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Full text of "Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845. Ser. I. Dynastie ..."

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SOURCES INEDITES 
L'HISTOIRE DU MAROC 

COLLECTION DE LETTRES, DOCUMENTS ET MÉMOIRES 
l'UULlÉE SOUS LES AUSPICES 

DU COMITÉ DU MiKOC 
KT DK L'UMON COLOMM.E KHANÇAISE 



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SOURCES INÉDITES 

L'HISTOIRE DU MAROC 

de i53o à 1845 
Le Comte HENRY DE CASTRIES 

PREMIlîKE SÉRIE — DYNASTIE SAADIENNE 
i53o-i66o 

ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUES HE FHA^CE 

TOME I 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

38, RUE BONAPARTE, a8 
1905 



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FAC-SIMILE D'AI 
DE l'Atlas dic Mkhcator kI 



RÈS UNE CARTE 

îDiTÉ A Amsterdam en 1607. 

DigHizcdby VjOC 



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AVANT- PROPOS 



11 ne s'agit pas ici de l'ample introduction par laquelle s'annonce 
toute synthèse historique. Je voudrais seulement exposer à cette 
place comment j'ai été amené à entreprendre ta publication de cette 
collection de textes, alors que mon intention première avait été 
d'écrire une histoire du Maroc. 

Les bibliographies, par les richesses qu'elles étalent, produisent, 
à première vue, un certain éblouissement ; c'est ainsi que les 
2063 numéros de l'excellent répertoire de Sir R. Lambert Playfair 
font croire à la possibilité d'établir une sérieuse histoire du Maroc 
avec des matériaux aussi abondants, ce qui est malheureusement 
inexact. Sans vouloir médire des bibliographies, les plus précieux 
des instruments de travail, il n'en est pas moins vrai qu'à l'usage 
on découvre bien vite la pauvreté qui se caclie derrière ces nom- 
breux titres enregistrés le plus souvent par les professionnels d'après 
des signes extérieurs' ou au cours de lectures rapides et superfi- 
cielles. Encore, lorsque la nation, objet d'une de ces bibliographies 
dites « nationales », est très connue, lorsqu'elle appartient au 
monde civiUsé, ces richesses livresques sont-elles moins sujettes à 



I. Ces BÎgDe» eiléri«ur> soDl quelquerds 
perfides : c'est ainsi que Plajfair, prenant 
la 3' personne du préUrit du verl>e portu- 
gais fa:er (fe:) pour U villa de Fei. a 
enregistré dans sa bibliographie l'ouvrage 
suivant de Va7. de Alh*d« . oi'i il est ques- 
tion d'uD naufrage au Cap de Bonne-Espé- 
raoce : Tratato do succeso ijue teve a nûo 
De Gastkieb. 



S. Joùu Batiila, e Jornada que Fez («ic) a 
genfe que délia etcapoa, deide trinta e 1res 
graos no cabo da Boa Esperanfa, onde Fe; 
(sic) Naufragio aie Zafala, Dtndo sempre 
Marchanda par terra. Lisboa. i6ï5, in-S°. 
Plitf*ir, a Bibliographe of Morucco, 
p. alg. n» 164. 

I. — û 



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n AVAST-PBOPOS 

oaulion. Mais, s'il s'agit d'un pajs généralement ignoré, d'un peuple 
h demi barbare, on trouve alors mentionnés dans les bibliographies 
soit de nombreux livres ayant entre eux des ressemblances 
suspectes, soit des oeuvres de pure imagination. 

« La plupart de ceux qui escrivent, remarquait déjà Pasquier, 
sont ou copistes, ou abréviateurs. ou, si vous me permettez user 
de ce mol. rabobelineurs de livres' ». Pour le Maroc, les rnboheli- 
neurs discrets ou indiscrets ont été légion ef l'on a vu le niénte 
ouvrage renaître plusieurs ibis de ses propres cendres et être pré- 
senté au public sous des formes plus on moins rajeunies. A côté 
des écrivains qui ont démarqué les œuvres de leui-s devanciers ou 
qui, sans contrôle, ont reproduit fidèlement leurs récits et leuis 
jugements, se place la catégorie nombreuse de ceux qui n'ont pas 
vu ce qu'ils décrivent avec détails, de ceux qui, ayaiil vu, « en 
veulent trop conter», de ces auteurs à imagination féconde dont 
l'unique préoccupation est d'inventer les prodiges et 1rs fnits inouis. 
pour piquer la curiosité du lecteur. Bref, lorsque, après un exa- 
men critique, on a retranché de la BibUography of Morocco toutes 
ces non-valeurs, il ne reste plus qu'un petit nombre d'ouvrages 
pouvant fournir quelques assises à une solide constniction histo- 
rique. 

Il est vrai que, pour compenser ces éliminations nécessaires, 
celui qui entreprend un travail d'histoire est à peu près assuré de 
découvrir <les œuvres ignorées des bibliogitiphes professionnels 
dont, comme nous l'avons dit. l'attention est surtout éveillée par 
les rapports purement extérieurs des titres avec le sujet qui les 
occupe. C'est souvent dans telle chronique échappée à leurs 
recherches que se fait la meilleure moisson. J'ai en la bonne for- 
tune d'en exhumer quelques-unes, mais, malgré ces découvertes, 
la documentation par le hvre restait encore insuffisante pour établir 
une histoire du Maroc. 

Faut-il s'en étonner, alors que, de nos jours, la critique a 
reconnu que notre histoire nationale, construite cependant avec 
des matériaux de premier choix., comme le sont les œuvres de nos 
grands historiens, renfermait encore bien îles inexactitudes et pré- 

I. PAsquiEH, Lettre*, t. 1, y. (Kl^. 



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AVANT-pnopos m 

ppnlait quelques lacunes. Pour le Maroi', si, dans le domaine géo- 
graphique, des exploralions savantes et hardies sont arrivées à 
faire disparaître peu à peu les principaux blancs de ia carte, 
dans le domaine de l'histoire, ces blancs, ces lacunes n'ont pas 
disparu. Pour certaines époques, la matière historique fait défaut, 
absolument défaut dans les ouvrages imprimés, et l'on peut 
affirmer qu'au point de vue de l'incertitude des faits et des juge- 
ments, il n'y a pas d'histoire qui soit comparable à celle du 
Maroc. 

11 fallait donc opter entre deux partis : utiliser des ouvrages 
sujets à caulion, reproduire, sans pouvoir les contrôler, les récits et 
les appréciations du passé, adniellre des faits dont l'authenticité 
était douteuse, ou bien rejeter tout ce qui était incertain et faire 
une histoire amorphe dans laquelle les pei-sonnages et les laits 
auraient été également incolores. Ce second parti eût été à la 
rigueur acceptable si, à défaut d'une œuvre vivante, il avait été 
possible de faire une œuvre complète, mais, comme il a été dit, 
même dans cette sorte d'abrégé liistorique, il aurait fallu laisser 
subsister bien des lacunes. C'est à peine si les noms de tous les 
souverains eussent pu être donnés avec une entière certitude. 
Quant aux dates — et je ne parle que des plus importantes — elles 
eussent été flottantes, incertaines, quelquefois contradictoires, telles 
qu'on les trouve dans la plupart des auteurs ayant écrit sur le sujet. 
Sans doute, il peut paraître superflu de connaître les faits de l'his- 
toire du Maroc, à quelques années près: mais, si la précision 
ligoureuse d'une date est souvent en rite-même chose indifférente, 
elle ne l'est pas dans ses conséquences et l'antériorité d'un fait sur 
un autre peut être d'une importance capitale à étabUr. si l'on veut 
en déduire une relation de cause à effet, 

11 s'imposait donc de rechercher de nouveaux éléments d'infor- 
mation et de recourir aux sources authentiques, aux documents 
originaux, en un mol, d'entreprendre dans les dépôts d'archives et 
les collections de manuscrits, une active campagne d'exploration. 
J'ai commencé cette enquête, œuvre de longue patience, en France, 
en Angleterre et dans les Pays-Bas. Dès les premiers résultats, 
s'est pleinement affirmée l'efficacité de la méthode. Traités secrets, 
correspondances d'ambassadeurs, mémoires, contrats d'affrètement, 



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AVAXT-PBOPOS 



associations dr Irafic. etc., etc., onl it'pandu un jour nouveau sur 
. l'histoire du Maroc, rectifié des dates erronées', révélé des événe- 
ments ignorés ou assigné à ceux qui étaient connue leurs véritables 
causes, en dévoilant les négociations secrètes des chancelleries. Cet 
empire, si jalousement fermé aujourd'hui, et dont le système poli- 
tique semble âtre uniquement de se refuser à toute évolution civili- 
satrice, m'est apparu au xvi" et au xvii° siècle mêlé d'une façon 
active à la vie des grandes nations maritimes de l'Europe. A côté 
des agents et des diplomates ayant pris place depuis longtemps 
dans l'histoire du Mai-oc, ont surgi les figures secondaires, mais 
quelquefois plus intéressantes, de Sforza, de Cabreltc, de Coy- de 
Amous de Lisle, de Ruyl, de Saint-Mandrier, de Sherley, des 
Pallacbe, des Le Gendre, de Mathieu de Lesseps, de Broussonel, 
de Burel, de Franceschini, etc. 

Les recherches avaient abouti, la récolte des documents avait 
été fructueuse, mais une question restait encore à trancher. Fallait-il 
construire d'ores et déjà une synthèse historique, en utiUsant, sans 
les publier, tous ces documents tels qu'ils avaient été tirés des dépôt» 
d'archives ou des collections diverses ? La réponse négative a été 
formulée par un maitre en la matière et c'est elle qui a été choisie 
comme épigraphe de cette collection, malgi'é son aspect paradoxal : 
« Hislory cannot be writtenfrom manuscripis ». L'histoire ne peut 
être écrite d'après des manuscrits, c'esl-à-dire, d'après des docu- 
ments à l'état brut, sur lesquels la critique n"a pas encore travaillé 
pour en fixer les dates, pour en identifier les événements ainsi que 
les noms de pei-sonnes et de lieux. C'est à ce patient et pénible 
labeur de recherche, d'appropriation et de publication de docu- 
ments que j'ai employé mon activité tout entière et c'est pour cette 
aride, mais indispensable, besogne que j'ai provisoirement renoncé 
à mon intention première d'écrire l'histoire du Maroc, ne voulant 
pas inscrire ce titre « sur le frontispice d'un ouvrage dans lequel, la 



I . C'eit aiDti qu'uo document portugais reproduiiant une erraur de Marmol. erreur 

dtté de Santa-Crui-du-Cap- de-Guir, imputable vraisembUblemenl ï un« mau- 

lo septembre i537, m'a fait rejeter, pour vaïie lecture du manuscrit de cet auteur, 

la pHte de cette ville par les armées du qui a fait prendre i536 pour i54i. V. p. 



Chérir, la date du la août i536, que don- ia6, □ 
L les cbroniqueurs et les II isto riens. 



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AVATfT-PHOPOS 



porte passée, vous ne trouvez que des enfileures de tnémoirea r 
de tous venants*. » 

Quant à publier ces documents dans des appendices a la suite 
des volumes de l'histoire du Maroc, comme pièces justificatives, 
c'était de toute impossibilité, puisque ces documents, pour une 
période de trois siècles environ, formeront à eux seuls une collec- 
tion de vingt-quatre volumes. 

Il reste à expliquer le titre de Sources inédites adopté pour cette 
collection. Si tels volumes, comme ceux consacrés aux documents 
recueillis dans les Pays-Bas, le justifient pleinement, ce litre sem- 
blera peut-être moins légitime, appliqué à quelques autres qui 
renferment des relations déjà imprimées ou des documents publiés 
dans divers recueils. Malgré cette objection, il a paru préférable 
de donner à ce Corpus un titre uniforme qui, s'il n'est pas rigou- 
reusement exact, a cependant l'avantage d'être moins compréhen- 
sif que ceux de Sources ou de Sources originales. La distinction 
entre l'imprimé et l'inédit, très simple en apparence, est en réalité 
fort délicate : les spécialistes les plus intransigeants admettent 
aujourd'hui le classement parmi des médita de ces plaquettes peu 
répandues qui apparaissent de loin en loin dans les catalogues de 
ventes avec l'épilhète de rarissimes, pièces difficiles à atteindre, 
parce qu'elles font parfois défaut dans les plus riches bibliothèques 
et presque toujours ardues à consulter à cause de leurs incorrections 
typographiques et de leurs obscurités. C'est à bon droit que ces 
plaquettes revêtues pour la première fois d'un appareil critique 
peuvent être regardées comme des sources inédites. 

Ce n'est pas non plus sans motif qu'il a été fait une place dans 
cette collection à des documents figurant déjà dans d'autres recueils. 
Tel érudil, qui a publié la correspondance dun roi ou d'un homme 
d'Etat, n'a pu exercer également son activité critique sur tout ce 
qui était rapporté dans les dites correspondances. S'il connaissait 
dans ses grandes lignes l'histoire de l'époque envisagée, il n'est 
pas téméraire d'avancer qu'il ignorait l'histoire intérieure du Maroc. 
Il se trouvait par là dans l'impossibilité de relever certains indices, 
de suivre des traces, des allusions fugitives qui avaient leur impor- 

I. D'.\ua;cNÉ, Histoire aniveneltc, Prérace, p. ï. 



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Tl AVA>T-PROPOS 

tance pour fixer îles points d'histoire marocaine. A celle difficulté 
venait s'ajouter pour lui celle des mauvaises tranecriplions de» 
mots indigènes les rendant parfois méconnaissables. De là. dans 
les documents ainsi publiés, dos lectures défectueuses comme le 
chétif roi de Fez pour le Chérif, roi de Fe: : des identifications 
inexactes comme la ville de Mazagan confondue avec celle de 
Mazagran'. Ces exemples, entre bien d'autres, permettent de se 
rendre compte dn travail qu'on a di'i faire subir à ces textes pour 
les mettre au point et les rendre utilisables en loule sécurilé. 
On est donc autorisé à ivgarder comme des sources inédites de 
l'histoire du Maroc des documents qui, ainsi reslilués et clarifiés, 
ont fourni des données nouvelles sur cette histoire. 

S'il pouvait entrer dans mon espnt <)ueti|ue hésilatlon au sujet 
du titre à donner à cette collection, il n's eu avait aucune sur 
l'objet ([ue je me proposais. Mon ambition était de réunir dans un 
vaste ensemble disposé pour l'étude tous les documents concer- 
nant l'histoire du Maroc de i53o à i8'i5 et de créer ainsi un 
instrument de travail aussi complet que possible jiour tous ceux 
qui auraient à faire une recherche intéressant le passé du Maroc, 
spécialement pour ceux qui, travaillant au loin, sont privés des 
ressources que présentent les grands centres d'études. Je sais par 
expérience pei-sonnelle combien telle monographie, faite exclusi- 
vement avec les sources indigènes et quelques ouvrages de seconde 
main, aurait gagné, si son auteur avait pu rccourir aux documents 
originaux conservés en Europe. 

Le Comité dl Maroc et I'Umo Colomale Française ont bien 
voulu reconnaître à celle Collection ce caractère d'utilité, ils ont 
jugé qu'elle serait le sahsfrafam nécessaire des futures études sur 
le Maroc et c'est pourquoi ils lui ont accordé l'appui de leur haut 
patronage. Qu'il me soit permis, à cette place, de leur exprimer 
loule ma reconnaissance pour leur précieux concoui-s, sans lequel 
j'aurais hésité. à entreprendre une publication aussi considérable. 

On objectera peut-être que les pièces publiées dans cette collec- 

I. Ces identifications erronées se rcn- lille de MascarcU (La Calle) ajanl ptû coo- 

contrent dan* dct ouvrages de la plus fondiii; utec Mascara, on a l'crit que II 

grande valeur et sont parfois suivies de pèche et la pro[iBralion du corail se faisaient 

commentaires étranges. C'est ainsi que la i Mascara, en .Algérie. 



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AVANT -PROPOS 



tion sont d'importance très inégale, qu'une sélection s'imposait, 
que certaines auraient pu être données en analyses ou fondues 
dans tes notes. J'avoue être du nombre de ceux qui pensent qu'il 
n y a pas en ces matières de critérium de l'importance et de l'uti- 
lité, et que nul n'est en droit de déclarer a priori qu'un document 
est inutile'. 11 ne peut venir à personne l'idée de juger de la valeur 
d'une pièce par son étendue, alors que l'on sait qu'une seule date 
authentique, une mention de quelques lignes, a souvent pour la 
critique historique plus d'importance qu'un long mémoire. La 
méthode des analyses combinées avec des extraits, qui est celle 
employée dans les Calendars of State Papers, a d'ailleurs été jugée; 
malgré les services rendus par celte œuvre colossale, on doit recon- 
naître que, dans bien des cas, elle ne saurait dispenser l'historien 
de recourir aux originaux. Quant au procédé consistant à reléguer, 
dans les notes, des documents soit-disaiit moins importants, il est 
également très défectueux, parce qu'il rend presque impossible 
d'annoter des textes qui figurent déjà en notes el d'indiquer les 
références de ces documents in extenso. Ceux qui ont eu à con- 
sulter le recueil de Charricre intitulé Négociations dans le Levant 
seront unanimes à condamner cette méthode. 

Pour les documents en langues étrangères, je me suis conformé 
à la règle généralement admise dans les publications analogues et 
je les ai édités dans leur langue originale. Il ne pouvait être question 
de mettre au jour des documents inédits, en en donnant seulement 
une traduction française, une pièce perdant, par cela seul qu'elle 
est traduite, son caractère d'original et la plus grande partie de sa 
valeur documentaire. Quant à donner tous les documents en texte 
et en traduction, c'eût été surcharger considérablement les volumes 
et cela n'a pu être fait que pour les pièces arabes et néerlandaises. 
Il sera suppléé à l'inconvénient résultant de ce manque de traduc- 
tions par des notes et des analyses substantielles toujours données 
en français. En outre, seront traduits en français les documents 
étrangers dont il existe des copies modernes dans nos dépôts d'ar- 
chives, et dont les textes seront publiés, quand ils seront ren- 
contrés à l'état d'originaux dans les dépôts étrangers^. 

I. Ch.-V, Lji.<iglois, Introtl. aux itudts ». Le cas est assez rrà|ucnt;on sail en 

hittoriques, p. 109. cflel que, depuis l'cvolulion accomplie dans 



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TIII AVANT-PROPOS 

Fidèle à ce principe du respect du document original, j'ai donné 
les textes sans en moderniser la forme et sans les ramener à l'ortho- 
graphe actuelle. Les seules libertés qui aient été prises avec les 
originaux consistent dans l'emploi régulier de la ponctuation ainsi 
que des majuscules et des minuscules et dans le développement des 
abréviations. Pour les accents, j'ai rétabli ceux qui étaient indispen- 
sables à l'inlelligence de la phrase ou dont ta suppression aurait par 
trop défiguré l'aspecl des mots. 

La méthode de classement a pour une collection de texios une 
grande importance; je ne me dissimule pas les imperferlions de 
celle qui a été adoptée, mais la nécessité l'a imposée. Les matériaux 
de l'histoire du Maroc sont actuellement disséminés dans les dépôts 
d'archives et les bibliothèques des principaux Etats de l'Europe. Il 
eftt été sans doute préférable de les présenter tous dans une seule 
série chronologique, sans tenir compte de leuf lieu d'origine, mais 
c'eût été ajourner indéfiniment la publication. On a donc été con- 
duit pratiquement à répartir les documents en trois séries 
embrassant trois périodes de l'histoire moderne du Maroc. Dans 
chaque série, les documents ont été groupés en volumes, suivant 
les pays qui les ont fournis et, dans chaque volume, suivant l'ordre 
chronologique. Ce classement composite, tenant compte de la pro- 
venance et de la date, exposait à répéter des sommaires et des 
notes ou à se référer continuellement de volume à volume, puisque 
les pièces concernant un même événement allaient se trouver 
distribuées dans ceux d'une même série. Il a paru préférable, 
pour ne pas établir entre les volumes un lien de dépendance 
trop étroit, de reproduire sous une forme abrégée les principaux 
sommaires et les notes les plus essentielles et de ne recourir 
qu'exceptionnellement aux références de volume à volume. Aussi 
bien, ce dernier mode de faire eût été souvent impossible, les 
volumes n'étant pas établis tous à la fois. 

Les inconvénients résultant de cette méthode de classement seront 
d'ailleurs très atténués par des Index et une table chronologique 
qui permettront de se reporter facilement à l'ensemble des docu- 

la icience historique ek l'imputsion donnée « chargés de miBsions a pour relever dans 
i la recherche des documents, le gouverne- le« dêpAli d'archives les pièces pouvant 
ment françds a cnvojé k l'élrangor des inlérc'scr noire histoire nationale. 



, Google 



ments correspondant à un événement ou à une époque donnée. 
Ces index, établis d'après l'ordre alphabétique, seront au nombre 
de quatre : 

Index des noms de personnes. 
Index des noms de lieux. 

Index des matières (Esclaves, Commerce, Sucre, etc.). 
Index bibliographique donnant in extenso les références des 
ouvrages cités. 
La table chronologique des documents, permettant la recherche 
des pièces d'après leurs dates, remédiera à t'ahsencc de ces dates 
dans les titres courants. 

La Collection des Sources inédites de l'histoire du Maroc 
comprendra trois séries. 

Pbbmière Série. — Dynastie saadienne, i53o-i66o. 
Deuxième Série. — Dynastie filauenne, 1660-1757. 
Troisième Série. — Dynastie filaliense, 1757-1845. 

Ces trois séries correspondent par leurs dates extrêmes à des 
divisions logiques de l'histoire moderne du Maroc : la première 
période présente même une véritable unité, puisqu'elle coïncide 
avec la durée de la dynastie saadienne ; la seconde pourrait s'ap- 
peler le siècle de Moulay Ismaïl, le long et glorieux règne de ce 
chérif la remplissant en grande partie. Enfin la troisième période 
a élé arrêtée à la date de 18^5, qu'on peut regarder comme le 
point de départ pour le Maroc de l'histoire contemporaine. C'est 
la date des stipulations délimitant l'Algérie et le Maroc et celte des 
traités nouveaux passés entre les principales puissances euro- 
péennes et l'empire chérifien. 

Il me reste, avant de terminer, à satisraire à une double obliga- 
tion. Je voudrais, tout d'abord, solliciter l'indulgence pour les 
erreurs qui, malgré les soins apportés à l'examen critique des 
documents, se rencontreront inévitablement dans une œuvre aussi 
considérable. Ma carrière africaine et mes goûts m'avaient plus 
préparé à l'action qu'à l'érudition et il m'a fallu un long apprentis- 
sage pour m'initier aux rigoureuses méthodes de l'Ecole des Charles. 
Mieux que personne, je connais les points faibles et les lacunes 
que présentent certaines notes d'identification. Pour que l'appareil 



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X AVANT-PROPOS 

critique fôl sans défauts. Il aurait fallu au moins que la docu- 
mentation fût entièrement achevée; or ce volume n'est, en quelque 
sorte, que le premier versement de pièces justificatives fait au dossier 
de l'histoire du Maroc, et cette histoire ne pourra être définitive 
qu'après la production de tous les documents de l'enquête. Je 
réclame aussi cette indulgence pour les pièces qui ont pu échapper 
à mes patientes el méthodiques investigations. Les efforts indivi- 
duels, si persévérants qu'ils soient, ne peuvent suffire à recueillir 
des documents aussi dispersés et il esl indispensable que raolinn 
gouvernementale vienne seconder l'initiative privée. 

Je voudrais, en second lieu, exprimer ma reconnaissance à tous 
ceux qui m'ont libéralement facilité l'acrès des Dépôts confiés à 
leur haute direction et spécialement à Sir Maxwell Lyte, Directeur 
du Public Record Oflirc: à M. le D' Schlitler, Direcleur du Kais. 
und Kon. Haus-, Hof- uiid Slaais-Archiv et à M. le Professeur 
D' Karabacek. Directeur de la Kais. und kun. Hof-Bibliotliek. ù 
Vienne; à M. de Itiemsdljk. Direcleur du Ilijks-Archief et à M. le 
professeur Kramer, Direcleur Un konînklijk Huis-Arcliief à La 
Haye; à M. Farges. chef du Bureau historique au Ministère de» 
Affaires Etrangères; ù M. linin, rédacteur principal an Ministère 
de la Guerre, elc. Je dois un témoignage particulier de gratitude 
Ji M. Morel-Falio, secrétaire de l'Ecole nationale des Chartes, qui 
a bien voulu m'aider de ses conseils cl de son expérience. Kntîn. 
j'adresse ici mes remercîments à tous ceux qui m'ont fourni avec 
une inépuisable obligeance tant d'utiles indications ou m'ont 
apporté leur concours, sous quelque forme que ce soit, et spéciale- 
ment à MM. Francisco Codera et Asin, professeurs de langue 
arahe à l'Université de Madrid, et à M . Hondas, professeur de langue 
arabe à l'Ecole des Langues Orientales vivantes. 

J'aime à entrevoir pour la continuation de celle œuvre à peine à 
ses débuts ces sympathies et ces précieux concours; d'autres, je 
l'espère, viendront s'y ajouler. el. gnicr à tous ces elTorls, la vérité 
historique surgira victorieuse refoulant l'erreur el la légende : 



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DISPOSITION TYPOGRAPHIQUE 



DISPOSITION TYPOGRAPHIQLE 



La disposition typographique suivie dans cette collection de textes est. à peu 
de chose près, celle adoptée dans les recueils analoiçues et ne comporte que 
quelques brèves explications. 

Le numéro d'ordre attribué à chaque pièce, d'après sa place dans l'ordre 
chronologique, a été conserve aux dilFérents textes et aux traductions de la dite 
pièce ; il a été ajouté, à ce numéro, suivant le nombre des copies ou traductions 
dérivées d'un même orip;inal. l'indication bis, 1er, quaier, etc. 

Dans les titres des documents, on a restitué au\ noms propres leur trans- 



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INSCRIPTION 



Icinent, lorsqu'il pouvait y avoir contusion entre plui 
auteur. L'index bibliographique, dont il a été pari 
d'une façon complèle les titre» des ouvrage» cit^s. 



im ouvrage» d'un m^mc 
i -dessus, fera connaître 



TRANSCRIPTION 



, ARABE E?i 



FRANÇAIS 



Pour la transcription de l'arabe en français, il v a deux cas à cnvisaj^r. 
Quand les mots appartiennent k un original, ils ont clé scrupuleusement con- 
servés dans leur forme, et. au besoin, idcntifit-s dans de» notes. Par contre, 
il a fallu adopter une méthode de transcription pour les litres, les sommaires, 
les analyses et les notes, ainsi que pour les traductions de documenlt. 

Une vérité indiscutable en moliérc de transcription d'arabe en français est 
que tous les systèmes sont défectueux, et Kresnier ajoutait, non sans raison, 
dangereai'. Sans doule, certaines graphies savantes el compliquées rendent 
service aux philologues, en leur permettant de reconstituer approAimativement. 
sinon la prononciation, du moins la ligure, l'orthographe des mots, mais elles wnl 
d'une inutilité absolue pour la mas.>tc des non-arabisants, qui devraient, pour en 
tirer parti, s'initier à des réj-les el A des équivalences aussi ardues à posséder 
que la langue arcil>e elle-même. Ces transcriptions savantes présentent, en outre. 
<ieux inconvénients ; elles donnent an lexlc. hérissé de poinU, d'accents et de 
signes hétéroclites, <m aspect rébarbatif et entraînent l'obligation de déligurer 
des mots déjà francisés, comme «lïi/, ra:;ia. On se trompe généralement sur les 
besoins du lecteur non-arabisant. Ce qu'il réclame, ce n'est pas une trans- 
cription d'après une règle inllexible, immuable, exposant à donner a certains 
mots des graphies insolites ': ce qu'il exige — et à bon droit, — c'est une même 
graphie pour un même mot. Comment serait-il choqué de lire En-.\ai:er avec 
un ç et Ei-Maniour avec un s, puisqu'il ne songe pas à faire un rapprochement 
graphique ou phonétique entre ces deux mots, issus cependant <le la même 
racine N. Ç. B. ou N. S. R. 

Parlant de ces principes, je me suis conformé généralement au tableau de 
Iranscriplion reproduit ci-dessous; le procédé est rndimcnlaire, puisque plusieurs 



d'uMge de renvo}'cr, nous ilonnom la réfé- 
rence par l'indication du livre et du cha- 
pitre lubitituée \ celle de la page, co qui 
permet au lecteur de so reporter aussi 
racilernent k l'original qu'à la traduction. 
Cette règle a £lé soigne uicment obeervéc 
pour l'ouvrage de Mahmul, dont la traduc* 



r Perrol d'Ablaii 



infi 



dèlo. 



. Bhe!.:i 



I praliijatet ihéorî-jur 
lie lanyuc arabe, p. a i , 

3 Comme celles rcsultaiil du redouble- 
< «rsbcs transcrites rn 
: double lettre : Itk. dj. 



, Google 



TRANSCRIPTION XIII 

lettres arabes sont transcrites par un même caractère en français, alors que, 
dans d'autres cas. la mâme lettre arabe correspond à plusieurs sons ou mieux à 
plusieurs graphies, en français. Ses principaux avantages sont de n'employer 
aucune accentuation * et de supprimer, en grande partie, les consonnes doubles 
Ik, dh, etc. 






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Il a été, bien entendu, dérogé à ce système de transcription, lorsqu'il s'est agi 
de mois à demi francisés par l'usage, auxquels j'ai conservé leur forme 
habituelle. 

:. Les accenit que l'on rencontrera >ur de Irsuacriplion, Le lecteur Don-arabiBant 

le) vojrelles ont pour objet de prolonger la ne sera pas beaucoup plus avancé, quand il 

durée du son de ces vojellea. J'ai fait sâurii que, pour prononcer eatle coDwniw. 

usage, dans quelques cas rares, d'accents il faut produire a une forte contractiun du 

aigus et d'accenti graves, en leur attribuant gosier, lelle que celle que l'on fait pour 

la même valeur qu'en français ; l'e muet a imiter le mugissement du taureau ». 

ilé supprimé après les consonnes finales. Uoudas, Pr^e. dt gramm. ar,, p. 9. 

3. Cette lettre est l'écueil des sjrsièmes 



, Google 



La transcription des noms propri?4 de lietix h été Taile en usant de la même 
tolérance, cl, aux formes TanJja, Titaoun. Kl-Araïch, Asfi, j'ai préféré celles 
plus familières de Tanger. Télouan, Laraclie, Safi. [*ar exception, j'ai cru 
devoir restituer à la ville de Maroc son nom de Merrakech, ce qui m'a paru 
indispensable pour éditer une confusion entre un nom de pavs et un nom <te 
ville, confusion qui a fait prendre parfois le rovanme de Merrakech pour le 
Maroc tout entier. J'ai également renoncé à employer la forme Mequinez. plus 
compliquée et plus illogique que celle de Mékinès. 

Pour les noms des personnes, spécialeincnt |>our ceux des souverains, je me 
suis attaché îi les donner sous une forme identique et constante et j'ai évité, 
autant que possible, de les désigner tantàt par l'un de leurs nombreux noms, 
tanti^l par l'un de leurs nombreux surnoms ■. sachant combien ce modede faire 
déroute le lecteur. On jugera par un evemjile des obscurités qui j>eu>eut en 
résulter. Le (roisième souverain de la dvnastie saadicnue s'ap|)elle .\l)OU 
Abdallah Moulay Mohnmined ben Moula/ Abdallah : il est surnommé El- 
Moataoaakkil ala Allait ' (celui qui se résigne à la volonté de Dieu). O surnom 
de forme religieuse est celui que les Cliérifs avuicnt eoutuiuo d'adopter, lors de 
leur reconnaissance, de leur buta (intronisation). Ce même souverain, (ils d'une 
esclave, a été appelé pour celte raison l-'l-Aid (le Nègre) ; enlin, les historiens 
. l'ont surnomme El-Mfslouklt (l'Ecorché), parce que son corps fut dépouillé el 
empaillé. Ce cbérif sera appelé Moulay Mohammed el-Meshukh, le surnom 
étant écrit en italiques et étant emplovc toutes les fois qu'il jiourrait v avoir 
confusion entre souverains {>ortanl le même nom. 

Il a paru préférable de ne pas agglutiner l'arlictc au substantif, comme le 
font certains auteurs. C'est se méprendre, à mon ovis, sur la relativité de ces 
deux mots, car il est évident que le premier est plus contingent que le second. 
Par suite de cette méthode, tous les noms prennent une même ap|Kirence, ce 
qui complique les recherches dans le texte et dans les Inde\. J'ai relié l'article 
au nom par un trait d'union cl t'est le seul ras où il ait clé fait us;ige de ce 
signe grammatical dans la transcription de l'arabe en français, (iet article (el, 
er, el, e:, etc.) est laissé avec une minuscule quand le surnom suit le nom sans 
interruption (Moutay Abdallah el-Ghnhb...), mais il prend la majuscule quand 
il est employé tout seul (El-Ghdlib. El-Abdj. 

Enfin, on ne trouvera qu'exceptionnellement dans cette collection de textes 
relatifs au Maroc le mot Marocain. C'est le mol Maare qui. sous la forme 



I. Le* surnom» eui-mèmes sont quel- oreilles el qu'il ne faut pas déranger 

quefoii abrégés pour alléger le récit; c'est l'es[icct de mois connus, j'ai conservé la 

ainsi que le Iccleor est obligé à un efTorl forme Allah dans les surnoms oii le nom 

pour reconnaître dans le nom de £J-G'i(!/ii île Dieu entrait en composition. J'écrirai 

lechérif.4.bouMohBmmcdMoula«Alnlalliil., donc: El^^foalaoaakkil ala Mtah. El-Ghdlib 

lurnommÉ El-Ghâlib bi Allah. bi Atlah.auWeM •ieEl-Moulaouahkil /ilallahi. 

1, fidèle ï ces principes qu'il Taitt écrire El-Ghdlib biUaU. 
pour les jeul du lecteur et non pour ses 



, Google 



ABBÉVUTIONS PIIINCIPALES \V 

Wor^, ('lail on usage, au xvi'. au wiT cl même au wni' siècle, pour désigner 
les indigènes, et j'ai cru devoir le conserver dans les sommaire»!, les analyses et 
les notes: il a l'avantage d'être vague, tandis que celui de Marocains tend à 
donner des habitants du Maroc l'idée de sujets d'un Etat unifié, conception très 
inexacte. 



ABRI^VIATIO\S PRINC1P.\LES 

B. N, — Bibliothèque Nationale. 
/. Jf. — Folio, folios, 
ms. mss. — manuscrit, manuscrits, 
n. st. — Nouveau stjle. 
s. 1. n. d. — Sans lieu ni date. 
SS. Hist. Maroc. — Sources inédites de l'Histoire du Maroc. 



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LES DYNASTIES MAROCAINES OE 1*70 A 1670 







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PAIEMENT A L AMIRAL DB BRION 



PAIEMENT A L'AMIRAL DE BRION POUR LE VOYAGE A FEZ 



Un commerçant Trançais, Hémon de Molon', venu au Maroc en i53i-t53a. 
ayant fait, h son retour, des descriptions enthousiastes du pays et de ses richesses. 
François I" se décida à y envoyer une mission moitié commerciale, moitié diplo- 
matique^; l'ambassade fut confiée au colonel^ de Pïton* et la galéasse royale 
le Saint'Pierre commandée par le génois BapUste Auxyllia fut affrétée pour le 
voyage. Le colonel de Piton était porteur d'une lettre de François I" adressée k 
l'empereur du Maroc^. Il emmenait avec lui cinq gentilshommes et Hémon de 
Molon. La mésintelligence ne cessa de régner entre l'ambassadeur et le capi- 
taine de la galéasse, au cours du voyage et après le débarquement de la n 



I. Nom d'une famille ds la Ureaie ; on 
Irouvo un Emon ou Aymond de Melon 
écujor, Seigneur de Montberthod, vivant 
au milieu du ivi<< giËcle. Cf. Guiche.vok, 
Iliit. de ta Bresse ri du Bugey. Il est pos- 
aible qu'Hémon de Molon n'ait été qu'un 
pseudo-Di^gociant et qu'il ait élé autrefoii 
envoyé au Maroc comme agent par Fran- 
çois l" ; il avait Uiss6 ï Fez un compagnon 
dont nous ne connaistons que la prénom : 
Loui«. Lors de son emliarqueinent sur la 
gaUaiie It Saint'Pierre, il te donnait ï 
Aui<(llia comme ajrsnt apporté une lettre 
du roi de Fez au roi de France. V. la dépo- 
lilion d'A.ui;llia, Doc. VI, p. 37. 

a. M. de La Roncière a donna dans le 
Corretpondant (^5 juin 1901) un récit trèa 
vivant des péripéties de celte ambassade 
soui le titre La premiire mission fraiifaiie 

3. On sait qu'on donnait indilTéremmenl 
le titre de colonel ou celui de capitaine aux 
chefs de bande dont se composait l'infan- 
terie ; c'est pourquoi nous verrons dans les 
documenb suivants le sieur de Pilon qua- 
UGé indistinctement des deui litres. 
De Cabthies. 



i. Le colonel Pierre de Piton n'était rien 
moins qu'un ambausdaur ; il était, ainsi 
qu'il te qualiSe luiméme dans uns quit- 
tance, « chevalier, chef et capitaine général 
do mil hommes de guerre i pié, advanturiera 
françoiset gascons, estanssoubz quatre capi- 
taines particuliers et quatre enseignes 11 
^Quittance sar parchemin, signée, jadis stel- 
ièe, Bibt. Nal. Pièces orlginalei 11 91, cola 
S1830. n" 1). Il avait dû quitter la France 
à la suite d'une alTaire de meurtre : se 
trouvant i Blois, au mois de mars i5ig, il 
avait donné k son muletier Guillaume deux 
coups du plat de son épée « sans esire det- 
gainnyée » ; l'épéo avait par malheur percé 
le fourreau et la mort u s'ensuivit la nuit 
ensuivante a pour l'infortuné muletier. 
Pierre do Piton, craignant les rigueurs de 
la justice, crut prudent de s'absenter du 
rojaume. François l*' lui accorda bienlAt 
des lettres de rémission. Arcli, Nal. — 

Trésor des Charles. — JJ. 1^5 ', n" ijg. 

5. Le sultan auquel était adressée la 
lettre de François 1'^'' n'appartenait pas i la 
dynastie saadienne ; il s'appelait Ahmed el 

OuatLiss!, c'esl-ï-dire des Béni Oualtâs, 
I. — I 



y Google 



a PAIEMENT A L AMIRAL DE BRION 

à Larachc. Finalement le capitaine Auxyllia déserta pendant le n^Jour du colo- 
nel de Piton à Fei; il s'enfuit h Arzila avec un pénoii, son compatriote, puis 
il passa k Evora, où il accusa laussement Piton i)e contrebande de guerre au 
Maroc, Pendant ce temps, l'ambassadeur reprenait avec la f<aléassc privée de son 
capitaine le chemin de la France; il rapportait à François l''' une lettre du roi 
de Fez. accordant aux navires français la libre navigation sur les côtes de ses 
Ëtats, et ramenait u son bord des animaux pour les méiia^criesrovales: mais il 
ne put arriver au terme de sa mission et. après force mésaventures, il mourut 
sur les côtes de Galice'. 



RoUe signé de la main du Roy à Nantouiltet*, le m*" jour de 
mars v'xxxii. 



A Mens' l'Admirai' pour le voyaige de Fez, la somme de dix 
mil livres sur ledïct quartier d'octobre [dernier]. 

Signé' : Françoys. 



Archives Nationales. — Acquits . 
/, 3G v". — Original sur papier. 

branche de la famille dos Béni Merin. Il 
figure dans le tableau djnulique ptacé en 

tèle de ce volume comme qualriime sou- 
verain des Béni Ouallâs. maïs c'est i peine 
■i l'on peut décorer de ce nom le faible 
prince qui disputai! mal les UmlKaui de 
son empire Bu chérif Moulaj Mohimmed. 
l'ancilre et le fondateur do ladjaaslîe ua- 
dienne. 

1. V. Docl-Xll. 

1. Nsntouillet. dans la Brie Champe- 
noise, où habiUit Anloinc du Prtt. clicva- 
lier, seigneur do N an touille t. barou de 
Thiers et deThoiir)i, chancelier de France, 
favori de Franfois !<■'. V. p. ji, noie i, 

3. Philippe de Chabot, comte de Charnj 



l'Epargne. François I". J. 900, 



et de Buicncais, seigneur de Brion, connu 
tous le nom d'amiral de Brion, né en i JSo, 
mon en tS^S. 11 Gt lever le sif-ge de Mar- 
seille as^i^gco par les Impériaui et le Coh' 
nëtabla de Bourbon (lâli). Fait prisonnier 
k Pflvie avec François l", il suivit ce prince 
â Madrid, fut nommé Grand Amiral de 
France en t D^G. aprÈs la mort de l'amiral de 
Bonnivct, puis gouverneur de Bourgogne. 
Il fut accusé de concussion et traduit 
devant une commission qui le condamna k 
I 5OO000 livres d'amende et au bannisse- 
ment. François I", dont II était le favori, lui 
fit grAce de sa peine. 

4- Le mol Si'iné est dans le teilo. 



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PIERRE DE PITON 



PAIEMENT A P. DE PITON POUR LE VOYAGE A FEZ 



5«ïrili533(n. »t. i533.) 

En marge: Piton, ambassadeur vers le Roy de Fez. 

A Pierre de Pîton, seigneur dudict lieu, gentilhomme de l'iioslel 
du Roy, la somme de quatorze cens livres tournois, à luy ordonnée 
des deniers du quartier de janvyer, février et mars derrenièrement 
passé, qui sont ou seront mis es cofTrea du chasleau du Louvre à 
Paris, par ie Roy et ses lettres patentes donnez à Reins, le premier 
jour d'Avril M \' XXXll avant Pasqucs, signez Françoys [et] 
Breton', et sceellez du seel dudict seigneur. C'est assavoir mil 
livres pour subvenir et satisfere aux fraiz et despences du voyage 
qu'il va fere par mer au Royaume de Fez et autres Ueux de Barbarie, 
et lui' livres pour par luy estre employez en l'acbapt et recouvre- 
ment de diverses sortes d'oyseaulx, bestes et autres nouvelletez 
qu'il verra et trouvera es dicts pays propres à apporter audict 
seigneur*. Laquelle somme luy a esté payée comptant par ledict 
preudomme des deniers pris et tirez desdicts coffres dudict quartier 



I. Jean Breton, seigneur de VilUndry, 
lecrclaire du Roi. maisan, couronne de 
Frtnceet de ses finances (i543-i55G). Tes- 
SEBEÀU, Hiat. dt la grande Chancellerie de 
France, t. I, p. laS. 

1. Un do» molifs du vojsge de Pilon 
étoit, comme on le voit, de ramener des 
oiseaux el des fauves pour les ménageries 
rojales. Le« roi) de France prenaient grand 
plaisir & élever dans des parcs des animaux 
de toute espèce. Ataot le xvi' siècle, il v 



avait i Paria doux ménageries, l'une au 
LKiuvre ol l'autre k l'hAtel Saïnl-Pol. Les 
princes de la maison de Valois, qui furent 
de graods chasseurs, mulliplièreul le» parcs. 
François I" en établit de nouveaux à TbAlel 
des TournelloB (V. ci-dessous, Doc. VllI), 
dans les bois de Boulogne, de Rambouillet 
el de Chambord. Cf. Mémoires de la SocUli 
de rhistoire de Parit et de flle-de- France, 
t. VI, pp. 103-107. 



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4 PAIEMENT A PIERBE DE TITOS 

de janvyer, es présences de Mess" les président Brïçonnet et Violle, 
en monnoye de XII'"" et lyarts, comme il appert par sa quictance 
signée Picart, notaire et secrétaire dudict seigneur, le v"* jour 
d'avril avant Pasques M V' XXXII. Enregistrée par moy, le ii' jour 
de may M V^ XXXIII, cy XIIII' liv. t. 

Signé: Leblanc'. 

lîMolhèque Nationale. — Ms. Fr. i5629\ n- 29, f. H V-i'2. — 
Original. 

1. Laurent Le Blanc, liia ile maître par Charlea de Hicqucville. TtsBEREAi:, 

Lojs Le Blanc, greffier de Li Cour des t. 1, p. loa. 

Comptes. Il obtient l'ofCce de recette de la 3. Lo ma. 16639 '*' "" rcgii''^ ^^ 

ville de Paris cil i533. Ludovic Ljh-ih.ie, comptes, avec sa reliure originale aux 

Journal d'an bourgeoii de Paris loiis Fran- armes de Françoit I*""", intitulé : Rtgalre et 

çoi> I", p, ^35, Il devint ■ secrélaire du ContrtrolU de la despence faute des deniers 

Roi, maison, couronne de France et de aes de TEspargae et Trésor du Roy tire: de tes 

financea» et conserva celle charge jusqu'au coffret etiant en ton ehasteau da Louvre i 

ig février iSiii, date au il fut remplacé Paris. 



, Google 



ÉTAT DES PRESENTS A FAtHE A LA COUR DE FEZ 



III 

ÉTAT DES PRÉSENTS A FAIRE A LA COUR DE FEZ 



[1533.] 

Aa dos, alla manu : Estât de ce qu'il convient faire pour le voiage 
du royaulme de Feez. — Estât des marchandises pour le voiage du 
royaulme de Feez (xvi* siècle). 

En têle : Portef. XXI, n' 3o. 

En marge : François II'. Etat de ce qu'il convient de faire pour 
le voyage de Fez (xvni' siècle). 

Les choses exquises que le Roy peult faire présenter au Roy de 
Feéa, à son frère Malabrin' et autres seigneurs de autour de luy, pour 
recouvrer les bestes, oyseaulx et autres singularitez, ensemble pour 
avoir permission de rapporter les marchandises qui seront cy après 
déclarez : 

Et premièrement : 

Au Roy et son dict beau frère, chascun ung pannier de fîl d'argent, 
de poix de cinq marcz, traict couvert, fermant à serreure de clef 
d'argent, à seize livres tournois le marc, en façon et argent, vallenlla 
somme de huict vingtz livres tournois. Pour ce, cy. . . VIII" 1. t. 

Et à trois autres des princes plus prochains, à chascun ung pan- 
nier comme dessus, de trois marcz, pour la somme de sept vingtz 
quatre livres tournois, cy VII" IIII l. t. 

Item, deux douzeaines javehnes du Brésil, les fertz dorez et enri- 
chiz de houppes, de cinquante solz tournois pièce, la somme de 

I . Pour : Françoâ l", esl appelé quelquct lignes plus bas dani le 

3. Moulaj Ibrahim. 11 était, en réalité, document. V. p. i6, noie i. 
beau-frère du roi de Fez. elc'esl ainù qu'il 



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ÉTAT DES PRÉSENTS à 



\ A LA COt;R DE FEZ 



sotxantes livres tournois. Pour ce, cy LX 1. t. 

Vingt grans mirouécs sans figure' dorez, de soixante solz lour- 
nois pièce, la somme de soixante livres tournois, cy. . L\ 1. t. 

Vingt autres grans mirouécs de soixante sols, vallent. LX 1. t. 

Quatre autres grans mirouëes moyens à X s. t. pièce, vallent la 
somme de XL s, t. 

Une douzeaine estuictz dorez, garniz de peignes d'ivoire avec 
leurrourniture,dequarantesolzt.pièce,lasommede. XXIIII 1. t. 

Une autre douzeaine garniz de peignes noirs, dudict pris, la somme 
de vingt quatre livres tournois. Pour ce, cy. . XXKII 1, t. 

Deux douzcaines de gans d'oyseaulx, de (rente solz tournois 
pièce, la somme de XXWl 1. t. 

Demy douzeaine gans d'oyseaulx bien enrichiz de perles, environ 
six livres tournois pièce, vallent XXIIU I. L', 

Une douzeaine chapperons d'oyseaulx', enrichiz comme dessus 
de perles, vallent, à soixante solz tournois pièce, la somme de'. 

XXWI 1. t. 

Six douzeaines autres chapperons d'oyseaulx, garniz de petit tes 
houppes de soye, à dix solz tournois pièce, vallent la somme de 
trente six livres tournois, cy XXXVI 1. t. 

Six couslellières dorées, fournizde fourchettes et coustcaulx, les 
manches garniz d'argent, de VII 1. X s. t. pièce, la somme de. 

XLV 1. t. 

Six pièces toille Hollandre, à XXV 1. t. pièce, vallent sept vingiz 
dix livres tournois, cy VU" X 1. t. 

Trente aulnes d'ëearlecte, à sept livres dix solz tournois l'aune. 



I, L«a mirouéei (mirouer*, miroires) 
devaient èlre ■ sans figure ». En plusieun 
circoniUncei, tei sultoni du Maroc onl 
rcluté d'accepter des prëicnli d'ambaMades 
chrétiennes, parce que les objels qu'on 
leur offrait représentaient de* figures ani- 
mées, chose défendue par leur religion. 

3. Il )' a une erreur dans lo calcul de 
ccUe somme: 6x6=36, au lieu de sj; 
à moins que le calcul n'ait ^tc fait eo 
évaluant, en moyenne, lo tjom d'oyseaulx 
à quatre liires pièce, pour justifier le mot 



3. Le faucon, considéré comme l'oîscau 
par eicellence, était souvent désigné par le 
seul mot oiseau. C'est pour la même raison 

qu'on l'appelle au Maghreb jnljl l'oiseau. 
Pendant tout le mojen Ige et jusqu'au 
\v\i' siècle, les cadeaut entre princes com- 
portaient presque toujours des faucons ou 
des objets do fauconnerie. Le chaperon, 
sorte de coiffe recouvrant la tête des oiseaux 
de vol, était richement orné et fait de 
cuirs de couleur vive. CL Macaud d'.^u- 



fi! I 



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ETAT DES PBKSËSTS A FAIRE \ LA COUB DE FEZ "J 

vallent la somme de II' XXV l. t. 

Une douzeaîne chandeliers de boys faîct au tourneur, de L s. t., 
vallent la somme de trente 1, t., cy XXX 1. t. 

Une douzeaine cadrans d'ivoyre de XX s. t. pièce, la somme de 
douze livres t., cy XII 1. t. 

Cinq monstres dorées. — Deux : il y en aura deux plus belles 
pour le Roy et son frère, qui cousteront douze livres tournois, l'ung 
portant l'autre. — Pour les cinq, la somme de soixante livres tour- 
nois. Pour ce, cy LX 1. t. 

Deux petites orloges sonnantes les heures, de semblable pris, la 
somme de vingt quatre Uvres t., cy XXIIII 1. t. 

Pour les officiers du Roy et guardes des acquictz, quatre dou- 
zeaines moyens esluictz de peignes, de vingt solz t. pièce, la somme 
de quarente huict livres t., cy XL VIII 1. t. 

Six douzeaines pettiz cousteaulx de Paris, au fourreau de velours 
de V. s. t. chascune paire, vallent la somme de dix huict livres t., 
cy XVIII 1. t. 

Somme que les prcsens montent. . , XII' IIII" XVI 1. t. 

Bibiiolkèijae Nationale. — Collection Moreau. Vol. 770 (Portefeuilles 
Fontette), /. 112. — Original. 



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LETTRE DU ROI DE FEZ A FHAXÇOIS I 



' DU ROI DE FEZ AHMED BEN MOHAMMED A 
FRANÇOIS I". 



// accuse réception de la lettre de François I" et accorde aux navires 
français la liberté de navigation et de trafic sur les côtes du Maroc. 



En marge à droite : Letlre du Roy de Fez Ahmed ' ben Melicmed 
El Cheikh au Roy François premier, du a aoust 1533. 

Suscription en encre noir. 
Il Al)l .Ia» *^j\ 'ûlU- .cL. J*l Xc j^\ -Uji J jçSÛl oll»Ul 



I. Nou« n'iTon» pu, mslgrû dm recher' 
ch««. retrouver l'origiiul de cet importint 
document. Cetle letlro. il j ■ tout lieu de 
le préiumer, e>t celle <|uo rapportait au roi 
de France le colonel de Piton, mort lui Ile; 
Cièt, en septembre i533. avant d'avoir pu 
achever umistion(V. Doc. V, p. ij). La plus 
ancienne forme sou; laquelle cette lettre noua 
loil parvenue est celle que nous publions. 
C'eal une copie arabe faite daos tes der- 
nières années du IV]* siècle ou les premières 
années du ivii< et conservée aui Archives 
des Aflairea Étrangères (Maroc. Corres- 



pond, po!.. I, /. 7). Elle eut accompagnée 
d'une traduction, Œuvre probable de l'au- 
teur de cette copie (/fri'if.. /. 6). L'origi- 
nal semble n'avoir plus eiisté aux viii* siècle, 
puisque le iccréuire- interprète DeSennes 
lit, en 1751, d'après la dite copie, la traduc- 
tion que nous cro)'on> deioir publier après 
la n^lre. Le /ri et le haf, dans la transcri- 
ption arabe, ont été ponctués par le copiste 
i la manière orientale. 
ï. Mot surchargé. 

3. PourOlJaLJI 



y Google 



LETTRE DU ROI DE FEZ J 



î en encre d or p 



4, .^^1 jlU- du J*l Ole. j5#iJI 

Le reste est écrit en encre noir. 

u li> J bU. (<;JÛ SCv e;^> j U-U. ^ <£4 Jull <l:S^ 
.^j b * 1>' J dlli l>.U ^\J\ J-bJI ^bl oUVi U:>L; cJ^ 

/IrcAiVes des Affaires Étrangères. — Maroc. Correspondance politique, 
t. I, /■ 7 . — Copie de la fin du x\i' siècle. 

i. Ce (c titra en encre d'or pur n de- tiens d'Arzila pour être enlumiDée. V. Doc. 

vait élre lo cachet ou lo paraphe du roi de V,p. i8, n.3,Enplusducachetouparaphe, 

Fez. Il dtait orné d'arabesquei do couleurs les premièros ligne* do la lottre étaient 

et l'on se rappelle que le Colonel de Piton écrites en or. 

avait dd attendre longtemps à Fez le retour . 1 1 i ii 

de celle lettre, envoyée i des arUstes chro- '■ '*'""' OU»*-J' 



y Google 



LETTRE DU ROI DE FEZ A FRAK^OIS 1" 



LETTRE DL ROI DE FEZ AHMED BEN MOHAMMED 
FRANÇOIS I" 



(Traoictio:\) 



Snscription: Au SuUan qui esl grand parmi son peuple, qui est 
célèbre parmi ceux de sa religion, le Sullan de France' (Dieu le 
dirige suivant sa volonlc el son gré!) 

Au nom du Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Que la bénédic- 
lion de Dieu s'étende sur notre seigneur Mohammed el sur ses 
proches ! 

De la part du serviteur de Dieu, du vainqueur avec l'aide de Dieu, 
du dcfenscur de la religion de Dieu, de celui qui place sa confiance 
en Dieu, Ahmed ben Mohammed ech-Cheik/i ' . sultan de Fez (Dieu 
Très Haut la garde !), ainsi que des villes et régions qui en dépcndenl. 

Au Sultan qui est grand parmi son peuple, qui est célèbre parmi 
ceux de sa religion, le Sultan de France (Dieu l'assiste el le dirige!). 
Que le salut soit sur ceux qui suivent la voie droite, ainsi que la 
miséricorde de Dieu ! 

Ensuite, voire lettre nous est parvenue dans laquelle vous nous 
exprimez vos sentiments d'amitié pour notre haute dignité el d alTec- 
lion sincère pour notre auguste Majesté. Nous avons compris votre 
demande au sujet de la sécurité de vos navires et de leur libre accès 

■ . Le mot France a'at pas trinscril en kéli (le PorlugaU), f'c E^urnom avait clà 

arabe daoi u fomie habituelle, donné k son père, parce que. dans ton 

i. Il l'appelait, en réalité, Aboù cl- enfance, il avait OlO fait priionnicr par Ici 

Abbu AliDicd beo Mohammed, el-Borlou- Portugais. 



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LETTRE DU BOl DE FEZ A FnANÇOIS 1" 1 1 

dans nos ports pour y faire telles opérations qu'ils voudront. Nous 
avons favorablement accueilli voire demande à ce sujet et nous 
avons pleinement répondu à vos intentions, ayant égard à votre 
amitié pour nous et à la grandeur de votre puissance. Nous autori- 
sons donc vos navires à parcourir les mers qui sont sous notre 
dépendance et nous leur accordons sécurité complète, absolue et 
générale, tant sur les mers que sur les côtes, partout où ils se trou- 
veront sur notre territoire. Sachez donc cela et croyez le de notre 
part. 

Ecrit le ai du mois sacré Moharrem qui ouvre l'année gAo. Puisse 
Dieu, par sa faveur et sa générosité, ne nous faire connaître que du 
bienl 



y Google 



LETTRE DU ROI DE FEZ A FRANÇOIS 1 



LETTRE DU ROI DE FEZ AHMED BEN MOHVMMED 
A FRANÇOIS [" 



(Thadiciio:» DE^E^>Es} 



|i3aoiU i533.| 

En marge, alla manu: 3 aoust i533. 

En télé, alla manu: Lettre du Roi de Fez Ahmed ben Mchcm- 
med El Cheikii à François I" Roi de France. 

Traduction de la copie d'une lettre en langue arabe' écrite à 
François Premier. 

SUSCRIPTION. 

Au Très Haut cl Très Puissant Empereur de France. Que Dieu 
conduise la présente à bon port, et selon la volonté de Sa Majesté 
suprême. 

Texte. 

Au nom de Dieu très clément et très miséricordieux, salut et 
bénédiction sur nôtre sain( Prophète Mahomet et sur tous ccu\ 
qui sont sortis de son illustre et sainte famille. 

La présente est écrite de la part du serviteur do Dieu, de celuy qui 
tient la victoire de Dîeu seul, du protecteur de la vraie foy et de la 
religion du vray Dieu, mettant toutte sa confiance en sa bonté 
suprême, Ahmed, fils de Mehemed, le Docteur et Prince respectable, 
Roy de Fez, dont le Très Haut daigne conserver les Etats, au Très 
Puissant et Très Majestueux Empereur des François : que Dieu 
daigne le combler de' ses faveurs, et le diriger dans la voye du 



. V. p. 8, note 1. 



. Lo Icilo porto 



,,/,.,, 



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DU nOI DE FEZ A FRANÇOIS 1" 16 

salut, et que la miséricorde du Tout Puissant soit répandue avec 
abondance sur cet illustre Prince, 

Nous avons reçu avec un plaisir extrême vôtre chère lettre par 
laquelle nous avons ressenti la force de vôtre amitié, et c'est avec 
toutte la satisfaction possible que nous saisissons l'occasion de vous 
donner des preuves sensibles de la nôtre, en exécutant ce que vous 
nous avés demandé, et en accordant toulte nôtre protection aux 
vaisseaux de vôtre Empire qui aborderont dans les différents ports 
de nôtre Royaume et leur procurant sans réserve tous les secours 
dont ils pouroient avoir besoin. Nous vous prions d'être persuadé 
que tous nos ports seront autant d'aziles sûrs pour eux et qu'ils y 
trouveront toutte la satisfaction possible. Soyés aussi convaincu que 
nos forces, tant par mer que par terre, seront toujours à vôtre ser- 
vice, faites en l'épreuve et vous vérés que vos espérances n'auront 
point esté vainnes. C'est ce dont nous vous demandons en grâce 
d'être bien asseuré, et la foy que vous y adjouterés ne fera que nous 
confirmer de plus en plus dans l'idée que nous avons conçu de la 
sincérité de vôtre amitié. 

Ecritte le 31 de la lune Mouharrâme, l'an de l'Egire J)4o: 

C'est à dire le i6 Août i533'. 

J. B. H. Détiennes, Secrétaire interprète du Roy, atteste que ta 
présente traduction est conforme à l'origlnaP. Fait à Paris, ce 
20 octobre 1 76 1 . 

Signé : Deiîennes. 

Archives des Affaires Étrangères. — Maroc. Correspondance politique, 
t. 1, f. U. — Copie du xvm' siècle (1751). 

I. i3 août 1 533, d'aprË9 lei tables de a. Origin»! qui, comme DeHeanci l'a dit 

conversion de Waslenfeld. en commençant, n'est qu'une copie arabe. 



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DE PIERRE DE PITO , 



RELATION DE L'AMBASSADE DU COLONEL PIERRE DE PITON 
AU ROYAUME DE FEZ 



Dm tlo de Bajona', sciilembrc i533. 

Au dos, alla manu : A Monseigneur, Monseigneur l'Amiral. — Le 
oappitainc Pithon, de son voioge en Fe^s. Ann[i'eJ V'^ WXIII 
(Mention de chancellerie du xvt* siècle). — Voiagp de Foz. 1 5.1.1 
(xvii' siècle). 

En léte : Voyage. Portef. Il, n° Lvin (xvni* siècle). 

En marge : i533. Hécît du voyage du s' Piton, députt' par le 
Roy à Fez (xvnr siècle.) 

Monseigneur, ceste présente sera pour vous donner k entendre 
comme le voyaige qu'il a pieu au Roy me commander c'est porté. 

Premièrement que parlismcs de Honiiellcu', la galléace' estoit 
en très mauvays point de vivres et de mauvaises pouldres et de 
mariniers, osté douze ou quinze qui sont fort bons et le reste ne 
sont que jeunes garsons ù trente solz, tellement (|ue, si nous fust 
venu affaire, je croy que n'eussions pas reccu grant eombat. El à 
celle fin qu'i[lz] ne donnent excusse, je vous advcrlis que, de tous 
ceulx que j'ay mené avecques moy, qu'il n'y a celluy qui n'ayl 
mys des vivres dcns la galléace au double de ce qu'il leur en failloit. 

Vous avez bien sceu. Monseigneur, comme j'ovons' esté long 
temps en atta[n]dant le vent à Ilonneflcu. ïoulesfoys nous en par- 

I. V. in/ra, p. lo, note 3. fer, 18 arquebuses, selon la diiclaration 

a. IIonQeur. d'Auijllia aiii Potliiga». V. |>. 18. 

3. La ga.iéatseToyi\e le Saint' Pierre, eom- &. Cetlc forme inuiitco cl familière se 

mandée par Baptiste Auiyllia, armée ds relrouve p. 10 : j'eitiont, je patsamea, on 

17 pièces de gros calibre, 13 canons do n'en □iwii. 



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AMBASIfADE DE PIEnRE DE ^ITO^ A EE/. I i> 

Usines le vingt et cinquiesme jour de may, fusmes à l'isle d'Huit', 
comme vous ay rescnpt. Monseigneur. Toutesfoys nous linsmes 
nostre route, et la première chose que nous fismes, nous descou- 
vrames deux veilles de loing qui venoient de Candye'. Nous, 
ignorans qu'il esloient, aussi qu'on nous avoient parlé d'aulcuns 
Portugays qu'ilz nous attendoient, nous commensames à tenir le 
vent comme eulx, et ne demourasmcs par troys heures que nous 
ne joignames de bien prez. Et quant fusmes t'ung près de l'auUre, 
les deux gallîons commensèrent à se serrer et faire manière de 
defience. Et allors Baptiste " s'en vint bien eflrayé, disant qu'on se 
tira plus arrière et qu'on luy gasteroit son navire. Et quant je vcys 
cella, je commcnscoy ii le pousser arrière de là et demanday : 
« Qui vive? » — C'estoient Angloys. Ainsi les marinyers se sal- 
luèrent l'ung l'autre, et passâmes oultre, tenant nostre routto. 

Et allors, je dys à Baptiste que je n'cnlendoye plus qu'il fust 
maisLre et qu'il esloit trop couard, aussi qu'il avoil pieu au Koy me 
dire que je seroye maistre. Ainsi ledîct Baptiste print une haine 
contre moy et une audace. Et povez penser, Monseigneur, que tout 
ce que je pouvoye faire pour avoir l'amiclié de luy et des aultres, 
je le faisoye. 

Suyvant tousjours nostre routle tant que arrivasmes auprès 
d'Argille', et incontinent il vint une crcvclle° après nous, qu'il 
nous suyvist longuement. Et allors les mariniers me promisrcnt 
que, si elle nous tiroit, qu'elle ne nous pouvoît cschapper. Ainsi 
comme elle estoit bien près de nous, ledîct Baptiste envoya ung 
matelot à la hune, qui commença à crier <( Hoche ! Roche ! » Et 
celluy qui estoit au gouvernai tourna la nèfle plus tost qu'il peust, 
et incontinent que ladicle crevelle vcyt le coslé de nostre nef, elle 
s'en retourna te plus tost qu'il luy fut possible et fismes regarder à 
la carte ; il fust trouvé qu'il n'y avoit point de roche : parquoy com- 
mencay à me courser contre luy, luy disant qu'il nous avoit faict 
ung meschant tour, et passâmes oultre. 

Et nous allasmes meclre à la radde à deux lieues de Larache. Et 



t. L'ilede Wight. gBléacBC. 

3. l'oul-èlre Cadli, que Piton appelle ^. Anila, place portugaise sur U cdie 

plus loin Catlii. msrocBine. 

3. Bipliitc AuijlliB, capilainQ de la 5, Crécelle pour : caravelle. 



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lO AMBASSADE DE PIERhE DE PITUTH A FEZ 

lendemain matin, desscendit à terre Ilémond' et ung gentilhomme 
nommé Mons' de La Planque, que j'envoyay avecques luy au Real, 
où ilz tenoient le camp alors, pour avoir saulcondliuit de mettre la 
galMace dens le port et dcmourasmes là à la radde jusques à ce 
qu'ilz fussent retournées. Et incontinent qu'ilz furent de retour 
avec le saufconduit, nous mismes la galléace dans le port: et 
aussi me dît Hémond que le Roy et Matlabrin* voulloient qu'on 
leur portast les présens et que je y allasse, laquelle chose je fevs. 

Et ce pendant que je y fus, Baptiste dit à ung Juif' que, de moy, 
j'avoye puissance en terre, mais non point dans la galléace, et, de luy, 
qu'il esloit de bonne maison et moy que j'estoye ung aventurier, 
ung cappitaine de gens de pied ; et croy qu'il ne disoit ces parolles, 
pensant que le Roy viendroit à la galléace et qu'il auroit quelque 
gros présent. Et me fust envoyé pour nous conduire un Juif qui 
nous mena au Real. Et quant fusmes près du Real, il vint au devant 
de moy le frère et le fîlz de Mallabrin pour me recopvoir avec 
instrumens à leur modde. Et vins trouver le roy et Mallabrin et tous 
les archatres tous couchées, et m'en vins avecques mes gentilz 
hommes et mes gens, et leur feiz la révérence à nostre modde, et 
luy présentay la lettre du Roy ; de quoy ilz fusrent fort joyeuls, et 
tes contenta fort. Et fus incontinent mené en ung pavillon, et corn- 
menssay à faire présens, et mecousta troys centz cscus pour donner 
aulx portiers, aux trompettes et aulx ofTiciers. Encore ne m'en sca- 
voient-ilz pas grant gré. Puis après, le Roy voullust voir les pré- 
sens, et trouvèrent que n'catoil que merceryc. et n'en fcirent pas 
grant cas, car il fault que vous entendes que ilz sont castllliennisées, 
car les Porlugays n'en bougent et aussi les Juifz ne bougent de 
Portugays'. 

Et demouray là avec culx durant qu'ils tîndrent te camp, en sorte 



t. Hémond ie Molon. V. p. i, noie i. 

3. Moulaj Ibrahim. Tohh(^<i, p. 186, el 
Godard, p. H/t. Il pasuîl pour le protec- 
teur des chrétiens ï la cour des Ben! Merin ; 
ce fui lui qui chercha à diiiuader le frère 
Cordelier Martin de Spolèle, venu k Fei en 
i53o, de faire du proicljliime auprès dei 

3. Yacoub Rosalès. iclon l'enquèle por- 



tugaiio. V. pp, ]8 et 3i. 

^, Les Porlugais poE^daienl non seule- 
ment les principaux poKs du ro)iaume de 
Fei, mais ils avaient encore aoui leur 
dominalion des tribus imporUntea comme 
les Béni Arous, Ici Béni Goulfot, elc. Il 
en résultait, malgré des escarmouchei con- 
tinuelles, des relakioni très suivies entre 
Portugais et indîgÈnes. 



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AMBASSADE DE PIERRE DE PITON A FEZ I7 

que sont les gens du monde les plus aisées à deffaire et, quant ilz 
deslogent, il y a si grande multitude d'escameaulx et qui font si 
très grant bruit', en sorte que je n'eusse voullu que quatre cenlz 
hacquebussiers pour prendre le Roy et Mallabrin et pour tuer une 
partye de leur chevaulx, pour conclusion de les deffaire, mays il 
fautdroit de suyte ung sept ou huit mille hommes de pied, car len- 
demain ilz se assembleront deux foys autant, mays sont gens tous 
nudz sans armes. Et avec ses quatre ou cincq ' centz hacquebussiers, 
et CCS huit mille hommes, il se peult prendre Feez et toutes leurs 
villes et les chasser hors de leur pays. 

Leur façon de faire la guerre : chascun est tenu de servir et por- 
ter vivres pour soy, second sa puissance, et mener avecques eulx 
femmes et enfans, et tout leur mesnaige, et comme leur vivres faîl- 
lent, ilz s'en vont sans demander congyé, parquoy le camp' ne dure 
guères. 

Nous aprochions fort près de Larache, et Mallabrin me dit que 
le Roy vouUoit venir voir la galléace ; et luy dys que m'en viendroye 
tousjours devant faire acoulrer le cas, ce que je feys. Et quant je 
fiis arrivé, je trouvay entour de la galléace cincq ou six fustes qu'ilz 
ne cherchoient que le moyen de faire demourer ladite galléace au 
port et la faire exsuer' sur les roches. Et feisrent si bien leur deb- 
voir les gens de bien qui esloient dans la galléace à coups de pierre 
de la hune et à beau feu qu'il les feisrent recuUer, et afTutèient une 
bonne pièce d'artillerye au droit des encres, si bien qu'on leur osta 
ceste coustume. 

Hémond avoit mys quelque brésil' dans la galléace, et Baptiste 
en avoil ung peu qu'il avoit ja vendu à moictyéprix, en sorte qu'il a 
gasté la traicte du brésil pour le pays ; Hémond luy dit qu'il luy 
baillast ce qu'il en avoit et qu'il le vendroit bien, et il jura le sang 
Dieu qu'il ne sorlîroit point du navire qu'il ne fust payé. Mallabrin 
sceust qu'il estoit venu du brésïl. Il me manda que luy feîsse tout 
garder et qu'il le voulloit envoyer en Ellevenl*. Ne l'osser de rien 
reffusser, que c'estoit celluy-là de quoy j'avoye le plus affaire. M'en 

I. On sait que [es chameaui de Ut 3. Le camp, pour : \'ej.péitiion. 

poussent des mugiisements borriblea, i . Echouer, 

lorsqu'on les charge. 

3. Le ms. porte: f/n^f. 
Di Castribs. 



, Google 



le AMBASSADE DR PIERRE D8 PITON A FEZ 

vins à Baptiste le prier le plus fort du monde qu'il vousist bailler 
son Brésil et que Hémond luy en respondroït et qu'il ne povoit 
rien perdre, et me promist qu'il le rairoil. 

Mays quant Aismes devant te Juif qu'il avoit la charge pour Matla- 
brin et à qui il avoit dit les parolles devant distes, il luy dit de rechef 
devant moy qu'il ne bailleroit point sans l'argent, en me regardant 
et ne faisant non plus compte de moy ny de chose que Je luy 
priasse que du moindre paige du navire. El, quant je veys cella, 
pour donner à congnoistre au Juif que j'avoye puissance sur luy, 
prins une poîlle que je trouvay devant moy, et luy en baitlay Iroys 
ou quatre coups. 

Du depuis, long temps aprez, il me faisoit bonne chère, et quant 
je partis pour m'en aller en Feez, je lui demanday, à la présence 
de tous ceulx de la galléace, s'il vouloil prendre la charge de la gal- 
léace, et me dit que ouy. Mays fus esbahi au bout de quinze jours 
qu'on me rescripvist qu'il s'en estoit louy, et s'en alla droit en 
Argille avec les Portugays, avec le moyen d'ung petit marchant pes- 
clieur qui estoit là résident qu'il luy conduyct toute son affaire. 
Les informations son faictes de mon costé et suys j& pugny. Je vous 
supply. Monseigneur, comme vous voyés qu'il a gaigné d'estre 
pendu et cstranglé, qu'il vous plaise en faire justice et ne croyrc 
que ce que je vous mande par ceste présente. 

Et pendant toutes ces choses, Matlabrin m'envoya unes lettres, 
me mandant que la mère du Roy et deux de ces filz avoicnt la peste 
et que m'en povoyc bien aller en Fcrz, ce que je feiz. Et me acom- 
paignay le myeulx que je peu et le plus honnestement', et, quant 
je fus là arrivé, me fust baillé logeys près de Mallabrin, ne pensant 
là demourer que huit jours. Mays je dcmouray ung moys que ne 
povoyc avoir despesche de ma lettre, tant que en la fm feuz con- 
Irainct leur dire que n'avove point de charge du lloy mon maistre 



I. Pilon, lors de loa départ Je Hon- 
Deur. *vait embtrqué avec lui cinq gentils- 
hommei, que l'enquèle portugaise appelle ; 
u M. de Tardes el M. Je Posylon et M- de 
Léo et M. de Sajale el M. de Toque ». 
C'étaient de jeunes seigneurs qu'il s'oltit 
adjoints pour donner plus d'importance k sa 



mission, car. coi 


iinic 


Médit Au 


ijlli. 


■ dans sa 


dé|>09itinn.uils 


n'ai 


laienl pas 


au Maroc par 


ordre du roi ... 


V. 


ci Jfifous 


■ P 


ï7. Ces 


gciititshommrs. 


pie, 


m> de J8C 




1 devant 


les Portugais, f. 




!^nl sonoei 


r leu 


rs titre* 


el disaient ■ qu" 


ils a 


1 aient, chacun, 


trois ou 


quatre mille du 


icalB 


de rente 


». V 


p. 35. 



, Google j 



AMBASSADE DE PIERRE DE PITOK A FEZ 10 

de tant demourer, et que ne voulloyeque ladespeschcdemalettre*. 
Et, au regard des présens, s'ilz ne se povoicnt faire à ceste heure, ilz 
se fairoient entre si ' et dix ans. Et n'y avoit rien qui me tint que la 
lettre qui estoit en terre creslienne^ pour enluminer. 

Et pour certain de ce qu'ilz pevent recouvrer à leur pays, ilz 
n'ont aullre chose que des escameaulx et des autruches, qui fault 
aller quérir tout au bout de leur pays, et des chevaulx. Au regard 
des oyseaulx, il n'y a pour tous oyseaulx que ces Talgaros, qu'ilz 
appellent Beschary' et quelque bien peu de faulcons, qui est toute 
leur voUerye et en font granl compte. Et de ces oyseaulx que le mar- 
chant nous donna à entendre qui estoient tous blans, c'est à force de 
muer' et n'ont point d'aultres nalurelz oyseaulx blans. Je croy que 
les prendres pour lanîers ' au reste du bec, vous en scaurez très 
myeulx juger que moy, mays que les ayés veuz, et les appellent 
Esberny ; il y a des creserelles, espreviers à force, et vclà toutes les 
sortes d'oyseaulx du royaulme de Feez et toutes les nouvellitées qui 
il se peult recouvrer. 

Il me fust délivré les présens; et n'y a cheval ny aultres bestes, 
de quoy ne m'est faiUu payer dix ducas pour le vin '. Mallabrin me 
avoit tousjours promys qu'il me hailleroit douze chevaulx et huit 
jumens, et ne me vouUut jaraays souffrir ne laisser achapter rien, 
Et fus bien marry, quant je vciz les chevaulx qu'il bailla pour le 
Roy. Allors je achaptay ung cheval blanc et une jument blance qui 
me cousta cent et cincquante ducas, et vous promectz, par la foy 
que jedoys à Dieu, que c'estoitla plus belle bestequi fust poinct en 
toute la Barbarye. Toutesfoys fortune qui m'a esté fort contraire en 

t. Piton lubiuait le tari commua k tous 6. Les lanïert sodI des oiieaui de 

le« ambauadeur) «nvojés auprès des sultans r haute volerie a recherché» dans les équi- 

du Maroc et qui attendent indéfînimenlIeuT pages de fauconnerie pour la chasse ï la 

audience de congé. perdrix. Le colonel de Piton avait sans 

3. Pour : c^, c'est-i-dire ; maintenant. doute reçu mission de se procurer dai 

3. C'esk-k-dire dans une de« places por- autours et dos faucons. Ces achats tfaiieaux 
tui^ses de la c6te marocaine. occupèrent beaucoup les rois de France 

jusqu'au xvii* siËcle et c'était une de leurs 

4. Peut-être le ramier appelé ^jlliJI dépenses habituelles, si Ton cnjuge par les 
le mcMagor des l>onnes nouvelles dans inscriptions portées sur le compte de leur 
toutes les poésies arabes. hAlel, Esbemy n'a pu être identifié. 

5. Le» gerfauts deviennent entièrement 7. Pour /e Bi'n, c'est-à-dire: pour graliC- 
blancs dans un tge avancé, cation, comme pourboire. 



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aO AMBASSADE DE DEHHR DE PITOX A t'F.Z 

ce YOyaige icy cl est encore, au bout de deux jours c|uc Tusmes ù [a 
mer, elte mounist. 

Et m'a faillu reuvitailler le navire de tout point, & l'occasion de 
la barre qui estoil si haulte que jamays ne cuydasmcs saillir du port. 
Toutesfoys nous délibérasmes de saillir et mcctre le navire hors, à 
force d'encres et bouées ; le pillote de Laraclic avoit mys la bouée 
là où il n'y avoit que deu\ brasses de basse eaue. Le mcscliant, je 
pense bien qu'il ne le fcsoit pas sans commandement, et changea la 
boue tout exprez pour nous faire demeurer Ih, et, saus le bon advi- 
sèment de noz marinyers, certainement j'estions perdus encore avec 
toutes choses que sceusmes faire. La galléacc toucha deux foys au 
sable, mays. Dieu mercy et Nostre-Dame, je passâmes oultre la 
barre. 

Et pour vous compter de nostre desfortune, de tous ceutx qui ont 
esté en Feez avec moy, il n'en est point reschappé que moy, qui me 
senloye au lit de la mort. Toutesfoys j'aymay myculx prendre la 
fortune de mourir en faisant service au fîoy que avec ces chiens 
mattins sans foy nesansloy. Aussi tous les jours le lioy et Mallabrin 
me mandoient qu'ilz avoient receu lettres de Portugal comme les 
crevelles d'Iiarmadc' nous attendoient jusques au nombre de six, 
et des marchantz de CalUx qui en ont rcscript a Hc-mond. Toutesfoys 
de ce n'avons rien trouvé. 

Et par tempcsle de mauvays temps, avons estées conctrainctz 
prendre les illes de Bayonne', me voyant à l'article de la mort, et 
si ne plaist à Dieu me ayder, je suys délibéré de mourrir icy, atten- 
dant sa miséricorde. Dieu ayt l'âme d'Hémont ! Tout ce qu'il avoit 
dit que nous trouverrions, on n'en avons rien trouvé. El de croyre 
un marchant comme luy, mes compaignons sont mors et moy qui 
suys à l'article de la mort, et le tout pensant que y sommes allées 
pour descouvrir la Icrrc, cl ne puis penser scullemcnt que avons 
cstées empoysonnées. 

Quant au regard de la responcc du saulconduit pour les marchantz, 
toutesfoys et quantes qu'ilz voirront lettres du Roy et devons. Mon- 
seigneur, ilz peullent entrer en tous les pors que tient le roy de 



I. Les caravelles d'armada, c'eslk-dire 


trouvent à l'entrée de 


s baie de Vigo, Lt 


d'eicadre de guerre. 


pelilc ville de Basons. 


située sur la baie. 


a. Plus eiaclement les Iles Ciès qui se 


sbU 31 Lil. au S.-O. 


c VigO. 



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AMBASSADR DE PIERRE DE PITOS A FEZ 2 1 

Feez, et luy fera bailler rafreschissement pour leur argent, soit 
marchant, soit navire de guerre, soit corsère, et tous manyères de 
navires, pourveu qu'ilz soient voué du Roy, soit en guerre et en 
quelque temps du monde. Qui sera fm, après m'estre recommande 
très-humblement a vostre bonne grâce, priant le Créateur vous 
donner en santé longue vye. 

Des illes de Bayonne en Gallicc, ce' jour de septembre. 

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur. 

Propria manu : P. de Piton. 

Blbliotkhque Nationale. — Coll. Moreau. Vol. 737 (Portefeuilles Fon- 
lelte),f. 7S. — Ori(jinal. 

\. Bl*nc exitUnt dans le toxic. 



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IUFOBMATIO!» C05TRE PIERRE DE PITON 



INFORMATION FAITK A EVOBA CONTRE LE COLONEL DE 
PITON ACCISE DE CONTREBANDE DE GUERRE AL MAROC 

Le Colonel de Pilon, ambassadeur du roi de Franccaupri-sduroi du Maroc, 
a clé dénoncé par le capitaine Baptiste Auxyllîa. commandant la galéassc 
le Sainl-PUrre, comme a>ant transporté h bord de la dile galéasse de la contre- 
bande de guerre destinée aux Inlidèles. Le Corrégidor de la Cour » 
reçu l'ordre d'informer contre lui. 



Eior», i6-3o Mptembre i533. 

Au verso du dernier folio, alia mrtnu : La ynTormacion que se 
presento en el consejo por parle dcl Senor Rey de Portogal sobre 
la galeaça francessa. 

Plus bas, alla manu : Ynformacion sobre le dcl cnbaxador de 
Francia . 

Treslado de una pesquysa que el Corrégidor Gaspar de Carvallo 
hizo sobre un navjo de Cristianos en que se dizc que llevaron 
artilterja e armas a los Moros de ios lugares de Africa del Seflorjo 
c conquysta del Rcy nuesiro Senor. 

A los veynte c seys dias del mes de selienbre del ailo rie nueslro 
Sefior Jesucristo de myll e quynyenlos e Ircynla e très iir'ios, en la 
cibdad de Evora, anlc el Ijccneiado Gaspar de Carvallo, dcl descn- 
bargo' del Iley nuestro Senor, c Corrégidor en su corlede las cabsas 
crimynales, parcscio anie el el dolor Andrcs Serrano, del descn- 
bargo deldiclio Sefior, y Proveedorde juslicia. e dixo al Corrégidor 
que el hera ynformado como un navio de Cristianos fuera los dias 

i, Daembargo [do Pofo]. Cour souveraine, ou do grâce eldejuslicc, on PorlugsL 



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INFORMATION CONTRE PIERRE DE PITON 33 

pasados a les lugares de Africa del Senorjo e conquysta del Rey 
nuestro Seflor', e se dezia llevar artillerja e armas, c las dar e 
vender a les Moros, nuestros enemygos e de nuestra santa fee cato- 
Ijca, y en conpanya de los Moros saltearon e cativaron a algunos 
Cristianos. E, por ser un caso tan feo, grave c digne de muy grand 
castîgo, e por ser ponydos los Cristianos que taies cosas hizîeron, 
como por derecho en semejante caso se requyere, e porque agora 
estavan en esta cibdad algunos cavalleros c pergonas que alla al 
tiempo se acertaron a hallar captivos y en rescatar Cristianos, el 
dolor Andres Serrano, como Fyscal de Justicîa, requeria a el dicho 
Corregidor que sacase sobre el dîcho caso una pesquysa gênerai, 
para mejor la verdad deste caso poder ser sabida, e pasase sus 
requisitorjas para las justicias de los lugares de Africa, para que por 
este abto preguntasen los mas lestigos que del dicho caso mas 
enteramente pudiesen saber la verdad. Y el dicho Corregidor, 
viendo la caljdad del caso, e por asy conplir el servicio de Djos e a 
bien de justicia, comygo, Gonçalo Eanes' de Freylas, escrivano de 
la dicha Correccion \ generalmente pregunto por este abto los 
testigos syguyentes. 

Yt 
lestig 
por I 
verdf 



jutlifia 
rarlei 

Safi, t 
cw-Seg 



S«lé é\ 
m Poi 



y Google 



24 INFOBMATlO?( COTITBE PIERRE DE PlTO^f 

cabtivo en Fez on podcr de Mclcabrahcn ', fucron a la dicha cibdad 
de Fez dos Franccses, uno d'cllos se Uamava Luys, y et otro', no 
se le acuerda el nombre al présente, salvo se acuerda que hcra un 
honbre pequerio de cuerpo, rehcclio, barbudo y el cabcllo crcspo, 
y que. sy el dîclio tcstigo lo viesc, que lo conosceria, honbre de 
hedad de Ireynfa anos, poco mas o menos. Los quales tieran mer- 
cadcres, que y van a conprar pluma» ' }>ara llevur para Franeia para 
penachos. E que el dicbo Luys, Franccs. quedo en Fez, y el olro 
conpaiïero se fue con la dicha mercaderja de plumas. Ë que abria 
agora a quatro u cineo meses que el Uey de Fez c Muliabrahen 
salieron de Fez y fueron a eorrer el canpo a ïangar y Arzdia, y el 
dicbo tesligo, por estar doliente, quedo en Fez e no fue con el 
diclio Muijabrahen. Y, estando el Hey en el eampo, vino nueva a 
Fez que hera Uegado un galeon de Franccses al puerto de Larache : 
e dezian que traya muchas armas y arcabuzes y espingardas para 
los Moros; e dixeron luego que venya en el dicbo galeon el conpa- 
nero del dicbo Luys. Y este dicbo lestigo, en la propia casa de 
Richart, Frances, que ay cstava captivo', donde el diclio Luys e su 
conpaûero posaron, oyera dezir al dicbo Hicliart que el dicbo 
conpancro le escriviera del canpo del Rcy de Fez como hera 
venydo en el dicbo galeon. E dcnde a obra de veynte dias. el dicbo 
tcstigo vio entrar en Fez ciertas ca\as. que dezian que venyan del 
dicbo galeon e que venyan en ellas mucbas armas defcsas. \ que 
este dicbo testigo fuera luego rescatado, c sy vinyera para estos 
Reynos, e no vio mas. Preguntado sy sabia el nombre del capitan 
del dicbo galeon e de la génie que en el yva, o sy lo oyo dezir, dixo 
que no, e mas no dixo. Preguntado por las prcguntas générales de 
la ley ', dixo lo que diclio tiene. Gomcz Eanes lo escrevy. Corre- 
gidor Gaspar Carvallo. Testigo Heman Vaz. 

1. Melcabrahen, pourMouU}' Ibrahim, le csi^ [t>cl"irt rtaîl captif, il ne |Kif.i'(lsitpa>dc 

bcBu-frùrc du roi do Fci. V. p. 5, noie i. maisou A Kci; la phraie ^n In ("-ujiiii rasa ite 

a, Amon de Molon. V. Doc. 1, p. i. Klcliarl|>eut« la rigueur avoir li? sens: dans 

3. Le commerce et l'indualric des plumca lu propre maison du Maure doni Richtrt 



l développés depuis la mode dei étail l'eiclatc. Il est question plus loin, dam 

chapeaux à panaches; les plumes d au- la déposition d'Auijllia, d'un aulre Itichar 

trucho de Barbarie étaient les plus cil imécs. (Francisco), Génois. i|ui était oflicier mari- 

4. 11 J a une contradiction apparente nier ï bord de la galéassc U Sainl-I'Urrt. 
dans celle déclaration du témoin: si le Tran. 5. Ce sont les qucstiuos qui, d'aprts la 



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INFORMATION CONTRE PIERRE DE PITON 2 

Yten. Juan Barroso, moço d'espuelas ' del Duque de Bergança, 
testigo jurado a les Santos Evangelios, e pregunlado generalmente 
por lo contenydo en el dicho ablo, dixo este Icstigo que el fue, con 
Diego de Cisneros ', criado del Duque, e con Felipe de Freytas, 
moço d'espuelas del dicho Duque, a Fez a rescatar cabtivos, por 
mandado del Duque. Estando este testigo abra très meses en cl 
canpo del Rey de Fez, anlre Arzilla e Tanjar, vino nueva al Real 
que here 
estando 
Frances, 
diez e do 
hera el c 
una tien 
Frances 
dava dar 
este testi 
de Fez 
Frances 
cspadas 1 
dezian pi 
que vido 
Francese 
posavan. 
conpanei 
dîera ur 
dixera al 
un Crist 
dixo que 

posées i ch 
pourrai en 1 

i déclarer i 

Hernsn Va; 

do Vicenlc 



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a6 INFORMATION CONTRE PIERRE DE PITON 

de los dichos Francescs o del diclio rapilan, o sy vido el dicho 
galeon, dixo que no lo sabia, c que le parescc que Die^in de 
CÏBneros sabe el nombre del capitan, c no dixo olra cosa. Pregun- 
tado por las preguntas gcneralcii. dixo lo que diclio lîene. Gomez 
Yanes lo escrevi. Corregidor Gaspar Carvallo. Tesligo Juan 
Barroso. 

Yten'. Baplîsla Ousega', Ginovcs, natural de Sahona\ tesligo 
jurado a los Santos Evangeljos, e pregiintado gencralmenle por lo 
contenydo en el dicbo abto, dîxo este lesligo que, lenyendo el fecho 
por 8U yndustria una galeaça. por nombre San Pedro, que el Rey 
de Francia le mando hazer', y le do para ello la despensa, e syendo 
capilan délia por mandado del Rey de Francia, y eslando este tes- 
ligo en Parjs, e la dicba galeaça en Avedor', el Almyrante de 



BdToso ett d« charger le colonel do Pilon 
par M décUration. Moul(<r Ibrahim ■unît, 
d'après lui, <lein*odé au colonel de Pilon 
si, pour un chrétien, le fait de vendre des 
armes i un More qui t'en aerrait pour tuer 
des ohrdtient ne eonatituail pas une trant- 
grettioD de sa loi religioute. Celte question 
aurait dû éveiller les scrupule* de l'ambas- 
sadeur français. Le mot Ur s'applique sans 
aucun doule i la loi religieuïo, quoique la 
loi dvile regardât également comme un 
crime la vante d'arme» de guerre aux Infi- 
dèles. 

1. En marge : Ati dixo todo este dirhû. 
(Il a dit ainsi tout ce qui cil dit ici). Celte 
note marginale est d'une écriture qui ne ta 
retrouve pa» dans le documenl. Elle a |«ut- 
élre élé mise par lo Cardinal de Sanliago, 
président du Conseil de Casiille. Celui-ci 
aura eu des doutei lur l'oiactitude de la 
traduction espagnole de celle déposition, 
qui ostla pièce capitale de l'in formation . cl 
il l'aura col la lion née avec le le x le portugais . 
puis, après eiamen, îl aura écrit colle note 
afin d'en cerliGcr la fidélité. V. sur le 
Cardinal de Santiago, cilé ï la Sn du docu- 
menl, la note 3 de la page 89. 

3. On trouve pour ce nom dans le docu- 



ment de nombreuses variantes, dues t de 
mauvaise* lectures sur l'original [lorlugais. 
qui porlail vraisemblablement Ouserja. Le 
traducteur a ccril ; Ouiega. Obscja. Baplîsla 
l serja (l'a pouvant èlrc pris indilTérem- 
monl pour l> dernilre leltre du prénom ou 
pour II première du nom), Obserja, La 
signature du témoin qui doit faire autorité 
csl .\bila. el. en la combinant avec les 
diverses variantes, on peut rétablir le nom 
le mémo que celui de 
I trouvons dans le Doc. 



'. M, do La Ron- 



de Aulilii qui 
Aui^llian que n 
Vil, p. io. 

3. Sahona pourSavo 
cière a lu San Honorato. 

i. On voit, d'après U déposition d'Au- 
Ijllia, que ce dernier avail construit, par 
ordre du roi. la galéasio U Haint Pierre, 
dont il avail reçu le commandement. Il ap- 
partenait à une famille de charpentiers 
calfils éUblie au Hà^re. car on trouve, k 
la date du iSavril i535.un mandemenlau 
Trésorier de l'Epargne de payer la somme 
de vingl'lroi<i livres dïi sous i Vincent 
Auiilis, roallrc cbarpcnlier de navires au 
Hivre, Ëibl. Not. — Ms.fr. i563a, n- 658. 

5. Aiieflor el plui loin Anajlor, pour 
llonlleur. 



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inFORMATIOX CONTRE PIERRE DE PITON 37 

Francia', que estava en Parjs con el Rey, mando llamara este les- 
tigo, e le dixo que el Rey de Francia tenya hordenado de enbiar 
un enbaxador al Rey de Fez, que se hiziese por este e mandase 
apercebir la dicha galeaça, por que el la avia de Uevar. E luego se 
hordeno, diziendole el Almyrante que el Rey mandava que no llevase 
armas nyngunas, ny cosas defendidas, salvo aquellas armas e artil- 
lerja e le que tiiese necesarjo para defensa de la dicha galeaça. Y 
el dicho testigo se fue [a] Anaflor, a hazer prestes la dicha galeaça. 

Y estando en Anaflor, allego e Monsyor de Piton, que es gentil 
honbre de la casa del Rey de Francia, cl quai hera el enbaxador 
que el Rey de Francia enbiava al Rey de Fez. E con el yvan cinco 
gentiles honbres Franceses, que yvan por su voluntad en conpaAya 
del dicho enbaxador, y no yvan por mandado del Rey, los quales 
se dezian por nombres, une Monsyor de Tarde5^ c Monsyor de 
Posylon, e Monsyor de Léo, Monsyor de Sayote, e Monsyor de 
Toque. Y estos se enbarcaron con el dicho enbaxador. Y el dicho 
enbaxador mando enbarcar en la galeaça syete caxas, e una dozena 
e medja de picas, poco mas o menos. E en una de las caxas vido 
este testigo una dozena o dozena e medja d'espadas. E vio syele o 
ocbo arcahuzes. E dixeron a este testigo que yvan en las caxas mas 
arcabuzes. Con todo, este testigo no vido los que yvan en las caxas. 
E asy vido este testigo très o quatro espadas de dos manos*. Las 
quales armas el dicho enbaxador mando enbarcar en la dicha galeaça. 

Y este testigo, por ser capitan, y por lo que el Almyrante le lenya 
dicho, dixo al dicho enbaxador que para que mandava enbarcar las 
dichas armas .'' Y que cl le dixera que hera para dcfensyon de la 
dicha galeaça. Y csle testigo le dixo que hera muy bien, pues hera 
para defensyon. E anay enbarco en la dicha galeaça un mercader 
Frances que se llama Amon de Ervolom ', el quai tenya un conpa- 
nero en Fez que se Hamava Luys. El qua! Amon de Molon dezia a 

I. Philippe de Chibot. connu sous lo .\ationaU. Cnbtitcl dta Titres, Pièces origi- 

nom d'amiral do Biion, V, p. 1, nota 3. nalei. cote 63 i>9. n°> 18, ig et ao. 

a. On trouve mention d'un Jehan de 3. Kipadas a dot manot. Épéo ft deui 

Tardes, gentilhomme de la Chambre du mains, épée i lame trci longue el très forte 

Roi, seigneur de Ruthio, capitaine pour lo dont on se servait au ivi' siècle. 

Roi du château do Mauloon, pajsot vicomte h- Pour Amon do Molon. qu'on retrouve 

de Soûle, aui datea : 38 août i5^3, 11 oc- loua cette Torme dans la suite de l'enqutte. 
tobre i5i6 et a octobre 1S49. Bibliolhiqae 



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a8 INFORMATION COîXTHE PIERRE TE PITON 

este testigo, e publicamcnlc por (oda la roric <lc Francia, ([uc cl lle- 
vava una caria del l\e\ de Fez a cl Roy de Francia. E por csla cabsa 
lo mandava el Rey do Francia con cl diclio enbaxador. Kl quai mcr- 
cadcr cargo en la dirha galcaça moroaderja do bnisyl', cstafio e 
Ijbros en abrayco. E no yva olra génie de fucra en la diclia galeaça, 
salvo lo8 que heran de servjcio della, que serjan uchenta onbrcs. 
La quai galeaça llevava dîcx c »o\» tiros gruosoK o doze ber»os de 
bierro'. Yva dozena e medja de arcabuzes de nielal como bcrços. E 
parlieron de Anallor a cinco dias del mesdemavo^ desle aîlo de 
quynîentos e treynta e très, e fueron al puerlo de Laracbe, puerto 
del Rey de Fez'. Y allj ovicron su seguro del lley de Fez, cl quai 
seguro le truxo Xaco Rosales *, Judjo. E llcgaron en junyo al dîcho 
puerto, y allj el dicho enbaxador deaenbarco, e con el los dicbos 
gentiles onbres, que, con sua servvdore», scrjan quynzc o diez e seya 
personas. E se faeron al Real del Rey de Fez, que estava en cl 
canpo antre Tanjar e Arzîlla, que seran del dicbo puerto quyaze o 
diez e seys léguas. E llevo luego consygo las dichas caxas e algunas 
picas e laa cspadas e arcabuzcs que este tcstigo tenya vislo, c ansy 
un cuerpo de armas blancas', que llevava un gcntillionbre, y et 



I . Mereaderia dt brasyl. De h 
diio de Bréail. probablement dci bois de 
teinture qu'on djiïgnaït ainsi, même avant 
la découverte du Bi^iil. S*vaby. 

I. Bertoi. Les dictionnaires espagnols cl 
portugaii donnent do vagues traductions 
de ce mot : sorte de coulevrino d'un tri» 
petit calibre. Le terme propre est barce, que 
Jal définit ainii : pcLito p'itcc d'arlillcrie 
dont on se sortait i bord des navirta de 
guerre au xvi' siiclc. 

3. M. de La BoDcicrc a lu : 33 mai. toc. 
til.. p. ii3S. 

II. Puerto del Hej de l'e:. Pour lo distin- 
guer des porti marocains de la cale allan- 
tiqua occupés par les Portugais. V. ci-dessus 
p. 33, note 1. 

5. Xaco Ro«b1ci pour Jacob Itosatcs, 
nom sous lequel cet agent est désigné dans 
lo courant de l'enquête. C'était vraisem- 
blablement un juif portugais qui s'était 
retiré au Maroc après l'arrêt d'eipuUion du 



roi Jean Ili. Les Juifs ont souvent été 
choisis par les souverains du Maroc comme 
leurs intermédiaires auprès des puissances 
chrélicnnea. C'est i tort que M. do La 
Ronciire nomme ce |K-rsonnaf;r Rodriguei. 
Correspondant du ^5 juin ii)ol, p. iiji. 
5. Ciirrpo He armas bl-inras, ou en por- 
tugais : ror/]o dt armas irnnroj. Lillértlc- 
mcnt ; un cor|<s d'armes blanches, pour un 
corps d'armure blanche, et plus simplement 
une armure blanche. L'ciprcasîon corpo de 
armii désignait tout vêlement défcnsir, qu'il 
fiU formé de lames de métal, de feuilles de 
drap pressées, ou encore do mailles do for ; 
cl qu'il Fût destiné i un fantassin ou i un 
liomme d'armes !i choisi ; co dernier s'ap- 
pelait aenhcrtndo. quand sa personne ot 
son cheval étaient roiélus d'un rorpo de 
armns. Mobaeh. (In désignait mius lo nom 
de armas tiraiiras (ou blanras en espagnol) 
des armures en acior poli, ou argentées 
qui protégeaient la létc cl tout le corps. 



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INFORMATION CONTRE PIERRE DE PITON 39 

enbaxador lo ovo del, y lo dio a Mol Cabraheii, segund que el dîcho 
gentil honbre lo dixo a este testigo, quando el dicho enbaxador 
bolvjo del Real a la galeaça. Porque este testigo no fue alla, y 
syenpre estuvo en la galeaça, por seer capitan délia. Y el dicho 
enbaxador estuvo con los dichos gentiles honbres en el Real ocho 
nueve dias ; y al cabo dellos venyo a la galeaça, e dixo que el Rey 
de Fez e Mol Cabrahen avian de venyr a ver la dîcha galeaça. E de 
ay a très o quatre dias, le vino recabdo que el Rey de Fez partiera 
de prjesa a ver su madré, que dezian que estava para morjr de pes- 
tilencia. Y de ay a otros très o quatro dias, le torno recabdo del 
Rey de Fez que no pudja venyr a ver la galeaça, que el enbaxador 
se fuese a Fez, e que alla lo despacharja. E ansy partio para alla 
para Fez, con los mysmos gentiles honbres e servydores que traya; 
e llevo consygo tas mas pieças y resto de tas armas que el enbarco 
en el dicho galeon, e con ellas se fue a Fez. Y la dicha galeaça quedo 
en el dicho puerto. Y fue tambien con et dicho enbaxador el dicho 
Amon de Molon. E dixo este testigo que, al tienpo que el dicho 
enbaxador vino del Real del Rey de Fez, oyo este testigo dezir a 
Monsyor de Tardes, uno de los dichos gentiles honbres, que el 
diera un arcabuz a un Moro por un bugio. E un Lonbardero, por 
nombre Pero Mosquele, dixo a este testigo que dio ona espada por 
un bujio'. E dixo este testigo que, despues del dicho enbaxador 
partir para Fez, este testigo, por estar muy desavenydo con et dicho 
enbaxador, por ynjurias e synrazones que le tenya fechas^ deter- 



Ibid. — Cea eiprasûoni le ralrouvent 
d'ailleurs dans l'ancienne langue françoiio : 
corpi de cuirasie — cors d'acier — coTielels, 
ap. Lacurne de Sainte Palate. Corps de 
cairaase se dil en parlant de la cuirasse 
même, »an> les armures dei bras et des 

blanches, blanches armes, avait également 
la mf me signiGcalion que armas blancas. La 
cuirasse s'appelait arme bUnche, parce que 
l'acier en était blanc et poli ; c'est pour 
celte raison qu'on appelait aimé à blaoc un 
homme vêtu de fer, de pied en cap. Le 
DucHAT, dans son édition de Rabelais, 
t. IV, pp. i4^ l't 1^9. Ed fraucais mo- 



derne, on dit encore : corpa de cuirasse. 
— Il est évident que le caerpo de armas 
btamxa doit être identifié aui sjllas de armât 
de la déposition de Vicente Percz, p. 33, 
aux ajas de malla du témoin Hernan Vax 
de Contreras, p, 37, el au cmelete de caoalla 
llyero du témoin Diego de Cisneros, p. 35. 
Cf. plus loin (1578), dans la relation de la 
baUille de El-Ksar el-Kebir. la description 
du vêtement délensif en cuir el en mailles 
que portait le jeune duc de Barcelos. 

I. Bajio, mol à mot ; un babouin. 

3. V. le journal du capitaine de Piton, 
p. t5 et paisitn. 



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3o INFORMATION CONTRE PIGRRR DB PIT05 

myno de se venyr e dexor a la dicho galeaça, por toner reccio de 
andar en conpafiya del dicho enbaxador, e se enbarco con Tomas 
Sumerja, mercader gînovcs, que alla tralava )' cra estante en Laraclic, 
en una barca suya de pescar. E fueron a salir en Arzilla, e de Arailla 
vinyeron anbos a esta corle'. Pregunlado como consintia que el 
enbaxador dièse las armas a les dichos Mores, dixo que este lesligo 
se lo contradixo mucbas vczes, y cl dicho enbaxador dio en este 
lestigo por se lo contradezir asy. e por no quercr tomar dos naos de 
Ynglezes al cabo de Fynystierra, e una caravela de armada del Itey 
nuestro Sefior adelante de Arzilla . E por estas cabsas ovo diferencia 
entre el enbaxador y este testigo, e por eslo dexo la capilanya de la 
dicha galcaça. E que no sabja mas dcslc caso. E preguntado por 
las preguntas générales, dixo que querja mal al dicho enbaxador por 
lo ynjurjar como dicho tiene ; e ansy a todos los de su conpaHya c 
de la dicha nao, porque, viendo ynjuriar e mallratar, no le acudian 
como capilan, aviendo tomado juramento de le obedecer e favoresccr, 
e por ser contra el, y les plazer a todos de lo ver maltratar, e que 
por esto le querian mal, salvo a 1res Ginoveses que ayvenyan, a 
quyen pesava mucbo de lo ver inallralar, los quales Ginoveses avian 
nombre Francisco Richar, ofycial de la dicha galeaça', e Rernaldo 
de Stival, guardian'. e Francisco Calahreja, bonbardcro. E de lo ol 
de las dichas preguntas générales, dixo nychil. E dixo este lestigo 
que vyo llevar al enbaxador e sua criados, quando fucron para el 
Real*, quatro o cinco alabardas doradas. Gomez Eanes lo nscrevi. 
Corregidor Gaspar Carvallo. Tesligo Babtista Abxia. 

Ytea. Tomas Sumerga, mercader Ginoves, lestigo jurado a los 
Santos Evangeijos, e preguntado generalmente por lo contenydo en 
el dicho abto, dixo este lestigo que, al licnpo que esta galeaça de 
Francia llcgo al puerlo de Larache, osie lestigo eslava en Laraclie. 

I. A ella torlf, c'eit-i-dire à Evora, où nivirc. Le gardien tviil >oin 6e II Siinlc- 

réiidsil ilon la cour de Portugal. |>our y Barbe «I de la soute aut poudrei. Cf. J«i . 

faire leur dépoiilion ou plutAI leurdénon- au molGarditn. 

ciation calomnteUM. 1. La phrase e lUi triados. quando Joiron 

3, Officier marinier de la dite gajéasie. pora tl Bfal. aTaîlété oublîi^e parle greffier 

et. J*L. au mol OJfickt. dans l'original portugais, il l'avait réUblie 

3. On appelait guardian el gardien en enmarge. et c'eitce qui motivelatalîdation 

françtii l'homme préposé à la garde d'un qui figure ï U fin de l'cnquétc. V. p. 39. 



, Google 



INFORMATION CONTRE PIERRE DE PITON 3l 

por traiar en el Reyno de Fez e tener ay una pesquerja. La quai 
galeaça Ucgo en el mes de Junyo deste présente ofio. E venyan en 
alla por capitan Bavtista Obserja, testigo pregunlado atras; e asy 
venya en la dicha galeaça, por enbaxador del Rey de Francia para 
el Rey de Fez, Monsyor de Piton, e con el cinco gentiles honbres, 
segund que se dezia que lieran. El quai enbaxador, tante que la 
galeaça écho ancora, vino en el batet a lierra, con un mercader 
Frances que en la dicha galeaça venya e avia nombre Amon de Molon . 
E venyendo a tierra, este testigo pregunto al dicho mercader que 
navio hera aquel. Y el le dixo que hera una galeaça del Rey de 
Francia. Y este lestigo le pregunto que aparejo traya la galeaça de 
armas. Y el le dixo que trayan mucha artillerja de métal, gruesa e 
pequefia, e muchas pelotas de hierro. Y este testigo le dixo que 
tornase al capitan, e le dixese que no desenbarcase en tierra, ny 
entrase dentro; e asy le mando un piloto espailol a la galeaça, 
para que le dixese que no dévia de entrar dentro con la dicha galeaça, 
por venyr tan aparejada de artillerja; e fueron a la galeaça con el 
balel. E despuea tomo el dicho batel a tierra, en quai venyan el 
dicho enbaxador c con el el dicho mercader, e fue a tener a la nao 
fi-ancesa, que ya en el dicho puerto estava. Y al otro dia este testigo 
fue a la dicha nao a fablar con el dicho enbaxador, diziendole e avi- 
sandole' que en manera nynguna la dicha galeaça entrase dentro, 
por la dicha artillerja que traya, porque la enbaraçaria el Rey de 
Fez ^ Y el dicho enbaxador se callo, diziendo que sahia lo que hazia. 
E luego mando el dicho mercader Amon de Molon e un su criado 
al Real del Rey de Fez, que estava entre Tanzar e Arzilla. E tor- 
naron, e venya en conpanya detlos Jacob Rosales, Judjo, e llegaron 
a la galeaça, y el dicho Rosales hablo con el enbaxador. E luego el 
enbaxador tomo un piloto del Ryo de Larache, e fue a la galeaça, e 
se melio dentro en el dicbo Rio, contra voluntad de el dicho 
Bautsta, capitan, que lo contradezïa por el aviso que este testigo 



t . Le Uxtc porLe : aviijsandoU. pour faire lever ceUe interdlclion ; >a de- 

3. Les souverains du M*roc prohibaient mande fui accueillie, puisque, dès le retour 

sévèrement la venta d'arnaes ds guerre i d'Hemon de Moton. nousvojons la gtiléaase 

leurs sujets. Le capitaine de Piton, si l'on entrer dans la rivière de Larache. dirigée 

s'en rapporte au dire du témoin, envoya par un pilote indigène. 
Kemon de Molon nu camp du roi de Fei 



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Sa l>FOIIMATIO>' COT^TBE PIERRE DE PITON 

le avia dado. \ el diclio cnl>axa(lor, con los dictios gentiles Iionbres 
e con sus scrvydores e con cl dicho Amon de Molon e Rosales, se 
fue al Beal, c Ucvo consygo cicrUs caxas que traya en la galeaça. 
Las quales caxas, en las llevando, Tueron a Icner a la forlaleza de 
Larache : y, entrando este tesligo en la forlaleza, vide al diclio 
Rosales y al dicho mcrcadcr abrjr algunas de las diclias caxas, y 
sacaron de dcntro cspadas c otras cosas; e vicndo a este lestigo, 
tornaron a cerrar a las caxas, e fueronsc para el Real, c llevaron 
tanbien picas en las inanos. El quai enbaxador c los que con el 
fueron, dende a oclio o nueve dias, tornaron del dicho Real para 
la dicha gateaça, dtziendo el dicho enbaxador y los otros que el Rey 
de Fez y Muljabraben avian de venyr a ver la dicha galeaça. Ë 
pasados très o quairo dias, vino nucva como cl Rey ya no venya a 
la galeaça, porque yva a ver su madré, que dczian que estava para 
morjr de peslilencia. £ pasados olros très o quatro dias, vino recabdo 
del Rey de Fez que el diclio enbaxador se fucse a Fez, que alla los 
despacharja. Y entonces el dicho enbaxador, con los dichos gentiles 
honbres e servidores y el dicbo mercader, se fueron camyno de Fez, 
y llevaron sus caxas, y sus picas en las manos. E quedo en el dicho 
puerto la galeaça, y el dicho Baustista, capitan, nunca saljo de la 
dicha gateaça. E dixo este lestigo que, antes que partiese el dicho 
enbaxador para Fez, estando este testigo en la galeaça. el dicho 
mercader Amon de Molon pregunto a este lestigo sy tcnya pena 
de Uevar libros de abrayco a Fez', Y esle testigo le dixo que sy, 
que tenya gran pena. E por este testigo contradezir que no diescn 
armas a los Moros', lo omyziaron con el Rey de Fez e con Mulj 
Abrahen. De manera que Rosales dio a este testigo un recabdo del 
Rey de Fez, que myrase lo que hazia. E viendo este tesligo como 
asy estava rebuelto con el Rey, e porque el enbaxador le dixo que lo 
avia de hazer castigar Moli Abrahen , este testigo hordeno de se venyr 
con el dicho Bautista, capitan, que uvo muclias diferencias con el 
dicho enbaxador, e por la gente de la nao le desobedecer, en una 
barca se vinyeron amos para Arzilla, e de Arzilla se vinyeron a esta 

I. Nous nous eipliquons mal re cliargfr- le petit calioleur qu'élalt Sumerjs aurtil 

ment de lirroa hébreux abord de la gali;Bsse. adresiii àm remontrances au eolonel de 

1. Déclaration peu vraisemblable: on Pilon, ambassadeur du roi de France. 
ne voil pas bien au nom de quelle autorité 



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INFORMATION CONTRE PIERRE DE PITON 33 

Corle. E al do dixo, salvo que la dicha galeaça quedo en el dicho 
puerto, esperando por cl dlclio enbaxador. Preguntado por las pre- 
guntas générales, di\o csle Icsligo que quyerc mal al dicho enbaxa- 
dor, por el e su gciite ser cabsa del se venyr del Bayno de Fez e dexar 
su liazlenda e su tralo. E a lo dcmas, dIxo nycliill. Gomez Eancs 
lo escrevi. Corregidor Gaspar Carvallo. Testigo Tomas Sumerja, 

Yten. Vicente Ferez, cavallero de la casa del Rey nuestro Scfior, 
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34 INFORMATION CONTRE PIEnilF DE PITON 

armaron en el dicho Rio cicrlas fustas e vergantincs para yr a 
saltear tierra de Crislianos, [en] las quales fuslas fueron Franceses 
de la dîcha galeaça. E Ins diclias fustas hi/.ieron presa, de la quai 
prcsa los dichos Franceses que alla fueron ovieron su parte délia, 
como la ovioron los Moros. F despues, preguntando este lestigo por 
lo susodicho a algunns peisonas de Laraclie, hallo en cllas que liera 
ansv como el conde le avia diclio. Y la prcsa que las dielias fuslas 
hizieron, de que estos Franceses ovieron su parte, fue fecha en 
lugares de Castilla. E al no dixo. \ las proguntas générales, di\o 
nycliil. Gomez Eancs lo cscrevi. Corrcgidor (îaspar Carvallo. 
Tesligo Vicenle Ferez. 

^len. Diego de Cisneros, cavallero de ta casa del Duque de 
Bergança, teslîgo jurado a los Sanlos Evangeljos, e preguntado por 
lo contcnydo en cl dicho ablo. dixo este (estigo que, por mandado 
dcl Duque, fue a Fez a rescatar a algunos Cristianos, por descargo 
del anyma ' del Duque Don James *, su padrc, e anduvo en Fez abrjle, 
mayo e junyo e parle de julljo. En este lieiipo. en ol mes Je junyo, 
andava cl Kcy de Fez en el canpo e Moliabren. y cstando a la 
puenle de lîosma ^, entre Arzilla e ïangare, vinyera de Larache 
un cnbaxador del Hey de Froncîa, segund el de/.ia, cl quai se 
Itamava Monsyor Pelro Piten, e que es un bombrc largo de cuerpo, 
flaco, de muy poca barva rubja, e los ojos zarcos, bombre de hcdad 
de treynia liasta trcynta e ciiico anos, E coii cl scryan quynze o 



I. On sait que la rcJempLîon des caplifs 
osi au nombre de ces <pu»rcs pies appelée» 
par l'Eglise otuito île mUrrimrrle el dnnt 
les mérilcB sont applicables au snulagoment 
des imcs du Purj^aloirc. 

3. La Icclurc Jami-s est bien cprtaine, 
quoique ce prénom no >o rcnconlre pas 
sous celte romc dans les dicliounaires 
porlugais. Il csl idenliquo au prénom 
anglais, qui, d'ailleurs, a é\.& emprunté lui- 
m£me au provençal par les Anglais, 1 \'k- 
poque où ceui-ci étaient mallres de l'Aqui- 
laine. On aait que co prénom a pour ori- 
gine la forme Jaconms qui, par un phénO' 
mène asseï rare do mutation de labiales, a 



cooiislé avec Jarobai. Co Jajme, duc de 
Braganre. donl le témoin Diego de Cisne- 
ros allait soulager l'imc en rachetant des 
captifs clirrtiens. avait conduit, avec D.Juan 
de Mcncics, la seconde oipédilion contre 
Aicmmour cl s'élait empare de celte place, 
le I" Fcplcinbrc i5i3. Uoaucoup de rois 
d'Aragon ont porté le nom de Jajme. 

3. l'uenle de Boima, el plus loin, p. 3^, 
jmentc île (iosmii. L'identiCcation de ce lieu, 
dont la position géographique est déter- 
minée d'une façon précise (entre Anila et 
Tangor). n'a pu être faite. La transcription 
doit être défectueuse. 



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INFOnMATlON COSTRE PIERRP. DE PITO> 35 

diez e seys honbres Francescs, e algunos dellos dezian ser gentiles 

honbres, e que tenya cada uno très o quatro myll ducados de renia. 

E llegando asy todos al Real del Rcy de Fez, lo saljo a recebïr el 

hijo de Moljabralien, que se llama Cidi Halj Barrax', e se fue a 

descavalgar a la tJenda de Moliabrcn, donde fuc muy bien recebido. 

E luego mando traer el dicho enbaxador dos cofres grandes de 

Flandes^ e ansy una caria en pargamyno, que parescïa ser sygnada 

por ( 

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estai 

uno 

doze 

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36 ISFOUMATIOS CONTnE PIEIIIIF. DK PITIIN 

Moliabren, e ansy dos arcabuzeg con sus caxas labradus el los cabos 
dorados. Y, en uno de los diclios arcabuzes, le iiioslro el diclio 
enbaxador una pelota parlida por medjo con un bilo de atanbre de 
hasla dos palmos asydo en anbas las |>artes. diziendo al diclio 
Muljabrcn que aquello le dava porquc liera arlîrycio con que de cada 
tire tnatarja c dcceparja quantos cavallos lialtasc dclaiitc de sv'. Y 
el dicho Muljabren cstava para yr a correr a Tan^r^r, como de focho 
otro dia Aie alla a dormyr, e dixo al diclio enbaxador ^ii) lenya por 
pecado matar con aquel arcabuz que le dio atgund Porlugues o 
cavallo suyo en Tangar, para donde cl \\a. Y el dictio enbaxador 
respondjo que los Francescs no lenyan los Porlugueses por Cris- 
lianos. E, porque este testigo se liallo présente a todo lo susodJclio 
e lo vio asy pasar, respondjo al diclio enbaxador algunas cosas, 
porque le parescio mal lo que el fazia c dezia, e que por el Real se 
dezia y hera publico que los de ta conpanya del diclio enbaxador 
davan armas, cochîllos e dagas a )os Moros. ^ este testigo. en el 
mes de julljo proximo pasado d este présente ano. se vino para estos 
Reynos con sus captives rescatados ; y el diclio enbaxador con su 
génie quedava en el dicho Real. Y este testigo oyodczir al diclio Mul- 
jabren que avja de dar al dicbo enbaxador cavallos. leones e onças ' 



monlrer on mAme Icmpi l'eflet qu'il pro- 

I. Il l'agil do batUi ramfrs. he tecbni- 
clen Vtgenère, qui au xvi> aiiclc Irtdubit el 
commcDla l'Art mitilaire d'Oi\osander, apri't 
avoir décrit les ivanlageidu force me ni de la 
balls. H ce qui aide encore 1 la violence du 
coup, quand la pouidre n'a aucun lieu pour 
l'évaporer a, ajoute : d Mti« la trop cruelle 
et félonne animoiité des morleU des uns 
aux autre! ne s'est pas contentée do si rigou- 
reui et puissans cfTects, car, ne pouvans 
endurer qu'aucune résiitince peust avoir 
lieu encontre sa ra^c et forcenerie, est 
passée oultre k l'invention des dez d'acier 
onv-eloppet dedans lo plomb et ï des balles 
atbchéet les unes aux autres avec du 61 
d'archal qu'on appelle ramées, el nnablo. 
ment jusqucs i les empoisonner de lard el 
d'arçonic... et pourtant il vaudroit bien 



mieux ensevelir ces maudits dunnci arti- 
fices Boubs un pcr|>éluc1 silence, que les 
divulguer au public, qui n'en est que Irop 
abreuvé, a Op. cit., l. 686. — Los diehoi 
arral/u:fi. auiqueltct le témoin fait allu- 
sion, étaient ces armes d'invention récente 
en l333, et appelées en France < haeque- 
butes & croc » parce qu'elles se liraient sur 
uoe fourchette ; elles devaient par la suite 
donner naissance au mousquet. 

1. Oiirns, en français : once ; en arabe: 

Ji^. On l'appelle auiii panthère des four- 
reurs. L'once dificre de la panthÈro, en ce 
qu'elle est bien plus peLle. qu'elle a la 
queue beaucoup plus longue, le poil plus 
long aussi et d'une couleur grise ou blan- 
châtre. BiFFori. Ocmifrup., t. III, p. a6C. 
Cet animal est souvent rnnfondu avec e 
guépard. 



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INFORMATION COSTRK PIERUC DE PITON 3'J 

e abestruzea, porque liera la frula de la tierra. E dîxo este 
teslîgo que el no vio el galeon en que el dicho enbaxador vîno, 
porquc este testigo estava en el Real del Rey de Fez, e la dicha 
galeaça vîno aportar al puerto de Larache, don[de] desenbarco el 
dicho enbaxador e su gentc. E se dezia que la dicha galeaça liera 
grande, e que Iraya treynta e dos bancos por bordo, e diez c seys 
tiros gruesos, e ocho falcoties, e muchos tîros pequefios. E al no 
dixo, salvo que este testigo llevo consygo dos moços d'espuelas del 
Duque, que podrian saber d'esto, por estar en el dicho Real con este 
testigo ; e los diclios moços d'espuelas se Uaman Juan Rarroso o 
Felipe de Freytas. A las preguntas générales dixo nychill. Gomez 
Eanes lo escrevi. Corregidor Gaspar Garvallo. Testigo Diego de 
Gisneros. 

A treynta dias del mes de seticnbre de quynyentos e treynta e 
très, en Evora, el Corregidor Gaspar de Garvallo, conmygo cl dicho 
escrivano, pregunto los testigos syguyentes. 

Yten. Hernando de Gontreras, escudero del Marques de Villa 
Real, e morador en la cibdad de Gebta, testigo jurado a los Santos 
Llvangeljos, e preguntado por lo contenydo en el dicho abto, dixo 
este dicho testigo que el estuvo captivo en Fez mas de un ano. En 
este verano pasado, este tcstïgo estava captivo en poder de Mulja- 
brcn. En este tienpo. vido partir el Rey de Fez e Muljabren para 
correr el canpo, e fue asenlar su Real entre Tanjar y Arzilla. E Mul- 
jabren dexara a este testigo [a] Alcaçar Queber y a olros sus cabti- 
vos. Y, estando y este testigo, vjno nueva que en el puerto de Larache 
entro un galeon de Francia que tray[a] armas y otras cosas. E dende 
a quatro o cinco dias, vjno de Larache por allj un Frances, que 
dezian que hera enbaxador del Rey de Francia, con obra de veynte 
Franceses consygo ; e con cllos venya el Judjo Rosales ; e los dichos 
Franceses Irayan picas en las manos, e muchos dellos yvan armados 
de coseletes e syas de malla ; y ellos estuvieron comyendo en una 
huerta de Alcaçar. Y este testigo no sabe el nombre del enbaxador 
ny de los otros Franceses. Por ende el enbaxador se dezia que hera 
honbre hidalgo, de buen cuerpo e bien dispuesto, poca barva. Y, 
en acabando de corner, se fueron camyno del Real del Rey de Fez, 
que estava a la puente de Gosma ; c llevava consygo ciertas arcas ; 



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38 IKFOBÏIATIO^ CONTRE PIERRE DE PITO> 

y este testigo e otros Crlstianos Icntaron las dicliaa arcas en el peso, 
e pesavan mucho; e dizian que llevavan rn clhiN présente para cl 
Rey de Fez. E dixo este tcsligo que, en aquelloit diUN que ri diclio 
enbaxador estuvo en cl Keal dcl l\v\ de Fez, cslc lestigo vio venyr 
dcLaraclie, hadondeeldiclio galeniieslava, atgniioiiMorogcon picas 
earcabuzcB y escopelas. Y csle leslifjo le[s] pregiiiilavadondc travan 
aqucllas armas. "^ ios Moros de/iaii que las fueron a conprar al 
galeon de Ios Franceses que estavaii en Laraclie. E las diclias armas 
heran estraûas, c diferentcs de las armas que Ios Moros licnen. ^ , 
estando esto teslîgo en Alcaçar, vido tornar para cl galeon algunos 
de Ios Franeeses que lueron con cl dicho enbaxador para el Iteal, 
Ios quales venjan syn nyngunas armas de las que llcvaron. E di\o 
este testigo que, quando Muljabren liolviera de) caiiipo. un <iino\es 
su captivo dixo a este lestîgo que Ios Francesos dirron muchas ar- 
mas a Muljabren y al Itey de Fez. e que liera grande mal e mas de 
lo que nadje podja pensar ; dando a cnlender el dielio raplivo a este 
testigo e declaranJole que Ios diclios Franceses pcdjan .seguro a cl 
lïey de Fez para que lodo lo que pudiesen tomar por la mar, lo 
pudiesen tracr a tierra de Moros a vender. E que esie testigo uo sabe 
mas, porque luego fue rescalado e llevjido a Tctuan, E ni no dixo. 
A las preguntas générales, di\o nycliill. (ïomcz Eancs lo escrevi. 
Corregidor Gaspar Carvallo. ïesligo llcrnan \ az de Contreras. 

Preguntados asy Ios dichos tcstigos por el dicho abto, a pedi- 
myento dcl dicho Fyscal e porcjuc al présente uo se hatlaron mas 
testigos, e la provança mas lurgamente scr en Ios lugan-s de \frica, 
el Corregidor mando a my. cl dicho escrivaiio, (|uc lucgo pasasc 
caria de reccblorja, con el trcstado del dicho abto, para las justicias 
de Ios dichos lugarcs. para alla pregunlar generalnienle Ios mas tcs- 
tigos que dcl dicho caso pueden saber c siilieu la verdiid. E eu 
conpiimyento de su mandado, jo, cl dicho escrivaiio, liizo luego Ihs 
dichas cartas, para Ios dichos lugares siicar Ios dichos testigos y 
enbiar sus dichos al dicho Corregidor, para se junlar con esta pro- 
vanca. Oomez Eancs lo escrevi. 

Paso caria para Cebta, Alcaçar, ïangar e Arzîlla. 

Trcsiadada asy esia pesqu\sa de la propia original, por inano de 
my, Gomez Eancs du Frcytas, escrivano de la dîclm correccion c 



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INPOltïlATION CONTItE PIERRE DE PITON 3f) 

c... publico gênerai', todo de my letra. Escripta en ocho liojas, 
con esta. La quai pcsquysa cl dicho Corregidor comygo el escrîvano 
concicrto, e va syn nynguna borradura ny enlrerenglon que haga 
duda. E fuc tresladada en Evora, a primcro dia del mes de ulubrc 
del aîio de Nuestro Sefior Jesu Cristo de myll e quynyentos e Ireynta 
e très afios. Y el dicbo Corregidor asyno aqui por su mano, para mas 
fcc; eyo.el dicho escrivano, de mypubljca senal,que es la syguycnte. 
Y va sellada con el sello de chancill[er]ja. No haga dubda lu postila 
de ta margen, en cabo del testimonjo de Bautista Obserja, onde dize: 
E sus criados quando ' fueron para el Iteal ; porque se hizo al con- 
eerlar, por verdad^ 

Esto fue sacado e tresl lesa en 

romance caslellano, por mt idisimo 

Senor, el Seîlor Cardenal d ;jo Ileal 

de Sus Magcsladcs', por el estante 

en esta Corle, c por my, 13 Lo quai 

todo hizimos bien e fyelmi lo mas 

conlormc que scr pudo al omancc 

e de oli-o alcançamos. E,s; 1 fyi-ma- 

" ' * Baltasar de Aifaro. — Symon. 

Archives !\'alionalcs. — Collection Simancas. — K. UiS3,n°87. — Original'. 



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io 



PAlEMt>T A BAITISTE AL'WLLIA 



PUEMKNT A «. \LX\LLI\ i'Ol It S(A NOUAGE AL MABOC 



En marge : Le maistre de la galéace nommée « le Sainct Pierre n 



A Baptiste Auiillyan, maistre a^ant la charge de la galeasse nom- 
mée « le Sainct Pierre », la somme de deux cens vingt cinq livres 
tournois, pour la vallcur de C escus d'or soleil, à raison de \LV sols 
pièce, à luy donnée des deniers que le Hoy a ordonnez au Trésorier 
de son Espargne recevoir des receveurs gcneraulx ou commis à 
l'exercice desdictes recopies générallcs pour eslre employez es 
aB*aires survcnans ordinairement autour de sa personne, par ledict 
seigneur et ses lettres patentes données à Bar-Ie-Duc, le XXVIl* jour 
de janvyer M V' XXXIII, signez Françovs [et] Hayard et seellées du 
seel dudict seigneur.cn faveur des bons services qu'il a faictz audict 
seigneur el ce pour luy ayder a supporter les fraiz et despenccs qu*il 
a faictz ou voyage qu'il a dernièrement faict au royaume de Fez. 
où il a conduict, mené et guydé dedans le feu cappitaine Pilon, que 
ledict seigneur y avoit envoyé. Laquelle somme luy a esté pa\éc 
comptant par ledict prcudomme en C escus d'or soleil, à XLV sols 
pièce, comme il appert par sa quictance signée Dorne, notaire et 
secrétaire dudict seigneur, le XXVII* jour de janvyer M \'' XXXIII. 
Enregistrée par moy le XVH" jour de février oudîcl an. Pour ce, 
cv * . . . ' IL XXV I. t. 



Bibllolhi-ijue .\ali(inalc. — Comiilcs de l'Ejiar;/nc <le Friinruîs Z*"". Ms. 
Fr. 15629, n* 502, f. 258. — Ori.jinal. 



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Y RAMENES DU MAROC 



PAIEMENT A J. DE LA PLANQUE POUR ENTRETIEN D'ANIMAUX 
RAMENÉS DU MAROC 



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A!<IMAL'\ HAMBKKS UC MAHOC 



PAIEMENT Al\ OAUDIEXS DES AMMAIX HAME\ES 
1)L MAROC 



'•»■ 



Itolle des expéditions commandées par le Ituj'. 

A cculx qui ont la garde des bcslcs qui sont venues du Ito^iiunic 
de Fesse cent livres pour la nourriture d'icellcs. ù prendre sur tclz 
deniers que Mons' le Légat' advisera. 

Signa: Françoys. 
Conlresigné: Breton'. 

Faict à Paris, le xni' jour de juing mil V \\\ini. 



Irchiivs .\alionalcs. — Acrjuits sur l'Epari/nc. François t". J. 0€l"', 
n' f'i. — Or'ujinal. 



1. Le chancelier Du Prat, «cigiiour de 
Nanlouîllet, dont il ■ i\c question dans la 
note a, p. 3. Aprèi la moii de u femme. 
FrançoiM de Vciny. il embrasa IVlat 



Ju Saint-Siège on France, en 
mourut. Cf>mbl<^ de bieni et 
-9, en l'a cnaisug de Naatouillel, 

le ,1 juilla 153:), ifi A 



cccléiigistique et devînt lucceativetncnt ronde à l'Itùtol-Dieu i 

éiêque do Meaui et d'Albi. arclicvêque Lè'jul. 

dcScna, en lâjô.Ctirdinal, en 1517, Lrgat -t. V. p. II. nute i 



i dite iUi 



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LETTRE DE JEAS 111 AU GRAND-MAITRE DE SANTIAGO 



LETTRE DE JEAN III ROI DE PORTUGAL AU GRAND-MAITRE 
[DE L'ORDRE DE SANTLVGO'] 



L'occ 

s'aOaibl 

ou vers 
avaient 
pendani 
ennemi 
quiélcr 
adversa 
chérifs' 
était so 
înconte 
devaien 
sainte c 
inusuln 
quclqui 
centrer 
défense 
Conseil 

I. No 



D.Jorg. 

Maltriw 

a. Le 

XXX (rt 

Pavie. ] 



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44 LETTRE DE JEAN III AU CBAND-MAITRE [dE 8A:4TIAG0J 

dire, pas de porl i quant à celui d'Azcmmour. il était d'un accès très dilGcîle à 
cause de la barre de l'oued Oumm cr-Rbia. el celte ploce se trouvait, d'ailleurs. 
à proximité de celle de Mazagan, qu'on était décidé de cnuM-ner. Il n'est pa!< 
question dans les lettres ravales do la place du (^ap-de-(iuir'. soit que celle 
ville parût devoir être gardée à cause de son excellent port, soit qu'elle fût alors 
serrée de trop près par les troupes du chérir Moula v Moliammrd erh-CkeikIi pour 
pouvoir être évacuée sans danger, il» même temps (|ue Jean III prenait l'avi» 
des membres de son Conseil sur celte question, il ne renonçait pas à l'idée de 
la conquête continentale' du Maroc, et leur demanilail leur opinion molivi'-e 
sur cette opération '. 

Doit on nliiindiinner, nu bien furliJ'uT pour Ifs iii'fendre. les riUes de Snji 
el d'Azemmour? — Liste des ijenlilshoiumes ii consuller sur celte tjuei- 
lion, avec l'indicalion pour queli/uesuns de la formule de salatilion à 
employer. 

|.:..v..| 



Pour ie Griiiid-Mallre. 

Honoré Graiid-Maîlrc, 

Comme la délerminalion que je dois prendre au sujet de Safi el 
d'Azemmour intércsi^e vivement mon rovaiime. il m'a paru bon de 



I. LeCsp-de-Guir, Cabode-Agurr, Cofto- 
dr-Gué. C'élail le nom donné k l'ancienne 
ville de Sanla Crui, fondée en l'anniSc lâoâ 
par lo Portugaii Juan Lt)|>ei de Sogucira. 
agiuani de » propre iniliativo. Le roi 
Emminucl, informé de l'importance de 
cette poailion. remboursa St-'gucin de ks 
frai» et y conitruiail une place forlc Elle 
est souvent dëiignée loua les noma de 
Sanla-CTUE-du-Cap-de-Guir ou de Snnta- 
Crmde-Berberia. pour la distinguer de 
Sanla-Cru:-dtMar-Pfiiucha. ile-Mar-Chica 
ou éc-Mar-Menor, la ville eipagnolc. fondée 
en 1J76 i iSo kilomMrt» plus au Sud 
(embouchure de l'oued Aiaka ?) par Diego 
de Herrcra, Seigneur de I^nicrolc (Cona- 
riei). Le nom de Cap-dc-Guir et qucliiuc- 
fois abréviativement celui de Cap, El Ca/io, 
avait été donné i la ville portugaise k 
cauM du voisinage du cap Guir (Gliir et 
mieux Igbir). Le mot berbère Ighîr n'a 



pas d'ailleura d'aulro (ignificalioo que celte 
do promontoire et lei indigène* appellent 
ce cap : Ighir Oufrini. C'eit lo seul point 
de la cijle marocaine faisant dani l'Atbn' 
tique une saillie prononcée ; il marque 
l'citrémité occidentale des soulèvements 
du llaut-Atlai. Au sud de ce cap, el abrité 
par lui, se trouve l'emplacement du port 
naturel du Sous, du Sud-Marocain et du 
Sahara occidental. Le nom indigène de l'an- 
ciciino ville |>orlugai>e est .Agadir- n-lghir. 
1. On sait que, d'après la bulle do par- 
tage d'Aleiandra VI (iS mai i^gS) et lea 
arrangements intervenu* entre les deux 

haie du Maroc avait été dévolue au Portu- 
gal ; la ligne de démarcation enire les 
posscssio[is i;venlucllcs du Porlugtl et de 
l'Espagne était un méridien passant k 
370 lieues des Iles du Cap Vcrl. 
3. V. UoL. X-XXVl. 



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LETTRE DE JEAS Itl AU C;RA>D-MAITIIK [dE SA\TIACo] 45 

VOUS en parler et de vous prier de m'envoyer par écrit votre avis, 
sans lequel je ne veux pas prendre de résolution, car je sais que 
vous jugerez la chose pour le bien de mon service et j'ai confiance 
en vous. Noire-Seigneur daignera me permellrc de choisir le meil- 
leur parti, car II sait que je ne traite cette aOaire que par nécessité, 
parce que mes finances sont épuisées. Il est donc nécessaire de 
savoir si on doit conserver ou non ces villes, mal approvisionnées 
et bien loin d'être secourues comme elles devraient l'être. 

Et comme, pour que vous puissiez me donner votre avis, il 
convient que vous possédiez des renseignements sur l'état des 
ofiaires là-bas, je vous mande et vous prie de me faire parvenir 
promptement votre réponse bien réfléchie, afin que je décide rapi- 
dement ce que je dois faire, et je vous envoie ces renseignements sur 
cette feuille séparée. Faites-moi connaître votre avis : dois-je aban- 
donner ces deux villes ou y construire des forteresses ? ou ne dois-je 
construire de forteresse que dans une seule ? Vous aurez à consi- 
dérer tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour les défendre, 
en recourant à mes finances et au service <|ui m'est dû par tous les 
sujets de mes royaumes, et vous me ferez connaître tous les incon- 
vénients qui résulteraient pour moi de leur abandon. Indiquez-moi, 
d'une part, les nécessités et les inconvénients, et de l'autre, les 
remèdes à apporter au mal, car je ne puis abandonner ces deux 
villes sans éprouver une profonde tristesse et une grande douleur, 
que partageraient de même les hommes d'honneur de mes royaumes. 
On ne doit les défendre que s'il apparaît qu'on peut le faire sûre- 
ment, car, de même que ce serait une bien mauvaise action, que 
je regretterais toujours, de les abandonner lorsqu'on peut les dé- 
fendre, ce serait une résolution encore pire que de vouloir les 
défendre si les périls auxquels cites sont exposées ont rendu cette 
défense impossible. Ecrit, etc. 

Idem. Le Marquis, son fils. 

Idem. Le Marquis de Villa Real. 

Idem. Le Comte de Penella : Comte, mon neveu et ami, moi, 

le Roi, je vous envoie mes amitiés, comme à une personne que 

j'aime beaucoup. 
Idem. Le Comte de Linharès. De même qu'au comte de Penella. 



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/|(t LETTni! DF JEW III AU CIIANn MAITIII! [dE RA!(Tltnoj 

Idem. L'Kv^iuc de Coimbre: RôvfVoiid K' 



L'Kv^|uc de Coimbre: RôvfVoiid KvtViuc, Comte, mon 

ami. moi. le Itoî, je vou»onvoic tuutctt mes salutations, conimo 

a une personne que j'aime. 
Idem. L'Evt'que de (tuarda : llévércnd Kvi^que et ami. moi, (c 

Roi, je vous envoie beaucoup de salutations. 
Idem. L'Evi^tjuc de Lainogo: Révérend Kv<ique el neveu, mon 

ami, inoi, le lloi, je vous envoie toutes mes salutatiotis. 

comme à quelqu'un quej*aime beaucoup. 
Idem. L'Ëvûque de Silvcs: Révérend Evèque et ami, moi, le 

Roi, je vouH envoie beaucoup de salutations. 
Idem. Tristan da Cunlia, Mon amt. 
Idem. Le Gouverneur: Mon ami. 
Idem. Vasco Annes Corte Real: Mon ami. 
Idem. Ayrea de Souza : Mon ami. 
Idem. Antoine de Saldanlia. 
Idem. Jean Rodrigue» de Saa. 
Idem. Georges de Mcllo : Mon ami. 
Idem. L'Amiral Antoine d'.\/evcdo: Mon ami. 
Idem. Le Capitaine de l'Ile: Mon ami. 
Idem. Don Alphonse d'Alaidc : Mon ami. 
Idem. Le Vicomte [Rodrigo de Lima'j. 
Idem. Don Jean de Castro. 
Idem. Don Jean de Mene/es. 
Idem. Diego Lopes de Lima. 

liiblmthhiue Xalionnlc. — Fim-Lt l'orlinjaix. M.i. IS (nncicn ^i3). 



l HiKiH!)'/. — Copie fin \\\- sli-ch 



; (fe la Torre ilo Tonibii. 



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LETTRE DU nOl JEAN III A l'ÉVÈQUE DE COIMDRE 



XI 

LKTTRI- DU ROI JKAN III A LKVfiQLK DK COIMIJUK 
(TniDLtTiox) 

Doit-on abandonner, fortifier ou bien défendre, dans leur état aeluel. les 
villes de Safi et d'Azemmoiir? — La guerre contre les Maures doit- 
elle être commencée par le royaume de Fe: ou par relui de Merrakcch ? 
— Comment couvrir tes dépenses qui en résulteront ? 



Révérend Comle, Évêque et ami', Moi, le Roi, je vous envoie 
toutes mes Halutations. Ces jours derniers, le Chérif a mis le siège 
devant la ville de Safî, en y employant toutes ses forces, qui sont con- 
sidérables. Or, potir secourir celte ville, il faudrait faire de grandes 
dépenses et, vu l'état où se trouvent mes finances, il parait néces- 
saire de voir et de rechercher s'il serait conforme à mon intérôt 
d'abandonner cette ville, ainsi que celle d'Azemmour, ou seulement 
l'une d'elles; ou bien, si on doit construire dans l'une d'elles ou 
dans toutes les deux des citadelles armées d'arlillcrie', pour les 
occasions que Noire-Seigneur offrira dans l'avenir de le servir. Il 
faut prendre aussi en considération la grande charge qu'imposera la 
défense de ces places ; celte dépense ne peut être couverte par mes 
finances, en raison des frais très grands qui se font pour les autres 
villes d'Afrique, l'entretien continuel des (lottes, la défense et la 
conservation de l'Inde et la poursuite d'un grand nombre de cor- 

I. L'éviïquc de Coimbre éUil Jorge do Icrochcr.Cf le £>oc,W, p. 'jo.l.o marquis 

Almeida. do Villa Real corneille de Utir des roquei- 

a. Forlalnas roqueîrai. Le unt peut rot aporlilhadoa, àet cbâleaui-forU élevés 

(trc aussi bien ; des citadelles élevées sur sur le rocher et percés d'embrasures. 



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8 LETTRE DL' ROI JEA?( III A l'ÉV^QL'E DB COIMBRS 

lires, sans parler des autres (lé|)cnscs occasionnées par mon service, 
uî sont très éle\ées et pourtant nccoRsaires. 

ncman]ue/ égalemenl le danger que courent ces villes assiégées 
ar leChérif avec toutes ses forces, leur éloignement tic tout secours 
t la mauvaise qualité de leurs rades, qui fait qu'elles ne peuvent 
Ire >ecoiinies eu hiver, et qu' Azeuiinour no |)arall |>as pouvoir 
être iiièine en été, ce qui oblige ces villes ù avoir des troupes assez 
ombreuses pour que ctiacune d'elle puisse se défendre en cas 
attaque, sans qu'il soit besoin de leur on envoyer d'autres. Tenez 
ompte de la dépense considérable que cola causera, laquelle ne 
«ut se faire sans imposer de grandes charges à mes sujets et îi 
nés vassaux, qui doivent me servir, comme ils viennent de le 
lire dans le secours de ces places. 

D'un autre côté, c'est un grand chagrin pour moi d'abandonner 
ux Maures ces villes, qui ont été conquises par le roi, mon sei- 
neur et mon père ' (que Dieu ait dans sa gloire!), dans le but d'^' 
tablir la religion de Noire-Seigneur et de favoriser la propagation 
e sa Sainte Foi dans ces pays. Do plus, le Cliérif, possédant ces 
eux villes, se rendrait maître sans opposition de tout le pays de 
)oukkala' et deviendrait si puissant, qu'il serait grandement ù 
raindre. 

Pour construire dans ces villes des forteresses munies d'arlil- 
crie, une très grande dépense serait nécessaire, car, pour les rendre 
edoutables. il faudrait dépenser au moins cent mille cruzades, sans 
omplcr leur armement. Et, (juelle que soit la puissance de ces 
nrleres^es, si elles sont assiégées, rien n'est si solide que l'on ne 
loivc le secourii'. 

Comme celte question est d'une très haute im|iorlance pour moi 
l pour mon royaume, j'ai jugé bon do ne pas prendre de déler- 
nlnation sans consulter les personnes compétentes et surtout vous, 
ar je suis certain qu'en raison du grand amour et de la bonne 
olonté que vous ave/, pour moi. vous rélli'cliirei! .sérieusement à 
ette affaire, ainsi qu'elle le mérile, et que vous me doiinere/ un avis 
ussi loyal el aussi juste que vous le devez à mon service, en prenant 

I. Le rot Emmanud l<^ Graml ou le l'IimLorlamt de Md^a^'sn. l.ei Iribu* du 
briuné (l^gS-i Jii). Doukkili Turent longtpmp* vaiulei et Iri- 

3. Lo DouLkiU, rrglon tW's fertile de buliîm de k couronne do l'orlugal. 



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LETTRE DU ROI JEAN III A l'ÉVÈQUE DE COIMBBE ^9 

en consîdéralion la conquête des Maures, quej'ai si grand désir de 
faire dans ces régions de Fez et de Merrakech, si Notre-Seigneur 
m'en donne le temps, et je ne tarderai pas à mettre ce projet à exé- 
cution, dès que les ressources de mes finances me le permettront. 
Voua devrez également considérer s'il vaut mieux commencer cette 
guerre par le royaume de Fez ou bien par celui de Merrakech, 
en tenant compte des dispositions dans lesquelles se trouve chacun 
de ces pays, ainsi que de la puissance du roi de Fez et de celle du 
Chérif, parce que, s'il parait prérérable de commencer par le 
royaume de Fez, il serait mieux alors d'abandonner ces deux 
villes; mais, si on devait commencer de leur côté, il serait néces- 
saire de les conserver". Dans cette circonstance, on doit apporter 
une grande attention à beaucoup de détails, pour mieux décider du 
pays par où on doit commencer la guerre. Ces détails seraient trop 
longs à écrire, d'autant plus que vous recevrez des informations 
sur la situation où se trouvent ces deux pays, puisque tout le 
monde la connaît. Et, pour que vous sachiez l'état dans lequel se 

trouvent mes finances, je vous envoie par' montrer une 

note d'après laquelle vous le pourrez Ijien voir ; et, comme elle 
contient des détails très importants '', je vous prie de n'en parler à 
personne. 

J'ai toul< 
vous aurez 
ainsi que le 
ce que je t 
villes ou l'u 
si ce serait 
encore si j 
région il vi 
faire, si Ne 



I. SaS et 
pUces poriugai 
de Merrskecti. 
cien Maroc, V 
Mpagnoles et 

3. Blanc ei 



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5o 



I JE*N III A LÏvVfniR DK COIMDRK 



secourir ces deux villes, ce ne pourrait l'Ire au moyen de mes 
finances, vous m'indiquerez quels services doivent me rendre mes 
sujets et mes vassaux et quels moyens je dois employer pour leur 
donner satisfaction, afin que. tout étant bien vu et bien considéré, 
je puisse prendre une détermination dans une atTaire qui me cause 
tant de peine. Ecrit par Pierre Fernaiides, à Evora. le' mil 

cinq cent trente-quatre. 

Après avoir écrit celte ledre. j'en re^-ois une de l'Empereur, mon 
très cher et très cslimé fr^ro, qui me dit avoir appris que Karbe- 
rousse' est parti de Constaiilinopte avec cent galères et cinquante 
galiotes, et qu'il est arrivé à Modem' pour s'y approvisionner de 
vivres et prendre des gens de guerre et tout ce qui est nécessaire à 
cette flotte. Les una disent que son but est d'aller porter le ravage 
dans les royaumes et les seigneuries de l'Empereur ; les autres pré- 
tendent qu'il cherclie à s'emparer du royaume de Tunis, ce qui 
serait à craindre, à cause du grand dommage qu'il pourrait faire sur 
les côtes des royaumes de Naptes et de Sicile, sur celles des autres 
Iles, ainsi que dans les Etats de l'Eglise et autres pays de la Chré- 
tienté, s'il n'y trouvait pas de résistance. Pour cette raison, l'Empe- 
reur a ordonné aussitôt d'approvisionner toutes les places et d'y 
amener des gens de guerre, des vivres, de l'artillerie, et toutes les 
choses nécessaires à leur défense et il a ordonné au prince de 
Melfi, André Doria, son Capitaine général de la mer. d armer toute 
sa flotte, c'est-à-dire les quinze galères que lui, André Doria, com- 
mande ; d'y joindre quatre autres galères commandées par Antoine 
Doria, son cousin, qui sont également au service de l'Empereur, 
ainsi que huit autres de ses royaumes de Naples et de Sicile, dcui 
de Monego', trois de Sa Sainteté, sept de Gènes, cinq de l'Ordre 
de Saint-Jean, dix autres de ces royaumes ^ qu'amènera Don 



I. Blanc eiUlinl dam la copie porlii 
gai>e. 

1. Barberousse 11 ou Kheir ed-Din, le 
trbTc el le succeueur du fondateur de 
l'odjak d'Alger. Il pUïD let ËlaU m\n la 
suierainelé ollomane et fut nomnié amiral 
des Qallei de Soliman II. Il préparait v>ii 



Eipédilion contre Tuai). 

3. ModoD, ville forte de II 
un poK SUT ta Méditerranée. 



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LETTRE DtJ ROI JEAN III A l'ÉVÈQUE DE COIMBRE 5l 

Alvaro de Basan; de prendre d'autres galions et d'autres navires 
dans les royaumes de Naples et de Sicile, comme il lui paraîtra 
bon ; d'y employer, autant qu'il sera besoin, l'infanterie espagnole 
qu'il possède dans les royaumes de Naples et de Sicile, et qui peut 
se monter à cinq mille fantassins, avec tous les gens du pays 
qu'il jugera nécessaire d'y ajouter; et d'aller faire résistance à la 
flotte de Barbcrousse, et de faire tout ce que les circonstances per- 
mettrontpour la défense de la Chrétienté et le dommage des ennemis. 
Il m'en avise, atin que je puisse faire garder mes villes. 

Bibliolkiqw: Nationale. — Fonds Porlugais. Ms. 18 (ancien ^3), 
ff. 2li v"- 218. — Copie du wx" siècle^. 

I. Archives de la Torrc do Tomlio. — Reforma das Oavelas, Gavela 3, Maço 7, Num. 4$. 



, Google 



a LETTRE nE L I^FA^■T nO> KEn>VM> Vf BOI JEAN lit 

XII 

LETTRE DE LINF\NT DON FERWND' AL ROI JE\N l\\ 

(Thadi'ctio\) 



// proteste contre le projet d'abandonner complèlemeiH Safi et Azemmour 
et conseille de transformer ces villes en citadelles. — En cas de nécessité 
absolue, il vaudrait mieux écacuer Azemmour que Safi. — Si l'on doit 
faire la guerre au Maroc, il est d'avis tfue les opérations commencent 
par le royaume de Fez plutôt que par celui de Merrakech . — // demande 
au roi de convoquer les Cortès pour les consulter sur la question des 
subsides pécuniaires ou autres. 



Abrantè». 6octâbre i53V 



Sire. 

Pierre d'Alcaçova Carneiro m'a remis une lettre de Votre Altesse, 
avec un mémoire concernant certaines questions, sur lesquelles 
vous m'ordonnez de vous envoyer mon avis. Le voici sur chacune 
des questions séparément. 

En premier lieu, vous médites. Sire, qu'il serait conforme à vos 
intérêts d'abandonner complètement les villes de Safi et d'Azem- 
mour. Je dis, Sire, que je supplie Dieu de ne pas permettre que, 
sous le règne de V. A., on abandonne des villes aux Maures, villes 
dans lesquelles on a fait tant de sacrifices à [la cause de] Dieu et 
qui ont coûté tant de sang et d'argent à vos royaumes, mais qu'il 
permette, au contraire, que vous en conquerriez beaucoup d'autres, 
car, en abandonnant ces villes, lors même qu'elles seraient complè- 



I. Jean lil eut *U EU légitimes, dont 
cinq moururent en bat Age, idsIb aucun 
de ïea enfanU n'a porli- le nom de Femand. 



L'Iiiranl D. Fcrnand devai 
rai Emmanuel et le frère 



£(re le fiU du 



y Google 



LETTRE DE LINFANT DON FERNAND AU BOl JEAN III 53 

tement détruites, elles deviendraienl en peu de temps si puissantes 
que, lorsque V. A. voudrait les reprendre, au moment de la con- 
quête des royaumes de Fez et de Merrakech, la dépense serait 
beaucoup plus grande que celle qu'on ferait maintenant pour y 
construire des châteaux-forts. 

Secondement : si on doit abandonner l'une de ces villes, laquelle 
sera-ce? D'après les renseignements que j 'aï reçus au sujet de 
l'emplacement d'Azemraour et des dangers que présente sa barre 
. en tout temps, je suis d'avis, si l'absolue nécessité vous oblige à 
abandonner une de ces deux villes, que ce soit Azemmour plutôt 
que Safi. 

Troisièmement : doit-on construire dans ces deux villes des 
châleaux-forts? Je dis, Sire, que si, au moment où V. A. a eu cette 
pensée, il y a environ quatre ans, elle eût ordonné de les construire 
immédiatement, non seulement ils seraient achevés et payés avec 
l'argent qu'on a employé pour défendre ces villes, mais encore il 
resterait un excédent qu'on aurait pu dépenser pour elles pendant 
quelque temps. Puisque le temps presse, je suis d'avis de construire 
des forteresses munies d'artillerie dans ces deux villes, parce que, 
si ces constnactions n'empêchent pas ces villes d'être assiégées, du 
moins leur défense exigera moins d'argent et de monde que main- 
tenant. 

V. A. I 
Si elle fa 
et le fera, 
permettre 
ou par ce 
rience qu 
ma fortui 
nécessairi 
me fasse 
m'aideroi 
tradictior 
aux néce: 

Si, dai 
sionnerai 
.Maures, 



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5i LETTHE DE l'iSFïNT nO^ FEIINAMI AI' BOI JEA5 III 

très désirable, parce que celle pai\ lui donnerait la tranquillité que 
requiert celte affaire et on pourrait alors (ransformer ces villes en 
forteresses munies d'arlitteric avec moins de dépense, et même les 
circonslanceR pourraient se trouver telles, si V. A. était en étal 
de passer bientôt [en Afrique], que celte transformation serait 
évitée'. 

Mais s'il est impossible de faire la paix en ce moment, V. A. doit 
passer en Afrique et commencer la guerre par le royaume de Fez. 
parce que, bien qu'on puis.se dire qu'en entrant dans les terres du 
Chérif ', on trouvera moins de résistance, il n'en est pas moins vrai 
que, quel que soit le point par où V, A. entrera, elle doit rencontrer 
les forces du roi de Fez' et du Cliérif réunies, car, si leur entente 
n'est pas cordiale en ce moment, la cause' et la nécessité les réu- 
niront. Si V, .'\. entre par Sali ou Azcmmour, les navires lui 
couleront davantage, cl, en hiver, on pourra diflicilemenl y envoyer 
de vos royaumes et d'Andalousie des vivres et des renforts, lorsque 
cela sera urgent, tandis qu'en entrant par les villes du royaume 
de Fez, ce serait tout le contraire, et, si l'on gagnait quelques porls 
de mer, on éviterait la perte des fustes\ dont vos vassaux souffrent 
maintenant, et on empi^cherait l'arrivée du secours que les Turcs 
pourraient envoyer, et, puisque le roi de Fez est plus puissant 
que le Chérif, il convient mieux à votre Ktat de commencer par 
entrer dans les terres du premier. 

Quoique la guerre ne doive pas se faire voloiilairement sans un 
puissant motifel sans l'assurance de la victoire, quoique les dangers 
de l'oflensive paraissent plus grands, à cause de l'inccrlilude du ré- 
sultat, que les avantages qu'on pourra on retirer, étant donnée la 
puissance que possèdent actuellcmenl les Maures dans le monde 
entier, je crois que le plus grand péril que courrait V . A. serait de 
tarder à commencer celte guerre de la manière qu'elle doit se faire. 



I. D. Fernind donne au roi le conseil 
do faire la paix avec le> Maures, afin do 
^gner du temps et de nieui préparer la 
campagne do conquête conlre le Maroc, 
laquelle, en cas de réussite, dispentcraîl de 
fortiiïcrSafi et Aiemmour. 

3. Moulav Ahmed el-Aareilj, souverain 



en fait du rovaumc de Merrakecb. 

3, Ahmed boo Mohammed, le lultan 
merinidc de la branche des Béni Oualtas. 

't. La cause, c'est-i-dire la dcfenie de 
l'Islam conlre les chrétiens. 

5. Petilt navires de guerre. 



M 



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LETTRE DE L ISFATiT 1 



FBn>AND AU ROI JEAN III 



55 



On pourrait dire que V. A., en passant en Afrique avec toutes 
ses forces, laisse son royaume en danger: mais V, A, ne doit pas 
partir sans que l'Empereur n'aille en personne ou n'envoie une 
grande partie de ses forces militaires dans les royaumes Berbères, 
dont il a fait la conquête', alin que les Maures soient obligés de 
défendre leur pays et qu'ils ne puissent venir au secours des autres. 
De cette manière. Votre Altesse pourra, comme l'Empereur, sans 
péril et avec plus d'assurance, tout en servant Dieu, conquérir de 
la gloire et agrandir ses Etats, résultats qui dépasseront les dangers 
affrontés utilement dans une guerre si juste. 

Pour tous ces motifs, je dis, en conclusion, que je considère 
comme nécessaire que V, A. déclare aux Etats de ses royaumes, 
réunis en Cortès, ou de quelque autre manière qu'il lui paraîtra 
bon, l'intention qu'elle a de passer en Afrique, et qu'elle leur 
demande pour cela toute l'aide qu'elles pourront lui fournir. Elle 
devra se procurerde l'argent, non seulement de cette manière, mais 
encore au moyen de la Croisade' et de toutes les autres ressources 



I . Oran, Tlemcen et Beugle éttient tu 
pouvoir de l'Espagne. 

1. On appelait bulle de la Saïola Croi- 
sade et, par abréviation, ta Sainte Croisade, 
la Santa Crazada, une bulle octroyée par 
les Papes aux Gdèlcs do l'Espegne et du 
Portugal, en reconnaissance de la lutte qu'ils 
soutenaient contre les Maures. Cette bulle, 
renouvelable tous les cinq ans. conrérait 
certains privilèges et indulgences et, entre 
autres, le droit de faire usage des ceufs et 
du lait pendant le Carâme, et m^me de 
viande k certains jours d'abstinence. Les 
roia d'Espagoe et de Portugal, qui avaient 
obtenu des Papes la vente de cette bulle, 
obligeaient leurs sujets, ■y compris ceui des 
colonies, à acheter le privilbge de la Cruzada, 
alors même que ceux-ci ud voulaient pas 
en faire usage. C'était pour le Trésor un 
reveoucoosidémble.Bur lequel étaient gagés 
les emprunts royaux, n La Saincle-Croi- 
sade, ostés les despens, vaut chaque année 
deux cens millions de maravedis, qui font 
quatre ce ni et nonante mille cent et nonantC' 
six escuB, quatre sols, quatre denier», u Sala. 



EAH, p. I03. Il y avait un conseil particulier 
de la Cruzada dont le président partait le 
nomdeCommisiairede la Cruiada. Quand 
la lutte contre les Maures eut pris fin dans 
la péninsule, les Papes manifetlëreut l'in- 
tention de ne pas renouveler la bulle do la 
Croisade, mais les souverains espagnols et 
portugais préteittront de la guerre qu'ils 
soutenaient en Afrique contre les infidbles 
pour obtenir la continuation de la Cruiada. 
C'est pour donner une apparence de raison 
au privilège de cette bulle que le Portugal 
garda la place de Maiagan jusqu'en 1770 
(CHËnltR. t. 11, p. Wji) et que l'Espagne 
conserva ses pr^iidioi. u II suffit aux Espa- 
gnols, écrit te comte des A-llois, gouverneur 
de Melilla, de conserver ces places [les pre. 
sidios] pour jouir en sûreté du bénéBce 
de la bulle de la Croisade et 
l'ciil pour ceux qu'ils y 






intago. •> 



SS. lIiBT. Maroc, a' SirU. 1. 1, 

Cf. tur les abus de la Cruzada ui 

pièce datée de j5g^ et intitulée L'Batat 

d'Eipagne, Arch. Nat., K. i33a, n" 6. 



, Google 



wm 



56 LETTRE nE l'iNPAST DON FFR^IAID AU ROI JKAΫ III 

qu'elle peut juslemenl dmiaïuicr et ohirnir du Pape. V. A. pourra 
ainsi, avec la grâce de Dieu Notre-Seifiriieur, pousner en avant son 
projet. Et, lorsque, dan» vos royaumes, on apprendra que V. \. 
doit partir, les hauls prélats et tous vos vassaux s'empresseront de 
vous servir et de vous aider dan» la di-pense orcasionnée pour la 
conservation de ces villes, dans le ras on celii semblerait nécessaire, 
ce qui n'est pas mon a\ is, car il me parait que l'on doit en faire tle<^ 
chftteaux-forts'. 

Je suis si tiien a la disposition de Votre .altesse, soit pour faire 
la guerre, soil pour conserver ces villes, soit pour y construire des 
châteaux-forls, soil pour toute autre chose, qu'il me parait superflu 
de le rappeler à Votre \llesse. 

Je supplie Notre Seigneur de conserver la vie et d'augmenter 
l'autorité royale de Votre .\ltrsse, comme elle le désire. 

.Ahranlès, 6 octobre i53/|. 



■()yales de Votre .\ltcsse. 

L'Infant Don Fernand. 



Bibliolhiqae Nalionale. — Fnnih portugais. Ma. tH (ancien i3), 
f. 298 v-'-302. — Copie <lii xi\° niHe'. 



I. LeroiJeiiiIII>etrouv*itdonc.t«mblr- 
t-il, en pi^sence d'une Iriple alleraBlivc 
relttivement ï SaR et Aieramour. l* fîar- 
d«r ces places telles qu'elle* élaîent. c'est- 
i-dirc Ici ïillei proprement dite» aioc Im 
oDvngca qui pouvaient ciisler pour Ipiir 
défenie ; 1° Abandonner cea viticB aprôs les 
•voir raaéea (Cf. Doc. XV, p. €Hj et Ica 



remplarrr par dp» ciUdfllet (easirllot m- 
■ineirm. /i>rlnlf:a> r'i-i'uirns) permelUot 
dornii'ervprcenpnsilioTi* marilitne<;3<E>a- 
CUIT Sac ri Aicmmoiir, mi» } élev^ de 
citadelles. 

5. Arrl-iers Ae la Torre ito Tombo. — 
Ufformn rfrtj r,«iflas. GmHa a, .Mifo, 7, 



, Google 



LETTRE DE l'ÉVÈQUE DE I.AMEGO AU ROI JEA>" III 



LETTRE DE L'ÉVÊQUE DE LAMEGO' AU ROI JEAN 1 
(Traduction) 



Les villes de Sajî et ctAzemmoar doivent élre abandonnées. Le peu d'impor- 
tance de ces places ne justifierait pas les dépenses qu'il faudrait faire soit 
pour les défendre dans l'état où elfes se trouivnt, soit pour les fortifier. — 
Si le Chérif vient à s'en emparer, il n'en résultera aucun danger sérieux. 

— Les opérations contre le Maroc doivent commencer par le royaume de 
Fez, où se trouve l'ennemi le plus redoutable. — Ceuta doit être fortifié 
contre les entreprises de Barberousse, ainsi que le conseille Charles-Quint. 

— Il en est de même de Mazat/an. 



Liabonne, 7 octobre i531. 

Sire, 

Par Simon de Seixas, j'ai reçu une lettre de Votre Altesse, dans 
laquelle vous me faites la grâce de me questionner et vous m'or- 
donnez de vous envoyer par écrit mon avis sur Sali et Azemmour, 
pour savoir si on devra garder ces places ou les abandonner, et 
vous m'indiquez de nombreuses et longues raisons dans l'un et 
l'autre sens. Voua ordonnez en même temps qu'on me rende 
compte de l'état de vos finances et de vos dépenses, pour que je 
puisse répondre en connaissance de cause. Et je baise les mains 
royales de Votre Altesse pour la grande faveur qu'elle me fait. 

Simon de Seixas m'a remis une autre lettre de V. A. dans laquelle 
elle me dit qu'elle en a déjà reçu une de moi sur la même matière 
et que, malgré cela, elle me prie de lui répondre h ce qu'elle me 

I. Il l'appelait D. Fernando Vaiconccllos de Menezes. 



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58 



LETTRE DE L EVEQL'E DE I.AMECO AU ROI , 



■iHi 



mande. Pour accomplir l'ordre de \. A., et, quoique dans ma 
lettre j'aie déjà répondu à beaucoup de points sur lesquels V, A. 
m'interrogeait, je rép<!terai les raisons qui m'ont paru convenables 
en réponse à la lettre de Voire Altesse, ainsi que les autres qui me 
paraissent de votre intérêt. 

El, comme je l'ai déjà écrit ù V. A., mon avis est que V. A. aban- 
donne lout-à-fait SaPi, Azemmour el le Cap de Gué', sans v laisser 
de forteresses. 

En premier lieu, il me paraît contraire au service de Dieu de les 
défendre ; j'en ai donné longuement les raisons à V. A. et ces raisons 
sont les suivantes. Ces villes ne sont pas aptes à servir h la con- 
quête de l'Afrique, et l'armée qui y débarquerait courrait de grands 
risques. Ce ne sont pas des localités qui. si elles sont peuplées de 
Maures, puissent porter grand préjudice à ^os royaumes el à la 
Chrétienté. 11 est imposssible de les protéger présentement au point 
qu on puisse y cultiver la terre el qu'elles se soutiennent d'elles- 
mêmes ' el l'expérience l'a bien montré. On y célèbre, il est vrai. 
les oiEces divins; mais, en les abandonnant, on ne porterait pas 
préjudice au service de Dieu, car Dieu n'oblige pas à faire des 
choses impossibles, comme le serait, en ce moment, la conser- 
vation de ces villes, qui causent tant d'inquiétude à V. A. et à ses 
vassaux el qui occasionnent d'immenses dépenses que les finances 
de V. A. ne peuvent aucunement supporter. Ce n'est pas servir 
Dieu que de dépenser, pour défendre ces villes, ce que Votre Altesse 
doit à lant de veuves, d'orphelins et d'hommes qui l'ont longue- 
ment servie, qui souffrent de grandes privations et à qui \. \., 
en plus du remboursement de ce qui leur revient, devrait encore 
accorder de grandes faveurs. 



I. Coiode Cue, pourCtbo-deUjcr, Sur 
la ville du Cap-do-Guir. l'ancienne Santa 
Grui, l'Agadir d'aujourd'hui, V. p. H, 
note 1. Le roi Jean III n'eut pa» ï l'aban 
donner; ia place du Cap-de-Guir. dt'fendue 



par 



r l>. Got 



rov. fut prise, lo il mars iSji, par 
Moulaj' Mohammed el-Harrdn, le fiU de 
Moulaj Mohamiaed ech-Cheilih, aprè^ un 
long sitge el un asMUt lrÙ6 meurtrier. 



V.. pour la dal«dccet événement. Doc. \X1, 
p . I o6 , note i . 

a. iVom if poHem aualfr ao prtzente para 
se laerar a terra.,. Le aeni développé ett le 
ïuivanl : Il est impoisîble de proléger c«a 
lillcs dans un rajon suffisant pour qu'on 
puisse j'Iabourcrdct terres. Par conséquent, 
ellea ne [leuvent assurer elles-méme* leur 
subsistance et sont obli|;ôci do compter sur 
des ravitaillements du Portugal. 



, Google 



LETTRE DE l'ÉVÊQUE DE LAMEGO AU ROI JEAT4 III Sg 

Pour les raisons exposées dans la lettre de V. A., on ne doit pas 
construire de forteresses à Safi et à Azcmmour; ce serait une 
dépense considérable que de fortifier ces villes de manière à assurer 
leur sécurité; on serait entraîné à d'autres charges non moins con- 
sidérables pour les entretenir et à de plus considérables encore pour 
leur porter secours. Puisque V, A. a un si grand désir de faire, 
avec l'aide de Notre-Seigneur, la conquête de ce pays, il me parait 
d'autant plus nécessaire d'éviter tout sacrifice qui ne tende pas à 
cette fin ; et il me paraît que toutes le 
ces villes sont dans ce cas. 

Comme je l'ai déjà écrit à V. A, , qi 
places sont constamment exposées à c 
les secourir. Si — ce qu'à Dieu ne plaise 
sait, que V. A. veuille bien considère 
l'engager ainsi que son Conseil à assu 
places, sous prétexte qu'il est possible t 
Hien, en effet, ne semble plus importai 
une décision fondée sur des avis et de» 
pas courir un danger aussi certain' i 
localités. 

Si V. A. voulait entretenir dans et 
nentes, ses finances ne pourraient s 
exagérée. Puisque vous avez bien voi 
l'état de vos finances. — je crois qu'il 
l'ont établi avec sincérité — puis dont 
vos dépenses, V. A, devrait s'abstenir 
d'emprunter chaque jour de l'argent à 
quatre pour cent, ce qui fait croire 
les revenus. C'est une chose très imj 
voir ce qui en est à ce sujet. 

Or comme V. A. emprunte chaque jour de l'argent à intérêt, 
qu'elle considère si c'est servir Dieu que de ruiner son royaume, 
de le charger de dettes pour garder une chose dont la conservation 
est sans profit. 

Si V. A. soutient ces villes avec l'aide de ses sujets, ils se ruine- 






, Go ogle 



6o 



LKTTRE DE LÉVÈOl'B DE LAHEGO AL' ROI JEA^C III 



ront cerlainemcnl; el alors quels sont ceux qui ponrronl vous aider 
dans l'entreprise générale ' ? Il conviendrai! en effet fort à votre ser- 
vice qu'ils fussent tous riches à ce moment là. 

On invoque, comme motif pour conser\'er ces villes, qu'elles ont 
été conquises par votre père (qu'il soil dans la gloire céleste!): 
mais j'ai déji écrit à V. A. qu'il aurait bien mieux valu que votre 
père ne s'en emparât pas et que leur destruction lui aurait été plus 
profitable que leur occupation, et plût à Dieu qu'il en eût été ainsi ! 
S'il vivait encore, il verrait bien que, par cette conquête, il s'est 
seulement imposé de lourdes charges et des pertes considérables, 
sans compter les soucis dont \ . A. est assaillie à cause de ces 
villes. 

L'inconvénient qu'il y aurait à laisser le Chérif s'emparer de ces 
villes et en devenir le seigneur me parait de peu d'importance 
pour les raisons inverses. Comme je l'ai déjà dit, ces places ne 
peuvent nuire ni à vos royaumes, ni aux chrétiens, et la possession 
de ces villes, une fois détruites', n'augmenterait guère la puissance 
du Chérif. Si en effet il les rcconsiruil. il ne pourra pas empêcher 
les gens qu'il a déjà avec lui de les repeupler et le nombre de ses 
partisans ne sera pas augmenté de ce fait". Comme cette contrée 
renferme peu de villes, il semble que, dans un bref délai, celles 
que V. A. abandonnera se peupleront de nouveau avec des tribus, 
ainsi que cela s'est toujours produit et, s'il en était ainsi, il esta 
croire que les Arabes feraient la guerre au Chérif el que celui-ci 
arriverait à perdre toute la seigneurie du Doukkala. Cette éven- 
tualité est aussi vraisemblable, sinon plus, que celle de la soumis- 
sion des Arabes au Chérif, car lorsqu'il n'y aura plus de chrétiens 



II 
il 



I. L'Entreprise gtfnérale k laquelle fail 
allusion l'évéque de Lamego esl la guerre 
pn>jeUe pour conquérir le Maroc. « Si. 
^rit-il au roi, vous ruinet vos sujeU, en 
leur demandant des subsides pour ta dcfonse 
de Safi el d'Aienamour, comment pourront- 
ili vous venir en aide, lorsque le momeut 
viendra d'entreprendre la conquête du 

î. C'esl-S-dire : la ponscssjon df leur 



3. Df mismn gi-nle que ja lent... On ne 
voit pas clairomoul, d'aprèi la consiruclion 
do la phrase, si le lujel du verbe eil le 
Chérif ou bien les deux villei. En tdmal- 
lanl la dernière hjpothèie, il faudrait tra- 
duire ; <' il ne pourra pat empêcher In 
nnfiVnj habiinals àe rea ii"i-s ilr rri-rnir l-s 
peupler, ce qui n'augmentera pai ses |"»r- 
lisani [car ce sont des citadins i*] . u Le reslc 



II! y 



, Google 



LETTRE DE l'ÉVÈQUE DE LAMEGO AU ROI JEAK III 6l 

à combattre, ils ne voudront pas subir les tyrannies et la nouvelle 
domination du Chérif. Alors même qu'il ne devrait pas en être 
ainsi, ce qui est contraire aux probabilités, on ne doit en aucune 
façon redouter la puissance du Chérif, à moins qu'il ne vienne à 
s'emparer du royaume de Fez, ce qui n'est pas facile. 

Le Chérif est bien vieux' pour qu'on puisse craindre de lui un 
projet dont l'exécution exigerait beaucoup de temps. 

Au sujet de la conquête de l'Afrique (que Notre-Seigneur daigne 
permettre à V. A. de faire I) vous me demandez par quel côté 
les opérations doivent commencer. Quoiqu'il y ait beaucoup de 
personnes qui sachent ces choses mieux que moi, je crois cependant 
qu'on doit ouvrir la campagne par le royaume de Fez, pour les 
raisons suivantes: 

Il vaut mieux commencer par son ennemi te plus puissant, qui 
parait être, pour le moment, le royaume de Fez, afin que le pre- 
mier effort soit employé à l'opération la plus difficile. Si Notre- 
Seigneur daigne vous accorder la victoire, celle-ci sera encore plus 
facile à obtenir contre un ennemi plus faible; si, au contraire, on 
commence par attaquer le plus faible, il faudra ensuite de nouvelles 
forces militaires ajoutées aux premières pour lutter contre le plus 
puissant. 

Le pays de Fez parait plus convenable pour commencer, parce 
qu'il est rcmph de villes, qu'il est riche en cours d'eau, qu'il est 
plus tempéré que ceux de Doukkala et de Merrakech et plus sem- 
blable au Portugal; de plus, les villes sont faibles et l'on peut 
s'en emparer facilement. 

En commençant par le Doukkala, la conquête ne serait pas facile, 
car. si les Arabes ne veulent pas combattre V. A., elle ne pourra 
pas les atteindre, à cause de leur existence nomade'. 

Et si V. A, veut incendier ces pays pour forcer les ennemis à 
l'attendre, l'armée de V. A. en souiTrira également, parce qu'elle 
ne trouvera rien à manger, et je ne vois pas comment on pourrait 

I. Moulajr Ahmed el-Aartdj ne devail Iréei, en preDeot le Doukkala comme base 

pu être âgé en 1 53^ de plus de ^8 bds ; il d'opération, «onl plus nomades que celles 

était né en i4S6. El-Oufhâhi, p. 36. établies au Nord de la vallée de l'oued 

1. Les tribus du rojaume de Merrakech. Oumm er-Rbia. 
celles que les Portugais auraient rencon- 



, Google 



i'*!' 



63 LETTRE DE l'^V^QVR DB LAMEr.O Al' ROt JEAV III 

faire venir de vos royaumes dos vivres en assez grande (juaiilité 
pour la durée d'une campagne qui peut t^tre longue. 

Pour toutes ces raisons, il me parait sans importance pour V. A. 
de conserver Sali et Azemmour, et il me semble préférable de les 
abandonner, ce qui évitera les dépenses qu'on devrait y taire. 

Et lorsque Notre-Seigneurpermcltni (ce qu'il daignera), que V. \. 
fasse la conquôtc de ce pays, je suis convaincu que. dès la première 
bataille victorieuse, les Maures seront obligés d'abandonner ces 
places et beaucoup d'autres, et que les vaincus n'iront pas se réfugier 
dans leurs murs. 

Et parce que je suis d avis, comme je l'ai dit plus liaut, qu'il 
convient aux inlért'-ls de V. A. d'al>andonner ces villes, il ne me 
parait pas nécessaire de répondre sur la manière dont V. \. doit se 
servir de ses sujets pour les défendre. Ceux qui sont de 1 avis con- 
traire peuvent, mieux que moi, vous donner un conseil. 

Votre Altesse, comme un grand et puissant roi qu'elle est, peut 
être pleinement convaincue qu'il est de son intérêt d'évacuer ces 
villes pour le moment, avec d'autant plus do raison qu'il lui sera 
facile de les reprendre, lorsqu'elle aura conquis le royaume de 
Fez. ce que Notre- Seigneur daignera permettre. V. A. doit donc 
abandonner tous les soucis que lui donnerait la conservation de 
ces places. 

Au sujet du compte de finances, je n'en parlerai à personne, 
comme V. A. inc I ordonne. 

Comme il me semble que tout ce que j'ai écrit [antérieurement] 
à V. A. sur ces matières répond au but qu'elle se propose, je lui 
demande, en grâce, de faire lire mon autre lettre en même temps 
que celle-ci. 

J'ajoute, pour répondre à ce que V. A. me dit au sujet de ce 
que l'Empereur, son frère, lui écrit sur la Hotte turque, dont le capi- 
taine est Barberousse, et de l'avis qu'il donne à V. ,\. d'approvi- 
sionner Ceula, que cela fortillc mon opinion et que je conseille à 
V. A. de secourir en toute liàte Ceuta, à cause de la grande impor- 
tance de celte ville pour la Chrétienté, et d'ordonner de la fortifier 
plus que toutes les autres places, car c'est a elle qu'il faudrait 
consacrer la majeure partie des ressources qui sont dépensées dans 
les autres. 



MU- 



, Google 



I.ETTBE DE l'ÉVÈQUE DE UVMEGO AU BOI JEAN Iir 63 

La place de Mazagan doit également se défendre, étant bien for- 
tifiée et pniivnnl ^IrP aociMiriiP on fsiB Ap ndffssilfi Tnnt niif ffHp. 

ville rest 
d'Azemir 

Et, si 
reur a abi 

Il plaii 
mieux à : 

QueE 
autorité i 
le désire. 



Comiïi 
lettre qut 
pour son 
conservéi 
dans la p 

Le ser 
royales. 



liibliotl 
r. 302-31 



que de i5 ki 
le Chérir m 

caée par lei 

1 , Coram 

En i533, l\ 

lères. Les ti 



, Google 



LETTRE DL' GRAND-MAITRE I 



LETTRE DL GRAND-MAITKE DE L'OHDKE DE SANTIAGO 
AL ROI JEAN m 



(Tradvctio^) 



Il conseille l'abamhn de SaJ! et d'A:emnn>ur. — /^ défense de cet places 
est une cause de dépenses et de difficultés. — Les ressources du royaume 
seront mieux employées d la défense de (leula et d'autres villes plus impor- 
tantes que l'empereur Ckarles-Quinl demande de mettre en état de résis- 
ter aux entreprises de Barberousse. — /^ roi dégagera sa responsabi- 
lité, en soumettant la question aux Cortès des deux principales villes de 
son royaume. — Ses sujets lui fournironl. s'd y a lieu, l'argent néces- 
saire. 



Ssliiïil. 8 octobre ibi\. 

Sire, 

Gaspard Pallia m'a remis une lettre de \ otre Altesse dans laquelle 
elle me parle de ce qui regarde les villes de Safi et d*Azeminour et 
où elle me demande s'il serait plus avantageux pour son service de 
les abandonner entièrement, ou bien de construire des citadelles soil 
dans l'une d'elles, soit dans ks deux, et elle m'ordonne de lui envoyer 
mon avis. 

Avant de parler de cette afTaire, que V. A. me permette de lui 
dire combien je ressens de peine, de chagrin et de tristesse de la 
voir aux prises avec des diflicultés si pénibles ; mais Noire-Seigneur 
daignera changer les circonstances et porter remède aux nécessités, 
de manière que V. A. puisse exécuter sa volonté et son désir de 
conquérir les Maures, et 11 lui accordera tant de victoires que V . A. 



, Google 



LETTRE DU CHaND-MAITRE DE SANTIAGO AU ROI JEAN III 65 

pourra Lui rendre beaucoup de services, ce dont elle recueillera 
double satisfaction et contentement'. 

Répondant à votre lettre, je dis. Sire, que, comme je n'ai pas vu 
les places d'outremer pour examiner par quel moyen elles pour- 
raient être défendues et conservées sans de trop grandes dépenses, 
et que ce sont ces considérations là que l'on doit principalement 
envisager, et que V. A. connaît tout cela si bien, je dis donc que 
son avis sufllt, et que, outre cela, elle a auprès d'elle beaucoup 
d'autres personnes qui ont vu ces lieux et savent bien ce qu'il en 
est. 

Pour accomplir son ordre, je dirai que, pour les mêmes raisons 
que celles qui sont exposées longuement dans la lettre de V. A., 
raisons qui sont très claires et que j'ai entendu souvent exprimer 
par les uns et par les autres, il me paraît qu'on ne pourra que 
diflicilemeDt défendre Safi et Azemmour et que, par conséquent, 
on devrait abandonner ces villes, ainsi que plusieurs autres qui 
ont été conquises à la même époque et qu'on dit très faibles. Quand 
bien même elles seraient aussi fortes que possible , il faudrait néan- 
moins les secourir. Tout renfort amené de si loin arriverait tard, 
et avec double dépense et travail. Pour Safi, comme cette place 
se trouve sur la côte, on ne peut souvent, comme le dit V. A., 
lui porter des secours, et, lors même qu'on pourrait en tout temps 
lui en envoyer, il faudrait qu'ils fussent bien dirigés et avec pru- 
dence; il faudrait en outre faire en sorte que, de cette hauteur qui 
domine la ville, on ne puisse lui nuire, comme on me dit que cela 
se faisait et peut toujours se faire, comme V. A. le sait mieux que 
moi. Quant à Azemmour, j'ai entendu dire que cette place était 
très faible et qu'elle est située sur une rivière dont on peut inter- 
cepter l'entrée, en empêchant ainsi tout secours d'arriver. 

Tout bien considéré, ces deux villes sont dans un grand péril, 
leur défense doit coûter cher, et le remède à apporter à ces maux 
est très douteux. Soit qu'elles restent [à l'état de villes] comme elles 
sont, mais avec quelques fortifications en plus, soit qu'on les trans- 
forme en simples citadelles, il faudra faire immédiatement de 



I. La satiafsction Bera double, car V. A. rendra Mrvics k Dieu en même temps qu'k 
elle mËmo. 

De CASTRrEï. 1. — 5 



y Google 



66 LETTRE DU CHA^D-!tlAIT[tt: DE SANTIACO AL ROI JEATI tll 

granJcs dépenses, sans compter les charges pennancnlcs que r<'cla- 
ineront leur défense et les sccour» i|u'on serait ublîgû de Ifur 
envoyer chaque fois qu'elles sfraiont assivgi'cs. D'après ce <|uc J'ai 
appris, les lînances de V. A. sont dans l'iinpo^ibililé de supporter 
de pareilles charges, et V. A. a d'aulre^ si grandes expéditions de 
défense ù faire d;ins l'itidc et ailleurs : elle eiitrelienl des llotles si 
importantes et si utiles au service de M>n l'^iat, qu'un ne peut ni ne 
doit les négliger pour secourir ces villes. Des possessions si dis- 
persées sont dilTiciles à conscrxcr, iiiiiis il n'y a pas là une cau^c 
assez juste cl raisonnable pour que \ . A, demande à ses sujets de 
lui prêter pour cet objet loulc l'aide dont ils sont capables, ce que, 
je crois, ils feraient d'ailleurs volontiers '. 

V. A. possède Centa et d'autres villes conquises dans le royaume 
de Fez; ces places sont très importantes à son service, au bien de 
ses royaumes et à ta Chrétienté tout entière et elles sont plus faciles 
à secourir; ce sont elles qu'il serait préférable et plus nécessaire de 
pourvoir, de manière qu'elles soient si faciles à défendre el si sûres 
que V. \. fût sans inquiétude, si clic les voyait assiégées. Et le 
service que lui font ses sujets doit être employé dans ces villes du 
royaume de Fez, parce que, employé en beaucoup d'endroits, il 
profilerait moins, et employé en un seul, il produirait bien davan- 
tage, et il y aurait dans ces mêmes villes plus de force et de résis- 
tance. 

D'après ce que V. A. me dit que l'Empereur lui a écrit sur 
Burberousse, je suis confirmé davantage dan» celle opinion, cl 
même, s'il y avait quelques démolitions à faire pour rendre ces 
places plus fortes, comme j'ai su que cela lui avait été dit plusieurs 
fois, que V. A. examine la question et ordonne de le faire. Ce qui 
me paraîtrait nécessaire à son service pour prendre une détermina- 
tion, ce serait que V. A. convoquât des Cortès; il n'est pas nécessaire 
qu'elles soient générales, il suffirait de réunir celles des principales 
villes de vos royaumes; s'il était décidé que les places de Safi et 
d'Azcmmour doivent être abandonnées, \. A. serait déchargée 



l 



» il n' 



I développé est celui-ci : En 
cause, vos sujets sonl prùLs h 
illccs que vous leur Jciiian- 
Juslo, ni raisonnable 



Tort [luur un rfsulUl 
inljire i[ue celui de 



, Google 



LETTRE DU GRAND-MAITRE DE SANTIAGO AU ROI JEAS III C7 

d'autant de la responsabilité de ce qui peut arriver, si au contraire 
on décide de les garder, elle serait d'autant plus fondée de demander 
à ses sujets de l'aider davantage de leur personne et de leur fortune, 
suivant que le cas le requerrait, et ils le feraient de meilleur gré et 
l'on prendrait les mesures nécessitées par les circonstances. 

Pour tous ces motifs et pour beaucoup d'autres, qui seraient trop 
longs à écrire, au sujet de la conservation ou de l'abandon de ces 
deux villes, mon avis est celui que je viens d'exprimer. Mais, malgré 
tout, ce que V, A. ordonnera sera le meilleur et le plus sage. 

Que V. A, reçoive de moi l'assurance de l'amour et de la bonne 
volonté que j'ai toujours eus et que j'ai pour son service, et qui 
m'obligent à lui dire ce que je pense. Que Notre-Seigneur protège 
la vie de Votre Altesse et augmente son autorité royale, comme elle 
le désire. 

Sétuval, 8 octobre i534- 
Le Grand Maître. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds Portugais. Ms. 18 (ancien i3), 
ff. 308 v'-Sîi. — Copie du xii" siècle'. 

I . Arclike) dt la Torre da Tomba, — Reforma dos GavetOi. Gavela a, Milço 7, Num. G. 



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LETTRE DU MARQl'IS DB VILLA REAL AL ROI JBAK lU 



\v 

LETTRE DU MARQLIS DE VILLA nE\L' AL ROI JEAN III 

(TbADI CTIO-c) 

On ne doit pas évacuer Sa/t cl A:emm<iar. — Si la consenatton de ces 
places est une trop lourde charge, un pourrait les raser et n'y gart/er 
que des citadelles. — // faut bien réjlàhir avant de prendre ce dernier 
parti, lui entraînera des frais d'indemnité pour les habitants dont les 
maisons seront démolies. — 1^ roi devrait consulter les t'.ort^s pour dé- 
gager sa responsabilité et leur demander des subsides. — // devrait éga- 
lement s'adresser au Pape. — La conquête du .Maroc peut commencer 
indifféremment par le royaume de Fez ou par celui de Merrakech. — 
La prise de Fez aura an grand retentissement et rendra maître du mime 
coup du pays des Chaouta. 

Csniinlia, 3o octobre \iii. 

Sire, 

C'ctit une bien grande aiTuirc que celle sur laquelle Votre Altesse 
m'ordonne de lui donner mon avis. Elle csl d'autant plus difficile 
à traiter qu'on la connaît mieux. Qui pourrait en elTet adlrnier 
qu'il faut défendre Saii et Azcminour, places qui vous ont déjà 
tant coûté, qui se trouvent dans un endroit si mauvais et dont la 
disposition est si peu favorable à la défense? De plus, elles sont 
fort éloignées [du Portugal], ce qui empi}clic de leur porter facile- 
ment secours. Vos finances sont dans un pitoyable état, à cause de 
tant de dépenses ordinaires et extraordinaires et de tant de dettes 
contraclées pour l'Inde et pour les autres villes que vous possédez 
dans le royaume de Fez^ En outre, clmcpie fois ([ue le Cliérif veut 

I. Dom Pedro de Menews, marquis Je a, Ccut», El-Ksar e» S.-ghir, Ttnger et 

Villa RmI. Anila. 



y Google 



LETTRE DU UARQUIS DE VILLA REAL AU HOI JEAN III 69 

faire patlrc ses troupeaux dans les environs de ces deux villes, cela 
vous oblige à faire d'aussi grandes dépenses d'argent qu'il en faudrait 
pour leur porter secours actuellement. Et chaque mois, si le Clu^rif 
veut ve 
à la mi 
lies 



y Google 



70 LBTTRB DU HARQtlS DB VILLA REAL AU ROI JBAN lU 

ensuite. Au contraire nous voyons qu'ils ont été blâmés pour cela 
et que d'autres ont élé loués pour l<^s avoir commoncées dans des 
circonstances telles qu'ils ont pu les achever. 

C'est pourquoi, Sire, j'hésite encore davantage h vous conseiller 
d'abandonner ces deux villes, car tant que votre trésor sera si pou 
en élut de subvenir à leur conservation, il lui sera encore bien moins 
possible de faire face à une entreprise beaucoup plus vasle, comme 
l'est cette autre conquête. Et malgré cela, V. A. ne doit pas aban- 
donner l'espérance ferme de la faire, car Notre-Seigneur eiaucera 
un si bon désir, et d'aussi grands rois que vous peuvent très rapide- 
ment, avec un peu d'ordre, passer de la gène à la |M)ssession de 
très grands trésors. Mais tant que le départ de V. A. (pour l'Afri- 
que] ne sera pas plus proche et ne pourra pas l'être, je serai d'aus 
de différer la démolition de ces villes. 

Et quant à n'y garder que des châteaux-forts, quoique leur 
construction coûte cher et que l'obligation de les secourir demeure 
entière, si cependant il était possible de les conserver à moins de 
frais [que les villes], s'ils étaient élablis de telle manière que les 
Maures ne pussent pas occuper ces positions, ni se rendre maîtres 
de leurs ports, si enfin leur artillerie élail suflîsanle pour défendre 
tout cela', alors, de cette manière, il me semble que ce parti 
[l'évacuation des villes] pourrait être de \olre intérêt, car on ne 
pourrait pas alors appeler cela abandonner une place, mais bien la 
raser, ce que les rois ont l'habitude de faire souvent dans les pays 
qu'ils conquièrent sur leurs ennemis. 

Cependant. Sire, je me souviens qu'un cavalier [indigène| en 
Afrique revient à moins quatre cents reis par mois, alors qu'un 
soldat [européen] coûte le triple; or, il ne faut pas songer à dé- 
fendre de telles forteresses avec des laboureurs ou des gens qu'on 



I . La leïto porte ; tado ïito : 
]» position sur la cAle et lo pa 
vers dans la chronique d'.4ndi 
lid^ration; analogues dcvclopprcs ai 
de U coniLruclion d'uD fort h él< 
Seinal, pour défendre la position 
porl de El-Ksar es-Seghir (iSig) 
DKADA, f. ^1 et M. — Lcsnt^crsiiti'smil 
peuvent fort bien obliger à raser un 



ida des c 



quand sa défense eil une opéralion difficile 
eipownl i la mort des fommet, des eDhnts 
et aulres noncombatlanli. Mais, d«na ce 
cas, la question pcul se poser de conserver 
sur l'emplacement de ces villes ou d'élever 
dans leur voisinage une forleresse *uur«nl 
la possession d'une posilioD slralégique 
imjnrtante. comme l'est, par exemple, un 
point de débarquement. 



, Google 



y ferait 
ront pou 
les soldiii 
habitants 
d'existen 
le plus c! 
sons, des 
lù bas, d< 

Quoi, 
comme e 
selon que 
Mais les 
ù votre [ 
forees en 
ave/ licri 
nouveau? 
mais ils 
conquis, 
vent obli 

J arriv 
la manièi 
à la défi 
finances, 
votre aut 
suffisanlE 

I. Lctex 
inc que hum 



entre la sit 
cl ccllo dos 

Marquis, o. 
défense des 



, Google 



1 






73 LETTRE DU HAKQl'IS DE VILLA REAL AU ROI JEAN III 

VOS peuples, afin de leur exposer cette m?me atTaïre dont V. A. parle 
dans SCS lettres. S'il parait aux Corlès que vous devez abandonner 
ces villes, vous pourrez le faire avec beaucoup plu» d'honneur 
qu'autrement. Mais si les Certes jugent que vous ne devez pas le 
faire et vous requièrent de les garder, ce sera une juste cause et 
une raison pour leur demander leur aide qu'elles vous accor- 
deront. Vous pourrez leur demander aussi des subsides pour la 
conquête de Fez. Il pourra arriver que ces m?mes Cortès vous 
demandent de réduire certains frais et dépenses, e1 il serait juste 
que V, A, y consentit, car il semble que V. \. a une grande obli- 
gation d'éviter certaines dépenses, a\anl de supprimer celles occa- 
sionnées par ces villes. H est également juste, Sire, que, pour une 
cause aussi importante, Votre Altesse demande au Pape de l'aider 
avec les rentes des églises de vos rovaumes et de vous accorder 
une bulle vous permettant de retenir les revenus de quelques 
commandcries, les pensions de quelques prélalures qui vien- 
draient à vaquer, et aussi les indulgences de la Croisade' et autres 
indulgences applicables à la conservation de ces mc^mrs villes, car. 
puisque vos revenus n'y suffîsent pas, le Pape devrait considérer 
comme très juste de vous aider pendant quelques années au moyen 
des revenus de l'Eglise. 

Quant à la question que me pose V, A., savoir: Par lequel des 
royaumes de Fez et de Mcrrakccb il faudra commencer, lorsque vous 
aurez à vous occuper de leur eonqui'te, — je dis que V. A. pcul 
commencer indifféremment par l'un ou par l'autre. Mais en prenant 
d'abord les Chaouia*, vous aurez encore beaucoup à faire pour 



I. Sur l'iadulgence de la CroiMd«. V, 
p. 55, noie 3. 

a. Lo letle porte : EuToacin pour Erh- 
Chaou !a. Celle idenlificallon nous est fournio 
par un passage dea.4nna(rj de Lu 17 de Snczji. 

On j lil, p. t)3: .. A lieues d'.iiem. 

mour et i de Mcrrakcch [los nombres 

sont omis dans le tcilcj. sVlcnd une 
grande et vasle conlrc'c de terre bonne et 
fertile, que les indigi'Dos nomment Eiisoii- 
via. très peuplée, riclic de pâturages et de 

rallia que Gl en novembre i5l4 le capi- 



taine Gonçalo Meodes Çacolo. gouverneur 
d'Atcmmour. sur les Iribus d'Euiouvia qui 
■o gardaient mal et avaient poussa leurs 
campemcnis jusque dans le voisinage in 
Sale. L'ilini'riiro du clicf portugais nuivail 
uns li^ne sinueuse dans l'intérieur des 
Irrres. parlant d'Aiemmour dans la direc- 
tion de S»lp. c'cstidire passant au milieu 
du |ia\ï des (Jbïouia. <|ui probablement 
i celte i^poque iiomadisiicnl jusque sur 
le territoire oecupé aujourd'hui par les 
Zaères. Le» Chaoïiia formaient une «orte 
d'Élal-tampon cuire les possesùona portu- 



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LETTRE DU MARQUIS DE VILLA REAL AU ROI JEAN III 73 

VOUS emparer de Fez ; tandis que, cette ville étant prise, vous aurez 

si peu à faire pour conquérir les Chaouia qu'ils se rendront d'eux- 

mi^mes; s'il n'en arrivait pas ainsi, un de vos capitaines avec 30oo 

lances (de celles que vous auriez amenées avec vous) sufTimit pour 

obtenir c( 

pourriez 1 

Sire, du c 

tandis qut 

mais de > 

et fameuf 

débarquei 

le camp, 

venant à 

raient au( 

et d'une 

Donc î 
Fez; mai; 
y a égulei 
Altesse n 
l'époque 
questions 
à être coi 

Que N 
vous le d' 
de Votre . 
sèment d 

Je baisi 



fiibliolhi 

ff. 330 r"- 



I. Lesseif 



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I 



y/i LETTRE DE NUNO RODRIRIEZ BARRETO Al' ROI JEAX III 

LETTRE DE NLSO RODUKU RZ B\nni:TO M ROI JEW III 

(TbADI CTlOl) 



Les places île SoJ! el tf'.lzeinniotir thy'nenl être cimxrn-i'rs. mfmc au pria- 
lies ptiis tjraniis snrrijîres. — Les nniirelles fiirlerrsurs i/u'an y élhvmil 
exigeraient île ijrnniles liqwnses el ser-iiriU t/iiainl nu'ine imptiissnnies à 
soutenir un sihje. si elles n'étaient fias seriKinies. — Ij:s o/iération^ 
contre le Manie (luirent commencer pur Saji et A zenininur. pour éviter 
une alliance entre le Chéri/ el le roi tte Fez. — Cciidi ne court pas risque 
d'être atlat/uée par Itarberousse. — l^s frais tic h guerre seront sup- 
portés par tous les sujets sans ejcceplion . 



Sire. 

Votre Altesse me mande de lui donner mon avis sur celte ques- 
tion : doit-on abandonner les villes do Safi el d'A/enimour ou Lien 
les conserver, ou bien encore \ construire des forteresses? Je 
baiserai les mains de V. A-, si elle veut bien recevoir mon avis, 
comme celui d'un liomrne (|ui ne dc>iie <|uc V.\ servir el non comme 
celui d'un jeune bonime sans cxpérieiioe. 

Je dis. Sire, que l'abandon de ces places nie parait une eliosc 
si grave que pcrsoime ne peut avancer ù V. A. que ce soit un Lien 
de le faire. Je ne sais qu'en dire, si ce n'est que nous ne sommes 
plus les Porlugais dont les rois précédents disaient qu'ils étaient 
pour eux autant de milliers de fils, car, si nous étions tels, il nous 
paraitrait plus facile de dépenser nos |)alrimoines et de sacrifier nos 
vies que de laisser V. A. abandonner ce que son père a conquis et 
qui est si important pour son Kmpire. à savoir : deux nobles villes 
qui ont été conquises d'après le conseil de tant d'bommes qui 



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LETTBE DE NUNO RODEIGUEZ BARBBTO AU BOI JEAN III 7$ 

savaient ce auc c'était aue la lîuerre et ce ciui nouvait résulter de 

l'occiipali 

puisse co: 

Quant 
que des c 
[je vais \ 
V. A. ces 
sans avoi 
forcer, il 
fort, car, 
de gens [ 
Safi, d'af 
l'ester cor 
çava' et I 
autres ne 

Azemn 
le moins 
dent cela 
bien pour 
Chérif. A 
sorte', qu 
de les seci 
quelles, [ 
ce que V 

Quant 
que ce de 
puissance 
Fez; il n 
de leur h 
jour où ^ 
aux autre 

dans les docu 
de forlcrcsse 



, Google 



'h 



n-i 



70 LBTTRE DE VV^O RODHIGIEZ BARRETO AU ROI JEAÏI III 

Boat en sécurité, lant parce qu'elles sont plus forles par elles-mêmes, 
que parce qu'elles sont voisines de vos royaumes et de ceux de 
Castille. Le Cliérif une fols anéanli (ce qui ne sera pas diflicîle 
avec la puissance de \. A.), v<»tre armée sera pourvue de vivres 
et de chevaux et il sera alors plus facile du faire la guerre au roi de 
Fez qui se trouvera aiTaibU. Celui-ci, par la crainte du voisinage 
que je viens de dire', n'osera venir au secours du Chérif. Si, au 
contraire, après avoir abandonné Safi et Azenimour au (Shérif, on 
commençait la guerre par le royaume de Fez, ledit Cliérif se réunirait 
à son frcrc' et tous les deux iraient au secours du roi de Fez, Or, 
une fois réunis, il serait très difficile d'on venir à IjouI, car, bien 
qu'on dise qu'ils se liaïssont, il ne peut y avoir d'inimitié entre 
eux lorsqu'il s'agît de combattre les Chrétiens, d'autant plus 
qu'ils savent bien que, si on renverse le roi de Fez, ils le seront 
également tous deux. 

Si on commence la guerre par le royaume de Fez, il faut réunir 
des forces assez grandes pour pouvoir livrer bataille au roi de Fez, 
ce qu'on ne pourra faire qu'avec de grandes dépenses. J'ai toujours 
entendu dire que cent années de guerre coûtent moins cher qu'une 
journée de bataille, et celle-ci devra leur <^tre livrée à tous les trois, 
si on commence par là. 

J'ai écrit, ces jours derniers, à V. A. ce que, il mon a\ is, l'on doit 
faire k Ceuta, qui est si bien entourée de murs et si bien pourvue 
d'artillerie et de gens; je ne crois pas que Barberousse y vienne, 
surtout à cause du gnmd nombre de choses qu'il doit faire dans le 
Levant. D'ailleurs, le roi de Fez serait peu sali^ifait de le voir dans 
ses terres avec de si grandes forces el il aurait |>cur qu'il ne fit 
ce qu'il a fait à Alger. 

Quant à la manière dont V. A. pourra recourir à nos services, 
elle peut être assurée qu'elle ne saurait faire une chose qui soit de 
notre part l'objet d'un blâme. Il me semble que V. A. devrait 
frapper tous les sujets de son royaume, sans en excepter aucun, de 
la contribution qui lui parait nécessaire pour entreprendre la guerre : 
chaque gentilhomme devrait acquitter celle qu'il peut supporter el 

I. Le voitinigo des places porlugaiscs roi du Soin cl do p»ji au Sud du Haut 
situdes daat le ro^faumo de Fci. Allss. Il tcndiilt ï dcietilr do plui en [ilm 

1, Moulaj Mohammed ecli-Ckeikh, vice- indrjieiidaiil de son frèr.:. 



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LETTRE DE NUNO HODHIGUEZ BARRETO AU ROI JEA> III 'J^ 

ensuite, en descendant, chacun paierait d'après ses moyens ce que 
V. A. ordonnera. 11 ne faudra recourir à cet expédient qu'au com- 
mencement de l'entreprise, sans cela il serait pria pour un [nouvel] 
impôt plutôt que pour ce que V. A. désire'. 

Jean Praes m'a montré la note [relative à votre situation finan- 
cière] ; je dis à ce sujet que V. A. ne doit rembourser aucune 
dette, tant que durera la guerre, à l'exception de l'emprunt des 
Flandres' pour lequel on acquitte des intérêts, et, c'est à propos de 
cet emprunt que je disais qu'il serait bon que V, A. pût le rem- 
bourser avec le concours des personnes en mesure de le faire, car 
pour cette seule raison que ces personnes peuvent le faire, elles 
doivent le vouloir, puisque tout leur vient de V. A. Il sera bon 
également d'avoir égard à quelques dettes contractées auprès de 
personnes nécessiteuses, je dis celles qui le seraient réellement. 

On pourrait s'étendre longuement sur les dépenses du royaume, 
mais ce n'est pas le moment d'en parler. V. A. devra les examiner 
avec soin et elle constatera qu'il y en a beaucoup de fort peu néces- 
saires ou qui du moins pourraient être faites pour des choses plus 
utiles à son service. Je dis cela. Sire, parce que, si dans cette pro- 
vince de l'Algarve il se fait un tel gaspillage, que sera-ce dans tout 
le royaume? V. A. sera mieux à même de s'en apercevoir, si elle 
veut s'en faire rendre compte. 

Tel est l'avis que je donne à V. A. pour me conformer à son 
ordre: la parole eût mieux valu que l'écriture en cette afiaire et 
j'aurais voulu aussi avoir un meilleur langage pour pouvoir lui 
exposer plus au long mon avis ; mais, pour cela, il me manque 
deux choses, l'une, le crédit, l'autre, l'autorité, c'est pourquoi je 
ne le fais pas. 

A. . . I" novembre i534- 
Serviteur de Votre Altesse, 

Nuno Rodrigues Barrclo. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds Portugais. Ms. Î8 (ancien i3), 
ff. 335-338. — Copie du \i\' siècle^. 

1 . Il r«ul que celte contribution «oit aux changeura des Flandres. Luiz de 
levée au momeot de l'eipëdilion alïn que Sotït. p. .155. 

chacun en comprenne bien la destination. 3. Archive! de ta Torre do Tomba. — Refor. 

2. Jean III avait fait do gros emprunts madas Gaoelai. Canela a, lUafOT, Nam. il. 



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VICOMTF. n. DK LIMA AU ROI JE\Ti III 



XVI r 

IXTTItl- DL" MCOMTK |IU)r)IU(;0 DE LIM.\'| AL UOI JEAN 111 
(Tb* diction) 

// est opposé i\ l'aUnndon ile Snjî et iV\:emini'ur. — U ne faut pas con- 
struire de forts ilarts n-s pdtres. car on ne serait fins (lispcnsr, en rits île 
sihje. de les secourir, et le seul n'sultiit seniil un sureriiit île cliunjes. — 
La conquête du Maroc lui piiriiU devoir ètn- eommenrée par le royiiume 
de Fez, mais il a des doutes sur la réalisation de ce projet. — l'our 
couvrir les frais qu'enlraînern la défense de ces l'illes, le Hoi devrait 
rappeler beaucoup de Commandeurs du Christ aujr ohUijations de l'Ordre 
et leur faire fournir des subsides en hommes ou en nrijent. — l^s villes 
prii'iléijiées ainsi que les seigneurs devraient être taxés pour le même 
objet. — En ras de ressources insuffisantes, le Hoi pourrait demander 
au Pape la bulle de la Croisade. — /^ Roi devrait restreindre ses 
dépenses. 



[S. l.], G novembre iQSi. 



Sire. 



J'ai vu la leltre que ^ . A. m'écrit et dans la(|ucllc elle m'ordonne 
de lui donuer mon avis au sujet de Safi et d'Azemmour, savoir : 
Si on doit abandonner ces villes ou y construire des forteresses. 
D'après ce que je vois par votre lettre, V. A. a bien considéré et 
examiné cette question et il n'y a rien ù ajouter à ce qu'elle dit*. 
J'ai passé en revue les raisons données par V, A. pour l'évacuation 
de ces places, de même que celles [alléguées] en sens contraire, et, 
tout bien considéré, encore que cela n'apparaisse pas tel à V. A. 

I. V. p. 83, noie i. argumenUdonnés psrV. \. pourou contre ; 

a. C'csl'i-()ire:Iln';aricnïajoulcr8ui il n')' a plus qu'A en ciamincr la valejr. 



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LETTRE DU VICOMTE 11, DE Ll^fA AU ROI JEAN lU 79 

dans la réponse que je lui fais ', elle peut croire que les motifs qui 
me déterminent en cela sont inspirés par son intérêt, sa dignité et 
la propagation de la Foi de Notrc-Seigneur, laquelle, je le sais, est 
le principal désir de V. A., en raison de sa grande piété. 

Mon avis, Sire, est qu'on ne doit pas évacuer ces places pour 
beaucoup de raisons qui seraient trop longues à écrire et sont 
d'ailleurs peu nécessaires [à donner] à V. A. qui aura tout présent 
à l'esprit. 

L'une des principales est celle-ci : les anciens rois de ce pays, je 
m'en souviens, quoique leurs revenus fussent moindres que les 
vôtres, qu'ils eussent à soutenir des guerres opiniâtres et que leurs 
royaumes fussent peu tranquilles, non contents de les paciQer et 
de les arracher des mains de leurs ennemis, conquirent sur les 
Maures d'autres villes et villages que l'on possède à présent, afin 
d'accroître leur royaume et de servir Notre-Scigneur, et cela, au 
prix de gros sacrifices en hommes et en argent, sacrifices sans 
lesquels les grands princes ne peuvent soutenir leur autorité et 
leur renommée. Ceux qui n'eurent pas à faire ces conquêtes les 
conservèrent, malgré les sièges qu'ils eurent à supporter et les 
autres circonstances semblables. Et le Hoi, votre père (que Dieu le 
reçoive en sa gloire 1) non content de conserver ce qu'il trouva à son 
avènement, accrut encore son autorité et ses royaumes, tant par 
ses conquêtes dans l'Inde que par l'occupation de ces villes-ci*. 

Il parait donc que les rois qui se succèdent dans ce royaume 
ont la rigoureuse obligation d'accroitre leurs possessions et de con- 
server celles que leurs pères leur ont léguées. Et V. A. est un 
prince beaucoup plus grand, plus puissant et plus vertueux que 
tous ceux qui ont régné jusqu'ici; elle ne doit donc pas aban- 
donner ce que son père lui a laissé, mais, au contraire, défendre 
ses possessions et en conquérir d'autres plus étendues, si Notre- 
Seigneur lui en accorde le temps et le lieu. V. A. a pour cela de 
loyaux et nombreux vassaux, à qui elle a octroyé de nombreuses 
et grandes grâces; ils doivent l'aider à soutenir et à défendre une 



I. C'cit i'dire: « Bien que ma rùponso & se (aîrc conseiller l'abandon d 
ne vous paraisse pas conforme à vos vues. » d'.\zen]inour. 
Le Vicomte suppose que Jean III chcrchaiE u. Sad cl Azr 



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OO LETTRE DU VICOMTE R. T>E LIMA AU ROI JEAN III 

cause d'aussi haute importance, qui intéresse à la fois votre Etat et 
l'honneur de vok royaumes ; ils pourront y acquérir beaucoup 
d'illuslration et de renommtîe, car ce sont là les services par les- 
quels on justifie CCS grandes faveurs que vous avez accordées et 
celles bien plus grandes encore que vous accorderez tous les jours, 
si l'on considère la grande bonté de V. A. et la loyauté de ses 
sujets. 

Si V. A. estime qu'elle a par ailleurs dos dépenses trop élevées 
et trop urgentes pour pouvoir en engager d'autres pour Safi et 
Azemmour, alors il me parait qu'elle doit prendre un moyen qui 
n'ait pas l'apparence d'un abandon de ce que votre père a conquis, 
mais qui ressemble plutôt k une concentration [de ses forces faite] 
en vue d'éviter une dépense et de rendre ces places plus fortes et 
plus faciles à défendre qu'elles ne le sont dans l'état actuel- En 
elfet, ce mot d'évacuation sonnerait mal aux oreilles des étrangers 
qui ne savent pas les raisons particulières auxquelles obéit V. A. et 
qui. depuis tant d'années, n'entendent parler que des grandes 
entreprises et de la valeur des Portugais. 

V. A. me fait demander s'il serait opportun de construire des 
châteaux- forts ; mon avis est qu'il n'en faut pas construire, et cela, 
pour les raisons mêmes indiquées par V. A. dans sa lettre. Puis- 
qu'en effet ces forteresses ne pourraient pas, en cas de siège, résister 
sans être elles-mêmes secourues, et qu'on devrait y faire la dépense 
évaluée par V. A,, il me semble que cette dépense étant sensible- 
ment égale [à celle que nécessiterait la mise en état de défense des 
villes dant leur état acluelj, sera jugée excessive, employée à des 
forteresses de dimensions restreintes, car le nom de villes fait 
paraître bonnes et nécessaires les dépenses que l'on y fait'. 

Je réponds maintenant à la demande de V. A. relative à la partie 
du Maroc dans laquelle il faudra tout d'abord porter la guerre. 
Encore qu'il me semble préférable de commencer les opérations 
par le royaume de Fez, néanmoins cela ne me paraît pas une raison 
pour abandonner Sali et Azemmour*. El ce qui me confirme dans 



I. La mémo dépen» qui semblerait a. Rappelons que les villes de Solî et 

acceptable, appliquée à une ville, paraîtra d'Aiemraiour étaienlgituècsdanslerojaume 
exagérée pour dei château i- fort*. de Merrakccli . Comme le vicomlc donnait 



, Google 



LETTRE DU VICOMTE R. DS LIH\ AU ROI JEAN III 8l 

celte opinion, c'est que je suis certain que V. A. ne fera la guerre 
que pour deux causes i la première, pour servir Dieu, et la seconde, 
pour accroire ses possessions d'Afrique, ainsi que sa réputation. 
Or, une tell* expédition ne peut se faire sans qu'il en coûte à vous 
et à vos royaumes de grandes dépenses, sans de nombreux morts, 
et cela pour un résultat incertain. Donc, puisqu'au moyen de ces 
villes V. A. sert Dieu, qu'elles sont des possessions fort honorables, 
il ne me parait pas qu'on doive les abandonner pour courir après 
un résultat si incertain ' . 

V. A. m'ordonne de lui dire comment elle devra recourir à ses 
sujets pour l'aider à défendre Safi et Azemmour, puisqu'elle ne 
peut le faire à présent avec ses seuls moyens. Je dirai. Sire, encore 
que je connaisse peu les affaires du royaume, étant éloigné comme 
je le suis, que, d'après ce que je constate dans ce district, il y a 
beaucoup d'hommes de petite qualité qui possèdent des comman- 
deries de l'Ordre du Christ et que V. A. ne connaît pas, qui ne 
l'ont jamais servie, ni outremer, ni dans son royaume et qui n'ont 
pas servi davantage ses ancêtres et ses pères. Or, ces gens dépensent 
les revenus des dites commanderies dans des désordres, menant 
une existence inutile et qui convient encore moins à leur condition. 
Il me paraîtrait chose juste et raisonnable que V. A. se servit d'eux 
pour défendre ces villes ii leurs propres frais, en les obligeant à 
lever un nombre d'hommes proportionné au revenu de leur com- 
manderie^ 

Il faut, de même, que les villes et bourgs, auxquels V. A. accorde 
tant d'honneur et de grâces, dans lesquels elle maintient une 
grande justice, sans jamais leur imposer de contributions ni de 
dons gratuits, comme c'est la coutume dans les autres royaumes, 



le conieil de commencer la campagne par lor. Ce quo chorclie lo roi dans U conquête 

le TOjnume de Foi. on élait admis ï suppo- du Maroc, c'est, d'après le Vicomte, sertir 

>er que les deui ville! en question ne lui Dieu et augmenter son rojaume: or. il scr- 

■emblaïenl pas néceuaires II conserver. vira Dieu en gardant ces places et ce sertit 

I. Il semble que le Vicomte ait peu cru un mojen étrange d'accroître son rojaume 

l la réalisation des projets de conquête que de commencer par abandonner deui 

marocaine et qu'il n'ait vu dans ce dessein villes. 

annoncé par le roi qu'un argument en i. Sur l'idée de faire servir les Ordres 

faveur de l'évacuation de deui places dont religieux militaires h la défense des places 

la conservation était onéreuse pour le Iré- d'Afrique. Cf. Doc. XX, pp. loo-ioa. 

De CiSTBiES. I. - 6 



y Google 



(;■*! ' 



'II*'- 



8a LETTRE DU VICOMTE H. DK I.IMA Al IlOI JE\> III 

il faut que ces cités l^vc^t leinporaîrement des gens à leurs propres 
frais ou vous donnent de l'argent pour cet objet. Et de celle 
manière, sans beaucoup de peine, V. A. pourra se défendre el 
même prendre l'oflensive. Ce ne sera pas pour ces cités une chose 
difficile, car elles renferment beaucoup de gens oisifs, ce qui per- 
mettra de ne pas employer des soldats étrangers et les sujets de 
votre royaume s'habitueront ainsi aux arme». 

Si ces ressources ne suffisent pas, il faut que les seigneurs ayant 
des vassaux vous servent avec eux, comme nous le faisons présen- 
tement, nous dont V. A. veut bien se servir. Quant aux gentlls- 
bommes sans vassaux et qui peuvent vous aider de leur argent, il 
faut qu'ils le fassent. Et s'il paraissait ^ \ . A. qu'en agissant de la 
sorte, elle opprime son royaume, ce serait, il me semble, un juste 
motif de demander au Pape une indulgence de la Croisade' poor 
secourir et défendre ces places, pendant le temps que dureront les 
opérations. 

Puisque V. A. me fait la grâce de me communiquer l'état de 
ses dépenses, [je lui dirai que] j'en ai vu plusieurs que V. \. devrait 
restreindre; elle devrait même les supprimer plutôt que [de sup- 
primer] celles consacrées aux villes d'outremer, plutôt que de 
tirer de ses sujets des contributions peu justifiées, ce qui fait que, 
dans les nécessités présentes, ils ne peuvent vous servir qu'à vos 
frais. 

Je dis cela. Sire, comme quelqu'un qui désire avant tout voire 
avantage et votre repos, comme quelqu'un qui se rappelle que sod 
aïeul et son père ont aidé à conquérir les villes d'outremer el y ont 
répandu beaucoup de sang pour le service du royaume, et je dis 
aussi cela. Sire, comme quelqu'un qui ne sera pas loin de vous, 
lorsque vous vous trouverez dans ces villes, car nos aïeux et nos 
pères nous ont laissé un tel exemple que nous serons plus heureux 
de mourir à votre service que de vivre sans le faire. 

Que Notre Seigneur prolonge pendant beaucoup d'années la vie 
de Voire Altesse et augmente son autorité I 

Aujourd'hui 6 novembre i53i. 



il 



. Sur l'indulgence de la Croisade. V. p. '. 



-ï"' 



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LETTRE DU VICOMTE B. DE LIMA AU BOI JEAN 111 83 

Je baise les mains royales de Votre Altesse. 

Le Vicomte', 



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LETTRE DE PEHNAH VAZ DE 8AMPAIO AU ROI JEAN III 



LETTRE DE FERN\M VAZ DE S.\MP\IO VU ROI JE\N III 

(Tbaductiok) 

// est opposé à l'évacuation de Safi et d'Azemmour. L'abandon de ces 
places facUUerait au Chérif la conquête du Doakkala. — // est inutile 
de les remplacer par des citadelles, ce gui serait onéreux et ne dispen- 
serait pas de les secourir en cas d'attaque. — Il est préférable de corn- 
mencer les opérations contre le Maroc par le royaume de Fez, à cause 
de sa proximité du Portugal. — Les secours envoyés à Ceuta étaient 
nécessaires. 

La Torre, l5 novembre l53i> 



Sire, 

J'ai reçu une lettre de V. A. cootenanl les choses suivantes' : 
Premièremenl, [vous me faites savoir] que, en raison du siège 
que le Chérif a mis avec toutes ses forces devant Safi et des dépenses 
considérables faîtes par V. A, pour secourir cette ville et pour 
défendre les autres places d'outremer, ainsi que pour entretenir en 
permanence les nombreuses (lottes nécessaires h son service et à 
celui de l'Etat, il en résulte des charges beaucoup trop élevées 
pour que les finances de V, A. puissent y suffire. 

V. A. me demande si cHe n'aurait pas avantage à abandonner 
complètement la dite ville de Safi ainsi que celle d'Azemmour, ou 

I. Od remirquera que l'auteur de celle formuleE entre crochets pour éviter que 

lettre a la singulière idée de revenir aur cet raslidicuses répétition! ne soieDi con- 

toulea le* questions de la miaiive rojale. fondues avec la revote proprement dilj 

en en reproduisant les phrases presque inlé- du gentilhomme portugais, 
gralemeat. Nous avons dû multiplier les 



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FEBNAH VAZ DE SAMPAIO AU ROI JBAN III 85 



bien [s'il ne serait pas préférable] d'y construire des châteaux-forts. 
[V, A. expose] que ces villes soht parfois assiégées par ledit 
Ghérif, à cause de leur éloignement du Portugal et aussi parce que 
le débarquement y est très dilBcile, et que, en hiver, elles ne 
peuvent être secourues et que, même en été, Azemmour ne peut 
pas l'être non plus. Pour ces raisons donc, [écrit V. A.], il faut, ai 
l'on veut conserver ces places, les faire occuper par une garnison 
assez forte pour les défendre, ce qui est une dépense considérable 
et une lourde charge pour ses sujets et ses vassaux appelés à con- 
tribuer à ce service. 

Mais, d'autre part, [V. A. écrit] que ce serait une grande honte 
d'abandonner ce que le roi son père — que Dieu le reçoive dans 
sa gloire ! — avait conquis dans l'espoir qu'il en pouvait résulter de 
grands avantages pour le service de Dieu, Notre-Seigneur, et la 
propagation de Sa Sainte Foi dans ces contrées. [V. A. expose] que, 
si on abandonnait ces places au dit Chérif, il serait le mattre du 
pays de Doukkala et se rendrait si puissant qu'il serait fort h 
craindre désormais, que si, d'autre part, on y construisait des cita- 
delles, cela ne pourrait se faire sans de grandes dépenses, et que, 
pour les fortifier comme il convient, il ne faudrait pas moins de 
cent mille cruzades, outre ce qu'exigeraient leur défense et l'obli- 
gation de les secourir, si elles étaient assiégées. 

[V. A. m'a parlé] également de la conquête qu'elle désirait faire 
sur les Maures de ces contrées, lorsque Notre-Seigneur lui donnera 
l'occasion favorable et dès que l'état des finances le lui permettra. 
Gomme c'était une alTaire de si grande importance pour son service 
et son autorité royale, [V. A. m'a écrit] que, après mûres réflexions 
et d'après l'avis des personnes qu'elle a consultées, elle désirait 
savoir ce qu'elle devait faire à ce sujet. 

[V. A. m'a questionné sur cet autre point :] dans le cas où Dieu 
lui donnerait l'occasion favorable pour faire la guerre aux Maures, 
de quel côté serait-il préférable et plus avantageux de commencer 
[les opérations], par le côté de ces villes [Safi et Azemmour] ou 
bien par le royaume de Fez ? 

Et [V. A. a terminé sa lettre en me demandant] de lui donner 
mon avis sur ce qu'elle devait faire au sujet de chacune des ques- 
tions qu'elle me posait ainsi. 



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86 LETTRB DE FEn>AM VAZ DE SAUrAlO AU RÔI JEAN III 

Sire, en réponse à votre lettre et à tout ce que V. A. veut savoir 
de moi, je dis. Sire, que V. A. ne doit en aucune manière aban- 
donner les dites villes, ni les transformer en autre chose que ce 
qu'elles sont, mais elle doit seulement les conserver de la manière 
que le roi, votre père — que Dieu le reçoive dans sa gloire! — 
les a toujours conservées. Si, en effet, on abandonne ce qu'on a 
conquis avec tant de peine, les Maures deviendront si puissants 
que, s appuyant sur ces villes [Safi et Azemmour], ils viendront 
attaquer nos autres places d'outremer et s'avanceront jusque dans 
l'Algarve et la Castille. On ne doit pas davantage élever de forte- 
resses dans ces places [en rasant la ville proprement dite] à cause 
de la certitude qu'on a d'être oblige de les secourir, ai elles sont 
assiégées. 

Enfin V. A. désire savoir de moi par où elle doit entrer, s'il 
platt à Dieu, pour faire la guerre aux Maures. A cela je réponds 
et je dis que, si V. A. veut faire cela (et que Dieu daigne le lui 
permettre), Elle doit entrer dans le Royaume de Fez, du côté d'Ar- 
zila, qui est une place sûre et solide, tandis que Safi et Azemmour 
ne le sont pas, puisque ces villes se trouvent dans un pays monta- 
gneux et dépourvu de cours d'eau. En commençant la campagne par 
Arzila, vous aurez derrière vous vos royaumes et ceux de Castille 
et votre base d'opération sera ainsi bien meilleure, car on pourra 
plus facilement envoyer des secours et des vivres, lorsque ce sera 
nécessaire. Et mon avis est que, V. A. entrantpar ce côté, le Chérif 
devra accourir pour vous combattre, négligeant les villes de Safi 
et d'Azemmour; alors celles-ci ne courant pas de dangers pour- 
ront se défendre avec des elîectifs plus faibles que ceux actuels, 
car le Chérif sera dans l'absolue nécessité de venir se défendre 
avec toute son armée et II n'aura pas le temps de rien attaquer. 
De cette manière, V. A. ne sera pas obligée de faire de si grandes 
dépenses pour ces villes. 

Et, Sire, s'il arrive, avant que vous soyez en mesure de passer 
[en Afrique], que V. A. n'ait pas de quoi défendre ces villes 
comme il convient à son service et à sa dignité royale, mon avis 
est que V. A. doit se servirde ses vassaux, comme votre père et vos 
aïeux l'ont fait, car ils sont tous si loyaux, qu'ils serviront V. A. 
de la manière dont elle a besoin. 



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LETTltE DE FEH^AM VAZ DE SAMPAIO AU HOI JEAN 111 87 

Quant au secours que V. A. inécrit avoir envoyé à Ceuta, je 
trouve qu'elle a très bien fait, et que, en prévision de l'arrivée de 
BarberoussG, V. A. doit faire pour la défense de cette ville ce 
qu'exigent son intérêt et celui de la Chrétienté tout entière, pour 
laquelle celte place est d'une si grande importance. 

Je baise les mains de Votre Altesse. 

En ce bourg de La ïorre, le i5 novembre i534. 

Je baise les mains de Votre Altesse. 

Fcrnani Vaz de Sampaio. 

Bibliothkjue iS'alionale. — Fonds portugais, il/s. t>i(aiicien 03), ff. 31 1- 
3ii. — Copie du xix" sUcle'. 

1. Archh-es de In Tnrn- do Tomba. — Reformn 'las Govtlas. Cai-ela 1. Ma(o '., ^'im. -. 



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LETTRE DE L ^VËQL'E DE COIUBBE AU ROI JEAK III 



XIX 

LETTRE DE L'ÉVÊQUE DE COIMBRE' Al) ROI JEAN III 

(Thaouctiok) 

Son caractère sacerdotal et son inexpérience des choses de la guerre 
l'empêchent de donner au roi un avis motivé sur le parti à prendre pour 
Saji et Azemmoar. — Il ne peut apporter dans cette question que le 
s de ses prières. 



Coimbre, 6 dicembre iâ3i. 

Sire, 

Francisco Chamorro m'a remis une lettre de Votre Altesse rela- 
tive à la guerre de Safi et d'Azemmour et h. l'incertitude où vous 
êtes du parti à prendre, c'est-à-dire si vous devez abandonner ou 
défendre ces deux places ; vous m'y ordonnez de vous envoyer 
mon avis par écrit. Je baise les mains royales de Votre Altesse en 
remerciement de la confiance qu'elle me témoigne. 

Je serais heureux, Sire, si mon habit, ma profession, mon 
expérience des choses de la guerre et surtout ma connaissance 
des deux villes où ont lieu les opérations me permettaient de 
lui écrire mon avis sur tous ces points, sur lesquels V. A. désire 
connaître l'opinion de ceux de ses sujets qu'il est raisonnable 
de consulter. Je ne pourrais le faire que si les raisons exposées 
plus haut ne mettaient pas obstacle à ma volonté et à mon 
désir de vous servir comme il convient dans une affaire de si 
grande importance. C'est pourquoi, tout en baisant les mains de 
V. A., je la prierai d'avoir pour agréable que ma voix, qui man- 
querait de l'expérience qui est essentielle en cette matière et dont 

t. Il a'ippeUit Jorge de Almeida. 



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LETTRE DE l'ÉVÈQUB DE COIMBRE AU ROI JEAN III 8g 

je suis dépourvu, en raison de mon habit et de mon caractère 
eccUsiaslique , demeure étrangère à ces questions'. 

Les principaux personnages de votre royaume, avec la pratique 
qu'ils ont de la guerre d'Afrique et des autres guerres, avec 
leur grande loyauté et sincérité, pourront exprimer leurs avis et 
vous pourrez prendre, après les avoir écoutés, la détermination 
qu'exigent et l'honneur de votre royaume et votre dignité royale. 

J'espère que Notre-Seigneur, puisque le cœur de V. A. est tou- 
jours placé entre ses mains, que cette affaire est de tant d'impor- 
tance et que le service de Dieu y est si grandement intéressé, vous 
montrera la voie, afin que le parti que V. A. choisira comme le 
meilleur soit le plus avantageux pour Son service, pour l'accrois- 
sement de Sa Sainte Foi, pour votre royale couronne et pour la 
puissance de vos royaumes, comme V. A. le désire. 

Ce sera, et c'est dès à présent, ma chaîne à moi de suppléer, par 
mes sacrifices et mes faibles prières, à ce que V. A. me mande et 
m'ordonne et que je ne puis accomplir. 

Je demande toujours à Notre-Seigneur de prendre en main cette 
affaire et de la diriger pour le bien de Son service, car c'est là ce 
que V. A., dans sa noble vertu, a toujours désiré et désire. 

Que Notre-Seigneur conserve la vie et l'autorité royale de V. A., 
qu'il les fasse prospérer et les accroisse, comme elle le désire ! 

Coimbre, 6 décembre i534. 

Je baise les royales mains de Votre Altesse, 
Votre Evêque-Comte, 

Bibliothèque Nationale. — Fonds porturjais. Ms. 18 (ancien 43>, 
/. 307 y"- 308 v'. — Copie du xix" siècle'. 

I. Noui •voni re*pocté, d*na ia traduc- dei dcui pbrsH» de l'analjte. 
lion, la phraséologie lorlueugedecelteleltro a. Archiori <te la Torre do Tomho. — fle- 

qui n'eal que le développement fastidieui fori7iadasCa>iel(a.Gaveîai,Maço'j,\uta, b. 



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LETTRE DE HAMIEL SOUZA AU ROI JEA>' 111 



LETTRE DE MANUEL SOUZA AU ROI JEAN III 
(Traductiob) 

Dieu seul peut remédier à ta détresse financière provenant des dettes du 
roi. — Brillantes conquêtes réalisées par Jean I, Edouard, Alphonse V, 
Jean II et Emmanuel. — Le roi a l'obligation de conserver et de défendre 
ce glorieux héritarje. — Il ne faut pas abandonner Safi et A zemmour, 
ce qui serait un exemple désastreux et une atteinte portée à la réputation 
portugaise. — L'espoir de les reprendre, lorsqu'on sera amené à con- 
quérir le Maroc, n'est pas fondé, puisque la situation présente ne permet 
pas de songer à celte guerre. — Celle-ci, d'ailleurs, devrait être entre- 
prise du côté du royaume de Merrakech. — La transformation de Safi et 
d'Azemmour en forteresses est admissible, s'il doit en résulter une moindre 
dépense et si ces forteresses sont susceptibles de recevoir des renforts et 
d'assurer la conservation de ces positions maritimes. — Le pays et prin- 
cipalement les marchands fourniront les subsides nécessaires. — Le roi 
restreindra son train de maison. — Les Ordres religieux-militaires, ainsi 
que le leur prescrivent leurs statuts, assureront le service dans les places 
africaines. — Le roi comblera d'honneurs les grands seigneurs qui 
prendront part à l'expédition avec des gentilshommes de leur maison. — 
Le Pape pourrait, sur la demande du roi, obliger les détenteurs de 
bénéfices à entretenir en Afrique un certain nombre de soldats. — Dieu 
inspirera le Bot et son Conseil afin que la meilleure détermination soit 
prise. 



Simon de Seixas m'a remis une lettre de V. A . , dans laquelle elle me 
mande de lui donner mon avis sur la question qui est agitée et que 
l'on examine en ce moment, savoir : s'il serait bon d'abandonner 
Safî et Azemmour au Chërif ou seulement l'une de ces villes, ou 
bien s'il faut les conserver, et dans ce cas, de quelle manière. 



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LETTRE DE MANUEL 80UZA AU ROI JEAN DI QI 

Je ne veux pas parler, Sire, de la faveur que me fait S. A. en 
m'accordanl sa confiance dans une affaire aussi importante et qui 
exigerait plus d'âge et d'expérience que je n'en ai ; les motifs que 
j'ai de la servir avec loyauté en cette circonstance, comme en toute 
autre, sont si grands qu'au lieu de m' appesantir sur l'importance 
de cette affaire, je dois seulement exécuter les ordres de V. A. avec 
l'obéissance à laquelle je suis obligé. 

Que V. A. ne s'effraye pas si je suis un peu long dans cette 
lettre, les causes en sont mon désir de la servir et l'ordre qu'elle 
m'envoie de lui donner mon avis après réflexion et par écrit, ce 
qui ne permet pas d'âtre aussi bref que dans les conseils donnés 
rapidement et de vive voix. En effet, les mots prononcés par la 
bouche ont une telle force et vertu qu'ils expriment et rendent 
l'esprit et l'intention de celui qui tes prononce plus parfaitement 
que ce qu'on écrit, même très longuement, car, puisque l'écriture 
a été inventée pour suppléer à [l'impossibilité de communiquer sa 
pensée par] la parole, elle ne peut que remédier à cette impossibilité 
[mais non remplacer complètement la parole]. C'est ainsi que l'art 
reste toujours inférieur à la nature '. 

Et vraiment, Sire, quand je réfléchis bien à la lettre et au tableau 
de vos finances et de vos dettes, que vous m'avez envoyé en com- 
munication, je remarque que les deux choses dont vous devez avoir 
le plus grand souci courent un grave danger : votre conscience 
et votre honneur. Si, en effet, les rois vont en enfer comme les 
autres hommes pour leurs dettes (et saint Paul a dit : Non est per~ 
sonarum accepialor Deas '), je dois craindre beaucoup le danger 
dans lequel se trouve Votre Altesse. Cependant nous devons croire 
que toutes vos dettes ont été contractées pour des choses obUga- 
toires, nécessaires à votre couronne et à votre royaume, tant pour 
votre service que pour le bien de sa république, afin de soutenir la 
guerre contre les Infidèles, de sorte que Dieu, qui sait trouver 
remède à tout, remédiera aussi à cette situation. 

Et de plus, comme V. A. est à la tèle de ce corps allégorique qu'est 



I. MaiiueldeSoiiza,doDtlotljle,comme j. Rom., Il, il; Eph., VI, g; Col., 

I Ib verts, eti rempli de pidanterie, u III, 35. 
mplalt dam ces dîttincliODS lubtlte). 



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93 LETTKE DE MANUEL SOUÏ^A AU ROI IF.AN [II 

sa république, il est juste que les membres de celle-ci patientent 
quelque temps, de même que nous voyons, dans la nature, les 
membres s'exposer au péril pour protéger la têle, voire même une 
partie du corps moins importante, tant que le péril dure. En consé- 
quence, le remède aux dettes de V. A. doit être laissé présentement 
dans les mains de Dieu, à qui seul 11 appartient de soulager de si 
grands maux. Il ne faut donc plus parler maintenant que de ce qui 
concerne l'honneur de V. A. et ses besoins ; ce sur quoi elle me 
demande de lui donner mon avis. 

Sire, dans la lettre de Votre Altesse, apparaissent trois points 
principaux : 

Premièrement, Doit-on livrer au Cbérif les places de Safi et 
d'Azemmour, à cause des cbarges considérables que doit occa- 
sionner leur entretien et la pénurie actuelle du Trésor de Votre 
Altesse, qui semble ne pas pouvoir supporter cette dépense ? 

Deuxièmement. Si l'on doit conserver ces places, sera-ce dans 
l'état où elles sont actuellement, ou bien sera-t-il préférable de 
restreindre l'occupation el de transformer ces villes en des châteaux- 
forts qu'on pourrait défendre avec moins de frais et de peine et 
avec plus de sécurité ? 

Troisièmement. Comment subvenir aux frais occasionnés par la 
conservation de ces villes, puisque le Trésor de Votre -Vitesse ne 
peut certainement pas y suffire? Quel service devront faire ses 
vassaux et de quelle manière pourra-t-elle utiliser ses sujets, pour 
ne pas trop les opprimer el pour qu'ils s'y prêtent de meilleur gré ? 

Sur le premier point, on ne peut nier. Sire, que vos fmanccs 
ne soient dans une grande pénurie, d après le contenu du tableau 
que Simon de Seixas m'a communiqué de la part de \ olre Altesse. 
Et du reste, sans cela', il est très connu de tout le monde qu'elle 
fait de grandes dépenses dans la guerre conllnuclle qu'elle soutient 
en tant de pays contre les Infidèles, soit en Asie, soil en Afrique, et 
elle fait tout cela avec son revenu, sans opprimer son peuple par 
des contributions et des dons gratuits. Il en résulte que, pour le 
moment, toute dépense extraordinaire paraît difficile à supporter. 



I. C ' est- k- dire : 
communiqua Si moi 



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LETTRE DE MANUEL SOUZA AU ROI JEAN III g3 

à plus forte raison une charge aussi considérable que celle qu 'en- 
traînera la défense de deux places aussi importantes [que Safi et 
Azemmour] contre un ennemi aussi puissant que le Chérif, qui 
opère dans son propre pays, alors qu'au contraire nous, nous 
sommes éloignés [de ces villes] et empêchés par les circonstances 
de porter secours à l'une en été et ù toutes les deux en hiver'. 

Cependant, Sire, vous dont le rang est si élevé et qui êtes placé 
au sommet de la gloire el des honneurs, vous portez sur vos épaules 
un fardeau : l'obligation de défendre ce que vos ancêtres vous ont 
conquis; or, cet héritage est si grand que toutes les autres pertes 
doivent passer après celle de leurs conquêtes. Nous voyons en effet 
clairement que, pour l'honneur, on méprise, je ne dirai pas l'or et 
l'argent, qui ne sont que de vils métaux, mais la vie, si chère à 
tous, et que souvent même l'on met en danger le salut des âmes, qui 
valent davantage. Or, it est connu de tout le monde que la plus 
grande gloire acquise jusqu'ici par des rois en Europe est la gloire 
que vos ancêtres ont gagnée en faisant la guerre des Maures [en 
Afrique] et que vous avez gagnée vous-même en conservant leurs 
conquêtes. Je laisse de côté [à dessein] les maux et les dépenses 
que ces rois ont supportés pour chasser les Maures de cette partie 
de l'Espagne', car c'était leur rôle de le faire, plutôt que celui de 
tous leurs voisins. Mais, depuis qu'ils n'eurent plus dans ce pays 
de terre h conquérir, ils passèrent en Afrique, où les Maures étaient 
les plus puissants, et, ne se contentant pas de petites choses, ils 
s'attaquèrent à ce qu'il y avait de meilleur en Afrique, à cette 
noble ville de Ceuta. Le glorieux roi D. Jean ^ de bonne mémoire, 
traversa la mer pour l'attaquer, en un temps de gêne excessive, 



I. Les navires pouvaient approcher de Apràs avoir aiiui aflijrmi son rojaiime, il 

Sali pendant la belle saison. itlaqua Ceuta. dont il s'empare le 34 loAt 

3. Espagne csl mis pour péninsule his- i4i5, inaugurant les conquêtes des Portu- 

paniijuc. puisqu'il s'agit des luttes que les gais sur les cùles marocaines. Malgré l'étal 

l'orlugais soulînrenl sur leur territoire précaire de ses iinances, le roi Jean I aiait 

contre les Maures. fait pour cette eipédition des arnoements 

3. D. Jean I"" le Grand, roi do Portugal considérables. La flotte se composait de 

de :i{85 à 1^33. Il remporta sur les Casiil- plus de loo navires et portait une armée de 

Uns, le i4 août :385, la célèbre victoire 5ciooo hommes, sous les ordres de D. 

d'AIjubarrota (Estreraadurc), qui délivra Alphonse, comte de Barcelos. bjtard du 



le Portugal des entreprises de la Casiille. 



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ga LETTRE DE MANUEL BOUZA AU ROI JEAN III 

alors que la sécurité de son royaume n'était pas solidement éta- 
blie, car il y avait peu de temps qu'il l'avait délivré par les armes 
des entreprises du roi de Castille, et celte guerre qui venait de 
finir avait entraîné de lourdes dépenses ; de plus, il n'était pas très 
sur de l'amitié de son voisin, le roi de Castille'. 

Et je ne sais ce qui Tut plus grand, du courage avec lequel le 
roi D. Jean attaqua Ceuta et s'en empara, ou de la constance et 
des efforts avec lesquels il la défendit ensuite contre toute la puis- 
sance des Maures, car ceux-ci s'étaient réunis contre cette place 
comme pour éteindre un incendie qui commençait à s'allumer 
dans leur pays. Par ce moyen, D. Jean non seulement garantit 
l'Espagne, en conquérant le lieu par où elle avait été perdue au 
temps du roi Don Rodrigue ', mais encore il vengea l'offense qu'elle 
avait reçue des Maures et donna l'espoir qu'on pourrait conquérir 
l'Afrique par le chemin par où l'Afrique avait conquis l'Espagne. 

Après lui, tous les rois qui se succédèrent dans ce royaume mar- 
chèrent sur ses traces et, ne se contentant pas de conserver les 
précédentes conquêtes, travaillèrent à l'envi à les augmenter. Ils 
s'y employèrent avec une telle force de volonté qu'aucun d'eux n'en 
fût empêché, ni le roi D. Edouard ' par la brièveté de sa vie, ni le 
roi D. Alphonse* par les différends avec son oncle qui marquèrent 
le commencement de son règne, ni le roi D. Jean" par son peu de 
santé, par ses difiBcullés avec ses vassaux et ses craintes du côté de 
la Castille. Faut-il parler du roi votre père* (que Dieu le reçoive 
dans sa gloire l)p Cela me parait inutile, car il y a si peu de temps 



I. Toute* CM répdtilioD* M trouv«nt d«n> 
la lexle. 

1. Le roi golh Bodrigua ivait pordu 
CeuUptrUtrahiMndu comte Julien (710), 
qui, «n livrant cette place aui Arabes, leur 
avait ouvert le chemin de l'Espagne. 

3. Edouard, roi de Portugal de ij33 ï 
lias. Il enlrepril contre Tanger (1^37) 
une expédition malheureuae dam laquelle 
l'infant Fardinand, ion frère, fut fait pri- 

i. AlphoDMV/'^/ricaiR.roide Portugal 
de i438 k i48i. Il eut au début de ion 
règne de violenta déraèléi avec D. Pedro. 



aon oncle et aon beau'père, qui avait exercé 
la régence de i&38ï iH-j. Il s'ampin. en 
I J71, d'Arzila et de Tanger. 

5. Jean II, roi do Portugal de iJSi h 
■ 495. Il réprima la puiuence eiceuive dea 
grands vapsaux et te montra implacable 
contre les «eigneura rebeitea. Il défendit 
avec vigueur les possessions portugaises au 
Maroc. 

6. Emmanuel le Fortani, roi de Por- 
tugal de I jg3 h i5ii. Son règne fut celui 
des grandes expéditions maritimes de Vasco 
de Gama, Almeida, Atbuquerquo. Cabrai, 
Corle Real. etc. 



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LETTRE D£ MANUEL SOUZA AU ROI JEAN III g5 

qu'il est mort que la mémoire est encore toute fraîche des grandes 
conquêtes qu'il a [faites et] conservées. I) a porté ses armes non 
seulement dans des contrées qui n'avaient jamais été attaquées par 
d'autres [avant lui], mais encore dans des régions où personne 
n'avait encore pénétré et qui étaient même ignorées des anciens. 
Non seulement il les a soumises à son autorité, mais il a converti 
la plupart de leurs habitants à la foi et tes a conduits à la connais- 
sance de la vérité, ce qui était le principal but et l'objet pour lesquels 
il s'exposa à tant de peines et de dépenses ; de sorte que l'on peut 
bien dire qu'il découvrit un autre Nouveau-Monde. Grâce à sa 
bonne fortune, il agrandissait tellement ses possessions, qu'il 
semble qu'en peu de temps il serait devenu le maître d'une partie 
du monde telle que jusqu'à son temps aucun prince n'en avait 
conquis de plus grande. 

Votre Altesse a hérité de son royaume aussi bien que de son 
honneur. Elle lui a succédé dans un royaume en paix avec ses 
voisins, entourée de tant d'excellents frères', de tant d'excellents 
sujets. C'est pourquoi, encore que les difficultés qui sont survenues 
de son temps, telles que pestes', famines', tremblements de terre', 
pertes sur terre et sur mer, attaques des Français' et d'autres 
nations l'excusent de n'avoir pas fait de conquêtes en Afrique, ces 
difficultés ne la déchargent cependant pas de l'obligation de con- 
server ce que ses prédécesseurs lui ont laissé, tant que dans sa 
maison et dans celles de ses vassaux il y aura de l'argent, de l'or, 
des bijoux, des tapisseries et autres choses dont il n'y avait pas si 



I. Les frirei du roi Jean III étaient Louii 
de Portugal, duc de Beja (i5o6- 1555) ; Fer- 
dinand de Portugal, duc de Guarda et de 
Franciso (i5o7-l534); Alphonia de Por- 
tugal, Cardinal, archevêque de Lîabonne, 
Évoque de Tanger, otc (i5o9-i54o); Henri 
de Portugal (i5i»-i58o), Cardinal, roi de 
l'orlugal en 1578 après la mort de D. Sé- 
bastien ; Edouard de Portugal, duc de 
GuimareQ»(i5i5-i5io). 

3. En i5a3. Elle rutuue conséquence de 
la famine de iS^i-iSal. V. lanotecï-apris. 

3. L'année i5ii avait étéslërile; d^ le 
mois d'octobre, la famine se faiiait sentir à 



Lisbonne et, pendant l'IiivBr de iSaa, beau- 
coup de parsoanea moururent de faim. 

j. Il j avait eu, depuia l'avinement de 
Jean III, deux trembleraenl» de terre en 
Portugal. La premier eut lieu en iSaa ; 
le second, survenu en t53i, dura hnil jours 
et fit périr 3o 000 penonnes. 

5. Alluaion aux entreprises de* coratirea 
fran^aii contre lea corsairM portugais. Pen- 
dant le règne de Jsan III, les marins dea deui 
nations s'attaquaient partout où ils le ren- 
contraient, sans que la paix entre les deux 
pBjs en fût gravement troublée. 



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96 LETTttS DE UANIIBL SOUZA AU ROI JBAH m 

grande abondance lore de la conquête. Il est bien certain en e0et 
que ce n'est pas pour V. A. un devoir de faire des conquêtes, sauf 
dans le cas unique où, disposant d'argent en grande abondance et 
d'autres ressources, [il serait ëtablt que] le préjudice causé à vos 
vassaux par la guerre contre les Maures fût moindre que les avan- 
tages qu'ils pourraient en retirer. Mais elle n'a pas d'excuse à ne 
pas défendre les conquêtes qu'on lui a laissées, à moins que ses 
embarras ne soient si manifestes et le remède aussi impossible que 
les raisons de garder ces conquêtes sont claires et évidentes. 

De plus, Sire, comme ces deux villes sont pour cette partie de 
l'Afrique d'une grande importance et qu'elles sont des ports de 
mer, le Chérif deviendrait sî puissant grâce à elles, que ce n'est 
pas seulement là bas qu'il serait à redouter. Et alors, si l'on envisage 
l'avenir, l'économie [résultant de l'abandon de ces villes] serait 
peu considérable, parce qu'il serait nécessaire de faire une dépense 
égale ou plus grande pour conslruire des navires afin de défendre 
l'Algarve. Ce serait en outre perdre toute espérance de conquérir 
cette partie de l'Afrique, ce qui a été le motif des dépenses si grandes 
qui ont été faites pour prendre ces deux villes et pour les conserver. 

C'est pourquoi, dire que, eu égard à la grande dépense que l'on 
y fait avec peu de profit, il serait bon d'abandonner Safî et Azem- 
mour et de commencer la guerre par le royaume de Fez, parce que 
le pays offre plus de ressources, cela me semble, Sire, une cbose 
un peu forte; [il est étrange], ayant l'intention et le dessein de faire 
des conquêtes, de commencer avant tout par perdre deux si nobles 
villes. Et je ne sais si l'on pourra les recouvrer, car, d'après ce qui 
est notoire, le Chérif s'est rendu maître de celte partie du Doukkata 
par force et tyranniquement et aussi parce que les indigènes qui 
l'habitent n'ont pas trouvé aide et protection ; il les traite comme 
des captifs et comme des esclaves, les ayant dépouillés de leurs 
propres terres, cbose si clière et si précieuse à tout le monde. Mais, 
comme dit le pliilosoplie, aucune chose forcée ne peut durer long- 
temps, et TuUius affirme que la crainte n'est pas longtemps une 
bonne garde. Ainsi il est à croire que les dispositions des indigènes 
seront telles que, dès qu'ils sentiront votre aide et votre protection, 
ils seront heureux d'en profiter et de retourner à la liberté dont 
ils ont déjà goûté une fois. 



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LETTRE DE MANUBL SOUZA AU ROI JEAN III g'J 

Pour cette raison, la guerre peut se faire plus facilement de ce 
côté-là' que par le royaume de Fez, qui est un royaume ancien, 
dont naturellement les sujets sont mieux intentionnés et plus obéis- 
sants, et qui mourraient plus volontiers pour sa défense. Il n'est donc 
pas raisonnable, en perdant deux si nobles villes, de perdre aussi 
l'occasion qui pourrait venir de commencer la guerre de ce côté-là, 
car nous savons que l'occasion est la mère de toutes cboses. Il y a 
plus. Sire, aioi-s même qu'il serait plus convenable de coinmencer la 
gueri-c par le royaume de Fez, ce n'est pas maintenant le temps de 
songer à cela. Si en effet la gène de vos finances est si grande qu'elle 
met en questiun l'abandon de deux si nobles villes déjà conquises, 
quelle apparence y aura-t-il de les recouvrer par cette autre guerre 
qui n'est pas possible à présent P Ce serait débuter par une perte 
certaine dans une aventure dont le profit serait douteux et dépen- 
drait de la volonté de Dieu. D'ailleurs, comme je l'ai dit plus liaul, 
V. A, est tenue moins à faire des conquêtes qu'à les conserver ; car 
il y a beaucoup de différence entre prendre le bien d'autrui ou 
défendre le sien. Pour que la première cliose soit licite, il est besoin 
de beaucoup de conditions, qu'il serait Imp long de dire ici ; et, 
quant à la seconde, toutes les lois divines et humaines permettent 
de dépenser dans ce but les ressources et les vies qu'il est nécessaire. 

Au dessus de toutes ces raisons. Sire, il en existe encore une 
autre pour laquelle (encore que dans d'autres temps il aurait pu 
être bon de penser à cela) ' il parait qu'en ce moment on doive agir 
tout différemment. C'est que, si, en pleine paix, et sans que per- 
sonne la provoquât, V, A. ordonnait de démolir ces villes, elle 
semblerait le faire pour s'occuper de choses plus importantes ; 
tandis que, en le faisant à présent, parce que le Cbérif est venu 
assiéger Safi, elle parait le faire parce qu'elle désespère de sa défense, 
ce qui est découvrir le secret de ses embarras à ses ennemis, en 
sorte qu'ils aient plus d'audace et d'espérance pour l'attaquer, 
chacun par où il pourra. Alors le roi de Fez se flattera également 
de l'espoirque, s'il vient attaquer Arzila, on le lui abandonnera, ainsi 
que Tanger ; le Turc pensera qu'on ne pourra pas défendre contre 



1. C'e»l-i-ilire: par lo c'iU- du royaiimf l. C'citi-dire : k l'abandon dsi villes de 

de Merrakccli. Safi cl dAïcniniour. 



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gS LETTKE DE MAM'FL SOU7A W KOI JEAN III 

lui les Iodes, qui sont si loin, puisqu'on ne défend pus deux villes 
si rapprochées; Barbcrousse ne craindra pas de venirassiégerCeuta. 
Enfin, il faut considérer l'opinion que ses voisins prendront de V. A.: 
car, que V. M. le croie bien, les Portugais ne se sont maintenus et 
n'ont jusqu'à présent accompli de si grandes choses que par 
l'orgueil et la présomption, en se faisant passer et en se considérant 
eux-mêmes comme plus qu'ils ne sont : une fois celle opinion 
détruite, il» seront comme les autres hommes, et généralement le 
plus grand nombre l'emporte sur le plus petit. 

Ainsi. Sire, mon avis à ce sujet serait, répondant au premier 
j>oint de votre lettre, qu'où n'abandonnât en aucune manière ces 
deux villes au Chérif, et que. pour les défendre, on fit tout ce qui est 
possible, jusqu'à dépenser tout ce qu'il ^' a dans votre maison et 
dans celles de vos vassaux, et la vie de ceux-ci s'il le faut. Que si 
la perte de ces deux places ne peut être évitée, il est préférable de 
laisser l'ennemi les prendre par force plutôt que de paraître les 
lui céder par crainte, car il vaut mieux qu'on accuse le nombre et 
la fortune que le manque de courage, d'autant plus qu'il faut avoir 
confiance en Dieu, car, en faisant notre devoir, son aide ne nous 
fera pas défaut, puisque, comme dit le Psalmislc', « celui qui a con- 
fiance en lui, sera comme la montagne de Sion. il ne sera pas abattu 
pour toujours »; or, le pouvoir de Dieu n'est pas diminué, et, comme 
dit saint PauP: « si Dieu est avec nous, qui sera contre nous? » 

Le second point. Sire, est de savoir si, dans le cas où l'on déci- 
dera de garder ces villes, ce sera dans l'état iiù elles sont, ou bien 
en les transformant eu forteresses. Sur ce point. Sire, puisqu'il 
s'agit de la manière de les conserver et qu'il est bJen entendu 
qu'on ne les abandonnera en aucune façon, il sutTil que vous 
accomplissiez ce <[ue vous devez à votre honneur, et il me parait 
très raisonnable que vous ayez égard aux nécessités financières, afin 
que cela se fasse avec le moins de dépenses et d'oppression de vos 
sujets qu'il sera possible. Si, en les transformant en forteresses, elles 
peuvent demeurer redoutables et commander la mer de manière à 
pouvoir recevoir des renforts en cas de besoin, il me paraîtrait très 
rdisonnable de le faire : car, de même que votre honneur et votre 

1. Pi. CXXIV, ,. ï. Rom., VIII. 3i. 



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LETTRE DE MANUEL SOUZA AU ROI JEAN III 99 

dignité VOUS obligenl à ne pas les abandonner el les laisser poi-dre, 
de même aussi les circonstances et les nécessités présentes vous 
excusent de ne pas les maintenir dans l'état où elles sont, en faisant 
une guerre semblable à celle que votre père a soutenue. Il est 
manifeste que, si le Roi (que Dieu le reçoive avec luil), a main- 
tenu ces villes dans cet état, cela a été dans l'intention d'y entretenir 
beaucoup de cavalerie et de s'appuyer sur ces places pour porter 
la guerre dans l'intérieur du pays, ainsi qu'il l'a fait. Or, comme 
présenlemenl on ne peut pas la faire et que les circonstances ne 
le permettent pas, non plus que les nécessités actuelles, il est très 
raisonnable de se proposer un autre but conforme aux temps et à 
l'obligation où vous êtes de vous occuper d'autres choses plus 
importantes pour votre service ; ces affaires sont plus nécessaires 
et plus protîtables à votre Etat que la guerre qu'on pourrait faire 
maintenant, en s'appuyant sur ces villes. Il vous reste d'ailleurs 
des forteresses solides', d'où vous pourrez en tout temps faire la 
guerre dans cette région, s'il vous semble bon. Dieu, s'il luiplatt, 
vous donnera l'occasion de conquérir ce que vous négligez actuel- 
lement; mais, aujourd'hui, le temps ne le permet pas, vous devez 
vous contenter de parer aux nécessités, et, votre honneur et votre 
dignité étant saufs, vous en tirer comme vous pourrez. C'est pour- 
quoi, que V. A. prenne conseil sur la manière de les fortifier, de 
manière à ce qu'on puisse les défendre avec moins de peine ou de 
ti'avail cl plus de sécurité, auprès de personnes qui s'y entendent 
el qui aient l'expérience du pays et de la guerre, car je m'en 
rapporte à elles. 

Le troisième point. Sire, me paraît le plus important dans cette 
affaire : il concerne le plan et le mode de la défense à employer : la 
faculté de pouvoir ou non conserver ces places en dépend. A ce qu'il 
me semble, il est actuellement besoin de deux choses; i° de l'argent 
pour réparer les fortifications actuelles et les renforcer, 2" des 
hommes pour leur défense permanente. Vous aurez donc à tirer 
de vos vassaux deux genres de services : aux uns, vous demanderez 
le concours de leurs personnes ou de leurs gens, et aux autres, qui 
ne peuvent le faire de celte manière, leur argent. Quant à l'argent, 

I . Les fortereMes de Maiagaa el du Cap-de-Guir. 



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lOO LETTRE DK MASUEr, HOtl/A Al HOI JEAN III 

il est très raisonnable que, pour des dépenses aussi jusies ol néces- 
saires que la défense du domaine de V. A., de sa dignité et de son 
honneur, son peuple l'aide d'une somme en rapport avec ta dépense 
jugée nécessaire. On a coutume de le faire dans d'autres royaumes 
pour des choses qui ne sont pas d'une aussi impérieuse obligation, 
à combien plus forte raison peut-on le faire dans ce royaume, où 
si peu de contributions et de dons gratuits ont été imposés, soil pai- 
vous, soit par le feu Roi (que Dieu l'aie avec lui!). Avant tout, il 
est juste que les marchands de votre njyaume vous aident de 
subsides en espèces, car ce sont eux qui ont le principal argent du 
royaume et ils n'iront pas servir en pei-sonne. 

V. A. devra aussi opérer dans sa maison et ses finances toutes 
les réductions conqtatibles avec sa dignité, car. si l'on voit que 
V. A. fait, en ce i|ui la concerne, toutes les économies possibles el 
se conforme aux circonstances et aux nécessités pour les dépenses 
de sa maison comme pour le reste, ses sujets restreindront aussi 
celles de leurs maisons et de leurs affaires. Us le feront de meilleur 
gré que s'il leur paraissait que \. A, voulût faire face aux nécessités 
présentes ù leurs frais, tout en maintenant sa maison sur le même 
pied qu'en temps de prospérité, et comme si. cela' étant la prin- 
cipale chose ù laquelle il fallût pourvoir immédiatement, tons 
dussent y coopérer, non seulement ceux que j'ai indiqués plus haut, 
mais encore tous ceux qui ont de l'argent dans voti'c i-oyaume: cl 
cela aux intérêts que vous payez ' ! 

Pour ce qui est. Sire, des hommes qui sont nécessaires pour la 
défense permanente, il est 1res raisonnable que tous les grands et 
gentilshommes de voire royaume vous aident comme ils le pour- 
ront. Cependant, ceux qui doivent principalement contribuer ti 
cette défense sont ceux qui ont été spécialement destinés à cette 
guerre des Maures et dont tous les revenus ont été institués pour 
cela : ce sont les commandeurs de tous les Ordres, car, puisque les 
Maîtrises de Santiago et d'Avis ont été instituées pour la guerre 
que l'on faisait aux Maures en Espagne, ils restent dans l'obligation 

I. C'esl-i-dire : comme si le Taste de ï quela gros intéréls sont contractés les 

ïolre cour. emprunts (|uc vous fiitel pour payer vos 

1. Ce dernier membre de phra^o d'une d^|ien!ici! 
forme dliptiquc et exclama live signilic: Ki 



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LETTRE DE MANUEL SOUZA AU ROt JEAN lU ICI 

(le soutenir la guerre d'Afiique, qui a succédé à celle d'Espagne, 
surtout dans un temps de si grande nécessité et alors qu'il y a si 
longtemps qu'ils ne l'ont pas faite. Quant à l'Ordre du Christ, il est 
certain que c'est pour cette guerre-ci' qu'il a été institué principa- 
lement. Les églises ' que le feu Roi (que Dieu ait avec lui!) a obte- 
nues du Pape ont été accordées à cet Ordre avec l'obligation de 
servir un certain nombrjc d'années dans cette guerre ; aussi paralt-il 
très raisonnable que ceux-ci soient les premiers et les principaux à 
assurer cette défense^. Que V. A. mande donc à ceux qui détiennent 
des Commanderies. sans l'avoir servie, ou sans avoir accompli le 
temps auquel ils sont obligés, d'aller faire leurservice. sans envoyer 
un écuyer à leur place ; cela parait en effet une tromperie, car le 
sei-vice de l'un est bien différent de celui de l'autre ; et de plus, 
puisque l'obligation est attachée à la personne ù qui la rente est 
octroyée, je ne vois pas comment une autre peut l'accomplir à sa 
place, quand il n'y a pas de nécessité urgente empêchant le titu- 
laire de le faire. Cette mesure s'applique principalement aux per- 
sonnes qui n'ont jamais été là-bas. et qui n'ont pas pris leur Com- 
manderie avec l'intention d'y aller. Que si ces gens ne peuvent y 
aller en personne pour de justes empôcliemenls, qu'ils envoyenl à 
leurs frais des gens qui suppléent au vide que leur absence peut 
produire là-bas. C'est pour eux une obligation de conscience, mais 
V, 4,. en leur donnant l'ordre d'agir ainsi, fera que les autres Com- 
mandeurs consentiront volontiers à entretenir des hommes en 
nombre proportionné au revenu qu'ils tirent de leur Ordre, car, 
encore qu'ils aient accompli l'obligation qui leur était imposée pour 
gagner la Commanderie, ils ne sont pas pour cela affranchis de 
celle qu'ils ont pour soutenir la guerre qui les fait vivre'. Leurs 
revenus ne leur ont pas été donnés et il ne leur a pas été accordé 
tant de privilèges pour qu'ensuite ils les mangent dans l'oisiveté, 
mais pour qu'ils soient prêts et équipés, quand de semblables 
nécessités surviendront, et qu'ils puissent faire avec le revenu ce 
qu'auparavant ils faisaient de leurs personnes et à leurs frais. 

I. La guerre d'Arri(|uc. [iiiliUlreii <lc faire la guerre au i Maurescn 

a. Il s'agit vraisemblablement du revenu Afrique. V, ^p. Siet luo, Doc. \ VII et XX. 

de certaines églïies. S. Leteite jHirte : i}ae Ihedetse decomrr; 

3. Surl'obligationiiiconibaiilauxOrdrGs mot k mot: qui leur donne a manger. 



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I03 LBTTRB DE MANUEL 80UZA AU ROI JEAN tll 

Et il est juste que, non seulement les Commandeurs, mais encore 
tous ceux qui portent l'habit de l'Ordre participent à ce service, 
car ils jouissent de ses privilèges et portent cet insigne veimeil 
qui indique le sang qu'ils sont obligés de répandre dans ta guerre 
des Maures. Et, outre cela, que V. A. ordonne que ceux qui vou- 
dront aller là-bas faire le ser\-ice des Commanderies à leurs frais aient 
la ferme promesse que la Commanderie leur sera accordée, quand 
elle viendra à vaquer, d'après leur mérite et le nombre de gens avec 
qui ils auront servi. C'est l'avis de personnes qui peuvent être 
bons juges en cela; saint Jérôme a dil, en effet, que les arts seraient 
bien heureux, si ceux-là seuls en jugeaient qui les connaissent 
bien. De cette manière, beaucoup de gens seraient heureux d'aller 
en .A-frique pour gagner des Commanderies, et cela vous épargnerait 
beaucoup de dépenses là-bas, et beaucoup d'occupations et d'impor- 
tunités dans leur répartition ici, non sans quelque responsabilité de 
conscience, car ce sont des biens ecclésiastiques. Et ainsi, tous 
ceux qui ont des obligations de servir allant de l'avant, il est rai- 
sonnable que toutes les autres personnes du royaume, aussi bien 
les grands que les gentilshommes, aident V. A. et entretiennent là- 
bas chacun un certain nombre de gens, proportionnellement à leur 
revenu et à leur train de maison, et cela à leurs frais, V. A. leur 
donnant seulement la subsistance là-bas. 

Il parait également très nécessaire que V. \. accorde faveur, 
honneur et grâces aux personnes qui iront servir là-bas, car TuUius 
[Cicéronjditque l'honneur et la faveur entretiennent les arts, et tous 
se portent vers les sciences qui sont estimées. S'il en est ainsi pour les 
sciences, qui amènent avec elles tant de profit et de plaisir, que sera-ce 
pour la guerre qui est toute travail, dépense et péril, et qui véritable- 
ment ne peut attirer, si elle ne rapporte pas beaucoup d'honneurs et 
de faveur, comme nous l'avons vu par expérience. [Il faut accorder 
ces honneurs] non seulement à ceux qui viendront présentement 
servir V, A., mais encore à ceux qui, dans les diverses parties de ses 
royaumes, voudront bien se tenir prêts pour la servir quand besoin 
serait, avec leurs serviteurs ' et leur maison, car c'est la chose que 

I . Oa Biil que la mol domesUque pou- gneur. Ceitici le eeni de criado. Cf. p. i5, 
\iit désigner «u \\f siècle dei gentils- note 3. 
hommes allachi^s au service d'un grand sei- 



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DE MANUEL SOUZA AU ROI JEAN III Io3 

je vois manquer le plus. On devrait entourer ces serviteurs de pré- 
venances et d'estime, en considération de leurs maîtres. Pour 
n'avoir pas fait de différence entre les serviteurs des gentilshommes 
et les autres gens, il est advenu que personne ne veut plus vivre 
avec les gentilshommes, car on ne retire aucune faveur à rester 
auprès d'eux. C'est pour celte même mison que les gentilshommes 
ont commencé à se détacher de leui-s serviteurs et à dépenser leurs 
revenus d'une autre façon ' , en argent, joyaux, tapisseries, maisons, 
lahleaux et autres superfluilés. En effet, ils en tirent du plaisir sans 
travail ni fatigue, tandis que des hommes ils ne tirent que beaucoup 
dedépensesetd'occupation, sans plaisir ni honneur. Parfois même 
et par contre, il est arrivé, en plus des causes susdites, que ceux qui 
étaient continuellement à la Cour et dans les manches ' du Hoi com- 
mençaient à prospérer et à être seuls estimés et connus ; ils ohle- 
liaient honneurs, grâces, faveui-set titres, tandis que les autres qui 
ne faisaient pas cela, personne ne les connaissait ni ne les estimait, 
et, s'ils obtenaient quelque chose, il fallait que ce fût par la main 
et par l'intervention des premiers. C'est pourquoi tous ont afflué à 
la Cour, non seulement tes grands seigneurs, mais, même parmi 
les autres gens, il n'y a pas unhommequine viveavecleRoi ; et c'est 
à cause de cela que se sont tant accrues les pensions et les grâces', 
qui ont mis les affaires dans l'état où elles se trouvent. Quant aux 
grands seigneurs, ils ont perdu les serviteurs qu'avaient élevés 
leurs aïeux et ont dépensé à la Cour sans compter leurs revenus, 
en sorte qu'ils se trouvent à présent sans argent et sans hommes. 
Car, que V. A. le croie, ce qu'il y eut de meilleur en Portugal, 
et ce qui lui permit de faire tant de conquêtes, ce furent les gentils- 
hommes qu'élevaient les grands seigneurs. Les Portugais, en eflel, 
ne sont pas comme les autres gens qui sont à la solde de celui qui 
les paye le plus : tous ont leurs vies ordonnées d'une autre façon, 
et. à aucun prix, ils ne voudraient en changer. El, quand bien 
même on en recruterait au moyen d'une solde, la volonté de celui 
qui combat pour de l'argent est bien différente de celle de celui qui 



I. Le texte porte: e gaasiar auai rendai J. Le leite porte: e nal abal d'El-Rey. 

r outras furot, « et i déperaer lean Tp-VB' 3. [,e telle porte; mornrfins, tentai f 

\i par d'autres trous ». merces. 



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lO.^ LETTHE DE MAIIEI. ftOlZA AV BOI JEAS IH 

marche avec le crigneur qui l'a é\e\v : celui-là ne craint pas de 
mourir devant son maître ni de souffrir avec lui toutes W néresMtés 
de la guerre. C'est pour cela que l'on disait des Rois de Portugal qu'il 
était difiScile de vaincre un p^re qui avait tant de fils. V, A. peut 
remédier à tout cela, en favorisant et en honorant ceux qui travail- 
leraient dans ce sens et agiraient de la sorte envers leurs serviteurs. 

Et, quand V. .\. aura des grâces h accorder, qu'il ne soit pas 
nécessaire de venir les niériler en s'empressanl à sa Cour, mais 
qu'elle les leur envoie chez eu\. priiicipalenieni les charges et les 
offices. Platon a dit en efl'el que personne n'était moins apte aui 
fondions que reus qui les demandaient. De celte manière, de même 
que V. A, leur a déjà enlevé les movens de mal dépenser leur for- 
lune parl'Onlonnancedes pnihihitions'. de même elle leur donnera 
aussi le moyen de la dépenser d'une manière raisonnable, et ils 
retournemnt à leurs maisons el n'-uriironl les uns de l'argent, les 
autres des hommes, rliarun suivant son caractère, el le tout pour 
le service de \otre Majesté. Kt. hi situatimi étant devenue ce qu'elle 
était à l'époque où tant de conquêtes ont été faites, il sera plus 
facile de les conserver'. 

Il ne me paraîtrait pas déraisonnable, mais au contraire très con- 
venable de prier le Pape d'n\oir égard aux nombreuses terres que 
les ancêtres de V. A, el elle-m^me ont découvertes el converties à 
la Foi. à l'obligation où elle se trouve de les défendre toutes à ses 
frais et à ceux de ses sujets, el. en conséquence, d'avoir pour agréable 
que. tant que celte nécessité s! urgente durera, tous les prélats 
et personnes ecclésiastiques jouissant d'un bénéfice enlreliennenl 
là-bas un certain nombre de gens, vu le péril que l 'on court de 
perdre deux si nobles villes de ce pa\s-là. dont on peut tirer tant 
d'utiiifé pour le service de Dieu. Et, de celle manière, les chaires 
de la défense, étant réparties entre tant de personnes, seront plus 
faciles à supporter. 



I. Le leite porte; ordenaçSo das àtfezos. titnîi'n( >.\it leurt terrct ta l'occupanl dei 

Tli'afritHViliUfnmptiiairr'i'riïiiar.l.'HiillT, priiliNhnmmp* à leur service), los prédc- 



)nl |ni réaliser tant de conquflei. 
celle pliriK : Puisque, i l'ûpoquc ou la à pliii forte nïion. quand la situation du 
■ituation du roj'auine étail Dormalp (c'est- rojaiimc sera redevenue ce qu'elle él*il 
à-dire au temps où lei gnnda scigneun alors, vous tcra-lil Tacilc de loa conserver. 



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Et la chose sur laquelle V. A. doit faire le plus de fonds dans le 
cas présent, c'est de se conformer à la volonté de Dieu et de se 
recommander à Lui, afin qu'il inspire à votre cœur ce qui sera le 
plus utile à Son service, car, comme l'a dit le Sage ', de même que 
la répartition des eaux, ainsi le cœur du Roi est dans la main de 
Dieu, et, puisqu'il a dit que nos cheveux sont comptés, et qu'un 
passereau ne tombe pas à terre sans sa volonté', il ne permettra pas 
que la décision d'une si grande affaire soil prise autrement qu'il ne 
convient à Son service. Que V. A. s'attache principalement à celte 
sainte ancre de salut. Car, comme I! nous a promis d'être avec nous 
jusqu'à la fin du monde', et d'être présent là où deux ou trois per- 
sonnes se rassembleront en son nom ", Il trouvera bon de venir là 
où un si grand nombre se réuniront pour Son service, et, Il les 
inspirera, pour qu'ils conseillent à V. A. le meilleur parti, et II 
inspirera V. A. pour qu'elle le suive, et II ne permettra pas qu'il 
vienne un esprit de mensonge dans la bouche de ses conseillers, 
comme il en vint dans celle des deux prophètes d'Achaz. Que Notre- 
Seigneur accroisse votre autorité et prolonge votre vie, pour le bien 
de Son service, 

Arranchès, i" janvier i535. 

Je baise les mains de Votre Allesse, 



Bibliothèque Nationale. — Fonds portugais. Ms. i8 (ancien i3), 
ff. 2i7 \f'330. — Copie du xii° sUcle^. 

i. Salomon, sinii appelé p«rce qu'il csl 3. Math. XWtll, lo. 

l'iuteur du Livre de la Sagraae. Sicut divi- .'i. Math.. XVlll, so. 

MOne» iquarum, iU cor Régi» in msnu 5. Archives de la Torre do Tomba. — /ir- 

Domini. Proe. XXl, i. formailaiGavfla).Gavel(j3,Mafo'î,S'im,(). 

a. Math, X, 39, 3o, 3i ; Lur \ll, 6, 7. 



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: LOUREIRO AU ROI JEAN III 



LETTRE DE LUIZ DE LOUREIRO \L ROI JEAN 111 



(Tradiction) 



Le caïd de Teflana a capturé, à Mogador, il y a un mois, deux navires 
chrétiens accises à la pêche. — Ce même Caid vient toui récemment de 
prendre quatre navires castillans qui faisaient la pêche à hauteur du cap 
de Sim. Luiz de Loureiro a fait des remontrances au caïd de Belde ; il 
a ouvert une enquête et a envoyé porter plainte à la fois au chérif du 
Sous et au gouverneur de Taraudant. — Nouvelles des deux Chérifs. — 
Demande d'une lettre d'éloges pour Fernam d'Avies de Saravedra. — 
Laiz de Loureiro prie le roi de ne pas ajouter foi aux mauvais rapports 
qui sont faits contre lui et l'assure de son déooâment. 



SanU-Cruz-du-Cip-de-Gui 



Sire, 



Il y a environ un mois, deux navires se Irouvaîent à pêcher à 



I. A Ib dale du i5 leptembre i537, la 
ville de SanU'Crui-du-CBp-de-Guir aurail 
été pri«e depuU onie moii (13 aoAt iâ36) 
par les armées du chérif Moulaj Moham- 
med cch-Cheikh. si l'on s'en rapporlail ï 
Marmol, h Diego de Torrès et i Francisco 
d'Andrada. Celle dale du 13 août i536, 
adoptée tans coDlrâle par la gén^raliU des 
hiBloriensdu Maroc, e>l manifeste ment in- 
exacte ol noua allons établir que la ville de 
Santa-Crut fui emportée d'asiaul aprèi un 
siège de six mois, le la man i3^i. C cal 
même h U auite de cet échec, si grava pour 
la domination portugaise, que le roi Jean III, 
qui avait longtemps hésita ï abandonner 
Safi et .Vzcmmour (V. Doc. X-\X), se 



décida k taire évacuer ces places, opération 
qui s'exécuta on décembre i5ji.(V. p. i4l. 
.ou, 3). 

Et d'abord, tes diBorenU auleura qui 
donnenl la date du 13 aoùl i536 comme 
celle de la prise de Santa-Crui, savoir : 
Diego de Torrès. dont l'ouvrage parut ï Sé- 
ville en [585, el Francisco d'Andrada, dont 
la Chronique fut imprimée li Lisbonne en 
i6i3, n'ont fait en réalité que reproduire, 
pour U dale et pour les délails du siège et 
de l'assaut Hnal, le récit de Marmol, publié 
k Greoade en ib-^i. On se trouve donc en 
face d'une source unique, la Delcripcion 
gênerai de Africa de Marmol. 

Or. pour fairo rejeter la date de Marmol. 



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LETTRE DE LtllZ DE LOUREIRO AU ROI JE.K'S III IO7 

Mogador, à douze lieues de Safi, avec l'autorisation du capitaine 



il suffi! de se référer au document que 
nous publions, lequel élablit iadubitable' 
menl que les Portugais occupaîenl encore 
Santa-Cruz. le 10 septembre i537. 

Pour jusliGer l'adoplion da la date du 
13 mars iSji, les preuves abondant; doui 
choiiiHons les plus perlinenles. 

a. — Celte date eit donnée par Luiz de 
Souia, historien portugais, qui fut chargé 
en 1G37 par le roi d'Espagne Philippe IV 
d'écrire les Aiitiais de El-fiey D. JoSo III. 
Luiz de SouEB eut tontes Tacilités, ainsi qu'on 
le voit dans la préface de l'édition de iSj^. 
pour consulter les archives de ta Torre do 
Tomba et, par ordre du roi, tous les docu- 
ments originaux se rapportant i son sujet 
lui furent remis. Ses \nnales sont plutAt un 
recueil de documents qu'un récit historique. 
Or l'auteur des Aiiiiaes, après avoir rap- 
porté les préliminaires du siège de Sanla- 
Crui (11' partie, liv. l, ch. X) s'exprime 
ainsi : s Mais comme nous avons l'original 
d'une lettre de D. Golerre, écrite i Tarou- 
daol oii il avait été emmené eu captivité, 
lettre par laquelle 11 donne connaissance au 
roi de toutcc qui est arrivé, nous la publions 
ici telle que nous l'avons reçue de la Torre 
do Tombo. » (p. 3a6). Suit cette lettre fort 
longue, pleine de détails, constituant le rap- 
port ollicicl des opérations de Santa-Crui et 
émanant do la plus haute autorité, le gou- 
verneur même de la place. 

b. — La date du 13 mars i5ii concorde 
avec le témoignage de l'historien arabe El- 
Oufràni qui s'exprime ainsi sur cet événe- 
ment : n Ce fut également ce prince |Mou- 
laj Mohammed w/i-C/ieiWi| qui, le premier, 
traça le port d'Agadir dans le Soua ultérieur, 
en l'année 947 |8 mai i5'io — 37 avril 
iÔ.'|i|. après avoir chassé les chrétiens de 
la localité appelée Fonli qui est voisine 
d'Agadir. » (p. -6). 

r. — La date de ibU est établie indirec- 
tement par uu passage du mémoiru rédigé 
en 15^3 par le comte de Castanheira, qui 
avait été consulté par Jean 111 sur l'imprcs 



slon produite par l'évacuation de Saiî et 
d'Azemmour (décembre iSit). CastâDheira 
» fait remarquer qu'il eût mieux valu aban- 
donner ces places après la vaillante résist«iice 
que Gt Safi contre les Maures lorsqu'ils 
l'assiégèrent, que de le faire après la prise 
du Cap'd'Aguer. n Luiz de Souza, p. 355. 
11 resie è expliquer l'erreur de Marmol, 
ou peut-être celle d'un copiste utilisé par 
lui. Elle doit être attribuée à une mauvaise 
Iccluro du texte primitif, où l'on aura lu la 
date du II août i536, au lieu de celle du 
II mars lôji, qui devait so trouver dans 
le manuscrit originaL Si, en elTet, l'on com- 
pare les deux lectures: 

ei pif Jlgofto mïyjïyvi 

on peut se rendre compte facilement de la 
double erreur commise. Dans le millé- 
sime, un X mal formé ressemblant à un 
V aura suffi h altérer le nombre, et, dans 
le nom du mois, un M un peu large avec 
un dernier jambage prolongé au-dessous de 
la ligne a pu se lire Ag et faire préjuger do 
la lecture Agoilo. mot dont les dernièrei 
lettres peuvent être aisément oonfondues 
avec celles du mot Marco. Cette confusion 
est d'autant plus vraisemblable chei Mar- 
mol, ou l'un des copistes dont il s'est servi, 
que de nombreuses erreurs établissent par 
ailleurs le peu de soin apporté par cet 
auteur à la révision de son manuscrit. 

Une difficulté subsiste cependant dans lo 
texte de Marmol. celle de l'indication de la 
fête de ta Sainte -Claire, venant ajouter è la 
précision de la date (11 août), mais cette 
précision n'est qu'apparente. Les Espagnols 
et les Portugais avaient autrefois l'habitude 
de placer tous les événements de quelque 
importance sous lo palronaga du saint ou 
de la sainte dont l'église célébrait la fêle k 
celte date (V. Doc. XXlll, p. 111. XXIX. 
p. iSg, note i, etc.) et c'est ainsi que Mar- 
mol. aérant lu la Agailoau lieu de 11 Marco 
dans un texte où ne se trouvait aucune 



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LETTRE DE l.VI! 



: LOUBEinO AL' ROI JEAN 



dp cette place '. Comme les gens de ces navires «étaient descendus 
à lerre pour sécher leur poisson, le caïd de Tafetana' vint à eux 
avec trois zabras' armées et ils s'attaquèrent aux navires, cher- 
chant b s'en emparer; beaucoup de Maures et de chrétiens fuient 
blessés, à ce que m'ont atTirmé nos gens. Ils ont été moins expUcites 
sur la question de savoir si ces navires étaient venus dans ces parages 
avec raiitorisation du capitaine de Safi ; le caïd de Tafetana. d'après 
ce qu'ils ont dit, avait rendu compte de l'événement » l'Almoa- 
carife' de Merrakech, qui avait répondu que les hommes étaient de 
bonne prise, s'ils étaient CiistiUans, et que, s'ils étaient Portugais, ce 
(ju'ils avaient débarqué pouvait être saisi, puisqu'ils étaient descen- 
dus ît lerre sans son aulorisalion. 



mention de fêle rituelle, aura loul nilii- 
rcllement «jouté, siiivint l'uuge, U men- 
lion : jour do la Sainte Claire. 

La facililé an;c Itquolle oui pu èlre com- 
mise», d'une |Jiirt, l'erreur malériellc de lec- 
ture el, d'aulre part, l'addilion v jour de la 
Sainl«-Clairc » vient donc corroborer la 
valeur des arguments énoncés qui nom 
font adopter pour la prise de Sanla-Cruz 
du Cap-de-Guir par les Maures la date du 

I. Lei picheurt portugais, o>pagnol> el 
Burtoul les Canariens faisaient la p£che 
dans ce» parages. « On trouve, dit Ça da 
Moslo. toul le long de cette cAtc, i Taire la 
pèche ta plus abondante on poissons de 
diverses espèces, beaux et eicellenls. les 
uns semblables h ceux qu'on vend i Venise 
et d'autres de formes dilTérenlcs, u Ap, 
ItKRTHtLur. p. i5. C'était pour protéger 
la pèche que Diego de Herrera, seigneur 
de Lanierolte et de Fortaventura, a>ait 
fondé, en 147I). ^ l'emboucburc de l'oued 
Guedcr. la forlerctsc de Sanla-Crui-de'Mar- 
l'equcna et que le portugais Juan Lopez 
de Segueira s'élait installé, en i5o5. au Sud 
du caji Guir (Ighir Oufrini). 

Rappelons qu'il n'j avait i cette époque 
00 ce lieu aucun centre habité et que la 
ville de Mogador, de fondation relative- 
ment nicentc, a été crccc on 1760 par le 



sultan Mohammed ben Abdallah. 

3. « C'est, dit Marmol. une petite ville 
sur la Costa do l'Océan i la pointa du cap 

que fait le mont .\llas Elle a un assez 

bon port pour les petits vaisseaux où 
abordent les marchands de l'Europe..,, 
tout auprès, il j a une rivière qui entre od 
la mer et c'eit \i que les vaiueaui to 
mettent II couvert pendant la tempeste.... 
Elle est maintenant au Cbérif. qui j met 
un gouverneur avec quelques mousquo 
taires. » M*hmol. t. If. liv. III, ch. xv. U 
position exacte de cette lillc aujourd'hui 
détruite peut être repérée par celle du cap 
Ras TaTetneh ûtué ï iô kilomètres eu Sud 
de Mogador ; elle se trouvait par consé- 
quent bien au Nord du cap Guir, où le 
Haut .\tlas finit sur l'Océan .Xtlantique. 

3. « Sorte de brigantin en usage dans 
la mer de Biscave. » DoMinr.os m Azf.- 
vFiio, Dicl. n Iw^ugro. petit bâlimenl fin 
dans SCS formes de l'arrière, renElé par 
l'avant. » Cohoxa Bustamante, Diet. 

peu de renseignements précis. » JaL. 

4. Le receveur des douanes, du mot 

arable ^j,*J.I • Ihcaudadordertntasjdere- 
cko$ del Rey. El qat cobra loi dirediot de 
fol mercaderiai que entrait y taten de Bipolia, 
Eciii.AZ, au, mot Almojarife, 



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LETTRE DE LUIZ DE LOtIHEIRO AU ROI JEAN III iOQ 

Plus récemment, ïl peut y avoir aujourd'hui neuf jours, ce caïd 
de Tafelana arma dix ou douze zabras et vint, de bon matin, tom- 
ber sur plusieurs navires castillans qui étaient en train de pêcher 
devant Zebedique', à hauteur du cap de Sem^ à huit lieues de 
Santa-Cruz. J'estimais qu'en vertu de la paix signée par moi, agis- 
sant au nom de V. A,, avec le chérif de Sous, les Castillans pou- 
vaient pêcher en sécurité dans ces parages. II est stipulé en effet 
dans les artii 
pourront pèc 
Draa'. V. A, 
traité que je 1 

Le caïd de 
neuf castillan 
ma connaissa 
Reldc ' et je lu 
aussi déloyal, 
auprès du G 
aussitôt à Tal 
ville, avec un 
le caïd afin di 
s'était passé, 
les choses s'é 
Quant au caï 
kecir, son ir 



phiquement par i 

I. Le cap Sin 
grioueit, k i5 kil 
de Mogaiior. 

3. L'ouod Drai 



etalignéesdansun 
Sud, s'infléchit k I 
marc9 de cours 
l'AlUntiqueauSu 
Noiea sur l'oued j 
^. Ce nom n'a 



y Google 



; LUIZ DE LOLREIRO AU ROI JEAN tit 



capitaine de Safl. rrlativement aux Ca^lillariM. il n'était pas en paix 
avec eux ; que si j'avais fait insérer dans le traité passé avec le roi 
de Sous une clause accordant aux Castillans la même sécuril^ que 
celle dont jouissent les Portugais, il fallait m'adresser au roi de 
Sous et que celui-ci se conformerait à ce qu'il avait conclu avec moi. 

C'est pourquoi j'ai envoyé Bcnto da Costa, gouverneur en chef 
de cetle ville-ci [Santa Cruz], aucliérif du Sous, qui se trouve à 
Fistella, à quatre-vingt-dix lieues d'ici', et j'ai fait partir Manuel 
Rodrigues et Francisco da Costa pour Taroudant, afin de parler de 
celte affaire à Biniara', qui gouverne ce pays là* pour le chérif du 
Sous qui en est le souverain. Comme ils partaient d'ici, on m'a 
remis une lettre du dit Biniara relative à la prise des Castillans ; je 
la transmets à V. A. 

Jespc're que le Cliérif me fera rendre les personnes, les navires 
el tout ce qui a été pris ; cela me paraît certain ; il châtiera égale- 
ment celui qui a fait cette capture, car, à mon avis, il ne violera 
pas la garantie accordée par le traité, à moins qu'il ne dispose de 
grandes forces, ce qui n'arrivera pas. grâce à Notre Seigneur. Je 
serais bien aise de connaître les intentions de V. A. à ce sujet, afin 
de savoir ce que j'aurais à faire dans le cas où le Chérif ne me ferait 
pas rendre les Castillans el leurs biens ; il me parait sage, en effet, 
de ne rien faire sans les ordres de V, A. ; et elle voudra bien me faire 
répondre au plus tôt, afin que je prenne mes dispositions pour faire 
ce que comportera son service. Je rendrai compte à V. A. de la 
réponse qui me viendra du Chérif ainsi que de celle de Beniara. 
aussitôt que j'aurai un navire. Que V. A. veuille bien me dire ce 
que j'aurai à faire dans le cas où rien ne serait rendu comme dans 
le cas où l'on rendrait les gens sans les navires ou leur valeur (car 
ils sont détruits"), afin que, selon les circonstances. V. A. puisse 
toujours être semé par moi comme il sera de son intérêt. 



1. Alcaide mor. leiarméesilesdeuxctiérih. LedUlaocaiodi- 

1. Fichtsia, ville Je la province de Tadla (|uée par Luiz de Loureiro esl Bensiblement 

laquelle ven celte ipoquc s'élaîlb peu près eiacle.Cr. Màhmol.I. II, liv. III, ch lxxix. 
affraneliia de l'autorité des Béni Merin ; 3. Ce nom n'a pu *tro idenlidé, 

sa situation géographique en faisait d'ail- ^. C'esti-dire Taroudant, ou bleu le 

leurs une dépendance naturelle du royaume Sous, ce qui revient au même. 
dcMcrrakcch et elle allait être conquise par 5. Le Uiile porte : qaebradat. 



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LETTRE DE LUIZ DE LOUREIRO AU BOI JEAN IH 111 

Lorsque V. A. ordonna à Safi, à Azemmour el à Mazagan de faire 
la paix avec le chérif de Merrakech, ce fui une erreur de n'avoir 
pas prescrit qu'elle fût stipulée aux mêmes conditions que celle con- 
clue à Santa-Cruz avec le chérif du Sous. 11 eût été très avanta- 
geux au service de Notre-Seigneur et de V. A. , en raison de l'union 
et de l'amitië de V. A. avec l'Empereur' (que Dieu le comble tou- 
jours de biens I) de mieux garantir ses sujets Castillans des entre- 
prises des Chérifs, car, chaque année, ils lui en prennent un grand 
nombre dans ces parages. Que V. A. veuille bien n'envoyer aucun 
ordre à ce sujet au capitaine de Safi, car le chérif de Merrakech 
est très cupide et il ne manquerait pas d'objecter au capitaine de 
Safi [si celui-ci lui en parlait] qu'il n'a stipulé avec lui aucune 
clause [de garantie] concemanl les Castillans, et il en résulterait 
du dommage. [Il est prëlérable] que V. A. me laisse arranger cette 
affaire avec le chérif du Sous, avec lequel j'ai déjà fait un traité, 
car, si je m'y prends mal ou si j'échoue, rien ne sera compromis. 
Quoique Tétouan appartienne au chérif de Merrakech ', le chérif du 
Sous, dans un traité de paix, a garanti les Castillans et les Portugais 
des entreprises de ses sujets comme de celles du chérif de Merra- 
kech, son frère. Les ordres de ce dernier s'accomplissent sur le ter- 
ritoire de son frère comme sur le sien ; de même les ordres du 
chérif de Merrakech s'exécutent dans le pays de Sous, comme s'ils 
provenaient du chérif du Sous. Et la raison pour laquelle le diable 
les a rendus si unis, c'est que, s'il n'y avait pas entre eux cet 
accord, jamais leur puissance n'aurait pu arriver au degré où elle 
est'. 

Les nouvelles qu'on a d'eux sont que leur autorité va de jour en 
jour en grandissant. Celui du Sous se trouvait à Fistella, il y a cinq 
mois, et ses Caïds ont dû avoir une rencontre avec ceux du roi de 

I. Charles Quint. ri6en ait stipuU de» garantiet pour lei 

9. Selon toute vraisemblance, Tétousn, chrétieas naviguant dans le voiùnage de 

en 153-, relevait du ri><faumu de Fez et de cette ville. 

U djDBstie des Béni Merin, Mais il se peut 3. Cette union allaîl bienlAt ceiser et la 

que le chérif Mouli]' Mohammed eck-Chtîlcb causa do la mésinlelUgence entre lei deux 

ail reçu, dèa cetle époque, de* ouvertures chérifs devait être la prise de la ville de 

de soumission du caid de Tétouan, et il Sanla-Crui-du-Cap-de-Guir par le chérif 

n'en fallait pas davantage pour que, dans du Sous, Moulaj Mohammed ech-Clitikli. 

un traité avec Jean 1(1, le prétendant ché- El-Oufrâni, pp. jl-^l. 



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112 LFTTRE DE LUIZ DE LOUHEIRO \V ROI JEAN III 

Fez'; il est mort du monde de part et d'autre, mais il y a eu 
davantage de tués dans le contingent du Chérif du Sous, parce que 
les autres, comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois à V. A. , sont fort 
habiles à la guerre. Quant au chërif de Merrakech, il se trouve 
actuellement au Taflleit' et l'on dit qu'il a soumis une partie du 
pays. C'est une région très riche par où vient tout l'or de Tombouc- 
tou, et il est en train de la conquérir. On est sans nouvelles du 
roi de Fez. J'écrirai à V. A. ce que je pourrai apprendre de nou- 
veau . 

Je crains que le Chérif ne me demande compte de l'accueil fait 
par l'Empereur à la proposition d'être en paix avec lui. Je prie 
V. A, de s'occuper d'avoir bienint une réponse à ce sujet; si le 
Chérif m'interroge, je ferai en sorte de le faire patienter avec des 
parole» jusqu'à ce que V. A. me la fasse parvenir. V. A. devrait 
déjà être on mesure do ine renseigner, car il y a seize mois que je 
lui ai écrit de se procui-er cette réponse. 

Que V. A. veuille bien m'adresser pour Fernand d'Avies de 
Saravedra une lettre de remerciement pour les bons services qu'il 
a rendue à celle ville, car ils sont nombreux. 

V. A. voudra bien donner des ordres pour qu'on mette à ma dis- 
position ce que je lui demande et dont je lui donne le détail dans 
une autre lettre confiée au même porteur que celle-ci. 

Que V. A. n'ajoute pas foi aux mauvais rapports qu'on lui fait 
sur moi tant au sujet du biscuit (V. A. m'a écrit qu'il était gâté, or 
il est très bon et il y en a un grand approvisionnement) qu'au 
sujet des différentes atTaires sur lesquelles, à ce qui m'a été dit, on 
a fait et on fait des rapports contre moi. J'affirme en effet, Sire, 
que V. A. est en toutes choses très bien servie par moi. Mais, pour 
nos péchés, nous qui rivons en ce monde, nous ne pouvons y être 



I. La balaille livrée ïur les bords de el le Tafilelt. Marmol fail *Uu»od à celte 

['oued el-Abid su guà de Bou Oqba opéra^on des Chérirs danile Tafilell. t. II. 

(38 juillet i530. d'après El-Oufràni), Lea p. 451. 

coDlingenls chcrifiens j battirent l'armée 3. Probablement le clicrir du Suus qui, 

du roi de Fci, ainsi que nous l'avonï ru, était celui dei 

3. L'une des Iroii grandes division! 1er' deux chérifs avec lequel Luli de Loureiro 

rilorlaleg du Sud-Marocain, qui sont, en entretenait des relations plus fréquentes. 
allant de l'Ouea à l'E=L : le Sous, le Draa 



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LETTRE DE LUtZ DE LOUREtRO AU tlOI JEAN NI 110 

en repos à cause de l'envie que nous nous portons les uns aux 
autres. 

De cette ville de Votre Altesse, Santa-Cniz-du-Cap-de-Guîr, 
aujourd'hui, lo septembre 1537. 

Luiz de Loureiro. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds portugais. Ms. 1S (ancien ^3), 
ff. 3^0-3^3. ~ Copie du xii" siècle '. 

I. Arcliires Je lu Torre lia Tomba. — Befui ma das Gavelas. Gaiieta iS.Worû n.Niim. 3o. 



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LBTTBB DE D. MAM'EL MASCARENHAS AU ROI JEAN 



XXII 

LETTRE DE D. MANUEL MASCARENHAS AU ROI JEAN III 

(Traduction) 

Trois Maures partis de Larache sont cenus à Arzila. amenant deux chevaux, 
et demandant <\ devenir chrétiens. — 1^ rjouverneur de Larache a écrit 
pour réclamer les ckevaiu:. — Mascarenkas envoie au roi les deux autres, 
ainsi qu'un Morisqae chrétien. — Recommandation en faveur de ce der- 
nier. — Demandes diverses relatives aux munitions. 



Sire. 

Je venais d'i^crirc à V. A. une lettre (|iii n'a pas pu partir avant 
celle-ci. faute d'occasion, quand sont arrivés à Arzila trois Maures 
dont deu\ à ciieval et le ti-oisième à pied (|ui me prièrent de les faire 
chrétiens. Je leur demandai si c'était quelque méfail commis par 
eux qui les amenait, ajoutant que. s'il en était ainsi, j'écrirais à 
Moulay Ibrahim' de leur pardonner. Ils me dirent qu'ils n'étaient 
coupables d'aucune faute, mais que leur volonté était de devenir 
chrétiens. Deux d'entre eux, ceux qui étaient venus à cheval, étaient 
des serviteurs du caïd de Larache, l'autre, le plus jeune était ser- 
viteur du roi '. Voyant leur intention bien arrêtée, je donnai l'ordre 
de les faire chrétiens. 



1. Moula)' Ibrahim, lo beau-Tr^rc du roi 
de Fei Ahmed bon Mohammed i|ui dis- 
puttit les Tcslei de l'empire mérinide au 
pouvoir grandisaanl des fondateura de 1* 
dynastie sasdien ne. C'est ce Moulay Ibrahim 
donl il a <^lé queslion dans les documcnls 
III, V pl VI. I.C titre honorlliquc de Mou- 



laj n'éUit pis i celle 6poque moDOpolisi 
par le« Chérira, comme il l'a él£ depuis 
l'avènement des dynaities ch^rifieniiM; il 
scrvallàqiialilierdes personnages il luatret, 
sans impliquer de leur part aucune prélen. 
lion b l*d»ccndance prophétique. 
ï. Roi de Vi-i. V. noie cî-dessus. 



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LETTRE DE D. MANUEL MASCARENHAS AU BOt JEAN tit I l5 



Celui qui élait serviteur du roi fut bientôt réclamé par son père 
qui vint, accompagné d'un autre de ses fils plus jeune, âgé seule- 
ment de dix à douze ans. Tandis que ce Maure se trouvait ici, fort 
désappointé de trouver son fils déjù converti au chrislianisnie, il 
vint un Juif et un Maure, serviteurs tous deux du caïd de Larache 
et porteurs d'une lettre de leur maître, dans laquelle celui-ci 
m'envoyait réclamer les deux chevaux, comme étant sa propriété. 
Ce Juif apportait un sauf-conduit du Caïd pour le plus jeune Maure, 
celui que son père était venu chercher, non que cette pièce eût de 
la valeur pour moi', mais parce que ce jeune homme n'aurait 
jamais osé revenir sans cela. 

Peu après le départ du Maure, père de ce jeune homme, le Juif 
se mit en route accompagné de l'autre serviteur du Caïd avec qui il 
était venu; il emportait ma réponse à la lettre du Caïd. Environ 
deux heures après leur départ, on vint m'avertir, dans l'église où je 
me trouvais, que le plus jeune Maure, serviteur du roi de Fez, s'était 
enfui et avait rejoint sur le chemin de Larache le Juif et son com- 
pagnon ; son père et son plus jeune frère étaient en avant, à portée 
de vue. J'ordonnai de les poursuivre, mais, quand mes gens arri- 
vèrent à la rivière do Larache, les fugitifs l'avaient déjà traversée*. 
J'envoyai alors un de mes gens à Larache pour dire au Caïd que ce 
n'était pas un acte de bon voisinage de faire enlever ainsi par les 
siens ceux qui se faisaient chrétiens et de les retenir prisonniers, 
en attendant la réponse aux instructions qu'il demandait h. Moulay 
Ibrahim. Le Caïd me répondit qu'il ne me devait pas plus compte 
de ces gens-là que nous ne lui en devions pour les Maures que nous 
prenions en pareille circonstance'. Il ajoutait qu'il avait envoyé le 

I. Le leite porte: c nâo porquc Iho eu cetio rivière sans p^ni^trar dam la vUlo; il 

pisse. Lityralement ; et non pour que je le est probable que le droit de «uilo était kuto- 

iis«e. Mascarenhaa veut diro que ce sauf- risé jusqu'à In rive droilo de l'oued Louk- 

coDduit n'était pas destiné à le rassurer, kos, et qu'on le traversant les geas de 

lui, sur le sort réservé au jeune Maure, Mascarenlias auraient commis une violation 

mais bien à tranquilliser celui-ci qui, pou- de territoire. 

vaut redouter quelques mauiais traitements, 3. Nous avons donné une paraphrase du 

ne se serait pas prèle à uue tentative d'éva- teite qui porte: respondea-me que elle deria 

tion. conla délies quando Iha pedisiem doi seia, 

3. L'oued Loukkos, i l'embouchure <i II me réponditqu'il rendrallcompte d'eux 

duquel se trouve la ville de Larache. Les lorsqu'il nous enverrait demander compta 

gens de Mascarenhas ne pouvaient franchir des siens. » 



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IlC LETTRE DE D. MANUEL MA.SCAREMIAS AU HOl JEA?I III 

{)èrc (lu jeune homme cl le jeune liomme lui-même au roi qui \cs 
retenait là-bas [à Fez]. 

Quant aux deux autres Maures [convertis], ils se rendent auprès 
de V. A. ; leurs clievaux œslcnt ici avec un troisième' qui est venu 
à Arzila. aloi's (|ue le Comte* s'y trouvait. Moulay Ibrahim m'a 
déjà écrit deux fois pour me réclamer ces chevaux. Je lui ai répondu 
qu'il devrait commencer par me renvoyer de là-bas quelques-uns 
des gens qu'il y retient. Moulay Ibrahim réplique à cela qu'aucun 
des Maures qui s'enfuient de chez eux ne possède de cheval, que 
tes chevaux sont la propriété des seigneurs avec qui ils vivent et 
qui les leur confient pour les besoins de leur service. Je lui ai écrit 
alors que parmi les gens qui s'enfuyaient d'Arzila, il s'en trouvait 
qui avaient des dettes, que, pour quelques-uns, leurs femmes pou- 
vaient prétendre à une part dans ce qu'ils emportaient avec eux, et 
que, par conséquent, ce pouvait être parfois le bien d'autrui qu'em- 
portaient ainsi ces fugitifs. Il s'est enfui d'Arzila, dans ces conditions, 
un nègre, esclave d'un marchand : ce nègre a volé à son maître 
une béte de somme et il s'est fait Maure ; la bête de somme n'a pas 
reparu et les Maures n'en parlent même pas. Les choses se passent 
comme je le dis à V. A., et je la prie de m'ordonner ce qu'il lui 
semblera bon que je fasse dans cette affaire. 

Un Morisque' déjà chrétien, qui a appartenu au Comte et est en 
fuite depuis longtemps, m'a envoyé demander un sauf-conduit pour 
ici. Je le lui ai fait parvenir et U est revenu. Il se rend maintenant 
auprès de Votre Altesse, Tout ce que je sais de lui, c'est que c'est 
un homme de bien, parent du gouverneur d'Alcazar', et que, pour 
revenir à Dieu et à Votre Altesse, il a abandonné sa maison et ses 
biens, ce qui est une raison pour que Votre Altesse lui accorde une 
grâce. Un bombardier de cette ville se rend auprès de Votre Altesse 
avec une liste de certains objets qui manquent à l'artillerie, et d'autres 
qui font défaut aux magasins. Que Votre Altesse ordonne d'y 
pourvoir. 

t. Le leile porte « tust oufro, uni que 3. On donnait le nom de MoriaquciRux 

l'on puÎMc établir l'il s'agit d'un Iroisitinc Maures autorisés k résider en Espagne «pris 

chet'al ou d'un troisième Maure. la chute de Grenade. 

3. Prolublcnienl: le cotntcdcRedondo. j. i4fca^iir pour El-Ksar el-Kebïr. 
V. Frinc. d'Akokada, passim. 



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D, MANUEL MASCAtlENHAS AU IIOI JEAN III II 7 

Que Noire-Seigneur conserve la vie et augmente la royale autorité 
de Votre Altesse. 

Arzîla. i mars ib'ig. 

Don Manuel Mascarenhas. 

Bibliothè(]ue Nationale. — fonds portugais. Ms. 18 (ancien ^3), 
ff. 3U5-3i7. — Copie du iix" siècle^ 

1. Arcliivfi de la Torrc rfo Tomba, — lie/arma das Gaivlas. Gavela ao, Mac, i), i\iim aO. 



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LETTRE DE D. RODniC.O DE CASTRO AU nOI JEA7I in 



XXIII 

LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO \U ROI JEAN III 

(I'baductiom) 

Avec les renforts envoyés à Saji, il a tenté une razzia sur les douars des 
Abda et des Gharbia. — Détails sur l'opération qui a pleinement réussi. 
— La retraite sur Snfi avec Iv butin a été taliorieusc et a coûté la vie au 
Mokaddem^ qui est mort bravement. — Uodrigo de Castro demande au 
roi une pension pour le fils du Moknddem. — Un nommé pour le rem- 
placer Manuel Marques. — Rodrigo de Castro rappelle au roi ses ser- 
vices passés et se recommande à sa générosité. 



11 y a bien des jours que je ne inc-dite et ne demande à Dieu 
autre chose que le moyen de tirer vengeance de ce que ces Maures ' 
ont fait au Gap-de-Gé'. L'orgueil de ces deux frères' s'en était 
tellement accru qu'il leur semblait que pas un chrétien au monde 
ne fût capable de leur faire du mal. C'est pourquoi ils ont transporté 



I. Arabiume ^JÛLl. A Ceula, on ilrsi- 
gnait louB ce aoin l'oQlcicr qui commanduil 
un d^lacbcmcnl do TourragcurB. Nu.\eï dk 
TiiBujkOA, aumot Afmocadfn. Cf. Ecuri,*/, 
au même mot. 

1, Les parlixiii du chérif Moula vMoliBm 
m ad reh-Ckiikh. 

3. Sic. — SurlapriieduCap-dc-Guir. V, 
p. loG, note I. La IclIredB D. Rodrigo ilu 



Castro, donl le débul respiri: la vengeance, 
10 priil vraisemblablomenlsc rapporlerqu'é 
m ovi^iicmcn t de date réccnic. Elle constitue 
lonc un argument nouveau en faveur de 
a date du ii man i.îji, que nous avoni 
doplce pour la prise du Cap-de-Guïr par 
L'ï armi'Oî chérifiennes. 

'i. (.<'s deux clicrif» MouU<r Ahmed 
/-.l'iT-'j et Moulaj Mohammed cch-Cheilih. 



, Google I 



LETTRE DE D. UODUIGO DE CASTRO AU ROi JEAN 111 1 1 f) 

leurs douars et leurs arrahales' autour de cette ville, amenant un 
grand nombre de cavaliers et de gens de pied ; ils nous faisaient la 
guerre, nous attaquant presque tous les jours, et dans tous ces 
engagements Dieu nous accorda toujours la victoire sur eux. 

Plein de ce désir [de vengeance]', j'écrivis à Fernand Pires de 
And rade de venir ici avec sa flotte, puisque le Chérif se trouvait 
à Merrakech ; j'envoyai également demander à D. Fernando quel- 
ques soldats, mais il ne put me les envoyer, parce que ses troupes 
s'étaient mutinées \ quant ù la flotte, elle ne vint pas non plus, 
parce que V. A. avait donné l'ordre qu'elle ne sortit pas de Ma- 
zagan. C'est pourquoi je ne pus exécuter ce que je désirais et ce 
que j'avais résolu de faire. 

II est arrivé, depuis, en cette ville trois cent trente-deux soldats 
envoyés par V. A. La nuit même qui sui\'it leur débarquement, 
avant que les Maures n'aient eu connaissance de l'arrivée de ce 
renfort, j'envoyai des espions ° dans la campagne, et, le matin, je 
reçus la nouvelle" que les douars étaient campés à quatre lieues et 
demie d'ici. J'ordonnai donc aux cavaliers de se tenir prêts; jen 
pris avec moi cent quatre-vingt, ainsi que les soldats^ et quelques 

I. AnbUme, que l'oo ne trouve ni dans 3. Probablement Moula; Mohammed 

Doi)r ni dam Eguilaz. mais dont l'origine ech-Ckeibh, qui résidait plus habituellement 

ne fait aucun doute. Arrakul est une tran- à Taroudant. 
scriplion portugaise du mol J>-ljl ry,ya- *■ L" '"»<; P°^i^- revoU,»os. 

g«ur. nomode. Nous crojons. d'aprè» le ton- ^- Espions. ceila-dWe ceui qui épient 

telle, que ce mot est opposé i celui do "* 1"' o»««>-"nt les faits et gestes de l'en- 

douar,. Ce dernier ^-appliquant aux cam- "«"■' On pourrait traduire moin, liltéra- 

pemenb où se trouvent les grandes tentes '*""ent par: éclaireur.. 
avec les Temmes, tes troupeaux et les irope- 6. Reeado. litléralemenl le message. C'est 

dimeola, le ««cond désignerait Ioe> cavaliers le rapport d'exploration fait par les espions 

mobilisés pour des expéditions et logeant ou éclaireurs. 
sous la petite tente, c'est-i-dire lei gouras, 7. Les soldais, les 33^ gens de pied 

On peut aussi admettre pour arrahates te constitués en infanterie régulière envoyés 

sens de imalai il s'agirait alors de tentes par le roi. — Lui: do Souca, qui a publié 

formant l'habitation poi-sonnelte des chérifs. dans tes Annaes un récit ds cette rauit 

de leurs familles, de leurs serviteurs ot (pp. 337 et ss.). donne pour la com- 

clieuts. qui formaient un campement dis- position des forces portugaises les chiffres 

tinct des douars. suivants, qui sont quelque peu dilférenta 

1. Le texte porte une tautologie inlra- de ceux de Castro : Sïo soldats, igo cava- 

duisible: Pelo dt:ejo qae lenha dt fazer lier». Les arquebusiers et espingoliers k 

qae deujatitt. « Par suite du désir que j'avais pied de la ville, dont Castro n'indique pas 

de fdin; ce que jo désirais. » l'uircctif, étaient au nombre do uu. 



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laO LETTRE DE D. RODRIGO DR CASTRO AU ROI JEAN tll 

arbalétriera et espingoliers à pied de la ville. Me portant sur la 
roule, j'ordonnai au\ espions de reconnaître si les douars se trou- 
vaient Ik où ils les avaient laissés, cl je leur indiquai un certain 
emplacement où ils devaient revenir pour me rendre compte de 
leur mission' el me retrouver avec tous mes gens; cet empla- 
cement se trouvait à une lieue des rampemenls des Maures. Nous 
attendîmes jusqu'au matin le retour de nos espions, el. quand je vis 
leur retard, je pensai qu'ils avaient peut-ôlre été pris par les éclai- 
rcurs' de l'ennemi. Je demandai alors aux gentilshommes el aux 
cavaliers quel était, à leur avis, le parti à suivre. Tous estimèrent 
qu'il valait mieux revenir sur nos pas, à cause du grand nombre de 
Maures qui pouvaient se réunir [pour nous attaquer], si nous 
étions découverts. Comme nous allions rentrer par les portes de la 
ville, nos espions vinrent me rejoindre avec de très mauvaises 
excuses, ce qui me fit décider de ne plus les envover en recon- 
naissance, sans que Manuel Marques allât avec eux. 

Le Chérif Alt irrité de cela 'et ordonna de réunir toule l'arrahala' 
d'Abida" et de Guarabla', qui forme cinquante-cinq douars; il 
envoya également mettre en liberté plusieurs cheikhs qu'il tenait 
prisonniers à Merrakech. leur disant de partir, qu'il leur pardon- 
nait, et leur prescrivant d'aller camper à l'aîguade' de Çarabas, qui 
se trouve à six grandes lieues de Safi vis-à-vis d'Al- Médina " : les 



I. Përiphreic employée pour traduirt 

le mol recado. V. ci-dessus, p. i ig, noie 6 

1. Atathadorei. V. sur ce mot p. i'|5 



. Cela, c'esl-ï-diro I» tenUtive 
a garniion de Safi el dont « 



ii Chérir avait eu connaissance. 

'i. Ccil l'arabismc que noui asonK ren- 
contre p. 119. noie I, sous une forme et 
avec un sens un pou dincrcnls. Arrahnia 
diiiigno ici Ib collecLi>ilc des douars d'une 
tribu, d'une confédéralion do Irîbus, 

5. Abïda pour Al>da, grande tribu doiil I0 
Icrriloire a'élcnd autour de Safi ; le nom 
■'applique indistinctement i la tribu et au 
pays tr&s fertile où elle a ses campemonts- 
Ces tribus avalent été précéderomont sou- 
mises au Portugal. 



6. Oiiarabia pour El-Gharbia, nom d'un 
groupement de tribus faisant partie de la 
confédf^ralion du Doukkala, Rlle avait été 
précéilcmmcnt sous la domination portu- 
gaise, 

7. Le Icxte porte; ta guetta pournanguoiJa. 
1.0 nom de ce point d'eau n'aiant pu £lrc 
iduDtilic. nous avons traduit litléraicment 
nyiiada poraiguade. Il s'agit : 



eoitd'u 



oitd'u: 



8. Il Cl'sI, dit Marmol, > 
tille ba«tio par ceux du pais, aussi bien que 
celle de la province de Duquela, sur la pente 
d'une des montagnes du Grand Atlas, à 
trente licuca de Maroc vers le Levant (pour 
(^ouchaiit|. t)llo est ceinte de vieux murs 



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LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AU ROI JEAN 111 121 

douars devaient s'étendre dans l'Azambujal', pays très raviné oii il 
y a beaucoup d'eau et de pâturages abondants pour leurs troupeaux ; 
il semblait au Chérif qu'en raison du grand nombre d'hommes de 
CCS douars, personne n'oserait les attaquer. 

Or j'avais toujours, Sire, le désir de venger de quelque manière 
les cruaulés commises par les Maures au Cap-de-Gué contre les 
femmes et les petites filles'; j'avais la foi que Dieu dirige tout et 
qu'il doit aider les chrétiens, puisque nous croyons en Sa Sainte 
Religion, et, fort de cette espérance et de Tinte reession de sa Très 
Sainte Mère, notre avocate, je fis reconnaître les douars par Manuel 
Marques, Roque Dias, Antonio Alvares el Antonio de Caceres, qui 
les trouvèrent campés à la dite aiguade, à une portée d'arbalète les 
uns des autres. Dieu permit aussi qu'un cavalier Maure de ces 
douars vînt ici pour se faire chrétien ; il me dit que, le lendemain, 
les douars devaient commencer à décamper', se dirigeant vers Al- 
Medina, et que, si je me mettais en roule, je les trouverais encore. 

Je redoutais beaucoup le caïd Bodibeira', parce qu'il y avait 



marchai», dont îl ; a quanlilé de Juifs. 
Tous les environs sont pleins de vignes et 
d 'oliviers et d'un si grand norabro de noyers 
et d'autres arbres portant fruit, qu'on diroil 
une foresl... » Mar-ol. t. ]I. iiv. lil. 
ch. L\\. On sait que ce mot Al-Mrilino 
signifie : La Ville, Le nom complet de celle 
localité devait nécessairement comporter 
lin dclerminalif: La VillB-de-X"". Dans 
le langage courant, les indigènes voisins de 
cette localité la désignaient simplement par 
le nom de Al-Mcdina. comme las gens do la 
campagne disent sans confusion possible : Je 
vais a la ville. Ainsi qu'on l'a vu par la 
cilalioti de Marmol faite plus haut, il y avait 
dans le voisinage nd'Almodino» (à une lieue 
et demie), sur le territoire du DouLkala, 
une autre localité désignée de la mémo ma- 
nière, Marmol croil devoir l'appeler, pour 
la di fTérencior de la première. Elemetlm. 
I. Bois d'oliviers sauvages. Les mots 

KJii et j;-»-)j sont employés en Algérie et 



a. Le texte porte ineainas, filles au-des- 

3. Le copiste, ajant mal compris le mot, 
d'une lecture sans doute dilQcile sur l'ori- 
ginal, s'en est tiré par une sorte de fac- 
similé. Le texte devait porter abalar ou 
liabalar. décamper. 

i. Marmol l'appelle Budulura; il était 
Caïd des Bcni Maguer. Ce dernier nom était 
celui d'une montagne, située à quatre lieues 
il l'Est de Sali, et s'appliquait également à 
la tribu qui habitait celle montagne, « Quoj- 
qu'elle soît haute, dit Marmol, elle n'est 
pas fort roide el a quelques villages Béré- 
béres el uo chasteau qui porto son nom, 
mais qui n'est fort ni par art ni par nature. 
Quant Salie esloit aux Portugais, il j demcu- 
roit un Gouverneur Maure (Budubera) avec 
Irois cents cbevaui, qu'il tenoil aux environs 
et qu'il rassembloit lorsqu'il vouloit faire 
des courses sur les Chrcstiens, La montagne 
est abondante en bleds, on oliviers et on 
troupeaux ctdesdépondencesdoSaEe. .\ussi, 
quand les Chresticiis se rendirent maisires 



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133 LETTRE Ofi D. ROnHlGO DE CASTRO AU ROI JEAS III 

quclcjiicp jours qu'il ne nous avait |ms attaqua?, élant allé à des 
noces'. Néanmoins, je me préparai avec les cent quatre-vingt cava- 
liers, les soldats, les arbalétriers, lesospingoliers à pied, et nous nous 
mimes en route vendredi îi la nuit, veille de Notre-Dame de la 
Visitation, c'esl-à-diro le premier juillet. Chemin faisan), je donnai 
l'ordre aux éclaireurs d'aller i-eoonnaltre les douars, pour voir s'ils 
s'étaient aperçus de «pielque elioso, et de venir me rejoindre au 
Figuier de Afonsanes'. Ils revinrent me dire que tous les douars 
étaient dans le même état où ils les avaient laissés; nous pour- 
suivîmes donc notre roule jusqu'à leurs campements. 

J'arrivai près des douars une demi-heure avant le matin ; je 
détachai l'AdaïP d'un côté, avec quarante cavaliers el quelques 
arbalétriers et espingolicrs à pied de la ville, et je leur ordonnai 
de prendre par le haut, pendant que j'envovais par le bas mon 
fils D, Alvaro avec le guidon, et je me plaçai de ma personne au 
centre avec la bannière royale de V. A., ayant derrière moi les 
soldats. C'est ainsi (|ue, au point du jour, nous' donnâmes sur 
deux douars, le jour de Notre-Dame. Nous arrivâmes sur ceux-ci 
sans être aper^-us et nous nous en emparâmes, tuant quatre cents 
personnes, la plupart femmes el fdles en bas âge. Les soldats et les 
gens de pied ne faisaient quartier à personne el, lorsqu'ils furent 
lassés de luer, nous limes quatre-vingts prisonniers '. L'Adaïl, qui, 
avec quelques gentilshommes et cavaliers, avait pris par le haut, 
donna sur le flanc d'un aulte douar, où l'on tua beaucoup de gens, 



de ceslG pUcu, les habltanls l'y retiriTcnt 
pour l'y défendre, mais ils furent contralnta 
do subir le joug el de se faire >*ssaui du 
Ko<r de l'orlugal, comme ils resloienl encore 
lorsque te frère du Kojr de t'ez vinl au pavs, 
d'où il emmena quclqiicl-uns ot le reste se 
relira avec les Porliigais pour ne jioinl aban- 
donner son bien ; mais, comme ils faisoient 
dei coursi's sur les autre» Maures, le Ché- 
rif, estant Roj de Maroc, enioja là ou Gou- 
verneur pour la conserva lion de la contrée, n 

MaHHOL. t. Il, liv. III. Ch. I.VII. 

1. Fclcs, réjouissances a l'oecaiion d'un 
mariage. 

ï. .l/tw'Mnra. Ce doit ^'Irc le nom proiirc 



d'un Portuj^ais tel que : Aflbnao Aneï. 

i. V. sur ce mot p. 160. note 1 . L'adail, 
d'après Luiz de Souia, B'ap[)elait Lopa 
Itarriga : il était probablement le fils du 
fameux capitaine de ce nom, la terreur dei 
Maures, qui prit parlaui eipédiliona autour 
de Safi de i5i5 h i5ij. Ltiz ot, Sou/it. 
p. 33-; ; MtHMOL, liv, III. cb. i.iii; Diego 

\. Ce nous, d'après le conloitc. ne désigna 
pas l'ensemble de la colonne, mais la frac- 
tion où se trouvait D. Rodrigo de Castro. 

.'>. Soiunte-dix-sept, d'après Lvii dl 



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LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AU ROI JEAK III 123 

sans compter un grand nombre des habitants des deux autres 
douars qui se réfugiaient dans l'azambujal. La panique fut si 
grande parmi les douars, à la vuo du camp couvert de cadavres, 
au bruit des coups répétés de nos arquebuses, des cris de nos gens, 
des trompettes, des tambours et des fifres, qu'il n'y en avait pas un 
qui pensât pouvoir se sauver. 

Je commençai à ralHer mes gens hors de ces deux douars, une 
fois le pillage terminé. Ils prirent un grand nombre d'alcatifas', de 
riches alquices", des marlotas^ de soie et beaucoup d'autre butin, 
non compris dix-neuf chevaux ou juments et vingt-six bêtes de 
somme. 

Nos gens commencèrent à pousser devant eux les troupeaux, qui 
pouvaient être de quinze mille moutons, de deux cents bœufs ou 
vaches et de mille chameaux. Celait une grande quantité de bétail, la 
chaleur commençait à devenir très forte, nos gens n'étaient occupés 
que des troupeaux, les chameaux prenaient la fuite, efTraycs des 
coups d'armes à feu qu'ils entendaient': craignant donc qu'ils ne 
missent le désordre dans nos rangs, je donnai l'ordre d'en tuer la 
plus grande partie et de faire de même pour le menu bétail. Je fis 
placer au centre [de la colonne] le reste du butin ^ c'est-à-dire les 
prisonniers, tes chevaux, les juments, les bêtes de somme sur 
lesquelles étaient les hommes fatigués, les bœufs et les vaches. 
J'envovail'Almocadem et les Atalaïas en avant, et je divisai les cava- 
liers en trois échelons'; je plaçai le guidon à l 'avant-garde, avec 
laquelle marchèrent, d'après mon ordre, Manoel de Melo, Vasco de 
Souza, Doin Fernando de Menczes, Ktienne de Espargussa, Pedro 
Gonçalvcs da Camara, Diogo da Costa. Inacio Nunes, Vasco 

_ I ,. mancra de sayo oaqarro cou çue se fine y 

1. Aribim. uJull grand Upi. i h.ul, „j„„„ ,, ^^^^ Eqiiuj, a» mot ll.rfol.. 

laino. Tapete rie lana o ieda que se pone para .'|. Le teiti.- [«rtc : pelos (irai que houv'iâo 

ciibrir atgunamesaobnneo. Eguilaz. au moL ~i. Lo leilc porto cauatguada. mol qui 

Aleotifa. Mais nous croyons que pour des dôsignc les prises que l'on rail dant une 

nomades notre définition est prérérablc, iiicunion i cheval, principalement las prises 

, ^^M . en bétail. MoHAts, au mol CavalguQila. 

1. Arabîsme U->Ol. Eipeelf de capn i ■ .■ _ _i_ 

■^ "^ Il arabume raz:ia a ce mcme sons. 

moritra que sfmiaadimas de rolchao mania. 6. Le lexlo porto: batalha$, baUilles, 

EcurLAZ, au raolAlfuicel. avec l'ancien sens de ce mot, qui désignait 

les rraclioni d'une troupe dans son ordre 

do combat. 



. Arabiimc ^l^^tt. Vestidara 



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laa LETTRE DK D. RODRIGO DE CASTRO AL KOI JEA> III 

AmriqucB; à côté ilc ces jeunes gens cl de ces hommes, je mis 
Antonio d'Abreu, Fernando Carvalhal, Gualaorda França, Belchior 
Dlaz, Gonçalo Romho el Luis Gonçalves Bocaro, auxquels j'ordonnai 
d'empêcher cette jeunesse et les autres de ac débander — ils pou- 
vaient être en tout quarante cavaliers — car les Maures en grand 
nombre commençaient à fondre sur nous, au signal d'alarme donné 
par les douars. J'ordonnai aux nôtres de ne revenir en arrière en 
aucun cas, mais d'aller toujours en avant du convoi derrière l'Almo- 
cadem et les Atalaïas. 

Je plaçai en flanc derrière eux mon fils D. Alvaro, avec Alvaro de 
Moraes Anadel, suivi des arbalétriers et des espingoliers à cheval, 
et je donnai l'ordre de se joindre k eux à l'Adaïl el à Francisco de 
Tavares, lesquels étaient tous deux très unis. 

Pour moi, je me plaçai derrière tout le monde et de l'autre côté, 
c'est-à-dire à droite', avec la bannière royale de V. A. portée par 
Alvaro Symoes. Ceux qui marchaient avec moi étaient : Jean de 
Melo Pereira. D. Antonio de Lima, Francisco de Melo Cunha, 
D. Amrique Franc, de Melo Pereira, Pedro Taveira, Afonso de Pe- 
ralla, Guaspar Alvenas. Francisco de Vale et beaucoup d'autres 
gentilshommes; nos arbalétriers à cheval en vironnaientet couvraient 
toute la colonne. J'avais réparti les cent quatre-vîngl lances dans 
ces trois échelons. Pedro de Castro, capitaine des soldats, mar- 
chait en très bon ordre avec son bataillon ' : nous les avions placés 
au milieu [de la colonne] en leur ménageant de l'espace pour tirer. 

La marche commença ainsi avec beaucoup d'ordre. Les Maures 
nous hareetaient de tous côlés, nous lançant beaucoup de javelines ', 
nous envoyant beaucoup de ilèches et de pierres. Nos trois éche- 
lons s'avançaient dans leur ordre de marche, serrant les distances 
et les intervalles sans cependant se confondre', de sorte que tout ce 
monde semblait extérieurement ne former qu'un seul corps. Après 



1. Le tcitc porte: da ouïra banda direila. il s'agil d'armes de jet, nous avons Iraduît 

Litléralemeiit : de l'autre cAté droil. par jnelines ; celles-ci élaicnt d'ailleurs en 

a. Le texte porte : esquadrSa, miis, k usage au Maroc. V. Doc. XXXII, p. i83, 

cotte £po(|iie, ce mol désignait aussi bien noie 4- 

une troupe de gcna de pied qu'une troupe 4- Le leito porte: imdo ai baiathai iodas 

do cavaliers. repartidat, humas pegnadai nos outras, tevando 

3. Le Icxlc porte: lait<;a$, mais, comme homerupelosmeosqaeainomteixaiemajaniar. 



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LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AO BOI JEAN III 



135 



une demi-lieue <lc marche, deux Atalaïas vinrent on courant me 
dire qu'à la vigie de Cenciy', située à une portée d'arbalète de l'en- 
droit où nous devions passer', m'attendaient le caïd Bodibeira avec 
sa bannière" et son frère Rembarque' avec un guidon dont il se 
fait accompagner depuis qu'il a éti caïd du Dara, en tout plus de 
deux cents lances, cavaliers des plus brillants" et ayant les meil- 
leurs chevaux du monde. Ils avaient suivi notre trace*. Mais, pré- 
venus de cette embuscade, nous accélérâmes l'aliure, et l'ennemi 
nous découvrit comme nous le dépassions'. Il nous sutvil, mais, la 
nuit étant courte* et comme nous avions pris sur lui beaucoup 
d'avance, il ne put nous rejoindre avant que je n'eusse tout disposé 
(Dieu soit loué !) comme je l'entendais. D.'autre part, un Maure de 
Binimagre", qui vint ici '"cette même nuit, donna dans la ville la 
nouvelle que le Caïd" venait nous attaquer avec des gens d'élite et 
plusieurs cavaliers envoyés par le Chérif. 

Lorsque nous les aperçûmes, ils étaient formés en deux troupes". 



I . Le leite porte : alataia de Cenciy, Ce 
nom n'a pu Atre identifié. Le mot aialaia 
désigne i la fois l'homme placé en observa- 
tion et le poste d'où il sun'eillail l'horizon ; 
ce poite était le plus souvent une tour. Cf. 
sur ce mot p. i^o, note a. 

a. Le texte porte: tfonuff Aùmos. 

3. C'est -i-d ire : avec son goum rangé 
sous sa bannière. 

4- Cedoit être une transcription de Ben 
Emlwrek. Ce chef indigène, comme on le 
\oit, depuis sa nomination au caidal du 
Draa, avait g levé guidon » pour se donner 
de l'importance. Le Dma est l'une des trois 
grandes régions au Sud du Haut-Atlas 
entre le Sous et te TaBlell. 

5. Le texte porte : lançai aa mais luzidaa, 

G. La trace de notre marche pour aller 
raizier les douars, et non pas la trace de 
notre marche de retour lur Safi. 

7. Le teite porte e achardo romo saymos. 
Littéralement : et ils trouvèrent comme 
nous parlions, 

8. Le teïte porte pi;(a nûu(e serpequïno. 
Littéralement : pour la nuit être petite. 
Cette partie du récit est assez confuse. 



Voici l'explication des làils que nous pro- 
posons. Castro était parti en raizia dans 1* 
nuit, veille de la fête de la VisiUlion, il 
était tombé sur les douar» avant le jour et, 
également avant le jour, avait repris le che- 
min de SbE. Bodibeira espérait surprendre. 
i la faveur de la nuit, la troupe portugaise 
en désordre, ramenant la raiiia. Il s'était 
embusqué avec son goum et celui de Ben 
Embareli à la vigie de Cencij, près du che- 
min que devait suivre Castro. Mais la aail 
ett courte tn juillet et le jour arriva, qui aida 
Castro à éviter l'embuscade. Plus de sur- 
prise de nuit, plus de coup de main contre 
une troupe débandée \ il s'agissait pour 
Bodibeira d'attaquer, en plein jour, une 
colonne s'avançant en ordre et ajant pris 
ses dispositions de combat. On sait que, 
dans ces conditions, les Arai>es se montrent 
beaucoup moins audacieux. 

9. V. plus haut p. 131 , note 4- 

10. Le texte porte r le ow lançar aqui. 
Littéralement : vint se lancer ici. 

M. Il s'agit du Caïd des Béni Maguer, de 
Bodibeira. 

13. Le l£ite porte batalhai qu'il faut 



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ia6 LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AU HOI JEA> III 

la bannière à une extrémité, et le guidon à l'autre. Les Maures des 
douars, qui nous suivaient en combatlant, reprirent à leur arrivée 
beaucoup de courage et ils nous liai'celèrent de plus près. J'ordonnai 
alors à tous nos gens' de se diriger 1res lentement' droit sur 
l'ennemi', car notre route s écartait un peu de la position où il 
était, le laissant à main gauche. Lorsque les Maures virent que 
nous marchions droit sur eux, ils nous assailhrent de tous côtés, 
tant par derrière que par devant et sur les lianes, et ils placèrent 
leur bannière en face de celle de \. A. au milieu d'une troupe à 
rangs serrés ' dans laquelle se tenait le Caïd avec cent vingt ou cent 
trente cavaliers. Ils étaient si près de nous que les arbalétriers et les 
espingoliers se trouvaienl très à leur aise [pour tirer] ' cl quelques 
Maures nous lançaient des javelines qui nous atteignaient ainsi que 
le bataillon. Bemharque avec son guidon, Amor Benguasseme' et 
Zoâo avec un grand nombre de gens envoyés par le Chérif, nous 
attaquaient de tous les côtés ; il en était de môme du cheikh A^uni 
Bemharque', du cheikh Irro' et de ses fds et de beaucoup d'auti"es 
gens des douars, chacun sous sa bannière. Ils avaient avec eux 
beaucoup d'arbalétriers à cheval appartenant au Caïd et aussi 
quelques espïngoliers ; enfin, s'avançait une bannière avec beaucoup 
de gens de pied qui arrivaient des douars, ayant entendu le signal 
d'alarme". 

Nous marchions très lentement et n'étions pas éloignés des 
douars'" de plus d'une lieue. Toute notre espérance était en Dieu 
et en Notre-Dame, dont c'était le jour de fête. Nous avancions en 
combattant; nos arbalétriers et nos cspingolicrs tant achevai qu'à 



entendre dans le vieu 



balaitte.Cf. p. il3. n 

1 . Le telle porte : a loda a gemte c balai- 
lias. Littéralement : a nos gcna et ù nos 
batBÎIIeB. 

a. Le texte porte: nuiilo de vagar. Lit- 
téralement: très à loisir. 

3. Castro quitte la route de SaD et fait 
un à-gauche pour marcher sur Bodibeira. 

4. Lg telle porte : kamo batatha cerra- 



)s du mol français apinguardeiros jicavBo bcm a sua nom- 



. Le t 



; porle : que ho» besUiros « 



), Nom tjui peut être identifié avec celui 

Amar Dclka!<«n. 

;. Pcut-^lre: tlaiien ben Embarck, 

i. Pcut-ûtre: Ikhkiiou m. 

}. Le texte porte : a repique. Littérale- 

□t: la cloche d'alarme. 

lo. Des douars que nous venions de 



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LETTRE DE D. RODRlfiO DE CASTRO AU ROI 3ti\S III 127 

pied et les arquebusiers d'ordonnance' ne cessaient d'abatlrc' des 
cavaliers ennemis, et nous tuâmes de la sorte un grand nombre de 
chevaux. L'ennemi nous lançait des javelines dont quelques-unes 
tombaient sur nous et d'autres sur les soldats, mais malgré tout, 
grâce à Dieu, elles ne nous Taisaient pas de mal, parce qu'elles 
glissaient sur nos armures et elles nous blessaient seulement quel- 
ques chevaux. 

Je fis commander à tous les échelons de ne pas faire demi-tour^, 
mais de s'avancer avec beaucoup d'ordre en continuant noire che- 
min, comme nous l'avions fait, car nous n'avions pas d'autre moyen 
de gagner la ville. Et croyez, Sire, que nous avions tous bonne 
intention de mourir au service de Dieu et de V. A, I Comme nous 
avancions avec beaucoup de peine, luttant et harcelés de toutes 
parts, [il advint que,] malgré ma défense, ceux qui marchaient 
avec le guidon firent demi-tour, ce qui me contraria beaucoup, et, 
dans ce mouvement, ils jetèrent bas cinq ou six Maures, Lors({UG 
mon fils D, Alvaro vît le désordre produit par l'avanl-garde, il 
alla la rallier, car je lui avais ordonné de ne faire demi-tour à 
aucun prix ni de souffrir que personne ne le fit, et Francisco 
Tavares, qui se trouvait de ce côté là, vint à son aide et partit 
avec lui, ainsi que trois ou quatre autres cavaliers. Maïs les Maures 
les suivirent et, tandis que mon fils ramenait ceux du guidon, se 
tenant à l'arrière-garde, ils lui tuèrent son cheval et le frappèrent 
de quatre coups de lance par dessus ses armes ' ; ils tuèrent aussi 
l'Almocadem qui était également venu à l'aide de mon fils et qui 
s'était avancé bien près des Maures ; il mourut comme un très 
brave cavaHer; un de mes serviteurs qui marchait avec mon fils 

I . Il ii'agil de cette troupe dont, comme Castro doivent correspondre k une nouvelle 

il a élé dll plus haut, Pedro de Castro avait phase de l'engage ment dont il n'est pas fait 

le commandement, et h laquelle « on avait mention. Caslro. après avoir marchd droit 

minagC- do l'espace pour tirer a, V. p, lïi. sur l'orncmi et lui avoir fait essujer des 

Los soldats d'ordonnance, d'après Moraes. perles, reprend sa marche en retraite sur 

Olaicnt destinÉa ï la di^fense du pajs qu'ils Safi et c'est alors qu'il adresse i sa troupe 

habitaient et devaient toujours se teuir des recommandations sévères d'avoir à évi- 

prèls ol armés k leurs frais, Mokaes, au tor les escarmouches, 

mol Ordenaitça. 4. C'eil-à-dirc que ce» coups de lance 

3. Le texte porte : derrabar neles. Liltc- ne IraversËrent pas iod armure. Le texte 

ralement renverser, désarçonner parmi eut. porte : por cima das armai. 

3. Les nouveaux ordres envoyés par 



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138 LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AU ROI JEAN tll 

Alvaro fut égalemenl tué; (iualaorda França fut blessé de deux 
coups de lance donl l'un lui Iravefsa le morion' ; son cheval fut 
tué de même que celui de Guaspar Giialo. D. Antonio do Lim.i. 
qui faisait partie de ma fraction, mais (jui s'était porté à l'aide de 
D. Alvaro, en le voyant aller à roniiemi, fut iTnversc de stjn cheval. 
Pedro (ïonçalves da Camara fut également désarçonné, et il perdit 
son cheval. Ce» derniers furent secourus par D. Alvaro, mon fds. 
par Manuel de Melo, Antonio d'Abreu et par les autres gentils^ 
hommes et cavaliers qui avaient fait volte-face avec le guidon, et, 
à mesure que ceux-ci arrivaient, les uns venaient se rallier à la 
bannière avec laquelle je m'étais porté à leur rencontre ]>our les 
recueillir, les autres se mettaient à leur place de bataille'. A ce 
moment, les Maures nous tuèrent un soldat ; le Caïd s'approcha très 
près de moi ainsi que son frère avec le guidon et les Cheikhs. Tous 
les Maures crurent alors qu'ils allaient nous anéantir. 

Je recommençai avec beaucoup de peine à reformer mes troupes ; 
les gentilshommes et les cavaliers de cette ville, ainsi que les gens 
de pied et les soldats, combattirent si bien que l'on peut dire que. 
sans leur grande vaillance et sans notre détermination à tous de 
mourir, comme aussi sans l'aide de Dieu, nous eussions été perdus 
à cette heure là. Nous perdîmes à celte place soixante-dix ou quatre- 
vingts bœufs ou vaches, ainsi que les moulons qui pouvaient être 
encore quatre ou cinq mille ' ; ils allaient en avant sans être poussés 
et ne pouvaient plus avancer à cause de la grande chaleur, 

11 me fallut recommencer à mettre de l'ordre dans ma troupe et 
à reformer mes fractions : je fis marcher de vieux soldats avec le 
guidon que je renvoyai à sa place de bataille, et je recueiUis les 
jeunes gens à la bannière. Je prévins Manuel de Melo et d'autres 
gentilshommes qui avaient très vaillamment combattu avec le 
guidon de vouloir bien ne pas causer noire perte, en escarmouchant 
avec les Maures; je les avertis que je tuerais d'un coup de lance qui- 
conque ferait volte-face. Je repris la marche, ayant placé au centre 
tout le butin, bien résolu à mourir pour le conserver. Nous étions 
à peine remis en bon oitlre que le Caïd et les Maures fondirent sur 

1. Le leilc porte : capaceU. 3. il en avait été perdu ou abaudonné 

3. Le Icxle porte : Outrât se meUrâo na un grand nombre pendant l'action. 



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LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AU ROI JEAN III 12^ 

nous; la luUc fut si furieuse qu'il y a longtemps qu'on n'en a vu 
une semblable ; nous étions cernés et attaqués de toutes parts, nous 
portions au-dessus de ta tête les lance» avec lesquelles nous nous 
défendions'; nos arquebusiers et espingoUers, tant ceux à cheval 
que ceux à pied, de même que les arquebusiers d'ordonnance tuaient 
tant de Maures et abattaient tant de chevaux qu'on ne saurait croire 
le mal que nous leur faisions. L'cniicmi, malgré tout, pensait tou- 
jours qu'il allait nous mettre en déroule. 

J'ordonnai alors aux Atalaïas de nous guider par un chemin oîi 
il n'y eût pas d'eau, parce que cette mesure nous pai-ut bonne à 
tous pour empêcher nos gens de se disperser en désordre ', La 
chaleur était accablante, le feu nous environnait de toutes parts, de 
sorte que l'on peut bien dire que la guerre que nous limes ce jour 
là était à feu et a sang. 

Ils nous poursuivirent ainsi en combattant pendant cinq lieues ; 
leur nombre diminuait à chaque instant, avec les gens que nous leur 
tuions. Nos soldats commençaient à tomber de fatigue, et il n'y 
avait plus aucun ordre parmi eux. Il devint nécessaire que chaque 
cavalier prît en croupe un soldat, afin que ceux-ci ne restassent pas 
abandonnés dans la plaine. J'ordonnai aussi de ramasser toutes les 
armes; j'emmenai sur un mulet le corps de l'Almocadem, Je pre- 
nais cette mesure ' afin que l'ennemi ne pût tirer aucun renseigne- 
ment des soldats, car il n'y en avait pas un en état de marcher. A 
une lieue de Safi, je confiai le butin aux gens de pied, leur com- 
mandant de le conduire à la ville le mieux qu'ils pourraient, et je 
me formai en bataille avec les cavaliers. Les Maures voyant que je 
voulais les charger, se retirèrent en grande hâte, car il ne restait 
pas, à ce moment, avec le Caïd une bannière de plus de quatre- 
vingts cavaliers; tous les autres étaient blessés et mis à mal. 

Nous demeurâmes donc les vainqueurs du combat, et nous arri- 



I. he Icilo porle : e as lançai traiiamos év'ideat que celte mrsure (\iUenienieat cela) 

por cima dos cornai, com que nos de/endia- se rapporte i l'ordre donné aui cavaliers de 

mot. prendre chacun un Tantas^in en croupo, 

3. La Iroupe exténuée et mourant de bien qu'il j ait deux membres de phrase 

soif »e serait jetée en désordre au premier interposés entre l'énoncé du fait et son 

point d'eau rencontré pour se désaltérer, eiplication. 

3. La phrase c^t ainsi ronstruile. (1 est 

De Castbies. L - 9 



y Google 



l3o LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AU ROI JEAN III 

vâmcs à un puïts qui se trouvent Pallagual' où les soldats s'arrê- 
tèrent; quelques-uns moururent pour avoir bu (rop d'eau, quatre 
autres, pour n'en avoir pas bu du toul, car ils étaient déjà mourant 
de soif sur la croupe des chevaux : il mourut aussi un arbalétrier à 
pied de la ville. Le reste de la troupe alla boire au Rabaçal' aux 
alentours duquel se trouvaient plusieurs autres puits, sans que — 
Dieu soit loué! — il n'arrivât de mal à personne. Pendant tout ce 
temps, on ne vît plus un Maure dans toute la plaine. La victoire 
était à nous — Dieu soît louél — nous enli'âmes donc dans la 
ville, deux heures avant le coucher du soleil, conduisant devant 
nous tout notre butin. Le jour suivant, nous recueillîmes encore 
plusieurs chameaux qui erraient en fuite dans la plaine. La razzia a 
été vendue trois mille cruzades, sans compter les nombreuses 
dépouilles qui ont été soustraites et quelques prisonniers' que l'on 
dit avoir été cachés. 

Que V. A. croie que les gentilshommes, les cavaliers et tous 
ceux qui se sont trouvés à cette aCTairc ont bien mérité d'elle, car il 
n'y a pas un d'eux qui n'ait fait autant de prouesses que celles 
accomplies par Hector en son temps, d'après ce qu'on rapporte. 
S'il fallait les nommer chacun et dire ce qu'ils ont fait, je n'en 
finirais pas, et pour celte raison jo m'abstiens. L'Almocadem a eu 
une si belle mort que V. A. me fera une faveur si elle accorde à 
son (ils une pension permettant de l'élever, car il ne pourra man- 
quer de devenir un aussi bon cavalier que son père, son aïeul et 
son oncle, qui tous sont morts au service de \ . A. 

J'ai donné l'office d'Almocadem à Manuel Marques, car V. A. 
m'a fait la grâce de me conférer la nomination de cette charge, et 
le fds du défunt* n'est pas en âge de pouvoir la remplir, étant un 
enfant !i la mamelle ; s'il avait été un homme, je l'aurais nommé à 
cet emploi, comme je le fis pour son père, lorsque le frère de celui- 

I. Le leile porte nu Pallagaal. Liuért- berle (ombellilSre). 

lemenl: dani la Palligual, 3. Lelexte porte : algumas almat. Litté- 

3. Probableroeot dans la Ghaba Çal. — ralemoat : quelque! tme». 

.. 1). Le texte porte: « MU yi'Ao; et ion fila. 
GhaU en arabe *> »gniGe lieu planté ; le j, ^^j ^,ij^„t qu'il a'agit du fila m Ui âge 
nom de la plante probablement mal trant- du Mokaddem. Pour corriger cette irré- 
crit TciteTait i déterminer. Le mot Raba^al gulsrité de atjrle. noua avoni traduit : le 
a, en portugaii, le sens de : lieu planté do Bla du défunt. 



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DE D. RODRIGO DE CASTRO AU ROI JEAN Ht l3l 

ci' mourul. V, A, me fera une grande grâce d'avoir cela pour bon, 
car Manuel Marques est très propre à remplir cette charge, et il a 
déjà rendu à V. A. beaucoup de services ; il connaît très bien le 
pavs, et c'est grâce à lui que j'ai razzi(5 ces douars'; s'il fait une 
autre incursion, ils ne m'échapperont pas', car c'est un homme 
très habile dans ces coups de main et qui conserve la nuit tout son 
sang-froid', et connaît à fond les plaines '^. 

Je prierai V. A. de se souvenir de mes services, de l'amour avec 
lequel je la sei-s, des dépenses que je fais pour son intérêt et de 
mon peu de fortune. Je lui demande de m'envoyer bientôt ma 
femme, car, en aucun cas, je ne pourrai entretenir une maison là- 
bas et une ici, et en cela, Sire, vous me ferez une très grande 
faveur. 

Que Dieu accroisse la vie et l'autorité royale de V. A. ! 



De Çafi, le 8 juillet i54i'. 

Comme je venais d'écrire la préscnle lettre à V. A., il csl arrivé 
une caravane, et j'ai su par ceux qui en faisaient partie que le Caïd 
était arrivé on dci-oute à Nagua' et que nous lui avions tué et blessé 
à mort jusqu'à quarante des principaux cavaliers du Cliérif, et que 
nous avions tué aussi soixante chevaux, appartenant à ses gens, 
avec 1cs((up1s il était parti de Binimagrc" pour nous attaquer. " 

D. Bodrigo de Casti-o. 



I. La cliarge de Mokaddem avait i 
occupco successivement par l'onctc el j 
le pËro du défunl. 

3. Ls tailo porte ; E elc me dea ». 
ailuares. [.iltéralenient : c'est lui qui n 
donné ces douars. 

3. Lo teitc porto : Eu os nom perdei 
LittÉratement ; je ne les perdraii pas. 

4. Le telle porte e nom se entear nur, 
lie noutc. Litléralemenl : il i 
jamais )a nuit, 

5. Le loite porte : e sabtr muilo bem 
tampo, ce qui est une répétitioi 
a i-[é dit quelques lignes plus lu 



ibio 






fi. Les Portugais devaient évacuer SaR 
quelques mois plus tard (d£cerabro i54i}. 
V. p. i4i, noie 3. 

7 Nom de lieu qui n'a pu être identifié. 

Probablement ; *»a\ La chamelle. 
8. V. sur ce nom p. i ai, note 4- 
Q. Lo complorcndu qvio donne de celle 
rauia Luiz de Souza(_AnnSes, pp. 337 et ^-} 
est tiré d'une lettre écrite par l'Adaïl Lopo 
Barriga. datée do Sa& (8 juillel l54l) et 
conservée aux Archive* de la Torre do 
Tomba. Le récit en est beaucoup plus court 
et moins dramatique. Lopo Barriga met 



, Google 



I03 LETTRE DE D. RODRIGO DE CASTRO AC ROI JEAN III 

Bibliothèque Sationale. — Fonds portugais. Ms. 18 ^ancien ^3), 
ff. 351-355 v". — Copie du xix' siècle'. 

naturellement en relief le rAle qu'il a joué ronfution ; il aura étf amené à ivancer do 

dana l'action. — On trouve égaUment dans trente ani c«tte oipériition. ejanl pns l'Adatl 

Marrool (t. II, liv. Il[, ch. un) la relation de Cailro, Lopo Barriga, pour le fameux 

d'une rtuia faite par la garoiaon de Sali dont capitaine de ev nom dont lui, Marmol, et 

les détaili concordent, tant avec ceui donnés Diego de Torrci placent la mort autour 

par le préaent document qu'avec ceui rap- de i5ao. 

portés par Luiz de Souia. Mail la date i. Arehioes de la Torrt do Tomba. — 

donnje parMarmal eil i5li. Il scmblequo Reforma dat Carrtas, Gaveta i, Maça (i, 

cet hiitorien ail encore ici cammit qui^lquc Sum. G. 



, Google 



Les Poss 
PORTUGAISES E 




y BARtiER£ .£JiteurGèayn 



,GoqgIg 



, Google 



LETTRE DE 



LETTRE DE SÉBASTIEN DE VARGAS A JEAN III 
ROI DE PORTUGAL 

(Tradiiction) 

Le roi de Fez l'a prié de se rendre à Ceata pour négocier un rapproche- 
ment entre D. Alfonso et Sîda el-Horra dont la mésintelligence a rendu 
impraticable la route de Fez à Ceuta. — Malentendu au sujet du rachat 
de Roque Cervetra, captif du roi de Fez, et d'un Maure captif de D. 
Aloaro d' .{branches . — Sida el-Horra laisse les vaisseaux turcs péné- 
trer dans la rivière de Télouan malgré la défense du roi de Fez. — Ceuta 
manque de munitions de guerre. — Le roi de Fez demande l'envoi 
d'urgence à sa cour du P. Contreras. 



CcutB, S septembre iSiï. 



Le mardi 39 août, le roi ' me fil appeler el me dit que le port de 
Ceuta était fermé depuis un grand nombre de jours', ce qui lui 
causait un grave préjudice, et que la cause en était les dissenti- 
ments qui existaient entre Don Alfonso et Cyte Alhorra'; il avait 



1. Le lultan Ahmed ben Mohtmmed, de 
la djDasIie des Béni ïlcrîn. louveraiD du 
rojaume de Fez. Sébastien de Vargas, dans 
celle lettre dati^e de Ceuta, rend compte de 
ce qui s'est passé pendant un séjour récent 
qu'il a fait i Fei. 

3. Le loite porto ; que o porto de Ceila 
eslaoa serrado, acia mailoi diat. Il etl plus 
irsisemblabic de penser qu'il s'agit non de 
la Termeliire du port, mais bion de celle de 
la roule allant do Fci i Ccula, A la tuile 



de la discorde distant entre Ceula et 
Télouan, l'imécurilé était devenue telle 
dans ces parages que les communications 
entre Fei et Ceuta étaient interceptées. 

3, CjU Mhora. El HormÇîji-l) ost 
un nom ds Tcmme. Le premier mot Cjto 
est peut-être une mauvaise transcription du 

titre sida «JU-i (dame). — Cette femme 
eemblo, d'apris cette lettre, avoir etercd ï 



, Google 



■ 31 



LETTRE DE BÉBASTIE!* DE VARGAS A JEA\ ] 



cherché à les apaiser, sans pouvoir y parvenir et il me priait, par 
amilié pour lui et pour le service de V. A., de vouloir bien me 
rendre à Ceuta et à Télouan, afin de chercher à les réconcilier. 11 
me dit qu'il envoyait Jaco Rutc avec moi, pour parler de sa pari 
à Cyte Aihorra, afin que celle-ci (Il tout ce que je voudrais et 
dirais au sujet de cette affaire. Comme il y a longtemps que ces 
dissentiments existent, que celte situation est enticremeni de la 
faute de Cyte Aihorra et qu'il en peut résulter un grand dom- 
mage, j'acceptai et, sans larder, nous partîmes, le jeudi, de Fez. 

Lorsque je fus prendre congé du roi, celui-ci me dit: « Sébastien 
de Vargas, il y a peu de jours, je vous ai cnlrelonu de certaines 
questions afin que vous en écrivissiez au roi. votre iiiaiire ; 1 une de 
ces questions concernait lloque Cerveira et le Maure de Don Alvaro 
d'Abranches ; je vous demande avec instance, puisque vous allez à 
Ceuta, de lui écrire de nouveau et de lui rappeler de ma pari que 
je lui ai demandé de m'envoycr le Maure ou tout au moins le 
Chrétien', car je n'ai plus de raisons à donner à mes Caïds et à mes 
Acacizes*. qui me tourmenlonl tous les jours à ce sujet. 

Sire, je lui aï répondu : « Sire, j'ai écrit au roi, mon maître, ce 
que vous m'avez dit et, aussitôt sa réponse arrivée, je lui écrirai de 
nouveau. » Il me dît alors d'écrire, dans tous les cas, ù V. A. et 
il me remit cette lettre ci-jointe, écrite de sa main en notre langue 
et signée de lui. 

Moi, Sire, j'eus, comme un sot\ un moment d'emportement et 



Tetou*n un pouvoir presque louïerBin el 
HvoiT vécu en mésintolligaace avec Don 
Alfonso, lequel élait probablement le gou- 
verneur de Ceuta. 

I. Coite hisluire de radial d'cscla>cs est 
a»sGz confuse. Voici rcipllcation que nous 
proposons: Le sultan do Vez .Mimed bon 
Mohsmnied possédait un caplif chrélien 
nommé Etoque Cerveira, tandis que Don 
Alïaro d'Avranches avait un esclave Maure 
dont le nom n'est pas donné. Le sultan de 
Fei ijant fait don de Roque Cerveira i 
Moulaj Abou HaMoi\n, 1o roi de Portugal 
le racheta i ce dernier pour une «omme 
de 1 100 cruudes. Les habitants de Fez 
témoignèrent leur mccoolentemcnt au sul- 



tan Ahmed de ce qu'un Chrétien avait été 
racheté, tandis que la Musulman, propriclo 
de D. Alvaro, rcslail en captivité. Ahmed 
prétendit qu'il n'avait cnvové Roque Cer- 
teira à Moulaj Xbaa Uaisuùn que pour 
obtenir du roi de Porlugnl. |iar l'intermé- 
diaire de ce Chrétien, la nii>e en liberlé du 
Maure de Don Alvaro. 

3. .Icoci.vs pour : A/-A'es« _j__iJI. Ce 
mol est employé ici avec la signihcation do 
docteurs musulmans, ouicma, eti'., bien 
qu'il désigne le plus généralement des 
praires chréltensou juifs. Cf. Egi'ilaz.bu 
mol Cacii. 

3. Le telle porte: como sou samdeu. 



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LETTRE DE SÉBASTIEN DE VARGAS A JEAN III l35 

je lui répondis : « Sire, je ne sais si vous avez raison dans cette 
affaire, car, selon votre ordre, Moulay Ibrahim' est convenu d'une 
somme de i aoo cruzades pour la rançon de Roque Cerveira et le 
comte de Redondo en a l'acte dcrit entre les mains ; nous vous 
devons ces i aoo cruzades. et rien déplus. » 

Il me répondit que c'était vrai, que Moulay Ibrahim avait fait cela, 
comme il faisait tout dans son royaume, que la convention stipulait 
bien un versement de i 200 cruzades pour le Chrétien et de 5oo 
pour le Maure, mais, que cette transaction n'avait pas été exécutée, 
par suite de la mort de Moulay Ibrahim. Le roi ajoutait que, s'il 
avait par la suite envoyé le Chrétien au camp d'Arzila, c'était afin 
d obtenir par son entremise qu'on lui rendit le Maure, car il rou- 
gissait à la pensée que l'on pût supposer qu'il recevait de l'argent 
pour !e Chrétien, sans racheter le Maure ; il exigeait donc qu'on lui 
rendit ce dernier ou bien le premier en personne. 

Sire, je lui répondis: « Sire, vous avez donné Roque Cerveira à 
Moulay Abou Hassoûn^ pour qu'il en fît ce qu'il voudrait; il l'a 
envoyé au roi, mon maître, et c'est à lui qu'on répondra, car vous 
n'avez rien à voir en celte alTaire. » Il me répondît qu'il avait 
donné Roque Cerveira à Moulay Abou Hassoùn pour que celui-ci l'en- 
voyât à V. A., afin d'obtenir le Maure par son intermédiaire; que si 
V. A. ne renvoyait pas le Maure, il me priait d'écrire à V. A. de 
lui renvoyer Roque Cerveira, qu'il serait satisfait de cela et que je 
fusse bien certain qu'il n'accepterait aucun argent en échange de 
Roque Cerveira, mais qu'il voulait sa personne ou celle du Maure. 
Je lui répondis que j'écrirais ù V. A. Je lui fais savoir ce qui se passe 
ici, et V. A. verra par la lettre du roi ce qu'il dit. 



I. MouU}> Ibrahim, Icbcau-frcredu Sul- 
an. que nous avons vu dans les Doc. 111 
1 V et dont l'influance i^tail si grande 
il faiml tout dans lu rojaumo n, 
ic il est dil plus bas. 
Abou llassoùn, prince mûri nide, oncle 
<i de Fez, \hmcd bcn Mohammed. Il 
avait été lui-même proclamé souverain en 
l5a6, mais fut renverse la mémo année par 
son neveu. Il remonU sur le irùae le g 
janvier iSàj et fut tué le a3 septembre 



qu 



du 



suitant, dans une bataille qui rendit la ché- 
rif Moula<f Mohammed ech-Chelkh maltro 
inconlosld do la ville de Fci. 11 est appelé 
dans les chroaiquea arabes Et-Battiii et dans 
les ouvrages chrclicns roi de Vêle: ï cauio 
do l'apanage qui lui avait élé conetilué 
autour de la ville de Voies (Badis), aprfes 
son éviction de la royaulâ de Fez. C'est à 
tort que Sébastien de Vargas donne i ce 
prince le litre do Moulaj. 



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i36 LETTne de Sébastien de vargas a jean m 

Avant tout cela, un Maure de mes amis, fort lionnt^le homme, me 
raconta que, le Roi se trouvant au bain, on était venu à parler de 
cette affaire et qu'on avait émis bien des avis diflerenis. On disait 
entre autres choses que, dans son propre rovaume, ^ . A, n'en- 
lèverait pas un de ses vassaux ou un Maure lui appartenant pour 
l'échanger contre un Chrétien, ainsi que l'avait fail Moulav Abou 
Hassoûn. Mon ami me dit que le roi avait répondu : « Les roîs ne 
veulent pas, alors même qu'ils te pourraient, oITcnser des gentils- 
hommes et des personnes du rang de Don Alvaro ; ils aiment que 
ceux-ci agissent de leur pmpre initiative et qu ils s'offrent d'ous- 
mèmes à les servir. C'est ce que O. Alvaro devrait faire dans le 
cas présent pour le itti, son maître; mais, malgré tout, je sais 
qu'en Portugal il existe une loi d'après laquelle, pour le rachat 
des captifs, on peut enlever les Maures à leurs seigneurs et remellre 
à ces derniers en échange le tiers de la i-ant.'on. » Je pense que 
tout cela s'apaisera, sans qu'on en parle davantage. Noilà, Sire, 
ce qui se passe ici au sujet de cette nlfaire. Que ^ . A. ordonne ce 
qui sera le mieux pour son service. 

Alors, Sire, je partis de Fez cl. deux jours après, je i-cnconlrai 
les serviteurs du caïd Abîdala', qui inc dirent que l'esclave de 
Moulay Abou llassoîm' n'avait pjis été renvoyé et que rien n'avait 
clé résolu au sujet du captif de l). Aharo^. J'avoue, Sire, que, au 
moment où l'on me communiqua les iiouveltcs que ces serviteurs 
avaient mission de me faire connaître, je rendis grâce à Dieu de me 
trouver hors de Fez, car, quoique je ne sois en rien responsable de 
celle affaire, les Maures sont des gens qui n ont ni raison, ni justice, 
ni vérité, et le roi aurait élé trop faible pour s'opposer à une grave 
vexation, si on avait voulu m'en faire, car c'est un peuple très 
emporté. Les gens d'Abidala me dirent que derrière eux venait 
un écuycr de V. A. m'apporlaiil des lettres. Je m'urrètiii iissitôt sur 
le bord de la roule pour rallciidre: j'y ivslui une demi-journée el 
la nuit sans être rejoint par lui. Le lendemain matin, je repris mn 
route et nous nous manquîiiiies ; j'envoyai alors un courrier à pied 
à Fez; je l'attends tous les jours. Dès qu'il sera de retour icî, je 

I. Abid-la |>our: Abdallati. 3. <:'u»l-k-diro:loMaurc,c>d»ciJc Uon 

■j. C'est-îiiliro : lloq.ic t^ncira. \. .\lïaro. V, p. i3'i, noie i . 



y Google 



LETTRE DE SÉBASTIEN DE VARGAS A JEAN III 1^7 

verrai ce que V. A. m'écrit et je répondreû à ce qui demande une 
réponse. 

Je suis allé. Sire, à Benifiziquer ' , où je parlai à Barache*, qui 
était en Irain d'arranger les affaires de ce pays ; je lui dis que le 
roi ' m'avait ordonné de lui parler au sujet des chrétiens captifs qui 
avaient été pris à ïarga' en temps de paix; il me répondit qu'ils 
avaient déjà été envoyés à Alger, qu'il était vrai que le Caïd de Targa, 
son beau-père, n'aimait pas les chrétiens, mais qu'il ne tes possé- 
dait que de seconde main, les achetant à celui qui les prenait ; « le 
roi de Fez, ajouta-t-il, n'a qu'à envoyer rechercher qui les prend 
et qui les vend » ; cela signifierait que c'est Cyte Alhorra qui fait 
prendre les chrétiens et qui les fait vendre. Depuis que le roi de Fez 
a quitté Tclouan, il y a aujourd'hui uu an, on fait partir de Targa 
pour Alger trois convois de chrétiens, chacun de i8 à ao captifs. 

Ensuite, Sire, je me suis rendu à Tétouan et à Ceuta avec 
Jaco Bute. Don Alfonso et Cyte Alhorra vivent en très bonne 
intelligence, mais celle-ci, lors de sa réconciliation, a consenti et 
elle consent encore à ce que les navires des Turcs entrent dans 
sa rivière^, quoique le roi lui ait écrit pour la blâmer et le lui 
interdire : c'est une femme très belliqueuse et très emportée en tout. 

Don Alfonso écrira à V. A. les nouvelles qu'il reçoit des guerres 
entre la France et l'Empereur ' et de la flotte des Turcs qui est partie 



I. ^enijhiijuer pour : Béni Zekcr, frac- 
tioD des Ghomar*. habitant les monUgncs 
tituéei entre EIKtar cl-Kebir et le Djebel 
Zerhoun. Il ta lonalL sur le territoire des 
Bcni Zckcr un marché, tous les samedis. 
«où >c rendent les marchans de b'ei et d'ail- 
leurs, el parliculièremont les Chrestiens qui 
trari(|uent en Barbarie <i. Makmol, liv. IV, 

Cb. LVI[I. 

a. C'eal peut-être le personnage que 
Marmol nomme Ali Barrai (b. er-Racbed); 
il .ivait acquis une grande autorité sur Ira 
tribus muntagnardes des Ghomara et se 
faisait appeler « Roj' et Seigneur de Ché- 
chuan (Chechaoucn) n. Mah.mol, liv. IV, 
cb. LU et cb. Lxw. V. p. 35, note t. 

3. Le roi de Fez. 

!). tiom d'une ville siluco « sur la cosie 



de ta mer Méditerranée, à sept lieues de 
Téluan vers le Levant, dans une plaine qui 
est entre dcui montagnes... Elle CSloit 
autrefois fort peuplée et s'est maintenue 
quelque tems en liberté, à l'occasion de la 
guerre. Quand le Ro; do Portugal gagna 
Ceute (l jog), la pluspart des habitans, et 
les plus nobles, se sauvèrent aux autres 
monlagnc», et il n'y demeura que quelque 
ail cens maisons de peschcun... Celte ville 
fut saccagée l'an mille cinq cens trente- 
trois par sii galères du vieux Dom Alvare 
Bavan ... M*h»ioi.. t. II. liv. IV, ch. luvi. 

5. La rivière de Tétouan. appelée Itio 
\fartil, oued el DJelou et quolqucfois oued 

6. LaquatriËmeguerreentreFrançois I" 
et Charles 'Quint, commencée en i539 el 



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l3B LETTRE DE SÉBASTIEN DE VARCAS A JEa:« lit 

et qui vient'. Ce que je veux vous rappeler, Sire, c'est que Ceuta 
est entièrement dépourvue de provisions et de munitions de guerre 
et qu'elle n'a pas d'assez solides remparts pour se défendre contre 
une attaque importante, »i elle a lieu. Que V. A. ordonne d'y 
pourvoir pour l'amour de Dieu. 

Ceuta, aujourd'hui. 8 septembre i54a. 
Sire, le roi m"a aussi recommandé beaucoup de lui amener le 
Père Contreras', qui n'avait pu entrer a Fez, parce que le port 
était fermé*. Il m'a remis un sauf-conduit 1res large et tel que je 
l'ai voulu, l'autorisant à entrer et îl a ajoute que, par ma barbe '. je 
le lui amenasse. Je lui avais rappelr en effet qu'une autre fois on 
avait fait des avanies à ce Père. Il se trouve actuellement à Tétouan, 
faisant des dilfîcultés [pour en sortir] e( disant qu'il n'en partirait 
pas sans moi, car il reconnaît que, suns moi, il ne fera que peu de 
choses et même rien. Je ferai ce qui dépendra de moi pour le 
service de Dieu et celui de Votre Alte.sse. 

Sebastien de Vargas. 

Bibliothèque A'alionak. — Fonds portugais, il/s. Î8 (ancien i3), 
ff. 162-165. — dopie du \i\" siècle''. 



terminés p*r li paix de Crcsp; ca i5jV 
On ae rappelle que Solimin était l'alliù do 
François l<'et que la Hotte franco-lurquo se 
Faiuil voir dans la Méditerninfc. Ce tonl 
le» opérttioi» de cette flotte sur lesquelles 
la roi de Portugal roulait êlre renseigné. 

I. Le Iciie porte : e assîm d'armnila do 
Turca que lai e vcm. Il faut probablement 
traduire en complétant la phrase : qui eit 
en route et qui vient [vers Ceuta). 

a. Le P. Feruando Contreras, rédemp- 
teur espagnol. Il ^lait né à Séville en i4-;o. 
Plein de dévoAtnont pour les captifs, il se 
procura des ressources et fil quatre voyages 
h Tunis et k Alger, d'où il ramena un grand 
nombre d'eiclaves, Sébastien do Obregon, 
alors évéque do Mcrrakcch, l'eiivoja au 
Maroc, où les chrétiens captifs réclamaient 
les lecourB religieux. Le P. Contreras par- 
tit en 1539, débarqua ii Ceuta, séjourna i 



Tétouan et se Gia ï Foi, où il déploya un 
grand zèle auprès des esclaves. Il avait actjuis 
beaucoup d'expérience dans les alTaires du 
Maroc et. comme on le voit par cette lettre 
de Sébastien de Vargas, le sultan do Fez 
attachait un grand prix k sa présence. Le 
P. Contreras, après avoir opéré de nom. 
breuses rédemptions, rentra i SéviUe, où 
il mourut le 17 février 15^8. Ciste lla nos, 
Apoil. Sera/., pp. aa8-a3o; Finuciaco de 
Sak Juan del PutitTo, liv. II, ch. xvii. 
3. V. ci-dessus p. |33, n 



!,. U s. 



a dit ' 



: lui 



jurer par ma barbe que je lui amènerais le 
P. ConIreraK. » Les Arabes, pour prendre 
un engagement solennel, jurent en tenant 
leur barbe dans la main. 

5. j4rc/iiivj de la Torrt do Tomba. — 
Reforma dos Cavelai. Gait. 30, Jtfofo 7, 



, Google 



LETTRE DE D. LUIZ DE 



XXV 

LETTRE DE D. LUIZ DE LOUREIRO AU flOI JEAN III 
(Traduction) 



L'évacualion de SaQ el d'Azemmour. opcrcc en décembre i5/t i. rendit néce$' 
saire d'augmcnlcr les délcnses de Maza^an cl le roi Jean 1(1 prescrivit à Luiz 
de Lourciro, gouverneur de la place, d"y faire d'importants travaux. 



// a exécuté les ordres relatifs aux mouvements des troupes. — Nécessité 
de conserver à Mazagan six cent cinquante soldats. — Il fera sortir de 
ta place les i/ens qui ne sont pas indispensables à la défense. — ften- 
seignements dii'crs sur les Iraraux. — Inutilité du i/oulel qui a été creusé 
et de la jetée en projet. — // réclame le règlement des payes en retard, 
le ravitaillement de la ville et l'envoi de caravelles. — // rend compte de 
sa dernière expédition sur Azemmour et conseille un moyen pour arriver 
à la destruction complète de celle place. — Nouvelles des deux Chérifs. — 
Recommandations en faveur de divers personnages. 



iS décembre iS^i. 



Sire, 



Voirc Altesse m'a écrit de prendre, parmi les gens qui sont 
employés aux constructions ', cinquante maçons, cinquante tailleurs 



I. Il est nécessaire pour rinlelligcnce do 
cctic leltrodc bienso représenlor ce qu'était 
Macaganet l'eiislencedansuneiifronleirs ■> 
an XVI' siècle. Mazagan, dont la mise cii 
étal de défenso préuccupait le roi Jean Jll, 
était i dix kilomilrei environ au Sud 
d'Azemmour, a Ses rnuri. dit Marmot, 
qui U vUila vers cctlc époque, sont basiis 



à la moderne de pierres liécB avec de la 
chaui, el il ]r a beaucoup d'arlillerio el de 
munitions avec bonne garnison. Car le 
Rov de Portugal, ajant résolu d'abandonner 
les autres places, voulut fortifier celle^j, 
el la rendre, s'il >c pouvoit, imprenable. 
Elle esl fermée de l'Océan, d'un coaté, et. 
do l'autre, d'un Fosbc large et profond, dont 



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à"' I 



I^O LETTRE DE D. LUIK DE LOUREIRO AU ROI JEAN III 

de pierre et trois cents manœuvreB et de renvoyer ceux qui sont 
en surplus. Gela a été fait immédiatement et l'ordre de V. A. n'est 
pas arrivé trop tôt. 

V. A. m'a écrit également de ne garder parmi les cavaliers que 
deux cents hommes', en plus des Atalaias'et des cclaireurs, d'en- 
voyer servir à Ceuta les gentilshommes qui auraient des lettres 
pour faire le service des Commanderies ' et de renvoyer les autres 
dans le royaume. L'ordre a été exécuté immédiatement: ceux qui 
partent pour le Portugal s'en vont mécontents, parce que V. A. n'a 
pas voulu les laisser servir ici ; il en est de même de ceux qui vont 
à Ceuta, parce que V. A. les fait passer du pied de guerre au pied 



l'eai 



celle 



. Il j . 



dodatii un puita d'eau douce qui s un bord 
d« pierre Ibrl haut el relovë. où les binjues 
viennent faire Bi)iade. » Marhoi.. I. Il, 
\i\. 111, ch. Lïi. Le TOjageur Join Moccjuel, 
qui arriva k M(Ugan au moîa d'avril i6oC, 
raconte que le* murailles de la ville fiaient 
tellement épaisaca que tli cavaliers y pour- 
raient aller de hoal tout autour, n Les 
maiioni, dît-il, y sont fort basiet et nont 
EurniODtéo par les muraille). W j a Torco 
canoni Tort gro* et longa et bordent presque 
toute la muraille; niait ils catoient mal 
monté»; i\ y t environ quarante canonierx 
et quelque aix cona aoldali, h aavoir dcui 
cens chevaux et quatre cens hommes de 
pied, la pluipart mariez. Ils font dea courses 
sur lea A.rabes qu'ils prennent captifs et 
emmeinent leun besliaui. Ils ont pri:s 
d'eux une ville nommée Aiamor, qui leur 
faict fort la guerre, et ne aont qu'à deui 
lieuea l'un de l'autre, n Mocquet, p. 5r>, 

I. C'est le nombre de cavalïera qui. 
d'après Jean Mocquet, y tenait garnison en 
1606. V. la note précédente. 

3- On appelait .4 (a/ain, Atflajael Alalaya 
en castillan lei vigie* qui surveillaient le* 
environs d'une place forte. Le terme est 



l qui aignilïc: écUireurs. v Tou 



matins, écrit Mocquel, il soK environ qua- 
rante chevaux de Mai» gan, pour descouvrir. 
et demeurent dehora jusqu'à midv. Après 
midv, il en rcssoK quarante autre* qui 
demeurent jusqu'au soir; et )r a lii do ces 
cavaliera qu'ils appellent /KofajEt, c'est-à- 
dire guet*, qui tont fort esloignei chacun 
do son cotté et font sentinelle par tour; et 
quaod ils detcouvrent quelque chose, ili ra- 
courent en poste, et lora le guet do la ville 
qui les voit, sonne deux ou trois coup* de 
cloche, puis les autres montent soudain )i 
cheval etcourentducostédu signal : car. en 
loua los endroits où sont ces Atala^cs. il y 
» un grand bois dressé comme un mast, et, 
quand ils voilent quelque chose, il* cslèvonl 
avec une petite corde leur enseigne en haut, 
qui est le lignai h loua ceux qui aorlonl do 
Maiagen. » MocifiET, p. ijfi. On appelait 

au^-'mlalaia iiJlLil une tour placée sur 
une hauleurd'où une vigie observait la cam- 
pagne ou la mer. Cf, aussi Ecuii,az. au 
mol Atolaya. 

3. Le lexlc porle: h'iiialijos ^uc lernsftn 
rartni jinra Servir coaimendaa. Ce sont les 
genlitahommes faisant le service de laCom- 
mandcrie qui leur a été déjà concédée. 
MuiiAt!<, au mot Commenda Cf, los Doc. 
XVII et X\ où il eit question des obliga- 
tions des Commandeurï. 



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LETTRE DE D. LUIZ DE LOlREinO AU ItOI JEAy III I^I 

de paix ', Les uns comme les autres ont également bien servi V. A. 
qui doit garder bon souvenir de leurs services et leur accorder 
honneur et grâces. 

Comme la lettre de V. A. m'a été remise après le commencement 
du mois, je n'ai point passé de revue et je n'ai pas congédié les 
cavaliers', ainsi que vous me le mandiez; je le ferai à la lin du 
mois. II y a dans cette ville des cavaliers de Safi et d'Azemmour 
venus d'après les instructions de V. A.'; et les ordonnances' 
prescrivent qu'ils soient inscrits sur le contrôle de la cavalerie; il 
sera donc nécessaire de les rayer de cet état. Il y a ici également 
trois Moriscos' qui sont venus de Safi, qui ont été portés sur les 
contrôles de la cavalerie, d'après les ordres de V. A., et qu'il faudra 
aussi rayer. V. A. ne devrait envoyer résider ici aucun Maure, car 
sur mille, il n'y en a pas un qui soit fidèle. 

V. A. m'ordonne de ne garder ici que six cents soldats ; j'en ai 
sept cents et ils sont tous très nécessaires ; les remparts de cette 
ville sont, il est vrai, achevés maintenant (que Notre-Seigneur en 
soit loué !), mais il y a au pied des murs, du côté de l'extérieur, des 
amoncellements de chaux, de pierre, ainsi que de terre retirée du 
fossé qui arrivent à la hauteur des remparts, et, si le Chérif * venait 



I. C'e>l-i-dire : du service de gucrro. 
comme it se fait b Mazagan, au service do 
garnison, comme le comporte la paii dans 
laquelle se trouve la ville de Ceula. 

3, Cescavaliers ne sont pas évidemment 
ceux dont il a été parlé plus haut et qui 
ont étd dirigés, les uns sur le Portugal, les 
autres sur Ceuta. 

3. Los villes do Safi el Aiemmour furent 
(évacuées au mois de décembre iS^i. Le 
roi Jean III, bien qu'il eût reçu d'un grand 
nombre de gentilshommes âgés cl ei|)éri- 
meiilés des avis favorables ï l'abandon de 
ces places (V. les Doc. X-XX) ne pouvait 
^e résoudre à les raser. Sa résolution prise, 
il en confia l'eiécution i Jean de Castro 
qui partit avec sept uaviret pour la côte 
marocaine. L'opération était délicate el 
eiigcail une grande prudence, puisqu'elle 
devait se faire au fort de l'hiver, à l'époque 
où la eùle esl le plus difficile k aborder et 



Il l'insu du Chérif et des Maures. Jean de 
Castro procéda i l'évacuation de SaS avec 
un lel ordre que, lorsque les Maures en 
apprirent la nouvelle, tout était terminé: 
les gens embarqués, ainsi que l'artillerie, 
les munitions, les chevaux et les meubles 
des habitante. A. Aiemmour. il y eut encore 
moins à fairo h cause de la prolimité de 
Mazagan. C'est an effet sur cette place que 
Jean III avait ordonné de diriger les per- 
sonnes et le malériel provenant des deux 
villes évacuées, Lui7. de Souz*, p. 35^. 

4. Le tcKlc porle : e por si^ui ahai-os. 
h'alaara esl uoe lettre qui contient l'expres- 
sion de la volonté du souverain, mais elle 
ne porte pas le sceau rojal et n'est valable 
que pour une année, Mohaes, au mot 

Alvara. 

5. Sur leiJIforiicoi, V, p. ii6, noteS. 
Il se peut que ce mot soit ici pour Mores. 

6. Ici, comme dam les documents pré- 



, Google 



.tlZ DE LOUREIRO AU ROI JBA5 III 



1 

4Ï 



l43 LETTRE DB D. 

ici pendant le temps que ces amae de matériaux devront rester en 
place, notre défense dépendrait plus de nos maitiH que de notre 
artillerie. De plus, il y a toujoui-â ici tant do gen:^ malades par suite 
de riiumidité provenant de l'eau des fossés ' que, sur les sept cents 
soldats, il y a parfois cent malades. L'inlér<*t de V. A. exige donc, 
à mon avis, qu'il reste ici cet hiver six cent cinquante soldais et c'est 
le chiffre que nous atteignons*. Si, malgré les motifs que j'expose 
à V. A. et qui me sont suggérés par l'intérêt de son service, elle 
trouve bon que l'on en fasse partir cinquante, qu'elle l'écrive et on 
le fera aussitôt. 

V. A. me parle des gens qui vivent ici sans métier et sans 
solde ; la plupart sont des femmes veuves venues de Safi et d'Azem- 
mour; elles pétrissent du pain el le vendent pour vivre. Puisque 
V. A. ordonne d'expulser ces femmes, ainsi que quelques hommes, 
j'exécuterai son ordre, dès que l'argent sera arrivé, et il ne l'est pas 
encore ; je ferai donc partir d'ici tous ceux qui ne seront pas indis- 
pensables [à la défense], mais comme la plupart de ces personnes 
donnent h manger à crédit aux hommes occupés aux travaux ainsi 
qu'aux soldats, on ne pourra pas les congédier avant l'arrivée de 
fonds permettant de payer les uns et les autres. Il y a également 
parmi ces gens des ouvriers de métiers qui sont indispensables et 
des marchands ambulants. V, A. peut Otrc assurée que je ferai pour 
cela tout ce qui sera conforme à ses intérêts. 

V. A. me mande de faire terminer le canal souterrain que j'ai 
ordonné de creuser pour les eaux du puits; il serait déjà achevé, 
si l'on avait eu le bois pour les cintres de la voûte. Que V. A. m'en 
envoie, avec des pompes pour épuiser l'eau du fossé et d'autres 
objets portés sur la liste ci-joInte, car de tout cela nous avons ici 
grand besoin. V. A. me dit qu'elle va s'entendre avec Jean de 
Castillo pour amener dans ce canal l'eau dos autres puits ; ce n'est 
pas nécessaire, parce que celui-ci en contient beaucoup et qu'on va 
construire dans la ville des cilernes qui coûteront bien moins 
cher; de plus, l'eau de ces puits csl à un niveau inférieur à l'eau 



cédenti, le mot ChérirécTit avec une ma 
cule déiigae le chérif de MeiraLcch, c 
ï-dira Moula) Ahmed et-Aaredj. 
i. Ooa vu(p, iSg.nole i)que losfc 



de la ville ('laient baignés par la mei 
martk> monlante. 

1. Sans doulG, dvduclion faite de« D 



, Google 



LETTRE DE D. LUIZ DE lOURErnO AU BOI JEAN 111 1^3 

de celui-ci, et, pour celle raison, elle ne peut venir dans le canal. 
Lors du départ de Jean Ribcira, j'ai mande et ordonné à Manuel 
Alfonso, de la part de V. A., de prendre la charge d'inspecteur des 
travaux, parce qu'il est trf:s apte à ces fonctions; il s'en acquitte très 
bien, et V. A. peut le considérer tout-à-fait comme un homme 
d'honneur et de droiture. V. A. l'ayant en outre nommé secrétaire 
des payements, comme il connaît toutes les personnes employées 
aux travaux, il lui sera facile de constater les ahsences de celles qui 
ne viendraient pas sur tes chantiers'. Il nous a paru, ù Lopc de 
Pina, à Jean de Castillo, à Jean Itibeira et à moi, utile au service de 
V. A. lie donner h forfait la fourniture el le charriage des moellons, 
au prix de cent quarante reis par batelée. Chaque jour, à partir de 
la fin de janvier, on devra apporter à pied d'œuvre trente batelées 
de pierre, ce qui correspondra au maximum de matériaux pouvant 
être employés dans un jour^ Nous pensons de mi^me qu'il faut 
traiter à forfait pour la fourniture du sable à trente réaux par muid. 
Lope de Pina rendra compte à V. A. de ces contrats, de leurs con- 
ditions ainsi que des objets à fournir ici par \ . A. et que les entre- 
preneurs devront rembourser de leur argent ^ Les personnes susdites 
pensent aussi comme moi qu'il est de l'inlérêl de \". A. de traiter 
îi forfait pour le travail de maçonnerie, avec des hommes sûrs et 
au prix de 35o réaux la brasse. Lopc de Pina rendra compte de ces 
détails à V. A., car c'est un homme très entendu en tout; Jean 
Hibeira la renseignera également sur tout; mais, en raison de 
l'indisposition de ce dernier, Lope de Pina partira avant lui. V. A. 
voudra bien m'envoyer des ordres, Jean de Castillo reste encore ici 
pour toiser les constructions et faire savoir à V. A. ce qui est 
exécuté et ce qui reste à faire. A mon avis, les deux tiers des 

1. Le tcilc porte ; e coino V, A. manda i. Le lexte porte ; Irenia borcadai de 

serrir d'escrivam <lo3 pagamenlos, coaliece pedra que ahailarào. e nom se podcra mai» 

lodai DJ pessoas, c, quando alguna fallar na pedra gatlar, lilténlement : trente batelées 

<ibra3, logo aehara menas. La phraie est un de pierres qui seront >u(Gunte« et on ne 

peu obscure; Luii do Lourciro veut sans pourra pas emplojer davantage do pierre 

doute dire que Manuel AUonMi, étant ï la [dans une journfe|. 

Toi» iuspecteur des travaux et préposé ii la 3. Lo teite porte: e causai que Ihei V. A., 

paye, sera à même de déduire de» élata de aqui lia de dar par nea dinheiro, Litlérale- 

paiomenls les ouvriers dont il aurait con- ment: et des choses que V. A. devra leur 

staté l'absence sur les chantiers. fournir ici pour leur argent. 



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1^4 LETTRE DE D. LUIZ DE LOUBEIRO AU ROI JEAN III 

travaux sont achcvds, et il en reste un tiers h finir, mais je pense 
qu'il faudra en faire davantage. 

J'estime, Sire, que le goulet [qu'on a creusé] ' ne servira à rien 
et que c'est de l'argent perdu ; en cfTct, ù la pleine mer et même à 
mi-flot, le courant qui a frappi: sur le rempart revient avec tant de 
force qu'aucun navire ne peut entrer dans le chenal, quelle que 
soit la poussée de la marée. Des gens du métier et d'autres personnes 
disaient ici qu'il serait bon de faire, du côté du Nord, par où vient le 
flot, une chaussée que l'on conduirait dans ta mer au delà du niveau 
des basses marées et qui empêcherait le flot de battre avec tant de 
force*. Ce serait encore, à mon avis, une dépense inutile et V. A. 
doit ordonner de combler ce goulet et de construire sur remplace- 
ment soit l'église, soit des greniers ou des magasins. En effet, pour 
débarquer à basse mer, le passage du Caiz sufîît et l'on peut même 
s'en servir jusqu'à un quart de pleine eau\ Au moment de la pleine 
mer, les navires iront par le fossé jusqu'à l'entrée de ta ville, sans 
que l'on puisse de nulle part les en empêcher ; on peut également 
débarquer par tous les gros temps, à partir de ta mi-flot, par un 
petit passage qu'on a laissé derrière l'extrémité du rempart du cdtédu 
Sud. Lope de Pina en parlera à V. A, C'est un homme si intelligent 
et si désireux de servir V. A. qu'elle devrait suivre son avis en cela 
et en tout ce qu'il lui dira. Il vous a servi ici avec la plus grande 
fidélité, avec beaucoup de courage, sans épargner ses fatigues et 
ses dépenses, il mérite que V. A. lui accorde beaucoup d'honi 
et de grâces. 



I. Le texte porte Gaalliela. Il »'»git pro- 
bablement ici d'uQ baslin creuié sur le front 
Eit de la place, près de l'em placement do 
régli*e, et comblé depuit. — V. le plan de 
Maiagan d'après le capitaine Larhav, ap. 
Flotte de Roquevaibb; Carte du Maroc 
au ioooooo<>(B«rTire, igoj). 

ï. Le telle porte: que leria bom fazer 
hama coumfa da banda de Norle, dondt vem 
aili mar, que dt baxa mar enlrate no mar 
e que lolheria eita augua vir osji rija. Nous 
avons traduit le mot courofa par chaussée, 
nous référant i l'indication suivante que 
l'on trouve daiu Jal, a Duis quelques ports 



de Fnnce eu ivi* siËclc. U construction de 
terre foulée revêtue de pierre et élevée 
dans la mer II une certaine hauteur pour 
diïfendre le havre contre la lame du Urgo 
et offrir un abri aui navires, avait le nom 
de chaussée. » Jal cite un mandement de 
Charles IX, en date de Fontainebleau, i5 
mai i563, où cet ouvrage est décrit. Jai., 
BU mot Chaussée. Cf. Moiiaes, au mot 
Coarafa. 

3. Le texte porte : e aie Aum qaoarto 
d'aagua ckea; c'est. i-dire dès le quart de 
Ilot et jusqu'aux trois quarts de jusant. 



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LETTBK DE D. LLIZ DE LOt'ElEIRO AU ROI JEAS 111 1 '[O 

Il y a trois mois que nous n'avons plus d'argent el l'on doit trois 
payes à tout le monde. V. A. devrait donner des ordres pour que 
les paiements aient lieu mensuellement. Autrement cela lui porterait 
préjudice, car les hommes, qui ne sont pas payés chaque mois, 
ne travaillent pas avec bonne volonté el n'ont pas de quoi manger. 

Que V. A. ordonne de nous envoyer des vivres, car il n'en reste 
plus dans celte ville : tout cet hiver et une partie de l'été, nous avons 
souffert de la faim, et il ne devrait pas en être ainsi ' . Les vivres à 
envoyer doivent être les suivants : pour les personnes, moitié 
biscuit et moitié farines; pour les chevaux, de l'orge; pour les 
bètes de somme employées aux Ira vaux, du seigle de rebut'. Quant 
iiux chevaux des Atataias el des .\lalliadores ', ils s'enfuient du côté 
des Maures', de même que tes nôtres quand nous sortons pour 
combattre, et, pour cette raison, il ne faut pas les nourrir avec du 
seigle de mauvaise qualité. Que V. A. ordonne de pourvoir à tout 
cela. 

Dès le commencement de janvier, je passerai la revue de tous les 
soldats qui sont ici ; j'en dresserai un état et j'en enverrai la copie 
ù V. A., pour qu'elle sache quels sont les vivres nécessaires chaque 



I. Le cas était fréquent k Maiagan; les 
raviliillciiients arrîvaDt irrégulièrement, la 
garaiaon et les habitants BouETraienl de la 
Taim. Celte situation n'avait pai changé en 
l6o3, elle vojagour Jean Mocquel raconte 
que te navire, la Syrine, »ur lequel il était 
embarqué, fut affrété k Lisbonne au moii 
d'avril i6o3 ■ pour aller i Maiagan en 
Afrique porter du blé el du bi«cuit aux 
soldais portugais qui aonl là en garnison 
pour faire la guerre en Barbarie ». Le 
navire força de voiles s pour aller secou- 
rir ces pauvres gens qui mouroicnl de 
faim. L'on ; «voit bien envoyé auparavant 
d'autres navires chargée de vivres, mais ils 
avoienleslé pris par les pirates, . , C'estoit une 
grande piliéde voir ces pauvres gens comme 
ils estoien tafia met, et, si ces vivres ne fussent 
arritei b propos, je croj qu'ils fussent tous 
morli, ou ils eussent cslécontraincU de se 
rendre esclaves aux Mores. Je ne pouvois 
empescherles cnfans, et les grands mosmes, 
Db Casibiks. 



qu'ils ne perçassent les sacs oh estoil le bis- 
cuit pour manger et soulager d'autant plus- 
losl leur faim. Je faiaois mon possible i les 
retenir, mais d'ailleurs j'avois compassion 
de tes voir si langoureux et baves de faim. 
Mon capitaine m'avoit donné la frarde de 
ce biscuit... Cela ajant dnnc été de^cliargé 
elmis dans les magatîns d'^linet ï ccst elTect, 
je voyais les gonlilsliomines el cavalier* 
venir chen;her chacun S"" poids de biscuit 
el sa mesure de bled n Moi:qiibt, p. Si. 

a. Lo leiLo porte: eentto podre; littérale' 
ment: du seigle pourri, 

3. Cf, p. iio, note 3. Les alalhadorei 
étaient des cavaliers envoyés à la découverte. 
!%. Les chevaui des Portugais, qui olaient 
des chevaux indigènes, avaient une tendance 
à s'enfuir vers les camppmeril* arabes, et 
il fallait les retenir en tes nourrissant bien 
et en évitant de leur donner du seigle de 
mauvaise qualité. 

\. — 10 



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I.'lU LKTTnE IW. I). 1X1?, DR LOtREIltO AU ROI JE*N III 

mois. Je ferai cgalcincnl l'ûlat des entrepreneurs de travaux, aux- 
quels V. A. doit l'ouriiir chaque mois, à titre i'eml>oursable'. une 
provision de biscuit et de farine. Pour l'amour de Notre-Scigneur, 
que V. A. n'oublie pas eelte ville et qu'elle lui fasse envoyer de 
l'argent et des vivres, car, en considération des victoires que Noire- 
Seigneur a daigné lui faire remporter ici, cette \i!le mérite que 
V. A. lui donne le nom de VilIc-de-Uonne-Avenlure, 

Les caravelles, que V. A. m'écrit avoir envoyées ici, ne sont 
pas arrivées, pas plus que l'artillerie, ni les douze bombardiers. 
Que V. A. ordonne que tout arrive promptement. 

Diinanclic dernier, je suis retourné à Azcininour', avec cinquante 
cavaliers, et, après avoir bien exploré le pavs, j'ai brûlé beaucoup 
de maisons, les portes de la ville, le chûteau, les ponts, ainsi que 
des bateaux. Si V. A. voulait suivre mon avis, elle enverrait ici 
Antoine de Loureiro avec six petites caravelles, qui n'auraient pas 
un tirant d'eau supérieur à dix palmes; on placerait sur cbacune 
un pierricr, deux fauconneaux et quatre bombardiers; ces embar- 
cations seraient munies de vivres pour cinquante hommes pendant 
un mois. V. A. ordonnerait à Antoine de Loureiro de venir à 
Mazagan ; on mettrait cinquante hommes dans chaque caravelle, ce 
qui ferait un total de trois cents et, avec l'aide de Notre-Seigneur, 
on entrerait dans la rivière d'Azemmour. Après avoir placé des 
sentinelles, ces hommes détruiraient les remparts, quelques pans 
des murs de la ville et du château, et ce serait un grand service 
rendu à V. A., puisque le Chérif ne pourrait pas repeupler cette 
ville. Si V. A. donnait des ordres dans ce sens, je me chargerais 
bien de les exécuter. 

Cette opération devrait se faire immédiatement, car les deux 
Chérifs sont entrés en campagne. Dès que le Cbérif [Moulay Ahmed 
el-Aaredj] a appris que la ville d'Azemmour avait été saccagée et 
que le Caïd et les cavaliers étaient prisonniers ", il a donné l'ordre 



I. Le Icilc porte: a que V. A. hr dr cienne place i>orliifraise et poiir empèclicr 

\anilar dur por seii diiiliriio. les indigi.'ncs d'j faire un j|*blîs9cinenl. 

1. Dcfiuls l'évacuation d'Azemmour. D. 3. Dès que IVvacuation d'.^icmmour fui 

iiiz de Loureiro. gouverneur de Maza^n, connue, ci une troupe de vaillants musiil- 

dvojalt rri'quemiaent des partis de cavii- mans, |)Brmi tcsqucli figuraient le cheikh 

ers pour aclicvcr la deilrucllon de l'an- Abou Abdallali Moliammcd bcn Sâssi et 



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LETTIIK TtF. D. LUIZ DE LOUREIBO AU HOl JEA?i III 1^7 

de pourvoir sons larder Safi d'arliUerie, de munitions el d'hoinreies, 
et a prescrit de recueillir dans la ville les Maures qui viendraient 
des villages voisins. Il y a beaucoup de mésintelligence entre lui 
et son frère ' [Moulay Mohammed ech-Cheik/tj. Il [Moulay Alimcd 
et-Aaredj] fait ouvrir des chemins pour aller dans le Sous cl se trouve 
actuellement à neuf lieues de Merrakech. Ses lils ont défait dans le 
Draa, Bel, le Caïd des Caïds du chérif du Sous [Moulay Mohammed 
ech-Cheilih] et l'ont emmené prisonnier à Merrakech. Celui-ci [le 
chérif du Sous, Moulay Mohammed ech-Cheikhj peut avoir avec lui 
deux mille cavahers. Lorsque j'apprendrai d'autres nouvelles, je 
les enverrai à V. A. 

Sire, il y a longtemps que Francisco Tavares, Nicolas et Vasco 
de Souza vous servent ici. Nicolas de Souza a été autrefois dans la 
flotte de Femand Pires et il est resté Ici par ordre de V, A., de 
même que Simon Pires. Francisco Tavares et Vasco de Souza sont 
allés de Safi au secours du Cap-de-Gé ', mais, étant arrivés après la 
perte de cette ville, ils s'en retournèrent et vinrent de Safi au 
secours de Mazagan , parce que le Chérif [Moulay Ahmed el-Aaredj] 
parcourait alors ce pays et que le bruit s'était répandu qu'il s'avan- 
^:ait pour assiéger cette place. De Mazagan, V. A. leur ordonna de 
retourner à Safi, et, lors de l'évacuation de celle ville, ils revinrent 
ici. Tous ont servi à Mazagan avec beaucoup de courage et de vaillance , 



le cheikh Abou Moliammed Abdallah 
el-Koùcb. pvuftra en loute bile dans la 
place aGn de la garder, en atlcndanl que 
les musulmans eussùnl 011 le tempi do ras- 
sembler les troupea nécessaire» pour ter- 
rasser les infidirles et sauvegarder cet nu/ 
de l'Islam, car on craignait un retour alTen- 
sir de l'ennemi. Le destin prescrit par 
Dieu voulut en elTct que les ennemis rC' 
vinssent bientôt et qu'ils s'emparassent de 
tous les musulmans qu'ils trouvèrent dans 
la place. Les deui Cheikhs, dont il vient 
d'être parle, furent faits prisonniers, mais 
plus tard ils recouvrèrent la liberti; mojcu- 
nant rançon ». EL-OutiiAM. p. 'A'/, Uikgo 
DE TuHHES (|i, ()5) raconte ces faits un peu 
différemment et les place vers i545 (quelque 
temps avant son départ d'Espagne pour le 



Maroc). Cf. Marhol, t. II, liv. III, ch. lvii. 

I . La mésiotolligence avait commencé i 
éclater entre les deux Chèrifs i la suite de 
la prise do la ville du Cap-de Guir par 
Mou1ajMohammed«J>-a<iJfh(marsi5Al). 
LecliéritMoula^ Ahmed eJ-AarE<(j fut jaloux 
du succès remporté par son frère qui, dans 
sa vice-royauté ,dii Sous, prenait de plu» 
on plus des allures indépendantes — 
Tout ce passage, Irès mal ponctué dans 
la copie portugaise, est Irès confus. Nous 
avons dû adopter une ponctuation et une 
interprétation ; on outre, pour éviter toute 
ambiguitè, nous avons rejlituc entre |)aren- 
Ibèses les noms de» deux Chérif». 

1. Sur la prise du Cap-de-Guir par le 
chérif Moulaj Mohammed ech-Chtikh, V, 



ïGooqII 



l/|8 LETTRE DE D. LL'IZ DE LOUHEIRO AL' ROI JEAN III 

ainsi qu'ils en ont tous. Ils sont très pauvres et très fatigués. \ . \. 
accordera à leurs mérites beaucoup de grâces et d'Iionneur. car re 
sont des serviteurs de prix. Il en est de miîme de Duarte Porsel, 
valet de chambre de \ . A., qui est arrivé ù Mazagan avec eux et qui 
reste ici à faire son service. Il est très homme de bien et sert avec 
zèle V. A. 

De celte ville de Mazagan, ce quinze décembre i5^3. 

Votre Altesse doit tenir grand compte des services qu'a rendus ici 
Jean Itibeira et lui accorder des grâces et des honneurs, il a servi 
avec beaucoup de zèle et est digne de récompenses. 

Luiz de Loureiro. 

Bibliothèque F\'alionale. — Fonds portugais. Ms. 18 (ancien 63). 
ff. 356-3:'t8 v". — Copie du xix* siècle '. 

i. Archhes ,U la Torrr ih Tuiuho. -~ n^-forma <l.a Cavctas. Ga--i-la 3. Mi-;» 6, Ahui. i3. 



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LETTRE DE JOBGE PiMENTEL AU ROI JEAN 111 149 

XXVI 

LETTBE DE JORGE PIMENTEL AU ROI JEAN 111 

(Traduction) 

En i5ii, le chérif Moulaj Mohammed eck-Cheikk avait battu, sur l'oued 
Derna', leroideFei, Ahmed ben Mohammed, et t'avait fait prisonnier ainsi que 
son ûls Bou Beker. Les débris de l'armée mérinide avaient été ramenés à Fez 
par Abou Hassoùn'. l'oncle du roi, par Ahmed Abou Zekri, son frère, et par 
El-Kas»eri et Ech-Cheikh, ses enTants*. La turbulente population de Fez. privée 
de son souverain et pressentant la prochaine arrivée de l'ambitieux Chérif. 
entra dans une grande agitation. Abou Zekri, le frère du roi Ahmed, voulut 
se faire proclamer roi. mais Abou Hassoùn, le prince le plus écouté des Béni 
Merin et le meilleur défenseur de la dj^nastie, fit reconnaître comme r^ent 
du royaume de Fez El-Kaaseri, fils du roi et d'une chrétienne de Cordoue. 
Pendant ces événements, Moulay Mohammed eck-Cheikh s'avançait dans lea 
États du roi Ahmed ; il emmenait avec lui ce malheureux prince qui, d'après 
un arrangement, devait livrer à son vainqueur la ville de Mékinès pour prix de 
sa rançon. En 15^7 (?). le Chérif occupa Mékinès et le roi Ahmed rentra dans 
la ville de Fez qui, par suite des défections successives des Caïds des environs, 
constituait presque tous ses États. Mékinès devait servir an Chérif de base d'opé- 
ration pour s'emparer de P'ez. Il rappela donc du Draa. où ils étaient en expé- 
dition, ses deux fils, Moulay Abdallah et Moulay Abd er-Rahman. et marcha 
avec eux contre la ville de Fez. Les opérations du siège durèrent deux ans 
environ : le Chérif s'empara d'abord du Vieux-Fez ; Ahmed, retiré dans le 
Nouveau-Fez, continua à résister. Il serait peut-être arrivé à repousser son 
ennemi, si Abou Hassoùn, son meilleur auxiliaire, ne l'avait quitté, mécontent 
qu'il était de voir son neveu repousser sa proposition d'une alliance avec les 
chrétiens. Le ag janvier 1&49. Moulay Mohammed restait seul maître de la 
capitale du royaume de Fez '. 



I. AffluontdegaucbeducouTtsupérieur 
da l'oued Oumm er-Rbia, dans le ptjs de 

T.dii. 

a. Celui que le* cbraniqueun et les hîi- 
loricDi chrëliena «ppellont le roi de Vêlez 
(Badis). V. p. i53. Dote 2. 

3, Nom avoDi Eupprimé i dessein lo 



tilre de Moula; que le» chroniqueurs chré- 
tiens douaent i ces princes mérinides. 

i. Les événements qui marquent la fin 
de la dynastie des Béni Merin (branche des 
Béni OuatUs) sont présentés avec une cer. 
laine coofuBion dans les chroniquei arabes 
cl chrélicunes. ainsi que dans les rccîls des 



,Gq<= 



]»0 LETTAE DE JORGE P1ME>TEL AU BOI JEAN III 

// se rend par mer à Badis arec un saa/conduil du roi de Fez. — // 
demande des inslruclions pour l'enlreiue qu'il doit ai'oir arec l'enroyé 
du roi de Fez. — // rend compte des armements que font le roi de Fe: 
cl le chérij" Motilay Mohammed. 



S'in 



Depuis que j'ai dcrit à V. A., le sauf-conduit du roi de Fez' 
m'est |>ar\enu ; j'arme une caravelle et un brigantin pour m'embar- 
quer et je partirai d'ici au 17 de ce mois. Le roi de Fez m'écrit 
qu'il est très conlent de ma venue et qu'il enverra quelqu'un me 
trouver è Vêlez', pour que je puisse traiter cette aflaire avec lui. 
Comme V. A. m'a prescrit dans ses instructions de n)?gocier dans 
cette ville [A'elez]. qui est celle indiquée à V. A. par le roi de Fez 
et que j'ai désignée moi-mOme à ce dernier dans ma demande de 
sauf-conduit, je ne me rendrai pas à Fez, à moins que \ . A. ne me 
l'ordonne. En conséquence, elle me fera aviser de ce que com- 
mandera en celte circonstance l'inlérft de son service. 

Les nouvelles qui viennent de Vclez sont à peu près conformes 
à celles qui sont venues dcTétouan. Le Juif qui m'a apporté ce 
message dit que, le jour où le Roi l'a expédié de Fez, il était arrivé 
dans cette ville mille cliameaux appartenant à Moulay Zidàn, fds du 
vieux Cliérif', et que celui-ci suivait avec aooo lances; cela eut 



hUloricDS. Cf. El-Ol'i 
■UL. t. l.liv. li.cli. >L 



(ccllo du duc 



;DiE 



.fTohh 



Mail 



; Fh, n'A>[ 



L"*sTEi.L*NUB, pp. 36i et )S. 

I. On avu.danslcrammalrt 
filacî' en U'io do celte lellre. qi 
aiail élv livrée auChôrif j>our la rln(on du 
Toi Ahmed. On peut en dédiiiro que ce 
dernier dut renlrerà Vei fi>rl peu do temps 
apri?> cet événcmcnl. Il n'ï a comme reptro 
chronologique de ces faïLi que la dalc do 
|.>17 donnée par El-Oufrànî pour l'occu- 
palion da Mckinès p:ir le Cliérif. C'est co 
Tpplrc qui nous permet de supposer que le 
TJÎ de fez. à il date du ij fOirier loiS 



iimcd- 



.nt). ol 



ff, 3<).i.; 
historique 



D Ahmed bcn 



i Belei dans les 



ï. Badis. Ap|ielée ani 
documents portugais, V, p. 135, note i. 

3. Mods; ZidJn, nis d« Mnulij Ahuicd 
tl-Aare-lj, qu'on apjiellc le vieui Cbcrif 
l>arcc qu'il plait l'aïiii: de Moulaj Moham- 
med fch-Cheikh. Ce dernier avait arraché ]« 
pouvoir i son frire en ijSi. Depuis que 
la mt'sinlelli^cnco ï'clait mise entre les 
deux chùrif». Moula}- .^hmed s'était rappro- 
ché du roi de Vei, qui lui avait souvent 
prùté assistance dans »e» luttes contre sou 



tvin 
les deui • 






inps . 



également 



:r,l.qu. 



par 



y Google 



LETTHE DE JOnr.E PIMESTEL AU ROI JEAN 111 

lieu le I" de ce mois ; les cavaliers du roi do Fez [d'api-ès lu ru 
rapporlcc par le Juit], pouvaient être six mille cl se trouvaient 
lieues de la ville, avec son fils et le roi de Vclez', Comme et 
ajoutait le Juif, est Celui de Moliarram ' et qu*ils considère 
faire la guerre en ce moment sérail un grand péché, ils re 
tranquilles, mais, au commencement de mars, le roi de 
dirigera vers Mékinès pour offrir le combat à ses ennemis 
ceux-ci sortent à sa rencontre, il leur livrera bataille. Si a 
traire, dit le Juif, le Cliérif ne veut faire aucun mouvemen 
d'avoir reçu ses renforts, le roî de Fez ne pourra faire autn 
que de se retirer à Fez. Telle est, paraît-il, son intention, c 
amasse le plus de vivres qu'il peut et nourrit son armée de 
venus du dehors. 

Le Chérif est à Mékinès, occupé ù réunir ses gens, qu 
mcnccnt à arriver, à cause du pou de pluies qu'il y a eu cette 
dans ces régions'. Il a suffisamment de vivres et, dès le co 
cément de l'été, il aura tout, puisqu'il sera maître de la plai 
Juif ainsi ijue les Maures qui sont venus avec lui disent qu 
lloi de Fez no livre pas bataille au Chérif, tous les Arabes 
les gens de la plaine se tourneront du cûté du Chérif, et cela 
vraisemblable, car les Maures sont des gens qui ne tienne 
plus à un souverain qu'à un autre. 

De Vêlez, je vais envoyer à Fez Gonzalo Arraîs, gentill 
de cotte ville [Ceuta], qui vient avec moi comme intcrprè 
lui je saurai en détail ce qui s'y passe et j'en aviserai V. A. 



imbitbn de MouIb; Mol 


lammcd. iU iinis- 


lent leurs forces conli 


c l'ennemi com- 


M». Moula; Zldân co>ii(i 
1 MouUj Alimcd cl ùlail 
iftnsoir de ses droits. 


nandaillei armées 
, le plus dnergi4ue 
Il venait alors a 


rinco mérinidc. Le fait 


TO au accours du 
do son apriït-e à 


oz est mcnlioDiié sans date précise par 
lipgo do Torres, p. :33. « En ce Icinslà. 
Iule; Cidan viol de TaGIel ï Fez, pour 


uistcr lo Merin. >< 




1. Abou [lassoùn. V. 


d-dessout p. i53. 



l'ai 






niisme. Co nom qui signiiio sacri 
é\6 donné par les anciens Arabes qi 
le dit la tcltrc, regardaient comme 
do se faire la guerre pendant le 
ce mois. Aprbs l'Islamisme, ce 



par 



:e que. d'apri'S la tradilion mi 
l ]iendant Icsdîi premiers jou 
: que le Coran est descendu i 
. La rareté do la pluie a en 

}ilisatïoii do contingents du < 



, Google 



I'>3 LETTltE DE JORGE PIMENTEL AU ROI JEA>' fil 

Que Notre-Seigneur protège la vie et ta santé de Votre Altesse et lui 
accorde de longues années de vie. 

Ceuta, li février i548. 

Jorge Pimenlel. 

liibliothètjue A'ationale. — Fonds Portugais. Ms. 18 (ancien ii3), 
ff. 365-366. — Copie du \i\' siècle '. 

1. Archhes de ta Torre do Tambo. — Reforma ilas Gavrlas. Cav. ao, Mofo 5, .\um, aÔ 



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COMPTE DE nOBEBT DE BOULOGNE 



XXVII 

COMPTE DE ROBERT DE BOULOGNE 
(Extraits) 

Par ordre de l'empereur Ckarles-Quînt, Robert de Boulogne, Receveur 
général des Pays-Bas, paye à Abou Hassoân, roi détrôné de Fez, les 
sommes de i 1^0 livres (Turnttout, li juin i550) et de 'i33 lirres It sols 
(Bruxelles, 3 septembre 1550), pour les frais de séjour el le transport à 
Aagsbourg de ce prince et de sa suite. 



Compte cincquiesme de Robert de Bouloïngne', conseiUier et 
receveur général des finances de l'Empereur, de la receple et despence 
par luy faicte. . . pour ung an entier, commenché le premierjour 
de Janvier quinze cens quarante neuf, et flny le dernier jour de 
décembre ensuivant XV" cincquante. . . etc. 



Dons et récompenses extraordinaires païées par le 
Receveur général des finances. 

Au Roy de Vêlez', Affrican, spolié el deschassé par le Chierryeff, 



. Robert de Boulogne (ut conseiller et planté par bi 



u Ahaaed ben Mohim- 



jénéral des FîniDcee des Pays- 
Bas pourrerapereur Charles-Quint de ]5j6 
!■ i556, 

1. Le prince Abou Hassoùn de II d^riB'- 
tie de» Béni MeriD.branchedesBeniOuallas, 
Tul proclamé roi i Fez en i5i6, mais parut 
i peine sur le trône ; il fut bientAt sup- 



ned qui se ût prdler serment de fidélité. 
.\bou Hassoùn. dépossédé de la couronne, se 
retira h Badis, où son neveu lui constitua 
une aorte d'apanage. C'est de lï que vint 
ï ce prince le surnom de El Badiii (de Badis) 
qui lui est quelquerois doDué par les cbro- 
niqucs arabes cl celui de « Roj de Vclez 



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l')^ COMPTE DE ROBERT DE B0L'L0G:4E 

et venu ou rclTugié vers ledicl seigneur Empereur, pour secours, 
avde et assislcncc, la somme de unze cens quarante livres dudict 



(Badii) Il qu'an lui attribue dansloco 
de Bobert de Boulogne et dans le» 



des chro 



chréliei 



Dc|juls quo le chérir Moiila^ Moliammcd 
ecb-Chrikh menscBÎt le rojaume de Fpz, 
Abou Kaisoïkn. ardent défenseur de la 
dynastie mérinide, s'était rapproché de son 
noïeu et avait m^mc reçu de lui le com- 
mandemenl en chef de ces armées. Lon 
du •lè^c de Vet par lo Cliérif (lâji)), il 
résista successivement dans te Vieui.Kei et 
don» le Nouvoau-Fci. Ennemi irréconci- 
liable du Cliérif, il propota k son neveu le 
roi Ahmed de le retirer avec lui k Badis et 
de solliciter de 1^ le secours des nations 
chrétiennes. Lo roi mérînido préféra capi- 
tuler. L'infatigable .\bou llassoùn s'enfuit 
seul i Badis d'où il ga|{na l'Espagne. Après 
une entrevue i Vatladolid avec l*arcliidue 
Maiimillen, il alla par les Flandres i Augs. 
bourg pour conférer avec CliarlosQuint. 
D' .Allemagne. il revinlen Portugal. «Surets 
accidons, écrit U'.\iihignp. lluni,-o(.Vbou lla- 
soAn] Iraictaavoc l'empereur (Charles-Quint. 
lui promettant livrer le Pignon, pour lequel 
elTcit il se dcsrolw et vint jusqu'à Aus»- 
bourg en .Allemagne où trouvant trop 
d'alTïirs, il tourna en Espagne. Là se voyant 
mesprisé.il s'attache i Jean, roi de Portugal, 
duquel il impètre le secours, n D'.ViBrc^iÉ, 
t.I, p. 107. D'après De Thou. la forteresse du 
Peùon.qiii, depuis l'échec deVillalolHis, était 
indépendante et était devenue un repaire de 
pirates très audacieuv, n'aurait pas ucu'plé 
l'autorité de Aliou Uaasoùn, bien que celui-ci 
en fit l'enjeu de ses négociations. Le Pcilon 
était alors sous le commandement d'un 
chef que Do Thou appelle Sorogncs et qui 
devait être une sorte de raïs. Voici lo récit 
de ces événements d'apri'S Do Thou. 
V Buha^on informé do cet événement {la 
mise i mort du prince mérinidc Ci -roi de 
Kei et do son Gis), onvoja aussilÙt dire à 
Alvaro Baçan qu'il ctoit prêt de se rendre 



tributaire de l'empereur Chariot V, et de 
lui livrer la fortereue de Pcnnon de Veloz, 
s'il te vouloit rétablir dans un roiaumc 
qui appartonoitï sa maison. Lo rolardcinent 
de Bafan le fil changer de dessein ; il 
équippa deux petits vaisseaux et alTranchit 
des esclaves Chrétiens, pour les faire pas- 
ser avec lui en Espagne ; se conduisant 
cependant do manière à faire croire qu'il 
■e préparoit à aller k Fei, où le Chérif, 
informé de ses projets, le vouloit attirer, 
sous prétexte de quelques afTalres qu'il 
avait i lui communiquer; mais Buha^n 
n'ajanl pu réussir auprès du gouverneur 
du Pcnnon. laissa dans la pUco publique le 
cheval sur qui il se préparoit i monter 
comme pour se rendre à Fei; il entra i la 
faveurdelanuitdansunebarquede pécheur, 
qui le descendit k Melilla, où il traita avec 
l'archiduc Maximilien aui conditions de lui 
livrer la forteresse de Pennon. Bernardin 
de Mendose, général des galères, fut charge 
(lar Maximilien do passer avec Buhaton 
en Afrique. Mendose partit de Melilla, le 
ïingt-sii d'aoust, et fui obligé de revenir à 
Malaga avec lo même Buhaçon. sans avoir 
pu engager, par les conditions les plus 
avantageuses, Sorognes, gouverneur do 
Pennon, ï livrer cette place ï-Buhacan. qui 
revint i Valladotid trouver l'archiduc Maii- 
milien, ^'en ajant rien pu obtenir, il 

.\ugsbourg pour v parler à l'Empereur. Le 
monarque alors accablé d'alTaires ne put lui 
accorder ce qu'il lui demandoit. Bubaçon 
retourna donc atec le prince Philippe en 
Espagne. -Ayant ensuite abandonné tous 
les projets dont il Bvoit fait part, il on 
forma do nouveaux, qu'il communiqua au 
roi de Portugal, avec lequel il traita, n 
Du Thou, t. 11. pp. 35-36. 

Abou llassoùn obtint du roi Jean 111 un 
secours en argent, cinq caravelles et cinq 
cents hommes. Comme il faisait voile vers 



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COMPTE DE ROBERT DE BC 

pris, que par ordonnance de I9 Royne Rej 
Haller", Trésorier et Maistre d'hostel de Sa 
taiil et présente ou nom de l'Empereur tai 
tenir que pour furnir aux despcns de ses v 
lettres patentes dudict Seigneur Empereur 
\iiii jour de Juing XV' cincquanle, avec 1 
sorier Ilaller, cy rendues et veues sur !'< 
ladiclc somme de 

Menues et grosses par 

A Franchois de Phallaix, seigneur de N 
Maistre d'Uostcl de la Ho\nc Itegcnte et 
cens trente trois livres quatre solz, dudict | 
de messcigncurs des Finances, du sceu et a 
Conseil d'Eslat, en absence de la Royne I 

Alliuccmas (i533), il fut roocontré par cico roi .4 

Sïlah Rais, ie paclia d'Alger, qui bsltait voir finît 

cci |>aragcs avfc une EloUC! do i8 vaisseau i, premier. 

Le fameux corsaire fondit sur les caravelles diérif M 

et s'en empara malgré le courage des Por- Fez à la 

lugais, qui furent fails prisonniers. Abou s'empara 

Elassoùn, après èlre allé sur la capUane du Abou iU 

l'aclia pour intercéder ea faveur do ses Mahmol, 

alliéi, les acirompagna jusqu'à Alger cl linit, pp 36G e 
1 force d'instances, par oblanir de S»lah La villi 

Rois leur mise er liberté, Lo Pacha, saisis- commorci 

roc, oITril au prince mérinide, son aide pour c< Es el m 

reconquérir le rojaumo do ses pères, el il bkeba, t 

marcha sur Fei. k la l^te d'une forte armée (lotte mai 

turque. [jechérifMoulaj Mohammed, après tous les d 

avoir été battu dans une première rcn- i. Lai 

conire, s'enfuit à Merrakcch, el la ville de nante des 

Fez. prise d'assaut par les lrou|>es turques, a. Wo 

fut livrée au pilla^ (g janvier iâ3^)i d'hâtcl de 

Abou Uassoi'ln fut acclamé roi par le Vieui- lias. 

Fci;. tandis que le Piauveau-Fei choisissait 3. Tur 

comme souverain Abou Bcker, Gis do l'an- d'Anvers. 



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lOb COMPTE DE ROBERT DE BOULOGKE 

veur général luy a baillé el délivré tant pour furnîr à la despence 
faicle en la ville de Bruxelles par aucuns gentitzbommes Mores, 
cousins et parens au Roy de Vêlez, et leurs esclaves ou serviteurs, 
en nombre de vingt-deux personnes, venues par Portugal, que pour 
leur faire administrer chariotz avccq ung conducteur et autres par- 
lies à eulx nécessaires pour aller vers l'Empereur à Augsbourg. 
Pour ce icy, par lettres patentes données à Bruxelles le ni* jour de 
septembre XV° cincquante, vérifiiées desdicts des finances, avecq sa 

quictance cy rendue etc* ladicte 

somme de 1111' XXXIII livres IIII solz. 



Archives du .\'ord. — Chambre des Comptes de Lille. — liecetle géné- 
rale des Finances des Pays-Bas: Compte de l'année 1350, art. B. 2^82, 
ff. m f° et 3i7. — Original. 



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LETTRE DE .MARTIN CORRE. 



AU ROI JEAN III 



167 



XXVIII 

LETTRE DE MARTIN CORREA DA SILVA AU ROI JEAN III 
(Traduction) 

Le capitaine de Mendonça est arrivée Ceuta avec trois caravelles. — Il 
repari pour Lisbonne emmenant du matériel et des munitions hors de 
service. 

Ceula, 1 mars i555. 

Sire, 

Joham de Mendonça, capitaine de la caravelle d'escadre qui dessert 
Mazagan', est arrivé à Ceuta, le a5 février dernier, avec trois cara- 
velles chargées de pierres de taille', car, sur les quatm qu'il 
convoyait depuis Lisbonne, ily en a une qui s'est perdue en sortant 
de Puerto-de-Santa-Maria * pour venir ici. Elle a été assaillie par la 
tempête et a sombré comme elle cherchait à rentrer au port. Et, vu 
la violence et la soudaineté de la tempête, il faut s'estimer heureux, 
d'après ce qui m'a été rapporté, de n'avoir pas perdu les trois autres. 

Il y a plusieurs jours que Joham de Mendonça était arrivé à 
Cadix et c'est faute de temps favorable s'il n"a pu être ici plus tôt. 
A son passage sur la côte d'Algarve, il a eu aussi affaire avec les 
Français qui ont pillé ses caravelles et lui en ont pris une de blé \ 



i. Le texte porte: Capitûo da cûraBela 
d'armada que servt Maiogio. 

3. Le texte porte : caracetas de canteria 
[canieira] . 

3. Dans la baie deCadii, à l'embouchure 
du Guadalelc. 

i. 11 cal dîl plu; haut (jue MenOonca 



tlail parti de Lisbonne coniojant quatre 
caravelles ; il en perd udo par DRufrage ; les 
Frantais lui prennent une caravelle de blé 
et il arriva h CeuU avec trois navires. Il 
Faut donc admettre que Mendonça avait à 
convoj'cr au moina quatre caravellei de 
pierres de (aille et une de blé. Cette ren- 



ïGoogi 



IDO l-KTTnE DK MARTITI COIIRKA D.V 8ILVA AU HOI JEAN III 

ainsi que V. A. en est déjà informée. Mcndonça pari d'ici mainle- 
naiit (.'l eiiiporle avec lui loule rarlilleiic hors de service ' qui s'y 
tmuvalt, eoiiiiiie V. A. l'a prescrit dans son instruction, ainsi que 
les munitions ne pouvant \>as servir ici, mais susceptibles d'être 
réparées là bas* et qui se perdaient ici. Il emporte également le 
corail[?]' de Manoel Cirne, comme V. A, la ordonné dans son 
instruction . 

Ce Joliam de Mendonça est un homme de bien et zélé pour le 
8er\"ice de V. A. Les circonstances ne l'ont pas aidé dans ce voyage 
à paraître tel, mais il l'est vérîtalilement, comme je le dis à Voire 
Altesse, dont Notre-Seigneur gaixle et accroisse la vie et la dignité 
royale pendant de longues années. 

Martin Correa da Silva. 

Ceula, 3 mars i55iî. 

ISihtinthhjue Nationale. — Fonds portugais. Ms. iH (ancien ^i3j, 
f. 307 r° et v". — Copie du xix° siècle*. 



conlTO avec les Français 


sur la cAto d'A.1- 


3. A Lisbonne. 


garvovaitcu lîouniîceiw 


remontBïanLl'ar- 


3. Le Icilcporlc: carats. 


riïée des caraïellei dan» 


a baie de Cadix. 


i. Archiver ife la Torre do Tomio. — Re 


1. I^ telle porlo : ar 




forma lias Gavclas. Goc. ao, Majo 5, Nam 


rompue. 




3u. 



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LETTBF, D ALVABO DE CAnVALIlO AL' ROI JEA> lll 



XXIX 



LETTRE D'ALVARO DE CARVALIIO AL HOI JEAN III 

(Tn.D„CT,0.) 



Les Maures ont tenlé une allaque par surprise contre la place de Mazagan. 
— Ils ont été repoiLisès avec des pertes importantes qai seront très sen- 
sibles au Chérif. — D'après des nouvelles venues d'Azemmour, le Chérif 
serait dans la montagne et s'y forlijierail. — Il a fait construire des 
navires à Salé pour attaquer les vaisseaux portugais gui viennent ravi- 
tailler Mazagan. — Il y a un grand danger à le laisser se consti- 
tuer une jlotte et il faut au plus vite détruire ses navires et l'empêcher 
d'en armer d'autres. — // serait très utile, pour arriver à cette fin, 
d'envoyer Pero Paulo croiser dans ces parages pendant l'été. — Eloge de 
Francisco Vieira. 



Sire, 



La veille de la fèlcde la VraieCroix', soupçonnant que les Xfaures 
devaient faire une incursion ce jour-là, je fis sonner les trompettes 
pour que les gens s'armassent et se tinssent prêts à monter îi che- 
val; puis, après avoir revctu mon armure, j'allai voir si les Maures 
arrivaient^: à ce moment, on sonna le tocsin' et les Maures de 
Managan-le-Vieux et de Rétamai' accoururent. Comme il était de 



1 de la Vraie 



r. I,a ii\e de l'Tnvi 
Croii, qui tombe le 3 i 

3. Le texte porta : < 
letncnl : u j'allai voir 
dire : ce qu'il en était d'eui, s'ils arrivaicn 

3. Ihjiicanlo. On trouve dans Mohaf.i 
au mot Rppicar, l'explication suiranle : A'i 



Vsti- 



prufas d'armas ou castelloi, liaeia o aîno da 

l'iyio'/uesc rcplcara para oleriar oafron- 

leiro'i da vinda do inimigo. Cf. aussi 

4. On sait que les indigènes donnèrent 
la nom de El-Bridja ol-Djedida (le Forlin- 
Ncuf) k la ville que les Portugais L^levèrent 



yGoog' 



i(io 



I.KTTIIK D ALVARO l>K CARVAMIU Al 



bonne licurc. Je sortis, n'ayant avec moi que trois ou quatre per- 
sonnes et, comme on me dit que l'Adaïl ' et les Atalaïas' étaient 
poursuivis, j'arrivai à la palissade des Valenciens, au moment 
mt^me où les nôtres la repassaient pêle-mêle avec les Maures' 
qui paraissaient bien déterminés à les acculer à la demi-lune. 
Avant que les nôtres fussent entrés dans le retrancbemeni, ils nous 
tuèrent un cheval. 

Lorsque les Maures me virent arriver si suintement, comme ils 
me connaissaient très bien, ils restèrent en suspens, car, bien que 
nous voyant en petit nombre, ils pensèrent qu'on était averti de 
leur dessein. Voyant leur hésitation, je sortis avec le peu de per- 
sonnes que nous étions, une vingtaine au plus, avec l'intention de 
les contenir jusqu'à l'arrivée de nos gens. Mais, comme ceux-ci 
lardaient à venir et que les Maures s'éloignaient de nous, j'autorisai 
quelques-uns de ceux qui m'avaient suivi ù les attaquer. Parmi 
eux se trouvaient l'adaïl Fernûo Leite, Francisco Vieira, Bartolo- 
meu Rodrigues et d'autres cavaliers. Pour moi, avec les gens qui 
accouraient, je formai une troupe pour les appuyer. Sur ces entre- 
faites, accoururent sur la plage Joliam de Mendonça, Joham Lobo. 



en i5o6 sur l'emplaccmont de Maiagan el 
qu[ fut officiel! eme ni désignée en Porlugal 
sous le nom de Caatelho Ueale. Dana U sujlc 
et par abrùvialîon, la ville de Maiagan fui 
>lmplenicnl app<>l.'C la-Djedlda {U .Neuve). 
il V avait, avant l'arrivée des Porliigais tur 
cet emplacement une tour qui. d'après Ca<- 
lellanas, tut conservée pour Qanqucr l'un 
des angles de l'cnceinlc portugaise. Oia 
donnerait à supposer que la ville clirélienno 
remplaça Macagan-tcVioui. ce qui est 
d'ailleurs l'opiaion de Caslellanos. Le 
présent document établit au contraire (|u'il 
y avait dans les rnt irons du Maiagan por- 
tugais un village indigène appelé Mazagan. 
le-Vieui. Rétamai était le nom d'une autre 
bourgade liabîtie par les 



'.pp. 



i35 137: 



T M F. 



Tl,e Und of tu Mooi-s, p. 

I, On trouve dam Ëi.l' 
Adalid (en portugais odaîl) 
« Epor esto loi tlaman .\oa[. 



85. 



Innlo dtzir, tomo gaiadom ; gue elliu dœn 
ncer en li lodas e)las casas sobrediebas para 
bien saber guiar lai huesta e lot roi>o/<(odoi 
m iirmjio rie /juerra.» Lty I, ïï( XXIl. 

Pari a" i.a Acaàemia linûla la tignifi- 

rticion df Adalid al raiidîllo 6 eabo dt gtnir 
dr r/uerra, grnda aiiperior en la milicia, nmo 
je déclara en Ini Lryes de Parlida al Je loi 

Almocadenes Y Almogiibarcs Eseribe el 

lerîeiigrafo porlii^ués in t: A-oiii. : • Este 
nfficiit et Ion nnliguo eamo el lieino. mat etm 
otro nombre. : llamnron Z*G« al qar despais 

.\o.iL » Ce mot vient de l'arabe jjjjl 
guide, conducteur. Moracs donne de ce 1er- 
[no la définilioD suivante : Cabo da gente de 
gucrra qae a guiava nos eorrerias e asialla- 
,l.t<<,o iidmi.jo. Isavoie na> pra^as de A/ri- 
ca. .MoHAES. au mol Adail. 

■j. V. sur ce mot p. lio, note a. 

3, Le teite porte : e os Mouros pryaJos 
eon ek-j:. 



y Google 



LETTRE D ALVARO DE CAHVALHO AU ROI JEAN III lUl 

quelqu'un de ma maison et trois ou quatre hommes; ils se postè- 
rent à l'angle du retranchement, avant que les Maures eussent 
fini de sortir par la palissade renversée ' , et, comme il parut à ces 
derniers que nos gens étaient plus nombreux qu'ils n'étaient, cela 
acheva de les mettre en fuite. Les uns et les autres, nous nous élan- 
çâmes sur eux"*; on en tua trois ou quatre à celte place et on en 
prit deux vivants, que j'interrogeai ^ et j'appris par eux qu'ils étaient 
45o cavaliers. 

Voyant nos gens fondre sur eux sans être appuyés ', je m'arrêtai 
à une portée d'arquebuse au delà de l'angle du retranchement, et, 
avant que les Maures ne fussent sortis de leur embuscade, j'avertis 
ma troupe d'avoir à se retirer'. L'ordre était à peine donné, qu'ils 
nous attaquèrent à l'improviste", se précipitant sur nous. J'en- 
voyai aux miens l'ordre de battre en retraite à volonté \ ce qu'ils 
firent pour la plupart' avec beaucoup d'ordre et de courage. Quant 
à moi, je restai à les attendre, comme cela était nécessaire. En 
voyant notre attitude, le Caïd n'osa pas se mesurer avec moi, il 
s'arrêta sous les murs de Rétamai et envoya beaucoup d'hommes 
au secours des siens. L'arrivée de ce renfort obligea les nôtres à 
faire face à l'ennemi. Ce fut là que Joliam de Mendonça rencontra 
le fils du vieux Caïd, capitaine de l'avant garde; il le saisit par 



1. Ce valo derribado est ou bien i 
paliiudo que lei Maures avi 
pour paiMT, ou biea un retrenchemeat 
élevé eu ivtul dea remparts et qui avait été 
détruit quelque temps auparavant. 

3. Ce fut toujoun la tactique emploj'ée 
au Maroc par let Maures contre les places 
chrétiennes ; un parti de cavaliers venait 
rAdcr autour des remparti, se faisaut signa- 
ler par les Atalaïas ; on donnait l'alarme, 
les chrétiens accouraient pour combattre, 
les cavaliers indigènes, après une légire 
escarmouche, ic repliaient, poursuivis par 
les chrétiens, qui tombaient dans une em- 
buscade oit se tenait le gros des Maures. 

3. Il sera question plus bas (p. iGâ)deces 
deui prisonniers faits au début de l'aflaire. 

S. Le teite porte : porqar «i a gentr dn- 
aodada dando netoi. Littéralement : lojaiit 
Da Castries. 



iio.'' gens demies s'élancer contre oui, 

5. Le gouverneur de Maiagan rendant 
compte au roi de cet engagement est préoc- 
cupé de dégager sa responsabilité, en éta- 
blissant bien qu'il n'a pas été trompé par 
la ruse habituelle des Maures et que. pré- 
voyant l'embuscade, il a donné i temps 
aui cavaliers portugais l'ordre de se replier. 
fi. Le texte porte : arrtbcalou a cilada. 
Littéralement : l'embuscade éclata. 

7. Le Icile porte : u recolhestn de vagar. 
C'est-à-dire : se replier i loisir, battre en 
retraite individuellement suivant les péri- 
péties de combat et non par un mouvement 
d'ensemble résultant d'un ordre. 

8. Cette réserve lemble indiquer qu'il j 
eut, de la part de quelques cavaliers por- 
tugais, un peu de précipitation dans la 

l. - Il 



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iCa LETTRE d'aLVARO DE KABVALIIO \i; ROI JEAN III 

les oreilles de son cheval', tandis que l'autre l'empoignait à 
la gorge; les Maures accoururent à son secours et entourèrent 
Mendonça, décidés à s'emparer de sa personne. Mais Men- 
donça était revêtu d'une armure complète ' et les nombreux coups 
de lance et de sabre ^ qu'il reçut ne lui Brent aucun mal ; il se défen- 
dit très courageusement, jusqu'au moment où les nôtres arrivèrent 
à son secours. Ce furent Fernâo Leite, Francisco Vieira, Francisco 
de Figueiredo, Bartolomeu Rodrigues et dix ou quinze autres cava- 
liers sans armures '. Ils désarçonnèrent' un des principaux Maures 
et le tuèrent immédiatement. Alors les nôtres et les Maures s'at- 
taquèrent de nouveau et nos gens, les chargeant vigoureusement 
avec leurs lances, firent mordre la poussière à plusieurs, à la barbe 
du Caïd ; mais voyant que celui-ci avait avec lui beaucoup de 
tireurs \ je donnai l'ordre à nos gens de se replier. 

Joham de Mendonça s'en est tiré avec un coup de flèche ; l'arme 
est entrée par la gorge et a pénétré jusqu'à l'oreille. Ce fut alors que 
les nôtres se retirèrent ; rendons grâce à Dieu, car, bien que les 
Maures aient tiré beaucoup et de très près, ils ne leur firent aucun 
mal. Notre-Seigiieur nous a tous protégés, parce que c'était sa fêle '; 
la preuve en est que Francisco de Figueiredo reçut un coup d'es- 
pingole tiré de très près et la balle ne fit que traverser sa cuirasse, 
sans lui faire d'aulre mal. Pedro Cordeiro, qui est maître des tra- 
vaux dans cette ville et qui était accouru au combat comme un gen- 
tilhomme', reçut un coup de flèche à la cuisse. Un Morisque", 
nommé Almeida, qui, ce jour-là, comme toutes les fois que les 
Maures viennent, s'est conduit en homme de cœur, a été blessé 



1 . Le telle parle ; e teadoo nm orethai 
do eaiiilo, Eipresiion singulière pour indi- 
quer une lutte corpi-i- corps, 

ï. Le leite porte : armado c aeabertado. 
On appelait acobertado un homme àe guerre 
revèlu d'une armure complète, c>Bt-ii-dire 
le couvrant de la léle aui pieda. Mohaib. 
su mot Acobertado. V, p. 38, note 6. 

3. Le teste porte: tançadas e coliladas. 
Lei wliladat (cutîtadiu) tout les coups faîU 
par une arme tranclianlc. sabre, poignard. 
épéc, etc. 



i. Cei cavaliers, pour ace 
n'avaient pas reïèlu leurs * 
■ugraenlait leur mérite. 

5. Le teïte porte : deribarao. 

6. Ces tireurs (lirarforfi) étaient des 
liommes armés d'arquebuses ou d'espin- 
goles. 

7. La fêle de la Vraie Croii. 

8. Ce Pedro Cordeiro n'éUit pas, du 
fait de sa Tonction, obligé à combattre. 

9. V, sur ce mot p. 116, note 3. 



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LETTRE DALVARO DE CARVALHO AU ROI JEAiS 111 l63 

d'un coup de flèche dans l'eslomac. Dieu a voulu qu'ils soient tous 
hors de danger. Les Maures nous ont tuë cinq chevaux et en ont 
blessé trois ; nous ne leur en avons pris que deux ; j'en avais laissé 
plusieurs en arrière, croyant qu'on les ramènerait, mais, quand nous 
dûmes faire votte face' , tous ces chevaux s'enfuirent dans la campagne. 

Le lendemain, il vint un nègre d'Azemmour, qui nous dit qu'au 
moment de son départ on comptait neuf Maures tués, parmi les- 
quels il y en avait deux de haut rang ; dix étaient grièvement bles- 
sés, et entre autres le fils du vieux Caïd, qui avait l'épaule brisée 
d'un coup d'espingole. Un cheikh, nommé Beneheya', le meilleur 
cavalier de tout ce royaume de Merrakech, était à la mort et ne 
parlait déjà plus. Le Ghérif ^ le regrettera beaucoup, parce qu'il était 
considéré comme le meilleur cavalier de son royaume et qu'il était 
très habile à la guerre. Le nègre dit aussi que les Maures ont eu 
quatorze chevaux tués et beaucoup d'autres blessés. 

V. A. peut tenir le Caïd pour battu', car il avait préparé une 
embuscade et il a échoué ; tout cela s'est passé à sa barbe, et, quant 
à nous, nous nous sommes tirés d'affaire sans aucun mal. Dieu 
soit loué I Que V. A. veuille bien croire que si, au début, lorsque 
j'arrivai à la palissade, j'avais eu trente cavaliers, au lieu de trois 
seulement qui étaient avec moi, aucun des premiers assaillants °, 
qui étaient au nombre de soixante-dix, n'aurait échappé; et après 
avoir battu * ceux-là, qui étaient des chefs et des gens d'élite, nous 
aurions eu raison de ceux qui suivaient, d'après ce que j'ai vu 
d'eux'. Cependant, ce que Dieu donne est le meilleur' I Cet échec 



I. On a vu plu« haut que te> cavaliers 
porlugaia se replîtieDl en bon ordre, sans 
que le Caïd osât les attaquer, mais que ce 
dernier, après s'être arrêté au-dessous de 
Rétamai pour rallier les Maures, les har- 
cela de ù près qu'ils durent faire volle-facs. 

1. Bentheya pour : Ben Yaliia. 

3. Moula; Mohammed ech-Vheikh. 

!t. En fait, les Portugais avaient é lé trop 
lieurcux de rentrer sains et saufs i Maïa- 
gan, Alvaro de Carvalho, dans ta lettre à 
Jean III, clierehe évidemment il IraDi- 
formcT cette rclfaite en une victoire et tel 
est le sens de celle [jhrase : ncela équivaut 



i une défaite pour le Caïd. » 

6. Le leite porte seulement : nenhiun 
d'aqueln (aucun de ceui-14). Il «'agit de 
ces cavaliers Maures qui étaient venus atta- 
quer les Portugais pour les attirer dans 
l'eiubuscade. 

6 Le texte porte : dtrribados. 

7. Le texte porte : ptlo que ntlei vi, c'est- 
ï'dire : d'après ce que j'ai vu de leur ma- 
nière de combaltre. Les cavalier* sortis de 
l'embuscade, d'après Alvaro, ne tala'i«Qt 
pas ceui de la première attaque, 

8. Il faut trouver bon ce que Dieu nous 



yGoOgI 



iGi LETTRE d'aLVARO IW rAHVALHO AV ROI JEA^ III 

sera d'ailleurs sensible au Chérïf, vu surtout la manière dont les 
choses se sont passées. 

Les renseignements tjae me donnèrent ces Maures*, sans s'être 
parlés l'un à l'autre, sont que le Chérif s'est jeté sur les mon- 
tagnes, qu'il en a i^ubjugué une' et y construit une forteresse: 
l'autre montagne, qui est la plus importante, n'a pas encore fait sa 
soumission. Il s'est trouvé que l'un de ces Maures était l'écrivain et 
le secrétaire du Caïd ; il m'a dit que l'intention du Chérïf était de 
soumettre ces montagnes, et, après l'avoir fait cl avoir loul paci- 
fié, de venir assiéger celte ville [Mazagan], car, pour celle opéra- 
tion, il a besoin des gens de ces montagnes, aussi bien pour faire les 
travaux que pour combattre. C'est pourquoi, il convient que V. .\. 
donne l'ordre de nous approvisionner de vivres et de poudre, sur- 
tout de poudre d'espingolc, parce qu'on en dépense beaucoup dans 
les nombreux combats qui ont lieu continuellement. Que V. A. 
veuille bien me donner l'autorisation (qu'elle avait coutume d'accor- 
der) d'engager des bombardiers, car ils y sont très nécessaires, 
comme je l'ai dit k V. A. dans une autre lettre, et si, de même, 
nous pouvions avoir ici des hommes aples h faire différents travaux, 
ils rendraient de grands services. 

Ce Maure m'a dit que le Chérif avait ordonné de construire deux 
grandes fustes à Salé et qu'elles sont déjà terminées, ce qui, avec 
une autre qu'il possède, porte à trois le nombre de ses navires. Le 
sorcier Maure^, que j'ai envoyé à V. A., m'avait déjà dit cela el il 
avait ajouté que c'était dans linlenlion de réunir ces fustes à d'au- 
tres navires qu'il possède et de venir se poster devant notre port, 
pour s'opposer à l'entrée des navires de ravitaillement, quand ils 
arriveraient. Et quand mt^mc ce ne serait pas pour cela, c'est une 
très mauvaise affaire pour la ville de Mazagan que ce grand nombre 
de navires à Salé. Il est très important et très utile pour le service 
de V. A. de prévenir le dommage que ces navires peuvent nous 
causer cette année. Et, si ces fustes sortent de Salé, il faudrait les 

I. Il faut deviner que ce sont les deux i|ul l'habite, 11 s'agit ici de tribus monta- 
til a t'k' parlé gnardcs qiir le Cli^rif allait soumellre i 



|)liiï1iaul, p. i6i. noteS. 

1, Au Maroc, le m^mc nom désigne 3. Le teite porte : o Jl/ouro /riltrrrio. Il 

pretque toujours la montagne cl la tribu s'agit peut-ùtre d'un marabout. 



, Google 



LKTTBE D ALVARO DE CAltVALHO AU BOI JEAN III I DO 

malmener', aBn d'empêcher le Chérif d'en armer d'autres de sitôt 
pour ces mers, car ces fustes sont trop près de Mazagan. 

V. A. peut obtenir ce résultat en ordonnant à Pero Paulo de 
venir ici cet été avec son navire qu'il a conduit dans le Détroit ; et, 
avec les autres navires que j'ai ici (et que j'ai achetés à mes frais, 
parce que je voyais combien ils étaient nécessaires et indispensables 
au service deV. A.), nous réussirons, avec l'aide de Notre-Seigneur, 
à faire ce que je dis. Que V. A. me fasse la grâce de ne pas négli- 
ger cela, car il est très important d'empêcher les Maures de nous 
nuire', avec des armements aussi considérables que ceux qu'ils 
préparent : tous les navires qui viennent de ce côté sont en efTet 
forcés de passer par les parages où ils seront postés '. 

Si V. A. me fait cette grâce, Pero Paulo devra être averti immé- 
diatement, pour qu'il puisse arriver à temps, et il sera beaucoup plus 
utile au service de V. A. ici que là bas, car là bas il court plus de 
risques qu'il ne rend de services. Si V. A, pouvait en même temps 
nous faire la grâce de nous envoyer une patache ' pour le service 
de ces fustes, ce serait un grand bien, et je rappelle tout cela à 
V. A., parce que je prévois ce qui arrivera, si on n'arrête pas les 
armements du Chérif. 

Francisco Vieira, porteur de cette lettre, est un homme honora- 
ble d'El-Ksar^ qui est venu ici avec moi pour servir V. A., qui s'est 
toujours trouvé à tous les engagements qui ont eu lieu dans ce 
pays, sans manquer une seule rencontre, et chaque fois il s'est 
exposé dans tes postes les plus périlleux*; il se conduit en toute 



I. La Icilc porte; «/us os escalanremos. 
Il lerait bon qiii^ nous les écarcliassions. 

a. La teite porte: porqae importa muilo 

alalhar que nom emgodem Co dernier 

mot em/jodem doit étro une mauvaise lecture 
du copiate. L'original devait porter : nom 
enojo item. 

3. Ces parages sont, soit Sale devant 
lequel sont obligés da passer les navirox 
allant h .Maiagan, soit la baie ellc-mènio do 
Mazagan où les fustes du Chérir auraient 
bloqua le port, comme il a été dit plus 
liant. 

4- GuiLLET (t. III, Des ArU de fliomme 



d'épée) dcGnit la patacho : « Un petit vais- 
seau de guerre qui suit ordinairement un 
plus grand, ou qui mouille à l'entrée d'un 
port pour aller faire la découverte et recou' 
noistre les navires qui viennent ranger la 
costc. n Aji. Jal, au mol Patache, 

9. EI'Ksar cs-Seghir, sur le détroit do 
(.iibraltar. C'était une des places que les 
Portugais possédaient dans le rojraumo do 
Fez. V. p. t^i. note 3. 

6. La tel te porte : eaos milhoret tagarcs. 
C'estkdiro: aux meilleures places, qui 
sont, pour un brave, les postes les pluspé- 



DigHJzcd by VjOO^ 

r' 



ibb LETTRE D ALVARO DE CARVALHO AU ROI JEAN III 

circonstance comme uu gentilhomme', qu'il est autant qu'on peut 
l'être. Lorsque j'ai été en danger, il est toujours venu près de moi, 
faisant son devoir, et, aujourd'hui encore, il t'a accompli avec un 
grand courage. C'est un homme d'honneur très pauvre et de tels 
hommes ne peuvent être maintenus dans ce pays que par les grftces 
que leur accorde V. A. Je baiserai les mains de V. A. pour obtenir 
d'elle qu'elle lui en accorde quelqu'une, lui permettant de se soute- 
nir ' et de vivre dans ce pays, et de tout ce qu'il recevra je tirerai 
grand plaisir^. Que Notre-Seigneur Dieu protège la vie et augmente 
la royale autorité de Votre Altesse. 

De sa ville [Mazaganj, le i3 mai i556. 
Je baise les mains royales de Votre Altesse. 

Alvaro de Carvalho. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds portugais, Ms. 18 (ancien <43J, 
/. 369-372 V'. — Copie du. xu" siècle^ 



I . Le telle porle : porqae ht cavaltiro 
qaanto podt ler. 

1. Le texte porle : eom gue st sosteiAa 
e posa viver. C'esl la grice de ne pii inou> 
rir de faim qu'on demande au roi pour 
Francisco Vicira. V. p. i45, noie i. 



3. Lb pentéedéveloppéeeit : Toulceque 
V. A. fera pour cet homme me lert aussi 
agréablequosi elle le faisait pour moi-mécne. 

&. Arcbioet de la Torre do Tomba. — Re 
forma dai Gaaelat. Cavela i5, Maço la 
Num. 4o. 



y Google 



LETTnt: lUî MOCLAÏ MOHAMMED AV IlOI JKA^ III 

XXX 

LETTRE DE MOUL.W MOHAMMED AU ROI JEAN I 
(Traddction) 



// accrédite, auprès du roi de Porlatjal, Mohammed ben AU ben Bou Cheta 
cl Baba Yahia ben Messaoud, caïd de Mekinès. 



â scplembro [ïcrs i556-i357). 



Lettre de Moulay Mohammed, fils du roi de Fez", au Roi notre 
Mattre. 

Au nom de Dieu plein de pitié et de miséricorde. Prions pour 
notre seigneur Mohammed [le Prophète], ses amis et ses com- 
pagnons ! 

De la part de l'esclave de son Dieu, du victorieux par l'aide de 
Dieu, de celui qui se confie en sa pitié et sa clémence, Moulay 



1. Probablement Moulay Mohammed. 
tl-Matoukh , troisiâme souverain de la 
dynastie saadïenne, bien que l'idenliGcation 
de ce personnage aoit douteuse, en l'abience 
d'une date précise. 11 est appelé en effet 
dans la lettre, ou plutût dsn* le litre donné 
à ta lettre par le traducteur portugais, a SU 
du roi de Fe» », ce qui tendrait ï prouver 
que cette lettre n'est pas intérieure au 
^3 octobre de l'année ihb"], date de l'avè- 
nement de son père, Moulej AbdalUb el- 
Ghdlib bi Allah, au trône de Fez. Maïs le 
roi de Portugal Don Jolo, auquel cette 
lettre est adressée et qui ne peut Atre que 



nlll, 6 



1 jui 



mort avait dû être bïeut&t connue au Maroc. 
Il noua faut donc : ou bien supposer une 
erreur du traducteur portugais qualifiant 
Moulay Mohammed de a fils du roi de Pet», 
alors que son grand-père Moulay Moham- 
med tch-Cheikti régnait encore, et, dans ce 
cas, placer la date du document avant l'an- 
née 1557. date de la mort de Jean III ; ou 
bienadmettre une erreur dans la converiion 
de la ilale arabe qui a été transcrite : 1^ sep- 
tembre, et présumer, en outre, que le prince 
Maureaitécritauroide Portugal , sans avoir 
eu connaissance du changement de règne. — 
Ce problème s'élucidera sans doute, le jour 
oit l'original du document arabe sera connu. 



DigHJzcd by VjQO^ 



Ibff LETTRE DE MOt'I.AV MOHAMMED AU ROI JEAN III 

Mohammed (que Dieu fasne réussir ses entreprises el exauce ses 
désirs !). 

Au plus puissant roi parmi les Chrétiens, le chef de tous les chefs 
et seigneurs, le roi magnanime, justicier de son peuple, le rot 
Dom Joaû (que Dieu le rende obéissant [à sa loi] et le conduise 
dans le chemin de la vérité I). 

Et après cela, il saura que nous sommes son ami et que notre 
maison est la sienne, et que toutes les choses qu'il aura à traiter 
avec nous, nous les traiterons comme il le désirera le plus et aussi 
parfait«mer>t qu'il nous le commandera. 

Sire, auprès de V. A. ' arrivera notre serviteur [.Mohammed ben 

Ali lien Bou Cheta ] ainsi que la personne de notre Caïd, le plus 

proche de nous entre tous les gêna et le plus chéri de nous, Baba Yaliia 
ben Mcssaoud, notre caïd de Mekinès. Lequel Mohammed hen Ali ben 
Bou Cheta lui fera savoir toute noire bonne volonté et l'amitié 
que nous avons pour elle et, à tout ce qu'il lui dira, elle peut 
accorder créance. Je voudrais. Sire, qu'entre V, A. et nous ïl y ait 
des [relations par] lettres et messagers pour que vos volontés et les 
nôtres s'accomplissent et que toutes les choses qu'il y aurait [à 
traiter] entre nous, nous vous les fassions savoir, afin que nous les 
exécutions, selon tout notre pouvoir. 

El il n'y a pas aulre chose à faire savoir à V. A, ; il ne nous 
reste qu'à lui souhaiter d'avoir toujours le bien et la paix, comme 
il arrive à ceux qui suivent la vérité ' et à la prier de ne nous infor- 
mer que de bonnes nouvelles. 

Ecrite dans le mois de Dieu, i4 septembre. 



I. La copia de la B. N. porte : Senhor, a 

Vra achegara o notio sereidor Il tlcvail 

j avoir Bur l'original : Senhor, a V. A. che- 
gara AprËa le mot atrvidor, le traduc- 
teur portugais Ho la lettre arabe on lo 
copiste de la traduction a d i omettre l'in- 
dication du nom do Mohammed hcn Ali 
b«n Bou Cheta et de ses litrex et qualités. 

blablc pour Baba ) ahia ben Mcssaoud. 
Comme cette fnumi ration était longue, on a 
rappelé le nom du principal envojé et c'est 



ce qui explique la phrase o quai Mafa- 

Eupposait qu'il a éé\k été question de ce 
personnage. Le leilc porte pour les noms 
des deux envoyés : Babo Yhayha hem Mofudo 
cl Mafamidc hem Ali bcm Busia. 

3. On reconnaît h travers la traduction 
portugaise la formula de salutde musulman 

b chrétien ^5J^I M^ ^ ^^ C^- Le 
salut ^ celui qui suit la direction pareicel- 
lence (le Coran). 



y Google 



LETTRE DE MOULAY MOHAMMED j 



À ta fin de la copie, noie en français ajoutée par le copiste mo- 
derne : Traduit de l'arabe. Lettre de créance de Muley Mohammed, 
fils du roi de Fez, au roi Dom Joâo 3. 



Bibliothèque Nationale. — Fonds porlagai 
f. ?92. — Co/hV dix \n"' siècle\ 



Ms. 18 (ancien ù3j. 



t. Archives de la Torre (to Tombo. — Hrforma daî Gacelat, Gaveta 3, Ma;o 6, A'um. ag. 



DigHJzcd by VjQûû 



lyO LETTltK l>K MOl'I.AV AUDALLAH A ANTOI>K DE BOURBON 



LETTRE DE MOLLW ABDALLAH EL-«H.\L1B B[ ALLAH 
A ANTOINE DE BOURBON 



Fin rtmadin 966 (juin-juillet i55().) 
Au dos: 

^j_Ul oL-UJi 

1 . Le document ci-dessus i/lail plié plu- ciaclement que pouîble celle da l'origiDal. 
sieurs fois sur lui-même en forme de letlrc oi'i subsistent encore les traces du cachet de 
fermée ctcacheloc. On remarquera ledévc- cire et des lacs qui fermaient U lettre et j 
loppemcnt eiceptionnel de la suscription retenaient inclus le traité que l'on trouvera 
disposée ici de manière k occuper entière- reproduit ci-après Doc. XXXII. On a réta- 
ment le rectangle ménagé au verso du docu- bli entre crochet! les mots ou lettres pris 
ment par la pliure de la lettre, l.a disposi- dans la reliure. V. Pi. IV un fac-iimilé de 
lion typographique ci dessus reproduit aussi cette lettre. 




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LETTRE DE MOULAY ABDALLAH A ANTOINE DE BOURBON I7I 

"" W PUcc du cachet'. 

i; «ni ji^ ly utS^IJ^f JU| U 

AîUj Jki»-1 3 >j^ •Xjb Jfrl J t^\ »^' jjw U*l J *-" ^ Att' tj-*-' 

I. Le cachet irabo porto, au milieu d'à- nelle, cirila'agîl, en l'espèce, d'un signe do 

rabesqucs en aoir : vtUdalion UntAl produit par un timbre 

I ', . .11 I ii.ii humide, tanlAt tracé i la main et parfois 

j <^ • \s eoluminc; ce signe, dont I ornementation 

.. lij.,, Icclurc dculeu» : Ji^-.ll -Le "' P""™"' '"'""• ••' comlilui ptr un 
ensemble de caractère! plus ou moiai en- 

3* %ne ; Cj^^ >•' chevêtrés et ornés et qui, en général, 
reproduiaenl tout ou partie de» noms, 

V Wgnt \ ^À— ''' •—Xj^'J' surnoms et titres du personnage, auxquels 

' ' .. vient s'ajouter parfois une devisa ou une 

5. li^ : ,^ ■/• 1 ,^\ ^\ -iA |,j,„„ invoMUou. 

L'eipreisionracfisl. consacrée par l'usage, ^ .. 

CM. comme ou le uiil. loulc con.cnlion- " P""' "t.»" 



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DE MOULAY ABDALLAH A ANTOINE DE BOURBON 

*•!._/ ^iL^I ^ Jll»lj<Si. jli.j«j-J jO'jil J:r- •<! J»-J 
j-k, J»_i b-U ^y [-L.] ji.Ui tjjll <rUMÎ LW fsUl <Jj~j b.\i. 

f JU*li* Lie J J_y«Ul f ^\j O ^a. ^ t_ï (^^ »\Lfc-y ^ ft Jj-iJl f L- 

jAi JSÇ" li;L ^ l>d. » JjVl -Lii <SU tA<.U j ^LJ^IV 
» 5l_^l j JaVI 4i tSJll Jjll j;W ^> ;lj^ » si— VI jl- «bjW U J 



, Google 



LETTRE DE MOULAY ABDALLAH A ANTOINE DE BOURBON 170 

jc- j <^ Ati ^ jQl ù^j (»l»*i' *Ml jé^ js-ljl tUJi Jj w^^ 

Archives du Chapitre d'Angouléme. — Recueil d'autographes intitulé: 
CouB DE Nav*bre'. p. |S5. — Original. 



I. Co recueil iviit ^ti^ ToTmé pour Mrc 
oITcrt au roi Louis XIV p»r le sieur Csndé 
de ChMtren. descendant en li^c dircctn de 
Victor Brodeiu, sieur de La Cha<»elièrc. 
■ecrtitaire da rois et reines de la maison 
do ISavirre. Dans les dédicaces où Candc 
de Chaslrei fait hommage de son iFuvre 
auRoietau Dauphin, il prétend au <i déca- 
nat des dotncslîques dos Ro^s de Navarre » 
mai* r< par le malheur de son étoiite il est 
réduil depuis vingt ans dans des ddserts, 
aussi éloignez du commerce des bonn estes 
gens que ceui de la Thébaïde, où la conla- 
^on des mauvais exemples et la rouille de 
la province ont tellement lemy le peu de 
politesse que ce solitaire avoit acquis avec 
des personnel de la première qualité, tjuo 
c'est une témérité en luj insuportable que 
de se vouloir mester d'apostropher le plus 
grand Roy de l'Univers, tuy qui a présen- 
tement l'esprit si timilé que c'est tout ce qui 
pourroit faire que d'haranguer un mous- 
quetaire, s'il en éloit besoin, n II ajoute 
que 1 il peut compter le temps qu'il est 
relégué i la campagne par le nombre dei 
années de la naissance du Dauphin, b 

Outre les lettres et documents réunis 
dans ce recueil, le sieur de Chastres en 
possédait encore plus de trois cents u qui 
demandent le m£me sort de leurs compa- 
gnes. Vostre Majesté peut dire si la con- 
servation de ses vielles ne lui seroil point 
ennuyeuse, elles espèrent une réponce 
favorable, apr^s quoy le sieur de Chastres 
lei Tera hahiller le plus à la mode qu'il 
pourra. »... u ces écrits sont d'aiiei bonnes 



le Cabinet du Louvre ». Entin, dans un 
avertissement faisant suite aux deui dédi- 
caces, Candd de Chastres ajoute : h Pour 
faire paroistre ses lettres, prisonnières depuis 
un si long temps, on a fait toutes les ten- 
tatives imaginables pour les reblancbir, ou 
du moins pour les rendre un peu plus 
propre pour les faire voir h une cour aussi 
florissante que celle de Louis le Grand, 
mais la vieillesse a un brun et des rides 
qu'aucun artifice ne peut Ater. » Le recueil 
dut être composé vers 1688, car Candé de 
Chastres, dans ses épllres dédicatoires, fait 
allusion aui « harangues extravagantes des 
peuples de Siam et des Hiroquois » ; or 
les ambassadeurs du Siam furent refus en 
audience de congé par Louis XIV, te i^jan- 



oNava 






Le recueil a 
montreliê(ia'Xa7') en maroquin rouge, 
avec filets dorés et fleurdelisés sur les plats, 
ne fut pas offerte Louia XIV, et •■ présence 
dans les archivesdu Chapitre d'Angouliroe 
reste à expliquer. Parmi les chanoines de 
ce chapitre, ou n'en rencontre aucun, du 
nom de Candé de Chastres, auquel il aurait 
pu être transmis en héritage. 

Quelques pièces de ce précieux recueil 
ont été publiées eu iS6gparM. l'abbé Chau- 
met dans la Semaine religieiae du Diocise 
d'Angoalime. M. Jules Piorrot-Deseillignjr 
afait.le 6 avril 1 891 , au Congru scientifique 
international des catholiques, une commu- 
nication relative aul projets d'Antoine de 
Bourbon sur le Maroc. La traduction dei 
pièces arabes avait été conBée à M. Barré 
de Lancj. 



,Goc 



17^ 



M0< LAY ABDALLAH A ANTOINE DB BOUBBON 



XXXI" 



LETTRE DE MOULAÏ ABDALLAH A ANTOINE DE BOURBON 
(Tba»uct,o,) 



Antoine de Bourbon, roi de ^avB^^r '.conçul vers i5â9 le projet d'un établis- 
sement au Maroc et il entra à ce sujet en négociations avec Moula; Abdallah 
el-Ghûlib bi Allah*. Les pourparlers ayant abouti à la promesse de la cession 
d'un port du Maroc, le roi de Navarre fit proposer h Philippe II d'occuper 
en commun cette place. Antoine de Uourbon. dans cette combinaison, avait 
surtout en vue la poursuite de ses revendications sur la Navarre transpyrc- 
néenne, qui faisait partie du domaine patrimonial de la maison d'Albret; il 
se flattait d'amener à composition Philippe II, avec une valeur d'écbangc 
aussi importante que celle du port de El-Ksar es-Seghir situé sur le détroit 
de Gibraltar'. Mais la Navarre transp^rénéenne était trop nécessaire A la 



I . Antoine de Bourbon, roi de Navarre, 
pire de Henri IV. fiti de Charles de 
Bourbon, duc de Vendôme (i5t8-i56a). 
Il épousa en l5j8 Jeanne d'Albrel, héri- 
liire de Navarre, qui lui apporta on dot la 
principauté de Béarn et le titre de roi. 

1. Moult; Abdallah, fîh et successeur 
de MouUj Mohamined ech-Cheikh, le fon- 
dateur de II dynastie taadienne, retul II 
son avËDement le surnom de Et Gbdliti bt 
Altah (le Vainqueur avec l'aide de Dieu) 
90U9 lequel le plupart des historiens la 
désignent. Il régna de i556 fa i57^ et eut 
principalement i lutter contre les Turcs 
qui, BOUS la conduite du Pacha d'Alger, 
Hacsen ben Kheir-ed-Din, vinrent l'atta- 
quer dans le district de Fez. pris de l'oued 
el-Lehen(i&58). Les Turcs furent repoussés 
et se retirèrent i Badis. En i56r. Moula; 
Abdallah envoya ton jeune Ris Moulaj' 
Mohammed mettre le siige devant Maiagan 
avec une armée formidable ; les Portugais 
au nombre de a Goo se défendirent vaillam- 



ment sous la conduite do leur gouverneur 
Alvaro de Carvatho et. le 3o avnl i56a, ils 
repoussèrent victorieusement l'assaut de 
l'armée marocaine, qui se retira, ajant 
éprouvé de* pertes considérables. V. Doc. 
XLIX, p. 135. Les chroniqueur! et les 
historiens chrétiens font surtout mention 
des désordres de ce prince et de n sa vie 
porques. D'AcBiCHi!, t. III. p. itj. 

3. El-Ksar es-Seghir, sur la cûle de 
l'Andjera. h li kilomètres à l'Est de Tan- 
ger, en face de Tarifa et à l'endroit le plus 
resserré du détroit de Gibraltar (17 kilo- 
mètres). Ce port avait eu une grande impor- 
tance pendant la domination des Maures 
en Espagne ; il était le point d'embarque- 
ment des troupes que l'on faisait passer 
dans la péninsule. Après être tombé une 
première fuis en ruine, il fut reconstruit 
en 119a par Yakoub el-Mansour. Le t8 
octobre l458, Alphonse l'Africain vLntl'atta- 
quer avec une armée de 3a 000 Portugais 
et s'en empara. Cette place, après avoir 



, Google 



LETTRE DE 1 



AKTOI>E DE BOURBON 



sùrclé de la monarchie espagnole pour èlrc abandonnée. Pliiljppe II repouss 
dédaigneusement toutes les ouverlures de son cousin. Les rois Henri II e 
François II Turent tenus au courant des projets d'.\nloine de Bourbon et 
donnèrent secrètement leur assentiment'. 

Moulav Abdallah a reçu l'agent du roi de Navarre. — Les négociation 
ont marché à souhait. — // se félicite des bonnes relations nouées. 



l'iii Ramadan gCr> (juin-jiiillot i^ôq.) 

Au dos : Au Sullaii le plus élevé parmi soti peuple, le plus cou 
rogeux cl le plus inagnifît|ue d'entre les sujels de son royaume, celu 
qui nous témoigne de l'attacltcment par sa correspondance et se 
bonnes relations, qui est fastueux dans ses présents et se montr 
généreux tant dans sa Cour que dans sa nation, le sultan Antoine 
roi de Navarre, Dieu le conduise dans les voies de la grâce et d' 
l'orthodoxie, qu'il lui fasse apparaître les chemins de la lumièr 
qui conduisent celui qui s'y engage aux grands succès, lesquel 
amènent au chemin du bonheur ! 

En léle et à droite de. la lellre, le cachet du Sultan porte, sur cim 
lignes : 

i" ligne. — Le Vainqueur avec l'aide de Dieu, assez riche de pa 

Lui, pour se passer de tout, si ce n'est de Lui'. 
3* ligne, — Le Prince des Croyants. 



ri'siaté pendaot de longues années ai 
trepritei répétées des armées n 
fut évacuée, ainsi que la posilion <lu Sei- 
liai qui la commandait, eous le règne de Jean 
III. en 1 55 T. en même temps que celle d'Ar- 
zila. C'eslàlnrlqucCastcllaiioa.p.âi.dLtque 
la ville de El-Ksnres-Seghirs'appplait aussi 
Ksar el-Ketama et Ksar \bd el Kerlm. du 
nom de son fondaleur .\bd el Kerlm et- 
Kelami. Ces noms étaient dnon^ i la ville 
de El-Ktar el-Kebir. V. El-Bekri, passim, 
et El-Oufhàm. p. l33. On di-signait par- 



Tois la ville de El-Ksar ea-Scghir par li 
Domi de Ksar el-Masmouda et Kaar e 
Medjâi, le Ksar du Passage, i causa de i 
■itualion sur le détroit. Sur le Seinal, \ 
Doc. XXXVIII 

1. V Doc.XXXII-XUI. 

3. On sait que la langue arabe ne reçu 
devant aucune Isulnlogle, quand il s'ag 
d'aOirmpr l'unité de Dieu. La profpuinn i 
foi musulmane u Point de dieu, ai ce n'e 
le Dieu a est comme la source de tout 
ces tautologies. 



, Google 



170 LETTRE DE MOULAY ABDALLAH A ANTOINE DE BOURBON 

3* ligne. — Abdallah Mohammed (lecture douteiae). 
A* ligne. — Le Chérif, descendant de Hassen. 
5* ligne. — Dieu raffermisse son empire el rende puîssaote sa 
victoire ! 

Louange à Dieu l'élevé, le glorieux, l'unique dans son empire, 
qui n'a point d'associé, point d'égal, qui est trop élevé pour avoir 
une épouse ou un Bis, trop élevé pour qu'il puisse se passer dans 
son empire un fait contraire à sa volonté ; qui a clos la série des 
Envoyés par le prophète hachémite, arabe, notre seigneur et maitre 
Mohammed, élu parmi les descendants d'Adam, supérieur aux 
hommes du temps présent comme à ceux du temps passé, le der- 
nier des Envoyés de Dieu, qui le chargea d'une mission auprès de 
toutes ses créatures, celui dont la doctrine abrogea toutes les lois 
et toutes les religions qui existaient avant lui. Dieu le bénisse, 
ainsi que tous les autres Prophètes et Envoyés, et leur accorde à 
tous un salut qui durera jusqu'au jour de la Récompense I 

Et ensuite, celte lettre émane du serviteur de Dieu Très Haut, 
du Prince des Croyants, du Sultan des Musulmans, celui qui combat 
dans la voie du Maître des mondes, celui qui est favorisé de l'assis- 
tance, du pouvoir, de la victoire éclatante', le Chérif descendant 
de Hassen : que le Dieu Très Haut l'ait en sa faveur, l'assiste de son 
aide puissante et de son appui; qu'il rende souveraine sa victoire, 
heureux son siècle béni, perpétuelle sa gloire parmi les illustrations 
de la plus liaulc noblesse, qu'il rende son pouvoir élevé et haute- 
ment proclamé: qu'il lui facihlc la direction dans la bonne voie, 
qu'il éternise son règne et prolonge sa vie dans le bonheur I Certes, 
Dieu peut tout ce qu'il veut et est capable d'accorder tout ce qu'on 
lui demande. Il n'y a point de maitre en dehors de Lui. comme il 
n'y a point d'être adoré que Lui ! 

Au Sultan, le plus élevé parmi son peuple, le plus courageux el 
le plus magnifique d'entre les sujets de son royaume, celui qui 
nous témoigne de l'attachement par sa correspondance et ses bonnes 

I. Le Uite poTle ô"-^' 7^^-J '^ 1"' ^-'~* ^*^ '-^ ' Nou) r>%ons f*it viclo- 
. rieui pir une victoire lïclaUDte ». Sourate 

«si une riminiscencc du CoriD : Xla^i C' (A > ■ 



, Google 



>I'LAY ABDALLAH 



relations, qui est fastueux dans ses présents et se montre généreux 
tant dans sa Cour que dans sa nation, le sultan Antoine, roi de 
Navarre. Dieu le conduise dans les voies de la grâce et de l'ortho- 
doxie ! qu'il lui fasse apparaître les chemins de la lumière, qui con- 
duisent aux grands succès celui qui s'y engage I Dieu sauve les 
hommes qui suivent le droit chemin et qui s'écartent de la voie tor- 
tueuse qui égare. 

Le motif de noire lettre et la cause déterminante de l'envoi de la 
présente missive et de sa remise entre vos mains est l'arrivée devant 
Notre Haute Majesté de votre envoyé', qui nous a présenté votre 
lettre par laquelle vous nous demandez de déployer les ailes de la 
pacification et de l'amitié. Nous nous sommes réjouis de vous voir 
prendre l'initiative d'un appel à la paix et aux bonnes relations. 

Votre envoyé nous a expliqué ce que vous lui aviez recommandé 
de nous dire au sujet de vos intentions; il nous a proposé ce que 
vous l'aviez chargé de nous proposer pour vos affaires et vos intérêts. 
Nous avons favorablement accueilli ses propositions et l'extrême 
bienveillance que nous lui avons témoignée a comblé ses espé- 
rances*; nous déférons avec plaisir à vos projets. Nous avons tranché 
à votre profit la grave affaire qui était en question. Croyez à tout 
le bien que nous vous voulons et à toute notre amitié qui aura 
nécessairement pour résultat la réalisation de vos espérances. 
Sachez, également, que nous regardons d'un œil favorable vos 
intérêts, portés qu'ils sont sur la nuque de l'amitié sincère qui 
réalise les espérances, et sur la fidélité aux engagements, qui est le 
propre des souverains les plus nobles et les plus illustres. 
Voilà ce qu'il y avait lieu de vous écrire. 

Écrit dans les derniers jours du mois sacré de Ramadan, neuf cent 
soixante-six. 



I , Cet envoyé, qui est uoniiiié dans le 
document suivsnt, était le porlugaii Mel- 
chiorVaeid'Aieïedo. V, \i, 183. note 1. Son 
gend re, appelé Bariole méRabelo.ëtail agent 
du roi de Navarre au Maroc. Bha.ntûmk, 
t. IV. p. 36a. et I>oc, XXXVlIi. 

a. tj; ^ .U— j'i }. M. Barri de 
Lancv a traduit re pas^ofrn : c< jSous avons 
De Castbjes. 



! G jr . Outre ce que 
de choquant dan 



accordé de notre t 
rallait pour parfair 

lisant ij_ BU lieu 
celte interprétation 

lettre d'un Chérif à un prince chrétien, elle 
n'ett pas admiiïible grammaticalenient 
le pronom ailiie(lui) se rapportante l'pnvo 
ne laisse aucun doute sur le véritable sei 
1. — Il 



yGoOgll 



TIIAITK KNTRR l\Tni>R |>i; ]|OVIim>\ KT MOll.AV ArtDAI.I.AII 



TRAITÉ I-VTIIK A\TOI\K DK liol RBON KT MOLLAV ABDALLAH 
EL-CIULIB Ul ALLAH 



Fin Rimadtn gOG (juin-iiiilli'l ■'''>[).) 
»^' ùXJci ^\ } »^\ »j^ Jtjni Julj *J\ ^ ^1 (V->-l (^— *-' ■— *j^' 

t'Iacc du ratliol '. 

liUi Jj 4_;l ._/ ï5l_,JI ^y 

j^-il; J>/jdl Jj-Jl (,-lj «jUI 5% Cjjl liiU Jj-J <-ij C-iàl 

«jJU u |b j_^' 4l!l «^ jOjll jj.1 tVj/- >^^ ùl bJ—iji jjjl; 

I Ce cachet est identique à celui de la lettre précédente. V. p. i^i, note i. 



, Google 



TRAITA ENTRE AXTOINE DE BOURBON ET MOUI.AY ABDALLAH ï-jg 

ly J.J *fl._^ ^ -lUI ._^' jç.^1 JV.I tV_^ tu/^' "S-r"'* 
♦ ji\^\ JU Ifi-I ^UJl 1^4,1 jO^l jy.\ 

ti' L^"*l j^ ÂitU. iai-l oUaa^ *^ ô^jî'Jl (V */-^ "^^ /**-? 



, Google 



l8o TRAITÉ ENTRE 



ly:J j«iJI _^l ^^ j; «SI v^' JÏ>A' jy' 1^:1»^ O' Jf J 



, Google 



TRAITE EKTRE ANTOINE DE BOURBON ET MOULAY ABDALLAH lOl 

*iX. C jl .jUl 'ilU <I ^ ijHf <I I5» ^>. ji-J^I ^ t^j»-l 
jl U *lll i,j^ Ù^J^^ jf' S*- ^^ ù-^' ^'jî (ij^' r-r*^ 'j' ■* 

* *m a^' j^:^>Ll jmI i^ j_j» ^j 
* tlt-^jî til)^' -f IgU -i 

Archives da Chapitre d'AngouUme. — tiecaeU d'autographes intitulé : 
Corn ME Navarre, p. 190', 

1 . Le Irailé ceI contenu en otiUcr )ur lo plus linc al plus terréo el ollc c«l, cri outre, 
reclo d'une page de mêmes dimension* que dispoore gur deun colonnei. 
cbIIm de la lettre, mail l'écriture en est 



, Google 



1^2 TRAITÉ ENTRE ANTOINE DE BOURBON ET MOLLAY ABDALLAH 



TriMTF: K\THK \NTOI\K F)K 1)01 RDON ET MOIHÏ ABDALUll 
ELGlULIIi B} ALLAH 

(TH.m,ri,ON) 

Le roi de Navarre fournira au Ckérif une troupe de cinq cents hommes 
d'armes, une garde de trente hallebardlers et dix cavaiiers, ainsi (fue 
des munitions et du matériel de ijuerre. — Le Ckérif s'engage, en 
retour, à remettre au roi de Navarre lu rade de El-Ksar es-Seghir, où 
celui-ci pourra rebâtir la ville. — lUgtcment du droit d'aubaine, du 
droit d'épave et du rachat réciproque des captifs. — Le traité s'étend à 
tous les Français. 



Fin Ramtdan 966 (juiii-juiUcI i55g.) 

Louange à Dieu unique I 

De la pari du Prince des Croyants, du favorisé de la protection 
divine, du pouvoir et de la victoire éclatante, le Chérif de la des- 
cendance de Hasscn. Puisse le Dieu Très Haut le soutenir de la 
puissance de son aide, confirmer par son appui ses victoires, rendre 
fortunés son temps et son époque, perpétuer sa gloire, élever sa 
politique et lui donner de l'éclat, l'assister dans sa tâche, éterniser 
son règne, prolonger sa vie dans le bonheur; It est le maître de 
tout ! 

Il résulte de la démarche de l'envoyé du roi des Francs du pays 
de Navarre, envoyé dont le nom esl Melchior Vaez d'Azevedo', que 

I . Itrenlùmo raconlo que, rcicnart «11 ciiïojo pris du roi do Foi par Antoine Hc 

l56j de l'cipiklitioii de D. GarciadcTolcdo Navarre, lorsque ce priacc chcrcliail pir- 

contrc le l'eilon do Vcloz. il rencontra à tout des allivs contre l'Espagne pour l'aider 

Lisbonne le capitaine Mcrcliior « qui. ai ce k reconquérir son rovtumo ». Bhii!it6he, 

unautrecapilaînc, gascon colui-U, avaitétâ L. IV, p. 3(>3. 



, Google 



TBAITI^ FINTItD AMCIIM^ UK UOVHDON tT MOULAY ABDALLAH lS3 

notre Maître, le Prince des Croyants (Dieu Très Haut l'assiste!) 
leur accorde, ainsi qu'ils l'ont demandé, un traité de paix complet, 
général, durable et renouvelable à perpétuité, ayant pour objet une 
alliance offensive et défensive entre les deux parties, tant sur terre 
que sur mer. Le dit traité sera conclu avec des serments solennels 
et continué entre eux et leurs enfants, ainsi que l'a déclaré le susdit 
envoyé parlant au nom de son maître*, et du fils de son maître, 
l'ainé de ses enfants, seigneur de Vendôme ', 

Dès que' celte paix sera conclue et ratifiée, le capitaine susdé- 
nommé. agissant au nom de ses maîtres mentionnés ci-dessus, 
mettra à la disposition de notre maître le Prince des Croyants 
(Dieu Très Haut l'assiste!) cinq cents hommes d'armes chrétiens 
qui devront servir sous ses ordres, La moitié de ces hommes 
devra avoir pour armes, une arquebuse, une épce, un morion' et 
une dague ; les armes de chaque homme de l'autre moitié seront 
une pique blenz ', une armure ", un morion, une épée et une 



n maître. V. i 






^.M Doir. Dictionnaire, et Ecuilaï, au 
rool Daifa. 

a. Henri de Bourbon, ducde Vendâmc, 
devenu plus lard Henri IV. 

3. Le texte porte ôuJiII mot-i-mol : 
capuchon, Noun avons traduit par n morion »; 
c'était i celle cpoijun le casque du fantas- 
sin ol il rappolail un peu par sa forme et 
Ea poaition lur l'arrière do la tèle le capU' 
chon du burnous. Le Chirif veut peut-£lre 
designer une variété quelconque de casque 

i. Le tcite porle j!o_ fl^j et plua bae ; 

jiyl rU). On Irouvo dans lo Uiclion- 
naire géographique de YaLout 1 l'arlicle : 

jii;. 1. 1, p y^. 

dU) J*l -^X *?-*»■ r)^J 't"* '-^ 



Balaa:ou — l'icrtt avec un /d — lieu liiaê 
dans la nwr de l'Inde, pris de Ceylan; on 
en rapporte des lances légères, tris appriciées 
des habitants du payi, qui les paient un prix 
élevé, bien que cei armes soient sujettes à se 
briser rapidement, à ce que dit Nasser. Lei 
lances blem ou plutAt balamou avaient, d'a- 
près cette ctplicalion, des hampes oo bois 
très léger et pcul-èlrc en bambou : te mot 
bien: a dû arriver k désigner pai' la suite 
des tances dont la monture était en bois 
léger de provenance oiolique, qu'elles 
fussent do Balamou ou de tout aulro lîeu. 
Nous avons tu que, parmi les présents 
cuvojés au sultan de Fez par François I, 
se trouvaient r deux douieaines javelines du 
Brct.il ». V. Doc. |[l, p. 5. 

j. Le Icite porle : t^M* mol qui ne 
ra trouve pas dam le dictionnaire de Doijr, 
Kaiimirslti donne |>Our "Îx-^r^ sabre ù 



, Google 



|8/| TRAITlf. F>TnR ANTOINK DE BOLUBON ET MOULAY ABDALLAH 

dague'. Deux capitaines choisis parmi le»> meilleurs seront h la tête 
(le cette troupe. Le Prince des Croyants (Dieu Très Haut l'assiste et 
le rende victorieux!) fournira à chaque homme ce qui lui revient 
d'après son rang. 

Le capitaine susdit viendra comme ambassadeur et plénipoten- 
tiaire ; il sera accompagnt^ de trente hallebardiers* qui marche- 
ront devant le Prince des Croyants, tenant en main une lance 
dont le fer sera en forme de hache. 

Avec eux, dix cavaliers revêtus de pied en cap d'armures de fer 



/orje/ome.i 



l'on pourrait déduire «ppro- 
emant pour TuitA^ Ie 



: épé«à 
dewi maint; an Mil que c'élail une des 
armes des fanUuîni du xv[> siècle. Miii 
comme lei fintauini demandé* par le 
Chérir doivent déjk Jtre *rmé> d'une épée 



cotle dfl 



ig:il plutAt 



croyons 
d'une arme défenaive : 
haubert, et noua avons 



tradkiit nM^ par le lerme plua général al 
plua vague de armure. On rencontre ce 
mot quelques lignes plus bas dans une 
phraie où m sens de : armura. est bien 
déterminé par le contexte. Il t'agil en eOel 
de n cavaliers bardés de fer de la télé aui 

pieds » et il «si dit : ^ J^i Zj'oka^a <*fJ^ 

S\a^\ li! UVI ^ îiU. U terme 

ïwL- (longue cotte de mailles) n'est pas 
emplojé dans l'.^friqua barbaresque et est 
évidemment une réminiscence du Coran 
où it est dit à propos du prophète David : 



s lui :»-■ 






n former des cotte» de meillc:t. o 
me il s'ngit d'une troupe d'infan- 
terie, j'ai cru devoir employer dans la tra- 
duction les noms correspondant! à Terme- 
mont du fantastin Lee troupes y'ran^uïs ont 



à' travailler le 



él* très recherchée» des souverains du Maroc 
qui appn'ciaient Icursolldité et leur fermeté. 
Elles étaient dre^i'es k observer la disci- 
pline et il garder le silence dans les rangs; 
elles ne s'ébranlsienl pour la défense que 
sur lin commandement formel, s'avançaient 
avec mesure et en bon ordre, en un mot 
combattaient de pied ferme. <■ Sur les 
champs de bataille, dit Ibn Khaldoun. les 
Franc! tiennent ferme, ils ne connaissent 
que cela. par(« qu'ils ont été habitués t 
combattre en ligne, aussi forment-ila des 
troupes plus solides que celles de tout antre 
peuple. » Avec leur manière de combattre. 
les armées arabes, quand un premier élan 
ne leur avait pas donné la victoire, auraient 
été exposées i des déroules complètes, si 
l'on n'avait établi sur leurs derrières une 
seconde ligne de troupes immobiles, pour 
leur servir de point d'appui et de rallie- 
ment. Ce sont ces solides bataillont fraDcs, 
comparés par Isidore do Beja k des banc* 
de glace, giacialiter manent adttrieti, qui 
avaient arrêté la fougue arabe !i U bataille 
de Poitiers. 

Sur le mot ^l» V. Dozr. Dic(iaRnatr«. 

1. Le telle porte ; iJ-i^^J^ ^J 

hommes hallebardicrs I.e mol ^Jj»3jy •'»' 
la transcription arabe du mot espagnol 



, Google 



TRAITÉ ENTRE ASTOINE DE BOURBON ET MOULAY ABDALLAH 



l85 



et ayant chacun deux chevaux de France bardés de fer comme leurs 
cavaliers. 

L'ambassadeur en question se chargera de procurer au Prince 
des Croyants tout ce qu'il désirera en fait de munitions et d'armes, 
de poudre', de mousquets et de piques blenz, au même prix qu'en 
pays chrétien, ou bien le matériel nécessaire pour que le Prince des 
Croyants puisse en faire fabriquer comme il l'entendra'. 

Pour ce qui est des navires dont il aura besoin, ils seront amenés 
au port qu'il désignera. Quant à la poudre et aux pièces d'artifice 
qu'ils apporteront et dont aura besoin le Prince des Croyanls (Dieu 
Très Haut l'assiste !), il en remboursera la valeur en poids de 
cuivre. 

Le Prince des Croyants (Dieu Très Haut l'assiste I) leur donnera 
en retour la rade de El-Ksar es-Seghir ', pour y construire une 
citadelle où ils se fortifieront pour combattre leurs ennemis et ceux 
du Prince desCroyants(Dieu Très Haut l'assiste !). Ils l'occuperont 
et l'habiteront ; ils tireront profit de tout ce qu'ils y créeront comme 
plantations, cultures et pâturages, sans avoir à payer aucune con- 
tribution. Le Prince des Croyants (Dieu Très Haut l'assiste !) leur 
concédera la faculté d'y installer un marché hebdomadaire. Le 
Prince des Croyants leur permettra, de sa haute autorité, de se servir, 
s'ils en ont besoin, de contre-maltrcs et de manœuvres dont le 
salaire sera à leur charge, jusqu'à ce qu'ils aient terminé leurs 
constructions, amélioré le port susdit et rendu son accès facile 
pour l'entrée des bâtiments. Le Prince des Croyanls (Dieu Très 



I. jai\il aing jai Ce mot, d'âpre 
Quairemère, aprèi avoir déiigné une sorte 
de matière bitumineute (naphle). )iuis une 
composition faite avec cette «ubslaDce.B'em- 
ptojra soit BU singulier, loit au pluriel Isu) 
pour signifier la poudre et les pièces d'ar- 
tifice dont elle est I* base. Cf. Diclioiaiaire 
de Doïï. 

■A. Il semble que. dans le tolc arabe, 
cette fin de phrase devrait être ainsi cun~ 

struite it.'^ l^aïUa: [û^'ij .}'- ^ 

conjonction ji ne se rapporte pst évidem- 



ment au membre de phrase sMj «^\~t \e 

(JIjLaIII qui la précède immédiatement, 
mais à une phrase antérieure. Le sens 
complet serait celui-ci : a L'ambassadeur 
se chargera do procurer au Prince des 
Croyants loi'l tout ce qu'il désire en fait 
d'armes.,., soif lo matériel (en usage chez 
les chrétiens) nécessaire pour que le Prince 
des Croyants puisse en faire fabriquer lui- 
m^me, cumme il l'entendra. » 

3- Sur El-Ksar cs-Segbir, V. p. 17.^, 



DigHJzcdby VjOOQI 



|S6 TIIAITK liSTIlK ANTIIISK »K IIUUIIIWfN BT MOLLW \III>ALLAI1 

Haut l'assiste !) mettra à leur disposition des hommes pour les 
garder de jour et de nuil. jusqu'au complet achèvement des travaux. 

Si des \fusulmans voulaient aller en course avec des Chrétiens 
français dans leurs vaisseaux, ils prendraient leur part du butin. 

Tous les bâtiments des Chrétiens français, qu'ils soient marchands 
ou corsaires, lorsqu'ils seront poursuivis par l'ennemi, ou qu'ils 
viendront trafiquer, entreront dans n'importe quel port musulman 
des Etats du Prince des Croyants (Dieu Très Haut l'assiste î), où ils 
pourront aborder. Ils n auront, dans ce cas, à payer que la dlme. 

Lorsqu'un négociant français mourra dans les Etats du Prince 
des Croyants (Dieu Très Haut l'assiste !), sa succession sera recueillie 
jusiju'au jour où elle sera remise à quelqu'un qui la fera parvenir 
aux ayants droit'. 

Quant aux navires français endommagés par la tempête [et jetés 
à la cùte] dans l'étendue des Etats du Prince des Croyants (Dieu 
Très Haut l'assiste !), il ne leur sera pris ni marchandise ni hommes. . 
Los Musulmans, moyennant salaire, prêteront aide aux naufragés 
pour opérer le sauvetage et ceux-ci retourneront chez eux sans 
souiTrir aucun préjudice'. 

Ce traité s'étendra à tous les Français, de quelque pays qu'ils 
soient, qu'ils appartiennent aux Etats du roi de Navarre ou à ceu\ 
du roi de France, puisque le roi de France est l'oncle de celui avec 
qui la paix a été conclue et que ce dernier a pris la responsabilité 
de tout tort ou dommage qui viendrait du fait de son oncle, le 
sultan de France'. 

Tous les captifs français qui dépendent du Prince des Croyants 
(Dieu Très Haut l'assiste I) ou de quiconque résidant dans ses Etats 
pourront <;tre rachetés, moyennant une rançon qui sera pour cha- 



I, Le droit d'aubaine, c'c^l-àdirc le l'Assemblée Constitutntc proclama l'tboli- 

droil pour lo roi ou le seigneur do rolenir lion complète du droit d'aulninc et liissa 

tou> les biens d'un clrangcr (aubain) drcédù aui ctrant-crs la faculté de transmellre Icun 

sur leur» terres, >c niiintinl trùs longtemps biens ah inlcttal ou |>ar testament, 
en Europe. Liorsque les relations interna' 3. ly; droit d'épave, appelé aussi droit de 

tionales sVtendircnt, les Puissances clier- vni'cc/i, otait alors admis en Europe, En 

cbéreut ï l'abolir par voji: du ri'ciprocité, vertu de co droit, lu roi ou le seigneuT 

ou tout au moins ù lo rcmj)Uc:er par un devenait propriétaire a des cIiomis venantes 

mpte prélèvement sur les successions. et arrivantes k la cosie a. 



Co fut seulement au mois d'aut'lt 171^ ({ue 3. Henri il. 



, Google 



TRAITÉ ENTBE A^TOI^E DE BOURBON ET MOULAT ABDALLAH 187 

cun de quatre-vingts onces lourdes. Ils acquiKeroiit celte somme 
en munitions et en armes fabriquées. Cependant on ne peut empê- 
cher personne d'avoir un esclave français dans toute l'étendue du 
pays du Prince des Croyants (que Dieu l'assiste !). 

Lorsque des Français amèneront des captifs de Castille ou de 
Portugal, notre Maître (Dieu Très Haut l'assiste !) leur donnera en 
échange des captifs français. 

Toutes les fois que le Prince des Croyants appellera à son secours 
des Français, ils lui fourniront ce dont il aura besoin soit en hommes, 
soit en matériel sur terre et sur mer. 

Ils ne devront pas inquiéter les négociants chrétiens autres que 
les Français qui seront trouv<5s porteurs de patentes du Prince des 
Croyants (Dieu Très Haut l'assiste !), leur assurant la sécurité pour 
l'entrée dans ses Etats et les autorisant à se présenter devant Sa Sei- 
gneurie; et, soit qu'ils viennent vers nous, soit qu'ils reviennent 
de chez nous, il ne leur sera causé aucun préjudice '. 

I . Les clauses de ce traite furent Gdèle- lettre du duc d'Albuquerque au roi d'Es- 
ment exécutées par le roi de Navarre, aiusi pagne du 17 février ijiio. SS. Hikt. .Mabou, 
qu'il résulUs du Doc. XL. p. ïui vl d'une i'" série, I. V. 



DigHizcdby VjOO^ 



I.KTIKKS in: CHïMUNW 



WXIII 



LKTTRE DK CHANTONAV \ PHILIPPE 11 
(Extrait) 

// est allé avec le comte de Baendia, récemment arrivé à Blois, saluer la 
Heine Mère, paix il.i ont rendu fisiti: à Monsieur de Vendôme. — Ce 
dernier se félicite d'avoir été choisi pour accompagner la jeune reiiu 
d'Espagne ù la frnntibre et de pouvoir, en celte circonstance, rendre ser- 
vice à S. M. — Vendôme a fait confidentiellement aux ambassadeurs 
espagnols des ouvertures sur la cession éventuelle à Philippe II d'une 
place marocaine. 

Blois, t novembre i55p. 



Pour ce que j'oy envoyé en divers lieux ceulx de mes gens (jui 
me servent d'escriprc en espaîgnol, pour sçavoir nouvelles du 
navire, dont jusques à ceste heure je n'ay rien peu entendre, ny sont 
relournei! mes gens, il plaira à Vostre Majesié prendre de bonne 
part que ceste voise' en françois. 

Et est pour respondre à celles qu'il a pieu à Vostre Majesté 
m'escripre par Mons' le (lonte de Buendia ^, lequel est arrivé par deçà. 



1. Thomas l'errp 


nol de 


ChonloiiBj, 




■iBc^a 


KO<.e,M5ii. 


mort il Anicrs cri 


h-^. rLiit TaiW d.s 


ciifiriU du Chsiic<:lie 


di^ Gr 


<,^M■. Il r,.t 




,.[,<■ Il 


V,, Krd.ice d<' 


.55g à .564. 






1. VoiK|.ille|. an 


demie 


orme lerbale 


du lubjonclif prcscnt 


tombée 


en désuéludc 



venue du verbe latin i-jilere, comme 
Jicalir: je vaik. tu vas, etc. 
. DonJuandoAcunB.comtedeBucndii. 
)usȕdour cilraordintire do Philipic 11, 
l leiiu k Blois û la Bu d'octobre i5."j 
r saluer, de la part de ton maître. U 
icesie Elisabeth. U reine d'Espagne. 
uil qu'Élisabetli de Valois, GUe ik 



, Google 



CHASTONAV \ PHILIPPE II 1 89 

Estant arrivé hyer le Roy Très Chrestien, je feiz advertir Monsieur 
le Cardinal de Lorraine' du désir que ledit sieur Conte avottd'avoir 
resolution de ce qu'il avoit proposé, et que pour cest eflect et que 
j'avoys aussi lettres de la part de Vostre Majesté en credence, nous 
desirions sçavoir le temps auquel commodément nous nous pour- 
rions treuver vers ledict sieur Roy et les Roynes. Il me fut mandé 
par ledict sieur Cardinal que aujourd'huy il nous advcrtiroit. Aînssi 
a esté envoyé cest après disné devers ledict sieur Conle le sieur de 
JarnachS lequel nous a conduict en Court, où nous avons treuvé 
premièrement la Royne Mère, k laquelle ledict S' Conte a repnns le 
contenu de sa charge, declairant combien Vostre Majesté desiroit la 
briefveté ù t'en cheminement de la Royne. Sur quoy a esté respondu 
que de leur coustel l'on se donnoit toute la hatte possible. 

Dont là nous sûmes allez veoir Monsieur de Vendosme, qui estoit 
au Hct pour un accès de fiebvres qu'il a heu qui luy a duré vingt 
quatre heures. Et estoit Madame de Vendosme, sa femme, assise 
emprès de luy. Il me semble que cest office se debvoit faire, pour 
ce que tous deu\ se sont ouiïers d'accompaigner la Royne jusques 
à la Raye d'Espaigne', voires jusques à Toledo, s'il plaisottà Vosti'e 
Majesté. L'on a accepté leurs oufTres, de sorte qu'ilz yroni jusques 
Ti ladicle Raye, et plus avant, si Vostre Majesté le veult. 

Ledict S'' de Vendosme a beaulcop estimé ccste visite, encotres 
que ledict S' Conle l'a fait comme de luy mesmc, disant que Vostre 
Majesté ne s^avoit à son parlement que ledict S' de Vendosme 
fust en Court, mais sçaicbant l'affection que Vostre Majesté luy 
pourtoit, il n'avoit semblé convenable d'obmectre cest office, et 
luy declairer la cause de sa venue. Sur quoy ledit S' de Vendosme 
luy a fait de grandz remerciemens, et semblablement ladicte dame, 



Henri II et de Catherine de M^icis, s[jrès 
avoir élé demandée par Philippe II pour 
■on fits Don CarloE, avait été mariée par 
procuration k Philippe II lui. même, en 
vertu du traité de Cateau-Cambrésis 
(a avril 1559). 

I. Charles de Guise, dit le Cardinal do 
Lorraine (lâaâ-iS^i). 



3. Gui Chabot, Seigneur de Jarnac 
l'adversaire de La Chataigneraje dans le 
fameux duel du 10 juillet 16^7. Il s'éltit 
attaché BU parti deiGuise qu'il servait avec 
dévoùmenl. 

3. La Raye d'Eipagne, c'est-b-dire la 
fronliÈre il'Espagnc. Raye est la francisa- 
tion du mol espagnol raya. 



yGoOQ 



ir|0 LFTTRKS DE CHANTONAY A PHILIPPE 11 

et luy ont compté combien îlz estimoicnt ceste charge de la con- 
dutcte de la Roync, s'oulTrans bien fort de servir à \oslre Majeslc 
en tout ce qu'il pisiroit leur commander. El nous faisant approcher 
de son ticl, et retirer tous les aultres. a reprins ce poinct de l'affection 
qu'il avoit de faire service & \ostre Majesté, disant que. comme 
Vostre Majesté par cesie paix avoil tenu regard U la restitution de 
bcaulcop de gens en leurs biens, il avoit tousjours désiré s'employrr 
en clioscs dont Vostrc Majesté reccut tant de service qu'elle eut 
soubvenance aussi de luy, et que. s'il plaisoit à Vostre Majesté luy 
commander, il avoit moyen de luy faire ung service notable pour 
la tranquilité de l'Espaigne. et recouvrement des perles faites en 
Barbarie*, auquel lieu il avoit Intelligence pour faire mcctre es mains 
de Vostre Majesté une place très importante, et cecy a\ec ung yrand 
secret, et m'enchargeant bien expressément d'en advertir \oslre 
Majesté. Je pcnsay en tirer daventaige pour sçavoir plus particuliè- 
rement quelle place, mais il m'a dit que pour ce cop il ne le diroit, 
et, si Vostre Majesté gousloit de ceste pratique, il se declaireroit 
plus avant, et ne proposeroit rien qu'il n'alla luy mesme exécuter. 

l>e liloys, ce premier de novembre i.*>."i(). 

l)[o] V|nstre] M[ajcsléj. 
Ti'ès-liumblo et Irès-obeissant vassal et serviteur. 
Pcrrenot. 

A rchires Aatianales. — Collection Simancas. K. 1^i92, n" 75. — 

Orifiiniil. 

I. L.B tiluation (loi Ksp»gno!« en Barbs- iiiqiiii'ter ; le comte d'Alcaudèle veniit 

rie i-tail. i coUe r[)oqiic, a>M-z précaire : la d'i'choiirr dans «on cnlrepriie aur Mofli* 

forlercasp du Pciioii de Vcicj Ipiir avail i-U- ganem (ïG aoiil i558> cl la retraite de 

reprise en |5'J3 par les liaLitonls de Badi', l'armée c<|ia^nola avait ilé désastreuse, 

et l'occiipalion de celte place par les Tiirc^. Knilii, la ville d'Oran riait bloquée par ks 



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IIIUI.IPPR II 



XXXIV 

LETTRE DE CII\\TO\AY \ PHILIPPE II 

CExt.,it) 

Veiïfiôme insiste pour avoir ta réponse de Philippe II à sa proposition. 



Au dos : Recibida a XXI dei mismo. 

Mous' de Vaiidoma me lii/o grande iiistancia, quando fui acom- 
panar la Reyna nuestra Senora, que yo solicitasse la respuesta de 
V, M. de lo que le propusc en la caria que llevo el conde de Buen- 
dia, di/iendo el de Vandosma lo que desea ser empleado por V. M., 
y que, scgun V. M. salière a recibir la volunlad qu[r] el tiene, decla- 
rara mas su intencion, la quai tiene por muy clerla y facil y en gran 
bénéficie de los Reynos de V. M. 

De Blois, a los dos de deciembre i ôo^. 

D[e] V[uestra] M[agesta]t. 
Humilde vassallo y cryado, que sus reaies manos besa. 
Perrenot. 

Archives Nationales. — Collection Simancas. K. U»92, n" 82. — Ori- 
ginal. 



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LKTTBK DE PHILIPPE II * CHA! 



XXXV 



LETTRE DE PHILIPPE II A CHANTONW 

(Eitrait) 

Philippe H repousse les ouvertures ijuc lui avait faites Vendôme sur un 
projet d'entente commune pour occuper une place de la côte marocaine. 

Tolède, 3h d^mbre iSS^. 

Au dos: Al Embaxador en Francia Mos' de Xantone*. De Toledo, 
a XXIin° de deziembre iSôg. 

La visita que hizo e1 Conde de Buendia al SeRor de Vandome 
y a su muger nos parescîo muy a proposito. Y en lo que toca a lo 
que os dixo que ténia medio de hazernos aver a las maaos una 
plaça en Berveria, lomismo nos ha dicho aqui don Pedro de Labrid* 
de su parte. Y le respondimos que, sin saber que plaça era ni el 
medio que lernia para liazer lo que dezïa, no teniamos que dezir 
mas de agradescelle su buena volunlad. 

Archives !\alionales. — Collection Simancas. K 1Ù93, n" 13. — 
Minute originale. 

I. M. de ChaDlona^f. du député béarnais, mais qui avail pour 

3. Pierre d'Albret. 11 était 61s naturel objet réel les éternelles revendication» de U 

d'HfluH d'Albret. roi de Navarre. Antoine maison d'Albret. Cf. DiTHou.t.llI.p.iiS. 

de Bourbon l'avait envoyé auprès de Pierre d'Albret fui évéque de Commiiiges 

Philippe II, avec une lettre de créance qui de i56i h i5C8. 

ne partait que sur les demandes personnelles 



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: PHILIPPE U A CHANTONAY 



193 



XXXVI 

LETTRE DE PHILIPPE II A CII\NTON.VY 
(Extrait) 

Philippe II a ea connaissance des armements que font quelques corsaires 
dans des ports français. — // charge M. de Ckantonay de s'informer 
par tous les moyens de l'expédition projetée par ces corsaires. 

Tolède, 1^ décembre i55g. 



Au dos: Ai Erabaxador en Francia. De Toledo a xxiv" de 
deziembre lôSg. 

Lo que se a d'escrevir al embaxador de Francia, es lo siguiente. 

Tambien se a tenido aviso que un Melchior Vaez de Azevedo y 
Beltran de Aguirre', vezino de Alça', média légua de Bidarte", 
tienen armada una galera o patache, con inlento de yr a las Indias 
a hazer dafio, por ser, como diz que son, cosarios, y un Juan Bel- 
tran, natural y vezino de Sant Juan de Luz, y Marticot de Ospital*, 
que diz que es tanbien cossario, y fue en rrobar la cibdad de San- 
tiago de la îsla de Cuba, que es en las dichas Yndias, hazen un 
navio qu'ellos Uaman galera, para yr los dos a juntarse con otro de 
Cabretan^, llamado el capitan Noballas, para passar a las dicbaa 



t. Bertrand Agairre, dansDoc. XXXiX. 
C'esl étidemmont le capitaine gascon dont 
parla Brantânie. V. p. 181, note 1. 

a. Altre, dans Doc, XXXIX. 

3. Bidache, dans Doc. XXXIX. 

4. Municol de L'Hoapital, dans Doc. 
XXXIX. 

5. Le Cap Breton, pelil pori sur Ib cùXc 

De Castries. 



de Guienne (département des Landes, 
arrondissement de Dai). Cctlc ville jouit 
d'une grande prospérité commerciale, quand 
l'Adour, obstrué par le sainte, se creusa un 
nouveau lilen i36o; elle l'a perdue, depuis 
que l'Adour a repris son ancien cours, en 



DigHJzcd by VjOOQ il 



IQÂ LETTRE DE PHILIPPE 11 A CUANTONAV 

nuestras Indias. Y porque conviene que seamos avisados de lo que 
en esto passa, y que navîos tiencn armados, o tratan' de armar, el 
dicho Melchior . Vaez y Reltran de Aguirrc, y los que annavan 
BcUran y Marticol, y que gentc y bastimento meten en ellos, y en 
que puertos se arman, y a que partes se dize que quiercn yr, yo 
vos encargo y mando que procureis, por todas las vias que ser pueda, 
de 08 tnformar de lo que en esto passa, y etnbiarnos relacioo de 
todo muy por estenso. Y Iiareys la diligencia que os pareciere que 
conviene para que, hallando ser ansi que se arman con intento de 
yr a las dichas nuestras Indias, se dcsarmeri y no se de lugar a que 
salgan. 

De Toledo, a',.. 



Archives Nationales. — Colleclhn Simancas. K. ii93. 
Minute originale. 

I. « Quels »od1 les DtvîrM qu'oQttrisé. Aguirre. a 
ou lont en train d'armer, Icsdits Vaei et i. Date laitu^e en blanc. 



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LETTUE DE rUlLIFPE U A ANTOINE DE BOURBON 



195 



XXXVII 

LETTRE DE PHILIPPE II A ANTOINE DE BOURBON 

Philippe II remercie Vendôme d'avoir accompagné la jeune reine d'Espagne 
Je Dlois à Boncevaux ' , mais, ne voulant recevoir de lui aucune ouverture 
sur ses projets, il lui écrit de ne pas se déranger pour venir le saluer 
à Tolède. 

Tol&de, 8 janvier ijbg |i56o]. 



Suscriplion, alla manu: A mon cousin, le duc de Vendoamc, 
Prince de Béarn*. 

Mon cousin. 
Ce m'a esté bien grand plaisir d'entendre par le sieur Dan- 
draulx*, porteur de ceste lettre, la bonne disposition où il vous 
avoit laisse avecq ma cousine, vostre bonne compaigne. Et pouvez 
bien penser que je ne doibz avoir eu moins agréables les bonnes 
nouvelles qu'il m'a aussi dit de la Ro^ne Ma Dame\ et du bon 
succès de son voiage, desquelles je ne voeulx obtyer de voua 
mercyer bien aOectueusement. 



I. La rcoilsc de la princesse Elisabeth 
aux gentilshommes espagnols, d'aprts le 
traite Je Catcau-Cambriïsîs, devait se Taire 
i la frontière des deux roj^aumei. Malgré 
les prétentions des ambassadeurs do Phi- 
lippe II, Antoine rcrusa de reconnaître les 
P)rréni5ei comme la limite de set états et 
accompagna la princesic jusqu'à Ronce- 
vaux, nui confins de la Navarre espagnole. 
Cf. Niijoc. joiis Françoia II, p. 17!, et Dk 
RuBLE. t. n, p.84. 

3. Philippe 11 alTrf te de ne pa« donner à 
Antoine de B«url>on le titre do Itoi de 



Navarre ; de même, quelques lignes plus 
bas. il appelle Jeanne d'Albret ; « ma 
cousine, vostre bonne compaigne, u 

3. L'cnvojé d'Antoine de Navarre ■'ap- 
pelait Jean Claude de Lévis, sieur d'Odaux 
oud'Odozen Bigorre. Il était porteur d'une 
lettre pour Philippe II, dans laquelle An- 
toine demandait i son cousin a la per- 
mission d'aller \<iy balior la main. » Cf- 
De Thou, t. m, p. 4iS. 

i. La princesM Elisabeth, quin'avaitpas 



yGoOQ 



11)6 LETTRE DE PHILIPPE II A AKTUI^iE DE DOUttBON 

Et quant au dc^sir que vous m'cscrlpvez avoir de passer deçà 
avecq ma dicte cousine vostre compaîgne, vous entendrez, par le 
rapport dudict sieur Dandraulx, les causes et raisons évidenles pour 
quoy il me semble que ceste peine se tloibt excuser. Auquel je me 
réitre pour éviter prolixité. Et atant', mon cousin, je prie à Dieu 
qu'il vous ait, avec ma dicte cousine, vostre compaigne, en sasaincte 



De Toledo, le 8° de janvier lÔSg'. 

Vostre bon cousin, 

Signé : Yo el Rey *. 



Contresigné : Courteville". 



Archives du Chapitre d'AngoaUtne. 
CoDR DE Navarre, p. 2/0. 

I, Etataiil,... pour: Et sur ce,.,. 

3. Philippe II, »ï«p1 d'onïoycr ï Ven- 
d6me un meissgo auisi cavalier, a'i^Uil 
aseuré auprès do Sf bastion de L'Aubeipine, 
RmbBssadeiirde Francrr. que le roî Krançuis II 
n'était pour rien dans la démarclie faite par 
Vcnd6me. La Icllrc que nous reproduisons 
ci-dossii9 a M cortainemcnt connue de 
riiiitoricaDeThou.quienrapporlela teneur 
très ciactomcnl. Le sire d'Odaui (Jean- 
Claude de Lévis). écrit De Thou, deiait 
dire i Vendùme « que, quand il voudroil 
traiter des aflaires de celle nature, il êtoit 
inutile que la Reine, ion épouse, et lui s'ex- 
posassent aux fatigues d'un long voyage. . . » 
De Thou, t, III. p. ^,ag. 

3. Nous avons restitué en léte de ce do- 
cument la date de i56o. Celle de i55g 
portée sur l'original est manireslcment In- 
eiacto, la pièce ci-dessus dciant se placer 
sans aucun doute entre les documents qui 
précèdent et ceux i\a,\ suivent. Il ne peut 
être d'ailleurs question d'une correction de 
style i faire subir au millésime, puisque la 
date est postérieure au i" janvier et que 
ce millésime resleniit le mi!me, que le point 
do départ de l'anoéc fût compté i partir de 



- Hecueil d'autographes intitulé: 



^oé1 ou à partir du i*^' janvier. Rappe- 
lons que c'est i \a ùa du xvie siècle 
que lo atjle du i^*" janvier remplaça 
dana loule l'Espagne le style de IN'o^l 
adopté comme point do départ de l'année. 
G [HT, p. laO. Ucux liypotbèses sont admis- 
sibles pour expliquer celte erreur de date: 
ou bien le secrétaire, écrivant dans la pre- 
mière semaine d'une année, aura par dis- 
traction daté sa lettre de l'année précédente; 
ou bien le roi d'Espagne, corrcspondanlavec 
un prince français, se sera servi du Gl)le en 
usage ï cette époque h la chancellerie 
royale de France, c'est-à-dire, comme on 
sait, le style de Piques. 

i. En Casiille. Sanche IV (iiSj-iigS) 
établit l'usage d'ajouter au protocole Gnal 
la signature autographe du roi sous la 
forme : Yo el ftey. Girï, p, 8o4. 

5. Josse de Courtoville (allas Corteville), 
Secrétaire du Ckinscil des Étais des Pays- 
Bas. grelTier de la Toison d'Or. 11 suivit 
Philippe II en Espagne comme Secrétaire 
d'Ëtal et revint en Flandres avec le duc 
d'\lbe; il mourut en l^-ji. Fohmbor, 
I. IV, p. 3^6; Cabié, pp. 37g, âio> 43o. 



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LETTRE DE CHANTOMAÏ A FHIUPPE « 



■97 



XWVIII 

LETTHE Dli CIIANTONAY \ PHILIPPE II 
(Extrait) 

Les armements ilu corsaire Melckior Vaez et de ses compagnons ont pour 
objet le port de Laroche et la côte marocaine. — M. de Vendôme les 
a chargés de porter des présents au Chéri/ et il espère la cession (Tune 
place près de Ceuta pour en faire hommage à Philippe IL — // se fait 
passer auprès du Chéri/ pour être aussi puissant que le roi de France. 

Itlois, 17 janvier i5l)o. 

S[acra] C[c8area] R[egîa] M[agestad]. 

De Melchior Vaez y de sus compaûeros no me ha sabido dar 
certidumbrc alguna el Almiianle', porque el Cabrelan y los ostros 
puertos en que estan los navios que Vuestra Magestsd escrive, son 
del Almiràntazgo de Mos'. de Vandosme, como govcrnador de la 
Guienna. Yohe embiado por toda aquella Costa, y espero respuesta ; 
y lo que yo puedo alcançar d'esle negocio es que estos van a La 
Hache a Uevar algun présente al Xarife île parte de Mos. de Van- 
doma^, el quai prétende tencr grau parte con el por via de Barlo- 
tome Rabelo. yerno del dicho Melchior, el quai lia ydo ya algunas 
vezes con despachos de iina parte a otra ; y, a lo que yo he enten- 
dido del einbaxador de Portugal, el quai de suyo me ha contado 



r. GaîparddcColiBnj.AmirtideFranw!. 


3. Les mots soiilJgrics sou' 


t en chiffrca. 


dil lAmirat de Chillitton, ni b iG Tévrier 




utés en Inter- 


157». 


lignes. 





,Gi 



igo LETTBE DE CHANTONAY A PHILIPPE II 

todo csto, el diclio Vandoma piensa, con el favor del Xarife, lomar 
una plaça para hâter una fuerça, ccrca de Zaï/aer', y la dicha 
plaza se llama Ceynal. cerca de Ceata ; y dixome el Embaxador 
averlo cntendido del diclio lîabelo, al quai ha embîado ahora a 
Portugal, y avisado con cl de lodo esto ; y que no le avian rcspon- 
dido a ello, y pcnsava que los Portagueses lo querian comunicar 
con Vucstra Magcstad, y a esta causa tardava su respuesta. 

Yo lie pcnsado sobre lo que me ha dicho el Embaxador, y no 
he querido darle a entcnder lo que Mos. de Vandoma ofrecia a 
Vuestra Magcstad ; mas yo pienso que la plaza de que queria hazer 
servicio a Vuestra Magcstad* dcve ser Zaguer y aqucUa plaza de la 
fuerça, que, scgun pienso, no dcve ser muy lexos de Tarifa. Dize 
que Rabelo da a entcnder al Xarife <jue Vandoma es olro lley pode- 
roso como cl Ucy de Francia ; y cierto el mismo me ha dicho a my 
que esta seguro que tiene gran parte con cl. 

De Bloys, a xvii de Enero i56o. 

De V[uestrii] M[agesta]t 
Muy humilde vassallo y criado, que sus Heales manos besa 
Perrenot. 



Archives Nalioiwlex. — dulleclion Si 
Original. 



K. 1^93. n" 30. — 



I. Zagatr pour Es-Scghir. Iranicriplinn 
ccourlée de EI-Ksbt esScghîr. La place 
voisine de Zaguer que convoilail VenHAme 
el fa laquelle fail allusion Chanlonay est bien 
h forteresse du Ceynal (Seinal). Cette for- 
teresse n'étsit pas àim les environs de 
Ccuta; elle avait clé élevée en iôJq par les 
Portugais sur un sommet voisin de la ville 
de El Kur. avec laquelle elle ne rormait. 
en réalité, qu'une seule el mémo place. A 
cette date, lo chérif Moula; Mohammed- 
ech-Chcikh venait de s'emparer de Fez. et 
le roi Jean Itl, redoutant ta marche en 
avant, avait donné l'ordre de fortifier celle 



poiition du Cei^nal qui connus ndait ï la 
fois la ville el le port deEl-Ksarcs-Seghir. 
On a vu que les Portugais évacuèrent la 
lilloel la forteresse en i55i. Cf. Fhàr- 
cisco i>'ANi>R*DJt, fr. 4i el ss. 

1, On peut admettre qu'Antoine de 
Bourbon, qui poursuivaitauprtide Philippe 
K ses revendications sur la Navarre espa- 
gnole, avait l'intention de faire hommage 
de la place de EI-Ksar es-SeghIr au roi d'Es- 
pagne, qui. en retour, aurait reconnu le» 
dreits du mari de Jeanne d'Albret sur le 
venant Sud des Pjrénéos. 



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LETTRE DE FRANÇOIS tl A ANTOINE DE BOURBON 



XXXIX 

LETTRE DE FRANÇOIS II A ANTOINE DE BOURBON 



Frani;ok II a été averti par l'ambassadeur d'Espagne des armements pré- 
pares par des corsaires dans les ports de la Guienne. — // prescrit 

sévèrement à son oncle, le roi de Aai'arre, de les surveiller et de s'a 
(ju'aucane entreprise n'est dirigée contre les possessions espagnoles^ 



i559(n. 91. i56o.) 



Suscription, alla manu: A Mon oncle, le Roy de Navarre. 
Mon oncle, 

L'ambassadeur du Roy d'Espaigne, mon bon frère, m'a laicl 
entendre avoir cslc adverly d'Espaigne qu'il y a certains mariniers, 
nommez Melchio Baîz de Azevodo et Bertrand Agairre, demou- 
rans à Altre, près de Vidache; qui ont armé ung navire pour 
aller aux Indes et se joindre avec ung nommé Jehan Bertrand, 
de Saincl-Jchan-de-Luz. et ung antre nomme Municot de L'IIos- 
pitai, qui ont pareillement arme une façon de gallaire pour se 
mectrc sur la routte des Indes, et pirater, [et] endommaiger les 
subjcclz du Roy d'Espaigne, mon bon frère. 

Et, pour ce que c'est chose que je ne vouldrois nullement du 
monde cndurei' ny permectre que aucun de mes subjectz entre- 
print chose qui leur tournast à aucun préjudice ou dommaige, je 
vous prie, mon oncle, envoler sur les lieux pour vous en bien 



. Fniin 






des de^ieins de son oncle sur le Maroc 
(V. Doc. XL, p. îOï), semble n'avoirccrit 



celte lellrc que pour cniltiriiiir 
de ['ambassadeur espagnol. 



défiance 



ïGoogI 



300 LETTRE DE FRANÇOtB II A ANTOINE DE BOURBON 

informer et faire faire bien expresses dcffenccs à ceulx-là, s'iU sont 
encore» en mes portz et havres, qu'ilz o'ayent, sur peine de la vye, 
à aller es terres que appartiennent audict Roy d'Espaigne, mon 
bon frère, et donner aucun trouble à ses subjeetz, ny partir de 
mesdictz havres sans vous avoir, à vous qui estes Admirai de la 
mer de Guyenne, donnt! asseurance du lieu où ilz veultent et se 
délibèrent aller, afin que vous en soiez tant mieulx informé et 
que. s'ilz alloient au contraire, l'on en puisse savoir la vérité pour 
les en faire très bien chastier, vous priant, mon oncle, m'advertir 
de ce qu'en aurez trouvé pour en respondre audict ambassadeur, 
priant Dieu, mon oncle, vous avoir en sa saincte et digne garde. 
De Bloys, ce xi\' jour de janvier 155]). 
Signé: Françoys. 

Contresigné: Roberlct'. 

Archives du Chapitre d'AnijoiiUme. — Recueil d'autographes intitulé: 
Cour de Navarre, pp. ai3-2i/|. 

I. Florlmond Roberlcl. sÎRur do Frpinc-i et do Jeanne Le Viilo, Sccrelaîro d'Élil 
etUGrango-de-Cbjc.ntïdcJoinnalNirtcl do i558 ï 1567. 



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LETTRE DE 1 



L AUBBEPINE 



LETTRE DE GEOFFROY DE BL ADE ' 
L'AUBESPINE ' 



A SEBASTIEN DE 



// lionne des rlétnlU sur la mission envoyée au Maroc par Antoine de 
liourbon. ■ — ■ Le sieur de Monl/orl tftail ckarr/é de poursuivre les négo- 
ciations avec le Chérïf. — Gentilshommes faisant partie rie l'expédition. 
— La mission, après avoir débarqué aa Cap-de-Guir. a gagné Fez par 
terre et est revenue s'embarquer au Capde-Gair. — Il a été retenu à Fez 
par la maladie et, comme il retournait en France, il a été capturé à 
Cadix par les Espagnols. — l^auvaïs traitements dont il est l'objet, 
quoiqu'il n'ait jamais rien fait contre le service de l'Espagne. — // se 
recommande aiLr bons soins de L'A ubespine pour obtenir son élargisse- 
ment. 

Cadii, 3 srplcmbro i56o. 

Au dos, propria manu: A Monsieur, Monsieur l'évesque de 
Lymoges, ambassadeur pour le Roy de France en ceste Cour, à 
Toullède. 

Au dos, de la mnin de Sébastien de L'Aubespine, évéque de Li- 
inoffes : Du gentilhomme prisonnier à Calliz. 

Monsieur, 
Le moys de novembre dernier passé, le roy de Navarre déter- 
mina de envoyer un navire en Barbarie avec quelques soldats 



t. GeoOroj de Buatic, S' de Frontenac, 
apparteniit i une famille noble de l'Age- 
noi»; il était fiU de Garcie-A.maiild de 
Buade. écujer. S' do Frontenac, et de 
Jeanne de» Marettz. Il i'jioum, le 8 janvier 
|336, i\nne Carbonnicr et en eut : .\nloino 
doBusde, S'de Frontenac, barondePalluau, 
chevalier des Ordres du Roi (iClfl), con- 
leiller d'ÉUt. capitaine de Saînt-Gcrmaln- 



en-Lajo, premier maître d'hôtel du roi Henri 

l\ {Bibl Nnl. Dossien bleui li^.coleiôii). 
Il est question de GeolTro}' de Buade dans 
le» Lettres de Calherlae de Médlcls. t. VIII, 
p. 36, mais l'éditeur de coi lettres lemble 
avoir confondu ce personnage avec son lils 

1. Sebastien de L'Aubespine naquit en 
Bcauce.lc 1 3 avril i5i8.de Claude deL'Au- 



DigHJzcd by VjOO^ 



LETTRE DE BUADE A L AL'BESPINE 



et quelques pn-sans qu'il cnvoyoitau roy de Fez, dilChérisf, pour 
exécuter une ontreprinse (des lielles (|ue se sauroyl faire), entreprinse 
chrestienne, sans prtjudicc du Roy d'Espagne cl d'oullres princes 
elirestiens; laquelle enlreprinsc il communiqua au l\oy et à Mon- 
seigneur le Cardinal de Lorraine et à Monseigneur de Ouisse, les- 
quels luy promirent toute ajde et faveur qu'ils pourroycnt en sa 
dicte entrcprinse': et le jour mesme que le roy de Navarre partist de 
Chatellerault ^ pour venir accompagner la royne d'Espagne jusques 
à Honscevel, Monseigneur le Cardinal de Lorraine et Monseigneur 
de Cuisse fetrent donner mil cscuz à ung gentilhomme nommé 
Montfort', qui avoit la charge de ce navire, qui nous passa, et de la 
légation envers te roy de Fez: et il demeuroyl dans le paysavecques 
quelques soldats pour commancer ladicle entrcprinse, laquelle n'a 
point sorly en elTecl, pour l'amour et les longueurs de la justisse 
d'un Chérif, qui n'ont jamays vouUu consantir se que leur Roy avoy t 
accordé '. 



bespioe. S' d'Érouville. et de Mirgucrilc 
Le Bernijer, dame de La Corbîllitre. Fran- 
çois l"" l'omploja dans ses n^gocialionB avec 
lei Gantons Suisses et rÉpompenW son habj- 
laU en le faisant successivement abbé do 
Basse -Fontaine, de Saint-Macé, de Sainl- 
Marlial do Limoges, puis évéque de Limoges 
en I Sâf). 11 fui nomme ambassadeur auprès 
du roi d'Espagne Philippe II. fonclion 
qu'il conserva sous le règne de François IL 
11 mourut le l août i58a. 

1, Ce passage de la lettre de Ruade éta- 
blit la connivence du parti des Guise et par 
conséquent de Fran(;ois II dans les dessein* 
d'A.n(oinc do Bourbon, 

3. Le cortège ro;ral était parti de Bluis 
le i8 novembre iû5i) et s'élait arrêté i 
Chileltereult le l3 novembre. De Kuui.e. 
t. IL p. 77- 

3. On romarc|uerB quo Buado regarde 
Monlforl comme le véritable chef do la mis- 
sion, le commandant du navire et l'agent 
chargé do négocier avec lo Chérif, tandis 
qu'il no fait pas mention du capitaine 
portugais Melchior Vaez d'Azevedo. Ce der- 
nier est ccjiondant signale comme a^ant 



joué dans colle afleirc lo principal rijlc. dans 
les Documents \XII et \\\l. CL aussi 
SS. HisT. Mahoc, I" série, t. V (lettre 
du duc d'Albuquerque à Philippe II du 17 
février i56o}. Il se peut que ce Montfort. 
qui Gguro seulement dans la lettre de 
Buadc. ne soit autre que Melchior Vaez 
d'A^e^cdo; Montfort serait une mauvaise 
Iranscriplion faite par Buadc du prénom 
Melchior. 

4. Ce n'est que par celle phrase peu 
précise de Buade que nous connaissons Tin- 
Euccès de la mii^sion envoyée par \'eiidûme 
au Maroc. M, de Ruble y ajoute le com- 
mentaire suivant : o En d'autres termes 
Montfort ne put obtenir d'un chef infé- 
rieur la place que le schérifde Fez lui atait 
promise. ■ Dt: Rlbi.e. t. IL p. loj. Or. 
d'après la suite du récit de Buadc, la mission 
se rendit, par terre. d'Agadir à Fez et re- 
vint par mer (?) de Fcx ï Agadir. Il n'est 
pas question d'un vojago fait à ELKsar es- 
Scghir pour aller prendre possession de 
cette place, objet des négociations ; il est 
donc plus probable que, si les projets de 
Navarre no se réalisùrentpai.cc fut par suite 



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LETTRE DE BUADE A L AUBB8PINE 



2o3 



Le navire fuct baillé par Monseigneur de Noaîlles ' , gouverneur de 
Bordeaulx, audict Montfort, qui avoyt la charge de négossier. Nous 
prîmes congé du roy de Navarre au commancement de désambre, ce 
jour mesme qu'il partis! de Bourdeaulx pour accompaigner la royne 
d'Espagne. Depuis, nous ne l'avons veu. Nous demeurasmes à la 
cosle de France jusqu'au dernier jour de febvricr, et le premier 
jours de mars lîsmes voelle. Ce disceptiesme dudict moys, arrivasmes 
à une terre d'un Chérif, nommée le Capt-de-Guel ' et, le mesme 
jour, desbarquasmes ceulx qui avoyent affaire pour les négoces. Le 
navire demeura sur ce en la mer, atandant que l'on eu[s]t négocié. 

Nous vinsmes à Fez par la terre de pardedans, là où nous mismes 
vingt et six journées de chemyn. Estans venus à Fez, ledict Montfort 
négossia re qu'il avoyt charge de négossier avecques ledict Chérif et, 
ayant expectc sa charge, s'en retourna en barque audict CapUGuet', 
là où il y avoit laissé son navire. Il y avoyt deulx gentilshommes 
nommés Prunes, frères, et nepveulx de Monsieur de Bichanteau, 
évesque de Sanlis', qui s'en retournoyent avecques luy, lesquels le 
roy de Navarre avoit comandé de faire ce voyage. Je demeurys 
malade h Fez, ne me pouvant acheminer avec eutx. Au bout de quel- 
ques jours, je commansis à me trouver mieulx et partis de Fez et 



de la mauvaise foi du Chérif et non par la 
faute « d'un chef inférieur, a 

I . Antoine de Noatlles, tieur de Noailles. 
Noaillac. baron de Chambres, etc., fila aîné 
de Louis de Noaîlles et de Catherine do 
Pierrebuffitre fi sept. i5oi-ii mars i563), 
lieutenant général en Guîonne, nommé 
gouverneur de Bordeaux par lettres pa- 
tentes du tS janvier i55i. Il remplaça le 
7 mai i553 Claude de Laval, on qualité 
d'ambassadeur on Angleterre, tout en restant 
gouverneur de Bordeaux. 

1. /.eCnpl-(f<-Gue(pour: LeCapde-Guir 
(Agadir). V. sur ce port, p. ii, note i, et 
p. 106, note I. De la ville d'Agadir i Fez 
le compte des « vingt et >i< journées de 
chemjrn » est admissible, 

3. Le retour en barque de Fez i Agadir 
suppose le trajet de Fez à Mamora par 
l'oued SboA, et oblige i admettre que ce 



Deuve se trouvait alors en crue ; quelques 
lignes plus bas, Buade parle de l'arrivée à 
Fez d'un bateau de Marseille chargé de 
marchandises. 

i. I CrespindeBrichanteau, néleSaoût 
i5ii. d'abord religieux i Saint- Denis, doc- 
teur en théologie en i553. [I est qualifié 
Prédicalear el Confetstur de M. le Dauphin 
dans les lettre! de Henri II du 13 janvier 
i556. Abbé de Saint- Vincent de Laon, il 
fui pourvu de J'clatdeConsailler Confesseur 
ordinaire du Roi le l5 juillet ibàg et 
nommé évêque de Sentis le 17 septembre 
de la même année. Il mourut le 1 3 juin 
l56o, avant d'avoir pris possession de cet 
évéché. L'uno de ses «eurs. Marie de Bri- 
chanteau, avait épousé Louis de Billj. sei- 
gneur de Prunay : ce sont ses deux fils 
dont il est ici question. « L. PàhIS, Négac. 
soui Françoii II, p. 607. nota a. 



yGoOS 



ao4 LETTRE DE BUADE A l'aUBESPINB 

m'en vins en Vacques', à troys journées dudict Fez, dans ung navire 
de Marseille qui estoit venu audîcl Fez en marchandise. Ce navire 
avoyt affaire en ceste ville pour charger des tonneaux pour Marseille. 
Nous ne fusmes pas sitost arrivés 'que l'on nous feil tous prison- 
niers : le navire et les gens ont esté élargis ; je sey, Monsieur, que 
c'a esté par vostre moyen ; et encores me tient l'on prisonnier à plus 
grande cruaulté que jamays povre gentilhomme fut teneu. Aujour- 
d'huy aquarante-cinq jours qu'ils me tiennent les fers aux pieds, 

au toujours à la renverse ; et croy, Monsieur, que, sy ne me 

secourez bien lost, que je ne la feray guère longue. Je ne sçauroys 
savoir la responsepourcoy ilme tient; car, si j'ay jamays fet desplai- 
sir à serviteur ni seujetdeu roy d'Espagne, jevculx astre bruslé tout 
vif sans figure de procès. Ils me disent que le roy Don Phclippes me 
fet tenyr issy. Pour se, Monsieur, je vous supplie de en vouloir par- 
ler ung mol, alîn que l'on me tire hors de ces cavaulx et que l'on 
me mène plus to[s] t à Touliède où à Valadolif, afin que je soye entendu 
en mes raisons ; car yssi il n'en y a point. Monsieur, Monsieur 
vostre frère* et Monsieur de La Bourdesière' et le chevallier de 
Surre° vous lesmoigneront que je ne suys point l'homme inutîlle 
pour le servisse d'ung Prince. 



I. Le nom do Vacquc* n'» pu Jire idcn- 
lilîé. Peut-flre faulil réUblir : barqae> 

3. Il faut rélablir: è Cadix, ainsi qu'il 
réaullc de la fin de la lettre. 

3. Claudedc L'Aubctpinc(i" mai i5io- 
11 novembre 1567). trbre de Sébastien do 
L'Aubespine(V.p.ioo.DOleï).IirulSecré. 
Itiredu Roi (10 mars iSS^-^ juillet iSJa). 
seorëlaire de» finances (septembre i54S), 
plénipotentiaire h Crespj (i541), Marcq 
(i555). Caleau-Cambresi! (i55g): il prit 
jusqu'à sa mort une part active aui affaires 
de l'Eut. 

^. Jean Babou, icignour de La Bourdai- 
sitre et do Thuisscau, baron do Sagonne, 
chevalier des Ordres du Roi, tut échaiison 
du roi et de la reine de Navarre, gouver- 
neur et bailli de Gion. maître de la garde- 
robe du dauphin François, fils aîné du roi 
François I'^', puis du roi Henri II et de son 
filsFran^^is II, i]ui l'en vo)ra comme ambas- 



»adeur oitraordinaire i Rome pour faire 
son obédieuco au Pape. \prëa la mort de 
François II, il se retira en sa maison, d'où 
la reine C*tberine de itlédicis le fit venir 
pour lui donner le gouvernement de la 
personne et de la maison de François, duc 
d'AIençon, son fils. Le roi le pourvut en 
■ 567 de la charge de Mattro général de 
l'arlillerio, qu'il eierça en trois batailles con- 
sécutives ; il était né vera 1008 ; il mourut 
le II octobre lâGg. MoH^ur. 

5. Michel de Sourre. chevalier do Malle, 
ambusadcur en Portugal de tb5g k i56o, 
puis ambassadeur en Angleterre de i5fio il 
i5li3, gentilhomme de Is Chambre (30 mai 
i565), capitaine de gendarmes (octobre 
i566), etc... Cf. FLEum Vindbï. pp. 16, 
17, 18 et 39; E. FALGftinoLLï. Le chrai- 
ller de Seure. — La correspondance do Cet 
ambassadeur se trouve i la Bibliothèque 
impériale de Seinl-Pétersbourg'. 



, Google 



LETTRE DE BUADE A L AUBESPI^B 200 

S'il VOUS plaist. Monsieur, de me faire lant de bien que de voul- 
loir parler au Boy, comme je l'espère que ferez, el si obtenez de me 
lirer hors d'issy, il vous plaira de faire despecher par la poste au 
corrcgidor de CaUiys'. Il vous plaira, Monsieur, de commander à 
quelqu'un de vos gens de me faire tenir la rcsponsc de ceste pr^ 
sente à Syvitle, entre les mains du lils de Guillaume Le Gros de 
Paris, qui se tient à Séville. 

Monsieur, je vous supplie de rechef de me voulloir secourir en si 
grande nécessité que je suis, qui sera après m'estre recommandé 
Irès-humblement à vostre bonne grâce, priant le Créateur, Mon- 
sieur, vous donner santé, longue vie. 

De Calhis, se troysiesme de seplambre mil cinq cent soixante. 
Par tout vostre bon amy et obeyssant serviteur, 

Propria manu: Buade. 

Archives da château de Villehon. — Portefeuille de Sébastien de 
L'.iuiespinc. — Original*. 

I. ','nWij'j pour: Cadii. sur t'hUtoire de France. Nigociol'ions tous 

3. C^lle loltre a Été publi^-eparM. Louis François II, pp. 5o6-5o9. 
Pariï dans la Colttei'ton de Documents inidils 



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CONVERSION DU ROYAUME DE FEZ AV CHRISTIANISME 



XLI 

COWEBSION DU ROYAUME DE FEZ AU CHRISTIAMSME 

Brtve description des royaumes de Merrakeck et de Fez. — Conversion au 
christianisme de 80000 Masitlmans, chassés d'Espagne par la persécution, 
et du roi de Fe:, avec un grand nombre de ses sujets. — Pieuse exhorta- 
lion. 



EPISTOLA DE REGNO FESSANO IN AFRICA AD CHRISTUM 
CON VERSO ' 



EX HISPANIIS DE REGNO FESSANO IN AFRICA, AB IDOLOLATRIA TURCICA 
AD RELIGIONEM CHRISTIANAM NUPER CONVERSO 

Amos. Cap. VHI. 

Ecce die» iieniunl, dicil Dominui, et miilam famem in ferrant : non famem pania, nef ue ailàa 
aquae, sed aadiendi verltutn Domini. Et coaimouebuntar a mari luque ad mare, et ab 
Aqailone usqae ad Orienlem circumibunt, quxrentel verbum Domini, et non ineenient. 

HISTORIA REGM FESSANI IN AFRICA AD CHRISTUM CONVERSI. 
CUM ADHORTATIONE AD EMENDATIONEM VIT* 

In Mauritania Tingilana, Sarracenï, Romanis expulsis, Gottis 
oppressis, aliquot régna constJlucrunt : quorum duo, non parvo 

I . Celle Boia-elte a i\.t invenlâe de toulca Icment fanlaisUlci élaît uaez répandu. On 

pièce) pour fournir un sujet d'édification, rapprochera uLilemeat ds ce curieux libella 

ainiii qu'un argument 1 une pieuse eihnr- celui paru à Rouen en 1607 et intitulé: 

tttlion. Ce genre de publications campic- Histoire Iris véritable de la craette mort 



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CONVERSION DU nOYAUME DE FEZ , 



HRISTIAMSME 



Icmpore, cclebritate, opibus, potentia, subditorum ac scwîiorum 
multiludinc, prœ caDteris floniere. Primum ex his in ea urbe cœpil, 
quv iiunc Marocus est, quondam, ut videlur, Bogudis regia, mil- 
llarîa fciè octoab Atlante dislans, anno posl natum Christum ioi5. 
Non multô autcm post, factum cclebrius et amplificatum est a rege 
Miramolino, qucm, cognomento Almasorcm', qua'dam in HIspaniis 
l'cgna occupata et adjuld, cxcitalaque bonarum artium studia, cla- 
ru m reddiderunt. 

Allerum vcrô regnum aliquanto vctustius : cujus fuit caput Fessa 
uibs, Maroco vicina, in Maurllania Ca'saricnsi , onde et nomen Ca-sa- 
rea; in parte urbis hœsit, circa annum Christi 78G, ab Idride* quo- 
dam Sarraceno inslitutum fuit. Civitas ea Mauritanie metropolis 
cclcbcrrima est, ampla et œdificiis omata, opibus civilates reliquas 
anlcccllens, familiarum habens ad septuaginta millia, prœter multitu- 
dincm plebis innumerabilem : operum, quœex ferre Bunt\ artiBcio 
nobills : copia pretiosissimarum quarumque mcrcium, abundans: 
amirnitatiscliam non expers, alveo Sala> ', quein Huvium nunc Razeli- 
nam" dicunt, navigero per cam transeunte. Ideoque, ante annos 
ta, Mulcanctbes ScyriHus' civîtatem eam insignem à studiis ad 
rem militarem traduxit atque, aspirante fortuna, brevi tcmpore, 
ereptum régi priori regnum Fessa;, ut paulô anlè Maroci, occu- 
pavit. Cum autem is, consueto volubilis fortuna; lusu, regno exutus 
et vicrnoruni armis pulsus cssct, civitas ad pristinum dominum 
rediit. Studia ctiam linguœ Arabica; et philosophie, ipso rege aU- 



saafferlt par Bènérabh ReligieuT, Frire Ber- 
nardin Dejaiiianj, lU l'onlre îles Frbrea Er- 
mitet de S, Augailin, lequel, apris aeoir 
presehi la foj de Jesat-Chrisl en ta cUé de 
Marque, en Barbarie, et ronrrrtî ileiix mille 
inJiJilei, qui furent martyrise; aeee luy... 
IC^isemble, la paaillon de Diea fur reste grande 
rite, laquelle miraculeusement, en plein Midi, 
périt el abjima avee tout tes halntants, esti- 
me! deux cens mille personnes, le i8 Avril 
1606. Anrc le nombre des patati, portes, 
plaees et tours de ladite Cili... L'opulcalo 
ciU do a Marque » se trouvail dans « la 
norlssanlo llo d'Orcos ». Elle aurait clù 
conslruilc par SûmiramU, Était souverain 



do la citi- cl de l'tlo tout cntiùro a Carnassa, 
nis de Jujiitcr. grand Itoj' de la Barbarie ■. 
Après le marl^redu frùre Bom«rdln Degui- 
eian)! cl de ses compagnons, un trcmble- 
mpnl de lerrc d^lruisil la ville de Marque, 

I. Yacoub cl-Mansonr (i i8i-: 199), le 
tr(li^i^mc snlUn de la dynastie almohade. 

j. Moulay Edris. 

3, l'nc des industries do Pcz est le tr«- 
vail des métaux. 

S. Salé. 

.*i. Oued Itas el'Ain. 

G. Moulay Moliammod ech Clieikii, le 
Ffindalcur de la dvnaitio saSdiennc. 



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308 CONVKllSlU> DU KOÏAUME DE FEZ AL 

quos, qui ad discendum idoneî judicati et arlium rudîmcnlîs imbutî 
eiisent, stipendiis publicis alenle, ibi tlorucrunt. 

In hac civilate el rogiio, ut lilen» nuncialum est, lioniinum ullra 
ocloginta mîllia, abjecto crrorc Mabumelicu, Evangclii docirinain 
siiiit amplexi. Cui rci occaHionciii pru'buit consucludo, qu^ illts 
intcrcessit cum (^)instlaiils : qui. siippliciis borribitibus tcrrili, ad 
qiiu* pli ilti à lioiiiaiix occlesia' scrlatoribus crudelîler mplcbanlur. 
ex Hispaniis in Africam. ad elTugieiidain illam tyrannidem, secessc- 
ranl. Scribilur eliani regcm Ipsum', cum subdltonim non parvo 
numéro, die primo metisis Julil anno i56o, per baptismum, rilu 
Cbriatiano, Ëcclcsiii' adjunctum esse. Admiralione hoc cô majore 
dignum e:^t, quÎMl fcrè anlehac nulles ab idololatria Mahumelica 
ad lidem Cliristianam translisse cumperlum slt. 

Sic solel interdum Deus, admirabUi coiisillo, immensa mlserl- 
cordia et juslîssimojudlcio, ad peregrinas gentesluccm Evangeliiab 
iltis transferre, quorum alii, ccu doctrinam pctulantiœ frena laxan- 
tem, eam vitupérant, alii, cjus obsaturatt, fastidiunt, mulli lacérant 
sophismatibus, niulti aspcrrimis odils persequunlur. 

Deua itaquc iisgentibus Solcm verltatissinit exoriri, quasadJesu 
Chi'isti agnitlonem perventuras, nemo unquam Aiisset suspicatus; 
nos verù, ingratitudine nostra, pœnas trislissimas nobis atlrahimus, 
bella Turcica et Moscovitica : qu;c nobls jugum lyrannlcum, vasti- 
tatcm fœdam et liarbarlcam ininaiitur, in qua regnet idololatria 
Moscovitica, vcl blasplicmia Mahumetica, ex qua, singulari Dei 
bcncficio, regnum Fessanum nuper emcrslt. 

IIa!c iriedivinu3tcslimunia, et signa pœnaruin prœuuucia, ne quis 
contemnat, oblestamur. Deo quidcin, ad societalem Ecclesiç mul- 
tos homines vocanli, grattas agite, sed simul ardenter petite, neab 
illa nos excludat, verùm et intcr nos Ecclesiam sibi perpetuô colli- 
gat ac seivet; ipsi dcriique, dillgeiitia el studio, quanlo omninù 
potesl fieri, cavcte ne, vcstra ipsorum culpa, excludamini. Tandem 
juniores cupiditatum suarum petuluntiie et stultltia; frenum inji- 
ciant ; quvcunque sunl vera, ut monet Paulus, quo'cunque honesla. 
qutecunquc jujjta, quxcunquc casta, quajcunque amabilia, quœcun- 
que boni nominis, si qua virtus, et si qua taus, hxc cogitate el 

1. Le aullaii du Maroc Llaîl alor» Moulaj AbdalUh cIGhalil. bi Allah 



y Google 



COSVER.SIOS DU HOVAUME DE FEZ AU CIlItlSTIAMRME 2O9 

sectamini in omnibus arltbus : abjicite et execraminî sophisticen 
et fraudes, omnemque rixandi libidincm, qua paulatim labefaclatiir 
Veritas, donec untversa tandem amittatur, ut experiundo discimus. 
Cognoscant et doceant recte et intègre doctrinam Christianam, 
camque, non simulato Dei timoré et sanctis moribus, exprimant, ac 
studeant virtulibus, quas ibi Paulus numerat, honestati, justitise, 
castitati. Intelligit Paulus, honestatis nomine, modestiam, quia in 
juvenili œtate maxime omnium requiritur. Verè enim, ut Menan- 
der ait, Modestia virtutum penus est. Et puiccrrimè Alexis comicus : 
Modestia reclè liac utcntibus multos magnosque honores affert; 
aliis vcrô, ram spectantibus, dcleclationem ac toti vituï maximum 
ornamentum. Caveant igitur singuli ne, suis llagiliis, doctrinas et 
carum custodes in contemplum adducant : adveisariis autem nos- 
tris, doctrinam Karum Ecclesiarum et scholas, in quas multorum 
oculi intenti sunt, damnandi et inseclandi occasionem etprfetextum 
prœbeant aut infirmos oITendant ac seducant. Postremô incumbant 
in ea, quç pacem et concordiam tuentur atque conservant. Hoc 
docet Paulus, cum jubet ea facere, qua; sunt amabllla et boni 
nominis, hoc est, quœ animos et voluntates hominum conciliant 
et conjungunt, quœ exemplis honestls doctrinam ornant, aliosque 
ad eam invitant, qufc laudem merentur, qua? obedientlam et rêve- 
rentiam déclarant erga teges et staluta magistraluum atque prtecep- 
torum, quos omnes Deus jubet honore afllci, non tantum ad pœnas 
elTugiendas, verùm et conscientia; vulnera vitanda. 



Fin 



s api 



<ud Jo; 



De regno FEsaA^o Mauritanie multa 1 
nem Afrum. In Africn' descriptione. 

iiibliotkhqae Mazanne. Recueil factice '20607, /j" 5. Impr. 



1 . Celle phce est une anneie, avec titre 


conte.io. S. 1. n. d. (i56o). ia-ia de 3i 


dislinct, de U pUquette suivante: Nahr(- 




TIO DE COLLOQVIO IwPERATOHIS TvBClCI 


La date de i36o se trouve i la fin de la 


cam mercaUtre Germano, mira et trislis: ait 


SarrslioQ!. ci-dessou». p. aïo.) VEpiilola 




a elle même, dans le leite, un litre sur 




page spéciale (Nunciatx, .) et un tilre de 


rimi à tittrato guodam ui'ro, i Germanico 


départ (Histob.a.,.) ; elle occupe les pp. 


sermmie in Lalinum translata. Epistola de 


ia.-ï9). 


nECMo Pessako, in A/rica. ad Oirktum. 


Elle est d'ailleurs annoncée dans les der- 


De G*btkisb. 


l. — i4 



DigHJzcdby VjOO^ 



CONVRBSIOS nu nOYAUMR DE FRÏ AU CHIIISTIANISME 



nières p«gc« de U Narntio p«r eetle phrtie ; 
« Nup«T etiBiD ett ipariui rumor magnam 
MiuriUnûe ptrtem, quœ ad vironim habeit 
•eptuaginta millia, purain Ëvangelii doctri- 
aua, Dullii conUminaUm hominum com- 
mentii, copiiie profileri. Qua de n cuin 
certiui comperlum habuero. ficiam ut 
sciai fi (p. 19). Il Mmblenit. d'«pria ce 
teit«, que ce lài l» converaion du rojaume 
de Fez au proleslanlumt dont le marchand 
allenund auonjme aurait apprii à Cont' 
lantinaple la aouvelle MuMlionnelIc, 

Ajoutona que le paaaage cité donne en 
outre la date de la iSarraiio, qui te lermine 
comme une lettre : Comianlinopoli, ex 
adïbia Reitreadi Crmcorum Patriarche, anno 
Domini U. D. LX., dU 8 Octabrii. — TiU 
amical et leniat. — N. Noua avona donc 
toutlieud'admetlrelamimBdatepourl'Ëpii- 
tola qui eal publiée k la suite dana t'eiem- 
plaire de la Bibliothèque Maurine. Celte 
piice se rencontre du retle sous cette même 



tortue dans la Bibliotbique de l'Univenilc 
de Munich, cote 8° Tluot. i5i<y (4). et 
dans celle du Britith Muséum, cote io53 
b. g. (3.). Le catalogue du BriUih Husenm 
indique avec réserve les réréroaces luî- 
\anlet:(ByG. Sabinuii) [LeipiUP i56o?]. 
L'attribution de l'opuscule k G. Sabi- 
nuB enlratuail, par voie de conséquence, 
son impression k Leipdg, où a été publiée 
toute l'oeuvre de Sabinus. Nous avons par- 
couru le« élégie* et les lettres de G. Sa- 
binus (Georges Schuler) et noua n'j avons 
rien trouvé qui pût justifier la supposition 
faite par l'auteur du catalogue du British 
Muséum. Un thème qui revient fréquem* 
ment dam ces compositions est. k la vé- 
rité, le péril turc, mais rien n'autorise i 
admettre que le sérieux philologue qu'était 
Sabinus se soit prêté k une m Ratification . 
V. Catalogue du Briiitk Muséum : N-Napoleo- 
nism — London, 1S93, p. 1. 



, Google 



LETTHES DE 1. AUBESPINIÎ A ANTOINE DE BOURBON 



LETTRE DE SEBAiiTlEN DE L'ALBESPINE A ANTOINE 
DE BOURBON 

(Eïtbait) 

// donne des nowelles de la captivité de Buade. 

Tolède, 9 [évrier i56o (n. st. i56i). 
Au dns. alla manu : Au Uoy de Navarre. 

Je suis au surplus continuellement à soliciter l'affaire du pauvre 
Ruade, qu'ilz ne voulent despecher sans avoir premièrement veu 
au conseil de guerre son pi'ocès, lequel tarde beaucoup à venir de 
Caliz. Il est loutesfois maintenani sans fers en une chambre, assez 
bien et honnestcmcrit pour ung prisonnier et à comparaison du 
mauvais Iraictement qu'il a eu iusques icy, m'asscurant que la Boyne 
MEre et vous. Sire, en aurez communicqué avec Don Jouan de Man- 
rique', pendant qu'il a este en France, dont i) vous plaira me faire 
advertir 

Sire, je me recommande très-humblement à vostre bonne grâce, 
vous disant adieu, auquel je supplie vous donner, en très-bonne 
santé, très-heureuse et longue vye. 

De Toledo, ce ix"* de février i56o. 

Vostre Irès-humble et très-obeissant serviteur. 

Propria manu : S. de L'Aubespine, 
é*. de Lymoges. 

Arcfiices du Chapitre d'Angoulême. — Hecaeil d'autographes intitulé: 
CoLR iiE Navarre, p. 281. — Original. 

I, DoD Juan de Manrîijue avait été en- rine de Médias. I. 1, p. 575. Don Juan de 

\ojé par Philippe II comme ambssMdeur Manrique avait été ambassadeur d'Espagne 

eilraordinalre auprès de na l>ellc mèro la k Rome en i3j3. 
reine Catherine de Médicia ; il se trouvait 3. é, pour ; iuesqae. 

à Bloisle 38 janvier i5Gi. LtUretde Calhe- 



DigHJzcdby VjOOÇ 



2ia LETTHKH DF L AIBF.SI'INF A A>TOINE DE BOL'HBO^ 

XLllI 
LETTRE DL WfiME AU AlÈME 

iXouceUes Je liuade. 

Toli-Jp. 3 avril i5(io (il. st. i.'-Oi ) 
Aa dos. alin mnnii : Vu Roy de Nav-nn*-. 

.Sire, 
La Icllrc aiiijtle que Jn lais h la Itoyiic par le ]>arteinciit de ce 
porteur, m'excuseront, s'il vous plaîst, si plus particulièrement je 
ne vous redis ce qui est passé entre le Roy Calholicque, Ruy 
Gaumès' et moi sur ce qui vous touche. 

Vous suppliant, en cela el autre chose qui avancera le bien de 
vostre service, me commander voslre volunté. me recommandant 
tres-humblemcnt ù vostre bonne grâce, vous disant adieu. Auquel 
je supplie vous donner. Sire, on irès-l)onne santé, très-heureuse et 
longue vye. 

De Toledo, ce m"" d'ajjvril i."»6o. 

Vostre très-humble el très-obeissaiil serviteur, 

Propria maiia : S. de L'Aubespine. 
é. de Ljmoges. 

Propria manu: Sire, ilz monstrenl icy une grande obstination 
a rencontre du pauvre Buade, toutesfoys je ne oubliray rîen de 
mon debvoir pour le secourir. 

Archives du Chapitre d'Angoatême. — Recueil d'autographes intitulé: 
Cour de Navarre, p. 285, — Original. 

I. Ruj Goméï. conile de Melito. prince l'un dci inlermédiaiTes de CatheTÎne de 
d'Evoli. niinislre de Philippe II. Il t'Iail Médidi auprèi de la cour de Madrid. 



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LETTRE DF J. SICOT A CHAItLES 1\ 



XLIV 

LETTRE DE J. NICOT' A CHARLES IX 
(Eïthait) 

Le ckérif Moalay Abdallah a rassemblé une armée devant Mazagan pour 
s'emparer de cette place portugaise. 



Susôriplion, alîa manu : Au Boy, mon souverain seigneur. 

Au dos, alla manu: Mons' Nicot. — Du vi may i56i (xvi* siècle). 

En léle, alla manu : vi May (xvir siècle). 

Sire, 

Par le S' de Sainct-Suplice*. présent porteur, Vostre Majesié 
entendra bien au long ce qui a este negotié par deçà, suyvant ses 
instructions, et mesmes comme, au regard du chasteau de Ville- 



1. Jeun Mcot, «ieur de VÎHcmain. né ï 
Nîmes en iS3o, mofth Paris k 30in*i 1600, 
mallredm requêtes (1559- 18 février 1579). 
ambassadeur en Portugal de i56oh 157R: 
il avait remplacé dans cette fonclion Michel 
de Seorre. Ce fut lui qui propagea en 
France la plante du Ubac, hrrbe i>étim. 
C'était un érudit ; il édita la chronique du 
moine Airaoin et composa un Trésor île l/i 
langue françoue. Les lettres écrites par 
lui de Lisbonne ainsi que les minutes 
des lettres du roi Charles IX et de la reine 
mère sont conservées i la Bibliothèque lin 



périale de Saint-Pétersboui^dans un por- 
lefouille relié ajant pour titre: Dépêches 
originales du cheiialier de Seare et (fu sieur 
lie !Vkol, AmbasstuUar de France en Portugal, 
depuis ibbg jnsqa'et y compris i56i. On y 
<i joint les minutes de relln rfii Hoj, — Ex 
MiisxoP-'iriDoiibrowihy. » lleiisteunecnpie 
de cette corrci'pondance au département' 
des Manuscrits de la Bibl. Nat. jVoun. arq. 
fr. 6638. Cf., sur Nicot. Fai.caiholi.e. 

3. Jean d'Ebrerd. sieur de Saint-Sulpicc, 
devint ambassadeur de France en Gspaf;iic. 
V. p. aîij. note 1. 



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LETTRE DE J. 



. CHARLES I\ 



gaignon', il y a bien heii de la i>eine à recouvrer responce de la 
Koyne, se remettant lousjours à ce qu'elle en avoil jà escript à son 
ambassadeur par delà '. 



On a ioy accordé au Roy Catholicque Iroys caravelles, quatre gal- 
laires et une frégate equippées en guerre, avec environ six cens 
hommes de combat, soubz la cliarge d'ung Fernan Alvarez. Portu- 
gois, pour se aller joindre à son armée, à IVstroicl de Gibraltar, 
attendans que ce sera de cesle entreprinse du Turc, et passer oultrc 
à Algicr ou à quelque aultre place, si l'occasion se présente. 

Toutesfoys, despoys sept ou liuict jours, il sont venues nouvelles 
du siège que le Cliérîf^a mis au lieu de Mazagaon'. qui est une place 
forte que les Portugoys tiennent en la coste extérieure ' de Bar- 
barie, et mesmes ung Françoys, captif pieçà d'ung cappitaine 
dudici Chérif, qui s'est évadé dudici siège oii son maistre i avoit 
menné, a rapporté icy qu'il \ avoil desjà audict siège dix mille 
iiommes à cheval et six mil à pied et qu'on y attendoit le Chérif en 
personne, avec soixant[e] mil hommes et douze ou treize pièces 
d artillerie', ce qui sera cause, comme pense, que coste petite armée 
porlugoise, qui se doibt joindre à celles du Roy Catholicque. 
n'abhandonnera l'Estroict " pour ce coup, tant y a qu'elle deslogera 
bientost. On faict icy grande diligence pour secourir ladicte place 
de Mazagaon . 

Le faict du gouvernement de ce Royaume n est encores assez bien 
eslably entre la Royne. qui s'en veult démettre, et le Cardinal, qui 
doibt demeurer gouverneur seul et en chef. Le Maresehal des 



I. NicolaiDunnd de Villcgagnon(i5iO' 

1.571), chevalier de Malle, puis vice arniral 
de Bretagne, avait fondé en l.'iââ. dans Ea 
baie de Rio- de -Janeiro, une |>ctite colonie 
de protestants français, qu'il devait se mon- 
trer incapable de défendre contre les attaques 
portugai«es. V. IIkii.hahii, op. cil. infrn. 
p, 111 

3 En France, c'est-à-dire : nu delà des 
Pjréndes, par rapport & Lisbonne et au 
Portugal, oii était !>iicol. Pnr rfrçù désigne, 
au contraire, dans cette lettre, le Portugal. 
Cr. p. aig, note 3. 



3. Le chérir Moula; Abdallah el-GMIib 
bi Allah. 

i, Ma:agaon pour Maiagan ; en portu- 
gais : Ma;agâo. 

5. Lb (I coste eitérieure de Barbarie » 
désigne la càte de l'Océan Atlantique, par 
opposition k la cAte méditerranéenne 

6. V. p. i3i le précis historique du 
Uoc. LI et la note 1. 

7. L'cstroict, |>our: le détroit (do Gibral- 
Ur). 

8. Ld reine Catherine, Mcur de Chirlei 
Quint, eiervail la rcgeocG en Portugal 



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LF.TTBE DK J. MCOT A CIlAItLF.S IX 210 

logis du Roy Calholicque, estant par deçà despuys ung moys, a 
négotié, tant ledict secours, que aussy quelques particularitez tou- 
chant ledict gouvernement, à ce que lai Royne ne s'en desmetle du 
tout, ce qui n'est encores arresté, demeurant les choses en retar- 
dalion et quelque brouillix. pour ceste occasion ; dont ledicl S' de 
Sainct-Supplice vous faira récit, lequel a laissé une grande opinion 
de soy. 

Sire, 

Je piTC Irès-instamment le Créateur qu'il vueille conserver 
\oslro Majesté en très-parfaicle santé et vie longue, avec accrois- 
sement en toute prospérité et bonheur. 

De Lisbonne, ce sixiesme Jour de may i56i. 

Propria manu: Voslre très-humble et très-obeissant serviteur et 
subject , 



liibliothèqu^ \alionale. — 
thune)',/. 93. — Original-. 



nris fra 



Ms. 3193 (cnlteclion Bé- 



pcndant la minoritc do son petiUfiU 
D. SébsElien ; elle se retira en l56j dans 
la vallée d'Euiobregai, prèi d'un couvent 
de Cllei déchaussées de l'ordre de Saint- 
François, cl le cardinal D. Henrique, frère 
de Jean III, et grand-oncle du jeune roi, 

I. ItcciiDÎI d'aulograplu» de souverains 



et princes françaii, espagnols et portugais 
et de lettres originales des ambassadeurs de 
France en Espagne et en Portugal août 
Charles I\, intitulé Miimir[ei\ du rig[ne\ 
du Roy Chartfi c). 

3. Publié par Falcairolli!. pp. i^f)- 
i38. 



DigHJzcd by VjOO^ 



LETTHES DB L At'BEHPINIv A TATHERINB ] 



LETTRE DE SÉBASTIEN DE LALBESPINE A CATHERINE 
DE MÉDICIS 



(E, 



") 



Le rkérif Mnalay Abdallah menna- Ceiiln et Tanger. — C'est pour porter 
secours A ces places que le Portui/al a fait îles armements et non jumr 
participer aux expéiiittons de l'Espiigne en Barbarie. 



Stucriplion, nlia manu : A la Kovno'. 

Au dos. alla manu : Mans' rlc Lvmogrs. — Du xx~' Mav i56i 
(xvi' siècle). 

Madame, 
Nous avons, en presmcp de Mons' do S'-Sulpicp, travaillé pour 
donner fin à l'arTesl qui est faicl du navire du fioy' en Catalongne. 
et toutesfois n'a esté possible. 

... les é\eM|ues de par deçà ' ne serein ueiit eu lav'iu ijut; ce soil. 
et semble que eeulx de Porlu^al aussi, voiant le peu de demonstra- 
lioii de leurs voisins, lacent le seinblable. n'avant les derrenières' 
«rilalie apjiorté que l'asseuranee <lu partement et assemblée df 
l'itrmée de Levant, dont ce prinee esl en grand soing et peine, 
voyant que eeulx d'Argei-s eonlinuonl à faire vers Oran tout l'efTorl 
qu'il est possible", encores que nous entendions qu'il soit entré 

I . Ctlherine de Miidicis. rôgL'iitc depuis lî. 3^ v et u., 17, 3i. 3g, 5a v», 5~. 63. 
la mortda François II. «1. G7. ni el s».. 119 iï3). Cf. D« L» 

liiNciKHE. Hat. df la marine Jrançaor. 

. II. p. .-iSi 

. Un Espagne. V, ci-dessus, p. 3i4. 



a. Ce navire est le h Chien ». saî^I {«r 
les Espagnols comme portant de la contre. 
bande do guerre chez lc!> Maures et nnlain- 
menl i Alger. Il j a. dans les d^ii^rhes dr 
l.'Aubcspiiic elde ^icol. toute une corrc- 
pondance i son sujet, aiec piJ^crs oripnalcs 
d'enquêtes el d'inlerrogaluires, en français 
el en espagnol {ISibi. A'uf. l'omh J'i . 3ii(i. 



nr.lc 1 

'1. Les dernières Icllres lenuc» d IUlir. 

5, t.a place d'Oran, depuis le désastre 
de Maiab-ran (a6 aoùl i553). était étroite- 
ment bloquée par les Turcs. 



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LETTRES DE L AUBESPINE A CATHEniI4E DE MÉDICI8 Hiy 

quelque ranforl dedans et que l'espérance est plus grande de con- 
server ceste place qu'elle n'avoit esté il \ a ung mois : s'efForçans 
lous ceulx de la secte de Mahomet, à du tout, d'eschasser' les 
Chresliens hors de l'Aphriquo. car le Cliérif. voiant combien il luy 
imporloit de gaigner les fortz que les Portugais tiennent en ce des- 
Iroîct de Gibaltar', en a, sus ceste confusion, assiégé l'un', où il 
est avec grande compagnie de ses subjectz. 

C'est pourquoy le Ilov de Portugal y envoyé sept ou huict vais- 
seaux bien armez, afin de conserver leurs portz et subjectz de Bar- 
barie, et non pas pour secours no assistance qu'ilz vueillent donner 
aux tiespaîgnolz. comme vous entendrez, par Mons' de S'-Sulpicc, 
qu'il ont faict semblant d'accorder à leur ambassadeur, qu'il y a 
cncores laissé. 

Cependant les Mores nous font des ordinaires descentes es costes 
d'Hespaigne, et eut Sa Majesté Catholique, il y a cinq ou six jours, 
nouvelles d'une bien grosse et lourde, qui s'est faiclc près de Car- 
tagène, où le Marquis de Los Vallès, qui en est gouverneur, les a, 
avec tout le peuple du pays, fort bien el verlueusemonl repoulsez. 
toutesfois non sans grande peine et eslonnemenl, car. par deux ou 
trois fois, ilz ont comballit main à main. 

Il vous plaira, Madame, me continuer vostre bonne grâce, à la- 
(|uellcje me recommande trt's-luimblement, priant Dieu vous donner, 
Madame , 

En très-bonne santé, très-heureuse et longue vye. 
De Toledo. ce xx' de May i50i. 
Vosire très-humble et très-obeissant serviteur, 

Propria manu : S. de Ij'Aubespine, 
é. de Lymoges. 

Bibliothiqae Aalionale. — Funiis franrais. Ms. 3 lOQ (coUection Bétkune), 
/. UU-'iU \f. — Original. 



I. Ëlchaaler, eipuUer, 

3, Les places occupées par les Purluguit 
dans le dclroil de Gibraltar fiaient k celle 
date Coûta et Tanger. Les onliogents du 
Chérif harcelaient alors coDlinuellemenl 



dans ces rencontres que |)érirent les deux 
gouverneurs de Tanger Luiz de Lioureiro et 
Luizda Silva. Makmui.. t ll.liv. IV.cli. Lin. 
3. Le Chérir avait ï cette époque mis le 
siège, non pat devant une place du dilroit 



les garnisons de ces deui villes. Ce furent de Uibraltar. mais devant Ma^agan. 



DigHJzcd by VjQO^^I 



LETTRES DE L AfBRSPlKE A CATHERIM! DE MEDICIS 



LETTRE DE SEBAST1E> DE L'ALBESPINE A CATHERINE 
DE MÉDICIS 

(EtTBAlT) 

Les attaques répétées des corsaires Barbaresques ont amené Philippe II A 
prendre une décision interdisant aux navires, sous peine de confiscation, 
rie sortir isolément pour faire te commerce. 



Madrid. S janvier l36l (n. si. i5tiï). 

Suscripfion, alla tnanu : A la llovne. 

.lu dos, nlia manu : Mons' de Lymogcs. — Du in* janvier i56i 
(\vr siècle). 

En tête : m Janvier (xvii' siècle). 

Traces du cachet de cire, au dos de la lettre. 

Madamo- 

Depuis le parlement de Mons' d'Ozfinces' de ce lieu, il ne s'est 
présenté chose digne du Roy ne de vous, ïoutesfois, pour ne laisser 
Voz Majeslez en expectation de noz nouvelles et afin d'obéir à ce 
que desirez estre tous les quinze jours advertie, je vous dirai que Sa 
Majesté Calholicque, estant en ung monastaire où il a passé sa feste, 
ne nous donne point espérance de retourner de sept ou huit jours, 
voulant, en l'observation d'un jubilé, que le Pappe nous a envoyé 
pour l'appertion du Concile ', servir d'exemple à ceulx du pais. 

Vous advisant. Madame, à ce propos, que, par les advis que j'ay 

I. JacquesdeManlberon,Bcigiieurd'A.u- l'Ordre et gouverneur de MoU. Catherine 

tances, des Goura, de La Caitlièrc et du fief do Médicie l'envoja en mission en Eipagne 

des Halles de Poitiers, baron de Monlnio- on i56i. La Febrièrb, Lettrts de Caili. de 

roau, ccuTcr tranclianl du ttoi, dicvallcr de ]léd. l. I, pitssim. 



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, CATHElime DF. MÉDICIS 31Q 

(le Siville et l'ordre que je sçay aussi avoir esté donné en ce 
Conseil, pour obvier désormais aux larrecins que font leurs voisins' 
sus les vaii'Seaulx y allans et venans, il a esté commandé par 
toutes les costes d'Hespaigne que, cy en avant, nul n'eust plus à 
ainsi, seul et en toul temps, se bazarder audit voiage. mais, à peine 
de confiscation de corps et biens, choisir, avec la flotte et vaisseaux 
armez qui y iront de conserve, deux saisons: l'une est la fin de 
février, et l'autre, de septembre, et le mesmes s'observera aux 
Indes. Desjà se prépare ceste première flotte en grand soîng et dil- 
ligence à Siville et à S'-Lucar, qui est au dessoubz. Et, pour cet 
égard, y a eu depuis deux mois entre aucuns depputez de par deçà" 
et de Portugal une communication, afin qu'aussi les Portugais 
usassent de conformes remèdes et (comme ilz sont jaloux de ceste 
conqueste' et de tous ceulx qui y navigcnt) proveussent par mu- 
tuelle intelligence à ne rien perdre cy après et estre mieulx armez 
cl accompaignez pour offenser '. 

Madame, 

Je me recommande très-humblement à vostre bonne grâce, 
suppliant le Créateur vous donner, en très-bonne santé, très- 
heureuse et longue vyc. 

De Madril, ce m* jour de Janvier 1 56 1 . 

Vostre trcs-humble et très-obeissant serviteur. 

Propria mnnu: S. de L'Aubespine, 
é, de Lymoges, 

Bibliothèque Mationale. — Fonris français. Ms. 3l9'i (mlleclion Bétkune), 
/. iO'iO v\ — Original. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. .Ms. 16103. f /?,î c" /?fî. 
— Ber/islre de copies de dépêches, contemporain de l'nriijinnl. 

t. \ji concile de Trente. daace des ambassadeurs franijais en Espagne 

3. t^s corsaires des cAteii Barbaresqucn. arecleroideFrance.déiiigne rE9|iagne(par 

l/iiislallalion des Turcs au Perlon de Vclef rapport aui fjrénécs) et ta France. Cf. 

( 1.^51) avait augmenté la pîrïleric sur les p. 3J It. noie i. 

cales espagnoles. .'i. Les conquêtes coloniales faites par 

3. Par deçà, e'est-à-diro : l'Espagne. le» Porlugais. 

Par deçù ou par delà, dans la correspon. 5. Offenser pour , attaquer (oQendere). 



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aaO LETTHE DE ALV.IIIU DE LA IJUADRA AL' CARDINAL DE GRA>V 



LETTRE DE \LV\RO DE L\ QUADRA' AU CARDINAL 
DE GRANVELLE' 

(1"bai>lction) 

// « eu par l'amba^isadcitr de France en Amjlelerre ries renxeignemenU sur 
les ouvertures faites par Antoine de Bourbon au chérif du Maroc. 



L'Ambassadeur de France déclare que les navires du Havre de 
Grâce sont sans doute armés, parce que, en vertu d'une lettre de 
marque de quatre cent mille écus, qui sera donnée à Villa Gafion' 
contre les Portugais, pour le préjudice qu'ils lui ont causé en lui 
démolissant son fort, le prince de Condc veut qu'on envoie ces 
navires pour leur causer du dommage en Afrique, ou bien où l'on 
pourra. 

J'ai demandé au même ambassadeur ce qui avait été fait dans 
l'adàire du commerce qu'il voulait établir avec le Chérif, et s'il 
voulait que ce royaumc-ci entrât dans le concert. Il me dit que la 
chose n'était pas encore conclue, parce que Vendôme demande un 



I. Alvaro de Lh (Juadra, dont Gams 
italianise le nom; Alvarus >Mla Qiiadra. 
nommé évéquE de Vt-no» le sj mai i5Ji ; 
il abdi<|UB cette difiiillc l-ii i5.'>i, rnliiummc 
éïéquc d'Aquila (Milanais) le " septembre 
i553 el résigna en i56i. Gamh, pp. g^o et 
85o. Alvaro de LaQuadra remplaça le com le 
de Feria comme ambaisadeur de Philippe II 



Angleterre en ih-'t). 

t. Antoine Perrenot de Granvellc, néen 

i'i a Besançon, mort i Madrid en l586. 
\rras en iSJo; il succéda i son 
ne Chancelier de Charles Quint 
i55o et fut nommé successivement 

ihevèque de Malines et cardinal. 

3. V, sur Villegagnoo p. 3ij, uolo l. 



uvequ. 



y Google I 



LKTTHR DE AI.VABO DF! LA QUAI>IIA AL" CAUDI^AL DK GIIANVELLK SSl 

emplacement pour faire une factorerie et pouvoir y mettre deux 
cents français et qu'il ne sait pas si le Chérif voudra accepter cela. 
Quant aux navires que l'on arme au Havre de Grâce, je ne dis pas 
que ce sont véritablement ceux de Villa Ganon ni que ce soient ceux 
requis pur lut, mais l'on pense qu'il en est ainsi. L'ambassadeur 
Ceures' lul-m^me me l'a dit et certifié, et il m'a dit que les Por- 
tugais auraient fort à faire; il a ajouté que l'affaire du ('Ix'iif aussi 
était exacte; et ce n'est pas peu de chose que j'aie appris coin, attendu 
que l'on se cache beaucoup de moi ici. et qu'on use de beaucoup 
de diligence pour savoir qui entre chez moi el qui en sort *. 

r. Mirlicl de $eun«, ambasMdcur de Torrc do Tombe (Corp. cbronol. loS, 

b'ianw en Angiclerro (i5Go-i56i), prieur Doc, 80 da Parle prim ). a £lé publiée 

de Champagne (3 mai 1579), conseiller par Amthvh Heuluard (^Villegagnon, roi 

d'État (a mai lâ-ja). V. ci-deuus p. io4, d'Amérique), p, ï4i. — Le t«<te da ce 

noie 3. Lalraductionpubtiée oar M. Heu- document sera donné, d'aprï* l'original. 

Ihard porte: [GesvrcsP]. dana le volume des SS. Hist, Maroc, 

3. La traduction de ce document, dont 1''° Série, I. VI (^Portugal'). 
l'orifjinal ie trouve aux Arcliiïc» de la 



, Google 



LETTIΠDE I. AVB 



, CATHRRIKF DK MÉDICIS 



XLVIIl 
LEÏÏHK DE S. DE L\LI1ESI>INE A CATIIERINK DE MÉDICIS 



Le CMrif est vena mettre le sièije tleranl la place de Mazagan avec une 
armée rie deux cent mille hommes'. — Il a élevé trois retranchements 
tftti dominent la ville. — Les Portugais, au nombre de quinze cents, 
luttent héroïquement, mais le manque de vivres fait craindre que la 
place ne puisse résister. — On appréhende en Espagne qœ le Chérif, 
une fois maitre de Mazaijan, ne vienne assiéger Ccuta. — La conserva 
tion de cette place intéresse la Chrétienté et l'Andalousie en particulier. 
— On fait des levées en Espagne pour envoyer, en cas de besoin, des 
renforts ù Ceata et îi Tanqer'. 

Madrid, li i,\r\\ i5G3. 

En lâte des letlres envoyées à la même date, alla manu : aS avril 1 56a 
(xvii' siècle). — Autre despeche, — Du xxiii* d'avril 1662. — 
Simon, le chevaucheur de Monseigneur', la porta jusque» à 
Bayonne seullement. et escrivit Mon dict Seigneur à M' le Vicomte 
d'Horte' que, s'il y avoit telle difficulté et empeschement sur le 
chemin, que les passaiges feussent serrez et qu'on retint les paquetz 
à Orléans, comme on disoit icy, qu'il voulsist bailler à porter 
ladicte despeche de Bayonne ù quelque personne qui en sçeut 
rendre bon compte et qui fut seur. — Il se vit, incontinent après, 
en ceste court, une déclaration de Monseigneur le Prince de Condé 
avec une protestation comme les armes qu'il avoit prises n'estoient 



sieurs génértlions eierçiient lur Ceuta et 
Tanger une lorle de condomirtion. 

3. Le duc d'Anjou. Trère de CharleilX. 

i. Bernard d'AspremonI, vicomte d'Or- 
ihe, fut gouverneur de Bayonne, Il pro- 
testa contre la Saint- Barthéleoi]', dtni une 
lettre à Charles IX: dont l'authenticité b 
été contestée. \, Lettrtt de Catherine de 
Midicis, t. Il, p. 117, note i, et patsim, 
aux noms Orthe et Horle. 



1. V, le sommaire du Doc. Ll, p. aSi. 

3. Lea villes de C«ul« et de Tanger 
■ppirteDiienl au Portugal, mais, par leur 
titualion tur le Détroit, ces places impor- 
taient trop à la sécurité de l'Espagne pour 
que Philippe II ne se préoccupât pas des 
tentatives du Chérif pour s'en emparer et 
ne fit pas un effort pour les secourir. On 
peut presque avancer que les maisons sou- 
veraines d'Espagne et de Portugal étroite- 
ment unies par des mariages depuis plu- 



, Google 



lETTIlE DE l'aUBESPINF, A CATHERINE DE MÉDICIS 223 

pour le desservice du Roy — Aussi se veit autre traicté d'asso- 
ciation d'entre ledict seigneur Prince de Gondé et autres seigneurs 
de ne s'abandonner pour recouvrer la liberté du Roy et de la 
Royne (xvi" siècle). 

En iéte de la lettre précédente, alla manu : A la Uoyne (xvi° siècle). 

En tête, alla manu: A Elle {xw' siècle). — 23 avril i562 
(xvir siècle). 

Madame. 

J'estime que vous aurez entendu comme le Chérif, depuis gix 
sppmaines, est venu assiéger Mazagan, place des Portugais, assize 
près du destroit de Gibaltar', en la mer Occeane, là où il y a 
quinze cens Portugais, qui se deirendent vaillamment, bien que 
ledict Chérif, avec deux cens mille hommes qu'il a, ayt jù faict 
trois montatgnes de lerre en trois endroitz', d'où il choisit' ce que 
iHin luy semble, en quelque part que ce soit, dedans ladicte ville. 
Si' est-ce que le fort est bon, et ne sont jusques a présent venuz 
aux mains. Ceulx de dedans ont faulle de bled et poudre et, pour 
cesle cause. Sa Majesté Catholicque a, depuis douze jours, donné 
licence au Roy de Portugal d'en tirer bonne quantité d'Andetouzie, 
que l'on y conduict en dilligence par mer, avec quelques autres 
i-afreschissemens, estans tous en grand double que ladicte place 
ne se pei-de, d'autant qu'il s'entend que ledict Chérif, l'ayant prinse, 
veult assainir et baflre Coûta, qui est le principal fort en cesle mer 
et destroit et le plus important à toute la Chreslienlé et nommée- 
ment à l'Andelouzie et royaume de Grenade, n'estant possible de 
passer d'une mer à autre qu'avec la faveur de cesle forteresse. Cela 
est occasion qu'il se faict ung nombre de gens de pied en l'Ande- 
louzie. afin d'en remplir, en nécessité. Taiger' et ledict Ceuta, qui 
sont les deux forlz qui restent aux Chrestiens de cesle pari. 

I, Erreur géographique : 1s place de laplacc. Manoel de Mfneze9, pp. rgi etu. 

Maiagan située non la mer Occeane» est Cf. aussi Doc. LI, p. 333. noie t. 
trè> éloignée du détroit de Gibraltar, 3. Clioiiil, aperfoit. découvre; au lens 

a. Lps Maures avaient élevé de distance du motcAoï'ïiVen ancien français. Godefrot 

en dislênce sur la tranchée d'approche qu'ils et Laclrme db S*intf.-P*l*ie, 
avaient ouverte II i5oo mètres des remparts /i. Si, pourtant. 

trois baiLioiisou boulevardsdeslinésâ battre 3. Pour: Tanger, 



, Google 



■JM^I l.t-TXnE DE LAL'BFSPINE A €ATHEnl^E DE MEDICIS 

b)l d'autant qu'oultre ce que dessun, le tabourin se sonne quasi 
par toute l'Espaigne, afin d'envoier trois ou quatre mllte hommes 
de pied cet esté en Italie, pour amander le delTault de la perte des 
Gelbes, h Milan, Sardaigne el Sicile, et qu'il semble que, ce pen- 
dant, l'on sera pour se servir de ses forces où par deçà l'occasion 
se présentera, soit en voatre service ou ailleurs. 

J'ay estimi^. Madame, en devoir donner advis à Vostre Majesté, 
■ ainsi que j'ay faici à Itajonne et Narbonne, considère qu'en sem- 
blable leur gendarmerie s'approclic des frontières et faicI monstre 
de lou!* costez, aussi bien que les garnisons ordinaires que l'on 
ranforce, et sçai' qu'en Flandres itz ont mandé que le mesme se 
procurast, pour leur defTenso et conservation de leurs eslalz et 
assistance des Catbolicqucs, ainsi que le Hoj et le Duc d' Alve m'ont 
dict, lesquels ilz se délibèrent favoriser, comme ilz m'ont com- 
mandé vous escriro. Madame, en tout et par tout, sachant que 
voslre volunté et intention est telle et que le 8er%ice du Roy et le 
vostre le requièrent. Mais vueille Nostre-Seigneur qu'il n'en soit 
point de besoing, car lelz bostes n'apporteront jamais prouflit à 
ceulx qui les reçoivent. 

Le Prince d'Hespaigne' tomba, it y a cinq ou six jours, du 
haull d'une viz' en Alcala, où il est, et s'est hiecé au derrière de la 
leste, qu'on luy a quelque peu ouverte pour nettoier l'enfleure et 
meurtrisseure, mais l'on tient que ce n'est rien, encores qu'il ayt 
esté seigné deux fois et qu'on luy ayt tiré deux onces de sang, 
pour la crainte d'un peu de fièvre qui l'a travaillé. 

De Madril, le wni" d'avril 1062. 

liibllollièque Mationale. — Fonds français. Ms. 16103, /. 231 et 233- 
'233 v". — Begislre de copies ik dépêches, contemporain de l'onginal*. 

I . C'eil-Mire : je »is. Escalier. 

3. Les lettre! tuivanlct <lo L'A.ube5plne i. Registre contpniliildescopiesdechaii- 

psrlent longuement de la nutadie et du cellerie (de la mime écriture que lei rats. 

traitement du RU de Philippe II, I Infor- Tr. 3i6i-3ie3) des dépêches de S. d« 

luDé Don Carlos. Bi&t. .Vaf. mi./r. i6lo3. LAulKspine, de i56i et l563. at les 

IT. a38 et m., 3^6 v", 3^8 y, 363 v. dëpécbei de Foorquevaui, avec lei lellres 

3. VU, vis, nom donné aui escaliers de Charles IX \ celui-ci (onginiui et co- 

loumants. V. VH>LLET-LE-DLk, au mot pisi). de 1667 i 1573. 



, Google 



; L AUDESPINE \ CHARLES tK 



XLIX 

LETTRE DE S. DE L'AUBESPINE A CHARLES IX 
(Eitbait) 

On est inquiet à la cour d'Espagne des armements du Chérif, qm tient 
assiégée Mazagan, et l'on redoute qu'il ne soit d'accord avec le Pacha 
d'Alger pour ravager les côtes d'Espagne. — L'armée d'Alger a fait 
une descente près de Carlhagène. — Elle va se rendre dans le Détroit 
et de là dans l'Océan pour intercepter les secours et ravitaillements que 
les Portugais enverraient à Mazagan. — Le Chéri/ blaguerait Tanger 
avec six mille hommes. — Philippe II fait élever une forteresse entre 
Valence et Carthagène pour protéger la côte contre les incursions des 
Maures et des Turcs. 



En télé des lettres envoyées par le méine courrier, alla manu : 
9 et lo may lûGa (xvii' siècle). — Autre dcspeclie. — Des ix et 
dixiesme May i562. — Par Simon le chevaucheur (xvi' siècle). 

En tête du mémoire, alla manu : Le qualrîesmc May, le Roy 
Catholicquc estoil lors à Alcala, pour sçavoir de la santé du Prince 
son fiiz, lequel, en tumbant d'une vîlz', s'estoit blecé la teste assez 
malement. 

Et estoit auparavant cesle Court merveilleusement troublée et 
eslonnée, commençant chascun à discourir tant de cela que des 
Mores, qui commençoienl à charger, cl tenir en crainte et courir 
leurs costes le Chérif avec le roy d'Argers *, et de ce que le Chérif 



r, vh. vis. cwalic 
iotc3. 


r lournant Cf. 


a. Le» 
est rend ut 


CM développé do coite phrue, qui 
) nlMcurc par une inversion do 


De C*stkies. 






1. — i5 



, Google 
i 



21^6 LETTRE DE S. TiF. l.'Al'niîSPIM; A CHAIILKS l\ 

(cnoitassicgiVunc lies plus fortes places de Portugal'... (xM'siAr/cV 



Mémoire pour le Roy. 

Le Roy et la Royne ont entendu, par mes précédentes, en datp 
du \\\' d'avril, envoyées à M' le Vicomte d'Ilorto, pour les faire 
tenir à la Court, et depuis par ung dupplicata jKtssé à Narbonne. la 
cheute du Prince d'IIespaigne' et ce qui avoit esté faict pour 
remédier à son mal, avant que l'on y cogneust plus de danger. 



Au mesme temps, sont arrivées nouvelles que l'armée d'Argères 
est sortie, avec bien cinquante vaisscaulx, excellemment équippés 
et chargez de grand nombre d'iiommes, avant donné près Carta- 
gène, où elle a saccaigé ung gros bourg forl peuplé et entré la terre 
bien avant et de là priiis la roulte du Destroît; qui a estonné infi- 
niment l'Andelouzie, car, liorsmis quatre galaires mal proveues. il 
n'y a par deçà ung seul vaisseau, se retrouvans tous en Sicile et 
\aplcs. pour la conservation de Testât de par delà', lequel est con- 
tinuellement travaillé de Dragul ; sans la crainte qu'itz ont de Tarmée 
de Levant ccste année, ai le (.irand Seigneur, que l'on a tenu icj 
ung temps pour mort, se porte mieulx. ainsi qu'il semble par les 
derreniers advis arrivez depuis deux jours, quoy qu'on l'eusl figurée 
ydropicque forme'. 



■nota, imiléo de la langue espagnole, oit le 
suivant : La cour do Madrid était, en outre, 
Gitrêmcmcnt troubloc par lc« nouvelles 
dont tout le monde parlait, a savoir quo 
les Maures recommcn^'aîcnt leurs incursions 
et que le Chr^rif, de concert avec le paclia 
rl'.\Iger, faisait faire des descentes sur les 
cMea d'Espagne, oi'i il répandait lepou- 

1. Cette longue noie, placée en tête du 
document et où 11 est question de la mala- 
die de Don Carlos, lils de Philippe 11, des 
■flaires du Maroc, et cniiu des Huguenots 
do Languedoc, est |irobal)lcnienl de L'Au- 



bespinc lui-même et ressemble aux apos- 
tilles qui étaient ajoutées, générmlement cd 
pust'Scriptum, au eori^s des lettres. 

3. L'accident de Don Carie», tomLé 
dans une vis ou escalier tournant, eit men- 
lionné. dans la lettre de L Aubespinc du 
î3 airil 156» (Doc. XLVllI). comme iï- 
monlant à n il j a cinq ou lii jours b, c'est- 
à-dire vers le iSavril lâSî (Bibl. .\at. nu. 
/r. i(iio3. f. a33 WJ. 

3. L'eslal df par ifr/d, les possessions 
espagnoles en Italie. 

4, C'est-ï'dire: Quoi qu'on so fût Ima- 



y Google 



LETTHR DR S. DE L AUBESPINE A CIlAItLES IX 32" 

N'estant au demeurant pas croiable cependant combien ceste 
armée d'Argers donne de crainte et peur en toutes ces costes, se 
commançant à sentir quelle a quelque intelligence avec le Chérif, 
qui est sus Mazagan, ainsi que s'est veu par mes derrenières', et 
que ladicte armée passera le Dcstroict, pour empocher le secours et 
rafrescliissemenl de Portugal, et par ainsi venir ledict Mazagan 
bientost déploré et forcé, où toute la fleur et jeunesse do Portugal 
est enfermée, desjà aux mains combatlans nuict et jour, sans espé- 
rance de vyc et salut, que par ce qu'ilz attendent par mer, tenant 
partie du port libre ; ce que leur delTauldra sans difliculté, si cesie 
armée sort seuUement quinze ou vingt lieues hors du Destroict, 
estant )c Portugais si foiblc qu'il ne se bazardera jamais: qui fut 
occasion que Sa Majesté Cathotieque, partant pour aller assister son 
fdz, despccha courrier exprez en Portugal, afin de les adviser des 
forces et progrès de ceste armée d'Argers et pour les prier aussi 
d'envoyer dix ou douze vaisseaulx armez qu'ilz ont(parmy lesquelz 
ilz ont [et] y a quatre galaires) sur le pas de rAndolouzie, se joindre 
avec se peu qu'il a de vaisscaulz vers Calice, Scvillc et Malaga. 
S'cntendant par advis de Ceuta, qui est l'une des forteresses de 
Portugal au Destroit, que le Chérif tient six mille chevaulx à 
l'entour de la troisiesme place', nommée Tanger, afin que nul n'y 
puisse entrer ni sortir pendant qu'il bat l'autre: qui faict croire 
qu'il a espérance de venir à bout de toutes deux ceste année, puis- 
qu'il a commancé de si bonne heure. 

Se plaignant grandement i'Espaignc de Sa Majesté Catholicque, 
de ce qu'elle laisse, pour les perles de l'an passé, leurs galaires en 
la protection d'Italie, abandonnant les porlz de decà^, sans aucun 
moien de sortir ne cultiver' la coste dix lieues de large : qui a donné 
occasion à ce Prince, pour veoir les affaires du roy d'Argers allans 
de bien en mieuix et leurs forces, parce que le Grand Seigneur a 
accordé à celluy qui gouverne maintenant plus galaires que par le 



(l'Iij'dropisic, Le sullan Soliman II mourut 
en i5GG. 

I. Allusion à lu lettre <lu l?i avril l5Gl, 
à Callierine de Médi.is. V. Doc. XLVIII. 

a, L'Aubcipino cIbsm! Ios trois places 
portugaises du Maroc dans l'ordre suivant : 



Mazagan. Coûta, Tanger. 

3. De deçà. d'Espagne. Cf. p. llg, 

4. Callivcr ta coile dix lieaes de large, 
c'csi-à-dirc : jusqu'à une dislance Je di\ 
lieues des cùlcs do la M éd il errance. 



.„,p^.| 



2^0 LETTRE DE S. DE L AlOESPI^E A CII.VHLES IX 

passé, eslre conseillé d'entreprendre au royaume de Valleince une 
forteresse, qui se faîct maintenant sus une montaigne proche de la 
mer, entre Valence et Cartagène, nommée Bernia', dont loutes- 
fois les Estatz de Valence se monstrent peu conlenlz. pour avoir 
esté entreprise sans leur en rien communiquer et avec cinq cens 
soudara castillans, qu'ilz redoublent bien autant, en Qn, de voir 
tourner au préjudice de leur liberté qu'à leur scureté et delTense 
des Turcqs. 

Faict à Madril en Castîlle. le dixiesme May i562. 

Bibliothèque Aalionale. — Fond français . Ms. 16103, ff. 238 et 539- 
S39 v". — Peffistre de copies de dépèches, contemporain de l'original. 

I . Alto de Bernia, montagne silué« cUd* Vivien dr Saikt Miirtin et Schkadeb, 
l> province d'Alicanle tu N.-O. ds la petite Atlas, ctrie n° ao. 
ville de CbUom. Altitude 1137 mètres; 



, Google 



LETTRE DE SAINT-SULPICE \ CHARLES IX 

L 

LRTrilK DE S\INT SlILPICE' A CHARLES IX 

(E„.A,r) 

Les .yuures ont levé le sil-ije di: Mazaijan. 



Madrid, t juin iâl)3. 

En télé des lettres envoyées à la même date, alla manu: Qualriesme 
depesclie. — De Madrid, du premier Juing 1Û62. 

Mémoire de Messieurs de S"'-Sup!ice et de Limoges, sur la récep- 
tion dudict seigneur pour résider ambassadeur auprez du Roy 
CathoUcque. 

Depuys le partemenl du S' de Rambouillet', l'évesquede Limoges 



I. Jean Ebrard ou Hûbrard do Saint- 
Sulpico, ambas&adpur de France en Espagne 
de l563 i i5â5, naquit, vcn iSio, près 
de Cahors. Il appartenait ^ une ancienne 
ranaille du Qucrcy. Il prît pari i l'occu- 
pation de Metz (i553). à la défense de 
celle ville contre CharleS'Quint (octobre 
i55a-i"" jenvier i553), à la bataille do 
Renl)r([âjl). aux négociations qui luîvircnt 
la bataille do Saint-Quentin (i557), enfin 
à l'évacuation du Siennois on Toscane 
(i55g). 11 fut ensuite employé par le 
gouvernement de Catherine do Mcdicis k 
diverses missions diploma^ques: réception 
de l'ambassadeur de Pliilîppc II, Juan Man- 
riquo (t5Go); lojisgc à Madrid et à Lis- 
bonne, où il réclama du roi de Portugal la 
reslilulion du fort de Villegagnon (l56a}; 
mission en Provence pour prendre des 
mesures do sûreté contre lo soulèvement 
des protestants (i.'itîi). EiiHn. il fut nommé 
ambassadeur en Espagne (avril i56l-mai 
i565) Revenu en France, Il fui encore 



envoyé en ambassade ci Irtonj inaire auprès 
de Philippe II, pour le féliciter de la nais- 
Banco de sa &1le (i566). Il prit part aux 
guerres de religion, fut bleisé à la bataille 
de Saint-Denis (iStiy) et perdît un de 
ses fils tué au siège de La Rochelle (1573). 
En 1569, il fui nommé gouverneur et 
intendant du duc d'Alençon, quatrième 
lîls de Catherine de Médicis, jusqu'à la dis- 
grâce do ce prince du sang, compromis dans 
le parti dos Politiques (i57i). Pou après, 
il se retira dans ses terres du Querc)^. d'où 
il travailla è réconcilier Catherine de Mcdi- 
cis ot te duc d'Alençon. 11 Tut également 
chargé de pacifier le pajs. agité par les pro- 

(i57q), mais ne put empêcher le pillage 
do Cahors (i58o), donl l'un de ses fils était 
évoquo. 11 mourut au commcocemenl do 
nmombre i58l. Cf. E. Cabik, pp. x-ivm. 
3. I\icolasd'.\ngennes, seigneur de Ram- 
bouillet, vidame du Alans, gouverneur de 
Mcizet du pays Messin, chevalier des Ordres 



, Google 



a3o LETTRE DE SAI\T-St" LPICE A CHARLES IX 

présenta le S' do S"-Sii|)lirp, son successeur en cesle charge, qui 
V a es(« reçcu de Sa Majesté Catliolîcque. de la Rovnc et leurs 
minisli-es. avec Ici aociieil liimneste et digne démonstration, que 
mérite pcrsonnaif^e tenant ting si grand lieu, ainsy que Sa Majesté 
plus clairement cimfîiioistra par les lettres dudict S' de S"-Supplice. 
lequel, avec l'évescpie de Liiniiprs. en toutes leurs audiances, ont 
dilligemnient insisté en ilen\ poinci/ coritenuz aux dernières 
depeselies. concernaiis. 1 nng, le secours que Sa Majesté désire rt 
actant de ce H(»y, et l'autre, à ce que, aprî's tant de remises' et 
paroUes. il pleut à Sa Majesté une fo\s pour toutes se resouldrc 
sur la reeonqiense du Koy de Navarre. 

Il n'y a clmse digne de Sa Majesté... si n'est que le Cliéiif a 
levé le sièf^c «le devant Ma/agan. oîi les l'orlngais ont iiifiny hoa- 
neur de s'estre bien cl vaillamment dellenduz. au grand l»ien el 
utilité de ces mers, encores que la place fulsjt totallement ruinée 
et démoUye'. 

Bibliothèque IS'iilionnle. — Fomlxfranmis. Mii. 3161 (rollecliim Bi'tkanei. 
ff. lO-i3. — Registre ilc copii-s ilf tti'iH'ilicx, rnnlcmponiin île Ciiri'jinnt' . 



du Hoi, capitaine des garJps du corps ilc 
Charles IX. fut ïucrcssi renient cnv.,i<^ oi. 
..lis^ion en Savoie, cti Allen.agria (ir.(l.).'l 
on Lspagno (lâOi). Il mounil en iM'ii. 
Pèbe A^sfilme, l. IX. p. 70. /..■((..■« df 

I. liemisf, délai, retard. 

1. U di^rciisedc Maiafon, que les cl.ro- 
niqueur» Manocl de Menez es cl Vei^'IiciIio 
de Mcndoni;! recoittcnt aioc ili'laiU, ost un 
des boaui fails do l'Iil^luirc militaire du 
l'urlugal. Il j a peu de places où la mine 
et la conlrc-niiue aient été plus souvenl 
cmplovces el l'on peut dire que iléfciiseiin 



3. Registre de Despechn dr Honaieur de 
Haincl-SujiUre. ambassiiilciir en Espagne soute 
te rétine du Roy Charlei neufirsme. — Pre- 
mier i-olime. Los mss. fr. 3l6i, 3)6} et 
3i63 do la Bibl. Nat. contiennent toute U 
■iiile des dépèclies de cet arobassadeur. 
d'avril i563 ii octobre i565. Ils constituent 
une sorte de copie de lettres, tenu 1 l'ani' 
Lassadc ou à U Chancellerie rojale. et 
pasïc, au ivii" liécle, dans la colleelion 
Bélhune-Sullv. 

4. M. Edmond Cabié a publia la corre^- 
pondanco de Saint-Sulpice (igoS) d'aprcs 



e pai 






ils des Ictlrc: 



■e que sur terre 


Les remparts s'élaiont 


servC-s il la Bîbl. Nat. et d'apréa une coll 


ulés en inainl 


cndrolls et les Porlu- 


lion particulière qui lui a été conli 


. abrités derri 


rc des ^ll^eines que l'en- 




ni elicrcliait i 




intégralement, la plupart sont données 


résistance opi 


ii'itre. Cf. Uoe. \L1\; 


ejlrail! ou sont analïM-cs, Cf. E. C.a 


XOEL DE Me.N 


.*s. ,..,.sim: B >.* 


p. 10, une anaivse du présent documcn 



, Google 



MEMOIIIE suit LB SIEGE IIE MA/AGAN 



MÉMOIRt: SUR LE SlflGE DE MAZAGAN 



Le cli^rîf Moulay Abdallah el-Ghalib bi Allah, voulant continuer l'œuvre de 
son père' pl faire cesser toulc dominalion chrétienne au Maroc, résolut de 
chasser les portugais de Maiagan, 11 réunit dans ce dessein une armée formi- 
tlable coiii]X)sée de 130700 fantassins, 37000 cavaliers, i35oo pionniers' et 
de 34 pii'ccs d'artillerie^, à la t^ie de laquelle il plaçn son jeune fils Moulay 



I. Le chérir Moulaj Mohammed ecb- 
Cheikh, le Tondatcur de la djtnastie stadien- 
ne, qui devait aon élévation au pouvoir k sa 
lutte acharnée contre les Portugais. Par sei 
attaques incessantes contre les « tronteiras n , 
il était trrivé il enlever à la dominalion 
portugaise la place du Cap-de'Guir( Agadir) 
et i faire <!vacuer Saii et Aiemraour dans 
le rojaume de Merr»kcch, Artila et El- 
Ksar es-Segliir dans le roj'aume de Fci. 

3. Ces nombres n'ont rien d'ciagérd, 
car cette formidable armfe était composée, 
pour une notable partie, de volontaires 
accourus i It publication de la guerre sainte 
et pourvojant eut -mêmes i. leur subsis- 
tance. « La publication do la guerre contre 
les chrétiens de Mazagan, écrit Manoel de 
Menezes, mit en mouvement toute la Mau- 
ritanie en dec^ et bu delï des Monts 
Atlantes, dont tes montagnes et les plaines 
furent presque dépeuplées, car tous les 
habitants des provinces soumises au Chcrif 
entraient II Merrakech. De même qu'un 
grand Qeuve sortant de sou lit submerge 
tous les champs de la vallée, de même la 
campagne aui environs de Merrateeh se 
couvrit de Maures à cheval, do chameaui 
et de bétail. On vovait accourir des gens de 
toute sortes, voire même des vieilles femmes. 
et chacun avait autant de plaisir et de joie 
que si celte guerre constituait et assurait le 
salut de son Ame. a M«:(uel di Menezes, 
p. 187, ï« col. — V. ibid., pp, igoet si., le 



dénombrement des forces do cette armée. 
Cf. Bahbos* M*cb*i>o. t. Il, p, d'î et is. 
(t-et BU leur évalue ï 18000 le nombre des 
pionniers. Ccui-ci étaient venus principale- 
ment du TaBlelt. du Draa et du Sous, h l'appel 
des marabouts); C*STivLLANoa. p. \kk'i 
Agostinho de Mendonç*. ir. Il-lj v». 

3. Il 7 avait parmi ces pièces la fameuse 
Msïmouna (celle en qui l'on se confie) a dont 
le boulet, dit Manoel de Menezes. mesurait 
cinq palmes et demie de circonférence. 
Cette grosse pièce causait grande épou- 
vante et, ai les Maures avaient continué 
longtemps ï s'en servir, il> auraient causé 
beaucoup de mal ï la place, mais cette pièce 
ne tua que deux hommes, dont l'un fut 
mis dans un toi état que sa chair et ses os 
no formaient plus qu'une masso informe et 
répugnante. Le movon qu'emplo^iaient les 
défenseurs de la place pour ne pas être 
tués par les boulets de cette pièce était de 
crier: a Gare au canon \ n, aussitôt qu'on 
entendait le bruit de »a dctonalion (aussi- 
ti'it qu'on voyait la lumière du coup) et 
immédiate ment chacun s'abritait derritre 
les portes et les fenêtres de sorte que per- 
sonne ne fut tué par cette pièce ; elle se tut 
pendant quelques jours, si bien qu'on 
croyait dans la ville qu'elle avait MaXé. 
mais |>eu après elle envoya encore quelques 
boulols qui abattirent un grand pan de la 
muraille du rempart, s Manoel de Me- 

^E^B8, p. 198. Cf. C*9IELtAX0S, p. \k!\. 



, Google 



a33 



H^UOIIIE 6LR LE SIÈGE I 



Mohammed '. Le û mars i56a, les Maures parurent devant Mazagan qui ne 
renfermait que 3600 hommes de toiilrs armes. Moulav Mohammed, crovant 
réduire les dérenseurs par la Famine, passa un mois a faire des lr3\aux d'ap- 
proche, sans attaquer sérieusement la place. Enfm. le 34 avril, il tenta un 
premier assaut, qui Tut repoussé; les Maures relournèrenl i la brèche, le 
3o avril, et, après un combat très meurtrier, ils furent contraints de se retirer'. 

Le Conseil royal décitle de faire évacuer Mazatjan par les non-comlat- 
Innls. — .1 l'annonce du siè(fe, la nohlesse porliii/aise offre son concnurs 
pour la défense de la place. — Liste des seit/neiirs qui partirent pour 



Ma:. 



za^an. ou y envoyèrent quelques-uns des leurs. — Récit <les Heur 
blcssi's. 



assauts. — Liste des i/enlilshoinmes morts 1 



LEMBn.V^A EM QUE TEMPO KC 



I CEHyUAOA PELOS MOLK 
MA/..^C.ÎO 



No mes de sel«mbm do ano de myl e quinlicntos e sc!>cnla c hum 
anos, i-einando El-Rey Scbasliào Nosso Senlior, e sendo metiyno 
de sete anos e indo para oyiu. gobemando a Hairilia Dona Catha- 
rina sua avo e o cardcal Dom Anrrique seu tio irmâo de seu avo', 
foyacordadopelosdoConseUioque sealargasse a dyta vyla aos Mou- 
ros', e se mandou dcspejar de todus as mollieres e jcnte de cavalo. 
E depois pareceo bem fiquarem la duzentos ou trezenlos homens 
de pee, e fîquou por seu cap> tùo " porque proprio capylâo. 



I. Le chérir MouIb;^ Mohammed, qui lui 
uiccéda et qui r^gaa de i574 ù i3-]6 avec 
le lurnoo) de El-Mautaoualikil ala .Mtali, 
lout lequel il est moins connu que sous 
celui de El-Meitoukli (l'Ecorché) que lui 
doDoèrent les clironiqueurs arabes a^rhs sa 
mort, survenue a la bilaîllc <te E1-Ks<<r el- 
Keblren 1378. 

1. Cf. Manoeu ns ME.-<i:/ts. p. t83 et 
ES, ; MAHMOt, t l[, p. g6 ; Tohrks, p. ï:i] ; 
AcoBTi.iHU [iu Me:idum;*, passim; Cas- 
TELLAKOs, pp, i^S-iiô. I.cs dsles lie toni 
pas rigoureusement les mêmes que celles 
du [eit«; il j a enlro les unes cl les autres 
une divDrgence d'un ou deux jours. 



3. Son oncle, frère de son aieul, c'etl-à- 
dlre ton grand'Oncle. Le cardinal O. Uenri- 
que était le frëredu roi Jean II[, V. p. 1)5. 

!i. Il avait dfjà été queetion. au mois 
de juillet i56i, d'évacuer complètement 
Maiagin. Cf. Sa. Hist. Maboc. i" SirU. 
t. Vllj (Russie) et Bibl. Nal.. .\ouv. acj. 
/!■-, 6638. p. 196. 

5. Le capitaine eu titre (proprio eapilân) 
était, d'après les chroniqueurs et les hialo- 
riene, Alvaro de Carvalho, Le nom ItÏHC 
en blanc doit être celui de l'intérimaire 



Portugal, o 



mplarait pendant s 



I voTsge en 
is doute été appelé 



, Google 



LE SIEGE DE MAZAGAN 



233 



que hera Bemardym de Carvalho, raandai-3o vyr, e se veo aqui a 
Lisboa con toda sua cassa, onde a Corte eslava. 

No mes de março de i562, veo recado que a dyta vyla hera cer- 
quada dos Moufos c de muita gonle de cavalo c de pee. Começando 
logo Irazer diante de sy hum baluarle' de lerra feîto em mor altura 



pour donner son avis sur l'évacuation éven- 
tuelle de MazBgan. Il revint dam la place le 
3^ mar« i563. ManoeldeMenezhs, p. 197. 
1. La conslruclion de ce baluarle est la 
grus ùvcncmenl du ùègc de Maiag^a. 
Uicgci de Torrct en fait mention très briè- 
vemonl: « J'aj appris, dil-il, colto particu- 
larité d'un Renégat natif des montagnes 
deCaslil!B,([ui fut cause de cette entreprise: 
il fil onlendro i ce Roj [MouUj Abdallah] 
que. par le moyen d'une haute bute de 
Icrro que l'on éleveroît, il seroit aisé d'em- 
porter cette place, mais tout cela n'eut 
aucun succès. 11 fp 333). Manoel do Menozcs 
donne des détails plus précis sur ta cons- 
truclion de cet ouvrage, o Au mojen de la 
tra nchée qu'ils avi 
mis gagnèrent di 
part du S>-Espnt et quand ils 1 
quatre cents pas de ce rempart, ils élevèrent 
un bastion d'une telle grandeur qu'ils 
purent y placer de l'arlillerie avec ses man- 
telels et ils commentaient à battre le rem- 
part et ils faisaient en sorte que leurs 
pionaierg fussent k l'abri ; mais il leur 
servit de peu, car du rempart on leur en 
tua plusieurs qui, au début, travaillaient 
sans prudence et sans s'abriter derrière le 
talus qui aurait pu les défendre et les cou- 
vrir. Voulant que du haut des murailles, on 
leur tuait beaucoup de pionniers, les Maures 
changèrent de sjntème et, pendant la nuit, 
ils se mirent tous à travailler avec une 
grande ardeur, tant pionniers que cavaliers 
et tous assiégeants. Chaque cavalier ou 
fantassin apportait par heure vingt charges 
de terre ou de pierres; les femnics et les 
enfants couvraient les chemins comme dos 
fourmis et venaient chargés de fdgols do 
bois, de manière que le travail avançait 



rapidement, gricc au grand nombre de tra- 
vailleurs, a (p. iQ^)- l^s assiégés eurent 
alors recours à de grands feux qu'ils allu- 
maient chaque nuit, ce qui leur permit do 
détruire de nouveau le* l^a^«illeurs Maures. 
Mais, malgré les grandes pertes qu'ils 
essujaient, « los Maures n'abandonnèrent 
pas leur tranchée d'approche et se mon- 
trèrent plus ardents à faire avancer leur 
travail ; le bastion s'agrandit do telle sorte 
qu'au bout de peu do jours il se trouva i 
prolimité du rempart du S'Esprit ; ils 
s'arrêtèrent en cet endroit et commencèrent 
à élever un nouveau bastion pins élevé que 
le rempart, de manière à pouvoir dominer 
toute la forteresse et empocher los chré- 
tiens d'j tenir. » (p. 196). 

On appelait boulovard (baluarle, en por. 
lugais) au xvi° siècle des ouvrages en terre 
dont la relief atteignait c[ dépassait parfois 
le niveau des crénelagcs do la place assiégée. 
Avant l'invention des projectiles à éclate- 
ment et du tir plongeant.c'élait une nécessité 
pour l'assiégeant d'avoir des vues dans l'inté- 
rieur de ia place et d'établir ses batteries avec 
un comm.-indement considérable. Ces bou- 
levards déÙU.s des feux de l'vnnemi de lai 
matteirao IraziSo que do muro Ihe ntlofaùSo 
nem podiâo fa:er nenhum nojo eom ha orte- 
tharia que linhûo posta no muro étaient élevés 
do distance on distance sur la tranchée 
d'approche. V. p. 3a3, note a. Cf. Vhili.et- 
LE-Duc. Dkt. d'Arrhit , au mol siège. 

Philippe de Cléves. qui écrivait au début 
du wi" si ici c, raconte que Charles le Témé- 
raire omploja ce procédé d'attaque au 
siège de Neuss et II décrit ainsi 1c travail 
entrepris pour parvenir jusqu'à la mu- 
raille: « C'est un Iranchis roullanJ, lequel 
Bc doibi commencer asseï loing du fossé 



, Google 



aSj MÉMOIRE SUH LE SIÈGE DE M\ZAGA^ 

que ho muro. c o vviiliûo Irazer do (liante de sy e cliegando ao rnuro. 
de lai mancira o Iraziûo que do muro llie nâo faïiûo nem podiâo 
t'azer nciiliuni nojo com ha arlelharia que tinhSo posta no muro. 

A este cerquo oomevou loguo acodir muita gentc, hums que 
mandavâo, outros que se liiûo sem nos mandarem. 



ESTAS SÂO AS PESSOAS Qt'E MANDARÂO SELS FILHOS ET QUE FORAO E 
MAND.AIlÀo' SKM NOS MA>DAnEM 

Jorge da Silva. fdhodo regedor JoùodaSilva, mandou logo huma 
caravrta con sosonta liomens a sua costa pagos a tnyl et duzentos 
reis por mes e de corner, e foi por capytao delà hum criado seu 
chamado Caçeres'. 

Chrîslovdo de Magalliâes, escrivSo da camara d'esta eidade. 
mandou dous lillios et con corenta ou cynquoenta homens a sua 
Costa ao mesmo soido por mes. 

A" de Terres, seu cunliado, irmào de sua molher, foy ein pessoa 
com gente de solde a sua cosla. 

Luis deCastro\ mercador, irmào de Diogo de Castro', humdo!: 
contratadorcs da India, foy em pessoa com gente a sua costa. e este. 
por ser homvm ryquo. dizem que deu la de corner a muita genk-. 

Ant° de Toyve. que sorvya de tisoureyro mor, mandou liuni fillio 
e com gente. 



et faull avoir furco de pionniers rt il me 
■amble qu'il on ftuidroit tle 5à tiuoo; car. 
dès <|ue l'on a commence, l'on ne doibt 
jamais cesser ne nuict no jour, tant qu'il 
soil bouté oultrc; parquuj fault mellre les 
pionnier! par ordre, que les tins (cuvront 
quand ks autres reposent; et, quand la 
lerre est k l'encommenccmcnt haultc de la 
liaulleur d'un homme et Jo lu largeur que 
l'on leult faire ledjet Inndila. il fault que 
de: genls soient en liault pour jcltor la 
terre que ceuli d'cml)as leur jettent; et 
ainti continuer toujours jusques îi ce qu'ils 
ajcal fiicl une monlai|;ne près des fosseï ; 
et quand ils sont li, il fanlt qu'ils faccril 
baslillons pour garder les saillies que pour- 
roienl faire ceuli de la ville sur les pion- 
atcTs: et ainsi tou^jours, fi force des pion- 



niers, jetler la monUigne es fosseï et par 
conséquent aussi haulte que 11 muraille, et 
alors pourrez aiséemcnl entrer dedans II 
ville. » Pu. DE CiÈvEi, pp. 58 et Ô9. CS. 
Vici:i^HE, pp. 663 et ss. 

I. Il faut réUblir seul /r/tot pour l'inleh 
ligence du litre, qui uns cela esl confu». 
L'auteur fait entrer dans son énumération 
deux catégories de seigneurs : les uns sont 
allés en personne i Maiagan, les autre» y 
ont enioj-é leurs fils, mais les uni et 1« 
i t|ionlanémcnt, de leur propre 



liativc, 



s qui 



n leu 



1 ciU 



l'ordre. : 

1. Les mots en italique sont d'une au 
écriture el ont été ajoulëi «prti coup, 

3. Le ms. porte: Crasto, 



, Google 



MÉMOIRE SUB LE BIÈGE DE MAZACAN 335 

Ant" Gonçalvez, mercador e tratanlc, mandou oulro filho ' e com 
gente. 



QLE SE FEZERÂO PRESTES E SE EMBARQUARAO, E OS r<JAO 
DEVXVRÀO HIR 

Dom Anl" de Vasconcelos, filho do arcebîspo de Lixboa', se fez 
prestes em hum dia e m[ei]o e dos primeîros, com corenta homens 
honrados e fidalgos seus parentes, e se embarquou, e foy ate Belem, 
onde o a Rainha mandou chamar, e fez dcsembarquar. 

Dom Duai'te de Meneses, meyrinho mor, tâo bem estava embar- 
cado com Dom G" seu irmâo, e a Rainha o mandou dcsembar- 
quar, c o Dom G" foy. 

E a Rainha mandou recado a tor[r]e de Betem que nâo deixase 
pasar nenhuma vela para fora sem seu certo recado. 

PESSOAS QUE HANDABÂO LOGO 

Luis de Faria. filho <[ue foy do doutor Jâo de Faria, que foy 
Chançarel' Mor, foy logo mandado em huma caravela, e forâo com 
cle algums homens lionrados', filhos d'out[r]os taes. 

P" Vaz de Siqueyra, que o ano de V'LX veo da India por Capylâo 
mor d'armada du India. foy logo mandado e lev[o]u muitas mony- 
çûes de Togo. 

PRIMEYRA EMTRADA DOS MOUROS SOBRE OS MUBOS DB MAZACÂO 

A XXV OU XXVI dias do mes d'abryl do mesmo ano de V'^LXIl, 
acabarâo os Mouros de chegar com o seu baluarte de terra que tra- 
ziâo ao muro, de maney raque por elepoderâo emtrar ape, e emtra- 
nlo c poscrûo sobre o muro cinquo bandeiras suas. Ao que acodi- 

I. Mnndou oulro filho pour: Envois apparemmcnl avant d'entrer dans le» 
aii^ii un lils, ordrcii. 

3. Ancicnno forme pour ClmnctlUr, 

II. Les homts honrados «ont des hommes 
Lisbonne do l5Joï lûtil. Il avait é(c marie nobles sans litre det fidaliios. MoRAt:». 



Leimoti-.JilhoJ, 


) arcMspo de Lixboa 


■lé ajoutés en irl 




jntellos de Monei 


es fut archevêque de 



, Google 



9.16 



Mi^MoiRE slh le ! 



; ne >ia7,aga: 



rao os Cristâos ron muilo csforço e animo, c poleiarîo con eles, e 
diirou a pciria (jiialro oras <le rclogio, e os tzcrâo rccollier, e llie 
matarâo muita gonle; e muîta mais matarâo. se nâo acontecera 
hum granilissimo dcsastie. quo. começando a pcleia, osquecpitlo 
dons baris dn polvora ao pr do niuro. que cslavâo para metcr 
em huma in^nu que linliâo feita ao seu baluarte da lGr[r]a. Ë lam- 
çando da parl<> dos (Iristaos aos Mouros panelas de fogo de pol- 
vora', foy tomada liunia no ar por hum Mouro. e lomada a lamçar 
a nos, doindc caiudo se vt-o aromdrr o fogo nos nosos baris, de <|iio 
os Cristâos it'ceherâo muita pcrda e muîla afronta. e morerâo alguns 
CrislSos rom o fogo, o os Moros rorebenio rsforço. com que nos 
inalarïio nlguns lidalgos e lionicns de conta, o rerirào mullos. 

E poiido o fogo lia outra mytia qu[e] eslava feita ao baluarte da 
tcra que os Mouro» traziSo, Iho fezerSo' abalxar obra de duas 
bravas, sein Uie fàzcrem mais dano. 



Estes sâo os lidalgos e bomens 
feridos] nestc combatc'. 

[moiitos no dito comuate] 

Marlim \az de Sousa, fdho 
de P'° de Sousa, Apousenlador 
Mor'. 



de nome ' que morerSo [c fueron 



l'l':UlDOS >0 DITO COMDATK 

Huy de Sousa. 

P-df Goes, lillio de Sebas- 
tiào de Goes. 



1. Poli à fïu. L'ussgi* des pois à feu 
était lrè« répandu dans la guerre de lirge. 
Lm pois à feu pUient des pots i col court 
et étroit, remplis de composition inccn- 

aoxquellea t 'attachaient des mèches allu- 
Riocs; ils étaient lancés à la main. La niiso 
à feu s'eiéculait («r des mojens diffôrenL", 
les uns oiigcaril, Ic) autres n'ciificant )>h« 
le brisement du |>ot. Celui dont il est ici 
question dcve 
catégorie ; il 
briser pour qi 
le feu h la comiiosilion incendiaire. On con- 
roil alors trôs bien qu'un loi ei)gin slt pu 
être attrapé en l'uir et relancé iramédialc- 
moDl, les mèches allumée» autour du pal 



nlrcr dans la prcmitre 
t tomber à terre et se 
mùchcs pussent in e lire 



en terre cuite a'ojani rien de dangereux 
tant que le pol n'était pas cassé. Cf. Livre 
de caaonnerie et artifice de feu... Paris, 
i56(, f. 7( V». el La Pjrolechnie de llan- 
lelet... \a Pont-ï -Mousson, i63o, p. 171. 
ï. Le sujet non eiprimé est d'aprôs le 

■t. Les /ioniens de nome sont as.'-imilables 
aux haines konradoi mentionnés plus haut ; 
CD sont des gentilshommes qui ne sont pas 

4. Noiu avons dû. pour l'înleltigencc des 
liste» qui Fuiïcnt, restituer entre crochets 
ccrtBin<'s désignations omises par l'auteur 

5. Maréchal de* logis de la Cour. 



, Google 



MÉMOmE StR LE SIÈGE DE MAZAGAN 



a.'ÎT 



P'° de Melo, sobrinho do ca- 
pytào'. 

Jorge Muniz de Liâo. 

Ff" Carvallio, sobrînho do 
copytâo. 

Daniyâo Gonçalvez. 

Jorge de Macedo, fillio do gêne- 
rai da roupa do CardeaP. 

Ant° Coelho. 

Nuno Pereira, fifho de Rei- 
iniîo Pereii'a de Beja, inoreo antes 
da cmtrada', do hum pelouto do 
Irebuqiio '. 

Creyo Fagil moreo de huma 
cspingardada . 



Martim A° de Sousa. 

filho do Feitor da casa da 
India. 

Bernaldjtn Ribeira, 

Trislâo da Veiga, 

Ant° Vaz. 

Fr" de Soure. 

P" de Carvalho. 

Joâo Riscado. 

Fernào Roiz, Feytor de Sâo 
Tome. 

Fr" Carnoiro, filho de [P-] da 
Cunha d'Avvla, 



>0 niTO COMBATE 



Joâo de Melo. do Alguarvc — ' Dioguo Pc:. 
iiiorco Janto esta viUt vindo do\ Joâo do Liva. 
';erfjUO. \ Jane Anes. 



I . Le cspi laine, c'esl Alvaro de Carvallio, 
gouverneur de Maiagan. 

3. ril9 du grand-maitrc de la garde- 
robe du Cardinal (Don Henriquc). 

3. C'est-ù-dirc avaul l'entrée Aes Maures, 
Il semble, d'apris ce récit, qu'il n'j eut pas 
d'assaut. Le dernier boulevard construit était 
accolé au rempart, et l'on n'avait plus qu'une 
descente il opt'rer eani ei'calaJc. Les Turc), 
d'après un commenlaleur d'Onosander, 
cmploj'aient beaucoup ce pn>cédé d'atlaquo 
et les pionniers Icurjiaraissaient u l'une des 
pins nécessaires cliosea pour forcer les places, 
diinl il s'en prend plus par lesremueiuonts 
do terre que non pas par les ballorics. c>ca- 
lades et semblables enbrts. » 0:ii>sandeii 
apud VicGNÈHE, p. 663. 

i, Tretuquo, trébuchât, macliine de siège, 
analogue ï la catapulte, lançant un projec- 
tile, pehiilo. Le trébucliet parait avoir été 
en usage encore au svi" siècle, en même 



temps que les pièces d'arlîllorie. Pour la 
description du trébuchet. V. Viollet-li- 
Dlc. Dicl. d-anhil., t. V, pp. 3ij-a34. 
au mol En'jin, et t, VIU, p. lui. au mot 

5. Cet état des morts et des blessés est 
des plus confus, .Après avoir donné au rcclo 
du folio 55 1 la liste sur deux colonnes des 
morts et des blessés, l'auteur, au verso de ce 
folio, continue son énumération sur deux 
colonnes, mais celte liste n'est pas la con- 
tinuation de celle du folio !>£>: recto et ne 
étidemmcnl aue les blessés. Si 



ncITel 



du folio 



que 



est la < 



legauc 



gauche du folio 55i recto, on 
arrive à ce résultat anormal, savoir: un 
nombre de gentilshommes lue* supérieur 
i celui des blessés, alors que, pour l'en- 
semble des comballanls, la proportion des 
tués aux blesses est sensiblement du quart 



, Google 



»3ft 



MI':MOinR suit I.R SIKGE DE MAZIGAX 



Dom Diogo Manuel. 

P™ de Saa — moreo. 

Ambroslo da (îîar, fîlli 
P" A' da Giar. 

Diogo Perez Freire. 

Itclcliior Bniclho. 

P" Va/, da Vciga. 

O Alcayde Morde Ma/agâ 
Aiv" Goinez. 

Il'" Fernande/ Coutinho. 

Gaspar de Magalliiios. 

Luis (ioiiicz. 

Iterlolameii (Jrrciro. 



Huy Diaz de Soutomayor. 

(jaspar Leyte. 

Dom Fr"HoIim. 

Diogo Peyxolo de Saa. 

P'de Scssar. 

Quintanvllia. 

Hasliilo da Sylvcira — mon 

A" de Torros, 

Garcia' Lcile. 

Gasjiar (tato. 

Dnmiiif/os d'Acosta. 

Giispar VaHente. 

Afomso lîiirrelo. 



Nesle primeiro combale morerào vynte e très pcssoas, e os mais 
foy de fogo ; e forào feridos obra de cento, de que alguns estavào 
a morle. 

As novas d'csla emlrada vjerûo a El-Rey por hum frade da Ordem 
de Sào Francisco, que foy présente a todo o combate com hum 
çrocifyxo nas mâos, anymando e esforçando os que peleiavSo pela 
fe de Cristo. Estas novas vyerâo ja] El-Rey segunda feira a noyte, 
nii' de mayo de i562. 

[segunda EMTRADA DOS MOUROS SOURE OS UUROS DE MA7.AGÂo] 

Em dia de Sào Tiago c S5o Felipe, que lie o primeiro dia de 
mayo, tornarâo os Mouros dar oulro combate. e cmtrarâo com sete 
bandeiras dentro na vila, e os Crislâos os tornarûo lamçar fora con 



(i3 morU pour loo blessés). On roirouvp, 
au conlralre, celle proportion approiima* 
live, >i l'on rail finir la lislc des morts au bas 
du folio 55l recto. Il ; a plus : à la «utie 
de dcut noms de la colonne gauche du 
folio 55t verso on IrouïO, ajoutée d'une 
autre main, la mention suivante: moreo(\\ 
est mort). Cela prouve i^'videmmcnt qu'au 
moment où a M dressée la liste, ces gen- 
lilsliommes n'étaient encore que lilessf's et 



((u'ils sont mort« depuis. Cette m6mc mcn- 
lion morro ligure, égalera cntajouléc,a près un 
nom de la colonne droite du folio 55i verso, 
ce qui eal une autre preuve quo loi deut 
colonnes du folio 53 1 verso sont équiva- 
Icnles et ne donnent que l'état des blessés, 
dont quelques-uns moururent ensuite do 
leurs blessures, 

I. Le ms, porto: Gracia. 



, Google 



MÉMOIRE SUR LE SIÈGE DIÎ MAZAGAN 23l} 

lanU força e dano e morte de muitos, porque derôo os Crisiâos Togo 
as mynas que tenhSo feilas, e foy tanto e tâo forte, que Ihe matou 
muila génie, refînando a pelo ar como pasaros', de que os Mouros 
fiquarûo tûo corlados de medo que logo se afaslarâo. 

Ediada Cemç3o, que foy a scte dias dcmayo, alevantai-âode todo 
seii arayat, c poserâo fogo a todas suas tranqucyras, e a todo mais 
quenoarayallinhûo, e seforâo. E vacon elesa maIdyçâodoCreador! 

imiioth^fjue \alionak. ~ Fonds porUiijais. Ms. 23 (anc. 10} '. ff. Ôi9- 
.*.^i'. — Original. 

I . liefiiianda a [la yenlr] pela ar roino une relation întllulôe : Tralailo da ^rrco de 

/MMoroï, les dispcruint en l'tir comme des MamgSo e do que nelle pattoa. Ms. Portug. 

On trojve dans Mohaes, au 8 (anc i5): (B. 3o-45). On lit en marge : 

refinar le sens de lançar cam impelo. D. Lui7. Lobo. Od rencontre un auteur de 

Recueil d'autographes et de docu- ce nom (Luii Lobo da Sjlïcjra) dans 

tsoriginauiduxvi'etdu xvij'^ siècles. Uahbosa Mai:[Iauo. liibl. LiisU., l. III, pp. 

documents portugais sur le si&ge de log-l lo. CeUe relation qui semble Aire 

igan sont 1res nombreux et trèa i^ten- une copie du milieu du ivii" siicle »er« 

La BIbl, Nat. de Paris, outre l'original publia dans les Ss. HrsT. Mahoc. i*^ 

noua venons de publier, en possède Sirir, t. VI. {Portugal.) 



, Google 



LETTRE DE CVIIVALHO AU IlOI D. SÉB.VSTIEN 



LETTRE DE BERNARDIN DE CARVALHO' AU ROI 
D. SÉBASTIEN* 

(Tr A diction) 

te C.hérif. sur In nourellc que les Turcs nilaifnt pcut-êlre marcher sur Fe:, 
<s renoncé ù son projet iCassiéijer Tnnijer. — On peut surseoir à l'envoi 
de tous les renforts, maïs il /nul s'occuper immédiatement de mettre 
Tanger en état de défense. 



Sire, 

Aujourd'hui 29 mars, est arriva de XexuSo', une caravane, 
dans laquelle se trouvaient deux captifs chrétiens de celle ville ; ils 
m'apprirent que le siège ' avait été remis, sur la nouvelle que les 
Turcs étaient devant Oran ' ; le Chérif avait su en cITet que, si les 



t. Bernardin de Carvallio avait rnm- 
placi! dans le corn mande me ni de la placu 
de Tanger Luii de Siha. Mabmol, t. II. 
Ijy. IV, ch. LUI. 

3. LeroiSébailienctaitagédcncurani 
cl la régence ^lall «lori esorcie par son 
grand-oncle le Cardinal Henri. 

.1. Cliechaoïien, ville de la IrJbu des 
i^lihmaiï Su kilomùlrcs au Sud de Totoiian. 
V. FofCAf LU, pp. 7 el 85. Ccilto ville semble 






époque 



dépendance. Noue atons vu que Ali b. er 
Kachcd en était seigtieur. p. iSy. note 3. 
,'i. Le Bi^gp dont i^lail menacée la vill 
de Tanger. 



f). Les Turcs, sous la conduite de Has- 
san-Pacha, avaient ma |>our la seconde 
fois le aiËge dcvanl la ville d'Oran. Les 
opérations commencèrent par l'attaqua do 
Mers el-Kebîr. Cette place, défendue par 
Don Martin de Cordoue. Gl une béroïque 
résistance, repoussa tous les aisaulset per- 
mit à la Hotle castillane de Francisco de 
Mondoza d'arriscr au secours de la place. 
A son approche, ta llollc turque prit la 
fuite vers -Vlger : Ilassan-Pacha le*a aussi- 
Idt le sitge do Mers el-Kebir el se mil eu 
retraite *ur Moslaganem (mai i563). 

G. Le chérif Moula; Abdallah tl-Gbalib 
bi Allah, 



y Google 



LETTRE DK CARVALHO AU ROI D. SEBASTIEN 2^1 

choses n'allaient pas bien pour les Turcs à Oran, ceux-ci avaient 
l'inlenlion de marcher sur Fez. 

En conséquence, V. A. ne doit diriger maintenaut sur Tanger 
que cinq cents soldats, des vivres et des munitions, et elle doit 
surseoir h l'envoi du complément nécessaire jusqu'au moment oia 
l'on verra ce qu'ils se déterminent à faire. Que V. A. pense à l'in- 
quiétude qu'aurait causée la nouvelle de ce siège, étant donné le 
mauvais état des Tortifications de la ville. 

C'est pourquoi, il faut que V. A. m'envoie de la chaux, afin de 
pouvoir fortifier ce château et, si V. A. m'expédie le nécessaire, avec 
l'aide de Dieu je le fortifierai cet été. Avec ces matériaux', je pro- 
longerai dans la mer la chaussée ' de la vieille ville ', afin qu'à mer 
basse, personne ne puisse entrer dans la rivière ; je construirai éga- 
lement un bastion' dans la vieille ville ; ce bastion partirait de la 
tour' qui se trouve à l'escalier de la Monteira° et ferait une saillie 
de huit brasses, son mur serait de iS palmes ; tout le reste serait fait 
de déblais retirés des fossés et ce sera double profit. 

Que V, A. croie qu'il est indispensable au service de Dieu et 
à celui de Y. A. de faire ces trois ouvrages au plus tôt, cet été, afin 
que, une fois construits, je sois en mesure de résister ù une attaque. 
Quant aux autres ouvrages, ils se feront dans la suite et n'ont pas 
besoin d'être poussés aussi activement. J'insiste encore auprès do 
V. A. pour l'envoi de la chaux et des matériaux nécessaires et je 
lui répète que, dès cetété, avec l'aide de Dieu, je lui ferai construire 
les trois ouvrages susdits, ouvrages si sacrés et si nécessaires au 
bien de cette vdie qu'il ne peut y en avoir qui le soit davantage. 

En attendant, je réparc les murs et je fais ce qui me semble être 



I. Lb Induction littcralo de cot alinéa i. Le Icite porte: Traeet. Moraei le 

soraît ; « 11 Tant que V. A. m'onvoic de la définit ainsi : Baluarie feiio de sorte i/ue do 

chaux afin Je Fortifier la ville aCn de lado de angulo podesse defender o oulro lado 

prolonger la chaussée afin de constmire do angulo legiinle e lalvez paratlelo. 

un bastion d iS'oiis avaiis cru devoir 5. Le toile porte : cabo. C'était une 

supprimer le lien de dépendance qui ratta- petite tour ronde engagée dans la muraille 

chait toutes ces propositioni, et parfois faisant saillie, ce qui permettait 

1. La texte porto : coraça. V. Eur la d'attaquer et do surveiller l'ennemi, Mo- 

signilication do ce mot, p. 1^5, note 3, haes, au mot Cuba. 

3. 1.0 Vieux-Tanger se trouvait ù 'i kilo- 0. L'escalier de la Ch.issercsso. 

mètrcf do la vlllo actuelle. 

Df C*STK1tS. 1 — iG 



y Google 



3^3 LETTRE DE CARVALHO AU ROI D. SÉBASTIEN 

le plus urgent. Tous les gentilshommes qui servent ici V. A., tra- 
vaillent et font tout ce que je leur ordonne de la part de V. A., 
excepté Don Lopo d'Almeida, qui n'a jamais voulu aller à aucun tra- 
vail, bien que je lui en aie donné l'ordre plusieurs fois. Pour 
l'exemple, je l'ai rais aux arriHs dans sa maison. Luiz de Brito est 
aussi très négligent, mais, comme il appartient à\. A., je me borne 
à le réprimander et je passe sur bien des choses. 

Que Notrc-Seigneur protège la vie et augmente l'Autorité de 
\otre Altesse, 

De cette ville de Tanger, le dernier jour de mars. 

Le courrier n'est pas parti le 39 à cause de la grande (empote du 
levant qu'il a eue ici. 

Serviteur de Votre Altesse, 

Bernardin de Carvalho, 

liibliothbqae Aalionale. — Fonds portugais. Ms. 18 (ancien ^3), 
ff. 37^4-37^1 v'\ — Copie <la xix'sikle'. 

I. Archives de lu Torre do Tomba. — Reforma das Gavetas. Gav. l5, Maco l8, Num. 3. 



, Google 



LETTRE DE SAINT-SULPICE AU ROI CHARLES IX 2^'i 



LETTRE DE SAINT-SULPICE AU ROI CHARLES IX 

(Extrait) 

Le préjudice considérable causé aux populations de l'Andalousie et il la 
navigation par les corsaires du Pcfion de Veici;, préjudice sclevant chaque 
année à plus d'un million d'or pour l'Espagne et le Portugal', s'explique par 
lu situation exceptionnelle du Pcnon, place à 3o lieues de Gibraltar et à ^o de 
Malaga : c'était pour des pirates aux aguets une merveilleuse embuscade, et 
Us trouvaient, en outre, entre l'ilot rocheux et la terre ferme un abri assuré '. 
Pedro de Navarro s'était emparé, en i5o8, de cette position qui surveillait la 
ville de Badls et les pirates des Ghomara ' ; elle avait été enlevée par ruse à 
l'Espagne, en iSaa, sous Mohammed el-Bortoakâli, et le prince mérinide Abou 
llassoùn (roi de Vêlez) y avait installé une forte garnison. En i5a5, le mar- 
quis de Mondejar (il une tentative infructueuse pour reprendre le Penon. dont 
l'occupation importait tant à la sécurité de l'Espagne. La situation s'aggrava. 
quand ce repaire passa des mains des Maures dans celles des Turcs. Le PcAon 
fut remis, en i554. à Salab Raïs par Abou llassoùn, pour prix du concours de 
l'armée d'Alger à la conquête du royaume de Fez '. Les Turcs établirent peu à 
peu leur autorité sur la ville de Dadis et sur tout le pays des Ghomara. En 
i558, Hassan Pacha envoya au Peùon comme gouverneur le fameux corsaire 
Yahia Rais. Celui-ci tint à sa merci toute la c6le d'Espagne depuis Cartliagéne 
jusqu'au cap Saint-Vincent ; il se faisait appeler le a Seigneur du Détroit >i et 
aucun navire ne pouvait franchir le détroit sans un sauf-conduit délivré par 
lui. La terreur qu'il inspirait aux habitants de la côte espagnole était telle que 
ceux-ci n'allaient labourer leurs terres qu'avec la plus grande crainte; souvent, 
au milieu do leurs travaux, ils étaient attaqués par ce pirate, qui les emme- 
nait en captivité. Les pécheurs eux-mêmes ne se risquaient plus sur les cistes. 
La situation avantageuse du Peùon avait attiré dans ce repaire les pirates 
d'.'VIgcr, qui opéraient concurremment avec les galiotes de ^ nliia Raïs. Pendant 
les cinq années (i5ô8-i[i6a)^ que l'audacieux rais passa au Peùon, il captura 
un grand nombre de navires, saccagea les villes du littoral espagnol et s'em- 
para de plus do iooo chrétiens. Quand il se démit de sa charge et retourna à 

1. V. Doc LXI, p. aO'i. Hadis des Ghomara (VcIph de Gomirc). Ils 

a. V. te fac BÏmilc, p. aC^, furent le> pires crincmU des ËipagiioU et 

i. Les Ghomara, Iribii du Itif dor.t une aidèrent toujours les Turcs soit à attaquer. 

fraction habite la vUlo de Badis (Velcz) et soit à défendre lo Pcfion. 

les montagnes qui dominent la baie où se 4- Sur Abou Hassoùn. V, p. i53, note i. 

trouve l'ilot du Perion. C'est à cause d'eux 5. Balt*sar Collm:os place i la fin de 

<|uc la ville de Badis est appelée souvent l'année i3C3 la dùmission de Yaliia Rais; 



y Google 



nOI CHARLES r\ 

Alger, il emmena ses quatre galiolcs charj^'^de butin, dont plus de j^oo caplifi 
chrétiens et de aooooo ducats*. 

Les armements faits par les Espagnols pour secourir les places d'Oran et 
de Mers el-Kehir, assiéijées depuis t/ualre ans par Hassan Pacha, étant 
devenus inutiles par suite de la résistance victorieuse des assiéyés et de 
la retraite des Turcs ('29 ma! ir)(h{J. Philippe II se décide à employer 
son armée de mer à reprendre la place du Pe/ion de Vêle:. 



Juillet 1&63 

J'ai esté advertî comme le Pape a cslé bien satisfait du retour du 
cardinal Moron' et des choses qu'il a traitées. 

L'on estime que les galères seront emplovées à l'entreprise du 
Pignon de Vellès, quiest une rortification en Afrique sur la marine', 
el que Don Sanclio de Leva aura la charge de l'armée qui descen- 
dra en terre'. 



Arckii^es des seigneurs de Sainl-Sulpicc 



- Original. 



il ost pli» probable que ce fut i la fin de 
l'année iSlil que le fameui cnrtalre se 
Totir» & Alfior. Colle dite concorde d'ailleurs 
avec 1b durie de ciiii| ans (i 558- lâfia} pen- 
dant laquelle, d'après Collaços. il aurait 
■nt, UaprJs HaCdo. 



Yalàa Rai, 



it clé cl 



par les Janissaires comme paclia d'Alger, 
apri-a la mnrt d*.\hmod l'aclia. cl il aurail 
occupé celle charge pendant quatre moii. 
Suivant le même auteur. Valiîa Rai« siait 
été déjà Pacha intérimaire d'Alger do jan- 
vier il juin i5i7. Le Tameui raia mourut, 
en 1570. peiidani l'eipédllion do Euldj 
Ali contre Tunis, Cf. H*»;uo, pp iia-ii3 
el p. iiG. Maml Rais buccéda ï Yahia 
Rais, comme gouverneur du Pcilon. 

I V, sur les eipéditions du Poilon Doc. 
LIII-LXEV. 

a. Jean Morone. Cardinal italien né h 
Milan le a5 janvier i5ocj, mort k Rom^ lo 
!"■ décembre iJ8o. éièque de Modèno 
(i5a((). nonce en Allemagne (i536). Car- 
dinil (:54î), éièque de .^ava^rc (ij,"ia). 
Légat du pajio i'ic V el préaident du concile 



de Trente qu'il clôtura le i décembre iâ63 
Grégoire XIII lenvo^ra comme Légal à 
Gènes et en Allemagne. 

3. Sur lo marine, sur le bord de la mer 
(Médilernnéc). 

i. Philippe II avait confié k D. Fna- 
cisro de Mendou la direction génér«le de 
l'opération. D. Sancbo Martinet de Leiis 
ne devant avoir que le commandement des 
Iroupes de débarquement ; mais, par suite 
de la morl de Mendou survenue au début 
de la campagne. D. Sanclio resta seul chef 
del'eipédilioD. CiBnEitA.t. II. p. Sgi 

5. Nous devons à l'obligeance de M. EJ. 
Cabié la présente copie, faite sur un ori- 
ginal provenant de la collection particu- 
lière qui lui a été confiée. Ce document, 
qu'il a donné eu analyse dans Ambattadc 
en Esp. de J. Eirord. p. liS. porte 
comme date restituée: n vers juillet ou 
aoilt l!)G3 ». Cotte lettre de Sainl-Sul- 
pice est maniresteiiicnt do juillet, puisque 
l'eipédilion du Peflon de Velci partit de 
Malaga le si juillet. V. 
Doc. LIV. p. aiS. 



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LETTBB DE SAlST-SULPlCE A CATHERINE DE MÉOICIS S^S 

uv 

LETTRE DE SAINT-SULPICE A CATHERINE DE MÉDICIS 
(Extrait) 

L'expédition, commandée pr D. Sancho Marlîncz de Lciva, général des 
galères de Napica, partit de Malaga, le aa juillet ■, On savait, parle gouverneur 
de Melilla, que le Peiion avait été dégarni de troupes et Von espérait le prendre 
par surprise. Mais l'éveil fut donné dans la place, et D. Sancho Martinez de 
Leiva. ayant reconnu l'Impossibilité de s'en emparer de vive force, fit rembar- 
quer à grand peine ses troupes; les galères rentrèrent à Malaga, le a août. 
Cet échec fut très sensible à la fierté espagnole et l'année suivante (i56j4) les 
Cortts d'Aragon, de Valence et Je Catalogne, réunies à Monzon, insistèrent 
auprès de Philippe II pour qu'il fût mis fmaux incursions des pirates du Peilon. 

Philippe II a employé l'armée de mer gai a fait lever le siège d'Oran 
à une expédition contre le Peiion de Vêlez. — On espérait, grâce à des 
intelligences dans la place, pouvoir l'enlever par surprise. — L'opéra- 
tion n'a pas réussi et les Espagnols, malmenés par tes Ghomara et par 
la garnison turque, ont dâ se rembarquer, après avoir essuyé des perles 
sérieuses. 

IMadrid], lo tout i563. 

En lêle, alla manu : Depesche'. — Bux^'Aoust |563. — A la 
Royne, 

En marge, alia manu : Par Don Francès d'Alava. 

Madame, 
M'ayant le Roy Calholicquc faict dire, par le Duc d'Alva, qu'il 

I. V. pour la composition de l'cx^di- liun, qui conaliluo uno suurcu originale de 

tion Baltasar Collaijoe, (T. 58-5S v"; gTaiide\aleurpourc«llecipôdilion.oatau«si 

Cabrera, t. [, pp. 3gj et sa.; Hakuosa k cuDsuller pour les opérations do l563. 

Machado, t. 11. pp. 3/7 et as.; Antumio Caslellanoa place à tort les demcipi-dlliona 

DE Hehreba, 1. 1. pp. 1^3 et SB. ; Mahmul, en i564. Castellanos. pp. 371. 373. 

t. \\, lîv. IV, cb. Lxvii. Ballaaar Collaçoi 1. Le mol depescht aîgnilia, dans ces 

fil i* campagne du Pcnon de i564cl5a rda- registres de chancellerie (mss. B. N, fr. 



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a'iG I.ETTnE DE SM>T-SLLPICE A CATHERINE DE MÉDICIS 

(Icsirprolt vnhintiers me faire certain de l'occasion, pour laquelle 
il eiivdioit le S' Don Francisco d'Alava devers Voz Majestez, je n'ay 
vouUii faillir d'aller îneonlinant trouver Sa Majesté Calholicquc, 
laquelle m'a faict eiilendre esire pour vous prier de tenir la maîn 
en sorte, que rauthonté du Pape fii[s]t tousjours maintenue en la 
ville d'Avignon et la religion ancienne et acoustumée gardée en 
icellc. 



Ne vouUant oblvor à vous dire. Madame, qu'après que Tarmée 
de mer de ce Uny. qui esloit de cincjuante pallères, dont csloit 
général Don Sanchn do Leva, eusl faict lever le siège de devant la 
ville d'Oran, il fut délibéré <|ue ladicle armée seroit emplovée à aller 
prendre une forteresse appelée le Pignon de \ elles, en Affncqiie, 
soubz umbrc d'une intelligence, <[u"avoient dedans, ceulx de la 
' le llov Catliolicque tient par delà. Où ostans 
10 lo moven de ladicle intelligence leur defal- 
la ville, qui est en bas', et. sestans Ir^ 
/. aiidict Pignon, commancèrent à tirer, tant 
de coups de pierre, des montaignes qui sont es environs, que d ar- 
tillervc dudict l*ignon, contre ceul\ qui se présentèrent, qu'ilz en 
blessèrent ung grand nombre, en estans demeurez sur la place 
jusqiies au nornbix" de cent cin<|uante ; et la vaisselle dudict 
général, qu'il avoit faict mectre on terre, pensant qu'elle fu[s]t 



ville de Merilla', qu' 
arrivez, et vojans (pu 
loil', allèrent prondn 
Mores de dedans retire 



3iGi '3lli3): groupe des leUrcs. mi' moires 
et aiilm dncumcnla [li|ilomatir|iics duril 
l'eipcdilLOU a t^Lé faile lo m^mc jour ou 
par te même courrier. Cf. La Cuii.ve ur. 
Sainte-Palave et GuiiiiKuv, BU mot 
Depcache. 

I. MellIU. 

a. Pedro Vercgas de Cordoba, gnuicr- 
ncurdc Melilla. cnlrcIcDalldesintcllIgeiices 

deui rcnégalB ; il crut, d'»prèï leurs reiiscl- 
gnemenls. que la place dégarnie de Iroiippa 
pourrait être enlevco par surpri«o, cl c'est 
sur »on rapport que l'opériilion fut diicldêc. 
Il préccdail la flollc «ur deux brlgaaliiics 



tcdcshoi 



•échelles 



lad er tes rcinpsrU. Les Turcs l'ajanlaiierçu 



tirèrent ■ une voMo de canons pour avertir 
ceux do Vtk'i de prendre les armes t ; les 
Cihomara iccoururcnl de» monlagnet cl 
D. Sancho de Lciva. « Tojanl que l'arti- 
fice n'avoit pas réussi n, fît débarquer set 
troupes sur U câlc i El-Kalaa (\1mIi) et 
marclia sur la ville de Badis (Velei) qu'il 
Iroina abandonnée et dont il s'ompan. 
.Mais le» Ghomara revinrent atUquer les 
chrétiens a et il y on eut cent cinquante 
de luGi et plus do quatre-vingts blcsseï a, 
ce qui décida D. Sancho de Lciva i faire 
rembarquer ses troupes. Mahhoi., t. II. Ilv. 
IV, cil. Livn; Cabkeha, 1. 1, pp. 3g j el tg. ; 
Bai.tasah Gollaços, ff. 60 el ss. 
3. La ville qui esl en bas, Badis (Vcici). 



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LETTRE DE BA1^T-SULPICE A CATHERINE DE M^DICIS 3^7 

bien seure, pillée' el eulx contrainctz s'en retourner, sans rien 
faire : dont ce Roy Calholicquc a reçcu ung grand ennuy, tant 
pour la réputation, que pour avoir donné occasion au ïurcq, sans 
aulcun elTect, d'cstre irrité. 

It se dict aussy que !a gallèrc cappitane du Duc de Florence a 
esté prinse par quelques corsaires Turcqs, estant sorlyc du port de 
Barsalonne, où il y avoit plusieurs genlilzhommes, dont les ungs 
se sont saulvez à naigc et les aultres emmenez prise 



Je prieray le Créateur qu'il vous doinct. 

Madame, 

En parfaicte santé, loule bonne pitispérité et très-longue vie. 

De Madrid, ce \""' jour d'Aoust i5()3. 

(Posl-scriplum :) 

Vostre très-liumble et très-obeissant subject et serviteur', 

De Sainct-Suplice. 

Bibliothèque \ationale. — Fonds français. Ms. 3162, ff. i-2 v°. — 
Registre de copies de dépêches, contemporain de l'orifjinal. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 3899, Jf. U3-hli v". — 
Copie de la fin du svi" siècle. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. .Ms. 23'ii)6, ff. 81-82. — 
Copie du x\n° sil^cle. 



I, I' Comme l'armco marchoil par dos 
chemins rudes et dillicilos jsur la ville de 
Vclei], les Maures qui s'esloient assemble! 
des monUgnes, donnèrent iiir une troujie 
de soldais qui cscorloicat lo disiié que 1rs 
valels de Dom Saochc avoiont lire des 
galères jiour j>orlor à Vélci, el les atla- 
quèrant à l'improviste avec tanl de furie, 
quoji-qu'ils ne fussent pas cinquante, que 
l'oscorlc qui esloil de plus de trois cens 
soldats prit la fuite, cl loule la vaissello 
d'argent fut pillée, les livres em|K)rlez, et 
quelques soldats et valets de Uom Sancho 
tuez ou bicssci, avec des forçats de galères. 



qui portoiont le disné sur leurï épaules, le 
tout en si peu de Icms, que quand on j 
accourut, l'ennemi s'ealoit déjti sauve. » 
Mahmol. toc. dt. Cf. B. CoLL*.;os. 
ff. (i6v''.67. 

1. Cf. E. CiBiÉ.p. il6. — La formule 
iïnalc (depuis Je prieray tf Créateur...') 
n'est pas donnée par le ms. fr. 3i6a. mais 
seulcmenl par les autres manuscrits, qui 
sont des eilraits. faits i diverses époques. 
de la correspondance do l'ambassadeur, pro- 
bablement à l'usage des buresul de dilTé- 
renies ambassades du xviii^ siècle. 



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LETTHK DE S,llNT-SftPICE A FOl'RQUEVAtX 



LETTRE DE SAINT-SILPICE A FOURQUEVAllX' 
(Eat,»,t) 

On présume que les armements rie Ph'd'qipe II sont destinés à une entreprise 
sur la côte de Barbarie. 



Au dos : A M' de Forquevaulx, du xxix' may. 



Nous nous sommes à bonne heure deslogés de ce quartier. 

L on a eu en cesle couii quelque grand alarme de l'aprest qu on 
disolt que le ïurc faisoil pour venir de deçà, et fut euvoyé de tous 
costés aprester hommes, armes et vaisseaux pour les repousser, 
mais il s'est depuis entendu qu'il ne bouge de cesle année. El 
toutcsfois on ne cesse de dresser ici armée de mer, dont je m'as- 
sure qu'aulcuns en feront l'alarme au roy et ù ceux qui commandent 
en nos frontières. Et de ma part je ne serois pas marri qu'ils la 
preignent, afin que nous nous acouslumîons d'user de la mesme 
prudence, comme font les autres princes et potentats bien con- 
seillez, qui arment incontinent et pourvoient à leurs places et se 
préparent à toute défense, quand ils voient que quelques princes 
leurs voisins font armée, bien que je ne puis juger d'aulcune maul- 
vaisc entreprise de ceux-ci contre nous, qui montrent de plus en 

I . V. p. 380, nolo I , la notice sur Fourquevaui. 



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LETTRE DE SAINT-SULPICE A FOURQUEVAUX S^g 

plus se vouloir maintenir en la paix et bonne intelligence qui est 
entre Leurs Très-Cliretîennc et Catholique Majeslez; mais il n'y a 
de plus certain moyen d'avoir la paix que de ce tenir toujours 
bien prcst à repousser la guerre. Il n'est encore assez déclaré où 
on emploiera ceste armée ; tant y a qu'il se présume que ce sera 
sur la costc de Barbarie', 

Je croy que le roy sera à Ljon avant que receviez la présente, 
selon ce que Sa Majesté m'a escrïl ces jours passés. Et ne fais 
aucun doute qu'inconlinenl après les grandes chaleurs il ne vous 
vienne visiter. 

De Madrid, ce... 

Archives des seiijneurs de Salnt-Salpice. — Minute originale^. 



I. Ce fui probablement >ers cpIIc dtte 
quo fut Hécidéo l'cipédiliun du Pctlon el 
que D. Garcia de Tolcdo, qui tenait do 
ramener sa flotte d'Italie on Espagne, reçut 
. l'ordre de suriicoir k toute entreprise, avant 
d'avoir délogé du l'cfiOQ lo cortaire Kara 
Mustapha, qui avait succi'dii li Mami Raïs. 
Philippe II avait hâte, ea r:\Tel, do venger 
l'aiïront que tuiavaicnt iniligc les corsaires ; 
ils avaient jiaru entre Itareclono et Valence 
pendant lo séjour que le roi faisait dans ces 
deu:ï villes à son retour de Monzon ol 
avaient ravagû les ei^tcs « surtout le turc 
Kara Mustapha, eald do Vclei de la Gomera, 



qui, avec six galiotes, osa venir au Grao de 
Valencia et commettre des vols pendant 
que le roi hs trouvait i Valence ; Sa Majeslc: 
fut indignée de cette audace et de l'inquiô- 
tilde qu'elle causa i la Cour, n A.nto\jo 
DE Hrrkkha. t. I, p. i33. La destination 
donnée aux armements do U. Garcia fut 
soigneusement dissimulée, pour ne pas 
alarmer la petite garnison de cette forte- 



la flollo turque 









Tl'ove 



-s do la placi 
■■ P- 369. 



y Google 



2&0 LETTRE DE R4IST-SULPICE A CHARLES IX 

LVI 

LETTRE DE SAIM-SULPICE A CHARLES IX 
(Extrait) 

Philippe II a lUrlaré que ses armements avaient pour objet de repousser 
la Jlotle turque dont on annonçait la prochaine arrivée sur les côtes 
d'Espagne. — Ayant reçu l'assurance que les Turcs n'attaqueraient pas 
cette année, Philippe II a l'Intention d'employer son armée à surveiller 
les cotes de lîarbarîe et, le cas échéant, à s'emparer d'une place 
africaine. 

|M>drid|, ta juin i564. 

En Idte, alla manu : Aullre tlrspcche. — Du xii' Ju[I]ng i564. 
— Par Svmoii Thévenin, courrier' ordinaire de Sa Majçslé. — Au 
Koy. 

Sire, 

Despuis mes précédantes du unziesme du passe, es quelles 
n'avoit esié rien obmis de toutes les nouvelles et occurances (le 
deçà, j'ay reçeu trojs despechcs de Vostre Majesté. 

Je me siiys seulement ung peu troublé d'une particularité qui 
concerne, en vostre dernière lettre, l'armement que ce Roy [Phi- 
lippe II] faict par mer, comme si l'on le vous vouloit rendre sus- 
pect, et que je ne vous en eusse donné advis de bonne heure, 
combien que je n'ay failly vous escripre tout à temps, par mes 
dictes précédentes, ce qui s'en pouvoît lors descouvrir. Et mainte- 
nant, je vous y satisferay plus amplement. 



riait d'abord chmiaehmr, courrier, de la mâmo écriluro. Cf. p. lOl. 
I htTTb et romplac par noie 3. 



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LETTRE DE SAINT-SULPICE A CHARLES I\ 25l 

Finalement, j'admenay le propoE à luy [Philippe II] toucher, 
comme de moy mesmes, de son armée de mer, bien (|ue desjà 
j'en eusse assés sceu d'ailleurs, tiyant envoyé, pour cest cflect, 
jusques aux principaul\ portz de deçà, mais pour l'entendre 
encores plus à ccrics par luy mesmes. Je luy dis que « jeslimoys 
« qu'il vous en avoit faict donner advis par son ambassadeur, qui 
« est en France, et que, sans cela, pour l'affeclion et obligation, 
« que j'avoys à vostrc service et à l'acquit de ma charge, et 
« mesmes ù entretenir tousjours ceste voslre mutuelle amytié hors 
« de toute jalousie et soiispeçon l'ung de l'aultre, je luy eusse fran- 
« cheinent suplié de mo dire à quelle entreprinse il prcparoit tout 
« cest apareil, qui estoil, scellon le hruict d'IIespagno, bien fort 
« grand et ne seroit, comme j'cstimoys, couru moindre en France, 
« où n'auroient delTailty hommes assés promplz, si son ambassa- 
« deur ne les avoïl prevenuz, qui en auroient voulu donner 
« l'alarme à Voslre Majesté, laquelle loulesfoys je m'assuroys que 
« n'auriez legièrement prinse, pour ne vouloir rien croyre ny 
« pencer de luy, que vous ne voulussiez qu'il n'eust de vous, 
« ainsi que deux parfaiclz amys, bons frères et principaulx confé- 
« dérés, doibvent vivre en toule assurance 1 ung de l'aultre. Et, 
« tout ainsi que, de voslre part, vous l'aviez lousjours faict advertir 
« par moy du nombre de voz forces et où vous les vouliés employer, 
« que, de mesmes, je le pryoîs avoir maintenant agréable que 
« j'entendisse aultant des siennes, comme il estoit raison[n]ahle 
« qu'ung vostre ministre résident près de hiy en peult et deubt 
« sçavoir, pour en satisfaire et contenler Vostre Majesté, et qu'il 
« se pouvoit tenir tout assuré, s'il n'adressoit son entreprinse en 
« cndi-oicl, que vous n'eussiez juste cause de vous en tenir offencé, 
« qu'il vous trouvei-oit aussy prompt de la favoriser et soubstenir, 
« comme il s'cstoit monstre de bonne affection à donner faveur et 
« assistance aux vostres, et comme si c'estoit pour vostre propre 
« faict. » 

ïoutz lesquelz poïnctz (lessusdictz je luy remonstray ung à ung 
le plus vifvement que je peuz et avec plus amples raisons que je ne 
les peulx icy escripre, aflin que je ne soys trop long et non toutes- 
foys toulz d'une suitte, car jelesintermis à quatre ou cinq foys, ainsi 
que les propozestoient divers, aflin qu'il les peult mieulx comprendre. 



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252 LETTRE DE SAINT-SULPICE A CHARLES IX 

El il m'y feict, aussy à quatre ou cinq reprinses, fort conside- 
rcemenl et d'ung ca?ur qui $>embloit bien ouvert, ses responces, 
lesquelles, quasi en ces propres parolier, et en substance, furent: 

El, louchant ce que je l'avoys requiz de m'eaclaircyr de son 
entreprinse qu'il prcparoit par mer : « Encorque, conmunemeat, 
« l'on n'eust accoustumé de doscouvrir telles choses aux ambass»- 
« deurs, il in'avoit neantmoings cognu si homme de bien et de 
« vertu » (tels furent ses iiiolz) « et si bon serviteur vostre et de 
« la Roync sa mère et si bien afleclionné à l'enlrelenement de la 
« paix et de vostre conniunc amytic, qu'il me feroil cesl advan- 
« tage, plus qu'à ung aullre, de m'en ouvrir son intention et ne le 
« conmetlroit à nul de ses ministres, ains luy mesmes, de sa 
« bouche, me le diroit. Dont nie voutoit advertir, en premier lieu. 
« que le bruict de son apareil, à son advis, estoit plus grand que 
« les effectz ne le pouri-oient estre, mays qu'il estoil bien vray 
« qu'estant à lîarsalonne, il avoil heu nouvelles que le Turc dressoil 
« une grande année de mer, pour venir de deçà, dont, pour n'esire 
« surprins et pour avoir de quoy le repoulscr, il avoit faict dili- 
« genco d'envoyer par toutz les heux et endroictz, où il avoit estimé 
« se pouvoir prévaloir d'hommes, d'armes et de vaisseaux, lanten 
« ses porlz d'IIcspugiic et dedans la Castille qu'en Alemagne, 
« Italie et ses Pays lias, allin que tout fusl prest, et qu'ayant eu, 
« bien lost ajircs, contraire nouvelle, que ledictTurcq ne viendrait 
« ny dressernil aulcunc armée de mer de ceste année, il [Phi- 
« lippe II] avoit advisé, pour plusîcui's rcspectz, s'estant desjà mis 
« en despence, qu'il employeroit quelques forces à radresser ses 
« galères et remettre ung peu en estât son équipage de mer, après 
« tant de perles qu'il y avoit souffert ces dernières années ; et cella 
« servii'oit à guarder que, du costé des Mores et d'Affrique, l'on 
« n'cnlreprinl' rien contre luy et, n'entreprenanfz rien, s'il voyoit 
« l'occasion de prendre sur eulx quelque porl ou place*, ou bien 



1. f«(rt7,m( 0">a 


ledii ms, B. N. fr. 


rcx|>édllion contre le Poflon do Vclei. A, 


:53, f. Iî3. clduD 
1S7 v). 


s. B. S. fr. a3iolJ, 


si l'ambassadeur do t'rance n'en parle p» 
d'uno façon plus eiplicita, Unt dans celle 


a. Aladila du 11 


uin i56S. Ici arme- 


dt'pôclio que dans lasuii-ante «dressjo i la 


cnlï lie l'Espigno 


avalcnk pour oljji't 


rciiio Catherine de Médicis. c'esl que Phi- 



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LETTRE DE 8AINT-SULPICE A ClIAItLES IX 200 

« fortifficr quelque lieu de (IcUù', qu'il l'exécutcroit ' à la faveur 
« de son armée. » 

Il avoit bien voulu entreprendre cecy, me priant de ne conimu- 
nicquer ny révéler ceste sienne intention à personne, ains m'en 
prévaloir seulement en moy mesmes, pour en donner satisfaction 
à Voz Très-Chresticnnes Majestez. 

J'ay advisé, qu'en attendant, j'escriproys ce [que]' dessus à 
Vostre Majesté, à laquelle baisant icy très-liumblement les mains, 
je prieray Dieu qu'il vous doinct. 

Sire, 

En Irès-parfaicte santé, tousjours bonne prospérité et très-longue 



Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 3162. ff. 87-91 r". — 
liegislre de copie de dépêches, contemporain de l'orifjinal^ . 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 3899. ff. 77 v''-78. — 
Copie de la fin du xvi" siècle. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10753. ff. 123-12/i. — 
Copie du xvii" siècle (collationnéc). 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 23W6. ff. iQ7 v'-ii9. 
— Copie du XMi' siècle. 



(vamiita d><a m». B. N. 
: 10753, f. i33.ct33'ioC, 



lippo II voulait tenir son projet caché jus- 
qu'à la dernière heure. Co fui sciilemenl 
dans la nuil du 3g au 3o août que D. Gar- 
cia de Toledo. avant convoqué à son bord 
les principaux chefs de la nombreuae armée 
concentrée ï Malaga, leur déioila l'objtt 
de l'eipédition « que jusqu'alors personne 
ne connaissait oEIicicilcmenl, quoique tout 
lo monde soupçonnât bien qu'elle était 
dirigée contre le Poilon. » B. Coilacom. 
r. a, vo. 



I . Quelque lieu deçà (vari 
i. N. fr. ï34o6, f. 147 V>). 



i du I 



fr. 3899, f. 77 V' 
f. i,',7v-). 

3. Qiic manque dans les mss., eicepic 
dans le ms. B. K. fr. a3io6. f. liS ï». 

a, Los mss. B. N. fr. 3899, 10753 et 
13^06 ajoutent, à la fin de la lettre: De 
Madrid, ce 111'^ Juin i504, — Le ms. fr. 
3899 ajoute: Vostre IrJs-huinble et Irès- 
obeissanl subject el serviteur. De Sainct- 

5. Cf. E. C*Bift, p. ^70. 



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LETTRE DB SAIHT'SULPICE A CATHERINE DE MEDICI5 



LVII 

LETTRE DE SAINT- SULPICE A CATHERINE DE MÉDICIS 
(Extrait) 

Composition de l'armée de mer réunie par Philippe II en vue de l'expédition 
contre le Pefion de Vêlez. 



En tête, alla manu: A la Boyne. — Monsieur de Sainct-Suplici 
— Du xii' Juing i56iî- 



Ayant bien amplement aalisraïct, par la lettre du Roy, aux prin- 
cipales choses, ([ui, a presenl, se peuvent mander pardocù. il vous 
plaira avoir agréable que je vous oze dire icy, comme j'ay bien 
cognu qu'on vous avoit donné quelque alarme de l'apareil que le 
Roy Calholicque, vostre lilz, apresle par mer, et qu'on vous avoil 
voulu faire trouver mauvais, que je ne vous en eusse donné advis 
de bonne lieure. Surquoy, je confesse franchement qu'il ne m'avoil 
semblé estre bien convenant à l'amitié et alliance ' d'entre Voz Très- 
C lires tic unes et Sa Catbolicque Majesté, ny à la sincérité et rondeur 
dont vous monstrez vouloir procéder l'un envers l'autre. 

J'estime, Madame, qu'il faille de rien moings vous tenir sur voz 
gardes, ny moings avoir voz fi-onlières et places bien* garnies, 

1. Le ms. parlait d'aljord : Si-iiifciHiïirr, Il mcmc ccrilurc. 
qui a été barri et remplace |>ar olUaiici-, de 3. Le ms. porlait d'abord : moini. 



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LETTRE DE SAINT-SULPICE \ CATHERINE DE MÉDICIS 



255 



mesmcs en la coste de Provence, à l'exemple (les aultres princes et 
potenlaz bien conseillez, qui ne sentent si tost remuer les armes à 
leurs voisins, qu'aussitost ilz ne preigncnt les leurs, pour n'y avoir 
aucun meilleur moien de se maintenir en paix, que de se tenir 
bien préparé de repoulser la guerre. 

Tant y a que, ce que, de plusieurs endi-oictz, j'ay peu descouvrir 
de ceste enlreprinse se raporl[e] à ce que le Roy Catholicque m'en 
a dict, ainsi que je l'escripiz au Roy ', et j'ay aprins d'ailleui's que 
le nombre des galères qu'il prétend assembler, pourra monter 
jusques à quatre vingtz et (juatorze, sçavoir; de celles d'Espagne 
trente deux, comprins les douze de Jclian André Doria et les quatre 
de Marc Centurion ; du Royaume de Naples et Sicille vingt deux, 
comprins les quatre de Bandinel Sauly et de Stephano de Marie, 
Genevois; de Marc Anllionio Colona sept; aultres sept de Malte; 
dix du Duc de Florence ; quatre de Gènes ; quatre de Monsieur de 
Savoye et buict du Roy de Portugal ; et que le nombre des gens 
de guerre, qu'il veult mectre sur lesdictes galères, est de troys mil 
lansquenelz, que le Comte Annlbal d'Altemps, nepveu du Pape, 
est ailé lever en Alemagne^ et de trois mil Italiens et trois mil 
Espagnolz, dont les deux mil viennent d'Italie et les deux mil se 
lèvent icy, et que le reste d'Iiommcs et vaisseaux, qu'il avoit 
mandé lever, a esié contremandé ; mesmcs le Proveedor Maior des 
armées d Espagne a desjà licencié ce qu'il avoit arresfé à Laredo^, 
Villebaux' et aultres portz de Biscaye". Je cmy qu'il n'est inter- 
venu en ladicte levée d'Alemagne aulcuns denieis du Pape, si n'est 



1. Alluiian à la lettre ailrcss.'c au Roi 
le même jour. V. Dot. LIV. 

3. « On donna l'ordre au comlo Annibal 
Altcmpsdc ieierun r/'gimcnt d'Allemands, 
parce qu'on a grand besoin en Barbarie de 
piijuicrs de telle nation pour les opposer ï 
la furie de la cavalerie maure. » AwTonio 
DE llF.iinEnA, t, I, p. 1^8. Cet cngoùment 
p.>ur le» piquiers allait bientilt passer : on 
voit une troupe de celle arme, quatorze ans 
plus tard, être cause en partie du désastre 
de l'armée portugaise, à la bataille do Ei- 
Ksar cl-Kebir (i août 1378). Ce sont, 
dit Osorius, i< gens inutiles Es guerres de 



Barbarie, .. ils ne firent autre chose que 
laisser du bois aux ennemis. » Osoitiiis, 
Traduction, pp. C3i. Gii. Cf, infra les 
Doc. rclalifs i la bataille de El-Ksar cl- 

3. Laredo, k 3o kilomètres à I Ouest de 
Bllbao. 

j. VilMaax, pour: Bilbao. 

b. D'après l'historien Do Thou, les trou- 
pes de Biscaje auraienl pris part à l'eipcdi- 
lion cl se seraient concentrées àCadii. d'où 
elles auraient rallié la lloltc de D, Garcia. 
DrTiiol-.I. IV, p. 658. 



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a5G LETTRE DE 8Al>'T-SULriCE A CATIIEHI^B DE MÉDICIS 

soulcinent IVslat ordinaire de quatre ccntz escus t[u'il donne lous 
les mots audict Comle Annîbal, son nepveu, pour lequel il a faict 
souvent prier ce Roy que, quand il vouldroict faire des gens en 
Alemagnc, il hiy pleut se servir dudict Comte, et. loucliant l'alarinc 
que les (îcncvoi» ont eu de «este armée, j'entends que, lorsqu'ili 
la prindreni, ilz esloient sur faire quelque[s] trefves avccques le 
Turc et que ce Hoy leur avoit respondu, loucbanl la proposition 
d'icellcs, par une certaine façon non trop contente, qu'ilz adn- 
sasscnl bien ce qu'ilz faJroient et s'y gouvernassent sagement, dont, 
voiantz que, si soudain après, il avoit faict cosl appareil, ilz en 
estoicnl entrez en grande souspeçon. 

L'on dicl que Dragut Haiz' et les corsaires d'Africque, senlantz 
cestc enliTprinse, et afTm d'empesclier que Don Garcia de ïolcdo, 
qui csloit desjà en mer avec les galères de deçà, ne peull aller 
recueillir et se joindre à celles de .Naplea, s'estoicnl vcnuz mettre 
entre deux, dedans le canal de Pioinbin, et de là, avec quarcnle 
Irois ou (juarente quatre gaiiotes, tcnoienl toute ccste mer subjeclc 
et s'altendoient qu'en temporisani ilz feroient passer la belle saison 
d'entreprendre et perdre le temps à Don Garcia, lequel, voîanl 
cela, s'en est retourné à Giînes, où il a esté le bien reçeu et fesloié, 
et luy a ceste Seigneurie baillé jusques à trois centz liommes, et, 
entendans à ceste Iicurc que Icsdicfs corsaires sonl eniin sortis de 
Piombin, et allez vers L'Especie^ où ilz assemblent, comme on 
dicl, jusques à six vingtz voiles, ledict Don Garcia s'en va à 
Lygornc^ et à Naplcs prendre les mil Espagnolz et les aullres sus- 
diètes galières, cl estime l'on qu'il pourra estrc de retour en\iroii 
la my Juillet. 

Je- ne larray' pourtant de recourir toiisjoui-s îi vostre bonne 
grâce et à bien mériter dicelle par toutz les meilleurs et plus iidelics 

1. Dragut Haii, oêloLrC rah, ap|iolc' pr sUgo de Malte, 

les Turcs Tonjhnd. Pris par André Doria j. La Speiiia, port enlro Gines el 

cl enimonù en captivité' à Gâiics, il fut Livaunic. 

racliclt par Barberoussc. devint amiral dos 3. Livourne(enaQglflisZ,r3ftorn.cnaral» 

llotlcs otlomaaci et établit loii quartier . ^ 

gùnOral dans l'Ile Je Djcrlw, doù il infesta Goarnay i^ij). 

U Médilcrrantl'o. Il tut tué en i5li5 au i. Pour: laisserai. 



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LETTRE DE SAIST-8ULPICE A CATHERINE DE MÉDICIS 267 

services qu'il me sera possible, qui, en baisant les mains très- 
humblement de Vostre Majesté, supplie le Créateur, en cest endroict, 
qu'il vous doinct, 

Madame, 

En très-parfaicte santé, lousjours bonne prospérilé et très-iongue 

De Madrid, ce xii' Juing iSO^. 

(Posl-seriptam :J 

Vostre très-humble el trèa-obeissant subject et serviteur. 
De Sain et- Supplice. 



^.que Nationale. — Fonds français . Ms. 3899. ff. 78-79 v". — 
Copie de la fin du xvi' siècle. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Hfs. 10753. ff. 12^-136 v". 

— Copie du xvn" siècle (collationnée). 

Bibliothèque Nationale. ~ Fonds français. Ms. 23^06, ff. 1^9-152. — 
Copie du xvii" siide. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 7070. ff. 98 v'-WI. 

— Copie du ivii* siècle'. 

I. Celle leltre manque dini le m», fr. quelque* pièce» qui db figurent pa», pour 

3i63. Los ms. Bibl. >a( Tr. 38gg, lo^SS. uue nison ou pour une aulra, dana les 

33jo6 et 7070, qui contieuncnt des extraits regislres do chancellerie (mu. fr. 3i6i- 

pirtieU de la correspondance diplomatique 3i63). 
de Saiol-Sulpicc, rcnferinent aussi ea plus 



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LETTRE DE S VINT-Sl'LPICE A CHARLES IX 



LVIK 

LETTRE DE S\I\T-SULPICE A CHARLES l\ 

(Eïtrait) 

L'armée de mer tle Philip/ie II doit aller alla<juer soil le Penon de Vêle:. 
soU Bougie. 

Madrid, ig aoAt i56i. 

/in léle des IfUres envoyées A la même date, alin manu : Aullre 
dospeche. — Du xxix' Aoiist i56i. — Par le S' Des Champs, 
valet de chambre dii l\oy. — Au Hoy. 

Siro. 

Aprt'^ avoir esté. res|inrr de virifrt cl deux jours, en ung mer- 
veilleux suspens et grande pcrplexilé de la maladie de la Hoyne 
(îalolique, vostre sœur, qui a eiilé assaillie de tant de divers et 
extrêmes acfidcns, l'ung su r l'aultre, quelle en a esté deux foys au 
pas de mort, sans paroUc ny sentiment, nous sommes maintenant 
en grande consolation de la veoir. comme par une œuvre expresse 
et miraculeuse de Dieu, retirée de ce dangier et desjà fort advancée 
à son amandomcnl et guerisou, de quoy le Roy Catolicque, son 
mary, et toutz ceulx qui sommes en ceste court et généralement 
toute l'Hespagne, après on avoir espandu infinyes larmes du regret 
que nous en avions, cl voire aulcuns plus de sang qu'il ne seroit 
croyable de le dire, en menons une si extrême resjouyssance que 
jay estimé. Sire, lavons deltvoir faii-e s^'avoir par le S' Des Champs, 
présent pouricur, en la plus grande dilligcnce que faire se pourra. 



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LETTilE DE SAINT-&ULP1CE A CHARLES ITL 2^^ 

Et lors je satisferay à toutes aultres choses, que pourriez désirer 
entendre de deçà, eslant touteffoys marry, qu'après vous avoir, 
long temps y a, entièrement esclaircy du faict de l'armée de mer 
de deçà et à quoy le ficy Catholique, vostre frère, la preparoit et 
de son intention, l'on vous l'ait encores voulu rendre suspecte et 
vous en donner des alarmes, vous supliant très-humhlement. Sire, 
ne penser qu'en cela, ny aultre chose, j'aye jamais invenlé ce que 
je vous en escripvois, ny excédé la simple vérité, non que, pour- 
tant, j'estime que voz portz, places et frontières ne doihvent tous- 
jours estre aperçeues' et bien fournyes, mesmement quand les 
voysins remuent les armes. 

Ladicte armée, qui peult estre, à ceste heure, d'envyron soixante 
dix galères, est desjà à Calix, d'où, au commancement du prochain, 
s'entend qu'elle se trouvera fournye et toute preste pour aller 
exécuter son entreprinse en la coste d'Affrique, et, comme aulcuns 
pensent, sur le Pignon de Voies ou bien sur Bougie, comme plus 
importante et de moings de difficulté, ce qui est le plus croyable*. 

Je remelz toutes aullres choses à la prochaine despeche, faisant 
fin, après avoir, en cest endroïct, très-humblement baisé les mains 
(le Voslre Majesté et pryé Dieu qu'il vous doinct. 

Sire, 

En très-parfaicte santé, tousjours bonne prospérité, très-heureuse 
et tiès-longue vie. 

De Madrid, etc. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 3163, ff. 2 \f-3. — 
liegislre de copies de dépêches, contemporain de l'original. 

I. Aper^taea, Burvcillécï, soignéos. forces fait par Philippe H en ceUe circoii' 

3 , La Elotlo étail parlie lo ag août. On slaoce avait contribué ii éloigner l'idéo que 

loit que jusqu'au dernier moment la plus l'expédilion était dirigée contre l'Ilot rocheux 

grande incertitude avait régoé sur ea des- de Velcz. V. p. 353, note a, 
tinalion et que l'immeose déploiement do 



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abO LETTRE DE 8AI^T-StiLPICE A CATHERINE DE MEDICIS 

LIX 

LETTRE DE SAINT-SULPICE A CATHERINE DE MÉDICIS 

(Extrait) 

La nombreuse llotle ' conccnlrée à Malaga mit à la voile, le 39 août i56A. et, 
le 3o août, D. Garcia faisait dûbarqucr ses troupes à El-kalaa (Alcala), à 5 milles 
du Pcfion. L'armée, à peine inquiétée par les Maures des montagnes voisines, 
marcha sur la ville de Badis (Velcz), qui aiait été évacuée et qu'elle occupa 
sans ditficul tés, ainsi qu'une posilion voisine, d'où l'on pouvait battre l'îlot de 
Vclcz. Ou put ainsi canonncr la forteresse, dont la garnison turque s'enfuit, à 
la faveur de la nuit, nu laissant dans la place que trente hommes, qui capitu- 
lèrent. Le 6 septembre, D. (iarcia entra dans ta forteresse, avec toute la 
noblesse et les ollicicrs. Le rembarquement des troupes ne se fit pas sans de 
grandes diTicultés, car les Gliomara réfugiés dans les montagnes reparurent, 
et l'opération s'exécuta sous le feu meurtrier de l'ennemi. 

L'armée de mer de Philippe If s'est emparée du Pci'ion de Vêlez. 

[Madridl, 13 Ecpicmbrc i5Gj. 

En tâte des lellres envoyées à la mâme date, alia manu : Aullre 
dcspcclic. — Du xii" Septembre i564- — Par Noblesse, huissier 
de la Chamlirc de la Royne. — A la Roync. 

Madame, 

Je vous supplie très-liumblemenl que, pour la bonne convales- 
cence de santé, où se retrouve maintenant la Hojnc, vostre fille, 

I. La Hotte était forte de I&3 vgiMeaui t. I. p. 1^9; Bahbosa Machado, I. II, 

cldeg3galère$;el1c|>orlBil:3ooohom>i>ea. p. 3SS; Cabrera, t. I. p. 4o5; Marhol, 

V. pour le détail de sa composition, B. Col- liv. IV, ch. lxvu ; Cabtellakos, p. 3^3 ; 

LA<;os, (T. 3^-iG: Antonio ut UtHHERA, Di Thou, I. IV, p. 658. 



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LETTRE DE SAINT-SULPICE A CATHERINE DE MÉDICIS 261 

VOUS vueillez convertir en suprême joye l'extrême ennuy, que 
vous avez senti de son passé dangier, cl ne vous en donner aulcu- 
nement plus de peyne, si ne voulés luy renouveller son mal par le 
vostre. lequel, en la lettre de Vostre Majesté, se cognoit estre si 
grand que, quand je la luy ay levé, m'a commandé vous suplier 
très-humblement que, pour l'honneur de Dieu et pour l'amour 
d'elle, vous vous vueillez resjouyr, car ne se pourroit jamais bien 
refaire, tant qu'elle pensera que vous soyés en double et en ennuy 
de son mal et qu'elle vous assure que, maintenant, elle n'en sent 
quasi plus qu'ung peu de douleur au ventre. 

Despuis ce dessus escripl, le Uoy Catholique est revenu et je 
viens tout maintenant de le veoîr. 

Il m'a compté les nouvelles que' luy estoient venues du Pignon 
de Velès, lequel son armée de mer a prins bien heureusement et 
assés legièrement, car, ainsi que les Mores onl veu qu'on guindoit 
l'artillerie sur ung hault, qui louteffois cust esté œuvre de huict 
jours, ilz ont commencé à parlemanter et ont rendu la place. Il est 
à croire que, maintenant, la pluspart de ses forces seront employées 
en Corse, où l'on sera bien aise, et je le sçay, d'en mettre de bonnes 
et de bien reddes dedans, pour s'impatroner de l'islc, par quoy sera 
bon se conseiller et resouldre hientost de ce qu'on y doibt faire, 
comme je vous ay escript, du dixiesme du passé, par Capelle'. 

Sur ce, après avoir très-humblement baisé les mains de Vostre 
Majesté, je prieray Dieu vous donner. 
Madame, 
Etc. 

Bibliothèque Aalionale. — Fonds français. Ms. 3163, ff. 6-7 v". — 
Bei/lslre de copies de dépêches, contemporain de l'original'. 

I. Pour: fjai. marge de chaque lettre tranicrite dans les 

1. Nom d'un des courriers ou ekenau- rcgiitrea. Cf. p. l5o, noie i , et Doc. LVIlt, 

eheuri rojaui qui portaieut les dépêches, p. 358. 

et qui sont mcnttonnfB en t£to ou eu 3. Cf. Cabié, p. 3<)5. 



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LETTRES DE SA1ST-3UI.PICË A CHARLES IX 



LX 

LE-ri'RE DE SAINT-SILPICE A CHAULES IX 
(Extrait) 

Les forçats /ran<:ais n 'ont pu être mis en liberté, par suite du départ des 
(jalèrcs de Phdippe II pour l'expédition du Peiion de Vêlez. 

[Madrid]. i8 seplfmbrc i5{)J. 

En léfe des lettres envoyées « la même date, alla mnnii : Aultre 
despeche, — Du xviii' Sepipmbre i56ii. — Par Capolle, — Au 
Roy. 

Sire. 

Parce que le Roy Catolique. vostre frère, s'est tenu retiré, 
iJeHpuis le commenrement de la maladie de la Royne, vosire sœur, 
sans qu'il ail esté donué accès ?» nul, naliircl ny eslrangier, de parinr 
ny négocier auculnement a\eeques luy, jusqu'à ce qu'on l'a veue 
hors de dangier; el, attendant que j'eusse quelques bonnes choses 
de luy, dignes de Vostre Majesté, j'ay laissé aller plusieurs cour- 
riers, qui pourloient nouvelles de lestât de ladicte dame, sans 
vous escripre. Et par cestui-cy, vous entendrés comme ledict Roy, 
vostre frère, me donna lieu, il y a quatre jours, de luy aller baiser 
les mains, qui me receut avec aultant et plus de faveur et d'buma- 
nité, qu'il avoit jamais faict, et avecques un visage si joyeulx et 
content, que j'euz grand plaisir de l'avoir prins à si bonne heure. 

Je n'oubliay aussy luy remémorer la captivité des forsatz fran- 



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LETTRES DE SAINT-SLLPICE A CHARLES IX 263 

çoys, detenuz en ses galères, le supliant très-humblement, qu'il 
luY pleut avoir compassion d'eulx et commander qu'ilz fussent 
mis en liberté, comme aussy il estoit tenu de le l'aire, par le Iraitté 
de la paix d'entre Vos Majcstez. 

Il me dict qu'il en avoit delibvré la comission, adressante 
au Général de ses galères, lesquelles esloient sur leur partemcnt 
de Malaga, pour aller exécuter l'enlreprinse du Pignon de Velès, 
lorsque celluy qui sollicite icy la délivrance desdicts forsatz y fust 
arrivé, mais incontinant après que lesdictes galères seroient reve- 
nues, il ne fauldroit en faire de rechef bien exprès commandement, 
qu'il feroit mettre à exécution, sans recepvoir aulcune excuse, 

Puys, m'estant conjouy du bon succès qu'avoit heu son armée 
de mer à la prinse dudict Pignon de Velès, laquelle il me compta, 
conme je vous l'ay escript par ma précédente lettre, se finist l'au- 
diance . 



D'aultre part, il se dict, comme je croy qu'estes bien adverty, 
que le Turcq faict travailler en grand diligence à l'arcenal et déli- 
bère dresser de grandz forces, pour l'année qui vient. 

Je prye Dieu vouloir donner quelque bon repoz à toute la Chres- 
tienlé et à Vous, 

Sire, 

En très-parfaicte santû, heureuse et très-longue vie, etc. 

Bibliotkhiue Aationale. — Fonds frani;ais. Ms. 3163, ff. 8 v'-ll. — 
Re<fislre de copies de dépêches, contemporain de l'oriijinal'. 



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a64 LETTRES DE SAINT-St'LPlCB A CUARLES IX 



LXI 

LETTRE DE SMNT-SULPICE \ CHARLES IX 
(Extrait) 

On s'est fort réjoaî en Espagne et en Portugal de la prise da PeUon de 
Vêlez, dont les corsaires causaient aux deux royaumes un préjudice de 
plus d'un million d'or chaque année. 

[Madrid]. - mUibre i56S. 

En lé(e des lettres envoyées à la même date, nlin manu: AuHre 
despeche. — Du vu' Octobre i5G4. — Par le S' di- La Mollie'. 
— Au Roy, 

Sire, 

Eslant la Rovnc Calholiquo. vostre areur, à présent, grâces à 
Dieu, du tout sans fiebvre, et ayant voulu commencer de se lever 
et se proumener par la chambre, le jour de S* Michel, comme 
pour ung bon augure d'icelle feste, qu'elle disoitestre vostre, elle 
n'a maintenant aulcun plus grand désir, que de sçavoir de voz 
bonnes nouvelles, mesmes que, despuis que le Roy, son mary, luy 
dlct avoir heu advis, que vous estiez trouvé mal d'avoir trop couru 
le cerf, mais que, despuis, aviez esté mieulx, i! n'est venu aulcun 
courrier ny aulcune despeclie de Vostre Majesté, dont ladicte 
dame et ledict Roy, son mary, en sont en peyne, qu'est la cause 
que je despeclie mon cousin, le S' de La Mothe', pour aller veoir 

1. Le S' de La Mothe-Fénelon. ainsi La Mothe -Fénelon, vicomte de Saint- 
qu'il est nommé plus loin dans U miïme Julien, baron de Loubert, chevalier de 
lotiret Borlriud do Salîgnac, seigneur de l'Ordre du Roi, conseiller d'Ltal, capitaine 



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DE SAI^T-8ULPICE A CHAItLES IX a65 

et Bçavoîr, comme il va de vostre bon porlement et santé, affln 
de leur en sçavoir rendre compte et satisfaire à nostre désir, qui 
n'en sommez auculnement moings en peyne, dont je prye Dieu 
qu'il vous puisse trouver en toute bonne disposition. 

Ce a esté une jove fort universelle par toute l'despagne et 
Portugal', de la prinse du Pignon de Velès, duquel je vous envoyé 
le pou^t^aict^ El de là disent qu'il venoit, toutz les ans, dommage, 
à ces deux Royaulmes, de plus d'ung milion d'or', oultre plusieurs 
âmes, qui estoient menées esclaves de delU. Mais leur triumphe 
et resjouyssance eust esté plus grande, sans une estrette', que les- 
dicls Mores ont donné aux Hespagnolz, ainsi qu'ilz se rambar- 
quoient, où en est mort, sellon leur compte, de cinq à six centz% 



de 5o hommeB d'anoes, imbaiBadeur en 
Angleterre en 1669, puis en Espagne, che- 
valior du SaiDl-E>pTit(3i déc. 1579), morl 
le i3«oùti599.PtnE Anselme, l.IX,p. 68; 
Flei-bï VI^DHY, Dict. de l'Et.-Maj. franc. 

I . « Il fulinoiprimablerspplaudiBGement 
par lequel l'Etpagno toul enli&re r^U cette 
heureuM nouvalle de ta conquête du Peflon, 
glorîeusemeni on levé à une dominalion 
bosbI perfide qu'injutte. » Babboba Ma- 
CHADO, I. II. pp. 3g9 et ioa. Brantôme, qui 
rejoignît i Malaga la Qotle de D. Garcia et 
lit partie do l'eipédition, constata qu'olle 
ne fut ni longue, ni difficile, « malgré la 
haute roche, où il y avait uue CartereEse, 
fort malaiséo k monter et à battre. » 11 
semble qu'il ait trouvé exagérée* le» démong, 
trations, que firent les Eapagnols, pour 
célébrer la prias d'uno forlereise où « dedans 
il pouvoil y avoir quelque soixante Turcs 
naturelz...quis'e(rrojarcnlets*ena1larent. » 
BrantAme, 1. 1, p. 76, et 1. VII, pp. gi-^5. 
Il y avait en réalité, pour défendre le Peflon, 
l5o Turcs, armés et approvisionnés pour 
résister pendant une annco. 

1. Ce « pourtraict du PeRon de Vêlez 
est probablement celui que André Thévet 
a reproduit dans sa Cosmographie unlueraette 
(1371), t. I, f. 9, et dont nous donnons un 



fac-iimile p. 167. — Le retentissemant 
qu'eut en Europe la prise de ce repaire 
par les Espagnols explique la vue du Pefton 
que Mercator crut devoir placer dans sa 
carte du Maroc, dressée vers la fin du 
xvi° siècle et dont nous donnons un faC' 
simile on lôlo du présent volumi 

3. Il est difficile d'évaluc 
moderne la somme représentée par ce 
K milioo d'or n, car l'expreMion employée 
par Sainl-Sulpice est trop ambiguë pour 
prêter ï une interprétation. L'usage au 
xvT" si^e était de compter en or par écus, 
et peut-être ce million d'or est-il mis pour 



.e{PI. 0- 



nillioi 



d'écu 



d'or 



oit ei 






millions de francs. 

4. Btlrtlle. tou 

La Curhe dj 



S*>r 



ise, embuscade. 



Eilrecie, V. sur cette attaque des Ghomara 
au moment du rembarquement. Cabrera, 
t. I, pp. io7-4o8;MtRMOL,t.II,I. liv.IV. 
ch. Livn; Barbosa MACHADO,t.II,p. 4oo; 
Baltabak Collaços, ff. 97 et ss. 

5. n II mourut ce jour-là [mercredi, 
6 septembre), dit Marmol, quarant» Espa- 
gnols » (t. II, liv. IV, ch. Lxvii), mais il 
□e mentionne pas les pertes que firent les 
lansquenets, qui furent considérables (Doc. 
LXIII). 



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aC6 LETTIIR DB 8A1NT-SULP1CE A CHAHLES IX 

mesmes deux principaulx personnages, dont l'ung esloît le S' Don 
Louys Ozoria, Maistre de Camp, el jo n'ay encores aprins le nom 
de l'aultre, qui touleflbîs a eslé fort regretté'. 

Il se disoit que, à présent, l'armée se romproll, et qu'on en 
envoyeroit une petite partie en Corse; mays j'eniendz que l'on 
renvoyé seullemcnt les AUemans en leur pays, et que Don Garcia 
de Toledo, avec tout le reste de l'armée, va en ladicte isle. 



Je feray fin, après avoir très-humblement baysé les mains de 
Vostre Majesté, et prje le Créateur qu'il vous doinct, 
Sire, 
En très-parfaicte santi!, tousjours bonne prospérité et très-longue 



Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 3163, ff. 16 v"-!?. — 
Begislre de copies de dépêches, contemporain de l'original*. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. .Ms. 3899, ff. 90 rf-9-2 v\ 

— Copie de la fin da xvi' siècle (datée d'août). 

B btiothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10753, ff. 143-î^6, — 
Copie du ivii' siècle(datée d'août). 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 23^00, ff. i7i v^-l/'j. 

— Copie du xvn' siècle (datée d'août). 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 7070. ff. 120 123. — 
Copie du xvii" siècle (datée d'août). 



Ce chef, dont Saînt'Siilpiro ne dnnne 
; nom, s'appplail D. Pedro Guevsra. 
BHA,! [. p. 4o8. Marmolle meiilionne 
ne aj'int été >eu1enienl blessé. 
Le Mb. 3iG3 ceI le seul qui donne on 
dsni UDC mention de chancellerie, la 
du 7 octobre l564; les quatre autres 
3899, 10753, a34o6 et 7070 
par nous en références indiquent pour 
1 lettre la date du 7 août i56i qui est 
IfcBicmcnt inexacte , puisque Saint- 



Sulpice rend compte dan» cette lettre de la 
prise du Peiton qui avait eu lieu le 6 sep- 
tembre. Ajoulont que l« Ms. 3i63 est un 
registre ite chancellerie d'une eiéculion très 
soignée et que la lettre en question a'j 
trouve insérée dans une iiptcht du 7 octobre 
i56i (f. 16 V») précédée el suivie d'autres 
dépêches dans un ordre chronologique Itès 
rigoureux. M. E. Cabié a donné un extrait 
de cette lettre, p. 3oj, d'après le 3i63. 



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PRISE DU PESOS de VELEZ 367 



PHISK DU PE>0\ DE VELE/ PAU LES ESPAGNOLS 

(fi spploinbre 1 J6J.) 



FAC-SLMILE DAPHÈS USE CHAVUBE 

(le Ln Cosmoijmphie l'iiwerseUe d'XnoKÉ Thévet, t. 1. f. 9. 



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268 MÉMOIRE DE SAINT-SULPICE SUR LKS ÉvÉXEMENTS d'eSPACNE 



LXII 

MÉMOIRE DE SAINT-SLLI'ICE SIR LES ÉVÉNEMENTS 
D'ESPAGNE 

(Eitbait) 

Les corsaires des Gkomara battent tes côtes d'Espagne, cherchant 
à prendre une revanche de la prise du Penon. 



S. I., 7 oclobre i56i. 

Mémojrc. 

Parce que, par plusieurs advis, et mesmes par des despeches de 
Leurs Majestez Très Ghrestienes, Monsieur de S'-Suplice a veu 
qu'on leur a souvent voulu donner quelque souspeçon et delfîancG 
du Roy Catholique et les mettre en doubte de son intention et de 
ses enlrepiinses, il désire les informer là dessus, sellon t'eslat oîi, 
à présent, il lui semble veoir les choses, là où il est. 

Et, quasi à toute heure, les Mores sont sur sa [de Philippe llj 
coste d'Espagne et s'eflbrceront dorsenavant de la travailler d'advan- 
tage, pour se revancher de la prinse du Pignon de Vellès, ainsi 
qu'ilz l'ont desjà monstre à la retraitte des gallères'. Et le Turcq 
sera prest de les y favoriser tellement, qu'il se trouveroit chascun 
jour envelouppé en plusieurs grandez affaires, d'où mal ayséement 
se pourroil dcsmeler, s'il n'ostoil en paix avecques le Hoy, cl, y 
estant, ne luy seront que faciles et aysées d'en venir à bout. 



ISib/iothi-f/iie Autioriale. — lùmils français. Ms. 3163, ff. '20 v' 
ttegistre de copie de dépêches, contemporain de l'original'. 

I. Allusion ï la pénllcuEc opérelioD du a. Cf. Edmohd CAsii, p. 3 



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LETTltE DE U OlSEt. A SAIST StLI'ICE 



2C9 



LETTRE DE D'OYSEL' A SAINT-SULPICE 
(Extrait) 

Le rembarquement des troupes après la prise de Pe/ion de Vêlez a coûté de 
grandes perles d'hommes ; les lansquenets ont été parlicalièrement éprouvés. 



Monsieur, 

La dernière depesche que voua devrez avoir reçue de moi vous 
fut envoyée par la voie d'un courrier que l'ambassadeur de Portugal 
dcsperha. 

11 est bruit qu'il est mort beaucoup de soldats sur les galères en 
ce voyage de Pignon et que les lansquenetz, qui naturellement ne 
sont pas grands mariniers, n'en veulent plus'. 

De Rome, ce xii" jour de novembre ih^lx. 

Signé : ViUeparisis. 
Arckioes des seigneurs de Saint-Sulpice^. — Original. 



I. Hcnrj Clutin, seigneur do Villepa- 
risis en ptriie, d'Oiscl cl de Samt-Aignan, 
Dé à Paris on i5to, protonolaire (^-j mai 
i5:ij), alibé do Frouarl (a6 juin iJ3iJ. 
ambassadeur de FraLiçoisI'"'cn Ecosse, y fui 
renvoyé (i55i-i5Co) par Henri 11, en qua- 
lité de vice-roi et de tieulcnanl général de 
les arm^B, au non de la reine Mario 
Stuart, résigna depuis cette charge de vice- 
roi à la reine mère Maria de Lorraine, de 
laquelle il fut cliciellcr d'hQnncur(ll août 
i5(jo). A. son retour d'Ecosse, il sertit en 



France contre les Huguenots, combattit 
vaillamment k la bateille de Dreui (i563), 
fut envoyé en Allemagne en i563 par 
Charles IX. et nomuiâ le 3o mai iâ6^ 
ambassadeur il Rome, où il mourut le 
i7Juin i566. Bibl. Nat., Dotsier bleu 198, 
eolc 5o46. Fleuhï-Vihdbï. p. 36. 

3. Lei lansquenets, au nombre de trois 
mille, étaient sous les ordres du comte 
Annibal d'AIlcmps, neveu de Pie IV, qui 
lessvait amenés du Piémont. V! Doc. LVU. 

3. Cr. E. Cabië, p. 3i5. 



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■2~0 LETTRE DE SA1^T-SL■L1•1CE A CHAULES IX 

LXIV 

LETTRE DE SAINT-SDLPICE .V CHARLES IX 

(Kïtrait) 

Philippe II ffiil partir pour la Corse sept mille Espatjnols pris parmi lu 
troupes ret-enues de l'crpéililion fia Peiion de Vêle:. 



En Me des lettres envoyées à la même date : Aultre depesclie. — 
Du xxi" Novembre i56i. — Par Monsieur de Méru. — Au Rov. 



Sire, 

Epiant arrivé icy Monsieur do Meroti', le sepliosmo du prpseni, 
ainsi que dernicrement jVscripviz à la Hoyncpar IcS'de Bordeille'. 
se trouvant pour tors le Hoy Catholique, vostrc beau-frère, au 
monastère qu'il faict bastir, où il a demeuré quelques jours pour 
veoir poser les fondementz de ce grand édifice', craignant que son 



I, llonri, 1" du nom, duc do Monl- 
morencj. appelû dans sa jeunesse Monsieur 
de Méreu (et mieui MOni). Il dlail fils 
d'Anne Je Montmorency , seigneur de 
Mcru. connétable de France, cl de Made- 
' loino de Savoie 11 fui gouverneur du Lau- 
guedoc ( i503). mar,:.clial do France ( i SCti). 
Disgracié cous Henri III, il se fit le cher 
des Potiliques, reconnut Henri IV, qui le 
Tit connéuble en iSgS. el mourut en iCi^. 
Catherine de MéJicis TBiail fait |iartir pour 
l'Eapagne (icptcnilirc i5(i4). aliu de visiter 
ta lille, la Itcino Catholiiiiic, ï laquelle il 



devait porter « quelque argent en don pour 
l'aider, n Lettre de L'Aubespinc à Sainl- 
Sulpice, ap. C»BIÉ. p. Ï99. 

a. Pierrede Bourdoille.selgneurelabbô 
séculier de Itrantdme. On a vu qu'il mil 
pris part à rexjiédition du Pei'ion. p. i6i. 
noie I, cl qu'i son retour, il s'était irti'lc 
en Portugal, où il avait rencontré l'dfonl 
d'Antoine de Navarre. MelchiorVteid'Aw 
vedo, p. iSïi noie 1. 

3, Le monastère de Sa in 1- Laurent de 
l'Escurial, 



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LETTRE DE SAtNT-SULPlCE A CIIAIILES 1\ 27 1 

retour fardast trop et sachant bien le désir que ta Royne avoit, de 
sçavoir des nouvelles de Voz Majestez, et aussy affin que ledict 
S' de Méru ne s'ennuyast de tant demurer au logis, il manda à la 
Royne, vostre sœur, qu'il estoit d'advîs que, sans l'attendre plus, 
il luy allast baiser les mains. 

Il [Pliilippc IIJ a ordonné sept mil Espagnols, qui ont esté à la 
prinse du Pignon de Velès, pour aller en Corse', et dict l'on que. 
de nouveau, il pourra faire levée d'Alemans. 

Sur ce, après avoir très-humblement baisé les mains de Vostre 
Majesté, je prieray Dieu Vous donner. 
Sire, 
En très-parfaicte santé, très-heureuse et très-longue vie'. 

lUbliolhèque Nationale. — Fonds français. Ms. 3163, ff. 37 v°-30- — 
Jieifistrc de copies de dépêches, contemporain de l'original. 

I. Sampicrro venait do roparallrc en la dominalian des Génois. 
Corse ot, avec l'appui socret do Calliehnc ^- Cf. C*Bift, pp. 3i6-3i7. 

do Médicis, clicrcliaît à soulever l'Ile contre 



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LETTRE DE PHILIPPE U A FBAKCISCO BAJtRETO 



LETTRE DE PHILIPPE II A FRANCISCO BAHRETO 

Le roi D. Sébastien, à la prière de »on oncle, le roi Philippe II, avait parti- 
cipé à la seconde expédition du PefSon de Vclez ; il avait envoyé une escadre 
portugaise composite d'un grand galion, de liuiL caravelles et de quatre fustes. 
montés par quinze cents soldais et trois cents chevaliers. Francisco Barreto, qui 
en avait le commandement, relâcha à Cadix, pour se concerter avec D. Garcia 
de Toledo, le chef de l'expédition. Il fut convenu que Barreto irait à Tanger 
embarquer deux cents soldais d'élite et rallierait ensuite Malaga. où se concen- 
trait la flotte. Mais la lecnpéte obligea l'escadre portugaise, au retour de Tanger, 
à relâcher au port de Marbella, et, d'autre part. D. Garcia, ayant été averti 
que la position de El-Kataa (Alcala), où l'on avait décidé d'aborder n'était pas 
défendue, Qt partir sa flotte et commença le débarquement, avant que le chef 
de l'escadre portugaise eût rejoint l'expédition. Francisco Barreto se montra 
très irrité de ce que cette opération eût été entreprise sans son concours, con- 
trairement à la promesse que lui avait Faite D. Garcia. Celui-c! calma les plaintes 
de Barreto, en alléguant que le débarquement avait été rendu nécessaire par 
l'état de la mer, et, pour dédommager le chef portugais, il lui donna le com- 
mandementdu corps de bataille, dans la marche sur Badis (Vêlez), qui précéda 
et amena la prise du Penon '. 



Carta e prezcnte, que* el lïey D. Phelipe o Prudente nandou a 
Francisco Barreto. 

Despols que Francisco Barreto vin do Penhâo de Velez de 
acompanhar n'aquella jornada Dom Garcia de Toledo, querendo 
el Rcy Dom Phelipe gratlflcar-lhe aquelle serviço, mandou se 

I. Bjiiibom. Machado, l, II. pp. 377- entre Fr. Barretoet D. Gircia k propMdu 

ioi ; CkBt,eiUL, t 1, pp. 40J-I09; B. CoC- débarquoineal. 

LAÇos. ff. 77 v» et 61. Ce clemicr auteur i. Les abréviation» ont Ué dévebppée* 

ne fait pas mention du conflit suneau en ilaliquei. 



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LETTRE DE PHILIPPE II A FRANCISCO BARIIKTO 2'jÔ 

retrallarem huma mcdalha de ouro', e posta em hu/nacadea groça 
de ouro, ma/idou vizîlar a Francisco Barrclo, com esta caria' : 



« El buen succcsso de la empreza del Pefion yo le pongo mas a 
buestra fortuna que a mi potençia. Siempre le espéré tal como 
estava certlHicado, que yva Don Garcia de Toledo, ayudado de 
buestro favor. Y el trabaxo. que en ello tuvistes, os agradezco mucho 
y os quedo por el en mucha obligaçion, y no supe, al présente, 
con que os lo poder agradecer y remunerar alguna pequena parte 
d'el, sino con os mandar un retlrato de mi persona, con una cadena, 
para que con ella inc tengais prcso lodos tos dias de buestra vida, 
para lo que de mi os cumpliere. De Madrid, et C*. » 



Bibliothèque Nationale. — 
Jf. 158 tf-139. — Copie du x 



Fonds portugais. Ms. 8 (ancien 15), 
u" siècle. 



I. « Médaillo d'or, dit Machado. où la 
beaulc de la gravure surpasMÏI la richcsBe 
du mêlai, » Barbosa M<ch*do, t. II. p. t,ot . 

3. L'onvoi de cette lettre de rélicîtalion 
el de cette médgillc ost un témoignage de 
plus de l'importance que l'Espagne attachait 
k la reprise du Peflon, Le» forces déployées 
avaient étë très diaproportioonées k celles 
de l'ennemi k combattre, mais non aux 
difficultés de l'opéralion, et il mt mtme 



probable que. si la petite garnison turque 
avait voulu résister dant lo Peilon, l'expé- 
dition de D. Garcia, malgré sa nombreuse 
flotte, n'aurait pas eu plus de succès que 
les deui précédentes. Il n'y avait eu, en 
réaliU, pendant cottâ campagne de /|5 jours 
que quelques escarmouches avec les Gho- 

3. Cette lettre a été publiée par BiMnosà 
Maciudo (I. II. p. 4oa), 



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a;^ 



GRATIFICATIONS A DEl'\ PRINCES HER1NIDE8 



GRATIFICATIONS A DEL\ PRINCES MÉRIMDES RÉFUGIÉS 
EN EUROPE 

Par ordre du roi Philippe II, il est accordé à n Don A lonso de Fez o . Jils du 
roi de Fez, la somme de deax cents /ivres pour les frais de soa voyage 
en Espagne et il est alloué pareille somme à « Don Philippe d'Autriche a, 
frère du roi de Maroc, pour les frais de son voyage en A llemagne ' . 



I. \ la dalo de ce compte (i5S^). le 
sullan du Maroc éuit Moula; Abdallth el- 
GhSUi bi-Atlah, qui régna de i557 à i^',k- 
Maia nous pensons qu'il ne fiul p» clier- 
cher à idenlilîer cel Alonra de Fei cl ce 
Philippe d'Autriche avec des chérifs de la 
famille laidienne. Cea deux peraonnages 
«ont plu« probablement des princes de la 
djnastie des Béni Merin convertis au chris- 
tianisme en Espagne et ayant pris, b leur 
baplAoïe, lei noms de leurs parrains chré- 
tiens. Daprïi Biidgctl Mcakin, un ccrUin 
Kasscm Q). fils de Said cl-OuaUatù, ciilc 
par Moula; Mohammed eeh-Clielkb, mou- 
rut centenaire k Naplcs en iGli ; il fut 
enterré dans l'église de S"-Maria délia 
Concordia. oi'i so lit sa longue épitaphe. Il 
était connu sou« le nom de Gaspard de 
Itcni Mcrin. Pour récompenser les services 
que ce prince avail rendus i Philippe II cl 
i l'empereur Rodolphe, en combattant les 
protestants dans leti Pays-Bas et en Ilon^ie, 
le pape Urbain VIII l'avait nomme Com- 
mandeur do l'Ordre de l'Immaculée Con- 
ception. Cf. BuDCFTTMctKin. pp. 3 31-33 3- 
Ce prince mérinide pourrait filrc l'un des 
personnages du présent document. Faisons 
loutefois observer qu'il est désigné à tort 
comme étant le fils de Sald el-Ouallassi ; ce 
dernier étant mort en 1)71, son fils eût élé 



plus que centenaire en 1 6$ l . EsctLLoit.daiH 
sa notice généalogique sur les rois Benî 
Mcrin, mentionne deux descendants de Bou 
Ilassoûn, dont l'un est évidemment le m^mo 
que le Gaspard de Budgell Meakin. Il 
s'ap[ielait Allai tl-Mrrini Ajant réussi i 
s'échapper des mains du Chérif, ■ il résolut 
de passer eu Espagne, afin de demander 
du secours pour rentrer en pocsetsion de 
•esËtats. Il étaitaccompagné de i5o Maures 
et do a5 esclave» chrétiens, dosl te principal 
était D. Juan de Meneses. Au prii de 
grandes fatigues, il traversa les montsgnos 
do Taroudanl et les déserts du Sahara, 
arriva k Rio Roio [Seguiet el-llamra) et 
do U au chïlcau d'Agrim [Arguin) d'où il 
passa aux Mes du Cap Vert, dont le gouver- 
neur était Gaspard d'Andnda.,, b II j 
tomba gravement malade, ae 6t chrétien, h 
la suite d'une apparition, et prit le nom du 
gouverneur qui fut son parrain. S'étant 
rendu ï Madrid, il apprit qu'un de ses 
oncles nommé Habria{?|, tenu on Espagne 
avec sa mïro Leila Zahra. s'était fait bapti- 
ser sous le nom de D. Juan de Castille el 



quil 



'Bit en Flandre 



is les ai 



Philippe II. Quant k la reine, LeIla Zahra. 
sa mère, elle se trouvait k Naples, D. Gas- 
pard, désirant la rejoindre, demanda k Phi- 
lippe II de l'envoyer sorvir dans ie royaume 



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GRATIFtCATIOnS A DEUX PRINCES MÉRIMDES 



275 



[i564.] 

Compte huictiesme de Liévin Woulers', conseillier et Receveur 
général des finances du Roy, nostre sire, de la recepte et despence 

par luy faicte à cause de son dict olTice pour ung an 

entier commenclié le premier jour de janvier quinze cens soixante 
trois et finy le dernier jour de décembre ensuivant XV° soixante 
quatre 

Dons et récompenses. 

A Don Alonso de Fez, tilz du Roy de Fez, la somme de deux 
cens livres dudict pris (de quarante gros monnoye de Flandres la 
livre), que, à l'ordonnance de Sa dicte Majesté et en vertu de certaines 
ses lettres patentes données en sa ville de Bruxelles, le XIX" jour 
d'apvril XV' soixante quatre, après Pasques, ledit Receveur général 
luy avoit baillé et délivré comptant pour semblable somme que 
Sa dicte Magesté luy avoit par icelles lettres, à l'advis de Madame la 
Ducbesse de Parme et de Plaisance etc. Régente et Gouvernante des 
pays de pardecà, accordé en don, pour aydier à faire son voyaige 



de Naples. 11 D Gaspard s' 
Julia EscalloD, Celait ui 
couragoui, a Cf. Virent 



M.^ 



K VXK 



ï SuUSA 






PP- '!-> 



Godard racoalc, d'aulre pari, quo les Cxla 
de Abou Ilassnûn s'étanl enfui après U 
mort de leur pËrc, s' embarquera a t k Larache 
pour l'Espagne et furciil pris en lucr par 
des corsaires brcloiis. Godakd. p. JCS. 
Toutes CCS indications, sans concorder com- 
pli'tement, amèneront k identifier les deux 
princes dont il ost parlé dans le présent 
document, mais, comme nous le disions en 
commentant, ils ne doivent pas être des 
chérifs de la famille Saadiennc. La date 
de i5Gl empiichc notamment, malgré la 
similitude des noms, l'idenlificalion de ce 



« Philippe d'Autriche » arec Moulaj ech- 
Cheikh. le Ris de Moulaj Mohammed ct- 
Mcsloukk, envoyé comme otage à Mazagan 
pendant l'expédition de D.Sébastien (1578). 
Moula}' cch-CheiLh passa dans la suite en 
Espagne, reçut le baptême k Madrid (no- 
vembre 1593) ol fut appelé D. Philippe 
d'Afrique ou d'Autriche, du nom do l'in- 
fant D. Philippe (depuis Philippe fil) qui 
avait été son parrain. 11 sera plusieurs fois 
question de ce prince danK les volumes de 
la présente Collection et notamment ci- 
après dans la Relation de la bataille du 13 
mai 1596. Cf. MjMiANt, lib. X, cap. li. 

I. Liévin WoulerB fut receveur général 
des Finances des Pays-Bas de l557 h 1^70. 



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376 CIIATIFICATIONS A DECX PRINCES MÉniNIDES 

qu'il alloit Lors faire vers Ëspaigne. Pour ce icy, par les dictes 

lettres patentes et quictancc y servante cy rendue 

et et ladicte somme de II' H^tcs. 

A Don Philippe d'Austrice, frère du Roy de Marocques, la somme 
de deux cens livres dudict pris, que, par le commandement de Sa 
Majesté et en vertu de ses lettres patentes données en sa ville de 
Bruxelles le premierjour de mayXV' soixante quatre, ledit Receveur 
général luy avoit baillé et délivré comptant pour semblable somme 
que Sa dicte Magcsté, à la delibéracion de son Altèze et du sceu des- 
dicts des Finances, luy avoit par ieelles lettres accordé et ordonné de 
grâce espccialle en don pour une foiz, pour l'aydier à faire son 
voyaige, qu'il debvoit lors aller faire vers Allemaigne. Pour ce icy, 
par Icsdictes lettres patentes de Sa Magesté et quictancc dudit Don 

Philippe d'Austrice y servante, cy rendue et vue et. - ■ . 

ladicte somme de II' livres. 

Archives du IVord. — S&ie B. Chambre des Comptes de Lille. RecetU 
générale des Finances des Pays-Bas. Compte de l'année 156i, art. 2567, 

ff. 287 et 289. -— Original. 



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LETTRE DE SA.l>T-SULPtCB A CltARLES IX 



LXVII 

LETTRE DE SAINT-SULPICE A CHARLES IX 
(Extraits) 

Les troupes du Penon de Vêlez ont tenté de faire une razzia chez les 
Gkomara et ont éprouvé des perles sérieuses. — Les Ghomara sont en 
armes sur le littoral. — On va envoyer les galères pour renforcer la gar- 
nison du Penon. 



En tête des lettres envoyées à la même date: AuUre despeche. — ■ 
Du XVI' Mars i564. — Par Capelle. — Au Roy. 

Sire, 

Il ne tient à la Royne Catholique, vostre soeur, qu'elle ne soit 
desjà en chemin pour Bayonne, lûy tardant beaucoup qu'elle ait 
ce bien, d'estre en vostre compaignie et de la Royne, vostre mère, 
ayant donné très-certain tesmoignage, que c'est le plus grand de 
toutz les contantementz, qui luy pourroient advenir en ce monde. 

Je ne veulx obmettre voua dire la difficulté et reffuz que les 
cappitaines des galères de deçà ont, encores ung coup, faict sur 
la délivrance des forsalz françoys, voz subjeclz, de quoy m'ayant 
celluy, qui en faicl icy la poursuitte, donné advis, j'ay. avec grand 
démonstration de malcontantement, dict au duc d'Albe qu'il vou- 
lust mettre en cela le remède qu'il voyoit y estre requlz. 

A quoy ledict Duc me respondicl « qu'il estolt sï honteux et 



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37^ LKTTHK DE SAINTSLI.PICE A CHARLES IX 

a courroucé de erst affaire, qu'il n'avoit parolle pour m'y rcs- 
« pondre, et (ju'à ce coup le Itoy, son maistrc, aprendroit pour 
« jamais aux cajipiUincs de ses galèrea comme ilz luy doibveni 
« obeyr. » 

Dont n'a tarde à faire expédier là dessus nouvelles conmissions 
par ung cavalier qu'on doibl despeclier loul exprès à Cartagène, 
pour les aller mettre en liborlc. Mais, il est dangier qu'aulcunes 
dcsdîctea galères aycnl cependant passé vers la coste d'Afrique, 
pour y pourler des soldatz, affm de rempliret reinforcer la garnison 
du Pignon, qui avoit eslé naguyères beaucoup diminuée et affoibbe 
en une entreprinse, que cculx de dedans avoîent faicte, de jetter 
environ deux centz cinquante soldatz deliors, pour aller prendre 
ung nombre de beslailli' en quelque montaigne voysinc. Dont les 
Mores estantz aperçeuz les deffirent, et en mourut environ liuicl 
ou neuf vinglzV De quoy louteffois ne s'est encores icy parlé ung 
seul mot. Et lesdicts Mores tiennent ladïcte coste de dellà fort 
subjecte. Par quoy, cculx cy n'entreprendront d'y aller, ny foibles, 
ny mal cquippez. 

Et j'ay sçcu qu'ilz arrestent toutz les navires, tant ceulx-Ià du 
pays, que estrangiers, qui se trouvent ez portz, despuis Barsalonne 
jusques en Andalouzie, pour quelque entreprinse, mais ne se 
declaire encores, si c'est pour cesle-cy, ou pour quelque aultre. 

Qu'est tout ce de quoy à présent je feray mention à Vostte 
Majesté, à laquelle baisant, en eest endroict, très-humblement les 
mains, je prieray Dieu qu'il vous doinct, 

Sire, 

En très-parfaicte santé, tousjours bonne prospérité et très-longue 



[P. -S.] Despuis ce dessus escript, ung personnage est venu 
parlera moy, par les propoz duquel semble que ceulx-cy veulent 
faire courir ung bruict, qu'ilz sont preslz d'envoyer gens et navires 



I. fir9fi'<if(vBriBntes des manuscrils 13. N. formule Gnalo: Do MadrJc. ce ivi° jouT de 

fr. 3899. r. 133 v, el fr. 7070. (. iSi). Mars i56j. Vostre Irf» humble et Irèi- 

]. Ilukl ving!;, neuf vingt:, 8 et g Toit obeissanlsubjectet serviteur, Stiot-SupliM 

ao, c'o»l-i-dire 160 et 180. (f. ia3 y"). 

3. Le ms. B. N. fr. 3S99 ajoute i la 



y Google ! 



DE 8A1NT-SULP1CE A CHARLES IX 279 

à la Florida, et possible c'est pour avoir entendu, qu'il couroit 
aussy ung bruict en France, d'y faire bientost ung voyage'. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds frani;nis. Ms. 3163, ff. (13v°-6^i. — 
Registre de copies de dépêches, contemporain de l'original. 

Bibliothègue Nationale. — Fonds français. Ms. 3899, ff. V22-i23 v". 

— Copie de la fin du wi' siècle. 

Bibliolhhjue Nationale. — Fonds français. Ms. 7070, ff. 178-181 d". 

— Copie du ivn" siècle. 

1. Cr. Cabié. p. 356. 



, Google 



I-PTTPPP pj; FO[Jpoi.pV4t):t * CHARLES II 



Lxvm 

LETTRE DE FOURQDEVAUX' A CHARLES IX 
(Extrait) 

Les goaverneurs d'Oran, de Mers el-Kebir. de Metilla et du Penon de 
Vêlez auraient besoin de deux eenl mille écus pour melire ces places en 
étal de défense; on n'a pu leur en accorder que trente mille. 



I. Ri;rmond de Rouer, do Bcccaric, de 
Pavie, baron de Fourquctaiix, sîciir do 
DamÎBltc, do La VilUnouvelte. elc-, fils de 
Franfoii do Beccario de Rouer et de Rom 
de MsgDan. naquît i Toulnmo en i5o8 cl 
porta jusqu'en i5j8 lo nom de Rouer. 
Homme d'arme» k la com|ia)înio Ki'prepc- 
lisie. il servit sont Laiitrcc el fut blos.té au 
sièfte do Patio (i5i7) et fait prisonnier i 
celui do Naple((i558). Rentré en Franco 
en i53o, il termina ses études el repartit 
pour la campagne do Savoie (i535-i.'i36). 
La paii le ramena il Touloufo. oii il fui 
nommé capitoul en i5^3. En i547. Elcnri l[ 
l'envo}-» en Ecosse el en Irlande, où il se fit 
apprécier dans des miisîons d'iorormalion 
(i54S-i55o) Il fut aucccssivemcnl nommé 
ambassadeur en Rohèmo (l55o), à Parme 
(i55 1 ). panetierdu Roi( 1 55 1). gentilhomme 
de la Chambre (iSSï). Lo ii juin i557, 
il recul II l'office de capitaine gouve 
de Narbonne ». agit vigourcuscmcnl i 
les Huguenots et pacifia le pajs troublé pai 
lea luîtes religieuses {i557-i5C3). Calhe 
line do Médicis l'envoja en i5G5 commt 
ambassadeur en Espagne, où il resta jus 
qu'au 1 janvier 157a, date où il fut rem- 
placé parVivonne. \ sa rontréo on Frai 



Fourquevaui reprit, sur sa demande, te 
gouvernement do Narbonne, 011 la guerre 
civile avait recommence, au lendemain de 
la Selnl Barthélémy II mourut le i juil- 
let 157^. Écrivain militaire distingué, il 
publia Inîtituliom sur te fait de ta guerre 
(Paris. i553) el fit un livre aujourd'hui 
perdu : Florrnre mililaire en i55S. — Son 
fils François a réuni ses papiers et écrit ta 
vie. — McH Douais, t. 1, Inlraduetion : 
Fl.-Vikdky, pp. Si-Î3. — Les manuscrits 
qui contiennent les dépêches de Fourquc- 
vaux sont dispersés dans plusieurs depuis. 
Les minutes originales, restées primitive- 
ment en la possession de la famille de 
l'amba>sadeur, se trouvent en partie au 
chileau do Fourqucvaux et en partie i la 
Bibliothèque impériale de Saint-Péters- 
bourg. Les eipédilions originales se Irou- 
venl, en grande partie, dans le ms, B. fi. 
fr. 16103(0*. 151-673). (Jno copie intégrale 
dos dépêche» fut faite en iSgS (V. noie 
ci-dessous). Enfin, des copies, plus ou moins 
fragmentaires el de diverses époques, se 
trouvent dans plusieurs au 
de la Biblioth&(|ue nationale et du 
Icre des A flaires étrangères. 



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: FOUBQUEVAUX A CHARLES IX 



Ségovie, 18 août i566. 



Suscriplion, alla manu : Au Roy. 

En marge, alla manu : Par la voye de Bayonne. 

Sire, 

Je suis esté baizer les mains au Roy Catliolicque, au Rose, le 
xvi"" de ce moys, pour luy fclîciler la naissance de l'Infanlc, qu'il 
a pieu à Dieu luy donner. 

U [le Roy Catholique] a envoyé emprunter une grosse somme 
d'cscuz des banques, à Médine del Camp, où les payemens se font 
h présent. Et m'a l'on dict qu'il a prins tout ce qui s'y est trouvé, 
mais je ne puis encore sçavoir combien. El, jaçoit' que les capi- 
taines d'Oran, Massalguibar, IVIelille et du Pcignon, luy eussent 
envoyé demander, à grande instance, deux cens cinquante mil 
escuz, qu'il fault nécessairement à fortiffier et remparer lesdictes 
ville, port el places, ou les perdre, si les Mores les assaillent, ledict 
S'' Roy, neantmoins, leur a seulement faict délivrer' trente mil 
escuz, pour tous, et qu'itz facent du mieuK qu'ilz pourront. A ce 
compte, Sire, Sa Majesté assemble le plus de finance qu'il peult; 
qui est signe qu'il entend faire une grande despense, car il a davan- 
taigc la croizadc' cl fa subvention du Clergé d'Espaigne, montantz 
grandz déniera. Je ne puis pencer que ce soit pour renger seule- 
ment ses gens des Pais-Bas, 

De Ségovie, le lundy xviu""' d'Aoust i566. 

: Foarquevaux (Haute-Garonne). — Minute 



h. 10751, p. 383), 
3. Sur H la Croisade i>, V. p. 55. note a. 
i. Publiépar Mgb Douais, l. [, p. no. 



Archives 
originale '. 


./u 


château de 


Fourq 


1 . Pour : jà soil. bien que, quoique. 
1. VBmntc: «> les Mores les assaillent. 

mont Ircnio mil ofculs [«ur touts (ms. B. N. 



, Google 



a8a 



LETTRES DE PUL'RQUBVAL'\ 4 

mis frnni;ai: 



CHARLES IX 

Ms UfJ-tt. pp. 3N-2-3.S3. 



Bililinthîiiue Mittionnk. — 

— Copie (h ^vi' siHe (îr>9fi)'- 

nibliolkhjue .\(ilionale. — Fonds frnn^ais. Ms. 3I^U'J, f. 120. — O.pie 
(le la fm du \\i° siècle. 

liibliothhiuc yationalc. — Fonds frani;ais. Ms. -23^6, ff. 53'/-:Wf. 

— Copie du wii' siMe'. 

Bibliothhpie .\alionale. — Fonds français. Ms. I67Ô3, f. fit?. — 
Copie du wn' siècle'. 

lîibliolhèque .\ationale. ~- Fonds français. Ms. 7070. ff. Ï'J3 v^-VJ'i. 

— Cofie du xMi' siècle. 

Ministère des affaires étramjères. — Espagne. Mémoires et Documents, 
t. 30, f. '238. — Copie du xmi' siècle*. 



. Le> 



B. N. tr. 



1751 



107^1 contiennent une copie dct déjiéctiet 
de Fourquevaut tailo pir les toinn de la 
ramillcdecotambissadeur. en iSgfi, d'«pr&s 



les n 



iiitci origini 



• pos- 



scision do Fou n) Il CVS m lui-mAmc, wlon 
l'usagoqui ItisïtiLaui roiiclionnairct ro)rtui 
la propri6té de leur» irchlipi administra' 
tivcs. Celle copie fut exécutée en deux 
volume) in-folio, reliés en parchemin gauf- 
M el dore, et écrits on groise écriture 
ilalicgue très soignée. Il> sont paginés, au 
lieu d'être Toliolés. Mail le Ici le Tut 
soumis i des remaniements do forme, par- 
fois astei étendus, dcsliiiés à le rendre plus 
littéraire, par cicmplo en supprimint lo 
mol Mict cl Bulrei analogues, ou à modi- 
fier certaines eiprcisioni qui n'étaient plus 
d'accord avec les idées politiques ou reli- 
gieuses des contemporains de Henri IV. 
On trouvera un spécimen de ces remanie- 



ments >u Doc, LWIII. p. 397. note i-Cr 

MgK UOUAI*. t. 1, p- XIMT. 

1. Le ms. B. N. fr. i34o6 (ettraiU el 
résumés des dépêchci et autres documents 
diplomatiques de l56i ï i566) ne conlienL 
pour les dépêches de Fourquevaui. que d« 
analyses sommaires (IF. lii-iiZ). Pour 
l'eilrail que nous donnons, on j lit ku' 
lemcnt : Ledict Roj (Philippe II] Irre 
beaucoup d'argent pour son voiage ou autre 
plus grand dencing, 

3. Lo ms. B. N. fr. 10763 (eitraits dn 
déjiéchcs des ambassadeurs en Esptgne de 
i5l)i k i566) contient, pour Fourquevaui. 
les mêmes analyses sommaires que le ms, 
fr 33'|iil). V. la noie précédente. 

i. Le ms. des Alf. élrang. ne conlieol, 
pour cette lettre, qu'une analyse sommiire, 
identique à celle du ms. B. N. fr. i3io6. 
V. ci-dessul, note 3. 



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LETTRES DE FOUHQUEVAUX A CHARLES IX 



LXI\ 

LETTRE DE FOURQUEVAUX A CHARLES IX 
(Extrait) 

Les corsaires d'Alger onl pris, près de Cadix, dix-huit navires espagnols. 
— Us onl emmené leurs prises dans le port de Laroche. — Nombreuses 
prises faites par les corsaires te long de ta côte atlantique du Maroc. 

Ségovie, 3 leptembre i566. 

Sascriplion, alla manu : Au Roy. 
Sire, 

Ung courrier espaignol est party d'ïcy le xxix"' d'Aoust, par 
lequel j'ay cscript à Vostre Majesté la réception de la lettre, qu'il 
luy a pieu m'escrire, du xi dndict mois' que j'ai reçue le xxvui"*. 

Au regard. Sire, de ce que Vostre Majesté a sçeu, de divers 
endroictz, la prinse que les Turcz feirent de xxviii navires espai- 
gnols, près de Caliz, sur lesquelz y avoit artillerie et munitions, 
en grande quantité, je respondz à Vostre Majesté que je l'ay sçeu' 
du commencement avec beaucoup d'aulrcR... Les Turcz, qui 
csloicnt xvn gallères et quatre brigantins du Itoy d'Alger, ou soient 
galliottes, comme l'on vcult icy, lesquelles sont commandées par 

I, Varianle : m'eicKpro le vn!i"'° du p. 119)- 
ineime moii (B. N. fr. 10751, p. 4aS). — a. V«riaiile: je l'ay crou (on. B. N. fr. 

Hgh Douais donne : « du vi u (I. I, 10751, p. ii-j). 



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a8'i 



LETTRES DE FOlinQliEVAl.i\ A CHARLES IX 



le filz d'ung More, nomme l'Aleadc de Velès*, qui feirenl ledict 
butin, ilz menèrent leur dicte prinse en la ville de Larax. sept 
lieues loing de Ceule, hors l'estroict de Gibcllar', Et les Espai- 
gnolz. qui s^avent la vérité, ne veulent pas qu'il s'y soit perdu sinon 
quelques armes et vivres. . . Lesdicts dix sept gallères et brigantins. 
Sire, se rclircnl, comme j'ay desjà tlict, audict Larax. où y a bon 
port et ville assez forte. Don Alvaro de Vassan y fut, deux ans a. 
avec ses gallèros et celles de Portugal, pour gaster ledict port, en 
meclant à fondz. sur la bouche d'icelluy. ung grand navire*. Il 
fut re]M)ulcé pur l'arlillerie de ladicte ville, el ledict navire oslé et 
brusié. 

Iceulx courssaires. Sire, ont prins, depuis quatre mois, plus de 
cinquante navires, et, en ce nombre, ung venant de la Floride, 
dens lequel y avoil quelques soldatz et lettres de Pierre Menendès', 
autre navire breton chargé de loilles', autre anglois chargé de 
marcbandize et, naguère, une caravelle, nommée « Abisse », 
venant des Indes audict Scvjlle porter nouvelles de l'armée* de la 
Hotte aux Cannarics... Bien fault rayer deux desdictes gallères, 
du nombre des dix sept, s'il est vray ce que l'on m'a adverty 
ostre advenu, il y a trois sepmaines, d'ung gallion françois, com- 



I. L'Alctde de Vel^ pour : le c«id do 
Badii. 

3. Vamnto : Giballar (ms B. N. !t. 
10751. p. Sï8). 

3. Celte opération (cmboii tel liage) aralt 
plelnomenl rrutti à Télouan, dont la rîvivro 
avait ilé compli'temcnlobilriicc. Alvaro de 
Daian y avait cnuli; 011 le vaJBscaiii chargi^ide 
piorrei solidement agriîgpes par du cimcnl, 
pendant que Ici garnisons porlupaiso» de 
l^eiila el de Tanpcr, faîiant une diversion, 
aUiraicnt le» Maures dans l'intérieur par 
des cacarmoiichr* répelées. CinnPKA. t, I, 
p. 4og, Cet liis-torien ne ineritionno |>a3 ta 
Icntalive faite sur Laracha. 

/|. Variante :l>ierrcMclcndcz(m9.B N. 
tt. 10751. p. A3o). 

5. On sait que, jusqu'au milied du iviii° 
siècle, la Bretagne approvidonnait exclu- 
sivement lie $e; toiles rË<.pagne, l'Amérique 



et le Maroc. Ces toilei, fabriquées k Mor. 
laii, étaient désignées dans le commerce 
sous le nom de britagna. Au Maroc, où 
elles êliienl très ■ppréciéei, on les appelait 
crtas (do crés ou crues. V. Savarv). En 
1817, alors que celle précieuse industrie 
française éUil concurrencée depuis long 
temp par la Silcsie et par l'Angleterre, le 
sullan Moulaj Stimin écrivait au consul 
français Sourdeau : « Je désirerais avoir do 
la créas pour en lélir mes sujets; je don- 
nc;ai pour sa valeur i celui qui m'en appor- 
tera de la bonne ce qu'il voudra et & celui 
qui m'en apportera le premier, je lui en 
marquerai ma reconnaissance au-dessus des 
autres, ■ SS. Hist. Miroc. 3" Série, t. I. 
a- janvier .817. 

6- Variante : l'arrivée de la flotte (ms. 
B. N. fr. 10751. p. 43o). 



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LETTRES DB FOURQUEVAUX A CHARLES IX 205 

battu et environné de quatre d'icelles, à la veue de Caliz, lequel 
gallion meit les deux à fondz et donna la chasse aux autres, secondé 
d'ung bon vent, puis se retira en haulte mer, voyant aprocber des 
navires dudict Caliz, qui estoient sortiz, h ce qu'ilz dyent, pour le 
secourir, voyant qu'il se portoit si vaillamment. Et ont opinion 
qu'il estoit courssaire venu en ladîcte cosle', afin d'attraper quelque 
navire venant des Indes. 



De Ségovye, le in"" de septembre i56t). 

Archives du château de Fourquecaux (Haute-Garonne). — Minute 
originale '. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 40751, pp. ii^7-43L 
— Copie du XVI» siècle (1596). 



I. Variante: venu en ces coslcs pour 
atlraper (m?. B. N. fr. 10751. p. .'i3l). — 
La cAto allantique du Marac avait k ccUo 
6poqQ0 une imiiorlanco conîidérable : les 
floltcs revenant des Inilcs Occidenlalcs. ot 
ramenant les millians a tlendu9anaucl la ment 
par l'Espagne, par le Portugal et plus lard 
par les Provinces- Unie*, devaient paner 
entre les Canaries et lo lllloral marocain ; 
les corsaires, embusqués dans les mauvais 
hivrcsdc Larachc. de Mamora. de Salé, do 
Fedala, etc., guettaient, au passage. le retour 



de cette riche proie. Ces pirates □'étaient 
pas oiclusivement indigènes ; il j avait 
parmi eux beaucoup do reni^gats chrétiens 
et l'on vo)rait mémo k Mamora u plus de 
ch restions (te toutes nations que de Turcs ». 
CnAKtNT, pp. 107 et ss. C'était le repaire 
favori des pirates européens opérant dans 
ces parages « slendo su puerlo asyto j caeva 
de tos pyralai Europeos. Cespedes, p. l38. 
Cf. De Castries, Le Maroc d'autrefois. 
3. Public par Mon Douais, t. I,pp, m- 



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LETTRE DE FOURQUBVAUX A CATHERINE DE HJDICIS 



LXX 

LETTRE DE FOCHQL'EVAIÎX A CATHERINE DE MÊDICIS 
(Extrait) 

Les Mon'scos se soalh'ent à Grenade. — Philippe II fait faire des letves 
pour combattre la révolte. — Le pacha d'Alger et le sidlan da Maroc 
enverraient des secours aux rebelles. 

Madrid, G janvier iSGg. 

Suicriplion, alla manu : A la Rojne. 

En marge, alia manu : Par Jehan Alard, serviteur de Don 
Francez d'Alava. 

Madame, 

C'est une grande merveille à toutz les seigneurs de deçà' qu'il 
ne vient nouvelle de France, en conBrmalion de l'allée du Prince 
d'Orenge, comme pareillement du progrez de voz forces. 

Le bruict du tumulte des Morisques de Granadc se confirme 
et leur nombre croist cbascun jour, si bien que le Roy Catliolicquc 
a envoyé, depuis trois jours, trente mil escuz au Conte de Tcndillc, 
Visroy dudict Granade, pour faire gens, et autres trente mil escuz 
au Marquis de Vcllcs en Andeluzie ; el, le cinq de ce moys. Sa 
Majesté a faict dire, par le Cardinal de Siguence, aux jeunes gen- 
tilshommes do sa Court el aux commandeurs et chevaliers des 
Ordres qu'ilz luy feront service agréable d'aller promptement 

I. Z)i^ilc;c],d'E9pagno. Cr. p. 31 g, noie 3. 



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LETTRE DE FOUBQUEVAUX A CATHEKINB DB M^DICIS 387 

trouver lesdicU Vïsroys et les suivre contre lesdîcts rebelles, ce 
t)u*ilz font, qui par la poste, cl qui à journées. Il m'a esté dict 
que les roys d'Alger et de Fez envoyeront secours ausdîcts Moris- 
ques, et que Don Sancho de Leyve se doibl rendre à Malque' avec 
trente gallèrcs, afin d'empescher ledict secours. El j'entendz qu'en 
la coste dudict Grannade y souUoit avoir de bons portz, qui 
serviront audict secours de Barbarie et y pourront dreccr des fortz 
pour s'y tenir en scureté contre l'Espaignc. On a opinion que les 
forces que ledict roy d'Alger assemble, soubz couleur d'assaillir 
Oran, serviront de secourir lesdicts rebelles * ; autres dizent qu'il se 
servira de ladicte rébellion pour luy facilliter l'entreprinze dudict 
Oran*. 



De Madrid, le vi°" de janvier 1669. 

Archives du château de Foarqaeoaux (Haale-Garonne). — Minute 
originale*. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. ]0752, pp. 127-128. 
— Copie du x\i' siècle (tô96). 

1. italqae, pour; Malaga. 3. Variante : facilliter >« dicte entra- 

3. Varia ntn : serviront pour cest cITecl pHnsc (ms. B. N. fr. 10731, p. 118). 
(ms. B. N. fr. 10753, p. 138). &. Publié par Mgr Douais, I. 11, p. ji. 



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LETTRES DE POUnQUEVAUX A CHAULES IX 



LNXl 

LETTRE DE F0U[1QLE\AU\ A CIURLES I\ 
{E™a,t) 

L'insurrection des Aforiscos fait des progrès. — On les dit secourus par 
des renforts venus de liurbarie et spécialement d'Alyer. — Philippe II 
fait armer trente ijalh-es pour surveiller ta côle de Grenade et empêcher 
un débarquement. 



Suscrtplion, alia manu : Au Koj. 

En marge, alia manu : Par le Siour do Trégojn. 



Tout esl au mesmc cslal eu ccslc Court qu'il csloil au partir de 
ma dopesche du xxiu de décembre. 

Au rcsk', Sii-e, la ]>Ius sonantr nouvelle qu'on ait icy à prcseiil, 
c'est du tumulte des Nouveaulx Chresliens du royaume de Granadc. 
qu'on appelle Moriscois' ; Icsquelz sont si désespérez de leur avoir 
esté détendu de vesUr et de parler inorisque, qu'ils ayment mieul\ 
morir que vivre: et uiig nombre d'iceulx jus(jues à trente mil 
hommes sont en armes prenant et saecageanl les lieux des Clires- 
tiens, tuant prebslres et moynes, bruslant églises et commectant 
tous autres actes d'iiostillilé, dont l'alarme est très chauldc en 
tout ce royaume; et parlent qu'ilz sont plus de cent mil Moriscois 
d'un consentement, ausqueU le roy d'Alger a envoyé armes et 
ung nombre de Turcz et Mores pour cliefz ; et chascun jour passent 
gens de Barbarie au secours et faveur d'iceulx, en alcndaul plus 

I. Varianlc : ,«o,,„,iw (m*. 1), N fr. 107,-11. p. i33). 



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LETTRES DE FO(JRQLEVAU\ A CHAULES IX XOQ 

grande puissance dudîct Alger, ayant esté ce faict îcy consulté et 
drecé, plus a d'un an, en Constanlinople. 

L'ordre et remède, que ce dict S' Roy y a mis jusques à présent, 
c'est d'avoir mandé trente de ses gallères se rendre promptement 
en la coste de Granade pour empeschcr ledîct secours de Barbarie ; 
et Jehan André Dorie viendra avecq les siennes. On faict dix huit 
bendes d'infanterie en divers lieux: et a Sa Majesté envoyé trente 
mil escuz au marquis de Mondeje, visroy de Granade, pour faire 
gens à extrême dilUgence ; lequel est dcsjà en campagne avec le 
secours que les bonnes villes luy ont envoyé et la noblesse qui l'est 
allé trouver: autres trente mil cscuz au marquis de Los Velles, 
pour la garde de l'Andeluzie, auquel païs y a semblablement des 
Moriscois et plus au royaume de Valence que d'autres gens; mais 
ilz ne bougent point pour encore. La ville d'Almerie est assiégée 
par trois ou quatre mil Mores et plus de cent villeles ou villaiges 
sont de leur party. Il est possible que le bruit excède de beaucoup 
la vérité ; toutesfois il s'en raconte merveilles pour le peu de jours 
qu'il y a qu'ilz ont commencé à rebeller; car c'est seullement du 
premier jour de ce mois en çà. et autres parlicullaritez que le S' de 
Trégoyn, présent porteur, sçaura rapporter à Vostre Majesté. Les 
seigneurs de ceste court n'en font point grand compte; mais si font 
bien le duc de Sesse et les autres qui cognoissent lesdicts Moriscois 
et qui ont leur bien au royaume de Granade. 

La venté dudict tumulte s'esclaircira luiculx et s'il y a fondement 
de croire que de Barbarie soient venuz gens et armes, car j'en 
doubte fort pour ce qu'en si petite heure' ne peuvent être surve- 
nues tant de choses que l'on dicl. 

De Madrid, le xni°" janvier 1Ô69. 

Archives du château de Foarqaevaux (Haule-GaronneJ. — Minute 
originale^. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10752, pp. i33-136. 
— Copie du xvi' siècle 0596). 

1. Varitate : eQ si peu d'heure (ms. 3. Publié par Mgk Douais, t. II, 

B. N. fr. 1075a, p, îSf.). p. 45-i6. 

De Casthirs. I. — 10 



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THKs MF. FOI uni KV. 



LXXII 

LETTRE DE FOLRQLiEV\r\ A CHARLES 1\ 
(Eitrait) 

!\'eu/ galères de Larache ont pill^, le ?2 septembre 1f>69, l'île de Lanzc- 
rolle et les ports de la Grande-Canarie. — Philippe II fait partir pour 
les Canaries un secours de cinq cents hommes. — Mort de Mohammed 
ben Omeïia, le roi des Moriscos rebelles. — Abdallah ben Abbou est 
élu pour lui succéder. 

Madrid, 5 novembre iSâg. 

Suscription. aliamanu: Au Ro). 

En marge, atin manu: Par Lasallo. maistre d'hostel du sieur dr 
Forquevauls, 



DppuJR ma loltre du di-roier dot^tobrc, j'ay aprins que npuf 
gallèrcM, sorlic» du port' de Laraix' en Barbarie (qui est hors du 
deslroit de Gibeltar') ont donné, le vingt-deux de septembre, sur 
l'isle do Lançalote^ aux Caiinaries, prins et bruslé quasi toute la 



ccrole. - — CeUc incursion dans lei Cana- 
ries est, selon toute probsbililé. celle que 
raconte Hacdo et qu'il place k torl en i5S3. 
Moral Hais était parti d'Alger avec Irois 
galioles ; il relâcha quelque lempi k Salé, 
où il arma trois brigantins de quatonc 
bancs ; puis, «'Étant procuré un pilote pour 
la navigation dans lOcéan. il poussa au 
larf^e, cliaquo galiole remorquant un bri- 
ganlin. Ajant découvert Lanierote, « il 6l 



I. Laraix foar 


: Larache. 


Celte dernière 


transcription, que 


l'orlliogr 


aplie moderoe. 


esl moins Ironnc 


que Lan 


ii.T, puisque le 


nom arabe de . 

El-Araicb. 


cetlc vtll. 


■ •" ^jy 


3. Cette parenlhèie sur Laraclie manque 



3. Lançalole pour : Lame 



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LF.TTRES DE FOUROUF.VAL'X A ClIAnLES IX Sf)! 

ville et les églises ' et faict grand nombre d'esclaves, entre aultres 
six daines de bonne maison. Aussy ont recogneu toutz les portz de 
la Grand Canarie, prins les navires ou bruslez qu'ilz y ont trouvez, 
donnant à entendre qu'ilz y veullent retourner pour rompre la 
navigation du Péru et dos Indes de Portugal'. Cculx desdictes isles 
nnl envoyô supplier le Roy d'Espagne, leur seigneur, qu'il les 
vueille secourir, et il leur envoyé cinq cens hommes. Ladicte des- 
cente fut le xxu"' de septembre. 

Aussy ung Turc, Sire, a tué le petit roydes Morisques rebelles' 
de Grannade', à cause (|u'il avoit faict mourir ung auUre Turc 
pour crime. Tlz ont eslcu ung oncle dudîct roy petit pour leur 
roy". lequel est bien plus suffizant pour commander que n'esloit 



amener les voiles el meltre en panne jusqu'à 
Il nuit. Ce brigand profita ai bien de la nuit 
qu'il débarqu* tout au matin avec 35o 
Turcs mousquetaires qui saccagèrent file, 
j prenant plut de 3oo personnes... et un 
gros butin ». Ayant appris, h Bon retour, 
que le Grand Adelantado de Castille l'altcn- 
dail dans le Détroit avec |8 vaisseaux, il 
te retira à Larache et, profilant <• d'une 
nuit obscure et tempétueuse n, ît franchit 
le Détroit, trompant la surveillance de 
l'Adelanlado. Haëdo (Traduction Gb*« 
most). pp. 196-197. 

I. Variante : sur l'islc Lancctole aux 
Canaries, prins ta ville sans delTeQOe, brusié 
églises et la pluspart d'icelle ville et faict... 
(ms. B. N. fr. 10733, p. 4i5), - Le 
i'ii:'jt-4euT de leplembre n'est donné, à cette 
place du promier paragraphe de la lettre, 
que dans le ms. B. N. fr. 107^3 Les mi 
nutes du château de Fourquevaui et le ms. 
li. >". fr. ifiio3 (f. 583) ne donnent la 
il:ile qu'une seule fois, i la fin du para, 
graphe. 

a. Sur l'importance de la r 
passant entre \ef Canaries et le littoral m 



cin. \.|..,S5. 

manquent dans 
p. i>6. 

&. Larôbeltio 



leie/te de 



Grannade 

fr. 1075a. 



des Moriseoa ilc Grenade 



avait éclaté vers la fin de i568: les insur- 
gés avaient élu tM>ur roi Don Fernando de 
Valor, descendanl do l'illustre dynastie des 
Benou Omeïia (Ommiades) et qui avait 
adopttï, à celte occasion, le nom arabe do 
Mohammed bon (.Imeiia. I.ei Espagnols lui 
donnaient par dérision le surnom de Don 
l-'ernundillo, roitelet des Alpajarras. C'est 
pour ^ conformer h celte appellation que 
Fourquevaux, dans sa correspondance, dé- 
signe ce prince sous le nom de petit roi. 
Ben Omeiia fut assassiné, en octobre 1569. 
à Laujar. par Ben Alguaçil et Diego de 
Rojas. Cf. HuBTxno dr Mendoia ; De 
TMor. l. VI, pp. i3ï-i33 ; A. de Cm- 
coLiir, t. 111. ch. II. 

5. Abdallah ben Abbou fut élu roi i 
Laujar, aussitôt après le meurtre de Ben 
Omeiia, et confirmation de ce choix fut 
demandée i Euldj Ali, le pacha d'Alger, 
qui s'était fait le protecteur dos Moriscos 
de Grenade. Abdallah appartenait, comme 
son [irédécesseur, k la famille des Omeiia 
(Ommiades). On sait qu'il est parfois asse: 
diflicilcd'idontilior les familles des Moriscos, 
tel personnage étant désigné soua des noms 
multiples. Celle profusion de noms a ptu- 
sieur» causes : les surnoms, les charges ou 
emplois, les transcriptions défectueuses et 
surtout les noms espagnols (de patronage), 
que beaucoup de Moriscos portaient simulta- 



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agi* LETTRES DE FOUBQCEVALX A CIlAItLES I\ 

son dict nepveu. H fera beaucoup toulesfois, s'il se pourra défendre 
des forces que le Hoy, vostre frère, faict lever contre eulx, et croy 
qu'il y employera les quatre mil soldatz qu'il avoil promys de 
voua envoyer, car je viens d'entendre qu'ilz sont encore à Vïctorie 
et aux environs, sans faire semblant de passer oultre. 

Sire, je prie Dieu qu'il vous maintienne et conserve très-longues 
années en très-aeomplic santé et prospérité. 
De Madrid, le cinquicsmc de ^ovemlJ^e iûOq. 



(Postscriptam ij 



Vostre très-humble, Irès-obcyssant et très-obligé subject et ser- 
viteur, , 

Forquevaulx. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 16103, ff. 582-583. — 
Original autographe'. 

.Archives du château de Foarqnevaux flfaute-Garonne). — Minute ori- 
ffinale. 

Bihliothkqae ISationaie. — Fonds français. Ms. 10732, pp. ^t5-/H6, 
— Copie du XVI' sihde (1596). 

nJmentBiec leurs nomatrabei. Ben Abbou. i. l'iiblié ptr Mqr DovAie.l, II, pp. i3i- 

qui |>ril le nom d'Abdallah i aOD couronne- i3.~i. 



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LETTRES DE FOUBQUEVAUY A CHARLES IX 3()3 



LXXIII 

LETTRE DE FOUROlEVAliX A CHARLES IX 
(Extraits) 

La révolte des Moriseos de Grenade s'ai/grave. — Armements faits par 
Philippe II pour réprimer la rébellion. — Forces dont disposent les 
insurgés. — Mort du roi de Grenade el élection de son successeur. — 
Les Moriseos reçoivent du secours dWli/er. — Z^ Conseil d'Espagne et 
l'inijuisition s'opposent à leur départ pour la Barbarie. — Le Chérîf du 
Maroc fait des armements pour attaquer Ceula el Tanger. — On appré- 
hende son déharrjuemenl en Espagne. — Le Portugal envoie des renforts 
aux garnisons de Ceuta, Tanger et Mazagan. — Entente entre Philippe H 
et le pacha d'Alger. 



S. I. n. d. [Mtdrid, 19 décembre iSfig). 

En têle, alla manu : Advis ' au Hoy par son ambassadeur, rezident 
en Espaigne. — Dudict jour. 

Toulz les prélats du royaume de Castille lèvent, par commande- 
ment du Roy d'Espaigne, tout le nombre des hommes qu'tlz sont 
tenuz fournir, quand les plus pressez afTaires de guerre y sur- 
viennent, qui est ung debvoir, comme les ban et arrière-ban de 
France ; lesquclz hommes sont pour Grannade. 

Les grandz seigneurs de ce dict royaume sont mandez d'envoyer 
audict Grannade le nombre des hommes aussi qui touche à leur 

1 . Cette lettre en forme d' « AitiiU n est eit intitulé : Adeit au Ray par le SUur de 

jointe i une autre de Fourqueveux adrcs- Forqaevaals, son Ambatsadear, residcnl en 

B^e le même jour ï Catherine de Mùdicis,, Espaigne ; dadict jour (p. j6 1 du ms.). 
— Danticm*. B. N. fr. 10733, ce document 



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apA I.ETTRFS DE FIIIHQLEVAI \ A CHARLES IX 

pari [)uur ledicl debvoir, et de se tenir eulx mesmes preslz de 
leurs personne» pour marcher, au premier jour, la part que ledid 
S' Roy leur fera sçavoîr, mais ilz sont desjà venuz la pluspart. 

Les Commandeurs el Chevaliers de S'-Jacques, Calatrava el 
Alcantara sont en chemin pour se trouver audict Grannade ; et le 
plus pouvre, qu'il n'a sinon vîngl-cinq escuz de pension, qu'on 
appelle les Chevaliers « de pan y agua », y va, luy deuxiesme, 
armé et monté en homme d'armes avec lance. 

Les levées des villes ont commence de s'acheminer et la plus 
grosse masse assemble à Ubeda, qui est une bonne ville, dix-sept 
lieues par delà la ville de Grannade'. On dict que lesdites villes 
fournissent trente-deux mil hommes de pied paiez pour deux mois. 

Les Mores rebelles dudict Grannade sont de huict à dix mil 
hommes portanlz harquebuz. arbalesles. piques et dardes longues 
et plus de trente mil aultres avec fondes S arcz el aullres mes- 
chanles armes. 

Leur petit roy fut tué, comme j'ai escripl' et, en son lieu, a 
esté esleu ' ung sien oncle, lequel porte tillre de Capitaine général 
du Grand Seigneur et non de Roy ; et y peult avoir de quatre à 
cinq cens Turcz avec luy, qui lui sont esté envoyez d'Alger; et, 
afin de faire acroire qu'ilz sont en plus grand nombre, il a faict 
vestir des plus vaillants Mores à la turquesque ". 

Deux galliottes d'Alger ont, ces jours passez, descendu des 
armes et munitions à la marine de la Sierre Nevade, jaçoit* que 
les gatlères espaignolles fussent adverties que elles debvoient venir, 
et s'en retournèrent sans danger. 

Et ne veult consentir le Conseil d'Espaigne, mesmement l'Inqui- 
sition, que lesdicts Mores se puissent partir dudict pais ny se retirer 
en Barbarie, comme la pluspart ne dezire autre chose. Car allègue 



I, Variante : par deçà Granadc (ms. 5. I^s Moriscos usèrent plusieim faillie 

B. N. fr, 1075a, p. i6i). ce subterfuge pendant l'insurrecUon. pour 

3. Fondes, frondes. L* Clb.ie de Saintk- fairp croirt aux Espagnols qu'ils recevaienl 

Paliye. Mb' Douais a lu : frides. des Turcs plus de srcoun qu'ils n'en abte- 

3. V. p. ïga, note d. n aient en réalité. 

!\. \ . |), 39a, note j. 0. Jasait. V. p. 381, note 1. 



ïGooglej 



LETTRK8 DE FOUIUJUEVAUX A r.llAIil.ES l\ Sf)!! 

ladictc Inquisition que, puisque lesdicts Mores, après le baptesme, 
ont renyé la Foy chrestienne. qu'il les fault toutz faire morir. 

Le duc de Sesse leur print, l'autre jour, une vallée qui s'appelle 
des Albommelos ' et l'un des quatre ou cinq fortz principaulx qu'ilz 
tiennent; en laquelle vallée fut trouvé en farine, figues, passerille 
et aulfres fruictz, pour nourrir un camp de plusieurs jours. 

Don .lehan d'Auslrie a deslogé de ladicte ville de Grannade 
tous les Mores qui y estoient demeurez de reste et les a dispersez 
à divers lieux bien loing. n'esUmant point qu'il fust bon ny seur 
de se fier en eulx ; ains, pour leur respect, il failloit tenir une 
garnison ordinaire de trois à quatre mil soldatz engagez en ladicte 
ville. 

Le roy de Fez ' arme une grosse puissance et a desjà mis 
ensemble huict mil bons chevaulx'; qui donne à penser qu'il 
vucille assaillir les villes que le roy de Portugal tient sur l'estroict 
de Gibeltar. Et n'est pas hors de propoz de craindre que ladictc 
cavallerie Moresque soit pour passer en Espaigne et gros nombre 
de Morisme ' à pied soubz la faveur de ladicte armée turquesque °. 



I. Variante : dos Mbonncllcs (mi. It ?1. 
fr. 10763, p. /166), 

3. Le chérir Nfoolav kbMWh iIGhrilib 
bi Allùh. 

3. Variante : huict mille bons soldsU 
(ms. B, N. fr. 10753. p. .'i66). 

î. Moriame, de l'espagnol Mor'ama, nnm 
col leclif pour dpsigner les More». On retrouve 
ceUe expressioD dans ta correspondance de 
Kouniuevau) <c Toute la Morisme de Bar- 
barie. * McB DoiAis, t. m, p. 8i. « IJe 
sorte que ce sera ung camp pour entre- 
prendre non seulement contre tedirt .\lger. 
mais aussi contre toute la Morisme. » 
thident, 1. I. p. m. Cf. aussi, dans le pré- 
^cnl volume, la relation espagnole do la 
bataille do EI.K^irel.Kebir (1.778) de Luis 
(le Ouda : la Moritma de roina. 

:>. Les Turcs avalent pris pied au Maroc 
depuis que le pacba d'.\lgcr, Salab llsiV. 
avait prêté l'appui de ses armes au prften. 
darit tnérinidc AI>ou llassoûn. Salali Itafs, 



avec une duplieité toute orientale, aiait 
même prolité de ta situation pour entrer 
en relations avec Moulaj Mohammed ech- 
Cheikh. le Chérir vaincu (Diego de Tohhes, 
pp. 374 et Bs.). Aussi, lorsque ce dernier 
réoccupa Foï pour la seconde foi» (a3 sep. 
lembre i55.^), eut. il soin de conserver à sa 
solde te corps de janissaires dont Abou 
Hassoûn faisait sa garde particulière. L'as. 
sassinal du Chérif par Salah el-Kiahia. 
émis!<Bire du nouveau pacha d'Alger. Hassan 
ben Kkeïr ed Din, le 33 octobre i557, vint 
révéler les visées du Grand Seigneur sur le 
Maroc, Ce fut la constante préoccupation 
de Philippe II. d'en empêcher la réalisation 
et même de s'opposer à toute alliance entre 
les Turcs cl les chérifs du Maroc. Cette 
politique amena l'Ilispagne à se rapprocher 
des Chérifs et i ouvrir des négociations, en 
vue d'une entente commune. Nous aurons 
l'occasion de revenir sur ces |>ourparlcrs 
rjni sp prolongèrent jusqu'au rÈgnode Mou. 



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aj)6 LETTRES DE FOURQUEVAUX A CHARLES IX 

Pour venir au dessus des Mores rebelles dudîct Grannade, 
semble à beaucoup de personnes qu'il ne failloil cinquante mil 
hommes de pied ny six ou sept mil chevaulx, comme Sa Majesté 
Catholique mect ensemble ; sur quoy se font plusieurs discours 
qu'il y ait autre deseainV 

Mais c'est de craingte de larmée turquesque et de l'esraotion 
que les Moriaques de Valence pourront faire et ceoix d'Aragon, 
qui sont nombre înfiniz: el estime l'on que, de trois tiers d'E&- 
paigne, les deux soient Morisques ou descendant? d'iceulx ou des 
JuifTs. 



IjC roy de Portugal faict une levée de huict mil hommes de 
pied en son royaume ; et son armée, preste d'ung nombre de gal- 
lions et huict gallères'; dizant que c'est pour envoyer renfort de 
gens en ses villes de Ceute, Tangber et Mazagan, pour ce que le 
Chérif ', roy de Fez, faict une grosse levée d'infanterie et cavallerie, 
on ne sçait pourquoy ; et a desjà dix mil chevaulx tontz prestz ; on 
discourt que c'est pour les passer en Espaigne, au nom du Grand 
Seigneur *. 

L'advis que j'ay donné à Vosire Majesté quelquefois touchant 



laj Almied et-Mantaar (i578'(6o3). Sur 
les dangers résultant pour l'Espagne d'une 
entente lurco- marocaine. Cf. Lettre de 
Cabrete Ji Mateo Vasque* {i8 nov. 1578), 
SS, lIisT, MiBoc. I" Série(/ln3(*(erre). el 
sur les avantages que les Turcs retireront 
do la conquête du Maroc. Cf. un mémoire 
de ce même C^brele ; DUeurso heeho en 
snmmn... Ibid. 

I. Co paragraphe a él6 remania dans l« 
ms, B. N, fr. 10753, qui donne Invariantes 
suivantes : Pour venir au-dessus et ehaslier 
les Mores Jt Granade. semble i beaucoup 
de personnes, qai eomidireni de prez 1rs 
inlenlioni de ce Roy. qu'il ne failloit cin- 
quante mil hommes de pied nj six ou sept 
mil chevauli, comme Sa Majesté Catholique 



mbie. 



I let c 



rojauniea et eitatl ; sur quoj se font plutieun 
discours, imagine! qu'il y ait autre secret 
dessaiag, comme pourroil e»trc d'eiéculer 
t'ontreprinse d'Alger... (ms. B. N. fr- 
10753. p. i68). Les phrases remaniées el 
celles qui ont 6\é ajoutées «ont en italique». 
Ce passage donne un spécimen des modifi- 
cation* apportées 1 la copie du teite des 
dépécho» d« Fourquevaux qui fut mise au 

3. t-ems. B. N. fr. 10753 (p, 47i)porte 
seulement : d'un nombre de gallions el 
gallères. 

3, Mgr Uouaisalu: (f cWlt/roj-df Feî. 

i. V. p. 3o3. nota a (Doc. LXXV). 



y Google 



LETTRES DE FOUBQUEVAUX A CHARLES IX Hf}"/ 

l'intelligence que le Roy Catholique et Alochaly, roy d'Alger, ont 
ensemble, se pourroit exécuter à présent. 

Ces raisons me le persuadent : 

Il [Alochaly] sçail que les Morisques s'en lasseroîent et fuyroient 
voluntîers en Barbarie, s'ilz avoient la mer libre et qu'il leur fust 
permis. 

Il les en garde, de peur qu'ilz se retirent audict Alger, laquelle 
retraicte, ledict roy d'Alger ne leur peuU rei'uzer bonnement. 

Item, le mandement est si grand qu'il sufBroit de la moictyé des 
gens pour exécuter et forcer lesdicls Mores'. 

Item, les gallères sont en gros nombre en la coste astheurcy. 

Item, la provision de quinze cens mil escuz, oultre la solde 
que Castille paye pour deux mois à Irente-deux mil hommes de 
pied. 

Advis est venu que les gallères d'Espaigne ont prins cinq galliotes 
et ung navire en la coste de Grannade, qui chargeoient des Mores 
dudict païs pour fuyr en Barbarie'. 



Archives du château de Foarqaevaux (Haute-Garonne). — Minute 
originale^. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10752, pp. ^6i-^i73. 
— Copte du xvi" siècle (1596). 

1. VsrJBnle pour ce paragraphe : ll«m. 3. Dans le ma, h. 10753 (p. Â73). ce 

le mandomcn t des hommes est «i grand, paragraphe est Iranaposé et placé avant te 

qu'il sulfiroil de la mnvlîâ d'icctili pour paragraphe qui commence par: l.'adais que 

forcer le» More» rebelles (ms. B. N, Tr, j'ay donné. .. 

10753. p. S73). — Le mandemtnt. c'fsl-i- 3. Publié par Mon Douaib. I, II. pp. i63 

dire : la levée des recrues pour l'armée 167. 
espagnole. 



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:^r)S 



I.KlTHr nv. KOlllnL'KVAU\ A r.ATIIKHI>E DK MEHICIS 



rAMV 

LETTRE DE FOLRQLEVAUX \ CATHERINE DE MEDICIS 
(Extrait) 

La capUulalion acceptée par les Moriscos a été de leur part an stratagème 
pour se débarrasser de non combattants qu'ils ne pouvaient nourrir. — 
,4 rrivée d'un renfort envoyé auj: rebelles par Moulay A bdallak el Ghâlib 
hi Allah. 

MadriJ. :<i) juin lÔ7ii. 

Suscriplion, alla manu : A la Hoyne. 
Madame, 

Si lp S' de Trégoyn sera passé' heureiizement, il sera, de ces 
heures, pour arriver hientost devers Vos Majestez. avecques les nou- 
velles que j'avois le xvii""' du présent. 

Madame, je prie Dieu vous conserver très-longue menl en par- 
faicle sanlé et très-acomplie félicité. 
De Madrid, le xxix°" de juin 1570. 

''Poslscriptum. propria manu :'i 

Madame, 

Qucicun " ma dict n'y avoir rien plus vray que tes Morisques de 
Granade persévèrent en leur obstination ' et cuydent avoir uzé 

1. C'e»l-i-diro: aura passii \e» Pjrénûe». vaui portent : unp [wr-onago. 

a. Les minulei du château de Puurque- 3, Le nu. B. N, fr, i6io3 (copie de 



, Google 



LETTRE DE FOURQUEVAUX A CATHERINE DE MEDICIS 29g 

d'un grand strategème de s'estre deschargez d'environ trente mil' 
bouches disutilles enlre homes qu'ilz tenoyent pour suspectz, c'est 
à sçavoir ceulx qui ont capitullé avec Sa Majesté Calholicque, et 
vieilles gens, femes etenfTans, qu'ilv n'avoyenl de quoy les nourrir'; 
car ceulx qui restent, desquelz on ne sçail le nombre, ilz sont loutz 
homes de combat ; et secours leur est venu de quatre cens Mores 
ou Turcz, ensemble vivres cl munitions que le roy de Fez' leur a 
envoyé sur dix-huicl petites fustes', parties du port de Laraix'', des- 
quelles, au retour. Don Sancho de Leyvc en a prins cinq ou six', 
car estoient vuydes de gens et de defience ; et n'y a trouvé sinon 
vingt Mores mariniers et vingt chrcstiens forçatz. 



cbaDcellerie, f. 609 v) et le ms, B. N. h, 
lo-^Si donnent: les Morlsques de Grennade 
sont aussi enragez el ol»tinei qu'ili Turent 
oocrj. — Il j a plusieurs aulreit variantes 
imporlaates dans le reste du posl-scripluni. 

1. Variante : en nombre de vingt cinq 
ou trente mil, entre hommes, femmes et 
cnrans (ms. B. N. fr. i6io3, f. 609 v"). 

3. Allusion à la capitulation d'Ubeda, 
dont Fourquevaux parle i Charles IX dans 
une dc|i£clie de ce même jour. Un article 
do celle capitulation portait que u Les 
Turcs et Mores, en nombre d'environ sii 
cens, qui ont ajdé aux rebelles, repasseront 
librement avec leurs biens en Alger el leur 
seront délivrés dcui navires el autres 
barques. » Mgh Dn<;AiH. t. Il, p, ï3i. C,t, 
A. ns Ciii(;ouKT, l. III, pp. 1 15 el is. 

3. Les Moriscos rebelles furent loin de 
recevoir de leurs coreligionnaires turcs el 
africains Isa secours qu'ils en espéraicnl et 
le sultan Selim, comme te chérir Moula^ 
Abdallah, se servirent pluUVt de l'insurrec- 
tion qu'ils ne la servirent. Selim s manda 
au bâcha d'Alger [Euldj Ati) de promeltre 
de sa part du secours ii ces malheureux, et 
de leur faire entendre que. si ralfaire pre- 
noil un bon train, il viendroit contre l'Es- 
pagne avec toutes Ic: forces de l'Empire 
Ottoman. En conséquence, le Bach» remplit 
leurs ambassadeurs de belles espérances. A 



l'égard de la Qote qu'il avoit équipée pour 
l'eipédition de Tunis, il s'eicusa de la leur 
enïoicr, jusqu'il ce qu'il en eût des ordres 
plus précis do la Porte. Son dessein en cela 
étoit de faciliter au Turc la prise de Tunis 
cl de Bizerte, en obligeant Philippe k gar- 
der SCS forces pour la défense de ses Étals. 
Il est vrai que c'étoit sacrifier \e> Morisques 
d'.\ndalousie ; mais celle considération lo 
louchoit peu. H De Thol', t. Vl. p. S7. 
Moulaj Abdallah, i part quelques faibles 
secours en hommes, vivres el munitions, 
cnvoja surtout aui rebelles des promessci 
et dei encouragements, n Ce prince, alant 
comparé les forces îles Morisques et de leurs 
alliés avec celles de Philippe et ne les aiant 
pas jngfs en état de lenir contre un Mo- 
narque si puissant, se contenta de les eihor- 
ter il persister dans le dessein de recouvrer 
leur liberlÉ, et de leur promettre du secours, 
quand il seroit temps, b Uk Thuv, Ibid, 

.'i. Variante : dii-huict fustes légères 
(ms. B. N. fr. i6io3. f. 610). 

5. V, p. ïgi, note 1. L'arrivée de ce 
renfort est mentionnée par Circourt, qui 
parle do cinq fustes Barbsresques chargées 
de munitions et montées par environ deux 
cents hommes (il juin 1670). A, de Cm- 
coUBT, t. III, p. ia3. 

(i. Variante : en a prins sii (ms. B. ?l. 
fr. i0io3. f. Oio). 



y Google 



300 l-ETTRK DE FOt,'RQUEV\r\ A CATHERINE DK MÉDICIS 

Voslpe trèB-lnimble, très-«bey usant et très-obligé subjecl, vassal et 
serviteur, 

ForquevauK. 

Archives du châteaa de Fourquevaux (Hauie'Garonne). — Minuit 
originale^. 

Bibliothèque \ationale. — Fonds français . Ms. 16103. ff. 609 v'-eîO. — 
Copie du wx" sièrle (frat/ment de registre de chancellerie, contemporain 
de l'original). 

Itibliotkèqtu Aationale. — Fonds français. Ms. 10752. pp. 703-70U. 
— V.opie du. wx' siècle (lôiHi) '. 

I. Public par McH UiiuAis.t. Il, |>. l'u rommiomenU de forme dans le ms. B. N 

3. Ce poit-acriptum a aubi de nombreiii fr. 10753. Cf. p. 397. note l. 



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LETTRE DE FOUBQL'EVALX A CHARLES IX 



LETTRE DE FOURQUEVAUX A CHARLES IX 
(Ekthait) 

Le roi de Portugal fait des armements considérables en vue d'une expédi- 
tion contre le Mai oc. qu'il doit faire dans un an. — Le roi des Moriscos 
n'a pas fait des ouvertures de paix. 

Madrid. 30 Kptembre 1S70. 

Suscriplion, alla manu: Au Roy. 

Au dos. alla manu : Founjuevaulx. — Du xx' de septembre 1570. 
— R[eceue] (mention de c/iancelterie du \\i' siècle). 

Cachet de cire entier, aux armes de Fourquevaux\ 

En tête, alia manu: Du S' de Fon|ucvaulx au Ho\. — ao sep- 
lembre 1570. — Madrid (xvii* siècle). 

En marge, alia manu : Par Mon«' de Vallue (xvi' siècle). 



Gomme j'ay adverty Vostre Majesté par le brodeur*, lequatriesme 
du present, du reçcu des deux depesches (|u'il vous a pieu me faire, 
du x\ix de juillet et xini"" d'aoust, promectant plus ample discours 
par Vallue, present porteur, ceste-cy continuera, Sire, de vous 
raconter comment, le trentiesme dudict passé, que le Roy Catho- 

I. Vaiii d'or el de ÛDOple, l'ècuuon 3. « Le brodeur de la feu Bojne d'Ei- 

louré du collier de l'ordre de Saiol- peigne n. l'un des couirien rojaui (mi 



Michel. RiRTSTAP, Artn. G^n., au nom B. N. Ir. 10763, meotioni marginales de) 
BeccarU de Pacie. pp. 784, 76», etc.). 



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.lOÎ! I.ETTBE DE KOUHCJIE VAUX » CHARtFS 1\ 

ticquc me donna audience , je luy represcnlis' le contenu de voslre 
dicte première lettre sur la perte des paquetz... 

n est bruict que le roy do Portugal vouidra. l'an qui vient. 
envoyer un camp de vingt mil hommes de pied et cinq ou six mil 
clievaulx contre le roy de Fez* ; et que, à ces fins, il faïct enroUe- 
ment des hommes plus aydables de son myaume, et, de la seulle 
ville de LislK>nc, en sont enrôliez vingt-quatre miP. Ce pourroil 
bien aussi tost cstre de peur qu'il a désire assailly des François. 
On a voullu dire que le petit roy des Morisques' parlementoil. 
Mais il n'en est rien, ny nouvelle qu'il vueillc poser les armes el 
se rendre, ny ses gens. 

Sire, je prie Dieu qu'il vous vueille conserver et maintenir très- 
longue» années en tri^s-acomptie sanU et félicité. 

De Madrid, le \\"" de septembre 1670. 

Propria manu: Voslre très-humble, trèsnabeyssant et très-obligé 
suhject et serviteur. 

Forquevaulx . 

Archives du château de Foarqaevaux (Haute-Garonne). — Minute ori- 
ginale". 

Bibliothèque Nationale. — fonds /ranimais. Ms, 16103. /. Giit. — 
Expédition originale. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10752. p. 791. — 
Copie du x\i' siècle (1596). 

1. Vsrianlc : reprfsfiili:, en ahrégi: : pcndancc. V, les Doc. publié* cî-dessous. 

repntiî(nn. B. fi. fr. lOio3, f OïS) 3. Variante: vinl-lroii mil (ms. B > 

I, Lejcuncet impriiilcnt roi Don Si'bas- fr. lo^ôi, p. 791). 

tien agitait dà^h les projet' d'eipéditîon .'(. Abdallah ben .\bbou. Le* Espagnol' 

marocaine qui furent ta seule ambition de donnOreiit le litre ironique de 'c roiUlel 

ïOD rïgiic cl qui devaient conduire le Por- dei Alpujarras » aui deux rois choisis pir 

lugali la dÉsas transe journée de bl-Ksar el- les Morîscos rebelles. V. p. 3<|a, noie i 

Kebir(i578)elamciierleperledeM>nindé. 5. Publié par Mgr DoiAib, t. ll.p.ifiS. 



y Google 



ACTE O ASSOCIATION FNTIIK MAIlCHANllS DE ROUEN 



ACTE D'ASSOCIATIO^ ENTRE MARCHANDS DE ROUEN 
POUR FAIRE LE TRAFIC AU MAROC 



Plusieurs marchands de Rouen s'associent pour envoyer le navire « Le 
Saimon » faire du trafic au Maroc et en rapparier un chargement de 
sacre. 

Rouen, i""' octobre 1570. 

Nous Barthélémy Halle, Alonce Le Seigneur, Bonaventure de 
Cramant, Eustache Trevache et Adrien Le Seigneur, tous bour- 
geoys, marchandz, demcuransen ceste ville de Rouen, congnoissons 
et confessons nous estre assemblez et associez ensemble en compai- 
giiie pour faire la traicle et trafficq des marchandises au pays de 
Barbaryeet es lieux de Saphy', Sainte Croix de Cap de Gay^ Mar- 
roque^ et terres du Therouden', pour ausdicts lieux envoyer mar- 
chandises de toilles blanches et autres marchandises qui se trou- 
vetonl plus propres et commodes pour ledict pays pour subvenir et 
employer à faire ung parly de succre\ [tant] blancz que moyens, et 



I. Pour Sali cl micui A»fi. Celait, a 

CPtto ppoque 011 Mogador n'ciistail pa< cl 
où Mazsgan appartenait au Portugal, le 
port du TOj'auma de Merrakecb. 

a. PourSanU-Cruz-dn-Cap-do-Gulr. 
Sur cette ville, qui était lo port de la ri^- 
gloii du Sous, V. p. i/i. note 1. M, E. 
Gosselin, qui a publié une analjse do ce 
document, a écrit ï lorl Saincte-CroLr, 
Cap-de-Gay, comme s'il «'agissait de deux 
villes dilKrentes. E. Gossrlin, p. i5i. 

3. Pour Merrakech, capitale du royaume 



i. Pour TaroudaDl, capitale du Sou<i. 
L'cipression lecres de Therouden di-signo 
la région du Sous. 

5. La canne k sucre éUit cultivée au 
Maroc et spécialement dans le Soui, dont 
les habitants, d'après Marmol, onl une 
condition supérieure ï celle des autres Ber- 
bères, parce qu'ils r s'emploient au Bucre 
et au labourage. » M*rhol, l. II, liv. III, 
ch, ;i][. C'est k tort que cet historien attribue 
aui ChériCs saadiens l'introduction de cette 
culture dont le produit « est le meilleur 
trtilc de tout le royaume de Maroc ». Ibid. 



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3o'| ACTE I>'a8S(>CIATIO> BKTHB MAttCIJANDS DE ROUEN 

ce jusqucB à la somme de quatre vingtz mil ducatz, lequel party de 
succres, jusque» à la concurrence de ladicle somme, se fera ea 
trocque de toilles blanches, au plus grand advantage de la dicle 
compoignie qu'il sera possible, el auquel parlv nous, dicls Hallev, 
Aloiice Le Seigneur, de Crament, ïrevaclie et Adrien Le Seigneur 
serons tenus et oblige/ fournir, cliacun pour sa part et portion. 
tant en niarcliandises que argent comptant ' qu'il conviendra frayer 
pour ledict party et chacun pour les part/ et portions cy aprez 



Mu-Ltirie noua apprend <iue. au iiii> 
sii-clc, lei Bucreï bmU du Maroc figuri^nt 
dan* loui les i^tali des marchandises ven- 
dues en Flindre et k Venise. Mab-Uthie, 
Helat. el Comm. île l'Afrique Seplentrionalt, 
p. 376. D'apris Edrisi, le sucre récollé et 
fabric|uÉ au Maroc ^tail connu v de 
l'univers entier *. On remarquait au 
ivi' siècle, pour leur abondance et leurs 
belle* qualilé*, le* plantations du Sou* et 
de Ceuifl. M*»-L*iHiE. /WJ. Léon l'\fri 
cain. qui vltiti le Sous, avant l'élcvalion 
des Chérifs, raconte que la culture de la 



eyùU 



repan 



de Fei, de Mernkcch et même du Soudan 
s'approvisionner de sucre brut dans les 
marchés de la région. Lëo.i i.'AFRiciiin. 
liv. II. ch. io. 

Mai* les Chérir*, s'ils n'introduisirent pas 
cette culture au Maroc, contribuèrent beau- 
coup i la propager dans les provinces mé- 
ridionales de leur empire. Peul-flre même 
leur doil-on l'importation des procédés de 
raEEoage et de clarilication qui transfor- 
mèrent le sucre du Sous « un peu noir, 
qui n'est si bon que celu; de Madère u. 
en un sucre blanc et Gn, Thévct, f. i3. 
Ce fut, outre le motif de la guerre sainte, 
pour donner un détiouché aux sucres du 
Sou* et favoriser ce IraBc que Moulay- 
Mohammed ech-Cheîkb conçut le dessein 
de s'emparer de Santa-Cruidu-Cap-de- 
Guir. Annonçant i son frère et suieriin ta 
prise de cette ville, il lui écrit « que ce 
*«rait un heureux commencement pour la 
négociation du *ucre et des autres rair- 



cbandiiea de sci ro jaunies, s Tobbes, 
ch. ixxvi. I.,cs chrétiens faits prûonnien 1 
Santa-Crui construisirent, sous la direc- 
tion d'un juif renégat, des pressoirs per- 
mettant de produire du sucre blanc 
Mabhol. I. 11. tiv. 111. ch. XIII. La né- 
gociants européens venaient acheter du 
sucre i Taroudant et les pressoirs ou nffi* 
nerica de cette ville rapportaient au tullan 
7600 mitqjl et le sucre fabriqué i5ooo. 
BïBBHuccER. n™. AJric, t. VI. pp. lie- 
Il 9. Ce commerce tenait une si grande place 
danileBpréoccu|>ationsduchi^rirMou1ajMo- 
liammed erh-Cheilài qu'au lendemain de 11 
campagne victorieuse contre «on frère Mdu- 
lajr \hmed ei-Aaredj, n il dcpcscha son Gk 
.Arran; [Moula}' Mohammed el-HarréB\ i 
Tarudant en qualité d'Ucir |OuiiirJ. el 
avec ordre de songer au traGc du sucre, k 
ToRHKs. ch. ii.vi(. Cette eiploitatlan de 
la canne h sucre, qui devait disparaître du 
Maroc, était encore trèt florissante mus le 
règne du cliérif Moulav Ahmed el-Uaiuoar 
(lEi-S- iCo3), qui établit des prcssoin dini 
le territoire des Haha et des Seksaoui, 
Lorsque ce Chérif fit construire son fameui 
palais d'EUBedi, t le marbre apporté 



d'Italie fut pajéei 

ElOuFR, 

(. Ce 



■ PP- 1 



■e poids pour poids. ■ 

le voit, participe i h foi* de l'ancien contrat 
i les apports des asaociés ne 
!D mardiandises. et du coo- 
trat de commandite, où ces apports se font 
en argent. Cf- Viollet, Dr. priai, p. 65i. 



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ACTE D'ASSOCIATtO> ENTRE MABCHASDS DR ROIIEN 3o5 

déclarez, assavoir ledict Berthelernv Halle pour une moitié, ledict 
Alonce Le Seigneur pour ung quart, lesdicts de Crament et Adrien 
Le Seigneur pour ung aultre quarts, et ledict Eustache Trevaclie, 
tant pour luy que pour Andrieu et Laurens dictz Halley, estans de 
présent audict pays de Barbarie, pour ung demy quart, à prendre 
dans la totallilé dont ledict Trevaohe aura la moictié dudict demy 
quart et lesdicl Andrieu et Laurens Halley ou l'un deutx i'aultre 
moitié dudict demy quart, lesquelles marchandises et argent nous 
nous obligeons, chascun pour nostrc fait et regard et pour les partz 
rt portions dessusdictes seullemenl, mectre et consigner es mains 
dudict Bertliclemy Halle au temps et alors qu'il nous sera demandé 
par ledict Herthelemy Halle pour par luy estre.faict les cargucsons 
qui seront requises pour faire ledict trafTicq. 

Et sy a esté accordé, que ledict Trevache passera d'îcy dedans le 
navire nommé « le Sansson » pour aller audict lieu de Saffy, Cap 
de Gay, Maroques et Therouden, pays de Barbarie, pour ausditz 
lieux faire party avec lesdicts Andrieu et Laurens dictz Halley estans 
de présent audict pays de Barbarie et avec les seigneurs tenans les 
engins à faire succres au dict pays de Barbarie, et ce jusques à la 
dicte somme de quatre vingtz mil ducal/, pour ladicte marcbandisc 
de succres tant blancs que moyens en tiocque et escliange de mar- 
chandises de toilles blanches, le tout uu plus grand advantagc de 
nostrc dicte compaignie que faire se pourra, et par aprez faire 
charger lesdiclz succres dedans les navyres qui leur seront envoyez 
de deçà ; et sy a esté, par semblable, acordé que icelluy Berthelemy 
Halley tiendra le compte par deçà de toutes les marchandises qui 
seront envoyez audict pays de Barbarie, parce que les toîUes qui 
seront fournyes par lesdicts Halley et Allonce Le Seigneur pour 
l'eiTect que dessus seront cstyméez par deu\ de la présente com- 
paignye, premier que d'estre aulnéez. et en fera faire icelluy Halle 
les cargueisons et asseurances, frectera navyres, et sy fera tous 
aultres avaries qu'il conviendra faire pour toutes les dictes mar- 
chandises qui seront envoyées audict pays de Barbarie pour ledict 
party de succres, mesmes aussi tiendra le compte de toutes les 
inarctiandises de succres et aultres qui seront envoyez dudict pays 
de Barbarie par deçà par iceulx Trevache, Andrieu et Laurens dilz 
Halle ou l'un d'euK. et en faire faire, par semblable, des asseu- 
De Casthier. I. — ao 



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liofi \C.Tr. n'iSSOCIATION ENTKE MARCIIANDH DE ROIEN 

rance», mesmeH faire dcscliargor les navvres qui apportpronl lesdicles 
marchandises cl icelles reccpvoiret en faire la vente au proulTilde 
ladicle compaignie. parce que. de ce qui sera vendu en détail par 
ledict Halle, il ne sera tenu d'en tenir ny rendre compte, synonque 
au prix de ce que auront esté vendues les casses entières, et du 
tout sera tenu ledict Halley en donner compte quand requis en sera. 

Et no pourront aucuns des dessus nommez de ce jour à l'adveair 
envoyer ny faire envoyer aucune sorte de marchandise audict paj* 
de Barbarye ny avoir part ou societté avec quelques aultres per- 
sonnes que ce soit que ceulx nommez en la présente soccietté. ny 
mesmes faire ou faire faire aucun parly ]>ar delà, ny aussi porter ou 
envoyer en particullier aucunes marchandises, sur la peyne de mil 
escus li'or soleil, que payera celuy qui aura contrevenu à ce que 
dessus aux aultres qui n'y auront contrevenu. 

Et oultre, a estt^ accordé entre les dessusdictz, d'aultant que 
lesdictz Bertlielemy Halley. de Crament et Adrien Le Seigneur ont 
de présent marchandises audict pays de Barbarie, qu'il leur sera 
loysible les faire venir, assavoir ledict Berthelemy Halley dedan* 
ledict navyre n le Sansson ». à son prochain retour du présent 
voiage, et par lesdictz Adrien Le Seigneur et de Crament, dedens 
le navyre nomme i* la Trinité », aussy au retour de son prochain 
voiage, d'aultant qu'il y en a ou peult avoir de présent en essence 
audict pays de Barbarie ou celles qui y pourroient avoir cslt 
achaptez pour eulx. en procèdent ce jourd'huy, sans qu'ilz nu I u» 
d'culx puissent faire aucun party de ce jour à rad\cnir. comme 
dict est. 

Et davantage, moy, dict Berthelemy Halley, pronietz et m'oblige 
de tenir, donner et rendre bon, loyal et fidello compte et payer le 
débet et reliqua de tout ce quej'aui-ay nianyé, trallicqué et negotié 
pour la pi-esenle compaignye. toutes les debtes payéez. toutes foys 
que requis en seroy : et moy. dict Trevache. pour moy et me faisan> 
fort desdicts Andricu et Luui-eiis Halley, promclz. par semblable, 
de tenir, rendre et donner bon. loyal et fidelle compte, mesme; 
payer le débet cl reliqua de tout ce qui aura esté par moy et les 
dessusdictz Andricu et Laurens Halley nianyc, négocié et Ira- 
fliequé pour laJicte présente compaignie, auss\ toutes fois que 
requis en seroy. 



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ACTE n'ASSOCIATrON ENTRE MARCHANDS DE ROUEN SO; 

En tesmoing de quoy, nous, dicts Berlhelemy Halle, Alonce Le 
Seigneur, de Crament, Trevache et Adrien Le Seigneur, avons 
respectivement signé la présente. 

Ce premier jour d'octobre mil cinq cens soixante-dix'. 

Signé: B. Haillé. — Le Seigneur. — De Crament. — Le Sei- 
gneur. — Trevaclio. 

Reconnu au Tabellionage, le a5 novembre. 

Archives Déparlemenlales de la Seine- fnférieure. — Série E. Tabel- 
lionage de R'iaen (classé provisoirement) . ~ Original. 



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I.ETTHKS DR lOt HQUEVAI.X A CHARLES I\ 



I.XXMI 

I.KITIIE DE KOI lll,)l i:VAl \ \ CHARLES l\ 

(E,r„M,) 

Le roi Don SSaslien continue ses armements, t/ui semblent préparés en vue 

d'une expédition au Maroc. — Il enverra rint/l-cint/ navires l'i la Liijue. 

M*drid, 9 noiembro iS^o. 

Suscriplion. alla manu: Au Koy. 

l-'ii marge, aliii manu : Par le courrier Jolian Bai'bier. 

Sire, 

Lorsque la depesche qu'il a pieu à Vostre Majesté me faire, du 
\ii"" du mois passé, m'a eslé donner, le xxvi"', par ce porteur, clip- 
vaucheur de vostre cscurye, le Koy Catholîcque estoit de quelques 
jours par avant en sa maison du Pardo, 

Et que je die ung mot de Portugal à Vostre Majesté. Tout 
homme est après pour s'equipper d'armes à pied ou h cheval, clias- 
cun selon la valleiir de son bien, qu'il n'y a grand ny petit en tout 
le i-oyaume qui en soit exempt; et s'exercitent et adrecent, tous 
les jours de feste, comme s'ilz voulloient bientost assaillir quelcun, 
ou qu'ilz doublassent d'estre assailliz. Cela ne se faict pas sans 
quelque dessain, ny que ceste Majesté ne le sçache. Ilz parlent 
d'aller sur le roy de Fez, l'an prochain, et d'envoyer une armée 
de vinpt-cinq bons navires pour la ligue contre le Turc' et autre 

1 , La « Lipuc sacrée » rormi'O contre l'if V, l'Espagne et Veniie et dont il est 
les Turcs, le -j mars lîf-i. entre le l'apc qiicslioa dans le document luivtot. On t 



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LETTRES DE FOURQUEVAUX A CHARLES IX 30f) 

flotte vers le cap de Bonne-Esperance descendre ung bon nombre 
d'hommes pour aller bien avant en la terre de Moussambique, où 
leurs gens ont descouvert nouvelles mines d'or: mais les naturelz 
du païs sont gent belliqueuse et les deflendent. 

De Madrid, le neufiesme de novembre 1570. 

Archives da château de Foarquevaux (Haute-Garonne), — Minute 
originale ' . 

Bibliothii]ae Nationale. — Fonds français. Ms. 10752, pp. 86i-863. 
— Copie du XVI' siècle (1596). 

verra que le secoura promis par D, SéiMi* i. Publié par Mgk Dulai». t. II. p. 39G. 

tien ne fut paa envojé. 



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LETTAES DE I 



<^HAH1.ES IX 



LXXVIII 

LETTRE DE FOL"RQLEVAL\ K CHARLES IX 

(E»TR*ITS) 



En Me. nliamnnti: A«lvi 



aKsn: 



iHiic. 



La conclusion de la Ligue, du vu"' de ce mois de mars, à 
Rome, est fînablement venue, et a voullu le Pape eslre oreu et 
avoir l'honneur de nommer le Lieutenant Général de l'armée de 
mer Roubz le S' Don Jehan d'Austrîe. et a choisi le S' Marc Anthoine 
Colonne, lequel aussi est chevalier de lOrdre du Roy d'Espaigne. 
son vassal, et des plus grandz seigneurs du royaume de Naples. 

Le roy de Portugal n'envoyera poinct secours à ladicte Ligue, 
car il veult assaillir le rov de Fez. 



Il a esté accordé par ledict Roy aux Estatz de son royaume qu'il 
ne s'esloignera dudict Lisbonne de ces deux ans, ains y fera sa rési- 
dence '. 

La Royne. son ayeulle', persévère en son propoz de se vouUoir 



1. Cette leltre. en forme d'advi:, et dei- 
liDJe>uroi,esljoinleï une autre, ■dressa, 
1 II aênic dale, à Catherine de Médicig, 

1. Les Portugaii, mécoiitenl* des projcU 
arentureiu de leur jeune cl capricieui sou- 
verain, lui avaient Tait prendre l'engagement 
de réiidnr ï Lisbonne, afin de pouvoir Is 
mieux surveiller. La pricaulion n olait ]>a» 



superflue, car. comme on le verra, dbs 
l'année [$71. le roi Sebastien, dégagé de 
M promesse, s'échappa furtivement de son 
rojaumc pour faire une cipédilion a» 
Maroc. V. Doc. publiés ci-desaous. 

3. La reine Donn Catsrina. froi^we dti 
manque d'égards de son pelil-fili. qui négli- 
geait in conseil* et s'entourait de jeune» 



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LETTHRS DE FOUHOUEVAIA A CIIVHI.KS 1\ ."îll 

relirer en Castilic et les deux Théatins ' sont tousjours auprez dudîct 
jeune prince. 

Environ xxv Chrestiens, esclaves et forçatz du beau frère du roy 
d'Alger, se sont sauvez en Espaigne avccques une galliote qu'ilz 
luy en ont amenée. Et racontent que ledict roy d'Alger, ce mois 
(le février, laisoit tenir prestes huict gallères royalles et dix-neuf 
galliotes pour faire voyle en Levant. Dient aussi que, audict Alger, 
ont grand peur que l'armée de la Ligue, ou au moins celle du Rov 
Catholicque, n'aille sur eulx', pour divertir la guerre que le Turc 
faict aux \enitiens. 

Le S' Don Jehan d'AusIrie a retenu partie desdictz Chrestiens 
pour s'en servir h la guerre, car parlent Turquesque et Moresque 
et sçavent la coste de Barbarie. 

Estant l'opinion de plusieui's que, après avoir prins Bizerte et 
Porto-Farine et veu quel est le dessain de l'armée Tuiïjuesque, l'on 
emploiera l'arrière saison sur ledict Alger et l'armée de Portugal 
iissauldra, en mesme saison, les villes maritimes du roy de Fez, 
pour le divertir d'envoyer seroui-s par terre audict Alger. 



Irchires fin chàleau de Foiin/uevaux (Haute Garonne). — Minute 
rifjinalc ^. 

hihliolhè<jae Aalhnak. — Fnndi franraia. Ms. I07.r2. pp. W3!)-lO'tÔ. 
- Copie du \\i° siècle (liiOG). 



gens flaltant 
Doc LXXIX 



de I 



s folles présomptions 
: retirer en Espagne. ' 



. 11 est souvent question, dans la c 
rcspondsnccdeFourquevaui.delaniauvi 
influence qu'avaient prise sur le jeune 
ces deut Théalins. Ils étaient opposés 
parti de la reine douairière et, pon 



les projets d'uni< 
tien. Le jeune r 
peu de diaposill 



I, ils faisaient échouer 
proposés i Dom Sébas- 
munlrait d'ailleurs fort 
I pour le mariage 



. <>u.<|.....>u. .vi.Jt de gens bien informés 
qu'il éUil « fort esloîgné et desgouté d'en- 
tendre à prendre fcmoie do fort longtemps. , , 



saursiSadicte Sainteté le poursuivra h toute 
oullrance, voire le contraindre par cen- 
sures papalles des plus fulminantes, n Lettre 
du g ftOD. 1670. McB Douais, t. il, p. 3oa. 

}. Ce n'était pas sans motifs que l'on 
s'inquiétait, en Barbarie, des amemenls de 
la Ligue sacrée : Philippe II prétendait que 
les armées confédérées devaient marcher 
contre l'Afrique el renoncer à faire la 
guerre en Orient. Los Vénitiens, qui espé- 
raient recouvrer l'île de Chjpre, menacèrent 
de se retirer, si l'on faisait marcher sur 
l'Afrique les forces de la Ligue. Cf. De 
Thoo. l. V(, pp. igô el ss. 

3. Publié par Mun Doiais, t. lE, p, 345. 



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ATIIEBINE DE MÉDICIS 



I.WIX 

U-TTRK DE FOLKQVEVALX A CATHKIUNF, DE MÉDICIS 

(Kïtrait) 

I.C Pnriufjal conllmw *cs iii-mcmenls. ijtii semhlenl diriijês contre le \fiirfir. 
— Projet de mariage de I). Sébastien. — La Heine douairière veut se 
retirer en Casti/le. 



Sitscriplion, alla manu: A la Rojne. 

Madame, 

Partant Maîstre L<ns, horlogior dic)-, le xm'"'' du présent, je ne 
fcîz longue lettre à Voz Majcstez, j>our ce qu'il aura sçcu respondre 
de maintes particularitez de ceste Court, veu qu'il en est ordinaire. 

Madame, j'ay entendu, du cousfé de Portugal, qu'on avoil arresté 
rn leurs portz unp nombre de grandz navires estrangers, et leur 
paient le fret, dizant que c est pour s'en servir à deffendre leur cosie 
et leurs ysles à l'encontie de soixante-dix grandz navires de cours- 
saires Rochellois et Anglois. qui tiennent la mer, prennent et 
pillent sur toutes gens et nations. Je croy que c'est une couleur 
et escuzc ausdictz Portugois pour mieulx drecer leur entreprinse, 
soyt pour aller sur le roy de Fez ou pour assister le roy d'Espaigne, 
s'il entreprendra sur Alger. 

Dizent aussi que le Roy a parlé quelquefois à la Royne, son 

[. ^a^iaIllc: le Irdiietiiic du (ircsent (ms, B, .N. fr. lo^jl. ]>. 1069). 



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LETTRE DE FOURQUEVAUX A CATHERINE DE MEDICIS 



313 



ayeuUe, la priant de le marier'. Telle estoit la voii commune par 
Lîsbone, et que leur ambassadeur est allé en France, pour le 
traicter avec Madame'. 

Dizoit on aussi que ladicte Royne est déterminée de s'en venir en 
Castille, pour la malle satisfaction qu'elle a dudict Roy^, qui faict, 
comme devant, à sa teste, sans prendre conseil que des deux Théa- 
lios. Ce qui est trouvé si mauvais que, si ladicte Dame Royne 
sortira dudict Portugal, il y surviendra aussitosl sédition par les 
Grandz contre leur dict Rov. 



De Madrid, le dernier jour de may 1Ô71 . 

Archives du château de Fourqueoaux (Haute-Garonne). — Minute 
originale*. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10752, pp. 1071-1072. 
— Copie du xvi" siècie(1596). 

t . Od «ail que les projets de mariage et de Calherioe de Mcdîcls. 
n'aboulirent pas. SébaElien, Imberbe cl 3. V. p. 3io, note i. 

■IbiDoa, pastail pour être impuiMant. 4- Publié par Mck Douais,!. 11, pp. 3j(|> 

ï. Margiicrilc de Valois, fille de Henri il 3âo. 



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LXXX 
MitMOIRE DE FOIRQLEVAUX POUR LALBESPINE' 

(Eïtbait) 

Un aventurier milanais, ijui a passé seize ans en Barbarie, au service des 
Chéri/s et des Pachas, n offert à Don Juan if'Aulriche de nouer îles 
intelligences aivc les soldats chrétiens de Fe: et de Merrakeck, afin <ie 
s'emparer de ces deux villes. — On pourrait, de même, surprendre Alger 
arec le concours des chrétiens enclaves et des indigènes, mécontents lie 
la domination turque. — Philippe II, après avoir pris Bizerte et Porln- 
Farina, marchera sur .Alger. — \rmemenls du Portugal. 

Miilrid. .ti mii lâ'i. 

fc'/i l^te, alin mnna : Mémoire pour le Si' de L'Aubcspine, dos 
points dont il rendra conle au Ro> . de la pari du Si' de Forqiie- 
vaul». son Ambassadeur en Espaigne (xvr siècle). 

Le S' de L Aiibespine, secrétaire du Roy, après avoir très-Imm- 
blement baizé picdz et mains à Sa Majesté et de la Royne, sa mère, 
et de Monseigneur d'Anjou, de la part du S' de Fourquevauli. 
son ambassadeur en Espaigne, représentera à Sa Majesté lestât 
auquel il laisse ceste Court. 

Ung Millanois. homme de soixante ans, qui se nomme Ludovico 
Sforce', lequel dict avoir servy les roys François et Henry, de 
très-glorieuze mémoire, m'est venu visicter une fois et m'a dict 

I. li p*rt*U pour la France, »e rendant de »on coutin Fnnc«»co H (ilgS-iSSB) 

aiiprÈi de Charles IX. eut lui-même deui filï itlâgltlaies. Luigi 

3. Tout les manuscrits donnent, pour el Galeauo, qui >ODt donnés par Cresceni 

ce nom. 1m formes Sfortf ou Sfor^t. Nous comme de oaloroii soldali et doÎTent tiair 

n'avons pu reconstilucr lei iléraenli de la vécu vers le milieu du iv:' siècle. Cr«- 

biographie de ce curieux aventurier, qui ce^z, Mobill. d'Italîti. Par, I. p. .~>3U. Luigi 

était [irobsbicmciit un bStard de la célèbre Sforu sérail peut-êlro l'aventurier dont 

famille des Sforza. Un bitard de celte mai- pnrlc Fourqueiaui, 
w>n, Aleisandro Sroria, qui vivait à la cour 



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MÉMOinE DE FOUROfEVAUX POIR l'aCBESPISB 3i5 

qu'il venoit de Barbarie, où il s'est tenu seze ans au service des roys 
de Fez, de Maroc et d'Alger, et vient' exprès au Roy Gatholicque 
luy offrir grandz hioyenz et intelligences qu'il a, dens lesdictes trois 
villes, avecques les soldalz chrestiens ou filz de chrestiens, qui sont 
en nombre de plus de quinze cens, audict Maroc, et aullant, ou 
plus, audict Fez, desquelz les roys de delà se fient grandement et 
les tiennent à la garde de leurs corps ^ ; et, veii que lesdictes villes 
sont assez prez de la mer Océane, il dict estre i'acilles à surprendre: 
car elles n'ont muraille pour atendre le canon. II promect le sem- 
blable d'Alger, h cause qu'il y a plusieurs milliers de chresliens et 
les habitante. Mores naturelz, sont mal conteniz d'estre commandez 
par les Turcz. Icelluy Sforce a esté bien veu et bien escoulté dudict 
Don Jehan d'Auslric, et semble avoir prins plaisir à ses discours. 
Il y a opinion que, après avoir prins lesdicls Porto-Farina et 
Bizerte, qu'on ira sur Alger, Et il est vray que, à Malque, se faict 
provision de toutz vivres et munitions en très grand abondance ; et 
le roy de Portugal arme xxv gallions ou grandz navires et dix 
gallères. faisant bruict de les vouloir emploier encontre le roy de 
Fez, ce qui est croyable et ne soit que pour le divertir d'envoyer 
secours audict Alger. Disent aussi, audict Portugal', qu'ilz se 
craignent des François et Anglois courssaires, qui sont plus de 
soixante grandz navires. 

Faict à Madrid, le dernier jour de may 1671. 

Archives du château de Foarquevaax (Haute -Garonne). — Minute 
originale*. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10752. pp. 1085-1087. 
— Copie du x\i' siècle (1596)''. 

1 . Mgr Dou)û a lu : venu. chbrent également ï recnitar, tant pour 

2. C'est une obligation pour les touve- leur garde que pour leur armée, dea troupei 
rains muiulmans. exposés a tous les cora- chrétiennes, dont ils appréciaient la disci- 
plots de palais, par suite do l'absence de loi plins et Ib solidité. V. p. i84, noie i. 
successorale et du grand nombre de pré- 3. Variante: en Portugal (ms. B. N. fr. 
tendants, do ne pas contier h une troupe 1075J, p. 1087). 

indigène la garde de leur peisuiinc. t.cs j. Publié par .Mon Douais, t. II. p. 35.'i- 

Almoravides. les Almohad^s et les Mëri- 355. 



nides eurer 


it il leur « 


ervicc des milices 


5. Le titre du Mémoire est emprunté k 


chrétiennes. 


Ma,s.L*.i.i 


it, liel. et Coiam., 


menuBCril. qui a été fait d'après les n: 


pp. aï7 et ! 


is. Les Ché 


rifs Saadiens chcr- 


(lUtei originales (p. 1071 du ms.). 



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I.F.TTHK DE 1--<>LK',»UBVAI\ A CATHERINE OE MEDICtS 



I.XXXl 

LETTRE DE FOURQUEVALX A CATHERINE DE MÉDICIS 

(Ejtitmt) 

Lex Portatftiis seront opposés ait désir rie leur jeune roi D. Sébastien 
d'entreprendre une exitédition contre le Maroc', tant que celui-ci n'aura 
pas assuré, par son manaife', la succession au trône. 



Snscrlpfion, nVm manu : A la Royne, mère du Roy. 
Madame, 

La meilleure nouvelle que je pence vous pouvoir donner, de ce 
courte, est de la santé de Mesdames les Infantes, voz petites filles. 



Ledict Martinès', Madame, faict estât d'avoir sa depesche au 
retour de ladîcte Majesté Calholicque, tantost après la fesie S' Lau- 
rens ou, au plus tard, passée la Mostre-Dame ; mais ledict Légat 
n'arrivera de longtempz. Et suis adverty que ce dict S' Roy 
depeschera bientosl vers l'Empereur, luy demander sa troisiesme 
fille pour ledict roy de Portugal. Je ne sçay si c'est du sçeu dudict 



Marguerite de Viloia, fillo de Calhehne de 
Médicit. V, p. 3ij, notei i et 3, 

3. Martmè>MucarenhBi(DomFernand}, 
ambassadeur de Portugal au concile de 
Trente. Mgk Douais, t. 11, pp. 363, 366 

.1369. 



r. C'est celle folle 


□tropriic que U, 


^bastlen tenta d'accon 


plir une première 


ai., en l57i. V. lo s 


ommairc du I>oc. 


XXXVII, p. 339- 




1 II dtait question du 


mariage du jeune 


oi de Portugal soil avec 


une do» princesHS, 


lie. de l'Empereur, »o 


t avec la prini«uo 



, Google 



LETTHE DE FOUBlJliEVAUV A CATHERINE DK MÉDICIB Si" 

Don Hernand Martinès. El, quoj qu'on die, je me double qu'oo 
seroit bien marry par deçà que le roy de Portugal fust vostre beau 
filz, ny que les affaires de France allassent en prospérant ; car j'ay 
cogneu en eulx trop grand froideur à traicter ce mariage. Et n'ay 
pas oblyé les mauvais ofTices qu'ilz envoyèrent taire audict Por- 
tugal par Don Francès Pereïres desjà du LXVl'. Toutesfois, j'ai 
espérance qu'il se fera, maulgré toutz empescbementz, si Voz 
Majestez l'auront agréable; car tout Portugal le dezire, pour plu- 
sieurs respecU, et d'avoir ligin?e dudict roy', devant que luy 
permectre d'en sortir ny entreprendre sur le roy de Fez; ce qu'il 
brusle d'envye de faire en personne, faisant adrecer" son peuple 
aux armes et principailement sur ladicte intention. 

De Madrid, le quatriesme d'aoust 1671 . 

Archives tia château de Foarquevaax (Haute-Garonne). — Minute 
originale^. 

liibliothhque ISalîonale. — Fonds frani;nh . Ms. tOJ'j'i. pp. 1126-1127. 

— Copie du xii" siècle (1596). 

I . Variante : dé]k dès l'an soixante six Sébastien, le I*. Luiz GonsaWëa da Caméra. 

(ms. B. IN. fr. 10733. p. iijG), c'eM â V. Hiehomtno de Mf.:idonç*. p. 31. 

dire: ilÈs i566, 3. Adrecer,otere«r, 

1. Tel était l'avis <lii confest^Kr de D. il. Publié par Mon Dolais. t. [1, p. 369. 



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h" I>;TTBK 1>K ^OLRQIE\Al\ A CHARLES IX 

l.\X\ll 
i.KTïUE m: K()rii(jrR\ vi \ \ ch^rles ix 

(Eat».,t) 
l^s Morisriki pns.tés en llnrhiirie rencnnent en Expayne. 

Madrid, 'i iimM 1:171. 

Suseriplion, alla manu: Au Ro\. 

Hn marge, alla manu : Par la vovc de Boyonne ' . 



Le neufiesmp du passé, partis! le lloy d'Espaigne. vostre frère, 
pour le Pardo. 



Il vient. Sire, d'arriver des advis de devers Cirenade que les 
Morisques. qui estoient passez en Barbarie durant la guerre, !^'en 
retournent journellement audiel païs, pour ee que les gens de 
uffrir vivre parmy eulx * : et. car 



ladicle Barbarie t 



uUent ^ 



I. Pour: Bajoiirie (mention marginile 
du ms. fr. 1075a). 

a. Let MoriicoB fureol encore plus mal 
accueillis en Barbarie que ne l'avaient i-lé 
les Mores Andalous [lasséii au Maghreb. 
lors de la prise de Grenade, et qui s'étaient 
bien vile repentis d'avoir fui en terre i<la- 
mique (M. J, Muli.eh. lieilraege :ur Gf- 
tchicklederwestlîclienAraber.hsc.i.pp i»- 
44}- Ces premier! émigrants pouvaient au 
moins invoquer leur litre de Musulman», 



tandis qu'on jetait à la face des MoriiOH 
leur apostasie forcée et qu'on était bien 
près de les regarder connue de* inSdilo. 
Cervantes a placé dans la l>ouche de Ricote 
les plaintes des malheureux MorïicoB sur 
leur situation : « Apprends, mou cber, dil 
Ricole à Saocbo, que partout nous pleu- 
rons l'Espagne et partout nous la pleurerxuu. 
Nous y sommes nés, et vainement l'honini» 
compte-t-il pouvoir ^elrou^e^ s» pstrif 
ailleurs. Nulle part, nous ne trouvons un 



, Google 



LETTRE DE FOUIUJUEVAVX A CHARLES l\ 3l9 

Ue son! de mesme loy, ne les jieuvent tenir pour esclaves, ny ledict 
Turc ne les peutl nourrir. C'est la cause pourquoy iiz les renvoyent 
Bur galliotes' et autres vaisscaulx, selon le moyen qu'ilz en ont; et 
pourroit ung jour ledict nombre monter à tant, que ledict royaume 
de Grenade auroit encore du travail: car les autres Morisques, 
naturelz d'icelluy, dispercez parmy l'Ëspaigne, ne lauldi-ont 
d'accourir vei's eulx et vei's ceulx qui persevèi-ent en leur rébellion, 
valant parmy les montaignes. 

De Madrid, le quatriesme d'aoust 1Ô71. 

Archives du château de Fowquevaux (Haute-Garonne}. — Minute 
originale '. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 10752. pp. 1121-11-22. 
— Copie du xvi* tiède (1596). 

accueil supportable : les proBcrils semblent la langue en vrais Espagnolt ne peuvent y 

VMre partout. En Barbarie mtine. aii nous tenir. U> laiuont femme» et enfanb en \iayt 

pensions poiiïoireipéreruna protection par- clringer* pour revenir déguisés sous cent 

ticutière, c'est Ik qu'on noua maltraite le formes diffërontes,., Crbvantïh, Dan Qui- 

plus. Enfin, nous sentons tous aujourd'hui jote, part. II, chap. 54. 

combien nous avons perdu. C'est au point, i. Variante: gallères (ms. B. N. fr. 

mon ami, que ceui d'entre nous qui con- :o75i, p. i laa). 

naissent parfaitement le pajg cl qui parlent i. Publié par Mch Dolai», I, 11, p 867. 



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I.ETTKE DE VIVONSE A CHARLES IX 



lAXXIll 
LETTRK DK VIVONNE' A CHARLES IX 

(E^THUTS) 

/,(■ roi lie Pnrhi'jiil fuil ih-s nrmcmenls. sous prétexte d'entrer lians la 
Limite', mais, en réalité, en t'iw d'une entreprise dans le royaume de 
Fez. 

Madrid, i^ avril 1571. 

Suscriplion, nlia manu : An Roy.' 

Au do.i. alla manu : M' dr S'-Gouanl, — Du xiiii' avril ijya 
(wr s(^c/e). — R[e8ponsr|, Du vi- de inay (xvi' siMe). 



I. Jean do Vîvonnc de Torrcllcs. sjour 
de Rvmadoa. de Fojcs, do l'oasinas, de 
Saint-Gouard, don Combei, de L> Croii- 
Blanche, baron puis marquîi de Pîsani. 
dis d'Artus de Vlvonne ol de Marguerite 
de Brémond d'Ar», enranl d'honneur du 
roi. aé en i53o, pris et blessé a» ravilail- 
lemenl de Maricnbourg (i555). lervil en 
Toscane tous Slrozii. à Rome soua Guiio 
(1557). en Pi^monl sous Brissac. fui h la 
bataille de Dreui (l56l), à la défense de 
Malte (i565). aux bataillei de Saint-Demi. 
JarnHC, Moolcontour, où il fui gravement 
bleasé, Cheialier de l'Ordre (i-^' octobre 
1577), genlilhomme de la Chambre (i"" 
octobre 1577). ambassadeur à Rome une 
1" fois (février 1571), en Espagne (16 
janvier 137a — ao décembre i58a), à 
Rome, 3< foi) (a3 mai i58A — a6 mai 
1589), k Rome. 3< fois (octobre 1689 — 



lin ijya), coMteillcr d'Eut (■" octobre 
1577 — ao août 1 098), gouverneur de Sain- 
tonge (4 septembre i583 — i5 décembre 
i3^6), gouverneur du prince de Condé 
(i5i|5); il >e diilingua ii fon lai ne-Fran- 
çaise (159S). fui capitaine de gendarmes, 
sénéchal de Sainlonge et mourut à Saint- 
MaurlesKoasés le 7 octobre 1599. Il atail 
épousé, le 8 novembre 1687, Jnlia Savelli. 
veuve de Louis Orsini, et il en eut la célèbre 
marquise de Rambouillet. Fleiihi-Vi^dht, 
pp. 4i-45, ; G. de Brémosd p'Ahs. pat- 

1. La ligue formée en 1571 contre lei 
Turcs, i l'instigation du pape Pie V, entre 
le Saint. Siège, l'Espagne et Venise D. Juan 
d'Autriche, qui avait reçu le commande- 
meol des flottes combinées, avait remporté. 
)e 7 octobre iS'l, la fameuse victoire de 
Lépaole. 



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LETTRE DE VIVO^^E A CHARLES IX 321 

Au dos : Cachet de cire entier, appliqué sur feuille de papier 
recouvrant la cire. 

En tête, alia manu: Du S' de S'-Gouard au Roy. — i4 Avril 
1572 (xvn' siècle). 



Sin 



J'ay escripl à Vostre Magesté, le dixîesme du passé, par ung 
courrier depesché en Flandres, luy faisant entendre le peu qui 
c'esloit passé îcy pour son service et autres nouvelles, depuis que 
g'y suis, ayant tousjours esté le Roy Catholicque à l'Escurial, 
jusque» au xx"", qu'il revint, et n'a demoui'é qu'il ne soict re- 
tourné audict Escurial que deux jours ; durant lequel temps. Sire, 
je receuz la lettre qu'il a pieu à Vostre Magesté m'escripre, du 
sixiesme du passé. 

L'on tient que le seigneur Dom Johan d'Austrye sera allé, à 
ceste heure, avec peu de gallaires, vers La Goullette et Tunis, pour 
recongnoistre le pays, estimant peu les forces que le Turc y tient; 
et ont intention qu'il s'i fera quelque cas, pour intelligence qu'ilz 
y ont avecques quelques ungs de dedans ledict Tunis, avecques le 
désir qu'ilz ont de tourner à leur Roy, pour le maulvais Iraictement 
que leur font lesTurcz. 

Ilz disent que l'armée do la Lègue sera de deux cens cinquante 
gallaires, cent naves, avecques cinquante mil hommes, et que leur 
dess[e]ing est d'entreprendre sur la Morée, 

L'on dict aussy que le Roy de Portugal faict cinq mil hommes et 
qu'il arme six gallaires, quatre rembcrgca' et quatre gallions et 
quelques navcs : qu'il dict que c'est pour la Lègue'; qui dicl, pour 



I. n C'est le nom do corlains vaissi^Bu^t 
de guerre que l'on faisoi t Bulrcfoii en Angle- 
lorre. n Drshochfs, eu mot Hambege. Cf. 
ÎM, au mot Ramberge. 

3. Cette pliraie est obscure: n l'un dit 
B ligue, l'autre dit que c'est 



Elle est V 



eipéditi 



1 à Foi. I) Q.,-il. 



peu éclairée par ce passage J' 
De Cas 






lettre de Vivonne adrcssi^e le m£mc jour 
au duc d'.^njou (frËre de Charles IX): 
lict que le Roj de Portugal faict 



cinqi 



ilhom 






quatre ranibcrges, quatre gua liions et 
quelques autres vaisseauli, et que Dom 
Douarq en est gênerai : qui dict que c'est 
pour la Lègue, qui veult que ce soict pour 
I. — 11 



y Google 



îJa^ l.ETTIIK DE VIVONNE \ CHARLES IX 

une entrepi'iiisc ù Faix. Le soigneur Don Douarque' en sera général, 
ainsy que l'on dict. 

Au9sy l'on m'aasseuré... que le Conle Ludovicq* estoit logé dans 
le pallais de Voslre Magesté et que, à la Royne de Navarre et à 
luy, Voslre dicte Magestc leur faisoict ordinaire de chair la Ca- 
resme. S'il m'en parle, Sire, je suis d'advis de leur respondre que 
ceulx qui mendent telles nouvelles sont assez ignorans des proceddez 
de Vostre Magesté ; el, quand ainsy seroict, que l'on en pourroicl 
cstre quicte, envoyant par deçà' quérir une bulle', qui cousle 
deux realles, parlaquelle l'on a permission assez ample pour menger 
de la chair le Garesme, en ce pays, qui disent estre si relllgieulx. 

J'ay bien voullu faire ceste depesche par le S' de Longlée', 
lequel, je m'asseure, rendra Vostre Magesté bien contante et satis- 
faicte, en la bonne information qu'elle luy fera de tout ce qui se 
passe de par deçà. 

Je supplye le Créateur, Sire, donner à Vostre Magesté la très- 
longue et très-heureuse et très-sayne vye, avec accroissement 
d'estatz. 



De Madril, ce xnn* jour d'Apvril 1372. 



une entreprinse i Faii. » Bibl. Nal. 
Fonds français. Mt. i6ioi, Jf. al-i4 «"■ 
Original. 

I. Don Duirlc de Meneioj. 

1. Le comlo Ludovic de Naisau. frtre 
de Guillaume d'Orange, le Tarilurne. C'élail 
un habitué de la cour de Kirarre, où il Tré- 
qucntait n les principauli seigneurs de la 
nouvelle religion u qui désiraient beaucoup 
le faire entrer au scrvico de Charles IX. 
Fourquevsui le signale comme étant parti 
le i juillet 1^71 du port de La Rochelle 
avec des corsaires fnnfaia pour attaquer la 
Dotte espagnole qui retenait des Indes char- 
gée de millions. Ut' Doi.-:tis, t. IL pp. 366, 
370. 388 et 389. 

3. Par dti;à, en Espagne. 



4. Sur la bulle de la Croiude, V. p. Sa. 

5. Pierre de La Motbe ou de U Molle, 
seigneur de Longlée etdeMoutigny, guidon 
de la compagnie d'ordonnance de Moasienr 
deChlteauneut(i5&9-i57o), gentilliomnw 
de U Chambre du Roi (iG avril i5Si), 
ambassadeur en Espagne (i583-i58S), H 
ne porta que lo lilredea résident eu Espagne 
pour le scnice du Roi ». mais, en réalité, 
il fut le successeur de Yironne comme aoi' 
bassadeur à Madrid. LeUrtsde Cath. deMèd., 
t. VIII. p. loî; Pèhb AnsBLME. l.V.p. JgS; 
Bibl. Nat. P&ca originales io6J. cote 
i6()68, n" 38, et 3oG5, cote 46gg5, r 



; Fli 



, pp, ! 



1 et i:. 



y Google 



LETTRE DB YIVONMC A CIIAKLF.S IX oa.i 

Propria manu : De Vostre Magcsté le Irès-liumble et très-obeissand 
subged el serviteur. 

De Vyvonne. 

Bibliolhî-ijue ,\aliona!e. — Fonds français. Ms. lOlOi, Jf. 17v"-lJv°. 
— Original. 



, Google 



3a4 



LETTRE DE VIVONNE t 



LXXXIV 
LETTRE DE VIVONNE A CHARLES IX 

(ElTRAit) 

Les Espagnols, préoccupés des armements de la France, supposent qa'iU 
sont dirigés contre un port du royaume de Fez, objet de leurs propres 
convoitises. 



Madrid, 7 loiM 157a. 

En tête', aliamana: Du S' de S'-Gouard au Roy. — 7 Aoust iSya 
(xvii* siècle). 

En tête de ta transcription de la parlie chijfrée, alia manu: 
Dccliifrë de la précédente. — 7 Aoust 157a (xvii* siècle). 



Sire, 



Le S' de Longlée' est arrivé icy, le dernier jour du passé, par 
lequel j'ay esté bien informé de l'intention de Vostre Magesté, 
comme aussy par la dcpesche qu'il m'a apportée. Et, pour ne 
faillyr à aussytost satisfaire à ce qu'Elle me commandoit, j'ay 
demandé l'audiance pour le lendemain, premier de ce[s]tuy-cy. Et, 
l'ayant eue, j'ay faict entendre au Roy Catholicquc tout ce que 
Vostre Magesté m'a commandé : qui est. Sire, comme' « Elle avoit 



sourde entre la France el l'Espagns et que 
Colignj preiaait vivemenl Charles IX de 
déclarer la ^erre à PhiUppe 11. V. DrThou. 
t. VI, pp. 3j3 et u. 



t . Le feuillet forroant le dos de la lettre 
n'a pas élé coniervé. — Il n'a pai été pos- 
■ible de donner seulement le passage de celte 
lettre où il est question des projets que l'on 
prêtait è Charles IX. d'occuper un port du 
rojaume de Fez, car ce passage se rattache 
trop étroitement k ce qui te précède 



rappellera qu'il e 






3. Malgré l'emploi du slj'le indirect, nous 
u devoir placer entre guillemets les 



: hostilité dilTérentos conversations rapportées dans 



, Google 



DE VIVO>'>'E A CIIAIILICS 1\ 335 

« faict entendre à Dom Diègue', son- ambassadeur, la délibération 

« et resolution qu'elle avoit prinse pour le bien et proffîcl de ses 

« deux Couronnes, pour l'unyon de Voz Magestez, prompt et bon 

« moyen de lever les subsons que gens pernîtieulx laschent à 

« mectre entre elles, se soulcyant peu de voz interestz, mais qu'à 

« voz despens ilz advancent leurs causes et remplissent la fin de 

« leurs passions et maulvaises intentions; et que Voslre Magesté, 

« encorcs qu'elle eust creu que son ambassadeur n'auroit failly à 

« luy bien représenter tout ce que elle luy en avoit dict, neant- 

« moings elle m'avoit bien encores voullu depescher ung gentil- 

« homme exprès, pour luy réitérer le mesme qu'elle avoit faîct 

« entendre à son dict ambassadeur : qui est que, après les instances 

« faictes par luy du desarmement de vostre armée de mer', sur 

« quoy s'estant extresmement bien conseillé, comme cela ce pour- 

« roit faire sans qu'il en intervint ung extresme et grand mal aux 

« affaires de l'un et de l'autre, a esté contrainct à la fin eslire le 

« plus certain à empescher qu'il n'en vint ung très grand incon- 

« veniant, pour Testât en quoy sont aujourd'huy les affaires du 

« monde, estant tout évident que l'on ne pouvoit plus desbander 

« ccste armée que les cappitaines et soldatz d'icetle ne feussent 

« trop mal contans et que, soubz une legière querelle d'Allement, 

« ilz n'entreprissent de faire quelque cas, à quoy l'on ne pourroit 

« pas bien aysément remédier; et aussy que, les tenantz plus lon- 

« guement dans les portz, Voslre Magesté veoyoit que c'estoit 

« tousjours donner moyen aux maulvais interprettes de ses înten- 

« lions de faire de maulvais advis et donner fondement de plus en 

« plus aux subçons, avecques Icsquelz ilz pensent asseurémeni 

« vous attacher à la guerre. Par quoy elle s'estoit resollue la faire 

« partyr, pour du tout esclaircyr que Vostre Magesté n'a jamais 

« eu envye qu'elle feust employée en lieu où elle portaat préjudice 

« audict Roy Catholicque ne auttre Prince, amy et confédéré, 

« comme il avoit bien jà paru en son particuUier, comme autreffoys 

« je luy avois dict, tant sur le passaige du Duc de Mœdinacely que 

cetle leUre trts compaclc. aGn d'en faciliter 3. Unollotte6taitpri!pari:eï LaKochclle, 

l'inlelligenco. une aulra à Bordeauï. Lavisee et Ram- 

I. Diego do Zufliga, (mbassadour d'Ea- baud, Hiit. Cén., t. V, p. iji. 

pagne i Parlii. 



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396 LETTltB XiE VIVON>E A CHARLES tX 

Il la sublevalion de Zelaride ; el que, pour luy faire myeulx entendre 
« que Vostre Mageslé ne pouvoil de plus en ce faicl, je luy diroîs 
« en peu de parolles chose à mon jugement: que ccuK qui l'ont 
<( vouUu mectre en subson par leurs advis n'ont pas bien entendu. 
« le pryant premyèrement qu'il se souvint que Vostre Magestû luy 
« avoit dict vray. quand elle m'avoit commandé luy dire qu'elle 
« avoit esté contraincte armer quelque nombre de ses vaissicaulx 
« contre l'insollance et incursions que les corsaires faisoient ordi- 
« nairemenl sur vos costez', tant en terre du long de la marine* 
« que aux marcliandz traiïicquans, lequel armement commensé 
« par quelque nombre de bons vaisseaulx des vnslres, elle s'estoit 
« soudainement acreue d'un grand nombre de voluntaircs, telle- 
« ment qu'il s'estoit faict une puissante armée el bien deslibei-ée 
c< de faire quelque cas de lK>n cl de grand à qui les employeroit, et 
« où il y avoit trop d'apparence que l'on cust faicl, si voz places 
« ne vous eussent esté rendues, et l'apparence de quoy avoit tant 
(I servy en ccst article, que l'on vous veoit seigneur absolu d'icelles, 
a premier que le temps de la reddition feust escheu; et, comme 
« parmy ses trouppes voluntaircs il n'y a poinct de faulte de gens 
« praticqz et bons mariniers, il fault croyre aussy qu'il n'y avoit 
« poinct faulte de proposeurs et mesmes d'entrepreneurs, ce que 
« venant à vostre congnoissance, elle a esté contraincte dissimuler 
« ung temps pour guangner avccques eulx qu'îlz ne peussent 
« partyrqu'à sa volunté : le tout faicl en bénéfice de ses affaires, 
« car, faisant autrement, chascun partoit et alloit où son interest le 
« poulsoit et où il le voyoit le plus prest, là où Vostre Magesté, les 
« entretenant tousjours soubz umbre de les employer pour son 
« service, il c'est mys infinytez de partis davant et sans que nul 
« feust à son interest ou de quelque Prince, amy ou allyé. et 
« neantmoings \oslre Mageslé estoit resolluc de nensuivyr ung 
(( seul et seuliement guangner le temps et le faire si long que. 
« peu à peu, ilz vinsent d'culx mesmes à s'ennuyer et. par ce 
(( moyen, chascun se retirast. Mais, l'impatience, que l'on a 
« eue à n'actendre la fin et exécution de si saige deslibe ration, 
« avoit contrainci Vostre Magesté à prendre nouveaulx conseilz 

I. Pour: rostei. 3. Marine, bord de la mer. 



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LETTBE DE VIVONNE A CHARLES IX Ssy 

« et expedians et les moings préjudiciables pour l'une et l'autre 
« Magesté. » 

Il me dist, Sïre, que « son ambassadeur luy avott faîct entendre 
« la desliberation, que Vostre Magestô avoil prise en se' faict et 
« qu'il avoil bien pris ce que sur ce faict je lay avois remonslré. 
« et qu'il m'avoit tousjours creu de ce que je luy avois dict de la 
« part de Vostre Magesté, et faisoit encores en cesle-cy, ayant veu 
a passer jusques icy les choses myeulx que l'apparence ne les 
« jugeoit et aussy que l'on n'avoit veu, de son coslé, sortir autre 
« que ce qu'il m'avoit dicl, ny ne feroit, qui estoit sa bonne volunté 
« à l'endroict de Vostre Magesté et ses affaires, désirant vivre 
« avecques elle avec la paix et bonne intelligence. » 

Je luy replicquay encores. Sire, « si son ambassadeur luy avoit 
« bien faict entendre ce que dessus. » 

11 me dict briefvement « qu'il faisoit tout bon debvoir, » 

A quoy, je luy dictz a qu'il n'auroit donc failly à luy faire entendre 
« comme Vostre Magesté, ayant voullu armer Monsieur le Duc de 
« Longueville sur sa frontyère de Picardye, à celle fin dempescher 
« de passer el lalUer en pièces ceuK qui paroistreroient sur ladicte 
« frontyère pour aller au secours de ses rebelles', et ayant faict 
« entendre ceste desliberation au Duc d'Alve, il avoit faict instance 
« de non. » 

Et, ne me respondant autre cas, Sire, je luy demanday « s'il 
« luy plairoit me commander quelque cas de plus, que je peusse 
« refTérer à Vostre Magesté, luy disant el asseurant le plaisir que 
« la Royne sa mère * avoit de veoir touttes choses si bien préparées 
« à continuer ceste saincte et bonne amîtyé, à quoy elle tiendroit 
« extrêmement la main à rompre et empescher louttes sortes de 
« praticques qui se pourroienl faire au contraire par la mallice du 

1. Pour: ce. mes françmia ; maîa lo due d'Albe, priivcnu 

3. Lea sujet) rebelles de Philippe 11 dans par le cardinal de Lorraine, avait fait ccra- 

les PajH Bai. Charles IX avait secr&tement ter ce renfort près de Qulévrain. LAVisi>a 

autorisé Ludovic de Gonlis i conduire h et Rimbaud. //ù(. Gên.. t. V. pp. iji-iji. 

(iiiiltaumo le Taciturne un corps do réfor- 3. Catherine de M^dicis. 



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3a8 LETTRE DE VIVONNE A CHARLES IX 

« temps OU par faultc de se bien enlendre. a cause, aussy bien, de 

H la diffîculti; des afTaii'cs de l'un el de l'autre. » 

A (|uoy il me dist, Sii-e, « qu'il avoit lousjours congneu la pru- 

« dence de la Rojnc cl ses bonnes Intentions et (|iie (oiil le monde 

« l'avoil congneuc au faix de si grandes affaires pour Irès-saige, et 

« que je lasseurasse (jue, de son coslé, il n'y auroit, non plus qu'il 

« y avoit eu, faulte de bonne volunté et bons desportcmentz à vivre 

« en paix et amiljû ' . » 



Le seoir mesmes de ma dernière audiance. y vient' le secrétaire 
Çayas '. tendant, si je puis juger de son intention, à deux eireclz : 
t'ung, si je luy pourrois rien» aprendi-e de ceste nouvelle si mal 
escripte' ou entendue: l'auti-e. s'il pourroit sçavoir où va vosire 
armée de mer el me faire i-edire ce que j'avois dict à son maîstre. 
suivant ce que luy debvoit avoir escript son ambassadeur Don 
Diego. Où je cognuz que. véritablement, il avoit esté court à l'in- 
former, selon que Vostre Magesté m'a mand(5. 

Je lui dictz que « je ne sçavois point où KUe iroit, mais que je 
« ferois gageure de ma teste que le Hoy, son malslre, n'auroit à se 
« plaindre qu'il fusl intervenu par icelle riens à son préjudice, 
« encontre ce que Vostre Magesté m'avoit commandé l'asseurer. » 

Il me dict « qu'il ne seroit possible d'empescher que l'on peult" 
« emploier si grande armée, que estoit celle-là, qu'il n'y cust 
« intercstz. » 

Là dessus, Sire, je ne me sus garder luy dire que « cella estoient 
« fumées espaignollcs et portugaises, qui se vouUoient faire les 
« Neptunes de la mer el qu'il* s'estoienl, sans vous apeller au 
partage, voullu borner par le pararcUe et equinoctiaP, se faisant 



I. Toute la partie do U lettre qui prù- 
cbd« est, en entier, en écriture ordinaire. 
ainii que le dernier paragraphe {J'eneoye à 
Vostre Magesif..,') elle» toTvaulei finalet de 
la IcUro. LoresledcJadépËclioestBnchin'n's 
el accompagné d'une Iranacription placée à 
la suite de la lettre. 

a. Pour; veini ou vint. 

3. Gahrial de Çaja» ou Sajas, appelé 



i Siijes dan» 1 






ils français. 



secrélaire de Philippe 11, signataire de plu- 
sieurs actes impoTtanls, notamment du 
projet do traité de raiHage de Charica IX. 
V. Gachjihd, Nérj., pasaim; Mgh Douais. 
Wp. de f'oun/ueCQUj:. Indci, au nom Cayas. 

4. Le m», porte par erreur: cscrirpif. 

5. Pour: peust. 

6. Pour; qa'iU. 

7. Depuis il43> de nombreuse* bulles, 
dontla dernière avaitélé celle d'.\lcxandre IV 



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LETTRE DE V1V0N?JE A CHARLES 1\ 33^ 

« acroire que ceste imagination vous devoit faire abandonner la 
« part que y prétendiez, avecques le moien de tant belles com- 
« moditez, que vous aviez, sans comparaison, plus que eulx, et 
« que la mer eslolt grande, premier que l'on eusl trouvé le sol de 
a Ponant', et que, des quatre partz du monde qui n'esloit encores 
« i-ecognu, ilz n'en tenolent ung poincl, et que Voslre Mageslé 
« n'auroit à respondre quant elle charcheroit les autres. » 

Cela fust passé par mode de discours et devis, mais je y apprins 
<[ue, en ces entrefaictes, ilz ont peur de * la flotte des Indes, ou que 
vous ayez une vielle entreprise qu'ilz avoienl en quelque part en 
liarbarie, sur le costé de Fès^ et où l'on disoit qu'ilz vouUoient 
omploier ceste armée de douze mil bommes pour l'alarme de la 
vostre, ayant aussylost adverty le lloy de Portugal, comme ilz ont 
entendu que Vostre Magestc avoit résolu faire partir la sienne, ilz ont 
envoie vers le Duc de Sèze', à Barcelongne, à celle fin qu'il partist 
avecques ung nombre de gallaires qui sont là, pour lever toute 
ceste grand troupe de noblesse et autres soldatz qui vont trouver 
Dom Jehan d'Austria. Ëncorcs disent ilz, par les discours qu'ilz 
font, où vous pourriez emploier ceste armée, que c'est pour la Cor- 
saigne, tirant tel jugement pour l'advis qu'ilz ont que sur icelles 
i a* quelques Corses. Ik disent aussi que ce serolt pour Alger, par 
praticques avecques le ïurcq. VolUà comme Hz vont discourant. 
Mais, s'il en est quelque cas et que vostre dicte armée vienne la 
volte du Desti-oict, il ne peult que tost elle ne soït par eulx descou- 



(i4 mai ij^i), BvaienlSié la lignodo démar- 
cation qui devait séparer les possession] 
respectives des Espagnols et des Portugais, 
appelés icuIb au partage du glolie. Celte 
limite était un méridien passant A 870 lioucs 
i rOuost des ilcs du Cap Vert : le Portugal 
devait avoir toutes les terres à l'Est do ce 
méridien, l'autro moitié du globe, du c6té 
de l'Ouest, devait appartenir h l'Espagne 
qui, par eiceptîon. gatdtit, en outre, ses 
villes africaines ds la Méditerranée et ses 
espérances de conquête du royaume do 
TIemcen. 

t. Sût de ponant, continent occidental, 
Indos occidentales. 



a. Peur de, pour : peur pour. 
3. 11 doit s'agir du port de Larache, qui 
était l'objet des convoitises espagnoles. 
4 La nouirolle de la nomination du duc 

de ScBso, D encore qu'il &oil bien goteux. a 

Fourqucvaui dans une dépêche adressée i 
Catherine de Médicis. k la date du 33 mars. 
Fourqucvaui supposait que l'armée de 
D. Juan d'A.utricho marcherait sur Alger 
qui II aura uns alarme i l'improviste après 
avoir prins Tunis et Porto Farina. » 
Mgr Dou*i8, t. II, p. ^3i. 
5. Pour: [il] y a. 



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33o LETTRE DE VIVONNB A CHARLES I\ 

verte. Le Roy Calholicque est en une e\tresme peinne pour en 
scavoir la verilé, et a de tenir et mect à conséquence qu'elle ne 
l faire long voyage parce que l'on luy a faicl advîs qu'elle ne 
la penelicque' que pour deux mois. . . „ . 

;nvoye à Vostre Magesté certains advis. que j'ay euz de Rome, 
)e rellation, envoyée îcy par le Roy de Portugal, de ce qui est 
nu en ses Indes depuis ung an. 

re. je supplye le Créateur donner à Vostre Magesté. avec 
>is8cmentz d'estatz et très-bonne santé, très-longue et très-heu- 
; vyc. 

5 Madril, ce vu'jour d'Aoust 1573. 

'opria manu: De Vostre >fage8lé le très-humble et très-obeis- 
subget et serviteur. 

De Vyvonne, 

Hiothhfjue nationale. — Fonds français. Ms. i610i, ff. iH-ii2 v" 
5 v'-i^S v". — Original, en partie chiffré, avec une transcription con- 
traîne de l'original. 

Penelicque. lei vivre». — Panalica e Cf. Jal, *u mot PariatUa. 
lision drt biscollo. Pantehu-Pa»tfr«. 



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LETTRE DE VIVONNE A CHARLES IX 



LXXXV 

LETTRE DE VIVO^^NE A CHARLES IX 

(Extrait) 

Il y a des négociations entre l'Espagne et le Portugal. — On ne sait si ta 
Jlotte de D. Juan d'Autriche s'unira à celle de Portugal pour participer 
A l'entreprise contre le royaume de Fez ou si le roi D. Sébastien ne sera 
pas sollicité d'envoyer son armée de mer opérer en Flandre. 

Madrid, i3 août i573. 

Suscription, alla mana : Au Roy. 

Au dos, alia manu : M' de S' Goart. — Du xiii" Aoust i573 
(xvi" siècley 

En télé, alia manu : i3. Aoust 1073. — Madrid. — Du S' de 
S' Goard au Roy (xvii' siècle). 

En iéle de la transcription de la partie chiffrée, alia manu : Des- 
[cjhifré de la précédente. — i3 Aoust i5-j3 (xvii' siècle). 

Sire, 

Je n'ay eu moyen d'accuser la dernière depesclie, qu'il a pieu à 
Voslre Mageslé me faire, plus (ost gue à ccste heure, qui sera par 
son mesmc courrier, lequel arriva icy le premier jour de ce moys, 
ayant tousjours différé à le renvoyer, jusques à tant que le Roy 
Catholicque feust de retour icy, lequel in'avoît mandé, quand je luy 
demanday de l'aller trouver, que ce seroit en peu de jours'. 

I. Cette partie de la lettre, siiiii que le dernier paragraphe, ion t en écriture ordinaire. 



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332 LETTRE riE VIVO>:<E A CKARLEB IX 



Hz [les Espagnols] ont aussi quelque traficque en Portugal que 
je n'ay sceu profonder et ce qui m'en donne les indices, c'est que, 
coup sur coup, il y a esliî envoie quatre ou cinq courriers, qui soni 
partiz de l'Escurial, depeschez du mesmes Roy Catholicque. De 
deux choses, il fault que ce soit l'une : ou qu'ilz eussent ensemble 
l'entrcprinse de Faix, par faisant unir Dom Johan ' avecques 
l'armée, ilz l'exécutassent; ou bien que, ne pouvant faire icy ung 
armement pour favoriser et se rendre maistrcs de la mer de 
Flandres au mesmes temps qu'ilz le pansent ostre de la terre, et 
ne laisser riens à faire pour autre fois, ilz demandassent au Roy de 
Portugal, pour cest effecl, son armée de mer et la faire passer, en 
toute dilligcnce, de delà, car je sçay bien que icy ilz Iravailloient 
bien fort à mectre sus l'aparcil nécessaire, feust de vaisseaux et 
levée de gens, m'asseuranl qu'il ne seroit prest pour ceste année. 
Depuis la mort de Rigomès", il ne s'est encorcs veu aucun change- 
ment, ne se veoit depuis, si ce n'est que la part de Tollede sollicîtte 
à ceste heure le rapcl du Duc, croians qu'il commanderoit à tout, 
s'il estoil icy ; depuis que ledict Rigomès est mort, ne pouvans 
celler le plaisir qu'ilz en ont, j'ay entendu que le Roy donne espé- 
rance audict Duc, depuis ces derniers exploilz, de luy subroger 
son fîlz au gouvernement, quant il y aura lieu de luy apeller, 
lequel il a cncaressé de sa main propre, luy donnant louange de 
ce dernier exploit. Voullà' ce que j'ay peu veoir. Quant à leurs 
dcsliberations de Flandres de deçà, j'enlendz que Dom Francès de 
Alva, avecques la charge qu'il a de Capitaine général de l'Arlillerie, 
a charge d'aller faire une visitte partout, tant k la marine que terre 
ferme, et pourveoir toutes les places d'importance de toutes sortes 
de provisions requises à quelque occasion que ce soît. Les aucuns 
veullent dire que l'on apellera le Grand Commandeur et que le Roy 
le deschargera d'inlinilé [dej ses affaires, cl desquelles il me semble 
qu'il n'est possible qu'il en puisse plus tant de peinne ; et du passé, 
mesmes que j'ay veu, en ce peu de malladic qu'il a eu, elles demcu- 
roient toutes, sans qu'il se peult riens depescher de quelque con- 
dition que ce feust, parce que luy seul les a touttes et les expédie 



I. Domjokait. Don Jiun d'Autriche. 3. Pour: voUlà (voilà). 

a. Ruj Gomei. V. p, ai», note i. 



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LETTRE DE VIVO»NE A CHARLES IX 666 

tout seul, sans qu'a[u]tre les cognoisse, et, si n'est autant qu'il les 
mande accordées de sa main, à qui en est remise l'expédition. 

Au reste, le nunce de Sa Sainteté me vint veoir, quelque jour, 
après avoir veu le Roy Catholicque, en la conjetture qui feust aportée 
icy, à la nouvelle de la mort du Grand Seigneur', laquelle cstoit 
tenue pour toute asseurée. Aiant esté mandé par le S' Dom Jehan 
d'Austria, par courrier tout exprès, et comme si ce feust chose 
concertée, il me dict « la honne alTection qu'il Irouvoit que le Roy 
« Calhoiicque avoit à Voslre Mageslé et qu'il seroil à propoz que, 
« avecques l'occasion de la mort dudict Grand Seigneur, Dieu 
« feust servy et Voz deux Magestez entrassent en ligue perpétuelle 
« contre l'ennemy commun de la Foy; qui estoit à craindre, 
« venant jeune, comme scroit cestuy-cy', trouvant la Chrestienté 
« desunie, il ne la mist à perdre et en toute ruine et desollation, 
(( ce qui se pouvoit seuUement empescher par le seul moien de la 
« forte union de Voz Magestez ; et que je ferois ung hon et grand' 
« office, d'admonester et sollicitter Vostre Magcsté à telles choses 
« comme apartenantes à ung bon Chrestien et au devoir des ambas- 
« aadeurs, qui peuvent juger des choses utilles et honorables, 
« traictant les aOaires du monde, et que ce faict debvoit estre le 
« plus recommandé, et qu'à la vérité ce Roy' le faisoit, comme il 
« estoit, ce mettant comme le rampart. avecques extresme des- 
« pence, luy seul, contre l'ennemy commun de toute la Cfares- 
« tienté, encores qu'en sa propre maison il avoit beaucoup 
(( d'affaires, pour avoir de ses estatz en obstinée rébellion. » 

Je luy respondis, Sire, au plus brief que je peus, tant à l'une 
que à l'autre de ses raisons. Pour le premier, que « l'admonestation 
« que je luy en ferois ne scroit d'homme qui porlast" te respect h 
« son maistre que je luy doibt', mesme que nul ne doibt impor- 
« tuner Voslre Magesté de ce faict, pour avoir eu un si grand faix 
a sur les bras, par tant d'années, à deffendre l'honneur de Dieu et 



i. Ce Roy, le roi d'Espagne. 

5. Le ms. parle: gui porlail répété deux 



1. Celle nou^ 


elle i 


rtait erronée. Le sultan 


im K mouru 


.tlei 


la décembre 157A. 


1, CiHaj-cj, 


l'hér 


iliet de Selim. Amu- 


m V. noie 


ci-dessus. 


i. Le m<. pc 


irte: 


et jrand répété deuï 



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33^1 LETTRE DE VIVOHNE A CHARLES IX 

« son Eglise, cl (|uc la sollicitation en apartienl seullc a l'Empo- 
« reur, cl non aux ambassadeurs des Princes, en conrormité de Sa 
« Sainlelt^, & celle fin que l'Empereur, le premier, à la dance 
<f qui doibt mener, y apelle ceulx qui vouldront ou y debvront 
« entrer » ; el que, quant à ce qu'il allegoit du Roy Catholicquc. 
« j'estois en conformité avccqucs luy de ce qu'il avoil très-bien 
« faict, mais que je voullois aussi dire que le besoïng luy cstoit, 
« parce que, en particullîer, il y alloit de son très-grand inlercsl, 
« car, estant demeuré une vieille querelle entre les Mores et Espai- 
« gnolz, ilz estoient tousjoui's aux aguelz à qui pourroit quelque 
« chose contre et au préjudice de son ennemy, de manière que je 
« voioia que, ce que faisoit ledict Seigneur Roy, estoil pour con- 
« server le sien ou pour l'accroistre, s'il pouvoit, de l'empire 
« d'AiTricquc, pour rendre ses royaumes d'Espaigne, qui ne seront 
« jamais sans soubçon, tant que le Destroit sera la raye d'entre 
« les Mores et luy, par le<{uel itz se sont fiiictz plus d'une fois 
« meslres d'une grand part des Espaignes et tenus par un grand 
« temps, cl de fresche mémoire, ce qui me faisoit conclurre que, 
« toutes ses' considérations reçeucs, l'on verroit quel fondement 
« debvroit prandre une vraye Ligue, à la deOence de la Gloire de 
« Dieu et à une manutention de son Trè5'Sain[c]t Nom, et ne perdre 
« le chemin d'y faire entrer Vostre Mageslé par autre chemin, que 
« cestuy bien raisonnable cl qui apartienl à la réputation et hon- 
(( neur de si grand Roy. » Je luy voulluz dire tout cecy. Sire, à 
celle (in que, de mon costé, je face entendre que Voslre Magesté 
n'est aprentif des alTaires du monde et qu'Ëllc sçait à quoy elles 
touchent, et aussi ce qu'Elle mesmes est pour n'entrer inférieur à 
qui que ce soit aux plus gitindz alTaires du monde. 

Ma dernière dcpeschc a esté du xxx"" du passé, par ung courrier 
d'icy depcsché en Flandres. 

Sire, je supplyc le Créateur donner à Voslre Mageslé, avecqucs 
accroisscmenlz d'estatz et très-bonne santé, très-longue el Irès- 
heureuze vye. 

De Madrid, ce xui* jour d'aoust i573. 



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LETTRE DE VIVONNE i 



Propria manu : De Vostre Mageslé le Irès-humblc cl très-obcis- 
sand subget et eerviteur, 

De Vyvonne. 

Bibliothèque ^'alionale. — Fonds français. Ms. 1GI05, ff. iGi v°-}63. 
— Original chiffré, suivi d'une transcription contemporaine de l'original. 



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OÔO LETTRE DE VIVONNE A CHARLES IX 

LXXXVI 

LETTRE DE VIVONNE \ CHARLES IX 

(Extrait) 

On a publié récemment la balle de la Croisade. — La nouvelle est arrivée 
que la place de Melitla était assiégée par le cher if de Fc:. 

MiHriil, i3 d^ccnibrp 1973. 

Suscrlption, alla manu : Au Rov- 

Au dos, alla manu : M' de S' Goart. — Du xiir décembre, — 
R[esponfie] (\vi' siMe). — i3. di5ceinbrc 1578 (xvir ou xyiii' sièc/e). 

En tête, alla manu : \3. Décembre iG^.S. — Madrid. — Du S' 
de S' Goard au Roy (xvir siècle). 

En tête de la IraducUon de la partie chiffrée, alta manu : Décembre 
1573. — Dcchifrc de la preccdcnle (xvii' siècle). 

Sire. 

Ma dernière feut du Iroisiesme Novembre, par ung courrier 
depesché en Flandres. N'ayant cncores voullu faillir la commodiclé 
de ccsliiy-cy, sans cscriprc a Vostre Magesté, par laquelle, pour 
n'cstre en coulpc par la faultc d'autruy et eslrc blasmé de parcs- 
sculx ou peu dilligent ji son service, si de fortune mes lettres ne 
luy avoient esté rendues, je luy diray que je luy ay escript du xir 
et xx""" Septembre, du x"" et w"" Octobre et du m" Novembre ' . 

Hz [les Espagnols] ont, ses jours, icy publié la bulle de la croi- 
zade*. avecques très grande cérémonie, et ce jiour cbascun an. au 



1 . Le pren 


icr [laragraiilio cl la farmulc 


naire. Tout le corps de U lettre est chiffra 


finale de cclt 


IclLrc, ainsi qu'une partie du 


a. Sur 1* bulle de la Croiswle. V. p. 55 


long posl.scr 


pturo, soni en écrilure ordi- 


noie 3, 



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LETTRE DE ViVOI^NE A CHARLES IX 337 

lieu qu'elle ne souloït cstre que de trois en trots ans, mais se Pappe 
l'a accordée pour tous les ans et, selon que je suis informé, elle 
viendra à ung million et demy plus que le passé, faisant eslat 
qu'elle vauldra autretant en l'Indie, où ilz t'ont envolée, (rois jours 
après qu'elle feust publiée icy, et qu'ilz virent que nul se hastoit 
de la prandre. llz tournèrent autre fois la publier, que chacun 
l'eust à prandre, sur peinne d'escommuniment. 

Depuis hier, il est venu nouvelles du gouverneur de Mçaille', qui 
est une forteresse que le Roy Calholîcque tient en Barbarie, de delà 
le Dcstroit, près le Pignon, lieu maritime, que le Ghérif de Fez 
l'avoit assiégé avecques cinquante mille hommes. L'on parle desjà 
de la secourir et y envoier des gens avecques des gallaires d'Es- 
paigne, qui sont seize d'ordinaire, pour la garde de ses costes, et 
quelques naux de munitions ^ qui sera chose facille, puisque les 
Mores n'ont armée de mer. L'on dict que la place est de peu de 
garde et en forte assiette et bien fortifliée. 

L'on ne se peult taire que l'entreprinse d'Alger ne soit encores 
en termes, et dicton que iU prennent grande opinion qu'elle soît 
faisable, quant ce ne seroît qu'ÎIz disent que, dedans et lieux cîrcon- 
voisins, il y a vint mil esclaves avecques lesquelz l'on a intelli- 
gence et lesquelz à l'improviste peuvent, selon qu'ilz sont bien 
recognuz, donner grand advantage à ladicte entreprinse. L'on ne 
peult donner trop de fondement ne parler avecques seureté, parce 
que, d'heure à autre, l'on voit changement en leurs affaires, aiant 
par praticque (et ay veu), je ne diray une seuUe, mais plusieurs 
expéditions, dont je pourrois parler comme choses certaines et que 
je voiois, et puis, tout d'un coup, l'on voioît choses toutes diffé- 
rentes; qui' m'a faict et faict infmies fois retenir la main, pour 
n'escrire à Vostre Magesté, si ce n'est par advis, et non chose 
résolue. Si ce n'est en mattière d'argent, l'on voit peu que les 
choses soient fermes, mais, en celles-là, l'on y voit une si grande 
continuation, qu'il se peult dire véritablement qu'ilz y sont resoUuz. 



. UfailU, Halilla. d'approviaiooneaienta. 

. /Vaoz de miuiitioiu, naviret chtrg^s 3. Qui, ce qui. 

Db Castsks. 



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LETTRE DE VIVOSNE . 



Aussi, accompaignent Jlz cela de dire que. aveequos luv. « ilz 
« exécuteront le pansé et non pause ». 

Sire, je supplyc le Créateur donnor à \ostrp Mageslt'. avpcques 
accroîssemcntz d'cstatz et très-bonne santé, Irès-longue et très- 
heureuze vje. 

De Madrid, ce xin* jour de décembre 1073. 

Poslscriplum', en écriture ordinaire : 

Ledîct seigneur Don Juan' a laissé à Tliunis trovs mille E^pai- 
gnolz et troys mille Itallians soldatz et deux mille gastadours, qui 
font ung fort audict Thunis, près de L'Estaignon. lequel peult esirc 
secouru de La Goulletle, et a départi la ville, une part aux soldalz 
et une part aux Mores. Il laisse troys cens hommes dans le cliasteau 
de Biserte et amène icy avecqucs luy le roy dudict Thunis. Quant 
à Porle-Farine, ilz n'y font rien, pour avoir trouvé impossible d'y 
pouvoir rien fortiflîer. J'ay entendu que la gallaire patronne de 
celles d'Espaigne, qui alloient avecqucs Jehan Andrè Dorye à la 
volte du seigneur Don Juan, a donné à travers, et ce. parce que 
lesdicts Espaignolz ce meii-ont en pontille d'honneur de ne voulloir 
naviguer à t'oppinion dudict Jehan Andres. ne souffrir qu'il leur 
commandait nen. Encores que je ne double que Vostre Mageslé 
n'ayt bien la liste de ce que ledict seigneur Don Juan mena à 
Thunis, loutesfois luy ay je encores vouUu envoyer avecques cesle- 
cy, comme elle m'a esté envoyée de Palerme. 

Propria manu : De Vosti-e Mageslé le très-humble et très- 
obélssand subgel et serviteur. 

De Vyvonne. 

Bibliolhtqiie \,iU'oiiuh: —Fonds français. Ms. 16105, ff. ^233 v'-'iSi v" 
cl 227-2'27 v". — Original en partie chiffré, avec une transcription con- 
temporaine, et en partie en écriture ordinaire. 

I, Le pasl'ScrliJtum de cotle lellre est i. Dan Juan d'.^ulriclic. 

inlercalJ enlre ta dale cl la sigoalure. 



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LETTRE DE VlVON>E A CATHEIIISE DE MÉDICIS SSq 

LXXXVII 

LKTTRE DE VIVO^^E A CATHERINE DE MÉDICIS 
(Extrait) 



Poussé par une folle ambition de gloire mililairc. par des goùU aventureux 
et par un zËle religieux peu éclairé, le roi D. Sébastien, ne cessait de rêver 
à la conquête du Maroc' ; il tenta, en i574. de réaliser ce projet chimérique. 
Cachant ses desseins à son peuple et à sa cour, il se contenta d'envoyer 
à Tanger, conime gouverneur, son cousin D. Antonio, prienr de Crato. et de 
conseiller aux gentilshommes d'aller servir dans cette place. D. Antonio partit 
de Lisbonne, le tg juillet i57^, avec i aoo fantassins. Le roi, dissimulant tou- 
jours son intention, alla s'embarquer secrètement à Cascaes, le 17 août: il 
s'arrêta à Lagos, d'où il se décida à divulguer son téméraire projet, puis il fit 
voile pour Ceuta. La consternation fut grande à ta Cour comme dans le peuple, 
à la nouvelle du départ de D. Sébastien et l'on organisa des prières publiques 
et des processions pour demander à Dieu la conservation du jeune roi, exposé 
dans une folle entreprise. Sébastien fut rejoint k Ceuta par quelques seigneurs 
portugais et castillans, ces derniers autorisi's par Philippe II ; il sortait chaque 
jour dans la campagne, s'avcnturant au loin, sous prétexte de chasse, dans 
l'espoir de se mesurer avec des Maures. Cette occasion ne s'étanl ps présentée, 
il partit pour Tanger, où, malgré les représentations des évêques de Miranda 
et de l'Algarve, ainsi que des gentilshommes expérimentés dans la guerre 
d'Afrique, il persista dans son projet de conquérir le Maroc avec sa très faible 
armée. Mais le chérif Moulay Mohammed el-Mesloakk avait été averti de la 
présence de Sébastien h Tanger et de ses intentions belliqueuses: il envova 
un fort parti de cavaliers faire une démonstration autour de la place. Le roi 
D. Sébastien crut que l'occasion se présentait cnHu à lui de remporter une 
grande victoire et, sans tenir compte du petit nombre de cavaliers qu'il pou- 
vait mettre en ligne, il sortit pour combattre les Maures. Après une lutte 
héroïque, qui dura jusqu'à la nuit sans amener de résultat, il rentra dans 
Tanger, célébrant cet engagement comme un grand succès. Instruit cependant 
par cette expérience de la trop grande infériorité de ses forces, il se décida, le 
a5 octobre, h se rembarquer, remettant à plus tard l'exécution de son plan 

I. V. Doc. LXXXI, p. 317. 



y Google 



5^0 LETTRE DE VIVONXE A CATHERINE DE MÉDICIR 

chimérique de conquête. Pris par une tempête, il pnl à grand i)etnc débarquer 
è Xabregu, le a novembre 167^ '. 

L'entente entre le roi de Portugal et le roi d'Espagne en vue d'une expé- 
dition en Barbarie n'a pas duré et les deux souverains ont repris leur 
liberté d'action. — L'année concentrée par Philippe II en Biscaye et en 
Gallice recevra un« aïKre destination. 



Midrid. 36 Kplembrc i'>7i. 

Suscription, alia manu : A la Hovnc Urgente. 

Au dos, alia manu : W de S'-GnuarJ. — Du x\\ r d'octolne {sir] 
1674 (wi° siècle). — 26 seplombi-o iô'!t iwii' siècle). 

En tête, alia manu: 26 sepl. iS-'i. — Madrid. — Du S' de 
S'-Goard à la Reyne (xvu' siècle). 

En télé de la IranscripUon de la partie chîjjrée, alia manu : 26 Sept. 
l574- — Des[c]liifré de la preeedente (xvii' siècle). 

Madame, 

Mes dernières feurent du viii" de cestui-cy, par ung gentil- 
homme depcsché en Flandres, ^i'ayant encores voullu perdre la 
commodicté de cestuy-cy, sans faire ce mot à Voslre Magesté, 
par lequel je luy dire que, depuis deux ou troys jours, le Hoy 
Catholicque' est de retour en ce lieu, en très-bonne santé et aussy 
la Roync", ne ce ressentant plus nullement de sa cartaine'. De 
Mesdames les Infantes, Madame Catharine ce porte myeulx, se res- 
sentant neantmoings lousjours d'un pm de fiebvre, mais les docteurs 
promectent quelle ce portera bien '. 



:. V.BarbosaMichado. 1. 111, pp. 598- d'Aulriche, la fille de l'empereur Muimi- 

6a3, et, i 11 fin du t. IV. eu appendice. lien 11 et la quatrième Temme du roi Phi' 

un récit de celle expédition par D. Sébas- lippe H. H l'avait épouiée en 1670. 

lien (pagination ï pari : i>û3), .'i. Carlaine, Sbvre quarte. 

1. Le roi d'E'pagnc Philippe II, .1. Toullecommencetnenldeeetteleltre, 

i. La reine d'Espagne était alors Anne ju9<]u*ï la fin de cetlrc phrase, eit en écri- 



, Google 



LETTRE DE VIVONNE A CATHERINE DE MÉDICIS 3^1 

J'ay entendu, depuis deux ou trois jours, qu'il est venu icy ung 
seigneur Portugais, de la part de son Roy', pour donner compte 
bien particullier au Roy Catholicque de son entreprinse', que, dès 
le commancenient qu'il se meyst sus^, ilz avoient intelligence 
ensemble de faire l'entreprinse de la Barbarie, mais que, depuis, ne 
trouvant les choses disposées corne ilz le voulloient, ilz s'estoient 
departiz l'un de l'autre de leurs premiers desseings, se retirans 
chascun au sien particullier, ce qui donne assez de vraysemblable. 
pour avoir veu changer tant de foys le semblant de ce que devoyt 
faire ceste armée', laquelle a cousté infyniment, sans ce qu'elle a 
tout ruyné les provynces de Biscaye et Gallice, et aujourd'huy elle 
se trouve aux termes que Perot Melindes' faict apparence de partir, 
ayant faict embarquer toutes choses nécessaires ets'estant tyrë à la 
mer, come s'il n'eust actendu que le temps et ne donnant congé a 
nul de descendre en terre. 

Madame, je supplye le Créateur donner à \ostre Majesté, en 
très-bonne santé, très-longue et tres-heureuze vye. 

De Madrid, ce xxvi" jour de Septembre 1674, 

Propria manu: De Vostre Magesté le très-humb[l]e et obeissand 
subget et serviteur. 

De Vyvoone. 



le Nationale. — Fonds français. Ms. 16106. ff. 172 v°-173. 
riginaie, en partie chiffrée, suivie d'une transcription contem- 
poraine de l'original. 



luTe ordinaire, de la main d'un lecréUire de 
Vivonoe. Ce qui suit, moina la formule 
finale de U lellre, eal ea chiffres. 

1- Le roi D. Sébastien. 

3. L'eipédilion projetée au \faroc. 

3. Se meyal lui : d&s lo moment où il eût 
mis tan entreprise sur pied. 

i. L'armée préparée par Philippe 11 pour 



l'eipédilion de Flindre el dont Vivonoe 
parle trëi souvent dans «es dépAche* de 
l'année iS'j. 

5. h'adelanlado Pedro Menendei, rendu 
tristement célibre par le massacre qu'ilavait 
fait, le 10 septembre i565, des colons fran- 
çais établis en Floride, sous lo comman- 
dement de Jean Ribiult. GiirïïikKEL, paiaim. 



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3j3 



LETTRE DE VIVON?IE A HENRI lil 



LXXXVIII 

LETTRE DE VIVONNE \ HENRI Hl 

(ExTUAir) 

Le roi tU Portugal aurait fait demander à Philippe II de ne pas licencier 
son année de Biscavc, parce <ju il pourrai! avoir besoin de son concours 
pour repousser les Maures, 'lu'il s'est mis sur les bras dans son expédition 



Madrid. i5 octobre 15*;^ 

SuscripUon, alia manu : Au Roy. 

Au dos, alia manu: M' de S'-Goarl. — Du w oclobre 1074 
(xvf siècle). — i5 octobre 10"]^ (xvir siècle). 

En le'te, alia manu : Du xv octobre (xvi" siècle). — 1 5 octobre 
ïÔ'jli. — Madrid, — Du S' de S'-doanI au Roy (xvn" siècle). 

En léle de la Iranscriplion de la partie chiffrée, alia manu: 
l5 Octobre iB^^- — Dechifré de la précédente (xvir siècle). 

Sire, 

Par lectrew de Lyon, du xii"° septembre, l'on a entendu icy 
l'arrivée de Yostre Magcsté en bonne sanlé audict lieu, le sixiesme. 
dont je loue et remercye Dieu. 

Quant à l'armée (ju'ilz [les Espagnols] ont en Biscaye et qu'ilz 
avoicnt faicl pour Flandres, depuis la mort de Perot Melindcs ' . qui 
en estoil le général, ilz ont pris plusieurs desliberations pour veoir ce 



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LETTRE DE VIVO>">E A HENRI III 3^3 

qu'ilz en ieroient... D'autre part, j'entendz que le Roy de Portugal 
a requis que l'on ne la deflist si tosl pour luy donner faveur à son 
entreprise de Barbarie, on j'onlendz qu'il se trouve bien ambarassé, 
s estant atiré par son passage sur les braz trente ou quarante raille 
chevaux, qui le tiennent comme assiégez en danger', et si le Chérif 
voit une armée de mer, je panse qu'il auroît faict une entreprise à 
mal party'. 

Sire, je supplje le Créateur donner à Vostre Magesté, avecques 
accroisse mentz d'estatz et très-bonne santé, très-longue et très-heu- 
reuze vye. 

De Madrid, ce xv'" jour d'octobre 1574. 

Propria manu : De Vostre Sacrée et Roîale Magesté le Irès-humble 
et très-obeissand subget et serviteur. 

De Vyvonne. 

Bibliothèque ynlioimle. — Fonds fraisais. Ms. 16106, /. 186. — 
Dépêche originale, en partie chiffrée, suivie d'une Iranscriplion contemporaine 
de l'original. 

1. Endanger.en leur puissance, au s«n) 3. Co paragraphe csl on chilTreE, avec 

de l'ancien français, tranecriplion. 



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m 



. HBTfRl lit 



LXXXIX 

LETTRE DE VIVONNE A HENRI III 
(E,™.„) 

/jC roi de Portugal, refroidi de ses projets rie conquête marocaine, a con- 
Iremandé le secours qu'on devait lui envoyer à Tanger. 

Madrid. 33 octobre 1.Ï7I. 

Suscriplion, alla manu : Au Roy. 

Au dos, alia manu : M' de S'-Goarl. — - Du xxiii* Octobre i57i 
(svi* siècle). 

En fêle, alla manu: a3 octobre tb-ji. — Madrid. — Du S' de 
S'-Goard au Roy (xvii' siècle). 

En télé de la transcripUon de la partie chiffrée, alia manu : 
a3 Octobre 1574. — Déchiffré de la précédente (ivu' siècle). 



J'ay voullu, trouvant ceste commodité d'un courrier qui est 
depcsché pour Flandres, faire ung duplicat de celle que j'ay escripte 
à Vostre Magesté, du w"" de ce moys. et luy adjousier ce mot de 
plus, et luy envoyer les advis, tout ainsi qu'ilz sont venuz de Millan 
sur les affaires de France'. 

J'entendz que le Koy de Portugal a trouvé si mauvais amorche* 

I . Celte partie de la lettre est on clair, i>k; Sainte I'alave . >u mot Amorsf. 
ainsi que la Tormule fioale. GouErHov, au mot Eimorche, 

a. Amorcbe, fitge. embuscade. L\Ci:\ixi. 



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LETTRE DE TITOHHE A HENRI III 345 

en Barbarie qu'il est bien, à ce que j'enlendz, refroidy de la con- 
queste ne d'ivemer de delà '. Et ay entendu qu'il a mandé que le 
secours qui lui devoyt passer de Portugal fist alte et ne passast 
plus outre '. 

Sire, je aupplye le Créateur donner à Vostre Magesté, avecques 
accroissementz d'estatz et très-bonne santé, très-longue et très- 
heureuze vye. 

De Madrid, ce ssin"" jour d'octobre iS-^. 

Propria manu : De Vostre Sacrée et Roialle Magesté le très-bumble 
et très-obeissand subjet et serviteur. 

De Vyvonne. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds français. Ms. 16106,/. 195 v'. — 
Dépêche originale chiffrée, suivie d'une transcription contemporaine de 
l'original. 

I. Ne d'ivemer de delà, ni d'hiverner Diogo de Soum, qui devait lui eipédiar de» 

outre-mer. renrorli, de lutpendre l'envoi det troupes, 

3. Le roi D. Sébastien l'étant délisté da parce que son cipédition K termioerait 

■on projet de conquête, apri* l'engagement en visitent le* places de Ceuta et de 

dans la plaine de Tanger, et voulant dissi- Tanger, V. le sommaire historique du 

muler le onolif de son retour, écrivit i Doc. LXXXVII, p. 33g. 



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.Vi6 



LETTRE DE MOCLAY ABD EL-HaLKK AU CAÏD DE TÉTOUAN 



LETTRE DE MOULW ABD EL MALEK AU CAID DE TETOUAN 
ET A AHMED MOULAY EL-FEDHOL 

(Thaductios) 

Après la mort de Moulay Abdallah el-Ghâlib bi Allah (iSyS), l'ordre succes- 
soral établi par les Chérifs saadicns appelait à la couronne son frère Moulav 
Abd cl-Malek. mais le fds aine du souverain défunt, Moulav Mohammed 
el'.Vesloukh, déctarii héiilier pn'somptif du vivant de son père, monta sur le 
trône. Moula;y Abd el-M«lck, qui s'était réfugié à Constantinople pendant le 
r^nedeson frère Moulay Abdallah, obtint du sulian Amurat 111 des troupes 
pour appuyer ses droits sur le Maroc. Vainqueur à Ër-Roken, il entra à Fei 
(mars 1576). Moulay Mohammed s'enfuit à Merrakech, mais il en fut égale- 
ment chasse par son oncle. Moulay Abd cl-Malck, dès son retour au Maroc, 
était entré en relations avec les principaux (iaids, auxquels il promettait de 
grandes faveurs, après sou élévation au pouvoir'. 



Moulay Mohammed esl ar 

entre les 



•ivé devant Merrakech et continue à entretenir 
Musulmans une lutte impie. 



Merrakech. 18 mars ^3 de l'hégire [iô-,6.] 

Copie' d'une autre copie de la leltre que le roi Abd el-Malek' 
écrivit au caïd de Tétouan. 



I. u Moula; Abd cIMalck ùUit en cor- 
rcipondancc avec les courtisans cl l'onlou- 
ragc inllmc de Moulay Mohammed; il 
(lait en relalions aicc le commandant de» 






iE a 



lit de belles 

ieadraicnL à lui. n EL-OtiKÀM. p. iiu. 

a. Cette lettre de Moulaj .\bd el-MaloL. 
u plulAt ta IradtictioD espagnole, qui ao 



1847 a 






, de SIm 



cas, a été transcrite i cctlc date par un 
copiste espagnol employé par M. Tiran 
(V. p. Sig). La mention Copia 'It o'm rff 

rarla , ainsi que cello de la date : Dt '1 

Ciiidad lie Marniccos...., ont clé »j ou très 
par ce copiste. — Sur la mission de M. Ti* 
ran en Espagne, Cf. J*cijuETon, Lei A'^l'- 
esp. du Goautrn, gén. de t'Aljérif, pp. 6-19 
3. Le telle porte : Maluco. C'est le nom 



, Google 



LETTRE DE MOULAY ABD EL-MALEK AU CAÏD DE TÉTOUAT4 àU'] 

De la ville de Merrakech, le 18 de la lune de mars de l'an 983 
e la naissance de Mahomet. 



S. C. R. M"' 

Copie ^ de la lettre que le roi Abd el-Malek écrivit au caïd de 
Tétouan et à Moulay el-Fedhol', son Trésorier et Surintendant 
général', avec des avis que notre Maure, El Hadj el-Merin, son 
(•crivain et secrétaire [d'Abd el-MalekJ. m'a envoyés par un Maure, 
son serviteur, en grand secret el de sa propre main". 



Louanges soient doiuiécs à Dieu l'Liniqu 
Seigneur de l'Univers, seul Ci-éaleur ! 



le Tout-Puissant, le 



Moulay Abd el-Malek°, fds du serviteur de Dieu, esclave du 
Grand Seigneur, le sultan Soliman' qui baise la terre devant 



soui lequel le chérif Moulay Kbd elMalck 
étaU conDu en Europe. Il est appelé plus 
bai ; Mulfi Hametc el-Malequc. 

I. L. lilr. Slncral C|.«.r..| Blogi.! 
M|age>ta]'' a ^té ejoulf par l'inlerprèlc 
oipigDol de répoquc, qui saviit que la Ira- 
ductioD de cette lettre devait passer sous 
les yeux de Philippe U. 

1. Celte mention a été ajoutée par l'in- 
terprcte espagnol de l'époque. Le mot 
copie est vraisemblableraenl mis pour : 
copie en espagnol, c'csl-à'dire traduction. 
On peut admettre aussi que l'interprèlc 
ait voulu expliquer quo le document qu'il 
traduisait n'était qu'une copie. 

.1. Le teile porte ; ilou/adal. 

4. L.0 texte porte ; Aliaoxarifc. Ce mot. 
que noua avons traduit par : Surintendant 
général, a également le sens de : Keccveur 
des douanes, et que eobra hs derechoa rir 
Ini mercarlerias que enlran r saUn <lc Espaiin. 
V. EcuiLAZ, ail mol Atmojarife. 

5. Le sens do cette phrase un pou com- 
pliquée et que nous avons traduite littéra. 
lemeol doit être expliqué et commenté. 



El-Hadj ol-Mcrin IMerini?;. 
Moulay .\hd el-MaleL. avait pris une copie 
de la lellro qu'il avait écrite de la part de 
son souverain au caïd deTélouan etï Mou- 
lay cl-Fedhol, et il avait adressé cette copie 
i un agent du roi d'Espagne avec lequel il 
correspondait secrètement. Cet Ël'Hadj 
cl-Merin avait été acheté par Philippe II 
et c'est ce qui justifie le qualiGcatlf naestro 
Moro donné à ce secrétaire infidèle, qui 
transmettait tout ce qui était do nature i 
intéresser le roi d'Espagne. C'est pourquoi 
nous le voyons annoncer, en même temps 
quo la copie de la prcicnle lettre, des aviaoi 
qu'il adreaso en grand secret, par l'inlermé- 
diairo d'un Maure son serviteur; le tout 
est écrit de sa propre main. 

6. Le texte porte ; Mutei Hamtle et Ma- 

'"'"■. 

7. Soliman, probablement pour ; Sélim ; 
mais le sultan régnant éUit Amurat 111 
(tS^^-iSgg) et non Séllm. Il est difficile 
d'expliquer une pareille erreur de la part 
do Moulay Abd el-Malek. qui avait eu lui- 
même recoun au sultan Amurat III pour 



, Google 



348 LETTRE DE MOULAY ABD EL~HALEK AU CAifD DE TÉTOUAN 

Sa Face (que Dieu le glorilie I), roi et seigneur des Maures et det^ 
royaumes de Fez, Merrakech, Sous et Taroudant', ainsi que de 
tous les territoires détenus par ses ennemis. 

A nos chers amis, le Caïd de notre ville de Tétouan et Ahmed 
Moulay el-Fedhol, notre Trésorier, que Dieu vous garde ! 

Nous vous faisons savoir que le loup maudit', notre véritable 
ennemi, le chérif Moulay Mohammed', est arrivé devant notre ville 
de Merrakech, mordant notre troupeau \ pillant nos amis et répan- 
dant leur sang, sans tenir compte de ce que je suis le vrai roi, par 
la grâce de Dieu. Il dépense ses trésors, ta lance à la main*, à 
combattre les défenseurs de notre Loi. Grave péché que de négli- 
ger ainsi la poursuite des Infidèles, pour se tourner contre nous, 
les eouUens de la justice et ses vengeurs contre ses ennemis, et de 
nous traiter comme des mécréants I 

Je vous avertis de cela, afin que vous en soyez informés comme 
de fidèles amis. Nous sommes dans notre ville* et dans notre 
royaume en paix, et nous espérons qu'il en sera toujours de même 
pour vous. Quant a notre cœur, il reste toujours blanc comme la 
neige pour vous'. Que Dieu vous garde, comme étant tes serviteurs 
du Seigneur et mes sujets 1 



rentrer en poueuion de rempiredu Maroc. 
Il doit j avoir It une inadvertance du co- 
piile oii du traducteur. 

I. Le texte porte : Ça: e Tarudenle. 

1. La tei.tfl porte : El lobo dalfado. 

3. Le teite porte : Mulei Hamett Xarift. 
11 eiitte dam lei relatioui europiennea du 
tempi une grande confuiion entre lei 
non» dei deui compétiteur) au trOne du 
Maroc ; va a vu plui haut le nooi de Mou- 
hj Abd el-Malek traniformi en ceui do 
Malaeo et de Mufti Hamete el-Maleque, on 
rencontre souvent : Sfoul'^y Malek, Moulai 
MouloaCf etc.. maia on ne trouve qu'oi- 
ceptionnellcment, avant oua prcscei formes, 
le titre de Chérif (Xarïfe). qui Bemblo ré- 
servé ï son rival, appelé souvent comme lui 
Moulaj Hamel (Mu/ci Hamete). 

&■ Le texte porte : mordleado ta nuestro 
ganado. C'est la continuation de la méta- 



phore du loup nuiadU, Notre troupeau eat 
mis pour ; nos gens, nos partisans, nos 
amis, comme l'indique le conteite. 

5. Le telle port# : giutando tut letoroi 
eon tança en mono. 

6. Comme il o*t annoncé, quelques 
lignes plus haut, que MouUj Mohammed 
s'est présenté devant Merrakech. il faut 
rétablir, pour t'înlelligence de cette phrate, 
que Moulaj Mohammed, apprenant l'airri- 
vée de Bon oncle, avait auparavant évacué 
Merrakech et que ce dernier j était entré 
en vainqueur, ce qui est conforme d'ailleurs 
aui récits des hïstorions arabes et euro- 
pécn,. 

7. Costàdire : « iNous n'avons à votre 
égard que de bonne» intentions». Dans les 
périodes d'anarchie, les prétendant* maro- 
cains se montrent toujours préoccupés de 

I dca caïd* |>ar dea me«- 



, Google 



LETTRE DE MOULAY ABD EL-MALEK AV CAÏD DE TÉT0UAT4 34g 

De notre ville de Merrakech, le i8 de la lune de mars, l'an de 
la naissance de Notre Prophète' 983, 

Le copiste a ajouté : Copié pour monsieur Tirao, en vertu 
d'une autorisation royale. — Archives générales de Siraancas*. — 
ao août 18147. 

Archives espagnoles du Gouvernement générât de t' Algérie. — Pf 350 
(anciennement : 2' carlon, 9' liasse, n" 10). — Copie du \tx' siècle. 

Mgei pleini de promeues. Cea dernière, ne de l'bégire. Mouta; A.bd el-MaIck fait 

Mchant pas quel est celui des compétileun uMge, pour la mention du moîi, du calen- 

qui sera viclorieui, restent généralement drier chrétien, co qui est conformo A ses 

sur une prudente réserve, habitudes européennes. L'année 983 de 

t. 11 j a lï évidemment une erreur de l'hégire allant du II avril i5-;5 au 

rinlerprète espagnol, qui aura traduit 3i mars 1576, la date de cette lettre rame. 

higirt par : naUianct de Mahomet, soit par née i l'ère chrétienne doit être : 18 mars 

inadvertance, soit pour se faire mieux 1576. C'est à tort que la data 1677 a été 

comprendre d'un lecteur chrétien, habitué indiquée par M. Jacqubton, Op. eit., 

à compter d'après l'ère de la naissance de p. 73. 
Jésus-Christ. Il faut rétablir : l'enitée gS3 1. Seerelaria de Eslado, legajot autltos 



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LETTRE DE HENRI lit A HOULAY ' 



XCI 



LETTRE DE HENRI TII A MOULAY ABD EL-MALEK 

(Tbaductios ') 

Moulay Abd el-MaIck, apri's avoir soutenu victorieusement ses droits sur le 
Irône du Maroc, avec le concours de Ramdan Pacha, et réduit à la fuite son 
neveu Moulay Mohammed el-.Vestoukh eut à se préoccuper de deux dangers: 
les armements du jeune roi D. Sebastien manifeslement préparés en vue d'une 
expédition marocaine el les prétentions mat dissimulées du Grand Seigneur. 
Très au courant de la politique europ'-enne. depuis le séjour qu'il avait fait à 
Constantinople, Moulay Abd el-Malek lit p,irtir pour l'Europe un de ses agents, 
a IccapitaineCabrette ■, et lui confia une double mission auprès du roi de France 
cl aupri-s du roi d'Espaj;;ne. Cette dernière était de beaucoup la plus impor- 
tante, puisqu'il s'agissait d'un projet d'alliance offensive et défensive entre 
Philippe H el le Chérif. en cas d'une attaque des Turcs. Moulay Abd el-Malek 
espérait, comme premier effet de cette alliance, que le roi d'Espagne amènerait 
son neveu D. Sébastien à se désister de ses projets belliqueux. Philippe U retint 
Gabrette à sa Cour, ne se trou\ant pas assez rcnscifiné pour répondre aux ouver- 
tures du Chérir et il fit partir pour le Maroc le capitaine Francisco Zuùiga. trî's 
lié avec Abd el-Malek. pour ^e rendre compte de la situation. Le Chérif ne 
voyant pas revenir son agcnl Cnbrelte écrivit une seconde lettre à Philippe 11 le 
lO avril 1077 et l'envoya porter |»ar le l'ère Diego Marin. 11 faisait de nouvelles 
ouvertures en vue de l'alliance hispano-marocaine '. 

Un certain Cabrelte s'est présenté à notts, comme venant de votre part. — 
// fi été reçu en audience et nous !ui avons remis une lettre pour vous. — 
Nous avons su depuis que cet envoyé était allé trouver le roi d'Espagne, 
et qu'il était resté à sa Cour. — !\'ous vous prévenons du/ait, afin que 
vous sachiez qu'il a trompé votre confiance et que vous traitiez cet 
envoyé comme il le mérite. 

I. Traduction en français de la traiiiic- de celle lettre (3'' i>Brtie du Doc. \CV, 

lion italienne qui était jointe à la lettre en- pp. 363-360). 

yojH par l'abbé de L'Iale i Moussa ben 1. Cf. SS. Hist. Maroc. i"i<n>. t. iV 

Abd en-Kebi. ambassadeur de Moulay Abd (Angleterre) et I. V (Espagne). CARamt, 

el-Malek, le i3 mai 1577. V. le texte italien t 11, pp. 3!i!i et 34S. 



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LETTRE DE IIE^B1 



MOULAY ADD EL-MALEK 



Illuslrissime prince et bon ami. 

Un nommé le patron Cabretto' étant venu auprès de nous, il y 
a quelque temps, de votre part, nous l'avons reçu par amitié pour 
vous, très aimablement. Et l'ayant entendu sur ce dont il disait 
avoir charge de vous pour nous, nous l'avons expédié pour s'en 
retourner vous ti-ouver, comme il montrait l'intention de le faire, 
vous ayant écrit pour lui une lettre de créance. 

Depuis, nous avons été prévenu qu'il est allé trouver le Boi 
Catholique et que, sous promesses qu'il lui a faites de lui rendre 
beaucoup de services, celui-ci l'a relenu comme son pensionnaire. 
Et parce qu'il nous déplairait beaucoup que la confiance que vous 
avez en lui et les lettres qu'il a de nous lui servissent à vous trom- 
per, nous avons voulu par la présente vous donner cet avis afin 
que, s'il va vous retrouver, vous le reconnaissiez pour ce qu'il est. 

Et sur ce. Illustrissime Prince, clc. 



t . Celle dale a pu Élre reslituéo au mojen 
(lo la mention placée par le secrétaire do 
Tabbé de L'hle à la suite de la minuto de la 
lettre du a3 mai i5-;7 V. p. 306. note i. 
3. Ce Cabretto s'apjielait en réalité Louis 
Cabrelto (dana les Doc. espagnols : el capi- 
lan Luii Cabrtla). Il était français, aiiiii 
que le dit dans deux lettres Vargas, amlia;- 
Fadeur d'Espagne i Paris (A'c/i. Soi. — 
K. lâiâ, p. 8i, et K. i55-;, p. 38), et qu'il 
résulte d'une dépéclie de Mcvouillon, gou- 
verneur do Marseille, i Charles !X, en date 
du 10 mars i57i, dans laquelle Cabrelto csl 
qualifié « un dn nos naturels subjccis qui se 
trouve H Mger » (II. \. — Fonds fr.. Ms. 
3899, r. 319). Sa profession d'Iiommo do 
mer (patron de navire) le mil en rapport 
avec les Turcs et les Bsrbaresques et il 
devint un intermédiaire entre Moula; Abd 
el-MaIck et les Dations chrétiennes. On a 
vu dans le sommaire les motifs pour les- 
quels Philippe 11 l'avait relenu en Espagne. 
Cabretic arriva à se justifier auprès de 
Henri IJI, car on lo trouve, en janvier 



1578, à Parts, charge d'une mission secrète 
et reçu en audience par la Roi el la Reine- 
mËre; grand faiseur de projets, il proposai! 
à Henri III une ligue générale contre les 
Turcs et lieaucoup d'autres choses ellrava- 
ganlcs {ArcI,. NoI. — K. iSi;, p. 78). 
C'était un agent équivoque : 11 V. M. s<;ait, 
écrivait Vivonne, de quoj se mesie ledict 
Cabrotte, lequel je luj aj as 

lalcur cl instrument de ceu 
viennent, pour l'emploi 
pensent rendre icj leurs eoquîles [projets 
chimériques! et assez hors de ec qui apar- 
tieiit i la qualité d'aucuns ol ï ce qu'ili 
doibvent tant ï leur Roj qu'a leur mesme 
honneur. « (B. N.^Fond) fr.. M$. 16108. 
f. 3^7). Nous retrouverons plusieurs fois 
ce personnage dans les SS. Hist. Maroc, 
i " Série ; il est l'auteur du Diicurso liecito 
en summa... mémoire dans lequel il fait 
valoir au Grand Seigneur les avantages de 
ta conquête du Maroc. 



z painct, et 



I qui vont et 
I do cculi qui 



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lf:ttiie de hamdan tacha 



LETTRE DE RAMDAN PACHA' A L'ABBÉ DE L'ISLE' 



A l'occasion de l'envoi d'un ambassadeur d'Alger en France, et en témoi- 
gnage d'amitié envers le Hoi Très Chrétien, il a relâché les captif s français 
de ton royaume. — // a, en outre, fait rechercher les Français détenus 
dans les royaumes de Fez et de Merrakech et a fait rendre la liberté à 
plusieurs. — Il a accrédité auprès de l'abbé de L'isle le porteur de la 
présente. 



Satcription. alla manu : AIlo lU[u8trissiJ'»° S[ign]" U S[ign]'" bas- 



I. Lep*cb«R*milanét*il,iJ'aprèiHaëdo, 
un Ten^gtt originaire de Sardaigne, ce que 
u fignature aulograptie Et re d'AlgUri 
rend très vraisemblable, bien que l'abbé de 
L'Ule. dani une letlre i Cliarle» IX. le donne 
corame étant Turc d'origine (Chahhi^hk, 
t. m. p. 554). 11 fut désigné par le SulUn, 
h la demande des More* d'Alger, pour rem- 
pltc«r le ptch* Arab Ahmed et arriva k 
Alger on mai iS^S. Ce fut lui qui, confor- 
mément aui ordres venu* do Constanti- 
□ople, marcha sur Fei pour loutenir Ici 
droiU de MouUj Abd el-Malck contre ccui 
de Houlaj Mohammed el-Mesloakh II fut 
remplacé le ag juin 1377 par Hassan Pacha 
(le Vénitien) et quitta Al^^er, également 
regretté des More) et des Turcs. Le Sultan 
le nomma pacha de Tunïa et lut donna on 
1079 le gouvernement de la province de 
TIemcen, qu'il érigea, en la faveur, en 
pacbiliL indépendant d'Alger. Ramdan 



avait pour mission de surveiller le* agiaie- 
menta du chérlf Moulaj Ahmed elMantwr 
qu'on soupçonnait d'un rapprochement 
avec Philippe II. Il ne rejoignit pas son 
commandement, mais revint à Alger (mars 
i5So) a la soilicilation des Janiiuire* mé- 
content* d'Ilaxan Pacha. Il y resta jus- 
qu'au sg août ibSo, date où il s'embarqua 
pour Conslaotinople. Il retourna comme 
pacha à Alger en avril i583 et quitta ce 
pachalik en «oAt i563 pour celui de Tripoli, 
où il mourut en i584. Cf. UaBdo (Tni- 
ducfion GHiiMiiariT), pp. 1 5S- 1 67 1 Ca«ii- 
HiÈae, t. m et 1. IV. paisim. 

1. Gilles de Noailles. abbé de L'Eile, 
(l5li-l^g7}, alla en 1375 i Conslaotinople 
remplacer son frère François, évèque d'Acqs 
(Dax), comme ambassadeur auprèsduGrand 
Seigneur. Il revint en France en 1678 et 
succéda k son frère h l'évèché d'Acqt. 



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ciator del Re de Francia, mio ossfervatissi]"'". In Costanlinopoli 
(xvi' siècle). 

Au dos, alla manu : Ramadan, Passa d'Alger. R[eçu] le xiii" may 
audîct an (xvi* sâclé). 

En tête, alla manu : i3 mars 1577. — C. (xvii' siècle). 



Illustre SIgneur, 

DcsiranU do nostre part et en tant que à nous est possible con- 
server l'amylié qu'est entre le Grand Signeur, mon Signeur, et le 
Très-Crestien Roy de France, n'ay fally ces jours passés, envoyant 
mon ambassadeur en France, rechercher par bandz' generaulx par 
tout ce règne' tous les Françoys, à cette fin que, selon le bon 
plaisir de l'ung et de l'aultre Signeur, fussent relaschés. 

Et de plus, non contentz de cette diligence, avons faict recher- 
cher en Fez et Marocco tous ceulx que a esté possible de sçavoir. 
De manière que, de compagnye de nostœ di[ctj ambassadeur, en 
avons donné liberté à plusieurs. Et ferons toutes foys et quante» 
qu'il en viendra en noz mains ou bien viendra à nostre notice, 
comme de tout ce en a esté amplement informé le Ïrès-Crestien 
Roy. 

A celte cause, nous ferez singulier plaisir de rcceveoir de nostre 
Chiaya', présent porteur, les lettres que nous vous envoyons pour 
les présenter particulièrement et avec singulière recomandation ù 
qui elles s'addrcssent, et. ce faict, en solliciter responce, et, icelle 
hcuc, la donner entre les mains dudict nostre Chiaya, à cette fin que 
puis ajtprès puisse rescripre à Sa Magesté, M'asseurant que ferez 
tant bon office que de fere et dire tout ce que ledict Très-Crestien 
Roy est servy que faictes pour nous. 



I. Banà:, pour bans. Le ms. porlail i. Règne, pour: royaume, et ici pour: 
d'abord bandes, qui ■ élé corrigi en baniU, Régence d'Alger, 
de la même écriture que le reite du docu- ^ 
ment. Ramdan Pacha avait Tait pubUer ^- ^''•"l"'- P"** ^iihia l.*lr, mol turc 
de* bans dana la Régence d'AJger pour la signifiant majordome, lieutenant, pré- 
recherche dea captifs français. posé. etc. V. p. 355. nolo 3. 

Dr. Castbibs, I. — a3 



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:\H 



I.KTTK»; l>K 



Et au demeurant, en vostre particulier. 
plaisir, le ferons de bien bon cœur. 

D'Algier, ce i3 mars entre vous' 1577. 



I.'aUBÉ DR LISI.K 

ou» pouvons fere 



Propria manu : El re d'Algieri. 

Ramedam Bascia. 



Caché estampé placé ù (/auche ef au-dessous de ia signature. 

Ministère de la Guerre. — Arcttives historli/ues (période ancienne). 
Correspondance, Vol. 3, /. 't3Ô. — Oriyinal^. 



I. £nlre vont, c'est -à-dire, d'iprèa voire 
minière de compter, d'après le calendrier 
chrétien. 

1. Ce manutcril eit un dca plui ancien* 
et dei plus curicui de> archives hisloriqu» 
du Miniitèrc de la Guerre, H fait parlie 
d'une série de plusieurs rcgiitres. Formés 
de documenta diplomatique* réuni* par la 
fomille de Noiilles, qui en Hl dou au roi 



vert le milieu du iviji> ùècle. Le vol. ii<> 3. 
composé de documenli allant de iS^i ■ 
1377 et louf en originaux, a encore la 
reliure, les éliqueltes gravées et la table 
qu'il avait i son entrée au DépAt de la 
Guerre, «ous l'ancien régime. Le litre au 
dos du volume est le luiianl : Dépêcha el 
Jtfrm[oirej) dei Am>\atiadfan\ de Fr\ancr\ 
et Gil\lei] de .Voi«e(j| à C<HUton(inop|/r]. 



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LETTRE DE BAMDAN l'ACllA AI GRAND VIZIlt 



LETTRE DE RAMDAN PACHA AU GRAND VIZIR 
MEHEMET P\CH\ 

(TnADl'CTlO^ ITALIENNE ') 

Des corsaires île Bizerte ont capturé, près de Marseille, vingl-cinq Français, 
gens riches et de qualité, qu'ils sont allés vendre à Tétouan. — Ramdan 
a fait partir pour Tétouan son ckaouck Sliman avec l'ambassadeur du 
Maroc, afin de demander la mise en liberté de ces esclaves, au nom de 
l'amitié existant entre la France et la Turquie. — Les captifs ont été 
remis à Sliman, qui tes a ramenés à Alger. — Ramdan, pour prouver 
son amitié au << Seigneur de France », (es a fait partir avec son ambas- 
sadeur pour Paris en compagnie d'autres esclaves français détenus dans 
la Régence d'Alger. — Le a Seigneur de France o les a reçus avec une 
grande reconnaissance; il a célébré les résultats de sa soumission au 
Grand Seigneur, assez puissant pour lui faire restituer des Français 
capturés par les gens du Maroc. — La mise en liberté de ces Français 
e.U un fait d'autant plus important que l'un d'eux n'avait pu être délivré, 
malgré une somme de cinq mille ducats qu'il avait offerte pour sa ran- 
<^on. — Les corsaires ont donné au chaouch Sliman deux mille ducats 
pour qu'il laissât entre leurs mains les esclaves français. — Sliman leur 
a rendu leur argent. — Éloge de SUnian, que Ramdan recommande 
au Grand Vizir. 

(Alger, i3 iD-r. 1677.1 

Au verso du folio kUO, alia manu : Traduction d'ung arze* du S' 
Ramadan, Vice-Roy d'Alger, en faveur de Soliman Cbaoubc '. pour 

I, Celte Induction, qui est conlempo- cequieit préienté, Arieest l'éijuivalent du 

raiue de l'originBl, a été faite pour l'am- mot italien ragaaglia, employé dans le 

de France et par son ordre et se* présent document. 
i. 3. Chanular nt plu» bas dan; le leile îta- 

. Ane, du turc A-Oc exposé. rc<jiii-lc, lien Ciuuji, du turc ^jU- en Algérie ^jLm. 



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HÂft I.RTTUR DE H*MDA\ PACHA AT r,IH\n VIZIH 

avoir fuicl délivrer iiucuns esclaves frativoÎK |inns par des roi-saire;* 
Turcqs et vciiduz et détenue au Roy"" de Fez. 

La coppie dudict ar/e en lurcquescq' y est encloz. cerliftîé par 
Orem Bey et est esciit de la main d'Aly Ceiihy', escrivain Mention 
de chancellerie du xvi' siècle . 

En tfite et aa rrayon. nlia mnna : ^H mai 1077' (\ix' siècle). 

Ti-adutioiie délia letlora del Sifrnor Itainadan Passa de Algfiieri 
al mit^nillco Sifinor Mclicinet Pas^a. Primo Vcsir in raeoinanda- 
tionc di Suleyman ('iaiis. 

Alla honoralissima et j>iTtioMissiiiia lerni dsolto ' i piedi fcli- 
cissimi <li \ostra friirissiina Magnifîcrntia, la quai terra aereseie la 
grandeza de rhi vi si appre^aa, et è lutia' et médicinal poivere 
agl'oclij delj grandi ehe alla Eceelssa Porta si airovano. 



Régulièrement : huissier, garçon de bureau. 
Ce mot ■ pris un sens iolinîment plus 
élenilu «t l'applique k k>ut tgent porteur 
d'un ordre. Il est ici le sjnonjme du mot 

turc Kiahia \j^'S, prépoi*. lieutenint, qui 
cit employé dans le Doc. \C1I, p. 353. 

I. Gilles d« Noailles (abbé de L'isle), 
n'a eu, comme an le voit, entre lot mains 
qu'une copie ic en turcquescq ••. de la dite 
lettre ; celte copie aura Euns doute éU trans- 
mise par le Grand Viiir à rsmbaïsadcur 
do France en même temps que la Icllre 
que Ramdan écrivait lur le mi^nie sujet k 
cet amlussadeur de Kranco. Cette copie 
n'eiiste pas dans le lol. 3 de> Arclii>pit his- 
toriques de la Guerre. 

a. Cet Aly Ccliliy doit probablement 
Uie idcnliSé aiec .\li Tchcliby, qui fut 
envO}ié comme ambaiiadeur eUraordinaire 
de la Porte en France, quelques années 
.prè,. 

3. Cette mention au crajon, qui est 
erronée, a élé inscrite ven le milieu du 
xix' siMe. Cette date a été ajoutée sur le 
document sans discussion critique, mais par 
ta seule raison que la pièce se trouvait 
reliée entre dcui autres du i3 mai 1577. 



La date véritable est celle que nous «vona 
restituée entre crochets : celle lettre, de II 
même provenance et relative au mfime 
sujet que celle adrewée k l'ambassadeur 
de France, est manifestemenl de la m£me 
date, V. p, 35?, note 1. 

!i. D'sollo pour: di tolto. 

5. Tulia, de l'arabe Âj^dl et peut-être 
du sanscrit ludta. Nom donné i la cou- 
|)erosc blanche ou bleue, c'esl-b-dîre au 
sulfate de zinc et au sulfate de cuiire. Ce 
mol désigne également en Algérie I oijde 
deiincmé1édeprotoijdedefer(cadmie)qui, 
dansla médecine arabe, comme dans la méde' 
ci ne européenne, est la base de presque tous 
lescoiljrcs.Onen trouve des gisements près 
de Kenadsa (Sud-Oransis). Dans le style 
ampoulé de Ramdan pacha, le mot fulia 
est employé pour la grande panacée des 
maladies d'yeux, n La terre sur laquelle 
reposent les pieds du grand vi sir est. pour 
les yeui de ses ministres, comme une tatir 
bienfaisante. >i BulTon. confondant pmbt- 
blement la tutU avec le Kokeul JaS^(«uI- 
Ture d'antimoine), dit que « les femmes 
turques se mettent de la tutic brûlée et 



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LETTRE DE RiMDA: 



AU GRAKD \I/IU 



3Ô7 



n raguaglio di me, suo mlnimo schiavo et di nullo essere, è che 
nel luoco di Biserta, scalla de Tunis, li corsarî haveano armate le 
loro frégate di corso, et sono andati verso le parti di Marsiglia, et 
hano preso huomini vinticinque richi et di qualità, li qualli haiio 
menali in Tatouan. luoco sottoposto a Marocho, per vendcrli. de 
la quai cossa hautane ' notitia Suleyman Ciaus, che fu mandato in 
compagnia del imbascîator del sopradetto paese-, il che ha fatto 
intendere corne erano delli huomini sotloposti^ alla amicitia del 
felicissimo Imperalore e Monarcha', et li ha fato metter in iibertà, 
et menati seco qui et consegnati a me, vostro schiavo. 

Et desidcrando che verso ijuesic parti con l'animo si piegha- 
simo', mostrandone liella faccia, li habiaino mandati, insieinc 
con h nostri huomini et vostri schiavi, in Pariggi al Signor di 
Francia'. Per la quai cossa, il sopradetto Signore ha havuto smisu- 
rato piacere, et, essendo alla hobedientia del potente corne i cielli 
e patrone dei fatti, ha havuto simile benefitio, dicendo' ; « Per 
haver noi dlmostrato hobedientia a simille honoratissimo Principe 
del mondo di questi lempi. da Marocho et da altri contorni, essendo 
slatti presi li nostri huomini, ci sono rustituiti et mandati, e nella 
vitia felicissima et tempo del imperio suo habiamo similli gran 
bencfltii. » Nel che ringraliando. disse che, ogni sorte di scrvitio 
li sera comandato. lo harà per favore nel animo; et con desiderio 
aspeta l'altissimo comandamento". 



préparée dans Ici yeui pour le; rendre plus 
noirs n. Cf. Littré, au mot Tiilie; Enui 
i.Az, au mol Alatia; CunuN* 8usTAMA^T^, 

I. Hnulane pour : havulane. 

3. 11 j avait sans doule à Alger, a cette 
date, un envojé du chérif du Maroc. 

3. Ce mol est souligné, mais le trait est 
d'une encre différente de celle de la pièce, 
et ce signe, destiné à attirer l'attention lur 
le caractère tendancieux du mot, a dû être 
placé ï la réception. Lo pacha d',\lger 
rcclamait la mise en liberté descaptirs Tran- 
sis qui étaient, disait. il. des gêna places 
sous l'amitié, loua la protection du Sultan. 

i. Ces titres Imperatorc c MoiMichu 



désignent le Sultan de Constentinople, 

'i Si piighasimo pour; ci pieghatimo. Le 
«en» de la phrase est El désirant témoi- 
gner de nus bonnes dispositions pour ce 
pajs. 

ti. Les mots sont soulignés dans le tciUs. 
V. ci-dessus note 3. Le pacha d'Alger a 
la singulière prétention do représenter le 
roi de France, qu'il appelle « le Seigneur de 

SulUn. 

7. On a cru devoir placer entre g;uiUe- 
nicls les paroles prêtées par le pacha d'.\l- 
gor au roi de Franco. 

8 L'altissimo comandamenlo, c'c^l ï-dirc 
ail du Sultan. 



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358 LETTRE DE nAMDA>- PACHA AU GRA>D VIZIR 

Et delli sopradelti infîdeUi. per esser liberatli dalla schiavitù de' 
corsarî. alcuno di essi ha oQerti per se ducati cinque mîlia per baver 
la libertà, et non li fu concessa ' ; et li sopradetti corsari baveano 
datto al sopradetlo Suleyman Ciaus ducati dua mUia, pure che 
mostrasse de non vederli et non li levasse li ditti scbîavî dale loro 
manî. Niente di manco, il sopradelto Suleyman Ciaus, per essere 
molto buon rebggioso et fideUssimo, et havendo in raccomanda- 
tione l'honore et il servitio del fellcissimo Imperatore et le cosse 
a quelo apartenenti, non ha volutl accetare essi dinari, et li ha res- 
tituiti . 

1) qualle in ognt conto è valoroso, et in bogni grande negotio di 
importantia è suflicientissimo, e nel accomodare li difficilU negolii 
è peritissimo, a taie che non ha pari. Et per ricompensa di questo 
»uo servilio, essendo lui schiavo degno délie infinité gratie del feli- 
cissimo Imperatore, con quelle che spera per esser fatlo contento 
et satisfare al suo desiderio, acciô ne sia fatta suplica, lo essere suo 
alli felUciasimi piedi de Vostra Magniiicentia si he notifîcato. Nel 
resto il comandamento è délia gratiosissima Signoria Vostra. 

L'impotente el povero sno schiavo. 



Ministère tic la Giierrr. — Arckirex hixloriijues (période ancienne/. 
Correspondance. Vo(. .7. Jf. 'i3U-'iW. — Original. 



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LETTRE DE MOUSSA BEN ABD EVNEBl A l'aBBÉ DE l/iSLE 350 

XCIV 

LETTRE DE MOUSSA BEN \BD EN-NEBP .K L'ABBÉ DE L'ISLE 

[Péra. a3 mai 1577,] 

Au verso du premier feuillef, en bas et à droite : le cachet estampé 
ile l'ambassadeur marocain. 

Au verso du deuxième feuillet: Letlre de \lusso Abdul Nebi, 
ambassadeur du Roy de Fez vers le (ïrand Seigneur, escrite à Gons- 
tautinople. le xxiii' jour de may i^yy. R[eçeue] aux vignes de 
Péra, ledict jour (xvi' siècle). 

En tête, alia manu : 23 may 1Ô77 (wn* siècle). 

i.j 11 *;\U- A. jhii jji o> jf o>-jjii J ' jîi J^f ^1 a<;'Vi Ji 
J-j dii-> 4jU ji 4^U\ c^J^i j 4 \À\ ^^ j *^i t>* V 

^% J- J>^' ^.a ^ VI <iAii ùjC l. /"V V ^U sj^_>Ji 

I, Mouwa ban Abd en-^ebi, u ambassa- recles qui abondenl dans celte lettre. Nous 
deur du roJ de Fez n auprès du Grand no rolcvorons que celles qui peuvent nuire 
Seigneur en 1677. ï l'inlolligence du teite. 

■1. Pourt5JJI. [I semble sans intérêt de 3. l'our^jl_l. 

signaler les locutions vulgaires ou iocor- 



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lOO LETTRE DE MOLSSA BF.N ABI> EN->KBI A L ABBE DE L ISLE 

j^ Ijl J dii'lLL' J bjUaU ^ Al}l ^IA o^ lf«f> ^J^ le i*^ «J^l 

Ll li_^ * dJ._^ L. 'jUS ^V lilli ^ ^ jjUI o' (? 'ii' j; 
j^ Ijji V^l «,j J. t. illi OV JjLl J >i j .U Jgo 

987 'fU 

Ministère de la Guerre. — ,lrrft(cc« hislariijaes (ftérinde ancienne/. 
}rrespondance. Vol. 3, /. ^i37. — Original. 



1 , Pour C^ja\ 










;. Pour S^. 








lélc de la lettre et au vcr«o du deuiicme 








feuillei fournit la date eiacle de «tlte lettre. 


3. Pour j^_. 








U l3 mai 1577 correspond au S de Bbia 








el-Aouel 983. Il est i peine néce^^uiro de 


i. Le mol J." 


str 


■■pélé 


9n> 1 original 


ra[)i>elcr qii'k U date du 93 mai i57g, 
MouIbj Ai>d cl-Maleli rtait m'.tt <l<'|n>is 


5. U date r,tt- 


ma 


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LETTRE DE MOUSSA BEN ABD E^-NEBI A l'aBBÉ DE LISLE 3ti I 



XCIV "■ 



LETTRE DE MOUSSA BEN \BD EN-XEBl \ L'ABBfi DE LiSLE 
(Tbaductios italienne) 



Snn mnitre, le roi de Fez. désire enirelenir avec le roi de France ries rela- 
linnx amicales, comme Hen existe entre te Grand Seigneur cl le mi de 
France. — Il charge le drngmnn Hadjl Hassan de poiirsuirre In négo- 
cialion. 



[î3a 



1577.1 



Au dos, propria mana : Traduclio[n] faite par Assafn] Bey, 
(lrof^ueme[n] du Grand Seig^ d'une lettre de Moze Adul Nebi, 
Ambassad[eu]r du Roy de Fez, laquelle led[ict] Assa[n] me porta 
le a3 de may 1577, 

En tête, alla manu : L'amb[a55a|d|curj'' du Roy de Fez à M. l'abé 
de Lisie (\\u' siècle). — aS may 1577. — C. (wii' siècle). 



Al nome di uno solo Idio. 

Ill[u5trissi]'"'' Signior, et il maggiorc, eletfo infra il populo suo et 
representator in tutti li negotij ocorreno per Sua Mfages]" Xpfist]ia- 
nissima in Lcva[n]te, ho avuto mollo desiderio ritrovarme co[n] la 
S[ignoria] V[ostra], per negotiar[e] et concludere alcune cose co[n] 
la S[îgnoria] V[ostra], che la M[agesy' del mio Re ' me ordenô, che 



I. Moulaj Abd el-Malek (1Ô76-1578). 
frère tie Moula; Abdallah tl Ghâlib bi Allah. 
El «'enfuit i Conslantinople i la mort de 
•OD père Moulej Mohiminod {i557) pour 
chercher t faire appiiTcr par le Sultan se» 
prjlenlîona au trAne du Maroc : il épousa 
la fille de Hadjî Muralo, célèbre renégat. 



Le Grand Seigneur, qui aapirait au litre de 
KhBlifadorislarn.oisitcetteoccasion d'affir- 
mer sa »uie rai ne tè surle Maroc etiui fournil 
dea secours. Il eit appelé dans las documenta 
du temps : Moulej Melach, Maali Molar, 
Malai Metuc, Abi Melaij, etc. 



, Google 



LETTRE HE MOUî'SA BEN 



L ABBE DE L I8LE 



iiiiporlânn in rose di stato. Et. per esser chc hio son slato molto ocu- 
palo, no[n] ho avuto tempo ritrovarme co[n] la S[ignoria] V[ostra] : 
ma non puoi far t'homo più di q[ue]e)lo vol la Sua Divîna Magestà. 
Dunchemandoin loco mîo il n[ost]romolloainato,il S[ignior]Hagi 
Hassiin draghoman, co[n] la présente. Che la S[ignona] V[ostra] li 
doni crédite in tut[oq[ue] ellodirda la S[ignoria] V[ostra], co[m]mesi 
fosse la propria pcrsona mia. Et la resposta che averami anar[ej la 
S[igiioria] V[ostraj, sïa co[nJ il detto Hassan ; dico tanto per adesso 
co|n] me, che co[nJ il mio Kea l'avenire, no[n] co[n]altro. La quale 
ottorilà ho, siè che il mio Ke di Fes dezidera laamicitia delà \I[ages]tà 
del Re \p[ist|ianissimo. v[ost|ro patronc. cossi co[m]me l'aveto 
con la Mfagesjtà del Gra[n| Signior[e], no[n) aitro'. 

Prego N[osl]ro S|igniorcj Idio che di maie a V[o8traj S[ignoriaj lo 
guardi . 

Di Cuiislaii[tinu|>o|li. a diôdi rehîut euucl. et 23 di maggio 1Ô77. 

H v|o8tJro amico Mussa Abdul IVebi, inba\ator|c| 
de la M[agesjlà di Re di Fes. 

Traduxione de latlettelra sua. 



Minisièrc rie la Guerre. 

dorresponrlance. ro/. 3. f. ' 



Irchii'es historiques (période ancienne). 
'. — Oriffinal. 



,hf: 



t. « MoD roi do F» délire l'amilir i 
Sa Majolc, le Roi Très-Clirplinn. vot 
maître, de même rjud vous l'aiee aier ; 
MujetlpIeGrani) Soigneur, nonautremenl 
Celte phrase n'e»l pat dans le teilo 
mai> elle a été bjouIpc par le drogman El- 
Hadj Uhsen (Has^n- Bf }) comme Iradiii- 
tant Ic9 inlenlions de l'ambas!.adGur ma- 
rocain et par crmaéiiuenl celles de son 
souverain Moula» \bd el Malek. Le» P.ii». 



alion avec les nattons chrétiennes qii 
il de guerre permanent. Telle était d'ail 
rs la politique des ÉlaU chrétiens vis-i 
de rUIam. L'alliance de François T' 



t Solim, 



fît e 



du Maroc la [lossibilité de relations {laci- 
fiqucs avec la Chrétienté, Ce fut, pendant 
plus d'un siècle, une idée de ta politique 
chérilieniie d'entretenir avec la France une 
amitié «emblable i celle qui unissait cette 
puissance  la Sublime Porte. 



y Google 



LETTRE DE MOUSSA BEN ABD EN-NEBI A L ABBK DE L ISLE .10.1 
XCIV '" 

LETTRE DE MOUSSA BEN ABD EN-NEBI A L'ABBÉ DE L'ISLE 
(Tradcctios fbahçaise') 

Louange au Dieu unique ! 

Au très illustre, au très magnanime, qui occupe un rang élevé 
dans sa nation, en qui son souverain a placé sa conBance, parce qu'il 
a vu en lui une amitié parfaite et une conduite intègre, à l'ambas- 
sadeur du roi de France, que Dieu l'ait en sa garde et que le salut 
soit sur tous ceux qui suivent le droit chemin ! 

Ensuite il n'y a rien de nouveau, grâce à Dieu, si ce n'est le bien et le 
salut. J'étais, par Allah ! , désireux de jouir de votre présence auguste, 
afin de régler nombre de questions importantes, mais cela ne peut 
avoir lieu qu'avec la volonté de Dieu, que Sa Gloire soit proclamée ! 

Certes, par Allah I, mon roi m'a ordonné de me réunir à vous 
et de me concerter avec vous sur toutes les affaires qui auraient 
de l'intérêt, s'il plaît à Dieu, pour notre Sultan aussi bien que pour 
le vôtre. Telle était ma mission, que la destinée plus forte que ma 
volonté m'a empêché d'accomplir '. C'est pourquoi [je charge] mon 
ami El Hadj Lahsen de vous aviser de toutes les affaires qui 
touchent à notre commun intérêt et je vous prie, s'il plait à Dieu, 
d'avoir la bonté de vous entretenir avec lui et de m'en rendre 
compte, car, en tout ceci, je n'agis que dans un but d'amitié et 
mon désir est de favoriser l'intérêt général, s'il platt à Dieu. Voila 
ce que j'ai k vous dire. Que Dieu vous garde par sa faveur 1 Salul. 

Ecrit par l'humble serviteur du Dieu Très-Haut, l'esclave de notre 
maitreAbd el-Malek, sultan de Merrakech et de Fez, le pauvre devant 
Dieu Très-Haut, Moussa ben Abd en-Ncbi (Dieu lui pardonne!) 
dans la première décade de Rbia I", année 987. 

1. La traduction îtatienDe du temps i. Mol k mot: ot c'est moi qui étaii 

nous a paru trop peu conforme au texte chargé de cela, mais la deilinée l'a emporta 

pour ne pas donoer de celte lettre une sur cela. 
seco'nde traduction d'après l'original arabe. 



, Google 



I.ETTBK DE L .»BDK DE L 18LE \ MOUSSA BEN ABD EN-NEBI 



xcv 

LETTRK DK: L'ABBK DE LISLK \ MOLSSV BEN \BD EN NEBI 



// acctise réceptiim de la prérddente. — Il a eu une enlrerae avec le ttrog- 
man Hadji Hnssan , en qui il place déxormais sa confiance. — Son maître. 
le roi de France, connnit et apprécie les bonnes dispositions du roi de 
Fe:. — Il lui transmet une lettre du riii de France pour le dit roi de 
Fez. 



Au dos, alla manu : Copp[ie] de l[ett]re escrite à I'amb[a8sadeu]r 
du Roy de Fez. — Du a3' may 1677 (\vi' siècle). 

En marge, alia manu : 23 may 1577. — C. {xvi" siècle). — L'abé 
de Lisle a ranib[assa]d[eu]r du roy de Fez (xvi' ou xvn' siècle). 

Air Ill[ustn8sijmo 5Îg[nJor, 
li 8ig[n]or Mosse, Amb[a8ciat]or del Re di Fez in 
Con 8t[antinopo]li . 

lll[u8trissï]mo Sig[n]or, ho ricevuto hoggi la gratiss[im]a v[o]slra, 
scrittaristesso giorno. Se la S[ignoria] Vfostra] ha desiderato poterse 
ritrovar con me, secondo l'ordine del Re di Fez, suo p[al]rone, per 
cose di stalo a luj înporlante, m'ha non meiio dispiaciuio che V[os- 
traj S[ignoria] non habbia Irovato la comodilà, corne di parte mia 
l'haverej mollo volonliere ricercaia, per abocarme con lej. Ma, poi 
che ha parsoa V[ostra] S[ignoriaJ di ma[n]darme in luocosuo Assan 
be), dragomano, con la d[etta] sua, ho tanto eslimata questa corte- 
sia, qua[n]to la posso assicurar d'baver molto volonlier visto et 
senlito detlo Assan, el poslo in luj per sempre la medesima confi- 
dentia che dusidcra la S[ignoria V[oslra). Circa l'amicitia del Christ- 



, Google 



LETTRE DE l'aBBÉ DE l.'lSI.E A MOITSSA BEN ABD EN-NEBI 365 

[ianissijmo mîo p[al]rone, ch' il v[osl]ro desidera cossj corne l'havemo 
COI» l'altezza del Gran Sig[no]re. io credo che dette v[ost]ro Re ha, 
già gran tempo fa, cognosciuto il suc buon anime verso di luj. Et 
se li è gralo ricercarlo cen suoj messj, d'altra prova e certezza per 
l'avenire, non dubito punlo cheno[n] n'habbia quella che si co[n]- 
vien fra principj. 

Ho qua incluse la (raductione d'una l[etle]ra mandatame da 
S[ua] Mfagestà] X[pistianissi]nia per detto Re' v[osl]ro, aciochè 
V[ostra| S[ignoria] possj mostrargliela con quel puoco che vi è 
agtonto. per servirlj d'adviso, si per disgratia no[n] ricevesse la 
detia l[etle]ra. Et vederà in che co[n]to è tenuto dal detto Re mio. 

El con qucKte facendo fine, pregho il sig[n]or Dio omnipotente 
baver la S[ignoria] V[oslra] nelia sua S[an]la gardia. 

Délie vigne di Pera, H' 2.3 magie 1077. 

V[ost]ro amico, Egidio de Noailles, 
Amb[asciat]or del Re X[pistia- 
nissijmo presse il (iran Sig[no]re. 

lui lête, alla manu : 23 may 15/7. — ('•■ (xvii' siècley\ 

Traductionc d'una copia di l[ette]ra scritta in francese dalla 
Mag[es]tà X[pristianissi]ma al ser[eni3sijmo Re di Fez Malen Maluc, 
la quai copia detIa \fag[es]tà X[pristianissi]ma lia mandate al sue 
Amblasciaio)"" résidente apresso il gran Sig[no]ro, insicme con la 
l[etle]ra bolala, p[cr] mandarla al dello Re di Fez. 

III[uslris:jijmo Principe e buon' amico. 

li)ssendo venulo da noj, qualche tempe fa, une neminato P[atJron 
Cabretto di parte v[est]ra noj Io ricevessimo, per amor v[ost]ro, 
amorevolissimame[n]te. Et havendele inteso sopra quelto diceva 
havere charico di voj in noj, Io spedissime per lornarsene trovarvj, 

I. \oy. ta lellre ci apr^«, dialement au précédenl documeDt et est de 

3. Li, pour : (7. la même àiriture, i part les «pMlille» du 

3. La copie de la lettre de Heori III, ou cominencement. V, le texte français de cette 

plutôt de sa traduction ilalieDoe, [luisque lettre rétabli d'aprËs la vcraion italienne, 

l'original était en français, rail suite immé- p. 35u. Doc. XCI. 



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.'100 I.KTTHK 01': I.ADItÉ DK LIHLK A MOUSSA B^:^ ADD EVMdBl 

corne inostrava voler fare. havendovj scrttlo per iuj una l[ette]ra 
in sua credenza. 

Da poi, noj siamo stato advisato che egli è andato trovare il 
]\c Chetolico, et che. sotlo promesse che li ha faite di ferlj assaj 
scrvicij, l'ha rileiiulo suo pcnsionario. Et, perche ne dispiacerebbe 
molto che la Hdanza che vuj liavele in Iuj et le lettere che ha di noj 
li servissero ad inganarvj, noj havemo voluto. per la p[re3e]nle, 
darvj questo adviso, a fîne che. si egli va ritrovarvj, lo ricogoosciate 
per taie che egh è. 

Et inlanto, III[u8trissi]mo Principe, cet. 

Il detlo sigln]"' Ambfasciatoj". havendo ricevuto allj 3 aprile la 
detta l[ellejra bolata el coppia di essa con una altra del detlo Re X [pis- 
tianissijmo, suo p[at]ronc, scrïtta a Iuj, allj 22 nove[m]bre ultimo 
passato 1.^170, mando detta Ijettejra bolata al lll[ustri3si]mo Sig[n]or 
Mehemet Passa, sapendo che egli liaveva il modo, meglto di Iuj, 
per far la capitar sicurame[n]tc con ogni prestezza, havendolj a quel 
fine fatto intender il co[n]tenuto di essa, come detto suo He li ne 
haveva anco dato ordine'. 

Ministère de la Guerre. — Archives historiques (période ancienne). 
Correspondance, Vol. 3, ff. ^4-^42-^3. — Minute originale. 

I. L'abbé de L'Ulc * «joule celle noie, qu'il aMit le mojen. mieui que lui. de la 

dont voici la traduclion françalae : <• Le dit faire [)Brven!r ait renaent avec toute rapidité. 

seigneurambasiadeurajantreçu le aavril I* lui a^r'anl, A celle fin, fait entendre le cod- 

dilelellrescellée, etiacopie de celle-ci, aiec tenu de celle-ci. comme son dit Roi lui en 

une iiutre du dit Roi Très Ctirélien, «on avait autsi donué l'ordre, h Cette note de 

maître, k lui écrite la ai novembre dernier l'ainbaMadeur fraofab permet de rétablir U 

1 576. a envoyé la dite lettre scellée a rilluB' date de la leUre de Henri III li Moula; Aixl 

trissime Seigneur Muhemel Pacha, sachant el-Malck. (V. Doc. \CI. p 35o). 



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l'IlOVlSlOXS 1)K CONSUL l>K C l' I LLA U M 1-: llIfKAltn 



:w-/ 



PROVISIONS DE L'OFFICE DE CONSUL DE F[^A^CE \t MAROC 
EN FVVEIR DE CLILLMiME BEIHRD' 



En léte, alla manu : 55 (xvi* ou xvii' siècle) . — Marock (xviii' siècle) . 
En marge : Consolât de Manoc* et Fez en faveur de Guillaume 
Bérard. — lo juing 1577 (xvi' siècle). 

Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Poulongne, 
comte de Provence, Folcarquier et Terres adjacentes, à tous ceux 
qui ses présentes lettres verront, salut. 



I. Guillaume B^r«rd, que le voyageur 
ViijceDt Le BUnc appelle Dam GailUrm, 
nom ï rapprocher de celui de Maestre Guil- 
lermo loua lequel ce mâme agent est desi- 
gn* dans les dépêche» de Philippe II h 
■on amlnisiadeur à Paris (V ci-après, aux 
dates 19 juin, lietm juillet iTiSS). était 
un médecin qui vraiscmblsblemenl était 
originaire de Nice et résidaîl à Marseille. 
Vinccnl Le Blanc raconte comment, alors 
qu'il cherchait % entreprendre un nouveau 
voyage, il fit la connaissance de l'envoyé de 
Henri 111 et partit avec lui pour le Maroc. 
« Comme j'eslois en cette inquiétude, il 
arriva de bonne fortune pour moj que, l'an 
is^S, passa à Marseille Dom Guilterm, que 
le feu Roy Henri lEI, envoyoit comme Am- 
bassadeur ou Agent vers le Roy de Fei et 
Maroc, et comme il csloit fort amy de mon 
pÈre, disnant un jour en nostre maison et 
m'entendant discourir de mes voyages, il 
eut ma conversation fort agréable et me 
demanda si je voulois aller avec luy... Or 
ce Dom Guillerm eatoit un barbier naturel 



de Nice, qui estant allé voyager on Marrix, 
fut si heureux qu'il guérit Maley Maliico, 
Roy de Maroc, de la peste dont il esloit 
frappé, estant à Constantinople, ce qui le 
mit en grande estime et crédit auprès de 
ce Prince Tellement qu'il fut envoyé par 
luy vers le Roy llcnry 111. pour traitler 



allianci: 
Malouc. 



nvoya v 



u A bdelmeleeh avec des presci 



r Lb Bl* 



. II', 



. pp. 



i55- 



rapporle à ce récit. 
GuilUume Bérard avait connu Moulay AIhJ 
el-Malek k Constantinople et. peu après 

l'élévalion de ce chérif au pouvoir (1376). 
il était probablement allé le retrouver au 
Maroc. Moulay Abd el-Malek l'avait accré' 
dite auprès de Henri III et avait postulé 
pour lui la charge de consul. D'après le 
témoignage de Vincent Le Blanc, Guillaume 
Bérard n'aurait rejoint son poste qu'en 
1 578. Il cierça la charge de consul jusqu'en 
iSgi. V. ci-après, aux dates 16 et 19 juillet 
i57<|, 38 août i583 et lo septembre 11391 . 
3. Le texte porte : Murrol. 



, Google 



.368 PROVISION» DK CONSLL DB GUILLAUME BÉRARD 

Considérant qu'il est npccssaire pmir le bien de nos subjeclz. 
tmlTïcquans ks royaulmes de Marot et de Fez, païs, terres et 
seigneuries qui en deppendent, qu'il y ait es dii-tes parties un consul 
de ladlcle nation Françoise créé et autliorisé de nous pour y avoir 
VœW et intendance sur tout les alTaires qui peuvent conserner 
nostrc service el nosdicts subjectz, mesmcs y tenir un bon ordre, 
politicque el de justice au faict du commerce, selon que les Ueux 
et païs le requièrent. Sçavoir faisons que nous, inclinant libéral- 
lement à la prière et requeste que faicle nous a esté par le roy 
desdiclz royaumes de Marroc et de Fez', noslre très-clier el parraict 
ami, en faveur de nostre Ifès-clier et Lien aîné Guillaume Bérard, 
de nostre ville do Marseille, et à plain conlîans de ses sens, sulli- 
sance , loyauté , prudbommie , oxpériancc et bonne dilligence , 
icelluy, pour ces causes et autres, à ce nous mouvans, avons faict, 
créé, constitué et establi, faisons, créons, constituons et establis- 
sons par ces présentes consul de la nation Françoise es dicUt 
royaumes, païs, terres et seigneuries deppendans d'iceux el qui 
appartiennent audici Roy ; et ledîcl consolai luy avons donné et 
octroyé, donnons et octroyons audict Bérard, pour l'avoir, tenir et 
doresnavant exercer, aux boniicurs, nutborilés. prérogatives, préémi- 
nences, franchises, libertés, droitz, proffictz, revenuz el csmollu- 
inens qui y appartiennent, tout ainsin el en la propre forme et 
manière que les consolalz deppendans de nous es jiarties d'Alexan- 
drie et TripolU de Surie, tant qu'il nous plera. Sy donnons en 
mandement à noslre amé et féal le sieur de Meoullon', chevalier 
de nostre Ordre, conseiller en noslre conseil privé el nostre lieute- 



1 quil 



,'.«ullc de 1 



[lassago. 



Moula; Abd el-Malek, on envoyant Gu 
laume Bt-rard auprtt du roi de France pour 
i trailler alliance eiilr'eut n avait demandé 
k Henri III de vouloir bien nommer ce 
Guillaume Bérard i la charge de consul de 
France au Maroc. 

a, Pierre Bon. seigneur de .Mévouillon 
(d^os : Meulon. Meulhon, Meuilhon. Me- 
villon, Meoullon, Mcolbn. etc.) et de 
MonUuban (i5a.',- 157»), capitaine de« 
galèret du Roi, « gouverneur do Nostrc- 
Dame de La Garde de Marseille cl de 



la Porte rovalle, clicvalier de l'Ordre de 
^ainl. Michel, Conseiller d'Eslal i>. Il avait 
épouse en 1 J37 Mai^uerile de Robin* de 
Graveion. dame de Dujn. Son 6I> Claude 
Anthoiiic. grand chambellan de Savoie, 
lui succéda dans sa charge d« gouverneur 
de Marseille (B. N. — Piètn Originales. 
ioo, cote 889. n" 11 ; DoaUri bitia, loçp. 
rolr 1675,/. iï". — PÉREAMaPLKB.t.III, 
p. 8yi c). — La surveillance du commerce 
cl des consulats du Levant relevait de la 
charge des ftouverneurs de Provence, 



, Google 



PROVISIONS DE CONSUL DE GUILLAUME BÉRARD SÔQ 

nant au gouvernement de nostre ville de Marseille, en l'absence de 
nostre cliei' et amé cousin le comte de Retz, maréchal de France, 
Gouverneur et Lieutenant gênerai en Provence, que, dudict Bérard 
prins et reçeu le serment en tel cas requis et accoustuiné, iceliuy 
mette et institue en possession et saisine réelle, actuelle et corporelle 
dudict estât, et à tous nos subjectz, traflîcquans es dicta royaumes 
et autres qu'il appartiendra, que d'icelluy estât ilz le souffrent et 
laissent jouir et user, ensemble des honneurs, autliorités, préroga- 
tives, previleiges, prééminences, franchises, libertés, droictz, prof- 
fictz, revenuz et csmollumens qui y appartiennent, et !i lui obéissent 
et entendent diligcaumcnt [es] choses louchant et concernant ledict 
estât ; prions et requérons nostre très-cher et bon ainy, le Roy des- 
dicts royaumes, que ledict Bérard il y vueillc recepvoir, le maintenir 
et conserver en la Jouissance libre et paisible d'icellui et de tout ce 
qui y appartient et en deppend, ainsy que dit est ; osle et deboutte 
tout outre illicite detemptcur cl occupateur, non ayant sur ce nos 
lettres de don et provision précédant en dabtc ses dicics présentes, 
ausquelles, en lesmoing de quoy, nous avons fait mettre nostre seel. 

Donné à Clianonceau, ledix" jour dejuing, l'an de grâce mil cinq 
cens soixante dix sept et de nostre rcigne le quatriesme. Estant 
escrit sur le reply desdicles lettres : Par le Roy, Conte de Provence, 
et plus bas : Fizcs', et scellées du grand seau '. 



I, Simon Fiips, baron de Sauves, Bccré- 
Ulre du cardinal BerlranJi, puis sccrclairc 
du Roi (i553). attacha au cardinal do Lor- 
raine pendant le concile do Trente, aecr^- 
lairc des commande nienls de Catherine de 
Médicis, nommé Secrétaire d'État le 31 
octobre 1567. Il prit part h toutes les nc^go- 
cialionsimporlantcadesrègnesdeCbarleslX 
et de Henri III. Il expédia toutes les dê- 
péctic! secrètes du Roi ordonnant contre 
les Protestants les mesures qui aboutirent 
su massacre de la Saint Barthélcm)' (1573}. 
Il contresigna loua les actîs importants do 
l'administration et de ta diplomatie i celle 
époque. Il participa aui négociations faites 
avec les Proleslanls pendant le siège de 
La Rochelle par l'armée royale (i5-a- 
Dk Casthier. 



■ 573). A la mort de Charles IX, il le- 
conda ulilumcnt Catherine de Médicis 
dans l'organisation de la régence de trois 
mois qui précéda l'arrivée de Henri III, 
alors roi de Pologne. Fizcs avait épousé 
Cbarlutlo de Beaune-SembUnçaj, qui, dé- 
tenue veuve, se remaria à un U Trémoille- 
Noirmoutier. Fizes mourut le 17 novembre 
1579. Fi-EUHï ViNDKï, p, 5a ; MoRÉni. au 



j. Vorianle donnée par le régi 
.\rcli. des Bouches du'ttliAne ; du grand se. 
dudici seùjtteiir, à double queue, de cire j'ouni 






iment au grcire de l'Amirauté royale 
avait son siège \ Marseille. Los autres 
niraulés a de Provence étaient c«llcs 



, Google 



3^0 PROVISIONS DE CONSUL DB CIILI.AUME BÉBABD 

Archii'cs lU's Affaires ÉtrumjhX's. — Cnrlon ronsitlnire (I~>77-I0'J3}. 
— Copie du xvi' siiV/e'. 

Arrhiivs ilcs litiaches-da-iihdne. — Si'rie B. Amirauté de Marseille 
(fonds classa), reij. I, f. 'i'2l. — Cc/kc du \\\' siirlc^. 



d'Arles, da l.a Ciolal, de Toulon cl do 
Saint-Tropei. f:iat •jh>.j,arfoBils des Areh. 
Dip.Ae 1903. col. 91 et -/^o. 

I. Dans le recueil des archives des 
AITaireB étrangères, celle pièce et la sui- 
vante (Doc. XCVil) faisaient prîmillve- 
ment pBrlic d'un repislro où los aclos 
flaieni numcroti^s, ainsi qu'on le voil par 
les numiïros d'ordre plao'a en létc des deui 
pièces publii^oi ici, 11 y aiait donc, avant le 
préfont document. r)'i aulros pièce* rolalii es 
*ui agents consulaires de la France et ro* 
montant probabli'menl jii^iprà l'époque de 
Kranc/ois I^. Ce r.'Ciieil, qui était l'un dos 
rogJBtrcî tonus par les soins 
Seerêlairerie d'£lat de la Ma 
lUvolution, passa en 1^91 



des AITairea ^trangi'-rcs. Il cUit encore k 
l'élat de volume relié en i8'|5 (époque i 
laquelle Tliomassj la consulté), ainsi que 
le prouve une indication du répertoire des 
reclicrclios du llurcau historique du Minis- 
tère des AITairea étrangères, qui lo men' 
tionno comme un « registre s complet ï 
cetts p|H>i|uc. Il fut ensuite dcrelié pour 
recevoir diierses intercalations l leurordrc 
clironologiquo. Les pièces antérieures n'ont 
malheureusement pas pu ilrc retrouvée», 
— Ce texte 1 été publié par Thomasm 
(inl. 18:19), p. iiO. 

a, ("est ce dernier leite qui a été publié 
par J. FouHMER, Comptereaàa dtt tra- 
rauj- du coarjr^s det Soe. de Géogr., lyoi, 
p. Mo. 



, Google 



PROVISIONS I 



; FRANÇOIS VERTIA, 



37. 



PROVISIONS DE L'OFFICE DE F.\CTEUR AU MAROC EN 
FAVEUR DE FRANÇOIS VERTIA 



En télé, alla manu : 56 (xvi' siècle). 

En marge : Facteur' pour la nation es royaumes de Maroc el Fez 
en faveur de François Vertia, 1 1 juin 1677 (xvi' siècle). 

Henri, par la grâce de Dieu, roy de France et de Pouiogne, 
comte de Provence, Forcalquïer el Terres adjacentes, à tous ceulx 
quy ces présentes lettres ven'ont, salut. 

Comme, outre le consul de la nation Françoise, que nous avons 
crée pour résider es royaumes de Marrot et Fez et y avoir l'œil el 
surintendance au faict du Iralfic et commerce que y excercent 
noz subjectz, il soit besoing y commettre aussi pour le faturage, 
deppendant dudict commerce, quelque personnage qui y rende le 
soing et debvoir requis, sçavoir faisons que, pour le bon rapport 
que faict nous a esté de la personne de nostre cher et bien amé 
François Vertia et de ses sens, suflisance, loyauté, prudliommie, 
expérience et bonne dilUgencc, icelluy, pour ces causes et autres à 
ce nous mouvans, avons constitué et establi audict faturage è» 
dictes parties de Marrol et Fez, païs, terres et seigneuries qui en 
deppendent, et ledict estât luy avons donné et octroyé, donnons 
el octroyons par ces présentes pour l'avoir, tenir et excercer aux 



I, On IrouvcdaDs Du Cange.aumolFoc- 

(Or, U délînilion : Procuralor merculorum. -~ 
Collechargc o/poicHa de facteur pourUquelle 
Henri III canférait des provisions n'c^t pas 
définie dans les ouvrages des auteurs a)'3nl 
écrit »ur le commerce du l-evunt (Htïo. 
Teiïsies, Blancird. Germain, etc.). H 
Kemblo, d'après les [iréscnleB provision;. 
qu'elle devait correspondre ù celle de tice- 



consul. Le facteur (privé) était un agent 
Taisent, en pajs étranger el par commis- 
tian, des opérations commerciales pour lo 
compte de marcliands et de TabrlcBiils qui 
lui expédiaient leurs marchandises pour les 
vendre (V. Encyclopédie. ïviii» iHcle). — 
Il semble diflicilc d'admettre qu'Henri ITI 
ail institue, au profit de Vertia. une charge 
de facteur officiel de France au Maroc. 



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372 PB0VIRI0S9 DE FACTEUR DE FRANÇOIS VERTIA 

honneurs, aulhorités, prérogatives, previlciges, fraiicliiscs, libertés, 
clroictjt, proOîcfx, revenuz cl csinollumens apartenans à lelï et sem- 
bliiblcs estatz tant qu'il nous plera. 

Sy dormons en mandement A nostre amé et féal, le sieur de 
MeoUon, chevalier de nostre Ordre et Conseiller en noiitre Conseil 
privé et nostre Lieutenant au gouvernement de nostre ville de Mar- 
seille, en l'absence de nostre Irès-cher el amé cousin le comte de 
Hetz, maréchal de France, Gouverneur et nostre Lieutenant gênerai 
en Provence, que, dudiel Verlia prins et rcçcu le serment en tel 
cas requis et acoustumé, iceltuy mette et institue en prossession 
cl saisine réelle, actuelle et corporelle dudiel estât, et a tous nos 
siihjertz trafllcqiiansès dictz royaumes et autres qu'il appartiendra, 
que d'ieelluy estât ilz le souffrent el laissent jouir et uzer, ensemble 
des honneurs, aulhorités, prérogatives, previlciges, prééminences, 
franchises, libertés, droiclz, protfictz el esmollumens qui y appar- 
tiennent, et à luy obéissent el entendent diligemment es choses 
louehans el concernans lediet estai; prions et requérons nostre 
très-cher el bon ami, le lloy desdictz royaumes, que ledict Vertia y 
vueille recepvoir el faire reeepvoîr, le maintenir en la jouissance 
libre et paisible d'icelluî et de tout ce qui y aparlicnt et en deppent, 
uinsy que dict esl; oste et ileboutte tout autre illicite delcnleur et 
oeenpatenr du<lict estai, non ayant sur ce nos lettres de don et 
provision précèdent en dahtc ses dictes présentes. En lesmoing 
de quoy, nous avons faict mettre nostre seel à ses dictes présentes. 

Donné à (Hianonceau, le unxiesme de Juing, l'an de grâce mil \' 
soixante di\-sept et de nostre reigne le qualriesme. El sur le repli 
desdicles lettres est eserit : Par le Hoy, Comte de Provence : Fizes, 
et seeUées du grand seau'. 

An-hwcs >lr.^ ifftiirrx f:imn>jh;'s. —Oirlon consulaire (t57?-1093). — 
(^iipie (lu \\i" siMc'. 

Arcliiivs r/c.ï Hnuches ilit-llhôiie. — Si-'rle lï. Amirauté de Marseille 

(fm'U cinssv), r,y. t , f. 'rJ3. — Cojiic da x\i' sïMeK 

I. Variarilo liu levlc des Arcli. dos (éd. ig5g). p. 1 iG. 
B»iicbcs-du-ltlidi>c : f'V.vs, ainsi signé. 3. Ce telle « ^té publié par J. FouR- 

ilriinitenl ffcUc da ijiofmI sr.viu ihiliel sci- mfr. Compte -reniiii des Iravaux du congrus 

gneur, à double qiieitf, de cire Janine. dts .Soc. de Géogr., 190a, p. aSo. 

3. Ce [Rilc a t\i publié parT> 



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LETTRES DE GKnONlMO DE Cl'UlEL A PHILIPPE H H-jS 



XCVIII 

LETTRE DE GEKOMMO DR CURIEL' A PHILIPPE II 

(Eithait) 

Le roi Henri III a enroyi' au chérif Moiihy Ahd el-Mnleh un tjenlilhomme 
char fjé d'une mission. 

Pari», i3 dfcetnbro 1577. 

Suscriplion : J- A la S[aoi'a] C[esaira] I\[ogia| \l[agcsla]'' [dol Hjey, 
nucslro Scûor. — En maiios de Aut" Ferez, bu serrcl". 

Au ilos. alia innnn: PariH. — -\- A S» M"". — De Gci-*" de Curiel, 
a XIII de diz' i">77- — Ueci[bi]''' a ai del niismo. — Vista jior Su M^ 
(\\i' siècle). — It. ^13. — 120. — 1G2 {cotes du xiv' siècle). 

jS[acra] C[esarca] R[egia] M[agesta]'', 

niillîmamonlc screvi a V. M'' en fi del |)rcsriilc y luego el 
mosmo dia rcccvî la de V. AP de 18 del passado, y despues lie 
ro^'ovido la de 28 dei mesnio y, por despacliar cou brcvcdad eslc 
correo que biene del S" Don Jn" y por 110 se ofreçcr cossa de 
momeiitn, de niievo abreviare. De Flandes ay aqui cartas de 
6 del présente ; las cessas csfavaii en el mcsmo cslado que liasla 
aqui, y ci Archîdtique Matias en Anveres toda via, y los Stados 
andavan procurando de daric el govierno, pero algunas de las 

I. Le amlodor Geronimo de Curiel Tiil 9 fiivrier 1678 (Arch. A'o(., K 15I7, 

envojÉ ï Paris vers lo milieu do 1577 par pièce 93. Ltllre île Alonio de Curiet [ne- 

D. Juan d'Aulricho pour réunir d«s fonds. iyu du précêilent] à Philippe II, du \Z février 

11 reita dam cette ville cl j moiirul lo L'^T^)- 



, Google 



3'^ LETTRES DE GEROMMO DE CURIEL A PHILIPPE II 

prnviin'ias no lirnian en ello. romo son Arliies y Anaot', (lizieiido 
que sin la ordcn v niaiiiiaolo do V. M*' no lo podian liaçer, como 
si on olras cossas lo giiartiasscn. 

Ho eiilondido' por rossa v'^r'a l"*" '"'''p l^^y Chrislianissimo 
\mhia un gcntilliombrc^ suyo al Gerif. Rey de Marniecos*. Que 
aiin (luo no devo <lr sor oossa de ninotin moincnlo, sabre la lepaçia 
(|uo lleha, y lo avissare a. \. M"*. 

\o dire do prcsscncio otro de qno guarde y ensal^e Niieslrn 
Senor la S[acr!i] (l[esarea] H[e{na] peisona de Vnoslra Magoslad, 
con anmento de inayoros reynos y eslados, como los linmildes vas- 
sullos y criados de Yueslra Magcstad desseanios y la Christiandad 
ha mcneslcr. 

De Paris, i3 de dizi' 1577. 

Propria mnnn : S[acra] (:[esarea] Un[egia] M[agesla]''. 

I.'inill viisalio y or[ia)''" de V[uestra] M[ages1a]'' 
(]iie sus HUeales nianos vesa, 

Ger" de Curiei. 

Archli'cs !\''Uion(ilcs. — V.nUertion Simancas. K. 15^i3, n° J79. — 
Ori'jinal. 

I L'ArlobotIo Ilïinaut. Ces iioma sont laume Bérard, envojé par llonri Illconimo 

trsnscrili d'après la prononciation du wi' consul au Maroc. Vincent La Blanc, comme 

■iicio, on I'bïii. rappelait Don Guillcroie. V. Doc. 

I. Ih enUndMo-.. Tout ce passage a éliS XCVI, p. 367. 
«ignilé à l'attention du roi par un Irait U- L.os moI< en italiques sont souliga^i 

vertical en marge, dans l'original. 

3. Le gentilhomme en question est Guil- 



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LETTRES DE GERONIMO DE CURIEL A PHILIPPE II 876 



XCIX 

LETTRE DE GEROMMO DE CKIIEL A PHILIPPE II 
(Extrait) 

L'agent envoyé au Maroc par Henri IH n'est pas chargé d'une mission 
importante; il va simplement féliciter le ckérif Moulay Abdel-Malek 
d'être entré en possession de son royaume et lui demander la permission 

d'établir un consul français au Maroc. 

Paris, :" janvier 1678. 

Suscriplion: f Ala S[acra] C[esareo] K[cgia] M[agesta]'' [dcl R]py, 
nucsiro Sefior. — En manos dei S" Antonio Ferez. 

^11 dos, alla manu : Paris. — ■;- A Su W. 1078. — De Ger"" de 
Curiel, a primero de Enero. — Iteci[bi]'" a i4 d'el. — Avisos de 
lo que entendia de Flandcs y otras parles (xvi* siècle). 

En lêie, alia manu : B. /|5. — 3^. — Sg {cotes du xix" siècle). 

"i- S[acra] C[esarea] R[egia] M[agesta]'' 

La ultima que a V. M'' scrcvi fue en xui del passado y despues 
he reçevido las que V. M** me a inandado sorcvir, de xi dcl diclio. 
por dupplicados, cou avisso de «jue V. M'' avia mandado que se 
cumpliesse lodo lo que de aquî se avia sacado a pagar, de que he 
liolgado muclio. por conibenir assi al Heal scrviçio de V. M'', como 
otras bczes lie avîssado, y despues aca no he toniado mas dineros, 
aun que me los an oITreçîdo, vislo el camhio de los çientos y cin- 
quenta mill scudos qu'el S"' Don Ju" avia licclio eon Pedro 
lîodriguez de Malvcnda en Luçemburg, y tambieii porque lie 
pensado que de alla V. M'' inandaria yr siempre proveyendo ai 



, Google 



376 LETTRES DE CEROMMO DE CfBIEL A PHILIPPE II 

S" Don Ju", como espero que V. M* lo mandara hazcr, porque 
combienc que no se lialle sin provi[si]on, princi palme ntc agora a 
los prinçipios que, enirado en la lierra (plaçiendo a Dios!) inedios 
se hallaran para sobreseer esio del diiiero en alguna manera. 
Hemilome a lo que el S' Don Juan abra scriplo 8obr[e] esto. 

Aquel genlilliombre ' que de parle de osle Itey Cbrislianissimo fue 
alGerife, noentiendotjuc llevo romission de momenlo, mas de vra 
congralnlarsc de su parle de ia possession del Hej no en que a entrado 
y a rrogarle que Iracle bien los subjerlos suyos que alla fueren a 
coniralar, y que les permila que puedan tener un eoiisul. y eossas 
como estas, Y poixjur a la eoiiliiuia avissare lo que nias entendiere, 
conforme a to que V. M'' me manda, 110 digo otro de pressente. 

Guanle y ensalvo NiK'sIro Sefior la S[acra] C[esarca] R[egia] 
persona de Vuesira Magcsiad por largos ticmpos, cou aumenlo de 
mayores reyiios, eon la feleçidad que ia Ctirisliandad lia menesicr, 
y sus liumîldes vassallos y criados desseamos. 

De Paris, a primero de Ilcncro iSyS. 

Propria manu: S[acra] C[esarea] IlH[egiaJ M[agesla]"'. 

Umill vasallo y cr[ia]''" de V[ueslraj M[agcsla]'' 
que sus UUcalcs manos vcsa, 

Ger"" de Curiel. 

Archives Nationales. — CoHerU'on Siinancas. K ià'û, n" 28. — 
Original. 

I. Guillaume Bûrard. V. lo Doc. pri>c^dcril. 



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LETTRE DE GUILLAUME DE NASSAU A D. SÉBASTIEN 



377 



LETTRE DE Gl ILLAL'ME DE NASSAU A D. SEBASTIEN 



// remercie le roi de Portwjid de ses lettres bienveiilanles . — Il est trh 
jlatté de ee qu'un soiirerain catholif/tie se soit adressé it lui qui a été 
l'objet de tant de calomnies. — Les nations chrétiennes feraient bien 
mieux de rivre en paix pour unir leurs forces contre les Turcs. — Les 
Espagnols, qui ont voulu asservir les Pays-lias, vont peut-être avoir à 
défendre leur territoire contre les armées du Sultan. — L'entreprise qu'a 
conçue D. Sébastien procurera à ce Itoi une grande gloire. — // regrette 
que la modicité de ses ressources ne lui permette de concourir à l'expé- 
dition africaine que par l'envoi d'un faible secours. 



Gand, lO janvier 1578. 

Copia da caria qf(^ screvpo o Principe de Orange', de Gante, a 
El Kej' D. Seliasliâo, a lO de jan" 1U78. 

Serenissime Rex cl polontissime. 

Quod me, nihil talc de Rcgia Vesira Majestale mcritum, Utleris 
unis atque alteris', quas ad me millere voluit, per clarissimum virum 



I . Guillaume 1 de Nassau dit te Taciturne 
(i533-i58jj. prince d'Orange en i5'i'i. à la 
mort de son cousin, René de Kassau. — 
Lei P»ji-has claienl k cetlo époque en 
pleine effervescence et le roi d'Espagne Phi- 
lippe II n'j conservait qu'une suzeraineté 
nominale, depuis le retrait des garnisons 
espagnole» et élrangirca Les pouvoirs, astcz 
mal déGnii, étaient répartis entre lei Etals 



et le prince d'Orange. Ce dernier avait la 
charge do Grand Amiral ainsi que les gou- 
vcrnencnls de la Holiandeetde la Zélando. 
, qu'il exerçait au nom du roi d'Espagne. Les 
Flamands l'avaient en outre nommé gou- 
verneur du Brahant. 

1. LiUerU unis atque allerâ, en m'écri- 
vanl une première fois, puia une seconde 



, Google 



378 LETTRE DE GUILLAUME DE NASSAU A D. SEBASTIEN 

ot iiobilisslmum cquitcm. Duum' Scbasllaiiuin ilc Costa, Nrslie 
Majcstatis legaium, dignatus sît. permagiias ugo gratins Hogie Vesirc 
Majestati, longe mayorcs'. quod iiioain qualemcumijiie opcram 
alliquid' illî adferrc in robiis suis possc adjumonli judifarit. "Sam. 
cum cssil' reriim moanim status, et'' apud raultus* (imiiis geiicris 
homcnes'. advcrsarionim ineorum scu polcntia, sivp astu. in 
dubium (mcritto' non saur inco) nomrii mcuin viiipcit', non {)aruni 
exisliinari"' Dei summo" bciicvolentio me deborc, quandocoapud 
tanto" Principcm et Monarcham essem loeo, el'^ altquam etiam. 
periculosis»imis meis" tcmporibiis, mei rationem habcndam esse 
sihi crederct. Nibil equidera eormn inibi sum conscius, que apcris, 
que objici mîhi sattis'' inleligi»'*. 



Atque (ut bac" epistolam meam claudara clausula « utinam ») 
utinain. inquam, potiue " de eoinponendis intestinis Bepubllcc" 
Christianc disidiis'" (que, iiilior", componi posunl'^), Monarche, 
deque fidebssimis subditis bonesti " Iractandis, sedio" cogitarciit 
suasque vires omnes ad propulsando " barbarosTurcos et retiquios" 
împerniciom '' Christian! nuiniiiis coiijuratos bostcs polius relient 
forere", quam cruvilia*' bec bella înter obscquenlissimos subditos 
a '" diutius fovere. liée ciiim (ni fallor. atque utinam fallar!) mayo- 
rum'' sunl mallorum" prcludia, ut vcrendum sit ne, qui" jatn 
dudum, non tam sua virtulr, quam Chrislianocum intestini" 
dissedis'^ lantas cl tam luctuosas de nobis retulere viclorias, brève 
rcUquîas'"' Europe nostre provintias in durissimam redigant servi- 
tatem ", quiquc nunc Régis tolerabilein fîdilisimis " suis subdilis 



oide Portugal 
1 Cosla pour 



I. Domininn{Dom).-Lei 
■viit envojé D. Sebastien d 
veiller i l'em lia rque meut des troii|>cs levocs 
par wn ordre dans les Pajs-Bas. Cf. Bar- 
Bos* M*cH*Do, l IV, p. iii.D. Sfibaslicn 
ds Cosia était porteur d'un message roval 
pour le prince d*Orange 

a. majores, ~ 3. aliquid. — i. osboI 
ou lit? — 5. ut. — 6. mulloï. — 7. liomi- 

Q.iencrit.—^OnsaitqucGuillauinGdc^as- 

lau s'était raltcalvinisle et que le duc d'Elbe 
l'avait fait condamner à 



10. existiinavi. — : i . sum me. — il. tan> 
tum. — i3. ut.— i.'i, noBlris? — : 5. salis. — 
lO. intcUigo. — 17. banc. — f8. |»lius. — 
(g, ReipublicOT — îo dissidiis — 31. ni 
fallor ? — 31, pos'unt. — a3. honcsto. 

— ^S. solulo? — 33, propulsandos. — 

gcTo? — ïg. civilia ou crudclia ? — 3o. ad. 

— 3i . majorum. — 3i. malorum. 

33. Le prince d'Orange affecte de ne pas 
les Espagnols. 

cslinis. — 35 dissidiis. — 36. rcb- 
37.serMtutea). - 38. Cdelissimi) 



y Google 



LETTRE DE CUILLAUMR DE NASSAU A D. SEBASTIEN 3^() 

concedere slalum noliint, de propio' statu cuin tnntis adversariis 
dimicare cojantur', magiio cum totius osbiçi'' Christianni descri- 
miiic', vidcantque. que^ se celerosquc Principes Christiannos in 
liée conjeceriunt " pcriciila, quantum intersl) inlor eos. qui potius 
suis aspene' imperare malucrunt, quam animi quadam senitale' 
et, que Regein decet, pro sui oITÏcii ratioiie, summa moderalione. 
Ad hoc opns verum lantum tiinquc' honorifîcum, quo luilluin 
majus. nulluin antiquillus'" R. V. ^[ajcslal■ esse polesl audl" 
débet, si ea" anirnum apuleril'\ etaput" oum gratiam, apud omnes 
vcro mortales gloriam, et apud posloros immortalitatem nominis 
silii compararil. Cetera, quod '^ ego, pro me'" facultatis ratione 
moduloquc, in eo procurando negotio. quod ad corum mililum 
victuarum'^ pcrtinet, quos, ad hosl£s nominis Christiano" debe* 
lande", vocavit R. V. Majestas, prestinerem*", ex clarissimo vire 
el" nobilissimo équité, Nuni'° Alvarez Percira. Majcslati" V. legalo, 
întelligere dignabitur. Quod quidem, etsî lantillum est'\ démisse 



I , proprio. — 3. coganlur. — - 3. orbis. 

— 4. discrimine. — j. qui. — 6.conjccerunt. 

— 7. aspeie? — 8. Iciiilale ? — y. lamqiio. 
— 10. antiquiu». — 1 1. aut. — la. co(adï.). 

— l3. appuierit. — li. apud. — i5. qiiae, 

— 16. meae. — 17. viclorlara oti victua- 
rium? — iS-Chriiliani. — 19. debcllandos. 

— ïo. presliterim ? — i 1 . el. 

aa. Nuna. — Nuno Alvarcs Pereira clait 
arrivé dans les Pajs-Bas au commencement 
de l'année 1577. Il était chargé par le roi de 
Portugal de recruter pour l'eipédition maro- 
caine, aoil en Flandre, soil en Allema);ne. 
.'1 000 vétérans et de faire des achalt de muni- 
tions et d'approvisionnements militaires. Les 
rondsnéccssaircsde>aicnlÂtrcaiaiici^spardes 
juifs, el le roi, pour les rembourser, s'en- 
gageait à leur livrer, en trois ans. 91000 
quintaux de poivre, h'uno Atvares Pereira 
trouva facilement k lever des troupes. I.c 
duc A-dolphc de [loUtcin lui offrit même 
de prendre part à l'expédition marocaine 
avec lï 000 hommes qui venaient de com- 
battre en Flandre et avaient été soumis à 
la rigide disciphne du duc d'.VIbe. ^uno 
AlvBrea se contenta de choisir parmi eux 



il oc 



soldats d'^lilc. Il acheta on Flandre; 



quin 






campagne, 3 ooo boulets de fonte, 3ooo 
mousquets, iocioarqucbusos, 19000 mèches 
à canon, 6000 barils de farine, 3 000 quin- 
taux de fromage, 4 âoo quintaux de viande 
salée. L'embarquement des contingenta 
allemands, des munitions et des approvi* 
sionncmenls eut lieu à Anvers et donna 
lieu II des troubles : le peuple, supposant 
que tous ces préparatifs militaires étaient 
fails pour le compte de Philippe II. se saisit 
de la personne de Nuno Alvares Pereira 






. Il 



fut déliiTÙ par l'iulervention du prince 

naircs allemands mouilla dans le Tage le 
i5 mai t.'>7S. On verra dans les Doc. 
CIV-CMI quelle fut la triste destinée de 
celte troupe de lansquenets. Cf. B*Ki>ost 
Maci.*uo. t. IV, pp. MO et ss. 

l3. Majestatis. 

■ii. Les Pa^s-Bas et le Prince d'Orange 
donnèrent à Nuno Aliares toutes les facili. 
tés pour accomplir sa mission ; ils oITrircnt 
mémo au roi de Portugal de lui armer deux 



, Google 



38o 



LETTRE DE GUILLAUME DE NASSAU A D. SÉBASTIEK 



lamen peto a R. V. Maje^tato, ut hoc veluti obscrvantee' mee apud 
lllam sit spécimen, ex quo agnoscal. si quid unquain erit, quod 
mea vel qualiscumque facultas vel indusiria possit cfficere, iUud 
omne verit' H. V. Majcslali * cxtimarc' ad illi obsequium pres- 
landum et servitium paratissimum semper sore ' et propensisi- 
itium'. 

Jésus Christus Doininus nostor, He\ Rcgum cl Domiiius domi- 
natium " velit Uegiani Vestram Majestatein diatissimo ' suis el 
univcrso orbe Chrisliano incolumen' suo presidio conservare. 

Dati '* Gandavi, iiii* Idas" Januarias iSyS. 

Sercnissime Rcgiae Vcslrac Majeslali dcditissiinus et obsequen- 
tissimus, 

Guillielmus a Nassaw. 



Série {Eipay ne, lofévrier iS;»). — Pardéli- 
thl'ration du i5 janvier i S7S. Ie« ÉtaUGéné- 
raui des Provinces- Unies autorisèrent le 
capitaine Andriet lan Andcriccht à aller 
servir aioc sa cumjiagnie dans ce dùUche- 
mciit. V. SS. llisT. Maroc, i " Série (Poji- 



Bibliothèque Xalîonale. — Fonds poriaijnts. Ms. S (ancien 15)", 
ff. 100-108. — Copie rfu ivii' siMe. 

régimeDlt allcmanda, espi'rant par cet om- 
prcssemcnl amener D, Sebastien i inter- 
venir auprès de son Oncle pour la pacifica- 
tion des Pavs-Bas. Philippe II prit très mal 

1* conduite do Eon naieu en cette circon- 
stance. Il écrivait à Juan de Silva; «Je ne 
puis qu'être profondément étonné que, sa- 
chantquel liommo est le Prince d'Urangc cl 
de quelle maniËre lui et le> habitants de mon 
rojauQiede! PajsBas se comportent, le Roi 

solde les deui régiments allemands qui lui 
ont été oITcrts. Je ne sais même pas com 
ment le Roi peut se fier Ii eui, lorsqu'il 
voit combien ils ont clé déloyaux envers 
moi, et aacliant qu'ils sont on révolte 
ouverte contre moi. »SS. Hist, Maroc, i" 



Has. t 






velit? 



- 3. Ma- 



_ 


8. (liulis 


ime. — 9 




10 


Datum. - 


-ii.Idus. 






a. Le ma 


niiscril Port 


g. S do la Biblio- 


théque Nalio 


nale csl un 


pclit in-folio de 


33 


feuillets 


formant u 


n recueil de ftS 


documenta e 


Q portugais 


et en espagnol. 


d\ 


ne écriture du ivii- s 


ècle. 



, Google 



LETTRE DE SÉBASTIEN 1 



LETTRE DE SÉBASTIEN DE JUYÉ' A HENRI III 

(Extrait) 

Le chérir Moulay Molianimcd el-Mestoakb, plusieurs fois défatl par son oncle 
Moulay Alxl cl-Malok, avait pris le parll d'implorer l'assistance du jeune roi de 
l'orluMl pour soutenir ses droits. D. Sebastien débarqua avec son armée à 
Arxilla et marcha contre Moulay Alid cl-Malek, qu'il rencontra près de El-Ksar 
cl-Kcbir, le 4 août 1678^. 

D. Sébastien est prêt ù passer au Maroc pour soutenir les droits d'un pré- 
tendant. — On suppose que Moral Aga va avec sajlotle sur tes côtes de 
Barbarie, pour être àporlt'e des événements. 



En léle: La rcsponco de ccste (lcsj)cclic esl, comme de la precen- 
danfe, en mesmc lellre du Hoy, au leulicl 6^. 



Sire, 

Le xi* de ce mojs, Moral Aga' sortit de ce port avec xini gallères 
et une galliote allant, comme il se dit lousjours, visiter les portz 
de l'Arcliipelago. 'l'outcsfoyH, plusieurs croyent qu'il va en Alger, 



I. Sébaslîen dcjnjé, d'une famlllG bour- 
geoise de Tiillp, prok'gc! des Nodilles. Il 
fiait secrétaire do l'abbc de L'Iile (Gilles do 
Noaillcii) pendant son ambassade à Constan- 
tinoplc ; fut laisse |rar lui auprès Ae la Porte, 
commo agent du Roi ou résident, le i3 
firner 1578. A l'arrivée du nouvel ambas- 
sadeur, Jbci]uos do Germiny, il prit son congé 



(i5 septembre i'>7y) et quitta Constantî- 
noplo dans les premiers jours d'oclobra. 
llonri in le nomma secrélaîre do sa Cham- 
bre, le 3i décembre i58o. 

a. V. Doc. CrV-CXII. 

3. Moral Aga élail le benu-piro de MoU' 
la; Abd cl-MaIck 



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383 



LETTBB DE SÉBASTIEN DE JUVÉ A HENRI III 



s' estant dît icy, utig moys a, c|ue le roy de Portugal estoit presf à 
passer en Barbarie avec grandes forces pour favoriser le parly du 
vieuls roy de Fez' contre Malen Maluc, qui a donné du martel à 
ces gens. 

Le lendemain, arrivarcnl icy cinq galliolcs et une galtère, venans 
de Tripoly de Barbarie, lesquelles, ayaiis rencontriî en mer, près de 
Malle, unonavcVenitieiieqnialloiten PoiienI, l'ont combattue, mais 
elle s'est si bien delfendue, qu'elle a iliué ou blessé plus de \\x [>er- 
soiies desdicles gallioles et perse une d'icellos d'outre en outre à 
(leur d'eau, qui fust cause de la leur faire laisser et suyvre leur 
route en çà. 

Sire, il est venu ])lusieurs ullacs des confins de Pei"se,.. 

Sire, je supplie le Créateur conserver Aoslrc Magesié en Irès- 
parfaicte prospérité et santé, avec trcs-bcureusc et très-longue vie. 

De Pcra, ce xx' jullel 1578. 



Bibliothèque Nationale. — Fonds français . Ms. 395^1, Jf. 38 v''-39. — 
Copie contemporaine de l'original'. 



I . Le « vieuli roj de Fci ■ e>\ mis |Hiur : 
l'ancien roi do Kez, c'csl-àdirc MouIbj 
Moliammcd el-\Usliukh. Ce Cliérif, neicu 
de Mouis^ Abd cl-Matck (MïIoq Maluc). 
élail beaucoup plus j 



, Co n 



inlici 



C CO|. 



>detr 



s les 



document rdatifs à ]'amlj;issadc do Jiij^. 
Il mi précodi.' d'un titre écrit cl signé |iar 
Sébailicn do Jujé liiî-mfmc (f. i) ; Hfjes- 
Ire de mri despechts, faictes en ma charge 



•le Retiilanl poar les affaira et serviee i/u 
Uoy pris le Grand Heigneiir... dorant let 
iinnéei 1378 ci il>7i). que j'aj esté ra charge : 
Signé : Sebantiëk di Juié. — La répoDic 
de Henri III ï reltc lettre, indiquée comme 
ec trouvant au a tcullct » G.f, eit aujour- 
d'iiui aui IT. 7^ V et 7J, par suite de 
l'inaiTlion de nouveaux documents dans le 
ma. SgjJ. Il n'; est (ait aucune allusion 
i l'cipéditioa de D. Sébastien. 



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GÉNÉALOGIE DES PRINCES 



i5S7-iS7i 



EcH-Gaim <* 



I. Moul*; Ahmed tl-Âartdj. dtpoié eo tb\o, — AU bm Bou 
BekcT, gouienuniT de Hcmkmh, le Ut uiiUn i mort en |557 
ainû que lept d« fili et pelits-Eli de ce prince, (Un dWurer U 
counnne à Moula; Abdilleb el-GMib b! Alhk. 

a. Moulay Mohammed Kh-Chiikh eut quiln ^pouH* prind- 
pitlea. — De u première femme il eut: Hahemmed et-Htirrdnf 
Abd el'Kader, AbdulUh rl-Ghalib bi Allah et Moriem. De M K- 
cowk Temme. qui t'ippcliit Sabibt er-RaWini* (El-Oufiîii, 
pp. loâ-iog), il eul: Abd er-Rilmiaa. Abd elMalek, Ahmed tl- 
JUatUBur, Olmu, Abd el-Moumen et Ommr. Il n'eut pu d'enfuli 
de Dons Mencia. la Glle de Don Golerre. leeipitune de SuU Crui. 
qu'il ivail épouiée en i51i, non plua que de LelU Lou. la Glle du 
rm mirinide qu'il épouii en i5ii| >ou> lee mun de Fei. — Moulij 
Mohammed porta la luruom ro^Jil de Et^Mahdi 
celui de Eth-Cheikh. 

î. Moula; ZidlD, — Il a.ail 6poui* 
qui le firqui 



> ChR 






ipaque 
Mirmol. 






Charks-Quinl ou û Jean 111, mail il en fut dèlouroé. Apria la 
défailc de El-Kehcra (>y Dodt \ii',) et l'entrée dani Merraliech 
de MauJa; Motuimincd rch-Chtikli. il alla i Foi demander du 



en li'.S pour VI 
leh-Chtildi. puii 



■tiégde par Moula; Mohammc 
(Tairea du Ro; de Ta n'alloicn 
l'eu rclouma a Tafilet où oloi 
. iiK). Il serait mort en i5S 



I, p. tuH). hon du partage fail 



Moula; Mohammed ah-Ckâlih entre K* enfanta, il re(st l> ^ 
vememeat da Sona (iS5o), ce dont U ae montra pca i^dùL t 
vint du Soui pour marcher antre le re;aume de Tkmna, «m- 
para de Tlenuvn et d« Hoataganem et. au retoar de la nctnm i 
mourut 1 Fei(iSSi). ploaregcetUdu peufrfe qiM de aaa pin. f> 
lui pisterait Moula; Abdallah tl-GhtlU, bi Aliali. 

5. Moula; Abd el-Kader. ~- 11 w (oomettn le Tadla ta lit! 
et auiège U Kuba de Ficfatala qui lenait pour le* Uéhaiiln II 
commande un corpi de caialerie 1 la bataille de Meclot (^^ 
(iS&i). En iS&S, il opère de concert avec £|.HarrA dam WGUt 
et ravage le pa;> avec le cancoun dea Kbelath. Il marrlK i« 
•ea deui frère* Èl-Harrin et Abdallab Mmln le Riraume de Tl* 
«n (i5&d). Eu i55i. ton du tetooT oSniif dea Tun. il°l> 
dana un combat pi^ de Tlemeen et u tète mt envoyée i S^ 
Hala. — Il avait un Gla, Moula; Mohammed, qui fut tué pu o^ 
de Moula; Abdallah lore de aon avènement. 

6. Moula; Abdallah d-OWA L A/U. — Le pril^rédsoM 
de Moula; Mohammed tch-Ckàkh. Ce fut « la faveor qv« 
père dérogea à U coutume aucceaaonle iiulitute par l'anlmJtb 
d;nailte (aadienue. 

7. Lella Meriem. — Celle prineesw. qui avait ipvné n t^* 
Moula; Zidin. jona un grand rAle dana le* diarords aOr h 
premier! Chïrifa. En iS&i. api^ le combat de l'Oued en-" ' ~ 
Moula; Ahmed il-AarvIj avait été battu et fait prÎHiniùa 
frère Moula; Mohammed Kh-Chàkk. et lonqoe Moula; Sdui» 
lait le projet d'une alliance avec Jean III poar délivm et m * 
ton père. Lella Meriem fut cboiaie comme intermèdiain ff 17? H 
deui Chérifi et lea amena k ligner un acrord. Elle fut •» , 
en ibbi d'avoir hllé 1» joun de Moula; Abd ei^R^wu -1 
cause qu'elle eiloît jalouae de l'amour que le Chéiif «voit poc:H 
et qu'elle craignoit que cela n'olaat la lacceaaion i Molrv iWA 



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LA DYNASTIE SAADIENNE 



™L., A..„J„„... oL 



DlODD ' 1 MOEl 






i63i.iC37 ei-Zoida „/,., 



■ fl37-i6BJi 



n Mn ds père et de mère, s (Dinw m Tomui, eh. um), Eo 
58, kinque M» frère Houlaj AbdalUh fut ikvi au Irâne, elle 
joeu pu me à ftire triincher U Ute ï AU ben Bou Bcker, la 
uitmenr de Memkecb : deux jennea enfanla de cette princciBS. 

i ben Bou Beker avait ordonné di fairo, on ibi^j. du chérif 
lulaj Aluned el-Aaredj et de «1 postëriU. 

8. MouUr Abd er-RahiDUi. — V. la note précédente. 

9. MouU; Abd ei-Malek. — Il avait rocu le aumom io^bI de 
■Moalaatm bî AUah et celui de El-Gkazifi sibit Allah. 

10. Hoolay Ahmed ti-Manicar ne »rut pai. d iprèg un pas- 
ft de Ei.-Ouiaiiii, frère de père et de mère de Moula^ Abd el' 
■lek. Il aurait eu pour mère LeIU Meuaouda, fille du fanieui 
«kh Aluned ben AbdalUh el-Onijafli et-Oatriiriti (EL-Ouraini, 

ibo). U eut deui èpouH» piindpalei. Ds la première. Leila 
■rra. qDÎ était mulitreiH, il eut Moula^ Mohammed ak-Chiikh 
Moolay Abdallah Aiwa Farit; de ta aeconde femme. Leila Che- 
nîa (c'eit-ï-dire ori^noire de la tribu de>Chcbàna).ileuI Moula;r 
dlo. UoaU; Ahnwd reçut auni le aurnom de cd-Dihtbi (l'An- 
[ue, le Doré), au retour de >ea arméea du Soudan, à cauae dea 
■nd» qoantitéi de poudre d'or rapportées de cette eipédilion, 

1 1 . Moula; Otman. — Nommé vice-rai du Souapar MouU; AbJal- 
1 lort do «on avènement (iSS?), mil & mort par non oHre en t Bï8. 
II. Moula; Abd el.Moomen. — Nommé vice-rai de Fci par 
lola; Abdallah. Ion de ton avènement en lïS?: mandé ï Mcrra- 
ch ea l558 pour rendre compte de aon administration, il ae ré- 
pe i. Alger et Ha»cn Paeha l'envoie ï TIemeen comme gouver- 
ar, 11 eet aaaauiné dtuia une mosquée par ordre do Moula; 
■tummed el-Malnakh, vice-roi de Fci. 

■ 3. Hoala; Ali ben Zidàn ben Ahmed tl-Aaredj. — Pendant les 
tel ïmleilina entre les traii Rb de Moula; Ahmed cl-Mniisour, 



il est élu en 1606 par les notables de Merrakecfa réfugiés dant le 
Djebel Guillii, pour ttn oppoié 1 Moula; ZidÂu. 

i&. Moula; en-Nasser. — Pniae dans le camp de D. Sébastien. 
la veille de la batiille de El-K>ar el-Kebir (A août 1 Syg). Se réfu- 
gie eo Portugal, puit en Espagne, où Philippe II l'oppose 1 Moula; 
Ahmed tl-Maïuour. Il débarque k Melilli en iSgS et s'avance sur 
Fei par Tau. 11 est battu 1 Kohr er-Roumis. fait prisonnier st 
mis à mort. 

i5. Moula; Ismall. — [I avait été loisié à Alger par son père 
lonque celui-ci partit pour le Maroc. 11 » réfugia k CoDitanli- 
nople. où le Sultan chercha à l'opposer k Moula; Ahmed el-Maaianr. 

iG. Moula; Mohammed tcIt-CheilA. — Son tumom complet 
était : Eeh-Chfikh il-Mamom. 

17. Moula; Daoud. — Il commandait une des armées de Mou- 
la; Abd el-Malek en lEIyS et ce prince renvo;a i Muagou pour 
l'opposer à Moula; ech-Cheikh, le Jeune SU de Moula; Mohammed 
il-lUaltakh, que Sébaatien avait lait partir pour cette place. Il se 
révolta en i58i contra son oncle Moula; Ahmed d-IHamaar et se 
fit proclamer louvenin par les Berbères du Djebel Scksaoua. Battu 
par lee armées de Bl-Ma«ioar, il se réfugia chei les Oudola, Il 
mourut en iSBg-go. 

18. Moula; ech-Cheikh. — Il svait douse ans enviran. Ion de 
l'cipédition de D. Sébastien Bu Maroc. On le chargea d'aller h 
Maiagan sous la conduite de D. Martin Correa. Il rentra en Por- 
tugal après la défaite de El-Kiar el-Ksbir et In mort de son père 
(ft août 1S78). Il passa en Espagne, lors de l'union des courannes 
de Portugal al d'Espagne, et sa convertit au christionjaniu. 

ig. Moula; Abdallah. — Commande les armées de sou père. 
C'était le meilleur et le plus taillant cavalier de la Barbarie 
(BO..S. f. 7). 

lo. Moula; Abd el-Malok. — Commando les ormées de sou père 



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: MOULAY \BD EL-MALEK A O. SÉBASTIEN 



383 



Cil 



I.ETTRR DE ^lOLLAY AlîD KL-MVLEK A D. SÉBASTIEN 

/^ fjiierre que lui déclare le roi D. Sébastien est injuste. — C'est pour 
s'emparer du Maroc et non pour soutenir un Maure contre un Maure que 
ce Roi aventure ainsi sa personne et son armée. — Les promesses faites 
par Moulay Mohammed sont sans valeur et, en outre, îl est bien plus 
l'ennemi des Chrétiens que lui, Moutay Abd el-Malek. — // s'engage à 
céder à D. Sébastien telle ville maritime que celui-ci voudra. — // lui con- 
seille de ne pas persévérer dans un dessein qui pourrait lui être funeste 
et rappelle indirectement qu'il est l'ami du Grand Turc. — llproposede 
s'en rapporter ù l'arbitrage des juges du Portugal et accepte ta décision 
que prendra le tioi lui-même après examen. 



Letlera mandata dalRcMuIci Hamet' alite Don Scbastiano, prima 
elle partisse di Arzilla pcr fargli la ballaglia^. 

Un solo Iddio sla taudato iii ogni luogo corne a clii si dcve il 
liillo. A le, il molto alto el mollo potcnlc Ile di nome, perche il di 
piu restera In (|uello clic hara verita et giustitia et ragione^. Non so 



I. tl faut lire: Abd cl Mulck. 

1. Moulay Abd el-MalcLavaitdéjÏBdretsf 
en [37-; une Icllrc i [) SitljaslLpn pour loi 
ei[)oser les raisons de su coniluîlc i, l'cgard 
de ion nocu Moula; Mohammc<l. Phi- 
lijipe 11, opposé aui projets de D, Scbaslien 
cl dé^ircuK surtout de se ménager, à tout 
événement, la bonne aniiliù do Moulay 
Abd cl-Matek, avait, par l'entremise d'An- 
drca Gaaparo Corso, fait engager le Chcrif 
à cette première di! ma relie pacif!i|ue qui 
n'avait pas abouti, (^r. IUrdosa Mauhado, 



t. IV, pp. 193-196, et C*BKEI1«, t. I[, 

p. m- 

3. Re di Ronif, perche il di piu restera in 
ifuetto clie hara verila el giualitia el ragioae. 
« Itoi »culemeiil de nom, car il n'y a k 
mériter ce titre que celui qui posaidera la 
vérité, la justiec et la raison ». On retrouve 
la mâme idée, exprimée avec un dédain 
aussi superbe, dans une lettre adressée par 
le sultan Sîdi Mohammed (17^7-1790) au 
roi Louis XVI: c< Il faut que vous tachici 
que Ton ne |iourra reconnaître que dans 



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38^ LETTRE DE UOULAY ABD EL-HALBK A D. SEBASTIEN 

che li niosse, rc Don Sebastiano.a volerguerra mecoUntoingiusla, 
perche Die si dispiace moUo dell' ingiustitic. Quando moUo volosse 
conquislarc il mio slalo, che un solo Dio co'l favor' dclli buoni 
me "I dellc cl mi pose in poRsessione d'el che questo cane d'EI 
Xarife' m'Iiaveva despossedutoconlra ragione et conira ogni verita. 
Manco colpa li sarelibe, se lo volcssi coiiquistare per te. che non 
avenlurare la lua pcrsona, honore et va^salli, perfavorire a chi non 
ha giusti/i'a ne ragione, el contra ogni verila : manco colpa li 
sarcbbc, per logliermi qucllo che c il mio et possedo con giuslo 
lilolo. Non so dove ti sei fondalo, poicbe no 1 facei per cagione. 
cir io el li miei vassalli li habbiamo offcso, Overo, che cosa m' liai- 
domandalo, che non mi Irovassi mollo bcn disposto et con molta 
volonta el verita? Anzi, queslo Iradilorc l' ha rccato molto danno 
cl jaltura et, se li ricordi che, ncll' assedio di Matagon', li amazzo 
Hoderico di Sosa di Cavollo\ che mandasti a Tanger, et si serviva 
di Capilano, et d'allre, che li dovcria ricordnrc, per non fidarti di 
esso. El Dio sa con quanto amore et verila li dico qucsto I 

Vieni a cavarmi del mio stalo et logliermi il mio llegno, per 
darlo ad allro Moro, per caltivï ïnlcressi, che li promise, metlendoti 
in capo qucllo che lu dcsiilen. Non le 'I dara, menlre che la vita 
mi durera, perche l'Iio da far schiavo dclli miei sebiavi, clie in 
queslo conlo lo tengo, cl lu, con lullo quelle che bai, ne con tullo 
il luo slalo, lo polrai ajulare. Accio »appi, Re cl Sig/torc, quanto 
mi giuslifico, per il luo amore, el non lo repuli a paura ne a codar- 
dia, perche sarelibe il principio cl me/,7.0 di tua perditione. 



qui 



. SS. Hisr. Maro.:. S'^^ . 



cf™. 



l. (.e ms, porte: <tfl Xarisr 

3. M'ilagon, pour: Mazagan. V..pourl 
sii^gc de Mazagati, pp. gs^-sKi). 

3. Rodrigo de Soijsa dp C«rï»llii), l'il 
ludrc défenseur de Macagan en ir>Gi. ava' 
élé appelé en 1571 au gouvernement d 
Tanger par le fougueux D. Sébastien, qi 
escomptait déjk les succès de \» gartiiso 
porlugaisc bous un tel clief linpatler 
d'apprendre les dcfaîtos des armes Maure) 
il la\a d'inertie la conduite du nouvea 



gouverneur, el, faisant illusion au récent 
mariage de ce dernier, il lui écrivit que 
sans doute il préférait lei délices du lit 
nuptial aux dangers do ta guerre, flquo de 
ce reproclie immérité, Rodrigo de Sousa 
attendit la prochaine attaque des Maures 
et. fe |>ortant au plus fort de la mflée. il 
lulta contre un ennemi lrt<i supérieur en 
nombre jusqu'au moment où il tomba, a le 
corps troué de cent dii blessures, glo- 
rieuses ouvertures qui proclamaient comme 
autant de bouches i quel prii élevé le 
vaillant capitaine avait veudu sa vie ». 
BvBRosA Macuado. t. III, pp. S5i-!)55. 



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: HOULAY abd el-malek a d. bébastien 



385 



Hatti promesso questo cane quello, che non (i puo dare, che 
sono li luoghi marittimi, ch' io possède, et tredici Icglie' in deniro 
délia terra ferma, per la provïsione di questï luoi habitatorï, non te 
le potendo dare, meiilre che la vila mi durera. Io te 'I voglio dare, 
con piu amore et verita di quello, clie ha questo cane pagano, disleale 
corne fu allt suoi proprij, che 'l dette, tutti alli Christiani. Che verita 
puo havere con quello, che lui ha gia dalo et da tanta perditîone, 
corne a te? OUre di cio, haro pace teco tutta mia vita. 

Mi dicono, che portavi la bandiera d"linpero(ore del mio regno 
di Marrocos et che sei venuto con la corona, per coronarti di esao. 
Non so chi t' ha ingannato. Con tutto cio, voglio piu la tua vicinita 
et amicitia, che quella di questo cane pagano. Vediamoci noî et lu 
principal mente, dove piu sicuro vorrai, et consegnami tua bandiera, 
che io ti promello, per la legge che seguo, di metlerla, con le mie 
mani, nelle porte et piu aiti mura et torri délia mia cîlta di Marro- 
cos', sino che sij confirmato per Impera/ore, come dicono che voî 
essere. Tutto cio faro, per escusare la tua perditione, la quale ho 
per molto certa, perche la ragîonc, che in questo particofare io ho, 
vorrei havere in tulta Castiglia et Francia, et il vanlaggio, che a te 
et aile tue genli ho, io et la mia '. Piglia, Re et 

Signor, questo consiglio et mettï partito meco, accioche escusi 
lanta perdita, come ti sta aparecchiata. 

Et piu voglio, Sig/ior, far il tuo amore : che, se vooi favore con- 
tra questo cane, te '1 daro, et in questo vcderai, quonto li vogHo 
servire, perche, togliendoti del collocare in Marroccos, il di piu capî, 
cio che vuoH, che te 'i daro' ; et se voi il Capo-di-Guel, io te '1 aju- 



1. Et Iredicilegke... a EUTeiieiievet de 
territoire dans l'intcnour de la terra ferme. » 
« donné par Barbosa Machado porte : 






:s k l-intiîrii 



geur de trois lieues », soit une zone do 
trois lieues de ra^roi, (^ <!<■' •équivaut il une 
Gurlace de i3 liaues carrées (Barbosa Ma- 
cuADO, 1. IV, p. 3^3). — Vaa des cauiea 
de l'abandoD des Fronteiras par les Portugais 
avait été l'impossibilité où ils se IrouvaicDt 
de cultiver des terres en dehors dos reni' 
parts de la place. 

Oa C.8TKII-S. 



1. Le traducteur italien a sans doute 

rendu par nelle porte l'expression : en la$ 
poinas, dont il ne saisissait pas le seos. V. 
p. 38ij. note ti. 

3. Un blanc d'environ un quart de ligne 
se trouve dans le manuscrit après le mot 

4. Les Portugais avaient perdu en i5ii 
la plus importante de leurs Fronleirat sur 
la câte du Maroc. Agadir leur avait été 
enlevée après un dur siège par le chéri! 
Moulaj Mohammed ech-Clieikh (le père de 

I. — ïj 



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386 LETTRE DE MOULAY ADD BL-MALEK A D. s£ba8TIKN 

tero a levare, Dalli reposo a le et al luo stato, perche non e giusto 
ne ragioncvole, melterc lutto il luo polerc el persona in favorite un 
More fon allro More, scnza inleresse per te. 

<)uar<la bon, Sig/(ore, quelle clie fai : non li meltei-e dove poi 
non polrai uscire qiiando vorrai. Queslo regno e mio et iolo poa- 
setlo per niio con vcrila, et so, chc fu dî esso dosposalo: corne 
morsicato da cane, mi raccoisi in Arguel, dove mi maritai; et la 
dolc, elle mi diede, fu favore del Oran Turco, che con esso mi 
mcssi in pos»esso di quello, che mi loccava: et cosi fu da esso 
delil>cralo ncl suo regno. 

Et perche non mi resta altro da fare, ho aceordalo una cosa, et 
e, che ho intcso che. nel tuo regno, hai giudicï di conscienza, dove 
non togliono a nessuno quello che e suo, et havendo tu, Sig/iore, 
per benc, haro piaccrc dî mandar di la le mie cause, et saro con- 
tenlo, che si dcterminino di là, et chc tu sîa il giudiee, et io passero 
poi il lutto. Guarda, Sig/iorc, che Dio e la verita (et ch' io la 
voglio seguitar' teco). 

Ha attentionc et giuslitia in quello, che e piu vero et mtgtiore, 
et fa conlo, quanti huomini sono di bisogno per cavare un habi- 
tante di sua casa, et quanlo piu vanlaggio ha il naturale, che il 
forasticro. Tu non meiii la décima parte delta gentc, ch' io ho el 
aspelto, cl queslo li baslarehlie a considerarc, poichc, se il consi- 
g/(o ha buon tempo, fra me el le, Dio sia giudiee et ICKlimonio, che 
lui aa a chi ha d'ajutarc, che sara a quello che hara giusliVia et 
traita la venta. 

Tu mi vieni a cercare senza ragione et vuoi meco gucrra ingiusta, 
la cpirdc a Dio non piace, ne di cio e servilio ; et. non havendo 
queslo per bcne, ti assicuro, che hada coslarpiu vite, che potranno 
capirc grani di senapc in un sacco. Tu set giovane el non esperi- 
mcntato et hai canaglia, che ti consigliano maie. 



Moulaj \bcl el-Malok, l'auteur do la pré- phnce : « El (out en l'eaip«chanl de l'^ta- 

scnlo lettre). On a|>|)i:laît aulrcfoïs la tillo blir au Maroc, je te donnerai celui dei Cips 

d'Agadir « Io Cap-de-Guir u et ce nom que lu voudras ». 1.B phrase qui suit: « Et 

avait élé ^ans doute thri-f^fi en celui du si tu dc«irc9 avoir te Cap-de-Guir. je 

Cap, comme cela est arrivé pour la ville t'aiderai i l'en emparer « conlirine celte 

du Cap-de Bonnc-IJ!i'|>érBnce. Celte cipli- iulerpréUlion ; le mol capo est donc mil ici 

cation est nécessaire |>our interpréter la pour : ville maritime. 



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: DB MOULAY ABD EL MALEK A D. SÉBASTIEN 38'j 

Et cosi Rnisco, che, fra me et te, Dio sia testimonio, comeche 
qui lo protesto. 

Tuo amico légale', 



BihUoihbque Nationale. — Fonds italien. Ms. 123^1 (anc. Saint-Ger- 
main 79}), ff. 33^-333. — Copie du ivii" siècle^. 

I. Po<it:teate. transcrit au comracnceraenkdu xvii'^ siËcle. 

3. Celte lettre a fié publiée avec des en grosse écriture italique, appartenant à 

variantes par les clironiqucura ol les hîsto- une série de dix volumes du même genre, 

riens. Cf. HrEHONiHO ce Mendoc:*, Ca- tous d'origine vénitienne, ol dont le dépouîl- 

BREKA, Barbosa Machado, Coelho hg lemont détaillé est donné par Mars\nd. 

Bahbuda, etc. Manoscr. ital.. t. I, pp. 676-C86. Cf. Maz- 

3. Recueil de copies de pièces diploma- iatinti, t. I. p. 110. 
tiques, historiques et politiques en italien. 



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LETTRE DE MOULAY - 



LETTRE DE MOULAY ABD EL-MALEK A D. SÉBASTIEN 



|li juillet 1578.) 

Copia de una carta inbiada por el Rey Hamel de Fe' al Rey Don 
Sevaslian de Portugal, antes que partiera de Arcila, para dar la 
vatalla, adondc ambos murïeron, a i4 de Agojlo de 78'. Traduzida 
de Rabïgo'. 

Un solo Dios sea loado en todo lugar. Como se deve a ti, el muï 
allô y podcroso Rey de nombre, que lo demas estara en aquel que 
tubicrc vcrdad, justicia y razon. No se quai te mobio, Rey Don 
Scvastian, a querer guerrear conmigo tan injusta, por que Dios se 
de»place niuclio de las sinrazoncs. Quando mucho quîeras conquis- 
larme mi cstado, que un solo Dios, con fabor de buenos, me dîo y 
me puso en posicion ' de lo que esse perro d'El Garïfe me havia 
desposcido conlra razon y jusUcïa. Ninguaa culpa le ubiera puesto, 
si lo quisicrcs conquistar para ti, que no habenturar tu persona, 
honrra y vasallos, poder, fabor, a quien ni liene justicia ni razon 
para Inquietarmc lo que es mio y poseo con justo tituto. No se en 
lo que te luis fundado, pues no lo habras écho, porque yo, ni mis 
vasallos, ta° hayamos jamas ofendido ^lEn que te bas querido ser- 



I . El-Iity Hamel de Fe. pour : le roi de 
Foi Moulay Khà el-M»lek. Comme un 
grand nombre d'hisloricns, l'suleur de la 
copie ou de la Irsduclion a fait uoe confu- 
■ion de noms et a donn4 l Abd el-Malek 
celui de Hamel(\hiiied). 

3. Erreur manifeste, que le traducteur a 
:onvertiESBnt une date de 



l'ère muaulnane en date der^chrAieuEie. 
U btlaUle de EIKtar el-Kebir eal du i 
août iS^S et le départ d'Airil* du roi 
D. Sébastien eut lieu le 19 juillet. 

3. Vaai-.deArabigo. 

k. Pour: enpoittum. 

5. Pour: fe. 



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LETTRE DB HOULAY ABD EL-MALEK A D. SÉBASTIEN 38q 

virme de mi, que no me hallases con mucha voluntad y verUid' i> 
Antes ese traidor te a causado muclia perdicion y, si te acuerdas, 
en el cerco de Marçagan, te mato a Rodrigo de Soto Caraballo, que 
inbiasles a Tanger y te serbia de CapUan ; y otras cessas, de que 
te debrîas acordar, para no fïarte de el. ; Y sabe Dios con quanto 
amor y verdad te digo esto 1 

Vienes a sacarme de mt cslado y quilarme de mi reyno, para 
aberlo de dar a otro Moro, por malos interesses que te prometio, 
metiendote en la cabeza lo que tu deseas. No te lo darc\ en quanta 
la vida me dure, porque lo tcngo de hacer esclavo de mis esclaves, 
que en eeto quenta le Icngo y a ti, con todo lo que es tuyo, ni 
todo tu Estado no le podra baler, para que sepas, Rey y Sciior, 
quanlo me justiftco por amor de ti, y lo atribuyas a miedo ni co- 
bardia, porque sera princïpio y mcdiode tu destruicion. Premetiote 
aquesse perro lo que no te puede dar, que son los lugares marilimos, 
que yo poseo, y trcce lugares de la tierra firme, para provision de 
estos très moradores, no te lo pudiendo dar, entre tanto que vaya. 
Yo le lo quiero dar como ' mas amor y verdad de la que hay en 
esse perro pagano desleal, como lo fue à los suyos proprios, que 
los dio a los Christianos. ^Que berdad puede tener con quien el 
quiere, y a dado tanta perdida como a ti? AUende de esto, tendre 
paz contigo toda mi vida. 

Dicen me, Sefior, que traes banderas de Empcrador de mi Reyno 
de Marruecos y que bienes con corona, para te coronar por Hey 
d'el. No se quien te engaflo con todo esso. Quiero mas tu amistad 
y vecindad que la d'esse perro pagano. Beamonos, tu e yo perso- 
nalmente, dondc mas seguro eslubieredes, y enlregame tu bandera, 
que yo te prometo, por la ley que sigo, de ponerla, por mis manos, 
en las pomas' y mas altos muros de mi ciudad de Marruecos, hasta 
queseas mas confirmados° por lu perdicion, la quai veo mui cierla, 
porque la razon, que en esta parle tengo, quisiera tencr con toda 
Castîlla y Francia, y la ventaja, que a ti y a tu gente acemos, e la 

t. Pour: verdad. surmonté de cet ornomenl orientât appelé 

3 . Pour : ;Vo te h dara . 

, p *b>t W Q'f'^fif') ^t consistant en trois spnè- 

(. En ta$ pomaa. Le minaret delà Ktou- res (pommes) d'or superposées, 
bia, la grande mosquée de Meirakech, est 5. Pour : confirmado. 



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SgO LETTRE DR HOUI.AY ABD RL-MALEK A D. séBASTIBN 

mia. Toma. Rey y Sefior, osie consejo y asienla partîdo conmigo, 
porque cscuhc» lanla pcrdîcion, como te esta aparcjada. 

Y mas qiiiero acer, Senor, que, si quieres falior para esse can, 
le lo dare, y en eslo veras, quanlo te quiero servir, porque, 
quilaiido del aniento de Marruecos, de lo demas escoje. y le lo 
dare, y si qiiieres el Cavo-de-Gcl', te lo hayudare a sacar. Sosiegale 
a ti y a lus cslados, que no es justo ni aeertado, poner todo lu poder 
y pprsonaen faboreeer un Moro conira otro Moro. sin inleresar lu 
cnssa alguna. Mira bien lo que baees, no te metas adonde despues 
no puodiis salir, quando quisicres. Esle Reyno es niio y yo le poseo 
por mio con dcrecbo y se que fui desposeydo d'el sin razon y, como 
modido' del perro, me hacoji [a] Argel, donde me casse ; y el dote 
que me dieron fue fabor de) Gran Turco, que con el me hapodere' 
de lo que nie pcrlcnccia, y ansi fue por el detcrminado en su corle 
y juzgado todo por mio. 

Y, porque no me qucdenada por hacer, c acordado ^ una cossa y es 
que, cnlendido que en tu l\eyno ticnes messa de conciencia ', donde 
noquilana nadieloqueessuyo, yavicndolo lu. Seflor, por bien écho, 
olgado de inbinr balla' mis causas, y me contentare. que se deter- 
minen alla y que tu seasjuezdeollas, e yopassarepor loque sedctcr- 
minare. Mira, Senor, que Oios es la verdad y que yo conligo la quiero 
seguir, con aleneion y juslicia, en lo mejor y mas verdadero; y 
ecba qucnla, quantos bombres seran mencstcr, para ccbarun mora- 
dor de su casa y quanta mas benlaja tiene el nalural que cl eslran- 
gero. No traho' la décima parle de la jente que yo lengo y espero. 
Y eslo deverias eonsiderar, pues te amonesto a buen liempo. y en 
li y en mi sea Dios testigo y juez, y el sabe a quien a de ayudar', 
pues sera a quien licnc justîcia y trala berdad. Tu bienes a buscar 
gin razon y quicres conmigo guerra injusla, lo quai a Dîos no plaze, 
ni es de eilo servido, y, no teniendo eslo [wr vien, le aseguro que 
a de costar mas vidas, que cabran granos de mostaza en un saco. 



1. Gel, pour: Guer, le Cap-deGoir 
Cf. p. 364, noie 3. 

3, Pour : mordirfo, 6. Pour : oï/o. 

3. Pour : apodenf. 7. Pour: Irae». 

4. Pour : he acordado. 8. Pour : ha de ayudar. 



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LETTRE DE MOULAY ABD EL-MALBK A D. SÉBASTIEN Sfl I 

Tu ères mozo y no esperimenlado y tïenes cavalleros que te acon- 
sejen mal. 

Y asi acabo, con que entre ti y mi sca Dios testigo, como lo pro- 
leslo aqui. 

Muley Amet. 

Bibliothèque Nationale. — Fonds espaijnol. Ms. ^31 (ancien 1S5)\ 
ff. 82 v'-SS v'. — Copie du iviii" siècle. 

Archives espagnoles du Goucernemenl général de T Algérie. — A'^ r>09 
(anciennement: Registre 1685), f. 3^5. — Copte du xvii' siècle. 

I. Ce manuscrit forme des Mélanges sibcle. en deux vol. pelitio-fol.; l'écriture. 
hatoriqae» et littiraires relatifs au xvi" de divanei maÏQs, est du xviii° ûècl«. 



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3^3 LETTRE DB MOULAY ABD EL-MALEK A D. SÉBASTIEN 



LETTRE DE MOULAY ABD EL-MALEK A DON SÉBASTIEN 



Le rot Sébastien fait une guerre injuste en venant en aide au che'rif \foulay 
Mohammed. — // soutient en outre le pire ennemi des Chrétiens, car 
Moulay Mohammed n'a cessé de faire du tort aux Portugais: il a assiégé 
Mazagan, il a tué le gouverneur de Tanger. — Il a promis de céder à 
Sébastien une partie da territoire marocain, mais il ne pourra tenir sa 
parole. — Moulay Àbd el-Malek s'engage A concéder à Sébastien une 
zone de treize Ueues autour des places portugaises. 



Teneur d'une lectre que Abdemcleq, roy de Marocque, pnvo- 
yact' au roy Sebastien de Porlugal deux jours devant la bataille qui 
se donna en Affrique, en l'année 1578, le 4 jour d'aou^t. 

Dieu, qui est la fontaine et l'origine de tout bien, est loué pariout 
d'un chascun! A toy, Roy très-baut et très-puissant, de nom tant 
seulement, car ce que tu as au reste est indigne d'un vray, juste et 
raisonnable Prince. Car cerle nous ne voyons point quelle raison 
te pousse à nous faire une guerre si injuste, principalement lorsque 
Dieu Toul-Puissanl semble abborrer les cboses qui sont sans raison. 
Si tu me faisois la guerrre pour envabir ce royaume, que Dieu, 
qui est le tuteur des bons, a permis que j'aye retiré dos mains de 
cet impie Cherif, qui, en rompant (oui droit divin cl humain, 
s'estoit approprié mon bien et ma gloire. Dieu, à qui toute cbo»e 
bonne a lousjours pieu, jugcroit ia cause moins injuste et lu luy 
senblerey aucunement excusable. Car quelle injure ay-je fait ou à 

I. Envojact, pour: envoya. Il j a plu- leite : stnbtfrey (pour sembleraW), paiste 
tielin ButTSi (ormes incoTroclcs dans ce (pour paissei), otc. 



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LETTRE DE MOULAY ABD EL-MALEK A D. S^BASTIEIf SqS 

loy OU aux tiens ? As-tu jamais soufTert aucune perte dont je me 
soy resjouy? Au contraire, il te faudroît ressouvenir combien lu as 
trouvé de foy en mes parolles, et je puis dire que le Gherif est 
cause de tous les dommages que tu as receu, mesme au siège de la 
ville de Majagan. C'est luy qui a tué très-injustement ton capitaine 
Roderic Suozla de Carvalho, que tu envoyois pour gouverneur h la 
ville de Tanger, Cela et beaucoup de clioses semblables te dévoient 
estre des indices assez clairs de sa perfidie et de sa trahizon. Et Dieu 
m'est témoin avec quel cœur et avec quelle afTection je te repré- 
sente ces choses I 

Et neantmoins tu me viens despouiller de mon sceptre et de mon 
royaume pour le Maure (sorty et alaicté des montagnes) de ce qu'il 
te va promettant'. Et je te puis asseurer que, moy vivant, je 
empescheray bien qu'il te tienne parolle, car je le veux faire vallet 
des vallels de mes esclaves, et ny toy ny tes forces ne m'en sçau- 
roient empescher. Mais aflGn que ma justice soit plus notoire, 
pourveu que l'on ne m'accuse point d'imbécillité d'esprit et de 
crainte, en te disant ce qui est cause de ta perte, je te veux mettre 
en ton tort et t'offrir librement ce que le Cherif ne te peut pro- 
mettre ny donner, à sçavoir treize lieuées d'espace, depuis la 
mer jusques en terre ferme, afTm que tu puisse[sj basUr telle[s] 
forteresses que tu voudras, proche de la mer, et que tu aye[s] des 
labourages plus qu'il n'en faut pour les provisions nécessaires, et 
le Iraistre ne te sçauroit, comme je l'ay dit, promettre rien de cela, 
parce que tout est soubs ma puissance. Et toutefois je te bailleray 
meilleur courage qu'il ne le sauroit pas faire, parce qu'il ne porta 
jamais aucun amour à ta patrie; au contraire, il a mis en proye 
tous les biens des Chresticns qu'il a pu. Quelle foy donc peus-tu 
trouver avec luy' ? 

Bibliothèque Naltana/e. — Fonds espagnol. Ms. 319, f. ^9-^9 u". — 
Copie (ta xïi° siècle. 

I . L« InduclioD frmcaÎM ml ici incom- i. L> fin manque dans cette traduction 

pl^to cl le traducteur a, da plus, ajouté ce française, qui n'eti qu'un brouillon in*~ 
qui cet entre parentbèBct. chevé, s'arrètant au milieu d'une page. 



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3g^ LETTRE DE BÉBASTIEN DE tVVÈ A HENRI III 

cm 

LETTRE DE SÉBASTIEN DE JUYÉ A HENRI HI 

(Extrait) 



En léle: Cesle despcchc est accusée et respondue par mesme 
leltre du Roy <jue les preccndanles l'ont esté, au fcullet 64 v^" ', 

Sire, 

Je reçeuz, le xxi\' du passé, deux despcches de Vostre Magesté, 
du XXV' avril et xxn' may. 

Il se dit aussy à cesle Porte que l'entreprinse du roy de Portugal 
du couslé de la Barbarie est rompue. Ce qu estant ainsin, se peult 
croire que Moral Aga, qui sortit nuguyères de ce porl avec quatorze 
gallères, ne passera l'Archipelago, comme on pensoit qu'il deusl 
faire. J'ay eu advis qu'il estoit, peu de jours a, à Sic. 

Qu'est*. Sire, toul ce qui s'offre icy maintenant. 

Sire, je supplie le Créateur donner à Vostre Magesté, en très- 
parfaictc prospérité et santé, très-heureuse et très-longue vie. 
Des Vignes etc., ce v° aoust iS-jS. 

BihUolhèqae Nationale. — Fonds français. Ms. 395i, f. 44-44 v". 
— Copie contemporaine de l'original. 

I. V. p. 38a, note a. 3. Qa'ett, pour ; Ce qui est. 



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LES RELATIONS DE LA BATAILLE DE EL-K8AR EL-KEBIR 



395 



LES RELATIONS DE LA BATAILLE DE EL-KSAR EL-KEBIR 
Note critique. 



Avant de publier les diverses relations de la bataille de EI-Ksar el-Kebir qui 
peuvent être considérées comme des sources françaises', il nous a paru indis- 
pensable du les Faire précéder ici d'une étude sur les questions qui se posent ii 
propos de l'ensemble même de ces documents *. 

Le devoir d'un éditeur de textes est, en elTet. sinon de résoudre les divers 
problèmes soulevés par les documents qu'il publie, du moins de les signaler, 
en proposant les explications que l'étude de ces textes aura pu lui suggérer. Le 
plus généralement, les documents, manuscrits ou imprimés, correspondent sen- 
siblement comme dates aux faits historiques dont ils sont la trace et se ren- 
contrent d'autant plus nombreux que ces faits ont eu plus d'importance aux 
yeux des contemporains. Mais il n'en est pas toujours ainsi : nous avons vu 
que parfois la date d'une pièce vient déplacer celle d'un événement connu et 
appelle une explication ' ; parfois aussi certains événements importants ne sont 
pas reilétés & leurs dates dans des documents et la cause de ces lacunes doit être 
recherchée. 

Une diiTiculté de cette nature se présente pour les relations de la bataille de 
EI-Ksar el-Kebir. On sait que ce désastre eut lieu le 4 août 1578, que le 
roi D. Sébastien périt dans le combat et que toute la noblesse portugaise resta 
prisonnière des Musulmans ; mais la conséquence la plus grave de cette 
catastrophe, conséquence prévue, peut-être même attendue par Philippe II, fut 
la disparition de ce royaume de Portugal qui avait été si glorieux au cours du 
XVI' siècle et qui, par suite de la déshérence de son tràne, fut alors absorbé 
par l'Espagne. Un pareil événement aurait dû, à ce qu'il semble, laisser sa 
trace dans de nombreuses relations, soit manuscrites, soit imprimées. Il n'en 
est rien ; les récits contemporains sont peu nombreux, en Espagne comme en 
Portugal*. Les deux plus anciennes relations qui aient été publiées sur l'expé- 

t. Il faut entendre ce mot n françaises » 3. V. la lettre de Luiz de Loureiro au 
avec Ib lena particulier que nous lui avons roi Jean 111 datée de S« nia 'Crui- du- Cap- 
donné dans notre Avanl-Propot, p. vin. de-Guïr, to sept. 1537, ci-detsus p. 106, 

1. Celte élude portera principalement notei. 

surcellesde«reUlionsqui,ByaDlélépubliéei i. Il s'agit bien entendu des relations 

fort peu de temps après les évéoements, ayant la valeur de sources originales et non 

ont pu servir de sources aux historiens. doi récita de seconde ou de troisième nuùn. 



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396 LBS BBLATIONB DE LA BATAILLE DE EL-KBAR BL-KEBIR 

dition d« D. Sébastien sont celles de Joachîm de Cenlellas et de Fray Luis 
Nîelo, maïs, chose digne de remarque, ces documents ont paru tous deui en 
français, bien que le premier soit attribué à un Portugais et que le second ait 
pour auteur un Espagnol. En effet, le manuscrit portugais de Centellas, si 
tant est qu'il ait existé, n'a jamais été imprimé dans sa langue originale ; 
quant à la relation espagnole de Fray Luis Nieto, elle est restée inédile 
pendant plus de trois cents ans, n'ayant vu le jour qu'en 1891, alors qu'il en 
avait paru une traduction française, dès 1579. Un aussi long silence doit être 
expliqué. 

C'était l'époque où la vérité historique n'était admise qu'en tant qu'elle 
éclairait les faits glorieux du passé; elle passait, au contraire, pour malséante, 
quand elle faisait la lumière sur des désastres nationaux, surtout quand 
ceux-ci avaient été accompagnés de quelques déraîllances. Le chroniqueur, qui, 
en pareil cas, se serait risqué à dire la vérité, eût été accusé de crime de lèse- 
patrie. Mieux valait s'en tirer avec de belles phrases : a II suffit de dire, 
écrivait-on encore dans le Mercure Portugais en i643, qu'on ne peut douter 
qu'on ne combattist vaillamment en cette journée sanglante. . . el que les Mores 
eussent esté contraints de céder à la vaillance des Portugais, si les Portugais 
n'eussent esté contraints de céder à la multitude des Mores ' . ■ La vérité, écri- 
vait il ce propos un auteur espagnol, s ne cesse pas plus d'être la vérité, parce 
qu'elle est habillée, qu'un homme ne cesse d'être un homme, parce qu'il a des 
vêtements, et elle doit être vêtue, toutes les fois qu'elle serait de nature à offen- 
serquelqu'un » '. En Portugal comme en Espagne, l'opinion ne réclamait guère 
la publicité pour la catastrophe d'EI-Ksar. sur laquelle on était d'ailleurs fort 
mal renseigné. D. Cristobal de Mora écrivait de Lisbonne à Philippe II, plus 
d'un mois après l'événement : « On ne sait rien sur ce qui s'est passé pendant 
la bataille... On n'apprend ici les choses qu'au milieu de la confusion ' s. Les 
quelques fugitifs rentrés en Portugal parlaient peu et même se dérobaient, 
comme ce chevalier, porteur de la lance du Roi, qui, d'après l'opinion, aurait 
pris la fuite si rapidement qu'il aurait emporté l'arme de son maître*. Le récit 
de cette défaite, qu'on disait peu honorable pour la vieille réputation de bra- 
voure portugaise, tentait d'autant moins les historiographes nationaux que. 
comme il arrive toujours en pareil cas, on exagérait la déroute: on oubliait 
l'attaque des « Aventureiros > , qui avait fait plier un instant toute l'armée de 
Moulay Abd el-Malek *, et l'on ne parlait plus que d'une débandade, d'une 

1. Le Mercure PortagaU, pp. 16.37. " Sebàsiuk de Hesa, Préface, 

j Bvtit quelques eiceplïons : Un auteur, 1. Fhat Antonio de San Roman, Jor- 

publUnl en i63o une relttioa de la « Jor- nada y muerte del Rey Don Sebaâtian, Avîi 

nailaii,laquelleii'e>t d'ailleurs qu'undémar- au lecteur. 

quigede Coneitaggio etde Mendoça, écrit; 3 V. SS. Hist. Hieoc, i" Série (Ei- 

« Le mérite de Mlle couvre réside dans U pagne}. 

véracité Il est plus mil d'écrire dei i. Ibidem. 

mentonges qu« de révéler dea misèrei, g 5. k lit h jel«ient au milieu de» M*ure> 



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NOTE CRITIQUE 897 

panique survenue avant que les arquebuses aient pu £tre rechargées. On 
cherchait à établir les responsabilités : c'élaienl les mercenaires allemands qui 
avaient perdu la journée, en lâchant pied ; aussi bien des piquiers ne pouvaient 
plus tenir contre des arquebusiers ; on s'en prenait aux colonels des quatre 
régiments portugais du peu de solidité de leurs troupes et on les soupçonnait 
d'avoir louché de l'argent pour enrôler des hommes impropres à la guerre; on 
accusait hautement les courtisans qui, pour flatter le Roi. l'avaient encouragé 
dans cette folle expédition ; on reprochait h Diogo de Souza. le commandant 
de la flotte, de n'avoir pas croisé dans les parages de la bataille pour prêter 
main forte à l'armée ou pour recueillir les troupes rompues ; enfin c'était une 
tache pour l'honneur de la noblesse portugaise que le Boi ait péri dans le 
combat, alors que les gentilshommes, en si grand nombre, avaient été faits 
prisonniers. A la vérité, le Roi portait toutes les responsabilités : à celle de 
l'expédition même venait en eOet s'ajouter pour lui celle de la direction des 
opérations militaires, puisque, jusque sur le champ de bataille, le présomptueux 
Sébastien avait enlevé toute initiative aux chefs de l'armée, ce qui avait été 
une des causes du désastre. 11 aurait donc fallu charger encore la mémoire 
de l'infortuné monarque, sans pouvoir même raconter sa mort, qui avait dû 
être héroïque, mais sur laquelle aucun des survivants ne pouvait fournir le 
moindre détail'. De leur c6té. les Espagnols, qui, par suite de l'union des 
couronnes de Castille et de Portugal, considéraient un peu comme leur la 
cause de l'honneur portugais, furent tenus quelque temps à garder le silence 
sur un événement dont le souvenir était si amer pour l'amouivpropre de la 
nation-sœur. 
Le public ne connut donc les détails de la fatale journée que par les deux 



MRS tucune crainte, on en vil même «jani 
les jan-eti coupéa, MDS pieds, couverla de 
bleuures, hurlant comme dea laureaui et 
(ccompliasaol lur place des prouesses in- 
CTO;r*hles. DToRKiBDELTHi.r. ia8. ^Lei 
défaiUancesfscilement excusables qui se pro- 
duisirent furent seulement le fait des milices 
portugaises, recru téetkla hlte parmi des paj- 
sans enlevés k leurs charrues, sins aucune ei- 
pirience de la guerre et ï peine habitués 
au bruit de leura propres arquebuses. 

t. Une autre cause permet d'eipliquer 
le silence des auteurs porlugsis. Il com- 
mençait k se répandre un bruit d'après 
lequel le roi D. Sébastien n'aurait pas été 
tué dans la babille de El-Ksar el-Kebir. 
Le peuple, toujours porté k admettre le 
le merveilleui, ne crojait déjà plus k la 
mort tragique du petit-fils de Jean IIL et 



on en aurait voulu aux témoins de la bataille 
de dissiper par dea écrits des doutes ai 
favorablea auK espérances dynastiques. Il 
eat d'ailleurs évident que. pour dea raisons 
contraîrea, le roi d'Espagne cherchait k 
faire établir la mort de Sébastien, voire les 
défaillancea des Portugais, par de* témoi- 
gnages écrits. Mais Philippe 11, en mo- 
narque prudent, devait sauver les appa- 
rencea vis'k'via du Portugal et recourir k 
des mojens détournés pour arriver k ce 
TésulUt. De Ik peut-être la traduction 
Trançaise de cette relation de Luis Nieto 
dont le texte original restait inédit et 
inconnu; de Ik, avec plus de probabilité, 
la publication, en italien et sous la signa- 
ture de Conestaggio, du livre de Don Juan 
de Silva dont il aéra parlé un peu plua loin . 



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3qS LEB BBLATI0N8 DB LA BATAILLE UE BL-KBAR EL-KEBIft 

relations publiées en français dont nous avons parlé plus haut. La première, 
imprimée en ib-jS et dont nous avons reproduit le litre en fac-siniilc <, aurait 
été extraite, si l'on s'en rapporte à ce titre même. « de fidèles tesmoings et 
mémoires du Sieur Joachim de Ccntellas ■. Or l'existence de ce ■ Gentil-bomme 
Portugaiz s parait Bs»ez problématique : aucun recueil biographique ne fait 
mention de ce personnage ' et, quant à son prétendu ouvrage, il est inconnu 
des bibliographes portugais. D'ailleurs, les Vojagei et ContjuesUi... ne sont pas 
donnés comme étant la traduction française d'une relation écrite en portugais 
et, si, d'autre part, on remarque que le style du narrateur est identique à celui 
de la Dédicace écrite par Jean d'Ongoys ', libraire- imprimeur, on est amené k 
supposer que le « Gentil-homme Portugaiz », s'il a existé, n'a été qu'un infor- 
mateur secondaire, que le véritable auteur de la relation est te sieur Jean 
d'Ongoys et que celui-ci, pour donner plus de crédit à se» dire», les a attribués 
au susdit Joachim de Gentellas ^ Il est, d'ailleurs, non moins certain que 
l'imprimeur français n'a pu écrire son récit, paru au lendemain du désastre de 
El-Ksar el-Kebir et l'une des premières sources imprimées ou manuscrites que 
nous connaissions, sans que des renseignements lui aient été fournis par un 
personnage directement informé et, en outre, très au courant de l'histoire du 
Portugal, si l'on en juge par les détails qu'il donne sur la défense d'Anila 
en i5o8°. Cependant les Voyages el ConquesUt... renferment au sujet de la 
bataille de El-Ksar el-Kebir de trop grandes inexactitudes' pour pouvoir être 
attribués i un témoin oculaire de l'expédition de 1678. Ajoutons, pour en finir 
avec cette relation, que sa composition est défectueuse par suite des enchevêtre- 
ments du récit et que son stjle est souvent difTicile à comprendre. 

Le second document publié sur l'expédition de EU-Ksar el-Kebir a été, 
comme nous l'avons dit, une traduction française de la relation inédite de Fray 
Luis Nieto. intitulée Relaeion Je las Gaerras de Berberia... L'auteur apparte- 



I. V. p. S06. 

a. Dana les Indsi des Archive! portu- 
gaises, on ne rencontre qu'une seule fois ce 
nom, porté par une temme. U" Isaltct de 
Sentelhas. qui vivait au commencement du 
ivi' siècle {Archives île la Torredo Tomba, 
Corpo Chronologico. 1, i, 110). » Lettre 
de D* Isaliel de Sentelhsi adressée i Pedro 
Garcia, grand aumAnler de la Heine, sur le 
mariage de D. Fernando de Campos, 19 
novembre iSij. » 

3. Jean d'Ongoys ou d'Ongois, impri- 
meur-libraire i Paris de 1S73 à 1579, était 
originaire de Saint Orner ou des environ^ 
car il sa nomme lui-même Morinien (on sait 
que les Morini étaient un peuple de la Giule 
belgiiiue). Il résida successitement rue des 



Carmes, puis a rue du Paon, près la porte 
Saint-Victor s et enBn n rue du Boo- 
Puils I). Ckunme tous le* libraires de son 
temps, il avait des prétentions littéraires et, 
en dehors de la présente relation que nous 
croyons devoir lui attribuer, il composa le 
Promplaaire de tout ce qui est adoerui plas 
digne de mémoire depuis ta Création, t5-jg 
(Cf. Ph. Remouibd, Jmp. paru., p. 100). 

4. C'était à cette époque une habitude 
courante chei les imprimeurs-libraires de 
publier cerlaines relations .sous des signa- 
tures d'emprunt. V. p. 399, note 5. 

5. V. pp. 4i3-4a6. 

6. V. p. in, noU5;p. 438, note 8: 
p. i'Si, note 1. et p. ^35, note i. 



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NOTE CRITIQUE O99 

naît à l'Ordre des Frères Prêcheurs el il avait suivi l'armée de D. Sébastien, 
ainsi qu'un grand nombre de religieux. Sa qualité de témoin oculaire est éta- 
blie par un passage de sa Dédicace à Philippe 11, où il se donne comme « le 
plus h mime de raconter avec dclails ces événements o . Luis Nicto devait avoir 
séjourne au Maroc et il ne serait pas étonnant qu'il connût la langue arabe, 
tant SCS inTorniations sur les luttes intestines entre les Ghérifs sont précises et 
conFormes h celles de l'historien arabe EI-OuTràni '. Le manuscrit original de 
la lielacion de las Guerras de Berberia... conservé à la liiblioleca !\'acional de 
Madrid' est resW inédit jusqu'en 1891. date où il a été publié dans la Colecciàn 
de Documenlos inéditos para la Ilistoria de Espana^. On a vu plus haut les rai- 
sons qui semblent avoir, en Espagne el en Portugal, empêché l'impression de 
ce document à ta date où il a élé rédigé, c'est-à-dire c 
forme et sa composition (Dédicace, Prologue, Divis 
semblait évidemment destiné à la publicité^. 

La traduction française de la Relaeion de Uu Guerra 
un anonyme, fut imprimée en 1^79 et parut chez Nicolas Chesneau^ sous le 
litre : Histoire véritable des dernières Guerres advenues en Barbarie..., que nous 
avons reproduit en fac-similé p. ^37. Le Département des manuscrits de la 



1 1 578. alors que. par : 
on en chapitres, etc.), il 



s de Berberia.... faite par 



I. On Mit que El-Ourrdni ■ composé 

^iviii" siècle; l'idée d'une copie du Nashet 
el-Hadi par Fraj Luis Mieto doit donc 
fire écartée et, d'autre part, les auteurs 
arabes ignorent les sources histOTii|ues do 
provenance chrétienne, on ne peut admettre 
que El-Oufràni ail utilisé les renseigne- 
ments de Fraj Luis Nieto. Il est seulement 
possible que les deux historiens aient con- 
sulté, l'un et l'autre, une même chronique 
arabe contemporaine des événements. Rap- 
pelons que les ouvrages de Marmol et de 
Diego de Torres s'arrèlent au rcgno de 
Moula; Abdallah el-Ghalib bi Allah et que, 
par conséquent, Nielo n'a pu t'y rétércr 
pour les luttes entre Moulaj Mohammed 
tt-Meshukh el son oncle Moula} Abd el- 
Malek. 

I, ColeL-i6i. 

3. Tomo C, pp. âii-5o3. Le plan qui 
accompagnait te manuscrit a élé publié 
dans un autre volume de la Colecciàn. 

II. V, en outre la supposition graluile, 
mais vraisemblable, que nous faisons dans 
la note 1 de la p. 3^7. La relation de ISieto. 
■ans être satirique et mordante comme celle 



de Conestaggio [Juan de Silva], renferme 
des appréciations presque aussi dure» pour 
les Portugab. Citons, en treau très, ce passage 
où il est dit que les Hidalgos, las el avilis, 
laissaient leurs montures pour se mettre à 
l'abri sous les charrettes et abandonnaient 
leur Roi. V. ci-aprts. p. 180. Un document 
de cette nature ne pouvait Sire publié en 
espagnol, au lendemain dos événements, et 
nous vDjrons que, sept années après, en 
i585, Juan de Silva, pour faire paraître 
son ouvrage, esl obligé de le faire signer 



paru 



,r iUliei 



Nicolas Chesneau naquit à Cbeffes 
(Maine ot-Loirc). le 3o janvier i533. Il 
devint & Paris, où il exerçai partir de i556. 
un des imprimeurs-libraires les plus renom- 
més de l'Université. Il demeurait au Chine- 
Vert, mv Saint-Jacques; il fut en 1675 
syndic de sa corporation. — a 11 avait. 
parall-il, des auteurs à qui il empruntait 
volontiers leur signature. 11 Cf. CÉLESTin 
Port, Dicl. hifl , et Renoii*ro. au nom 
Chesneau. — Plajfair, dans sa bibliographie, 
indique Nicolas Chesnesu comme l'au- 
teur de la traduction française de la rela- 
tion espagnole (Platfain. p. 338, n" 81). 



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JOO LES BBLATIOnS DE LA BATAILLE DE EL-K8AR EL-KEBIB 

Bibliothèque Nalionale de Paris possède, en outre, une copie de la Reheion de 
las Gaerra» de Berberia... qui semble ôlre contemporaine de l'original'. Ce 
document devait être considéré par son propriétaire comme ayant une grande 
valeur, si l'on en juge par les indications minutieuses portas sur une note 
jointe à la copie* et permettant de rétablir certains passages du texte qui ont 
été lacérés. Le même manuscrit espagnol de la Bibliothèque Nationale contient 
également une traduction française de la Relacion de loi Guerras de Berberia..., 
qui a pour titre : Discours des guerres de Barbarie et da lamentable suech da 
Boy Don Sébastian enycelle, qai lui survint le h"' d'aousl en l'année mil cinq cens 
soixante et dix buiel'. Cette traduction aurait été faite en i6oa, si l'on s'en 
réf&re à une note marginale*, et elle serait par conséquent postérieure de vingt- 
trois ans à la traduction imprimée. Rappelons qu'une traduction latine, faite 
sur la traduction française de 1579. a été publiée à Nurenberg en i58i '. 

Pendant sept ans. ces deux relations, celle soi-disant extraite de Centellas et 
celle traduite d'après le texte inédit de Nieto, relations qu'on peut regarder 
comme des documents français, furent les seules par lesquelles le public apprit 
les événements de la fatale journée : il est probable qu'elles étaient peu répan- 
dues, en Espagne comme en Portugal, et que l'on continuait à y colporter les récils 
les plus fantaisistes sur la bataille de El-Ksar el-Kebir. En i585, parut enfin 
sur l'expédition de D. Sébastien un document nouveau et très important : il était 
intitulé: Dell' Unione del Régna di PorlogaUoaiUtCoronadeCasiiglia. L'ouvrage. 
« fameux en son temps s, fut traduit en latin ', en français'', en anglais' et en 
espagnol'. Le signataire, sinon l'auteur, du livre était un historien italien. 



t . Disearto o relaeioa de tas guerras de 
Barbaria y dtl lamentalite saceuo que tucedio 
al rey Don Sébastian a guarto de Agoiio det 
aHo mit y guinùnfoi y teseala y otho. (ma, 
B. N. Eip. 3r9. S. i-ao). 

i. Ibidem, ff. ai-aa. 

3. Ml. B. N. Esp. 3ig, S. a3-47 v». 

4. V. p. 443. n. 3. 

5. Historia de bello A/rieano... ex Lusi- 
tano termone, primo ia Gallicam, inde in 
Laliiaun translata, per loanaem Thomam Fret. 
gàm D[oclt)rem]. Noribergœ.GiO.IDXXCI. 

6. De Portugallix tonjunedone cum rtgno 
Castells fiistoria Hieronymi Conestaggii, 
PalritttGenaensis... — Prtncofurti, i6oa. 
in-8°, et A. ScHori, Hispania illustrais... 
Scriptores varii... — Francofurli, i6o3, 
îii-4°, t. II, pp. io58-iaao. 

7. L'union du royauau de Portugal à la 
eouroaae de Cailille... prise de l'italien du 



sieur lUerome Franchi de Conetiaggio.,. 
a«ec une table.... par M. Th. Nardin. 
D[octeur] it D[roil] C[anon] de B. G. B. 
— Besançon, 1596 et 1601 . — Ami, 160a 
et 1601. — Parii, t66o. — C'eit le lette 
de l'édition de Beunton i5g6 que noua 
publions d-»prè* pp. 5o6-574. 

8. Historié of the Uniling of the Klitg- 
dome of Portugall to the Crouim of CaitHl. 
Translaled tj Edw. Blount. — Loodon. 
1600. 

9. llisloria de la union del reyno de Por- 
tugal a la corona de Castilla, de Geroninut 
Franchi Conestaggio... traduiida... por el 
dolor Lujt de Bama. — Barcelone, i6lo. 
Il n'eil fail atenlioD d'une traduction por- 
tugaiia ni dans Machado ni dam le Diet. 
Bibliog. de Silv«. Cependant on rencoDlre 
le titre abrégé : Vniam de Porlagal daoi 
Rebbllo da Silva. 



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NOTB CRITIQUE ^01 

patricien génois, appelé Franchi ConesUggio'. Il raconte lui-même, dans une 
Dédicace adressée au Doge de Gènes, qu'il l'écrivit pendant un séjour qu'il fît 
en Portugal, probablement de 1678 h i58a. 

Conestaggio avoue que ses études passées ne l'avaient pas préparé k composer 
cette histoire — nous verrons le cas qu'il faut faire de cette déclaration — 
mais qu'il a jugé utile de l'écrire, aiin que l'exemple des Portugais instruisit 
les autres nations h se préserver de la corruption. J'ai recherché, ajoute-t-il 
la vérité avec le plus grand zèle, sans ménagcinenls pour ceux qui, entourés 
de mille louanges, ne veulent pas qu'on leur parle d'un seul de leurs défauts, 1 
Or la vérité, telle du moins qu'elle se dégageait du récit de Conestaggio, était 
loin d'être favorable aux Portugais et ils étaient assez maltraités dans la rela- 
tion italienne. Aussi l'ouvrage donna-l-it lieu h de vives polémiques. Franchi 
Concstagg'io en était-il le véritable auteur? L'opinion publique attribua dans 
la suite ce livre à Juan de Sitva'. bien qu'un écrivain portugais ait déclaré 
que Franchi avait par lui-mômc assez d'esprit et de malignité pour écrire une 
histoire aussi méchante^. Les bibliographes sont depuis longtemps unanimes à 
reconnaitrc Juan de Silva comme l'auteur du livre paru sous le nom de Cones- 
taggio : les phrases de la Dédicace el du Prologue où la personnalité de l'histo- 
rien italien semble 6lro en cause ne sont que les précautions ordinaires prises 
en pareil cas pour mieux cacher celle du véritable auteur. Comment admettre, 
en eiret. que ce Génois, employé dans les douanes de Lisbonne *, ait pu se 
procurer sur l'ctpédilion marocaine des renseignements aussi circonstanciés et 
aussi prccisii Juan de Silva, comte de Portalègre, ambassadeur de Philippe II en 
Portugal, avait, au contraire, été mêlé d'une façon active h tous les préparatifs 
de l'eipédîtion, lorsqu'il reçut l'ordre d'accompagner D. Sébastien au Maroc: 
personne n'était mieux à même de suivre les opérations et de les apprécier que 
ce maître- courtisan, à l'esprit observateur et caustique, mi-espagnol et mi-por- 
tugais'', chargé de rendre compte à son maître inquiet et méfiant des moindres 



I. Hieronjmo Franchi Coneitaggio, 
historien et patricien génois, fui d'abord 
secrétaire du cardioal SPorza, puis cvilquo 
do Nardo (1G16) cl archevêque Je Capoua 
(i634); il mourut le 3o janvier i635 
(Gaus. pj.. go'i et 668 ; Ughelli, (. VI. col 
j&ï). Il publia : Historia délie guerre délia 
Germania în/eriore, Veniac, iGi^, in-j". 

3. Cf. LsncLET DU Fbksnot, Méthode 
pour itud. l'hist , éd. 1739, t. IV, p. 36o ; 
TiKABOscHi, t. VU, parle III, p. 1019; 
SpoTonNo, t. in, p. 106 ; S:lvji, Dîcc. 
Inbl. port., t. III, pp. 170-171, et t. IV, 
p. Si ; Grxssi. I. Il, pp. 3J7-3J8; Bhu- 

NET, t. Il, col. 317. 

3. Cl.M. drMkllo, Apol. dial., p. Sii- 
De Casthieb. 



j, Hieronjmo de Hendoça dit que 
riiiatoire de Portugal ne doit pas intéreiser 
Conestaggio ■ puisqu'il est Génois et qu'il 
csl emploj'é dîna les bureaux de la douane 
de la ville de Lisbonne, n Hiibo:iiho db 
Mbmdoça, Au lecteur, 

5. Par auilo des alliances qui, depuis 
plusieurs générations, avaient uni les mai- 
sons de Castlille el de Portugal, plusieun 
seigneurs, porlugaii de naissance, vivaient 
à la Cour de Philippe II et avaient en Es- 
pagne leurs alTeclions el leurs inléréis ; on 
peut citer, k cité de Juan de Silva, un autre 
agent de Philippe II. Christovao de Moura, 
qui fut activement mêlé ^ l'union des cou- 
ronnes de Caslille eldc Portugal. 



- 36 



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V>2 Li;!4 IIKLATII)^» DE l.K BATAILLE DE EL-KSAtt EL-KBBIR 

(It'lails de l'cupi'dition et <le l'élat des ps|>ril)>. D'ailleurs, la publication de la 
corrcsjwiidance de Juan de Silva avec Pliilippe 11 pendant les années iSy^ et 
iSyH aelii've de di-inasqucr celle supercherie littéraire; on relrouvc, en effet, 
dniis celle cnrres|K>ndance. .sur un ton plus libre, la plupart des appréciation! 
(pii se ronconlrenl dans In relation parue sous le nom de Conestag^io. 

(lo ne fut (pi'en 1607, douze anni'-es apri-s l'apparilion du livre MF unionr 
,1,1 Hf.jm, (li IWhyalto alla Conma df Cailùjlia. ipi'un l»ortugais. Ilieronymo 
de Mendo^'o, U'inoiu oculaire des événements', se décida k donner un récit de 
l'expédition |K)ur réfuter la relation de Kranchi Conestaggio, à qui il reprochait 
d'atoir iVril une œuvre de passion oITcnsanlc pour le Portugal, s Les grands 
désastres et les erreurs du passé, dit-il dans le Prologue de sa Jornada et 
A/rira, ne sauraient Hro oubliés..., mais la malice humaine peut encore le» 
au-imenler à un tel point tpie la vérité disparait entièrement et que les mauK 
cansi''s |)ar le mensonge deviennent plus grands (juc ceux qui nous ont été 
itii|>osi's. soit [Kir la volonté divine, soit par nos propres fautes. Malgré toute 
i'alHictlon que niennce de nouscauser cette lamentable histoire, j'ai cru devoir 
raconirr celle ex|M'dition. Quand j'ai entrepris ce travail, mon premier projet 

était de ne (larter de la malheureuse balaille qu'en très peu de mots , mais 

ayant vu par In suite de quelle manière plusieurs étrangers, lels que Hiero- 
nvnio Franchi et Fray Antonio de San Koman'. traitent cette expédition, 
coinniciit ils en augmentent les fautes et les misères, comme si celles qui se 
sont produites ne suHisaicnt pus, je me suis rendu compte que. si personne ne 
venait contredire ces étrangers, leurs adirmations n'en deviendraient que plus 
solides et je me suis décidé h ne rien passer sous silence.... ; car, bien que le 
sujet soit fort triste, ce n'est pas une raison pour qu'il reste enseveli dans 
l'oubli s. (le passage de Mendoça rend compte de l'élat des esprits en Portugal 
et explique bien le silence prolongé des auteurs portugais. 

Si la Jornadn de Africa écrite par un témoin oculaire est pour l'expédition 
maroraine un document d'une réelle valeur, on ne peut oublier qu'elle a été 
inspirée il Mendo^a |>ar un sentiment de loyalisme, et les appréciations de l'an- 
cien nrfiiliireiro, pour contredire celles de Juan de Silva. ne sont pas plus 
rapprochées de la vérité. En ce qui concerne les faits, Mcndoça. qui n'a pas 
éventé la supercherie littéraire de Juan de Silva, reproche à Coneslaggio, i qui 
ne su trouvait [ws il l'expédition », d'avoir écrit un récit o dans lequel il se 
tronqw très souvent sur les noms des hommes comme sur leurs fonctions el 
presipie toujours sur les événements' d. Ces critiques perdent une grande par- 
tie de leur autorité [tour celui qui sait que le livre a été écrit par Juan de Silva 

I. Il faisait |>Brtic du coqis Ji's « Avon- et Un réfutsleur du livro de Coneilaggio 

lureiro» ». Jura, c/.' A/rira. f. 19 v". u chcrcliant i en cilraire loulo !■ milice », 

1. Aiitnnir) île San Rrimiin, tout en ec BreproduitJans u relation, presquesans Ici 

cliinnanl, dans la Dédicace et dins le Pro- atléoiier. Il plupart des •pprécittions du 

Infjiio au t.cclciiri|iii \itvcbdcntsaJornaila.., pscudo-hiilorîcn génois, 
conimc un tciigcur de l'Iioimeur porlugai» 3. HiiHu.fïuu de Me:iDoç«, Ait lecltar. 



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NOTE CRITIQUE io3 

et que Franchi Conestaggio y a seulement mis son nom. Il est, d'ailleurs, 
facile de voir que Mendoça en veut plus à lauleur de la tendance générale de 
son livre que des inexactitudes, lesquelles, en réalité, sont peu nombreuses'. 
B On se rend facilement compte, écrit-il, des mauvaises intentions de Cones- 
taggio, en le voyant si prompt à, poursuivre et à condamner les malheureux 
(ce qui est une nourriture agréable pour les cœurs perfides), car il ne s'est 
pas contenté de dire la vérité sur les malheurs et les misères qui eurent lieu, 
mais il en a inventé encore de plus grands... et il n'a jamais cherché A pallier 
d'une excuse cette triste défaite* s. En somme les plus grandes divergences 
entre les deux récits, et l'on peut dire entre toutes les relations de la bataille 
de Et-Ksar el-Kebir, portent sur ces points : Les Portugais ont-ils lâché pied ? 
Les genlilsliommes dcvaient-iU perdre la vie sans profit pour personne, alors 
qu'il n'y avait plus aucune chance de vaincre ? Ce sont les éternelles questions 
qui se posent après tous les désastres, après toutes les capitulations. Les historiens 
espagnols les ont tranchées dans un sens, les historiens portugais dans un autre. 
La relation dont Juan de Silvo est le véritable auteur et qu'on pourrait appeler 
la version espagnole de l'expédition a été adoptée par les premiers, tandis que 
les seconds se sont plutôt inspirés de la Jornada de A/rica, la source originale 
des versions favorables aux Portugais. 

Parmi les chroniqueurs français qui ont raconté ces événements, il faut citer 
De Tliou, mais son récit très étendu/ n'est qu'une traduction paraphrasée du 
texte italien de Conestaggio, dont il a seulement retranché les appréciations et 
les réflexions désobligeantes pour les Portugais. De toute autre importance est 
la relation de l'expédition faite par D'Aubigné *, bien qu'elle soit manifestement 
inspirée par celle de Luis Nielo. Mais ce rude homme d'épée et de plume était 
trop personnel pour épouser les idées d'autrui et s'arranger des versions toutes 
faites. Ses renseignements sur la bataille de El-Ksar proviennent en partie d'in- 
formations personnelles : il a connu et interrogé le comtedeVimioso'^, qui avait 
pris part à l'expédition avec son père el avait toujoursété aux côtés de D. Sébas- 
tien. On sent, en lisant le récit de D'Aubïgnc, que l'auteur est très au courant 
des formations des troupes, des dispositifs de combat ' ; aussi précise-t-il, en les 
commcntanl.lesdescriplionsdela Relaeionde las Guerrasde Be^be^ia,U)ulen\a\i- 
sant percer en plusieurs endroits sa défiance h l'égard de la version espagnole. 



t. Antonio ds San Roman reconnaît 4- A. D'Aubighé, Haloire Universelle, 

que a les papiers de Franchi do Gènes l, VI, ch. tit, pp. logia^. 
jouissent d'une grande ronommée n et quo S, Le comte de Vimioio, connétable de 

l'auteur u a eu sans doute de grandes facî- D. Antonio, roi élu do Portugal, vinl en 

lltéi pour découvrir la vérité, n Anro.tio France en i58t, Fr. Michel. Les Porta- 

DE Sa» Rouan, Jornada,.. Dédicace à Juaa gaii en France..., p. 16. — C'est le comte 

Fernande! de Veliueo, connétable de CasUlle do Vimioso qui a fourni k D'Aubigné lei 

el de Lion. détails sur la mort de D. Sébastien. V. 

3. HiBRONTHO DE Mendoça, Au lecteur, ci-après p. 640, note i. 

3. De Thou, t. VII, pp. Sgi-Gio. 6. V, ci-après p. Hi. 



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IKS UELATIOSS DE LA BATAILLE DE EL-KSAR EL-KEBIR 



Il iiiiiis a [laru utile <lo publier parmi les documents relalifs à 
h rclflliim si ali-rlc t>t si piqnanlc de D'Aubign.!. VHUtoirf InitvrtelU a élé. 
il est vrai, l'objcl d'une réi'dition rt^eenle ' et peut être considérée comme ud 
omrau'e enlré dans le domaine commun: mais le baron de Kuble. le savant 
éditeur de l)'\iibi}:né, |>i'u Tamilier avec l'histoire du Maroc, a commis dans cette 
partie île son travail une faute de critique qui ein|>»>clie de se référer en toute 
sécurité à ce chapitre de VHisloirf L'nii'ergetif. Prenant le récit de lïe Thou sur 
la linluille de F.l-Ksnr |M>ur une source originale et de valeur supérieure à celle 
de la relation de D'Auhigné. il a lantt'tt corrigé, tantôt voulu éclairer le second 



ces leites avec le pre 
'Mjue toujours à faux*. 



et il • 



est résulté 



m notation portant 



urce de grande valeur 
us ne la publions que 
l'Histoire de De Tbou. 



I.a relation de l'aima Cayel^ ne constitue pas une 
{Hiiir ]'liist»iri> de l'evpédition porlugaijjc au Maroc et 
parce ipie la /.■/irom<(.i;(.V .Septefinire est moins accessible q 
l/auleiir. npri'-s quelques détails sur l'enfaiiee et l'éducation de D. Sébastien, 
raconte très brièvement re\[M-dilion sans entrer dans des appréciations: la mort 
du Itoi dans le combat ne lui semble pas certaine et il émet des doutes sur l'iden- 
tiiiralioii du corps de Sébastien avec celui remis par Moulay Ahmed fl-.Vantoar 
au roi Philippe II. 

Les relations de Luis de Oieda, de Duartc de Menezes. du captif portugais et 
du captif italien ' sont des documents inédits contenus dans des archives 
l'ran^aisi's; leur publication rentre dans le plan de cette collection et Ji'appelle 



Pour faciliter l'intelligence des documents relatifs à l'expédition de D. Sé- 
bastien au Maroc, nous avons dressé^, d'après la carte de l'Etal-Major espa* 
gnol et celle de M. de Flotte-Koqucvaire, un croquis de la région comprise 



t. Réédition 
l'Histoire de ¥i 



faite par It Société do 
ncc; le tomo VI, celui qui 
pan. en ,«.j,. 



Itllbiea flit ^l> 
p»T De Thnu e 
pour étlairer u 



dans un liliagec 
Ho Madame. ^<p 
de itoiirboii). Sr 



tradiiiunl Conealaggio. 
Il pa<-<a(.'e de D'Aubign^. 

ctor Palma Ca^ot (en latin 
■lanus) ([."nSiGio). Il em- 
mc. aprèB avoir étudié la 
ii:ic, et fut nomnii'i pasteur 
lu Poitou, puis prédicateur 
tir de Henri IV (Callicrino 
lupçoiinédc ïoidoir retour- 
-mc il cause de sci relations 
Dii|tcrron, il lut déjiosé do 
ir le sjnodc. Cajcl abjura 



le 9 novembre i^gS, Il fut ordonné prèlre 
en 1600 k l'âge de 83 ans. La Réronnés 
lui en voulurent à mort de son abjuralloD 
ot l'accusèrent de magie ainsi que de mau- 
iaî>es niKBurs, faisant force satires contre 
un mémoire (le [lélablissrmenl des Bour- 
d/aiix) qu'il aiait écrit sur le maintien des 
maisons de prostitution. Versé dans les 
langues hébraïques. Cajel succéda i Fran- 
fois Jourdain en >'>gs dans la chaire des 
langues orlentalcs.Commehislorien.ouplu- 
lûl comme chroniqueur, ilécriiîl la Chro- 
noloijie noiviiaire, histoire des guerres de 
I]enriIV,dcl3Ss Jl iSgS.ctIa Chronofc^re 
septénaire, récit des éiénements do 1J98 
t iGo4. 



yGoOgIt 



NOTE CRITIQUE '|0.» 

enlrc Arzila et El-Ksar cl-Kcbir, sur lequel nous avons fif,'uri! rilhiérairc vrai- 
senibiablumcnt suivi par l'armée portugaise. Enfin, pour pcrmcllrc la compa- 
raison dc3 divergences que présentent entre elles les diverse.'^ relations, nous 
avons réuni dans un tableau les indications de temps el de liuu relatives a la 
marche de l'armée portugaise. 



TABLEAU 
E<E DB l'armée portugaise 



JOURS 


DATKS 


CVMPKMEMS 


..E^Tl™lo^ 


nfiTAlUi DE l.\ MAR(;riE 


Liin.li 


î8 juillï 


AwiU 


Ariila 


Lamiée avait doliarqué à Ariila 
lo,= inill.t. 


ManU 


,9 juillet 


U, Malin.» 
Rio Dulrc 


Ou.-d vr-Raha 
Ougd cl-llalou 


Msnhe tlis ]i-n1i ; lami^ 
ean.[« à une lieue dAnila. 


Mu-rcrcdi 


3o juillet 


lil-Monam 




dAmIa, 


Jeudi 


3l juillet 


El-M«>>aca 




Laruiéc fait «jour h lil-Mvnq- 


VVndredi 


r-'âoùl 


CbcM de Ardana 
Trois- Ri vie n'a 
Tiqui>ina 


TIcla cr-Raiçana 


L'annéor.'.DiiH^.UlicucedcEI- 
Menara, 


S.mcdl 


1 août 


Harvnin 
I.M Ch^ncs-Lif'l;;*-* 




[«■ut™ limitant la plaine, 
auprf-s d'une pclila ibro. 
L-cnnemi »! ùÇuM x.r U 
rive ganebo de l'o>ied ri- 
Mekhiien. à hauteur du pont 
(Cl-kaulara). D. S^WUen. 

BK-^ee de vive force, hit 
re,on5aitreungu«ena>«l. 


Dimani-iw 


3 août 


Oued el.Mtkli.Wn 
(rive |j.nu,l,e) 




:'assaBo n «né de l'oned cl- 
MetLi«>..n;lat#UHl«troU]K-- 
[mrHiBniscB franeliit mèui.' 
lonecfOuarour. s* dirigeant 

Lukk™ appelé Me.l.«a en- 
Sedjma, mais elk revient en 
arriére cl lo combat est .ICii- 
dé |iour le lenileuiain. 


Lundi 


\toAl 


Bataille II 



, Google 



V O Y a''g'e s 



ET 



t/. U'- 



C O N Q_V ESTES DES ROY3 

Pt PORTVCAt ES tMOlS O'O- 

ticm , bihiopie , Mauritanie d'Afrique & Ëuro-> 

pc : Auccl origine, fuccellion & dcrcence de 

Icuis Maifont, iiiltjiiei luScicni&.Se- 

baflian , nagttcres accerrc en la 

bacaillc cju il ciiH cunue le . 

^(i/' -(^ It ^**^'*^ ''"•/!> ^..'.'"«^'^ 

yh* drfiripticn Jei Fdji : Cdu/ei (y fr*(n\Jttpums: 
Bniitr Jffnurt Je U ketAïUr : L* hiugr-eiiejaitr img 
Sfii^nruri , Ctfitdines tr StUiUs de l'»rmee Chrf- 
flirr.nt^ tufdrdualit ^me ifmUtrt : Drtl^t(TStf. 
tneuTiy êcrii uni A'vnrfÀrt ^ur i'dulTrtO" ^ l'h*M- 
Kturfitnclrtfdll dufufdtt ï^y/» rtrlu^di. 

Le tout tccueiliy de fidèles tefmoings, & nnemoi- 
tei dit Sic'jj: loacb 
me P^ugiiz. 

n"'//'5. 



FAC-SIMILÉ DU TITRE 
DE LA RELATION DE JOACHIBi DE CENTELLAS 



(.5,8). 



, Google 



RELATION DE JOACHIM 1 



CIV 



RELATION DE LA BATAILLE DE EL-KSAR EL KElilH 

i MUT 1578 

(JOACHIM DE CeNTEI-LAS ') 

Description physique du Maroc. — Les débuts du règne de D. Sébastien. 

— Les conquêtes de D. Emmanuel. — Première expédition de D. Sébas- 
tien au Maroc en iô7^. — Lettre de 0. Sébastien à (a noblesse de 
Portugal au sujet de [expédition marocaine. — Remontrances de la 
noblesse présentées par le cardinal Henri. — Le chéri/ Moulay Moham- 
med/ait des ourerlares à D. Sébastien. — Récit de l'expédition du roi 
D. Emmanuel sur Azemmour en lôOS. — Défense d'Arzila, assiégée en 
lâOfi par l'armée du roi de Fez ; la place est secourue par I). Juan de 
Menezeset D. Pedro de Navarre ; conversation entre D. Juan de Menezes 
et un caïd marocain fait prisonnier ; retraite de l'armée du roi de Fez. 

— Seconde expédition de D. Sébastien et bataille de El-Ksar el-Kebir. 



Maintenant' donq, que descriplions générales ont esté faites des 
païs d'Indie, d'Ethiopie et de l'Afrique, où, comme dit est, y a 
maints royaumes, villes et peuple vivant soubs l'autorité des Sei- 
gneurs, qui de cœur gay et sans conlraincte se sont acquis tels 
héritages sur cestc gent Barbare, reste à demonstrer et faire sçavoir 
qu'en l'estcndue du mesme païs d'Afrique se comprennent deux 
régions, soubs ce seul tiltrc, Mauritanie, dittc à présent « Barba- 
rie », le département et assiette desquelles ne se lairra couler bon- 
nement en congnoissance, avant qu'on ayt conçcu l'effîgiment 
gênerai de l'Afrique, et que on croira celte Mauritanie (à comman- 
cer à l'Occident) s'offrir à nous avant tout autre païs, en lant qu'elle 

1. V. nolo critique pp. 3()6 ot Sgy-SgS. a. Col exlrail commence su f. 3(j. 



, Google 



Ao8 BATAILLE DE EL-KBAR EL-KEBIR 

fait un recoing el anglel tie la susdite Afrique, que elle sépare 
mesmement, et par un pelit canal d'eau, de nostre Europe. Pour 
ce, el que ne soyons vcuz ignorer l'etimologie du nom et dérivation 
de ce pais Mauritain, et faire sçavoir en combien de parties il se 
divise, vient à dire que, quanl au nom. les Maui-usiens ou Mores' 
ont dénommé celte province de ce vocable grec, Mauros, qui 
signifie noir (considéré que le peuple y habitant est coulouré de ce 
tainct), bien que tout le traict de ce païs Maurilaîn n'ait le peuple 
noir: occasion que les Nigritcs (en particulier) mcrilcnl mieux 
cette appellation que nuls autres. C'esl pouniuoy, à vray dire, les 
historiens cl autres, qui ont couru l'une cl l'aulre Mauritanie, 
attestent qu'il y a bon nombre de Mores blancs es dits pais, persua- 
dez que tes habituez au royaume de Grenale en sont sortiz: ce que 
ne rejetions du lout, puisque es derniers lumulles et rel>ellion 
qu'ils feirent au catholique Philippe, deuxiesme du nom. Roy des 
Espagnes, ils appellercnt bon nombre de ces Maurilains en secours', 
au grand desavantage de la Noblesse d'Espagne, y acheminée en 
intention de les ranger au poinct de deuë obéissance et les faire vivre 
sous la reigle des Chresticns, desfjuels ils se vouloient estranger en 
foy el créance, à ce faire excilez par les menées secreles de certains 
seignalez Seigneurs de nostre Europe, qui veirent néant moings cette 
genl infidelle succomber et. changeant païs, contrainclc vivre 
catholique ment sous la rigueur des loix d'Espagne. 011 on en voit 
bon nombre de dispersez, et vivre, pour desmerite, souhs le joug de 
dure servitude el en tant que: De Chrisliano, nunca buen Moro, 
y de Moro, nunca buen Chrisliano *, 

Mais, laissant cela à pari et ne rester par trop long temps en dis- 
cours de la cause et progrès de cette révolte, qui conlraignit la 
Majesté Catholique tirer d'entre ses subjets certain nombre de gens 
de guerre, fait' à considérer que, de deux maisons iKJurgeoises de 
ses païs d'Espagne, sortit un soldat, ap|>ointé pour le temps que 
dureroit cette guerre de Grenate", où moururent plus de huicl mil. 



1 . En marge et en iUliquca : Morts pour 


bon Maure, ni d'un Maure u 


bon Chré 


quoj aiMi apptlht. 


lien ». Proverbe espagnol. 




a. En marge el en iUliques : ReMlion 


S. Pour; il fait... Il est r 


ëcc«saire de 


da Maures en Grenade, en Van iSôg. 


considérer. 




3. « D'un Chrétien on ne Tere jaitiBia un 


5. Cf.HuilT*I>ODEME:(DOi: 


*. patiim. 



, Google 



RELATION DE JOACHtM DE CF.NTELLAS ^|0f) 

nobles que soldais, devant la principale ville de ce royaume, limt 
cette gent infidelle se vendiquoit' de liberté, si elle eust peu chan- 
ger de Religion et de Seigneur: dont et de quoy ncantmoins ne 
faut s'esmerveiller, puisque Clacjdius C^sah, successeur de 
Tybere, s'estant asseuré que ce peuple okIoII farouche et fort à tenir 
en bride, voulut que la contrée dilte des anciens « Massylia », en 
laquelle régnèrent jadis Juba et bocuus, fust dilte et appellée, de 
son nom, Mauritame Ccsaree, bien que auparavant elle fust ditte 
PiiuTEE (du nom de Phlt, nepveu do Nné); puis prinst le tiltre 
Massylia. Lepeupic de laquelle fut g[r]andement guerrier, remuant', 
chaud et par un long temps assujely aux Romains, qui vivoienl au 
dedans et limites, tels que, au Ponent, elle a la Mauritanie Tingl- 
tane', de laquelle sera tost discouru, se séparant par un fleuve, 
dit Malva', et (vers la partie du Levant) d'un autre rivière, qui la 
sépare de la Numidie ayant au midy la Gelulie, avec une partie 
du mont Atlas, et au Septentrion la mer Méditerranée (du costé 
de l'isle de Sardaigne), Voilà donq quels sont les limites et assiette 
de la Mauritanie ditte Caesarce, à la difierencc de celle qu'on 
appelle Mauritanie Tingitanb", qui tire ce nom de la principale cité 
qui soit en elle (des anciens appelée Ti?iGi* et depuis Settinee, à 
cause de la cité Septa^), sur laquelle, ainsi que sur la précédente, 
régna Massynissa, grand amy des Romains, lesquels il secourut 
de son pouvoir en la guerre qu'ils eurent contre la seigneurie de 
Carthage. 

Bref, cette Mauritanie Tinhitane se fait croire avoir, au Ponent, 
ta mer Atlantique ; au Septentrion, le tlestroit de Gibraltar et mer 
espagnole; à l'Orient, l'autre Mauritanie Caesarée; et au Midy, le 
pais de Lybie; sans qu'il soit besoing desseigner en particulier les 
peuples qui y habitent' ; et que, à vray parler, elle prend son com- 



I. Lalioisinc de U Benaissance : tantam DeKriplion de la Hauritanie Tingitane. 

libi uindUabal liberlalem. 6. Tanger. 

a. Cf. Salluste, éd. Krili, t. III, p. g'i. 7. SeplapaarCoiila(A(lSeplemFralres). 

3. En marge et en iUlii|ues: Deacrlplion La nom de Mauritanie Seltinée (Mauritanie 
de ta Mauritanie Cxsarie. de Ceula) semble avoir été trèa raroment 

4. L'oued Mou louia. employa. 

5. En marge et en italiques : Afrirans 8, En marge et en italiques: Maityliens, 
t'attribuent au Royaume de Fez, et plus bas: Verbibéens, Satueéens et outres. 



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^|IO BATAILLE DE KL-KSAR EL-KEBIR 

inanrpmcnf au Ponrnl ol boiichos du flpiive Oniiniral)ili'. qui cA 
près la cité irAzamor*. descendant du mont Dedez', qui se ven- 
diqtie le tiltrc de Uoyaume de Fez, divisé en sept provinces, qui 
sont: Temesmc, Fez, Azahar, Ëlhahel. Errif, Guarret, et Elhavni', 
chacune desquelles feit autresfois une Seigneurie à part : chose qui 
fait penser le Royaume de Fez avoir esté une simple jurisdiclion, 
jusquos au temps que un appelle Marin ° l'erigca en puissance 
royallc, luy assujcttisRant les six autres provinces; desquelles ne 
sera parlé en cet endroit, pour (évitant prohxité) faire sçavoir que 
Seb[a]stian, naguère» alternî entre les Mores d'Afrique, fut fils de 
Jean, prince de Portugal, pendant le règne de Jean, 3. du nom, 
son père, qui eut à femme Catharine, sœur de Charles cinquiesmc. 
Empereur des Romains et Roy des Kspagnes (duquel le souvenir 
s'estend encor par l'univers) et qui, désireux s'entretenir en l'ami- 
tié de se» plus proches", donna l'une de ses filles' en mariage au 
susdit prince, attaint de mort au 32. an de son aage et de la 
Nativité de Jesus-Christ i55.'i, laissant sa femme enceinte du sus- 
nommé et unique fils, Sébastian, qui, en grande jeunesse et pré- 
voyance de Jean, troislesme du nom, son grand-père, fut couronné 
Roy de Portugal et de maints autres païs, où il a régné à grand 
hœur, par l'espace de 2.1. ans, sans qu'il ayt esté marié'; bien 
que d'ailleurs se vcid assisté, en conseil et gouvernement d'affaires, 



. En n 



. En marge et 



italique 



3. En marge el en italiques : Al\ias] Pttil- 
Alla%. — Dedtz, pour: Dadè». G'rat le nom 
d'un aflluent supérieur do l'oued Draa, issu 
dcspenteBdullaut-ALla&etcoulanlduI4..E. 
BU S.-O. On donne également ce nom à 
un district très populoui. dont les soiianle 
Ksours sont situés sur les deui rives do 
l'ouod Dadis, De Casthus. Noies sur fouol 
Dran, pp. [3-1 4, cl Du Koucaul.u, pp. îi3- 
3 18. (JcqueCcntellas appelle i< mont Dedci » 
est la partie du Haut-.\tlas qui sépare l'oued 
Dadcedc l'oued el\bid,lo principal affluent 
de Ute de l'oued OumiD cr-Rbia. 

j. Tanicsua. Fez. El Achgar, Elllabel, 



Er-Rif, Garet, EIHaoui. _ Pour cette 
division du Maroc en provinces, de même 
que pour les autres parties de la descrïplioD 
physique. Ci niellas a Tait de nombreut em- 
prunt» h Léon l'Africain el k Marmol. 

5. Avinemcnt de la dynastie des Brnî 
Merin, qui régua au Maroc de 1170 a i93a. 
— Une note marginale en regard du mot 
Marin porte: Aucuns Hiseni qu'il fui l'a- 
voyé vers Alexandre (?). 

C. En marge et en italiques : Alliiui" 
des Bajs d'Espagni- ei île Portugal. — Sur 
CCS nombreuses alliances, V. p. .107, note i- 

7. l>ona Juana, Tillc do Cliarles Q>iiiil- 

8. En marge el en italiques ; .Voijjonw 
du Roy SelMatian. — Sur la répugnance de 
D. Séinition à contracter mariage, V. p. 



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RELATION DE JOACHIM DE CENTELLAS /(Il 

de sa grand-mère, vefve de Jean 3.; par quoi, si, en quelque 
endroit de cette histoire, on encontre Emamiel, deuxiesme du 
nom. tenir le rang de successeur à Jean 3-, cela soit imputé à préci- 
pitée dilligencc et créu que, en ce lieu, Jean, prince ilc Portugal, 
(non proméu à la dignité royalle, en tant qu'il mounit du vivant 
de son père) se doit insinuer et prendre place en succession, effa- 
çant ce liltre de Emanucl', deuxiesme du nom, encouru par 
surprise*. 

Sébastian, donq, fut fils de Jean, prince de Portugal, et ne fut 
plustot parvenu en son aage d'adolescence, que, certioré' par fidelle 
rapport de ses familiers et mieux asseuré par solide lecture des 
faits généreux de ses ancestres, qui auroicnt chassé les Mores de 
leurs limites de Portugal, se promit, en outre, une juste et équi- 
table revange des torts et dommages qu'ils Iiiy avoicnt projette : le 
souvenir de quoy luy feif croire que Alphonse, 5. du nom, avoit, 
à grande occasion, fait deux et ti-ois voyages en Afrique, pour y 
continuer la guerre et guarir quelques playes et deffaltes reçeucs 
par ses devanciers, non sans qu'il feist grand appareil' de gens, 
d'effect et de munitions, qu'il faisoil aller par mer et par terre, 
marchant avec son unique Ois, au millieu de son armée, tant estoit 
désireux' luy faire congnoiatre, en personne, le chemin de terre 
inBdelle et l'encourager, par telle et si sainte entreprise, à dompter 
cette gent Mauritaine soubs le joug de son obéissance, ainsi que on 
s'en peut asseurer par le narré cy dessus, où il est dit en conséquent 
que Emanuel, son successeur*, courut par maints autres voyages, 
non seulement ces païa d'Afrique, où il concjuit plusieurs royaumes, 
provinces et villes, mais aussi en l'une et autre Indie', le peuple 



I. En marge et en iUliques : JVala. mile d'Alphonse 5., pire de Jtan i, Roy de 

3. Ceteiratum ntïrdeCenlelIss. OU plu- Portugal. 
Idtdc Jean d'Ongoys, est sans objet pour la 6. Il faut entendre qu'Emmanuel le For- 
tuite du récit, CBT on ne rencontre pas (iin«(iigj-i53i)rutleiuccoseeurdo Jeanll 
l'erreur contre laquelle il veut mettre en (i4Si-t^<j5), lui mime Ris unique et suc- 
garde te lecteur. cesseur d'.VIphonsc V. 

3. Clrlior^.lalinlsmc: très bien infornid. 7. Rn marge cl en italiques: Voye: 0$o- 

i. En marge et on italiques: Ait 1^71. riiis. — Jcronjmo Osorio, prélat et ccrifain 

— La prised'Ariila eullieu le 34 aoitl 1^71 portugais (iScÔ- l58a), autour d'une his- 

o( celle de Tanger, le 38 août 1471 - toire <lu Itui Emmanuel : De liebus Emma- 

5. En marge et en italiques : .Uajnoni- luielis uirliite et auspîch jestis. 



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4t3 BATAILLE DE EL-KSAR EL-KFBIR 

(lestjiiollps il asservit cl rendit tributaire à sa Couronne, itomplaiit, 
cil ce faisant, leurs rovs el potentats', qui ne rceongnoissoîenl on 
riens crtix de nostre Knropo: desplaisans neanmoings de ce c|uc 
un si grand peuple ((lejmurveu de sainte assistance el devofs per- 
sonnages, qui fmablemcnt luy ont monstre lo chemin au royaume 
de Jesus-Christ) oust le loisir de s'opiniastror par trop long tems en 
son erreur, ou que, croissant on forces et pouvoir, il s'onhardist 
de luy faire la guerre, ainsi que de nostre temps il en a demonstré 
les elfets sur les meilleures villes conquises par le Portugais et 
conservées quelques années par l'exacte diligence des gens de 
guerre qu'il y assoit en garnison, (iarnison ! Ouy : mais* non si 
forte, que lo lloy de Fez. et autres ses alliez, n'ayent fait leurs 
offorls de eux raoliapter de cette servitude, quand, depuis cinq et 
six ans, ils ont osé tenter de courir les Frontièi-os™ do Portugal et 
chasser le serenissime Sébastian du territoire el enclaves de 
Arzila', qu'il auroit reprinse sur les Mauritans, ses proches voisins 
et ennemis, non seulement do son nom, mais aussi des autres 
Princes Clirostiens, pondant le diseord el guerres desquels ils 
auroient roconquesté la ville susdite d'Arzila, Tingi. Septa, Marsa- 
gan, Maroc, et autres'. 



1 . En marge et en ilali<|iics : Victoire 
<rEiaanHel, Hoj He l'orltigat. 

3. On a rcspeclé la ponctuation et lo 
majuscules da ce curicui passage. 

3. V. sur la signification parliculiirc do 
ce mal, p. .13, noie I. 

4. Arziia. Ccllo ancienne f-'ronlWia a>ail 
6lé évacuée en iS5i et n'aiait \^as été 
reprise par le roi Stîbastien, comme l'indique 
Conlollas. La place d'Anila Fut liir^o par le 
caïd Abd d Kerim ï D. Duarte de Mcnczes, 
gouverneur de Tanger, en 1578. Ce fut dons 
ce l>ort que débarqua la mallicurcusc ci|ié- 
dilion de D. Sébastien. 

3. En marge et en italiques : Ct fui da 
temps (le Jean 3. — [.01 Maures, !^ous ta 
conduite des Chcrifs, firent de nombreuses 
tentatives pour chasser les l'orlugais des 
Fronieiras. Sur l'ordre de Jean III. les 
plares de Safi cl d'A/cmmour furent i^»- 



cuécs en diiccmbre i5jl. Tout l'eiTorl de 
la guerre sainte se port» alors sur ta ville 
de Mazagan. qui résilia victorieusement au 
siège do i!)IJ3 et Tut conservée à la domi- 
nation portugaise. LcsFronlriVatdurovBunic 
de Fei : Anila. Tanger, El-Ksar csSeghir 
el Coûta furent également robjel dos atta- 
ques incessantes de) arméoi clicrifienncs 
(Li:iz DE Soi'zi. paninî) et Jean III se 
décida, en i5âi. i atundonner Araila el 
EI'Ksar es Segbir. Ou voit que Cenlellas 
commet de nombreuses inciaclitudes : il 
place l'évacuation de ces villes et celle de Safi 
ot d'Azommour sousio règne de Sébastien; 
il comprend Ceul*. Tanger et Mazagan au 
nombre des Fronteiria abandonnées. Quant 
ï Maroc |Merrakoch|. il est supcrQudc faim 
remarquer que celle ville n'avait jamais 
appartenu au Portugal. Ces erreurs no sau- 
raient être imputées qu'au sieur D'Ongovs. 



, Google 



RELATION DE JOACHIM DE CENTELLA9 



4i3 



Au grand regret et mescon tente ment de ce jeune roy, qui, ne 
dégénérant en riens du droit zèle de ses ancestres, voulut bien, en 
l'an 1574, el souhs simulé prétexte, visiter ses pais de conqueste', 
pratiquant par mesme moyen les amiliez d'aucuns rojs de Mau- 
ritanie* (lirez en pique^ par le roy de Fez et ses adjoints) pour le 
désir qu'il avoit de y retourner souhs meilleur gaige et revestir 
son sceptre des pais quittez par ses devanciers. Mais il ne peut 
estre si sccml en cet affaire que, estant de séjour en la ville de 
Ai-zila', où il consultoit de rcvenemenl de son emprise, fui aJvisé 
que maints potentats de rAfri(|ue avoient fait complot de luy cou- 
rir sus et faire mourir, s'ils eussent peu, mille ou douze cens 
hommes qui luy faisoienl oscoHe. Ce que hien consulté, et le 
danger on estoit sa persone mieux aveR-, rebntussa chemin vers 
ses pais d'oheissancc ' el, au pluslost qu'il se veid do i-epns en Lis- 
Irane de Portugal, ne feil faute d'envoyer vers ses amis el confedo- 
rez, les Polentals d'Italie", Cantons des Suysseset autres', qu'il avoil 
taisihlement' pratiquez et fait condescendre à luy fournir certain 
nombre de gens de guerre, qu'il desîroit aussi tosl prendre le che- 
min vers Sa Majesté, qui, dez long, faisoit amas de finances, artil- 
lerie et choses nécessaires en l'acheminement de ce p[r]emedité 
retour en Afiîque; a ce entreprendre plus incité par continues 
remonstranccs et promesses que luy en feirent les princi[p]aux 
d'entre les Jesuistes' de ses païs, qu'il honnora tousjours et en tous 



I. En marge et en iUlîquee : Premier 
voyage de Sebasliaa. en Afrique. — Sur 
l'eipÉdittOD que Tit D. Sébastian en iâ74. 
V. UAKBoai Maciiado, I. tV, pp. 558- 
Ci3, ol tu., Appendice, pp. 1-53. Cf. supra 
Ukic. LXXXVlt, p. 339. 

3. Roys de Maurilanie, probablement 
pour: roit du royaume de Merrakoch. 

3. Tire: en piqae, brouillés. 

j. Erreur de l'auleur : D. Sébastien, 
dans l'expéditioa de 1674, débarqua ï Ceula, 
cl, aprèi un séjour dans colle ville, le ren- 
dit ï Tanger, d'où il regagna Listranne, 
après avoir fait une sorlia contre les troupes 
du Chërif; il n'alla pas !i Ar^ila. 

5. L'expédition dura du 17 aoât au a5 
octobre. 



6. Ferdinand I"', Grand Ducdo Toscane, 
avail autorisé D. Sébastien i recruter dans 

il s'était même engagé k lui avancer ^ooooo 
ducats, remboursables en charges de poivre. 
Par suilo de dilBculUs survenues au sujet 
du rfiglemenl, lo Grand Duo ne fournit 

7. Les États Généraux des Provinces- 
Unies et le Prince d'Orange. V. Doc. C, 
p. 379, noteaa. 

8. Talaiblemenl. pour; en aecrot. 

g. D. Sébastien avait pour coDreaaeur le 
P. Luiz Gonsalves da Camara, Jésuite, qui, 
sur la demande da la régente Catherine, 
avait été envoyé de Rome en i559 par le 
P. Lainez, général de la Compagnie. L'opi- 



, Google 



^ I ^ BATAILLE DE BL-KSAR EL-KBBIR 

lieux (lu tillre de directeurs de sa pcrsonc et affaires, considéré 
qu'ils n'estoient moins uiguillonez d'un soinct désir d'aller prescher 
la parole de Dieu à ces nations barbares, que leur Roy excité à 
prendre vengeance des dommages faits à ses sujets et injures à sa 
personne. 

P()ur el ti quoj mieuv parvenir, envoya de nouveau solliciter 
les magistrats el gouverneui-s des villes de Tiiigi, Sepla, et aut[r]es', 
pmclics d'ArzIlla, et basiles en ta Mauritanie Tingilane', à ce, tirans 
en souvenir qu'ils ont aulresfois vescu soubs les loix de Portugal, 
ils ne fussent autrement molestes à ses villes et garnisons d'Afrique; 
non que, en ces entrefaites, ii perdist les occasions d'asseurer ses 
emprises, pour et lesquelles fortiflicr, escrivit aux nobles de 
Portugal, en la forme et manière qui ensuit : 



nion a fail retomber tur \o confrascur du 
roi la rcaponjabililô de la funoslc ci|>6dilion 
de El-Ksar clKrbir. II est utile de rcmar 
quer. à la dûchirge de cclui-d, «non de 
, que le I'. Luii (Joinahfi da 



Can 



rui, le l5 I 



ans avant ]'cx[i('ditian. Il fiait d'ailleurs 
IrÈfl opposé aul desseins du roi et avait 
Icnlé de l'on dissuader, Mciidoça nous » 
conservé la réponM adressée par ce Jrsuîlc 
aux ouvertures que le jeune roi avait faites 
h son directeur, probablement avant l'cipé- 
dilion do 157/1. • Si voua me parlez, Sire, 
i tête reposée et non k la légère, je vous 
dirai que trois cbosc» doivrnt so trouver 
réunies pour que vous puisaiec penser faire 
la guerre en Afrique : la première, que 
vos sujets voient sur les marches du trAno 
quatre ou ùnq enfants miles, l'espérance 
de la prospérité future du ro<faume ; la 
seconde, que le Portugal ne >oil eiposé k 
aucun danger, à aucun trouble, par suite de 






is ajci 



pour la guerre des pré|>aralirs surabondants 
de troupes, en argent, en provisions do 
loule espèce, et sans que, pour les obtenir, 
il soil besoin de fouler et d'opprimer vos 
[leuples. iiMb^doija, [. 33 v°. C'est sur ce 
témoignage el sur celui do D. Junn Baina 
Pareda, auteur d'une llUtoiie lïniiHTielle 



(Cr. t. X\Xin. p. 690, note 37) que s'ap- 
puient Italthasar Tcltei, Franco, De Gui|. 
hermj, Crélincau-Jolj et tes autres bîsto. 
riensdo la Compagnie de Jésus pour défendre 
la mémoire du P. Gonsalvet da Camara. 
L'opinion contraire, celle de la responsabi. 
VM des Jésuites dans rei|<édilion marocaine, 
a prévalu en Portugal et en Etpagne, Ëlevé 
(lareui en moi ne -chevalier, il Était préparé 
i celte parodie de croisade, n Ceui qui 
poussèrent Sébastien en ceite guerre, écrit 
Osorius, furent quelques particuliers s'ac- 
coinmodans ï son humeur et certains 
Jésuites qui avouent graad crédit autour de 
ce jeune prince. ■ Osoaiu» (TratluclwnJ, 
p. 03i. cr. M*NOEL DE MsKizsa, Bàb- 

BOBA MacuaDO, CABaaHA l>I COHDOBA. 

[Iebello oa Silva. — 11 est juste d'ajouter 
que l'impopularité du P. Luii Gonsalves 
da Camara venait en parUe de *on frère 
Martinho da Camara, ministre et favori 
do D. Sébastien. 

I. D'après Cenlellas. les Portugaise celle 
époque avaient perdu toutes leurs Fronlei- 
ra9,ireiceplion d'A.rziIa. qui venait d'être 
reconquise par D. Sébastien. Nous avons 
relevé plus baut cette erreur, p. An, note 5. 

3. En marge et en italiques: Jadit con- 
quises par Alphonit 5. et perdue» au temps 
(11' Jean 3. — V, note précédente. 



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RELATION DE JOACIIIU DE CENTELLAS ^1^ 

Le Seuemssime Sébastian, Roï de Pohtlgal, à la Noblesse de 
ses pais cl terres d'obéissance : 

Vous^ ne pouvez ujnorer, mes Seigneurs, que, quand nos devan- 
ciers el anceslres se sont résolus de faire guerre pour la manulenlion, 
salul et enlrelien de leurs serviteurs el subjefs. ils ont mieux aymé les 
préserver el garder de sinistre eneomf/ricr', que tirer en regret la 
mort el aneanlissemeni de leurs ennemis Maures, Arabes el Mahome- 
tans, lesquels de tout temps ont couru nos terres et les vostres, gastans 
el brusluns le meilleur de nos Inens. Pour el à quoy obvier, en tant 
qu'on ne peut onc attirer ces peuples à concorde, maints beaux Ordres 
de Religieux se dressl^rcnt en ces pais et ailleurs, soubs lesquels bon 
nombre de gentilshommes, vos allie:, non moins aornez de vertu que 
devotieux en cœur et pensée, voûtèrent que, tant et si longuement qu'ils 
vivroyent en ce monde, ils n'espargneroyenl leurs vies et leur sung 
pour l'exaltation de l'honneur de Dieu, extirpation des hérésies et 
expulsion de ces Barbares, que, par grande allégresse, ils entendoyent 
chasser hors de nos limites, et eux parer un chemin hatu au Royaume 
céleste, s'abstenans à ceste fin du mariage, passons leur vie en l'estude 
de Religion et exercice des armes; tant estoyent embrasez en eeste 
deliberulion, qu'ils insculpèrent ' (par bons exemples) aux cœurs des 
fidèles, soubs ces marques de croix, faites de diverses couleurs de 
draps croise:, qu'ils altachoycnt à leurs vestemens, environ l'eslo- 
mach, à l'imitation des Religieux dits Templiers et Hospitaliers 
d'Espagne, qui avoyent jette en Jérusalem tels et semblables fonde- 
mens ''après la prinse de la ville par les Chrestiens). 

Vous sçavez aussi en quelle dévotion nosire ayeul et devancier, 
Emanael, entreprint le voyage d'Afrique el des Indes, oà il se feit 
c[on^gnoistre Roy et Prince, craignant Dieu, grand zélateur de sa 
gloire , propugnateur des infidèles, des sectes d'Arrius* cl de Mahomet, 
de la créance desquels il rnppella bon nombre de peuple, abusé en 
folles et deceptives superstitions, par les sainctes remonstrances et 



1. Tout le toile de l'adreise du ro! do du \vi° sitclo so piquant de liltérature. 
Portugal à M noblesse ceI imprimé en ilali- a, Eiicombrier, mésavoDturo. 

quel dans l'original. — La solonnilédo ccUo 3. Insculiièreni, gravèrent. 

ni'ifisiiG, Irailéo dant la Tormc des discours i- L'arianisme avait disparu d'Afrique 

aoliquci.rcvtle la Gompoailiouit'un libraire vers le milieu du vi' siècle. 



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jl6 BATAILLE DB EL-K8AR BL-KBBUt 

enhorleinens <le relUjieux /lersonnnyes qu'il y transmit à cet effect, 
estargissafil, en cefnisnnt, Vesfemlue de ses pats, conqueslez au grand 
retjret des premiers usurpateurs d'ieeux, 4{ui. de nostre temps et 
reyne, se sont mis en devoir nous en déposséder du tout', soulis celle 
folle persuasion t/u'ils auroyeni autant lam marché de vous qu'ih 
eurent de vos unceslres, au temps de nostre (jrand-fH-re Jean. 3. du 
nom. tpt'ils veirent impliqué en mil et mil autres affaires. Est-ce 
donc à cesle heure qu'il faille s'endormir ou sommeiller, au doux 
yn:ouillement de simule: amis, lesquels, soubs paisible comiivence. 
tnschcnt à nous despoudler du plus beau revenu qui nous ait esté 
délaissé en Afrique? Lu générosité et hardiesse de vos ancesires, 
roniluits, soults la crainte de Dieu, à telles terres conquérir, n'au- 
roil-elle efficace' envers iints et les rostres, que, ftostposans toute 
délicatesse et mondains plaisirs, vous nous fuites compagnie en telle et 
.si xiiincte délibération, qui vous contraint armer corps, bras, jumhes, 
et jlumlmyer en courufje'^ 

Si d'aventure vous craignez que, vos limites passe:, ce peuple 
Maarituin d'Afrique, et en gros nombre, triomphera et de nous et de 
vous, la gloire que nostre nation s'est de si long temps acquise ne 
sera-elle perpétuée en telle expédition de guerre? Souffrir€:-vous 
qu'une fiostérité de Mahomet vienne vanger dans nos pallais la 
prison^ de ses devanciers et ancesires. qu'elle dît avoir esté autant 
mal traitez, que nos ayeuh, poussez d'un appétit d'agrandir leur puis- 
sance, se sont délectez à faire guerre es bornes et limites des Royaumes 
de Fe:, Maroc et autres? Comment ! cela poarroit-il entrer en pense- 
ment des moins advisez d'entre vous, que n'ayons très-juste occasion 
de courir sus à ces Infidèles, quand, outre les feuz que de tout temps 
ils ont allumé au milieu d'entre nous et les Rois des Espagnes, ils 
n'ont fait doute d'aprocher nostre persone. qu'ils cuidoyent captiver 
par l'alliance jurée entre eux et soubs prétexte de nous visiter en signe 
damitié''. Quoy ! cesle nation Barbare se promet-elle nos forces si 
petites, que, [tour une retenue considération, telle que celle qui cmpes- 

1. En marge cl en romaiora: Ce fut le 3. Pritoil, pour: captivité. 

fiU <le MuUy Multamel. et »a lahe. détenu: li. L'auteur fail allusion au complol que 

Mrsfrûi(c'prûon;n/'or(uga/.f>ar7.nniirc][Pj. » Diainli polcntali de l'Afrique «vaiont fait 

1. Subittanlif vieilli, on dit aujourd'hui ; de courir sua » au roi D. Sébulieo p«a- 

el&cacité. dant l'eipédilion de i^lk. 



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RELATION DE JOACHIM DE CENTELLAS ^1*7 

cha Emnnuel passer plus outre en ses délibérations, elle s'aproprie 
des terres et pats qui ne leur appartiennent en rien ' . 

Pense:, pensez, nobles chevaliers, que, si la chose est doubteuse, 
guerroyer un peuple farouche et hardy, aussi la magnanimité de vos 
progeniteurs ne doit s'ensevelir et prendre fin en un recreu ' et laisibte' 
penser, qui semblera avoir saisi vos esprits, escheant autrement que, 
de plain vol et gayelé de cœur, ne nous accompagnez en ce sainct 
voyage prémédité, où, en présence et de vous, espérons asseurer nos 
sujets esbranlez par les advant-coureurs de noslre ancien ennemy le 
Boy de Fez et d'autres ses alliez. 

Ces remonstrances ne furent plus tost communiquées aux Nobles 
de Portugal, deuement certiorez ' des forces et puissance des enne- 
mis qu'ils avoiont à combalre en païs estrange, qu'avant y faire 
responce, supilèrent la Majesté de leur octrojer quelque delay pour 
mettre on délibération et 1 adviser, en tant que besoing seroit, des 
occureiiccs et événement de tels affaire», jugeans, des lors et par 
longue expérience, que diiTiciDenieut on pourroit faire levée de gens 
à suflibanee es terres de Portugal, encor moings y asseoir tailles 
ou péages, si bien qu'on en peust tirer urgent pour aeliemincr celte 
armée, fust par mer, ou par terre ; au delTault de quoy, non seule- 
ment la Majesté tomberoit en deslir)niieur, mais son peuple en 
plus grande altération et sou (Trotte''. Ce que bien poisé en Conseil, 
fut advisé clioisir et oslire rillustrissimc Henry, Cardinal de Por- 
tugal', oncle du sorenissinie Sébastian, pour luy faire entendre le 
résolu de ses Nobles et autres, appeliez en telz affaires, qui, en 
apparence, moiitoiont bien d'avoir le sien et solide conseil qu'il ne 
dosdaigtia joindre à la supplication et pn&i-e, telle qu'ensuit. 



Supplication et beqokste des nobles de Pobtical à leur Roy, 
tendans à le divertir de l'entreprise et voyage d'Afrique. 



1. En marge elenromûnes. Parrr qu'ils note 3. 
les aaroyfixi osti aux Romains. 5. L'origîn»! poric : soasfretle. Diwtlc. 

î. Recreu, lâclio. privdions. 
3. Cf. lupra « laiaiblement », p. 4i3, 6, En marge el en iUliqucs: R est aagi 



i. Ccriiorei. V. sur ce mot p. lili 

De CuBTHIFN. 



ri frire He Jean 3. 



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^■8 BATAILLE DE BL-KSAR EL-KEBIR 

Serenissime ' . 

Ln iXoblesse de vos pays, deuëmenl ceriiorée de Vos délibérations 
par l'ouverture qa il a pieu à Vostre Dehonnaireté luy faire commu- 
niquer, nous a interpellé el rei/uis comme oblujé à Vostre Sang et 
Putrie) accepter cesle charge de Remonstrance sur Us evcnemens 
de l'os emprises : disons f/ue, si 1 os devanciers et ayeulx que 
Dieu absolve' se sont veux grandement reculiez de ce qu'ils avoyent 
projeté et pensé, Vostre tendre jeunesse, el peu d'expérience es 
affaires douteux, dcvroil, soubs maluré conseil, miliger son premier 
feu, et poiser soubs considération combien de maux nous saisissent, 
lors que inconsidérément essayons effectuer el mettre à fin choses qui 
aggravent' nos conscience et honneur; non qu'en cela voulions arguer 
ou blastner le zèle ardanl qui Vous poulse à faire annoncer el pres- 
eher la pure parole de Dieu aux plus barbares nations ; encores moins 
passer soubs silence l'ingénuité qui se remarque en Vous et nous pro- 
met que sçnuriez bien vanger tes torts el dommages receuz en nos 
personnes cl biens, au temps de Vos devanciers el noslres alliez^. 
Mais, quand H Jaul descendre en contemplative el penser aux choses 
qui surpassent la capacité de Voslre enlendcmeul (en t'aage oà Vous 
estes', nous supplions Voslre Majesté s'asseurer que l'événement de 
tontes emprises et batailles est fort douteux, en tant qu'ils deppendent 
de ta main du Tout-Puissant ; les périls de cesle guerre préméditée, 
plus que certains el asseurez ; la navigation en Afrique de tel el si 
difficile abord, que les meilleurs pilotes de Vos pays y auroyent assez 
que faire ; joutcl que l'espoir de si laborieux chemin el travail s'esgal- 
îeroil, à peu près, au proffil qu'on en pourroU percevoir. 

D'avantage vous devez considérer que n'avez à guerroyer un seul 
Roy de Fez qui, de tout temps, s'est efforcé vous esloigner de ses 
terres, mais aussi dix ou douze potentats, seigneurs voisins et liguez 
pour nous courir sus et gastcr nos païs. Vray est, et Vostre commo- 
dité pnuvoil moyenner une assemblée de bon et sujpsanl nombre de 
gens de guerre el munitions requises pour cesle hazardeuse emprise, 
nous n'userions île persuasions tendans à Vous en faire départir, 

I. I.c leilc (les rcmonlnnccs de It 3. Eu marge cl en rotasiae*: Il parle des 

iioLlo'!o [lorliigaiso à Don S^-I>aslicn csl en Maures. <fai. au lempt des premiers Boys. 

iUlIqucs dans l'ariginiil. gaslerenl le Partagal. 

3, .l'j'jriieelil. offvaical. 



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CBNTELLAS ^ I g 

quand, memoratifs des loris et dommages reçeuz en nos pais, familles 
el biens, sommes plus que obligez à pourchasser la rayne de cesle 
gent. 

Voilà paurquoy, Sercntssime Roy, je suis envoyé, et requérir l'in- 
sinuation de cesle nosire remonslrance, à ce que Irop légèrement 
Vous ne hazardez Vostre persane, qui, seule, nous fait prospérer en 
ces pais, cl ne causez, en ce faisant, la ruyne des familles et maisons 
de Vos très-fiumbles et oieissans serviteurs el subjels, k salut des- 
quels Vous doit eslre autant citer, que leurs devanciers et ancestres se 
sont fait congnoislre dcvotieux el enclins au service de Vostre Majesté 
el pais. 

Bien que les remons Iran ces de ce devotieux Cardinal el autres 
JNobles experimenlez de Portugal eussent déu des tourner leur jeune 
Hoy, aorné de toutes perfections que on eiist peu désirer en sa 
personne, si ne peiist-il autrement commander à ses affections, 
que, persistant en son prémédité object, se veil encorcs mieux 
sollicité par les envoyez de la part de Ilaiz', souverain Xariphe du 
païs, voisin bien proche du roy de Fez, duquel mesmemonl luy et 
ses prede<:rsseurs se sont de tout temps deffié, pour les considéra- 
lions ja déduites, et que, de nosire lenq}s, le roy de Fez* se vou- 
loit prévaloir en domaine sur tous autres circunvoisins, qu'il cuide 
moindres en puissance et avoir. 

Occasion, à vray dire, que le susdit Xariphe, Lien que barbare 
et peu croyant en nostro Foy, implora le secours du Serenissime 
Sébastian, roy de Portugal, jà my emliarqué et party, pour aller 
recongnoistre le secoui-s estrangcr qu'il entendoit mesler en la 
Iroupe de ses naturels, levez et retenus en ses païs de Portugal, 
soubs bonne souldo et prudent conseil du ivcom manda ble Henry, 
Cardinal, son oncle, sage conseiller, auquel (pour le rang qu'il a 
tenu d'ancienneté et tient encor de présent es dits païs) il requit 

I. Roi;, de Tarai» _llj clief «ral>e. Ce au mol Arrae:. Il s'agit ici de Moula; 
mot a Tini par détigner presque ciclusiie- Mohammed rt-Mntoukh, le neveu el le 



er, le palron d'un corapÉlileur de Moulaj Abd el'Malek. 



m porte, d'après : 



;-ij (t*ie). o 



. Cenlellas lemble croire ï l'eiisleoM 
mérinide. 



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^20 BATAILLE DE EL-KSAB BL-KEBIR 

avoir pour agrcnMe la charge Je gouverner en ses domaines, 
peuples, terres, et paï», pendant ce vojage d'Afrique. 

Ce que ' le bon vieillard refusa par plusieurs fois, tant estoit sou- 
cieux de contenir ce jeune roy el ncpveu es bornes de saine consi- 
dération, jugeant, h peu près, que le premier a^mulateur de telle et 
si frivole enti'eprinse n'estoit trop souvent esloigné du palais du 
suM-nomnié Xariphe, qui, soubs couverte intelligence qu'il avoit 
jurée avec autres Barbares, ne tendit oncques ailleursqu'à attîrerce 
jeune Prince à sa cordelle, et, soubs prétexte d'amitié, vanger, en 
sa personne et subjects, les dommages qu'il prelendoil avoir reçeu 
(ou SCS de vanciern) par les eou rses des Portugais en Icu rs pais, quand', 
nias<|ué d'incertain mal-talent, qu'il disoit porter au Roy de Fez et 
autres Princes et Seigncui-a en Afrique, lira le blanc-signé en pro- 
messe du Scrcnissimc Sébastian, circonvenu et gaigné en vouloir, 
pour les considérations qui ensuivent'. Et son! que, memoralif des 
reuKmslrancos (pie luy avoit fait son oncle, de la part de la 
Noblesse. <|ui luy scmbloit restiver à cet acheminement de guerre, 
se pi-omit un grand appuy, s'il pouvoit joindre ses forces à celles 
(lu Xuriffc, qui, traistre en cœur, luy feit lincter en l'oreille que, si 
leur fortune disoït et que, de commun marteau, ils pouvoient 
chasser leurs ennemis lioi*» de leurs limites et Mauritanie Tingitane, 
où se voyenl les royaumes de Fez, Maroc et autres, le Portugais 
au l'oit ccsle prérogative de s'en investir et approprier; el avenu que 
SCS forces ne fussent suITisantes pour la manutention el paisible 
jouissance de telle et si grande estendue de païs et domaines, le 
sus-nommé Xarifle les penplei-oit de ses sujets na[l]urels et k ses 
despens, praleslation et foy jurée; néanmoins que il esteroit tous- 
jours alli(', vassal et lidellc sujet, pour ce regard, du Serenissime 



I. E!n marge et m italiques: f/fnr]', Car- 3. Le sent de c«lte phraie, longue et 

iliaal <U l'orliujnl, ri-fiise VaJmmislraliim du confuse, umblc «Ire le tuiviot : le Car- 

liuyii'ime. — I.c cardinal D. Henri prit dînai se nionlraîl opposé k l'eip^dilion, 

les devants, en rerusanl la ri'gence du parce qu'il ne croj'ait pis il une division 

ro<raunic ; elle ne lui fut pas propose par réelle entre les deux Clii5rifi ; il ne voirait 

D. Sébastien, qui avait <^tt' froissé de l'op- dans les ouvertures de Moulaj Mohammed 

position faite par ton oncle i ion projet el-Meiloukh qu'une feinte, deslln^c k faire 

d'eipcdilion. tomber le roi D. Sébastien et son armde 

a. Kn marge cl en italiques: Le Ray rfe dans un guet-apeos. 



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RELATION DE JOACHIM DE CENTELLAS ^|3I 

Sébastian de Portugal, et ne prendroit autre lillre, que cil de gou- 
verneur pour la Majesté en ces païs de conquest. 

Maislesuccez en fut bien autre, puisque leSerenissime Sébastian, 
abusé de ce vain parler du Xarife, qu'on disoit luy devoir fournir 
vingt mille hommes (bien qu'il n'eust le moyen de ce faire, pour le 
peu de païs qu'il possède) et que ce nom' ne vient d'aiilieurs que 
d'une certaine superstition émanée de la secte de Mahommet, qui 
honnore les plus nieschans de ce degré, en tant que de rien ils se 
sont faits grands, et que, dccbeuz de ceste prospérité, ils perdent 
honneur, ainsi qu'entre les Turcs Tamerlan et autres, qui ne feirent 
doute d'eux haulscrà la dignité Impériale, laissans en mourant un 
exemple aux plus elTrontez de faire le semblable, qui se remarque 
assez souvent es escrits des plus célèbres autheurs, soubs l'assertion 
desquels on pourroit inférer que le susdit Tamerlan (ou Tam- 
burlam)' fut autresfois berger, et un autre, Barbe-i-ousse', promcii 
à tel degré, vendeur de fromages, quand et d'aiilieurs le gaudisseur 
Rablais a ozé dire que la plus part de tels usurpateurs de Sei- 
gneuries crient encor la moustarde en autres contrées'. 

Mais, laissant cela à part et faire ° tost congnoistre la source de 
l'inimitié invétérée entre les rois de Portugal et celuy de Fez, sera 
considéré que Emanuel, roy de Portugal*, entièrement encbn à 
faire voyages en Afrique et retirer les arres que ses devanciers y 
avoyent délaissé, feit resolution en soy-mesme d'aller mettre le 
siège devant la ville dite Azainor (bastie, comme dit est, en la 
Mauritanie Tingitane, entre M'Océan Athlantique, et distante delà 
ville Sa6nio' quatre vingts mille pas, tirant vers le Septentrion, et 



I. Od lail que « ce Dom » de Chérir 
signifie a noble d et s'applique aui descen- 
danUdu Proplièki parsa Bllo Fathmaet .\li. 

3. En marge et en italiques: Tamburlan 
de berger te fait Empereur dea Turcs. — 
On sait que Timour Lenk (Tamerlan), con- 
Irtirement au dire de l'auteur, n'élail pat 
de basse eitraction. mais descendait en ligne 
directe, par les femmes, de Gengis-Khan. 

3. Baba Aroudj, le fondateur de l'odJBk 
d'Alger ; il avait commencé i treiio ans le 
métier de pirate. 



i. Ce n'est pas une citation teiluello de 
Rabelais, mais une simple allusion ï dos 

passages de Panlagrael : « Xerces crioil la 

Rabelais, liv. 11. chap. 3o et 3l. 

5. Et faire, c"osl-k dire : et pour faire. 

6. En marge et on italiques : Oceaaion 
des guerres entre les Roys de Poriu(/al et 
eeluy de Fez el autres. 

7. Entre, pour: sur. 

8. Safinio, pour: Safi, 



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^23 BATAILLE DE Et^KBAR El-KEBIB 

baignée ck corlain flpuve qu'auruns appollrnt Azama'); à ce faire 
incilé par l'advcnement d'un cerlain Prince de Mauritanie, appelle 
Zeïam*. qui aulresfois avoil possédé la cité dilc Mcquinesia', size 
on la région Méditerranée et pou osloignée du Koyaumc' de Fez, 
qu'il ambioil" aucuneinont. parce qu'il esloit oncle paternel de 
Mahumet", qui autresfois y avoîi régné et qui avoit ospoiisé une 
sienne sœur, Esclieut neantmoins que Nazarius', frorc de Maliumet 
Iloy de Fez, appuyé sur la foy de ces Barbares, maintint l'alliance 
ot accord jurez entre luy et lo susdit Zaïan*, par communion de 
sang et affinité de mariage; quand aussi tost le cliassa de son 
Royaume, dignitez et biens, contrainct faire retraite en la ville 
d'Azamor', soubs espérance qu'il luy disoitque, bien ayméet cbery 
des habilans, ils luy prcscnloroyenl le gouvernement d'icelle; ce 
que, pour lors, ils ne voulurent faire. 

En indignation '" de quoy, et frustré qu'il se voit de son espérance, 
print adresse vers le Serenisslme Emanuel de Portugal, auquel, en 
foy jurée, protesta et promit que, tant qu'il vivroit en ce monde, 
ne partiroit hors de son obéissance et feroll en sorte qu'il le rendroit 
jouissant, non seulement de Azamor, mais aussi de plusieurs autres 
villes, qui se pouvoyent conquesler avec une médiocre armée ; 
disant que, en l'enclos d'icelles, il y avoit si faon nombre de parens. 



I. AieromoureslEiluJei ijo Utomttrrs 
environ de Safi, i, remtmuchure de l'oued 
Oumm er-Rbii. 

3. Probablement pour ZUn. Ce prince, 
que Marmol appelle à tort Moula)' Zidan, 
était le fr^rc de Mohammed ei-Bortniikâti, 
roi de Fei (V, ci-dessoiii, note li). Cf. ce 
passage au rfcit do Marmol (t. [|, liv. [II. 
ch. vil), mais en «e rér^rant à l'cdilion 
eipagnolo de i573. i causo des conlre-scns 
de la traduction française do Perrot d'Ablan- 

3. La ville de MekinËs, située & 55 kilo- 
mètres de la ville de Foi. 



. Royaume eat mis pour 

. Latinisme, pour: briguait, 



illc. 



Mohammed el-Bi 
de la djinast 



'loiilidli. le second 
1 dos Béni Mcrin, 



branche des BeniOuatlas, Il avait été appelé 
El fiorloufidli, le Portugais, parce qu'il avait 
été fait prisonnier, en ij^i, au siège d'Ar- 
lila et qu'il était resté en caplîiité en Por- 
Itigat pendant sept anniiei. 






: En-hVsci 



frère do Zitln et de Mohammed el-Borloa- 
kâli. roi de Fci. Ce dernier, d'après Mar- 
mol. aurait enleié k Ziàn le fiouvemement 
de MeLinèa pour lo donner i En-Nasser. 
Mahmol, (oc, cit. 

S En mai^o et en italiques : Zaian, 
Prince en Afriifue, 

g, ZiSn, d'après Marmol. se serait jeté, 
non dans Aiemmour, mais dans McrraLech, 
croyant y être acclamé comnio souverain. 



., (oc. c 



. En I 






; Zcian 



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RELATION DE JOACHIM DE CENTELLAS ^|23 

afBns' et complices obligez, que sans doute ol volontiers ils ven- 
droient leurs villes, eu esgard à la tyrannie soubs laquelle ils se 
voioyent retenus, et en tant qu'au bruit de la doulceur et clémence 
d'Ëmanuel, ils se senloient courir le reste de leurs jours soubs sa 
foy, protection et dcITence. Ces propos advancèrent assez les délibé- 
rations d'Ëmanuel, qui, prenant pied au discours de ce Roy, indi- 
gnement traité, et de juste courroux provoqué, ne pouvoit com- 
prendre que l'autbeur de telle enlreprinsc cust voulu mentir en sa 
présence; joinct (et qui plus fait à considérer en cet endroit) est 
qu'il se persuada son ingénuité avoir ja et bien aisément effectué ce 
que, par si long temps, il avoit convoité. 

Ainsi, et adjousté foy qu'il eut aux parolles de ce Prince Mauri- 
tain, commanda dresser, en toute dilligence, une bien forte et 
puissante armée de ioo. hommes de cheval et 2000. de pied, 
qu'il feit partir de Lisbone, soubs la conduitte du valeureux Jean 
Menez', environ le 26. jour du mois de juillet i5o8., luy enjoignant 
prendre la route et surgir au havre d'Azamor, où il ancbra avec 
sa fiole, le second jour d'après; ordonnant, dès ce pas, les 
approches, soubs l'espoir d'autre secours, qui !uy esloit promis et 
devoit faire voisie, soubs la charge de Zcïam, prince Mauritain, jà 
glissé dans la ville, en délibération d'offenser' le Portugais (tant 
l'esprit des hommes est inconstant et muable et ne se souvient, en 
prospérité, de sa foy promise). Ce traistre, s'ainsi le faut nommer, 
enhardit tellement les assiégez, que le S*" Jean Menez feit retour, h 
grand haste, vers la ville d'Alcaçar', assujetie à son Roy, qui luy 
en laissa le gouvernement, asseuré qu'il ne s'oublieroit à faire leste 
et courir sus au Roy de Fez, qui, en mcsme temps, fut assiéger la 
ville d'Arzila, avec 20000. hommes do chevalet Cooo. piétons, bien 
qu'en ce temps et au dedans n'y eust plus de quatre vingts hommes 
pour soustenir ce siège, soubs la charge du vaillant Couling^, qui, 
par un long temps, soustint l'effort des assaillans, à la faveur de 
certains baricades emplis de terre et d'autres gabions, qui deffen- 
dirent aux ennemis d'aprocher de la ville, tant et si longuement 

I. Affiru, iBlinismc: proches, alliés. leira, p. 17S, noie 3. 

3. D. JoÛo de Meneies. 5. Vasco Coulinho. comte île Borba. 

3. Offenser, lalinisme, pour: attaquer. V,, sur le siëgo d'Arzila, Mahmol, 1. Il, 

4. El-Ks»r es-Seghlr. V. lur cetlfi Fnn- liv. IV, ch. 11. 



y Google 



^2^ BATAILLE DE EL-K8AR EL-KEBIR 

que. blossé en un bras, fut persuadé faire retraite en la citadelle, où 
il fut su^vi des plus apparans de la ville, qui, soubs sa grâce, y 
feirenl achcniiner leurs femmes et cnfans ; en tant qu'ils esperoieni 
eux veoir bien tost rachaptez par la sage ronduitte et secours du 
chevalier sans reproche, Jean Menez, qu'ils atlendoient à grande 
dévotion et qui d'ailleurs ne feit faulte en son devoir, quand, 
devançant ses emprises, promit aux criminels assiz en banc' pleine 
cl enlicre liberté, si, pour leurdiligence de ramer, pouvoit altaindre 
son intention et lever le siège d'entour les murs d'Arzila; où par- 
venu et recongneu qu'il eust les forces ennemies, envoja hasteric 
secours séjournant en Gibraltar, et qui le devoit joindre par com- 
mandement de Ferdinand Catholique, Roy des Espagnes. soubs 
l'experimenlée et très-sage conduite de Piètre de Navarre*, qui, 
en tel affaire, ne se monstra refroidy, lorsque, soubs une prompfe 
et mieux que solide résolution en fait de guerre, ne feit iloule 
attaquer, de premier abbord et par advis du Seigneur Jean Meoez'. 
l'armée du Iloy de Fez, avec trois mil et cinq cens hommes de 
guerre seulement, qu'il pouvoit avoir à sa suite, et qui, en appa- 
rence, dévoient bien redouter la puissance du Roy de Feu. soubs 
le voisie duquel marchoit un noble chevalier, lequel, fait prisonier. 
fut traité en grande humanité par le sus-nommé Seigneur Jean 
Menez, telle que, estant rachopté et fait libre de sa prison, il ne 
craignit publier partout la douceur, prudence et vertu dont il avoit 
usé en son endroit ; quand, et pour autre respect, luy requit, par 
message, permettre qu'il le peust aller saluer : ce que obtenu, ne 



t. Les galériena, aasi» »ur les banci des 
galères. 

3. Pcilro Navarro, célèbre ca|MUine espa- 
gnol ; Il passait pour le premier homnic de 
son lemps dans tout ce qui élall rclilif aui 
forlilîcallona el ï la guerre de si&ge. Bran- 
tâme rapporte que les Espagnols disaiout 
de lui, faisant allusion à son origine : 
<c Et coniie Pedro de Nacarra era hombre 






atcançùdo 



'"y O'-" 



guerra, par eilrana asialia, arle y l'ingular 
aciencia, y maravitloso arlijiclo y mafia en 
tomar forlaUnas, sin lener ningim splendor 
de ligna'jt. a BuantAme, Grandi Cap. ettr,. 



éd. Lalanne, t. I, pp. iSG-iS;. — Mn 
Navarro s'empara en 1609 du PeilDn Je 
\cict el rendît de grands senices aui Por- 
tugais dans leurs luttes contre les Miuit'. 
Fait prisonnier en i5ia i la bataille et 
Ravonne, il languit en Fîancc, son sm- 
verain Ferdinand ajant refusé de pajer a 
rançon. Indigné de ce procède. Ptànie 
Navarre passa au service de Frantoi^ I" ; 
il fut pris par les Espagnols, lors de Vti- 
pédilioQ de Laulrec contre Naplos el mmi- 

3. En marge el en Italiques ; Conlt i' 
Taaractnte, en Portugal. 



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RELATION DE JOACHIM DB CBNTELLAS ^^5 

fcit faule le venir Irouvor en troupe de vingt et cinq hommos à 
clieval ' . 

Puis, entre autres propos et devis d'amitié qui passèrent entre 
eux, le Miinrc se priiil à dire: « Certes, Seigneur, vous avez 
« augmenté vos honneurs et personne de souveraines louanges, 
« quand, malgré un tel et si puissant Koy, a\ez donné secours à 
« crstc ville assiégée, Ouv, certes ! Et vous asseurc (ju'ellc vous est 
« grandement redevable, veu que, au défaut de vostrc personne, 
« la citadelle et forteresses fussent, dès long temps, soubs nostre 
« pouvoir. Vray est que tel et signalé desastre n'advient bien sou- 
« vent, si ce n'est que vostrc vertu le permet et consent. » 

Quoy entendu, le Seigneur Menez, qui poisoit ces propos en 
]>alance, feit telle et semblable responcc : « Si ainsi est, que ma 
« présence ail apporté quelque confort ou soûlas à cesie ville, ceux 
« qui considéreront cela de près confesseront aussi tost que n'en 
« incritc beaucoup de louange, consideiv que tel honneur doit eslre 
« déféré au magnanime et invincible Hoy, mon Seigneur et maistre, 
« de l'ordonnance et discipline duquel plusieurs autres généreux 
« et illustres personnes, qui me devancent en tout, prennent leur 
« accroissement. C'est vosire Roy qui, à bon droit, se peut voir 
« louangcr, puisque, non content d'aprooher la ville de mon 
« prince Emanuel (ce qu'il ne doit estimer peu de chose), il a 
« lente s'en rendre seigneur à main armée. Pour ce, et s'il a prins 
« la ville, s'il en a voulu faire raser les murs, s'il s'opiniastre au 
« siège de la citadelle, je dy que telles choses luy doivent tourner 
« ùlouangc perennelle*. Mais, quant aux embrasemens qu'il auroit 
« excitez es maisons des particuliers et autres, et le commande- 
« ment qu'il a fait de brusler les fauxbourgs, je ne croiray jamais 
« que cela procède d'un cceur généreux ou de seigneur qui ayt en 
« estime son honneur. Bref, ta guerre dure lousjours et est en son 
« entier. Si donc il se promet la victoire, d'où vient cela qu'il se 



I. Lei eiMrniouc h PS journalières entre caïds s'en vojaicnt dos défit et •« provo- 

Fronleiroa et Mores entretenaient Ips uns cl quaicnt en champ clos. La accne entre 

les autres dans une alerte continuelle, mais D. Joio de Menezes et son ancien captif 

cet ^lal d'hostilité n'était pas eiclusif d'une caractérise bien ce genre de relations, 
certaine générosité départ i-t d'autre. C'est ». l'irtnntlU, latinisme: étornolle. 

ainsi que les seigneurs portugais et les 



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/|a6 BATAILLE DE EL-K8AR BL-KEBIR 

« monstrr si avougU' en son faîl. qu'il mol en pouidro lu ville ijuVii 
« peu de loinps il cuvde s'assujettir? S'il desespère de l'heureux 
« sureez de ce sit-ge, pnun|uoy cerrlio-il vangcr sa douleur sur les 
« loiets et couvertures de maisons, qu'il commande alitiatro et 
« miner? Quoy! n'a-il fait assemblée d'hommes à sufilsanoe. pour 
(( guerroyer les pnroids et clievi'ons' ! » 

<{ Ncnny »■ — responil le Mauiitain, — « nostrc Roy est d'espnt 
(( humble et alTable. mais de cœur magnanime et entièrement 
« royal- Pour ce, ne devez penser qu'il ayt commandé assembler 
« telle année, pour opinion, aigreur ou mallalent qu'il ayt conçeu 
« en son cœur, àins seulement et à fin d'attirer au combat celuy 
« qui se dit le devancer en vertu, disant que, s'il ne parvient à 
« ses desseings, on n'aura occasion aucune de le hiasmer, puisque 
« le devoir d'un prince, qui veult faire preuve d'une royale puis- 
« sancc, doit tenter choses les plus ardues et de dilTicllle exécution, 
« eu esgard qu'une victoire ne consiste seulement en la vertu ou 
« prouesse des hommes, ains en la modération et conseil du Toul- 
« Puissant. Quand à ce qui deppemi du feu embrasé, que dites 
« avoir ruiné les maisons, je puis entièrement vous asseurer que 
« ce a esté à son dessçeu ; que, si tosl qu'auray approché Sa 
« Majesté, il sera estaint et assoupy. » 

Ce propos finy, le Mauritain son retourne et fait en sorte que, 
par commandement du Roy cl industrie dos ennemis, ce feu perdit 
toute vigueur. Aussi n'y avoit-il aucune apparence que ce roy de 
Fez deust s'aproprier de ceste citadelle, si bien fournie de munitions 
et qui, de jour à autre, attendoit un secours de Portugois et 
Espagnols. Ce que bien considéré par le roy de Fez, feit tenir le 
chemin droit d'Alcaçar-Quibir, donnant, en ces entrefaites, assez 
de loisir au seigneur Menez d'aller secourir son frère d'armes, le 
valeui-eux Couliug, qui, assisté de sa femme et citoiens relirez 
soubs ses œles, luy vint au devant, et fut dès lors résolu entre eux 
qu'on ne devoit craindre le retour du Maliometan. 

Pour ces raisons', le Serenissime Sébastian, roy de Portugal, 



I. Lts paroids et chevrons, le; murs el condamnail encore lea bomluirdements. 
les poutres. — Ce curieui passage monire a. Ea marge el en iUliques ; Occasions da 

(jue le code clicvalerettjuc du xvi" siècle nouage de Sébastian, Roy de Porlagat. 



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RELATION DE JOACHIM DE CBNTELLA8 ^2"] 

se promit avoir justes et pregnantes occasions d'aller vanger ces 
dommages et autres, faits à ses subjets en Afrique, lesquels, de 
jour en jour, advisoyent Sa Majesté des menaces que leur faisolt le 
roy de Fez, désireux de les exterminer. Par quoy, voyant que le 
séjour n'avançoil aucunement ses enlrepnnses et que, par son 
absence, ses païs de conquesle aui-oyent assez à souffrir, feit une 
réitérée supplication et requestc au Cardinal, son oncle, d'accepter 
la charge de Gouverneur, représentant sa personne en tous ses 
païs et seigneuries de Lusitanic et Portugal, enjoignant à ses Juges 
et OUicicra luy rendre telle cl dcuë obéissance que à sa propre 
pei-sonne, pendant le voyage qu'il csloil prest de faire es pais 
d'Afrique ' , soubs la faveur et secours qu'on luy avoit fait acheminer 
es environs de la ville d'Algarbe', où il commanda à sa Noblesse le 
venir trouver en toute diligence, avec leurs armes et chevaux, à ce 
que plus aisément ils peussenl eux embarquer pour passer en Afrique. 
Puis, ayant pourveu à ses airaircs de Portugal en tout, basia 
tellement son voyage, qu'ayant donné l'adieu à ses parens, amis et 
subjets de ses païs de Portugal, au[x]quels il requist faire oraisons 
et prières à Dieu pour l'advanccment de si saincte entreprinse, salut 
de sa personne et de ses Nobles, qu'il enlendoit luy faire compagnie, 
partit de Lisbonne', environ le commencement du mois de juillet 
1578., tirant aux monts qui séparent les Algarbes de la basse Lusi- 
tanie, et, de là, se rendit à la cité d'Arzila, size es confins de 
l'Afrique, et. y ayant recong[n]u son secours, commanda dresser 
l'embarquement et singler vers la cité dite Alcaçar-Quibir' (distant 
d'Arzila de sept à hutct mil, bien peu forte, sans portes et murailles, 
en chemin plain, à a», lieues du royaume de Fez*, et non tant 
csloignée du destroit de Gibraltar, qu'elle se voit ceinte et entoui-ée 



I. 11 > été dit plus haut que le gouver- '|. En marge et en italique» : Aucuns 

nomeot du royaume ne fui pas confit! au diaent Ciesor E:;xgliir, autres Caserquerbîr, 

cardinal Henri, V. p. 4ao note i. prrmliremtat basiie par Mantor, Roy de 

1. En marge et en ililiquos: Cesie ville Maroc, dit Caliphe. — Centellaa, dan» celte 

a le nom du païs, dit ht Algarbea, les monts note marginale, fail une confusion entre 

duquel le séparent de la Lusitanic. — Il les deux villes de El-Ksnr es-Seghir el de 

■'agit de la ville de Lagos. ElKsar el*Kebîr. V. p. 17^. note 3. 

3. En marge et en italiques: Parlement 5. Royuume de Fe:, pour: ville de Fez. 

de Sébastian, Roy de Portagal, pour aller en V. plus haut p. !iii, note 4, cette mime 

AJrique. expression. 



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Aa8 BATAILLE DE EL-KSAII EL-KEBIR 

de l'pau du fleuve dit Lixi', qui reloiirne en l'Océan), non que. pour 
ce jour, 29. de juillet, son armée feil plus long chemin que une 
lieuë au delà de ladite cilé d'Arzila, proche d'une rinère d'eau 
douce, sans que les ennemis se fussent encor fait voir'. 

Par quoy l'armée poursuivit son chemin, le jour suivant. uDf 
lieuë encor plus avant et se campa es environs d'une bourgade 
nommée Almenara', où le Serenissime Sébastian, devisant avec ses 
nobles des occurrences de cest affaire, veit approcher quatre mil 
hommes de cheval, ennemis, lesquels, en bonne ordonnance, 
vindrent recongnoïstre son armée', laquelle n'cstoil encor du tout 
assemblée, puis s'en retournèrent, sans autre chose faire, causant 
un souvenir en l'entendement de ce jeune roy et chefs de son 
armée de penser à leurs ailaires, quand, à cet effect, se tindrenl, 
le jour ensuivant, en Conseil, en ce mesme lieu, et jusques auqua- 
tricsme jour, qu'il commanda faire chemin trois lieues en païs el 
près d'un autre fleuve ^ où il allendoil que l'ennemy le vint encor 
recongnoislre. Ce qu'il ne voulut tenter, pour cause du nouveau 
secours qui, en ce lieu, se joignit à l'armée Chrestienne'; où mesme- 
ment le Roy XarilTe', duquel a esté parlé cy devant, vint saluer 
la Majesté du Boy, auquel il voua sa vie et celle de 5oo. hommes 
de cheval et 6000. piétons', en assez mauvais équipage, bien que, 



I, L'oued Loukkos, — Les données 
géographiques de Centellas semblent un 
peu courûtes, et l'on ne saisil pas bleu la 
corrélation qu'il peut y avoir entre U pro- 
limité de El-Ksar cl-Kebir du détroit de 
Gibraltar et le fait que cclto ville est bai- 
gnée parles caui du Loukkos « qui retourne 

a. V. PI. Vil le croquis de la rfglon com- 
prise entre Anila et El-Ksar cl-Kebir. — 



L'armée établit 



I lieu appelé Los Moliiios, < 
icore aujourd'hui des r 



I premier campement 



I l'oi 



3. AWnara, EI-McnaraïjUI (la tour, 
le minaret). Il devait y avoir, en ce point, 
dea postes vigies (alalaiat) datant de l'an- 
cienne occupation portugaise d'Arzila. — 



L'armée rest» au campement de EIManr» 
lesSoet 3 1 juillet. V. p. JoS. 

fi. En marge et eu italiques: L'il\^J'>- 
CBtu recongnoiss[e\nt t'armie de Portagai 

5. L'oued er-Raïçana. 

6. Don Sebastien fut rejoint au aaifi- 
ment do EI'Meoara par le capitaine AMsru, 
amenant un renfort do 5oo Castitlani. 

7. En marge et on italiques : Arrim 
du Xariffe aa camp rfcj Portugoa. — Le 
s Xariffe » est Moula;r Mohammed tlUa- 

8. Ce secours de 6000 piélont imené 
par Moulaj Mohammed el-Mestoukli n'ol 
pas mentionné d*n> le* autres retatioai el 
doit être une invention de l'auteur, doal II 
récit est rempli d'inciactitudes. ttappelM» 
que Moulaj Mohammed et-Sie^oakli s'^uil 



ïGoogIc 



RKLATION DE JOACKIM DE CEMTELLAfl jsg 

au temps de ses pratiques, ïlciial promis' secourir le Serenissimede 
vingt mil bons hommes de guerre cl autres choses requises et neceis- 
saires en tels affaires : le défaut de quoy mesmement refroidit assez 
les cœurs des plus apparans de l'armée, lesquels, demy vaincus en 
courage, se veirent neantmoins commander poursuivre leur chemin 
vers le parc* d'Alcaçar, esloigné de cinq lieues de Almenara': mais 
ils n'y peurent arriver si à propos, pour raison de l'infanterie qui 
ne pouvoit suivre, qu'ils entendirent que les ennemis s'estoyent 
jà saisis du pont' et y avoyent assis deux mille cavallîers Mauritans, 
pour y surprendre les moins advisez au despourveu. 

Ce que sachant ", Sa Majesté ne voulut, pour ce jour, essayer de 
franchir, en combatant, les orées* du pont, aiiis s'en alla loger à 
une lieue loing, tirant tousjours vers la rivière, où y avoit un gué 
propre pour passer son armée, et, pour ce jour de samedi', Elle 
ne marcha plus avant, sondant tousjours, par espies, si les 
ennemis les voudroyent esveiller en sursault, ainsi qu'ils s'en 
veirent asseurez dès le lendemain*, que la Majesté, ayant fait passer 
Geste rivière à ses gens, artillerie, munitions et bagages, voulant 
donner lieu de respirera si grand peuple, s'arrcsta*. Et, incontinent 
après, feit dresser ses gens de cheval et de pied, en poinct de sous- 
tenir l'effort que Maluc, roy de Fez, et ses alliez, suivis de aa ooo. 
hommes de cheval et bien 5oooo. de pied et de 36. pièces d'artil- 
lerie, sembloit luy vouloir faire'". Maïs, ayans advis que le roy de 
Portugal et autres chefs de son armée marelioyent de scadron en 
scadron, encourageans leui's hommes à faire teste à ces Barbares, 



embirqué, le 1 1 juillet, h Tanger avec le 
roi D. Sébasliea et qu'il n'avait pas quille 
l'eipédilion depuis celle dale. 

I. En marge et en italiques; Faute en 
la \p\rometse du Xariffc. 

3. Lt pare, traduclion du mol arabe EU 
Ghoba 4iUll emplojé pourdésigoer la cein- 
ture de verger» des villes indigines. 

3. El-Menaracslïi5 kilomHres environ 
deEl-KMrel-Kebir 

i. V. ce pont, aujourd'hui en ruines, sur 
le croquis, PI. VII. Il s'agittr^ prabablemcnl 
de celui qui est situé au point où l'oued 



cl-Mekbizen débouche dans la plaine. 

5. En marge et en italiques: Bon adris 
du Roy de Porlugul. 

6. Lfs orées da pont, les rives du Heuic 
aux abords du pont. 

7. Le 3 aoàt. 

8. Dimanche, 3 août. 

g. En marge et «n italiques : Boj 
de Fe: secouru du Grand Turc, da roy de 
Sabba |?| el autres. — Celle note margi- 
nale ne semble pas iilre i sa place. 

lo. En marge et en italiques ; Nombre 
des forces da Roj de Fez . 



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^3o BATAILLE DE EL-KSAH EL-KEBIR 

qui se promettoionl, en nruUitude. les foudroyer, s'en reloumèrenl, 
sans autre chose faire. 

Le liindy ensuvvanl et i. jour d aoust. le Roy feîl assembler ses 
princi|)aux chefs de guerre en (lonseîl. afin de s'asseurer s'il dcvoit 
envoyer assiéger Alea^'ar ou lu ville el [Mirl de mer appelle Larache. 
en lanl qu'il se veoit au milieu des deux, esloignées l'une de l'autre 
de deux lieues ou environ. Finahlement fut résolu i|u'on iroit 
mettre le siège à Aleaçar'. où ou pensoit que l'armée du roy de Fez 
faisoil séjour el es environs en plaine campagne, attendant l'oceasion 
et oporlunité de donner à doz aux Portugais el, sans autre perte 
encourir, s'amparer aussi lost de leur artillerie. Quand Maluc et 
ses associez, pourveuz de Jugement en tels affaires, jugèrent incon- 
tinent qu'ils ne dévoient eux confier au grand nombre de guerriers 
qu'ils conduisolent et qui semhlolt devoir estonner leurs ennemis, 
qui approchoienl pour leur donner le choq, lorsque, de mesme 
vol et environ les neuf heures du matin. Us feîrent marcher tous 
leurs gens en bataille el à l'instant affronter le Serenlssime Roy de 
Portugal, qui, avec ses gens et artillerie, marchoit en campagne 
soubs telle et semblable orilonnance : 

Son armée ' partie en quatre scadrons (sans l'infanterie qui mar- 
choit soubs bonnes a'sles), il voulut que don Duarte de Menez, 
gcntilhomnie d'ancienne famille et Maistrc de Camp, conduTst 
l'advangarde, retenant à Sa Majesté la conduite de ses Nobles de 
Portugal, lesquels marchoyent en bataille, devançans le Raix 
Chari(rc\ qui clicmïnoit avec ses 5oo. hommes de cheval, sur la 
main dextre et à costé du duc d'Avero, qui maintenoit l'arrière- 
garde : le tout à la vcûc des ennemis, qu'ils attaquèrent si vive- 
ment' que force leur fut rebrousser chemin, soubs petits pas. Mais, 
en après, asseurez que ce nombre de gens à cheval n'approchoit 
aucunement de leur multitude, prindrent tel courage que, courans 

I . Il ne poiivall |)liis Aire question, dans nieni du eamp da roy de Porlugal, 
ce dernier Conseil Je guerre, d'assirgcr 3. Le Raix Chariffe.V.c'ideaus p. iiij. 

El-Ksar, pu)M|uG l'armi^e de Moulay \bd noie i. Les Portugais appeliienl flair A>- 

cl-Malek. établie i l'Ouest de cette ville, la ra/rs les souverains musulmans d'Ormut. 
couvrait contre toute attaque des Porliignis, &. En marge et ea italiques: Allaclie 

Ce fut la marche sur Larache par le gué do d'escarmouche. — Dans le langage militaire 

Mechera en-Nedjma qui fut décidée. du temp, ce mot • la signification de: 

I. En marge et en italiques: Déparie- Combatde préparation. 



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RELATION DE JOACHIM DE CEMTELLAS A3l 

SUS aux Portugais avec grand furie, les feirent reculler jusques aux 
scadrons de leur infanterie, planlée à costé. Et curent ' les chevaliers 
Portugais aucunement du pire, faisans mine d'estre refroidis en 
courage, au grand mescontenlcmcnt ncantmoins de la Majesté, qui, 
frustrée d'un secours que luy avoit promis le Xariphe, et voyant 
que son armée, respirant en double, estoil en voye de perdre cou- 
rage ^ assisté d'une magnanimité de cœur qui luy estoit acquise 
en naissant, voire et provoqué par les exemples qu'il avoit remarqué 
es histoires, faisans foy des généreux faits d'armes de ses devanciers 
en mesme pays et avec moindre nombre de gens de guerre qu'il 
n'avoit, entra au milieu de ses troupes, où, les nobles de sa suite 
assemblez à l'enlour de sa personne, leur teint tels et semblables 
parolles. 

ExHOBTATio» DU Serenissimb Sebastia>, pour encourager les 
siens à la bataille. 

C'est^ à cesle heure, mes amis, tjue le nom et les armes de vos 
ayeux doivenl esmouvoir non seulement vos sens, mais enjïammer vos 
coaragcs de courir sus à cesle gent infulèle et barbare, qui, soubs 
un persuadé de nous refroidir en cœur, par bondissemens de roussins, 
qu'elle esperonne à grand aise, s'ejforce par loas moyens nou€ rompre 
et dejfaire, à la faveur, si besoing est, des plus signalez de ses troupes, 
qu'elle dit surpasser les nosires de beaucoup et en nombre. Mais, si 
elle considérait bien, et de près, que ne tendons ailleurs qu'à venger 
les injures faites au Tout-Puissant, à maintenir en paix les peuples 
qui vivent soubs nosire obéissance en divers païs, et que, en gênerai, 
essayons de dejfendre nos Limites'' de leurs réitérées incursions, elle 
jugera aussi lest qu'une bonne ruse de guerre et surprinse, tentée en 
temps et lieu, fait plus d'eschec que cent mil combatans. Le Roy de 
Fez et ses alliez, que remarquons en fronl, se voyenl assistez, dites 
vous, de quatre vingts mil hommes, et ne faisons, en toute armée, 

I. En iDirga et en italiques: Les Portu- hommes (l'armei est en italiques. V, p.ltib, 

a. En marge el en italiques: Magnani- &. Limilts, Frontières, avec le sens 

mité du Serfnin. Sebaslian. particulier du mol portugais Fronleira. 

3, Le discours da D. Sébastien k <ei V. p. 4i3, note 5. 



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/|33 BATAILLE DG BL-SSAR EL-KEBIR 

trente mil comhataiis', lesquels, en apparence, ne doivent attendre lear 
effort. Pensez, pensez, mes amis, f/ue le bien eombatre esl assislé du 
Toiit-Piiiss'int el que. s'il fanl parler en humain, il gisl en trois 
poincis, qui snnl ' : la bonne affection et courage de cnmlxttre, rece- 
voir honte ou craindre reproche, et rendre obéissance à ceux qui 
commandent. Comlmtons donc, et vous, i\ol/hs, croyez que les ajffaires 
qui nous appellent en cesie guerre ne sont de petite conséquence, puis 
que, en personne, desirons les acheminer au desadvantage de nos 



Sa MajcBlc n'cusl plutost mîs fin à celte harangue, qu'on apperçeul 
gallopant une forte trouppc de Mores harqucbusicrs à clieval, qui 
en conleiiancc sonibloil devoir Icrracer les plus courageux du parti 
Portugallois, cl les meltrc aussi lost en roulle" qu'ils avoienl fait en 
la première rencontre, où ils se l'eirent moistres de 32. pièces d'ar- 
tillerie' cl d'un bien grand nombre de signalez personnages de 
celte armée, les ciivojant prisonniers ^s prochaines villes de leur 
obéissance, pondant qu'en ce mesnie condil feirenl autre charge 
sur les scadrons d'Alemans. Italiens, Espagnols el autres, qui 
estoieril vrnuz de loiitos parts au secoui-s de la Majesté, la pluspart 
desfjuels finît ses jours en ce champ, pendant que les autres, déses- 
père/, tournèrent visage à grand haste vers le drapeau de l'infanleric 
Portugaloise, faisant halte au couvert d'une coline, soubs la faveur 
de douze cens cavalliers, qui, desbandez, feirent si bien, que celte 
lrou|ie «le Mores, les voyants esbranlcz pour les charger, se retirent 
sur petit pas, afin de joindre deux autres de leurs troupes, qui, de 
grande vislcssc. coururent attaquer les cavalliers de Portugal, que 
conduisoit le Soi-cnissime Sébastian, leur Roy. 

L'enhorlement et courage duquel eut tel pouvoir sur ses Nobles, 
que, fumans en désir de soulager leur Roy, qu'ils veirent mesic 
entre ses ennemis, leur donnèrent en flanc si dextrcmenl, qu'en 
moins d'une heure remarquèrent plus de huict cens cavalliers et 



[. Ces chiOros doivent èlrc compirés aux but des geat île gtifrrf. 

enc) ëvaluïtions des force! cngagiva qui 3. Roalle, dùronte. 

il donnas dans les rclalioiis publiées ci- i. En marge el en ililiques: Pertt d 

'l'a. VartiUerie des Portugois. 



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RELATION DE JOACHIH DE CENTELLAS 433 

mil OU 1 900. piétons estendus sur le champ et le reste fuyans à val 
de routte, sans qu'on eust deu espérer un retour; quand, en mesme 
instant, Maluc. roy de Fez, Muley Mahonta, gouverneur de Maroc, 
Zerez Ezzachi, souverain de la mesme province, et maints autres, 
jurez en un de uuyncr Testât de Portugal, commandèrent h deux 
mille hommes de cheval et à quatre mille piétons marcher sur 
l'œsle gauche et, au premier seignal qu'il[s] auroient. de descocher 
et n'y faire faute, eux asseurans qu'ils auroienl du meilleur en cet 
endroit. Aussi, ces et seigneurs' Mahomelans, souslenus d'autres 
six troupes de cavalHcrs Mores et autres, tous gens d'eslite, reprin- 
drent la mesiée, si chaude, sur ceux que conduisoit le roy de 
Portugal' et suc le reste de son infanterie (qui marchoit soubs la 
charge du seigneur Constantino, Bis du conte Taintuvel, colonel 
de dix mil Alemans^ du seigneur Hieronimo Serafii, de sept cens 
Italiens, et du généreux Damiun Dias, gênerai de deux mil Espa- 
gnols) que, pour leur grande multitude d'hommes, cndés en cœur 
d'avoir jà triomphé du Portugais et autres de son parti, luy don- 
nèrent tant à faire qu'après avoir vaillamment comhatu à cheval et 
à pied, par l'espace de cinq et six heures, sans respirer, pour le 
peu de loisir que leur en donnèrent les ennemis, ils recuUèrent 
quelque peu en arrière, essayans d'eux fortifier en quelque endroit. 
Mais, ayans congneu le danger de mort les adjourner' de si près, 
s'eslcvèrent tellement en courage, par la présence de la Majesté, 
qui ne doubta hazarder sa mesme pcrsone pour la liberté de ses 
païs, [qu'ils] coururent attaquer le plus fort scadron de gens de 
cheval ennemis, au milieu desquels encontrèrent Maluc, i-oy de 
Fez, l'envoyé en secours par le roy de Sabba, en /Egypte, et 



I. La phrase semble ïocomplèlc. Il faut 
probablement réublir: Aussi cei soldats et 
ieigntan. 

3. En marge et en italiques: Le roy de 
Portugal chargé furieusement par lesifaures. 

3. Il faut lire : n qui marchait lous 
la charge du leigneur Constanlino. fils du 
comte de Tentugal, et colonel de dix mille 
Atemands, du seigueur Hioronjmo Soraffi, 
colonel de sept cents llatiena et du géné- 
TBUi... » La phrase ainsi reconstruite est 
correcle et compréhensible, mais elle ren- 
Di Castbieb. 



ferme des ineiaclitudes. Les 
allemands, au nombre de 3ooo el non 
de loooo, élsient sous les ordres de Marlin 
de EJourgognc, Seigneur de Tamberge (V, 
p. 53o. note 3). Les Italiens, au nombre 
de 600, étaicnl commandés par le fameiii 
Stulielj (V. p. iCIi, note a), — l'rancisco 
de Mcio, comte de Tentugal, avait suivi 
rexpédilion avec ses trois fils : Constantino, 
dont il est parlé ici. Alvaro et Rodrigo. 

i. Les adjourner de si pris, tire aussi 
proche d'eui. 



1. 



- 38 



y Google 



43J BATAUXe DE EL-SSAB EL-SEBD 

mainls autres roys conjurvs. que le Seremî.>iine ne craignit coon- 
geusemenl as^Uir'. et. 9'a<lre>sant à Maluc. ne laissa le combat 
d'avec lay. qu'il De l'eut rendu mort par terre, malgré les ennemis'. 

Puis, secondant' ses desseins, et l'occasion se présentant si beOe 
qu'elle sembloit luy promettre ud heareux succès eo telle des- 
Iresse, feit courir sus à deux autres troupes ennemies, qu'on apper- 
çeut approcher à petit pas. pour secourir tes siens, qu'elles avoyent 
veu terraccr, en grand nombre, par les Portugallois : lesquels, 
fortifiez* i cause de la mort du roy de Fez et autres, ne feirent 
doubte de cbai^er ces cavalliers Mauritains et Arabes par telle 
furie et vistesse qu'en l'esclalement et bruit de leurs tabours et 
trompetes, aucans d'entre eux crièrent sans cesse: l îrloire! victoire' 
Saint Jacques! Saint Jacffoet'.* eux persuadans avoir tout gaigné. 

Mais, comme, au milieu de dos aises, nous mesprisons les des- 
pourveuz et affligez, aussi csclieut que le Serenissîme Sébastian, 
non content d'avoir fait succomber ses ennemis, le roy de Fez et 
autres, voulut encore exposer sa propre vie soubs la miséricorde 
d'un certain Arabe, qui, désespérant de son salut, luy donna d'une 
scopetadc au travers des raina : occasion que ce magnanime Roy. 
ainsi blessé, chancelant en cheval*, fut de rechef accouru de deux 
autres cavalliers Mauritains, qui luy deschargèrent deux tels et si 
poisans coups de cimeterre sur la teste qu'ils le rendirent morl 
eslendu en terre. 

Ce qu'apperçeu de Raîx Xarife, qui le suyvoît de près, jugea 
incontinent, à part soy, que si, en ce mesme endroit, se monsiroit 
refroidy, il n'avanceroit beaucoup sa réputation entre les naturels 
de Portugal, feignit un tel courage en ce desastre, qu'il sembla 



1. En niirgs et en iUUquei: Le Roj de 
Portugal occit celiçf de Ptz. 

3. Il e>t inutile de faire Temirc|uer que 
celte partie du récit de Ceotelidi est abso- 
lu ment tiréo de *on imigî nation. Osorius, 
*prè> avoir raconté U (in de Moula; Abd 
el-Mi1ek. succombant dans st litière, pen- 
dant ta bataille, k la maladie qui le minait, 
ajoute : a Aucun» ont escril que Sebailien 
tut de sa propre main Abdelmelec, mail le 
récit aus-mentionné est plus reçeu comme 



plus certain aussi. • OsoMiua (Traduction), 
p. 6ia. 

3. Secondant les de$teins.tuii»a\ letit*- 
•eint. donnant suite à son plan. Emploi un 
peu vieilli du verbe seconder. 

i. Fortifie!, réconfortés. 

5, Ce cri de guerre, qui est d'ailleurs 
incomplet, est celui des Espagnols. (V. 
p. 607, note 3.) 

6. Eu marge et eo italiques : Morl du 
Roy de Portugal. 



, Google 



)oglel 



RELATION DB JOACHIM DE CSNTELLAB ^35 

devoir faire revivre le Serenissîme et autres Nobles atterrez, bien 
qu'en effet ne feit autre[sj faits d'armes, qui le deusseot faire 
recommander, et que, occis par mesgarde', perpétue sa trahison 
et laschelé en la prouesse et magnanimité de ce jeune roy de 
Portugal, circonvenu. 

Le corps duquel gist encor en la cité d'Alcaçarquîbir, près de 
laquelle s'attacha la première escarmouche et deux batailles, où 
monirent environ vingt-cinq mille', qu'estrangers. que Portugais, 
qui avoient porté le party du Serenissime Sébastian ; et, de l'alliance 
des rois et princes Mauritaîns et Arabes, dix-huit mille et plus. 
Ces Barbares, dcsplaisans au possible de la mort du roy de Fez et 
autres potentats alliez, se monstrèrent tellement attalantez' sur le 
Portugais, que, peu contens de celte deffaile, où ils avoient fait 
butin de sept cens cliariots à beufs et autre bon nombre de mulets 
de service, envoyèrent s^-avoir aux magistrats et gouverneurs de 
Portugal que, s'ils affeclojent' le corps mort de leur roy, ils ordon- 
nassent délivrance leur estre faite de vingt mil ducals millerets', en 
la cité d'Arzila'. Ce que rapporté en Conseil d'Estat, où président à 
présent l'advîsé Pedro d"Alcaçar\ premier du Trésor, les seigneurs 
Juan Mascaregnos et Francesco de Essca", au refus de l'illustrissime 
Heni-y, Cardinal de Portugal, oncle de la Majesté, qui s'en excusa 
pour son aage, ne feirent autre rcsponcc, pour le peu de loisir qu'ils 
avoyent de pourvoira l'acheminement d'autres plus urgens affaires 
qui sembloyent requérir une très grande promptitude, rappellans à 
cet effecl, et près d'eux, le prudent seigneur Don Alonce d'Aquilar, 
ancien chevalier de Cordova, el le valeureux Don Luys de Cordova, 
son cousin, qui, en ceste guerre, avoit eu la conduite de sept cens 
adventuriers Espagnols ; l'arrivée desquels apporta un merveilleux 
regret à ceux de leur nation, qu[i] jugèrent à l'instant le desastre 

I. En marge et en italiques: AforI du enatmis, 

Xariphe. — Ce récil est rantaisîste. V. 5. Ducalt mlllerel), c'e*l-à-iiire ducat» 

ci-après les autres ReUtions. valant mille rcis. soit le double ducal d'Es- 

3, En marge et en italiques ; Nombre pagne, qui valait dii livres. 

des morts, tant d'une pari que d'aulre. G. Récit fantsisislo. V. ciapris les autres 

3, AUalantei, désireui de tirer profit Rclalionsde la bataille do Et-Ksarel-Kebir 

(des Portugais). cl noUmmetil celle deLuisdeOieda. 

i. En marge et en italiques: Le corps 7. Pedro de Alcafova, 

du /tof de Portugal entre les mains des 8. Francisco de Sa. 



, Google 



^36 BATAILLE DE EL-KS\R BL-KEBIR 

advenu en la personne de leur jeune roy Sébastian, duquel et 
aussi tost ils veirent solemniser, à grand honneur et magnificeace. 
les obsèques et funérailles', en l'église et convent des Cordelière de 
la bourgade de Bclin', lieu dédié de tout temps à la sépulture des 
Roys et distant d'une lieue de la ville de Lisbonne, principale de 
tout le paï3 de Portugal. 

Fin 



Bibliothèque Nationale. Impr. Oy. 52. ff. 39-60. — (Voyages et Con- 
tjoesles des Boys de Portugal d'après Joachim de Certtellas. 1578.) 

I. En marge et •■■ italiqusi; Obteqaet i. Belecn. 

da Rttj lU Portugal, 



, Google 



HI STOIRE 

VERITABLE DES DER- 

NIERE.S CVERRESADVENVES 

en Barbarie: Se du fucccz pitoyable du 
Roy de Porcugal dernier, Don s e- 
s A s T I EN ( que Dieu aWbkjc ) qui 
mourut en bataille le quatriefmeAourt, 
M. D. Lxxvni. ^^.^, ^y^,^^Cu^ 

„/*Wf t$rigne CT JffcmteJtj Rtys tjui denejhe temp/^ ./^ 
mt ftmmMidtts K^^eianrs de Uditte B*rl/dne. 

Ttaduitie de l*Erpagnol cd François. 



CUei Nicolas Clwfncau , rue 
auchclncvcrii. 
M. P. LXXtX. 

AVIC PRIVl l ECE D V 




FAC-SIMILE DU TITRE 
DE LA TBADLCTION FRANÇAISE DE LA RELATION DE FBAY LUIS NIKTO 



C>579)- 



y Google 



j38 



B\TAILLF. DE BL-KSMI BL-KEBIH 



cv 

RELATION DE LA BATAILLE DE EL-KSAR EL-KEBIR' 

4 AOUT 1678 

(Fhay Luis NiBTo. — Thaductio?! FRAnçAisB DE iSyg.) 

CHAPITRE I 

Auquel est brîefvemenl lîeda'trée l'origine et descente des liots qui de nosln 
temps ont commandé es royaumes de Barbarie, et d'où est venBe l'occa- 
sion des guerres et de la perte du Roy de Portugal, 

Le premier d*entre ceux qui ont porté le nom de Roy en Barbarie, 
de la race, lignée et party de ceux qui à présent y régnent, fut UQ 
More Mahométan ', nommé Muley Mahamet Xeq', père duquel s'ap- 
peloitMuley Xarif^ lequel estant en (l]a maison de Le Mecque',doDt 



I. Sur cette relition, V. Note erilîqiif, 
pp. 398-399. — Nou» rtppelom qu'il eiiste 
en France trois rfdiclions do celte relation : 
1» Une copie du minuicrit espagnol con- 
lemporaino de l'original (iS^S); 3" Uns 
traduction française imprimée en 1579, 
colle que nougpubliom; 3° Une «econde tra- 
duction rrançaiic. faite on 160a et toit^c 
manuscrite. — Leteitodc Luit Meto publié 
dans la Colecàon de documenlos inidUi» aers 
conslili'râ par noui commo ajant la valeur 
du manuscrit original et nouK nousjr ré refe- 
rons irn mentionnant le nom de »on auteur, 

a. Un More Mahumétnn. Un Turco(riid. 
esp.. ms. B. N. Esp, 3i(). f" 1). —« Kuo 
un Moro. b Luis Nikto, p. ^19. — Fui 
unTurc(iMrBd, fr., m» B N. È»p 319, 



fo l3). — Le mot More et le mot Turc 
étaient fréquemment emplojés l'un pour 
l'autre k cette époque. 

3. Pour Moulaj Mohammed efh'CA^iilA. 
Il ost désigné par certains hiitoriens sons 
le nom de Moulajr Mohammed cIMahSi. 

4. Pour MouIbj Mohammed el-Kaiaii 
amer Allah, l'auteur des Chérifi de 11 
d)rnastie saadienne. 

5. Eslant en a (lie) maison de Le Urrifae. 
Il j a la évidemment une faute d'impres- 
sion : le traducteur fran^is avait peut-élre 
écritsa.maisceserailun contresens, puisque 
les telles espagnols portent; a Etliado en 
la casa de Moca ». Luis Niilto, p. Ui- 
a Estando on la vîlU de Lamoca • (réd. 
esp., ms. B. N, Esp, 319. f. 1). Les mois 



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RBLATIOT4 DE FBAY LUIS NIETO ^Sg 

il estoîl natif, et là estimé le chef des Mores', comme issu du sang et 
lignage de leur maudit prophète Mahomet, acquist aussi infinis thré- 
sor's et grandes richesses. Cestuy, se fondant sur un songe, prit occa- 
sion de partir de son païs et maison, pour s'en venir en Afrique avec 
tout son bien, et, exécutant son intention, sortitde la Mecque, avec 
ce seul fils cy-dessus mentionné, et traversant tout le païs d'Egypte 
et toute l'Afrique, et les terres et seigneuries du Grand Turc, vint 
en celle partie de Barbarie qu'à présent on nomme le royaume de 
Sus, d'où vint son premier avancement. Or ce Muley Xarif estant 
entre les Mores* en réputation d'un fort sage homme, en ce qui con- 
cemoit leur secte et persuasion, et ayant un grand bruit par toutes 
les provinces du Mahométîsme, attira aussi à soy l'amour, la volonté 
et affection des Alarbes' se tenans en Barbarie, et surtout de ceux 
qui habitoyent au royaume de Sus : ce qui fut cause qu'en peu de 
temps il assembla jusqu'à mille liommes de cheval, tous ses vassaulx, 
sans autre grand nombre de serviteurs, qui le suivoieni et luy fai- 
soient service avec leurs montures, armes et lances; avec l'aide 
desquels, et de plusieurs autres qui depuis se joignirent à luy, il 
conquit et s'assujettit quelques villes et places eu iceluy royaume*. 



sa, viila (au 



)n)oat élé mis pour rendre 



le mot arabe ^[1 ^.j . On uîl que les 
muiulnans appellent La Mecque £t«l Allah, 
la Maiion de Dieu, El-Beïl el-Ahram, la 
MiisoD Sacrée, etc. Le oairaleur espagnol 
a reproduit ioconiplèleiDent ce qutlitiotir 
donné t Lt Mecque. La phrase complète 
serait : n Eslando en la casa de Dios en 
Meca (estant en la maison de Dieu, k l.a 
Mecque) a. L'auteur de la traduction fran- 
çaise manuscrite a tourné la difficulté en 
rendant par le mot ville le mol espagnol 
villa ■ Estant en U ville de Meque » (M). 
B. N. Esp. 319, r. l3). La traduction latine 
porte ; Ciun in patria Meeha, p. i. — 
Cette désignation de la ville de La Mecque 
par sa forniule arabe établit, entre autres 
preuves, que Luis Nielo a puisé ses rensei- 
gnements sur les luttes des Chérifs i une 
source indigène. 

I. Chef da Mora. Tenido pOT pereona 
de muchai prcndas entre los Turcos (réd. 



e«p.. ms. B. N. Esp. Sig. f" 1). — 
■ Siendo tenîdo por Gran Alfaqui entre 
loB Mon» ■. LvisNiMTO, p. jig. ~~ Atfaijai 
poar El-Felcih, <ùill jurisconsulte, docteur 
versé dans la connaissance de la loi divine, 

— Tenu pour grand penonnage entre les 
Turcs (a* trad. fr.. ms. B. fi. Esp. Sig. 
f. 33 ). Notes marginales:(<ocleelil(/(lfui. 

3. Entre les Mores. Entre los Turcos 
(réd. esp.. ms. B. N. Esp. 319, f" 1). 

— Donq comme se fsicj Mulej Xarif fust 
en très grande réputation entre les Turcqi 
{3" trad.fr., ro». B. N. Esp, 319. f- a3 v»). 
Cf. p. 438, note a. V. le Tableau généalo- 
gique, PL V. 

3. Alarbot pour: El-Aarab^y^\, le* 
Arabes. Ce mot ne comporte aucune pré- 
cision ethnique, et est surtout employé pour 
désigner las nomades, 

4, Sur les débuts des Chérifs dans le 
Sud du Maroc, V. Diego de Tonnis.piutini. 



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^flO BATAILLE DR BL-K8AB EL-KEBIR 

Avec luy mcnoit il lousjourB son fiis Muley Mahatnet Xeq, afin 
que le» peuples vaincus luy feissent obéissance et hommage, et luy 
jurassent fidélité comme à leur seigneur' : et firent si bien leur cas, 
père et fils ensemble, qu'en peu de temps ils assemblèrent telles et 
si grandes forces qu'ils prindrcnt par force ta cité de Turadante', 
qui est la capitale du royaume de Sus, où le fils fut estably Roy 
et souverain de ceste province : ceste victoire augmenta grandement 
ses forces et donna plus de hardiesse au nouveau roy Muley Maha- 
mel Xeq; et ainsi il dressa une juste et puissante armée de huict 
mille' lanciers, avec délibération d'aller contre b cité de Maroc, sur 
laquelle commandoient lors les Marins '. Pour ce, laissant son père, 
qui desjà estoit cassé de vieillesse, à Sus, il fut assiéger Maroc, ayant 
à sa suyle cinq cens harquebusicrs°, avec lesquels el sept mille lan- 
ciers, il campa devant Maroc, et y fut douze jours au bout desquels 
la place luy fut rendue, en laquelle il entra el en prit possession, 
comme il feil des autres villes et chasteaux voisins, et se feit nom- 
mer el couronner roy de Sus et de Maroc. 

Peu de jours après, il dressa une grosse armée et fut assiéger la 
cité de Fez, qu'il emporta, sans qu'on lui fîst aucune résistance, à 
cause du grand nombre de gendarmerie qu'il avoil à sa suitte: et 
le roy d'icelle, appelle le Roy Boiteux ou Tortu '. se sauva à fuyr, et 



i. .Seigneur. Para que. como » su scRot 
fuluro, le obedecicBien (réd. esp.. ms. B. 
N. E»p. 3i9, ^ i). 

a. Turadanff. Ciudid deTarsd»nt (rM. 
csp., m». B, N. Eip. 319. f" 1). — 
Taroud*Qt. Cette ville, la plus importante 
du Sous, fut occupa en i5i6 parles deux 
chérir* Moulaj Mohammed ech-Cbeikh et 
Moulaj Ahmed tl-Aaredj, lilsdo celui que 
l'auteur de la relation appelle Mulej Xarif, 
D'après certains chroniqueur» arabes, ce 
wrail ce dernier prince, el non son fils, qui 
aurait clc proclamé roi de Taroudanl, 

3. Huict millf. Sicte o ocho mil liom- 
brcs lanceros (réd. e^p.. ms, B. N. E^p. 
319, f" 1 ï"). — Or, a>ec celte ïiclojre. 
le nouveau roj Muloj Mahamel Xoij 
augmanta en nombre de hommes et en 
courage et hardiesse, par le mo)icn duquel 



il Teil une armée de sept ou 8 mil hommes 
de cheval lanciers (i< trad. fr., mi. B, N. 
Eap. 319. f" a3 v). 

&. Marins. Los Marines (réd. e»p., mi. 
B. N. Esp. 3it). fo I Y"). — Loswuve- 
rains de la djnastie des Béni Merin. 

5. Uarquebatiers. Quinientos arcabu- 
loros do pie (réd. esp.. ms. B. >. Esp. 
319. f' 1 V), — S'en alla jetler sur Mar- 
roco, menant avec lujr 5oo arquebuiiers a 
pié, avec lesqueli. et «es •; mil lanciers, 
mcll le siège devant Marroco (»' trad. fr., 
m». B, H. Esp, 319. (T. aSv-aJ). 

6. Boiteux ou 7arlu. Kl rej, que era 
luerlo, se ebIvo huj'endo (réd. cap., ms. 
B. N. Esp. 319. f" I ï"). — Et le Boy 
d'jcolle, qui estoit borgne, s'eschapa et 
s'enfuit à Tremezen (1° trad. fr, ma. B. N. 
Esp. 3ig, f" ai). — Moulaj Ahmed 



, Google 



helation de i 



se retira àTremissen', qui lors luy apparlcnoil, et le Turc ne s'en 
estoit encor faict seigneur et maislre ; et là se lint-îl quelque temps, 
et jusqu'à la fin de.sa brîefve et misérable vie, Muley Mahamet Xeq 
ne fut si tost couronné roy de Fez, que toutes les citez, villes et 
villages d'iceluy royaume luy vindrent faire les sermens de fidélité, 
et luy présenter tout service et obeyssance ; voire plusieurs autres 
provinces le reçeurent pour leur souverain prince et seigneur, sans 
qu'aucun luy querellast ou enviasl la seigneurie, ou eust moyen de 
luy faire guerre ou l'empescber en la jouyssance de ses conquestes 
et royaumes. 

Les limites et bornes desquels sont depuis Tremissen (qui 
appartient à présent au Turc) et passant les monls dicls Claros', 
vers le midy, traversant la province de Figuig jusqu'à Zahara', 
qui est une place conquise par le roy de Portugal ; et de là tour- 
nant vers l'occidant, quarante Ueuos d'eslendue, le long de la coste 
de la mer Océane, regardant les isles Canaries, et rebroussant 
chemin par la mesme coste vers l'Orient, et par le cap et promon- 
toire de Aguez', Cafi, Azamer, Salé, Alarache, Letuan°, qui sont 



el-Aaredj (\e Boiteui, el Tuerlo en espa- 
gnol) fut vaincu en iôSq-iS^o par son 
frÈre, Moulaj Mohammed ech-Cheikh, qui 
le Gl interner. L'auteur de la relation 
semble avoir confondu la Intlc du ch^rif 
Moulaj Mohammed rck-Cheikh eonlrc le 
sulUnmërinidcAhmedben Mohammed, des 
Béni Oiiatlai, avec celle qui ce prolongea 
entre les dont chérifs cui-mf^mos. 

I. TrfmÛJCTpour: TIemcen. Cette ville. 
priio par Baba-Aroudj (Barberous^c I), en 
i5i5. et par le* Espagnols, en l5i8, avait 
été reprite par les Turcs, en i5'i3. En 
i55i, le chérir Moulaj Mohammed ech- 
Cheikh avait envojé son fils Moulaj Mo- 
hammed el-llarran s'en emparer. 

a. Munit dicls Claros. Los Montes Claros 
Créd. csp.. ms. B. N. Esp. 3i(). f" r v). 
— Les n montes Claros » sont le Haut 
Allas, que les géographes du temps appel- 
lent ainri, i cause delà blancheur éclatanLc 
de ses cimes, recouvertes de neige, une 
partie de l'aoncâ. Un Ut sur la carte 



de Mercalor (V. PI. 1): « Montes Cla- 
ros, olim Atlas Mons », 

3. Zahara. Zachara que el Rej de Por- 
tugal j de alli... (r£d. eip., ms. B. N. 
Efp, 319, f" 2 v). I^ verbe manque dans 
ne ms. — « La Zahara. que es conqullta 
deIRejde Portugal. » Luia ISieto. p. lui. 
— On lit sur la carte de Mereator (V. 
pi. 1), non loin de la c6te atlantique entre 
le cap Noun el le cap Bojador : « Zahahà. 
alias Zanhaga. » Cette phrase est difficile à 
expliquer. L'auteur veut peut-être parler 
du Sahara, qu'il prend pour une place occu- 
pa par les Portugais. 

4- Promontoire de Agitez. El cabo de 
Aguer (réd. esp.. ms. B. N, Esp. 319, 
f" : yo), — Par le cap de Aguer (a* trad. 
fr.. ms. B. N. Esp. Sig, f" aS). — Le 

5. Cafi... Ca6. Aiamar. ForU Ala- 
rache j Tuan. rajas et fronteru de Bar- 
baria (réd. esp, ms. B. N. Esp. 3tg, 
fo I V). Entre les noms Çafi et Azamar, 



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A^a BATAILLE DB EL-K8AR EL-KEBIR 

toutes villes frontières' de Barbarie: puis s'espandent ses limites 
jusqu'au destroit de Gibraltar vers Ceuta, et le Pefton et Mellilla, 
que la Majesté Catholique possède ores heureusement, et de là 
encor jusques à Tremissen'. Sur toute ceste estendue de païs com- 
mandoit ce Muley Mahamet Xeq ; et, son père décédant, ce qui 
advint bien tost après', il demeura roy seul absolu et souverain de 
toutes ces provinces, et fut le premier de son sang et lignage qui 
commanda en ces cartiers de Barbarie. 



CHAPITRE II 



Comme Muley Mahamet assembla les seigneurs de ses royaumes, et avec eux 
ordonna de la succession de ses seigneuries et division d'icelles entre ses 
en/ans après sa mort. 

Muley Mahamet ayant depuis régné en grand repos, paix et tran- 
quillité plusieurs années, et désirant que ses fils jouissent de ses 
conquestes, après sa mort, luy estant desjà fort chargé d'ans, it déli- 
béra d'assembler tous les gouverneurs et principaux des provinces 



Is cupule de ce rot. ■ liiué un bUnc de 
cinq lignes, comme pour permeltre de cor- 
riger el de récrire loula la liate det Fron- 
Uira*. — ■ Ztfi, Aumor, Sale, AUrache, 
Teluan . fronlera» de Berberia, u Luia 
NiiTO, p. jii. — Sort (lie) à l'Arache, 
Le Tuan, frontièrea de Barbarie (i< trad. 
fr.. ms. B. N. Etp. 3ig. (' i4). 

t . De l'eapagnol « Fronlera » ou du por- 
tug«ii a Fronteirn », eipresiion technique 
uiitée dans ie< doux tangues pour désigner 
lea places occupées en pajs étranger. Les 
habilanladea <( Fronleras ■ étaient astreints 
i porter lea arme*, et le régime auquel 
étaient soumises ces villes rappelait celui 
des Contins Militaires. Lorsqu'on j envojia 
des forçab. elles prirent le oom de n pre- 
sidioa a. — Il eit inutile de faire remar- 
quer l'erreur du chroniqueur espagnol qui 
range au nombre des Froncerai en ib-jZ 
Agadir, SaB, Azemmour, Salé, Laracbe et 
Télouan ; les trois premières de ces places 



n'appartenaient plus au Portugal depuis 
plus de 3o ans : les trois dernières ne lui 
avaient jamais appartenu. Quant i l'Es- 
pagne, elle n'occupa Laracbe <|u'en 1610. 

3, Lepremier feuilletdu ms. B. N, Exp. 
3)9 a été entièrement refait el accompagné 
de la mention suivante : Teul ce^ue daaai 
jiuçuei d ceste mtrque * est ce qiû a e$ii 
deschirê de la relatum: U raie te IrouK 
etcripi de la main de eelaj qui Pa faite 
(mention marginale du bas du f. 11 v°). 

3. L'avènement au pouvoirdela dynastie 
Madienne est raconté avec quelques erreurs. 
Nous avons vu que l'auteur ne faisait pei 
mention de la lutte entre les daui frères 
Moula}' Ahmedef-zlared/ et Moulajr Moham- 
med ech-Cheikh. Quant au pire des deux 
Cbérifs, Moulaj Mohammed el-Kaïm Ih amer 
^Ifah,iléUitmortàFougbaleni5i7-i5i8. 
bien avant U chute des Mérinidea, dont le 
dernier souverain, Abou Hassoùn, fut tué 
sous tes mursde Fetle 13 septembre 1554- 



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RELATION DE KBAY LUIS METO 4^3 

de son obéissance, pour en ceste assemblée establir et ordonner ce 
qui scroit à faire en la succession d'entre ses enfans: desquels, bien 
qu'il en eust grand nombre, tant légitimes que naturels et bastards', 
si est-ce que je ne prétends parler icy que seulement de ceux pour 
l'occasion desquels ces païs et royaumes ont tant soulTertde guerres 
et mortalité d'hommes. Ceux-cy furent quattre en nombre, l'aisné 
desquels et légitime eut à nom Muley Abdalla ; le second el dernier 
des légitimes" furent appeliez Muley Abdelmunen et Muley Abdel- 
raelec : et le dernier el plus jeune de tous estoit un bastard nommé 
Muley Hamet, qui est roy à présent'. 

Estant donc la convocation de ces cstats faicte en la cité de Maroc, 
où le Roy se tenoit, et îceluy ayant proposé le faict, tous, d'un 
commun accord, furent d'advis que les enfans du Roy succederoient 
l'un à l'autre de degré en degré ^ alin que tous eussent droit en la cou- 
ronne *, et qu'il ne sourdisl entre eux aucune division ny querelle ; 
voulans que, de là en avant, ceste ordonnance servit de loy et d'esta- 
blîssement perpétuel. 



I. Naturels el basiaiils. Kui legetimoi 
como bsiUrdos (réd. eap., ms. B. N. Esp. 
3i9.P>3).V.leT«bleau généalogique, pi. V. 

3, Second et dernier des légitimes. El 
segundo 1 lerçera, legîliaios de padre y de 
madré, llamadoi... (réd. «sp., ma. B. N, 
E.p. 3i9, C a). 

3. Qui est roy à présent. « Que agora es 
Rej, 7. (Luis Nieto. p. du, el réd. osp.. 
mi. B. N. Esp, 319, f" s). La date déter- 
minée par ceUo menlion est celle de iS^S. 
puiique la relation espagnole a été rédigée 
en 1578, ainsi que nous le déduirons plus 
loin d'une autre menlion (p. ^64. nole4). 
Moulaji Ahmed el-Mansour fut proclamé roi 
lurlechamp de bataille do El-Ksarcl-Kcbir. 
La soconde traduction rranïaiao(ins. B. N. 
Esp. 319. r. li) porte: • Muley Hamet. [|iii 
est aujourd'hui Roy. n En marge de ce pas- 
sage a clé écrite la date de iGoa, qui doit 
être celle de la seconde traduction française, 
postérieure de 3^ ans à lalraduction impri- 
mée. — Moulay .\hmcd elMansour n'était 
pas un bâlard ; l'histoire a même comtervc 



le nom de aa mère, Saholu er-Rhamanîa. 

Cf. El-Oufbâni. p. io5, 

4, De degri en degré... Fueron todos de 
comun parcscer que loi dichos reynos fuea- 
sen succediendo eotre eus hijos de grande 
en grande, para que lodoi tuiiesaen action 
al reynado (réd. esp , ma. B. N. Ëap. 319, 
{" a). — Le droit successoral établi par 
Moutaj Mohammed ech-Cheikh rappelait la 
coutume Écossaise connue boui le nom de 
10111117, d'après laquelle le droit de l'alné des 
enfants du mort passe après celui de l'alné 
dos mAleit de le famille. Dans les pays oil la 
■uccessioD au trâne était réglée par cette 
coutume, on appelait tanaist la seconde per- 
sonne du royaume, l'héritier présomptif. 
Cf. VioLLET, Hist. du Droit eiuil frantait, 
p. S31. — Pour la dynastie saadienne, la 
transmission de la couronne ne s'est effec- 
tuée d'après la coutume tanistry qu'autant 
que ce droit a été conGrmé par une désigna, 
tion de l'héritier, faite, de son vivant, par le 
souierain régnant et les dérogations au 
droit successoral ont été nombreuses. 



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^^^ BATAILLE DE EL-K8AR EL-KEBIR 

Geste resolution prise entre eux, le Roy l'accepla, confirma el 
auctorisa, voulant qu'elle fust inviolable pour sa postérité, et, pour 
ce, feit tant que tous les grands el principaux de ses royaumes 
jurèrent d'accomplir ccste loy: ce qu'ils feirenl, comme encor les 
fils du Roy feirent un serment semblable; n'y ayant aucun qui ne 
fui content et plus que satisfaict de ceste loy et ordonnance. Cela 
fut cause que sur le champ Muley Abdalla, pour estre l'aisné des 
cnfans royaux, fut déclaré pour Prince et successeur de tous les 
royaumes de leur père, et les seigneurs iuy feirent les serments 
de foy et hommage ' . • 

Ces choses ainsi ordonnées, et le vieil Roy se tenant d'ordinaire 
à Maroc, il envoya le nouveau prince au royaume de Fez pour le 
gouverner, à cause que ceux du païs' Iuy en avoient fait requeste. 
Lequel estant à Fez, et les Fezzans l'ayant receu allègrement, il 
se mit à gouverner Testai du païs avec douceur et courtoisie, se 
monstrant gracieux" aux habîtans de la province, et promettant 
de faire encor mieux son devoir à l'advenir. Quelques jours après, 
et Muley Mahamct Xeq régnant paisiblement en Maroc, il y eut 
quelques révoltes en ses païs', certains mutins s'eslevans et forçans 
le Roy de dresser une armée pour les punir el chastier de leur inso- 
lence. Ayant mis en ordre tout ce qui faisoit' pour ceste entreprise, 
il sorlit de Maroc avec grand suite de cavalerie et fanterie d'arque- 
busiers, et s'achemina vers Sus, 

Or en cest endroit' faut noter que peu de jours auparavant 
esloient venus cinq cens Turcs de Tremissen avant, sous la con- 



1. Les seîgneurt tay fe'trtnt tes serments 
de ftrf el hommayt. Celte phrate n'eiiile 
pu dui> le telle espagnol manuM:ril (réd. 
rap.. m». B. >. E'.p. Sig, f" i in fine). 
ni Don plusdani le leite de Luis Nieto. 
p. ^33, ainii que dans la 3'^ trad. franc. 
(même aiinuscTit, (<• i5). 

1. Ceux du païi. Porque nù avîi sido 
podido de loi Grandes de aquellas parles 
(réd. csp.. ms. lï, N. Esp, Sig. f" a v"). 

3, Se monalrant gracieux. Comonïo do 
governar aqucllos estados, coD muj gran 
suavidad y duliura de loi vasulloi (réd. 
Mp., mi. a. fi. lùp. 3iy, i" 3 t°). 



4. En ses païs. Se le levantaron, en el 
rejno de Sua, algunoi rebeldes (réd. eip.. 
m». B. ?<, E.p. 319. f" 1 y). ~ S'eslo- 
vèrent quelque* mutini au Bojtuaie de Sus 
(!•' Irad. fr., ma. B. IS. Esp. Sig, f" a5). 

5. Toal et qai faisait pour eeste entre- 
prise. V L»i coM> que para la dicfaa jornada 
er«n neceMriaa. » (Luis Nieto. f. iaa. el 
réd. eip., ms. B. N. Eip. Sig. f" a v») — 
La eipreationi faire à, faire pour, daos 
l'ancien Trançaii, odI le tent de ronuenir à, 
avoir rapport à. 

6. Ba cest endroilt c'eat-ï-dire : en c«tt« 
ville do Maroc (Mcrrakech). 



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RELATION DE FBaY LUIS NIETO 445 

duite d'un leur alcaide et captlaîne, faignans d'estre rugitifa de la 
garnison de Tremissen, mais leur dessein estoit de massacrer le 
roy de Maroc, ainsi que de[)ui3 ils firent. Ceux-cy arrivez à Maroc, 
el le Roy estimant qu'ils eussent grand désir de luy faire service, 
commanda sur l'heure qu'on leur distribuas! leur soulde et qu'ils 
le suyviasent en ceste guerre de Sus. Estant donc party de Maroc, 
et allant à grandes traites vers Sus, ne fut pas à demy chemin de 
ces deux païs et royaumes', comme les Turcs ne cerchassenl que 
les moyens et occasions pour mettre à effect leur maudicte entre- 
prise; ce fiitJà qu'ils se résolurent de l'exécuter. Et, pour ce faire, 
ils firent semblant d'aller présenter quelque requeste au Roy en sa 
tente^, dedans laquelle entrèrent quinze ou vingt des plus résolus, 
lesquels trouvans ie Roy à propos, l'occirent et luy coupèrent la 
teste. Cest accident si soudain causa un grand tumulte au camp 
entre les Turcs et Les Mores, les uns suyvant le party du Turc, 
et les autres defendans la querelle du prince Muley Abdalla ; et alla 
cest alTaire si avant qu'en une heure il y eut plus de deux mile 
Mores occis et des Turcs n'en mourut point plus haut de cinquante\ 
Lesquels se voyans vivement poursuivis par les Mores, se reti- 
rèrent tousjours en combatanl en l'espesseur des boys et aspraté 
des rochers des montagnes ^ Là encor estans assaillis, et voyans 
qu'en fin ne pourroient se défendre, joint que desjà les vivres 
leurs desfailloient, ils se mirent derrière sept caques de poudre' 



I. Vers deaxpabel royaumei... Partîdo, 
pues, el rej d« Marruecog, j andando cami. 
nindo por sus jornadas hazia Sus, como 
IlegasM en el comedio del csmino d'estos 
dos rej'noi (réd. csp,, ma. B. N. Esp, SiQ, 
t" 1 v"). — Cheminant à ses journées devers 
Sus, estant environ le raj chemin de ces 
deui royaumes (i* trad. fr, ms. B. N. Esp. 
319, {" i5 V"). Variante on marge (pour: 
U mj) : le ntîllieu. 

3, /byîrendemfrJiinl,.. Tomaronen aquel 
lugar occasion de cierta justicia, que jvan 
a pedir al rej (réd. op., ns. B. N. Bsp. 
319, t" a v"). — Sous un preteite, que ili 
disoteot vouloir leur faire justice d'un dilTe- 
rent, que ili avoienl entre eux (a* trad. fr., 
■ni. B, N. Esp. 3ig. f" a5 v). 



3. Moulay Mohammed eck-Ckeikh fut 
assassine le i3 octobre 1S57 par des émis- 
saires turcs venus d'Alger avec une petite 
troupe commandée par Salah el-Kiahia ; 
ils agissaient i l'instigation du beglierbej 
d'Afrique Hassan - Pacha , El-OufrAni, 
pp. 79-81, et DiECO DB ToHHEs, ch. cvr. 

i. Hochers des moatagaes. Metiendose en 
la espesura do los Montes Claros(réd. esp., 
ms. B. N. Esp. 319, f" 3 ïo, et Luia 
NiETo.p. Sa3). — Lesquels s'enfuirent dans 
l'espessour des Monts Claros, estantz pour- 
suivis des Mores (1° trad. fr, ms. B- N. 
Esp. 319. f" a5 v). 

5. Caquet de poudre. Al derredor de siete 
u ocho barrilles de polvora (réd, esp., ms, 
B. N. Esp. 319, f» a ï"). 



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&Â6 BATAILLE DE EL-K8AR EL-KBBIR 

qu'ils avolent et, y metlans le feu, ils se bruslèrent el s'occîrent la 
tous fort misérablement, plustost que vouloir tomber es mains de 
ces Mores. 

Quant à l'armée royalle, elle fut contrainte de s'en retourner à 
Maroc, où le prince Muley Abdalla fut de reclief proclamé Roy', 
quoy que il fut à Fez, d'où il partit, dès que sçeut la mort de son 
père; et, se portant pour Roy', n'y eut aucune province qui de 
bon cœur ne luy prcstast obéissance. Cccy fut cause que, peu de 
jours après, il dressa une puissante armée de plusieurs nations' 
qui de toutes pars vindrent luy offrir service, avec lesquelles forces 
il s'achemina vers Maroc, oîi il fut receu avec joye, honneur et 
allégresse, à cause que, du vivant de son père, il avoit esté aymé 
et chery de ses sujets, comme encor il le fut depuis, à cause que, 
tant qu'il vesquit, il s'efforça d'entretenir ses terres et sujets en paix 
et repos, et sans qu'aucun leurs fist nuysance quelconque^. Et, par 
ce moyen, il assembla si grands tliésors et infinies richesses, et 
telles que nul Roy, devant luy ny depuis, en a tant assemblé: et 
cecy, pour autant que toutes les provinces luy obeissoïent et se 
tenoient à luy sujettes, bien qu'il n'ailast les visiter en personne 
ainsi que souloyent faire les autres roys, ses prédécesseurs, induits 
à ce pour le peu de loyauté et fidélité que ce peuple garde ordinai- 
rement à l'endroit de ses princes. Ainsi fut Abdalla quelques années 
Roy seul et souverain de tous ces pais, tenant sa court un an à 



I . Proeiami Roj. Sotlçuido por rej al prin- 
cipe Mulej Abdalla (réd, eap., ma. B. ^. E«p. 
319, fo 3), Soalfondo pour: aobreatundo. 
— Le successeur de Moulaj Mohammed ech- 
Chtikh fui Maulaj Abdallah et-Ghatib bi 
Allah, Il avait déjk été désigné par son père 
comme héritier présomplir; son oncle Mou- 
laji Ahmed elAaredj et les enfanta de ce 
dernier, iateraés t MerraLech. élaienl 
considérés comme exclus du IrAne. Par 
surcroît do précaution, lecaid Ali ben Abou 
BeLer Atikki, gouverneur de Merrakech, 
dès qu'il cul appris l'assassinat de Moulaj 
Mohammed ech-Cheikb, se hila de faire 
meUre à mort Moulaj Abmed el-Aaredj, 
•inai que tous les enfants de ce prince, gar- 
tons el filles, quel que fùl leur igc El- 



OuFRÂNi.p. ji. Moulaj Mohammed ei-Har 

rân (l'opiniâlre, le rélil), le fils atné de 
Moula^r Mohammed ech-Cheikh, élail mort 
en i55i, au retour du siège de Tlemceo. 
V. le Tableau généalogique, PI. V. 
noie i. 

1. Se portant pour Roj. Se alço por rej. 
acceptandole todos los Grandes de laa pro* 
vinfias j reyaoi (réd. esp., ms. B. N. Esp, 
319. f° 3). 

3. /Valions, pour : tribus. 

4. El sans qa'aacun leurs fiil naysaaft 
quelconque. Cette phrase ne se trouve pas 
dant le teilc de Luis Nibto (p. 4i3). ni 
dans la rédaction espagnole du ma. B. N. 
Eap. 3ig (f" 3), ni dans la i<' trad. fr. 
(même ms., f» iG). 



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RELATION DE FBAY LUIS. NIETO ih'J 

Fez et deux à Maroc, justju'à ce que il nomma et declaîra succes- 
seur et héritier après son decez celuy duquel sera parlé cy-après. 



CHAPITRE III 

Comme Maley Abdalla voidut occir ses /rires pour faire tomber la cou- 
ronne après sa mort à an sUnJiU; et comme il en lua trois; et de 
la/uyte des autres; elfeit déclarer Muiey Makamet Prince des royaumes. 

Ayant régné Abdalla long temps en grande paix et repos, et se 
voyant seigneur, seul absolu et souverain, sans qu'aucun luy con- ' 
tredit. il se résolut d'abroger, casser et annuller la loy que son 
père, joint avec les Estats des royaumes', avoit faicte touchant la 
succession de tous ses enfans, depuis l'aisné jusques au plus jeune'. 
Et jaçoit qu'Abdalla negociasl et pratiquast cecy fort secrettement 
avec aucuns de ses plus familiers, es quels il avoit fiance, si est-ce 
que ses frères en sentirent le vent ; les aucuns desquels, se doubtans 
de leur vie et soupçonnant qu'il ne les fîst mourir, s'absentèrent du 
royaume; et ce furent Muiey Abdelmunen et Muley Abdelmelec, 
lesquels s'enfuirent à Tremissen, non sans endurer beaucoup par 
les chemins, estans poursuyvis par les ministres de leur frère*. 
Arrivez à Tremissen, ils y furent courtoisement reçeuz par les 
Turcs, comme enfans d'un grand Roy : et, peu de temps après, ils 
se retirèrent en Argel, pour y estre en plus grande seureté. et: où 
ils se mirent sous la faveur et protection du Grand Roy des Turcs. 

Muley Abdalla, ayant (comme dit est) tramée et résolue la mort 
de ses frères, pour asseurer la succession de tant de royaumes à 
ses enfans, oyant qu'ils s'en estoient fuys, dissimula son mal talent, 
quoy que la chose luy donnast de grandes angoisses ; et pour n'ef- 
froyer ses autres frères qui encor restoient, soudain et sans nul 
delay, il Bst assembler toutes ses forces, sous couleur de s'en aller 



1. Avec le* Bilali da rojaamtê. « Con 




loi Grandes de) reîno. » Luib Nieto, 


frirt. Celle phrase manque dani lea textes 


p. M. 


espagnols (m». B. N. E.p. Sig. f" 3-3 »-. 




el Luis NiKTo. p. M), ainsi que dan» U 


Umàtry ftile par Moulaj Abdallah. V. El- 


1* Iraduclion rrantaise (mi. B. N. Esp. 3ig. 


OufRil-l. p. m8. 


!- i6 v«J. 



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as BATAILLE DE EL-K8AB EL-KEBIR 

au royaume île Fez. El pour ce fist-il dresser ses tentes hors de 
Maroc', d'où il sortit, suîvy de grand nombr'e de gendarmerie, et 
s'achemina vers Fez: et, oyant que ses autres frères' venoienl le 
trouver, ayans laissé le plus petit, duquel il ne tenoil compte à 
cause de son l)asaagc^, il tes attendit à quelques quatre journées de 
Fez. Eux unis et joints ensemble, un jour que les pauvres princes 
ne pensoient en ceste menée et trahyson, il les fisl décapiter cruel- 
lement tous trois ^ en leurs tentes. Ce qui fut trouvé fort mauvais, 
et causa un grand mescoiilentement au cœur de chacun des sujets 
des royaumes, sans que pas un osast en faire semblant, tant ils 
craignoienl la fureur de ce tyrun. 

Ceste tragédie finie, il prit la route de Fez, avec ce seul dessein 
de faire jurer et recevoir pour prince et seul héritier de tous ses 
cstats, royaumes et seigneuries, son fils Mulcy Mahamel'; car, bien 
qu'il eust d'autres enfans qui meriloîenl mieux d'estre avancez que 
cestuy-cy, neantmoins estant l'aisné, et pour autres considérations, 
il voulut que cestuy fut son successeur après sa mort. Par ainsi 
estant arrivé à Fez, et là assemblez tes plus grands du pais, fisl 
tant qu'ils jurèrent la fidélité h Mabamet et luy feirent hommage, 
quoy que plus par crainte que de bonne volonté qu'ils portassent 
au Prince', ou de droit qu'iceluy eust en la couronne. Cecy fait, et 
Abdalla voyant qu'il avoît acheminé l'affaire selon son désir, il s'en 



1. Hors de MarM. Puen delà âudad 
(réd. M|)., ms. B. >'. Esp. Sig, P* 3 V, 
et Luis Nifto. p. jil). 

3. Set- autres frères. Sabido como sua 
hermanos irea, que le quedsvan, veaî*n 
■llj, BÎn oIto que. por >er muj' pequeno, 
no hazia caso d'el (rcd. esp., m>. B. N. 
Eap. Sig, f" 3 v, d Lvis Nikto, p. i»&). 
— ^Comqui n'ontpas^ténoininéi ci -dessus: 
Moula}' Abd cl-Kidcr, Moula^i Otmâo, Mou- 
lt}' Omar. V. le Tableau génûalogique. 1*1, V. 

3. Moula}! Ahmed elManaoar. 

j. Tout trois. Va dia. e^lando ellos bien 
descuidados en sus tiendas. las mando 
dogollar a todos très con grande Inhuma, 
nldad (réd. eap., ms B. N. Esp. 3i(), 
t'-Sv. et LuiB NiKTo, p. 4aS). 

5. Moula}! Mohammed el-Meshukli. 



C'était uno dérogation au droit successoral : 
le lanaisl, ou héritier présoinplir, était 
Moula; Abd el-MaIck. Us souverains 
chérifiena furent coutumîers de ces déro- 
galiona; quand ila ne mettaient pas à mort 
le lanaist ou les tanaisis éventuels, ils lea 
bannissaient et lea déclaraient déchus de 
leur) droit*. Cf. Et-OuFiiiKi. p. ii8. 

6, De bo/ine volonté qu'ils porlassrnl au 
Prince, Ce passage manque dans le) deui 
rédactions espagnoles et dans la deuxième 
traduction française, qui portent aeule- 
ment: mas de miedo j de temor que de 
dorecho (m>. B. N. Esp. 3i<j, f" 3 V, et 
Luis Nieto. p. lui). — Mais plus de 
peur et de crainte que de droit ou de 
volonté (3° trad. fr., mi. B. N. Esp. 3ig, 

t. .,). 



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RELATION DE FBAY LUIS NIETO 



alla pour prendre repos, estant déjà assez viel, à Marroc, avec son 
armée, laissant le nouveau Prince à Fez comme gouverneur de la 
province. 



CHAPITRE IV 

Comme l'aisné des en/ans faUifs fal occis en trahison, et l'autre eut grand 
faveur à la Porte du Turc. Mort de Muley Abdalla et succession de son 
fils Muley Makamet. 

Les affaires se comportans ainsi en Barbarie, et après que les 
deux frères se furent relirez (comme dit avons) en Argel, pour évi- 
ter la fureur de Muley Abdalla leur frère, advint que le plus jeune 
d'entre eux, nommé Muley Abdelmelec, s'en alla en Constantinople, 
où il s'adextra de telle sorte à l'exercice des armes, et par mer et 
par terre, qu'estant Hardy, vaillant et généreux de sa personne, fort 
et courageux, et se faisant aimer d'un chacun', il s'acquit pour ses 
hauts faits, conquestes et victoires, une grande réputation, non seu- 
lement parmy les Turcs grans et petis' indilTeremment, ains encor 
le Grand Seigneur de Turquie en faisott assez de compte. Cecy feit 
que tous l'aimoient, honoroient et cherissoicnt, et qu'enfin il devint 
riche et puissant, outre ce que le Turc luy feit de grandes promesses 
de le remettre au royaume de son père, duquel son frère l'avoit 
dejetté. 

Muley Abdelmelec^ se tenant en Argel, fut si simple, qu'à la 
poursuite et suasion du roy Abdalla son frère, il s'en revint à Tre- 
missen, où Muley Mahamct avoit donné tel ordre qu'il envoya trois 
espées' à Tremissen, afin d'occir Abdelmunen, et luy asseurer la 
royauté après le décez d'Abdalla, son père. La chose luy succéda 
selon son désir, d'autant que ces espions estans arrivez à Tremissen, 

I. Se faisant aimer d'an chacun. Afable comme l'écril Luis Nieto : « El Mulej 

con todo!(réil. eip., m». B. N. Esp. Sig, Abdclmumcn n (p. 4ï5). Calte erreur est 

(■> S,). reproduile dans 1b ms, B, N, Esp. Sig, f-i. 

3. Turcs yrant et pelis. « fia so\o con \oa — La scrondc Iraduclion rraQ^aise avait 

Bajas y Grandes de Turquia, mas con el êgalpmenl cette taule, mais elle a été cor- 

mesmoGranTurco... LuisNiETo. p. 4ï5, rîgée dans le manuscrit: Mulej Abdel- 

el ras. B. N. E»p. Sig. t" 4. mumen (ms. B. N. Esp. Sig, t" i-j). 

3. Il faut lire : Moulajr Abd el-MoumoQ, &. Pour: etpies (copions). 

Db C*stiiies. 1. — 39 



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450 BATAILLE DE EL-KSAR EL-KEBtR 

tîndrenl (elletncnt l'œil sur Abdelmunen, qu'un jour de vendredy, 
cesluy faisant sa prière en une mosquée, ils le blecèrent d'un coup 
de flèche, de laquelle plaie il mourut deux jours après, sans qu'on 
peust sçavoir l'auteur d'une Iraliison et forfait si détestable. 

Abdclmelec, estant en Constantinople, n'eut pas si losl entendu la 
mort de son frère, qu'il s'en ressentît tellement qu'il estoit impossible 
de plus : et cecy fut cause que le feu Sultan Solyman luy accorda 
aide et faveur pour la conqueste de ses royaumes. Mais ccst octroy 
fut lors sans elTecl, y obstant la mort de Solyman qui deceda bien 
tost après'. Or, estant venu à l'Empire Turquesque Sultan A mural 
(qui règne à présent), Abdelmelcc eut plus de crédit et faveur que 
jamais, car cestuy le secourut de toute sa puissance en celle journée' 
qu'il eut lors qu'il assembla contre son adversaire. 

Et en ce temps mesme, mourut Muley Abdallacn la cité de Maroc, 
où il tomba malade, le mal ne luy durant que trois jours. El le 
trespas duquel fut celd trois jours, et jusque à ce qu'on en eut 
adverty le prince Muley Mahamet, qui lors estoil à Fez, à cause 
que cestuy ayant encor deux frères, on se doutoit qu'iceux, en 
cstans plustost informez que Mabamel, ne se feissenl seigneurs de 
Maroc, en la possession de laquelle cité' consistoit lors le droit de 
la souverainelé de ces royaumes. Or ces deux frères, quoy que 
fussent plus jeunes que Mahamet, si est-ce que tes sujets leurs 
portoienl beaucoup plus d'amitié qu'à l'aisné. 

Cestuy, ayant l'advis du trespas de son père, soudain se feit 



.. LesulUnSolim 
c<it pour succesicii 

nt parle l'auleur, n 


n II mourut en i5C6 
SMiin ][. <[ui régna 
snltan Amumt [Il 


î. Jo„r 


« (jornad 


), l.i-p» 


iimc. pour 



3. En la possession de laquelU clU. Se 
iinipsscn > cntrar en Marruccos. en la 
qiial consiïlia |ior cnlonces scr rey o no 
(réd. esp.. ms. U. N. Esp. Scg. (■' i v"). 
— C'élaille priïili-gc hablluel do la ville 
de Fcï, la glorieuse cili fondée |>ar Edris, 
de conférer la souicralnelé du Maroc. Mais, 
il l'atènemcnt des Clidrifs saadiens, celte 



capitale du Nord avait un peu perdu de son 
îniporlance. Tandis que II nouvelle djnaflie 
instauré ii Mcrrakech s'aflermissaïl en rem- 
portant sur les armes chrétiennes Je nom- 
breux succès, la rojaulé des souveriins 
mérinides (Béni OuatlÂs) résidant i Fei 
devenait de plus en plus effacée. Un ma- 
rabout, Sîdi Abdallah tl-Ghe:oudni, ra- 
conta El Ourrdni. ayant eu des démdli^ 
avec les princes mérinides. était sorti de 
b'ei pour se rendre k Merrakcoh et il l'ctail 
écri^ en montrant la tille qu'il quil- 
lail : a royauté de Fei. viens avec moi 
ot allons ï Merrakech. ■ El-Oufrâhi, 
p. 38. 



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RELATION DB PRAV LUIS NIBTO ^bl 

proclamer Roy au royaume de Fez; et, sans user d'aucun delay, 
il se mît aux champs avec son armée, el s'en vint à Maroc, qui est 
comme le chef et capitale de toutes ces Provinces. Estant là arrivé, 
on le reçeul el proclama aussi pour Roy, quoy que ce fust contre 
la volonté du peuple, et ainsi se porta pour seul et souverain Roy, 
n'y ayant aucun qui s'opposast ou luy donnast empeschement 
ny destourbier quelconque, sinon un sien frère nommé Muley 
Banacar', lequel il feit mourir, dès que fut venu à la couronne; 
el mit en prison un autre sien frère appelle Muley Hazar ', et envoya 
gens pour tuer un sien oncle, frère de son père, le plus jeune de 
tous, se tenant à Tastileto'; mais cestuy, soupçonnant le malheur 
qu'on luy brassoit, se sauva à la fuite, el se retira avec tout son 
train à Tremissen. Ainsi s'estant sauvé, il se feit la voye à la 
royauté, car c'est luy qui règne à présent en Barbarie*, el se 
nomme Muley Hamet". 

Luis Nieto, p. 436. — Le TaBtetl a £lé de 
cTih dépottédéi 



I . Muley Banacar. Un liermano suyo lla- 
mado MuIgjt Banacar (r*d. csp., m». B. N. 
Esp, Sig, f" i ï"). — «Un hermano sujo, 
cl mayor. Mulf^ Banacar n. Luih Nif.td. 
p. 4^6. — Un 'ien frcre nommé Mulcj' 
BanaiBT (3- nd. (t.. na. 6. T<. Esp. Siy. 



- Il I 



g fait I 



ce prince dan* EL-OuiHÀNt. el il se jioiir- 
rait qu'il j ciU confusion avec le frire de 
Moulajr Mohammed et-MesloukIi dont il est 
question dans la note suivante. 

1. ilulejlla;ar, pour : Moulaj En-Sai 
u Mule; Nazar n Li^is ^ll':T'>, p. J3O, 
C'est ce [thre qui passa dans l'armée de D. 
Sébastien, lavcille de U bataille de El-Ksar. 
V. PI. V. le Tableau généalogique, note 1; 

3. 7(i5lifela.Tafilele(réd esp.,ms.B.? 
E»p.3i9.f'>4v<'). — «LaciudaddeTalilele. 



it temps le pajsoii 
ont trouvé un asile. 

i. C'est luy qui rïgne d présent en Bar- 
barie. « Por do ïino agora a ser Rej. a 
L1.1S NiEio, p. 416. et mi. B. N. Esp. Sig. 
f" i v. A la suite de ce passage et dans 
le teite même do la copie espagnole, le 
possesseur du manuscrit, voulant sans doute 
attirer l'altcnlian sur le long règne de Mou- 
laj .\bmed. a ajouté ; « Il estoit Rojen 98.. 
que mon frire alla en Marroque » (ms. 
H. N. Esp. 319. f" 4 v»). Celte indication 
précieuse doit mettre ï la fois sur la trace 
du possesseur du manuscrit et d'un agent, 
ou tout BU moins d'un vojageur français. 
étant allé au Maroc en î5g8. 

5. Moulsj Ahmed el-Maiaoar. 



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Il52 



BATAILLE DE EL-KSAR EL-KEBIH 



CHAPITRE V 



C.nmine Midey AMeimeiee. estant en Turquie, sçachant le trespas d'Abàalla, 
Sun frère, et que son cousin' s'esloil emparé du royaume, fat ivrs 
Tremissen, arec une puissante armée t/ue le Tare luy dressa, et dit 
victoires ijaijnées contre son ennemy. 

La mort d'A.b(lalla fut bien tosl sçeuë en Turquie, avec tout ce 
(|ui se passoit en Barbarie; et ainsi, tandis que le nouveau Roy 
.Nfulcy Maliamet csloit ententiT à mettre ordre aux aiTaii'es de ses 
royaumes. Abdclmelec usa de telle diligence qu'en peu de jours il 
vint en Argel, avec commission du Grand Turc et çonimandemeDl 
à ses cupitaines de luy fournir tout ce qui seroit nécessaire pour la 
guerre ; et par ainsi soudain il eut en main et en bon ordre prest à 
marcher cinq mille soldats arquebusiers, tant Turcs qu'.\zuagas'. 
Iiuniines vaillans et adextrez aux armes'. Avec eux, il s'achemina 
vers Tremissen, assemblant par les chemins le plus de cavaillerïe 
qu'il pouvoit des Alarbes. Et, arrivé par ses journées à Tremissen, 
on le reçcut honorablement; où il fut contraint de séjourner sii 



I. Il faut lire : soa neveu, comme àim 
la ilcutiiiiic trBiluclion rrinçaite : « Et quo 
ton nc|>icu ï'cttoil invesly du rojtume ■ 
(ms. II. N. K.II. 3i9. f" a8 ï"). U réd.c- 

xibrlno (ms, [t. N. Esp. îig. f" S v". el 

a. Azaoïjai, pour: Ez-Zouaoui ïjljîll 
par transe ri |>ti on du second } en g, permu- 
tation fréquenlc. qui. de Ouad cl-Kebir, a 
fait (iue<tal<|uirir. -- On donnait, k cette 

.■po.|uc.bnom-fA«uag„.,\iuague>(M*a- 
MOI., fiatsiai) aa\ tribus Kabjlea. vassales 
du roi de Kouko ; ello» fournissaii^nt des 
iiurccnairei aiii Tun» d'Alger, qui les en- 
voyaient dans l'inti'riciir pour perce voir l'im- 
|-',1. llAfuo I T.;.,li„lion (irummoni). p. iCc. 



oin de /ouaoïia 



. applique en propre 



i des gronpetnciils de population bcrbèro 
liabilant les massifs de la Grande Rabjlie 



3. Celle armée algérienne, qui pjnétnit 
au Maroc pour soutenir les droits de Mou- 
la}' A bd-el-Malek, conformément lui ordrci 
du Grand -Seigneur, était, en réalité, com- 
mandée par Ramdan, paclia d'Alger. Pc 
éliiit composée de Gooo arquebusieis. looo 
ZouaouB. 800 ipahis. 1 1 canons ; elle l'aug* 
meata en route de 6 000 caralien indighies 
envojr^ par les tribus alliées. Moulaj -Ud 
el-Malek accompagnait Ramdan avec 
quelques caîda. ses partisans, qui aTaîral 
noué depuis longtemps des intelligeDCn 
avec les principaui chefs de l'armée deMoo- 
laj Mobammed. Cf. Haédo iTradadiai 
Grammont). p. iCl. D'après El-Ouffiai. 
les Turcs ne fournirent i Moulaj Abd d' 
Malek qu'une escorte do S 000 bommcs, tt 
l'armée de celui-ci fut surtout constitua 
par les troupes de son neveu, qui fireal 
défection. Cf. El-Oufbàm, p. tog. 



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RELATION DE FRAY LUIS NIETO f\b'i 

jours, à cause qu'il failloit que là il se pourveust de tout ce qui luy 
estoît nécessaire. Durant lequel temps, luy et son jeune frère Muley 
Hamel', qu'il trouva là, assemblèrent jusqu'à douze mille lanciers 
et quatre cens arquebusiers à cheval, tous bons soldats et gens 
choisis; et tira de Tremissen douze pièces de campagne, avec tout 
ce qui servoit pour les provisions des vivres et munitions, et, avec 
cesl équipage, prindrent la route de Fez pour s'en faire les maistrcs. 

Muley Mahamel'.qui lors es toit à Maroc, bienque^'fust advcrtyde 
tout cecy, en faisoit si peu de cas, et prisoît si peu son oncle et ses 
forces, au pris de la grande puissance qu'il se pensoit avoir, qu'il 
ne se soucia de luy, jusqu'à ce qu'il fut asseuré que c'estoit à bon 
escient et que desjà Abdelmelec avoit ses forces unies à Tremissen, 
Ce fut lors que hastîvement et tumultuairement îl dressa son 
armée à une lieiie près de Maroc, y faisant venir tous les sujets de 
ses royaumes, faisant courir le bruit qu'il alloit donner sur les 
Chrestiens de ' Tanger : et cecy, afin que tous y vinssent avec plus 
de gaillardise', estant ccste guerre la plus désirée par ces Barbares*. 
Ces forces prestes, il se mit à marcher en diligence, ayant un grand 
cliariage d'artillerie', et prit son adresse vers le royaume de Fez. 
Et d'autant que la plus part de ses forces se joignirent à luy par 
les chemins, estant à Fez, il feit monstres générales et se trouva 
avoir quatre vingts mille chevaliers avec leurs lances et largues, 
treize mille soldats arquebusiers à pied et quatre mille à cheval, 
et trente six pièces de campagne. 

Muley Mahamet estant sur le point de partir et s'en aller contre 
Abdelmelec, vint vers luy un gentilhomme de la part du roy de 
Portugal, Dom Sebastien, luy offrant, au nom de son maistre, 
tout le confort, aide et faveur qu'il auroit besoin contre les Turcs 

I. Moulay Ahmed elMansour, Esp, Sig, f° 5). 

3. Matej Mahamtt. Su sobrino Mulej 6. La Djehsd.U guerre sainte, celle failo 

Mahamet, que. a la sazon, eslava en Mar- contre l'infiilèla. 

Tuecoi (r^d. esp.. ms. B. N, Eip. Sig, 7. C/tariaiff cf'arli'/JcriV. Con grande apa- 

f" 5, et Lurs Nteto, p. ^37), ratode arlilleria que hecliofuer8(réd. eip., 

3, Pour : guH. ms- B N. Esp. 319. f» 5). — « Que écho 

S. Le telle porte ; U Tanger. fucra. n Lurs Nieto, p. 437, — Avec un 

5, Avec plus de gaîllardite. Luis Nreio nombre et apareil d'artillerie qu'il meiten 

(p, ^37) et U rià. esp. portent leulemeut : campagne (3' trad. fr. ma. B. N, Eap. Sig, 

B Para que todo» Yiniessen. » (Ml. B. N. f" ag). 



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j54 BATAILLE DE EL-KBAR EL-KBBIR 

et Abdelmelec son oncle. Mais Mahamet. qiioy que remerciast le 
Portugais de celte ofTre, si fut-il si cnorgucilly pour voir une si 
puissante armée luy obéir, qu'il ne feit aucun compte du secours 
qui luy estoil oITert'. 

Luy sçachant que son oncle Abdelmelec estoil desjà parly de 
Tremissen, il marcha aussi contre luy. résolu de rafl"ronler : si bien 
que ces deux armées vindrent se rencontrer à demy chemin' de 
Fez et de Tremissen', le dix et septiesme de Mars, l'an de nostre 
salut mil cinq cens soixante et quinze'. Le condit commença a 
heure de vespres entre l'oncle et le neveu : et dura le choq*' fort 
roide enlre les deux parties jusqu'à ce que les gens de Muley 
Mahamet s'anbiblirent et perdirent courage ; et la cause de cest 
avilissement vint d'un Capitaine commandant sur les Andalou- 
siens*, appelle El Dogali', lequel, se révoltant contre Mahamet 
avec deux mille arquebusiers d'esUle qu'il avoit, se mit du costé 
d'Abdelmelec, ne voulant perdre ta coustume que ce peuple a 
d'estre traistre et infidèle. Estant adverly de ce malheur Muley 
Mahamet, qui, à un quart de lieue, loin des coups, regardoit la bataille 
de dessus un char' avant, et vcu qu'il avoit plusieurs autres Capi- 



I. Cette proposition ftilo psr le roi 
D. Sébtitien k Moula; Mohammed fl-Mrs- 
loukh aemble élre une invention de Luii 
Nieto. 

1. .4 (femjcAEmin. En el comedio de Tro- 
meç«n y Fei (réd. esp , ms. B. N. Esp, 
3ig, r» 5, et Lui» Nceto, p. ii»). 

3. El-Oufrâni dit que la rencontre eut 
lieu i l'endroit appelé Er.Roken, sur lo 
territoire des Béni Ouâretetn. une des tribus 
nomades des environs de Fei. EL-OurnÂni, 
p. log. 

&. ElOurràni n'indique pas la date de ce 
combat. 

5. Dura le choq fort roide. X [os princi- 
pios. duro la pelea una or«. por ambas 
partes, bien reiîs (réd esp., ms. B. N. 
Esp, 3l9. f" 5 Y", et Luis Nieto. p. iî8). 

6. Andalousiene, on artbc .Jjj'. — 
Les troupes andalouscs étaient celles Tor- 
méen par tes Maures d'Espagne qui étalent 



venus s'établir au Maroc. V. p. 5gi,nole -,. 

7.PourSaided Deghill.V.EL-OiniÂ-.i. 
}. I lo. et ci-dessous, p. 'i55, noie l. 

8, Di" dessus un ehnr néant. Desde un 
;»rro(réd. esp., ms. B. N. Esp 3i(). f" 5 t"). 
~ Estant desus un charriol {i" trad, fr.. 
ms. lï. N, Esp 3t9. f" ïq v). — « Desde 



i Nre 



'4»S. 



copiste espagnol a fait une mauvaise lecture 
et a écrit earro (char) pour cirro (émi- 
nenco) Le cbérif Moulav Mohammed el- 
Mesloukh « à un quart de lieue, loin des 
coups, regardait la bataille de dessus une 
éminence. ■ — Dans l'adresse que les Doc- 
teurs de l'Islam cnvo)icrcnt un peu après i 
Moula; Mohammed elMesloukh, pour lui 
reprocher son alliance avec le Portugal, ils 
s'eiprimeni en termes sévères sur la liche 
conduite do ce souverain : u Vousavoz voulu 
alors combattre votre oncle et, dam ce but, 
vous avez rassemblé une armée si nombreuie 



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RELATION DE FRAY LUIS METO 



/f55 



laines qui dévoient faire le semblable et imiter El Dogali', »e 
résolut de cjuiler le champ et s'enfuyr de la bataille, c'est-à-dire 
des tentes où il estoit. Ce qu'il fcit, se sauvant à la course avec 
cinq cens chevaux en la cite de Maroc, laissant tous ses soldats à 
la mercy de l'ennemy, et ses tentes pleines de thrésors et richesses 
pour le butin et proye de ses adversaires. Et ainsi son oncle Adel- 
melec vainquit sans grand meurtre d'un ny d'autre costé : et certes 
la dixiesme partie des gens de Muley Mahamet suflisoit pour acca- 
bler et deffairc toutes les forces de son oncle'. 

Lequel ayant obtenu une si belle victoire, envoya bon nombre 
de soldais pour suivre son neveu et le prendre. Et tandis', Abdel- 
melec fut vers Fez, oiJ il fut reçeu avec grande joye et allégresse 
des Fezzans, qui le proclamèrent lioy, comme aussi feirent les 
autres villes et places de ce royaume. Et d'autant qu'il se sentoit 
mal, pour estre assailly de fièvre, il voulut se reposer un peu de 
temps à Fez, et là encor congéer les troupes des Turcs qui estoicnt 
venues sous la charge de Rabadan Bassa, roy d'Argel'; lequel 

danslB réd. Gsp. du ms. B. N. Esp. 3i6, 



<ju'gucuD registre n'en aurait pu contenir 
rénuméralion. rii auciiuo langue parlée 
exprimer le chilTrc de ses combatlanLB ; 
puis TOUS êtes sorti, traînanl k votre suite 
des IIoIb de cavaliers et uno masse do Tan- 
lassins qui couiraient les plaines et les 
coteaux. Eh bien ! qu'avei-vous Tait k ce 
moment .^ A peine la bataille élail'elle com- 
mencée, i peine les coups d'estoc et de taille 
alUieiit'iU pleuvoir et la mêlée eengnger 
que, selon lotre habitude, vous preniez la 
Tuile... dEl-Oufrâm, pp. 131- 193. D. An- 
tonio lia Cunha, seigneur portugais, captif 
de Moulaj Mohammed et envoyé par ce 
dernier en mission auprès de D. Sébastien, 
cherchant à diminuer la confiance que le 
jeune roi avait dans le Chérif. disait que ce 
dernier s n'aïaîl ni argent ni courage, n 
V. Correspondance de Juan de Silvs avec 
Philippe [l, SS, HisT. Mahoc. i" smV 
(EspagniJ . 

I. Imiter Kl Dnijnli. n Y sicndo infor- 
niado de los suvos que otros mnchos .\lcai- 
de». sinaquel. le habian do hacortraicioD. » 
Luis N'iETo, p iî8. — Sin aquel manque 



f" 5 ï 



- Le » 



} csl: 



Car il [Moulaj Mohammed) pensait bien 
que toutes SCS troupes suivraient l'exemple 
de celles do Ed-Doghâli. ël.Ol'ibâni, 
p. 110. On remarquera l'identité parfaite 
qui existe entre le récit de l'historien arabe 
et la relation chrétienne. 

a. Toula ht forets de son oncle. Que 
cierlo cl diezmo de la gcnte que traja (sîe) 
bailava atropellar dos ciercitos d'el que 
Sfule_ï .^bdelmelcc Iraja (sic) (réd. esp,. 
ms. B. N. Esp. 3i9. f" 5 v). 

3. Tandis, adverbe, pendant ce tamps, 
i. Rabadan Bassa. Los Turcos. con su 
alcayde, cl rcj de Argel (réd. esp., ms. 
B. N. Esp, 3ig. f" 5 v). — Et aussj pour 
donner congé de Fez aux Turcqs et ï leur 
colonnel, pour ce que le roj d'Argci, qui 
pour lors esloît Rabadam Uaxa, d'autant 
qu'il n'avoit commission du Turq que do le 
mettre dans Fei (i" réd. fr., ms. B ti. 
Esp. 319, f" 3o), — Il s'agit de Ramdan- 
Pacha, qui fut à la tête de la Régence 
d'Alger de 157! ï 1377. 



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^5fî BATAILLE DK EL-KSAR EL-KEBIR 

n'avoit commission que de mellre Abdelmelec seulement à Fez et 
luy en livrer le royaume. Ainsi il congéa Ions les Turcs, sauf 
aucuns, lesquels pour estre atTectionncz à ce nouveau Roy se 
cachèrent jusqu'à ce que leurs compagnons furent parti?, et lors se 
donnèrent à Abdelmelec, pouvans monter à quinze cens bons et 
vaillans hommes'. 

Mais revcnans' à Muley Mahamet qui s'en csloit fuy vers Maroc : 
dès aussi tost qu'il fut là, il commença h rassembler nouvelles 
forces, et mander gens de toutes parts et en grande diligence, 
ouvrant ses colîres, et distribuant les thesors aux capitaines, et 
payant largement les soldats, et les apointant mieux que jamais, 
résolu de se venger de la route'' receuë par son oncle. El usa de 
tel ordre, qu'il se vit avoir dix mille arqebusiers à pied, et mille à 
cheval, bien que non guère adexlrez en guerre, et avec eux quelques 
trente mille chevaliers avec leurs lances et targues'; et mit toutes 
ces troupes aux champs avec vingt et quatre pièces de campagne, 
et de vivres et munitions autant que il estoit nécessaire pour ce 
voyage. 

Ce fut encor en cestc levée d'hommes que le roy de Portugal 
luy envoya un Ambassadeur avec lettres, luy offrant pour la 
'seconde fois aide, faveur et secours contre Abdelmelec, son oncle. 
A ce second message portugais fist-il la réponse toute telle qu'au 
premier, sauf qu'à cestuy il fist voir tout sqd ost par une monstre 
générale qu'il commanda eslrc faicte en sa présence, à fin de luy 
donner à entendre le peu de besoin qu'il avoil des forces du roy 
de Portugal', 

Abdelmelec s'estant rafraichy quelque temps à Fez pour son 
indisposition, comme il eust augmenté son armée de six mille 
arquebusiers de ceux qui avoicnt quitté son neveu, à cause que 
(comme dit avons) ses autres troupes qu'il avoit amenées s'estoient 
retirées en Argel, il fist battre aux champs avec intention de s'ache- 



I. Parmi les troupes slgdricnDcs que nolo i el 3. 
Moulay Abd el-Malok conserva à ea solde 5. Il n'est p«t l'ail mention de celte 

te IrouvBÎent les Zouaoua. double démarche de D. Sébastien auprès 

3. Pour: reveaoru. de Meulaj Mohammed dans les autres rela- 

3. Roule, défaite, dc-roulc, lions de l'expédition portugaise. V. p. ^bi, 

j. Targues, rondaches. — V. p. bgi, noie i. 



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RELATION DE FBAY LUIS METU f\T}'^ 

miner vers Maroc; car il avoit reçeu advis comme son neveu esloit 
avec gronde armée en campagne. Faisant donc marclier ics sus- 
dicls six mille artjuebusiers, cl vingt mille chevaux lanciers et armez 
de targues, et deux mille Argolel/. ', conduisant vingt pièces de 
campagne, il s'achemina vers Maroc, se faisant porter en Uclivre, 
d'autant qu'il commençoil à se porter hien do sa maladie'. 

D'autre part, son neveu, sçachant toutcecy, partit aussi soudain 
de Maroc avec les troupes que j'ay dit cy-dessus, et marchoit en 
grande diligence, et avec dcsir do Unir ses jours et liazardcr sa vie, 
pour défendre le droit qu'il avoit ît la couronne. Et d'autant que 
le^ discours, contenant l'ordre au<piel marchèrent ces deux armées 
l'une contre l'autre, ne font pas beaucoup à nostrc propos, nous 
userons de brièveté, disans qu'ils vindreni camper en une plaine 
et vallée à trois lieues de Salé vers le Poncnt et le long de la rive 
de la mer, en un lieu appelle la Molhc d'Arrajaban', où, le vingt et 
neufiesme de juin" à trois heures après midy, fut conmencée une 
cruelle et furieuse bataille entre ces deux armées, où quclquesfois 
ta victoire enclinoit vers Muley Mahamel. et autresfois favorisoit 
Muley Abdelmelcc son oncle. Mais estant Abdelmclec un sage et 
expérimenté capitaine, voyant que la nuict venoit et que si long 
temps le conflit avoit duré', sans que les siens emportassent ta 



1 . Argolel:. Dos mill cBcopeteroa do 
Mvillo (réd. mp . ms, B. N, E«p. îig, 
{" 6). — Deux mil arqtiebouzicrs fi chc^al 
(a'trad, fr..ms. B. N. Esp. Sig, f" 3oï'). 
— On «ppplail argolels ou argoulcU, des 
■oldati 1 clieval armés d'arquebuses el pou- 
vant, Boit faire du lervice d'édairours. soil 
combattre ï pied. Les a rgoulel s sont devenus 
par la luilc lo dragons, Ct. p. i5l. 

3. Commenfoil à se parler bien dr sa ma- 
ladie. Yondo el en su litera. ponjuc. a ver, 
jba conv«1e«ïiento (réd. eip., ras. B. .N. 
Ksp. 3ig, r° 6). — Se faiaant porter dans 
BB titièro. pour ce qu'il e«loit encor debilo 

(ïMrid. fr..ra». B. N. Ejp. Sifl, f"3ov). 

3. Pour : lea discours. 

j. La Mothe d'Arrajahan, En dondo se 
diio la Mola del Arrajahan (rcd. esp., ms. 



B. N. Esp. 3i9, f" 6. et Lvis Nieto, 
p. .'i^g). — Au lieu que l'on apelle la Molle 
du Mirllic(:i> trad. fr.. ms. B. N. Esp. Sig, 
f-. 3o v). — Ce lieu s'appelait Khandok 

crRîMii ù^V;' ijj^ le fo*** des mjrtes, 
ou plulùt, l 'enclos des m)irles, car Khandok a 
la signification de lotie servant i enclore, 
servant de rclrsnclicment i ce mot est donc 
rendu d'une rai,'an approchée par celui de 
Mntlc (en esp, mola') La position de Kban- 
dok cr-Kiliân se Irouveenlre Salé el Fcdala, 

prts de l'oued cch-Cherât Jsl^l. Cf. 
Ei,.OtiKB.i>i. p. lia. 

.T. La date do ce combat n'est pas donnée 
|i8r El Oufrini. 

fi. Si long Irmps .. Visio que ora ya dos 
oras de pelea (réd. esp.. ms. B. N. Esp. 
3i9, f-ev). 



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J5B BATAILLE DE EL-KSAR EL-KEB1R 

victoire, et l'ennemy luv faisoit teste si longuement, sortit du milieu 
de ses gardes, et tenant son simeterre au poing, donnoit mut les 
siens mesmes, les fovfa'il 'le recommencer le choc, et luv-mesme 
fui des premiers qui assaillit l'ennemy, avec tel effort et furie qu'il 
les mit en route, si bien que Muley Maliamct fut des premiers qui 
se mit en fuite. Ce qui fut cause que les vaincueurs firent un 
estrangc meurtre et massacre, si bien qu'ils passèrent au fil de 
l'espée plus de si\ mille hommes on ce dernier rencontre. 

Abdelmelec, ayant gagné cesic vicloirc tant grande et Iriom- 
phante. envoya son frère Mulcy llamel pour poursuyvre leur neveu 
Mahamet fuyant, et luy donna une belle troupe de chevaux légers; 
et ce pendant il s'arresta pour faire enterrer les morts. Ce que faict, 
il print la route de Maroc, y conduisant toute son armée. 



CEI\P)TRE V! 

Comme Muley Mahamet s'enfail aux mon(aii)nes' : Abdelmelec fist son 
entrée comme lioy à Maroc, et vainifuit Mahamet pour la troisiesme fois, 
et cesluy se relira à f/arantl rcrs le lioy île Porltujnl pour aroir secours. 

Muley Mahamet s'cstanl sauvé à course de cheval', vint suivy de 
sept ou huict lanciers^ à Maroc, non sans grand honte des siens : et 
estant entré en son palais, il print de ses thrésors autant que la com- 
modité luy peut permettre d'emporter, et en chargea cinq mulets : 
et, n'arrestant que deu\ heures en la maison', il s'enfuit, crai- 
gnant les troupes de son oncle qui approchoient de là, estans à 
sa poursuitle". Et, sorty de ceste sorte avecpeu de gens à cheval, s'en 



I. Aax moataignes. \ los raonlos Clarot 
(réd. esp„ m». B, N. Esp. 3t9, f» G ï". 
et Luis .NiET.). p. .',3o). — S'cnfdil ai» 
Monti Clairs (aiiit)r tiomncz par ironie ijoitr 
leur grandeur et espcsscjir) (a' Irad. fr., 
ms. b. \. Esp. 3t9. r> 3i), Noie ajoul^^e 
on marge du ms. — " Se réfugia dans la 
montagne do Deron. a Ei.-Oi!FBÀm, p. TH. 

1. A courie de cheual, A uila de cavalto 
(réd, esp., ms- B. N. Esp, 319. f" 6 v-, et 
Li;i8 -NiETo, p, S3o), — A ongles de cheval 



(a'' trad. fr.. ms. B. N. Eip, Sig, t- 3i)- 

3. Sept ou hiiict lanciert Con (ejs o sicli 
cavalleros (rcd. esp,, ma. B, N. Esp. 3i(| 
f" ev. et Luis Nieio. p. 43o). — -\>o 
sii ou sepl cavallicr^ (3' trad- fr.. ms. B 
^. Esp. 319. f- 30- 

i. X'arreslant que deux heure» en (1 
maison. Y se salio dentro de dos horas di 
311 casa (réd. esp., ms. B. M. Esp. Sig, 
f. 6 ,.). 

5. Cf. El-Oi'fhâm. pp. 113 et 111. 



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RELATION DE FBAY LUIS METO l\^g 

alla à toute bride vers la monlagne que ceux du pais nomment 
Montes Claros, qui est la retraitle et domicile des bannis et des ban- 
doliers et larrons' d'icelle contrée, estant ce mont à six lieues de 
Maroc, où nous le laisserons pour dire ce qui succéda'' à son oncle. 
Abdelmelec, ayant recueilly les despouilles de sa victoire, ne faillit 
soudain de s'acheminer vers Maroc avec son armée, où il arriva 
huict jours après la bataille, et y fut reçeu avec si grand pompe et 
réjouissance y faisant son entrée, que jamais on n'y en avoil veu 
faire de semblable\ Et cecy (ist-on à cause qu'il estoit en grande 
réputation d'estrebon, doux, aflable, charitable et aumosnier. et 
orné de plusieurs autres vertus et marques illustres ; joint que les 
insolences et tyrannies de Mutcy Maliamet rendoient cestuy ainsi 
désiré et favory de tout le monde. Dès aussi tost qu'il eut fait son 
entrée, et sur le quinzicsme de juillet de l'an mesmc', il commença 
à ordonner la police de ses terres, royaumes et seigneuries, se mons- 
Irant en ses actions autant sage et discret, que vaillant et adextre 
au fait des armes; abolissant plusieurs loix et ordonnances de ses 
anccstres, et usant de grandes courtoisies et grâces à ses vassaux 
et sujets, et faisant de grans dons et largesses, taschant par ce moyen 
d'espandre et immortaliser son renom et louange sur tous les Rois 
d'Afrique qui l'avoient devancé. Et bien qu'au commancement ses 
sujets ne l'aimassent, et s'olTensasscnt des dcportemenl'' de ce peu 
de Turcs qui cstoient à sa soulde, lesquels, pour eslre superbes et 
insupportables et sans discipline, faisoient de grands tors et violences 
aux pauvres Mores", lesquels ne pouvoyent endurer ces façons de 
faire : si est-ce que le Roy s'en deffeit peu à peu, les diminuant deux 
à deux, et trois à trois, si bien qu'il ne luy en restoit plus hault de 
deux cens', lesquels il tenoit loing de sa court et les faisoit vivre 



I . Rtlrailte el domicile des bannis ft des a olro rej ninguno de aquella* pirlei te 

handolifri et larroiit, Rcfugio de los fora- hizo (réd. e»p., m», B. N, Esp. Sig, f° 7). 

gidos j de I08 Udronca de aquellas parles i. L'aa mesmr, 157&. 

(rcd. e»p,, mi. B. IS. Esp. 819, f" 6 ï"). 5. Pour : dèparlemens. 

— Bandolier, brigand qui vole mr les 6. Aux pauvres Mores. Haiian s lo» 

grands cheinins. pobres muchas violenciaa (réd. esp., ms. 

a. Ce qui snccedo, ce qui arriva à son B. N. Esp. 3ig. f" 7, et Luis NreTo.p. 43 1). 

oncle. Après pobres, il faut soui-onleodre : Moros. 

3. De semblable. Un muy solemne y 7 Pfiu baull de deux eens. Hast* que. 

raguiijado recibimienUi, quai nunca jamas d'olloi hiijdoi, d'ellos muertos, no le que- 



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i6o HATAILI.E DE EL-KFIAB EL-KEBIR 

avec raison et paisiblement. Cery fut cause (jue ses sujets coiiimeii- 
cèrentrajitier et chérir, si bien que, pourlebruit de ses valeurs, tous 
venoient luy présenter service et oI>eissance. cl de toutes ses pro- 
vinces on lu y p()rtoit(]el)eau\presenset(lons(Icgrandcetinc5liinal)le 
richesse. 

n y eut plusieurs roys chrestieiis qui prindrent plaisir en 
son aniitic' et luy qui de Iwn ctrur les accepta pour amis et 
s'estima heureux d'avoir leur accointance, tellement que de tous 
coslez plusieurs Clhreslicns vindrenl en ses païs, lesquels il almoit 
et favorisoit plus courtoisement que pas un genre d'hommes qui 
hantassent en ses terres, leurs faisant de grandes aumosnes, grâces 
et charité?., et les Iraitlant modestement et avec une merveilleuse 
bénignité : plusieurs dc.S(iucls il alTraichiRsoit^ de jour à autre gratui- 
tement cl sans rançon quelconque; la charité duquel je ne veux icy 
haut prcscber, quoy que je sois obligé de ce faire', puis que la com- 
mune renommée le publie et loue assez par tout le monde. 

Or la première chose quil fïst, dès qu'il fut parvenu à la cou- 
ronne, fut de nommer un successeur au royaume et confirmer la 
loy failte snus le roy Muley Mahamet \cq. son père ; et pour ce 
fist jurer foy et hommage de tous les grands à son frère Muley 
Hamet ', quoy qu'il eust un fils bas d'aage, auquel il pouvoit donner 
la succession. Ce qui cstonna tous les grands de ses royaumes' ; et 



daron sino liasta dmicnlo* poeos mas {rùd. 
c.p.. m». H. N. EKp. 3i9. (--,). 

I. U reine Elisabeth, ic^s mis Krnri [II 
elPhilipi-o [L. Cf. SS. HisT, M.n..<:, i" 
Sèrir ^Anijlflerrc H l-:si,n.jn,' ' . I.M prinri- 
psui apctiU européen) cni|itovés à celle 
occasion furent Sir Ivlmuiid llogan, (la- 
bretle. .4ndrea Gasparo Corso, le I'i'tc 
Diego Marin