(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Les États-généraux de Cythère : imitation très-libre de l’italien du comte Algarotti ... / par M. le chevalier de C..... des Académies de Lyon, Dijon, Rouen, Marseille, Hesse, Cassel, &c ... "


P'aPS 






■r* 







LES 

ETATS -GÉNÉRAUX 

DE CYTHÈRE. 



I 



! fi 

De 
.f'7* 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/lestatsgnrauxdec 



LES 

ÉTATS -GÉNÉRAUX 

DE CYTHÈRE, 

imitation très - libre de V Italien du Comté 

ALGAROTTIé 



Certe , nil turpe docttit 



Ite. 



Ovid. de pont. 



Var M. Le Chevalier de C des Académies de Lyon é 

Dijon , Rouen , Marfeille , Hefle , Caffcl , &c... 




' 7 8 9* 



?3> 

PRÉFACE. 

JLiE Congrès de Cythcre du Comte Algarottîj 
eft une efpèce de petit Roman en profe poétique * 
dont voici l'analyfe en peu de mots. 

L'amour vers le milieu de ce fiècle difparut 
tout-à-coup des plus belles contrées de l'Europe ; 
chacun interpréta à fa manière la caufe de fon 
évafion , & perfonne ne la devina. Un grand 
intérêt d'Etat l'occupait 8c le retenait dans Pifle 
de Cythère ; il ne favait trop quel parti prendre 
& il affembla fon Confeil avant que de rien dé-» 
terminer. L'Efpérance & l'Audace furent appellées, 
& la Volupté n'eut pas befoin d'être invitée pour 
s'y trouver ; on fait qu'elle eft la compagne fidèle 
de l'Amour ; les Jeux ôc les Ris s'y joignirent 
comme Miniftres fubalternes. Le Dieu leur apprit, 
dans un difeours fort éloquent, que la Raifon > 
fon implacable ennemie , cherchait à détruire fon 
pouvoir , & voulait empêcher les Mortels d'aimer. 
Chacun donna fon avis dans un danger fi pref- 
fant , & celui de la Volupté prévalut ; elle décide 
fagement qu'avant d'avoir recours au remède , it 
faut connaître à fond la fource du mal , & tenir 
à Cythère un Congrès où foient invitées diverfes 
Nations j elle ajouta que , par préférence aux hom- 

A a 



( *) 

mes , on devait donner audience aux femrnes , 
comme étant mieux initiées dans les myftères de Pa- 
phos. On dépêche aufli tôt les Jeux & les Ris, cou* 
riers ordinaires de TAmour , l'un va à Paris , l'autre 
en Angleterre , & le troifième prend Ton vol vers 
Tltalie. Ils ont bientôt trouvé ce qu'ils cherchent. 
Madame de Jafi eit députée par la Nation fran« 
çaife , & vient à Cythère accompagnée de trois 
ou quatre petits Maîtres qui marchaient en cadence 
& de temps en temps battaient de entrechats ; 
Miladi Gravely s'y rend Ces bords delà Tamife, 
feulement fuivie de fon jeune frère. Et une 
foule de foupirants, parmi lefquels fe trouve un 
galant feptuagénaire , y conduit Madame Rea- 
trix. Le Dieu prend fa place , ordonne aux hom- 
mes de fortir, & fait afTeoir les trois Dames 
vis-à-vis de fon Trône d'or. La Volupté qui 
fert d'interprète à l'Amour , les pria de la part du 
Dieu d'expofer avec fidélité les diverfes opinions 
qui partagent l'Europe. Les trois Ambafîadrices 
s'acquittent de leur emploi avec toute la grâce 
poffible , & le Congrès connaît bientôt par elles 
la manière d'aimer des Anglais , des Français & 
des Italiens. L'amour eft enchanté de la précifion , 
de la netteté & de la vérité qui régnent dans 
leurs harangues ; il ordonne à l'Audace & à l'Ef- 
pérance d'introduire dans le temple les Cavaliers 
qui en avaient été* exclus , & la Volupté donne 
les dernières conclufions qui font une efpèce dd 



code amoureux ou de nouvel art d'aimer ; le Dieu 
profite de ce moment pour fe dérober à la vue 
des trois Mortelles , & va ranimer 5 par fa préfence, 
l'Univers languiffant. Un petit Amour vient les 
avertir qu'on leur a fervi le plus excellent fou- 
per dans le bofquet voifin , elles s'y rendent avec 
leurs guides ; & un autre Amour, après qu'on a 
defTervi , les promène dans les jardins de Cythère 
où toutes les ricliefles de l'art fe trouvent réunies 
aux beautés fîmples de la nature. Ce féjour était 
fî délicieux , que les trois Dames oublièrent de 
retourner dans leur patrie. 

Le Le&eur fe tromperait s*îl allait croire que 
J'ai fuivi exactement le plan de cet ouvrage , & 
que je m'y fuis tout- à-fait aiîervi. Voici de. quelle 
manière je l'ai traduit, & voici peut-être comment 
devraient travailler tous les Auteurs qui veulent tranf 
porter dans notre langue les productions étrangères» 
J'étais feul dans le cabinet de la Dame que j'ai nom- 
mée à la fin de cet Ecrit, & que l'on aurait devi- 
née promptement, fi je ne l'avais point nommée;, 
elle venait de fortir, & je trouvai fur fa cheminée 
la dernière traduction du Congrès de Cythère 
qui a paru (i) il y a environ un an ; je lus cet 
ouvrage en l'attendant ; j'eus même le temps de 
fe relire ; elle rentra , & fa préfence me fit promp- 
tement oublier Madame de Jaû , Miladi Gravelî 

(i) Chez Moîini , à Paris , rue Mignon. 

a 3 



( O 

& Madame Beatrix : que dis-je? . . . , fa préfencQ 
me rendit les trois Belles , & ceux qui la corn 
naiffent feront peu étonnés de ce miracle; ils font 
accoutumés à voir les trois Grâces en une. Eh 
quoi ! me dit-elle > en fouriant , vous lifiez le 
Congrès de Cvthère ! — Oui , Madame , & je 
croyais lire une de vos productions. Il règne 
dans cet ouvrage , une grâce & un efprit qui 
rappellent à chaque infiant les vôtres , & Ton 
dirait que l'Auteur vous a dérobé votre pinceau, 
<— Un homme dérober le pinceau d'une femme ! 
Votre fexe n'en a pas befoin , & d'ailleurs nous 
avons un crayon à peine , & nous favons à peine 
defliner quelques portraits ; il n'appartient qu'à 
vous , Meilleurs , de faire de grands tableaux 
d'hiftoire — Les portraits reflemblants font bien 
préférables à de grands tableaux, & j'aime mieux 
les jolies figures de Petitot que les batailles d'A-« 
îexandre : vous n'ignorez pas , Madame > quin 
îenui labor ; mais pardon : quYi-je dit > J'oubliais 
que vous vous êtes agréablement moquée de notre 
latin , & que c'eft lui feul qui vous a fait nous 
appelîer des êtres fublimcs (i). — Cefl: avec raifon 
que je vous ai nommés ainfi. Le latin ! Le latin 1 

■ i ■ i i ■ ■ ■■■ m t 

Ci) 'On fe rappelle ces deux vers d'une jolie épîtr$ 
$mx hommes. 

N'avez-vous pas votre latin 

Qui vous rend des êtres fublimesf 



(7) 
j a-t-il lien de plus refpectable * Pour l'italien „ 
je l'aime , & (Virement vous le favez aufli , — un 
peu mieux que le latin ; je Taverne , & ce n'eft pas 
beaucoup dire , je parle toujours français , j'écris 
toujours en français , je ne lis prefque que du 
français , & il y a bien long - temps que je fuis 
forti du collège ; ne mériterais - je pas d'y ren- 
trer, & d'y effuyer même les petites corrections 
ordinaires , fi une folle préfomption me faifait 
vous dire que je connais à fond une langue 
morte depuis tant de fiècles , & que jamais je 
n'ai entendu parler à mes contemporains > — Eh 
quoi ! n'avez - vous pas lu Horace , Virgile , 
Ovide ? . . . . — Je les ai lus , Madame , & je crois 
les entendre à-peu-près aufîi-bien que les enten^ 
dait mon Régent ; mais , eft-ce une raifon pour 
que-je croie fçavoir leur langue > Les poëmes des 
anciens reffemblent à ces belles ftatues qui font 
toujours dans la même attitude, & dont l'immo- 
bilité eft le caractère permanent ;. les connoifleurs 
admirent la hardiefTe de leur forme , la régularité 
de leurs proportions ; on dirait quelles vont par- 
ler , mais elles n'ont point de mouA iment ; ce 
n'eft point d*elles que nous pouvons, apprendre 
à marcher , & jamais un petit Maître français 
n'a été chercher un Maître de danfe dans le parc 
de Verfailles ou dans Tattelier de Pajou. Ainfi , 
Madame , appeliez tant qu'il vous plaira les hom- 
mes à latin des êtres fublimcs ; je ne prends point 

A 4. 



( 8 ) 

te compliment pour moi , & je le renvoie à ceu* 
qui en font dignes. — Cette candeur me plaît , 
elle m'encourage , & je vous avouerai à mon tour 
que je fais l'italien aufïi peu que vous favez la 
langue qu'on parlait jadis à Rome ; j'en ai pris 
quelques leçons 5 lorfque je n'avais ritn de mieux 
à faire; & , ayant trop aimé peut-être le bal & 
la comédie , vous fentez que mes diftra&ions ont 
été fréquentes ; ce n'eft pas en fautant , en allant 
voir le Kain qu'on dévient une Madame Dacier 
ou une Marie Schurman. = Vous êtes à la fois 
une la Fayette & une Deshoulieres ; & que faut-il 
sde plus pour plaife & pour triompher ? — Il fau- 
drait pouvoir lire courremment le Congrès de 
Cythère , & je n'ai fait que l'épeller 3 fi vous le 
traduifîez pour mon initrudion — Le tra- 
duire , Madame ! je le veux bien , mais la lettre 
tue , comme vous le favez , & l'efprit vivifie ^ & , 
fi je traduis littéralement le Congrès de Cythère , 
vous ne ferez pas plus avancée que fi vous ne 
l'aviez jamais lu :— vous dites cependant que 
cet ouvrage eft joli , & je voudrais fort le con- 
naître. — Eh bien !" il me vient une idée qui 
Vous fatisfera peut-être ; je viens de lire deux fois le 
Congrès de Cythère ; il eft & il fera long-temps pré-* 
fent à mon imagination fur laquelle il a fait 
une impreflion allez vive , & je vais l'imiter en 
vers français 5 au lieu' de le traduire ; mais, je 
'imiterai de mémoire, c'eft-à-dire , fans le fecour* 



du livre que voilà, & fans avoir en aucune ma- 
nière le modèle fous les yeux. — Mais on dit 
que cet ouvrage eft plein de détails charmants , 
& comment pourrez-vous vous les rappeller •* — J© 
jne fouviendrai des mafTes , & le principal ne 
renferme-t-iî pas quelquefois les accefloires ? Un 
Ecrivain ordinaire , qui veut faire pafler dans 
notre langue un chef - d'oeuvre de l'antiquité ou 
tel autre chef-d'oeuvre , s'armera , avant tout, 
<i'un énorme Dictionnaire , & c'eil: là qu'il puife 
le génie qu'il n'a pas ; Dieu me préferve d'imiter 
les Traducteurs à tant la feuille ! Tandis que je 
m'occuperais à chercher des mots dans mon cale- 
pin , mes idées prendraient la fuite , & le feu de 
la compofïtion s'éteindrait, avant même qu'il eût 
commencé à m'échauffer. Mon imitation fera 
faible fans doute ; elle ne rendra point toutes 
les beautés de l'original , mais je vous réponds 
que du moins elle en renfermera l'efprit 5 & c'eft 
l'efprit feul d'un Auteur qui doit animer fon 
Copifte ; je ne m'affervirai point à la marche 
d'Algarotti , je ne le fuivrai point pas à pas ; Se 
que vous importe ? Pourvu qu'il faffe couler juf- 
qu'à moi un feul filet de l'Hippocrene , ce filet 
ne me fufnra-t-il pas pour me défaltérer dans la 
même fource que lui ? 

Ce qui fut dit fut fait : après une quinzaine 
de jours de travail , j'apportai à Madame la Corn- 
teffe de B. . . l'imitation! que je publie ; elle m'en 



( 10) 

parut fatîsfaîte ; & , glorieux de fon fuffirage , Je 
ne fongeai point aux nombreux défauts que Ton 
pouvait y relever ; je ne fongeai point que Ton 
pouvait me reprocher avec juftice les traits que 
j'avais puifés dans mon propre fonds & ajoutés à 
celui de mon Auteur ; je ne fongeai point aux 
négligences , aux omifîions , aux tranfpofitions 
même. L'illufion ne pouvait pas toujours durer ; 
je fus bientôt éclairé fur toutes ces fautes , er* 
xelifant l'original , & en le comparant avec la 
copie ; mais j'avais atteint le but que je m'étais 
propofé , celui de faire connaître à une femme 
aimable l'efprit d'un Ouvrage , dont les détails 
un peu trop longs auraient pu la fatiguer ; & que 
me falloit-il davantage > 

J'ai lu , me dit-elle , prefque tous les Ouvrages 
d'Algarotti , fon nom d'ailleurs revient trcs-fou- 
vent dans les Œuvres de Voltaire ; Algarotti eft 
un des Saints de ce Calendrier , mais je n'ai jamais, 
vu cet Italien célèbre : qu'était-ce, je vous prie % 
que cet Algarotti ? Pourriez - vous me donner 
quelques renfeignements fur fa vie privée ? Et 
doit-on le compter parmi les Grands Hommes du 
fiècle > Non , Madame , lui répondis-je , mais peu 
s'en faut. Voici un Précis de fon hiftoire. J'ai 
fupprimé plufieurs détails dans le Congrès de Cy- 
thère , j'en ferai autant dans la vie de mon Au- 
teur ; il ne faut pas caufer avec une jolie femme 
comme avec un Académicien des belles -lettres; 



f ») 

& , fi les Mufes ne peuvent point fe pafTer de la 
ceinture des Grâces, les Grâces n'ont pas befoin 3 
pour plaire , de l'érudition des Neuf Sœurs. 

Le Comte François Algarotti naquit à Venife» 
le il Décembre 1712 ; il n'a voit que 22 ans, 
îorfquil publia les Dialogues fur Voptique de 
Neuwton , Ouvrage dont Madame la Marquife 
du Châtelet follicita la dédicace , & quelle auroit 
obtenue , fî l'Auteur ne l'eût point déjà promife 
à Fontenelle. Madame du Boccage à agréé depuis 
celle de fes Epîtres. 

Voltaire à commencé de la forte une pièce de 
vers qu il lui adreiTa : 

Enfant du Pinde & de Cythère, 

Brillant & &ge Algarotti , 

A qui le Ciel a départi 

L'art d'aimer , d'écrire & de plaire. 

Voltaire lui a écrit au fujet du Congrès de 
Cythère : Je Vai lu & relu , les Grâces Pont diclé 
elles-mêmes , 6* vous Vaye\ écrit avec une plume 
tirée des ailes de V Amour. 

Voltaire enfin l'a fouvent appelle dans fes lettres ; 
CariJ/imo è illuftriffimo amico. 

Le Grand Frédéric, le Prince Henri de Prufle- 
fon frère , le feu Roi de Pologne furent aulîl les 
amis du Comte Algarotti , & il voulut bien leur 
permettre de devenir (es bienfaiteurs ; voilà les 
époques les plus glorieufes de fa vie , & fes 



(12) 

Ouvrages que vous avez lus font fes plus beaux 
titres contre la mort : elle l'enleva aux lettres & 
à fes amis le 3 Mai 1764 : que dis-je , le Grand 
Frédéric lui a fait élever un magnifique 7 tombeau 
avec cette infcription : Algarotto Ovidii cmulo , 
Neuwtoni difcipulo. Et, fi les Ouvrages d'Aï- 
garotti pouvaient périr , l'immortalité ne feroit 
pas moins fon partage. 

C'eft fort bien , ajouta Madame de B. . . . „ 
vous me dites beaucoup en peu de mots ; mais 
vous me laiflez ignorer fi le Congrès de Cythèrc 
avoit déjà été traduit foit en vers foit en profe , 
& je fuis curieufe de mon naturel , excepté pour 
tout ce qui regarde votre latin dont vous venez 
de me citer encore une phrafe. : — elle fignifie y 
Madame , à Algarottl , ùnulc d'O. ... — LaifTez , 
laitfez , il n'eft pas difficile à entendre celui-là , 
& je fuis devenue habile depuis que nous eau- 
fons : répondez à ma queftion ; avoit-on déjà tra- 
duit le Congrès de Cythère? — Oui, Madame, 
en profe plufieurs fois , & jamais en vers. 

Vous attendez peut-être , ami Lecteur , que je 
vous donne la fuite de cette converfation ; je le 
voudrais, mais il eft temps que je me retire & 
que je vous fouhaite le bon foir. 



N. B. Ce petit Poëme a paru dans l'AImanach des 
Mufes de l'année 1789. Il reparaît ici avec de légères 
corrections & augmentations. 




LES 

ÉTATS GÉNÉRAUX 

DE CYTHERE 



JLeS Bergers n'allaient plus fur les vertes fougère* 

Célébrer les appas de leus jeunes Bergères; 

Les plaifirs & les jeux n'habitaient plus les champs* 

Le rofîignol lui-même, aux accords fi touchants, 

Etait refté fans voix , & fon brillan: ramage 

Ne retentirait plus dans le trilte boccage. 

Tout languifTak enfin , tout femblait dépérir ; 

Le printemps n'avait plus ni rofes ni zephir ; 

Et l'oifeau de Vénus , la tendre tourterelle , 

Ayant cefle d'aimer , cédait d'être fidèle. 

L'abfence d'un enfant caufait tous ces malheurs : 

Que dis je ? Il n'était plus de vertus ni de mœurs ; 

Il en faut pour aimer , & Pahreufe licence 

Avait , du monde entier , exilé l'innocence. 

Les amants au bonheur préféraient le plaifïr ; 

Ils n'avaient que des fens , n'afpiraient qu'à jouir ; 

Leurs maitreffes pour eux n'étaient que des moitelics ; 

Et toujours embrafés de flammes criminelles, 

Ils ne connahTaient plus le charme des rigueurs: 



(i4 ) 

tes époux enivrés de groflières faveurs 

Avaient même laiiïc , du flambeau d'Hyme'née * 

S'éteindre fous leurs yeux la clarté' fortunée. 

L'Amour s'é'cigna d 1 eux mais fans quitter fa cour ; 

II ne retourna point au célefte féjour ; 

Il refta dans Cythcre , & raffemblant les Grâces 

Et tous les petits Dieux qui volent fur fes traces > 

La volupté , les jeux, fes frères les Amours j 

De l'aveu de fa mère il leur tint ce difeours. 

» Mon règne va finir , amis , j'ai tout à craindre ; 
Dans le cœur des humains je vois déjà s'éteindre 
Ces tranfporrs délicats , ces purs & tendres feux 
Qui font les vrais foutiens de l'empire amoureux ; 
L'Amour efc détrôné par la Galanterie ; 
Le fentiment fait place à la coquetterie ; 
Mes traits né portent plus , & ces mêmes mortels $ 
Qui venaient autrefois encenfer mes Autels , 
A des Dieux que je hais prodiguent leurs hommages" # 
Et l'Univers entier infulte à mes images. 
Oui , l'Afie ou jadis triomphèrent mes loix ; 
L'Afie où je vainquis tant de fuperbes Rois ; 
L'Afie eft maintenant livrée à des efclaves 
Qui ne font plus les miens , & de qui les entraves 
Infultent chaque jour à mon divin pouvoir. 

L'Amérique ô malheur qu'on ne peut concevoir ! 

A produit des poifons dont les vapeurs immondes 

Vous m'entendez ! Enfin je vois dans les deux mondes 
Mes Temples renverfés & mes Autels détruits. 
L'Europe me reliait , cette Europe où jadis , 
Où jufqu'à r rc'fcnt même au culte de Cythère , 
J'avais fournis l'Anglais, le Français & l'ibère : 
L'Europe m'abandonne ; un démon raifonneur , 
De ma gloire ennemi , jaloux de mon bonheur , 
Et qu'un monde infenfé nomme philofophie , 
Eft; l'idole fatale à qui l'on facrifîe j 



( 15 ) 

On s'occupe de lois , fur-tout de liberté ; 

De liberté! mon joug lui-même eft détefté. 

On fait plus : des Dofteurs, dont rien n'échauffe l'ame , 
Au lieu de la fentir , analyfent ma flamme, 
Et l'efprit veut régler les mouvements du cœur. 
Suis-je encor votre Roi î Suis-je encor ce vainqueur 
Qui terrafîa jadis les Héros les plus braves ; 
Qui mit Jupiter même au rang de fes efclaves ; 
Qui dompta le fier Mars jufqu'alors indompté t 
Et fit tomber Alcide aux pieds de la beauté ? 
Il eft: temps , il efl: temps que ce défordre ceffe ; 
Que je relève enfin l'Autel de la tendreffe , 
Et que mes traits par-tout heureufement lancés, 
Par des Dieux ennemis ne foient plus repoulfés : 
De vos fages avis mon deftin va dépendre «. 

Il dit : un bruit confus alors fe fait entendre 
Du Souverain ailé , pour féconder les vœux , 
Les ris & les amours , les plaifîrs & les jeux 
Se hâtent d'opiner , mais fans pouvoir conclure ; 
Si leur zèle eft ardent , leur fageffe efl: peu sûre 9 
Et l'Amour attend peu du confeil enfantin. 
La Volupté fe lève , à l'éclat de fon teint 
Qui la méconnaîtrait ? Une bouche où la rofe , 
A peine s'entrouvrant , paraît à peine éclofe , 
Un fein où deux boutons , doux tréfors de l'amant « 
Des baifers de la veille enfles légèrement, 
De la reine des fleurs reoroduifent l'image ; 
Tels font fes attributs dignes de notre hommage ; 
Quand Vénus eft abfcnte aux confeils de Paphos , 
C'eft elle qui prefide , elle parle en ces mots : 

» Sur ces grands intérêts , s'il faut que je prononce , 
Ton danger eft le nôtre , Amour , tout me l'annonce, 
Et pourrais-je , à conclure , héfiter un moment ? 
Que l'envoyé des Dieux par ton commandement ; 
Que Mercure en Europe aille chercher trois belles 



(ï6) 

Dans trois climats divers, & dès que ces mortelle* 

Nous auront de l'Europe expliqué les fouhaits, 

Qu'il fc tienne à Cythère un amoureux Congrès. 

Là , d'après leurs récits , promulguant des loix fages , 

Tu feras refîcawr les antiques ufages , 

Et l'Univers entier , rentrant dans le devoir , 

Ne méconnaîtra plus ton fupreme pouvoir «« 

Elle dit : aulïï-tôt d'une voix unanime 
Tout Cythère applaudit au zèle qui l'anime ; 
Mercure de l'Amour eft le fidèle agent , 
On le mande, il arrive, & d'un vol diligent J 
Il traverfe des airs l'étendue azurée, 
D'un nuage qui cède au (buffle de Borée ; 
La courfe eft moins rapide & fera-t-on furpris 
Que fon inftincT: d'abord leconduife à Paris? 
Cette ville toujours des Grâces fut Pafyle. 
Dans le fein des beaux arts & d'un loifir tranquilUj 
C'eft-là que mille objets , encenfés tour- à-tour , 
Régnent par les attraits & font régner l'amour. 
On les voit dans les bals , on les voit aux fpe&acles 
De leur beauté naifTante étaler les miracles ; 
Et , pour les rencontrer , fans peine on le croira , 
Mercure arrive à peine & vole à l'Opéra. 
Li volage Zélis , fur fes jeunes rivales , 
L'emportait feule alors & n'avait point d'égales ; 
Son teint offrait l'éclat des rofes du printemps , 
Ses grands yeux noirs, armés de feux doux & brillants, 
Rayonnaient au travers d'une longue paupière , 
Et femblaient autour d'elle épandre la lumière. 
On ne pouvait la voir fans en être enchanté , 
Aux talents de Pefprit nuifent la beauté ; 
On ne pouvait l'entendre & refter infenfible f 
Elle avait tout pour plaire & fa grâce invincible , 
Quoique fille de l'art refpirait la candeur. 

Seniible , & n'afpirant qu'à maîtrifer un coeur, 

Miîadl 



< i7 > 

^Miladl Germanfoti, à fes côtés aflife , 

LaifTait voir fur fon front une tendre furprife , 

-Et femblak de Quinaut , favourant les chanfons , 

Prendre de l'art d'aimer les premières leçons. 

Moins vire que Zclis , mais fur-tout moins coquette , 

Elle avait l'air enfemble attentive & diftraite ; 

Et tandis que des pleurs roulaient dans fes beaux yeux^ 

Sur fes lèvres errant un fouris gracieux 

De fon ame peignait la naïve allégreiTe. 

Corilla , non loin d'elle, aimable enchantereûTe ^ 
D'Armide ou de Circé rappellait les appas ; 
L'amour de la feience avait conduit fes pas 
Du rivage du Tibre à celui de ,1a Seine ; 
Elle éteit belle & fage & la fierté romaine 
Refpirait dans fes traits comme dans fes regards ; 
Tout en elle annonçait la fille des Cefars. 

La voix des inftruraents. ne. fe fait plus entendre; 
De leur petite loge on voit alors defeendre 
La tendre Germanfon , la do&e Corilla 
Que Zélis précédait & Mercure étoit là - y 
Qui , du peuple badaut , pour mieux tromper la vue, 
Avait pris une forme à fes, yeux inconnue. 
Mercure efl: éloquent : fes difeours féducteurs . 
Aifément par l'oreille arrivent dans les coeurs , 
Ses difeours ont bientôt charme 1 les trois mortelles ; 
Il leur dit que l'Amour, ne régnant que; par elles, a 
Se difpofe à tenir des États-Généraux, 
Et veut les confulter fur des projets nouveaux* 
A ce doux nom d'amour, quelle naïve joie, 
Sur leur front éclairci tout— à-coup fe déploie ! 
Toutes trois à l'cnvi s'apprêtent à partir. 

Je ne crois pas , lecteur , devoir vous avenir 
Qu'un Dieu marche toujours efeorté d'un nuage, 
Et que les immortels n'ont pas d'autre équipage j 
Un nuage était là 7 qui , s'approchant foudain , 

8 



( 18 ) 

Aux trois jeunes beautés ouvre Ton large fein > 
Les y reçoit, & tel qu'un tourbillon s'envole. 
Légèrement porté fur les ailes d'Eole. 

Au voyage des airs Mercure accoutumé 
Dans les airs les précède , & Courier emplumé 
Se hâte d'arriver le premier à Cythère ; 
L'Amour rêvait alors dans un bois (binaire , 
Il appcrçoit Mercure & fe hâte à ibn tour 
D'annoncer de ce Dieu le fortuné retour , 
Et le futur" Congrus à fes peuples fidèles. 
Il fait tout préparer pour fêter les mortelles 
Que vient fi faiblement d'efquifTer mon pinceau ; 
Il avait , pour les voir ,i détaché fon bandeau , 
Et ce trait en dit plus qu'un long panégyrique. 
De fori ïéraplc pourtant l'enceinte magnifique 
S'ouvre à l'ordre qu'il donne , & dans le même inftanC 
Monte le jeune Dieu fur ira trône éclatant, 
Que d'un peuple nombreux le cortège environne ; 
C'eft un mirthe enlacé qui lui fert de couronne , 
Un flambeau rehverfé , des carquois & des dards 
Se croîfént à fes pieds confufément épars , 
Et fur les murs du Temple , où refpire fa gloire t 
Une fçavante main deflina fon hiftoire. 
Là, Pfiché, de plaifir autant que de frayeur, 
Se pâme à fon afpect ; plus loin un trait vainqueur 1 
Parc de fo main débile , & perçant le nuage , 
Au fein même des Dieux va porter le ravage; 
Appollon auffi-tôt s'enflamme pour Daphné ; 
Le brûlant Jupiter, près d'Europe entrainé, 
En taureau fe tranforme afin de la féduire , 
Et l'emporte avec lui fur le liquide empire ; 
Le fpedateur furpris , voit la Nymphe rougir , 
Et plus furpris du Dieu , croit l'entendre mugir. 

Ici , de Danaé la galante aventure 

Mais d'une merveillcufe & riante peinture 



(i9 ) 

Veux-'e donc retracer tous les efforts divers! 

La beauté vous appelle, où courez- vous mes yznl..,*', 

Le nuage defcend & les trois voyageufes 
Aux regards de l'amour en fortent radieufes, 
Comme on voit le matin l'aurore au front vermâl 
Majeftueufement précéder le foleil. 
Les mains plaines de fleurs nouvellement éclofes , 
Les ze'pkirs fur leur trace éparpillent les rofes t 
Et d'œuillets parfumés ils fement le chemin , 
La violette ici croît avec le jafmin , 
Le lys à leur côté lève fon front fuperbe , 
Et Thumble réféda qui fe cache fous l'herbe 
EU trahi par l'odeur qui s'exhale à l'entour ; 
L'air , la terre & les eaux tout refpirait l'amour» 

L'agréable Zélis brillait par fa parure 
Et devoit prefque à l'art autant qu'à la nature 5 
Belle de (es appas , belle de fes atours , 
Un taffetas léger en fermoit les contours 
De ces globes mourants que l'amant idolâtre, 
Où la rofe fleurit fur deux monceaux d'albâtre pc 
Et l'oeil pouvait tout voir , quoique tout fut cache!» 
D'un chapeau fur fon front mollement attaché , 
L'Anglaife Gcrmanfon avait orné fa tête. , 
Telle, dans le village, on voit, un jour de fète f 
La Bergère fcnfible , elle brille fans art , 
"Et fa joue innocente ignore encor le fard ; 
Cefb aux bords d'un ruiffeau qu'elle fait fa toillettc* 
Les cheveux furmontés d'une éclatante aigrette 
D'où jaillirToit le feu des plus beaux diamants , 
La do«5te Corilla s'avancoit à pas lents, 
Lorfque d'un doux fouris honorant les trois belles 
Le Dieu les fait aifeoir : « adorables mor : elles , 
Leur dit-il, avec grâce : on fe plaint chaque joux 
Qu'exilé dans les lieux où réfide ma cour , 
Je rçfufç aux humains ma divine préfeace ,. 

B z 



( ao ) 

Et que ïe monde entier gémit de mon abfence^ 
Mon coeur , vous le favez , n'aime point à punir , 
Touché de tant de maux je prétends les finir. 
Des vœux de l'univers, belles dépofuaires, 
Faites-les moi connoître : à mes facrés myftcres, 
Admifes par l'hymen, vous pouvez m'éclairer, 
Et fi j'eus quelques torts je veux les réparer, 
Je veux rendre aux mortels la joie & l.'efpûrance ;, 
L'Angleterre fur-tout , l'Italie ôc la France , 
Où j'ai vu de mon npm' Ce propager l'honneur , 
Par vous toutes les trois vont 'renaître au bonheur. 
L'aimable Germanfon dont lu/ganc ëft fi tendre, 
£ft celle que d'abord je délire . d'entendre , 
Après eUfc 'Zelis reprendra le ,difcours ; 
La do&e Corrilla , du: congres- des amours 
Fermera la ieance , Se ,. déployant fes ailes , 
Mercure , accompa-gné d'éril' flaires fidèles t 
Ira dans les bouùoirs de Londres & de Paris , 
Faire appofer les fceaux à mes nouveaux édits. 

Aux ordres de l'amour .obéir, la première, 
Eft un droit glorieux dont toute ang'aife eft fière, 
Et qui flatte fur-tout le cœur de Germanfon. 

Dieu puiflant , répond-elle , ah ! c'eft avec raifon 
Que tu /uis les mortels , & que , par ton abfence , 
Tu punis leur coupable & longue indifférence ; 
Sont-ils dignes encor des faveurs de l'amour? 
Dan* l'île infortunée où j'ai reçu le jour , 
Qu'eft-ce que tu verrais ? Au joug de l'hyménée , 
Parmi nous une belle eft à peine enchaînée, 
Que prenant un defpote , & non pas un époux , 
Il faut qu'elle renonce aux plaifirs les plus doux; 
Nos maris n'ont jamais connu ces prévenances, ' 
Ces égards délicats , ces tendres complaifanccs , 
Qui font chérir tes lois & fondent ton pou voir J 
Ils changent trifteœeac 1» plaiûr en devoir , 






(il) 

Tes faveurs , à leurs yeux , ne font qu'un vil falaïre , 

Et croyant que leurs droits 'es difpenfent de plaire ; 

Toujours mornes & froids dans leurs embraflemens , 

Ils nous font de Mezance éprouver les tourments , 

Le calme du trépas toujours nous environne. 

Des que l'allie du jour de rayons fe couronne , 

Il faut prendre le thé ; ces Meilleurs un moment 

Daignent nous vifiter dans notre appartement , 

C'eft nous qui leur verfons la boifïbn iniîpide , 

Tandis que dévorés par un fplécn homicide , 

Ils gardent le lilence ou tiennent des difeours 

Dont la févérité chaiîe au loin les amours. 

Les amours envolés , nous fuyons fur leurs traces 9 

Ces Meilleurs reftent feuls : abandonnés des Grâces , 

Des wîghs & des Thons , ils traitent longuement t 

Ils difeutent à fond un biil du Parlement , 

D'après le Morningue-poO: ou telle autre gazette 

De l'Etat obéré , comptent payer la dette y 

Et faifant en idée 8c la guerre & la paix , 

Triomphent jde l'Ibère ou battent le Français, 

Rivaux de Cicéron leur rapide éloquence, 

JFait pencher tour à tour ou monter la balance 

Des deûins de l'Etat confiés à leur voix , 

Sur leur trône fragile ils font trembler leurs Rois \ 

Mais qu'importe après tout ce talent qu'on admire, 

Si dans le tête à tète ils n'ont rien à nous dire , 

Et s'ils ne favent point caqueter avec nous , 

Le langage du cœur n'eft-il pas le plus doux 1 

De tréfors , il eft yrai , que l'Angleterre abonde , 

Les rubis d'Orient , les perles de Golconde y 

Sur l'aiie du commerce y volent tranfportés ;. 

Eft-ce un bonheur, amour., qu'à nos yeux enchantes 9 

Eclate un vain amas de richeifes frivoles? 

Et qu'un nouveau Jafon , parcourant les deux potes- 

Pt ces biens corrupteurs en revienne chargé 1 

a ï 



( « ) 

Le Français plus heureux eft par toi protégé 

De beautés en beautés il voltige fans cette , 

Et dans ramufement il place fa richefle. 

Que l'Anglais en diffère ! Aiïîs à Ton comptoir 

Le matin il calcule , il calcule le fo : r ; 

On voit l'or fous fes doigts fuivre l'or qui circule ; 

Le Français en a moins & jamais ne calcule j 

Peuple folâtre & gai te blâme qui voudra ! 

On s'ennuie à la Bourfe , on chante à l'Opéra, 

Toutes trois nous venons d'admirer ce fpectacle ' T 

C'eft là que les beaux arts, par un double miracle, 

RaviiTent à la fois & l'oreille Se les yeux , 

Plongent l'ame aux enfers ou l'élevent aux deux, 

A ces plaifirs décents l'Anglais eft peu fenfible : 

Que dis-je ! nous voyons ton ennemi terrible , 

L^arTreux libertinage égarer nos époux ; 

Nous voyons des Phrinés qui l'emportent fur nous 

Profaner chaque jour ton culte légitime ; 

Nous les voyons , ayant de frapper leur victime , 

D'une impudique main la couronner de fleurs. 

Tu n'as plus parmi nous de facrifïcateurs , 

Plus d'Autels , plus de Temple , & pourras-tu le croire ? 

Ces Anglais fî fameux au Temple de mémoire , 

Qui les premiers de l'ame ont connu les relions, 

Qui l'ont analyfée & de qui les efforts 

Ont deviné des cieux l'admirable ftructure , 

Et des fots préjugés démafqué l'impofture ; 

Ces Anglais ont ofé douter de ton pouvoir ; 

Ils difent que l'amour ne peut fe concevoir , 

Qu'au bonheur de humains il eft peu nécelfaire T 

Et que fans ton fecours on apprend l'art de plaira 

Punis ces infenfés. Qu'ils brûlent de tes feux , 

Ou plutôt , Dieu puilfant , lai lie tomber fur eux 

Ce regard de bonté qui fied à la clémcn;e 

I?aigne éclairer leurs yeux & guérir leur décence. 



( 13 ) 

C'eft de la liberté que l'Anglais efl: épris, 
Cette fîere déefTe enchante fes efprits , 
Mais doit-ci' c étouffer fes vertus naturelles ! 
Qu'il détefte les Rois & qu'il ferve les belles u. 

Elle avait dit à peine : un nuage envieux 
S'étendant fur fon front vient couvrir fes beaux yeux , 
Et l'on en Yo:t couler quelques larmes furtives ; 
ta coquette Zélis que fes plaintes naïves 
Ont faiblement touchée avec un doux fouris , 
Commence par répondre à l'enfant de Cypris ' r 
Et , faiuant bientôt l'affembée impofante , 
Elle ajoute ces mots d'une voix careffante. 
» Amour , il eft trop vrai que dans l'affli&ion , 
Ton abfence a plongé la fuperbe Albion ; 
Les pleurs de Miladi viennent de nous l'apprendre r 
Plus heureufe je n'ai que des grâces à rendre : 
Tu feins apparemment d'avoir quitté Paris : 
Que fert de nous tromper 1 Des pîaifirs & de ris 
Paris fera toujours le délectable afyle, 
On t'y fête fan. cefle à la cour, à la ville/ 
Et t'on chiffre fe mêle à celui de nos Rois : 
Que dis-je ? Le Français pour prix de fes exploits 
Veut pouvoir allier , dans la même couronne , 
Le mirthe de Vénus au laurier de Bellone , 
Et les tenir fur-tout des mains de la beauté ;, 
Fier d'avoir fous tes loix perdu fa liberté 
C'cft pour toi feulement & par toi qu'il refpire : 
Plus que Cythère enfin la France efl: ton empire ; 
Nos Poètes fans toi feroienr-ils infpités ? 
Ils te doivent leurs vers en tous lieux admirés r 
Et c y cCt à ton flambeau qu'allumant leur génie ,. 
Ils fe font applaudir des Kflmphes d'Aonie. 
Paphos efl leur parnafie & l'amour eft leur Dieu 
Anacréon revît dans le galant Chaulieu ; 
Tibulle dans Pami 9 Beiifîlers nous rend Catiiil :, 

B 4. 



Dorât de tous les trois nous a montré l'émule ; 

Imbert t'eft dévoué , ton mlrthe a refleuri , 

Lorfqu'il a célébré ton héros favori ; 

Et , grâces au pinceau de l'immortel Racine , 

La fcène brûle encor de ta flamme divine ; 

Zaïre eft ton ouvrage, & d'Ariane en pleurs, 

C'eft par toi que vivront les touchantes douleurs , 

Par toi que Montefquieu , fe transportant à Gnidc, 

En a fixé les traits fous fon crayon rapide ; 

Nos beautés , il eft vrai , dans leurs paifibles feux , 

Des vives paillons font d'agréables jeux ; 

Elles n'imitent point Hermione , Roxane , 

Et nos amants n'ont point les fureurs d'Orofmane ; 

C'eft pour te plaire mieux & mieux fuivre tes loix, 

Si le fort t'a donné des flèches , un carquois t 

A ces préfents cruels n'a-t-il pas joint des aîles ? 

Et n'es-tu pas fur-tout le Dieu des infidèles ? 

Ceft l'être des Français : oui , tu règnes fur eux ; 

C'eft ta préfenec , amour , qui les rend tous heureux; 

Leur théâtre en tout temps re;entït de ta gloire , 

Et nos petits foupirs font tes champs de victoire; 

C'eft toi feul qui des miens fis toujours les honneurs , 

Ta main même fouvent m'y couronne de fleurs , 

M'y verfe le Champagne & fçait avec adretfe , 

A l'aide de Bacchus , réveiller ma tendreffe. 

Paris efl ton fejour, c'eft là que chaque nuit 3 

Dans l'alcove d'Eglé , tu pénètres fans bruit , 

Célimènc a Ton tour, chez elle tu repofes , 

Sur l'ouate parfumée ou fur des lits de rofes ; 

D'un jeune Colonel tu prends tantôt les traits , 

Et d'un Abbé tantôt les féminins attraits , 

Dans un cabriolet tu roules fur l'arène , 

Où le grand Nicolet des maîtres de la feene ; 

Parodie à fon gré, les chefs-d'œuvres divers^ 

Ame de mes pîaïfîrs , foiïrce do nos tràv< 

Aux boulevards le foir , le matin aux toilettes , 



( 15 ) 

On te troave par-tout , même chez les grifettes ; 
De ta préfence en vain tu veux faire un fecret , 
Pour la première fois deviendrais-tu diferet ? 

Difcret ! cette vertu pouvait être à la mode; 

Quand on lifait l'aftrée ; on fuit un autre code , 

On ne s'enchaîne plus qu'avec des nœuds de fleurs , 

On a fur-tout banni les fadeurs , les langueurs , 

Et Céladon perdrait & fon tems & £i peine ; 

Nos plus longues amours vont jufqu'à la huitaine , 

Et nos ferments légers font rivaux des zéphirs. 

Et que fert en effet de pouffer des foupirs , 

Et de voir s'éclipfer au fein de la trifteffe 

Les jours fî pre'cieux d'une prompte jeunefTe ? 

La Lande à ma toilette eft quelquefois venu ; 

Ce fage , à qui des deux tout l'empire efl: connu , 

M'a du monde , en deux mots , expliqué le fyftême ; 

Je l'ai compris fans peine , & pourquoi , loriqu'on aime y 

Transformer en travail un palfe-tems fi doux? 

Une femme eft aimable ! on tombe à fes genoux , 

On devine, on entend fon timide fiîence , 

Et voilà tout : l'amour n'eft point une feience , 

De l'art des Caflini nous avons fait un jeu ; 

A d'auftères calculs veut-on foumettre un feu 

Qui malgré nous fouvent en nous fe développe , 

Et lire dans un coeur avec un microfeope ? 

C'eft la réflexion qui produit l'amitié , 

Le tems qui l'affermit ; elle fe traîne à pie 

Pour arriver au but , l'amour Yole , il s'élance ; 

Et , femblable à l'éclair -, il franchit la diftance 

Qui fépare deux coeurs l'un de l'autre charme's, 

Ses feux du moindre choc éclatent allumés ; 

Plus on veut les éteindre , & plus on les augmente ; 

Quels foyers plus ardents que les yeux d'une amante? 

Epicure fut fage , il eut le bon efprit ; 

Jouifïcns avant tcu: , ce gfaad homme l'a dit 5 



( fi ) 

Tout mortel de plaifîrs doit fe montrer avide. 

Tu ne peux ignorer que le galant Ovide , 
Expliquant à demi ces préceptes divers , 
Les avait embellis du charme de fes vers ; 
Et que le monde entier lui donna Ton fuffrage ' 7 
Ovide n'avait fait qu'ébaucher fon ouvrage ; 
Nous l'avons achevé, le français inconftant 
A toujours l'art de plaire , & n'aime qu'un inftant. 
Que fa légèreté foit prife pour modèle , 
Ordonne à ces beautés qu'un refpe&able zèle 
A fait ici venir pour la première fois , 
D'adopter ma morale & de fuivre les loix 
Dont je viens d'efquilîer une faible peinture 
Et qu'enfeigna jadis la fecle d'Epicure. 

Le jeune Roi des cœurs fourit à ce difcours y 
Et l'appiaudiiïement des volages amours 
En fît monter le bruit à la voûte célefte ; 
La dodle Corilla , levant un front modefte : 
Que je plains les Français , dit-elle , & quelle erreur 
Les enflamme à ce point pour l'ombre du bonheur ! 
Ah ! peut-on être heureux quand on eft infidèle 1 
L'Angleterre elle-même à tes ordres rebelle 
Peut-elle , amour , goûter quelque félicité ? 
Sans doure il faut aimer , mais avec pureté ; 
Sans projets , fans defîrs , fans efpérance même , 
Dans l'union des cœurs efl le bonheur fuprême ; 
A quoi fonge Abeillard , lorfqu'après fon malheur , 
Il accufe du fort l'inflexible rigueur ? 
Avant le coup affreux que fans cerfe il déplore , 

Héloïfe l'aimait Elle fait plus encore : 

Héloïfe pour lui brûle d'un fi beau feu , 
Qu'Abaillard , fon amant, eft devenu fon dieu-j 
Héloïfe par-tout le voit , fe le retrace ; 
Et, tout abf. nt qu'il eft, Héloïfe FembrafTe. 
Qui vit chafte , s'élève au-dcflus des héros, 



( *7 ) 

Et c'eft defcendre au rang des plus vils animait 

Que d\cou:er des fens le dangereux murmure. 

II le faut étouffer &c dompter la nature. 

Et peut-on préférer , fans perdre la raiion , 

Le dogme d'Epicure à celui de Platon ? 

Phton feul peut des fens réprimer 'e délirç j 

Tout fage qui l'a lu, fe plaît à le relire ; 

Des folles pallions il rend l'homme vainqueur,. 

Et par le vrai chemin le conduit au bonheur ; 

J'ai vainement prêché fon augufte morale 

Aux Romains d'aujourd'hui, par une erreur fatilc , 

Que je n'ai pu détruire , iîs font tous entraînés 

Vers les plaifïrs des fens les plus défordonnés ; 

Jouir eft leur fyftême ; & , fi leurs fiers ancêtres 

De l'univers jadis fe font rendus les maîtres , 

Peu jaloux de leur g'oire , ils fuivent d'autre loir ; 

Le luxe a vaincu Rome une féconde fois : 

Que dis-je ? ô mon pays ! faut-il que je l'avoue? 

Rome depuis long-temps eft une autre Capoue \ 

Pétrone & Tigellin y remplacent Brutus ; 

L'impudente débauche en bannit les vertus 

Et règne infolemment aux murs du Capnole ; 

Le Français eft volage , inconféquent , frivole ; 

Mais , flexible , de mœurs il peut bientôt changer , 

Et l'Anglais fous ton joug de nouveau fe ranger. 

Sçais-tu jufqucs où va la molleiTe romaine, ? 

Des faveurs fans olftacle & du plaifir fans peine, 

De mes concitoyens voilà quels fon les vœux , 

Même avant que d'aimer , ils brûlent d'être heureux* 

Pétrarque cependant , ce tendre amant de Laure , 

Dont le nom a volé du cov.chant à l'aurcre , 

A mes Concitoyens , Pétrarque , ami des mœurs * 

A peint le pur amour dans fes vers enchanteurs ; 

Sans efpoir d'en jouir il chanta fa rnanrefïe , 

Et le Dante imita cette délicatcllc 7 



( 18 ) 

A quoî -perifent-'ls donc ces mortels infenfés 
Qui , de tes mirthes verds fans effort amaflés , 
Voudraient impunément pouvoir ceindre leur tête? 
Et jouir fans combat du fruit de la conquête. 
C'eft l'ombre qui du jour rend les traits éclatants ; 
L'hiver , le feul hiver embellit le printems , 
Sur un tapis de fleurs l'œil charmé fe repofe , 
Et le chardon y croît à côté de la rofe. 
A ma prière, amour , lai fle-toi donc fléchir ; 
Les Romains font encor dignes de te fervir. 
Si tu yeux fous leurs pas fermer les précipices» 
Etouffe leur ardeur pour ces faillies délices , 
Pour ces pîaiiîrs grofîlers que proferit la raifon , 
E*. qui dégradent l'homme en fa jeune faifon ; 
Qu'un feu pur &c facré dans leur ame s'allume , 
Tu mêlas à ton miel toujours quelque amertume ; 
Guéris-les d'un délire, hélas ! trop dangereux ; 
Qui ne s'abfëint jamais , ne fut jamais heureux , 
Et de foi triompher efl la feule victoire, 
Qui guide les mortels au temple de la gloire. 

C'eft mei , répond le Dieu , qui peuple l'univers-, 
Qui féconde à la fois & la terre & les airs , 
Et qui fais au printems , fur les liquides plaines , 
Bondir.de volupté les pefantes baleines. 
Je révère Platon , mais il éteint mes feux , 
Et je verrais le monde expirer avec eux , 
Si j'adoptais jamais fes rigoureux fyftcmes ; 
Il faut , pour être fage , éviter les extrêmes ; 
Le Romain aime trop les voluptés des fens , 
Et les Français plus vifs fur-tout , plus inconitants , 
Portent à trop d'objets leur hommage éphémère. 
L'Anglais doit réformer fon morne caractère ; 
Ce peuple a des talents ainfi que des vertus , 
Mais qu'il prife un peu moins les faveurs de Plutus y 
Et que la politique occupe (notas foa ame i 



f 19 ) 

Que malgré fon orgueuil, aux genoux d'une femme j 

Il tombe plus Couvent , & qu'il fâche de moi 

Que , fans s'humilier , on peut fubir ma loi. 

Que plaire c'eft régner , & que mes mains font prêtes 

A couronner fon front pour prix de fes conquêtes , 

S'il voulait , renonçant à l'empire des eaux , 

Plus fouvent fe ranger fous mes nobles drapeaux; 

Qa'à ion tour le Romain, fuivant d'autres exemples, 

Aime plus purement , & n'offre dans mes temples 

Qu'un encens agréable à ma divinité ; 

Je hais la pruderie au maintien afFe&é ; 

Mais il eft deux amours , l'un fils de la licence , 

L'autre du fentiment fur-tout de l'innocence , 

Et ces nobles parents , dont j'ai reçu le jour , 

Sont les feuls que j'avoue, ils ont créé l'amour; 

L'autre eft un impofteur , un fourbe , un téméraire 

Qui prend ma reiïemblance & qui fe dit mon frerc. 

Pour le Français je l'aime & ne m'en cache pas ; 
Je vifite. fouvent fes fortunés climats, 
Et Paris eu fur-tout le féjour qui m'attire ; 
Mais , toujours entraîné par le même délire , 
De la brune à la blonde il vole incefîamment 9 
Et croit que lé bonheur eft dans le changement ; 
Que je plains fa manie ! aimer toutes les belles 
N'eft pas un sûr moyen de fe faire aimer d'elles , 
Et ce n'eft point jouir que de tout effleurer; 
Le frivole Français a l'air de préférer 
Au plaifir d'être heureux le foin de le paraîre ; 
Ah ! ce n'eft pas ainfi que Ton parvient à l'être ; 
Mes héros les plus chers furent toujours confiants, 
Et mes feux difpcrfés ne durent pas long-tems. 
Le Français eft fur-tout ennemi du myftêre , 
S'il veut me bien fervir qu'il apprenne à fe taire * 
Qu'il évite l'éclat & les vaines rumeurs ; 
Pourquoi de cent beautés divulguer les faveurs ? 



(30 ) 

Le mortel quî trahit la femme qui l'adore 
S'avilit plus encor qu'il ne la déshonore , 
Et l'injifcrétion eft le plus grand forfait. 
Voulez-vous donc favoir quel eft l'amant parfait? 
Celui qui par venu fe voue à mon fervice , 
Qui me fait de fon cœur un entier facrifîce , 
Et qui toujours fournis à mon culte, à mes loix, 
Addre cenftamment l'objet d'un premier choix; 
Qui donnerait pour lui fa vie & fa fortune ; 
Qui pour lui braverait & Bellone & Neptune ; 
Qui toujours fon efclave en dépendrait toujours ; 
Et qui ; fuyant le monde & la pompe des cours * 
Satisfait de fon fort dans fa belle maîtrelTe , 
Trouverait fen bonheur, fa gloire & fa richeffe. 
Je dois vous dire plus : fâchez à votre tour , 
Que mon feu pour durer exige du retour ; 
Qu'il faut toujours aimer , quand on veut être aimée, 
Et qu'il s'éteint bientôt ou s'exhale en fumée, 
S'il n'eft point réciproque & s'il celTe un moment 
De dévorer enfemble & l'amante & l'amant. 
Que de dogmes encore il vous refte à connaître ! 
L'amant n'a point le droit de s'ériger en maître , 
L'amante cependant , quelque foit fon pouvoir , 
N'en doit point abufer ; & , fon premier devoir , 
Si toujours elle veut qu'il lui refte fidèle , 
Eft de voir fon amant auprès d'un autre belle , 
Sans noire jaloufie & fans tous ces tranfpons 
Qui de Tarne à la fin ufent tous les refforts, 
Corrompent mes douceurs , & dont les barbaries 
Font des grâces, mes fœurs, de nouvelles furies ; 
Des efclaves nombreux qu'en mes fers je retiens t 
La noble confiance eft le plus fort lien , 
Et Pihconftance naît de la dure contrainte. 
Gouvernés par l'amour & jamais par la crainte a 
O vous qui mYcoûtez & fur-tout n'alléz'pas ^ 



X 3i ) 

Fieres de vos attraits , lailTer jufqu'au trépas 
Soupirer à vos pieds l'amant flnfibie & tendre , 
L'art de vaincre pour vous n'efl que l'art de vous rendre. 
Vous avez entendu mon ordre feuverain , 
Aux lieux d'où vous venez retournez donc foudain \ 
Si la France , Albion & fur-tout l'Italie 
Veulent s'y conformer , j'abandonne Idalie ; 
Je revole en' Europe & fixe mon féjour 
Aux lieux où fi long-tems on outragea l'amour» 
Ainfi parla le Dieu qu'on adore à Cythère. 

Ce difeours étoit fage encor qu'un peu févère s 
Il charme toutefois la tendre Germanfon. 
Et , profilant bientôt d'une utile leçon , 
La docte Corilla renonce au platonifme , 
Chimère refpectable §c vertueux fophifme. 
L'agréable- Zélis , dans le fond de fon cœur , 
Se promet à regret de n'avoir qu'un vainqueur , 
Et craint de retrouver le Français moins volage. 

On foupe cependant & fur-tout en voyage; 
Le temple au même inftant fe change en un bofqûec 
Où l'on voit s'élever la table du banquet ; 
L'amour vient s'y placer, & fur des fleurs nouvelles j 
Il fait à fes côtés alTeoir les trois mortelles , 
Les trois Grâces auiïi ; Vénus en ce moment , 
Seule dans fon palais avec Mars fon amant , 
Se livrait aux plaifirs dont elle eft idolâtre. 

Il eft temps que l'amour devienne un peu folâtre j 
Au Congrès impofant tant qu'il a préfidé , 
La rai fon & la loi tour*i-tour l'ont guidé \ 
Son front s'épanouit , le feu de la faillie 
Brille dans fes difeours , & la brufque folie , 
Tout autour de la table agitant fes grelots , 
Y fait naître la joie & courir les bons mots \ 
On fe levé ; Mercure en Miniftre fidèle , 
Dans fon pays natal reconduit chaque belle» 



( 3* ) 

Et bientôt chaque telle , apôtre de l'amour ,* 
Prêchant le nouveau code à la ville , à la cour 
Travaille à réformer les mœurs de fa patrie. 
Le monde eft-il plus fage ? A la galanterie 
A-t-cn fubftitué le tendre fentiment ? 
Efl-on plus délicat , plus fidèle en aimant ? 
Hélas ! je n'en crois rien , & s'il faut ne rien taire, 
Le véritable amour n'a point quitté Cytlfcre, 



Envoi à Madame la ComteJJe de B. 

De Zélis vous avez les grâces 
Sans avoir fa légèreté , 
De Germanfon la fenfîbilité, 
D e Corilla Pefprit , la noble urbanité , 
Et fixant près de vous les modernes Horaces, 
Par le génie & la beauté , 
Vous les enchaînez fur vos traces. 
Ah ! fi les dons que vous réunifiez 
Chez vos rivales difperfés , 
< Pouvaient devenir leur partage , 

Zc véritable amour n'eût point quitté Paris 9 

Et malgré notre humeur volage , 
Kous ferions de ce Dieu les dignes favoris* 



F I N, 



m