du douzième s'en serait juste- 



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310 LES SOIRÉKS 

ment moqué. Le Prophète-Roi ne ida(aît s&' 
rement pas le pbéiKHnèiie dont je voos parle 
dans une région trop élerèe « ptùsqall le 
iionune , avec beaucoup d'^gaoee orien- 
tale ^ le cri de la nue (1) ; il a pn même se 
recommander aux chîmbtes modernes en 
disant qoe Dieu sait extraire Veau de lafou~ 
'dre (2) , mab il n'en dit pas moin» : 

L* «ux fe n» loniWTTe écbta aolour de mu* i 
La Inre en K tm&li (3?. 

11 accorde fort bien , comme vom voyez , 
la religion et la physique, Cest nous qui dé- 
raisonnons. Ah! que les sciences naturelles 
ont coûté cher à Thomme ! c'est bien sa faute, 
car Dieu l'avait suffisamment gardé; mais 
Torgneil a prêté roreôUe au serpent, et de 
nouveau llwmme a porté une mdn crimi- 
nelle sur l'arbre de la science ; il s'est perdu , 
et par malheur il n'en sait rien. ObsMrez une 



(1) Vocrm dederma nuha. CFl- LXXVI.) 

(%) FtdgvniK platiam faeU. (Uûd. CXXXIV,T.}naaiifrepra{ibèla 
l'cM (inpu4 de cette expr«aiM et fk répétùc deax b». jÊMn. X, 
13 ; U, 19.) — Lei atupi de tonaare panÛKol éln h ctinibiulioD 
du gu hjdrogéne aiee l'air TÎtal ; et c^eal ainri que nom lee vojoiu 
luirii depluieiMndaines. (fMrovi, YtriUtfimimmeMaktAUiM- 
mltmedenie. Pa{c38.) 

LWVI, 18.J 



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nr SAnrF-pfTBBnoDita; TTI' 

belle loi de la ProTldeiice : depuis les temps- 
primidift, dont je ne parle point dans ce< 
moment , elle nV donné la phtisique ei^>M> 
mentale qu^àox clirélîens. Les anciens nous 
surpassaient certainement en force d'esprit : 
ee point est prenvé par la s^)ériorité de 
leurs langoes d'une manière qui semble im- 
posa: silenee & tous les sopfaismes de noire 
orgueil; par la même raison, ils nonsontsm*- 
passés dans tout ce qa*ila ont pn avoir de 
commun arec nous. An eontraire , lenr phy- 
sique est à peu près nulle; car, non^seule- 
ment ils n'attachaient aoccin prix aux expé- 
riences physiques , maïs ils les méprisaient , . 
et même ils J attachaient je ne sai» quelle 
légère idée dimpiété , et ce sentiment confus 
venait de lien haut. Lorsque tonte TËurope 
fut chréUenne , Icwsqae les prêtres furent les 
inslitnteïffs universels , lorsque tous les éta- 
blissements de l'Europe furent christianisés ^ 
lorsque la théologie eut pris place à la tète de 
Tensàgnement , et que les autres facultés 
se furent rangées autour d'elles comme 
dfs dames d'honneur autour de leur souve- 
raine , le genre humain étant ainsi préparé , 
les sdences naturelles lui furent données, 
tantœ molis eral aOHAnAM condere ge/tiem » 



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312 un «MBi» 

L'^norance de cette grande vérité a fait <I£- 
raisonner de très fortes têtes , sans exccnte» 
Bacon , et même à conunencer par lu*. 

U SAnATXDB. 

PinS4{De Tons my faîtes pensor , je too» 
avone qne je Tai fronTé plus d'une fois ex- 
trêmement amusant avec ses desiderata. U » 
Tair d^n lutnime qni trépigne à cAté d'oa 
bercean, en se pla^piant de ce qne Tenfànt 
qn'on y berce n''est point encore professeor 
de mathématiqoes on général d'armée. 



Cest fort bien dît, en venté, et je ne saSr 
même sHi. ne serait pas possible de chicaner 
snr Tezaclibule de Toire eomparsnon ; car 
les sciences , an commencement du XVIl 
nécle , n'étaient point du tout un errant au 
berceau. Sans parler de Tillnstre religieux 
de son nom , qui l'avait précédé de trois- 
siècles en Angleterre, et dont les connais- 
sances pourraient encore mériter & des hom- 
mes de noire siècle le titre de satura , BacOD 
était contemporain de Keppler, de Galilée , 
de Descartes , et Copernic Tarait (H^cédé : 
ces quatre géaiis seuls, sans parler décent 



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DE stmi-ttrmsBovRG. 313 

intres personnages moins célèbres , lui dtaieat 
e droit de parler arec tant de mépris de 
'état des sciences , qui jetaient déjà de son 
emps oae lannère éclatante , et qnî étmeni 
in fond tont ce qu'elles pouvaient être alors. 
.^es sciences ne vont point comme Bacon 
'îmagjnait : elles germent comme tont ce qui 
[erme; elles croissent comme tout ce qui 
rrolt; elles se Hei^ avec Tétat moral de 
'homme. Qnoiqne libre et actif, et capable 
)ar conséqoent de se livrer aox sciences et 
le les perfectionner, ctmmie tout ce cpA a 
tté mis & sa portée, il est cependant aban- 
lonné 4 Im-^néme snr ce point moins peut- 
ïtre qne snr tout antre; mais Bacon avait la 
'antaisie d'injmier les connaissances de son 
iécle , sans avoir pa jamais se les appro- 
>rter; et rien n'est pics corienx dans Vhis- 
oire de l'esprit famnain qae llmpertorbable 
ibstination avec laquelle cet homme célèbre 
le cessa de nier l'existence de la lumière qm 
■tincelait autour de lui , parce que ses yenx 
i^étaient pas conformés de manière à la re- 
cevoir; car jamais homme ne fut plus étran- 
rer aux sciences naturelles et aux lois du 
nonde. On a très justement accusé Bacon 
l'avoir retardé la marche de la chimie en t4- 



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s 14 LES S0IBÉE9 

.chant de la rendre mécanique , et Je smù' 
charmé que le reproche lui ait été adressé- 
dans sa patrie même par Pan des premier» 
chimistes du siècle (t). Il a fait pins mat 
encore en retardant la marche de cette phi- 
losophie transcendante on générale , dont il 
n*a cessé de noos entretenir , sans jamai» 
s''ètre douté de ce qu'elle devait être ; il a 
même inventé des mobi faux et dangereux 
dans l'acception qu'il leur a donnée, comme 
celui de forme , par exemple , qu'il a substitué 
& celui de nature ou d>-T.re/uK , et dont la 
grossièreté moderne n'a pas manqué- de s'em- 
parer , en nous proposant le plus sérieuse- 
ment possible de rechercher la forriK de la 
chaleur, de Texpaïuibilité , etc. ; et qiû sût si 
Ton n'en viendra pas un jour , marchant sur 
ses traces , à nous enseigner h.fwme de la 
vertu? 'La puissance qui entraînait Bacon 
n'était point encore adulte A l'époque ob \\ 
écrivait ; déjà cependant on la voit fermenter 
dans ses écrits oli. elle ébaw^ hanËment 
les germes que nous avons vu éclore de nof 
jours. Plein d'une rancune maelûnale ( d^t 
il ne connaissait lui-même ni la nature m la 

(l)Blidi'flccliircEDii dicnklrf.LoBdoii, iit-i^tupi. I, f. SGt, 



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DE SlIlîT-FKl'EBSIOUHC. 815 

MOrce ) , contre tootcs les idées spirUuelIes , 
Bacon attacha de toutes ses forces rallenlton 
gôiérale sur tes sciences matérielles, de ma* 
niére A d^oùter rhoname de tout le reste, 
\l r^wouait toate la métaphysique , tonte la 
psychologie, toute la théologie naturelle 
dau la théol<^e positive , et il enfermait 
celie^ Aous clef dans l'Église avec défense 
d'at sortir ; il déprimait sans relâche les 
causes finales , qu'il appelait des rémoras at- 
tachés an vaisseau des sciences; et il psa 
«ontenir sans détour que la recherche de ces 
causes nuisait à la véritable science : er- 
reur grossière autant que funeste , et cepen- 
dant, le pourrait-on croire? erreur con- 
tagieuse, même pour les esprits heureusement 
disposés : au point qoe l'un des discales les 
plus fervents et les plus estimables du philo- 
sophe anglais n'a point senti trembler sa 
msàùj en nous avertissant de prendre bien 
garde de ne pas nous laisser séduire par ce 
^ue nous apercevons d ordre dans t univers. 
Racon n'a rien oublié pour nous (légoùter de 
la philosophie de Platon , qui est la préface 
humaine de TEvangile ; et il a vanté , expli- 
qué, propngé celle de Démocrile, c'est-à- 
dire , la philosophie corpusculaire , elTort 



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316 Lst somÈtf 

désespéré du matérialisme poussé à boof ^ 
qui, sentant que la matière lui échappe et 
n^ei^qne rien, 5e plonge dans les infinie' 
ment petits; cherchant, pour ainsi dire, la 
matière saaa la matière , et toujours content 
an milieu même des absm^tés , partout où. 
il ne trouve pas Tintelligence. Conformément 
à ce système de philosophie , Bacon eDg^;e 
les hommes à chercher la cause des phéno- 
mènes natm:«ls dans la configuration des 
ato;nes on des molécules constituantes, idée 
la plus feusse et la plus grossière qui ait ja" 
mais soi^lé reutendement humain. Et voilà 
pourquoi le XVIII^ siècle, qui nV jamais 
aimé et loué les hommes que pour ce qu'ils 
ont de mauvais , a fait son Dieu de Bacon , 
tout en refusant néanmoins de Im rendre jus- 
tice pour ce qu'il a de bcm et même d^ezcel- 
lent. CTest une très grande erreur que celle 
de croire qu'il a influé sur la marche des 
sciences; car tous les véritables fondateurs 
de la sdence le précédèrent ou ne le con- 
nurent point. Bacon fut un baromètre qui 
annonça le beau temps; et parce qu'il l'ait» 
nonçait, on crut qu'il l'avait fait. W'alpole , 
son contemporain, Va aoiomé le pny^ète de 



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ra SAnfT-PÉTBRSBOunG 317 

la science (1) , c'est tout ce qn'on peut lui ac- 
corder. J'ai vn le dessein d'une médaille 
frappée en son honneur , dont le corps est 
un soleil levant , avec la légende : Exortus uU 
œthereus sol. Rien n'est plus évidemment 
faux; je passerais plutôt une aurore avec 
l'inscription : Nuntia sotis; et même encore 
on pourrait y trouver de l'exagération ; car 
lorsque Bacon se leva , il était au moius dix 
heures du matin. Limmense fortune qu'il a 
faite de nos jours n'est due « comme )e vous 
le disais tout à l'heure , qu'à ses cMés répré- 
hensihles. Observez qu'û n'a été traduit en 
franco qu'à la fin de ce siècle , et par un 
homme qui nous a déclaré naïvement : QUil 
avtût , contre sa seule expérience , ceiU mille 
raisons pour ne pas croire en Dieu I 

LB CHEVAUEB. 

{favez-TOUS point peur , M. le comte , d'ê- 
tre lapidé pour de tels blasphèmes contre 
l'on des grands dieux de notre siècle ? 

LE coim. 

Si mon devoir était de me faire lapider , il 

<l) H^. la p^bce de la petite éditioa iDglaiie dea ÛBinrea de R»- 
tp; pvUicepu le docteqr Schaw , Londra, 180!, 13 igl. in-lS, 



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313 LES somfiES 

faudrait bien prendre paUence ; m^ je doote 
qu'on vienne me lapider ici. Quand il s'agirait 
d'ailleurs d'écrire et de pubSer ce que je voas 
dis , je ne balancerais pas un moment ; je 
craindrais peu les tempêtes , tant je suis per- 
suadé que les véritables intentions d^in écrivain 
sont toajours senties , et que tont le moiK?e 
leur rend justice. On me croirait don« , j'en 
suis sûr , lorsqne je protesterûs que je me 
crois inférieur en. talents et en connaissance 
à ta plupart des écrirains que tous avez oiToe 
dans ce moment , autant que je les suivisse 
par la Térité des doctrines que je professe. Je 
me plais même i confesser cette première 
supériorité , qui me fomnit le snjet d^me 
méditation délicieuse sur Tinestimable privi- 
lège de la vérité , et sur la nullité des talents 
qui osent se séparer d'elle. Il y a un beau 
livre à faire , messieurs , sur le tort fait à 
toutes les productions du génies et même au 
aaractère de leurs auteurs , par les erreurs 
qitUs ortt professées depuis trois siècles. Quel 
sujet s'il était bien traité ! L'ouvrage serait 
d'autant plus ntile , qu^ reposerait entièrement 
sur des f^ts , de manière qnll prêterait peu 
te flanc à la chicane. Je pais sur ce point toqs 
citer un exemple frappant , celui de Newton^ 



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DE SAnTT-fÊTEBSBODBO. 319 

qui se pr^nte à mon esprit dans ce moment 
comme l\m des hommes les plus marqaatu 
dans rem{dre des sciences. Que lui a-t-il 
manqué pour jnstiâer pleinement le beau 
passage 4%m po^ de sa nation , qnî l'a 
nomaké une pure intelligence prêtée aux 
hommes par la Providence pour leur expli- 
quer ses ouvrages (1 ) ? Il lui a manqué de n'a- 
vmr pQ s'élever au-dessus des préjugés natio- 
naux ; car certainement s^ avait en mie vérité 
de plos dans l'esprit, il aurait écrit un livre de 
moins. Qu'on l'exalte donc tant qu'on voudra, 
je souscris à tout , pourvu qu'il se tienne à sa 
l^ce; maîss'il descend des hantes répons de 
8(m génie pour me parler de la grande tête 
et de lapetite corne , je ne lui dois plus rien: 
il n^ a dans tout le cercle de l'erreur , et 
il ne peut y avoir , ni noms , ni rangs , ni 
di^rences , Nsvroif est l'égal de VîUiers. 

Après cette profession de ftà que je ne 
cesse de répéter , )e vis parfaitement en paix 
avec moi-raéme. Jenepoism^ccoser derien, 
je TOUS l'assure , car je sais ce que je dcûs au 

(()• ~. Pare întalIigBace «bom Ond 

Ta mMbl lent, la mce ha boundlen vnriu 
Wnm bw «obliiMljiiaipIc. 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



320 us ïonuEs» 

génie , maïs je sais aussi ce que je dois à la 
Térité. D'ailleurs , messieurs , tes te/nps son£ 
arrivés , et toutes les idoles doiveat tomber. 
RereuMis , s'il vous plaît. 

Trouvez-vous la moindre difficulté dans 
cette idée , que la pri^ est nue cause seconde , 
et qull est impossible de faire contre elle une 
seule objection que vous ne puissiez faire de 
même contre la médecine , par exemple ? Ce 
malade doit mourir ou ne doit pas mourir / 
donc il est ifUUile de prier pour lui , et mol 
je dis : Donc il est inutile de lui administrer 
des remèdes i donc il n^jr a point de médecine. 
Oii est la difieraice, je vous prie? Nous ne 
voulons pas faire attentiou qne les causes se- 
condes se combinent arec Taction supérieure. 
Ce malade mourra ou ne mourra pas : oui , 
sans doute , il mourra s''il ne prend pas des 
remèdes , et il ne mourra pas s'il en use ; 
cette condition , s'il est permis de s'exprimer 
ainsi , fait portion du décret étemel. Dieu ,' 
sans doQfe , est le moteur universel ; mais 
chaque être est mu suivant la nature qu'il ea 
a reçue. Vous-mêmes , messieurs , si vous 
vouliez amener à vous ce cheval que nous 
voyons là-bas dans la prairie , comment feries- 
voos ? voDs le monteriez , ou vous ramèneries 



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DE SAINT'?^EItraOURG. 321 

par la bride , et ranimai vous obéirait , sui- 
pont sa nature, qaoiqu'il eût loate la force 
nécessaire pour toqs résister, et même poor 
TOUS toer d'an coap de pied. Qoe s'il vous 
plaisait de faire venir à noQS Tenfant que nous 
voyons joDer dans le jardin, vous rappelleriez, 
oOf comme vous ignorez son nom , vous lai 
feriez qnelque signe ; le plus intelligible pour 
loi serait sans doute de lui montrer ce bis- 
cait, et Tenfant arriverait, suivant sa nature. 
Si vous aviez besoin enfin d*an livre de ma 
bibliothèque, vous iriez le chercher, et le 
livre suivrait votre main d'une manière pare- 
ment passive, suivant sa nature. C'est one 
image assez naturelle de Taction de Dien sur 
les créatures. H ment les anges , les hommes, 
les animaux, la matière bmte, tous les êtres 
enfin; mais chacun suivant sa nature; et 
rhomme ayant été créé libre, il est mu libre- 
ment. Celte loi est véritablement la loi éter- 
mile, et c'est à elle qu'il faut croire. 

LB SÉNATEUB. 

Ty crois de tout mon cœnr tout comme 

vous ; cependant il faut avouer que Taccord 

de Taction divine avec notre liberté et les 

événements qui en dépendent, forme une de 

I. 21 



r:,9,N..<ir>,G00gIf 



322 LEif SOIBÉES 

ces questioas oii la raison humaine , Ion 
même qu^elle est parfaitement convaiocae, n'a 
pas cependant la fut:» de se défaire d^nn 
certain doute qui tient de la peur, et qui 
vient toujours rassaiUir malgré elle. C'est un 
abtme oà il raut mieux ne pas regarder. 

LB coins. 

II ne (lépend nullement de nons , mon bon 
ami,de n^pas regarder; ilestUdevant BOUS, 
et pour ne pas le voir , il faudrait élre arengle, 
ce qui serait hien pire qne d'avoir peur. Ré- 
pétons plutdt qn*il n^ a point de philosophie 
sans Tart de mépriser les (éjections , autre- 
ment les mathématiques mêmes seraient ébran- 
lées. J'avoue qu'en songeant à certains mys- 
tères du monde intdlectuel , la tête tourne 
un |>ea. Cependant il est possible de se r&f- 
fermû' eati^«mmt; et la nature mêmesage- 
ment interrogée , noos concbit sur le chemia 
de la vérité. Ifille et mille fms sans doute 
vous avez réfléchi à la combinaison des mou- 
vements. Coorez, par OEemple^ d'orient en ' 
occident tandis qne la terre tourne d'occident 
en orient. Que vonles-Tous faire , vous qui 
coures ? vous voulez , je le suppose , parcourir 
i pied une werste en huit minutes d'orient 



r:,9,N..<i h, Google 



M! SAinT-rfrisnsBOURG. 323 

en ocddent : voiB Vana fait ; tous arec ttUeint 
le bid ; Tons êtes las , conrert île mew ; root 
êprourez eofiatoos les aymptômes de le fatigoe: 
nais que Tonlait ce pouvoir «i^Mneor t ce 
premier mobile qn tous entralAe avec hii ? 
Il ronlAk qa^aa lieu d^arancer d'orieat en 
occident , toos reculassiez dans Tespace avec 
une vitesse iaconceraHe y et c'est ce qui est 
arrivé. Il a donc £aft ainâ qns vous ce qu^il 
voulait. Jouez au volant sur un taisscau qiû 
cingle : y a-t4I dans le monvcmënt tpâ dnt- 
p<wte et vons et le Tt^ant quelque chc«e qm 
gène votre action 7 Vous lancez le volant de 
proue en poope avec une vitesse égale à celle 
dn Taissean ( safqiosition qui peut être dtme 
vérité rigoureuse ) : les deux joueurs font cer- 
tûnement tout ce qu^its veulent ; mais le pre- 
mier mobile a fait ftussi ce qu'il voulait, Vun 
des deux crojoit lancer le volant , îl n'a fait 
que raorèter ; rentre est allé à lui ou Uau de 
l'attendre , cinnme 11 y croyait , et de le 
recevoir sur sa raquette. 

Direz-vous peut<étr« que puisque vous nV 
vez pas &it tout ce que votis croyiee , vous 
n'avez pas fait tout ce que vous vonUez ? Dans 
ce cas vous ne feriez pas attentiDn que la 
même ol>iection peut s'adresecr an molMle 



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324 VBS son^ 

BDpérieur, aoqDel oa pourrait dire qœn 
emporter le Tolant, celui-ci néanmoii 
demeuré immobile. L*ar|;nmeDt vandrail 
également contre Dieu. PuisquHl a , 
établir que la poissance dirine peut être , 
par celle de Thomme, prédsément a 
de force que pour établir la proposîtic 
verse, il s'ensuit qn^ est nul pour 1' 
l'antre cas , et que les denx puissances 
sent ensemble sans se nuire. 

On peut tirer un très grand parti de 
combinaison des forces motrices qui pe 
animer i la fois le même corps , queU 
aoirait leur nombre et lenr direction , ( 
ont si bien tontes leur effet , que le n 
se trODTera i b fin du mouvement u 
-qu'ellesauront produit, précisément au i 
point où il «'arrêterait , m toutes avaîei 
Tune après Tantre, L^uoique difierence ^ 
bonve entre Tune et l'autre dynamique , 
que dans celle des corps , la force qi 
anime ne leur appartient jamais , au liei 
-dans celle des esprits, les volontés, qa 
des actions substantielles , s'unissent , se 
soitonsehenrteotd^elles-mêmes, puisqt 
ne sont qu'actions. Il peut même se 
-qu'une volonté créée annule, je ne d 



<::>y Google 



DE SAraT-PÉTEHSBODBff. 725^ 

'^rt y mais le résultat de l'acdoa divine ; 
, dans ce sens y Dieu loï-mème noDS a dit 
Dieu TEiTT des choses qnî n'arriTentpoint, 
:e que llionmie m tbdt pa8 (t). Ainsi les 
Lia de l'homme sont immenses , et le plo» 
id malhenr ponr lai est de les ignorer; 
s sa Téritable action spiritaelfeestla prière 
noyen de laquelle , en se mettant en rap - 
tavec Dieu , U en exerce , pour ainsi dire ^ 
iontonte-pnissante, puisqullladiétermine» 
ilez-TOus savoir ce que c'^est que cette 
isance y et la mesurer , ponr ainsi dire 7* 
§;ez  ce que pent la volonté de l'homme 
s îe cercle du mal ; eQ'e peat contraiiep 
3, TOUS venez de le voir : que peut donc 
e même volonté lorsqn'etk agit avec lui ? 
sont Tes bornes de cette puissance ? sa 
ire est de n'en pas avoir. L'énergie de la 
inté humaine noos-frappe vaguement dans 
Ire social, et souvent il nous arrive de 
que Vhomme peut tout ce qu*il veut ; mais 
s Tordre spirituel , où les efiTets ne sont 
sensibles , Tignorance sur ce prnnt n'est 

J^aalem l Jlraalem lemMmii^atjttitdtnnmMrT ta 
a,Mt., nnK'HH*KWul(LMXllI,M.) 
' a dan* Tordra ^iritad, eoane dan la MilfckL ■ iki forât 
iJa ftrtttnurm ; etcria doit Ara. 



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Z%6 tfiS SOfflËES 

que tn^ générale ; et dans le cercle même Ae 
la matière ^ naos ne faisons pas , & beaucoup 
près , les réâexions nécessaires. Vous ren-- 
Terserlez aisément , par ejcemple , nn de ces 
églantiers; mais roqs ne pouvez renrerser 
un chêne : poiHYjuoi , je tous prie ? La terre 
^t couverte d'hommes sans tète qui se hâte- 
ront de TOUS répondre : Parce quevosmusctea 
ne sont pas assez forts , prenant ainsi de la 
meilleure foi iZa monde la /i/7ute pour le moT'cn 
de la force. Celle de l^homme est bornée par 
la nature de ses oi^anes physitjues , de la ma- 
nière néoessaire pour tpi'U ne puisse troubler 
crue jusqu'à on. certain point l'ordre établi ; 
aa vans sentes ce qui amrerait dams ce 
iB9nde ^ ù rhonune pouvait de son bras seul 
revrerser un édifice ou arracher une forêt. 
Il est bien irai que cette même sagesse qui 
a créé Thomme perfectible , lia a donné la 
dynamique , c*est-à^ire les moyens artificiels 
d'augmenter sa force oatdrelle ; mais ce don 
est accompagné encore d^un si^e éclatant de 
riufioie prévt^ance : car voulant que tout 
l'accroissement possible fût proportionné , non 
aux désirs illîmités de Phomme qui sont im- 
menses , et presque toujours désordonnés , 
mais seulement à ses désirs sages, régl^iisor 
ses besoins , elle a voulu que chacune de ses 



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DB SAmT-PÉTRaSBOUBG. 327 

"ces fût aécessairement accompagnée d'an 
ipéchemeot quinatt dVlle , et qoi croit avec 
e , de manière que La force doit nécessaire- 
întse tuer eile-mémepar l'effort seul qu'elle 
t pour s'agrandir. On ne saurait ^ par 
eniple , aogmmter proportionnellenient la 
issance d^in levier sans augmenter propor- 
nnellement les difficultés qui doivent enfin 
rendre inutile; on peut dire de plus qu'en 
néral et dan5 les opérations mêmes qui ne 
nnent point à la mécanique proprement 
te , l'homme ne saurait augmenter ses forces 
tarelles sans employer proportionnellement 
os de tempSf pins d'espace et {dus de ma- 
riaux , ce qui rembarrasse d'abord d'une 
anîère toujours croissante , et Fempéche de 
va d'agir clandestinement , et ceci doit être 
igneusement remarqué. Ainsi, par exemple, 
Qt hwnme peut faire sauter une maison au 
oren d'une mine; mab les préparatifs tndis- 
:nsables sont tels que l'autorité publique 
ira toujours le temps de venir lui demander 
I qu'il fait. Les instruments d'optique pré- 
ntent encore un exemple frappant de la 
ême loi , puisqu'il est impossible de per< 
ctionner l'une des qualités dont la réunion 
institue ta perfection de ces instraments , 



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328 us waÈBs 

sans affaiblir Taotre. On peut faire one c 
servalion semlilahle sur les armes k feu. ! 
un mot , il n''y a point d'exception i une 
dont la saspension aoéantirait la toci 
hamaine. Ainsi donc ^ de tons cdtés , et ds 
Tordre de la nature comme dans celai de l'a 
les bornes sont posée*. Voos ne feriez | 
fléchir l'arbnste dont je toos parlais tonl 
Theore , si Tons lé pressiez avec un rosea 
ce ne serait point cependant parce que la foi 
voDS manquerait, mais parce qn'elle manqi 
rait an rosean ; et cet instrument trop fail 
est A réglantier ce qae le bras est .an cbëi 
La volonté par son essence transporterait 
montagnes; mais les muscles , les nerfs et 
os qui loi ont été remis pour agir matériel 
ment , plient sor le cbéne ^ comme le rose 
pliait sur Téglantter. Otei donc par la peni 
la loi qoi veut que la volonté humaine ne puî: 
agir matériellement d'une manière immédii 
que snr le corps qn*elle anime ( loi pnremt 
accidentelle et relative i notre état dtiff 
rance et de corruption ), elle arrachera 
chêne comme elle soulève on bras. De qo 
que manière qu'on envisage la volonté 
l'homme , on trouve que sçs droits sont i 
luenses. Slais comme dans l'ordre spirito 



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DB SAIMT-PâTKiUBOUaa. 329 

dont le monde matérid n'est qaMne Image et 
aneespèce de reflet, la prière esthidpiarmque 
confiée i ]*homme , gardons-nons bien de 
nons en priver : ce serait voaloir snbstitoer 
nos bras an cabestan on à la pompe & feu. 

La pbilosopbîe dn dernier siècle , qni for- 
mera anx yeux de la postérité nne des plus 
honteuses époques deresprithumain, n''arien 
oublié pour nous détourner de la prière par 
la con^déralion des lois éternelles et immua- 
bles. Elle avait pour objet favori , )^ai presque 
dit unique f de détacher l*homme de IKeu : 
et comment pouvait-elle y parvenir plus sû- 
rement qu'en Tempéchant de prier ? Toute 
cette [diilosophie ne fnt dans le ^t qu^u 
vàïtable système d'aâiéîsme pratique ^t); j'ai 
donné on nom & cette étrange maladie : je 
rappelle Ja théophobie ; re^ocdsz bien, voua 
la verrez dans tons les livres philosophiques 
du WIII" àècle. On ne disait pas franche* 
ment : // riy a pas de Dieu , assertion qui au* 
rait pu amener quelques inconvénients physi- 
ques ; mais on disait : « Dieu n^est pas là. Il 



(1) Li tbâorîo qni oie rmililé ih la ftim «*t falhèÙDM bxmv\ 
j o'eD dilHn iiae île iKim. ( Orig, , ik Omi. opii. , loa. 1 , tit^jl. « 
■9. S03.> 



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330 LES somfiEg 

n n''est pas dans to5 idées : elles vîennftat Je* 
n sens : il n'est pas dans vos pensées « qw ne 
n sont que des sensations traïufonnées : il 
H n^est pas dans les fléaux, qtù vons affligent ^ 
« cesoQtdespbénomèaes physiques, comme 
n d^autres quVm expliqoe par les lois con- 
c( nues. Il ne pense paâ Â tous; il n'a rien 
K fait pour tous en particnlïer ; le monde 
u est fait pour Tinsecte comme pour tous ; 
it il ne se venge pas de toos , car tous Ate» 
M trop petits ,. etc. » Enfin oa ne ponvait 
nommer Diea à cette philosophie , sans la 
&îre entrer ea convulsion. Des écmains mê- 
me de cette époque, infiniment au-dessos de 
la foule , et remarquables par d^excellentes- 
vues partielles, ont nié firanclkement la créa- 
tion. Gomment parier à ces gens-li- de ehâ- 
timoits célestes sans les mettre en foreur ? 
Nol événement physique ne /jeitf twoir de 
cmtse supérieure relative à VhoTTone : voi- 
là son do^ne. Quelquefois peut-être elle 
n'osera pas TardcuLer en général; mais venez 
à Tapplication, elle niera constamment en 
détail , ce qui revient an même. Je pnis vons 
en citer un exemple remarquable et qui a 
quelque chose de divertissant , quoiquHl at- 
triste sous un autre rapport. Rien ne les cho- 



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DE SAIBT-PÉTEBSIIOtmG. 33! 

qoût coBime le déh^e, qm est le pitis grand 
et le plus terrible jugement que la £vîmté ût 
)ainaU txaxcè sur Thoinine ; et cepeadant rien 
n^était nùenx établi par toutes I^ espèces de 
preuves capables d'établir un grand fait. Goin< 
ment fase donc ? ils comoseitcirent par noui' 
refuser olkstiuément toute Tesa nécessaire au 
déluge; et je mera{^»elle que, dans mes belles 
années , ma jeune foi était alarmée par leurs 
raiswas ; mais la fantwsie leur étant venue de« 
puis de créer un monde par voie de pr^c^Mla* 
tion (1 ), et Teaa leur étant rigonrensement ué- 
cessairepour cette opération remarquable» le 
défaut d^eau ne les a [dus eiubarrassés, et ils 
sont allés jusqu'à nous en accorder libérale- 
ment une enveloppe de trois lieues de hau- 
teur sur toute la suriâce du globe ; ce qui est 
fort honnête. Quelques-uns: même ont iuiar 
g^né d'appeler Moïse h leur secours et de le 
forcer,parles plus étranges tortures, àd^poser 
en faveur de leurs raves cosmjogomques. Bien 
entead», cependant, que Tintervention divine 
demeure parfaitement étrangère à cette aven- 
ture <fù n'a rien d'extraordinaire : ainsi, ils 

(I) Il ne ^agitMÎI poinl de txter w) munie, WMtt tk former ht 
coitAm itrrttirtê, comme l'auteur l'artinsniuâikim uneilesci iwln, 
<|ul a prévenu Lille renwrriiie. (ftn. paj. 168.) (AM. *(*«(((.] 



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3Ô3 LES SOOÉKff 

ont admis la sabmersioti totale da globe a 
répoqoe même fixée par ce grand homme- ^ 
ce qui lenr a para- sailîre pour se déclarer 
sérieusement défenseurs de la rét^lation; mais 
de Dieu y de crime et de châtiment y pas le 
mot. Oq noos a même insinué tout douce- 
ment qu^it rCy avait point ^fiomme sur ta 
terre à V époque de la grande submersion ^ ce 
qni est tout i fait mosaïque , comme Tonr 
voyez. Ce mot de déluge ayant de plus qoelqoe 
chose de théologique qm déplaît, on Ta sup- 
primé, et Ton dit catastrophe : ainsi, ils ac- 
ceptent le déluge j dont ils avaient besoin pour 
leurs vaines théories , et ils en dtent Dieu qui 
les fatigae. Voilà, je pense, mi assez b^n 
svmptâme de la théophobie. 

J'honore de tout mon cœur les nombreu- 
ses exceptions qui consolent l*aat de Tobser- 
vateur; et parmi les écrivùns mêmes qni ont 
pu attrister la croyance lég^tnne , je fais avec 
plaisir les distinctions nécessùres; mais le ca- 
ractère général de cette phUosopIûe n^est pas 
moins tel que je vous l'ai montré ; et c^est 
elle qm , en travaillant sans relâche & séparer 
lliomme de la divinité , a produit enfin la dé* 
plorable génération qni a ^t ou laissé faira 
tnnt ce que nous voyons. 



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DE SAnfT-nftTSBSBonna. 333 

Pour nous , messieurs , ayons aussi notre 
théophobie ^ mais que ce soit la Lonne; et si 
quelquefois la justice suprême nous eflraie, 
souvenons^ious cb ce mot de saint Augos- 
tïn , l^on des plus beaux sans doute qui soient 
sortis d^me bouche humaine : Aves-vous 
peur de Dieu ? sauve*-vous dans ses Bras (1 ). 
Permettez-moi de croire , M. le chevalier , 
que TOUS êtes parfaitement tranquille sur les 
lois étemelles et immuables. Il n*y a rien de 
nécessaire que IHeu , et rien ne Test moins 
que le mal. Tout mal est ime peine, et Icute 
peine (excepté la dernière) est infligée par 
tamour autant qœ par la justice. 

LE CHBTALIEB. 

Je suis enchanté que mes petites chicanes 
nous aient valu des r^ezions dont je ferai 
mon profit : mais que Tonles-Tous <Iii« , je 
TOUS prie , avec ces mots , excepté la der- 
mère? 



Regto'des autour de tous, M. le cheva- 
lier; royea les actes de la justice humaine: 

^) Tm nciu* VmT'Kgi iDfiua. ' ' 



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33-i ixs sontKS 

qnc fait-eUe lorsqu'elle conduni» an honuns 
à une pcàae nuHndre que la ca|ntale? We 
fait denx choses A Têtard do coiq»al)Ie : elle 
ie châtie ; c'est roëavre de là justice : mais de 
plus, elle Teot le corriger, et c*e^ l'œuvre 
de Tamoiir. S'il ne' loi était pas permis d'es- 
pérer que la peine sulErait pour faire rentrer 
le coi^»ble eu lui-même , presque boajotirs 
elle punirait de mort; mais lorsqu'il e^ par- 
venu enfin, ou par la répétitiAn, ou par l^rniver- 
sité de ses crimes, i la persuader qn^ est inr 
corrigible, rarnoor se retire, et la justice 
prononce une peine étemelle ; car toute mort 
est étemelle : comment on homme mort poor- 
roit-il cesser d'être mort? Oui, sans doute, 
l'une et l'autre justice ne punissent qae pour 
corriger i et toute peine, excepté la derniàvy 
est un remède : mais la d^niére est la mort. 
Toutes les trarlitions déposent en &Tenr de 
cet^ théorie , et la fable même proclame l'é- 
pouvantable vérité : 

LA THÉSÉE EST ASSIS ET LE SERA TÛDJOUBS. 

Ce fleuve qu'on ne passe qu'une f<ns; ce 
tonneau des Danaldes, toujours rempli et 
loi/youry vide; ce foie de Titje, toujours rc' 
naissant sous le bec du vautour qui le dé* 



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DB SAISTrPfilxaSBOlJEtG. 33S 

vore tQUf.ours; ce Tantale , toujours- -prèl à 
boire cette eau, à saisir ces frtùts qui le luient 
toujours f cette {lierre de ^syphe toujours 
remontée ou poTffsatvie; ce cercle, symbole 
étemel de rétemité , ^cxit sur k roue dlxion, 
«nt autant d'hiéroglyphes parlant, sur les" 
quels 11 est impossible de se m^rendre. 

Mous pouvons donc contempler la justice 
divine dans la nàtre, comme dans on mi- 
roir, terne à la vérité, mais fidèle, qui ne 
saivait nous renvoyer d'autres images- que 
celles qu'il a reçoes : nous y verrons que le 
châtiment ne peot avoir d'antre fin que d'dter 
le tnalf de manière que plus le mal est grand 
et profondément enraciné, et plus l'opération 
est longue et douloureuse; mais si l'homme 
se rend tout mal , comment l'arracber 4e bù- 
méme? et quelle prise laisse^-il à l'amour? 
Tonte insbvctlon vraie , mêlant donc la crainte 
aux idées consolantes, elle avertit l'être libre 
de ne pas s^vancer jusqu'au terme où il n'y 
a pins de terme. 

LE SfiNATECB. 

Je voudrais pour mon compte dire encore 
beaucoup de choses & M. le chevalier, car 
je n'ai pas perdu de vue un instant son ex< 



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336 UBS soudu 

clamation : Et que dirons-rious de la guerre ? 
Or, il me semble qoe ce fléau mérite cfâtre 
examiné à part Mais je mVperç oi3 qne les 
tremblements de terre nous ont menés trop 
loin. U faat nons séparer. Demain , mes- 
sieurs , si TOQS le jugez à propos ^ je tous 
conuuuniqoerai qœlqnes idées sur la goerre; 
car c^est on sujet que j'ai beanc»!^ médité. 

LE CHETALISa. 

Toi pea à me louer d^elle, je tous Tassmc; 
je ne sais cependant comme il arrive qoe 
j'aime toajoiirs la faire on en parier : ainsi 
je TOUS entendnù avec le plus grand plaisir. 



Ponrmiri, jVccepte rengagement de notfe 
ami ; mais je n ■ vons promets pas de n'avoir 
plus nea & dire demain sur la prière. 

u SÉNATBDB. 

Je TOUS cède , dans ce cas , la parole pour 
demain; mais je ne reprends pas la mienne. 
Adieo. 

Fin DD ctnQiniint shtbbtisii. 



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NOTES DD aNQCIÈME ENTRETIEN. 



. (Pa^ S6T. Jamaiijo ne coniprendrai la laoralîlii ilc9 élrea inlellU 
genu.) 

CiUilVtm tOtigkoe: Lttluimia,iit-^rwteraitiUpiuaHvabIti, 
filt ni) pefuieal dtmi leur aprit àa MotSota de morale conuaimei et 
imua ecriia en kiiret divhtei {V fa^ftiai 6ëoZ.) Adv, Cela.,lib.I, 
c, iT,p. 535, el c. y, p. 3St. 0pp. , édit. Ruei, in^ol., ton. I> 
I^ria , 1T33. 

CbuTOD peoaail de mâoHi lonqa'il adreanil t la conadœwe celle 
apwlroplien Drigïoalaetii péDétrante: «Queiaa^ucheidkerBÎlleun 
<• lo! oa règle >u monde I Que te peut'On dire oa tlU^uer qne In D'ai«* 
«chezloiouaa-deduu, ajlnlenHilaUiâterelécouIeT t 11 le bal dire 
« comme an pjeur de mauiaUe ki qui deaaade qa'oa lui montre la 
ccMule qu'il a chez lui ; Quod petit intiahabei ; lu deouiides ce que 
«tu otdaiu toDwin. Toulei lo table* de droit , et It» deuideHtnie, 
H et les douze dea Grec* ( dei Roniaini), el tonte* le* bonne* lois du 
<i mande, ne (Ont que de* copies el da exlraili produiU en jugement 
« contre toi , qui tien* cadié l'nriginal , el fdua ne UToir -que 
«(fcst ; ÉtnalTanl tant que lu peai celle lumière qui l'éclairé au- 
■ dedans, maii qui n'onl jamais été au-ilehors , el humainement 
K publiiea qne pour celle qui était su-dedana toute céleste et diri- 
• ne , a éié par trop in^risée et oubliée. » {Delà Sagtue , Ht. II, 
chnp, III , H» «■) 



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(P^ S95.Ca \ri canHMBdepTfcUa m qui nt eannaniU.) 
JSavixx^ ti apxo* àpXolUyott mf*atvxa»ty, x^ Syn 

( i%I. «b Lf^.i lil). XIU, in Epia. Qpp., tom. n, p. SSS. ) 

On peut obicrTeT en |iainnt que lo dernier mot de PUton , ce f al 
mnmandt précède M qui tUccnaaoBài.tSbixh maùoM ai bmeiue iiu 



jn mtoie employée par Toltaî 
Li fut toLDt par va ni- 



(hcaSaS-Toodier, cm londéD'^partiBulqi^uiiteaUoMiw.) 
Tangert mb» et langl nltl toipui milta poitti ret. 
(Lucr.dei{.Jif., 1,305.) 

Le doctear RobiioD, «mat^lileurde Ulxli, l'eat joiKsicot noquj 
deschimisMS'mécaaicieng (In plus ridicules des hammes), qui odI 
voulu Innsporler diiu leur acience ces t^ths de Lucrèce. Àinti, dit-il, 
•i fa chaleur eel produile dani quelque! tolu/ioni ekhniquei, ^ac, diteat 
Itimeemiicimi, partiel da fioiiemeKi ei da cboc iki Jifféreniei pai^ 
fUula qui ealreni en toUitbm ; mab ti Ton meit de lo neige ei du *el , 
tu meaiet eliotei a ett mOneiJroiUwuuu produltentmjreid aigu, ac. 
(fllaïk'(I(Kture3 0nclieniûtr;iin-4", lom. I, on lieal,p. 196.) 



(1^996. Que le mouvement c(HnmeDcaparnite*olonl«.) 



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DU CIBQUIÈMB EITTRETIEH. 339 

«r^r aùT^r ciin^v iui>i]aA9i]r /urjtCoXiJ ; le nuMiTCiDent peal-il 
«iToir un auLn: principe que cette force qui te meut etle-mâmet ■ 
(Pta(. rfefcj. 0pp., tom. IX, p, 88-87.') Corporeuat noa moivl nM 
■nonoR... Q"Am aMrm xan sil procedere fn tiijinilvm in corpari£iu, 
oparlïbiV tinmire ad prhainn tnovenj fncOTjiarEiini.... Qinn/t mofui A 
pr'mcipio iinmoAtli. (S:iiat Tliontas, adv. 17011., I, 44 ; 111, 33.) FlUao 
n'ex puiut îd copié, nais parbiiement TCDcftntrÊ. 



(P*gen9.Iiiiei,}eToui prie , set Lcllres th^jlugiqnea sa docteuf 
Denttej : nnu en aerta ^leoienl instraîli et édlGù.) 



Trier iT9T,Ti}]. I?, ii*> 30. VojeisuHuU oailedu 5 lenier 1693. 
iMl.,p)ig.l93. 

Il avait déjidil danaioa inmiulet oumge : lertqutft me sert da 
mol iTallrBCtlon,.... jt ifenviMije polnl telle force phj/tiqaemenl, mais 
teuloHtnl maâiiniaiiijMmail ; que le lecteur tt garde donc bien ifima- 
giner que pat et mm... fenlendt designer une cause ou une raitonpliy- 
tique, ni qm je veuille attribuer au» eemrts daliraction des forât 
riellet el phyfiqats, car je tf envisage dansée IraiUque des ipianiius cl 
itet proporllont mathemaliques, sam nfoceaprr delà nalare des forces el 
lies qualiies ^ysigues. ^Piâloe. talar. ptiae, oulheiii.cDincoinaical. 
P. P. LeSeor et Jacquier, Gênera, 17S»40,in-4°, tom. I. DeT. MU, 
pag. ll,elSdiol.prapai.XXXIX,]>. 464.) 

Cotes, daaa la probes célèbre de ce mjme livre, dit qae, lonqa'ou 
cal arrivé b la couio b plui ijniple, il n'eM jif u9 permis de ^aiancur 
ilavantage, p, 33; en quoi ilaemHequ'il i/nvait pu Liaji saisi l'esprii 
de son maître : mais CInrkc , de qui Newton n itll : CInrke seul me 
comprend, a fait sur ce poinl un aveu remarquahle. t'oilfUrttûit, dil-il, 
MM ^ire fr£^et ifiaie ïn^uisioii, malt miu ceruinemeni laaliriclit ( no- 
iiHbuNcni VTiQiiË conpcaKo) ; et dansune noie il ajunle : L'atlraclîiHi 
n'est cerUinement pas ane action malérielle k distance, nais fucliuii 
du queifu» caute innalàriclie ( Cmui uiitut imn"-"" > cic. 



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340 KOTES 

Voy. la Phjaique d« Rohaalt Iraduite en lalin par Cbrkr, îii'^, 1. 1^ 

op. XI, § IS, leile et noie.) Le morceau entiTr eslcurieui. 

Hais p'abaadoDooiu jamais une grande question lans aToir enleiKia 
rlalon. H Lamodema, dit-it,(let modernea I ) h iml nnagiae qatk 
«eorpipcupail f agiter lut-memt par Se*proprtigvaliiet;eiUa ii'im.'[Vt 
n crt qae tome pouvait momiair dle-Wme el les eorpt ; tuait pour nom 
rquierogoia loia It ctmiraire, nom ite balanceroia point Arrf/Bukr 
irâMteomnie bi caïae ^ lapeaanleiir.» ( Ou si l'on «eutunclradiu- 
lion i>Ius serrile) '.HyCya pour «o»t anaoïe raiton de douter, toai bk- 
ean rapport , que tUme ii'ail le pouvoir demoaurtir let graits, 

OûS* ^li''» i*i^li iJXA Mari JkOj-oy oiSivx ibt fiApot o-jôs* 
-rZipi^éptlv iw»iiivrt. 

(Ptof. dei«j.,lib.Xra,Opp., toin.IX,/..S67.) 

Il faul remarquer qoR dam cet endroit vSsprfiptm ne Si°nlBi? 
|<nial eircuraferre, mais seulemmt/mvou ferrciecum. La chose étaol 
cbire pour la moindre réfleiÔDa , il sulSl d'en avotir. 



(FsgeSOO. PiH Dira, dil-îl, OfaïaqifUij aù quelque ckox lù-dc- 

Ni) &ix,afiteiy, ttSov tl shxi Sa(.(,Plu.inUieim. lm».) 



(Page 311. Et mémeils yaUacIuiient je nesaii quelle l^ro idûe 
.l'impi*«é.) 

Il II ne âul pas, dit Flalon, trop puaaset la redierdie de* cauiiv 
- car, en linlé, œla n'est pas pîeui. ■ — O&ri voivKpxyiiOTiirr 
rit ûu±t. OT TAP OTA- OSION EINAI. Plat, de Icg. On>.. 
édil. BijioDt.,t<Hn. Vin, p. B87. 



( l'âge ÔI 6. Partout oA il ue trouve pu l'iule! ligeiice,) 
L*îndiEpeasable iiéccssilé d'admettre un agent liors <)e U nature. 



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DU aNQUIÉME EHTnETrEPf. 34f' 

p^suul uD jKu Uop le traducteur Trançiia de Bucon , Iwinme lout-jk- 
Eut modeme , il t'en esl coosolé par le pasage vuînnt ; • Tous lea 

■ [>hilo)oplua OQI admii^ la nécuisité Je je ae uii cjuel fluide indoli- 
•cntBuableqiAlsontapiiclé de difTérents aoios, tels que »uiifreiu£iiJ«, 
* agml univeriel, esprit, cAair, f(!Uciite|yiuii& électrique, /liiûfe magné- 

■ Irque, Dieu, etc. h ( Cilé dani le préda de la |>hil««0|iliio de Bacuu , 
iDm.Il,j>.342.) 



(Page 316. A bll ton dieu de Bacua.) 

Ccpeudanl il j a eu des o|ipo8anls. On sait que Hume a mis Dacon 
ao-desMua de (ialilée , ce qui u'etl pas un grand edorl de justice. 
Haut l'a laué avec nae temomie remarquable. Il ne tJDure pas d'épî- 
ihéle plus brillante que celle ifmgenieia (lûunWcA ). Hanli Crilik 
Arrein. Vtnt. Leiptig , 1779, in-8° Vorr. S. 12— 15), M Con- 
dorcel a dit ueltcioeal que Itacoa n'avait pat le géaie des sciences, cl 
que Ka métbadcs de découvrir ta vérilâ, dont il ne donne point 
l'eiemple, necliangéreDlnullumenlIa moicbe (ki science*. (Esquisse» 
0IC.,in-8'',p. 2ÏD.) 



(Pige 3tT. Qu'il iiTaiC, contre sa seule expérience * lOnt mille 
raisons pour ne pas croire eti Dieu. ) 

Pr^eit de la pAiYoMpAif , etc. , ml . cité , pag, ITT. Au reste , ce 
aiéme siéde qui décCTtiail k Bacoi^ des honneurs uon luérilés , u'a 
pas manqué de lui refuser ceux qui lui étaient dus légitimemeal , et 
celnpourla punir de ces restes lén^blei d» la foi antique qui élucnt 
demeurés m Fab dans sa tjle , el qui ont lourni la ranlière d'un très 
bon livre. C'êhiilla mode, par exemple , et je ne crois pas qu'elle ait 
passé encore . de préféivr les Essais de Montaigne ft ceux de Bacon, 
qui coiilieD lient plus de (érilable science solide, pratique el positive, 
^uu n'en peut trouver , je croi» , datts aucun livre de ce genre. 



D,g,t,.?(lb, Google 



H. 

{Page SIff. H loi a nanqui de pTïVNr pu ^ïlerer id-Jik**! Jo 
piiijugés lulùiuaux.) 

fWidor gufdoB.riiil viRr«f>9iollii, {metl«>i(ElUM<tlI<Uàntn/(j- 
&Ji>tcf. (Cliristopb. Stajr. pr^jf. in Bent-diai (raim pliikn. nccut. 
wre.lrad. tloiBXtPoleartti, 1755 ,ia4^,loia. l,pag.29.) 

XII. 

(P«ge 39T. Les «nCSciAfa qw duiveut euCn lereiufrrinuâte.) 
En pivual da priadpa comu , qae le* vkHBi wat mis ileiM 
eilréaûléBd'mi levier Tieif*o^ae>eiil CMiH«fe>poiifa tetteuxpuU- 
nncee , et ka loignean dra bnu Arecmteal gmémb ta aJoci 



ef fibT0Êkr*i tia^xn , Dieu l'inwl pn n bm eo hu IwiaiMMC r 
«Kc ce peint f appui donné à boit Mitte liaaea da «Mae de la IMM , 
dea malériaai d'une force sufiisanlc, el un coslic-potdi de dm cents 
UvTts , il auiail fallu 1 ce grand géomélre an levier de doiue cent* 
milliards de cent milliu^ , ou duaic quadrilUoiii de aiille, et uuc 
liluuc i l'citrémilÉ du long bm i^ia i cdls d'un bauJel de rinon , 
IW' tlcvcr la terre d'un ponce en vingt-tepl cenlaines de miUiardai 
ou vingt->ci>t iriiJJoni d'uanéii- (F/'^-nsniii'l (ulrononii/ tx//laiiied. 
Londun, 1805. in-8",cliap. yu,i>ag. 85.} 

n. B. L'npresùoa numérkiBC da iMond de e nsmlrca csiga 
quatorze dûrfres, el ceHe Ai premier vhgl-iepli 

xm. 

(Pi(e. uO.Oatnli riaocIiencDI b créaliun.) 

Laii»oa>ditjiai>acQaKiK>ceBeiil du moa^, id qse nous la 
Mail HNaa , le aon AeTtftrwwlit» d^lre* ont «ourcBÉ .ivfc can- 
deur f ^ili a* te fimmiau Fiàle ifvKim cawwracmnciw , d celle 
pliiloBopliie n'en pis morte i lusmcaup prêt. CejHJiidiin' ne désopcrons 
do rien , lei arinoiriei d'une ville célébra onl propliikof coauil'; 



r:,9,N..<i h, Google 



XIV. 

(n^eSSI. U Thétéa ut (M et le lov mm/mp».} 

SttttI œttrtmmqat «nMi( 

biftUx Vtata» , . • . . 

{VirB„«o.,VÏ, 617-IS-.) 

xr. 

(Page 33t, Ce BéuTequ'oo ne p»M« qn'nM lbU.> 

/iTcmcdUli* attda 

(lUd., 4S5.> 

XVI. 

(Pl|e S34. Ce lamena dn Dlnaïdei faujomi rempli et (m/nim 

iuidiue reptbmt qiua perâani Belidet iinda** 
(Ond.,Het. [T, 46SJ 



(Page 334. roNrsuri reniÙMUil «m* le bec ia Taotonr qni 1* dit- 

Aninorfote ;u>n* iimiteru,fiaaulagHeptaiit 
Viuera},.. ntefibrii requin àaUa- ulia j-rmuis. 
(Vit;., ibiJ., -lOS-GOO.) 

xvin. 

(Pige 33S, Ce Tantale tmjomrt prêt A boire cène eau, 1 Kasit <m 
Irulls qui l<: fuicul tonjovri.) 

.... ... T'Ai, Taainle, nvUie 

Brprtndunlur oîiw.i/ffn/ii* imiiuwi i^ugii nr/iDl. 
(Ovid., Hcl., ibid., 4S8-4S9.1 



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314 HOTES DO CINQDIBIfE ENTKBTiBK. 



(Page 339. Calle pierre de Sîiyphe lemjotrt remoalée ou poiT' 



dKl pttil ami srgei mUiimm, Siitfp^, lanoa. 
OhU., 4S9.) 



(Page 33B. Ce cetde, ijmbole étcrnal de ré"^DÎIj, décril pu b 
ruoe d'ItÙB.) 



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SIXIEME ENTRETIEN. 



Je vous ai cédé expressément la parole , 
mon cher ami : ainsi, c*est à vous de<coni- 



Je ne la saisis point, parce que vous me l'a 
bandonnez , car ce serait une raison pour moi 
de la refuser ; mais c''est uniquement pour 
ne pas laisser de lacune dans nos entretiens, 
permettez-moi donc d'ajouter quelques ré- 
flexions à celles que je vous présentai hier 
fiuran objet bien intéressant: c'est précisément 
à la guerre que je dois ces idées ; mais que 
notre cher sénateur ne s'effraie point , il peut 
être sûr que je n'ai nulle envie de m'avancer 
sur ses brisées. 

Il n'y a rien de si commun ^^ae ces discours: 



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J 



346 I 

Qu'onprie ou qu'on ne prie pas , tes ivènemerOa 
vont leur train : on pricy etfonestèattUyetCi. 
or , il me parait très essentiel if observer qnHl 
est rigoureiuenient tmpo&ailde de prouver 
cette proposition : On a prié pour une guerre 
l'usie, et la guerre a été nudheureuse.Jepasse 
snrla légitimité de la guerre , qui est déjà m» 
point excessivement éqoîvoqae ; je m^en tien» 
à la {HÎère ; comment peut-on pronYcr qu'on 
a prié ? On dirait qae ponr cela il suffit qu'on 
ait sonné les cloches et ouvert les églises. Il 
n''en va pas ainsi , meiiienrs ; Nicole auteur 
correct de quelques bons écrits, &&t quelque 
part que le fond de la prière est le désir (1 ) ; 
cela n'est pas vrai , mais ce qu'il y a de sur... 

LE SÉKATEUB. 

Avec votre permisùon , mon cher ami , 
cela n'est pas vrai est un peufort ; et avec votre 
permission encore , la même proposition se lit 
mot à mot dans les Maximes des Saints de 
Fénélon, qui cc^ùt ou consultait peu Nicole, 
si je ne me trompe. 



(!) Je D'aï pu dftetrd nu pcEne cette maiîme de Hicole dan* km 
ImlmttitÊU turU IMalogm. Tom. U, wci. ii,c.i, m, v,art.ni 



n,9,N..<i h, Google 



DE sAi!rr-i>ÉTEitSBOima. 



Si toas les deux l'avaieiit dit,ieinecroiiais 
CD droit de penser que tous les deux se sont 
trompés. Je conviens cependant que le premier 
aperça farorise cette maxime f et que placeurs 
écrivains ascétiques , anciens et modernes, se 
sont exjHÏmés dam ce sens , sans se proposer 
de creuser la question; mais lorsque l'on en 
vient à sonder le coeur fammûn et à lui deman- 
der un compte exact de ses monvemeoU, on 
se tronve étrangement anbarrassé , etFénélon 
lm-m£me Ta bien senti ; car dans plus d*nn 
endroit desesCEnvresspirituelleSf il rétracte 
ou restreint expressément sa fH^position géné- 
rale. Il aflfîrme , sans la moindre équivoque ^ 
iju'on peut /efforcer d'aimer , s'efforcer de 
désirer , s'efforcer de vouloir aimer f (p£on 
peut prier même en jnançuarU de la cause 
efficiente de cette volonté ; qtte le vouloir 
dépend bien de nous , mais que le sentir 
lien dépend pas; et mille autres choses de ce 
genre (1) ; enfin , ils^e:q>rimedana un endroit 



(l)ro^ la(Kimc*siiiritMlle*(loF&iâoD.Pwù,lSOI,in-t3, 
Km. I , i>as. 94 1 10». IV , 1 piira m P, Lami «or liL Friire , «. X , JW9. 
i6S; lom. IV, lelUaCXCT,pa>f.U3|fUtf.,;n». 170.473, 4TC, 
«i r<M traoïen en effet Coi» en mMinmli npriinù. 



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348 uts scaoÈES 

(Ttine manière si énei^que et si origiDale ^ 
que celai qui a lu ce passage ne Toubliera 
jamais. Cest dans une deses lettres spirituelles 
où. il dit: Si Dieu vous ennuie ^ dites-lui tfu'il 
vous ennuie; que vous préfères à sa préscTUX 
les plus vils amusements ; que vous n'êtes à 
taise que loin de lui ; dites -lui: « Voyez 
« ma misère et mon ingratitude. O Dieu! 
«. prenez mon cœur, puisque je ne sab pas 
(t TOUS le domier; ayez pitié de moi ma^ré 
n moi-même. » 

Trouvez-vous ici, messieurs, la maxbne 
du désir et de l'amour indispensables à la 
prière ? Je n''ai point dans ce moment le livre 
précieux de Fénélon sous la main; mais 
vous pouvez faire & Taise les vérifications 
nécessaires. 

Au surplus, sH a exagéré le bien ici on 
là, il en est convenu; n^cn.parloos plus que 
pour le louer , et pour exalter le triomphe 
de son immortelle obéissance. Debout, et 
le bras étendu pour instruire les hommes , 
il peut avoir un égal; prosterné pour se 
condamner lui-même, il n^en a plus. 

Mais Nicole est un autre homme , et je 
fais moins de compliments avec lui; car cette 
maxime qui me choque dans ses écrits tenait 



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DE 5A1NT-PËTERSB0UAG. 349 

ù l'école dangereuse de Port-Royal et à tout 
cesystème fimesteqnitenddîrectement i dé- 
courager l'homme et le mener insensiblement 
du découragement à ^endurcissement ou au 
désespoir, en attendant la grâce et le désir.' De 
la part de ces docteurs rebelles , tout me dé- 
plaît , et même ce qu'ils ont écrit de bon ; je 
crains les Grecs jusifue dan^ leurs présents. 
Qu'est-ce que le désir? Est-ce, comme on l'a 
dit souvent , Vaniour d'un bien absent ? Mais 
s'il en est ainsi , Tamonr, du moins Tamonr 
sensible , ne se commandant pas , Thomme 
ne peut donc prier avant que cet araoor ar- 
rive de lui-même, autrement il faudrait que le 
désir précédât le désir , ce qui me parait un 
pen difficile . Et comments'y prendra l'homme, 
en supposant qnll n'y ait point de véritable 
prière sans désir et sans amour; comment s'y 
prendra-t-il, dis-je, pour demander, ainsi que 
son devoir l'y oblige souvent , ce que sa na- 
ture abhorre ? La proposition de Nicole me 
semble anéantie par le seul commandement 
d'aimer nos ennemis, 

LE SËHATSUn. 

Il me semble que Locke a tranché la ques- 
tion en décidant que nous pouiùuns élever 



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S50 LES SOIREES 

le désir en «aux , en proportion exadt tU la 
dignitidu d'en <jui nous est proposé (1). 

I.B COSTE. 

Creye«-moi, uc \ous fiez point à Locke qui 
n'a jamais rien compris à fond . te désir , qu'il 
n*a pas du tout défini , n'est qitun mouvement 
derdmeversunvbjeifjuirattire.GBmonvemeiït 
est un fait du monde moral , aussi certain , 
anssi palpable que le magnétisme , et de plus 
aussi général que la gravitation universelle 
dans le monde physique. Mais l'homme étant 
continuellement agité par deux forces contrai- 
res , l'examen de cette loi terrible doit être le 
commencement de toute étude de l'homme. 
Locke, pour l'avoir négligée, a pu écrire 
ciiiquaute pages sur la liberté , sans sa- 
voir même de quoi il parlait. Cette loi 
étant posée comme un fait incontestable , 
faites bien attention que û un objet n'a- 
git pas de sa nature sur l'homme, il ne dé- 
pend pas de nous de faire naître le désir , 

(Ollidilwien'eldiiul'fnai lur l'mltitdaKtmt kmmtHn, Ht, U, 

G> 31 , 46. By ■ duc coiuiil^nilan lud mmiRing mj giwd prapoiad , 
jt M in uuf powsr lo niic ayr dnirc* ia ■ due proportion lo ibe tiluc 
of 'Jm) good wbereby in ils Luro «nd plKV, il nij Eom le voork upoa 
iba wJU aaà \» imnati. 



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DB SAIST-I*n;BSBODRG. 351 

puisque bons ne pouvons faire naître dans 
l'objet la force qu'il n'a pas; et que si , au 
contraire, cette force existe dans l'objet , il ne 
dépend pas de nous de le détruire , rhoramc 
n'ayant aucun pouvoir surfessence des choses 
extérieures qui sont ce qu'elles sont , sans lui 
et indépendamment de liû. A quoi se réduit 
donc le pouvoir de rhoninie? A travailler 
autour de lai et sur lui , pour affaiblir , pour 
détruire , ou au contraire pour mettre en li- 
berté ou rendre victorieuse l'action dont il 
éprODve l'tnnuence. Dans le premier cas , ce 
qu'il y a de plus ûniple; c'est de s'éloigner 
comme on éloignerait on morceau de fer de 
la sphère active d'un aimant , si on vooUùt 
le soustraire à Taction de cette puissance. 
L'homme peut aussi s'eiqtoser volontaire- 
ment, et par les moyens donnés, à une at>- 
trac'icm contraire ; ou se lier à quelque chose 
dlmmobile ; ou placer entre lui et l'objet 
quelque nature capable d'en intercepter fac- 
tion j comme le verre refuse de transmettre 
l'action électrique; ou bien enfin il peut tra- 
vailler sur lui-même , pour se rendre moins 
on nullement attirable : ce qui est , comme 
vous voyez, beaucoup plus sAr, et certaine- 
ment pos,ûble, mais aussi beaucoup plus 



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352 i.rs SOIRÉES 

dilTicile. Dans le. second cas, il doit agir 
d'une manière précisément opposée ; il doit , 
suivant ses forces , s'approcher de Tobjet , 
écarter ou anéantir les obstacles, et se res- 
souvenir surtout que , suivant les relations de 
certains voyageurs, un froid extrême a pa 
éteindre dans ^aiguille aimantée Vamour du 
pâle. Que l'hoimne se garde donc du froid. 
Mais e.i raisonnant , même d'après les 
idées ou fausses ou incomplètes de Locke, U 
demeurera toujours certain que nous avons 
le pouvoir de résister au désir , pouvoir sans 
lequel il n'y a point de liberté (I). Or, si 
rtiomme peut résister au désir, et même 
ngir contre le désir, il peut donc prier sans 
désir et même contre le désir , puisque la 
prière est un acte de la volonté comme tout 
autre, et partant, sujet à la loi générale. Le 
désir n'est point la volonté; mais seulement 
une passion de la volonté ; or , puisque l'action 
qui agit sur elle n'est pas invincible , il s'en- 



(f) £uai on Him Vndrrsi, Ut. II, chap. xii, S , 4T , lUâ. ûi 
pomitir êemblt tire la toarce de lonu liberu. Poarquoi celle radoD- 
(lance de mou el celte Incertilude , Du Ucu de nom dire sim|il<Mnent 
El , Kclon lui, te pouvoir en la liberU? Mail Locke dil bien rarement 
ce igii'il faul dire : le viguc c( rirrvwlutïon régnent nécesHitewcut 
dAiii i«n ciiH'ïs^iou comiiic dans u pensée. 



D,9,t,.?(ib, Google 



08 SUBT-ràTBRSBOtraS. 352 

sait que pour prier réellement, lî faut né- 
cessairement vouloir , mais non désirer , la 
prière n'étant par essence ^u'un mouvemera 
de la volonté par C entendement. Ce qui nous 
trompe sur ce point , c'est que nous ne 
demandons ordinairement que ce que nous 
désirons , et qu'^ grand nombre de ces élus 
qui ont parlé de la prière depuis que l'homme 
sait prier, ayant presque éteint en eux la loi 
fatale , n'^épronraient plus de combat entre la 
Tolonté et le désir : cependant deux forces 
agissant dans le même sens n'en sont pas 
moins essentiellement distinguées. Admires 
ici comment deux honmies également éclai- 
rés peut-être , quoique fort inégaux en ta- 
lents et en mérites, arrivaient à k même 
exagération en partant de principes tout dif- 
férents. Nicole , ne voyant que la grâce dans 
le déàr légitime, ne laissait rien à la vo- 
lonté , afin de donner tout à cette grAce qui 
s'éloignait de lui pour le ch&tier du plus 
grand crime qn*on puisse commettre contre 
elle, celui de lui attribuer plus qu^elle ne 
veut •; et Fénélon , qu'elle avait pénétré , pre- 
nait la prière pour le désir , parce que dans 
son cœur céleste le désir n'avait jamais aban- 
donné la prière. 

I. 23 



D,9,N..<i h, Google 



354 LES soibArs 

U SÉNATEDB. 

Croyea-Tons qu'on paisse désirer le désir? 

LE COUTE. 

Ah E TOUS me faites-là une grande ques- 
tion. FénéloD qat était certainement un 
homme de désir , semble pencher pour Taf- 
firmative , si, comme je crois Tavoir lu dans 
ses onvrages , on peut désirer d'aimer ^ s'ef- 
forcer de désirer, et s'efforcer de vouloir 
aimer. Si quelque métaphysicien digne de ce 
nom Tonlait traiter à fond cette question , je 
liù proposerais pour épigraphe ce passage des 
Psaumes : J'ai convoité le désir de tes com- 
mandements (t). En attendant que cette 
dissertation soit faite , je persiste à dire : 
Cela liest pas vrai; ou M cette décision vous 
parait trop dore , je consens d dire : Cela 
j^est pas assez vrai. Mais ce que tous dc me 
contesterez certainement pas ( et c'est ce que 
j'étais sur le point de tous dire lorsque tous 
m'aTez interrompu ) , c'est que le fonds de 
la prière est la foi ; et cette vérité tous la 
voyez encore dans Tordre temporel. Croyez- 

(,A')CMaipnilârtidtrarejvsiificati»iiet lUM.Pi. CXVIII, ST. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAlItT-pSTEnSBOiniG. 35S 

vous qu^irn prince fût bien disposé à verser 
ses faveurs sur des hommes qui douteraient 
de sa souveraineté on qui blasphémeraient $a 
bonté? Mais s'a ne peat j avoir de prière 
sans foi , il ne peut y avoir de prière efficace ( 
sans pureté. Vous comprenez assez que je 
n''entends pas donner à ce mot de pureté une 
signification rigonreuse : que deviendrions- 
nous , hélas! si les coupables ne pouvaient 
prier? Mais vous comprenez aussi , en suivant 
toujours la même companûson, qa^ontrager 
tm prince serait une assez mauvaise manière 
de solliciter ses faveurs. Le coupable n'a pro- 
prement d'autre droit que celui de prier pour 
lui-même. Jamais je n^ai assisté à une de ces 
cérémonies saintes , destinées à écarter les 
fléaux du ciel on à solliciter &ei$ faveurs, 
sans me demander à moi-même avec une vé- 
ritable terreur : Au milieu de ces chants 
pompeux et de ces rits augustes , parmi cette 
/bule ihommes rassemblés , combien j en 
a-t-il gui , par leur foi et par leurs œuvres ^ 
aient le droit de prier, et Vespértmce fondée 
de prier avec ej^cadté? Combien y en a-t-il 
qui prient réellement ? L'un pense à ses af- 
faires ^ tautre à ses plaisirs; un troisième 
t'occupe de la musique ; le moins coupable 
23. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



J 



356 [ 

peut-être est celui qui bâille sans savoir où it 
est. Ejicore une fois , combien j en a-t-it 
qui prient^ et combien jr en a-4.-il qui méri- 
tent d'être esKiucés ? 

LE CHETiUEB. 

Pour moi , je sois déjà sur que , dans ces 
soleaaeUes et pieuses rénnions, il y avait aa 
moins très certainemeat un homme qui ne 
priait pas... c^était vous, M. le comte, qui 
TOUS occupiez de ces réflexions philosophiques 
an lien de prier. 



Vous me glacez quelquefois avec vos galli- 
cismes : quel talent prodigieux pour la plai- 
santerie ! jamais elle ne tous manque , au 
milieu même des discossiom les plus graves; 
mais voili comment vous êtes , vous autres 
Français I 

LB CHEVALŒB. 

Croyez , mon cher ami , que nous en va* 
Ions bien d^autres , quand nous n''avons pas 
la (ièvre ; croyez même qu^on a besoin de no- 
tre plaisanterie dans le monde. La raison est 
peu pénétrante de sa natnre , et ne se fait pas 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB UmT-PÈTSBSaaUBlG. 35T 

|otir aisément ; il faut souvent qn^elle soit , 
pour îùnâ dire , armée par Ja redontaMe é[n- 
gramme. La pointe française piqne comme 
raignille , pour faire passer le fil. — Qu'aveai- 
Tons à répondre , par exemple ^ & mon coup 
d'aiguille ? 



Je ne venx pas tous demander compte de 
tous les Jîts que votre nation r fait passer ; 
mais je vous assure que , pour cette fois , )e 
TOUS pardonne bien volontiers votre lazzi , 
d^antant pins que je pois siu'-le-champ le 
tonmer en argnment. Si la crainte seule de 
mal prier, peut empêcher de prier , que pen- 
ser de ceux qui ne savent pas prier , qoi se 
souviennent à peine d'avoir prié, qui ne croient 
pas même à Tefficaûté de la prière ? Plos vous 
examinerez la chose, et plus vous serez con- 
vaincu qu'il n^ a rien de si difficile que d'é- 
mettre une véritable prière. 

LB SÉITATEUB. 

Une consèqoMice nécessaire de ';e que vous 
dîtes , c^est qnHl n'y a pas de composition 
plus difficile que celle d'une véritable prière 
écrite , qui n'est et ne peut être que Te^res- 



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358 LES somfiKS 

sion fidèle de la prière intérieure ; c'est à qnoi, 

ce me semble, on ne fait pas asses d'attention. 

LE COMTE. 

Connnent donc, M. le sénateur î vous ton- 
diez là on des points les plus essentiels de 
la véritable doctrine. Il n' y a rien de si vrai 
qoe ce qne vous dites ; et quoique la prière 
écrite ne soit qu''une image , elle nous sert 
cependant à juger Toriginal qui est invisible. 
Ce n'est pas un petit trésor, même pour la 
philosophie seule, que les monuments maté- 
riels de la prière , tels que les hommes de tous 
les temps nous les ont laissés ; car nous pou- 
vons appuyer sur cette base seule trois belles 
observations. 

En premier lien, toutes les nattons du 
monde ont prié, maïs toujours en vertu d'une 
révélation véritable ou supposée ; c'est-à-dire, 
en vertu des anciennes traditions. Dès que 
rhomme ne s^appuie que sur sa raison, il 
cesse de prier, en quoi il a toujours confes- 
sé, sans s'en apercevoir, que, de lui-même, 
il ne sait ni ce qu'il doit demander , ni com- 
ment il doit prier , ni même bien précisé- 
ment à qui il doit s'adresser (1 ). Ba vain donc 

(Ij l*LtDi) ajini M-joé «iprusséini'nt, Jaiis II page la pliu etiraor- 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB siraT-pfiTEasBOime. 359" 

le déiste noQs étalera les plm belles tbéories- 
sor Inexistence et les attributs de Dieu ; sans lui 
objecter ( ce qoi est cependant incontestable) 
qa''il ne les tient qne de son catéchisme, nons 
serons toujours en droit de lui dire comme 
Joas ! VODS ITB LE PBIBZ P4S (1). 

Ma seconde obserratiou est que toutes les 
religions sont plus ou moins fécondes en 
prières; mais la troisième est sans comparai- 
son la pins importante , et la voici : 

Ordonnez à vos cœurs (Pétre attentifsi et 
lisez toutes ces prières : vous verrez la vérita^ 
bte Beligion comme vous voyez le soleiL 

LB SËKATEUB, 

J*ai fait mille fois cette dernière observation 
en assistante notre belle liturgie. De pareilles 
prières ne peuvent avoir été prodnites que par 
la vérité , et dans le seîn de la vérité. 

LE COHTE. 

Cest bien mon avis, D*nne manière on 
d^ine autre , Dieu a parlé à tous les hommes; 



Il liani le monde, que rAoïnnu ré- 
duit i liri-nAw M Nii'f pan pritTi clajniit tic plus appela p.ir ics ntut 
qmliiue mro!)* cfletu giii rfrr^Jln epfttnàrtaitxlKlBmn nllegnmdi 
uittite, on pcul bieQ <lirc qu'il a parié au nom Ja genre tiumua. 
(l}Aili3liv,ll,7. 



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360 LKS somfKit 

tuais il en est de privilégiés à qui il est permis 
de dire : Il n'a point traité ainsi les autres na- 
tions (1); car Dieu seul, suivant l'incompa- 
rable expression de l'incomparable ApAlre , 
peut créer dans le cœur de thomme un esprit 
Capable de crier : mom père (2) ! et David avait 
préludé à cette vérité en s'écriant : (Test lui 
qui a mis dans ma bouche un cantique nou- 
veau , un hymne digne de notre Dieu (3). 
Or, si cet esprit n'est pas dans le cœur de 
Thomme , comment celui-ci priera-t-il ? oa 
comment sa plume impuissante pomra-trelle 
écrire ce qui n'est pas dicté à celui qui la . 
tient 7 lisez les hymnes de Santeoil , un peu 
légèrement adoptées peut-être par l'église de 
Paris : elles font un certain brml dans l'o- 
reille ; mais jamais elles ne prient , parce 
qu'il était seul lorsqu'il les composa. La beau- 
té de la prière n'a rien de commun avec celle 
de l'expression : car la prière est semblable A 
la mystérieuse fille du grand roi, toute sa 
beauté naît de t intérieur (4). C'est quelque 



(IJflTon fedi iaKta omni natioai. (Pa„ CXLVII, SO.) 
(3}AiIG:il. 1V,6. 

(Pï. XXXIX, 4.) 

(4) Omal'. glana fii» rt^ab itua. (Pd. XUV, 140 



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DE SAiErr-PÉTEBSBOnae, 361 

chose qoi a'a point de aoin,mai5 qu'on sent 
parfaitement et que le talent senl ne peut 
inùter. 

Mais puisque rien n'est plus difficile que 
de prier , c'est tont à la fois le comble de Ta- 
veuglement et de la témérité d'oser dire qu'on 
a prié et qu'on n'a pas été exaucé. Je veux sur- 
tout TOUS parler des nations , car c'est un ob- 
jet principal dans ces sortes de qnestions. 
Pour écarter un mal, pour obtenir Un bien | 
natiooal, U est bien juste , sans doute, que ( 
la nation />r/e. Or, qu'est-ce quWen^on? | 
et quelles conditions sont nécessaires pour 
qu'une nation prie ? Y a-t-U dans chaque pays 
des hommes qui aient droit de prier pourelle, 
et ce flroit, le llennent-ils de leurs tlisposi- 
tions intérieures , ou de leur rang au milieu 
de cette nation , ou des deux circonstances 
réonies ? Nous connaissons bien pea les se- 
crets du monde spirituel ; et comment les 
connaltrions-nons , puisque personne ne s'en 
soucie ? Sans vouloir m' enfoncer dans ces pro- ' 
fondeurs, je m^arrète â la proposition géné- 
rale : tj/ue Jamais il ne sera possible de prou- 
ver qu'une nation a prié sans être exaucée ; 
et je me croîs tout aussi sûr de la proposition 



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362 LES soiaËES 

prie est exaucée. Les exceplions ne proar»* 
raient rien , quand même elles pourraient 
être Térifiées ; et toutes disparaîtraient de- 
vant la seule observation : que nul Homme 
ne peut savoir y même lorsqu'il prie parfaite- 
mentf s'il ne demande pas une chose nuisible 
à lui ou à l'ordre général. Prions donc sans 
relâche , prions de tontes nos forces , et avec 
tontes les dispositions qui peuvent l^itimer 
ce grand acte de la créature intelligente : sur- 
tout n''onblions jamais que toute prière véri- 
table est efficace de quelque manière. Toutes 
les suj^liques présentées au souverain ne sont 
pas décrétées favorableiuent , et même ne 
peuvent Tétre , car tontes ne sont pas raison- 
nables : toutes cependant contiennent une pro- 

' fession de foi expresse de la puissance , de la 
bonté et de la justice du souverain , qui ne 
peut que se complaire à les voir affluer de 
toutes les parties de son empire ; et comme 
il est impossible de supplier le prince sans 
faire , par là même , un acte de sujet fidèle , 

. il est de même impossible de prier Dieu sans 
se mettre avec lui dans nn rapport de sou- 
mission, de confiance et d''amoyr; de ma- 
nière qn^il y a dans la prière , considérée 
seulement en elle-même , une vertu pori- 



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DE saim~f£teiisbourg. 363 

fiante dont l'eiTet vaat presque toQJoars infi- 
niment mieux pour nous qoe ce qae noos 
demandons trop soovent dans notre igno- 
rance (i). Toute prière légitime, lors même 
qu'^elle ne doit pas être exaucée , ne s'élève 
pas moins jusque dans les régions supérieur 
res , d'où elle retombe sur nous , après avoir 
subi certaines préparations , comme une rosée 
bienfaisante qui nous prépare pour nne an- 
tre patrie. Mais lorsque nous demandons ' 
seulement à Bien que sa volonté soit faite; 
c'est-à-dire que le mal disparaisse deTunirers, 
alors seulement nous sommes sûrs de n'avoir ,' 
pas prié en vain. Aveugles et insensés que 
notu sommes! au lien de noos plaindre de 
n'être pas exaccés , tremblons plutôt d'aroir 
mal demandé, on d'avoir demandé le mal. 
La même puissance qui nous ordonne de prier, 
nous enseigne aussi comment et dans quelles 
dispositions -il faut prier. Manquer au premier 
commandement , c'est nous ravaler jusqu'à la 
brute et même jusqu'à l'athée : manquer an 

(t) Le imlaciede laprii^ perfedionnc l'homme, parce qu'il nom 
rend Dieu préacuE. Combien cet exercice inspire tle Ixianei actianal 
camblen il «upidiodc crimes I l'eipLiiciioc seule l'ippread...... Id 

SagcwMpfatf ptiscalemeolibni la prière ; il l'y ilitecfe, Ov ;il<t 
■nfotivxt'iai . &Ua â-ftrra. {Ori§. Ilbi up,, n" 81 p. tlOfB'lOt 
^ts. 2M.) 



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364 LES SOIRÉES 

second , c''est nous exposer encore a an gramT 
anathème , celui de voir notre prière se chan- 
ger en crime (1). 

■TalIoDi donc plm , par de foUâi rorrean ■ 

PrcKTiro au Oel lei dooi c( aei faram. 

Deniindaat-lui U prodeiKe équiU^ , 

1j piélj SDcére, diariulile ; 

DenuDdoBS-ini » grAcc, mmi amoar ; 

E( l'il deiait doiu arrÏTer an jour 

De fdii^er •» bcîle iiic!ule«ica 

Par d'*uiTe> kbui, pourrajoui-naiu J'naBM 

D'uiei (le 1^ el d'asaai de *erUis 

Pour derenir dignw ie let refiu (3), 

LB CnEVAlIEa. 

Je ne nie repen3 pas, mon bon ami, de 
voQS avoir glacé. J'y ai gagné d'abord le plai- 
sir d'élre grondé par voua , ce qai me fait too- 
jours un bien infini ; et j'y ai gagné encore 
quelque chose de mieox. J'ai peur , en vérité, 
de devenir chicanear avec vous ; car l'homme 
ne se dispense guère de faire ce qui lut ap- 
porte plaisir et profit. Mais ne n)'> refusez pas, 
je vous ei] conjure , une très grande satisfac- 
tion : vous m'avez glacé à votre tour lorsque 
je vous ai entendu parler de Locke avec tant 



(I) Oratht tjM Hai bi pteeatam. <ISi. C.VIII, T.) 
(S) J.-B. Ituiiuuau ; £|.IItv 1 i'.uILt. ,11,4. 



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DE SAnTT-I>!fiTBRSBOnRO. 365 

dirrévérence. Unons reste da temps , comme 
vous voyez; je vons sacrifie de grand cœur an 
hoston qni m^ttend en bonne et charmante 
compagnie , si vons avez la complaisance de 
me dire votre avis détaillé sor ce fàmenx 
anteor dont je ne vons ai jamais entenda 
parler sans remarquer en vons nne certaine 
irritation qnll m^est impossible de com- 
prendre. 



Mon Dieu ! je n'ai rien à vons refnser ; 
mais je prévois que voos m'entraînerez dans 
une longne et triste dissertation dont je ne 
sais pas trop , à voos dire la vérité , comment 
je me tirerai , sans tromper votre attente ou 
sans yoos ennayer, deux inconvénients que 
je voudrais éviter également, ce qni ne me 
parait pas aisé. Je crains d'ailleurs d'être 
mené trop loin. 

LS CHEVAUEB. 

Je vons avoue que ce malheur me paraît 
léger et même nul. Faut-il donc écrire un 
poème ép;:jue pour avoir le privilège des épi* 

sodés? 



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oh 1 TOUS a êtes jamais embarrassé de rien, 
vous : quant à moi , j^ai mes raisons pour 
craindre de me lancer dans cette discussion. 
Mais si tous voulez m'enconrager , commen- 
cez, je TOUS prie, par tous asseoir. Vous 
avez une inquiétude qui m'inquiète. Je ne sais 
par quel lutin vous êtes picolé sans relâche ; 
ce qu'il Y a de sûr , c'est que vous ne pouvez 
tenir en place dix minutes ; il faut le plus 
souvent que mes paroles vous ponrsmvent 
comme le plomb qui va chercher un oiseau 
an vol. Ce que j'aî à vous dire pourra fort 
bien ressembler un peu à un sermon ; ainsi 
vous devez in'enlendre assis. — Fort bien ! 
Maintenant, mon cher chevalier, commen- 
çons , s'U vous platt, par un acte de fran- 
chise. Parlez-moi en toute conscience : avez- 
vous lu Locke ? 

LE CBKTALIER. 

Non , jamais. Je n'ai aucune rabon de vons 
le cacher. Seulement , je lue rappelle l'avoir 
ouvert un jour à la campagne , un jour de 
pluie ; mais ce ne fat qu'une attitude. 



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DE SAnrr-pÉTERSBOUito. 367 

LE COMTE. 

Je ne veux pas toujours vous gronder : tous ■ 
avez quelquefois des expressions tout-à-fait 
heureuses: en effet, le livre de Locke n'est 
presque jamais saisi et onyertqae par attitude. ' 
Parmi les livres séiieux, il n'y en a pas de 
moins In. Une de mes grandes curiosités, mais 
qui ne peut être satisfaite, serait de savoir 
combien U y d'hommes à Paris qui ont la, 
d'un bout à l'autre , l^Essai sur tentendemerU 
humain. On en parle et on le cite beaucoup , 
mais toujours sur parole; moi-même j'en ai 
parlé intrépidement comme tant d'autres , 
sans Tavoir lu. Â laiin cependant, voulant ac- 
quérir le droit d'en parler en conscience, c'est- 
à-dire avec pleine et entière connaissance de 
cause , je l'ai lu tranquillement du premier 
mot au dernier, et la plume à la main; 

Unis j*aTaîs cinquaDle ana qoaad ccb in'arrin , 

et je ne crois pas avoir dévoré de ma vie un 
tel ennui. Vous connaissez ma vaillance dans 
ce genre. 

l:.B CBGVAUER. 

Si je la coimais ! ne vous ai-je pas vu lire, 
Tannée dernière , un mortel in-oc[avo aile- 



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368 LES SOIRteS 

mand sur l'Apocalypse? je me souviens qn'cn 
TOUS Toyant à la fin de cette lecture , plein de 
vie et de santé , je tous dis qa^après une telle 
épreove on pouvait vous comparer à un co' 
non qui a supporté double charge. 



LE COIHTE. 



Et cependant je puis tous assurer que l'œn- 
Tre germanique , comparée à VEssai sur ten- 
tendement humain , est un pamphlet léger ^ 
un livre d'agrément , au pied de la lettre ; 
on y Ut an moins des choses très intéres- 
santes. On y apprend , par exemple : çue la 
pourpre dont tabominable Babylone pour- 
fojait Jadis les nations étrangères, signifie 
écidemment F habit rouge des cardiruiux; çu''à 
Rome les statues antiques des faux dieux 
sont exposées dans les églises , et mille au- 
tres choses de ce genre également utiles et 
récréatÎTes ( 1 )• Mais dans VEssai , rien ne 
TOUS console ; il faut traTerser ce livre , com- 



(1) Il parait <{•■■• rv irail e*l dirigé de cAlé sur le \\m allemaDd in- 
titula : Sic Sieg^idtklte der ckriiilichen Religioa , ht tiner gemtiti^ 
nti:igtn Erklatimy derQffhJiuiiing Joaiaiit tin-V; A'arcmterp,lT99, 
Ce livre se Iroore dans \pt biblioUicques d'une cloue dlioDima 
U9(!z nombrenu ; mois comme il ne s'agit id que d'une dlsliian al 
1, fù cru iaulile de pcidre du U-mps i la TériScTi 
(flou lie n:<iilei<T.) 



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DE SilNT-piTERSBOunc. 369 

me les sables de Libye , et sans rencontrer 
même le moindre oasis, le plos petit point 
verdoyant où Ton puisse respirer. Il est des li- 
vres dont on dît : Montrez-moi le défaut 
qui s'y troove. Quant à VEssai je puis bien 
vous dire : Montrez -moi celui qui ne 
s'y trouve pas. Nommez-moi celui qae vous 
voudrez, parmi ceux que vous jugerez les 
plus capables de déprécier un livre , et je 
me charge de vons en citer sar-le-champ un 
exemple, sans le chercher : la préface même 
est choquante au-delà de toute expression. 
J'espère , y dit Locke, quelelecteur quiachè- 
tera mon livre ne regrettera pas son argent(^\ ) . 
Quelle odeur de magasin! Poursuivez, et vous 
verrez : Que son livre est le fruit de quelques 
heures pesantes dont Une savait que faire(^); 
qi^il s'est fort amusé à composer cet ouvrage, 
par la raison qi^on trouve autant de plaisir à 
chasser aux allouettes ou aux moineaux qiCà 
forcer des renards ou des cerfs (3) ; que son 



(1) TItoD «ilt u lilUe ll>ink Ihy motiff , >• i ijfl inv p.iiii9 îll beiU^ 
vi<d. (lA)urlrrB, BecroTl, Siraliara ci conip. I T75, t v<il. in-S".}£pi*rl(; 
:n lltercatirr. 

(!) Tlie diTerBÎon of !nme of mv idle nnd lioavjr liours. (Ui'if.) 
<3) He llial ^awlu al lariu aiid iparoiii liai uo le» iport ilioui; a 
(DuM Icu cou: iilerabic quarrj lliau be IbaïUietal iiubliT ganx». 

I. 24 



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370 LES SOIRÉES 

livre enfin a été commencépar hasard^ ccatti' 
nué par complaisance , écrit par morceaux 
incohérents, abandonné souvent et repris de 
même, suivant les ordres du caprice ou de 
l'occasion (1), Voilà, il faut l'aroner, nn sin- 
galier ton de la part d'un aatear qui va noos 
parler de rentendement hamaio , de la spi- 
ritualité de rftme, de la liberté et de Dieu 
enfin. Quelles clamears de la part de nos 
lourds idéologues, si ces impertinentes pla- 
titudes se tronraient dans une préface de 
Mallebrauche .! 

iUais vous ne sauriez croire , messienrs , 
avant de passer & quelque chose de plus es- 
sentiel , à quel point le livre de Loc'ke prête 
d'abord au ridicule proprement dit , par les 
expressions grossières qu'il aimait beaucoup 
et qui accouraient sous sa plume avec une 
, merTeilleuse complaisance. Tantôt Locke vous 
dira, dans une seconde et troisième édition , 
et après y avoir pensé de toutes ses forces : 
iju'une idée claire est un objet que Fesprit 
humain a devant ses yeuse (2). — Devant 
ses yeux? Imaginez, si vous pouvez, quel- 
que chose de plus massif. 

(t) Al mj humour or occMkmi peniritted. ({bid.") 
(8) A> llie mind li.ii liefore jii wiew. {IbiiL) 



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BS SAIHT-ViTKaSBODfie. 371 

Tantôt il vous parlera de la oiémoire comm« 
(fane Jtolte oli Ton serre des idées pour le 
besiMUf et <pii est séparée de l'esprit f comme 
■''il poavùt y aroir dans loi aatre chose que 
lui (1). .AiUean il fiât de la mémoire an 
secrétaire qui tient des registres (2). Ici il 
nous [ffésente l'inteUigenf» homaine comme 
«aie chambre obscm% percée de qœlqaes fe> 
nétres par o& la lumière pénétre (3) , et 11 
il se plaiiU ^une cerftiàw espèce de gens <fut 
font avaler aux hommes des principes inné ' 
sur ieSifuelsUn^est plus permis de disputer(i). 
Forcé de passer i tire d'aile sor tant d'objets 
«hfiSrents, je tous prie de siçposer tonjoiirs 
qa'à chaque exemple qae ma mémoire est 
«n état de vous présenter, je ponirus en ajou- 
ter cent I si j'écrirais une dissertation. Le 
cha[ntre seol des décoomias de Locke pour- 
rait voos amvser pendant dem jours. 



(OUt.XI,ckap.n,S 90. 

(I) Brfm lin HMoTf be|(aa M bcap ■ MflM( ot Hm aadMdtr , 
etc.ML,duii.%,ie. 
(S) -n» wiodov* by «hldi U^ ta I«t !«• ihh dwk mm. (/M., 

^IftHt mUmmiimm dmmàrt otÊtmUto M tiu ipmtàn Mie ihiii 
vMViiiMmklhN. nyttSndm flon, doigt Q i r r Sdn ttw 
SplMi'i SfiteB. Onlha, 1800, ia-19,.!i IM. 
(4) IJ«, I, ch. i>, g it. 



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37Î tES SOIBÊES 

C'est lui qui a découvert : Que pour qit'â 
y ait confusion dans les idées , il faut au 
moins qùil y en ait deux. De manière qn^ 
mille ans entiers, mie idée, tant qu'elle sera 
seule , ne pourra se confondre avec une au- 
tre (1). 

CVst lui qui a découvert que si les hommes 
ne se sont pas avisés de transporter à l'espèce 
animale les noms de parenté reçus parmi 
eux ; que si , par exemple , TfMi ne dit pas 
sonvBnr : Ce taureau est aïeul de ce veau ; 
ces deux pigeons sont cousins germains (2), 
c'est que -ces noms nous sont inutiles à Té- 
gard des animaux , an lien quHIs sont nécea- 
saires d^hommes à hommes , pour régler Les 
successions dans les tribunaox, on pour d'au- 
tres raisons (3). 

C'est lui qui a découvert que si l'on ne 
trouve pas dans les langues modernes des 
noms nationaux pour exprimer, par exemple, 
ostracisme ou proscription , c'est qu^ n'y a , 
parmi les peuples qui parlent ces langues, ni 



(1) Coiiruiion.., coLicarna nlwap liro iileat. (II,iul,§ll.) 
(3) But jet It il seldom «ald ( ii-i» inivnnii tn^ffH ) ihti boll is iha 
gi'nnil-^lieTar sudi ■ ait ; are Ihss^ U'u pigewu ai« «ooliai (moMM. 

<it.«r„..§ao 
(r.) ibiit. 



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DB SilKT-PtiTSRSBOtrBa. 377 

«stracisme m proscription (1) , et cette con* 
sidération le conduit à un théorème généra? 
cpii répand le plos grand jour sur toute 1» 
niétaphysique du langage : (Test que les- 
hommes ne parlent que raremeiU à eux-mê- 
mes et jamais aux autres des choses qui i^ont 
point reçu de nom: de sorte (remarquez bien 
ceci , je tous en prie, car c'est un principe} 
que ce qui n'a point de nom ne sera jamms- 
nommé en conversation. 

Cest luiqiû a découvert:- Que les relations 
peuvent changer sans que le sujet cJiange, 
Vous êtes père, par exemple : votre îAs meurt ; 
Locke trouve que vous cessez d'être père à 
l'instant, quand même votre fils serait mort en 
Amérique; Cependant aucun changement ne 
s'est opéré en vous: et de quelque cÔté qu^on 
vous regarde, toujours on vous trouvera le 
même Ci), 

LE CHKVlLIESa 

Ail ! il est charmant ] savez-voBS bien, que 

(1)/«<I.,§6. 

(S) Coi'ui, i'«rMgni(>4.<Tad}i>iinIecidlégeO^<'l>M>I«DDsîikru 
dajuarit)wrcca«aiobaHilaBOTT(i«. Oku (eccJMpindigieait ) 
b; tliediBlliofhîiMn, vilhoat anj «IleralioD made inliiiiiieir.(D, 
m,§5.>natMMiiia(mIicrqiia ce Caiiu ait ctioqué rtrellte ttia- 
gié« ctfl Cote, mdoctaar btnçÊkéitMdu. Atm «n g»Al Mtneiltn» 



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374 I 

s'il étjAt encore en vie , je m*csn ir^ à Loa- 

drc* toat etfKès poor rembnMer. 



J« ne TooAlaissersii&G^randantpcâat partir, ' 
■lOB cher chefalier , avant de vtras aToir ex- 
pUqvi la doctrine de» idées négatjtres. Locke 
Toa» s^reodraU d'abord : Qi£Uj m des e«- 
pressians négaUws qui ne produisent pas d^ 
rectement des idées positives (1), c« qœ Tou» 
croirefl voloalun. Vow apj^vndrien cnftâte 
qo^iae idée négative n'est antre cbose qo^ime 
idée posithe, nvs^ oelk de rabseoce de la 
chose; ce ^ est évident, comme il toi» la 
démoidre aor-le-champ par Kdw dn âleace. 
En effet, ^/u'est-ce gue lesilence?-^ C*&tl» 
brmt^ rVKt Caiseacc du bruU, 

Est qa'ettrce que le bqot? (ceci est impor- 
tant ; car c'est re^x^saion la pins générale des 
idées négatives.) Locke r^ond avec une jnt)* 
fondeur qn'on ne sanrait assez exalter: (Test 
fidée de têtre , â laquelle seulement on 



OitedMd, wbm iuvri)*a MNM «kM> MMl Mt4>rMllT far p*. 
ùtira i^M (a, iWk S 3^> U » M cwxkit* «ella (Mnda idrili pu la 



« raUmoe de holn, il Ui plw r de lii*. 



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OK 8AIirr>FÉTBBSBOUBG. 375 

Shoote, poori^ de sûreté, celle de l'absence 
âe têtre (1). 

Hais le r^n mâme n'est rien comparé à 
tontes les belles choses qoe î^aorais  vons- 
dire sur le talent de Locke pour les défini- 
tions en général. Je Tons recoimnande ce 
point comme très essentiel, poisqne c^estrn» 
des plus amusants. Vons ssres peut-être qne- 
Voltiûe, avec cette l^^ïretéqni ne Pabandon- 
BU jamais, nons a dit : QueLoeke est lèpre- 
premier philosophe ^xtiait appris mue hommes 
à définir les mots dont ils se servent (2), et 
qiiavec son grand sens il ne cesse de dire s 
DAnnusEz ! Or, ced est exqms ;car il se Ironve 
|ffécisément qoe Locke est le premier philo- 
mufix qoi ùt dit ne définissez pas (3) t et qui 



(1) Ibçallm mmm.r, meh tu iiwpid« ■ lileoee > «ul.». dawlM 
pNitfM tdaai, Toiii gntil,Tute, Sound, Being, wi(A a tlgmlfitalùm 
•/iMrabttmt. (Ibid.) 

(S) VoiU, tamate od Toil, un pabnnt éniditi e*r pinonae o'» 
fiaielmkta déSiiîqiwlM>iid«n*i Aiittota luioal Mt nerralleu 
duseegean, et nmA^thjtiqDBenUrea'eil qu'on ^ctiouiuîn. 
i (X) Vot. nu UT.III,di,iT, ■ibienccHDiiwnlépir Caiiililbc(SM>l 
nrrMig.dMa>Bai.litiB., iMt. ni, $9, et nÎTOOnylil, entra aa< 
OtB àtOÊm emiamm t Qm Ut CarUiin* , rngnçnMpaifMfBda 
iOM plia tb^t* fm MMmIu d^fliMuu iptmmpna dMMr.n'niI 
MtMiteMcTendaïUjMtlanùiMi, quelque facile qu'elle piianM l«peik 
ccToir. (§ 10.)SîDeK>nei, Hallebnnche,I.ui{, leonliMldel^r* 
Ufnac , eu., rvwaaieBl nu ■onde, O qti » 



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376 LES SOIBÉBS 

cependant n''ait cessé de définir , et d^une msh 
nîère qui passe toutes les bornes du ridicule. 
Seriez-vous curieux , par exemple , de sa- 
voir ce que c'est que la puissance? Locke aura 
la bonté de tous apprendre : Que c'est ta suc- 
cession des idées simples dont les unes nais- 
sent et les autres périssent (1). Vous êtes 
éblouis , sans doute , par cette, clarté; raais je 
puis TOUS citer de bien plus belles choses. En 
Tain tous les métaphysiciens nous avertissent 
d'une commune voix de ne point chercher à 
définir ces notions élevées qui servent elles- 
mêmes à définir les autres. Le génie de Locke 
domine ces hauteurs ; et il est en état , par 
exemple , de nous donner une définition de 
Vexislence biea autrement claire que Tidée 



(I) Je ne aachepasqDet.acke lil donné pouliienieiit «ne définitioa 
de la puissance; it explique [litlUtconimeal celle îiléeK (brmedaas 
Mire Mprili mais llnterlocnlear est forl éloijné de se lappeTer le ver- 
hinge delMke.L'april, dit-il, <vanlFn/arDi« cliaqiK inirper ta tau de 
l'altération de ta idett tin^ba qilil obtait dSm lei dams attriturt», 
(i\n idées dana les z\\ofVt\\\) venant diplaia cmmattre camtKM Tme 
nirtof a mfinelctsiefTexlsier.il fana/dtre dan'imeckotela pottiUliU 
de eouffrlr un chengemenl daiaiei /ibM n'np/cj (EncoreJ!! ) M itni 
faatMiapouiUliKitapertr ce eluaigemenl, et de celle nanière, iJor- 
tù'eticetlc idée que noue appilouipaaiaiKe. 

( Koudt rmiear.J 

Anbso , Coin-t bu }!,iii i,: .1 ichitti ne ra«Pu«w. < r,iY, il, cli. xir, 
S'-) 



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DE SAiTTT-^ÊTEBSBOVaa. 377 

réveillée dans notre esprit par la simi^ énon- 
dation de ce mot. Il rons enseigne que Vetàs- 
tence est l'idée qai est dans notre es^oil;, et 
tfue nous considérons comme étani actuelle- 
menl u , ou tohjet que nous considérons 
comme étant actuellement hors de nous(i). 

On ne croirait pas qu'il fût possible de s'é- 
lever plos hant, si Ton ne rencontrait pas 
totd de suite Isl définition de Tunité. Vous sa- 
vez peut^tre comment le précepteur d'A- 
lexandre la définit jadis dans son acception la 
plus générale. L'unité ^ dit-il, est l'être; et 
Tunité chimérique, en particulier, est le 
commencement et la mesure de toute quari' 
tité (2). Pas tant mal , comme vous voyez ! 
mais c'est ici cependant oU le progrès des lu- 
mières est frappant, Eunité , dit Locke , est 
tout ce qui peut être considéré comme une 
chose , soit être réel , soit idée, A cette déS- 



(I) me» Idéal avt hioar tntnd) , v« analder ihan, ma Mag ac- 
imtly lUMH, M weU tu wt coiuiiltr iLiigt ta bt aaaaUg tcislmul ut; 
iMckU Ihal Unyxitl, or AotKMrtitMw. ( L.It, cli. m, § 7.) 

Co philoiofAa n'tniblis rien , comma on tdîI : *pi^ iiTOÎr dit : 
follet «t qui muu avtarlf a trt çh« fM dw«i «sbMM t il ajoale , «■ 
fuVIIu oM CaiÊtatte. Aprèa aeUjà on ne le comprend pu,ca D'oïl pu 

(S) Ta «V ul t6 iv , ixurà*. ( AriiU, UI, i.) 
l'a h VfdfioS ifX'l—- K'i(i.'^»y.(JMil.,X, t.) 



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378 l'Es sou^ 

nUion qui eût donné un accès dé faloone A 
(en M. de la P^dicCf Locke i^oote le {du» 
sériensement da monde ï (Test ainsi qtte 
tentendement acquiert tidéc de tunité (t). 
Noos ToiU , certes , bien avancés sur Von- 
gine des idées. 

La définition de la solidité a bien son mé- 
rite auiH. Cest ce qui empêché deux corps 
qui te meuivnt tan vers tautre de pouvoir 
se toucher (31,). CelnîqmatonioDrsjagé Locke 
SOT sa réputation en croît à peine ses yenx on 
ses oreilles, loraqn'enfin il jnge par Im-mè- 
me; mais je pois encore étonner Tétonne- 
ment même en tods ckant la définition de IV 
tome : Cest un corps continu , dît Locke, 
sous une forme immuable (3). 

Seriez-voQS corieux maintenant d*appren- 
dre ce qne Locke savait dans les science» 
naturelles? Econtez bien ceci, je roos en 
prie. Voos savez qne, lorsqnVn estime les 
vitesses dans la conversation ordinaire , on 
a rarement des espaces à comparer , vn qne 

{1} Wtaïaitr wt taa ceniAkr w ont lUng tettiber a ntd tttif tr 
uUa, uggeu m iht naUtniaidmg ibt idta o} ioêUh, (Und,, In. Il ■ 
di^. n, S 7.) 

(£)UT.II,ch.if,SI. 

(S) À tmVimtd bod^ imder oue iummubU Hfafda. Çir. U , 
rhap. luu, $4, J>af. S81.) 



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DE sAisT-rittasBomG. 379 

roB rqipoTte aasee commotiément ce* vi- 
teases aa mima espace parcoora. Four a- 
tùner, par exemple, les vitesses de deux 
eheranx, je ne tous dirai pas qae Ton s'est 
rendu dlci & Strelna en quarante minutes y 
et Tanlre & Kamîni-Ostroff' en. dix minutes , 
TOUS obligeant ainsi & tirer rotre crayon, et 
à faire one opération d'arithmétique poor 
•avoir ce que cela veut dire; mais je vous 
dini qoe lea deux chevaux sont allés , je le 
suppose, de Sainl-Pétersèourg à Strelna , 
Tua dans quarante minutes, et tat^re dan» 
cinquante : or, U est nsihle que, dans ces 
sortes de cas , les vitesses étant simplement 
[WoportionneUes au temps , on n'a point 
d^espaces k comparer. Eh bien ! messieurs , 
cette profonde mathématique n'était pas à la 
portée de Locke. Il croyût que ses Srèn» les 
humains ne s'étaient point aperças iQsqu*à lui 
que, dans Testimation des vitesses, l'espace 
doit être pris en considération : il se plaint gra- 
vement : Que les hommes^ après avoir mesuré 
te tCÊnps par le moupemera des corps céles- 
tes ^ se soient encore avisés de mesurer le 
mouvement par le temps : tandis qWil est 
clmr, pour peu ^u^on y réfiéchisse^ que 
ttspace doit être pris en considération aussi 



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38Q LSS StHHâES 

bientfue le temps (1). Ea vérité TulUonebelEr 
(lécoarerte ! mille grâces à Masteh Johh qui 
a daigné nous en faire part ; mais tous n''étes 
pas au boat. Locke a décoavert encore que 
Pour un homme plus pénétituU ( id. qœ lui 
par exemple ) , il demeurera certain qu'une 
estimation exacte du mouvement exige qtCon 
ait égard de plus à la masse du corps qià 
est en mouvement (2). Locke veut-il dire qœ 
ponr estimer la quantité du mouvement , 
toiU homme pénétrant s'apercevra que la 
masse doit être prise en considération? GWt 
nne niaiserie du {x^mier ordre. Veot-ildire, 



(l)irer«ai (t û oMouato tvtry ont ahorefieeu averti Utile «aU, 
thatnneaam mo^n, ipatt k at neeaiargtobtauuUirtd w(hw. 

Ilot bien eoeuiiel i'abterm id qœ, par le mol momemaa (po- 
tlou), Locka «nt°>Ml Uâ la viuut. Cat de quoi il n'est pu pemii b 
douter lonqa'on a lu le morzeaa tout entier. 

(i) Mlikm kfAo iMto liait fanher trill findabtllie ba(k q^d* 
lldak movatntetaary to be tuktn tnto ihe con^ulatini tf axy one wft* 
wtUftimauor meanat mMlm u la ta judge riehl of ÎL (ILvt, IW. H, 
.■..w;S«0 

Il but remarquer id qaennterIoeateDr|((d traduit Lodw de nrf- 
■oire , loi Eut beauooap d'hoDneor en liù prêtant gdnérewecocnt la 
BMde ROM*. GaMTte» iTeifireiaiDiu coosacries et ciroaniaîtEi |av 
Il adenoe n'éteient point t l'unge de Lccke, quiampknpîltoujounte» 
■oti TuEgaîrsi tdi qn^ti le préMntaieiit i lui nir [a pnd de Loodret. 
Il a dit en anglaia iuU, mot éqarmque qui ae rapporta ^lenwni 1 b 
■KM et an voliuoe t et que le mdocteur fran^. Car», i fort bien 
liaduil par celaî de groKtv, fiéâsâatMaaai n^ueelaosairalpire. 
{HtUikredilriir.} 



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TV «iaikt-pAtersiourg. 381 

nn contraire (ce qai est infinimeDt probable), 
Que , pour tesUmation de ta vitesse , un 
homme ^ qni a dn génie, comprend qu'il faut 
avoir égard à Tespace parcouru , et que s'il 
a encore plos de génie, il s'aptrcevra qu^on 
doit aussi faire attention à lamasso? Alors 
il me semble qn'ancnne langue ne fournît un 
mot capable rie qualifier cette proposition. 

Vous voyez, messieurs, ce que Locke savait 
sur les éléments des sciences natareltes. Vous 
plairait-il connaître son érudition ? en voici nn 
échantillon merveilleux. Rien n'est plus célè- 
bre dans rbtstoire des opinions humaines que 
la dispute des anciens philosophes sur les vé- 
ritables sources de bonheur, on sor lesum- 
mum honum. Or, savez-vons comment Locke 
avait compiis la question ? Il croyait que les 
anciens philosophes disputaient, non sur le 
droit, mais sur le fait; il change une ques- 
tion de morale et de haute philosophie en 
une simple question de goût on de caprice, 
et sur ce bel aperçu il décide, avec ane rare 
prof bndeun Qu^autant vaudrait disputer pour 
safHyir si le plus grand plaisir du goût se 
trouve dans les pommes , dans les prunes 
ou dans les no/j:(1). Il est savant comme 

(l).4n4 (t(]i(lhcpliiliKupltcn «ToU) ml/Kt htr 



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382 LES soiRSn 

vow Toyes t antaDt que moral et aamffâ' 

fiqae. 

Vondries-roDa savoir maiuteDant combien 
Lucie àait dominé par les préjugé* de secte 
le* plos grossiers , et jasqu'à tjati point le 
protestantisme avait aplati cette tAte ? Il a 
voala , dans je ne sids qael endroit de «on 
livre, parler de la présence réelle. Sar cda,)e 
n'ai rien à dire ; il était réformé, il pouvait 
fort bien se donner ce passe4emp8; mais il 
-Aait tenu de parler an moins comme on 
homme qui a ane tête sur les épaales, an lieu 
de nous dire , comme U Ta fait : Que les par- 
tisans de ce dogme le croient , parce tpiils 
ont associé dans leur esprit Pidée de la pré- 
sence simultanée d'un corpsen plusieurs lieux, 
avec celle de [infaiUibilUé ^ une certtùne per- 
sonne (1). Que dire d^n homme qid était 



dltplMd alieier tlit bal rtUih aare ta te Jaand in appia, plumbi, mr 
aaUi and hav* diulded tbaoMlpa iHiti tecUuptn II. (U, SliJ 5S.) 

OnlB trouTaol en noix tgnoblc*, m permet encore !ei oa diingi* 
nMBt DDD moini imporUDi que celui qn'cn * yo et-(lenai(p> S83)r 
■ àa Cabaea Tiiâa, Am)kiiiaiHtx,!ltmaAaabHeo(*,t»q!im» 



(i)L^ llitUeaafhtfaaiiUaiflitlmepiiraNfi«bu4ua»gptrf^l 
mdtktmttMtinuKmllg lagelher poittm Ihc nunrf;on>( Ataw Mtl* 
M'a ptaen m «m tlmll unexamiaed te Emlored far « mméM Trmlk 



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DB siuT-TJnBSBOtmc. 383 

tnenle maître de lireBeUarmin; d'un homme 
qui fat le contemporain de Fetaa et de Bos- 
sue! ; qui pouvait de BoDYrei entendre les 
cloches de Calais ; qui avait Tojagé d'aiUears , 
et même résidé en France; qai avait passé 
sa vie an milieu da fracas des controverses ; 
et qni imprime sérieusement que l'Eglise ca- 
tholique croit la présence réelle sur la foi 
d'ane certaine personne qui en dorme sa pa- 
role dhoimeur? Ce n'est point là une de ces 
distractions} one de ces erreurs purement 
humaines que nous sommes intéressés à nous 
pudcomer mutuellement, c'est an trait d^igno- 
rance unique , inconcevable , qni eAt fait 
honte à an garçon de boutique du comté de 
Hansfeld dans le XVI* siècle ; et ce qu'il y 
a d'impayable, c*est que Locke , avec ce ton 
de acurrilité qui n'abandonne jamab, lors- 



tf ta fKfUeU fidtit nAcwmt Aat imagliud h^alUbt* ptntm Haatn 
Mrf rinontl OMCW wJ<ftMt Aquàf. (H. 13, $ 17.) 

L'ntolaealcnT jianh afoîr oublié qae CMe, qualqM bm prolo- 
«M, cnJguDt, NUTiBi la apparencei, lei rieur* franfaii , qni oc kl»- 
■Mit {Ml qM da naÏDlniir un cerUÙD onbe daoi le nMNide, a lappTÛBé 
ce jMmga dauia IradwiliM , cowDc irap M mr «MoNncK lidiori*. 
— SM >MMi« «fiNJatiM*. 

{Sou de rEdnmr.) 



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iSi LKS SOtMb» 

qu'il s'agit âes dogmes contestés , les plumet 
protestantes les plus sages d''ailleurs et les 
plus élégantes, nous charge sans façon d^A- 
TM£R ce dogme, sans examen . — Sans examen ! 
Il est plaisant ! etpourquinous prend-Udonc? 
Est-ce que, par hasard, nous n'aurions pas 
autant d''e$prit que lui ? Je voua avoue qne si 
je venais à l'apprendre tout à coup par ré- 
vélation , je serais bien surpris. 

Au reste , messieurs , tous sentes assez que 
Texamea approfondi d'un ouvrage ausû épais 
que PEssat sur Fentendement humain passe 
les bornes d'une conversation. Elle permet 
tout au plus de relever l'esprit général du 
livre et les côtés plus particuUérement dan* 
gereux ou ridicules. & jamûs vous êtes ap* 
pelés à un examen rigoureux de YEssai^ je 
vous recommande le chapitre sur la liberté. 
La Harpe y oubliant ce qu'il avait dit plus d^ine 
fois, qiiil n'erUendaît que ia littérature Q), 
s'est extasié sur la déGnition de la liberté don- 
née par Locke. En voilà , dit-il majestoen- 
sement , en voilà de la pfùlosof^iie (S) / U 



(1) Poff.IeLjeie .ton. XXII, «tUi'JOemben, etulleon. 
(I) H ea a donaé pliuicun, car il \<a clitngcail i maure q 
• aqib laE d'naient ^ Qu'ejrcrdoncçNc lu ivuzi 



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DB SAinT-^mtSBOURS. 365 

fallait dire : en voilà de t incapacité démons 
tréel puisque Locke fait consister la liberté 
dans le pouvoir d'agir , tandisque ce mot, 
purement négatif, ne signifie qu'aèi^enceffoèj- 
tacle , de manière que la liberté n'est et ne 
peut être que la volonté non empêchée, c'est- 
à-dire la volonté. CondUlac , ajoutant le ton 
décisif à la médiocrité de son maître , a dit 
à son tour : Que la liberté n'est <jue le poii~ 
voir de faire ce qi^on ne Jait pas, ou de ne 
pas faire ce qiCon fait. Cette jolie antithèse 
peut éblouir sans doute on esprit étranger 
à ces sortes de discussions; mais pour tout 
homme instruit on averti , il est évident que 
CondiUac prend ici le résultat ou le signe 
extérieur de la liberté , qui est TacUon phy- 
sique , pour la liberté même , qui est toute 
morale, La liberté est le pouvoir défaire! 
Comment donc ? £stK:e qne Thomme empri- 
sonné et chargé de chaînes n'a pas le pouvoir 
de se rendre , sans agir , coupable de tous 



Mail ecUe qui noua a nlu l'excUmalion comique da Id Harpe «it la 
mmnte -.La liberlt alta puiimna qi/a an agent dt faire me action 
oadempai la faire , conformément à la daerminatim de ion e^n-ll en 
j-eriu de laqiatle il pre/tre l'me a Faiare. hjoie , iodi. XXIII, Plii- 
Im.Hii IS'aicclc: art. H(lM(iui.)Leçon terrible pour ne piirl<-i que 
àfi ce qu'on rait ; car je ne croij pu qu'on ait jamaU écrit rien d'anui 
mûérable quecetia iMlîniilon. 

I. tJ ■ 



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'■^6 VKS soir£bb 

les crimes ? Il n^a qa^à tooIoù-, Ovide, sur ca 
point, parle comme TEvangile : Qui , tfuia 
non licuit, nonfacit, ille faàt. S donc la li- 
berté n'est pas le pouvoir de faire , elle ne 
eanrait être que celui de vouloir; mais lepoo- 
Toir de Tonltùr est la volonté même ; et de- 
mander à la volonté peut vouloir , c'est de- 
mander j/ la perception a lepoufoir de per- 
ce/oir; si la raison a le pouvoir de raison- 
ne.-; c'esfc4-&« , si le cercle est on cercle , 
le triangle mi triangle , etc. ; en on mot , si 
{essence est tessence. Maintenant si vous cod- 
ûdérea qne Dieu même ne saurait forcer la 
volonté, puisqu'une volonté forcée est une 
contradiction dans les termes ^ vous sentires 
que la volonté ne peut être agitée et conduite 
que par tattrait (mot admirable que tous les 
philosophes ensemble n'auraient su inventer). 
Or, faltrail ne peut avoir d'antre effet sur la 
volonté que celui d'en augmenter l'énergie 
en la faisant vouloir davantage , de manière 
qne Tattralt ne saurait pas pins nuire à la li- 
berté ou à la volonté qne renseignement , de 
quelque ordre qu'on le suppose , ne sanrait 
nuire k l'entendement. L'anadième qui pèse 
sur la malheureuse nature humaine , c'est le 
«louble attrait: 



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DB SAraT-PËTBBSBODRG. 



Le philosophe qui réfléchira snr cette enigmii 
terrible rendra justice aux stoïciens , qui de- 
TÏnèrent jadis nn dogme fondam^ital da 
christianisme , en déddant qoe le sage seul 
est libre. Aujourd'hui ce n'est plus un para« 
d<«e, c'est une vérité incontestable et du pre- 
nûer ordre. Où est tesprit de Dieu , là se 
trouve la liberté. Tout homme qui a manqué 
ces idées tournera éternellement autour du 
principe, comme la courbe de Bemonilli, sans 
jamais le tonchCT. Or, roulez-vous compren- 
dre à quel point Locke, sur ce sujet comme 
snr tant dYutres , était loin de la vérité ? 
Ecoutez bien , je vous en prie , car ceci est 
ineffable. Il a soutenu que la liberté , qui 
est unefaaihé , r^a rien de commun avec la 
volonté, qui est une autre faculté ; et qitil 
liest pas moiris absurde de demander si la 
volonté de tkomme est libre , qu*il ne te se- 
rait de demander si son sommeil est rapide y 
ou si sa vertu est carrée. QaVn dttes-rous ? 



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J 



388 XE5 SOIHÂES 

Cela, par exemple , est nn pea fort ! mai* 
voire mémoire serait-elle encore assez com- 
plaisante poar vous rappeler la démonstration 
de ce beau théorème? car sans doute il en a 
donné one. 



Elle est d'un genre qui ne sanraît être on- 
lilié, et Totis ailes en juger Toos-méme. Ecou- 
tez bien. 

J^ous traeertcB un pont; îl s'écroule : au 
moment oà vous le sentex s'abîmer sous vos 
piedSf Veffort de votre volonté, «i elle était 
libre, vous porterait^ sans doute , sur le 
bord opposé; mais son élan est inutile i les 
lois sacrées de la gravitation doivent être 
exécutées dans tunivers; il faut tomber et 
périr : dobc la liberté iCa rien de commun 
avec la volonté (1). Tespère qae vons êtes 
convaincos; cependant l'inépnisable génie de 



(1) A [Dan blling inlo the vater ( a bridge broliiag qd Jer bim ) 
Ii3*DOtherriDlibcTt;;i*notarrM igent i Tôt ikongh lie hu <R>lilioD, 
llivugli lieprerenbiaDotfaUiiiElaralling(afi.'r>ourcrfa,;efocn>i(), 
ycH ihe fbrbearance of ihû moiion nol being in biiponwt etc. (11» 
Sl.O.) 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



DE SSIHT'TâTBBSBOCRG. 3^ 

Locke pent tous préjecter la démonslration 
sons une face encore pltu lominense. 

Un homme endormi est transporté chez sa 
maîtresse f on , comme dit Locke avec Télé- 
gante précision qni le distingue, dems une 
chambre où. il y a une personne qiCil meurt 
denvie de voir et dentretenîr, Âo moment 
oîi il s''éTeîlle , sa rolonlé est aussi contente 
que la vâlre Tétait pea tout i Hieore lors- 
qu'elle tombait sons le pont. Or, il se trouve 
que cet homme, ùosi transporté, ne peut 
sortir de cette chambre où il jr a une per- 
sonne, etc.f parce tpi^on a fermé la porte à 
clef, i ce que dit Locke : donc la liberté n'a I 
rien de commun avec la volonté (1). ' 

Pour le coup, je me flatte que vous n'avez 
pins rien k désirer; mais pour parler sérien- 
sement, que dites-vous d'un philosophe capa- 
ble d'écrire de telles absurdités? 

Mais tout ce que je vous ai cité n'est que 



weraMiperifD baloagi lovaud iiicak wilh; aadbo tlwreutcui 
niT n, bejoad hû poner lo get oui ; lie airaka ind ii glxl la Gwl 
Limulf in m deàriUa compaDj wkh fae *tq> «iUiD^j la : to mt , 
pnlen kwMrf togoiai ■mj(aMra aplitaiim 4t la plai bauu im- 
panùHCt),.. 7«l boLg loekedfui in il ta, nidcot... he hunot frmlw 
lo be foaeÉ,., lo (bal '«lerC]' 4 ■<( an idea L«luugtiig ta TolilÏMk 
yWd. S 101 



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390 us «XRÊI» 

faux on ridicole, on l'on et Tautre; et Locke 
a bien mérita d'autres reproches. Quelle plan- 
che dans le nauErage n'a-t-îl pas offâle au 
matérialisme (qnî s'est hÂté de la saisir), en 
soutenant çue la pensée peut appartenir à la 
matière! Je crois à la Terité qne, dans le prin- 
cipe, cette assertion ne fut qa^e sim|âe lé- 
gèreté échappée à Locke dans un de cesmo- 
vients d'ennui dont il ne sapait que faire / 
et )e ne doute pas qn^ ne Teùt eil&cée si 
qudque ami Teftt averti doncement , comme 
il changea dans une noorelle édition tout le 
chapitre de la liberté, qm avait été trooré 
par trop mauvaù (1) : malheoreosement les 
ecclésiastiques s'en mêlèrent , et Locke ne 
pouvait les soafTrir; il s'obstina donc et ne 
revint plus sur sfi& pas. Lises sa rép<Hise k 
Téviique de Worcester; vous y sentirez je ne 
sais quel ton de hantenr mal étoufTée , je ne 
sais quelle acrimonie mal déguisée, tont-à- 
fait naturelle à Thomme qui appelait, comme 



;i)Ii<Kke.eaeut hoate, icc qu'il parili,et en booleveniatcedo- 
piuK, i'iDousa Uiuél'beuceuipToblémedenvoirGÎli preniiére ma- 
niera pauvaîtiire pUu nau. vt que la lewiule. ( Q/'Aiwcr, lib, ITi 

Ces varûlious proaTent que Locke JcriTuil réclleBcnl oimmR ïl !'a 
diii^fir lucrlcrrnjM, cuiiiniuil3urailjouûaiuiau'Ici;cu:ci>lé ccpcn- 
riaiil ^uv, poarjoueri il laul EaviT le jeu. 



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DE SAINT-PfEESSBOdlG. 39 f 

voa» savez, le corps épiscopal d'Angleterre, 
hcaputmortuumdelachambre des pairs (1). 
Ce n'est pas qaHI ne sentit confosément les 
principes; mais Torgneil et rengagement 
étaient chez lai plos forts que la conscience. 
Il confessera tant qne roni Tondrez çue la 
matière est, en elle-même, incapable ^ pen- 
ser; <]ue la perception lui est par nature étrai> 
gèrCi et tpiil est impossible ^imaginer le 
contraire (2). II ajoatera encwe qu'en vertu 
de ces principes, il a prouvé et même démon- 
tré r immatérialité de [Etre suprême pensant,- 
et tfue les mêmes raisons qui fondera cette 
démonstration porterU au plus haut degré de 
probabilité la supposition que le principe qui 
pense dans Phomme est immatériel (3). Là- 



(l)Ce mtiM seiitlm«n[, qai /sppelle, ininnl taa ialeniilé iccidBO' 
telle, OoigaeBienl , ataipatUk, balm, anntom, eu., al géu&il 
dui* le* paji qnioiilcnbniiéU rrir<*inB, Caa'Mt p« qa'ilD'jiit, 
furnù Im miabirei du culia téftfi , dn hoaiHi tti»-jui«ouiit e*ti' 
mablei et eilimÂt; mii* il Mt bien enenliel qa'ih Dfl l'j Irompral pM: 
jMuiiils ae toat ni as peniul im nlimii A «ouwde leur cartel^; 
inab )or*qa'ib le MWI, o'cat (nde^endoimiiMt «1 w«rat méiM Mif^)* 
àe leur caracléiw, 

(S) I Dertr Mj n» lappou , «c. ( Taç. la r^pooN à VMqoe de 
^Vo^ee»tf , Saai, 1». IT, cliap. m , diD* lei Dûtes}, UaUcr ii nuonv 
io i[f «ini Dtlure, «ùd oT leaM «od ibiHigb. (Uid.) 

(S>TIii) ibinking et(m*l aulntiDae Ihne proredlo bainmitcii^ 
llbid.").,.. I prcMtin lôr «fui I hti« laïd «bout [lie npposilioD ntt 
(jvlGin ol malter Ibinking (wkb lUere dt^ontireu* llitl God k ùk- 



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393 LES SOIItiKS 

dessns, TOos pourriez croire que k probabi- 
lité élevée & sa plos haute poîssance devant 
tonjoors être prise pour la certitude, la qoes* 
tien est décidée ; mais Locke ne recule point. 
Il conviendra , si vous voulez , qae la toute- 
puissance ne pouvant opérer sur elle-même , 
il i^t bien qu'elle permette à sou essence 
d'être ce qu^elle est; mais il ne veut pas quHl 
en soit de même des essences crées , qu'elle 
pétrit comme il lui plaît. En effets dit-il avec 
une sagesse étincelante , 6est une absurde 
insolence de disputer à Dieu le pouvoir de 
surajouter (1) une certaine excellence (2) â 
une certaine portion de matière en lui com- 
munitfuant la végétation^ lavie, le sentiment j 
et enfin la pensée. Cest, en propres termes, 
loi refusa le pouvoir de créer (3) ; car si 

■MiUrU)iriUpnneilÎD llie h^Wt degree probibk,(tt.(n)inIea 
liagM 141. IM.IW, ISO, ieT, de rédit.dtte.) 

(t)£^9Hrad(<fatan MDt dont Locke Ut hb aH|e Hqoeiu dm 
«eue kH^ue DoU, 

(I)AII lAirMcOcMiM ot Tcgetatton , tîb, etc. (,INd.tpag. ^^^.'J 
Kicdleociei «nd opcntioiu. (IbU; pf- tii (ftoAn.) 

(3) WhititwiuldbB leaitliui «a IwoloK aimrdilg lo àtaj bit 
pow«r, eu. (nnf., pag. IM,),., Hun ta Aeaj Ui pmcr oTcfcatioB. 
tIH*.,p«| 148.) 

Cb beeu TtÏMiuMDHnl ^appliqiM éf^leDent à loutei I«t «Ncacn ; 
ûinii pv exemple, on ne poumili um une abtwrdt fwofwcr, nwtee- 
ter à Dieu la pawoir dt enkr un ttfaii^le cairi, OD telle HUn carinàli 
iiewgeani, 



D,g,t,.?(lb, Google 



DK SAniT-PÉTEBSBOta», 393 

Dieu a celui de surajouter a une certaine 
masse de matière une certaine excellence qui 
enjait un cheytd , pourquci ne saurait-il sor- 
ajoater à cette même masse une autre excel- 
lence qui en fait un être pensant (1 )? Je plie, 
je TOUS confesse, sons le poids de cet argu- 
ment; mais , comme il faut être juste même 
envers lesgensqa'on n'aime pa&, je convien- 
drai volontiers qa^on peut excuser Locke jus- 
qu'à on certain point, en observant, ce qui 
est incontestable , qu'il ne s'est pas entendu 
loi-même. 

LB CHETiLISB. 

Toute surprise qui ne fait point de mal est 
un plaisir. Je ne puis vous dire à quel point 
TOUS me divertissez en me disant que Locke 
ne s'entendait pas lui-même ; si par hasard 
Vous avez raison, vous m'aurez fait revenir de 
loin. 



(1) ka bons iiamaterial animal, or ta oitcodcd «olid lubilanca 
wilh ■«ueaiidapontaBeaiu ■DatîoD....IOKNBe pan of maller be(aDil) 
■upendd motrân... that are to La Juuiid iu an elepluut... but if ono 
Tenture* ta gooDeitep^rdier, and rajiGodmajprs ta maUerlIiouglil, 
reaion and lolilîon... ibere ar« nen readj ^ttÊtaÛj to limiiu llia 
power oT Ibe ounipotuut octior , elc, { Ibid,, pag. IM.) U but IV 
««ucr, c^ot se daDoer uii graatl loi t aatn Dico. 



D,g,t,.?(lb, Google 



Il ny aura rien de moiiu ét<mnant qae to- 
tre surprise, mon aimable ami. Vous juges 
d'après le préjugé reçu qui s'^obstine à regar- 
der Locke comme ou penseur : je consens 
aussi de tout mon cœur k le regarder comme 
lel , pourvu qu'on mVccorde (ce qui ne peut, 
je crob , être nié) que ses pensées ne le mè- 
nent pas loin. Il aura beaucoup regardé , û 
Ton veut, mais peu vu. Toujours il s^arréte 
au premier aperçu ; et dès qu'il s'agit d'exa- 
miner des idées abstraites , sa vue se trou- 
ble. Je puis encore vous en donner un exem- 
ple singulier qui se présente à moi dans ce 
moment. 

Locke avait dit que les corps ne peuvent 
agir les uns sur les autres que par voie de 
contact : Tangere enim et tangi nisi corpus 
tiulla palestres (X). Mais lorsque Newton pu- 
blia son fameux livre des Principes ^ Locke 
avec cette feiblesse et cette précipitation de 



(t) JaiaJier , are loaehé jfappaTlknt qi/aux Kvb airpa (Lucr.) Cet 
■liome, que i'écotc de Lucrèce a bcaaouii Fait relenilri ligniGe ofan- 
■ntûna prfcMmeDt : qtit ml corpt ae jitvl itrt toutitt tant art toncbe, 
•- Pa> dtTiDlage ; régloD) noire admiration tur nnpoiiaDM d* i* 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAINT-PiTEBSBOUaG. 39» 

jogranent qui sont , quoi qu'on en puisse 
dire , le caractère di^tinctif de son esprit , se 
liita de déclarer : qilil avait appris dans rîn~ 
comparable livre du Judicieux AI. NewtonÇi") 
que Dieu était bien le maître de faire ce (fu'il 
voulait de la matière ^ et par conséquent de 
lui communiquer le pouvoir d'agir a distan- 
ce; qu'il ne manquerait pas enconséquence^ 
lui Locke f de se rétracter et de faire sa pro- 
ièssion de foi dam une nouvelle édition de 
YEssaiCi). 

MaiheuTexaemeI^tle judicieux Newton dé- 
clara rondement dans une de ses lettres théo- 
logiques au docteur Bentley, qu'une telle opi- 
nion ne pouvait se loger que dans la tête 
dun sot (3). Je suis parfaitement en sûreté 

(1 ) Il «l lUible que CM deux ^théto m battent ; nr ri Newtan 
n'était qac j'wlicif itr, son \rne ne pounilftre Jncoa^nra^J* ; et>i le 
ïnn i\iKl inmmparabU, l'auteur denil plus être quej'uifiriVux. — Le 
p^leittx ffrown rappelle irup le joK Coneilk, ni iujoh t\rrtme. 

(S) Lii. U, ch. m, § 6, p. U9, noie. 

(3)Hewl(nin'<stpiun bconique ; TOiU ce qu'il dit, ilaT^l^iUns 
leatjneieiu : ■ La «ippotitiiin funegriTitéinDà', inlivreDteet »- 

■ wollelle i U malice, telleiient qu'un rorp« puiw- aj> su» uu «u- 

■ m 1 dbunce, eal pour moi nnt il grande abnrdiif, que je ne ooû 
• |«i qu'un honime qui \auit if une Jaculii" ordinaire ieaMiletim Un 

■ dijetjpbï«!qu« ruine jamais l'ailnullre.» {Lriltfde Staunau 
émrur Baiiley- &"' 'etire du 11 ferrin- l693,diiiuldltiUfoflUçiir 
fa^tWin., révrier H9T, lol. IV, n" 30 , ,1. ma.) 

itiuu de tatiitHr.') 



D,g,t,.?(lb, Google 



396 LES SOIDÉE-t 

de conscience pour ce soafHet appliqué sur 
Ja joue de Locke avec la main de Newton. 
Appayé sur cette grande aotorité, je toos ré* 
pète avec xm sorcrott d'assurance qae, dam 
la question dont je Toos parhds tont-à-rheure, 
Locke ne s'entendait pas Im-méme, pas pins 
qae sur celle de la gravitation; et rien n^est 
pins évident. La question avait commencé en- 
tre révéqne et lai pour savoir f/ un être pure- 
rement matériel pouvait penser ou non (1). 
Locke conclut qae : Sans le secours delaré- 
pélation^ on ne pourra jamais sayoîr si Dieu 
jia pas jugé à propos de joindre et de fixer 
à une matière dï^ment disposée une substance 
immatérielle pensante (2). Vous voyez , mes- 
sieurs, que tout cetâ n''est qae la comédie an- 
glaise Much ado ahout nolking (3). Qu'est- 
ce que veut dire cet homme? et qui a jamais 
douté que Dieu 'ne puisse unir le prindpe 
pensant à la matière organisée? Vcôlà ce qui 



(l)TbM[>ouEbljweihaUDererbeabla lo knowwtKllMr merenni- 
lerialBcineiiliinlu, or no , etc. TVI, poj. IM. Voill qniot clair. 

(S)lt beiiig iiaponiblD Xat lu... vilbonl rerelatîon to dlscover vbe- 
iber oninipoleDca hai nolgivcu loHiiiieajileiiiofinaUerlilly lUipoKil, 
■ poircrta[ierGciTeaiidtliiiik, or elw joined and fiied lo mslter fillj 
HiipoMd * tliinhll^immileml mbaunce. Lîi. fV, ch. m, § 6.) 

(31 nrBHconp de bridl pour rkB. Col le lilra iTiidu cooicilia dt 
Slial.CSjK:.irc. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAINT-PBTEHSBOllHC. 397 

orme uux matérialistes de tontes les classes : ' 
en croyant soutenir qoe la matière pense, iU 
soutiennent, sans y prendre garde, qu'elle j 
peut être unie à la substance pensante ; ce ' 
que personne n'est tenté de leur disputer. I 
Mais Locke , si ma mémoire ne me trompe 
absolument, a soutenu l'idenlité de ces deux 
supposiLions (1); en quoi il faut convenir que, 
s'il est plus coupable, ilest aussi moins ridicule. 
J'aurais envie aussi , et même j'aurais droit 
de demander à ce philosophe, qui a tant parlé 
des sens et qui leur accorde tant, de quel 
droit il lui a plu de décider : Çue la vue est 
ie plus instructif des sens Ci). Ia langue fran- 
çaise, qui est une assez belle œuvre spiri- 
tuelle , n'est pas de cet avis , elle qui possède 
le Uïot sublime d'entendement où toute la 
théorie de la parole est écrite (3). Mais qu'at- 

<l)l1n'7l rien de >( Tni, comme on liral île le idr âtiM le |i«s)aga 
oA il accorile libénlemeiil an Créateur k pouToir de doDnerlUnia- 
lii-re la bcallé de peoier ; ou, ta ifaurti urma («M lu-t), do eoBa- 
emeintilB le* deux aubilaiicea. 

CéLnit BD rablil 1«gic!en qne calai qai confondait co deux dM«ea> 
<S) Thath mol iauractÎTS ot car ieuea , iecing. II, 33, !>• 
Ç5) Je De veux point repouwer oe ooroplinMot adreaié 1 U langna 
Tran^iie; miùiil est vrai cependant que Locle , dam cet endroit, 
eemble iToir traduit De*car1ea , qai • dit i Fini wnmum noAiIiuIiitiij 
{Ihoplr. I.) On ne ae Irumiierail peut-Ara pia eo dûanl que l'ouîe ci> 
ï )■ Tue ce que la parole est i l'icrilure, 

llttu éÊ rEiliicur.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



398 LES scAbées 

tendre d'on philosophe qui nons dit sérieuse- 
ment : Aujourd'hui que les langues sontfai~ 
tes (1)! — Il aurait bien dû nous dire quand 
elles ont été faites , et quand elles i^étaient 
pas faites. 

Qœ n^ai-je le temps de m'enfoncer dans 
toute sa théorie des iàéss simples^ complexes^ 
réelles^, imaginaires, adéquates, etc,; les unes 
provenantdes sens, etles autres delaréOexionl 
Que ne puis-je sortout tous parler à mon aise 
de ses idées archétypes, mot sacré poor les 
platoniciens qui l'avaient placé dans le ciel, et 
que cet imprudent Breton en tira sans savoir 
ce qn'il faisait ! Bientdt son venimeux disciple 
k saisit à son toor pour le plonger dans les 
boues de sa grossière esthétique, n Les mé~ 
tt taphysiciens modernes, nous dit ce dernier, 
« ont assez mis en usage ce terme dUdées 
•c archétypes (2). » Sans doute , comme les 
moralistes ont fort employé celid de chasteté 
mais, que )e sache, jamais comme synonyme 
de prostitution. 

{t) tlow thaï ttnfpiaga *re naèe. ( Ibid. , XXtl, § 9.) 

(1) Euai tvr roHg!ne da caiMniumiea kamtma. ( Sect. ID , J S.) 

l'iurquoi taedemet, puUque le mat archélj'pe eit ancien et oiéme aa- 

{■■|uutal pannjuoiiUKscn 'imge, [imique r.icadAmÎL' , an motarde 

IMW, nous Jil i|ue tx mol u'c^l guéri eo luage i^ut duu rctprenion^ 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAII1T-«ATERSB0imfl, 399 

Locice est peat-étre le seul autenr connu 
qui ait pris la peine de réfuter son livre en- 
tier ou de le déclarer inutile, dès le début , ; 
en nous disant que toutes nos idées nousvîen- j 
nentpar lessens ou parla réflexion.tisà& qui I 
i amais a nié que certaines idées nous Tiennent I 
par les sens, et qu''est-ce que Locke veut nous i 
apprendre ? Le nombre des perceptions sim- i 
pies étant nul, comparé aux innombrables 
combinaisons de la pensée , il demeure dé- 
montré , dès le premier chapitre du second 
Livre, que Timmense majorité de nos idées 
ne vient pas des sens. Mais d^où vient-elle [ 
donc? la question est embarrassante, etdef 
là vient que ses disciples, cnûgnant les con- i 
séqnoices , ne parlent plus de la réflexion , ' 
ce qnî est très prudent (1). 

Locke a^mt commencé son livre , sans ré- 
flexion et sans ancnne connaissance appro- 
fondie de son sajet , il n^est pas étramant 
qa^il ait constamment battu la campagne. Il 
avait d'abord mis en thèse que tontes nos 
idées n<His viennent des sens ou de la réflexion. 
Talonné ensuite par son évêque qui le ser- 
rait de près, et peut-être aussi par sa con- 

(I) CotiâiOac, Art dipemtr, Cbap. I. Logique, dinp. Vn. 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



400 LEE SOIBÉES 

j science , il en vînt à convenir que les idées 
générales ) qui seules constituent rêfre intel- 
ligent ) ne venaient ni des sens ni de la ré- 
flexion , mais qu'elles étaient des inventions 
et des CRÉATCEES de tesprit kumain(i). Car, 
suivant la doctrine de ce grand philosophe , 
Vhomme/aîi les idées générales a^c des idées 
simples , comme il fait un bateau ai^c des 
planches; de manière que les idées générales 
les plus relevées ne sont que des collectio/iSf 
ou , comme dit Locke , qui cherche toujours 
les expressions grossières, <^^ compagnies d'i- 
dées simples (1). 

Si vous voulez ramener ces hautes concep- 
tions à la pratique, considérez, par exemple , 
Téglise de Saint-Pierre à Rome. C'est une 
idée générale passable. Au fond cependant 
tout se réduit à des pierres qui sont des idées 
simples. Ce n^est pas grand^chose , comme 
vous voyez: et toutefois le privilège des idées 
si'rples est ùmneiise , puisque Locke a dé- 



fi) General ideu corne not into ilie inind bj h 
bal are the Crealum, or inTen'ioni Druii<lenlRnding(llT.II, ch.uu, 
% S.) cooibting oFa coin panj o( simple ideoi comlûoed. (/Ud., St.n > 
di.™,ii3.) 

(S)Ki>r lliat IIicjBre«LLoriWiii llie imaga orlhe i r pr cMn itmnwBof 
i.lialiloc5 eiitti llic coiilrarj wliereortin*m«CT llieprîm.irjqinlilic* 
*S buJki, lias bcen alrvady sIil-uliI. ( Ln. II, eIi. x\^. § â.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DK SAIHT-PÉTBESBÛtrBG. 401 

tonvert encore qu'elles sont toutes réelles , 
EKBPTÉ TOUTES. Il n'excepte de celte petite 
exception que les qualités premières dés 
coips (1). 

Mais admirez ici , je vous prie , la marche 
lumineuse de Locke: il établit d'abord que 
toutes nos idées nous viennent des sens ou de 
la réflexion, et il saisit cette occasion de nous 
dire : Qu'il entend par réflexion la connais- 
sance que rdnte prend de ses différentes optr 
rations (%). Appliqué ensuite à la torture de 
la vérité , il confesse : Que les idées généra- 
les ne viennent ni des sens ni de la réfiexion^ 
mais qu^elles sont créées , ou , comme il le 
dit ridiculement, imvïntées par tesprit hu- 
main. Or la réflexion venant d'êlre expressé- ; 
ment exclue par Locke , il s'ensuit que l'es- 
prit famnaîa invente les idées générales sans 
réflexion , c'est-à-dire sans aucune connais- 
sance ou examen de ses propres opérations. 
Mais tonte idée qui ne provient ni du com- 

(I) On p«ut l'ïUiniicr, arec graoJe raison, de cette étrange eiprus- 
«on: ToHlet lu Idtet simpltt, excepte Ict qitahiet preiniires dea cor/u t 
nantcllceil celle pliilosoptiieaTeugle, malérielle , groisièreau poini 
iguVIIc en Tient à ronbndrc lei dunes avec les idées (tes clioscs ; vl 
I>ocke dira également : Toiilttlts iiUci,ricepie lelte qiialîie i ou loititt 
la qmlim , exapit irllt iitr't. 

(â)Liv. I), cli.i, §4. 

■I. 2C 



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'Wî LES SOIRÉES 

'inerce de l'esprit avec les objets extérîenn , 
iii du travail de Tesprit snr lui-même , appar- 
tient nécessairement & ta substance de Tes- 
prit. Il y a donc des idées innées oa anté- 
rieures à toute eiqiérience : je ne rois pas de 
conséquence pins inéntable ; mais ceci ne doit 
pas étonner. Tons les écrivains qui se sont 
exercés contre les idées innées se sont trou- 
vés conduits par la seule force de la vérité à 
faire des avenx pins on moins favorables à ce 
système. Je n'excepte pas même CondiUac , 
qaoiqQ^l ait été pent-^tre le philosophe da 
XVm sîèck le plus en garde contre sa con- 
science. An reste , je ue veux pas comparer 
ces deux hommes dont le caraclère est bien 
diâérent : 1^ manque de tète et Tantre de 
front. Qnels reproches entendant n'est-on pas 
en droit de faire à Locke, et comment ponr- 
railKHi le disculper dVvoir ébranlé la morale 
poor renverser les idées innées sans savoir ce 
qu'il attaquait ? Lui-même , dans le fond de son 
cœur, sentait qu'il se rendait coupable; mais^ 
dit41 pour s'excuser en se trompant lui-même, 
la vérité est avant tout (1). Ce qnî signifie 



(I) Bal, aflcr «11 , die gréai 
fnilb. (l4V.I,cli.»,S *30 



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DK SUItT-PËTEItSBOOHG. 403 

ifuela vérité est avant la vérité, ht plus dan- 
gereux peat-étre et le plus coupable de ces 
fonestes écrivains qui ne cesseront d'accuser 
le dernier siècle auprès delà postérité, celui 
qui a employé le plus de talent avec le plas 
de sang âtnd pour £ûre le plus de mal , 
Home , nous a dit aussi dans Ton deses ter- 
ribles Essais: Que la vérité est av€mt tout; 
que la critique montre peu de candeur à l'é- 
gard de certains phOostfthes en leur repro- 
chant les coups que leurs opiniora peuvent 
porter à la morale et à la religion , et que 
celle injustice ne sert qiCà retarder la décou- 
verte de la vérité. Hais nul homme, à moins 
tpi'il ne Teuille se tromper lui-même, ne sera 
la dape de ce sc^hisme perfide. Nulle er- 
reur ne pei^ être utile , comme nulle vérité 
nepeat noire. Ce qui trompe sar ce point, 
c'est que , dans le preitder cas , on confwd 
rerreor avec quelque élément vrû qoi s^ 
trotnre mêlé et qui a^ en bien suivant sa 
nature, malgré le mélange; et que, dans le 
lecood cas , on confond encore la vérUé an- 
noncée avec la vérité reçue. On peut sans 
doute Texposer imprudemment, mais jamais 
elle ne nuit que parce qu'on la repousse; au 
Ëen que Terreur, dont la connùssance ne 



D,g,t,.?(lb,GOOglC — 



<i04 t.ES somËBS 

peot être atile que comme celle des poisotu, 
commence à nuire du moment où elle a pa 
se faire recevoir sous le masi^ de sa divine 
ennemie. Elle nuit donc parce qu'on la reçoit , 
et la véniè ne peut nuire que parce qu'on la 
combat : ainsi tout ce qm est nuisible en s<h 
-est faux , comme tout ce qui est utile en soi 
est vrai. H n^ a rien de si clair pour celui 
-qui a compris. 

Aveuglé néanmoins par son prétendu res- 
pect 'pour la véritéj qui n'est cependant, 
^dans ces sortes de cas, qu'un délit public dé- 
-gtûsé sons un bean nom , Locke , dans le 
premier livre de son triste Essaie écume 
rhistoire et les voyages pour faire rougir 
rhmnanité. U dte les dogmes et les usages 
les plus honteux; il s'oublie an point d'exhu- 
mer d'un Uvre inconnu une histoire qui faU 
vomir; et il a soin de nous dire que le livre 
étant rare, il a jugé, à propos de nous ré- 
citer l'anecdote dans les propres termes de 
l'auteur (1), et tout cela ponr établir qu'il 
tij a point de morale innée. C'est dom- 



(I) A TcmBri(u,nlili.> |i3«agc lo lliii pniiosc oui ul iho Tujage ol 
DaumgnrtGD, viuliu a book wAenrj daj lobe met wilbi I iImII mI 
-deno al largo jniIm laii|Migeil Mp«UùlMdin.(Lh. 1, ch. ui,§9^ 



D,9,t,.?(i h, Google 



DE SAINT-^IÏBSBODBG. AOS- 

msigs (jaî'îX ait oublié de' produire aoe noso- 
logie pour démontrer qa^ n'y a point de 
santé. 

En vain Locke , tonjonrs agité intérîenre- 
ment , cherche à se faire illusion d'une antre 
manière par la déclaration expresse qu'ît 
nous fait : « Qn^en niant une toi innée , it 
« n'entend point dn tout nier une loi natu~ 
« relie, c'est-à-dire une loi antérieure à 
« toute loi positive (t). m Ced est, comme 
Tons voyez, un nonvean combat entre la 
conscience et rengagement. Qn^est-ce en effet 
que cette loi naturelle? Et si elle n'est m 
positive m famée , oU est sa base ^ Qu'il nous 
indique un seul argument valable contre la 
loi innée qui n'ait pas la même force contre- 
la loi naturelle. Celle-ci , nous dit-il , peut être 
reconnue par la seule lumière de la raison , 
sans le secours d'une révélation positif^ (2). 
Maiâ qu'estce donc qne la lumière de la 



(1)1 would liât hère be mUlaken, u if, b«CïaeM 1 den; on Eimiil*' 
lav, I thou^l ihcravcrGDODeiiui podiive la«,eic, (liir.II, eh. in, 
S 13.) 

(S) I Uiiak di<7 eciDiUj Ibraate th« truth , vbo , rnnntn; IdIo a>w ■ 
mrj eitremca, aillier sHinit an inoaie Erw, or dcnj [lut there h a< 
taw kixnnlilc bjtboliglitot Pliure, i «ai vilhoallbe heli> of po$^ 
làm rtnreUlion. (Wd.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



406 LBS somÉm 

raison} Yient«Ue des hommes? eUe esl 
positive ; vient-elle de Dieu ? elle est innée. 
Si Locke avait en plos de pénétratîoii, ou 
plus d'attention, on plus de bonne foi, au 
lieu de dire : Z7ne telle idée n'est point dans 
tesprit d'un tel peuple , donc elle n'est pat 
innée, il aurait dit an contraire : donc elle 
est initée pour tout homme çui la possède ; 
car c*est une |n«uTe que si elle ne {H-éexiste 
pas, jamais les sens ne lui donneront nais- 
sance , puisque la nation qui en est privée 
a bien cinq sens comme les autres; et il 
aurait recherché comment et pourquoi telle 
>ou telle idée a po être détruite on tlénaturée 
dans Tesprit dWe telle famille humaine. 
Mais il était bien loin d'une pensée ausû fé- 
conde, loi qui s^oubtie de nouveau jusqu'à 
soutenir ^u''wt seul alitée dans l'univers Ivâ 
suffirait pour aift légitimement ^ue fidée 
\ de Dieu soit innée dans t homme (1); c'est-- 
à-dire encore qn'mi seul enfant monstrueux , 
né sans yeux, par exemple, prouverait que 
la vue n^est pas naturelle à l'honmie; mais 



(t) WhatMererti iniute Mailbsuiuventt in Ihoitricteu imm 
(erreur teorioel) odo eiceptioa ii a wIScImI pMof «jiÎMtl '*. 
(U*. I,cli. iT, §8, DolcS.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SlIST-PfiTElWBOtJaC. ^OT 

nea n^arrètait Locke, Ne nous a-t-îl pas dit 
intréjHdement que la roix de la conscience 
Be prouve rien en favenr des principes innés ^ 
vu çiie chacun peut avoir la sienne (1). 

C'est nne chose bien étrange qn'il n'ait ja- 
mais été possible de faire comprendre , ni & 
ce grand patriarche , ni à sa triste postérité , 
la différence qoi se troure entre l'ignoVance 
d'une Itn et les erreurs admises dans Tappli- 
cation de cette loi (2). Une femme indienne 
sacrifie son enfant nonveau-né & la déesse 
Gonza , ils disent : Donc il riy a point de 
morale innée; an contraire, il fant dire en- 
core : Donc elle est innée; puisque l'idée du 
devoir est assez forte chez cette malheureuse 
mère f pour la déterminer à sacrifier à ce de- 
voir le sentiment le plus tendre et le plus 



(OSomemeD wilh Uw nme bent oT ce 
«(b«nivi>id.( Aid.,ch. 3, § 8.)Acctirdeicel[ebetle théorie, qui pe^ 
net à cfaacan (fnoir w comcience , >Tee la lot nalurtlU anitrlt:.Te d 

(9) Avec la permUnoa encore de nalerloculenr. Je croii qu'il m 
ITOPipe.LeiboninKequ'ili en tue ampmmmiutt bien; maiaili ra- 
hiriit irrn mnTTiriT lli mrntrnt au monde *préi noir meiiliieuB- 
■imo ■ ian l> fcabili qnilear nMtDqoe tùen plot que le utml. 
Dy. Inteinrei ds CondilliG ; la coiudeiicfl qui 1m parmuct n'jieU 



r:,9,N..<i h, Google 



408 LES SOIRÉE» 

puissant enr le cœur humain. Abraliam se 
donna jadis un mérite immense en se déter- 
minanl & ce même sacrifice qu'il croyait avec 
raison réellement ordonné ; il disait précisé- 
ment comme la femme indienne : La divinité 
a parlé ; il faut fermer les yeux et obéir. 
L'un, pliant sous Tantorité divine qui ne vou- 
lait que réprouver, obéissait à un ordre sa* 
cré et direct ; Tautre ^ aveuglée par une siiqter- 
stition déplorable , obéit à nn ordre imagi- 
naire ; mais , de part et d'autre , l'idée primi- 
tive est la même : c'est celle du devoir, portée 
nn plus haut degré d'élévation. Je le dois ! 
voilà ridée innée dont Tessence est indépen- 
dante de toute erreurdansl'application. Celles 
que les hommes commettent tous les jours 
dans leurs calculs prouveraient-elles , par ha- 
sard , qu'ils n'ont pas Tidée du nombre ? Or , 
si cette idée n'était innée , jamais il ne pour- 
raient l'acquérir ; jamais ils ne pouiraient 
même se tromper : car se tromper^ c'est s'é- 
carter d'une règle antérieure et connue. Il en 
est de même des autres idées ; et j'ajoute , ce 
qui me paraît clair de soi-même , que , hors 
de cette supposition , il devient impossible de 
concevoir Ihomme , c'est-à-dire , Cunilé ou 
[espèce humaine f ni , par conséquent , au- 



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DE saiht-pStersoouug. 409 

cnn onire relatif à nne classe donnée d'êtres 
intelligents (1). 

Il faat convenir anssï qne les critiqnes de 
Locke TattaqDaient mal en distinguant les idées 
et ne donnant pour idées innées que les idées 
morales da premier ordre , ce qoi semblait 
faire dépendre la solotion dn problème de 
la reclitnde de ces idées. Je ne dis pas 
qu'on ne lenr doive one attention parfica^ 
lière, et ce peut être Tobjet d'un second exa- 
men; mais pour le philosophe qui envisage 
la question dans tonte sa généralité , il n'y a 
pas de distinction k faire sur ce point , parce 
qu'il n'y a point d'idée qui ne soit innée, ou 
étrangère aux sens par l'universalité dont elle 
tient sa forme, et par l'acte 4oIellectuel qui 
la pense. 

Toute doctrine rationnelle est fondée sur 
une connaissance antécédente , car l'homme 
ne peut rien apprendre que parce qu'il sait. Le 
syllogisme etl'indnction partantdonc toujours 



(l)ffet dnxj MOU erMatuttilaiiaitertt gtntmUporUqialnaaÊ 
Bvom louiei la nMJons 711/ août (OKI atamaira, (De b Rech. tlu U 
ïér.liT. I.cliap. ai, n. S). 

Ce passage Je Ualdn^nclie cemble le plicer Ici Terl 1 progioi. 
En cEleli Iwil tue cogiàtif 110 peut élre ce qu'il cal, ae peut appar- 
leiiir à une Idli- dasic et uc peul diffC-rer d'aae lulte qqo par )n 
ttliki inoén. 



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410 LES SOJKËES 

de piincipes posés comme déjà connns, ii 
faut avouer qu'avant de parreiûr i nne vérité 
pariicnlière nous la connaissons déjà en par- 
I tie. Observez, par exemple , im triangle actuel 
ou sensible : certainement tous rignoriez 
avant de le voir; cependant Tons connaîssîes 
déjà non pas ce triangle , mais le triangle ou 
la triangulité; et voilà comment on peat con- 
naître et ignorer la même chose sons diffé- 
rents rapports. Si Ton se refuse à cette théorie, 
on tombe inévitablement dans le dilenune 
insoloble du Ménon de Platon et l'on est forcé 
de convenir , ou que l'homme ne peut rien 
Apprendre , ou que tout ce qu'il apprend n'est 
qu^ne réminiscence. Que si l'on remise d'ad 
mettre ces idées premières , il n'y a pins de 
démonstration possible , parce qa''il n^ a plus 
de prindpes dont elle puisse être dérivée. En 
effet, l'essence des principes est qnlls soient 
antérieurs, évidents, non dérivés, indémon- 
trables, et causes par rapport à la conclusion , 
autrement ils auraient besoin eux-mêmes d'ê- 
tre démontrés ; c'estâ-dïre qu'ils cesseraient 
d'être principes, et il faudrait admettre ceqne 
l'école appelle te progrès à ttrifini qui est 
impossible. Observez de plus que ces prin- 
cipes , qui fondent les démonstrations , doi- 



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DB SAIirr-PÉTEIlSIIOCBS, 41 1 

vent être ntm-sealement connus natarelld- 
ment , mais plus connus que les Téritês dé- 
conrertes par leur moyen : car tout ce ^ui 
comnuini^ue une chose la possède nécessai- 
rement en plus j par rapport au sujet qui la 
reçoit : et comme, par exemple, l'homme que 
nous aimons poor Tamoar d'un antre est 
tonjours moins aimé qae celui-ci, de même 
toute Térité acquise est moins dure pour nous 
que le fuincipe qui nous Ta rendue visible; 
Fillwmnant étant par nature plus lumineux 
que [illuminé , il ne sulTit donc pas de croire 
i la science, il faut croire de plus au principe 
de la science , dont Le caractère est d'être k la 
fois et nécessaire et nécessairement cru : car 
la démonstration n'a nen de commun avec 
la parole extérieure et sensible qui nie ce 
qvùélle veut; elle tient & cette parole plus 
profonde qm est prononcée dans l'intérieur 
de l'hoinine (1) et qui n'a pas le pouvoir de 



(I) CeM parafe I eottfttie dam Vitii mfmt et par laquelle lAu M 
parle A bd-awnw , tel le Vtrba taereê. ( Bounbloue , Serai, nir k \>*- 
fuie de Dieu. Ezotde. ) 

Sansdoale, el la nilson seule (Miumitg'cleTerj'usqne-lii mai», |kw 
sne contéqaPnce oécemira i Celle parole , ctmçm dam f homme mené, 
elpar laquelle Fltonaiie u parka iM^tme, alleierliecrâédi*n^ 
ermbtanee Je «on module. C,ir In ponsép ( ou le ïerbe humain] n>jtf 7M 
Jafwrolt ite Fetj'iii qni se parli â Uiî-iii-!inc , ( l'Uluii, iiv- pg- t>S>. 



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413 i 

contredire la vérité. Tontes les sciences coni' 
muniquent ensemble par ces principes com- 
muns; et prenez bien garde , j'eTons en|HÏe, 
que , par ce mot commun , i''eiitends ez[Hi- 
raer non ce qae ces dîfTâientes sciences dé- 
montrent , mais ce dont elles se serrent pour 
démontrer ; c'esl^-dire tuniversel , qtù est la 
racine de tonte démonstration, qni préexiste à 
tonte impression on opération sensible, et qui 
est, si pea le résultat de rexpérîence qne, sans 
lm,re9^térience sera fouyour.f solitaire, eCponr- 
ra se répétera Tinfîni, en laissant toujours on 
abîme entre elle et i^nuTerael. Ce jeune chien, 
qui joue avec voosdans cemoment, ajouéde 
même hier et aront hier. Il a donc joué , il a 
joué et il a joué , mais pdnt dn tout , quant 
à loi , trois fois , comme tous ; car si vous 
supprimes ridée-principe , et par conséquent 
préenstante , du nombre , à laquelle l'expé- 
rience puisse se rapporter , un et im ne soid 
jamais que ceci et cela , maïs jamais deux. 
Vous voyez, messieurs, que Locke est pi- 
toyable avec son expérience , puisque la vé- 
rité n^est qiiune équation entre la pensée de 
rhomme et tobjet connu (I ) , de manière que 
si le premier membre n^est pas naturel, pré- 

* (l)S.Tl,..iu,.s, rojf.-ing, ibS. 



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DB SAINT-PËTBRSBOUBG. 413 

existant et immuable, Tautre Aolte nécessai- 
rement; et il D^ a plus de vérité. 

Toute idée étant donc innée par rapport 
à I''Dniversel dont elle tient sa forme , elle est 
de plus totalement étrangère anx sens par 
Tacte intellectuel qui affirme ; car la pensée ou 
la parole (c'est la même chose) n'appartenant 
qu^àTesprit; ou, pour mieux dire, étant Tes- 
{ffit (1 ), nulle distinction ne doit être fuite & cet 
égard entre les difierents ordres dHdées. B^s 
que l'homme dit : Gela est , il parle néces* 
sainunent en vertu d'une connaissance inté 
rienre et antérieure , car les sens n'ont rien dei 
commun avec la vérité , que l'entendement 
seul peut atteindre ; et comme ce qui n'ap- I 
partirait point aux sens est étranger à Li 
matière , il s'ensuit qu'il y a dans Thomme i 
nn principe immatériel en qoi réside la 
science (2); et les sens ne pouvant recevoir 
ettransmettreàrespritquedesimiMressions(3), . 



(1) Vu Are qui ne tait que penser et qai n'a jioint d'autre action 
quoMpeoiée. \Lami,ile la Coim, ik tot-mfmt , ^part. , 4'réll.) 

!.« Toait de Time n'en point diatiagué do lea Tacullis. ( Fénéloo , 
.lliix. dMSiu'nu,irl.XXVIIl.) 

(^)AlitpMiiKorpiitaimpet m l»fii»iiU(racùn(ui.(D.)ait,qiiaaL 
■dorthad, de inoorii., et de Dm, et 'le reiurr. morl. , qiml. II.) 

lZ)Speelrit^ulan iliamil ocuU poumt /eriri , antma ^ pouH 
tim vide*, etc. {Cictr. E|iist. ail Onu. el alioa. XV, IC.) 



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i\i LES SOIEÉBS 

Don-senlement la fonction , dont Tessence 
est de juger, n^est pas aidée par ces impresàons, 
mais elle en est [^utôt empêchée et trou- 
blée (1). Noos devons donc supposer avec 
les plus grands hommes que nous avons na- 
torellement des idées inlellectaelles qui n'ont 
poiut passé par les sens , et Topinioa ccmtrràre 
afflige lé bon sens autant que la religion (2). 
J'ai lu que le célèbre Cudworth , disputant 
un jour avec un de ses amis sor Torigine des 
idées, lui dit : Preneij je vous prie f un litw 
dans ma bibliothèque , le premier qui se pré- 
sentera sous votre ntain, et ouvrcM-le eut 
hasard; l'ami tomba sur les oifices de Cké- 
ron au conmiencement dn premier livre t 
QooiQTJE depuis un an y etc. — (Test assez y 
reprit Cudworth; dites-moi de grâce com^ 
ment vous ave* pu acquérir par les sens 
Vidée de QnoiQCB (3). L'argument était excel- 



(1) Funcrio inuOeaUi potMmùm coHiiilii in jiulkamh j atqui ai 
jutUtBodia» p6tmuuia ti ttuadatrim lUadcorporale imllo modo juval , 
udpoliùt Impedil. (Le»iiu, delnuowt. iiiunu>'iiit«ropiiJC.Iib.]I[, 
b»S3.) 

(S^ Arnaud et Hi'oilc , dan* U logique da Pi^'Iltrral , ou FÀrl it 
fOUtr. P* [ort., cfa. i. 

(ri) CvIleaneodDte, qui m'istinmnaac.cttprabablciaeDtntoonlj* 
fwtqueport daw le gnuid ouvrage de CihIwmiIi : ^Mcwa iaUlUot 



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D8 SAINT-PËTBRSBOURG. 415 

leat sous une forme très simple ; rhomme 
ne peut parler; il ne peut articuler le moin- 
dre élément de sa pensée; il ne peut dire bt^ 
■ans réfuter Locke. 

LB CHSTAUBB. 

Voos m'^avee dit en commençant ; Parlez^ 
moi en toute conscience. Permettes qae je 
TOUS adresse les mêmes paroles : Parles-moi 
en toute conscience; n'arez-TOus point choisi 
les passages de Locke qm prêtaient le plus 
i la critiqoe? La tentation est séduisante, 
quand on parle d'an homme qnVn n''aime 
pcMnt. 



Je puis vous assurer le contraire; et je 
pois TOUS assurer de plus qu'un examen dé- 
taillé du livre me fournirait une moisson 
biea plus abondante; mais pour réfuter un 
in-quarto, il en faut un autre; et par qui 
le dernier serait-il In, je tous prie? Quand 



Mb, pablii (Tahorden anglaû, et CDniitc en lalin, arecleano 
UnrcBl Hosbciai. Jeoa, S toI. b-rol. Le7de,4ral. io-t*. 
(ffiMcdr TAIiMur,) 



D,9,t,.?(ir>/G00glf 



416 ixs sonub» 

xm marnais livre s^est une fois emparé des e»- 
prits , il n^r a plus , pour les désabuser, d'autre 
moyen que celui de montrer l'esprit g^iéral 
qui Ta dicté ; d*en classer les défauts , dHndi- 
qner seulement les plus saillants et de s^eu 
fier du reste à la consdence de chaque lec- 
teur. Pocr rendre celui de Locke de tous 
points irréprochable , il snffirait à mon avis 
d'y changer deux mots. Il est intitulé : Essai 
sur rentendement humain; écrivons seule- 
ment ; Essai sur tentendement de Locke : 
jamais livre n'aora mieux rempli son titre. 
L'ouvrage est le portrait entier de l'auteur , 
et rien n'y manque (1). On y reconnaît aisé- 
ment un honnête homme et même on honmie 
de sens , mais pipé par l'esprit de secte qui 
le mène sans qu'il s'en aperçoive on sans qn^ 
veuille s'en apercevoir; manquant d'ailleurs 
de l'érudition philosophique la plus indis- 
pensable et de toute profondeur dans l'esprit. 
Il est véritablement comique lorsqu'il nous 
dit sérieusement qu'il a pris la plume pour 

(t) Jr.iii Le clerc ÀTÎiil pilla uni le piirtmll Je l4càe i 
Lûckiui boMout piiigens peneiralia mrulîi 



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DE sàinr-pÉTERSBomis. 417 

donner à thomme des règles par lestfuelles 
une créature raisonnable puisse diriger sa- 
genient ses actions; ajoutant qae poor arri- 
ver à ce but // s'^étaît mis en tête <fiie ce qu'il 
y aurait de plus utile serait de fixer avant 
tout les bornes de tesprit humain (i). Jamaù 
on ne se mit en tête rien d'aossi fou ; car 
d'abord , pour ce qui est de la morale , je 
m'en fierais plus volontiers au sermon sur la 
montagne qa^à toutes les billevesées scolas- 
tisques dont Locke a rempli son livre , et qui 
sont bien ce qu'on peut ima^er de plus étran- 
ger à la morale. Quant aux bornes de l'enten- 
dement humain , tenez pour sûr que l'excès 
de la témérité est de vouloir les poser , et que 
l'expression même n'a point de sens précis; 
mais nous en parlerons une autre fois , d'au- 
tant qu'il y a bien des choses intéressantes à 
dire sur ce point. Sans ce moment, c'est 
assez d'observer que Locke en impose ici 
d'abord à lui-même et ensuite à nous. Il n'a 
Toula réellement rien dire de ce qu'il dît. 
Il a voulu contredire , et rien de plus. Vous 
rappelez -vous ce Boindin du temple du 
goût, 

(1) Aïanl-propoi , §. 7. 



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CriaDi : Hevimn , jn soia ce juge îni^gre 
Qui toujoun jugs , argue «t wuiredii. 

I Voilà Tesprit qui animait ^ocke. Ennenn 
! âe toute aatorité morale , il en voulait aux 
I idées reçues , qui sont une grande autorité. 
11 en voulait par-dessus tout à son Église , que 
fanrais plus que lui le droit de batr, et qne je 
■vénère cependant dans un certain sens, comme 
la plus raisonnable parmi celles qui n'*ont pas 
raison, Locke ne prit donc la plume que pour 
arguer et contredire , et son livre , purement 
négatif , est une des productions nombreuses 
enfantées par ce môme esprit qui a gâté tant 
de talents bien supérieurs à celui de Lodi:e. 
L'antre caractère frappant, distinctif, in- 
variable de ce philosophe , c'est la superfi- 
cialitê (permettec-moi de faire ce mot pour 
lui); il ne comprend rien à fond, il tt''ap- 
profondit rien ; mais ce que je voudrais sur- 
tout vous faire remarquer chez lui comme 
le signe le plus décisif de la médiocrité, 
c'est le défaut qu'il a de passer à cdté des 
plus grandes questions sans s'en apercevoir. 
Te puis vous en donner on exemple frappant 
qui se présente dans ce moment à ma mé- 
moire. Il dit quelque part avec un ton magis- 



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DE SJIBT-PfiTERSBOUIlG. 419 

<ral Téritablement impayable : J'avoue ^u'U 
m'est tombé en partage une de ces âmes 
iourdeSy gui ont le malheur de ne pas com- 
prendre qu'il soit plus nécessaire à Pdme 
dépenser toujours qu'au corps d^étre toujours 
en mouvement; la pensée^ ce me semble , 
étant à rame ce que le mouvement est au 
corps (1). Ma foi! fen demande bien par- 
don à Locke, mais je ne trouve dans ce 
beau passage rien à retrancher que la plai- 
lanterie. Où. donc avait-il vu de la matière 
en repos? Vous voyez qu'il passe, comme 
je TOUS le disais tout à Thenre, à côté d'un 
abîme sans le voir. Je ne prétends point 
soutenir que le mouvement soit essentiel à 
la matière , et )e la crois surtout indiiTéFente 
i toute direction; mais enfin il faut savoir 
ce qn^on dit , et lorsqu'on n'est pas en étar: 
de disfingner le mouvement rélatif et le 
mouvement absolu , on pourrait fort bien 
se dispenser d'écrire sur la philosophie. 

Mais voyee , en suivant cette même com- 
paraison qu'il a si mal saisie, tout le parti 
qa'il était possible d'en tirer en y apportant 
d'autres yeux. Le mouvement est au corps 

(1) Lit. II, di. », §. 10. 



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4^ I£S soir£es 

■ce que la pensée est à t esprit; soit, poor- 
qaoi donc n'y aurait-U pas une pensée rela- 
tive et une pensée absolue ? relative , lorsque 
rhomme se trouve en relation avec les objets 
■sensibles et avec ses semblables , et qu'il 
peut se comparer à eux ; absolue , lorsque 
cette commonication étant suspendue par le 
sommeil ou par d'antres causes non régu- 
lières , la pensée n'est plus emportée que 
par le mobile supérieur qrù emporte tout. 
Fendant que nous reposons ici tranquillement 
sur nos sièges dans un repos parfait pour 
nos sens , nous volons réellement dans Tes- 
pace avec une vitesse qui effraie l*imagination , 
puisqu'elle est au moins de trente werstes par 
secondes , c'est-à^lire qu'elle excède près de 
cinquante fois celle d*un boulet de canon; et 
ce mouvement se complique encore avec 
celui de rotation qui est à peu près égal 
sous réquateur, sans que nous ayons néan> 
moins la moindre connaissance sensible de 
ces deux mouvements : or comment prou- 
vera-t-on qu'il est impossible à l'homine- 
de penser comme de se mouvoir, avec le 
mobile supérieur, sans le savoir? il sera fort 
aisé de s'écrier : Oh ! c'est bien digèrent ! 
mais pas tont-à-fait si aisé , peut-être , de le 



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DE SAINT-PÉTERSBOUHS. 42t 

proover. Chaque homme au reste a sou or- 
goeil dont il est difficile de se séparer abso- 
lomeot; je tous confeâfierai donc naïvement 
qu'il TtCest tombé en partage une dme assez 
lourde pour croire que ma comparaison n^est 
pas plus lourde que celle de Locke. 

Prenez encore ceci pour un de ces exem- 
ples auxquels il en faut rapporter d'antres. 
Il n'y a pas moyen de tout dire ; mais tous 
êtes bien les maîtres d''ouTrir au hazard 
le livre de Locke : je prends sans balancer 
rengagement de vous montrer qu'E ne lui 
est pas arrivé de renconter une seule question 
înqtortante qnM n'ait traitée avec la même 
médiocrité; et puisqu'on homme médiocre 
peut ain^ le convaincre de médiocrité, jugez 
de ce qni arriverait si quelque homme su- 
périeur se donnait la peine de le dépecer. 



Je ne sais si tous prenez garde au pro- 
blème que TOUS faîtes naître sans vous en 
aperceToir , car plus vous accumulez de re- 
proches contre le livre de Locke, et plus 
TOUS rendez inexplicable l%nmense répa> 
tation dont il jouit. 



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Je ne snis point fâché de faire naître nn 
problème qnll D^est pas extrâmement diifi- 
dle de résoudre, et poisqne notre jeune 
ami m'a jeté dans cette discussion , je la ter- 
minerai volontiers an [nrofit de la vérité. 

Qui mienx que moi connaît toute Tétendue 
de Tantorité si malheurensement accordée À 
IiOcke, et qui jamais en a gémi de meilleure 
foi? Ah! que j'en veux k cette génération 
futile qui en a fait son oracle, et que 
nous venons encm^ emprisonnée (1), ponr 
ainsi dire , dans rerreor par rantorité d*nn 
Tain nom qu*elle-inéme a créé dans sa folie ! 
qoe j'en veux surtout à ces Français qni ont 
abandonné , oublié , outragé même le Platon 
chrétien né parmi eux , et dont Locke n'était 
pas digne de tailler les plumes , ponr céder 
le sceptre de la philosophie rationnelle à cette 
idole outrage de leurs mains , à ce fans dieu 
du XVIII* siècle-, qui ne sait rien, qni ne 
dit rien, qui ne peut rien, et dont ils ont 
élevé le piédestal détint la face du Seigneur^ 

(t) Loge» iàu !»• 



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DE SAI!rr-PËTEB$B0DR6. ^^3' 

SUT [a foi de quelques fanatiques encore plus 
mauvais citoyens que mauvais philosophes! 
Les Français ainsi dégradés par de vils insti- 
tuteurs, qui leur apprenaient à ne plus croire 
i la France, donnaient ridée d'onmîUîonnabe 
assis sur on coffre-fort qu'il refiise d'ourrir^ 
et de là tendant une main ignoble & Télran- 
ger quîsonrit. 

Mais que cette idolâtrie ne tous surprenne- 
point, La fortune des livres sersât le sujet d'un 
bon livre. Ce que Sénèque a dit des hommes 
est encore plus vrai peat>^lre des monuments 
de leur e^rit. Les uns ont la renonuriée et 
les autres la méritent (t). Si les livres pa- > 
raissent dans des circonstances favorables , 
s'ils caressent de grandes passions , sHU ont 
pour eux le fanatisme i»x)sélytique d^rnie secte 
nombreuse et active ^ ou , ce qui passe tout, 
la faveur d^e nation puissante , leur fortune 
est faite; la réputation des livres, si Ton ex- 
cepte peut-être ceux des mathématiciens , 
dépend bien moins de leur mérite intrinsè- 
que que de ces circonstances étrangères à 



(t) Sénèque cstuwi riche «d nKiiiaies pour qu'il ne miÏI pai ii6- 
ceuaireque uainiii lui en préL'nU Colle dont il ^«git ici , ipjiarliuitf 
à Juata Lipso : Qaklam meraUurJamagi, qnkkin babeni, ( JoM. lipa. *. 
Epitl. tuai. I, F.|<i4i. 1. iKtmderi>diieiir.i 



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424 LES SOntËBS 

'la tête desquelles je place, comme je viens 
de TOUS le dire, la poissance de la natioD 
qm a produit ranteor. Si an homme tel que 
le P. Kircher , par exemple , était né â Paria 
ou à Londres , son buste serait sur toutes 
les cheminées , et il passerait pora" démontré 
qu'il a tout ?ti ou entrevu. Tant qu'un livre 
n'est pas , s'il «t permis de s'exprimer ainsi, 
poussé par une nation influente, il n'obtien- 
dra jamais qu^m succès médiocre; )e pourrais 
vous en citer cent exemples. Raisonnez d'a- 
près ces considérations qui me paraissent 
d'une vérité palpable, et vous verrez que 
Locke a réuni en sa faveur toutes les chances 
possibles. Parlons d'abord de sa patrie. U 
était Anglais : l'Angleterre est faite sans doute 
pour briller à toutes les époques ; mais ne 
considérons dans ce moment que le com- 
mencement du XYIir siècle. Alors elle pos- 
sédait Newton , et faisait reculer Louis XTV. 
Quel moment pour ses écrivains ! Locke en 
profita. Cependant son infériorité est telle 
qu'il n'aurait pas réussi , du moins à ce point , 
si d'autres circonstances ne l'avaient favo- 
risé. L'esprit humain , suffisamment préparé 
par le protestantisme , commençait à s'indi- 
gner de sa propre timidité , et se préparait à 



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SB SAJUIT-PÉTKBSBOUItG. 425 

lirer hardiment tontes les conséquences des' 
principes posés an XYl" siècle. Une secte 
épouvantable conunençait de son câté à s'or- 
ganiser; c^était une bonne fortune pour elle 
qu\m livre composé par un très honnête 
homme et même par tm Chrétien raison- 
nable , où tous les germes de la philosophie 
la pins abjecte et la plus détestable se trou- 
TÛent "ouverts par une réputation méritée, 
enveloppés de formes sages et flan(jnés même 
an besoin de quelques textes de l^Ecriture 
sainte; le génie du mal ne pouvait donc 
recevoir ce présent que de l'une des tribus 
séparées , car le perfide amalgame eût été , 
dans Jérusalem, ou prévenu ou flétri par 
une religion vigilante et inexorable. Le livre 
naquit donc où il devait naître, et partit 
d*une main &ite exprès pour satisfaire les 
plus dangereuses vues. Locke îooissait à juste 
titre de l'estime universelle. U s'intitulait 
Chrétien , même il avait écrit en faveur du 
Christianisme suivant ses forces et ses pré- 
jugés , et la mort la plus édifiaute venait de 
terminer pour lui une vie sainte et labo^ 
rieuse (1). Combien les conjurés devaient 

(()Oupeat en lire UrehiiMdMtsli pdhehistoHvdnphiku^M 
4b Saierien. 



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Aïs us somtMS 

se réjoinr de voir un tel homme poser tour 
les principes doat ils avaient besoin , et fa- 
voriser surtout le matérialisme par délica- 
tesse de conscience I Ils se précipitèrent donc 
sur le malheureux Essai , et le firent Tsdmr 
avec une ardeur dont on ne peut avoir d^idée , 
si Ton n'y a fait une attention parllcnliëre. Il 
me souvient d'avoir frémi jadis en voyant l^nn 
des athées les plus endurcis pent-étre qui aient 
jamais existé , recommander à d'infortunés 
jeunes gens la lecture de Locke abrégé , et 
pour ainsi dire concentré par une plume ita- 
lienne qui aurait pu s'exercer d^me manière 
plus conforme li sa vocation. Lisez-le ^ leur 
disait-il avec enthousiasme , reUse^e : £^/ire- 
nes-/e/rarca?ur.'ilaurait7oulu, conmie^ait 
M™ de Sévigné , le leur donner en bouillons. 
Il y a une règle sûre pourjuger les livres comme 
les hommes, même sans les connaître : il 
suffit de savoir par qui ils sont aimés , et par 
qui ils sont hais, Cetterègle ne trompe jamais, 
et déjà je vous l'ai proposée â l'égard de Bacon. 
Dès que vous le voyez mîsàla mode par les en- 
cyclopédistes , traduit par un athée et loué sans 
mesure par le torrent des philosophes da der- 
nier siècle, tenez pour sûr, sans autre examen, 
que sa philosophie est, du moins dans ses bases 



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Ds SAnfT-PÉTERSBonao. 427 

générales, fausse et dangereuse. Par la rai- 
aon cootraire , si vous voyez ces mêmes phi- 
losophes cmharrassés souvent par cet écrÏTain, 
et dépités contre quelques-unes de ces idées , 
chercher à les repousser dans Tombre et se 
permettre même de le mutiler hardiment 
on d*altérer ses écrits , soyez sur encore , et 
toajoïirs sans autre examen , que les œuTres 
de Bacon présentent de nombreuses et magni- 
fiques exceptions aox reproches généraux 
qu''onest endroit de leur adresser. Ne croyez 
pas cependant que je veuille établir aucune 
comparaison entre ces deuxhommes. Bacon , 
comme philosop^ nuâ'aliste, et même comme 
éciivainen un certaînsens , aura toujours des 
droits à Tadmiration des connaisseurs ; tandis 
que tEssai sur tentendement humain est très 
certainement , et soit qu''on le oie ou qn^on en 
convienne , tout ce que le défaut absolu de gé- 
nie et de stylepeid enfanter de plus assommant. 
Si Locke, qui était un très honnête homme, 
revenait au monde , il pleurerait amèrement 
en voyant ses erreurs , aiguisées par la mé- 
thode française , devenir la honte et le mal- 
heur d^une génération entière. Ne voyez-vous 
pas que Dieu a proscrit cette vile philoso- 
phie, et qu^il lui a plu même de rendre Tana* 



D,9,t,.?(ib, Google 



428 un somfiBS 

thème visible ? Farconrez tons les livres de 
ses adeptes , vous n^ trotiTerez pas nne ligne 
dont le goût etla verta daignent se souvenir. 
Elle est la mort de toute religion , de tout 
sentiment exquis , de tout élan sublime : cha- 
que père de famille surtout doit être bien 
averti qu'en la recevant sous son toit , il CiiC 
réellement tout ce qu'il peut pour en chas- 
ser la vie , aucune chaleur ne pouvant tenir 
devant ce souffle glacial. 

Mais pour en revenir k la fortune des li- 
vres, TOUS l'expliquerez précisément comme 
celle des hommes : pour les uns comme ponr 
les antres, il y a une fortune qm est une vé- 
ritable malédiction , et n'a rien de commun 
avec le mérite. Ainsi, messieurs, le snccès 
seul ne prouve rien. Béfiez-vous surtout d'un 
préjugé très commnn, très naturel et cepen- 
dant tont-à-fait faux : celui de croire que la 
grande réputation d'un livre suppose une con- 
naissance très répandue et très raisonnée du 
même livre. Il n'en est. rien, je vous l'assure. 
L'immense majorité ne jugeant et ne pou- 
vant juger que sur parole , un assez petit 
nombre d'hommes fixent d'abcn^ l'opinion. 
Ils meurent et cette opinion leur survit. De 
nouveaux livres qui arrivent ne laissent plus 



D,9,t,.?(i h, Google 



SE S&IBT-PBTERgBOCnU}, 429 

de temps de lire les antres ; et hientdt ceux-ci 
ne sont jugés que sur une réputation vague, 
fondée sor quelques caractères généraux , ou 
sur quelques analogies superficielles et quel- 
quefois même parfaitement fausses. Il n'y a 
pas long-temps qu''un excellent juge, mais qui 
ne peut cependant juger qne ce qu^ con- 
naît, a dit à Paris que le talent ancien le plus 
ressemblant an talent de Bossnet était celui 
de Démosthènes : or il se trouve que ces 
deux orateurs diflfôrent autant que deux belles 
choses dn même genre (deux belles fleurs , 
par exemple,) peuvent différer l'une de l'au- 
tre ; mais tonte sa vie on a entendu dire que 
Démosthène tonnait,, et Bossuet tonnait axasi: 
or , comme rien ne ressemble à un tomierre 
autant qu'un tonnerre, donc; etc. Voilà com- 
ment se forment les jugements. La Harpe 
n^a-t-îl pas dit formellement çue Pvbjet du 
livre entier de fEssai sur Tentendement hu- 
main ej£ de démontrer en rigueur que fen- 
tendement est esprit et dune nature essen- 
tiellement distincte de la matière (1 ) ? nVt-il 
pas dit ailleurs : Locke , Clarke , Leibnit» , 

(t) Ljtée, tom. XXIV. Pliiloa. du 18* liécle, ion. Dl, ail. 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



430 Lss soniÉHi 

Fénélon, etc. , ont reconnu celte vérité ( de 
la distinctioD des deux sobstances) ? Ponvez- 
vous déârer une preuve plus claire que ce 
lïtLératenr célèbre D''aTait pas lu Locke ? et 
pourez-TOns seolement imaginer qnll se fût 
donné le tort ( un peu comiqae ) de Yïd- 
scrlre en si bonne compagnie, s'il l'avait va 
épuiser tontes les ressources de la plus chi- 
can^ise dialectiipe ponr attribuer de quel- 
que manière la pensée à la matière ? Vous 
avez entendu Voltaire nousdire : LockCf avec 
son grand sens, ne cesse de nous répéter: Hé* 
finissez l Mais , je vous le demande encore , 
Voltaire anrait-il adressé cet éloge an plûlo- 
sophe anglais, s^il avait sa que Locke est sur- 
tout éminemment ridicule par ses définitions, 
qui ne sont toutes qu'une tautologie délajêe? 
Ce même Voltaire nous dit oicore, dans on 
ouvrage qui est un sacrilège , gue Lodte est 
le Pascal de t Angleterre. Vous ne m'accu- 
sez pas , j'espère , d'une aveugle tendresse 
ponr François Arouet: je le supposerai aussi 
léger, aussi mal intentionné, et surtout aussi 
mauvais français que vous le voudrez; cepen- 
dant je ne croirai janiais qu'un homme qui 
avait tant de goût et de tact se fût permis 
cette extravagante comparaison , s''il avait jugé 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB &AmT-P&TEBSB0DB6. • 431 

d'après iiû-méme. Qaoi donc ? le fastidieux 
auteur de VEssat sur tejitendemetU humain , 
dont le mérite se réduit dans la philosophie 
rationnelle , à nous débiter, avec réloqaence 
d'un almanach, ce qne tout le inonde sait 
oo ce que personne n''a besoin de savoir, 
et qoi serait d'aiUenrs totalement inconnu 
dans les sciences s''il n'avait pas découvert 
que la vitesse se mesure par la niasse; un 
tel homme , dis-je , est comparé à Pascal — 
à Pascal ! grand homme , avant trente ans ; 
physicien , miUhématicien distingué , apolo- 
giste sublime , polémique supérieur , au point 
de rendre la calomnie divertissante ; philo- 
sophe profond , homme rare en un mot , et 
dont tons les torts imaginables ne sauraient 
écl^tser les qualités extraordinaires. Un tel 
parallèle ne permet pas seulement de suppo- 
ser que Voltaire eût pris connaissance par 
lui-même de VEssat sur Centendement hu- 
main. Ajoutez qne les gens de lettres français 
lisaient très peu dans le dernier siècle, d^abord 
parce qu'ils menaient une vie fort dissipée, 
ensuite parce qu'Us écrivaient trop, enfin 
parce que Torgueil ne leur permettait gnère 
de supposer quils eussent besoin des pensées 
d'autroi. Pe tels hommes ont bien d'autres 



D,g,t,.?(lb,GOOglC ^ 



432 LBS somÉES 

choses à faire que de lire Locke. )''ài i 

bonnes raisons de soupçonner qu*en génér 

il n^ pas été lu par ceux qui le vantent 

qtû le dtent, et qui ont même Tair de Yex^] 

quer. C^est une grande erreur de croire qi 

pour citer un livre , avec une assez forte aj 

À parence d'en parler avec connaissance ( 

7 cause, il faille Tavoir la , du moins compL 

* tement et avec attention. On lit le passa^ 

£ on la ligne dont on a besoin; on lit qaelqui 

lignes de Vinâex sur la foi d'un ùtâex; c 

^ démêle le passage dont on a besoin poi 

Ç appuyer ses propres idées; et c'est an fou 

j: tout ce qu'on veut : qu'importe le reste (1] 

« Il y a ^^:issî un art de faire parler ceux q 

|. ont lu; et voilà comment il est très possib 

*- qne le livre dont on parle le plus soit f 

^ effet le moins connu par la lecture. En voi 

t assez SOT cette réputation sî grande et si pc 

L méritée : un jour viendra , etpeat-étre il n'e 

S pas loin , où Locke sera placé unanimemei 

Z au nombre des écrivains qui ont fait le pli 

de mal aux hommes. Malgré tous les n 



(1) Js DB voodru* pu jiour moo eomple gtifer que Condj]! 
n'anit junùs lu Locke cniiérement e\ iilentiTeineat ; nuii ^1 &II 
•Wlament giger pour l*arnnn3liTe oa pour la nfgalive, jV me i 
na pour le tccon J yuxi. 



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DE SUNT-PÉTERSBOUBG. 433 

proches <|De je lui ai faits, je n'ai touché 
cependant qa\me partie de ces torts , et peat- 
èlre la moindre. Après avoir posé les fonde- 
ments d'une philophie aussi fausse que dan- 
gereuse , son fatal esprit se dirigea sur la 
politique avec un succès non moins déplora- 
ble. Il a parlé sur rorigine des lois aussi 
niai que sur celle des idées ; et sur ce point 
eDcore il a posé les principes dont nous 
voyons les conséquences. Ces germes ter- 
ribles eussent peut-être avorté en silence 
sons les glaces de son style ; animés dans les 
booes chaudes de Paris , ils ont produit le 
monstre révolutionnaire qui a dévoré l'Europe . 
An reste , messieurs , je n'aurai jamais 
assez répété que le jugement, que je ne puis 
me dispenser de porter sur les ouvrages de 
Locke , ne m'empêche point de rendre à sa 
personne ou à sa mémoire toute la justice 
qoi lui est due : il avait des vertus , même 
de grandes vertus ; et quoiqu'elles me rap- 
pellent un peu ce maître à danser , cité , 
je crois , par le docteur Swift; , qui avait 
toutes les bonnes qualités imaginables , hor- 
mis qu'il était boiteux (1), je ne fais pas 

(I) Od peut lire un nwriMaa curieui sur Locke dam l'oumge iMjl 



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33Î us SDtBfiES 

moins '{nttfessions de Ténérer le car 

moral de Locke; mais c''e$t pour déj 

de nouveau IHnfluence du mauvais pn 

sur les mâUeors espriU. Cestlui qui 

malhearensement en Europe depuis 

j siècles; c'est lui qui nie tout, qui él 

i tout, qui/7roIej'/e contre'tout: sur son 

4 d'airain , il est écrit non ! et c'est le vêt 

I titre du livre de Locke , lequel à soi 

Z peut être considéré comme la fn^fa 

3 toute la philosophie du XYUI* sièclt 

C «st tonte négative cl par co.nséqnent 

2: Usée VEssaij voas sentirez à chaque 

Z quil ne fut écrit que pour contredi 

" idées reçues, et surtout pour hnnûlie 

<; autorité qui choquait Locke ao-delà de 

> «qtressiou. Lui-même nous a dit son 

r sans détour. Il en veut à une certai 

2 pèce de gens qui font les maîtres et lei 



r'iiàAa docieur Jimes Beitlie. (On ife auvc aiul teaut 
imlh, Londan, IT79, iiF4°,p>g.16, 17.) Aprh anmigmS 
dacaraciére moral de ce phikisopbet leikctenr e«t oUigd i 

cependant, comme il pml, piiruiie anei naimiu nina. 
■DteiHlre Boilean sur le conpie dsOiipetun i 



On'on 



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VB SAnrr-PÉTEBSBODBG. 433 

leurs, et qui espèrent avoir meilleur marché 
des hommes , lorsqu'à taide ^une aveogle cré- 
dulité ils poiuTont leur fàre ataleb d«s piio- 
cipes inné» sur lesquels il ne sera pas permis 
(le (Bapater. Dans un autre endroit de son li- 
vre, il examine conunoit leshommes arrivent 
à ce qu'ils appellent leurs principes; et il dé- 
bute par one observation remarquable : fi peut 
paraître étrange, dit-il, et cependant rien iCest 
moins extraordinaire ni mieux prouvé , par 
une expérience de tous les fours ^ que des doc- 
trines (il am^t bien dû les nommer) qui 
fCoMpasune origine plus noble que la supers- 
titiondiine nourrice ou tautorUéd'unevieille 
/èmmCt ^"andiasent enfia^ tant dans la re~ 
ligion que dans la morale , Jusqu'à la dignité 
As prindpea , par l'opération du temps et par 
la complaisance des auditeurs (1). Il ne s'a- 
git id ni du Japonnida Canada, encore moins 
de faits rares et extracn-dinaires : il s^i^t de 
ce que tout homme peut voir tous les jours 
de sa vie. Rien n^est m<Hns équivoque , comme 
vons voyez; maïs Locke me parait avoir posé 
les bornes du ridicule*, lor$qu*il écrit à la 
mai^ge de ce beau chapitre : I/oà nous est 

<t;EMk«i'»|iriiue«a«trctilaiuceteM(liT.I, di. imS^S. 



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436 xBs somËBS 

venue toptnion des principes innés? T 

■itK possédé de la maladie da XVIIl* s 

fils da XVI*, ponr aUrihaer an sacei 

l'invention d'un système, malheareosc 

peol-étre aussi rare, mais certainemen 

X core aussi ancien qne le bon sens, 

? Encore nn mot sur cette répatatio 

i Locke qui vons embarrassait. La croyei 

Ç générale ? avez-TODS compté les voix , o 

" qoi est bien plos important, les ara 

i pesées 7 Si tods ponviez démêler la to 

S la sagesse au milies des clameors de 1' 

^ rance et de Tesprit de parti , vona poc 

5 déjà savoir que Locke est très peu e 

It comme métaphysicien dans sa proprt 

^ trie (1)/ que sur le point fondamental 

^ philosopbie, livrée comme sur beaucoup 

très , à r ambiguïté et au verbiage^ il est 

u convaincu de ne s^élre pas entendu 

r même (2); que son premier livre (iai 

Z tous les autres) est le plus mauvais de tou 



(1) â^erfofcup ^nnftrfi n l^> iffafa, ton. I, D* 3S , pig. 1 
(S) Hnme't eanji iatohnn. nndcnt,, wcl, m, Lnadcia, 

(3) llie Gni haok wliieh, «ith ladmiNiaii (ne ma génei | 
taMp1all>Iihiii]ithewonr. Be«llie,loe. dl., n, S, 1.)Ceil 
■4u« iMê 1m liTraa MiaïaiiDnit , mit que I« pranier Mt le pin 



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DB SlIITT-nFmSBOUB&. 43T 

yue dans le seconde, il ne traite que super^- 
deiiemerU des opérations de lame (t) ; que 
touvrage entier est décousu et fait par occa- 
sion (2); que sa philosophie de Pâme et trèà 
mince y et ne vaut pas la peine d'être réfutée 
sérieusement (3); qu^elle renferme des opi- 
nions aussi absurdes que funestes dans les 
conséquences (4); que lorsqu'elles ne sont m 
finisses ni dangereuses ^ elles ne sont bonnes 
que pour les jeunes gens et même encore 
jusqu^à un certain point (S); que si Locke 
ai>ait vécu assez pour voir les conséquences 
qtion tirait de ses principes , il aurait arra- 
ché lui-^méme ai>ec indignation les pages cou- 
ptdfles(6). 

An reste . messieurs , nons aorons beaic 
dire, Tantmité de Locke sera difficilement 
renversée tant qu'elle sera soatenne par les 
grandes puissances. Dans vingt écrits français 

(OCoDdilbe, Enot jv Forlf. itieim».k¥m.i PaA, IT9S,tiH6*, 

ktnA., pag. 1S. 
^) Coodilbe, au., p. IS. LocksloNiéms, anatfropM, loo. du 
(S)Ui)MÎti,a|ip. tiuD.'V,i»4<',paC.Z84, Epi«.*dK(it, Toc ciu 

T«tlMpliiU>ai>|dikalconDadrum(biu>W*nM») IcM fa i Icangmaa 

Mmin mnrcr. (Doeteor Bcaltie, IbU.) 

WUm, au. 

(B) /dm. Tomi T, loo, cit. 

<•) BMUie, nbi aup. , p»|. 16, 1 T. 



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'438 LES SOIRÉES 

du Jermer siècle j'ai lu : Locke et New 
Tel est le prinlége des grandes nations : 
plût aaxFraBçais de dire : Corneille et /^. 
ou même F'adé et Corneille f si Tenj^o 
qm décide de bien des choses , avait la fa' 
d'y consentir , je suis prêt à croire qu'ils i 

j^ forceraient à répéter arec eus :' f^aâé et 1 

2 neilie I 

A 

§ ta CHETALIBB. 

** Vous nous accordez trne grande pnîssai 

^ mon cher ami; je voua dois des remi 

9 ments au nom de ma nation. 



Je n'accorde point cette puissance , i 
cher chevalier, je la reconnais seulemi 
ainâ vous ne me deres point de rem< 
ments. Jç voudrais d'ailleurs n'aroir que 
compliments à vous adresser sur ce po 
mais TOUS êtes one terrible puissance ! jam 
sans doute, il n*exista de nation plus a 
à tromper ni plus diilîcile à détromper 
plus puissante pour tromper les autres. S 
caractères particuliers vous distinguent 
tous les peuples du monde ; Tesprit d'à 
ciation et celui de prosélytisme. Les i< 



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DK SURT-PÉTERSBOima. 439' 

«Ticz vous sont toutes oationalea et toutes 
passâoonées. II me semble qa^n prophète, 
d'^n seul trait de son fier pincean , tous » 
peints <f après nature , il y a nDgt-cinq siècles^ 
lorsqa^ a dU : Chaque parole de ce peuple 
est une conjuration (1); fétincelle électrique, 
parcourant, comme la fondre dont elle dé- 
rire , mie masse d'hommes en commnnica- 
tion refff^nte faiblement l'invasion instan- 
tanée , i'ai presque dit fulminante , d'un goût, 
d'an système, d'une passion parmi les Fran-' 
çais qni ne peuvent Tivre isolés. An moins , 
si TOUS n'agissies que sar Tous-mémes , on 
TOUS laisserait faire; mais le p»ichant , le 
bes<ttn , la fureur d'agpir sur les autres , est 
le trait le plus saillant de Totre caractère. 
On pomrait dire que ce trait est vous-mêmes. . 
Cfaaqae peaple a si mission : telle est la 
Tdtre. La mcÂndre oiûnion qne rons lancez 
sur l'Europe est nn bélier poussé par trente 
millions d'hommes. Toujours affamés de suc- 
cès et d'influence, on dirait que tous ne 
met que pour contenter ce besoin; et comme 
ime nation ne peut avoir reçu une destina- 
tion séparée du moyen de TaccompUr , tous 

(1]0>niia ifMr loqKhur |K)piiI(ft û(r, eoiijnniffa ai.(fi»ie, VIII, tt J 



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440 LES somÉBS 

«avez reçu ce moyea dans votre langue , pai 
par laqnelle tous régnez bien pins qoe pai 
vos armes, qnoiqu''eIIes aient ébranlé l'uni' 
vers. L'empire de cette langue ne tient poin 
à se^ formes actuelles : il est aussi anciei 
que la langue méme^et déjà, dans le XIIl 
f^ siècle , on Italien écrivait en français l'hi» 

2 toire de sa patrie , parce que la langue fran- 
a çaise courait parmi le monde , et était la plm 

3 dilettable à lire et à oïr que nulle autre (1) 
^ Il y a mille traits de ce genre. Je me son 
< viens d'avoir lu jadis une lettre du fameux 
r architecte Christophe Wren , où il ezamiat 
ç les dimensions qa^on doit donner iune égUse 
'À II les déterminait uniquement par l'étendui 
u de la voix humaine ; ce qui devait être ainsi 

la prédication étant devenue la partie princi 
^ pale du culte , et presque tout le culte daa 

Q les temples qui ont vu cesser le sacrifice 

M II fixe donc ses bornes , au-delA desquellei 

3 la voix , pour toute oreille anglaise, n'est pla 

•" que du bruit ; mais , dit-il encore ; Un ora 

leur français se ferait entendre de plus loin 
sa prononciation étant plus distincte et plu 



(1) L« Tn rc Uaitbi d» Canal. Voj. TmlmttH, Slor. ddla. Itun 
tiat^ia-a", VuDÎK-, 1795. lom. IV, I. HI, cb. i .pag. 5S1, u^i. 



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DB SAmTHPARanotJBfi. 441 

ferme. Ce qoe Wren a dit de la parole orale 
me semble encore bien plus rraî de cette 
parole bien autrement pénétrante qiû retentît 
dans les livres. Toujours celle des français 
est entendoe de plus loin : car te style est 
on accent. Puisse cette force mystérieuse, 
mal eipliqaée jusqu'ici, et non moins paissante 
pour le bien que pour le mal , devenir bientdt 
roi^ne d'un prosélytisme salutaire , cs^table 
de consoler l'himianité de tous les maox que 
TOUS lui avez faits 1 

En attendant, monneur le chevalier, tant 
qne votre inconcevable nation demeurera 
engouée de Locke , je n'ai pour le voir enfin 
mis à sa jjace d^espcûr que dans TÂn^eterre. 
Ses rivaux étant les <&tributeurs de la re- 
nommée en Europe, Panglomanie qui les a 
travaillés et ensuite perdus dans le siècle der- 
nier , était extrêmement utile et honorable 
aux Anglais qui surent en profiter habilement. 
Nombre d''autenrs de cette nation , tels qne 
Young, Richardson, etc., n'ont été con- 
nus et goûtés en Europe que par les tra- 
ductions et les recommandations françaises. 
Onlitdans les mémoires de Gibbon une lettre 
où il disait, en parlant du roman de Clarisse: 
Cest bien mauvais. Horace Walpole, depuis 



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44^ I 

c<nttte d'Oxford , a^en pennit guère plus aran- 
tagensement , ccamne je crois TaToir la quel- 
que part dans ses œarres (1). Mais l''éiiei^~ 
mène Diderot, prodiguant en France i ce même 
Rîchardson des éloges quil n'eût pas accordés 
peut-être à Fénâon, les Anglais laissaient 
dire , et ils avaient raison. Uengonemei^ des 

^ Français snr certains points dont les Anglais 

i eux-mêmes, quoique patiie intéressée, ja- 

3 geaîent très-diffôemmeiU , sera remarqué un 

"" jour. Cependant , comme dans l'étude de la 

^ phUosoplùe, le mépris de Locke est le com- 

S: mencement de la sa^te, les A"g1a« se 

■J^ conduiraient d'une manière digne d'eux, et 

^ rendraient un réri^le service au monde, 

u s'ils avaient la sagesse de briser eux-^uèmes 

^ une réputation dont ils n'ont nul besoin. 

Ç. Un cèdre du Liban ne s'appauvrit point, il 

U s'embellit en secouant une feuille morte. 

u Que s'ils entreprennent de défendre cette 

^ réputation artifideUe comme ils défendraient 

:; Gibraltar, ma foi! je me retire. Il faudrait 

être un peu plus {(wt que je ne le suis poor 
iaire la guerre à la Grande-Bretagne , ayant 

(l)}eii« n]i«pulméiBeda(eniU«UrM( (EamairuaU le* lettre» 
dcDwdaBeDoDelbDt peuvent jmp^éeriiuqu'l certain [loint.Qbi-S^i 
Mm. n, IclLrc cxiiii*, 30 mu* ITTS.) 



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DE SinrT-PâTEBSBOD&G. 443 

Së^ k France sur les bras. Platôt que d'être 
mené en triomphe, conrenons, s'il le faut, 
qne le piédestal de Locke est inébranlable.... 

E PUa a KUOTB. 

Hais je ne sais poorqaoi , monsienr le 
rhevalier , c'est toujours moi que tous entre- 
prenez, ni pourquoi je me laisse toujours 
entraîner où Tons voulez. Vons m'avez essouf- 
flé au pied de la lettre arec voire malheureux 
Locke. Pourquoi ne promenez-vous pas de 
mùne notre ami le sénateur ? 

LB CHEVALIER, 

Laissez , laissez-moi faire ; son tonr ^en» 
dra. Il est plus tranquille d'ailleors, plus 
flegmatique que vous. Il a besoin de plus de 
temps pour respirer librement; et sa raison, 
sans que je sache bien pourquoi, m^en impose 
pins que la vdlre. SU me prend donc fan- 
tai^e de fatiguer l'un ou ranire, je me dé- 
termine pins volontiers en votre faveur. Je 
crois aussi qne vous devez cette distinction 
flatteuse à la communauté de langage. Vingt 
fois par jour jHmagineqne tous êtes Français. 

LB SÉnATEDR. 

Gomment donc , mon cher chevalier , 



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444 LES SOIHËSS 

croyez -vouâ qne tout Français ait le ctoît 
d'en fatigner un antre ? 

LE CHBTALEBR. 

Ni plos ni moins qn'nn Rosse a droit d*eQ 
fatiguer nn »itre. Mais sanrons-noos vite , je 
Toos en prie ; car je vois , en jetant les yeox 
SOT la.pendule , que dans un instant il sera 

demain. 



nu DD taiiiis BBTBEmir, 



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NOTES DU SIXIÈME ENTRETIEN. 



(Page 34S. La même propoùlianselitdaaslesmaiimcs dea Sdau 
de Fénéloa.} 

Etie y MI en elTet mol pour mot. On «t prie, dll4l , qifaauitl qiftm 
déiirt, et ton ne âiàn qitaaiant qt/anairie, au maint iTim amour in- 
Urtué. (Hai.dcsauDU. Broiell», I698,ip-1S, arl. xix.pag. 128.) 
Ailleunilsdit : Prier, ^al déarer.... Celui qui ne dieire pai fait 
me prière trmnpeute. Quand il pauerail det jeurneee entHitt ùrtciler 
des prllrtM, ou ù ^eiellcT ù det tenlimenu pieur, il ne prie point vtrita- 
NemenliiTit ne désire pai ee qifil demoade. (OEuTtci apiril., ton). III , 
io-12, n^ill, pag.48.} 

Oa til daoi le* diicour» diréLiem et spiriloeb de madame Gujon 
le pauage luindt : ta pritre ifalavtre choie que Famaar de Dieu.... 
Le canr ne demande quf par eee detiri : prier eu donc désirer. Celui 
qui ne daire panda fond de ioa cav _^il une prUre irmnpeute. Quand 
Upaaeraitdajoumiaenlitree&rteiter detpritree, ou ù nudiler , oa 
a ^excUerd det tenlia^iiu pieux, il ne prie point virilablemtnt , fUne 
ilairepat ce qifil dtmande.^'toin. U, in-8^, dite, tu.) 

On KHl idcammeot !w poTtefeuilIct s'étaient iadlé*CDs*appT[icluuil. 

n. 

(Page 548. Ajei pilié de moi malgrë moi-même.) 
• Mail quediro-voiu daiu la (écheretie , dam le d^-oât , daiu la 
icTnHdiuemenl T Voai lui dirct loujoun ce quevoui orei dam la 



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446 HOTBS ; 

le qDJtter poof le* plus tUi umuemeiiU. . .Vooilaidirex : itMa Dieu I 
iQillmoaiDtTalilude, etc., gic.> (Toid. IT, LMtre uixt.) 

Vd aalre mallredeUneapirituelle mit lem le même kngnge, ub 
«iécleanDlFénilon. « On peat, dil^], fiiire , mm coiffiance, des acte* 
A eo^lmce...;bitn guenoM la fanbni laiu goil, il nefauipas fen 
mettrtatpeme....etMdiU» pat qiievùia le ditf maUqatuiiatqi^ 
dt bondit; car *i Ucasar lU le voulait, la boacht n'en dàait pat an 
mol. AiianI fait cela, iemtara en paix tam /i»-e eUentian à \Mrt 
irgutic.... (Saint Fran^ou <Ie Salci, 11* Enlrelîea ,) /( y a do per- 
tonnit Jon parfaila auxqvcllctnatrt Seigniur nt donnt jamaii dEdou- 
etun ni de qateiude , qui font loul avec la partie lupérieure de leur 
ime, ei font mourir leur volwU daia ta volonté de Dieu, Itjtc lôrce et 
ila poÏDlede larajun.» ( Saint Fnui^i* de Silea, 1t* EniretieB.) — 
Odealidlcdéiirl 

m. 

( Page 375. Ce qui n^a poiDtdeaom ne pourra être nommiencoBi 
wnttion.) 

Ideas m Kinked oader namet , beiag thote thaï roa tbi mobt rat 
men reason oT witbîn ttienuelve» and tuiitn tliote which thejcoBUnuae 
aboatirithlheOlber.(n, S9, g!.) — Ce panage. coandéré iMeoie- 
ment, présente tniti emnirg étM)fine< : 1° Locke reconaall eipresié- 
meat la parole ituAÛM-s, et cependant il la lait dépendre de la peaiM 
exifileare, Cett l'eilrafagaoce du XVm* aiéde ; S" il croit que 
riianinie(iadéfftndamiBentde loatTÏce Monique ■ peut qaelqaefcii 
exprimer k lui-mjme ce qu'il ne peul exprimer â d'autre* ; 3" il croit 
que lliomme ne peut exprimer uns idée qaî ne porte point de dobi 
diiiincl. — Ha» loul ceci ne peut qu'être indiqué. 



IV. 



(I^ige 38t. Rien n'eit plut célèbre dans rhiaioire dea oplniom im- 
nuiiicsque ladiapuledesandeDsptiiloeqilies lur les v^itablea aour^ 
cea du bonheur, ou aur le uamuim ionm.) 

■ Oo*! a^t-il de plus impoHani pour Hiomme que la recherche de 



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DD SIXIÈME EnTBXTIB5. 447 

«de lin, de ce but, de ce centre aniquc vers l«]ael da'TCOt te dirigef 
toaU* «ai peméea, tooi ses conseila, totuiea projeUdecandaile dtoê 
W rontei de la «a^ne T Qu'ettcs qua b uiure Dona nwnire cmbiim 
le bien EupriDis amjiiel dom m devoiu riea prfKrer T Qu'ert-ce que 
qu'elle rqetM au coairabe eonme i'etei» du nulbrorT Lei plm gmndi 
génie* rïunt diriiéi iv oeite quealioD, etc. iiÇCit»r, dtftH.l, 5.) 



(Page SSl. Ileit niant , eMDM loo* TDjai , aatant qoe oMnl et 
■ugntSque.) 

■ Dis hamme* qui le Domment pAfioKiplbf^ mùqni daos le faod n« 
•ont qae des irgoteoii de phTeBdon , fienaeiit Boni dira qat la 
MmmaiOKi baama l»n^Ut vhvM BMgrédt btMdOvt. Rien n'eil 
)iliii Taux : car le cooible de la misère poor rbomiM tfeit de maloir 
taquine eonTÎent pa<; et lamalheur dsDepouWralleindrecsqn'on 
dMrs ol bien moindre qoe cdni de ponnuiTre ce qu^l n'eil pas 
periniade démreT.» (Le même Cioéron, ilpuf 0. Ahgml, de nia, , 
jrJl/,S. bUafragm. Ocer. Op. Elteiir, 1661, in^^p. <33l,} 



(Fige 385 > Ij liberté n'est que le poavoir debire ce qu'on ne lait 
pas ou de M pM faire c8 qu'un laii.) 

tHsKTt. nir la liberté^ g IS.OEuTresdeCondillac, in-S", tom.m, 
pag. 4SB>Taltaîre a dit : laW>trUeult pomatr <k faire et que la 
telonu érige; mail i) ajoote d'une manière iiftie de Idt , fate nf- 
ttuitiaba^m. aCcit icetleopinion qne Voltaire rienimétait Tenu 
« daun pnee, apréa airar défenda poéiiqueoKnt la libMé dani >a 
« jeunesse. ■ {^Mert.ie Franee,i\ jmnirr t9fi9 ,u* 393.) Ttxa en 
taisant même abstraction du bitaUsme , on retrome encore, dans ta 
définition de Voltaire, l'errenr de Locke et de tons obbi qui n'ont pas 
compris la question. Au surplus, rïlja mille maniéKi de m tromper, 
{| n'j en a qu'une d'avoir ra!;on ; La eotrnW, dam le tigle detainl Ait- 
jB\Ua,^eiÊ que la liberté. (fiet^,K3t, ibéol,, ait. &def .) 



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(TigeSST. Où cal Faiprit Je Dieu, U le troDTCti litMrt&,) 
OHq^fnuSonriitf, it: lOcriai. {U. Cor. m ,17.) Il Faut naA 
joMice inl StmcieiM. Cdte Hcte aeule a raérilé qtfoa la nommât /a 

dire ( konda Chrialiaiiime) gif II faiu adner Dâu ;Cibid. u.Tii.)qi 
toute ta philoKiphie h réduit à deux moli i loiiffrir el /abueair; qu' 
faut nûiier celuiqui nooi bol et peodant qu'il noai lut. (iiuti Up 
Hauud. ad Stoic pbil. I, : S.) Elle d produit l1ijmD« de Cléauthe, 
ioveniit le mol deJïnvMau*. Elle a fait dire i Ckéron : Jt cmà 
qifilt ne wUriUal muh te nom ApUtoMpbi; et aoi P^ret de TE^ïm 
gui la SuOekta^aceordtMarpbaittrtpohlunteh ChrUlia»ilm 
(UiL., Tusc. ITiHifT. itil). C.xiAu(.,d«Ci«.i>d.T.ft.9.) 

Ttn. 

(Ptge SS7 Si u Terlii at carrée.) 

n, SI, 14. Cepeodant, tnirant Loidie ,d2n)temJBe endroit oA 
débite celt«lidla doctrine, la voimtiirfett qmIapsUmutitproâUb 
m acte ou di Ht pas le produat ; actaamere q'fon at tanhUt router 
un ayenl la putuamit de vouloir, lon^ttUaceUtdepr^trtr ftxicm'on 
tonriuhm, oaromlniat dTcMciUfim. (ItM.) Vod ilnit qoe u m 
UHCi an IR u nuxcm as liàcna» itk aiut ni UHam «tic l'actio! 
ce qoi eit lréabeaa;eiTailiLoctet 

AiUeanil Toni dira que la liberté auppoae h idonté. ( Wd.j 9 
I>e KWte encore que fa Uieru ifa riert à* coamum mteemtfiaillt 
loHilagiaUe U if g aifait poàudi libéra i ce qui eat auui tonl-è^ 
Cwieui.Haii tout cela eU bon pour le XYID* liklo. 



{Page 389. Que ditea-«ou cTun philowplie capable d'écrire de telli 
ahanrdit^ I ) 

■ LnlibtttéestunepropriétéMeBentiellei tout élreipiritoel, qi 
> Dieu mjme ■>« «aunit l'on dépouiller... Oler U liberté k un opt 



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DV SIXIÈME ENTRETTEX. 4i9 

« M<ra1tUinimecl)0Kqael'nD^Lir; ce qui nc<loit s'mtendroqaeds 

• l'ecpril et non dei icUoni do corpi que l'cpril ilétenaine confor- 

• mànepl i u vtdoDlJ....; car il EauLbiea diilingner li mlooléou 

• t'ad« de Toaloir d'iTcc l'nëcutioo qni te fàii par le minalére du 

■ corps. L'acte de loaloir do launil £tre empidiâ pir aucune brce 
« extÉricDrc, paain£aie{>ar ceUede Diea.... Mail il y a de> mojeiu 

• d'agir sur [ci esfirit» qui lendent, qdd AcoQlraIi>dre,maii i penus- 

■ dcr. En lifuil uQ hoirme pour l'eoip£cber d'agir , on ne «baage ni 

■ la Tolanté ni ion iotcDlioD ; nuii on pourrak lui eipowr des mo- 

• tiù. elc, elc. » {Eulir, leUru i nu proie. d'ÀlL, t. B, Ur. xd.) 
Pvu-éir», el mAme proteMmou, oe grand bomn» ea Tenl ici 1 

Locke, dont b philoiophie ne uil point Mriir dei idéea mat/ridlea. 
Toujonn il DOni parle de ponli britét, de porf u firmêei û tlrf, (§ 9, 
10, ibidO àe paralglttt, de disuB de taini Vil, <J{ 1 1 .) de Wrlum 

su.) 



(Page 403. Celte injoilicc ne KTI qu'àreurderladicouTerlede la 

Hume a dit en eiïet ■> Qu'il a'j a pat de manière de raiaonner plni 
■> commune, M ctpnidmil pJoi blâmabU, qaa celle iTnttaquer une hj- 
H pallia philaaophique par le lort qu'elle peut faire aux ntauri el 1 
« b religioa : lorsqu'une ofûnnn ntéoe 1 l'abaurde, elle csi certoioe- 
• menl Eanue ; maia il n'e>L;»> etrlam qu'elle le aait parce qu'dia 
H entraîne dei coaaéqneocei daugertuiea. <• (£u<q>(, tttl. VIII, oj 
Ihe Ubcris and neeatlly , [d-8°, p. 1 05.) 

Od pent admirer ici la morale de cei pliilovipheil 11 n'ai pat ter- 
mAt, noua dit Hume (car >a conscience l'cnipédie d'en dire divan- 
lage), el néanmoins il Ta en avant, et s'expose arec pleine délibéra- 
lian i trontpcr lesbonmet et>ii leur nnire. Il TaDl aiouer qne le pro- 
babilinnc des p]iilosot>lte* «il ud f«u plus dasgereai que celui de* 
thMogieni. 



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{Nei 406. Vû il itwl biia hia d'ans peaaie mui Kooode.) 

iiec b iiennioiun <fe I utartocatcor i cette penifc ^ol brf bi 

pritealAe 1 l'caprit de Locko ; Daii ill'a rapooMtepiT hd noaisia ( 

lit conln le bon eriu cr k Dinnli c« Huieaiiil : Que nul bomoie i 

ledrcùl, eneepreMullni-iBtaM poor r^ , d'en T^mhr nu «g 

' coame earrompn daiia m fÊiaàpei ; car , iitrll , mu joUt mùoi 

• (Tor^DmeMn- IniUf a (tanta apHilif ttrt ri»faUmiiU. {Ut. 

g ch.p.iu,S«0.> 

^ Orte*, il faut «Tiàr birn ppiiT de l'infiillibllitj ponr K Idiso' o 

-~- cliùra 1 lie loQu) eiuànitéi. Mai* pour coQMler le lecteur de Uni 

»>ptû)Bei, je raù lui eiur an tériiable oracle pioDDDci par l'illu 
Z H^ebrMiclic, L'It^aillibiliU eu Tti^rnaet doiu rUIfi de loult toci 

V'p itfcnif. CBecli. delà Tcr.Lir. lit, chap.r, Paris ITSi, in-**, j>.l!l' 

■^•^ Qadinetl c'e^t an mildelumijieinirlncible ; c'ett nn rajon du hiI 

:*Z qni pjnjlre la panpîére œjnie abtÏMJa poar le reponaia-. Lâcha 

•^ MM étall conduil p*r rau préjogé damiiiaiit : lidéle an priodpe i 

•% rgella louM anlorilé, il se pouiaH pardonner i ce* bommetletgo 

U_ mipreuet de former Ut enjanti ( coani lu Bum \)agai mm 

O' fXeM Jouait ftH «MOrtiiBeDl d< iogœt aax/piA Ut croient a 

^ mAnei, M qu'ilt ttnval dm cet teuttipoMM ùie i y< H inew<M coa 

P> «n AHl tar du pilier blanc. ( Li* , I , diap. m , § ii.) On mit i i 

(/) et àqooi il en fent ici, et rommeut 3 eri devenu l'iâole do eoMi 

û£^ de lente «péee ^imoniumteia, 

^ (JfMc de rEdi'lnr.] 



(P^e 409. Tinite doctriue ratkninaBe Mt fe«Ua wr une ooui 
lanoe aniéc^eule. ) 

(AriH.Analrl. {Mut-, Ulh I, d« Demonitr j 



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VB SIXIKHE OT&BTIE.f. 451 

un. 

(PtgB 409. Le tjllogîsinG et rinductian partenl donc wuJMn <1e 
priDopa pMé* comme d^ cooniu. ) 



(Age tfO. Avant (le ponenir i une «érilé parttcaliéroi doiu U 
rnniiiimriiii d^ ea paru. > 

BshS' iita/_Siraii\lattX:milnitfit.,.Tpiiitr /lit ti<ixUti( fxittr 



(1^410. Uiienupiirexcinple us Iriingletcladeo ■enùUe.) 

AisA)TP> tpiVHW. 

<M., ADiht.prior.,Ub.D,S10 

XVI. 

(figettO. I.tHHMK ni>|>CDt rien ipprendri, on qneUMtoe qu'a 
•|ipr(wl D'dl igu'aua rtiuiultcciice.) 



(Jdan,Aual}i.pMl.,iai.L) 



r:,9,N..<ir>,G00gIf 



('Pige tlO. n n^ ■ plus <la [iriiieip« donl die pdîue être dMrî 
SuJlayiT/iic /ti' 'fif I«iki ni duni TaCt«w , ïniSiitct SI tin h- 



^ (Va^ 410. T.'enence de> principea mi qu'ili soient int/rSeii 

-^ rvideoU, non (Kiinte^ ùidiiiuantrabk;! el ctum, pir lajiport i 

's «oncluiiou. ) 

■* Hiaflfi» Mi iTfftrm «al i/ifi»»! «a! ^ifapijiuiTlpaH ut icpni^in 

t^ AU T«i.<on7ng«lfnii:niln in firfl prindpict ; «H fiiJeoce ollii 

^ loi; iolDitive. (tir- Beadw'l Enqy on (Ae Nature .<a«I Smmulabitiij 

^ riiit».8.cbap. 2.) 

U. 

O \K. 

^ (PiigetlO. l^pn^rétàl'iuliuiqutettiniiHKlîblc.) 

w 

LU 

> (UiJ. . Anal, port., lib. DI.) 

3 XX. 

fPage 4H. Toalc Tjrilé acqnisc «t main) claire pour noua qw 
jirincipG qui nouil'a rendu tiiible,) 

'AvKjiiiA fiq ^jw n^yiïuiitiv Ta ffpAra...; jl)î xal /iSllor 

O langue dûirip^anle I 



D,g,t,.?(lb,Gt:^")glC 



NT SIXIÈHB ENTRBTIE».- 45-3^ 

XXI. 
(Rmc411. n faDt crniM de phMSa principe deU •cience.)' 

(Ifa'd. AdiIjI. peut., Ub.IU.) 
XXIt. 
fPige 411. Qm ■'> pMie fmmir de o>ntredii« T* ifrilJ.) 

iw U)«> , &/)à n^ T» Uu iv/n , eût lui. 

ilbid. Lib.l, e«p. fiu>J 

xxm. 

(Pife 418. Hù* ce dout cllei m wrreulpoar dâiiMtrer. f 

'EiunitmiSiiiH natm ai initm/uu iUiilnit laTi Ti noà- 'Sivi 
■iii-/«(Ii^fi»taiiî « loûrwï i,TiaStxiitttf,tiX' aiî.,. ô Ôtuiiousi. 



(1^413. Mg qm lliauiinn i|U : CeL« eit.} 
Di^i KTiIrrui oit iTtiiffsn^àiitBx : nÙTs 'O EÏT 

iiHiciI.,Opp., toiii.I, Edii. Hp.,iMi9. ITl.) 



^r^<ll3,tl parle BéccnaircmeulcnTcnuil'ui 
tnlcu.-i:ci anlùrirorc.) 
Exitr^u I>M«i<. JbiJ., p. t6S.) 



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454 



(Pag? 4Ii. Sam arnns mtunlIeBeilt 4ki U4m iutellKnienei qol 
b'udI poiiil piraé par Irs scas.) 

ffonni jiub'ciuinttin'ifafifâi muUBj. (S. Aug'JFéDiîloD .qui die oe 
panade, (Uai. [/f>5un(i,ar(. xinit. ) a dit ailleun en parlant de os 
ptTe . • Si uD homme éclairé rataeEnljiait dans lea livra de taiat Au- 

■ gualin loutolu * jri[£s Bubtimea quila répandues cchdidi; par ha- 

■ lard, cet élirait &il arec choix serait lièa mpcrieiir an inéifoalioai 

■ du DcsRirlis , qaoiqae tea méditatioua saieiil le plus grand eflvrt 

■ d<^ relierions de ce phiJo0apTle..ri.pour lequeE je suis pr^Teuu <riijic 

■ eraud* «•IJBM. » ( OEanei ^trii., iii-lS.toU'I ,p. 93i— 3». 

(rhije-ITS. Ia répiiAtion deilimsi si Tni) ««in-plc pcHt-4lrcc«u 

Ju, u.:illKinal>de<w.) 

J'adepte le peul-élreài: Hnterfortl^nr. taiét.nUlVm iTtOi ntalbè- 
lualicicn esl sans doute la plus indépeDdaDte du mii§ que tient m pa- 
irie parmi les nalions ;je ne t'en srois pas oéaninoiasalisolaiseDl in- 
dépeniËinte. Teulends bien , par eicmple , que Kepi^er ci NcvUid 
■ont partout ce. qu'ils sont; mais quo ce dernier brillAl des m^es 
Tajoiis s'il était né dans on min do rAUem.ngne, et que le «entier ou 
jouil paj d'une renommée plus éctatunle s'il arail été Sir Jam SeppIrTr 
el^il repo>:iit a cùlé des rois sou* tesnurbrti de WMUBtosur, c'est 
ce que jr ne croirai jamah. 

Il rawtrait aussi, ^il s'agéanit dn qnctqu^iatR lÎTre, teiûr coni|ite 
de In puissmec do style, qui est une Téritable magie, le loudrûs bim 
savoir quel eAt été le luceés de lïipri'f det loà écrit dnns [n latin de 
Suam, et quel serait celui du livre de Stara, Dt ifgiùia a IcgkhKmt 
fcrit >*ce la plume de Montesquieu, 

Cff«<e(Jrrc^ncr,) 



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DO SIXIBHE ESTRETIEX. 



(t*%a iSO. Da b ilUtiuetiou d» deai Bolislancn.) 

L;cë«, loiD. XXm, irl. Ilelteiiia. — On irgrctle qu'im iHmme 
mm! MlinabU que Lu Horpe te fill engoué de Locke, an ne uU ni 
pourquoi ni oDamient , an poinl Je nonx dédarer ex cathedra qne ce 
pkUotopbt raltoimt ecmMt Racine nrriifie ; que l'un el l'aulrc rs)ipel- 
Inl l> pn-reclion-.. ; fix Locke eu le plut paiurmi logicien gui att 
M(M , el fuc tel argianenu wnf àa coroHare* de malktmalitpm, 
(PouTquei pu Ibéai émei T ) — I.yoée, Umb. XXJU, irl. Hilvaiia, 
lom. XKIV, ut. Dùlerol. — IfUbniti eil un peu muiai clmud. H al 
firt peu etnintl de U)ckeijlwl*(ri>ui>« patiahlf gNcpwr tetjenmi 
getu, Bl encore joiqa't an cctUid point; car il ptnèm ramstnl }>a- 
qu'au fyiattleta aaiiire. 1,0pp., Ion. V, iii-4°, Ei)iil. ad KutioUbiu, 
p. 104. 

Je ne teui point appujer aur celte a[^Miîan ; la mcnwire de ]m 
flarpe mirile de* éfoirit. Ce qu'il Taul obiienEr, n'eat que lockc pst 
prèciiéiBenl le pliiloMpbe qui a le nwina raUomt, h prendre ce der- 
nier mot (laui le mms le ptos rigoureux. Sa pliiloiopliie eat louTe nùg^- 
liveoadetcripliTei ci cerlaioemeut bnMii»r,>.fanttclIcde toalei. 



(hge KO, Que l«eke est le Pvcaldc l'ÀMglelerrc. } 

■ Locke, le Puical iletAnghii, if avait pu lire Pascal.... ■ (Pour- 
quoi doncTEtl-ee que Lociie ne «avait pjilirc enlfiSS! ( •> Cepeiidiml 
■ Locke, aide de ion grand tena , dit loujonn ; DéGninez les lennes. ■ 
(Notei de Vuluire *ur les peuKcs de Pa!ca1. Parti , Renouait) ; iu-S", 
p. 389.) 

Vojei dana la Utsique dePurt>(lo]ri uu morceantur leidcliuliMii, 
Ucn npirieurl loul ce que IncVc • pu fcrire aur le oiéme Hi}i>l.(l'* 
partie , cliap. m , im ) . . , Hait Voliain n'avaU pu lii-r la Ijo^qwc de 
Porl-Bofiiil; et d'ailleora il m pouvait déroger i la règle gêiiérite. 
«Jopice par lui tl par louie n plubiigc « de iw louer jloiaM q«o to 



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4o6 MGTKS 

Kience étwoEirr. H p»ï»il bien "siineol la follt iiloliirie Joui a» 



(Page 43*. I^rhuBÙlieriiMaulonldquiclMiquiittacke ludi 
lie toute exprexsioD* 

Celte ïBiorité, qui lemble aroir luniwmmenl riOécht, dani 
^ momeai , sur toute» les questions qui toudienl son origine et les po 

^•^ foin, doit H demander bien sérieuxaaent à elle-mâme la cause < 

Ce celte prodigieme dùTaveor qui l'enTironne enfin enlièremeot , cl de 

S^ l*KuMipe a TU do»i frappanu lémoignag*» dam le fameux procès ag 

cnl'annielStSau lurlemenl d'Anglelemi, aomjct de l'émand] 
— [ lion des Catholiques. Elle tara qn« lliom&e ijni connaît parfeitemer 

dam le fond de «a coiudcnce, et lui-même et ses œuTTca , ■ droit 
•» D>vpri»er,dcliair tout ce qui ne neot que de riiomme. Qu'elle se r 

^ taclie donc plus liant , el tout de suite elle reprendro b place qui I 

TZ appartient. F.n allendanl , cVst i non* de b conralcr fat une Mtei 

;*i plein» d'estime et d'uDionr , des dégo&U doul on l'abreave dus el 

*^ Ceci amble un porado^u, vt cependaut tien n'est plot vrai. £Ue 

■^ ptui plia tt patirr de uoui. 

U. 
^ XXXI. 

?: 

•^ ( page iS4. des principes ianii sur lisqucb il ne tcca pas pcri 

fyr de disputer.) 

^ ■ Locke s'ciprime aînii à Tendroil indiqoi. Ce t/tiail pat m pi 

S avanlage, pour eeax qui t donnaitiil pour nuKrea el pour ùMkaunt 

^ itriablir wwmc le principe dct priiicipa , qiK lei principes ne JoIti 

point dire mis en question ; car ayani uae fait ifubli le dogme, q' 
jades prinHpei innés , (quel renTerscmeiit de toute Ic^que ! qiii 
bofrililo conFucion d'iddea I ) rau lenri pai-liiOTU te Iroairul abll 
et Itt reavoir comme lelt , ce gui rcrient à ta ptii'er de rasage de l 
raison eidelem- jvgemem (Clianion [irouata nie dont bicnlAt les F 
tcslanls uux-méines se moqueront).... Dauieeietal ifaitiigle eredsl 
ilt tiaitui plia aiicmaii goiiferiia el ttmliu milet û me cerlaiae m 



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DU SIXIÈME ENTRETIEN. 457 

a 7iri aBaunt FhabiltU et la chargeât la mener... etde lexr 
<UM earniu prmcipei ùaMIoM ce qui potKaii rtmplir la imrt 
Uuuurt, etc. (Lit. I, diap. n, §!4.) 

u pluihint ([»g. 39S)qaecciteeiprt»iioa ATALiKplaûait 

i roreille fine de Locke. 



Ct^E* 4S5. Il écrit 1 la miu^ de ce beau cbapitrc : CoA nais e*i 
remit Coplnlon detprlncipa innée f 

II ne n'agit point li de ebopifre; ce «iDi des mou que Locke ■ dcril* 
ieAtédeUxtiT'dintioDdeMiidiapitreiii'du [ivre premier , ctA nous 
lînM CD effet J Wbmet ihe vfAii^of iimau prtncipla ? Il Kmble , 
eoDKtlaDtlouiiavM'beakapftssé, Tooloir diriger plui porticullére- 
nwat M* Mlaquesaurl'eiueigaeiiieat catholique, aiiur-le^amp ilett 
■baadannd à l'ordinaire par le bon «eu et pat la bonne Tai ; maig en 
yreçirdaDl depliupréa elencontid^at renacnihle de louraiaonne- 
■nenl , on TOÎt quTl en Toulail ea général i toute auKiritd apiriladle. 
Ceit ee qui engagea curtoat Téréqne de Worceatcr i btaer en |iublic 
avec Locke , mais lan* etcitcr aucun intOrét ; car dans le lonil de mq 



( KaKih eâUtir.) 

xxxm. 

<PageUO. Unonleur T D(tib ae ferait entendre <Ie plai lan , ta 
jironondalion étant pluidiitinde et pltu ferme.) 

On peut lire celle lettre de Wren dam teiaopean )laga:iiie , août 
1790. tom. XVIIJ, p. 91. EHe fut rappelée , il ^ a peu de temps, 
dans un journal anglais où nom lijonsqi/auji^nicntclecct arcliilecte 
célèbre :lt il nolpraclicable lomakea eimple roimso capadoiu wiUi 
[>ews and gallerica as lo bold 9,000 peraoniand Imili lo licardisiindlj 
andioseelliepreaclicr. (rAeTTm», SOnoi'. l8l3,ti"B771.) 



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45ft lïOTES 

Wren dfdJe que la roit d'un oraicnr en Ikngtdcrre ne peot ': 
fiiiie cDleodre plni loiD de diK)uante pieds en bue, de Ireotepieda m 
le* cAtét el de Tingl derrière hii ; et Tnimt dil-il , ("Etr d comUliai 91 

( Europ. ÏUgai., ibid.) 



rni DES NOTES DU SIX^BtB EHTHETIKN ET Dl 
L VOLUHB. 



z 
3 



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TABLE DES ilATIERES 

i.yrïKUES DANS LE PREMIER VOLUjrE. 



DIS tDTTEtii Pag. 

premier enlrelieii. 

! eaXTftiea. . , 

deniiéme enlrelien ■ 1 

! entretien 1 

Inisième «alretien i 

e entretien. , i 

e entretien i 



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e 

s 



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3 



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TABLE ANALYTIQUE 

iS SMRËES DE SAINT-PÉTEItSBOURG. 



PHEIOER ENTRETIEN. 

nBfV U ProiiivDct , il nflrail i» pronTar qoa k 1>Im 
I mtl iMibnl <)^amnl tar \tt b*M«l«U' ta mMiuu. 
iM M peut pu uipattdr* !■ lait gM<nU* qui igMemnl 
H*ndt, «a btaiirdu bon*, nu un minda c^lianaL 
m fmi Mtr pluloin, at atlmarqnaUplugnuda muaa 
Mobaair, mania (amparal, ippartÎMl , aon pat t TbaBDa 

' far la fnttim kuwiiu Dim paail ta crina. 
Perinil da Bonuun. 

Par la auladiM Diaa pnoîl Urioa, U p4cb<. 
)a|HM da 11 loida l'EglÎM tar rafaflmnua. 

DEUXIÈME ENTRETIEN. 

■ im naUdiai aoni ia chltliMau. 

UarfffMl ta r^ii*!' t cbani» Intlanl da la durM. 

laaptt UMi oat ruiu ai ata det fatflatMlt da Uagnca. 
I« la teianc* diai l'hanma. — 11 m icnl d<f rid«. 
laja lappûat dct criBo al dtt tmiHÎittscet igaortt da Kaa 

Ht«taaDt «iinmnir^ pir Boa KÎraoa iv pCriasr* k la iMra. 
iiaf I «il nna bnocb* daiachtada l'arbra locial par qiial(|ma 

lU do SivTic*. — H d'iCltra da tartar*. 
nia l'a pa tin lottaMa ; alla fieal da rilaraité. 
dMlu.,... 

|i« aalra d«t Itngtia qui b'dbI jiniiii pu ta tauckar. 
OfMi aal goBnaDoe, ntii hd pai U parob. 
nadi écriniai na faDl pu lenr ltn|ac, iliVan Kiranl. 
Kiliaa la l'origine la li pariili «al U okéaaa f« calla da 
rigiDa dct idi>it. 



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Il «BLB UULTTfQCB. 

liMriUi rontn l'orlgiBa uniibla èa idM, 
hinl HuMBU-d'Aqiii mt I« idto. 
tasfW {r*t»tM. — taafM BairnwUt. 

TROlSIËHfi ENTRETIER. 

ToiicilaaiMr nt u M^in ÏDpofé pu qucl^M «riva mImI •■ 

) Bi«o H pcal napluat l'ilantiM bits par «w Wri. y 
LtftBrvhBiuia ■•Uril >! mt bbcihiur , ■! Hir la alimiMt 

-^r^ GMta coilniidiaB n tman pwiwtl. Dmi iMninia en» U 

j^S DKaMbsoiB*. 

■ ■-V^ bi41 mi qas la rithcaM al la Taris amcal brovillMaT 

{*p On paTladii«M«j»lii«ri««aaa*«*>«iraaqaaa*ai4qaa tsakaar 

^^ Halhaat la («ijancnianli ati In tnip1a!l nal mal dialtika^a. 

^! lalanaBliaad'aaapuÏMtatanTBalanllB lia» UmoidapalilifM. 

^3 Faii da jaata; lioablM da ntckaal. 

7- Nal B'aM tewNMBl. 

■.' * Calai ^aW appdia la jnata opprîaé aa «a plihn Janal». 

^ QDATUËHI EKrRETIEN. 

Lî« TmI nal «laal an cktlimaDl pant Mr* préraoa par U ftUt*. 

CJ Piaopaal «rtprit; DÏM ttnklMt AaoM; aai ittmimm. 

^ rartnil da Vufina. 

r~ CraÏTB »i laii iunriaUa é* la aalara, a'ol «iraaa ia * k M 

(y^ plat priar. 

CT La pritra al U Ta^iiallon da Vimm. 

^ La dtiiaw aa pria paial, taal i»cup4 ftladn ^yii^Ma. 

L«i hanma wl ioaja«» at paneal prit. 
Aacan) ghjcatian, lalma iaaaIaMa, aa pml Mrs adoiin caMra 

il Ttrit4 dttnontrM. 
Aa liia da r^)n prMendga InaïaabTta aa Tait dam b aalai* 

da rOHrliwuplM poarta prMaral'aclîaB datlnt liWo. 
PhiloaopbH d^Biptnnla qui aa rail dam let Kaai auiUricfa da 

ca uundB qu'aaa iuleiibla B«caiil4. 
faarfBBÎ du ashnlt «Ida iaBoanU aaialapp^damla* fltan 

paUicar 
DiFanapanilpulDujoBnjCtpanaal, rldana le ataMMaBnl. 
■a« adBirvbla owicm. 



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TABLE ANALYTIQUE. III 

m cl ftrtiMl an i crn que loul B^(ii du cial al un cbàli- 

itqii ptvt «n prtRnn. 2TS 

CINQUIÈME EEnHETIEN. 

i> MBpmou, diiu Im ipKlidti d* Il Ditara, <]u< a 

ai «■ nppwl »TM hm id<<i innéa. SIS 

Mt quB faoraiiHiil Im toinuDi «n bteur dis idtei inotai. 2119 

■Mi. T «n »-l-il dt pkfiqaal 304 

diUuoDk nlfginl. !90 
pealcksrcbtr dacaiUM iinili Dtbira,q«iMldl»-Ditiiia 

Ift tod MB nalenial k IcuMr, miii k ldlr«in U iml 

« ma auM Mcandi, au biti il TauladiMltrala t^Tlnna 

At. ' SOS 

I d« b BdigisD «l da U pb^M^D*. BIO 

i'( doDuA U phyiii]ua «i périmai Uh iia'<MI (krMiaU. Bll 

1 d« BacBBiar laa Kiaace* aalanlln. BI3 

I dal'aetiwidiTin* na» notra llbwM. BSO 

opbia do dii-hnilltma lihla à cal «gud. 329 
ulBlDne pdD(, atlaula pcioa at oa nmtda, txtpU te 

lUn. ■ BB3 

■WH al 4t«ntlU. EtatniU millianraïut erua ptrUml. S34 

SIXIÈME ENTRETIEN. 

iddaU pritnnl la ffii , (l BonpatlidMir. BIO 

iptbla u't U droit da prier qns poar lui-tnena. SSS 

in il «M difSciUda compaer uns Ttiilalilc priwt rcril*. 537 

mil k •(riuMa rdifiaD k ki priim. BS9 

rmn da Samaail m prinl pofal. B«0 

uliaa qai priantaxiacM. BUI 

aa da Lacàa. Il «t pco la, al plai* d'id«« hano. Wt 

• amun*p*DlMraBlil«; nnlla i«riw aa p«ol oaii^ ) «J 
•at «tpliqiar U r^nlition donl ]<Hiil la liira da L«ka. 421 

i bit U brlniia d'un liira. 423 
T< («M>n ■'«( pM laujonn an liira Vnn csnna^ 4-^3 

IBM tl aiaion da b ntlion InufiiH. 43B 



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ûiçB^B^BÇIçSçaç 



LES 



\INT PETERSBOURG. i 

©u (fntrdicns 
UR LE GOUVERNEMENT TEMPOREL 

DE LÀ PROVIDENCE ; 

TRAITÉ SUR LES SACaiinCES; 









J. B. PÉLACAUD, mPRlMEL'R-LIBItVlRE 

CE N. S. P. Li; PAIT.. 

LVON, Il l'AllIS, 

CnANDH ItlJE IIRIl(.IP.ltP, nUE DE TOtnKON, 

M. Il 5. 









,Di9,t,.?(ib,Goi:5gTc 



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SAINT-PÉTERSBOURG. 



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FROPHIËTË DES ÉDITEURS. 



LvuN. — ImpHincrio de I. B. Péj-igaud. 



n,r.^^<ir>,G00gIf 



LES SOIRÉES 

DE 

JIT-PÉTERSB0ÏIR6 

ou 
EKTBeTIEN» 

t LE GOUVEKNEUEM TEMI>OIta DE U PROVIDE\CB 

TRAITÉ SUR LES SACRIFICES 

il£ar ife eoni/e: û. tic ^L auéi-^ 
MXIÈHE ÉDITION. 

TOME II. 



H. PÉUGAUD FILS ET ROBLOT . 

VXS> DE S. EN. LB CARDINAL AHCHEVËQl'E DE LVO?b 

LYON, I PlHIS, 

inDE KUB a«BCIÈRE , KUE DE TOlAIiCIN , 

48. 1 5. 

i87U. 



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'^''''^^ LES SOIKÉES 

DE SAINT-PÉTERSBOURG, 

®u Cntrrtûns 
SDB LE GOUVB&MEUENT TE1[P(AEL 



SEPTIÈHE ENTRETIEN. 



U CBKTALm. 

PouB celte foû, monsieur le sinâteor, 
j'espÂre qae vona dégagerez TOtre parole , et 
qoe Toaa noDa lires qqelqae chose snr la 

gnerre. 

ui sAetâtedb. 

Je sois tout prêt : car c'est on sajet qae 
)*û beaaconp médité. Depuis qae je pense, 
je pense A la gaerre, ce terrible sojet s'en»* 
pare de toDte mon attention , et jamaû je ne 
Tai assez approfondi. 

Le premier niai que je tous en dirai tous 
0. 1 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



-2 LRS SOIRÉES 

étonnera sans doute; mais ponr moî 
nne vérit^ incontestable : « Vhomme t 
donné avec sa raison , ses sentiments e 
affections ^ il rCf a pas moyen dexpli 
comment la guerre est possible humi 
ment, u C'est mon ans très réfléchi 
lîruyère décrit quelque part celle gr; 
extravagance humaine avec l'énergie que 
lui connusses. Il y a bien des années qui 
lu ce morceau; cependant je me le rap 
parfaitement : il insiste beaucoup sur la 
(te la guerre ; mais plus elle est folle , n 
elle est explicable, 

T,B CBBTILIEB. 

Il me semble cependant qu'on poc 
dire, avant d'aller plus loin : ^we les 
vous commandent et qu'il faut marcher 

tE SÉNATEUR. 

oh ! pas du tout , mon cher chcraliei 
vous en assure. Toutes le» fois qu'un honr 
qui n'est pas absolument un sot, vous 
sente une question comme très problémal 
après y avoir suflîsamment songé, d< 
vous de ces solutions subites qui s'offr* 
l'esprit de celui qui s'en est ou légèrem 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAIKT-yÉTBBSBOUBO. 3 

OU point du tout occupé : ce sont ordinaire- 
ment de simples aperçus sans consistance, 
qui n'expliquent rien et ne tiennent pas 
devant la réBexion. Les souverains ne com- ' 
mandent eflicacement et d'une manière dura- | 
l)le que dans le cercle des choses avouées 
par l'opinion; et ce cercle , ce n'est pas eux 
qui le tracent. Il y a dans tous les pays des ' 
choses bien moins révoltantes qae la guerre , 
et qu*nn souverain ne se permettrait jamais 
d''ordonDer. Souvenez-vous d'une plaisanterie 
que vous me Ilfes un jour sur une nation qui 
a une académie des sciences , un obserfatoire 
astronomique et un calendrier faux. Vous 
m'ajoutiez , en prenant votre .sérieux , ce que 
TOUS aviez entendu dire à on homme d'état 
de ce pays : ÇuV/ ne serait pas sûr du tout 
de vouloir înnot^r sur ce point ; et que sous 
le dernier gouvernement , si distingué par 
ses idées libérales (comme on dit aujour- 
d'hui ) , on n'avait Jamais osé entreprendre 
ce changement. Vous me demandâtes méra« 
ce qne j'en pensais. Quoi qu'il en soit, vous 
voyez qu'il y a des sujets bien moins essen- 
tiels qne la guerre , sur lesquels Tautorité 
sent qu'elle ne doit point se compromettre; 
et prenez garde , je vous prie , qu'il ne s'agît 
1. 



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A us sonifiES 

pas (Texplîquer la possibilité , mais la fac 
de la guerre. Pour couper des barbes, f 
raccourcir des habits, Pierre I" eut be 
de toute la force de son invincible caracl 
pour amener d'innombrables légions su 
champ de bataille , même à l'époque o 
était battu pour apprendre à battre , il ii 
besoin, comme tous les autres souvent 
que de parler. Il y a cependant dans Thom 
malgré son immense dégradation, un 
ment d''amonr qui le porte vers ses semblab 
cd I^ compassion lui est aussi naturelle qn 

respiration. Par quelle magie inconcev: 
est-il toujours prêt , au premier coup de t 
bour, à se dépouiller de ce caractère s. 
pour s''en aller sans résistance , souvent m' 
>- avec une certaine allégresse , qui a aussi 

^ caractère particulier, mettre en pièces, 

le champ de bataille, son frère qui ui 
jamais offensé, et qui s'avance de son 
pour lui faire subir le même sort , s'il le p' 
Je concevrais encore une guerre nation 
mais combien y a-t-il de guerres de ce gei 
une en mille ans , peut-être : pour les aut 
surtout entre nations civilisées , qui raisoni 
et qui savent ce qu'elles font , je déclare 
rien comprendre. On pourra dire: La gi 



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DE sautt-fAtersbodsg. 3 

expUtjue tout ; mais , d'abord , la gloire n'est 
que pour les chefs ; en second lieu , c'est 
reculer la diflicnlté : car je demande préci- 
sément d*ob vient cette gloire extroordînairc 
altachée à la guerre. J'ai souvent eu une vi- 
sion dont je veux vous faire part. J'imagine 
qu'une intelligence , étrangère à notre globe , 
y vient pour quelque raison suffisante et s'en- 
tretient avec quelqu'un de nous sur Tordre 
qui régne dans ce monde. Parmi les choses 
curieuses qu^on lui raconte, on lui dit que 
la corruption et les vices dont on Ta parfai- 
tement instruite , exigent qne l'homme , dans 
de certaines circonstances, meure par la main 
de rhomme; que ce droit de tuer sans crime 
n'est confié, parmi nous, qu'an bourreau et au 
soldat, n L'un , a)outera-t-oa , donne la mort 
« aux coupables , convaincus et condamnés ; 
« et ses exécutions sont heureusement si 
« rares , qu'un d^ ces ministres de mort suffît 
tt dans une province. Quant anx soldats , il 
« c'y en a jamais assez : car ils doivent tuer 
« sans mesure, et toujours d'honnêtes gens, 
n De ces deux tueurs de pnifession , le solilat 
» et Texécuteor , l'un est fort honoré , et l'a 
(( toujours été parmi toutes les nations qui 
t( qui ont habile jc^qa'à présent ce globe 



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If LES SOIBÉBS 

« oh TOUS êtes anÎTé ; l'antre , an coQli 
« esttoDtanssigénéralement déclaré infâ 
« devinez , je toos prie , snr qni tomb* 
<t nathème 7 » 

Certainement le génie Toyagenr ne bi 
cerait pas un instant ; il ferait dn boni 
tous les éloges que tous n^avez pu lui rei 
Tautre jour , monsieur le comte j malgré 
nos préjugés, lorsque tous nous parlie 
{-e gentilhoTtime , comme disait Volt 
n C'est un être suhlime , nous dirait-il; 
« la pierre angulaire de la société • pni 
n le crime est venu habiter votre terrt 
« qa'il ne peut être arrcté que par le c 
« ment , ôtez da monde Texécuteur , et 
« ordre tUsparatt avec lui. Qu'elle gran 
H d^àme , d'ailleurs ! quel noble désinti 
et sèment ne doit-on pas nécessaïrei 
« supposer dans Thomme qui se dévo 
n des fonctions si respectables sans de 
« mais M pénibles et si contraires à ^ 
« nature ! car je m'aperçois , depuis qc 
c< suis parmi tous, que, lorsque vous 
« de sang froid, il vous en coûte pour 
(I une poule. Je suis donc persuadé 
Cl l'opinion l'environne de tout l'honneur 
M il a besoin , e£ qui lui est dû à si 



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DE SAIHT-PÉTEBSBODBG. T 

titre. Quant an soldat,' c'est, atout pren* 
dre , on miiMSlre de cruautés et «rinjus- 
tices. Combien y a-t-il de guerre* évideni- 
ment justes? Combien n'y en a-t-U pas 
d'évidemment injustes ! Combien d^injus- 
tices particulières , d'horreurs et d'atrocités 
inutiles ! J'imagine donc que l'opinion a 
Ixès justement versé parmi vous autant de 
honte sur la tête du soldat , qu'elle a jeté 
de gloire sur celle de l'exécateu!- ûiîpassible 
des arrêts de la justice souveraine. » 
Vous savez ce qui en est ^ messieurs , et 
)mbien le génie se serait trompé ! Le mili- 
ire et le bourreau occupent en effet les deux 
Irémités de l'échelle sociale; mais c'est 
ms le sens inverse de cette belle théorie. 
n'y a rien de si noble que le premier , rien 
i si abject que le second : car je ne ferai 
>int un jeu de mots en disant que leurs 
nctions ne se rapprochent qu'en s'éloignant; 
les se touchent comme le premier degré 
ins le cercle touche le 360" , précisément 
irce qu'il n'y en a pas de plus éloigné (1). 

(1) Il IDC semble , lani puuvo'i /aiiurer , 



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V tm sont» 

Le mililaire est si noble , qa^ enmrfidit m^ 
ce quil y a de plos ignoble dans Topin 
générale, puîsqaHI peut exercer les fonctii 
de rezécuteur sans s'avilir , ponrva cepend 
cp'il n^exécate qae ses pareils, et qoe, p< 
leur donner la mort , il ne se «erre que 
«es armes. 

LE CHBTAtIKB. 

Ah! qne tous dites là une chose împ 
tante, mon cher ami! Dans tont pays c 
par quelque conûdéralion que l'on pui 
ima^er, on s'aviserait de faire exécuter ] 
le soldat des coap3bles qui n'appartiendrai 
pas à cet état, en un cHn d'oeil , et s; 
savoir pourquoi, on verrait s'étdndre tt 
ces rayons qnî environnent la t£te dn m 
taire : on le craindrait , sans doute ; car b 
homme qui a, pour contenance ordinaire, 
bon fusil muni d'une bonne platine , méi 
grande attention : mais ce charme indéfinis 
ble de rhonneoT aurait disparu sans reto 
L'officier ne serait plus rien comme ofîicû 
s'il avait de la naissance et des vertus , il po 
raitétre considéré , malgré son grade , au 1 
de l'être ^r son grade; il l'ennoblirait, 
lieu d'en être ennobli; et , si ce gra^e donr 



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DE SAIItT-ïÊTZBSRODBC. 9 

e grand* revenus, il aurait le pnx de la 
IcheMe, jamais celui de la noblesse; mais 
3DS avez dît, monsieur le sénateur : m Pourvu 
cependarU <pie le soldat rCexêcute que ses 
compagnons, et que^ pour les faire mourir, 
il réemploie que les armes de son état, m 
L faudrait ajouter .- et pourvu qu*U s'agisse 
'un crime militaire : dès qu'il est qaestioD 
\uk crime vilain , c^est rafTaîre du bourreau. 



En effet, c'est INisage. Les tribunaux ordî- 
aîres ayantla connaissance des crimes civils, 
n leur remet les soldats coupables de ces 
ortes de crimes. Cependant, s'il plaisait an 
anverain d'en ordonner autrement , je suis 
ort éloigné de regarder comme certain que 
1 caractère du soldat en serait blessé ; mais 
ous sommes tons les trois bien d'accord 
or les deux autres conditions; et nous ne 
ontons pas que ce caractère ne fût irrémis. 
iblement flétri li Ton forçait le soldat & 
iisiller le ample dtoyen , on à faire mou- 
ir son camarade par le fea on par la corde, 
'onr maintenir l'honneur et la discipline 
>Dn corps , d'une association quelconque , 
;s récompenses priTÏlégiées ont moins de 



D,g,t,.?(lb, Google 



10 LUS SOmÉBI 

force qae les châtiments privilégiés : 
Romains, le peuple de raiitic[nité à la i 
le plos sensé et le plus gaenier, aval 
conçn une singulière idée au sujet des cl 
ments militaires de simple correction. Croj 
qu*il ne pouvait y avoir de discipline s 
b&ton, et ne voulant cependant avilir 
celui qui frappait, ni celui qui était irap 
ils avaient bnaginé de consacrer, en qi 
que manière , la bastonnade militaire : p 
cela ils choisirent un bois, le plus iuv 
de tons aux usages de la vie , la vigne 
ils le destinèrent uniquement à châtîei 
soldat. La vigne , dans la main du centuri 
était le signe de son autorité et Hnstrun: 
des punitions corporelles non capitales, 
bastonnade, en général, était, chez les 
mains , une peine avouée par la Ioi(1);i] 
nul homme non militaire ne pouvait ' 
frappé avec la vigne , et nul autre bois 
celai de la vigne ne pouvait servir p 
frapper un militaire. Je ne sais comn 



(1) Elle lui clonnail i|i£tne ira Domauei dooi, paùqa'dlu I 
timpIcmenll'aitfrffanmMdaMtMi; Undù qu'efle nommaiU 
la peine du Iboel, qui «nit quelqna diMB d« dUionarani. 
aJmonltio.fiafriknimtùti^M. (Callialnlni , in Ic^e ni 
dePwBU.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAnrr-PËTEBSBOURG. 1 1 

qaelqae idée semblable ne s^est présentée 
à l'esprit d'aacan souverain moderne. Si j'é- 
tais consulté sur ce point , ma pensée ne 
ramènerait pas la vigne; car les imitations 
serviles ne valent rien : je proposerais le 
lanrier. 

lE CHETILIBR. 

Votre idée m'enchante , et d'antant plus 
qae je la crois très susceptible d'être mise à 
exécution. Je présenterais bien volontiers , 
je TOUS rassure , à S. M. I. le plan d'une 
vaste serre qui serait établie dans la capi- 
tale, et destinée exclusivement à produire le 
laurier nécessaire pour fournir des baguettes 
de discipline à tous les bas officiers de Tarmée 
msse. Cette serre serait sous rinspection d'un 
officier général, chevalier de Saint-Georges, 
au moins de la seconde class e , qui porterait 
le titre de haut inspecteur de la serre aux 
lauriers : les plantes ne pourraient être soi- 
gnées , coupées et travaillées que par de 
vieux invalides d'une réputation sans tache. 
Le modèle des baguetles, qui devraient être 
toutes rigoureusement semblables, reposerait 
à l'office des guerres dans un étui de vermeil; 
chaque baguette serait suspendue à la bou- 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 



M LBS SOCRtBS 

tonnière da bas officier par un ruban ds 
SaintGeorges , et sur le fronton de la serre 
on lirait : (Test mon bois qui produit mes 
feuilles. En vérité , cette niaiserie ne so^ 
point béte. La seule chose qui m^mbarrasse 
un peUf c^est que les caporaux... 



Mon jenne ami , qnelqne génie qn^on ait 
et de quelque pays qu^on soit , il est impos- 
sible d'mproviser on Code sans respirer et 
sans conunettre nne seule faute , qoand il 
ne s^agirait mâme que du Code de la baguette; 
ainsi , pendant que vous y songerez un pen 
pins mûrement, permettez que je continae.* 

Quoique le militaire soit en' lui-même dan- 
gereux pour le bien-être et les libertés de 
lonte nation, car la devise de cet état sera 
toujours pins on moins celle d^Âchille : Jura, 
nego Tm'hi nota; néanmoins les nations les 
pins jalonses de leurs libertés n'ont jamais 
pensé autrement que le reste des hommes 
sur la préérainence de Téiat militaire (1); 



(I) Pmtom, Jit X£no|iliDn, abloftMniumNf rrllçl 
«fSft^inanM, comnMnl m lerall'Oii pai d/ndc Jroilpkt 
petaacet ? ( lliti. gr«c. III. 4.8,^ Eu cIEel , ces Wni ihiîuU 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SilST-PËTBItSBODRG. 13 

t rantîquîté sur ce point n'a pas pensé autre- 
lent qae nous : c'est un de ceux oU les 
lonunes ont été coostanunent d'accord et le 
eront toujours. Voici dooc le problème que 
î TOUS propose : Explîtjuez pourquoi ce quUl 
' a de plus honorable dans le monde, au 
■jgemerU de tout le genre humain sans excep- 
on, est le droit de verser innocemment le 
ing innocent ? Regardez - y de près , et 
DUS verrez qu'il y a quelque chose de mys- 
îrîeux et d'inexplicable dans le prix extra- 
rdïnaire que les hommes ont toujours atta- 
hé à la gloire militaire; «rautant que, si 
,005 n'écoutions que la théurie et les raison- 
.ements humains « nous strions conduits à 
es idées <^rectement opposées. Il ne s'agit 
!onc point d'expliquer la posùbilité de la 
nerre par la gloire qui TenTironne : U s'agit 
vaut tout d''exp1iquer cette gloire même, 
e qui n'est pas aisé. Je veux encore voua 
aire part d''une autre idée snr le même 
ujet. Mille et mille fois on nous a dit que 
es nations , étant les unes à l'égard des antres 
lans l'état de nature , elles ne peuvent ter- 
niner leurs diiTérendi que par la guerre, 
plais, pnisqne aujourd'hui j'ai l'humeur inter- 
ogante , je demanderai encore ; Pourquoi 



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\i LES SOIBlES 

toutes les milium sont demeurées respectif 
ventent ions téut de nature, sans avoir 
fait jamais un seul essai , une seule tentatin 
pour en sortir ? Suivant les foUes doctrine! 
dont on a bercé noire jeunesse, il fut UQ tempi 
oii les honunes ne vivaient point en société 
(^ et cet état imaginaire , on l'a nommé ridi 

iii culemenl tétat de nature. On ajoute que ki 

2 hommes , ayant balancé doctement les avan 

g tages des deux états , se déterminèrent pou 

!3 celui que nous voyons... 

"5 LB COMTE. 

a 

■r"- 1 Voules-vous me peimetlre de vous mtei 

S j rompre un instant pour vous faire part d'un 

réflexion qui se présente à mon esprit conti 
cette doctrine , que vous appelez si justemei 
■>- folle ? Le Sauvage tient si fort à ses haHlndi 

fc les plus brutales que rien ne peut l'en d 

goûter. Vous ave 3 vu sans doute, à U té 
àtl Discours sur linégalité des conditions 
l'estampe gravée d'après l'historiette, vra 
ou fausse, du Hottentot qui retourne ch< 
ses égaux. Bousseau se Joutait peu que 
frontispice était un puissant argument conl 
le livre. L: Sauvage voit nos arts , n 
loU, nos sciences, notre luxe , notre dé 



DB SAinT-P£TERSBODRO. 13 

catesse, nos jonissances de toute espèce, 
et notre supériorité surtout qu'il ne peut se 
cacher } et qui pourrait cependant exciter 
quelques désirs dans des cœurs qui en seraient 
susceptibles; mais tout cela ne le tente seule- 
ment pas , et constamment il retourne chez 
ses égaux. Si donc le Sauvage de nos jours , 
ayant connaissance des deux états, et pOQ- 
vant les comparer journellement en certains 
pays , demeure inébranlable dans le sien , 
comment veut-on que le Sauvage primitif en^ 
soit sorti , par voie de déUbéralion , pour pas- 
ser dans un autre état dont il n^avatt nulle con- 
naissance? Donc la société est aussi ancienne 
que rhonime , donc le sauvage n''est et ne 
peut être qu'un homme dégradé et puni. En 
vérité, je ne vois rien d'aussi clair pour le 
bon sens qui ne vent pas sophistiquer. 

LE SÊRATEUB. 

T^ous prêchez un converti-, comme dit 
le proverbe ; je vous remercie cependant de 
votre réflenon : on n'a jamais trop d'armes 
contre l'erreur. Mais pour en revenir â ce 
que que je disais tout à l'heure , si l'homme 
n passé de tétat de nature , dans le sens 
^-ulgaire de ce mot , â l'état de civilisation , 



D,g,t,.?(lb, Google 



1G LES «RKfiBS 

oa psff (lélibératioQ ou par hasard ( je p 
encore la langue des inseiués ) , poon 
les Dations n'ontrelles pas eu autant d^e: 
ou autant de bonheur que les individus 
comment n*ont-elles jamais convenu d 
société générale pour terminer les qaen 
des nations, comme elles sont convei 
d^ne sonveratneté nationale pour terni 
celles des particuliers? On aura beau ton 
en ridicule V impraticable paix de tahbt 
Saint-Pierre (car je conviens qu'elle est 
{a*aticable ) , mais je demande pourquw 
demande pourquoi les nations n''ont pu 
^ever i Tétat social comme les particnlii 
comment la raisonnante Europe siutout 
t-eile jamais rien tenté dans ce genre 7 Tadi 
en particulier cette même question 
croyants avec encore plus de confiance: ( 
ment Dieu ^ qui est Tauteur de la sociéti 
individus , n''a-t-U pas permis que Thom 
sa créature chérie, qui a reçu le carat 
divin de la perfectibilité , n^ait pas senlei 
essayé de s*élever jnsqu^i la société de: 
lions ? Toutes les raisons imaginables , 
établir que celte société est impossible , 
literont de même contre la société des : 
vidus. L'argument qu'on tirerait prini 



D,g,t,.?(lb, Google 



BB Silirr-PÉTERSBODBO. H 

lenl de rimpraticable universalité qu'il 
irait donner à la grande souveraineté, 
irait point de force : car il est faux qu'elle 

embrasser Punivers. Les nations sont 
isaniment classées et divisées par les fien- 
, par les mers , par les montagnes , par 
religions , et par les langues surtout qui 

plus on moins d'aflînité. Et quand on 
tain nombre de nations conviendraient 
les de passer à Pétat de civilisation , ce 
ût déjà un grand pas de fait en faveur de 
imanité. Les autres nations , dira-t-on y 
iberaient sur elles : eh ! qu'importe? elles 
tient toujours plus tranquilles entre elles 
ilus fortes à l'égard des antres , ce qui est 
îsant. La perfection n'est pas du tout né- 
iaire snr ce point : ce serait déjà beau- 
p d'en a[^ocher, et je ne puis me per- 
der qu'on n'eût jamais rien tenté dans ce 
ire , sans une loi occulte et terrible qui a 
oin du sang humain. 



^ous regardez comme un fait încontesta- 
que jam>^ on n'a tenté cette civilisation 
■ nations : il est cependant vrai qu'on l'a 
tée souvent, et même avec obstination; 
o. 2 



D,g,t,.?(ib,Goi:igk 



18 LES 1 

k la vérité sans savoir ce qu'on faismt , ( 
était nne circonstance très favorable an 
ces , et l'*on était en effet bien prés de ré 
autant du moins goe le permet llmp< 
tion de notre nature. Mais les homm 
trompèrent : ils prirent one chose pour 
tre , et tout manqua , eo vertu , snivanl 
tes les apparences , de cette loi oeculte* 
rible dont vous nous parlez. 



. Je vous adresserais quelques questîot 

t5 je ne craignais de perdre le fil de mes î 

Observez donc , je vous prie , nn phéno: 

bien digne de votre attention : c^est q 

' métier de la guerre , comme on ponrr 

i croire on le craindre, si l'expérienc 

j nons instruisait pas , ne tend nnllemi 

I dégrader» à rendre féroce on dur» au i 

celui qni Tezerce : an contraire , il tem 

. perfectionner. L'homme le plus bonne 

ordinairement le militaire honnête , et, 

mon compte , fai toniours fait un cas 

cnlier, conune je vons le disais dernièren 

do bon sens militaire. Je le préfère J 

ment aox longs détours des gens d^afT 

Dana le commerce ordinaire de la vie. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SlinT-FÈTEOSBOIIRC. 19 

millitaires sont plus aimables, plus faciles, 
et souvent même , à ce qu'il m'a paru , plus 
oUigeants que les autres hommes. Au milieu 
des orages politiques , ils se montrent géné- 
ralement défenseurs intrépides des maximes 
antiques; et les sopbismes les plus éblouis- 
sants échouent presque toujours devant leur 
droiture : ils s'occupent volontiers des choses 
et des connaissances utiles , de Téconomie po- 
liliipie > par exemple : le seul ouvrage peut4trc 
que l'antiquité nous ait laissé sur ce sujet esA 
d'un militaire, Xénophou; et le premier ou- 
vrage du même genre qui ait marqué en France 
est aussi d'un militaire , le maréchal de Yau- 
ban. La religion chez eux se marie h l'honneur 
d'une manière remarquable; et lors même 
qu'elle aurait à leur faire de graves repro- 
dies de conduite , ils ne lui refuseront point 
leur épée , si elle en a besoin. On parle beau- 
coup de Ut licence des tamps i elle est grande 
sans doute t mais le soldat communément 
ne trouve pas ces vices dans tes camps ; 
il les y porte. Un peuple moral et austère 
fournit toujours d'excellents soldats, ter- 
ribles seulement sur le champ de bataille. 
La vertu , la piété même , s'allient très bien 
u^ccle courage militaire; loin d'afEûblir le 

a. 



D,g,t,.?(lb, Google 



^0 LES SOTBÊES 

guerrier, elles Texalleat. Le cilice de 
Louis ne le gênait point sous la cuii 
Voltaire inéme est convenu de boun 
qn^ine armée prête à périr pour obéir à 
serait inrincîble (1). Les lettres de R 
TOUS ont sans doute appris que lorsqu'i 
vait l'armée de Louis XTV en 1 691 , en 

^ lité d'historiographe de France , jam; 

n'assistait à la messe dans le camp s: 

S voir quelqse mousquetaire communier 

la plus grande édification. 

^ Cherchez dans les œurres spirituelles c 

- nélon la lettre qu'il écrivait à un officier t 

amis, désespéré de n'avoir pas été em 
à l'armée, comme H s'en était flatté 
homme avaR été conduit, probablemer 
Fénélon même , dans les voies de la 
hante perfection : îl en était i tamow p 
à ta mort des Mystiques. Or, croyeï 
pent-âtre que Tâme tendre et aimant 
Cygne de Catnbrai trouvera des comp 
tions ponr son ami dans les scènes de 
nage auxquelles U ne devra prendre ai 
part ; qu'il lui dira : Après tout , vom 



(1) CVk \ propos ilu Taiilani el picoi nuniub <lc Ffnélan 
la balaille de Roconi, qua Voluiie a bit cet aica. ^Iliitotrt ât l 
JcDi. 1", cliap. iviu.) 



..Google 



DB SAEfT-PfiTEBSBOimA. ^f- 

Xeureux ; vous ne verrez point les horreurm 
tie la guerre et le spectacle épouvantable de 
tous les crimes qu'elle entraîne? Il se garde 
bien de lui tenir ces propos de femmelette; 
il le console, an contraire ^ et s^afflige avec 
lui. Il vfflt dans cette privation nn malheur 
accablant , une croix amère , tonte propre 
A le détacher da monde. 

Etqae dirons-non» de cet autre officier, à 
qui madame Gayon écrivait qu'il ne devait 
point s'inquiéter, s'il lui arrivait quelquefois 
de perdre la messe les jours ouvriers , sur- 
tout à larmée? Les écrivains de qui nous 
tenons ces anecdotes vivaient cependant dans 
un siècle passablement guerrier, ce me semr 
fale : mais c'est que rien ne s'accorde dans ce 
monde comme Tesprit relig^ox et l'esprit 
militaire. 

IX CHETAUEB. 

Je suis fort éloigné de contredire cette 
vérité ; cependant il faut convenir que si la 
vertu ne gâte point le courage militaire, il 
peut du moins se passer d'elle : car Ton a vu, 
à certaines époques , des léglone d'athées ob- 
tenu- des sucrés prodigieux. 



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LE sfin&TECfi. 

"PoorqwM pas , je Toas prie, si ces atli 
combattaient d'aotres ? Hais permettez 
eontiaM. NoD-seuIement l'état milîtaîi 
ye fort bien en général arec la moral 
rhomme , mais, ce qui est tont-â- fuit « 
dinaire , c^est qu'il n^afiaîblit nallemei 
vettns douces qoi semblent le plus op 
Ml métier des armes. Les caractères h 
doux Mment la gnerre, la désirent et 1 
HVec passion. An premier signal, ce 
homme aimable, élevé dans l'horreoi 
violence et do sang, s'élance da fojf 
teroel, et court les armes à la main 
cher SOT k champ de bataîUe ce qi 
pelle rennemi , sans savoir encore c 
c'est qn''un ennemi. Hier il se serait 
mal s'il avait écrasé par hasard le rai 
sa sœnr ; demain vous le verrez mon 
nn monceau de cadavres, pour voir c 
loijif comme disait Charron. Le sa 
rinsselle de toutes parts *ne fait que V. 
i répandre le sien et celui des auti 
s'enflamme par degrés, et î! en vïend 
qn'à Centhousïasme du carnage. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAIKT-PÉTSnSBOimO 27 

LB CHBTALKB. 

Vons ne dites rien de trop : avant ma TÎngt- 
qnatrième année révolue , j'avais vn trois fois 
reiUJiousiasme du carnage : je Tai é[Ht>livé 
moi-même, ef. je me rappelle smi»ut mi mo- 
ment terrible ou j'am-ais passé au fil de Té- 
pée une armée entière , û j'en avais en le 
pouvoir. 

LE SËRATEUB. 

Mais si , dans le moment ob nous parlons , 
on vous pn^msait de saisir la blanche colombe 
avec le sang froid d'un coisinierf puis... 

LB CHEVALIER. 

Fi donc ! vous me faites mal an cœur I 
IX stRATEUS. 

VoiU précisément le phénomène dont je 
vous parlais tout à Theure. Le spectacle époo- < 
Tantable du carnage n^endurcit point le véri- ; 
table guerrier. An milieu du sang qu'il fût i 
couler , il est humain comme Tépouse est i 
chaste dans les transports de Tamour. Bès 
qu'il a remis l'épéff'dans le fourreau, la sainte 
humanité reprend ses droits , et peut^tre que 
les sentiments les plus exaltés et les plus géné- 
reux se trouvent chez les militaires. Rappe- 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



1 

M K LES SOntÉES 

lez-vons , M. le chevalier , le grand siècl 
la France. Alors la reli^on, la valeur < 
science «''étant mises pour ainsi dire en i 
libre , il en résulta ce beau caractère 
tons les peuples saluèrent par une acch 
lion unanime comme le modèle du cara« 
ryy européen. Séparez-en le {o^mier élém< 

~*i Tensemble, c*est-â-dire toute la beaaté , 

^ parait. Onne remarque point assez combîe 

^ élément est nécessaire à tout, et le rdle 

" joue là même oh les obserratenrs légers j. 

se raient le croire étranger. L'esprit divin 

^ s'était particulièrement reposé sur l'Eu 

adoucissait jusqu'aux fléaux de la justice < 
nelle, et la guerre européenne maKjaerz 
jours dans les annales de l'univers. Oj 
^ tuait, sans doute, on brûlait, on ravagi 

p>. on commettait même si vous roulez mil 

— mille crimes inutiles , mais cependant 

commençait la guerre au mois de mai 
la terminait an mois de décenobre; on 
mait sous la toile ; le soldat seul comb: 
le soldat. Jamab les nations n'étaien 
guerre, et tout ce qui est faible était sa< 
travers les scènes lugubres de ce fléau di 
tateur. 

Cétait cependant un magnifique spec 



D,g,t,.?(lb, Google 



UB SAnrr-pÉTEBSBon&<r. 2t 

qne celui de voir toas les sonverains d'Eu- 
rope , retenus par je ne sais quelle modéra- 
tion impérieuse , ne demander jamais à leurs 
peuples, même dans le moment d'un grand 
péril, tout ce qu'il était possible d'en obte- 
nir : ils se serraient doucement de l'homme, 
et tous, conduits par une force invisible, 
évitaient de frapper sur la souveraineté enne- 
mie aucun de ces coups qui peuvent rejail- 
lir : gloire , honneur , louange éternelle à la 
loi d'amour proclamée sans cesse au centre 
de l'Europe ! Aucune nation ne triomphait 
de l'autre : la guerre antique n'existait plus 
que dans les livres ou chez les peuples assis 
à tomère de la mort; une province, nne 
ville, souvent mbme quelques lillages, ter- 
minaient , en changeant de maître , des guer- 
res acharnées. Les égards mutuels, la poli- 
tesse la plus recherchée, savaient se montrer 
au milieu du &acas des annes. La bombe, 
daof les airs, évitait le palais de& rois; des 
danses , des spectacles , servaient plus d*une 
fois d'intermèdes aux combats. L'oilîcier en- 
nemi invité & ces fêtes venait y parler en riant 
ie la bataille qu'on devait donner le lende- 
joain; et, dans les horreurs mêmes de la phis 
sanglante mêlée , l'oreille du mourant pou- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



26 LUS Î.U11.ÊKS 

vaît entendre Taccent de la pitié <;t 1>» f<>r 
mules delà coortoisie. Au premier signal de 
combats, de vastes hdpitaox s^élevaîenl d< 
toutes parts : la médecine, la chirurgie, li 
pharmacie, amenaient leurs nombreux adep 
tes; au milieu d'eux s'élevait le génie de sain 
Jean de Dieu , de saint Pincent de Paul 
plus grand, plus fort que l'homme, con 
stant comme la foi, actif comme l'espérance 
habile comme l'amonr. Toutes les victime 
virantes étaient recueillies , traitées , conso 
lées : toute plaie était touchée par la main d 
la science et par celle de la chanté !... Voa 
parliez tout à l'heure, M. le chevalier, di 
légions d'athées qui ont obtenu des saccè 
prodigieux : je crois que si l'on pouvait en 
régimenter des tigres , nous verrions encon 
de plus grandes merveilles : jamais le Chris 
tianisme , si vous y regardez de près , ni 
vous paraîtra plus sublime, plus digne d< 
Dieu, et plus fuit pour l'homme qu'à li 
guerre. Quand vous dites , an reste , légion, 
d^athées f vous n''entendez pas cela à la lettre 
mais supposes ces légions aussi mauvaise 
qu'elles peuvent l'être , savez-vous commen 
on pourrait les combattre avec le plus d'à 
vantage? ce serait en leur opposant le pria 



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DB SAtKT-PÉTKBSBOURG. 27 

eipe diamélralemeat cootraire i celui qui les 
aorait constitaées. Soyez bien sur qoe des 
légions d'athées ne tiendraient pas cootre 
des iégions fulminaities. 

Enfin f messiears , les foncUons dn soldat 
■ont terribles; maïs il faot qu'elles tiennent 
i une grande loi da monde spirituel , et Ton 1 
ne doit pas s'étonner qae toutes les nations 
de Tunivers se soient accordées â voir dans 
ce fléau quelque chose encore de pïxw parti- 
colié renient divin que dans les antres; croyez 
que ce n'est pas sans une grande et profonde 
raison que le titre de mec des abuses brille 
à toutes les pages de l'Ecrilure sainte. Cou- 
pables mortels, et malheureux, parce que 
MUS sommes coupables! c'est nous qui ren- 
dons nécessaires tons les maux physiques , 
mus surtout la guerre : les hommes s'en pren- 
nent ordinairement aux souverains , et rien 
H'est plus naturel: Horace disait en se )ouaDt : 

■ Ita dflire de* rcia ki ped|ilB9 muI punit. ■ 

Mais J.-B. Rousseau a dit avec plus de 
gravité et de véritable philosophie : 

■ C'e^l le eourrom da roji qui rùt irKier la tirre, 
• CcM le couiroui da Ciel nui (jil armer Ica tui*. ■ 

Observez de plus que cette loi dé)Ji si ter* 
rible de la guerre n'est cependant qu'un cha- 



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2S LES SOmËES 

pitre de la loi générale qui pèse sur runiTera, 
Dans le vaste domaine de la nâtnre m- 
Tanle , il règne une violence manifeste , one 
espèce de rage prescrUe qui arme tous les 
êtres in mutua fanera : dès qae vous sentes 
du règne insensible , vous trouvez le décret 
de la mort violente écrit sor les firontiéres 
mêmes de la vie. Déjà , dans le règne végé- 
tal , on commence à sentir la loi : deptiii 
l'immense catalpa insqn''au pins humble gra- 
minée , combien de plantes meurent , et 
combien sont tuées î mais , dès que vous 
entrez dans. le règne animal, la loi prend 
txmt à conp une épouvantable évidence. 
Une force , à la fois cachée et palpable, se 
montre continuellement occupée à mettre à 
découvert le principe de la vie par de« 
moyens violents. Dans chaque grande divî' 
sion de l'espèce animale , elle a choisi on 
certain nombre d'animaux qu'elle a charges 
de dévorer les autres : ainsi , il y a des in- 
sectes de proie , des reptiles de proie , àes 
oiseatix de proie , des poissons de proie, et 
des quadrupèdes de proie. 11 n^ a pas on ins- 
tant de la durée où l*être nvant ne soit dévore 
par un autre. Au-dessus de ces nombreuses 
races d'animaux est placé l'homme , dont b 



Digitir^driyGOOglf 



DE SâlAT-PÉTKRSBOUnO. 29 

nain deslructice n'épargne rien de ce gai vit ; 
I loe poar se nourrir, il toe pour se vêtir, 
1 tue poar se parer, il tue pour attaquer, 
l tue pour se défendre, il tue pour s'ins- 
ruire , il tae poar s'amuser , il tue pour tuer: 
oî superbe et terrible, ïl a besoin de toat, 
:t rien ne lui résiste, II sait combien la 
ëte do requin oa du cachalot lui fournira 
le barriques d'huile ; son épingle déliée pîqae 
iur le carton des musées l'élégant papillon 
pUl a saisi an vol sur le sommet du Mont- 
llanc on du Chimboraço; il empaille le 
:rocodîle , il embaume le colibri ; à son 
)rdre , le serpent à sonnettes vient mourir 
lans la liqueur conservatrice qui doit le 
nontrer intact aux yeux d'une longue suite 
robservatenrs. Le cheval qui porte son matire 
I la chasse du tigre se pavane sous la peaa 
le ce même animal; l'homme demande tout 
I la fois , à Pagneau ses entrailles pour faire 
ésonner une harpe, à la baleine ses fanons 
loar soutenir le corset de la jeune vierge , 
la loup sa dent la plus meurtrière pour 
K>lir les ouvrages légers de l'art, à l'éléphant 
es défenses pour façonner le jouet d'un 
infant : ses tables sont couvertes de cadavres. 
jC philosophe peut même découvrir comment 



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30 LES SOUl^BS 

le cantage permanent est prévu et ordo 
dans le grand tout. Mats cette loi s'arrèt 
t-elle à rhomine? non -sans doate. Cej 
dant quel être exterminera celai qui les 
terminera tous? Lui. C'est l'homme qui 
chargé d^égorger Thomme. Maïs coma: 
pourra-t-il accomplir la loi , lui qui est 
être moral et miséricordieux ; lui qui est 
pour aimer ; lui qui pleure sur les an 
comme sur lui-même , qui trouve du pli 
à pleurer, et qui finit par inventer des 
lions pour se faire pleurer ; lui enftn i qi 
a été déclaré quon redemandera jusqu'i 
dernière goutte du sang quU aura versé 
justement ( 1 ) ? c^est la guerre qui accomp 
le décret, N^entendez-vous pas la terre 
crie et demande da sang? Le sang des i 
maux ne lui suffit pas, ni même celai 
coupables versé par le glaive des lois. S 
justice humaine les frappait tons, il 
aurait point de guerre ; mais elle ne san 
en atteindre qu'un petit nombre , et som 
même elle les épargne , sans se douter 
sa féroce humanité contribue à nécessite) 
guerre , si , dans le même temps surtout , 



D,9,t,..<ir>,G00glc 



DE SAIHT-FÊTERSBOVRG. 31 

autre aveoglement , non moins stapîde et non 
moins funeste , travaillait à éteindre Texpia- 
tien dans le monde, La terre n'A pas crié en 
vain : la guerre s''allume. L'homme, saisi 
tout & coup dune fureur divine , étrangère à la 
haine et à la colère, s'avance sur le champ de 
bataille sans savoir ce qu'il veut ni même ce 
qu'il fait. Qu'est-ce donc que celle horrible 
énigme'7 Rien nVst pins contraire à sa nature , 
et rien ne lui répugne moins : il fait avec 
enthousiasme ce qa'il a en horreur. N'avex- 
Tous jamab remarqué que , snr le champ de 
mort, rhomme ne désobéit jamais ? il pourra 
bien massacrer Nerva ou Henri IV ; mais le 
pins abominable tyran, le plus insolent bou- 
cher de chair humaine n'entendra jamais U : 
Nous ne voulons plus vous servir. Une révol te 
sur le champ de bataille , un accord ponr 
s'embrasser en reniant an tyran , est un phé- 
nomène qui ne se présente pas & ma mémoire. 
lUennerésiste , rien ne peut résister à la force 
qui traîne Thomme au combat; innocent meur- 
trier, instrumentpassif d'une main redoutable , 
// se plonge tête baissée dans lahtme qu'il a 
creusé lui-même; il donne , il reçoit la mort 
sanssedouter que c'est lui qui a fait la mort(\ ). 

(I) liffita laiii ffaiia in iaitriM , g¥em/eetrtMI. (P)> K, ItJ 



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32 LES SOIRfiES 

Ainsi s'accomplit sans ce^ise , depuis le cî- 
ron jusqu'à rfaomme, la grande loi de la 
destruction TÎolente des êtres livauts. La terre 
entière , conlinuellement imbibée de sang , 
n'est qu'un autel immense oh tout ce qui rît 
doit être immolé sans fin , sans mesure y sans 
relâche , jusqu'à la consommation des choses, 
jusqu'à Textinction du mal, jusqu'à la mort 
ae la mort (1). 

Hais l'anathème doit irapper plus directe- 
ment et plus visiblement sur l'homme : 
range estenninateur tourne comme lesolôl 
autour de ce malheureux globe , et ne laisse 
respirer une nation que pour en frapper à^u~ 
1res. Mais lorsque les crimes, et surtout 
les crimes d'un certain genre , se sont ac- 
cumulés jusqu'à un point marqué, l'ange 
presse sans mesure son vol infatigable. Pardi 
à la torche ardente ' tournée rajàdement , 
l^mmense vitesse de son mouvement le rend 
présent à la fois sur tous les points de sa re- 
doutable orbite. Il frappe au même instant 
tous les peuples de la terre ; d'autre fois , mi- 
nistre d'une vengeance précise et infaillible , 



(1] Car le dernier emuvii qui ilvil (iitdtlrml, fyu U m 
»iuCur.i,t5,2i;.) 



„N..<ir>,G00gIf 



DE SAINT-PÊTEBSBOnitr.. 33 ' 

11 s'acharne sur certaines nations et les baigne 
dans le sang. N'attendez pas qu'elles fassent 
aucun eiTort pour échq>per à leur jugement 
ou pour Tabréger. On croit voir ces grands 
coupables , éclairés par leur conscience , qui 
demandent le supplice et Tacceptent pour 
y trouver Texpiation, Tant qu'il leur restera 
dasang,ellesviendrontroirrir; et bientôt une 
rare jeunesse se fera raconter ces guerres déso- 
latrices produites par les crimes de ses pères. 

La guerre est donc divine en elle-même , | 
puisque c'est une loi du monde. ' 

La guerre est divine par ses conséquences 
d'un ordre snmaturel tant générales que par- 
liculières; conséquences peu connues parce 
qu'elles sont peu recherchées , mais qiù n'en 
sont pas moins incontestables. Qui pourrait 
douter que la mort trouvée dans les com- 
bats n'ait de grands piiviléges ? et qui pour- 
rait croire que les victimes de cet épouvan- 
table jugement aient versé leur sang en 
vain ? Mais il n'est pas temps d'insister sur 
ces sortes de matières ; notre siècle n'est pas 
mùr encore pour s'en occuper : laissons-lui 
sa physique, et tenons cependant toujours 
nos yeux fixés sur ce monde invisible qui 
expliquera tout. 



D,g,t,.?(lb, Google 



3i T£s soniies 

La gaerre est dirine dam b gloire m 
rieuse qui l'environne, et dans Tattrait 
mcnns inexplicable qui nous y porte. 
La guerre est divine dans la protei 
' accordée ans grands capitaines , même 
pins hasardeux, qm sont rarement fra 
dans les combats , et seulement lorsque 
g^ renommée ne peut pins s^accrottre et 

^ leur mission est remplie. 

QQ La guerre est divine par la manière 

die se déclare. Je ne veux excuser pers 
^ ïBsl A propos; mais combien ceux c 

95 regarde comme les anteors immédiats 

guerres sont entraînés eux-mêmes pai 
circonstances ! An moment précis amen< 
les hommes et prescrit par la justice , 
s''aTance pour venger l^iqoité que les I 
Çl tahts du monde ont commise contre M 

t/- terre avide de sang , comme nous l'avon 

tendu il y a quelques jours (1), ouvi 
bouche pour te recevoir et le retenir . 
son sein jusqiCau moment où elle devr 
rendre. Applaudissons donc autant q 
voudra au poète estimable qui s''écrie : 

f Au motodre iatérét quidiviie 
■ Gn hn.inpmlei mnjestit. 



D,g,t,.?(lb, Google 



SE SâmT-PÊTEHSBOinia. 

■ Belloniie porte b répoiue, 

■ Et loujonn la lalpdlre annonce 



Mais qae ces considéralioiu trèsioférienres 
nous empêchent point de porter nos re- 
•às plus haut. 

La guerre est divine dans ses résnitats qoi 
lappent absolument aox spécnlaLlons de 
raison humaine : car ils penveiU; être tout 
rérents entre deux nations , quoique l'action < 
la guerre se soit montrée égale de part et 
Qtre. Il y a des guerres qui avilissent les 
ions, et les avilissent pour des siècles; 
□très les exaltent, les perfectionnaat de 
ites manières, et remplacent même bien- 
, ce qui est fortextraordinjûre, les pertes 
imentanées , par un sorcrott viable de 
}ulation. L'histoire notU montre souvent 
ipectacle d'une population riche et croîs- 
Lte au milieu des combats les plus meur- 
!rs; mais il y a des guerres vicieuses, des 
irres de malédictions , que la conscience 
onnalt bien mieux que le raisonnement : 
nations en sont blessées & mort, et dans 
r puissance , et dans leur caractère ; alors 
is pouvez voir le vainqueur même dégra- 
, appauvri , et gémissant au milieu de ses 



D,g,t,.?(lb, Google 



35 LES soinftES 

tristes lauriers , tandis que sur les ter 
vaincn, tous ne trouverez, après qu 
moments, pas un atelier, pas une cl 
qui demande un homme. 

La guerre est divine par Indéfini 
force qui en détermine les succès. 
sûrement sans y réfléchir , mon cher • 
lier, que vous répétiez l'autre jonr la c 
maxime, qne Dieu est toujours poi 
gros bataillons. Je ne croirai jamais « 
appartienne réellement au grand hoi 
qoi on Tatlribne (1); il peut se faire 
qu*il ait avancé cette maxime en se joua 
sérieusement dans un sens limité et trè: 
car Dieu, dans le gouvernement ter 
de sa providence , ne déroge point ( 
de miracle excepté ) aux lois générales i 
établies ponr toujours. Âiasi , commt 
hommes sont plus forts qu"^ , cent 
honmies doivent avoir plus de force e 
tion que cinquante mille. Lorsque no 
mandons à Dieu la victoire , nous 
demandons pas de déroger aux lois géi 
de l'univers \ cela senût trop extravi 
mais ces lois se combinent de mille mai 



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DE SAINT-PÉTEHSBODRG, 3T 

se laissent vaincre jusqu'à un point qu'on 
: pent assigner. Trois hommes sont plu» 
rts qu'un seul sans doute : la [otiposition 
ïnérale est incontestable ; mais un homme 
ibile peut profiter de certaines circoDStan- 
15, et on seul Horace tuera les trois Curîaces. 
'n corps qui a plus de masse qitun autre 

plus de mouvement ; sans doute , si les 
tesses sont égales; mais il est égal d'avoir 
ois de masse et deux de vitesse, ou trois 
: vitesse et deux de masse. De même une 
■mée de 40,000 hommes est inférieure 
lysiqueraent à une autre armée de 60,000: 
ais si la première a plus de courage , d'ex- 
irience et de discipline , elle pourra battre 

seconde ; car elle a plus d'action avec 
oins de masse, et cVst ce que nous voyons 

chaque page de Thistoire. Les guerres 
ailleurs supposent toujours une certaine 
;altté ; autrement il u^ a point de guerre, 
imais je n'ai lu que la république de Raguse 
t déclaré la guerre aux sultans , ni celle de 
enève aux rois de France. Toujours il y a 
1 certain équilibre dans l'univers politique , 

même il ne dépend pas de l'homme de 

rompre ( si Ton excepte certains cas rares , 
-écis et limités ) ; voilà pourquoi les coali- 



r:,9,N..<i h, Google 



38 I-ES SOIIIÉES 

tion» sont si difBciles ; si elles ne Tétaient pw, 
la politique étant si peu gooTeroée par U 
instÏGe, tous les jours on s'assemblerait poai 
détruire une puissance ; mais ces projets réoa 
fiis9«nt pea , et le faible même leur échappe 
avec une facilité qui étonne dans l'histoire 
Lorsqu'une poissance trop prépondérante époo 
Tante TniÛTers » on s'irrite de ne trouver au- 
cnn moyen pour l'arrêter ; on se répand en re- 
proches «mers contre Têgoïsme et rinunora- 
litédescaHnetsqni les empêchent de se réunit 
pour conjurer le danger comman : c'est le cr 
qaVn entendit anxbeanx jours de Lonis XIV; 
mais , dans le fond , ces plaintes ne sont pai 
fondées. Une coalition entre plusieurs son- 
verainSf laite sur les principes d'une mo- 
rale pnre et désintéressée , serait nn mi- 
racle. Dieu, qui ne le doit it personne, el 
qui n'en fait point d'inutiles , emploie , poui 
rétablir l'équilibre , deux moyens pins simples: 
tantôt le géant s^égorge lui-même, tantôt iin< 
pqissancebien inférieure jette sur son chemir 
an obstacle imperceptible , mais qui grandit 
ensuite on ne sait comment , et devient insur- 
montalde; comme un faible rameau, arrél< 
dans le courant d'un fleuve, prodmt eufic 
an attérissement qui le détourne. 



..yGotn^lc 



DE SilRT-PJTEHXBODBa. 39* 

En partant donc de Thypothèse de réquî* 
fibre, da moînâ approximatif, qui a toujours 
Ëeo , ou parce que les puissances belligérantes 
sont égales , ou parce que les plus faibles 
eut des alliés , ccHubien de circonstances im- 
préraes peuvent déranger l'équilibre et faire 
avorter ou réussir les plus grands projets, en 
dépit de tous les calculs de la prudence fauh 
maine ! Quatre siècles avant notre ère , des 
oies sauvèrent le Capitole; neuf ^ècles après 
la même époque, sons Temperenr Amonlf , 
Rome fut prise f&r un lièvre. Je doute que , 
de part ni d'autre , on comptât stir de pareils 
alliés on qu'on redoutât de pareils ennemis. 
L''histoire est pleine de ces événements incon- 
cevables qui déconcertent les plus belles 
spécolatioDS. ^ vous jetez d'ailleurs un 
coiq> d'ceîl plus général sur le râle que jone 
à la guerre la puissance morale , vous conj 
nendrez que nulle part la main, divine ne 
se fait sentir plus ^vement à Thomme : on 
dirait que c'est un département , passez-moi 
ce tams , dont la Providence s'est réservée 
la direction, et d^ms lequel elle ne laisse 
agir l'homme que d'une manière à peu près 
mécamqne , puisque les succès y dépendent 
presque entièrement de ce qui dépend le 



D,9,t,.?(ir>,G0pglc 



40 LES SOIRÉES 

moins de lai, Jamaîâ il n'est averti plus : 
vent et plus vivement qa^à la goerre de 
propre nuUité et de IHnévitable poissa 
qui règle tOQt. C'est ropinion qui perd 
batailles , et c'est Topinion qui les ga^ 
Cintrépide Spartiate sacrifiait à la p 
( Ronsseau s'en étonne quelque part, 
ne sais pourquoi); Alexandre sacrifia a 
à la peur avant la bataille d'Arbelles. Cer 
ces gens-là avaient grandement raison, 
pour rectifier cette dévotion pleine de se 
il suffit de prier Dieu qu'il daigne ne 
nous envoyer la peur. La peur ! Charie 
se moqua plaisamment de cette épîtaphe ( 
lut eu passant : Ci-gtt qui n'eut jamais pt 
Et quel homme n'a jamais eu peur àam 
vie ? qui n'a point en l'occasion d'admii 
et dans lui , et autour de lui , et dans T 
toire , la toute-puissante faiblesse de c 
passion , qui semble souvent avoir plus d' 
pire sur nous à mesure qu'elle a moins de 
ti& raisonnables ? Prions donc ^ mons: 
le chevalier, car desthvous, sUl vous pi 
que ce discours s'adresse , puisque c'est i 
qui avez appelé ces réflexions ; {nions 1 
de toutes nos forces , qu'il écarte de ii 
et de nos amis la peur qui est à ses ord 



D,g,t,.?(lb, Google 



m SUHT-PÉlïBSBOnRG. 4Ï 

t qnî peut ruiner en un instant les plus 
lelies spéculations militaires. 

Et ne soyez pas efTarouché de ce mot de 
eur; car si vous le preniez dans son sens 
s plus strict , vous pourriez dire que la chose 
|uil exprime est rare , et qu'il est honteux 
le la craindre. Il j a une peur de femme 
Tii s'enfuit en criant; et celle-là, il est per- 
[lis t ordonné même de ne pas la regarder 
omme possible , quoiqu'elle ne soit pas tout 

fait un phénomène inconnu. Mais il y a 
me autre peur bien plus terrible , qui des- 
end dans le cœur le plus mâle ^ le glace , 
t lui persuade qu'il est vaincu. Voilà le flé:iu 
pouvantable toujours suspendu sur les ar- 
aées. Je faisais un jour cette question à un 
oilitaire du premier rang , que vous con- 
laissez l'un et l'autre. Dites - moi ^ M, le 
rénéral , qi£est-ce ifiHune bataille perdue ? 
e rCai jamais bien compris cela. Il me ré- 
«ndit après un moment de silence : Je n^en 
ois rien. Et après un second silence il ajouta: 
Test une bataille qu'on croit avoir perdue. 
tien n'est plus vrai. Un homme qui se bat 
ivec un autre est vaincu lorsqu'il est tué ou 
errasse, et que l'autre est debout; il n'en 
isl pas ainsi de deux armées : Tune ne peut 



D,9,t,.?(ib, Google 



42 LES s(na£ES 

être tuée, tandis que Tantre reste en pi 
Les forces se balancent ainsi que les mot 
et depuis sortoot que rinvention de la pou 
a mis plus d^égalité dans les moyens de à 
(mctioa, tme bataille ne se perd plus m; 
riellement ; c'est-à-dire parce qxi'il j a p 
de morts d'un câté qae de l'antre : ai 
Frédéric II , qui s'y entendait on peu , dis! 
^ Vaincre y c'est avancer. Mais quel est et 

^ qui avance ? c'est celai dont la consciei 

" . et la contenance font reculer l'autre. R 

^ pelez-Tous , M. le comte , ce jeune milita 

^ de votre connaissance particulière , qui v< 

peignait on jour dans une de ses lettrt 
ce moment solennel oùj sans savoir pourvu 
une armée se sent portée en avant , comnu 
elle glissait sur un plan incliné. Je me si 
viens que vous fûtes frappé de celte phra: 
qui e^nimç en effet à merveille le mom< 
dédùf ; mais ce moment écbappe tout à 1 
i la réflexion , et prenez garde surtout q 
ne s'agit nullement du nombre dana ce 
affaire . Le soldat gui glisse en avant a- 
compté les morts ? L'opinion est si puissa 
 la guerre qu^l dépend d'elle de changer 
nature d'un même événement , et de 
donner deux noms difiereiits, sans au 



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SK UINT'PfiTEBSDODBG. ^3 

raison qoe son bon plaisir. Un général se jette 
entre deux corps ennemis , et il écrit & sa 
conr : Je Pai coupé, il est perdu. Celui- 
ci écrit & la sienne : // s'est mis entre deux 
feuxf ii est perdu. Lequel des deax s'est 
trompé? celai qui se laissera saisir par la 
froide déesse. En supposant toates les circon- 
stances et celle da nombre sartoat , égales de 
part et d'«atre an- moins d'une manière ap- 
proûmative, montrez-moi entre les deox posi- 
tions one différence qni ne soit pas parement 
morale. Le terme de tourner est aussi nne de 
ces expressions,, qne Topinion tourne à la 
goerre comme elle l'entend. Hn^ a rien de 
si connu qne la réponse de cette femme de 
Sparte à son fils qni se plaignait d'avoir une 
épée trop coorte : Avance d'un pas; mais 
si le jeane homme avait pa se faire entendre 
du champ de bataille , et crier à sa mère : 
Je suis tourné, la noble Lacédérnonîenne 
n'aurait pas manqué de lai répondre : Tourne- 
toi. Cest rimaginalion qui perd les ba- 
tailles (1). 

Ce n'est ' pas même tonjoars à beaucoup 
près le jonr où elles se donnent qu'on sait 

(1) F.I gai prlmi ouituiun irAicumir, aculî. (Tic.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



44 LES SGlRfiBS 

si elles sont perdues ou gagnées : c'e 
lendemain , cVst sonrent deux on trois ] 
après. On parle beaucoup de batailles 
le monde sans savoir ce que c'est ; on esl 
tout assez sujet à les cODsIdérer comme 
points , tandis qu" elles couvrent deux ou 
lieues de pays : on vous dit gravement : ( 
ment ne savez-vous pas ce qui s^est passé 
ce combat puisque vous y étiez ? tandis 
c'est précisément le contraire qu'on pou 
dire assez souvent. Celui qui est à la d 
sait -il ce qui se passe à la gauche ? s: 
seulement ce qui se passe à deux pas de 
Je me représente aisément une de ces s( 
épouvantables : sur on, vaste terrain coi 
de tous les apprêts du carnage, et qui sei 
s''ébranler sous les pas des hommes et 
chevaux; au milieu du feu et des tourbij 
de filmée ; étourdi , transporté par le n 
tassement des armes à feu et des instrun 
militaires, par des voix qui commanc 
qui hurlent ou qui s'éteignent ; environn 
morts , de mourants , de cadavres mul 
possédé tour à tour par la crainte , par l\ 
rance , par la rage , par cinq ou six ivr 
différentes, que devient Thoinme? que 
il? que sait-it au bout de quelques hei 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE 5A1KT-PÉTEB5BODRO. 45 

ne pcnt-il sur lai et sur les aulres ? Parnù 
ette fonle de gaerriers qui ont combatta 
3at le jonr, il n'y en a sonvent pas un seul, 
t pas même le général, qui sache oU est 
î rainquenr. Il ne tiendrait qu'à moi de tous 
iter des batailles modernes, des batailles 
ameuses dont la mémoire ne périra jamais; 
£S batailles qui ont changé la face des affaires 
n Europe, et qui n'ont été perdues que 
iarce que tel ou tel homme a cru qu'elles 
étaient ; de manière qu'en supposant toutes 
îs circonstances égales , et pas une goutte de 
ang de plus versée de part et d'autre , un 
n autre général aurait fait chanter le Te 
')€um chez lui, et forcé Thistoire de dire tout 
e contraire de ce qu'elle dira. Mais, de grâce, 
quelle époque a-t-on tu la puissance morale 
Duer à la guerre un râle plus étonnant que 
le nos jours ? n'est-ce pas une Téritable ma- 
?e que tout ce que nous aTons vu depuis 
ingt ans? Cest sans doute aux hommes de 
iette époque qu'il appartient de s'écrier : 

Et quel tempe fut jamaù plut fcrlitc cd minclMt 

Mais , sans sortir du sujet qui nous occupe 
maintenant, y a-t-il, dans ce genre, un seul 
événement contraire aux plus évidents calculs 



D,g,t,.?(lb,GOOgk. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SiinT-FËTERSBOnBa. 47 

LE COHTB. 

Votre patrie, M. le sénateur, ne fat pas 
sanvée par de gros bataillons , lorsqa''au 
commencement du XYU' siècle, le prince 
Pajarslciet an marcbaud de bestiaux, nommé 
Blignîn, la délivrèrent d'an joug insuppor- 
table. L'honnête négociant promit ses biens 
et ceux de ses amis , en montrant le ciel à 
Pajarsld, qui promit son bras et son sang: ils 
commencèrent avec mille hommes, et ils 
réassirent. 

LE SÉITATEnB. 

Je sois charmé que ce trait se soit pré- 
senté à votre mémoire; mais rtiistoire de 
toutes les nations est remplie de faits sem- 
blables qui montrent comment la puissance 
da nombre peut être produite , excitée , affai- 
blie ou annulée par une foule de circonstances 
qui ne dépendent pas de nous. Quant à nos 
Te Deum , si multipliés et souvent si dé- 
placés , je vous les abandonne de tout mon 
cœur , M. le chevalier. Si Dieu nous ressem- 
blait , ils attireraient la foudre ; mais il sait 
ce que nous sommes , et nous traite selon 
notre ignorance. Au surplus , quoiqu'il y 
ait des abus sur ce point comme il y en 



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AS W» SOIBÉES 

a dans toutes les choses humaines , la roa< 
tume générale n^en est paj moins sainte et 
louable. 

Toujours il faut demander à Dieu des 
succès, et toujours il faut l'en remercier; or 
comme rien dans ce monde ne dépend plus 
immédiatement de Dieu que la guerre ; qu'il 
a restreint sur cet article le pouvoir naturel 
de rhomjne , et qu'il aime à s'appeler /e Vïeu 
de la guerre , il y a toutes sortes de raisons 
pour nous de redoubler nos vœax lorsque 
nous sommes frappés de ce Seau terrible; 
et c'est encore avec grande raison que les 
nations chrétiennes sont convenues tacite- 
ment, lorsque leurs armes ont été heureuses, 
d'eiqirimer leur reconnaissance envers le 
Dieu des armées par un Te Deum ; car je 
ne crois pas que, pour le remercier des vic- 
toires qu'on ne tient que de lui , il soit pos- 
sible d'employer une plus belle prière : elle 
appartient à votre église , monsieur le comte. 

LE COUTE. 

Oui , elle est née en Italie , à ce qui parait; 
et le titre ^Hymne ambroisienne pourrait 
faire croire qu'elle appartient exclusivement 
à saint Ambroise : ccpendnnt on croit assea 



D,9,t,.?(ib, Google 



DE SAinT-PËTERSBOUBQ. 49 

généralement , à la vérité sur la foi dMue 
simple tradition, que le Te Deum fat, s'il 
est permis de s^expiiiner ain^i , improvisé à 
Milan par les deux grands et saints docteurs 
saint Ambroise et saint Augustin , dans un 
transport de ferveur religieuse ; opinion qui 
n'a rien que de très probable. En efiet , ce 
cantique inimitable, conservé, traduit par votre 
église et par les comiiimiions protestantes , ne 
présente pas la plus légère trace du travail et 
de la méditation, n'est pomt une coOT/>o«(ion; 
c'est une effusion / c'est une poésie brû- 
lante , affranchie de tout mètre ; c'est on 
dithyrambe divin où l'enlhousiasme , volant 
de ses propres ailes , méprise tontes les res- 
sources de Tart. Je doute que la foi , l'amour, 
la reconnaissance , aient parlé jamais de lan- 
gage plus vrai et plus pénétrant, 

LE CHEVALIER. 

Vous me rappelez ce que vous nous dites 
dans nntre dernier entretien sur le caractère 
mtrinsèque des différentes prières. C'est un 
sujet que je ne n'avais jamais médité; et 
TOUS me donnez envie de faire un cours de 
prières : Ce sera un objet d'érudition , car 
toutes les nations ont prié. 



r:,3,N..<ir>,G00glc 



Ce sera un cours très intéressant et qd 
ne sera pas de pure émdîlion. Vous trouve- 
rez sur votre route une foule d'obserFatiom 
intéressantes ; car la prière de chaque nation 
est une espèce dlndicateur qui nous montre 
evec une précision mathémaliqae la position 
morale de cette nation. Les Hébreux ^ par 
exemple, ont donné quelquefois à Dieu le 
nom de père : les Païens mêmes ont fait grand 
usage de ce titre ; mais lorsqu'on en rieid 4 
la prière t c'est autre chose : vous ne trouve- 
rez pas dans toute TanliqDité proËme, ni 
même dans Tancien Testament , un seol 
exemple que rhomme ait donné i Dieu le 
le titre de père en loi parlant dans la prière. 
Pourquoi encore les hommes de Tantiquîté, 
étrangers à la révélation de Moïse , n'ont-ils 
jamais su exprimer le repentir dans leun 
prières? Ils avaient des remords comme nom 
puisqu'ils avaient une conscience : leurs grandi 
criminels parcouraient la terre et les men 
pour trouver des expiaUons et des ex^ùateun; 
lis sacrifiaient à tous les dieux irrités ; ils se 
parfumaient , ils s'inondaient d^eau et de 
sang ; maïs le aeur contrit ne se voit point 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DR SURT-PâTEBSBOTTHfi. 51 

jamûs ils ne savent demander pardon danc 
leurs prières. Ovide, après mille antres, a 
pa mettre ces mots dans la bouche de rhomme 
outragé qui pardonne an coupable : Non quia 
lu dignus, sed quia mitis ego; mais nul 
ancien n*a pu transporter ces mêmes mots 
dans la bouche da coupable parlant è Dten. 
Nous avons Tair de traduire Ovide dans la 
liturgie de la messe lorsque nous disons : 
Non œstimator merilî , sed veniœ largUor 
admitte; et cependant nous disons alors ce 
que le genre humain entier n''a jamais pa 
dire sans révélation ; car Thomme savait bien 
quHl pouvait irriter Bien ou un Dteu^ mais 
non qu'il pouvait toffenser. Les mots de 
crime et de criminel appartiennent i tontes 
les langues : ceux de péché et de pécheur a^up- 
partiennent qu'i la langue chrétienne. Faroae 
raison da même genre y tonjoars l^omme 
B pn appeler Diea père , ce qaà n'e]^rime 
qn*une rebtîon de création A de puissance ; 
mais nul homme, par ses propres forces , n'a 
pn dire mon père ! car ced est one relation 
d'amour , étrangère même aa mont ^nat , et 
qui n'appartient qn'an Calvaire. 

Encore une observation : la barbarie du 
|)euple hébreu est une de» thèses favoritei 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 

 



"52 T.SS EOtBfiBS 

âa XVUIe siècle ; il n'est permis (Taccorder 
k ce pei]çle aucune science qnelconqne : il 
ne connaissait pas la moindre vérîté physiqae 
ni asfronomiqae : pour Idî , la terre zi''était 
qa*nne platUude et le ciel qa^m baldaquin; 
sa langue dérive d'une autre, et ancone ne 
dérive d'elle ; il n'avait ni pfailosopfaie , ni 
arts , m littérature ; jamais , avant une époque 
très retardée , les nations étrangères nVtnt eo 
la moindre connaissance des livres de MoFse ; 
et il est très faux qae les vérités dMn ordre 
supérieur qu'on trouve disséminées chez les 
anciens écrivains du Paganisme dérivent de 
cette source. Accordons tont par complai- 
sance : comment se fait-il qae cette même 
nation soit constamment raîsonnaLle , intà'es- 
santé , pathétique, très souvent même sublime 
et ravissante dans ses prières ? La Bible , en 
général , renferme une foule de [bières dont 
on a iaiX un livre dans notre langue; mais 
elle renferme de pins , dans ce genre, le 
livre des livres, le livre par excellence et qni 
n'a pcnnt de rival , celui des Psaumes. 



Nous avons eu déjà une longue conversa- 
tion avec monùeur le chevalier sur le livre 



D,g,t,.?(lb, Google 



DK 5junt-p£tersboubc. 5$ 

ies psaumes ; je Vai plaint à ce sujet, comm» 
je voas plains Tous-même, de ne pas enten- 
dre TesclaTon : car la traduction des Psaumes 
que nODS possédons dans cette langue est un 
chef-d'œuvre. 



Je n'en doute pas : tout le monde est d'ac- 
cord 1 cet égard , et d'ailleurs votre suffrage 
me snflirait; mais il faut que, sur ce point, 
TOUS me pardonniez des préjugés on des 
systèmes invincibles. Trois langues furent 
consacrées jadis sur le calvaire : Thébreu , le 
grec et le latin; je voudrais qu'on s'en tint 
là. Deux langues religieuses dans le cabinet 
et une dans Téglise , c*est asses. Au reste , 
j'honore tons les efforts qui se sont faits dans 
ce genre chez les différentes nations : vous 
savez bien qu'il ne nous arrive guère de dis< 
puter ensemble. 

LB CHETAtlEB. 

Je TOUS répète aujourd'hui ce que je disais 
l'autre jour à notre cher sénateur en traitant 
le même sujet : j'admire un peu David comm» 
Pindare, je veux dire sur parole. 



D,g,t,.?(lb, Google 



Qoe dites-vous ^ mon cho" chevalier? Fi» 
dare n'a rien de commun avec David: le pre- 
mier a pris soin lui même de nous ap[ffendre 
y«V/ ne parlait qu^aux savants , et qu'il se 
souciait fort peu d'être entendu de la foule de 
ses contemporains, auprès desquels il n'était 
pas fâché d'avoir besoin dinterpr^es (t ) . Pour 
entendre parfaitement ce poète, il ne vons 
sofliraitpas de le prononcer , de le chanter 
même ; il faudrait encore le danser. Je voua 
parlerai on joiir de ce soulier dorique tout éton- 
né des nouveaux moovementâ que Im jH^scri* 
vait la muse impétueuse de Findare (2) . Md» 
quand vous parviendriez k le comprendre 
aussi parfaitement qu'on le peut de nos jours , 
Tons seriez peu intà^ssé. Les odes de Fin- 
dare sont des espèces de cadavres dont 
res|ait s^est retiré pour toU)onrs. Que vous 
importent les chevaux de ffiéron on tei 
mules dAgésias ? quel intérêt prenez-vous 
à la noblesse des villes et de leurs fonda- 
tieuis, aux miracles des ^ux, amc exploits 



(i;01}m[>. I1,t49. 



D,9,t,.?(i h, Google 



DB SAIHT-PÂTEEISBODHG. 3S 

des héros , aux amonrs des nymphes ? Le 
charme tenait aux temps et aox lieux ; aucun 
effet de notre imagination ne peut le faire 
renaître. U n^ a plus d^>jlyinpie, plus d'Elide , 
plosd'Alphée; celui qui se flatterait de trou- 
ver le Féloponése au Pérou serait moins ri- 
dicule que celui qui le chercherait dans la 
Morée, David , au contraire , brave le temps 
et Tespace , parce quil n*a rien accordé aux 
lieux ni aox circonstances : il D*a chanté que 
Dieu et la vérité immortelle comme Im. Jéru- 
salem n'a point disparu pour nous : elle est 
toute où nous sommes ; et c''est David surtout 
qui nous la rend présente. Lisez donc et 
relisez sans cesse les Psaumes, non, si vous 
m*en croyez , dans nos traductions modernes 
qoi scmt trop loin de la source , mais dans 
la version latine adoptée dans notre église. Je 
sais que Thébralsme, toujours plus ou moins 
visible à travers la Vnigate , étonne d*abord 
le premier coup d*oùl ; car les Psa'ames , tels 
que nous les lisons aujourd'hui , quoiqu'ils 
n'aient pas été traduits sur le texte, l'ont 
cependant été sur une version qui s'était tenue , 
elle-même très près de l'hébreu; en sorte 
que la difiîcnlté est la même: mais cette dïAi- 
cultécède aux premiers efforts. Faites choix 



DigJir^dhyGOOglf 



56 LBS SOIBCBS 

(Tan ami qui^ sans être hébraïsant, sôt po 
néanmoins , par des lectures attentives et re- 
posées , se pénétrer de l'esprit d'une lai^e 
la plos antîqae sans comparaison de toutes 
celles dont il nous reste des monuments , de 
son laconisme logique , plus embarrassant 
pour nous que le plus hardi laconisme grain- 
malical, et qni se soit accoutomé surtout d 
saisir la liaison des idées presque invisible 
chez les Orientaux , dont le génie bondissant 
n''enfend rien aux nuances européennes : 
vous verrez que le mérite essentiel de cette 
traduction est d^avoir su précisément passer 
assez [H^ et assez loin de i'iiébreu; vous 
verrez comment une syllabe , un mot , et je 
ne sais quelle aide légère domiée & la phrase , 
feront jaillir sous vos yeux des beautés du 
premier ordre. Les Psaumes sont une vérita- 
ble préparation évangêUque ; car nulle part 
Tesprit de la prière, qui est celui de Dieu, 
n'est {dus visible , et de toutes parts on y Ut 
les promesses de tout ce que nous possédons. 
Le premier caractère de ces hymnes , c'est 
qu'elles prient toujours. Lors même que le 
sujet d'un psaume parait absolument acci<^ 
dentel , et relatif seulement à quelque événe- 
ment de la vie du Rm-Frophète , toujours 



D,g,t,.?(lb,GOOgJC 



DB SAINT-p£TEBSBODB6. 57 

son génie échappe à ce cercle rétréci; ton- 
jours U généralise : comme il voit tout dans 
l'immense unité de la puissance qui l'inspire , 
toutes ses pensées et tous ses sentiments se 
tournent en prières : il n'a pas une ligne qu{ 
n'appartienne à tous les temps et à tons les 
hommes. Jamais il n'a besoin de l'indulgence 
qui permet l'obscnrité à Tenthonsiasme; et 
cependant , lorsque l'Aigle do Cédron prend 
son vol vers les nues , votre œil pourra me- 
surer au-dessous de lui plus d'air qu'Horace 
n'en voyait jadis sous le Cygne de Dircé (1). 
Timtdt il se laisse pénétrer par l'idée de la 
présence de Dieu , et les e:q>ressions les plus 
magnifiques se présentent en fonle à son es- 
prit : Oà me cacher , oit fuir tes regards 
pénétrants? Si f emprunte les ailes de Paurore 
et que je nCenvote jusqi^aux bornes de l'O- 
céan , c^est ta main même qui m'j' conduit 
et fj rencontrerai ton pouvoir» Si je m'e- 
lancedans les cieux^ Cy voilai si je m'en' 
fonce dans tabîme , te voilà encore (2). 
Tantdt il jette les yeux sur la nature , et ses 
transports nous apprennent de quelle manière 



{l)llalla fntcteian levataim Csaiimi, n 
<S)Pi. CXX\Vlil,7,9, 1U,tl. 



D,g,t,.?(lb, Google 

i 



58 LBS soiBËes 

Nous devons la contempler. — Seigneur., ditr 
il , tous m'avez inondé de Joie par te spectacle 
de vos oiivrofjcSj Je serai ravi en chasUasit 
les œuvres de vos mains. Que vos ouvraga 
sont grands , ô Seigneur ! vos desseins sont 
des abimes; mais Vaxeugle ne voit pas ces mer- 
veillei et Finsensé ne les comprend pas (1). 

S'il descend aux phénomènes particuliers , 
quelle abondance d'images t quelle richesse 
d'expressions t Voyez avec quelle vigueur et 
quelle grâce il exprime les noces de la terre 
et de l'élément humide ; 7^ visites la terre 
dans ton amour et tu la combles de richesses I 
Fleuve du Seigneur , surmonte tes rivages! 
prépare la nourriture de rhomme^ c'e»( Cordre 
que tu as reçu (2) ; inonde les sillons , va cher- 
cher les germes des plantes , et la terre, péné- 
trée de gouttes génératrices , tressaillera de 
fécondité (Z). Seigneur^ tu ceitidras rannée 
(fune couronne de bénédtclions ; tes nuées 
dtstilleront Fabondance (4) ; des tles de uef- 
dure eii^lliroïU le désert (5); les collines 

(1) Pi. xci.s.e, 7. 

(3) QamimaUartt pneparalio ejiit.0.W/ , 10.) 

(3) fn uiiticidiù ejia laiabiiur germinwu, le n'ai f iu l'idée d'an* 
plot belle expression. 

(4) Kabei nue tiiUûbaiapiaguiiintm. (19. Dcbr.) 

(5) Pingaeicml ipttiola dœrli, [ 13. } 



D,9,t,.?(ib, Google 



DE S&Orr-PtiTKHSBOimG. 59 

teront environnées d'allégressci les épis se 
presseront dans les vallées; les troupeaux se 
couvriront de riches toisons,' tous les êtres 
pousserorU un cri de joie. Oui , tous diront 
une hjrmne à ta gloire (1). 

Hais c'est dans un ordre plos relevé qaHI 
iàat l'entendre expliquer les merreilles de ce 
coUe intérienr qui ne pouvait de son temps 
ttre aperça qne par l'inspiration. L'amonr 
divin qni l'embrase prend chez loi nn carac- 
tère propbétiqne; U devance les siècles? et 
déjà il appartient A la loi de gr&ce. Gonime 
François de Sales oa Fénélon y il découvre 
dans le cœnr de l'homme ces degrés mjrsté- 
riatx (V)quij de vertus en vertus , nous me- 
nait jusqu^au Dieu de tous les dieux (3). 
U est inépuisable lorsqall exalte la doacear 
et Pexcellence de la loi divine. Cette loi est 
une leanpe pour son pied mat assuré , une 
lumière , un astre , qui téclaire dans les en- 
tiers ténébreux de la venu (4)/ elle est 
vraie , elle eH la vérité même t elle porte 
$a justification en elle-même ; elle est plus 



(I) Cbp-abm , aahn ^rxnnmi dicM. (1*.) 




(9) Atcauhnu In eonU no ditpomit. (IJtXXni, C.) 




(S) OkW 4b *fr«H Al iiMa«>, VHWtoir JtaBi dnnnN 


«s™..(»». 


Wavui.ios. 





r:,9,N..<i h, Google 



60 ï£& soir£b8 

douce que le miel , plus désirable que tor 
et les pierres précieuses; et ceux qui lui 
sontjid^esj trouveront une récompense sans 
bornes (i) ; illa méditera jour et luiit (2); 
il cachera les oracles de Dieu dans son cœur 
afin de ne le point offenser (3) / il s'écrie : 
Si tu dilates 'mon cœur. Je courrai dans la 
voie de tes commandements (4). 

QaelqaefoLs le sentiment qai Toppresse in- 
tercepte sa respiration. Cn verbe , qui s'avan- 
çait pour exprimer la pensée dn {sopfaète , 
s'azrèle snr ses lèvres et retombe sm- son 
cœor; mais la piété le comprend lorsqnll 
s^écrie : Tes autels , d died des Esrarrg (S) ! 

D^antres fois on Tentend deviner en quel- 
ques mots tout le Christianisme. Apprends- 
moi, dit-il, àjaireta volonté, parceque tu 
es mon Dieu (6). Quel philosophe de Tanti- 
qoité a jamais su que la vertu n'est que robèôs- 
sance à Dieu , parce qu'il est Dieu , et que 
le mérite dépend exclusivement de cette di- 
rection soumise de la pensée ? 

(i)Xvm,io, 11. 

(8) CXVllI, 97. 
(3)JUd., 11. 

(4) Ibid., 32. 

(5) Maria ftn, Douimviritibm /[LXKXIII, 4^ 
(6)CXL0,11. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAinT-PËimiSB0nB6. 6t 

U cooDaissait bien la loi terrible de notre 
natnre viciée : il savait qaerhommeerfconptf 
dans tiniqitité j et révolté dès le sein de sa 
mère contre la loi <//rine(1). Aussi-bien qne 
le grand Apôtre , il savait qne thomme est un 
esclave vendu à P iniquité qui le tient sous son 
joug, de manière qu'il ne peut y avoir de li- 
berté que là où se trouve tesprît de Dieu (2). 
Il s'écrie donc avec une justesse véritable- 
ment chrétienne ; (T'est par toi que je se- 
rai arraché à la tentation ; appuyé sur son 
bras je franchirai le mur (3) : ce mnr de 
séparation élevé dès Toriguie entre Thonmie 
et le Créateur , ce mur qnll Êtnt absolument 
franchir, puisqnll ne pent être renversé. Et 
lorsqnHl dit à Dieu : j4gis avec moi (4) , ne 
confesse-t-il pas , nVnsdgne-fril pas tonte la 
vérité ? D'une part rien sorts nous , et de 
Tautre rien sans toi. Que si l'homme ose témé- 
rairement ne s'appuyer que sur loi-même , 
]b vengeance est toute prête: Il sera livré 



(l)Si£iIfdWfhtf «ancfpftMnoR, cl M ptceaiU euittpil me m 
■MM- Ih ^0 Mitmd aal peccatoret d dkU; nrorarMl ai ml 
4LVn, 4.] 

(S) Hm. Xn, 14. II, Cor. ni, 19. 

ÇSibtDtomeO mutgrtdlar munm. (Pt.XVn, SO.) 

tt) Fae «Km. (LXXXV, 11.) 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 



62 LES soia£ss 

aux penchants de son cœur et aux rêves àe 

son esprit (1). 

Certain que rhomme est de Ini-mâme 
incapable de prier , Darid demande à Dka 
de le pénétrer de cette huile mystérieuse , àe 
cette onction divine qui ouvrira ses lèvres , 
et leur permettra de prononcer des paroles de 
louange et d'allégresse (2) ; et' comme il ne 
nous racontait qne sa propre espérience , il 
nous laisse voir dans loi le travail de Tinqii- 
ration. Xai senti , dit-âl , mon cœur s'échauf- 
fer au-dedans de moi; les Jlaimrtes ont jailli 
de ma pensée intérieure; alors ma langtte 
s'^est déliée , et j'ai parlé (3). A ces flammes 
chastes de Tamour divin , à ces élans sublimes 
d\m esprit ravi dans le ciel, comparez la 
chaleur putride de Sapho ou Tenthousiasme 
soldé de Pindare : le goût , pour se décider, 
n^a pas besoin de la vertu. 

Voyez comment le Prophète déchiffre lin- 
crédule d^an seul mot : // a refusé de croire, 
de peur de bien agir (4); et comment en 
un seul mot encore il donne une leçon terrible 



(I) Buai in adhigmlionibui rafi. ILX\X, 1 3.) 
(«) LXn , 6, 
(SJXXXVm,*. 
(4) XXXV, 4. 



D,9,t,.?(ib, Google 



DB SÀint-PËTBRSBOnRG. G3 

anx croyants lorsqu'U lear dit : Vous qui 
faites profession d'aimer le Seigneur, fuûsse» 
donc te mal (t). 

Cet homme extraonlinaire, enrichi de dons 
si |H^ieax, s'hélait néanmoins rendu énor- 
mément conpable; mais Texpialion enrichit 
ses hymnes de nouvelles beaolés : jamais le 
repentîrne parla an langage pins vrai, pins pa- 
thétiqae , pins pénétrant. Prêt à recevoir avec 
résignation tons les fléaux dn Seigneor (^) , 
il veut lui-même publier ses iniquités (3) . Son 
crime est constamment devant ses yeux (4) , 
et la douleur qui le ronge ne lui laisse 
aucun repos (5). An miliea de Jérosalem, 
aa sein de cette pompeuse capitale, desti- 
née i devenir bientôt la plus superbe ville 
de la superbe jisie (6) , sur ce trône où la 
main de Bien l^avait condott , il est seul 
comme le pélican du désert , comme ^effraie 
cachée dans les ruines, comme le passereau 
solitaire qui gémit snr le faite aérien des 

(i) Qui dOiffiU Domùmm, oditmiatim, ÇtCVi, 10,} Cerilùcr aili^ 
viDeiDml porlA idt ce leil^. Fif. » Iraduciion.) 
(9) XXXVII, 18. 
(S) JMf., 1S. 

<S) XKXVn, H, 18. 

(ff| Lmgt tbuittima arlriKm Oriewli», (Ilia. But, nat. V, tt.} 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



64 LES soiaéss 

palais (1). Il consume ses nuits dans les 
gémissements , et sa triste couche est inondée 
de ses larmes (2). Les fièches dit Seigneur 
Vont percé (3). Dès-lors il n'y a plus rien de 
sain en lui; ses os sont ébranlés (4); ses chairs 
se détachent; il se courbe vers la terre; son 
cœur se trouble; toute sa force l'abandonne; 
la lumière même ne brille plus pour lui (5); 
il n'entend plus; il a perdu la voix : il ne 
lui reste que tespérance (6). Ancnne idée ne 
saurait le distraire de sa doulear, et cette 
douleur se tournant toujours en prière comme 
tons ses antres sentiments, elle a qnelqoe 
chose de vivant qu'on ne rencontre point 
ailleors. 11 se rappelle sans cesse on oracle 
qu'il a prononcé Ini-méme : Dieu a dît au cou- 
pable : Pourquoi te mêles-tu ^annoncer mes 
préceptes avec ta bouche impure (7)? je ne 
veux être célébré que par le juste (8). La ter- 



Ci) Pi. Cl, 1-8. 
(î) VF, 7. 

C3) xxxvn, 3. 

(4)VI,Î. 

(5) xxxvn,4,e.i. 

(6) Ibid. 16. 

(7) PtccatoridixUDaa: Quart lu enarratjiaiiriiit méat jMosâUMit 
npwMHnmPpilJX.ie.) 

Mdecel collaHilalio. (XXXII, 1.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SUnT-I^TEBSBOUIlG. 6S 

reur chez Im 5ii mêle donc constamment à la 
confiance; et jusque dans les transports de 
raraour , dans l'extase de l'admiration , dans 
les plus touchantes effusions d'une recon- 
naissance sans bornes , la pointe acérée du 
remords se fait sentir comme l'épine à travers 
les touffes veniieilles da rosier. 

ËnfiUf rien ne me frappe dans ces magni- 
fiques psaumes comme les vastes idées du 
Prophète en matière de religion ; celle qu'il 
^x>fessait, quoique resserrée sur un point du 
globe , se distinguait néanmoins par un pen- 
chant marqué vers l'oniversalité. Le tenqile 
de Jérusalem était ouvert à toutes les nations y 
et le disciple de Moïse ne refusait de prier 
son Dieu avec aucun homme, ni pour aucun 
homme : plein de ces idées grandes et géné- 
reuses , et poussé d'ailleurs par l'esprit pro- 
phétique qui lui montrait d'avance la célérité 
de la parole et la puissance éfangélique (1 ) , 
David ne cesse de s'adresser au genre hu- 
main et de l'appeler tout entier à la vérité. 
Cet appel à la lumière, ce vœu de son cœur, 
revient à chaque instant dans ses subUmes 



(I) FcInciCer carrrtsenitûijw, (CXLVU, 15.) Daminia (tel itrbum 
naiigtliiamîbia. ÇL\ya. 12.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



€6 LBS SOIRÉES 

compositions. Poor rexprimer en nulle ma- 
nières , il épnise la langae sans pouvoir se 
contenter. Nations de tunivers , louez toutes 
le Seigneur ; écoutex-moiy vous tous qui ha- 
bitez le temps (1 ). Le Seigneur est bon pour 
tous les hommes , et sa miséricorde se ré- 
pandsurtous ses outrages (^l.). Son royaume 
entrasse tous les siècles et toutes les géné- 
rations (3). Peuples de la terre, pousses 
vers Dieu des cris d'allégresse; chantez des 
hymnes a la gloire de son nom; célèbres 
sa grandeur par vos cantiques ; dites à Dieu : 
La terre entière vous adorera; elle célébrera 
par ses caMiques la sainteté de votre nom. 
Peuples , bénisse* votre Dieu H faites reten- 
tir partout ses louanges (4)/ que vos ora- 
cles. Seigneur, soient connus de toute la 
terre, et que le salut que nous tenons de 
vous parvienne à toutes les nations (5). 
Pour moi, je suis tami, le frère de tous ceux 



(nOmnaipUmiUaHstmpvi. (XLvm,a.} CcUe belle npicMM 
«pparlienl Ji l'hébreu. La Tulgnle dil : Qui habim» orUm. Htiu 1 kt 



(2)CXLIV,g. 

f«]LXV[, 1,4, a. 
(S) LXVI, 3. 



D,g,t,.?(lb, Google 



DR susT-rtrasaornB, 67 

^td vous craignenty de tous ceux qui obser^ 
vent vos commandements (1 ). Rois , princes f 
grands de la terre , peuples tfui la couvre* , 
loue» U nom du Seigneur ^ car il tiy a da 
grand gue ce nom (2). Que tous les pet^>les 
réunis à leurs maîtres ne fassent plus qiiune 
famille pour adorer le Seigneur (3)! Nations 
de la terre , applaudissez , chaïUex , chante» 
notre roi t chantes, car le Seigneur est le roi 
de tumvers. CEUitTEz ATSC nmEUiGSircB (4). 
Que tOiU esprit loue le Seigneur (5). 

Dieu n'arait pas dédaigné de contenter ce 
grand déûr. Le regard prophétiqae du saint 
Roi, en se plongeant dans le profond avenir, 
voyait d^à rimmense explosion da cénacle et 
la face de la te.i*e roioavelée par TeffiBâon 
de l'e^HÏt dinn. Qoe ses eiqvessions sont 
belles et sortoot jnstes I De tous lespoints de 
la terre les hommes se uuomnBHMOiiT du 
Seigneur et se convertiront à lui; il se 



(() Pariieepi tgo h 

(M.(cxvai,6:(0 
(a)cxLvn, 11, 19, 

(<} ftolljtt ta^Mtr. (XLTI, 8. 

(B) Omnji ip'riUH lavdcf Bviàmcm. (CL. S.jCett la d< 



D,g,t,.?(lb, Google 



^$ LES SOIRÉES 

montrera , et toutes les familles kiimaines 

s" inclineront (1). 

Sages amis, observez ici en passant com- 
ment Vinfinie bouté a pa dissimuler quarante 
siècles (2) : elle attendait le souvenir de 
rhomme (3). Je finirai par vous rappeler un 
autre vœu da Prophète-Roi : Que ces pages , 
dit-il, soient écrites pour les générations fu- 
tures^ et les peuples qui u'existe/U point en- 
core héniront le Seigneur (Ay. 

Il est exaucé , parce qa*il n*a dianté que 
rEterael ; ses chants participent de rétemité: 
les' accents enflammés, confiés anx-cordes de 
satyre divine, retentissent encore après trente 
siècles dans tontes les parties de runÎTers. La 
syn^agogne conserva les psaumes; fEglise se 
hÂta de lés adopta* ; la poésie de toutes les 
natioDS chrétiennes s'en est emparée ; et, de- 
puis plus de trois siècles, le soirâl ne cesse 
d'éclairer quelques temples dont les voûtes 



(1) RrnlxlBCEKTDR Cl com'erlailiiT ad Dorninurn imiverâJliKi uttx • 
tl adorabual ia cmipeaa q'ui ontitei fmailiie genlimi. CXXI , 28.) 

(S)Act.XTn,3D. 

(5) Oui, Plaion, (u iii vrai ! Toula 1«s vcriléi sont diDs nous; eHo 
MDt NOUS , et lorsque rbomme croit les dccounir, il De bit que re- 
g»rd<rdans lui et dire oct t 

(4) Sctibamar harc in gmcralhnt alteri), r( (N>jiuJiii qui cn-nMnr, 
JauJabil Dommim. (h. CI, i!).) 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SJraT-ftTEUBOtntS. '69 

Rteotisseut de ces hymnes sacrées. On lei 
chante à Rome, i Genève , à Madrid, à Lo» 
dres, àQuébec, àQmto, à Moscou, &Pékia, 
i Botany-Bay; oa les mmmare »] Japon. 

I£ CEETiUBB* 

SaoricE-TouS' me £re pourquoi je ne me 
ressouviens pas d'avoir lu dans les psaumes 
rien de ce que vous venez de me dire ? 



Sans donte , mon jeune ami, je saurai vous 
le dire : ce phénomène tient à ht théorie des 
idées innées; quoique y ait des notions ori- 
ginelles communes à tous les hommes , sans 
lesquelles ils ne seraient pas hommes , et qui 
sont en conséquence accessibles, on plutôt 
naturelles i tons les esprits, U 8>n faut néan* 
moins qu'elles le soient toutes an même point. 
Il en est an contraire qui sont plus ou moins 
assoupies, et d'airtres plos ou moins domi- 
nantes dans chaque esprit; et celles-ci forment 
ce qu^on appelle le caractère ou le talent : or 
il arrive qne -lorsque nous recevons par la lec- 
ture une sorte de pâture spirituelle, chaque 
esprit s'approprie ce qui convient pins par6- 
cutièrement à ce que je pourtaîs' appeler jon 



D,g,t,.?(lb, Google 



79 us saattê 

tempérament inteUeduel^ et Iusm éckipper 
le reste. De U Tient que noog ne liiom pas 
du tout les mêmes choses dans les mêmes 
livres ; ce qnî anÎTe sartoot A TaïUTe sexe com- 
paré an ndtre , car les femmes ne lisent point 
comme nous. Cette difierence étant générale 
et par là même plus t*'«MFiMft , je vons invke i 
TOUS en occttper. 



La mot qoi nons sar|n«nd me rappeik , 
M. le comte, que Toosaories bienpa, pois- 
qoe Tons étiez « fort en train, noos rappeler 
quelque chose de ce que Dand a dit sur la 
nuit ; comme il s*en occupait beancoiq» , il en 
a beanconp parié , et toaionrs je m'altcandais 
que, pannî les textes saillants qui se sont pré- 
sentés à TOUS , il y en aurait quelqnes^ms sur 
la nuit: car c'est on j^udchafâtresnr lequel 
Sand est rerenn soDToit : et qui pourrait sl'en 
étonner?Voas le sarem, mes bons amis, la 
nuit est dangerense pour Thomme , et sans 
nous en aperceroir nons Taimons tous nn peu 
parce qa*eUe nous m^ À Taise. La nuit est 
une oompËce naturelle y4*n«fa>Tn™pn f. à Tordre 
de tous les vices , et cette complaisance sé- 
duisante fait qa^en général nous valons tous 



r:,9,N..<i h, Google 



DE SlOT-P^TEBSBODHa. 7t 

monu la nuit qne le jour. La hunière Inti- 
nûde le vice ; la niût Im rend toutes ses forces , 
et c'est la Terta qui a peor. Encore une fois , 
la nuit ne raut rien ponr Phomme , et cepen-' 
dant, on peut-être à cause de cela même , 
ne sommes-noos pas toiu im pea îdc^tres de 
cette facile dirinité? Qoî peut se vanter de 
ne l'avoir jamais invoqaée pour le mal 7 De- 
puis le brigand des grands chemins jiisqa^ 
celai des salons ^ qaxi homme n'a jamais dit : 
Fiecte^ precor^vuUus ad mea farta tuaa? 
Et quel homme encore n'a jamais dit : Nbx 
conscianovit? ha soàété, la famille la mieux 
réglée , est celle où. Ton veille le môns , et 
toiqonrs Textrëme coimption des mœurs s^an- 
nonce par Textréme abos dans ce genre. La 
nuit étant donc, de sa nature, matèsiiada^ 
mauvaise conseillère , de U vient que les 
fausses relig^ns Tavaient consacrée soov^it i 
des rite coupables, nota bonœse&etadeœÇX), 



Avec votre permission, mon cher ami, je 
dirai plutôt que la corruption antique avait 
consacré la nuit k de coupables ot^ , mais 



(1}J0TCD.,&1|. Tl.SIt. 



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J 



72 US I 

qae la religion antique D^avaît ptnnt de forf / 
ou n^n avait d'autres que celui de son im- 
puissance; car rien, je crois, ne commence 
par le mal. Elle avait mis , par exemple, les 
mystères que tous nommez sous la garde de 
b plus sévère pudeur; elle chassait du temple 
)usqu*au plus petit animal mâle , et jusqu'à 
la peinture même de Thomme; le poète que 
TOUS avez cité rappelle lui-même cette M 
avec sa gatté enragée, pour faire ressortir 
davantage mi eflroyable contraste. Vous voyes 
que les intentions primitives ne sauraient être 
plus claires : j^ajoute qu^aa jein même de 
Terreur , la prière nocturne de la Vestale sem- 
blait avoir été imaginée poor faire éqailil»«, 
un )9ur, aux mystères de la bonne déesse : 
mais le culte vrai devait se distinguer sur ce 
point, et il n'yapasmanqné. Si la nnit donne 
de mauvais consuls , comme tous le disiez 
tout à rhenre , il faut lui rendre justice , 
elle en donne aossi d^excellents : c'^est l'époque 
des profondes méditations et des sublimes 
ramsements : pour mettre à proBt ces élans 
divins et pour contredire aussi TinflueDCe 
funeste dont vous parliez, le Cbristîamsme 
s'est emparé à son tour de la nmt , et Ta 
consacrée à de saintes cérémonies qnHl anime 
par une musique austère et de puissants can< 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAIHT-fâTBBSBOUBG. 73 

tiques. La religion même , dàiu tont ce qm 
ne tient point aa dogme , est sujette à certains 
changements que notre panne nature rend 
inévitables; cependant, jusque dans les choses 
de pore discipline , il y en . aura toujours 
d'Invariables; par exemple , il y aura toujours 
des fêtes qui nous appelleront tous à Toflice 
de la nuit, et toujours il y aura des hommes 
choiûs dont les {âenses toîx se feront enten- 
dre dans les ténèbres , car le cantique légi- 
time ne doit jamais se taire sor la terre : 

Le jour «D jour le rappelle, 
UootinuiDOKeiUaint. ' 

LE SÉItATEna. 

Hélas ! qui sût si vous n^exprimez pas , 
dans ce moment da moins , un vœu plntdt 
qn^me Térité ! Combien le r^pie de la prière 
est affaibli, et quels moyens nVt-on pas em- 
ployés pour éteindre sa voix! Notre siècle 
nVt-il pas demandé à quoi servent les gens 
qui priera ? Comment la prière percera-t-elle 
les ténèbres , lorsqu'à peine il lui est permis 
de se faire entendre de jour 7 Mais je ne 
veux pas m'égarer dans ces tristes pressen- 
timents. VoDs avez dit tont ce qui. a pu m^é- 
chappo* sur la nuit , sans avoir dit cependant 
ce que David en a dit ; et c*est à quoi je 



,D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



'ii us «HRfiKS 

voadrais suppléer. Je tous demande i mon 
toar la permissioa de m^ tenir i mon idée 
principale. Plein d'idées qn'il ne tenait d'ancna 
homme , David ne cesse d'exhorter rhtmmié 
à suspendre son sommeil pour prier (1) : il 
croyait qne le silence auguste de la nmt {notait 
une force particnlière aux saints désira. Tat 
cherchéDieUy diX-û^pendiintla nuit, etfen^al 
point été trmnpé (2). AillemsildU: J'ai con- 
verxé avec mon cœur pendant la nuit. Je 
n^exerçais dans cette méditation , et f interro- 
geais mon esprit (3). En songeant d^autres fois 
à certains dangers qui, dans les temps antiques, 
devaient être plus forts qne de nos jours , il 
disait dans sa f»Dscience victorieuse : Sei' 
gneur , je me suis souvenu de ton nom , pen- 
dant la nuit, et fai gardé ta loi (4). Et sans 
doute il croyait bien que Tinfluence de la nuit 
était ré^vuve des ctieura , puisqnHl ajoute : Tu 
aséfmyuvêmoncœur en levisitantl&mùt (5). 



(1) Ht tmaitui txiotUu MaMtwAw tHtanem, tu. (Fi.CXXXfll, 

(S)DeoieEqaMMaNniitiuaMtt, ttnoumm ieapn». (LKXVI,S.) 
(3)JMiMlutJwiiiac)( am cordtmta, el atrtUatmr et tct^ttam 
ifiriam mtm. (LXXVI, 7.) 

(4) Mamor fia, tnttt, MomMi Kf, Dowte , « emieOM Ugat M»t 

tcxvni,5s.) 

(5) fMtatlinr ■«»,«( riilMtftNpcfr. (XVI, 3.) 



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2i^air de la nuit ne vaut rien pour Thomme 
natéiîel; les animaux nous rapprennent en 
•^abritant tons pour dcmnir. Nos maladies 
nous TapjH^nnent en sévissant tontes pendant 
la nmt. Pourquoi enrojes-vons le matin chez 
votre ami malade demander coirment il a 
passé la luiii , plntàt qne tous n*enT<^e& d&> 
mander le soir comment il a passé la jour' 
née ? n fout bien qne la nuit ait quelque 
chose de maurus. De là lient la nécesùté 
du sommeil qui n^est point fait pour le jour, 
et qui n'est pas moins nécessaire à l'esprit 
qu'au corps , car s^ils étaient Pun et Tantre 
continuellement exposés A Taction de cer* 
taines puissances qm les attaquent sans cesse, 
ni Ton ni Taotre ne pourraient vicre ; il &nl 
donc que les actions nuisibles soient susp«^ 
dues p&iodûpiemait, et que tons les deux 
aoteot mis poidant ces intervalles sons une 
iofluence protectrice. Et comme le corps 
pendant le sommeil continue ses fraictions 
vitales, .sans qne le principe sensible en ait 
la ccmsciaice , les fonctions vitales- de resjnit 
continuent de même , comme vous pouvez 
vons en convaincre indépendamment de toute 
théorie , par une expérience vulgaire , puisque 
l'homme peut a^««ndre pendant le sommeil , 



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76 ISS soiafiEs 

et savoir, par exeiiq>le, à son réveil, der 
vers ou IW d^oiie chanson qa*il ne saTsât 
pas en $*.endormant (1). Hais ponr que l''ana- 
l(^e fût parfaite, il fallait encore que le 
principe intellîgmt n'eût de même oncanc 
conscience de ce qoi se passe en loi pendant 
ce temps ; on du moins il fallait qalL ne loi 
en restAt aacone mémoire , ce qui rerioiî 
an même pour Tordre établi. De la croyance 
nniverseUe qne Thomme se trouve alors soot 
une inflnraice bonne et {vésaratrice naquit 
l'antre croyance, pareillement nnireiselle, 
jue le ten^ du sommeil est favort^ble aux 
commuitications divines. Cette opinicm, de 
quelque mamère qu'elle dcùve être mtendoe , 
s'appme incontestablement sur rEcritore sainte 
qui présente on j^rand nombre d'exemtJes dans 
ce genre. Noos voyons de plus que les Puisses 
religpons ont toujours professé la même 
croyance : car Terreur, en tournant le dos i 
sa rivale , ne cesse néanmoins d'en répàer 



(1) L^nterlocntetir Dorait pa ajoDter que nwniiDe ponèdedeiila k 
pouiair da ■'éiàllcr t peu prêt lAmneat i rbenre qu'il ^tsX pfaoilB 
i lui-mCme mal de ^eDdormir; phénom^ae in»! cdocttnl qn'ineifS- 
eable. Le MMiawit eu an do §raad> injMèrei de l'IiiiDime. Cdd ^ 
[a compicodrait wmil , ninBI I«s appvtnu» , pénétré Mot ka 

(JfcndtsrAUm.-.} 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



nt SAIHT-PâTBBSBOUBa. 7; 

tons les actes et toutes les Joctiines qa^elle 
altère sntrant ses forces , c^est-à-dire de ma- 
nière que le ^e ae pent jamais être mé- 
GomiQ , ni limage prise pour lui. Middleton, 
et d'autres écrivains dn même ordre, ont fait 
mie grande dépense d'éraditiou pour (HY)aTer 
que votre Eglise imite ttne foule de cérémo- 
mes païennes , re^Hroches qu'ils auraient aussi 
adressés à la nâtre , slU avaient pensé à nous. 
Tronq>és par une reli^on négative et par 
on cuhe décharné , ils ont méconnu les for- 
mes étemelles d'une religion positive qui se 
retronveront partoat. Les voyageurs modanes 
ont trouvé en Amérique les vestales , le feu 
nouveau, )a cîrcondsbn , le baptême, la 
confesùon , et enfin la présence réelle sous 
les espèces do pain et du vin. 

Dirons-nous que nous tenons ces mêmes 
cérémonies des Mexicains ou des Féruriens? 
Il Ëiut bien se garder de conclure toujours 
de la conformité à la dérivation subordonnée : 
pour que le raisonnement soit Intime, il faut 
avoir exclu précédemment la dérivation corn- 
mime. Or , pour en revenir à la nmt et aux 
songes j nous voyons que les pins grands gé- 
nies de Tantiquité, sans distinction, ne dou- 
taient nullement de importance des songes. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



78 ixs aaaisa 

et qu'Us Tenaient même s'endormir dam le» 
temples ponr y recevoir des oracles (1). Job 
nVt-il pas dit que Dieu se sert des songes 
pour avertir Chomme (2) : AT» QU*n. KS Rirtra 
JAMAIS? et David ne dtsait<il pas, comme je 
voos le rappelais toat i Theare , çue Dieu 
visite les cœurs pendant la nuit? PlatMi ne ' 
vent'il pas çu'on se prépare aux songes par 
une grande pureté ddme &. de corps (3) ? 
Hippocrate n'a-t-il pas composé an traité ex|H^ 
SUT les songes , où il s^avance jnsqa'à refuser 
de reconnaître pour on véritable médedn 
celni qni ne sait pas interpréter les songes ? 
11 me semble qn''on poète Istîn, Locrèce, 
si je ne me trompe (4), est allé pins loin pent- 
étre en disant que les dieux ^ durant le sosn~ 
meil , parlent h lame et à Pesprit. 

Enfin HarC'Anrèle ( je ne vods cite pas ici 
un esprit faible) non-seulement a r^rdc ce» 



et) 

CtUogaki, 

(VI^., Ai.VlI,90,BI.) 
(1) Smd ie^lwr Dau fei hcnriM id iptum non rtftài) per suwminM 
i» eltiont iKicncrnil,,,,. ui ava'iat kominem ab Ida qiux fadi. (lob , 
XXXltl,U,tS, IT.) 

(Z) CUtr.iUDivài.I,SO. 
(4)NoD : leicraeit deJuidnil. 

Br aNfmom ei menlem cNin qui M noete lofKcntMr.' 
(JuT. VI, 53n. ) 

(Nal« de r<-dilcv:) 



D,9,t,.?(i h, Google 



DB. SADrr-I^rBHSBODIIS. 79 

Gommanicatioiis nocturnes comme im £iît 
incontestable , maù il déclare de plus , en 
propres tertnes , en avoir été Tobjet. Que 
dites-vous snr cela, messîem^? Auriez-vous 
par hasard qaelque enne de soutenir que 
toute Tantiquité sacrée et profane a radoté ? 
que llionune n*a jamais pu voir qne ce qa''U 
voit , éproaver que ce qu^ éprouve ? qne les 
grands hommes qne je vons cite étaient des 
esprits fiables ? que 

LB CHBTALIEII. 

Poor mtù , je ne crois point encore avoir 
acquis le droit d^étre impertînait. 

LB SÉnATBim. 

Et moi , je crois de plus que personne ne 
peat acquérir ce droit, qui, Dieu merci, 
n^existe pas. 



Dites-mcn, mon cher ami , pourquoi vous 
ne rassemblerieE pas une fonle de pensées, 
d*un genre très élevé et très pen conmnm, 
qtû vous arrivent constamment lorsque nous 
parlons métaphysique on religion ? Vous pour- 
riez intituler ce recoeil : Elans pfùlosopki- 



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80 LES SOiaÉES 

{fîtes. U existe bien un ouvrage écilt en latin 
sous le même titre; mais ce sont des élans 
à se casser le cou : les vôtres , ce me semble , 
pourraient soulever rhomme sans danger. 

LE CHEVALIER. 

Je ^oas y exhorte aussi, mon cher séna- 
teur; en attendant, messieurs, il va m^arriver, 
par votre grâce , une chose qui certainement 
ne m'est arrivée de ma vie : c'est de m^en- 
dormir en pensant au Prophète-Roi, A vous 
rhonneur I 



ns DD SEPTISMB SIÏTaETIEn. 



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HOTES DU SEPTUSME ENTBETIEN. 



(Ib^ 3 • Celle grande eiIravagiBce hoiatiae aiccr^nergie que youe 
bùtauaaiuei.) 

• Si l'ou You» disait qae Ions les «hats Jud grand pays se sont »»- 
•embtéi par mil lien dans une plaine, elqu'upréa avoir miaulé tout leur 
taoul, ils te soiil jel^ »ec fureur lea une >ur Id autres, et ont jaué ea- 
(cmblR delà (leutet JelagnFIc; quedccelte mêlée it esldemuuréde part 
et Jaalre ncur à di\ mille clials toi la place , qiû Dut intecté l'air A 
diih'eues del pr Wr piu-iiiteur, ne diriez-Tous pas: > Vol 11 le plus 
• abominable sablât ilunl un ait jamais entendu parler ? i et si lei 
loups en disaient de même, queli liurlementsi quelle boucherie ! et 
■iles uni el les autres tous diwieni qu'ils aiment la gloire, neririea- 
Toui pas de tout Totre cŒur de l'iagénuilê de ces pauirea bêles T ■ 



(Page 13. Cest un de ces poinH oâ les liommcsoal clé eonttani' 
ment d'accord el le seront toujouri.) 

Ljcurgac prit des Egyptiens sonidée de séparer les gens de giierm 
du reslc des citoyens, et de inclire i part les marcliands , artisans <!t 
gens de mélier ; au mojCD de quoi il e'iablil une cliosc publique ïéri- 
tahlemenl noble, netle el gentille. ( Piiri. In Lge., cap. Vide ta Ira- 
daclirin fAïu/ol,) 

et parmi nous encore , une famille qui n'a jamais porté les armes , 
quelque mérite qu'elle ail acquis d'ailleurs dans toutes les fonctiani 

u, 6 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



"82 BOTES 

ci»ilo les plus honoraUo , ne sera jjuiiais veritabl m 
gniille. Toujoun il loi manquera quelque cbose. 



( Page 1 5, Je ne wi« rien d'BUMi dur pour le bon ren« qm «"<< 
pu gopllittiquer.) 

L'erreur, pendïBl tout IcderniBTHècle, fut une espèce Je nlip* 
que les pbiloEoplii^ profeajéreni et prédicrent baolemenl «mok *» 
apitre. araient p^tessé et prfché 1» mérité. Ce D'e»l pas que ««pU'- 
sopliesaieoijalaîliBélédcboiiQeriH 1 c'fitlaueoulrairewqBilW 
toujours et Tlriblementmanqué.Cependanl il» étaienl<»D*eniB.cii^ 
les anciena aupins , de ne jamais rire en se r^ardaot, et ik «irttw* 
auni-bieuque la chose rat possible, raudaceà h place de U pw» 
HOO. Voici un passage de Boiilesquieu bien propre i tiire f" 
force de cet esprit général qui commaodaîl à tons lesAn^'f- 
tei fort ife Iniwrnre, dit-il,«m( «ii» çff rfn-roenfmiïi»"'*'' 
contlilulùm di noire éirt i pour les cimnaitrebim,U faalm»âie« 
Aomne maM r<-iablii»ematt det lodéitl : la loii àt la mW* "*** 
tellei q\fil recetrail dans tm rtarporeil. (Espr. de» lois , li'- H.) 

AiDM lei laû nalurtUa, pour ranimai poliiiqiit * rtliçit*' l •"^ 
«iKHriilole), rtériTeol d'un «al BPtérieuritouteaswcàw'"^"' 
idigteoK 1 Je »uii, toutes les (oia qu'il ne s'agit p«* de MjW """^ 
raleurnsscE tranquille de Montesquieu ; cependant ,jj«>bJ' 
persuaderai qu'il ail écrltsérieusement ce qu'on Tient de liK' 
toul simplNnent qu'il récitait «on Otdo , comme uni JiaWi 
bout dei Wrre», pour élre Wté par les frères , cl pcot-*!™ "^^ 
ae pusebroulileiaTecles iDquUiteuri,carcsu>deran«'a' 
naieni pas de son lempa> 



(Page 20. lamaa il n'auislail 4 la mesie daiuiecan'P'''"' 
quelque mousqurlairi!i»mmunicra»ecla|i|[jïgr"iilciyi'"'' 

■ Je «ous ai prié du lieulenaBt de la compiE"" ** ^] |^ 
- qui fui lue. Vous ne serei pcul-élre pas CWIto de a"»' 1"" ^ 
•• irouta unrilice sur le cor[B. !l i'Hiii d'une pli lé ««e"'''"'' ' 



D,9,t,.?(i h, Google 



TrtJ SEPTIÈME ENTRETIBII. 83 

■ rnSma 1a!t aw déniioiu le jour d'auparuaat. On dit qoe, duM ceU* 
«compaguie, îlTadeigeDir«rtriglé».Pauroiaj}«n'enteDdiBuira 
« desiciHU <kn« Isounp qui ne *ait tiam pr qudqas mauiqae- 
« tiire, Dt où il li'j ea lit qaelqi^na qmi ouamanie de la aianUn da 
• numde b p1uB&ii£aLile.i>(JJDcà(il SofifUii, «w amy don»! ffajwii', 
IBBa.O£wru, «dft. di Ceq^yji, Puiii, 180S, um. Vn,pa(.S79, 
JcuroXHL) 

T. 

{Page SI. One croix amére, loatepropreiledéodier chi monde.) 

■ J'ai Été afDigé de ce que tous ne •eiriei pu ; mais tfat un dessein 
« de pore miséricorde pour mat déUcIicr du monde et pour Ton> n- 

■ mener ï nue no de pure foi, qui e>l une OKrt sans reliche.i ( 0£»- 
tni^riLdeFatOan, in-li.btm.IT, LennCUUX,pag.lTI,t7S4 

VL 

(PsfeSl.El que dîronKieQi de (««CEàCTiqiû madame OsTia, 
etc.) 

■ Il ne faut pas i«ib rendra iiagulier ; tunsi ne nu liùtei pai naa 

■ afCÛN de perdre qnelqudÎMi la aiesae le» joan ootrien , orMM 4 

■ ranMs. Tuai ce qnieal da votre étal otordie de Dieu pour ma. ■ 
(OEantt <kMMdanfC>v*H, tem. XXKIV; toss, XldM isnywekris 
HmntMipkit., lettre XVr.pat- U. Loadrea, 1T6S, iu-IS.) 

VU. 

(Pi^97. Le titre de Duo aaaaaHtn brille t bmlM ici pogeide 
FEcrituie-SùnLe.} 

Vanaron a dit dam t'oraiMa ranèbre de Turenne , au oummence- 
meot de la première partiel > Preaque tout let peuples de la terre , 

■ quelque diETérenta dlinmeur et JiodinatioD qu'ils aient pu dtre, 
« tout cuDtmn e> ce poiat d'auacher le premierdagri de la glaire i 
sU pnilesûon des umea. Cependant ai ce sentiment n'était aj^jé 

■ que sur ropinioa dca hommes, on pourrait le regarder comme uno 
« cneur qui aludoé tous les esprits. Hais qoelquediose de plot réel 
to«t de pins ittUde me détermineU-dafiu^etii mat tommes tioi»- 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



'84 NOTES 

« pis dam la nnbln idée que nous nous formons de in gloire ilra eol^ 

• quints , jTîindDieu I j*o»e prcsqoedire que c'est tous qui noo» 

■ avez Iroiupél. Lo ping auguste dei tiln-s que Dieu le donne à lui' 

■ méiDP, n'eal-ce pu celui delhiD ne» AantEiTelc, do 

Mais<|iri n'admirenit la luignsc d'Honiére, qui faisait direÂBOD Ju- 
piter, it japrèsde mis Qiilleans : .U.' qnelo hanonaacaaenl Ua 
dieux injuiltnenl ! Ib disent que les mou; bur rûnmtat de nom, tandh 
que c'en uaiqaemenlpar lean crimet qtfilt te rendent mofArumu; plia 
qi/(b tu devraient litre. — Dison»4)iHu niîeui ) Je prie qu'où bne 
allenlion i \'»Kip (lOfoy ( Odyu. 1, 32.) 



(?Dge 34. La terre , avide de ung , ouire h boaclie poat le rcce- 
iDir et le retenir dans son sein jusqu'au momeat où elle dena le 
rendre.) 

I«aîc, XXVI.Sl. Gen. IV, II. Dauali tragédie grecqned'OreMe , 
Apollon dûclare : <■ Qu'il ne faut point l'on jircndre i HétcDe de la 
« guerre de Troie , qui a ooAté û cher aui Grecs ; que la beauté de 
■ celle feinine ne fut que l« uiojen dont le* dieoK m >er«îi«at pour 
« allumer la guerre entre deu» peuple» , il faire couler It lang qtd 
• démit purifier taretre, eoinlbre par le dibordemenl de lOBi Ici crimei.* 
{Moîkwol, pour ToaniB kiitoiâllHre*.)'Eiirip., Orest. V, 11)77-90. 

Peu d'auteurs anciaus se moalrenl plus venài qu'Euripide dans 
loua les dogmes de la lliëologie auiique. Il a parlé comme Isaîa , et 
Hahonwt a parlé comme lun et faulre : Si J>feii , dit-^l , rf devait pas 
talion mnlrt nation, la terre lerailenlièrenient corrompue. ( Alcoran , 
dléparledici. Wili. Jones ; liîst. de Thoina»-Kouli-Kliau. WorU, 
In-I", tom. V, pag, 8.) fat est a ab Imie donri. 

IX. 

(Page 33. Ceslle cri qu'on entendit aux beaut jours dnLooiiXIV.) 

Voici ce qu'écrivait Botingbroke au suji.'l de ta guerre lenDÎnéc par 

ta paîideNim^gue, en 1679 : ■ LamiséraHcconduilcdn rAutrichr, 

H la pauvreté de quelques princes de l'empire, la dcsanion cl. poui 

4 parler dair, la politique mercenaire dvtousccs princca ; en un mot 



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DU SEPTIËHE ENTRBTIEn. 8!} 

» lea ma étroites , le* tauuei notioiu , et , pour m'eiprimcr Mcors 
« aussi (rADchenieiil aor ma lutioa que aur la aulre«, la scélératcue du 

■ cabinet anglais, n'empfchérent pas seul cmenl qu'on ue mit de*bur> 

■ nç à cette paiwaoce, mais l'élmérent 3i une force presqu'iosurmoa- 

■ table i loule coalitioD (ulure. s ( Belingbrokif» txllen m Oitttaàs 
nnduMo/Aûfory, Bile, 1788, ia-8°, Lellre VIII, pag. t&4. ) 

Ea écrivant ces lignes , Buliiigbroke k doutait [mu qu'en uu clin 
tl'ceil les Hollandais rouleraieDt'aiii pieds Louis XIT t Gcrlruideobei^, 
et qu'ils seraient te meud d'une coalition fonaîdable qui si^ait brisée 
à son fanii par uoe puissance du second ordre : On gant et un mrr* 



(Page S9. Sous rempereorAraouir, Rome Tnlitriie parmi lléfre. 

L'empereur Arnouir disait le siège de Home : un lièvre qui s'était 
jclé daos le camp de ce prince ^'écliappe es courant da dUà de U 
ville ; les soldats le pourguivunt aicc de fpnodj cria , les assidus, qui 
se crurent au moment d'un axsant général , pentireni la tête i-l prirent 
Li fiiite, on se précipitèrent du haut des remparts. Arnonlf, profitant 
de cette terreur patiirjne , s'einpu^ du h ville. ( Laitpi-., fdtl., Ih I , 
dap. 8.) Huralori ne croit pas trop ^ ce (ait, quoiqu'il nous ail élé ra- 
conté par un auteur coniemporain. {lluralori Am.â'lialiii J ann, 
DCCCXCPl, iit-4% tom. ^,pag. SIS. }Jelecroi4( ^pcadanlaussi 



(RigGTl.Le poète que nus a*ci cité rappeHc lui-mâme cette loi. 



(JuvGU.,Kit. VI, 338,311.) 



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16 



(KjeTS. Le ChrisdaniBBe l'est emparé il mii tour de baoit.eft^T 






Qd il rtmlU ■• Ma fa"» Imna Jht^ 



ll^n Jgw « HB «In • lu i n il loin Gai 

(Voyez t«s^JltnK!ida BrérâûreromtÙD ,liadiiîEe9pirlKiiie,dana 
tct oniTra mtliei decegrapd p>Ate.}Celai qni<roadnmiiiacalîoD 
entijer quelqne cboie dani ce genre , en apparence si nmple el ù h- 
cUe, «pprendia deiu thnan en jetant la plume: cetjue^citqae b 
prière , et ce que c'eit qne le telent de Itackie. 

Ml. 

(Ptge77. Les njageoTi modernes ontiroaTJen Amérique les tm- 
lales , le feu noaTcan i la circondsion , le bapttee , la conTeuioa , et 
enGo la procntt r/ellt sons les t^èeet dapabt et du vin.) 

nien n'est plui vrai que cetlQBnertion.F<^. les Ixiltres amiricaïnc» 
4c Carli-Rubli, in4%tom. I , leurcs, 4, 5, 6, 9. 



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DU SEJ-nî-ME EJtTUETlEN. 8T 

Au Km», lo nuiriM caoïBUit dana le Conçu ou pain «fUMiii, 
el •laui VJca ou liqueur sacrée , doai le* priires et Ui lucu baTMot 
uueporiioaapria Itcârumoaie. (Hid-i 1. S.) 

■ Les Houcaias rormaiuat ana image ds leur idde bh pUe de luI* 
■ qa'iU EusùeDt cuire oanme un ptin. Après l'aroir poriie ea pro- 
a cesstoa et rapportée dans le lemple, lepràlnla rgaipaîtelladialn' 
> buail an wmlanls. Chaammtaigeaii loanioratau, et $e eroiNili 
• ianellfit aprii avoirmangt mm Oùv.» (Rayiuil, Hisl. phQ. et pol., 
eicliT. VI,) Carli a tori de ciler cetrailsans le nMMiidre signe de 
déiapprobaliou. (Ibid,, 1,9.) On peutobserrcrici en ptusantque les 
mécréaDtsd a dernier liéole, Vollaira, Hume, Prédérielit Ilajnal,ele.> 
se sont oilr£[nemei]t smnsés i ooui faire dira ; Qne nom mangeoni 
Hoire Diea apréi f avoir faiii ^h'iuk oabUt deeitiu Pieu , ele. Ils oiil 
irouYË un mojen inFaillible de noua rendre ridîculm, e^l de noua 
|irjler leurs propres pensées ; niais eetle propoiilîoni U pain al Ditu, 
tiimbe d'éH^mémepariapnpn otwinlJM.^osMietiBîil. des Variât., 
Il, 3.) Ainsi tous les boulToat po«ii)fe*aMt l>i«a k»maUte> d« baltta 
Fair lanl qu'ils Tcudmal. 



(Page 78. nippocraie n'a-I-il pas compilé un rraili cifti» sar Ici 
aungrs, etc. etc.) 

Hijipocrate ilil dans ce Imité : Que tout hommt ijid jugt bien des 
tiipiet donnéa par ta ïonijei en lenlira l'eili-tme mponnnte; et il dé- 
cide ensuite d'ilne Diauiére plus gén^TsIe que la mémoire deriulerlo- 
tuteur ne lui [Sppdail : Qia finlelUgatet da amga al une grande 
fortkdeia lagrue. Ciiit oû« ifurrznt x^Iviit tsiu» Ôfùii(, /tiyti 
liian inliimtai leflm. (Hipp. de Somn. pp. Edtt Van dcr iJnJcn. 
Tom. I, «ap. 3, !■ fiu. p. 65B. ) Je ne connais aucun antre texte 
rf'Uippocrate qui se rapporte jJus dtrecicmeiil au lujci. 

(JiatedetEditeur.) 

XV. 

(T^c T8. Enlîn, Harc-Aun'lc a regardé ces commnnieations noc' 
liirni-s comme un làil iiiconlesiiiLiu ; insisi' ii . 

Oii lit pn «(Tel ceci dans 'es inlleites de ce grand personnage : Ls* 



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88 HOTES 

4lieax oTif b boMt àt donner tna homnua , par Ut itmget et par te* 
«ra^tt ,la tcwrt iam ihcnl btMobt.Vne gnmàtnanpie datolnde^ 
dtm pour mDi,<fttt qvii,dinuma tonga, ib afonl etiuigné iarc- 
mèda pour mti maux, partiaditrenmîpOBr ma verliga M mon cradie- 
ment de tmg, camw II nfarrica a Gaeic a d Cbryie. (Pensée* da 
Hufr-Anrtle, In. 1 , û fia^ Ut. IX , § ÏT.)r 



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HUITIEME ENTRETIEN. 



LE CHEVALIER. 

Trotjvez bon , messieurs, qu'avanldepour- 
suivTe nos entretiens je vous présente le pro- 
cès-verbal des séances précédentes, 

LE SÉNATECH. 

Qu'est-ce donc que vous voulez dire, mon- 
sieur le chevalier? 

LE CHEVALIER. 

Le plaisii;' que je prends à nos conversa- 
tions m'a fait naître l'idée de les écrire. 
Tout ce que nous disons ici se grave pro- 
fondément dans ma mémoire. Vous savez 
que cette faculté est très forte chez moi : 
c'est un mérite assez léger pour qu'il me soit 
permis de m'en parer; d'ailleurs je ne donne 
point aux idées le temps de s'échapper. Cha- 



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90 LES SOIRÉES 

que soir avant Je me coucher, et dans le 
moment où elles me sont encore très pré- 
sentes, i''arréte sur le papier les traits princî- 
pacK, et pour ainsi dire la trame de la con* 
versation ; le lendemain )e me mets an travail 
de bomie heure et )*achèTe le tissu ^ m'appli- 
quantsurtont à suivre le fîl do discours et la filia- 
tion des idées. Vous savez d'ailleurs qneje oe 
manque pas de temps, caril 8''en faut que nous 
puissions nous réunir exactement tons les jours; 
jeregarde même comme une chose bnpossible 
que trois personnes indépejidantes paissent , 
pendant deux ou trois semaines seulement , 
faire chaque jour la même chose , à la même 
heure. Elles auront beau s''accorder, sept)- 
mettre , se donner parole expressément , et 
toute affaire cessante , toujours il y aura de 
temps à autre quelque empêchement insor- 
iiiontable, et souvent ce ne sera qu'une baga- 
telle. Les hommes ne peuvent être réunis 
pom* on but quelconque sans une loi ou une 
régie qui les prive de leur volonté : il faut 
être religieux ou soldat. J'ai donc eu plus de 
temps qu'il ne fallait, et je crois que peu d'i- 
dées essentielles me sont échappées. Tous ne 
me refuserez pas d'ailleurs le plaiùr d'enten- 
dre la lecture de mon ouvrage : et vous com- 



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DE SAmr-PÉTBBSIIODRrr, 91 

prenctez , k la largeur des marges , qoe j*ai 
compté sac de Dombreoses corrections. Je 
me sois promis une véritable jouissance dans 
ce travail commun; mais je vous avoue qu^ii 
m'imposant cette t&che pénible, j'ai pensé aux 
antres plus qu'à moi. Je connais beaucoup 
d^faommea dans le monde , beaucoup de 
jeunes gens surtout , extrêmement dégoûtés 
des doctrines modernes. D'antres flottent et 
ne demandent qu*i se fixer. Je voudraîa leur 
communiquer ces mêmes idées qui ont oc- 
cape nos soirées, persuadé que je semis utile 
à quelques-uns et agréable au moins à beau- 
coup d'antres. Tout homme est une espèce 
de tôt pour un antre , et rien ne l'enchante , 
lorsqu'il est pénétré d'une croyance et à me- 
sure qu'y en est pénétré, comme de la trou- 
ifer chez l'homme qu'il estime. SU vous sem- 
blait même que ma plume, aidée par une 
mémoire heureuse et par une révision sévère , 
eût rendu fidèlement nos conversations , en 
vérité je pourrais fort bien faire la folie de 
les porter chez l'Imprimeur. 



Je pois me tromper , ninis je ne croîs p:i9 
qu'un tel ouvrage réussit. 



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LB CHBTALIEa. 

Pourquoi donc , je tous en |«ie ? Vous mé- 
disiez cependant, il y a peu de temps : qu'une 
conversation valait mieux qu^un livre, 

LE COHTE. 

Elle vaut mieux sans doute pour s'in- 
struire , pukqii'elle admet rintemipUon, Tin- 
terrogation et Texplicatlon ; mais il ne s^en- 
suit pas qu''elle soit faite pour être impri- 
mée. 

LB cbstalub. 

Ne confondons pas les termes : ceux de 
conversation, de dialogue et d'entretien ne 
sont pas synonymes. La conversation dira- 
gue de sa nature : elle u*a îamais de but an- 
térieur; elle dépend des circonstances ; elle 
admet nn nombre illimité d'interlocuteurs. 
Je conviendrai donc si vous voulez qu^elle ne 
serait pas faite pour être imprimée , quand 
même la chose senût possible , à cause d^m 
certain;)^/6^m^/e de pensées, fruit des transi- 
tions les plus bizarres, qui nous mènent sou- 
vent à parler , dans le même quart d^faeure , 
de Texistence de Dieu et de l'opéra-comique . 



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DE SAINT-PATEBSBOUafr. 93 

Mats Yentretien est beaucoup plus sage ; il 
suppose iiD sujet , et si ce sujet est grave , U 
me semble que l'ealretien est subordonné aux 
régies de Tart dramatique , qui n'admettent 
point un quatrième interlocuteur (t). Cette 
régie est dans la nature. Si nous avions ici 
un quatrième, il nous générait fort. 

Quant au dialogue , ce mot ne représente 
qu'une fiction ; car il suppose une conversa- 
tion qui nV jamais existé. Cest une oeuvre 
purement artificielle: ainsi on peut en écrire 
autant qu'on voudra ; c'est une composition 
comme une autre , qui part toute formée , 
comme Minerve, du cerveau de l'écrivain; et 
les dialogues des morts, qui ont illustré plus 
d'une plume, sont aussi réels, et même aussi 
probables , que ceux des vivants publiés par 
d'autres auteurs. Ce genre nous est donc ab- 
solument étranger. 

Depuis que vous m'avœ jeté Tun et l'anfre 
dans les lectures sérieuses , j'ai lu les Tuscu- 
lanes de Cicéron , tradmtes en français par 
le président Bonhîer et par l'abbé d'Olivet. 
Yoilà encore une œuvre de pure imagination , 
et qui ne donne pas seulement l'idée d'un 

{l) Kec qiHirla liquiptr>malatorti.{iiot,i 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



 



D4 LES SOIHfiKS 

entrelica réel. Cicéroa introduit on audîteor 
qu'il désigne tout simplement par la l^tre Â: 
il se fait faire une question pfo* cet anditenr 
imaginaire, et lui répond tout d'une haleine 
par une dissertation régiUiére : ce genre ne 
peut être le nûtre. Nous ne sommes point 
des lettres majuscules ; nons sommes des êtres 
très réels, très palpables: nous parlons pour 
nous instruire et pour nous consoler. H n^ 
a entre nous aucune subordination; et, mal- 
gré la supériorité d'âge et de lumières, tous 
in''accordez une égalité que je ne demande 
point. Je persiste donc i croire que si nos 
entretiens étaient publiés Bdèlement , c'est-&- 
dire avec tonte cette exactitude qui est pos- 
sible.... Vous riez, M, le sénatsur? 



Je lis en eflet , parce qu'il me semble que, 
sans TOos en apercevoir vous argumentez {mis- 
samment contre votre projet. CommetUipoc^ 
rïez-vous convenir plus clairement des in- 
convénients quHl entraînerait qu^en nous en- 
traînant nous-mêmes dans une conversation 
snr les convosations? Ne vondries-vous pas 
aussi l'écrire, par hasard ? 



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VE SAir^T'PÉTEIlSBOUnO, 9S 

LK ClIEVAUBIt. 

Je n'y manquerais pas , je rous assure , si 
je publiais le livre ; et je suis persuadé que 
personne ne s'en Hîcherait. Quant aux autres 
digressions inévitables dans tout entretien 
réel , j'y vois plus d^avantages que d'inconvé- 
nients , pourvu qn^elles naissent du sujet et 
sans aucune violence. Il me semble que tou- 
tes les vérités ne peavent se tenir debout par 
leurs propres forces : il en est qui ont besoin 
d'être, pour ainsi ^e,JIanquées par d'autres 
vérités, et de là vient cette maxime très rraie 
que j*ai lue je ne sais oii : Que pour savoir 
bien une chose , (7 fallait en savoir un peu 
mille. Je crois donc que cette facilité que 
donne la conversation, d'assurer sa route en 
étayant une proposition par d'autres lorsqu'elle 
en a besoin ; que cette facilité, dis-je, trans- 
portée dans un livre , pourrait aT<Hr son prix 
etm^tre de l'art dans la négligence. . 



Ecoutes, M. le chevalier, je le mets sur 
votre conscience , et je crois que notre ami 
en fait autant. Je crains peu , au reste , que 
la responsabilité puisse jamais vous dter le 



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96 LES SOOtËBS 

sommdl , le livre ne popraot faire beaucoup 
de mal, ce me semble. ToQt ce que nons 
TOUS demandons en commun , c'est de toqs 
garder sar toutes choses , quand même vons 
ne publieriez ToaTrage qD''aprés notre mort, 
de lire dans la préface : Xespère que le lec- 
teur ne regrettera pas son argerU (1 ), antre- 
ment voas nons verriez apparaître comme 
denx ombres forienses , et malheur à tods ! 

LE CnETÀLIER. 

ITayez pas penr : je ne crois pas qn'on 
me surprenne jamais à piller Locke , après la 
penr qne vons m'en avez faite. 

Qaoi qall en pnisse arriver dans l'avenir, 
voyons , je vous en prie , oli nons en 
sommes anjoard'hoi. Nos entretiens ont 
commencé'par l'examen de la grande etéter- 
nelle plainte qu'on ne cesse d'élever sur le 
succès du crime et les malheurs de la vertu ; 
et nous avons acquis l'entière conviction qu'il 
n'y arien au monde de moins fondé qne cette 
plainte, et que pour celui même qui ne croi- 
rait pas à une autre vie , le parti de la vertu 
serait toujours le plus sûr pour obtenir la plni 

(,<] Fiy. lom. I,^. :lG9. 



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TOt Sirai^PËTRBSnOTIRG. ^7 

liante chance de bonhenr temporel. Ce f ni a 
été dit sur les supplices, sur les maladies 
et sur les remords ne laisse pas subsister le 
moindre doate sur ce point. Tai surtout fait 
une attention particulière à ces deux axiomes 
fondamentaux : savoir , en premier lien , que 
nul homme rCest puni comme juste , mais 
toujours comme homme , en sorte qnHI est 
fanx qne la vertn sonffiv dans ce monde : 
c''est la nature humaine qm souffre, et tou- 
jours elle le mérite ; et secondement , que le 
plus grand bonheur temporel tCest nullemerU 
promis, et ne saurait Cêtre , à Phomme ver- 
tueux mais à la vertu. Il suffit en effet, 
pour que Tordre soit visible et irréprochable, 
même dans ce monde, que la plus grande 
masse de bonhenr smt dévolue A la plus 
grande masse de vertus en général; et Thomme 
étant donné tel qnll est , il n^est pas même 
possible à notre raison d'imagier un autre 
ordta^ de choses qui ait seulement une appa- 
rence de raison et de justice. Mais comme il 
ny a point d'homme juste , il n^ en a point 
qui ait droit de se refuser à porter de bonne 
grâce sa part des misères hamaînes , puisqu'il 
est nécessairement criminel on de sang cri- 
minel; ce qui nous a conduits à examiner à 
a. 7 



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3S LBS SOntÉES 

fond toate la théorie dn péché originel , tpjî 
est malheoreusement celle de la nature hu- 
maine. Nous avons vu dans les nations sau- 
vages une image affaiblie du crime primitif; 
et rhomme n'étant qu'une parole animée, 
la dégradation de la parole s'est présentée i 
nous , non comme le signe de )a dégradation 
faomàine, mais comme cette dégradation 
même ; ce qm nous a valu plnsieurs ré- 
flexions sur les langues et sur Torig^e de la 
parole et des idées. Ces points éclaîrcïSf la 
prière se présentait naturellement à nous 
comme un supplément à tout ce qui avait 
été dit, puisqu'elle est un remède accordé 
h rhomme pour restreindre Tempire du mal 
en se perfectionnant lui-même , et qn^ ne 
doit s'en prendre qn'à ses propres vices, 
sH rclbse d'employer ce remède. A ce mot 
de prière nous avons vu s'élever la grande 
objection d'une philosophie aveugle on cou- 
pable, qui, ne voyant dans le mal physique 
qu'un résultat inévitable des lois étemelles 
de la nature, s'obstine à soutenir que par U 
même il échappe entièrement à Taction de la 
prière. Ce sophisme mortel a été discuté 
et combattu dans le plus grand détail. Les 
fléaux dont nous «ommes frappés , et qu'on 



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OB SAinT-I^rRRSBODll&. 99 

nomme très \uslemeat ^fiéaux du ciel, aoaa 
ont paru /kt lois de la nature précisémenC 
comme lea Sdi^Uces sont des lois de la so- 
ciété , et par cf}Dâéqaent d'one oéceuité pu- 
rement secondaire qui doit enflammer noirs 
prière , loin de la décourager. Nons pouvions 
sans doute nous contenter à cet égard des 
idées générales, et n'^eDmager toutes ces 
sortes de calamités qu'eu masse : c^>endant 
nous avons pemûs A la couversatioa de ser- 
penter un peu dans ce triste champ, et U 
guerre surtout nous a beaucoup occupés. C'est, 
|e TOUS Tassore, celle de tontes dos excur- 
sions qni m^a le plus attaché ; car tous mV 
Tez fait ennsagor ce fléau de la guerre sous 
un point de vue tout nouveau pour moi , et 
je compte y réfléchir encore de tont» mes 
forces. 

• LS SÉNAimS, 

Pardon si je vous inteiron^ , U. le che* 
valier ; mais avant d'abandonner tout à £tit 
llntéressai^ discussion sur les c(Aiifrances 
dn juste , je veux encon soumettre à votre 
exttuen quelques pensées que je crois fondées 
et qm peuvent, à mon avis ^ faire considérer 
les pônes temporelles de cette vie ccnnine 



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100 LES sontËsii 

l^rne des pins grandes et des plus natureDa 
solntiODS de toutes les objections élevées sur 
cepoint contre la jnsdce divine. Le juste, en 
sa qualité d%omme, serait néanmoins sujet 
& tons ks maojc qui menacent Thumanité ; et 
comme il n^ serait sonmis précisément qu'en 
cette qualité d^omme , il n'aurait nul droit 
de se plaindre ; tous l'aves mnarqné , et rien 
n'est plus clair; mais tous aves r^narqné 
de pins , ce qui malheureusement n'a pas 
besoin de preuve , qnHl n^ a point de juste 
dans la rigueur du terme : d'où U suit que 
tout homme a quelque diose à expier. Or, 
û le juste (tel qu'il peut exister ) accepte les 
souffrances dues i sa qualité d'homme , et si 
la justice £vine à son tom- accepte cette ac- 
ceptation, jenevois riende siheiveozpoar 
lui , ni de si évidemment juste. 

Je crois de pins en mon ftme et consdenco 
que si l'homme pouvait vivre dans ce monde 
exempt de toute espèce de malheurs , il &iî- 
rait par s'abratir an point d'oublier complè- 
tement tontes les choses célestes et Diea 
même. Comment ponrraitil, dans celte sup- 
posidon, s'occuper d\ai ordre supérieur, 
puisque dans celui même oit nous vivcns, 
les misères qui nous accablent ne pmvect 



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DE SAlRT-PÉTERSROrRG. fOI 

■nos déseachanter des charmes trompeurs 
«te cette nialheoreme vie? 

LE CHETALIES. 

Je ne sais si je sub dans reirenr , mais il 
me semble qaUl n^ aurait rien de si infortuné 
qa*nn homme qui n^aurait jamais éproavé 
ritifortune : car jamais an tel homme ne ponr- 
rait £tre sûr de Itù-mème , m savoir ce quHl 
Tant. Lessoufiraoces sont pour Thomme ver> 
taeux ce qoe les connais sont pour le mili- 
take :elles le perfectionnent efcacenmnlent ses 
mérites. Le brave s'est-il jamais plaint à Tar- 
mée d'être toi^ours cfaoiâ poor les expédi- 
tions les plus hasardeuses ? Il les recherche 
an contraire et s'en fait gloire : pour lui, les 
sonflrances sont une occupation , et la mort 
une aventure. Que le poltron s'amtise à vivre 
tant qu'il voudra , c'est son métier; mais qu'il 
ne vienne poiiU nous étourdir de ses imper< 
tinences sur le malheur de ceux qm ne lui 
ressemblent pas. La comparaison me semble 
tout  fait juste : si le brave remercie le'géné- 
ral qui l'envoie à l'assaut , pourquoi neremer- 
cierait-ilpas demémeDienqnilefaitsoalIrirT 
Je ne sais comment cela se fait , mais il est 
cependant sftr que l'homme gngne & souffrir 



r:,(nN..<i h, Google 



102 LKS sonÉu 

Tolontairement, et qne l'opinion même Feu 
estime davantage. J'ai souvent observé, k re- 
gard des austérités reUgietises , qne le vice 
même qni s*en moqne ne peut s*emp4cher 
de lenr rendre hommage. Quel lîberdn a ja- 
mais trouvé Topnlente courtisane , qui dc»l 
i minnit sur Pédredon pins heureuse qne 
ï^nstère cannélite, qni veille et qui prie pour 
nons  la même heure ? Hais f en reviens 
toujours à ce que vous avez observé avec tant 
de raison : qu'il ity a poùa de juste, Cest 
donc par un tndt particulier de bonté qne 
Dieu châtie dans ce monde , au lien de châ- 
tier beancoop plus sévèrement dans Pantre. 
Vous saurez, messieurs, qu'il n*;^ a rien que 
)e croie plus fermement que le pur^toire. 
Comment les peines ne seraient-elles pas toa- 
jonrs proportionnées aux crimes ? Je trouve 
snrtont que les nouveaux raisonneurs q<ù ont 
nié les peines étemelles sont d^e sottise 
étrange f s'ils n^admettent pas expressément 
le purgatoire : car , je vous prie , & qui ces 
gens^là feront-ils croire que l'Ame de Robes- 
pierre s'élança de l'échafand dans le son de 
Dieu comme celle de Louis XVI 7 Cette 
opinion n'est cependant pas aussi rare qu'on 
pomrail l'imaginer : j'ai passé quelques an- 



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m sasT-rtTïïUKtVM. 103 

n^es , depms mon hégire , dans certaines 
contrées de TAUemagne oît les docteors de 
la loi ne veulent pins ni enfer ni pni;gatoire : 
il n^ a rien de ai extravagant. Qm jamais a 
imaginé de f»re fhsiUer tm soldat poor une 
{Hpe de faïence rolée dans la chambrée? 
cependant il ne faut pas qoe cette pipe soit 
Tolée împonément ; il fant qoe le volenr soit 
pur^ de ce toI avant de pouvoir se placei 
en ligne avec les braves gens. 



n' faut avouer , H. le chevalier , qne â 
jam^ nous avons one Somme théologique 
écrite de ce style , eDe ne manquera pas de 
réussir beaoconp dans le monde. 

Il ne s^ag^t nullement de style ; chacun a 
le sien : il 8''ag^t des choses, (hr, je £s que le 
porgatoire est le dogme dn bon «eus; et puis- 
que tout péché doit être expié dans ce monde 
ou dans Tantre , il s^ensmt qne les afflictions 
envoyées aux hommes par la justice cSvine 
sont un véritable bien&it , puisque ces peines^ 
lorsque nous avons la sagesse de les accepter, 
nous sont, pour ainsi dire, décomptées sur 



n,9,N..<i h, Google 



104 us sondES 

celles Je l^Tenir. J'ajoute qu'elles sont mi 
gage manifeste «Titinoar , poûqne cette anti' 
cîpatîon ou cette commntatioD de peine exclut 
évidemment la peine étemelle. Celui qui n'a 
jamais souffert dans ce monde ne saurait être 
sûr de rien; et moins il a sonlfert moins il est 
sur : mais je ne vois pas ce que peut craindre , 
ou pour m^ exprimer plus exactement , ce que 
peut laisser craindre celoî qui a souffert avec 
acceptation. 

U COKTB. 

Vous avez parfaitement raisonné, M. le 
chevalier, et même je dois vous féliciter de 
TOUS être rencontré arec Sénèque; car vous 
arez dit des carmélites précisément ce quH 
a dit des vestales (1) : j'ignore si tous sarea 
qae ces neiges fameuses se levaient la nuit , 
et qu'elles avaient leurs matines^ au pied de 
la lettre , comme nos religieuses de la stricte 
observance : en tout cas comptez sur ce 
point de riùstoire, La seule observation cri- 
tique que je me permettrai sur votre théolo* 
^e pent être aossi , ce me semble , adressée 



r> taqmMufrtà î (Senee., de ftDT.| 



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DB SAIHT^tTBBSBOnaO. 105 

i ce même Sénéqoe : c< Aimeriez-Tousmienx, 
disailril , être Sylla qae Régulas , etc. (1 ) ? » 
Mais prenez garde, je vous prie, qa'îl n'y 
ait id Qoe petite confusion d'idées. Il ne 
s'agit potat du tout de la gloire attachée à la 
vertn qui supporte tranquillement les dangers , 
les privations et les souffrances ; car sur ce 
point tout le monde est d^accord : il s*a^t 
de savoir pourquoi il a pin à Bien de rendre 
ce mérite nécessaire? Vous trouverez des 
blasphémateurs et même des hommes sim- 
plement légers , disposés à vous dire : Que 
Dieu aurait bien pu dispenser la -vertu de 
cette sorte de gloire. Sénèque , ne pouvant 
répondre aussi-bien qne vous, parce qu'il 
n'en savait pas autant que vous ( ce que je 
vous prie de bien observer), s'est jeté sur 
cette gloire qui prête beaucoup à la rhéto- 
rique ; et c'est ce qui donne à son traité de 
la Providence, d'ailleurs si beau et si esti- 
mable, une légère couleur de déclamation. 
Qnant à vous, M. le sénateur, en mettant 
même cette considération à l'écart, vous 
avez rappelé avec beaucoup de raison que 

■[ [ui lc9 [iroprit uwU , nub le 



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106 us SOBiBS 

tout homme souiTre parce qu'il est homme , 
parce qu'il serait Dieu s'il ne soufrnùt pas , et 
parce que ceux qui demandent un homme 
impassible , demandent un autre monde ; 
et ¥ous avez ajouté une chose non moins in- 
contestable en remarquant qae nul hcamne 
n'étant juste, c^est-Â-dire exempt de finies 
«cta«b ( si Ton excepte la sainteté propreanent 
dite , qui est très rare ) , Dieu fait réellement 
miséricorde aux coupables en les ch&liant 
dans ce monde. Je crois que. je tods aurais 
parlé de ces peines temporaires futures qœ 
nous nommons purgatoire , si M. le cheva- 
lier ne m'avait interdit de chercher mes 
pleures dans l'autre monde (1). 

LE CHETAUEB. 

Vous ne m'aviez pas compris parfaitement : 
je n'avais exclu de nos entretiens que les 
peines dont l'homme pervers est menacé 
dans l'autre monde ; mais quant aux peines 
temporaires imposées au prédestiné , c'est 
autre chose.... 



<1> Vè9, lum. 1 ,p. 14. 



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DK sinrr-pÉTKaSBounG. 



Comme il tous plaira. Il est certain que 
ce» peines futures et temporaires founùssent, 
pour tous ceux (jûi les croient, une répoilse 
directe et péremptoire à tontes les objections 
fondées sur les souilrances du prétendu juste , 
et il est vrai encore tpe ce dogme est si plao- 
ôble , qail s^empare , pour ainsi dire , da 
bon sens, et n'attend pas la révélation. Je 
ne sais, an reste, si vous n'étea pas dans 
l'erreup «n errant que dans ce pays où vous 
avez dépensé sans fruit , mais non pas sans 
mérite , tant de eèle et tant de valeur , vous 
avez entendu les docteurs de la loi nier tout 
i la fois Tenfer et le purgatoire. Vous pour- 
ries fort bien avoir pris la dénégation d^n 
mot pour celle d'une chose. (Teïtune énorme 
puissance que celle des mots ! Tel ministre , 
que celui de pm^toire mettnùt en colère , 
nous accordera sans peine un lieud'expitaùm 
ou on état haermédiaire , on peut*étre m^me 
des stations; qui sait...? sans se croire le 
moins du monde ridicule. — Vous oe dites 
rien, mon cher sénateur? Je continue. — Un 
des grands motifs de la brouiUerie du XVE' 
siècle fut prédsément le purgatoire. Les in- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



108 I 

stii^ ne Tonlaient rien rabattre de Ten^ 
pur et simple. Cependant, lor8qa''ils soaX 
devenus {^osophes ils se sont mis k nier Té* 
temité des peines , laissant néanmoins subsis- 
ter on er^er à temps , nniqiiemrait ponr la 
bonne police , et de penr de faire monter an 
ciel , tout d'an trait , Néron et Messaline â câté 
de saint Lonis et de sainte Thérèse. Hais un 
enfer temporaire n'est antre chose que le pur- 
gatoire; en sorte (^vcprH s'être bromllés 
avec nous parce qu'Us ne TonUdent point de 
pui^;atoire , ils se brouillent de nouveau parce 
qu'ils ne veulent qae le pui|;atoire : c'est 
cela qui est extravagant, comme vous disies 
tout k l'heure. Maism Toil assezsnrra voè^ 
Je me hâte d'arriver i l'nne àsA considér^Mis 
les plus dignes d'exercer tonte rintell%encé 
de l*homme , quoique , dans lei^, le com- 
mun des hommes s'en occnpe fort peu. 

Le juste, en souffrant •volorUmremera , ne 
satisfaà pas seulement pour lui , mais pour 
le coupable par voie de réversibilité. 

Cest une des pins grandes et des pins im- 
portantes vérités de l'ordre spirituel; mais 
il me faudrait pour la traiter à fond plus de 
temps qu'il ne m'en reste anjonrd'hm. Kemet- 
lons-en donc la discossion k demain , et lai»- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB &AinT-rêTEimotm6. 109 

ses-moi consacrer les derniers moments de 
la soirée aa développement de quelques ré- 
flexions qnî se sont présentées i mon esprit 
sur le même aajet. 

On ne saurait expliquer , diton , par ht 
seules lumières de la raison^ les succès du 
méchant et les souffrances tbt juste dans ce 
inonde. Ce qm signifie sans doute (Jt^ily a 
dans tordre que nous vo^orts une injustice 
qui ne Raccorde pas avec la justice de Dieu; 
aotrement Tobjection n'aurait point de sens. 
Or, cette objection pouvant partir de la bonche 
d'un athée oa de celle d%i théiste, je îeni 
d'abord la premi^ supposition pour écarter 
tonte espèce de confusion. Voyez donc ce 
que tont cela veut dire de la part d'un de 
ces athées de persuasion et de profession. 

Je ne sais en vérilé si cemalbenreux Hume 
s^est compris Im-mëme, lorsqu'il a dit si 
aimineltement , et même si sottement arec 
tovt son génie : Qi^il était impossible de 
justifier le caractère de la Divinité (1). Jos- 
tifier le caractère d'an être qui n'existe pas 1 

(1)11 ■ dit €n alldieii proprM leraiei : >Qa^I Mt impoMÏUai U 
• niMio Dalnrella da jiutiDcr !• caruUre de 11 Dniuité. ■ ( Emi^ 
•a libenj Rod aaoem\j, ven. On. } U ajoale afce OiW Iniida al rétut- 
taBM ■ihU» : ■ MoDlrer <[ae Dieu n'cM pu l*aal««r d# fuM , ^atf 



D,g,t,.?(lb, Google 



HO LES SOmÉBS 

£ac<Mre ane fois , qu'est-ce qu'on veut dû-e 7 
Il me semble que tout se réâuît à ce rai- 
senuement : Dieu est injuste , donc il n'^dste 
pas. Ceci est curieux ! Autant vaut le %>inoMi 
de yoltaire qui dit à Dieu : Je crois bien 
entre nousque vous rCexistez pas (1). Il 
fiiudra donc qœ le mécréant se retounie 
et dise ; Que ^existence du mal est un ar- 
gument contre- celle de Dieu ; parceque si 
Dieu existait, ce mal^ <jui est une injustice , - 
tiexisterait pas. Ah [ ces messieurs -savent 
donc que Dieu qui n^existe pas est juste pan 
essence! Us connaissent les attributs d'uik. 
être chimérique ; et iU sont en état de nou* 
dire à point nommé comment Dieu serait fait 
si par hasard il yen avait on : en vérité il n^. 
a pas de folie mieux conditionnée. SU était 
permis de rire en on sujet aussi triste, qiû 
ne riiaît d'entendre des homme» qù ont 
fort bien une tète sur lea épaules comme- 
nous , ai^;umenter contre Dieu de cette mime 
idée qui! leur a donnée de loi-mime, aaaê 
faire attention que cette seule idée froava 
Dieu , pDÎsqu''on ne saurait avoir Tidée de ce 

a M quia pUiJjaBqn'i préwnllouteitea forces ds la pbilwDiilHe. • 
(/Md. bujv, ton. m, Kd. T>i. V. Kmttj. on Trath. part. Il, àt. ii.> 
(3) V*7m b piiCB Iréi coniiaE ift[ituU> i;i Sif»tmet. 



D,9,t,.?(ir>,Gl")OgIf 



DE SUnT-PATBHSBOlniS. 1 1 1 

<jcû n'existe pu? En eflet, Pbonune pent-il 
se Kfriaenter k hû-mtoie, et la peintara 
peat-elle représenter i ses feux autre chose 
que ce qui existe ? Lln^Kusable imagination 
de Raphaël a pn oonnir sa fameuse galerie 
«l'assembbges fuitastîqaes ; mais chaque pièce 
existe dans la natore. Il en est de mime da 
monde moral : Thomme ne peut concerw 
qne ceqmest; aïnà l'athée , pour nier Dieu , 
le.si^pose. 

Ad surplus , mesneurs , tout ceci n'est 
qu'une espèce de préface à IHdée favorite 
que je voulais tous conunaniquer. J'admets 
la siqiposition folle d'un dien hypoâiétiqne , 
et i'admets encore que les lois de l'univers 
puissent être injustes ou cruelles k notre 
^ard sans qu'elles aient d'antenr intelligent; 
ce qui est cependant le comble de Textra- 
vagance : qu'haï résoltera-t-il contre Texis^ 
tence de IMen? Rien du tout. L^teUîgence 
ne se prouve é llatelligence que par le nombre. 
Toutes les autres considérations ne peuvent 
se rapporter qui certaines propriétés ou qn»- 
lités du sujet intelligent, ce qot n'a rien de 
commun avec la question primitive de Texift- 
tence. 
Le nombre , mesûeurs , le nombre I ou l'or- 



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112 ISS s(»kEbs 

dre et la symètr'^i car l'ordre n^est que la 
nombre ordonné •j et la symétrie a''e8t que 
tordre aperçu et comparé. 

Dites-mcH , je tous prie , si , lorsqtie Néron 
illummait jadis ses jardins avec des torches 
dont chacune renfermait etbrùlaît un homme 
vivant, Talignement de ces hcHrribles Sam.- 
beaoz ne prouvait pas au spectateur une in- 
telligeace ordonn^ce aussi -bien qœ la 
paisible illomination faite hier pour la fête de 
S. M. rinq>&atrice-mère (1)7 Si le mois de 
jmllet ramenait chaque année la peste , ce 
joli cycle serait tont aussi r^^oHer que celiû 
des moissons. Commentons donc à voir si le 
nombre e^ dans l'univers ; de savoir ensuite 
si et /^our^uoi rfaomme est traité bien onmal 
dans ce même monde : c*est une autre ques- 
tion qu*on peut examiner une antre fois , et 
qui n^a rien de commun avec la première. 

Le nombre est la barrière évidente entre la 
brate et nous ; dans Tordre immatériel , comme 
dans Tordre physique, Tusage du feu noas 
dbtingne d^elle dMoe mamère tranchante et 
ineiraçable. Dieu nous a donné le nombre , et 



(1) Cdte dimmuuce &m ta date ila dialoga» au 93 juillet. 



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DE SAmT-PÉIZBSBOCBG. 1 1 3 

c^est par le nombre qu'il se prouve h noos , 
comme c*est par le nombre que Thomme se ' 
prouve à son semblable. Otes le nombre , l 
vous ôtez les arts , les sciences , la parole et 
par conséquent Tintelligence. Ramenes-le : 
avec lui r^iaraissent ses deux filles célestes , 
rharmoiùe et la beauté ; le cri devient chant , 
le bruit reçoit le rhjthme , le saut est danse , 
la force s'appelle dynamique^ et les traces 
sont des jîg-ure^. Une preuve sensible de cette 
vérité , cVst que dans les langues (du moins 
dans celles que je sais , et je crois qu'il en 
est de même de celles que j*ignore) les mêmes 
mots expriment le nombre et la pensée ; on 
tUt , par exemple , que la raison d'un grand 
homme a découvert la raison d'une telle pro- 
gression ; on dit raison sage et raison in- 
verse , mécomptes dans la politique , et mé- 
comptes dans les calculs ; ce mot de calcul 
même qui se présente à moi reçoit la double 
signification , et l'on dit : Je nie suis trompé 
dans tous mes calculs , quoiqu'il ne s''agissc 
du tout point de calculs. Enfin nous disons 
également : // compte ses écus , et // compte 
aller vous voir, ce que l'habitnde seule nous 
empêche de trouver extraordinaire. Les mots 
relatifs aux poids, ikla mesure, i l'équilibre, 



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114 1X8 sontES 

l-amènent à toat moment, dam le dùconra, le 
nombre comme synonyme de la pensée on 
de se« procédés; et ce mot Je pensée même 
ne vient-il pas dVin mot latin <itii a rappwt 
aa nombre? 

LHntelIigence comme la beanté se plalt h 
se contempler ror, le miroir delHntellîgence, 
c'est le nombre. De U vient le goût qae nom 
avons tons pour la symétrie ; car tout être 
intelligent aime à placer et i reconnaître de 
tont cdté son signe qui est lordre. PonrquOT 
:des soldats en uniforme sont-ils plus agréa- 
blés & la vue qae sons Thabit commmi ? pour- 
quoi aimons^oQS mienx les voir marchcx en 
ligne qa^ la débandade? pourquoi les arbres 
dans nos jardins , les plats sur nos tables , 
les meubles dans nos appartements , etc. , 
doivent-ils être placés symétriquement pour 
nous plaire? Pourquoi la lime, les pieds, les 
ritournelles, la mesure, le rhyâm>e, nous 
plaisent-ils dans la musique et dans la poé- 
sie ? Fonvez-vous seulement imaginer quil y 
ait, par exemple , dans nos rimes plates (si 
heureusement nommées), quelque beanté in- 
trinsèque? Cette forme et tant d'autres ne 
peuvent nous plaire que parce que Tintetli- 
geuce se piaf t ilans tout ce qui prouve l'intel- 



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DE sinrT-PÊTEBSBonnG. IIS 

Cgence, ôt que son «igoe principal est le 
nombre* £lle jouit donc partout où elle se 
reconnaît, et le plaisir que bons ciiasâ la 
eymétric Ae Murait avoir d'aolK racine; itidi« 
faisons abstraatioa de ce plaisir et d^eaami- 
uons qne la chose en eUe-méraei Comme 
ces mots que je prononce dans ce moment 
VOTis proavent Tesistence de celui <J£â les pro- 
nonce , et que s'ils étaient écrits , ils la pron- 
veroient de même à t6us ceux qui lit^ent 
ces raotâ arrangés stiitant lés lois dé la àjtà~ 
taxe , de même tous les êtres créé! prouvent 
par leur sjrntaxe Teti^teAce d'an suprdme 
écrivain qui nous parle par Cce signes; en 
effet, tons ces êtres sont des lettres dobtla 
réunion forme un discours qui proufe Bien , 
c'est-i-dbe l'intelligence qm le prononce : 
car il ne peut y avoir de discours dons dme 
parlante , ni d'écritnre satia écrivain ; à moirls 
qu'on ne veuille soutenif que la courbe que 
)e trace grossièrertientsur le papier Évec xA 
amieaa de fil et un compas prouve bien 
une intelligence qui Va tracée , m:tis que cette 
même courbe décrite par tine planète ne 
prouve rien ; ou qu'une Innette acbroMia- 
tique {HTOttve lâen l'exûtebce de Dollond de 
Bamsàen , etc. ; mais que l'œU , dont le mer- 
8. 



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"11B r.eg «n&ieffi 

TeillecDE înstrament qas je -nens de nommer 
n'est qa^ine grossière imitation , ne prouve 
point du font TexisteDce dW artiste suprême 
ni Ilntention de prévenir raberration! Jadis 
un nangateur, jeté par le naufrage snr uoe 
lie qa'il croyait déserte, aperçut en parcou- 
rant le rivage une figure de géométrie tracée 
«UT le sable : il reconnut Thomme et rendit 
■grâces aux dieux. Une figure de la même espèce 
aurail>«lle donc moins àt force poor être 
écrite diuis le ciel , et le nombre n'e$t41 pas 
tonjours le même, de quelqne manière qn''il 
nous sait présenté ? Regardez bien : il est 
écrit SOT toutes les parties de I^onivers et 
surtout sur le corps hnmain. Deux est frap- 
pant dans l'équilibre merveUIenx des deux 
sexes qu^aucone sdeace n^a pu déranger; il 
se montre dans nos yemc , dans nos oreil- 
les, etc. Trente-deux est écrit dans notre 
bouche ; et vingt divisé par quatre porte son 
invariable quotient à l'extrémité de nos quatre 
membres. Le nombre se déploie dans le ré- 
gne végétal, avec une richesse qui étourdit 
par son invariable constance dans les variétés 
infinies. Souvenez-voos , M. le sénateur, de 
-ce qne vous me dites un jour, d'après vos 
amples recueils sur le nombre trois ea parti- 



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DB unrr^ÉTmSBOtTRG. t17 

coller : il est écrit dans les astres, sur la 
tetre; dans rintelligence de thomme , dans 
■on corps; dans la vérité , dans la fiible; 
dans l'Evangile , dans le Talnnid ; dans les 
Védas; dans tontes les cérémonies rellgien- 
ses , antiques on modernes , légitimes on illé- 
gitinies, aspersions, ablations, invocatioas, 
exordsmes ^ charmes , sortilèges , magie noire 
on blanche ; dans les mystères de la cabale ^ 
de la théurgie , de l'alchimie , de toutes les 
sooétés secrètes ; dans la Ihéolo^e, dans la 
géométrie, dans la politique, dans la gram- 
maire, dans une infinité de formules ora- 
toire» ou poétiques qui échappent à Tatten- 
tîon inaivrtie; en on mot dans tout ce qitt 
existe. On dira peut-être , c'est le hasard t 
allons donc ! — Des fous désespérés s'y 
prennent d'nne antre manière : ils disent (je 
l'ai entendu) ^fue c'est une loi de la nature. 
Hais qu'est-ce qu'une loi? est-ce la volonté 
d'un législateur ? Dans ce cas ils disent ce que 
nous i&ons. Est-ce le résultat purement mé- 
canique de certains éléments mis en action 
d^ane certaine manière ? Alors , comme â faut 
que ces éléments, pour produire un ordre 
général et invariable, soient arrai^és et agis- 
sent eux-mêmes d'nne certaine manière in- 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 



ff9 i£s tomtu 

Tfrâble, k qaoatioQ nc<nnm«ttce, ef E M 
IfOUTQ qu'au Uey d'one preuve de l\>rdr« et 
de rintdligQoce qot Ta produit , U y ai a 
deux; comme « plusieurs dés jetés un g^and 
DDiofare de fois amènent toujours rq/ie de 
MJtt rintellîgcnce awa irnuBrée par l'invari»- 
bUitè du nombre qui est Vt^t , e:t par te 
travnil wtéiienr de l'artUte qui est la cause. 

Bans une vîUe tout échauffîe par le ferv 
ment philosophique , j^ai en lieu de faire one 
sfaij^ire obserratioa j c'est que Fa^iect de 
l^ipdre y de la s^étrie , et peu- conséquod du 
nonatuv et cle rintellîgenec , prcasaiU trop 
Tirement certains h(Hnme3 que je m* rap>- 
pelle fort bien, potur échapper k cette tor- 
ture de la cooacienee , ils ont inTcnté ua sah- 
terfii^ ingétûeux et dont ils tirent le plus 
grand parti. Ils se sont mis à soutenir qu'il 
est impossible de reconnaître iinter^on k 
moins de connattre Yebfet de tintetuioa : 
Tow ne saoriea croire comlMen ils tiennent 
à cette idée qui les enehuite, parce qo^e 
les dispense du sens commun qui les toor^ 
mente. Ils ont fait de la rei^erehe des tntfflw 
tions une afiàire nu^uce , «se espèce d'or^ 
eaa» qm compose, suivant «nx, une pror 
fonde science et d'immenses travaux. Je le» 



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m suRT-^CnuMsoimfi. tl9 

al entendus dire, en parlait d^oa grand pl^- 
•icien (pâ avait prcttcacé quelque dtoM dans 
ce gem« t II »se s'élever piMpietus! causes 
finales ( c'est aiosi qu'ails appellent les inten* 
tionâ ). Voyez le grand effort 1 Une aotre fois 
Us arerti^saieat de se donner bien garde 
de prendre un effet pour une irOeTttioni ce 
qui flwait fort dangereux , eonane voos aen- 
tes ; car û Tan venait i croire que Dien se 
raéle d'âne chose qm Ta lonie seale , od qu'il 
a ea laie teUe intention fands qcfiï en arait 
uie antre, qoelks suites fonesties n'aoraîtpa» 
one telle erreur I Poar donner à l^ée dont 
je Tons parle toute la force qu^elle peut avoir, 
j'ai toujours rtmarqné qn^ affiscfeent de res- 
serrer aotant qa'*ils le penvent la recherche 
des intentiftiHi dans le cerde da troisième 
r^pie. Ils se retranchent pour ainsi dire dans 
la mînémlo^ et dans ce ^'ils appellent la 
géologie, oit les intentions' sont moins visi- 
ble»,, do moins pour enx, et qui leor pré- 
sentent d'.'ùlleiirs le pins vaste champ pour 
disfMrto' et pour nier (c'est le paradis de Por- 
gnefl); mais qoant au régne de ta vie , dort 
il pari une voix on peu ixop claire ^ui se fait 
entendre anxieux , ils n\timent pas tn^ en 
diseourir. Soavent j» lear parlais de Tamnial 



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par pure malice , toajoors ils me ramenûott 
aax molécales , aux atomes , & la gravité , aux 
couches teirestres, etc. Que savons-nous ^ 
me disaient-ils toi^oors avec la plus comique 
modestie , ^ue savons-nous sur les animaux f 
le gfrrmînatiste sait-il ce que àest qiiun 
germe? entendons-nous quelque chose à tes» 
seiux de torgamsation} a-tronjait un seul 
pas dans la cormabsance de la génération? 
la production des êtres organisés est lettre 
close pour nous. Or, le résultat de ce grand 
mystère , le voici : c'est que Tanimal étant 
lettre close , on ne peut y lire aucune inten- 
tion. 

Voas croirez dilHcilement pent-toe qnll 
soit possible de raisonner aussi mal; mais 
vous leur ferez trop d'honneur. Cest ce 
qu'ils pensent; on du moins c'est ce qu^ils 
veulent faire entendre (ce qui n'est pas à 
beaucoup près la même chose) . Sur àa pcÔDts 
où il n'est pas possible de bien raisonner, 
Tesprit de secte fait ce qntl peut ; il divagae , 
B donne le change, et surtout il s'étudie à 
laisser les choses dans un certain demi-)oar 
favorable à l'erreur. Je vous répète que I(K^sqDe 
ces philosophes dissertent sur les intentions , 
ou, comme ils disent, sur les causes Jînales 



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DE SATIïT-PÉTSHSBODItO. 121 

^mais je a'aime pas ce mot), toajoars ib 
parient de la nature morte quand ils sont les 
maîtres da discours , évitant avec soin d'être 
t<Hidaits dans le champ des denx premiers 
ff^nes où. ils sentent fort bien qne le terrain 
résiste à leur tactique ; mais , de près on de 
/oin, tont tient à leoi grande maxime, qae 
Vintention ne sam^t être pronrée tant qu'on 
n'a pas prouvé Pohjet de rinterUion; or je 
n'imagine pas de sophisme plus grossier : 
comment ne Tut-on pas (1) qu'il ie peut y 
avoir de symétrie sans fin , puisque U symé- 
trie seule est une Jin do s^mêtrîseur? Un 
garde-temps , perdu dans les forêts d'Amé- 
rique et trouvé par mi Sauvage, Ini démontre 
la main et Tintelligence d'un ouvrier aussi 
certainement quMl les démontre & M. Schnb- 
bert (2). N'ayant donc besoin qne ifune Rrt 

(l)OaiDÎt Iréa bien ; nuii Fon «M EkU de niir, et ron Toadrah ua 
pM «dr. On ■ honte d* aillean de ne «tur qne ce qne la taW) Totent, 
et de reoevair une démonatntion (x or* ixfiatitm tl laeitMiaai. L'or- 
gueil ta rArolLe contre 1> Térilé, qtd loin* apprvdirT la cn/cnu. Bien- 
UltotfMtractiicoss- délirent jiuqu'i Teaprit, et la eauncte ett Ibr- 
mb». Qmnt 1 eenx qni nient pir pur si^ail « niH convictba ( l« 
nomhra en est inuDCBMi), ili «onl penl-étre pJoicaapiblei que 1m 

9} Sknnt atiMuma de recadiinia dei KieMei de Saint- Pfter» 
Umif , diulagni par une baie ij« coanaÏMUKea que la politene tiaui 
TOTnnmTtit eux ordrM ds tout laatour qui Tcut en prur'cr. 



D,g,t,.?(lb,GOOglC __ 



123 IXS S<MBÉB9 

pnar tirer notre conclusion, nous ne sonunes 
point obl^és de rép«»Mire au sophiate qui 
noiis dcjiuuide, quelle Jin? Je fais crenser 
un canal autour de mon chfttean : rua ^, 
âest pour conserver du poisson; Tautre, 
c'est pour se mettre à tabri des voleurs: un 
troisième enfia, c'est pour dessécher et ras- 
snmir le terrein, Tona peuveat se tron^ter; 
mais celai qui serait bien sAr d'avoir raisw, 
c'est celui qui se bornerait à dit« : Il t'a fait 
creuser pour des Jins- à lui connues. Qaant 
au ^ùloso[^e qai viendraU ativ& due : « Tant 
« que TOUS, n'âtes pas iems d'accord sur Vm- 
« tention , j'ai droit de n'eu voir aocnue. Le 
« lit du cmal n'est qu'au afiàîssemcnt nata- 
« tel des terres-; le revêtement est une con- 
» crétion; la balustrade n'est que tfmvraflt 
tt d'un, volcan , pas plus extraordiiiaire par 
« sarégnlaritéque ces assemblages d'aigqilles 
«c basaltiques qu'on voit eu. Irlande et ail- 
•c leurs, etc...» 

LB CHBTALIEB. 

€>D>jrea-voas , inessteors , qu'il y eût on 
peu trop de brutalité à lui dire : Mon io/i 
ami, le canal est destiné à baigner les fous, 
ce qu'on lui prouverait siir-re-champ? 



D,9,t,.?(ib, Google 



va unrr«tiTEBSBOtm«. 123 

LB SÉnATEUB. 

.Te m^opposerais pow moa compte i cette 
maoièns de raùonner, paur la nisoa tonte 
àmiàe qa'on sortant de l'eau , le philos(^>hc 
aurait «a droit de dire : Ceia ne prouve 



Âh I qoeOe erreur est la vôtre , mon cher 
Kiwtear! Jamais Torgneil n*a dit: J'ai tort; et 
tàû de ces gens-l moins qoe totis les ao- 
tna. Qaand toob ha aoriez donc adressé far^ 
goment le phs démonstratif, il tous dimit 
toaimva i Cela ne proupe rien. Ainsi la ré- 
païua deirant tooioars Are la même , poor- 
qiM}inepasadopterl'ai^;mneBtqaifait}iKtice? 
liais comme ni le philosophe, ni le canal, nt 
soitovt le chfitean ne sont \k , je continneraï , 
à Togs le pcrmettex. 

lia parient de désordre dans l'univers; 
maift qaW-ce qw le désonbe? c'est une 
dérogrtîeB i Tonlre- apparemment; dmcon 
ne pent objecter le désordre sans cmfesser 
on ordre antirienr, et par conséquent Iln- 
telligpnce. On peot se former nne ntée par- 
faitement jntfc de ruiùvera en le voyant sons 



D,g,t,.?(lb, Google 



124 us soutSra 

ï'aapect d'an ¥aste cabinet d^hîstoire natnreflr 
ébranlé par on tremblement de terre. La 
porte est ouverte et brisée ; il nV^ a pins de 
fenêtres; des armoires entières sont tombées; 
d'antres pendent encore & des fiches prêtes à 
se détacher. Des coquillages ont roulé dans 
la salle des minéracuc, et le nid d^on colibri 
repose sur la tête d^ crocodile. — Cepen- 
dant quel insensé pomrait douter de l'inten- 
tion primitÎTe , on croire que rédiiîce fut 
construit dans cet état? Toutes les grandes 
masses sont ensemble : dans le moindre éclat 
dWe vitre on la voit tout entière; le vide 
d'une byette la replace : Tordre est anssî 
visible que le désordre; et rœil, en sejHt>- 
menant dans ce vaste temple de la natore , 
rétablit sans peine tout ce qu'un agent ht- 
neste a brisé, ou faussé, on souillé, on dé- 
placé. Il y a plus : regardez de près , et déjà 
vous reconnaîtrez one main réparatrice. Quel- 
ques poutres sont étayèes; on a pratiqué des 
routes au milieu des décombres ; et , dans la 
confusion générale , une foule d'analogues 
ont déjà repris leur place et se touchent. Il 
y a donc deux intentions visibles an lieu 
d'une, c'est-à-dire l'ordre et la restaoralion; 
mais en nous bornant & la première idée , te 



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DE Sânrr-fËiïBSBonR6. HS. 

désordre supposant nécessairement tordre, 
celui qui argnmente da désordre contre Tezb- 
tence de Dieu la 8iq>p08e pour la com- 
battre. 

Vous vctjez k quoi se réduit ce fam^ax 
argument: Ou Dieu a pu' empêcher le mal 
^ue nous voyons ^ et il a manqué de bonté ; 
ou voulant ^empêcher il ne t'a pu ^ et il a 
manqué de puissance. — Mon Dieu ! qu'estce 
que cela ngnifie? Il ne s'agit ni de toute- 
puissance ni de toute-bonté; il s^ag^t seule- 
ment dexistence et de puissance. Je sais 
bien que Dieu ne peut changer les essences 
des choses; mais je ne comiais qu*une infi- 
niment petite partie de ces essences , de ma- 
nière que î^îgnore une infiniment grande quan- 
tité de choses que Dieu ne peut faire, sans 
cesser pour cela d^ëtre tout-puissant. Je ne 
sais ce ipû est possible , je ne sais ce qui est 
imposable ; de ma TÎe je n*ai étudié que le 
nombre; je ne crob qu'eau nombre ; c'est le 
^gne , c'est la voix , c'est la parole de l'in- 
telligence; et comme il est partout, je la 
Tds partout. 

Mais laissons là les athées , qui heureuse- 
ment sont très peu nombreux dans le mon- 



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M6 us sooAkr 

de ( 1 ) , et reprenoDs la question arec h 
théisme. Je veux me montrer (ont otusi com< 
plaioant à son égard qœ je Fai été avec Tft- 
thée; cependant il ne trooro? pas mauraif 
qae je commence par loi demander ce qoe 
c'est qn'Wie injustice? S'il ne m*accotde pas 
que c^est un acte qui viole une loif le mot 
n^aora plus de sens; et sll ne m*accorde pas 
qoe la loi est la volonté d'un législateur , 
mœûfestée à ses sujets pour être la règle de 
leur conduite f je ne comprendrai pas mieux 
le mot de loi qoe celai d^injustice. Or je cont^ 
prends fort bien commait ane Icà hmnaiae 
pent itre injuste y lorsqu'elle TÎoIe une Un 
divine on rérélée , on innée; mais le li^îsU' 
tenr de runÎTers est Dien. Qa^est-«e donc 
qu'une injustice de Dieu i Tégard de Iliommé ? 
Y aurait-il par hasard quelque législateur 
commun an-dessus de Dieu qui loi ait prescrit 
la manière dont il doit agir envers l'homme? 
Et quel sera le jnge entre Im et notu? S le 
thèUte croit que Hdée de IHea n%mporte 



(1) Je ne laii ^il j a peu f alliées dam le nionde , mû j* Mb 
Un qoa b philMophie «aHén da dernier nècle m imt>4-UicitA- 
(fut. JetrouTc mémeque r*théiimea nir elte t'inDtage it la Gnri- 
dm*, n Ait : M ne k volt pat; Tinitredil : Jli nr kvekptiUittm 
jinuiiellane JÉtantremenl : jeU trooniBoini AornAc. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



VK SAmT'i^TSBSBOtnia. 13) 

pointxelle d'une josbce semblable i la nâtre , 
de .quoi se plaintél? il ne sût ce qa^ dît. 
Qœsi, an contraire, il CTOÏt Dieo juste sui- 
vant nos idées , tout en <e pla^nant des in- 
jnstices qa^U T^uaiqae dama Tétat (rit noos 
sommes, il admet, suis y l'aire attention, 
nœ contradiction monstroeuse , c*est-à-^re 
^injustice d'un Dieu juste. — Un tel ordre 
de choses est injuste! donc il ne peut avoir 
lieu sous f empire d'un Dieu juste s cet ai^o- 
niMit n^est qu^me erreor dsiDB la boache d^oa 
athée , mais dans celle da théiste c''est une 
absurdité : Bien étant ooe fois admis , et sa 
jostice Tétant aussi comme on attribut néces- 
saire de la divinité , le théiste ne peat plus 
revenir sorses pas sansdà'aisonner, et il doit 
dire an contraire : Un tel ordre de choses a \ 
lieu sous Pempire dun Dieu essentiellement '• 
juste 1 donc cet ordre de choses est juste par 
des raisons que nous ignorons; expliquant 
Tordre des choses par les attribut* , an lieu 
d'accQser follement les attributs par Tordre 
des choses. 

Mais j*accorde même i ce théiste supposé 
la coi^able et non moins folle propoaititHi , 
qiCil dj a pas mojren de ju^ijier le carao- 
tère de la Divinité, 



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128 LES UmÈB» 

Quelle conclusiou pratique en lireroiu* 
nous 7 car c^est sortout cela dont il s'a^t. 
Laissez-moi , je voos [Ktie , monter ce bel a^ 
gument : Dieu est injuste, cruel y impitoja- 
ble} Dieu se platt au malheur de ses créa- 
tures; doTUi.... c^est ici où j'attends les mnr- 
muratenrs I — Donc a^aremment il ne faut 
pas ie prier, — An contraire, mesàeuTs; et 
rien n'est pins évident : donc il faut le prier 
et le servir avec beaucoup plus de zèle et 
danxiété qne si sa miséricorde était sans 
Ixniies comme noos l'imaginons. Je rondrais 
Tons faire une question ; A tous ariez vécn 
sous les Icôs (Ton prince f je ne dis pas mé- 
chant, prenez bien garde, mais seulement 
sévère et ombrageux, jamais tranquille sur 
son autorité, et ne sachant pas fermer Toeil 
sur la moindre démarche de ses sujets , je 
serais curieux de savoir si tous auriez cm 
ponroir tous donner les mêmes libertés qne 
sous l'empire d'un autre prince d'un caractère 
tout Of^tosé , henreuz de la liberté géné- 
rale , se rangeant toujours pour laisser passer 
l'homme, et ne cessant de redouter son pon* 
voir, afin que personne ne le redoute ? Cer- 
tunement non. £h bien ! la comparaison 
saute aux yeux et ne sonf&« pas de répliqua 



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BE SAraT-PÉTEaSDOUBfl. 129 

I Plus Dieu nous semblera terrible , plus nous 
I devrons redoubler de crainte reli^eose en- 
f vers lui, plus nos prières devront être ar^ 
it dentés «t infatigables : car rien ne nous dit 
t que sa bonté y suppléera. La preuve de Texis- 
j tenee de Dieu précédant celle de ses attri- 
^ buts, nous savons qu'il est av»it de savoir ce 
f qu'il est; même nons ne saurons jamais 
\ pleinement ce qu'il est. Nous voici donc pla- 
., ces dans un empire dont le souverain a pu- 
, blié une fois pour toutes les lois qui ré^ssent 
1 tout. Ces lois sont, en général , marquées au 
coin d'une sagesse et même d'âne bonté 
j frappante : quelques-unes néanmoins ()e le 
suppose dans ce moment) paraissent dures , 
injustes même si l'on veut : là-dessus , je le 
.lemande à tous les mécontents , que faut-il 
faire ? sortir de Tempire, peut-être ? impossi- 
ble: il estpartout, et rien n'est hors de lui. Se 
plaindre, se dépiter , écrire contre le souverain? 
c'estponr être fustigé on mis à mort. II n'y a 
pas de meilleur parti à prendre que celui de la 
résignation et du respect, je dirai même de 
r amour; car, puisque nous partons de la sup- 
position que le maître existe, et qu'il faut abso- 
lument servir , ne vaut-il pas mieux ( quel qu'il 
soit) leservirpar amour que sans amour? 
u, 9 



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130 LES SOntfrRS 

^ Je ne reviendrai point sur les argoninib 
arec lesquels nous avons réiuté, dans nos 
précédents entretiens, les plaintes qu*on ose 
élever contre la providence, mais je crois 
devoir ajouter qu'il y a dans ces plaintes 
quelque chose d'intrinsèquement faux et 
même de niais , ou comme disent les An- 
glais , on certain non sens qui saute ans 
yeux. Que signifient en eiTet des plaintes on 
stériles OQ coupables , qui ne fournissent 
à rhonune aucune conséquence pratique , 
aucune lumière capable de Téclairer et de 
le perfectionner ? di&& plaintes au contraire 
qui ne peuvent que lui nuire , qui sont 
inutiles même & Tathée , puisqu'elles n'ef- 
fleurent pas la première' des vérités et qu'elles 
prouvent même contre loi 7 qui sont enfin à 
la fois ridicules et funestes dans la bouche 
dn théiste , pui5qu''elles ne sauraient aboutir 
qu'à Im dter l'amour en loi laissant la crainte ? 
Pour moi je ne sais rien de si contraire anx 
pins simples leçons dn sens commun. Hais 
savez-vous, messieurs, d'oli vient ce débor- 
dement de doctrines insolentes qm jugent 
Dieu sans façon et lui demandent compte Je 
ses décrets ? Elles nous viennent de celte 
phalange nombreuse qu'on appelle les SO' 



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HZ s&nrr-pËTEBgBOUBO. 131 

vaiUs j et que nous a'arons pas m tenir dana 
ce siècle k leur place , qm est la seconde. 
Autrefois il y avait très peu de saTants ^ et 
un très petit nombre de ce très petit nombr* 
toit impie; aujourd'hui on ne voit que sa- 
vants ! c'est un métier, 'c'est une £bole , 
c'est un peuple ; et parmi eux l'excei^on, 
déj& si triste, est deTenue régie. De toutes 
parts ils ont usurpé une influence sans bor- 
nes ; et cependant » s'il y a une chose sûre 
dans le monde, c'est, i mon avis, que ce 
n^est point à la science quil appartient de 
conduire les hommes. lUen de ce qui est 
nécessaire ne lui est confié : il iàudrait avoir 
pordn l'esprit pour croire qne Dieu ait chai^ 
les académies de nous apjH'endre ce qu'il 
est et ce que aotis lui devons. U a[^>artient 
aux prélats, aux nobles, aux grands officîen 
de rétat d'être les dépositaires et les gardiens 
des vérités cooserratrices ; d'apjxrendre aux 
nations ce qm est mal et ce qui est bien ; ce 
qui est vrai et ce qui est faux dans l'ordre 
moral et spirituel ; les autres n'ont pas droit 
de raisonner sur ces sortes de matières. Ils 
ont les sciences natmvlles pour s'amuser ; de 
quoi pourraient-ils se plaindre ? Quant à ce- 
hn qui parle ou écrit pour ôter un dogme na- 



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13% ixs sonteES 
tional au peuple, il doit être pendo comme 
volenr domestiqne. Rousseau m^me eu est 
convenn, sans songer & ce qu'il demandait 
pour lni(1). Pourquoi a-t^on commis llmpru- 
dence d^accorder la parole i tout le monde ? 
C^est ce qoi noua a perdus. Les philosophes 
(on ceux quVn a nommés de la sorte) ont 
tous un certain oi^gnôl fëroce et rebelle qui 
ne s'accommode de rien : ils détestent sans 
exception toutes les distinctions dont ils ne 
jouissent pas; il n^ a point d^autorîté qm ne 
leur déplaise: il n^ a rien au-dessus dWx 
qu^ ne haïssent. Laissez-les faire , ils atta- 
queront tout, même Diea, parce qu'il est 
maître. Voyes d ce ne sont pas les mêmes 
hommes qui ont éoit contre les rois et contre 
celm qm les a établis t Ah! si lorsque enfin 
la terre sera ralTermie 

LE 8ÉKATEUB. 

Sîngnlière bizarrerie du climat! après une 
journée des ^los chaudes , Toil le vent qm 
fraîchit au point que la place n'est plus te- 
nable. Je ne voudrais pas qu'un homme 



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DE SAinT-pÉTBHSBonna. 133 

cchaufië se trouvât sur celte terrasse ; je ne 
Tondrais même pas y 'tenir nn ^sconrs trop 
animé. B y anrait de qaoi gagner une ex- 
tinction de voix. A demain donc , mes bons 



nn DIT HnrntaB hituiieii* 



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NOTES DO HUinÈHE ENTUEl'lKN. 



( PagB f os. Ce Agme Mt li fJauûbte q<n iTEMfaK ponr aiiui ilin 
do bon WMelii'alteiidpukrMUtiMiO 

Let litra même* des pqleauau priwmcM plnùeon lémaigoag» 
fiTDrablaiiMdogKe.IeiwiM TeFbMrù point hpUdriTendlerii» 
da plu frappiDU , et que je olrai peint nlimiia- d'an itr^l. Dam 
k* Hdmgt* czfrnia dd papkn de noàawm Sttker, i'iditeor, H. Hco- 
ker, lappelleïQ nijel de U mort de mm im-un^/arable tpoeee ce not 
d'une IcBiBe de cuipagiNi : a Si oelMi n'est pu ref œ en pendii , 
■ DOD» •omBse tou perdu.* Et il ejonte: M.'tunt éuàUtSeftti 
dcau M tljotir ctUUt | ilu int oe uu i hm « m eon erédUt itr- 
tfraK>anit/(OUer<nli(Hi>derUitear, tom, I,p. lï.) 

On aMmendn que ce teite eihok ddb luei forte odeur de Cetln»- 
KdNue , tant tar le parptoîre qne lor le aille dei ainli ; M l'eu œ 
>aumii,jecroU,citer une protealaliDa ptu nalureUeet pin* qwal^ 
atedu bonnDicnDlralos pr^g^deuete* et iT^dnaiioa. 



( P*gel08.naMbfawlleMdeDD>Teau paraeqo^li do Tcnlcnt fW 
le pnf^toire.) 

Le docteur Beattic , eo perhnt rin VI* liire de TEnd'Ic , dit q^t» 
|F irouiv mu iktorie lublime du ii M a ^ n i t i U <kt clailmœa de f autre 
vie , llitorit priit prohablaae»! àa PDliagoriciaiÊ tl tUt Pbuonieiaaf 
gai ta devaiail tia-mtmei d um anchiim Iradilion. Il ajoulc qae ce 
igilèmt, quoique bnpar/ail, Raccorde atiee tet ttperaiice* il Ut cminltt 
ieFlioiiBaeteintekiirttuituiumaiireUtida viart dt fa wriu, uin 



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DU UDlTlSlIE KNTU£TlEif. 135 

jmur Tendre U rtâl du poète biMratani el paOtaigue d Featii. (Oa 
Thrutli., part, in, eh. u, ÎD-S», p. SSt , !».) 

Le docte nr, en nqnaliiideproieaTini, netepenDcipaiilepirler 



■jaléiDS qui renlerniut torloul niDRU cuiros. Le Prolealmlkaie , 
qui •'est Vompé lar tant, comiM il le recooiulin bianlAt, ne ^M 
jamaii tmipé ftae mMièra flm ma i h /^qit et fîmaïUi-éMm que 
mr l'article du pnrgMbira. 

L«t Grea ■ppeUÎMt kt mon* te ta^rana. (Ot Ktrii-yixittt , g( 
(z/ijiTic. ) Quke , nirle 378* Tondn nrtincda niiade, erEr- 
■csli daoa wan LeiiqiM , ( bi KAHNa ) prétendeal qae celte eiprea- 
■inu al eiaclemeat lyoanjme à\if Ulin triufknctai} ce qui ue peut 
f ire irai , ce me kihUsi ninont 1 Véçirà ia la tetoudc Turme xa^i» 
Tt< , le Tcn d'Homère oA n irooTS celle eiprenoD reoMrqubla îa- 
diquanl, saoi le moiodra doute , h lie etbaoufTtaiioeaCUicAet. 
Xal Rira/wlrUl yala, xal ai nJ><fi$t KAHONTAX 

fnoat.lUaJ^III-. ST».) 

nu 

(^;e lIO.PâiqB'aaMMiirailaioîrl'idicilec^quin'uiilcpas-} 

HalMinpcfae ,apréi noir eipoef celle belle démonslralktn de l'eiit- 
lenoe de Dieu parllddeque doui en ivoiUtaTec i«uie Ufnree, louie- 
k cbrié, taule l'él^iaee iiuigÎDable, ajouie ces mou Ihcd digite* de 
lui elbiea dignes de dos plus np» médilatkiiis : Vafi,dil-ii, (7 Ml 
nuti inaûl* de propowr m cWBiuui dei hommu dt tu danmuiralloia 
ipit Fottpeal appder peraoïinellei (MalliAr., Rtrb. de la Fti:, Ut. II, 
chap. XI, } Que luule personne donc pour qui celle dùitinnsIraticHi cit 
fiiic ('âcrie de inul ion r<rnr : Je tmit remercie de n'éire pat comme 
m de cauc-M. Ici la prière du p^ari^cn est permise ei m&ne or- 
(iouiiée , pourvu iju'cii la pronuiif aiil , la perioime lie jwusc pai Ja 
loul i ses i:iliiiiis, cl ii'ijH'oufc yai\e \Aii$ léger nMMiTtfnunil de liaiue 



r:,9,N..<ir>,G00gIf 



KOTES 00 BEiTlKME EXTEETtE». 

n. 



(P»g« IIS. Ib ont fait âe la nchsrcha des intonlioBt nne adaïr* 
majeure , ona apice A'arcane.) 

6d de cet toia désopiréa , remarqnalile p«r JB ne laîi qad orgueil 
aigre, imnwdM, repounaott qui JaanenU i Uwt lecteur l'eniie 
d'aller balire l'anienr a'il éuil nriDl , t'ai parlieuliéreaeiit dîtiiBEiM 
jiarle parti qu'il a lird de ce grand ■opfaiiine. Il noua a présenté nt» 
ihéorie <Ie* Gna ful embrattendl la mcrragu de tart tt aux deùme- 
iur< ( un soulier , par exemple, et uoe plaoéie), te gai prt^oieraù 
dtt riglti d'anoQfft pour dtCBavHr ItM iniei iFioi agaa par rbupttliat 
<lt nui ouvragt. On lianl , par eienpla , dlaieater le [Délier 1 ba* : 
■OUI élei lenn àa ilâcoarrir par voie (faKiIyie les nuM de fartisu, et 
tant qoe vou* n'avei pas deiioé qull ('agit du bal de ait , ila'j a 
point de j!n, et, par cont&guent, poiut d'arligte. Celle ihearUtudei- 
lin^i rtmplaeer le» oavragtt oli tUe ttt faUAaaaa tralMe; car la plu- 
part da ouvraga 6arht jHtqu'û pritKi tur Ici cauetfiaala, renfimatt 
lia priocfpca (i hatardtt , n voipiet. da obiervallont ti putrila tt ti 
dtamtuei , da r^lexioni ti iriuiala ei ti dieUaaaloiret , ga'oa m dok 
pat élre *«rpru qiiUl aitnl d^Ûit imu dt ptrtoimtt dt ea toria de 
Itclurei. Il la garde bien , an reste , de noiumar le» anteun de ces ou- 
ynga à pMrlb , n diclimatoirvt,«K.; car il aurait hllu nommer 
laut ce qu'on a jamaîa vu de plui grand , de plna rcligieui et de pliis 
aiinalile dana la monde, c'eal-i'dire, taat oe qui loi reuemblaîi le 



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NEUVIÈME ENTRETIEN. 



Eh bioi, M. le comte « êtes -tous pr£t 
SOT cette question dont tous uods parliez 
hier (1) 7 



Je n'oubuerai rien , messienrs , poor TOos 
satisfaire, selon mes forces; mais permettez- 
moi d'abord de vous faire observer que 
tontes les sciences ont des mystères, et 
qa''elles présentent certains points où la théo- < 
rie en apparence la plos éridente se troore 
en contradiction avec rexpérïence. La poli- i 
tique , par exemple , ofTre plnsienrs preuves ) 
de cette vérité. Qp^ a-t-il de plus extrava- ' 
gant en théorie qne la monarchie hérédï- i 



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138 CES soncÊET 

Laire? Nom en jugeons par rexpérience; 
mais si Ton n^avait jamais ouï parler de goa> 
I Temement, et qu'il fallût en choisir un, 
' on prendrait pour un fou celui qui délibé- 
I reniit entre la monarcbie héréditaire et Té- 
lective. Cependant nous sarona , dis-je , par 
. Texpérience, que la première est, A toot 
prendre , ce que l'on peut imaginer de mieux, 
' et la seconde de plus mauvais. Quel argu- 
ment ne peut-on pas accumuler pour établir 
que la souveraineté vient du peuple 1 Cepen- 
dant il n*en est rien. La souvo-aineté est 
toujonr$;7me,}amEds(ionndie; etnneseconde 
ihéorie plus profonde découvre ensuite qu'il 
en doit être ainsi. Qm ne dirait que la meil- 
leure constitution politique est celle qui a 
été délibérée et écrite par des hommes d'état 
parfaitement au fait du caractère de la na- 
tion, et qui ont prévu tous les cas?néanm0in8 
rien n^est plus iàux. Le peuple le mieux 
constitué est celm qui a le moins écrit de 
lois constitutionnelles ; et tonte constitution 
écrite est rollb. , Vous n'avez pas oublié ce 
iour oh le professeur P.... se déchaîna si fort 
ici contre la vénalité des charges établies en 
France. Je ne orois pas en effet qu'il y ait 
rien de plus révoltant au premier coup d'ceil , 



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DE SAHIT-PÉTERSBOCBG. 139 

cA cependant il ne fat paj difficile de faire 
sentir, même an professeur, le paralogisme 
qm cmsidérait la vénalité en eUe-même^ 
va lien de' la considérer seulement comme 
moyen dkêrédité; et feus le plaisir de Tons 
conrainaj qn^me magistratnre héréditaire 
était ce qn^on ponrait imaginer de mieux 
en France. 

Ne soyons donc pas étonna si, dans 
d'antres branches de nos connaissances , en 
métaphysiqae snrtout et en histoire nato- 
relle , lions rencontrons des {«'opositions qni 
scandalisent tout à fait notre raison , et qui 
cependantse tronrent ensuite démontrées par 
les raisonnements les plus solides. 

An nombre de ces proposidons , il faut 
sans doute ranger comme une des plus im- 
portantes celles que je me contentai d'énon- 
cer huer : fue le juste , soi^ffrarU volontai- 
rement , ne satisfait pas seulement pour lui- 
même , mais pour le coupable , gui, de lui- 
même , ne pourrait s'acquitter. 

An lien de Tons parler moi-même, on « 
TOUS Toulez , aTant de tous parler moi-même 
sur ce grand snjet , permettez, messienrs, 
que je Tons cite deux écrÎTains qui Tont traité 
chacon & leur manière , et qui, sans jamab 



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140 LES SOmÉES 

s'être Ins ni connus mataellement , se soni 
rencontrés avec nn accord snrprenant. 

Le premier est nn gentiUionmie anglais , 
nonuné Jennyngs , mort en 1787, homme 
distingné sons tons les rapports y et qui s^esl 
fait beaucoup d'honneur par nn ouvrage 
très court , mais tont & fait substantiel , in- 
titulé : Examen de tévidence intrinsèque du 
Christianisme. Je ne connais pas d'ouvrage 
plus original et pins profondément poisé. 
^ Le second est Tautenr anonyme des Consi- 
dérations sur la France (1) , publiée» pour 
i la première fois en 1 794. Il a été longtemps 
le contemporain de Jennyngs , mais sans 
avoir jamais entendu parler de Im ni de son 
livre avant Tannée 1 803 ; c'est de quoi vous 
pouvez être parfaitement sûrs. Je ne doute 
pas qne vous n'entendiez avec plaisir la lec- 
ture de deux morceaux aussi ângoliera par 
leur accord. 

ut corra. 

Avez-voos ces deux ouvrages ? Je les Erûi 
avec plaisir, le prender surtout , qui a toni 
ce qu'il faut pour me convenir,. pmsqoHI 
est très Iran sans être long. 

(1) Le «amia de lUblre latHotee. 

(Aofc de FtdUeir.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB Siurr^ArBHSBOtmo. 141 

I 

f tS COMTE. 

le ne possède ni Ton ni l'autre de ces denx 

ouvrages , mais tous voyez d^ici ces volâmes 

^ immenses couchés snr mon bm%aa. Cest là 

'' qœ depuis pins de trente ans j'écris font ce 

* qoe mes lectmres me présentent de pins frap- 

^ pant. Quelquefois je me borne à de simples 

' indications ; d'autres fois je transcris mot à 

' mot des morceaoz essentîek ; souvent je les 

'' accompagne de onelanes notes , et souvent 

f aussi Yy place ces pensées du moment , ces 

' illuminations soudaines qui s'éteignent sans 

fruit.si l'éclair n'est fixé par récriture. Porté 

' par' le tourbUlon révolutionnaire en diverses 

' contrées de TEurope , jamîûs ces recndls ne 

: m'ont abandonné ; et maintenant vous ne san- 

' riez croire avec quel plaisir je parcours cette 

immense collection. Chaque passage réveille 

dans moi une foule dldées intéressantes et 

de souvenirs mélancoliques mille fob plus 

doux que tout ce qu'on est convenu d'appe> 

1er plaisirs. Je vois des pages datées de 

Genève, de Rome, de Venise, de Lausanne. 

Je ne puis rencontrer les noms de ces villes 

sans me rappeler ceoz des excellents amis 

que j'y ai laissés , et oui Jadis consolèrent 



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ii% LES som£ES 
mon exil. Quelques-uns n^existent plus , mus 
leur mémoire m*est sacrée. Souvent je tombe 
SOT des feoîlles écrites sous ma dictée par 
un enfant blen-aiuié que la tempête a séparé 
de moi. Seul dans ce cabinet sollt^re, je 
lui tends les bras, et je crois Tenteudre qui 
m'appelle à son tour. Une certaine date me 
rappdle ce moment oJi , sur les bords d\ui 
Heure étonné de se voir pris par les glaces , 
je mangeai avec nn évéque firauçais un âùia 
que nous avions préparé nous-mêmes. Ce 
jour-Ui i''étais gai, j^avais la force de rira 
doucement avec TexceUent homme qoi m^at- 
tend aujourd'hui dans un meilleur monde ; 
mais la mût précédente, je Tavais passée & 
Tancre sur une barque découverte , an mi- 
lieu d''une mût profonde , sans fen ni lu- 
mière, assis sur des cofires avec tonte ma 
jàmille, sans pouvoir non» concher ni même 
nous aj^uyer un instant , n'entendant que 
les cris sinistres de quelques bateliers qui ne 
cessaient de nous menacer, et ne pouvant 
étendre sur des têtes chéries qu^me misera- 
ble natte pour les préserver d'iine neige fon- 
due qui tombait sans relAcfae 

' Mais , bon Dieu ! qu'est-ce donc que )<: 
dis , et oji vais-je m'égarer ? M. le chevalier, 



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DE SAUrr-PtTBHSBOtlHG. 143 

vous êtes plos près; voulez-vous bien prendre 
Je volume B de mes recueils , et sans me 
répondre sortont , lisez d^abmtl le passage 
«te Jennyngs, comme étant le premier en 
date: tous le trouverez à la page 325. J'ai 
posé le signet ce matin. 

— En: effet , le voici toiu de suite. 
Fiie de Pévidence de la religion chrétienne 
considérée en elle-même , par M. Jennyngs , 
traduite par M. Le Tourneur. Paris, 1769. 
iii-12. Conclusion, n° 4 , p. 517. 

ce Notre raison ne peut nous assurer- que 
« quelques souf&ances des individus ne soient 
<t pas nécessaires au bonheur du tout; elle 
« ne peut nous démontrer qoe ce ne soit 
« pas de nécessité que tiennent le crime et 
n le châtiment ; qu51s ne puissent pas pour 
« cette raison être imposés sur non» et levés 
« comme mie taxe sur le bùn général , ou 
« qw cette taxe ne poisse pas être payée 
« par un être aussi-bien que par xm. autre , 
« et que, par conséquent, si elle est volon- 
« tïdrement ofTerte , elle ne puisse pas étra 
« justement acceptée de IHnnocent à la place 

« du coupable Dès que nous ne con- 

» nûssons pas la source de mal , nous ne 
c( pouvons pas juger ce qui est ou n'est pas 



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14J LES SOIBÉBS 

et le rem^d« efficace et convenable. Il est & 
» remarqaa' qne, malgré Tespèce d'absar- 
« dite apparente qae présente cette doctrine , 
K elle a cependant été anirersellement adoptés 
n dans tons les âges. Ânsaî loin qne rfatstoire 
u peut faire rétrograder nos recherches dans 
n les temps les plas reculés, nous voyons 
c( tontes les nations , tant civilisées qae bar- 
K bares , malgré la vaste difTérence qui les 
et sépare dans toutes leurs opinions religiea- 
a &eaf se réunir dans ce point et croire 
u à Tavantage du moyen d^apaiser leurs dieux 
(t offensés par des sacrifices , c^est-&-dire 
M par la substitution des souffrances des 
n autres hommes et des autres animaux. Ja< 
« mats cette notion n''a pu dériver de la rai- 
n son, puisqu'elle la contredit; ni de l'i- 
« gnorance , qui n'a jamais pu inventa an 
K expédient aussi inexplicable;.... ni deTar- 
« tifice des rois et des prêtres , dans la 
« vue de dominer sur le peuple. Cette doc- 
u trine n'a aucun rapport avec cette fin. 
« Nous la trouvons plantée dans l'esprit des 
« Sauvages les plus éloignés qu'on découvre 
« de DOS jours, et qui n'ont ni rois nî^ê- 
R très. Elle doit donc dériver d'un instinct 
M naturel ou d'une révélation surnaturelle : 



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t)E SAIKT-PÉTERSBOnnG. iiS 

(X et l'une ou Tautre sont également des opé- 
<i rations de la puissance divine. , , . Le Chris- 
x( tianisine nous a dévoilé plusieurs vérités 
« importantes dont nous n'avions précédem- 
« ment aucune connaissance , et parmi ces 
« Terités celle-ci ,.... que Dieu veut bien 
te accepta les souffrances du Christ comme 
ce une expiation des péchés du genre hu- 

cc main Cette vérité n''est pas moins in- 

". tellig^le que celle-ci Un homme ac~ 

« quitte les dettes d'un autre homme (1). . 
(c Mais.... pourquoi Dieu accepte ces puni- 
« tions , ou à qaelles fois elles peuvent servir , 
c< c'est sur quoi le christianisme garde le 
c( sUence ; et ce silence est sage. Mille in- 
« 5tTUCtîonsn''aaraientpn nousmettreenétat 
a de comprendre ces mystères , et consé- 
« quemment il n'exige point que nous sa- 

(1) Il est dilBcile itot ce* soJlet ila maliéres il'j|M:rceiair quel<|ae 
chose qui ait écliappé àEelLirmin. Saliifaelh ,(lil-il , mcompeniaiio 
ptaia ifl nlaiia dtbili : polal aulem imia iia pro alio peenam tompen- 
utrt vrl àebium lolverc , ni illt talii/acen mtriU dki pMa'I. CcsI- 
&-<lire i 

La compenialion d'une peine ou le paiement d'une dette eil eu 
qn'<Hi iiOBUDC lalàfaaion. Or. ud liomme peut , on compeiuer aiic 
raine ou pijcr une dette pour an autre J]Dminc, du nijuière qu'oo 
puiue dire avec Tèrité que celui-U a mli'faii. { Rob. Bcllamiini 
coniiov. dtrin.fitUidc indiilgmiiii. lib. I, cap. Il, logolsi-, 1601 , 
iu-roL, lom. 3, cul. 1493.) , 

II. 10 



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^46 tES soœSes 

« chions oa que nous croyions rien sur Ta 

fonne de ces mystères. » 

Je Tais lire mainteDant Tantre passage tiré 
des Considérations sur la France , 2* édi- 
tion , Londres , 1 797 , iu-S^ , chap. 3 , 
pag. 53. 

« Je sens bien qne , dans tontes ces con- 
(< sidéraHons, nous sommes continaellement 
i< assaillis par le tableau si fatigant des in- 
<t nocents qui périssent arec les coupables ; 
« mais sans nous enfoncer dans cette ques- 
« tjon qui tient à tout ce qu'il y a de plus 
n profond , on pent la considérer seulement 
n dans son rapport avec le dogme universel 
CT et aussi ancien que le monde , de la réver- 
I « sihilité des douleurs de l'innocence au 
• « profit des coupables. 

" Ce fut de ce dogme , ce me semble , 
« que les anciens firent dériver l'usage des 
« sacrifices qu'ils pratiquèrent dans tout l'u- 
» nivers, et qu'ib jugeaient utiles , non- 
ce seulement aux vivants , mais encore aux 
« morts (1); usage typique que l'habitude 

(1) lia sacrifiaient , au p!cH de la lelIrG, povi le rrpol âe» àmt». — 
Uni; Ait Pbton, on dira qit nom stroas ponh itant Fmfrr , on dint 
mire personm, on data celle ât nmdncendmiii , pour Itt erimei qm 
KpHf aconi commit dant le monde. A cria on peai rejioiidit gi^il f d 



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SE SUKT-PÉTERSimmc. 147 

■€< fions fait envisager sans «lo&oenieid, mais 
« dont il n'est |>as moins diflîcile d'aUeiodre 
4t la racine. 

«( Les découemetUs , si famem dans i'an- 
« tiqnîté, tenaient enranv an mâme dogme. 
«■ Décios avait la foi que le sacrifice d« sa 
« rie serait accepté par la divinité, et qo'îl 
« pODvaît faire équilibre i tons les mauK 
« qoi menaçaient sa patrie (I). 

« Le Christianisme est rena consacrer ce 
<t dogmequiestinfinimentnatarelàrhomme, 
« quoiqu'il paraisse difficile d^ arriver par 
« le raisonnement. 

M Ainsi , il peut y avoir eu dans le cceur 
n de Lonis XVI , dans celui de la céleste 
ce Elisabeth, tel mouvement, telle accepta- 
« tion, capable de sauver la France. 

K On demande quelquefois à quoi servent 
«. ces austérités terribles exercées par cer- 
« tains ordres religieux , et qui sont aussi 
« des défoiiements ; autant vaudrait préci- 
M sèment demander à qui^ sert le Christia- 

dttiaaificti tria-fMàumiii pour Fexplmion da ptdtti , cf fue U> dnnx 
u laittail PitUr, MniiK VeuHraH de'irét-grandtt villa, tlUt ptita 
mfanU drt ditux, el le» proplièiu mvDyts de» àïra^. < PUl., de He[>. 
■pp., lom, VI , cdit. DIponL,, p. 32S. LU). P. |>. 926. iill. A. ) 

(1) Piaculim otmi deoruni ira omna minas ptriadaqat 

it lUiimperù infirinjuc inu muin ttrUi. Jil.LÎT.VllI, Ifl.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



1-18 XBS SOIBLES 

n nisme, ptùsqa'il repose fool entier stir 
n ce même dogme agrandi , de ti/tnoçence 
" payant pour te crime. 

« .L''autorité qoi af^roDve ces ordres choi- 
« sit ijaelqaes hommes et les isole da monde 
« poar en faire des conduOeurs. 

« il n-y a que violence dans l'onirers ; 
« mais nous sommes gités par la philoso- 
ce phie moderne , qni nous a dît que tout 
<x est bien, tandis qne le mal a tootsonillé, 
« et que dans an sens très vrai, tout est 
« mal , jmisqae rien n^est à sa place. La note 
n tonique du système de notre création ayant 
n baissé, -toutes les antres ont baissé propor- 
rc tionnéllement , stnvant les règles de Thar- 
« monie. Tous les êtres gémissent (1) et 
Cl tendent avec efibrt et douleur vers on ao- 
« tre ordre de choses. » 

Je suis persuadé , messieurs , que vous 



(I) Saint Paul aux Tiomains, Vm, 19 «I suit. 

Ix lyttone de la paliogénéue Aa Oiarlet Bonnet ■ quriqnn poinlt 
lie coDlaclaiec le texte (le saint Paul; nuit cette idée ne l'a paicvo- 
dait \ cell« d'une dêgraclalion antérieure. EUea «'accordent cei>endant 
fort bien. Le coup terrible frappiS lur l'hamme par la main dirine po- 
duiiiloéceBairement un contre-coup (ur toutea lei pirlies de la nature. 



(Milloni'iPar.loMlX.TSS.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE 8AINT-PÉTEHSBOUHG. 149 

ne verrez pas sans étonnemeot deux écrîi^ins 
parfaitement inconnus Yxm à l'autre se ren- 
contrer à ce point , et tous serez sans doute 
disposés  croire que denx instruments qui 
ne pouvaient s'entendre n'ont pit se trouver 
rigoureusement d'accord , que parce qu'ils 
relaient , l'un et l'anti^ prîis à part , avec un 
instrument siq)ériear qui leur donne le ton. 

Les hommes n'ont jamais donté que Vîa- 
nocence ne- pût satisfaire pour le crime ; et 
ils ont cm de plus qu'il y avait dans le sang 
une force espiatrice; dfe manière que la vie, 
qui est le sang, pouvait racheter une autre 
vie. 

Examinez bien cette croyance , et tous ' 
verrez que si Bien lui-même ne l'avait mise 
dans l'esprit de l'homme , jamais elle n'au- 
rait pu commencer. Les grands mots de su- ( 
perstition et de préjugé n'expliquent rien; ', 
car jamais il n'a pu exister d'errenr miiver- 
selle et constante. Si une opinion faosse règne 
sur un peuple , vous ne la trouverez pas chea 
son voisin ; on si quelquefob elle parait s'é- 
tendre , je ne dis pas sur tout le globe , mais 
sur un grand nombre de peuples , le temps 
l'efface en passant. 

Mais la croyance dont je vous parle ne 



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^150 UB SOIR*IS 

I aooSi« aocone aceptiw de tem|ia nS (k 
I lieu. Natioiu antiquefl et modcmea , natioiM 
I civîUséea oa barbares, ipoqaes de «cieBec 
oa de simplicité , vnies oa fausses re&gponSf 
I il n>f a paa nne seule disaonoanee daM 1^ 
1 nhen. 

Enfin ridée du pccké et celle dn sacrifice 
pour le péché , s'étaient A lAea. amalgaHiées 
dans Tesprit des hfHumes de l'antiquité, que 
la langue sainte exininuôt Xna. et tantre pai 
\» mtote mol. De là cet hébratsme si coiinn, 
employé par saint Paul , que le Statveur a 
été fait péché pour nous (i). 

A cette &éorie des sacrifices , se rattache 
«KOre rîne^Iicable uage de la circonci- 
sion pratiquée ches tant de nations de Tan* 
tiqûté ; que les descendants disaac et d'Is- 
mael perpétuent sous nos yeux arec une 
constance non moins inez^caUe, et que 
les navigateurs de ces d«Tiia^ siècles ont 
retrouvé dans l'archipel de la mer Pacifique 
(nommément & Tallî), au Mexique, à la 
Dominique , et dans rAmériqne septen- 
trionale, jusqu'au 30' de^é de latitude (1), 



<l)n,Cor. T,SI. 

(I) T«;. Ih Uilre»BiMrkain' !, fradoitra Juniniica de H. lennU 



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or tàSBn-tttEUiBoahû. 151 

f^belqnes nadoiu ont pa varier dans la ma- 
■iàre; mais hHqoors-on retrqnve une opération 
douioureuse et sanglante faUe sur les or- 
ganes de la reproduction. Ceat-i-àke : ^na- 
thème sur les générations humaines y et SÈLOT 
PiB ui uvù. 

Le geiu% bumain professait ces dogmes 
depuis sa chute , lorsque la grande victime^ 
élevée pour attirer tout à elle , cria sur Ip 
Cahaiie; 

TocT B8T consourt t 

jélors le voile du temple étant déchire ^ 
le grand secret du sanctuaire fut connu ^ 
mtant qu'il pouvait l'être dans cet ordre de 
choses dont nous fiûsons partie. îious com- 
primes pourquoi Thomme avait toa)ours cru 
qa\me Âme poorait être sauvée par une autre , 
et pourquoi il avait toujours cherché sa régé- 
nération dans le sang. 

Sans le Christianisme, l*homme ne sait ce 
qn^ est, parce qu'il se trouve isolé dans 
fanivers et qu'il ne peut se comparer A 
lien; le premier service que loi rend la reh- 



b OU-ShH. AvM 1 1TS8 , a v>il. in-S* Litun IX , lag. 
Ht. IBS. 



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1S2 LBS s<»itiss 

gion est de Im mwitrer ce qu'il vaut, en 
lui montrant ce qu^ a coûté. 
Regabdbz-moi ; c'^st Dieu qui fait kôurih 

UN DiKD (1). 

Oui! regardons -le altendîremeat , amis 
qui m^écoutez ! et nous verrons tout dans ce 
sacrifice ; énormité du crime qui a exigé 
une telle expiation; inconcevable grandeur 
de Vètre qui a pu le commettre ; prix infini 
de la victime qui a dit : Me voici (2) / 

Maintenant, si l'on considère d'une part 
que toute celte doctrine de l'antiquité n'était 
que le cri {«-ophétique du genre humain, 
annonçant le salut par le sang , et que , de 
l'autre, le Christianismeestvenujustifiercette 
prophétie, en mettant la réalité à la place du 
type , de manière que le dogme inné et ra- 
dical n'a cessé d'annoncer le grand sacrifice 
qui est la base de la nouvelle révélation, et 
que cette révélation, étincelante de tous les 
rayons de la vérité, prouve à son tour l'origine 

(i)iAES«E M-oiA npos eso t- .lAsxn eEos. 

Vidcit qaaim poiiar ù Dto Deat ! 

(£Khfl.iDProin.,T.910 

(1) COrjHu aplani miM. «ne iixt i ccce TCBto, 

(Pmliii. XXXIX , T i H<.'br. X , 5.) 



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M! SAinT-pftTSHSBOnBG. 1 53 

^vîne du dogme que nous apercevons con- 
stamment comme un point lumineux au mi- 
liea des ténèbres du Paganisme , il résulte 
de cet accord une des preuves les plus entraî- 
nantes qu'il soit possible d'imagier. 

Maïs ses ?érités ne se pronvent point par 
le calcul ni par les lois du monrement. Celui 
qui a passé sa vie sans etoît jamais goûté 
les choses divines ; celui qui a rétréci son 
esprit et desséché son cœur par de stériles 
spéculations qui ne peuvent, ni le rendre meil- 
leur dans cette vie,,m le préparer pour l'antre; 
celni-li, dis-je, repoussera cta sortes de 
preuves , et même il n*y comprendra rien. 
Il est des vérités qne Thomme ne peut saisir 
qu'avec tespptt de son cœur (1). Plus d'une 
fois rfaomme de bien est ébranlé, en voyant 
des personnes dont il estime les lumières se 
refuser à des preuves qui lut paraissent claires : 
c^est une pure illusion. Ces personnes man- 
quent d^nn sens , et voilà tout. Lorsque 
llioiiune le plus habile n'a pas le sens reli- 
gieux , DOn-seulement nous ne pouvons pas 
le vaincre , mais nous n'avons même aucun 
moyen de nous faire entendre de lui , ce qui 

if,) KtaiE coDDis sn . ( Lac I « SI •) 



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154 us $oaAts 

ne proQTe rien qae scm malheur. Toot Ir 
monde sait lliîstoire de cet aTeugle^né qai 
arait décoovert , i force de réflexion , çue le 
cramoisi ressemblait infiniment au son de 
la trompette i or , qoe cet aveogle fût an 
sot on qu'il fût on Saunderson , qaimporte 
à celai qtû sait ce qoe c^est qae le cramoisi ? 
Il faudrait de plos grands détails pour 
ap(rofondir le sajet intéressant des sacrifices ; 
mab je pourrais abuser de votre patience , 
et moi-même je craindrais de m''égarer. Il est 
des points qoi exigent , .poar être traité à 
fond} ton tle calme d^ane dbcassion écrite (1 ). 
Je croîs au moins , mes bons amis , que nous 
en savons assez sor les sooffrunces da jnste. 
Ce monde est une milice, nn combat éternel. 
Tous cenx qui ont combattu courageusement 
dans une bataille sont dignes de louanges 
sans doute; mais sans doute aussi la pics 
grande gloire appartient à celui qui en revient 
blessé. Vous n'avez pas oublié, j'en suis sûr, 
ce que nous disait Tautre jour nn bomme 
d'esprit que j'aime de tont mon cœur. Je ne 
suis pas du toutj disait-il , de l'avis de Sé- 
rièçue, qui ne s''étonnait point si Dieu jc 

(1) Coyci 1 la fin de ce voluniu le morcUD iolilDlé : EeMniiie- 
mtnU i»r Ui laerificei. 



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DB SURT-FÉTXBSBODRG. t55 

dormait de temps en temps lé plaisir de 
çoni^npïer un grand homme aux prises avec 
radfcrsité (1). Pour moi. Je vous tavoue, 
je ne comprends poittt commera Dieu peut 
s'mntaer à tourmenter ies honnêtes gens. 
Peut-être qa'arec ce badinage philosophiqne 
il aurait onbarnissé Sénèqne ; mais pour noiis 
il ne DOIS embarrasserait gnère. Il D'y a point 
de juste , comme nous Tavons tant dit; mais 
1^ est qdl homme assex juste pour mériter 
les complabances de son Créatem- , qoi pour- 
rait s'étonna^ que Diea, attertip sur son 
mwBE oontAGB , prenne plaisir à le perfec- 
tionner ? Le père de famille peut rire d'un 
•erviteur grossier qui jure ou qm ment ; 
mais sa main tendrement sévère pimît rigou- 
reusement ces mêmes fautes sur le fils unique 
dont il rachetterait volontiers la vie par ta 
àenne. Si la tendresse ne pardonne rien , 
c^est pour n^avcàr plus rien à pardonner. En 
mettant Thomme de bien aux prises avec 
l'infortune , Dieu le purifie de ses fautes pas- 



(4) Ego viTi mm miror si quamlo impelmn eapit (Dcru) apecIniuH 

WmipHia tirât colluelama Clan aliqiia catamitate Fxa tpeclaclam 

digmm ed gaod retpkiai ikte.itds onnt sco Dits ! Eccc par Dea Jlir 
UM .' «ir foilit cirni walù forlunâ coinposilM ! i,Sca., de PruV, , 

op.n.) 



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1 56 LES soir£is 

sées , le met ea garde contre les fautes future?^ 
et le mûrit ponr le ciel. Sans doute il prend 
plaisir à le Toir échapper à rinévitable jus- 
tice qui l'attendait dans un antre monde. Y 
a-t-il une plus grande pie pour Pamour que 
la résignation qui le désarme ? Et qnand on 
songe de plus que ses soufirances ne sont pas 
seulement utiles pour le juste , mais qu'elles 
peuvent, par une sainte acceptation, tourner 
au pro6t des coupables, et qu'en sonfirant 
ainsi il sacrifie réellement pour tons les 
hommes , on conviendra qu'il est en effet im- 
possible d'imaginer un spectacle plus digne 
de la divinité. 

Encore on mot siv ces souffrances An 
juste. Croyez-vous par hasard que la vip^ 
ne soit un animal venimeux qn'aa moment 
où elle mord, et que l'honmie affligé du 
mal caduc ne soit véritablement épileptiipie 
que dans le moment de Taccès ? 

LE SÉNATEDB. 

OÙ Toulez-Tous donc en venir , mon digne 
uni? 

LB COMTE. 

Je ne ferai pas un long circuit, commk 



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DE SAUfT-PËTBRSBODBG. 157 

TOUS allez voir. L'homme qoi ne connaît 
rhomme qae par ses actions ne le déclare 
WKcJiant qne lorsqu'il le voit commettre na 
aime. Autant vaudrait cependant croire qae 
le venin de la vipère s^engendre an moment 
de la morsure. L'occasion ne fait point le 
méchant, elle le manifeste (t). Mai^ diea 
qui voit tont, Dien qui connaît nos inclina' 
tions et nos pensées les plos intimes bien 
BÙenx que les hommes ne se connaissent 
matériellement les mis les antres , emploie le 
châtiment par manière de remède , et frappe 
cet homme qui nom paraît sain pour extirper 
le mal avant le paroxisme. Il nous arrive 
Mravent , dans notre avengle impatience , de 
noDS plaindre des lenteurs de la providence 
dans lapmiîtîon des .crimes; et, par mie sin- 
goUère contradiction, nons l'accusons encore, 
lorsque sa bienfaisante célérité réprime les 
inclinations vicieuses avant qu'elles aient pro- 
duit des crimes. Quelquefois Dieu épargne 
on coiqiable connu, parce que la punition 
aérait inutile , tandis qu'il châtie le coupable 
caché , parce que ce châtiment doit sauver 



[I] Tout homme iniirult rcconiMltra ici qodjiiBi idén dt Tbxtf 
fM. ( IkHnI. Jïian. vii/d.) 



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1KS LES SOntÉES 

I un hoiniue. Cest ainsi que le sage médeca 
évite de fatignw par des remèdes et des opé- 
ratims inutiles un malade sans espérance. . 
\ a Laisse34e, dit-il en se retirant ^ amusa- 
i /e, dorm&i'lui tout Ce tjuHl demandera : m 
mais si la constitution des choses loi per- 
mettait de voir distloctement dans le corps 
d'nnhomme, parlaitementsain en aj^arence, 
le germe du mal gui doit le tuer demain ou 
dans dix ans , ne lui conseillerait-il pas de se 
soumettre , pour échapper à la mort , aux re- 
mèdes les plus dégoûtants^ et aux opératioiu 
les {dus douloureuses ; et si le lâche pré- 
férait la mort à la douleur , le médecin dont 
nous siq>posons Toeil et la main également 
infaillibles , ne conseilleraitHl pas k ses amis 
de le lier et de le conserrer malgré Inï à si 
famille ? Ces instruments de la cbirni:^e, 
dont la vue nous fait pâlir , la scie, le trépan , 
le forceps , le lithotome , est. , iCfm!i. pas sans 
doute été inventés par un génie ennemi de 
Tespèce humaine : eh bien ! ces inslrumenb 
sont dans la main de Thomme , pour la goé- 
rîson da mal physique , ce que le mal phy- 
sique est, dans celle de Dieu, pour Textirpa- 
tion du véritable mal (1). Un membre hixé 

(1) Ou {ivol dire <kt soulTraDccs prOrisjmcnl ce qus le iiriim (la 



D,9,t,.?(ib, Google 



DB sAUfT-rtmUBUtntfi. 159 

m fracbiré pentril être rétabli sans dotdeor? 
me plaie , ane iKiJadie int^ne penrent-elles 
être guéries sans abstiiience , sans [»ÎTation 
âe toat genre , sans régime plus on moins 
fotigant? Comïiien j a-t-ii dans tonte la 
pharmacopée de remèdes qui ne révoltent pas 
nos sens ? Les souffrances, même immédiate- 
ment causées par les maladies , sont-elles 
antre chose que Fefibrt de la fie qui se dé- 
fend? Dans Tordre sensible comme dans 
f (Hiire supériem* , la loi est la même et aussi 
ancienne que le mal : Le BevAde do b&wbdbi 
au L& DODunnt. 



Dès que j'aurai rédigé cet entrelîM, )« 
veox le £aiire Ure à cet ami commun dont 
TOUS me parliez il y a peu de temps; je suis 
persuadé quil trourera vos raisons bonnes , 



oMemdirAieiistdildu mnil; nKoiisiomiMï pécheur», elcomma 
■A riEcrttnM I Ifoia nwu ma M «Mf» dinu Fliùqdtt.... Di«d 
■doM «nroîe la tkalcDr 1 rhomae oobum nue peine dt t» àisobào-, 
■na« Bt de n rébellion .d e«ua peine at, en nrfaw lempi , par 
•nppoil 1 mot, lalabeuToe « prtiEnralrice, Sïlwfccwlre , pour 
■ opter le pMécoamii, cl la^a^lrioe, pour non* nopécher <l» 
• le «wneltre i Mlisbctoirc , piiree que Doni iTom M prinricB teun, 
■M frfumuicc i>aii,i|M nom ccMioas du ntiT^ BonnbUM, So^ 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 



160 ISS SOIRÉES 

ce qoi tous fera grand plaisir , puisque tous 
Taimez tant. K je ne me trompe, il crMia 
même qae tous avez ajouté aux raisons <k 
Sénèque, qui deTait être cependant uu très 
grand génie , car il est cité de tout côté. Je 
me rappelle que mes premières Tostons 
étaient puisées dans un petit livre intitulé Sé- 
nèque chrétien , qui ne contenait que les pro- 
pres paroles de ce philosophe, U fallait qae 
cet homme fût d'une belle force pour qu'wi 
lui ait fait cet honneur. J'avais donc one assez 
grande Ténération pour liù , lorsque La Harpe 
est venu déranger toutes, mes idées avec nn 
volume entier de son Lycée, tout rempli d'o- 
racles tranchants rendus contre Sénècpie. Je 
vous avoue cependant que je penche toujours 
pour Tavis du valet de la comédie : 

Ce Sénèque, monaieur, élail an bîea gnnà bonuie I 



Vous faites fort bien, M. le chevalier, de 
ne point changer d'avis. Je sais par cœnr 
tout ce -qu'on a dit contre Sénèque; mais il 
y a bien des choses aussi à dire en sa faveur. 
Prenez garde seulement que le plus grand 
défaut qu'on reproche à lui ou â son style 
tourne au profit de ses lecteurs; sans doQle 



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SB SAinT-PiTBBSBOCRG. ICI 

il est trop recherché^ trop sentencieux; sans 
doute il vise trop à ne rien dire comme les 
antres : mais avec ses tournures onginales , 
arec ^es traits înattendos , il pénètre profoo» 
démenties esprits, 

El 4«UMloeqirildil laine OB hing ■oirenir. 

Je ne connais pas dVuteur (Tacite peat- 
ètre excité) qu^on se rappelle davantage. A 
ne considérer que le fond des choses , il a 
des morceaux inestimables; ses épldes sont 
on trésc»' de morale et de bonne i^osophie. 
11 -y a telle de ces épltres qœ Bourdaloue on 
Massillou auraient pu réciter en chaire aveo 
quelques légers changements : ses questions 
naturelles sont sans contredit le morceau Ift 
plus précieux que Tantîqaité nous ait laissé 
dans ce genre : il a fait un bean traité sur la 
Providence qui n^avait point encore de nom 
à Rome du temps de Cicéron. Il ne tiendrait 
qn*à moi de le dter sur une foule de ques- 
tions qui n'avaient pas été traitées ni même 
pressenties par ses devanciers. Cependant, 
malgré son mérite , qui est très grand , il me 
serait permis de convenir sans orgueil que 
j'ai pu ajouter à ses raisons. Car je n^ai en 
cela d'autre mérite que d'av<wr profité de plus 
granils secours; et je crois aussi, à vons par- 
u. 11 



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162 LKS soih£es 

Wr vrai , qall n^est sapôiear d ceux qni Tonl 
précédé qne par la même raison , et que s'il 
D'avait été retenu par les {adjugea de siècle , 
de patiie et d*étDt , il eût pa nous dire A pen 
près tout ce qne je tous ai dit; car tont me 
porte à juger qu'U arait une comudssance 
assea approfondie de nos doigmes. 

LB SfiRATSaR. 

Croirîec-Tous peut-éire au Chiistiatûsme de 
Sénèque ou à sa ccnrespondance é^loiaire 
avec saint Paul? 



Je sois fort éloigné de soutenir nî fun ni 
Tautre de ces deux faits ; mais je ctois qu'Us 
ont nne racine vraie > et je me tiens sur qne 
SénéqueaeDtendnsaiatPaul, couHneielesms 
que TOUS i|i^4contec dans ce moment. Nés et 
vivants dans la lumière, noos ignorons ses 
«flèta sur rhomme qni ne Taurait jamaîâ vue. 
Uirsque les Fortngais portèrent le Ghristia- 
tiisme aux Indes « les Japonais, qni sont le 
petq>le le plus intelUgent de l'Ââe , forent si 
fraj;^ de cette nouvelle doctrine dont la 
renommée les avait cependant très traparfai' 
tement informés , qu'ils débutèrent è Goa 



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DS SAinr-PÉTBBSBOTTTtO. 163 

deux membres de lenrs deux principales aca- 
démies pour s'informer de cette nouvelle re- 
Ugjoa ; et bientôt des ambawadeors japonais 
Timreat demander des prédtcateora chrétienc 
ma TÎc&Toi des Ipdes; de manière qae , pour 
le dire en passant, il n'y eut jamais rien de 
plus paisible , de plus lé^l et de plus libre 
qae l'introdaction du Christiamsme au Japon: 
ce qui est profondément ignoré par beaucoup 
de gens qni «e mêlent d'en parler. Mais les 
Romains et les Grecs du siècle d'Auguste 
étaientbien d'antres hommes que les Japonais 
du XW (1). Nous ne réfléchissons pas assez 
à Teffet que le Christianisme dut opérer sur 
mie fimle de bons esprits de cette époque. Le 
gouTemeur romain de Césarée , qui savait 
très bien ce que c'était que c^te doctrine , 
disant tout eilrayé à saint Paul : a. Qest assez 
pour cette heure, retirex-vous (2),» et les 
aréopagites ' qui loi disaient : « iVbur vous 



[IJFiMir UKiciice,pem-jl)e, msi» pour le cai»cl«r^ * ooo «en* 
«Teifiril naturel, je n'eataiinen. Saint Fiancent tvrier, rXtinipéeii 
qiÛB (« mieux coaaa la Jnpaou» , tv nul la pto* bauu idtr. CM , 
dîl-B,MMiHllMpv*M(, âvdiifwe, «idird la rviwa, «ir«i on'di 
tbuirmion. {S. Praidsd XaveHl, M. Ap. Epiii. WraïUI. 1TU. 
in-19, p. 166.) Il m anil lODTenl parlé BUT ce ton. 

Cl) Ici. XUV, iO, », 

11. 



DigiNri^flhyGOOglC 



164 us SOOÉBS 

■efUendrons une autrefois sur ces choses (1 ) , » 
faisaient « sans le savoir, on bel éloge de sa 
prédication. Lorsqu'Âgri{^a , après avoir en- 
tendu saint Paul , lui dit : yZ s'en faut de peu 
que vous ne me persuadiez détre chrétien; 
rApdtre lui répondit : « Pitit à Dieu qu'il ne 
s''en fallût rien dû tout , et que vous devins- 
sien , vous et tous ceux qui m'entendent^ 
semblables à moi , a ia BfissavE de ces ubhs , » 
et il montra ses chaînes (2). Après que dix- 
hmt siècles ont passé sur ces pages saintes; 
après <:eiA lectures de cette belle réponse , 
fe crois ia lire encore pour la première fois^ 
tant elle me parait noble , douce , ingé- 
nieuse, pénétrante! Je ne pois vous expri- 
mer enfin à quel point j'en suis touché. Le 
cœur de d'^embert , quoique raccomi par 
l'orgueil et par une philosopbie gladale , nb 
tenait pas contre ce discours (3) : i^^ez de 
reflet qu'il dut produire sw les anditeurs. 



(I) Ibid., XTU, 31. 

<i)Ui(t.,XXVI,M. 

(S) 11 iioumit bies j aimr \à hm pedu erreur do mteoire, eu je 
M «iGb« (iw qe« d'Àlenbert ait pwli de m diBaHin. Il a nnié ■». 
lemnil, si je ne me iTompe , celui que le ndina RpAlra tinta Vut^ 
jpigc, elqui esi en eltet adminUe. 



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DK SifinT-PÉTERSBOUaG. 165 

RappeloDS-noos qae les hommes d'autrefois 
étaient faits comme nons. Ce roi Agrippa , 
cette reine Bérénice , ces proconsols Serge et 
Gallion (dont le premier se fit chrétien) , ces 
goavemears Félix et Faostus , ce tribun Ly- - 
sias et tonte lenr saite^ avaient des parents^ 
des amis, des correspondants. Ils parlaient, 
ils écrivaient. Mille bonchés répétaient ce qne 
nons lisons aajotH-d'hnt, et ces nouvelles M- 
saient d'aotant pins d^impression qu'elles an- 
nonçaient comme preuve de la doctrine des 
miracles incontestables, même de nos jpurs , 
pour tout homme qai juge sans passion. 
Saint Faal prêcha une année et demie à Co> 
rinthe et deux ans A Ephèse (1 ) ; toot ce qoi 
se passait dans ces grandes villes retentissaft 
en un clin d'œil jasqu'à Rome. Mais enfin le 
grand apôtre arriva & Rome même où il de- 
meura deux ans entiers, recevant tous ceux qui 
venaient le voir, et prêchant en toute liberté 
sans que personne le gênét (2). Pensez-vous 
qu'une telle prédication ait pn échapper k 
Sénêqae qui avait alors soixante ans? et lorsque 
depms, traduit an moins deux fois devant les 



(t> leLXVn,11;XIX,ll». 
{«} Act.XXVUI,S0,31. 



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166 IBS S(»B<ES 

tribu Danx pour la doctrine qtCHi ensdgn^f 
Paul se défendît pabliqnement et fat ab- 
sous (1)} peusefi-Too» que ces érénements 
n'aient pas rendu sa {védîcatîon et plus cé- 
lèbre et plus puissante? Tons ceux qui ont la 
moinA« connaissance de l^tiquité savent 
que le Christiamsnie, dans son berceau , était 
pour les Chrétiens' ime imtiation ^ et pour Les 
antres un système , nne setUe phîIosopfaiqDe 
on théorgiqoe. Tout le monde sait comlôen 
on était alors avide d'opinions nourelles : il 
n'est pas même permis dimagiuer qae Sé- 
nèfpoe n'aitpointeu connaissance de renseigne- 
ment de saint Paul; et la démonstration est 
achevée par la lecture de ses ouvrages, oii il 
parle de Dieu et de Thomme âNme manière 
toute nonrelle, A côté dn passage de ses épl- 
Ires oh il dit que Dieu doit être honoré et 
ADft f xme main inconnue écrivit jadis sur la 
marge de Pexempiaire dcoit je me sers : Deum 
amari vîx alii auctores dixerunt (2). L'ex- 
pression est au moins très rare et très remar- 
quable. 



tl)TI. Tim.lY, 16. 

(S) Ott Rc lira gatr* aiUtars qm Dlrn ftt «iM> S^l aide qurlip 
mil de ce gcbic , on le Imuiera dana Plaina. &*iiit Aspuiio loi ei 
bilbonucur. (Meirii. Ad, Wlfi, 6. VM. Sen. tfU. *14 



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DE SAHIT-PÉTBRSBODBG. 167 

Pascal a fort bien observé qu'aucune autre 
religion que la nôtre ii'a demandé à Dieu de 
Caimer; sur qam }e me rappelle qae Voltaire , 
dans le honteux commentaire qu'il a ajouté 
aox pensées de cet homme famem , objecte 
que MarC'Aurèle et Epictète partent conn- 
inmii.BXEiiT daimer Dieu. Pourquoi ce joli 
érudit nVt-U pas daigné nous citer les pas- 
sages? Rien n*était plus aisé , puisque, suivant 
lui, ils se touchent, I^tis revenons à Sénèque. 
Ailleurs il a dit : Mes Dieux (1) , et mém% 
noti^ Dieu et notre Père (2); il a dit for^ 
mellement : Que la volonté de Dieu soit 
faite (3). On passe sur ces expressions; 
mais cherchez-en de semblables chez les 
philosophes qui Tout précédé, et cherchez- 
les surtout dans Cicénm qni a traité préci- 
sément les mêmes sujets. Vous n'exigez pas, 
inespéré, de ma mémoire d'autres citations 
dans ce moment; mais lisez les ouvrages de 
Sénèque , et vous sentirez la vérité de ce que 
j'ai rhonneur Je vous dire. Je me flatte que 
l(H«qne vous tomberez sur certains passages 
dont je n'ai plus qu'un souvenir vague , où il 

<l)0wt>iM*.(EiiisI.9S.) 

(9) OnuMfNuvitf noMcr. (Epist. 110.) 

l^iPlaetttHmalili, q/M/iiia Dtoplac'icrii. {tfàtt. 7i.) 



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1GS usa sonÊst 

parle de lincroyable héroïsme de certains 
hommes qui oot bravé les tonrmeots les plus 
hornbles avec tme intré[Mdité qai parait sur- 
passer les forces de rhnmanité , tous ne dou- 
terez guère qnll n'ait eu les Chrétiens envoe. 
D'ailleurs, la tradition sur le Christianisme 
de Sénèqoe etsurses rapports avec saintPaul , 
sans être décisive, est cependant quelque 
chose de plus que rien , si (m la joint surtout 
aux autres présomptions. 
' Enfin le Christianisme à pdne né avait pris 
racine dans la capitale du monde. Les apô- 
tres avaient prêché à Rome vingt-cinq ans 
avant le règne de Néron. Saint Pierre s^ en- 
tretint avec Fhilon : de pareilles conférences 
[aH>duîsirent nécessairement de grands effets. 
Lorsque nous entendons parler deJodaTsme 
à Rome sous les premiers empereurs , et sur- 
tout parmi les Romains mêmes , très souvent 
il s''agit de Chrétiens : rien n'est si aisé que 
de s'y tromper. On sait que les Chrétiens, 
du moins un tesez grand nombre d'entre 
eux, se crurent longtemps tenus A Tobser- 
vatîon de certains points de la loi mosaïque ; 
par eiœn^e , & celui dç Tabstinence du sang. 
Fort avant dans le quatrième siècle, on voit 
encore des Chrétiens mar^sés en Perse 



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DE Sâmr-rtTBaMaomo. 169 

pour avoir refusé de violer les observances 
légales. U n*est donc pas étonnant qu'on les 
tôt fioavent confondus , et vous verrez en effet 
Lea Chrétiens enveloppés comme Joîfs dans la 
persécution que ces derniers s'attirèrent par 
leur révolte contre Temperear Adrien. Il faut 
avoir la vue bien fine et le coup d'oui très 
joste; U faut de plus regarder de très près, 
pour discerner les denz religions chez les au- 
teurs des deux premiers siècles. Plutarqae, 
par exem[de, de qui veut-il parler, lorsque, 
dans aoa Traité de la Superstition , il s'écrie : 
O Grecs '. qiCest-ce donc que les Barbares 
ont fait de vous ? et qae tout de suite il parle 
de sabbatismeSy de prosternations, de hon- 
teux accroupissements , etc. lises le passage 
entier , et vous ne saurez s'il s*aglt de di- 
manche ou de sabbat, si vons contemplez un 
deuil judaïque ou les premiers rudiments de 
ta pénitence canonique. Longtemps je n'y 
ai vn que le Judaïsme pur et simple ; aujour- 
d'hui je penche pour l'opinion contraire. Je 
vous citerais encore à ce propos les vers de 
Rottlius I si je rn^en soutenais , comme dit 
madame de Sévi^é. Je vons renvrâe â son 
^oyagp : vous y lirez les plaintes amères qu^ 
fait de cette superstition judvçue gui s'em- 



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170 LES SOBÉBS 

parait du monde entier, U ea veut À Pompée 
et i 'ntas pour avoir conquifl cette nulfaen- 
retue Jtulée qm empoisonnait le monde : or, 
qm pourrait croire qaHls^a^icideJodalSme? 
FTest-ce pas^ au cootraire, le Christianisme 
qui s'emparait du monde et qui repoussait 
également le Judaïsme et le Faganbme 7 Id 
les fsdts parlent; il n'y a pas moyen de dis* 
puter. 

An reste, messiem:*, je sapposerai toIoih 
tins que tous pouiriez bien être de Taiis de 
Montagne , et qu'on moyen sûr de vous &ire 
haïr les choses vraisemblables serait de Toos 
les planter pom* démontrées. Croyez donc ce 
qa'il vous plaira sur cette question partico- 
lière; mab dites-mot, je vous prie , penses- 
vous qae le Judaïsme seul ne fût pas suffisant 
pour influer sur le système moral et religtetnc 
d''un homme aus» pénétrant que Sénèque, 
et qui connaissait parfaitement cette reti^on 7 
Laissons dire les poètes qui ae vment que la 
superficie des choses , et qui croient avoir 
tout dit quand ils ont appelé les Jm& verpot 
et recutitost et tout ce qui voua [datra. Sans 
doute qoe le grand anathèine pesait déjà sur 
eax. Mais ne pouvail-on pua alors, conome i 
présent f admirer les écrits en méprisant les 



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DE SAQfT-PéTEHSBODKG. 171 

personnes ? Au moyen de la version des Sep- 
tante, Sinèqae poorait lire la Bible aosst 
commodément qae nous. Qae derait-U pen- 
ser lorsqu'il comparait les théogonies poé- 
tiques aa premier Terset de lu Genise , ou 
qn'il rapprochait le déluge d'Ovide de celui 
de Moïse? Quelle source immense de ré- 
âenons ! Tonte la philosophie antique p&lit 
devant le seul livre de la Sagesse. Nul homme 
intelligent et libre de préjugés ne lira les 
Psaames sans être Jrappé d'admiration et 
transporté dans an nouveau monde. A l'égard 
des personnes mêmes , il y avait de grandes 
distinctions i faire. Philon et Josèphe étaient 
bien apparemment des hommes de bonne 
compagnie , et Ton pouvait sans doute sHns- 
tmire avec eux. En général, il y avait dans 
cette nation , même dans les temps les plus 
anciens, et longtemps avant son mélange avec 
les Grecs , beaucoup plus d'instruction qu'on 
ne le croit commonément, pnr des raisons 
qnll ne serait pas dilBcite d'assigner, Oti 
avaient-ils pris, par exempte, leur calendrier, 
f on des pins justes , et peut-être le plus juste 
de fantiqnité 7 Newton , dans sa chronologie , 
n'a pas dédaigné de lui rendre pleine justice, 
et il ne ttent qu'à nous de l'admirer encore 



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172 ISS SOffitBS 

de nos }onrs, puisque nons le voyons mai» 
cher de front avec celu des nations mo- 
dernes , sans erreurs ni embarras d^aacune 
espèce . On peat voir y par Texemple de Daniel , 
combien les hommes habiles de cette nation 
étaient considérés it Babylone, qui renfer* 
mait certainement de grandes connaissances. 
Le fameox rabbin Moïse Maimonide ^ dont 
)''ai parcomn qDeîqaes ouvrages traduits , 
nous ap[H«nd qu''à la fin de la grande capti- 
vité, un très grand nombre de Juifs ne voo- 
Ini'eut point retourner chez eux; qu'ils se 
fixèrent i Babylone; qu'ils y jouirent de k 
plus grande liberté , de la plus grande con- 
ûdéralion , et que la garde des archives les 
plus secrètes à Ecbatane était confiée à des 
honmies choisis dans cette nation. 

En feuilletant Tai^re jour mes petits Ehé- 
virs que vous voyez là rangés en cercle sur 
ce plateau tournant, je tombai par hasard 
sur la république hébraïque de Pierre Cu~ 
Tueus. Il me rappela cette anecdote si cu- 
rieuse d'Aristote , qui s^entretînt en Aùe avec 
un Jmf auprès duquel les savants les plus 
distingués de la Grèce lui parurent des espèces 
de barbares. 

La traduction des livres sacrés dans une 



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DE SUHT-pâTEnS&OORG. 173 

langne devenae celle cle TuDÎTers , la disper- 
sioa des Joifs dans les difTérentes parties da 
monde , et la cariosité naturelle & rhomme 
ponr tODt ce qo^il y a de noareau et d'eztraur- 
dinaire, avaient fait connaître de tont cAté la 
loi mosalqne , qni devenait ainsi une intro- 
dnctioD an Christianisme. Depuis longtemps, 
les Joifs serraient dans les armées de plu- 
(denrs princes qni les employaient Tolontiers 
àcanse de leur valenr recoimneetdeleorfîdé- 
Ulé sans égale. Alexandre surtout en tira 
grand parti et leur montra des égards recher* 
chés. Ses successeurs an trône d'Egypte Timi- 
tèrenl sur ce point, et donnèrent constamment 
aux Juifs de très -grandes marques de con- 
fiance. Lagns mit sous leur garde les plus 
fortes places de l'Egypte , et, pour conserver 
les villes qu^il avait conquises dans la Libye, 
il ne trouva rien de mieux que dy envoyer 
des colonies juives. Vmi des Ptolomées, sa 
successeurs, voulut se procurer une traduc- 
tion solenneUe des livres sacrés, Evergètes , 
après avoir conquis la Syrie, vint rendre ses 
actions de grâces à Jérusalem : il ofTrit k Bajt 
an grand nombre de victimes et fit de riches 
présents au temple. Philométor et Cléopàtre 
confièrent à deux hommes de cette nation le 



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174 Lss soiafiES 

gonrememeat du royaume et le commande- 
ment de Tannée (1). TontenoD mot jostïfiatt 
le discours de Tobîe k ses frères : Dieu vous 
a dispersés parmi les nations qui ne le con- 
naissent pas , o/fn que vous leur fassie» 
connaître ses merveilles j afin que vous leur 
appreniez qu^il est le seul Dieu et le seul 
tout-puissant (2), 

SoÎTantles idées anciennes, qm admettaient 
une foule de divinités et snrtont de dieux na- 
tionaux, le Dieu d^Israfil n''étiût, pour les 
Grecs, pour les Romains et même pour toutes 
les antres nations, qu'une nonvdle divinité, 
ajoutée aux autres ; ce qai n^avaît rien de 
choquant. Mais comme il y a toa)Oiirs du4S 
la vérité une action secrète plus fwte que 
tous les préjugés , le nouvean Diea , partout 
où. il se onntrait , devait nécessairement faire 
une grande impression sur une foule d'es- 
[BÎts. Je TOUS en al cité rapidement quelques 
exemples, et je puis encorevons en citer d^< 
très. La coor des empereors romiùns avait un 
. grand respect pour le temple de Jérusalem. 

(IJIotdiihewRire AiipioD.Lh. ll|«ba|i.ii. 
iJSi Me» Hiperiitvii* inUr geMaqim IgTioranl etim, MWf mrrv- 
Otomiiia mirabiliat}ia,tifadalâKin m quia iM» alaliai Deia aaf 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAEIT-PaTEflSBOOBiI. 175 

Calas Âgnppa ayant traversé la Judée sans 
jr faire ses dévotions , (voulez-Tous me par- 
ilonner cette e^qiresùoa? ) son aïeul, Tempe- 
reor Aogiiste , en fîit extrêmement irrité ; et 
ce qu'il j a de bien singnlier , c'est qu'une 
disette terrible qqi affligeaRome à cette époque 
fut regardée parropinion publique comine un 
châtiment de cette fante. Far une espèce de 
réparation , ou par un monrement spontané 
encore plus honorable pour lui , Auguste , 
quoiqu^il fïit en général grand et constant 
ennemi des religions étrangères, ordonna 
qu'on sacrifierait chaque jour à ses frais sur 
l'autel de Jérusalem, livie , w femme, y fit 
présenter de» dms considérahles. Cétait la 
mode à la cour , et la chose fu était Tenue 
aa point que toutes les nations , Tohna les 
moins amies de la joire , craignaient de Tof- 
fenser., de peur de déplaire au mailre; et que 
tout honmie qui aurait osé toucher an livre 
•acre des Juifs, ou i l'argent qu'ils envoyaient 
A Jérusalem, aurait été considéré et puni 
CO^une Ma saoil^e. Le bon sens d'Auguste 
devait sans doute être frappé de la manière 
dont les Joifs concevaient la Divinité . Tacite , 
par un aveuglement singulier , a porté celte 
doctrine aux nues en croyant la blAmer dans 



■ D,9,t,.?(ib,Googlc 



176 LES SbOtËES 

un texte célèbre; mais rien ne m'a fait autant 
dimpression qae Tétonnante sagacité de Ti- 
bère an sujet des Jui&. Séjan , qui les détes- 
tait, avait voulu jeter sur eux le sotq>çoD 
d'une conjuration qui devait les perdre : Ti- 
bère n*y fit nulle attention , car , disait ce 
prince pénétrant , cette nation , par principe , 
ne portera jamais la main sur un souverain. 
Ces Juifs , qu'on se représente comme un 
peuple farouche et intolérant , étaient cepen- 
dant , à certains égards , le plus tolérant de 
tous , an point qu'on z peine quelquefois â 
comprendre comment les professeurs exclu- 
sifs de la vérité se montraient si accommo- 
dants avec les religions étrangères . On connaît 
la manière tout à fait libérale dont Elisée ré- 
solut le cas de conscience proposé parnn ca- 
jûtaine de la garde syrienne (1 ). Sle prophète 
avait été jésuite ^ nul doute que Pascal, pour 
cette décision , ne Veut mis , qnoiqn'À tort , 
dans ses Lettres provinciales. Fhilon, Û je 
ne me trompe , observe quelque part que le 
grand-prètre des Juifs, seul dans Tunivers, 
priait pour les nations et les puissances étran- 
gères (2). Eu effet, je ne crois pas qu''il y 

(1)ReC. IV,5,(9. 

(l}BanKli, liv. XI, — lUobciMaicul epccU i u» préceptedlwt 
■ (JCTeiii. XXlï, î.) 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SilHT-PÊTKRSBOnBG. 177 

cnait d'autre exempl*^ dans l'antiquité. Le 
temple de Jérusalem était environné d'un por- 
tique destiné aux étrangers qui venaient y 
prier librement. Une foule de ces Gentils 
avaient confiance en ce Dieu (quel giiUl fût') 
qu'on adorait sur le inout de Sïon. Personne 
ne les gênait ni ne leur demandait compte de 
leurs croyances nationales , et nous les voyons 
encore, diins l'Evangile, venir, au jour so- 
lennel de Fàque , adorer à Jérusalem , sans 
la moindre marque de désapprobation ni de 
surprise de la part de l'historien sacré. 

L'esprit humain ayant été suffisamment pré- 
paré ou averti par ce noble culte , le Christia- 
nisme parut ; et , presque au moment de sa 
naissance , il fut connu et prêché à Rome. 
C'en est assez pour que je sois en droit d'affir- 
mer que la supériorité de Sénèque sur ses de- 
vanciers, par parenthèse j'en dirais autant 
de Plutarque, dans toutes les questions qui 
intéressent réellement l'homme , ne peut être 
attribuée qu'à la connaissance plus ou moins 
parfaite qu'il avait des dogmes mosaïques et 
chrétiens. La vérité est faite pour notre intel- 
ligence cojnme la lumière pour notre œil; 
l'une et l'autre s'insinuent sans effort de leur 
part et s»ns instruction de la nôtre , toutes 
II. 12 



D,g,t,.?(lb, Google 



178 LES SOIRÉES 

les fois qu'elles sont à portée d'agir. Dn mo- 
ment oîi le Christianûme paroi dans le monde, 
il se fitnn changemeot sensible dans les écrils 
des philosophes, eonemis même on îndïflë- 
rents. Tous ces écrits ont, si je puis m'ezpri- 
jner ainsi , une couleur que n''araient pas les 
ouvrages antérieurs à celte grande époque. 
S donc la raison humaine veut nous montrer 
ses forces, qu'elle cherche ses preuves avant 
notre ère ; qu'elle ne vienne point battre sa 
nourrice; et , comme elle Ta fait sisonvent, 
nous citer ce qu'elle tient de la révélation , 
ponr nous prouver qu'elle n'en a pas besoin. 
LaisseK-moi , de gr&ce , Tons rappeler tm trait 
ineffable de ce fou du grand genre (comme 
l'appelle Buflbn), qui a tant influé sur un 
siècle bien digne de l'écoutO'. Ronssean nous 
dit fièrement dans son Emile : Qu^on lui sou- ' 
tient vainement la nécessité d'une réi'élation , 
puisque Dieu a tout dit à nos jeux ^ à noire 
conscience et à notre Jugement : que Dieu 
veut être adoré BN Ksmrr et eh tAbitA, ef que 
tout le reste ri est qu'une affaire depolice (1). 
Voili, messieurs , ce qui s'appelle raisonner! 
Adorer Dieu en esprit et en vérité! Cest 

il) Emlli.UOùe, 1763, iu-8", Ion. m , f. US. 



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VB êUStr-VÈTBSSWCM. 179 

TODC bagatelle sans doate ! il a''a fallo qbi 
Diea poar nous l'enseigner. 

Lorsqu'une limne nous demandait jadis : 
Pourquoi Dieu nom a-t-il mis au monde ? 
Noos répondions : Four le connattre, iaimer^ 
le servir dans c^te vie , et mériter alrtsi se* 
récompenses dans tautre. Voyez oommeat 
cette réponse , qui est à la portée de la pre- 
mière enfance , est cependant si admirable , 
si étourdissante , si inconlestablemeat au- 
dessus de tout ce que la science homitoe 
réunie a jamais pu imaginer; que le scean 
divin est aassi visible sur cette ligne an Ca-. 
téchisme élémentaire qoesor le Cantique de 
Marie , on sur les oracles les plus péoélnDls 

du SSBMOn DB LA HONTAfilCK. 

Ne soyons donc nullement surpris siceCle 
doctrine divine, plus ou moûu connue de Sé- 
nèqne , a produit dans ses écrits ime foule 
de traits ^'on ne saurait Ut>p remarquer. 
J^espére (pie cette pedte discussion , que nous 
avons poarainaidire tronvéesnrnotrerODte, 
ne TOUS aura point ennuyés. 

Qnant à La Harpe , que j'avau tont à fait 
perdu de vue y que voulez-vous que je vous 
dise? En faveur de ses talents , de sa noble 
résolution , de son repentir sincère , de son 



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ISO I.ES SOlBtiES 

tuTariable persévérance , faisons grâce à toat 
ce ^''U a dit sur des choses (pi^il n^entendait 
pas , on qui réreiUaient dam lai qaelqae pas- 
sion mal assoupie. Qu'il repose en paix l Et 
nous sossi , messieurs , allons reposer en 
paix; noos avons fait on excès aajourd'hai, 
car il est deox heures : cependant il ne &nt 
pas nous en repentir. Tontes les soirées de 
cette grande ville n'auront pas été aussi inno- 
centes , ni par conséquent aussi heureuses 
que la ndtre. Reposons donc en paix! et 
puisse ce sommeil tranquille , précédé et pro- 
duit par des travaux utiles et d'innocents plai- 
sirs , être l'image et le gage de ce repos sans 
6n qui n'est accordé de même qu'à une smte 
de jours passés comme les heures qui vien- 
nent de s'écouler pour nous i 



FOI DD SEDVIÉHB EKTBBTIEN, 



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NOTES DU NEUVIÈME ENTRETIEN. 



(.PtgelU. Emmi* rt»i<kaa hvhaijm étOrMamlimt:') 
Ce lÎTre Fut indoit cii tnaçaii aani ce litn i n* de Tevtdaia dt h 
IHiff fou drtannu . aouiife-w ct eJJuaftn» , pg il. Jemingi. Paru, 
17U t JD-IS. Le Inducleur,!!, Le Touraenr , m permil de malilcr 
«tiTaltàw taam^ttmea ïfertÎT, ce qa*!! neraui, je crois, pratâ 
btre. Od lin «ne plu de Irali ta iiwliMliDa de Fibbt de Vti\xt atee 
•IcBDDtca. Li^,17Ta,iii-l3. EllaeM iDUrieuredii cAl^dnatyle , 
Biaùce n'en pa* de quoi il Vagit. OlledeLï Tourneur «r remnTxgua- 
Lie par celle Apigraphn , h!le paur le ■i'nle : Fou me poiuadertM 



(PagalDS,!] n'jMt jamiîa rîeode pliuléfal etdeplui tibraqae 
'inirodnction da ChrûtiasimnaD Japon.) 

Rien n'at n Trai : il luFBt de eiler let letlrej de oial tnt^fm 
XaticT, Il eerinil lie Halao, leSOjuialUS i «Jepan (poor le 

■ Japon) moi irawîéroe , tTce Gmbm , TuriMi rt Jraa Feroand : noui 

■ unBnMiwaiMnpa|n4* détroit Chrélieu japmùi tajeud'anerara 

■ probitt.,., Ln Japoonaii Tteanent lort h propM iaaajet dei ain- 

■ biiMviaurt au tioeHW -lea lnde>, pour ea olaleairdei prttrM qui 

■ pninsDt leainstrnirediDda religion chrélienM.sEl h 3natenili;a 
■la la niAiiM>Di>ée, îlécrinil dcCoogoiimD nu Japon, oàil ûtoitamvd 
le 6 aoAt ; ■ Deux boam et ifautn* Japonnaû , en gnnd nombre , 
«•"en »oni &Goa pour l'y iiuiruiredaniU foi.» i^S. Fnncisci Jlote- 
ft t«d. a^.i^iMte.WrUidatiN, lTH,în-IS, rtgelSOellOa.> 



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U2 



m. 



(P3ft 1GT. Toi taire..... <^acla que Uire-Jw^lt et Epkttftptr. 
Ernr connnKLuanrr f aimer Dht. ) 

Toj. lcaPen>éeidePucal,Farn,Re;acHUTd,iao:^ÏTOl. io-S*, 
tam. n, pag. %1B. — Il jadaïucepaMagede Toiture aolaDt debé- 
naqnede niola. Car laBi parler du eondHaelUnKai , qnied toatà 
Eût ridicule , parler ^aintr tHeu n'rtt point da tout dammkr A Dit* 
btgrûttde roimcrf et c'est ee que fttM)iI>iSt.EiuuitelIan-Aarélecl 
Epktiteii'étueaipeit desrcti^wM.Psic») n'a point dît (ceqn^il inraii 
pu dire cependuil} : .Akui AoiiBw kndt oom religion n'a demoadé, 
etc. Il a dit , es qoî ed fart difKmit : àueum autre religiem qm k 
nôtre, etc. Qalmpotfe que let on tel Fioopm ait pu diicqaelqnea moli 
Mat prooMC^aaiir feMevdelMMf' Ilae AgtlpMifenparkr.il A- 
git da rmalr ; il l'agit Béme de l^aspinr an auma , ai de rla^inT 
•a WTtD d'une ioslitotieB gioénle , i portte de looi ka eiprîtt. Or, 
TCÏU eaqa'abii le Clirâtîuime,ettiHUieeqBejaa»ah philanpUe 
Refait, nefèia ni DepeatlaÎN. On nennisil aaea lerépter tdie 
ne peut riea tur le cour de flraRime. — Circtia pneeardm laA. 
Ue lejUM autonr da eœur ; janaîa eHe n'eane. 

IT. 

( P*{ie f 68.,.. Toui ne doutera gnto qi^ (Saline} B^it «u kl 
CbrMew en *ae.) 

■ Que nnt, dit-il ,daiBaan éphra lsctib, que Mot lea lail iilii i 

■ l«aphicraeUeaocn[aiteaai Sannea, aaichemkta, ans Uuaci 
a roofiei , 1 cea ^aiea bite* par un nFfiaement de cnianit aor dea 

■ mnnliTeid^leffflaniméipar d«plaieiprécédenteiTEtGq>eBdant, 

■ an milieu da cet auf^tliees , un lionmea pu ne paa laîaaer Mappcr 

■ un napir )il a pu M paa «pplier : ce n'eit pai aaagt, il a pu ne paa 

■ ripawira: ce n'eat point Maei encore ! ilapurire, et nénedaboa 

■ Œnr.a Et aMIeuni ■ Quoi donc, ai le Ter, apr^aioir iarnai<i h 
■I iMp de rhoane iatrcpide , irenae, découpe l'une aiaêi rtaire 

■ tonte* Ica poriieadeMin ccapa; m on lui lait cantempler aea eouaillea 

■ dana aou prqiroMin j à, poar aiguiser Ja dotilenr, on iaUtaMpI 
«waauppliee pour le i^icndre bicalAt aprb ; ii fait AtiUrt «c* 



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no NBCVIKHE ENTIIET1E!«. 183 

wpIaiacicatriiiapoiireB faire jiàlliriUimiBantimç,D'i^ttmttli-l-îi 

ni la cruDte ni U douleur! il louiïrira ubi doula , car nul degré de 

courage ut peuL éteiadre le seallmEnt ; mnis il n'a peur de rien : il 
•I regarik fei haut tet propre! •ouiïraDcei. ■ (Epit. luit.) 

De qui donc Toulail parler Sénique l ï a-t-il avant les mar^ dpi 
exeinpln de tant d'atrocité d'une part et de tant d'intrépidité de l'au- 
tre I Séiiéqne anit tu lei marljn de Héron ; Lgctanca , qui voyait 
aeul Dtoelétien , a décrit leuraaeu^neei, et l'on a les idoa fonei rai- 
■onado croire qu'en écrÎTaal, il aiaiten lue lei ptusagei de Séoéque 
^u'on lieol de lire. Cea deux pbrasea mrlout aonl remarquablea par 
leur rapprochement. 

Si exiWerMllo,giiiimgitloniitnlaKnrial,rqittilttrelperiictala 
tiseera rtceilt dimiltinir iBngaii. (Sen.Ep. lkiit. ) 

NiMI aliad devilaii gstbn ut m Wrtl morianlitr.,^ curam mili dili- 
Stnler adhfbtM al ad elitu cmctalni montra mmnMHT , et reparetw 
novwMngttfiadponaM. (Lacl.,diT.laitil.,lil>.V,csp, u.deiiulitil.) 



,V.. 



(Pag. 169.... Et tout de tuile II([lDiarqno^ parte iTe JoMnrrnnrt , 
de proilematio'is , de honteoi accroeptwenienti , etc. j 

Oiez lee Hébreux, et aana doute anin cbei d'antres nalioes nrieu- 
talei, l'hopime qui déplorait la perle d'un objet diéri au quelque 
autre graad malheor, te tenait aini ; et ToiH pourquoi lUger et pleu- 
rer «ont si nnienl ijnoiiyines dans l'Ëerltnre-Sainle. Ce paawge dea 
Rtaomea, par exemple (totalement dénaturé dam noa malheareusei 
nadoctîoDa) : Svrgiu poAqadni uderilii, qui maadutiuii poimn dolo- 
rli. (Pi. GmVI, 2.) ngoifle : « Consolez-ioDi, apréi aroir pleurù, 6 
• TOoa qoîmangis le pain delà doulaurt ■ Une foule d'autres teitei 
aitcateot la mime comtunMt, qui n'était point étrangère aai Aomaïu). 
Mai* loraqne Ovide dit , en parlant de Lucrèce : 

Pi»if mrr ITh n|>nii> , 

ITl loltl wi nlS flwler iton rognm. 

(A»t.n.8l5— BU.) 
Il n'entend lArement pa* décrire Fattitnde ordinaire d'une (èmme 
auiie ; et Iwraqueles enfanta d'Iarael Tecuent a'onMnrdaoi le temple 
pour y pleurer leurs crimcaon Icura malheurs, (Jud. XX, 16, elc..^ 



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IS-f HOTES 

■Il D'élaienl pu tdmnent uni comRxxMnicnt inr des t!^«. H ft- 
ralt cerUio que, diu ces drconBlances , on étailaisii i lerrc e( ac- 
croupi i et c'est A cttlÊ Attitude d uD booiaje aais sur sei jambei quo 
Plularrpic Tùt alliiuoa.pir l'expression qa 'il emploie et qui ne peut {[re 
rendue facilement dtos notre lan^e. Auiie ignoble Ferait l'eiprewion 
propre, si le mot d'atnae u'aïuL pai perdu^ comme celui de irjnm, 
u ligniEcalion primitive. 

n faut cependant observer, pooi l'exactitude, qu'une difFéTcace de 
poiictuatiou peut sLlércT la pbrase de EHularque , de manière que l'é- 
pilliéle d ignoble lomberail sur le OKit de pmttnialioa , au lieu d'aF' 
Feder criui d*accroupi»emeai. Le iradoclenr latin l'el déiemirué ponr 
teieni adajitijile mémoire par l'inlerioculear. L'obsertalcan principate 
demeura au tcble daoi Uiute la furce. 

(SolidetEOiu-Br.J 

TT. 



(Page t70. n (Rntiliui) en leul 1 Pompée et i. Titns poor ïi 
conquis cette mallieureiise Juiiéc qui empnimnnait le momie. ) 
Je croia qu'on ne sera pastiché de lire ici learendo Rutilûu l 



C'e<t'è-dira : > HAl aui dieux que la Judée D*eiït jamais SBrcflmbé 
- Mui lea arme» de Pompée el (le Tilu» ! 1*4 venins qu'elle comrouni- 

■ que l'^endent plui au loin parla «onquâte, ella nalioa Taineue aii- 

■ lit aea Taioqueurs. oit semble en efl'et que ces paroles , dites surtoat 
dani le Vi siècle, ne sauraient désigner que les diréliens, et c'eilaiui 
que les ■ entendues le dnclc Hnet dans sa Démotalralion gvangili^. 
(Prop.iII,S il.) Cependant BU Iréa lubile interprète de l'Ëcnture- 
Sainte . el qui nous l'a expliquée avec un lute d'érudilien qui s'ap- 
proche quelqueloit de l'oelonutioa, cmbruae le senlîmral cunlraire, el 
croit que, dam le passage deRuIilios, il a'agil uniqucmenl des Juifs. 
(DtiMTtaàoiiieleziDiiiiliS. ScriituradelP. NicolaïdideUaCompagnia 
di Gesù.Pii^nze, tTSS, in-4*, lom. I. Disserl. prim. Fiç. pag. 1S8.) 
Tant !l fsi difficile de voir clair sur ce point, el <]e discerner exacte» 
wi'iii les di'ux rvligiuns dans les écrits des auicurs païens 1 



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DU SEOVIEHE EnTaETlES. 185 

VII. 

fffge 170... Sjnéqan, qui conosiiuil parFaitrihent crllc religion.) 

Il la coDniiuait ai bien , qu'il en ■ marqué le principal caracléfe 

dana no ouTrage que iitnu n'avona plut, ma» daat lainlAugusliu nom 

■ coDSPnré ce fragment, u II j a , dit Sùnéquc , parmi lei Jaifi , dei 
■> lammeï qui laieul Ifa raiwiM de leurs myslèrefi; omis U foule 
pliure pourquoi elle (ail ce qu'elle fail. ■ f%n. apwl S. Aag. Civ. 
Vei, VII, uj El wiiii Augustin nVl-il pas dit lui'inÉme : Qut pra df 
ifrnt comprelUlieul ctt myllèra, qaoiipie pluiiem-s ta ctliSrratient t 
(Sbid. X, 16.^ OHgéne eat plui détaillé et plus exprès. Y a-l-il rim 
JcpUu iKaa, dil-il, que de voir les Juifs imn-uiu dit le berceau de l'ân- 
•aoiUitilé de Vtlme et du peinet et det Ttcompeniei de FaiUre vie ? Lex 
cAoTCl n'€laieni ctpendanl représenKel que nui une aaietoppe myOuAu- 
•jiqae aux cnfunrj el aux BanvEa-EUFisia. Mais pour ceux qui cker- 
chaienlla ptnole el qui voulaienl en pénétrer kl rtryetèret , celle jnglliolo- 
gie ilailt s'il m'ai permis de m'expriiner aiiai, mélamarphoaée en vé- 
rité. (Orlg. adï. Cela. lih. V, n° 4Î, pag. 610, col. î, Litt. D.) O 
qu'il dit aiUeuii a'egt paj moins remarquable ; La docirim ila CJiri- 
I ieni sur ta Tùurreclion de» mûrit , tur le jurjemeal de Dieu , lur le* 
peiaea et les récompenses de Vautre vie, n'est point nouvelle : ce sont les 
anciens iogmes da Judaïsme, (fd.ibid., lib. H, n" i.i.) 

Eusèbe, cité par le célèbre llucl, tlout absolumeul le mjmelao- 
g.ige. n dil en propres lermea : « Que Li multitude ainil été ■ainjetii'; 
» cliuz Ici Ilébreui à la lettre de la loi et aul pratiques minulieuaea , 
a dépourvues de toute eiplicalion; mais que les esprits Éleiés, alTrao- 
• chia lie celle scrri lu de, avaient élédirigés vers l'ùtudc d'une certaine 

■ philosophie divine , fort au-dessus ilu vulgaire , et VRra l'iulerpréla- 
« tiou des aen^ altéguriquea. • (Huet, Pemoiulr. ivangtl., tom. Il , 
Prop. II, disp. ITl , a" 8.) 

Celte tradition (ou réception) est la véritable el respectable Cabale, 
dont la aioderne n'est qu'une GU« ill^iliine «I coairetaîie, 

vm. 



(Pag. )T1. Neulon, dans sa clironolbgie, n a pas dédiiigné de lui 
.L-udru pleine justice. ) 



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1 86 DOTES 

Je ne ucbe pu qt» Newtou ail pnU du calenddeT de* ffifimi 
dam u dinioolagie ; mib il en dit un nmt es pawaot daoa ce Uttc , 
dont on peut dire à bOD ilroil : Bcaaeoap en ont parU, mait pn roui 
Um eenxu; c'est daaile Commentiire de rAponljjHe, où il dit U- 
cogiqnemeDl Couûi c'est an oracle) : Jkdosi ati nonnnf vitioto cfclo. 
(Uucï newtooi ad Dan. proph. Tatic. oec aoD, elc., opiupasiIiBmiiBi. 
(Trad. Ut.de Saderman, AmM. 1I3T, ia-i", cqi, n, pig. 113. ] 
ScaligcTi eicellenljugedans ce genre, décide fif'i'IK'y a ritadt pia 
txael, rien de plai parjail que le calcul dd l'aniiéti Judaîqoe ; il re>- 
Toie même te» ealculaienn modeniei 1 Yéoaïa de* JuJfi, et leur cm- 
uiOe sBDt lat«n de /intfrum d etut etolt <m de te taat. (SeiX^ , 
deEnend. Moip., lib. Vm. Gonére, 1629, iiKfcl., pif. 6S60 Ail- 
lenrail aoo* dit ; Biee timt ingtsiiuittima , tiC.,.. meihadam Itq** 
fompuli bmaii» argalitimam M elegmliteimam eue noua hamt rt- 
nm panli ptrim bifitiabitta: (DJd., lib. vn, pig. 640.) 

(yotaderEdUemr.J 



(Page ITI... La garde de* ardiivei te* plus Kcrétes i Ecbalane 
élail coiiGée i de* honmei cboisii dan* celle iialian.) 

Quelque ealîme qu'on donc i ce rabbin jiulemenL célèbre ( IfOuc 
Uaimùiâdt), je Toudraû cependanl, gur le fait parliculier de* arcbives 
d'Ecbalaac , lecbercW let aulorïléi lur leiqudies il l'est appujé ; ce 
que je ue suia point 1 loiaie de faire dans ce momenl. Quant & riiu- 
ineuae élablisÉCmenl de> luib au-deli de l'Euphrale, où iU formaieiit 
rJdleoieDl une pui»aDc« , il a'j a pa* le moindre doute sur ce Eut. 
(roy.l'Ambauade de Philan, Aller operajnec. et lai. Génère, 1615, 
ittJbl., pag. 793, litt. B.) 



(Page ) T3. n ( Arislote ) s'entretint en Asie aiec QD Juif anpT^ du- 
quel lea saTanli les pliu diilinguèa de la Grèce lui pararenl dea espè- 
ces de barijarci.) 

Cmueus dit en eiïet {Uh. I, c. ii, pag. 36. Elz. 163!) : •Tanll 
• onidiliuup acscientU Aontfium, mi prre ilh çnmri Gnrci giâ adt- 
■ noii (nota ei iilpiiei eue viderenmr. ■ Hait cet auteur, quoique 



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DU ^EUTIKIIB ESTRBTIl;», 187 

fuDean utidi et e\aa , aTcit pcmb ici dM (âgére lifperbole, *lt 
n'a pH éU Iroiapé par a mtaoire, Arbloie vanie c« Juif oomme un 
iMBiiie Mmtblei boipiulkT, Tertuenii cAndcMnoui, •avant et do- 
qneat. H ■joale , qa'U g mail beauceup à apprtndrt m m emttna- 
tims nui) 3 ne fait bdcuss companiion Iiainiliante pour Ira Grec>. 
JeoenâdoïKaùCuiuaiaapriaMiinatriet «MUqn'ei.L'inlerloculeur 
M iMte parait ignorer que cen'Mt puliil Ari<Loieqar parle ici, luait 
l>t«n CWnrqne, dm disciple , qui Fait parler Ariiiola daat nn dialogm 
de b compOMlion du premiar, ( Foy. le fragment de Oéarqne dans le 
livre de Josépbe coaire A])pioa. Ut. l, ebap. vni, trad. d'Arnaull 
d'AniliUj.) 

(ffoMdïPEiti'tEHr.) 
XI. 

rPogelTI.La irailuetion <ks lÎTm sacrii dani une langue dcie- 
nue ceUe de runivert.) 

Ojr awt longlempa, iiaiil lea Septante, nne tradnction grecque 
d'une pwtie de h Kble. ( Vof. la prjlace qui rat 1 la tête de la Khin 
deBe7eriiBg.ii)Ter«,3T0l. in-lbl. — VréM, Dt/rnieOtlaCbrontilogle, 
pag. S64; i^fow d« rAiMofrt, ton. I, pag. 616. Baltut, D^aui du 
Ptnt, eu. Chap. XX, Paria, iD-4°, 1T11, pag. 614 etaoÎT. 

Oa poiuTtil n>éine i cet égard ae diapenaer de prentea ; car ta tra- 
doGiioa ifficitUt ordonnée par Plokimée anppote nicraaaîreineat que 
lelhre était alora, je nediapat eonim, nuit Uttbrt, En efret,aiiiw 
peaf dMrtr ce qu'on ne tomuàtpat. Quel prince ajamaii pn ordonner 
la traduction d'un livre , et d'an tel llTre, aant y être déterminé par 
un déair nuiTcrad, Toiidé A ma tour aar no grand intérêt eicilé par 
celitref 

XII. 

(^e 1T5. Tadie, par un aTeuglement Mngulier, a porté crue 
doctrine aux nuraen crojant labUmcrdaniun texte célèbre.) 

■ Adarf mttut lold umanqn* taaun inleltijml , aiiau naw illad et 
» aiemnai, ne^twntabSe,iteqitemlerit«nm.n Cralceméme homme 
qui Moadir* du même calte etdanile même chapitre : mot abtardut 
tonUdttqiu, (Ann.v. S.) Boidre jniticei ce qu'on liait eil un tour 
de Force preaque toujoori ao-dea>ut det plus grand* esprit). 

Onaerabien aiar peut-être délire, d'aprêi HJlon , le détail de cer- 
laiiMi eircowtaniï* eitrimemcat tttéiesHDlOi touchée* rapidemc ni 



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1tj$ nOT£S DD HEUVIÈHS EHTllËTt£.\. 

^Minn stagne dont la mfmoJre bit toui le* Eraîi. Philon pariani ^ 
au prince tel que Call^l* , et lui dtint lea ictee et le* optnioni de la 
fimilla impëritle, n'élait iflremeiit pas leotidemeaUrni même (Tex*- 
S<rer. 

■ Agrippa, dit-il, Totre aïeul iraternel, étant allé iJérmaleai , 
naaaa le régoe d'Hérode, fut eachaati de la reUgioti dea Juila, et oe 

■ pouTtiit plu* >'ea uire..,. L'^iipereur Angiute ordonna qtie, deaei 

> propret Terenni et «eloD lei formes légitime*, on oflrirait chaque jmr 

■ AS nu nït-BtiTT, rar l'anlel de Jéraudem, un taureau et deux 
•> «gneaut ta botocausls, quoiqu'il lOt uia bien que te temple ne 

■ reulermul ancna àmulacrc , ni public , ni caché ; mais ce gr«nd 

• prince, que peraonoe aeraqiauait en e«prIip!ii[aiophique,ieaUit 

> biea la oéceuïté qu'il exisitl dans m monde un autel d£dii au Ken 
» inTi«ibIe, et qu'& ce Dieu tous lei lionunes puttent adre«>er lenn 

■ tceui pour en obtenir U commanicatioD d'un benretuc etpoir et ta 

■ JQuiisnQce des biens parfaiu..... 

• Julie , TDire bisaïeule , Ht de mogniliques pnfsenti an temple ea 

■ Taseï et en coupes d'or, et quoique l'esprit delà femme ae détache 

■ dilHcileoienl des images , et ne puisse conceroir des cbosea ^notu- 

• meut ilrangères aux sens, Julie, cepeudant , aussi supérieure 1 Mo 

■ sexe par rinslruclioit que par les autres avantages de la nature, >t- 

■ riva au point de contempler lei choses inidligibles préfÉrabIcmeiit 

• aui seiiiiblei , et de savoir que ce!1si-d ne sont que lei ombres des 

■ premières. » N.B. Parce nom dcjNfi>,il faut entendre Li^it, femme 

■ d'Auguste, qui aiaiL passé , par adopliou , dans la famills des Juki, 

■ et qui était en effet bisaïeule deCiligula. 

AUleura, el dans la même discours 1 ce terrible Caligula,PhïloDlDi 
dit cxprcscémenl : Que l'empereur Augaile n'admirait piu loilaneiu , 
mail qu'il AooajirT celle coudune de n'employer aucune image pour rt- 
prttemer mmériellettienl unt «alure imiiàble. 
EBxùita^s xxl Rpoiliuvec. (. t. i. 

(Pliibnis leg. ad Caînm , inler 0pp. CohM. Allahrag., I6ir, ift-U.. 
psg. 70S el 803.) 



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DIXIÈME ETÎTRETIEN, 



DrrÂs-NOUS , M. le cheralier , si voas n^arcz 
point rêvé aux s.acrifices la nuit dernière ? 

LE CHETAUER. 

Oui , sans doute , fy ai rêvé ; et comme 
c^est un pays absolument nooreau pour moi y 
je ne vob encore les objets que d\me ma- 
nière conjuse. Il ine semble cependant que 
le sujet serait très digne d''élre approfondi , 
et si j'en crois ce sentiment intérieur dont 
nous parlions un jour, noire ami commun 
aurait réellement ouvert dans le dernier entre- 
tien une riche mine qoll ne s''agit plus que 
d'exploiter. 

IX SfilTATEITB. 

Cest précisément sur quoi je voulais tous 
entretenir aujourd'hui. Il me parait , M. le 



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190 ISS soiBâts 

comte, que vous avez mis le principe dei 
saaifices ao-dessos de toute attaque , et que 
vous en avez tiré une foule de conséqaenceA 
, utiles. Je crois de plus que la théorie de la 
; re(«r.ti£//it^est si naturelle à rhomme, qu'on 
peut la regarder comme une vérité innée 
dans tonte la force ^n terme , puisqall est 
absolument impossible que nous l'ayons ap- 
prise. Mais croyez-vous qu^U le &A élément 
de découvrir on ^entrevoir an moin» la rai- 
son de ce dogme tmirersel 7 

Plus on examine Tunivo^ , et plus on se 
sent porté à croire que le mal vient d'une 
certaine division qu^on ne sait expliquer, 
\ et que le retour au bien dépend d'une force 
r' contraire qui nous pousse sans cesse vers 
une certaine unité toutanssi inconcevable (f ). 
Cette commananté de mérites, cette réver- 
sibilité que vous avez si bien prouvées , ne 
peuvent venir que de cette unité que nous 
ne comprenons pas. Bn réSéchîssant sur la 



(1) lie genN humaîa eneopa pournil, diQi Mto upposllionr •dre»' 
•cr k Dîea cet isémei ptrole* eaiploj^ pu lainl Anguitin pariant 
de lui-mdmsi aJermcaupi» pièce* sa moment oA je »e«épanî(I« 
■ Ion aniii pour me perdre diui une fbale d'objeU t ta dnipu n%- 
• lemUerln norcnni de mû-ntémc. ■ .CoUi^M ms d (K^ctimm is 
f Ml /riauatim dbclma tim, dim ab imolt aiiertal i» awJM tvBHnit 
(D. Auf ujt. Coofeu. U,i, i.) 



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ttB SiOHT-PiTBRSBOUBG. 191 

Croyance générale et sur l'instinct naturel 
des hommes , on est frappé de cette tendance 
qa'ils ont k unir des choses qoe la natore 
semhle avoir totalement séparées : ils sont 
très disposés , par exemple , à regarder on 
peaple , une ville , une corporation , mais 
sortOQt une famille, comme un être moral 
A unîqoe , ayant s^ bonnes et ses manvaises 
qaalités , capable de mériter on démériter , 
et susceptible par conséquent de peines et de 
récompenses, De là vient le préjugé, on poor | 
parler plos exactement , le dogme de la no- \ 
blesse, si nnîversel et si enraciné parmi les 
hommes. S vous le soumettes i Texamen dfl ' 
la raison , il ne soutient pas Tépreuve ; car 
il ny a p^ , si nous ne consultons que le rai- 
sonnement, de distinction qui nous soit plas 
éteing^ que celle que nous tenons de nos 
aïeux : cependant il n'en est pas de plus es* 
timée , ni même de fjos volontiers reconnue, 
hors le temps des factions , et alors même 
les attaques qu'on lui porte sont encore un 
hommage indirect et une reconnaissance 
formelle de cette grandeur qu'on voudrait 
anéantir. 

Si la gloire est héréditaire dans l'opinion 
de tons les hommes, le blÂme Test de même, 



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192 LES SOUtËES 

et par la in£iue raison. On demande qaelqae- 
fois , sans trop y songer , ponrqaoî la hoirte 
d^un crime on dW supplice doit retomber 
sur la postérité dn coupable; et f:etix qm 
font cette question se vantent ensoite du mè^ 
rite de leurs alenx : c'est une contradktioB 
manifeste. 

LE CHEVALIEB. 

Je n''avais jamais remarqué cette analo^ 



Elle est cependant frappante. Un de vos 
aïeux, M. le chevalier (j'éprouve un très 
grand plaisir à vous le rappeler ) , fiit toé 
en Egypte à la suite de saint Louis : un autre 
périt à la bataille de Marignan en disputant 
un drapeau ennemi : enfin votre dernier aïeul 
perdit un bras à Fontenoi. Vous n''entendez 
pas sans doute que cette illuslration vous soit 
étrangère , et voos ne me désavouerez pas , 
si j^aflirme que vous renonceriez plutôt i la 
vie qu'à la gloire qui vous revient de ces 
belles actions. Mais songez donc que à votre 
ancêtre du XIIP siècle avait livré saint Loiùs 
aux Sarrasins au lieu de mourir à. ses c6lés , 
celte infamie vous serait commune par U 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAIMT-PÉTEBSBOUaG. 193 

même raisoa et avec la même justice qnî 
vous a transmis une Ulustralîon tout aussi 
persomielle que le crime , si Ton n^en croyait 
que notre petite raison. Il n^ a pas de mi- 
lieu, M. le chevalier; il faut ou recevoir la 
honte de bonne grftce , si eUe voos échoit , 
ou renoncer à la gloire. Aussi ropinîon sur 
ce point n^est pas douteuse. Il n^ a sur le 
déshonneur héréditaire d'autre incrédule que 
celui qui en souffre : or ce jugement est évi- 
demment nul. A ceux qtù , pour le seu\ 
plaisir de montrer de l'esprit et de contredire 
Les idées reçues , parlent , ou même font des 
livres contre ce qu'ils appellent le hasard ou 
le préjugé de la naissance, proposez, s'ils 
ont un nom ou seulement de l'honneur , de 
s'associer par le mariage une famille flétrie 
dans les temps anciens, et vous verrez ce 
qu'ils vous répondront. 

Quant à ceux qui n'auraient ni Ton ni 
Tanlre, comme ils parleraient aussi pour eux , 
il faudrait les laisser dire. 

Cette même théorie ne pourrait-elle point 
jeter quelque jour sur cet inconcevable mys- 
tère de la punition des fils pour les crimes 
de leurs pères ? Rien ne choque an premier 
coup d'oeil comme une malédiction hérédi- 
11. 13 



Dr9,t,7?(ib, 000*^11:: 



194 LES soi&Ëiis 

taire : cependant, pourquoi pas, puisque 1x 
bénédiction l'est de même? £t prenez garde 
que ces idées n'appartiennent pas seulement 
à la Bible, comme on l'ima^ne souvent. 
Cette hérédité heureuse on malheureuse est 
aussi de tous les temps et de tous les pays : 
elle appartient an Paganisme comme an Ju- 
daïsme on au Christianisme ; à Teniànce du 
monde , comme aux vieilles nations; on la 
trouve chez les théologiens , chez les philo- 
sophes , chez les poètes , au théâtre et h 

Les arguments que la raison fournit contre 
cette théorie ressemnlent à celui de Zenon 
contre la possibilité du mouvement. On ne 
sait qae répondre , mais on marche. La fa- 
mille est sans doute composée d'individus 
qui n'ont rien de commun suivant la raison ; 
mais , suivant Tinstinct et la peisoasioa oni- 
verselle , toute famille est une. 

Cest surtout dans les familles souveraines 
que brille cette unité : le souverain change 
de nom et de visage; mais il est toujours , 
comme dit TEspagne, moi lb boi. Vos Fran- 
çais, M. le chevalier, ont deux belles maid- 
ines plus vraies pent-étre qu'ils ne pensent : 
J'une de droit civil, le mort saisit le vif; 



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m SilIfT-PËTERSlIOlJIIfi. 1?à 

rt Taotre de droit public, le roi ne meurt 
pas. Il ne faut donc jamais le dimer par la 
pensée kirsqa^il s'agit de le joger. 

On s'étonne qaelqvefoîs de voir on mo- 
narque innocent périr misérablemeot dans 
l'une de ces catastrophes politicpes si fré- 
quentes dans le monde. Vous ne croyez pas 
sans doute que je veuille étouffer la com- 
passion dans les cœurs; et tous savez ce que 
les crimes récents ont fait soui&îr au mien: 
néanmoins , à s*en tenir à la rigoureuse rn- 
son , que veut-on dire ? tout coupable peut 
^e innocent et même sairU le jour de son 
sappticc. Il est des crimes qui ne sont con- 
sommés et caractérisés qu'an bout d'un assez 
long espace de temps : il en est d'antres qui 
se composent d'nne foole d'actes plus ou 
moins excusables , [hîs i part , mais dont la 
répétition devient à la fin très criminelle. 
Dan.* ces sortes decas, il est évident que la peine 
ne saurait précéder le complément du crime. 

£t même dans les crimes instantanés , les 
supplices sont toujours suspendus et dtnvent 
Tétre. Cest encore une de ces occasions si 
fréquentes où la justice humaine sert d'In- 
terprète & celle dont la nâtre n'est qa*aiM 
image et une dérivation. 



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19C LES SOntÉBS 

tTne étonrderîe , nne légèreté , nne co» 
traveDlJon k quelque règlement de police , 
peuvent être réprimées sur-le-champ ; mais 
dès qu'il s'agit d^un crime proprement dit, 
jamais le coupable nV^t pmii au moment oit 
il le devient. Sons l*empîre de la loi maho- 
métane , Tautorité pnmt et même de mort 
rhomme qu^elle en juge digne au moment 
«t sur le lieu même où elle le saisit ; et ces 
■exécutions brosqaes, qra n'*ont pas manqué 
d'aveugles admirateurs, sont néanmoins une 
-des nombreuses preuves de rabrotissement 
et de la réprobatim de ces peuples. Parmi 
nous, l'ordre est tout «HiTérent: il ta)A que le 
coupable soit arrêté; il faut qu'il soit accusé ; 
il faut quHl se défende; il faut surtout qu^l 
pense à sa conscience et i ses afiàires; il 
faut des préparatifs matériels pour son sup- 
plice ; il faut enfin , pour tenir compte de 
tout , xm certain temps pour le condmre au 
lien du châtiment , qui est fixe. L'écha- 
faud est un autel : il ne peut donc être placé 
ni déplacé que par l'antorité ; et ces retards i 
respectables jusque dans leurs excès , et qiû 
de même ne manquent pas d'aveugles dé- 
tracteurs , ne sont pas moins une preave de 
Aotre supériorité. 



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DE SAUtT-PâTKBSBOUIlG. 197 

S dmc il anrire qae, pendant la snspen- 
ùoa indispensable qoi doit aTok* lien entre 
le crime et le châtiment , la sooTeraineté 
^enne à changer de nom, qu'importe à In 
jaslice? U faut qu'elle ait son cours ordL- 
aaire. En faisant même abstraction de cette 
unité qne je contemple dans ce moment» 
rien n'est plus juste humainement; car nnlle 
part l'héritier naturel ne peut se dispenser 
de payer les dettes de la succession ^ à moins 
qu'il ne s'abstiennCt La souveraineté répond 
de tous les actes de la soaveraîneté. Toutes 
les dettes , tous les traités , tous les crimes 
Tobligent. K, par quelque acte désordonné, 
elle oi;ganise aujourd'hui un gerrae mauvais 
dont le développement naturel doit opérer 
une catastrophe dans cent ans , ce coup frap- 
pera justement la' couronne doTu cent ans. 
Pour s'y soustraire il fallait la refuser. Ce 
n'est jamais CB roi, c'est lb roi qui est inno- 
cent on coupable. Platon , je ne sais plus oii, 
dans le Gorgias peut-être , a dît une chose 
épouvantable à laquelle j'ose à peine pen- 
ser (1); mais si l'on entend sa proposi' 

(1) llpganInK,*»».! a&T iU «« U'>«< itii)aiT« «■ owrih TJIt 
rUux <t n^itxiù. (Mm. 6«f]iu. 0p)<., I. VI. Mil. Bipant^ 
W. tSB.> 



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t98 I^ SOUÉES 

tion dana 5e seos qoe je vous présente maÎD- 
tenant, il pODirait bien avoir raiaon. Des 
siècles peuvent s'écouler j nsteinent entre Tacte 
méritoire et la récompense, comme entre 
te crime et te châtiment. Le roi ne peat 
naître , il ne peut monrir qn'cme foi* : il dure 
autant qae la royauté. S'il devient-coopable, il 
est traité arec poids et mesure : il est, soivant 
les circonstances, averti, menacé, hnmilié, 
saspendo, emprisonné, jogé en sacrifié. ' 

Après avoir examiné l'homme , examinons 
ce qn'il y a de plos merveilleox en lai , la 
parole; noos trourerons encore le même 
mystère , c'est-i-dire , division inexplicable et 
tendance vers nne certaine unité tout aussi 
inexplicable. Les deox plos grandes époques 
da monde spirituel sont sans doute celle de 
Babel, oh les langnes se divisèrent , et celle 
de la Pentecôte y oh elles firent on mer- 
vûlleux eflbrt ponr se réunir : on peut même 
observer là-dessus , en passant, que les deux 
prodiges les pins extraordinaires dont il smt- 
fait mention dans Thlstoire de l'homme sont, 
en même temps , les faits les ploa certains 
dont nous ayons connaissance. Pour les con- 
tester il fant manqoer i la fois de raison el 
de prubilé. 



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PU SAnrr-plÎTBilSBODBS. f99 

Voilà comment toat ayant été divûé , tout ' 
dénre la réomon. Les faonune* , conduits ' 
par ce sentiment , ne cessent de Tattester da 
mille manières. Us ontvonlu, par exemple, 
que le mot union signifiât la tendresse , et 
ce mot de tendresse mÂme ne signifie que la 
disposition i Tonion. Tous Içnrs signes (Tiri- 
tachement (antre mot crée par le même sen- j 
timent ) sont de? unions matérielles. Ils se ! 
louchentla main , ils s'ambrassent. I^ l>oucho 
étant l'organe de la parole , qni est elle-même 
Torgane et Texpression de llntelligence, tons 
les hommes ont cm qull y avait dans le ra^ 
{Ht>chement de deuxbonches humaines quel- 
fpie chose de sacré qui annonçait le mélange 
de deux àmcs. Le vice s'empare de tout et se 
sertdetoot, maisjen'examinequeleprincipe. 
La religion a porté à Tautel le baiser de 
paix arec grande connaissance de cause : 
je me rappelle même avoir rencontré , «> 
feuilletant les saints pères, des passages oii 
ils se plaignent que le crime ose faire servir 
é ses excès un signe saint et mystérieux. Mais 
scHt qn^il assouvisse l'effronterie , soit qu'il 
effraie la jmdeor, ou qu'il rie sur les lèvres 
pures de Vépouse et de la mère , d'où vient 
sa généralité et sa pmssance ? 



D,9,t,V?(ir>,G00gIf ,^ 



SOO LES sonÉss 

Notre onlté matuelle résulte de notre oiûtS 
en Diea tant célébrée par la philosophie 
même. Le système de Hallebranche de ta 
vision en Dieu n'est qo^m soperbe coin- 
mentaire de ces mots si connus de aaintPanl; 
Cejt en lui que nous avons la vie , le mou- 
vement el Pêtre, Le panthéisme des stordena 
et celni de Spinosa sont nne rorraption de 
cette grande îdée^ mais c'est toBJonrsle même 
prin<^ j c'est tonjoors cette tendance vers 
l'unité. La |»emière fois qne je 1ns dans le 
grand oorrage de cet admirable MaHebranche, 
si négligé par son injuste et wengle patrie: 
QueDieu est le lieu des esprits canvne tes~ 
pace est le lieu des corps , je fus âïloni par 
cet éclair de g^e et prêt A me prosterner. 
Les hommes ont pen dit de choses anssi 
lielles. 

rens la fantajde jadis de feuilleter les 
œnvres de madame Guyon, uniquement parce 
qu'elle m'avait été recommandée par le meil- 
leur de mes amis ^ François de Cambrai, 
Je tombai sur on passage du commentaire sm- 
le Cantique des Cantiques , où cette femme 
' célèbre compare les intelligences humaines 
aux eaux courantes qui sont tontes parties 
de lt>céan, H: qui ne s'agitent sans cesse 



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DE SiINlVp£lXHSBOURG. 201 

mie pour y retoomer. La comparaison est i 
suivie avec beaacoop de jostesse; mais tous ' 
savez que les morceaux de, prose ne sé- 
ioument pas dans la mémoire. HenrensemenE 
je pais j suppléer en tous récitant dea vers 
inexprimablement beaox de Métastase (1) , 
qai a tradait madame Gojon , & moins qn*il 
ne l'ait rencontrée comme par miracle. 

L'oadi dal nur diTiat 

Itgna la T*]le e il mopte i 

T» pMMgicra XB Bunwi 

Ta prigiopien in Ibals t ' 

Uannora lempra e geo* 

yÎQcba MO lOTvt il mari 

Al nur don dla dmi^m , 
Dore •cqaM gli nmoi î , 
Don d'à Inngbi errori 
Spen dj ripooT (!) 

El ôLkaiB «fdi ■ Htiuniqui iBt«ndE« atniê, 

(Rrj., Ma., IX, T78-77S.) 
^■eiMt. irtw. m, t, — Tnid lepunge delbd. Gnjon.înJi- 
qoédiMlediilogn* : — «Dieaélaot •otMderaUnfia, l'knie peol 

■ uiuccHei*éeoaleTdiiulaieMiiiiieduiiBHi lame el ko ccnln,«l 
« j tee nJUe et tnuurgrmée «w* en raMortïr jamin. Aiui qn'IiB 

■ BeoTt, qui nt qm mq mliB ds la bmt m trit dbliiicM de la mer, 

■ M tnMmiii bon de wo origiae , ilebe par ilnanet agiiadoD* de aa 
> rapprocher de la mer, jiuqa'l M qu'j etiol cdGd relombâ, 3 m 

• perde al Mmâange avecellp, ainti qu'Q j éLtIl perdu n mjléataiit 

• cjued'eD aoTtir; et il ne peut pItM en être diitùgoè. ■ {CoBmtul. 
tiiT UCantiqut da Caaiiqua; iii-ll, I68T, cbap. I, t. i. ) 

L'iÏDilra vu de Maduw Gnjaa eipine eacofe U nrfnie idic dam 



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102 ] 

\ Mau fODlM ces eaaiE oe peareot se mêler 

( i l'Océan saoa «e mâler ensemble , da moiiu 

\ d'aoe certaine manière que je ne comprends 

.] pas da tout. Qoelqaefois je voadrais m'élan- 

cer hors des limile* étroites de ce monde ; 

je Tondrais anticiper sur le joar des révé- 

laUons et me [donger dans TinGoi. Lore- 

. qne la double loi de Thomme sera effîicée , 

et qae ces deux centres seront confondus , 

il sera tm : car n^ ayant plus de combat 

dans loi , où prendrait-il l'idée de la doité? 

i Mais, si noos considérons les hommes les uns 

I i regard des antres, qu'en sera-t-il d'eux 

lorsque le mal étant anéanti , il n'y aura plus 

1 de passion nï d'intérêt personnel? Qne de- 

I viendra le moi, lorsque tontes les pensées 

i seroni communes comme les désirs , lorsque 

tous les esprits se Terrout comme ils sont 

TUS? Qui peut comprendre, qui peut se re- 

. [vésenter cette Jérusalem céleste oii tons les 

■ habitants , pénétrés par le même esprit , se 

pénétreront mutuellement et se réfléchiront 



tan TùtûrnaqM. la ra/iM, <1il-!I, titeonme mi grand ettan iebi- 
alira ^ tto* aprlu toit comme de peiltt r^'Ivfmx qui en mriniriqià 
tnlouraenlpovri'if pndre. JUt. IV.) Oh «eut daoi en ifaxiOBt- 
CMox deux iiitct iittUt*. 



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DB SACTT-PËTCBSBOIIBO. 202 

le bQiiheur'(l) 7 Une ii^ité de spectres la- ' 
minetK de même iHmennoa, s'ils viennenl 
à colDCider exactement dans le mtme liea, 
ne sont plus one infinité de spectres lumi- 
nenx; c^est un senl spectre infiniment In- 
mineux. Je me garde bien cependant de 
vouloir tOQcher à la personnalité , saaa la- 
quelle immortalité n^est rien; mais je ne 
puis m'empécher d'être irappé en Toyant 
comment tout l'univers nous ramène A celte 
mjstérîense miité. 

Saint Panl a inventé un mot qui a passé 
danstoutes les langaes chrétiennes; c'est celui 
^édifier, qui est fort étonnant au premier 
coup d'cnl : car qu'y a<t-il donc de commnn 
«itpe la consbiicHon d'un édifice et le boa 
exemple qu'on donne i son prochain? 

Mais on découvre bientôt la racine de cette 
expression. Levîceécarteles hommes, comme y 
la vertu les unit. II n'y a pas un acte contre ' 
l'ordre qm n''enfante on intérêt particulier ' 
contrure à Tordre général; il n'y a pas un I 
acte piff qui ne sacrifie un intérêt particulier 
à l'intérêt général , c'est-à-dire qui ne tende 



(1) Ai'iiinfn?) gmt mlifiaiiu- iil cJriMi ag» prniMfuii» 



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20^ us souiËES- 

■ à créer nue volonté une et régHlière à la place 
de ces myriades de volontés direi^ntes et 
coupables. Saint Paul partait donc de cette 
idée fondamentale, que nous sommes toos 
t édifice de Dieu; et que cet édifice que nous- 
devons élever est le corps du Sauveur (1).. 
Il tourne cette idée de plusieurs manières. Il 
veut qif on ^''édifie les uns les autres ; c^est- 
à-dire que chaque homme prenne place vo- 
lontairement cenmie une jûerre de cet édifice 
spiritael , et qa'il tâche de tontes ses forces 
d'y appeler les autres , a(m que tout homme 
édifie et soit édifié. Il prononce surtout ce 
mot célèbre : La science enfle , mais la cha- 
rité édifie (2) : mot admirable , et d^e vé- 
rité frappante : car la science rédoite à eU^ 
même divise au lien d''unir, et toutes ses 
constructions ne sont que des apparences : 
an lieu que la vertu édifie réellement , et 
ne pent même ag^r sans édifier. Saint Paul 
avait lu dans le sublime testaroeid: de son 
maître que les hommes sont un et [dusieurs 
comme Dieu (3); de manière que tons soid 

(1)Cot. m,». 

(S)l.Cor.VlU,10. 

(3) ■ Uu'ili Miut un oHunc nous {Jtan, \T1I, ll.)< ■6° q<A 



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ra siiirr<rtTBHSB0ini6. 205 

Terminés et consommés dans Punité (1), car 
Îosqae-Ià Vœuvre n'est pas finie. Et comment 
n>f amtiit-il point entre noos nne certûne 
imité ( die sera ce qn^on Toadra: on l'appel- 
lera comme on voudra ) , puisqu'un seul 
hoirmie nous a perdus par un seul acte ? 
Je ne fais point ici ce qu'on appelle un cer- 
cfe en pronrant l'unité par Torigine du mal, 
et Tor^ne du mal par limité : point du tout; 
le mal n'est qœ trop prouvé par lui-mtoie ; 
il est piotout et surtout dans nous. Or, de 
toutes les suppositions qu'on peut imaginer 
pour en expliquer l'origine , aucune ne satis- 
fait le bon sens ennemi de l'ergotage autant 
que cette croyance, qui le présente comme le 
résultat héréditaire d^une prévarication fon- 
damentale , et qui a pour elle le torrent de 
toutes les traditions humaines. 

La dégradation de l*homme peut donc être 
mise au nombre des preuves de Inanité hu- 
maine , et nous aider â comprendre comment 
par la loi d'analogie, qui ré^it toutes les 



• qn'îUicrieDt demémemenn»». ( hià., XXt.) Jelenral dopoé la 

* gloiro que TOUS *AiTeidiMnàe, aRn quU tuient m oimhm wnu 

(l)aJeiniiMeuitct nnu en aoi , aGn qu'Jli ■gienLaNuenuiwi sa 
w.</Uri.,XXIII.}> 



<..>yGoogIf 



206 uft soiRtn 

chose» dinnes, te salut de même est venu 

pu- un seçl (1). 

Vous disit» Tantre jour^ M. le comte, 
qu'il n'y avait pas de dogme chrétieo qui ne 
fût appuyé sur quelque tradition universeUe 
et ansâ ancienne que l'homme y on sur quel- 
que sentiment inné qui nous appartient ccmune 
notre propre existence. Rien n''est plus Ttsà. 
rfavez-Tous jamais réfléchi à l'importaoce 
que les hommes ont toujours attachée aux 
repas fais en commun? La table ^ dit on 
ancien proverbe grec , e^ fentr&netteuse de 
Famitiê. Point de traités, point d'acccHrdSf 
prâit de fêtes , point de cérémonies d^aucone 
espèce, même lugubres, sansrepas. Poorqaw 
l'invitation adressée à un homme qui dînera 
tout aussi bien chez lui , est-elle une politesse ? 
pourquoi est-il plus honorable d'être assis à 
la table d'un prince que d'être ass'is âlleurs 
â ses câtés ? Descendez depuis le palus do 
monarque européen jusqu'à la Iiulîe da ca- 
dgne; passez de la plus haute civilisation 
aux rudiments de la société; examinez tous 
les rangs , toutes les conditions , tous les ca- 
ractères , partout TOUS trouverez les repas 

(l)R<».T,IT,wN]. 



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DB SAUIT-PÉTEBSBOURG. 207 

placés comme ane espèce de religion, comme 
une théorie d'égards , de bienTeUlance, d'é- 
tiquette , souvent de politique ; théorie qi'.j 
a sa lois , ses observances , ses délicatesse» 
très remarquables. Les hommes nVnt pas 
trouvé de signe d'union plos expressif que 
celui de se rassembler pour prendre , ainsi 
rapprochés , une nourriture commune. Ce 
signe a paru exalter Tunion jusqu'à Tunité. 
Ce sentiment étant donc universel , la reli- 
gion Ta choisi pour en faire la base de son 
principal mystère ; et comme tout repas, sui- 
vant l'instinct universel, était une communion 
& la même coupe (1), elle a voulu à son tour 
que sa communion fût un repas. Pour la vie 
spirituelle comme pour la vie corporelle, une 
nourriture est nécessaire. Le même organe 
matériel sert à l'une et à Tautre, A ce banquet» 
tous les hommes deviennent un en se rassa- 
siant d'une nourriture qui est une , et qui 
est toute dans tons. Les anciens pères , pour 
rendre sensible jusqu'à un certain point cette 
transformation dans l'unité, tirent volontiers 

(1) fa ilgno âella fumiMloni i paTlietpaibnt s' tagrif:} Mfflula 
h menu in le iletH ucr« , * km titmin titra i etntlli tt» *êfri- 
f^. (AnLithiildîErcoliic. Nipoli, 1779, ii»4bl.,tMi. Vil, Mt x 
F«r 42.) 



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£08 LES S0IBÉS8 

leurs comparaiions de téfn ^ de la grappe^ 
qm sont les matérîaiB dn mystère. Car bHit 
ainsi qae plnsienrs ^aios de hlé on de rai^ 
ne font i^i'un pûn et une Iwisson , de même 
ce pain et ce vin mystiqaes qoi nous sont 
{>réseHtéa & la table sainte, brisent le moi, 
et noos absorbent dans lenr incoacevable 
unité. 

U y a une fonle dVjiempIes de ce senti- 
ment natorel, lé^timé et consacré par la 
religûm , et qa^on pooirait regarder comme 
des traces pi ^ne effacées d''Dn état primitif. 
En suirant cette rente, croyez-roos, M. le 
cumte, qu'il fût absolument impossible de 
se former une certaine idée de cette solidar- 
rité qui existe entre les hommes (vous me 
permettrez bien ce terme de iorispmdence^ , 
d'ob résulte la réversibilité des mérites qui 
e]q>liqiie tout ? 



Il me serait impossible , mon respectable 
ami , de vous exprimer , même d^une ma- 
nière bien imparfaite , Je plaisir que m'a causé 
votre discours; mais, j^ vous Tavoue avec 
une franchise dont vous êtes bien digne , ce 
plaisir est mêlé dtin certain eflroi. Le vol 



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DE SUHT-PËTERSBOURA. 209 

que vous prenez peut trop uiséinent vous 
égarer, d'autant plos que votu n'avez pas, 
comme moi , un fanal que tous puissiez re- 
garder par tous les temps et de toutes les 
distances. N'y a-t-U pas de la témérité à vou- 
loir comprendre des choses si fort an-dessus 
de nous ? Les hommes ont toujours été tentés 
par les idées singulières qui flattent l'oi^eil: 
il est si doux de marcher par des routes ex- 
traordinaires que nul pied humain n'a foulées ! 
Mais qu'y gagne-t>«n? l'bonune en devient-il 
meilleur ? car c'est là le grand point. Je dis 
de plus : en devient-il plus savant ? Pourquoi 
accorderions-nous notre confiance à ces belles 
théories, si elles ne peuvent nous mener ni 
loin ai droit ? Je ne refuse point de voir de 
fort beaux aperçus dans tout ce que vous 
venez de nous dire ; mais , encore une fois , 
ne courons-nous pas deux grands dangers, 
celui de nous égarer d'une manière funeste , 
et celui de perdre k de vaines spéculations 
un temps précieux que nous pourrions em- 
ployer en études , et peut-être m£me en dé- 
couvertes utiles ? 



Cest précisément le contraire , mon ciier 
tu 14 



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StO LES SOTBtS» 

.comte : il n'y a rien de si utile qae ces étnttef 
- qui ont pour objet le monde intellectuel, et 
c^est prédsément la grande route des décoo- 
vertes. Tout ce qu^on peut savoir dans !a 
philosophie rationnelle se trouve dans un 
passage de saint Paul , et ce passage y le voici; 

■CE UOnOE EST UTT STSTÉHE DE CHOSES nm^BLES 
MASIFESTËES VISIBLEHEIfT. 

Vunivers , a dit quelque part Charles Bm- 
fiet, ne serait donc qu'un assemblage dap' 
^rences (1) ! 

Sans doute , du moins dans un certain 
sens; car il y a un genre d'idéalisme qui 
est très raisonnable. Difficilement peut-être 
lrouvera>tK>n un système de quelque célébrité 
qui ne renferme rien de vraL 

Si vous considères que tout a été fait par 
et pour Tintelligence ; que tout mouvement 
est un eiTet , de manière que la cause propre- 
ment dite d\in mouvement ne peut être un 
mouvement (2); que ces mots de cause et 



(t)Taul« taïuturc ne sérail donc pour aoiuqa'nn grand et mapii- 
Û.|UR 3[icclacled*apparencix. (BoOnet, Ai/tBj., psri. XHI , cbap. ii.) 

(3) Saint Tliomas a dit : Otmte moHle e firiscipio hvmobill. ( Ad*. 
gmla 1 , xuï, n° S , et ilïu, n" 6.J Uallebnvnclic Ta ré|iéi<k. «w» 
Mul, 4il4l, eu ItiMI d lu fois méitir H imMûiile. ( Rtch. àt b véiilA, 



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01 SAmT-PÉTKtSBOURO. 2 ) I 

ée matière s'exclneut mutuelleuient comme 
ceux (le cercle et de triangle > et que tout $f 
rapporte dans ce inoade que nous voyons i 
un autre numde que nous ne voyons pas (t), 
vous sentirez aisément que nous vivons en 
eJTet au milieu d'un sjstème de choses iib- 
visibles manifestées visiblement. 

Parcourez le cercle des sciences , vous 
verrez qu''eUe8 conunencent toutes par un 
mystère. Le mathématicien tâtonne sur les 
bases du calcol des quantités ima^aires , 
qaoiqae ses opérarations soijent très justes. 
Il comprend encore moins le principe do 
calcul infinitésimal, l^m des instruments les 
pltupmssanls que Dieu ait confiés i Thomme. 
li s'étonne de tirer des conséquences infail- 
libles d'un principe qui choque le bon sens , 
et nous avons vu des académies demander 
an monde savant l'explication de ces contra- 
dictions apparentes. L'astronome attractiôn- 
naire dit qu'il ne s'embarrasse nuUemenl de 

in-t', Appeail. pag. SiO. ) Miii rauome appartient i b philœapliia 
intiqae. 

(i)Tiratae moDde ti^e o*«hUi que poar le nécls k wnir: toal 
ce qui pave a KS rapporta sareuanc ce li^dedlernel «à rfea ne pa»- 
•era plm : tout ce qae tù<a iDjrons n'est qae la figure et rallpnle d« 
eIhmcs ionriblet.... Dicn n'agît dan* le temps que pour VtMxailtt 
i itaHiUwt, Sfrm . Mr tti nf/liclicm, llf* partie, , 

14. 



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212 U!3 SOIBÊES 

savoir ce oue c'est que rallraclîOD , pourvu 
qu'il soit démontré que cette force existe; 
mais , dans sa conscience , il s^n einbar* 
rasse beaucoup. I.e germinaliste, qui vient 
de pulvériser les roinans de ïépigénégiste , 
s'arrête tout pensif devant l'oreille du mulet: 
toute sa science branle et sa vue se trouble. 
-Le physicien, qui a fait rexpérience de Haies, 
se demande à lui-même ce que c'est qu'une 
plante , ce que c'est que le bois , enfin ce que 
c'est que la matière , et n'ose plus se moquer 
des alchimistes. Mais rien n'est plus intéres- 
sant que ce qui se passe de nos jours daos 
l'empire de la chimie. Soyez bien attentifs 
à la marche des expériences , et vous verrez 
oU les adeptes se trouveront conduits. J"ho- 
noreîincèrement leurs travaux; mais je crains 
beaucoup que la postérité n'en profite sans 
reconnaissance , et ne les regarde eux-mêmes 
comme des aveugles qui sont arrivés sans 
le savoir dans un pays dont ils niaient l'exis- 
tence. 

Il n'y a donc aucune loi sensible qui nVt 
f?emèreW/e (passez-moi cette expression ri- 
(ticule) une loi spirituelle dont ta première 
n'est que l'expression visible ; et voilà pour- 
quoi toute explication de cause par la matière 



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DE saint-pAtbrsbodhg. 213 

ne coMteutera jamais aa bon esprit. Vès 
qa*oa sort da domaine de rexpérience maté- 
rielie et palpable pour entrer dans celui de 
la plûlosophie rationnelle , il faut sortir de 
la matière et tout expliquer par la métaphy • 
sique. Tentends la vraie métaphysique, et 
non celle qui a été cultivée avec tant d^ardeur 
durant le dernier siècle par des hommes qu'on 
appelait sérieusement métaphysiciens. Plai- 
sants métaphysiciens ! qui ont passé leur vie 
i prouver qu'il n'y a point de métaphysique; 
brutes illustres en qui le génie était anima- 
Usé l 

Il est donc très certain , mon digne ami, 
qu'on ne peut arri.ver que par ces routes ex- 
traordinaires que vous craignez tant. Que si 
je n'arrive pas , tiu parce que je manque de 
forces, ou parce que l'autorité aura élevé 
des barrières sur mon chemin , n'est-ce pas 
déjà un point capital de savoir que je suis 
dans la bonne route ? Tous les inventeurs , 
toiis les hommes orignaux ont été des hommes 
religieux et même exaltés. L'esprit humain, 
dénaturé par le scepticisme irréligieux , res- 
semble à une friche qui ne prodmt rien , 
on qui secouvre de plantes spontanées, inutiles 
i riiomme. Alors même sa fécondité natu- 



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214 1 

relie est no mal : car ces plantes , en m^nt 
et entrelaçant leurs racines ^ dorcissent le 
sol , et forment une barrière de'plos entre le 
ciel et la terre. Brisée , brisée cette croule 
mandHe; détraisez ces plantes mortellement 
virâtes; appelez toutes les forces de rhomme; 
enfoncez le soc ; cherchez profondément 
les ptuMances de la terre pour les mettre 
en contact avec les puissances da ciel. 

Voili , messieurs , l'image natarelle de 
rintelligence hamaine ouverte ou fermée aux 
connaissances divines. 

Les sciences naturelles mêmes sont soo-^ 
mises  la loi générale. Le génie ne se traîne 
guère appuyé sur des syllogismes. Son allure 
est libre; sa manière tient de llnspiration : 
on le voit arriver , et personne ne 1^ va mar- 
cher (1),T a-t-il, par exemi^e^ un homme 
qo^on paisse comparer i Kej^ler dans l'astro- 
nomie? Newton Im-mème est-il autre chose 
que le sublime commentateur de ce grand 
homme , qui seol a pu écrire son nom dans 



(I) DMufl nçnlth MK a 
tQtuala,ted immateriulli voyailia rwnm ^tqat diteiim, (S.TlMxut 
■rfren, pute*, I, 92.) En edfel, la •duoe m Dieu fUpt une lolo»' 
lioD, |i)di clic ■ ce evadèrc daoi rLomniB, M plu* dis l'app^tcli* 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAINT-PÉTEfiSBOUBe. 215 

lés cieuz? caries lois du monde sont les lois 
de Keppler, Il y a surtout dans la troisième 
quelque chose de si extraordinaire , de si in- 
dépendant de toute antre coanaissance préli- 
inînaîre , qu'on ne peut se dispenser d'y re- 
connaître une véritable inspiration : or, il ne 
parvint à cette immortelle découverte qu'en 
suivant je ne sais quelles idées mystiques de 
nombres et d'harmonie céleste, qui s'accor- 
daient fort bien avec son caractère profondé- 
ment religieux, mais qui ne sont, pour la. 
froide raison, que de purs rêves. Si l'on avait 
soumis ces idées à l'examen de certains phi- 
losophes en garde contre toute espèce de su- 
{tcrstition, à celui de Bacon, par exemple, qui- 
aimait l'astronomie et la physique comme les 
premiers hommes d'Italie aiment les femmes, 
il n'aurait pas manqué d^ voir des idoles de 
cavernes on des idoles de tribuSy etc. (1). 
Mais ce Bacon , qui avatC subslilué la mé- 
thode d'induction à celle du syllogisme ^ 
comme on l'a dit dans un siècle oîi l'on a 
épuisé tons les genres de délire, non-seule- 
ment était demeuré étranger â la découverte 



(l)Cci» qui oannaiuciit la ]<liilo>0|')iie de lacwt «MuiiJuut i«ti« 
[Dl I il wraU trop lea| tlv rvii'tÙ4ii>.'r aiu auln». 



D,9,N..<ir>,G00gIf 



S16 LSS 90IB£ES 

fie son immortel contemporain, mais te- 
nait obsdnfiment an système de Ftolomée, 
malgré les fravanx de Copernic , et il appe- 
lait cette obstination une noble constance (1 ^. 

Et dans la patrie de Roger Baom on croyait, 
même après les déconvertes de Galilée y qae 
les verres caastiqnes devaient être concaves , 
et qae le mouvement de tâtonnement, qn^on 
fait en haussant et baissant ime lentille pour 
trouver le vrai point dn foyer , aagmentait 
la chaleur des rayons sobires. 

Il est impossible qne vous ne voos soyes 
pas quelquefois divertis des explications méca- 
niques du magnétisme , et surtout des atomes 
de Descartes formés en tîre-bouckons (2) ; 
mais Tons n'avez sûrement pas lu ce qa''en a 
dit Gilbert : car ces vieux livres ne se lisent 
plus. Je ne prétends point dire qu'il ait rai- 
son; mais j'engagerais sans balancer ma vie, 
et même mon honneur , que jamais on ne 
découvrira rien dans ceprofond mystère de 
la nature qu'en suivant les idées de Gilbert, 



(I) Itaipit lenfbmia, gntmadmodinii ctriearia >imni(, iMniLESon- 
rriTTiui. ( TliG vorks oFFr. Bicon. Ijtadon, 1803, in-S". TVntn cadi, 
luin.lX.p.ïSi.> 

(S) Cattetiipriadpin pAilMepUM, Pan IV, d" IZa, p. ISG, kmà^ 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAnrr-rtiXBMOiree. 217 

en (Taotreii du même genre , comme ]e mon- 
vemeut général des eaux dans le monde ne 
«''expliquera jamais d'mie manière satis^- 
sante ( supposé quil s'explique ) qu'à la ma- 
nière deSénèqne(l), c''est-à-dire par des mé- 
thodes totalement étrangères à nos expérien- 
ces matérielles et aux lois de la mécanique. 
Plus les sciences se rapportent à Thomme, 
comme la médecine , par exemple , moins 
elles peuvent se passer de reUgion ; lisez , si 
TOUS voulez, les médecins irréli^eox, comme 
savants ou comme écrivains, s''ÎU ont le mé- 
rite du s^le; mais ne les appelez jamais au- 
près de votre lit. Laissons de câté, si vous 
le voulez, la raison métaphysique, qui est 
cependant bien importante; mais n'oublions 
jamais le précepte de Celse , qui nous recom- 
mande quelque part de chercher autant que 
nous le pouvons le médecin ami (2) ; cher- 
chons donc avant tout celui qui a juré d'ai- 
mer tous les hommes , et fuyons par-dessus 
tout celui qui , par système , ne doit Tamour 
i personne. 

<t)Se». Que». naMn, 10, 11, 1S.EIi«irir,1639,4tol.ii>-13, 
ton. n.pag. S78,Mqq< 

9)Qii^tp(0-ttkmlia lit, uriltoren Mmni mi dicioa MM ( tctof) oiiri- 
«mtgoMcMrawMi. (Aar.Cara. CcUi de Kened.Pntt.lib. I.) 



D,g,t,.?(lb,GOOglC — 



218 LES sontËES 

Les 'malhéinatiqaes mêmes sont soon^es 
à cette loi , quoiqu'elles soient un instrument 
plntdf quNine science , poîsqn'elles n''oDt de 
valeur qu'en nous conduisant à des connais- 
sances d^in autre ordre : comparez les ma- 
thématiciens du grand siècle et ceux du sui- 
vant. Les nôtres forent de puissants chiffreursi 
ils manièrent arec une dextérité merreilleuse 
et qu^on ne saurait trop admirer les instra- 
ments remis entre leurs mains ; mais ces ins- 
tmments fiireut inventés dans le siècle de la 
foi et même des factions religieuses , qui ont 
une vertu admirable pour créer les grands 
caractères et les grands talents. Ce n'est point 
la même chose d'avancer dans une route ou 
de la découvrir. 

Le plus original des mathématiciens du 
XVni° siècle , autant qu'il m'est permis d'en 
juger , le plus fécond , et celui surtout dont 
les travaux tournèrent le plus an profit de 
l'honmie ( ce point ne doit jamais être ou- 
blié) par l'application qu'il en fît à l'optique 
et à l'art nautique , fut Léonard Euler , dont 
la tendre piété fut connue de tout le inonde, 
de moi surtout, qui ai pu si longtemps l'ad- 
mirer de près. 

Qu'on ne vienne donc point crier à 1V//h- 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAlnT-PËTEElSBOnRG. 219 

minismet à la mysticité. Des mois ne sont 
rien ; et cependant c'est avec ce rien qu'on 
intimide le génie et qa'on barre la ronte des 
décoorertes. Certains philosophes se sont 
avisés dans ce siècle de parler de causes : 
mais qaand voudra-t-on donc comprendre 
qu^ ne peut y avoir de causes dans l'ordre 
matériel , et qa'elles doivent tontes être cher^ 
chées dans mi antre cercle ? 

Or ) si cette régie a lien, même dans les 
sciences naturelles , pourquoi , dans les scien- 
ces d'au ordre suroatarel, ne nous livrerions- 
nous pas , sans le moindre scrupule , à des 
recherches que nous pourrioua aussi nom- 
mer surnaturelles ? Je snis étonné , M. le 
comte , de trouver en vous les préjugés aux- 
quels l'indépendance de votre esprit aurait 
pu échapper aisément. 



Je vous assure , mon cher ami , qnH ponr> 
rait bien y avoir du mal entendu entre nous, 
comme il arrive dans la plupart des discus- 
sions. Jamais je n'ai prétendu nier, Dieu 
m'en préserve, que la religion ne soit la 
mère de la science : la théorie et Texpé- 
rience se rétioissent pour proclamer cette 



D,g,t,.?(lb,GOOglC '"■ 



220 Lits somÉBS 

vérité. Le sceptre de la science n^appartient 
à l'Europe que parce qQ''eIle est chrétieime. 
Klle n'^est parvenne & ce haat point de cm- 
lisation et de connaissances qoe parce qQ^elle 
a commencé par la théolt^e; parce qae les 
unirersités ne furent d'abord que des écoles 
de théologie, et parce que toutes les sciences, 
grefîees sur ce sujet divin , ont manifesté la 
sève divine par une immense végétatioa. L'in- 
dispensable nécessité de cette longue prépa- 
ration du génie européen est une vérité ca- 
pitale qui a totalement échappé aux discon» 
reors modernes. Bacon même , que vous avez 
justement pincé , s'y est trompé comme des 
gens bien au-dessous de lui. Il est tout 1 
fait amnsant lorsqu'il traite ce sujet, et sur- 
tout lorsqu'il se fïche contre la acolastîqae 
et la théologie. Il faut en convenir, cet 
homme célèbre a paru méconnaître entière- 
ment les préparations indispensables pour qae 
la science ne soit pas un grand mal. Appre- 
nez aux jeunes gens la physique et la chi- 
mie avant de les avoir imprégnés de reli^on 
et de morale ; envoyez à une nation neuve 
des académiciens avant de lui avoir envoyé 
des missionnaires , et tous verrez le résultat. 
On peut même , 4e crois , prouver jusqa''à 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAtHT-PitBRSBOURr.. 22 ( 

la fléiiaonslralion qa'it y » dans la «cîeiice , 
si elle D^est pas entièrement subordonnée aux 
dogmes nationaux , quelque chose de caché 
qai tend à ravaler rhomme , et A le rendre 
surtout inulile ou mauvais citoyen : ce prin- 
cipe bien développé fournîmit une solution 
claire et pêremploire du grand problème de 
Tutilité des sciences , problème que Rousseau 
a fort embrouillé dans le milieu du dernier 
siècle avec son esprit fam et ses demi-con- 
naissances (1). 

Ponrqooi les savants sont-ils presque lou- 



(1) L'étade dct KÎeocei Mtunfla * mw nch comirc tout le rerie, 
et nw» j loniniea nrhéi. Ellf» ne wat peint , cUei ae doiient poiol 
fire le bttt principal de l'intelligEDee, et Uplni haute fdie qu'on pdl 
comnettre tenit celle de l'cipoicr 1 nkMqoer diumana pour *n)ir ptut 
àtpkitkiau. MfloMfAe, dUailiréiInnSénèqaB, commaietperee- 
laditrl^ m t mt ovml éOudler Umemde. Itp. ut.] Hii* lei ptralei 
de BoMtel Crtffeal bieu flue lirteBCDl, parce qu'ellei tombent de 

■ LtMimme ttt nîa de plui (TuM ntte : rem-U petuent Jlre 1e< pitu 

■ raimmddMqniaoatTaiDideadaudBrîDlellIgBtMe.É. illtTériic, 

• 3i toBt d^uea iTétre Jùlïoguii de» lulrei, et ils IodI un dea plia 

• liennienwnKDti du monde; nu^quî1« pourrait lupporter.IonqDO 
■«ninlM qu'ili te wniPPi nn peu de talent.,.. ikfiligacDl touleika 

• oreillet.... etpenieiit avoir droit deielairefcoalcruiu Gd, elda 

• décider de loal aotiTeTamomeat T O ji'iiate danê la vit ! à egalin 

• diBMln autattl Pmtturtdmu ki pauimu ,' Hdim ri veHlaàla ot' 

■ ntinrnu lit la nofurr raùowMUe , fwnd esi a qm mm app'tiidivBt 

• fi vont «MÉNfr .'■( ScroMi 



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223 LES soiBËra 

jours de mauvais hommes d'états , «t en g&> 

néral inhabiles aux a£%dres ? 

D''où vient au contraire que les prêtres (je 
dis les PBÉTKEs) sont naturellement hommes 
d'état 7 c'est-à-dire, pourquoi Tordre sacerdo- 
tal en [«"oduit-il davantage , proportion gar- 
dée, que tous les atdres ordres de la so- 
ciété? surtout de ces hommes d'état naturels, 
« je puis m'exprimer ainsi , qui s'élanceut 
dans les aflaires et réussissent sans [wépa- 
ralion , tel par exemple que Charles V et son 
fils en employèrent beaucoup, et qui nous 
étonnent dans l'histoire? 

Pourquoi la plus noble, la plus forte, la 
plus puissante des monarchies a-t-elle élé 
/a/fe, au pied de la lettre, par des firfiQVES 
(c^est un aveu de Gibbon) comme uite ruche 
est faite par des abeilles ? ' 

Je ne finirais pas sur ce grand sa jet ; mais , 
mon cher sénateur , pour rintérét même de 
cette religion et pour l'honneur qaî lui est 
dû , souvenons-nous qu''elle ne nous recom- 
mande rien, tant que la simplicité et Tobâs - 
sance. De qui notre argile est-elle mieux con- 
nue que de Dieu? Tose dire que ce que nom 
devons ignorer est plus important pour nous 
que ce que nous devons savoir. S11 a placé 



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DB SiIIIT-PÉTBaSBO0R6. 223 

certaiiu objets aa-delâ des bornes de notre 
vision , c'est sans doute parce qnll serait dan- 
gereux pour nons de les apercevoir distinc- 
tement. J'adopte de tont mon cœur et j'ad* 
mire votre comparaison tirée de la terr« 
onverte oa fermée aux inflaences dn ciel : 
prenez garde cependant de ne pas tirer ona 
conséqneace faosse d'an principe évident, 
Qae la reli^on , et même la piété , smt la 
meillenre préparation pour I*esprit humain; 
<|a*elle le dispose, autant que la capacité in- 
dividuelle le permet , à toute espèce de con- 
naissances, et qu'elle le place sur la route des 
découvertes, c'est une vérité incontestable 
pour tont homme qui a seulement monillc 
ses lèvres à la coupe de la vraie philosophie. 
Biais quelle conclusion tirerons-nous de cette 
vàité? fjiCilfaut donc faire tous nos efforts 
pour pénétrer les mjrstères de cette religion} 
Nullement : permettez-moi de vous le dire , 
c'est un sophisme évident. La conclusion lé- 
^ime est qu'il faut subordonnu* toutes nos 
connaissances A la religion, croire ferme* 
ment qu'on étudie en priant; et surtout, lors- 
qœ noos nous occupons de philosophie 
rationnelle, ne jamais oublier que toute pro- 
position de métaphysique , qni ne sort pas 



D,9,N..<i h, Google 



224 tss soirAbs 

comme d'elle-même d\m dogme chrétiraj 
n'est et ne peut être qa'mie coupable extra- 
vagance. Voilà qui noos suffit pour la pra- 
tique : quHmporte font le reste ? Je tous m 
suivi avec un extrême intérêt dans tout ce 
que vous nous avez dit sur cette incompré- 
hensible umté , base nécessaire de la réversi- 
bilité qui expliquerait tout , si on pouvait Tex- 
pliquer. J^applaudis à vos connaissances et A 
la manière dont voos savez les faire conver- 
ger : cependant quel avantage vous donnent- 
elles snr moi ? Cette réversibilité , je la crois 
tout comme vous , comme je crois à Texis- 
tence de la ville de Pékin aussi bien qoe 
ce missiomiaire qui en revient, avec qui 
nous dtn&mes Tautre jour. Quand vons pé- 
nétreriez la raison de ce dogme , vous per- 
driez le mérite de la foi, non-seulement 
sans aucun profit , mais de plus avec un très 
grand danger pour vous ; car vous ne pourriez, 
dans ce cas, répondre de votre tète. Vous 
I appelez-vous ce que nous liûons ensemble, 
il y a quelque temps, dans un livre de saint 
Martin? Que le cJùmiste imprudent court 
risque ^adorer son ouvrage. Ce mot n'est 
point écrit en l'air : Mallebranche nVt-ii pas 
dit (^''ane fausse croj^aïux sur tefflcacité des 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SUNT-PÉTBBSBOTJItQ. 22S 

causes secondes poutfoit mener à tidoldlrie ? 
c'est la même idée. Noos avons perdu, il 
n'y a pas bien longtemps , un ami conimnn 
éDaînent en science et en sainteté : vous savez 
bien que lorsqu'il faisait , toujoars pour lui 
seal , certaines expériences de chimie , il 
croyait devoir s'environner de saintes précau- 
tions. On dit que la chimie pneumatique date 
de nos jours : mais '! y a eu, il y a, et sans 
doute il y aura toujours une chimie trop 
pneumatiqite. Les ignorants rient de ces sortes 
de choses , parce qu'il n'y comprennent rien , 
et c^est tant mieux pour eux. Plus Tintelli- 
gence connaît, et plus elle pent être cou- 
pable. Noos parlons souvent avt.c on étonne- 
ment niais de l'absurdité de TidolÂtrie; maïs 
je puis t»ien vous assurer que si nous avions 
les ccmnaissimces qui égarèrent les premiers 
idolÂtres , nous le serions tons , on que du 
moins Dieu pourrait à peine marquer pour 
lui douze mille hommes dans chaque tribu. 
Nous partons toujours de Thypothcse banale 
que l*homme s'est élevé graduellement de 
la barbarie à la science ef à la civih'sation. 
Cest le rêve favori, c'est rerreur-mère , et, 
comme dit l'école , le protopseudès de notre 
nkcle. Hais si les philosophes de ce malheu 
II. 15 



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23G LBS SMBAES 

remsiècle, avec rhonible perversité qneiwQS 
leur avons connue , et qui s''ob8tinent encore 
malgré les avertissements qu'ils ont reços, 
avaient possédé de pins quelques-unes de ces 
connaissances qui ont dû nécessairement sep- 
partenir aux premiers hommes, malheor à t^ 
Hivers! ils auraient amenésnr le genre hmnaîn 
quelque cabumté d'un ordre surnaturel. Vejes 
ce qu'ils ont fût et ce quHs nous ont attiré, 
mE^;ré leur profonde stupi^Bté dans les 
sciences spirituelles. 

Je m'oppose donc , autant qull est en mm , 
 toute recherche curieuse qui soit de la 
^hère temporelle de rhomme. La religion 
est taromtoe qui txnpêdte la science de se 
corron^re : «'est un excellent mot de Bacon , 
et, pour cette fois, je n^ai pas envie de le 
critiquer. Je serais seulement un pen tenté 
de croire qull n^ pas Im-mème asses rédé^ 
cfai sur sa propre maxime , puisqu'il a tra- 
vaillé formellement à séparer Varonuae de la 
science. 

Observez encore que la religion est le plus 
grand véhicule de la scîaice. Elle ne peut, 
sans doute, créer le talent qui n^existe pas: 
mais elle l'exalte sans mesure partout ott 
elle le trouve , surtout le talent des déooo- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



tn tàmT-rtTBisaomG. tît 
verte») tasdia qae irréligion le comprime 
tonjours et l^toafTe souveat. Qae TOidon»* 
nous de plos? Il n^est pas permis de péniitrer 
rinsIrumËnt ^ noos a été douné pour pé- 
nétrer. U «st trop &isé de le brider , 6a, ce 
<pn est ^re peut-âbe , de le fausser. Je re- 
mercie Dieu de hhhi Igaonuiee encore plu 
que de masciawe; car ma science cat moi , 
du moÎDs eu partie, et pv conséquent )e 
ne pais être ràr qu'elle est bonne t mon 
ignorance au conbdre, dummu celle dont 
îe pttla, est de loi; partant, j^ tonte la 
confiance posubk ai die. Je n%ai point 
tenter foUemoit d''escalader Pencdnte saln- 
taire dont la sagesse divine nous a environ- 
nés; je suis sûr d*étre de ce câté sar les 
teires de la vérité : gai m'assure tpCsa dxik 
(ponr ne point &ire de siq^toûtion plus triste) 
je ne me tronverai pas sur les domaines de 
U soperat^n? 

tB CUTAUSa. 

Entre deux pussances sopMetires qoi se 
battent, une troisième, gooiqae très faible, 
peut bien se proposer pour médiatrice « 
poomi qa*elle leor soit agréable et qu'elle 
ait de la bonne foi. 



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238 «Bs wnin 

n me sanUle d^abcnrd, M. le sénateSTf 
que tous arez donné on pen trop de latitode 
à TOI idées relîg^eases. Vous ditea qae Y«%- 
plicotioa dei causes doit toDJoon être cher- 
■«bée hors do monde matériel , et vous citée 
KepfAer, qui arHfa & ses fameuses décon- 
▼ertes'ptr-ie ne sais qoel système d'harmonie 
' céleste à hqaélle je ne comprends rien ; mais 
-dans toot cela je-ae vois pas l'ombre de reli- 
-pon. On peut bien étre-mnsiden et calculer 
-des accords sans aroir de la {Heté. Il me sem- 
ble qoe Keppler aurait fort bien pa décoa- 
'«tir ses lois sans croire en Dieu, 



Vous TOUS êtes répondu i vous-même, 
M. te chevalier , en prononçant ces mots hors 
du monde matéri^. Je n*ai p(nnt dît que 
diaque décoorerte d(rive sortir immédiate* 
ment d'an dogme comme le poulet sort de 
Tceuf : j'ai dit qu'il n^f a point de caoses 
dans la matière , et que par conséquent elles 
ne dcnvent point être cherchées dans la ma- 
tière. Or, mon cher ami, il n'y a que les 
hommes religieux qm pussent et qui veuillent 
en sortir. Les autres ne croient qu'à la ma- 
nière , «A se courroucent même lorsqu'on leor 



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Bl SJIRT-PÉTERSBOtTSa. 22V 

parle d'oïl antre ordre de cheMs. faut A 
iMttre siècle une astroncnnie mécan^œ , une 
cMmie mécanique, une pesanteur mécanique , 
«ne merale mécaniqne , tme parole mécani- 
que, des remèdes mécaniques pour gaéwir' 
des maladies mécauîqaes : que stus-je enfin? 
tout n*est-il pas mécanique 7 Or » il n'y a 
qne Tesprit religieux qui puisse go^ir cette 
maladie. Noos parlions de Keppler ; mais 
}amais Keppler n^anrait pris la tonte qui le 
conduisit si bien y sHl n'avait pas été- éminem- 
ment religieux. Je ne londrais pas d'outre 
preuve de son caractère que le titre qn*tl 
donna à son ouvrage sur la véritable époque 
de la naissance de J. C, (1). Je doute qne 
de nos jours un ' astrwiome de Londres oo 
de Paris en choisit un pareil. 

Ainsi vous voyec, mon cher chenlier, 
que je n'ai pas confbnite les objets , commft 
vous l'avez cni d'abord. 

LE CHEViLIBB. 

Soit : je ne sois point assez fnt ponrdis- 



(1) On cnoiatt yn oamfp de oe TniMui ■itroeoBe tatlliilé ; Dt 
ven mno quo M Filin kmiM K a m maimm ntwwpt* M. Kepplai, 
nmnaiMifisMKla, ia-4''. Pent-^ire qa'M oifct •■ éradit pnHHUal M 
t^pnBcnit poMI «iwi Je Ma jvon. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



S39 USMOEÉU 

pcOer «ne voos; maù Ttmitm pc^nt nirle- 
qoet i'aanû encore emffie de tous querella: 
notre ami anit dU que votre goAt pour les 
c^ilieatûm» d'un genre extra^dmaire pouvait 
vow irondoire et en conduire d'sDtac* peotr 
être, i de très grands dangers, et qu'elles 
■T^flnt de plus reztiéme inconTénient d* 
ntùre box études ntiles. A cela tous ares 
répfmdu que c'était {n-écisément le contraire , 
tA qne ikn ne farorisait l'aTancement dea 
sôencei et des déccovertes en tout genre , 
conme cette tonmore d'esfHÎt qui nous pcvle 
toiqom hon du mmide matériel. Ceat en- 
core un pinnt sur lequel je ne me crois pas 
•ues fort pour disputer arec tous; mais ce 
qui me parait éndent, c'è^ que tous ares 
passé Tautre objection sons dlence , et ce- 
pendant elle est grave. Xaccorde que les idées 
mystiques et extraordinaires poissent quelque- 
fois mener À d'importantes découvotes : il 
faut aussi mettre dans Pantre basan de la 
balance les inconvénients qui peuvent en ré- 
solter. Accordons , par exemple , qu'elles 
paissent illominer on Keppler : si elles doi- 
vent encore produire dix mille fous qui trou- 
blent le monde et le corrompent m£me, je me 
sens Iris disposé à sacrifier le grand homme. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



08 UfflT-PffrEHSBODIlG. 231 

k cnia donc , si tous voulez bien excn- 
•er mon impertinence, que tous êtes allé an 
pen trop loin, et qne tous ne feriez pas mal 
de TOUS défier un pen pins de Tos étems .r/>/rf- 
fzieilr:damoîiis,ieneraurai jamais assez dit ^ 
autant qae j'en puis juger. Mais comme le 
devoir d'un médiateur est d^âter et d'accor- 
der qnelqne chose aux denx parties, il faut 
aussi vous dire , H. le comte , que tous me 
paraissez pousser la timidilé à Texcèa. Je vous 
fais mon compliment sur votre soumission 
religieuse. Tsà beaucoup cotmi le monde : 
en Térité , je n'ai rien trouvé de meilleur ; 
mais je ne sais pas ' trop comprendre com- 
ment la foi TOUS mène à craindre la super- 
stition. Ceat tont le contraire, ce me semble, 
qtd devrait anÎTer ; je suis de plus surpris* 
que TOUS en Tonliez autant & cette supersti' 
tion, qui nVst pas, ee me semble, une si 
manTÛse chose. An fond qu''est-ce que la 
mperstitîmi ? L''abbé Gérard , dans un tsxeel- 
lent livre dont le titre est cependant en op- 
position directe avec Touvrage, m'enseign* 
qnHl n'y point de synonymes dans les lan- 
gues. La superstion n'est donc ni Terreur, 
ta le fanatisme, m aucun antre monslrede ce 
genre portant m autre nom. Je le répète ^ 



D,g,t,.?(lb,GOOglC — 



23% E 

qD^est-ce donc que la stq>erstitioii? Super ne 
veut-il pas dire par delà ? Ce sera donc qaà.- 
qae chose qui est par delà la croyance 1^^ 
time. En vérité, il n^ a pas de quoi câerfuiro. 
Tsà sonrent observé dans ce monde qoe ce ^lu 
su/Jît ne suffit pas; n'allez pas prendre ceci 
pouruQJen de mots : celui qwTentfaire {M'éci- 
sément tout ce qui est permis fera bientôt ce 
qni ne Test pas. Jamais nous ne sommes sûrs 
de nos qualités morales qae lorsque nous avons 
su leur donner on peu d^ezaltatîon. Dans le 
monde politique , les pouvoirs constitutionnels 
établis parmi les nations libres ne sobsitent 
guère qa^en se heurtant. S qaelqn''un viait à 
vous pour vous renverser « il ne suffit pas de 
vous roidir à votre place : il faut le fraf^ier 
hu-mème, et le faire reculer si tous pouvez. 
Pour franchir un fossé , il faut toujours fixer 
son point de- vue fort au delàdulxml, soos 
peine de tomber dedans. Enfin c*est une ré^ 
générale ; il serait bien singulier que la celi- 
g^on en fût une exception. Je ne crois pas 
qu^in homme , et moins encore une nation, 
puisse croire précisément ce qu^il faut. Too- 
joura il y aura du plus ou du moins. J^ma- 
gine , mes bons amis , que l'honneur ne vous 
déplaît pas ? cependant qu'est-ce que Thon- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE suNT-rirEBSBoonc. 233 

near ? C'est la supemiiion de la vertu , on ce 
ii*est rien. En amour, ea amitié , en fidélité , 
en bonne foi, etc., la snperatilion est ai- 
mable, précieuse m^me et sonrent néces- 
saire ; ponrqooi n''ea serait-il de même de la 
piété? je sois porté â croire qae les clameors 
contre les excès de la chose partent des 
ennemis de la chose. La raison est bonne 
sans doote , mais il s^n faut que tout doive 
se régler par la raison. — Ecoutez ce petit 
conle , je tods en prie : peut-être c^est une 
biâtoire. 

Deux soeurs ont lear père i la gnerre : elles 
concheotdans la même chambre ; il fait froid, 
et le temps est mauTab : elles s'entretiennent 
des peines et des dangers qui environnent 
leur père. Peut-être, dit Tnne, il bimigue 
dans ce moment : peut-être il est couché sur 
la terre , sans feu ni couverture : qui sait 
si ce rCest pas le moment que Cermemi a 
choisi.... ah!,.,. 

Elle s'élance hors de son lit, court en 
chemise à son bnreaa, en lire le portrait 
de son père , vient le |dacer sous son chevet, 
et jette sa tête sur le bijou chéri. — Bon papa l 
je te garderai. — Maisy ma pauvre sœur, dit 
l'autre , je crois que la tête vous tourne. 



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ZZ& CES watxs 

Crojrcx-vous donc qiùen vous enrfuimatU 
vous sauverez notre père , ef ^uV/ soit beau>- 
coup plus en sûreté parce que votre tête 
appuie sur son portrait? prenez garde de 
de le casser , et , croj^es moi , dorme*. 

Certainement cell&ci a rai5on, et toot es 
qa^elle dit est vrai; maû si tous deriez épon- 
aet Vxme on Taulre de ces deux scenrs , dites- 
moi, graves philosophes, choisiriez-vons la 
logicienne ou la superstitieuse 7 

Four rerenir , je crois que la sapeislîâon 
est un ouvrage avancé de la religion qa^ 
ne ÊHit pas détruire , car il n^est pas bon 
qa*on paisse renir sans obstacle jusqu^ao 
|Hed du mnr , en mesurer la bauteur et plan- 
ter les échelles. Voua m'Of^oserez les abus ; 
mais d'abord, croyez-vous que les abus d'une 
chose àmne n'aient pas dans la chose même 
certaines limites naturelles, et qoe les in- 
convénients de ces abns poissent jamais éga- 
ler le danger d'ébranler la croyance 7 Je vous 
dirai d'aiUenrs, en suivant ma comparaison : 
à un oovrage avancé est trop avancé, ce 
sera anssi Im grand abus ; car U ne sera utile 
qu'à Tennemî qui s'en servira pour se mettre 
ik convert et battre la place : faut-il d(Hic ne 
point faire d'ouvrages avancés 7 Avec cette 



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DB SiIira44ntBSBOtTB6. 239 

belle crainte des abuSf on fiuirât par ne 
pins oser remner. 

Mais il y a des abns ridicnles et des abus 
criminels; roUii ce qui m'intrigue. Cest nn 
p<Mnt qae je n'ai pas su déhroniller dans ma 
Ute. J'ai To des hommes Uvrés i ces idées 
«îngniières dont vous parliez tont A l'heure , 
qoi étideat bien, je TOns l'assnre, les pins 
honnies eK les plus aimables qn'îl fui pos- 
ûUe de connaître. Je Teox toos faire ï ce 
propos une petite histoire qci ne manquera 
pas de vous amnser, Vons saTez dans qnelle 
Ktnâte et aTec quelles personnes f ai passé 
l'hiver de 1 806. Parmi les personnes qui se 
troufaient là ,*oa de tos anciens amis, M. le 
comte , faisait les délices de notre société ; 
cétaît le vieux cpmmandeor de M.,.., que 
TOUS avez beaucoup va jadi» à Lyon , et qoi 
vient de temûner sa longue et vertueuse car- 
rière. Uavaît soixante et dix ans révolu&lors- 
qne nous le vbaes se mettre ta colère pcnir 
la première fois de sa vie. Pamû les livres 
qa'oo nous envoyait de la ville voisine pour 
occuper nos longues soirées, nous trouvâmes 
un |oar l'ouvrage posthume de je ne sait 
quel échappé des petites-maisons de Genève , 
qui avait passé une grande partie de sa vie à 



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236 LES SOIH^ 

chercher la cause mécanique de b pesanlenr, 
et qui , se flattant de ravoir tronvée, chantûi 
modestement edbku , tent en «'étonnant 
néanmoins de taccueû glacé qu'on faisait à 
sonsj-stème(i'). Enmonrant, Il avait chargé 
ses exécnteon testamentaires de publier, pour 
le bien de TuiÙTers , cette rare découverte ac- 
compagnée de plnsieinv moreeaox d^nne mé- 
taphysiqoe pestilentielle. Vous sentes bien 
qu^ fat obéi ponctuellement; et ce livre qui 
était écho an bon commandeur le mit dans 
une colère toat A fait divertissante. 

« Le sage antenr de ce livre , nous disait- 
n il , a découvert que la cause (le la pesanteur 
t( doit se tronvn* hors du monde , va qu'il n*j 
« a dans l'univers aucune machine capable 
n d'exécuter ce que nous voyons. Vous me 
a demanderez peut-être ce que c'est qu'une 
« région hors du monde ? L'aoteor ne le dit 
n pas , mus ce doit être bien loin. Quoi qu'il 
n en soit , dans ce pays Hors du monde , il 
n y ai^it une fois (on ne sait ni comment 
«^ ni pourquoi , car ni Itû ni ses amis ne se 
K forment l'idée d'aucun commencement), 
n ilj af^t, dis-je, une quantité suffisante 

(1) r<Pir>Iapag.30TduIiirce»quoiioa.GiMè(«tl809,i«-^. 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB SAOtT-ïiTBHSBODfiO. 237 

« datcmes en réserve. Ces atomes étaient 
n faits comme des cages, dont les barreaux 
<s sont plusieurs millions de Jais plus longs 
■V. ^ils ne sont épais. Il <^>peUe ces atumes 
H xiitia-mondainSjàcausedeleurpaj-smaatf 
« ou grarifiqau , à cause de leurs fonctions. 

« Or, il advint qi^un jour Dieuprît de ces 
tu t^mtes autant giCil en ffut tenir dans ses 
m. deux mains , et les lança de toutes ses 
« forces dans mOre sphère^ et voilà pourquoi 
« le monde tourne. 

« Mais iljaut bien observerque cette pro- 
« Jeotion d'atomes eut lieu une fois pour 
« tontes (1 ), car dès lors il n'y a pas d'exem- 
« f^ que Dieu se soit mêlé de la gravité, 

a VchU où now en stmiiiies I toUâ ce 
« qa*on a pu nous dire ; car on ose tout dire 
« à ceux qui penrent tont entendre. Notu 
« ressemblons aajonrd'hm dans nos lectures 
« àces insectes impars qni ne sauraient vivre 
« qae dans la fange; nons dédugnons tout 
«c ce (joi instruisait, tout ce gai charmait nos 
n ancêtres ; et , pour nous , nn livre est ton* 
« jonrsassezbon'jponrvuqaUsmtmaavBÎs.» 

Jusque-là toat le inonde pouvait être de 

{l)(rMi Texprenion ik J'«ui«Vt 



D,g,t,.?,(lh,GOOglC 



23» 1 

Tavù de l'excellent vietllopd; mus nom lom* 

bàmcs des nues lorsqu'il ajovta : 

« rTaTez<T0ti8 jamaii reinarqoé ifae , par- 
K mi les innombrables choses qu'on a dites , 
n sortoat à Ti^poq» des ballons , sur te toI 
a des oîicaoK «t nr le* effwls que notre pe- 
« santé espèce a faits A divesses ipoqaes poor 
n imiter ce mécanisme menreiUeuz, H n>sl 
« venu dans la tète d'aacnn philosophe de 
« se demander si les oiseaux ne pourraient 
n point donner lieu i quelques réfieximu 
n particnlières sur la pesanteur? Cependant, 
n si les hommes s*étaient rappelé qoe bMte 
K l'antiquité s'est accordée i reconnaître dras 
M les oiseaux quelque chose de divin; quC' 
« toujours elle les a interrogés snr Tavenk; 
K que snirant une tradition bizarre, elle les' 
H avait àéclarisaruêrteurs aux dieux; qu'dle 
n avait consacré certains obeaux é »ea divi- 
« nités principales; que les prêtres égyptiens, 
« au rapport de Clément d'Alexandrie, ne 
n mangeaient, pendant le temps de lèm pa- 
n rificattons légales, que des chairs de to- 
*f lalile, parce que les oiseaux étaient tes 
« plut- légers de tous les animaux (1), el 

(IJ Si 1« dUlioD etl cuclc , ce que je ne pub iciîGer en oe awant. 



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DB SAIin-piTSHSBOVKG. 239 

« que , suivant Plnf od dans son livre (]es Lois, 
« t offrande la plus agréable qu'il soit pos- 
K sible défaire aux dieuXy c^estunoiseau{\); 
<c s'ils avaient considéré de plus celte foole 
n de faits surnaturels oU les oiseaux sont in- 
n tervenus , et surtout l'honneur insigne fait 
« à la colombe , je ne doute pas quMIs ïCkos- 
« sent été conduits & mettre en question 
K si la loi commoae de la pesanteur affecte 
K les oiseaux vivants an même degri qoe le 
n reste de la matière brute on organisée. 

« Hais pour nous élever plus haut , si Tor* 
« gueillenx aveugle que je vous citais tout 
« ï rheure , au Uen de lire Lucrèce , qa'il 
n reçut è treize ans des mains d'un père as- 
n sassiu , avait lu les vies des s^ots , il aurait 
<c pu concevmr quelques idées justes sur l.i 



il M M^etCn d^iUerar que csUa cx|ir«NiM dut Mr* jiriM d*at k 
Êtm fiÀffàn <le rlmOt Ugtrt. { IVw* da TEUltier, ) 

(1) iM duiîon* de mémurs wnl nruneni paiTiiinneat euctai. 
rbum, diiu cet endroit de ae* os aim, m dit peint loe rolwaa (•ed) 
f M r^frawlf lapAtf o^nkiMi. a dit qae ■ W ol&aadM le* |iIm drneet 
« ( iuiisTs îGpr ) Mal lei wwiux M la fignru qu'as pdMr* 
m paa tiMUtr e* m jour. ■ (Opp.* lom. IX, de 1^. llb. Xn, 
(«g,SD6.)QbnflnMltreleMC0Ddartida*a aetnbra de oeu ol le 
èon pliinr du plos grand pIiilMOplM de l'tDliqell^ fut d'dire W|>M- 
tique M Btet binm, miu qu'on ttdic pouniuoi. 



(New de FEdiuar.) 



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S40 us SOIHâSS 

« route qu'il faudrait tenir p<Kir déconnfr 
ce la cause de la pesauteor; il aurait ru que 
<« parmi les miracles incoutestablps opérés 
« par ces élus , on qui s''opéraient sur leurs 
«c personnes, et dontleplushardi scepticisme 
n ne peut ébranler la certitude , il n'en est 
f pas de plus in^mtestable ni de plus fré- 
tt qnent que celui du ravissement matériel. 
« Lisez , par exemple , les vies et les procès 
<K de canonisation de saint fïançms Xavier, 
« de saint Philq^ de Néii , de sainte Thé- 
ci r^ , etc., etc., et voos verresE s'il est pos- 
K sîble de douter. Contesterez-vous les faits 
« racontés par cette sainte elle-même, dmit 
(c le génie et la candenr égalaient la sainte- 
ce tel On croit entendre sdnt Paul racontant 
et les dons de Ia[uimitîve église, et prescri- 
ce vaut des régies poor les manifester ulile- 
«c ment, avec un naturel, un calme, un sang- 
« firoid mille fou plus persuasifs que les 
« Stfmeuts les plus solennels. 

ce Les jeunes gens, surtout les jennes gens 
« studieux, et surtout encore ceux qui ont 
n en le bonheur d^échapper A certains dan- 
tc gers , sont fort sujets à songer durant le 
te sommeil qu'ails s'élèvent dans les airs et 
ce quHls s''y meuvent i volonté ; an homme de 



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DE SAisT-pfiTERsnorno. 241 

i "beaucoup d'esprit et d'an excellent carac- 
t tère, que j'ai beaucoup tu jadis, mais que 
t je ne dois plus revoir , me disait un jour 
c quil avait été si souvent visité dans sa jeu- 

< nesse par ces sortes de rêves , qu'il s'était 
■t. nus i soupçonner que la pesanteur n'était 
c pasnaturelleàrhomme.Pourmoacompte, 

< je puis vous assurer que Tillusion chez 
c moi était quelquefois si forte , que j'étais 
( éveillé depub quelques secondes avant 
( d'être bien détrompé. 

<* Mais il y a quelque chose de pins grand 
I q^ue tout cela. Lorsque le divin auteur de 
i n.otre religion eut accompli tout ce qu^t 
( devait encore faire sur la terre après sa 
<, mort, lorsqu^il eut donné à ses disciples 
t les trois dons qull ne leur retirera jamais , 
^. l'intelligence (1), la mission (2), et llndé- 
:t fectibilité (3) ; alors , tout étant consommé 
a dans un nouveau sens , en présence de ses 
K disciples qui venaient de le toucher et de 
« manger avec lui , l'Homme-Dieu cessa de. ' 
« peser et se perdit dans les nues. 

M II y a loin de là aux atomes gravijiquas; 

C1)Luc,XXlV,45. 
Caill»icXVI,1f!,16. 
(3)Hallli.,XXVirt,SU. ( 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



243 LKS somKRS 

« cependant il n*y a pas d'aatre moyen de 
M sav<nr oa de se douter an moins de ce que 
« c'est que la pesantem*. » 

A. ces mois , mi éclat de rire , parti dW 
coin du salon, noos déconcerta tous. Vous 
' croirez peot-èlre que le commandeur se fâ- 
cha : pas du tout, il se tut; mais nonsTtmes 
snr son visage une profonde expression de 
tristesse m^lée de terreur. Je ne saurais tous 
£re combien je le trouvai intâ'essant. Le 
rieur y dont tous croirez sans donte deviner 
le nom , se crut obligé de lui adresser des 
excuses qui furent faites et reçues de fort 
bonne gràce. La soirée se termina très paisi- 
blement. 

La nnit, lorsque mes quatre rideaux m^eo- 
rent séparé , par un double contour, des 
hommes, de la Inmière et des sfiaires , tout 
ce discours me revint dans Tesprit, Quel mal 
y a-t-ildo7ic,me^ûs-]e,<f lie ce digne homme 
croie que F état de sainteté et les élans dune 
piété ardente aient la puissance de su^ten- 
dre, à tégard de Fhoaune, les lois de la pe* 
tanteur , et qi^on peut en tirer des conclu- 
sions légitimes sur la nature de cette loi } 
Certainement il liy a rien de plus innocent. 

Mais ensuit^ je me mppeiois certains per- 



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DB SAIKT-PtTBMIIOimQ. 243 

sonnages de ma connamance qui me parais- 
sent être anÎTés par le même chemin & un 
résultat bien différent. C'est pour eux qu^a 
«té fait le mot à^iUuminé , qui est toujours 
ptîs en mauvaise part. II y a bien quelque 
chose de vrai dans ce moarement de la con- 
science universelle qui condamne ces hom- 
mes et leurs doctrines: et, en effet., j*en ai 
connu plusieurs d'un caractère très équivo- 
que , d'une probité assez problématique ; et 
remarquables surtout par une haine plus on 
moins visible pour Tordre et la hiérarchie sa^ 
cerdotales. Que faut-il donc penser? Je m'en- 
dormis avec ce doute , et je le retrouve au- 
jourd'hui auprès de vous. Je balance entre 
les deux systèmes qne vous m'avez exposés. 
L^in me parait priver l'homme des plus grands 
avantages , mais an moins on peut donnir 
tranquille; l'autre échauffe le cœur et dis- 
pose Tespiit aux plus nobles et aux plus heu- 
reux efforts; mais aussi il j a de quoi trem- 
bler pom- le bon sens et pour quelque chose 
de mieux encore. !Ve pourrait-on pas trou- 
ver une régie qui pAt me trunquilUser , et 
me permettre d'avoir un aiis? 



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244 



'Mon très cher chevalier , vous ressemblez 
-'é oa hemme plongé dans Teaa qaî demande- 
rait i boire. Cette régie qae vons demandes 
existe : -elle tous touche, elle tous enri- 
ronne, elle est universelle. Je rais vous prou- 
ver en peu de mots que, sans elle, il est im- 
possible à l'homme de marcher fume, i 
^ale dislance de Tilluminisme et du scepti- 
cisme; et pour cela 

CB gËnATEDB. 

-Nous vous entendrons un autre Jour, 
XB com. 

Âhl ah! vous êtes de l'aréopage. Eh tâen! 
n'en parlons pluspotH* aujourd'hui; mais je 
vous dois des remerctments et des félicïta- 
Uons, M. le-cberalier, pour votre charmante 
apologie de la superstition. A raesn^ que 
vous parliez , je vivais disparaître ces traits 
hideux et ces longues oreiUes dont la pein- 
ture ne manque jamais de la décoror ; et 
quand vous avez fini , elle me semblait pres- 
que une jolie femme. Lorsque vous aurez 
AOtre âge , hélas ! nous ne vous entendrons 



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DE SAraT-PfilXBSBODBfi. 245 

plus ; mais d''autres tous entendront , et vous 
Iëut rendres la cdltnre qae tous tenez de 
nous. Car c'est bien nom, s^il tous platt, qui 
avona donné le premier conp de bêche à cette 
bonne terre. Au surplus,messieurs, nous ne 
sommes pas réunis popr disputer, maïs pour 
discuter. Cette table, quoiqn^eUe ne porte que 
du thé et quelques livres , est aussi une en- 
tremetteuse de Camitlé , comme dit le pro* 
verbe cpe notre wm citait tout à Theure : 
ainsi nom ne contesterons plus. Je voudrais 
seulement vous proposer une idée qui pour- 
rait bien, ce me semble, passer pour on iiaîté 
de paix entre nom. U m*a toujours pam que, 
dans la haute métaphysique, il' y a des régies 
de fausse position comme il y en avait jadis 
dans Tarithmétique. C'est ainù que j'envisage 
tontes les opiniom qui s'éloignent de la ré- 
rélaUon expresse, et qu'on emploie pour ex- 
pliquer d^ane manière plm on moins plau- 
sible tel on tel p(ûnt de cette même révéla- 
tion. Prenons, si vous voulez, pour exemple, 
Vopinion de la préexistence des âmes , dont 
on s'est servi pour expliquer le péché ori- 
ginel, Vom voyez d*un coup d'oeil tout ce 
qu'on peutdire contre la création succesâve 
des âmes , et le parti qu'on peut tirer de la 



D,g,t,.?(lb, Google 



546 UtS SOIRÉRS 

préenstence pour une foule d'expUcadoBS i» 
téressanteK : je tous déclare néaumoîiis ex- 
pressément qae je ne prétends point adopter 
ce système comme ime vérité; mais je dis, et 
Toid ma régie de fausse position : S j'û po, 
moi chétif mortel, troarer une solution nul- 
lement absurde qui rend assez bien raisrai 
d'an [HToblème embarrassant, comment puis- 
je douter que , à ce système n'est pas vrai , 
il y a une autre sololion que j'ignore ', et que 
Dieu a jugé & propos de refuser à notre cu- 
riosité? J*en dis autant de l%ypothèse ingé- 
nieuse de rillostre Leibnitz , qu'il a établie 
sur le crime de Sextns Tarquin , et quM a dé- 
veloppée avec tant de sagacité dans sa Théo- 
£cée; j'en dis autant de cent autres systèmes, 
et des vôtres en particulier, mon digne ami. 
Pourvu qu'on ne les regarde point comme 
des démonstrations , qu'on les propose mo- 
destement, et qu'on ne les propose que pour 
se tranquilliser l'esprit , comme je viens de 
vous le dire, et quils ne mènent surtout m à 
Toi^ueil ni an mépris de Tautorité , il me 
semble que la critique doit se taire devant ces 
précautions. On tâtonne dans tontes les scien- 
ces : pourquoi la métaphysique , la plus obs- 
cure détentes, serait-elle exceptée? J'en re> 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAIttT-PËISaSBOUBfl. 247 

▼îens cependant tonjours à dire qae, pourpea 
qa^on se livre trop à ces sortes de recherches 
transcendantes/on fait preuve an moins d'une 
cerbiine ÏDqaiétade qui expose fort le mérite 
de la foi et de la docilité. Ne tronvez-vous 
pas qall y a déjà bien longtemps que noos 
sommes dans les noes ? En sommes-nous de- 
venos meilleurs ? J'en doute un peu. fl serait 
temps de redescendre sur terre, Taime beau- 
coup, Je TOUS l'avoue, les idées pratiques, et 
surtout ces analogies frappantes qui se trou- 
vent entre les dogmes du Christianisme et 
crâ doctrines universelles que le genre hu- 
main a toujours professées , sans qu'il soit 
possible de leur assigner aucune racine hu- 
maine. Après le voyageque nous venons d'exé- 
cuter & lire-d'aile dans les plus hautes ré- 
gions de la métaphysique , je voudrais voua 
proposer quelque chose de moins sublime ; 
parlons par exemple des indu'gences. 

ui sAnatsur. 
La transition est un peu brusqoe. 



Qn*appelez-TODS brusque ^ mon cher ami ? 
£Ue n'est ni bruscjue ai insensible , car il n'y 



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S48 LES matas 

«a a pcnnt. Jamais nous ne noas sommes ^» 
résnn instant, et maintenant encore nous M 
changeons point de disroui%. fTaTons-nons 
pas examiné en général la grande qneslîOD 
des sonflrances du juste dans ce monde , et 
n'avoDS-nons pas reconnn clairement que ton- 
tes les objections fondées sur cette prétendne 
injustice étaient des sophismes évidents ? Cette 
preimère considération nous a conduits à celle 
de la réversibilité , qui est le grand mystère 
de l^rnivers. Je n''ai point refusé, M. le sé- 
nateur, de m'arréter un instant avec tous sot 
le bord de cet abime où vous avez jeté un re- 
gard bien perçant. Si vous n'avez pas vu , 
on ne vous accusera pas an moins de n'avtMT 
pas bien regardé. Hais en nous essayant sur 
ce ^rand sujet , nous nous sommes bien gar- 
dés de croire que ce mystère qui explique 
touteûtbesoinlui-^némed'ètreexpliqué. C'est 
un fait , c*est une croyance aussi naturelle à 
l'homme que la vue on la respiration; et cette 
croyance jette le plus grand jour sur les voies 
de la providence dans le goaveniement da 
monde moral. Maintenant, je vous fais aper- 
cevoir ce dogme universel dans la doctrine de 
l'Eglise sur un point qui excita tant de ro- 
nieur dans le XVI' siècle, et qui fut le pre- 



D,9,t,.?(ib, Google 



DE SARTNPâTBBSBOimS. 249 

tnier prétexte de l'nn des plus grands ci^es 
qoe les hommes aient commis contre Dieu. 
Il n'y a cependant pas de père de famille 
|a«teatant qui n\iit accordé des indulgences 
chez loi , qni n*aît pardonné i nn enfant pu- 
nissable par tirUercession et peir les mérites 
d'an autre enfant dont il a liea d'être content. 
Il n>^ a pas de sonrerain protestant qoi n'ait 
•igné cinquante indulgences pendant son rè- 
gae , en accordant on emploi , en remettant 
on commuant nne peine , etc. , par les mé- 
rites des pères , des frères , des fils , des pa- 
rents, on des ancêtres. Ce principe est û gé- 
néral et si naturel qu'il se montre k tont mo> 
ment dans les moindres actes de la justice 
homatne. Vous avez ri mille fois de la sotte 
balance qu'Homère a mise dans les mains de 
son Jupiter, apparemment pour le rendre ri- 
dicule. Le Christianisme nous montre bien 
une autre balance. D^m câté tous les cri' 
mes , de Tantre tontes les satisfactions ; de 
ce côté, les bonnes œuvres de tous les hommes, 
le sang des martyrs, les sacrifices et les lar- 
mes de rinnocence s'accnmulant sans relâ- 
che pour faire équilibre au mal qui , depuis 
l'origine des choses, verse dans Tautre bas- 
tin ses flots empoisonnés. 11 faat qu'à la fin 



D,g,t,.?(lb,GOOglC — 



250 LSS SDIBÉS 

le oAté da salut l'emporte , et poar accéférer 
cette œuvre DoïrerseUe, dwit Tattente^j/t gé- 
mir tous les êtres (1), il suffit que l'homme 
veuille. Non-seulement il jouit de ses propres 
noérites , mais les satùractions étrangères lui 
sOQt imputées par la justice élemelle , pMUTD 
qu'il Tait voulu et qu'Use soit rendu digne de 
cette réversibilité. Nos frères s^rés nous ont 
cOTitesté ce priucipe , comme si la rédemption 
qnils adorent avec nous était autre chose 
ffiune grande indulgence, accordée au genre 
humain par les mérites infinis de tinnocence 
par excellence , volontairement immolée pour 
lui! Faites sar ce point ime observation Inen 
importante : l'homme qui est fils de la vérité 
est si bien fait pour la vôité , qall ne peat 
Mre trompé que par la vérité corrompue on 
mal interprétée, lis ont dit : VHomme-Dieu 
a payé pour nous; donc nous n'qvons pas 
besoin d attires mérites; il fallait dire : Donc 
les mérites de tinnocent peuvent servir au 
coupable. Comme la rédemption n'est qu'une 
grande indulgence , rindulgence, à son tour, 
n'est qu'une rédemption diminuée. La dispro- 
portion est immense sans doute ; mais le 



D,g,t,.?(lb, Google 



DS SAIHT-rÉTERSROUBâ. 2S1 

principe est le même, et Tanalogie incontes- 
table. V indulgence générale n'est -elle pas 
vaine pour celui qui ne Teut pas en profiter 
et qoi l'annulle, quant h loi , par le mauvais 
lage qu'il fait de sa liberté? Il en est Je 
même de la rédemption particulière. Et Ton 
dirait que rerreor s'était nûse. en garde dV 
Tonce contre cette analogie évidente, eu con- 
testant le mâite des bonnes œuvres person- 
nelles ; mais Tépoavantable grandeur de 
rhomme est telle, qu^ a le pouvoir de réâ»* 
ter  Dieu et de repousser sa grâce : elle est 
telle , que le dominatenr souverain , et le roi 
des vertus., ne le traite quVvRc rr&pect (1). Il 
n^agit pour Ici, qu'avec lui; il ne force point 
sa volonté (cette eq)resston n^a même point 
desens); il faut qu'oIleacqaiesce;ilfautqne, 
par une bumble et courageuse coopération , 
rhomme 8'ap[m)|nie cette satisfaction, autre- 
ment elle lui demeurera étrangère. // doit 
prier sans doufe comme s'il ne pouvait rien; 
mais il doit agir aussi comme fil pouvait 
tout (2). Rien n'est accordé qu'à ses eflbrts , 
soit quHl mérite par loir-méme , soit qn^ s'a[h 
proprie les œuvres d'un autre. 

(t) Oaamigall rrrrreiaiû. (Sap. XII, IB.) 
(i) Lottii&aciuc, prclaco Jupui'MvilcUG<lc«. 



D,g,t,.?(lb, Google 



552 us S<HB£IS 

Vous voyez comment chaque dog;me da 
Christiaimme se rattache aux lois fondamen- 
tales da monde spirituel : il est tout ausû im- 
portant d'observer qu^ n''en est pas un qui ue 
tende à purifier Thomme et à texalter. 

Quel superbe tableau que celui de cette 
immense cité des esprits avec ses trois ordres 
toi^ours en rapport 1 le monde qui coir> 
bat présente une main au monde qui souffre 
et saisit de l'autre celle da monde qui 
triomphe. L'action de grâce, la prière, les 
satisfactions , les secours , les inspirations , la 
foi , Tespérance et l''amoar , circulent de Ton 
à Tautre comme des fleuves bienfaisants. Rien 
n*est isolé , et les eprits , comme les lames 
d'un Ëiisceau aimanté, jouissent de leurs ih'O- 
près forces et de celles de tous les antres. 

Et quelle belle loi encore que celle qm a 
mis deux conditions indispensables à toate 
indulgence ou rédemption secondaire : mérite 
sorabondant d*un côté , bonnes œuvres pres- 
crites et pureté de conscience de Tautre! 
Sans rœavre méritoire , sans tétat de grâce , 
point de rémission par les mérites de l'inno- 
cence. Quelle noble émulation pour la vertu 1 
quel avertissement et quel encouragement 
pour le coupable I 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB SâraT-PÈTBRSBOmiG. 253 

« Voua penses, disait jadis l'apâlre des 
n Indes è ses néophytes, vous pensez i vos 
et frèrei qaî souffrent dans un autre monde : 
n TOUS aTez la religtease ambition de les sou< 
« lager ; mais pensez d'abord à vous-mêmes : 
« Bieu n'écoute point celtû qui se présente à 
K lui avec une conscience sooUlée ; avant 
« (TerUreprendre de soustraire des âmes aux 
« petites du purgatoire , commencez par dé- 
« tivrer les vâtres de tenfer (1). » 

II n\ a pas de croynnce plus noble et plus 
utile , et lont législateur devrait tâcher de ré- 
tablir chez lui , sans même s'informersi elle 
est fondée; mais je ne crois pas qall soit 
possible de montrer une seule opinion uni- 
versellement utile qui ne ^oit pas vraie. 

Les aveugles ou les rebelles peuvent donc 
contester tant qu'ils voudront le principe des tn- 
(/u/^ence^.- nous les laisserons dire, c'est celui 
de la réversibilité; c'est la foi de Tunivers. 

J'espère , messieurs , que nous avons beau- 
coup ajouté , dans ce* deux derniers entre- 
liens , & la masse des idées que nous avions 

{I) El mutaxiinnn m m aNrnamà pNrçaloHo anhmnaUteranmu, 
friùi ab iii/mio hbrret mam. LeUra de uini Frao^m Xaner i *ainl 
IgDsce. Gui, 31 odobre 154!. (Jun-epiit. (oncii FraneueiXBreriia 
T'm'd'UiMri/Wrvitw JwiNtMnM. Wraliiknù^ 1T;4, iti-l!, p-ICJ 



n,9,N..<i h, Google 



2S4 LES sontÉES, etc. 

rassemblées dans les premiers sor la grande 
qoeslion qui nous occupe. La pnre rabon 
nous a fourni des solotions capables seules 
de Taire triomplier la provideoce , si ton ose 
la juger (1). Mais le Christiaiùsnie est veoa 
nous en présenter une nooTelle d'autant plus 
puissante qu'elle repose sus une idée univer- 
selle ausû ancienne qne le monde , et qoi 
■ nVvait besoin que d'être recti6ée et sanction- 
née par la révélation. Lors donc qne le cou- 
pable noDS demandera pourquoi Cinnocence 
sotiffre dans ce monde , nous ne manquerons 
pas de réponses, comme vous l'avez vu ; mats 
nous pouvons en choisir une plus directe et 
plus touchante peut -être que toutes les 
nuires. — Nous pouvons répondre : Etie souf- 
fre pour vous , si vous le voulez. 

(0 C' alaai ttMJudicari*. (Pi. L, &,} 



va W! DIXIKHE EVTBSnSK. 



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HOTES DU DIXIÈME ENTRETIEN. 



( t^e I B9. Il* ( le* «iaU Péroi ) «e pbigiwnt que le drimc om Ëiira 
■errlr jticaeicéa un ligne Mint et m jitérieui. ) 

H eatimpouible denTOirqaeli tcilal'lnlerlocutearataiteuen ise, 
■uiDémei^il^eiinppebiii]uetqiies-Dii*bieiidûtiDcteiiieiii. Je ae puk 
dtur lot ce |iaiat que deux paa^ ; Tuo de Clament d'Aleiflodrie , 
l'auiredc>3iutJeiia-ClirjiiMt6iDe. Le premier dit (Pedag,, lib.in, 
Gh.ii.):|^it»'va rjen depbaerimbitlqmde faire unir aurïMHii 
ligne MjWiqcB de la nature. 

Le KCODd esl oMHDi lacnnirpip. «Il aéré donof, dit-il, pour ailamer 

■ daiu nom le (eu de ladiarilé , ikfiaque de celle miinére nous nous 

■ almioin comme dea Mns, oomme dei pérei et des enfiiatt fument 

■ eelrc cun— Ainsi lea Ameaa'aTanceDt l'aneTmrautrep^iiiTi'anîr... 

■ Mai! je nciHiÛDJouierd'auirea cintra sur ce iuict...P(iuiB/ni(eiHfc;, 
toeiitqtû eiei admit aux mgalàrtf.... Efrani, qai osci prononcer do 

■ parolea ootragcantet ou obsc^Dct, songez quelle boucbe Tona probnei, 

■ et Irvinblez Quand l'apUre dLail aux fidèles : Salaei-timtt par le 

■ Kifiif bniVr.... c'ùLilt pour unir el cuiitundre leun imes. ■ Per ot- 
cnla inler ucopalavil. ( D. Jonn. ChrjsMt. in II, ad Cor. epial. comni. 
hom. ixi., inter opp. curA Bern. da HonllàucoD. Paris , ■ncciixii , 
lom. Xifdg- 630-est .) 

On peut encore Hier Pline le naturalisip. • Il y a , dit-nl , je ne sais 
■quelle religion DlLtcli<!< crrtainci parties du corps. Le rerasJeb 

■ main, par exemple. se|iréscnieanl).iiscr ; maiisi nous 3|>]>liiiiiani 

■ le baiser aux jeux, mus -lemblons pùnclrcr jusqu'i l'Ame et la tou- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



236 HCTES 

tnesttialihparlibiaqiKrdamTtligio : èIcUI derlra OKHSt aivrfaf- 

pellfur hai (patUa) cbm OKulamur , 

(/en.(,C.P\ia.Sœ. nUl. lul.curiiHarduini. Pam, > 
Iuai.II(§gS4,l03,p«g»StT. 59S.) 

{Noiede f^leur.) 

IL 

(Pafc 300. D<eu eM le lien îles eaprita ramme l'espace ett te lieu des 

StchttdK de la veritt, iu-i". 

Ad naia , ce i^sléme ds Ja iiUiHi m Dieu at durement eiprimë 
]>ariatntTboiiiu, qui aurait été, quatre tiédea plua tarJ,llallebnDcbc 
ou Bosauet, et peut-être l'un et fautre. ■ Vidaitei Deatt, » 

■ Btdau fn ipto ; Ceox qui Toient Dieu «oient ei 
a lui. ■ ( D. nioni. edMrtùt gtrUei. Lib. m 
vJTeatdang leieinde celui ipd rtmpUt laal, qui ce 
taidtout. ( Ecclî. I, 7.) Saint Aoguiiia ica «pproctie a 
lonqu'il appelle Dieu aroc tam d'élégance et non moÏDa de jmlef , 
sixDii cucniTKnm MKS ; k centre gtiUrautr ienapeattee.^Caabm., 
\h. Xin, 11.)LeP. Bertbier a dil,ea tuinol la niioe* idées iToales 

■ le* créature*, l'ouTraje de toi maini > qunque trèt diitingaéea de 
> Toui, puiaqu'ello sont ilaiei , sont loujoora en yaaa , et voua Aes 

■ toujours en elles, («ciel et la terre ne*oiu coDiienneal pu.puiiqui; 
•inMiséleaiQlîpi 1 uuiii toui Ici conieoci daumtieiinmeosîié. Fom 
«.aetleiieadetaU ceguieiiilt, tl von* n'éiet que iota voia wflwe. » 
(Réllei. >pirit. , tom. III, pag. SS. ) Ce qntème eat nécesnircnicut 
iTai lie quelque maaiére ; quant aux coocIusianB qo'oa en 'XHidia ti- 
rer, ca n'eit poiut ici le lieu de a'en ocuper. 



(Page 208.... Un seul hiHiime nuus a pnrdus {ur ua aeal acte.) 
Rom. T| 17. acq. 

• Tous les liommes doivcut donc crotlrc eatcmblc pour ae &irc 
■ qu'un )cul carpa parle Clirist, qni cnestlalélo. CarnousncKinawa 




D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DU DixiÉMB ErrrnETmif, 25*3 

■ 1iTn< (joc la membre» de ce corps unique qni >e btme et ftt^fit par 
•• la durilâ , et cea membrci refoiTcnl de leur dief l'april , la râ ei 
•ir*ccn>iMain«*t, par lemo^ des joiiitaret cl des «amnaaicatHMl 
• qui les unioent, etninil U mesure qui an propre 1 cbai^an ri'eni.n 
<Eph. IV, 15,16.) 

El celte grande niihé est ri fort te but de loule factioa diiiae par 
rapport i doui, « que etlid qui actanpUl lout en low m k iroaveru 
bâ-mfme aceonipligiuhnqifeileieraiieeonipUe. {Ib[d.l,2S.) 

Etalon , </e«l-iMlire i la fin des cboses. Dieu itra taia n loia, 
(l-Car., KT,t8.) 

CestaJDsiqne saisi Paul commoualtMa DKdlre; etOrigéne, coa- 
menUM saint Paul i sou tour, se demande ce que signUent ces pa- 
roles t Dkuterm (•» m (dm ; et il répond : ■ Je crois qu'elles signi- 

■ Seul que Dieu sera sosal tout i^iu thacua , ^eH-i^n qMcb*qiM 

■ srfulaiice îatdligeote, étant puâilement poiifiée, loult* tt* pcn- 
■•ftiieronlDieui elle ne pourra toit et compieiMlre qae Dieu ; die 

■ possjdeni Dien , et Dûa sera le principe et U mesure de tous les 

■ mouTenieiits de celte intelligence: ainsi Dieu srra (ou en laiu; car 

■ la disdDeUoa du mal el da bien disparaîtra, puiiijne Dieu , en qui 

■ le maloepeat risider,s(Ta(«Kf m feus; sinii la fin des cbasesuaus 

■ nmênera au pwnt dont nous étions parlisÉ..., lorsque la mortel le 

■ mal seront détraita ; alors Dieu sei« TérilahleoieU tout u Tuc«> ■ 
(pril/^>e,ailâTe ia Priiidpei,Va.U[,cii.n.) 



rt. 



(Ibgc30S....Cep8metMiin mjitiqnes , qui nous sont présentés 
i la table sainte, brisent le >« , et nous absorbent dans leur inconct-- 
table unité.) 

Onpoonaît dler plusieurs passages dans ce sens : un seul de saint 
logustin peut safSre : ■ Hes Itères, disaitil dans Tua de ses sernioni , 

■ siioaséUs le corps el les membrce du Sauteur, ^est mire propre 

■ mjilére que tous receto. Lorsqu'on prononce ; Yoilù It earpi dr 
JrC-t *(">■ répondes ; iI»i«m ,* mus répondn ainsi i ce que tous élc* 

• ( ad id quoà etià reiponiji/fs \ el celte réponse est ane confession Js 

• bi.... Ecoaloas TApAue qui nous dît : fiant (rfuticnri, now n* 

II. 17 



D,g,t,.?(lb, Google 



258 HOTES 

» lomma ctprndml qi^m iulpahiilgii'atltetilc«rpl.(}.Car.,z,i7.y 

■ Happ tleX Di ii que lu paia ne m bit pai d'om (eol grain * ntis de 

■ pliuieura. i/eiorcUme, qni pràcMe le bapi&ae, KMi irifaKMnU 

■ mniloil'eaa du baptême miuCtlniDeDler; etlOT*iDevBaireçAlM 

■ le feu du Sainl-Eiprit, TOuiUtea pour «lui dire ariMpu'eefBv...Il 
«en eu de aiaiie duTin. Bappele»-TOua, née frira, oaauDciit m le 
•> bil. nutiwr* grain* pendent A 11 ffppe ; tout la liif ueur eipriove 
> de cea graine est une taaSaàaa dani l'unlif. JUnii le S^gaenr J.-C 

■ aoonucré denin ublelemjsl^de pïiietde iuilrBuniU.>(SBâH 
Angu*li«, Sam. inltr opp. tdl. tûit. Dm. Plrii, 1683; 14 foL iu-lbU 
lum. V, pwl. i; 1103, oA. p. ï.liil. ■,■, r.) 



(PtgeSlO, l«iMNriEMf aNjyi(tet«de[iûMiâaJ>WM,*uai|hlAi 
rùiUtBMW.) 

Sl£ TO MB EE «AIKOUETrON TA BA^OMEHA rETONENAI. 

(Heb. XI, 50 I^ TulgBie k traduit : Vl ta bmtiMAn tintffii 
fitrciit. — Eraimc dini ta Iraductloa d&Jiéc ) LdonX : Ul eihûqMte 
nm appartbani ta ipm tldenna- fiertnl, — le GnK ; Toal ce fii oc 
vUiNe ttl finit (fine manitrt itné b tr am . — La yfxàaa de Mon : 
Toaletçaial viiiblt atU/armt, n'fot 
)ibU. — SmBj eoaime h induction dctloDi. (Il j lr 
naiid,etc. — Latradiiciionproteiianie d'Oetemld :0eMrn^ let 
dtoses qui $e voieni ^oia pat fi^ follet det chetet fei appamtenr, — 
Celh) de Dsiid ■iTtin , m4Bl., Genén, 170T (Bible Sjmdda) : En 
larUgiulei abxu qui it roleiil a'oot poial tltfiiitei di dmtaqnpO' 
fWMHt. — Le tndiietiDn laglaiw, reçoe par l'égliie nagUcu* : So 
ihal ihiagi^chare Ktnwere mu mode ofiiingimdi do ^pear. — 
)â traductioa sscIsTone , dont sa ignore l*auteur, mail qai«t fort ••- 
dcnne, puisqu'on l'a attribuée, quolqaeftunement, i lainlJérAmci 
fo egt 01 TKyaiilaanickMImifm bglliee qui retient absoloment de b 
Vulgate). — LA IndacikM illemando de Lntlier ; Daa oUtH vm nnm 
iieliei an$ lùela» wardea Ui. 

Saint ItnaGbfjMMiiiiwaCBlenduccmteawinNhTDtfple.doni 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DU DIXIÈMB spmumE!!, 259 

la MM eftamlflmentaDpeatlâTeloppidau lediilojoe.'Ex fi^ fxi- 
wopiva» T* pXÊiriitty»ytyori,lCiiiTp,aamt XXII, i^tgiii- 
xlUuU.c^. II.) 

VL 

(Page 31>. Le phjnàM qui 1 &it PmpMeBM de BalM.) 
leeraiideTairrineTTCrempusuttonijaiit h cboaetMM pMcan- 
■ue, qae cMle bneiiM mpMenm de HkIm «v lei plaatBi , qaÏB'ao- 
lèrealpale mnadropiMiàlareiTe qui les a«iirrit, w mate mol k 
mot dau la llire ippeM ) Àeim POrl , m* &ca$Rl(IaMt. Le fiwtm 
WhUton, qnlbinh grand cuite oeli*re , al qm Pa kwlnil dn|ree,« 
imité le piiB^e totf enlicr daaa m lirre ladtaU i JMrawntarf 
frino^e/rcfiglM. LM>dM,lT9S; i»-B', pag. IST.Sweeinnda* 
fiBea^nMiani , allribué 1 MÛnt CMaeirt, dbeipte^SaiMKaTa, icrit 
daas Ien> tUcte, etinlorpolé daai la ITI*. yej.JohKaaPTottfmaf 
htH.r.graami i»fcl., |i*g. I, u* 277» etFooTrage do RuGn, At 
ad»luradomUbr,Oriyeitt,iaMTopp, OrI(. Blla*EiiiaMjiiui,117t 
loB. Ifpog. 778;1t»I, ÎD-bl. 

vn. 

(hge SI S. Le* Ui da DMnde Mot le* lottdt Keppkr, etc.) 
HeM pliwqaepnilMbleqneKeHilern^iDnltjaiuii pensj lU &• 
m arn e riglequ rimnartaliae, n elle n'était (orlieMaunetTeUe-iDJaie 
denn^léme hamoniqae dn deai , (bodé,... snrjsBa nn qnella* 
gierfectiDni (^hagnîqaei det Donbrct, ds fleura et eomnomnce* i 
tjV imE mji liriam, dont il ^occopadb n prenîAra jamMaM jmqnï 
la Bn de au joura , anqael il rapporta ton* ua mnui , qui en (al 
Time, et qui acm* a nia ta plus grande partie de ass obacrralioni al de 
•ea écri». (Ifaina , Dtimti. tar la glat». Fuit, 1741 j i>-l9., fim!.. 



(nt|eS16.0(icn;Btt, mêiMapréale 
ha wnci ctMtiqoe) denicatlira touxnt, «t^ Me.) 

n. 



r:,9,N..<ir>,G00glc 



Î60 «OTBS 

la rJnnioD dea njoot da aoleil angineale ta dialeor, cammrls 
prouicDl Icmrre* b^nia, fol tmipimurixut diau JenjfficBfK 
'wrilMt«rrit, > i U diiïArenca doi Terrei de Inneltei , «u ii ». jt fc 
> cnaif. Po«r l'an icnir, on plaça d'thord le nm briiliai , ntfotf fa 
ijemtit itqiptIU, «ntrale toleil al le corpi qa'on Tmt enflumer; 

■ eiuuiiewi.râ^e Tin la nieil, m gwirenil rancit da état plat a<K 
• iiMi>i«aBÎi penuaâé qae , a'il araU d'abord été placé i la dùtancrod 
•I an la partait aoiai[eapréiraToirâe«é( il n'aurait plmea (aarine 

■ RmeietMfeDdaDtl'an^ n'aérait paa éli moîu aigu. ■ (Jngaliifii 
Itgilima 4e talon tt Jrigore, lem. II, pag. 18t.) AîUeora il y re- 
*ieDl, et il noaiditi aQueiiroo place d'ahord an miroir ardent 1 U 
K^MaMcaipar-eiempIe, d'une palme, il ns brftle point aolaatqne 

■ It, apréiraioir placdAuaedialancenNliidiedeBKiiliéiM la idinil 
-■ Imteateni e( gradudlonMI tia première dUlanoc. Le iita iij^mliiiM 

■ <tla eMMwrfnreaioMbt mtnu$;wiai*t'tu le meawemaa faf «f- 
«■wMa la ekalear. «(Ibid. leoi. Vm, Nor. orf., lib. K. d» 9!i, 
-pig. 101. )nn'7* ri«n aa-delt. Ce*l daai ee genre te pUnlaùui- 



genre.) 

Non.fealeiiMHIjn a'aî.pai'ln , wtdije n'ai pn m pteuiia le lÎTre 
de GuiUaameGillMrl, doDl BacoD parie M Minent (CaïaaKMard de «Mj- 
n(M.)JepriioepaBdant j npfUtt d'oaa naniire aoIGunu pour 
own oTjet, en citant le paange winat de la phywine de Gioendi , 
afar^ée par Beroiar, in-lS, ion. l, cfa. m, pag. ITO-ITI : ■ Jeraî> 

■ pcmoMMqM U terre.,., n'eai antre cboMqo'nn gfenJAainl, H 

• i|ue raimanl.... n'est autre choae qu'âne pelile terre qd pnmeat 

■ dal* véritable et lé^iime >«bataiMe de ta terre. Si, «pria Moireb- 
, ■ terri qu'un rejcloo qu'on a planté poaMede»raeiMB,qs'ilpnK( 

■ qu'il jette detbraneliei, etc.. ^ on ne Tait aucune dtFGcalléd^MBRr 
" que oe rejeton aéliretrÉDcUderalirier Cpareiesipte)aa<leU w- 

■ riiable lubilaiice de roUrier ; de mtee anni, aprta troir mil un û- 

• uiaui CD ciluîUbre et ajui oiiiené que aou-Mulencut il a Jap^ 



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DC KXIÉU BITT&ETIBll. SGI 

•rira, on ise, aa éqMteuT. de* pMtUéle), d« mMdioi et tnatM laa 

■ aulra eboN* qu'l le corpi mtaa de la terre; mail aaMi qu'il >p- 
« [lOTta «De coobiniuioD »tee U Itrrc mfme , ea tounuDl m* pOJa 

■ v«n les pAle* dn la Une el ki tnlrei partie* len le» pirtiea aran- 
« hlaUet de la terre , poorqoai no peut-oD pM Manrcr que l'ainiaiit k 
•otûrsInncMiIahUnaoude bTirilable inUlanf* delà terre I» 



( Page S) T. Liiei, if *aai Toutei, lès iDédteJm fardligirai , coidim 
aavaati ou «Diniue échvjiiUi mil neiwappelei juDantaprés devulie 
Tu.) 

Je Iroore dant mea pipien rôbaemtîon raÎTanle qn! Tient Tort 1 
l'appui de cette théae. Jela lirai jadà d'un préài aoonjme aur ladoc- 
IPurCberne, médeciD anglnii, ioséfé daoi le 30* loU du Hagafto 
taivpMt, pour ràaulel79r^aoTemhre,.piig. 3S6^ 

■ Il Ihat le dire i la glwre des proteweurt co. médecke *. les plus 

■ gnadiinTeDteandaiis cette sdenceet 1m pntieieaa les plu* cabres 
« ne forent pas ■oins renconméa par leur piété que fU fiiteDdoe de 
ileorscoanaitnnceiiettéritablementon ne doit point s'éionnerque 

■ des hoaunet appelés par leur pralouoni acnim Ita secreti les plni 

■ cacbés de la nature-, Mten lei hommes le* plos pénétrer de b sa* 
ngesaeelde la bonté de son auteur.^.Celt^ ■denceapeul-ém pro- 
sdnit ea Angleterre une plu* ^nde coMteUviM d%onmes lânteui 

■ p*r le Béoie, l'e^t et 1» sdeiica ^qu'aucune autre branche de ngs 

Ciloni eneore rdlnitre lfe)rgsfi>(. Il r^pétaltioDrenlfiwancoimaA- 
muctt ai medrcàu et m aimiomlemmifm mit m Joli Fabrimiim A £■ 
(enutlMi. Il décriait un jour i Oktii jtpomaiMeimtre» ijratld iWn 
comme itUa>mauH\oj, Blogio dit doiiort Uiamtattbla Margagnl, 
£/aaerUi iiltamQ.ii gi«ffnotni,a'>ii.) 

XI. 

(Page SIS. tli man1éreati*ec une dexiéHié Tneneillettse , et i^i^na 
■e nqrait trop ndmirer, les iottrunicnuremi* entre leurs maint, mai* 
tes tuLnuuoati Tuieai inieiUis, étende.) 



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363 tmss 

h»mnâoiildêMéoilfakttuaji6>iâ upiadte lahUrVi Mr 
r^nedtnM da KanMion , d*M Im KM» MthéBMiqaM, ^iUiié 
4epû b ttkariiM de Cndieri, da P. Gr^fiin ik Hiot Tia«Bt el d« 
ri«Ue,lIiBBdiXTI"Bicle,jiiaia'lJ«)(]D«ielieM BenMwIlî.M 
wi—MMUM da ann^ «1 il «il Irii TTri inwwila ^oqwe f"l edb 
AbJWd 4afaaf»m nllgtnm. Va boame d« m dwrilirw**. ^ 
pirall n'nair on «dcod égil poo' U rariità ot ftoadue des tonniii 
aancn d dM ulenU diga^js de toal illii^ BoinUa , le P. BoKAvki, 
a«7iît en 178S , BM- o n lei aept qu'an oa pootiil rien opposer alw 
■nx pHoMi de l'tpoqne qrâ TMiail île finir , auii qm loaia Ui icJBMM 
itneat taf te poiut de ritrograder , el il le pronûl par uoe joli* 
cootIm. (Vof . Bog. Joi, Soêcoinch S. J. rofldiiAm ijiiiiihrei» [)i!ow« 
IricMn, 6t Afppbm, (idBeaHd.Stij,;«UJai. nenl. m iifi»i n iiitiri» 
Marna, Pakariui, 17SS ; in-^Mm. 1 , p^. 408.) 11 oe m'a|.pfftieBt 
|KHDI de pronooecr ear ce* Becrtaaom naihima tiqua ; maù je aoù 
qu'en général, et en lenniloao^te de quetqDa eiceplion* qm pen~ 
Teal liténieul Are rameoiei à U régie , Ceirotu alUanee rfn g^ia 
rtHgieu: 



( hg» UT. Cb MBMi MmI Ut OMM At «i|« doM iH kr- 

■ pfiné, ——è», pwrleaortfalO éht* H« »T* jiuiiwenn. Qhmi 

■ iblargeur,eUeetl«aDiunHBenlbBfan,ndieMqiiioBqKlH»- 
> qae , el phN peiile qn'nn peuee cTun qaïuiiitt quoi lOderéei 

■ U lS*p«kuaM.BlEma'ja ai ^ui, ai DMiai, ni peu pt^t b 
••■iplflwl r«*d> 

xm. 

(hg. ISt.... 0"« ranllquilé a'nt accordée i recinaihre daw hs 
•iMani quelque chue Je iliiiii , etc. ) 

AriiUphane, daoa aa comédie dtt Oianriix, hilalluaiMi celle 
iraJilioB antique : 



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DO' DIXlâlEE BIlTBETIBlf. 263 

Ufiôup^y r 0011 4» rsvot 4**y*™».., 



{.iMtfepA., ^1, T, 099, TOt.). 



(Tap S39... Si m lîpo do lire Lncrteip^ Kfnt 1 IreliFiint dei 

Kftf. ptg. 13. II a^^lle qoelcpia port Lucréoe (on mailrt data ia 
plifmqu». L ne daule peu d'avoir trouvé la nlulian duplui jp^and piii- 
titma qm la jégtitiaa tt uÀmjimai» propoi^, tl qaela jibipart fai- 
>v aa avaleal longouri rtgordil , on comait abtolmuni iniotiiile si toi, 
•KcinmMinaceMn'Afa i] l'ttpril hmabi, pag.S14. CepcDdant 11 w gaido 
liieo demi [Wrcr i rinjueil : /( n'a ta de plai gtie tet onfMl fionnwl 
(ut It baahevf.iioirmaKiie, encore ^co/icTr^ Is bonnoMiBra^ rtifp 
«ia<rpi^. (hge 150.) ELpoarbnhoDnmr Jlaonm>l[ra,il dit en 
anKiDçint la morc d'an Eco»»»» de nt mii : Qm U panrt Aomnu i"!* 
«falUaMMnaitAiicm. (Pageï90.)PMMiiMauin)intHHUTait 
luidiapuicf lenteiieda tidirté. 

ST. 

(I^S40.1.)MZiparMeiiple,tet TÎMal le* pneji de ainonhatiaD 
de Mini rnntoùXatier, d««iint Philippe de Néri, de ointe ThfréK. 



■ Daiu U ransienieni , dit-elte, onue peut preaqaejamnfa ^rétii- 

■ ter... Il arriri) souvent sans que nous y pciuiaiu..., avec une impè> 

■ laonlé ^ prompte el û fonc I qne noiu voyons et tenlona loul d'un 

■ coup flcirer ta nuiio dam l.iquetle ce divin aigle nODi etclie aoui 
«l'ombre de ms niles... Je réaiitaûqnelqueroii an peu , nuis jo me 
«Uounii aiiritfl kuMel Hbli;u-'i, qu'itneivmlilaiiquej'avai) lu 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



S64 voizs DD ouiÉMB BniwriBir. 

Koorpi tout brM... Cot un combat qu'on eotrepreodiût CDotreoB 

■ trte puiannt gâant... End'uitrMIei^ia,il m'élut imponblo AeT^ 
s ÛMer à OQ mouiemeiit à violent : Ji iw (oloû enlenep TiIbk m Ai 

■ lAt el emaiu laia le eorpt, en tarugi^U ne loadnil plut û le terre, 
m Une diDK inisi eilraonliiuiTe nitunt arrï*^ un joar iftefieài i 

■ gennox mitiMear, ma milieu de touteale* religieuse* , prête i oom- 
« manier, fooi du droit qm me donoMt KM ijnaliti de M^irienrv pour 

■ loir défendra iTenpuler. UneiamlMieie.B 

(OAiorM <l vit dinAtw JVréM, te-lUfor dUmemeetforforil» 
te tel iuperkia*. Tntdacdon d'AnwadtTAndiltj, Paru, 1880 j »falw 
cap. XX, pag. iOt.) Fof . encora Ja na <(» &*ui. trnd. de Tai^lû 
de Bull«r) IS^.in-gf. — nBd>«niU7Ainiia(,ti>m;I1,pag.STS.— Da 
«aint Miilippe de Néri, tom. IV, note ■>, pag. S4t , Kqq. — Vteietabt 
Fraaçoit Xavier, par leP.Boaboora,in-1!, t(mi.II,p3g. ST3. — Pr^ 
dichcilifyancetcoMaeMIltMkcempagitia H SnA. Ycdczb, IIW, 
f«K.330,elCq«lB. 



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ONZIÈME ENTRETIEN. 



LB CHETiUEn. 

Qdoiqcb vous n'aimiez pas trop les voyages 
dam les nne$ , mon cher comte , j^auraîs en- 
vie cependant de voas y transporter de nou- 
veao. Vous me coupâtes la parole Tautre 
jonr en me comparant à un homme plongé 
dans Veau qui demande a boire. C'est fort 
bien dit, je vous assure; mais votre épi- 
gramme laisse subsister tous mes doutes. 
L'homme semble de nos jours ne pouvoir 
plus respirer dans le cercle antique des fa- 
cultés humaines. Il vent les franchir; il s'a- 
gite comme un aigle indigné contre les bar- 
reaux de sa cage. Voyez ce qu'il tente dans 
les sciences naturelles ! Voyez encore celte 
nouvelle alliance qu'il a opérée et qu'il avance 
avec tant de succès entre les théories phy- 
siques et les arts; qu'il force d'enfanter des 



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S66 LES somËE» 

prodiges ponr servir les sciences î commenf 
TOQdriez-voQS que cet esprit général da siècle 
ne s'étendit pas jasqa''aiix questions de Tordre 
spirituel? et poarqnoi ne loi serait-il pas per- 
mis de s'exercer sor l'objet le plus important 
ponr l'homme , poorra qu'il sache se tenir 
dans les bornes d'nne sage et respectueuse 
modération ? 



Premièrement , M. le cheTaUer, je ne croi- 
rais point être trop exigeant si je demandais 
qae l'esprit hamain ^ libre sar tous les autres 
sujets, un seul excepté , se défendit sur celui- 
U toute recherche téméraire. En second lien, 
cette modération dont rons me parle* , et ^ 
est ane si belle chose en spéculation, est 
' réellement impossible dans la pratique : da 
moins elle est si rare, qu'elle doit passer 
pour impossible. Or, tous m'aroueres que, 
lorsqu'une certaine recherche n'est pas né- 
cessaire, et qa'elle est capable de prodoire 
des maux infinis , c'est un devoir de s'en abs- 
tenir. C'est ce qni m'a rendu tonjoors sus- 
pects et même odieux , je tous l'aroue , tous 
les élans spirituels des illuminés , et j'aime* 
rais miens mille fois.... 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DB SArar-piTEBSBODBG. 267 

IB SÂRÀTECn. 

Vous aves donc décidément penr des alu- 
mines , mon cher ami ! Hais je ne crois pu , 
i mon toor , être trop exigeant si je demande 
homblemeot qne les mots soient définis , et 
qu'on ait enfin Textréme bonté de nous dire 
ce qoe c'est qo'un illuminé , afin qu'on sache 
de qni et de qaoi l'on parle , ce qui ne laisse 
pas que d'élre utile dans une discussion. On 
donne ce nom à^illuminés à ces hommes cou- 
pables , qui osèrent de nos jours concevoir 
et même oi^aniser en Allemagne , par la plos 
criminelle association, raifrenx projet d'é- 
teindre en Eorope le Christianisme et la soo- 
nmneté. On donne ce même nom ta dis- . 
d|^ TertueiiK de aaint Martin , qui m pro- \ 
faue pas senlonent le CfarislMuisme, mus 
qui ne tranille qu'A s'élcTer aux plus sublimes 
hauteurs de cette loi divine. Vous m'arooe- 
rez , messieurs , qu'il n'est jamais arrivé aux 
hommes de tomber dans une plus grande 
confusion d'idées. Je tous confesse nràme 
que je ne pais entendre de sang-froid, dans 
le monde , des étourdis de l'un et de l'antre 
sexe crier i Villimiinismef au moindre mot qui 
passe leur intelligence , avec une légèreté et 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



Î6'8 LES SOIRÉES 

une ignorance qui pousseraient à bout la pa- 
tience la pins exercée. Mais tous , mon cher 
ami le Romain, Tons , si grand défensenr de 
Tantorité, parlez-moi iranchement. Ponvee- 
TOUS lire l'Ëcntore sainte sans être obligé 
d'y reconnaître une foule de passages qui op- 
priment Totre Intelligence , et qui Tinvitent i 
se livrer aux tentatives d^ine sage exégèse ? 
rrest-ce pas à tous comme aux antres qu'il 
a été dît ; scrutez les écritures. Dite»-moi , 
]e TOUS prie , en conscience j. comprenez-vous 
le premier chapitre de la Genèse? Compre- 
nez-Tons TApocalypse et le Cantiqne des Can- 
tiques 7 LTcclésîaste ne tous cause-t-îl au- 
cune peine? Quand tous lisez dans la Genèse 
qu'au moment où nos premiers parents sV 
per^^urent de leur nudité. Dieu leur fit des 
hahils de peau , entendez-rous cela au pied 
de la lettre ? Croyez-vous que la Toute-Puis- 
sance se soit employée à tuer des animaux , 
à les écorcher , à taner leurs peaux , 4 créer 
enfin du fil et des aiguilles pour terminer ces 
nouvelles tuniques? Croyez-Tous que les cou- 
pables révoltés de Babel aient réellement 
entrepris , pour se mettre l'esprit en repos y 
d'élever une tour dont la girouette atteignit 
la lune seulement (je dis peu, comme vous 



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DB SAnnspiTBBSBOUBâ 269 

Toyez 1 ) ; e/ lorsque les étoiles tomberont sur 
la terre j ne seres-TOOS point empêché pour 
les placer? Mais pnisqn^îl est question da ciel 
et des étoiles , qae dites-roas de la manière 
'dont ce mot de ciel est souvent employé par 
les écrirains sacrés I Lorsque vons lisez qae 
Dieu a créé le ciel et la terre; que le det 
est pour lui , mais qa^ a donné la terre aux 
enfants des hommes t que le Sauveur est 
monté au ciel et qu^il est descendu aux en* 
fers y etc. , comment entendez-Toas ces ex- 
pressions 7 Et quand vous Usez que le Fils 
est assis à la droite du Père j et qae saint 
Etienne en mourant le vit dans cette situa' 
tion y TolTâ esprit n^éprouTe-t-il pas mi cer- 
tain malaise, et je ne sais quel désir qae 
d'autres paroles se lassent présentées à Vé- 
crivain sacré 7 Bfille expressions de ce genre > 
voQs prooveront qnll a plu à Dien , tantôt de > 
lûsser parler Thomme comme il voulait, 
soîvant les idées régnantes à telle ou telle 
épcque , et tantôt de cacher, sous des formes < 
en apparence amples et quelquefois gros- 
rî^es , de hauts mystères qui ne sont pas faits 
pour tons les yeux : or , dans les deox sup- 
positions, quel mal y a-t-il donc i creuser 
ces abîmes de la grftce et de 1* bonté divine , 



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270 uts somtBs 

connue on creuse la terre pour en tirer de 
l'or on des diamants? Plus que jamaû , m&- 
stenn , nons devons nous occaper de cet 
hautes spéculations, car il faut noua teinr 
prêts pour un érénement immense dans 
Tonlre dirin, vers leqad nous march<His 
avec une vitesse accélérée qol doit &a|^>er 
tons les observatëors. Il n^ a plus de reli- 
l^n sur la terre : le genre humain ne peut 
danenrer dans cet état. Des crades redoQ> 
tables annoncent d'ailleurs que les tanps sont 
urrivês, Flusieun théologiens, même catho- 
Uques, ont cra que des faits dn {«eniier ordre 
et peu éloignés étaient annoncés dans la té- 
délation de saint Jean ; et quoique les théo 
logiens protestants niaient débité <n général 
que de tristes rères sor ce même livre, oh 
ils n\>ntjamai8saToirqaeceqn^ désiraient, 
cependant , après avoir payé ce malhenreax 
tribut an fanatisme de secte, ïe vois que 
certains écrirains de ce parti adoptent dé)i 
le principe : Que plusieurs prophéties conte- 
nues dans PApocaljrpse se rapportaient à 
nos temps modernes. Un de ces écrivains 
même est allé jusqu'à dire que révenemoit 
avait déjà commencé , et que la nation Iran- 
(aise devaU être le grand instrument de la 



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DB sAnrr-PÉTBBSBoiiiie. S7f 
plus grande des révolutions. U n'y a peut- 
être pas OD hoimne véritobtemeat religieux 
en Europe ( je parle de la classe înstraite ) 
qui n'attende dans ce moment quelque chose 
d'extraordinaire : Or, dites-moi, messieurs» 
croyez-Toua que cet accord de tous les hom- 
mes poisse être méprisé? N'est-ce rien que 
ce cri général qui annonce de grandes choses ? 
Remontez aux siècles passés , transportez- 
vous à la naissance du Sauveur : à cette épo- 
que, une voix haute et mystérieuse, partie 
des régions orientales , ne s'écriait-elle pas : 
■ L'orient est sur te point de triompher ; le 
vainqueur portai de la Judée ; un enfartt 
divin nous est donnée il va paraître, il des- 
cend du j^us haut des deux, il ramènera 
tâge (for sur la terre,,..? Vous savez le 
reste. Ces idées étaient universellement ré- 
pandues; et comme elles prêtaient infiniment 
à la poésie , le plus grand poète latin s'ea 
empara et les revêtit des couleurs les plus 
brillantes dans son Follion , qui lut depuis 
traduit en assez beaux vers grecs , et la dans 
celte langue au concile de Nicée par Tordro 
de Temperenr Constantin. Certes, il était bien 
digne de la providence d'ordonner que ce cri 
du genre humain retentit 4 jamais dans la 



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272 LES SUIHÉKS 

vers immortels de Vîi^^e. liais tlacm^Ia 
incrédulité de notre siècle , an lien de voir 
dans cette [uice ce qu'elle renfenne réelle- 
ment , c*estrà-dire on monmnent inefTable de 
Tesprit {H^phétiqae qm s^a^tait alors dans 
runirers , s*amme & nous proarer doctement 
qne Vii^e n'était pas prophète , c^est-i-dire 
qn^one flûte ne sait pas la mosiqoe, et qo'il 
n'y a rien d'extraordinaire dans la ondëme 
églogue de ce poète; et tous ne troarerec 
pas de nonrelle é£tî<m ou traduction de Vir- 
gile qui ne fM>nIienne quelque noble effort 
de raisonnement et d'érudition pour emlmHiil- 
ler la chose du monde la plus claire. Le msc- 
térialisme, qai souille la philosophie de notre 
siècle, l'empêche de voir que la doctrine des 
esprits , et en parlicnlier celle de l'esprit pro- 
phétique, est tout k fût plausible en elle- 
même, et de plus la mieux soui^ae par la 
tradition la plus universelle et la [dos impo- 
sante qui fat jamais. Pensez-Toos que les an- 
ciens se soient tous accordés & croire que la 
puissance divinatrice ou prophétique était nn 
apanage inné de l'homme(1)? Cela n'est pas 



(I) IW(Ki....rta fiAvdz^v (difirulriccni] 
Knnini tHoti coHfeatbaU,., xcc denou t 
tripiaiti qui itltritia kâc lu re aueman , 



D,g,t,.?(lb, Google 



DB SAINT-PÉTEaSBOURn. 273 

possible. Jamais un être et, à plus forte rai- 
son, jamais une classe entière d^étres ne sau- 
rait manifester généralement et invariable- 
ment une inclination contraire à sa nature. 
Or , comme l'éternelle maladie de l'homme 
est de pénétrer Tavenir , c'est une preuve 
certaine qu'il a des droits sur cet avenir et 
qu'il a des moyens de ratteindre , au moins 
dans de certaines circonstances. 

Les oracles antiques tenaient à ce mouve- 
ment intérieur de l'homme qui l'avertit de sa 
nature et de ses droits. La pesante érudition 
de Van-Dale et les jolies phrases de Fontenelle 
furent employées vainement dans le siècle 
passé pour établir la nullité générale de ces 
oracles. Mais, quoi qu'il en soit, jamais 
rhomme n'aurait recouru aux oracles, jamais 
il n'aurait pu les imaginer , s'il n'était parti 
d'une idée primitive en verta de laquelle il 
les regardait comme possibles, et mêine 
comme existants. L'homme est assujetti an 
temps ; et néanmoins il est par nature étran- 
ger an temps; il l'est au point que l'idée mémR 

Foy. Sam. Bocharl, Episl. ad dom.tlcSFgmia, BlunJel , Rc'in«siui, 
Kabriciiu et d'aulro9«ncarccil£9 dans la dissmalinn dp. M.ir. B.irllt. 
Chrisl. Richurd , DtHùma aille lUmiilim foitdillt (innti'.iti'vrl, 
il. Juli.Cliriswph. Hariini, totn. H, rail, l ; iH-8"i iiaij.ad.) 

n. 18 



D,9,t,.?(ir>,G00gIf 



274 LKS soib£es 

•do bonheur étemel, jointe A celle do tempt, 
le fatigne et l'efiraîe. Que chacon se coDAulte, 
U se sentira écrasé par l'idée d'ooe félicité 
HiccessÎTe et sans terme : je dirais qu'il a 
peur de s'ennuyer^ si cette expression n'était 
pas déplacée dans an sujet aussi grave \ mais 
ceci me condoit k une observation qui vous 
paraîtra peut-être de quelque valeur. 

Le prophète jouissant du privil^e de sortir 
du temps, ses idées n'étant plus distribuées 
dans la durée , se touchent en vertu de la 
-simple analogie et se confondent, ce qui ré- 
pand sécessairement une graude confusion 
dans ses ^scours. Le Sauveur lui-même se 
soumit i cet état lorsque , livré volontaire- 
ment é Tesprit prophétique , les idées malo- 
gnes de grands désastres, séparées do temps , 
le conduisirent à mtier la destruction de Jé- 
rusalem i celle da monde. C'est encore ainsi 
que David, conduit par %&% propres souf- 
frances i méditer sur le Juste persécuté^ sort 
tout 1 coup du temps et s'écrie , présent di 
Tavenir : ils ordpercé mes mains et mes pieds; 
ils ora compté mes os; ils se sorU partagé 
mes habits; ils ont Jeté le sort sur mon vé. 
tentent. (Ps. xxi, 17-19.) Un autre exemple 
non moins remarquable de cette marche 



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BE s&iifT-piTsnsBovnG. 27Sr 

prophâtiqne se trouve duia le inagnifiqM 
Ps. Lxxj (t ) ; David , en prenant la i^ome , ne 
pensait qn''à Saloinon ; mais Uentât Vidie do 
type se confondant dans son esprit avec celle 
àa modèle ^ i peine est-il am«é an cinquième 
verset qae déjà il s'écrie : // durera aidant 
çue les aslres; et l'enthoosiasme croissant 
d*on instant â l'aalre, il enfante nn morceau 
superbe , unique en chaleor > en rapidité , en 
inoavement poétique. On ponirait ajouter 
d'autres réflexions tirées de l'aslrolo^e judi- 
ciaire, des oracles, des divinations de tous 
les genres, doiU fabua a sans doute désho- 
noré f esprit bamaîn , mais qui avait cepen- 
âani une racine vraîe comme toutes les 
croyances générales. L'esprit [M-ophétiqoe 
est natnrel & l'homme, et ne cessera de 
s^igiter dans le monde. L*homme, en es- 
sayant, k tontes les époques et dans tons 



(I) La dernier Tcnat ds t» pnuna porte d(M b Valpio i Offit*- 
rMIfawtoSwldjUMJbM. UGriMaimlait: MjiNtetw In knpt. 

b tndaclioaproieitiDleftiDfalMdit : Mm UndMW bt r*fKim 
4t Da*Ui etU Iradaclioa u^ùe t Lt$ pritra de DaM MM jMm. 
H. GancHide n tir* deMtptatiUiiWinecaDe dunca mnteSleiue ex 
éinni: IdfiKiiltprmitrrtaitU^tt David maU /ail de ittPmMmti. 
Poor moi , je aeraii UDli 4'toîre iotrépidenteot : Jd DoM , tpprtot 
far HniplT^ùem,}eiahtpliimt,t\»-ttineiittweni\i^ta qn^aBeunlc 
Y* ^i>arliciii]rait aoi tditeun Je David , ou peul-4lre it \m 



D,g,t,.?(lb,GOOglC — ^ 



276 LES SOUfBS 

les lieas , de pénétrer dans l'avenir , déclara 
qo'il n'est pas fait pour ie temps ; car le temps 
«st quelque chose de forcé qui ne demande 
qiià finir. De là vient qne , dans nos songes, 
jamais nous n'avons IHdée da temps , et qne 
l'état da sommdl fat toDJoors JQgé favorable 
aux commanications divines. Ea attendaDt 
qne cette grande énigme noas soit expUqaée , 
célébrons dans le temps celai qui a dît A la 
natore : 

Le temps sera pour vous; tétemité sera 
pour moi (1)/ célébrons sa mptériense gran> 
dear, et maintenant et toujours, et dans tous 
tes siècles des sièdes^ et dans toute la suite 
des éternités (2) ef par delà tétemité (3) , 
et lorsqu'enfin tout étant consommé, un ange 
criera au milieu de ^espace évanouissant s 
IL R'T A PLUS DB TEMPS (4)! 

Si voas me demandez ensuite ce tjoe c'est 
ijae cet esprit prophétique qoe je nommais 
lODt à l'heare , je voas répondrai , qne jamais 
il n'y eut dans le monde de grands événe- 
vtents qui riaient été prédits de quelque ma- 

(1}ThoDM, Ocleiur lelemp^. 
(S) /WTwuai irUmfnUM. Dan. XII S. 
O) Ja wltnam ti xJml. Eiod. XV, IB. 
(4) Abral'angpjorn jur cdui qni tïi dam Ic« «Udet dM »ifrW 
■«n'iL k't tnun PU» H nHH, Afct. X , B* 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAinT-rtTEBSBOURe. 277 

nière^ Machiavel est le premier homme de 
ma connaissance qui ait avancé cette pro- 
posiâon; mais si vons y réOéchissez vooa- 
mêmes , vons trouverez qae Tassertion de ce 
pieux écrivain est jnstiGée par tonte rhistoire, 
Vons en avez nn dernier e^mple dans la 
révolution française , prédite de tons cdtés 
et de la manière la pins mcontestable. Mais , 
pour en revenir an pomt d'où je stûs parti « 
crojez-vons que le siècle de Virgile manquât 
de heaux esprits qoi se moquaient^ et de la 
grande année, et du siècle d'or y et de la chaste . 
Lucine , et de Fauguste mère , et du mj'sté- 
rieux enfaia? Cependant tout cda était vrai r 

L'eulanI du liuut Jeaciuui iull prit i deaceadM. 

Et vons pouvez voir dans [Jusieurs écrits , 
nommément dans les notes qne Pope a jointes 
1 sa traduction en vers dn Pollion , qne cette 
pièce pourrait passer pour nue version d'Isale. 
Pourquoi vonlez-vonii qu^ n'en smt pas de 
même anjourd'hoi ? Tunivers est dans Tat- 
tente. Comment mépriserions - mins cette 
grande persuasion ? et de quel droit condam- 
nerions-nous les hommes qui, avertis par 
ces signes divins , se livrent à de saintes r&> 
cherches ? 



D,9,t,.?(i h, Google 



278 I 

Voolex-Tons une nooTcUe preiire de ce 
qtâ se prépare 7 cberches-laduu les ftÔMices: 
considérez bien la marche de la clùmie, de 
fastronoDÛe même , et tous verra où cUcs 
DOW coodiùseot. Croiriez-TotM, par exemple, 
H TOUS n'en éties aitttà» , que Newton doos ra- 
mène i Pythagore, etija^incessamment il aeni 
démontré qae les corps sont mus précisément 
comme le corps htunÙD, par des intelligences 
qui leor sont miïes, sans qn'on sache comment?* 
Cest cependant ce qm est sor le point de se 
vérifier * sana qu'il j ait bientât aocnn mojen 
de dispoter. Cette doctrine pOmra semUer pa- 
radoxale sans doute , et même ridicole , parce 
qoe topinion eaviroimante en impose ; mais 
attendez qoe Pafiïnité naturelle de la religion 
et de la sdence les réunisse dans la tète d'Hit 
seul homme de génie ; l'apparition de cet 
homme ne sam^it être éloignée; et peat-ètre 
même existe-t-ildéjJi. Celm-làsera famens, et 
mettra fin an XVIII* siècle qui dure toujours ; 
car les siècles inteUectoeU ne se règlent pas 
■ar le calendrier comme les siècles proprement 
dits. Alors des opinions , qui nous paraîssmt 
aujourd'hui oo bifarres on insensées , seront 
des axiomes dont îl ne sera pas permis de dou- 
ter ; et l'on parlera de notre stupidité actuelle 



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DE SAU<T-r£T£ltSlIOUKC. 270 

comme noas parlons de la sapersUtion da 
moyen ftge. Déjà inème, la force des choses 
a contraint quelques savants de l'école maté- 
rielle i faire des concessions qaî les rap- 
prochent de Fespr'tt; rt d'aotres , ne poarant 
s'empécherdepressentircette tendance sourde 
d'une opinion puissante, prennent contre elle' 
des précautions qui font peut-être, sur les 
▼érilables observateurs , plus dlnipression 
qn''une résistance directe. De là leur attention 
scrupuleuse à n'employer qne des expressions 
matérielles. Il ne s'agit jamais dans leurs 
écrits que de lois mécanique», de principes 
mécaniques , d'astronomie physique , etc. Ce 
n^est pas qu'ils ne sentent à merveille qne le» 
théories matérielles lie contentent nullement 
rinlelligence : car, s'il y a qnelqae chose 
d'érident pour l'esprit humain non préoc- 
cupé I c'est qne les mouvements de l'univers 
ne peuvent s'expliquer par des lois mécani- 
ques; mais c'est précisément parce qu'ils te 
sentent qu'ils mettent , pour ainsi dire , des ' 
mots en garde contre des vérités, Oa. ne veut 
pas l'avouer, mais on n'est plus retenu que 
par I*engagement et par le respect humain. 
Les savants européens sont dans ce moment 
îles espèces de conjurés on d*inïtié9. ou comme 



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586 us soiBiRS 

il vous plaira de les appeler , qui ont fait de 
la science ODe sorte de monopole, et qui ne 
veulent pas absolnment qn'on sache plus oa 
aufrem«nf qu'eux. Mais cette science sera inces ■ 
samment honnie par une postérité illuminée y 
qui accusera jostemeot les adeptes d'anjour- 
d^hui de n'avoir pas sa tirer des rôités que 
Dieu leur arait livrées les conséquences- les 
pins précieuses pour l'homme. Alors, tonte 
la science changera de face : l'esprit, long- 
temps détrdné et oublié , reproidra sa place. 
11 sera démontré que les traditions antiques 
sont toutes vraies; que le Paganisme entier 
n'est qu'un système de vérités corrompues 
et déplacées; qn'^ suffit de les nettojrer pour 
ainsi dire et de les remettre à leur place poiv 
les voir briller de tons leurs rayons. En un 
mot tootes les idées changeront : et puisque 
de tous côtés une fonle d'élus s'écrient de 
concert : vbiiez, seigredb , terez ! pourquoi 
bUmeriez-voos les hommes qui s'élancent 
dans cet aveiùr majestueux et se glorifient 
de le deviner? Comme les poètes qtd, jus- 
que dans nos temps de faiblesse et de décré- 
pitude, présentent encMV quelques lueurs 
pâles de Tesprit prophétique qui sç mani- 
feste chez eux par la faculté de deviner les 



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DE SATK'P-PfiTEItSBOUBG. 281 

langues et tle les parler piirement avant gaVlles 
soient formées, de même les hommes spiri- 
taels éprouvent quelquefois ctes moments 
d'enthousiasme et d'inspiration qui les trans- 
portent dans Pavenir , et leur permettent de 
pressentir les événements que le temps mû- 
rit dans le lointain. 

Rappelez-vous encore, M. le comte, le com- 
pliment que vous m'avez adressé sur mon éru- 
dition au sujet du nomhre trois. Ce nomhre 
en ejlfet se montre de tous côtés , dans le 
inonde physique comme dans le moral , et 
dans les choses divines. Dieu parla une pre- 
mière fois aux hommes sur le mont Snal, et 
cette révélation fut resserrée, par des raisons 
qoe nous ignorons , dans les limites étroites 
d^m seul peuple et d'im seul pays. Après 
quinze siècles, une seconde révélation s'a- 
dressa à tons les hommes sans distinction , 
et c'est celle dont nous jouissons; mais l'u- 
niversalité de son action devait être encore 
infiniment restreinte par les circonstances de 
temps et de lieu. Quinze siècles de plus de- 
vaient s'écouler avant que l'Amérique vit la 
lumière; et ses vastes contrées recèlent en- 
core une foule de hordes sauvages si étran- 
gères au grand bienfait, qu'on serait porté & 



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282 LES SOI&tBa 

croire qa^Ues eo sont exclues par aature en 
verta de qaelqoe anaâi^ne primitif et inex- 
plicable. Le grand Lama seul a pins de snieli 
«[àrituels qne le pape; le Banale a sabomte 
millions d'faabitantSila Chine en a deoz cents, 
le Japon vingt*cinq on trente . Contenqilez en* 
core ces archipels inunenses du grand Océan, 
qui forment ai^ourd^hni nne tnnqoième par- 
tie dn monde. Vos missiomiaîres ont fait 
sans doute des efTOTts merreillenx pour an- 
noncer l'Erangile dans qnelquRs-nnes de ces 
coidrées lointaines ; mais tous voyez avec quels 
succès. Combien de myriades d'hommes qoe 
la bonne nouve.lle n'atteindra jamais ! Le ô* 
meterre du fils d''Ismad n'a-t-il pas chassé 
[H'esque entièrement le ChristiauisnK de TÂ- 
friqae et de PAsie 7 Et , dans notre Europe 
enfin , quel spectacle s'ofTre â l*ceil religieiK! 
le Christianisme est radicalement détruit dans 
tous les pays soumis & la réforme insensée do 
XVI siècle; et, dans vos pays catholiques 
mêmes, il semble n''exister plus qne de nom. 
Je ne ]H^tends point placer mon ^lise ao- 
dessns de la vâtre ; nous ne sommes pas td 
pour disputer. Hélas ! je sais bien aussi ce 
qui nous manqne ; mais je toos prie , mes 
bons amis , de vous ezflminer avec la mèm* 



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DX sAnrr-pitTEUBODitG. 383 

Âacérité ; quelle haine d*an c^ , et de raii< 
tre qoelle prodigieuse indiiTérence i>aTmt Tona 
pour la religion et pour tout ce qui s'y rap- 
porte 1 qael déchaînement de tons les pou- 
voirs catholiques contre le chef de Totre reli- 
gion! à quelle extrémité llnvasion générale 
de vos princes nVt-alle pas réduit ches tous 
Tordre sacerdotal 1 L'esprit public qui 1« 
Inspire ou les imite s'est tourné entièrement 
contre cet ordre. Cest une conjuration, c'est 
une espèce de rage ; et pour moi je ne doate 
pas que le pope n'aimât mieux traiter une af- 
feire ecclésiastique avec l'Angleterre qu'avec 
tel on tel cabinet catholique que je pourrais 
TDOs nommer. Quel sera te résultat du tan- 
nerre qui recommence à gronder dans ce 
moment ? Des millions de Catholiques passe- 
ront peat-élre sous des sceptres hétérodoxes 
pour TOUS et même pour noos. S^l en était 
ainsi , j'espère bien que vous Mes trop éclai- 
rés pour compter sur ce qu'on appelle tolé- 
rance f car vous savez de reste que le Catho- 
licisme n'est jamais toléré dans la force dn 
terme. Quand on vous permet d'entendre la 
messe e( qu'on ne fii&ille pas vos prêtres , on 
appelle cela tolérance ; cependant ce n'est 
pas tout & fait votre compte. Examinez-vous 



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tS^ us soiBtes 

tl^aîlleor» TODS-mémes dans le silence des pf^ 
jugés, et TOUS sentirez que votre pouvoir 
vous échappe; tous n'avez plus celle con- 
science de la force qm réparait souvent' sons 
la plome d^Homère , lorsqu^U veut nous ren- 
dre sensibles les hauteurs du courage. Vous 
n'avez plus de héros. Vous n^osez plus rien , 
et Ton ose tout contre voos. Contemplez ce 
lugubre tableaa ; joignez - y Tattente des 
hommes choiûs , et vous verrez A les illumi- 
nés ont tort d'envisager comme (dus mi 
moins prochaine une troiàème ez|^bsîon de 
la toute-pmssante bonté en faveor da genre 
homaÎD. Je ne finirais pas si je voulais ra»- 
sembler toutes les preuves qui se réunissent 
pour jusiifîercettegrande attente. Eacwe une 
fois , ne bl&mez pas les gens qui s'en occi^>«it 
et qni voient, dans la révélation même, des rai- 
sons de prévoir nne révélation de la révéla- 
don. Appelez, si vous vouiez, ces hommes il- 
iuminés; je serai tout à fait d^accord avec 
vous , pourvu que vous prononciez le nom 
sérieusement. 

VoDS, mon cher comte, vous, ^qidtre si 
sévère de l'unité et de l'autorité, vous n'avez 
pas oublié sans doute tout ce qne vous noua 
avez dît an commencement de ces entre- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



UB &UNT-PÉTBRSBOUHG. 28S 

tiens , sur tout ce- qui se passe d'extraonli- 
naire dans ce moment. Tout annonce, et Tos ' 
propres observations mêmes le démontrent , ' 
je ne sais quelle grande unité vers laquelle 
nous marchons à grands pas. Vous ne pou- 
vez donc pas, sans tous mettre en contradic- 
tion avec TOOS-même, condamner ceux qui 
saluent de loin cette unité , comme vous le 
disiez, et qui essaient, suivant lenrs forces, 
de pénétrer des mystères si redoutables sans 
doate , mais tout à la fois si consolants pour 
vous. 

Et ne dites point que tout es^ dit , qne 
tout est révélé , et qu'il ne nous est permis 
d^attendre rien de nouveau. Sans doute qne 
rien ne nous manque pour le salut ; mais du 
cdté des connaissances divines , il nous man- 
que beaucoup ; et quant tiiix manifestations 
iotnres , j'ai , comme vous voyez , mille rai- 
sons pour m'y attendre , tandis que vous n'en 
avez pas une pour me prouver le contraire. 
L'Hébreu qm accomplissait Li loi n'était-il 
pas en sûreté de conscience? Je voua citerais, 
s'il le fallait, je ne sab combien de passages 
de la Bible , qui promettent au sacrifice ju- 
dalq .e et au trône de David une durée égale 
A celle àa soleil . Le Juif qui s'en tenait à l'é- 



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S86 LU somfiss 

corce avait toate raison, yu^^u a lé^énenKtû^ 
de croire au règne tempMvl du Messie ; il m 
trompait néanmoins, comme on le ?^ de- 
puis : mais savons-nous ce qui nous attend 
nous-mêmes ? Dieu sera avec nousjutgu'à /a 
/în des siècles; les portes de tenfer ne pré- 
vaudront pas contre tEglise , efc. Fort bien I 
ai résulte-t-il, je tous {nie, que Dieu s'est 
interdit toute manifestation nouvelle , et qu'il 
ne nous est plus permis de nous apprendre 
rien an delidece que nous savons? ce serait, 
il fant TaToner, nn étrange raîsonneraei^. 

Je Temc , avant de fimr, arrêter vos regards 
•or deux ôrconstances remarquables de no* 
tre époque. Je vemc parler d'abord de Tétat 
actuel du Protestantisme qui, de toutes parts, 
se déclare aocinien : c'est ce qu'on pourrait 
appeler son uàimatum^ tant prédit à lair* 
pères, (Test le mahométisme européen, iné* 
vitable conséquence de la réforme. Ce mot 
de mahométisme pourra sans doute vous sur- 
|n%ndre au premier aspect ; cependant rioi 
n'est plus simple. Âbbadie , l'on des pr»< 
miers docteurs de l'élise |»otestante, a con- 
sacré, comme vons le savez, un volume en- 
tier de son admirable ouvrage sur ta vérité 
de la religion chrétienne , à la preuve de la 



D,g,t,.?(lb, Google' 



ns SAINt-FÉTEftSBOtIRC. 287 

^nintté do Sauveur. Or , dans ce volume , 3 
avance avec grande connaissance de cause, 
que si Jésas-Christ n'est pas Dieu , Mahomet 
doit être incontestablement considéré commr 
l'apâtre et le bienfaiteur du genre humain , 
poisqu''il J'aurait arraché à la plus coupable 
idoUtrie. Le chevalier Jones a remarqué quel- 
que part <pie le mahométisme est une secte 
chrétienne^ ce qui est incontestable et pas 
assez connu. La même idée avait été saisie 
par Leibnitz , et, avant ce dernier, par le mi- 
nistre Jnrieu (1), Ulslamisme admettant l'u- 
nité de Dieu et la mission divine de Jésus- 
Christ} dans lequel cependant il ne voit qu'une 
excellente créature , pourquoi n^appartien- 
drait-il pas an Christianisme autant que VA- 
rianisme , qni professe la même doctrine ? It 
y a plus ; on pourrait, je crois , tirer de l'Al- 



(I) ■ La HuboméUni, qvoi qu'on puisse dire Ml conlraire, Kinl 

■ ccmàaement nw tteu dt CArMe» , n ccpcudaui de* bomncu qui 

■ nircnt l'hérMe impie d'inn* méritent le nooi <)e ClWlJdU* ■ 
(W Jona'i I docripiioa oT An. — Work(,iii-4<<, uho. T, p. 3S8.] 
J) fiitu mnMr fw la Seebiimt ^prMkeaJbri dtt Êh hm it i mm. 

(l.eQuiiti,il>fli«e*Œuirraio-4°, tom. V, p«|. 481. ttfn\ «I pamim 
éaintoe. ln-8'>, lom. Ilipig. 84.) 

t** MiAtmétml tau , eoiiuiitk dit U. Jurita , mit teeu d» Chrùlia- 
MtaM. QCoole, dioi lo Irulé de 1 miil« de iliglUe, ia-IS,1i>. III, 
cb. S, pag. 341 .) On peut doue ■jualer le ltgi(ii|ua(e de Nicule ta 
koâ luiret i^fà ctlë*. 



D,9,t,.?(ib,Googlc — 



S88 LES somËES 

corau une profession de foi qui t 
rait fort la conscience dtucate des nmùstres 
protestants , slls devaient la signer. Le Fro- 
testantisme ayant donc, partout où il régnait, 
établi presque généralement le Socinianisme, 
il est censé avoir anéanti le Chrktianisme 
dans la même proportion. 

Vous semble-t-il qu'on tel état de choses 
puisse (lura*, et que cette vaste apostasie ne 
soit pas à la fois et la cause et le présage 
d^rn mémorable jugement? 

L'autre circonstance que je veux toqs faire 
remarquer , et qui est bien plus importante 
qu'elle ne parait l'être au premier coup d'oeil, 
c^est la société bihliqne. Sur ce point , H. le 
comte , je pourrais vous dire en s^le de Ci- 
céron: noci tuos somtus(^\).VoQS enroulez 
beaucoup à cette société biblique, et je vous 
avouerai franchement que vous dites d'assez 
bonnes raisons contre cette inconcevable in- 
stitution; si vous le voulez même , j'ajouterai 
que, malgré ma qualité de Russe , je défère 
beaucoup à'votre église sur cette matière : 
car, puisque, de Taveu de toat le monde , 
vous êtes, en fait de prosélytisme, de si puis- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE Slir^T-PfiTERSBOnRG. 289 

saiits ouvriers, qu^en plus d'un lieu tous avez 
pu effrayer I9 politique , je ne vois pas pour- 
quoi on ne se fierait pas à vous , sur la pro- 
pagation du Christianisme que vous entendez 
si bien. Je ne dispute donc point sur tout ce- 
la , pourvu que vous me permettiez de révé- 
rer, autant que je le dois, certains membres 
et surtout certains protecteurs de la société , 
dont il n'est pas même permis de soupçonner 
les nobles et saintes intentions. 

Cependant je crois avoir trouvé à cette in- 
stitution une face qui n^a pas été observée et 
dont je vous fais les }uges. Ecoutez-moi , je 
vous prie. 

Lorsqu'un rm d'Egypte ( on ne sait lequel 
ni dans quel temps ) lit traduire la Bible en 
grec , il croyait satisfaire ou sa curiosité , ou 
sa bienfaisance, ou sa politique ; et , sans con- 
tredit , les véritables Israélites ne virent pas , 
sans un extrême déplaisir, cette loi vénérable 
îetée pour ainsi dire aux nations , et cessant 
de parler exclusivement l'ididme sacré qui 
Tavait transmise dans toute son intégrité de 
Moïse à Eléazar. 

Mais le Christianisme s*avançait, et les tra- 
ducteurs de la Bible travaillaient pour lui en 
faisant passer les saintes écritures dans la 
ir. i9 



D,g,t,.?(lb, Google 



290 LES soiBÉrs 

langue aniverseUe ; en sorte qne les apAtres 
et leurs premiers saccesseurs trouvèrent Voa- 
▼rage fiait. Laver^on des Septante monta su* 
bitement dans toutes les chaires et fat tra- 
duite dans tontes les langues alors vivantes , 
qui la prirent poor texte. 

Il se passe dans ce momeirf quelque chost: 
de semblable sons une forme difTérente. Je 
sais qne Rome ne peut sonfitir la société bi- 
blique , qa*elle regarde comme une des ma- 
chines les plus puissantes qu^on ait jamais 
fait jouer contre le Christianisme. Cependant 
qn^elle ne 3''alarme pas trop : quand même 
la société biblique ne saurait ce qnVlIe fait , 
elle n^en serait pas moins pour Tépoque fu- 
ture {Hrécisêinent ce que furent jaifis les Sep- 
tante , qui certes se doutaient fort pen du 
Christianisme et de la fortune qne devaitfaire 
leur traduction. Une nouvelle eiTusion de 
TEsprit saint étant désormais au rang des 
choses les pins raisonnablement attendues , 
il iànt que les prédicateurs de ce don nou- 
veau puissent citer l'Ecriture sainte à tons les 
peuples. Les apdtres ne sont pas des tra- 
ducteurs; ils ont bien d^autres occupations; 
mais La société biblique , instrument aveugle 
de la providence , prépare ces difTérentes 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SimT-PÉTERSBOTirtG. 291 

Tersions que les véritables envoyés explique- 
ront un jour en vertu d^uie mission légitime 
(nouvelle ou primitive, n'importe ) ffui chas- 
sera le doute de la cité de Dieu (1); et c'est 
ainsi que les terribles ennemis de l'unité tra- 
vaillent à rétablir. 



Je suis ravi, mon excellent ami, qae vos 
brillantes eRplîcations me conduisent moi- 
même à m^e]q>Iiquer A mou tour dNine ma* 
nière & vous convaincre que je n^ai pas au 
moins le très grand malheur de parler de ce 
que je ne sais pas. 

Vous voudriez donc gu^on eût d'abord > 
Cextrême bonté de vous expliquer ce que 
c'est tfu^un illumiiié. Je ne nie point qu^on 
n'abuse souvent de ce nom et qu'on ne lui 
fasse dire ce qu'on veut : mais si, d^in côté, 
on doit mépriser certaines décisions légères 
trop communes dans le monde , il ne faut 
pas non plus, d*autre part , compter pour rien 
je ne sais quelle désapprobation vague , maïs 
générale , attachée à certains noms. Si celui 



(1) Fida dabitalionem tUmiaft i ei 
mmuiikiaiiimc, lib. 111, ii" 15.) 



D,g,t,.?(lb, Google 



292 IX» aoiaÉES 

SiUumiiiênt tenait à rien de condamnaMe, 
on ne conçoit pas aisémeat commeat Topi- 
jiion , constamment trompée, ne poorrait 
rentendre prononcer sans y joindre l'Uée 
d'We exaltation ridicule on de qnelqne chose 
de pire. Mais puisque roosralnterpellez for- 
mellement de vous dire ce que c^est qa^iii 
illuminé^ peu d'hommes peut-être sont plas 
que moi en état de tous satisfaire. 

En premier lien , je ne i& pas que tont H- 
luminéscÀt iranc-maçon: je dis seulement qce 
tous ceux que j*aî connus, en France sur- 
tout, Tétaient; leur dogme fondamental est 
que le Christianisme , tel que nous le con- 
naissons au]oard^hui, n^est qn^une Téritable 
loge bleue îaiXz pourlemlgaire; mais qu'il dé- 
pend de thomme de désir de s'élerer de 
grade en grade jusqu''aux connaissances subli- 
mes , telles que les possédaient les premiers 
Chréliensqni étaient devàitables initiés. Cest 
ce que cotains Allemands ont appelé le Christ 
tianisme transcendental. Cette doctrine est 
nn mélange de platonisme , dVrigénianisme 
et de philosophie hermétique , sur une base 
chrétienne. 

Les connaissances surnaturelles sont te 
£rand but de leurs travaux et de leurs espé- 



D,g,t,.?(lb,GOOgIf 



DE SAnfT-PfiTEBSDODBG. 293 

rances ; Us ne doutent point qu'U ne soiL pos. 
sible à rhomme de se mettre en coiumonica- 
tion arec le monde spiritael, d^avoir on com- 
merce avec les esprits et de déconmr ainsi 
tes plus rares mystères. 

Leur cootome invariable est de donner des 
noms extraordinaires aux choses les plus 
comiues sous des noms consacrés: ainsi un 
homme pour eux est un mineur , et sa nais- 
sance , émancipation. Le péché ori^el s'ap^ 
pelle le crime primitif; les actes de la piûs- 
sance divine on de ses agents dans-ranivera 
s'appellent des bénédictions y et les peines 
infligées aux coupables , des pdtiments. Sou- 
vent je les ai tenus moi-même en pàliment , 
lorsqu'il m'anivait de leur soutenir que tout 
ce qu'ils disaient de vrai n'était que le caté- 
chisme couvert de mots étranges. 

J'ai eu l'occasion de me convaincre , il f 
a plus de trente ans , dans une grande ville 
France, qu'une certaine classe de ces iUumi- 
nés avait des grades supérieurs inconnus aux 
initiés admis à Irars assemblées ordinaires; 
qu'ils avaient même un culte et des prêtres 
qu'ils nommaient du nom hébreu cohen. 

Ce n'est pas au reste qu'il ne puisse y avoir 
Gl qu'il n'y ait réellement dans leurs ouvra^ 



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S94 LES soraiss 

des choses iraies , raisonnables et toacbav 
tes, mab qui sont trop rachetées par ce qu'ils 
y ont mêlé de faux et de JaDgereiix , surtout 
à cause de leur aversion pour toute aalorîté 
et hiérarchie sacerdotales. Ce caractère est 
général parmi eux : jamais )e n'y ai renctui- 
tré d'exception parfaite parmi les nombreux 
adeptes que j'ai connus. 

Le plus instruit , le plus sage et le plus élé- 
. gant des théosophes modernes, Saint-MarUn, 
dont les ouvrages furent le code des hommes 
dont je parle , participait cependant à ce ca- 
ractère général. U est mort sans avoir voulu 
recevoir un prêtre ; et ses ouvrages présentent 
la preuve la plus claire qu'il ne croyait point 
& la légitimité du sacerdoce chrétien (1). 

En protestant qu'ail n'avait jamais douté ' 
de la sincérili- de La Harpe dans sa conver- 
sion (et quel honnête homme pourrait en 
douter! ), il ajoutait cependant yue ce littéra- 
teur célèbre ne lui paraissait pas s'être dirigé 
(mr les véritables principes (2). 



(f } SHni-HAMin nraunit i^n eiïel re 15oaobf« tBM.Maiftwir 
niuIurrcuvuÎTuiiprèin'. (UcTcureileFraaM, ISman I809.N°4I)S, 

(S)Lejournal qno riiilnlocaleur -ntM de citer iie t'explique pM 
litui i lÂil Jaiit les miîina ternes. Il eil moim UEonique et n«l 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAINT-PÉTSaSBOCRG. 295 

Mais il faut lire surtout la préface qu'il a 
placée à la tâte de sa traductioD du livre des 
Trois Principes^ écrit en allemand par Jacob 
Bohme : c'est là qu'après avoir justifié jus- 
qu'à un certain point les injures vomies par 
ce fanatique contre les prêtres catholiques ^ 
il accuse notre sacerdoce en corps devoir 
trompé sa destination (I) , c'est-à-dire, en 
d'autres termes, que Dieu n'a pas su établir 
dans sa religion un sacerdoce tel qu*il aurait 
dû être pour remplir st:s vues divines. Certes ■ 
c'est grand dommage, car cet essai ayant 
manqué, il reste bien peu d'espérance. Tirai 
cependant mon train, messieurs, comme si le 
Tout-Puissant avait réussi , et tandis que les 
pieux disciples de Saint-Martin, dirigés^ sui- 



mimii JesidviaileSaiiii-MartiD. ■ Enpro«esUtil,iliL]ojuurDalute, de 

• laducérilé de la coutcrsion Jeta Harpe, il ajoulailcependanifu'jl 

«ne la trogall peinl diiigte par let mlrilableniolet lumlntma, ■ Ibid. 

[NolederedHeur.l 

(I) Diiu la |ir£Eu:e dà la traitucdaD citée, Saiottlartin l'exprime de 

■ CesIàMMccnloce gifaiirait dA a/^rfmJr la mHifaUllon de 
K (oulet le> ntcn'cille* d de toutei les lumière* dont la cnur d Va- 
■ pril du riianimc auraient uLi si pressant besoin.! ( Paria , 1 803 , 
in-S", [irùracc, pag. 3.) 

Ce jKiis^i m erTei, ii'a [ku betoin deconimiiMire. U CD Témlle i 
l'éridciice qu'il n'y a jwlal de sacerdocoi cl que l'Erangile ne inlBl gaa 
BU CKur et ù l'esprit de Flioianitt 



D,g,t,.?(lb,GOOgk- _ 



S96 LES soih£bs 

vaut la doctrine de letir maître, par les véri- 
tables principes , entreprennent de traverser 
les flots & la nage , je dormirai en paix dans 
cette barque qui angle heureosemeot à tra> 
vers les écneils et les tempêtes depuis mille 
hait cent neuf ans. 

J'espère, mon cher sénatenr, qae vous m 
m'accuserez pas de parler des illaminés saos 
les connaître. Je les ai beaacoap vos ; j'ai co- 
[Mé leurs écrits de ma propre main. Ces 
hommes , parmi lesquels j'ai en des an>*is , 
m'ont souvent édifié ; souvent îls m'ont amu- 
sé , et souvent aussi... . mais }e oe veux point 
me rappeler certaines choses. Je cherche an 
contraire à ne voir que les câtés favorables. 
Je vous ai dît plus à'Qoe fois que celte secte 
peut être otite dans les pays séparés de VE-^ 
glise, parce qu'elle maintient le sentiment 
religieux, accoutume l'esprit au dogme, le 
soustrait à Taction délétère de la réforme, 
qui n'a plus de bornes , et le prépare pour la 
réunion. Je me rappelle même souvent avec 
la plus profonde satisfaction que, parmi les 
illuminés prolestants que j'ai connus en assefl 
grand nombre, je n'ai jamais rencontré une 
certaine aigreur qui devrait être exprimée pr 
un nom particulier, parce qu'elle ne ressem- 



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DE SilKT-PÉTBBSBODRe. 297 

ble à ancnn autre sentiment de cet ordre : an 
contraire, je n^ai trouvé chez enx qae bonté, 
donceur et piété même, j'entends à leur ma- 
nière. Ce n'est pas en vain, je respère, qaUIs 
s^abrearent de Tes^t de saint Françras de 
Sales f de Fénélon , de sainte Thérèse : ma- 
dame Guyon même , qa'ils savent par cœur , 
ne leur sera pas Inutile. Néanmoins, malgré 
ces avantages , ou pour mieux dire , malgré 
ces compensations , Tillnminisme n'est pas 
moins mortel sous Tempire de notre Eglise 
et de la vôtre même , en ce qu'il anéantit 
fondamentalem^it rantorité qui est cepen- 
dant la base de notre système. 

Jevous l'avoue, mesneurs, je ne comprends . 
rien à un système qui ne veut croire qu'aux ■ 
miracles , et qui exige absolument que les \ 
prêtres en <^)èrent, sous peine d^étre déclarés '^ 
nuls. Blair a fait un beau discours sur ces 
paroles si connues de saint Paul : n Nous ne 
M voyons maintenant les choses que comme 
<c dans un miroir et sous des inuiges obscu- 
res (t). » Il prouve à merveille que si nous 
avions connaissance de ce qui se passe dans 
l'autre monde, l'ordre de celui-ci serait trou- 

(1) Videmia iimc pcr iiKd'baa iu anUjHiau. (E[iît1. aà Cm, 



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S98 us SOIBtES 

blé et MentAt anéanti ; car Thomme, inslrmt 
de ce qui Tattend, n^anrait plos le désir ni 1* 
force d'agir. Songez seulement ft la Iwièveté 
de notre vie. Moins de trente ans nons sont 
accordés en conunnn : qui peat croire qa*tiii 
tel être soit destiné poor converser avec Ie« 
anges ? Si les prêtres sont faits poor les com- 
munications , les révélations , les manifesta- 
tions , etc., Textraordinaire deviendra donc 
notre état ordinaire. Ceci serait un grand 
prodige ; mais ceux qui veulent des miracles 
sont les maîtres d'en opérer tous tes îoors. 
Les véritables miracles sont les bonnes ao> 
tions faites en dépit de notre caractère et de 
nos passions. Le jeune homme qui com- 
mande à ses regards et à ses désirs en pré- 
sence de Lt beauté est un plus grand thau- 
maturge que Moïse, et quel prêtre ne recom- 
mande pas ces sortes de prodiges ? La im- 
plicite de TEvaDg^le en cache souvent la pro* 
fondeur : on y lit : S'ils voyaient des mi- 
racieSj ils ne croiraient pas; rien n'est plus 
profondément vrai. Les clartés de Tintelli- 
gence n''ont rien de commun avec la rectitude 
de la volonté. Vous savez bien, mon vieil 
ami, que certains hommes, s'ils venaient k 
trouver ce qu'ils cherchent , pourraient fort 



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DC SAnrr-pËTERSBOimâ. 299 

bien devenir coupables an lien de se perfec- 
donner. Que nous manque-t-ii donc aujonr* 
d'haï y puisque noua sommes les maîtres de 
bien faire ? et que manque-t-il aux prêtres , 
puisqn'ils ont reçu la puissance dHntimor la 
loi et de pardonner les transgressons 7 

Qu'il y ait des mystères dans la Bible, c''est 
ce qui n'est pas douteux; mais à tous dire la 
vérité, peu m'importe. Je me soucie fort peu 
de savoir ce que c^est qn*un habit de peau. 
Le savez-TOua mieux que moi , vous , qui tra- 
vaillez à le savoir? et serions-nous meilleurs 
ù nous le savions ? Encore une fois , cher^ 
chez tant qu'il vous plaira : prenez garde ce- 
pendant de ne pas aller trop loin , et de ne 
pas vous tromper en vous livrant à votre 
■ma^nation. Il a bien été dit , comme vous 
le rappelez : Scrutes les Ecritures ; mai» 
comment et ponrquoi ? Lisez le texte : Scru~ 
tes les Ecritures , et vous y -verrez qu^elles 
rendent témoignage de moi, ( Jean.V, 39,) 
Il ne s''agit donc que de ce fait déjà certain, 
et non de recherches interminables pour IV 
venir qui ne nous appartient pas. Et quant 1 
cet autre texte, les étoiles tomberont, ou pour 
ntieux dire, seront tombantes ou défaillanies, 
révangéliste ajoute immédiatement , que les 



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300 LES SOIBiBS 

vertus du ciel sont ébranlées , expressions 
qui ne sont qae la traduction rigonreose des 
précédentes. Les étoiles tombantes que vous 
voyez dans les belles nuits d'été ii''enibaras> 
sent, je toos Vavone , guère plus mon intel- 
ligence. Revenons maintenant.... 

LB CHSVALIBR. 

Non pas, s'il vous plaît, avant que )*aîe fait 
une petite querelle à notre bon ami sur une 
proposition qui loi est écbappée. Il nous a 
dit en propres termes : Fous ri'afvx plus de 
héros i c'est ce que je ne puis passer. Qae 
les autres nations se défendent comme elles 
l'entendront; moi je ne cède point sur l'hon- 
neur de la mienne. Le prêtre et le chevalier 
français sont parents, et l^n est conune Tao- 
tre sans peur et sans reproche. Il faut être 
juste, messieurs : je croîs que, pour la gloire 
de l'intrépidité sacerdotale, la révolution ■ 
présenté des scènes qui ne le cèdent en rien 
à tout ce que lliistoire ecclésiastîqae offre de 
plus brillant dans ce genre. Le massacre des 
Carmes, celui de Quiberon, cent autres faits 
particuliers relealirout A jamais dans l'iiu- 



D,g,t,.?(ib, Google 



m SAim-ftiTBBSIIOUROé 301 



Ne me grondez pas , mon clier chevalier; 
-vous savez, et votre ami le sait aussi , que je 
sais à genoox devant les glorieiues actions 
qui ont illoslré le clergé français pendant 
répouvantable période qui vient de s'éconler. 
Lorsque j'ai dit : P^ous iCavet plus de héros , 
j'ai parlé en général et sans exclure aucune 
noble exception : j^entendais seulement indi- 
quer un certain affaiblissement oniversel que 
vous seines tout aussi bien que moi ; mais je 
ne veux point insister, et je vous rends la pa- 
role, H. le comte. 



Je réponds donc , puùsqne vous le voulei 
1^ et Tautre. Vous attendez on grand évé- 
nement : vous savez que , sm- ce point , je 
sais totalement de votre avis, et je m^en suis 
expliqué assez clairement dans Tun de nos 
premiers entretiens. Je vous remercie de vos 
réflexions sur ce grand sujet , et je vons re- 
mercie en particvilier de l'explication si sim- 
ple, si natorelie, si ingénieuse du Pollion de 
Virale, qui me semble toutâ fait acceptable 
w\ tribunal du sens commun. 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 



HÙi LB£ SOIRÉES 

Je De VOUS remercie pas moins de ce qae 
Toos me dites sur la société biblique. Vous 
êtes le premier peosear qui m'ayez un peu 
réconcilié avec une institutioa qui repose tout 
eotiére sur ane erreur ca^ntale ; car ce n^t 
point la lecture y c'est reoseigoement de TE- 
ciiture sainte qui est utile : la douce colombe, 
avaliiat d'abord et triturant à demi le grain 
qu'elle distribue ensuite à sa couvée, est l'i- 
mage naturelle de TEglise expliquant aux fi- 
dèles cette parole écrite, qu'elle a mise à leur 
I portée. Lue sans notes et sans explication , 
' rEcriture sainte est un poison. La société M- 
blique est une œuvre protestante , et , comme 
telle, vous devriez la condamner ainsi que 
moi; d^aillears, mon cher ami, pouvez-vous 
nier qu'elle ne renferme , je ne dis pas seu- 
lement une foule dlndifférenls, mais de soci- 
niens mftme , de déistes achevés , je dis plus 
encore, d'ennemis mortels du Christianisme ?. . 
Vous ne répondez pas..., on ne saurait tmeux 
' répondre. . .. Voilà cependant, il fout l'avouer, 
de singuliers propagateurs de la fol ! Pouvez- 
vous nier de plus les alarmes de l'église an- 
glicane , quoiqu''elIe ne les ait point encore 
exprimées formellement ? Pouvez-vous igno- 
rer que les vues secrètes de cette société ont 



D,g,t,.?(lb, Google 



DE SAmT-PÉTEBSBOURG. 303 

été discutées avec effroi dans une foule d'ou- 
vrages composés par des docteurs anglais ? 
K TégUse anglicane, qui renferme de si gran- 
des lumières , a gardé le silence jusqu'à pré- 
sent, c''est qu'elle se troave placée dans la pé- 
nible altemalÎTe, ou d'approuver une société 
qui Tattaque dans ses fondements , ou d'abju- 
rer le dogme insensé et cependant fonda- 
mental du Protestantisme , le jugement par- 
ticulier. Il y aurait bien d'antres objections à 
&ire contre lasociété biblique, et lameilleure 
c'est vous qui l'avez faite, M. le sénateur ; en 
fait de prosélytisme , ce çui déplaît à Rome 
ne vaut rien. Attendons l'effet qui décidera 
la question. On ne cesse de nous parler du 
nombre des éditions ; qu'on nous parle un 
peu de celai des con^^ersions. Vous savez, au 
reste , si je rends justice à la bonne foi qui 
se trouve disséminée dans la société , et si je 
vénère surtout les grands noms de quelqaes 
protecteurs ! Ce respect est tel, qne souvent 
je me suis surpris argumentant contre moi- 
même sur le sujet qui nous occupe dans ce 
moment, pour voir s*il y aurait moyen de 
transiger avecrintraitable logique. Jagezdonc 
û j'embrasse avec transport le point de vue 
ratissant et tout nouveau sous lequel vous lue 



D,g,t,.?(lb,GOOglC 



304 LES sootes 
faites apercevoir dans on prophétîqae loln- 
iain TeiTet d'une entreprise qui , séparée de 
cet espoir consolateur , épouvante la religion 
au Ueu delà réjouir 

Ccetera desiderantur. 



ta DO OBZdtm et dbbiiibb rktbbueii* 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



NOTES DU ONZrËME ENTRETIEN. 



(Tage STO... La nalioa (rançaiin devait Atre le paai] inslTument ila 
ta |ilu) graude des r£Tolulion>.] 

Ou ne lira pii uni iolér^l le passage wiIiBat d'un livre allemanil 
lutitulé 1 Die Siigeigaclàchu der chriiiUchat Bttigim ineinergemein- 
MiàgenErUanoigiter Offeabamng Joluamt.'Hotemiitrg, lT99,in'8*. 
J.'auleur aDonjoie aat Torl cannu en AUemagae, ma» nullement d;i 
FnuM , qoe je Mcba Ha oiwaa. Son ouvrage mériie d'âtre tu par loui 
ceux qui en annipt la paLiance. A iraven Isa llola d'un Fanaliiine <juï 
fait pear, erat qitod lollere i^rltpj. Voici donc le fusage, qui C9I trèi 
analogue à ce quevieul de dire l'jaterloculeur. 

■ Iti Eccond aoge qui crie : JU^Iona eif mnlM, etl JaciA Dolau. 

■ Peranaue u'a prophéLiai plu* dalremeat que loi uir ce qu'il appelle 
« r^f d» fit (LIUENZBIT). 'Tous leachapitrei lie >on livre cneal: 

■ Bahjbne en lomb^ I m proslituliOD mA tombée ( te lenpi dei lit 
« MI arriva. ■ (fUd. , ch. XIV , v , vin , pag. 421.) 

■ Le Toi LonlgXVI avaii mûri dan* >a loiigDacaptivilé,ct il élail 
lAeittmtmegerteparfaiu, l-ortqn'it fut ntonl£iaTr&^bud,îll"va 
« lesjeui an ciel et dit comme ton n^demplear ; Stignear, pardomiei A 
M mon peuple. Dites, mon cIkt lecteur, li uu homme peut [larler ainsi 

■ «aosilre pinélroCrfMPcAjerfrimsen) de l'esprit de Jc(us-Clirisll Aprpa 
«lui des milliona d'innocents ontjté moissonnas et rassemblés dan» h 
M ffron^par^'épouvanlnbleréiolntion. I^ moiMon a commencé par h 

■ cliampTrançais, et de là elle s'étendra sur tout le clilmp du Seigneur 

■ dinsl» chr6tîent£. Tcaez-voui donc prés, priez et veillei, (Pnge4,U. 

11. 2U 



D,9,N..<i h, Google 



306 HOTES 

-■Cette Mtîon(lafi«ii{ai9e)étailen EDrope la pTêmiéreo 1001:1 
a n'ai pu éloniunt qoe la première an»! elle ait été nire daat aiM 

■ leiaeiu. Leadeui angrs moUioDDean anuineDoeDtpareUe, etiM» 

■ que b moÎHOii Km pr^le dini togle b ehi^tîenld, alon Le Sagneor 

■ pualtnetiDellnGDituulemaÎMonelàtotilpTeBiingeiDrlalerTC>v 
<»ûf.,p^.43l.) 

ie MMiiraiidirepotarqiMi Us docteur* pTotaBnti oal en général 
■n giaodgDit pour [» Ga du moiMle.BeDgel, qDÎécrifaîl îljouiianl* 
■lU i peu préi , eu eomplant, par les pin* doctes ralctili , les années ds 
bMn depuû Tan IlSO. troanit qu'elle denûtétre anéantie précôc' 
mealenl'anDéi; 1106. {Ibid., pag. 453.} 

L'anonjnui que je die nooi dit dTane manière lûen aolrement [-é- 
.rratptoireiallDe^agilpIusdebhb'des p3bû el d'acLeter des leim 

■ poarnpostàitéiUMMMKrttfcplaidf foMpipaar cela. ■ (IM^ 
pag. *35.) 

Tomaales lois -qi^on a bit , dqnis la aaisonce de leur secte , oB 
pea tnp de brnii dioi le ntonde, ils ont toujonn cm qn'il allait Enic 
Déji,d*Bste XTPoède, aaJKrûcooaolleaUeound réformé, dédkninn 
liTTC de jurisprndeoce i l'électeur de Bariére, Relouait sériens en ent 
dans la prélaice, d'avoir enirepriasD oorrage probne doM n k«^ oft 
rmlouetailvUilmmat lafindamtndt.Ce morean mArite d'étredia 
daus la langue originale; nne naduckion D^anrait point de grlce. 

la iochantlneme reriantia»a»anai oeauit,eirçiùiiacagtitJaifirim 
prœtipflaiilliavlpefiadOifiiiilra muan laborii rmpauUlrr m Ui poll- 
licii umBU paalù poM dolMrit... Qman vtl miverM «tadl maekiua 
lutijiuafettafncta^n laboriiM,el tfeaa tenio, iiichamiiiiaKjlagiliâ 
vthHmarbli amfettakl/mlîbia ad eamdan it(»XvTpvar>,iiimqatim 
alU», cette agncimpriniisçKubin ia'oxo^xSaxf«/traiw m odistrl. 
Àeeedil^tierrittut, ipÊa prm «eaUi tM Bdf. farlma, Miaimamlnia 
ioKfëv EetUâa bocin ntrams Monlonim agone duHitimàt tmgtrt- 
bm tl tmbàmU dakiHhm lacttala. 

(Ifattli.WeseiAecuprxf. InFaMlitlM^ 

n. 

((■âge 37 1.... Son Pollio», tjoifnt depuis traduit en a>n bcaus 
vcnGrcOfCt lu daoscetln tangua aa concile Je Niâo.) 



D,9,t,.?(lb,GOOgIf 



■oc ONZIÈME EKTttKTir.5. 307 

Il il';r*l1cD Je plu* curieux que ce que 1g coli''l<rc R<7aea écrie srir 
4e PoUioa. Il ciledebdanefoi une faute d'ialetm tameni M nomeiltK 
qui onl TQqodque ohoM d'exlnuirdinatre dsiii oella pUce, wquiiM 
l'en)ptdie pu uéautDoini ie dire : Jt ik mit Hni dt pbit vam tl d* 
pfu5 rrut que rené ophiim (I). liiii quelle opinltilfll^a^là'anJàU. 
Si quelqu'un ■ cni que Virgile étxit immédiileiMDt inipirë, miU ce 
jju'on uamme nue oprn/on dont on peul m moquer >i l'on veut; mnii 
fe n'esl pu de quoi il l'sgit : veul-i>n nier qu'à la naiisanae du Sau- 
veur funiien DC fât daus l'aiLeute de qudque fp-oml irènemeiiiî 
Nuu , lautdwilCi laclMee u'eN pu pooible , elle doala(»iiun«ulateiir 
«OUI lent lui-dDdiae que joauiit la fiirmr iei pn^th^iUi ne fin plai font 
qu'actllt ^poq«t{'î'}, tl i/ae, panai tel prophttiet, UmeiaUmt^i 
promeliail une iamaut/ttitiiéi il «joule que Virgile lira bom parli 4* 
iCei oracia (3). CaX an nia que Bsjue , iraorobaiiger l'état de U que»- 
tiou, ooui répète leiréQesiauibinaletiKr te M^ppû du Jlanraini pour 
la luperMitiuni judiique* (4) ; cir, cmu lui denMMler ce qu'il ealend 
par le* supeniiiioiu judaïquOf eeai. qui auroaL lu acituiiTOneiti cet 
CDLrelieDi «oronl pu <e coovaiucre que le «jiUiiie religieux d«> JuiCl 
nenuinqiioili Rome ni de coneaisieurs , ni d'approhaleun , ni de par- 
litaoi dicUcëi, ntéme daoi lea pUu Iiauiet claiie^ Nous leiioua eu- 
Cflre de fiejoe na'Htrode aail l'ami pariicalier tl l'boieiie Pollion; M 
ijne HicolOÀ de Damât , trii habile homme , gui ovoij/aii (ri i^jrri de 
et tnéine Hdrode el quitlail un favori ieAugiaK,avaîibKitpuiminiiit 
cepi-iBCedtt opinium judiaque». Il iic taul donc pu croire lu* Rumaiiu 
lî £lranger* i l'hijCoire el 1 la croyance des Rchreui i nuit encore unj 
rnitce n'eslpni de quoi il ('agïL&Djùt-On i l'époque marquée gii'im 
grmtd totmmtBI uUail More ? Que fOritul {emporterait ? Que det hem- 
met fallu du lu Judée attuielliraiail le monde ? hrbit-on de loui côlà 
d'iaujanme aaijvtu , d'uii rirAmi rBiraaàeax pnU à detteudn 4a eiH , 



(I] Bkim fi-il «lipod (SitijUiimn mrvhm 



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