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LES ÉTOILES
CURIOSITÉS DU CIEL
ŒUVRES DE CAMILLE FLAMMARION
ASTRONOMIE POPULAIRE
T.ibleau général de l'univers. Ouvrage couronné par l'Institut. Illustré de 360 figures,
planches et chromolithographies. Cinquantième mille. 12 fr.
LES TERRES DU CIEL
Description physique, climatologique, géographique des planètes qui gravitent avec la Terre
autour du Soleil, et de l'état probable de la vie à leur surface,
édition. 1 vol. in-8, illustré de 100 figures, planches et photographies, 6 fr.
LA PLURALITÉ DES MONDES HABITÉS
au point de vue de l'Astronomie, de la Physiologie et de la Philosophie naturelle,
30° édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50.
LES MONDES IMAGINAIRES ET LES MONDES REELS
Revue des théories humaines sur les habitants des astres.
18* édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50.
HISTOIRE DU CIEL
Histoire populaire de l'Astronomie et des différents systèmes imaginés pour expliquer l'univers.
4' édition. 1 vol. gr. in-8, illustré. 9 fr.
RÉCITS DE L'INFINI
Lumen.— Histoire d'une âme. — Histoire d'une comète. — La vie universelle et éternelle.
8- édit. 1 vol. in-12. 3 fr. 50.
DIEU DANS LA NATURE
ou le Spiritualisme et le Matérialisme devant la science moderne.
18' édition. 1 fort vol. in-12, avec le portrait de l'auteur. 4 fr.
CONTEMPLATIONS SCIENTIFIQUES
et exposition desœuvres éminente
3» édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50.
Nouvelles études de laNature et exposition des œuvres éminentes de la science contemporaine.
3» édit , „ - —
ETUDES SUR L'ASTRONOMIE
Ouvrage périodique exposant
les découvertes de l'Astronomie contemporaine, les recherches personnelles de l'auteur, etc.
9 vol. in-12. Le vol. 2 fr. 50.
ASTRONOMIE SIDERALE : LES ETOILES DOUBLES
Catalogue des étoiles multiples en mouvement, contenant les observations et l'analyse
des mouvements. 1 vol. gr. in-8. 8 fr.
LES MERVEILLES CELESTES
i l'usage de la jeunesse. 89 grav. (
(38* mille). 1 vol. in-12. 2 fr. 25.
Lectures du soir à l'usage de la jeunesse. 89 grav. et 3 cMtes célestes
- "Ifr. --
ATLAS CELESTE
contenant plus de cent mille étoiles. 30 cartes in-folio. 45 fr.
PETIT ATLAS dTpOCHE
résumant l'astronomie en 18 cartes. 1 fr. 50.
SIR HUMPHRY DAVY — les DERNIERS JOURS D'UN PHILOSOPHE
Ouvrage traduit de l'anglais et annoté. 1 vol. in-12. 3 fr. 50.
VIE DE COPERNIC
et Histoire de la découverte du système du monde.
1 vol. in-12. 1 fr. 50.
PETITE ASTRONOMIE DESCRIPTIVE
pour les en^ts, adaptée aux besoins de l'enseignement par G. Delon, et ornée de 100 figures
1 vol. in-12. 1 fr. 25.
VOYAGES AERIENS
Journal de bord de douze Toyages scientifiques en ballon, avec plans topograpbiques.
1 vol. in.l2. 3 fr. 50.
Co^'^^'^-^^^ J^i^a/yyv-yvva/vl^ .
Imp Lemercier &. C" Paris
CAMILLE FLAMMARION
LES ÉTOILES
CURIOSITÉS DU CIEL
DESCRIPTION COMPLÈTE DU CIEL VISIBLE A L'ŒIL NU
ET DE TOUS LES OBJETS CÉLESTES FACILES A OBSERVER;
SUPPLEMENT DE
L'ASTRONOMIE POPULAIRE
ILLUSTRE DE 400 FIGURES
a
CAPTES CÉLESTES, PLANCHES ET CHROMOLITHOGRAPHIES
PARIS
C. MARPON ET E. FLAMMARION, ÉDITEURS
Galeries de l'Odéon, 1 à 7, et rue Rotrou, 4
1882
(Tous droits réservés)
rj/ppi'
AVERTISSEMENT
Si, au lieu de briller constamment sur nos têtes, les
étoiles ne pouvaient être vues que d'un seul point du
globe, les humains ne cesseraient de s'y porter en foulo
pour contempler et admirer les merveilles des cieux.
SÉ.NÈQUK.
Cet Ouvrage est le Supplément, le complément naturel de notre Astro-
nomie POPULAIRE.
Dans le premier volume, consacré à la théorie, à la description littéraire
des connaissances acquises sur la constitution de l'univers, il a été impos-
sible d'entrer dans aucun détail technique et de donner les éléments néces-
saires à l'élude directe du Ciel. Les personnes instruites, ou amies de l'ins-
truction, qui aimeraient à connaître les étoiles par leurs noms, à trouver
facilement les constellations qui de mois en mois s'élèvent au-dessus de
nos têtes, à se rendre compte de l'origine des noms donnés aux configura-
tions célestes, à vivre, en un mot, au sein d'un univers connu, au lieu de
sommeiller en face d'une énigme permanente ; les âmes délicates qui
devinent par une clairvoyance naturelle l'intérêt sans égal et le plaisir
intime qui accompagnent l'étude de la nature; les esprits laborieux qui vou-
draient pouvoir suivre les mouvements célestes, reconnaître à l'œil nu les
planètes parmi les étoiles, et observer ù. l'aide d'instruments de moyenne
puissance les principales curiosités du ciel, telles que les étoiles doubles,
les étoiles colorées, les nébuleuses, les amas stellaires, les comètes, les
mondes et les univers lointains qui développent à l'infini la sphère de
l'observation humaine; en un mot tous les « amateurs », pour nous servir
d'une expression ancienne parfois un peu dénaturée, n'avaient jusqu'ici
aucun livre pratique à consulter pour entreprendre l'étude directe du Ciel,
pour commencer l'observation personnelle de ces merveilles.
C'est cette importante lacune dans l'instruction publique en France, qu'un
grand nombre de lecteurs de I'Astronomie POPUL.\iREont désiré voir comblée:
nous nous sommes mis résolument à l'œuvre; mais, au lieu de pouvoir
effectuer ce travail dans le cours d'une année, comme nous l'espérions, en
ayant déjà préparé depuis longtemps tous les documents, il nous a fallu y
consacrer exclusivement et laborieusement deux années entières. Nous
espérons que nos lecteurs auront compris cette durée inévitable et par-
donné les retards arrivés dans cette publication.
AVERTISSEMENT.
Dans notre ouvrage, les terres du ciel, nous avons fait connaître les
Planètes; dans l'œuvre présente, notrebut est de faire connaître Zes/i'toiies.
On trouvera dans les pages suivantes la position dans le ciel et la descrip-
tion de toutes les étoiles visibles à l'œil nu pour une vue moyenne. Nous
avons pris soin de réobserver nous-même toutes celles qui sont visibles de
Paris, et nous avons recules dernières observations faites parles astronomes
de l'hémisphère austral sur celles qui restent invisibles au-dessous de
notre horizon. On possède donc d'abord ici Y état actuel du ciel, exposé
avec précision.
Les indications, les alignements et les figures nécessaires pour trouver
facilement les constellations et en reconnaître les principales étoiles, com-
plètent cet exposé, en permettant désormais à tout esprit attentif de faire
la géographie du Ciel beaucoup plus rapidement et plus agréablement que
nous ne pouvons faire celle de la Terre. Uhistoire de chaque constellation,
la recherche de l'origine des noms donnés aux étoiles, marchent parallèle-
ment avec cette description.
Afin que chacun puisse se rendre compte en même temps des change-
ments arrivés dans l'univers, du mouvement séculaire des constellations,
de la vie qui anime les apparentes solitudes des cieux, de la valeur de ces
lointains soleils, de la nature des systèmes étrangers au nôtre, de la
variété inimaginable répandue à travers l'espace infini comme le long du
temps éternel, cette description générale du ciel est accompagnée de l'ana-
lyse et de l'exposé détaillé de tout ce que nous y connaissons d'intéressant.
La noblesse de notre belle science est antique. Mille ans avant les croi-
sades, nos ancêtres observaient le ciel comme nous le faisons aujourd'hui;
et malgré les révolutions politiques, le sang versé dans les guerres (opprobre
de l'humanité!); malgré les conquérants et les destructeurs, malgré les
folies et les crimes des « Héros » encensés par les peuples, ces pacifiques
études sur le ciel étoile nous ont été conservées. Aussi avons-nous eu la
satisfaction de rassembler ici, pour la première fois, les observations faites
depuis deux' mille ans sur l'éclat de chacune de ces étoiles qui brillent le
soir au-dessus de nos têtes : celles de l'astronome Hipparque — faites
127 ans avant la naissance de Jésus-Christ; — du Persan Abd-al-Rahman
al-Sûfi vers l'an 960 de notre ère; — du Tartare Ulugh-Beigh, en 1430; —
de Tycho-Brahé en 1590; etc., etc., — et de comparer tout cet ensemble à
l'état du ciel en 1880. — Les amis des étoiles pourront apprécier ainsi les
diverses observations, et connaître quels sont les changements arrivés dans
le ciel depuis les temps historiques. Ces yeux qui ont observé les astres
brillants du ciel sont éteints aujourd'hui... et les nôtres se fermeront aussi;
mais la vie scientifique se perpétue à travers les siècles, et par la science nous
AVERTISSEMENT. vu
vivons dans le passé, de même que nous transmettons l'héritage de nos
études à nos successeurs sur la scène du monde. La vraie vie de l'esprit
n'est-elle pas, d'ailleurs, dans cette noble communion de sentiments avec
les penseurs qui ont scruté, pénétré, analysé avant nous les grands pro-
blèmes qui nous séduisent?
Les étoiles qui ont subi des variations séculaires; celles qui se sont allu-
mées subitement dans l'espace et ont jeté la terreur dans l'humanité ; celles
dont la lumière oscille périodiquement, qui sont tantôt visibles et tantôt
invisibles; celles qui sont lancées à travers l'immensité avec une vitesse qui
donne le vertige; celles qui s'éloignent de nous pour toujours, celles qui
arrivent au contraire vers nous avec rapidité ; celles que l'analyse spectrale
nous présente comme récemment incendiées ; celles qui sont assez proches
de nous pour que nous ayons pu en mesurer la distance et en déterminer
le poids ; celles qui gisent perdues en un tel éloignement que leur lumière
emploie des milliers d'années à nous parvenir; les étoiles doubles qui gra-
vitent en cadence l'une autour de l'autre ; les systèmes formidables, tels
que ceux de Sirius et de Castor ; les soleils animés des colorations étranges
du rubis, du saphir ou de l'émeraude; ceux qui ressemblent à des gouttes
de sang figées dans le ciel ; les amas d'étoiles composés de milliers de
soleils analogues au nôtre en force et en lumière ; les nébuleuses gazeuses
dont la pâle clarté traverse des abîmes inexplorés ; cette nébuleuse d'Orion,
que l'on distingue presque à l'œil nu, et qui est avec son étoile sextuple
un prodige dans un prodige ; cette merveilleuse république de soleils,
qui brille, visible à l'œil nu, dans la constellation d'Hercule, et que per-
sonne ne se donne le plaisir de regarder ; et ces couples ravissants d'étoiles
qui rayonnent sur Andromède, dans la Chevelure de Bérénice, dans les
régions lactées du Cygne, de l'Aigle et de la Lyre ; et ces douces Pléiades
qui tremblent dans l'insondable éther ; et les innombrables, les inénarra-
bles merveilles semées à profusion autour de nous dans l'immense espace :
toutes ces célestes splendeurs sont exposées dans les descriptions suivantes,
toute l'histoire du ciel est ici racontée, tous ces tableaux sont expliqués,
chacun à sa place ; le musée de l'univers est décrit, simplement, humble-
ment, imparfaitement — à mesure que j'ai avancé dans ce travail j'en
ai senti l'imperfection — mais avec sincérité, avec toute la clarté métho-
dique qui a pu y être apportée. Cette étude générale du Ciel est faite
techniquement (forme nécessaire pour le but que nous nous proposions),
sans phrases, sans ornements étrangers au sujet.
Aucune instruction préalable n'est indispensable pour lire et étudier ce
livre, pas plus que pour I'Astronomie populaire, car nous avons pris soin
de n'employer aucune expression qui eût pu rester incomprise ; il n'y a ni
AVERTISSEMENT.
mathématiques ni formules; toutefois ce volume-ci est d'un degré au-dessus
du précédent, et réclame une attention plus continue. Ce n'est plus un
livre de lecture proprement dit. c'est un ouvrage à étudier si l'on veut
connaître le ciel, et c'est aussi un répertoire à consulter en maintes circons-
tances, car nous avons fait entrer dans son cadre tous les documents utiles
à ceux qui désirent commencer sérieusement l'étude de l'Astronomie.
L'exécution de notre projet répond-elle à sa conception? Nous le désirons,
mais nous sommes loin de l'affirmer. Bien des lacunes, sans aucun doute,
seront encore restées ; bien des incorrections, typographiques et autres,
pourront y être relevées : nous en avons déjà remarqué plusieurs; nous
recevrons avec reconnaissance toutes celles que l'on voudra bien nous
signaler, et nous remercions d'avance tous les amis, connus et inconnus,
qui nous aideront à rendre ce traité aussi complet que possible.
On trouvera à la fin de l'ouvrage les cartes du ciel pour chaque mois de
l'année, les moyens de reconnaître les planètes comme les étoiles, l'exposé
des observations les plus intéressantes à faire, des conseils pratiques sur
l'usage des instruments, les principaux catalogues, tables usuelles, etc. 11
suffit, du reste, de parcourir la table des matières pour se rendre compte
do l'ensemble des documents réunis (').
Il est étrange, inconcevable, en vérité, que les habitants de notre planète
aient vécu jusqu'ici sans même savoir où ils étaient! Il est incompréhen-
sible qu'il y ait encore aujourd'hui quatre-vingt-dix-neuf êtres humains sur
cent qui ne connaissent pas la demeure qu'ils habitent, qui ne savent pas
où ils sont, qui ne se rendent aucun compte de la situation de la Terre dans
l'espace, et qui voient toutes les nuits la sphère étoilée se déployer sur leurs
tètes, sans jamais avoir appris le nom d'une seule étoile, d'une seule cons-
tellation, vivant à l'état d'aveugles volontaires, ne sachant rien, ne se dou-
tant de rien, au milieu d'un univers magnifique, dont la seule contem-
plation doublerait, décuplerait pour eux le plaisir de vivre! C'est tout
simplement stupéfiant! Citoyens du Ciel, nous vivons étrangers dans notre
propre patrie !
Le but de ce recueil scientifique sera rempli s'il satisfait dignement la
curiosité studieuse des amis de la plus belle des sciences. Nos plus chères
espérances seront atteintes s'il développe sous une forme nouvelle l'œuvre
à laquelle toute notre vie a été consacrée : Étudier dans leur vraie lumière
les sublimes réalités de la création, et élever de plus en plus les esprits
vers la connaissance de ces magiques splendeurs !
(') Nous ne voulons pas laisser passer cette circonstance sans remercier un véritable ami
de l'Astronomie, M. Towne, du concours dévoué qu'il nous a apporté dans la construction
si délicate de ces tables et catalogues, ainsi qu'un habile dessinateur, M. Paul Fouché, des
soins qu'il a mis a construire les cartes et les figures qui complètent nos descriptions.
Fig. 3. — Les constellations voisines du pôle.
Petite Ourse. - Dragon. - Céphée. - Girafe. - Renne. - Messier.
ASTRONOMIE POPULAIRE. 107
SUPPLÉMENT 2
■(►r*
10 LES CONSTELLATIONS
légende ; son chien a subi la môme transformation, et au lieu de Cal-
listo et de son chien, la sphère étoilée nous montre depuis deux mille
ans la Grande et la Petite Ourse. Quant à Arcas, il est devenu le
Bouvier; c'est un homme d'âge mùr qui n'a point du tout l'air d'un
enfant {votj. plus loin) ; il est vrai que depuis tant de siècles il a pu faci-
lement vieillir. Néanmoins, Jupiter n'a pas été tout à fait prévoyant.
Ovide donne une version assez curieuse de la métamorphose de
Callisto. Jupiter l'aurait transformée en ourse sur la terre même. Un
jour, a la chasse, Arcas se disposait à tuer sa mère, qu'il ne recon-
naissait pas (on le croit sans peine), lorsque Jupiter enleva cette ourse
au ciel et par la môme occasion y transporta également Arcas sous la
forme d'un gardien, Arctophylax, gardien de l'ourse. C'est le nom
qu'il porte encore sur plusieursatlas Mais comme plus tard les sept
étoiles de la Grande Ourse furent considérées comme sept bœufs pais-
sant dans la campagne céleste, le gardien de l'ourse devint le gardien
des bœufs, le Bouvier, tandis que les sept étoiles du nord étaient
nommées Septem triones.
Six siècles avant notre ère, sous Thaïes, la Petite Ourse reçut son
nom. Aratus, qui écrivait au m' siècle avant notre ère, remarque
qu'elle s'appelait déjà aussi le Petit Chariot, par similitude avec le
Grand Chariot (A?naxa).
Les anciennes constellations étaient formées depuis longtemps et
déjà classiques au temps d'Eudoxe, disciple de Platon, qui, au
iv° siècle avant notre ère, a observé les positions des 47 principales
étoiles visi])les en Grèce et rédigé le plus ancien catalogue d'étoiles
qui nous ait été conservé. Cette première astronomie grecque venait
de l'Egypte, et je crois, avec mon illastre ami Henri Martin, que le
pays des sphinx et des pyramides est le plus ancien auquel notre
histoire classique, grecque et romaine, puisse remonter pour les ori-
gines des sciences et des arts. Voici les étoiles observées par Eudoxe et
placées sur sa sphère vers l'an 368 avant notre ère. C'est la plus an-
cienne description que nous possédions de noire sphère astronomique.
ÉTOILES SIGNALÉES PAR EUDOXE AU QUATRIÈME .SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE.
L'épaule gauche du Bouvier. Le pied antérieur boréaL
L'étoile supérieure de la Couronne. La précédente à la tête des Gémeaux.
La tête du Dragon. La suivante id.
La supérieure de la Lyre. Le pied droit d'Henioclius.
La supérieure do l'aile droite du Cygne. Le pied gauche id.
La poitrine de Céphée. La jambe gauche de Persée.-
Aux pieds de Cassiopée. L'épaule gauche id.
Le pied antérieur austral de la Grande La main droite d'Andromède
Ourse. Le cou du Cygne.
LES CONSTELLATIONS
H
Le bec du Cygne.
L'épaule droite d'Opliiuchus.
L'épaule gauche ici.
Le cœur du Lion.
L'australe du Cou id.
La boréale des précédentes « in later-
culo » du Cancer.
L'australe des précédentes id.
La boréale des suivantes, asellusboreus.
L'australe id., asellus australis.
La tète d'Ophiuchus.
A l'aile gauche du Cygne. Au bout.
id. id. Au coude.
Au bras droit d'Andromède.
Au cou du Serpent d'Ophiuchus.
A la main droite de l'Inaeuiculus.
Aux reins du Bélier.
Genou droit du Taureau
Zone d'Orion. Milieu.
Au flexus de l'Hydre.
Au bord boréal de la coupe.
Anse boréale id.
Dans l'aile suivante du Corbeau.
L'étoile brillante du bras boréal dû
Scorpion.
Le genou gauche d'Ophiuchus.
Le genou droit id.
La petite de l'aile gauche de l'Aigle.
Aux reins du Cheval.
Tête du Cheval. Os Pegasi.
La brillante du cou du Cheval.
Poisson boréal. Milieu des trois.
Cette liste, qui ne contient ni Siriu.s, ni plusieurs autres étoiles de
première grandeur, nous montre que le choix d'Eudoxe a été fait me*
tliodiquement sur une sphère déjà construite, et, en effet, les neuf
premières étoiles ont été observées pour marquer la trace du cercle
arctique des astres qui ne se couchaient pas à Athènes au temps
d'Eudoxe, les vingt-trois suivantes pour marquer le cercle tropical, et
les quinze dernières pour marquer le cercle équinoxial. Dès cette
époque donc, la cosmographie était fondée, et les observatoires pos-
sédaient des instruments pour mesurer les positions précises des
étoiles dans le ciel. La sphère céleste était déjà dessinée.
Ces instruments antiques n'étaient ni des liuiettes, ni des télescopes,
mais des règles pour viser, des tubes pour mieux pointer les étoiles,
montés sur de grands cercles divisés en degrés, de sorte que les dis-
tances angulaires des étoiles entre elles et leur position sur la sphère
céleste pouvaient déjà être déterminées avec une grande exactitude. Il
y avait à l'observatoire d'Alexandrie un immense globe céleste, des
astrolabes, des dioptres, des armilles, et les astronomes faisaient là
toutes les nuits des observations d'étoiles et de planètes comme ils
en font de nos jours dans nos observatoires contemporains.
L'œuvre d'Eudoxe a été mise en vers grecs par Aratus, dont le
poème, intitulé les Phénomènes, a eu l'honneur d'être traduit en latin
par Cicéron et par Germanicus César, commenté par Hipparque et
cité par saint Paul. Ce poème, dont nous avons jjlusieurs éditions
depuis l'invention de l'imprimerie, décrit successivement les deux
Ourses, nommées aussi les Chariots et les Hélices, parce qu'elles
tournent autour du pôle, le Dragon qui serpente entre les deux Ourses,
l'Homme à genoux (Engonasi), la Couronne, Ophiuchus ou le Serpen-
taire, le Gardien de l'Ourse (le Bouvier), la Vierge et son étoile qui
12 LES CONSTELLATIONS
annonce la vendange, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, qui annonce
le solstice d'été, le Cocher avec la Chèvre et les Chevreaux, le Tau-
reau, dont la tète est marquée par des étoiles qui en dessinent la
figure, Céphée, près de la Cynosure, Cassiopée, qui a la figure d'une
clef: les bras élevés au-dessus de ses épaules, elle semble déplorer le
sort de sa fille Andromède, placée au-dessous d'elle et enchaînée; le
Cheval Pégase, le Bélier, le Ti'iangle, les Poissons, Persée, qui porte
la main près du trône de sa belle-mère Cassiopée, les Pléiades, jadis
au nombre de sept, maintenant au nombre de six, la Lyre, faite par
Mercure avec l'écaillé d'une tortue, le Cygne, l'Aigle, le Verseau, le
Capricorne, le Sagittaire, qui tend son arc vers la queue du Scorpion,
les Serres du Scorpion, le Géant Orion, le Dauphin, le Chien au pied
d'Orion : sa gueule porte Sirius; le Lièvre, qui paraît poursuivi par le
Chien, le Navire Argo, avec l'étoile Canobus, devenue ensuite Cano-
pus, le fleuve Eridan, la Baleine qui efi'raye Andromède, le Poisson
austral, la Couronne australe, l'Autel, qui présage les tempêtes, le
Centaure, la Bête percée par le Centaure, l'Hydre qui se traîne en
longs replis, le Corbeau qui a l'air de lui donner des coups de bec, la
Coupe. Aratus termine en ajoutant que sous les Gémeaux brille
Procyon.
Ce sont là, décrites aux quatrième et troisième siècles avant notre
ère, les anciennes constellations de la sphère grecque, qui sont tou-
jours en usage dans nos atlas; on ne remarque qu'une seule exception
pour la Balance, qui n'y est pas une seule fois nommée, et qui est
remplacée par les Serres (du Scorpion). Vers la même époque,
Manéthon, prêtre égyptien, a écrit une description analogue des con-
stellations, et fait la remarque que les prêtres ont changé en plateau
de balance les Serres du Scorpion, à cause de la ressemblance. C'est
donc à tort qu'on a supposé depuis que la constellation de la Balance
n'avait été formée qu'au siècle d'Auguste.
Remarquons dans le poëme d'Aratus deux particularités assez sin-
gulières. D'une part, il dit que la Lyre ne possède aucune étoile
brillante; or, son étoile principale, Véga, est l'une des plus magnifi-
ques du ciel : aurait-elle varié d'éclat? D'autre part, il assure que Cas-
siopée est si brillante, que la pleine lune elle-même ne peut l'éclipser ;
or, il n'y a là aucune étoile de première grandeur ; mais la plus éclatante
des étoiles temporaires qu'on ait jamais vues , celle de 157*2, a brillé
dans Cassiopée : elle surpassait en éclat Vénus et Jupiter, et appa-
raissait en plein jour; aurait-elle déjà fait une apparition du temps
d'Eadoxe? Aratus ne paraît pas avoir observé lui-même.
'^^BT
Observations anciennes à l'Observatoire d'AlcxanUrie.
fP
U LES CONSTELLATIONS
Ainsi, dès cette époque lointaine, en ces siècles où notre terre de
Gaule n'était encore peuplée que de pasteurs, couverte de forêts, par-
semée de prairies solitaires, dépourvue encore de cités murmurantes,
et où la Seine silencieuse inondait périodiquement les vastes plaines
aujourd'hui illustrées par les travaux et les plaisirs de la Babylone
moderne, dès ces temps reculés, les penseurs de la Grèce saluaient
dans le ciel, comme le faisait en notre siècle l'auteur des Harmonies,
ces constellations qu'il a si éloquemment chantées :
Là l'antique Orion, des nuits perçant les voiles.
Dont Job a le premier nommé les sept étoiles;
Le Navire fendant l'éther silencieux,
Le Bouvier dont le char se traîne dans les eieux,
La Lyre aux cordes d'or, le Cygne aux blanches ailes,
Le Coursier qui du ciel tire des étincelles,
La Balance inclinant son bassin incertain,
Les blonds Cheveux livres au souffle du matin.
Le Bélier, le Taureau, l'Aigle, le Sagittaire,
Tout ce que les pasteurs contemplaient sur la teiTC,
Tout ce que les héros voulaient éterniser.
Tout ce que les amants ont pu diviniser,
Transporté dans le ciel par de touchants emblèmes.
Le premier astronome qui, non satisfait de ces données p'énérales,
ait observé avec soin et noté avec précision la population du ciel, est
Hipparque de Rhodes, vers l'an 130 avant notre ère. Son grand
catalogue, qui nous a été conservé dans VAlmageste de Ptolémée,
renferme 1022 étoiles distribuées entre 48 constellations : 15 étoiles
de première grandeur, 45 de deuxième, 208 de troisième, 474 de
quatrième, 217 de cinquième et 49 de sixième, 9 étoiles qu'il appelle
sombres et 5 qu'il appelle nébuleuses. C'est de cet astronome que
Pline l'ancien a dit avec tant d'enthousiasme : « Il osa compter les
étoiles et les nommer pour la postérité, tentative audacieuse, même
pour un dieu! » Que dirait Pline aujourd'hui de nos catalogues
modernes, qui donnent les positions précises de plus d'un million
d'étoiles! Ces origines de la science sont aujourd'hui pour nous du
plus haut intérêt, et elles apparaîtront ici tout naturellement dans
l'histoire des constellations. Mais revenons vite à la Petite Ourse, et
commençons par elle la double description qui doit nous instruire,
d'une part la description historique des constellations, et d'autre part
la description scientifique des étoiles qui les composent et des curio-
sités de divers genres qu'elles peuvent offrir. C'est dans cet ordre que
nous procéderons pour cette étude générale. La Petite Ourse n'est
pas riche au point de vue de l'observation astronomique, comme on
va en juger tout de suite.
LA PETITE OURSE 15
« = 2,0
T = 3,0
£ = 4,5
|î = 2,2
à' = 4,3
!: = 4,5
Pour trouver cette constellation dans le ciel, il suffit de se tourner
vers le nord, chercher les sept étoiles toujours visibles de la Grande
Ourse, reconnaître les deux der-
nières du Chariot, p et a, et pro-
longer par la pensée une ligne
menée de p à a('). Cette ligne con-
duit directement et sans équivoque
possible à l'étoile « de la Petite
Ourse, étoile de 2° grandeur. C'est
l'Étoile polaire. Une minute d'at-
tention suffit ensuite pour recon-
naître les six autres étoiles du Petit
Chariot, en commençant par les
deux roues d'arrière, qui sont les
plus brillantes. Voici l'éclat de ces sept étoiles, que j'ai spécialement
vérifié tout récemment (février 1880) :
•/i = 5,o
Les grandeurs sont estimées à un dixième près.
Ce sont là les sept étoiles du Petit Chariot, auxquelles le juriscon-
sulte astronome Bayer a donné des lettres en 1603. Il en a nommé
une 8% 9, à côté de t. (Étudier lafig.Q.)
La Polaire et les deux d'arrière sont très faciles à reconnaître, même
pour les vues basses ; les quatre autres sont plus petites, mais néan-
moins bien visibles quand le ciel est pur. (3 est un peu rougeâtre, et
varie légèrement d'éclat : je l'ai vue quelquefois un peu plus Jjrillantc
que a. On remarque encore, du côté de (3, une étoile de 4" grandeur
et demie, plus apparente que 9, mais qui n'a pas reçu de lettre : c'est
le n° 5 du catalogue de Flamsteed, et, un peu plus loin, une autre de
5° grandeur, qui porte le n" 4 du même catalogue. Au delà de y, vers
le sud, c'est-à-dire à l'opposé de la Polaire, on voit aussi deux petites
étoiles qui portent les n°' 4949 et 5058 du Catalogue de l'Association
britannique (British Association Catalogue, en abrégé B. A. C); la
(') Pour éviter toute recherche nouvelle, voici les lettres de l'alphabet grec, par
lequel les étoiles sont généralement désignées.
a alpha. î zêta. X lambda. n pi. 9 phi.
p bêta. ri êta. (j, mu. p rho. X chi.
Y gamma. thêta. v nu. a sigma. ^ ps?
8 delta. i iota. | xi. t tau. u oméga,
s epsilon. x cappa. o omicron. u upsilon.
Je supplie mes lecteurs de les apprendre : c'est une affaire de dix minutes.
16
LA PETITE OURSE
première est de 5' grandeur, la seconde de 5° 1/2. Remarquez aussi,
tout contre y, une étoile de 5° 1/2 qui n'a pas de lettre et qui est
inscrite sous le n° 11 de Flamsteed. Il y en a encore une autre, de
même grandeur, dans la tète, que l'on trouve en prolongeant une ligne
tracée de l'étoile ç à l'étoile n° 5 : c'est le n° 4506. Ce sont là toutes
les étoiles de la Petite Ourse taciles ix distinguer à l'œil nu, jusqu'à la
cinquième grandeur inclusivement. Total : 14. Elles ne sont pas dif-
lîciles à reconnaître. Par une belle nuit, chercliez-les et vous les trou-
verez avec une facilité qui vous surprendra vous-mêmes.
C'est, pour nous, la constellation la plus facile à étudier, parce
qu'elle est la plus commode à trouver et à observer, qu'elle reste
constamment vers la même hauteur dans le ciel, en plein nord, et que
Fig. 6. — Principales étoiles de la constellation de la Petite Ourse.
nous pouvons toujours la regarder, à quoique heure que ce soit de la
nuit et à toute époque de l'année. Comment ne pas songer que depuis
trois mille ans, depuis les navigateurs phéniciens de Tyr et de Sidon
qui fendaient le doux miroir méditerranéen sous le sillage de leurs
élégantes trirèmes, où flottaient la pourpre et les vives couleurs des
trophées orientaux, depuis les bonzes sacrés de la Chine antique, qui
ressuscitaient dans les dessins bizarres de leur sphère céleste les êtres
et les objets de leur vénération, depuis les observateurs attentifs de la
tour d'Alexandrie, qui suivaient pendant la nuit le lent mouvement
de ces étoiles pour décider la place du pôle, et depuis les Arabes du
moyen âge jusqu'aux observateurs modernes, jusqu'à Flamsteed,
Piazzi, Lalande, Herschel, Argelander ; comment ne pas songer à tous
LES ÉTOILES
PREMIERE PARTIE
PREMIERE PARTIE
DESCRIPTION DES CONSTELLATIONS
CHAPITRE PREMIER
Origine des constellations. — Histoire et description. — Le pôle. — L'étoile
polaire. — La Petite Ourse. — Les étoiles depuis deux mille ans.
« Ainsi, vous n'êtes pas satisfait? répondis-je à l'un des lecteurs
enthousiastes de VAstronomie j^opulaire, qui m'assurait qu'en ter-
minant la lecture de la 836' page de cet ouvrage, il avait trouvé ce
volume beaucoup trop court.
ASTRONOMIE l'OPUL.\IHE. 106
SUPPLÉMENT. 1
L'ASTRONOMIE
. — Mais non, pas satisfait du tout. Vous m'avez mis en appétit. Je
ne me doutais de rien, je n'avais pas goûté au fruit de l'arbre de la
science. Maintenant, je suis bien plus affamé, bien plus altéré, bien
plus amoureux de science qu'avant d'avoir subi l'influence si attrac-
tive d'Uranie.
— Pourtant vous possédez dans cet ouvrage tous les éléments de
la connaissance de l'univers. Que désirez-vous de plus?
— Oui, sans doute, les éiéments. Mais cela ne me suffit plus. Vous
avez soulevé un coin du voile : pourquoi ne pas faire tomber le voile
tout entier? Le ciel est un livre que je veux lire maintenant. Les con-
stellations m'intéressent, et vous avez glissé légèrement sur leur
bistoire; cependant, ne représentent-elles pas l'image de la pensée
humaine qui s'est reflétée dans les cieux? J'en lirais avec ardeur une
description historique. J'aime Andromède enchaînée sur son rocher ;
j'envie Persée qui vole à sa délivrance; j'ai même quelque sympathie
pour la Grande Ourse qui depuis tant de siècles tourne sans fatigue
autour du pôle, et quand je passe des régions boréales aux signes
du zodiaque, mon imagination se transporte aux temps mytholo-
giques où nos ancêtres vivaient en communication si intime avec la
nature...
— Mais...
— • Pardonnez ma passion bien légitime pour une science aussi
fascinatrice. Je voudrais connaître chaque étoile par son nom, je
voudrais, lorsque le soir le ciel resplendit de tous ses feux, pouvoir
épeler ces hiéroglyphes célestes et deviner quels mystères s'accom-
plissent là-haut; je voudrais savoir tout ce que l'on sait sur ces loin-
taines lumières aujourd'hui analysées par la chimie du ciel, connaître
leur constitution physique, leur valeur, leur puissance, et pouvoir
apprécier les richesses variées de chaque constellation; je voudrais...
— Mais...
— Oui ! je voudrais connaître les étoiles doubles et multiples, le
système de Sirius, le monde de Castor, les couples qui étincellent de
chatoyantes couleurs, les groupes stellaires...
— Mais...
— Les nébuleuses, genèses formidables de mondes en formation,
les amas d'étoiles, univers lointains, les voies lactées qui lancent
dans l'infini leurs courbes gigantesques, les...
— Mais...
— Les étoiles variables, dont la mystérieuse lumière subit des mé-
tamorphoses si extraordinaires, les étoiles nouvellement apparues
L'ASTRONOMIE
dans les cieux et que l'humanité craintive a pris pour des signes de la
colère céleste, les étoiles rouge sang que le télescope...
— Mais enfin...
— ... nous montre figées au fond du firmament bleu. Oh! quelles
splendeurs à contempler ! quelles richesses à acquérir! quelles jouis-
sances à éprouver ! quelles heures délicieuses à passer encore dans
l'étude de la nature, et cette fois-ci le télescope en main, en véri-
tables astronomes. Oui : donnez-nous le supplément que vous nous
avez promis.
— Enfin! m'écriai-je à mon tour, vous me permettez de vous
répondre un mot. Je comprends votre enthousiasme pour l'Astro-
nomie, pour la science universelle et éternelle. Mais si vous avez lu
consciencieusement et exactement compris chacune des lignes des
836 pages de V Astronomie populaire, avouez-moi franchement qu'en
certains passages un peu difficiles, les démonstrations mathématiques
indispensables ont pu fatiguer quelque peu votre esprit et calmer
l'essor de votre imagination. Or, si nous avançons plus loin dans la
science, ces passages arides seront plus fréquents, les oasis devien-
dront plus rares, l'exploration sera plus sérieuse, il y aura plus de
chiffres et moins d'images...
— - Eh! Monsieur! nous prenez-vous pour des enfants de six ans?
nous faites-vous donc l'injure de croire que nous lisions vos ouvrages
par fainéantise et que nous n'ayons pas à cœur de nous instruire le
plus possible sur les réalités sublimes de la création, au milieu des-
quelles la plupart des hommes vivent comme des aveugles! Non, non!
Nous voulons nous distinguer du troupeau commun ; nous ne per-
dons pas notre temps dans la lecture des romans ; nous avons soif
de science ; nous laissons l'ignorance et ses illusions à ceux qui s'en
contentent; nous laissons les affaires matérielles de la vie, les ambi-
tions de fortune ou d'honneurs d'un jour à ceux que ces petites choses
intéressent; nous leur abandonnons même les faits et gestes du patrio-
tisme de chaque clocher et de la politique de chaque fourmilière ; j'irai
mèmeplus loin, etpuisque vous paraissez douter de mon enthousiasme,
je vous avouerai nettement que, pénétrés du sentiment de l'universel et
de l'infini, nous ne sommes plus Français, ni Prussiens, ni Anglais, ni
Espagnols, ni Italiens, ni Autrichiens, ni Russes... Vous paraisez étonné!
Mais non. Monsieur, nous ne sommes mèmeplus Européens, pas plus
qu'Africains, Asiatiques ou Américains!.. Fourmilières que tout cela!
enfantillages que toutes ces distinctions de drapeaux ! folies que tous
ces gouvernements militaires ! infamies que ces boucheries internatio-
L'ASTRONOMIE
nales pour lesquelles on élève tous nos fils ! abominables criminels que
tous ces chefs d'États et ces crocodiles de diplomates...
— Prenez garde ! Monsieur, vous pourriez manquer de respect aux
institutions existantes et à l'administration. Si Ton vous entendait!
— Comment? ai-je prononcé un seul mot dont la logique et la
justice ne soient pas surabondamment démontrées ? Mais, si l'on me
poussait à bout, je déclarerais net que je n'ai même pas le patriotisme
de la Terre, car la Terre n'est plus pour moi qu'un département du
ciel. Non, je ne suis même plus terrestre ; je suis céleste, et je veux
désormais connaître le ciel. Vous avez fait de moi, vous avez fait de
tous les lecteurs qui vous ont suivi, des êtres célestes. Plaignez-vous !
La vraie patrie, c'est l'univers infini; la vraie religion, c'est l'ascen-
sion vers Dieu par l'étude de ses œuvres. Tout le reste, pardonnez-
moi l'expression, tout le reste, c'est de la... farce.
— Décidément, Monsieur, vous n'y allez pas par quatre chemins.
Le Ciel, je le conçois, vous fait oublier la Terre avec la société
humaine ; mais je suis tranquille, car les intérêts de la vie, qui nous
pressent de toutes parts, ne nous permettent pas de demeurer dans le
bleu, et notre éducation nous a donné à tous le sentiment des devoirs
sociaux qui régissent le monde moderne. La philosophie éclaire
l'âme d'une calme clarté, même lorsqu'elle nous fait toucher du doigt
les étonnantes petitesses dont l'humanité s'arrange et se glorifie. En
vérité, si tous les lecteurs de mes ouvrages pensent comme vous,
nous formons déjà un groupe, convaincu, d'êtres affranchis des
erreurs antiques et grossières, et altérés de la vérité, de la vérité
universelle, dont la science nous rapproche sans cesse.
Un scrupule pourtant m'arrête encore. Nous allons, comme vous le
désirez, faire la description complète du ciel, constellation par con-
stellation, étoile par étoile. C'est là un travail assez ardu, malgré tout
son intérêt historique et scientifique. Pensez-vous vraiment que le
peuple, le populaire, les lecteurs les plus nombreux soient prêts pour
lire ces études techniques comme ils ont lu les descriptions précé-
dentes? Vous, Monsieur, vous n'êtes pas précisément un homme du
peuple, vous appartenez à la classe de la bourgeoisie éclairée ; mais
les trente mille autres lecteurs de cette première édition ne tiennent
peut-être pas autant que vous à s'instruire davantage dans la con-
naissance de l'univers.
— Détrompez-vous. Les classes du peuple ne sont point du tout
inférieures à celles de la bourgeoisie quand à l'aptitude à l'instruc-
tion; on remarque même assez souvent le contraire. D'ailleurs,
L'ASTRONOMIE
permettez-moi de vous le dire franchement : ce n'est pas à vous à
suivre le peuple ; c'est à lui à vous suivre. Continuez à l'élever : il
vous en sera reconnaissant. Ne vous préoccupez ni de ses goûts ni de
ses tendances ; l'éducation actuelle commence à tout transformer.
Vous n'avez pointa le flatter : vous n'avez aucune ambition politique,
puisque vous avez si nettement refusé le mandat législatif que vos
concitoyens vous ont offert. Et je vous en félicite. La politique et la
science ne vont point ensemble. On peut même s'étonner que nos
législateurs perdent tant de temps à bavarder sur mille projets de lois,
au lieu de réformer simplement l'instruction primaire et secondaire :
en deux générations, la France serait instruite dans les sciences
exactes au lieu de rester sous la tutelle des idées du moyen âge.
Les mœurs ne doivent-elles pas précéder les lois ? La grande, l'ur-
gente question du jour, c'est donc la diffusion de l'instruction
positive. Et qu'y a-t-il de plus intéressant que l'astronomie aujour-
d'hui? Au lieu d'être restée embrouillée dans des formules inextri-
cables, cette science est devenue claire, méthodique, limpide, philo-
sophique, séduisante : c'est la lumière même éclairant l'univers.
— Eh bien ! je vous l'avoue : il est préparé de longue date, ce com-
plément dont vous souhaitez la publication avec tant d'insistance. Oui,
nous allons faire la description méthodique du ciel, et nous allons
passer en revue les curiosités de toute nature éparses dans le riche
écrin de l'univers, de telle sorte que ceux qui posséderont cette se-
conde partie sauront désormais lire dans le ciel comme dans un livre.
Continuons de nous instruire dans la réalité; consacrons nos meil-
leures heures à la science; entrons en communication de plus en
plus intime avec la nature; vivons de la vie de l'âme, et montons
encore dans la Lumière et dans la Liberté. »
Telle est la conversation que l'on aurait pu entendre le 15 jan-
vier 1880, à minuit, sous les voûtes de l'Observatoire de Paris, à la
sortie d'une conférence scientifique, et elle se trouve si à propos pour
ouvrir ces nouvelles pages que je n'ai pu résister à la tentation de la
reproduire ici.
La connaissance plus approfondie que nous désirons faire avec le
ciel peut être inaugurée par l'étude historique et astronomique des
constellations. C'est le premier fait de l'histoire de la science. Aussitôt
que les hommes eurent remarqué les étoiles de la nuit silencieuse,
dès qu'ils se furent demandé quelles pouvaient être ces lumières loin-
LES CONSTELLATIONS
tain.es et quels services elles étaient capables de leur rendre, ils durent
créer des groupes formés par les étoiles voisines entre elles, ou
disposées suivant des lignes, en figures plus ou moins régulières. Ils
ne tardèrent pas à leur donner des noms en rapport avec ces figures
ou avec l'association apparente de ces étoiles aux saisons, aux faits
météorologiques et climatologiques, aux dates des calendriers pri-
mitifs, aux souvenirs, aux fêtes, aux réunions ; dans la suite des temps,
la politique et la religion ajoutèrent des noms nouveaux aux constel-
lations anciennement remarquées, en transportant dans le ciel les
héros que la reconnaissance ou la crainte voulaient immortaliser.
La formation des constellations a commencé par les plus appa-
rentes et par les plus utiles aux besoins de l'humanité primitive, par
la Grande Ourse, Orion, les Pléiades, les Hyades, Sirius et le Grand
Chien, Aldébaran et le Taureau, Arcturus et le Bouvier, la Petite
Ourse, le Dragon, etc. Dans la suite des siècles, on occupa les places
restées vides. Le ciel se peupla successivement, et l'on pourrait
remarquer dans les figures imaginées et dans les noms des astérismes
les vestiges des époques de leur création, comme on remarque dans le
plan d'une grande ville les noms des rues correspondant aux idées
régnantes des différents siècles. Ainsi, par exemple, à Paris, toutes les
rues anciennes portent simplement l'indicat.'on du but où elles con-
duisaient, ou le caractère local de la rue, puis elles reçoivent des noms
de saints, donnés pendant tout le moyen cage et jusqu'au xvii° siècle;
au xvin" siècle, les nouvelles rues sont baptisées de noms d'hommes
d'Etat, de navigateurs, de savants; sous la première République et
l'Empire, noms de philosophes, puis de généraux; sous la monarchie
de Juillet, noms de fonctionnaires et de bourgeois plus ou moins
célèbres; sous le second Empire, noms de batailles, de généraux et de
savants; sous la République actuelle, noms de républicains et de
savants... Insensiblement, les savants prennent la place des saints. Le
parallélisme entre les deux procédés est même assez curieux. Dans les
constellations : les Pléiades, les Hyades, les Ourses polaires, le géant
Orion, la Vendangeuse, la Canicule, la Couronne, le Triangle, les
Gémeaux; — Hercule, Andromède, Persée, Céphée, Cassiopée, An-
tinous; — la Colombe de Noé, la Fleur de Lys, les Chiens de Chasse,
l'Ecu de Sobieski; — l'Horloge, la Boussole, la IMachine pneuma-
tique, le Fourneau chimique ; — le Télescope d'Herschel, la Machine
électrique, l'Atelier de Typographie, l'Aérostat. Puis, lorsqu'il s'est
agi de faire la nomenclature des pays lunaires, ce sont des noms de
savants que l'on a choisis; de même pour la géographie de ]\Iars et
LES CONSTELLATIONS
pour les détails de certaines nébuleuses. Dans les noms des rues de
notre grande capitale : rue Montmartre, .rue des Martyrs, rue Pierre-
Levée, rue de Vaugirard, rue de Grenelle, rue des Fossés, rues du
Bac, du Four, des Boulangers, Poissonnière, des Petits-Champs,
du Mail, Vide-Gousset; — rues Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-
Jacques, Saint-Honoré, Saint-Antoine, Saint-Louis, Saint-Sauveur,
Saint-Marc, Saint-Lazare; — rues Montmorency, Suger, Sully, Col-
bert, Louvois, Vauban, Duquesne, Choiseul; — rues Malherbe, Cor-
neille, Boileau, Racine, Bossuet, Maupertuis, Voltaire, J.-J. Rous-
seau, Réaumur, Buffon, Cassini; — rues Bonaparte, de Rivoli,
Marengo, des Pyramides, du Caire; — rues Rambuteau, Cuvier,
Linné, Laplace; — boulevard Sébastopol, pont de l'Aima, rues de
Solférino, Turbigo, Magenta; Copernic, Galilée, Kepler, Newton;
boulevard Arago; - — rue du Quatre-Septembre, rue de Châteaudun;
rues Herschel, Washington, Lincoln, Michelet, Edgard Quinet, etc.
Les opinions et préoccupations de chaque époque se reflètent dans
les noms inscrits au Ciel comme sur la Tei're.
Il est intéressant pour nous d'entrer en communication plus com-
plète avec ces mystérieuses figures de la population sidérale. De même
que les cartes sont utiles pour voyager, ainsi les cartes du ciel sont
utiles pour se reconnaître dans cette immense étendue. Sans doute,
si c'était à recommencer, si les sciences étaient logiquement formées
toutes d'une pièce et sortaient entières d'un cerveau créateur, comme
Minerve qui, dit-on, s'échappa tout armée du cerveau de Jupiter, on
n'inventerait ni ces figures mythologiques, ni leur histoire; de même
que si l'on faisait aujourd'hui la géographie logique de notre planète
on n'inventerait ni les ridicules frontières, éternels sujets de la dispute
des riverains, ni les animosités nationales qui forment le canevas du
roman souvent dramatique de l'humanité. Mais nous sommes bien
obligés de prendre les choses comme elles sont, et notre esprit ne peut
que s'attacher à en tirer le meilleur parti possible. D'ailleurs, les
étoiles les plus importantes du ciel étant incorporées dans ces confi-
gurations, notre instruction uranographique serait incomplète si ces
figures nous restaient inconnues, et un atlas céleste est le complé-
ment naturel d'un traité général d'astronomie.
Remarquons, avant d'entrer dans le détail de nos constellations,
que, tandis que les voyageurs sont obligés de parcourir la terre et de
se déplacer pour en explorer les diverses contrées, le mouvement ap-
parent de la sphère céleste, qui pousse les astres d'oznent en occident,
amène sous les yeux d'un observateur assis dans un belvédère les
LES CONSTELLATIONS
diverses régions du ciel étoile. Une fatalité irrésistible semble faire
surgir de l'orient tous les astres qui, suivant l'expression d'Homère,
servent de couronne au ciel, tandis qu'à l'occident ils disparaissent
sous l'horizon. La nature complaisante semble dire à l'homme, pour
les astres : Contemple, et contemple sans peine.
Pour cette description, nous reproduirons ici, en dix-huit planches,
le meilleur, le plus complet et le mieux gravé de tous les atlas célestes,
celui de Bode, composé au commencement de ce siècle, lequel ne sera
jamais ni surpassé, ni égalé, attendu que l'histoire des constellations
n'occupe plus maintenant que la seconde place dans les ouvrages as-
tronomiques : ces dix-huit gravures formeront ici un atlas représen-
tant les constellations anciennes et modernes du ciel tout entier.
Notre fig. 3 (p. 9) en est la première planche.
Commençons par le pôle nord. La Petite Ourse, Ursaminor, lui
semble attachée par la queue et
tourne en vingt- quatre heures au-
tour de ce point fixe comme autour
d'un pivot, en sens contraire du mou-
vement des aiguilles d'une montre.
Elle se compose essentiellement
de sept étoiles disposées suivant une
figure analogue à celle de la Grande
Ourse, mais en sens contraire. C'est
à Thaïes, au septième siècle avant
notre ère, que l'on rapporte la déno-
mination de cette constellation, qui
s'appelait auparavant, chez les Phé-
niciens, la Queue du Chien, la Cynosure. Ces navigateui-s avaient
remarqué sa fixité dans la région boréale du ciel et s'en servaient pour
se diriger sur la Méditerranée : elle leur assura pendant près de mille
ans la prépondérance sur les mers. On l'appelait aussi la Phénicienne.
Dans la mythologie, la Grande Ourse est la nymphe Callisto, et la
Petite Ourse est son chien. Chacun sait que, prenant la forme trom-
peuse de Diane, Jupiter séduisit un jour Callisto, nymphe favorite de
cette déesse, et qu'il en eut un fils, nommé Arcas : c'est ce que les
jeunes filles apprennent dans leur mythologie en faisant leurs a huma-
nités. » Jupiter, voulant honorer ces deux êtres, ne pouvait certaine-
ment rien faire de mieux que de les transporter au ciel. Mais il y a si
longtemps de cela qu'ils n'y sont plus : la nymphe s'est métamorphosée
en ourse, quoiqu'elle n'en eût guère l'humeur, si l'on en croit la
ESTIMATION DE L'ECLAT DES ETOILES
17
les regards instruits ou indolents, attentifs ou rêveurs, qui se sont
attachés sur ces étoiles du pôle et leur ont confié leurs espérances, leurs
souvenirs, leurs chagrins ou leurs joies? comment ne pas songer à ces
yeux qui sont morts, tandis que toujours brillent là-haut ces lumières
célestes allumées dans l'infini?
Oui, il y a trois mille ans, cette étoile (3 de la Petite Ourse était
^l'étoile polaire de l'humanité, et c'est sur ses rayons fidèles que les
Phéniciens se dirigeaient. On l'appelle encore aujourd'hui Kocab, de
l'arabe Kaucab-al-Shemali, « l'étoile du nord », écho des temps an-
ciens. Chez les Chinois, l'Etoile polaire actuelle, a, s'appelle « le grand
souverain du ciel auguste », |3 s'appelle a l'étoile souveraine », y le
« prince impérial » ; les étoiles environnantes portent des noms rap-
pelant ceux de la cour du Céleste Empire.
Depuis tant de siècles qu'on les observe, ces étoiles sont-elles res-
tées invariables? Pour le savoir, remontons à l'origine et comparons
les grandeurs d'éclat qui leur ont été assignées depuis le premier
catalogue, depuis Hipparque.
ÉTOILES DE LA PETITE OURSE, OBSERVÉES A l'OEIL NU DEPUIS DEUX MILLE AÎ.'S
3^'
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4.5
4.5
4,5
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5,0
6.5
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5,7
5.4
5.4
4,8
5
5
5,4
5
5,8
5
5
5,2
5.6
5.6
5,6
6
5.6
5, G
Ce sont là, nous l'avons dit, les 14 étoiles de la Petite Ourse que
l'on voie facilement à l'œil nu. La division de l'éclat des étoiles en six
ordres de grandeur, qui date de plus de vingt siècles, est fondée sur
une appréciation naturelle de l'œil, car il se trouve que le rapport
d'éclat entre chacun des six ordres adoptés est le même pour tous les
ASTRONOMIE POPULAIRE. 108 SUPPLÉMENT. 3
18 ESTIMATION DE L'ÉCLAT DES ÉTOILES
intervalles et qu'il y a la même différence d'impression optique entre
la 4" et la 5" grandeur, par exemple, qu'entre la 2' et la 3". Aussi tous
les observateurs ont-ils suivi (souvent même à leur insu et avec le désir
de faire des jugements indépendants) cette classification en quelque
sorte normale. Sans doute, il n'y a pas là la même précision que s'il
s'agissait de mesures photométriques, mais comme nous ne nous occu-
pons pas ici de l'éclat des étoiles mesuré à un centième près, ces indica-
tions suffisent pour notre but, et d'ailleurs nous sommes bien obligés
de nous en contenter, si nous voulons faire une comparaison séculaire^
puisque l'antiquité et le moyen âge ne nous en ont pas laissé d'autres.
Chacune de ces séries est indépendante. On a contesté la valeur de
celle de Bayer, et Delambre a même traité un peu cavalièrement
l'œuvre de cet astronome. (Il faut avouer d'ailleurs que l'académicien-
professeur Delambre était un de ces astronomes-fonctionnaires qui ne
comprennent rien au ciel et qui seraient mieux à leur place dans une
caserne que dans un observatoire.) Cependant, cette œuvre a son im-
portance, non seulement par l'avantage d'avoir substitué une simple
lettre grecque à une phrase entière , mais encore parce que ces lettres
sont vraiment une indication de l'éclat, quoi qu'on en ait dit. En effet,
si Bayer ne suit pas l'ordre de l'éclat décroissant pour la constellation
entière, du moins il procède de grandeur en gi'andeur : ainsi, par
exemple, l'étoile la plus brillante a reçu la première lettre (a) ; s'il y a
quatre étoiles de cette même grandeur, elles seront a, p, y, (J; s'il y en
a cinq de la grandeur suivante, elles seront s, ?,•/), 6, i; et ainsi de
suite, chaque ordre de grandeur recevant successivement des lettres
consécutives, se suivant dans le sens de la figure. La comparaison de
ces observations faites de siècle en siècle nous permettra donc de
savoir si certaines étoiles ont varié d'éclat depuis l'origine de ces
observations, et cette connaissance est si importante pour l'étude de
l'univers, que nos lecteurs ne trouveront certainement pas déplacés
ici ces petits tableaux techniques qu'il sera si intéressant (quoique un
peu laborieux) de construire pour chaque constellation. Ces chiffres
s'expliquent d'eux-mêmes. Remarquons cependant que Argelander
et Heis désignent les plus brillantes de chaque grandeur en leur ajou-
tant le numéro de la grandeur précédente, et les moins brillantes en
leur ajoutant le numéro de la grandeur suivante : ainsi à Petite Ourse,
marquée 4.5, est notée comme une faible de la 4' (^ 4 |) tandis que
FI. 5 marquée 5.4, indique une brillante de la 5" (= 4 |). Pour moi,
j'ai trouvé plus commode de les estimer en dixièmes.
Si l'on compare avec soin ces notifications d'éclat faites de siècle
ESTIMATION DE L'ECLAT DES ÉTOILES 19
en siècle sur les étoiles de la Petite Ourse, tout en tenant compte
des incertitudes inhérentes à ces appréciations individuelles faites
généralement à l'œil nu, et dépourvues de la précision des mesures
photométriques, on remarque que les étoiles p, y, e, Ç, n'ont proba-
blement pas varié d'éclat, tandis que «, anciennement moins brillante
quep, est actuellement du même ordre. Ainsi, l'Etoile polaire a aug-
menté d'éclat : au temps de Bayer, elle était déjà aussi brillante que
P, mais anciennement elle lui était inférieure. Plus curieuse encore,
l'étoile FI. 5 paraît flotter de la 3° à la 6" grandeur. 9 n'a pas dû varier, et
si Bayer lui a donné une lettre, tandis qu'il n'en donnait pas à FI. 5
(qui est plus grande sur son propre atlas), c'est évidemment parce
qu'elle appartient au corps de l'animal, tandis que la seconde est en
dehors. Quanta FI. 11, il faut une bonne vue pour la dédoubler dey,
car elle est plus petite que le Cavalier du second cheval du Chariot
de la Grande Ourse (Mizar et Alcor), et pour moi je ne la distingue
qu'en m'aidant d'une jumelle. Les observations ne sont pas suffisantes
pour décider sur les trois dernières.
Si nos lecteurs se plaisent à chercher et à reconnaître ces étoiles
dans le ciel, ils feront la remarque assez curieuse que les petites
étoiles se voient plus facilement lorsqu'on ne les regarde pas que
lorsqu'on les regarde : il faut détourner un peu l'œil pour les mieux
saisir. Le fait doit être dû à ce que le centre de la rétine est plus
fatigué, plus usé par la vision constante, ou à une augmentation de
visibilité produite par la réfraction du cristallin. (Les dames se servent
souvent du même procédé pour observer leurs voisins; mais ce n'est
pas pour le même motif. )
Cette première constellation renferme quelques curiosités célestes
intéressantes à connaître et à observer.
L'Etoile polaire doit être signalée en première ligne. C'est ime étoile
double intéressante. La petite étoile qui l'accompagne est de 9° gran-
deur 1/2 et écartée à 18 secondes (18") de distance angulaire. Une
lunette de 75 millimètres d'ouverture est nécessaire pour distinguer
ce compagnon, encore faut-il que l'observateur jouisse d'une bonne
vue et que le ciel soit bien pur. Il tourne lentement autour de la
Polaire. Depuis les premières mesures d'PIerschel jusqu'à celles que
j'ai faites tout récemment, c'est-à-dire depuis cent ans, la petite étoile
a tourné autour de la grande de cinq degrés seulement (correction
faite de l'effet produit par la précession des équinoxes) : à cette vitesse,
ou plut(jt à cette lenteur, elle n'emploierait pas moins de 7200 ans
pour accomplir sa révolution!
20 L'ETOILE POLAIRE
Notre petite fîg. 7 donne l'aspect de l'Étoile polaire et de son com-
pagnon observés dans le champ d'une lunette. Toutes les fois qu'une
étoile double intéressante se présentera dans notre description, nous en
donnerons ainsi le diagramme télescopique. Ces figures seront tracées
uniformément à l'échelle de un demi millimètre pour 1 seconde; elles
indiquent non seulement la distancedes compagnons, mais encore leur
direction : le nord est en bas, l'est à droite, le sud en haut, l'ouest à
gauche. Pour que l'appréciation soit plus complète, nous reprodui-
sons ici un dessin de Jupiter aux époques de ses oppositions (où on
l'observe le plus souvent) : son diamètre est alors de 46". C'est là le
point de comparaison le plus naturel et le plus commode pour le ju-
gement du nouvel observateur. Ainsi, par la comparaison de nos deux
Fig. 7. — L'Etoile polaire et son compagnon. Fig. 8. — Disque de Jupiter.
fig. 7 et 8, on voit que l'écartement du compagnon de la Polaire est
sensiblement inférieur à la moitié du diamètre de Jupiter.
L'Etoile polaire est l'une des étoiles dont la parallaxe a pu être
déterminée. Mesurée par Peters en ISiS, elle a donné pour résultat
76 millièmes de seconde (0" 076). C'est là une valeur si microscopique
que c'est à peine si l'on peut en répondre. Elle correspond à 2 714 000
fois le rayon de l'orbite terrestre, c'est-à-dire à cent trillions de lieues !
Sa lumière emploie plus de 4'2 années pour nous en arriver, de sorte
que, actuellement, nous la voyons, non telle qu'elle est aujourd'hui,
mais telle qu'elle était il y a 42 ans. Ainsi, la rêveuse fiancée qui le
soir confie à cette étoile si fixe et si fidèle les espérances inquiètes de
son cœur, parle, sans s'en douter, à un rayon de lumière détaché des
cieux avant sa naissance; sa mère était enfant à l'époque où ce rayon.
LES CURIOSITES DU POLE
qui la caresse aujourd'hui, est émané de l'étoile; et lorsque le vieil-
lard chargé d'années élève une dernière fois son regard vers le même
astre, il revoit l'étoile contemporaine de sa jeunesse et de ses ardeurs.
La distance de ce lointain soleil est telle que le train express imagi-
naire qui, en raison de 60 kilomètres à l'hem'e, atteindrait le Soleil
en 266 ans, devrait courir sans arrêt pendant 722 millions d'années
pour arriver jusque-là! Quelles ne doivent pas être et l'énormité de
ce soleil et la grandeur de ce système!...
Sisrnalons encore dans cette constellation une autre étoile double
intéressante, c'est l'étoile TC, de 6° grandeur 1/2, que l'on trouvera au
nord de ç. Comme nous avons vu plus haut que Bayer s'est arrêté à
Gdans l'annotation de cette constellation, on n'expliquerait pas la pré-
sence d'autres lettres si nous
n'ajoutions que Bode a con-
tinué les annotations pour d'au-
tres étoiles moins brillantes.
Cette étoile porte le n° 18 dans
le catalogue de Flamsteed. — ■
6| et 7|, jaune et bleuâtre,
assez jolie. Ecartement = 30"
Il y a encore d'autres étoiles
doubles dans cette région du
ciel, mais trop petites pour être
accessibles aux instruments de
moyenne puissance {').
En vertu du mouvement sé-
culaire de la précession des
équinoxes , le pôle de notre
planète , supposé prolongé jusqu'à la voûte céleste , décrit, en
25765 ans, un cercle de 47 degrés de diamètre autour du p(3le de
l'écliptique, qui reste fixe. Nous avons représenté ce déplacement
séculaire du pôle dans son aspect d'ensemble [Astronomie poipu-
laire, p. 47, fig. 25) ; mais nous pouvons pénétrer maintenant un peu
plus loin dans les détails. Notre Étoile polaire actuelle se trouve
encore à plus d'un degré du pôle (à 1°20'), c'est-à-dire à près de trois
fois la largeur apparente de la Lune, et ce n'est qu'en l'an 2105 que le
pôle arrivera à sa plus grande proximité de la polaire (à 28' environ).
Il n'y a en ce moment-ci aucune étoile au pôle ; mais celui-ci se trouve
Fig. 9. — L'étoile double it de la Petite Ourse.
(') 5 FI. 4" et 11".
ji Ô" et 11'
Distance = 45"
4" et 1 1°.
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— 41
22 LES CURIOSITÉS DU POLE
à peu près à égale distance entre deux étoiles de 6° grandeur : l'une a
reçu de Bode la lettre >.; l'autre n'est connue que sous le n° 2320, qu'elle
porte dans le Catalogue de l'Association Britannique (B. A. C). Il y a,
toutefois, dans les environs du pôle un grand nombre d'étoiles télesco-
piques, et l'on en remarque même trois de 1 1' grandeur, qui forment un
élégant triangle, lequel est la dernière petite constellation qui tourne
autour du pôle. Notre fig. 10 représente, d'après l'observation directe
que j'en ai faite, la position actuelle du pôle; j'y ai ajouté le tracé de
sa marche annuelle jusqu'en l'an 2105, où il passera le plus près de la
polaire. Autour du pôle, on a tracé trois cercles, de 15', 30' et 1° de
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Fig. 10. — Position actuelle du pôle ; marche vers l'étoile polaire.
rayon, dont le premier recouvre à peu près dans le ciel une surface
égale à celle de la pleine lune. Telle est la région polaire actuelle du
ciel, la polar issivia.
Ainsi se déplace le pôle parmi les étoiles ; ainsi se déplace lente-
ment la sphère étoilée , qui , dans douze mille ans, aura conduit
au nord la brillante Véga de la Lyre, tandis qu'elle aura abaissé Sirius
au-dessous de l'horizon de la France et qu'elle aura élevé la Croix du
Sud devant les regards étonnés de nos successeurs sur la scène du
monde. Ainsi passent aussi, avec le ciel lui-même, les contemplations
humaines, les destinées terrestres, les nations et les empires.
CHAPITRE II
Les constellations voisines du pôle.
Le Dragon. Cêphée. La Girafe. Curiosités sidérales. Nébuleuse gazeuse
au pôle de l'écliptique. Le soleil rouge de Céphée.
De quel intérêt varié cette description détaillée de toutes les étoiles
visibles à l'œil nu ne s'embellit-elle pas aujourd'hui pour nos regards
attentifs? Par une étude qui n'est ni plus ardue que celle de l'histoire,
ni plus compliquée que l'analyse d'un roman dont on voudrait démêler
les caractères et les personnages, nous apprenons à lire dans le ciel
comme dans un livre et à apprécier progressivement les merveilleuses
splendeurs disséminées dans les profondeurs de l'immensité. Désor-
mais, lorsque nous élèverons nos regards vers une région quelconque
des cieux, nous poui'rons nommer chaque étoile par son nom, nous
saurons ce que chacune d'elles possède de particulièrement intéressant,
nous connaîtrons leur histoire, leur nature, leur constitution phy-
sique et chimique, leur âge relatif, leur importance dans l'univers,
nous apprécierons les distances de celles qui ont été mesurées, nous
sentirons l'incommensurable éloignement de celles dont la parallaxe
est insensible, nous saluerons les systèmes doubles et multiples qui
gravitent autour d'un grand nombre, nous aurons la faculté de diriger
un instrument astronomique vers tel ou tel point du ciel pour saisir
dans le champ télescopique, ici une étoile double colorée, là un cha-
toyant amas d'étoiles, plus loin des nébuleuses préparant au fond des
cieux la genèse de nouveaux univers. Le spectacle de la nuit étoilée perd
le vague qui l'enveloppait et se révèle à nos yeux dans toute sa magni-
ficence et dans son inénarrable réalité.
On pourrait croire que nous entreprenons là un travail intermi-
nable et que les étoiles du ciel sont si nombreuses, qu'il est téméraire
d'essayer d'entrer en relation avec elles. En effet, nous croyons voir
briller au ciel des millions d'étoiles. C'est là une erreur générale. Par
la nuit la plus transparente, nous ne voyons pas plus d'étoiles au ciel
qu'il n'y a d'habitants dans une toute petite ville : jamais nous ne
voyons, à l'œil nu, plus de trois mille étoiles sur l'hémisphère céleste
étendu au-dessus de nos têtes, et les deux hémisphères célestes, le cie)
24
CONSTELLATIONS VOISINES DU POLE
entier ne renferme pas plus de six mille étoiles visibles à l'œil nu pour
une vue ordinaire. Or, nous n'avons à nous occuper ici que de ces
étoiles-là. Encore laissons-nous de côté celles de la sixième grandeur,
qui sont difiiciles à reconnaître et dont l'intérêt est moindre pour
nous, à moins qu'il ne s'agisse d'un astre particulièrement curieux par
sa nature ou par son histoire. Nous n'avons donc, en définitive, qu'à
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Fii-'. 11. — Etoiles qui environnent le pôle. Petite Oufse. — Dragon.— Cti)li'e.
faire la connaissance d'environ 2400 étoiles répandues sur le ciel en-
tier. Ce n'est pas plus difficile que de visiter le Musée du Louvre, et
c'est peut-être encore plus intéressant, car la nature est plus grande
que l'homme, la science est supérieure à l'art, et le ciel est plus beau
que la terre. — Mais ne nous attardons pas au vestibule. Le Dragon
nous appelle, et, loin de nous fermer la route, comme ses aïeux de
la fable antique, c'est lui qui va nous l'ouvrir.
CONSTELLATIONS BOREALES. — LE DRAGON
25
Non loin de la Petite Ourse, on remarque une série d'étoiles irré-
gulièrement alignées, à l'aide desquelles il est facile de tracer les
sinuosités d'un serpent. Pour reconnaître cette constellation, le plus
simple est de tracer une ligne de l'Étoile polaire aux dernières étoiles
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Fig. 12. — Le Dragon. Dessio original de Bayer.
du Petit Chariot (à P) et de la prolonger sur Ç de la Grande Ourse
(l'étoile du milieu de la queue). Cette ligne rencontre l'étoile a du
Dragon (de 3° grandeur, comme â de la Grande Ourse). En s'aidant
de notre fig. il, on trouvera facilement les autres étoiles du Dragon,
jusqu'à la tête tracée vers l'éclatante Véga de la Lyre.
ASTRONOMIE POPULAIRE. 109 SUPPLÉMENT. 4
•26 CONSTELLATIONS BORÉALES. — LE DRAGON
Cette ancienne constellation de la sphère grecque est l'une des plus
heureuses que l'on ait imaginées pour réunir un grand nombre
d'étoiles disséminées en lignes irrégulières; ces figures de serpents,
de dragons, de fleuves, se prêtent à toutes les situations d'étoiles, et,
à l'aide de plis et de replis variés, il est facile de grouper des astres
voisins ou écartés. Il est probable que cette figure a été dessinée sur
la sphère céleste après celles de la Grande Ourse, de la Petite Ourse
et d'Hercule, pour remplir le vide en réunissant les étoiles principales
de cette région du ciel, et que sa forme comme son nom proviennent
tout simplement de la disposition des étoiles ainsi réunies. Dans la
mythologie, le Dragon était préposé à la garde du jardin des Hespé-.
rides. Je trouve, au IV' chant du poème de YExpédition des Argo-
nautes, écrit par Apollonius de Rhodes vers l'an 256 avant notre ère,
c'est-à-dire au temps d'Eratosthènes et de Callimaque, l'épisode du
navire Argojeté sur les côtes d'Afrique, aii fond de la Grande Syrte,
puis porté sur les épaules des Argonautes jusqu'au lac Triton, près
de la ville de Bérénice, et là l'histoire de l'oasis, des orangers,
du Dragon qui gardait les pommes d'or (') et qui venait d'être tué
par Hercule. Près du Dragon tué, les Hespérides gémissaient tendre-
ment. Un peu plus loin, il est question de Persée portant la tête de
Méduse, dont les gouttes de sang se changent en vipères. Sur nos
cartes célestes, Hercule est encore là, à genoux, le pied gauche sur
la tête du Dragon, comme on le verra plus loin, la massue dans la
main droite, dans la situation d'un homme qui vient de frapper ; il tient
dans sa main gauche un rameau (sans doute d'oranger) et un triple
serpent, nommé Cerbère. Nous pouvons donc en conclure qu'il y a
un rapport originel entre ces deux figures de la sphère céleste, quoique,
dès l'époque d'Aratus, ce poète s'étonne de la position du héros, qu'il
ne nomme pas Hercule, mais Engonasi (l'homme à genoux), et qui
lui paraît placé dans une situation pénible, « ayant les bras élevés
vers le ciel comme pour en implorer l'assistance » . Autre remarque :
tandis que les figures uranographiques ont, en général, les pieds du
côté de l'équateur et la tête du côté du pôle, Hercule est renversé, la
tête vers l'équateur (en bas sur les cartes) et les pieds en haut.
Mais, revenons au Dragon. Nous savons déjà que son étoile « était
polaire vers l'an 2700 avant notre ère, comme le prouve, d'une part,
le calcul rétrospectif de la précession des équinoxes, et, d'autre part,
(•) Ce serpent gardien de l'arbre aux pommes d'or ne rappelle-t-il pas un peu le
serpent tentateur d'Eve au paradis terrestre? Antiques traditions, dont le sens nous
échappe aujourd'hui.
LA CONSTELLATION DU DRAGON 27
' les observations directes faites en Chine à cette époque et l'inclinaison
des galeries des pyramides d'Egypte. Lorsque nous regardons cette
étoile, nous voyons donc l'Étoile polaire sur laquelle nos aïeux se gui-
daient il y a quatre mille cinq cents ans. La désignation de la lettre a,'
que Bayer lui donna en 1603, prouve qu'à cette époque cette étoile était
la plus brillante de la constellation, et, en effet, sur l'atlas de Bayer,
elle est marquée de 2' grandeur, comme « et (3 de la Petite Ourse.
Actuellement, elle n'est pas même de 3% mais presque de 3' 1/2, et
tel est aussi le degré d'éclat sous lequel elle a été désignée par Hip-
parque, 127 ans avant J.-C, et par Sùfî, l'an 960 de notre ère. Elle
a certainement augmenté d'éclat aux xvi" et xvii' siècles, car tous les
auteurs de cette époque la signalent comme étant la seule étoile de
2" grandeur de la constellation. C'est par elle que Bayer a commencé
sa classification, puis il est allé à la tète du Dragon et a suivi les étoiles
brillantes jusqu'à la queue, dans laquelle se trouve l'étoile a; ensuite,
il a repris par la tête pour continuer en suivant le corps de l'animal.
Notre /îg. 12 reproduit la carte originale de Bayer, intéressante à
plus d'un point de vue. On suivra l'énumération des étoiles sur cette
figure, ainsi que sur la précédente.
Quelques-unes de ces étoiles sont célèbres dans l'histoire de l'Astro-
nomie. Ainsi, c'est par l'observation attentive de l'étoile y du Dragon
que l'astronome anglais Bradley a découvert l'aberration de la lu-
mière, en 1725. Il avait espéré, de concert avec son ami Molyneux,
trouver, à l'aide d'observations combinées à six mois d'intervalle, une
trace de parallaxe dans cette étoile qui passe justement au zénith de
l'Angleterre et qui était moins affectée que les autres des erreurs dues
à la réfraction. Mais, au lieu du mouvement parallactique qu'il espé-
rait mettre en évidence , il vit l'étoile décrire annuellement une
ellipse directement opposée à tout ce qu'on attendait et d'une tout
autre nature. Grand embarras parmi les hommes de science, jusqu'au
jour où Bradley, se promenant sur la Tamise par une belle après-midi,
remarqua que, chaque fois que le bateau virait de bord, la direction du
vent, estimée par la direction des girouettes, paraissait changer. «Eh
s'écria-t-il, c'est le mouvement de la Terre qui donne naissance à l'el-
lipse, en faisant croire à une déviation des rayons lumineux. » La dé-
couverte importante de l'aberration de la lumière était faite, et en
même temps la première preuve positive du mouvement de transla-
tion de la Terre autour du Soleil était donnée {Astronomie populaire,
p. 80). Mais toutes les recherches relatives à la parallaxe des étoiles
examinées n'aboutirent à rien, parce que cette parallaxe est trop
28 LA CONSTELLATION DU DRAGON
microscopique pour avoir pu se révéler sur les instruments de cette
époque. En effet, ce mouvement parallactique s'exécute dans une
ellipse moins grande que l'épaisseur d'un cheveu! Ce n'est que
115 ans plus tard que la première distance d'étoile a pu être vraiment
mesurée (celle de la 61' du Cygne, en 1840, par Bessel), et ce n'est
qu'en 1875 que celle de cette même étoile y du Dragon a été mesurée
(à Dublin, par Brunnow) : cette parallaxe, de 0"092, correspond à
2 242 000 fois la distance d'ici au Soleil, c'est-à-dire à 83 trillions de
lieues. La lumière emploie trente-cinq ans pour venir de là!
Une autre étoile du Dragon, a, a donné pour parallaxe le chiffre
0"222, qui correspond à 928000 fois le rayon de l'orbite terrestre, ou
à 34 trillions de lieues. Quoique de cinquième grandeur, cette étoile
est donc plus de deux fois plus proche de nous que y, qui est de troi-
sième. Mais des étoiles de huitième grandeur, invisibles à l'œil nu,
sont plus rapprochées encore.
Depuis deux mille ans qu'on observe attentivement les étoiles de
cette antique constellation, quelques-unes ont-elles varié d'éclat? Le
seul moyen de répondre à cette intéressante et importante question,
c'est de comparer les observations faites depuis l'origine, comme nous
l'avons fait pour la Petite Ourse. Le tableau ci-dessous donne l'état
actuel de ces étoiles ainsi que les observations antérieures faites de
siècle en siècle sur le même sujet.
Cette comparaison montre que plusieurs ont subi des variations
assez importantes.
Remarquons d'abord que cette constellation nous offre un exemple
typique du mode de classification littérale de Bayer. Suivez la
sixième colonne : La constellation ne possède qu'une seule étoile de
2'' grandeur; elle a reçu la lettre «; elle en possède 10 de 3% qui ont
reçu les dix lettres suivantes en suivant le corps de l'animal ; elle en
possède 14 de 4°, qui ont reçu les quatorze lettres suivantes, et 8 de
5% qui ont été dénommées sur le même principe. L'alphabet grec une
fois épuisé, on a continué par l'alphabet romain, dont la première
lettre seulement est majuscule, les autres restant minuscules. Telle
est la méthode appliquée par Bayer à chaque constellation. Contraire-
ment à ce qu'on suppose généralement, elle peut donc servir à des
comparaisons d'éclat qui ont leur valeur.
Elle nous prouve d'abord que l'étoile « a certainement diminué
d'éclat depuis le xvn° siècle, car elle n'est plus la première, et à beau-
coup près.
LA CONSTELLATION DU DRAGON
29
ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU DRAGON, OBSERVÉES DEPUIS DEUX MILLE ANS.
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5.4
5.4
5,0
Il est bien certain aussi que l'étoile e n'appartient pas aujourd'hui
à la 3' grandeur, comme au temps de Tycho, de Bayer et d'Hévélius ;
elle n'est même pas une brillante de la 4° (je l'ai trouvée inférieure à ^
le lOmars 1880). Or, cette variabilité, déjà indiquée par ce fait, estcon-
firniée par les observations de Flamsteed et Piazzi, qui l'ont notée
seulement de 5° 1/2. De plus, c'est une étoile double, dont Struve a
noté les composantes 4,0 et 7,6 en 1832, Smyth 5 1/2 et 9 1/2 en 1833,
Wrottlesley 5 1/2 et 9 en 1859, Duner 4 et 8 en 1867, 5 et 7 en 1871,
3 et 7,5 en 1872. Nous avons donc là certainement une étoile variable,
LA CONSTELLATION DU DRAGON
et le plus curieux est que ses deux composantes varient. L'amiral
Smyth écrivait en 1833 que e et a Dragon sont égales et de 5' gran-
deur 1/2. Le 18 mars 1880, je les ai comparées et ai trouvé a d'une
grandeur entière au-dessous.
L'étoile A, non remarquée jusqu'au quinzième siècle, a été vue de
3° grandeur par Tycho en 1590 et par Hévélius et 1660, et très certai
nement, si elle avait brillé d'un pareil éclat au temps d'Hipparque,
elle aurait été incorporée au Dragon, dans le troisième repli duquel
elle se trouve. Elle descendit à la 4" grandeur et est aujourd'hui de 5".
Au contraire, l'étoile w, située dans la même région du ciel, et qui a
été notée de 6° grandeur jusqu'au xv° siècle, s'est élevée à la 4' du
xvf au xvni", et est aujourd'hui de 5*. L'étoile a, comme nous l'avons
vu, s'est élevée à la 2' grandeur au xvn° siècle ; l'étoile (3 a atteint le
même éclat à la fin du siècle dernier, ainsi que y, tandis que e descen-
dait, au xvni% au-dessous de la 5° grandeur. L'étoile ir, notée toujours
de 4° ordre, et même de 3° au xv° siècle, est de 5'' aujourd'hui ; p est
descendue de 3 | à 5 1, pour remonter à la 4' ; e est tombée de 5 à
6 ; /m est de 5 I aujourd'hui, moins brillante que sa voisine 17 et
presque égale à une septentrionale qui forme un triangle avec elles.
Quelques autres fluctuations sont probables. Certaines étoiles pré-
sentent, au contraire, une stabilité d'éclat bien remarquable : exemple
V et h, ce qui prouve que, s'il ne faut pas attribuer une précision
absolue à Ces estimations de grandeur, l'accord entre elles est néan-
moins assez satisfaisant pour que l'on puisse conclure à une variation
réelle quand l'écart surpasse une grandeur entière ; d'ailleurs, toute
équivoque est impossible quand la comparaison fait changer l'ordre
de l'éclat comparatif. Ainsi, par exemple, aux seizième et dix-septième
siècles, « surpassait |3 et y, tandis qu'aujourd'hui l'ordre d'éclat est :
1" ï 3» s,!;
2» p, ri 4» a, i, X, X, Ç.
Ces variations sont d'autant plus sûres, que les appréciations de
chacun des onze observateurs de la liste précédente sont absolument
indépendantes les unes des autres. Ainsi le ciel n'est point aussi im-
muable, aussi inaltérable qu'il le paraît : c'est la brièveté de notre
vie qui nous le fait croire éternel.
Anciennement la figure s'arrêtait à X, que l'on appelait « la der-
nière de la queue »; et Bayer termine son dessin sans étoile; main-
tenant, on remarque une étoile de 4* grandeur (Piazzi, IX, 37) qui
prolonge la queue jusque près du pôle. Cette étoile a dû augmenter
d'éclat, ainsi que celle qui forme un trait d'union entre elle et a
LA CONSTELLATION DU DRAGON
SI
Fig. 13. — L'étoile double v du Dragon.
La constelLation du Dragon réserve à l'étudiant du Ciel des curio-
sités dignes d'occuper les meilleures heures de ses plus belles soirées,
d'autant plus facilement que cette région, ne descendant jamais au-
dessous de l'horizon de la
France, est perpétuellement
visible pour nos latitudes.
J'engagerai les commençants
à diriger d'abord leur lunette
vers l'étoile v, de 4" grandeur,
avec laquelle nous avons déjà
fait connaissance ; ils décou-
vriront, non sans un certain
plaisir, que cette étoile se
compose de deux de 5° gran-
deur, très écartées (62"). Une
jumelle grossissant 3 à 4 îok
suffit pour les dédoubler. Ces
étoiles sont remarquées de-
puis deux siècles (Flamsteed,
1690), et, il y a cent ans,
William Herschel croyait qu'elles avaient changé de position l'une
par rapport à l'autre. C'était là une conclusion prématurée. La com-
paraison des observations faites depuis un siècle prouve, au contraire,
qu'elles restent fixes l'une par rapport à l'autre, mais qu'elles sont
animées d'un mouvement propre commun dans l'espace, et que, par
conséquent, elles forment un système physique. Si, ce qui est assez
probable, elles gravitent l'une autour de l'autre, comme depuis deux
siècles elles n'ont certainement pas tourné de plus de 2 degrés, elles
emploient peut-être 36 000 ans, 360 siècles, pour tourner de 360 degrés
ou d'une révolution entière! Quel œil mortel pourrait contempler sans
intérêt ces deux soleils, perdus dans le fond de l'espace, à une dis-
tance inimaginable de nous, et écartés l'une de l'autre cà }olusieurs
milliards de lieues (quoique pour nous ils paraissent se toucher), qui
sont emportés tous deux ensemble, comme deux frères jumeaux, dans
une destinée commune, et qui sans doute distribuent autour d'eux,
aux terres célestes bercées dans leur attraction et dans leur lumière,
les rayonnements féconds d'une vie étrange et mystérieuse !
L'étoile est également double , et intéressante. Grandeurs des
composantes : 4f et8|; distance : 32"; la plus brillante étincelle
d'une limpide lumière jaune d'or; la seconde est nuancée de lilas. Beau
32 LA CONSTELLATION DU DRAGON
groupe, facile à observer. D'après la comparaison que j'ai faite des
mesures anciennes avec les modernes et avec les miennes, j'ai conclu
que ces deux étoiles ne se connaissent pas et forment un groupe de
perspective : la moins brillante est sans doute éloignée au delà de la
plus brillante à une distance prodigieuse, peut-être plus grande que
la distance même qui sépare la première de la Terre.
L'étoile (^ présente un intérêt d'un autre ordre. Elle est double
aussi, et depuis l'année 1755 que nous avons les yeux sur elle, ses deux
composantes n'ont pas varié de position, quoiqu'elles soient réunies
entre elles par les liens de l'attraction et soient emportées dans l'es-
pace par un mouvement propre commun. L'éclat des composantes
Fig. 14. — Lïtoilc double o du Dragon. Fig. 15. — IL'étoile double i)/ du Dragon.
est respectivement 5' et 6' grandeur; mais, à l'œil nu, ces deux étoiles
n'en font qu'une de 4 1/2. Distance = 31". Jaune et lilas. Beau con-
traste. — L'étoile u, angle opposé à <^ dans le losange (J;, X, ç, u me
paraît variable : l'observer de temps en temps.
On peut aussi chercher l'étoile 40, située non loin de e Petite
Ourse, et que l'on trouvera en s'aidant de notre petit carte de la p. 16.
C'est une étoile de 5" grandeur, qui se dédouble en une étoile de 5° 1/2
et une de 6°. Ecartement = 20". L'étoile 17, au bout de la tête, sur le
prolongement de |, v et /x, est une belle étoile triple, dont deux com-
posantes sont de 6' grandeur et la 3° de 6 1/2 : distances 4" et 90".
Ce sont là les principales curiosités étoilées de cette région du ciel
que l'on puisse observer à l'aide d'instruments de moyenne puis-
NÉBULEUSE GAZEUSE AU POLE DE L'ÉCLIPTIQUB 33
sance ('). Mais il y a dans ces parages un spectacle céleste à contem-
pler, qui ne le cède en rien aux précédents et qui nous transporte vers
des horizons encore plus inattendus et plus immenses. Environ au
milieu du chemin entre l'Etoile polaire et Gamma du Dragon, juste-
ment sur le pôle de l'écliptique, près de l'étoile Oméga, se trouve l'une
des plus curieuses néhuleuses qui existent. Elle offre l'aspect d'un
disque planétaire ou d'une étoile qui n'est pas au foyer de l'instru-
ment et a la forme d'une ellipse
mesurant 23 secondes de lon-
gueur sur 18 de largeur. Sa
lumière est bleuâtre et au
centre brille une petite étoile
de onzième grandeur qui paraît
être le noyau de ce monde en
formation. Eh bien, c'est cette
nébuleuse qui, ayant été exa-
minée la première au spectro-
scope, a prouvé par la révéla-
tion de sa constitution chi-
mique qu'il y a de véritables
nébuleuses à l'état gazeux. De-
puis cent cinquante ans, en Fig. le. - La nébuleuse ..u pôie de récuptique.
effet, les astronomes étaient fort embarrassés pour décider s'il y a de
véritables nébuleuses gazeuses, et l'intérêt du sujet n'a fait que grandir
depuis que William Herschel a exprimé la pensée que ces amas sont
des portions de la matière primitive qui s'est condensée en étoiles, et
qu'en les étudiant, nous étudions en même temps quelques-unes des
phases par lesquelles les soleils et les planètes ont passé.
L'agrandissement continu de la puissance télescopique n'a pas
donné à la science le dernier mot du problème des nébuleuses, car à
mesure que les instruments d'optique devenaient plus immenses et
plus pénétrants et permettaient de résoudre en étoiles un plus grand
nombre de ces nuées, ils amenaient la découverte de nébulosités
(') Couples de la même constellation, plus difficiles à dédoubler •
ti 3" et 10«. Distance = 4°, 7, jaune pâle et bleuâtre.
e 5« et 8». Distance =r 2', 9, or et azur. La petite étoile varie d'éclat de 7« à 10«.
|i 5' et 5". Distance = 2", 5. Système orbital rapide. C'est la première étoile de
la tête du Dragon (au bout de la langue). Lés Arabes la nommaient Arrakis « le
Danseur. » Ce couple a tourné de 64» depuis cent ans; il doit avoir une période de
560 ans environ.
ASTRONOMIE POPULAIRE. 110 SUPPLÉMENT. 5
34 LES NÉBULEUSES
plus pâles OU plus lointaines, et l'on voyait apparaître ces formes
fantastiques, ces agrégats de lumière diffuse qui ne semblent point
dus à de véritables amas de soleils innombrables situés à des distances
de plus en plus inaccessibles. L'analyse spectrale, en supposant
qu'elle fût applicable à des objets si excessivement faibles, devenait
évidemment une méthode d'investigation très propre à faire recon-
naître s'il n'y a que des amas d'étoiles ou s'il existe de véritables
nébuleuses gazeuses.
Dès l'année 1864, l'astronome anglais Huggins avait choisi pour
premier essai d'analyse la petite nébuleuse dont nous parlons. Sa
surprise fut grande, lorsqu'e"n regardant à travers la petite lunette de
l'appareil spectral, il reconnut que son spectre n'avait plus cette appa-
rence de bande lumineuse colorée qu'une étoile aurait fait naître, et
qu'au lieu de la bande continue, on n'apercevait plus que trois raies
brillantes isolées. Cette observation suffisait à résoudre le problème
depuis si longtemps agité, du moins pour cette nébuleuse particu-
lière, et pour prouver qu'elle était, non un amas d'étoiles distinctes,
mais une nébuleuse véritable. Un spectre de cette nature, autant du
moins que les données acquises permettent de l'affirmer, ne peut être
produit que par la lumière émanée d'une matière à l'état de gaz. On
pouvait donc en conclure, dès ces premières observations, que la
lumière de cette nébuleuse n'émane pas d'une matière solide ou liquide
incandescente, comme la lumière du soleil et des étoiles, mais d'un
rjaz lumineux.
Il était important de reconnaître, si cela devenait possible, par la
position de ces raies brillantes, la nature chimique du gaz ou des gaz
dont ces nébuleuses sont formées. Les mesuresprises de la plus bril-
Fig. 17. — Spectre de la nébuleuse du pôle de l'écliptique.
lante de ces lignes montrent qu'elle occupe dans le spectre une posi-
tion très voisine des raies les plus brillantes du spectre de l'azote. La
plus faible des raies coïncide avec la raie verte de l'hydrogène. Mais
la raie moyenne du groupe des trois lignes qui forment le spectre de
la nébuleuse n'a son identique dans aucune des raies intenses des
spectres des éléments terrestres connus. Il y a là un état de la matière
inconnu pour nous. On voit un spectre continu excessivement faible
LES NÉBULEUSES, CREATIONS LOINTAINES 35
provenant du centre de la nébuleuse, d'un noyau très petit, mais plus
brillant que le reste de la masse. L'observation nous apprend à peu
près certainement que la matière du noyau n'est pas à l'état de gaz,
comme celle de la nébulosité qui l'entoure. Elle consiste en une ma-
tière opaque qui peut exister à l'état de brouillard incandescent,
formé de particules solides ou liquides.
Le résultat nouveau et inattendu auquel venait de conduire l'exa-
luen spectroscopique de cette nébuleuse frappa de surprise les astro-
nomes et les engagea à étudier attentivement les autres créations
analogues qui sont disséminées dans l'étendue des cieux. Le résultat
de cette analyse a été qu'un grand nombre de nébuleuses sont com-
posées de véritables gaz, — de gaz flamboyants visibles à des mil-
liers de milliards de lieues d'ici !
Lors donc que nous observons cette pâle nébuleuse bleuâtre située
au pôle de l'écliptique, nous savons que c'est là un amas de matière
gazeuse incandescente, déjà muni d'un noyau central de condensation,
et nous devinons dans cette lueur lointaine l'ardente genèse d'un
nouveau monde. Nous assistons d'ici à la création!... Là brille déjà un
embryon de soleil ; là se prépare un système planétaire. Que dis-je ! le
rayon lumineux qui nous arrive en ce moment de cette région de
l'infini en est peut-être parti il y a plusieurs millions d'années, et
peut-être qu'en ce moment une ou plusieurs planètes sont déjà for-
mées, fécondées, habitées, et peut-être qu'il y a là aussi des yeux qui
nous contemplent, et pour lesquels, notre histoire étant égale-
ment en retard de plusieurs millions d'années, notre système solaire
n'est encore qu'une nébuleuse circulaire, vue justement de face : ils
se demandent si un jour notre nébuleuse deviendra soleil et planètes
et ne se doutent pas que nous existons déjà et que nous pourrions
leur répondre! Voix du passé, vous devenez maintenant les paroles
de l'avenir, tandis que le présent, l'actuel, disparait pour les regards
échangés à travers les vastes cieux , à travers l'infini, à travers
l'éternité !
La petite nébuleuse avec laquelle nous venons de faire connais-
sance est la 37' de la IV' classe du Catalogue de William Herschel,
et est désignée, pour cette raison, sous le chiffre H. IV, 37.
L'étude de chaque constellation nous réserve ainsi des enseigne-
ments inattendus. Les deux premières que nous venons d'analyser
offrent, comme on le voit, des curiosités variées dont l'inspection peut
faire l'emploi agréable de plusieurs charmantes soirées; il suffit, pour
les observations télescopiques, d'être muni de l'un des quatre instru-
36 LES ENSEIGNEMENTS DU CIEL
ments que nous avons décrits à la fin de V Astronomie populaire, et sur
lesquels nous reviendrons en détail un peu plus loin, et comme il
s'agit toujours ici « d'astronomie populaire », nous passons sous
silence tous les faits célestes qui ne pourraient être observés qu'à
l'aide d'instruments supérieurs. Ces pages sont écrites pour tous ceux
qui désirent entrer en relation avec les merveilles de l'univers, sans
fatigue et sans difficultés : j'ouvre la voie aussi largement que pos-
sible, dans l'ambition peut-être téméraire d'y engager tous les voya-
geurs de l'infini, tous les contemplateurs du vrai, tous les penseurs
altérés de science, tous les amis de la nature. Aucune crainte de
satiété. Le ciel est plus profond que la mer. Les spectacles de la
terre ne sont qu'un songe devant ceux de l'éternel univers. Quelle
est Fcàme dont les ailes ne frémissent pas devant les abîmes d'en haut?
quel est l'esprit pensif qui n'éprouve pas en face de ces grandeurs k
vertige de l'infini ?
Ainsi, simplement, insensiblement et sans efforts, nous construi-
sons ici la description complète du ciel, étoile par étoile, pour toutes
les observations qui peuvent facilement se faire à l'œil nu, ou être
trouvées à l'œil nu s'il s'agit d'une curiosité télescopique quelconque
accessible aux instruments de faible et moyenne puissance. Chacun
pourra désormais entrer en relation directe avec le ciel. .
Dans le voisinage du pôle, remarquons maintenant la constellation
de Céphée, ancien roi d'Ethiopie, mari de Cassiopée et père d'Andro-
mède, dont nous examinerons plus loin la légende mythologique. Il
se nomme aussi sur les cartes arabes Al-Multahib, le Flamboyant. Ce
héros a un pied sur le pôle, l'autre sur la Petite Ourse, est coiffé d'un
turban et d'une couronne, et tient d'une main un manteau et de
l'autre son sceptre royal. (Nous l'avons déjcà admiré sur notre planche
de la page 9.) Pour reconnaître cette constellation dans le ciel, cher-
cher pi'ès de la Polaire en s'aîdant de notre fig. 11, p. 24 : on remar-
quera trois étoiles alignées, y, t et cî ; la première est de 3' grandeur un
tiers, la seconde de 4°; la troisième, $, de 4° grandeur en moyenne,
varie de 3,7 à 4,9 dans la période rapide de 5 jours 8 heures 47 mi-
nutes, et à ce point de vue-là elle offre un intérêt particulier à l'ob-
servateur attentif. A peu près parallèlement à la ligne de ces trois
étoiles, on en remarquera trois autres, x, (3 et «, qui sont respective-
ment de 4,5, 3,4 et 3,0 : « est la plus brillante.
Voici l'ensemble de ces étoiles et l'éclat observé sur elles depuis
deux mille ans :
LA CONSTELLATION DE CEPIIER
37
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE CEPHEE.
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
Étoiles
-127
+ 960
1430
1500
1603
1660
noû
1800
1840
1860
1880
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3
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2C2B.A.G.
= 43IWv.
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5
4.5
4.5
4,7
Plusieurs de ces étoiles méritent d'arrêter un instant notre attention.
Ainsi, l'étoile o, située sur le prolongement de «, l et t, n'est que de
5' grandeur et demie, et n'a rien qui la distingue de deux voisines qui
n'ont pas reçu de lettres et qui sont aussi de 5° grandeur et demie ;
cependant, sur l'atlas de Bayer, elle est seule marquée : elle devait
être un peu plus brillante en 1603 comme en 1660, et pleinement de
5° ordre. Mais le fait le plus curieux est que Flamsteed l'a notée de
4° vers 1700, et Piazzi de 7° vers 1800. (Elle est également inscrite de
1' dans le catalogue de Bradley édité par Bessel, mais toutes les
estimations de grandeurs de ce catalogue sont reproduites d'après
Piazzi). L'amiral Smytli, en 1834, l'a notée aussi de 7" : l'influence
de Piazzi s'est-elle encore fait sentir ici ? Varie-t-elle réellement dans
cette proportion? Ce n'est pas probable. Ajoutons que c'est là une
ravissante étoile double, composée d'une belle étoile jaune orange
et d'une petite bleu azur qui forme avec la première le plus char-
mant contraste; dans le champ de la lunette, on croit voir briller
deux pierres précieuses étincelant d'une translucide lumière; mais,
comme la distance n'est que 2 secondes et demie, il faut déjà un bon
instrument pour la dédoubler nettement. Ce couple ravissant forme
un système orbital en mouvement assez rapide. (Le 27 février 1880,
j'ai estimé à 5,4 la grandeur de cette étoile.)
38 UN SOLEIL ROUGE DANS CEPIIEE
La dernière étoile du tableau précédent n'a pas reçu de lettre, quoi-
qu'elle soit bien visible à l'œil nu près de l'Etoile polaire. On pourrait
croire qu'elle a augmenté d'éclat ; mais son absence des catalogues
anciens vient surtout de ce qu'elle n'était incorporée dans aucune
figure, se trouvant entre la queue delà Petite Ourse et le pied gauche
de Céphée. C'est la 43^ du catalogue d'Hévélius. Dans son voisi-
nage, la 42' parait diminuer d'éclat.
Il y a là aussi une étoile bien extraordinaire, l'étoile f* (chercher
vers a) : William Herschel l'appelait Garnet Sidus « l'astre grenat »,
et telle est, en effet, sa couleur. Quelquefois elle est rouge comme un
grenat illuminé à la lumière électrique, et quelquefois elle brille
d'une vive couleur d'orange translucide. C'est la plus rouge des étoiles
que l'on puisse voir à l'œil nu (le télescope montre des étoiles qui sont
tout à fait rouge sang). Pour apprécier sa nuance remarquable, se
servir d'une jumelle ou d'une petite lunette, et regarder d'abord une
étoile blanche, comme a Céphée. Son éclat varie de la 4* à la 6" gran-
deur en une période qui, d'abord évaluée à cinq ans, paraît assez
irrégulière. Je l'ai observée le 27 février 1880 : elle était de 4° gran-
deur, un peu plus brillante que e et un peu moins que K '■ dans une
lunette de 75 millimètres, elle offrait la couleur de la flamme du feu,
ou plutôt celle d'un petit charbon ardent.
Examinée au spectroscope, cette étoile fi de Céphée donne un
spectre du troisième type, c'est-à-dire formé de lignes noires et de
lignes brillantes entrecoupées de zones ou bandes obscures qui, quand
le spectre est complet, comme dans cette étoile type, sont au nombre
de neuf, disposées comme autant de colonnes cannelées vues en per-
™ifï!';riiiBiiiiïi'i:i!:ï!i
"I"' iiuiiHimiiuiiiim.iMii
111
I P
ii
Fig. 18. — Spectre de l'étoile |i de Ccphée.
spective et ayant la partie éclairée du côté du rouge. Il y a là deux
spectres superposés, l'un formé de zones larges dégradées qui font
l'effet des ombres sur une colonne cannelée, l'autre formé des lignes
métalliques noires d'absorption. Les lignes de renversement de l'hy-
drogène sont très faibles et parfois absentes ; au contraire, les raies
du sodium, du fer et du magnésium sont très fortes, ainsi que les
bandes du carbone. Là, l'hydrogène se présente sous l'aspect de raies
lumineuses. Ces spectres à colonnades paraissent dus aux oxydes,
d'après les belles analyses de Lockyer, et les lignes fines aux suu-
UN SOLEIL ROUGE DANS CEPIIEE 39
stances élémentaires, aux corps simples. Or, les oxydes ne peuvent
subsister quand la température est très élevée, et l'on peut inférer que
les étoiles qui présentent ces bandes ont moins de chaleur que celles
qui donnent seulement les raies métalliques linéaires. Le carbone
paraît y être à l'état d'oxyde, comme dans les comètes et les aéro-
lithes. Nous avons sans doute là sous les yeux la dernière période
des soleils, et lorsque nous regardons cette étoile rouge qui brille
doucement dans le voisinage de notre Etoile polaire, nous ne pouvons
guère nous empêcher de songer aux morts qui sont là. Oui, ce soleil
a rayonné comme le nôtre dans l'ardeur et la flamme de la jeunesse;
oui, ses rayons d'autrefois ont dû comme ici glisser sur des printemps
parfumés et sur des matinées frémissantes ; oui, des êtres heureux
ont salué dans le passé, longtemps avant la naissance de la Terre,
ces lumineux levers de soleil et ces grandioses illuminations du soir
sur les mers et sur les montagnes ; oui, notre beau, notre bon soleil,
perdra aussi ses forces dans l'avenir , se couvrira d'un voile de
vapeurs, se refroidira comme un boulet rouge, et n'enverra plus à ses
filles les planètes que la pâle lueur inféconde d'un soleil qui s'éteint.
Qui donc pourrait regarder sans émotion ce lointain soleil de Céphée
et ne pas reconnaître en lui le sombre prophète de la fin du monde,
l'antechrist des derniers jours?... Cet œil éteint du passé ne
semble-t-il pas un œil ouvert sur l'avenir, qui de là-bas nous regarde
sans nous voir, comme un œil déjà mort, pauvre cristallin déjà terni
par l'agonie !
Nous avons déjà parlé de l'étoile â de Céphée, qui varie de 3,7
à 4,9 dans la période rapide de^ 5 jours 6 heures 47 minutes; elle
emploie 1 jour 14 heures pour s'élever du minimum au maximum et
3 jours 19 heures pour descendre du maximum au minimum. Ainsi,
par exemple, si nous choisissons la belle saison de cette année pour
cette observation, soit le mois d'août, nous pouvons calculer les dates
suivantes pour ces maxima et minima :
Jours Jours
du mois du mois
Maximum, août 1880 1,2 Minimum, août ISSO 10,4
Minimum, — 5,0 Maximum, — .... 12,0
Maximum, — 6,6 Minimum, — .... 15,7
Et ainsi de suite. La date précise est donnée ici en dixièmes de jour parce
qu'il est plus facile d'additionner ou de soustraire en dixièmes de jour qu'en
heures. On peut remarquer, du reste, que puisqu'il y a vingt-quatre heures par
jour, un dixième de jour égale 2 heures 4 dixièmes d'heure, ou 2 heures 2-i r.îi-
nutes. Le jour astronomique commençant à midi, le premier maximum inscrit
sur la petite liste précédente correspond donc au 1"=' août à 2 dixièmes de jou:.,
40
L'ÉTOILE DOUBLE ET VARIABLE S DE CÉPIIÉE
Fig. 19. — L'étoile double 8 de Céphée.
OU à 4 heures 48 minutes de l'après-midi ; le second correspond au 5 août à
midi, le troisième au G août h 6 dixièmes ou à 14 heures, c'est-à-dire au 7 août
à 2 heures du matin, et ainsi de suite. Au surplus, n'importe à quelle époque, il
suffit de suivre avec attention cette étoile pendant cinq ou six soirées pour
s'apercevoir de sa variabilité.
Or, cette curieuse étoile n'est pas seulement intéressante par sa
variabilité, mais elle est en-
core une splendide étoile dou-
ble, étant accompagnée d'une
charmante étoile bleue de 7*
grandeur, écartée à 41", visible
par conséquent dans l'instru-
ment le plus faible; comme l'é-
toileprincipalebrille d'unebelle
nuance jaune d'or, ce couple
ollre un contraste ravissant. Si
ces deux soleils forment un sys-
tème physique (les observations
ne sont pas suffisantes pour dé-
cider), quelle situation bizarre
pour les mondes qui gravitent
là,illuminés par deux soleils dont l'un change d'éclat tous les cinqjours !
Une autre étoile de Céphée, que l'on désigne sous la lettre R, a été
vue de la 5% de la 6% de la 7% de la 8% de la 9" et de la 10'= grandeur.
Elle est située tout près de l'Etoile polaire, et sa distance au pôle nord
n'est que de 1" 14' : c'est pourquoi il est singulier de l'avoir attribuée
à Céphée, quand elle est en plein dans la queue de la Petite Ourse.
L'erreur vient d'Hévélius, qui l'a appelée 24 Céphée et qui Ta estimée
de 5° grandeur en 1661 : elle était alors plus brillante que >., et lorsque
Lalande observa l en 1789, sans voir la précédente, il crut que c'était
24 Céphée, et la confusion a été continuée par Piazzi et d'autres
astronomes. C'est M. Pogson, en 1856, qui constata le premier
la variabilité de l'étoile d'Hévélius, nommée désormais R, d'après
une convention en vertu de laquelle on attribue la lettre R à la pre-
mière variable découverte dans une constellation, la lettre S à la
seconde, et ainsi de suite. La chercher près de l Petite Ourse (entre
« et (î) à l'aide de notre fig. 20. Il serait curieux de la voir revenir
plus brillante que cette voisine, comme elle l'a été. On croit que sa
période est de 73 ans. Je l'ai observée le 18 mars 1880 et l'ai trouvée
de 8^ Observer en même temps l'étoile double voisine de la polaire.
11 y a encore d'autres variables dans Céphée; mais on ne peut les
LES CURIOSITES DU CIEL
41
étudier qu'à l'aide d'instruments gradués. Revenons aux étoiles
doubles.
Un jour, une jeune dame très passionnée pour le ciel était venue
demander à un astronome de lui montrer quelques-unes de ces curio-
sités célestes ; c'était par une douce soirée de printemps, et l'astro-
nome était rêveur. Comme il ne trouvait pas tout à coup l'étoile désirée,
il s'arrêta soudain dans la manœuvre de son télescope, et se mit à
crayonner, au clair de lune, quelques lignes sur le mur de la terrasse.
Enfin, il se remit au télescope et trouva l'étoile. Pendant ce temps-là,
la dame curieuse avait lu, au lieu d'un calcul astronomique, le qua-
train suivant :
Près de vous, madame, oubliant les cieus,
L'astronome étonné se trouble ;
C'est dans l'éclat caressant de vos yeux
Qu'il avait cru trouver l'étoile double.
Je me hâte d'ajouter que la scène se passait sous Louis XV. Au-
Fig. 20. — Étoile variable près de X Petite Ourse, et étoile double près de l'étoile polaire.
jourd'hui, les astronomes sont plus sérieux. N'imitons pas nos jeunes
grands-pères ou nos trop coquettes grand'mères, et passons en revue
les richesses célestes incorporées dans l'antique département du roi
d'Ethiopie. Dirigeons tout de suite et sans distractions une lunette
vers la belle étoile p Céphée, de troisième grandeur : nous découvri-
rons à côté d'elle une petite étoile de huitième grandeur, écartée à 14";
la première est blanche, la seconde est bleue. C'est un petit couple
charmant, qui paraît fixe dans le ciel. Notre fig. 21 montre son aspect
télescopique. Qui pourrait croire que ce sont là deux soleils écartés
ASTRONOMIE POPULAIRE. 111 SUPPLÉMENT. 6
42
LES CONSTELLATIONS. - CEPHEE
à des millions et des millions de lieues l'un de l'autre ! Sans doute les
yeux humains ont leur charme; mais on les rencontre à chaque
instant devant soi : les vraies étoiles doubles sont plus rares, elles
habitent le ciel et elles nous invitent à en pénétrer les secrets les plus
mystérieux.
L'étoile X est aussi une élégante étoile double, composée d'un astre
de 4^ grandeur 1/2 et d'un de 8" 1/2 : distance = 7", 3.
Remarquons encore l'étoile ^ : 5' et 8% à 6" 6; très jolie; système
physique en mouvement. A côté, il y aune autre petite étoile double,
de 7° grandeur, serrée à 2",4 et qui forme aussi un système physique
dans lequel la petite étoile tourne lentement autour de la grande.
Ce sont là, avec o dont nous avons parlé plus haut, les principales
Fig. 21. — Etoiles doubles dans Céphée.
curiosités de la constellation de Céphée accessibles aux gens du monde.
Les autres sont réservées aux observatoires. Je ne saurais trop enga-
ger nos lecteurs à diriger un instrument quelconque vers les objets
célestes signalés dans le cours de notre description : qu'ils essaient,
ils en seront tout de suite amplement récompensés, et peu à peu ils
apprendront à connaître directement toutes les régions de l'immense
univers, tout aussi facilement que s'ils voulaient étudier la botanique
d'une contrée quelconque. La nouveauté, et j'oserai dire le grand
charme, de l'essai que nous faisons aujourd'hui, c'est de substituer la
pratique à la théorie : nous ne parlons plus de phénomènes abstraits,
de nébuleuses inaccessibles, d'étoiles colorées, splcndides mais invi-
sibles pour le public ; nous visitons personnellement chaque réalité ;
nous disons : elle est là, regardez ; nous étudions le ciel directement.
Sans doute, l'attention a besoin d'être parfois soutenue, mais aussi
LA CONTEMPLATION SCIENTIFIQUE
43
quelle récompense! et quel plaisir d'avoir entre les mains un guide à
l'aide duquel chacun de nous pourra désormais trouver dans le ciel
tout ce qu'il voudra. Pour moi, je l'avoue ingénument, j'éprouve
plus de plaisir à faire cette visite méthodique du grand musée de
l'univers que peut-être nul lecteur n'en éprouvera à me suivre, et si
quelque regret m'arrête parfois, c'est d'être obligé à une telle conci-
sion dans cette description scientifique qu'il faut à chaque instant
réprimer l'enthousiasme inspiré par certaines contemplations gran-
dioses ou charmantes. Nous pou-
vons dire avec Kepler : « Mys-
tères de l'infini, en vous s'abîme
ma pensée ! mais pour vous admi-
rer il faut vous connaître, et pour
vous connaître il faut d'abord
vous examiner de sang-froid. »
C'est la première condition de
l'étude. Mais les choses que nous
étudions ainsi sont comme des
germes déposés dans nos âmes,
destinés à grandir, à fleurir et à
fructifier ensuite dans la médita-
tion et dans la rêverie. Nous étu-
dions la nature pour la connaître,
mais, en définitive, c'est surtout
pour jouir. Lajouissanceque nous
éprouvons dans la contemplation
de la nature est d'autant plus
grande et plus profonde que nous
y pénétrons plus intimement. Le
calme d'un beau paysage repose
l'âme comme un bain intellectuel;
une soirée d'été silencieusement illuminée des rayons étoiles nous
enveloppe de fraîcheur et de mélancolie : mais combien la contempla-
tion est plus éclairée, plus clairvoyante, plus complète, combien la
sensation est plus vive et plus agréable si nous connaissons le sujet
du tableau au lieu de ne voir qu'un indécis mélange de couleurs, si
nous sentons dans le paysage la vie frémissante et perpétuelle, si
nous sentons dans le ciel la richesse infinie de ses soleils et de ses
mondes !
Nous venons de faire connaissance avec la région la plus boréale
-î. — Principales étoiles de la Girafe,
44 LES CONSTELLATIONS POLAIRES. - LA GIRAFE
du ciel. Quelques mots encore à propos des constellations de la
Girafe et du Renne.
Les espaces vides laissés entre les anciennes figures de la sphère
ont tenté depuis l'antiquité l'ambition des colonisateurs du firmament,
et bien des tentatives ont été faites pour remplir ces vides; mais, de
même que l'ode de J.-B. Rousseau adressée à la postérité, ces propo-
sitions n'arrivèrent pas toutes à leur adresse. On trouve pour la pre-
mière fois la Girafe sur un planisphère céleste de Bartschius publié
en 1624, en compagnie de sept autres : la Mouche, la Licorne, le
Tigre, le Jourdain, le Coq, le Rhombe, la Colombe de Noé.
De ces huit constellations, formées sans doute par les navigateurs
du seizième siècle, et non par Bartschius lui-même, car il remarque
qu'il n'a fait que les placer sur sa sphère, la Girafe, la Mouche et la
Fig. 23. — Alignement pour trouver l'étoile 230 Girafe.
Licorne ont été adoptées par Hévélius et gravées dans son atlas
de 1690, la Colombe de Noé a été adoptée par Halley, et c'est
généralement à lui qu'on en attribue la paternité , le Rhombe est
devenu le réticule rhomboïde, mais le Tigre, le Jourdain et le Coq
ont disparu du Ciel. Sous Louis XIV, Augustin Royer, pour faire
sa cour au Grand Roi, réunit plusieurs étoiles situées entre Céphée,
Pégase et Andromède et en fit un beau dessin représentant un sceptre,
qu'il appela la Main de Justice. Mais, dès 1690, onze ans après, cet
emblème royal était remplacé par l'être le moins autocrate de la créa-
tion, par un inoffensif lézard, sur les belles cartes d'Hévélius. Ce
lézard paraissait aussi ne pas pouvoir rester en place; mais pourtant
il est encore là, dans l'attitude d'une fuite prochaine.
La Girafe élève sa tête jusqu'au pôle, comme on l'a vu sur notre
fig. 3, p. 9. Elle n'est composée que de petites étoiles. Cependant elle
mérite d'arrêter un instant notre attention, quoiqu'elle ne soit pas
LES CONSTELLATIONS POLAIRES. — LA GIRAFE 45
aussi vénérable que ses voisines puisqu'elle n'est encore âgée que de
deux siècles et demi. Voici les principales étoiles qui la composent et
les observations d'éclat qui en ont été faites. Elles ne portent pas de
lettres, puisque la constellation est postérieure à Bayer, et elles sont
désignées par les numéros des Catalogues de Flamsteed et de Piazzi.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATIOX DE LA GIHAFE.
I6G0 1700 1800 1840 1S60 1880
10 FI 4 4| 4.5 4 4 4,2
9 FI 4; 4i 4.5 4 5.4 4,6
P. 111,111 5 6 4.5 4.5 4,:<
P. III, 51 4i 4 5.4 5.4 4,7
P. V, 335 5 5 5.4 5.4 4,9
P. VI, 201 5 5 5.4 5.4 4,9
P. XII, 230 5 6 5.4 5.4 5,0
7 FI 4-1 5 5 5 5 5,0
P. III, 7 5 6 5 5 5,0
P. III, 54 4i 4.5 5 5 5,0
P. III, 57 5 5.6 5 5 5,2
1042 Radcl 5 5 5,3
P. III, 121 5 5.6 5 5 5,5
P. IV, 7 6 6 5 5 5,5
P. IV, 269 5 5.6 5 5 5,0
11 FI 5{ 6.7 5 5.6 5,5
42 FI 5 4i 5 5 5 5,5
43 FI 5 4^ 5 5 5.6 5,6
P. X, 22 6 5. G 5 5 5,5
Quelques variations d'éclat paraissent s'être produites, notamment
sur la troisième et sur l'avant-dernière (la troisième, P. III, 111, n'a
même été notée que de 7" grandeur par Lalande, vers 1800), plusieurs
n'ont pas été observées par Flamsteed, mais il a peu visité cette ré-
gion du ciel qui passe juste au zénith de Londres. Il y en a une néan-
moins, dont l'absence est assez inexplicable sur les anciens Catalo-
gues, c'est l'étoile de cinquième grandeur que l'on voit contiguë au
sud de P. III, 111 {fig. 22). Ni Hévélius, ni Piazzi, ni Lalande ne
l'ont vue, et c'est seulement depuis 1840 qu'elle existe dans les Cata-
logues, les observateurs de Radcliffe (Angleterre) ayant alors estimé
sa grandeur à 5.4.
Remarquer dans la tête de la Girafe l'étoile de cinquième grandeur
P. XII, 230-232. On la trouvera facilement en suivant notre petit
dessin {firj. 23) et en remarquant que si l'on réunit par une ligne les
étoiles p, "C, £, B, a. de la Petite Ourse, on peut tracer, également à par-
tir de p, une ligne courbe symétrique de la précédente, passant par
les étoiles 5 et 4 de la Petite Ourse, par l'étoile P. XII, 230, dont nous
parlons, et allant rejoindre la polaire. Eh bien! cette étoile est une
belle double, composée de deux autres de 6^ et 6" 1/2, écartées à 22" et
46 LES CONSTELLATIONS POLAIRES. — LE RENNE. - LE MESSIER
visibles dans la plus petite lunette {voy. fïg. 24). Très intéressante à
observer.
Voir aussi l'étoile 11, composé d'une étoile de 5' 1/2 et d'une de 6%
très écartées (181") : la première est bleuâtre et la seconde orangée.
s
Fig. 24. — L'étoile double 230 Girafe.
Fig. 25. — L'étoile double 269 Girafe.
Mais la plus curieuse est encore l'étoile P. IV, 269. C'est une étoile
double en mouvement rapide; seulement ce mouvement est absolu-
,^r ment rectiligne, de sorte que selon
i toute probabilité c'est là un groupe
i de perspective, formé d'une étoile
: ^ de 5^ grandeur et d'une de 8^ Je
l'ai mesuré en 1877 : la distance
-6. ^- ,o-- des deux composantes était de 20",
tandis qu'elle était de 37" en 1 825 ;
si la marche se continue unifor-
mément, le plus grand rapproche-
ment arrivera en 1932, à 9". Qui
vivra verra! Notre fig. 25 repré-
sente l'aspect actuel de ce couple,
et notre fig. 26 son mouvement
rapide et curieux, à l'échelle de
1 millimètre pour 1 seconde.
Quand on songe que toutes les
étoiles se déplacent ainsi de siècle en siècle , plus ou moins, on voit par
la pensée l'aspect des constellations se métamorphoser lezitement et la
population des cieux s'animer de mouvements étranges et multipliés.
Fig. 26. — Mouvement de l'étoile double
269 Girafe.
LES CONSTELLATIONS POLAIRES. — LE RENNE. — LE MESSIER 47
Il y a encore dans cette même région du ciel deux petites constella-
tions; mais leur histoire ne sera pas longue.
Le Renne et le Messier ont été ajoutés dans ces régions polaires,
le premier par Lemonnier en 1776, en souvenir de son voyage au
cercle polaire, le second par Lalande en 1774, en l'honneur de Messier,
le grand dépisteur de comètes, et un peu par suite d'un jeu de mots,
a On appelle Messier, dit-il, celui qui est préposé à la garde des mois-
sons ou des trésors de la terre. Ce nom semble naturellement se lier
avec celui de M. Messier, notre plus infatigable observateur, qui
depuis plus de trente ans est comme préposé à la garde du ciel et à la
découverte des comètes. J'ai cru pouvoir rassembler sous ce nom les
étoiles informes situées entre Cassiopée, Céphée et la Girafe, c'est-à-
dire entre les princes d'un peuple agricole et un animal destructeur
des moissons. » On voit que Lalande s'excuse. Pardonnons-lui
en faveur de la bonne intention. Mais j'engage fort mes lecteurs (les
astronomes compris) à ne pas se donner la peine de reconnaître ces
deux constellations et à ne pas les conserver plus longtemps sur la
sphère céleste. Les rares étoiles intéressantes que l'on a quelquefois
désignées sous ces noms appartiennent à Cassiopée, avec laquelle
nous allons faire connaissance. Après tout, d'ailleurs, un astronome
tel que Lalande est excusable d'avoir essayé de fonder une constella-
tion sur un jeu de mots. L'un des hommes les plus sérieux qui aient
existé, Jésus-Christ, n'a-t-il pas lui-même donné l'exemple en fon-
dant son église, oui, son église tout entière, sur un jeu de mots devenu
légendaire : Tu es Pien-e, et sur cette Pierre, je bâtirai mon église...
Que celui qui est sans défaut jette la première pierre.
CHAPITRE III
Cassiopée. — Andromède. — Persée et la Tête de Méduse. — Le Triangle.
Suite de la description et de l'investigation des curiosités célestes.
Si nous avons suivi avec soin les descriptions précédentes, nous
connaissons maintenant le pôle nord du ciel mieux que nous ne con-
naissons le pôle nord de la Terre, et lorsque désormais nous élève-
rons nos regards vers cette région de l'espace, au milieu du silence des
belles nuits étoilées, nous saluerons de loin les univers inaccessibles
qui se cachent dans ces profondeurs, le système double de l'Étoile
polaire, les deux soleils jumeaux de v du Dragon, la variable 5 de
Céphée accompagnée de son satellite, l'étoile rouge p de Céphée, la
nébuleuse gazeuse du pôle de l'écliptique, et les autres mondes décou-
verts par la conquête télescopique ; nous suivrons par la pensée les
variations lentes d'éclat qui ont fait pâlir l'étoile « du Dragon et quel-
ques-unes de ses compagnes, tandis que d'autres grandissaient en lu-
mière ; nous reconnaîtrons la trace du déplacement séculaire du pôle
et nous songerons à nos aïeux dont cette étoile du Dragon était la
polaire il y a quatre et cinq mille ans, et en contemplant les étoiles
de la Petite Ourse, « la Queue du Chien », la Cynosure, le Dragon
roulé sur lui-même, nous sentirons se réveiller en nous les vieux
souvenirs des mythologies disparues. Ainsi la contemplation des
cieux se présente à nos esprits éclairés sous son double intérêt réel
et apparent, astronomique et légendaire : nous ne pourrons plus voir
une constellation se dessiner dans l'espace sans reconnaître en elle
une vieille amie et sans en recevoir une révélation ; nous lirons dans
le ciel les secrets des mondes et les vraies destinées de l'univers.
Dans cette même région du ciel, la constellation de Cassiopée est
l'une des plus faciles à reconnaître par ses cinq étoiles de 2° et 3" gran-
deurs disposées en W et étendues en pleine Voie lactée, à l'opposé de
la Grande Ourse relativement à l'Étoile polaire. Ces cinq étoiles se
suivent dans l'ordre : (3, a, y, 5, e. Une sixième, x, de 4" grandeur et
demie, complète un carré avec les trois premières, ce qui dessine assez
bien une chaise, dont cette étoile formerait le bord (un peu usé) et
LES CONSTELLATIONS BOREALES
Fig. 27. — Les constellations boréales. — Andromède. Persée. Cassiopée.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 7
50
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE
dont â et e formeraient le dossier courbe. Cette chaise prend toutes
les situations possibles a l'égard de l'observateur, puisque, comme
le reste, elle tourne autour du pôle en vingt-quatre heures : elle est
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Flg. 23. — Alignement pour trouver Cassiopco.
donc aussi souvent renversée que droite. Aratus remarque qu'elle
offre aussi la forme d'une clé. Chaise, trône ou clé, la dénomination
s'explique par la disposition de ces six étoiles. Les Arabes voyaient
aussi là une main montrant du doigt les étoiles situées en avant.
Eudoxe, Aratus et les Grecs l'appelaient Cassiépée, dont les Latins
ont fait Cassiopée, par un changement de voyelle assez fréquent dans
ces sortes de traductions. Cette divinité est assise sur un trône, et l'on
pourrait croire qu'on l'a, en effet, assise
sur le trône formé par les étoiles pré-
cédentes ; mais il n'en est rien. Sur
les plus anciennes figures comme sur
les récentes, les étoiles (3, «, y, k se trou-
vent dans le corps même de cette dame
et non au-dessous d'elle. Le trône est
formé par d'autres étoiles. Sur plu-
sieurs manuscrits arabes de V Aima-
geste, cette constellation s'appelle sim-
plement « la Femme assise » .
Rien n'est plus curieux que la com-
9 '^fZ^^^'i \ V paraison des métamorphoses subies par
^ "^--/ \ \ Vtr- Yes figures célestes à travers les âges.
Chaque siècle y laisse pour ainsi dire
son empreinte : le costume, la situation,
l'air même, reflètent les idées domi-
nantes de chaque époque. Aujourd'hui,
nos atlas la représentent comme on vient de le voir sur le beau dessin
de la page précédente (fig. 27). Mais, voyez {fig. 29) cette Cassiopée
arabe du x' siècle dessinée sur un manuscrit d'Abd-al-Rahman
^^^i
Fig. 29 . — Un dessin de Cassiopée au x» siècle
de notre ère.
LES CONSTELLATIONS.
CASSIOPEE
5t
al-Sûfi conservé actuellement à Saint-Pétersbourg et publié récem-
ment par M. Schjellerup : elle paraît ne se tenir en équilibre qu'avec
une extrême difficulté, et lorsqu'on songe que ce trône va se pencher
en avant et se renverser totalement par suite du mouvement diurne de
la sphère céleste, on peut craindre en vérité que cette jeune princesse
ne fasse la culbute. Au xv' siècle, les éditions déjà illustrées du
Poeticon astrononiicon d'Hyginus ont ajouté des liens pour éviter
l'idée de cette chute, qui rappelait un peu celle d'Hébé. Mais ces liens
ne tardèrent pas à disparaître, et on ne les retrouve plus sur la
Cassiopée du bel atlas d'Hévélius ifîg.Sl) où la princesse paraît même
tout à fait sur le point de tomber. Elle est mieux assise, et d'un âge
plus mûr, sur l'atlas de Bayer {fig. 32) : c'est une reine, qui peut être
mère d'Andromède, tandis que sur l'atlas de Flamsteed, le dessina-
teur, oubliant tous les principes de l'histoire, en fait un véritable
enfant de trois ou quatre ans {ftg. 30).
Qui ne connaît l'histoire de Cassiopée, Cépliée, Andromède, Pégase
et Persée? On peut la lire en détail dans les Métamorphoses d'Ovide
(livre IV). Il ne me semble pas, comme l'ont cru Dupuis, Francœur et
d'autres commentateurs de l'histoire de l'astronomie, qu'il y ait là
l'interprétation humaine
des aspects célestes, mais
|w ^ m ii fimm tm^
jj p «Ml A iM sii m aa ^ m:
il est plus probable que
cet épisode est le souvenir
d'un fait historique, mé-
tamorphosé plus tard par
la poésie et la légende. On
se souvient que Cassiopée,
femme de Céphée , roi
d'Ethiopie, eut un jour la
vanité de se croire plus
belle que les Néréides, mal-
gré la couleur africaine de
son teint. Ces nymphes
sensibles, piquées au vif
par une telle prétention, supplièrent Neptune de les venger d'un
affront aussi colossal ; le dieu permit que d'épouvantables ravages
fussent exercés par un monstre marin sur les côtes de Syrie. Pour
conjurer le fléau, Céphée enchaîna sa fille Andromède sur unTocher,
et l'offrit en sacrifice au terrible monstre.
Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha au plus vite le
Fig. 30. — La Cassiopée de l'atlas de Flamsteed.
5'2
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉE
cheval Pégase, modèle des coursiers, prit en main la tète de Méduse
qui glaçait d'effroi, et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturelle-
Fig. 31. — La Cassiopée de l'atlas d'Hévélius (1690).
ment tout juste au moment où le monstre allait dévorer sa proie ; aussi
n'eut-il rien de plus empressé que de pétrifier le monstre en question
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE
53
en lui présentant la tête hideuse de Méduse, et de délivrer Andromède
Fig. 3Î. — La Cassiopée de l'atlas de Bayer (1603).
évanouie. C'est un effet de scène dont la peinture a tiré parti dans
54
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEB
tous les sens; il y a peut-être autant d'Andromèdes que de Lédas, ce
qui devient incalculable. Mais les peintres ont tort de faire cette jeune
fille rose et blonde : elle devait être plus que brune et presque aussi
noire qu'une négresse, ce qui est regrettable pour Persée, qui, dit-on,
fut obligé de l'épouser.
En commémoration de ces exploits, et pour ne pas faire de privilège,
toute la famille fut installée au ciel, et aujourd'hui encore, avec un peu
de bonne volonté, et en connaissant assez bien les figures convention-
Fig. 33. — Principales étoiles de la constellation de Cassiopée.
nelles qui se partagent notre atlas céleste, on peut voir sous le dôme
étoile : Céphée trônant, couronne sur la tète et sceptre en main, à
côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil orné de palmes;
un peu plus loin, Andromède enchaînée sur un roc au milieu de
l'abîme; un gros poisson la mord aux flancs; Pégase volant dans les
airs, un peu en avant ; et enfin le héros de la pièce, Persée, tenant de
la main droite un glaive recourbé, de| la main gauche la tête aux ser-
pents hideux. — Voilà ce que l'œil mythologique peut encore con-
templer au milieu de la nuit en se servant pour cela du tableau repro-
duit plus haut [fig. 27), car autrement cette douce Andromède, cet
intrépide Persée, seraient difficiles à distinguer dans le véritable ciel.
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉE
55
Mais revenons à la mère de la princesse, à Cassiopée, ou plutôt à
ses étoiles constitutives, et comparons les observations d'éclat faites
depuis deux mille ans sur cette antique constellation.
Voici toutes les étoiles de cette constellation jusqu'à la cin-
quième grandeur inclusivement. On les trouvera toutes à l'aide de
notre fig. 33, que l'on doit considérer comme tournant autour de
ÉTOILES PRINCIPALES DE CASSIOPEE, OBSERVÉES DEPUIS DEUX MILLE ANS
-127
+ 960
1430
1590
3
1603
1660
1700
1800
1840
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1860
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5.4
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6
6
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5
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6
6
6
5
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G
G
G
6
6
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6
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5
5
5
1880
2,5
2 2
Î',Ô
2,8
3,5
4,0
4,1
4,4
4,5
4,5
5,1
6,0
5,6
5,6
5,2
5,2
5,3
5,3
5,5
5,4
5,5
5,7
5,5
5,8
4,7
4,2
6,0
5,0
5,3
5,0
l'étoile polaire en vingt-quatre heures. Cette dernière remarque est
importante pour trouver les constellations circumpolaires : leur direc-
tion change d'une heure à l'autre autour de l'étoile polaire, qui, seule,
reste fixe : elles sont tantôt au sud, tantôt au nord, tantôt h l'est,
tantôt à l'ouest; mais les rapports mutuels entre les étoiles ne chan-
gent pas, et par conséquent on peut toujours les chercher et les trou-
ver. La comparaison séculaire des étoiles inscrites au petit tableau
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE
précédent montre que parmi elles plusieurs paraissent avoir augmenté
d'éclat, notamment les étoiles E, o, tc, p, j et t; ce fait de plusieurs
étoiles subissant une variation analogue dans une même région du ciel
n'aurait rien d'extraordinaire, car l'analyse spectrale nous montre
certaines prédominances de constitution chimique et physique parti-
culières à certaines régions du ciel. L'étoile A est assez difficile à
identifier sûrement entre les différents catalogues; mais il ne me
paraît pas douteux, toutefois, que ce soit celle que Tycho Brahé appelle
Media Scabelli et que ce soit, non la 24°, mais la 25' d'Hévélius. Or,
cette étoile et la suivante sont absentes des catalogues d'Hipparque et
d'Ulug Beigh, ce qui porte à croire qu'à ces époques elles n'étaient
pas de quatrième grandeur, comme elles le sont aujourd'hui; d'ail-
leurs, Tycho et Bayer les ont notées de sixième. Cependant, elles
ont déjà été vues de quatrième par Sùfi au dixième siècle. Il ne semble
donc pas douteux que ces deux étoiles aient varié entre ces deux
ordres d'éclat. — Les trois dernières étoiles de notre liste paraissent
augmenter lentement.
On constate sur x des variations légères, de 2,2 à 2,8. La palme de
la constellation appartient actuellement ày : le 29 mars 1880, j'ai
trouvé Y= 2,0, p= 2,2 et a= 2,5. Ainsi varient, lentement ou rapi-
dement les soleils qui brûlent dans l'infini : il n'est rien de constant ni
d'éternel.
L'étoile ij/, notée anciennement de 6% a été notée de 4° 1/2 par
Piazzi. C'est une étoile triple, composée d'une belle étoile jaune et de
deiLx petites de 9° et 10' grandeurs, qui, à l'œil nu, ne lui ajoutent
aucun éclat. Nous avons certainement là sous les yeux une étoile
variable, car la comparaison d'un grand nombre d'observations donne :
Tycho Brahé, 1590 . . . . 6«.
Bayer, 1603 6".
Flamsteed, 1700 5.5
Flammarion, 1880 .... 5,5
Hévélius, 1660 5.0
Struve, 1832 5,0
Piazzi, 1800 4.5
Struve, 1827 4,0
Sccchi, 1857 4,0
Il serait intéressant de la suivre avec attention, simplement à l'œil
nu. Au télescope, son intérêt s'accroît par son petit compagnon bleu,
de 9^ grandeur, que l'on découvre à 29", et qu'une bonne lunette
dédouble lui-même en deux étoiles de 9' et 10° grandeurs, écartées
seulement à 3" l'une de l'autre. D'après l'analyse que j'ai faite des
observations, ce petit couple est physique, animé d'un mouvement
propre commun dans l'espace, mais est indépendant de l'étoile >\i,
près de laquelle il ne se trouve que par le hasard de la perspective
CASSIOPÉE. — ÉTOILE TRIPLE. — SYSTÈME IMAGINAIRE
57
C'est une étoile triple, mais non un système ternaire; — ce qui prouve
une fois de plus qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
Cette étoile multiple a servi de texte, eh 1855, à un roman intitulé
« Star ou i]; de Cassiopée, histoire merveilleuse de l'un des mondes
de l'espace, description de la nature singulière, des coutumes, des
voyages et de la littérature des Stariens». L'introduction, écrite en
vers blancs, nous apprend à grands frais d'éloquence que ce manus-
crit d'un autre monde a été trouvé dans un bolide creux tombé sur
l'Himalaya. L'auteur y a inventé un système de mondes si bien con-
struit qu'il ne durerait pas huit
jours; il a décrit des êtres si
singulièrement formés qu'ils
n'ont ni tête, ni bras, ni jambes,
ni poitrine, quoiqu'un dessin
ait toutefois la prétention df
représenter une petite famille
de ce monde imaginaire, com-
posée de trois membres essen-
tiels (Monsieur, Madame et
Bébé). C'est la nature terrestre
transformée, ou plutôt défor-
mée, et l'auteur anonyme nous
a offert là une excellente preuve
de la vérité de ce fait que l'ima-
gination humaine ne peut pas
créer même des idées : elle combine seulement, arrange (ou dé-
range) des fragments observés.
La constellation de Cassiopée renferme plusieurs étoiles variables
intéressantes mais assez difficiles à observer sans instruments de pré-
cision; ce sont les étoiles R, S et T. La première peut cependant par-
fois être trouvée à l'œil nu, sur le prolongement d'une ligne idéale
menée de ^ à a Cassiopée et prolongée à une égale longueur, plutôt
un peu plus (voy. fig. 33). Elle varie de la 6' à la 13' grandeur, en
une période de 410 jours. Son dernier maximum est arrivé le 18 fé-
vrier 1880, et son prochain ari'ivera 410 jours après, c'est-à-dire,
puisque le 18 février est le 48' jour de l'année et qu'il reste encore
3 ISjours pour arriver au 31 décembre, que ce prochain maximum arri-
vera le 92° jour de l'année 1881, ou le 3 avril; — et ainsi de suite.
L'étoile S de Cassiopée varie en G14 jours de la 7' 1/2 à la 14' gran-
deur; mais n'est jamais visible à l'œil nu, et son observation est
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 8
Fig. 34. — L etjile Iriplc "j/ CassiopCe.
58 SYSTÈME ORBITAL DE ËTA CASSIOPEB
\
réservée aux astronomes praticiens. L'étoile T varie en 435 jours de
la 7" à la 11° grandeur et n'est jamais non plus visible à l'œil nu. —
Revenons aux étoiles doubles de notre constellation.
Regardez entre a et y {fig. 33), l'étoile -/i, de quatrième grandeur,
dont la nuance est jaune d'or : vous la verrez accompagnée d'une
petite étoile de septième grandeur, qui tourne autour d'elle en deux
cents ans environ. Distance angulaire (1880) ^::=5"3. C'est là un
système orbital fort remarquable, observé depuis un siècle (dédoublé
par Herschel le 17 août 1779 ) : le satellite a déjà parcouru un quart de
circonférence depuis sa dé-
T ~~~""~~^^ couverte : il se trouve
I ' \^ maintenant presque au
i "^<^. sud de l'étoile principale,
comme on peut s'en ren-
\ dre compte par notre
fig. 35, qui représente la
courbe du mouvement'ob-
servé, à l'échelle de | cen-
timètre pour 1 seconde (').
Le satellite paraît va-
"■'» rier de couleur, et modi-
Fig. 35. — Mouvement observé depuis un siècle sur letoile fier lé'^èrcmcnt par COU-
dûuble T) Cassiopée. ^ ' ^
traste, celle de l'étoile
principale, qui est toujours dans les environs du jaune. J. Herschel a
noté les composantes rouge et verte en 1821 ; Struve, jaune et pourpre
en 1832; Dawes, jaune et bleue en 1841; Secchi, jaune et rouge en
1856 ; moi, je les vois jaune et lilas.
Nous avons là sous les yeux un système physique emporté à travers
l'espace par un mouvement propre commun rapide. La parallaxe de
cette étoile paraît être de 0"154, ce qui indiquerait pour la distance
qui sépare les deux soleils constitutifs de ce système 56 fois le demi
(') Profitons de cette circonstance pour faire remarquer à ceux d'entre nos lec-
teurs qui ne l'auraient pas immédiatement saisi, dans l'explication sommaire que
nous en avons donnée à propos du premier couple d'étoiles dessiné dans cet ouvrage
(p. 20), que dans toutes ces figures les lettres N, E, S, W, qui indiquent les direc-
tions nord, est, sud et ouest relativement à l'étoile principale, pourraient être rem-
placées par les chiffres 0°, 90°, 180» et 270° indiquant aussi ces quatre directions,
puisqu'on compte les degrés de à 360 en passant par l'est. Dans ces figures, l'image
est renversée, comme il arrive dans les lunettes astronomiques. Les étoiles marchant
de l'est à l'ouest, dans le mouvement diurne, l'ouest ou 270° est en avant et l'est ou
90» est en arrière : si le compagnon se trouve dans la moitié de gauche, il précède
l'étoile principale; s'il se trouve dans la moitié de droite, il la suit.
SYSTEMES ORBITAUX DANS CAS3I0PÉE 59
rayon de l'orbite terrestre, 56 fois 37 millions de lieues, ou environ
deux milliards de lieues. On voit qu'il y a entre ces deux soleils toute
la place nécessaire pour permettre autour de chacun d'eux l'existence
et la gravitation d'un riche système planétaire. De ces éléments résul-
terait pour la masse de cette étoile et de sa compagne environ quatre
fois et demie celle de notre soleil; c'est-à-dire que un million quatre
cent cinquante mille terres comme la nôtre représenteraient à peine
le poids de ce charmant petit couple en apparence si minuscule et si
modeste. Sa distance cà notre globe errant n'est pas inférieure cà cin-
quante trillions de lieues, et pour venir de là jusqu'à nous la lumière
vole pendant près de 21 ans !
Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble qu'il y a une prodigieuse
différence d'impression entre celle de l'œil vulgaire qui pendant la
nuit obscure regarde cette étoile sans la connaître et celle de l'œil
instruit qui voit là un double soleil circulant majestueusement autour
de son centre de gravité et distribuant à des mondes inconnus les
rayons d'une double lumière et d'une double fécondité. Le premier
regarde sans voir; le second contemple et admire. Toute la poésie et
toutes les fables de l'antique mythologie s'évanouissent devant la
vision nouvelle, et, comme la goutte de rosée qui réfléchit l'univers, ce
petit point perdu dans l'immensité des cieux semble résumer en lui
l'enseignement de l'infini.
Non loin de là, près de l'étoile (3, se trouve un autre système fort
curieux, mais dont l'observation n'est accessilîle qu'aux instruments
d'assez grande puissance : c'est celui de l'étoile anonyme 3062 du cata-
logue de Struve, étoile de 7'' grandeur, dé- ;.-
doublée pour la première fois en 1782 et ré- /' ~^\;
gulièrement suivie depuis 1823, couple très \ i V"
serré, dont les composantes sont respective- "' \ ''^ '\ "
ment de 6° et de 7" grandeur et demie, et écar- ,»;\ • j
tées seulement à 1"4. C'est l'un des couples ''"-^ : y'™
les plus rapides du ciel, car le satellite va re- j
venir prochainement au point où Herschel l'a „ . , . ,
^ _ ^ ^ Fig. 36. — Mouvement observe ile-
vu en 1782 : la révolution doit être de 104 ans puis un siècle sur rétoiie double
■NT 1 ,• I ^ nn , i 306-2 Cassiopée.
environ. Notre petite fig. 36 représente ce
système à l'échelle de 1 centimètre pour 1 seconde.
Observer l'étoile I, qui a perdu sa lettre dans les catalogues astro-
nomiques, je ne sais trop pourquoi, car elle est très visiblement gravée
sur la carte de Bayer, et juste à la place de cette étoile, nommée
généralement P. II, 72, parce qu'elle est la 72° de la IP heure du
60
LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉE
catalogue de Piazzi. Mais ce n'est pas la 35' d'Hévélius, comme on
l'imprime généralement : c'est la 8'. Exemple des erreurs d'identifi-
cation trop fréquentes, faites par les astronomes qui préfèrent parfois
la quantité des observations à la qualité, et ne se donnent pas toujours
la peine de savoir au juste quelles étoiles ils observent. (Dans ma jeu-
nesse, le Directeur de l'Observatoire de Paris, croyant stimuler le
zèle de ses employés, donnait une gratification de 15 centimes par
étoile observée à son passage au méridien : l'un de mes collègues se
faisait jusqu'à trois cents étoiles de bénéfice par nuit.) Mais chut!
ne soyons pas trop indiscrets ! . . .
Nous disions donc que l'étoile iota de Cassiopée a tout près d'elle
im petit compagnon de 7'^ grandeur, à 2", et un de 8° 1/2 à 7" 6 : un
instrument assez puissant est nécessaire pour dédoubler nettement le
premier, mais le second est visible dans une lunette de 75 millimètres.
Nous avons là non-seulement une belle étoile triple, jaune d'or, lilas
et pourpre, mais encore un important système ternaire dont les trois
composantes sont emportées dans l'espace par un mouvement propre
commun et tournent très lentement autour de leur centre de gravité.
L'étoile 101, de5'grandeur, prèsder, est la lOl'dela XXIIPheure
du catalogue de Piazzi ; la plus faible lunette montre auprès d'elle, à
74", une étoile de7'' grandeur 1/2. Celle-ci est double elle-même, mais
très serrée (1"5) et accessible seulement aux puissants instruments.
Remarquons encore l'étoile o-, qui a un charmant petit compagnon
de 8° grandeur, à 3", et nous aurons épuisé la liste des belles étoiles
doubles de cette constellation. Mais ne quittons pas cette région du
ciel sans regarder avec une curiosité toute particulière la belle étoile y,
de seconde grandeur. En apparence, elle n'a rien qui la distingue de
ses compagnes de môme éclat ; mais l'analyse spectrale révèle en elle
une constitution chimique et physique fort étrange et à peu près
unique parmi toutes les étoiles que nous voyons briller au firmament.
Son spectre est double, comme celui de l'étoile nouvelle apparue dans
Fig. 37. — Spectre de l'étoile f Cassiopée,
la constellation de la Couronne en 1866 : il présente des raies noires
d'absorption, comme nous en voyons dans le Soleil et dans les autres
étoiles, mais à ce réseau s'ajoute un second réseau de raies lumineuses
parmi lesquelles on reconnaît celles de Vhydrogène incandescent, car
SOLEIL INCENDIE DANS CASSIOPEE
61
on n'a vu ce double spectre que sur les rares étoiles qui ont brillé d'un
éclat temporaire pour retomber aux dernières grandeurs. Voilà un
soleil qui brûle avec ardeur ; tout autour de lui flambe le gaz hydro-
gène, et depuis deux mille ans que nous tenons les yeux attachés sur sa
lumière, l'incendie ne parait pas décroître, au contraire, car cette
étoile est pleinement de seconde grandeur aujourd'hui tandis qu'elle
n'était autrefois que de troisième. Peut-être cet incendie se précipite-
t-il et allons-nous assister un jour à une conflagration telle que cette
lumineuse étoile atteindra le premier ordre pour le dépasser, et,
comme sa voisine de l'an 1572, pour éclipser en splendeur l'étincelant
Sirius lui-même
Une autre étoile de la même constellation mérite d'être signalée
ici à cause du mouvement propre extrêmement rapide dont elle est
animée : c'est l'étoile \l, de 5" grandeur et demie, que l'on voit non
loin de a. Elle se meut dans l'espace avec une vitesse de 4" 43 par an,
ou de 443", soit 7' 23" par siècle, c'est-à-dire qu'en 420 ans environ
elle se déplace sur la sphère céleste d'une quantité égale à la largeur
apparente de la Lune. Ce lointain soleil est lancé dans l'immensité
avec une telle vitesse qu'en 812 ans il parcourt un degré entier et que
depuis l'époque des astronomes grecs, depuis 2400 ans, il a déjà
parcouru trois degrés. Malheureusement, quoiqu'on inscrive parfois
cette étoile comme ayant été observée du temps d'Hipparque et de
Ptolémée, elle est entièrement absente de ce premier catalogue, et ce
n'est point elle non plus que Sùfi a inscrite la huitième de son cata-
logue, comme on l'a supposé. Lapins ancienne mention que j'en aie
pu recueillir est celle de Tycho Brahé, il y a trois siècles. C'est d'au-
tant plus regrettable, qu'il serait
aujourd'hui extrêmement intéres-
sant pour nous de constater un
mouvement propre sur des obser-
vations faites à l'œil nu.
Le mouvement propre annuel
de cette étoile est de 1"56 en dé-
clinaison vers le sud et de 0" 386
en ascension droite vers l'est. La
résultante, de 4" 43 d'arc de grand
cercle, prouve qu'il y a mille ans
l'étoile se trouvait à 4430", ou 74', ou 1"14', en arrière de sa position
actuelle, qu'il y a deux mille ans elle était à 2° 28', il y a trois mille
ans à 3° 42', et qu'il y a quatre mille ans elle était contiguë à
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Fig. 3S.
— Mouvement rapide de 1
(j. Cassiopée.
étoile
62 VITESSE inouïe D'UN SOLEIL, DANS CASSIOPEE
l'étoile «. Elle se dmge vers l'étoile 9 de Persée, dont elle sera voisine
dans six mille ans si son mouvement se continue en ligne droite.
A ce taux, elle décrirait sur la sphère céleste un arc de 123° en cent
mille ans et ferait le tour du ciel en ti^ois cent mille ans; mais elle ne
tourne certainement pas autour de nous. Quoi qu'il en soit, c'est là
l'un des mouvements propres les plus rapides du ciel entier : c'est la
plus rapide des étoiles que nous puissions facilement distinguer à l'œil
nu, et pourtant elle n'offre aucune parallaxe sensil^le. Bessel déclare
dans ses F undamenta Astronomie (1818) qu'il a cherché par quatre-
vingts observations de différences de positions entre cette étoile et sa
voisine si elle manifeste une parallaxe quelconque, et qu'il n'en a
trouvé aucun vestige. Si nous lui supposions un dixième de seconde
de parallaxe, à cette distance, un dixième de seconde représentant
37 millions de lieues, une seconde entière représenterait 370 millions
de lieues, et le déplacement annuel de l'étoile, 4"43, équivaudrait à
1639 millions de lieues. Nous pouvons considérer ce chiffre comme un
minimum pour le chemin annuellement parcouru par cette étoile,
éloignée ainsi à 76 trillions de lieues d'ici. Il en résulte que ce soleil
lointain et colossal court dans l'immensité avec une vitesse de
4 487 000 lieues par jour au moins, ce qui donne 187 000 lieues à
l'heure, 3000 lieues par minute ou plus de deux cent mille mètres par
seconde ! Et c'est là un minimum !
Ah ! quelle transfiguration ! Ce ciel, image de la nuit et de la mort !
cette immobilité apparente des étoiles du firmament ! ce silence sécu-
laire et cette antique solitude des profondeurs étoilées ! Erreurs ! illu-
sions! rêves de l'ignorance!... C'est la vie, c'est le mouvement, c'est
la puissance, c'est l'énergie, c'est la lumière, c'est le soleil! Que dis-
je? C'est un tourbillon de soleils sans nombre se précipitant à travers
les abîmes de l'infini , c'est une épouvantable conflagration de
me .ides énormes ballottés par les vents du ciel; nos orages, nos oura-
g'.ns et nos foudres sont de doux sourires en comparaison de ce pro-
c'.gieux et fantastique déploiement des colossales énergies de l'univers.
Lointain soleil : où court-il?... Pauvre étoile : qui l'attire?... Pla-
nètes d'un tel tourbillon : qui les emporte?... Où est le but? où est la
fin? où est le commezicement?... Eh! où allons-nous nous-mêmes?
Avec son petit train de 650 000 lieues par jour, de 29 kilomètres par
seconde (déjà onze cent fois plus rapide qu'une locomotive lancée à
toute vapeur), où va la Terre elle-même? Vers quelle plage notre
propre soleil nous emporte-t-il? Où donc tout ce qui existe dans la
création entière, astres, soleils, planètes, satellites, comètes, prin-
L'ETOILE TEMPORAIRE DE 1572 03
temps, hivers, fleurs, parfums, bosquets, oiseaux, enfants, vieillards,
rêves ou souvenirs, espoirs ou désespérances, plaisirs ou douleurs ,
tyrans et victimes, sages et fous, âmes et étoiles : où donc tout cela
tombe-t-il ?. . . O nuit ! ô vaste nuit ! . . . abîme ! profondeur ! . . .
Ciel immense! plus nous avançons, plus tu es noir!
Et ce soleil incendié, ce prodigieux flamboiement céleste, qui en
1572 terrifia l'Europe savante et sans doute aussi les humanités con-
templatives qui habitent les autres mondes de notre système! c'est
précisément dans cette même constellation de Cassiopée qu'éclata
soudain cette étoile enflammée dont la lumière surpassait celle de
Sirius au point d'être visible en plein jour. Pendant cinq mois, cette
étoile temporaire domina tous les astres de première grandeur; puis
elle descendit au rang des étoiles de deuxième ordre, atteignit la troi-
sième grandeur, la quatrième, la cinquième, la sixième, et, dix-sept
mois après son apparition, disparut à l'œil nu. Le télescope n'était pas
encore inventé pour la suivre plus loin. Qu'est-elle devenue? Déjà en
1264 une apparition analogue s'était montrée dans cette même région
du ciel, et les chroniques placent aussi une étoile nouvelle en l'an 945
dans la même région, de sorte qu'on pourrait croire que c'est la même
étoile qui a repris ses feux à des intervalles de 319 et 308 ans. L'iden-
tification n'est pas absolument certaine, parce que les deux premières
apparitions n'ont pas été observées avec une précision rigoureuse et
que Ton ne sait pas si elles ont eu lieu juste au même point du ciel ;
mais cependant ces phénomènes sont si rares, si extraordinaires, que
pour qu'ils se soient produits trois fois dans la même région il faut
évidemment qu'ils aient été favorisés par une cause locale; selon
toute probabilité, c'est la même étoile qui les a manifestés. S'ils
doivent se reproduire une quatrième fois, après un cycle analogue
aux deux premiers, c'est précisément à notre époque actuelle, vers
1880, que nous devrions assister à une nouvelle conflagration de ce
lointain soleil. L'intérêt capital pour nous est donc de connaître
exactement la position de cette étoile et de diriger de temps en temps
une lunette interrogative vers ce point de l'immensité. Déjà nous
avons pu remarquer cette étoile sur notre fig. 32 qui est un fac-similé
de celle de Bayer, dessinée en 1603, d'après les observations de
Tycho, et sur des souvenirs encore frais : on voit qu'elle brillait sur le
dossier du trône de Cassiopée, près de l'étoile ■/.; l'atlas d'Hévélius
[pcj. 31) indique la même position. Exprimée dans les coordonnées
habituelles, cette position est, pour l'état actuel du ciel :
Ascension droite = 0'' 18°'; Déclinaison boréale = 63» 27'.
64 LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE
On voit aujourd'hui là une petite étoile de onzième g-randeur, rou-
geâtrc et un peu vaporeuse, qui pourrait bien être la fameuse étoile
dont nous venons de rappeler l'histoire. Chercher au point indiqué sur
notre fig. 33. Si ce phénix céleste doit ressusciter prochainement de
ses cendres, c'est peut-être un observateur inconnu qui en signalera le
premier la réapparition (comme on Ta vu en 1572, et comme on vient
de le voir encore tout récemment au Brésil pour la comète australe
de février 1880). Que l'on inscrive donc sur son carnet ce point du
ciel comme l'un de ceux qu'il convient d'épier lorsqu'on a l'occasion
de diriger une lunette de ce cûté-là.
Voilà, sans contredit, bien des curiosités astronomiques et histo-
riques rassemblées dans un même quartier de notre ciel boréal. Ce
n'est pas tout encore. Entre p et c, étoiles de cinquième grandeur
(c est une gentille petite double), dirigez une lunette, et vous admi-
rerez un magnifique amas d'étoiles, qui scintille là, en pleine Voie lac-
tée, comme une fine poussière de diamants. C'est miss Caroline
Herschel qui la première découvrit ce lointain archipel de soleils en
examinant cette région du ciel pendant l'automne de l'année 1783 : il
a été classé sous le n° 30 de la VP classe d'Herschel, et s'appelle
H. VI, 30. D'après le dessin ci-dessous, fait en 1835 par l'amiral
Smith, cet amas d'étoiles rappelle un peu la forme d'un crabe (qui
aurait la tête au nord-ouest, en bas et à gauche sur la figure).
4 Telles sont les richesses de la constellation de Cassiopée. Celle
d'Andromède est plus opulente encore.
Vous la reconnaîtrez dans le ciel en menant une ligne de la Grande
Ourse à la Polaire et à Cassio-
pée : le prolongement de cette
ligne arrive aux étoiles principales
d'Andromède et de Pégase. La
première étoile du caiTé de Pé-
gase se nomme a. Andromède;
viennent ensuite pety Andromède,
qui conduisent à « de Persée.
Toutes ces étoiles sont de seconde
grandeur et très faciles à recon-
naître dans le ciel à première vue.
Si mahitenant nous voulons faire
Fia. 39. — Amas d'étoiles dans Cassiopée. . , ,
connaissance avec chacune des
étoiles d'Andromède, la petite carte ci-de$sous permettra d'identifier
ces étoiles dès la première soirée.
LES CONSTELLATIONS. — ANDROMÈDE
65
Comme Cassiopée, Andromède a subi dans les atlas célestes les
métamorphoses les plus curieuses. Cette charmante princesse est cer-
8\ "é.
Curré de t'êtitise
Polaire
* -
/*
f ».''
Fig. 40. — Alignement pour trouver Andi'omède et Pégase.
tainement ravissante sur le dessin de notre figure 27 (Bode, 1800).
inspiré par le goût si délicat de l'art grec oublié pendant toute l.i
Fig. 41. — Etoiles de la constellation d'Andromède.
durée du sombre et rude moyen âge. On n'imaginerait pas, si on m^
les avait sous les yeux, les transformations que cette image a subie.'^
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 9
^H^
66
LES CONSTELLATIONS. - ANDROMEDE
suivant les époques. Au dixième siècle, Touvrage d'Abd-al-Rahman-
al-Sùfi la représente com-
(^^.u/i^»i;!^U<iXi'^"i^-^'V*2r<' me on la voit sur notre
M ^^^^''^^'^ fig- 42, tirée d'un manus-
'^^ - crit de Saint-Pétersbourg,
publié récemment par Sch-
jellerup. Au douzième siè-
cle, nous trouvons sa cari-
cature (/ig. 43) sur un globe
arabo-cufique conservé de-
puis au musée Borgia. Au
treizième siècle, le roi as-
tronome Alphonse X, la
voyait sous la forme repro-
duite /ig. 48. Au commen-
cement du dix-septième siè-
cle, en 1603, Bayer Ta des-
sinée sous les traits de notre
f?fji. 44. Soixante ans plus
tard, Hévélius l'a retour-
née et nous la montre vue
Fis. 4'2. — De<iBin d'Aiulr.imMe au dixième siècle.
de dos mu 45), en supposant qu'on voie la voûte céleste du dehors,
comme sur un globe
astronomique, ce qui
dans tous les siècles a
établi la plus grande
confusion pour le pla-
cement des étoiles.
Enfin , on l'a de nou-
veau retournée, etnous
la voyons désormais
de face, comme sur
la /îg. 27.
Ces six figures as-
tronomiques d'Andro-
mède donnent une idée
des métamorphoses
Fig W. — Une Andromède du treizième siècle.
que les constellations ont subies sur les atlas célestes, — comme on
a déjcà pu l'apprécier à propos de Cassiopée — et des difficultés qiu en
résultent trop souvent pour l'identification des étoiles. Pendant bien
TRANSFORMATIONS CURIEUSES
67
des siècles on a véritablement oublié les étoiles pour les personnages
mythologiques. La construction des globes célestes qui force à des-
siner le ciel à l'envers, comme si on le voyait de l'extérieur, a conduit
Fig. 44. — L'Andromède de l'atlas de Bayer (1603).
d'autre part à retourner les figures, et à les représenter symétrique-
ment, la gauche devenant la droite et réciproquement, comme on le
voit en comparant les fig. 44 et 45 ; certains scrupules de décence ont
conduit aussi les dessinateurs à retourner tous les hommes et toutes
les femmes du firmament, de telle sorte qu'ils sont tous vus de dos au
68
TRANSFORMATIONS CURIEUSES
lieu d'être vus de face, — ce qui, paraît-il, était plus convenable, — et
ensuite on est allé jusqu'à les costumer de la façon la plus ridicule.
Tout cela est à signaler en passant.
Si ces changements avaient toujours eu pour effet le perfectionne-
ment des figures, on pourrait à la rigueur les justifier ; mais c'est
souvent l'effet contraire qui a été produit : on est tombé du beau dans
le laid. [A propos de laideur, on se souvient de ce qui arriva à cet
acteur extrêmement laid qui représentait le rôle de Mithridate dans
Fig. 45. — L'Andromède de Tatlas d'Hévélius (1690).
la pièce de Racine. En un certain moment d'une scène d'amour,
Monime s'écrie : « Ah! seigneur, vous changez de visage! » Un plai-
sant cria du parterre: « Laissez-le faire! » On juge du rire homérique
qui accueillit cette répartie. — Et cet avocat aussi laid que célèbi'e qui,
pour obtenir ime séparation, allait jusqu'à insulter le mari présent, et,
dans un beau mouvement pathétique, à dire au jury : « Mais regardez
donc cet homme : il outrepasse la permission d'être laid; on ne trouve-
rait pas dans le monde entier un homme plus laid que lui. — Avocat,
répliqua le président, vous vous oubliez ! » Toute l'assemblée se mit à
TRANSFORMATIONS CURIEUSES
69
rire, et l'avocat le premier.] Quoique la beauté soit une affaire de goût,
on ne peut s'empêcher de remarquer que les changements apportés
aux figures des constellations n'ont pas toujours été fort heureux.
Remarque esthétique assez curieuse : artistes et astronomes se sont
généralement accordés à nous montrer dans Andromède une char-
mante princesse blanche et rose, de notre race, tandis qu'elle devait
Fig. 46. — L'Andromède du Temple des Muses (1676).
être une éthiopienne colorée d'une nuance chocolat ou pis encore.
Je ne connais qu'un petit nombre de tableaux qui aient osé gardé la
vérité historique, et, pour la curiosité du fait, je reproduis ici
iflg. 46) celui du Temple des Muses, publié sous Louis XIV (1676).
Tout le drame astronomique y est du reste représenté.
Etudions maintenant cette constellation. On trouvera au tableau
ci-contre les étoiles qui la composent, avec les observations faites
depuis deux mille ans. .|^
70
LES CONSTELLATIONS. — ANDROMEDE
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'ANDROMÈDE
OBSERVATIONS FAITES DEPUIS DEUX MILLE ANS
-127
+ 960
1430
1590
1603
16G0
1700
1800
1840
1860
1880
K
2
2
2
2
2
2
2
1
2
2
2,0
P
3
2.3
3
2
2
2
2
2
2.3
2.3
2,2
Y
3
3
3
2
2
2
2 4
3.4
2.3
2.3
2,1
S
3
3.4
3
3
3
3
3
3.4
3.4
3,3
E
4
4
4
4
4
4
4
4
4
4-5
4,3
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4
4.5
4
4
4
4
4
4
4
4.5
4,3
1
4
5.4
5
5
4
4
4.5
5
5
4.5
4,4
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4
4.5
4
4
4
5
4 i
5
5.4
5.6
5,4
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4
4.3
4
4
4
4
4
7
4
4
4,5
X
4
4,3
4
4
4
4
4
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4
4.5
4,5
X
4
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4
4
4
4
4.5
4
4
4,4
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4
4
4
4
4
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3.5
4
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4
4,3
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4
4.5
4
4
4
4
4
4
4.5
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5
5
5
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4
5
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4
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5
5.6
5
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5
5
5
5.6
6
6.5
6,0
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4
5
5
5
5
5.6
4.5
4.5
4,7
50 T
4
4
4.3
5
5
6
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5
4.5
4
4,6
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5
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6
6.5
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5
5
5
5
5
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4.5
4.5
4,5
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6
6
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5
5
6
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5
5
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6
5
5
5.6
5
5
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5
6
5
5
5.6
6
6
6,0
b
6
G
6
6
5.6
5.6
5,5
c
6
G
6
6
5.6
5.6
6,0
53
G
5
5
5.6
5
5.6
4,8
3
6
6
6
5.6
5
5,5
7
6
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5
5
5
5,4
41
5
5
5.6
5
5
5,4
Néb.
Néb.
G
Néb.
Néb.
Néb.
Néb.
Néb.
Néb.
11 y a dans cette liste deux étoiles qui m'ont rempli de perplexité.
Ce sont les étoiles r et u, situées sur la jambe gauche d'Andromède,
au-dessus du genou. {Voy. fig. 44.) Les catalogues astronomiques et
les atlas célestes font la plus étrange confusion entre ces deux étoiles
et une troisième (n° 53, vers la fin de la liste précédente). Ainsi, déjà,
sur la figure 27, qui est une réduction photographique de l'atlas de
Bode, la lettre t est affectée à l'étoile de droite, la lettre u à l'étoile de
gauche, et l'on voit un peu plus à gauche, et formant un triangle avec
les précédentes, une troisième étoile sans lettre. Eh bien! ce n'est pas
celle de droite qui doit s'appeler r, c'est celle du haut (nommée par
erreuru),et c'est la troisième, anonyme, qui estu. Voyez, en effet, notice
fig. 44, qui est une reproduction de celle de Bayer : au-dessus de y,
sur la jambe gauche, sont les étoiles u etr, celle-ci étant la plus haute.
LES CONSTELLATIONS. — ANDROMEDE
7)
etu à sa gauche. Quant à l'étoile marquée t sur l'atlas de Bode,
elle n'existe pas sur la carte de Bayer.
Si nous remontons aux plus anciennes figures, nous reconnaîtrons
les trois étoiles y, u et t sur la jambe gauche de l'Andromède de l'ou-
vrage d'Abd-al-Rahman al-Sùfi (x" siècle), dont nous avons repro-
duit le dessin (fig. 42), et nous les trouverons aussi sur le dessin gros-
sier du globe arabo-cufique reproduit fig. 43 et sur lequel il^est assez
remarquable de rencontrer ces trois étoiles à leur place, car en géné-
ral les dessinateurs s'inquiétaient fort peu de ce déta.il astronomique :
ils sacrifiaient les étoiles aux figures, au lieu de faire le contraire.
Ces deux étoiles sont les 18' et 19" du catalogue de Ptolémée. Il y a
deux mille ans, elles étaient l'une et l'autre de quatrième grandeur, et
depuis cette époque il est arrivé dans cette région du ciel les variations
dont notre ftg. 47 donne quatre spécimens. Sans doute, l'étoile voi-
7 T^
X t . X "^ X * "
.P 7® ■ „|®
Anciennement. Dii-seplièine siècle. Dix-liuitièrae s-iècle. Aujourd'hiii.
Fig. 47. — Changements arrivés dans l'éclat des étoiles x et 53 Andromède.
sine de u et la 55' n'ont pas varié, et, si elles sont absentes des anciens
catalogues, c'est simplement parce qu'elles ne sont que de sixième
grcandeur. L'étoile x. de 5 'grandeur 1/2, a pu aussi ne pas varier.
L'étoile 7, qui est une faible de 2' grandeur, a pu être parfois inscrite
de 3' et ne pas varier non plus. Mais les trois étoiles t, u et 53 ont cer-
tainement changé d'éclat, puisque cette dernière étoile, qui est actuel-
lement plus visible que v, est absente dans les anciennes observations.
Pour reconnaître ces étoiles dans le ciel, cherchez la petite constella-
tion du Triangle, au sud de y Andromède {fig. 41) : la ligne menée
par T et 53 se dirige vers le Triangle, tandis qu'une ligne menée par r
et V passerait au nord de y Andromède.
Les deux étoiles voisines ? et m ont aussi varié d'éclat. Absente des
catalogues jusqu'au xvu' siècle, la première apparaît pour la première
fois sur la carte de Bayer, en 1603, comme étant de 4' grandeur, et
72
LES CONSTELLATIONS. — ANDROMEDE
depuis elle se maintient aux environs de la 5°. A la même époque, au
contraire, sa voisine w était de 6' : elles sont toutes deux aujourd'hui
de même grandeur et de b\ J'ai même trouvé, le 19 mars 1880, w
plus brillante que ?.
L'étoile 9 est descendue delà 4° à la 5' 1/2. Sa voisine c, jadis aussi
de 4% lui était inférieure en 1590 et 1603, et lui est aujourd'hui supé-
rieure.
L'étoile i, qui est ordinairement de 4' grandeur, a été notée de T
par Piazzi à la fin du siècle dernier (et cette grandeur a été repro-
duite, sans remarque, par Bessel dans son catalogue de Bradley).
On pourrait attribuer cette notification de Piazzi à une erreur de
transcription; mais, en 1784, d'Agelet a noté cette môme étoile de
6' grandeur. L'année précédente,
il l'avait notée de 3° à 4°. Lalande
l'a notée une fois de 5' et deux
fois de 4^ Harding l'a inscrite de
Q\ Elle est aujourd'hui de qua-
trième et demie, comme habituel-
lement et à peu près de même
grandeur que X. Concluons qu'elle
subit des fluctuations, rares, mais
assez importantes. Encore un
astre inconstant !
L'étoile « a été notée de pre-
mière grandeur par Piazzi, sans
doute par erreur, car je n'en ai
trouvé aucune autre notification,
quoique Babinet ait écrit qu'elle
a été a longtemps mise au rang des étoiles de première grandeur » et
que son éclat va sans doute en-s'alTaiblissant. Je ne vois rien qui jus-
tifie cette conjecture du spirituel académicien.
Cette constellation renferme une étoile variable que l'on peut quel-
quefois découvrir à l'œil nu. C'est l'étoile R, située près du groupe 9 p c.
(Voy. la fîg. 41.) Elle varie de la 6' à la 13' grandeur en 405 jours.
Quelle immense échelle de lumière! Quelle physique, quelle optique,
pour les mondes qui subissent de telles fluctuations d'éclat dans leur
lumière diurne et dans leur température. Passer chaque année par la
gradation d'un soleil devenant quatre mille fois plus lumineux et plus
ardent à chaque été ! C'est inimaginable pour nous autres habitants
d'un calme système où pourtant nous trouvons encore parfois à nous
Fig. 48, — L'Andromède du livre d'Alphonse X
(xiii" siècle).
LE SYSTEME TRIPLE DE GAMMA ANDROMEDE T3
plaindre d'un contraste trop violent entre les chaleurs torrides de juillet
et le froid noir du frissonnant décembre.
Le maximum actuel de cette étoile variable est arrivé le 29 mai 1880,
époque à laquelle on a pu voir cette étoile à l'œil nu ; puis elle a di-
minué lentement d'éclat, a disparu cà la vue, et ne s'est plus laissée
observer qu'à l'aide des instruments astronomiques. On pourra la re-
chercher de nouveau 405 jours après ce maximum, c'est-à-dire, puisque
le 29 mai est le 149° jour de l'année, qu'elle reparaîtra à son prochain
maximun le 188° jour de l'année 1881, ou le 8 juillet.
Mais, de toutes les curiosités célestes que renferme cette constel-
lation, l'une des plus merveilleuses est sans contredit la belle étoile
triple gamma d'Andromède. Une lunette de faible puissance (notre
lunette n° 1) la dédouble en un splendide soleil orangé et un charmant
soleil brillant d'une translucide nuance émeraude, et un instrument
plus puissant dédouble de nouveau celui-ci en deux pierres précieuses,
une émeraude et un saphir. Je défie l'esprit le plus froid de contempler
cette triple association, de soleils sans être saisi d'admiration. Et nul
spectacle n'est plus facile à se donner, puisque l'étoile y d Andromède
est une étoile de seconde grandeur que l'œil le plus inattentif peut
reconnaître dans le ciel en quelques minutes. (Foy. notre fig. 41.) Cet
admirable couple, l'un des plus ravissants du ci-îl, a été découvert
le 29 janvier 1777 par Christian Mayer, astronome à Mannheim, qui
avait dirigé une lunette l'année précédente sur cette même étoile, sans
la voir double, quoiqu'il cherchât des étoiles doubles. « Ce soir-là,
écrit-il, je trouvai à ma grande surprise un petit compagnon pâle et
à peine visible. Un an plus tard, le 27 janvier 1778, je fus fort étonné
de le trouver brillant comme une étoile de 7° grandeur. » Il ne fait
aucune remarque sur les couleurs, qui sont cependant si frappantes.
Si l'on ne savait combien il faut être réservé sur les observations
négatives (car ne pas voir certains détails, même en ayant les yeux
dessus, ne prouve point qu'ils n'existent pas), on pourrait croire que
la seconde étoile de y d'Andromède n'existe pas depuis longtemps, — ou
du moins n'est devenue visible qu'en 1777, car il faudrait tenir compte
du temps que sa lumière emploie pour arriver jusqu'à nous. Par une
belle nuit d'août 1764, l'habile observateur Messier, se servant d'un
télescope newtonien de quatre pieds et demi de longueur, compara
attentivement la nébuleuse d'Andromède à l'étoile y pour apprécier sa
lumière : or, il ne vit cette étoile ni double ni colorée. En 1776, une
lunette de huit pieds ne montra pas davantage ce compagnon à Mayer,
qiji pourtant cherchait des étoiles doubles. En 1777, il le découvrit, à
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 10
14 LE SYSTEME TRIPLE DE GAMMA ANDROMEDE
l'aide de la même lunette, pâle et à peine visible, c'est-à-dire de
9' grandeur environ. En 1778, il le trouva beaucoup plus brillant, et
de 7" grandeur. Aujourd'hui, nous voyons ce compagnon de 5" gran-
deur. Il est difficile do croire qu'il n'ait pas augmenté d'éclat. Peut-
être cependant le perfectionnement des instruments entre-t-il pour
une grande part dans ces différences, car, dans les instruments impar-
faits, les étoiles conservent des rayons qui s'étendent au loin tout
autour d'elles et éclipsent facilement une étoile voisine. Plus un
instrument est puissant et parfait, plus l'étoile observée est petite,
dépouillée de toute auréole factice, pure et nette sur un champ abso-
lument noir.
L'étoile secondaire se serait-elle écartée lentement de l'étoile prin-
cipale et serait-elle ainsi devenue de mieux en mieux visible? Non.
Depuis les premières mesures micrométriques prises il y a précisément
un siècle jusqu'aux dernières, que j'ai faites récemment à l'Observa-
toire de Paris, l'angle n'a pas varié (comme Herschel l'avait cru) ni
la distance non plus : la seconde étoile reste fixe à 63° et 10" de l'étoile
principale. Cette fixité n'empêche pas le couple de former un système
physique, car l'étoile y d'x\ndromède est emportée dans l'espace par
un mouvement propre de 7" par siècle, et depuis cent ans la seconde
étoile se serait écartée de la première de cette quantité si elle ne par-
tageait pas ce même mouvement propre. Nous avons donc là un sys-
tème physique. Sans doute, ces deux soleils gravitent réellement l'un
autour de l'autre. Si le mouvement orbital moyen n'est que de 1° par
siècle, la période de révolution peut s'élever à trente-six mille ans!
L'étoile secondaire a été dédoublée en 1842 par Struve, en deux
petites étoiles, de 5° 1/2 et 6° grandeurs; je les vois verte et bleue;
d'autres les voient jaune et bleue. Ces deux petites étoiles forment
un couple orbital en mouvement assez rapide. De 126° l'angle est des-
cendu à 100° depuis 1842 : 26° en 38 ans indiqueraient, si ce mouve-
ment était régulier, 526 ans pour la révolution entière du petit couple
autour de son centre commun de gravité, tandis qu'ils se transporte
en 36 000 ans autour de son soleil central. C'est, en grand, la Lune
tournant en 27 jours autour de la Terre, tandis que Terre et Lune
conjuguées tournent en un an autour du. Soleil. Seulement, nos siècles
sont les jours de ce lointain univers !
On trouvera cet élégant système représenté en couleur, dans son
état actuel, sur notre planche I, qui renferme les plus beaux types
d'étoiles colorées. Nous ferons connaissance plus loin avec les cinq
autres groupes de ce tableau. C'est là une chromo-lithographie aussi
Astronomie populaire.
Supplément PJ.l f>.74-.
TYPES D'ÉTOILES DOUBLES COLORÉES
1. Alpha Hercule.
2. Gamma Andromède.
3. Bêts du Cygne.
taplenocicrif r'Rn
4- Epsilon Bouvier.
5. ^ntarés
6. Le Cœur de Charles.
LES CONSTELLATIONS. - ANDROMEDE 7,5
fidèle que possible; mais, lorsqu'on compare ce tableau à la réalité,
on ne peut s'empêcher d'être frappé du contraste, tout en faveur du
spectacle céleste. Les couleurs des étoiles n'ont pas la grossièreté de
nos peintures ; elles sont translucides et lumineuses ; pour les repro-
duire, il faudrait avoir l'azur des cieux pour palette et tremper son
pinceau dans l'arc-en-ciel. Mais prenez une lunette et regardez. J'en
supplie mes lecteurs ; j'en supplie surtout mes lectrices, dont les yeux
sont si excellents juges.
La constellation d'Andromède renferme d'autres systèmes mul-
tiples, mais dont l'observation sort du domaine de l'astronomie popu-
laire et dans lesquels nous ne nous égarerons pas. Le précédent suffit
d'ailleurs pour illustrer une constellation.
Cependant, n'allons pas plus loin sans nous arrêter à la nébuleuse
4'Andromède, la première que Ton ait découverte au ciel, et d'ailleurs
la seule que l'on voie facilement à l'œil nu (car les Pléiades, l'amas du
Cancer, et quelques groupes d'étoiles voisines qui offrent un aspect
nébuleux, ne sont pas de véritables nébuleuses). Par une nuit bien
pure, dirigez vos regards vers l'étoile v d'Andromède, à la troisième
étoile de la ceinture de cette beauté enchaînée, et près de cette étoile,
comme on la vu sur notre fig. 41, vous apercevrez une pâle nébu-
leuse ('). Aidez-vous d'une jumelle, et vous la reconnaîtrez facilement.
On est surpris de la voir absente des premiers catalogues d'étoiles, et
il est bien probable que les anciens l'ont aperçue, aussi bien que les
modernes, mais qu'ils ne l'ont pas jugée digne de leur attention et
l'ont négligée comme une lueur insignifiante. La plus ancienne men-
tion que nous trouvions est celle de l'astronome persan Sùfi, qui, au
X* siècle de notre ère, la signale comme un « petit nuage céleste » ,
généralement observé et connu par les astronomes arabes. Cependant,
ce n'est qu'en 1612 qu'elle a été signalée en Europe par l'astronome
Simon Marins de Franconie, lequel, dans son ouvrage sur les satel-
lites de Jupiter récemment découverts par lui-même et par Galilée,
rapporte qu'il l'a vue pour la première fois à Vaicle d'une lunette, le
15 décembre de cette année-là. « Son intensité, dit-il, s'accroît à me-
sure qu'on approche du centre. Elle ressemble à une chandelle qu'on
verrait à travers de la corne transparente, et je la trouve semblable à
la comète de 1586. Si elle est nouvelle ou non, c'est ce que je ne déci-
(■ ) Mon savant ami l'ingénieur Coarbebaisse, qui est peut-être l'homme de France
le plus familiarisé avec le ciel, me dit à ce propos qu'ila un procédé mnémotechnique
bien simple pour faire retenir la place de cette nébuleuse. Il suffit,dit-il, de nommer
les deux étoiles bêta, mu, qui y conduisent; on pense à bête à mue, et on trouve la
toison au bout. Excuser en faveur de l'intention.
76
LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE
derai pas. Cependant, Tycho-ljrahé,qui a décrit avec soin la position
de l'étoile voisine (v), n'en a pas fait mention. »
Si l'on examine cette nébuleuse à l'aide d'une petite lunette, on la
trouve telle que la représente notre /ij/. 49, et l'on voit au-dessus d'elle
une petite compagne du même ordre
de création, qui a été décrite pour la
première fois par l'astronome français
Le Gentil, en 1749, le même auquel
Vénus devait jouer, en 1761 et 1769,
les tours que l'on connaît (Asi?-o?io?7iie
j)opulaire, p. 297).
Cette nébuleuse d'Andromède a été
l'objet d'un grand noiîibre d'obser-.
vations. L'un des premiers astronomes
qui l'ont étudiée, Halley, voyait en
elle « une lumière arrivant d'un es-
pace extraordinairenient grand dans
l'éther, à travers lequel un milieu
lumineux est diffusé, lequel brille par
sa propre lumière. » Je traduis litté-
ralement, en laissant le vague de l'ex-
Fig. 49. - La nébuleuse d'Andromède et sa preSSiOU et, si 16 IIG me tl^OUipe, de
compagne, vues dans une petite lunette. ^ i u
la pensée de 1 auteur, car il n'y a rien
de bien clair dans cette phrase : « The spot is nothing else but the
light coming from an extraordinary great space in the ether, through
which a lucid médium is diffused that shines with its own proper
lustre. » Je ne sais si Derham s'en formait une idée plus nette lorsqu'il
disait que c'était là un endroit où le firmament, qu'il croyait encore
en cristal, était moins épais qu'ailleurs, et laissait entrevoir à nos
yeux mortels l'immortelle lumière qui brille dans l'empyrée, séjour
de la Trinité et des bienheureux.
Remarque assez curieuse, nous ne sommes guère plus avancés
qu'il y a deux siècles sur l'explication de cette immense nébuleuse.
Tandis que, parmi celles qui ont été découvertes depuis, les unes se
sont résolues en amas d'étoiles dans le champ du télescope, et que
d'autres ont prouvé par leur constitution chimique être d'une nature
gazeuse, celle-ci est restée muette et mystérieuse. Son spectre est
continu, sans raies transversales, et par suite les substances qui la
composent restent inconnues; remarque assez curieuse: l'extrémité
rouge manque. Cela ne prouve pas cependant qu'elle ne soit pas ga-
LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE
zeuse les gaz peuvent, à basse température, donner un spectre con-
tinu. Les plus puissants grossissements ont fait apparaître quinze cents
étoiles ; mais il n'est pas certain que ces étoiles lui appartiennent :
elles peuvent se trouver devant elle. Ajoutons que sa forme varie
étrangement suivant les grossissements employés. Une lunette de
75 millimètres, grossissant 80 fois, montre l'image reproduite ftc). 49.
Une lunette de 108 millimè-
tres, grossissant 200 fois,
montre l'image reproduite
fig. 50. Mais cette régularité
primitive disparaît tout à fait
si l'on se sert d'un puissant
instrument, comme l'ont fait
Bond et Trouvelot, à Cam-
bridge. L'équatorialde 38 cen-
timètres représente cette créa-
tion lointaine telle qu'on la
voit fig. 51, dessin fait par
mon savant ami Trouvelot en
1874. Un foyer central se ma-
nifeste, ainsi que deux autres
foyers secondaires, l'un rond,
l'autre ovale, et, ce qu'il y a
peut-être de plus surprenant
encore, deux fissures noires
paraissent couper la nébuleuse dans le sens de sa longueur : si ce
sont là des vides à travers le gaz, c'est incompréhensible ; si ce sont
deux traînées de matière obscure posées là en avant, c'est encore
plus extraordinaire. Quant aux étoiles, elles semblent se projeter en
avant et sont moins condensées au centre. Qui pourrait arrêter une
minute son esprit devant cette figure sans être absolument émer-
veillé, fasciné, confondu?
Et quelle grandeur ! C'est sans contredit l'une des plus vastes du
ciel, A l'œil nu, elle mesure un quart de degré. Une lunette de
108 millimètres lui montre une étendue de 1° 1/2 de longueur sur
24' de largeur. Bond est parvenu à suivre sa trace jusqu'à 4 degrés
en longueur et 2 degrés et demi en largeur. En ne la supposant pas
plus éloignée que les étoiles les plus proches, elle serait encore
incomparablement plus vaste que notre système solaire tout entier,
quoiqu'il mesure plus de deux milliards de lieues de diamètre. En
Fig. 50. — La nébuleuse d'Anciromèile, vue dans
une lunette moyenne.
78
LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE
effet, à la distance de l'étoile la plus proche, le demi-diamètre
de l'orbite terrestre (37 millions de lieues) est réduit à 0", 928.
Donc là, un objet mesurant 928" ou 15' 28" serait déjà mille fois plus
Fig. 51. — La nébuleuse d'Andromède, vue dans un grand télescope.
large que la distance de la Terre au Soleil et mesurerait 37 milliards
de lieues. Mais la nébuleuse d'Andromède occupe dans le ciel un
espace s'étendant jusqu'à 4 degrés, c'est-à-dire 15 fois supérieur au
ANDROMEDE. — LE TRIANGLE 79
chifl're précédent, ce qui conduit à 555 milliards de lieues! Si c'est là
un système planétaire en voie de formation, il serait donc de deux à
trois cents fois plus vaste que le nôtre en diamètre. Sans doute, c'est
inimaginable. Mais, pour se refuser à une telle conception, il nous
faudrait admettre que cette nébuleuse fût plus proche de nous que les
étoiles les plus voisines, ce qui n'est pas probable. Elle doit être, au
contraire, beaucoup plus éloignée, et par conséquent beaucoup plus
immense encore.
On le voit, cette belle constellation d'Andromède est riche en grands
spectacles, et l'on peut passer des heures charmantes dans sa contem-
plation scientifique. Cette splendide nébuleuse et son beau système
triple suffisent pour l'illustrer à jamais. L'antique figure mytholo-
gique est éclipsée malgré sa grâce et malgré les péripéties de son his-
toire : le ciel fait oublier la terre.
Avant de faire connaissance avec le héros voisin, Persée, remar-
quons un instant, au sud de y d'Andromède, quelques étoiles disposées
en triangle. Quoique peu importante, cette constellation date aussi
des Grecs, qui l'appelaient le Deltoton. Voici les quelques étoiles qui
la composent, avec les observations faites sur leur éclat depuis deux
mille ans.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU TRIANGLE
-1-27 +%0 1430 1500 1503 ICGO 1700 1800 1840 18C0 1880
a
3
3
3
4
4
4
4
3.4
4.3
4.3
4,0
P
3
3
3
4
4
4
4
4
3
3
3,2
Y
3
3.4
3
4
4
4
4
5.6
4.5
4.5
4,2
ô
4
5.6
5
5
5
5
5
6
6.5
5.6
5,5
e
6
6
6
6
5.6
6.5
5,8
6
6
6
5.6
6.5
5.6
5,8
7 6 6 6 6 5 6.5 6,0
On désigne quelquefois d'autres étoiles du Triangle par les lettres
suivantes de l'alphabet grec ; mais nous avons adopté ici comme prin-
cipe constant de ne garder que celles de Bayer, les autres pouvant for-
mer équivoque, et étant généralement superflues.
Sur ces sept étoiles, celle qui a le plus varié est certainement â, qui,
anciennement de 4% est tombée à la 6% pour remonter légèrement
à 5 1/2. L'étoile y est également descendue de la 3" au-dessous de la
quatrième. Des deux étoiles a et (3, la seconde est devenue plus bril-
lante que la première, et c'est elle qui aujourd'hui recevrait la pre-
mière lettre si l'on avait attendu à notre époque pour faire la classifi-
cation littérale.
80 LE TRIANGLE. — LA MOUCHE. — LA FLEUR DE LYS
Nous ne signalerons dans cette petite constellation que deux objets
intéressants, une étoile double et une nébuleuse. La première est
l'étoile 6, nommée aussi i (mais, comme nous venons de le voir, cette
lettre n'appartient pas à la classification de Bayer). C'est un couple
élégant formé d'une étoile de 5° grandeur et demie et d'une de 6' 1/2,
la première brillant d'un bel éclat jaune cVor, la seconde colorée d'une
nuance vert bleu vraiment exquise. L'écartement des deux compo-
santes est de 3" 7. Depuis un
siècle qu'on les mesure, elles ont
à peine changé de position l'une
par rapport à l'autre.
La nébuleuse située entre «
Triangle et |3 Andromède est la
33'' du catalogue de Messier, et
peut être aperçue avec la plus
faible lunette d'approche. Elle est
fort étendue, occupe près d'un
demi-degré, mais elle est très
faible et mal définie; la chercher
~N lorsqu'il n'y a pas de clair de lune. -
Fig. bi. - Létoile double 6 du triangle. Elle a été réSOluB CU étoileS dèS
le temps de William Herschel, qui parvint h y découviùr une sorte de
poussière lumineuse — poussière dont chaque grain est un soleil ! Le
télescope de lord Rosse a montré en elle une structure en spirale
analogue à celle qui a si merveilleusement contourné la grande nébu-
leuse de la constellation des Chiens de chasse.
Certaines cartes dessinent le triangle équilatéral en ajoutant de
petites étoiles aux brillantes ; mais on le voit dans le ciel sous la
forme d'un triangle isocèle, dont « marque la pointe, ^ et y traçant
la base. Hévélius a ajouté un petit triangle à côté du grand, et dans
cette même région du ciel (revoir notre fig. 27, p. 49), on a aussi
dessiné une Mouche, déjà placée en 1624 sur le globe de Bartschius,
et qui s'est métamorphosée en Fleur-de-Lys sous Louis XIV, comme
on le voit sur le globe de Coronelli (1690).
Mais les fleurs de lis ne durent pas plus longtemps que les mou-
ches en nos siècles de scepticisme et d'égalité, et cet emblème royal
s'est vite fané en plein ciel : la fleur comme l'insecte ont disparu de
nos cartes modernes, et les trois étoiles de ce minuscule astérisme
sont rentrées dans le domaine du Bélier, auquel elles appartenaient,
par droit de conquête comme par droit de naissance.
LES HONNEURS DE FRÉDÉRIC. — LE LÉZARD.
81
Même décadence pour les Honneurs de Frédéric, dessinés dans le
ciel en 1798 par Bode, hommage h la mémoire du roi philosophe et
guerrier dont Voltaire s'était fait l'ami trop intime. Voyez sur notre
fig. 27, au-dessus de la main droite d'Andromède (qu'elle a dû
abaisser pour faire un peu de place), le trophée royal formé d'ailleurs
d'étoiles peu importantes-, déjà, avant la
fin de ce siècle, le voici tombé en désué-
tude, avant même que le nom du monar-
que prussien soit tout à fait oublié. Sic
transit gloria. mundi !
N'oublions pas le Lézard, que l'on voit
dessiné près du trophée précédent; son
histoire est assez curieuse. Tout d'abord,
ce n'était point un lézard, mais aussi un
emblème royal, le Sceptre et la Main de
Justice, dessinés sur les cartes du temps
de Louis XIV. (Il faut croire que cette
région du ciel était prédestinée au pinceau
de la flatterie.) Augustin Royer, « archi-
tecte du Roy », publia à Paris, en 1679,
un catalogue d'étoiles qu'il paraît avoir
composé en collaboration avec le Père
Anthelme, chartreux de Dijon. Le cata-
logue est bon ; mais voici ce qu'on lit
dans la dédicace « à Monseigneur le Dau-
phin » :
« L'on a été assez heureux, en faisant les ob-
servations nécessaires, de découvrir dix -sept
étoiles entre les constellations de Géphée, d'An-
dromède et de Pégase, dont aucun auteur n'a
encore parlé, et qui n'ont été marquées jusqu'ici
dans aucun catalogue; ces dix-sept étoiles, par
leur disposition, représentent heureusement le
Sceptre royal et la Main de Justice. L'on pourrait
dire que ces étoiles, qui sont de tout temps au Ciel, auraient été cachées aux yeux
de tous les astronomes jusques à aujourd'hui que la gloire du Roy est si grande
par toutes les victoires qu'il vient de remporter sur un nombre infini d'ennemis
ligués contre lui, et par la paix qu'il accorde ensuite à leurs instantes prières,
que le Ciel voulant donner des marques à la postérité de la grandeur et de la
douceur de son règne, a consacré les principaux ornements de sa royauté en
faisant paraître ces dix-sept étoiles pour composer cette constellation. Ce qu'il y
1 de particuUer, c'est que, lorsqu'elle passe au méridien, la Main de Justice se
trouve au zénith de Paris, capitale des États de ce grand Monarque, comme pour
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 11
Fig. 63. — Etoiles du Lézard.
82 LA MAIN DE JUSTICE. — LE LEZARL
marquer que le lionlieur dr la France, se renouvelant sous son règne, durera
autant que la monarcliie; co sont les vœux..., etc. »
Quelques années après, Hévélius de Dantzig-, qui paraît avoir
ignoré la création d'Augustin Roycr, annonçait, dans son Prodromus
Astronomiœ, publié en IGUU, qu'il avait remarqué entre les constella-
tions d'Andromède et du Cygne, dix petites étoiles très brillantes,
qu'il a réunies sous la forme d'un Lézard, parce (.[uil n'y a pas déplace
■pour mettre Ik autre chose que ce petit animal, et que du reste sa peau
est constellée de petites étoiles, d'où il conclut : Id quod nostro ani-
mulculo cœlesti omnium optime convenit.
En fait, c'est le Lézard qui est resté. La Gloire de Louis XIV,
comme plus tard la Gloire de Frédéric, s'est évanouie dans les cieu.x,
et l'inoilensif animal est encore là, étonné sans doute de tant d'hon-
neur. J'engagerai à peine mes lecteurs à le chercher, car il n'est
vraiment composé que d'étoiles insignifiantes (insignifiantes ! le qua-
lificatif n'est pas modeste de notre part, car chacune de ces étoiles est
bien plus importante que notre Terre tout entière ; mais enfin, tout est
relatif); néanmoins, pour ne rien laisser à désirer, comparons aussi
les étoiles de ce petit astérisme, en commençant par les observations
de Royer et Anthelme (1670). Inscrivons-les par ordre actuel de
grandeur.
ÉTOILES DE L.i CONSTELLATION DU LÉZ.\RD
1U70 1684 1700 1800 1S40 18C0 1880
7 FL 5 5 4 4 4 4 4,2
3 5 5 4^4 4.5 5.4 4,7
1 5 5 5 5 5.4 5.4 4,8
2 5 5 5 5 5.4 5.4 4,8
4 5 5 5 5 5 5,0
5 5 6 5 5 5 5 5,0
6 5 5 4 i 5.6 5 5 5,2
10 5 5 5 5.6 5 5 5,2
11 G 6 6 6.7 5 5 5,5
P. XXII, 36 5 5 5 5.6 5 5 5,3
Telles sont les étoiles les plus apparentes de cette petite constella-
tion ; elles ne sont désignées par aucune lettre, puisque la constella-
tion a été formée après Bayer, et elles n'ont ici pour qualificatif que
les numéros qu'elles portent dans le catalogue de Flamsteed, à
l'exception de la dernière, qui n'a pas été observée par cet astro-
nome, quoiqu'elle soit de cinquième grandeur, et dont la désignation
appartient au catalogue de Piazzi. La première paraît avoir aug-
menté d'éclat ; l'étoile 6 paraît avoir subi une certaine fluctuation au
LES CONSTELLATIONS BOREALES. — PERSEB
83
xviii" siècle. L'étoile 4, de cinquième grandeur, à 1 degré au sud de 7,
est la seule étoile intéressante cà observer : orangée, avec un compa-
gnon bleu, dans un champ fort riche.
Mais le sauveur d'Andromède nous attend depuis si longtemps que
nous paraissons décidément l'oublier, malgré toutes les curiosités cé-
lestes qu'il garde en réserve pour l'astronome contemplateur. Entrons
donc sans plus tarder en relation avec ce fier Persée. Inutile de revenir
sur son histoire, examinons tout de suite ses étoiles.
Cette région est l'une des plus riches du ciel, à cause de la Voie
Fig. 54. — Principales étoiles de la constellation de Persée.
lactée dont elle forme l'une des zones les plus opulentes en groupes
d'étoiles. Que de soirées charmantes nous pourrons consacrer à la
contemplation de ces richesses multipliées ! Il y a des places où la plus
faible lunette éblouit littéralement l'œil qui cherche à plonger dans ces
profondeurs stellifères : des milliers d'étoiles microscopiques jaillissent
du ciel comme la poussière diamantée de la nuit.
Voici les principales étoiles qui forment cette constellation, avec la
comparaison des observations faites depuis deux mille ans sur leur
éclat respectif.
84
LES CONSTELLATIONS BORE-ALES. — PERSEE
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE PERSÈE
DBUX MILLE ANS D'OBSERVATION
Étoiles
— 137 +900 IBO 1590 1603 ICGO
ex
o
P (Algol.)
2
Y
3.4
a
3
E
3
î
3.4
n
4
e
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1
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4
I*
4
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i
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3.4
It
4
p
4
a
4
T
5
2 2 2
2.3 2 3
3.4 3 3
3 3 3
3 3 3
3.4 3 3
4 4 4
4.5 4 4
4 4 4
4 4 4
4 4 4
4 4 4
4 4 4
4 4 5
3.4 3 4
4 4 4
4.3 4 4
4 4 5
5 5 5
11 = 51 Andr. 4 4 4 4
ç = 54 Andr. 4 444
X néb. néb. ncb. 6
<!< 4 4 4 5
«0 4 4.5 4 5
43 A 5
b 4 4 4 5
48 c 4 4 4 5
43 d 5 5 5 6
58 e 5 5 5 5
52 r 5 5.6 5
i g
h néb.
9 i 6
k
l
57 m
42 n
40 o
16 obsc. 5 5 4
17
21
995 B. A. C.
29-31
P. 111,23
24
12
2
2
3
3
3
3
4
4
4
4
4
4
2
2
3
3
3
3
4
1700
1800
1840 18G0
1880
2 i 2.3 2 2 2,2
2 J- var. var. var. var.
3 3 3 3 3,0
3 3.4 3 3.4 3,5
3
3
4
4
4
i-l
4
4
4
5
4
5
4
5
5
3.4 3.4 3.4 3,3
3.4 3 3 3,0
5 4.3 4 4,2
4 4 4 4,4
4 4 4 4,3
5 4.5 4.5 4,4
6 4.5 4.5 4,6
4.5 4.5 4.3 4,5
4.5 4 4 4,1
5 4 4 4,3
4 4 4 4,3
5.6 5 5 5,1
4 4 var. 3,8
5 5 5.4 4,8
5 4 4 4,3
4 5
4 4
4 4
4 4
4.5 5
5 5
5 4 3 i 3.4 4.3 4.3 3,9
5 4 4 5 4 4 4,0
5 6 6 -j 6.7 cum. cum. cum,
5 5 5 5 5 5 4,8
5 5 5 6 5 5 5,0
5 5 5 6.7 5.6 5.6 5,6
5 5 5 5 5 5 5,1
5 5 5 5 4 4 4,4
5 6 6 5.6 5 5 5,3
5 5 5 5.6 5 5 4,6
5 5 5 5.0 5 5 5,0
6 6 6 6 5.6 5 5,6
6 6 cum. cum. cum,
6 6 5 6.5 5.6 5,7
6 5 5 5 5 5,2
6 6 6 5 5.6 5,5
6 6 8 6 6 6,5
6 6 6 6 6.5 6.5 6,6
6 5 6 6 5 5 5,7
5 4 4 4.5 5.4 5.4 4,5
5 6 5 I 5.6 5 5 5,0
6 5 5.6 5 5 5,2
5 5 5,2
6et5i 6,7et6 5 5 5,4
6 6 5.6 5 5 5,4
5 6 i i 5.6 5.6 5.6 5,5
5 6 6 6 5 5.6 5,5
Telles sont les principales étoiles de la constellation de Perses. Il
faudra plusieurs soirées pour faire connaissance avec elles, car leur
identification réclame une attention assez soutenue; d'ailleurs, il n'est
pas indispensable de les connaître toutes ; le point le plus important
LES CONSTELLATIONS BOREALES. — PER3EE
35
est de trouver les six premières, qui sont les plus brillantes et qui don-
nent une idée générale de la figure.
Quelques-unes méritent d'arrêter un instant notre attention. Ainsi,
rétoile X était au temps de Bayer plus brillante que ses voisines A, b,
c, d. Cependant, le 16 janvier 1693, Flamsteed consigna sur son re-
gistre de l'Observatoire de Greenwich que c était plus brillante que A.
D'autre part, Piazzi a noté X seulement de 6° grandeur. Elle n'est pas
dans le catalogue de Lalande ; mais c y est, notée 5 1/2. Elle est mar-
Fig. 55. — Persée et Andromède, d'après un manuscrit espagnol du xiv siècle.
quée 4,4 dans le catalogue de Radcliffe, et c 4,6 ; 4 1/2 dans le cata-
logue d'Armagh, et c 5 ; William Herschel l'a notée 4,5 et c 4,7;
Argelander l'a notée 4,5 et c 4,0 ; Pierce les a mesurées photométri-
quement en 1874 et a trouvé l ^= 4,52, et c =: 4, 27 ; c'est-à-dire d'un
quart de grandeur plus brillante. Il y a donc là une variation certaine.
Mais laquelle des deux varie ? — Toutes deux sans doute.
L'étoile 7r a diminué d'éclat : elle n'est certainement plus de qua-
trième grandeur. L'étoile u a, au contraire, augmenté d'éclat. Les
étoiles ^, 01 et b ont diminué.
L'étoile m a été notée de huitième par Piazzi, grandeur invisible
LA CONSTELLATION DE PERSEE
à l'œil nu. Cependant, vers la même époque, Lalande l'a observée
de sixième. Herschel l'a marquée 6,9, c'est-à-dire presque de sep-
tième. Elle est de 6,3 dans Radcliffe, de 6
dans Armagh. Il est probable que le chiffre
de Piazzi est erroné; en l'estimant de 6" 1/2,
les faibles divergences d'appréciation s'ex-
pliquent.
L'étoile 16 est une brillante de 4' 1/2. Si
elle n'a pas reçu de lettre de Bayer, ce n'est
pas qu'elle ait été moins brillante que les
précédentes, car sur son propre atlas elle
est gravée de cinquième grandeur, mais c'est
parce qu'elle se trouve en dehors de la ligure
classique, précédant la Tète de Méduse. Les
anciens l'appelaient obscure, ce qui est bien
Fig. 56. — Dessin de Persée au temps mexpiicaûle.
dAiphonse X (viii. aiècie). L'étoile 995 B.A.C. et l'étoile double
29-31, qui précèdent «, ont dû augmenter d'éclat, car aucune des
anciennes cartes ne les ont représen-
tées, quoiqu'elles soient admirable-
ment visibles.
Remarquons aussi que l'étoile 24
a été notée de 6* grandeur par Hé-
vélius et de 4° 1/2 par Flamsteed.
Est-ce une erreur de l'astronome
anglais? Oui, sans doute. Elle a été
notée de 6° par Lalande et de 5* 1/2
par les observateurs d' Armagh, ce
qui est à peu près sa grandeur con-
stante.
L'étoile ff est rougeâtre.
Mais, de toutes ces étoiles, la plus
curieuse est sans contredit la se-
conde de la liste précédente, l'étoile
(3, ou Algol, qui indique dans le ciel
la place de la Tête de Méduse. Ce
nom d'Algol dérive de l'arabe Al-
glràl, le monstre, ou le diable, et sur plusieurs anciennes cartes,
Persée s'appelle le Porteur de la. tête du Diable. On sait que Persée
ayant coupé cette fameuse tête de Méduse prit l'habitude de la tenir à
Fig. 57. — Dessin de Persée au temps de Sùfi
(x« siècle).
L'ETOILE ALGOL DE PERSÉE 87
la main à cause de la propriété qu'elle avait de pétrifier ceux qui la
regardaient; aussi représente- t-on presque toujours ce héros muni de
cette tête redoutable. Quelques cartes célestes l'ont remplacé par
David portant la tête de Goliath, et il semble que ce soit cette idée
qui ait déjà dominé dans le dessin du temps du roi astronome
Alphonse X de Castille, reproduit ici {fig. 56). La fîg. 57, qui date du
dixième siècle, donne la môme idée ; la tète coupée n'est plus la tête
de Méduse aux serpents entrelacés que l'on a vue fig. 27 (p. 49). Il
en est de même de cette tête monstrueuse que tient le Persée du Liber
de locis stellarum, manuscrit espagnol du xiv° siècle, dont le fac-similé
est reproduit fig. 55. On voit que cette constellation n'a pas subi
moins de métamorphoses que ses voisines Andromède et Cassiopée.
Mais ce n'est point par son rôle mythologique que l'étoile d'Algol est
intéressante, c'est par sa propre nature. Elle est en effet l'une des
plus régulières des étoiles variables, l'une des plus rapides, et en
même temps l'une des plus brillantes et des plus faciles à observer.
Elle passe de la deuxième la quatrième grandeur dans la période
rapide de 2 jours 20 heures 48 minutes 53 secondes, ou de 69 heures
environ, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que cette espèce
d'éclipsé partielle ne dure que six minutes. Pendant six minutes seule-
ment, cette étoile n'est que de quatrième grandeur; mais la diminu-
tion de lumière commence 4 heures 30 minutes avant le minimum,
~
=^
=*=
==
"2=
4"'
S
'
1 1 1
— 1 —
1
'
V
3
6
33
30
27
21
21
18
15
12
9
6
3" min? 3^
6
9
12
15
IB
21
2i 27
30 S
Plg. 58. — Variations de l'éclat d'Algol en 69 heures.
et l'accroissement de lumière emploie également 4 heures 30 minutes
pour ramener l'étoile à son éclat normal, de telle sorte qu'en défini-
tive l'étoile est de seconde grandeur pendant 2 jours 12 heui^es envi-
ron, et que sa variation occupe 9 heures environ. La diminution
d'éclat la plus évidente commence 1 heure 26 minutes avant le mi-
nimum, lorsque l'étoile paraît intermédiaire entre 'y et e, et l'aug-
mentation la plus apparente se montre également lorsque l'étoile
est revenue au même degré d'éclat. On se formera une idée de cette
variation d'éclat par notre petite fig. 58, sur laquelle la période de
SOLEIL VARIABLE DANS PERSEE
69 heures de cette étoile est divisée de 3 en 3 heures de part et d'autre
du minimum.
Cette singulière variation a été remarquée pour la première fois il y
a plus de deux siècles, en 1669, par Montanari, et la période a été dé-
terminée pour la première fois en 1782 par Goodricke. Il l'assigna à :
2 jours 20 heures 48 minutes 56 secondes.
En 1854, par une nouvelle série d'observations, Argelander la
trouva de :
2 jours 20 heures 48 minutes 52 secondes.
Elle avait diminué de 4 secondes depuis 1782. En 1875, Schmidt
d'Athènes trouva par de nouvelles déterminations :
2 jours 20 heures 48 minutes 53 secondes.
Elle est sans doute soumise à une légère oscillation. Mais quelle peut
être la cause de cette étonnante variation? Cette curieuse étoile est-elle
de la nature des étoiles variables, qui paraissent environnées comme
notre propre soleil d'une photosphère mobile et d'une atmosphère
gazeuse dans laquelle des éruptions de vapeurs viennent périodique-
ment multiplier les taches et les protubérances? Le spectroscope
appliqué à l'analyse de la lumière d'Algol éloigne cette hypothèse, car
il ne montre dans ce lointain soleil aucune trace de ces vapeurs absor-
bantes, pas plus que nulle nuance de la coloration rouge commune
à toutes les étoiles variables, et de plus l'aspect physique de l'étoile ne
change pas au moment du minimum. Algol n'est donc pas intrinsè-
quement une étoile variable.
Cette diminution périodique d'éclat doit être produite, ou bien parla
rotation de ce lointain soleil, lequel aurait à sa surface un continent
obscur, le reste étant couvert d'un océan lumineux, — ou bien par
l'éclipsé d'une énorme planète de son système tournant autour de lui
dans le plan de notre rayon visuel et passant entre lui et nous toutes
les 69 heures, — ou bien par le passage d'un anneau d'astéroïdes dont
la masse principale produirait une éclipse analogue suivant la même
période. De ces trois hypothèses, la première est rendue probable par
la rapidité delà période, qui correspond plut(jtàunedurée de rotation
qu'à une durée de révolution ; mais il est si difficile d'admettre qu'un
globe incandescent et lumineux garde pendant plusieurs siècles une
tache obscure permanente à sa surface, que je n'aurai pas la témérité
de proposer à mes lecteurs d'adopter cette explication comme définitive.
L'ÉTRANGE ETOILE ALGOL DE PERSE E 89
Un globe de punch brûlant dans l'espace n'en fait pas moins pour
cela une singulière image. La seconde hypothèse est peut-être pré-
férable : après tout, une révolution de 69 heures n'est pas inadmissible;
dans notre propre système solaire, le premier satellite de Mars tourne
en 7 heures 39 minutes et le second en 30 heures ; le premier satellite
de Saturne tourne en 22 heures, le deuxième en 33, le troisième en
45, le quatrième en 66; le premier satellite de Jupiter effectue sa
révolution en 42 heures, etc. Autour d'un énorme soleil, ime telle
révolution s'effectuant nécessairement sur une orbite plus étendue, est
moins facile à concevoir, à moins de supposer une masse énorme, ce
qui nous conduit à conclure que, selon toute probabilité, Algol est un
soleil extrêmement lourd, exerçant une puissante attraction sur le
système qui l'environne. On peut comparer l'extinction partielle de la
• X
.-•--
a
..--
.--- 1
■---.,.
-
ALGOL
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"" -♦
f
• '
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•
?
Fig. 59. — Alignement pour trouver Algol à l'œil nu.
lumière d'Algol à celle qui est produite par une éclipse : une planète
énorme de son système tourne tout près de ce soleil, passe devant lui,
entame d'abord légèrement son disque, arrive en quatre heures et
demie à sa phase centrale, qui ne dure que six minutes, et emploie
le même temps à démasquer tout à fait ce disque lumineux, cette
planète colossale et presque contiguë à son soleil effectuant sa révo-
lution en 69 heures. Cette explication paraît plus probable que celle
d'un anneau d'astéroïdes, attendu que cet anneau n'aurait de masse
sensible que sur le huitième environ de son orbite, ce qui ne constitue
pas un véritable anneau. Quelle que soit d'ailleurs la cause de cette
étrange variation de lumière, cette étoile n'en est pas moins du plus
haut intérêt, et, en la regardant, au milieu de l'armée des mondes,
pendant les heures paisi])les du soir, nous ne pouvons nous empêcher
de songer à la difTérence capitale qui distingue ce lointain système du
nôtre et à la variété inimaginable que la nature a répandue dans
toutes ses productions, à travers l'immensité infinie.
Pour trouver rapidement cette étoile dans le ciel, mener une ligne
ASTRONOilIE. — SUPPLÉMENT. 12
90 SYSTEMES MULTIPLES DANS PERSEE
para, ()\(3 et y Andromède, et prolonger cette ligne, non pas directe-
ment, mais en inclinant un peu vers le sud, comme symétrique de la
direction y à (3 : Fétoile de deuxième à troisième grandeur qui brille là
est Algol.
Regardez auprès d'elle l'étoile p ; c'est aussi une étoile variable, mais
sa variation n'atteint pas une grandeur entière (3,4 à 4,2) et sa période
(si môme elle en a une) est encore inconnue.
La constellation de Perses renferme plusieurs étoiles doubles inté-
ressantes : e, de 3''grandeur, a un compagnon de 8° grandeur et demie,
écarté à 9", fixe depuis sa découverte, en 1781. Ces deux soleils sont
animés d'un mouvement propre commun dans l'espace. L'étoile pri-
N
Fig. GO. — L'étoile double e Perf ée. Fig. fil . — Quadruple ç Persée.
maire est nuancée d'un blanc vert, la seconde est bleuâtre, ou plutôt
lilas.
K, de 3° 1/2, est une étoile quadruple ; mais ses trois compagnons ne
sont que de \0° à 12° grandeur, éloignés respectivement à 13", 83" et
121". On en distingue encore un cinquième, beaucoup plus faible. Ce
groupe forme-t-il un système quintuple, une association de cinq soleils ?
ou bien ne se trouvent-ils l'un devant l'autre que par le hasard de la
perspective ? C'est ce que les observations Jie permettent pas encore de
décider.
n, de 4" grandeur, jaune rougeâtre, montre au télescope un petit
compagnonbleu de 8" grandeur et demie, écarté à 28", et ce beau groupe
est entouré de cinq petits satellites. Couple physique, emporté par un
mouvement propre commun, mais dont les deux composantes sont
restées fixes depuis leur découverte en 1779.
SYSTÈMES MULTIPLES DANS PERSÉE 91
L'étoile 6, de 4" g-raudciir, a deux compagnons de 10° grandeur, le
premier à 15", le second à 68". Ce petit groupe céleste m'a donné, sans
s'en douter, beaucoup de tracas il y a quelques années. Tandis que je
m'exerçais à l'Observatoire de Paris à prendre les mesures micro-
métriques des étoiles doubles les plus intéressantes, j'avais inscrit ce
groupe sur mon carnet d'observation, pour le vérifier et l'étudier, et,
d'après une observation faite en 1833, par l'amiral Smytli, j'avais
marqué le second compagnon comme devant être cherché vers 27" de
distance. Quelle ne fut pas ma surprise, en 1877, de le trouver à 68" au
lieu de 27"! Avait-il marché de 41" depuis 1833? ou bien l'amiral
avait-il commis une erreur, soit de mesure, soit d'inscription? Je
Fig. 62. — Double n Persée. Fig- 63. — Trip!e 8 Persée.
recommençai ma mesure et trouvai toujours la distance de 68". J'ai
appelé l'attention des astronomes sur ce point délicat, et mes collègues
de la Société royale astronomique de Londres ont reconnu eux-
mêmes que c'était leur compatriote qui s'était trompé.
Signalons encore un joli couple, de 6" et8' grandeurs, à 12", blanche
et saphir, à chercher près de r et y, formant un triangle avec ces deux
étoiles, facile à trouver à l'œil nu (F. II, 220). Il y a encore d'autres
couples intéressants, mais qui ne peuvent guère être trouvés qu'à
l'aide d'un équatorial et qui sortent du domaine de l'étude populaire
du ciel. Regardez cependant encore l'étoile e, qui est orangée (vous
la trouverez facilement à l'aide de notre fig. 54, sur une ligne courbe
formée par la Chèvre, e Cocher, e, f, et e Persée) : en dirigeant une
lunette vers elle , vous découvrirez une petite étoile double dont les
92 AMAS D'ÉTOILES DANS PERSEE
composantes sont de 1" \j'2 et O" grandeurs, écartées h 12'': fixes; la
première a une nuance vert pâle, la seconde approche du lilas.
La constellation de Persée renferme deux splendides amas d'étoiles
contigus l'un à l'autre, situés dans la main droite du héros, à la poignée
de son cpée, sur le prolongement des étoiles «, y, -n, en allant vers â
et Y Cassiopée. Ces deax archipels de soleils font, à l'œil nu, l'efTet de
deux étoiles nébuleuses, qui ont reçu pour dénomination les lettres x,
et h. Dans le catalogue des nébuleuses d'Herschel, ces deux objets
célestes se nomment H. VI, 33 et 34. La moindre lunette dirigée vers
eux nous transporte au sein d'une poussière de soleils. Spectacle
inimaginable! C'est comme un morceau de la Voie lactée qui se serait
rapproché de nous. On voit une étoile rouge entre les deux amas et
l'on en découvre une autre vers le centre du second. Le premier
laisse apercevoir dans sa région centrale une petite couronne d'étoiles,
un peu elliptique, de 39" de longueur sur 33" de largeur, et à côté,
suivant la première néluileuse dans le mouvement diurne, l'œil est
frappé par une étoile de 7" grandeur qui paraît abandonnée au milieu
de la nuit, sur un espace désert rendu
[)lus noir par le contraste. Notre
//;/. 64 montre cet amas tel qu'il appa-
raît dans une lunette de 11 centi-
mètres. Il y là plusieurs centaines de
soleils, séparés sans doute les uns des
autres par des distances analogues à
celles qui s'étendent d'ici aux étoiles.
Peut-être un système de planètes ha-
Fig. G5. - Curieux amas d'étoiles dans bitéCS VOgUC-t-il autOUr dc chaCUU de
'^'^^"^^- ces soleils, et sans doute au milieu de
leurs nuits les hal^itants de ces mondes lointains n'ont-ils pas plus de
lumière que nous-mêmes. Comljien de milliers d'années la lumière
n'emploie-t-elle pas pour venir de là! On peut aussi, par les nuits les
plus pures, apercevoir à l'œil nu un autre amas d'étoiles, précédant
Algol, à peu près au milieu de l'intervalle qui s'étend entre cette
variable et y Andromède, un peu plus près d'Algol que dey (se servir
de la fig. 54). C'est la nébuleuse 34° du catalogue de Messier, décrite
par lui en 1764 comme « une masse de petites étoiles », et résolue
dès cette époque. INIagnifique amas d'étoiles, curieux à observer,
comme les précédents dans nos lunettes populaires de 61, 75, 95 et
108 millimètres.
Des instruments gigantesques et coûteux, une installation laborieuse
CHARMES DE L'OBSERVATION DIRECTE DU CIEL 93
et opulente, ne sont point du tout indispensalîles pour s'initier direc-
tement à ces contemplations grandioses, que, du reste, la plupart des
astronomes de métier n'apprécient pas, parce que pour eux le ciel est
mort, et que jusqu'à présent quelques rares esprits seulement ont
senti la vie circuler dans l'univers. On rencontre souvent dans les
observatoires et dans les académies des hommes qui se sont faits astro-
nomes comme on se fait commerçant ou notaire, de sorte qu'il n'y a
rien de surprenant à ce qu'ils prennent l'astronomie pour un traité de
chiffres et qu'ils meurent sans se douter de la beauté de l'univers.
L'amour de la science, le désir de s'instruire, la curiosité de l'inconnu,
une attention persévérante, sont les premières qualités requises pour
arriver à se servir rapidement, utilement et agréablement, d'instru-
ments modestes dans leur forme, précieux par les révélations qu'on
sait obtenir de leur usage intelligent. Tant vaut l'homme, tant vaut
l'instrument. Jamais Copernic, jamais Galilée, jamais Kepler, jamais
Newton n'ont eu entre les mains ces instruments élémentaires, et le
premier, comme Tycho-Brahé, comme Hévélius, à l'aide de simples
règles de bois et de quarts de cercle, les autres à l'aide de pauvres
lunettes grossissant à peine une dizaine de fois, ont su observer dans
les cieux des merveilles dont la contemplation faisait tressaillir leur
âme enthousiasmée. Quel n'est pas notre bonheur d'être nés en un
siècle où, si facilement, chacun de nous peut, à son tour, suivre la
route lumineuse ouverte par ces grands esprits et s'élancer à la
conquête des mondes inaccessibles ! Quelle est l'âme contemplative,
quelle est l'intelligence curieuse, qui pourrait continuer aujourd'hui
de voir avec indiiîërence le ciel se peupler d'étoiles à la nuit tom-
bante, sans désirer reconnaître ces étoiles à mesure que leur lumière
perce les clartés évanouissantes du crépuscule, sans désirer les nom-
mer par leur nom et recevoir d'elles ces secrets que depuis tant de
siècles elles gardaient dans leur sein, sans désirer surtout voir de
plus près ces lointains univers et admirer personnellement ces agglo-
mérations de soleils dont le rayonnement scintille Là-haut pour les
êtres inconnus qui palpitent dans leur lumière!... transfiguration du
ciel! nous sommes nés à propos pour te connaître et pour jouir inti-
mement de tes révélations sublimes ! Aveugle qui regarde le ciel sans
le comprendre : c'est un voyageur qui traverse le monde sans le voir;
c'est un sourd au milieu d'un concert.
CHAPITRE IV
Suite des constellations boréales.— La Grande Ourses.- Le Petit Lion.
Voyage aux univers lointains.
Vexilla Reg is prodeunt ! «les étendards diiroi s'avancent ! » s'écriait
le Dante au milieu de son voyage à travers les régions paradisiaques.
Mais combien les fictions de la théologie s'effacent vite à la lumière
de l'étude scientifique, et combien les panoramas de l'empyrée dan-
tesque deviennent pâles et nébuleux devant ceux de l'immensité éthérée
que nous décrivons aujourd'hui! Nous voguons maintenant en plein
ciel, et à chaque pas de notre gigantesque traversée nous sommes
arrêtés par des créations dont chacune est plus grande que tout le ciel
mytho-théologique chanté par le poëte italien.
La poésie antique, pour laquelle le ciel n'était qu'un dôme cou-
ronnant le théâtre de la vie terrestre, avait transporté dans le fir-
mament les images de la terre. Le sentiment moderne de la nature
est incomparablement supérieur â celui de l'antiquité. Comparez aux
fictions de la mythologie cette contemplation de notre immortel poëte
voyant au fond des cieux les sept étoiles de la Grande Ourse tomber
après la création dans l'espace comme les sept lettres du nom divin
Jéhovah :
Quand II eut terminé, quand les soleils épars,
Eblouis, du chaos montant de toutes parts,
Se furent tous rangés à leur place profonde.
Il sentit le besoin de se nommer au monde;
Et l'Être formidable et serein se leva.
II se dressa sur l'ombre et cria : Jéhovah !...
Et dans l'immensité ces sept lettres tombèrent;
Et ce sont, dans les cieux que nos yeux réverbèrent,
Au-dessus de nos fronts tremblant sous leur rayon,
Les sept astres géants du noir septentrion.
C'est assurément plus beau, comme origine de la Grande Ourse,
que les métamorphoses de Callisto ou de la nymphe qui aurait nourri
Jupiter sur le mont Ida. Grand et puissant symbole ! Et pourtant, j'ose
le dire, moins grand et moins beau que la simple réalité.
Car chacune de ces étoiles est un soleil splendide rayonnant au
SUITE DES CONSTELLATIONS BOREALES 95
sein de l'immensité profonde ; et chaque étoile du vaste ciel est un
soleil éclatant, centre de force, de mouvement, d'activité et de vie ; et
le ciel est sans bornes; etjusqu'cà l'infini se renouvellent les soleils et
les mondes, et les sept étoiles du nord ne renferment pas le nom du
Créateur : elles ne sont qu'une ombre de la réalité infinie, qu'une vague
de l'océan sans rivages.
Contemplées, admirées, chantées, depuis bien des milliers d'années,
ces sept étoiles doivent surtout leur célébrité à la situation favorable
qu'elles occupent au-dessus de l'horizon des pays européens habités
par les contemplateurs et les penseurs. Si l'axe de la Terre était dirigé
vers un autre point du ciel, c'est une autre constellation qui aurait été
l'objet spécial de l'attention des observateurs cherchant dans les en-
virons -du nouveau pôle des astres fixes en situation d'être choisis pour
points de repère. Néanmoins, la Grande Ourse est en réalité par elle-
même l'une des constellations les plus intéressantes à étudier, l'une des
plus vastes, et l'une des plus riches en étoiles brillantes ou curieuses.
On s'imagine généralement qu'elle est renfermée dans le périmètre
des sept étoiles classiques; notre ftg. 65 montre au premier coup d'oeil
qu'elle est beaucoup plus étendue et beaucoup plus riche. Le talileau
suivant présente l'ensemble des étoiles qui la constituent, jusqu'à la
cinquième grandeur, avec les observations d'éclat faites sur chacune
d'elles depuis deux mille ans.
Remarquons, à propos de cette classification, que Bayer est géné-
ralement accusé de n'avoir suivi aucun ordre pour cette constellation
en particulier; cependant, si l'on observe avec soin l'aspect de cette
constellation dans le ciel, on est surpris de voir que ses caractères évi-
dents ont été admirablement conservés dans cette classification. Ainsi,
après les sept étoiles légendaires, qu'y a-t-il de plus frappant dans
cet arrangement? Ce sont les trois couples des trois pieds, et justement
Bayer les a désignés par les lettres successives i x. pour le premier,
■X l>. pour le second, et v ^ pour le troisième ; et, de plus, la lettre in-
termédiaire, 9, a été justement donnée à l'étoile qui conduit du chariot
au premier couple.
Les sept premières ont reçu des Arabes les noms de Dubhé, Mérak,
Phegda, Megrez, Alioth, Mizar et Benetnash. Le premier de ces noms
vient de l'arabe Dubb « ours»; le second est l'abrégé de Merak-al-
dubb-al-akbar « les reins du grand ours » ; le troisième vient de
Fekhah-al-dubb-al-akbar a la cuisse du grand ours » ; le quatrième de
Maghrez-al-dubb-al-akbar « la racine de la queue » ; la cinquième
étoile, ou la première delà queue, est nommée Alioth dès le treizième
96
LES ÉTOILES DE LA GRANDE OURSE
ETOILES PBINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE LA GRANDE-OURSE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATIONS
ÉTOILES
-127
-l-OGO
1430
1530
1G03
icco
1700
1800
1840
1860
1880
a Dubhé
2
2
2
2
2
2
U
1.2
2
2
2,5
p Mérah
2
3.2
3
2
2
2
2
2
2.3
2.3
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Y Phegda
2
3.2
3
2
2
2
2
2
2.3
2.3
2,7
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2
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3
3.4
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2
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5
5
5
5
5,5
57
6
6
6
5
5
5,9
83
6
6
6
5.6
5.6
5.6
5,5
siècle par le roi astronome Alphonse X de Castille ; au quinzième
siècle, Ulugli-Beigh la nomme al-joun « le cheval noir », quelquefois
écrit al-jat, d'où est venu sans doute Alioth, au dixième siècle; Sùfi la
nommait al-djùn «le golfe » ; la sixième a reçu le nom de Mizar, qui
signifie ceinture d'étoffe, ou tablier, nom inconnu aux Arabes et in-
troduit sur les cartes célestes par suite d'une conjecture de Scaliger,
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i/ \i\ /\ .N,/. %^ Ai, ■■■,
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iV — -^— — r — — — . .t { y ' ; ' ' V "/ — .?■ ■■ ■ i v.-.i
fig. 65. — Les constellations boréales. — La Grande Ourse. — Le Petit Lion.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 13
98 HISTOIRE DE LA GRANDE OURSE
qui substitua ce mot à celui de Mérak, déjà donné à p et également
donné à Ç dans les anciennes tables; Mizar apparaît comme nom
propre dans la 42' psaume de David ; au dixième siècle Sùfi appelle
cette étoile al-anâk-al-bénat « la chèvre des pleureurs » ; la dernière
étoile de la queue, -n, est nommée Alkaïd ou Benetnash, deux mots
dérivés de la dénomination arabe al-kayid-al-benàt-al-na'sh « le
gouverneur des pleureurs. » Pour se rendre compte de ces deux der-
nières dénominations, il faut savoir que les anciens Arabes voyaient
dans les quatre étoiles du carré de la Grande Ourse un cercueil, et
dans les trois de la queue les suivantes du mort. Job parle déjà de
la Grande Ourse (ch. xxxviii, v. 31) et nomme les étoiles qui
la composent 6ani nasch « les fils du brancard » et dans les chants
anciens on les nomme également banât nasch « les filles du bran-
card » ou du corbillard. L'image, assurément , n'a rien de bien
gai ; mais en général les Arabes ne le sont guère, à commencer par
Job lui-même, qui leur était assez proche parent. Il faut avouer, du
reste, que cette constellation a été le sujet de bien des symboles et de
bien des représentations diverses. Les Chinois la nommaient Pé-teou
« le boisseau » , formé des quatre étoiles du quadrilatère, les trois autres
représentant le manche, Pei. Sa direction, qui varie selon les heures
de la nuit et selon les mois de l'année, était associée aux saisons.
« Quand, le soir, la queue est dirigée vers l'orient, écrivait le Chinois
H6-Koan-tsse au quatrième siècle avant notre ère, il est printemps
dans le monde ; quand elle est dirigée vers le sud, il est été ; quand elle
est dirigée vers l'occident, il est automne ; et quand elle est dirigée
vers le nord, il est hiver. » Les Chinois appelaient aussi la même con-
stellation Ti-tche «le char du souverain ». Ce nom de char paraît être
le plus ancien qu'elle ait porté, et il est toujours resté le plus populaire.
Au moyen âge, les derniers bardes druides chantaient le chariot
d'Arthur, et de nos jours les paysans de nos campagnes désignent
encore la même constellation sous le nom de chariot de David.
Mais combien d'autres noms n'a-t-elle pas reçus de siècle en siècle !
Les Grecs la nommaient Hélice, à cause de son mouvement rotatoire
autour du pôle, qui était beaucoup plus serré il y a trois et quatre
mille ans que de nos jours; plus tard, on l'appela l'Ourse, parce que
c'est le seul animal connu des anciens qui ait sa résidence dans les
régions polaires ; les Gaulois nos ancêtres y voyaient un sanglier, et
son image est sculptée sur leurs pièces de monnaie ; les Egyptiens y
voyaient un hippopotame, nommé par eux dans leurs hiéroglyphes
Horus- Apollon ; les Latins ont, comme nous l'avons vu, nommé ces
HISTOIRE DB LA GRANDE OURSE 99
sept étoiles, les sept bœufs : septem triones, d'où est venu le mot
septentrion ; par une réminiscence orientale, Kirchcr nomme les
quatre étoiles du carré le cercueil de Lazare, tandis que les trois sui-
vantes symbolisent Marie, Marthe et Madeleine ; lorsqu'au xvn' siècle
Schiller éprouva le besoin de bannir du ciel les figures antiques et de
ileur substituer des figures chrétiennes, elle devint la Nacelle de
saint Pierre, mais pour quelques années seulement; on lui a donné
aussi quelquefois le nom trop vulgaire de Casserolle, excusé pourtant
par une ressemblance facile à retenir... Il serait interminable de rap-
peler ici toutes ces dénominations plus ou moins justifiées, parmi
lesquelles celle de la Grande Ourse reste la plus universelle et la plus
constante, et restera vraisemblablement jusqu'à la fin des siècles.
Virgile pensait que cette constellation, les Pléiades et les Hyades
ont été les trois premières remarquées ; il les représente nommées
pour la première fois dès l'origine du travail imposé aux humains par
Jupiter (Géorgfigues, I. 137) :
Navita tum stellis numéros et nomina fecit,
Plaidas, Hyadas, claramque Lycaonis Arctun.
Ici, elle s'appelle l'Ourse de Lycaon. Ourse, sanglier, hippopo-
tame, char, cercueil, boisseau, nacelle, casserole : que de métamor-
phoses ! Elles me remettent en mémoire le dessin bizarre que l'inimi-
table Grandville envoyait quelques jours avant sa mort à mon illustre
ami Edouard Charton : le rêve d'une jeune fille qui a contemplé le
doux croissant lunaire avant de s'endormir. Elle rêve. La figure du
eroissant lui apparaît ; il ressemble à un champignon... qui s'agrandit
et lui rappelle son ombrelle. Bizarre réminiscence, elle avait chassé
de cette ombrelle une chauve-souris inquiète. Le souvenir d'un vul-
gaire objet de ménage transforme de nouveau la figure, et, ô rêve de
jeune fille! cela devient deux cœurs percés d'une flèche. Nous sommes
toujours en Iplein ciel, et c'est le char échevelé de la Grande Ourse
qui dérive de cette étrange série de métamorphoses. Rêve d'une
minute! Il en est de bien plus étranges encore que celui-là. Cette com-
position originale est la dernière qui soit sortie du cerveau de l'ingé-
nieux dessinateur, et plus d'un lecteur nous saura gré de la voir
reproduite ici, malgré la bizarrerie de son caractère, — ou peut-êti=e
même à cause de son originalité.
Nous n'avons pas encore parlé de la petite étoile que l'on voit
au-dessus du second cheval du char, et que l'on nomme quelquefois
le cavalier. C'est une petite étoile de cinquième grandeur, qui est un
100
LA GRANDE OURSE
peu éclipsée par l'éclat de Ç, à laquelle elle est contiguë, mais que les
bonnes vues peuvent toujours distinguer quand le ciel est pur et qu'il
n'y a pas un clair de lune éblouissant. Elle est, dans tous les cas, une
■^
Fig. C6. — Le dernier dessin de GranviUe.
excellente épreuve mise à la portée de tout le monde pour expéri-
menter la valeur des yeux, et comme nos deux yeux ne sont pas rigou-
reusement identiques, il n'est pas rare de rencontrer des personnes
qui distinguent le cavalier avec un oeil et ne le distinguent pas avec
LA GRANDE OURSE 101
l'autre. La distance entre les deux étoiles est de 11' 48", c'est-à-dire de
plus du tiers du diamètre apparent de la Lune : on ne s'en douterait
pas, car la Lune paraît à l'œil nu plus de dix fois plus large que cet
écarte m en t.
Comme on l'a vu sur le tableau précédent, cette petite étoile a
reçu la lettre g dans la classification de Bayer; mais elle est générale-
ment désignée sous le nom d'Alcor, de même que sa brillante voisine
est connue sous le nom de Mizar. Le nom d'Alcor n'est pas arabe, à
moins qu'il ne dérive par corruption d'al-jaun, al-jat, al-ioth, comme
nous l'avons vu plus haut pour e. (Quand on sait, du reste, que les mots
espion, épicier eiévêque dériventitous les trois du même radical, on ne
peut plus s'étonner de rien.) La plus ancienne notification que je con-
naisse d'Alcor est celle de l'astronome persan Abd-al-Rahman-al-Sûfi,
qui, dans sa Description du ciel rédigée au x° siècle de notre ère, écrit :
« Au-dessus d'al-anak est une petite étoile qui lui est contiguë, que les
Arabes nomment al-Suhâ. (la petite négligée) et dans quelques
dialectes al-Sa.ïdak (l'étoile de confiance). Ptolémée n'en parle pas,
et c'est celle dont on se sert pour essayer la portée de la vue. On
dit proverbialement : Je lui fais voir al-Suhâ et il me montre la pleine
lune. » Ce proverbe rappelle celui de la paille et de la poutre. Peut-
être la désignation de Saïdak se rattache-t-elle primitivement à l'idée
d'épreuve, puisque cette étoile servait d'épreuve pour vérifier la
portée de la vue. Il est assez singulier que les anciens n'en aient pas
dit un seul mot. Aurait-elle augmenté d'éclat? Peut-être. Les Arabes
ont une excellente vue, et, sous leur ciel si transparent, il ne semble
pas qu'elle puisse être aujourd'hui pour eux un objet d'épreuve.
Cependant, nous n'affirmerons rien ici, d'autant moins que Sûfi ne
dit pas précisément à quelle grandeur on estimait cette étoile de son
temps : il se contente de dire « une petite étoile ».
Occupons-nous un instant maintenant des sept principales étoiles
de cette célèbre constellation.
Habituons-nous d'abord h les nommer, en commençant par la der-
nière roue du chariot (la plus brillante des deux d'arrière) en allant à
la seconde de ces roues, et en suivant tout simplement la figure :
alpha (œ) — bêta ((3) — gamma (y) — delta (5) — epsilon (e) — zêta (C)
— êta (ti). Cela ressemble un peu à un devoir d'écolier, mais nous
pouvons nous en consoler en disant avec Archimède que l'on ne sait
que ce que l'on a appris, et que dans la science il n'y a pas de chemin
privilégié pour les rois. 11 faut, ce soir même, si le ciel est étoile, que
vous cherchiez ce vénérable chariot dans le ciel et que vous nommiez
102
LA GRANDE OURSE
ces sept étoiles. Là est le vrai commencement de l'astronomie d'ob-
servation, et c'est par là que nous aurions commencé notre descrip-
tion générale du ciel, si nos lecteurs n'étaient pas déjà préparés par la
lecture de V Astronomie populaire et n'étaient censés connaître déjà
cette constellation fondamentale. D'ailleurs, ce Supplément ne peut
pas être considéré comme un livre de lecture qu'on ne lit qu'une
seule fois, comme une histoire : c'est plutôt un ouvrage à posséder
pour être consulté sur une région quelconque du ciel chaque fois
Fig. 67. — Principales étoiles de la constellalion de la Grande Ourse.
qu'on voudra se rendre compte de telle ou telle constellation, se
reconnaître dans le ciel, ou étudier des documents qui n'ont pu être
incorporés dans le plan méthodique et homogène du livre qu'il est
destiné à compléter. — Ainsi, c'est convenu, cherchez dès ce soir
dans le ciel les sept étoiles du chariot, et nommez-les par les lettres
grecques qui les désignent.
Dans la vérification toute récente que j'ai faite de l'éclat de ces
étoiles et de leurs compagnes (avril 1880), et d'après une observation
habituelle qui date de bien des années déjà, j'ai constaté que, sans le
moindre doute, les trois étoiles de la queue sont actuellement les trois
plus brillantes de la figure ; « vient ensuite, puis viennent y, (3 et â. Or,
LA GRANDE OURSE 103
cet ordre est aussi celui dans lequel ces étoiles se présentaient au
dixième siècle de notre ère, d'après le témoignage explicite de Sùfi. Il
n'y a donc pas eu de variation séculaire dans ces éclats, comme plu-
sieurs astronomes l'admettaient en déclarant que l'étoile S, notam-
ment, va en diminuant de siècle en siècle. Mais il y a certainement des
fluctuations passagères. Ainsi, Tycho-Brahé, Longomontanus, Bayer
et Kepler rangeaient les sept étoiles dans la seconde grandeur; Riccioli
leur objecte que celle de la racine de la queue (â) est à peine de
troisième ordre, et tel est aussi le témoignage d'Hévélius ; de là nous
pouvons conclure que cette étoile a augmenté d'éclat au xv!*" siècle,
mais qu'elle est retombée à la troisième grandeur vers le milieu du
XVII'. Flamsteed, toutefois, l'estimait, en 1700, supérieure aux trois de
la queue, et, en 1800, Piazzi faisait également s et Ç de troisième gran-
deur. Sir John Herschel en a fait, en 1835, des mesures photomé-
triques qui ont donné les résultats suivants :
E^l,95 a=l,96 n = 2,18 ^ = 2,45 t = 2,71 (3 = 2,77 ô=3,50
Que â varie, mais non suivant une diminution régulière, ce n'est
pas douteux. J'en dirai autant de a, quoique dans une proportion
moindre : elle est actuellement inférieure aux trois étoiles de la queue ;
mais je l'ai quelquefois trouvée la plus brillante des sept, notamment
au mois de décembre 1875. Flamsteed et Piazzi sont même allés
jusqu'à l'inscrire de la première grandeur, tandis qu'ils rangeaient au
troisième ordre les étoiles de la queue, ce qui est bien extraordinaire.
A la même époque que Piazzi, Lalande inscrivait aussi les étoiles de
la queue dans la troisième grandeur. Il y avait sans doute là quelque
exagération. Quoi qu'il en soit, qu'y a-t-il de plus facile que de noter
de temps en temps l'éclat comparatif de ces sept étoiles? Ceux d'entre
nos lecteurs qui s'en donneront le plaisir en seront amplement récom-
pensés par l'intérêt qu'ils éprouveront à renouveler souvent cette
comparaison, et peut-être quelques-uns sont-ils appelés à enrichir la
science de plusieui^s découvertes importantes : ce ne sont pas les
observations les plus simples qui sont les moins fécondes.
D'après les révélations de l'analyse spectrale, les cinq étoiles (i,y,â,e,
et 'C, s'éloignent de la Tei^re, tandis que x et ■/] s'approchent de nous.
Les cinq premières forment peut-être un même système physique,
malgré l'incommensurable distance qui les sépare les unes des autres.
La comparaison des notifications d'éclat inscrites dans le tableau
précédent monti^e que Piazzi (1800) a estimé ces étoiles un peu au-
dessous de leur éclat moyen, de telle sorte que, lorsque nous voyons
104 VARIATIONS OBSERVEES DANS LA GRANDE OURSE
rune de ces étoiles notée par lui à une grandeur inférieure, ce n'est
point là une preuve qu'elle ait réellement varié d'éclat, à moins qu'il
ne s'agisse d'une différence énorme. Parmi ces étoiles, l'une, m, doit
avoir augmenté d'éclat entre l'époque d'Hipparque et celle de Bayer,
qui l'a inscrite de 4" grandeur, tandis que personne ne la signale avant
Tycho-Brahé; une autre, h, ordinairement notée de 4' grandeur,
n'est que de 5° dans Bayer : dans Hévélius, elle est de même éclat
que T ; aujourd'hui, elle est moins brillante, quoique je l'aie notée au-
dessous des valeurs d'Argelander et de Heis. L'étoile 10, de 4* gran-
deur 1/2, aujourd'hui incorporée dans le pied droit, ne doit peut-être
son absence des catalogues anciens qu'à son éloignement de la
Grande Ourse, sous le pied de laquelle elle était au xvii" siècle ;
cependant, il est probable que si elle avait été autrefois aussi biillante
que de nos jours on aurait allongé ce pied sans difficulté. Les étoiles
e et f étaient anciennement plus brillantes que les étoiles i:, p, a; mais
elles n'en diffèrent plus aujourd'hui. Ce sont là les variations d'éclat
les plus sûres arrivées dans cette région du ciel. L'étoile P. X. 42 est
peut-être soumise aussi à certaines fluctuations. Quant aux dernières
étoiles de la liste précédente, leur absence des catalogues anciens ne
prouve point qu'elles n'existaient pas, car elles se trouvent en dehors
des limites de la figure et ne sont d'ailleurs que de cinquième grandeur.
La dernière, toutefois (83), située près de ?, varie, car, le 6 août 1868,
M. Birmingham Ta vue aussi l)rillante que â.
Il y a dans la constellation de la Grande Ourse trois étoiles varia-
bles bien curieuses, R, S et T. La première se trouve sur le prolonge-
ment de la ligne tracée de (3 à x qui sert généralement de ligne de
repère pour trouver l'étoile polaire : cette ligne passe {voy. la fig. 67),
entre les étoiles A du Dragon et P. X. 126. La variable, R, est contiguë
à cette dernière étoile. La seconde. S, se trouve au nord de e, mais
comme elle ne s'élève presque jamais au-dessus de la huitième gran-
deur, je n'engage pas mes lecteurs à se donner la peine de la chercher.
La troisième, T, gît dans ces mêmes parages, et on la trouvera égale-
ment, à l'aide de notre fig. 67, sur le prolongement d'une ligne menée
par les étoiles y, â : cette ligne rencontre une étoile de cinquième
grandeur et la variable est un peu au delà.
La variable R s'élève à la sixième grandeur à son maximum et
devient alors visible à l'œil nu; elle descend à son minimum jusqu'à la
douzième grandeur. Cette variation d'éclat s'accomplit très réguliè-
rement, dans une période de 302 jours ; elle augmente d'abord très
rapidement d'éclat, traversant en un mois presque quatre ordres de
^^
CURIOSITES SIDERALES DANS LA GRANDE OURSE
105
grandeurs ; elle reste ensuite pendant deux mois au-dessus de la hui-
tième grandeur, après quoi elle diminue régulièrement pendant
quatre mois. Au moment de son minimum, elle devient nébuleuse, et
cette apparence suffit pour la faire distinguer des petites étoiles
voisines : elle est comme enveloppée d'un léger brouillard, mais
n'offre pas la teinte rougeâtre que l'on remarque généralement sur les
étoiles variables. Son prochain maximum arrivera le 18 août.
L'étoile voisine, de cinquième grandeur, est une étoile triple très
délicate.
La seconde, S, varie de la huitième à la douzième grandeur en
226 jours; mais, comme nous l'avons dit, elle ne peut guère être
Fig. 68. — Mizar vue é, l'œil nu.
Fig. 69. — Mizar vue dans une lunette.
trouvée qu'à l'aide d'un instrument équatorial. La troisième, T, varie
de la sixième et demie à la treizième grandeur dans la période de
255 jours : son dernier maximum est arrivé le 8 juin. — On peut s'in-
téresser à vérifier ces maxima, d'autant plus qu'ils ne se reproduisent
jamais dans un éclat identique, et qu'au lieu, par exemple, de remon-
ter à la sixième grandeur ou à la sixième et demie, ces étoiles ne
reviennent souvent qu'à la septième ou même à la septième et demie.
Il y a encore là bien des problèmes à résoudre.
Cette belle et grandiose constellation possède l'une des plus bril-
lantes étoiles doubles du ciel tout entier : c'est l'étoile Ç, ou Mizar,
précisément celle qui offre à l'œil nu un spécimen de ces couples
remarquables. Nous avons vu, en effet, que cette étoile se dédouble à
l'œil nu et laisse voir au-dessus d'elle son petit compagnon Alcor, de
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 14
106 LA BELLE ÉTOILE DOUBLE MIZAR
cinquième grandeur; la distance entre ces deux astres est énorme,
puisqu'on les sépare à l'œil nu, et elle surpasse de beaucoup l'ordre
normal d'écartement des véritables étoiles doubles : au lieu de se
compter par secondes, elle se compte par minutes, et elle s'élève à
1 1' 48" ou 708". Je n'affirmerais pourtant pas que ces deux étoiles,
Mizar et Alcor, ne forment pas un système physique, car j'ai trouvé
dans le ciel des étoiles très écartées les unes des autres et qui se
montrent animées d'un mouvement propre commun dans l'espace,
et tel paraît être le cas pour ces deux-ci. A l'œil nu, ce couple
présente l'aspect dessiné sur notre fig. 68, qui est tracée à l'échelle de
un demi-millimètre pour une minute : nous avons supposé ici les sept
étoiles du Chariot placées dans ce que nous pourrions appeler leur
position horizontale, c'est-à-dire à leur passage inférieur au méridien,
le nord étant en haut. Si maintenant nous dirigeons une lunette vers
cette même étoile, nous aurons sous les yeux le couple représenté à la
fig. 69, qui n'est plus du tout formé par Mizar et par Alcor, mais par
Mizar et son compagnon télescopique, Alcor se trouvant rejetée par
le grossissement à une très grande distance au delà. Mizar est de
seconde grandeur, son compagnon est de quatrième, et la distance
qui les sépare est de 14",5. Cette observation fait une certaine im-
pression, et c'est par elle que je conseillerais de commencer à tout
amateur qui désire se rendre compte de l'aspect d'une étoile double,
d'autant plus que celle-ci reste perpétuellement visible sur notre
horizon, et qu'elle éclate dans le champ du télescope comme une vive
et translucide lumière. Il n'est pas rare de rencontrer des personnes
qui, assistant à l'observation,
s'imaginent qu'elles dédoublent à
l'œil nu cette étoile; pour les dé-
tromper, il faut éloigner Mizar du
milieu du champ de la lunette,
de manière à y faire entrer Alcor,
comme on le voit sur la fîg. 70;
on a là, du reste, un groupe très
curieux, composé de la belle étoile
double Mizar, d'Alcor, et de plu-
sieurs étoiles télescopiques qui
apparaissent en ce même coin du
ciel. — L'image est renversée, le
Fig. 70. — Mizar et Alcor dans le même champ. i-iord PII l"ns
Mizar est la plus ancienne étoile double découverte au télescope :
LA CONTEMPLATION ASTRONOMIQUE 107
elle a été signalée par Riccioli dès l'année 1650 et observée par
Gottfried Kirch et sa savante compagne Maria Margaretta, la der-
nière année du xvn" siècle. L'astronome anglais Bradley en fit la pre-
mière mesure en 1755 ; William Herscliel la mesura en 1781, Piazzi
en 1800, Struve en 1820 et en 1840, Secclii en 1860, et je l'ai me-
sm^ée de nouveau tout récemment : ces mesures et un grand nombre
d'autres montrent que la position relative de ces deux soleils dans
l'espace n'avarié que de quelques degrés depuis 125 ans, et que c'est
là un vaste et important système physique dans lequel les deux soleils
tournent autour de leur centre connnun de gravité en un cycle im-
mense dont la durée doit dépasser dix-huit et vingt mille ans ! Ce ne
sont guère que les observations du vingtième et du vingt-et-unième
siècle qui pourront nous permettre de décider sur la nature de ce
cycle, et encore devrons-nous sans doute attendre au vingt-deuxième :
les astronomes ne sont pas égoïstes ; ils ne travaillent, ni pour leur
époque, ni pour eux-mêmes, mais pour les siècles futurs, pour leurs
successeurs inconnus , pour le patrimoine toujours grandissant de l'hu-
manité intellectuelle. Nous nous servons aujourd'hui des observations
faites il y a deux mille ans par des astronomes qui n'avaient ni nos
idées, ni notre langue, à une époque où la France n'existait pas et
oîi les Celtes, nos ancêtres, vivaient au milieu des forêts sauvages et
solitaires. L'astronome Halley calcula en 1705 le cours de la grande
comète de 1682 et annonça son retour pour l'an 1759; il n'ignorait
pas qu'il aurait depuis longtemps quitté cette terre lorsque l'astre mys-
térieux reviendrait donner raison à l'audacieuse induction du calcul ;
mais il ne se ralentit point dans la recherche du grand problème ; il
suivit par la pensée l'astre vagabond jusqu'à des centaines de millions
de lieues au delà du monde visible et prophétisa hardiment la date de
son apparition future : chacun dans le monde sourit d'une audace aussi
fantastique; celui-ci le traita de fou, celui-là de blasphémateur; lui-
même suivit la destinée commune : il vieillit, et, à son tour, descendit
dans la nuit du tombeau; la cigale chanta dans l'herbe du cimetière ; le
corps du pauvre astronome retourna aux éléments d'où il était sorti...
Le silence et l'oubli l'ensevelissaient, comme ils ensevelissent tout
être et toute chose, quand un soir, à l'horizon, dans les vagues profon-
deurs des cieux, on vit arriver du fond de l'espace une clarté étrange,
qui, tout à coup, s'éleva, se dressa parmi les constellations, plana
dans les cieux, semant ses flammes dans l'immensité étoilée : c'était
la comète de Halley qui répondait à son appel! c'était la Vérité
astronomique qui venait resplendir sur le tombeau de son prophète !
108 LA CONTEMPLATION ASTRONOMIQUE
Lorsque nous observons aujourd'hui, avec la plus grande précision
possible, les positions relatives des deux composantes de cette splen-
dide étoile double de la Grande Ourse, nous prenons un point de
repère destiné à la science du xx' siècle et de ses successeurs dans
l'histoire de l'humanité, et c'est non seulement sans regrets, mais c'est
encore avec un légitime sentiment de fierté, que nous léguons à la
postérité ces documents contemporains, parce qu'il y a en réalité un
véritable plaisir à vivre dans l'avenir et dans le passé comme on vit
dans le présent, et c'est là l'un des privilèges particuliers à l'astrono-
mie. Nous devinons les révolutions futures de ces lointains sys-
tèmes, nous voyons, plusieurs siècles à l'avance, les positions des
astres dans l'espace, et nous vivons intellectuellement dans une éten-
due incomparablement plus vaste que celle de la vie vulgaire en
laquelle s'agitent fébrilement et inutilement les humains qui nous
entourent.
Cette étoile double est sans contredit l'une des plus belles du ciel ;
son observation, comme celle de l'élégant système de Gamma d'An-
dromède avec lequel nous avons fait connaissance, transporte l'esprit
le plus indifférent au sein des régions de l'immensité ; il est difficile
de les contempler pendant quelques minutes sans éprouver un senti-
ment d'admiration et une sorte de dilatation intellectuelle delà pensée
en ascension vers l'infini! — Ce couple si brillant est le premier qui
ait été photographié dans le ciel : dès l'année 1857, Bond en a fait
quatre-vingt-six photographies, si nettes et si exactes que la distance
des composantes et l'angle qu'elles forment ont pu être mesurés avec
précision. On fait maintenant la photographie du Soleil, de la Lune
et des étoiles comme celle d'une personne , d'une statue ou d'un
paysage.
Moins facile à dédoubler dans les instruments de moyenne puis-
sance, mais plus intéressante encore par son mouvement et par son
histoire, est l'étoile ^ de la même constellation. On la trouvera, à l'aide
de notre fig. 67 sur le prolongement d'une ligne tracée par les étoiles [
è, y, X et 57; cette ligne, continuée vers le sud, aboutit aux
étoiles V et ?, de quatrième grandeur. Chacune de ces deux étoiles est
double. La première, v, étoile orangée, a un petit compagnon bleu de
dixième grandeur, écarté à 7", et qui reste absolument fixe depuis cent
ans qu'on l'observe. La seconde, l, a un compagnon de cinquième
grandeur qui tourne très rapidement autour de sa primaire : sa
révolution s'accomplit en soixante ans. Ce beau système orbital est le
premier dont la période ait été calculée, le premier qui ait démontré
COMMENT ON OBSERVE LES ÉTOILES DOUBLES 109
que la force de gravitation s'étend au delà de notre système solaire et
que ses lois régissent les autres univers comme elles régissent le
nôtre. C'est l'astronome français Savarj^ qui le premier calcula cette
orbite d'étoile double dès l'année 1828 : il avait trouvé 58 ans pour la
durée de la révolution. Il y a quelques années, j'ai repris le même
calcul en le fondant sur toutes les observations faites jusqu'à notre
époque, et j'ai trouvé pour cette même durée de révolution 60 ans et
7 mois.
Ce système orbital rapide peut nous servir de type ici pour nous
rendre compte de la méthode employée dans l'observation de ces cou-
ples, dans leur mesure et dans la détermination de leurs mouvements.
Le premier point est d'observer avec la plus grande précision possible la posi-
tion des deux composantes l'une par rapport à l'autre, et de recommencer cette
opération d'année en année pour savoir si cette position varie. Quand les deux
étoiles diffèrent d'éclat (ce qui est le cas général), l'observation n'est pas très
difficile : on rapporte la situation de la plus petite à celle de la plus grande,
comme si celle-ci restait immobile. Supposons, par exemple, qu'en une certaine
année on ait remarqué que la petite étoile était juste verticalement au-dessus de
la grande. Quelques années plus tard, on constate qu'elle a changé de place et se
trouve un peu sur la droite. Plus tard encore, on remarque un déplacement plus
considérable : il arrive une époque où elle se trouve juste horizontalement à la
droite de l'étoile principale. Puis, continuant de tourner dans le môme sens,
elle descend, et, marchant vers la gauche, arrive à se j^lacer au-dessous. Après
avoir accompli sa courbe inférieure, elle remonte, passe à gauche de sa brillante
voisine, et peu à peu revient vers la place où nous l'avons signalée en commen-
çant.
Lorsqu'on a pu suivre ainsi la marche de l'étoile secondaire autour de l'étoile
primaire, ou au moins une partie notable de cette marche, ,
on connaît l'orbite apparente qu'elle décrit autour de ce (
foyer. L'observation est plus difficile si les deux composantes j
sont de même éclat, parce qu'on peut prendre l'une pour
l'autre : l'appréciation est plus lente et plus délicate.
La position de l'étoile secondaire se détermine par l'angle
qu'elle fait avec une ligne arbitraire prise comme origine
pour compter. Ainsi, supposons qu'on fasse traverser l'étoile
principale A par une ligne verticale SN [fig. 71), la position
de la seconde étoile B se déterminera par l'angle NAB, le-
quel est ici égal à 45 degrés environ. Toute circonféi'ence
se divise, comme on sait, en 360 degrés. Un angle droit est
de 90 degrés, et deux angles droits, ou un diamètre, valent
180 degrés. Si donc nous supposons que, dans notre exem- | _,.^'''
pie, l'étoile secondaire passe successivement par les points l"
B, C, D, E, F {fig. 12), on fixera sa position aux époques des ^'°' ^*'
observations en disant qu'elle était à 45, 90, 150, 180, 260 degrés de la ligne AN
prise pour origine.
La ligne AN, à partir de laquelle on commence à compter les degrés de l'angle
de position de l'étoile secondaire n'est pas arbitrairement fixée : c'est une ligne
dirigée de l'étoile principale vers le nord. Ainsi, le point (zéro) est au nord,
110
COMMENT ON OBSERVE LES ETOILES DOUBLES
' f- 93
et le point 180 au sud. Quand l'ctoile passe au méridien, cette ligne est verti-
cale. En lui menant une seconde ligne, perpendiculaire et passant aussi par
s l'étoile pi'incipale, cette seconde
ligne est parallèle à l'équatcur, et
dirigée de l'est à l'ouest. Au com-
mencement du siècle, c'est à cette
ligne que l'on rapportait les angles
de position, en indiquant si l'étoile
était au-dessus ou au-dessous, et à
gauche ou à droite de la croisée ver-
ticale. Pour plus d'uniformité, on
s'accorde maintenant à compter à
partir du nord, et de Ocà 360 degrés.
Pour mesurer l'angle de position
que fait l'étoile secondaire avec la
principale et la ligne AN, on se sert
d'un micromètre, ou cadre circulaire
de métal traversé par des fils très
fins, qui se place dans l'oculaire de
la lunette, au foyer de l'objectif. Ce
Fig. 72.
cadre circulaire est traversé, disons-nous, par des fils, les uns fixes et les autres
mobiles. On amène l'étoile A derrière un fil fixe, qui représente la ligne SN
de la figure précédente. Puis on fait tourner un fil mobile autour de l'étoile A,
jusqu'à ce qu'il rencontre l'étoile B. Le cadre circulaire du micromètre est
visible à l'extérieur de l'oculaire et gradué, ce qui permet délire extérieurement
l'angle dont le fil mobile a marché pour aller de la direction AN <à la direction AB.
C'est précisément là l'angle cherché.
Par une autre disposition des fils du micromètre, on mesure également la
distance qui sépare les deux étoiles. On obtient ainsi les deux éléments fonda-
mentaux pour la connaissance du système.
Appliquons cette méthode à l'étoile double que nous avons choisie
pour exemple.
Voici les mesures principales faites sur cette étoile :
DATES
ANGLE
BISTANCE
DATES
ANGLE
DISTANCa
1781
144»
2" 4
1850
125»
2", 6
1804
93
2 '4
1855
115
2,9
1818
284
2,5
1860
105
2,8
1826
239
1 ,8
1865
90
2,5
1835
180
\ ,8
1870
58
1 ,3
1840
151
2,3
1875
317
1,2
1845
138
2,6
1880
272
2,0
A l'aide de toutes les mesures inscrites sur un même dessin, j'ai
construit l'ellipse ci-dessous [fig. 73), qui passe par la moyenne de
toutes les positions observées, et qui représente par conséquent
l'orbite du mouvement de cette étoile double tel que nous l'observons
de la Teri-e. Ce diagramme est construit à l'échelle de 2 millimètres
pour 1 seconde. On voit que ce mouvement s'exécute suivant une
ellipse' dont le grand axe mesure 4"9, que l'étoile principale n'est ni
COMMENT ON CALCULE LES ORBITES D'ETOILES DOUBLES 111
au centre ni au foyer de cette orbite apparente, que la petite étoile
s'écarte, à sa plus grande distance, ou à son aphélie apparent,
jusqu'cà 3" de l'étoile principale, et qu'elle s'en rapproche à moins de
l" à son périhélie apparent. Ainsi, en 1873, l'écartement des deux
étoiles a été réduit à 0"%, et un instrument très puissant était néces-
saire pour opérer le dédoublement. Depuis cette année, la distance va
en augmentant, et elle atteint déjà 2", de sorte qu'elle va de nouveau
devenir accessible aux instruments de moyenne puissance.
Concevons bien, maintenant, que nous ne voyons pas ce système
de face, et que, par conséquent, cette orbite apparente n'est pas
l''ig, 73. — Orbite apparente de l'étoile double % Grande Ourse.
l'orbite absolue. Le plan dans lequel s'effectue ce mouvement n'est
pas perpendiculaire à notre rayon visuel. En effet, nous sommes n'im-
porte où dans l'univers, et il n'y a pas de raison pour que nous voyions
plutôt de face qu'autrement ces systèmes différents du nôtre. Il en est
même qui se présentent à nous tout à fait de profil, de sorte que
la petite étoile ne paraît qu'osciller comme une boule de pendule, de
part et d'autre de la grande. L'orbite absolue est vue plus ou moins
de profil et plus ou moins déformée par cet effet de perspective. Une
roue de moulin que nous voyons tourner de face nous apparaît dans sa
vraie forme circulaire; mais si nous la voyons obliquement, elle
nous paraît elliptique, et l'ellipse devient d'autant plus étroite que
l'obliquité du rayon visuel est plus grande. Si donc nous voulons
nous rendre compte exactement de l'orbite réelle d'une étoile
%
112 COMMENT ON CALCULE LES ORBITES D'ÉTOILES DOUBLES
double, il faut, lorsque nous avons déterminé son orbite apparente,
chercher la position de cette orbite apparente, son inclinaison sur
notre rayon visuel, et la relever par la pensée de manière à la con-
naître de face. Or, comme l'étoile intérieure autour de laquelle
nous voyons la seconde étoile effectuer son cours est nécessairement
au foyer de l'ellipse réelle, et que le centre d'une figure géométrique
ne peut pas changer, quelle que soit l'inclinaison de cette figure, si
nous voulons connaître le grand axe et l'excentricité de l'orbite réelle,
nous n'avons qu'à tracer un diamètre passant par l'étoile principale et
par le centre. Ainsi, le diamètre qui va de l'année 1875 à l'année 1845
sur la fig. 73 représente la projection du grand axe de l'orbite réelle,
et la distance qui sépare l'étoile du centre (c) indique son excentricité.
La forme de l'orbite réelle est donc par là exactement déterminée, et
nous pouvons tracer le plan du système de ce soleil double, comme
"--'■'•- nous traçons celui de notre
propre système solaire. C'est
ce que j'ai fait {flg. 74). Ce
diagramme représente le plan
de cette orbite, dessiné à une
■»"-"' petite échelle : on voit qu'elle
est moins allongée, moins ex^
centrique, que l'orbite appa-
rente.
Voilà donc devant nous dans
r., -, T,, j ,• V,-. ■ „ A , l'espace un système de deux
Fig. 74. — Plan de lorbite réelle du système ^ "^
4 Grande Ourse. SOleils COUJUgués qui toumcnt
l'un autour de l'autre (rigoureusement autour de leur centre commun
de gravité) dans la période relativement rapide de soixante ans et
sept mois. Ils sont passés en 1875 à leur plus grande proximité;
ils y éta'ent déjà passés en 1815, et ils y reviendront en 1936. Chacun
de ces deux soleils doit être plus grand, plus volumineux, plus colos-
sal encore que celui qui nous éclaire, car notre soleil transporté à
■ cette distance serait à peine visible à l'œil nu. Peut-être ce système
est-il plus éloigné et plus gigantesque encore, car sa parallaxe est
insensible et il gît certainement au delà de cent mille milliards de
lieues de notre frêle atome terrestre. Quoiqu'ils se touchent et nous
paraissent glisser l'un autour de l'autre, comme deux valseurs enla-
cés dans les liens d'une attraction passagère et charmante, cepen-
dant le contact n'est ici qu'une apparence trompeuse, car il y a
certainement un abîme de plus de cent millions de lieues entre ces
ETOILES DOUBLES DANS LA GRANDE OURSE 113
deux soleils jumeaux, et chacun d'eux peut être le centre d'un monde
de planètes habitées gravitant dans leur double lumière et dans leur
double chaleur (').
Ce beau système de deux soleils conjugués est emporté dans l'espace
par un mouvement propre rapide dirigé vers le sud-ouest.
Dans la même constellation, remarquons encore :
L'étoile 23 h, de quatrième grandeur : compaj^i.jn de neuvième
grandeur à 22"; système fixe depuis le commencement des observa-
tions (1781) ;
L'étoile I, de troisième grandeur et demie : elle a, à 12", un petit
compagnon, très sombre, difficile à distinguer ; sir John Herschel
Fig. 75. — L'étoile double ? Grande Ourse. Fig. 70. — L'cloile double 23 h Grande Ourse
pensait qu'il pouvait briller d'une lumière réfléchie et que peut-être
c'est une planète de ce lointain système que nous voyons là;
L'étoile a, de cinquième grandeur : compagnon de 9° à 2" 6; ce
(') Assurément, s'il y a là des philosophes qui observent le ciel et qui aient re-
marqué, au milieu de l'armée des étoiles, la petite étoile qui est notre soleil, ils ne
se doutent point que près de cette petite étoile tourne une île obscure un million de
fois plus microscopique que ladite étoile; que sur cette île obscure il y a de minus-
cules pygmées qui pérorent en chaire en affirmant qu'ils connaissent Dieu, qu'ils lui
parlent et qu'au besoin ils le fabriquent et le mettent dan^ leur poche; que parmi
ces pygmées les uns sont costumés en violet, les autres en rouge, revêtus de belles
chasubles d'or et d'argent, et pontifiant avec le plus grand sérieux, au grand ébaliis-
sement des populations qui les écoutent depuis dix-huit siècles, parlant du ciel qu'ils
ne connaissent pas avec la naïve audace d'une grenouille qui voudrait raconter
l'Iliade d'Homère. Quel rire olympien n'éclaterait pas dans le cercle des philosophes
de ce double soleil, si quelque pape convaincu de sa mission arrivait au milieu
d'eux le lendemain de sa mort et essayait de leur démontrer son infaillibilité I
ASTRONOMIE — SUPPLÉMENT. 15
114 L'ETOILE LA PLUS RAPIDE DU CIEL
compagnon était écarté à 8" il y a cent ans; depuis, il s'est toujours
rapproché ; sa trajectoire, au lieu d'être concave, est plutôt convexe,
comme s'il tournait autour d'une étoile obscure située au delà, vers
l'ouest-nord-ouest (il y a deux o- : c'est <7* qui est double) ;
L'étoile 57, non loin de v et Ç, est aussi double : 6°; compagnon de
huitième grandeur, violet, à 5 secondes et demie.
Les autres paires sont moins intéressantes ou moins faciles à
observer.
C'est dans cette région du ciel, près de l'étoile double 57, que se
trouve l'astre le plus rapide que nous connaissions dans tout l'uni-
vers, petite étoile de septième grandeur, invisible à l'œil nu, qui n'a
aucun nom ni aucune lettre distinctive, et qui n'est connue que sous le
n" 1830 qu'elle porte dans le Catalogue d'étoiles de Groombridge,
rédigé en 1810. Cette étoile se précipite dans l'espace avec une ra-
pidité véritablement formidable : sa vitesse annuelle est de 5''78 en
déclinaison vers le sud et de 0',344 en ascension droite vers l'est, o'est-
à-dire, au total, de 7"03 vers le sud-est : 703" par siècle; en cent ans,
elle se déplace de 11'43" sur la sphère céleste (c'est la distance de Mizar
à Alcor) ; en 255 ans, elle parcourt une trajectoire égale au diamètre
apparent de la lune; en dix mille ans, elle traverse 20 degrés, de
sorte qu'en cent quatre-vingt mille ans environ cet astre ferait le tour
entier du ciel, s'il tournait autour de nous, — ce qui n'est certainement
pas. — On a pu découvrir sa parallaxe, trouvée inférieure à un dixième
de seconde. Cette connaissance peut nous servir à calculer la vitesso
réelle de ce soleil dans l'espace, ou, pour mieux dire, sa vitesse mi-
nimum. En effet, puisqu'à cette distance un dixième de seconde
équivaut à 37 millions de lieues, une seconde entière représente
370 millions, et 7 secondes représentent 2590 millions. Tel est donc
le chemin parcouru chaque année par cette étoile, au minimum,
puisque d'une part sa parallaxe est inférieure à un dixième de seconde,
et que d'autre part nous ne voyons sans doute pas de face ce mouve-
ment, mais sous une obliquité plus ou moins grande et par conséquent
en raccourci. Eh bien ! la Terre court autour du Soleil avec une
vitesse de 241 millions de lieues par an : l'étoile dont nous nous
occupons court donc avec une vitesse plus de dix fois supérieure : elle
est lancée dans le vide éternel avec une telle force, qu'elle vole en
raison de plus de trois cent mille mètres par seconde !
Quel projectile! Et c'est là un soleil encore plus colossal et plus
gigantesque que le nôtre! Quelle est l'origine d'une telle véhémence?
Qui l'a lancé ainsi dans les profondeurs éthérées? Où va-t-il?Dans
L'ÉTOILE LA PLUS RAPIDE DU CIEL
115
quel abîme précipite-t-il ses pas? Autant de questions, autant de
mystères.
Et quand on songe que ce boulet prodigieux pourrait, si nulle
influence étrangère ne venait modifier sa marche, continuer de courir
en ligne droite avec cette même vitesse constante pendant des millions
et des milliards d'années — pendant l'éternité entière — sans jamais
approcher d'aucun terme, sans jamais atteindre l'horizon de l'infini !
L'esprits'arrête épouvanté devant une telle contemplation ; l'imagina-
®^Lion
Chev?luTc=/ ,*de Bérénice
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Chiens
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Fig 77. — Mouvements propres rapides de trois étoiles dans la Grande Ourse.
tion suspend son vol, et tombe évanouie devant la splendeur de
l'Absolu.
J'ai calculé et représenté le mouvement de cette curieuse étoile sur
la sphère céleste pour un intervalle de dix mille ans, comme on peut
le voir sur la fig. 77. En faisant ce calcul et ce dessin, pour toutes les
étoiles dont les mouvements propres sont sûrement déterminés, j'ai eu
l'occasion de remarquer un fait bien singulier, c'est qu'il y a, dans
cette même région du ciel, trois étoiles de même ordre, animées de ce
même mouvement extraordinaire. En efiPet, deux autres étoiles voi-
sines, qui portent les numéros 21185 et 21258 du catalogue de
Lalande, voguent aussi avec une étonnante rapidité. Actuellement
ces trois étoiles se trouvent à plusieurs degrés l'une de l'autre ; mais si
l'on prolonge de trois mille ans en arrière la ligne de leur mouvement
116 LA CONNAISSANCE DE L'UNIVERS
propre respectif, on trouve qu'elles étaient alors très rapprochées, de
telle sorte que si l'on supposait que leur mouvement date de cette
époque, on pourrait les assimiler à trois projectiles lancés d'une même
région de l'espace dans trois directions différentes, résultat fantastique
d'une explosion sidérale incompréhensible.
L'étoile 1830 se dirige vers la Chevelure de Bérénice, qu'elle tra-
versera dans six mille ans; l'étoile 21185 vole vers l'étoile y du
Lion, qu'elle atteindra dans douze mille ans; l'étoile 21258 se dirige
vers l'étoile y. de la Grande Ourse... Quelles transformations !
Ces trois petites étoiles comptent parmi les vingt-trois dont la dis-
tance a pu être déterminée et qui se sont montrées être les plus
rapprochées de nous. Les calculs de parallaxe placent l'étoile 21185
à 13 trillions de lieues d'ici, l'étoile 21258 à 28 trillions, et l'étoile
1 830 à 85 trillions ; cependant, s'il y avait vraiment quelque rapport
originel entre ces trois astres si rapides, ils ne devraient pas être si
éloignés l'un derrière l'autre. Quand on songe que l'épaisseur d'un
cheveu représente des trillions de lieues dans ces mesures si déli-
cates, on conçoit facilement qu'il reste une certaine place pour le
doute et que cette hypothèse soit permise.
Tels sont les spectacles importants que cette vaste constellation de
la Grande Ourse tient en réserve poiu" le contemplateur des cieux,
pour l'ami de la nature. On le voit, l'œil instruit parles découvertes de
l'astronomie moderne ne peut plus regarder le ciel sans y lire, car les
caractères ilamboyants qui brillent là-haut ne sont plus lettre morte
ou langue inconnue. Et combien n'est-il pas surprenant, en définitive,
loi'squ'on y réfléchit, de voir que l'immense majorité des humains,
même de ceux qui ont la prétention de penser, vive constamment sous
ce même ciel sans se rendre compte de ce qui est. C'est exactement
comme un habitant de Paris qui passerait sa vie entière sans connaître
même le nom des édifices, des monuments, des trophées historiques,
des places publiques, des boulevards, au milieu desquels s'écoulerait
son existence inerte et passive, et qui, ignorant les phases essentielles
de notre histoire, ne se serait jamais demandé, n'aurait jamais appris
ce que c'est que Notre-Dame ou que la Sainte-Chapelle, quel rôle
l'Hôtel de Ville, le Panthéon ou le Champ de Mars ont joué dans
l'histoii'e de Paris, quels étaient ce palais des Tuileries aujourd'hui
ruiné ou ce Louvre aujourd'hui transformé, sur quelle place le Génie
de la Liberté s'envole en brisant les chaînes de la Bastille, ou quelles
idées s'associent aux noms de la Sorbonne, de l'Institut, du Muséum,
du Collège de France ou de l'Observatoire. Et même, ne vous sem-
LA CONSTELLATION DU PETIT LION IH
ble-t-il pas qu'il serait encore moins pardonnable d'habiter une ville
sans la connaître, que d'habiter dans l'univers sans le voir? car enfin
la Terra n'est pas autre chose qu'une île flottant dans le Ciel, nous
sommes en réalité citoyens du Ciel, et si nous restons sans acquérir
aucune notion et sans rien savoir de l'univers au milieu duquel nous
vivons, ne sommes-nous pas dans la condition d'un aveugle trans-
porté en ballon ou d'un sourd au milieu d'un concert?
Au sud de la Grande Ourse se trouve une petite constellation qui ne nous
arrêtera pas longtemps, la constellation du Petit Lion, dessinée fig. 65. Elle a été
inventée par Hévélius vers l'an 1660 : cet astronome l'a formée, entre le Lion et
la Grande Ourse, de dix-huit étoiles extérieures aux limites des consteUations
anciennes Pourquoi en a-t-il fait un Lion au lieu d'.iutre chose? C'est pour ne
pas contrarier les astrolos;uos, qui, dit-il, s'accordent à attribuer la plus funeste
influence aux étoiles de la Grande Ourse et du Lion, et ne seront pas déranges
dans leurs combinaisons par l'adjonction du nouvel astérisme, puisque c'est un
animal de même nature. Hévélius croyait-il lui-môme à l'astrologie? J'en doute,
quoique à notre époque même, on rencontre des intelligences relativement su-
périeures qui croient à des mystères encore plus absurdes et plus invraisem-
blables. Mais considérons les principales étoiles de celte petite constellation :
PRINCIPALES ÉTOILES DU PETIT LION
1590
37 3
30 3 4 3
1003 16G0 1700 1800 1810 ISGO 18S0
4 3 5 4 5.4 5.4 4,9
4.5 5.4 5.4 4,9
42 3 4 3 4i 4.5 5 5 5,0
46 4 4 4 4^ 4.5 4 4 4,2
31 4 4 4 5 4.5 4.5 4.5 4,4
21 4 4 5 5 4.5 4.5 4,5
10 4 5 6 ii h 5 5.4 s,0
Quoique la constellation n'ait été formée qu'au xvii« siècle, les étoiles qui la
composent avaient déjà été observées antérieurement, notamment par Tycho-
Brahé, vers 1590. On voit que l'ordre de leur éclat n'est plus le même qu'autre-
fois. La plus brillante était la première de la petite liste qui précède (37) et on
l'appelait prœcipua, nom qu'elle porte encore dans le catalogue de Piazzi, en 1800.
Flamsteed, vers 1700, l'a notée une fois de quatrième grandeur, une fois de
quatrième et demie et trois fois de sixième. Lalande, vers 1800, l'a notée une
fois de troisième, une fois de troisième et demie et une fois de quatrième et
demie. Actuellement (mai 1880), elle est presque de cinquième grandeur, et la
plus brillante de la constellation est celle qui porte le n» 46. Elle a donc cer-
tainement varié d'éclat. Fait assez curieux , le même raisonnement s'applique
aux deux étoiles suivantes, 30 et 42. _
La dernière, qui était certainement de sixième grandeur au temps d'Hévéhus,
était de quatrième en 1590 et est actuellement de cinquième.^
C'est une région du ciel assez remarquable par ces variations. Il y a là, non
loin de celles qui portent les n"» 21 et 10, une petite étoile qui varie de la sixième
à la onzième grandeur dans la période de 369 jours : elle a reçu pour désigna-
tion la lettre R. Son prochain maximum arrivera le 5 juillet de cette année. Cette
étoile est la seule curiosité de cette région qui mérite d'être signalée ici, et nous
pouvons passer tout de suite aux constellations voisines.
CHAPITRE V
Constellations voisines de la Grande Ourse. Les Chiens de chasse.
La plus belle nébuleuse du ciel. La Chevelure de Bérénice.
Le Bouvier. La Couronne boréale : un incendie céleste.
Regardez encore la queue de la Grande Ourse : au-dessous d'elle,
formant à peu près un angle droit avec une ligne tracée entre les
deux dernières étoiles Ç ein, vous remarquerez une étoile solitaire, de
troisième grandeur, assez brillante ; c'est la plus belle de la constel-
lation des Chiens de Chasse; elle porte le n" 12 dans le catalogue de
Flamsteed, et Bode lui a donné la lettre « (se servir de notre fig. 67).
Cette constellation n'est pas ancienne. Elle a été formée vers l'an
1660, par Hévélius, à l'aide des étoiles situées entre la Grande Ourse
et le Bouvier; l'astronome de Dantzig a dessiné là sur la sphère
céleste les deux Lévriers que l'on voit sur notre fig. 80 ; ils sont tenus
en laisse par le Bouvier, dont le caractère antique est ainsi changé,
et s'élancent à la poursuite de la Grande Ourse. Ce serait peine perdue
d'en chercher la forme dans le ciel; le seul point intéressant pour
nous est de trouver l'étoile principale, de troisième grandeur, nom-
mée aussi par Halley « le Cœur de Charles II » (ce qui fait qu'on la
dessine parfois dans un cœur couronné : voy. fig. 79), et cette re-
cherche n'est pas difficile si Ton sait se servir à propos de la queue
de la Grande Ourse, comme nous venons de le faire.
L'étoile dont nous parlons est l'une des plus jolies étoiles doubles
du ciel. Dirigez une lunette vers elle et vous verrez apparaître soudain
un couple lumineux, composé de deux petits soleils ravissants, l'un
brillant d'une belle couleur jaune d'or, l'autre plus modeste et nuancé
de nias. La distance angulaire qui les sépare est de 20"; grandeurs
= 3,2 et 5,7. {Voy. la fig. 6 de notre planche d'étoiles doubles colo-
rées.) Nous avons les yeux sur ce couple depuis l'année 1778, et nous
n'y avons pas observé le moindre changement. Ces deux astres
restent fixes l'un par rapport à l'autre, mais sont associés ensemble
et voguent avec une grande vitesse à travers V immensité .. . Je n'ai
jamais pu les regarder sans me sentir attiré par leur douce liunière et
LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE 119
sans éprouver le désir de m'envoler dans leur attraction lointaine, où
les jours et les nuits, les lumières et les couleurs, les deux et les
terres, les êtres et les choses, doivent s'offrir à la vue sous des aspects
tout différents de ceux auxquels la nature terrestre nous a accoutumés.
Fig. 78. — Étoiles des Chiens de chassa el de la Chevelure.
L'ami des contemplations célestes pourra encore chercher dans
cette petite constellation une seconde étoile double assez intéressante,
c'est celle qui porte le n" 2. Elle est composée de deux astres de 6' et
9' grandeurs, écartés à 11" l'un de l'autre : jaune d'or et azur; couple
élégant.
420 LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE
Si maintenant nous voulons nous rendre compte do l'ensemble
des petites étoiles qui scintillent doucement dans cette région du ciel,
servons-nous de noire fig. 78, dessinée spécialement pour elles et pour
celles de la Chevelure, et, par une belle soirée, essayons de les recon-
naître dans le ciel ( ' ) .
Mais nous n'avons pas encore tracé la liste des étoiles principales
de cetastérisme. La voici. Elle n'est pas longue.
ÉTOILES PRINCIPALES DES CHIENS DE CHASSE
1660 1700 1800 1840 1860 1880
12 a 2 21 2.3 3 3.2 2,9
8 5 41 4.5 4.5 4.5 4,4
14 5 5 5 5 5 5,0
15 6 5f 6 5 5 5,7
19 6 7 7 6 5.6 6,0
20 6 6 5 5.4 5.4 5,0
23 6 7 6.7 6.5 6.5 6,0
21 ii 6 5 5 5 5,2
24 4i 5i 5.6 5 5 4,8
25 6 5 5 5 5,2
6 5 5 6 5.6 5.6 5,2
p. XII, 29 5 5.6 5 5 5,6
P. XIII, 27 5 5.6 5 5 5,2
La première de ces étoiles est marquée de troisième grandeur dans
Ptolémée, dans Sûfi et dans Ulugh-Beigh, de deuxième dans Tycho
Bralié comme dans Hévélius. Cette différence s'explique par l'éclat
même de l'étoile : c'est une brillante de la troisième grandeur. L'étoile
21 a diminué d'éclat; la 20' a, au contraire, augmenté; il en est de
même de la 19% notée de T grandeur par Flamsteed et Piazzi, de
5' par Heis, et actuellement de 6"; la 24' subit certaines fluctuations :
le rapport n'est plus aujourd'hui le même qu'il était il y a deux siècles,
dans la classification d'Hévélius.
Cette petite constellation ne nous retiendrait pas davantage ici si
elle ne renfermait dans son écrin le plus merveilleux bijou du ciel
télescopique, la fameuse nébuleuse en spirale, dont la forme a été ré-
vélée par le télescope de lord Rosse. Cet univers lointain a été dé-
couvert en 1772 par Messier, dans la lunette duquel on distinguait
(') Comme les étoiles de ces deux constellations sont désignées par les numéros
des Catalogues de Flamsteed et de Piazzi, profitons de la circonstance pour remar-
quer une fois pour toutes que ces numéros se suivent toujours par ordre d'ascension
droite, de l'ouest à l'est, c'est-à-dire de droite à gauche, dans le sens du mouvement
diurne. Les principaux sont ceux de Flamsteed. Mais quand une étoile n'a pas été
observée par cet astronome, il est convenable de la désigner sous le numéro qu'elle
porte dans le meilleur catalogue qui a suivi le précédent, dans celui de Piazzi ; seu-
lement, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, nous avons inscrit sur nos dessins les
numéros de Piazzi entre parenthèses.
Fig. 79. - Le Bouvier, la Couronne boréale, les Chiens de Chasse, la Chevelure de Bérénice.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMEiNT, 16
12? LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE
deux espèces do foyers de condensation, éloignés l'un de l'autre de
4'3r/, enveloppés chacun d'une vague atmosphère. Les deux atmo-
sphères lui paraissaient se toucher. Remarque assez curieuse : dans
tous les dessins de nébuleuses, on s'aperçoit que l'esprit de l'observa-
teur ajoute à ce qui est visible des détails qu'il ne voit pas et qui, à
son insu, lui paraissent nécessaires pour compléter son dessin. On
n'imaginerait pas, si on ne les avait sous les yeux, les transforma-
tions singulières que cette nébuleuse a subies, à mesure que s'est accrue
la puissance des instruments dirigés vers elle ! Une lunette de moyenne
puissance montre dans la nébulosité qui environne le noyau principal
Fig. 80. — La nébuleuse des Chiens de ohaase Fig. 81. — La nébuleuse des Chiens de chasse
vue dans une lunette moyenne. vue dans une bonne lunette.
une zone semi-circulaire de condensation, qui semble se détacher
comme une fumée légère entre les deux noyaux, sans entourer entiè-
rement le noyau principal ; c'est ainsi que les astronomes la dessinaient
vers I8o0{fig. 80). Lorsque, ensuite. Sir John Herschel dirigea vers
elle le grand télescope de 45 centimètres qu'il avait fait installer au
cap de Bonne-Espérance pour la révision générale du ciel étoile, il vit
que le noyau principal était entièrement entouré d'un anneau com-
plet, qui se dédoublait lui-môme sur près de la moitié de son contour,
comme on le voit sur notre fig. 81. Cette structure rappelait si bien
celle de notre Voie lactée, qui nous entoure de toutes parts, que l'on
s'accorda à voir en elle une image de notre univers, et qu'on la pré-
senta généralement sous ce type dans les traités d'astronomie. En
I,A MERVEILLE DES NEBULEUSES
123
effet, si nous nous supposions liabiter vers les régions centrales de cet
univers lointain, nous verrions véritablement une voie lactée faire le
tour de notre ciel et reproduire là-bas les aspects sidéraux que nous
contemplons à bord de notre ile flottante. Eh bien ! ce n'était pas en-
core là la vérité. Un soir de printemps de l'année 1845, conune il ve-
Fig. S2. — La nébuleuse des Chiens de chasse vue dans le grand télcscopî de lord Rosse.
nait de mettre la dernière main au miroir de son immense télescope
{de l^jSS) et l'essayait sur les plus belles nébuleuses du ciel,
lord Rosse s'arrêta tout à coup, stupéfait par le tableau qui venait
d'apparaître ! Ni les brillantes soirées de la cour de Londres, ni les
diamants étincelants sur les blanches épaules des divinités du bal de
la jeune reine Victoria, n'auraient excité en lui la même admiration.
Cette étrange nébuleuse apparaissait dans le champ du télescope sous
124 LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE
la forme d'une succession de spirales constellées, s'enveloppant les
unes les autres en suivant les courbes harmonieuses de la figure ellip-
tique, et s'étendant jusqu'au noyau secondaire, qui par là se montrait
appartenir définitivement au même système. Un prodigieux tourbillon
de soleils se révélait dans cette splendeur. L'esprit s'envolant jusqu'en
ces profondeurs étoilées traversait un nouvel univers, oubliait le nôtre,
et marchait sur de la poussière d'astres. Chacun de ces grains de pous-
sière est un soleil. Ils paraissent se toucher, mais ils sont séparés
les uns des autres par des millions et des milliards de lieues. La
main des siècles a contoui^né ces myriades de soleils en spires consé-
cutives. Tout cela se meut, tout cela vibre, tout cela gravite, et la
forme générale du système semble indiquer qu'il se meut lui-même
tout d'une pièce à travers l'espace en laissant de légères traînées en
arrière de sa marche. Lorsqu'on songe que chacun de ces soleils
peut être le centre d'un système planétaire, l'imagination reste abso-
lument confondue devant un spectacle aussi grandiose : elle ne peut
plus que se taire et admirer. C'est alors que viennent à la pensée les
dernières paroles de Laplace étendu sur son lit de mort : « Ce que
nous savons est peu de chose : ce que nous ne savons pas est immense. »
Ces traînées de soleils tombant vers un centre commun nous don-
nent le témoignage de la plus immense période de durée que le ciel
ait jamais révélée à l'intelligence humaine. Déjà, en voyant des étoiles
toutes formées, on conçoit, devant le calme des régions célestes, quel
nombre formidable de siècles ont dû s'entasser pour arriver à con-
denser, à individualiser en soleils distincts la matière cosmique pri-
mitive. Mais, quand on voit une telle réunion de soleils, une voie lactée
tout entière, qui s'est mise en mouvement, a pivoté sur son centre de
gravité de manière à former par le rapprochement de ses soleils des
spirales d'étoiles allant en tournant vers un foyer de réunion future,
on est effrayé de l'incommensurabilité du temps qui a été employé à
contourner ces spires prodigieuses ; le mouvement séculaire de chaque
étoile étant si minime, si imperceptible, qu'on les appelle toujours
des étoiles fixes, môme pour les étoiles les plus proches de nous,
combien ne doit-il pas être plus imperceptible encore pour des astres
éloignés à de pareilles distances ! Combien de milliers, combien de
millions de siècles n'a-t-il pas fallu pour déterminer l'arrangement
lent d'un tel univers ! On peut dire que si les jauges d'Herschel nous
ont fait pénétrer dans les profondeurs lointaines de l'espace, les dé-
couvertes de lord Rosse sur les nébuleuses en spirale nous ont fait
pénétrer dans les profondeurs du temps, et que ces nébuleuses offrent
AMAS D'ETOILES DANS LES CHIENS DE CHASSE
i25
Fig
83. — Petit amasdun millier de soleils
dans les Chiens de chasse.
vraiment à nos regards émerveillés le plus ancien témoignage de
Vexistence de la matière.
D'ailleurs, c'est aux dépens des régions étoilées au sein desquelles
elles trônent que ces agglomérations splendides se sont formées. « Les
espaces qui les environnent, écrivait déjà William Herschel il y a près
d'un siècle, se montrent souvent dénués d'étoiles; rien ne se présente
dans le champ de la vision ; lorsqu'on cheminant ainsi (par le mouve-
ment diurne du ciel, le télescope restant
immobile) je venais à rencontrer tout à
coup quelques étoiles d'une certaine
grandeur, j'étais sûr de l'apparition pres-
que immédiate d'une nébuleuse. » Et le
grand observateur avait l'habitude de
prévenir ainsi son secrétaire : « Préparez-
vous à écrire, les nébuleuses vont arri-
ver. »
La région du ciel que nous décrivons
en ce moment, celle qui est occupée par
les Chiens de Chasse, la Grande Ourse,
le Petit Lion, le Lion, la Chevelure de
Bérénice, la Vierge, est la plus riche du ciel en nébuleuses. Non loin
de la nébuleuse précédente, dans la même constellation, entre le
Cœur de Charles et Arctu-
rus, plutôt plus près de cette
dernière étoile que de la pre-
mière, on en voit une autre,
moins belle assurément, mais
néanmoins fort intéressante,
car c'est là un amas d'étoiles
presque globulaire, de 6 à
7 minutes de diamètre, et qui
se montre composé d'envi-
ron un millier de soleils
{fig. 83). Trois étoiles relati-
vement brillantes semblent
l'enfermer dans un triangle
et ajoutent encore à la beauté
du champ. Voilà encore un
univers lointain qui s'offre à nos regards à travers les profondeurs de
l'immensité.
Fig. 84. — L'amas de~ Chiens de chasse,
\u dans un pui-ssant in^ti'ument.
126 LA CHE'ELURE DE BERENICE
Cet amas d'étoiles devient magnifique {ftg. 84), vu dans une lunette
de quinze ou seize centimètres; deux soleils étincellent au centre, et
plusieurs traînées d'étoiles semblent rayonner au loin, comme si la
gravitation les avait disposées en lignes symétriques. Quel poëme que
cet univers perdu au fond des cieux! Qu'il est plus éloquent à lui seul
que l'Iliade, l'Odyssée, la Divine Comédie, la Jérusalem délivrée et la
Ilenriade réunies !
Notre description générale du ciel va maintenant nous arrêter un
instant sur une petite constellation dont l'origine est fort poétique et
dont l'extrait de naissance est le seul qui nous ait été conservé parmi
les constellations anciennes : la. Chevelure de Bérénice.
On voit à l'œil nu un amas d'étoiles tremblant dans l'azur, situé au
sud du Cœur de Charles, entre Arcturus et le Lion. Cet amas d'étoiles
n'avait pas encore reçu de nom, lorsque, vers l'an 245 avant notre ère,
arriva l'épisode chanté par Catulle. Bérénice, fille du roi Ptolémée
Philadelphe, venait d'épouser son propre frère, Ptolémée Evergète,
lorsqu'il fut obligé d'aller combattre Séleucus II, roi de Syrie.
Inconsolable, elle jura à Vénus de faire le sacrifice de son opulente
chevelure si son bien-aimé revenait victorieux, et, le jour môme du
retour du roi, elle porta au temple cette fameuse chevelure : mais,
pendant la nuit suivante, elle fut volée, sans doute par un prêtre.
Désespoir de Bérénice ! Fureur de Ptolémée ! On dit que l'astronome
Conon, dont la science était très révérée, est le seul qui soit parvenu
à calmer le ressentiment des jeunes époux en leur montrant cet amas
d'étoiles et en leur affirmant qu'il venait d'apparaître, et qu'il n'était
autre chose que la chevelure elle-même emportée pa^' Vénus dans la
voûte étoilée. Une reine, une jeune reine surtout, convaincue d'être
d'une autre race que le commun des mortels, est assurément dans
les conditions d'esprit convenables pour cz'oire à cette métamorphose :
je n'en veux pour preuve que l'étonnement de cette princesse de la
Cour de Louis XIV qui, venant de compter cinq doigts sur la main
de sa femme de chambre, avait peine à en croire ses yeux, ayant été
convaincue jusque-là que les princesses étaient faites autrement que
les autres femmes. Conon dessina une chevelure sur le globe céleste
de l'observatoire d'Alexandrie, et cet astérisme est resté désormais au
nombre des constellations. Callimaque en fit un poëme, que plus tard
Catulle traduisit en élégie. Cette élégie, toutefois, n'a rien de parti-
culièrement astronomique, comme on peut en juger par cet exorde :
« Vénus ! les jeunes mariées prétendent que tes plaisirs leur sont
désagréables ! Mais comme elles sont feintes ces larmes versées avant
LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE
127
d'entrer au lit nuptial, et qui troublent la joie de leurs parents ! J'en
atteste les dieux, ce n'est là qu'une feinte : écoutez les soupirs de
Bérénice désirant le retour rapide de son époux arraché de ses bras
pour aller affronter des combats plus meurtriers. •»
C'est dans le catalogue de Tycho Brahé (1590) que la constellation
de la Chevelure de Bérénice apparaît pour la première fois comme
constellation séparée et portant son nom tout entier ; jusqu'alors on
trouve ses étoiles décrites à la fin de la description du Lion, et comme
un appendice à cet astérisme, sous le nom de Cheveux ou de Cheve-
lure. C'est sans doute la raison pour laquelle plusieurs astronomes
ont attribué à Tycho la création de cette figure. Autrefois, on en
faisait aussi une gerbe d'épis, qui se trouve, du reste, au pied du Bouvier
tenant une faucille : en 1603, Bayer l'a encore ainsi représentée,
d'après d'anciens manuscrits. {Voy. plus loin, fig. 88.)
Ptolémée désigne néanmoins trois étoiles de cet astérisme sous le
nom de Tiloy.aiJ.oq (chevelure), et au dixième siècle de notre ère, Sûfi les
nomme al-dhafira. (la natte de cheveux). Voici du reste les compo-
santes de ce petit groupe :
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE
1590 1660 1700 1800 1840 1860 1880
43 4 4 5i 6 4 4.5 4,6
15 3 4 4i 5 4.5 4.5 4,9
16 4 5 41 4.5 5 5' 5.2
42 4i 4.5 4.5 5.4 5,2
6 5 5 5 5 5,7
11 4i 5 5 5 5,5
12 4 5 5 5 5 5 5,4
14. .... 4 5 4-1 5 5.4 5 5,5
23 4 4 4 4.5 5 5 5,5
24 6 5 5.6 5 5 5,6
27 6 5 5 5 5 5,8
31 4 5i 5.6 5 5 5,7
35 4 41 5 5 5 5,7
36 5 4.5 5.5 5.6 5,4
37 5 5 5{ 5 5 5 5,6
41 4 5 4| 4 5 S 5,5
7. .... 4 5 4j 5 5.6 5.6 5,8
18 4 5 6 6 6 6 6,0
21 4 5 5 5.6 6.5 6.5 6,0
Il n'y a pas grand'chose à tirer de cette série, parce que les obser-
vations anciennes manquent de précision, et que rien n'est plus facile
que de prendre une étoile pour une autre dans un groupe aussi serré
que celui-là. Quelques étoiles, comme la 42% n'ont pas été observées
anciennement, tout simplement parce qu'elles sont assez écartées du
groupe, et l'on ne peut rien conclure sur leur état antérieur. Cepen-
l'iS LA CHEVELURE DE BERENICE
dant, il ne me semble pas douteux que les étoiles qui portent les
n°' 18 et 21 aient diminué d'éclat, car sur les anciens atlas elles sont
marquées de même grandeur que leurs voisines, tandis qu'aujourd'hui
elles sont beaucoup moins apparentes. Anciennement, la plus bril-
lante était la 15"; actuellement, on peut classer par ordre d'éclat 43,
15, 16 et 42. L'étoile 23, autrefois de quatrième grandeur, est à peine
de cinquième aujourd'hui, et il en est de même de l'étoile 35. (Il ne
faut pas se fier rigoureusement aux grandeurs de Tycho, qui paraît les
avoir exagérées.) L'étoile 36 parait flotter entre 4 1/2 et 5 1/2.
Pointez une lunette quelconque vers cette région du ciel, et vous
serez véritablement émerveillé des richesses étoilées qui rempliront le
champ télescopique, surtout si vous emploj'ez un faible grossissement
et si vous avez un champ vaste et clair. Il y a là un grand nombre de
petites nébuleuses. L'étoile qui porte le n° 12 est une étoile double très
facile à trouver. Ses composantes sont de 5° et 8' grandeurs, écartées
à 66". L'étoile 24 est encore
plus jolie : grandeur = 5* 1/2
et 7", orange et lilas, écartées à
21"; couple exquis, facile à ob-
server {fig. 85), système fixe,
jusqu'à présent. L'étoile 35 est
triple : le compagnon éloigné,
de 8" grandeur, brille à 28" de
l'étoile principale, laquelle,
dans les instruments puissants,
se dédouble elle-même, mon-
trant tout près d'elle, à 1",4 un
petit compagnon de huitième
N ' grandeur; depuis 1828, année
Fig. 85. — L'étoile double 24 Chevelure. j j, , ,., ,
de sa découverte, ce petit couple
a déjà tourné de 40 degrés, ce qui indique une période de quatre à
cinq cents ans. C'est un système de trois soleils qui voguent ensemble
à travers l'immensité.
Cette petite constellation renferme l'un des couples orbitaux les
plus rapides du ciel : l'étoile 42, qui est une double très serrée (une
demi-seconde seulement d'écartement) et ne peut être dédoublée que
par les instruments les plus puissants. Ce système de deux soleils
égaux offre cette particularité, de tourner justement dans le plan de
notre rayon visuel, de telle sorte que nous ne le voyons que par la
tranche; mais il tourne (rès vite : la révolution des deux soleils
LA CONSTELLATION DU BOUVIER
l'i9
autour de leur centre commun de gravité ne demande que 25 ans pour
s'accomplir.
Mais voici le Bouvier qui nous appelle, le Bouvier, l'une des plus
anciennes constellations de la sphère, et l'une des figures qui parais-
sent le mieux en rapport avec ce mouvement silencieux du ciel qui
entraîne tous les astres d'heure en heure de l'orient vers l'occident.
Fig. 86. — Anciennes constellations (d'après une gravure de Tan 1559).
L'idée de pasteur, de gardien de troupeaux, s'associe si naturellement
à la contemplation des étoiles, que l'on est porté à les animer d'une
vie lointaine et à les faire garder ou conduire, comme on voyait
autrefois, dans les vastes plaines de la Chaldée, les tribus nomades
s'avancer lentement à travers les contrées. C'est certainement par une
association d'idées analogues, que dès les premiers âges on a dessiné
dans le ciel la figure d'un homme des champs, berger, moissoimeur,
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 17
130 LA CONSTELLATION DU BOUVIER
agriculteur, conducteur de troupeaux, chasseur, voyageur, car le
Bouvier a reçAi tous ces noms et bien d'autres. Il gardait les sept
étoiles du nord, les Septem Triones.
L'une des plus anciennes figures que je connaisse de cette région du
ciel (à part celles des manuscrits arabes, qui diffèrent trop des nôtres)
est un planisphère d'une édition grecque et latine des Phénomènes
d'Aratus, imprimée à Paris en 1559, à une époque fort antérieure aux
remaniements et additions dont la sphère céleste a été l'objet au
Fig. 87. — Ancien dessin du Bouvier (gravure sur bois de Tan 1485).
xvii' siècle. J'en reproduis ici {(îg. 86) un fragment, lequel, malgré la
grossièreté de ces premières figures sur bois, donne une idée satisfai-
sante de l'état de la sphère enseignée à la Sorbonne il y a plus de trois
siècles. On y remarque d'abord que le pôle était encore fortloin de notre
Polaire actuelle et que cette carte du ciel est même construite sur un
dessin plus ancien. On y remarque ensuite le vide énorme qui s'étend
tout autour de la Grande Ourse et où plus tard on a dessiné la Cheve-
lure, les Chiens de chasse, le Petit Lion, le Lynx, la Girafe, etc. On
y remarque enfin un véritable Bouvier, une main levée, paraissant
faire signe an troupeau, et la houlette de l'autre main ; il porte un
costume du temps de Henri II, ce qui s'explique fort bien — mais
heureusement qu'on n'a pas continué de faire subir aux constellations
LA CONSTELLATION DU BOUVIER
131
nos changements de mode. • — Cette figure est très correcte quant au
Bouvier, entre les jambes duquel on voit briller Arcturus. Il ne fau-
drait pas croire cependant que la Gerbe ou la Chevelure n'existaient
pas avant cette époque, car, sur un autre ouvrage de ma bibliothèque.
le Poeticon astronomicon d'Hyginus, imprimé à Venise en 1485, c'est-
à-dire aux premiers temps de l'imprimerie, soixante-quatorze ans
Fig. 88. — Le Bouvier de l'atlas de Bayer (1603).
avant l'ouvrage précédent, cette même constellation du Bouvier est
dessinée telle qu'on la voit {fig. 87), avec une faucille cala main et une
gerbe à ses pieds. L'atlas de Bayer (1603) a conservé la même tradi-
tion (/Ig. 88), et nous représente le personnage dans l'attitude d'un
moissonneur qui vient découper la gerbe; ici, ce n'est plus le gar-
dien des bœufs, « le Bouvier », ni le gardien de l'Ourse « arcto-
phylax » , comme on l'appelait. Son caractère change de nouveau dans
l'atlasd'Hévélius, qui, dessinant là les deux Chiens de chasse, enlève
132 LA CONSTELLATION DU BOUVIER
la faucille de la main du Bouvier et lui fait tenir en laisse ces deux
lévriers qui vont se précipiter à la poursuite de la Grande Ourse. De-
puis, comme on l'a vu sur notre fig. 79, on a remis la faucille dans la
main du Bouvier, ce qui complique encore sa situation.
On trouve aussi chez les Arabes les noms de Gardien du Nord, de
Fossoyeur, de grand Hurleur et de Crieur. Ils appelaient Arcturus
Simàk, parce qu'il s'élève très haut dans le ciel.
Quoi qu'il en soit, l'important pour nous est de faire connaissance
avec les étoiles de cette constellation, et d'abord avec son étoile prin-
cipale, Arcturus, qui resplendit si brillamment dans cette région du
ciel et qui est, avec Véga, la plus belle étoile de notre hémisphère
boréal. Certaines mesures photométriques placent Véga avant Arc-
turus; mais je donnerais volontiers la préférence à celle-ci pour
l'ardeur de sa coloration. Véga est d'une blancheur immaculée;
Arcturus brille comme un feu : la première est un diamant blanc
d'une limpide pureté ; la seconde est un diamant jaune du Cap. Arcturus
étincelle d'une couleur plus chaude, et ce n'est pas seulement une
apparence : ce lointain soleil flamboie dans l'immensité avec une telle
ardeur qu'on a déjà pu mesurer sa chaleur au thermomètre ! Sans
doute le rayon venu d'une étoile perdue à 62 trillions de lieues d'ici,
et obligé de courir pendant plus de vingt-cinq ans à travers l'es-
pace glacé pour arriver jusqu'à nous, ne peut pas garder en lui
une chaleur bien sensible; cependant elle suffit pour faire dévier
l'aiguille d'un galvanomètre et pour se montrer considérablement
supérieure à celle de Véga, qui pourtant elle-même n'est pas tout à
fait insensible. Par contre, lorsqu'on fait la photographie de ces deux
diamants de notre ciel, la lumière argentée de Véga impressionne
beaucoup plus rapidement la plaque collodionnée que la lumière
dorée d'Arcturus : celui-ci est plus chaud et moins photogénique.
Rien n'est plus facile que de trouver Arcturus dans le ciel. Reve-
nons à notre chère Grande Ourse,
qui nous a déjà rendu tant de
n ....-*. '""'*''■■'■•« services : regardez-la, prolongez
' '1 * par la pensée la ligne courbe ti\a-
T I cée par les trois étoiles de sa
queue : cette ligne idéale conduit
Fig. 89. -Alignement pour trouver Arcturus, directement et saus équivoque
le Bouvier et la Couronne. pOSSiblc à l'étoile ArcturUS, de
première grandeur. Lorsqu'une fois vous l'aurez trouvée, vous ne
pourrez i:)lus jamais l'oublier, d'autant plus que son nom indique jus-
i Coxr.mtit
e +.' horMle
-*3
--
a^'^Arclunit
LE BOUVIER. — ARCTURU3 133
tement sa position : arctos-oura, à la queue de l'Ourse. Il est ensuite
tout aussi facile de remarquer les autres étoiles principales du Bou-
vier et celles de la Couronne, qui lui est contiguë.
Arcturus est la première étoile que l'on ait observée en plein jour :
c'est Morin qui a fait cet essai en 1635 (Morin est le dernir astrologue
de France : il était caché dans la chambre à coucher de la reine Anne
d'Autriche à l'heure de la naissance de Louis XIV et tirait très
sérieusement l'horoscope du bébé). On peut toujours la trouver avec
une lunette, lorsqu'on sait où elle est, n'importe à quelle heure du
jour. Les bonnes vues peuvent la reconnaître à l'œil nu un quart
d'heure après le coucher du soleil : c'est la première étoile que l'on
voie briller au ciel (à moins que Vénus ou Jupiter ne soient sur l'ho-
rizon, ce qui n'infirmerait pas, du reste, la proposition précédente,
puisque Vénus et Jupiter sont des planètes et non des étoiles). Il n'est
besoin d'aucun témoignage historique pour affirmer que Arcturus,
Véga, Sirius, ont été remarquées les premières dans le ciel, attendu
que si Adam et Eve avaient réellement existé, ils n'auraient pu s'em-
pêcher de les voir. Certains commentateurs pensent que c'est d'Arc-
turus que Job parle au verset 9 de son chant IX, et dont Amos parle
aussi au verset 8 de son chant V ; mais, comme ces mots hébreux ne
comportent pas une précision absolue, contentons-nous de nous sou-
venir que le vieux poète Hésiode et le non moins vénérable Homère
signalent cette étoile à l'attention des navigateurs et des agriculteurs :
elle régissait les travaux des champs et présageait les tempêtes. Au
premier siècle avant notre ère, Virgile conseille de labourer à l'époque
où brille Arcturus :
At si non fuerit tellus fecunda, sub ipsum
Arcturum tenui sat erit suspendere sulco.
dit-il dans les Géorgiques (livre I, vers 68). Plus loin (I, 229), il con-
seille d'attendre le coucher du Bouvier pour semer les lentilles. A ces
époques lointaines, les astres étaient beaucoup plus intimement asso-
ciés que de nos jours à l'observation de la nature et même aux affaires
humaines. Démosthènes nous apprend qu'une certaine somme d'ar-
gent avait été prêtée de son temps à 22 pour cent d'intérêts sur un
vaisseau qui faisait le voyage d'Athènes en Crimée, mais que le
créancier aurait 30 pour cent à payer si le navire ne revenait pas avant
le retour d'Arcturus, cette étoile amenant les tempêtes. Il y avait tou-
tefois des sceptiques qui se riaient des astres comme des dieux, exemple
Horace :
Nec saevus Arcturi cadentis
Impetus, aut orientis Haedi.
134 LE BOUVIER. — ARCTURUS
Oui, cette étoile est Tune des plus brillantes, des plus importantes
et des plus illustres de notre ciel. Elle est la première dont on ait cherché
à déterminer la distance à la Terre, mais tous les efforts furent inutiles,
et, à la fin du siècle dernier, Piazzi déclarait qu'il y avait absolument
perdu son latin. On la croyait cependant l'une des plus proches, tant à
cause de son éclat qu'à cause de son grand mouvement propre. Les me-
sures échouèrent jusqu'en 1842, année oîi l'astronome Peters parvint à
découvrir dans son microscopique mouvement annuel une parallaxe de
0"i27, ce qui équivaut à 1 624 000 fois le demi-diamètre de l'orbite ter-
restre ou à 62 milliers de milliards de lieues. Ce soleil doit être incompa-
rablement plus immense, plus prodigieux, plus brûlant, plus ardent
que le nôtre, et si nous pouvions nous envoler dans l'espace et nous
approcher de lui, nous ne pourrions l'atteindre sans être éblouis,
aveuglés, consumés, fondus comme de la cire, longtemps avant d'arri-
ver aux régions incendiées de son ardente atmosphère. L'analyse spec-
trale nous montre en lui la même constitution physique et chimique
que celle de l'étoile autour de laquelle nous voletons, pauvres éphé-
mères tournant autour d'une lumière destinée à nous absorber tous.
Arcturus est aussi la première étoile dont le mouvement propre ait
été déterminé, il y a déjà 163 ans, lorsqu'on 1717 Halley compara les
positions en latitude de cette étoile, de Sirius et d'Aldébaran, avec
celles qui avaient été observées par Hipparque, 127 ans avant notre
ère. Ce mouvement est si rapide, qu'on peut le constater sur des obser-
vations faites à l'œil nu : il est de 0%078 en ascension droite vers
l'ouest, et de 1"97 en déclinaison vers le sud, c'est-à-dire que cette
étoile se déplace dans le ciel de 2"25 par an, suivant un arc de grand
cercle dirigé vers le sud-ouest, qu'en huit cents ans ce déplacement
égale le diamètre apparent de la Lune, et que depuis l'époque d' Hip-
parque elle a déjà parcouru 75 minutes d'arc ou 1 degré 15 minutes.
Comme on peut le voir sur ma carte générale des mouvements propres
{Astronomie populaire, p. 797), cette brillante étoile, actuellement
située par XIV heures 10 minutes d'ascension droite et 19°47' de
déclinaison boréale, se précipite vers l'équateur, s'échappe de notre
hémisphère et va s'incorporer pour l'avenir parmi les astres de l'hé-
misphère austral.
Tel est le mouvement que nous observons sur la sphère céleste.
]Mais cette étoile n'est pas lancée dans l'espace tout juste perpendi-
culairement à notre rayon visuel : il n'y a aucune raison pour que
cette coïncidence se présente plutôt qu'une autre, puisque nous habi-
tons, répétons-le, n'importe où dans l'univers. Les ingénieux procédés
LE BOUVIER. - ARCTURUS
135
de l'analyse spectrale, qui permettent de découvrir les mouvements des
astres dans le sens de notre rayon visuel, soit qu'ils s'éloignent, soit
qu'ils s'approchent de nous, montrent que le soleil Arcturus s'approche
de nous avec une vitesse de 66 kilo-
mètres par seconde, ou de 3960 ki-
lomètres par minute, plus ou moins,
ces déterminations ne comportant pas
une pi^écision absolue. Ainsi, d'une
part, ce soleil s'approche de nous avec
cette vitesse, et, d'autre part, il se dé-
place perpendiculairement sur la sphère
céleste de 2"25 par an, à une distance
à laquelle 0"127 représentent 37 mil-
lions de lieues, c'est-à-dire de dix-huit
fois cette étendue ou de 666 millions
de lieues par an, soit environ 1 820 000
lieues par jour, 75 800 lieues à l'heure,
1 260 lieues ou 5 000 kilomètres par
minute. La résultante de ces deux dé-
terminations indique donc pour le
mouvement réel d'Arcturus dans l'es-
pace une ligne dirigée vers la Terre,
non pas directement, mais oblique-
ment, et parcourue par ce colossal
soleil avec une vitesse de 6400 kilo-
mètres par minute, ou plus de 100 OOU
mètres par seconde ! C'est là un nou-
veau témoignage de l'aspect chan-
geant des cieux et des forces formi-
dables dont les systèmes de mondes
sont animés à travers l'immensité in-
finie.
Telle est cette splendide étoile, que
nul de nos lecteurs n'oubhera désor-
mais. Mais Arcturus n'est pas la seule
province de la constellation du Bouvier.
Étudions aussi ses compagnes, et rendons-nous compte de l'état de
cette région du ciel. Voici toutes les étoiles de cette constellation, ius-
qu a la cinquième grandeur inclusivement, avec les observations faites
sur chacune d elles depuis deux mille ans.
Fig. 90. ■
- Mouvement d'Arcturus
dans l'espace.
136
LA CONSTELLATION DU BOUVIER.
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU BOUVIER
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
_
-m
+060
1430
1590
1603
1660
1700
1800
1840
1860
1880
o Arcturus
1
1
1
1
1
1
1
1
1
1
1,0
P
f
4.3
4.3
4
3
3
3
3
3
3
3
3,3
3
3
3
3
3
3
3
3.4
3.2
3.4
3,6
S
4.3
4.3
4
3
3
3
3
3.4
3
3
3,4
e
3
3
3
3
3
3
3
3
2.3
2.3
2,4
î
3
4.3
4
3
3
3
3
3.4
3.4
3.4
3,3
ri
3
3
3
3
3
3
3
3
3
3
3,0
9
5
5.4
5
4
4
4
4
4
4.3
4
4,4
i
5
5.4
5
4
4
4
ii
4.5
4.5
4.5
4.6
X
5
5.4
5
4
4
4
4
5.6
4.5
4.5
5,0
X
5
5
5
4
4
4
4
4
4
4
4,5
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4
4.5
4
5
4
4
4
4
4.3
4
4,4
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4
4.5
4
4
5
5i
5
4
4
4,8
î
5
5
4
4
4
4
4
3.4
4
5.4
4,5
5
5
4
4
4
4
4i
4.5
5.4
5.4
4,9
11
5
5
4
4
4
3
3 1
3.4
4
4
4,3
p
4.3
4.3
4
4
4
4
4
4
4.3
4.3
4,0
c
4
4
4
4
4
4
5
5
5
5
5,0
T
4
4
4
4
4
4
4
5
5.4
5.4
5,0
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4
4
4
4
4
4
4
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4.5
4,8
9
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6
5.6
5
5
5,3
X
5
5
5
.6
5
5
5
5
5
5
5,2
■V
5
5
5
5
5
5
5
5
5.4
4.5
5,0
(t>
r,
5
5
5
5
5
5
5.6
5.4
5.4
5,3
A
5
5
5
6
5
5
5,0
46 b
5
5
5
5
6
6
6
6
6
6
6,0
45 c
5
5
5
5
6
5
5
5
5.4
5
5,7
12 d
6
5
5
5.6
5
5
5,7
6e
6
5
5^
6
5
5
5,8
22 /■
6
5
6
6.7
5
6.5
6,0
249 3
6
5
6 h
6
6
6
6,0
38/1
6
6
6
6
6.5
6,2
44 i
6
6
5
5
5
5.4
5,0
47 ft
4
6
6
5
5.6
5,9
9
5
5
5
5
5
5,5
20
5
5
6
5
5
5,5
4559 B.A.C
1.
5
5
5,5
P. XIV, 69
5
5i
6
5.4
5
5,3
P. XIV, 73
5
5
5.6
5
5
5,5
31
7
5
5
5.4
5
5,0
34
6
6
4.5
6
5
4,9
40
6
6i
6.7
5
5.6
5,8
39
6
5.6
6
6
5,6
La comparaison générale des observations faites depuis deux mille
ans sur ces étoiles conduit à conclure que plusieurs ont sensiblement
varié d'éclat. Ainsi, l'étoile e s'est élevée de la troisième à la seconde
grandeur, et elle recevrait aujourd'hui la lettre (3. L'étoile -n, notée de
cinquième grandeur par Hipparque et par Sùfi, s'est élevée à la qua-
trième au temps d'Ulugh-Beigh, de Tycho et de Bayer, et même à
LES ETOILES DU BOUVIER
137
la troisième au temps d'Hévélius ; puis elle est descendue à la qua-
trième, sa grandeur actuelle.
Fig. m. — Principales étoiles de la constellation du Bouvier.
L'étoile (7 parait avoir diminué d'éclat d'une grandeur environ
L'étoile (f a été notée de quatrième par Tycho et de sixième par
ASTnO.N'OMIE. — SUPPLÉMENT. 18
*38 LES ÉTOILES DU BOUVIER
Flamsteed. L'étoile fa été vue de cinquième grandeur par Hévélius,
de sixième par Flamsteed, de 6-7 par Piazzi et de nouveau de cin-
quième par Argelander. L'étoile k a été inscrite de quatrième gran-
deur dans le Catalogue de Tycho, de sixième dans celui de Flamsteed
et de cinquième dans celui d'Argelander. L'étoile P. XIV, 69, de
sixième grandeur dans Piazzi, a été observée de quatrième et demie
par Flamsteed et se montre actuellement de cinquième. L'étoile 31a
été inscrite par Hévélius de septième, c'est-à-dire des plus petites
visibles à l'œil nu, et c'est une belle de la cinquième grandeur; la 34"
se montre variant de 4 1 à 6, et la dernière, qui est également de la cin-
quième grandeur, est descendue presque à la septième aux temps de
Flamsteed et de Piazzi. Voilà de nouveaux témoignages en faveur des
variations séculaires qui s'accomplissent dans les cieux.
Nous pouvons même déjà classer l'étoile 34 parmi les étoiles va-
riables périodiques. L'astronome Schmidt l'observe à Athènes depuis
un grand nombre d'années et pense que sa période est de 369 jours. Il
est assez difficile déjuger son degré d'éclat avec précision, à cause
de la proximité de e. Cette constellation renferme déjà plusieurs
variables remarquables : R, qui varie de 6,4 à 12 en 222 jours ; S, qui
varie de 8 à 12 en 272 jours ; T, qui varie de 9,7 à 13 en une période
encore indéterminée; U qui varie de 9,5 à 13 en une période également
indéterminée ; mais ces étoiles télescopiques ne peuvent être cher-
chées qu'à l'aide de lunettes montées équatorialement, de manière ù
trouver l'astre dans le ciel par son ascension droite et sa décli-
naison.
Cette même constellation du Bouvier est l'une des plus riches en
étoiles doubles. Signalons les principales.
Et d'abord, l'une des plus exquises comme coloration, e, que Struve
appelait pulcherrima « la plus belle » . La brillante est de troisième
grandeur, la seconde de sixième et demie, un peu éclipsée par l'éclat
de la première; mais, dans ime bonne lunette, les nuances sont ravis-
santes : jaune éclatant et bleu marine ; couple charmant : on aimerait
habiter là. — La fig. 4 de notre planche des étoiles doiibles colorées en
donne une idée éloignée. — L'écartement des deux composantes n'at-
teint même pas 3". Depuis un siècle qu'on observe ce couple, il a
tourné d'environ 30 degrés : à ce taux-là, la révolution de ces deux
soleils l'un autour de l'autre ne demandei'ait pas moins de douze siècles
pour s'accomplir.
Bien plus écartée, et accessible à la plus petite lunette d'approche,
se présente l'étoile 3 : 3,4 et 8,5 : 110", jaune et lilas. Ces deux étoiles
ÉTOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER
139
restent fixes l'une par rapport à l'autre, mais un même mouvement
les emporte dans l'espace.
L'étoile Ç, est au contraire, une double brillante, très serrée, à moins
de 1" : inutile de chercher à la dédoubler.
On obtiendra plus de succès sur l'étoile tt : écartement := 6", gi^an-
deurs des composantes : 4' et 6";
couple très lumineux. Presque
immobile dans le ciel, ainsi que
le précédent. La /ig. 92 montre
son aspect.
Plus intéressante encore est
l'étoile ?, composée d'un astre
de 4° grandeur 1/2 et d'un de -■
6' 1/2, actuellement écartés à
4"2, jaunes tous deux, le second
même un peu plus rouge, ce qui
est très rare, car lorsque la prin-
cipale des composantes d'une
étoile double est jaune orangée
ou rouge, la seconde offre gé-
néralement une nuance de con-
traste, verte ou bleue. William Herschel mesura pour la première
fois ce couple le 15 avril 1782, et estima l'angle à 24° ; mais, en 1792,
il le trouva à 355°, avec une rétrogradation de 29 degrés. Le mouve-
ment se continua rétrograde : en 1822,
la seconde étoile était à 340°, en 1833
à 330°, en 1846 cà 320°, en 1857 à 310°,
en 1866 à 300°, en 1871 à 290°, et elle
est en ce moment (1880) à 280°. En
même temps, la distance variait consi-
dérablement : en 1 822, elle était de 7", 1 ;
en 1833 de7"2; en 1846 de 6"7; en 1857
de 5"9; en 1866 de 5"3 ; en 1871 de 4"9,
et elle est aujourd'hui descendue à 4"1.
Les mesures d'Herschel ne sont pas
assez précises pour décider si cette dis-
tance était la même de son temps Fig.93.
qu'en 1822. Quoiqu'il en soit, nous pou-
vons déjà tracer la courbe du mouvement de cette étoile, car il n'y a
pas moins de 104 degrés de parcourus entre la première et la dernière
Fig. 92. — L'étoile double ir du Bouvier.
^
fêao-f
^66 j
rifsx
- Mouvement observé sur réloile
double $ du Bouvier.
!40
ÉTOILES DOUBLES DANS LE BOUVILR
mesure ; la distance diminue et le mouvement s'accélère, si bien que
la durée delà révolution entière doit être d'environ 127 ans. Notre
fig. 93 représente le mou^-ement observé, à l'échelle de 1 demi-cen-
timètre pour 1 seconde. Ce système rapide est emporté dans l'espace
par un mouvement propre assez fort.
L'étoile t, de quatrième grandeur et demie, montre non loin d'elle,
à 38", un compagnon de hui-
tième grandeur, qui reste fixe
depuis un siècle qu'on l'ob-
serve, mais forme néanmoins
avec elle un sj'stème ph^'sique
emporté par le même mouve-
ment propre dans l'espace.
Il en est de même de l'é-
toile 39, de cinquième gran-
deur et demie, qui emporte
avec elle un compagnon de
sixième et demie, écarté à3"6,
et formant également un sys-
tème dans lequel l'observa-
tion ne décèle aucun mouve-
Fig. 94. — L'étoile double ioJa du Bouvier. , ^ i, .j -i /
ment. Cette étoile se trouve
dans la région sur laquelle Lalande a dessiné le Cercle mural {voy. fig. 19)
en l'honneur de son neveu, auquel on doit la majeure partie des obser-
vations du Catalogue de Lalande, observations qui ont enrichi la
science de cinquante mille positions d'étoiles et qui sans contredit
constituent l'un des plus beaux monuments scientifiques duxviif siècle.
Néanmoins, cette petite constellation est tombée en désuétude, quoi-
qu'elle ait eu plus de titres au respect de la postérité que celle du Chat,
créée par le même astronome. — Lalande, qui, à cette époque, ne pou-
vait guère entrer dans un salon sans faire une profession de foi philo-
sophique en faveur de l'athéisme, et une profession de foi gastrono-
mique en faveur des araignées (qu'il croquait comme des noisettes
dont il prétendait qu'elles ont le goût), n'a guère eu de succès ni avec
sa philosophie négative, ni avec ses araignées, ni avec ses constella-
tions, car la postérité n'a rien gardé de tout cela; mais ses ouvrages
d'astronomie sont restés, et ils sont excellents.
L'étoile 44 i est une belle double composée d'un astre de cinquième
grandeur et d'un de sixième, écartés à 4"8, et formant un système orbi-
tal assez rapide, particulièrement curieux en ce sens que ces deux loin-
ETOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER
141
tains soleils tournent l'un autour de l'autre dans un plan très in-
cliné sur notre rayon visuel, de sorte que nous les voyons circuler
pour ainsi dire de profil. Notre fig. 95 donne idée de la manière dont
s'exécute ce mouvement ob-
servé depuis un siècle : elle
est tracée à l'échelle de 1 mil-
limètres pour 1 seconde. On a
revu en 1819 l'étoile du côté
opposé à celui où on l'avait
vue en 1781 et 1802, et l'on
croyait à une erreur ou à un
changement d'éclat des étoi-
les ; mais elle a continué de
marcher suivant une ligne
presque droite, et en ce mo-
ment elle s'arrête pour re-
prendre son oscillation en
sens contraire. D'après la na-
ture de ce mouvement, l'orbite doit être inclinée de 70 degrés sur
notre rayon visuel, et la révolution entière doit s'effectuer en 260 ans.
Ainsi voguent dans le ciel toutes ces étoiles que naguère encore on
croyait fixes !
Remarquons aussi dans cette riche constellation un très curieux
système stellaire formé par l'étoile (x, de quatrième grandeur. Vue
dans une lunette, cette étoile se décompose d'abord en deux, la seconde
de septième, étant éloignée à 108" de la première. Depuis les premières
mesures de ce couple écarté jusqu'à celles que j'ai faites récemment,
la position respective des deux étoiles n'a pas varié : la petite étoile reste
immobile à 171° et 108" de sa primaire. Cependant, elles sont animées
Fig. 05. — Mouvement observé sur l'étoile double 44 t
du Bouvier.
Fig. 96. — Système ternaire (i du Bouvier.
d'un mouvement propre commun dans l'espace, de 8"19 par an, ce qui
prouve qu'elles forment un même système physique. Mais le plus cu-
rieux est encore que la petite étoile est elle-même une très jolie double,
très serrée (actuellement à 0"7) dont les deux composantes tournent
fort rapidement l'une autour de l'autre, attendu qu'il y a déjà 222 de-
grés de parcourus depuis un siècle : la révolution entière doit s'opérer
14'2 LE BOUVIER. — LA COURONNE
en 280 ans. L'analogie nous porte à croire que ce petit couple gravite
lui-même autour de l'étoile principale; mais des considérations de
mécanique céleste nous invitent à penser que la révolution grandiose
de ce système ternaire ne demande pas moins de cent vingt mille ans
pour s'accomplir ! . . . Telle serait la « grande année » de ce lointain
univers.
On voit que cette constellation est véritablement riche en grands
spectacles. Ce ne serait pas tout encore si nous voulions signaler
toutes ses curiosités, car l'étoile y., l'étoile P. XIV, 69, sont elles-
mêmes de gentilles petites doubles accessibles aux instruments de
moyenne puissance (12" et 6"), et il y en a bien d'autres. Mais le ciel
est grand, et nous ne devons pas nous attarder dans la même région.
Laissons vite le Bouvier pour faire connaissance avec sa voisine la
Couronne boréale.
Cette constellation, l'une des plus faciles à reconnaître à l'œil nu
par sa forme caractéristique, se trouve en quelques minutes en se ser-
vant d'Arcturus et du triangle supérieur du Bouvier [voy. fig. 89).
Son nom est évidemment dû à sa forme, et il n'y a nulle autre expli-
cation à en chercher. Les anciens assuraient que c'était celle
d'Ariadne, que Bacchus avait transportée au ciel ; Ovide en raconte
même la légende dans les termes suivants :
Ariadne, enlevée par Thésée et abandonnée sur le rivage de la mer, assour-
dissait les échos de ses plaintes. Bacchus vint à son secours et, pour qu'elle
brillât d'un éclat immortel au milieu des astres, il détacha la couronne de son
front et la lança vers les cieux. Tandis qu'elle traversait rapidement les airs,
soudain, les pierreries dont elle était parsemée se changèrent en autant de feux,
qui se fixèrent dans l'Empyrée et conservèrent la forme d'une couronne. Sa
place est entre Hercule à genoux, et celui qui porte le serpent.
On a dessiné cet emblème sous toutes les formes, depuis une cou-
ronne de bergère, tressée de fleurs champêtres, jusqu'à une couronne
d'empereur, de roi, de duc, de marquis, de comte ou de baron. Mais
les vains titres passent au ciel comme sur la terre, et depuis long-
temps on la dessine sans compter ses fleurons. Elle a même reçu d'au-
tres noms. Les Chinois l'appelaient « la coquille à la perle », et il est
curieux de voir que son étoile brillante se nomme encore aujour-
d'hui la. Perle. Les Arabes l'appelaient Kasat al-Masakin, «l'Ecuelle
des pauvres ». Mais peu nous importe de quels symboles elle ait servi.
Ce qui nous intéresse, ce sont les étoiles qui la composent: elles sont
inscrites au tableau suivant.
Les anciens n'avaient observé dans la Couronne que les neuf étoiles
LA. COURONNE BORÉALE 143
«,(3, y, (î, £, •/], 0, t et t:; c'est Bayer qui le premier, en 1603, réunit et
nomma tout cet ensemble d'étoiles. On peut y remarquer trois notifi-
cations d'éclat assez inexplicables, celles de Piazzi en 1800 pour les
étoiles y, y) et i, qu'il note de sixième grandeur; or, la première est
une brillante de quatrième, la seconde est de cinquième un tiers et la
troisième est une brillante de cinquième. On peut s'étonner aussi de
voir l'étoile Ç absente des trois premiers catalogues ; mais il ne fau-
drait pourtant pas se hâter de conclure à son augmentation d'éclat,
car, comme elle se trouve un peu loin du cercle formé par la Cou-
ronne, elle a pu ne pas frapper trop fortement l'attention des obser-
vateurs. L'étoile yj était classée elle-même anciennement dans le
Bouvier, ainsi que 0. Il est certain, néanmoins, que l'étoile i a diminué
d'éclat du temps d'Hipparque au temps de Tycho.
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA COURONNE BORÉALE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES —127 +960 1430 1590 1603 1060 1700 ISOO 1840 1860 ISSO
(La Perle.) 2 222222^222 2, 2
P 4 4 4 4 4 4 4 4 4.3 4 3,8
Y 4 4 4 4 4 4 4 6 4.3 4 3,7
8 4 4 4 4 4 5 4 4.5 4.5 4.5 4,2
e 4 4 444 4 4J-4.5 4 4 4,0
E 0004554544 4, 5
n 4 4.3 5 5 5 5 5 6 5 5 5,3
e 5 5 4 5 5 4 4 i 4.5 4 4 4,5
i 4 4 4 6 5 5 5 i 6 5.4 5.4 4,8
X 6 5 5 5 5.4 5.4 4,8
X 6 5 6 6.5 6 6,0
|i 0000605555 5, 2
V 000655555 5, 4
1 0000655555 5, 4
6 6 6 6 6 6.5 6,0
7t 6 660655666 6,0
P 6 5 6 6 6.5 6.5 5,8
o 6 5 6 6 6 6.5 6,0
z 6 6 6 5.4 5.4 5,0
« 6 6 6 6.5 6.5 5,8
Cette petite constellation ne renferme pas moins de cinq étoiles
variables : R, S, T, U, V. La première, située dans l'intérieur de la
Couronne (uoy. fig. 91), s'élève de la 13° grandeur au-dessus de la 6'
(5, 8), en une période qui paraît être de 323 jours, mais qui est loin
d'être régulière et qui présente les saccades les plus étranges ; la se-
conde s'élève de la 12' à la 6' 1/2 en une période de 363 jours, un peu
plus sûre que la précédente, mais fort irrégulière aussi ; la troisième
mérite une histoire plus détaillée : nous allons y revenir; la quatrième
varie de 7,ô à 8,8 dans la ptrioda rapiis de 3 jours 10 heures 51 mi-
144 CURIEUSE ETOILE DANS LA COURONNE BOREALE
nutes ; et la cinquième varie de 7,7 à 10,5 en une période encore in-
déterminée.
Oui, la troisième, T, mérite une histoire spéciale. Un beau di-
manche du mois de mai 1866 (c'était un 13, mais les chiffres n'ont
plus rien de néfaste aujourd'hui), par une soirée splendide, mon savant
ami l'ingénieur Courbebaisse était assis sur la terrasse de son petit
observatoire de Rochefort, lorsqu'on examinant le ciel, suivant sa
vieille habitude, il aperçut tout à coup dans la Couronne une étoile
presque aussi brillante que la Perle, et qu'il n'avait jamais vue. Le
cœur du savant palpita d'une émotion bien légitime : tout le monde
sait qu'il n'y a pas deux étoiles de seconde grandeur dans la Couronne ;
il regarde à deux fois, se frotte les yeux pour être sûr de ne pas rêver,
et finalement constate qu'il y a là, brillant magnifiquement, une
étoile certainement nouvelle (').
Nouvelle? De quelle date? La veille, le temps était pluvieux et
l'observateur n'avait pu contempler son ciel ; mais l'avant- veille, le 1 1 ,
il l'avait examiné comme d'habitude, avait également observé la Cou-
ronne, et n'y avait rien remarqué d'extraordinaire, de sorte qu'il put
affirmer avec conviction que très certainement cette singulière étoile
ne brillait pas là le 11.
Combien les observateurs du ciel sont rares ! Sur quatorze cent
millions d'humains qui peuplent notre planète, il n'y en a peut-être
pas un millier qui, regardant le ciel ce soir-là, se seraient aperçus
d'un changement et auraient reconnu la nouveauté de l'étoile. Et, sur
ce millier d'hommes familiers avec l'aspect du firmament, il n'y en a
eu que trois qui aient remarqué l'événement à son apparition. En effet,
(') « Je courus annoncer la nouvelle à ma famille, m'écrivait le sympathique
observateur. — Eh ! me répliqua-t-on, ce n'est pas possible, c'est une illusion. —
Venez la voir vous-mêmes. — Il fait trop froid. — On fait toilette pour moins que
cela : on ne voit pas tous les jours une nouvelle étoile. — Je les entraînai sur la ter-
rasse; ces dames la virent comme moi ; et lorsque je leur eus montré, sur mes cartes,
qu'il n'y avait, au point que je leur avais fait remarquer, aucune étoile indiquée, et
que j'eus dit que c'était une découverte très rare, qu'on n'en citait guère plus d'une
par siècle, on fut pris d'un grand enthousiame. Je cherchai à le calmer en disant que
tout le monde pouvait la voir comme nous, et que nous prenions seulement notre part
d'un spectacle intéressant pour tous ceux qui y assistaient. Mais on me soutint que
j'avais dû être seul à la voir, et que les autres ne la verraient que d'après mes indi-
cations. « S'il en est ainsi, leur dis-je, en riant, et qu'elle doive durer, nous pourrions
la nommer ; je vous en fais marraines. — Donnons-lui votre nom ! — Mon nom ne
signifie rien, et il faut lui donner un nom qui rappelle une des aspirations de l'époque.
— Eh bien, qu'elle se nomme Pax, la paix! — Très bien! dis-je, d'autant plus qu'elle
pourrait être d'un bon conseil pour une couronne boréale inquiétante pour la paix de
l'Europe. — Mais la pauvre Pax a été aussi éphémère au ciel que sur la terre. »
L'ÉTOILE DE 1866, DANS LA COURONNE BORÉALE 145
ce même soir du 13 mai, quelques heures avant l'observation de
M. Courbebaisse en France, M. Schmidt, à Athènes, avait constaté le
même phénomène. Athènes est en avance sur Paris de 1 heure 25 mi-
nutes, et quand l'horloge de Rochefort marquait dix heures du soir,
celle d'Athènes marquait 1 1" 38'"; et comme M. Schmidt a fait égale-
ment son observation vers dix heures du soir, elle se trouve en
avance de une heure et demie à deux heures sur celle de l'observateur
français. Est-ce, toutefois, sûrement le premier soir auquel cette étoile
ait été visible ? Non, car la veille, le 12, il faisait beau en Angleterre,
et un observateur très assidu de la voûte céleste, M. Birmingham,
avait remarqué le nouvel astre, qui était encore plus brillant qu'on ne
l'a vu le lendemain et se montrait pleinement de seconde grandeur,
et, après avoir noté soigneusement sa position, il avait écrit à M. Hug-
gins pour le prier d'étudier sans retard au spectroscope la lumière de
ce nouveau visiteur céleste. Voilà les documents officiels des témoins
de la naissance de cet astre. Il est vrai que, quelques semaines plus
tard, un certain M. Barker,du Canada, a prétendu avoir vu cette étoile
dès le 10, le 9, le 8 et même le 4. . . mais. . . ce n'est pas tout à fait exact.
Pour moi, jenel'ai vueque le 17, après avoir reçu la nouvelledeson
existence :elle était déjà descendue à la quatrième grandeur et demie.
Son triomphe fut, en effet, bien éphémère. Cette curieuse étoile a
brillé tout d'un coup, le 12 mai 1860, d'un éclat comparable à celui
Fig. 97. — Diminution d'éclat de l'étoile T de la Couronne,
des étoiles de deuxième grandeur, puis, dès le lendemain, cet éclat
commençait à diminuer; neuf jours après, elle disparassait à l'œil nu,
et, trois semaines plus tard, c'est-à-dire un mois après son apparition,
elle était tombée au rang de la 9^ grandeur et demie. Elle a manifesté
ensuite une légère recrudescence d'éclat, puis finalement est retombée
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT 19.
146
UN INCENDIE DANS LE CIEL
à 9,5, éclat auquel je l'ai toujours trouvée depuis, chaque fois que j'ai
eu Foccasion de l'examiner au télescope. On jugera, du reste , de
cette diminution d'éclat par la fîg. précédente, sur laquelle la gran-
deur des disques est proportionnelle à la lumière émise par l'étoile, —
et par les observations suivantes qui résument cette histoire céleste :
DIMINUTION RAPIDE DE L'ÉCLAT DE L'ÉTOILE DE LA COURONNE
1866
Grandeur
12
mai
2
13
—
2 i
14
—
3,0
15
—
3,6
16
—
4,0
17
—
4,5
18
—
4,9
19
—
5,3
20
—
6,0
21
—
6,5
22
—
7,3
23
—
7,5
1866
Grandeur
24
mai
7,8
26
—
8,0
29
—
8,4
7
juin
9,0
19
—
9,5
1
juillet
9,7
1
août
9,7
1
septembre
9,3
14
septembre
8,0
1
octobre
7,7
15
octobre
7,5
6
novembre
7,9
Quelle est l'explication de cet événement céleste ? Cette étoile a-t-
elle été créée le 12 mai 1866? Non assurément, attendu qu'il faut avant
tout tenir compte du temps que la lumière emploie pour venir de la
distance à laquelle gît cette étoile, distance inconnue, mais qui dans^
tous les cas surpasse plusieurs années de lumière. En effet, si l'on
prend la moyenne des parallaxes correspondantes aux différents ordres
d'éclat des étoiles, on trouve le curieux petit tableau suivant pour les
distances relatives à chaque ordre de grandeur :
Grandeurs des Etoiles Parallaxes
1 0"209
2 0,116
3 0,076
4 0,054
5. 0,037
0,027
7 0,019
8 0,011
9 0,007
Q,5 ...... 0,006
tableau d'après lequel l'étoile dont nous parlons, qui n'est, en défi-
nitive, qu'une étoile de 9" grandeur et demie, devrait être considérée
comme située dans les profondeurs de l'espace à une distance telle que
la lumière n'emploie pas moins de 587 ans pour nous en arriver, de
telle sorte que l'accroissement subit d'éclat que nous avons vu s'opérer
h 12 mai 1866 auraiteu lieu, en réalité, l'an 1279, c'est-à-dire du temps
des croisades, neuf ans après la mort de Saint-Louis, roi de France,
Distances
Années
rayons orbik-5
• de lumièi-o
986 000
15
1 778 000
28
2 725 000
43
3 850 000
61
5 378 000
85
7 610 000
120
11488 000
181
19 300 000
305
30845 000
486
37 200000
587
UN INCENDIE DANS LE CIEL Ul
— plus tôt, si l'étoile est plus éloignée, plus tard si elle est plus proche;
— les distances de ce petit tableau ne sont que des distances moyennes
et générales, et ne s'appliquant à aucune étoile en particulier, 1 éclat
de chaque étoile ne dépendant pas seulement de sa distance, mais
encore et surtout de sa lumière intrinsèque et de son volume. Ainsi,
si cette étoile était nouvelle, elle n'aurait pas été formée toutefois
en 1866, mais serait déjà âgée de plusieurs siècles.
Mais elle n'est pas nouvelle. Elle existait déjà dans les catalogues,
inscrite comme étoile de 9" grandeur 1/2; c'est le n° 2765 de la
zone -+■ 26° du grand Catalogue d'Argelander.
C'est donc là un lointain soleil, probablement arrivé à ses derniers
jours, et qui aura subi une recrudescence d'éclat passagère, comme
la lampe qui se ranime au moment de s'éteindre. L'examen spectrosco-
pique, fait dès le 16 mai, a d'abord montré une espèce de brouillard,
une atmosphère de vapeurs, enveloppant l'étoile, mais cette nébulosité
se dissipa à mesure que l'éclat allait en s'affaiblissant. Le spectre s'est
montré double, composé d'un réseau à raies noires et d'un second à
raies lumineuses superposé au premier, ce qui démontra que la lu-
mière de l'étoile provenait de deux sources différentes, l'une venant
d'une photosphère liquide ou solide et passant à travers des vapeurs
absorbantes (comme il ai^ive dans notre soleil), l'autre venant d'un
gaz incandescent élevé à une température excessive, lequel gaz est
principalement composé d'hydrogène. — Le huitième spectre de notre
planche générale des spectres représente cette curieuse constitution
(les raies claires ne sont pas assez lumineuses) . — Ainsi la chimie cé-
leste a montré là tous les caractères d'un véritable incendie, qui a duré
tant qu'il a pu être alimenté par l'hydrogène, lequel sans doute venait
de faire explosion des entrailles de ce foyer solaire. Nous pouvons
dire littéralement que nous avons vu là un monde en feu. L'incendie
a d'abord été formidable, mais il n'a pas duré plus d'un mois.
Telle est l'histoire de cette étoile remarquable, que nos lecteurs
pourront trouver dans le ciel à l'aide d'une lunette, en se servant de
notre fig. 91, sur laquelle sa position exacte est indiquée. Elle forme
un angle droit avec ^ et e et se trouve sur la ligne menée de £ à tt du
Serpent, à peu près à un tiers de la distance. Son éclat ne varie pas
sensiblement en ce moment ; elle est toujours de 9" grandeur et demie.
Celui qui s'attacherait à la suivre avec persévérance découvrirait sans
doute en elle de curieuses fluctuations de lumière : elle est un peu jaune.
Cette étoile de la Couronne est, comme toutes les autres, un soleil
analogue à celui qui nous fait vivre, et le sort qui vient de lui arriver
148
VARIATIONS D'ECLAT D'UN SOLEIL
pourrait également arriver à notre propre soleil. Soit par la chute
d'un essaim d'aérolitlies, soit par une éruption formidable de gaz
intérieurs, soit par une combinaison chimique activant la combustion
de la photosphère, notre soleil pourrait aussi, du jour au lendemain,
brûler d'une ardeur dix fois supérieure à celle dont il inonde le Sahara
pendant les chaleurs torrides de juillet. Alors l'herbe sécherait dans
les prairies, les épis tomberaient fauchés par la sécheresse, les ruis-
seaux s'arrêteraient dans leur cours, les oiseaux ne chanteraient plus
dans les bois déserts, les poitrines oppressées ne respireraient plus
qu'un air embrasé, et une insolation universelle frapperait tous les
cerveaux. Mourante de soif, accablée par la chaleur, aveuglée par la
Fig. 98 — L'étoile double î Couronne.
Fig. 99. — L'étoile double o Couronne.
lumière, l'humanité fuirait le jour pour s'enfoncer dans les fraîches
ténèbres des caves et des souterrains, jusqu'au jour où, les animaux
qui la nourrissent venant à lui manquer, les retraites qu'elle aurait
choisies elle-même pour son salut deviendraient son tombeau. La
catastrophe pourrait ne pas être universelle, si l'incendie solaire ne
durait que quelques semaines, et peut-être certains couples humains
épargnés par le ciel seraient-ils appelés à perpétuer, nouveaux
Adams, nouvelles Eves, la race détruite pa/" le feu céleste, exception
suprême sans laquelle la planète demeurerait privée d'esprits jusqu'au
jour où le progrès transformateur aurait humanisé une nouvelle race
animale. Qui sait si un tel destin n'est pas réservé à notre patrie
pour un avenir non lointain?... Nous ne faisons pas exception sur
la grande scène de l'univers.
' Peut-être plusieurs terres célestes gravitent-elles autour de ce
ETOILES DOUBLES DANS LA COURONNE
149
lointain soleil de la Couronne; peut-être leurs humanités ont-elles
été en partie détruites par cet incendie; peut-être des révolutions
incomparablement plus violentes que toutes celles de la politique ont-
elles agité ces pauvres êtres désespérés, pour un phénomène physique
qui n'a été pour nous qu'un spectacle de simple curiosité.... Ainsi,
si un souffle délétère empoisonnait demain l'atmosphère terrestre et
couchait toute notre humanité dans la tombe, les titres de rentes de
la bourse des grandes capitales de Mars et de Vénus ne baisseraient
pas d'un centime.
La constellation de la Couronne boréale ne renferme pas beaucoup
d'étoiles doubles ; il n'y en a guère que deux que l'on puisse recom-
mander pour les instruments de moyenne puissance :
'( : grandeurs des composantes : 4 1 et 6'; blanche et verte ; distance
=6",4; couple probablement orbital, mais mouvement trèslent(/îgi.98).
L'étoile (7, qui était autrefois, vers 1830, un couple serré à 1" et
accessible seulement aux grands instruments, a vu depuis ses deux
étoiles s'écarter lentement l'une de l'autre, et aujourd'hui elles sont
séparées par 3",5 {fig. 99). Grandeur des composantes : 6' et 7°.
Couple orbital assez rapide. L'angle, qui était à 347° en 1781, avait
passé par le nord et s'était
J880
1836
1827 tfOS
avancé à 11° en 1802, à 90 en -"- ^^°-
1827, à 135 en 1836, à 150 en
1841. Il a continué de progres-
ser, car la petite étoile était
juste au sud de la grande, à 180°
en 1855, et elle est actuellement
(1880) avancée à 202°. Le mou-
vement va en se ralentissant.
Notre fig. 100 montre ce que
nous en avons observé. On
avait d'abord estimé la période
de révolution à 195 ans, puis on
l'a portée à 420, et maintenant
nous la faisons de 846 ans ; si le
mouvement continue à se ra-
lentir, on trouvera dans l'avenir qu'elle est encore plus longue. La
base d'observations est encore insuffisante pour une affirmation sûre,
quoiqu'en prétendent certains mathématiciens — qui poussent avec
ingénuité leurs calculs jusqu'aux dixièmes, aux centièmes et même
aux millièmes sur des nombres dont les unités sont incertaines !
Fig. 100. -
Mouvement observé sur Tétoile double
o Couronne.
150
LA COURONNE BOREALE
Plus intéressante encore, mais beaucoup plus difficile à dédoubler,
/"•
Fig. 101. — Orbite apparente de l'étoile double n Couronne.
est l'étoile -n, couple orbital excessivement serré (actuellement 0"6), et
■ 1- Rg'v°i'^'""' ■■ /f
Fig. 10?. — Oibite absolue de l'étoile double >l Couronne.
très rapide, l'un des plus rapides du ciel. Les deux composantes
sont à peu près de même éclat (5' |), et il faut d'excellents instru-
LA COURONNE BOREALE
151
ments pour opérer le dédoublement. La révolution de ce double
soleil autour de son centre de gravité s'opère en 41 ans, de sorte que
depuis sa découverte, en 1781, ce couple a déjà parcouru plus de deux
révolutions. J'ai représenté {fig. 101) l'orbite apparente telle que
nous la voyons de notre observatoire terrestre ; elle est très allongée,
son excentricité atteignant 0,86. Il n'en est pas de naême de l'orbite
absolue, vue de face, dont l'excentricité n'est que de 0,27; c'est là
[fig. 102) le vrai système de ce double soleil, dont chaque loyer illu-
mine sans doute une famille de planètes éclairées ainsi simultané-
ment ou successivement par « deux astres du jour, » étrange nature,
absolument différente de tout ce que nous connaissons sur notre
modeste petite planète.
On ne s'imagine pas, en général, combien extraordinaires peuvent
être les orbites décrites par les mondes appartenant à ces systèmes
d'étoiles doubles. En certains cas très simples, comme serait celui
de notre propre système solaire si Jupiter était encore un soleil lumi-
neux, on a 1° des planètes comme la Terre et Mars, suivant une orbite
régulière autour du soleil principal, et en situation d'être illuminées
pendant la nuit par un soleil d'une autre couleur ; on a aussi 2° des
mondes tournant autour 'du soleil secondaire, comme le seraient alors
les satellites de Jupiter, éclairés en même temps par le soleil primaii's
plus lointain et moins important pour eux, et l'on a encore 3° des mondes
tels que Saturne, Uranus et Neptune, gravitant suivant d'immenses
orbites tracées extérieurement aux deux soleils. Mais il peut se pré-
senter d'autres cas incomparablement plus curieux, que la mécanique
céleste peut prévoir, et parmi lesquels je ne signalerai ici que celui d'une
planète décrivant une triple spirale, symétriquement formée, avant de
revenir à son point de départ. Dans un tel système, la planète partant,
je suppose, du point marqué n° 1 {fig. 103), suit la ligne tracée et passe
successivement par les points
2, 3,4, 5... 12, 13, 14, pour
revenir au point 1 . Lorsqu'elle
revient pour la seconde fois au
point 3, sur le grand axe, elle a
parcouru la moitié de sa révo-
lution, qui dessine ainsi trois
ellipses entrelacées. Quelles
Fig. 103. — Singulière orbite décrite par une planèta
dans un système d'étoiles doubles.
singulières années, quelles bizarres saisons, de telles révolutions ne
doivent-elles pas produire ! Mais le panorama de l'univers est infini,
et chaque pas conduit à de nouvelles surprises.
CHAPITRE VI
Continuation de l'élude du ciel boréal. — Le Cocher, Capella ou la Chèvre.
Les voyages de la lumière. — Le Lynx.
Nous connaissons déjà la moitié environ de notre ciel boréal. En
suivant une méthode toute naturelle, en commençant par le nord et
en nous dirigeant vers l'équateur pour aller plus tard jusqu'au sud,
nous avons appris à trouver successivement chaque constellation, et
maintenant nous pouvons nommer dans le ciel les étoiles de la Petite
Ourse, du Dragon, de Céphée, de la Girafe, de Cassiopée, d'Andro-
mède, de Persée, de la Grande Ourse, du Petit Lion, du Bouvier,
des Chiens de Chasse, de la Chevelure, de la Couronne : ces noms
ne sont plus lettres mortes pour nous ; nous voyons dans le ciel les fi-
gures qu'ils désignent, nous en connaissons les étoiles principales, et
nous sommes en situation de pousser aussi loin que nous le voudrons
l'étude détaillée de toutes les curiosités sidérales afférentes à chacune
de ces régions du ciel.
Une étoile de première grandeur se signale maintenant à notre at-
tention. Elle est éloignée du pôle de presque toute la distance qui
s'étend de notre horizon à l'Etoile polaire, c'est-cà-dire de presque la
hauteur du pôle à Paris, de sorte que, comme la Grande Ourse, elle
ne se couche jamais pour nous, mais touche presque l'horizon du nord
lorsque le mouvement diurne l'amène là-bas, à son passage inférieur
au méridien; ce qui arrive le soir en été, du mois de mai au mois
d'août. Cette étoile, nommée Capella, ou la Chèvre, brille dans une
région relativement déserte, de sorte qu'elle n'est pas aussi facile
à trouver que les précédentes. Le meilleur procédé que je connaisse,
toutefois, c'est encore de nous servir de notre vieille amie la Grande
Ourse, qui est toujours à notre disposition. Elle nous a servi tout
récemment pour reconnaître Arcturus sur le prolongement de la
courbe tracée par les trois étoiles de la queue. Eh bien! la Chèvre se
trouve juste à l'opposé. Si l'on trace par la pensée une ligne passant
parles cinq étoiles du Chariot •/), ç, e, â, et « et qu'on prolonge cette
Fig. 104. •— Le Cocher et la Chèvre. — Le Lynx. — Le Télescope d'Herschel.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 20
15i L'ETOILE CAPELLA DU COCHER
courbe à une assez grande distance, on voit briller là, sans équivoque
possible, une étoile de première grandeur : c'est Capella.
«
Fig. 105. — Alignement pour trouver Capella.
On pourrait également se servir de notvefig. 40 (p. 65) : Capella
brille sur le prolongement de la ligne tracée par le carré de Pégase,
Andromède et Persée.
Cette étoile est, avec Véga et Arcturus, à la tête de l'armée sidérale
que nos regards contemplent pendant les lieures paisibles du soir.
Elle est moins blanche que Véga et moins jaune qu'Arcturus, et
c'est cette différence de teinte qui fait que pour certains yeux Véga
paraît plus brillante que Capella, tandis que pour d'autres celle-ci a
la préférence. D'ailleurs, il est difficile de les comparer minutieuse-
ment toutes les trois, parce qu'elles sont fort éloignées Tune de i'auti'e
et que quand l'une étincelle au zénith l'autre scintille à travers les
vapeurs de l'horizon. (C'est à cause de cette difficulté que j'ai con-
struit une sorte de sextant astronomique qui rapproche l'une de l'autre
les étoiles les plus éloignées et permet ainsi de comparer directement
leur éclat et leur couleur.) Ainsi, aux mois de mai, juin et juillet,
Arcturus et Véga planent dans les hauteurs du ciel, tandis que Capella
se voile dans les brumes du nord ; en novembre, décembre et janvier,
au contraire, Arcturus et Véga sont au-dessous de notre horizon,
tandis que la Chèvre s'élève au zénith. Non loin d'elle, paraissent les
Gémeaux. Ces différences de situation offrent même des difficultés
assez grandes à ceux qui commencent l'étude du ciel ; aussi lorsque
nous aurons terminé cette description générale des constellations,
aurons-nous soin de nous rendre exactement compte de la variation
de leur aspect pour chaque mois de l'année.
De toutes les étoiles dont on a pu calculer la distance, Capella est
la plus éloignée, sa parallaxe, à peine sensible, se réduisant à 0"'046,
ce qui porte son éloignement à 4 484 000 fois la distance du Soleil à
la Terre, ou à 170 trillions de lieues, abîme que la lumière n'emploie
pas moins de 71 ans et 8 mois à traverser, quoiqu'elle se précipite
avec la vitesse inouïe de 75 000 lieues par seconde. Ce fait scientifique
m'a servi de base autrefois pour composer un voyage dans un rayon
L'ËTOILE OAPELLA DU COCHER 155
de lumière : un habitant de la Terre meurt à l'âge de 72 ans, au mois
d octobre 1864 ; son âme s'envole dans Capella et y arrive le lende-
main de sa mort ; mais de là on voit la Terre avec un retard de près
de 72 ans ; notre héros arrive juste pour assister à la mort de
Louis XVI ; puis il se revoit lui-même à l'époque de sa naissance et
il se retrouve petit enfant courant dans les rues de Paris, attendu qu'à
cette distance on voit notre monde avec tout ce retard, et que c'est
seulement le vieux Paris, avec tout ce qui s'y passait alors, qui est
visible de cette région du ciel. {Voy. nos Récits de V Infini). Sous
quelque aspect qu'on l'envisage, ce fait de la transmission successive
de la lumière est sans contredit l'un des plus merveilleux de la phy-
sique céleste, par les conséquences inattendues qu'il entraîne au point
de vue de notre conception habituelle du temps. Le passé devient un
présent perpétuel voyageant dans l'infini... Mais, au surplus, qu'est-ce
que le passé? qu'est-ce que le présent? Vous vous souvenez, ô lecteur!
des heures charmantes de votre enfance, lorsque votre grand-père
vous faisait sauter sur ses genoux. Mais lorsque vous arrivez vous-
même à la vieillesse, si vous retrouvez dans un tiroir un portrait mi-
niature de ce grand-père, fait à l'époque de son enfance, c'est un
enfant que vous avez dans les mains, et c'est vous qui êtes l'aïeul. Où
est l'enfant? où est le vieillard?
Oui, de cette étoile Capella on ne peut voir actuellement la Terre
qu'avec un retard de 72 ans, — en supposant une vue assez puissante
ou assez transcendante'' pour distinguer d'une pareille distance le
pauvre petit séjour où nous vivotons. Daignez quelque soir élever vos
regards jusqu'à elle : vous la verrez, non telle qu'elle est au moment
où vous la regardez, mais telle qu'elle était au moment où sont partis
les rayons lumineux qui vous en arrivent, près de soixante-douze ans
auparavant. Si cette étoile s'éteignait aujourd'hui, elle brillerait en-
core pour nous pendant tout cet intervalle : la dépêche est partie ;
l'envoyeur peut mourir; le rayon lumineux émané de ce soleil cette
année 1880 n'arrivera ici que l'an 1952. Les enfants qui naissent en
ce moment pourront , si Dieu leur prête vie, regarder cette étoile
quand ils seront devenus septuagénaires : ils recevront seulement
alors le rayon céleste lancé de son sein au moment de leur naissance.
A part quelques exceptions (pour une trentaine d'étoiles), 'nous voyons
tous le ciel, non pas tel qu'il est, mais tel qu'il était avant qu'aucun
de nous existât en ce monde !
L'étoile avec laquelle nous venons de faire connaissance est la
plus brillante de la constellation du Cocher. Cette constellation est
156
LA CONSTELLATION DU COCHER
l'une des anciennes de la sphère grecque ; les cartes célestes nous
montrent là depuis un temps immémorial un cocher sans voiture ;
néanmoins il tient delà main droite un fouet et des rênes (Foy. /îg. 105)
On lui a mis sur le bras gauche la Chèvre dont nous venons de parler
et même deux petits chevreaux nouvellement nés. Il est probable que
cette brillante étoile a été associée anciennement aux faits et gestes de
la vie des champs et particulièrement au retour du printemps, comme
les Hyades et les Pléiades, dont elle n'est pas fort éloignée. Quant
au rapport qui peut exister entre un cocher et une chèvre, il n'est pas
facile à deviner, et nous ne perdrons pas notre temps à le chercher.
Ce cocher avait reçu des Grecs le nom d'Erichton, roi d'Athènes et
Fig. 106. — Ancien dessin du Cocher el des Gémeaux (gravure sur bois de l'an 1559).
inventeur des chars, et la Chèvre celui d'Amalthée, nourrice de
Jupiter.
Dans y Almag este de Ptolémée, cette figure est appelée Héniochus
(le cocher); dans celui de Sûfi : Mumsik al-ainna (celui qui tient les
rênes) ; dans Ulugh Beigh : Tenens habenas, ce qui a la même signi-
fication. Elle a subi, comme ses compagnes, de singulières métamor-
phoses ; chez les Arabes, l'automédon céleste n'a pas de chèvre sur le
bras; au xv^ et au xvi' siècle, il apparaît coiffé d'un bonnet phrygien;
dans l'atlas de Bayer, on le voit dessiné sous une forme analogue à
celle de l'Atlas de Bode {fig. 104). Il suffira de comparer à ce dessin
celui d'un Aratus de 1559 (Henri II), reproduit fig. 106, et celui de
l'atlas d'Hévélius (1690), reproduit fig. 107 pour se rendre compte
des différences considérables que la fantaisie des dessinateurs et le
LA CONSTELLATION DU COCHER
157
goût des siècles ont apportées dans la configuration de cet astérisme
comme dans celle de tous les autres.
Fig, 107. —Le Cocher de l'atlas d'Hévélius (1830).
Cette constellation se compose essentiellement d'une étoile de pre-
mière grandeur («), de deux de seconde (jB et y), de deux de troisième
158
LA CONSTELLATION DU COCHER
(9 et t) et de six de quatrième, comme on peut s'en rendre compte à
l'aide de notre fig. 108. L'étoile y est en même temps l'étoile /3 du Tau-
reau. On possède dans le tableau suivant la liste des principales étoiles
Se cet astérisme, jusqu'à la cinquième grandeur inclusivement, avec
les observations d'éclat faites depuis deux mille ans : toutes ces étoiles
peuvent être trouvées dans le ciel à l'aide de notre ftg. 108.
ETOILES PBINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU COCHER
DEUX MILLE ANS D'OIiSEIWATION
ÉTOILES -
-127
+ 0G0
1430
1500
1603
1G60
1700
1800
1840
1860
1880
a (Capella)
\
1
1
1
1
1
1
1
1
1
1,3
P
2
2
2
2
2
2
2
2
2
2
2,3
Y
3.2
2
2
2
2
2
2
2
2
2,0
S
A
4
4
4
4
4
4
3.4
4.5
4
4,2
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4
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4
4,0
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4
4
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4
4
4
4
4
4.3
4.3
4,0
4.3
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3
4
4
3
4
4
3
3
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t
3.4
3.4
3
4
4
3
4
4
3
3
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4
4
4
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4
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5.4
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5
5
5
5
5
5
5
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5
5
5
5
5
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5
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6
6
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6
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6
5
6
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6
6
6
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6
5
5
5
6
6.5
5,8
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5
5
5^
5.6
5
5
5,4
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5
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5.6
5
5.6
5,5
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5
5
5.6
5.6
5,3
16
6
6
7
5
5
5,7
63
ii
5
5
5
5,9
La comparaison de ces éclats met en évidence certaines variations
assez curieuses. Ainsi l'étoile Ç, notée de 4° grandeur par Hipparque,
l'a été de 5' par Sùfi et Ulugh-Beigh, de 6^ par Tycho et Hévélius;
l'étoile T, qui est une brillante de la cinquième grandeur, a été notée
de 7* par Piazzi; l'étoile i]/', a été notée de 4' 1/2 par Flamsteed et de
b" 1/2 par Piazzi; l'étoile 16 paraît avoir augmenté d'éclat depuis le
siècle dernier. Quant à la dernière de la liste, si elle n'a pas été notée
LA CONSTELLATION DU COCHER
15C
par les anciens, c'est probablement parce qu'elle se trouve trop éloi-
gnée de la figure : toutefois, son éclat ne paraît pas constant non plus.
On a qualifié de la lettre <!/ toutes les étoiles du Fouet, si bien qu'il
y a dix étoiles qui portent la même lettre, ce qui n'est pas d'une
invention très heureuse : de tous ces psi, le plus brillant est 1', qui
est de cinquième grandeur ; plusieurs sont de sixième, et si peu remar-
quables, qu'il serait superflu de les encadrer dans notre description.
L'étoile £ varie légèrement et irrégulièrement, d'après les observa-
tions de Schmidt d'Athènes : de 1848 à 1875, elle a toujours été vue
Fig. 108. — Principales étoiles de la constellation du Cocner.
plus brillante quevi, rarement égale, et cette année-là, elle était sensi-
blement plus faible ; mais dès la fin de cette année elle était remontée
à son éclat, et actuellement elle continue de rester plus brillante.
Au nord de Capella, au delà de l'étoile qui porte le n° 9 et à côté
d'une petite étoile de sixième grandeur, il y a une étoile variable, R,
qui varie de 6 1/2 à 12 1/2 dans la période de 463 jours, du moins
pour le retour des maxima, la période des minima paraissant être de
445 jours. Intéressante à chercher dans une lunette quand l'occasion
s'en présente.
L'étoile Ç est remarquablement brillante pour sa grandeur. Elle
est incontestablement du quatrième ordre, mais néanmoins très écla-
160 ÉCLAT ET COULEURS DES ÉTOILES
tante. D'autres paraissent plus grandes et moins lumineuses. Il y a
entre les étoiles des différences de nature qui sont bien perceptibles à
l'œil nu. De deux étoiles d'égal éclat, Tune percera beaucoup plus
vite les clartés du crépuscule ; exemple Arcturus , dont la lumière
dorée devance de beaucoup la lumière argentée de Véga. Antarès est
d'un jaune orangé, comme Mars. Pollux est jaune comme Arcturus,
Sirius blanc comme Véga. Les étoiles jaunes et rougeâtres gagnent
au crépuscule, perdent pendant la nuit. Lorsque des brumes passent
sur Cassiopée, elles obscurcissent plus facilement a que p ou y, à éga-
lité d'éclat. Ce sont là des différences intéressantes à observer (').
Cette constellation ne renferme qu'un petit nombre d'étoiles
doubles importantes; nous n'en signalerons que deux, qui ne sont pas
trop difficiles à trouver :
L'étoile 14, de cinquième grandeur, dont le compagnon, de septième
et demie, brille à 15": couple qui reste fixe au fond des cieux; une
bonne lunette montre une troisième étoile, de onzième grandeur,
à 12". Au nord de la ligne même de p à t.
L'étoile 4 m, de cinquième grandeur (entre i et ç), dont le compa-
gnon, de huitième, brille à 6" 3, et reste également fixe depuis un
siècle qu'on l'observe. Cette étoile offre cette particularité d'avoir été
estimée de grandeurs bien différentes par les divers observateurs,
car les uns l'ont notée de 6°, les autres de 5% de 4" et même de 3%
comme on peut en juger par les estimations suivantes d'éclat des deux
composantes de ce couple :
7=
(') A propos de l'apprf^ciatioa des couleurs des étoiles, remarquons qu'elle n'est
pas aussi facile qu'on le croit. D'abord, ces couleurs sont peu intenses, surtout sous
nos latitudes brumeuses. Ensuite, tous les yeux ne jugent pas de la même façon, et
ne voient pas identiquement les couleurs même les plus franches : il suffit de se pro-
mener dans un musée et de comparer les diverses copies d'un tableau faites par
plusieurs artistes pour se convaincre que la même couleur de l'original est repro-
duite avec des tons bien différents; à l'exposition des Champs-Elysées, à Paris, où
l'on peut voir chaque année un nombre surprenant de femmes nues, on en remarque
toujours deux ou trois qui sont d'un jaune ou d'un rouge si étranges, que très cer-
tainement, à l'honneur de la plus belle moitié du genre humain, il est impossible
d'admettre que les modèles aient jamais eu une pareille peau. Ajoutons, quant aux
étoiles, que les lumières artificielles employées le soir étant toutes jaunes, donnent
un faux terme de comparaison et font paraître les étoiles plus bleues. D'autre part
encore, l'atmosphère les rougit si elles sont près de l'horizon. Enfin, si l'on se sert
d'une lunette ou d'un télescope, la composition des verres modifie aussi les nuances.
Cependant, avec un peu d'exercice, on ne tarde pas à remarquer les différences in-
téressantes dont nous parlons.
.v
B
A
Morton en 1857. .
. (',"
9M
Struve en 1827. .
. 4'=
Schmidt en 1833 .
. 5'=
9=
Id. en 1830. .
. 4«
Struve en 1824. .
. 5"
S'
Secchi en 1850 . .
. 3'
LA CONSTELLATION DU COCHER
161
Ces variations sont-elles réelles? La transparence atmosphérique
n'a-t-elle pas joué un grand rôle dans ces divergences? Ce qu'il y a de
plus curieux, c'est que les estimations des couleurs offrent les mêmes
variations : tandis que l'un a noté les composantes blanche et bleue,
l'autre les a notées orange et rouge ; un autre les a vues verte et
blanche. Couple intéressant à suivre.
Ajoutons que cette étoile a reçu la lettre co dès le temps de Flamsteed,
mais que cette lettre n'est pas inscrite dans l'atlas de Bayer.
Les autres étoiles doubles de cette constellation n'offrent pas d'in-
térêt pour les instruments de moyenne puissance ('). Il en est de même
des nébuleuses et amas d'étoiles, qu'il est à peu près impossible de
trouver sans équatoriaux. Nous en signalerons cependant deux qui
Fig. lO'J. — L'étoile double 14 Cocher.
Fig. 110. — L'étoile aouble 4 (o Cocher.
sont trop remarquables pour être laissés sous silence. L'un (M. 37)
est situé par 5" 44" d'ascension droite et 32° 31' de déclinaison, et se
trouve à peu près au milieu de la ligne tracée de ^ Taureau à 9 Cocher ;
(') Les lecteurs dont l'amour pour l'astronomie pratique grandira encore et voudra
s'exalter hors de la sphère d'étude populaire dans laquelle nous nous renfermons ici,
trouveront les documents qu'ils ambitionnent dans notre ouvrage spécial sur les
Etoiles doubles, et dans notre grand Atlas céleste, qui donne les positions de plus de
cent mille étoiles. Il importe ici de ne pas dépasser les limites des observations, des
études et des remarques que chacun peut faire facilement, pour peu qu'il s'intéresse
sérieusement à s'instruire lui-même dans la connaissance de l'univers. Notre but
est, répétons-le, tout simplement d'ouvrir le ciel pour que tout le monde puisse y
lire comme dans un livre. Cette description est méthodiquement faite : nous exa-
minons les constellations l'une après l'autre en marchant du nord vers le sud et en
nous servant des étoiles que nous connaissons déjà. —On trouvera, du reste, à la fin
de ce volume, une Table générale et analytique des matières contenues dans l'As-
tronomie populaire et dans son Supplément, qui permettra de se reporter facile-
ment à tous les sujets traités.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 21
.(VI LE TÉLESCOPE D'HERSCHEL
ra'.ilrc (M. 38) est situé par 5" 21" d'ascension droite et 37° 47' de
déclinaison, et se trouve au nord-est de l'étoile ç : ces deux positions
sont indiquées sur notre fig. 108.
Le premier offre dans le champ du télescope une éclatante pous-
sière d'or scintillant de mille feux : on peut y compter plus de cinq
cents étoiles de la dixième à la quatorzième grandeur; très curieux à
observer, même dans les instruments de faible puissance. Toutes les
étoiles de cet archipel céleste doivent être à la même distance de nous,
et, par conséquent, leur grandeur réelle doit différer comme diffère
leur grandeur apparente.
Le second affecte la forme d'une croix par la disposition des prin-
cipales étoiles qui brillent dans son sein, et présente plusieurs jolis
couples d'étoiles doubles. William Herschel penchait vers l'idée que
la région la plus dense de cet amas doit exercer sur l'ensemble une
certaine puissance attractive. Il semble, en effet, qu'il se prépare là
une tendance vers la forme circulaire, qui ne sera pas atteinte
de longtemps. Le patient observateur faisait, à ce propos, la remarque
que nous pouvons juger de l'âge relatif des nébuleuses et des amas
d'étoiles par la disposition générale de leurs parties constitutives, les
plus âgés étant ceux qui paraissent les plus denses et les plus rapprochés
de la forme sphérique.
Ce sont là les richesses principales de la constellation du Cocher.
Continuons notre description du ciel par l'examen des régions voisines.
Sur notre fig. 104,- on a remarqué, à l'est du Cocher, un instrument
astronomique d'une forme assez bizarre : c'est le Télescope cV Herschel,
qui a été placé là par un astronome autrichien, le Père Hell, en com-
mémoration de la découverte d'Uranus, faite dans cette région du ciel
le 13 mars 1781. Ce petit astérisme envahit, en effet, la constellation
des Gémeaux, que traversait la planète Uranus à l'époque de sa décou-
verte. Mais, quelque illustre et quelque cher que soit le souvenir du
grand William Herschel dans le cœur de tous les astronomes, l'ad-
jonction de cet instrument sur la sphère céleste n'a jamais servi qu'à
embrouiller les cartes. Effaçons donc ce dessin, rendons au Cocher,
aux Gémeaux et au Lynx les étoiles qui leur appartenaient, et ne con-
sidérons cette image que comme un souvenir historique.
A l'est encore, on voit le Lynx, qui est également une constellation
moderne et qui occupe un vaste espace entre la Grande Ourse et les
Gémeaux. C'est Hévélius qui, vers 1660, a installé cet animal dans le
ciel, un peu par suite d'un jeu de mots : «. Car, dit-il, il n'y a là que
de petites étoiles, et il faut avoir des yeux de lynx pour les distinguer
LE LYNX 163
et les reconnaître. » Au surplus, il ne tient pas outre mesure à sa
création : « Ceux qui ne seront pas contents du choix, ajoute-t-il, y
pourront dessiner autre chose s'ils le préfèrent; mais il y a vraiment
là un trop grand vide dans le ciel pour n'y rien mettre du tout. » Le
Lynx est resté, et il n'y a plus de raison aujourd'hui pour qu'il s'en
aille. Il y avait là, autrefois, sous les pieds de la Grande Ourse, un
fleuve qu'on appelait le fleuve Jourdain et qui faisait pendant au fleuve
du Tigre^ dessiné, de l'autre côté du pôle, entre l'Aigle, le Cygne et
la Lyre. Mais ces deux fleuves ont cessé de couler dans le ciel, et les
meilleurs yeux n'en retrouveraient plus aujourd'hui la moindre trace.
Comme nous venons de le dire, le Lynx n'est composé que de petites
étoiles. Cependant, nous ne pouvons les laisser passer sans faire con-
naissance avec elles et sans voir si, dans cette région du ciel, quelque
curiosité n'est pas digne d'arrêter un instant notre attention. Signalons
donc ici les principales de ces étoiles :
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU LYNX.
ÉTOILES 1660 1700 1800 1840 1S60 1880
40 3 4 4,5 3.4 3.4 3,4
38 5 4 4 4 4 3,8
31 5i 5 5 5 5 4.4
21 5 5 5.6 5 5 4,7
15 5 5 5 5 5 5,2
2 5 4 4.5 5.4 5.4 5,5
27 5 5 5 5.4 5.4 5,7
12 5i 6 5 5 5,6
36 6 5A 5.6 5 5 5,5
P. VIII, lO'J 6 5.6 6 5 5,5
19 6 5 7 5 5.6 5,4
24 5 5 6 5 5.6 5,5
P. IX, 115 6 6 5 5.6 5,5
18 6 6 5.6 6 5.6 5,7
14 5 5.6 6 6 5,8
FI. 1010 5 5 6 6 60
20 6 7.8 7^5
Il n'y a là qu'une étoile assez brillante (40) de troisième grandeur et
demie, qui paraît être descendue à la quatrième et demie au temps de
Piazzi. La suivante (38) paraît augmenter légèrement d'éclat. L'étoile
qui porte le numéro 19 n'a été vue que de septième par Piazzi ; cepen-
dant, elle est bien visible à l'œil nu , étant une faible de cinquième
grandeur. Celle qui porte le numéro 1010 dans le Catalogue général de
Flamsteed est généralement confondue par les astronomes avec la 20° :
elle a dû diminuer d'éclat. Quant à la 20°, elle a disparu pour les obser-
vations faites à l'œil nu. Du reste, si l'on compare entre eux avec soin
les atlas d'Hévélius, Flamsteed, Bode, Argelander et Heis, on ne tarde
164 LE LYNX
pas à s'apercevoir que plusieurs changements assez sensibles ont eu
lieu depuis deux siècles dans cette région du ciel.
L'étoile que nous avons inscrite sous le numéro P. VIII, 169,
est appelée par les astronomes , y compris Flamsteed et Piazzi , 50
Girafe, ce qui n'a aucun sens, la Girafe étant éloignée au nord du Lynx,
et cet astre se trouvant en plein dans le corps de ce dernier animal.
Toutes ces étoiles sont assez difficiles à identifier dans le ciel. Il
faut pour cela de belles soirées, pas de clair de lune et beaucoup de
patience. Je n'engagerai guère dans cet essai que ceux d'entre nos
. > "
Fig. 111. — Principales étoiles de la constellation du Lynx.
lecteurs qui se sentent vraiment animés du feu sacré. Se servir de
notre fîg. 111. Les meilleurs mois pour observer cette région vers
neuf heures du soir sont : février, mars, avril et mai, parce que ces
petites étoiles sont alors très élevées dans le ciel et ne perdent rien de
leur éclat.
Il y a là quelques étoiles doubles intéressantes :
Menez une ligne de t x à X [x. Grande Ourse ; au sud-est de cette ligne,
vous verrez deux étoiles de 3' 1/2 à 4° grandeur : ce sont 38 et 40 lynx.
La première est double : compagnon de 7' grandeur, à 2"8. C'est un
système pliysique en mouvement propre commun mais qui ne tourne
LE LYNX
165
qu'avec une extrême lenteur : il n'y a pas plus de 6 degrés de par-
courus depuis un siècle.
L'étoile n" 12 est un système triple. Grandeurs des composantes :
5,8, 6,5 et 7,5. Les deux premières sont serrées l'une contre l'autre
à Vi. La troisième est écartée à 8"3. Excellent objet d'observa-
tions pour une bonne lunette. C'est, de plus, là, un système ternaire
remarquable : les deux premiers soleils de cet univers lointain ont déjà
tourné l'un autour de l'autre de 53° depuis un siècle ; leur période de
révolution pourrait être de 700 ans environ ; quant au troisième, il ne
doit accomplir son cycle qu'en plusieurs milliers d'années.
L'étoile n° 19, de 5' grandeur 1/2, a un compagnon de T à 14*,
Couple stationnaire depuis cent ans qu'on l'observe. La 20' est aussi
une double fixe, très élégante : deux astres de 7' 1/2, écartés à 15".
Fig. 112. — L'étoile double 38 du Lynx. Fig. 113. — L'étoile triple 12 du Lynx.
Il y a encore là d'autres groupes remarquables ; mais ils sont si diffi-
ciles à trouver, qu'il est inutile de les indiquer. La 15' est particulière-
ment intéressante, mais seulement pour un instrument puissant : il y
a là deux soleils, l'un jaune d'or, l'autre azur, qui se sont éclipsés
dernièrement, le disque d'or ayant recouvert une partie du disque
d'azur, sur environ un quart de diamètre. Cette occultation rarissime
a été observée par le baron Dembow^ski ('), de son observatoire par-
ticulier installé près de Milan; elle a eu lieu en 1868. Depuis 1872,
les deux étoiles vont en se séparant lentement; mais elles ne sont
encore qu'à une demi-seconde l'une de l'autre.
Pas de nébuleuses, ni d'amas d'étoiles extraordinaires.
') Les plus beaux travaux accomplis sur les étoiles doubles depuis dis ans sont
dus à cet astronome amateur, ainsi qu'à M. Burnham de Chicago, à M. Gledhill d'Ha-
lifax, à M. Wilson de Rugby, à M. Doberck de Markree, tous astronomes amateurs,
CHAPITRE VII
Pégase. — Le Petit Cheval. — Le Dauphin.
Le cheval ailé qui d'un coup de pied fit jaillir la fontaine Hippo-
crène, inspiratrice des poètes, a reçu dans le ciel l'une des plus vastes
et des plus belles provinces de la voûte étoilée. Ce que l'on remarque
tout d'abord, c'est un grand carré, plus étendu que le quadrilatère de
la Grande Ourse, formé par quatre belles étoiles. A un angle du carré
vient se greffer une ligne courbe formée aussi par trois brillantes
étoiles, de sorte que cette figure reproduit, sous une forme un peu
Carre de/^ase
-f/5- f «
*5
•a"
— "-W"
1
••^
r^\^T ..j#jj
-^
?33 !■*',,-'
Fig. 114. » Alignement pour trouver le carré de Pégase.
différente, l'aspect général de la Grande Ourse. (Par une circon-
stance assez bizarre, cette figure de sept astres se retrouve plusieurs
fois, en grand ou en petit, dans la population si variée de la sphère
céleste.) Ce carré de Pégase, avec les trois étoiles d'Andromède qui
l'accompagnent, se lève à l'orient au mois de juillet, pour l'observa-
teur qui examine le ciel à 9 heures du soir, brille pleinement à l'est
pendant les belles soirées du mois d'août, trône au sud-est en septem-
bre et au zénith en octobre, descend vers l'ouest en novembre, se
repose à l'occident en décembre et se couche à la fin de janvier.
Pour le trouver, il n'y a qu'à regarder. Cependant, si l'on veut être
LA CONSTELLATION DE PÉGASE 167
assuré de son identité et vérifier en môme temps ce que l'on connaît
déjà dans le ciel, on reconnaîtra qu'il se trouve sur le prolongement
de deux lignes menées de « et ^ Grande Ourse à la Polaire, passant
vers Cassiopée et continuées au delà de cette petite constellation.
Une étoile du carré est commune à Pégase et à Andromède : c'est «,
suivie par p et y.
On ne dessine jamais là qu'une moitié de cheval, la moitié anté-
rieure, munie d'une paire d'ailes, et l'on a ajouté en avant, à l'ouest,
une autre tète de cheval, qu'on appelle « le Petit Cheval, » et qui sort
on ne sait d'où. Ces deux constellations sont anciennes. Ptolémée
appelle la première Hippos « le Cheval», et la seconde Hippou pro-
tomê « la section antérieure du Cheval. » Ératosthènes a écrit dans
ses Catastérismes, au troisième siècle avant notre ère, que « la partie de
derrière est invisible afin de ne pas montrer que ce cheval est femelle. »
Il paraît que c'eût été là une idée navrante. Au temps de cet astro-
nome et d'x\rchimède, son contemporain, le Petit Cheval n'existait
pas encore; c'est dans le catalogue d'Hipparque qu'on le rencontre
pour la première fois. — Ces deux chevaux sont dessinés renversés,
c'est-à-dire le dos au sud.
Le Grand Cheval est devenu Pégase du temps des Romains. Les
Arabes du dixième siècle de notre ère appelaient le premier al-faras-al-
âzham « le grand cheval », et le second kita al-faras « le morceau du
cheval. » Ils assimilaient aussi ce carré à un puits et à un seau, et plu-
sieurs étoiles ont reçu des noms correspondant à cette assimilation, en
même temps que des noms symboliques, tels que « le Bonheur de la
Prudence » et « le Bonheur de l'Intelligence. »
Peut-être cette tête de cheval coupée est-elle le dernier vestige des
sacrifices de chevaux, qui, paraît-il, existaient en Egypte et en Chine.
Dans la sphère chinoise, il y a là un astérisme nommé T'ien-Kiou ou
l'Ecurie céleste, et certains commentateurs pensent que ces étoiles
passaient au méridien au printemps, à l'époque où l'on nettoyait les
écuries et où on les frottait avec le sang d'un cheval sacrifié, ce qui
les porte à admettre que cet astérisme est originaire de la Chine. Ces
sacrifices de chevaux étaient également en usage chez les Indo-Parses
sous le nom de Aswamedha, de cheval (Aswa) et de sacrifice (medha).
Nous retrouvons ici la terminaison d'Andromède. Mais tout cela se
perd dans la nuit des temps.
Remarquons cependant que si l'on fait passer un trait par les étoiles
/3. ['., Y, 31, les trois petites étoiles qui contmuent, jusqu'à 9, puis par
c, Ô, 'C, et a, on trace un contour enfantin qui peut donner l'idée d'un
168 LA CONSTELLATION DE PEGASE
COU et d'une tête de cheval {voy. la fig. 116); les étoiles 5, p, et les
quatre qui suivent indiquent même la crinière ; un trait mené par p,
1), 32 et iT dessine une jambe, et un autre par t, k et (j. du Cygne en
indique une autre. Les observateurs primitifs qui cherchaient dans le
ciel des représentations animées ont pu remarquer cette vague res-
semblance, comme on en remarque parfois dans les nuages. Cette
constellation serait postérieure à Andromède. Dans cet ordre d'idées,
les quatre étoiles du Petit Cheval représentent plutôt le squelette
d'une autre tête de cheval que n'importe quel autre objet, et plus
tard on l'aura ajoutée pour ne pas laisser de vide.
Les quatre étoiles principales du carré de Pégase portent encore
aujourd'hui des noms arabes, sous lesquels elles sont assez souvent
désignées :
'&'
a Pégase .... Marhab 1 y Pégase. . . . Algenib
p Pégase .... Sclieat \ a Andromède. . Alpherat
Ces noms signifient, le premier, un objet sur lequel on voyage,
comme une voiture ; le second est probablement une corruption du
mot sa'id, bras; le troisième vient de jenah-al-faras, l'aile du cheval; le
quatrième dérive de sirrat-al-faras, le nombril du cheval : il se trouve
que la tête d'Andromède occupe justement cette position, ce qui n'est
pas galant pour la princesse.
Faisons connaissance maintenant avec les étoiles de cette constel-
lation et apprenons à les reconnaître dans le ciel.
Le tableau de la p. 170, et la fig. 116 qui l'accompagne sont les
guides à consulter pour cette étude.
Remarquons d'abord que l'étoile i, qui manque à la série et qui est
la quatrième étoile du carré, n'est autre que l'étoile « d'Andromède,
que nous connaissons depuis longtemps.
Les étoiles (3, y et e sont légèrement variables. La première oscille
de 2,2 à 2,7 en 40 jours. La seconde oscille de 2,0 à 3,0 en 27 jours
et demi, étant à son maximum égale à a et s'abaissant à son minimum
jusqu'à v). La troisième varie, en 25 jours 3/4, de 2,4 à 3,2. J'ai inscrit!
au tableau leur éclat moyen actuel.
L'étoile V, de quatrième grandeur au temps d'Hipparque, était
tombée au-dessous de la cinquième au temps d'Abd-al-Rahman-al-
Sùfi, et on la voit toujours de cinquième grandeur depuis cette
époque. Les étoiles t et u, anciennement de quatrième grandeur, sont
descendues à la sixième et sont remontées à la cinquième. Au con-
traire, 1 a constamment augmenté d'éclat depuis les anciennes obser-
Fip. 115. - Pégase. - Le Petit Cheval. - Le Dauphin. - La Voie lactoe.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 22
170
LA CONSTELLATION DE PEGASE
vations. L'étoile n° 2, de quatrième grandeur au temps de Tycho-
Brahé (1590), était de sixième en 1700. A l'aide du tableau et de la
carte, chacun peut à loisir s'exercer à trouver toutes ces étoiles dans
le ciel et à comparer leur éclat. Nous avons inscrit toutes celles qui,
par leur grandeur ou leurs configurations, sont faciles à trouver pour
une vue moyenne.
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE PÉGASE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES -127 +%0 1430 1590 1G03
oMarfta6 2.3 2.3
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5,2
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Deux étoiles variables intéressantes, R et S Pégase, existent dans
cette région du ciel, offrant l'énorme fluctuation d'éclat qui s'étend
de la septième à la douzième grandeur; mais on ne peut les trou-
LA CONSTELLATION DE PÉGASE
ni
ver et les observer qu'à l'aide d'instruments gradués et assez puis-
sants.
Remarquons dans cette constellation quelques étoiles doubles
dignes d'attention :
L'étoile £ est accompagnée d'une petite étoile de 9° grandeur, mais
très écartée, à 138". Intéressante pour une petite lunette munie d'un
oculaire ù champ large.
■K est aussi une double très écartée, 4' et 5' grandeurs, éloignées à
12' l'une de l'autre, comme Mizar et Alcor. Une jumelle suffit.
Fig. 116. — Priaoipales étoiles de la constellatiou de Pégase.
L'étoile I (à environ 10 degrés et demi au sud-est de Ç du Cygne)
est plus remarquable ; l'écartement est de 36", et les deux composantes
sont respectivement de 4' et 9° grandeurs, jaune et lilas, couple fixe
depuis cent ans qu'on l'observe. On a accusé cette étoile de variabi-
lité; mais rien n'est moins certain. Si elle n'a pas reçu de lettre de
Bayer, c'est parce qu'elle est en dehors de la figure : le juriscon-
sulte d'Augsbourg n'a donné de lettres qu'aux étoiles comprises dans
le corps des êtres ou des objets dessinés au ciel, et, tout en gravant
aussi sur son atlas les étoiles extérieures, il les a laissées anonymes.
C'est pour n'avoir pas remarqu ce fait que plusieurs astronomes ont
cru que quelques-unes de ces dernières étoiles avaient augmenté
d'éclat depuis l'époque de Bayer.
172
CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS PÉGASE
On peut aussi chercher l'étoile 3, près du Verseau, la précédente
d'un trio vers 4° au sud-sud-ouest de e Pégase : elle n'est que de
6' grandeur et son compagnon de 8% à 39"; joli couple; on en voit
un autre, très délicat, dans le même champ.
Il y a encore dans cette constellation une autre étoile double parti-
culièrement intéressante, quoiqu'elle ne soit inscrite que depuis quel-
ques années dans les catalogues d'étoiles doubles, seulement depuis
que je l'y ai mise : c'est l'étoile 85 Pégase, de 6° grandeur, que l'on
trouvera entre « Andromède et ^ Pégase. Son compagnon est de
Fig. 117. — L'étoile double 1 Pégase.
Fig. 118.— L'éloile double 3 Pégase.
9" grandeur et brille actuellement à 15". La première observation de
cette étoile, comme étoile double, est celle que j'ai faite au mois de
décembre 1877 à l'Observatoire de Paris ('). C'est l'un des groupes
( ' ) J'aurai rindiscrétion de raconter à ce propos l'anecdote assez curieuse que voici :
L'illustre Le Verrier avait mis à ma disposition le grand équatorial de 1 Observa-
toire pour mes mesures d'étoiles doubles ; mais il y avait deux ou trois fonctionnaires
de l'établissement qui étaient fâchés de me voir faire ce travail, quoiqu'il fût pure-
ment honorifique de ma part et qu'ils n'eussent jamais eu l'intention de le faire
eux-mêmes. Après la mort de Le Verrier, son successeur par intérim profita de sa
situation momentanée pour enlever la clé de la coupole où j'observais, sans oser
toutefois me déclarer franchement qu'il retirait (sans droit, du reste) l'autorisation
accordée par le Directeur. Je venais, la veille, de prendre une première mesure de
l'étoile 85 Pégase, et j'étais ainsi dans l'impossibilité de continuer, à moins de perdre
mon temps en discussions avec ce pseudo-directeur. Comme ce qui m'importait le plus
c'était d'avoir des mesures des étoiles que j'étudiais, prises par d'autres astronomes
aussi bien que par moi, j'écrivis à M. Burnham, l'habile et complaisant observateur
de Chicago, de mesurer cette étoile avant qu'elle descendît sous l'horizon. Les me
nures furent faites mieux que par moi-même, et la science n'y perdit rien. Le jour
CURIOSITES SIDERALES DANS PEGASE
173
optiques les plus remarquables que l'on connaisse, le mouvement
propre rapide de la grande étoile modifiant d'année en année et, pour
ainsi dire, de mois en mois, la situation relative de la petite. On trouve
ces deux étoiles observées par Bessel en 1825 et par Argelander en
1855, dans leurs observations méridiennes, et, en 1870, Brunnow
s'est servi de la petite comme étoile de comparaison pour déterminer
la parallaxe de la grande. A la première de ces dates, la petite étoile
était éloignée h 73" de la plus brillante; en 1855, elle était à 30"; en
1877, je l'ai trouvée à 14" : c'était justement, par hasard, l'époque de
sa plus grande proximité, car elle va maintenant en s'éloignant de
plus en plus. La fig. 119, que j'ai construite à l'échelle de l^^pour 1",
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Fig. 119. — Mouvement observé sur l'étoile 85 Pégase.
représente exactement le mouvement observé, en comparant les posi-
tions de la petite étoile à celle de la grande, supposée fixe; en réa-
lité, c'est la grande qui se déplace, et c'est la petite qui reste fixe.
Par surcroît d'intérêt, la petite étoile est elle-même une doubletrès
serrée, à moins de 1 seconde, couple physique en mouvement assez
rapide.
La parallaxe de 85 Pégase a été trouvée de 0",054 seulement, ce
qui porte sa distance à 3 805 000 fois le rayon de l'orbite terrestre, ou
même où l'astronome américain dirigea le grand équatorial de Chicago sur ce r.Quple,
il découvrit que la petite étoile elle-même est une jolie double très serrée, et qui se
trouve en mouvement assez rapide. N'est-il pas curieux de penser que cette décou-
"cfte américaine est due à la mauvaise humeur d'un fonctionnaire français et- à son
excès de zèle négatif?
174 PEGASE
à 129 trillions dé lieues. La lumière n'emploie pas moins de 64 ans
pour venir de là.
Ce sont là les étoiles doubles les plus intéressantes et les plus faciles
à observer. Nous n'ajouterons qu'une seule curiosité, c'est un amas
d'étoiles que l'on peut trouver, entre s Pégase et â du Petit Cheval,
formant la pointe nord d'un triangle obtus et isocèle (voyez la fig. 116).
Une petite étoile de sixième grandeur semble, du reste, placée là tout
exprès pour marquer la place de la nébuleuse. Cet objet céleste a été
trouvé par Maraldi en 1745 et enregistré comme « une étoile nébuleuse,
assez claire, composée de plusieurs étoiles. » Messier l'observa en
1764, et elle porte len° 15de son catalogue. William Herschel le résolut
en étoiles en 1783. Dans une lunette de moyenne puissance, il offre
l'aspect reproduit ici. C'est peu de
chose en apparence. Mais, lorsqu'on
sait que c'est là un univers composé
de plusieurs centaines de soleils, et
que notre humanité tout entière,
avec tout son orgueil et toutes ses
Fig. 120. -Petit amas d'étoiles dans Pégase, passions, occupe dans l'espace et
dans le temps une étendue moindre
que le plus imperceptible de ces petits points, on conclut que cela vaut
la peine d'être regardé une fois, lorsque les « importantes» affaires de
la vie ne nous clouent pas trop assidûment au boulet terrestre. Un
astronome qui, quoique très exact et très scrupuleux dans ses observa-
tions et ses calculs, avait cependant la fibre très sensible et ne rougis-
sait pas d'admirer avec passion les célestes splendeurs, D'Arrest, auquel
nous devons l'un des meilleurs catalogues de nébuleuses qui existent, se
laissait aller aux expressions suivantes dans la description de cet amas
d'étoiles: « Acervusmagnificentissimus . . . cumulus celebratissimus .. .y>
Je préfère cet excès-là à celui de ce chef de service d'un observatoire,
qui prétendait interdire l'étude des étoiles doubles à un astronome,
sous prétexte qu'il y mettait trop d'enthousiasme et qu'il gâtait le
métier.
La constellation du Petit Cheval, facile à reconnaître à l'ouest de
E Pégase, n'est formée que d'un petit nombre d'étoiles ; on ne distingue
même bien que les cinq que voici, les autres étant de sixième grandeur ■
LE PETIT CHEVAL
175
pniNClPALES ÉTOILES DU PETIT CHEVAL
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
-1:7
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5,4
Sur ces cinq étoiles, la seconde, p, a certainement augmenté d'éclat,
car, au dixième siècle de notre ère, Abd-al-Rahman-al-Sûfi déclare
positivement qu'elle n'était alors que de sixième grandeur, et tel est
aussi l'ordre qui lui est assigné par Ulugli-Beigh au quinzième siècle.
C'est entre cette époque et celle de Tycho qu'elle est passée de la
sixième à la quatrième grandeur, et même un manuscrit du catalogue
d'Ulugli-Beigh, sans doute écrit un peu plus tard, la note de cette
dernière grandeur. A la fin du dix-huitième siècle, Piazzi l'a enre-
gistrée comme étant de cinquième et demie. Elle est actuellement de
cinquième.
Les étoiles y et (î ont également augmenté d'éclat du seizième au
dix-huitième siècle, et il semble qu'on en puisse dire autant d'à,
comme si vraiment il y avait prédominance de certaines constitutions
physiques ou de certaines
influences dans des régions
du ciel déterminées.
Lorsqu'on aura reconnu à
l'œil nu ce petit astérisme, on
pourra regarder avec une ju-
melle l'étoile Y, et on la verra
double ; il y a, à côté d'elle,
à 6' 6", une étoile de 6' gran-
deur, qui porte le n° 6 du ca-
talogue de Flamsteed, et qui
forme avec la première un
couple très écarté, très facile
à observer. La fameuse co-
mète de 1680 est passée dans
son voisinage le 3 janvier
1681, et je trouve dans les observations faites à l'Observatoire de
Paris ce soir-là cette mention : « On s'aperçut que l'étoile y de la
bouche du Petit Cheval était double. » Depuis deux siècles, les po-
Fig. 121. —L'étoile double 1 e Petii Cheval.
176
LA CONSTELLATION DU PETIT CHEVAL
sitions respectives des deux astres ont été mesurées : ils restent fixes
l'un par rapport à l'autre.
L'étoile n° 1 , qui n'a pas reçu de lettre grecque dans la classifica-
tion de Bayer, et qui ne se trouve pas dans son atlas, est cependant
ordinairement désignée sous la lettrée: c'est une double très belle,
composée d'une étoile de 5' grandeur et d'une de 7' 1/2, écartées à
11" l'une de l'autre. Depuis un siècle, la petite a tourné de 10° autour
de la grande. Celle-ci est double elle-même, mais très serrée (moins de
1"), de sorte qu'il faut une bonne lunette pour la dédoubler; observée
en 1780, 1825, 1830 et 1832. elle paraissait simple; ce n'est qu'en
1835 que la seconde étoile, de 7° grandeur, s'est écartée des rayons de
sa primaire, dans lesquels elle avait été éclipsée jusque-là : Struve la
découvrit à la minuscule distance de 0"35, et depuis elle s'est lente-
ment séparée en tournant légèrement. C'est là un système ternaire
remarquable.
Par une coïncidence curieuse, l'étoile $ ressemble un peu à la pré-
cédente : c'est aussi une double très serrée , avec un compagnon
écarté. Le couple serré tourne très vite, et son mouvement s'exécute
dans le plan de notre rayon visuel, comme celui de l'étoile 42 de la
Chevelure, de sorte que le compagnon, de 5° grandeur, parait seule-
ment osciller de part et d'autre de l'étoile principale, sur une ligne
tracée dans la direction 10" à 190°. Il ne s'éloigne jamais à plus de 0"4,
et sa période paraît n'être que de 7 ans : c'est la révolution la plus
courte que nous connaissions parmi tous
les systèmes d'étoiles doubles. — Nous
avons là un groupe de trois soleils, mais
non un système stellaire, car la troisième
^„ étoile est indépendante des deux pre-
mières : elle reste immobile au fond des
cieux, tandis que le couple $ marche avec
rapidité dans l'espace, lancé par un mou-
vement propre de 29" par siècle; c'est ainsi
qu'en 1781, la petite étoile, qui n'est, du
reste, que de 10° grandeur, se trouvait à
78" et à 20" de <î; en 1825, elle était à 42»
et 26"; en 1835, à 38" et 27"; en 1847. à 32"
et 30"; en 1859, à 28" et 33"; en 1870, à 25"
Fig t22. — Mouvement observé sur
l'étoile triple 6 du Petit Cheval.
et 34", et qu'elle est actuellement (1880) à 23" et 38". On peut se
rendre compte de ce mouvement de perspective par notre ftg. 122.
On voit quelle variété inattendue diversifie la contemplation scien-
LE DAUPHIN 117
fique du ciel étoile. Pour l'œil vulgaire, toutes les étoiles se ressem-
blent, et l'étude générale du ciel parait dépourvue d'un intérêt direct
et passionnant; mais l'œil instruit ne tarde pas à y reconnaître une
infinité de petits détails distincts, comme l'œil du botaniste qui, au
milieu d'une vaste campagne, reconnaît par habitude toutes les
essences des bois et des plantes, là où l'œil du promeneur vulgaire ne
voit qu'un fouillis d'arbres et d'herbes plus ou moins verts et plus ou
moins parfumés. Combien la connaissance des choses n'augmente-
t-elle pas le plaisir de vivre ! Comment peut-on même vivre sans s'in-
téresser à la connaissance de cette immense nature, dont nous faisons
partie intégrante, et qui recevra notre dernier soupir comme elle a
reçu notre premier vagissement !
Dans cette même région du ciel, on trouvera avec la plus grande
facilité une petite constel-
lation, située à l'ouest du
Petit Cheval, près de la
Voie lactée [voy. encore
notre fig. 116), et que
quatre étoiles voisines ar-
rangées en quadrilatère
désignent à l'œil le plus
inattentif: c'est la constel-
lation du Dauphin.^ Ce
Dauphin est-il celui qui
sauva le poète Arion du
naufrage? Est-il celui que
Neptune envoya pour dé-
couvrir la retraite d'Am-
phitrite? Ou bien est-ce ^'S-'^S.— principales étolUs de la constellation an Danphin.
Acétès, le pirate toscan qui prit la défense de Bacchus? On a dit aussi
que ce pourrait bien être le poisson dans lequel Jonas vécut trois jours
et trois nuits. D'autres ont cru pouvoir y saluer Apollon à son retour
de l'île de Crète. Les Arabes le nommaient Al-Dulfin, rare exemple
d'étymologie grecque dans cette langue, et aussi Al-Salib, la Croix.
Pour nous, ce qui nous intéresse, ce ne sont ni ces symboles, ni la
fable, ni ses commentaires, ce sont les étoiles qui composent ce petit
astérisme. On apprendra très facilement à les reconnaître dans le ciel
en se servant de notre petite fig. 123, et d'autant plus facilement que
le voisinage de la brillante Altaïr, a de l'Aigle, ferait cesser toute
équivoque. La forme allongée de l'arrangement des étoiles s'adapte
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 23
178 LE DAUPHIN
assez bien à l'idée d'un poisson et même à la forme spéciale du dau-
phin, et il n'y a rien de surprenant à ce que les marins de Tyr ou
de Sidon aient trouvé une ressemblance suffisante pour lui donner
cette désignation. Voici les principales étoiles, avec les observations
faites depuis deux mille ans, car, malgré son exiguïté, cette constel-
lation fait partie des quarante-huit anciennes de la sphère grecque.
PRINCIPALES ÉTOILES DU DAUPHIN
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
_1''7 4-950 1430 Io90 IG03 1060 1700 1800 18i0 1860 1880
a 3~4 3.4 3 3 3 3 3 3.4 4,3 4.3 3,7
B 3 4 3.4 3 3 3 3 3 4 3.4 3.4 3,3
y 3.4 3.4 3 3 3 3 3 4 3.4 4 3,4
3.4 3.4 3 3 3 3i 3i 5 4 4 4,0
3.4 4.3 4 3 3 3 3 4 4 4 4,0
.1 fi 6 6 5 5 5 5 5 5.4 ' 5.4 4,9
,6 6 6 6 6 6 6 6 6.5 6.5 5,8
96666 666566 6,0
, 6 6 6 6 6 6 6 5.6 6 6.5 5,7
6 6 6 6 6 6 6 5.6 5 5 4,8
Les deux étoiles les plus brillantes de la constellation sont au-
jourd'hui (3 et 7, tandis qu'à l'époque de Bayer, c'est « qui a reçu la
première lettre; a, (3, y, d ont été, du reste, inscrites du même éclat.
a a diminué, et il en est de même de $, que Piazzi a notée de 5° gran-
deur. Au contraire, Ç et x ont augmenté lentement d'éclat depuis l'an-
tiquité.
11 y a là trois étoiles variables : R, S et T ; la première variant, en
284 jours, de la 8° à la 13^ grandeur; la seconde variant, en 275 jours,
de la 8° 1/2 à la 11°; et la troisième variant, en 332 jours, de la 8" 1/2
au-dessous de la 13°. Mais l'observation de ces lointaines et incon-
stantes lumières sort du domaine de l'astronomie populaire.
Les deux étoiles principales de cette petite constellation, « et (3, sont
désignées dans le Catalogue de Piazzi sous les noms respectifs de
Sualocin et Rotanev, qui n'ont rien d'arabe et sonnent à l'oreille des
étymologistes comme une véritable cacophonie de barbarismes. La
recherche de l'origine arabe de ces noms a longuement intrigué l'es-
prit si ingénieux de l'amiral Smyth, et on le croit sans peine quand
on sait qu'ils ne sont dus qu'à une plaisanterie un peu enfantine d'un
astronome en bonne humeur, — sans doute de Piazzi lui-même. Ces
deux noms retournés font, en effet, Nicolaus Venator, et le compagnon
de Piazzi, à l'Observatoire de Palerme, n'était autre que Niccolo Cac-
ciatore, qui mourut en 1841. Tout le monde sait que cacciatore veut
LE DAUPHIN
179
dire chasseur, en latin venator. Ces deux étoiles portent donc tout
simplement les noms de Nicolas Cacciatore, latinisés et retournés ! ^
On peut, du reste, remarquer que l'arabe ressemble un peu de loin
à une langue écrite à l'envers. Écrivez une phrase quelconque en
commençant par la fin, et vous ne tarderez pas à trouver dans plu-
sieurs mots retournés de véritables expressions arabes.
Cette plaisanterie rappelle celle qui fut faite au commencement de
ce siècle, à un archéologue très instruit, par un étudiant qui prétendait
avoir trouvé sur la colline de Montmartre une vieille pierre taillée
portant cette inscription :
C.E....S.T.I....C.I.L.B.C....H.E.M,.
..I.N.D....B.S.A.N....E.S..
On dit que plusieurs membres de l'Académie des Inscriptions y ont
N S
Fig. 124. — L'étoile double f du Dauphin. Fig. 125. — Étoile triple délicate entre p et Ç du Dauphin.
été pris. Le fait est que, plus on cherche, et moins on trouve. Il n'y
a qu'à lire cette phrase couramment : « C'est ici le chemin des ânes. »
Mais revenons au Dauphin. L'étoile y est une magnifique étoile
double, de 4' et 6" grandeurs, à 11" d'écartement, orange et verte. La
petite étoile varie de couleur, de l'orange au jaune, au vert et au bleu;
le plus souvent, elle est vert émeraude. Couple élégant, qui n'a
tourné que de 9 degrés depuis cent vingt-cinq ans qu'on l'observe.
Observation intéressante à faire pour les dames pendant les belles
soirées de juillet, août, septembre et octobre : leurs yeux sont accou-
tumés à juger des moindres nuances; cependant, je crois pouvoir leur
180 LA CONSTELLATION DU DAUPHIN
prédire qu'elles différeront toutes de jugement sur les couleurs des
composantes de cette étoile double.
L'étoile p est quadruple, mais son observation est réservée aux
grands instruments. Il y a deux compagnons, de 10' et 13' gran-
deurs, à 35" et à 28", et l'étoile principale est double elle-même, exces-
sivement serrée (0"4) et en mouvement très rapide.
V., 4,8 et 11, à 10", est un peu moins difficile.
Pointer une lunette sur 6 : très beau champ d'étoiles.
En définitive, il n'y a dans cette petite constellation qu'une belle
étoile double, y, mais en revanche elle est fort jolie, et l'on peut l'ad-
mirer avec le plus faible instrument, par exemple avec nos lunettes
n° 1 et n° 2 munies de leur simple oculaire terrestre. Si nous n'avions
pour principe constant de ne signaler ici que les observations les plus
faciles à faire, nous pourrions indiquer un autre groupe, très fin et très
délicat, une ravissante étoile triple, qui n'est, du reste, pas difficile à
trouver, car elle brille d'une tranquille clarté entre |3 et C du Dauphin,
et si l'on dirige une lunette sur ces deux étoiles ( qui peuvent entrer
toutes les deux dans le champ dont nous venons de parler), on ne peut
pas s'empêcher de la voir. Mais ses composantes ne sont que de
septième à huitième grandeur, fines comme des piqûres d'aiguille, et
il faut mettre l'instrument bien au point pour qu'elles se détachent
nettement sur le fond noir du ciel. Distances : AB = 26"; BC = 57";
AC = 69". — Nous donnerons plus loin les indications utiles pour
tirer le meilleur parti possible des instruments que l'on peut avoir à sa
disposition. — Notre fig. 1 25 représente ce champ de l'oculaire ter-
restre (image droite) des lunettes de 50 et 75 millimètres, avec les
deux brillantes étoiles dans le champ, d'après l'observation que je
viens d'en faire ce soir même (6 juillet 1880), en écrivant ces lignes,
le télescope d'une main et la plume de l'autre.
Les constellations que nous venons d'étudier nous amènent main-
tenant en pleine Voie lactée, et nous arrivons ici à la description de
l'une des régions du ciel les plus splendides.
CHAPITRE VIII
La Voie lactée. — Structure générale de l'univers. — Distribution
des nébuleuses. — La constellation du Cygne.
Étoiles variables et temporaires. — Histoire de la 61 " du Cygne ; première étoile
dont on ait déterminé la distance. — Le Petit Renard.
A l'heure silencieuse de minuit, dans la solitude tranquille des
campagnes, sur le rivage de la mer à l'éternel murmure, la contem-
plation du ciel transporte nos âmes au sein des régions lointaines et
infinies. Spectacle grandiose et sublime! la terre est endormie avec
ses passions grossières et bruyantes ; la mer assoupit la plainte de ses
ondes et s'étend, désert immense, comme une image de l'infini supé-
rieur, et là-haut, dans l'espace insondable, scintillent les étoiles
multipliées. C'est un abîme céleste, d'une telle immensité et d'une
telle profondeur, que le regard qui cherche à passer entre les étoiles
ne tarde pas à tomber dans des vides informes, et que l'esprit s'arrête
frappé d'émotion et de vertige. Une vaste traînée blanchâtre s'élève
comme une arche aérienne à travers la voûte étoilée ; l'œil y découvre
des irrégularités bizarres : ici, elle coule comme un fleuve céleste dans
un lit étroit et monotone; là, elle se divise en deux branches qui vont
se séparant l'une de l'autre; plus loin, elle paraît se déchirer en lam-
beaux, comme une toison légère cardée par les vents du ciel. Les
gracieuses légendes de la mythologie voyaient là des gouttes de lait
tombées du sein de Junon lorsque Hercule rassasié détourna ses lèvres
du sein qui lui était offert ; la poésie égyptienne saluait en elle un
chemin éthéré conduisant à la demeure des dieux ; les historiens des
vieilles traditions prétendaient y reconnaître la trace de l'incendie
allumé par Phaéton lorsque le char du Soleil, mené parce conducteur
novice, glissa obliquement dans les cieux et faillit embraser l'univers.
A l'époque où l'on croyait le firmament solide, on y voyait la soudure
des deux hémisphères célestes, et naguère encore les chrétiens mys-
tiques croyaient y deviner le chemin des âmes vers les mystérieuses
régions de l'éternité.
182 LA VOIE LACTÉE
Nous savons aujourd'hui que la Voie lactée est formée d'une mul-
titude innombrable d'étoiles serrées les unes contre les autres, et,
comme nous savons en même temps que, loin de se toucher, ces
étoiles sont séparées les unes des autres par des intervalles néces-
saires de plusieurs millions de lieues, l'immensité révélée par cette
prodigieuse agglomération d'étoiles est telle, que l'esprit ne peut la
considérer sans éblouissement, et que les plus poétiques images de
l'antiquité s'évanouissent en fumée devant l'impression causée par la
contemplation moderne.
Fig. 126. — Champ d'étoiles dans la Voie lactée (Région du Cygne et de l'Aigle).
Oui, il y a là tant d'étoiles, c'est-à-dire tant de soleils, que l'esprit
en est littéralement ébloui. Dans la constellation du Cygne, où nous
amène en ce moment notre description générale du ciel, et qui est
précisément l'une des plus denses de la Voie lactée, William Hers-
chel comptait, sur un champ télescopique de la dimension de la pleine
lune, 1 800 et 2000 étoiles. Dans la zone plus dense encore de l'Aigle,
il en comptait 2300. En laissant l'œil à l'oculaire, on voyait passer
116000 étoiles dans le court intervalle d'un quart d'heure, en un
champ télescopique qui ne mesurait que 15' de diamètre, c'est-à-dire
le quart de la surface précédente. D'autres régions plus pauvres ne
donnaient, au contraire, que 500, 200, 80 ou même seulement quel-
ques étoiles. Par ces jauges laborieuses, l'éminent astronome arriva
LA VOIE LACTÉE |83
à la conclusion que son télescope ne lui monti-ait pas moins de dix-
■ huit millions de soleils dans la Voie lactée tout entière! (')
Observons-la pendant ces heures favorables où elle s'élève très
haut dans le ciel, emportée, comme tout le firmament, par le mouve-
ment diurne qui élève les astres des vapeurs de l'horizon oriental
vers les sereines hauteurs zénithales pour les abaisser ensuite vers
l'horizon occidental : les belles nuits d'été sont les plus agréables
pour cette contemplation, lorsque Cassiopée, le Cygne, l'Aio-Ie, le
Serpentaire, le Scorpion, lancent dans l'espace cette courbe inmieuse
et vaporeuse. Si la nuit est profonde, la lune absente, l'atmosphère
limpide et transparente, on suit facilement cette traînée lumineuse
qui s'étend le long du ciel entier comme un arc de grand cercle. Elle
continue son cours sous la Terre et revient par nos antipodes rejoindre
la partie visible sur notre horizon; si la Terre était supprimée ou
rendue transparente, cette ceinture céleste apparaîtrait sans solu-
tion de continuité. Puisque la Voie lactée nous entoure de toutes
parts, nous sommes dedans, et le premier point démontré par ce fait
est que notre soleil est l'une des étoiles de la Voie lactée.
Si maintenant nous l'examinons plus minutieusement, nous ne tar-
dons pas à reconnaître que ce n'est pas là une couche d'étoiles homo-
gène et régulière, mais qu'il y a là des régions particulièrement
blanches où les étoiles sont très nombreuses et très condensées, tandis
qu'en certains points l'espace en paraît beaucoup moins chlro-é et
presque dépourvu. Ainsi, on remarque une tache très brillante au
nord et à Fouest des trois étoiles de l'Aigle, une autre dans l'Ecu de
Sobieski et sous la Flèche du Sagittaire, trois autres près des étoiles
«, Pet y du Cygne, une autre dans Persée, tandis que l'œil s'arrête
avec étonnement sur une place très obscure entre « et y Cassiopée et
sur une autre non moins curieuse dans le Cygne, donnant l'idée de
vides dévastés à travers cette opulente région. Sa largeur ne varie pas
rmomsque son intensité. Du Cygne, où elle présente sa plus grande
; étendue, elle se partage en deux branches surla constellation de l'Ai-le-
le rameau prmcipal court à travers Antinous, l'Ecu de Sobieski et h
Sagittaire, tandis que l'autre se dirige vers le Scorpion, où il semble
• s afiaiblir et disparaître. Ces rameaux se courbent pour se réunir dans
point afin de distinguer cTSe Se pnî,i. ^'^"^ •' ."'""' '''^" ^^ ^""ette au
repos. Quand votre œil LrSVr^^^^^^ "'''' P"'"'"'' cl-aiguille et laissez-la en
, d-u'ue p'tussière d^ SSstinlitnïïfmrfe^"" ^' '^'""^ '"^ ^^^"".^«^ ^^P^'
184 LA VOIE LACTEE
l'hémisphère austral, au Centaure ; dans le Triangle austral, la Voie
devient extrêmement brillante, puis elle passe par la Croix du sud, oîx
elle présente une lacune, un vide, un trou encore plus étrange que
dans le Cygne, connu des marins sous le nom de sac à charbon.
Ensuite elle se rétrécit jusqu'à n'oflrir que 4 degrés de largeur, tandis
qu'elle en a 16 dans le Cygne, et que ses deux branches s'étalent sur
plus de 22 degrés entre Ophiuchus et Antinous. Plus loin, elle se di-
late de nouveau et se termine en éventail à trois branches bien dis-
tinctes. De là, par les constellations du Grand Chien, de la Licorne,
du Taureau et des Gémeaux, elle arrive irrégulièrement au Cocher, et
de nouveau elle se dilate dans Persée et Cassiopée pour revenir au
Cygne. On se formera une idée exacte de cette circumnavigation cé-
leste par l'examen de notre fîg. 127.
La Voie lactée est donc une nébuleuse résoluble, un amas d'étoiles
de forme irrégulière, non pas sphérique, mais au contraire aplati, ré-
pandu à peu près dans un même plan, avec des traînées d'étoiles qui
s'enfuient dans l'infini. Nous nous trouvons à peu près dans son plan
moyen, pas tout à fait dans ce plan, car elle ne dessine pas rigoureu-
sement un grand cercle, mais plutôt un petit cercle tracé à 5 degrés du
grand cercle qui lui serait parallèle. Nous ne sommes pas non plus au
centre de cet amas d'étoiles, car sa densité nous paraît deux fois plus
grande du côté de la XVIIP heure d'ascension droite que du côté de
la VP, et par conséquent nous sommes plus près des régions oîi trône
Sirius que de celles où se dessine l'Ecu de Sobieski. Maintenant, quelle
est la forme exacte de notre immense nébuleuse ? Si nous pouvions
en sortir et l'examiner d'un peu loin, la solution du problème nous
serait sans doute assez rapidement acquise ; mais, noyés comme nous
le sommes dans cette armée d'étoiles, comment en découvrir l'arran-
gement général et les limites extérieures? Malgré les beaux travaux et
les ingénieuses recherches des deux Herschell, de William Struve, de
Maedler, de Secchi, de Proctor, il serait prématuré de prétendre en
faire le dessin, soit en forme d'île triangulaire, soit en forme d'anneau
dédoublé, soit en forme de serpent.
■ Il est certain que les étoiles qui constituent les agglomérations lu-
mineuses de la Voie lactée ne sont pas toutes d'égale grosseur, — par
exemple de la dimension de notre soleil ou plus volumineuses encore,
— mais qu'un grand nombre sont des soleils plus petits que le nôtre,
et distribués en groupes innombrables, où des centaines, peut-être des
milliers de soleils, au lieu d'être écartés à des trillions de lieues, ne le
sont qu'à des milliards, des centaines de millions, ou moins encore.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT, 24
186 LA VOIE LACTEE
Toutes les étoiles visibles au ciel font-elles partie de notre nébu-
leuse? Probablement, car le nombre des étoiles, leur densité, aug-
mente dans le ciel entier à mesure qu'on s'approche de la Voie lactée.
Ainsi les jauges d'Herschel et de Struve donnent la curieuse proportion
que voici :
DENSITÉ DES ÉTOILES PAR RAPPORT A LA VOIE LACTÉE
Dans la Voie lactée 122 étoiles par champ de 15'
à 15 degrés de part et d'autre 30 — —
30 — — 18 — —
45 — — 10 — —
60 — — (i _ _
75 — — 4 — —
On voit que les étoiles sont en moyenne trente fois plus nombreuses
dans le plan de la Voie lactée que vers ses pôles, et que la densité va
en croissant progressivement. D'un autre côté, les petites étoiles sont
relativement plus nombreuses que les grandes dans et vers la Voie
lactée qu'en s'en éloignant.
Il n'y a rien d'impossible, toutefois, à ce qu'à travers des espaces
pauvres ou vides de notre amas, nous percions dans l'infini et y décou-
vrions des étoiles qui nous soient étrangères. Certains amas d'étoiles,
comme celui de la Chevelure de Bérénice, paraissent être indépendants.
Les nébuleuses surtout semblent former un système étranger à celui de
la Voie lactée. Leur distribution sur la sphère céleste est précisément
contraire à celle des étoiles : la plus grande densité se manifeste près
des pôles de la Voie lactée. On aura une idée très exacte de la distri-
bution des nébuleuses par notre fig . 1 28, reproduite d'après une commu-
nication de mon laborieux collègue Proctor à la Société royale astro-
nomique de Londres. Chacun des points de cette figure marque la
place d'une nébuleuse irrésoluble ; il y en a 4053 : on voit qu'elles
semblent fuir la Voie lactée et que leur plus grande agglomération
s'établit justement à angle droit avec cette zone. C'est là un fait
extrêmement remarquable. C'est comme si l'univers des nébuleuses
était complémentaire de l'univers sidéral. Dans ce cas, les nébuleuses,
considérées dans leur ensemble, ne seraient pas plus éloignées de nous
que les étoiles. Cela ne les empêche pas de planer à des trillions de
lieues de nous, et cela n'empêche pas non plus un certain nombre
d'entre elles d'être sans doute au delà de notre propre univers.
Pendant les belles nuits de juin et juillet, tournez-vous vers l'est
et élevez vos regards vers la Voie lactée, déjà assez haute dans le ciel
vers dix heures du soir, et vous ne tarderez pas à remarquer dans cette
LA VOIE LACTEE 137
zone laiteuse une grande croLx formée d'étoiles assez brillantes. Cette
belle constellation passe le soir au zénith de Paris en août et septembre,
et on peut encore l'admirer en octobre et novembre lorsqu'elle descend
avec lenteur vers l'horizon occidental. La tête de cette grande croix
est formée, à l'est, par une belle étoile de deuxième grandeur (presque
de première), a. La croisée de la Croix est marquée par une étoile de
deuxième ordre également, mais moins brillante, y; les deux côtés
sont indiqués par ^ et e, de troisième grandeur, et le pied est marqué
au loin, vers l'ouest, par p, charmante étoile, de troisième grandeur
aussi, mais particulièrement belle dans une lunette, car c'est l'une des
Fig. 128. — Distribution des nébuleuses
étoiles doubles les plus ravissantes et les plus faciles à observer. En
certaines heures calmes et profondes de la nuit, où la Voie lactée
devient lumineuse comme une mer phosphorescente, cet arrangement
peut rappeler vaguement l'aspect d'un cygne étendu, surtout à cause
de la blancheur qui s'y manifeste, et l'on peut concevoir que l'idée en
soit venue aux anciens contemplateurs de la voûte céleste, qui cher-
chaient avec tant de persistance des emblèmes de la vie, des rapports
et des aspects.
Mais ce qui frappe au premier coup d'oeil jeté sur le ciel dans cette
région, c'est la forme de cette vaste croix, manifeste et indépendante
du ton lumineux ajouté par la Voie lactée. Aussi n'y a-t-il rien de
surprenant à ce que le novateur Schiller, dans sa tentative de chris-
tianiser le ciel mythologique, essayée en 1627, ait substitué à l'ancien
188
LA CONSTELLATION DU CYGNE
astérisme des païens une croix portée par sainte Hélène, la mère de
Constantin, à laquelle la tradition attribuait, comme on sait, la dé-
couverte de la vraie croix sur laquelle Jésus avait rendu le dernier
■soupir, et qui était égarée depuis trois cents ans.
Les anciens avaient identifié le cygne céleste avec l'oiseau dont le
perfide Jupiter avait emprunté la forme pour séduire l'innocente Léda.
Fig. 129. — La Croix du Cygne dans la Voie lactée.
Cependant ils ne sont pas tous d'accord sur ce point délicat. Hipparque
et Ptolémée la nomment simplement Ornithos, l'oiseau. Manétlion
l'appelait, plus vulgairement, la Poule. Eratosthènes lui maintient
son titre de Cygne. Les Arabes du x' siècle en avaient fait un pigeon,
et aussi une poule. Ce dernier nom lui est resté pendant tout le
Moyen Age. Mais, à dater de la Renaissance, le Cygne a repris le dessus.
« du Cygne porte aussi le nom de Deneb, abrégé de l'arabe dheneb-
€d-dajkjeh (la queue de la poule), p se nomme aussi Albireo, mot
qui n'a rien d'arabe, et doit être une dérivation de ab ireo, origi-
naire d'une traduction latine de VAlmageste oîi l'on a écrit euris pour
LA CONSTELLATION DU CYGNE
\S'J
omis, d'où le latin irio, puis ireo, ce qui n'a plus de sens du tout.
On n'a pu découvrir aucune parallaxe ni aucun mouvement propre
à Deneb, ce qui indique une distance inconcevable et un volume gigan-
tesque. Les études spectroscopiques montrent qu'elle s'approche de nous
de jour en jour. Mais il faudrait des millions d'années pour qu'oUe
arrivât à nous éclairer comme un second soleil descendu des cieux.
Le tableau de la page suivante et la figure qui l'accompagne ren-
Fig. 130. — i^a Croix et Sainte Hélène, constellation chrétienne au xvii» siècie.
ferment toutes les étoiles de cette belle constellation, qui sont visibles
à l'œil nu pour une vue moyenne. On remarquera, par la comparaison
des observations faites depuis deux mille ans, que plusieurs de ces
lointains soleils ont certainement varié d'éclat.
Et d'abord, il est manifeste que l'idée ne saurait venir à personne
aujourd'hui de donner la seconde lettre à [3, dont l'éclat est inférieur
à y, J et e. Cependant il est probable que ce n'est pas elle qui a varié,
mais que les trois autres ont augmenté d'éclat.
L'étoile n, qui était une brillante de la quatrième grandeur du
temps d'Hipparque, a été notée de cinquième aux x° et xv' siècles,
190
LA CONSTELLATION DU CYGNE
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CYGNE
DEUX MIL^E ANS D'OBSERVATION
'0ILE9
-127
+ 960
1430
1590
1603
1660
1700
1800
1840
I8G0
1880
o {Deneb.)
2
2
2
2
2
2
1
2.1
2.1
2,0
p {Albireo.)
3
3.4
3
3
3
3
3 i
3
3
3
3,4
r
3
3.2
3
3
3
3
3
3
3.2
2.3
2,5
i
3
3
3
3
3
3
34
3.4
3
3.2
2,9
I
3
3
3
3
3
3
3
3
3.2
3.2
2,7
c
3
3
3
3
3
3
3
3
3
3
3,3
1
4.3
5
5
4
4
4
6
6.7
4.5
4.5
4,6
e
4
4.5
4
4
4
4
4
4
5.4
5.4
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4
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6
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4.5
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4,8
«'
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4
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4,5
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4
5
4
5
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34 P
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5
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5
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6
6
5
5
5,0
70
6
6
6.5
5
5,5
71 S
6
6
5
5
5
5,4
72
6
5.6
5
5.6
5,5
74
G
6
5
5
5,5
est remontée à la quatrième aux xvi° et xvii% puis est tombée
au-dessous de la sixième au xviu° siècle, pour revenir à la quatrième
et demie, son état actuel.
LA CONSTELLATION DU CYGNE
191
L'étoile «, de quatrième grandeur, a été vue de sixième par Flam-
steed et de cinquième par Piazzi.
L'étoile 1, autrefois une brillante de la quatrième, est aujourd'hui
une faible de la cinquième.
Fig. 131. — Étoiles du Cygne et du Petit Renard.
L'étoile fi, invisible ou peu brillante pendant l'antiquité et le
moyen âge, a brillé de l'éclat de la troisième grandeur au temps de
Tyclio-Brahé et d'Hévélius, pour retomber à la cinquième grandeur
et se relever légèrement pendant notre siècle.
L'étoile y, notée de sixième grandeur par Sûfî et par Ulugb-Beigh,
a été vue de quatrième par Piazzi.
L'étoile 39 a été observée de quatrième grandeur par Hévélius et
192 ETOILES VARIABLES DANS LE CYGNE
de sixième par Flamsteed. Il en est de môme de l'étoile 47 et de
l'étoile 52.
Ce sont là autant de témoignages des variations séculaires qui
s'accomplissent dans la constitution physique et chimique des soleils
allumés au sein de l'immensité. Cette constellation est, du reste, l'une
des plus remarquables du ciel par ses étoiles variables.
Et d'abord, la fameuse étoile x, située dans le col, entre p et y, à
peu près au tiers de la distance à partir de |3, qui varie de la quatrièvie
grandeur et demie à la treizième dans la période de 406 jours environ,
mais avec certaines irrégularités. Cette étonnante variabilité a été
remarquée dès l'an 1687 par G. Kirch, et la période a été déterminée
par Maraldi. Quelle transformation extraordinaire ! C'est, à coup sûr.
Fig. 132. — Variation périodique d'éclat de l'étoile x du Cygne.
l'une des variables qui manifeste le plus grand contraste entre son
maximum et son minimum. Voilà un soleil qui envoie 4600 fois plus
de lumière et de chaleur à la première époque qu'à la seconde! Que
deviendrions-nous si notre soleil subissait de pareilles métamorphoses
tous les treize mois environ? Quel été et quel hiver d'un nouveau genre !
Le dernier maximum est arrivé le 10 juin 1880.
Non loin de là se trouve une autre étoile non moins curieuse. C'est
34 P, visible un peu plus loin, à la naissance du cou du Cygne, au sud
de y. Elle a été vue pour la première fois le 18 août de l'an 1600 par
un constructeur de globes célestes, Blaeu, élève de Tycho-Brahé, et
notée de troisième grandeur, à son grand étonnement, puisque les
astronomes n'avaient jamais remarqué là aucune étoile. Il a lui-même
inscrit sa découverte sur son globe, construit en 1622 (dont on peut
voir un exemplaire au Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris).
Dès cette époque, elle était déjà tombée à la cinquième grandeur
Fig. 133. - Le Cygne. - La Vole lactée. - Le Petit Renard. - La Lyre. - Hercule.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 25
194 ETOILES VARIABLES DANS LE CYGNE
comme il le dit lui-même dans sa petite notice latine. Mais, dans l'Atlas
de Bayer (1603), elle est marquée de troisième et désignée sous la
lettre P. Kepler l'observa pendant dix-neuf ans, de 1600 à 1618, et
constata qu'elle conservait la même grandeur, « un peu moins bril-
lante que celle de la poitrine (y) et un peu plus que celle du bec (p) » .
En 1621, Liceti l'observa encore. En 1622, comme nous venons de le
voir, Blaeu la nota de cinquième grandeur. De 1655 à 1660, elle
ressuscita sous les yeux de Cassini et se ranima jusqu'à la troisième
grandeur; puis elle s'affaiblit de nouveau, et, le 31 octobre 1660, elle
était retombée à la cinquième et demie. De 1662 à 1666, elle demeura
invisible à l'oeil nu. En 1677 et 1682, elle était de sixième grandeur,
et une observation de 1715 indique le même éclat. En 1793 et en 1807,
Piazzi la vit de cinquième et demie. Pigott lui attribuait une période
de dix-huit ans; mais il est certain maintenant qu'il n'y a là aucune
période de ce genre. Je l'ai souvent observée, notamment en août
1872, septembre 1875, août 1878, et tout récemment encore, en juillet
1880, et l'ai toujours trouvée égale aux deux étoiles qui sont au-dessous
d'elle au sud-ouest (5* et b') et un peu plus brillante que les deux du
sud, ce qui établit sa grandeur constante actuelle à 5,5.
Ainsi, voilà un soleil qui a augmenté d'éclat, a lancé tout autour de
lui, pendant vingt ans, ses ardeurs lumineuses et calorifiques, puis
s'est apaisé, a repris ses feux dix-huit ans plus tard, pour ne les garder
qu'un an ou deux, a disparu ensuite à l'œil nu, et, depuis plus d'un
siècle, paraît être resté dans une période de calme, à l'état constant
d'une étoile de cinquième grandeur et demie.
Dans cette môme région du ciel, sous la tête du Cygne, à l'ouest
d'Albireo, une autre apparition de même nature vint, en 1670, [frapper
l'attention des astronomes. C'est le P. Anthelme, chartreux à Dijon,
qui l'aperçut le premier, le 20 juin de cette année-là. Elle brillait
aussi de l'éclat des étoiles de troisième grandeur. Dès le mois de
juillet, elle commença à diminuer : le 11, elle n'était plus que de
quatrième grandeur, et, le 10 août, de cinquième; puis elle diminua
encore. On cessa d'observer cette constellation, et, lorsqu'elle revint
sur l'horizon, le 17 mars 1671, on trouva que l'étoile était de qua-
trième grandeur. En avril et mai, Cassini la trouva plus brillante
que p du Cygne, c'est-à-dire de troisième grandeur, puis elle diminua
si vite, qu'à la fin du mois d'août, elle n'était presque plus visible à
l'œil nu. De nouveau, elle se ranima en mars 1672, reparut encore de
troisième sous les yeux d'Hévélius; mais elle s'évanouit entièrement
en septembre, et personne ne Va jamais revue depuis. Du moins,
ÉTOILES VARIABLES DANS LE CYGNE
195
c'est ce que l'on croit. Mais, en cherchant bien, il me semble qu'on
la voit toujours au télescope. En effet, sa position n'a pas été déter-
minée avec une grande précision , car les chiffres donnés par An-
thelme, Picard, Hévélius, Flamsteed et Cassini, ne concordent
pas exactement. Or, il y a là, à moins d'une minute de distance
de la position généralement acceptée, une étoile variable, S du Petit
Renard, qui oscille actuellement en 68 jours de la huitième et demie
à la neuvième grandeur (8,6 à 9,3). Ne serait-ce pas là l'étoile tempo-
raire de 1670? Sa position pour 1880 est :
Ascension droite = 19'>'i3'n28s Déclinaison +26''59',3.
Il serait bon de diriger de temps en temps une lunette vers ce point
du ciel {voy. notre fig. 131) et de comparer l'éclat des petites étoiles
que l'on y rencontre.
La constellation du Cygne est particulièrement remarquable pour
ces variations. Une autre étoile temporaire est apparue tout récem-
ment, le 24 novembre 1876, non loin de l'étoile p, à peu près sur le
prolongement d'une ligne menée par « et $, comme on peut le voir par
la position indiquée sur notre fig. 131. C'est M. Schmidt, d'Athènes,
qui l'a aperçue le premier : elle brillait comme une étoile de troisième
grandeur, plus intense que « Pégase et très jaune. Quatre jours aupa-
ravant, il avait observé cette même région du ciel : elle n'y était pas.
Encore un nouveau visiteur, dont la gloire ne fut pas de longue durée.
Quelques jours après, en effet, l'étoile commença à décroître, et le
5 décembre, elle était déjà de cinquième grandeur. Le 11, elle était de
sixième. Puis, elle disparut à l'œil nu. Le 5 janvier 1877, le P. Secchi,
à Rome, la trouva de septième grandeur; l'examen spectroscopique
donna le spectre représenté ci-dessous, où l'on voit les raies C et F do
Fig. 134. — Spectre de l'étoile révivifiée dans le Cygne en 1S76.
l'hydrogène, la raie b du magnésium, une ligne vive dans le jaune, D,
qui peut être le sodium ou la substance principale de la chromosphère
solaire (hélium), et d'autres lignes brillantes qui rappellent le spectre
de l'étoile de 1866 dans la Couronne boréale, et, ajoute l'astronome
romain, « confirment l'idée de violents incendies ».
196 UN INCENDIE DANS LA CONSTELLATION DU CYGNE
A Paris, M. Cornu a reconnu, de plus, dans ce spectre, la coïnci-
dence probable de la raie 1474 de l'échelle de Kirchhoff, qui est une des
lignes les plus caractéristiques de la chromosphère et de l'atmosphère
du Soleil, ce qui montrerait que ce lointain soleil est de même consti-
tution chimique que celui qui nous éclaire, et ce qui confirmerait
sous un aspect nouveau la généralisation faite depuis longtemps entre
le Soleil et les étoiles.
En Angleterre, lord Lindsay a trouvé en septembre 1877 qu'elle
ressemblait à une nébuleuse, tant par son aspect que par son spectre.
La transformation d'une étoile en une nébuleuse serait une observation
de la plus haute importance.
La position exacte de cette étoile est, pour 1880 :
Ascension droite = 2i''36'°59'; Déclinaison -1-42° 17', 6.
Elle est tombée à la douzième grandeur ! Il est probable que ce n'est
pas là non plus une création nouvelle, et qu'elle existait auparavant
avec ce faible éclat. Mais quelle formidable révolution un soleil ne
doit-il pas éprouver pour s'élever soudain de la douzième à la troi-
sième grandeur! La rencontre d'un autre corps céleste pourrait
Fig. 135. — Variation d'éclat de l'étoile du Cygne en 1876.
certainement amener un pareil résultat, par la transformation du
mouvement en chaleur; mais, dans ce cas, la résurrection serait plus
longue et l'astre ne retomberait pas en quelques mois dans son pre-
mier état. Il y a eu sans doute ici une simple conflagration chimique,
an simple incendie extérieur. Mais quel incendie! Visible, analysable,
à des milliers de milliards de lieues !
Ce n'est pas tout encore pour les étoiles variables de cette constel-
lation : on en rencontre pour ainsi dire à chaque pas. Signalons :
LE MOUVEMENT DE LA VIE DANS LE CIEL 197
R qui varie de 7 à 14 en 405 jours,
S qui varie de 9 à 13 en 322 jours,
T qui varie de 5 à 6 irrégulièrement,
U qui varie de 7,0 à 10,5 en 465 jours,
Il n'est pas douteux, d'après tout ce qui précède, que certains types
de créations dominent en certaines régions du ciel. Il est curieux
également, comme on; l'a déjà remarqué, que la plupart des étoiles
temporaires se soient allumées dans la zone de la Voie lactée. Ceux
d'entre nos lecteurs qui voudraient suivre ces étoiles variables trouve-
ront la première dans le même champ que 9 du Cj'^gne : son dernier
maximum est arrivé le 5 juin 1880; l'étoile est alors rouge comme
un feu; elle emploie 200 jours à tomber à la treizième grandeur et
100 jours à remonter de la treizième à la septième; quelquefois, elle
n'arrive qu'à la huitième. La deuxième et la quatrième sont difficiles à
saisir. La troisième est marquée sur notre carte {fig. 131) et peut
s'observer à l'aide d'une simple jumelle de théâtre.
Voilà les plages célestes que l'on croyait, naguère encore, être le
séjour de l'immobilité, de l'inertie et de la mort ! Et c'est un éphé-
mère qui découvre ces métamorphoses, en des astres dont la vie est si
longue qu'elle nous paraît éternelle! Que serait-ce si, au lieu des
générations humaines, si rapides, nous pouvions connaître l'histoire
du ciel pendant une période de temps en harmonie avec ces grandeurs,
pendant cent mille ans par exemple? Il ne subsisterait rien de cette
fixité apparente : nous verrions les soleils palpiter, grandir, jeter des
flammes ou s'éteindre; nous verrions les systèmes d'étoiles doubles
accomplir des centaines de révolutions ; nous verrions les nébuleuses
se condenser ou se dissoudre; nous verrions tous les astres qui peu-
plent l'immensité se précipiter dans toutes les directions, disloquer
les constellations et renouveler la face de l'univers !
La région du ciel que nous étudions n'est pas moins riche en étoiles
doubles et multiples qu'en étoiles variables.
Et d'abord, l'étoile (3, Albireo, l'une des plus belles étoiles doubles
du ciel et l'une des plus faciles à observer. Grandeurs des composantes,
3* et 6'; écartement= 34". Fixes, depuis la première mesure qui en a
été faite par Bradley en 1755. Ces deux lointains soleils brillent d'une
coloration vraiment ravissante : jaune d'or et saphir, et il est difficile
de les contempler sans admiration. — Ce couple est l'un des six que
nous avons choisis pour composer notre planche d'étoiles doubles
colorées, et là on peut juger, non de son éclat assurément, mais de
sa belle coloration. — Analysée au spectroscope, chacune de ces deux
198
ETOILE DOUBLE p DU CYGNE
étoiles a montré que sa couleur lui appartient en propre; que la petite
étoile bleue, par exemple, n'est pas due à un effet de contraste causé
par la coloration ardente de la plus brillante, ce qui arrive dans cer-
tains couples d'étoiles très rapprochées. On sait, en effet, que les
diverses couleurs placées les unes à côté des autres se modifient
mutuellement par un effet de contraste, et que le blanc lui-même
paraît plus ou moins coloré s'il se trouve dominé par une couleur
éclatante. Une petite étoile blanche située à côté d'une grande étoile
rouge paraîtra verte. C'est le phénomène optique bien connu sous le
nom des couleurs complémentaires, qui, réunies, forment le blanc :
Le rouge produit le vert.
L'orange — le bleu.
Le jaune — le violet.
Pour savoir si la couleur d'une petite étoile ainsi influencée est
réelle, il faut, dans le champ de la lunette, masquer la grande par un
tîl tendu dans ce champ : lorsque l'œil ne voit plus la grande, le con-
traste cesse d'exercer son influence. Cette expérience a montré que
plusieurs étoiles ne paraissent colorées de la couleur complémentaire
que par Feftet de contraste dont nous parlons ; mais qu'un grand
nombre sont réellement colorées des belles nuances que l'on observe.
Telle est la splendide étoile double dont nous nous occupons en ce
moment. Le spectroscope, dirigé par M. Huggins vers chacune de
ses composantes, a révélé deux types bien différents. Le spectre de
l'étoile principale, colorée d'une belle nuance jaune d'or, montre des
lignes peu serrées, dont le plus grand nombre, toutefois, occupent la
Dartie droite ou bleue du spectre, et laissent le jaune dominer sans
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Fig. 13G. — Spectre des deux composantes de l'étoile double p du Cygne.
obstacles [fig. 136, premier spectre) ; celui de la seconde étoile, au con-
traire, présente un grand nombre de raies fines multipliées, surtout
dans la région gauche, rouge et jaune, ce qui laisse prédominer la
région bleue. Cette analyse prouve que ces deux soleils diffèrent
réellement de constitution : leurs couleurs sont produites par les
ÉTOILES DOUBLES DANS LE CYGNE 199
vapeurs suspendues dans leurs atmosphères. La constitution chi-
mique de l'atmosphère d'une étoile dépend à son tour des éléments
qui constituent Tétoile et de sa température.
Il est probable que, dans les couples d'étoiles doubles, la petite
étoile s'est refroidie plus vite que la grande, est plus avancée, pré-
pare un état planétaire. Ainsi, à l'époque où, dans notre propre sys-
tème, Jupiter (qui paraît encore chaud actuellement) était encore
lumineux , les habitants des systèmes solaires les moins éloignés du
nôtre pouvaient voir graviter autour de notre soleil un petit astre
bleuâtre, dont la lumière a diminué de siècle en siècle, et qui a fini par
s'éteindre tout à fait.
Dans la même constellation du Cygne, observez l'étoile o^ (entre a
et^,un peu au nord : voy. \afig. 131), de quatrième grandeur et demie :
elle est triple, et ses deux com-
pagnons sont respectivement de
septième grandeur et demie et
de cinquième et demie; le pre-
mier à 107", le second à 338".
L'étoile principale est jaune, et
les deux autres sont bleues,
quoique très écartées, comme on
le voit, et faciles à reconnaître
dans les plus petites lunettes.
Les deux petites étoiles restent
bleues lorsqu'on cache la grande.
Très beau champ d'étoiles.
L'étoile {x est aussi une étoile ^
, . , T I j • • 1 T Fig. 137. — L'étoile triple 0* du Cygne (éch. : l--^ 10').
triple. L astre prmcipal, de qua-
trième grandeur et demie, est accompagné d'un astre secondaire, de
sixième grandeur, quilui est presque contigu,à 3"7 : c'est un système
orbital très incliné sur notre rayon visuel ; mais il n'a encore décrit que
8 degrés depuis un siècle ; la distance a diminué de 6" 8 à 3" 7. Non loin
de là, brille une troisième étoile, de septième grandeur et demie, à 210",
qui, d'après les mesures que j'en ai prises, n'est pas attachée au précé-
dent système, et forme simplement avec lui un groupe de perspective.
— On voit d'autres étoiles plus rapprochées, mais très petites.
Près de l'étoile variable x, à 4' de temps à l'ouest et à 50' au nord,
on voit une étoile double particuhèrement intéressante, désignée
aussi par la même lettre. (Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, on l'ap-
pelle désormais x', la variable étant x^) C'est le n" 17 de Flamsteed, et
800 CURIEUSES ETOILES DANS LE CYGNE
c'est probablement même celle-là que Bayer a nommée X : les indica-
lions de grandeur que j'ai reproduites au tableau précédent se rap-
portent à une seule étoile de 1603 à 1700, car c'est seulement depuis
1800 que ces deux étoiles sont nettement distinguées l'une de l'autre
par les astronomes. La double se compose d'un astre de cinquième
grandeur (5,3) et d'un de buitième, écartés à 26" l'un de l'autre, et
fixes depuis cent ans que nous
avons les yeux attachés sur ce
^ i couple. C'est un système phy-
s I sique, animé d'un mouvement
^N^ j propre assez fort vers le sud.
On peut distinguer, tout près,
à 1 5' au sud-sud-ouest, un char-
mant petit couple, formé de
T
\
\
E _.N|.. ^v
\ deux étoiles de huitième srran
\
I
S
i(>as7s
deur, écartées à 3", qui tour-
nent lentement l'une autour de
l'autre, et qui sont emportées
aussi par un même déplace-
ment vers l'ouest, de sorte
Mouvement de deux couples d'étoiles dans le cygne. ^^g^ SelOU tOutc probabilité,
ces deux systèmes sont associés dans leur destinée et voguent de
concert dans les champs du ciel.
Mais, de toutes les étoiles de cette riche constellation, la plus inté-
ressante pour nous est sans contredit la célèbre 61° du Cygne : c'est
la première étoile dont la distance ait pu être calculée; c'est une étoile
double particulièrement remarquable, et c'est en même temps l'une
des plus rapides par le mouvement propre qui l'emporte à travers
l'immensité. De plus, on peut l'apercevoir à l'œil nu et diriger sur
elle une petite lunette qui la dédouble. A l'aide de notre fig. 131, vous
pourrez remarquer qu'elle forme un quadrilatère avec «, y et e, et
que, étoile de cinquième grandeur, elle se trouve entre t et v, de
quatrième. Il est difficile de la regarder, même à l'œil nu, sans
émotion, lorsqu'on connaît son histoire.
Le premier astronome qui ait appelé l'attention sur cette étoile est
Piazzi, qui, en 1804, reconnut la grandeur du mouvement propre
dont elle est animée. Cependant, en 1812, on lisait dans un article du
Moniteur universel : « M. Bessel vient de reconnaître les mouvements
respectifs de la 61° du Cygne et de sa suivante. » Piazzi publia une
petite note dans son catalogue de 1814 (p. 153) pour constater la
HISTOIRE DE LA 61" DU CYGNF 201
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priorité de son travail, et Bessel fut le premier à lui rendre justice (').
Le mouvement constaté était considérable et tout nouveau, car
presque toutes les étoiles du ciel étaient encore considérées comme
fixes. Voici ce mouvement, qui n'est encore dépassé jusqu'à présent
que par une seule étoile connue (1830, Groomljridge) :
MOUVEMENT ANNUEL DE LA 61"= DU CYGNE.
Ascension droite + 0% 34 1 . Déclinaison + 3", 11. Total=5",08.
Ainsi, cette étoile double se déplace dans le ciel de 508" ou 8' 28" en
cent ans, — le quart du
diamètre apparent de la
pleine lune, — et depuis
mille ans seulement elle
a déjà parcouru 84' eu
1 degré 24 minutes. Le
tableau précédent montre
que les anciens n'avaient
pas remarqué cette étoile,
et que la première obser-
vation ne date que d'Hé-
VéliuS (1 660) . C'est par la pig. 139. - Mouvement rapitle de la 01« .ai Cjgnj.
comparaison des observa- ^=^p^='= p"'''°"''." ^° "'^ '"'"^ ^"^•
tions deFlamsteed (1700)
et de Bradley (1755) avec les siennes (1800) que Piazzi reconnut le
déplacement, lequel, vérifié plus tard avec une précision plus minu-
tieuse encore, s'est déclaré être celui que nous venons d'inscrire.
Le mouvement est dirigé à 'peu près vers l'étoile o-, au nord de
laquelle le couple de la 61' passera dans quinze cents ans. Il y a
quatre mille ans, il est passé au nord de la belle étoile £. On se for-
mera une idée exacte de ce mouvement si rapide, — le plus rapide que
(') Les questions de priorité sont trop personnelles pour être intéressantes. Je re-
marquerai, toutefois, que la même confusion vient d'arriver à mon égard et pour la
même étoile. Aussi, par la comparaison de 122 années d'observations, j'ai trouvé en
1874, et présenté à l'Académie des Sciences, dans la séance du 18 janvier 1875, la con-
firmation de l'hypothèse émise mais non acceptée par W. Struve dès 1851, que les
deux composantes de la 61» du Cygne ne présentent aucun indice de mouvement de
révolution l'une autour de l'autre, mais se meuvent décidément en ligne droite. Un
astronome anglais, mon ami M. Wilson, a présenté au mois d'avril, trois mois plus
tard, la même conclusion à la Société astronomique de Londres. Or, M. Guillemin
{leCiel, p. 744), ayant à parler de cette conclusion, l'attribue non pas à mes recherches,
mais à celles de M. Wilson — et aussi à celles de M. Otto Struve, qui dit absolument
le contraire, car il conclut que le mouvement va en se ralentissant et pourrait bien
être orbital.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 26
202 HISTOIRE DE LA 61« DU CYGNE
nous connaissions pour une étoile visible à l'œil nu, — par l'examen de
notre /îg. 139, surlaquellejel'aitracé pour dix mille ans : cinqmilleans
avant notre époque et cinq mille ans après nous. La grandeur appa-
rente de la pleine lune, dessinée à la même échelle , fait mieux
apprécier la vitesse de ce mouvement. — Si toutes les étoiles cou-
raient ainsi, l'aspect des constellations changerait en moins de
mille ans.
Si l'on adopte pour la parallaxe de cette étoile la détermination
qui paraît la plus sûre (0",511), on trouve que, ce chiffre représentant
37 millions de lieues, le mouvement annuel, de 5", 08, équivaut à peu
près à dix fois cette valeur, soit à 370 millions de lieues environ, ce
qui donne au minimum un million de lieues par jour pour ce mouve-
ment. Comme nous ne la voyons pas de face, mais sous une obliquité
plus ou moins grande, il est certain que cette curieuse étoile est lan'îée
dans l'immensité avec une vitesse beaucoup plus rapide encore!
C'est précisément la rapidité de ce mouvement propre qui a donné
aux astronomes l'idée de chercher la distance de ce lointain soleil.
Depuis longtemps on pensait que les étoiles les plus brillantes devaient
être les plus proches; mais les recherches faites sur elles, notamment
sur les plus éclatantes, Sirius, Véga, Arcturus, Altaïr, Rigel, n'ayant
conduit qu'à des résultats négatifs, on eut l'idée d'essayer sur des
étoiles qui se distinguaient par d'autres caractères, tels que la rapidité
de leur mouvement. Il n'est pas douteux, en effet, que, sur dix étoiles
dont le mouvement réel sera le même, la plus proche de nous paraîtra
marcher le plus vite, tandis que la plus éloignée paraîtra marcher le
plus lentement. C'est comme un train de chemin de fer, suivant que
nous le voyons de près ou de loin. La 61' du Cygne se signalait
donc par elle-même à cet égard, et, dès 1812, à l'Observatoire de
Paris, Arago et un jeune savant, qui devait plus tard devenir son
beau-frère, M. Mathieu (mort seulement il y a quelques années, à l'âge
de quatre-vingt-douze ans), s'ingénièrent à déterminer la parallaxe de
cette étoile, et trouvèrent un chiffre quelconque; mais l'opération,
telle qu'ils l'avaient conduite avec un instrument insuffisant, aurait du
leur donner zéro, et le chiffre qu'ils avaient trouvé venait d'une...
erreur. Vingt-sLx ans plus tard, Bessel reprit le même travail à l'aide
d'un instrument plus parfait, et trouva un premier chiffre approché de
cette parallaxe tant désirée. Il recommença le même travail en 1840.
C'était la première fois que l'homuncule terrestre mesurait vraiment
les cieux, et cette découverte produisit une impression bien légitime
sur les esprits qui sont aptes à concevoir le sublime.
HISTOIRE DE LA 61" DU CYGNE 203
Les hommes supérieurs, philosophes, savants ou poètes, s'enthou-
siasmèrent de ce progrès scientifique bien autrement que d'une révo-
lution politique quelconque. On se souvient de la conversation de
Gœthe avec Eckermann, quelques jours après la révolution de 1830.
Toute la ville de Weimar était en mouvement. L'ami du vieux philo-
sophe arrivait chez lui le 2 août, dans l'après-midi. « Eh bien, lui cria
Gœthe en le voyant, que pensez-vous de ce grand événement? Le
volcan a fait explosion : tout est en flammes ; ce n'est plus un débat à
huis clos! — C'est une terrible aventure, répondit Eckermann; mais
dans des circonstances pareilles, avec un tel ministère, pouvait-on
attendre une autre fin que le renvoi de la famille royale ? — Eh ! qui
vous parle de cela? répliqua le grand philosophe. Il s'agit d'un débat
bien autrement grave et d'une conquête bien autrement importante
que les querelles de partis : il s'agit du débat entre Cuvier et Geoffroy
Saint-Hilaire. Je me réjouis d'avoir assez vécu pour voir le triomphe
général d'une théorie à laquelle j'ai consacré ma vie. Et maintenant,
je puis mourir ! »
C'est qu'en effet la révolution scientifique opérée par Geoffroy
Saint-Hilaire ruinait pour toujours les théories classiques officielles
dont Cuvier s'était fait le défenseur ; la nature allait être désornaais
étudiée librement et sans parti pris ; la doctrine profonde et féconde
du transformisme préparait les victoires auxquelles nous assistons
aujourd'hui, et une conception saine des lois générales de l'univers et
du développement de la création apparaissait pour la première fois
dans l'esprit humain. Que sont les émeutes politiques devant les as-
censions delà pensée? Qui se souvient des révolutions les plus san-
glantes des Egyptiens, des Mèdes, des Perses, des Grecs ou des
Romains? Les étapes de la science, au contraire, s'élèvent de siècle
en siècle et éclairent progressivement notre esprit dans la connais-
sance de la Vérité.
La parallaxe de la 61^ du Cygne indique que la distance de cette
étoile est de 404000 fois le rayon de l'orbite terrestre, c'est-à-dire
de 15 trillions de lieues. C'est Vétoile la. plus proche de tout notre
hémisphère boréal et, de toutes celles que nous puissions obser-
ver de la France, la seule qui soit plus rapprochée, « du Centaure
appartenant à l'hémisphère austral et ne se levant jamais au-dessus
de notre horizon. — La lumière emploie six années pour venir de là,
Mais ce n'est pas seulement par -son mouvement et par sa distance
que cette étoile se recommande si particulièrement à notre attention,
c'est encore par sa nature stellaire et par son caractère. Pointez une
^04
HISTOIRE DE LA 61« DU CYGNE
Fig. 140. — La 61" du Cygne.
lunette sur elle, et vous la dédoublerez très facilement. Ses deux
composantes sonf de ciaquième et demie et de sixième grandeur, et
leur écartement actuel est de
20". On les croyait en mouve-
ment orbital rapide. Dès l'an-
née 1812, Bessel avait annoncé
qu'elles devaient tourner en 400
ans l'une autour de l'autre;
puis on a allongé la période à
450, 520 et 600 ans. Mais les
mesures prises d'année en année
ont successivement montré l'in-
vraisemblance de toutes les
orbites calculées. En fait, si l'on
place sur un même diagramme
toutes les positions observées
depuis la plus ancienne mesure
(celle de Bradley, en 1753), on trouve qu'elles s'alignent parfaitement
en ligne droite. C'est ce que j'ai fait {fig. 141). Voici, du reste, le résumé
des positions observées :
Bessel.
Mayer et J. Herschel.
Piazzi.
W. Struve.
"W. Struve et W. Herschel.
W. Struve, Dawes, Smyth, Kaiser.
O. Struve, Jacob, Fletclier.
O. Struve, Dembowski.
Dembowski, Dùner.
Flammarion, Gledhill, Wilson.
Il n'y a, jusqu'à présent, aucune déviation de la ligne droite, de sorte
que l'on ne peut vraiment encore rien deviner de l'orbite, ni même
assurer qu'il y ait jamais une orbite quelconque de parcourue par ces
deux soleils autour de leur centre commun de gravité. Considérez, en
effet , le diagramme tracé , et voyez jusqu'où il faudrait que la
seconde étoile s'éloignât pour arriver à décrire une ellipse allongée
et revenir un jour par la gauche, en redescendant à l'ouest de l'étoile
principale! C'est si immense, qu'on n'ose le croire.
Nous avons ici un cas particulier et très intéressant parmi les pro-
blèmes de l'astronomie stellaire, et d'autant plus curieux que c'est
précisément sur les mouvements de cette étoile double et sur son
orbite supposée qu'on avait basé les premiers raisonnements relatifs à
1753
35°
19"
1780
53
16
1800
72
18
1820
83
15
1830
90
15,6
1840
97,2
16,4
1850
102,8
17,2
ISGO
108,6
18,1
1870
113,7
19,1
1880
117,5
20,2
re/o
iBià
HISTOIRE DE LA 61« DU CYGNE 205
l'universalité de la gravitation, tandis qu'au contraire ce couple se
trouve être celui qui plaide le moins éloquemment en faveur de cette
universalité. Assurément, ce fait ne peut pas nous empêcher d'ad-
mettre une vérité si bien démontrée d'ailleurs, et il faut, au contraire,
que nous cherchions à le mettre d'accord avec elle. On peut faire
là-dessus plusieurs suppositions- Ou bien l'orbite est si vaste, si
longue et si fortement inclinée
sur notre rayon visuel, que l'arc
parcouru depuis 127 ans peut
se confondre avec une ligne
droite (la position de 1753, du ^o--
reste, n'est pas d'une précision \
absolue, et il pourrait se faire \ _^5^
que l'étoile fût plus rapprochée ^^-6"''''
et que l'arc fût déjà indiqué); -ji^"'"^ -y
c'est là l'hypothèse la plus sim- \
pie et la plus conforme aux lois \:
de la gravitation. Mais, dans
ce cas, l'étendue de l'orbite
surpasserait considérablement
celle de toutes les orbites d'é-
toiles doubles calculées jus- '^■^
'■ ■ Cï Wa-, il ir Q Ttna Ir-r,! Fig. 141. — Jlouvcment do la seconde étoile de la 61»
qU ICI. UU Uien Uya une tlOl- du Cygne, relativement à rétolle principale.
sième étoile, obscure, fixe par
rapport à l'étoile n° 1, et autour de laquelle l'étoile n° 2 tourne dans le
plan de notre rayon visuel : un jour, elle s'arrêtera sur sa ligne droite
et rebroussera chemin; mais on ne conçoit pas pourquoi un astre
lumineux tournerait autour d'un astre obscur, car dans un système
multiple, ce sont les astres les plus petits qui doivent s'obscurcir le
plus vite. Ou bien encore ces deux étoiles du Cygne sont lancées dans
l'espace et gravitent ensemble autour d'un centre d'attraction qui les
domine toutes deux, comme deux petites planètes qui graviteraient
autour du Soleil sans tourner pour cela l'une autour de l'autre; en tenant
compte de leur déplacement relatif, on trouve que 61' va un peu plus
vite et un peu plus au nord que 61*. Toutes ces hypothèses sont admis-
sibles; mais on ne peut rien conclure en ce moment. Il nous faut at-
tendre... plusieurs siècles peut-être. Ce couple, du reste, n'est pas le
seul. dans ce cas. J'en ai trouvé plus d'une vingtaine chez lesquels îc
mouvement relatif s'opère également en ligne droite, et il y en a des
centaines où il n'y a pas de mouvement du tout, quoiqu'ils forment des
206 LES CURIOSITÉS DE LA CONSTELLATION DU CYGNE
systèmes physiques lancés avec une grande vitesse à travers l'im-
mensité.
En voilà beaucoup sur une seule étoile! Mais, comme on vient de
le voir, elle est plus intéressante à elle seule que beaucoup d'autres
réunies, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle nous occupe avec prédi-
lection. Les étoiles du ciel sont un peu comme les étoiles de la terre.
Ce ne serait pourtant pas une excuse pour parler d'elle indéfiniment.
N'imitons pas le sexe auquel faisait allusion ce prédicateur, qui, pé-
rorant depuis une grande heure sur l'évangile de la Samaritaine, s'ar-
rêta pour reprendre haleine et fit cette remarque opportune : « Ne
soyez pas surpris, mes frères, si cet évangile est si long : c'est une
femme qui parle ('). »
Avant de quitter cette constellation, dirigez encore une lunette vers
l'étoile 0. Champ curieux. La variable R, que nous avons signalée plus
haut, s'y trouve, avec une autre petite étoih de dixième grandeur. A
1 degré à l'est-nord-est, vous remarquerez une belle double de sixième
et sixième et demie grandeur , à 37" d'écartement. Fixe depuis Tan
1755 que nous l'épions. Struve a estimé les deux composantes de
cinquième grandeur; mais elles ne sont que de sixième, à la limite de
la visibilité. C'est l'étoile 16 c Cygne.
L'étoile ê est une double assez singulière : la petite étoile, de hui-
tième grandeur en moyenne, varie d'éclat et de couleur ; mais elle
n'est qu'à 1"6 de la brillante, et il faut une excellente lunette pour la
distinguer dans l'auréole dont toute brillante étoile reste plus ou
moins enveloppée.
L'étoile 52, de cinquième grandeur (elle varie de 4 à 6), est une jolie
double, orange et bleue; 7" d'écartement. Fixe depuis cent ans qu'on
l'observe.
if : cinquième et demie et huitième, à 3", 5.
Dans cette même région du ciel, remarquons maintenant, en com-
plétant ce chapitre, une petite constellation moderne, qui n'a pas
(') Il est vrai que si îes femmes parlent tant (Dieu, dans sa divine Providence, dit
A. Dumas, n'a pas donné de barbe aux femmes, parce qu'elles n'auraient pu se taire
pendant qu'on les eût rasées), il est vrai, dis-je, que si les femmes parlent tant, c'est
parce qu'elles sont fort curieuses, et ce n'est pas là un grand défaut. Cependant elles
loportent parfois un peu loin. Dernièrement, au Palais de Justice, une affaire un peu sca-
breuse avait attiré un grand nombre de femmes fort élégantes : « Mesdames, dit le
président, vous ignorez sans doute la vraie nature du procès : il est si scandaleux
qu'une honnête femme ne saurait en entendre les détails. Je vous préviens afin que
les honnêtes femmes puissent se retirer. » L'huissier ouvre la porte; mais personne
ne bouge ! Alors le président se lève de nouveau : « Huissier, maintenant que toutes
les femmes honnêtes se sont retirées, faites sortir les autres, u
LA CONSTELLATION DU PETIT RENARD 201
grande importance, mais que nous ne pouvons cependant oublier : le
Petit Renard, imaginée en 1660 par Hévélius pour combler le vide
qui séparait le Cygne de la Flèche. L'astronome de Dantzig a dessiné
là un renard qui vient de voler une oie et qui s'enfuit. Pourquoi cet
animal plutôt qu'un autre? « Parce que le renard est astucieux, vorace
et féroce, comme l'Aigle et le Vautour (la Lyre), qui sont à côté, et
pour rester dans 'le ton des fables et de l'astrologie. » En 1672, il
aperçut là une nouvelle étoile, « qui dura deux ans, écrit l'amiral
Smyth dans son excellent ouvrage Celestial Cycle, et depuis n'a
jamais été identifiée». C'est une erreur : cette étoile n'est autre que
l'étoile de 1670, dont nous avons parlé plus haut et dont nous avons
donné la position.
Cette petite constellation n'a qu'une étoile assez brillante, de qua-
trième grandeur; c'est celle que l'on voit au sud de |3 du Cygne et qui
porte le n° 6. Du reste, voici toutes les étoiles de cet astérisme jusqu'à
la sixième grandeur exclusivement. Elles sont inscrites par ordre
d'ascension droite, c'est-à-dii'e de l'ouest à l'est, ou de la diwte vers
la gauche, comme les numéros des catalogues {vo\j. encore la /îg. 131).
ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU PETIT RENARD
1660 1700 1800 1840 1860 1880 .
1. 5 5 5 5.4 5.4 5,0
4 6 6 5 5 5,2
6 4 4 4 4.5 4.5 4,4
9 5 6 5.6 5 " 5 6 5,5
12 6 5 5.6 5 6.5 5,8
T 5.6 6,7
13 6 k\ 5 5,4 5 5,0
15 5 4-i 5 5 5 5,0
16 5 5 6 5 6.5 5,7
17 5 4i 5.6 5.6 5.6 5,5
16Hév. ... 5 5 5 5 5,2
23 5 4i 4.5 5 5 5,0
28 6 6 5.6 5.6 5.6 5,4
29 5 5 5.6 5 5 5,3
30 6 6 6 6.5 5.6 5,8
31 6 6 6 5 5 ' 5,5
3?. 5 5 4.5 5.6 5.6 5,7
La sixième étoile de ce petit tableau mérite une attention particu-
lière. Comme on le voit, le premier qui l'ait observée à l'œil nu est
l'astronome Heis, de Munster, vers 1860, et il l'a notée de grandeur
= 5.6, c'est-à-dire, dans son ordre de classification, de cinquième
un tiers. Ni Argelander, vers 1840; ni Piazzi, vers 1800; ni Flam-
steed, vers 1700; ni Hévélius, vers 1660, ne l'ont vue; il est donc cer-
tain qu'à ces époques elle n'était pas de cinquième grandeur, ni même
208
LA CONSTELLATION DU PETIT RENARD
''^
de sixième. On la trouve observée par Bessel , vers 1825 : c'est la
1501" de sa xl\" heure. Il l'estima de 7" grandeur. Lalande l'observa
aussi, vers 1800, et l'estima de 5' (n" 37868 de son Catalogue).
C'est donc une étoile variable, qui oscille de 5 à 7 et descend peut-
être même plus bas. On pourrait la nommer T du Petit Renard, et
nous lui avons attribué cette lettre sur notre tableau et sur notre
carte. Je l'ai observée récemment (juillet 1880). Sa grandeur était
alors = 6,7.
Les étoiles 13 et 32 de la liste précédente paraissent soumises à
certaines fluctuations.
Cette constellation renferme deux autres variables connues. Posi-
tions pour 1880 :
Rà ÎOhSg-S^ et 23»20'8 varie de 8 à 13 en 137 jours et demi.
Sa 19''.'i3"'28' et 26''59'3 varie de 8,(i à 9,3 en 68 jours (étoile de 1670)
Il n'y a là aucune étoile multiple recommandable pour les instru-
ments de moyenne puis-
sance. Mais une nébu-
leuse, particulièrement re-
marqua]3le, plane vers l'é-
toile de sixième grandeur,
n* 14, à 7 degrés au sud-est
d'Albireo et presque au
milieu du chemin entre
cette étoile et le Dauphin.
Toute cette région est
riche en petites étoiles. La
nébuleuse dont nous par-
lons a été découverte, eu
1 764,parMessier,dontelle
Ijg- 1«. — La nébuleuse du Petit Renard vue.dans uae lunelte pOrtC le n°^7, et, danS UUB
de force moyenne. luuette de forcc moyenne,
elle offre l'aspect d'une nébuleuse double. Un instrument plus puissant
rattache les deux nébuleuses l'une à l'autre pour en faire un seul objet,
qui ressemble un peu à un haltère de gymnastique, nommé dumh-
bell (battant de cloche) par les Anglais, ce qui a fait donner ce nom à
la nébuleuse par les astronomes d'outre-Manche. On aperçoit, en
môme temps, que le fond extérieur est occupé par une vague nébulo-
sité ovale. Mais cet aspect se métamorphose encore dans le champ
des télescopes gigantesques, comme on peut en juger par ce dessin
LA NEBULEUSE DU PETIT RENARD
20'J
qui représente la même nébuleuse vue dans le télescope de lord Rosse.
Ces différences confirment la remarque que nous avons déjà faite sur
les changements singuliers de forme offerts par ces pâles objets,
suivant l'instrument employé pour les observer, suivant l'œil de l'ob-
servateur et suivant la manière dont chacun interprète un tableau
lorsqu'il veut le reproduire en le dessinant.
Fig. 143. — La nébuleuse du Petit Renard, vue dans le grand télescope de lord Rosse.
Cette vaste nébuleuse est parsemée de petites étoiles. Peut-être la
tout fait-il partie de la Voie lactée, — univers dans un univers !
Observer aussi le groupe de trois petites étoiles de sixième gran-
deur situé dans le triangle formé par les éto'-^s de cinquième 15,23
et 16 Hév. La plus australe de ces trois petites étoiles s'appelle
20 Petit Renard, et forme un amas télescopique composé de 104 étoiles
de 9' à 13' grandeur. Du reste, la plus petite lunette promenée dans
cette région du ciel y révèle des richesses inattendues.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 27
CHAPITRE IX
La Lyre. — Véga, énorme et lointain soleil. — Étoile quadruple.
Nébuleuse annulaire. — La Constellation d'Hercule et ses curiosités sidérales.
Transport du système solaire dans l'espace.
Depuis le mois de mai jusqu'au mois de novembre, pendant les
belles soirées étincelantes des célestes splendeurs, une blanche et
brillante étoile trône à l'est en mai et juin, s'élève vers le zénith en
juillet, passe presque au zénith de Paris en août, le dépasse vers l'ouest
en septembre, descend davantage en octobre, et brille à l'ouest en
novembre et décembre, pour descendre à l'horizon du nord, le raser
de janvier à avril et remonter en mai par l'orient. Cette étoile, la plus
lumineuse de notre ciel avec Arcturus, est Véga ou alpha de la Lyre.
Elle est reconnaissable par son éclat, par les positions que nous
venons d'indiquer et par une particularité qui fait cesser toute équi-
voque : elle se montre dès le crépuscule, accompagnée de deux étoiles
de troisième à quatrième grandeur, (3 et y, qui font de cette constella-
tion une figure spéciale : Du reste, on ne peut la confondre
avec Arcturus, qui trône dans une tout autre direction, à
l'extrémité de la queue de la Grande Ourse, et qui, comme
nous l'avons vu , est • jaune, tandis que Véga est blan-
che. Les seules étoiles avec lesquelles on pourrait la confondre sont
a du Cygne (Deneb) et « de l'Aigle (Altaïr), et c'est ce qui arrive
quelquefois. Or, nous connaissons maintenant trop bien la première
pour oublier sa position à la tète de la croix du Cygne. Quant à la
seconde, elle est flanquée, de chaque côté, de deux satellites, qui lui
donnent cette figure-ci : • Il suffit de remarquer aussi cette
particularité pour recon- « naître sans hésitation dans le ciel
ces trois brillantes étoiles * dont, par surcroît, nous indiquons
la situation relative sur la figure ci-après (144). Si nous ajoutons
encore que Véga précède les deux autres dans le mouvement diurne,
autrement dit qu'elle est à l'ouest relativement au Cygne et à l'Aigle,
LA LYRB
VEGA
2H
nous aurons donné tant derenseig'nements,quela première dame venue
pourra, sans une excessive fa-
tigue d'esprit, trouver cet astre
dans le Ciel et le reconnaître
la nuit sans lui faire la moin-
dre infidélité.
Cette étoile de première
grandeur est l'une des plus
lumineuses du Ciel ; sa tempé-
rature est fort inférieure à celle
d'Arcturus , mais sa lumière
est si vive qu'elle agit avec la
plus grande rapidité sur la
plaque sensibilisée du photo-
graphe. Son spectre, du même
type que celui de Sirius {voy.
lâfig. III de notre planche gé-
nérale des spectres), indique la prédominance de l'hydrogène, du
sodium et du magnésium. On a pu en photographier directement les
raies principales, et nous reproduisons ici le cliché qui en a été fait
en 1876 par M. Huggins : on voit au-dessus une autre photogra-
phie directe du spectre solaire obtenue le lendemain matin slu* la
Fig. 144. — Positions respectives de Véga, Altaîr
et Denel) du Cvsrn
Fig. 145. — Photographie directe du spectre de a Lyre.
même plaque, ce qui permet de juger immédiatement des coïncidences
et des différences. Mais pour l'étude des détails, il est préférabi'.
d'examiner les dessins de notre tableau général des spectres.
Ce lointain soleil gît à 42 trillions de lieues d'ici, sa parallaxe, da
0", 18, correspondant à 1147 000 fois le demi-diamètre de l'orbite
terrestre. Quelle ne doit pas être sa lumière pour que, onze cent mille
fois plus éloigné de nous que le Soleil, il brille encore avec tant d'éclat
*I2 »,A LYRE. - VEGA
dans notre ciel! Comme la lumière décroit en raison du carré de la
distance, notre Soleil emporté dans cet éloignementne nous enverrait
plus qu'une clarté 1 313 milliards de fois inférieure à sa splendeur
actuelle. Celle de Véga est incomparablement plus intense. En effet,
d'après les expériences de Wollaston, la pleine lune est 800000 fois
moins lumineuse que le Soleil ; d'après celles de sir John Herschel,
l'étoile a du Centaure est 27 408 fois moins lumineuse que la pleine
lune, et, d'après les meilleures expériences photométriques, Véga est
peu inférieure à a du Centaure. Il en résulte qu'elle doit être 25 à
30 milliards de fois moins lumineuse que le Soleil. A sa distance,
notre éblouissant foj'er serait donc environ 47 fois moins lumineux
que l'astre de la Lyre , c'est-à-dire réduit au rang d'une étoile de
cinquième grandeur. Et l'on voudrait que nous puissions regarder
Véga sans admiration, quand déjà l'étude de notre propre soleil nous
a plongés dans la stupéfaction et dans l'extase ! Il faudrait ne rien
comprendre aux grandeurs que nous découvrons à chaque pas dans
cette description du ciel pour rester indifférents aux résultats mer-
veilleux qui en ressortent avec tant d'évidence. Quel soleil et quelle
fournaise! L'espace céleste nous paraît calme et silencieux! Mais en
réalité chaque étoile est le foyer de telles conflagrations, l'arène de
tels tumultes, la source de tels vacarnes, que les éclats les plus
violents de la foudre et de la mitraille, les grondements les plus
terribles des volcans et les clameurs les plus formidables de tous
les éléments conjurés ne sont qu'un profond silence comparés à
ce que nous entendrions si nous pouvions approcher d'une étoile
quelconque.
Véga, comme Arcturus, s'approche de nous, et sa vitesse dans le
sens du rayon visuel parait être de 71 kilomètres par seconde,
ou de 255 600 kilomètres à l'heure. Mais une partie de cette vitesse
nous appartient à nous-mêmes, car nous nous transportons avec le
Soleil vers la constellation d'Hercule, voisine de la Lyre, et le mouve-
ment mesuré se compose des deux marches.
Il est difficile aussi de ne pas « accorder » une attention toute par-
ticulière à cette étoile, lorsqu'on sait qu'elle était il y a quatorze
mille ans l'étoile polaire de l'humanité terrestre, et qu'elle le rede»
viendra dans douze mille ans, en vertu de la précession des équinoxes
dont nous avons étudié plus haut la cause et les effets.
On voit, au télescope, à côté d'elle, une petite étoile, qui ne forme
pas avec elle un système binaire, comme on le dit ordinairement, et gît
au contraire fort au delà dans l'espace : elle ne lui appartient pas, ei
LA CONSTELLATION DE LA LYRE
213
Fig. 146. — Véga et sou compagnon.
reste fixe au fond des cieux. On s'est servi avec avantage de ce point
de repère pour déterminer le
mouvement parallactique an-
nuel dont nous venons de par-
ler.
D'un autre côté, si l'on com-
pare les positions relatives ob-
servées d'année en année , on
remarque que relativement à
Véga la petite étoile s'est dé-
placée suivant une ligne droite,
égale et contraire au mouve-
ment propre de Véga : il n'y a
là qu'un effet de perspective ;
c'est la brillante étoile , plus
rapprochée de nous, qui se dé-
place devant la petite, celle-ci reposant immobile dars le sein de
l'infini.
Ce compagnon optique est très
petit, et plongé dans le rayonne-
ment de sa brillante voisine. Sa ,^ ,^
distance actuelle est pourtant de "^"x
47"; mais il n'est que de 9° gran- \, /
deur. Il faut une bonne lunette Vy's^
pour l'apercevoir. /' '^^-.^
Véga est l'étoile principale de 4
la constellation de la Lyre, qui,
tout en étant l'une des pluspetites '"'^- '"■ " m°-°"><="' '-«'^^'f "^ -'"p-s"™ "o vég».
du ciel, est néanmoins l'une des plus intéressantes. Ce nom de Lyre
provient sans doute de sa forme. Regardez-la attentivement dans le
ciel; vous ne tarderez pas à reconnaître que le quadrilatère formé
par les étoiles p, y, S et C, rattaché à Véga comme par un manche,
donne l'idée d'un instrument de musique de préférence à tout autre
symbole, soit Lyre, soit Cythare, soit Harpe; et, de fait, cet asté-
risme a été désigné sous ces trois noms. La mythologie en avait
fait la lyre d'Orphée. On l'a aussi appelée la Tortue, sans doute
postérieurement, parce que les anciennes lyres étaient fabriquées dans
des carapaces de tortue. Plus tard encore, on a accroché cette Lyre
à un Vautour, un peu comme les pupitres des lutrins d'église, et la
constellation s'est appelée le Vautour tombant. Le nom di Vég^
175a ô
514
LA CONSTELLATION DE LA LYRE
vient même de là : il dérive de l'arabe Waki, « al-nasr-al-veaki », le
Vautour tombant.
L'éclat actuel de ces étoiles n'a pas toujours été le même depuis le
commencement des obser-
vations. Il semble que les
quatre étoiles £, '(,, -n et 6
aient diminué aux temps
d'Hévélius, de Flamsteed
et de Piazzi, pour remon-
ter ensuita. L'étoile >c a dû,
au contraire, augmenter
d'éclat. Les étoiles >. et v,
notées de 4° grandeur par
Ptolémée, sont tombées à
la G^ La dernière étoile
de cette liste, actuelle-
ment parfaitement visible
à l'œil nu, et pleinement
de 5' grandeur, se trouve
entre la Lyre et Hercule,
et n'a été observée par
aucun des astronomes an-
Fip. 148. — Principales étoiles de la constellation de la Lyr cieUS ' OU Se l'exoliouerait
fort bien, a cause de sa position, pour les observations faites à l'œil
nu; mais pour les observations méridiennes de Flamsteed et Piazzi,
c'est plus difficile. Je la trouve dans le catalogue de Lalande (34 931,
observée deux fois, vers 1800), et notée de 5* grandeur 1/2; et dans
le catalogue de Bessel, observée vers 1825, et notée de 6.7 (c'est
w.-B., xvm, 1218. Elle est actuellement (août 1880) de 5' grandeur.
C'est en vain que je l'ai cherchée dans les catalogues astronomiques
dont nous nous servons habituellement. Concluons donc qu'elle est
variable. Oa pourrait lui donner la lettre S.
L'étoile Q* 13, inscrite maintenant sous la lettre R, a été notée de
4' grandenr par Tycho-Brahé à la fin du xvi' siècle, et de 6° par
Flamsteed à la fin du xvn^ Elle subit actuellement des oscillations de
la 4' à la 5" en une période de 46 jours.
p varie de 3,4 à 4,5 en 12 jours 21 heures 51 minutes, en manifes-
tant deux maxima et deux maxima qui varient légèrement eux-mêmes.
C'est là une étoile bien singulière. Un jour, le P. Secchi a remarqué
en elle, à son maximum d'éclat, le spectre étrange de y Cassiopée, dont
CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS LA LYRE 2lS
nous avons parlé plus haut (p. 60), montrant les raies brillantes de
l'hydrogène incandescent et l'indice d'un violent incendie : il ne l'a
plus revu depuis. Quels événements, quelles révolutions, quelles mé-
tamorphoses s'accomplissent en ces régions lointaines, qui ne nous
paraissent mortes et silencieuses qu'à cause de la distance qui nous en
sépare ! Cette étoile a trois petits compagnons éloignés qui rendent
encore plus intéressante sa situation dans le ciel.
Faisons plus ample connaissance avec les différentes étoiles de cette
constellation.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DE LA LYKE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES —
■127
+ 960
1430
1590
1C03
ICGO
1700
1300
1S40
1850
1880
« {Véga)
1
1
1
i
1
1
1
1
1
1
1,0
P
3
3.4
3
3
3
3i
3
3
var.
var.
var.
Y
3
3
3
3
3
3
3
3
3.4
3.4
3,3
5
4.3
4.3
4
4
4
5
4
5
4.5
4.5
4.4
E
4.3
4.3
4
5
4
5
5
5
4
4.5
4,4
c
4.3
4.3
4
5
4
5
5
5
4.5
4.5
4,4
1
4
4.5
4
5
5
5
6
5
4.5
4.5
4,6
B
4
4.5
4
5
5
5
6
5
4.5
4.5
4,2
t
5
5
5
6
5
5.6
5
3
5,0
X
5
5
5
4.5
5.4
5.4
4,T
\
4
5.6
5
6
6
6
6
6
5.6
5.6
5,7
V-
6
6
6
5.6
5.6
5
5,5
V
4
4.5
4
6
6
6
6
5.6
6.5
Ç,0
Ifj
6
5.6
5
5.6
5,5
13R
4
5
6
5,6
5.4
var.
4,5
34931
5
5
5,0
33739
6.5
5.6
5,4
Il y a là une merveille. Que les personnes qui jouissent d'une vue
excellente regardent avec attention l'étoile e, non loin de Véga
[voy. ftg. 148), elles la verront allongée o , Un œil sur dix mille décou-
vrira mieux encore, et distinguera là deux étoiles contiguës oo . Pre-
nez une jumelle, vous séparerez ces deux étoiles o o. Dirigez vers
elles une petite lunette, vous les séparerez davantage, et vous aurez îa
un couple ravissant. Allez plus loin encore, pointez vers ce couple un
instrument plus puissant, et vous découvrirez avec admiration que
chacune de ces étoiles est double elle-même , et qu'il y a là deux
couples célestes formant ensemble un système quadruple. La dis-
tance qui sépare les deux couples est de 207". Le couple qui pré-
cède (e^) est composé de deux étoiles de 6' et 7' grandeur, écartées à
3", 2, et le couple qui suit(e*) est composé de deux étoiles de 5" 1/2 et
6% écartées à 2", 4. Le premier a tourné de 20° depuis cent ans. ei
le second de 37° ; si ce mouvement était uniforme, la révolution du
2)6
CURIOSITES SIDERALES DANS LA LYRE
Fjg. 1')9. — Système quadruple de t Lyre.
premier couple s'opérerait en 1800 ans, et celle du second en 3700.
Quant à la révolution de ces
deux soleils doubles autour de
leur centre commun de gravité,
elle doit atteindre une période
peu inférieure à un million
d'années !
\t Un simple regard jeté sur ce
f point du ciel en dit plus à l'âme
ilu philosophe que la lecture de
tous les livres de la Bibliothèque
nationale.
Le télescope montre entre les
deux couples trois petites étoiles
qui peut-être appartiennent à
ce vaste système, mais peuvent
parfaitement aussi ne pas lui appartenir, et se trouver soit en deçà,
soit au delà — plutôt au delà.
Quel système ! et quelles grandeurs ! En ne supposant pas cette
étoile quadruple plus éloignée que Véga, comme à cette distance 0",18
représente 37 millions de lieues, une seconde entière représente
205 millions de lieues; l'écartement qui les sépare étant de 207" équi-
vaut donc à 42 milliards de lieues, au minimum, attendu que selon
toute probabilité cette étoile de 4' grandeur et demie est beaucoup
plus éloignée de nous que l'éclatante Véga. Comment pourrait-on
contempler l'immensité de ces lointains systèmes sans éprouver pour
les vulgaires petitesses des affaires terrestres un véritable sentiment
d'humiliation?
■ Non loin de là, l'étoile â se montre également composée de deux
autres, de 4° 1/2 et 5° 1/2, très écartées l'une de l'autre et perceptibles
à l'œil nu pour les vues excellentes, dans une jumelle pour les vues
ordinaires. Champ très riche pour un instrument de moyenne puis-
sance.
L'étoile K est une double très belle et très facile. Grandeurs des com-
posarites = 4 1/2 et 5 1/2 ; distance = 44"; jaune topaze et vert clair,
ïi : 4° 1/2 et 9% à 28"; jaune pâle et violette.
Cette petite constellation garde aussi en réserve pour l'observateur
du ciel une curiosité bien remarquable dans le monde des nébuleuses.
C'est la fameuse nébuleuse annulaire de la Lyre, la seule de cette
forme qui soit accessible aux instruments de moyenne puissance. Elle
NEBULEUSES CURIEUSES
217
n'est pas difficile à trouver, car elle gît entre (3 et y, à un tiers de la
distance en venant de p. Vue pour la première fois par Darquier en
1779, et inscrite au n° 57 du catalogue de Messier, elle a été l'objet
d'un grand nombre d'observations. Sa forme, toute simple qu'elle
paraisse, est bien singulière au point de vue des lois de la gravitation.
Au lieu d'offrir une condensation graduelle vers le centre, elle offre
au contraire une sorte de vide, la matière nébuleuse s'étant disposée
en forme d'anneau. C'est une ellipse, dont le grand axe mesure 78" et
le petit 60". En réalité, ce doit être un cercle que nous voyons obli-
quement. On croyait d'abord que l'intérieur était vide, et William
Herschel l'appelait une nébuleuse perforée. Mais on distingue dans
le fond une sorte de voile brumeux, et même lord Rosse a découvert,
à l'aide de son puissant télescope, des stries qui paraissent traverser
Fig. 150 — La nébuleuse annulaire de la Lyre. Fig. 151. — Nébuleuse Fig. 152. — Nébuleoae
1» Dani une lunelle œojcmie. | 2° Dms le télescopa de lord Bosse. Messier 07. MesSier 56.
l'arène de cet immense cirque céleste — immense, en vérité, car il est
certainement plus vaste que notre système planétaire tout entier ; —
le même astronome a cru apercevoir des étoiles sur la bordure; Secchi
distinguait une poussière d'argent, et Chacornac a cru aussi la ré-
soudre; cependant l'analyse spectrale n'y révèle que l'existence d'un
gaz lumineux. Univers en formation ! Que se passera- t-il là dans les
siècles futurs?Que s'y passe-t-il déjà actuellement? Créations bizarres
et inexplorées! Il en est d'autres encore plus étranges. Considérez,
par exemple, cette nébuleuse circulaire (M. 97) delà Grande Ourse,
située près de l'étoile p de cette constellation, à 2° au sud-est, mais
accessible seulement à des instruments assez puissants : ne croirait-
on pas voir une physionomie étrange nous regardant d'un autre
monde avec des yeux inégaux allumés dans une tête de mort ?
Vers 3° et demi au nord- ouest de (3 du Cygne, on pourra aussi
observer avec plaisir un amas presque globulaire {fig. 152 ), composé
de plusieurs centaines d'étoiles et qui offre pour ainsi dire l'aspect
ASTnONOMIE. — SUPPLÉMENT. 28
M8
LA CONSTELLATION D'HERCULE
diamétralement contraire de celui de la nébuleuse annulaire, la
lumière s'accroissant progressivement jusqu'au centre. Messier l'a
découvert en 1778, et Ta inscrit au n° 56 de son catalogue. 11 ne me-
sure pas moins de 3' de diamètre. Mais ne nous attardons pas davan-
tage en ces régions : la constellation d'Hercule nous réclame, et se
présente maintenant à nous comme l'une des plus intéressantes du
ciel
Comme on l'a vu sur notre grand dessin (p. 193), ce demi-dieu est
Fig. 153. — L'Hercule d'Hyginus (1485).
dessiné renversé, les pieds au nord, la tète au sud, tenant d'une main
sa massue et de l'autre un rameau d'oranger auquel s'enlacent deux
serpents. C'est là un souvenir du jardin des Hespérides, dont nous
avons parlé en faisant l'histoire de la constellation du Dragon. Retour-
nez la figure et cherchez à apprécier la situation de cet homme en
génuflexion : ne paraît-il pas offrir avec un air de vaincu son rameau
à quelque personnage invisible ? Le symbole a certainement changé
depuis les siècles passés. Dans une édition du xv' siècle de l'ouvrage
d'Hyginus (Venise, 1485), la vieille hgure sur bois, reproduite
ici, nous montre Hercule portant sur le bras la peau du Lion de
LA CONSTELLATION D'HERCULE
2J9
Némée, et sur le point d'assommer de sa massue le serpent gardien
de l'arbre aux fruits d'or. Au commencement du xvif siècle, en 1603,
sur l'atlas de Bayer, l'arbre a disparu, comme dans les changements
à vue de la lanterne magique, et le rameau d'oranger est venu se
placer dans la main du héros agenouillé (fig. 154). Soixante ans plus
Flg. 154. — L'Hercule de Bayer (i603).
tard, Hévélius a remplacé le rameau par des serpents auxquels il a
donné le nom de Cerbère, le gardien des enfers, et sur lesquels Her-
cule a l'air de vouloir frapper de la massue, dans l'intention probable
de les assommer (fig. 155). Que de métamorphoses depuis l'antiquité !
Comparez les quatre dessins que nous reproduisons ici comme curio-
sité historique (fig. 133, 153, 154 et 155, et jugez du changement qui
s'est opéré.... « Cet individu, écrivait Aratus au m° siècle avant notre
220
LA CONSTELLATION D'HERCULE
ère, paraît dans une situation pénible; nous ne savons ni qui il
est ni ce qu'il fait là ; ou l'appelle Engonasi (l'iiomme à genoux) : il
a les bras élevés vers le ciel comme pour en implorer l'assistance. »
Si les astronomes et les historiens de l'astronomie ne se souvenaient
déjà plus il y a deux mille ans du personnage qu'on avait dessiné là,
nous serions sans doute mal inspirés de chercher nous-mêmes à nous
Pf ^^'^'""'^""^
c '■ ' , j /o /
Fig. Ibb. — L'Hercule d'Hevelius (1660)
y reconnaître aujourd'hui, et j'estime qu'il est préférable d'oublier
la mythologie pour les étoiles.
Eudoxe, Aratus, Eratosthèmes, Hipparque, Ptolémée,Sùfi, Uliigh-
Beigh l'appellent tous V Agenouillé. Je trouve pour la première fois,
et à mon grand étonnement, le nom d'Hercule dans l'édition d'Hy-
ginus, dont nous parlions tout à l'heure (1485), — encore est-il associé
à l'autre nom « Engonasi, Hercules » , — et dans le catalogue de Tycho-
Bralié(1590) où la figure porte également les deu-^. titres. Lo nom
LA CONSTELLATION DHERCULB 221
d'Hercule est donc une appellation relativement moderne. Les com-
mentaires astronomiques de Dupuis, Lalandeet Francœur sur les douze
travaux d'Hercule et leurs combinaisons avec les levers et couchers des
constellations me paraissent dénués de fondement. Quant à ceux qui
sont allés jusqu'à prétendre que les anciens avaient deviné la transla-
tion du Soleil vers la constellation d'Hercule, et que c'est à cause de
cela qu'ils avaient placé là le symbole de la force et de la puissance,
ils ont sans doute voulu faire une plaisanterie.
Les anciens eux-mêmes, quoique plus rapprochés que nous des
origines, ont commis parfois d'étranges méprises, jusqu'à prendre
des adjectifs pour des noms d'hommes, comme ce Grec qui prenait le
Pirée pour un héros, et comme Théophraste lui-même qui raconte
qu'un astronome nommé Phaïnos d'Elis avait fait d'importantes
observations sur le Soleil. Or, ce Phaïnos d'Elis n'est autre que le
Soleil lui-même, ainsi qualifié, par Aratus entre autres (748° vers):
^aivo; ïiXioi; « le brillant Soleil » ! Le plus curieux est que cet astronome
apocryphe, personnifié depuis l'antiquité, est encore cité de nos jours
par Bailly et Delambre.
La constellation d'Hercule occupe un vaste espace entre la Lyre et
la Couronne dans le sens de l'est à l'ouest, et entre la tête du Dragon
et Ophiuchusdans le sens du nord au sud. Le tableau suivant et notre
fig. 156 en représentent les étoiles principales. C'est l'ime des constel-
lations les plus vastes, et Bayer y a épuisé les lettres des deux alpha-
bets grec et latin, sans nommer encore toutes les étoiles, car, selon
son habitude, celles qui sont en dehors du dessin de la figure n'ont
pas reçu de lettres, quoiqu'il y en ait plusieurs de la quatrième gran-
deur, par exemple, dans le Rameau. J'ai inscrit toutes ces étoiles au
tableau ci-après, et j'ai voulu aussi me rendre compte pour chacune
d'elles des observations d'éclat faites depuis deux mille ans ; mais je
n'attends pas de mes lecteurs qu'ils aient ni ma curiosité ni ma
patience, et je les engagerai seulement à rechercher dans le ciel, pen-
dant les belles nuits d'été, les principales étoiles, et notamment à
reconnaître, en se servant de notre fig. 156, « Ophiuchus et x Her-
cule, puis (3, qui se trouvent sur la ligne menée de l'Aigle à la
Couronne. S'ils y prennent goût, ils peuvent ensuite trouver le bras
gauche (J, "k, p., v, \, o) tendu vers la Lyre ; puis, dans le corps, le
quadrilatère vj Ç s ir. Mais examinons les curiosités principales de cette
grande figure.
ooo
LA CONSTELLATION D'HERCULE
ÉTOILES PIIINCIPALES DE LA CONSTELLATION d'HERCULE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES
— m
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1430
1590
1603
1660
1700
1800
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LA CONSTELLATION D'HERCULE
223
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4
5.6
4.5
4
4,0
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4
3
5
5
4.5
1.5
4.t.
Fig. liO- — Principales étoiUs Je la constellation d'Hercule.
ru LA CONSTELLATION D'HERCULE
Et d'abord «, étoile extrêmement curieuse et du plus haut intérêt.
Elle ne recevrait plus aujourd'hui la première lettre, car p est aujour-
d'hui constamment plus brillante, et môme Ç vient également avant
elle, «n'est qu'une faible de 3'' grandeur, variant d'ailleurs assez irré-
gulièrement entre 3,1 et 3,9. Elle est toujours inférieure à a Ophiu-
chus. Sa couleur est rougeâtre, ou pour mieux dire orangée, bien
perceptible à l'œil nu, mais pourtant moins rouge que Mars et Anta-
rès. Son spectre, dont nous avons reproduit le dessin à la fig. 6 de
notre planche générale des spectres, est considéré comme le type
des étoiles de cette nature (le troisième type de Secchi), étoiles
orangées et rouges, généralement variables, dont le spectre se montre
composé de lignes noires et de lignes brillantes, entrecoupées de
zones ou bandes obscures disposées comme autant de colonnes canne-
lées vues en perspective et ayant la partie éclairée du côté du rouge.
Il y a là deux spectres superposés. L'hydrogène y apparaît ren-
versé, c'est-à-dire lumineux ; les raies du sodium, du fer et du ma-
gnésium y sont très fortes. Ce sont là vraiment d'étranges soleils,
qui semblent flotter dans un état instable, subissant des conflagrations
qui doivent mettre souvent en péril la vie éclose à la surface des
mondes de leurs systèmes.
Cette étoile est, de plus, une très belle double, l'une des plus char-
mantes du ciel, composée d'un soleil orangé et d'un soleil émeraude,
comme on l'a déjà vu sur notre planche des étoiles doubles colorées.
Les deux composantes sont très rapprochées ( à 4",?) ; cependant un
bon objectif de 60 millimètres suffit pour opérer nettement le dé-
doublement. Belle observation à faire pour un œil attentif. Plusieurs
astronomes avaient considéré ce couple comme en mouvement orbi-
tal; d'autres, au contraire, ont cru que le compagnon était seulement
voisin par un effet de perspective , comme celui de Véga, et pouvait
servir à déterminer la parallaxe de cette curieuse étoile (il y a même
une parallaxe calculée par Jacob). Ces déductions sont erronées. En
réalité, les deux composantes de ce couple céleste restent fixes l'une
par rapport à l'autre depuis cent ans qu'on les observe, mais elles
forment néanmoins un couple physique, car un même mouvement
propre les emporte de concert à travers l'immensité de l'espace. Nous
verrons tout à l'heure que c'est vers cette région du ciel que le Soleil
nous emporte, avec toutes nos destinées politiques et religieuses.
Certe:, :iujourd'huique nous connaissons la nature physique de cette
étoile, sa constitution chimique, sa richesse personnelle comme étoile
double, son mouvement dans l'espace, son rapport avec notre propre
Astronornie populaire
ouppicmoiit
SPECTRES
de diverses Sources lumineuses
SOIi\IRE, STELLAIRES^ COMETAIRF.S & TERRESTRES.
l.Spectre continu ( solide ou liquide mcandescenO 2. Spectre du Soleil 3. Spectre
de Sirius — 4-. d'Aldébaran—S. de Bét,elgeuse_6 Alpha d'Hepcule_7. Speulre
d'une étoile rouge — 8. Etoile temporaire 9. Comète de 1874-_ 10. Nébuleuse
du Dragon_ll.Nébuleuse d'0rion^I2. Spectre du Sodium„l;3. Hvdro_qènc_14-. Azuto.
TA CONSTELLATION D'HERCULE il!
mouvement à travers l'infini, comment pourrions-nous la regarder,
même à l'œil nu, sans un intérêt tout particulier et sans éprouver un
sentiment de sympathie pour ces astres auxquels nous rattachent des
attractions mystérieuses et inconnues?
Remarquons maintenant, parmi les étoiles de cette constellation,
quelques variations séculaires qui paraissent se manifester par les
comparaisons du tableau précédent. Ainsi, les étoiles a et x ont
diminué. 9, x> «> h, u ont été notées tour à tour de 4% 5' et 6° gran-
deur.
L'étoile 13 p, marquée de 6° grandeur en 1603 sur la carte de Bayer
et nommée par lui, est signalée du même éclat dans le catalogue d'An-
thelme (1679); elle a été vue de 5' 1/2 par Flamsteed en 1700 et de
7' par Piazzi en 1800; mais, à partir de cette époque, elle disparait
pour les observations faites à l'œil nu. Je l'ai cherchée vainement en
juillet 1880, et finalement, en août, à l'aide d'une lunette, je l'ai
trouvée de 7' grandeur et demie. L'étoile 88 2, notée de 6* grandeur
depuis deux mille ans, est actuellement invisible à l'œil nu et de
7' grandeur.
L'étoile 68 u a été notée de 6° grandeur par Bayer, de 5° par Hévé-
lius, Argelander, etc., de 4' par Piazzi. De fait, elle varie en 40 jours
de la 4' à la 6" grandeur.
Tandis que Icà étoiles petz disparaissaient, les étoiles 31312 et3l694
Lalande augmentaient d'éclat et arrivaient à la 5* grandeur.
L'étoile 70 Hercule mérite peut-être une attention plus particulière,
encore. En 1660, Hévélius l'a vue de 5' grandeur; puis Flamsteed de
4" et de 5"; puis Piazzi, de 5° 1/2, et Argelander, de 6'. Lalande l'a notée
trois fois de 4°. Je l'ai trouvée récemment de 5M/2. Elle est certaine-
ment variable. Autre remarque. En transcrivant ses observations,
Flamsteed s'est trompé une fois de 24 secondes, et a inscrit, comme
passant au méridien 24 secondes après, une autre étoile, portant le
n° 71, et qui n'a jamais existé. Piazzi l'a vue deux fois double, puis
simple. C. Mayer l'a vue également double. W. Herschel l'a trouvée
•impie. Un astronome anglais qui s'était installé un observatoire à
?assy en 1825, su- James South, a mesuré auprès d'elle, à 3'38" de
listance, un petit compagnon qu'il a estimé une fois de 9', une fois
de 10' el unj fois de 11' grandeur. (Ce soir 10 août, j'ai revu ce com-
pagnon, que j'estime de 9' grandeur.)
Les notifications d'éclat de Piazzi sont parfois inférieures a ia
réalité, comme on le voit ici par les dernières étoiles du tableau.
L'étoile f^ manque au tableau précédent. Ce n'est pas qu'elle ait
^STnON'OMIE- — SUPPLÉMENT. 29
22t
LA OONSTBLLATION D'HEUCULE
disparu du ciel, mais elle ne fait qu'une avec l'étoile v du Bouvier.
L'étoile 55 est ordinairement signalée comme un exemple des étoiles
éteintes; mais elle n'a été observée qu'une fois par Flamsteed, et
encore d'une manière douteuse (en quelque sorte comme un duplicata
de la 54'), de sorte qu'il est problable qu'elle n'a jamais existé.
Signalons maintenant les plus jolies étoiles doubles à observer.
Ne revenons pas sur «, dont nous avons résumé l'histoire céleste.
Dirigez une lunette vers x. (sur le prolongement de p à y). Très facile
à dédoubler: 5" et 6"; distance
= 30". Dans le champ de la lu-
nette, ce couple ressemble à
Mizar et Alcor, par une troi-
sième étoile de 6° qui se trouve
au nord.
p : 4° et 5' 1/2; écartement
= 3", 7; très fine.
'95 : 5,5 et 5,8; écartement
= 6" ; jaune d'or et azur léger.
Couple extrêmement joli ; très
lumineux; ravissant petit ta-
bleau, couleurs variables. Fixe.
J : 4" et 8^ écartement = 1 8";
mouvement rapide ; mais sans
doute groupe de perspective. (Difficile à dédoubler : la grande étoile
est d lin bleu clair brillant, la petite violette très fine. )
Mais de toutes les étoiles doubles de cette constellation, la plus
intéressante est sans contredit l'étoile ç, dont les composantes de 3° et
6* grandeur, gravitent Vune autour de l'autre dans la période rapide
de 34 ans^ et demi. C'est l'un des systèmes orbitaux les plus rapides
que nous puissions observer dans le ciel entier. Un instrument puis-
sant est nécessaire pour opérer le dédoublement, car l'écartement des
deux co.mposantes n'est actuellement que de 1",3 et ne dépasse jamais
1",5. La petite étoile disparaît même dans les rayons de la grande pen-
dant trois ans, à chacune de ses révolutions, lorsque sa distance est infé-
rieure à 0",6 : c'est le premier exemple que l'on ait eu, dès l'an 1795,
de l'occultation d'une étoile par une autre. Depuis 1782, date de la
première mesure faite par William Herschel, la petite étoile a déjà
accompli près de trois révolutions autour de la grande J'ai représenté
fig. 158 l'orbite apparente, telle que nous la voyons d'ici, et fig. 159
l'orbite réelle, comme on la verrait de face. Voilà un nouveau système
ïig. 157. — L'étoile double 95 Hercule.
LA CONSTELLATION D'HERCULE
237
de deux soleils qui doit distribuer aux terres inconnues qui gravitent
dans sa double lumière, des années, des saisons, desjoursetdes nuits,
des printemps et des automnes, des aurores et des crépuscules dont
les phénomènes simples et réguliers de la nature terrestre ne peu-
Fig. 158. — Orbite apparente de s Hercule.
Fig. 159. — Orbite absolue île î Ilerculs.
vent nous donner aucune idée. Qu'il serait intéressant de pouvoir
s'envoler jusque-là, ne serait-ce que pour y vivre une seule existence
d'une quarantaine d'années de contemplation !
Cette vaste constellation d'Hercule renferme l'un des plus beaux
amas d'étoiles qui existent. Il se trouve entre » et Ç, à un tiers de la
distance en partant de -n ; on le distingue à l'œil nu par les nuits claires
et sans lune. Pourtant personne n'en a parlé avant l'année 1714 où
Halley l'observa le premier et le présenta comme la sixième nébu-
leuse alors connue, en ayant soin d'ajouter que sans doute les progrès
de l'astronomie en feraient découvrir d'autres, prédiction réalisée
au delà de toute espérance : un demi-siècle plus tard, Messier publiait
un catalogue de 103 de ces créations lointaines ; à la fin du siècle,
W. Herschel en enregistrait 2500, et aujourd'hui nous en connais-
sons plus de six mille!... Il est singulier que Messier ait cru constater
que cette nébuleuse « ne contenait aucune étoile », car le plus faible
pouvoir optique permet de la résoudre en une masse de petits points
lumineux. Scruté dans le champ des plus puissants télescopes, cet
amas se développe sur une étendue de 8' de diamètre, soit k quart d'-
<liamètre apparent de la pleine lune, et, d'après son aspect globulair
et sa condensation centrale, se présente comme composé de plus de
cinq mille soleils, réduits pour nous à la dimension d'étoiles de
10' à 15' grandeur. Le spectroscope y montre un spectre continu et
une constitution non gazeuse. Cet amas d'étoiles est sans contredit
i28 I>A CONSTELLATION D'HERCULE
l'un des plus brillantsl du ciel et, par une heureuse circonstance,
l'un des plus faciles à observer sous nos latitudes. Il est difficile de le
contempler sans admiration. Quel univers ! Quand on songe qu'entre
chacun de ces soleils il y a des
millions, ou, pour mieux dire,
des centaines de millions de
lieues, comment l'imagination la
plus téméraire ne se sentirait-elle
pas abîmée et confondue ! Tout à
l'heure je demandais quarante
ans d'études à passer dans le sys-
tème double de Ç Hercule : main-
tenant, j'en ambitionnerais au
moins dix fois plus, soit quatre
cents ans, pour satisfaire une
„. , ,„ . „„ , curiosité bien légitime dans l'é-
Fig. 160. — Amas d'Hercule. °
tude de cette prodigieuse agglo-
mération de plus de cinq mille soleils.
Hercule nous offre encore un autre amas, que l'on trouvera sur la
ligne tracée de Véga à t, à peu près de même diamètre que le précé-
dent, mais moins facile à résoudre en étoiles.
Ne quittons pas Hercule sans regarder avec une attention spéciale
la région céleste où brillent les étoiles tt et p : c'est vers cette région
que le Soleil nous emporte dans son mouvement de translation à tra-
vers l'immensité infinie. Par une belle nuit d'été, élevez vos regards
contemplateurs vers cette région du ciel : c'est là que nous allons tous,
Soleil, Terre, Lune, planètes, comme une flotte d'embarcations cin-
glant vers un port céleste. Aborderons-nous jamais dans cette constel-
lation? Notre soleil tourne-t-il autour d'un foyer situé à angle droit
avec notre tangente vers ce point? Sa route sidérale est-elle sinueuse,
soumise à des alternatives d'attractions inconnues? Autant de ques-
tions, autant de problèmes. Mais il n'en est pas moins certain que la
comparaison générale des mouvements propres de toutes les étoiles
dénote une tendance de perspective à s'écarter de ce point et à nous le
signaler comme marquant la direction actuelle de notre transport dans
l'espace. Devant la contemplation de ce mouvement séculaire, les révo-
lutions annuelles de la Terre et des autres mondes s'effacent, les révolu-
tions des peuples d'une petite planète s'évanouissent en fumée, et l'âme
reste plongée dans une sorte de stupeur en essayant de concevoir le
tableau des grandeurs sidérales et la majesté des œuvres de la nature.
CHAPITRE X
L'Aigle et Antinous — L'Écu de Sobieski. — La Flèche. — Ophiuchus
et le Serpent. — Fin de la description de rhémisphère boréal.
Les constellations que nous allons étudier dans ce Chapitre sont les
dernières qu'il nous reste à examiner de tout l'hémisphère céleste situé
au nord du Zodiaque, région du ciel qu'il nous importait le plus de
connaître en détail, puisque c'est celle qui règne constamment au-
dessus de nos têtes, celle que nos regards peuvent interroger tous les
soirs. Nul ne sera plus autorisé maintenant à ignorer le nom d'une
constellation ou d'une brillante étoile ; car, à l'aide des descriptions qui
précèdent, la géographie du Ciel n'est pas plus difficile à faire que la
géographie de la Terre : l'uranographie peut être considérée comme
établie aujourd'hui en des termes assez populaires pour que tout
esprit désireux de la connaître puisse y arriver facilement, au prix
d'une attention parfois un peu laborieuse, il est vrai, mais qui porte
en elle-même sa récompense. La contemplation de l'univers se double
du plaisir que nous éprouvons à nous sentir en pays de connaissance,
et chaque fois que nous saluons dans les cieux une étoile par son
nom, notre esprit se transporte jusqu'à elle, s'identifie avec son his-
toire, et vit un instant dans les grandeurs sidérales, dans l'immensité
de la création, dans l'infini.
Nous avons déjà reconnu l'Aigle, dont la brillante étoile Altaïr,
accompagnée de ses deux satellites, trône sur les rives de la Voie
lactée, au sud de la Lyre et de la Croix du Cygne. Il n'y a rien de sur-
prenant à ce qu'on ait donné à cette étoile, soutenue par ses deux
voisines comme par deux ailes, le nom de l'oiseau colossal qui s'élève
le plus haut dans les airs et symbolise la domination, la gloire et le
triomphe. Les anciens se sont accordés à lui décerner ce titre, auquel
se joint parfois celui à'Armiger Jovis, qui lui est synonyme. Les
Arabes l'appelaient ei-nars el-taïr « l'aigle volant », d'où est venu le
nom d' Altaïr, donné à alpha (et non pas Aiaïr, comme on l'imprime
dans la plupart des livres d'astronomie).
Dès le temps de Ptolémée, la figure de l'oiseau de Jupiter ne
couvrait qu'une partie de la constellation de l'Aigle, et les étoiles
£30 LA CONSTELLATlOi, DE L'AIGLE
australes étaient réunies sous le nom d'Antinous, jeune homme d'une
grande beauté qui se noya dans le Nil l'an 131 de notre ère, et cjue
l'empereur Adrien regretta si tendrement, qu'il alla jusqu'à lui faire
élever des autels, comme à un nouveau dieu, et à fonder une ville sous
son nom. Ptolémée étant mort l'an 135, c'est donc entre l'an 131 et
l'an 135 que le nom d'Antinous a été placé pour la première fois au
ciel, et l'on aurait le droit de reprocher cette flatterie au savant auteur
de VAlmageste, si, pour juger les hommes, nous ne devions avant
tout nous placer nous-mêmes au milieu de leur siècle et de leurs
mœurs, ce qui est toujours pour le philosophe un voyage plein d'éton-
nements et de surprises.
Quoique le corps d'Antinous ait été dessiné, à côté de celui de
l'Aigle, sous la forme la plus distincte, cependant on n'en a pas fait
une constellation absolument séparée, et Bayer a distribué les lettres
de l'alphabet grec comme s'il s'agissait d'un seul canton de la géogra-
phie céleste. Ce sont les étoiles », 0, i, y., 1, v qui forment le corps du
favori d'Adrien, enlevé au ciel par l'Aigle qui le tient fortement dans
ses serres.
L'analogie des figures et du symbole a quelquefois changé Antinous
en Ganymède emporté par l'oiseau de Jupiter.
J'ai réuni dans le tableau suivant toutes les étoiles nommées par
Bayer, et j'y ai ajouté, jusqu'à la 6° grandeur exclusivement, celles
qui étant en dehors du dessin n'ont pas reçu de lettres, et sont dési-
gnées par les numéros du catalogue de Flamsteed.
Toutes ces étoiles seront facilement trouvées dans le ciel à l'aide de
notre fig. 161. Les trois étoiles principales pointent, au sud, vers 6,
de 3° grandeur. De là, en revenant vers l'ouest, on trouve •/) et 8, puis,
en remontant au nord-ouest, ^ et s. C'est comme une croix irrégulière
dont Altaïr formerait la tête et dont 1 marquerait le pied.
La dernière colonne du tableau indique l'éclat actuel de ces étoiles.
Si l'on veut se rendre compte de leur éclat antérieur, on peut exami-
ner les indications des autres dates. La comparaison de ces vingt
siècles d'observation est intéressante. Remarquons d'abord l'étoile e,
qui n'a été enregistrée ni par Ptolémée, ni par Sûfi, ni par Ulugh
Beigh, et qui apparaît pour la première fois dans le catalogue
de Tycho-Brahé, à la fin du xvi" siècle, notée comme étoile de
3' grandeur. Les anciens ont observé sa voisine ^,, également de
3° grandeur. Il n'est pas douteux que si s avait eu le même éclat
dans l'antiquité, elle n'aurait pas été éliminée par Hipparque, et sur-
tout n'aurait pas échappé à la description si minutieuse de Sùfi. Con-
LA CONSTELLATION DE L'AIGLE £31
cluons donc que cette étoile a augmenté considérablement d'éclat entre
l'an 1430 et l'an 1590. Elle diminue actuellement et n'est plus que de
quatrième grandeur.
PBINCIPALES ÉTOILES DE l'AIGLE ET d'aNTINOUS
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
TOILES
-127
+ 960
1430
1590
1603
1660
1700
1800
1840
1S60
1881,
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4
4
5
4.5
5.4
4,6
L'étoile |3 varie également : elle est actuellement fort inférieure
•j;-i2
LA CONSTELLATION DE L'AIGLE
à Y, tandis qu'à l'époque de Tycho et de Bayer, elles étaient toutes
deux de troisième grandeur. Comme ce n'est pas sa position qui peut
avoir influé sur sa dénomination, il est certain qu'elle a diminué
d'éclat.
L'étoile n varie régulièrement de 3, .5 à 4,7 en 7 jours 4 heures
T , •
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Fig. 161. — Principales étoiles de la constellation de l'Aigle.
13 minutes 53 secondes, soit par sa rotation, soit par la révolution
d un anneau cosmique autour d'elle. — Variation très facile à suivre à
l'œil nu, et fort intéressante pour le penseur qui aime à sentir la vie
circuler dans l'univers.
i, anciennement de 3' grandeur, est tombée à la 4M /2.
Au contraire, y., de 5° grandeur, s'est élevé à la 3° au temps de
Tycho et de Bayer.
L'AIGLE. — L'ECU DE SOBIESKI to'i
fi, varie de la 4" à la 6°.
V, non observée par les anciens, était de 4° grandeur au temps
de Bayer.
Hipparque et Ptolémée signalent l comme étant de 3° grandeur et
demie. Au sixième siècle, Sùfî remarque qu'elle n'est plus que de 5° ;
Tycho ne l'a notée que de 6°.
L'étoile T, de 6"^ grandeur, est de 4° dans le catalogue de Ptolémée.
L'étoile n° 11 , de 5" grandeur, a été notée de 7" par Piazzi, et l'étoile
n° 12, de 4' grandeur, a été notée de 5* 1/2 par le même observateur.
L'étoile n° 56 a été vue de 5° par Flamsteed, de 6° par Piazzi, de
6" 1/2 par Lalande, et je l'ai estimée à 6,2. Mais, ni Argelander, ni Heis
ne l'ont inscrite parmi les étoiles visibles à l'œil nu. Elle descend donc
à la septième grandeur, quoique en général elle soit de sixième.
On voit que cette constellation est particulièrement remarquable
au point de vue des variations séculaires qui s'accomplissent dans cette
région du ciel. Elle peut être signalée comme exemple des transfor-
mations plus ou moins rapides que subissent de siècle en siècle tous
ces lointains soleils disséminés à travers l'infini. L'examen du cata-
logue de Flamsteed montre en outre que cinq de ses étoiles de 4'
et 5' grandeur manquent à la liste précédente ; mais elles n'ont pas
disparu pour cela : elles sont incorporées dans la petite constellation
de VÉCU de Sobieski, créée vers l'an 1660 par Hévélius en l'honneur
du héros polonais. « L'une de ces étoiles, dit-il, représente sa royale
personne, l'autre la reine, la troisième leur fille unique, la princesse ;
on voit aussi les quatre princes actuellement vivants : tous immor-
tels. » Si j'étais chargé par un concile œcuménique d'astronomes de
faire une édition définitive des figures célestes, je commencerais par
jeter ce Bouclier dans l'oubli; puis je condamnerais Antinous au
même sort, et je laisserais toute cette province inscrite sur la seule et
unique dénomination de l'Aigle, qui lui suffit amplement. En atten-
dant, inscrivons-la ici et signalons-la pour mémoire.
PRINC
:iPALES E'
TOILES DE
LÉCU DE
SOBIESKI.
ÉTOILES
1603
1660
1700
1800
1840
1S60
1880
FI. 1 Aigle.
4
4
4
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5
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5
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3 — .
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5
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5
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4
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5
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5
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R. . . .
8
var.
var.
var.
LaL 34113 .
6
5.4
5.4
4,8
On remarque là les mêmes manifestations de variabilité qui nous
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 3C
'IM LA CONSTELLATION DE L'AIGLE
ont frappés tout à l'heure. La première de ces étoiles surpasse aujour-
d'hui la 4° grandeur, tandis que Piazzi ne l'a estimée que de 5' et
demie, et il l'a observée neuf fois en ascension droite et autant en
déclinaison. La quatrième étoile de cette petite liste paraît aussi
soumise à certaines fluctuations. L'avant-derrière, observée depuis
1795, varie de la 5' à la 9° grandeur dans une période moyenne
de 71 jours, soumise elle-même à certaines irrégularités encore
inexpliquées. On l'a nommée R del'Ecu. La dernière, située en bas
du Bouclier, près du Sagittaire, a été signalée par Hévélius comme
de 6" grandeur et nébuleuse ; elle est absente des catalogues de Flam-
steed et de Piazzi. C'est une brillante de la cinquième, ou plutôt
même une faible de la quatrième.
Il y a dans l'Aigle deux autres variables, R et S, dont la première
oscille de la T à la 11° grandeur dans la période de 345 jours, et dont
la seconde varie de 9,4 à 11,3 en 146 jours ; mais pour les trouver et
les suivre facilement, une bonne lunette montée en équatorial est
nécessaire.
Cette région du ciel ne renferme qu'un petit nombre d'étoiles dou-
bles observables dans les instruments de faible ou moyenne puissance :
Et d'abord Altaïr. Compagnon de 10° grandeur à 156". Minuscule;
A=te,
h.
z
\ /■
tmsa
vuftî'A
/ \
\
o-'-
m»
#
1m„. 102. -
- Mouvement observé sur le compagnon d' A Haïr.
difficile à distinguer. C'est un groupe optique. La brillante étoile
passe devant la petite, plus éloignée, et vogue dans l'espace avec une
vitesse annuelle de 0", 55 en ascension droite etdeO",38 en déclinaison,
qui équivaut cà un déplacement de 68' par siècle, dirigé vers le nord-
ouest.
Observer l'étoile •/, qui brille au milieu d'un très beau champ, tout
constellé.
15 h. (au nord de >> et au milieu du chemin entre (3 Ophiuchus et
a Capricorne) : couple élégant; 5,7 et 7,5 ; écartement = 35".
57 (tout cà fait au sud) : 6,4 et 7 ; même écartement : les deux com-
posantes sont parfois égales comme couleur et parfois différentes.
LA CONSTELLATION DE L'AIGLE
235
11 (triangle avec Ç et s) : 5,5 et 9 ; distance = 17" ; couple en mou-
vement rectiligne rapide.
23 (triangle avec âetv): 6° et 10° ; distance = 3" ; couple délicat ; la
visibilité de la petite étoile augmente plus que d'habitude avec le gros-
sissement des instruments.
Mais si cette contrée du ciel n'est pas riche en beaux spécimens
d'étoiles doubles, elle se présente en revanche comme l'une des plus
magnifiques et des plus admirables à observer à l'aide des plus faibles
pouvoirs optiques, par l'opulence de la Voie lactée qui a semé là avec
profusion des milliers de soleils jetés les uns sur les autres. Le foyer
Fig. 16:
laiteux de l'Écu de Sobieski est une merveille. Ici, les gigantesques
télescopes destinés à pénétrer au loin dans l'immensité éthérée devien-
nent superflus : l'observation directe de l'œil attentif suffit pour juger
cette grandeur sidérale. Que la nuit soit bien profonde et que l'atmo-
sphère soit bien pure, et par milliers jaillissent les petites étincelles de
la Voie lactée. Pointez une jumelle, ou une petite lunette munie d'un
vaste champ, et la fascination sera complète. C'est là que William
Herschel a compté 330000 étoiles sur une étendue de cinq degrés
carrés. Généralement les nuances de condensation sont imparfaite-
ment indiquées sur les atlas célestes, et je ne puis mieux faire , pour
donner une juste idée de l'aspect de cette belle région, que de repro-
duire ici la carte qui vient d'en être tracée par l'Observatoire de la
République Argentine, qui, sous un ciel plus clément que le nôtre,
vient d'entreprendre la révision générale des étoiles de l'hémisphère
23fi
LA CONSTELLATION DI^ L'AIGLE
austral. Seulement, comme pour l'observateur austral le sud est en
haut et le nord en bas, le lecteur est prié de retourner la carte, afin
de placer e sud en bas, comme nous le voyons de nos latitudes
l'ig. IB5. — La Voie lactée dans la région de l'Aigla
lorsque nous observons cette région du ciel à son passage au mé-
ridien.
Dirigez une lunette quelconque vers ces nuages stellaires et vou •
L'AIGLE. - L'ECU 237
pénétrerez rapidement à travers ces agglomérations fabuleuses. II y
a là de magnifiques amas d'étoiles. Pointez surtout, à l'aide du dessin
précédent, vers la région située par 18" 13"" et 18° sud, vous rencon-
trerez là trois nébuleuses splendides, qui portent les n"' 17, 18 et 24
du catalogue de Messier. La première est la fameuse nébuleuse en
fer à cheval, ou pour mieux dire en forme de la lettre grecque majus-
cule fi (oméga) ; chercher vers 5 degrés au nord-est de ^ du Sagittaire
de 4° grandeur (à 18" 6" et 21°). C'est assurément là l'une des nébu-
leuses les plus curieuses du ciel. On croirait voir un courant de
fumée que le vent a étrangement contourné. Mais cette fumée qui
nous paraît si légère représente un univers en formation ! Déjà
Fig. 16C. — La nébuleuse de l'Écu vue clans le télescope de sir John Herschel.
deux centres de condensation commencent à s'accentuer. Quel géo-
mètre pourrait pressentir les forces en action dans cet immense travail
cosmique et deviner la figure définitive qui s'élaborera sous la main
des siècles futurs. Si l'on compare les dessins faits depuis un demi-
siècle seulement, on croit déjà apercevoir un changement de forme
indiquant des métamorphoses beaucoup plus rapides que l'examen
général de ces créations lointaines n'avait porté à le croire jusqu'ici.
Cependant il ne faudrait pas se hâter de conclure, car la différence
dee instruments et des observateurs entre certainement pour une
partie notable dans les changements observés. Il suffit de comparer
les deux dessins {fig. 166 et 167) pour être frappé de la différence
d'aspect de cette même nébuleuse dessinée par sir John Herschel,
d'une part, et d'autre part par Lassell, chacun à son télescope.
Vers 4° au sud-ouest de la belle étoile l, dans Antinous, vous trou-
238
L'AIGLE. — L'ECU
verez de ravissants objets d'étude. D'abord une étoile double très
écartée, de 7° et 2' grandeur, à 99" de distance angulaire, puis deux
autres doubles plus serrées, ensuite un curieux amas d'étoiles (1 1 Mes-
Fig. 11)7. — La nébuleuse de l'Ecu vue dans le télescope de Lassell.
sier) découvert dès l'an 1681 par Kircb, et qui ressemble un peu à un
vol d'oiseau. L'amiral Smyth en a fait en 1835 le petit dessin repro-
duit ici {fig. 168). Le 18 septembre 1879, j'ai trouvé une différence
sensible entre la réalité et ce dessin : l'étoile de l'amas était aussi bril-
lante que les deux autres, et elle brillait
non pas absolument dans l'intérieur, comme
ici, mais vers l'extrémité ovale de l'amas,
comme si elle s'était déplacée de la gaucbe
vers la droite. Cette étoile est-elle en deçà
ou au delà de la nébuleuse ? c'est ce qu'il
est impossible de décider. Kirch la décrivait
comme une étoile située en arrière, bril-
lant à travers la nébuleuse et rendant celle-
ci plus lumineuse. C'est le théologien Derham qui l'a résolue le pre-
mier en étoiles, en 1733.
La fameuse comète de 1811 a traversé cette constellation au mois
de décembre de cette année impériale, et, pendant les observations de
Fig.168.— Amas d'étoiles dans Antinous.
LA FLECHE
239
Piazzi à l'Observatoire de Palerme, a donné lieu aune remarque assez
singulière. Deux étoiles devant lesquelles cette fantastique visiteuse
de l'immensité a étendu son immense atmosphère, les étoiles qui
portent les n"' 149 et 197 du Catalogue de Piazzi (XX' heure) ont été
vues, la première de 5° grandeur et la seconde de 9°. Or ces deux
étoiles, vérifiées ensuite par l'astronome de Palerme lui-même, ne
sont respectivement que de 7° 1/2 et 12' grandeur. Ainsi, en passant
devant ces étoiles, l'atmosphère de la comète, au lieu d'en diminuer
l'éclat, l'a considérablement augmenté. Je signale ce fait comme une
curiosité assez difficile à expliquer. L'astronome se trouve ici dans la
position du naturaliste, du physicien et du chimiste, qui ne peuvent
pas toujours se rendre compte des causes auxquelles sont dus les effets
qu'ils observent.
Avant de quitter l'Aigle, remarquons au-dessus de lui, en allant
vers le Cygne et la Lyre .
une toute petite constellation
(la plus petite du ciel) for-
mée principalement par trois
étoiles alignées en ligne
droite, pour aboutir à deux
autres qui semblent terminer
ce même alignement. C'est
la Flèche, et son acte de bap-
tême n'est pas difficile à dé-
couvrir. Cette flèche, dont la
pointe est tournée vers l'o-
rient, paraît lancée par un
génie inconnu à travers la
Voie lactée et prête à filer
au-dessus du Dauphin. Levez
les yeux, et vous la recon-
naîtrez tous les soirs, de juil-
let à octobre.
Toute minuscule qu'elle ^''^ "'■ " ^' -"='^"^"°" "' '* ^'^'='"'-
est, cette figure date des Grecs et des Romains, et nous avons deux
mille ans d'observations à son égard.
'Si ne'é:
FLECHE
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240
LA
FLECHE
PRINCIPALES ÉTOILES
DE
LA CONSTELLATION
DE LA
FLÈCHE
ÉTOILES
-130
+ 960
1430 1590
lb03 1060 1700
1800
1840
1860
1880
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6
6
6,2
Il suffit de jeter un coup d'œil sur cette petite constellation pour
s'apercevoir que les lettres données à ces huit étoiles ne correspon-
dent ni à leur éclat actuel ni à leur disposition. Si a et p avaient été
données aux deux étoiles voisines pour commencer la figure, y eût
été donnée àla troisième, $ à la quatrième, et ainsi de suite. Il n'en est
rien. Sur l'atlas de Bayer, a, (3 et y sont les trois plus brillantes, et sa
dénomination est logique. Actuellement (août 1880), c'est y qui do-
mine, avec un éclat frappant, pleinement de 4° grandeur, et même
plus. Viennent ensuite ô, |3 et «.
Donc a et (3, qui étaient aussi brillantes que y au temps de Bayer, ont
diminué. Anciennement, elles lui étaient déjà inférieures. L'étoile 9,
(au bout de la flèche), en remontant un peu, est actuellement à la der-
nière limite de la visibilité à l'œil mi-
En regardant ces étoiles, on remarquera que la ligne de P cà a pro-
longée laisse à sa droite un bel amas, visible dans la plus faible
jumelle. Il est composé d'étoiles de 6' à 10' grandeur, et produit un
effet agréable dans une petite lunette ù large champ. Si, maintenant,
on pointe une lunette sur la ligne qui joindrait 6 à Albireo, au quart
de la distance à partir de 0, on tombe sur la nébuleuse Dumb-bell
dont nous avons parlé plus haut (p. 208) : sa distance au nord-ouest de 9
est à peu près la même que celle de 6 à y de la Flèche, et c'est à peu près
un triangle rectangle.
L'étoile i^ est une belle double, facile à trouver. Grandeurs des
composantes : 5 1/2 et 9; écartement^8"6. Elles paraissent tantôt
blanche et bleue, tantôt jaune et bleue, tantôt jaune et violette, tantôt
jaune et rouge, tantôt bleue et violette : curieuses variations. C'est là
un système physique en mouvement propre rapide (60" par siècle) ;
mais le mouvement orbital de ces deux soleils l'un autour de l'autre
est excessivement lent, et leur révolution autour de leur centre
commun de gravité emploie certainement plus de dix mille ans pour
s'accomplir.
Fig. 170. — OpUluchus et le Serpent. — Aigle et Antlnoas. — Écu de Sobleskl. — Taureau
de Foniatovrski.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 31
242
ETOILES MULTIPLES DANS LA FLÈCHE
9 est triple. La plus brillante, que nous appellerons A, est de
6" grandeur ; son compagnon le plus proche, B, est de 8"; l'autre, C,
est de T. La distance de A à B est de 1 1", et celle de A à C est de 76"!
On voit que ce groupe peut être observé comme le précédent dans les
instruments de faible puissance. Le couple AB forme un système
physique qui file rapidement devant C, immobile au fond des cieux.
£ est une double très écartée : 6' et 8% à 92"; accessible à la plus
petite lunette.
Pour un champ très large, voir les étoiles 10 et 11, de sixièm'e
grandeur sur un panorama céleste très riche.
w
Fig. 171. — L'étoile double X, Flèche.
Fig. 172. — L'étoile triple 9 Flèche.
Voir aussi l'étoile 13, également de sixième; elle brille comme une
perle d'or au milieu d'un groupe charmant où l'on remarque une
petite étoile toute rouge et un joli petit couple. Il y a aussi, non loin de
là, au nord-ouest du n° 15, une belle étoile bleue. Du reste, cette région
du ciel est vraiment d'une richesse extraordinaire, et les astronomes
amateurs qui entreprendront de la visiter seront toujours émerveillés
des heures agréables qu'ils passeront là. C'est surtout lorsqu'elle s'élève
au zénith qu'elle étincelle de tous ses feux ; mais malheureusement,
c'est la position la plus incommode pour observer dans une lunette, et
l'on se prend parfois à regretter de n'avoir pas les yeux plantés sur
le sommet de la tête. Ici letélescope se réclame de ses avantages et se
montre bien supérieur pour les observations à faire au zénith. La
nature humaine est si imparfaite qu'elle se fatigue assez vite des moin-
dres difficultés. Aussi les amis de la science doivent-ils faire tous leurs
efforts pour aplanir les obstacles qui peuvent rebuter les commençants
LE TAUREAU DE PONIATOWSKI 2*3
et pour ouvrir des chemins sans roches et sans épines. Il n'est pas
donné à tout le monde d'avoir une lunette et un télescope, et c'est
déjà beaucoup d'avoir l'un ou l'autre; car qui s'occupe de sciences,
dans les classes sociales même les plus fortunées ? Quel est le rentier,
quel est le châtelain, quel est l'homme du monde, quelle est la femme
du monde, qui ne préfère l'ignorance au savoir? C'est étrange, assu-
rément, mais c'est ainsi. Sur cent personnes qui pourraient facile-
ment s'instruire et s'éclairer dans la connaissance des grands et
sublimes problèmes de la nature, quatre-vingt-dix-neuf préfèrent
l'ignorance, l'erreur et les illusions. Les futilités seules les occupent
sérieusement et prennent tout leur temps : il ne leur reste pas une
minute pour meubler leur esprit. Aussi quels vides incommensu-
rables ! Un siècle de sondages n'en trouverait pas le fond. . . . Mais, pour
en revenir aux constellations zénithales, le meilleur moyen de tour-
ner la difficulté, eu l'absence du télescope, c'est de les observer à la
lunette soit avant, soit après leur passage au-dessus de nos tètes.
Nous allons arriver cà Ophiuchus, la dernière constellation qu'il
nous reste à étudier avant d'atteindre le Zodiaque, et la plus compliquée
de toutes. Mais il y a encore une petite figure qui nous arrête : c'est le
Taureau de Poniatowski, dessiné entre l'Aigle et Hercule par l'abbé
Poczobut, de Wilna, en 1777, en l'honneur du roi Stanislas de Po-
logne, et représenté par Bode comme on l'a vu sur notre fig. 170,
Quoique cet aimable ecclésiastique n'ait ajouté cette constellation à la
sphère céleste qu'après en avoir demandé et obtenu l'autorisation de
l'Académie des Sciences de Paris, je suis d'avis que c'est là une
flatterie inutile, une complication superflue, et que ce que nous avons
de mieux à faire aujourd'hui, c'est de prendre une bonne éponge, et
d'eff"acer cet animal qui reste là depuis cent ans dans la plus singulière
position, les pieds sur un serpent et le dos dans la Voie lactée. Suppri-
mons-le donc, en rendant à l'Aigle, à Hercule et à Ophiuchus, les
rares étoiles qu'on leur avait empruntées pour le composer. Il n'y a du
reste là pas une seule étoile supérieure à la cinquième grandeur, pas
une seule double accessible aux instruments de faible puissance,
ni une seule nébuleuse en situation d'être présentée à l'illustratiop
populaire.
Faisons maintenant connaissance avec la vaste consteliauoK
à'Ophiuchus ou du Serpentaire. La situation et le nom du person-
nage semblent montrer qu'il n'est là que pour tenir un énorme ser-
pent. Son nom à'Ophiuchus, comme celui de Serpentaire, n'a pas
d'autre signification. C'était, du reste, un moyen ingénieux de réuni/
•244 I-A CONSTELLATION D'OPHIUCHUS
en une même figure toutes les étoiles éparses dans cette région du
ciel.
Le meilleur moyen d'entrer en relation avec les étoiles de cette
constellation est de mener par la pensée une ligne des trois caracté-
ristiques de l'Aigle à Arcturus, ou, dans le cas où il serait couché, à
la Perle de la Couronne boréale, étoiles que nous connaissons toutes
intimement. Vers le milieu de cette ligne, on remarque deux étoiles
assez brillantes : la première, de deuxième grandeur, esta Ophiuchus;
la seconde, de troisième grandeur, est a Hercule, avec laquelle nous
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Fig. 173.— Alignement pour trouver a Ophiuchas.
avons déjà fait connaissance. Plus loin, sur le même alignement, on
voit aussi l'étoile de deuxième grandeur p Hercule, au-dessous de
laquelle, au sud-ouest, brille également y Hercule, de troisième gran-
deur.
On peut vérifier cet alignement par un autre : a Ophiuchus forme
l'angle occidental d'un triangle équilatéral avec Véga et Altaïr.
D'autre part, elle se trouve à peu près au milieu du chemin, entre
Véga et Antarès du Scorpion au sud. Enfin, s'il restait quelque équi-
voque dans l'esprit du lecteur, le dessin ci-dessus la ferait disparaître
facilement. Ajoutons que cette constellation plane au-dessus de nos
OPH menus ou LE SERPENTAIRE
•2 '.5
têtes de juin à octobre, se montrant à l'est en juin, au sud en août
et à l'ouest en octobre.
Une fois qu'on aura trouvé dans le ciel l'étoile a Ophiuchus, on
reconnaîtra les autres étoiles de cette constellation cà l'aide de notre
ng. 174.
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Fig. 174. — Principales étoiles d Ophiuchus et tlu SerpenU
Le tableau ci-après présente les principales étoiles qui la compo-
sent, avec la comparaison des observations faites depuis deux mille
ans. Plusieurs m'ont donné, je l'avoue, un assez grand embarras
pour leur identification, et cette comparaison m'a montré que Bayer
n'a pas observé lui-même cette région du ciel, car il est impossible
d'admettre qu'elle ait subi depuis son époque tous les changements
qui en résulteraient. Il y a surtout un groupe d'étoiles qui pourrait
nous remplir de perplexité : c'est celui des étoiles 6, l, o, iv. A, b et c de
la carte de Bayer. La différence est telle qu'on n'imaginerait pas qu'il
246
LA CONSTELLATION D'OPUIUCHUS
s'agisse là du même canton de la sphère céleste. Du reste, déjà, à Paris,
il nous est assez difficile de bien observer cette région, car elle ne
s'élève qu'à une faible hauteur au-dessus de notre horizon du sud, et
pendant la courte durée de son apparition (août), le crépuscule, le
clair de lune, les brumes ou les nuages, réduisent de beaucoup les
heures d'observation. Bayer a eu les mêmes difficultés à Augsbourg.
(Mais tout en concluant qu'il n'a pas vérifié personnellement ce groupe,
cela ne prouve en rien qu'il n'ait pas observé toutes les autres constel-
lations faciles à vérifier pour la latitude qu'il habitait.)
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
OILES
-127
+ 960
1430
1590
1603
1660
1700
ISOO
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1860
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3.4
3,6
T4
B
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6
5
5
5,5
LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS 247
Je reproduis ici, comme document instructif, quatre dessins de ce
groupe, qui montrent quelles incohérences existent encore aujourd'hui
dans les cartes astronomiques et quelles difficultés s'opposent parfois
à la sûreté des identifications (c'est ce qui amène souvent des lon-
gueurs inattendues et des retards désespérants dans des travaux de
la nature de celui-ci). Le premier de ces dessins est celui de Bayer
Fig. I7Ô. — Variations dans les cartes célestes.
(1603), le second, celui de l'atlas de Flamsteed (1753), le troisième,
celui de l'atlas de Bode (1800); le quatrième représente l'état réel
actuel du ciel. Cette comparaison montre que le groupe de Bayer
n'existe pas. Et il n'a jamais existé, car dès le dixième siècle de notre
ère, l'astronome persan Ald-al-Rahman al-Sûfi décrivant le ciel d'après
ses propres observations, signale ces étoiles dans l'ordre suivant :
« La 12° (k)) se trouve sur le genou droit; c'est une brillante étoile de la
3» grandeur, située au bord occidental de la petite branche de la Voie lactée. La
13° (l) se trouve au-dessous, vers le sud : elle est des moindres de la 4" grandeur.
La 14° (A) est la précédente des quatre étoiles qui se trouvent dans la jambe
droite, c'est aussi une petite de la 4° grandeur. La 15° (6) suit immédiatement;
c'est une brillante de la 4°. La 16° [b] incline un peu vers le nord ; elle est des
moindres de la 5°. La 17° (c) la suit de très près et est des moindres de la 5°. Ces
quatre étoiles sont dans la jambe droite. La 18° (58) suit ces quatre étoiles immé*
diatement, inclinant un peu vers le nord ; elle est aussi des moindres de la cin-
quième. »
Cette description correspond encore à peu près à l'état actuel du
ciel. Une légère différence provient du mouvement propre de A qui
emporte rapidement cette étoile vers le sud-sud-ouest en l'éloignant
de 9; mais depuis le temps de Sùfi, depuis 920 ans, le déplacement
n'a été que de 19' 28" ou de moins d'un tiers de degré.
248 OI'HIUCHUS. - L'CTOILE TEMPORAIRL; DH 1604
L'étoile iï de Bayer n'existe pas et n'a jamais existé. Cette lettre
doit donc être effacée de la constellation. Cependant on la voit encore
sur beaucoup de catalogues et de cartes modernes. L'étoile ode Bayer
n'existe pas davantage. On a donné cette lettre à l'étoile du n" 67 de
Flamsteed, située dans le groupe que l'on voit à gauche de y; c'est
encore là une équivoque nuisible. L'étoile appelée depuis 6 ne corres-
/ pond pas à la position de celle qui porte cette lettre sur l'atlas de
Bayer. Celui-ci a pris dans le catalogue de Tycho-Brahé plusieurs
étoiles qui étaient marquées comme ayant une latitude boréale, tandis
qu'elles en avaient une australe. L'étoile ^ a été appelée ppar Flam-
steed, 6 par Bode, et les astronomes suivants ont tout simplement
supprimé la lettre pour couper court à tout embarras, sans paraître
s'apercevoir que loin de le diminuer, ce procédé l'augmentait encore.
Au milieu d'une telle confusion, dont on pourrait trouver plusieurs
exemples en d'autres points de cette constellation, il est difficile de
décider sur la variabilité de ces étoiles. Ainsi, 6 paraît variable si l'on
compare Hévélius (1660) à Bayer (1603) et à Tycho (1590); mais sur
l'atlas d'Hévélius, il y a là la même incertitude que sur les autres.
L'étoile [1. paraît varier de 4 à 5 1/2; elle est à peine plus brillante en
ce moment (août 1880) que sa voisine p, xvii, 99, qui varie sans
doute aussi elle-même. L'étoile ?, paraît diminuer d'éclat. L'étoile X a
été vue de A' par Tycho; de 5' par Sùfi, Ulugh Beigh, Piazzi ; de 6"
par Flamsteed, Argelander, Heis; elle est actuellement de 4,7.
L'étoile 36 A varie de 4 à 6. L'étoile 45 d n'a été notée que de sixième
par Flamsteed et surpasse aujourd'hui la cinquième. Enfin l'étoile 71
a diminué d'éclat jusqu'à devenir invisible à l'oeil nu.
Deux étoiles temporaires ont brillé, en 1604 et 1848, dans cette
constellation d'Ophiuchus. La première a été observée par Fabricius,
et par Kepler qui écrivit un ouvrage entier sur elle : De stellà nova in
pedeSerpentàrii. Comme la fameuse étoile de 1572 dont nous avons
rapporté l'histoire en décrivant la constellation de Cassiopée, elle sur-
passait, le jour de son apparition (10 octobre 1604), les étoiles de
première grandeur et Jupiter lui-même, atteignant presque l'éclat de
Vénus. Sa scintillation était d'une vivacité extraordinaire. En jan-
vier 1605, elle était encore plus brillante que Antarès, mais un peu
inférieure à Arcturus. Elle descendit à la deuxième grandeur en fé-
vrier, à la troisième en mars, puis l'observation devint impossible,
cette région du ciel disparaissant alors au-dessous de l'horizon.
Lorsqu'on la rechercha six mois plus tard, elle avait disparu pour
l'œil nu; il était d'ailleurs impossible de la suivre au delà de la vision
OPHIUCHUS. — L'ÉTOILE TEMPORAIRE DE 1604 'i49
naturelle, les lunettes n'ayant été inventées que quatre ans plus tard.
Elle a dû tomber progressivement à la neuvième grandeur au moins,
car on n'a jamais revu en ce point du ciel aucune étoile supérieure à
ce faible éclat : notre fig. 176 représente la marche la plus probable
de cette curieuse diminution de lumière. Sa position n'a pas été déter-
minée avec autant de précision que celle de l'étoile de 1572; le lieu le
plus sur est situé par 17" 23"° d'ascension droite et 21° 22' de décli-
naison australe, entre les étoiles l et 58, et justement près du groupe
perplexe dont nous parlions tout à l'heure (voy. notre fig. 174). On
ne voit là en ce moment aucune étoile supérieure à la 9' grandeur
(16 872 du Catalogue d'Œltzen). Ceux d'entre nos lecteurs qui aiment
Fig. 176. — Variation d'éclat de l'étoile temporaire de 1604.
le ciel et qui ont une assez bonne lunette en leur possession seraient
bien inspirés de la diriger de temps en temps vers ce point : ils pour-
raient assister à la résurrection de cet astre et attacher leur nom à
une découverte intéressante.
Non loin de là, entre ■/) et C, ou, plus exactement, entre -/i et 20
voy. notre fig. 174), une étoile de quatrième grandeur et demie fut
observée par l'astronome anglais Hind le 28 avril 1848. On la„vit
à l'œil nu jusqu'au 1 1 mai; puis elle tomba au-dessous de la sixième
grandeur; au mois de juillet elle atteignait la septième; au mois de
jum 1849 on l'observa de dixième, et depuis 1850 on la voit de onzième.
Elle se trouve à 16" 52" et 12» 42'. Intéressante à rechercher, comme
la précédente.
Cette constellation renferme trois autres étoiles variables, R, S et
T; mais elles ne sont jamais visibles à l'œil nu et ne peuvent être
trouvées qu'à l'aide d'instruments montés en équatoriaux.
Il importe maintenant de signaler ici plusieurs systèmes multiples
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 32
250 CURIEUX SYSTÈME STELLAIRE DANS OPHIUCHUS
- extrêmement curieux et dignes de fixer l'attention du philosophe comme
celle de l'astronome. Regardez l'étoile A, l'occidentale de ce même
groupe dont nous parlions ; pointez une lunette sur elle, vous la verrez
double, accompagnée d'une étoile de 6° grandeur, écartée à 4", 3.
(L'étoile A varie de la quatrième à la sixième grandeur, ce qui fait que
parfois les deux étoiles sont égales : ainsi les ai-je observées en 1877.)
C'est là un couple fort curieux ; il est emporté dans l'espace par un
mouvement propre rapide de i",27 par an, ou de 127" par siècle,
dirigé vers le sud-sud-ouest; et ce qu'il y a de plus remarquable,
c'est qu'une étoile voisine, de septième grandeur, située à 14' de dis-
1 tance (presque la moitié du diamètre apparent de la lune), est em-
I portée dans l'espace par le même mouvement, de sorte que nous
i avons là un système stellaire formé d'un soleil double et d'un soleil
' simple, qui sont en réalité extrêmement éloignés l'un de l'autre, sûre-
ment à des milliards de lieues.
Par une bizarrerie assez malheureuse, la limite des deux constella-
tions d'Ophiuchus et du Scorpion passe juste entre ces deux étoiles,
pourtant si voisines dans le ciel, et, tandis que la première, la double^
porte la lettre A d'Ophiuchus, la seconde, celle de septième grandeur,
porte le n" 30 de la constellation du Scorpion.
Il y a, près du couple A Ophiuchus, une étoile double très écartée ;
je l'ai observée avec soin pour savoir si elle ferait aussi partie du
système ; elle ne partage pas le mouvement propre rapide dont nous
avons parlé, et par conséquent c'est là une étrangère que les hasards
seuls de la perspective ont placée là.
On distingue aussi, entre A Ophiuchus et 30 Scorpion, une minus-
cule étoile de douzième grandeur, que j'ai examinée dans le même
• but. La comparaison des observations que j'ai faites en 1877 avec
celles de l'amiral Smyth en 1835 semble montrer que cette petite
étoile n'est pas perdue dans le fond de l'infini, comme l'apparence
l'indiquerait, mais qu'elle est emportée dans l'espace par le même
mouvement propre , de sorte que nous aurions là un système stellaire
composé de quatre étoiles.
Notre fig. \n montre l'aspect de ce groupe d'étoiles et la direction
certaine des deux principales, A Ophiuchus et 30 Scorpion.
Depuis la première mesure précise, qui date de 1822, le compa-
gnon de A a tourné de 125 degrés, en se rapprochant de A et en
décrivant une ligne droite. Il n'est pas certain qu'il accomplisse une
révolution complète, et nous pourrions avoir là un cas analogue à
celui de la 61" du Cygne. S'il y avait là une orbite régulière, la période
CURIEUX SYSTÈME STELLAIRE DANS OPHIUCHUd 25!
pourrait être de 840 ans environ. Quant au cycle immense du grand
système de A Ophiuchus et de 30 Scorpion, s'il existe, il ne peut être
que de plusieurs centaines de milliers d'années. Quelles que soient,
d'ailleurs, sa nature et sa destinée, ce système stellaire, le premier qui
Fig. 177.— Système stellaire formé par les étoiles A Ophiuchus et 30 Scorpion.
nous ait été révélé par l'observation, transporte notre pensée au sein
de ces régions profondes d'oîi la Terre disparaît dans le néant de son
imperceptibilité.
Dans la même constellation, observez le groupe d'étoiles situé à
l'est (ou à gauche) de (3 et y. Dans ce groupe, l'étoile qui porte le n" 70
est l'une des étoiles doubles les plus intéressantes du ciel tout entier.
Nous connaissons sa distance,
la durée exacte de sa révolu-
tion, et, ce qui eût plongé les
philosophes de l'antiquité dans
une admiration indicible, nous
connaissons aussi son poids;
c'est l'un des rares soleils étran-
gers à notre système que nous
ayons pu peser. Ce système se
compose de deux étoiles, Tune
de 4° grandeur et demie, l'autre
de 6% d'une nuance rougeâtre
toutes deux. Lorsque William
Herschel l'observa pour la pre- ~n~
mière fois en 1779, la petite Fig. ns. - Létoiie double 7o ophiuchus.
étoile était juste à l'est de l'étoile principale, à 90» en comptant à
partir du nord. Elle y est revenue en 1872. La durée de la révolution
252
LE POIDS D'UNE ÈTÛILli
se trouve être ainsi directement démontrée, ou, pour mieux dire,
montrée, par l'observation elle-même : elle est de près de 93 ans,
exactement de 92 ans 9 mois.
La distance angulaire entre les deux composantes varie considéra-
blement dans le cours de la révolution. Ainsi, en 1847 la petite étoile
se trouvait à 6",6 de la grande ; depuis, la distance a diminué réguliè-
rement; actuellement (1880) elle n'est plus que de 3",0 et elle va con-
tinuer de diminuer d'année en année.
J'ai tracé (fig. 179) l'orbite apparente, telle que nous la voyons do
fi$. 179. — OrbitK apparente de l'étoile double 70 Opliiuchus.
la^ Rév"lutiun . su > tn„
Fig. ISO. — Orbite absolue du même système.
la Terre, et {fig. 180) l'orbite réelle telle que nous la verrions de face.
Tandis que l'excentricité de la première s'élève à 0,91, celle de la
seconde n'est de 0,39.
La parallaxe adoptée de cette étoile double (0", 168) correspond à
LE POIDS D'UNE ETOILE 253
une distance égale à 1400000 fois celle du Soleil. A cet irameuse
éloignenient, le rayon de l'orbite terrestre étant réduit à l'angle pré-
cédent, le grand axe de l'orbite de ce système, qui est de 9",76, repré-
sente 2150 millions de lieues, et la moitié, ou la distance moyenne
qui sépare ces deux soleils, représente 1075 millions de lieues. C'est
un peu moins que la distance de Neptune au Soleil. Or nous savons
par les principes de la Mécanique céleste que plus un soleil est lourd,
plus il est énergique, et plus il fait tourner vite un corps qui gravite
autour de lui. Si le soleil double d'Ophiuchus avait la même masse
que notre soleil, la petite étoile tournerait autour de la grande à peu
près dans le même temps que Neptune emploie à parcourir sa révo-
lution autour du Soleil, c'est-à-dire 164 ans (un peu moins, puisque
la distance est un peu moindre). Mais la révolution n'est, disons-nous,
que de 92 ans et 9 mois. Nous en concluons, par une proportion
mathématique, que le soleil d'Ophiuchus pèse presque trois fois plus
que celui qui nous éclaire, sa masse étant à celle de notre soleil
dans le rapport de 285 à 100. Comme nous savons d'autre part que
le Soleil pèse 324 480 fois plus que la Terre, il en résulte que cette
petite étoile, que nos yeux distinguent à peine au milieu des constella-
tions, pèse à peu près autant que neuf cent vingt-cinq mille globes
terrestres réunis ensemble. Tout simple qu'il est, ce fait n'est pas sans
éloquence.
Ce remarquable système est emporté dans l'espace par un mouve-
ment propre de 1", 1 par an, qui correspond à une vitesse de 141 mil-
lions de lieues au minimum, pour la translation commune de ces deux
soleils jumeaux à travers l'immensité.
(Cette étoile est ordinairement désignée par les astronomes sous
la lettre 23 ; c'est une erreur,
qui provient sans doute ^ s. s^ i^
d'une inscription provisoire S-o o — ~.^| ., ['
de Flamsteed ; il vaut mieux """^--■- , s !
supprimer cette lettre inu- "^V-
tile, puisque les lettres pré- ^^^ /^l "*
ccdentes manquent à la ^^
constellation.) !ja9\'^"^
Les deux remarquables |
systèmes dont nous venons i^
de parler sont certainement ^ , ,, ^w u
'■ Fig. ISl. — Orbite parcourue par letoUe double T Opniucnus.
les plus intéressants de la
constellation; cependant il en est d'autres qui méritent aussi une
254 OPHIUCHUS ET LE SERPENT
attention spéciale. Les amis du Ciel, ou « astrophiles », comme on
les appelait au siècle dernier, qui ont à leur disposition une bonne
lunette, pourront la diriger sur l'étoile ), : c'est une gentille petite
étoile double; couple très serré ; 4° et 6° grandeur, 1" | d'écartement
— système orbital, qui a déjà tourné de 140° depuis sa découverte
en 1783, et qui accomplit sa révolution entière en 233 ans.
Beau système aussi dans l'étoile t : 5° et 6°; écartement = 1",8.
Déjà 280° parcourus depuis 1783, suivant l'arc d'ellipse assez curieux
tracé sur la figure précédente : la seconde étoile va descendre, tour-
ner et revenir vers le lieu qu'elle occupait en 1783; elle y arrivera
sans doute vers l'an 2000, car la période paraît être de 218 ans. —
Ces dates des premières mesures d'étoiles doubles, de 1779 à 1783,
reviennent à chaque instant dans cet examen général du Ciel;
c'est à elles que nous devons de pouvoir aujourd'hui nous rendre
compte de ces périodes. Qui pourrait n'être pas transporté de recon-
naissance envers le patient et persévérant astronome auquel nous
devons ces premières mesures? qui pourrait ne pas conserver avec
vénération dans son cœur le nom immortel de William Herschel qui,
à lui seul, par ses travaux personnels, a plus fait à son époque pour les
progrès de l'Astronomie — et de la Philosophie — que tous les obser-
vatoires officiels réunis !
Dirigez aussi une lunette vers l'étoile 67 (non loin de 70) : couple
écarté; 4° 1/2 et 8°; distance = 55". Le plus faible instrument suffit. A
une faible distance à l'ouest-sud-ouest, on
voit une belle étoile orange, de septième
grandeur.
P : 5" et 7° 1/2 — 3", 8 — jaune et bleue.
A 3 degrés au nord d'Antarès.
Au-dessus de 9, observer l'étoile 39 : 5M/2
et T 1/2 — 12" —jaune et bleue.
Pointez une lunette vers (3, au nord-est :
très brillant amas, perceptible à l'œil nu.
Fig. 182. - Amas aetoues II y en a une autre au sud-ouest de y, à
dans ophinchus. euvirou 6° 1/2. Cherchez à l'aide d'une lu-
nette à champ très large. C'est l'amas Messier 14, représenté sur
notre ftg. 182. Curieux par sa vivacité et par la richesse stellifère du
ciel sur lequel il se projette. Il doit être éloigné de nous à une distance
vraiment incommensurable.
On voit que cette vaste constellation d'Ophiuchus ne manque pas
de spectacles intéressants pour le contemplateur du Ciel. Il nous reste
OPHIUCHUS ET LE SERPENT 255
pour en compléter l'étude générale, à reconnaître les étoiles alignées
en ligne sinueuse qui ont donné naissance à la figure du long serpent
que ce personnage tient à la main. Ces étoiles ont reçu des lettres
indépendantes de celles d'Ophiuchus et ont été traitées comme une
constellation spéciale. Les voici, inscrites au tableau suivant, avec
les observations d'éclat faites depuis deux mille ans.
PRINCIPALES ETOILES DE LA CONSTELLATION DU SERPENT
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
DILES
-127
+ 960
1430
1590
1603
1660
1700
1800
1840
186C
I8S0
a
3
3
3
2
2
2
2
2.3
2.3
2.3
2,6
p
3
3
3
3
3
3
3
3.4
3.4
3.4
3,3
T
3
3.4
3
3
3
3
3
3
4.3
4.3
3,8
8
3
3.4
3
3
3
3
3
3
3.4
3.4
3,3
3
3.4
3
3
3
3
3
3
3.4
3.4
3,7
4
4
4
3
3
3
5 i
5
5
5
4,8
4.3
4.3
4
3
3
3
3
4
3
3
3,4
4
4
4
3
3
3
3
4.5
4.3
4.3
4,4
4
4
4
5
4
5
5
5
5.4
5.4
4,9
4
5
5
4
4
4
4
4
4
4
4,0
4
4
4
4
4
4
4
4.5
4.5
4.5
4,7
4
4
4
4
4
4
4
3.4
3.4
3.4
3,3
4
4
4
4
4
4
4
4.5
5.4
5.4
4,6
4.3
4.3
4
4
4
4
4
5
4.3
4.3
3,7
4
4
4
4
4
5
5
4.5
5.4
5.4
4,7
4
4.5
4
4
5
4
4
4.5
5.4
5.4
4.7
4
4.5
4
3
5
4
5
5
5
5
4,8
5
5
5
5
5
5
5,4
6
6
6
5.6
6
5
5,5
«
6
6
6.7
6
6
6,0
?
6
7
6
6
6.5
6,0
X
5
6
R
5.6
6
6.5
5,8
+
6
6
6
6
6
6.5
6,2
0>
6
6
6
6
6
6.5
5,7
A
6
6
6
6
6
5,8
b
6
6
6
6
5
5.6
5.6
c
6
i;
6
6
6
5,9
d
6
G
5.6
6
6
5,6
e
6
6
6
6
6,1
R
var.
var.
5
6
6
5.6
5
5
5,2
On pourra facilement reconnaître ces étoiles dans le ciel à l'aide de
noire fig. 174. La tête du Serpent, dessinée par le triangle des étoiles |3,
y et y., se trouve au sud de la Couronne boréale. On trouve ensuite, en
descendant vers le sud, $, « (accompagné de ;i), s et fx. Puis, en se diri-
geant vers l'est, on passe par les étoiles voisines $ et s, qui forment la
main gauche d'Ophiuchus, et, fort loin à l'est, on trouve v, l et o.
Enfin, au delà de deux autres étoiles qui marquent la main droits
K(, LA CONSTELLATION DU SERPENT
d'Ophiuchus, en remontant vers le nord-est, entre les deux branches
de la Voie lactée, on trouve la queue du Serpent, dessinée par,
les étoiles Ç, n et 9. Cette dernière étoile se trouve tout près de l'Aigle,
perpendiculaire à la ligne des trois étoiles de l'Aigle et à trois fois la
distance de fx. On remarquera aussi que près de la tête du Serpent il
n'y a pas moins de huit étoiles qui portent la lettre t.
Parmi ces étoiles, K offre de remarquables fluctuations d'éclat.
Actuellement de 4,8, elle n'a été estimée que de 5' 1/2 par Flamsteed,
tandis que Tycho-Brahé, Bayer et Hévélius l'ont notée de 3^
Il en est de même de 9, sur une échelle moindre. Elle n'est actuelle-
ment que de 4" |, tandis qu'elle était supérieure à la quatrième il y a
vingt ans, et de troisième en 1700, 1660, 1603 et 1590.
p a été notée de 3° par Tycho, de 4° par Hipparque ; elle est actuelle-
ment de 5^
La dernière étoile de la liste précédente augmente lentement
d'éclat : elle était égale à ses voisines, de 6° grandeur, au temps de
Tycho et de Bayer : elle appartient maintenant au cinquième
ordre.
On remarquera aussi (dans la tète, entre p et y ) l'étoile R, qui varie
régulièrement de 5, 7 à 12 dans une période de 359 jours. Le maximum
arrive quelquefois à 5, 7, quelquefois à 6, 0, quelquefois seulement à
6,7; le dernier est arrivé le 9 février 1880. — Ajoutons en termi-
nant que cette constellation possède deux autres étoiles variables
régulières, S et T; mais celles-ci ne sont jamais visibles à l'œil
nu.
Etoiles doubles intéressantes et faciles à observer :
9 : 4° I et 5% à 21"; le plus faible instrument la dédouble. Intéressante
à suivre pour savoir si elle varie rapidement : le compagnon, de
5° grandeur, brille à l'est et peut sei-vir de point de comparaison. Ce
couple est fixe depuis l'an 1755 que nous ne le quittons pas des yeux.
C'est néanmoins un système physique, car les deux étoiles qui le
composent, tout en restant stationnaires l'une par rapport à l'autre,
sont emportées dans l'espace par un mouvement propre commun assez
rapide. Cette étoile est au bout de la queue du Serpent, et nous en
avons déjà parlé. On peut aussi, pour la trouver, savoir qu'elle est à
peu près au milieu de la ligne menée du groupe de 66, 67, 68 et 70
Ophiuchus à Altaïr.
â : 3' I et 5% à 3"5. Le compagnon varie, car souvent les deux
composantes ont été notées d'égale grandeur. Système orbital en
mouvement assez lent : 40° parcourus depuis 98 ans ; la révolution
LA CONSTELLATION DU SERPENT
25?
entière doit demander quelque chose comme neuf siècles pour s ac-
complir. Au nord de a, dans le cou.
V, au nord de n Ophiuchus et | Serpent : 4,6 et 9, à 51".
5. à l'ouest d'une ligne menée de « à [*. : 5° et 10% à 10".
Fig. 183. — L étoile double 6 du Serpent.
Fig. 1S4. — L'étoile double 5 du Serpent.
Tout près de cette dernière étoile, au nord-ouest, on trouvera une
magnifique nébuleuse, ou pour mieux dire un splendide amas d'étoiles,
ordinairement classé dans la Balance, et qui
porte le n° 5 du Catalogue de Messier {fig .185).
William Herschel y a compté deu.x cents
étoiles, et lord Rosse y a remarqué des bran-
ches courbées en spirales. La richesse stel-
laire est si considérable au centre que l'énu-
mération devient impossible.
A l'est-nord-est du groupe de 66, 67, 6iS
et 70 Ophiuchus, entre 72 Ophiuchus et du
Serpent, très bel amas, perceptible à l'œil nu.
A observer dans une lunette munie d'un faible oculaire et d'un
champ large.
En général, pour chercher dans le ciel les nébuleuses, et même les
étoiles, il faut se servir de l'oculaire le plus faible, de l'oculaire ter-
restre, car rien n'est plus difricile pour les commençants que de
faire arriver l'astre désiré dans le champ de l'instrument, cà moins
qu'il ne s'agisse d'une étoile de première ou de deuxième grandeur.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. -33
Fig. 185. — Amas d'étoiles
dans le Serpent.
258 LA CONSTELLATION DU SERPENT
L'important est d'abord d'assujettir solidement la lunette sur un pilier
ou sur une table qui ne remue pas. Puis, lorsqu'on est arrivé au but,
on peut retirer doucement l'oculaire faible pour lui en substituer un
plus fort, et il n'y a aucun inconvénient à ce que le second renverse
les images quand l'astre est dans le champ ou tout près de lui. Je parle
pour les commençants, qui n'ont à leur disposition qu'un faible
instrument, car toute lunette un peu forte est munie d'un chercheur,
destiné précisément à résoudre cette difficulté.
Les cartes partielles qui ont été données ici pour chaque constel-
lation permettent de trouver toutes les étoiles et toutes les curiosités
célestes signalées dans notre description. Mais il est presque indis-
pensable d'avoir pris soin de procéder exactement comme nous l'avons
fait, d'avoir commencé par le nord, et d'avoir reconnu les constella-
tions dans l'ordre où nous les avons étudiées. Les figures les plus
importantes pour cette étude générale du ciel sont celles des pages
15, 24, 16, 50 {fig. 28), 65 {fig. 40), 83, 89, 102, 132, 137, 154, 159,
166, 171, 177, 191, 211, 214, 223, 232, 239, 244 et 245. En réu-
nissant ces figures on constitue un atlas complet de cette région
du ciel. Ces cartes et ces alignements représentent toute l'étendue
située au nord du Zodiaque, et l'on pourra toujours, en les étudiant
successivement, et en les appliquant directement à l'examen du ciel,
apprendre à reconnaître les constellations qui passent au-dessus de
nos têtes. Cependant il y a un avantage considérable à posséder
toutes ces constellations réunies sur une même carte, d'abord parce
que les exigences du format n'ont pas permis de tout dessiner à
la même échelle, ensuite parce que les constellations voisines s'ai-
dent mutuellement pour la reconnaissance qu'on en veut faire.
Je n'ai donc pas été surpris de voir un grand nombre de lecteurs
réclamer une Carte générale du Ciel comme complément de notre
description. Mais pour qu'elle rende tous les services qu'on am-
■bitionne, il est nécessaire qu'elle soit très grande, c'est-à-dire d'une
jétendue fort supérieure au format de cet ouvrage, et construite de
telle sorte qu'elle puisse être facilement et rapidement consultée.
Cette grande carte uranographique est en préparation, et elle sera
publiée à la fin de ce Supplément. Elle contiendra toutes les étoiles'
de la première à la cinquième grandeur inclusivement, ainsi que les
étoiles intéressantes de la sixième, avec les alignements nécessaires
et toutes les indications utiles; mais il serait assurément superflu
de la surcharger des figures mythologiques, car il importe avant
tout d'y faire régner la plus grande clarté possible. Nous n'avons du
LA DESCRIPTION GÉNÉRALE DU CIEL 259
reste reproduit ces figures dans nos descriptions détaillées que pour
répondre à une curiosité bien légitime sur les causes de ces dénomi-
nations plus ou moins bizarres de la géographie céleste, et parce
qu'il y a toujours un intérêt historique à suivre les fluctuations de la
pensée humaine dans toutes ses œuvres. Mais cet aspect est sans
importance réelle au point de vue scientifique, et lorsqu'il s'agit de
reconnaître les étoiles dans le firmament et de les étudier, soit à l'œil
nu, soit à l'aide d'instruments, ces figures sont plus embarrassantes
qu'utiles, et la pratique montre qu'il y a avantage à se servir de
préférence des tableaux ou des cartes qui en sont dépourvus.
Mais nous voici arrivés au Zodiaque. Abordons sans tarder l'étude
de ses mémorables constellations.
CHAPITRE XI
Les constellations du Zodiaque. — Les Poissons. — Le Bélier.
Les constellations du Zodiaque forment une ceinture qui fait le tour
entier du ciel. Si l'on trace sur la sphère céleste la ligne suivie par le
soleil dans son cours annuel apparent autour de la Terre, cette ligne
est l'écliptique ; elle marque en réalité le plan dans lequel notre pla-
nète se meut autour de l'astre du jour. En tournant autour de la
Terre, la Lune suit à peu près la même ligne ; son inclinaison est de
5 degrés, c'est-à-dire qu'elle ne s'écarte, au maximum, qu'à 5 degrés
de part et d'autre de l'écliptique. Les planètes tournent autour du
Soleil, comme la Terre, à peu près aussi dans ce même plan : la plus
inclinée, Mercure, ne s'en écarte qu'à 7 degrés. Les figures du Zodiaque
sont en quelque sorte à cheval sur l'écliptique, se suivant, de l'ouest
à l'est, dans l'ordre suivant :
Poissons. — Bélier. — Taureau. — Gémeaux. — Cancer. Lion.
Vierge. — Balance. — Scorpion. — Sagittaire. — Capricorne. — Verseau.
On en a déjà vu l'aspect général dans l'Astronomie populaire,
p. 691 ; mais il importe maintenant d'entrer dans le détail de chaque
constellation.
Cette ceinture est inclinée de 23° sur l'équateur, comme l'éclip-
tique, naturellement. Ce n'est donc pas l'étoile polaire qui est au pôle
de l'écliptique ou du Zodiaque, puisqu'elle marque le pôle de l'équa-
teur; le pôle de l'écliptique se trouve, comme nous l'avons Ya, dans
la constellation du Dragon, entre les étoiles ^ et $.
On pourrait appeler le Zodiaque « la voie des mondes » de notre
système. En effet, la Lune suit régulièrement son cours, qu'elle re-
nouvelle chaque mois depuis des siècles et des siècles, sans jamais être
sortie du chemin zodiacal. C'est dans la même voie que la blanche
Vénus étincelle, étoile du matin ou du soir. C'est elle que .Jupiter
illustre de son éclat si majestueux. C'est sur le même passage que la
planète Mars lance ses ardeurs ; et c'est également le long du
Zodiaque que le vieux Saturne se traîne à pas lents. Voie triomphale
I
LES CONSTELLATIONS DU ZODIAQUE
Î61
des mondes de notre système, sa contemplation et son étude se doublent
pour nous d'un intérêt spécial, car, en dehors de ses richesses sidérales,
c'est toujours vers elle que nos regards devront se diriger lorsque
nous aurons à chercher une planète quelconque, lorsque nous vou-
drons observer une curiosité planétaire de notre grande famille :
aujourd'hui les bandes nuageuses de Jupiter ou son cortège de quatre
satellites, demain l'anneau mystérieux de Saturne, après-demain les
phases de Vénus ou de Mercure, plus tard les continents et les mers de
notre sœur voisine, la planète Mars.
Au moment où j'écris ces lignes (septembre 1880), Jupiter étincelle
de tous ses feux et règne en souverain sur les constellations du soir.
Il habite la constellation des Poissons; mais ce n'est pas elle qui
pourrait le faire reconnaître, car elle ne se compose que de petites
étoiles qui se trouvent éclipsées par la lumière dominante de l'écla-
tante planète. Au contraire, il se signale de lui-même par cette vive
lumière qui frappe les regards les plus inattentifs, et chaque année, à
l'époque où Jupiter apparaît, chacun se demande quel est ce nouveau
visiteur céleste. Pour le nommer, l'important est de connaître cette
époque. Lorsque nous aurons terminé la description des constella-
tions, notre premier soin sera d'indiquer les moyens de reconnaître
chaque planète dans le ciel. Quant à Jupiter en particulier, puisque
tout le monde l'admire cet automne ('), remarquons qu'il a commencé
de briller à l'est, le soir, au mois d'août ; qu'il s'élève en ce moment
(septembre) un peu plus dans le ciel et marque le sud-est; qu'il va
passer au méridien à minuit, c'est-à-dire marquer le sud, en octobre.
Puis il se lèvera de plus en plus tôt, passera successivement au
méridien à 11 heures, 10 heures, 9 heures, 8 heures du soir, brillera
encore au sud en novembre, puis au sud-ouest (décembre), puis à
l'ouest (janvier). Eh bien, c'est la même répétition tous les ans, avec
un mois de retard à peu près, et personne ne devrait s'y tromper après
avoir lu l'Astronomie populaire et son Supplément. Regardez-le cette
année, et vous le retrouverez l'année prochaine sans éprouver le
moindre doute sur son identité. Personne ne devrait plus aujourd'hui
s'étonner de l'apparition de Jupiter : le soir à l'est en août 1880, en
septembre 1881, en octobre 1882, et ainsi de suite. On ne pourrait le
(') Je laisse à cette rédaction son caractère d'actualité, quoiqu'elle ne doive paî
être lue immédiatement par tous les lecteurs de cet ouvrage; car ces indications pour-
ront servir de point de repère pour toutes les époques. Tous les ans, au moment de
lapparition de Jupiter, je reçois une centaine de lettres portant la même phrase :
« Quelle est cette brillante étoile? » etc. J'espère que mes lecteur.« ne s'y tromperont
plus.
-262 LES CONSTELLATIONS DU ZODIAQUE
confondre qu'avec Vénus « l'étoile du Berger » ; mais Vénus ne brille
jamais à l'est le soir, quoique Lamartine ait chanté dans Le Soir :
Vénus se lève à l'horizon;
on n'a jamais vu la belle planète se lever le soir depuis le commence-
ment du monde, et on ne le verra jamais, car elle n'est jamais oppo-
sée au soleil. C'est se couche, ou descend, ou s'aiZitme, ou simplement
paraît, qu'il eût fallu dire.
En ce moment aussi on voit Saturne, étoile de première grandeur
également, mais beaucoup moins lumineuse que Jupiter, qui brille
d'une lumière tranquille à l'est de son éblouissant rival, le suivant à
une faible distance, à trois quarts d'heure environ, dans la même con-
stellation des Poissons. Tous les ans aussi, à la même époque, avec
un retard de treize jours chaque année, il revient s'offrir à nos re-
gards en déployant dans le champ de la lunette cet anneau merveil-
leux dont la constitution reste encore pour nous un si grand mystère.
Nous devons précisément inaugurer par cette constellation des
Poissons la description que nous voulons faire des étoiles du
Zodiaque, parce qu'elle se trouve être actuellement la première de
cette zone, en commençant, comme on a l'habitude de le faire, par le
point qui marque dans le ciel l'équinoxe du printemps, par le point où
le soleil brille ce jour-là. Il y a deux mille ans, le soleil était, le
jour de l'équinoxe, devant les premières étoiles de la constellation du
Bélier, et c'était le Bélier qui ouvrait les signes du Zodiaque chez nos
auteurs classiques. Il y a quatre mille ans, c'était le Taureau. Nous
avons vu qu'en vertu du mouvement séculaire de la précession des
équinoxes, le point qui marque le renouvellement de l'année à l'équi-
noxe du printemps (et qui devrait marquer logiquement le premier
jour de l'année civile et du calendrier) fait le tour entier du ciel,
le long de la ceinture zodiacale, dans la période de 25 765 ans. Dans
deux mille ans, ce point se trouvera dans les étoiles du Verseau.
Actuellement, le 20 mars, le soleil se projette devant la constellation
des Poissons et en éclipse naturellement les étoiles; c'est donc six
mois plus tard, en septembre, que cette constellation est opposée au
soleil et passe au méridien au milieu de la nuit. Nous allons en donner
la description. Seulement, pour en reconnaître les étoiles, nos lecteurs
auront soin de faire abstraction des planètes Jupiter et Saturne, qui y
passent actuellement mais qui n'en font pas partie. La même recomman-
dation est applicable aux douze constellations zodiacales, puisque c'est
laque les planètes se trouvent toujours. Du reste, il n'y a guère d'équi-
LES POISSONS
263
voque possible, [si l'on apporte ici quelque attention. Sur les cinq-
planètes visibles à l'œil nu, Vénus et Jupiter sont tellement brillantes
qu'il est impossible de les confondre avec aucune étoile; Mercure
n'apparaît que si difficilement dans l'aurore ou dans le crépuscule
qu'il faut le chercher exprès pour le trouver; Mars est si rouge qu'il se
trahit par son aspect même ; Saturne pourrait être confondu avec
une étoile de première grandeur ; mais il brille d'une lumière calme et
comme morte, ne scintille pas du tout (les autres planètes non plus);
nous savons oîi il est, et nous le saurons toujours, puisque tous
les ans à la même époque nous le retrouverons marchant à pas lents
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Fig. 18G. — Alignements pour trouver a des Poissons.
le long de ce Zodiaque qu'il n'emploie pas moins de trente années à
parcourir.
La constellation des Poissons se trouve au-dessous, ou au sud, du
carré de Pégase. On la voit le soir à l'est en juillet, au sud-est en
août, au sud en septembre et octobre, au sud-ouest en novembre, à
l'ouest en décembre. Elle n'a aucune étoile brillante, et pour faire
connaissance avec elle, il est utile que nous nous servions de Pégase
et du Bélier.
Par les deux étoiles supérieures ou boréales du carré de Pégase,
menons une ligne et prolongeons-la, vers la gauche ou vers l'est, de
presque deux fois sa longueur : elle nous conduit vers l'étoile de
deuxième grandeur « du Bélier. Cette ligne forme un angle aigu avec
celle de l'alignement de a, p et y Andromède, que nous connaissons
264
LES POISSONS
déjà. Près de l'étoile « du Bélier, on voit p et y, rappelant la figure de
la Lyre. A l'aide des alignements indiqués sur notre fig. 186, les trois
étoiles du Bélier d'une part, et la direction du carré de Pégase d'autre
part, nous conduisent à l'étoile a des Poissons, de troisième grandeur.
C'est le nœud du ruban auquel les Poissons sont attachés. De là
partent d'une part vers le nord ou vers (3 Andromède, d'autre part
vers l'ouest, deux files d'étoiles, qui aboutissent, la première au Pois-
son qui va mordre Andromède, la seconde au Poisson étendu sur le
dos du cheval Pégase. L'idée de deux poissons rattachés par un fil a
pu venir de la disposition même de ces étoiles dans le ciel. Regardez,
Fig. 187. — Principales étoiles des Poissons et du Bùlior.
en effet, notre fig. 187, et voyez si quelque autre dénomination convien-
drait mieux pour définir cet arrangement. Il va sans dire que les pre-
miers contemplateurs qui cherchaient dans les cieux des analogies,
des ressemblances plus ou moins frappantes ou plus ou moins vagues,
comme nous en trouvons nous-mêmes parfois dans les formes capri-
cieuses des nuages ou dans les flammes du vieux foyer , n'ont point
imaginé qu'il y ait jamais eu là de véritables poissons, un véritable
n^ipvnl nilé ou un dauphin vivant; mais des rapports inattendus entre
Fig. 188 - Constellations zodiacales, - Les Poissons. — Le Bélier
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 34
Stfifi LES POISSONS
le groupement de quelques étoiles et la forme de certains êtres réels
ou même imaginaires ont suffi pour les engager dans cette voie et
pour les autoriser à peupler d'une vie plus ou moins fantastique les
solitudes apparentes des cieux.
Cette explication paraît préférable à celle que l'on a adoptée jus-
qu'ici, savoir, que l'on aurait dessiné là des Poissons parce que cette
constellation paraît à l'époque des pluies et des inondations. On a dit
aussi que c'étaient des poissons consacrés à Vénus, que Vénus elle-
même et son aimable fils s'étaient métamorphosés en poissons ; mais
ces explications mythologiques n'expliquent pas grand'chose.
On trouvera au tableau ci-contre les principales étoiles de cette
constellation, avec les observations faites depais deux mille ans sur
leur éclat.
Plusieurs de ces étoiles ont subi des variations d'éclat certaines. La
première de toutes, a, qui était anciennement la plus brillante de la
constellation et la seule de troisième grandeur , vient aujourd'hui
après yj et y, et n'est que de quatrième grandeur. Plusieurs observa-
teurs (Jacob en 1842, Main en 1845, Webb en 1859, Dembowski en
1866) l'ont même estimée de cinquième. Struve, au contraire, l'a
estimée de 2° gr. 1/2 en 1825 et en 1832. La variation est certaine.
C'est une étoile double ; le compagnon, de 5* grandeur, paraît varier
lui-même. Si l'on recommençait actuellement la classification litté-
rale de Bayer, c'est l'étoile ri qui recevrait la première lettre.
L'étoile î^ varie également. Vue de 4" grandeur jusqu'en 1660, elle a
été notée de 5° par Flamsteed, de 6° par Piazzi : elle approche en ce
moment de la cinquième grandeur.
L'étoile i a diminué d'écj'^t aux xvi° et xvii° siècles, et est revenue à
son éclat primitif. Il en est de même de ^ eto. Les étoiles i|^',(|;'^,(|'^,
anciennement de 4° grandeur, sont, la première de 5% les deux autres
de 6% depuis le xvi' siècle.
L'étoile w a augmenté d'une grandeur depuis l'époque de Bayer ;
elle est actuellement presque égale à a. L'étoile h, anciennement de
4° grandeur, est tombée à la sixième et s'est un peu relevée.
L'étoile 19, notée de 6° grandeur par tous les observateurs du siècle
dernier et de celui-ci, surpasse aujourd'hui les étoiles de la cinquième.
Elle offre une nuance rouge bien prononcée, qui plaide en faveur de
sa variabilité.
Enfin le groupe des quatre étoiles 27, 29, 30 et 33, situé au sud de
la constellation, était formé anciennement de quatre étoiles de la
quatrième grnr.dev.r ; elles scr.t bien moins apparentes aujourd'hui.
LES • POISSONS
i\S1
(Regardez avec une attention toute spéciale ce losange de quatre
étoiles : c'est là, un peu au-dessus, que passe le soleil le jour de
l'équinoxe de printemps. Menez une ligne de là à a Andromède et à
l'étoile polaire, c'est l'origine des ascensions droites : les étoiles
situées sur ce méridien céleste sont à heure; celles situées 15 degrés
plus loin à l'est sont à I heure, les suivantes à II heures, III heures,
et ainsi de suite.)
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DES POISSONS
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATIONS
ÉTOILES
-127
+960
1430
1590
1603
1660
1700
1800
1840
1860
1880
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4
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5
5
5
4,9
58
G
6
5
5
5,4
268
LA CONSTELLATION DES POISSONS
Les variations que nous venons de remarquer dans plusieurs étoiles
des Poissons sont lente
d'Aldébaran, par les Gémeaux Castor et Pollux, par une zone opu-
lente de la Voie lactée, par les scintillements dorés de Procyon, et,
plus au sud, par la plus belle constellation du ciel, le géant Orion, aux
pieds duquel rayonne l'éblouissant Sirius. C'est à partir d'octobre
que le Taureau et ensuite les Gémeaux s'élèvent au-dessus de nos
têtes et se révèlent à notre contemplation ; ces magnificences
étoilées se déploient au sud pendant nos longues nuits d'hiver, et
jusqu'en avril, jusqu'en mai même, on peut suivre vers l'ouest les
Gémeaux, qui, insensiblement, descendent comme deux frères insé-
parables , pour s'endormir ensemble dans les brumes de Thorizon
occidental.
Les Pléiades sont si connues et si faciles à trouver, que toute indi-
cation pour leur recherche doit paraître superflue. Remarquons ce-
pendant, pour les personnes qui voudraient, non pas seulement les
nommer en les voyant, mais les chercher dans le ciel, qu'il est inutile
de les chercher en été, attendu qu'elles restent invisibles sous notre
horizon d'avril à août, qu'elles commencent à paraître le soir, en sep-
tembre, se levant vers neuf heures du soir, s'élèvent davantage à
Torient en octobre, encore davantage en novembre, trônent en plein
sud en décembre et janvier et au sud-ouest en février, puis descendent
en mars et se couchent définitivement en avril. Elles sont précédées
au loin, vers l'ouest, par Andromède et le carré de Pégase, et suivies,
à l'est, d'abord par l'étoile d'or d'Aldébaran, ensuite, plus loin, par
les Gémeaux et Procyon. Au-dessus d'elles, au nord-est, brille Ca-
pella, du Cocher. Au-dessous, au sud-est, et au delà d'Aldébaran,
trône l'immense figure d'Orion, On se rendra compte de cet ensem-
ble à l'aide de notre fig. 195.
Les Pléiades ont été remarquées dès la plus haute antiquité. Notre
esprit contemplatif, qui aime à remonter vers les vieux siècles éva-
27G LES PLEIADES DANS L'HISTOIRE
nouis, peut considérer ce groupe d'étoiles qui palpitent dans la nuit
oomme le plus ancien de tous ceux sur lesquels se soient attachés les
regards de nos aïeux. Avant la connaissance de l'année solaire, les
premiers peuples réglaient leur calendrier sur les étoiles, l'année
commençait avec le lever matinal des Pléiades au printemps, et l'hiver
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Fig. 195. — Alignements pour trouver les Pléiades et Aldébaran.
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Avec leur lever du soir en automne ; l'année était partagée en deux
parties, et leur réapparition en novembre était saluée par la fête des
morts, que nous avons conservée dans « la Toussaint ». Les anciens
Égyptiens donnaient au mois de novembre le nom d'Af/ia7'-aye,« mois
des Pléiades » ou d'Athor, et il en était de même chez les Chaldéens
et les Hébreux. On trouve la même division de l'année chez les sau-
vages de la Polynésie, une moitié de l'année est appelée Matarii i nia.
« les Pléiades dessus », et l'autre moitié Matarii i raro « les Pléiades
dessous». Les Australiens fêtent delà même façon en novembre les
Mojmodellick, ou pléiades. On trouve la même coutume au Pérou et
au Mexique. La grande Pyramide de Gizeh, qui est exactement orien-
tée aux quatre points cardinaux, et dont la destination primitive a dû
être de servir d'observatoire, a deux galeries creusées obliquement
dans son massif : l'une au nord, pointant vers l'étoile polaire (a du
Dragon il y a quatre mille ans), l'autre au sud, pointant précisément à
la hauteur des Pléiades, dont le passage au méridien à minuit marquait
alors le commencement de l'année. Chez les anciens Grecs, Hésiode
fixe les travaux des champs sur les Pléiades, et chez les anciens Latins,
elles s'appelaient encore Vergiliœ, astres du printemps. On se préoc-
cupait surtout alors de leur lever matinal. L'équinoxe de printemps,
qui passe aujourd'hui près de l'étoile a d'Andromède, passait par les
Pléiades il y a quatre mille ans. Les annales de l'astronomie chinoise
nous ont conservé une observation de ce groupe d'étoiles, faite l'an
g357 avant notre ère et marquant l'équinoxe, ce qui correspond au
LES PLEIADES DANS L'HISTOIRE 277
calcul rétrospectif que nous pouvons faire, aujourd'hui que nous con-
naissons les effets de la précession. Vers l'an 570 avant notre ère,
Anaximandre fixa leur coucher matinal au vingt-neuvième jour après
l'équinoxe d'automne. Il y a trente siècles, les navigateurs attendaient
l'époque de leur lever printanier pour se mettre en route, ce qui ?
conduit les étymologistes à conclure que leur nom dérive de plein,
naviguer. C'est ce que pensaient Lalande, Arago, etc. Il est plus pro-
bable qu'il dérive simplement de pléias, pluralité.
Ce groupe célèbre se compose surtout de six étoiles visibles à l'œil
nu. Il paraît qu'autrefois on en voyait ordinairement sept, car il y en a
sept de nommées par les anciens : Taygète, Mérope, Alcyone, Celseno,
Electre, Astérope et Maïa. Ce sont les filles d'Atlas. Aratus les
nomme toutes dans son poème, et il en est de même d'Ovide dans
le quatrième livre des Fastes. Virgile signale la première dans les
Géorgiques (liv. IV, v. 232) : « Deux fois, dit-il, les ruches se remplis-
sent de miel lorsque la pléiade Taygète, élevant son front virginal
au-dessus de l'horizon, repousse d'un pied dédaigneux les flots de
l'Océan, et lorsque, fuyant les regards du poisson pluvieux, elle se
replonge tristement au sein de l'onde glacée. » Et Ovide, dans les
Métamorphoses (liv. III, v. 594) : « J'appris à gouverner les navires
avec la rame; j'observai l'astre pluvieux de la Chèvre, ainsi que Tay-
gète, les Hyades et l'Ourse. » Les astronomes modernes ont conservé
ces noms en y ajoutant ceux d'Atlas et de Pléione, le père et la mère
de ces Atlantides ; on a nommé la plus brillante Alcyone. Aujourd'hui
on n'en voit que six. Avec beaucoup d'attention, et si le ciel est très
pur, on en distingue une septième, mais elle n'est pas dans le groupe
et elle n'a pas de nom : elle gît à une assez grande distance au sud
d'Atlas. Cette étoile se voit mieux actuellement (septembre 1880) que
Celaeno, Pléione et Astérope, qui font partie du groupe. Ovide déclare
qu'on en connaît sept, mais qu'on n'en voit que six, et que la septième
s'est enfuie à l'époque de la guerre de Troie : serait-ce celle-là, dont
l'éloignement et la faiblesse auraient donné naissance à cette fable? Des
vues plus puissantes encore en comptent dix, et les vues les plus per-
çantes parviennent à en découvrir quatorze. La première lunette de
Galilée en a montré une quarantaine. A l'Observatoire de Paris,
Jeaurat a construit au siècle dernier une carte comprenant cent trois
étoiles , et M . Wolf en a construit une nouvelle en ces dernières
années, qui n'en contient pas moins de 625. En réalité il y en a des
milliers
Nos paysans appellent cet amas la Poule et ses Poussins ou la Pous-
278 LES PLEIADES — LES HYADES — LE TAUREAU.
sinière : Alcyone est la poule. Cette appelLation n'est pas moderne. Il
y a neuf siècles, les Arabes disaient déjà : Dadjâdja al-samà ma bana-
tihi, « la Poule céleste avec ses petits » ; nouvel exemple des ressem-
blances plus ou moins vagues cherchées par les anciens entre les
tableaux du ciel étoile et les choses de la vie terrestre. On nommait
aussi ce groupe la Grappe de Raisin. — Nous reviendrons tout à
l'heure plus en détail sur cette petite république céleste.
Douces et lointaines Pléiades ! Combien de regards mortels ne
se sont-ils pas rencontrés sur cette île de lumière suspendue dans les
cieux ! Combien d'espérances ne leur ont-elles pas été confiées, depuis
l'espoir du marin perdu sur les mers jusqu'aux vagues et inconscients
désirs de la jeune fille qui cherche à lire sa destinée dans les étoiles!
Elles semblent veiller là, au sein de la nuit solitaire, et dominer du
haut de leur céleste demeure les vaines et puériles agitations de la
terre. Mais, en réalité, elles sont si éloignées qu'elles ne nous enten-
dent pas, et leur domaine est si vaste que notre humanité tout entière
arrivant là ne serait qu'une fourmilière inaperçue !
Si les Pléiades signalent par leur groupe classique la constellation
du Taureau, les Hyades et Aldébaran la caractérisent sous un aspect
non moins remarquable. On peut même admettre que c'est à la dis-
position particulière de ces étoiles que l'on doit le nom donné à cette
constellation. Le triangle formé par les étoiles a, 6 et y d'une part, par
y, 5 et £ d'autre part, donne l'idée d'une tête d'animal, et plutôt celle
d'un taureau qui se précipite en avant que celle de tout autre être ;
regardez dans le ciel : Aldébaran forme l'œil droit, vif, rouge et me-
naçant; £ l'œil gauche, y la bouche; j'avoue qu'on ne trouve pas facile-
ment les cornes, mais l'impression reste. (On les a mises dans p et ç,
mais c'est bien loin.) — Voy. fig. 198.
On a donné le nom d'Hyades aux étoiles disséminées qui avoisi-
nent Aldébaran. Ce nom vient, dit-on, du mot grec huein, pleuvoir,
parce que leur apparition coïncidait avec la saison des pluies. Le fait
est que, dans l'antiquité, on leur associait toujours le qualificatif de
pluvieuses. Elles forment un groupe très écarté, qui perd son aspect
lorsqu'on le regarde dans une lunette, les étoiles qui le composent
étant très éloignées les unes des autres. Il est probable, néanmoins,
que ces lointains soleils sont réellement associés en un même sys-
tème physiqne, comme ceux qui composent le groupe plus intéressant
des Pléiades.
L'étoile la plus brillante du Taureau, Aldébaran, tire son nom de
l'arabe al-dabaràn, qui signifie la Suivante, parce que cette étoile suit
LES HYADES. — LE TAUREAU 271»
les Pléiades; c'est là son principal qualificatif chez les anciens. Les
Arabes l'appelaient aussi « l'œil du Taureau » , et les Hébreux « l'œil
de Dieu». Dès l'époque du bœuf Apis, elle a joué le premier rôle
dans les mythologies antiques. Le Taureau est, en effet, le plus ancien
des signes du Zodiaque, le premier que la précession des équinoxes ait
placé à la tête des signes. Aucune tradition historique, aucune lé-
gende même n'associe la constellation précédente, celle des Gémeaux,
au renouvellement de l'année, au retour du printemps, au calendrier
primitif. L'astronomie d'observation paraît n'avoir été fondée qu'à
l'époque où l'équinoxe de printemps passait par Aldébaran, c'est-
à-dire environ trois mille ans avant notre ère ; c'est vers cette époque
que les constellations zodiacales, sans doute formées à des dates
différentes, comme toutes les autres, suivant leur éclat et leur impor-
tance, paraissent avoir été réunies théoriquement en une même cein-
ture de douze signes parcourus de mois en mois par le Soleil. Les Grecs
ont assimilé plus tard ce Taureau à celui qui avait servi à l'enlève-
ment d'Europe, et les littérateurs se sont ingéniés à écrire beaucoup
de fables et de commentaires sur Europe, lo, Osiris et Pasiphaé.
Aldébaran est aussi nommé parfois chez les Romains Palilicium,
parce que les fêtes de Paies, les Palilies, étaient fixées sur son lever.
Il jouait, comme les Pléiades, un rôle important dans les calendriers
1 primitifs et dans l'astrologie.
Ce Taureau céleste était autrefois représenté tout entier, et les
Pléiades en formaient la queue; mais depuis trois mille ans environ,
il est dessiné seulement avec la tête et la partie antérieure du corps
(voyez fig. 196) : le géant Orion semble lever sa massue tout exprès
pour l'arrêter et l'assommer. Dès le temps d'Ératosthènes et d'Eu-
doxe, la constellation était représentée comme aujourd'hui.
On apprendra à en connaître les étoiles en suivant les alignements
de notre fig. 197. L'étoile p, de deuxième grandeur, est très éloignée
au nord-est, vers le Cocher, où elle est même incorporée, comme nous
l'avons vu, sous la lettre y. Mais, au lieu de ce double emploi, il vaut
mieux l'éliminer du Cocher et la conserver au Taureau. Elle est
censée marquer l'extrémité de la corne supérieure, et au-dessous
d'elle, 'C, de troisième grandeur, indique celle de la corne inférieure.
Les étoiles y, 5 et s forment le côté droit du V des Hyades, dont et a
forment le côté gauche, -n est dans les Pléiades : c'est Alcyone, de
troisième grandeur, i se trouve au milieu du chemin entre Aldébaran
et p. On trouvera la suite à l'aide de notre dessin, mais non sans
complication.
280 LA CONSTELLATION DU TAUREAU. — ALDÉBARAN
Aldébaran est une belle étoile rougeâtre, dont la coloration avait
déjà frappé les anciens : elle est plus rouge qu'Arcturus, mais moins
qu'Antarès et Mars. Elle se trouve sur le chemin de la Lune, et quand
l'astre des nuits passe devant l'étoile, celle-ci paraît quelquefois péné-
trer dans son disque, effet que Ton a attribué à la réfraction d'une
atmosphère lunaire, mais qui peut être dû seulement à la diffé-
rence de réfrangibilité entre ses rayons rouges et ceux de notre pâle
Phœbé.
Cette belle étoile n'a offert aucune parallaxe sensible aux mesures
essayées pour déterminer sa distance. Elle gît donc à plus de cent
trillions, ou cent mille milliards de lieues d'ici, dans une profondeur
telle que sa lumière emploie certainement plus d'un siècle à nous
parvenir. Quel ne doit pas être son volume! Quelles ne doivent
pas être sa lumière et sa chaleur !
Si nous n'avons encore pu découvrir son insondable distance, du
moins les derniers progrès de la chimie céleste sont-ils parvenus à
nous révéler quelque chose de sa nature et de sa constitution. On a
vu sur notre planche générale des spectres celui de ce lointain soleil,
sur lequel on peut compter ses 60 raies principales, qui accusent
dans son atmosphère la présence du sodium, du magnésium, de
l'hydrogène, du calcium, du fer, du bismuth, du tellure, de l'anti-
moine et du mercure. Ce spectre n'est ni clair, comme celui de Sirius
et des étoiles blanches [fîg. 3 de lapZanc/ie), ni aussi long, ni aussi
riche que celui du Soleil et des étoiles jaunes (/ig. 2), ni cannelé et
partagé en zones comme celui d'alpha d'Hercule et des étoiles rouges ;
il est en quelque sorte intermédiaire entre le deuxième et le troisième
type. C'est une étoile remarquable pour sa lumière, et les conditions
organiques de la vie dans son système doivent être très différentes de
celles du système solaire. Victor Hugo l'appelle l'étoile tricolore :
quelquefois, en effet, sa vive scintillation projette tout autour d'elle
les nuances les plus variées.
L'analyse spectrale a montré aussi que cette étoile s'éloigne de
nous avec une vitesse évaluée à 30 kilomètres par seconde. Non loin
d'elle, Capella, a et(3 Orion, s'éloignent aussi de nous avec rapidité....
Comment regarder maintenant cette lumière ardente qui palpite
silencieusement dans l'éther au milieu du calme de la nuit, sans
songer aux destinées que tous ces lointains soleils régissent dans
l'infini, sans rêver aux existences inconnues qui se succèdent dans
ces Hyades tremblantes, dans ces mélancoliques Pléiades perdues
au fond des cieux !
Fig. 196. — Consteuations zodiacales. — Le Taureau. - Les Gémeaux,
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 36
m
LE TAUREAU
Examinons en détail les étoiles de cette riche constellation et for-
mons-en le tableau général. Dans ce tableau, les Pléiades sont ab-
sentes : il importe de les étudier séparément.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION »D TAUEEAU
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
Étoiles
-127
+ 960
1430
1500
1603
1660
1700
1758
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1840
1860
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a Aldébaran
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Supprimé : dans les Pléiades.
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5.6
5 3
Pig, 197. — Etolte principales Je U constella'.ion du Taurau.
284
LES ETOILES DU TAUREAU
Ce qui nous frappe au premier aspect dans la série des lettres don-
nées à ces étoiles, c'est que, contrairement à ce qui arrive en général,
nous avons ici plusieurs lettres répétées : il y a deux $, deux 9, deux x,
deux ff, deux u, deux w, deux A, deux c, etc. ; c'est-à-dire que cha-
cune des étoiles désignées primitivement par lune ou l'autre de ces
lettres a tout près d'elle une étoile voisine, visible à l'œil nu, et qui
se désigne naturellement par la même appellation. Ce sont des étoiles
doubles très écartées, formant des couples visibles à l'œil nu. Sont-ce
de véritables étoiles doubles, des
soleils véritablement associés l'un
à l'autre dans une destinée com-
mune ? C'est ce que nous ne pou-
vons encore décider et ce que ré-
véleront seules les observations
de l'astronomie future. Il n'est
pas impossible que, malgré l'im-
mense distance réelle qui sépare
l'une de l'autre ces étoiles en
apparence si voisines, plusieurs
d'entre elles forment de véritables
systèmes physiques. Quoi qu'il en
soit, il est intéressant de remar-
quer la richesse de cette constel-
FiK. l'Jli. — Étoile!! rurinant Ui tctc l'.ii Taureau.
lation sous cet aspect spécial ; en plusieurs points même, ce ne sont
pas seulement des groupes de deux étoiles qui frappent notre atten-
tion, mais bien des groupes de trois, comme vers 9, $, r, des groupes
de quatre, comme dans les Hyades, —justement dans cette ré-
gion stellifère déjà signalée par ces fameuses et classiques asso-
ciations d'étoiles. — Il y a là une tendance spéciale qui ne pou-
vait manquer de frapper notre attention, et nous en sentirons mieux
encore l'importance si j'ajoute qu'elle continue de se manifester sur
une échelle plus vaste encore aussitôt qu'on dirige la moindre lunette
vers ces lointains champs d'étoiles.
La plupart de ces étoiles doubles visibles à l'œil nu n'ont pourtant
été signalées par les anciens que comme étoiles simples; on ne s'est
pas préoccupé des compagnons. (Il faut, du reste, une certaine atten-
tion pour les reconnaître et constater leur position.) Aussi ne pouvons-
nous conclure de l'absence des observations anciennes des étoiles
secondaires à une augmentation d'éclat.
Parmi les étoiles de cette constellation, plusieurs présentent des
VARIATIONS OBSERVEES DANS LE TAUREAU 285
variations d'éclat plus ou moins certaines. Ainsi, y paraît avoir diminué
d'une grandeur : elle est très pâle aujourd'hui, è^ (sous ^') est main-
nant toute petite (6'') ; or, Flamsteed l'a notée égale à S, de 4% et Piazzi
de 4*^1; la différence est trop grande pour être attribuée à des erreurs
d'estimation. 6' offre des fluctuations de la 3^ à la b\ Lorsque deux
étoiles voisines ne produisent qu'une seule impression sur la rétine,
l'estimation de l'éclat est naturellement un peu surfaite, mais pour-
tant moins qu'on le supposerait, car deux étoiles d'une grandeur
quelconque n'en représentent pas une de la grandeur précédente.
L'étoile >. varie régulièrement de 3,4 à 4, '2, dans la période rapide
de 3 jours 22 heures b2 minutes et 2A secondes. C'est l'une des étoiles
périodiques les plus rapides que nous connaissions.
w' était, au temps de Bayer, de même éclat que c', d et f, toutes
notées alors de cinquième ; elle paraît avoir augmenté d'éclat aux
xv" et x\f siècles, tandis que les trois autres avaient diminué de la 4° à
la 5" grandeur. Ces trois étoiles sont toutefois revenues à la 4°. De-
vons-nous conclure à une oscillation réelle ou à un manque de préci-
sion dans les observations? La variation de l'étoile i peut être consi-
dérée comme plus certaine, car elle est tombée insensiblement du
quatrième au sixième ordre. Il en est de même de l'étoile s (•).
L'étoile 40, notée de T grandeur en 1700 et de 6"! en 1800, est
aujourd'hui de 5* | au moins.
L'étoile 41, aujourd'hui plus brillante que ij^, a augmenté d'éclat
depuis l'époque de Bayer. Elle n'est pas inscrite du tout sur son atlas,
et si elle avait eu l'éclat actuel, c'est elle qui aurait reçu cette lettre
(comme il arrive aujourd'hui, par erreur, sur plusieurs atlas; exemple,
Heis). La comparaison de la variation de l'éclat relatif de ces deux
étoiles est assez curieuse : depuis l'année 1800, ({/ est descendue de la
5' à la 6' grandeur, tandis que sa voisine s'élevait de la 6^ à la 5°.
L'étoile 47, près de p, paraît avoir augmenté d'éclat, car les anciens
n'en font aucune mention, quoiqu'elle soit parfaitement visible. Il en
est de même de l'étoile P. iv, 246, non observée par les anciens, de
6'grandeur| dans Piazzi, de 6° dans Argelander, et de 5° aujourd'hui.
L'étoile P. IV, 99 présente un accroissement analogue.
Remarquons encore que l'étoile 48, près de y et la précédant, es(,
invisible à l'œil nu depuis 1871. Flamsteed l'avait déjà notée de sep-
tième grandeur; mais elle était de sixième depuis le siècle dernier.
(') Nous ajoutons à nos tableaux, à partir d'ici, les observations zodiacales faites
par Mayer en 17ô6, qui viennent fort heureusement s'intercaller à une date qui noup
manquait, entre 1700 et 1800.
286 ÉTOILES DOUBLES DANS LE TAUREAU
Toutes ces étoiles variables, sur lesquelles nous venons d'appeler
l'attention, se signalent particulièrement aux amateurs, qui bien facile-
ment peuvent vérifier à l'œil nu l'état du ciel étoile, noter les éclats
Irelatifs et constater eux-mêmes les variations lentes ou rapides qui
peuvent se produire. Rien n'est plus intéressant, du reste, que de
s'exercer ainsi, pendant les belles nuits d'automne ou même d'hiver,
à reconnaître les étoiles d'une constellation comme celle-là, à estimer
les grandeurs et à inscrire les principales par ordre d'éclat, en com-
mençant par la plus brillante. C'est un exercice scientifique, et c'est
en même temps un exercice philosophique qui fait vivre nos intelli-
gences au milieu des grands horizons du ciel.
Il y a dans le Taureau, outre X, dont nous avons déjà parlé, cinq
variables régulières connues : R, S, T, U, V. Mais ce sont toutes des
étoiles télescopiques, qui ne peuvent être suivies qu'à l'aide d'instru-
ments assez puissants.
Les étoiles doubles de cette constellation se font d'abord remar-
quer, comme nous l'avons vu, par les couples très écartés signalés
plus haut, notamment par celui de 6' et 0^, perceptible à l'œil nu. Los
deux étoiles sont de quatrième grandeur (4,2 et 4,5) et forment^ un
beau couple pour une jumelle. Leur distance est considérable : 337" ou
5' 37% un peu plus grande que celle de e Lyre (207"), mais cependant
beaucoup moins que celle de Mizar et Alcor (il' 48" ou 70S"). Il est
certain que ces deux soleils forment un système stellaire, car depuis
la première mesure faite par Flamsteed en 1696, la position relative
des deux étoiles n'a pas varié du tout (toujours 346" et 337"), quoique
l'étoile principale soit animée d'un mouvement propre assez rapide.
Comment regarder maintenant ce couple, si facile à reconnaître à
l'œil nu, sans songer que ces deux modestes étoiles sont d'énormes
soleils qui roulent ensemble dans l'immensité, emportant au sein des
profondeurs insondables les destinées confiées à leur puissance?
Moinsbrillants, mais non moins intéressants,semontrentles couples
de ff' <7\ composé de deux étoiles de cinquième grandeur, écartées à
430"; et de k' )c% composé d'une étoile de cinquième grandeur et d'une
de sixième, écartées à 340". Observations faciles à faire pour les
commençants. Une jumelle suffit. Entre x' et y.\ il y a une petite
étoile double très serrée.
A l'aide d'une petite lunette, on peut observer t, de quatrième
grandeur et demie, dont le compagnon , de huitième grandeur, brille
à 62" de distance; ainsi que l'étoile 88 d, de même éclat, dont le com-
pagnon, un peu plus faible encore, brille à 68".
ALDFJBARAN
287
9 est un peu moins facile : 6° et 8° |, à 56". x forme un couple un
peu plus serré et fort élégant : 6^ et 8% à 19".
39 A*, à l'est de A, au tiers de la distance entre les Pléiades et Aldé-
baran, est une étoile triple, de sixième grandeur et demie, cà peine
visible, accompagnée de deux de 9% l'une à 26", l'autre à 37". Groupe
de perspective intéressant; la troisième étoile se rapproche en ligne
droite de la première.
111 (près de 119, au sud de ç) : 6* et 9% à 75"; mouvement rectiligne
de la petite étoile : groupe de perspective.
' Nous inscrivons ces observations par ordre de difficulté, et nous
Fig. 199. - L'étoile triple 39 A- du Taureau. Ffg. 200. - Aldébaran et son co.npagrion.
compléterons cette liste par Aldébaran lui-même, qui laisse aperce-
voir à côté de lui un petit compagnon de onzième grandeur, très diffi-
cile à distinguer , non seulement à cause de son exiguïté, mais aussi
à cause de l'éclat fulgurant de cet ardent soleil, qui éclipse tout le
ciel environnant. Il faut une bonne lunette pour reconnaître nette-
ment ce petit compagnon. Sa distance est pourtant de 115".
Depuis la première mesure, faite par William Herschel en 1781,
cette distance s'est élevée de 95" à 115". L'angle est de 36% avec un
léger déplacement vers le nord, et ce mouvement s'explique par une
ligne droite tirée vers 26% avec une vitesse annuelle d'environ 0", 15.
Il serait naturel d'attribuer ce mouvement relatif de la petite étoile
au mouvement propre d'Aldébaran lui-même, qui passerait ainsi
devant une lointaine étoile, fixe au fond des deux. C'est ce que les
astronomes ont admis jusqu'ici. Mais^ en mesurant ce groupe en
288
ALDÉBARAN
1877 ('), je n'ai pas trouvé le compagnon juste où il aurait dû être si
vraiment son déplacement n'était dû qu'au mouvement propre d'Aldc-
baran, qui est parfaitement connu aujourd'hui, mais un peu plus à
l'est, ou plutôt au sud-est, comme s'il était emporté lui-même dans
l'espace par un mouvement particulier. On jugera du fait par l'exa-
men du petit tracé ci-dessous {fig. 201), qui montre la direction et
la vitesse du mouvement propre d'Aldébaran, ainsi que la direction
et la vitesse du mouvement observé sur le compagnon. Ces mesures
sont très difficiles, à cause de la faiblesse de la petite étoile, et nous
ne sommes pas absolument sûrs de celles d'Herscliel , dont l'appareil
Fig. 201. — Mouvement observé sur le compagnon d'Aldébaran.
micrométrique était loin d'être aussi parfait que ceux d'aujourd'hui.
Autrement, l'angle de 1781, comparé à celui de 1836, aurait suffi
pour prouver que le mouvement du compagnon n'est pas parallèle
et contraire à celui d'Aldébaran, ce qui devrait être si la petite étoile
était absolument fixe et si la grande seule était en mouvement. Mais
la mesure de Struve, en 1836, est assurément très précise, et je crois
pouvoir affirmer avec la même confiance la précision de la mienne
en 1877, car je l'ai précisément recommencée et vérifiée à cause du
(') Voy. mon Catalogue des étoiles doubles en mouvement, comprenant toutes
les observations faites sur chaque couple depuis sa découverte, p. 25 et 161.
RICHESSES DE LA CONSTELLATION DU TAUREAU 28't
désaccord. Si donc nous traçons, à partir de 1836, une ligne parallèle
et contraire au mouvement d'Aldébaran, c'est cette ligne (ponctuée
sur la figure) que la petite étoile aurait dû suivre. Au contraire,
elle marche suivant la ligne pleine tracée de 1836 à 1877. En ré-
sumé, voici les deux mouvements :
Aldébaran :
Direction =^ 156°; vitesse séculaire = 19".
Petite étoile :
' Direction = 2C°; vitesse séculaire = 15".
(Au lieu de 336° et 19", parallèle et contraire au mouvement d'Aldéba-
ran.) Il en résulte que cette petite étoile est animée elle-même d'un
mouvement sensible. C'est la première fois qu'on découvre un mouve-
ment propre dans une étoile aussi faible.
A toutes ces curiosités, ajoutons maintenant les amas d'étoiles qui
enrichissent cette constellation. Nous ne nous étendrons pas sur les
Hyadcs, attendu que les étoiles qui composent ce groupe sont si écar-
tées, que leur association disparait aussitôt qu'on essaye de les obser-
ver au télescope ; une jumelle suffit amplement pour les faire apprécier
complètement. Cependant, alors, on en découvre de nouvelles, et
nous examinerons plus loin leurs mouvements propres pour savoir
s'il y a là un véritable système stellaire. Les Pléiades foi^ment une
république plus condensée, plus homogène; elles gagnent à être vues
dans une jumelle, et encore davantage à être observées dans une petite
lunette terrestre, à condition que l'oculaire soit faible et le champ très
large. Dès que la lunette est un peu forte, elles perdent la grandeur de
leur aspect, parce qu'on cesse de voir l'ensemble pour n'en avoir que
la moitié, le tiers ou le quart sous les yeux. Mais on y gagne d'autre
part, car, à mesure que le grossissement augmente, de nouveaux dia-
mants viennent s'ajouter à ce riche écrin. Ce groupe classique et dont
la célébrité liistorique surpasse celle des plus vastes constellations,
mérite notre attention spéciale, et nous devons nous y arrêter avec
un soin particulier.
Tout d'abord, l'accroissement du nombre des étoiles observées sui-
vant les progrès de l'optique semble nous offrir un résumé en minia-
ture des progrès généraux constatés dans l'étude générale du ciel ;
ÉTOILES OBSERVÉES DANS LES PI.tlA.'jCS.
Jusqu'à l'invention des lu::cttcs, vues ordiiiaircs G
Vues excellentes 7 ù, 10
Vues extraordinaires li
l'rcîuière observation télcscopique, par Galilée (IGlOj oG
Carte de La Hire (1693) 64
— Jeaurat (1779) 103
— Wolf (1874) . . . a j1 025
ASTRONOMIE. — SUPPLEMENT. 37
290 LES PLEIADES
Il y a certainement plus d'un millier de soleils dans cette répu-
blique. On n'a pas cessé d'en découvrir de nouveaux à mesure que
les instruments employés ont eu une plus grande puissance de péné-
tration. La dernière carte ne va pas au delà de la quatorzième gran-
deur et s'étend sur un rectangle de 9 minutes de temps en largeur et
de 90 minutes d'arc en hauteur, dont Alcyone occupe à peu près le
centre. Ce sont toutes les étoiles visibles, sur cette étendue, à l'aide
d'un objectif de 31 centimètres d'ouverture. Les instruments plus
puissants en montrent bien davantage, pénétrant jusqu'aux étoiles de
quinzième et seizième grandeur.
Examinons en détail ce groupe si curieux. — Son étude vient de
ni'arrèter plusieurs semaines consécutives dans la rédaction de cet
ouvrage : il ne sera pas sans intérêt de présenter ici les pièces de
cette laborieuse enquête, mais elle est un peu longue, tout en étant
résumée ici aussi succinctement que possible, et je demanderai la
permission de l'imprimer en petits caractères afin de ne pas absorber
une place trop étendue. Notre voyage céleste n'est pas encore fini.
Tout d'abord (commençons par le commencement), j'ai consacré principa-
lement les belles soirées de septembre et octobre (1880) à l'examen attentif de ce
groupe d'étoiles, et comme plusieurs vérillcations valent mieux qu'une, quelques
yeux différents des miens ont bien voulu me prêter leur concours. Un savant
jésuite, dont la science déplore la perte récente, le P. Secchi, assurait que dans
ces vérifications sur l'éclat et la couleur des étoiles, les astronomes avaient tort
de dédaigner le jugement des yeux féminins. Je suis tout à fait de son avis.
Il sera fort intéressant pour chacun d'essayer la portée de sa vue sur ce même
groupe. Les yeux myopes ne distinguent là aucune étoile en particulier, mais
seulement un amas nébuleux. Les vues ordinaires peuvent compter six étoiles,
ils voient ce groupe tel qu'il est re-
présenté ici dans ce premier dessin
ijftg, ir02J. Ces six etoiies sont :
Grandeur.
1" Alcyone 3',0
2» Electre 4,5
3» Atlas 4,6
4» Maïa 5,0
5» Mérope 5,5
6» Taygèto 5,8
Les vues excellentes aperçoivent
dix étoiles, et voient le groupe tel
Fig. 202.- Le. siï principales Pléiades. ^^..^ ^^^ représenté fig. 203. Les
quc.lre étoiles ajoutées aux précédentes sont :
Grandeur,
7" Externe au sud 6»,1
8" Plcione fi, 3
'J' Externe au nord S, 4
10" Celseno 6,5
•6
/•^
\
y \
.y \
-— C^ ^.A
& — •
3
^^-^'-"^
^
LES PLEIADES
201
Enfin les vues très perdantes, ou les vues ordinairas aidées d'une jumelle.
Pig. 203. — Les dix principales PieiaSai. Fig. 204. — Les quatorze principales Pléiades.
parviennent à en découvrir quatorze et distinguent toutes les étoiles indiquées
sur notre fig. 204. Les quatre nouvelles étoiles sont :
11» Au-dessous d'Atlas
12° Astérope (les deux réunies) .
IS'^ A gauche d' Astérope
14» Au-dessus d'Atlas et Pléione.
Grinltdr.
6»,7
6,8
6,9
7,0
Gomme nous l'avons déjà vu, les principales de ces étoiles ont reçu des noms
dès une haute antiquité, et ces noms
sont ceux des filles d'.4tlas, auxquels
on a ajouté au xvi' siècle, Pater Atlas
et Mater Pléione , leur père et leur
mère, que l'ingrate Mythologie avait
laissés dans l'oubli. Afin que chacun
puisse facilement connaître ces noms
et les appliquer directement à leurs
astres respectifs, on les a inscrits ici
sur un petit dessin spécial {fig. 205)
qui ne contient que les étoiles nom-
mées. La plus brillante est Alcyone,
qui est aussi ») du Taureau.
^, . . , ... ^ , Fig. 205. — Noms donnés auï Pléiades.
Voici les positions exactes de ces
neuf Pléiades, inscrites de l'ouest à l'est par ordre d'ascension droite
29-i LES PLÉIADES
POSITION ACTUELLE (1880)
Ascension droite Déclinaison
CelJeno ^'^l'^W" n^hV,!
Electre 37.45 23.44,1
Taygète 38. 4 24. 5 ,4
Maïa 38.41 23.59 ,8
Astérope 38.45 24.10,7
Mérope 39.12 23.34 ,4
Alcyone 40.21 23.44,0
Atlas 42. 2 23.41 ,2
Pléione 42. 3 23.46,2
La longueur de cette petite république, d'Atlas et Pléione à Celœno, est de
4 minutes 23 secondes de temps, ou de 1° 6' d'arc; la largeur, de Mérope à
Astérope, est de 36'. Dans le quadrilatère, la longueur, d'Alcyone à Electre, est
de 36', et la largeur, de Mérope à Maïa, est de 25'. Il semble que si l'on plaçait la
pleine lune devant ce groupe de neuf étoiles, elle le couvrirait entièrement, car
elle paraît à l'œil nu beaucoup plus grande que les Pléiades tout entières. Or il
n'en est rien. Elle ne mesure que 31', moins de moitié de la distance d'Atlas à
Celaeno; elle est à peine plus large que la distance d'Alcyone à Atlas, et tien-
drait tout entière entre Mérope et Taygcte sans toucher ces deux étoiles ! Il y a
là une illusion optique constante et bien curieuse. Quand la lune passe devant les
Pléiades et ne les occulte que successivement, on a peine à en croire ses yeux.
Voyons maintenant ce que les anciens nous ont légué pour l'histoire de ce
groupe classique*
Les Pléiades sont remarquées, nommées, observées, depuis plus de quatre
mille ans, par les Chinois d'une part, et par les Egyptiens et les Chaldéens
d'autre part ; Job les cite, au dix-septième siècle avant notre ère, et Homère,
comme Hésiode, au neuvième siècle. Eudoxe, Eratosthènes et Anaximandro en
faisaient une petite constellation séparée du Taureau. Aratus, interprète d'Eu-
done, donne déjà leurs noms : « Electre, Alcyone, Celœno, Taygète, Stérope,
Mérope et Maïa. » Ce sont, ajoute-t-il, les filles d'Atlas. Elles sont au nombre
de sept; cependant on n'en voit que six; « toutefois la septième ne peut pas
^tre perdue, car aucune étoile ne se perd. »
Ovide dit à son tour dans les Fastes :
« On compte sept Pléiades, mais six seulement se montrent d'ordinaire. »
Il cherche ensuite l'explication de cette variation d'éclat ; mais c'est, comme
on va le voir, une fantaisie toute mythologique :
« Si la septième est cachée, c'est sans doute parce que six seulement ont reçu
les baisers des dieux : Stérope a vu Mars honorer sa couche, Alcyone et la belle
Celœno ont reçu Neptune en la leur ; Maïa, Electre et Taygète ont passé tour à
tour aux bras de Jupiter. Mérope, la septième, a épousé Sisyphe, un simple
mortel : elle en rougit et se cache de honte. »
Puis, comme si cette explication ne le satisfaisait pas tout à fait, le poète ajoute :
« Après cela, celle qui est invisible pourrait bien être Electre, qui ne put
supporter le spectacle de l'incendie de Troie et mit sa main devant ses yeux. »
Laissons la forme pour le fond. Il n'en résulte pas moins pour nous ce fait
qu'aux temps d' Aratus et d'Ovide on ne voyait ordinairement que six Pléiades,
mais que la légende ou la tradition en comptait sept.
LES PLEFADES ?i3
Si ces sept étoiles étaient bien celles qui portent encore ces noms aujourd'hui,
Atlas était alors moins brillant que de nos jours, et Astérope (nom dérivé de
Stcrope) pouvait être la septième, la plus petite des sept.
Mais voici des documents à la fois plus importants et plus embarrassants.
Ptolémée, contemporain d'Ovide, ne signale dans son catalogue que quatre
Pléiades. On doit penser que c'étaient les plus brillantes, et l'intérêt actuel pour
nous est de chercher à les identifier. Les voici, avec les positions en longitude
et latitude données par Ptolémée :
A La boréale du côté occidental.. . .
B L'australe du même côté
C Au sommet suivant et le plus étroit.
D L'externe et petite du côté du nord.
Pour trouver quelles sont celles de nos Pléiades actuelles qui correspondent
à celles-là, il faut calculer la longitude et la latitude actuelles de ces étoiles ;
puis, comme la précession des équinoxes n'altère pas les latitudes, mais fait
rétrograder les longitudes de 1° en 71 ans et demi, et les a reculées de 24° 28'
pour les 1750 ans qui s'étendent de notre époque (1880) à celle de Ptolémée (130),
il faut retrancher cette quantité des longitudes actuelles pour obtenir les positions
correspondantes à l'époque de Ptolémée. Voici les résultats de ce calcul :
Grandeur.
Longitude,
latilude
5=
SîMO'
4° 30'
5
32.20
3.40
5
33.40
3.40
4
33.40
5.
Electre. .
Celseno. .
Taygète .
Mala. . .
Méropc. .
Astérope.
Alcyone .
Atlas.. .
Lon
itude.
Lalilude.
,'in 18S0.
L'an 130.
57»44'
33» 16'
4» 10
57.46
33.18
4.21
57.54
33.26
4.31
58.
33.32
4.23
58. 1
33.33
3.56
58. 5
33.37
4.34
58.19
33.51
4. 2
58.41
34.13
3.54
Résultat fantastique : il n'y a aucune correspondance entre ces positions et
celles de Ptolémée. Pour mieux juger de la divergence vraiment surprenante
qui se manifeste entre les deux états, traçons sur une même figure nos Pléiades
calculées comme elles viennent de l'être et celles de Ptolémée [fig. 206). Les
quatre étoiles de Ptolémée sont toutes
extérieures à la figure moderne. Est-
ce à dire pour cela que Ptolémée ou
Hipparque ont bien observé, et que
leurs étoiles existaient réellement
là, tandis que les nôtres n'existaient
pas? Non, assurément, car d'une part
nous savons qu'il y avait déjà six
ou sept Pléiades, et d'autre part, la
rédaction de Ptolémée concorde assez
bien avec la réalité, si ses mesures
ne concordentpas. Sa première étoile ^, „„^ , „,,. , , „, ,^„,„
r r Pj ogc _ Les Pléiades de Plolemée.
est <i la boréale du côté occidental x ;
ce doit être Taygète. La deuxième est « l'australe du même côté » ; ce doit être
Mérqpe. La troisième est « au sommet suivant et le plus étroit »; ce doit être
34'
33'
32"
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2,11 LES PLEIADES
Atlas. Quant à la quatrième, « externe du côté du nord », elle est tout simple-
ment introuvable.
Il n'y aurait rien de surprenant à ce que les anciens, dépourvus d'instruments
de précision, eussent dans leurs mesures écarté ces étoiles les unes des autres, et
à la rigueur on peut admettre que les trois étoiles marquées ici des lettres ABC
sont celles de Ptolémée. Mais il s'en suivrait que la plus brillante de nos
Pléiades, Alcyone, n'était pas remarquable à cette époque-là, et qu'Electre était
également moins brillante que de nos jours. La plus brillante était alors l'externe
du nord, actuellement introuvable, et encore, par surcroît d'incohérence, Pto-
lémée l'appelle petite, et la fait plus grande que les autres, de quatrième gran-
deur !
N'y aurait-il pas eu quelque erreur de transcription dans les copies de V Aima-
geste, qui pendant quatorze siècles ont précédé l'invention de l'imprimerie? On
peut d'autant mieux le soupçonner, que sur les huit nombres des longitudes et
latitudes de ces étoiles, il y en a quatre qui répètent le même chiffre (3° 40').
N'avons-nous aucun moyen de contrôler les faits? L'histoire de l'astronomie est
muette là-dessus pendant neuf cents ans ; mais au dixième siècle l'astronome
persan Abd-al-Rhaman al-Sùfl déclare qu'il donne la description du Ciel tel qu'il
Vobserve lui-même ; et en effet, chaque fois qu'il remarque une différence entre
Ptolémée et lui, il ne manque pas de la signaler. J'avais donc l'espérance de
trouver en lui quelque éclaircissement du mystère ; mais il se trouve que lui-
môme ne signale que quatre Pléiades, qu'il considère comme étant les mêmes
que celles de Ptolémée. Les voici :
Grandeur.
A La plus boréale du côté antérieur 5'
B La méridionale du même côté 5
C Au sommet suivant et dans l'endroit le plus étroit. 5
D Hors de leur côté boréal, petite brillante.. . . 4
Sùfl a ajouté 12°42' aux longitudes de Ptolémée pour les amener à son époque.
Je ne pense pas qu'il les ait mesurées, mais il les a observées et trouvées telles que
Ptolémée les avait vues. « Il est vrai, re-
marque-t-il, que les étoiles des Pléiades sont
au nombre de plus de quatre ; mais je me
borne à citer celles-ci, parce qu'elles sont
très proches l'une de l'autre et que ce sont
les plus apparentes. »
Reconstruisons une double figure, comme
précédemment, afin d'examiner de nouveau
la môme correspondance : nous trouvons
que, pour l'aspect général du groupe, c'est
encore Taygète, Mérope et Atlas qui se
rapprochent des trois premières étoiles
de Sùfi. Quant à la quatrième, « la petite
ïv on, T r,,. j ^c,n, ,. , , brillante au nord », elle est tout aussi in -
Flg. 207. — Les Pléiades de SûQ (x« siècle). , , , ', , , , ,
trouvable que dans lexemple précèdent. —
La conclusion est la même pour l'écartement; car, depuis Ptolémée, ce sont les
mêmes instruments rudimentaires qui étaient restés en usage. Elle est aussi la
métne pour l'observation entière du groupe: l°les mesures n'ont pas une grande
Longitude*
Ulilndt
44» 52'
io^çy
45.12
.S. 40
46.22
3.20
46.22
5.
4fi*
«'
■it' *> :c ' :.J io 30
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IJ
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|û
°c-
B/
/
I'.
LES PLEIADES
Î95
précision et les erreurs peuvent dépasser un degré; 2° la plus brillante des
Pléiades n'était pas Alcyone. A moins d'admettre que Hipparque, Ptolémée et
Sûfl n'ont pas su voir et reproduire ce groupe comme un enfant saïu-ait le faire
aujourd'hui, nous sommes forcés de conclure que de grands changements se
sont opérés dans cette région du ciel. Ce n'est pas le groupe qui a tourné, en
amenant Alcyone du nord à l'est, et ce ne sont pas non plus les étoiles qui ent
changé de place, car les mouvements propres sont assez bien déterminés aujonr-
d'hui pour que nous sachions que depuis mille et deux mille ans les déplace-
ments n'ont pu être qu'iusensibles. C'est l'éclat qui a pu et qui a dû varier.
Quelle pouvait être celte quatrième étoile, alors plus brillante que les autres ?
Il y a actuellement au-dessus du groupe, à 53' de déclinaison au nord d'Alcyone
et à 34" d'ascension droilo plus à l'ouest, une étoile de 7" grandeur, qui corres-
pondrait assez bien à la position de Ptolémée et Sûfl, par 5" de latitude et sur la
même longitude qu'Atlas. C'est sans doute là notre mystérieuse inconnue. Elle
n'est pas dans le catalogue de Lalande (1800), ni dans celui de Piazzi (1800), ni
dans celui de d'Agelet (même époque), ni dans celui de Bessel (1825), ni dans
celui d'Armagh (1829-1854), ni dans celui de Washington (1845-1877), ni dans
ceux de Radcliffe, ni dans ceux de Rumker, ni dans le B. A. C, ni dans Bradley,
ni dans Flamsteed, ni dans les observations de Greenwich, ni dans celles de
Paris. Cependant elle a été observée par Argelander, elle est gravée sur son
grand atlas, etc'estle n" 571 de sa zone + 24°, par 3''39"'27" et 24''32',2 (1855).
On la trouvera sur notre fig. 20-3, qui est une reproduction de cette partie
de la carte d' Argelander corres-
T
~t*
pondant à cette région du ciel,
et qui nous montre les environs
des Pléiades en môme temps que
les Pléiades elles-mêmes. L'étoile
dont il s'agit est entourée d'un
petit cercle. Je l'ai observée ré-
cemment et l'ai trouvée de 7»
grandeur : elle est sur le prolon-
gement d'Electre à Maïa; au delà,
sur le même alignement, on en
voit une de 6«. — Elle est aussi
sur la carte des Pléiades de Lahire
(1693) et sur celle de Cassini
(1708). C'est probablement là une
étoile vai-iable,et il n'est pas im-
possible que ce soit la brillante
des anciens.
Mais cou linuons notre enquête. Quatre cent soixante-dix ans après Sûfi, le
petit-fils de Tamerlan, Ulugh-Beigh, observant le ciel à son tour, ne signale,
lui aussi, que quatre Pléiades, qu'il décrit dans les termes suivants ;
Grandeur. Longitude. Latitude.
A A l'extrémité boréale du côté précédent 5" 52»1' 3o45'
B A l'extrémité australe du même côté 5 52.16 3.30
A l'extrémité suivante, au lieu le plus étroit . ... 5 52.49 3.45
D Extei'ne, petite, au côté boréal 4 52.58 4.9
'• •' . .' -.^i , ;^
•
•
* •
• •
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• * • .*
•
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•• •
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• • • .
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Ai
-^ A^- S\6>- ■ -M
Fig.
.— Les environs des Pléiades.
-nb
LES PLEIADES
C'est toujours la description de VAlmageste qui se conflnuo, et cepeod^iît
Ulugh-Beigh déclare, comme Sûfl, qu'il a observé lui-môme l'état du ciel et
corrigé les erreurs de Ptolcmée. Les positions ue »out pas les m^es, et elles se
r:i;i|n'0chcnl davantage de l'état moderne. Construisons, comme précédommeHt,
une figure comparative et examinons-la.
On voit au premier coup d'œil que la figure
d' Ulugh-Beigh est un peu trop basse et un
peu trop à gauche, autrement dit un peu
trop au sud-est. Quant à l'identification, je
laisse au lecteur le soin de trouver lui-
même quelles sont les étoiles qui corres-
pondent le mieux. On croirait presque qae
la figure s'est toui'née de près d'un angle
droit.
Copernic vient à son tour (1540). C'est
toujours la même description littéraire à
peu près :
Fis
. 20D. — Les Pléiades d'Ulugh-Beigh
(XV» siècle).
Graadeur. Longitude Lalilude.
A A l'extrémité boréale du côté précédent 5» 55»30' 4.30'
B A l'extrémité australe du même côté , . .5 5.*). 50 4.40
C A l'angle le plus aigu, et suivant 5 57. 5.20
D La petite, séparée des extrêmes (a6 exiremis secfa). 5 56. 3. G
Los positions sont encore [Jus incohérentes que précédemment, comme on
l'icut en juger par la fig. 2[0. q ii; j'ai tracée à la même échelle que les précédentes.
Ce serait peine perdue d'essayer aucune iden-
tification : les positions ne correspondent
même pas au texte de la description ! Il est
certain que l'immortel astronome n'a pas
fait ici d'observation personnelle; il a seu-
lement reproduit le Catalogue de Ptolémée
en faisant la correction de précession et avec
des fautes nouvelles. Cette figure ne ressem-
ble pas plus aux Pléiades qu'à n'importe
quoi.
Il faut avouer que cette enquête est véri-
tablement remarquable en surprises désa-
gréables. Mais ayons de la persévérance et
continuons.
Tycho-Brahé observe le ciel, restaure l'as-
tronomie sidérale et nous donne la descrip-
Fig.îlO. — Les Pléiades do Copernic . ... «
(xvi« siècle). tion Suivante du même groupe :
Grandeur.
1» L'occidentale des trois brillantes 5"
2» La petite, proche de l'occidentale. . . 6
3° Au milieu, et la plus brillante 3
4° Celle qui est à la pointe, à lest 5
Longitude.
Lalituda
53» 50'
4M1'
54. 3
4 2
54.24
4.
54.47
3,53
LES PLEIADES
297
Ici, Alcyone paraît pour la première fois. Nous commençons enfin à appro-
cher de la réalité, comme on peut en juger par
notre diagramme comparatif (firj. 211). La pre-
mière, la troisième et la quatrième étoiles de
Tycho-Brahé sont évidemment Electre, Alcyone
et Atlas ; les positions coïncident à une minute
d'arc près, ce qui est vraiment extraordinaire,
quand on songe aux instruments employés avant
l'invention des lunettes. Voici > en effet, les posi-
tions de ces trois étoiles, calculées pour l'an 1600,
et celles de Tycho •
54
50 ^O
30 20
lo '
so
4o
m
•
Se/
3o
•
m
10
e-
..9-
- -o'
o
sa
Fig.2n.— Les Pléiades de Tycho (1590).
Longitude
calculée Tjcho
Electre 53» 49' 530 50'
Alcyone. .• 54.24 54.24
Atlas 54.46 54.47
Latitude
calculée
4» 10'
4. 2
3.54
Tycho
4oll'
4. 2
3.55
actuelle Tjcbo
4.5 5
3,0 3
4.6 5
Cette harmonie nous rafraîchit un peu, après tous les tracas par lesquels nous
venons de passer ; en arrivant ici, nous éprouvons un peu la sensation du calme
après l'orage, du paysage clair et parfumé après la poussière, du ciel pur après
les nuées sombres et la tempête. Les grandeurs
mûmes de ces étoiles sont satisfaisantes. Il y a
une erreur de 4' en longitude et de 6' en lati-
tude pour sa deuxième étoile qu'il annonce
comme « proche de l'occidentale » , ce qui ne
convient guère à Mérope, car elle n'est pas plus
proche d'Electre que d'Alcyone, au contraire.
Nous serions conduits à admettre que cette étoile
n'est pas Mérope, mais le n° 7 de Bessel (120 de
Wolf), qui correspond exactement à la position
de Tycho, si justement, vers la môme époque,
Moestlin, le maître de Kepler, n'avait vu et me-
suré dans les Pléiades les onze étoiles reproduites
{fig. 212), où l'on voit Mérope à sa place et non
l'étoile n° 7 dont nous venons de parler. Cette carte ancienne des Pléiade?
a été faite il y a. trois cents ans, le 24 décembre 1579; eUe correspond d'une
manière remarquable avec l'état actuel du ciel.
L'étoile du bas doit être notre n"! (fig. 203) et
l'étoile du haut doit être notre n" 9. Moestlin n'a
pas indiqué les grandeurs.
Nous pouvons considérer cette carte comme
la plus ancienne que les annales de l'astronomie
nous aient conservée.
Pourquoi Tycho n'a-t-il signalé que quatre
Pléiades? Sans doute parce que, les observant à
propos d'une occultation, il n'a eu que ces quatre
à mesurer ^'^' ^'■'' ~ ^^^ Pléiades de Bayer (1630)
Tycho-Brahé, qui a calculé les positions de son Catalogue pour l'an 1600,
ASTflONOMIE. — SUPPLÉMENT. 38
Fig. 212. — Les Pléiades de Moestlin
(1579).
298 LES PLÉIADES
observait versl'an 1590. En 1603, Bayer publiait, dans la carte de son Allas, consa-
ci rc au Taureau, le pelitdcssin des Pléiades, reproduit ici {fig. 213) : il correspond
h peu près exactement à ce que
nous voyons aujourd'hui. Taygète
"I est un peu plus petite que Maïa.
En 1610, Galilée dessina la pre-
mière carte des Pléiades vues dans
une lunette, et il la publia plus
lard dans son Nuntiiis Sidereus ou
Courrier du Ciel. Elle co?nprend
36 étoiles, comme on le voit dans
la reproduction ci-contre [fig. 214).
Leur position correspond bien à
l'état actuel, quoique Maïa soit un
peu trop haut et Celœno beaucoup
trop bas. L'étoile la plus brillante
est Alcyone, de quatrième gran-
. Fig. 214. - Les Pléiades de Galilée (iciuj. dcur ; Atlas, Mcrope, Maïa, Taygète
et Electre sont de cinquième ;
Pléione et les deux Astéropes sont de septième ; Celœno est de sixième. On en
voit une autre, non loin d'elle, de même grandeur; deux au sud (les n"' 11 et 7
de notre fig. 204), et deux au nord (le n" 13 de notre dessin et une autre).
D'après le dessin de Galilée, Pléione eût été alors moins brillante que Gelœno
et que notre n" 11 (FI. 26) ; c'est le contraire aujourd'hui.
On trouve dans VAlmagestuni Novum de Riccioli (1051), au chapitre De Stellis
fixis, p. 399, une description du groupe, dans laquelle il est dit que la plus
brillante du quadrilatère est Maïa, mère de Mercure, de troisième grandeur.
Viennent ensuite, dit-il, formant avec elle le quadrilatère, Stérope, Taygète et
Gelœno; puis Electre, Mérope et Alcyone. Il faut croire qu'à cette époque les noms
étaient distribués autrement que de nos jours, car nous venons de voir, par les
observations de Tycho, Bayer et Galilée, que c'était bien alors notre Alcyone
actuelle qui était la plus brillante. Riccioli ajoute : « Michel Florentius Langrenus
les a observées et en a fait le dessin exact, qu'il m'a envoyé et sur lequel il a
ajouté deux étoiles jusqu'alors innommées, qu'il a appelées Atlas etPléione. Je ne
sais si ce sont celles que Vendolinus prétend avoir observées comme nouvelles. »
Riccioli, malheureusement, ne publie pas ce dessin. Dans son Astronomia refor-
mata (1665), il donne (p. 266) les positions des étoiles du groupe, nommées
comme nous les nommons aujourd'hui. Les voici, avec les longitudes et les
latitudes calculées, dit-il, pour l'an 1700 :
Grandeur.
Electre 5°
CelEeno 7
Taygète 5
Maïa 6
Mérope 5
Astérope 7
Alcyone 3
Atlas 6
LoBgilude
Latitude
54» 43'
4° 9'
54.45
4.16
54.53
4.32
55.
4.23
55.
3.52
54.57
4.30
55.55
3.59
55.46
3.50
LES PLEIADES
299
..Te. -
SS°-
l- h'
-i —
iO 20
ïo'
1 SO' 40
4(1
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•J,0
Les longitudes sont en moyenne de 30' trop faibles, et correspondent, non pas
à l'époque de 1700, comme le disent tous les Catalogues, mais à trente-six ans
auparavant, à raison de 50",3 par an. Cette date (1664) est précisément ceUe de
la rédaction de l'ouvrage. Seulement l'auteur a avancé Alcyone, qui se trouve à
peu près à sa position pour 1700 ; et
il n'a fait que pour cette étoile son
calcul de précession, de sorte que si
l'on dessine les Pléiades avec les
nombres de Riccioli, Alcyone vient
se placer à gauche d'Atlas, en de-
hors du groupe, comme on le voit
[fif]. 215). Le plus curieux est que,
en reproduisant ce Catalogue, de-
puis deux siècles, les astronomes
ne se soient jamais aperçus de la
transposition,
Riccioli a fixé vers cette époque
les noms donnés aux Pléiades. Nous „„„,„».
devons remarquer toutefois qu'il avait donné le nom d'Asterope, non pas à
l'étoUe double qui le porte aujourd'hui, et située de son temps par 55»1
et 4''34', mais à l'étoile située entre
Taygète et Maïa, aujourd'hui de neu-
vième grandeur et notée alors de sep-
tième.
Vers la même époque, Hévélius dé-
crit aussi ce groupe si célèbre et donne
les positions suivantes pour l'an 1600 :
Gr. Long. laliludi
La brillante 3« 55»16' 4» f
A l'angle occidental.. 5 54.47 4.34
A l'angle oriental. . . 6 55.38 3.5-2
Précéd. la brillante.. 6 55.1 4.23
La préc. des inférieur. 5 54.42 4.6 Fig.2i6. - Les Piéiades^diiév.ims aouû).
La suivante des infer. 5 54.53 3.&d
Le tracé de la figure montre les divergences. Elles ne sont pas considérables,
Fig. 215. — Les Pléiades de Riccioli (1664).
quoique plus fortes que dans Tycho
La première est Alcyone, la deuxième
Taygète, la troisième Atlas, la qua-
trième Maïa, la cinquième Electre et
la sixièmeMérope. Atlas etMaïaétaienl
alors moins brillantes que de nos
jours. — On sait qu'Hévélius persis-
tait encore à observer à l'œil nu.
A dater decelte époque (1660 à 1680, ^j
fondation des Observatoires de Paris
et de Greenwich), on substitue les
ascensions droites et les déclinaisons
aux longitudes et aux latitudes. Les
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Fig. ^17. — Les Pléiades de Flamsteed (1690).
SM
LES PLEIADES
premières observations que nous pouvons qualifier de modernes sont celles de
Flamsteed, vers l'an 1G90. Il observa treize étoiles dans le groupe qui nous
occupe et les désigna par les n"' 16 à 28 du Taureau, numéros qu'elles portent
encore. Les voici :
GOANDEUB
ASCENSION DROITE
DÉCLINAISON
16
7»
bloZVW
+230 16' 50».
17
5
51.38.40
23. 5.55 .
18
7
51.41.40
23.49.35 .
19
5
51.43.10
23.27.35 .
20
6
51.52.30
23.21.50.
21
6Vî
51.53.30
23.32.35 .
22
7
51.55.30
23.31.15.
23
5
52. 0.30
22.56.15.
24
7
52.15.30
23. 6.50.
25 VI
3
52.17.30
23. 6.15 .
26
7 'A
52.39.10
22.51.50.
27
6
52.42.30
23. 3.45.
28
T'U
52.42.40
23. 8.55.
52.51.10
22.42.15 .
N0M3 CORRESPONDANTS
Celaeno.
Electre.
Taygète.
Maïa.
Astérope I.
Astérope II.
Mérope.
Alcyone.
Atlas.
Pléione.
J'ai ajouté la dernière, qui n'a pas été insérée dans le Catalogue britannique,
on ne sait trop pourquoi, car Flamsteed l'a parfaitement observée, le 4 février
1691 et le 3 février 1693;
seulement il ne dit rien
de sa grandeur. Piazzi l'a
notée de 7j(c'estP.III,163).
Le dessin de l'Atlas de
Flamsteed ne reproduit pas
exactement ces données,
soit par la faute du dessi-
nateur, soit par celle du
graveur; aussi ai-je refait
la figure. Elle correspond
à peu près à l'état actuel;
seulement Pléioneestbeau-
coup plus petite. L'étoile
située entre 19 et 20, et
nommée Astérope par Ric-
cioli, n'a pas été observée.
En 1693, Lahire dessina
les Pléiades à l'Observa-
toire de Paris, à propos du
passage de la Lune de-
vant elles. Il ne donne pas de nom aux étoiles ; mais l'inspection de sa carte
[fig. 218) nous montre que cette année-là l'étoile située entre Taygète et Maïa
était, comme du temps de Riccioli, plus brillante que les deux nommées au-
jourd'hui Astérope 1 et Astérope II. Pléione était alors plus brillante que FI. 26,
à l'inverse de ce que Galilée avait observé.
Cassinienl708, LeMonnier en 1746, Maycr en 1756, Jeaurat en 1779, Lalande
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Fig. 218. — Carte des Pléiades, faite par Latiire en 1693.
LES PLEIADE3
301
en 1795, Piazzi en 1800, Bessel en 1839, Argelander en 1840, Heisen 1860,
Engelmanu en 1870, Wolf
en 1874, ont fait successi-
vement des observations et
des cartes du même groupe .
n serait interminable de
reproduire toutes ces ob-
servations, dont l'intérêt
diminue pour nous à me-
sure qu'elles se rappro-
chent de notre époque;
cependant on trouvera en-
core ici les cartes de Cas-
sini, Jeaurat et Wolf. Je
n'ai rien voulu négliger
pour mettre toutes les piè-
ces du procès entre les
mains ; et maintenant ,
après la comparaison labo-
rieuse qiii vient d'être faite
de tous les documents, il
nous reste à résumer Viia-
Fig. 219. — Carte des Pléiades, faite par Cassini, en 1708,
grande
pression qui résulte pour nous de cette longue étude.
1° Les Pléiades des Catalogues de Ptolémée et Sùfi ne correspondent pas du
tout à l'état actuel du ciel,
doit
2° La divergence
être attribuée en
partie au manque de pré-
cision des observations an-
ciennes. Cependant il est
probable que l'étoile la plus
brillante du groupe n'était
pas alors Alcyone, située
vers le milieu du groupe,
mais une étoile externe
située au nord.
Cette étoile, alors deqiia-
trième grandeur, pouvait
être celle qui porte le
n" 571 de la zone + 24° du
grand Catalogue d'Arge-
lander. Elle est actuelle-
ment de 7' grandeur.
Fig. 220. — Carte des Pléiades, laite par Jeaurat en 177a.
3» Les variations observées ne proviennent pas d'une rotation du groupe, ni
de déplacements dans les positions respectives de ces étoiles, mais de change-
ments d'éclat.
4° Parmi ces changements, outre l'augmentation de l'éclat d'.41cyone,
302
LES PLEIADES
arrivée sans doute au seizième siècle, et la diminution d'une étoile située au
nord du groupe, on peut signaler les suivantes comme dignes de fixer l'atten-
tion :
L'étoile n° 2 de Bessel, entre Taygète et Maïa, aujourd'hui de neuvième gran-
deur, était de septième au temps de Riccioli (1664), et c'est elle qu'il a nommée
Astérope. Elle était de sixième grandeur en 1693, quand Lahire dessina sa carte.
Mais en 1708, sur la carte de Cassini, elle est tombée k la huitième grandeur, et
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Fig. Kl. — Carte des Pléiades, faite par Wolf en 1814.
désormais elle s'efface devant la double supérieure, nommée dès lors Astérope I
et Astérope II.
L'étoile n° 26 de Flamsteed, au-dessous d'Atlas, était de sixième grandeur, plus
brillante que Pléione en 1610 (Galilée). Elle était du même éclat à l'époque de
Flamsteed. Elle n'est plus aujourd'hui que de huitième.
Taygète était autrefois plus brillante que Maïa (HévéHus, Flamsteed, etc.).
C'est le contraire aujourd'hui.
Electre et Atlas étaient égales au temps de Cassini ; ensuite, la seconde descend
d'une grandeur au-dessous de la première ; puis elle remonte au-dessus d'Elec-
tre; Heis la fait de 4' en 1860; Wolf de 5° en 1875; elle est actuellement de 4%6.
Mérope s'élève, en 1746 et 1756, à l'éclat d'Electre, retombe en 1800 et remonte
encore en 1350, pour redescendre jusqu'à notre époque.
LES PLEIADES 303
Astérope I était égcole à Astérope II en 1841 et en 1850 (Schlûter et Argelander).
Actuellement, la première est d'une demi-grandeur supérieure à la seconde ; en
1746 c'était le contraire. Elles doivent augmenter d'éclat l'une et l'autre.
L'étoile 28 Bessel, au sud du groupe, qui est actuellement la septième par ordre
d'éclat, et de 6" grandeur, a été estimée de 7° 1/4 il y a cinq ans par M. Wolf, et
de 7' 1/2 en 1825 par Bessel. Elle n'a pas été observée du tout par Piazzi et n'est
pas dans le catalogue d'Armagh ni dans beaucoup d'autres. En revanche, eUe a
été estimée de 6' 1/3 par Heis, et elle est de 5^ 1/2 dans le catalogue de Lalande
[6991] , c'est donc encore certainement là une étoile variable. — Sa distance à
Alcyone est de + 55' en ascension droite, et de — 41' en déclinaison.
Voilà, sans contredit, bien des variations qui rendent cette région du ciel plus
remarquable encore qu'elle ne nous l'avait paru jusqu'ici. Et ce ne sont pas
seulement les étoiles les plus brillantes qui présentent d'aussi curieuses fluc-
tuations : pendant que M. Wolf construisait sa carte, de 1874 à 1876, l'étoile qui
porte le n" 92 de son Catalogue, notée de 11= grandeur en 1874, n'était plus que
de 12"= en 1875, et tombait au-dessous de la 13= en 1876. C'est donc là encore une
étoile certainement variable. On se rendra compte de ces fluctuations par le
petit tableau synoptique dans lequel j'ai réuni les observations faites depuis le
premier dessin moderne, celui de Bayer en 1603 : Galilée (1610); — Riccioli(1650);
— Hévélius (1660); — Lahire (1693); — Flamsteed (1700); — Cassini (1708); —
Lemonnier (1746); — Mayer (1756); — Piazzi (1800); — Bessel (1839); — Arge-
lander (1850); — Heis (1860); — WoK(1874); — et moi en ce moment même
(octobre 1880).
TABLEAU COMPARATIF DES OBSERVATIONS MODERNES SUR L'ÉCLAT DES PLÉIADES
BGRHLFCLMP B A H W F
1603 1610 1650 1660 1693 1700 1708 1746 1756 1800 1839 1850 1860 1874 1880
1 Alcyone.. .4433333333 3,5 3,2 3,0 3,0 3,0
2 Electre. .. 5 5 5 5 5 5 5 4 5 4,5 4,5 4,7 4,5 4,5 4,5
3 Atlas. ... 5 5 6 6 5 6 5 5 5 5 4,5 4,0 4,0 5,0 4,6
4 Maïa. ...55665654^65 5 4,8 5,0 4,5 5,0
5 Mérope. ..5555555455 5 4,5 4,7 5,5 5,5
STaygète.. . 51 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5,0 5,0 5,5 5,8
7 28 Bessel. .0600700700 7 6,9 6,3 7,2 6,1
8 Pléione. . . 7 7 6 7i 6 6 6 5,5 5,5 6,2 0,3 5,7 6,3
9 18 FI. ... 7 7 7 8 6 7 7 7 6,3 6,3 6,2 6,4
10 Celseno. .. 6 7 6 7 6 6 6 5,5 5,5 6,5 6,3 6,0 0,5
11 26 FI. ... 6 7 7;- 8 8 7,5 7,5 7,0 6,5 7,5 6,7
12 Astérope. . 7 7 6^ 7 6 7,5 7,5 7,0 6,5 6,8
2 Bessel. .0070608900 8,5 8,8 9,0 8,9
7 Bessel. .0000708900 8 8,2 8,2 8,(1
Ne quittons pas les Pléiades sans remarquer encore qu'elles sont entourées
d'une vague nébulosité, découverte par Tempel en 1859 et décrite avec soin par
Goldschmidt en 1863. La partie australe commence juste à Mérope, d'où elle
s'étend au sud et à l'ouest comme un éventail ; la partie boréale descend vers
Alcyone à peu près symétriquement par rapport à l'éventail de Mérope. Cette
nébuleuse doit être variable, car on la distingue parfois à l'aide de très faibles
304 LES PLÉIADES
instruments; cependant la transparence atmosphérique joue ici un si grand
rôle que celte variabilité n'est pas absolument certaine. Mais elle est très pro-
bable, et cette probabilité est encore accrue par ce fait que, dans cette même
région du ciel, dans le Taureau, plus près d'Aldébaran, une autre nébuleuse,
observée par Hind en 1852, a aujourd'hui complètement disparu. — Nous avons
déjà vu, dans la carte de Jcaurat{/ii7. 220), une nébuleuse indiquée au nord
d'Atlas et d'Alcyone. Sur la carte d'Engelmann, la nébuleuse de Mérope consiste
en une simple petite tache, au sud de cette étoile. Des observations récentes
ont également montré des aspects fort différents. La variation est presque
certaine.
Cette réunion d'étoiles forme-t-elle une association réelle, un groupe physique,
un amas de soleils, un univers dans l'univers? Ou bien n'aurions-nous sous les
yeux qu'un effet de perspective dû à l'agglomération fortuite d'un grand nombre
d'étoiles sur le môme rayon visuel? La réponse à cette question capitale n'est
plus douteuse aujourd'hui. Déjà, il y a plus d'un siècle, Mitchell faisait la
remarque, fondée sur le calcul des probabilités, qu'il y a 500 000 à parier
contre 1 que les six principales étoiles des Pléiades ne sont pas réunies là par
hasard, mais forment une véritable association physique. Cette probabilité déjà
si haute n'a fait que s'élever davantage à mesure que de nouvelles étoiles, de
plus en plus multipliées, ont été découvertes dans le même groupe, et aujourd'hui
il est impossible de douter qu'il n'y ait là un archipel d'îles célestes réunies dans
une commune destinée. Revoyez notre fig. 208, qui permet d'apprécier les envi-
rons de cet archipel sidéral, et vous remarquerez son isolement relatif, son
agglomération progressive vers le centre, en un mot son unité. Il est probable,
néanmoins, que plusieurs des étoiles avoisinantes se trouvent en avant ou en
arrière et ne font pas partie de l'amas.
Les mouvements propres déterminés pour les principales étoiles de l'amas
ont complété la certitude en montrant qu'une direction commune emporte le
système dans l'espace. En comparant ses observations de 1825 à celles de
Bradley en 1755, Bessel a déterminé les mouvements propres qui se sont mani-
festés pour cette période, et M. Wolf, en comparant à son tour ses observations
de 1874 à celles de Bessel en 1840, a conclu ceux qui résultent de cette dernière
période. H va sans dire que, pour un aussi faible intervalle de temps (1755 à 1874),
ces mouvements doivent être considérés comme réguliers. La valeur la plus
sûre que nous pouvons obtenir est donc de prendre la moyenne de ces deux
déterminations. La voici :
MOUVEMENTS PROPRES DES PLÉIADES.
Asc. droite Disl. polaire
Celœno + 0"046 + 0"068
Electre -f 0.030 + 0.056
Taygète. + 0.022 + 0-057
Maïa + 0.022 + 0.059
Astérope I + 0.045 -f 0.056
Astérope II + 0.019 + 0.0.53
Mérope + 0.050 + 0.059
Alcyone -f 0-019 + 0.065
20 FI 4- 0.049 -I- 0.060
Atlas 4- 0.020 + 0.070
Pléioae. .. = ............. + 0.017 -J- 0.072
LES PLÉIADES 305
On voit que toutes ces étoiles sont emportées vers l'est d'une part, vers le
sud d'autre part, autrement dit vers le sud-est. On s'en rendra mieux compte
sur une figure, et c'est pourquoi je
me suis encore intéressé à tracer le
diagramme ci-contre (/î^. 222), où
chacune de ces étoiles porte une
flèche représentant la dii-ection de
sa marche et sa grandeur pour dix
mille ans. La communauté du mou-
vement est frappante. Les diver-
gences indiquées sont-elles réelles,
ou seulement dues aux petites er-
reurs inhérentes à ces observations
si délicates? C'est ce que nous ne
pouvons encore décider ; de même
que nous ne pouvons affirmer que
, j . Fig. 222. — Mouvements propres des Pléiades.
chacun de ces mouvements se con- ^
tinue en ligne droite pendant dix mille ans (mais il sont si lents qu'il faut prendre
un intervalle de temps respectable pour les rendre sensibles). Peut-être quel-
ques-unes de ces étoiles tournent-elles les unes autour des autres, comme les
composantes des systèmes d'étoiles multiples. Il y a là d'ailleurs plusieurs étoiles
doubles qui forment sans doute de véritables couples physiques. Quant à décider
quel est le centre de gravité de ce vaste système, et si toutes les étoiles des Pléiades
gravitent autour de ce centre, c'est là un problème réservé aux progrès de la
science des siècles futurs. Nous ne pouvons même pas décider si ce mouvement
commun des Pléiades vers le sud-est leur appartient en propre et ne serait pas
simplement dû à la translation de notre système solaire dans l'espace, car il
se trouve être précisément parallèle et contraire au nôtre, et si ces étoiles re-
posaient tranquillement ensemble dans le sein de l'infini, elles nous paraîtraient
en effet se déplacer ainsi par suite de notre propre translation séculaire à travers
rimmensité. Peut-être même voguent-elles de concert avec nous, un peu plus
lentement. C'est cette lenteur dans leur mouvement propre, c'est ce repos relatif
qui avait conduit l'astronome allemand Miidler à l'hypothèse que cette importante
agglomération de soleils pourrait bien être le centre, le foyer sidéral, autour
duquel notre soleil gravite. Mais il n'y a là qu'une hypothèse, assez peu probable
même, car les Pléiades ne se trouvent pas juste à angle droit avec la ligne que
nous suivons dans l'espace. Examinez la carte générale des mouvements pi-opres
{Astronomie populaire, p. 797) et vous verrez que l'équateur tracé à angle droit
sur notre axe de direction, avec le point d'Hercule pour pôle, vous verrez, dis-je,
que cette courbe sur laquelle doit se trouver le centre de l'orbite du Soleil, si ce
centre existe, passe assez loin des Pléiades, au nord d' Algol et de Capella. Il
n'est donc pas probable que nous tournions autour de cet amas; mais peut-être
fait-il partie des étoiles qui, sans doute, forment avec la nôtre un courant, un
système sidéral, composé d'un grand nombre de systèmes solaires emportés dans
l'espace et dans l'éternité par une commune destinée.
Par un hasard (est-ce un hasard?) assez curieux, il y a, au sud d'Alcyone, un
alignement de sept étoiles, alignées à peu près directement dans le sens du
mouvement propre des Pléiades. Ce sont des étoiles de 8' et 9° grandeur, qui, dans
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 39
3oe
LA CONSTELLATION DU TAUREAU
une lunette ordinaire, indiquent en quelque sorte d'elles-mêmes à l'observateur
la direction de ce mouvement vers
Fig. 223. — Curieux aligaements d'étcilcs
dans les Pléiades.
très exactement la direction et la vitesse
FIg. 2Î4. — Mouvejnents propres des Hyadas,
le sud-sud-est, et en même temps la
direction du nôtre vers le nord-
nord-ouest. Non loin do là, entre
Alcyone et Mérope, on en voit quatre
autres alignées à peu près dans
le même sens ( la supérieure de
celles-ci est double). Plusieurs au-
tres alignements se font encore re-
marquer dans cette direction spé-
ciale.
L'examen qui précède du mouve-
ment propre des Pléiades m'avait si
ardemment intéressé que j'ai voulu
me rendre compte en même temps
de celui des Hyades, et que j'ai éga-
lement calculé pour une durée de
dix mule ans les déplacements en
ascension droite et en déclinaison
constatés sur les 30 étoiles de ce
groupe observées depuis Bradley.
Les chiffres absorberaient trop de
place ici pour être reproduits, mais
la carte que j'en ai tracée montre
lie ces mouvements. Sans une seule
exception, ces 30 étoUes
voientleurascension droite
augmenter et marchentvers
l'orient. Pour toutes aussi,
le mouvement en déclinai-
son est dirigé vers le sud
(il n'y a que deux excep-
tions, pour S' et 63, encore
le mouvement est-il à peine
indiqué : 1" en cent ans).
Les divergences de chaque
étoile n'empêchent pas la
translation générale d'être
dirigée vers l'est-sud-est,
et, ce qu'il y a de plus re-
marquable, c'est que la
direction de perspective
due au transport du sys-
tème solaire dans l'espace
tend vers le sud-sud-est,
à peu près comme la flèche
d'Aldébaran, formant un
LA CONSTELLATION DU TAUREAU 307
angle de 45° à 50" avec celui du mouvement général des Hyades. Il n'est donc
pas douteux que ce soit là aussi un groupe physique de soleils associés dans
une destinée commune, et il est presque certain que le radieux Aldébaran n'en
fait pas partie. Il est sans doute en avant, de ce côté-ci, et l'étoile n en arrière,
isolée dans le désert infini.
Cette discussion sur les Pléiades a été longue et laborieuse; mais les diver»
gences et les difficultés se sont montrées si grandes dès l'origine, qu'elles récla-
maient une enquête rigoureuse et qu'elles nécessitaient un examen comparatif
complet de tous les documents pouvant servir à l'histoire scientifique de ce
groupe célèbre. Nous venons de reproduire les principaux, en omettant ceux
qui n'avaient aucune valeur, car il n'est pas inutile de remarquer que sur
plusieurs atlas et globes célestes modernes (par exemple, sur le plus grand et
l'un des plus soignés qu'on ait jamais construits, sur le grand globe de Coronelli,
gravé pour Louis Xiy en 1693), les Pléiades ne sont souvent représentées que
sous l'aspect d'un amas quelconque, composé de 5, 6, 7,8, 9 étoUes jetées sans
ordre les unes à côté des autres. On agissait là comme dans les autres branches
de la science, en négligeant certains détails qui paraissaient insignifiants. C'est
ainsi que dans les ouvrages d'anatomie, le cerveau humain était tout simple-
ment dessiné comme un paquet d'intestins, sans avoir égard aux circonvolutions
les plus essentielles même et les plus caractéristiques de cet organe. Aujourd'hui
la science est plus exigeante (' ).
Revenons maintenant à notre description générale de la constel-
lation du Taureau. Parmi les amas d'étoiles et nébuleuses qui lui
appartiennent, il en est un dont l'observation est accessible aux
instruments de moyenne puissance : c'est
la nébuleuse en forme de poisson ou de
crabe, que les Anglais appellent crab-
nebulcL, à cause de ses franges et de ses
appendices si curieux. Cette nébuleuse
du Taureau se trouve à 1° au nord-ouest,
ou nord précédent, de l'étoile ç, et elle
porte le n" 1 du catalogue de Messier. Cet
astronome la découvrit accidentellement
en suivant la comète de 1758, et c'est ce
qui le conduisit cà construire son cata-
logue de nébuleuses. On l'appelait «le Fig. 225. - Nébuleuse du Taoreau, vue
•-^ .■'■'■ . , 1 dans une lunette de moyenne puissance.
cnerclieur de comètes du roi » ; mais s il
n'avait cherché de comètes que pour Louis XV, on peut croire qu'il
(') Nous aurions pu encore signaler d'autres irrégularités, d'un ordre purement
grammatical. Ainsi, dans son beau travail sur les Pléiades, M. Wolf, de l'Observa-
toire de Paris, appelle constamment Alcyone Alcyon, ce qui dénature toute l'histoire
mythologique de cette famille célèbre; M. Ilouzeau, directeur de l'Observatoire de
Bruxelles, appelle Celaeno, Seleno, comme si elle était parente de la Lune; etc. Mais
ce sont là des détails.
308
LE TAUREAU
n'en aurait guère trouvé, car ce n'est pas ce genre de beautés qui
intéressait le plus le royal chasseur du Parc aux cerfs. — Messier,
fort heureusement, cherchait des comètes pour son plaisir personnel,
et, chemin faisant, il trouvait des nébuleuses dont la contemplation
faisait tressaillir son cœur
d'astronome. Vue dans une
lunette ordinaire, la nébu-
leuse dont nous parlons offre
l'aspect d'une tache laiteuse
ovale {fig. 225) mesurant
5' 1/2 de longueur sur 3' 1/2
de largeur. Un instrument
plus puissant permet de dé-
couvrir une extension de la
nébulosité vers les angles,
qui donne à la figure un as-
pect presque rectangulaire.
Le grand télescope de Lord
Rosse métamorphose encore
plus complètement cet as-
pect en jetant sous les yeux
de l'observateur le monstre
sidéral reproduit ici (/ig.226),
qui a fait donner à ce loin-
tain univers le nom de né-
buleuse de l'écrevisse. Quel-
ques étoiles se projettent sur
cette nébuleuse, mais elle ne se résout pas elle-même en étoiles.
Nous arrivons maintenant à la constellation des Gémeaux, qui suc-
cède vers l'orient à celle du Taureau, et qui se fait reconnaître à tous
les yeux, par ses deux étoiles caractéristiques. Castor et Pollux, bril-
lantes de deuxième grandeur. Il serait superflu de chercher en dehors
de ces deux étoiles fraternellement associées dans leur cours céleste
la cause ou l'origine du nom donné à cette constellation, car ces deux
astres brillent sous la voûte étoilée comme deux frères jumeaux réunis
par la même destinée. Ils commencent à se lever à l'est en novembre,
trônent dans le ciel de décembre à avril et descendent à la fin de mai
sous l'horizon occidental. On les voit toujours ensemble, et il n'y a
rien de surprenant à ce qu'on les ait qualifiés de frères jumeaux. Cette
FIg. 226. ■» La nébuleuse du Taureau, vue dans un grand
télescope.
LES GEMEAUX 309
explication de leur nom me paraît toute simple, et par cela même
beaucoup plus probable que celle de Dupuis, Francœur,Dulaure, etc.,
qui pensent que ce nom a été donné à cette partie du ciel parce qu'elle
présidait à l'époque de la germination et annonçait la fécondité.
Les anciens appelaient les Gémeaux tantôt Castor et PoUux, tantôt
Apollon et Hercule; ces quatre personnages étaient du reste tous les
quatre fils de Jupiter. La première appellation a prévalu. La dénomi-
nation de Dioscures (littéralement enfants de Jupiter) a été réservée
à Castor et Pollux. Si l'on en croit l'auteur de l'Iliade, leurs mères
auraient été cette fameuse Léda dont on a tant parlé, et la belle
Tyndare, plus modeste sans doute, ou moins originale dans ses
goûts, car sa renommée n'est pas descendue jusqu'à nous. Le culte
des Dioscures était répandu dans toute la Grèce et l'Italie. Castor et
Pollux étaient les dieux tutélaires de l'hospitalité. On croyait aussi
qu'ils avaient le pouvoir d'apaiser les tempêtes et qu'ils apparais-
saient sous la figure de flammes légères au sommet des mâts et dans
les vergues des navires. C'était là le phénomène électrique connu
sous le nom de feux Saint-Elme. Nous les voyons encore sculptés
aujourd'hui sur les portails d'un grand nombre de cathédrales.
On trouve parfois de singuliers rapprochements entre les peuples
les plus éloignés ethnologiquement et historiquement. Ainsi, une race
humaine tout entière a récemment disparu de la surface de notre pla-
nète : la race des Tasmaniens, en Australie, dont le dernier survi-
vant est mort en 1876. Eh bien, cette race sauvage avait cependant
une sorte d'astronomie rudimentaire; Castor et Pollux étaient pour
eux deux Noirs, les inventeurs du feu, aujourd'hui transportés parmi
les étoiles.
Les Gémeaux ont été représentés dans les atlas célestes sous difi'é-
rentes formes. Généralement ils sont dessinés, comme sur notre
fig. 196 (p. 281), sous l'aspect de deux enfants accolés, dont l'un.
Castor, tient une lyre, et dont l'autre, Pollux, porte une massue;
ce sont clairement là les attributs d'Apollon et d'Hercule, dont nous
parlions tout à l'heure. A une certaine époque on les a retournés
et on ne les a plus dessinés que vus de dos ou de profil, près de
l'Ecrevisse. (Revoir la fig. 106, p. 156). Au xv' siècle, on leur a
mis des ailes et on en a fait des anges, comme on le voit sur les
éditions d'Aratus et d'Hyginus de cette époque. Sur certaines
cartes du xvii° siècle , ils sont séparés et debout, Pollux est armé
d'une lance et d'une massue. Castor porte d'une main sa lyre qui
parait être devenue une cage (c'est une sorte de cythare verti-
310
LES GEMEAUX
cale), et de l'autre un petit bâton, servant sans doute à jouer
de cet instrument. Sur l'atlas
de Bayer, PoUux est armé
d'une faucille. La place nous
manque pour reproduire tous
ces curieux dessins ; mais pour-
tant je ne puis résister au plai-
sir de vous offrir ici d'une part
{pg. 227) ces deux petits héros
que j'extrais d'une carte pu-
Fig. 227. -Dessin des Gémeaux, au XVII» Biècie. bUéc à Amsterdam au Com-
mencement du règne de Louis XIV, et d'autre part {flg. 228) une
autre représentation des Gémeaux non moins curieuse assurément,
extraite de VAstronomie du roi Al-
phonse X (douzième siècle), et sur la-
quelle le commentateur paraît avoir
voulu ressusciter Adam et Eve, les deux
premiers jumeaux de la création. Mais
nous n'avons pas le temps de nous ap-
pesantir plus longtemps sur ces aspects
particuliers de l'histoire des constella-
tions, car les étoiles nous réclament, et
parmi celles qui nous attendent ici, plu-
sieurs peuvent compter parmi les plus
intéressantes du ciel tout entier.
Outre les deux étoiles principales
Castor et Pollux, qui ont reçu les lettres
a et p de la constellation, les Gémeaux renferment une autre étoile
de deuxième grandeur, y (au pied de Pollux en descendant vers «
Orion), et six de troisième grandeur : S, e, ç, n, 9 et ja. Ç est variable,
comme nous le verrons, etixa augmenté d'éclat. On apprendra à con-
naître les étoiles de cette constellation et à les trouver dans le ciel à
l'aide du tableau ci-dessous et de la fig. 229 qui le complète.
La comparaison des éclats observés depuis deux mille ans met en
évidence quelques variations intéressantes. Et d'abord Castor et
Pollux sont présentés par tous les anciens comme égaux et de
deuxième grandeur. Flamsteed fait Castor de première, mais il n'a
inscrit qu'une seule fois sa grandeur dans toutes ses observations de
Greenwich, de sorte que ce témoignage perd de son importance in-
trinsèque. A l'opposé, Piazzi a fait Castor moins brillant que Pollux,
Fig. 228.
— Dessin des Gémeaux,
au xu« siècle.
LES GEMEAUX 3U
et de troisième grandeur : son catalogue porte 200 observations en
ascension droite et 34 en déclinaison, faites à Palerme de 1792
à 1813. Mais cà la même époque, Lalande à Paris l'a toujours fait de
deuxième. Castor est une étoile double, l'une des plus belles du ciel,
et Piazzi, qui séparait les deux composantes dans sa lunette et les
estimait chacune de troisième, a pu les inscrire un peu au-dessous
de leur valeur, de manière à rétablir par leur réunion une étoile de
deuxième grandeur moyenne. On peut les considérer comme étant
de 2,5 et 3,0. Le fait que Bayer a donné la première lettre à Castor
et la seconde à Pollux a fait croire que l'ordre d'éclat était alors in»
terverti, comparativement à l'état actuel. Mais ce n'est pas encore
là une raison suffisante, attendu que les deux étoiles ont le même
éclat sur la carte de Bayer, et que pour les nommer, il a suivi sa
méthode habituelle qui est de procéder de l'ouest à l'est, de la droite
vers la gauche, dans l'ordre des longitudes. D'autre part encore,
comme les personnifications étaient faites dès l'antiquité, et qu'on
nomme toujours Castor avant Pollux, il était tout naturel d'attri-
buer la première lettre à Castor et la seconde à Pollux. Voilà, je
crois, plus de raisons qu'il n'en faut pour admettre que Castor n'a
pas changé d'éclat depuis deux mille ans.
Je n'en dirais pas autant de Pollux. Il est depuis un siècle sensi-
blement plus brillant que son frère, et il arrive actuellement juste à
la limite de la première grandeur. Selon toute probabilité, son éclat
augmente lentement. Sa lumière est rougeàtre. Nous reviendrons
tout à l'heure sur ces deux personnages célestes.
Il y a au pied des Gémeaux une étoile très remarquée par les
anciens, qui l'appelaient Propus. Elle est certainement variable.
Ptolémée l'a estimée de 4"; Sûfi de 4°f, Tycho de 4% Bayer de 3°
Elle est aujourd'hui de 5% et n'a rien qui la signale à l'attention
de l'observateur du ciel. — C'est près de cette étoile, nommée H
par Bayer, que William Herschel découvrit la planète Uranus, le
13 mars 1781, à 10 heures du soir, découverte qui doublait d'un seul
coup le diamètre du royaume solaire, en reculant sa frontière de 355
I à 710 millions de lieues. Elle a longtemps servi d'étoile de comparai-
son pour déterminer le mouvement d'Uranus. Cette planète avait
déjà été observée par Mayer, le 26 septembre 1756 : elle était alort
les Poissons (c'est le n° 964 de son Catalogue). Mais il l'avait prise
pour une étoile. A quoi tiennent les plus grandes découvertes !
L'étoile Ç est une variable, périodique et très rapide : elle oscille
régulièrement de 3,7 à 4,5, dans la période de 10 jours 3 heures 47 mi-
312
LES GEMEAUX
mites 36 secondes. C'est là une observation très facile à faire à l'œil
nu. L'intérêt de cette observation s'accroît encore sous un aspect
'spécial si nous ajoutons que cette étoile est double : on voit à côté
d'elle, à 90", un compagnon de 8° grandeur. Nous pourrions même le
qualifier d'étoile triple, car une lunette assez puissante montre, un
peu plus près, à 65", une petite étoile de 13' grandeur. Il est probable
que ce n'est là qu'un groupe optique.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DES GÉMEAUX
DEUX MILLE ANS d'ODSERVATION
Étoiles
a {Castor)
P {Pollux)
T
5
e
c
■n
e
X
X
I»
n
P
a
t
u
9
X
CD
57 A
64 b'
65 6'
76 c
36 d
38 e
Uf
81 3
1 (Propus)
26
30 près i
70
85
— m +960 1430 1590 1G03 1660 1700 1756 1800 1840 1860
2
3
3
3
3
2
3
3
3.4
4.3
4.3 4.3
4 4.3
4 4
4 4.3
3 3.4
4.3 4.3
4.3 3.4
4 4
4
4
5
5
5
5
5
5
4
5
5
5
4
4
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5.4
5.6
5.6
5.6
4|
5.6
2
3
3
3.4
4.8
4.3
4.3
4
4.3
3.4
4.3
3.4
4
4
4
5.6
5
5.6
5.6
5.6
4.5
5.6
2
2
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6
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6
6
6
6
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2
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3
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4
4
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4
5
5
5
5
5
5
5
5
5
6
6
6
6
6
6
6
6
3
2
2
4
3
3
4
5
3
4
4
6
6
5
5
4
5
5
6
6
5
6
6
5
6
6
6
4
6
6
1
2
2i
3
3
3i
4i
5
3
4
4f
5
5
5
5
5
5
5
5
6
6
5i
6
6
6
6
6
6
6
5
5
6
5
6
1.
2
2.3
3
3
3
4
4.5
4.5
5
3
4
5.4
7
5
5
5
5
6
6
5.6
6
6
6
6
6
6
4
6.7
3
2
3
3.4
3
4
4.5
4.5
3
5
4
6
5.6
5
6
5
5
5
5.6
6
6
5.6
5.6
6
6.7
5.6
6
6
5
5.6
5.6
6
6.7
2.1
1.2
2.3
3.4
3.4
4
3.4
3.4
4
4.3
4.3
3
5.4
4.3
5.6
6
5
5
5.4
4.5
5
5
6
6
5.6
5
5
6
6
5
6
6.5
5
6.5
5
6
6.5
2.1
1.2
2.3
3.4
3.4
var
3.4
3.4
4
4.3
4
3
5.4
4.3
5.6
6
5.4
5
5.4
4.5
5
5
6.5
6.5
6.5
5.6
5
6
6
5
6
5.6
5
6.5
5
6
6
1880
2,3
1,9
2.7
3,8
3,3
var
var
4,2
4,0
3,8
4.3
3,0
4,6
3,9
5,5
5,7
4,6
4.5
4,8
4,4
5.4
5,5
5,7
5,8
5,8
5,5
5,0
6,3
6,0
5,4
6,0
5,8
5,0
5,5
5,7
6,0
6,0
L'étoile ï] est également variable, de 3,2 à 4,2, dans la période assez
lente de 230 jours. Le dernier minimum a eu lieu le 5 décembre 1880.
L'étoile 9 varie de la 3° à la 5°. Périodiquement ou irrégulièrement?
c'est ce que nous ne pouvons encore décider.
LA CONSTELLATION DES GÉMEAUX
313
11 en est de même de \, estimée de 3° grandeur par Ptolémée et
Ulugli Beigh, de 3° | par Sûfi, de 4" par Tycho-Brahé, Bayer,
Hévélius, de 4' | par Piazzi, de 5" par Flamsteed.
Inscrivons v dans la même catégorie : Ulugli Beigh l'a vue de
3' grandeur, Sùfi de 3' |, Ptolémée de 3' | (et Sûfi fait la re-
marque de cette différence); Tycho, Bayer, etc., l'ont estimée de 4"
et Piazzi de 5°.
L'étoile II, de troisième grandeur, est plus brillante que celles qui
;■■■■ '■T> '\ ..;::.....
•u ■ ■•■. .■■■■■■ ■■■■. - ■
"■■■■ ^- P.U r^ ■■"^■" -''"■' ^^ .....■■•■■■■■"■■ •p-
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Fig. 229. — Prindp&les étoiles des Gémeaux et du Petit Chien.
ont reçu de Bayer les lettres précédentes de l'alphabet, i, x et X, et
elle appartient, en effet, au troisième ordre d'éclat, tandis que les
autres appartiennent au quatrième. Il est bien probable qu'elle a
augmenté d'une grandeur.
Les deux étoiles voisines ¥ et b* ont été parfois prises Tune pour
l'autre, mais cela ne prouve pas de variation.
AflTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 40
314
LES GÉMEAUX
Ce sont là autant de témoignages en faveur des modifications lentes
et séculaires qui s'accomplissent dans les cieux. Outre les étoiles pé-
riodiquement et régulièrement variables, et en dehors de celles qui
se sont imposées à l'attention générale par une conflagration subite,
il en est qui, depuis l'origine de l'uranométrie , ont présenté de
longues fluctuations d'éclat, s'élevant à une et à deux grandeurs
de diff'érence, et modifiant sensiblement l'ordre des classifications
faites à toutes les époques. Ces variations lentes ne se remarquent
pas uniformément sur toute l'étendue de la sphère céleste; u y a des
régions plus frappées par ces transformations séculaires, tandis que
d'autres restent beaucoup plus calmes et plus stables.
Les deux variables périodiques Ç et ï) ne sont pas les seules pério-
diques connues dans cette constellation ; nous devons encore signaler
les étoiles R, S, T, U; mais aucune d'elles n'arrive à être visible à
Fig. 330. — Augmentation rapide d'éclat do l'étoile U des Gémeaux.
l'œil nu, et leur étude sort de cette description populaire du ciel. La
première varie de 6,7 à 12,5 en 371 jours; la deuxième de 8,2 à 13,5
en 295 jours; la troisième de 8,4 a 13,5 en 289 jours; et la quatrième
de 9,0 à 14 en une période irrégulière que l'on a trouvée parfois
de 97 jours, parfois de 209, de 230, de 252, et même de 617 jours.
Cette étoile (U des Gémeaux) est bien l'une des plus curieuses du
ciel. Aux époques de ses maxima, elle semble arriver des profondeurs
de l'infini, de la région de l'invisibilité, et grandir avec une vitesse
inimaginable. On l'a vue parfois s'accroître de trois grandeurs d'éclat
en 24 heures (Schœnfeld, février 1869). Elle est visible pendant quel-
ques jours au télescope ; puis elle tombe et disparaît. C'est en quelque
sorte la contre-partie d'Algol Quel étonnant soleil !
Mais revenons à nos Gémeaux, Castor et Pollux.
L'illustre astronome William Struve pensait que ces deux remar-
quables étoiles devaient être réellement associées dans leur destinée
CASTOR ET POLLUX
315
sidérale, comme elles le paraissent par leur rapprochement dans le
ciel et par leur similitude. Cette opinion n'avait, en effet, rien que
de très naturel et de fort plausible. Mais nous sommes aujourd'hui
forcés de l'abandonner, car leurs mouvements propres déterminés
d'une part par les observations
méridiennes et d'autre part par les
expériences spectroscopiques mon-
trent là deux destinées absolument
étrangères l'une à l'autre. La pro-
jection du mouvement propre sur le
plan de la sphère céleste, c'est-à-
dire à angle droit sur notre rayon
visuel, n'indique pas encore une dif-
férence essentielle, car elle nous
donne :
MOUVEMENTS PROPRES DE CASTOR ET POLLUS
Castor — 0^013
Pollux — 0,048
en «scen.'-ion droite, en declinaisan,
— 0"08
— 0,06
Fig. 231. — Mouveiiicnls pi-oprc» di; Castor
et Pollux.
ce qui, dessiné sur le plan de la sphère céleste, se traduit par les deux
flèches tracées sur la fîg. 231.
Pollux marche beaucoup plus
vite que Castor et vogue plus
directement vers l'ouest.
. Mesuré dans le sens du rayon
visuel, par le spectroscope, le
mouvement de chacune de ces
deux étoiles se différencie plus
radicalement encore, attendu
que l'une d'elles (Castor) s'éloi-
gne de nous, tandis que l'autre
arrive vers nous dans le sens du
rayon visuel. La vitesse de la
première paraît être de 45 kilo-
mètres par seconde, et la vitesse
de la seconde de 64. Sous cet
aspect spécial, les deux étoiles
suivent le mouvement indiqué
sur notre fig. 232. En réalité, elles décrivent l'une et l'atitre une
ligne oblique, qui est la résultante des deux composantes horizontale
Fig. 232. — Mouvements de Castor et Pollux
dans le sens du rayon' visuel.
316 LE SY.STEME DE CASTOR
et verticale, mais que nous ne pouvons pas encore tracer exactement,
parce que si la composante verticale peut être estimée en kilo-
mètres, il n'en est pas de même de la composante horizontale, qui
n'est donnée qu'en vitesse angulaire, puisque nous ne connaissons
pas la distance de ces deux étoiles.
Castor est Vune des plus belles étoiles doubles du ciel ; c'est en
même temps l'un des systèmes orbitaux les plus remarquables, et
c'est le premier qui en 1804 ait fait constater à William Herschel le
mouvement révolutif de deux étoiles l'une autour de l'autre, soup-
çonné, deviné, affirmé théoriquement, mais non démontré avant lui.
Les deux étoiles sont de deuxième à troisième grandeur (2,5 et 3,0),
très brillantes dans le champ du télescope, et à 5",6 de distance angu-
laire, ce qui permet le dédoublement pour des instruments de faible
puissance. Je vous en supplie, ne laissez pas passer la première occa-
sion qui vous sera offerte de diriger une lunette vers cette étoile
comme vers ^ de la Grande-Ourse. C'est là une observation charmante,
et qui plonge toujours dans un étonnement bien légitime. Par une
association d'idées anciennes, il arrive assez souvent que l'observa-
teur novice nomme tout de suite les deux composantes Castor et
Pollux. Il importe de ne pas laisser cette erreur se prolonger.
La première observation de ce beau couple a été faite en 1718 par
Bradley et Pound, qui estimèrent que la direction des deux étoiles
était parallèle à une ligne menée vers Pollux en laissant k à l'ouest,-
L'année suivante ils recommencèrent l'expérience et trouvèrent cette
direction absolument parallèle à une ligne tracée de jc à c Cette direc-
tion correspond à un angle de 356°.
Depuis cette lointaine époque. Castor a été l'objet d'une attention
constante et d'une prédilection sympathique de la part des astro-
aomes, et nous possédons plus de deux cents mesures, qui montrent
à la fois la nature de l'orbite et la lenteur avec laquelle elle est par-
courue. Le mouvement peut se résumer ainsi :
DATES ANGLE DI3TANXE OB3ERVAIEUH3
1719 356° 5'4 Bradley, Pound.
1759 327 5 i Bradley, Maskelyne.
1779 303 5 i Chr. Mayer, William Herschel
1802 281 5 5 William Herschel.
1820 267 5,4 J. Herschel, South.
1830 260 4,6 W. Struve, Dawes, Smyth
1840 254 4,9 Dawes, Û. Struve, Kaiser.
1850 248 5,0 Madler, Jacob, Fletcher.
1860 243 5,3 Wrotteslcy, Powell, Secchi.
iS70 238 5,6 Dcmbowski, Talmage, Duner.
1880 234 5,6 Wilson, Flammarion, DobercL
LE SYSTEME DE CASTOR 317
OU 122° parcourus en 161 ans. A ce taux moyen, la révolution en-
tière, de 360", demanderait 474 ans pour s'accomplir. Mais le mou-
vement se ralentit, de sorte que la
période est certainement plus lon-
gue. Le calcul fondé sur l'analyse de
l'orbite conduit au chiffre de mille
ans.
Ainsi, nous avons là sous les yeux
un système de deux brillants soleils
circulant l'un autour de l'autre et
n'employant pas moins de mille
années pour parcourir leur révolu-
tion. Lentement, ce lointain cadran
Stellaire mesure les destinées des Fig- 233. -Mouvement observé dans lesyslèn.»
peuples inconnus qui habitent en
ces régions célestes. L'étoile secondaire s'éloigne insensiblement
du point de son orbite où nous la voyons en ce moment, et elle
n'y reviendra que dans dix siècles ; mais déjà elle est passée là il
y a dix siècles, au temps où Jean Scot Erigène infiltrait ses singu-
lières doctrines druidiques et bouddhistes au sein même de la théo-
logie chrétienne, où les derniers monarques carlovingiens assistaient
à l'écroulement de l'édifice de Charlemagne, et où trois rois rivaux
se faisaient sacrer par les ministres d'une même religion pour démem-
brer la France chacun à son profit. Si cette étoile double voit de là-
haut l'état de notre petite planète, elle doit remarquer qu'en chacune
de ses années (qui en valent mille des nôtres) il y a ici-bas d'étranges
transformations dans la matière et dans l'esprit. Que verra-t-elle
dans mille années?... Sans doute les habitants de la Terre en com-
munication avec leurs voisins du monde de Mars.
Remarquons, en passant, la supériorité de l'étude de l'astronomie
sur celle de la géographie. Combien est-il de lecteurs des voyages
anciens et modernes qui puissent espérer visiter, je ne dirai pas
Ninive, Thèbes, Memphis ou Carthage, qui n'existent plus, mais
l'Afrique centrale comme Livingstone et Stanley, les régions polaires
comme Hayes, Hall ou Nordenskiold, ou tout simplement New^-York,
Constantin ople ou Pékin? Les curiosités du ciel sont, au contraire,
constamment déployées pour tous les yeux, et chacun de nous peut,
sans dérangement, visiter les merveilles étudiées par tous les
astronomes qui nous ont précédés, contempler avec Herschel le
système de Castor, voir ce qu'ont vu Galilée dans Jupiter, Cassini
318
LE SYSTEMS DE CASTOR
«s
\v
dans Saturne, Mâdler dans la Lune, Secchi dans la nébuleuse d'Orion ;
en un mot, nous pouvons voir nous-mêmes tout ce que les explorateurs
du ciel ont vu avant nous, et mieux encore.
Comme nous venons de l'apprécier, saluons dans Castor l'un des
plus magnifiques systèmes d'étoiles doubles que nous connaissions.
Déjà même nous pourrions le qualifier de système triple, attendu
que ce couple est accompagné d'une étoile de 9° grandeur 1/2, éloignée
à 73", qui reste fixe à la môme
position par rapport au couple
qu'elle accompagne. Telle l'as-
tronome anglais South l'a me-
surée en 1823, telle je l'ai re-
trouvée dernièrement. Or, si
c'-ette étoile ne faisait pas partie
du système de Castor, le mou-
vement propre aurait déjà al-
longé la distance de plus de
10" depuis 1823. C'est donc là
un système ternaire. Il est
probable que cette troisième
étoile tourne lentement autour
des deux premières. Mais
quelle ne doit pas être la durée
d'une pareille révolution! Si déjà, sur une orbite dont le demi-
grand axe, ou la distance moyenne entre les deux soleils, paraît
mesurer 7", la durée de la révolution est de dix siècles, quel dévelop-
pement ne doit pas prendre une orbite dix fois plus large ? Les lois
de Kepler nous ont appris que les carrés des temps sont entre eux
comme les cubes des distances : si l'on assimilait l'étoile principale
de Castor à notre soleil, et les deux autres à deux planètes lumi-
neuses, on aurait comme première approximation la proportion élé-
mentaire :
1000* r
Fig. 234. — Système triple de Castor.
qui nous donne
d'où
T'
10'
T'=1000'xlO'
= 1000 000000;
T =31640,
soit plus de trente mille ans ! ]\Iais rien ne prouve qu'il en soit ainsi,
LE SYSTEME DE CASTOR 319
^ * ■■ Il ■■■— ■ ■ ■ —1 . 1 I M ■- _, . . .-.Il ■ ■ " ■'■ I II» ■ - ..^
car il peut se faire que le centre de gravité du système ne soit pas
dans l'étoile principale de Castor, mais entre le couple et la petite
étoile, ce qui change les conditions d'équilibre et de mouvement.
Toutefois, ce n'est pas nous avancer que de considérer la grande
année de ce système stellaire comme étant assurément beaucoup plus
longue que toute l'histoire connue de notre humanité, depuis Adam
et Eve ou leurs sosies.
Comme nous l'avons dit, ce système va en s'éloignant de nous avec
une vitesse évaluée à 45 kilomètres par seconde, 2700 par minute,
162000 par heure, 3888000 par jour, ou 1420 millions de kilomètres,
355 millions de lieues par an, de sorte que ce double soleil doit être
de mille milliards de lieues plus éloigné de nous qu'il ne l'était il y a
trois mille ans, à l'époque oîi les Grecs l'adoraient en compagnie de
« son frère voisin » Pollux, qui va, au contraire, en se rapprochant de
nous avec une vitesse plus grande encore, et doit être actuellement de
quinze cent mille milliards de lieues plus proche de notre planète qu'il
ne l'était à la même époque. La différence entre la distance des deux
étoiles peut s'élever ainsi à deux trillions cinq cents milliards de lieues
pour cetintervalle entre Homère et Hugo. Ce simple fait est bien aussi
poétique que l'Odyssée et que la Légende des siècles. Ne vous semble-
t-il pas même qu'il esquisse à lui seul, dans sa grandeur, la vraie
« légende des siècles » et la meilleure image de l'odyssée de l'univers ?
Pollux est aussi une étoile multiple, mais elle ne l'est que par un
effet d'optique, c'est-à-dire qu'il y a derrière elle, dans l'infini, quatre
lointains soleils devant lesquels elle passe. Ces faibles étoiles ne sont
du reste accessibles qu'aux instruments de grande puissance. La plus
proche est de 14° grandeur et éloignée à 43"; la deuxième est de
11° grandeur, à 175"; la troisième est de 12° grandeur, à 205", et la
quatrième est de 10' grandeur, h 229". La deuxième est double. Il n'y
a là qu'un groupe de perspective, car ces étoiles restent fixes au fond
du ciel, tandis que Pollux brillant glisse devant elles, emporté par
son mouvement propre rapide.
Un puissant télescope est nécessaire pour observer ce groupe ;
mais une petite lunette dirigée sur y ouvrira sous les yeux de l'obser-
vateur un joli champ d'étoiles.
Diriger aussi un instrument de moyenne puissance vers la va-
riable yj : on y trouvera trois étoiles rouges assez curieuses par le ton
de leur lumière.
^ est une belle étoile double : 3° et 8% à 7", en mouvement orbital
très lent.
320 ÉTOILES DOUBLES DANS LES GEMEAUX
Nous avons vu aussi plus haut que ç, variable pcriodiquc, se montre
accompagnée de deux autres, de 8° et 13' grandeur. — Ne chercher
à voir que celle de 8°, à 90".
S x : 4° et 9% à 6", orangée et azur ; la petite paraît varier de 8 à 10.'
Sir John Herschel pensait qu'elle pouvait briller d'une lumière ré-
fléchie, être une planète dont cette étoile >t serait le soleil.
L'étoile 38 e, de 5° grandeur, jaune d'or, est une double intéres-
sante. Son satellite varie d'éclat de 8 à 10, et de couleur, du vert au
bleu, au pourpre et au rouge. Ecartement = 6". L'étoile principale
paraît varier aussi de 5 à 6|.
L'étoile 61 (petit triangle au sud de â) est une double écartée à 60",
dont les deux composantes sont de 6° et 9° grandeur, et dirigent le
regard vers une jolie paire composée de deux étoiles de 8" et 9" dont
la distance est de 6". L'étoile 61 varie de 6 à 7 |, et son compagnon
tombe même jusqu'à la disparition complète.
Ajoutons encore l'étoile n° 20, de sixième grandeur, à 1" 1/2 au nord-ouest
de Y, et à peu près à égale distance entre y et v : 6" et 7=; écarteraent = 20"; sys-
tème fixe depuis l'an 1755 que nous rol)servons. Cette étoile est à la limite de la
visibilité pour l'œil nu, et elle doit varier d'éclat, car nous avons comme obser-
vations, entre autres, pour ses deux composantes :
A B
Struve.. .
. 183-2
5 — 6
Struve. . .
. 1827
6 — 7
Piazzi . . .
. 1800
7 — 8
Lalaude. .
. 1800
7 — 8
Smyth..-.
. 1833
8 — 8,5
qui difTèrent singulièrement. On arrive parfois à la distinguer à l'œil nu, et
Heis l'a insérée dans son Catalogue ; ce serait tout à fait impossible si elle n'était
que de 8" gi-andeur, ou même de 7'. Gomme on a presque toujours noté une
grandeur de dillérence entre les deux composantes, on est porté à invoquer la
transparence atmosphérique pour expliquer ces variations ; mais elles sont si
énormes que l'explication n'est vraiment pas suffisante. Autre particularité.
En 1696, Flamsteed a observé à côté de cette étoile, qu'il a notée de 1" 1/2, une
voisine, de 6= 1/2, qui porte le n" 21 dans son Catalogue. Or on ne retrouve plus
cette étoile au ciel, ce qui porte à penser que l'astronome anglais a commis là
quelque erreur d'observation ou de rédaction. Peut-être est-ce la composante la
plus brillante qu'il a observée cette fois-là, car elle est à l'est de la moins bril-
lante, mais beaucoup plus rapprochée qu'il ne le dit, môme en supposant,
comme l'a fait Baily, une erreur d'une minute de temps dans l'ascension droite.
On en a conclu que l'étoile 21 Gémeaux n'existe pas. Tout ami des astres peut à
la première occasion diriger une petite lunette vers ce point du ciel : i" pour
voir s'il ne la retrouverait pas, et 2" pour vérifier la grandeur des deux com-
posantes de l'étoile double dont nous venons de parler.
CURIOSITÉS DE LA CONSTELLATION DES GÉMEAUX 321
Un splendide amas d'étoiles enrichit encore cette opulente constel-
lation des Gémeaux. On le distingue à l'œil nu, lorsque le ciel est
bien pur et que le clair de lune ne vient pas interposer son voile de
lumière sous les étoiles pâ-
lissantes. Regardez entre c
des Gémeaux et Ç du Tau-
reau, ou, plus minutieuse-
ment, au nord - ouest de fi
— ». Prenez une jumelle,
et vous aurez déjà comme
un prélude du spectacle ré-
servé à la vision télesco-
pique. Dirigez là une petite
lunette, et vous remarque-
rez des étoiles de 9° et 10°
grandeur alignées en forme
de courbes curieuses. Ar-
mez votre vue d'un instru-
. , . j. 1 „, „ Fig. 235. — L'amas des Gémeaus.
ment plus puissant, et vous
découvrirez des centaines d'étoiles de 11' et 12° grandeur. « C'est un
objet céleste merveilleusement frappant , s'écriait Lassell, l'un de ses
observateurs assidus. Nul ne peut le voir pour la première fois sans
exclamation. Un champ de 19' de diamètre se montre absolument
rempli d'étoiles. Il faut voir soi-même, dans un bon télescope,
ce splendide amas pour le juger à sa valeur et l'apprécier dans
son exquise beauté, car les dessins n'en peuvent donner qu'une pâle
idée. » Ajoutons cependant qu'on peut se rendre compte de l'as-
pect général de l'amas par la gravure ci-dessus, quoiqu'elle n'ait assu-
rément ni l'éclat, ni la scintillation, ni la grandeur du spectacle
céleste. Cette nébuleuse résoluble est inscrite sous le n° 35 du cata-
logue de Messier.
Il y a encore dans cette constellation une autre nébuleuse bien cu-
rieuse, c'est celle qui porte le chiffre H. IV, 45 et qui se trouve par
7" 22" et 21" 10' de déclinaison, à 2° au sud-est de â. C'est une étoile
de 9'' grandeur, qui brille juste au centre d'une nébulosité circulaire,
phénomène remarquable et d'une extrême rareté. Telle William
Herschel l'a observée il y a un siècle, telle nous la retrouvons aujour-
d'hui. Le diamètre est de 30". On voit auprès d'elle, à l'est, ou poui
niieux dire au nord-est, une étoile de 8° grandeur, un peu plus bril»
lante que celle de la nébuleuse. La marge australe de ce disqua
ASTRONOMIE. — SUPflLÉMENT. 41
322 LE PETIT CHIEN
pâle est un peu plus claire que la marge boréale. Étudiée au spec-
troscope, cette nébuleuse s'est montrée absolument gazeuse, son
spectre est traversé des trois principales raies brillantes, dues à la
'prédominance de l'azote et de l'hydrogène. /
!
; Telles sont les curiosités principales de la constellation des Gé-'
meaux. On voit qu'elles ne manquent ni d'intérêt ni de variété. Mais
nous ne pouvons pas encore quitter cette région du ciel sans remar- '
quer le Petit Chien installé depuis deux mille ans au sud des Gé-
meaux, et dont l'étoile Procyon, de première grandeur, se trouve très
facilement, soit à l'aide de Castor et Pollux (revoir la fig, 195, p. 276),
soit à l'aide d'Orion, à l'orient duquel elle scintille. Cette petite con-
stellation tire son nom de l'éclat de sa brillante étoile, Pw-Cyon,
«précurseur du Chien», parce quele lever matinal deSirius,duChicn,
était attendu, épié, avec une attention perplexe parles Égyptiens, et
que Procyon étant plus boréal apparaissait avant lui dans l'aurore.
Le nom a dû précéder ici le dessin de la constellation, et ensuite on a
pu trouver dans la disposition de ses étoiles une esquisse suffisante
pour y dessiner un petit chien, car les étoiles |3 y et e forment facile-
ment une petite tête. Quoique peu étendu, cet astérisme fait partie
des 48 anciennes constellations déjà établies au temps d'Eudoxe,
d'Aratus et d'Hipparque. Aratus, Hipparque, Ptolémée ne l'appellent
pas le Petit-Chien, mais le Procyon. Sùfi le nomme al-Kalb al-
Asgar, le Petit-Chien. C'est le nom qui lui a été unanimement con-
servé. — En voici les étoiles principales.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATIOX DU PETIT CHIEN.
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
— 127 -\- 9G0 1450 1590 1603 iCGO ITflO ISOO 1S40 1860 1830
a {Procuon).. .1 112 111; 1.2 1 1 1,4
fi .... 4 4 4 3 3 3 3 3 .3 3 .3,0
^ 6 5 G 6 5.6 5 5 5,2
g' 5^6 6 6 G 6.5 5,8
S^ 5 6 6 5.6 G G 6,2
e 6 6 6 6 5.6 5.6 5,4
Ç ' 6 5 5 5.6 G 5.6 5,4
^ 6 6 6 G 6 6 5,9
G G 5 G 5.6 5 5 4,8
\{ 5 5 G 6 5.6 6.5 5,5
P VII,2S0. ..0 000554565 4, 7
P. VII,24'J. . . 5 G 6.7 G, 'i
Procyon se place, par son éclat, après Sirius, Arcturus, Véga,
Rigel et Capella, et avant Bételgeuse, Aldébaran, Altaïr et Antarès.
On peut estimer sa grandeur à 1,4, et c'est sans doute par une éva-
LE PETIT CHIEN 823
luation un peu trop faible que Tyclio ne l'a noté que de deuxième
grandeur.
p a certainement augmenté d'une grandeur entière depuis Ptolé-
mée, Sùfî et Ulugh-Beigh.
Aucune des autres étoiles de cette petite constellation n'a été si-
gnalée par les anciens. Tycho remarque le premier •/, 6 et 11 ; ce qui
porte à croire que e était plus faible alors que de nos jours, car aujour-
d'hui il est difiicile de voir y sans voir e. L'étoile n° 6 était certaine-
ment plus faible du temps d'Hévélius, car dans sa description, très
soignée d'ailleurs, il ne parle pas de cette étoile, aujourd'hui plus
brillante que les autres dont il donne les positions. L'étoile n" 11
est aussi descendue d'une grandeur au moins entre Bayer et Hévé-
lius. L'étoile P. VII, 289, a été estimée de quatrième grandeur par
Flamsteed et Lalande, de cinquième par Piazzi, et de sixième par
Argelander. L'étoile P. VII, 249 était invisible à l'œil nu en 1840;
mais en 1660, Hévélius l'a notée, à l'œil nu, de cinquième grandeur.
Ce sont là des fluctuations plus ou moins prononcées, mais cer-
taines, et dont la considération ne laisse pas que de modifier pro-
fondément les idées admises jusqu'à présent, et unanimement ensei-
gnées, sur la fixité, la permanence, la stabilité presque immuable
des étoiles disséminées dans les campagnes de l'mfini.
(Par suite d'une erreur, qu'il n'est pas inutile de corriger, l'étoile
P. VII, 289, qui se trouve incontestablement dans les limites de la
constellation du Petit-Chien, et qui brille à l'est de Ç, se nomme 13
du Navire dans les catalogues (Flamsteed, Piazzi, etc.). Or le
Navire est relégué fort au sud, et entièrement séparé du Petit-Chien
par la Licorne.)
Il y a là trois variables périodiques, R, S et T, qui oscillent, la
première en 337 jours de 7,2 à 10, la deuxième en 324 jours, de 7,6
à 13, et la troisième en 340 jours, de 9 à 14. Mais on ne les voit jamais
à l'œil nu, et leur étude est en dehors de notre programme actuel.
L'éclatant Procijon s'impose spécialement à notre attention par la
grandeur de son mouvement propre et par une irrégularité curieuse
découverte dans l'analyse de ce mouvement lui-même. La marche
annuelle s'élève à — 0%047 en ascension droite et à — 1", 06 en décli-
naison, ce qui donne pour résultante une ligne dirigée vers le sud-
ouest et mesurant T, 27, soit 127" par siècle ou 21' en mille ans. Il ne
lui faut pas plus de quinze cents ans pour se déplacer dans le ciel
d'une quantité égale au diamètre apparent de la lune. Dans douze
mille ans, si le mouvement se continue en ligne droite, cette be.'b
324 PROCYON
étoile va traverser l'équateur et se lancer dans l'héniisphère austral.
Ce mouvement est exactement parallèle et contraire au nôtre, de
sorte que la perspective de notre propre translation entre pour une
partie notable dans sa construction. Il est certain, toutefois, qu'il n'y
a pas seulement là un effet de perspective, car sa valeur surpasse de
beaucoup celle de notre propre déplacement. Peut-être ce soleil
vogue-t-il précisément en sens contraire de nous. De même que,
lorsque nous sommes emportés par un convoi rapide, un train en
marche sur une ligne voisine nous paraîtra immobile, s'il court dans
le même sens que nous et avec la même vitesse, tandis qu'un autre
nous paraîtra se diriger vers notre but, parce qu'il est animé d'une
plus grande vitesse, et qu'un troisième nous paraîtra reculer — ou
se diriger en sens contraire, — parce qu'il va moins vite (une gare
nous paraîtra rétrograder plus vite encore parce qu'elle est tout à fait
immobile); de même les étoiles du ciel nous offrent des marches
variées suivant la combinaison de leurs mouvements avec le nôtre.
Mais évidemment, en aucun cas, l'effet de perspective ne peut être
supérieur à sa cause, et pour qu'une étoile nous paraisse rétrograder
avec une rapidité plus grande que celle qui nous emporte nous-mêmes,
il faut qu'elle soit animée personnellement d'une certaine vitesse et
lancée en sens contraire de notre propre mouvement. C'est ce cp}
arrive pour Procyon.
Ce brillant soleil n'a offert comme parallaxe que la faible valeur
de 0", 123, ce qui porte sa distance à 1677000 fois le demi-diamètre
de l'orbite terrestre, à 1677000 fois 37 millions de lieues, ou à
62 trillions de lieues de notre fourmilière, distance que le rayon
lumineux n'emploie pas moins de vingt-six années à franchir, malgré
son inconcevable rapidité de 75000 lieues par seconde. Or si 0", 123
représente 37 millions de lieues vues de là, le mouvement annuel
de 1", 27, représente 381 millions de lieues par an, au minimum,
puisque ce n'est là qu'une projection de la marche réelle, sur le plan
de la sphère céleste. En réalité, cette marche n'est pas perpendicu-
laire à notre rayon visuel, mais oblique, car Procyon va en s'éloi*
gnant de nous, avec une vitesse évaluée à 43 kilomètres par seconde,
2580 par minute, 154800 par heure, 3715000 par jour, ce qui donne
1357 millions de lieues par an. Si donc nous voulons nous rendre
compte du mouvement réel de Procyon, nous devons construire une
figure en prenant 381 pour composante horizontale et 1357 pour
composante verticale, et nous obtiendrons sa trajectoire relativement
à notre position dans l'esnace. C'est ce que nous avons fait, et ce que
PROCYON
325
met en évidence la fig. 236. La résultante est de 1409 millions de
lieues — en supposant notre observatoire immobile. Mais en réalité
nous entrons pour une partie notable
dans ce mouvement, peut-être pour un
tiers.
Mais ce n'est point encore là le fait
le plus curieux de l'analyse du mouve-
ment de Procyon. Au lieu d'être uni-
forme et régulier, ce mouvement est
quelquefois plus lent, quelquefois plus
rapide, et au lieu de suivre une ligne
droite, il oscille légèrement de part et
d'autre de la trajectoire. D'après un
travail de l'astronome Auwers, ces
irrégularités s'expliqueraient en admet-
tant que cette étoile est attirée par une
autre située dans son voisinage et for-
niant un même système avec elle, et
que Procyon tourne, dans un plan
perpendiculaire au rayon visuel, au-
tour d'un centre de gravité situé à 1",2,
les deux astres opérant l'un autour de
l'autre leur révolution en une période
de 40 ans environ.
Des perturbations analogues ont été,
comme nous le verrons plus loin,
constatées sur Sirius, et la prédiction
théorique a été brillamment confirmée
par la découverte du satellite, faite en
1862, dix-huit ans après la prédiction
de Bessel. Il n'en a pas encore été de
même pour Procyon, quoique M. Otto
Struve, directeur de l'Observatoire
impérial de Russie, se soit imaginé
avoir découvert ce satellite, et, ce qui
est plus bizarre encore, ait cru l'observer pendant deux ans, jus-
tement du côté où la théorie l'annonçait, cà 90° et 12", 5 en 1873,
à 100" et 11",7 en 1874. On a fait beaucoup de bruit de cette décou-
verte ; puis en la vérifiant à l'aide d'instruments plus puissants que
.^celui de Poulkowa, on s'est aperçu que l'astre de M. Otto Struve
Fig. 236
Mouveiment ie Pi'ociou
dans l'espace.
326
LE PETIT CHIEN
n'existe pas. C'est là un remarquable exemple d'illusion, bien rare
chez les astronomes.
Les télescopes géants permettent d'apercevoir dans le voisinage de
Procyon plusieurs petits points presque éclipsés par son éblouis-
sante lumière. Dans les instruments de moyenne puissance, on dis-
tingue les trois plus éloignés, l'un, de 8° grandeur à 346", l'autre
de 8= I à 371", et le troi-
sième, de 7° grandeur, à 652".
(Je donne ici mes mesures,
faites en 1877.) Ces étoiles ne
partagent pas le mouvement
propre de Procyon, et gisent
fort loin au delà de ce soleil
dans l'infini. La dernière de
ces étoiles est une double fort
élégante et très serrée, à 1",4,
formant un système orbital
qui a tourné de 27° depuis
cent ans. Vers 1° au sud-est
de ce couple, il y a une belle
Fig.237.-Etoue«voi.me.da Procyon (i-"= 20',. ^^^-jg orangée, de Septième
grandeur et demie. Ajoutons encore que l'amiral Smytb a mesuré en
1833 une étoile de 8° grandeur, à 85% c'est-à-dire à l'est, et à 145",
que personne n'a jamais revue depuis à cette distance, et que l'on a
considérée comme variable, mais qui doit être tout simplement le
compagnon que j'ai mesuré en 1877 à 81" et 346", l'amiral ne l'ayant
mesuré qu'une seule fois et ayant pu se tromper dans la transcription
de la distance.
On voit que malgré son exiguïté, la constellation du Petit-Chien
n'en garde pas moins, dans Procyon et dans son voisinage, des
curiosités sidérales dignes de l'attention du contemplateur du ciel.
Elle complète admirablement celle des Gémeaux et couronne par son
diadème les richesses de Castor et Pollux.
CHAPITRE XIII
Le Cancer : Prœsepe ou la Crèche; curienx eystôme ternaire formé
par l'étoile Ç du Cancer. — Le Lion : Régnlus. — Le Sextant.
Nous continuons notre description des constellations zodiacales
en marchant toujours de l'ouest à l'est. Après les Poissons, le Bélier,
le Taureau et les Gémeaux, nous arrivons au Cancer, astérisme de
peu d'importance au point de vue de l'étendue (jn'il occupe sur la
sphère céleste comme au point de vue de l'éclat des étoiles qui le
composent. Cette constellation n'a dû être remarquée et formée que
très tard, par une astronomie relativement avancée, et uniquement
comme point de repère entre le Lion et les Gémeaux. On n'y voit
pas une seule étoile de première, deuxième ou môme de troisième
grandeur, et ce qui la distingue dans le ciel de minuit, c'est plut<r)t,
dans sa pauvreté remarquable, une nébuleuse, un pâle arhas d'étoiles,
perceptible à l'œil nu, qui a reçu le nom de Prœsepe ou de la Crèche.
Comme le Zodiaque était déjà établi du temps d'Eudoxe, au qua-
trième siècle avant notre ère, il n'y a rien de surprenant h voir cet
auteur, puis Ara tus et Eratosthènes, parler du Cancer et de sa Crèche.
Lesasti'ologues faisaient dès cette époque grand cas de ce signe zodiacal
et de son voisinage, les étoiles du Lion. La philosophie chaldéenne et
platonicienne assurait même que c'était par cette porte obscure que
les âmes descendaient du ciel pour venir s'incarner dans les embryons
humains.
Le mot grec karkinos, par lequel Eudoxe, Hipparque, Ptolémée,
et tous les anciens , désignent cette constellation, signifie à la fois
crabe et écrevisse, comme le mot latin cancer. Aussi trouve-t-on dès
les plus anciens atlas ces deux figures, qui pourtant ne se ressemblent
pas, attendu que l'une est courte, plus large que longue, tandis que
l'autre est fort allongée. Il n'est pas facile de reconnaître dans la dis-
position des étoiles la justification de l'une ou l'autre appellation : le
crabe, comme l'écrevisse, se cache aussitôt qu'on cherche à le saisir. Il
est vrai que de faibles ressemblances ont souvent servi de prétexte à
328 LE CANCER
ies étymologies bien curieuses, puisqu'on chirurgie le mot cancer a
été donné, dit Littré, à la tumeur que ce nom caractérise, a à cause
des bosselures et des veines qui l'ont fait grossièrement comparer à
un crabe » . Ne serait-ce pas plutôt parce que le cancer ronge comme
jin crabe? Dans un cas comme dans l'autre, il faut avouer que l'ana-
logie est lointaine. Le cancer céleste est peut-être amené d'aussi loin.
Considérez pourtant la disposition des étoiles de cet astérisme
(fig.239) : ne trouvez- vous pas que les lignes menées aux deux brillantes
étoiles a et t peuvent donner l'idée de deux longues pattes, y et «î l'idée
de deux yeux, et le quadrilatère l'idée d'un corps, — d'autant plus
qu'autrefois les deux étoiles vi et 9 étaient presque aussi brillantes
que les deux autres? — Or, encore aujourd'hui, « et i représentent les
pinces du crabe, et y et J ses deux yeux ronds.
On a dit que le nom d'écrevisse avait été donné à ce signe du
Zodiaque, parce que le soleil y arrive au solstice d'été, et que, parvenu
à la limite de son cours boréal, il rétrograde. Si cette explication était
exacte, il n'y a pas plus de deux mille ans que le Zodiaque serait formé
et nommé, puisque l'équinoxe de printemps arrivait dans le Bélier au
temps d'Hipparque. Or nous avons vu que le Taureau existait déjà à
l'époque oîi l'équinoxe se plaçait dans ces limites, et à cette époque
le solstice n'arrivait pas dans le Cancer, mais dans le Lion. Donc le
Cancer n'a pas été nommé à cause d'une telle coïncidence.
Francœur se tire d'embarras en assurant que le Cancer était le
signe du solstice d'iiiver : « la marche lente et rétrograde de l'Écre-
visse annonce le mois de janvier, temps oîi le soleil revient vers les
signes supérieurs ». Mais cette hypothèse conduirait à reculer de
douze mille ans plus loin l'invention du Zodiaque, ce qui ne s'accor-
derait avec aucune des traditions ni aucun des synchronismes de
l'histoire.
Remarquons, d'ailleurs, en passant, combien il est facile de trou-
ver des ressemblances et des justifications.. Ceux qui placent le Cancer
au solstice d'hiver trouvent que c'est naturel, parce que l'Ecrevisse
marche lentement; ceux qui le placent au solstice d'été expHquent le
symbole par le fait de la rétrogradation du soleil, qui ne va pas plus
loin au nord; ceux qui, dans le premier cas, voient le Lion en juillet
justifient cette position, « parce que le Lion symbolise l'ardeur de
l'été », et ceux qui dans le second cas, sont forcés de mettre le Lion
en février, trouvent qu'il y est à sa place, « parce qu'en Egypte la
végétation est plus active en févi'ier et que le soleil reprend sa force
dans ce signe qui en est le symbole ». Ainsi les commentateurs
Fig. Î38. — Constellations zodiacales. — Le Cancer. — Le Lion,
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. H'-
330 LES CONSTELLATIONS. — LE CANCER
sont toujours satisfaits. Il n'en est pas de même des astronomes.
— Dupuis dans son Origine des cultes et dans ses Mémoires sui
les zodiaques, Bailly dans son Astronomie ancienne, Anquetil dans
son Zend Avesta, Dulaure dans son Histoire des différents cultes,
Francœur dans son Uranographie , et un grand nombre d'autres
écrivains, ont rempli d'énormes volumes de dissertations plus ou
moins ingénieuses, que j'ai toutes en ce moment sous les yeux, mais
dont l'étude critique ne conduit à rien de sûr, à rien de certain, ni
sur l'origine des noms donnés aux constellations zodiacales, ni sur la
date de l'établissement du zodiaque.
Dans son Uranographie chinoise, M. Schlegel va plus loin; il
nous apprend que les anciens Chinois nommaient le Cancer, ou pour
mieux dire l'amas de la Crèche, « les cadavres accumulés » ; et pour-
suivant sa théorie que toutes les constellations nous sont arrivées des
Chinois, il ajoute que les Egyptiens ont pu mettre là un crabe, comme
symbole de la mort, « puisque cet animal se nourrit de cadavres, et
qu'on rencontre souvent le crabe fluviatile sur les corps des noyés
dont il ronge le nez, les oreilles et les doigts ». Cette origine n'est pas
plus satisfaisante.
Plus ingénieuse est son explication des deux papillons que sur cer-
taines sphères anciennes on a dessinés au signe des Gémeaux. « C'est
là, dit-il, un ancien symbole chinois et japonais. Tandis que chez
nous le papillon est l'emblème de l'inconstance, il est, au Japon,
celui de la fidélité. En voyant le papillon voltiger de fleur en fleur,
nous nous sommes habitués à dire : a léger, inconstant comme un
« papillon. » Les Japonais sont allés au fond des choses ; ils ont pénétré
dans le sanctuaire intime de la vie privée de cet insecte multicolore, et
ils ont constaté que s'il voltige de fleur en fleur, ce n'est là qu'une
affaire de goût pour sa nourriture, tandis qu'en amour les papillons
sont fidèles, volant toujours deux à deux et ne se quittant jamais. »
Et l'auteur ajoute une touchante légende à propos du papillon rouge
qui vit sur une plante nommée Ho par les Chinois. Il y avait à la cour
du roi K'ang une jeune et belle femme, nommée Ho, sage, vertueuse,
fidèle, adorée de son mari. Le roi la désirait, et pour arriver à ses fins, il
commença par mettre le mari en prison. Désespéré, celui-ci se suicida.
En apprenant la mort de l'être qu'elle aimait, sa femme se précipita
du haut d'une tour du palais et se tua. Dans sa ceinture on trouva
une lettre pour laquelle elle demandait comme dernière grâce au roi
d'être ensevelie dans la même tombe que son mari. Mais le roi irrité
la fit enterrer séparément. Dans la nuit, cependant, deux arbres
LES CONSTELLATIONS DU CANCER
331
poussèrent sur les deux tombes, et bientôt entrelacèrent leurs bran-
ches et leurs racines. Le peuple nomma ces arbres « les arbres de
l'amour fidèle » et le nom de l'épouse vertueuse est devenu celui de
l'arbre au papillon rouge.
Fig. 239. — Pi-inoipales étoiles de la consUllatlon du Cauccr,
Mais nous voici loin du Cancer. Cette petite constellation ne se
compose, avons-nous dit, que de quelques étoiles, situées entre les
Gémeaux et le Lion, et qu'il faut chercher en l'absence de clair de
lune, pendant les belles nuits d'hiver et de printemps, de décembre à
juin. On trouvera l'étoile Ç (qui est, comme nous le verrons bientôt;
332 LE CANCER. — LA CRÉOIIE
la plus intéressante de la constellation) en prolongeant la ligne de
Castor à Pollux d'un peu plus de deux fois sa longueur {voy.
la fig. 239). L'étoile « brille fort au delà, en tournant au sud-est.
En remontant vers le nord, à partir de «, comme si l'on voulait reve-
nir ensuite vers les Gémeaux, on remarque J et y, qui sont, comme «,
de 4' grandeur. C'est entre ces deux étoiles que palpite d'un faible
éclat l'amas de la Crèche, perceptible à l'œil nu.
Cette dénomination de la. Crèche a un aspect d'origine chrétienne ;
mais ce n'est là qu'un aspect trompeur, car elle est fort antérieure au
christianisme. On lit dans Pline l'Ancien : « Sunt in signa Cancri
duae stellifi parvse, aselli appellatse, exiguum inter illas spatium... nu-
becula quam praesepia appellant. » Il y a dans le signe du Cancer deux
petites étoiles nommées les Anes; elles sont séparées par un petit
espace où se trouve une nébuleuse que l'on appelle les Crèches. Pline
dit les Crèches, au pluriel ; mais dès son temps on disait générale-
ment « prsesepe », au singulier : la Crèche. D'après cette vieille tra-
dition les deux Anes seraient, comme on le voit, les étoiles y et ^. —
C'est une nouvelle preuve que nos ancêtres, à l'imagination primesau-
tière, n'étaient pas'très exigeants pour les analogies ou les vagues res-
semblances indiquées dans les aspects célestes. Les Arabes l'appelaient
aussi al-malaf, « le sac à fourrage que l'on pend au cou de la bête » . Les
Anglais l'appellent encore Bee-hive, « l'essaim d'abeilles ».
Les anciens donnaient une grande attention à cette nébuleuse,
comme aux Pléiades et aux Hyades. Aratus et Théophraste rappor-
tent que son affaiblissement et sa disparition étaient regardés] comme
un signe météorologique annonçant l'arrivée prochaine de la pluie.
Aucune vue humaine ne peut séparer les étoiles qui composent cet
amas : la lumière de chacune d'elles (les principales sont de 6' 1/2 et
de T grandeur) s'étend, s'éparpille sur la rétine, empiète sur la lu-
mière de l'étoile voisine à cause de l'imperfection de nos organes, et
le tout forme une masse confuse. Que l'on prenne, au contraire, une
bonne jumelle marine ou une petite lunette, et l'image de chaque
étoile se concentrant devient nette, lumineuse , distincte , ce qui
donne une première idée de la beauté et de la richesse de cet amas.
Prenez une lunette plus puissante, munie d'un faible oculaire à
champ très large, et en découvrant les étoiles de 8% 9" et 10° gran-
deur, vous admirerez une opulente agglomération de soleils, qui est
en réalité l'une des plus magnifiques du ciel. — C'est un excellent
rvbjet pour l'essai des instruments.
En observant cet amas d'étoiles à l'aide d'une bonne lunette, on
LE CANCER. — LA CRÈCHE 333
trouvera vers l'est, à 8 minutes environ, deux petites nébuleuses qui
se suivent. La première est assez brillante et mesure 55" de diamètre;
elle est double. La seconde, à 40 secondes plus à l'est et à 4' plus au sud,
est plus faible. William Herschel en a observé Là une autre, en 1784,
que personne n'a jamais revue depuis. C'était peut-être une comète.
•v
• . • • • •
• • • • >.." * •
Fig. 240. — Amas du Cancer {la CVéc'io).
J'ai réuni au tableau suivant toutes les étoiles de cette constellation
qui ont reçu des lettres ; mais j'ose à peine engager mes lecteurs à cher-
cher à les reconnaître toutes dans le ciel, car elles sont pour la plupart
de sixième grandeur et si difficiles à identifier que j'ai dû annexer à
un grand nombre d'entre elles leurs numéros du catalogue de Flam-
steed, précaution qui n'est généralement utile, et dont nous n'avons
fait usage jusqu'ici, que pour les étoiles qui n'ont pas reçu de lettres
grecques. Encore reste-t-il quelque incertitude pour le groupe oïi trois
étoiles ont reçu la lettre a. L'observation qui nous a frappés à propos
des lettres redoublées dans la constellation du Taureau, peut nous
frapper ici avec plus de vivacité encore, car il y a des étoiles si rap-
prochées, qu'un grand nombre forment des couples désignés sous une
même dénomination, et que dans cette petite constellation du Cancer,
nous comptons deux o, deux p, trois j, deux », deux 9, deux u, deux A
et deuxd; — sans compter d'autres couples encore, tels, par exemple,
que celui qui est formé par «, de 4° grandeur, et sa voisine, l'étoile 60,
de 6% que l'on distingue à 43' au sud-ouest de la brillante; ainsi
s:!i LES ETOILES DU CANCER
que d'autres voisines de 6* à 7" grandeur, formant deux fx, deux |,
deux £, etc., ce n'est pas là évidemment un effet du hasard, et cette
région du ciel est, comme celle du Taureau, singulièrement remar-
quable par ces associations d'étoiles doubles très écartées.
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CANCER
DEUX MILLE ANS D'ODSEUVATION
Étoiles —127 +9G0 1430 1590 1603 1660 1700 1756 1800 1840 1860 1880
a 4 4 4 3 3 3 4 4.3 5 4 4 4,2
p 4 4 4 3 3 3 3i 4.3 4 4.3 4.3 3,7
Y 4.3 4 4 4 4 4 4 4 5 4.5 4.5 4,4
5 4.3 4 4 4 4 4 4 4 4.5 4 4 4,3
e (La Crèc/ie) néb. iiéb. néb. néb. néb. néb. nèb. néb. néb. cum. cum.amas
ç 4 4,5 4,5 4 4 4 5i 5 6 5.4 b.4 4,8
n 4.5 4.5 4.5 5 5 5 6^ 6.7 6 6 6.5 5,6
6 4.5 4.5 4.5 5 5 5 5| 6.5 5.6 6 6.5 5,5
i 4 4 4 5 5 5 5 5 5.6 4 4 4,5
X 4 4.7 4.5 5 5 4^6^ 4.5 5.6 5 5 5,0
X 5 6 6 6 6 6 6.5 5,8
(t 5 5.6 5.6 5 5 5 6i 5 6.7 6.5 6.5 5,9
V 5 5 5 6 6 6 6 6 6 5.6 5,5
E 5 5 6 6 6 5i 5.6 5.6 5 5 5,0
62o' 4.5 4.5 6 6 6 6 6 6 6 6.5 5,5
63 o' 6 6 6 6 6 6,0
82 « 40006667666 6,0
55 p' 6 6 6 6 6 6,0
58 f' 6 6 6 6.5 5,8
51 s' 6 6 6 6 6 6,0
59 o' 6 5i 5.6 6 6.5 5,8
64 a' 6 6 6 5 5 5,0
72t 6 6| g 6.7 6 6 6,2
30 u' 6 6 6.7 6.7 6 6 6,0
32u' 6 6i 6 7.8 6 6.5 5,9
22?' 6 6i 6.7 6.7 6 6 6,1
23ç' 6 6 6 6 6 6 6.5 5,6
18X 6 6 6 6 6 6 6.5 5,6
14 4- 6 7 7 4 7.8 6 6.5 5,8
2<o' 6 6 6 6 6 6 6,0
4»» 6 6 6.7 6.7 6,5
45 A' 6 6 6.7 6 6 5,5
50 A' 6 6 6 6 6 6 5,5
49 b 6 6 6 6.7 6 6.5 6,0
36 c 00006666766 6,0
20d' 00066667666 6,0
ZJd' 6 6 7 6 6 6 6,3
8 00055560 6.7 6 6 6,2
P. VIII, 42 5 6.7 6 6 6,3
L'étoile P est un peu plus brillante que l'étoile «, et dans les cir-
constances habituelles, nous serions en droit de conclure qu'il y a eu
transposition d'éclat depuis l'époque de Bayer. Mais dans ce cas par-
ticulier, le second rang a été donné évidemment à l'étoile (3, à cause
de sa position éloignée et pour ainsi dire externe. Tycho Brahé l'a
LES ÉTOILES DU CANCER 335
même laissée tout à fait en dehors de la figure, et l'a inscrite, non au
Cancer, mais à l'Hydre. Nous ne pouvons donc pas conclure à un
lîhangement d'éclat. Toutefois, il est bien possible que a ait diminué
au temps de Piazzi.
L'étoile K n'a été rattachée au Cancer qu'au xvi' siècle. Ancienne-
ment, elle était inscrite comme externe des Gémeaux, ce qui a induit
en erreur plusieurs historiens de l'astronomie, qui n'avaient pas été
la chercher là.
Les étoiles » et 6, qui forment avec y et (î le quadrilatère enfermant
la nébuleuse ont diminué d'éclat. Elles sont descendues de la qua-
trième grandeur à la cinquième et même à la sixième. Les observa-
tions précises de Sûfi, entre autres, ne peuvent laisser aucun doute à
l'égard de cette diminution. On a vu l'étoile S éclipsée par Jupiter le
3 septembre de l'an 240 avant notre ère.
L'étoile i est de la 4' grandeur, comme autrefois; mais elle paraît
s'être abaissée à la 5° pendant deux cents ans.
Les étoiles x, v et rr sont mal placées dans les positions de Ptolé-
mée. V est beaucoup trop basse ; mais aucune autre étoile ne corres-
pond à sa position, et nous pouvons admettre une erreur de latitude,
d'autant plus que Sûfi remarque qu'au lieu de former un triangle avec
l et I, comme l'indiquerait le diagramme construit sur les positions de
Ptolémée, elle se trouve à peu près en ligne droite. Quant à tt, que
Ptolémée signale de quatrième grandeur, il me semble que Sûfi a ob-
servé non pas cette étoile, mais sa voisine o, qu'il signale aussi de qua-
trième grandeur : l'une comme l'autre fie sont que de sixième aujour-
d'hui : il y a eu là certainement aussi un changement d'éclat. Enfin x,
placée trop à l'est dans Ptolémée, a été notée de 4' grandeur par
ce patriarche de l'astronomie, et de 4° | par Sûfi , expressément. Elle
n'est que de cinquième, et même Piazzi l'a notée de 5° 1/2 et Flam-
steed de 6' 1/2. Il est difficile de se refuser à voir encore là quelque
fluctuation de lumière.
Remarquons encore que l'étoile 64 <t* a augmenté d'éclat de 6 à 5 ;
que l'étoile n" 8 est, au contraire, descendue de 5 à 6, et que les étoiles
32 u' et 14 ij( ont diminué de 6 à 7 1/2 pour remonter à 6. — Toute-
fois, les évaluations de Piazzi sont souvent un peu trop faibles. — La
variabilité de ^ est d'autant plus certaine que cette étoile a été vue par
Mayer de A" gr. en 1756, et qu'elle est inscrite au même éclat dans la
catalogue d'Armagh. Je l'estime en ce moment (25 déc. 1880) de 5,8.
A l'ouest de », entre cette étoile et ja, au milieu du quadrilatère
formé par les étoiles 'C, à', -n, X et {*, brille une étoile solitaire, de
336 ÉTOILES DOUBLES DANS LE CANCER
6* grandeur. Le 4 mars 1796, Lalande, en l'observant (c'est le
n° 16292 de son Catalogue) a ajouté cette remarque sur son registre : /
« Étoile singulière. » Pour que Lalande, qui a observé tant de mil- '
liers d'étoiles, ait fait cette remarque, il faut que cet astre lui ait offert
un aspect particulier. Je l'ai souvent examinée, mais sans rien lui
trouver d'extraordinaire. On sera bien inspiré de tourner de temps
en temps une petite lunette vers cette étoile. (C'est la dernière de
notre tableau.)
On connaît dans cette constellation cinq variables périodiques,
R, S, T, U, V, qui oscillent, la première de 6,3 à 1 3 en 359 jours (c'est
la seule qui arrive parfois à être perceptible à l'oeil nu); la deuxième
de 8 à 10,5, dans la période rapide de 9 jours 11 heures 37 minutes
45 secondes (variabilité du type d'Algol) ; la troisième de 8,3 à 9,9 et
à 12 en 455 jours; la quatrième de 8,9 à 14 en 300 jours, et la cin-
quième de 6,8 à 14 en 273 jours. Chaque fois que nous avons à signa-
ler ces étoiles périodiques disséminées dans l'étendue des cieux, hous
ne pouvons nous empêcher de songer aux étranges conditions de
lumière, de chaleur, de saisons, de climats, qui doivent en résulter
pour les systèmes de mondes attachés par leur destinée aux vicissi-
tudes de ces lointains soleils.
Visitons maintenant les étoiles doubles les plus remarquables. A
part les couples très écartés signalés par les redoublements de lettres
qui nous ont frappés tout à l'heure, et qui sont accessibles aux ju-
melles ou aux plus petites lunettes terrestres, quelques couples plus
rapprochés et plus intéressants méritent notre attention spéciale.
Comme intermédiaire, signalons l'étoile 9, de 5* grandeur, dont
le compagnon, de 9° grandeur, est juste à 1' ou 60" de sa primaire.
L'étoile j, de 4° grandeur, montre à côté d'elle, à 30", une petite
étoile de 7° grandeur. Pâle orange et bleu claire. Beau contraste.
23 (p" : 6,0 — 6,5, à 4", 8. Quelquefois les deux étoiles paraissent
tout à fait égales. Blanches.
Les trois étoiles que l'on voit au nord de la constellation, à peu près
sur le prolongement de y à i, ont reçu la lettre a {a, a' et a* de notre
tableau). A côté de a", à l'est, il y en a une quatrième plus petite, de
6° 1/2, que les vues perçantes parviennent à distinguer à l'œil nu. C'est
une étoile double fort jolie : 6'| et 9% à 4", 8; blanche et bleu ciel.
Entre c et a, on voit une étoile de sixième grandeur, qui porte le
n° 57 du catalogue de Flamsteed : c'est une petite double très serrée,
à r'4; 5,8 et T. On essayera avec intérêt sur elle les lunettes de
moyenne puissance. Cette étoile, qui porte le n° 1291 du catalogue de
BELLE ÉTOILE TRIPLE DANS LE CANCER
337
\v
Struve, est généralement désignée sous une lettre erronée et qui peut
induire en erreur. Les uns, comme Smyth, Wcbb, etc., la nomment
ff' : or elle n'est pas du tout
dans le groupe des a. D'au-
tres,comme Herschel, Struve,
la nomment t* : or elle est fort
loin de t. Il me semble que
pour éviter toute confusion,
le mieux est de lui laisser tout
simplement son numéro clas-
sique, c'est-à-dire 57 FI.
Les observateurs très pa-
tients pourront aussi chercher
à droite de u' : ils trouveront
là un joli couple, de 7° et
7*|, dont les composantes sont
écartées à 5\9. On l'appelle ^'^- '*'• ~ ^'^'°"' '""^^ ^ ''" ^■'"'°'■•
aussi u*, mais c'est encore là une confusion regrettable : c'est le n° i>4
de Flamsteed, invisible à l'œil nu.
Nous arrivons ici au groupe le plus curieux de cette constellation, à,
la fameuse étoile triple Ç du %. .
Cancer, qui est l'une des plus
intéressantes du ciel entier —
nous pourrions même dire la plus
importante au point de vue spé-
cial des systèmes multiples, car
c'est là le premier système ter-
naire que nous ayons pu analy-
ser dans tout l'univers.
Cette étoile se présente dans
le champ de la lunette sous l'as-
pect reproduit ci-dessus (/îg . 24 1 ) .
L'étoile la plus brillante , que
nous appellerons A, a pour
grandeur 5,0; sa voisine, que
nous appellerons B, a pour
grandeur 5,7; la troisième, que
nous appellerons C, a pour grandeur 5,4. La deuxième (B) tourne
très rapidement autour de la première; la troisième circule autour
de ce couple, mais avec une grande lenteur.
ASTRONOMIE. — SUPPr.ÉMENT. 43
]S0-^'
Fig. 242. — Orbite apparente de C du Cancer.
338 SYSTÈME TERNAIRE DE Ç DU CANCER
Depuis la première mesure faite en 1781 par William Herschel,
l'étoile B a déjcà parcouru presque deux fois son orbite; elle est re-
passée en 1840 au point où elle avait été vue en 1781, et depuis
1840 elle a déjà accompli les deux tiers d'une révolution nouvelle.
J'ai calculé cette orbite en 1873, et trouvé 61 ans pour la durée de la
révolution ; mais cette durée ne doit pas être constante, à cause de
l'action perturbatrice de la troisième étoile. L'orbite apparente, telle
que nous la voyons de la Terre, est presque circulaire ; mais l'étoile A
n'est ni au centre ni au foyer de cette orbite apparente, de sorte
que la distance varie suivant une proportion assez forte : de 0",4 à 1",2.
L'orbite réelle est plus allongée; la projection de son grand axe
forme un angle considérable avec le grand axe apparent, comme on
peut en juger par la figure précédente, qui représente l'orbite tracée
sur l'ensemble de toutes les observations précises faites depuis
1825. — L'échelle est de S""" pour 1".
C'est là un couple orbital très serré et fort rapide. Mais son intérêt
s'accroît considérablement par l'existence de la troisième étoile qui
forme un système physique avec les deux premières et gravite lente-
ment autour d'elles. Examinons en détail les caractères de ce triple
système.
Mes recherches sur les étoiles doubles m'ayant conduit, dans le cours de
l'année 1873, à analyser toutes les observations faites sur ce groupe remar-
quable, j'ai été frappé de la forme irrégulière affectée par le mouvement de la
troisième étoile. Construisant l'orhite apparente, comme j'avais l'habitude de le
faire pour les couples d'étoiles doubles en mouvement rapide, je trouvai des
stations et des rétrogradations inattendues, et une courbe en forme d'épi-
cycloïde. Tournant et retournant les observations dans tous les sens, je ne
cessai pas de trouver cette irrégularité constante, et au mois de mars 1874 je
communiquai ce fait si curieux à plusieurs astronomes, qui partagèrent mon
étonnement (notamment à MM. Faye, Président du Bureau des Longitudes ;
Paul et Prosper Henry, de l'Observatoire de Paris; Gonzalès, de Bogota, alors
à Paris ; Charles Boissay, rédacteur des Mondes, etc.). Avant de présenter ce
résultat à l'Académie des sciences, comme j'avais l'habitude de le faire, je
voulus le compléter par les mesures récentes les plus précises que je pourrais
obtenir, et j'écrivis à cet égard à M. Otto Struve, directeur de l'Observatoire de
Poulkowa, pour lui demander communication de ses dernières mesures sur ce
remarquable système. L'astronome russe ne me répondit pas ; mais quelques
mois après, tandis que M. Faye et moi attendions sa réponse, il crut mieux
faire, sans doute, en l'envoyant à l'Académie elle-même et en révélant au
monde savant cette singularité de l'orbite de la troisième étoile de î du Cancer.
C'est une coïncidence bien remarquable que M. Otto Struve ait justement fait
cette découverte après avoir reçu ma lettre ; c'en est une autre non moins
curieuse qu'il se soit justement occupé de l'analyse de cette étoile en même
SYSTEME TERNAIRE DE C DU CANCER
339
temps que moi (qui consacrais alors exclusivement mon temps (1873 et 1874) à
cette analyse dos couples rapides) ; c'en est une troisième qu'il ait construit
l'orbite apparente par la méthode graphique que j'employais comme pre-
mière approximation de préférence à l'analyse mathématique; c'en est une
quatrième qu'il ait envoyé sa découverte en France contrairement à ses habi-
tudes allemandes et russes, etc. En raison de ces curieuses coïncidences, j'ai, le
jour même de la publication de son travail dans les Comptes rendus, remis à
l'Académie un pli cacheté constatant les résultats auxquels j'étais parvenu,
indépendamment de l'astronome russe (ne pas lire rusé) et antérieurement à
leur publication [ce document est toujours à l'Académie, et on le décachettera
quand M. 0. Struve le désirera]. Mais ne perdons pas plus de temps en futilités
et parlons de l'anomalie dont il s'agit.
Depuis la première mesure, faite en 1756 par Tobie Mayer, l'étoile G a parcouru
68°, non d'un mouvement uniforme, mais d'un mouvement irré°-ulier.
Les mesures de 1756 à 1826 sont trop incertaines pour essayer le tracé de la
courbe ; mais à partir de 1826 elles permettent ce tracé. Si l'on prend le milieu entre
l'étoile A et l'étoile B, ce point voyage avec le mouvement circulaire de B et décrit
d'année en année la courbe représentée par la flèche intérieure {fig. 243). C'est
généralementà ce milieu mobile que se rapportent les mesures de G, car comme
A et B sont presque de môme éclat, on pourrait les prendre l'une pour l'autre
et mesurer par inadvertance BG pour AG :
il est préférable de placer le point de
départ entre les deux étoiles. Or, si l'on
reporte sur un diagramme toutes les me-
sures faites à partir de ce point mobile, on
obtient la singulière courbe que l'on voit
au sommet du petit diagramme ci-dessus :
l'étoile G avance d'un mouvement direct
jusqu'en 1835, descend, rétrograde jus-
qu'en 1845, repart, un peu au-dessous de
la courbe primitive, jusqu'en 1854, tourne
de nouveau, en rétrogradant, jusqu'en
1860, puis remonte, repasse eu 1862 tout
près du point où elle est passée en 1836,
et repart d'un mouvement direct, en s'é-
levant jusqu'en 1869-1870, pour redes-
cendre lentement jusqu'à l'époque ac-
tuelle. Il y a là deux espèces d'épicycles
irréguliers extrêmement curieux {fig. 243 :
échelle de 1°"" pour 1").
On peut aussi , sur ce même dessin, poin-
ter les mesures prises à partir de l'étoile A ; elles s'accordent avecles précédentes.
Tel est le mouvement des deux étoiles B et G autour de A supposée fixe. On le
voit, le cours de B est régulier, mais celui de G est étonnamment compliqué.
Nous avons là les deux mouvements tels qu'on les observe de notre observatoire
terrestre.
Si l'orbite de la troisième étoile était tracée autour du point médian mobile,
Fig. 243. — Le système ternaire de ç du Cancer.
. Mouvement observé sur la troisième étoile.
340
SYSTEME TERNAIRE DE Ç DU CANCER
considéré comme centre de gravité, elle devrait reproduire dans l'espace une
courbe semblable à celle de ce centre de gravité, avoir rétrogradé, en descen-
dant, de 1826 à 1851, et en remontant de 1851 à 1864, et avoir suivi un marche
directe à partir de 1864 en remontant jusqu'en 1875 pour s'abaisser ensuite. La
dernière partie de la courbe tracée se conforme assez bien à cette hypothèse,
car le mouvement est direct depuis 1864; la section de 1864 à 1858 s'accorde
encore avec le déplacement du centre de gravité pendant cette période; mais de
1858 à 1864 l'étoile G remonte, ensuite rétrograde de 1854 à 1844 (suivre sur le
dessin), puis revient de 1844 à 1832, sans que l'allure de notre flèche courbe jus-
tifie en rien cette sorte de boucle. Le déplacement du centre de gravité de
-^ n'est donc pas seul en jeu dans la production de cette orbite.
Ainsi, l'étoile G ne tourne d'un mouvement régulier ni autour de A, ni autour
du centre de gravité entre A et B, supposé situé entre ces deux étoiles.
Il y a un tel fouillis (c'est le mot) dans les positions mesurées de 1837 à 1863,
que la courbe précédente est loin d'être sûre, et qu'au lieu de cette double
boucle on peut également tracer celle de la fig. 244 qui représente sans plus de
sûreté l'ensemble de ces positions. Ce qu'il
y a de certain , c'est que l'étoile G s'est
arrêtée en 1837, a subi une double pertur-
ba tion, est revenue vers le même point en
1863, et depuis a continué de marcher en
sens direct, en traçant une courbe assez
régulière qui s'abaisse depuis quelques
années et va sans doute de nouveau s'ar-
rêter et rétrograder.
L'arrêt de 1837 correspond à l'époque
de l'aphélie des étoiles formant le couple
A et B. La plus grande vitesse correspond
à l'époque du périhélie de ces deux étoiles.
Nous pouvons nous demander laquelle
des deux étoiles A et B exerce la plus puis-
sante influence attractive sur la troisième
étoile. Il semble que ce soit B, car si l'on
trace la courbe sur l'ensemble des posi-
tions mesurées, en supposant B fixe et A
tournant autour, on obtient la fig. 245,
sur laquelle la courbe se montre plus dé-
veloppée et moins compliquée. Il y a encore l'arrêt de 1837, et un abaissement
de la trajectoire; mais, à partir de 1846, le mouvement est direct; il arrive à un
maximum de vitesse en 1851-1852, époque à laquelle l'étoUe A s'est trouvée en
conjontion et où les trois astres étaient en ligne droite; puis on remarque un
ralentissement et un abaissement de 1858 à 1863, et ensuite l'orbite subit une
inflexion qui paraît reproduire par sa direction comme par sa forme celle du
centre de gravité de 1863 à 1880.
Enfin, pour épuiser la discussion de cet intéressant problème, j'ai encore
tracé k courbe du mouvement, non plus autour de A ou de B fixes, avec le
Fig. 244. — Courbe possible de la troisième
étoile du système î du Cancer.
SYSTÈME TERNAIRE DE C DU CANCER
341
centre de gravité mobile, mais autoui' de co centre de gravité lui-même supposé
fixe. Effet, si l'étoile G subissait uniquement l'influence de ce centre de gravité
(supposé coïncidant avec le milieu entre A et B), son mouvement autour de ce
centre devrait être uniforme et régulier. Or, il n'en est rien, comme on peut en
juger par la jig. 246. L'arrêt de 1837 se manifeste toujours. Il en est de même
de l'accélération de 1851-1852. On remarque un ralentissement en 1855 et une
nouvelle rétrogradation. Puis la courbe reprend en sens direct et s'infléchit pour
se rapprocher de nouveau du centre en arrivant à l'époque actuelle. Il faut donc
que de 1836 à 1847 et que de 1855 à 1865 le centre de gravité ait été abaissé et
reculé, ou, pour une cause quelconque, ait agi moins fortement. Le premier cas
s'expliquerait par la prépondérance de l'étoile B, à l'aphélie, et dans la section
inférieure de son cours. Ensuite, les trois étoiles arrivant en ligne droite, il y
<
X
Fig. 245. — Courbe décrite par la Iroisième étoile
en supposant la deuxième immobile.
Fig. 2'i6. — Conrbs décrite par la troisième lîtoila
autour du centre de figure suiiposé lise.
aurait eu recrudescence de vitesse dans le mouvement de la troisième ; puis B
aurait opéré de nouveau une sorte d'enrayement jusqu'en 1865, où l'approche
du périhélie aurait de nouveau ranimé le mouvement orbital.
Si l'on admet que les trois étoiles aient la même masse, et si l'on trace l'orbite
elliptique de B autour de A supposée fixe, on constate que, lorsque B est au péri-
hélie et en conjonction, le centre de gravité des trois soleils se trouve en dehors
de l'orbite de B, entre B et G, au sixième de la distance de B à G. Au contraire,
lorsque B est à l'aphélie et en opposition, le centre de gravité des trois corps se
trouve dans l'intérieur de l'orbite de B, au dixième de la distance de.A à G. Dans
le premier cas, l'étoile G subit une attraction plus énergique et sa trajectoire
doit paraître s'élever, puisque le centre de gravité s'élève lui-même. Dans le
second cas, cette troisième étoile doit s'abaisser et en même temps se ralentir.
Les deux circonstances du second cas, l'aphélie et l'opposition, se sont présen'
34-2 LA CONSTELLATION DU CANCUR
tées de 1837 à 1852; les deux circonstances du premier, le périhélie et la con-
jonction, se sont présentées en 1869 et 1874. L'aspect de nos deux premières
figures, dans lesquelles le mouvement est rapporté à A supposée fixe et B moLile,
s'accorde assez bien avec ces conditions. D'autre part, l'accélération de mou-
vement en 1851-1852, mis en évidence par les deux figures suivantes, condui-
rait à penser que l'étoile A a eu à cette époque une plus grande influence sur
C, accroissant alors sensiblement sa vitesse. Le troisième corps a été chassé sur son
orbite avec plus d'énergie en 1832, 1851 et 1870 qu'en 1843, 1862 et 1880. Il y
a là une sous-période de dix-neuf ans assez singulière.
Ce curieux Système ternaire est le premier exemple que le ciel
sidéral nous ait offert du fameux problème des trois corps, qne nul
géomètre n'a encore pu résoudre, et qui, par sa nature indéter-
minée, se trouve même encore aujourd'hui au-dessus des esprits
mathématiques de l'ampleur des Newton, des d'Alemhert, des La-
place et des Leverrier. De tels problèmes ne peuvent encore aujour-
d'hui, dans leur transcendance, être présentés que comme de simples
curiosités naturelles à contempler.
Quoi qu'il en soit, les terres habitées qui gravitent autour de ces
trois soleils doivent éprouver les plus singulières perturbations dans
leur cours. Qu'est-ce que les dLx pauvres mouvements de la Terre à
côté des centaines de nutations et de librations que tous ces mondes
doivent subir en réagissant ensuite mutuellement les uns sur les
autres ! Les soixante balancements compliqués de notre lune, qui ont
déjà fait le désespoir de tant d'astronomes, ne sont que des jeux d'en-
fants lorsqu'on les compare aux fluctuations sans nombre que subis-
sent dans leurs années, dans leurs mois, leurs saisons, leurs climats,
leurs jours et leurs nuits, les humanités illuminées par ces trois soleils.
Quels magnifiques observatoires pour l'étude de la mécanique céleste!
Que les astronomes qui habitent en ces régions exceptionnelles
doivent être enchantés de leur sort ! Ne serait-il pas équitable que
Newton fût réincarné là, comme complément logique de sa vie ter-
restre?... Pour moi, je ne regarde jamais cette étoile, qui scintille
d'une calme lumière dans l'alignement de Castor et Pollux, sans
m'intéresser à ces balancements mystérieux et sans rêver au calen-
drier fantastique de ce lointain univers.
Telle est la curiosité principale de la constellation du Cancer. Nous
lui trouverons un pendant un peu plus loin, dans le Scorpion. Ajou-
tons encore à notre galerie de tableaux célestes, avant d'arriver à la
majestueuse constellation du Lion, une jolie nébuleuse, ou, pour
mieux dire, un remarqual;)le amas d'étoiles, qui git vers le milieu de
LA CONSTELLATION DU LION 343
la distance qui sépare e de l'Hydre de S du Cancer, tout près de a, à
l'ouest. C'est un riche amas (Messier 67) que l'on peut presque ob-
server à l'œil nu, qui ne mesure pas moins
de 25' de diamètre, et qui se compose
d'un grand nombre d'étoiles de W et de
11° grandeur; William Herschel en avait
déjà compté plus de deux cents en 1783.
L'ensemble affecte un. peu la forme d'un
bonnet phrygien.
La constellation du Lion, à laquelle Fig. 247. - La n^bmeuse m. e?
nous arrivons en ce moment, est l'une
des plus grandes figures du ciel : le géant Orion et le char du
Nord, seuls, la dominent par la majesté de leur aspect. Elle s'étend,
en effet, sur quatre heures d'ascension droite, comme on a déjà
pu le remarquer {fig. 238), couvrant 60 degrés de longitude et 30 de
latitude. Les principales étoiles qui la dessinent sont brillantes, de
deuxième et troisième grandeur (Régulus atteint même le premier
ordre d'éclat), et le quadrilatère, ou pour mieux dire la figure poly-
gonale esquissée par la disposition de ces soleils, donne l'idée d'un
animal d'une grande force qui regarde vers le couchant et s'avance
noblement dans la direction du mouvement diurne.
Le Lion se lève en janvier, occupe l'orient en janvier et février,
monte dans le ciel du sud en mars et avril, trône sur nos nuits étoilées
pendant la saison charmante du printemps, descend en juin vers l'oc-
cident ; sa tôte touche l'horizon occidental vers les premiers jours de
juillet, et il est entièrement couché vers le 15 août. — Nous parlons
toujours pour l'heure moyenne que nous avons choisie : 9 heures
du soir. Si l'on observe deux heures plus tard, on s'avance d'un
douzième, c'est-à-dire d'un mois, sur l'aspect du ciel; quatre heures
plus tard, on s'avance de deux mois. Les amis des étoiles qui seraient
impatients de les reconnaître n'ont donc qu'à veiller pour les
attendre.
. L'étendue de cette constellation, l'exiguïté relative de celle qui la
précède, suffiraient pour nous apprendre que la division du Zodiaque
eji douze signes correspondant aux douze mois de l'année est posté-
rieure à la formation des constellations. Chaque signe zodiacal oc-
cupe un douzième de la ceinture complète, soit 30 degrés. Or, jamais
le Lion ni le Cancer n'ont eu aucun rapport avec ce partage, le pre-
mier par sa grandeur, le second par sa petitesse. La division en douze
344 LA CONSTELLATION DU LION
parties a été postérieure à la formation des constellations principales,
dont les plus apparentes ont été les premières remarquées, les pre-
mières établies. Parmi les constellations zodiacales en particulier, le
Taureau, les Gémeaux, le Lion, la Vierge, le Scorpion, le Sagittaire
les Poissons , doivent être antérieures au Cancer, au Bélier , au
Capricorne, au Verseau et à la Balance. Le nombre de douze n'a
été arrêté qu'à la formation du Zodiaque, c'est-à-dire après l'obser-
vation faite du cours annuel du soleil.
Nous pouvons même tenir pour certain que le Lion était autrefois
encore plus gigantesque qu'il ne l'est aujourd'hui. Au temps d'Abd-
al-Rahman Sùfi, les Arabes nommaient encore Prsesepe al-natsra
« le milieu du nez » ou la fossette entre les deux moustaches, et ils
appelaient les deux étoiles qui suivent la Crèche, y et ^ du Cancer, ai-
mincharaïn mincharai al-âsad « les deux narines du Lion », al-natsra
étant le museau. Ils nommaient aussi les deux étoiles avec la nébu-
leuse fûm al-âsad « la bouche du Lion ». D'autre part, les pre-
mières étoiles de la Vierge et la chevelure de Bérénice représentaient
les jambes et la queue du Lion. Eratosthènes avait déjà dit en par-
lant du Lion : « Il a 17 étoiles, plus 7 obscures qu'on appelle les
boucles de cheveux de Bérénice-Evergète. » Ces traditions, comparées
à l'aspect même du ciel, nous invitent à tracer l'esquisse du Lion
d'après tout cet ensemble, et l'on peut voir par le dessin qui en ré-
sulte ifig. 248) que l'idée d'un lion gigantesque a pu facilement naître
de la disposition de cet assemblage d'étoiles.
Aujourd'hui, le Lion est relégué dans le quadrilatère formé par
les étoiles p, $, y et «, qui en dessinent en quelque sorte la char-
pente; en avant, à l'ouest, les étoiles y?, y, C, /x et e tracent une
courbe qui indique la position de la tête du roi des carnassiers. Ces
étoiles sont faciles à reconnaître dans le ciel, en se servant de notre
fïg. 249, et les autres se découvriront également sans beaucoup de
peine.
Dans la mythologie, ce Lion céleste passait pour être l'apothéose
de celui que tua Hercule dans la forêt de Némée. Au moyen âge, les
cabalistes y voyaient le Lion de la tribu de Juda, et quelques com-
mentateurs chrétiens l'un des lions de la fosse de Daniel. Dans l'an-
cienne météorologie, le Lion était associé aux chaleurs de l'été. En
astrologie, on lui attribuait ime grande influence, et ceux qui nais-
saient sous son signe étaient destinés aux honneurs et à la fortune.
Son étoile la plus brillante, «, que l'on nomme depuis bien des siècles
a le cœur du Lion», était appelée par les Grecs Basiliscos, parce
LE LION. — REGULUS
345
que, dit Geminus, ceux à la naissance desquels elle préside directe-
ment, passent pour être de race royale. Ce nom de Basiliscos (litté-
ralement : Petit Roi), est devenu chez les Arabes Al-Maliki, « la
royale », comme on le voit dans Sùfi et Ulugh-Beigh. Copernic, le
premier, a traduit ce mot dans le latin Regulus, qui veut dire égale-
ment Petit Roi. Tycho lui donne les deux titres : Regulus et Basilis-
cus : c'est le premier qui a été universellement conservé. Ce nom de
Regulus ne vient donc pas, comme on l'a parfois supposé, de celui du
général romain qui vainquit les Carthaginois et eut la courageuse
Fig. 248. — Étoiles formant la figure du Lion.
folie d'aller se faire martyriser par eux, mais d'un titre attaché à la
prétendue influence astrologique de ce lointain soleil.
La deuxième étoile du Lion par ordre d'éclat, p, a reçu le nom de
Denebola, dérivé de dzanab al-asâd <c la queue du Lion » : on a d'a-
bord prononcé Dzenebalaâd, et l'on a fini par Denebola. C'est du
darwinisme dans la linguistique, et il n'est pas plus contestable que
celui de l'histoire naturelle, quoique susceptible, lui aussi, de cer-
taines interprétations aventureuses et erronées. — Sans 'l'impri-
merie, qui a fixé les mots , les Italiens auraient peut-être fini par
appeler cette étoile Debola, et les Français la débile.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 44
346 LE LION. — Ul'XULUS
Regardez avec attention le resplendissant Régulus, le Cœur du
Lion ; c'est sur lui que se réglait aux siècles antiques le calendrier
primordial des vénérables astronomes delà Clialdée et de la Babylonie;
c'est cette étoile que, la clepsydre à la main, les veilleurs de nuit de
la tour de Babel observaient pour déterminer les équinoxes et les
solstices; c'est cet astre dont Tymocharis et Aristillus ont mesuré
avec soin la longitude, et c'est cette longitude et celle de l'Épi de la
Vierge qui ont fait découvrir à l'Alexandrin Hipparque le mouve-
ment séculaire de la précession des équinoxes. Les Annales de l'As-
tronomie nous ont conservé les observations suivantes :
AN LONGITUDE
Avant notre ère. .. — 2120 Astronomes babyloniens 92'>30'
— '295 Timocharis 117.54
— 127 Hipparque 119.50
De l'ère chrétienne. + 136 Ptolémée 122.30
964 Abd-al-Rahmann Sûfi 135.12
1587 Tycho-Brahé 144.17
1880 Astronomes modernes 148. 9
Comment ne pas éprouver, en contemplant cette étoile, le sen-
timent de respect et de vénération qui s'attache aux antiques
souvenirs ! comment ne pas songer aux générations disparues dont
cette même étoile a guidé les pas dans les chemins de la vie? comment
ne pas voir renaître de l'obscur tombeau des idées, les faits mémo-
rables qui depuis l'Egypte, la Phénicie, la Grèce, le Moyen Age, ont
été successivement associés à la contemplation des cieux, à la déter-
mination des dates de l'histoire, aux fluctuations variées de la science,
des arts, de la littérature et de la politique ! Quel enseignement
chaque étoile nous donnerait, si elle pouvait nous répondre sur tout
ce qu'elle a vu et sur tout ce que, sans le savoir, elle a dirigé,
conseillé, béni, depuis les origines de l'histoire jusqu'à nos jours!
Le Lion est l'une des constellations qui ont joué le plus grand rôle
dans les fastes de l'astronomie, de la navigation, et même dans celles
de la religion et de l'histoire. Régulus, allié surtout à Jupiter,
régissait les hautes destinées, mais était implacable pour les petits.-
Denebola passait pour avoir la puissance de détourner l'influence du
Lion dans les grandes chaleurs et de faire changer le temps quand la
pleine lune arrivait vers elle. Mais ne nous attardons pas sur des
souvenirs historiques, et faisons connaissance avec les belles étoiles
qui composent cette vaste constellation.
Le premier aspect qui nous frappe dans l'examen de cette région,
c'est le nombre de ses étoiles brillantes. Tandis que les plus belles
LES ÉTOILES DU LION 34"
étoiles du Cancer, « et (3, ne sont que de quatrième ordre, Bayer a dû. (
pour le Lion, épuiser presque toutes les lettres de l'alphabet gieb ,
pour les quatre premières grandeurs, et il n'a pas compté moins de
29 étoiles de la première à la cinquième grandeur inclusivement. ^
Cet ordre s'est sensiblement modifié depuis l'an 1603. Ainsi,
les étoiles v et Ç sont descendues de la quatrième à la cinquième
grandeur (en 1693, Maraldi ne vit même l que de 6=), tandis que la
suivante o gardait toujours son même éclat de quatrième brillante. Il
en est de même de ir et de r, qui sont également descendues de la qua-
trième à la cinquième. Sur ces quatre étoiles , l est celle qui a subi la
plus forte fluctuation, car Ptolémée, Sûfî, Ulugli Beigh, Argelander,
l'ont vue de sixième ; Piazzi, les observateurs d'Armagh, l'ont vue de
cinquième, Tycho-Brahé, Bayer, Hévélius, Mayer, l'ont inscrite de
quatrième, et le plus étonnant peut-être encore, c'est qu'elle est com-
plètement absente du grand catalogue de Lalande, qui ne renferme
pas moins de 47390 étoiles de la première à la neuvième grandeur.
L'étoile i( est descendue de la cinquième à la sixième entre
Ptolémée et Sûfi, est remontée à la cinquième au temps de Tycho,
Bayer et Hévélius, a complètement disparu pour les observations
faites par Pigott de 1660 à 1667, est revenue à la sixième au temps de
Flamsteed et de ses successeurs. Piazzi l'a notée de 5° 1/2, Lalande
deux fois de 6° et une fois de 6" 1/2. Elle est actuellement de 5° 1/2.
L'étoile X, a été observée par Piazzi 27 fois en ascension droite,
et 23 fois en déclinaison, et il ne l'a notée que de quatrième et demie,
tandis qu'en général on la note de troisième. La différence est trop
sensible pour ne pas être fondée sur une variation réelle. Les obser-
vateurs d'Armagh l'ont également notée de quatinème et demie. Elle
est actuellement d'une demi-grandeur plus brillante que ri.
L'étoile |3, autrefois de première, est actuellement de deuxième.
L'étoile p' paraît également variable. J'ai inscrit pour la date
de 1800 l'observation de Lalande, car Piazzi ne Tapas observée. Elle
est absente aussi du catalogue de Flamsteed, ce qui porte à croire à
un affaiblissement vers cette époque.
Les descriptions anciennes de t, u, ^ et 69 p" ne concordent pas. Je
:les ai corrigées de mon mieux.
j Si les étoiles 93 et 92 n'ont pas été signalées anciennement, c'est
sans doute à cause de leur situation un peu externe. i
! L'étoile P. IX, 230, remarquée par Hévélius et Flamsteed, était
alors pliT' brillante que ses deux voisines du sud-est et de l'est, qui
n'ont pas été remarquées
348
LA CONSTELLATION DU LION
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU LION
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES —127 +960 1430 1590 1603 1660 1700 1756 1800 18i0
1800
18S0
« {Régulus
> 1
1
1
1
1
1
1
1
1
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» 4
1,9
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1
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1 i
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2
2
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3
24
24
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3.2
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3
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3
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3
3
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3
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4,5
P. IX, 230
5
5
C.7
6
54
6,0
LA CONSTELLATION DU LION
34*
Deux étoiles ont disparu : celle que Bayera nommée i, entre « et n,
et celle que Ptolémée a signalée entre (î et0 et qui correspond au n" 71
du catalogue de Flamsteed.
La première pourrait bien n'avoir jamais existé. Le seul atlas qui
l'ig. ,19. — Êloile« principales de !a congtellation rlu Lion.
la porte est celui de Bayer, et le seul catalogue qui la possède est
celui de Tycho, par 142» 24' de longitude et 2° 10' de latitude boréale,
au nord-ouest de Régulus. Flamsteed a observé non loin de là une
étoile de 7' grandeur, qui porte le n» 26 ; mais quoique Baily ait
identifié cette étoile avec celle de Tycho, la différence de position est
350 LEri ÉTOILES DU LION
trop grande pour que nous puissions admettre cette identité. On
la confond assez souvent aussi avec la 16' étoile de Ptolémée, que l'on
nomme 46 i; c'est encore là une erreur : le n° 46 de Flamsteed est fort
à l'ouest de Régulus et n'a jamais correspondu avec l'étoile nommée i
par Bayer. La position de Tycho et de Bayer, portée à l'époque de
Flamsteed (1690), donne : M = 146° 45' et 2) = 15" 40', tandis que
26 Lion est par 145° 19' et 16° 40'. On voit que la différence est consi-
dérable pour les mesures modernes.
Cette étoile i de Bayer, serait, pour l'époque 1800, par 148° 14'
d'ascension droite et 15° 9' de déclinaison. On ne voit aujourd'hui
dans cette région du ciel que quelques petites étoiles de huitième
grandeur. Si, comme il est possible. Bayer n'a pas observé lui-même
cette étoile et s'est fié à Tycho-Brahé, son insertion dans le catalogue
de l'astronome danois (étant la seule qui existe) pourrait provenir
d'une erreur d'observation, de calcul ou de transcription ; l'extinction
d'un soleil est un fait si grave dans l'histoire de l'univers, qu'il
est plus naturel de croire à une erreur humaine qu'à un tel
événement.
Ce ne serait pas une raison suffisante, cependant, pour rejeter
toujours sur des erreurs les discordances qui se manifestent entre
les observations anciennes et les modernes. Une observation isolée
peut être soumise à caution, non plusieurs. Et la seconde étoile
que nous avons à signaler ici se présente comme un exemple contraire
au précédent. Cette étoile, qui porte le n* 71 du catalogue de Flamsteed,
a certainement subi des modifications d'éclat.
Voici le changement fort curieux qui s'est opéré dans cette région
du ciel. Son examen demande, pour notre instruction, une analyse un
peu détaillée.
En décrivant la figure du Lion, Ptolémée signale une étoile de la cinquième
grandeur, qu'il désigne ainsi : « ton en toïs gloutoïs boreïoteros, » ce qui, traduit
en français, signifie (pardonnez l'expression) : « la boréale des deux qui sont
dans les fesses ». L'australe de ces deux étoiles est 6, de troisième grandeur.
Antérieurement à ces deux étoiles Ptolémée en signale deux autres qu'il décrit
ainsi : 1° l'occidentale des deux dans les reins (osphuos) : 2° l'orientale. El voici
les positions qu'il donne de ces quatre étoiles.
1" (19) l'occidentale des deux dans les reins •
2» (20) l'orientale — —
3° (21) la boréale des deux dans les fesses. .
4» (22) l'australe — —
Eloiles
Longjtuda
Latilude
Grandeur
corresp.
ISl-ÎO'
12» 15'
6e
b
134.10
13.40
2«
8
134.20
11.10
5=
71
136.20
9.40
3'
LES K'iDll.i;.-? DU MON
351
Si nous traçons l'esquisse de cette région (fig. 250), nous constaterons que les
quatre étoiles 6, S, 71 et 6 correspondent exactement à la description de Ptolémée.
Sur ces quatres étoiles, h a aug-r
mente de la 6° à la 5° grandeur, et
même à la 4° en 1840 ; S est restée de
la deuxième ; est restée de la troi-
sième; mais 71 a disparu.
Dès le X* siècle de notre ère, Sût?
remarquait cette disparition, toute-
fois sans y croire et en admettant plu-
tôt une erreur dans la latitude. « La
19" et la 20", dit-il, sont deux étoiles
situées dans les reins : la précédente
est une brillante de la cinquième
grandeur et la suivante est de
deuxième ; c'est celle que l'on appelle
le dos du Lion [zhahr al-dsad). Selon
Ptolémée, la 21" se trouve avec la
22" dans les fesses al-harkafa, au sud ""''■ '"'■ " "^^ ""'^^ '" '^ ^""'''^ '^°^"=^'^"'-« '" ^''°"
de la brillante 20", et est de la cinquième grandeur; cependant, entre la 20'' et
la 22" on ne voit pas d'étoile. » Et l'astronome persan ajoute : « Elle est au
nord de la 20",et est de cinquième ordre. »
Il y a en effet là, au nord de S, une étoile de cinquième grandeur (72 FI.).
Mais il est impossible de faire concorder sa position avec la description de Pto-
lémée, ni avec sa latitude. Essayez de dessiner le dos du Lion avec autant d'ima-
gination que vous le voudrez, vous ne parviendrez jamais à mettre (pardonnez
encore l'expression) les fesses au-dessus des reins. Et il n'y a pas à supposer que
la ligne du dos passait autrefois plus haut ou plus bas qu'aujourd'hui, car les
deux étoiles 41 et 54 sont nommées dès l'antiquité a les deux étoiles au-dessus
du dos ». Le plus singulier est encore que Sûfi conserve la latitude de Ptolémée,
au lieu de donner celle de l'étoile 72 ; voici ses positions :
Étoiles
Longitude Ixitilude Grandeur corrtsp.
1» (19) la précédente des deux sur les lombes. 144» 2' 12°15' 5.4 6
2° (20) la suivante — — 146.52 13.40 2 S
3» (21) la boréale des deux dans les fesses. . . 147. 2 11.20 5 ?
4» (22) l'australe — — 149. 2 9.40 3 e
Les longitudes sont augmentées de 12" 42', à cause de la précession des égui-
noxes. Les latitudes sont invariables. Il y a bien une petite différence de 10' dans
celle de notre étoile, mais elle provient sans doute d'une copie, et est d'ailleurs
insignifiante. La latitude de 72 est 16° 47'.
Ulugh Belgh vient à son tour. Il garde le texte de Ptolémée et de Sùfi : « m
coxis », mais il mesure la latitude de l'étoile 72. De son temps, l'étoile 71 était
donc invisible, comme du temps de Sùfi.
Ty^.ho-Brahé donne de ces quatre étoiles la description suivante :
852 LES ETOILES DU LION
Étoiles
Longitnds Lttitad* Grandtar correip.
1» (19) la précédente des deux dans les lombes . , 153»14' 12053' 5 b
2' (20) la brillante qui suit 155.41 14.20 2 «
3» (21) la précédente boréale des deux dans la fesse. 157.50 9.41 3 9
4» (22) la suivante australe 159. 8 7.50 6 n
La première et la seconde étoile sont les mêmes que dans les exemples pré-
cédents; mais la troisième est 9 et la quatrième est n, au-dessous de 9, et non
plus entre 6 et S comme anciennement. La conclusion est la même : quoique
l'illustre astronome ne paraisse pas s'en être aperçu, ses deux dernières étoiles
ne correspondent pas à celles de ses prédécesseurs, et l'étoile de Ptolémée con-
tinue à rester invisible.
Cette troisième étoile n'existe pas davantage sur les atlas de Bayer et d'Hévé-
lius ; mais — et c'est là ce qui prouve que la description de Ptolémée concorde
avec l'existence d'un astre réel — Flamsteed a observé précisément en ce point
du ciel, le 8 avril 1691, une étoile de sixième grandeur, qui porte le n° 71 de
son catalogue. Par un surcroît de complications, il est vrai, cette étoile a été
ensuite corrigée sur ce catalogue, puis rétablie, et ici encore se glisserait la
place d'un doute, si un autre observateur, non moins sûr que Flamsteed, Lalande,
n'avait observé aussi la même étoile, qui porte le n° 21660 de son catalogue et
qui est inscrite de 6" grandeur et demie. Sa position, réduite à l'année 1880, est :
^^llhi2n.û'; (D = 18<'32'0'.
D'Agelet a observé cette étoile le 2 mai 1783 et l'a inscrite de 8^ grandeur.
Vers la même époque, Piazzi ne l'a pas vue du tout.
Bessel a passé cette zone en revue le 3 avril 1829, et n'a pas observé cette
étoile, quoiqu'il ait inscrit tout près de là (à 19 secondes à l'ouest et à 22' au
nord de la position de 71) une étoile de 9' grandeur.
D'autre part, entre les années 1828 et 1854, elle a été observée à l'Observatoire
d'Armagh cinq fois en ascension droite et cinq fois en distance polaire, et elle
est inscrite de 6» grandeur dans ce catalogue — toutefois encore avec une erreur
dans la distance polaire : 74» 41' au lieu de 71° 41'.
Elle est marquée de 7" dans les atlas de Harding et Argelander, de 6° dans le
B-A-G, dans les catalogues de Greenwich et de Washington.
Je l'ai observée récemment (31 décembre 1880, ou pour mieux dire, 1" jan-
vier 1881, à 2 heures du matin) : plie est actuellement de 7* ^ grandeur.
Ainsi l'étoile vue il y a deux mille ans par les astronomes grecs existe réel-
lement; mais elle varie d'éclat de la cinquième à la huitième grandeur.
A ces transformations remarquables, si intéressantes, ajoutons
maintenant les variations périodiques plus rapides découvertes par
l'inspection permanente et attentive des célestes lumières. Et d'abord,
l'étoile R, dont la position est marquée sur notre carte {fig. 249), qui
devient à son maximum visible à l'œil nu : elle varie de 5, 8 à 11 dans
la période de 331 jours, présentant d'ailleurs dans cette période plu-
sieurs maxima et minima secondaires. Intéressante à chercher,
LE LION. - REGULUS
même à l'aide d'une petite lunette, et bien facile à trouver. Il y a là,
entre Régulus et ?,, une étoile de sixième grandeur, visible à l'œil nu ;
c'est FI. 18; et au-dessous, au sud-ouest, à 20', une étoile de sep-
tième grandeur (FI. 19); la variable R est juste au-dessousde celle-ci,
tout contre, dans le même champ, et toujours rouge, comme un feu.
Sa coloration offre justement un contraste frappant avec la blan-
cheur de ses deux voisines. Son dernier maximum est arrivé le 3 août
1880, son dernier minimum le 14 janvier 1881, et son prochain maxi-
mum arrivera le 11 juin. Qui nous expliquera le mystère de ces étran-
ges soleils?
Nous connaissons dans le Lion trois autres variables : S qui
oscille de 9,3 à 13 en une période de 192 jours, T qui change de
10 à 14, et U, qui varie de 9 à 14, en des périodes encore indé-
terminées. Ce sont là des étoiles télescopiques.
Le brillant Régulus doit trôner à une distance inimaginable de nos
tribunes politiques et religieuses, et je défie bien le plus fougueux des
athlètes qui pérorent avec véhémence dans l'une ou l'autre chaire, de
ne pas s'arrêter net, ébahi lui-même de la naïveté de ses phrases, s'il
réfléchit un instant que la France et l'Italie, Paris et Rome, l'em-
pereur d'Allemagne et le Pape, ne pèsent pas un carat dans la balance
des mouvements de l'univers. Ce Régulus, ce roitelet, comme l'appe-
laient les anciens, est incomparablement plus important à lui seul
que tous les vrais rois passés, présents et futurs, de notre fantas-
magorie terrestre, car il vaut plus que la terre entière, plus que
Jupiter, plus que Saturne, plus que notre immense Soleil et tout son
monde ; non pas que nous jugions cette importance au poids de la
matière, mais parce que ces magnifiques soleils, centres de systèmes
inconnus, régissent dans l'espace des destinées intellectuelles propor-
tionnées à leur majesté, et parmi lesquelles certaines âmes sont sans
doute d'une telle élévation au-dessus des nôtres que les humains qui
habitent là ne pourraient s'empêcher de prendre en pitié nos préten-
tions et nos suffisances. Un enfant de cinq ans est peut-être là plus
instruit que Newton à son lit de mort, que Socrate buvant la ciguë ou
que Jésus expirant sur le Golgotha.
• Malgré l'éclat splendide de sa lumière, indice d'un volume gigan-
tesque, toutes les tentatives faites pour mesurer la parallaxe de
■Régulus ont abouti à zéro, de sorte que nous pouvons, sans crainte
d'erreur, considérer sa distance comme dépassant cent trillions de
lieues, et sa lumière comme employant plus d'un demi-siècle, et sans
doute des siècles entiers, à nous parvenir. D'après les expériences
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 45
354
SYSTÈME STELLAIRE DE RÉGULUS
spectrales, ce soleil va en s'éloignant de nous en raison de 37 kilo-
mètres par seconde ; au contraire, (3 et y vont en s'approchant de
nous. Comme nous l'avons souvent remarqué déjà, lorsque nous
observons aujourd'hui les étoiles pendant la nuit silencieuse, nous
savons qu'elles ne sont plus fixes et immobiles : notre esprit les voit
voguer, se précipiter, s'enfuir, ou arriver vers nous, chacune suivant
la force qui l'anime et suivant la destinée qui l'emporte dans l'éternel
devenir.
Nous parlions tout à l'heure du système de Régulus. En effet, il
y a non loin de lui, à 2' 57", ou à 177", une étoile de huitième gran-
deur que Christian Mayer a mesurée pour la première fois en 1777, et
que j'ai mesurée juste cent ans plus tard, en 1877 : pendant cet inter-
valle de temps assez respec-
table, elle n'a pas subi le plus
léger changement dans sa
situation. Or, le brillant so-
leil est animé dans l'espace
d'un mouvement propre as-
sez rapide, de 27" par siècle.
Si , comme sa petitesse le
faisait supposer, l'étoile de
huitième grandeur était très
éloignée dans l'immensité en
arrière de Régulus et repo-
sait immobile à l'horizon de
l'infini, nous aurions re-
marqué depuis un siècle l'ef-
fet du mouvement de Régu-
lus passant devant elle. Mais cette pâle lumière n'est pas plus éloi-
gnée de nous que la brillante étoile :
elle marche de concert avec elle,
partage son mouvement propre, et
forme avec elle un même système,
un système stellaire qui vogue ra-
pidement vers l'ouest {fig. 252).
Nous en concluons en même temps
que cette petite étoile va aussi en
s'éloignant de nous, comme Ré*
gulus.
Quoiqu'elles nous paraissent se toucher, ces deux étoiles sont en
Ftg. 251. — Régulus et Bon compagnon (I">»="4").
\
\
'i'
Régulas
__/#-
■*/
M
Fig. 252. — Le système stellaire de Régulus.
Mouvement propre pour 1000 ans (1»" = 10").
LOINTAINS SYSTÈMES STELLAIRES 355
réalité à une éloquente distance l'une de l'autre. En admettant pour
elles une parallaxe d'un dixième de seconde, ce qui est un maximum,
puisque les observations ne décèlent rien du tout, ce dixième de
seconde représenterait, vu de là, 37 millions de lieues, une seconde
entière équivaudrait à 370 millions, et 177" à 65 milliards 490 millions
de lieues. C'est Là un minimum pour la distance réelle qui sépare ces
deux soleils dans l'immensité, car nous ne voyons pas de face la ligne
qui les| joint, mais en projection, en raccourci. En observant ce loin-
tain soleil, nous ne pouvons donc nous empêcher de songer à l'étendue
formidable de son système. Voilà un petit soleil qui sans doute gra-
vite autour de son puissant foyer, à une distance supérieure à 65 mil-
liards de lieues : c'est un rayon soixante fois plus vaste que celui de
Neptune au Soleil ! Si Régulus est analogue à notre foyer central pour
sa puissance attractive, son soleil secondaire emploie 464 fois plus
de temps à parcourir autour de lui son orbite immense que Neptune
à tourner autour de notre Soleil, c'est-à-dire que sa période surpasse
76 000 ans ! Il n'y a rien de s?irprenant à ce que le mouvement orbital
soit insensible depuis cent ans seulement que nous l'observons : à ce
taux, il faudrait 213 ans pour un seul degré. Dans trois ou quatre
cents ans, au xxiif ou au xxiv' siècle de notre ère, nous saurons sans
doute à quoi nous en tenir.... Mais, peut-être, d'ici-là aurons-nous été
visiter ce système en personnes : ce ne serait pas un voyage dépourvu
d'intérêt. Et quelles choses inattendues nous montreraient les indi-
gènes de ce nouveau monde!... Mais encore, quelle que soit la vitesse
que nous supposions aux ailes de l'âme, combien d'années, combien
de siècles n'emploierions-nous pas pour traverser l'abîme céleste qui
nous sépare de ce grandiose système! Que dis-je! des années, des
siècles.... — Il n'y a point d'années, point de siècles dans l'univers.
Ajoutons encore que ce soleil secondaire de Régulus est double lui-
même, ayant à côté de lui un minuscule compagnon de 13° grandeur,
écarté à 3",2, à l'est, vers 90°, C'est peut-être une planète de son sys-
tème.
L'étoile |3 du Lion, Denebola, est signalée comme étoile double
écartée par l'amiral Smyth dans son « Cycle of celestial objects », et
par Webb dans son « Cel. objects for common télescopes ». Le compa-
gnon serait de huitième grandeur, rouge, éloigné à 298" à l'est (114°).
J'ai souvent dirigé ma lunette vers cette belle étoile, — la première
fois par une belle soirée de printemps, le 22 avril 1876,— sans jamais
rencontrer le compagnon rouge. L'étoile la plus proche se trouve non
pas à l'est, mais au sud, à 206° et 282"; clic est de huitième grandeur
356
BELLES ETOILES DOUBLES DANS LE LION
et blanche, un peu terne, comparativement au diamant étincelant et
légèrement bleuâtre de Dcnebola. Dans la même direction, mais beau-
coup plus loin, à 19', brille une étoile de sixième grandeur. A l'est,
on en distingue une première, de 12° grandeur, à 115° et 303", et une
seconde de 10' gr., à 116° et 556", qui est double (compagnon
de ir, à 22° et 51"). C'est du reste là un champ assez curieux à obser-
ver : j'y ai compté 13 étoiles, dont j'ai estimé les positions approchées.
(Les mesures données ci-dessus ont été prises par M. Knott en 1864.)
— Peut-être la petite étoile que l'on aperçoit à 11 5° et 303" est-elle celle
que l'amiral Smyth a mesurée en 1833 : elle serait alors tombée du
huitième au douzième ordre d'éclat. Observations intéressantes à
refaire à cause du mouvement propre de (3 qui produit des déplace-
ments relatifs assez sensibles.
L'étoile 7 est une double magnifique ; c'est, avec Castor, l'un des
plus beaux couples de l'hémisphère boréal. Les deux étoiles sont bril-
lantes, limpides, éclatantes, comme des rayons d'or fluide : deux dia-
mants jaunes translucides. Grandeur : 2,5 et 4,0'; écartement=3" 3.
Système orbital certain, mais d'une majestueuse lenteur : 30 degrés
parcourus depuis un siècle; la révolution complète de ces deux soleils
autour de leur centre com-
mun de gravité doit s'élever
à un millier d'années.
On voit à l'ouest de ce
beau couple une étoile de 7'
à 8" grandeur, que j'ai mesu-
rée, en 1877, à 293° et 229",
et dont l'analyse m'a causé
plus d'une insomnie : son
mouvement est tout à fait
inexplicable (' ) . On voit aussi
un peu plus loin, une étoile
de 9" grandeur, à 302° et 325".
Ce groupe, intéressant à
suivre, se présente dans le
champ télescopique sous l'as-
pect reproduit ici.
L'étoile K, de troisième grandeur et demie, se montre accom-
pagnée, à 319", d'une étoile de sixième, qui forme avec la première
un groupe de perspective. Le fait le plus curieux est que cette
(•) Voy. mon Catalogue des clo:ics doubles, p. 58.
Flg. 253. — L'étoile double y du Lion et ses voisines.
BELLES ÉTOILES DOUBLES DANS LE LION
357
petite étoile se meut dans l'espace d'un mouvement plus rapide que î,
ce qui porte à croire qu'elle est plus proche de nous, quoique beau-
coup plus petite. (J'ai trouvé entre les deux une étoile de 11' gran-
deur, plus rapprochée, à 306° et 240".)
t : 4° et T, à 2", 7 ; système orbital en mouvement lent. La grande
étoile est jaune ; la seconde varie de chaque côté du bleu, jusqu'au vert
et au jaune d'une part, jusqu'à l'indigo et au pourpre d'autre part, et
tombe parfois à la 9' grandeur, dans ses périodes de bleu sombre.
54 : 4' I et 7% à 6", 3;blanche et cendrée ; beau couple, d'une obser-
vation agréable.
90 : triple; 6% 7° et 9"; distances = 3',3 et 64".
88 : 6° et 8", à 1 5" ; système physique en mouvement propre commun.
Dirigez une lunette vers r, de 4" grandeur : vous la verrez accompa-
gnée, à 94" au sud, d'une étoile de septième grandeur, qui forme avec
elle un couple très écarté et accessible aux plus faibles instruments.
Cherchez en même temps à l'ouest de r, c'est-à-dire en avant dans le
sens du mouvement diurne, 1" 3' avant r et 9' au nord : vous trouverez
l'étoile 83 du Lion, de septième grandeur aussi, et qui forme un joli
couple avec sa compagne, de 8° grandeur, à 30" d'écartement; la pre-
mière est blanche, la seconde rose pâle. Elles sont restées fixes l'une
par rapport à l'autre depuis cent ans que nous les observons, mais
elles forment un système
physique, car un même
mouvement propre les
emporte dans l'espace. II
me semble qu'elles sont
variables.
Couronnons cette série
d'étoiles multiples par
l'un des systèmes binaires
les plus serrés que nous
connaissions dans le ciel
entier, par l'étoile u du
Lion, type devenu clas-
sique pour l'essai des puis-
santes lunettes. L'écarte-
ment des deux compo-
santes, de 6° et 7° gran-
deur, ne dépasse jamais une demi-seconde, et pourtant l'œil perçant de
William Herohel en a opéré le dédoublement dus l'année 1782. Depuis
270* 1
1B30 50»
Fie. 254. — Système orbital i!e l'étoile double u du Lion
(5°" = I").
•-.'.t
858
BELLES NEBULEUSES DANS LE LION
celte époque, ce petit couple miniature a parcouru près d'une révolu-
tion entière : la période est de 110 ans; la petite étoile reviendra en
1893 au point oîi elle est passée au mois de novembre 1782.
La constellation du Lion garde encore en réserve une curiosité
sidérale souverainement digTie de l'attention du contemplateur du
ciel. Cherchez à 3 degrés au sud-est de ô, vous trouverez deux nébu-
leuses elliptiques régulières. La plus grande mesure 6' de grand axe
sur 2' à 3' de large, et son éclat
égale celui d'une étoile de
9°grandeur.Saclarté s'accroît
vers le centre. Découverte par
Messier en 1780, elle porte le
n° 66 de son catalogue.
Sa compagne ( == Messier
65) la précède de 1™19', et
brille comme une étoile de
10* grandeur. D'Arrest lui a
mesuré 8'de longueur sur l'i de largeur. Sa lumière présente éga-
lement une condensation vers le centre.
Le gigantesque télescope de lord Rosse a révélé dans la structure
Flg. Î55. — Nébuleuse! elliptique* dan» la Lion.
ng. 256. - La nébuleuse M 65 (Lion) dans un grand télescope.
intime de cette nébuleuse des circonvallations spirales qui rappellent
BELLES NÉDULEUSES DANS LE LION 359
celles que nous avons admirées dans la nébuleuse devenue classique
des Chiens de chasse. Comment contempler ces condensations opé-
rées par les siècles, ces flots de sable sidéral jetés pour ainsi dire par
les vagues cosmiques sur les rives de l'océan éternel, sans vivre un
instant dans l'étendue immense de l'histoire de l'univers ouverte à la
pensée par ces créations lointaines? La contemplation d'un tel objet
ne ressuscite-t-elle pas devant notre pensée les centaines de milliers
d'années qui ont servi à la formation de ces spires séculaires (')?
A 36' au nord de la nébuleuse M. 66, on aperçoit un rayon lumineux
d'une énorme longueur (9' de long sur 50" seulement d'épaisseur).
Serait-ce un disque immense que nous n'apercevrions que par
la tranche?
Dans la même constellation, à 1° 1/2 au sud de X, une autre nébu-
leuse (H. I, 56), peut compter aussi parmi les belles : elle est ovale,
mesurant 3' de longueur sur 1| de largeur, et double. En 1784,
William Herschel a décrit les deux nébuleuses comme égales; en 1848,
lord Rosse en a donné le dessin que nous reproduisons ici {fîg. 257),
dans lequel on voit la seconde nébuleuse à peine indiquée, comme un
noyau secondaire enfermé dans la première; en 1862 d'Arrest déclare
que l'aspect est tout autre que dans le dessin de lord Rosse. Serait-ce
encore là une nébuleuse variable ?
Il y en a encore une autre, fort curieuse, que l'on trouvera entre 9
et p, un peu au-dessus d'une ligne tracée de l'une à l'autre étoile, et un
peu plus près de p que de 9 (elle est en même temps sur la ligne qui
joint y àx) : c'est aussi une nébuleuse double (H. I, 17); splendide;
brille comme une étoile de neuvième grandeur. — Quatre minutes
avant, on en^dmire une autre, non moins belle (M. 95), mesurant
(') II faut avouer que l'œuvre de la gravitation pendant sept ou huit cent mille ans
ne frappe pas moins fortement notre esprit qu'une durée de plusieurs millions d'an-
nées, parce que ces nombres dépassent absolument la sphère de nos conceptions
habituelles. C'est ce qui arrive dans tous les problèmes qui conduisent à des chif-
fres exorbitants. Ainsi , le calcul prouve qu'en mettant sur les 64 cases d'un échi-
quier 1 grain de blé, 2, 4, 8, etc., en doublant toujours, on arrive, pour la somma
totale des grains à placer sur les 64 cases, au chiffre de 18 446744 073 709 551615
grains : toutes les moissons du globe entier ne fourniraient pas cette quantité— .que
d'ailleurs nous ne pouvons pas du tout nous figurer, malgré tous les efforts d'imagi-
nation possibles.
A propos de combinaisons, le calcul conduit à des résultats bien singuliers : dix
personnes assises à une même table peuvent changer de place en 3 628 800 manières
différentes!
On dit quelquefois que les noms propres n'ont pas d'orthographe. Rien n'est plus
inexact. Il n'y a qu'une vraie manière d'écrire le mot Hainaut, par exemple. Cepen-
dant on peut l'écrire de 2304 manières différentes en le prononçant toujours de
mêmel
3G0
LE SEXTANT D'UilANIE
1 20" de diamètre, suivie à 25 secondes par une étoite de douzième
" " grandeur. Il y a, du reste, une telle
richesse, une telle profusion de nébu-
leuses dans cette région du ciel, qu'il
suffit de promener un bon instrument,
armé d'un faible oculaire à vaste champ,
pour en cueillir par dizaines dans les
champs étoiles. Si ce sont vraiment
là des mondes en création, nous pour-
rions dire que l'océan céleste tient là
en suspension dans ses vagues éthé-
Fig. 257. - La nébuleuse à deux foyers ^ées la semencc proUfique des univers
dans le Lion. „ .
luturs.
Avant de quitter cette région, arrêtons-nous encore un instant aux pieds
du Lion pour quelques étoiles éparses réunies par Hévélius, vers l'an 1680, sous
la forme d'un Sextant, instrument alors fort en usage dans les observations
astronomiques. « Ce n'est pas, dit-il lui-même, que la disposition des étoiles
donne l'idée de cet instrument, ni qu'il soit bien placé là, mais il m'a servi, de
l'an 1658 à l'an 1679 à vérifier les positions des étoiles, et la méchanceté
humaine l'a détruit, avec mon observatoire et tout ce que je possédais, par les
flammes d'un horrible incendie; j'ai donc placé là cette œuvre de Vulcain pour
honorer Uranie, et les astrologues trouveront ce souvenir bien à sa place entre
le Lion et l'Hydre, de féroce nature. »
Le legs du pauvre astronome a été respecté par ses successeurs ; et comme on
l'a vu (fig. 238, p. 329), le Sextant d'Uranie se dessine dans le ciel entre les pieds
du Lion et la tête de l'Hydre.
Ce petit astérisme ne se compose que de six étoiles supérieures à la sixième
Krandeur. Inscrivons-les de l'ouest à l'est, par ordre d'ascension droite, en leur
adjoignant celles qu'un intérêt quelconque signale à notre attention.
ÉTOILES PRINCIPALES DU SEXTANT.
1680 1700 1800 1840 1860 1S80
1 5 5 5.6 6 6 5,4
2 5 5 5.6 5 5 5,2
8 6 6 6 5 5 5,4
12 6 6.7 6 6i 6,8
15 4 4 5 4i 4i 4,7
19 5 6 7 6 6 6,2
27 6 6 7 6 6,8
29 5 5 6 5 5 5,4
30 5 5 6 5 5 5,2
31 6 8 7 7 7,0
35 6 7 6 6i 6,2
41 7 6 6 5 5 6,0
19662 Lai i\ 7 6^ 6,3
19823 Lai 7 8 6} 8,0
Parmi ces étoiles, la première a diminué d'éclat pendant la première moitié
de notre siècle; la troisième a, au contraire, augmenté depuis le commencement
LES ETOILES DU SEXTANT
301
de ce siècle; l'étoile n" 12 est actuellement un peu plus faible qu'il y a vingt ans
et a cessé d'être visible à l'œil nu; l'étoile n" 19, de cinquième grandeur au
temps d'Hévélius, n'a été notée que de septième par Piazzi ; mais comme les éva-
luations de cet astronome sont souvent un peu trop faibles (notamment ici), il
est probable que cette étoile n'est pas descendue au-dessous de la sixième;
l'étoile 27 était invisible à l'œil nu en 1840, et elle l'est encore aujourd'hui ; l'étoiln
31 a été inscrite de 6'^ par Flamsteed, de 6'' ^ par Piazzi en 1797 et de 8" par le
môme astronome en 1809 : elle est actuellement de 7^; l'étoile 41, au contraire,
de 1" grandeur dans Flamsteed, s'est élevée à la G' au xvni^ siècle et à la 5° eu
1840 et en 18G0 : elle est en ce moment retombée h la sixième; enfin l'avant»
dernière étoile' de notre petit tableau a été inscrite de 4° y par Lalande en 179S,
de 5* par Harding en 1822, de 1" en 1840 (elle est rougeâtre); et la dernière,
vue à l'œil nu par Heis, est actuellement invisible. Voilà encore des témoi-
gnages de changements d'éclat arrivés assez rapidement dans les étoiles.
C'est dans cette petite constellation, alors non dénommée, qu'en l'an de
grcâce 1643 le capucin Antonio de Rheita, qui venait de construire un télescope
de ses propres mains , s'imagina
découvrir un assemblage d'étoiles
reproduisant exactement dans le ciel
la figure de Jésus-Christ sur le voile
de sainte Véronique : « Sudarium
VeronicEe sive faciem Domini maxi-
mâ simililudine in astris expres-
sum », comme on le voit sur la gra-
vure de l'époque [fig. 258). J'ai sou-
vent visité cette région du ciel au
télescope, sans jamais rien aper-
cevoir qui ressemblât le moins du
monde à cette image.
■ L'étoile 35 du Sextant est une belle,
double : 6' et 8°, à 7", jaune etbleue.
Belle nébuleuse, à 2° 1/2 à l'est de
l'étoile n" 8, sur le prolongement d'une ligne menée de a de l'JIydre à celte
étoile. Lumineuse dans la nuit noire. Elliptique; son grand axe mesure 150",
son petit axe 35"; noyau de l'éclat d'une étoile de dixième grandeur (H. I. 1G3)!
Nébuleuse double (H. l. 3 et 4) non moins curieuse, au nord de l'étoile n° 15
(la plus brillante de la constellation), et vers le milieu de la distance entre cette
étoile et -k du Lion, un peu à gauche de la ligne joignant ces deux étoiles, — ou,
mieux encore, sur une ligne menée de Régulus à -/) du Lion. — On voit là deux
nébuleuses conjuguées, à 30 secondes de temps l'une de l'autre, rondes; la pré-
cédente, ou l'occidentale, est plus claire. C'est là sans doute un embryon d'uni-
vers. Un double soleil commence sa mystérieuse genèse, et dans quelques
centaines de milliers d'années, les astronomes de la Terre, s'ils existent encore,
ou ceux de Jupiter et de Saturne, ou leurs confrères des autres systèmes, ver-
ront briUer là une magnifique étoile double dont ils observeront avec attention
la grandeur et le mouvement, pour l'instruction de nos successeurs sur la scène
changeante de l'impérissable univers.
ASTIiONOMI; . — SUPPLÉMENT. 40
Fig. 258. — Le Voile de sainte Vcroiiique.
( Constellation du xvii» siècle.)
CHAPITRE XIV
La Vierge. L'Épi. La Vendangeuse. — Richesse de cette région en nébuleuses.
Changements arrivés dans le ciel.
L'étoile double gamma de la Vierge. — La Balance. — Les étoiles de l'Été.
OOtSe
Henéèo/a
ArctuTus
Pendant les douces soirées du printemps, quand la nature elle-
înême nous invite à la contemplation des beautés sidérales, après le
crépuscule évanoui, on voit monter en silence dans les cieux les
étoiles qui insensiblement devien-
nent de plus en plus brillantes et
de plus en plus multipliées. A
riieure où les sept étoiles du nord
planent au plus haut de leur cours,
c'est-à-dire vers onze heures en
avril, vers neuf heures en mai,
l'Épi de la Vierge brille en plein
sud, sur le prolongement de la
courbe tracée par la queue de la
Grande Ourse et Arcturus. C'est
une étoile de première grandeur,
qui forme un triangle équilatéral
avec Arcturus et Denebola. Elle
paraît à l'Orient en mars, s'élève
dans le ciel du sud en avril, mai
et juin , descend en juillet vers
l'Occident, et s'endort en sep-
tembre dans les brumes du soir.
Cette étoile a été associée depuis
bien des siècles aux travaux des
champs; on en a fait le symbok
des moissons, et nos pères la fai-
saient briller au milieu d'un bouquet d'épis.
On a dessiné là, sur l'ancienne sphère, une jeune femme munie de
deux ailes, portant un rameau de la main droite et un épi de la main
orauclie. Peut-être le groupe d'étoiles qui forme aujourd'hui la Cheve-
lure de Bérénice, et dans lequel on voyait autrefois une gerbe de blé.
n'est/-il pas étranger au dessin de cette figure, car la main droite du
la Vierge qui porte aujourd'hui un rameau imaginaire, dépour\ii
L'épi
Fig. 250. — Alignement pour trouver l'Epi
de la Vierge.
LA VIERGE ?£3
d'étoiles, est levée vers l'amas de la chevelure : on peut penser qu'il
formait autrefois la gerbe primitive des épis placés a portée de sa main,
Aratus, Hipparque, Ptolémée, appelaient cette constellation
Parthenos « la Vierge ». Elle devint ensuite, dans la poésie : Cérès,
déesse des moissons ; Thémis, déesse de la justice (à cause de la
Balance qui est à ses pieds) ; Astrée, fille de Jupiter et de Thémis,
que les crimes des hommes forcèrent à remonter au ciel à la fin de
l'âge d'or; Diane d'Éphèse ; Isis d'Egypte, Atergatis ou la Fortune ;
Minerve, mère de Bacchus; Érigone, fille du Bouvier, la Sybille de
Virgile qui, un rameau à la main, descend aux enfers ou sous l'hé-
misphère. On lui a rais parfois un enfant dans les bras, comme à l'Isis
égyptienne. La circonstance assez curieuse qu'autrefois au solstice
d'hiver, vers le 25 décembre, la Vierge donnait naissance au retour
du soleil Sauveur, et que lorsqu'elle se lève elle est précédée au milieu
du ciel par la Crèche, devant laquelle marchent, d'orient en occident,
la belle étoile du précurseur Procyon et les Trois Rois mages, tandis
qu'au-dessous d'elle gît le Serpent de l'Hydre; ces rapprochements,
dis-je, ont conduit certains commentateurs à supposer que la Vierge
Marie n'avait jamais existé, pas plus que Jésus, image du Soleil, et
qu'il n'y avait dans leur histoire qu'un mythe astronomique oriental.
Ce serait aller un peu loin, et l'induction est plus ingénieuse que légi-
time. On a démontré de la même façon que Napoléon n'a jamais existé,
et qu'il n'est, lui aussi, qu'une image symbolique de l'astre du jour.
En effet, son nom lui-même signifie nouveau soleil, nouvel Apollon :
Né-apolio, comme on le voit encore aujourd'hui gravé sur le socle
de la colonne Vendôme ; il est né vers l'Orient, dans une île, au sein
des ondes, et sa mère n'est autre que la joie du lever du Soleil,
Leetitia, ; il s'est éteint dans la mer occidentale , emporté par les
hommes du nord vers les antipodes ; il avait douze compagnons de
guerre, douze maréchaux : ce sont les douze mois de l'année ; etc.
Mais cet infatigable guerrier a régné assez réellement pour tuer cinq
millions d'hommes; et nous avons de même des témoignages histo-
riques suffisants, quoique d'un autre ordre, pour admettre que le
philosophe de Nazareth a incontestablement existé.
L'imagination des dessinateurs s'est donné un libre cours dans les
représentations variées des constellations zodiacales, et un volume
comme celui-ci ne suffii^ait pas si nous voulions reproduire tous ces
curieux dessins. Pour la Vierge, entre autres, le choix est considé-
rable et nous édifie complètement sur le dédain avec lequel les artistes
de l'époque traitaient les étoiles; qu'il nous suffise d'en donner ici
864
LES METAMORPHOSES DE LA VIERGE
deux spécimens, dont le premier montre les étoiles semées au hasard
sur une figure d'enfant ailé (un petit chérubin), et dont le second nous
présente une jeune mariée du xv" siècle absolument dépourvue d'étoiles
— et bien dépourvue aussi de charmes et de beauté : je l'extrais d'un
ouvrage de l'an 1489, écrit par Léopold, évêque de Fresingue, et fils
naturel du duc d'Autriche, Albert III.
Mais revenons au ciel. Loi^squ'on aura reconnu l'Épi de la Vierge,
qui est l'étoile a de la constellation, on trouvera facilement, d'abord
'^-,
Fis. 2G0. — La Vierge de l'Astronomie Fig. 261. — La Vierge de la Compilation astronomique
du roi Alphonse X (xii" siècle). de Léopold d'Autriche (xv« siècle).
les trois étoiles de troisième grandeur y, n et (3, qui s'alignent au nord-
ouest à peu près dans la direction de Régulus ; puis 5 et e, également
de troisième ordre, qui brillent au nord dans la direction de la che-
velure ; Ç, de même grandeur, à peu près sur la ligne menée de l'Épi
à Capella. Notre carte {fîg. 262) servira à trouver successivement
toutes les autres.
Au sud-ouest de l'Épi, un groupe de quatre étoiles principales
indique la place du Corbeau, qui a les pieds sur l'Hydi'e et lui donne
des coups de I ec; mais cette région ne s'élevant jamais beaucoup sur
notre horizon, on ne peut observer que rarement ces étoiles, et seule-
ment dans les 'rès belles nuits d'été.
L'étoile t, de troisième grandeur, située au nord de la figure, a été
surnommée la Vendangeuse (Vindemiatrix), à l'époque où elle se
levait le matin pour annoncer la maturité du raisin et les vendanges.
Elle porte ce nom en différentes langues : en grec, en latin, en arabe,
en persan et dans les langues modernes. On appelait aussi cette
étoile et ses voisines « le Grieur )>, surnom déjà donné au Bouvier,
avec lequel on a quelquefois confondu le nouvel astérisme. Au temps
LES ÉTOILES DE LA VIERGE 305
d'Hipparque, l'étoile d marquait l'épaule droite de la Vierge : Pto-
lémée nous dit qu'il l'a descendue au côté, parce que l'ancien dessin
faisait cette épaule beaucoup trop grande. En astrologie, et chez les
Arabes surtout, ces étoiles de la Vierge étaient considérées comme
exerçant une heureuse influence sur les destinées humaines, parce
qu'elles brillent entre le Lion et le Scorpion, « le Lion n'étant hostile
que par la tête, les dents et les griffes, et le Scorpion par la queue et
le dard »... Heureux temps !
C'est l'Épi de la Vierge qui, avec Régulus, fit découvrir à Hip-
parque la précession des équinoxes et la véritable durée de l'année,
par la comparaison de ses observations avec celles faites par Aristillus
et Tymocharis, 170 ans avant lui. Cette belle étoile, qui joua un si
grand rôle dans l'astronomie ancienne, gît à une distance incommen-
surable de notre atome terrestre, malgré son éclat ; toutes les
recherches faites pour lui trouver une parallaxe sont restées infruc-
tueuses. Son spectre appartient au premier type, au type de Véga,
Sirius, Castor, Régulus, Rigel, Altaïr, étoiles blanches, très photo-
géniques {voy. la photographie, p. 211), prédominance de l'hydro-
gène, astres plus éblouissants mais moins chauds que les soleils aux
feux d'or, tels qu'Arcturus et Capella, qui appartiennent au second
type spectral. Cette brillante étoile s'éloigne de nous.
Les annales de l'astronomie nous ont conservé l'observation du
passage de Saturne tout contre l'étoile y, arrivé le 1" mars de l'an 228
avant notre ère.
L'étoile $ est une belle étoile jaune qui appartient au troisième
type des spectres, comme Antarès, a d'Hercule et MiraCeti.
L'étoile ïi, autrefois de troisième grandeur, est actuellement de
quatrième ; elle diminue lentement depuis deux siècles. Déjà elle
avait diminué au temps de Tycho.
X est descendue de la quatrième à la cinquième.
Au contraire, v, o et t se sont élevées de la cinquième à la quatrième.
(f a été estimée de 4° par Tycho, Hévélius, Flamsteed ; de 5% par
Bayer, Piazzi, Argelander, Heis; de 6% par Bessel. Elle varie au
moins de 4 | à 5 1.
16 c s'est élevéede la sixième à la cinquième.
L'étoile g, au nord-ouest de a, est appelée par tous les astronomes
(Flamsteed, Mayer, Piazzi, Baily, etc.,) 49 g, et identifiée avec une
étoile signalée par Ptolémée,Sùfi, UlughBeigh, Tycho, etc., àl'ouest
de l'Epi. C'est là une erreur. L'étoile des anciens correspond à 49 ou
à î)0 de Flamsteed; mais 49 n'a jamais correspondu à g de Bayer. On
366 LA CONSTELLATION DR LA VIERGE
a été jusqu'à en conclure que cette dernière étoile n'avait jamais
existé ; or, elle existe parfaitement, je Tai souvent observée ; elle est
actuellement de sixième grandeur, comme au temps de Bayer. Nous
reviendrons tout à l'heure sur ce sujet.
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE LA VIEHGE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
Stoiles
-127
+ 960
1430
lono
1603
1600
1700
1756
1800
1840
1860
1880
a [LÈpi)
1.2
1.2
1.2
1
1
1
1
1
1
1
1
1,5
P
3
3
3
3
3
3
3
3
3.4
3i
35
3,5
Y
3
3
3
3
3
3
3
3
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8
3
3
3
3
3
3
3
3
3.4
3
3
3,4
{La Vendang.) 3 . 4
3
3
3
3
3
3
3
3.4
2|
2|
2,8
C
3
3.4
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LA CONSTELLATION DE LA VIERGE
367
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68 i varie certainement de 5 à 6 : elle est orangée ; son spectre
appartient au quatrième type, qui se compose surtout des étoiles
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Fis. 26-. — Étoiles principales de la constellation de la Vierge.
colorées d'un rouge sang. Elle est plus curieuse encore que p de
Céphée, qui appartient au troisième type, et c'est l'une des plus bril-
lantes du quatrième type ; il me semble même que c'est la plus bril-
lante du ciel entier, car nous n'en connaissons aucune dont l'éclat
368 CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LA VIERGE
surpasse la cinquième grandeur ; c'est l'une des rares que l'on puisse
voir à l'œil nu. Ce spectre étrange paraît un mélange des aspects 6, 7
et 8 de notre planche générale des spectres, et montre des colonnades
sur lesquelles la lumière est plus vive du côté du violet, tandis que
dans le troisième type elle est plus vive du côté du rouge ; il semble
que l'un des deuj: spectres soit le négatif de l'autre. On y reconnaît le
caractère des composés du carbone, probablement des oxydes gazeux,
ce qui indiquerait des soleils à température relativement basse.
L'étoile 82 m ou l'étoile 25396, toutes deux aujourd'hui de sixième
grandeur, ont changé d'éclat l'une ou l'autre, car Ptolémée rapporte
qu'une étoile placée là (n° 18 de Ptolémée, Sûfi et Ulugh Beigh) était
de quatrième ordre. Sùfi, en la vérifiant, déclare qu'elle est beaucoup
plus petite que dans VAlmageste, et des moindres de la cinquième.
Il y a ici une difficulté inextricable dans les auteurs anciens. Ptolémée, Sùfi
et Ulugh Beigh appellent les étoiles / et h {fig. 262) « la boréale et l'australe du
côté occidental du quadrilatère » à l'est de l'Épi. Puis ils décrivent « la boréale
et l'australe du côté oriental de ce même quadrilatère ». La première étoile de
ces deux-ci est m ou 25396; la seconde paraît être 25086. Mais dans ce cas il n'y
a pas de quadrilatère, car /, h et 25086 sont en ligne droite : c'est un triangle.
Si les anciens ont su ce qu'ils disaient (et c'est probable), il faut ou que l'étoile
25086 se soit déplacée de l'est à l'ouest, et qu'en plus elle ait diminué d'éclat, ou
que la quatrième étoile de ce quadrilatère ait disparu du ciel. Nous savons déjà,
d'autre part, que l'étoile 25086 est variable : le 6 juin 1866, Schmidt l'a trouvée
parfaitement visible à l'œil nu (5,4) et plus brillante que sa voisine 68 i; puis sa
lumière décrut lentement; en 1872, Gould l'estima à 5,7 et, en 1873, à 6,3. —
Intéressante à suivre. — Quoi qu'il en soit, un changement est arrivé depuis deux
mille ans dans cette région du ciel.
L'étoile 78 a augmenté d'une grandeur. Il en est de môme de
l'étoile 89.
L'étoile 86 n'est pas n, comme Flamsteed et d'autres astronomes
l'écrivent. Elle paraît varier de 5° à 6° i.
96, actuellement invisible à l'œil nu, est quelquefois visible.
97 {= P. XIV, 11) est descendue de la 6' à la 8" grandeur de 1796
a 1810, pendant les observations de Piazzi.
109 oscille au moins d'une grandeur entière.
P. XII, 142, au nord de y, varie de 4° | à 7*.
Enfin l'étoile Lai. 23228, actuellement de 6° grandeur, n'a pas
été observée par Piazzi; mais elle a été notée de 5"! par Lalande en
1798, de 7* parle même en 1795, de 8* par Steinheil.
Le groupe d'étoiles situé au sud de l'Epi a subi certaines modifica-
tions curieuses qui réclament une analyse détaillée.
Fig. 263. — Constellations zodiacales. — La Vierge. — La Balance.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 47
370 CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LA VIERGE
On a publié dans les traités d'astronomie et dans les recueils astro-
nomiques des « listes d'étoiles disparues » qui ne sont pas fondées
sur une discussion suffisante, et dont la plupart des étoiles n'ont
jamais existé. Une erreur d'observation, de lecture ou de réduction
suffit pour faire insérer dans un catalogue et par suite sur un atlas
un astre dans une position erronée : toutes les fois que nous ne
retrouvons plus au ciel une étoile, l'explication la plus simple est
d'abord de supposer une erreur, et nous devons tout au moins
remonter à deux observations originales avant d'être disposés à
admettre une disparition. C'est un événement fort grave, en effet, que
l'extinction d'un soleil, et nous ne devons l'admettre que lorsqu'elle
est établie sur des témoignages suffisants. Cependant, malgré la
sévérité si légitime que nous devons apporter dans ces discussions,
malgré la peine que peut nous causer la mort d'un soleil et d'un
système de mondes, il ne faudrait pas pousser les conséquences à
leur dernière rigueur ni vouloir, de parti pris, n'admettre que des
erreurs partout où des changements se manifestent entre l'état actuel
du ciel et les aspects anciennement observés : ce serait là un autre
excès, qui stériliserait toutes nos recherches.
Ces réflexions nous sont inspirées ici par l'état actuel du ciel aux.
environs de l'Épi de la Vierge, comparé au même état observé il y
deux et trois siècles, et par les différentes représentations que les Atlas
célestes en donnent. Voici, par exemple (A fig. 264), la carte du grand
Atlas de Flamsteed sur cette région : avec la meilleure volonté du
monde, il est absolument impossible de reconnaître le ciel dans le
groupe des six étoiles qui dessinent une courbe irrégulière à l'ouest
d'Alpha. 1° L'étoile 52, de 6" grandeur dans Flamsteed, n'existe pas
et n'a jamais existé; 2° l'étoile 58 se trouve au-dessous et non pas
au-dessus du prolongement d'une ligne menée de 50 à 56 ; 3° la lettre
g annexée au n° 49 n'appartient pas à cette étoile, mais à une autre
située au-dessus du n°-50, dans la direction de 6, et qui n'existe pas
sur l'Atlas de Flamsteed. Voilà plus de divergences qu'il n'en faut
pour dérouter le chercheur, et l'on doit certainement attribuer à ces
négligences quelques-unes des causes qui ont empêché jusqu'à ce jour
l'astronomie de devenir vraiment populaire. De telles difficultés
rebutent les commençants, et ils ne vont pas plus loin. Comparez
à la carte de Flamsteed celle d'Argelander {B, fig. 264) et cher-
chez quel rapport elles ont entre elles : croirait-on qu'il s'agisse là
du même point du ciel ? On voit, d'après cette dernière carte, qu'il
n'y a pas d'étoile de sixième grandeur entre « et 49 ; que l'étoile g
CHANGEMENTS ARRIVES DANS LA VIERGE
371
est visible entre 49 et 9; qii'il y a une étoile visible au-dessous de <\',
tandis qu'il n'y en a pas au-dessus; que trois étoiles se montrent
vers k, et non pas cinq (l'étoile marquée au-dessous de k n'a jamais
existé)!; 1^^ l'étoile 54 est invisible à l'œil nu; etc.
Mais, comme nous le disions tout à l'heure, ces divergences sont-
elles entièrement dues à des erreurs, et devons-nous nous refuser k
admettre des changements réels survenus dans le ciel? L'observation
directe de la nature nous conduit à une conclusion contraire et nous
prouve l'existence de tels changements. Comme il s'agit surtout ici
d'étoiles situées à la limite de la perceptibilité, aidons-nous d'une
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A = FlamçtBi.'d.
B :-^ Argelander.
C = Elat actue". .
Fig. 264.— Variations dans les cartes célestes.
jumelle et pointons sur une carte toutes les étoiles jusqu'à la septième
grandeur inclusivement : nous obtenons la petite carte C de la raême
figure, qui met en évidence plusieurs faits assez curieux. La discus-
sion complète de cette région conduit aux déductions suivantes :
1° L'étoile 52 de Flamsteed n'existe pas — comme le prouvent d'autre parties
manuscrits mêmes de Greenwich.
2° L'étoile g de Bayer, absente de Tatlas de Flamsteed, existe réellement et
est visible à l'œil nu, de 6'^ grandeur au moins. — Elle a été observée par l'as-
tronome anglais en 1693 et en 1713 {c'est le n° 1805 de son catalogue); mais elle
a été omise sur l'atlas; les astronomes (Baily, Argelander, etc.), qui ont conclu
que l'étoile de Bayer n'existait pas, se sont trompés.
3» L'étoile 50 est à la limite de la visibilité (=6,3). Comme Bayer l'a fort
bien vue et l'a marquée de 5% tandis qu'en 1839 Argelander la distinguait à peine
dans une jumelle, et que Lalande, Harding, Bessel la font de 7' grandeur, elle
est variable, probablement de 5' j à 7'. Sa couleur est rougeâtre.
372 CHANGEMENTS ARRIVES DANS LA VIERGE
4° L'étoile 49 est également variable Dans les Mémoires de r Académie, de 1709,
Maraldi rapporte que « l'étoile de sixième grandeur, la plus méridionale des deux
marquées par Bayer au-dessous de la main australe de la Vierge, ne s'aper-
cevait plus, tandis que la septentrionale, marquée de cinquième grandeur, était
restée dans le même état. » Elle est actuellement plus brillante que 50, et de 5'|.
Sa couleur est rougeâtre, comme celle de sa voisine. — Hévélius n'a observé
qu'une étoile : il est difficile de dire laquelle des deux.
5° L'étoile 63 est quelquefois aussi brillante que l'étoile 61, c'est-à-dire de
5° grandeur (elle est même plus brillante dans Bayer); mais elle est plus souvent
de sixième, et elle disparaît parfois à la vue, car Hévélius, en 1660, ne l'a pas
observée, tandis que, dès le x° siècle, Sûfl la signale comme formant avec sa
voisine 63 une étoile double de cinquième grandeur.
6° L'étoile 69 est quelquefois de 6'^ grandeur, presque aussi faible que
l'étoile 75 ; quelquefois de 5" |, quelquefois de 5% et même fort brillante.
7» L'étoile 39, au-dessus de l, de 6« dans Flamstced, est de 7'' dans Harding;
Lalande l'a vue deux fois de 7" et une fois de 8" ; elle est actuellement de 1" ^.
8" A Test de i, une étoile ordinairement visible à l'œil nu (Lai. 25086), des-
cend quelquefois à 7' et disparaît, et s'élève parfois à 5^ -j, surpassant en éclat
sa voisine.
9" Flamsteed a observé, le 24 avril 1712, une étoilede8° grandeur (1829) située
entre a. et 9, qui n'est pas gravée sur son atlas; Lalande a observé cette étoile le
5 mai 1795 et l'a inscrite de 7° -j (24 661); Harding l'a marquée de 8"; sur le
grand atlas austral de Gould, elle est dessinée de6*, mais est absente du catalogue.
Cet exemple suffit pour nous édifier. Il y a dans cet ensemble
plusieurs variations réelles absolument incontestables, et en vérité
elles sont si nombreuses, nous en rencontrons si souvent d'analogues
dans l'étendue entière du ciel, que nous pouvons bien ne pas être
sans crainte sur le sort réservé à notre propre soleil et, comme
conséquence, sur les destinées de la vie terrestre et de notre propre
humanité. Sans amener l'extinction totale de la vie, de pareilles
transformations solaires entraîneraient sans contredit des événements
d'une certaine importance dans la santé générale de l'humanité, dans
les conditions de son alimentation, dans les climats et dans l'histoire
naturelle des différents peuples. Le moindre de ces changements
suffirait pour arrêter net toutes les discussions politiques (') .
(') L'histoire du ciel nous garde encore bien des surprises pour l'avenir. Que de
petites difficultés restent inexpliquées dans la discussion des meilleures observa-
tions I Ainsi, par exemple, 1" 10' à l'est et 8' au nord de l'étoile 109, de 4« grand. ^,
il y a une étoile de 7= à 8° grandeur (Lai. 26936 = P. XIV, ISO) qui a offert à Piazzi
une bizarre oscillation en ascension droite. En 1798 et 1813 elle était plus à l'ouest,
qu'en 1809, et elle a marché régulièrement vers l'est de 1798 à 1809, pour revenir
graduellement vers l'ouest de 1809 à 1813. La différence des extrêmes s'est élevée à
12". Lalande a fait deux observations de cette étoile: le 24 mai 1797 et le 27 avril! 798;
ù, la seconde date, l'observation donne pour la position de l'étoile près d'une seconde
(0\89) de moins qu'à la première, ce qui correspond à la date du minimum de Piazzi.
N'y a-t-il là qu'un effet d'erreurs instrumentales?
CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LA VIERGE 3T3
Voici maintenant un fait particulièrement curieux et jusqu'à pré-
sent unique dans l'histoire de l'astronomie : c'est le cas d'une étoile que
les anciens nommaient étoile double « diplos », qui était réellement
double autrefois, et qui ne l'est plus aujourd'hui. Ceux qui comprennent
le plaisir de l'étude de la nature sentiront leur cœur battre en
contemplant ce mouvement séculaire, comme le mien vient de le faire
en trouvant l'explication du mystère.
Ptolémée signale au-dessous de la Vierge les trois étoiles suivantes :
Grandeur, Longitude . Latilude .
1° L'occidentale des trois en ligne droite sous l'Épi. 6' 177"I0' 7°10'
2° Celle du milieu, qui esf doub?? 5» 178.10 8.20
3° L'orientale des trois 6= 185. 7.50
La description et la position de la première correspondent à l'étoile 53, et
celles de la seconde à l'étoile 63. La description de la troisième correspond à
l'étoile 73, mais la position se rapporte plutôt à l'étoile 89. Il y a, du reste, pour
cette troisième étoile, deux versions dans les éditions de VAlmageste. Il est pro-
bable qu'anciennement on a observé 73 et 89, et qu'ensuite 73 étant devenue
moins brillante, on n'a plus observé que 89.
En effet, Sùfl écrit au dixième siècle : « La première de ces trois étoiles est la
précédente des deux situées au sud de l'Epi, à quatre coudées de distance; la
deuxième suit à une coudée vers le sud-est : elle est double; la troisième suit,
mais de très loin, à cinq coudées. Ptolémée dit que ces trois étoiles sont en
ligne di-oite ; il n'en est pas ainsi, car la double se trouve au sud des deux autres.
11 y a au-dessus de l'étoile double une étoile à une coudée de distance, et au-
dessous aussi une étoile à une coudée. » La description comme les positions de
Sùfi correspondent exactement aux étoiles 53, 63, 89 , ainsi qu'aux étoiles 69 et
55-57 vues comme étoiles simples. — Comparer à l'aide de notre fig. 262.
Ulugh Beigh signale de même ces étoiles :
Grandeur. Loogilude. Latitude.
1° La précédente des trois sous Sîmak 6' 196° 7' 8° 0'
2?" Celle du milieu, gui esf dou')/<- 5' 197.19 8.36
3» La suivante des trois 6« 204.10 7.42
Ces trois étoiles sont certainement 53, 63 et 89.
Ulugh Beigh est le dernier astronome qui parle de l'étoile 63 comme étoile
double. Tycho-Brahé, qui fait la même description cent soixante ans après, a
supprimé cette désignation ancienne, et désormais cette étoile est considérée
comme simple et comme ne répondant pas à la qualification de nos ?^ eux.
Eh bien ! et c'est là l'événement intéressant pour l'historien du ciel,
l'étoile 61 était anciennement voisine de l'étoile 63, et elle formait avec
elle une étoile double visible à l'œil nu, comme Mizar et Alcor,
comme v' et v' du Sagittaire, comme «' et a* du Capricorne. Mais elle
a depuis abandonné sa compagne, et elle s'enfuit d'un vol rapide vers
le sud-ouest, s'éloignant chaque siècle de l'astre auquel elle était
374
CHANGEMENTS ARRIVES DANS LA VIERGE
anciennement associée. Actuellement (1880), son éloignement est de
1° 14'; il y a deux mille ans, la distance des deux étoiles n'était que
de 40'.
En effet, tandis que l'étoile 63 demeure relativement fixe dans
l'espace, l'étoile 61 est animée d'un mouvement propre très rapide,
qui s'élève à — • 0', 075 en ascension droite et à + 1", 04 en distance
polaire, ce qui donne pour mille ans 75 secondes de temps, d'une
part, et 1040 secondes d'arc, d'autre part : soit pour deux mille ans,
150 secondes (2™ 30=) et 2080" (34' 40"). La direction de ce mouvement
tend précisément à éloigner presque en ligne droite la seconde étoile
de la première, dans un vol rapide pointant au sud de l'étoile 54 et,
plus loin, vers l'étoile p de l'Hydre.
Notre petit diagramme {ftg. 265) représente ce mouvement rapide,
tracé pour une période de dix mille ans. En supposant les autres
étoiles relativement fixes pour
cette période (qui n'est pas
longue dans l'histoire sidé-
rale), on voit que notre étoile
passera dans trois mille ans
au sud-est de l'étoile 54, et,
dans cinq mille, à l'ouest des
étoiles 57 et 55, composant
avec elles une sorte d'étoile
triple. Il y a 2500 ans, elle a
constitué avec l'étoile 63
Vétoile double observée par
les astronomes égyptiens et
grecs; il y a cinq mille ans,
elle est passée vers l'étoile
24861 Lalande, et il y a 7400 ans, si l'étoile 69 ne s'est pas dé-
placée elle-même, les deux étoiles se sont trouvées l'une devant
l'autre. Si le ciel avait été suffisamment observé par nos aïeux, nous
aurions dans ces constatations de rencontres célestes les meilleures
vérifications des dates historiques : le ciel est le juge le plus sur que
nous puissions invoquer même pour les choses de la terre. Les
antiquités fabuleuses dont certains peuples se sont prévalus dans
tous les âges ne comportent pas ces vérifications authentiques : toutes
les fois qu'on nous vante pour l'histoire d'une littérature, d'un art ou
d'ure science antique, un âge extraordinaire, réclamons, s'il se
peut, quelque trace d'événement astronomique qui puisse contrôler
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Ç^FkineLune.
Fig. 265. — Mouvement propre de l'étoile 61 Vierge.
INTÉRÊT DE L'ÉTUDE DU CIEL 375
les faits ; c'est encore là le témoignage le plus sûr qui puisse nous
être donné d'une date invérifiable.
Quoi qu'il en soit, l'étoile 61 Vierge est remarquable par ce dépla-
cement rapide, qui eût confondu Aristote et toute son école; elle
nous rappelle par cet intérêt et par son nom la 61' du Cygne qui
vogue plus rapidement encore (uoy.p. 201); de plus, c'est jusqu'à pré-
sent le seul exemple que nous ayons d'un mouvement propre consta'
table sur des observations faites à l'œil nu, et cet exemple, nous le
devons aux obstacles, aux incohérences, aux difficultés qui arrêtent à
chaque pas la rédaction de ce « Supplément de l'Astronomie popu-
laire », que l'auteur aurait aimé voir se dérouler calme, facile, rapide,
et qui, sans contredit, a déjà aussi plus d'une fois mis à l'épreuve
la patience studieuse de ses nombreux lecteurs... Qu'il me soit permis
à ce propos, de manifester mon étonnement de voir trente mille amis
de la science me suivre dans cette étude technique et non amusante
du grand et sublime univers; je l'avoue bien sincèrement : je ne
pensais pas, et nul n'espérait, qu'il y eût en Europe trente mille
intelligences vraiment prêtes à faire connaissance avec le ciel, vrai-
ment disposées à s'instruire sérieusement (')
Cette belle constellation de la Vierge offre, comme on le voit,
sur notre chemin des spectacles variés. Mais nous sommes encore
loin d'avoir scruté toutes ses richesses. Déjà nous avons reconnu
dans plusieurs de ses étoiles des variations d'éclat plus ou moins
étendues. L'observation attentive du ciel a mis en évidence des
variations périodiques régulières, dont le nombre va en s'accroissant
chaque année. Voici celles qui sont actuellement connues et suivies :
R, qui varie de 6 1/2 à 11 en 145 jours : on la distingue parfois à l'œil nu, à droite
ded'; le dernier maximum a eu lieu le 9 septembre 1880.
S, qui varie de 5 1/2 à 12 1/2 en 373 jours; au-dessous de l; son dernier maxiuium a
eu lieu le 8 octobre 1880. Scintillation remarquable : élancements rougeâtres.
T, qui varie de 8s2 à 13s5; mais elle n'est jamais visible à l'œil nu.
U, qui varie de 7<>,8 à ^2^6, en 212 jours; toujours télescopique aussi.
V, de 8» à 13» en 252 jours; invisible à l'œil nu.
W, deS'i à 10», en 17 jours.
X, de T à 11"; période indéterminée.
(') Depuis son apparition en décembre 1879, l'Astronomie populaire a été impri-
mée à cinquante mille exemplaires, et ce Supplément, en cours de publication, compte
déjà trente mille souscripteurs. Que l'on vienne prétendre maintenant que nous
vivons à une époque de décadence! Jamais, depuis le commencement du monde on
n'a apprécié, compris, désiré la science comme aujourd'liui. On s'aperçoit enfin 'iw'
nous n'existons mtellectuollement que par elle, et que, bommes ou femmes, il vii a
que les êtres instruits qui exislent réellement; les autres, fussent-ils millionnaires
marquis, ducs, princes ou rois, n'étant rien autre ciiose que des nullités. — Nous
parlons ici de la valeur intellectuelle : la valeur morale a, elle aussi, sou importance
dans l'humamte. Mais le temps des apparences et des titres extérieurs est pass<i
376
LES NÉBULEUSES
L'alphabet sera bientôt épuisé, et il le serait si noiis ajoutions à ces
étoiles celles que nous avons remarquées tout à l'heure, telles que
P. XII, 142 (qui pourrait être Y), Lai. 25 086 (qui pourrait être Z),
68 i, 86, etc.
C'est un champ bien fertile que cet espace qui s'étend dans le ciel
d partir de l'Épi de la Vierge, au sud, et jusque dans la Chevelure de
Bérénice, au nord, et il n'est pas étonnant que nous y surprenions des
variations plus ou moins étranges, des mouvements et des métamo:-
Fig. 266. - Champ de nébuleuses dans la "Vierge.
phoses dont l'étude est loin d'être complète. C'est la rêgîoa du ciel la
plus riche en nébuleuses : il y en a là plus de cinq cents! Semence
des mondes futurs, germes des univers à venir, gelée féconde qui
semble trembler suspendue dans l'océan éthéré ! Examinez un instant
notre petite carte spéciale {fig. 266), sur laquelle ne sont encore dessi-
nées que les nébuleuses principales existant dans un pentagone cir-
conscrit par les étoiles e, S, c, x, o et 6 Ch&velure, et décidez vous-
mêmes de l'impression produite par cet aspect. Le nombre des
CHAMP DE NEBULEUSES
nébuleuses éclipse celui des étoiles ! Que de questions se lèvent en
présence de cette richesse ! Chacune de ces taches laiteuses est-elle
vraiment un système solaire en création ? Sont-elles perdues au fond
de l'infini, à une distance incommensurable au delà des étoiles?
Sont-elles mélangées avec les soleils qui trônent dans cette étendue?
Seraient-elles plus proches de nous que les étoiles ?... Comment son-
ger à ces grandeurs — grandeurs dans l'espace et grandeurs dans le
temps — sans se sentir transporté, loin de notre boule errante, dans
les mystères de l'infini et de l'éternité !
Dirigez une lunette à large champ vers cette mine céleste, et, au
hasard, vous ne tarderez pas à rencontrer l'une de ces pâles nébu-
leuses et à voyager dans une contrée qui n'est pas moins intéressante
que la Voie lactée elle-même, quoiqu'elle en forme un système pour
ainsi dire contraire, à angle droit sur le premier, s'élevant, par la
Chevelure, les Chiens de Chasse et la Grande Ourse, jusqu'au pôle
et au delà. Pointez, par exemple, au nord de l'étoile p, de cinquième
grandeur, vous trouverez là plusieurs nébuleuses , dont une belle
double (M. 60) {fig. 267). Les deux noyaux sont sphériques et me-
surent, celui de l'ouest 95'', celui de l'est 120" de diamètre; la dis-
tance entre les deux centres est
de 9 secondes de temps. Ces
deux noyaux tournent-ils l'un |
autour de l'autre ? Probablement.
Mais les observations ne suffi-
sent pas encore pour décider.
Sept minutes avant, presque
sur le même parallèle (18' au sud)
passe une nébuleuse elliptique
double bien curieuse : elegantis-
simum et permirum phsenome-
non, dit D'Arrest. C'est H. IV, _ s -
8 et 9. Les deux se touchent et Fig. 267. - Nébuleuse m. co, h. 270 et m. .-iD,
i T mu ^ r,,A dans la Vierge.
occupent un espace de 2'| a 3 |
d'étendue. Groupe vraiment remarquable. Au nord on voit trembler
dans l'éther une autre nébuleuse plus belle encore : M. 58, précédée
par une étoile de 7" grandeur. La nébuleuse double paraît animée
d'un mouvement propre vers l'est.
Il y a là dans le ciel un district véritablement merveilleux. Par une
nuit de printemps, sans clair de lune et sans brunes, cherchez à
reconnaître les richesses nébuleuses signalées sur notre fig. 266. Les
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 48
378 LKS NEBULEUSES
systèmes de premier ordre vous apparaîtront d'abord, ceux que
Messier découvrait il y a plus d'un siècle : M. 84-86-87-88-89-90
et 91, sans compter les moins brillantes révélées ensuite par les
télescopes des Herschel. La première est ronde et mesure 3' de
diamètre ; la deuxième mesure près de 4' et brille comme une étoile de
9' grandeur; la troisième offre plus de 4' de diamètre et est couronnée,
à 6' au nord, par une étoile de S" grandeur; la nébuleuse M. 88 est
elliptique, fort allongée, mesurant 7' (presque le quart du diamètre
lunaire) de longueur, sur 90" de largeur -, M. 87 est petite, ronde et
brillante; M. 90 est elliptique, atteignant 1' de longueur sur 2' de
largeur et attachée à une étoile de 11' grandeur; la nébuleuse M. 91,
que Messier rapporte avoir découverte en 1781, en même temps que
M. 90, n'a été revae par aucun astronome. L'iiabile fureteur des
curiosités célestes s'est-il trompé, ou bien la. nébuleuse a-t-elle dis-
paru ? L'événement ne serait pas sans gravité ; mais le ciel nous en
offre d'autres exemples. Il y a là, à cette même place (l" plus loin),
une étoile assez mystérieuse. W. Herschel l'appelle « a small well
defined body », un petit objet bien défini. Lalande l'a notée de 8" gran-
deur le 1" avril 1795 et de 7Me 4 avril 1796 (23620-21); Piazzi l'a
notée de 7-8 (P. XII, 145); Argelander l'a inscrite de 6"!. On ne voit
actuellement là aucune nébulosité, mais une petite étoile double au
nord-ouest, ou nord précédent. Champ magnifique à explorer. Se
servir de notre carte (fig. 266).
A 2" 1/2 à l'ouest de e, curieuse nébuleuse ovale (H. II, 75) sur-
montée d'un triangle de trois petites étoiles et précédée à 38 secondes
par une nébuleuse circulaire. Elle
mesure 1 50" de longueur sur 1 5" de
largeur. On croirait rencontrer une
queue de comète perdue dans l'es-
pace. C'est comme un rayon de lu-
mière électrique. Cette nébuleuse,
avec sa compagne (74), est inscrite sur
notre carte, et la petite figure ci-
contre qui en reproduit l'aspect est
- s - orientée comme la carte, le sud en bas.
Fig. 208. -Nébuleuse H. H, 75 et 74. Pour plus dc facilité, cos dessius de
dans la Vierge. uébuleuscs ue sont pas rcuversés.
A 2"° et demie plus loin, vers la Vendangeuse, étoile double de
7" et 9% à 29" (P. XII, 221).
Non loin de l'étoile 6 Chevelure, au sud-est, sur le prolongement
LES NEBULEUSES
379
de |3, TT, 0, se trouve la nébuleuse M. 99, à peu près circulaire, mesu-
rant 3' de diamètre, et qui, dans le grand télescope de lord Rosse, a
offert ces spires magnifiques dont l'aspect rappelle les soleils tour-
nants des feux d'artifice. Création vraiment merveilleuse. La nébu-
leuse presque entière se résout en étoiles. Lointains univers! Splen-
deurs de l'infini! A qui et à quoi servez-vous? — A quoi servons-
nous nous-mêmes?
Ce n'est pas tout. Mais il faut nous borner. Signalons-en deux
encore, qu'il est difficile d'oublier.
A peu près sur le prolongement d'une ligne menée de y à X, près du
Corbeau, une nébuleuse allongée (H. I, 43) qui mesure 4' de longueur
Fig. 269. — La nébuleuse spirale de la Vierse.
et 50" seulement de largeur, est particulièrement curieuse. C'est sans
doute là un système elliptique posé da.ns le vide et que nous aperce-
vons par la tranche.
Entre les étoiles i et fi, près de l'étoile 104, à l'est, formant un
triangle avec elle et 106, on trouvera un petit amas d'étoiles bleues,
suivi d'une étoile rougeâtre de 8° grandeur H. I, 70.
Au nord de c, à 1° environ, un peu à l'est, il y a encore une nébu-
leuse à noyau double (M. 61, fig. 270) bien curieuse pour l'esprit phi-
losophique : fœtus d'un soleil jumeau dont l'éclosion complète est
■3SC
LES CURIOSITES DE LA VIERGE
réservée à la maturité des siècles futurs. Au nord de cette nébuleuse
on remarquera une étoile
double, fine, mais facile : 6,6
et 9, à 20", rose et rouge foncé :
c'est FI. 17.
.Mais de toutes les mer-
veilles de cette constellation,
•j^^^^^H l'une des plus attachantes est
sans contredit la splendide
étoile double y de la Vierge.
Ses deux composantes, fort
brillantes, sont de troisième
Fig.!;70. — La nébuleuse double M. 61, de la Vierge.
grandeur, et écartées actuel-
lement à 5" de distance angulaire. C'est l'un des plus beaux couples
à observer, c'est l'un des pre-
miers découverts au télescope,
et c'est l'un de ceux qui ont
été le plus assidûment suivis
par les astronomes. Dès l'an-
née 1718, Bradley,après avoir
dédoublé cette belle étoile,
'''^ '^^^^^^^^^^^^^^^^^^^' ^ constatait, en regardant d'un
œil dans la lunette et de l'autre
dans le ciel, que la ligne de
j onction des composantes était
parallèle à une ligne passant
par a et ^ de la Vierge, ce qui
correspond à un angle de 33 1 ".
Fig. 271.- L'étoile double Y de la Vierge. Depuis Cette épOque, le COUplc
a tourné de près d'une révo-
lution totale , suivant une ellipse assez allongée dans laquelle le
périhélie est arrivé en 1836 : les deux étoiles ont été tellement rap-
prochées qu'on a cessé de les distinguer séparément, et que l'astre
paraissait parfaitement rond. Voici les positions principales :
DATE ANGLE DISTANCE OBSERVATEURS
1718 331» 6'± Bradley, Cassini.
1756 324 6 ± Tobie Mayer.
1781 311 6 William Herschel.
1803 300 4 I William Herschel.
1820 284 3,0 John Herschel, South.
1830 262 1,8 W. Struve, Dawes.
1836 140 0,4 Smyth, Dawes, Struve.
L'ETOILE DOUBLE GAMMA DE LA VIERGE
381
DATE ANGLE DISTANCE OBSERVATEURS
1840 27 1,3 Kaiser, Galle, Mâdier.
1850 356 2,8 Wrottesley, Main, Jacob.
1860 348 3,9 Secchi, Knott, Dembowski.
1870 342 4,5 Dunèr, Wilson, Gledhill.
1880 337 5,0 Hall, Stone, Flammarion.
La période est de 175 ans, et l'étoile secondaire reviendra vers 1893
au point où elle est passée en 1718. Le plan de l'orbite n'est que fai-
blement incliné sur notre rayon visuel ; nous voyons le mouvement
s'effectuer à peu près de face, de sorte que l'orbite apparente {fig. 272)
diffère très peu de l'orbite absolue, et est à peine déformée par la per-
Fig. 272. — Orbite de l'étoile double f de la Viergo.
spective. Considérons un instant cette figure. En rapportant le mouve-
ment à l'un des deux soleils supposé fixe (ils sont du même éclat, et
sans doute de même volume et de masse analogue), l'autre soleil décrit
l'ellipse d'un mouvement non uniforme, accélérant considérablement
sa vitesse dans la région du périhélie et la ralentissant à l'aphélie : le
mouvement angulaire annuel a été de 30° en 1836 et seulement de
0°,43 en 1760; il est plus de soixante fois plus rapide dans la pre-
mière région que dans la seconde. La seule contemplation de ce mou-
vement centuple pour nous l'intérêt de l'observation de ce couple
radieux.
En réalité, les deux soleils tournent autour de leur centre commun
de gravité, situé vers le milieu de la ligne idéale qui les joint à tout
instant de la révolution. S'ils sont accompagnés chacun d'un système
planétaire, il faut que chaque famille de planètes soit très rapprochée
de son soleil respectif, et en quelque sorte serrée sous la protection de
son aile tutélaire, car autrement l'attraction de l'autre soleil amène-
rait au périhélie des perturbations qui désorganiseraient le système
et mettraient en péril la vie des humanités confiées à ces destinées.
Toutefois, il ne faudrait pas croire que les deux soleils se touchent à
382 L'ETOILE DOUBLE GAMMA DE LA VIERGE
leur périhélie : la distance, qui est de 6", 3 à l'aphélie, se réduit à0",43,
il est vrai ; mais comme cette étoile n'offre pas de parallaxe sensible,
cette faible valeur peut représenter un rayon égal à celui de notre
système planétaire tout entier. L'espace ne manque donc pas pour la
gravitation d'un grand nombre de terres habitées. Et quelle merveil-
leuse situation que celle de ces séjours illuviinês par deux soleils
égaux dont la splendeur s'efface et reparaît avec les variations des
distances !
Les deux étoiles se sont recouvertes en 1836 pour les observations
faites dans les meilleurs instruments : on n'a plus vu qu'une seule
étoile, à peine allongée. Ce fait nous permet de calculer quels disques
apparents elles offrent à la vision télescopique. Nous devons au moins
leur supposer un diamètre de 1" pour que l'image optique n'ait pas été
trop allongée et ait, comme on l'a observé, ressemblé à un disque
circulaire. En dessinant ces disques à l'échelle de 1""° pour 1", on
obtient les aspects représentés fig. 273, qui correspondent aux obser-
Fig. 273. — Aspects variables de l'étoile double y de la Vierj;'!.
valions faites à l'époque du périhélie. Les deux composantes se sont
écartées lentement l'une de l'autre depuis 1836, et leur distance est
actuellement de 5".
Ces deux soleils tournent sur eux-mêmes, comme tous les soleils
de rtmivers, sans doute, et cette rotation semble se manifester à nous
pai 7es variations alternatives d'éclat qu'ils nous présentent, car
tan^t l'une des deux étoiles est plus brillante et tantôt l'autre, sur
une demi-grandeur environ de fluctuation.
Quoique ce magnifique système éclipse tous ses voisins par sa
beauté et par son intérêt, nous ne devons pas, cependant, passer sous
silence les autres couples de la môme constellation accessibles aux
insiruments de moyenne puissance. Inscrivons-les par ordre de diff:-
cnlté :
LA VIERGE. — LA BALANCE 3S3
6 : triple; 4" |, 9' et 10'; 1" et 65". Les deux premières forment un
système physique en mouvement propre commun. Mais elles restent
fixes l'une par rapport à l'autre.
84 : 5',8 et 8%5, à 3",5; jaune et bleue; belles couleurs. Système
orbital en mouvement lent.
54 : 6',3 et 7%5 ; 5",7 ; fixes depuis un siècle qu'on les observe.
Tout près de 4-, au sud-ouest, l'étoile P. XII, 196 : 6' | et 9\i, à 33".
A 3" au sud de v, un peu à l'ouest, P. XII, 32 : 6' et 6' |; écarte-
ment = 21. Piazzi les a estimées seulement de 7° | chacune.
Enfin, tout près de Ç, au nord-ouest : P. XIII, 127; couple très
déUcat ; 8' et 9°, à 2",3. Facile à trouver, à 25 secondes précédant Ç et
à 17' au nord. Cette étoile paraît animée du même mouvement
propre que Ç.
A l'aide de notre petite carte [ftg. 266), on pourra encore glaner,
dans ce fameux champ de nébuleuses, 1 étoile double 17 Vierge : 6"!
et 9% à 20"; rose et rouge ; couple remarquable.
Telles sont les richesses et les curiosités sidérales que la Vierge
céleste garde en réserve pour ses contemplateurs. La Balance est
moins riche.
On enseigne classiquement que cette constellation n'a été introduite
dans le Zodiaque, entre la Vierge et le Scorpion, qu'à une époque
relativement récente, pendant la vie de l'empereur Auguste, et l'on
cite à l'appui ces vers de Virgile dans les Géorgiques :
Anne novuui tardis sidus te measibus addas,
Qua locus Erigonem inter Chelasque sequentes
Panditur : Ipse tibi jam brachia contrahit ardcus
Scorpius, et cœli justa plus parte reliquit.
flatterie qui peut se traduire ainsi : « Et toi qui dois un jour être
admis au conseil des dieux, ô César! veux-tu, nouvel astre d'été, te
placer entre la Vierge Érigone et les serres du Scorpion? Déjà devant
toi l'ardent Scorpion replie ses serres pour te laisser dans le ciel un
espace suffisant. » Ce serait la justice d'Auguste qui aurait inspiré
à ses sénateurs et à ses astronomes la création du signe de la Balance.
Mais il y a là une erreur manifeste. Auguste était né au mois d'août
(lequel mois, comme nous l'avons vu, a reçu son nom à cause de cette
coïncidence) ; on lui aura consacré un astérisme qui existait déjà, géné-
ralement nommé chelaï « les serres » du Scorpion, et à dater de
cette époque cet astérisme s'est spécialement appelé la Balance; mais
déjà les Egyptiens et les Grecs lui avaient donné ce nom. La nais-
331 LA BALANCE
sance d'Octave-Auguste tombait au commencement de la Balance.
De plus, c'est là qu'était apparue la fameuse comète qui plana dans
le ciel à la mort de Jules César et dans laquelle la piété du peuple
avait vu l'âme de César elle-même s'envolant dans les cieux.
Virgile lui-même semble reconnaître une autre étymologie à ce
nom de Balance :
Libra die somnique pares ubi fecerit horas,
Et médium luci atque umbris jam dividet orbem,
Exercete, viri, tauros...
« Quand la Balance rend égales les heures du travail et les heures du sommeil,
quand le jour et la nuit se partagent également le monde, laboureurs, conduisez
vos taureaux aux champs.... »
Mais c'est encore là une origine erronée. La Balance existait dans
le Zodiaque avant l'époque où elle marquait l'équinoxe d'automne.
Son nom est dû à ses deux étoiles principales qui sont d'égale gran-
deur, assez écartées l'une de l'autre, et donnent fort simplement l'idée
de deux plateaux de balance. On a prétendu aussi que les anciens ne
connaissaient pas la balance à deux plateaux, et que les Romains,
notamment, se servaient de l'instrument que nous appelons balance
romaine. Nouvelle erreur : la balance dite romaine ne vient pas du
tout des Romains, mais des Arabes : son nom dérive du mot arabe
rommana, poids; et la plus ancienne balance, la plus naturelle, est
la balance à deux plateaux.
Primitivement, le Scorpion étendait ses serres jusqu'aux pieds de la
Vierge. A l'époque oîi l'on a assigné un signe au soleil pour chaque
mois de l'année, les onze constellations zodiacales ont dû faire place
à douze, et c'est celle du Scorpion qui a été scindée en deux. Le Scor-
pion proprement dit a formé une constellation, et les serres en ont
formé une autre. Hipparque et Ptolémée conservent encore les
Serres, continuant Eudoxe et Aratus. Mais le prêtre égyptien Mané-
thon, qui vivait sous Ptolémée Philadelphe, au m' siècle avant notre
ère, remarque déjà que les serres ont été changées en plateaux de
balance, à cause de la similitude.
Ptolémée ne comptait que huit étoiles dans cet astérisme (a, (3,
y, â, i, B, fi et v), et neuf aux alentours. Nous n'en comptons guère
plus aujourd'hui , de la première à la cinquième grandeur inclusi-
Tement.
La comparaison de l'éclat actuel de ces étoiles avec les éclats an-
ciennement observés montre, comme on le voit par le tableau ci-
après, que plusieurs variations importantes se sont opérées.
LA BALANCE
385
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE LA BALANCE
ÉTOILES
-1-21
+ 060
1430
1590
1603
1660
1700
1756
1800
1840
1*^0
1830
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ASTRONOMIE. — SUPPLEMENT.
•W
386 LES ETOILES DE LA BALANCE
â est une variable périodique très rapide. Elle oscille de 4,9 à 6,1
dans la période de 2 jours 7 heures 51 minutes 19 secondes : c'est
la plus rapide que nous connaissions dans le ciel entier, car elle se place
même avant Algol. Sa variation, moins brusque que celle d' Algol,
n'est probablement pas due à une éclipse produite par une planète de
son système passant devant elle, mais à une rotation de ce soleil tour-
nant autour de son centre de gravité. Cette rotation s'effectuerait en
56 heures environ, et l'astre serait recouvert de taches fixes dominant
sur un hémisphère, continents ou scories émergeant au-dessus
d'un océan de feu ! Ces étoiles à variations périodiques rapides ou-
vrent le plus vaste champ à l'imagination. Nous en connaissons déjà
plusieurs :
jours
heures
minutes
E«condes
8 Balance, qui varie
de 4,9 à 6,1 en 2
7
51
19
U Céphée —
7,5 à 9,2— 2
U
49
48
Algol —
2,3 à 4,3 — 2
20
48
53
S Licorne —
4,9 à 5,6— 3
10
48
U Couronne —
7,6 à 8,8- 3
10
51
X Taureau —
3,4 à 4,3- 3
22
52
24
8 Céphée —
3,7 à 4,9 — 5
6
42
18
Que ces variations soient dues à une rotation — ce doit être le cas le
plus général — ou à une révolution de corps obscurs, leur rapidité est
vraiment extraordinaire. (Notre soleil tourne en 27 jours, et sa planète
la plus proche en 89.) Elles sont moins étendues que les variations à
longues périodes et ne dépassent pas deux grandeurs.
Les deux étoiles principales de la Balance, a et |3, ne sont que de
troisième grandeur, à la limite de la seconde. « est jaune et (3 a une
nuance de vert, très rare dans les étoiles simples. La première a été
nommée Kiffa australis, la seconde Kiffa borealis; c'est de l'arabe
marié au latin : balance australe et boréale.
L'étoile y a offert depuis deux mille ans des fluctuations assez pro-
fondes, car Hévélius ne l'a inscrite que de 6° grandeur, tandis qu'elle
est de 3" dans Bayer ; elle est actuellement de 4° | environ.
s, qui n'est aujourd'hui que de 5^ |, a été notée de 4° par tous les
observateurs du xvi° au xviif siècle. Il est certain qu'elle n'offrait pas
cet éclat au temps de Ptolémée et Sûfî, qui ont décrit avec soin ses
voisines j3 et 37 sans la mentionner.
Nous en dirons autant de ^ et de -n : variations certaines.
i a été vue de 3° par Tycho et Hévélius, de 4° par Ptolémée, Sûfî,
Ulugh Beigh, Mayer ; elle est en ce moment de cinquième.
/. est aussi tombée d'ime grandeur au moins.
X a subi une oscillation très importante ; Ptolémée, Sùfi, Ulugh
LES ETOILES DE LA BALANCE 387
Beigh l'ont vue de sixième; Tyclio, Hévélius, Flamsteed, Mayer, de
quatrième; elle est aujourd'hui de cinquième et demie.
V i^iait notée de quatrième par les anciens ; mais dès le x" siècle,
Sûfî remarque qu'elle est des moindres de la cinquième.
Les deux étoiles qui brillent à Test de (3 sont en ce moment à peu
près d'égal éclat. Il n'en était pas de même autrefois, car celle du nord
n'a été signalée par aucun observateur avant Hévélius, et il suffit de
lire la description minutieuse de Sûfî pour en conclure que s'il l'avait
vue, il l'aurait signalée. Ni Flamsteed, ni Mayer, ni Piazzi ne l'ont
observée. Elle est donc variable, comme les précédentes. — C'est
Lalande 28344, voisine de 37.
Enfin, l'étoile 48, entre 6 et ? Scorpion, paraît varier de 4 h 5. Cette
étoile est nommée <\i dans un grand nombre de catalogues (Piazzi,
Mayer, etc.). Mais la nomenclature de Bayer s'arrête a o. Il y a aussi
certaines confusions pour quelques étoiles insérées tantôt dans la
Balance et tantôt dans le Scorpion. Ainsi, les étoiles, 20, 39, 40 et
51 de Flamsteed doivent être réintégrées dans le Scorpion : ce sont,
respectivement, y, o, p. xv, ii6, et l du Scorpion.
On connaît dans la Balance, outre S, trois variables périodiques,
R, S et T ; mais elles sont télescopiques et hors du cadre de cette des-
cription pratique et populaire des curiosités du ciel.
Il faut avouer que si cette constellation n'occupe pas dans le ciel
un vaste espace, ses témoignages sont assez remarquables en faveur
des variations séculaires qui s'accomplissent dans la création, puisque
sur les 21 étoiles qui la composent, neuf seulement (a, (3, 6, fi, E, o, 11,
16 et 37) paraissent stables, tandis les douze autres manifestent des
indices, les uns très probables, les autres certains, d'instabilité et de
modifications de lumière plus ou moins profondes. A mesure que
nous avançons dans l'étude du ciel, nous sentons davantage le grand
souffle de vie qui circule à travers l'immense univers.
Il y a là aussi plusieurs associations d'étoiles dignes d'attention.
Et d'abord, l'étoile «se montre, dans une simple jumelle, accom-
pagnée, à 3' 49", par une étoile de sixième grandeur qui paraît former
un système stellaire avec elle.
L'étoile K est entourée de trois voisines, de sixième grandeur. Il y
en a deux surtout assez brillantes pour être facilement visibles à
l'œil nu.
V est accompagnée d'une petite étoile de G'' | : cà 15'.
5' et l^ forment aussi un couple très écarté; la seconde étoile est un
peu plus brillante que la première.
388 ■ CURIEUX SYSTEMES STELLAIRE3
est accompagnée, à 11' au sud, d'une étoile de huitième grandeur
i forme un couple très écarté (17') avec une étoile de 6°| qui la
suit à 1 est ; mais plus près d'elle, à 57", on découvre une petite étoile
de 9' grandeur, qui s'est éloignée de 7" depuis 1822. Ce déplacement ne
correspond au mouvement propre de i ni comme direction ni comme
vitesse. La petite étoile est double elle-même : très fine = l',9. On
distingue encore une étoile de 10" grandeur, presque en ligne droite
au delà du compagnon.
Ce sont là des groupes écartés, plutôt optiques que physiques.
Remarque assez curieuse : on ne voit pas, dans cette contrée du ciel,
une seule véritable étoile double importante, un seul système orbital,
sinon quelques petits couples télescopiques, minuscules, et sans
doute fort lointains. Signalons seulement un groupe remarquable
par son mouvement propre rapide, et dont les deux composantes se
déplacent suivant une ligne droite, comme celles de la 61" du Cygne :
c'est l'étoile P. XIV, 212, de sixième grandeur, que l'on trouvera à
peu près au milieu du quadrilatère formé par les étoiles «, i, y Scor-
pion et 26855 Lalande {fig. 274). Facile à dédoubler dans une petite
lunette : 6,3 et 7,0, à 15". Ce couple est emporté dans l'espace par
un mouvement propre trè^ rapide, de 202" par siècle, dirigé vers
le sud-est. Relativement à l'étoile la plus brillante, la moins brillante
se déplace suivant un mouvement rectiligne dirigé vers le nord-ouest,
en sens contraire de la translation générale du système. Le fait est
exactement le même que si les deux étoiles marchaient de concert,
avec une faible différence de vitesse, la première voguant un peu plus
vite que la seconde. On se rendra compte de ce curieux mouvement
par notre diagramme (/?f/. 275 A) qui le représente pour un siècle
(1780-1880) :1a seconde étoile recule, relativement à la plus brillante.
Va-t-elle continuer de rétrograder et restera-t-elle décidément en
arrière, comme le cheval de course dépassé par le vainqueur? La
question est intéressante ; mais les observations ne suffisent pas pour
décider. Il est possible que ces deux étoiles lancées dans l'immensité
ne se trouvent que par hasard l'une près de l'autre ou l'une derrière
l'autre. Pourtant, si l'on considère la grandeur de leur mouvement,
qui surpasse de beaucoup la moyenne des mouvements propres, et
la similitude — pour ne pas dire l'identité — des deux cours, la conclu-
sion la plus probable est que ces deux astres sont réellement associés
dans leur destinée, comme les deux soleils jumeaux qui composent le
couple de la 61" du Cygne. Comparez ces deux systèmes, à l'aide du
diagramme des positions constatées par un siècle d'observation.
CURIEUX SYSTEMES STELLAIRES
389
l^a 61' du Cygne {fig. 275 B) marche vers le nord-est, emportée par
\\n essor rapide de 508" par siècle, et sa compagne marche à côté
d'elle, un peu obliquement : elles se sont croisées à la fin du siècle
dernier. L'étoile P. XIV, 212 iriarche vers lesud-est, avec une vitesse
de 202", et sa partenaire l'accompagne à peu près parallèlement,
mais d'une démarche un peu plus lente. Ce sont là des systèmes stel-
laires d'un ordre particulier. Nous en avons rencontré d'autres,
composés de deux soleils qui voguent dans l'espace absolument pa-
rallèlement et avec une vitesse identique : ainsi, depuis l'an 1755 que
nous les observons, les étoiles formant les couples de p du Cygne,
6/f du Ûyana
Fig. 275. — Mouvements rectilignes des composantes de la 61« du Cygne et de celles
de l'étoile P. XIV, 212 du Scorpion.
y du Bélier, v du Dragon, ^ des Poissons, (|> des Poissons, 6 du Ser-
pent, 16 du Cygne, 20 des Gémeaux, sont restées complètement ^"xes
l'une par rapport à l'autre, quoique voyageant assez rapidement
ensemble à travers l'immensité.
Nous ne sommes encore, il faut bien l'avouer, qu'à l'aurore de
l'astronomie sidérale, et le travail que nous faisons en ce moment
pour nous reconnaître dans l'immensité du ciel, ne choisir que les
objets les plus évidents et les mieux connus, distinguer les étoiles
390 LA SCIENCE
selon leur nature ou leur caractère sidéral, et prendre une première
idée scientifique, exacte, des réalités de l'univers qui nous environ-
nent et nous touchent de plus près, ce travail, dis-je, n'a jamais été
fait, de sorte que cet exposé général n'est, en idéalité, qu'un premier
essai de méthode et de classification. Il n'y a guère plus d'un siècle
que l'on observe avec précision les positions absolues des étoiles. Et
comment ne pas remarquer que les grandes œuvres qui ont fondé
l'astronomie sidérale sur ses bases inébranlables, les catalogues
d'étoiles doubles et de nébuleuses d'Herschel , et le grand cata-
logue de 47390 étoiles de Lalande , sont dues aux efforts passionnés
de deux amis de la science, de deux hommes indépendants, et nulle-
ment aux fonctionnaires des établissements officiels ! Lalande lui-
même laisse échapper un sourire quelque peu mélancolique à propos
de la fondation de son observatoire de l'École militaire, où se sont
faites à la fin du siècle dernier toutes les observations de son grand
catalogue : « Après avoir fait, dit-il, des efforts inutiles auprès des
ministres les plus célèbres et les plus savants, Malesherbes et Turgot,
pour obtenir une lunette, je finis par l'obtenir de Bergeret, receveur
général des finances. On lit dans l'Évangile que le publicain fit honte
au pharisien.... Je fus longtemps contrarié par les circonstances, les
intérêts et la jalousie.... L'Observatoire de l'État avait coûté quinze
cent mille francs ; celui-ci n'en coûta pas quatre-vingt mille, et il est
mieux approprié aux besoins de l'astronomie... etc. » Il y a bientôt
un siècle que Lalande écrivait ces mots ('). Les hommes n'ont pas sen-
siblement changé depuis, et si j'ai quelque jour le temps d'écrire
l'histoire de l'astronomie en France pendant la seconde moitié du
(') Depuis plus de deux siècles qu'il existe, l'Observatoire de Paris, avec tous ses
observateurs et tous ses calculateurs, n'a pas encore publié un seul catalogue d'étei-
les! Il y a quatre-vingts ans que le Catalogue de Lalande est construit, et notre Obser-
vatoire, dont le travail fondamental est la révision de ce Catalogue, u'a même pas
encore renouvelé l'œuvre de Lalande. On nous prometcette publication pour « l'année
prochaine», depuis vingt ans au moins.
Les faits ont parfois de tristes enseignements. Ce Catalogue français de Lalaude
est encore aujourd'hui sans rival , et restera toujours dans la science comme le
tableau exact de l'état du ciel pour l'époque 1800. Eh bien, ce ne sont pas des astro-
nomes français qui l'ont publié : c'est le gouvernement anglais, en 1847, quarante
ans après la mort de Lalande I — Un autre astronome français, élève de Lalande, le
jeune Lepaute d'Agelet, neveu de la célèbre M""î Lepaute, et qui fut en 1788 vic-
time de l'infortunée expédition de La Pérouse, travaillait aussi à l'Observatoire de
l'École militaire, où il réalisa 6500 observations de petites étoiles, obtenant les posi-
tions les plus précises que l'on connût alors. Eh bien , le Catalogue de d'Agelet n'a
été publié qu'en 1866, et par qui'? par un astronome américain, aux frais du gouver-
nement des États-Unis. Etc., etc. Voilà les encouragements que l'on donne à la
science.
LA SCIENCE 391
xix° siècle, on y trouvera des faits analogues et fort édifiants. A part
quelques rares exceptions, l'intérêt personnel seul régit le monde. La
science, la philosophie, l'art, le progrès, le bonheur de l'humanité, ne
viennent qu'en seconde ligne, et la plupart du temps non comme
étant leur propre but à eux-mêmes, mais comme moyens de servir à
l'avancement matériel, politique ou autre, de ceux qui s'y consacrent.
Et les gouvernements eux-mêmes sont si équitahlement organisés,
qu'en général nous les voyons décerner leurs titres, positions et ré-
compenses non pas aux hommes de réelle valeur qui les méritent par
leurs travaux, mais presque toujours h des savants superficiels qui,
ne travaillant pas, passent leur vie à intriguer. On n'est pas plus in-
telligent ! C'est à se demander quelquefois par quel mii\acle le Progrès
marche quand même : il faut convenir que depuis l'origine des
sociétés c'est la science indépendante, la science libre, qui en conduit
le char, à ses risques et périls (').
(') Nous venons de parler de Lalande et Herschel. La plus grande découverte
astronomique de ce siècle, celle de Neptune, a été faite en même temps par deux
savants, l'un français (Leverrier), l'autre anglais (Adams), étrangers l'un et l'autre
aux. observatoires de leur pays ; et, mieux encore, l'Observatoire de Greenwich avait
entre les mains le travail d'Adams, antérieur à celui de Leverrier, et il ne se donna
même pas la peine de l'examiner et de le publier, de sorte que toute la gloire fut
réservée à la France. Il en est de même des autres grandes découvertes : Copernic
était un chanoine, penseur isolé; Galilée resta toute sa vie en contradiction avec la
science officielle de son époque; Kepler était obligé de faire des almanachs pour
vivre, et lorsqu'il mourut de fatigues, après avoir découvert les lois immortelles qui
portent son nom, c'est en allant mendier à l'empereur Ferdinand d'Autriche l'arriéré
de sa pension. L'histoire des sciences est pleine de ces incohérences, qui ne sont
guère à l'honneur des « classes dirigeantes ». Récemment encore, un travailleur
passionné, qui a rendu de grands services à l'instruction publique, et qui en aurait
rendu de plus grands encore s'il avait été soutenu, Charles Dien, est mort do misère
à l'hôpital pendant le siège de 1870. Etc., etc.
CHAPITRE XV
Le Scorpion. Disposition remarquable de ses étoiles. Antarès.
Les étoiles temporaires .
Curieux système ternaire — Le Sagittaire. Nouvelles étoiles variables.
La Couronne australe. — Les dernières soirées de l'été.
Depuis que nous avons quitté l'hémisphère boréal et que nous
avons commencé la description des constellations zodiacales, nous
tournons le dos au nord et nous regardons le sud en face pour toutes
nos observations. Plus nous avançons vers le sud et moins les étoiles
s'élèvent au-dessus de notre horizon. De leur lever à leur coucher,
celles auxquelles nous arrivons maintenant ne décrivent plus au-
dessus de l'horizon austral qu'un arc peu étendu, car elles sont fort
au sud de l'équateur, et même au sud de l'écliptique, s'éloignant
jusqu'à 120 et même 130 degrés du pôle nord. Nous ne pouvons donc
les bien voir qu'à l'heure de leur passage au méridien, c'est-à-dire
vers 9 heures du soir, en juin et juillet pour la Balance, en juillet et
août pour le Scorpion, en août et septembre pour le Sagittaire. On
ne peut guère se tromper pour reconnaître Antarès ; cependant si l'on
éprouvait quelque difficulté, notre fig. 173 (p. 244) peut servir à rap-
peler les principaux points de repère.
Le Scorpion, signalé par la belle étoile rouge Antarès, s'étend au-
dessous d'Ophiuchus, avec lequel nous avons fait connaissance. Le
nom d' Antarès signifie « rival de Mars », ce qui montre qu'au temps
des Grecs la coloration ardente de ce lointain soleil ressemblait
comme de nos jours à celle de la planète guerrière. Antarès marque
le cœur du Scorpion. A droite, les étoiles |3, 5et tt indiquent la direc-
tion de la tête. Les serres primitives s'allongeaient jusqu'à y et (i
'- Balance pour la serre boréale, et jusqu'à i et a pour la serre australe.
Mais le caractère le plus frappant est celui de la queue et du dard re-
courbé : la seule disposition des étoiles s, ij.,-/i,B, x,l -à suffi pour
donner l'idée d'un Scorpion, d'autant mieux que toutes ces étoiles
sont fort brillantes , et l'origine de cette figure céleste est aussi évi-
dente que celle de la Couronne boréale, de la Flèche, des Gémeaux, et
plus évidente encore que celle du Dauphin, du Taureau, des Poissons^
LE SCORPION
393
de la Lyre, etc. Un seul coup d'œil jeté sur notre fig. 276 suffit pour
reconnaître dans l'arrangement de ces étoiles l'animal au dard re-
courbé. Chercher avec Pluche, Lalande, Dupuis, Francœur, une
explication dans les mois de l'année et les chaleurs ou les mala-
dies de Fêté symbolisées par l'animal venimeux , c'est chercher ,
suivant une expression vulgaire, midi à quatorze heures. Ajoutons
que le seul fait de la présence du Scorpion dans les figures célestes
nous prouve que ces constellations ont été nommées par un peuplé
habitant les chaudes latitudes, familier avec cet animal, et pour lequel
ces étoiles s'élevaient plus haut que pour nous au-dessus de leurs
regards contemplateurs.
Le Scorpion primitif s'étendait, avons-nous dit, jusqu'à la Vierge :
il en était encore de même au
temps d'Ératosthènes , car
dans le livre des Catastérismes
qui nous a été conservé de lui
et qui ne paraît être qu'un ex-
trait d'un ouvrage astrono-
mique plus important, il est
dit : « La grandeur du Scor-
pion l'a fait partager en deux
signes : dans l'un sont les
serres et dans l'autre le corps
et l'aiguillon; on voit deux
étoiles à chaque serre, l'une
brillante et l'autre obscure,
trois brillantes au front, deux
Fig. 276. — Kloiles formant la Ugure du Scorpio
au ventre, cmq à la queue, quatre à l'aiguillon. Elles sont précédées
par la plus belle de toutes, l'éclatante de la serre boréale ». D'après
cette description, le Scorpion se serait encore à cette époque étendu
sur les deux signes, et l'étoile p de la Balance, qui formait la serre
boréale, eût été plus brillante qu'Antarès. Celle-ci n'était sans doute
pas alors de première grandeur, puisqu'on la signale sans remarque,
comme faisant simplement partie des deux du ventre (« et t sans
doute). — Eudoxe, Aratus et Ératosthènes ne parlent que des Serres
du Scorpion, et c'est Manéthon le premier qui rapporte que « les
prêtres ont changé les serres en plateaux de Balance, parce qu'elles
s'étendent de part et d'autre comme des plats suspendus à un joug. »
Ovide rapporte que c'est la vue de ce monstre qui épouvanta
Phaéton lorsqu'il essaya de conduire dans l'espace le char flam-
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 50
39'i LE SCORPION
boyant du Soleil, et la mythologie assurait que ce Scorpion était
la métamorphose de celui qui piqua Orion au moment où il allait
atteindre Diane poursuivie. Mais ne nous occupons pas des fables.
L'éloignement austral des étoiles du Scorpion nous interdit de les
observer toutes de nos latitudes boréales : celles-là même que nous
pouvons voir ne s'élèvent que faiblement au-dessus des brumes de
l'horizon, de sorte qu'il nous est difficile d'estimer exactement leur
grandeur. Pour représenter l'état actuel du ciel et former la dernière
colonne de notre tableau, j'ai eu recours aux observations si soigneuses
qui viennent d'être faites sur les étoiles de l'hémisphère austral, par
les astronomes de l'Observatoire de Cordoba, près Buenos- Ayres
(République argentine), et qui ont permis à M. Gould de compléter
l'uranométrie d'Argelander et de Heis par l'étude des zones célestes
qui restent cachées aux astronomes européens.
Hipparque, Ptolémée, Sûfi, Ulugh Beigh, Piazzi, qui habitaient
au midi de nos latitudes, ont observé presque toutes ces étoiles; mais
Tycho-Brahé, Hévélius, Flamsteed, Player, Argelander et Heis n'ont
pas observé celles qui dépassent le 35° degré de déclinaison australe.
Fort heureusement, nous pouvons suppléer en partie à ces lacunes
par trois séries d'observations indépendantes faites à de longs inter-
valles l'une de l'autre. En 1676, Halley s'embarqua pour l'île Sainte-
Hélène, et l'année 1677 fut presque entièrement consacrée à l'étude
de l'hémisphère austral; j'ai remplacé dans notre tableau la colonne
fort incomplète d'Hévélius (1660) par celle de Halley. En 1751 et 1752,
Lacaille fit, au cap de Bonne-Espérance, la première observiition
intégrale complète de l'hémisphère austral : j'ai inscrit ses observa-
tions, au lieu de celles de Mayer, pour toutes les étoiles situées au delà
du 30" degré; enfin les lacunes de Heis (1860) ont été comblées par
les observations de Behrmann, extraites de son « Atlas dessûdlichen
gestirnten Himmels ».
Antarès n'était classé par les anciens astronomes que parmi les
astres de la deuxième grandeur; il s'est élevé ensuite à la première,
et maintenant il paraît de nouveau diminuer lentement. Au temps
d'Ératosthènes, l'étoile p de la Balance était plus brillante qu'An-
tarès, et sans doute de première grandeur.
L'étoile p du Scorpion a été éclipsée par la planète Mars (presque
occultée) le 17 janvier de l'an 271 avant notre ère. Cette étoile paraît
osciller autour de la troisième grandeur; en 1756, Mayer l'a notée
de 4°; mais ses estimations ne sont pas absolument sûres ; en 1704,
Kirch l'a vue inférieure à 5, et elle y redescend actuellement.
LE SCORPION 395
Les estimations d'éclat qui composent la dernière colonne de notre
tableau, ayant été faites par des observateurs placés dans l'hémi-
sphère austral, doivent être sensiblement supérieures à celles qui sont
dues aux observateurs de l'hémisphère boréal : de faibles différences
dans le sens positif n'indiqueraient donc pas pour cela un accrois-
sement d'éclat. Il est probable que, malgré l'apparence, les étoiles â,
£, 9, y., 1 n'ont pas varié. Cependant la différence est d'une grandeur
enti-ère pour la dernière.
C'est sans doute par erreur que Piazzi a noté Q de b'.
ç', qui était anciennement égale à Ç% est aujourd'hui de deux gran-
deurs au-dessous.
P est descendue de la troisième à la quatrième et demie.
n a jamais existé. Bayer a placé cette étoile entre p et y , au milieu
de la distance qui les sépare; mais on ne voit rien au ciel en cet
endroit. Elle provient sans doute d'une erreur de transcription.
Sur la carte de Bayer, la lettre c est gravée entre deux étoiles con-
tiguës qui se «"uivent à peu près parallèlement à l'écliptique. Ces deux
étoiles correspondent à FI. 13 et P. XVI, 31, seulement elles sont
moins écartées l'une de l'autre. C'est donc la première qui est c', et
c'est la seconde qui est c*. Les astronomes se trompent souvent sur
cette identification, appelant c' une étoile de sixième grandeur et
demie située tout contre 13, au sud (FI. 12), et appelant 13 c^ — Ces
deux étoiles manifestent une certaine fluctuation d'éclat. FI 12 est
très faible et invisible à l'œil nu.
P. XVI, 111 paraît varier entre 4^ | et 5=|.
P. XVI, 92 est a de la Règle sur un grand nombre de cartes et
catalogues. Lacaille a placé là, en effet, en 1752, une Règle et une
Équerre (fig. 279), en prenant au Scorpion, au Loup et à l'Autel, des
étoiles qui auraient fort bien pu leur rester.
Le même astronome a voulu aussi glisser une lunette dans l'étroite
ouverture qui sépare le Scorpion du Sagittaire. L'étoile de troisième
grandeur et demie qui suit le dard recourbé du Scorpion (P. XVII, 229)
et qui peut marquer la pointe d'un second dard, au lieu de rester au
Scorpion, se nomme y du Télescope, mais non chez tous les astro-
nomes, car dans Behrmann elle est la 63' du Scorpion, et dans Gould
elle porte la lettre G de cette même constellation. Cette étoile offre la
particularité d'avoir été nommée nébuleuse par Ptolémée. Sùû rap-
porte cette qualification sans la continuer, et dit que c'est une faible
de la quatrième grandeur. Bayer l'a dessinée nébuleuse, sans doute à
cause de la tradition de Ptolémée. Cette tradition n'est peut-être pas
39G
LE SCORPION
sans fondement, car il est certain que l'étoile augmente d'éclat; la
gradation est même instructive :
Il y a deux mille ans . nébuleuse.
Il y a neuf cents ans 4« î
Il y a trois cents ans 4»
Aujourd'hui 3« j
Aurions-nous assisté là à la transformation d'une nébuleuse en
étoile? Nous sommes ici en pleine Voie lactée.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU SCORPION
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
Etoiles
1-27
+960
1430
1590
1003
1677
1700
1750
1800
1840
1860
1880
a {Antarès)
2
2
2
1
1
1
1
1
1
M
11
1,7
P
3
3
3
2
2
2i
2
4
2
9
2
2,5
T
3
3.4
3.4
3
3
3
3
3
3.4
3i
31
3,5
S
3
3
3
3
3
1
3
2|
3
2i
9 1
*" 3
2,4
e
3
3
3
3
3
3
3
3
3
3
2,3
K'
4
4
4
3
4
4
5.6
5-1
5,8
V
4
4
4
4
3
5.6
41
3,6
>1
3
3.4
3.4
, 3
4
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4
4
3,6
e
3
3
3
3
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*' 3
2^
5
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* 3
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4
4
4
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5
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P. XVI,
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7
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P. XVI, 92
6
6
6
5
5
5,7
P. XVI
111
5
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51
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P. XVI,
255
6
6
5
5
5,7
P. XVII, 137
6
5
51
4,5
P. XVII, 229 nùb
4.5
4.5
nàh
4
4
4
31
3,4
LE SCORPION
397
L'étoile p. XVI, 55 est actuellement visible à l'œil nu. Elle ne
l'était pas il y a vingt ans (Behrmann), ni il y a trente ans (Gillis);
Piazzi l'a notée de 6" |, et Lacaille ne l'avait vue que de septième.
P.XVI, £55 paraît varierde5^à6^—P.XVII, 137 varie de 4' f,à6°.
Il y a là aussi, comme on le voit, un vaste champ d'études pouj
l'analyste du ciel. Le Scorpion s'est signalé, du reste, depuis une
haute antiquité, par plusieurs phénomènes remarquables observé?
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Fig. 277. — Principales étoiles de la constellation du Scorpion.
dans cette contrée. C'est là que la plus ancienne étoile temporaire
dont les annales de l'astronomie fassent mention est apparue, l'an 134
avant notre ère, et sur les 24 étoiles temporaires importantes que nous
connaissions, cinq appartiennent au Scorpion. On ne connaît pas au
juste la position de cette première étoile; peut-être occupait-elle le
point où Bayer a placé cp; mais son apparition frappa si vivement les
savants, d'un bout du monde à l'autre, que les Chinois d'une part, les
Grecs d'autre part, l'inscrivirent dans leurs annales comme un évé-
nement historique d'une haute importance. La littérature chinoise
398 ETOILES TEMPORAIRES DANS LE SCORPION
nous a conservé la liste des étoiles extraordinaires {Ke-Sing, étrangers
d'une physionomie singulière), apparues dans le ciel, et celle-ci est en
tête de la liste. Pline rapporte d'autre part que c'est l'apparition de cette
étoile nouvelle qui détermina Hipparque à observer avec soin le ciel
et à rédiger son catalogue, « afin que la postérité connaisse si des chan-
gements arrivent réellement dans le ciel » . La comparaison générale
que nous faisons ici réalise précisément ce vœu formulé il y a vingt
siècles. Le dire de Pline est traité d'historiette par Delambre; mais
comme Ptolémée affirme expressément que le catalogue d'Hipparque
est relatif à l'an 127 avant notre ère, et comme Hipparque observait
à Rhodes — et sans doute aussi à Alexandrie — entre les années 162
et 127, il n'y a rien à opposer à l'assertion de Pline. D'ailleurs, elle
n'a rien que de très naturel, et seize siècles plus tard, Tycho-Brahé
n'a été déterminé lui-même à construire son catalognie que par mie
apparition du même genre.
L'incendie de cette fameuse étoile eut lieu vers la tête du Scor-
pion, non loin de p. En l'an 393 de notre ère, une autre étoile nou-
velle apparut dans la queue.
Sous le règne du calife Al-Mamoun, vers l'an 827, deux célèbres
astronomes arabes, Haly et Giafar Ben-Mohammed Alboumazar ob-
servèrent à Babylone une étoile nouvelle, « dont la lumière égalait
celle de la lune en son premier quartier » ! Cet événement eut encore
lieu dans le Scorpion : l'apparition dura quatre mois.
En 1203, nouvelle étoile dans la queue du Scorpion : elle était
de couleur bl euâtre, sans nébulosité lumineuse et semblable à Saturne.
En 1584, nouvelle apparition encore dans le Scorpion; la position
a été mieux observée : près de n.
Il semble que les apparitions de l'an — 134 et de l'an 1584 puissent
appartenir à la même étoile (peut-être aussi celle de l'an 827), et que
les apparitions de l'an 393 et de l'an 1203 puissent aussi être attri-
buées aux conflagrations d'un même astre. Déjà, selon toute proba-
bilité, la fameuse étoile de 1572 s'est allumée au même point de Cas-
siopée où l'an 1264 et l'an 945 deux apparitions analogues avaient
frappé l'attention des astronomes. En attribuant à une même étoile
plusieurs phénomènes de ce genre, nous sommes peut-être inspirés
par l'idée de diminuer le travail de la nature, et, sans contredit, une
telle préoccupation ne devrait pas nous inquiéter beaucoup, attendu
que la nature n'est pas un être qui se fatigue; cependant ces phéno-
mènes sont précisément assez rares pour que nous ayons une tendance
logique à réduire le nombre des astres qui en ont été le théâtre.
ÉTOILES TEMPORAIRES - VARIETE DES CONTREES CÉLESTES 399
Il n'en est pas moins remarquable que certaines contrées de l'espace
sont privilégiées à certains égards (si toutefois c'est un privilège de
subir de pareilles révolutions). Les unes, comme les provinces du
Cygne et de l'Aigle, sont riches en étoiles rouges et variables ; les
autres, comme celles de la Vierge et de la Chevelure, sont ense-
mencées de nébuleuses; les autres, comme celles de Céphée
et Cassiopée, sont peuplées d'étoiles doubles ; d'autres sont très
pauvres en étoiles, et le voyageur céleste pourrait les croire dévas-
tées par le vent du désert. Non loin des cinq apparitions dont nous
venons de parler, se placent celle de l'année 1604, dans le Serpen-
taire, au nord-est d'Antarès, près de l Ophiuchus ; — celle de 1848,
prèsdev) ; — celle de 1230 dans le Serpent, et celle de l'an 386, dans
le Sagittaire. — Il faut certainement que des circonstances locales
favorisent ces éclosions célestes. — Quels horizons immenses ces
mystérieuses apparitions d'étoiles nouvelles ne nous ouvrent-elles
pas dans l'incommensurable histoire des cieux !
Comme complément naturel, nous connaissons déjà là un grand
nombre d'étoiles variables :
R du Scorpion , qui varie de 9 à 1 3 en 648 jours
S — — 9 à 13 en 342 —
T — — 7 à 12 (indéterminé)
U — — 9 à 12 -
V — — 11 à 13 —
W — — 10 à 13 —
sans compter plusieurs voisines dans la Couronne australe et le
Sagittaire.
La Voie lactée traverse cette opulente région. Nous l'avons vue se
partager en deux branches dans la constellation du Cygne ; ces deux
branches cheminent presque parallèlement pour ne se rejoindre
que fort loin au sud, sous la constellation de l'Autel {fig. 279). De
nos latitudes, nous ne pouvons la suivre jusque-là, et pendant les
belles nuits d'été, à minuit même, nous voyons ces deux colonnes
étoilées descendre du haut des cieux comme une arche éthérée, tandis
que le Scorpion et le Sagittaire semblent marcher avec lenteur à une
faible distance au-dessus de notre horizon. Cette Voie céleste continue
de faire le tour du monde, descend au sud au delà de l'horizon, passe
sous nos pieds, et revient derrière nous par le nord, Persée, Cas-
siopée et le Cygne au zénith.
Champs d'étoiles à moissonner ad libitum, depuis la base jusqu'au
sommet, depuis le Scorpion jusqu'au Cygne, par Ophiuchus, l'Écu,
Antinous et l'Aigle.
400
CURIOSITES SIDERALES DU SCORPION
Curiosité toute spéciale entre « et p, au milieu de la distance qui
les sépare : nébuleuse en forme de noyau cométaire (M. 80); W. Hers-
chel la considérait comme l'amas d'étoiles le plus riche et le plus
condensé du firmament tout entier; l'agglomération est pâle, mais la
lumière qui s'accroît progressivement vers le centre révèle là un
véritable fourmillement de soleils. Cet amas est précédé, à un demi-
degré au nord, par une étoile de 8" grandeur (P. XVI, 17). C'est là
une contrée bien étrange. A 36' à l'est se trouve la variable R; un
peu au-dessous de R gît la variable S ; et dans la nébuleuse même
(probablement en deçà), la variable T a offert, en 1860, le singulier
s -, spectacle de se rani-
mer tout à coup, de
briller comme une
belle étoile de sep-
tième grandeur , et,
en moins d'un mois,
de retomber dans son
obscurité primitive .
Cette région est le
siège de métamorpho-
ses importantes, et il
serait à désirer qu'elle
iïit assidûment suivie
par quelque observa-
teur habitant le midi
de la France, l'Italie
ou l'Algérie [fîg. 278).
Remarquons à ce
propos que de telles observations, c'est-à-dire les plus intéressantes
qui se puissent faire, sont généralement en dehors du service régu-
lier et routinier des observatoires, et réservées aux amis des cé-
lestes études. C'est ainsi qu'au siècle dernier un simple amateur
avait plus fait pour la connaissance de la planète Mercure que tous
les observatoires réunis. On sait combien cette planète est difficile
à apercevoir, parce qu'elle ne s'éloigne jamais beaucoup du Soleil
et ne peut être vue à l'œil nu que dans la lumière crépusculaire,
près de l'horizon. Or, au siècle dernier, à Mirepoix, près Toulouse,
Vidal était parvenu, à l'aide d'une excellente lunette, à suivre Vénus
jusqu'à une distance égale au demi-diamètre du Soleil, et Mercure
jusqu'à une distance égale au diamètre et demi du même astre. Aussi
Fig. 278. — Etoiles variables et nébuleuse dans le Scorpion.
Fig. 279. — Constellations zodiacales. — Le Scorpion. —Le Sagittaire.
ASTRONOMIE. — SUFPLÉMENT. 51
402 L'OBSERVATION ET LA CONNAISSANCE DU CIEL
Lalande, qui s'était beaucoup occupé des tables du mouvement de
Mercure, et dont les calculs avaient été mis en défaut à plusieurs repri-
ses par cette planète rebelle est-il émerveillé de ce succès: «Nous avons
reçu, dit-il, des observations de Mercure par le citoyen Vidal, véritable
hermophile, à qui nous avons l'obligation de pouvoir dire que les obser-
vations de Mercure, si rares avant lui, sont actuellement aussi abon-
dantes que celles des autres planètes et ne laissent plus rien à désirer :
il en a fait à lui seul plus que tous les autres astronomes de l'univers,
anciens et modernes, réunis ensemble, et nous pouvons tous nous
dispenser de nous en occuper. La beauté du climat, la perfection de
ses instruments, le courage et l'excellence de la vue de l'observateur
ont produit ces observations aussi précieuses qu'extraordinaires. Cet
homme étonnant m'a déjà envoyé plus de cinq cents observations de
Mercure.... Peut-être, à Mirepoix, on ne sait pas qu'il y a un pareil
homme dans l'enceinte de cette petite ville, mais nous l'apprendrons
à l'univers et à la postérité ! (' ) »
L'astronomie offre mille sujets d'études du plus vif et plus captivant
intérêt, et l'observation des étoiles variables est de ce nombre : il n'y
a encore presque rien de fait, malgré les apparences, dans cette branche
de l'astronomie sidérale. Pas la moindre classification! D'une part,
nous connaissons des étoiles variables à périodes régulières et con-
stantes, dont la variation est causée par la rotation de ces lointains
(') Les étoiles ont aujourd'hui des amis comme au siècle dernier, et davantage
encore. Des observateurs à la fois passionnés pour notre sublime science, et précis
dans leurs travaux, consacrent leurs plus belles heures à l'étude du ciel et obtiennent
d'excellents résultats. Je signalerai notamment, parmi nos compatriotes ( étrangers
aux observatoires de l'État), MM. Lescarbault à Orgères (Eure-et-Loir): taches du
Soleil; — Barnout à Paris: étoiles doubles; — Le P. Lamey à Grignon (Côte-d'Or):
planètes, étoiles filantes; — Fenet à Beauvais: nébuleuses; — Blot, à Clermont de
l'Oise: étoiles doubles; — Coueslant à Dieulefit (Drôme) : planètes; — Courtois à
Muges (Lot-et-Garonne): planètes; — Towne à Dampont (Seine-et-Oise) : Lune
et planètes; — Hennequin à Wicres (Nord); taches du Soleil. A ces noms il est
très juste d'ajouter celui de M. Vinot pour son dévouement à la propagation de
l'astronomie et surtout de l'astronomie pratique, qui est le complément naturel des
lectures sérieuses. Il est bien à souhaiter, pour l'instructioa générale. et la rectitude
des idées, que chacun connaisse au moins le ciel visible à l'œil nu, et tienne ce
Supplément TpouT un Manuel pratique facile à consulter en toute circonstance. L'étude
de ce volume-ci est, en effet, plus important, et plus efficace pour la connaissance
du ciel que celle de l'/lstronofnie populaire elle-même, dans laquelle nous avons
dû nous borner à une esquisse générale et éviter les détails techniques. Cette des-
cription du ciel a pris plus de développement que nous ne l'avions prévu, malgré
toute la concision possible ; mais nous avons pensé qu'il est préférable de ne rien
supprimer. Après les constellations, qui touchent à leur fin, nous donnerons les
cartes du ciel pour chaque mois de l'année, les positions des planètes, les catalogues.
tableaux et explications utiles, des tables analytiques, etc., afin que les deux volumes
réunis renferment l'astronomie populaire tout entière et ne laissent, si c'est pos-
sible, rien à désirer.
L'OBSERVATION ET LA CONNAISSANCE DU CIEL 403
soleils autour de leur axe : Quelles sont celles qui sont absolument
régulières? Lesquelles voyons-nous tourner de face ? lesquelles de
profil? Ces axes de rotation ne subissent-ils pas eux-mêmes des mou-
vements de précession plus ou moins lents, plus ou moins sensibles ?
— D'autres variations sont dues à la révolution de planètes ou d'an-
neaux, soit dans le plan de notre rayon visuel , soit suivant une
certaine inclinaison qui peut varier elle-même. — D'autres variations
se renouvellent sans régularité, et par conséquent ne devraient pas
faire classer ces étoiles sous le titre de périodiques. — D'autres en-
core n'ont été observées qu'une fois, comme celle que nous venons de
voir ( T du Scorpion) qui n'est peut-être qu'une étoile à conflagration
temporaire, et pourtant sa position sur un amas nébuleux n'est sans
doute pas fortuite. Que d'observations à faire ! que de problèmes à
résoudre !
Il y a là aussi des étoiles rouges; mais elles sont un peu basses
pour être observées d'ici. On pourra cependant en trouver une assez
facilement au nord-ouest (nord précédent) de s. Sir John Herschel
l'appelait the drop of blood « la goutte de sang » . Huitième grandeur.
Les observateurs du midi trouveront au nord du couple de K un
amas d'étoiles presque visible à l'œil nu, et une autre belle étoile
rouge rubis de huitième grandeur, entre et i, au milieu de la distance
qui les sépare.
C'est l'une des régions du ciel les plus agréables à visiter, à cause
delà saison, et les étoiles boréales de cette constellation nous invitent
elles-mêmes à diriger nos lunettes de leur côté. Regardez, à l'œil nu,
à droite d'Antarès, en montant, c'est-à-dire au nord-ouest : vous
verrez briller (3, et, à côté, v, et, au-dessous, w. Celle-ci est une double
très écartée, juste à la limite des dédoublements possibles à l'œil nu :
l'écartement est de 14'|, et les deux étoiles sont toutes deux de 4°gr.|;
c'est encore là un moyen précis d'essayer la portée de sa vue : les
yeux exceptionnels seuls peuvent réussir; autrement U faut s'aider
d'une jumelle. Hévélius, qui refusa toute sa vie d'observer dans des
lunettes et qui s'obstinait à croire qu'elles ne feraient pas progresser
la science, Hévélius, dis-je, a fait exception à ses habitudes à propos
de cette étoile, car c'est à l'aide d'une lunette qu'il l'a dédoublée en
observant une occultation : « non nisi tubo visibilis », dit-il.
Après avoir dédoublé m dans une jumelle, dirigez une petite lunette
sur sa voisine v, et vous la dédoublerez à son tour : 4° et T à 40".
Très facile. Observées depuis plus d'un siècle, ces deux étoiles n'ont
pas bougé l'une par rapport à l'autre. Elle constituent un même
40 i
ETOILE QUADRUPLE v DU SCORPION
système physique, d'autant plus curieux et plus intéressant que cha-
cune d'elles est double à son tour. L'étoile de 7' grandeur a été dé-
doublée pour la première fois en 1846 par Mitchcll à Cincinnati, et
la brillante en 1874, par Burnham à Chicago. Nous avons là deux
couples très fins, et qui déjà montrent par les mesures faites que leurs
-__ composantes tournent assez
vite. Il faut de bons instru-
ments pour les observer : le
plus facile, le premier décou-
vert, se compose de deux as-
tres de 7' et 8* grandeur,
écartés à l",9;le second se
compose de deux astres bril-
lants, de i' et 5° grandeur,
écartés seulement à 1". C'est
là un système quadruple ana-
logue à celui que nous avons
admiré dans t de la Lyre.
Toujours en ce même point
du ciel, observez |3 : 2' | et b%
Fig. 'ZSO. — L'étoile quadruple v du Scorpion.
à 13". Couple charmant; système fixe depuis plus d'un siècle qu'on
l'observe.
Non loin de là, à droite d'Antarès : <7 : û'|et 9% à ^O"; étoiles som-
bres, surtout la petite.
L'étoile (;.' forme un couple écarté avec 8'[j.^, à de distance. Sans
doute système stellaire.
L'étoile i est accompagnée, à 40' à l'est, d'une étoile de 5°gr. |.
Mais c'est là un couple extrêmement écarté, et par conséquent moins
intéressant. La nature l'a placé là par contraste avec le beau sys-
tème que nous allons visiter.
Antarès : l'une des plus jolies étoiles doubles du ciel entier; mais
une lunette assez-forte, et surtout munie d'un objectif bien pur, est
nécessaire pour reconnaître nettement le petit compagnon. J'ai sou-
vent comparé, à cette occasion, les lunettes et les télescopes et ai
toujours donné la préférence aux lunettes : c'est ainsi que dans une
lunette de 108 millimètres les deux disques, î'oitge orange, d'Antarès
et vert émeraude du compagnon, sont parfaitement circulaires et net-
tement séparés par un intervalle noir, tandis que des télescopes de 15
et 20 centimètres les montrent mal définis. Récemment encore, le
28 juillet 1879, la Lune est passée devant cette étoile, et, en observant
ANTARES 405
cette occultation, j'ai VU très distinctement le petit compagnon vert
disparaître le premier, et reparaître le premier, car il est juste à l'ouest
d'Antarès. Sa coloration n'est certainement pas un effet de contraste
produit par la couleur dominante du rouge Antarès. C'est précisément
pendant une occultation du même ordre que ce compagnon a été dé-
couvert pour la première fois, en 181 9, par Burg : il était déjà à l'ouest,
à 270°, et il y est toujours. C'est un système fixe, emporté dans l'es-
pace par un mouvement peu rapide. Ce compagnon est de 7" grandeur
et plongé, à 3" seulement, dans l'ardent rayonnement de son brillant
soleil (voy. le n° 5 de notre Planche spéciale des plus belles étoiles
doubles colorées (p. 74). — Tourne-t-il autour d'Antarès? Proba-
blement. Mais avec quelle lenteur! Merveilleux système, néanmoins,
pour les planètes suspendues là, sur le doux réseau de l'attraction uni-
verselle. Quel voluptueux bercement, entre cet ardent soleil aux
flammes orangées et ce magnifique flambeau d'où jaillissent des feux
d'émeraude ! Quand l'hiver arrive et que l'astre rouge s'enfuit vers
d'autres cieux, une coloration nouvelle vient illuminer le monde.
Spectacles infinis et sans cesse renouvelés! Notre île terrestre est
décidément bien pauvre, bien deshéritée, en face de ces splendeurs.
Le soleil principal de ce système présente un spectre appartenant au
troisième type. Or nous savons que les spectres stellaires des premier
et second types ont des lignes d'absorption dues à des vapeurs métal-
liques comme on en voit dans le soleil, et que ceux des troisième et
quatrième types ont, en outre, celles d'autres gaz et probablement du
carbone à l'état d'oxyde ou d'autres combinaisons, indiquant une
température moindre que celle des premiers. Il est probable que ces
deux soleils d'Antarès sont en voie de refroidissement, et que la
coloration qui les embellit est due à des vapeurs emplissant leurs
atmosphères. Des variations fréquentes doivent se produire dans
leur lumière et leur chaleur; les taches et les protubérances de notre
soleil, qui déjà offrent un si vif intérêt à l'édudiant des cieux, ne
sont rien à côté des phénomènes que les habitants de ce système doi-
vent observer dans la constitution physique de leur double flambeau.
On ne connaît pas la distance d'Antarès, qui n'offre aucune paral-
laxe sensible. Son mouvement propre est extrêmement faible. Cet
ardent soleil est perdu là-bas dans un éloignement incommensurable.
En le regardant, pendant les calmes soirées d'automne, nous le
voyons, non tel qu'il est actuellement, mais tel qu'il était il y a bien
des siècles. Qui sait?... il n'existe peut-être plus.
Autre curiosité : au sud de cette belle étoile, on en distingue quatre
m
SYSTÈME TERNAIRE 5 DU SCORPION
petites de sixième grandeur. La plus australe et la plus petite de
ces quatre {fig. 277) est une double assez curieuse (P. XVI, 35) :
6' et 8", à 23". Piazzi a appliqué à cette étoile une note énigmatique :
« fortiter micans, intereadum, sequens tranquilla luce splendescit. »
Il serait intéressant de voir si ces intervalles de scintillation et de
calme se perpétuent.
Mais le spectacle le plus curieux de cette constellation est sans con-
tredit le système ternaire formé par l'étoile triple Ç du Scorpion
(nommée souvent, par erreur, 51 ? Balance). Les deux composantes
principales de ce groupe sont de quatrième grandeur et demie, et la
troisième est de septième. Les deux premières tournent l'une autour
de l'autre suivant une ellipse très allongée. Relativement à Tune des
deux prise pour point de repère (elle est, du reste, un peu plus bril-
lante que l'autre), la seconde étoile se trouvait en 1782 vers 188°,
lorsque William Herschel la mesura pour la première fois; elle était
diamétralement à l'opposé, c'est-à-dire vers 8°, en 1835, et actuelle-
ment (1880) elle revient au point initial, ce qui indique comme pre-
mière approximation une pé-
riode de 98 ans. Le calcul con-
firme cette période. L'écarte-
ment des deux étoiles, qui
s'élève aux époques de plus
longue élongation, c'est-à-
dire en 1782 et 1880 d'une
part, en 1835 et 1933 d'autre
part, à 1", 3, descend à 0", 4 à
l'époque oii, grâce à la forte
ellipticité de l'orbite appa-
rente, les étoiles semblent
glisser l'une contre l'autre
(1861) : alors les deux disques
se confondent en un seul, un
h ig. 281. — L eloile triple $ au Scorpion.
peu allonge , comme nous
l'avons vu pour y de la Vierge et pour C d'Hercule. On peut suivre
cette orbite apparente sur notre fig. 282, construite à l'échelle de
1°"° pour 1"; malheureusement on n'a fait aucune observation entre
1782 et 1825, de sorte que nous ne pouvons tracer la moitié occi-
dentale de l'orbite que par à peu près, en la supposant symétrique
à la moitié orientale.
La troisième étoile rappelle par ses allures les curieux mouvements
SYSTÈME TERNAIRE ? DU SCORPION
407
que nous avons remarqués plus haut dans le système ternaire de K
du Cancer. Mais elle en diffère par ce fait extraordinaire que la direc-
tion de son mouvement est rétrograde relativement à celui du petit
système. Ce fait est, répétons-le, véritablement extraordinaire. Je
puis cependant ïa-ffirmer, car ce mouvement résulte incontestable-
ment de l'ensemble des positions observées, comme on le voit sur le
diagramme que j'ai construit d'après ces positions.
Il est probable, pour ne pas dire certain, que c'est le couple AB
qui tourne autour de la troisième étoile C, et que celle-ci, quoique
moins lumineuse, a une masse prépondérante. Le couple AB serait
comparable au système des satellites d'Uranus, dont le mouvement
est rétrograde relativement à la translation d'Uranus et de toutes les
planètes autour du Soleil. C'est encore un autre cas, fort étrange en
vérité, du problème des trois corps.
La difficulté et l'incertitude des mesures pourraient laisser croire
un instant que peut-être la troisième
étoile ne fait pas partie du système,
et ne rétrograde que par suite du
mouvement propre de l Scorpion.
Mais ce mouvement propre n'est pas
dirigé dans ce sens, et il tendrait à
éloigner le couple de la troisième
étoile, presque diamétralement à l'op-
posé, étant dirigé vers 260". D'ail-
leurs, le mouvement relatif de cette
troisième étoile n'est pas uniforme :
voici les mesures principales :
DATES
ANGLES
ANGLES
CORRIGÉS
DISTANCES
1782
880 6
6"4
1784
90
(estimé)
—
1822
78
6,8
1825
78
74»
6,9
1835
75
70
7,0
1840
73
70
7,1
1855
71
71
7,1
1864
71
73
7,1
1870
70
74
7,0
1875
68
73
7,1
1880
67
72
7,2
Les trois premières mesures sont „ „ .loo t , . ...
^ ^ . Fig.28î, — Le système ternaire ç du Scorpion.
prises de l'étoile A; les autres du
milieu entre A et B. Comme ce point est mobile et se déplace dans
408 LE SCORPION. — LE SAGITTAIRE
le sens du mouvement de B, il est difficile de juger de la marche de
la troisième étoile à la seule inspection de ces angles, et il vaut mieux,
les transformer en mesures directes de A à C. C'est ce que j'ai fait,'
et inscrit à côté. On voit que de 1782 à 1835 l'angle a diminué
de 18°, tandis que depuis 1835 il flotte autour de 73". Il y a là un'
stationnement, quand même on voudrait mettre la rétrogradation
sur le compte des erreurs d'observations , qui sont en effet extrê-
mement difficiles; or, puisque le mouvement n'est pas uniforme, il
faut qu'il y ait une cause perturbatrice : cette cause reste cachée dans
le mystère du fameux Problème des trois Corps.
L'interprétation des mesures ne permet pas de conclure rigoureu-
sement sur la nature de la courbe, car quelques dixièmes de seconde
de différence suffisent pour donner les quatre recourbements repré-
sentés au sommet du diagramme, et comme les mesures se font sur
le point central entre A et B et non sur un point lumineux net et
saisissable, on ne peut certainement pas répondre d'un ou deux
dixièmes. Nous sommes ici dans un cas analogue à celui de ^ du
Cancer. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'étoile s'est arrêtée vers
1840, qu'elle est revenue sur ses pas depuis cette époque jusque
vers 1870, et que depuis dix ans elle continue sa direction première :
elle est actuellement au point où elle est passée en 1827 et 1860.
Mouvement bien étrange : l'explique qui pourra. Je crois pouvoir
assurer que toutes les académies du monde réunies en conseU n'en
donneraient pas la solution.
On peut voir, tout près de ce système, à 3',7 à l'est et à 4',38 au sud,
un autre couple, dont les composantes (gr. = 7%4 et 8%1) restent fixes
à 102° et 10". Peut-être ce second système est-il lui-même associé au
premier.
Que de spectacles à contempler ! Que de contrées nouvelles à
visiter ! Mais nous arrivons au Sagittaire.
Cette constellation est reconnaissable, dans les belles nuits d'été et
dans les belles soirées d'automne, par les cinq étoiles [a, 1, S, eet-n qui
en dessinent l'arc, à 25 degrés ou 1 heure 40 minutes environ à l'est
d'Antarès. C'est certainement cet arc qui a donné aux hommes primi-
I tifs, pasteurs , chasseurs et guerriers, l'idée de placer là un archer
lançant une flèche. La vieille et inexpliquée tradition des centaures
a inspiré le dessin du personnage moitié homme et moitié cheval
qui est représenté là depuis la plus haute antiquité sur les cartes
célestes (fig. 279). Il est certain qu'il n'y a jamais eu de centaures,
LE SAGITTAIRE 409
d'hommes-chevaux, de sextupèdes, car leur organisation anatomique
est tout à fait en dehors du système de la vie terrestre; cependant les
antiques traditions égyptiennes et grecques sont peuplées de ces per-
sonnages ; certains anachorètes de la Lybie assuraient en avoir vu aux
premiers siècles du christianisme, et c'est même à un être de cette
race, au centaure Chiron, que les anciens astronomes attribuaient
l'invention de la sphère céleste, la première représentation du ciel
faite sur un globe pour l'enseignement de la cosmographie. Peut-être
la tradition descend-elle de l'époque de la conquête du cheval, et de
l'étonnement des familles primitives qui virent passer comme un rêve
devant elles les premiers cavaliers à la poursuite de leur proie. Le
Sagittaire ou « l'homme à l'arbalète » est dessiné sur l'ancienne
sphère par l'arbalète elle-même dont nous avons signalé les étoiles, et
par la flèche lancée de (t à y; le groupe d'étoiles v, ?, o, n marque la
tète; « et (3 indiquent le pied de devant, et w, A, b, c la croupe du
Centaure. Mais plusieurs remaniements ont modifié le dessin primitif.
En avant du Sagittaire, un groupe d'étoiles représente si clairement
une couronne que, dès le temps d'Eudoxe, l'archer céleste porte une
couronne d'étoiles sur l'un de ses pieds antérieurs : c'est la Couronne
australe. En 1752, Lacaille enleva plusieurs étoiles au Sagittaire pour
pouvoir glisser en cette région la lunette dont nous avons déjà parlé.
Ici se montre tout particulièrement l'inconvénient d'avoir modifié les
constellations anciennes au profit des nouvelles et d'avoir trop souvent
dessiné celles-ci au détriment des premières : l'étoile n du Sagittaire,
par exemple, a été supprimée pour être incorporée au Télescope sous
la lettre p, de telle sorte qu'elle porte à la fois ces deux désignations,
et que dans plusieurs descriptions on est arrivé à la confondre avec
,â du Sagittaire. Comme pendant au Télescope, Lacaille a dessiné un
Microscope derrière les pieds du cheval, en enlevant aussi plusieurs
étoiles à l'ancienne constellation pour en faire don à la nouvelle. Là
aussi, au sud du Scorpion, est représenté l'AuieZ {fig. 279, p. 401). Sa
position est renversée ; il faut que celui qui l'a placé de la sorte, — il
y a vingt-cinq ou trente siècles, — l'ait vu ainsi, ou l'ait dessiné
sur un globe en tournant le pôle sud en haut.
> Les Arabes voient dans le groupe ■')rmé par les étoiles y, (J, e etn
du Sagittaire une « Autruclie qui va à l'abreuvoir » , la Voie lactée
étant la rivière ; et ils nomment le groupe formé par <t, y, t et Ç « l'Au-
'truche qui revient de l'abreuvoir ». Ils ont imaginé là tout un petit
paysage méridional, jusqu'au « sable où l'Autruche dépose ses œu( ; )/.
La constellation du Sagittaireparaît avoir été dessinée pour la | re-
ASTIiONOMIE. SUPPLÉMENT. b^Z
410
LE SAGITTAIRE
mière fois, en même temps que celle du Bélier, par Cléostrate, de
Ténédos, au sixième siècle avant notre ère.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU SAGITTAIIIE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉT0ILE3
-127
+960
1430
1590
1603
1677
1700
1750
1800
1840
I8C0
1880
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6
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6
6
6
6
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6
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6
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5
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P.XVII,
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5
6
5.4
P. XVII,
359 G
5
5
5|
5,1
P.XVII,
367
6
6
5i
5,9
P. XVIII
, 24
■
6
5.6
6
5|
5,1
p. XVIII
,146
6
6
6.5
5,2
Lacaille8310
6
5|
5,0
LE SAGITTAIRE
411
Ptolémée présente les étoiles « et (3 comme appartenant à la seconde
grandeur, et Bayer a suivi cette tradition en leur assignant les deux
premières lettres. Lors de ses observations faites à l'île Sainte-Hélène,
en 1677, Halley, remarque qu'elles ne sont que de quatrième; et s'il
n'ose pas encore attaquer l'incorruptibilité des cieux toujours ensei-
gnée et vénérée dans les Ecoles, il admet toutefois un changement
— ce qui, en définitive, revient à peu près au même : « quod corporum
Fig. 2S3. — Principales étoiles de la constellation du Sagittaire.
cœlestium, dit-il, si non corruptibilitatem, saltem mutabilitatem
demonstrare videtur. »
Mais déjà, au dixième siècle, Sûfi signalait la différence entre l'état
du ciel et le tableau deVAlmageste. D'après ses observations, (3 se
range parmi les petites de la quatrième grandeur, et « est également
des moindres de cette grandeur. Il n'est pas probable que Ptolémée ait
commis une erreur, car en rédigeant son catalogue d'après les obser-
vations d'Hipparque et les siennes propres , il a exposé avec un
LA CONSTELLATION DU SAGITTAIRE
soin minutieux l'état de la science à cette époque, et les diverses copies
de VAlmageste s'accordent toutes sur cet éclat. Cependant, si nous
pouvions trouver d'autres observations anciennes de ces deux étoiles,
notre appréciation serait encore plus sûre. Or, précisément Aratus.
paraît signaler ces étoiles dans le passage suivant : « Sous le Sagit-{
taire, dit-il, on aperçoit un cercle qui n'est pas brillant (en effet, les-
principales étoiles de la Couronne ne sont que de quatrième grandeur) ;
mais sous les premiers pieds on voit des étoiles qui ont beaucoup plus
d'éclat » . Ces étoiles doivent être a et (3 du Sagittaire, car il n'y en
a pas d'autres dans cette région du ciel.
Ainsi les étoiles a et (3 du Sagittaire sont tombées de la deuxième
à la quatrième grandeur. Leur lumière paraît encore instable et flotter
de3|à4|.
Les étoiles 9 et t ont subi une diminution corrélative. Tandis que
Ptolémée les dit absolument de la troisième, Sûfi remarque qu'elles
sont des moindres de la quatrième. Lacaille et Piazzi ont même noté
e de 5° |, et Maraldi déclare qu'il l'a cherchée en vain et ne l'a vue
reparaître, de 6' grandeur, qu'en 1699.
On ne trouve l'étoile x sur aucun ancien catalogue, de sorte qu'il
est impossible de rien conclure à son égard. Je ne sais oîi Bayer a pris
cette troisième grandeur, et il n'est pas probable qu'il l'ait observée
lui-même. Cassini assure que Halley l'a vue de 3° grandeur en 1676,
de 6° en 1692 et de 4" en 1694. Il me semble qu'il y a ici quelque
erreur, car cette étoile ne brille que par son absence dans le cata-
logue de Halley, et quant à ce que cet astronome l'ait observée en
1692 et 1694, ce serait assez difficile, puisque cette étoile ne s'élève
pas au-dessus de l'horizon de l'Angleterre.
l paraît osciller de la troisième à la quatrième grandeur.
Mayer a noté [j.^ du même éclat que [>.' ; mais ses indications sont
souvent indécises.
L'étoile V est la plus ancienne étoile désignée comme double. Pto-
lémée l'appelle « néphéloeidès kaï diplous » nébuleuse et double. Sûfi
et Ulugh Beigh lui donnent la même désignation. Il y a là deux
étoiles de cinquième grandeur, écartées seulement à 12' l'une de
l'autre , et qui paraissent rester fixes l'une par rapport à l'autre. Les
anciens les séparaient, comme nous, à l'œil nu, mais pas avec netteté.
ir a été notée de 5 1 par d'Agelet, de 4| par Piazzi, de 4 par Flamsteed,
Lalande et les anciens, de 3| par Halley et Mayer, de 3 par Argelander
et Heis.
(7 paraît osciller de 2| à 4 ; u de 4 à 6 ; (p de 3 | à 5.
VARIABLES RAPIDES DANS LE SAGITTAIRE 413
Au-dessus de % on voit une petite étoile : ■£ (x* est télescopique) qui
varie aussi probablement. Heis l'a estimée à 6 1, Piazzi à 6, Yarnall à 5|.
51 h varie de 4 | à 6 |.
9 a été notée de 7° par Flamsteed, de 8° par Lalande, et de 4°| par
Argelander ; elle est dans un amas perceptible à l'œil nu, et les diffé-
rences de notifications peuvent provenir de ce que certains observateurs
ont entendu l'amas considéré dans son effet total, tandis que d'autres
ont distingué l'étoile séparément. Il y a là, dans une petite région,
quatre amas visibles cà l'œil nu et trois variables.
29 paraît variable. Argelander l'a notée de 5' dans ses zones, mais
ne l'a pas inscrite dans son Uranométrie ; Heis l'a estimée 6|, Gould
5,4 et 5,9.
Cette constellation est remarquable par le nombre de ses étoiles
rouges et de ses étoiles variables. Signalons comme nettement nuan-
cées de rouge, par ordre d'ascension droite : y; P. xvii, 359; p.^; vi;
P. xvm, 24; (J; 21; A; v^T;d; x^ ; e'; f; b ; 9î;c;Lacaine 8310; —
sans compter d'autres plus petites. Parmi les variables, il en est trois
qui sont particulièrement curieuses :
X qui varie de 4 à 6 en 7 J<^"''S heures n minutes 42 seconde»
W — — 5 à6i 7 14 15 34
U — — 7 à 8 6 17 53 l
La similitude de ces périodes est digne d'attention : elle confirme
les remarques déjà faites maintes fois dans notre voyage sidéral sur
les variétés locales observées dans les diverses régions du ciel ; il est
évident maintenant pour nous que l'immensité de l'univers est loin
d'être construite sur un plan homogène, et que des conditions origi-
naires physiques, chimiques, mécaniques, très variées, ont amené des
effets spéciaux en des régions spécialement favorisées. D'autre part,
ces périodes rapides témoignent pour nous des mouvements de rota-
tion de même vitesse qui animent ces trois soleils du Sagittaire, et
par une généralisation bien légitime, en sachant que ces lointains
soleils (comme le nôtre, du reste) tournent plus ou moins rapidement
sur eux-mêmes, le spectacle de la nuit se transfigure de nouveau
devant nos esprits, car nous voyons désormais, par la pensée, toutes
les étoiles du ciel tourner sur elles-mêmes autour de leurs mystérieux
essieux.... Les deux premières étoiles des trois précédentes peuvent
être facilement observées, même à l'œil nu (on trouve leur position
sur notre fig. 283) pendant les belles soirées de juillet, août et septem-
bre. Jules Schmidt, d'Athènes, les a examinées « plus de deux mille
fois » chacune, depuis Tannée 1866, et c'est de ses minutieuses et perse-
414 CURIOSITES SIDÉRALES DANS LE SAGITTAIRE
vérantes observations qu'il a conclu les périodes que nous venons de
faire connaître.
Parmi les autres variables du Sagittaire, remarquons h\ qui oscille,
comme nous l'avons vu, de 5,3 à 6,7, en une période encore indéter-
minée, et une étoile située au nord de p, sur une ligne menée à v du
Serpent : D'Agelet l'a notée de 4| en 1783; Argelander l'a observée
de 5 |, et pourtant elle n'est ni dans son catalogue des étoiles visibles
à l'œil nu, ni dans celui de Heis, ni dans celui de Berhmann ; Gould
la note de 5,9, en remarquant qu'au cercle méridien elle n'a paru
que 7*. Intéressante à chercher de temps en temps.
L'étoile que l'on voit au-dessus de 4, un peu à gauche, et de
cinquième grandeur aussi, se compose de deux, écartées à 13', qui
ont dû augmenter d'éclat, car leur place est vide dans les anciens
catalogues. La petite indiquée un peu plus haut, formant un triangle
avec la précédente et 4, et qui est marquée sur notre carte, parce que
Heis l'a vue à l'œil nu, de 6"^, n'est actuellement que de 7°f. C'est
Lalande 32847, notée de 7°| par cet astronome.
Au nord-ouest de A, entre A et [i, même remarque : cette petite
étoile, notée de 6"! par Heis et de 6^| par Yarnall, n'a jamais été vue
que de huitième par Gould, et elle est actuellement invisible à l'œil nu.
Enfin la dernière étoile de notre liste a probablement augmenté
d'éclat.
(Comme dans le cas du Scorpion, les grandeurs des étoiles invisibles
ou trop basses pour notre horizon ont été prises chez les obser-
vateurs de l'hémisphère austral.)
Une étoile temporaire, de l'ordre de celles que nous avons remar-
quées tout à l'heure dans le Scorpion, a été observée près de l'étoile
ir, en 1690, à l'Observatoire de Pékin, par les astronomes français
(jésuites) alors attachés à cet observatoire. C'est M. Schiaparelli, de
Milan, qui a retrouvé cette notice, il y a quelques années seulement.
Le 28 septembre 1690, l'étoile nouvelle paraissait de quatrième gran-
deur ; mais dès le 4 octobre elle était déjà fort diminuée, et elle ne
tarda pas à s'évanouir. La position n'est pas très précise, mais elle ne
peut beaucoup différer de
Ascension droite = 285»; Déclinaison — 20»
On connaît déjà trois variables dans cette contrée du ciel : .
R Sagittaire, m == 286» 59'; Œ> = — 19° 34' ( 7 à 13)
S — 287 40 19 18 (10 à 14)
T — 286 54 17 13 ( 8 à 12)
sans compter celles que nous avons visitées tout à l'heure.
CURIOSITES SIDÉRALES DANS LE SAGITTAIRE 415
A l'ouest de pt, M. Pickering, de Cambridge, a remarqué, le 28
août 1880, une étoile de huitième grandeur, dont le spectre continu,
traversé d'une bande brillante près de chaque extrémité, indique que
cette étoile est entourée d'une vaste atmosphère incandescente. C'est
après avoir examiné au spectroscope environ cent mille étoiles sans
avoir découvert une seule nébuleuse planétaire, que l'auteur a été
arrêté par celle-ci, qui peut bien être une nébuleuse brillante et
condensée, et dont le spectre hydrogéné rappelle celui des étoiles
temporaires de la Couronne et du Cygne.
On pourra chercher et observer avec intérêt les étoiles doubles
suivantes :
Et d'abord le couple v' v*, visible à l'œil nu, et connu depuis deux
mille ans ; les bonnes vues discernent nettement les deux compo-
santes, qui sont l'une et l'autre de cinquième grandeur, et écartées
à 12', comme Mizar et Alcor. Cette constellation renferme un grand
nombre de couples plus) icartés encore
/i2-/i' : 5' et 6% à 14';
(3'-|î2 : 3,8 et 4 I cà 22'; déjà nommée double par Sûfi; (3' est double
elle-même (réservée aux observateurs du sud) ;
fx'-p^ : 4^ et 5^ |, à 29'; y.'^ est triple.
£ï-S': 3|et 5" à 29';
p'-p*: 4| et6" à 28';
y'-x' : 5,5 et 5,6, à 31' (réservée aux observateurs du sud) ;
e*-e' : 5,4 et 5,5, à 31'; e' est double elle-même.
e'-6': 4 I et 5 |, à 35';
x'"X^"Z.' • 5 I — ''' — ^1; triple écartée.
Cette région du ciel est aussi remarquable sous cet aspect que celle
du Taureau, et comme elle, elle est pauvre en étoiles doubles serrées
et dépourvue de systèmes orbitaux. Voici les sujets d'observation les
plus intéressants :
[a' : triple; 4", 9" et 10% à 40" et 45". De puissants instruments en
font apercevoir un quatrième, de 13° grandeur, à 15"; ce qui rend ce
groupe quadruple.
(3': 4° et 7% à 29". Le compagnon est certainement variable, Piazzi
l'a estimé de 9" grandeur, sir John Herschel de 8% Gould de 6 f . —
Réservé aux observateurs du sud. [
54 e* : 5 I et 8% à 28". Joli champ de petites étoiles, dont une fine
double au sud-ouest. L'étoile 54 est la supérieure des trois visibles
dans le chercheur.
Il est assez remarquable que ces étoiles multiples appartiennent
416 CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS LE SAGITTAIRE
nrccisément aux couples écartés signalés plus haut. Ce fait, déjà
observé en d'autres constellations, conduit à conclure que ces cou-
ples écartés ne sont pas seulement des groupes de perspective, comme
on le croit, mais forment, en général, de véritables systèmes phy-
siques dont les soleils sont réellement associés entre eux, malgré
L'énorme abîme qui les sépare les uns des autres. Le même cas vient
de se présenter dans les étoiles doubles plus serrées que l'on a
scrutées récemment à l'aide de puissants instruments : on a souvent
dédoublé l'une des composantes en deux petites étoiles contiguës.
Ainsi les circonstances cosmogoniques qui ont donné naissance aux
étoiles doubles sont intimement liées à celles qui ont produit les
groupements, même écartés, de plusieurs étoiles dans le ciel, et réci-
proquement, les couples écartés se sont souvent trouvés en situation
de se scinder de nouveau en étoiles doubles plus serrées.
On peut encore observer dans cette constellation du Sagittaire
l'étoile 0-, de deuxième grandeur et demie, qui se montre accompagnée,
à 5' au sud-ouest, d'une petite étoile de 9° ; — et l'étoile FI. 21,
double serrée, à 2"; 5' et 9% orange et bleue.
Cette région, traversée par la Voie lactée, est riche en amas d'étoi-
les. L'un des plus beaux et des plus brillants, visible à l'œil nu,
palpite à 6 degrés au-dessus de l'étoile y, en allant vers fx. Il porte le
n" 8 du catalogue de Messier. Une petite lunette à champ large mon-
tre là une étoile triple écartée, suivie d'une magnifique agglomération
d'étoiles à deux foyers. C'est l'un des plus merveilleux spectacles qui
se puissent voir.
Tout proche, au-dessus, plane une autre amas, plus étendu mais
moins brillant: M. 21. Vers le centre on découvre une étoile double
de neuvième grandeur.
Au surplus, dirigez une petite lunette vers l'un quelconque des
points signalés sur notre carte spéciale {fig. 284) et vous serez tout
simplement émerveillés. Outre les nébuleuses, l'étoile jj. est multiple,
comme nous l'avons vu ; entre cette étoile et l'amas M. 25, l'étoile
solitaire que l'on rencontre là est FI. 21, double elle-même. La Voie
lactée seule, du reste, tient en réserve de véritables champs d'étoiles à
moissonner. Dans l'un de ces amas, le P. Secchi a trouvé des couches
d'étoiles superposées l'une devant l'autre, et un arrangement de bril-
lantes étoiles si régulier, « si géométrique, dit-il, qu'il est impos-
sible de le croire accidentel ». La plus grande partie, ajoute-t-il,
« offre des arcs de spirale où l'on peut compter jusqu'à dix et douze
étoiles de la neuvième grandeur, se suivant sur une même courbe
CURIOSITES SIDERALES DANS LE SAGITTAIRE
417
comme des grains de chapelet ; quelqueiois, elles s'étendent en rayons
qui semblent diverger d'un foyer commun, et, ce qui est bien sin-
gulier, on remarque soit au centre des rayons, soit h l'origine de la
courbe, une étoile brillante et rouge qui semble diriger la marche » .
Lointains univers ! quelles richesses, quelles merveilles restent ense-
velies là-bas dans la nuit des inaccessibles distances !
Cette constellation n'a qu'un tort: c'est d'être un peu trop éloign e
dans l'hémisphère austral pour être facilement visible de nos latitudes
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Fig. 284. — Champ de nébuleuses dans le SagiWaire.
boréales. Nous habitons en effet (latitude de Paris) à 42" du pôle nord,
de telle sorte que nous ne voyons pas le ciel à plus de 42° au delà de
l'équateur, et que toutes les étoiles situées au delà restent perpétuel-
lement invisibles au-dessous de notre horizon. Or le 42' degré de
déclinaison passe par la Couronne australe et les pieds du Sagittaire,
et l'étoile a est la plus australe que nous puissions apercevoir d'ici;
encore ne fait-elle que raser l'horizon juste au sud, ce qui veut dire
que, pratiquement, elle reste inobservable. A cause des brumes de
l'horizon, il faut souvent enlever dix degrés pour l'observation pra-
tique et reléguer dans l'invisibilité les étoiles situées au delà du
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 53
418 LA COURONNE AUSTRALE
32" degré. De Londres, qui est à 39 degrés du pôle, on ne voit qu'à
39" au delà de l'équateur — pratiquement qu'à 29 ; cependant l'œil
ardent et passionné de William Herschel est allé chercher des étoiles
doubles jusqu'au 35°. De Rochefort, Limoges, Clermont, Lyon,
l'horizon atteint le 44' degré; de Périgueux, Grenoble, Turin, Milan,
le 45°; de Montauban, Nîmes, Toulouse, Marseille, Nice, le 46" : le
Scorpion, la Couronne et le Sagittaire y sont entièrement visibles.
De nos cités d'Algérie, on atteint le 54" degré ; mais, remarque peu
flatteuse, depuis un demi-siècle que cette belle province est conquise
par les armes françaises, nous n'y avons pas encore établi un seul
observatoire astronomique ! La brumeuse Angleterre en compte
actuellement quarante, publics ou particuliers. C'est là une de ces
incohérences dont les organisations sociales offrent à chaque pas les
exemples les plus inexplicables.
Ne quittons pas cette région sans remarquer la petite constellation de la Cou-
ronne australe [fig. 279 et 283). Quoiqu'elle soit à peu près invisible pour nos
latitudes, nous ne devons pas absolument la négliger. Ses étoiles sont comprises
entre 37° et 44° de déclinaison, et pour la latitude de Paris elle rase l'horizon sud ;
mais elle est visible de Marseille et de toute l'Italie.
C'est l'une des constellations anciennes de la sphère d'Eudoxe etd'Aratus; et
sa création est certainement due à sa forme frappante, car elle ne se com-
pose que de petites étoiles ; «, p et y sont de quatrième grandeur, et les autres de
cinquième.
Les catalogues astronomiques font la plus étrange confusion entre ces étoiles.
Examinez un instant notre petit dessin {fig. 283), les lettres inscrites sont celles
dont on se sert actuellement pour désigner ces étoiles; mais, par une fâcheuse
exception, ce ne sont pas du tout celles de Bayer. Notre a actuel correspond au y
de Bayer, tandis que son a est notre 6, et ainsi pour toutes les autres, de telle
sorte que les éditions modernes des catalogues de Ptolémée donnent pour toutes
ces étoiles des identifications erronées ! Il serait trop long et trop peu intéres-
santîpour nous de discuter ces modifications, d'autant plus que cette constellation
nous resteétrangère par son éloignement austral ; mais cette nouvelle incohé-
rence n'en est pas moins singulière et malheureuse.
On voit sur l'atlas de Bayer, entre les étoiles rj et 6 (qui sont nos S etê) une
magnifique étoile de seconde grandeur marquée \. Je n'ai pu retrouver son extrait
de naissance.
Parmi les astres de cette constellation, signalons y, étoile double serrée, en
mouvement orbital rapide, Vuna des plus rapides du ciel, dont la révolution
s'opère en 55 ans. Les deux composantes sont de cinquième grandeur et demie,
et leur écartement n'est que de 1",5. C'est l'un des beaux systèmes d'étoiles
doubles que nous connaissions
Cl-JAPITRE XVI
Fin de la description du Zodiaque. — Les étoiles de l'automne. Le capricorne.
Etoiles doubles faciles à observer. — Le verseau.
Nébuleuses remarquables. — Origine des signes du zodiaque.
Nous arrivons ici aux deux dernières constellations du zodiaque, à
celles que le soleil traverse en janvier et février et qui par conséquent
passent au méridien à minuit en juillet et août, à dix heures en août
et septembre, à huit heures en septembre et octobre. La première,
celle du Capricorne, se fait remarquer principalement par ses étoiles
« et |3, qui brillent dans la direction des trois étoiles de l'Aigle ( y, a,
|3); la seconde, celle du Verseau, est reconnaissable à un groupe
d'étoiles ( «, y» ?>")«) qui scintillent au-dessous du carré de Pégase,
un peu à droite, c'est-à-dire au sud-ouest. Mais faisons successive-
ment connaissance avec elles.
Le Capricorne est, comme on le sait (fig. 290), un animal mytholo-
gique dont la tête rappelle celle d'un bélier et dont la queue ressemble
à celle d'un poisson. Dans la disposition des étoiles qui le composent,
il n'y a guère que les deux brillantes, « et (3, qui aient quelque rapport
avec la figure, en représentant une corne toute droite, élevée vers
l'Aigle, vers le haut du ciel. Macrobe, au cinquième siècle de notre
ère, nous assure que ce symbole du Capricorne a eu pour but de rap-
peler que lorsque le soleil atteint ce signe du zodiaque, il arrive au
plus haut de son cours, « ce qu'il est naturel de représenter par une
chèvre, dont l'habitude est de grimper toujours ». Il y a deux mille ans,
en effet, le soleil était dans le Capricorne au tropique d'hiver et dans
le Cancer au tropique d'été, et encore aujourd'hui les géographes ont
l'habitude de tracer sur les globes et planisphères terrestres un cercle
à 23" au sud de l'équateur qu'ils appellent le tropique du Capricorne, et
un pareil à 23° au nord nommé le tropique du Cancer : ce sont les
lieux géographiques au zénith desquels le soleil arrive respectivement
le 21 décembre et le 21 juin. Mais nous avons déjà vu que les constel-
lations sont plus anciennes que la formation du zodiaque, et que le zo-
diaque n'a été tracé qu'après coup, à travers des figures inégales et
420 LE CAPRICORNE
hétérogènes, n'ayant aucun rapport primitif avec le cours du soleil.
Le mouvement séculaire de la précession des équinoxes remonte ac-
tuellement vers le nord toute cette partie du ciel et rend visibles
pour nos latitudes des étoiles qui leur étaient cachées autrefois. Ac-
tuellement, c'est le Sagittaire qui s'éloigne à 23 degrés de l'équateur
et occupe la contrée la plus australe du zodiaque.
On trouvera, comme nous le disions tout à l'heure, les étoiles « et p
du Capricorne en se servant de la direction indiquée par les trois
étoiles principales de l'Aigle; puis dans )a même direction, au delà
de p du Capricorne, le trian-
gle formé par o, t:, et p qui
marque l'œil du Capricorne.
L'étoile X du Capricorne est
une double très écartée, vi-
/' (Z ' sible à l'œil nu pour les vues
/ ^,^ excellentes : 3* et 4° gran-
•g / deur, écartement = 376"; ou
/ 6' 16". — Les anciens ne l'ont
/ pas dédoublée : ni Ptolémée
/ ni Sùfi ne la signalent à cet
/ égard. Ils ont remarqué la
/ petite étoile v qui est à 43' de
/ distance de a. Les Arabesnom-
^*'^^ maient a et (3 Sad al-dzâbih
^'ft . (^ « le bonheur du boucher » et
/ ^ « les égorgeuses», parce qu'ils
ViTt, ^^ regardaient la petite v comme
une brebis égorgée dans son
Fig. 285. — Alignement pour trouver le Capricorne. i jj • t i
abattoir. — La plus ancienne
mention de l'étoile a comme double est celle de Bayer (1603).
La constellation elle-même est peu apparente : elle ne compte
comme étoiles brillantes que quatre étoiles de 3' grandeur («, p, y, â)
et cinq de quatrième, assez éclatantes. Parmi ces étoiles, plusieurs
présentent des variations séculaires fort curieuses. Ainsi, par exemple,
au dixième siècle de notre ère, Sùfi déclare que « Ptolémée a noté Ç
trop brillante en la faisant expressément de quatrième, tandis qu'elle
n'est que de quatrième et demie ». Or elle est aujourd'hui, comme du
temps de Ptolémée, des brillantes de la quatrième et mieux encore
3,7), tandis que de 1590 à 1756 on ne l'a jamais vue que de cin-
quième.
LE CAPRICORNE
421
9 a subi une diminution et une recrudescence analogues.
t et X peuvent être stables vers 4 1/2.
<p, M et A sont descendues toutes de la quatrième à la sixième gran-
deur et sont revenues à la quatrième. C'est là une fluctuation bien
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LE PETIT CHEVAL
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LE CAPRICORNE
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Fig. 28C. — Étoil.'S principales de la constelUilion du Caprioorna.
étonnante, bien extraordinaire; mais comment ne pas l'admettre en
présence du nombre et de la concordance des observations?
46 c s'est élevée de la 6" grandeur à 4 |, sous les yeux d'Argelander.
_ Regardez à gauche de 6 : il y a là une petite étoile qui est tantôt vi-
sible à l'œil nu et tantôt invisible. Elle n'a été observée ni par Piazzi,
ni par Lalande.
422 LE CAPRICORNE
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CAPRICORNE
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
ÉTOILES
-127
+060
1430
1590
1603
1660
1700
1756
1800
1840
1860
1880
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6
6
5
51
5,6
Tycho-Brahé a qualifié de nébuleuses les étoiles |, 0, tt, a, et il a été
suivi en cela par plusieurs astronomes. Cette qualification peut pro-
venir soit d'un aspect nébuleux de l'étoile elle-même, soit de l'impres-
sion produite sur la rétine par une étoile très voisine se confondant
avec la première. Cette dernière explication peut encore s'appliquer
aujourd'hui à l'étoile l, attendu qu'elle est accompagnée à 14' d'une
étoile de 6" gr. | qui se confond avec elle et qui a pu autrefois être un
peu plus brillante et perceptible à l'œil nu. Mais les trois autres ne
sont pas dans le même cas. est double ; mais son compagnon, de 7"
.grandeur, la touche presque, à 22". tt est double aussi; mais son com-
pagnon n'est que de 10° grandeur, et presque en contact : 3". a n'a
aucune étoile dans son voisinage. Le ciel a encore subi là quelque
■ changement.
LE CAPRICORNE 423
Au-dessous de o-, on trouve l'étoile FI. 4, de sixième grandeur : tout
près de cette étoile, un peu au-dessus, une jumelle en montrera une
un peu plus petite, qui jette des feux d'un rouge rubis. C'est l'une des
plus curieuses du ciel comme constitution chimique. Son spectre
appartient à la classe si rare du quatrième type, comme celui de l'étoile
ide la Vierge, de fx Céphée, et des étoiles rouges en général. Inté-
ressante à suivre, car elle paraît varier de 6 à 8.
Les variables connues, périodiques ou irrégulières, de cette cons-
tellation, ne peuvent être trouvées qu'à l'aide d'un grand atlas et
suivies qu'à l'aide d'instruments relativement supérieurs :
R varie de 9 à 14 en un an environ
S - 7 à 8^ en un temps indéterminé
T — 9 à 14 en 274 jours
U — 10^ à 14 en 450 jours
Ce sont là des observations spéciales.
Dans les belles soirées de septembre et octobre, dirigez une jumelle
sur a : vous la dédoublerez
facilement. La distance des
deux composantes de ce sys-
tème est actuellement de 376'',
comme nous l'avons dit. Est-
ce là un véritable système
physique? Les deux astres,
de 3* et 4" grandeur, sont-ils
emportés par un mouvement
propre commun à travers l'es-
pace, en restant fixes l'un par
rapport à l'autre, comme tant
de couples que nous avons ren-
contrés dans notre voyage si- ^
déral ? Non . La comparaison ^''^- ""'■ " "^'"""^ " '" "^""'""'"^ ™" ''""^ "°^ ^■"'"^"^■
de toutes les mesures prises montre que les deux étoiles s'éloignent
lentement l'une de l'autre, avec une vitesse d'environ 1" par siècle.
Ce mouvement nous donne la clef de l'énigme posée tout à l'heure
par le silence des anciens à propos de la duplicité de cette étoile. Du
temps d'Hipparque, ces deux astres étaient, en effet, de 2' 20" plus
rapprochés que de nos jours, et leur distance angulaire ne surpas-
sait guère 4 minutes. Il n'est donc pas étonnant que les anciens astro-
nomes ne se soient pas doutés qu'ils avaient sous les yeux une étoile
double. Nous nous trouvons ici dans un cas encore différent de celui
4Î4
LE CAPRICORNE
Fig. 288.
• Séparation lente des deux étoiles a' et a'
du Capricorne.
de 61 Vierge, qui était double il y a deux mille ans et qui ne l'est plus
aujourd'hui, parce que l'une des deux a abandonné sa sœur primi-
tive. Dans le cas de a du Capricorne, c'est parce que les deux étoiles
étaient trop serrées qu'on ue
les a pas séparées. Depuis le
xvii" siècle, les vues excel-
lentes les séparent; dans quel-
ques siècles elles seront deve-
nues accessibles aux vues or-
dinaires.
Une forte lunette montre
une petite étoile de 12' gran-
deur à 7" de a'. Celle-ci est
elle-même une double très
serrée. On voit deux autres
compagnons lointains.
Dirigez aussi une petite lu-
nette vers (3. Double écartée :
3' et 7% à 205", jaune orange
et bleu ciel. Une troisième
étoile, de 8' à 9" grandeur, forme avec elles un assez joli triangle.
L'étoile e', de 5|, se montre accompagnée à 3' d'une petite voisine
de septième grandeur.
L'étoile p, de cinquième grandeur, est accompagnée à 4' d'une
étoile de 7'|; de plus, elle est double elle-même, assez serrée • le
compagnon, de 9" grandeur, est à 3", 8.
ff : 5 |et 10% à 54" ; jaune orangé et lilas ; couple facile.
6'' et 7% à 22"; bleuâtres ; observation agréable.
5| et 8°, à 3", 4 ; couple délicat. Ces trois étoiles étaient,
comme nous l'avons vu, qualifiées de nébu-
leuses par les astronomes du xvii' siècle.
Au-dessous du groupe formé dans la
queue du Capricorne par les étoiles â, y, x
et £, on peut voir une étoile de sixième
grandeur assez brillante : c'est 41. Pointez
une lunette à l'ouest de cette étoile et vous
admirerez un bel amas (M. 30), découvert
Fig. 280. -Lanéb. M. 30, Capricorne, en 1764 par Mcssier qui l'inscrivit comme
nébuleuse, et résolu en étoiles par William Ilerschel en 1783. Cet
univers lointain paraît isolé au milieu d'un immense désert, comme
9 :
it :
Fig. 290. — Dernières oonsteUaiions zodiacales. — Le Capricorne. — Le Verseau.
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 54
4^6 LE VERSEAU
il arrive assez souvent; du reste, cette contrée de l'espace est singu-
lièrement pauvre en étoiles.
On trouvera un autre amas, non moins remarquable, entre les
étoiles V du Verseau et p du Capricorne, à peu près sur le prolonge-
ment d'une ligne qui partirait de l'étoile 3 du Verseau, de quatrième
grandeur, et passerait entre s et fx. Il y a là une petite étoile de sixième
grandeur (P. XX, 325): la nébuleuse la suit à un demi-degré environ.
C'estM.72. Elleaété découverte par Messier en 1780, et résolue trois
ans plus tard par le télescope d'Herschel. Son diamètre est de près
de 2'.
La constellation du Verseau empiète si complètement sur celle du
Capricorne, qu'elle s'étend presque au nord sur toute sa longueur, et
qu'il serait impossible de faire une complète connaissance avec l'une
sans entrer également en relation avec l'autre. Nous avons dû, sur
notre fig. 286, qui renferme le Capricorne tout entier, donner en
même temps la partie occidentale du Verseau. L'étude de cette région
du ciel est ainsi rendue beaucoup plus facile.
Il y a dans le Verseau un grand nombre de petites étoiles de cin-
quième grandeur qui, sans être alignées régulièrement, tracent
néanmoins une espèce de courant qui peut donner très naturellement
l'idée d'un courant d'eau, comme la disposition des étoiles des Pois-
sons a donné l'idée de deux poissons réunis par un ruban.
Ce courant d'eau commence au nord, vers un groupe de quatre
étoiles qui a servi à dessiner une urne qui verse l'eau ; il finit au sud
vers une brillante étoile de 1" gi'andeur qui a servi à dessiner un
poisson dont la bouche grande ouverte semble avaler ledit courant
d'eau. Assurément, tout cela est d'une invention assez naïve; mais il
faut se reporter au temps où des imaginations primitives aimaient
peupler le ciel d'idées et de faits terrestres : ce vaste ciel devenait
moins vide, moins muet, moins froid, moins silencieux. La vie réelle
qui remplit de ses accords l'universelle harmonie n'était ni devinée ni
pressentie. La grande doctrine de la pluralité des mondes habités, de
la vie universelle et éternelle, ne devait s'établir que plus tard, comme
complément positif et naturel des progrès de la science; nous nous
sentons étrangers à tous ces mondes où règne une solitude apparente
et qui ne peuvent faire naître en nos âmes l'impression immédiate par
laquelle la vie nous rattache à la Terre ; nos pères ont peuplé comme
dans un rêve ces vastes solitudes, et la naïveté même de leurs créa-
tions nous séduit en nous faisant revivre un instant en ces époques
primitives où les villes, les codes humains, les temples de pierre, les
LE VERSEAU 42T
formes superficielles n'avaient pas encore recouvert de leur écorce les
premiers sentiments de l'homme dans la nature. C'est dans ces senti-
ments, dans ces impressions mêmes, qu'il faut chercher l'origine de ces
antiques figures de la sphère, et non dans l'organisation logique et
scientifique du zodiaque, qui n'est venue aussi que plus tard. Ce n'est
point dans le but de symboliser des inondations qu'on a mis là un
homme versant de l'eau et un poisson qui la boit mais seulement à
cause de ce vague courant d'étoiles qui en a donné l'idée. Nous devons
penser que les auteurs de ces figures n'habitaient point les plateaux de
l'intérieur des continents, mais qu'ils vivaient sur les rivages de la mer,
la vie nautique entrant pour une part sensible dans leur existence, car
l'élément aquatique domine ici dans toutes ces images : le Verseau,
le Poisson austral, la Baleine, les Poissons. Cette simplicité n'est pas
sans charmes. Considérez un instant notre fîg. 290: les additions faites
par les modernes ne sont vraiment pas heureuses et jurent singulière-
ment avec l'aspect primitif : un microscope sous les pieds du Capri-
corne ; un aérostat sous le ventre du même animal; un chevalet de
sculpteur sur la tête du poisson ! La simplicité antique a disparu.
L'aérostat, dessiné par Lalande en 1798, en souvenir de ses propres
ascensions, est encore la constellation moderne la mieux inspirée,
car un ballon va de lui-même se placer tout naturellement dans le
ciel. Pour ma part, j'aime voir cet aérostat sur cette figure, et je
garderai toute ma vie le plus sympathique souvenir de ce globe céleste
qui déjà m'a emporté douze fois dans les plaines azurées, et qui dans
ces divers voyages aériens, accomplis de nuit comme de jour, m'a
causé des impressions à nulle autre pareilles. Mais il faut quelquefois
savoir réprimer ses sympathies personnelles, et l'aéronaute s'éclipse
devant l'astronome lorsqu'il s'agit de mettre de la clarté dans la des-
cription des étoiles, de simplifier l'étude du ciel et d'en rendre la
connaissance aussi générale que possible. Je suis donc absolument
d'avis d'effacer ce dessin et délaisser le Capricorne, le Verseau et le
Poisson austral reprendre leurs antiques et classiques frontières.
Cette belle étoile du Poisson austral, nommée Fomalhaut (de l'Arabe
fom-al-hùt «. la bouche du poisson »), est l'étoile de première gran-
deur la plus australe que nous puissions admirer de nos latitudes :
elle marque le 30" degré de déclinaison. Nous ne pouvons la voir
qu'en septembre vers 11 heures, en octobre vers 9 heures, en no-
vembre vers 7 heures, et comme c'est aussi là la saison du Verseau,
nous pouvons nous servir de cette brillante étoile australe et du
carré de Pégase pour trouver les principales étoiles du Verseau.
423
LE VERSEAU
Tournez-vous vers le sud, prenez en main le tracé ci-dessous, ^g. 291,
et faites descendre une ligne idéale des deux étoiles de droite, |3 et a,
du carré de Pégase : avant
/
/
ta—
Carre de Tégajse
I
Poissons
•r
••x,
• 7f
' A Verseau
ce
^ d'atteindre l'horizon, cette
j P ligne rencontrera Fomal-
i haut. Sur son chemin vous
trouverez d'abord un petit
triangle appartenant à Pé-
gase; puis 7 et /3 des Pois-
sons ; puis (j>, y et trois <^ du
Verseau. A droite de ce
groupe vous remarquerez
>., de A" grandeur, puis' en
descendant, t, de 4' ; <J, de
3° et c2 de 4'. Entre a de
Pégase et ip du Verseau, il
est facile de trouver, à
l'ouest, les étoiles », K, y, ir,
puis a.
Cette constellation s'ap-
pelait chez les Grecs Hy-
drochos , chez les Latins
Aquarius, chez les Arabes
Sâkib al-mâ, ce qui, dans
toutes ces langues, signi-
fie un homme qui verse de
l'eau. Les Arabes appe-
laient aussi le groupe formé
par a et Sadalmalick « le
bonheur du royaume », et
'omdliaut: le groupe formé par p, ? a les
événements heureux» ; c'é-
Fig. m. - Alignement pour trouver le Verseau. talent là deS étoileS de bon
augure : elles se levaient au temps où le froid finit et où la fécondité
commence.
Les deux étoiles principales, « et p, que l'on trouvera au sud de la
tête de Pégase et du Petit Cheval, sont de deuxième grandeur et
demie, presque de troisième, et de nuance rougeàtre; la plus brillante
ensuite est(î, au sud-est de «: elle est de troisième grandeur; viennent
ensuite "C et X. 7 a dû diminuer d'éclat depuis la classification de Bayer,
•t
•S
«V
*
LE VERSEAU
429
car la position de cette étoile n'est pour rien dans le rang qu'il lui a
donné.
X, dans l'urne du Verseau, au sud des trois étoiles y, Ç, n, a aug-
menté d'éclat entre l'époque de Ptolémée et celle de Tycho-Brahé.
ng. 7^z. — Principales étoiles ae la constellation au Verseau.
En effet, Ptolémée passe absolument cette étoile sous silence. Voici
sa description de cette région :
Longitude Latitude
9 L'étoile qui est dans le coude droit 3' 9" 30' -t- 8"ib' y
10 La boréale des trois qui font la main droite. 3« 11.40 +10.45 n
11 L'occidentale des deux autres 3" 12. + 9. c
12 L'orientale 3« 13.20 + 8.30 ri
23 A la sortie de l'eau, hors de la main 4« 15. -h 2. '?
24 Près de celle-ci, au midi 4= 14.50 ■+■ 0.10 X
25 Plus loin, après la courbure 4" 17.40 — 1.10 h
430
LE VERSEAU
La 23' manque au ciel aujourd'hui. La position de Ptolémée serait-
elle erronée ? Proviendrait-elle d'une observation inexacte de l'étoile
y. qui est dans ce voisinage et qui est absente de la description de l'as-
tronome alexandrin ? L'hypothèse n'a rien que de très plausible.
Voyons ce que dit Sûfi dans sa révision de VAlmageste.
« La 23e est îa première étoile à l'embouchure de l'eau, au-dessous des quatre
de la main droite ( les 9% 10% IP et 12' ). Entre elle et la 12' (vi), il y a plus
de quatre coudées. Elle est de la quatrième grandeur. Entre la 12° et la 23% il y
a une étoile dont Ptolémée n'a pas parlé.
1) La 24" (X) suit la 23% un peu vers le sud, et est des petites de la quatrième
grandeur; entre ces deux il y a plus d'une coudée. La 25" {h) suit la 24° à plus
d'une coudée vers le nord-est. »
D'après cette description, l'étoile x, qui se trouve précisément entre
VI et la position de l'étoile disparue, aurait existé au ciel en même
temps que celle-ci. La coudée arabe représentait environ 2°; quatre
coudées représentent donc environ 8 degrés, et comme y. n'est qu'à
quatre degrés de vi, il serait d'autre part impossible de lui appli-
quer la position de l'étoile disparue. D'ailleurs Sûfi a bien réellement
observé le ciel de ses propres yeux ; nul ne le conteste. Donc la
23° étoile des catalogues anciens a bien réellement disparu du ciel.
Notre fiçi. 293 met en comparaison les quatre plus anciennes re-
ij- iP 4nV IV ir n' iry g' 3<j-ayafr37'3g'3y3j' as'a
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Fig. 2D3. — Changement arrivé dans le Verseau.
présentations de cette contrée avec l'état actuel. Ptolémée et Sùfi
s'accordent pour la position de l'étoile "inconnue ; le dernier mentionne
l'existence de /., sans en donner la position. Ulugh Beigh signale au-
nord-est de l une étoile qui doit être P. XXII, 250, à moins que ce ne
soit une transcription erronée de l'étoile h, ce qui pourrait être, atten-
du que Sûfi signale cette étoile comme se trouvant au nord-est, au
lieu du sud-est. Il pourrait bien se faire que cette étoile ( P. XXII,
$50) fût variable, car, quoiqu'elle soit actuellement visible à l'œil
nu, Piazzi ne l'a notée que de septième grandeur. — Les catalogues
identifient par erreur l'étoile d'Ulugh Beigh à FI. 78.
LE VERSEAU
431
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU VERSEAU
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
Étoiles — 127
+ 360
1430
1590
1C03
1660
1700
1756
1800
1840
1860
1880
3
3.4
3.4
3
3
3
3
3
3
3
3
2,7
P 3
3.4
3.4
3
3
3
3
3
3
3
3
2,6
Y 3
3.4
3.4
3
3
3
9
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5
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5
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5
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5
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5.6
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3,9
99 6' 4
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5
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5
5
5
5
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4
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5.6
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88 c' 4
4
4
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5
5
4
4.5
4
4
3,7
89 c» 4
4
4
5
5
5
5i
5
5
5
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6
6
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6
6
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6
6
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5.6
6
6
6
6
6.7
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5.6
5.6
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6
6
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4.5
6
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6
6
6
5|
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6
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6
6
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5.6
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5,7
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6
5i
5,8
46090 LaLO
6i
6
6
6,8
94
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6
6
6
5f
5|
5,5
97
6
6
6
5|
5|
5,3
P.XXII -200
7
6
6
5,9
Fomalhaut. 1
1
1
1
1
1
1
1
1
li
1-i
1,4
432 LE VERSEAU
Pour eu revenir àx, Tycho-Brahé est le premier qui donne sa posi-
tion, en la marquant de quatrième grandeur. Sa variabilité est prouvée
non-seulement par son invisibilité ancienne, mais encore par les di-
vergences modernes : elle est actuellement de 5° ; Héveliusl'a estimée
de 5 3/4 ; Piazzi de 6«.
L'étoile V paraît varier sur une échelle plus vaste encore. Ptolémée
l'a notée de troisième grandeur. Sùfi l'a faite de cinquième dans sa
description, et de sixième dans son catalogue (il y a eu une confusion
ici entre cette étoile et FI. 7 ; mais comme il n'y a pas là d'autre étoile
brillante, il est à peu près certain que c'est de l'étoile v qu'il s'agit).
Argelander et Heis l'ont estimée de 4 1.
Ptolémée a également noté w de troisième grandeur : elle a varié,
car Sûfi remarque qu'elle esta des brillantes de la quatrième », et
aujourd'hui elle n'est plus que de cinquième.
T, de quatrième grandeur, laisse briller à côté d'elle, au nord-ouest,
une étoile de sixième, que les anciens n'ont pas remarquée, quoiqu'on
l'aperçoive bien et que sa distance soit de 40'. Flamsteed est le premier
qui l'ait observée, et il a noté la seconde étoile par ordre d'ascension
droite (celle qui est actuellement la plus brillante), comme plus
petite que la première. Mayer les a vues égales. Depuis cette époque,
la seconde est plus brillante que la première, avec deux grandeurs de
différence ! Elle est d'une belle couleur orangée.
On remarquera encore d'autres variations en comparant attentive-
ment les nombres du tableau qui précède. Plusieurs valeurs, dues aux
observateurs de l'hémisphère boréal, sont inférieures à la réalité, à
cause de l'éloignement austral de ces constellations ; cependant A' est
parfois visible à l'œil nu et parfois invisible ; A* paraît avoir varié
tout récemment de 4 à 5; fa' de 5 à 4; c*, de 5| à4|; c^ de 4 | à 3|;
h a été notée de quatrième par Ptolémée et de 4 1 par Sùfi, comme nous
l'avons vu tout à l'heure, tandis qu'elle n'a été vue que de sixième et de
cinquième et demie par leurs successeurs. Ce sont là autant de varia-
tions plus ou moins probables.
Au-dessus d'une ligne droite fort remarquable tracée par les étoiles
A', i', i*, i^, et au-dessous de co^, on pourra chercher une étoile rouge
variable assez curieuse. Sa lumière varie de la 6° à la 11° grandeur dans
la période de 388 jours. Quelquefois, à l'époque de son maximum, elle
n'arrive qu'à la septième. Son dernier maximum a eu lieu le 9 no-
vembre 1880, et son prochain, aura lieu le 2 décembre 1881. C'est
la variable R du Verseau. Une voisine, de 6% peut servir de point de
wmparaison.
Une autre variable, T, pourra être cherchée, à l'aide d'une lunette,
LE VERSEAU 433
tout près de l'étoile FI. 3, au sud-est : elle varie de 6,8 à 12,8 en
203 jours. Ses prochains maxima auront lieu les 13 mai et 2 dé-
cembre 1881.
Une troisième. S, varie de 8 à 13 en 280 jours, mais son observa-
tion est d'une grande difficulté.
Plus facile à trouver est l'étoile 46090 Lalande, cà peu près sur le
prolongement de (J>',(]/'^,<j/', à l'ouest. Cette étoile paraît varier de 5|à8,
et la durée de sa période est encore à déterminer. Elle était invisible
à l'œil nu en 1878 (Schmidt), quoique Heis et Argelander l'aient vue
sans difficulté et estimée de sixième grandeur. Piazzi ne l'a pas obser-
vée; mais Lalande l'a vue de 6" |. Intéressante à suivre.
C'est dans cette constellation, à l'est de^, que Tobie Mayer observa
Uranus le 26 septembre 1756, sans se douter qu'il avait sous les yeux
un monde de notre système, dont la découverte devait immortaliser
vingt-cinq ans plus tard le nom de William Herschel. C'est le gros-
sissement du disque qui attira l'attention d'Herschel sur cet objet
céleste, grossissement dû à la puissance du télescope qu'il avait
construit de ses propres mains. Mais, à défaut du grossissement, la
découverte aurait pu être faite beaucoup plus tôt, si l'on avait suivi
le mouvement de cet astre. Ainsi, par exemple, à l'Observatoire de
Paris, Lemonnier l'a observé quatre fois en 1750, deux fois en 1768,
six fois en 1769 et 1771. Si cet astronome avait transcrit régulière-
ment ses propres observations, il eût, par cette seule comparaison,
enlevé à Herschel la gloire de sa découverte. On ne peut pourtant
s'empêcher de remarquer d'autre part que si certains astronomes man-
quent parfois d'ardeur ou d'imagination, il en est d'autres qui en ont
un peu trop. Ainsi, dans cette même constellation du Verseau, le père
capucin Antonio de Rheita, dont nous avons rencontré plus haut « le
Voile de sainte Véronique », a cru reconnaître cinq satellites à Jupiter
et compléter la découverte de Galilée, parce qu'un beau soir il avait
observé la planète passant devant les petites étoiles situées près de y
du Verseau. Il fit hommage de sa découverte au pape Urbain VIII,
le condamnateur de Galilée, et, pour en rappeler le souvenir, il baptisa
le nouveau cortège de Jupiter du titre d'astres urbanoctaviens
)(Urbanus Octavus).Mais son pseudo-satellite ne vécut pas longtemps,
tandis que ceux de Galilée tournent toujours (').
(') A la fin du siècle dernier, un astronome quelque peu célèbre aurait cru man-
quer à ses devoirs de colonisateur céleste s'il n'avait pas surrhargé la sphère d'une
nouvelle constellation, et c'est à cette mode que nous devons ces figures sans goût
et plus embarrassantes qu'utiles qui, telles que le Fourneau chimique, le Chevalet du
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 55
434
LE VERSEAU
Nous avons déjà remarqué tout à l'heure le couple très écarté (4(y)
formé par l'étoile orangée 71 z"^ et l'étoile jaune 69 t'. .Celle-ci est
double elle-même: 6' et 9% à 28".
A' n'est séparée de A' que par 13'; distance un peu supérieure à
celle de Mizar à Alcor.
L'étoile 83 h, de cinquième grandeur, forme un couple écarté à 4'
avec une voisine de septième grandeur et demie.
ij/' forme un couple, élégant et très facile à reconnaître, avec son
compagnon de neuvième grandeur : jaune topaze et bleu ciel; à 50".
Système fixe. Mouvement propre commun aux deux étoiles. (On peut
remarquer que, dans cette région, A, t, y, x, V^ '^^, A', et b^ sont rou-
geâtres.)
94: 5' I et 7" |, à 14"; rose et bleu clair; beau système; mouve-
ment propre commun.
53 f: 6'= 6% à 8"; système physique, comme les deux qui précèdent.
Le mouvement relatif des deux composantes n'est pas encore bien
accusé.
107 i'' : 5° I et 7' |, à 5",6 ; blanche et pourpre; système en mouve-
ment très lent.
41 : 6° et 8°|, à 4" 8; jaune topaze et bleu ciel, couple charmant.
Une étoile de septième gran-
deur, brillant dans le voisi-
nage , en rehausse encore
l'intérêt.
12:5|et8|,à2"8;blanche
**.t bleuâtre. Couple délicat.
Mais de toutes les étoiles
doubles de cette constellation,
la plus magnifique, la plus
célèbre et la plus digne d'at-
tention est la belle étoile ç,
de troisième grandeur et de-
mie, qui brille au milieu du
groupe de trois étoiles for-
mant l'urne du Verseau, dont
nous nous sommes entretenus tout à l'heure à propos de la dispari-
peintre, la Machine pneumatique, le Messier, l'Atelier de typographie, voire même
le Chat de Lalande, encombrent si singulièrement la géographie du ciel. Il y eut
plus d'un essai mort-né, entre autres, dans la région du ciel que nous étudions en
ce moment, entre le Verseau et Antinous, le « Lion Palatin » que Kœnig, astronome
assermenté de l'Électeur palatin, avait fait graver en 1785.
Fig. 294. — L'étoile donble Ç du Verseau.
LE VERSEAU 435
tion arrivée au-dessous de ce groupe. Cette étoile se dédouble en
deux astres brillants , de 3 | ^g^o
et 4|, séparés à 3", 5. La pre- I
mière observation en a été i
faite par Christian Mayer le |
8 septembre 1777, et la se- ^fon O -qo-
conde par Herschel le 12 sep- I
tembre 1779. Depuis cette !
époque, c'est-à-dire depuis I
plus d'un siècle, le couple a
tourné de 45 degrés , d'un
mouvement sensiblement uni- ihho^
forme et sous la même dis-
tance angulaire de 3*, 5. C'est
seulement le huitième de la
révolution totale . Si le mou- ^'^- '^'- " »"'"'«'"«''' ""serve sur rétollo ç cU, Verseau.
vement restait tout à fait constant, la période serait de huit siècles.
Mais on commence à remarquer un ralentissement, et il est déjà cer-
tain qu'elle surpasse un millier d'années. Voilà un système de mondes
devant lequel nos années ne sont que des jours.
Cette constellation possède un magnifique amas d'étoiles, la nébu-
leuse découverte par Maraldi en 1746, décrite quelques années plus
tard par Messier et inscrite par cet astronome au n" 2 de son cata-
logue. A cette époque, les meilleurs instruments ne montraient là
qu'une nébuleuse sans étoiles, pâle et circulaire, avec condensation
centrale; mais en lui appliquant son télescope de quarante pieds,
William Herschel vit, avec une joie
indicible, jaillir sous ses yeux des
myriades d'étoiles nettement sépa-
rées. Lorsqu'on examine cette créa-
tion lointaine à l'aide d'un instru-
ment puissant, on ne peut s'empê-
cher de comparer ce champ d'étoiles
au sable des bords de la mer, tant
ces points brillants sont serrés les
uns contre les autres. Une lunette Fig. 296.-L'amasd'étoiiesM.2.verseau
,, , . ,.~ |.p, dans un instrument moyen.
de onze centimètres d objectii suint
néanmoins pour distinguer cet aspect granulé et pour deviner qu'on
a sous les yeux une immense agglomération d'étoiles, quoiqu'elles
ne soient que de la quatorzième grandeur. Quel ne doit pas être
i36
CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS LE VERSEAU
l'éloignement de cet univers!... Son diamètre mesure environ 3'.
L'instrument dont je viens de parler montre à peu près l'aspect repro-
duit {fig. 296) : la nébuleuse se trouve à la tête d'un triangle rectangle
formé par une étoile de dixième grandeur et deux de onzième. Dans
un puissant télescope,
l'aspect circulaire dis-
paraît; et l'on a sous
les yeux le magni-
fique fourmillement
d'étoiles représenté
{fig. ?97). On trouvera
cette nébuleuse entre
les étoiles s de Pégase
et |3 du Verseau : il y a
là, vers le milieu, une
étoile de cinquième
grandeur (d); sous
cette étoile on en voit
une première, de sixiè-
me grandeur, puis une
seconde : celle-ci est
double et porte le n" 2809 du catalogue de William Struve (6' et 8%
à 31"). La nébuleuse dont nous venons de parler se trouve tout près,
au sud-ouest. — Se servir de la fig. 292.
Plus curieuse encore est celle que l'on trouvera près de l'étoile v
(la précédant de 1° g), à 12 degrés à l'est de a du Capricorne. C'est là
une nébuleuse planétaire (H. IV, I), un disque blanc, légèrement
teinté de bleu, singulièrement lumineux, elliptique, mesurant 23" de
longueur sur 18" de largeur. Sa lumière égale celle d'une étoile de
septième à huitième grandeur, et, de fait, Lalande l'a observée comme
étoile le 22 août 1794 et le 25 octobre 1800 (=40765). Déjà
Herschel l'avait découverte en septembre 1782. Cette nébuleuse à
l'aspect planétaire est accompagnée d'une étoile de quinzième gran-
deur, à 343° et 103". En 1848, le grand télescope de lord Rosse montra
que son ellipticité est probablement due à la présence d'un anneau vu
parla tranche {fig. 298). Mystère sur mystère !... Et, comme complé-
ment , le spectroscope révèle qu'elle est composée d'une masse de
gaz incandescent !
Nous avons là, à n'en pas douter, devant nous un système solaire
en formation. En le supposant seulement à la distance des étoiles les
Fig Î'J?. — L'amas stellaire du Verseau dors un puissant instrument.
CURIOSITÉS SIDERALES DANS LE VERSEAU 437
plus proches, par exemple de la 61' du Cygne, là, 37 millions de lieues,
vues de face, sont réduites à une demi-seconde d'arc, et 20" représen-
tent, en nombre rond, quarante fois la distance qui nous sépare du
Soleil. Le diamètre de ce globe de gaz est donc,
à n'en pas douter, plus considérable que celui
de notre système solaire tout entier. Or sait-on
ce qu'une sphère du diamètre de l'orbite de
Neptune représente? Les volumes des sphères
sont entre eux comme les cubes des rayons. Eh
bien ! Neptune décrit sa circonférence à 6420 fois
le demi-diamètre du Soleil : le volume du Soleil
est donc à celui de cette sphère immense dans *''^- ;^^; "?* "^''"'<="=a
^ H. IV, 1, du Verseau.
le rapport de 1 à 6420», ou de 1 à 264 000 000.
Ainsi ce globe de gaz est au moins 264 milliards de fois plus gros
que notre soleil, lequel est lui-même 1 283 700 fois plus gros que la
Terre c'est-à-dire que cette pâle nébuleuse est, au minimum,
338 quatrillions 896 trillions 800 mille m.illions de fois plus grosse
que la Terre !
Que la densité d'un tel gaz doit être faible ! Si toute la matière du
Soleil, des planètes et des satellites était uniformément répartie
dans l'espace sphérique embrassé par l'orbite de Neptune, la densité
de cette nébuleuse gazeuse serait quatre cent millions de fois plus
faible que celle de l'hydrogène, gaz le plus léger de tous, déjà qua-
torze fois moins dense que l'air que nous respirons.
Non loin de cette genèse cosmique, à l'ouest, en se dirigeant versp
du Capricorne, on trouve une troisième nébuleuse, M. 72, dont nous
avons parlé plus haut (p. 434).
Quelle étude intéressante que celle des nébuleuses et amas d'étoiles,
pour celui qui se consacrerait exclusivement à leur examen consécutif
et qui chercherait à surprendre les variations d'aspects, de conden-
sations et de mouvements que l'analyse ne manquera pas de révéler î
Déjà nous en connaissons plusieurs qui sont doubles et qui, comme
les étoiles doubles elles-mêmes, se montrent en mouvement relatif (').
Que de découvertes à faire dans ce vaste champ de l'astronomie sidé-
rale ! Le catalogue général des nébuleuses de Sir John Herschel
donne déjà la description sommaire de 5076 nébuleuses qui se décom*
posent ainsi :
(<) Voyez mon Catalogue des Étoiles doubles, p. 167.
438 NEBULEUSES ET AMAS D'ETOILES.
Amas stellaircs 535
Amas stellaires globulaires 30
Amas globulaires résolubles 72
Nébuleuses résolubles 397
Nébuleuses irréductibles ou non résolues 4042
Plus d'un millier de nébuleuses sont résolues aujourd'hui en agglo-
mérations d'étoiles, et à mesure que la puissance télescopique aug-
mente on voit des nébuleuses jusqu'alors rebelles se laisser à leur
tour pénétrer par la vision télescopique et se classer parmi les amas
d'étoiles. On peut estimer au cinquième du nombre total celles qui
sont certainement composées d'étoiles,et nous pouvons être convaincus
que la proportion s'accroîtra constamment avec les progrès de l'op-
tique. Il n'en est pas moins certain, néanmoins, qu'il y a dans l'immen-
sité un grand nombre de véritables nébuleuses gazeuses, dont l'analyse
spectrale commence à déterminer l'état physique et la constitution
chimique. Telle est, entre autres, la nébuleuse planétaire que nous
venons de rencontrer; telle est aussi la splendide nébuleuse d'Orion
à laquelle nous allons arriver.
Les unes comme les autres plongent nos esprits contemplateurs
dans une admiration bien naturelle et bien légitime. Les nébuleuses
gazeuses nous révèlent les mystères de la genèse des mondes et nous
transportent à travers les arcanes des temps disparus; les amas
d'étoiles nous éblouissent par la richesse du nombre de leurs soleils
et nous transportent dans l'immensité de l'espace .- quelle étendue ne
doit pas occuper une agglomération de soleils comme l'amas d'Her-
cule ou celui du Verseau, pour que ces soleils ne tombent pas les uns
sur les autres ! il y a peut-être entre chacun de ces points lumineux la
distance qui nous sépare de l'étoile alpha du Centaure. La lumière
emploie certainement des milliers — peut-être des millions — d'an-
nées pour venir de là !
C'est ainsi que, dans notre description technique des constellations,
notre voyage, analysateur et synthétique à la fois, nous a fait toucher
du doigt, pour ainsi dire, toutes les curiosités essentielles de l'univers
au sein duquel notre petite planète veille comme un observatoire.
Étoiles visibles à l'œil nu, dont l'histoire peut nous intéresser à diffé-
rents titres; étoiles variables, périodiques ou temporaires; étoiles cu-
rieuses par leur coloration et leur constitution physique et chimique ;
étoiles doubles et multiples ; systèmes remarquables par leurs mouve-
ments ; nébuleuses de tout ordre ; groupes et associations ; change-
ments arrivés dans le ciel ; en un mot tout ce qui peut se voir, tout ce
qui doit se voir, tout ce que chacun devrait connaître jpour cesser de
LE ZODIAQUE 439
vivre en aveugle au milieu d'un univers splendide : toutes ces réalités
nous les avons visitées, géographiquement, et nous savons maintenant
où les chercher et où. les trouver. Ce n'est plus un exposé théorique ;
c'est un guide que nous avons entre les mains.
Notre description du zodiaque est terminée ('), de sorte qu'il ne nous
reste plus à visiter que les constellations australes, dont les plus ex-
trêmes passeront rapidement devant nous, attendu qu'elles restent
constamment invisibles pour nos latitudes et que d'ailleurs elles n'ont
été l'objet que d'observations modernes, toujours rares et souvent
incomplètes. Les plus importantes qui nous attendent encore sont
celles du géant Orion (la plus belle et la plus riche du ciel), du Grand
Chien, illustré par Sirius; de la Baleine, de la Licorne et de l'Hydre.
Mais avant de quitter les régions zodiacales, il est encore un point
de l'histoire de l'Astronomie qui peut nous intéresser à juste titre:
c'est celui de l'antiquité du zodiaque et de l'origine des caractères sous
lesquels chacun des signes est encore aujourd'hui représenté.
On a écrit des dissertations interminables sur l'antiquité du zodia-
que, les uns la faisant remonter à quinze mille ans, les autres à vingt-
deux mille. D'après l'étude directe que nous venons de faire du ciel et
de son histoire, nous avons vu que la formation de la zone zodiacale
est postérieure à la création des constellations, et que les constella-
tions ont eu des origines diverses et successives. On a d'abord remar-
qué le chemin décrit par la Lune, et on a partagé cette circonférence
en vingt-huit parties représentant la demeure de la Lune pendant
chaque nuit du mois. Puis on a reconnu que les planètes se meuvent
le long de la même ceinture, et que dans son cours annuel apparent, le
soleil suit également la même marche, ce qui ne put être constaté
qu'en dernier lieu, attendu qu'on n'observe pas directement la marche
de l'astre du jour devant les étoiles et qu'on n'a pu l'apprécier que par
des comparaisons faites après son coucher ou avant son lever. C'est
ainsi qu'on a fait passer, à travers dés constellations préexistantes,
une zone mesurant 15 degrés de largeur, au milieu de laquelle glisse
la route du soleil ou l'écliptique.
Il est certain que du temps d'Homère et d'Hésiode il n'y avait qu'un
très peti* nombre de constellations de nommées, et c'est ce que Strabon
a soin de souligner pour empêcher ses contemporains de les accuser
d'ignorance. Endémus de Rhodes, élève d'Aristote, attribue l'introduc-
(') Revoir, pour l'ensemble, la bande zodiacale inférieure de notre Planisphère
céleste, Astronomie populaire, p. 700, en attendant notre grande carte générale, qui
ne pourra être publiée qu'après ce Supplément.
440
LE ZODIAQUE
tion de la zone zodiacale dans la sphère grecque à Œnopide de Chic,
contemporain d'Anaxagore. C'est seulement vers le sixième siècle
avant notre ère que notre zodiaque a reçu les noms qui nous ont été
airiee
7X0
Sagittaritis ■ c ?
il3HiÀtew:a%â\»m
tiirgo.
/ KapiicouvttM»
f ig. 299. — Ua zodiaque de l'an 1489.
conservés; encore la Balance n'a-t-elle été détachée du Scorpion
qu'au troisième siècle avant notre ère.
Sans doute, le lever matinal ou crépusculaire de certaines étoiles
ou de certains groupes remarquables situés vers l'écliptique avait frap-
pé les observateurs, et nous avons vu, notamment, que les Pléiades
ont joué le principal rôle dans l'établissement des premiers calen-
driers." Il y a bien des milliers d'années que le chemin zodiacal *est
LES SIGNES DU ZODIAQUE 441
tracé par le cours de la Lune et des planètes; mais il n'y a pas plus de
trois mille ans que notre zodiaque actuel est dessiné.
Nous parlions tout à l'heure de Fomalhaut, ou a du Poisson austral.
Remarquons à ce propos que Aldébaran du Taureau, Antarès du
Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut se trouvent à peu près à
angle droit l'une avec l'autre et partagent le ciel en quatre parties
égales. Ces quatre étoiles, brillantes et remarquables, appelées aussi
étoiles royales, étaient vénérées par les Perses 2500 ans avant notre
ère, comme les quatre gardiens du ciel. Alors Aldébaran, ou l'œil du
Taureau, était dans l'équinoxe du printemps et gardien de l'est;
Antarès, ou le cœur du Scorpion, se trouvait précisément dans
l'équinoxe d'automne et était le gardien de l'ouest; enfin Régulus, le
cœur du Lion, n'était qu'à une petite distance du solstice d'été, et
Fomalhaut, à une petite distance du solstice d'hiver, de manière à
désigner pour les Perses le midi et le nord. C'est sans doute de ces
mêmes étoiles que parle le Chou-King, le monument historique le plus
ancien et le plus authentique de la Chine, lorsqu'il rapporte que l'em-
pereur Yao, vers l'an 2357 avant notre ère, ordonna aux astronomes
Hi et Ho d'observer « l'étoile Niao du printemps; l'étoile Ho de
l'été; l'étoile Hiu de l'automne, et l'étoile Mao de l'hiver, en véri-
fiant en même temps l'ombre du soleil ». A cette époque lointaine,
ces quatre étoiles réglaient la mesure du temps et le calendrier ; elles
réglaient même les affaires politiques.... Mais de tous les peuples
anciens qui les ont consultées. Egyptiens, Babyloniens, Perses,
Mèdes, Chinois, tous ont disparu, excepté cette étrange Chine qui
semble cristallisée depuis quatre mille ans.
On s'est souvent demandé quelle est l'origine des signes par lesquels
chacune des douze constellations zodiacales est représentée depuis
un temps immémorial. Les voici, tels qu'on les reproduit encore
aujourd'hui dans les almanachs :
Poissons Sélier TliDTeau Gémeuuc Cancer Lion . yierse Balance Scorpion Sagi^ite Capctçonie V^ssiiu
l)k ^ xf'n & ^ VIS ù^ ni *->>-■{, '
1
Sur ces douze signes, six sont faciles à expliquer : — Deux poissons
dos à dos,— Cornes de bélier,— Tête de taureau,— Balance,— Flèche
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 56
442 ORIGINE DES SIGNES DU ZODIAQUE
du Sagittaire, — Vagues de l'eau. Nous pouvons conclure de là que
ces signes sont des restes d'hiéroglyphes, des représentations abrégées
de la figure même. C'est là une induction qu'il est légitime d'appliquer
à la recherche des six autres origines, beaucoup moins claires que les
précédentes. Nous pouvons déjà deviner toutefois que le signe des Gé-
meaux n'est autre que deux traits verticaux associés, représentant deux
jumeaux. Le dard qui reste encore au signe du Scorpion rappelle une
origine analogue, et l'espèce d'm qui le précède doit provenir du
dessin rudimentaire des tentacules de cet insecte. Examinez, en effet,
la fig. 299 {fac-similé d'une vieille gravure sur bois de l'an 1489), et
vous reconnaîtrez qu'en dessinant en abrégé le Scorpion on arrive
assez naturellement au signe actuel*; c'est du reste ce que nous pou-
vons essayer de reproduire : ^ )^K»% : la sténographie s'explique
facilement. Il en est de même du Lion; on a, rudimentairement, la
tête, le corps et la queue : ^^ <f^ <Si . Le signe du Cancer ou de
l'Écrevisse indique fort ingénieusement le mouvement de recul carac-
téristique de ce crustacé. Quant aux symboles du Capricorne Z et
de la Vierge np^ l'extrait de naissance est plus difficile à recon-
struire. On a dit que le signe Z était une abréviation des deux
premières lettres Tp du mot grec Tfoyoç, bouc; mais cette origine n'est
pas certaine, car le Capricorne n'était pas nommé Tragos en grec,
mais Aïgokéros. Peut-être ce signe est-il plus moderne et n'est-il que
l'initiale du mot Capricornus lui-même. Il ne faudrait pas jurer,
pourtant, qu'il ne dérive pas, comme les autres, du dessin primitif
de l'animal cornu représenté dressé sur ses pattes de derrière ^ iZ* je
Qu'en pensez-vous? Les trois jambages du signe de la Vierge et son
petit crochet seraient, dans le même système, les vestiges de la
Vierge ailée d'Eudoxe et d'Aratus portant l'Épi: ^ ^ ^ .Le signe
actuel de la Vierge ressemble singulièrement à celui du Scorpion, et
pourtant qui pourrait douter qu'il y ait eu une différence essentielle
primitive entre les deux êtres, comme entre les deux symboles? Une
vierge ressembler à un scorpion ! C'est tout au moins inattendu.
Ces métamorphoses hiéroglyphiques paraîtront peut»être un peu
hardies à quelques membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres; mais elles sont absolument dans l'ordre des descendances
analogues. Prenons comme exemple, instructif à tous les points de
LES LETTRES ET LES SIGNES 443
vue, notre propre alphabet français moderne. Voici l'origine de
chaque lettre :
ORIGraE DES LETTRES DE l'aLPHABET.
A a vient du dessin d'une tête de bœuf.
B 6 — — maison.
Ce — — main recourbée.
D d — — porte.
E e — — main qui appelle.
Ff — — (altération de la lettre p.)
G g — — chameau.
U h — — haie.
I i — — main indicatrice.
J j — — vient de i.
K k — — est le C dur.
L i — — aiguillon.
Mm — — vagues de l'eau.
N n — — poisson.
O — — œil.
P p — — bouche.
Q g — — nœud.
Rr — — rayon.
S s — — support.
T f — -ï- marque d'une limite.
Uu — — crochet.
Vu — — vient de U.
Xx — — composé de c et s.
Y y — — autre forme de l'i.
Z 2 — — marteau.
Assurément il serait assez difficile aujourd'hui de retrouver une
tête de bœuf dans A ou a, une maison dans B ou b, etc.; et pourtant
il n'est pas contestable que ce soit parfaitement là l'origine de nos
lettres.
La première écriture des humains a été la représentation des
objets par le dessin, de même que la première forme de langage avait
été l'onomatopée, c'est-à-dire les sons représentant les premières
impressions, de crainte, de joie, de douleur, de plaisir. Les lettres de
l'alphabet primitif (phénicien) ne sont autre chose que les initiales des
mots représentés hiéroglyphiquement. Les Grecs ont emprunté leur
alphabet aux Phéniciens, mais en retournant les lettres, attendu que
les Phéniciens écrivaient de droite à gauche, tandis que les Grecs,
comme leurs successeurs, ont écrit de gauche à droite. Il n'est pas
sans intérêt de suivre la curieuse transformation de chaque lettre des
Phéniciens aux Grecs et aux Latins (c'est-à-dire à nous-mêmes, puisque
notre alphabet est l'alphabet latin). Voici cette succession, à travers
laquelle on pourrait mettre plus de variété encore si l'on voulait repro»
duire toutes les formes de lettres des manuscrits du moyen âge :
444
LES LETTRES ET LES SIGNES
ORIGINE
ET TRANSFORMATION
DES LETTRES
DE l'alphabet
,
Nom
PbéDÎcieD
Lettre
Nom
Lettre
Signe primitif
phénicien
archaïque
grecque
grec
romaine
Tète de Bieuf
Alap
4-
A a
Alpha
A a
Maison
Bit
ô
B p
Bêta
B h
Haio recourbée
Cap
/
K X
Cappa
G c
Porle
Dalat
A
A 8
Delta
D d
Main qui appelle
E
^
E E
Epsilon
E e
Chameau
Gamal
-^
r Y
Gamma
G g
Uaie
Hith
"^
H vi
Êta
H h
Hain indicatrice
Id
Oy
I t
Iota
I i
Aiguillon (bœufs)
Lamad
^
A X
Lambda
L 1
Vagues de l'eau
Mim
^
M i>.
Mu
M m
Poisson
Nun
6^
N V
Nu
N n
Œil
Oïn
Omicron
Bouche
Pé
)
n 7t
Pi
P p
Nœud
Qup
^
Xy.
Chi
q
Rajon (brisé)
Rich
^
p p
Rho
R r
Support
Samac
^
2 a
Sigma
S s
marque d'une limite
Tau
/r
T T
Tau
T t
Crochet
U
H
r u
Upsilon
U u
Marteau
Zin
^
w +
Psi
V V
On voit que les Grecs ont à peu près gardé tous les noms phéni-
ciens, qui ne signifiaient plus, dans leur propre langue, les objets
représentés par les lettres. Ainsi, bœuf ne se dit en grec ni alap, ni
alpha, mais bous; maison se dit oïkia; porte se dit thura; etc.
Les mots et les signes se métamorphosent parfois plus complète-
ment encore que la chrysalide de la chenille qui devient papillon. Ce
que nous venons de dire des lettres peut se dire également des chiflfres.
D'où vient ce fameux système décimal sur lequel toute la mathéma-
tique est fondée? De ce fait anatomique que nous avons dix doigts, et
que la plus simple, la plus primitive manière de compter est de se
servir de ses dix doigts. Si nous avions huit, douze ou quatorze doigts,
notre numération eîit été toute différente. L'idée suggérée à l'origine
par un fait d'expérience quotidienne a été, à l'aide du langage, con-
vertie en une loi qui façonne et domine désormais la pensée humaine.
Et les chiffres écrits, d'oili viennent-ils ? Prenons les chiffres romains
anciens :
I II III IIII V VI VII VIII VIIII X
LES LETTRES ET LES SIGNES
445
Il n'est pas douteux que ce sont tout simplement là les doigts de la
main; que le V représente la main elle-même, grande ouverte ; que le
VI représente une main plus un doigt; que le X réunit les deux
mains. C'est ce qu'il y avait là de plus simple au monde. Les chiffres
arabes, dont l'usage n'est devenu général que depuis le temps de
Henri III, sont moins simples , mais plus courts, et proviennent
d'abréviations successives qui masquent aujourd'hui complètement
leur origine. Pour couronner cette digression sur les transformations
successives des signes du zodiaque et des caractères de l'alphabet,
jetez un coup d'œil sur le dessin ci-dessous, qui témoigne d'un fait plus
curieux encore peut-être. Ce sont là des ornements de pagaies, tracés
Fig. 300. — Dégénérescence d'un dessin primitif.
par les insulaires de la Nouvelle-Irlande. Un dessin plus ou moins
grossier de la forme humaine a graduellement dégénéré au point de
devenir d'abord méconnaissable, puis de disparaître tout à fait pour
faire place à un croissant enfilé d'une flèche. Ces curieux spécimens
ont été présentés au Congrès de l'Association britannique, à la session
de Brighton, en 1872, et sont absolument authentiques. L'histoire
entière de l'humanité nous offrirait des exemples analogues.
Les hommes primitifs ne peuvent représenter leurs idées que sous
des formes simples et naïves. Jetez un coup d'œil, par exemple, sur \<i
Calendrier des Dakotas {fig. 301) dessiné par eux-mêmes, et reproiî.uit
récemment en fac-similé par des officiers américains : chacun de
ces 71 croquis a eu pour but, dans l'esprit de ces Indigènes, de repré-
senter chaque année, à partir de l'hiver 1799-1800 (ils comptent
leurs années par neiges et leurs mois par lunes ), en signalant ces
années par le fait capital qui les caractérise. Et voilà tout leur calen-
drier et toute leur histoire. Ainsi, le dessin n° 1, qui représente l'année
comprise entre novembre 1799 et novembre 1800, rappelle que trente
des leurs (trois rangs de dix) ont été tués à cette époque-là par les
Indiens Crov^^s. Le n° 2 rappelle une épidémie de petite vérole mar-.
quant la tête et le corps d'un homme. Le n" 3 constate qu'en 1802 ils
446 LE ZODIAQUE
ont appliqué le fer à cheval aux pieds de leurs coursiers. Le n° 4 rap-
pelle qu'en 1803, ils ont conquis des chevaux sur les Crows, et ainsi
de suite. L'année 1823 (n° 24) a été signalée par un incendie allumé
par un homme blanc; l'année 1833 (n" 34) par la fameuse chute d'étoiles
^^1, .'I m"^ ^ "^
f^
The CALENDAR of Oi.^ OAKOTA NATIOM
Tibraoïog the ponod û-orrt 17B9 to 1870, iftolusi^ff
Fig. 301. — Calendrier primitif moderne.
filantes que nous connaissons ; l'année 1869 (n" 70) par une éclipse
totale de soleil, dont la ligne centrale passait justement par le pays
des Sioux et des Dakotas , etc. Voilà la représentation la plus moderne
que nous connaissions des calendriers du mode primordial.
Mais ces digressions instructives et intéressantes nous feraient
oublier les étoiles, si nous ne revenions immédiatement vers elles, sans
leur faire une plus longue infidélité.
CHAPITRE XVII
La constellation géante de l'équateur. — Orion et ses splendeurs.
La grande nébuleuse d'Orion et son étoile sextuple.
Le Grand Chien. — Sirius et son système.
Si le spectacle du ciel étoile charme nos regards, captive nos âmes,
sollicite mystérieusement nos pensées et nos rêves; si, à toute époque
de Tannée et à toute heure de la nuit, la contemplation des tableaux
célestes nous invite à l'étude des sublimes réalités de l'univers , com-
bien les splendeurs sidérales devant lesquelles notre voyage urano-
graphique nous amène en ce moment ne vont-elles pas davantage nous
séduire, nous émerveiller, nous plonger dans une admiration plus
profonde encore ! Nous sommes en face du plus beau paysage céleste
qui se puisse voir de notre planète. Nous sommes devant la constella-
tion géante chantée par Job, par Homère, par Hésiode, par toute
l'antique poésie et par toute la science de nos pères. Nous sommes
devant ce grandiose spectacle qui fascina nos aïeux et qui, dans l'avenir
le plus reculé, charmera encore nos derniers descendants. L'humanité
terrestre tout entière, de son berceau jusqu'à sa tombe, aura contemplé
cette opulente contrée du ciel, et en fixant aujourd'hui nos regards sur
ces brillantes étoiles, nous nous associons par la pensée à ceux qui
ne sont pas encore nés sur notre planète, comme à ceux qui sont
venus autrefois en ce monde et qui en sont partis !
Vers minuit en novembre, dans le ciel du sud-est ; vers onze heures
en décembre et janvier, en plein sud ; vers dix heures en février et neuf
heures en mars, dans le ciel du sud-ouest; vers huit heures en avril, à
l'occident, cette géante constellation d'Orion frappe tous les regards
et s'impose à l'attention même des plus indifférents. Les trois étoiles
obliquement alignées, qui marquent sa ceinture ou son baudrier,
signalent au premier coup d'œil sa position dans le ciel : on les a
nommées, dès une haute antiquité, « les Trois Rois », et les habitants
des campagnes voient là un râteau. Ces trois étoiles, de seconde gran-
deur, sont (î, Ê et ^; la première se trouve précisément sur la ligne de
l'équateur. Cette position place Orion dans les conditions d'observa-
tion les plus favorables pour nous, n'étant ni trop haut ni trop bas
448 ORION
pour être examiné facilement, soit à l'œil nu, soit à l'aide d'instru-
ments.
La figure du géant Orion se dessine dans le ciel par neuf étoiles
principales. Au-dessus des Trois Rois ou du baudrier, on en remarque
deux : celle de gauche, de première grandeur, mais légèrement va-
riable, est « ou Bételgeuse : sa nuance est jaune topaze ; celle de droite,
de seconde grandeur, est y ou Bellatrix. Entre ces deux étoiles, et un
peu plus haut, on en distingue une troisième, qui paraît nébuleuse aux
vues moyennes : c'est l, de troisième grandeur, sous laquelle deux de
cinquième ajoutent une certaine nébulosité. Au-dessous des Trois
Rois, vers la droite, on en admire une fort brillante, de première
grandeur, bien blanche : c'est (3 ou Rigel ; elle est presque toujours
plus lumineuse que «. Enfin, le quatrième angle du quadrilatère,
l'angle inférieur de gauche, est marqué par l'étoile x, de quatrième
grandeur, et au-dessous de la ceinture on remarque encore une
étoile allongée, qui indique la place d'une épée suspendue cà la cein-
ture, ou qui, pour les habitants des campagnes, représente le manche
du râteau, Ces étoiles seront très facilement reconnues en regardant
le ciel un soir quelconque d'hiver et en le comparant à notre petite
carte ci-dessous.
Il ne faut pas avoir une imagination superlativement vive pour
découvrir dans cet arrangement d'étoiles un géant à la brillante
ceinture, dont a et y marquent les larges épaules, X la tête, (3 et x les
jambes; regardez directement au ciel par une belle nuit, et vous le
reconnaîtrez. L'impression est surtout frappan+e au lever d'Orion :
c'est vraiment un géant qui apparaît au-dessus le l'horizon et monte
avec majesté dans les cieux.
La ligne oblique des Trois Rois, prolongée vers sa gauche, c'est-
à-dire vers le sud-est, rencontre Sirius, la plus brillante étoile du ciel
tout entier. Cette même ligne, prolongée vers sa droite, c'est-à-dire
au nord-ouest, rencontre Aldébaran et les Pléiades, que nous con-
naissons.
Il y a encore un autre moyen bien facile de trouver Sirius, c'est de
regarder les gémeaux. Castor et Pollux, que nous connaissons aussi,
et de descendre tout simplement vers l'horizon : nous serons obligés
de rencontrer Procyon, de première grandeur, et en continuant tout
naturellement notre chemin visuel, nous arrivons encore à Sirius.
Toutes ces étoiles éclatantes, la richesse de nos nuits d'hiver (Sirius,
Rigel, Procyon, Bételgeuse, Aldébaran, Castor et Pollux, Bellatrix,
S, f et ^ d'Orion), sont inscrites, telles qu'on les voit au ciel, sur la
ORION 449
carte de cette fertile contrée {fig. 302). C'est, sans comparaison, la
plus belle page du grand livre du ciel.
L'idée d'un géant est naturellement inspirée par cette magnifique
constellation ; et, dès la plus haute antiquité, nous voyons, en effet,
cette figure personnifiée par un Géant poursuivant les Pléiades, ce
qui nous montre, d'autre part, que cette constellation a été remarquée
et nommée, dès l'origine, à la même époque que les Pléiades et anté-
rieurement à la représentation du Taureau. Hésiode conseille d'ob-
server les levers et les couchers de ces étoiles ; c'est, en effet, cette
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Fig. 303. — Orion et son cortège.
indication qui constituait alors tout le calendrier des cultivateurs et
des navigateurs. La tête du Taureau a été dessinée quelque temps
après, et depuis cette époque, Orion, qui de la main gauche tient
une peau de bête ou une toison, et de l'autre lève une lourde massue,
a l'air de se préparer à assommer le Taureau, qui se précipite sur
lui, les cornes menaçantes. Retournez les feuillets de cet ouvrage
même jusqu'à la page 281, et vous reverrez en détail toute cette scène
(fig. 196).
Dans cette seule constellation, on ne compte pas moins de deux
étoiles de première grandeur, quatre de deuxième, sept de troisième
et douze de quatrième.
ASTRONOiMIE. — SUPPLÉMENT. 37
4bO
ORION
Pindare chante en lui le géant du ciel ; Plaute semble le traiter
d'assassin ou d'égorgeur (Jugula) : ce titre convient d'ailleurs à tout
chasseur comme à tout militaire; Manilius l'appelle le dominateur
du ciel; les anciens Hébreux saluaient en lui Nemrod, le premier
chasseur; Job, Ézéchiel et Amos le qualifiaient Késil, ce qui veut
dire inconstant, à cause du mauvais temps d'automne et des périls de
la navigation à l'équinoxe (c'est même de là que Rabelais a plaisam-
ment appelé le concile de Trente a le concile de Késil » , cà cause des
tempêtes qu'il souleva dans son sein). Le titre de nimbosus, de plu-
viosus , à'aquosus lui est donné par tous les auteurs latins. Polype
attribue la perte de la flotte romaine dans la première guerre punique
Fig. 303. — Un Orion du xiii» siècle (Alphonsu X).
Fig. 304. — Un Orion du xv" siècle (Hyginus).
à l'obstination des consuls qui, malgré l'almanach séculaire des
pilotes, persistèrent à naviguer « à l'époque du lever d'Orion et de
Sirius». Les Arabes nommaient Orion al-djabbar et al-Jauza, « le
Géant » : « On reconnaît, disent-ils, les deux larges épaules, la tête
indiquée par un nuage, la ceinture et le sabre. » Au xvii" siècle,
Schiller essaya de métamorphoser la vieille figure païenne en celle de
saint Joseph, qui ne devait guère s'y attendre, car il n'a jamais brillé
dans l'histoire par son ardeur belliqueuse, au contraire... ;enfin, en
1807, l'Université de Leipzig proposa de substituer le nom de
Napoléon « le grand conquérant du monde » à celui de l'antiqut
chasseur. ïl serait interminable de suivre toutes ces métamorphoses
Les deux dessins reproduits ci-dessus, comparés à notre fig. 196,
suffiront pour en donner une idée. L'un nous montre un chasseur
assez pacifique, l'autre un guerrier en fureur, prêt à tout déconfire.
ORION
45t
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION d'ORION
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
Etoiles
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1500
1603
1660
1700
1800
1840
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Le mot Orion lui-même est un nom propre très ancien. Le mot
grec ôriôn représente, dès la plus haute antiquité, le héros céleste
dont il s'agit ici. Le mot le plus voisin, ôrios, signifie saison. Un mot
analogue, ôra, signifiait d'abord saison, année et heure. Ce sont là,
évidemment, autant d'inspirations astronomiques. Plusieurs étymo-
logistes, notamment l'amiral Smyth , ont cru reconnaître aussi là
une parenté avec le musicien Arion, qui séduisit jusqu'aux dauphins
et dut la vie à celui qui le sauva des flots, et fut, en récompense, élevé
au rang des constellations. (J'avouerai même ici, en passant, que
d'éminents linguistes, qui m'ont fait autrefois l'honneur de chercher
l'étymologie de mon nom, ont associé cette origine à la belle constel-
lation qui nous occupe, en composant ce nom des deux mots Flamma.
et Orion ou Avion.... Si cette étymologie était réelle, je regretterais
de n'avoir encore presque rien fait pour la justifier, et je me verrais
engagé, sans aucune peine d'ailleurs, à me consacrer encore plus
passionnément au culte des étoiles, afin de ne pas faire mentir le vieil
adage : Noblesse oblige!) (')
Après avoir reconnu les étoiles fondamentales de cette grande
figure céleste, regardez avec un soin plus minutieux, et vous trou-
verez que la nébulosité de la tête est formée de trois étoiles : J, ç'
et ç^. Ptolémée ne les signale pas et se contente de qualifier A de
nébuleuse; mais Sùfi dit déjà, au x' siècle de notre ère : « Ce nuage
consiste en trois petites étoiles voisines, formant un triangle. » Elles
aff"ectaient donc déjà la même disposition que de nos jours. La dis-
tance angulaire de X à y* est de 27', et celle de cp' à ç' est de 33'. Le
disque de la pleine lune entrerait entre ces deux étoiles, ce que vous
trouverez inconcevable en les examinant. On ne croirait jamais, en
regardant ce triangle, qu'il est aussi grand que le disque de la lune.
(') Au lieu de cette étymologie latine qui est peut-être plus ingénieuse qu'authen-
tique, Lorédan Larchey, dans son Dictionnaire des noms propres, donne l'étymolo-
gie gallo-romaine flammcron, « qui apporte la lumière ». Mais il faut avouer qu'elle
n'est pas moins difficile à réaliser dignement.
ORION
453
Tycho-Brahé est le premier qui ait mesuré la position des deux ç et
qui en ait indiqué la grandeur.
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Fig. 305. — Étoiles principales de la constellation d'Orlon.
En outre des étoiles caractéristiques de la figure du Géant, Oii
remarque, à droite ou à l'ouest, une file de six étoiles de quatrième
454 ORION. — BETELGEUSB
grandeur qui portent toutes la lettre tt, numérotée de 1 à C à partir
du haut ou du nord ; c'est cette file d'étoiles qui dessine la toison
tenue par la main gauche du Chasseur. Ces six étoiles toutefois ne
sont pas égales, et plusieurs varient môme assez notablement; t.* a
paru de 3° grandeur en 1871 et de 4° en 1874 (Lalande l'a même
notée de 5% le 3 décembre 1793); tc' est inscrite de 3° dans Ptolémée,
de 4° dans Sùfl, et nous la voyons actuellement de 5"; tc*, actuelle-
ment de 3,7, a été notée de 5" par Hévélius et de 6° par Flamsteed ;
tu' est marquée de 3' chez les anciens, de 4° au moyen âge, de 5" |
par Piazzi. L'astronome persan Sùfi compte neuf étoiles se suivant
en ligne courbe ; ce sont, à partir du nord : 15 — 11 — o* — tc* à tt^ ;
il les voit toutes de quatrième, excepté t:^, -k* et t^ qu'il note de troi-
sième et demie. Il est certain qu'à cette époque o' n'égalait pas o*,
comme au temps de Tycho, Bayer, etc. Les catalogues modernes de
I tolémée assimilent sa 19° à 9; c'est une erreur : cette étoile est o*.
Étudions maintenant successivement chacune des belles étoiles
d'Orion. Et d'abord arrêtons-nous sur « ou Bételgeuse.
A l'époque de Bayer, l'étoile « était plus brillante que (3. De nos
jours c'est celle-ci qui a la palme. Actuellement, (3 est fort supérieure à
a. J'ai sous les yeux une centaine de comparaisons des étoiles d'Orion
que j'ai faites depuis 1871, et je n'y trouve qu'une seule date à laquelle
Bételgeuse ait égalé Rigel : c'est au commencement d'avril 1876,
notamment le 5 et le 8. Le 5, la note suivante est consignée : « Bétel-
geuse est rouge, plus grosse que Rigel; celle-ci est d'un blanc pur;
8 heures du soir, clair de lune. » Il y a eu certainement à cette époque
une recrudescence d'éclat. En décembre 1875 et janvier 1876, j'ai
toujours noté Bételgeuse égale à Aldébaran (1 ,4) ; mais, en mars 1 876,
la première surpassait la seconde de deux et trois dixièmes. C'est Sir
John I^erschel le premier qui, en 1836, signala la variabilité de
Bételgeuse : on lui avait attribué une période de 196 jours; mais il
me semble bien qu'il n'y a pas de période du tout. Son éclat tombe
parfois à 1,6.
Cette étoile Bételgeuse est colorée d'un ton jaune orange, comme
Aldébaran, comme a d'Hercule. Son spectre est un type superbe du
troisième ordre, à colonnes fondamentales. Il ressemble à celui des
taches solaires, ce qui pourrait faire penser que ce globe est couvert
de taches. Les oxydes de carbone paraissent dominer dans la consti-
tution chimique de ce soleil, arrivé sans doute ta la phase du refroidis-
sement. Les expériences spectrales ont montré que cet astre s'éloigne
de nous avec une vitesse évaluée à 35 kilomètres par seconde. Aidé-
ORION, - RIGEL 455
baran, Rigel et Sirius s'éloignent également de nous, avec des
vitesses du même ordre.
Le nom de Bételgeuse dérive de l'arabe ibt al-jauzà, « l'épaule du
Géant», d'oîil'on a fait Btaljause et Btelgeuse. La plupart des livres
d'astronomie et des atlas écrivent Beteigeuse, ce qui n'a aucun sens.
— Rigel déinve de l'arabe ridjl al-jauzk, « la jambe du Géant », d'où
l'on a fait Rijel et Rigel. — Bellatrix, nom donné à y, n'est autre que
le mot latin guerrière, « féminin, disait-on autrefois, dû à ce fait que
les femmes nées sous l'influence de cette étoile sont favorisées et ont
de bonnes langues » . Je ne sais à quel astrologue on doit cette statis-
tique, dont l'exactitude doit être contestable, attendu que (soit dit
entre nous) on ne rencontre guère de filles d'Eve qui ne soient pas
ultra-favorisées sur ce chapitre-là.
Rigel est une belle étoile blanche de première grandeur, l'une des
plus brillantes du ciel; mais, malgré son éclat, elle gît à une distance
incommensurable de notre atome terrestre. Toutes les tentatives
faites pour mesurer sa parallaxe n'ont abouti qu'à prouver qu'elle
n'en a pas. A défaut de parallaxe, le mouvement propre d'une étoile
peut donner un indice de sa distance, car, toutes circonstances égales
d'ailleurs, moins une étoile est éloignée et plus son mouvement est
apparent. Or, ce second indice tombe comme le premier devant
l'éloignement de Rigel : elle n'a aucun mouvement propre, du moins
son déplacement séculaire sur la voûte céleste est presque insensible.
Ajoutons que, comme nous le verrons plus loin, Rigel est une étoile
double dont le compagnon, écarté à 9"|, reste fixe. Sans contredit,
une période de révolution n'est ni plus ni moins rapide, que le couple
soit plus ou moins éloigné de nous ; mais nous devons penser qu'en
général les révolutions sont d'autant plus rapides que les compo-
santes d'un même couple sont plus rapprochées entre elles, et il est
certain, d'autre part, que la distance réduit proportionnellement l'écar-
tement apparent de deux composantes. Ce troisième indice de l'im-
mobilité, ou du mouvement très lent du compagnon de Rigel, à ce
rapprochement angulaire de moins de 10", témoigne donc, lui aussi,
en faveur de l'éloignement de ce soleil. Il trône certainement, non
seulement à des trillions, ou à des centaines de trillions de lieues,
comme les étoiles de notre voisinage céleste, mais à des milliers de
trillions, c'est-à-dire à une distance telle que le messager si rapide de
la lumière vole sans arrêt pendant des milliers d'années pour arriver
jusqu'à nous. La conclusion incontestable est que ce brillant soleil
d'Orion est des milliers de fois plus volumineux, plus ardent, plus
456 LES ETOILES D'ORION
formidable encore que le nôtre, puisque du fond des deux sa lumière
arrive sur nous avec un tel éclat, avec une telle splendeur !
D'autre part, l'importance de sa masse est indiquée par l'aspect de
son spectre qui nous montre la prédominance de l'hydrogène, comme
ceux de Sirius, de Vcga, d'Altaïr, et des brillantes étoiles blanches —
notre soleil appartenant à la classe des étoiles jaune d'or — car il est
naturel de penser que plus un soleil est lourd, plus il exerce d'attrac-
tion à sa surface, plus sa pression atmosphérique est énorme, et plus
les lignes spectrales sont accusées : c'est précisément ce que l'on
observe dans le spectre de Rigel, comme dans celui de Sirius et de
Véga. Ce sont là d'énormes soleils, des milliers de fois plus volumi-
neux, plus lourds, plus importants que celui qui nous éclaire, lequel
est lui-même 1 300 000 fois plus gros que notre globe terrestre et
324 000 fois plus lourd !
Ainsi déjà la contemplation de ces deux soleils d'Orion, Bétel-
geuse et Rigel (') nous transporte en deux directions différentes dans
l'étude de l'Univers, le premier nous montrant le passé, le second
nous montrant l'avenir; le premier nous enseignant la mutabilité des
cieux, le second nous en racontant la splendeur.
Regardons maintenant les trois étoiles du Baudrier, ^, e et C : la
première est toujours moins brillante que les deux autres, dont l'éclat
égale celui de y: on la considère comme variable de 2,2 à 2,7; mais je
l'ai toujours trouvée d'une demi-grandeur environ au-dessous des
trois précédentes. Nous avons vu {Astronomie populaire, p, 795) que
ces étoiles sont animées de mouvements propres variés, et que dans
l'avenir la ligne du baudrier d'Orion va se disloquer, ainsi que la
constellation tout entière, les Trois Rois n'étant unis qu'en appa-
rence (c'est souvent le cas dans les états de notre planète) et devant
un jour se séparer et suivre chacun sa destinée personnelle.
(') Cette étoile Rigel a donné naissance, sans s'en douter, à deux saints du calen-
drier catholique, saint Marinus (saint Marin) e-t saint Aster, parce qu'au mois de
mars, au temps de l'équinoxe, elle était censée influer sur la navigation et avait reçu
eu latin du moyen âge le surnom de marinus aster « astre marin «. Ces saints
apocryphes ne sont pas seuls dans ce cas, et leur famille serait intéressante à étudier
si nous en avions le temps. C'est ainsi que sainte Vénère n'a jamais existé non plus :
son culte est une transformation inattendue de celui de 'Vénus, les églises qui lui
sont consacrées occupent l'emplacement d'anciens temples (et l'on a même récem-
ment, dans le chœur de l'une d'elles, mis au jour une très belle fresque ancienne
représentant Vénus sortant des ondes). Sainte Solange est une transformation, encore
facilement reconnaissable dans les superstitions populaires du Berry, de l'ancien
culte du Soleil, etc. Cela ne veut pas dire, assurément, qu'aucun des saints honorés
par la tradition n'aient existé; mais il en est un nombre beaucoup plus grand qu'on
ne pense qui dérivent simplement de mots latins plus ou moins modifiés.
LES ÉTOILES D'ORION 457
L'étoile ï), de troisième grandeur, a été notée de 4" | par Piazzi; il
est plus naturel de croire à une erreur d'estimation qu'à une fluctua-
tion d'éclat, surtout si l'on remarque qu'à la même époque Lalande
l'a constamment notée de troisième.
Nous n'en dirons pas autant de 9. Cette célèbre étoile est composée
de deux, écartées à 135" et inséparables à l'œil nu. Le premier qui les
sépara est Flamsteed, qui les nota respectivement de 6° et de 4% par
ordre d'ascension droite, en les appelant 9' et 9^. Piazzi les estima
toutes deux de sixième, et elles sont absentes du catalogue de
Lalande. Nous voici bien loin des estimations de la troisième gran-
deur données par les astronomes anciens. Nous leur attribuons
actuellement les grandeurs 5,0 et 5|, dont la réunion produit 4,8 :
6' est un peu plus brillante que 9^. Il n'y aurait rien de surprenant à
ce qu'il y eût là quelque variation, soit dans l'une ou l'autre de ces
étoiles, dont la première est multiple, soit dans la fameuse nébuleuse
qui les environne, car en certaines nuits d'hiver on aperçoit là tant
d'éclat qu'on s'imagine parfois distinguer la nébuleuse à l'œil nu. —
Tout à l'heure nous nous occuperons plus en détail de cette étoile
et de la splendide nébuleuse qui l'enveloppe ; mais il importe en ce
moment de nous rendre compte d'abord de l'ensemble de la constel-
lation.
Les étoiles x' x'> ^n haut de la figure (elles terminent le bâton que
le Chasseur primitif est censé tenir de la main droite) sont accompa-
gnées chacune d'une étoile de sixième grandeur, la première à 32', la
seconde à 28'. Remarque assez curieuse : Sûfi a signalé la seconde
sans parler de la première, et il qualifie à cause de cela x^ du titre
d'étoile double. Il est probable qu'au x" siècle le compagnon de x'
(FI. 57) n'était pas visible à l'œil nu.
Hipparque et Ptolémée n'ont pas parlé de o-, de quatrième gran-
deur, qui brille au-dessous de Ç, et Sùfi est le premier qui la signale.
Cependant son éclat parait stable. Aurait-elle été autrefois éclipsée
dans les rayons de C ? Non, car son mouvement propre est insensible.
Toutefois, c'est à sa proximité de cette brillante étoile et à la richesse
d'Orion que nous devons, selon toute probabilité, attribuer le silence
des anciens. Tout est relatif, et les jugements varient selon les posi-
tions, dans le ciel aussi bien que sur la terre.
L'induction n'est pas la même pour p, car son isolement la laisse
briller de tout son éclat personnel. Tycho est le premier qui l'ait
observée, et il l'a notée de quatrième grandeur. Elle est aujourd'hui
de cinquième. Elle était sans doute moins apparente encore aux
ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 58
458 LES RICHESSES D'ORION : ETOILES ROUGES ET VARIABLES
temps de Ptolémée et SCifi. Elle a varié de 5,1 à 4,6 entre 1871 et
1876. Sa couleur est orangé pâle.
M, A, c, d, e ont subi des fluctuations de la quatrième à la cinquième
grandeur. Lalande a môme estimé A de sixième. Piazzi a noté ca de
sixième aussi; mais nous avons déjà remarqué que les évaluations de
cet astronome pèchent plutôt par défaut que par excès. L'étoile 42 c
est accompagnée, à 5' vers l'est, d'une étoile de sixième grandeur
(FI. 45) qui a été vue, à l'œil nu, naturellement, par Tycho-Bralié.
On ne la distingue plus aujourd'hui à l'œil nu, et il faut s'aider d'une
jumelle pour y parvenir ; c' est plus brillant que c*, et je les estime en
ce moment ( mars 1881) respectivement 5,6 et 6,2 : l'ensemble donne
comme effet 5,2. Cette seconde étoile a été notée de 7° par Flamsteed,
de 6' I par Piazzi, et de 7' par Lalande. Elle est certainement variable.
51 b était plus brillante du t