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Full text of "Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;"

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LES ÉTOILES 



CURIOSITÉS DU CIEL 



ŒUVRES DE CAMILLE FLAMMARION 

ASTRONOMIE POPULAIRE 

T.ibleau général de l'univers. Ouvrage couronné par l'Institut. Illustré de 360 figures, 
planches et chromolithographies. Cinquantième mille. 12 fr. 

LES TERRES DU CIEL 

Description physique, climatologique, géographique des planètes qui gravitent avec la Terre 
autour du Soleil, et de l'état probable de la vie à leur surface, 
édition. 1 vol. in-8, illustré de 100 figures, planches et photographies, 6 fr. 

LA PLURALITÉ DES MONDES HABITÉS 

au point de vue de l'Astronomie, de la Physiologie et de la Philosophie naturelle, 
30° édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50. 



LES MONDES IMAGINAIRES ET LES MONDES REELS 

Revue des théories humaines sur les habitants des astres. 
18* édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50. 



HISTOIRE DU CIEL 

Histoire populaire de l'Astronomie et des différents systèmes imaginés pour expliquer l'univers. 
4' édition. 1 vol. gr. in-8, illustré. 9 fr. 

RÉCITS DE L'INFINI 

Lumen.— Histoire d'une âme. — Histoire d'une comète. — La vie universelle et éternelle. 

8- édit. 1 vol. in-12. 3 fr. 50. 



DIEU DANS LA NATURE 

ou le Spiritualisme et le Matérialisme devant la science moderne. 
18' édition. 1 fort vol. in-12, avec le portrait de l'auteur. 4 fr. 



CONTEMPLATIONS SCIENTIFIQUES 

et exposition desœuvres éminente 
3» édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50. 



Nouvelles études de laNature et exposition des œuvres éminentes de la science contemporaine. 

3» édit , „ - — 



ETUDES SUR L'ASTRONOMIE 

Ouvrage périodique exposant 
les découvertes de l'Astronomie contemporaine, les recherches personnelles de l'auteur, etc. 

9 vol. in-12. Le vol. 2 fr. 50. 



ASTRONOMIE SIDERALE : LES ETOILES DOUBLES 

Catalogue des étoiles multiples en mouvement, contenant les observations et l'analyse 
des mouvements. 1 vol. gr. in-8. 8 fr. 



LES MERVEILLES CELESTES 

i l'usage de la jeunesse. 89 grav. ( 
(38* mille). 1 vol. in-12. 2 fr. 25. 



Lectures du soir à l'usage de la jeunesse. 89 grav. et 3 cMtes célestes 
- "Ifr. -- 



ATLAS CELESTE 

contenant plus de cent mille étoiles. 30 cartes in-folio. 45 fr. 

PETIT ATLAS dTpOCHE 

résumant l'astronomie en 18 cartes. 1 fr. 50. 



SIR HUMPHRY DAVY — les DERNIERS JOURS D'UN PHILOSOPHE 

Ouvrage traduit de l'anglais et annoté. 1 vol. in-12. 3 fr. 50. 

VIE DE COPERNIC 

et Histoire de la découverte du système du monde. 
1 vol. in-12. 1 fr. 50. 



PETITE ASTRONOMIE DESCRIPTIVE 

pour les en^ts, adaptée aux besoins de l'enseignement par G. Delon, et ornée de 100 figures 

1 vol. in-12. 1 fr. 25. 



VOYAGES AERIENS 

Journal de bord de douze Toyages scientifiques en ballon, avec plans topograpbiques. 

1 vol. in.l2. 3 fr. 50. 




Co^'^^'^-^^^ J^i^a/yyv-yvva/vl^ . 



Imp Lemercier &. C" Paris 



CAMILLE FLAMMARION 



LES ÉTOILES 



CURIOSITÉS DU CIEL 

DESCRIPTION COMPLÈTE DU CIEL VISIBLE A L'ŒIL NU 
ET DE TOUS LES OBJETS CÉLESTES FACILES A OBSERVER; 



SUPPLEMENT DE 



L'ASTRONOMIE POPULAIRE 



ILLUSTRE DE 400 FIGURES 
a 

CAPTES CÉLESTES, PLANCHES ET CHROMOLITHOGRAPHIES 




PARIS 

C. MARPON ET E. FLAMMARION, ÉDITEURS 

Galeries de l'Odéon, 1 à 7, et rue Rotrou, 4 

1882 

(Tous droits réservés) 



rj/ppi' 



AVERTISSEMENT 



Si, au lieu de briller constamment sur nos têtes, les 
étoiles ne pouvaient être vues que d'un seul point du 
globe, les humains ne cesseraient de s'y porter en foulo 
pour contempler et admirer les merveilles des cieux. 

SÉ.NÈQUK. 



Cet Ouvrage est le Supplément, le complément naturel de notre Astro- 
nomie POPULAIRE. 

Dans le premier volume, consacré à la théorie, à la description littéraire 
des connaissances acquises sur la constitution de l'univers, il a été impos- 
sible d'entrer dans aucun détail technique et de donner les éléments néces- 
saires à l'élude directe du Ciel. Les personnes instruites, ou amies de l'ins- 
truction, qui aimeraient à connaître les étoiles par leurs noms, à trouver 
facilement les constellations qui de mois en mois s'élèvent au-dessus de 
nos têtes, à se rendre compte de l'origine des noms donnés aux configura- 
tions célestes, à vivre, en un mot, au sein d'un univers connu, au lieu de 
sommeiller en face d'une énigme permanente ; les âmes délicates qui 
devinent par une clairvoyance naturelle l'intérêt sans égal et le plaisir 
intime qui accompagnent l'étude de la nature; les esprits laborieux qui vou- 
draient pouvoir suivre les mouvements célestes, reconnaître à l'œil nu les 
planètes parmi les étoiles, et observer ù. l'aide d'instruments de moyenne 
puissance les principales curiosités du ciel, telles que les étoiles doubles, 
les étoiles colorées, les nébuleuses, les amas stellaires, les comètes, les 
mondes et les univers lointains qui développent à l'infini la sphère de 
l'observation humaine; en un mot tous les « amateurs », pour nous servir 
d'une expression ancienne parfois un peu dénaturée, n'avaient jusqu'ici 
aucun livre pratique à consulter pour entreprendre l'étude directe du Ciel, 
pour commencer l'observation personnelle de ces merveilles. 

C'est cette importante lacune dans l'instruction publique en France, qu'un 
grand nombre de lecteurs de I'Astronomie POPUL.\iREont désiré voir comblée: 
nous nous sommes mis résolument à l'œuvre; mais, au lieu de pouvoir 
effectuer ce travail dans le cours d'une année, comme nous l'espérions, en 
ayant déjà préparé depuis longtemps tous les documents, il nous a fallu y 
consacrer exclusivement et laborieusement deux années entières. Nous 
espérons que nos lecteurs auront compris cette durée inévitable et par- 
donné les retards arrivés dans cette publication. 



AVERTISSEMENT. 



Dans notre ouvrage, les terres du ciel, nous avons fait connaître les 
Planètes; dans l'œuvre présente, notrebut est de faire connaître Zes/i'toiies. 

On trouvera dans les pages suivantes la position dans le ciel et la descrip- 
tion de toutes les étoiles visibles à l'œil nu pour une vue moyenne. Nous 
avons pris soin de réobserver nous-même toutes celles qui sont visibles de 
Paris, et nous avons recules dernières observations faites parles astronomes 
de l'hémisphère austral sur celles qui restent invisibles au-dessous de 
notre horizon. On possède donc d'abord ici Y état actuel du ciel, exposé 
avec précision. 

Les indications, les alignements et les figures nécessaires pour trouver 
facilement les constellations et en reconnaître les principales étoiles, com- 
plètent cet exposé, en permettant désormais à tout esprit attentif de faire 
la géographie du Ciel beaucoup plus rapidement et plus agréablement que 
nous ne pouvons faire celle de la Terre. Uhistoire de chaque constellation, 
la recherche de l'origine des noms donnés aux étoiles, marchent parallèle- 
ment avec cette description. 

Afin que chacun puisse se rendre compte en même temps des change- 
ments arrivés dans l'univers, du mouvement séculaire des constellations, 
de la vie qui anime les apparentes solitudes des cieux, de la valeur de ces 
lointains soleils, de la nature des systèmes étrangers au nôtre, de la 
variété inimaginable répandue à travers l'espace infini comme le long du 
temps éternel, cette description générale du ciel est accompagnée de l'ana- 
lyse et de l'exposé détaillé de tout ce que nous y connaissons d'intéressant. 

La noblesse de notre belle science est antique. Mille ans avant les croi- 
sades, nos ancêtres observaient le ciel comme nous le faisons aujourd'hui; 
et malgré les révolutions politiques, le sang versé dans les guerres (opprobre 
de l'humanité!); malgré les conquérants et les destructeurs, malgré les 
folies et les crimes des « Héros » encensés par les peuples, ces pacifiques 
études sur le ciel étoile nous ont été conservées. Aussi avons-nous eu la 
satisfaction de rassembler ici, pour la première fois, les observations faites 
depuis deux' mille ans sur l'éclat de chacune de ces étoiles qui brillent le 
soir au-dessus de nos têtes : celles de l'astronome Hipparque — faites 
127 ans avant la naissance de Jésus-Christ; — du Persan Abd-al-Rahman 
al-Sûfi vers l'an 960 de notre ère; — du Tartare Ulugh-Beigh, en 1430; — 
de Tycho-Brahé en 1590; etc., etc., — et de comparer tout cet ensemble à 
l'état du ciel en 1880. — Les amis des étoiles pourront apprécier ainsi les 
diverses observations, et connaître quels sont les changements arrivés dans 
le ciel depuis les temps historiques. Ces yeux qui ont observé les astres 
brillants du ciel sont éteints aujourd'hui... et les nôtres se fermeront aussi; 
mais la vie scientifique se perpétue à travers les siècles, et par la science nous 



AVERTISSEMENT. vu 



vivons dans le passé, de même que nous transmettons l'héritage de nos 
études à nos successeurs sur la scène du monde. La vraie vie de l'esprit 
n'est-elle pas, d'ailleurs, dans cette noble communion de sentiments avec 
les penseurs qui ont scruté, pénétré, analysé avant nous les grands pro- 
blèmes qui nous séduisent? 

Les étoiles qui ont subi des variations séculaires; celles qui se sont allu- 
mées subitement dans l'espace et ont jeté la terreur dans l'humanité ; celles 
dont la lumière oscille périodiquement, qui sont tantôt visibles et tantôt 
invisibles; celles qui sont lancées à travers l'immensité avec une vitesse qui 
donne le vertige; celles qui s'éloignent de nous pour toujours, celles qui 
arrivent au contraire vers nous avec rapidité ; celles que l'analyse spectrale 
nous présente comme récemment incendiées ; celles qui sont assez proches 
de nous pour que nous ayons pu en mesurer la distance et en déterminer 
le poids ; celles qui gisent perdues en un tel éloignement que leur lumière 
emploie des milliers d'années à nous parvenir; les étoiles doubles qui gra- 
vitent en cadence l'une autour de l'autre ; les systèmes formidables, tels 
que ceux de Sirius et de Castor ; les soleils animés des colorations étranges 
du rubis, du saphir ou de l'émeraude; ceux qui ressemblent à des gouttes 
de sang figées dans le ciel ; les amas d'étoiles composés de milliers de 
soleils analogues au nôtre en force et en lumière ; les nébuleuses gazeuses 
dont la pâle clarté traverse des abîmes inexplorés ; cette nébuleuse d'Orion, 
que l'on distingue presque à l'œil nu, et qui est avec son étoile sextuple 
un prodige dans un prodige ; cette merveilleuse république de soleils, 
qui brille, visible à l'œil nu, dans la constellation d'Hercule, et que per- 
sonne ne se donne le plaisir de regarder ; et ces couples ravissants d'étoiles 
qui rayonnent sur Andromède, dans la Chevelure de Bérénice, dans les 
régions lactées du Cygne, de l'Aigle et de la Lyre ; et ces douces Pléiades 
qui tremblent dans l'insondable éther ; et les innombrables, les inénarra- 
bles merveilles semées à profusion autour de nous dans l'immense espace : 
toutes ces célestes splendeurs sont exposées dans les descriptions suivantes, 
toute l'histoire du ciel est ici racontée, tous ces tableaux sont expliqués, 
chacun à sa place ; le musée de l'univers est décrit, simplement, humble- 
ment, imparfaitement — à mesure que j'ai avancé dans ce travail j'en 
ai senti l'imperfection — mais avec sincérité, avec toute la clarté métho- 
dique qui a pu y être apportée. Cette étude générale du Ciel est faite 
techniquement (forme nécessaire pour le but que nous nous proposions), 
sans phrases, sans ornements étrangers au sujet. 

Aucune instruction préalable n'est indispensable pour lire et étudier ce 
livre, pas plus que pour I'Astronomie populaire, car nous avons pris soin 
de n'employer aucune expression qui eût pu rester incomprise ; il n'y a ni 



AVERTISSEMENT. 



mathématiques ni formules; toutefois ce volume-ci est d'un degré au-dessus 
du précédent, et réclame une attention plus continue. Ce n'est plus un 
livre de lecture proprement dit. c'est un ouvrage à étudier si l'on veut 
connaître le ciel, et c'est aussi un répertoire à consulter en maintes circons- 
tances, car nous avons fait entrer dans son cadre tous les documents utiles 
à ceux qui désirent commencer sérieusement l'étude de l'Astronomie. 

L'exécution de notre projet répond-elle à sa conception? Nous le désirons, 
mais nous sommes loin de l'affirmer. Bien des lacunes, sans aucun doute, 
seront encore restées ; bien des incorrections, typographiques et autres, 
pourront y être relevées : nous en avons déjà remarqué plusieurs; nous 
recevrons avec reconnaissance toutes celles que l'on voudra bien nous 
signaler, et nous remercions d'avance tous les amis, connus et inconnus, 
qui nous aideront à rendre ce traité aussi complet que possible. 

On trouvera à la fin de l'ouvrage les cartes du ciel pour chaque mois de 
l'année, les moyens de reconnaître les planètes comme les étoiles, l'exposé 
des observations les plus intéressantes à faire, des conseils pratiques sur 
l'usage des instruments, les principaux catalogues, tables usuelles, etc. 11 
suffit, du reste, de parcourir la table des matières pour se rendre compte 
do l'ensemble des documents réunis ('). 

Il est étrange, inconcevable, en vérité, que les habitants de notre planète 
aient vécu jusqu'ici sans même savoir où ils étaient! Il est incompréhen- 
sible qu'il y ait encore aujourd'hui quatre-vingt-dix-neuf êtres humains sur 
cent qui ne connaissent pas la demeure qu'ils habitent, qui ne savent pas 
où ils sont, qui ne se rendent aucun compte de la situation de la Terre dans 
l'espace, et qui voient toutes les nuits la sphère étoilée se déployer sur leurs 
tètes, sans jamais avoir appris le nom d'une seule étoile, d'une seule cons- 
tellation, vivant à l'état d'aveugles volontaires, ne sachant rien, ne se dou- 
tant de rien, au milieu d'un univers magnifique, dont la seule contem- 
plation doublerait, décuplerait pour eux le plaisir de vivre! C'est tout 
simplement stupéfiant! Citoyens du Ciel, nous vivons étrangers dans notre 
propre patrie ! 

Le but de ce recueil scientifique sera rempli s'il satisfait dignement la 

curiosité studieuse des amis de la plus belle des sciences. Nos plus chères 

espérances seront atteintes s'il développe sous une forme nouvelle l'œuvre 

à laquelle toute notre vie a été consacrée : Étudier dans leur vraie lumière 

les sublimes réalités de la création, et élever de plus en plus les esprits 

vers la connaissance de ces magiques splendeurs ! 

(') Nous ne voulons pas laisser passer cette circonstance sans remercier un véritable ami 
de l'Astronomie, M. Towne, du concours dévoué qu'il nous a apporté dans la construction 
si délicate de ces tables et catalogues, ainsi qu'un habile dessinateur, M. Paul Fouché, des 
soins qu'il a mis a construire les cartes et les figures qui complètent nos descriptions. 




Fig. 3. — Les constellations voisines du pôle. 
Petite Ourse. - Dragon. - Céphée. - Girafe. - Renne. - Messier. 



ASTRONOMIE POPULAIRE. 107 



SUPPLÉMENT 2 



■(►r* 



10 LES CONSTELLATIONS 



légende ; son chien a subi la môme transformation, et au lieu de Cal- 
listo et de son chien, la sphère étoilée nous montre depuis deux mille 
ans la Grande et la Petite Ourse. Quant à Arcas, il est devenu le 
Bouvier; c'est un homme d'âge mùr qui n'a point du tout l'air d'un 
enfant {votj. plus loin) ; il est vrai que depuis tant de siècles il a pu faci- 
lement vieillir. Néanmoins, Jupiter n'a pas été tout à fait prévoyant. 

Ovide donne une version assez curieuse de la métamorphose de 
Callisto. Jupiter l'aurait transformée en ourse sur la terre même. Un 
jour, a la chasse, Arcas se disposait à tuer sa mère, qu'il ne recon- 
naissait pas (on le croit sans peine), lorsque Jupiter enleva cette ourse 
au ciel et par la môme occasion y transporta également Arcas sous la 
forme d'un gardien, Arctophylax, gardien de l'ourse. C'est le nom 
qu'il porte encore sur plusieursatlas Mais comme plus tard les sept 
étoiles de la Grande Ourse furent considérées comme sept bœufs pais- 
sant dans la campagne céleste, le gardien de l'ourse devint le gardien 
des bœufs, le Bouvier, tandis que les sept étoiles du nord étaient 
nommées Septem triones. 

Six siècles avant notre ère, sous Thaïes, la Petite Ourse reçut son 
nom. Aratus, qui écrivait au m' siècle avant notre ère, remarque 
qu'elle s'appelait déjà aussi le Petit Chariot, par similitude avec le 
Grand Chariot (A?naxa). 

Les anciennes constellations étaient formées depuis longtemps et 
déjà classiques au temps d'Eudoxe, disciple de Platon, qui, au 
iv° siècle avant notre ère, a observé les positions des 47 principales 
étoiles visi])les en Grèce et rédigé le plus ancien catalogue d'étoiles 
qui nous ait été conservé. Cette première astronomie grecque venait 
de l'Egypte, et je crois, avec mon illastre ami Henri Martin, que le 
pays des sphinx et des pyramides est le plus ancien auquel notre 
histoire classique, grecque et romaine, puisse remonter pour les ori- 
gines des sciences et des arts. Voici les étoiles observées par Eudoxe et 
placées sur sa sphère vers l'an 368 avant notre ère. C'est la plus an- 
cienne description que nous possédions de noire sphère astronomique. 

ÉTOILES SIGNALÉES PAR EUDOXE AU QUATRIÈME .SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE. 

L'épaule gauche du Bouvier. Le pied antérieur boréaL 

L'étoile supérieure de la Couronne. La précédente à la tête des Gémeaux. 

La tête du Dragon. La suivante id. 

La supérieure de la Lyre. Le pied droit d'Henioclius. 

La supérieure do l'aile droite du Cygne. Le pied gauche id. 

La poitrine de Céphée. La jambe gauche de Persée.- 

Aux pieds de Cassiopée. L'épaule gauche id. 

Le pied antérieur austral de la Grande La main droite d'Andromède 

Ourse. Le cou du Cygne. 



LES CONSTELLATIONS 



H 



Le bec du Cygne. 

L'épaule droite d'Opliiuchus. 

L'épaule gauche ici. 

Le cœur du Lion. 

L'australe du Cou id. 

La boréale des précédentes « in later- 

culo » du Cancer. 
L'australe des précédentes id. 

La boréale des suivantes, asellusboreus. 
L'australe id., asellus australis. 
La tète d'Ophiuchus. 
A l'aile gauche du Cygne. Au bout. 
id. id. Au coude. 

Au bras droit d'Andromède. 
Au cou du Serpent d'Ophiuchus. 
A la main droite de l'Inaeuiculus. 



Aux reins du Bélier. 

Genou droit du Taureau 

Zone d'Orion. Milieu. 

Au flexus de l'Hydre. 

Au bord boréal de la coupe. 

Anse boréale id. 

Dans l'aile suivante du Corbeau. 

L'étoile brillante du bras boréal dû 

Scorpion. 
Le genou gauche d'Ophiuchus. 
Le genou droit id. 

La petite de l'aile gauche de l'Aigle. 
Aux reins du Cheval. 
Tête du Cheval. Os Pegasi. 
La brillante du cou du Cheval. 
Poisson boréal. Milieu des trois. 



Cette liste, qui ne contient ni Siriu.s, ni plusieurs autres étoiles de 
première grandeur, nous montre que le choix d'Eudoxe a été fait me* 
tliodiquement sur une sphère déjà construite, et, en effet, les neuf 
premières étoiles ont été observées pour marquer la trace du cercle 
arctique des astres qui ne se couchaient pas à Athènes au temps 
d'Eudoxe, les vingt-trois suivantes pour marquer le cercle tropical, et 
les quinze dernières pour marquer le cercle équinoxial. Dès cette 
époque donc, la cosmographie était fondée, et les observatoires pos- 
sédaient des instruments pour mesurer les positions précises des 
étoiles dans le ciel. La sphère céleste était déjà dessinée. 

Ces instruments antiques n'étaient ni des liuiettes, ni des télescopes, 
mais des règles pour viser, des tubes pour mieux pointer les étoiles, 
montés sur de grands cercles divisés en degrés, de sorte que les dis- 
tances angulaires des étoiles entre elles et leur position sur la sphère 
céleste pouvaient déjà être déterminées avec une grande exactitude. Il 
y avait à l'observatoire d'Alexandrie un immense globe céleste, des 
astrolabes, des dioptres, des armilles, et les astronomes faisaient là 
toutes les nuits des observations d'étoiles et de planètes comme ils 
en font de nos jours dans nos observatoires contemporains. 

L'œuvre d'Eudoxe a été mise en vers grecs par Aratus, dont le 
poème, intitulé les Phénomènes, a eu l'honneur d'être traduit en latin 
par Cicéron et par Germanicus César, commenté par Hipparque et 
cité par saint Paul. Ce poème, dont nous avons jjlusieurs éditions 
depuis l'invention de l'imprimerie, décrit successivement les deux 
Ourses, nommées aussi les Chariots et les Hélices, parce qu'elles 
tournent autour du pôle, le Dragon qui serpente entre les deux Ourses, 
l'Homme à genoux (Engonasi), la Couronne, Ophiuchus ou le Serpen- 
taire, le Gardien de l'Ourse (le Bouvier), la Vierge et son étoile qui 



12 LES CONSTELLATIONS 

annonce la vendange, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, qui annonce 
le solstice d'été, le Cocher avec la Chèvre et les Chevreaux, le Tau- 
reau, dont la tète est marquée par des étoiles qui en dessinent la 
figure, Céphée, près de la Cynosure, Cassiopée, qui a la figure d'une 
clef: les bras élevés au-dessus de ses épaules, elle semble déplorer le 
sort de sa fille Andromède, placée au-dessous d'elle et enchaînée; le 
Cheval Pégase, le Bélier, le Ti'iangle, les Poissons, Persée, qui porte 
la main près du trône de sa belle-mère Cassiopée, les Pléiades, jadis 
au nombre de sept, maintenant au nombre de six, la Lyre, faite par 
Mercure avec l'écaillé d'une tortue, le Cygne, l'Aigle, le Verseau, le 
Capricorne, le Sagittaire, qui tend son arc vers la queue du Scorpion, 
les Serres du Scorpion, le Géant Orion, le Dauphin, le Chien au pied 
d'Orion : sa gueule porte Sirius; le Lièvre, qui paraît poursuivi par le 
Chien, le Navire Argo, avec l'étoile Canobus, devenue ensuite Cano- 
pus, le fleuve Eridan, la Baleine qui efi'raye Andromède, le Poisson 
austral, la Couronne australe, l'Autel, qui présage les tempêtes, le 
Centaure, la Bête percée par le Centaure, l'Hydre qui se traîne en 
longs replis, le Corbeau qui a l'air de lui donner des coups de bec, la 
Coupe. Aratus termine en ajoutant que sous les Gémeaux brille 
Procyon. 

Ce sont là, décrites aux quatrième et troisième siècles avant notre 
ère, les anciennes constellations de la sphère grecque, qui sont tou- 
jours en usage dans nos atlas; on ne remarque qu'une seule exception 
pour la Balance, qui n'y est pas une seule fois nommée, et qui est 
remplacée par les Serres (du Scorpion). Vers la même époque, 
Manéthon, prêtre égyptien, a écrit une description analogue des con- 
stellations, et fait la remarque que les prêtres ont changé en plateau 
de balance les Serres du Scorpion, à cause de la ressemblance. C'est 
donc à tort qu'on a supposé depuis que la constellation de la Balance 
n'avait été formée qu'au siècle d'Auguste. 

Remarquons dans le poëme d'Aratus deux particularités assez sin- 
gulières. D'une part, il dit que la Lyre ne possède aucune étoile 
brillante; or, son étoile principale, Véga, est l'une des plus magnifi- 
ques du ciel : aurait-elle varié d'éclat? D'autre part, il assure que Cas- 
siopée est si brillante, que la pleine lune elle-même ne peut l'éclipser ; 
or, il n'y a là aucune étoile de première grandeur ; mais la plus éclatante 
des étoiles temporaires qu'on ait jamais vues , celle de 157*2, a brillé 
dans Cassiopée : elle surpassait en éclat Vénus et Jupiter, et appa- 
raissait en plein jour; aurait-elle déjà fait une apparition du temps 
d'Eadoxe? Aratus ne paraît pas avoir observé lui-même. 



'^^BT 




Observations anciennes à l'Observatoire d'AlcxanUrie. 



fP 



U LES CONSTELLATIONS 



Ainsi, dès cette époque lointaine, en ces siècles où notre terre de 
Gaule n'était encore peuplée que de pasteurs, couverte de forêts, par- 
semée de prairies solitaires, dépourvue encore de cités murmurantes, 
et où la Seine silencieuse inondait périodiquement les vastes plaines 
aujourd'hui illustrées par les travaux et les plaisirs de la Babylone 
moderne, dès ces temps reculés, les penseurs de la Grèce saluaient 
dans le ciel, comme le faisait en notre siècle l'auteur des Harmonies, 
ces constellations qu'il a si éloquemment chantées : 

Là l'antique Orion, des nuits perçant les voiles. 

Dont Job a le premier nommé les sept étoiles; 

Le Navire fendant l'éther silencieux, 

Le Bouvier dont le char se traîne dans les eieux, 

La Lyre aux cordes d'or, le Cygne aux blanches ailes, 

Le Coursier qui du ciel tire des étincelles, 

La Balance inclinant son bassin incertain, 

Les blonds Cheveux livres au souffle du matin. 

Le Bélier, le Taureau, l'Aigle, le Sagittaire, 

Tout ce que les pasteurs contemplaient sur la teiTC, 

Tout ce que les héros voulaient éterniser. 

Tout ce que les amants ont pu diviniser, 

Transporté dans le ciel par de touchants emblèmes. 

Le premier astronome qui, non satisfait de ces données p'énérales, 
ait observé avec soin et noté avec précision la population du ciel, est 
Hipparque de Rhodes, vers l'an 130 avant notre ère. Son grand 
catalogue, qui nous a été conservé dans VAlmageste de Ptolémée, 
renferme 1022 étoiles distribuées entre 48 constellations : 15 étoiles 
de première grandeur, 45 de deuxième, 208 de troisième, 474 de 
quatrième, 217 de cinquième et 49 de sixième, 9 étoiles qu'il appelle 
sombres et 5 qu'il appelle nébuleuses. C'est de cet astronome que 
Pline l'ancien a dit avec tant d'enthousiasme : « Il osa compter les 
étoiles et les nommer pour la postérité, tentative audacieuse, même 
pour un dieu! » Que dirait Pline aujourd'hui de nos catalogues 
modernes, qui donnent les positions précises de plus d'un million 
d'étoiles! Ces origines de la science sont aujourd'hui pour nous du 
plus haut intérêt, et elles apparaîtront ici tout naturellement dans 
l'histoire des constellations. Mais revenons vite à la Petite Ourse, et 
commençons par elle la double description qui doit nous instruire, 
d'une part la description historique des constellations, et d'autre part 
la description scientifique des étoiles qui les composent et des curio- 
sités de divers genres qu'elles peuvent offrir. C'est dans cet ordre que 
nous procéderons pour cette étude générale. La Petite Ourse n'est 
pas riche au point de vue de l'observation astronomique, comme on 
va en juger tout de suite. 



LA PETITE OURSE 15 




« = 2,0 


T = 3,0 


£ = 4,5 


|î = 2,2 


à' = 4,3 


!: = 4,5 



Pour trouver cette constellation dans le ciel, il suffit de se tourner 
vers le nord, chercher les sept étoiles toujours visibles de la Grande 
Ourse, reconnaître les deux der- 
nières du Chariot, p et a, et pro- 
longer par la pensée une ligne 
menée de p à a('). Cette ligne con- 
duit directement et sans équivoque 
possible à l'étoile « de la Petite 
Ourse, étoile de 2° grandeur. C'est 
l'Étoile polaire. Une minute d'at- 
tention suffit ensuite pour recon- 
naître les six autres étoiles du Petit 
Chariot, en commençant par les 
deux roues d'arrière, qui sont les 

plus brillantes. Voici l'éclat de ces sept étoiles, que j'ai spécialement 
vérifié tout récemment (février 1880) : 

•/i = 5,o 

Les grandeurs sont estimées à un dixième près. 

Ce sont là les sept étoiles du Petit Chariot, auxquelles le juriscon- 
sulte astronome Bayer a donné des lettres en 1603. Il en a nommé 
une 8% 9, à côté de t. (Étudier lafig.Q.) 

La Polaire et les deux d'arrière sont très faciles à reconnaître, même 
pour les vues basses ; les quatre autres sont plus petites, mais néan- 
moins bien visibles quand le ciel est pur. (3 est un peu rougeâtre, et 
varie légèrement d'éclat : je l'ai vue quelquefois un peu plus Jjrillantc 
que a. On remarque encore, du côté de (3, une étoile de 4" grandeur 
et demie, plus apparente que 9, mais qui n'a pas reçu de lettre : c'est 
le n° 5 du catalogue de Flamsteed, et, un peu plus loin, une autre de 
5° grandeur, qui porte le n" 4 du même catalogue. Au delà de y, vers 
le sud, c'est-à-dire à l'opposé de la Polaire, on voit aussi deux petites 
étoiles qui portent les n°' 4949 et 5058 du Catalogue de l'Association 
britannique (British Association Catalogue, en abrégé B. A. C); la 

(') Pour éviter toute recherche nouvelle, voici les lettres de l'alphabet grec, par 
lequel les étoiles sont généralement désignées. 

a alpha. î zêta. X lambda. n pi. 9 phi. 

p bêta. ri êta. (j, mu. p rho. X chi. 

Y gamma. thêta. v nu. a sigma. ^ ps? 

8 delta. i iota. | xi. t tau. u oméga, 

s epsilon. x cappa. o omicron. u upsilon. 

Je supplie mes lecteurs de les apprendre : c'est une affaire de dix minutes. 



16 



LA PETITE OURSE 



première est de 5' grandeur, la seconde de 5° 1/2. Remarquez aussi, 
tout contre y, une étoile de 5° 1/2 qui n'a pas de lettre et qui est 
inscrite sous le n° 11 de Flamsteed. Il y en a encore une autre, de 
même grandeur, dans la tète, que l'on trouve en prolongeant une ligne 
tracée de l'étoile ç à l'étoile n° 5 : c'est le n° 4506. Ce sont là toutes 
les étoiles de la Petite Ourse taciles ix distinguer à l'œil nu, jusqu'à la 
cinquième grandeur inclusivement. Total : 14. Elles ne sont pas dif- 
lîciles à reconnaître. Par une belle nuit, chercliez-les et vous les trou- 
verez avec une facilité qui vous surprendra vous-mêmes. 

C'est, pour nous, la constellation la plus facile à étudier, parce 
qu'elle est la plus commode à trouver et à observer, qu'elle reste 
constamment vers la même hauteur dans le ciel, en plein nord, et que 




Fig. 6. — Principales étoiles de la constellation de la Petite Ourse. 

nous pouvons toujours la regarder, à quoique heure que ce soit de la 
nuit et à toute époque de l'année. Comment ne pas songer que depuis 
trois mille ans, depuis les navigateurs phéniciens de Tyr et de Sidon 
qui fendaient le doux miroir méditerranéen sous le sillage de leurs 
élégantes trirèmes, où flottaient la pourpre et les vives couleurs des 
trophées orientaux, depuis les bonzes sacrés de la Chine antique, qui 
ressuscitaient dans les dessins bizarres de leur sphère céleste les êtres 
et les objets de leur vénération, depuis les observateurs attentifs de la 
tour d'Alexandrie, qui suivaient pendant la nuit le lent mouvement 
de ces étoiles pour décider la place du pôle, et depuis les Arabes du 
moyen âge jusqu'aux observateurs modernes, jusqu'à Flamsteed, 
Piazzi, Lalande, Herschel, Argelander ; comment ne pas songer à tous 



LES ÉTOILES 



PREMIERE PARTIE 





PREMIERE PARTIE 

DESCRIPTION DES CONSTELLATIONS 



CHAPITRE PREMIER 

Origine des constellations. — Histoire et description. — Le pôle. — L'étoile 
polaire. — La Petite Ourse. — Les étoiles depuis deux mille ans. 

« Ainsi, vous n'êtes pas satisfait? répondis-je à l'un des lecteurs 
enthousiastes de VAstronomie j^opulaire, qui m'assurait qu'en ter- 
minant la lecture de la 836' page de cet ouvrage, il avait trouvé ce 
volume beaucoup trop court. 



ASTRONOMIE l'OPUL.\IHE. 106 



SUPPLÉMENT. 1 



L'ASTRONOMIE 



. — Mais non, pas satisfait du tout. Vous m'avez mis en appétit. Je 
ne me doutais de rien, je n'avais pas goûté au fruit de l'arbre de la 
science. Maintenant, je suis bien plus affamé, bien plus altéré, bien 
plus amoureux de science qu'avant d'avoir subi l'influence si attrac- 
tive d'Uranie. 

— Pourtant vous possédez dans cet ouvrage tous les éléments de 
la connaissance de l'univers. Que désirez-vous de plus? 

— Oui, sans doute, les éiéments. Mais cela ne me suffit plus. Vous 
avez soulevé un coin du voile : pourquoi ne pas faire tomber le voile 
tout entier? Le ciel est un livre que je veux lire maintenant. Les con- 
stellations m'intéressent, et vous avez glissé légèrement sur leur 
bistoire; cependant, ne représentent-elles pas l'image de la pensée 
humaine qui s'est reflétée dans les cieux? J'en lirais avec ardeur une 
description historique. J'aime Andromède enchaînée sur son rocher ; 
j'envie Persée qui vole à sa délivrance; j'ai même quelque sympathie 
pour la Grande Ourse qui depuis tant de siècles tourne sans fatigue 
autour du pôle, et quand je passe des régions boréales aux signes 
du zodiaque, mon imagination se transporte aux temps mytholo- 
giques où nos ancêtres vivaient en communication si intime avec la 
nature... 

— Mais... 

— • Pardonnez ma passion bien légitime pour une science aussi 
fascinatrice. Je voudrais connaître chaque étoile par son nom, je 
voudrais, lorsque le soir le ciel resplendit de tous ses feux, pouvoir 
épeler ces hiéroglyphes célestes et deviner quels mystères s'accom- 
plissent là-haut; je voudrais savoir tout ce que l'on sait sur ces loin- 
taines lumières aujourd'hui analysées par la chimie du ciel, connaître 
leur constitution physique, leur valeur, leur puissance, et pouvoir 
apprécier les richesses variées de chaque constellation; je voudrais... 

— Mais... 

— Oui ! je voudrais connaître les étoiles doubles et multiples, le 
système de Sirius, le monde de Castor, les couples qui étincellent de 
chatoyantes couleurs, les groupes stellaires... 

— Mais... 

— Les nébuleuses, genèses formidables de mondes en formation, 
les amas d'étoiles, univers lointains, les voies lactées qui lancent 
dans l'infini leurs courbes gigantesques, les... 

— Mais... 

— Les étoiles variables, dont la mystérieuse lumière subit des mé- 
tamorphoses si extraordinaires, les étoiles nouvellement apparues 



L'ASTRONOMIE 



dans les cieux et que l'humanité craintive a pris pour des signes de la 
colère céleste, les étoiles rouge sang que le télescope... 

— Mais enfin... 

— ... nous montre figées au fond du firmament bleu. Oh! quelles 
splendeurs à contempler ! quelles richesses à acquérir! quelles jouis- 
sances à éprouver ! quelles heures délicieuses à passer encore dans 
l'étude de la nature, et cette fois-ci le télescope en main, en véri- 
tables astronomes. Oui : donnez-nous le supplément que vous nous 
avez promis. 

— Enfin! m'écriai-je à mon tour, vous me permettez de vous 
répondre un mot. Je comprends votre enthousiasme pour l'Astro- 
nomie, pour la science universelle et éternelle. Mais si vous avez lu 
consciencieusement et exactement compris chacune des lignes des 
836 pages de V Astronomie populaire, avouez-moi franchement qu'en 
certains passages un peu difficiles, les démonstrations mathématiques 
indispensables ont pu fatiguer quelque peu votre esprit et calmer 
l'essor de votre imagination. Or, si nous avançons plus loin dans la 
science, ces passages arides seront plus fréquents, les oasis devien- 
dront plus rares, l'exploration sera plus sérieuse, il y aura plus de 
chiffres et moins d'images... 

— - Eh! Monsieur! nous prenez-vous pour des enfants de six ans? 
nous faites-vous donc l'injure de croire que nous lisions vos ouvrages 
par fainéantise et que nous n'ayons pas à cœur de nous instruire le 
plus possible sur les réalités sublimes de la création, au milieu des- 
quelles la plupart des hommes vivent comme des aveugles! Non, non! 
Nous voulons nous distinguer du troupeau commun ; nous ne per- 
dons pas notre temps dans la lecture des romans ; nous avons soif 
de science ; nous laissons l'ignorance et ses illusions à ceux qui s'en 
contentent; nous laissons les affaires matérielles de la vie, les ambi- 
tions de fortune ou d'honneurs d'un jour à ceux que ces petites choses 
intéressent; nous leur abandonnons même les faits et gestes du patrio- 
tisme de chaque clocher et de la politique de chaque fourmilière ; j'irai 
mèmeplus loin, etpuisque vous paraissez douter de mon enthousiasme, 
je vous avouerai nettement que, pénétrés du sentiment de l'universel et 
de l'infini, nous ne sommes plus Français, ni Prussiens, ni Anglais, ni 
Espagnols, ni Italiens, ni Autrichiens, ni Russes... Vous paraisez étonné! 
Mais non. Monsieur, nous ne sommes mèmeplus Européens, pas plus 
qu'Africains, Asiatiques ou Américains!.. Fourmilières que tout cela! 
enfantillages que toutes ces distinctions de drapeaux ! folies que tous 
ces gouvernements militaires ! infamies que ces boucheries internatio- 



L'ASTRONOMIE 



nales pour lesquelles on élève tous nos fils ! abominables criminels que 
tous ces chefs d'États et ces crocodiles de diplomates... 

— Prenez garde ! Monsieur, vous pourriez manquer de respect aux 
institutions existantes et à l'administration. Si Ton vous entendait! 

— Comment? ai-je prononcé un seul mot dont la logique et la 
justice ne soient pas surabondamment démontrées ? Mais, si l'on me 
poussait à bout, je déclarerais net que je n'ai même pas le patriotisme 
de la Terre, car la Terre n'est plus pour moi qu'un département du 
ciel. Non, je ne suis même plus terrestre ; je suis céleste, et je veux 
désormais connaître le ciel. Vous avez fait de moi, vous avez fait de 
tous les lecteurs qui vous ont suivi, des êtres célestes. Plaignez-vous ! 
La vraie patrie, c'est l'univers infini; la vraie religion, c'est l'ascen- 
sion vers Dieu par l'étude de ses œuvres. Tout le reste, pardonnez- 
moi l'expression, tout le reste, c'est de la... farce. 

— Décidément, Monsieur, vous n'y allez pas par quatre chemins. 
Le Ciel, je le conçois, vous fait oublier la Terre avec la société 
humaine ; mais je suis tranquille, car les intérêts de la vie, qui nous 
pressent de toutes parts, ne nous permettent pas de demeurer dans le 
bleu, et notre éducation nous a donné à tous le sentiment des devoirs 
sociaux qui régissent le monde moderne. La philosophie éclaire 
l'âme d'une calme clarté, même lorsqu'elle nous fait toucher du doigt 
les étonnantes petitesses dont l'humanité s'arrange et se glorifie. En 
vérité, si tous les lecteurs de mes ouvrages pensent comme vous, 
nous formons déjà un groupe, convaincu, d'êtres affranchis des 
erreurs antiques et grossières, et altérés de la vérité, de la vérité 
universelle, dont la science nous rapproche sans cesse. 

Un scrupule pourtant m'arrête encore. Nous allons, comme vous le 
désirez, faire la description complète du ciel, constellation par con- 
stellation, étoile par étoile. C'est là un travail assez ardu, malgré tout 
son intérêt historique et scientifique. Pensez-vous vraiment que le 
peuple, le populaire, les lecteurs les plus nombreux soient prêts pour 
lire ces études techniques comme ils ont lu les descriptions précé- 
dentes? Vous, Monsieur, vous n'êtes pas précisément un homme du 
peuple, vous appartenez à la classe de la bourgeoisie éclairée ; mais 
les trente mille autres lecteurs de cette première édition ne tiennent 
peut-être pas autant que vous à s'instruire davantage dans la con- 
naissance de l'univers. 

— Détrompez-vous. Les classes du peuple ne sont point du tout 
inférieures à celles de la bourgeoisie quand à l'aptitude à l'instruc- 
tion; on remarque même assez souvent le contraire. D'ailleurs, 



L'ASTRONOMIE 



permettez-moi de vous le dire franchement : ce n'est pas à vous à 
suivre le peuple ; c'est à lui à vous suivre. Continuez à l'élever : il 
vous en sera reconnaissant. Ne vous préoccupez ni de ses goûts ni de 
ses tendances ; l'éducation actuelle commence à tout transformer. 
Vous n'avez pointa le flatter : vous n'avez aucune ambition politique, 
puisque vous avez si nettement refusé le mandat législatif que vos 
concitoyens vous ont offert. Et je vous en félicite. La politique et la 
science ne vont point ensemble. On peut même s'étonner que nos 
législateurs perdent tant de temps à bavarder sur mille projets de lois, 
au lieu de réformer simplement l'instruction primaire et secondaire : 
en deux générations, la France serait instruite dans les sciences 
exactes au lieu de rester sous la tutelle des idées du moyen âge. 
Les mœurs ne doivent-elles pas précéder les lois ? La grande, l'ur- 
gente question du jour, c'est donc la diffusion de l'instruction 
positive. Et qu'y a-t-il de plus intéressant que l'astronomie aujour- 
d'hui? Au lieu d'être restée embrouillée dans des formules inextri- 
cables, cette science est devenue claire, méthodique, limpide, philo- 
sophique, séduisante : c'est la lumière même éclairant l'univers. 

— Eh bien ! je vous l'avoue : il est préparé de longue date, ce com- 
plément dont vous souhaitez la publication avec tant d'insistance. Oui, 
nous allons faire la description méthodique du ciel, et nous allons 
passer en revue les curiosités de toute nature éparses dans le riche 
écrin de l'univers, de telle sorte que ceux qui posséderont cette se- 
conde partie sauront désormais lire dans le ciel comme dans un livre. 
Continuons de nous instruire dans la réalité; consacrons nos meil- 
leures heures à la science; entrons en communication de plus en 
plus intime avec la nature; vivons de la vie de l'âme, et montons 
encore dans la Lumière et dans la Liberté. » 

Telle est la conversation que l'on aurait pu entendre le 15 jan- 
vier 1880, à minuit, sous les voûtes de l'Observatoire de Paris, à la 
sortie d'une conférence scientifique, et elle se trouve si à propos pour 
ouvrir ces nouvelles pages que je n'ai pu résister à la tentation de la 
reproduire ici. 

La connaissance plus approfondie que nous désirons faire avec le 
ciel peut être inaugurée par l'étude historique et astronomique des 
constellations. C'est le premier fait de l'histoire de la science. Aussitôt 
que les hommes eurent remarqué les étoiles de la nuit silencieuse, 
dès qu'ils se furent demandé quelles pouvaient être ces lumières loin- 



LES CONSTELLATIONS 



tain.es et quels services elles étaient capables de leur rendre, ils durent 
créer des groupes formés par les étoiles voisines entre elles, ou 
disposées suivant des lignes, en figures plus ou moins régulières. Ils 
ne tardèrent pas à leur donner des noms en rapport avec ces figures 
ou avec l'association apparente de ces étoiles aux saisons, aux faits 
météorologiques et climatologiques, aux dates des calendriers pri- 
mitifs, aux souvenirs, aux fêtes, aux réunions ; dans la suite des temps, 
la politique et la religion ajoutèrent des noms nouveaux aux constel- 
lations anciennement remarquées, en transportant dans le ciel les 
héros que la reconnaissance ou la crainte voulaient immortaliser. 

La formation des constellations a commencé par les plus appa- 
rentes et par les plus utiles aux besoins de l'humanité primitive, par 
la Grande Ourse, Orion, les Pléiades, les Hyades, Sirius et le Grand 
Chien, Aldébaran et le Taureau, Arcturus et le Bouvier, la Petite 
Ourse, le Dragon, etc. Dans la suite des siècles, on occupa les places 
restées vides. Le ciel se peupla successivement, et l'on pourrait 
remarquer dans les figures imaginées et dans les noms des astérismes 
les vestiges des époques de leur création, comme on remarque dans le 
plan d'une grande ville les noms des rues correspondant aux idées 
régnantes des différents siècles. Ainsi, par exemple, à Paris, toutes les 
rues anciennes portent simplement l'indicat.'on du but où elles con- 
duisaient, ou le caractère local de la rue, puis elles reçoivent des noms 
de saints, donnés pendant tout le moyen cage et jusqu'au xvii° siècle; 
au xvin" siècle, les nouvelles rues sont baptisées de noms d'hommes 
d'Etat, de navigateurs, de savants; sous la première République et 
l'Empire, noms de philosophes, puis de généraux; sous la monarchie 
de Juillet, noms de fonctionnaires et de bourgeois plus ou moins 
célèbres; sous le second Empire, noms de batailles, de généraux et de 
savants; sous la République actuelle, noms de républicains et de 
savants... Insensiblement, les savants prennent la place des saints. Le 
parallélisme entre les deux procédés est même assez curieux. Dans les 
constellations : les Pléiades, les Hyades, les Ourses polaires, le géant 
Orion, la Vendangeuse, la Canicule, la Couronne, le Triangle, les 
Gémeaux; — Hercule, Andromède, Persée, Céphée, Cassiopée, An- 
tinous; — la Colombe de Noé, la Fleur de Lys, les Chiens de Chasse, 
l'Ecu de Sobieski; — l'Horloge, la Boussole, la IMachine pneuma- 
tique, le Fourneau chimique ; — le Télescope d'Herschel, la Machine 
électrique, l'Atelier de Typographie, l'Aérostat. Puis, lorsqu'il s'est 
agi de faire la nomenclature des pays lunaires, ce sont des noms de 
savants que l'on a choisis; de même pour la géographie de ]\Iars et 



LES CONSTELLATIONS 



pour les détails de certaines nébuleuses. Dans les noms des rues de 
notre grande capitale : rue Montmartre, .rue des Martyrs, rue Pierre- 
Levée, rue de Vaugirard, rue de Grenelle, rue des Fossés, rues du 
Bac, du Four, des Boulangers, Poissonnière, des Petits-Champs, 
du Mail, Vide-Gousset; — rues Saint-Denis, Saint-Martin, Saint- 
Jacques, Saint-Honoré, Saint-Antoine, Saint-Louis, Saint-Sauveur, 
Saint-Marc, Saint-Lazare; — rues Montmorency, Suger, Sully, Col- 
bert, Louvois, Vauban, Duquesne, Choiseul; — rues Malherbe, Cor- 
neille, Boileau, Racine, Bossuet, Maupertuis, Voltaire, J.-J. Rous- 
seau, Réaumur, Buffon, Cassini; — rues Bonaparte, de Rivoli, 
Marengo, des Pyramides, du Caire; — rues Rambuteau, Cuvier, 
Linné, Laplace; — boulevard Sébastopol, pont de l'Aima, rues de 
Solférino, Turbigo, Magenta; Copernic, Galilée, Kepler, Newton; 
boulevard Arago; - — rue du Quatre-Septembre, rue de Châteaudun; 
rues Herschel, Washington, Lincoln, Michelet, Edgard Quinet, etc. 
Les opinions et préoccupations de chaque époque se reflètent dans 
les noms inscrits au Ciel comme sur la Tei're. 

Il est intéressant pour nous d'entrer en communication plus com- 
plète avec ces mystérieuses figures de la population sidérale. De même 
que les cartes sont utiles pour voyager, ainsi les cartes du ciel sont 
utiles pour se reconnaître dans cette immense étendue. Sans doute, 
si c'était à recommencer, si les sciences étaient logiquement formées 
toutes d'une pièce et sortaient entières d'un cerveau créateur, comme 
Minerve qui, dit-on, s'échappa tout armée du cerveau de Jupiter, on 
n'inventerait ni ces figures mythologiques, ni leur histoire; de même 
que si l'on faisait aujourd'hui la géographie logique de notre planète 
on n'inventerait ni les ridicules frontières, éternels sujets de la dispute 
des riverains, ni les animosités nationales qui forment le canevas du 
roman souvent dramatique de l'humanité. Mais nous sommes bien 
obligés de prendre les choses comme elles sont, et notre esprit ne peut 
que s'attacher à en tirer le meilleur parti possible. D'ailleurs, les 
étoiles les plus importantes du ciel étant incorporées dans ces confi- 
gurations, notre instruction uranographique serait incomplète si ces 
figures nous restaient inconnues, et un atlas céleste est le complé- 
ment naturel d'un traité général d'astronomie. 

Remarquons, avant d'entrer dans le détail de nos constellations, 
que, tandis que les voyageurs sont obligés de parcourir la terre et de 
se déplacer pour en explorer les diverses contrées, le mouvement ap- 
parent de la sphère céleste, qui pousse les astres d'oznent en occident, 
amène sous les yeux d'un observateur assis dans un belvédère les 



LES CONSTELLATIONS 



diverses régions du ciel étoile. Une fatalité irrésistible semble faire 
surgir de l'orient tous les astres qui, suivant l'expression d'Homère, 
servent de couronne au ciel, tandis qu'à l'occident ils disparaissent 
sous l'horizon. La nature complaisante semble dire à l'homme, pour 
les astres : Contemple, et contemple sans peine. 

Pour cette description, nous reproduirons ici, en dix-huit planches, 
le meilleur, le plus complet et le mieux gravé de tous les atlas célestes, 
celui de Bode, composé au commencement de ce siècle, lequel ne sera 
jamais ni surpassé, ni égalé, attendu que l'histoire des constellations 
n'occupe plus maintenant que la seconde place dans les ouvrages as- 
tronomiques : ces dix-huit gravures formeront ici un atlas représen- 
tant les constellations anciennes et modernes du ciel tout entier. 
Notre fig. 3 (p. 9) en est la première planche. 

Commençons par le pôle nord. La Petite Ourse, Ursaminor, lui 

semble attachée par la queue et 
tourne en vingt- quatre heures au- 
tour de ce point fixe comme autour 
d'un pivot, en sens contraire du mou- 
vement des aiguilles d'une montre. 
Elle se compose essentiellement 
de sept étoiles disposées suivant une 
figure analogue à celle de la Grande 
Ourse, mais en sens contraire. C'est 
à Thaïes, au septième siècle avant 
notre ère, que l'on rapporte la déno- 
mination de cette constellation, qui 
s'appelait auparavant, chez les Phé- 
niciens, la Queue du Chien, la Cynosure. Ces navigateui-s avaient 
remarqué sa fixité dans la région boréale du ciel et s'en servaient pour 
se diriger sur la Méditerranée : elle leur assura pendant près de mille 
ans la prépondérance sur les mers. On l'appelait aussi la Phénicienne. 
Dans la mythologie, la Grande Ourse est la nymphe Callisto, et la 
Petite Ourse est son chien. Chacun sait que, prenant la forme trom- 
peuse de Diane, Jupiter séduisit un jour Callisto, nymphe favorite de 
cette déesse, et qu'il en eut un fils, nommé Arcas : c'est ce que les 
jeunes filles apprennent dans leur mythologie en faisant leurs a huma- 
nités. » Jupiter, voulant honorer ces deux êtres, ne pouvait certaine- 
ment rien faire de mieux que de les transporter au ciel. Mais il y a si 
longtemps de cela qu'ils n'y sont plus : la nymphe s'est métamorphosée 
en ourse, quoiqu'elle n'en eût guère l'humeur, si l'on en croit la 




ESTIMATION DE L'ECLAT DES ETOILES 



17 



les regards instruits ou indolents, attentifs ou rêveurs, qui se sont 
attachés sur ces étoiles du pôle et leur ont confié leurs espérances, leurs 
souvenirs, leurs chagrins ou leurs joies? comment ne pas songer à ces 
yeux qui sont morts, tandis que toujours brillent là-haut ces lumières 
célestes allumées dans l'infini? 

Oui, il y a trois mille ans, cette étoile (3 de la Petite Ourse était 
^l'étoile polaire de l'humanité, et c'est sur ses rayons fidèles que les 
Phéniciens se dirigeaient. On l'appelle encore aujourd'hui Kocab, de 
l'arabe Kaucab-al-Shemali, « l'étoile du nord », écho des temps an- 
ciens. Chez les Chinois, l'Etoile polaire actuelle, a, s'appelle « le grand 
souverain du ciel auguste », |3 s'appelle a l'étoile souveraine », y le 
« prince impérial » ; les étoiles environnantes portent des noms rap- 
pelant ceux de la cour du Céleste Empire. 

Depuis tant de siècles qu'on les observe, ces étoiles sont-elles res- 
tées invariables? Pour le savoir, remontons à l'origine et comparons 
les grandeurs d'éclat qui leur ont été assignées depuis le premier 
catalogue, depuis Hipparque. 

ÉTOILES DE LA PETITE OURSE, OBSERVÉES A l'OEIL NU DEPUIS DEUX MILLE AÎ.'S 



3^' 

4 os , 





3 

2 

2 
4 
4 
4 
4 

4 


p 

ï- • • • • 

5 




Ç 


1 

6 


FI. 5 


. 


FI. 4 







FI. 11 


. • 





B.A.C. 


4919. 





B.A.C. 


5058. 





B.A.C. 


4506. 






S c 

et 



3 

2 

3 

4 

4 

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6 



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2-^ 



2 


2 


2,0 


2 


2 


2,2 


3 


3 


3,0 


4.5 


4.5 


4,3 


4.5 


4.5 


4,5 


4.5 


4.5 


4,5 


5 


5 


5,0 


6.5 


5.6 


5,7 


5.4 


5.4 


4,8 


5 


5 


5,4 





5 


5,8 


5 


5 


5,2 


5.6 


5.6 


5,6 


6 


5.6 


5, G 



Ce sont là, nous l'avons dit, les 14 étoiles de la Petite Ourse que 
l'on voie facilement à l'œil nu. La division de l'éclat des étoiles en six 
ordres de grandeur, qui date de plus de vingt siècles, est fondée sur 
une appréciation naturelle de l'œil, car il se trouve que le rapport 
d'éclat entre chacun des six ordres adoptés est le même pour tous les 

ASTRONOMIE POPULAIRE. 108 SUPPLÉMENT. 3 



18 ESTIMATION DE L'ÉCLAT DES ÉTOILES 

intervalles et qu'il y a la même différence d'impression optique entre 
la 4" et la 5" grandeur, par exemple, qu'entre la 2' et la 3". Aussi tous 
les observateurs ont-ils suivi (souvent même à leur insu et avec le désir 
de faire des jugements indépendants) cette classification en quelque 
sorte normale. Sans doute, il n'y a pas là la même précision que s'il 
s'agissait de mesures photométriques, mais comme nous ne nous occu- 
pons pas ici de l'éclat des étoiles mesuré à un centième près, ces indica- 
tions suffisent pour notre but, et d'ailleurs nous sommes bien obligés 
de nous en contenter, si nous voulons faire une comparaison séculaire^ 
puisque l'antiquité et le moyen âge ne nous en ont pas laissé d'autres. 
Chacune de ces séries est indépendante. On a contesté la valeur de 
celle de Bayer, et Delambre a même traité un peu cavalièrement 
l'œuvre de cet astronome. (Il faut avouer d'ailleurs que l'académicien- 
professeur Delambre était un de ces astronomes-fonctionnaires qui ne 
comprennent rien au ciel et qui seraient mieux à leur place dans une 
caserne que dans un observatoire.) Cependant, cette œuvre a son im- 
portance, non seulement par l'avantage d'avoir substitué une simple 
lettre grecque à une phrase entière , mais encore parce que ces lettres 
sont vraiment une indication de l'éclat, quoi qu'on en ait dit. En effet, 
si Bayer ne suit pas l'ordre de l'éclat décroissant pour la constellation 
entière, du moins il procède de grandeur en gi'andeur : ainsi, par 
exemple, l'étoile la plus brillante a reçu la première lettre (a) ; s'il y a 
quatre étoiles de cette même grandeur, elles seront a, p, y, (J; s'il y en 
a cinq de la grandeur suivante, elles seront s, ?,•/), 6, i; et ainsi de 
suite, chaque ordre de grandeur recevant successivement des lettres 
consécutives, se suivant dans le sens de la figure. La comparaison de 
ces observations faites de siècle en siècle nous permettra donc de 
savoir si certaines étoiles ont varié d'éclat depuis l'origine de ces 
observations, et cette connaissance est si importante pour l'étude de 
l'univers, que nos lecteurs ne trouveront certainement pas déplacés 
ici ces petits tableaux techniques qu'il sera si intéressant (quoique un 
peu laborieux) de construire pour chaque constellation. Ces chiffres 
s'expliquent d'eux-mêmes. Remarquons cependant que Argelander 
et Heis désignent les plus brillantes de chaque grandeur en leur ajou- 
tant le numéro de la grandeur précédente, et les moins brillantes en 
leur ajoutant le numéro de la grandeur suivante : ainsi à Petite Ourse, 
marquée 4.5, est notée comme une faible de la 4' (^ 4 |) tandis que 
FI. 5 marquée 5.4, indique une brillante de la 5" (= 4 |). Pour moi, 
j'ai trouvé plus commode de les estimer en dixièmes. 

Si l'on compare avec soin ces notifications d'éclat faites de siècle 



ESTIMATION DE L'ECLAT DES ÉTOILES 19 

en siècle sur les étoiles de la Petite Ourse, tout en tenant compte 
des incertitudes inhérentes à ces appréciations individuelles faites 
généralement à l'œil nu, et dépourvues de la précision des mesures 
photométriques, on remarque que les étoiles p, y, e, Ç, n'ont proba- 
blement pas varié d'éclat, tandis que «, anciennement moins brillante 
quep, est actuellement du même ordre. Ainsi, l'Etoile polaire a aug- 
menté d'éclat : au temps de Bayer, elle était déjà aussi brillante que 
P, mais anciennement elle lui était inférieure. Plus curieuse encore, 
l'étoile FI. 5 paraît flotter de la 3° à la 6" grandeur. 9 n'a pas dû varier, et 
si Bayer lui a donné une lettre, tandis qu'il n'en donnait pas à FI. 5 
(qui est plus grande sur son propre atlas), c'est évidemment parce 
qu'elle appartient au corps de l'animal, tandis que la seconde est en 
dehors. Quanta FI. 11, il faut une bonne vue pour la dédoubler dey, 
car elle est plus petite que le Cavalier du second cheval du Chariot 
de la Grande Ourse (Mizar et Alcor), et pour moi je ne la distingue 
qu'en m'aidant d'une jumelle. Les observations ne sont pas suffisantes 
pour décider sur les trois dernières. 

Si nos lecteurs se plaisent à chercher et à reconnaître ces étoiles 
dans le ciel, ils feront la remarque assez curieuse que les petites 
étoiles se voient plus facilement lorsqu'on ne les regarde pas que 
lorsqu'on les regarde : il faut détourner un peu l'œil pour les mieux 
saisir. Le fait doit être dû à ce que le centre de la rétine est plus 
fatigué, plus usé par la vision constante, ou à une augmentation de 
visibilité produite par la réfraction du cristallin. (Les dames se servent 
souvent du même procédé pour observer leurs voisins; mais ce n'est 
pas pour le même motif. ) 

Cette première constellation renferme quelques curiosités célestes 
intéressantes à connaître et à observer. 

L'Etoile polaire doit être signalée en première ligne. C'est ime étoile 
double intéressante. La petite étoile qui l'accompagne est de 9° gran- 
deur 1/2 et écartée à 18 secondes (18") de distance angulaire. Une 
lunette de 75 millimètres d'ouverture est nécessaire pour distinguer 
ce compagnon, encore faut-il que l'observateur jouisse d'une bonne 
vue et que le ciel soit bien pur. Il tourne lentement autour de la 
Polaire. Depuis les premières mesures d'PIerschel jusqu'à celles que 
j'ai faites tout récemment, c'est-à-dire depuis cent ans, la petite étoile 
a tourné autour de la grande de cinq degrés seulement (correction 
faite de l'effet produit par la précession des équinoxes) : à cette vitesse, 
ou plut(jt à cette lenteur, elle n'emploierait pas moins de 7200 ans 
pour accomplir sa révolution! 



20 L'ETOILE POLAIRE 



Notre petite fîg. 7 donne l'aspect de l'Étoile polaire et de son com- 
pagnon observés dans le champ d'une lunette. Toutes les fois qu'une 
étoile double intéressante se présentera dans notre description, nous en 
donnerons ainsi le diagramme télescopique. Ces figures seront tracées 
uniformément à l'échelle de un demi millimètre pour 1 seconde; elles 
indiquent non seulement la distancedes compagnons, mais encore leur 
direction : le nord est en bas, l'est à droite, le sud en haut, l'ouest à 
gauche. Pour que l'appréciation soit plus complète, nous reprodui- 
sons ici un dessin de Jupiter aux époques de ses oppositions (où on 
l'observe le plus souvent) : son diamètre est alors de 46". C'est là le 
point de comparaison le plus naturel et le plus commode pour le ju- 
gement du nouvel observateur. Ainsi, par la comparaison de nos deux 



Fig. 7. — L'Etoile polaire et son compagnon. Fig. 8. — Disque de Jupiter. 

fig. 7 et 8, on voit que l'écartement du compagnon de la Polaire est 
sensiblement inférieur à la moitié du diamètre de Jupiter. 

L'Etoile polaire est l'une des étoiles dont la parallaxe a pu être 
déterminée. Mesurée par Peters en ISiS, elle a donné pour résultat 
76 millièmes de seconde (0" 076). C'est là une valeur si microscopique 
que c'est à peine si l'on peut en répondre. Elle correspond à 2 714 000 
fois le rayon de l'orbite terrestre, c'est-à-dire à cent trillions de lieues ! 
Sa lumière emploie plus de 4'2 années pour nous en arriver, de sorte 
que, actuellement, nous la voyons, non telle qu'elle est aujourd'hui, 
mais telle qu'elle était il y a 42 ans. Ainsi, la rêveuse fiancée qui le 
soir confie à cette étoile si fixe et si fidèle les espérances inquiètes de 
son cœur, parle, sans s'en douter, à un rayon de lumière détaché des 
cieux avant sa naissance; sa mère était enfant à l'époque où ce rayon. 



LES CURIOSITES DU POLE 



qui la caresse aujourd'hui, est émané de l'étoile; et lorsque le vieil- 
lard chargé d'années élève une dernière fois son regard vers le même 
astre, il revoit l'étoile contemporaine de sa jeunesse et de ses ardeurs. 
La distance de ce lointain soleil est telle que le train express imagi- 
naire qui, en raison de 60 kilomètres à l'hem'e, atteindrait le Soleil 
en 266 ans, devrait courir sans arrêt pendant 722 millions d'années 
pour arriver jusque-là! Quelles ne doivent pas être et l'énormité de 
ce soleil et la grandeur de ce système!... 

Sisrnalons encore dans cette constellation une autre étoile double 
intéressante, c'est l'étoile TC, de 6° grandeur 1/2, que l'on trouvera au 
nord de ç. Comme nous avons vu plus haut que Bayer s'est arrêté à 
Gdans l'annotation de cette constellation, on n'expliquerait pas la pré- 
sence d'autres lettres si nous 
n'ajoutions que Bode a con- 
tinué les annotations pour d'au- 
tres étoiles moins brillantes. 
Cette étoile porte le n° 18 dans 
le catalogue de Flamsteed. — ■ 
6| et 7|, jaune et bleuâtre, 
assez jolie. Ecartement = 30" 

Il y a encore d'autres étoiles 
doubles dans cette région du 
ciel, mais trop petites pour être 
accessibles aux instruments de 
moyenne puissance {'). 

En vertu du mouvement sé- 
culaire de la précession des 
équinoxes , le pôle de notre 

planète , supposé prolongé jusqu'à la voûte céleste , décrit, en 
25765 ans, un cercle de 47 degrés de diamètre autour du p(3le de 
l'écliptique, qui reste fixe. Nous avons représenté ce déplacement 
séculaire du pôle dans son aspect d'ensemble [Astronomie poipu- 
laire, p. 47, fig. 25) ; mais nous pouvons pénétrer maintenant un peu 
plus loin dans les détails. Notre Étoile polaire actuelle se trouve 
encore à plus d'un degré du pôle (à 1°20'), c'est-à-dire à près de trois 
fois la largeur apparente de la Lune, et ce n'est qu'en l'an 2105 que le 
pôle arrivera à sa plus grande proximité de la polaire (à 28' environ). 
Il n'y a en ce moment-ci aucune étoile au pôle ; mais celui-ci se trouve 




Fig. 9. — L'étoile double it de la Petite Ourse. 



(') 5 FI. 4" et 11". 
ji Ô" et 11' 



Distance = 45" 



4" et 1 1°. 
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Distance = 310 
— 41 



22 LES CURIOSITÉS DU POLE 

à peu près à égale distance entre deux étoiles de 6° grandeur : l'une a 
reçu de Bode la lettre >.; l'autre n'est connue que sous le n° 2320, qu'elle 
porte dans le Catalogue de l'Association Britannique (B. A. C). Il y a, 
toutefois, dans les environs du pôle un grand nombre d'étoiles télesco- 
piques, et l'on en remarque même trois de 1 1' grandeur, qui forment un 
élégant triangle, lequel est la dernière petite constellation qui tourne 
autour du pôle. Notre fig. 10 représente, d'après l'observation directe 
que j'en ai faite, la position actuelle du pôle; j'y ai ajouté le tracé de 
sa marche annuelle jusqu'en l'an 2105, où il passera le plus près de la 
polaire. Autour du pôle, on a tracé trois cercles, de 15', 30' et 1° de 






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Fig. 10. — Position actuelle du pôle ; marche vers l'étoile polaire. 

rayon, dont le premier recouvre à peu près dans le ciel une surface 
égale à celle de la pleine lune. Telle est la région polaire actuelle du 
ciel, la polar issivia. 

Ainsi se déplace le pôle parmi les étoiles ; ainsi se déplace lente- 
ment la sphère étoilée , qui , dans douze mille ans, aura conduit 
au nord la brillante Véga de la Lyre, tandis qu'elle aura abaissé Sirius 
au-dessous de l'horizon de la France et qu'elle aura élevé la Croix du 
Sud devant les regards étonnés de nos successeurs sur la scène du 
monde. Ainsi passent aussi, avec le ciel lui-même, les contemplations 
humaines, les destinées terrestres, les nations et les empires. 



CHAPITRE II 



Les constellations voisines du pôle. 

Le Dragon. Cêphée. La Girafe. Curiosités sidérales. Nébuleuse gazeuse 

au pôle de l'écliptique. Le soleil rouge de Céphée. 



De quel intérêt varié cette description détaillée de toutes les étoiles 
visibles à l'œil nu ne s'embellit-elle pas aujourd'hui pour nos regards 
attentifs? Par une étude qui n'est ni plus ardue que celle de l'histoire, 
ni plus compliquée que l'analyse d'un roman dont on voudrait démêler 
les caractères et les personnages, nous apprenons à lire dans le ciel 
comme dans un livre et à apprécier progressivement les merveilleuses 
splendeurs disséminées dans les profondeurs de l'immensité. Désor- 
mais, lorsque nous élèverons nos regards vers une région quelconque 
des cieux, nous poui'rons nommer chaque étoile par son nom, nous 
saurons ce que chacune d'elles possède de particulièrement intéressant, 
nous connaîtrons leur histoire, leur nature, leur constitution phy- 
sique et chimique, leur âge relatif, leur importance dans l'univers, 
nous apprécierons les distances de celles qui ont été mesurées, nous 
sentirons l'incommensurable éloignement de celles dont la parallaxe 
est insensible, nous saluerons les systèmes doubles et multiples qui 
gravitent autour d'un grand nombre, nous aurons la faculté de diriger 
un instrument astronomique vers tel ou tel point du ciel pour saisir 
dans le champ télescopique, ici une étoile double colorée, là un cha- 
toyant amas d'étoiles, plus loin des nébuleuses préparant au fond des 
cieux la genèse de nouveaux univers. Le spectacle de la nuit étoilée perd 
le vague qui l'enveloppait et se révèle à nos yeux dans toute sa magni- 
ficence et dans son inénarrable réalité. 

On pourrait croire que nous entreprenons là un travail intermi- 
nable et que les étoiles du ciel sont si nombreuses, qu'il est téméraire 
d'essayer d'entrer en relation avec elles. En effet, nous croyons voir 
briller au ciel des millions d'étoiles. C'est là une erreur générale. Par 
la nuit la plus transparente, nous ne voyons pas plus d'étoiles au ciel 
qu'il n'y a d'habitants dans une toute petite ville : jamais nous ne 
voyons, à l'œil nu, plus de trois mille étoiles sur l'hémisphère céleste 
étendu au-dessus de nos têtes, et les deux hémisphères célestes, le cie) 



24 



CONSTELLATIONS VOISINES DU POLE 



entier ne renferme pas plus de six mille étoiles visibles à l'œil nu pour 
une vue ordinaire. Or, nous n'avons à nous occuper ici que de ces 
étoiles-là. Encore laissons-nous de côté celles de la sixième grandeur, 
qui sont difiiciles à reconnaître et dont l'intérêt est moindre pour 
nous, à moins qu'il ne s'agisse d'un astre particulièrement curieux par 
sa nature ou par son histoire. Nous n'avons donc, en définitive, qu'à 



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Fii-'. 11. — Etoiles qui environnent le pôle. Petite Oufse. — Dragon.— Cti)li'e. 

faire la connaissance d'environ 2400 étoiles répandues sur le ciel en- 
tier. Ce n'est pas plus difficile que de visiter le Musée du Louvre, et 
c'est peut-être encore plus intéressant, car la nature est plus grande 
que l'homme, la science est supérieure à l'art, et le ciel est plus beau 
que la terre. — Mais ne nous attardons pas au vestibule. Le Dragon 
nous appelle, et, loin de nous fermer la route, comme ses aïeux de 
la fable antique, c'est lui qui va nous l'ouvrir. 



CONSTELLATIONS BOREALES. — LE DRAGON 



25 



Non loin de la Petite Ourse, on remarque une série d'étoiles irré- 
gulièrement alignées, à l'aide desquelles il est facile de tracer les 
sinuosités d'un serpent. Pour reconnaître cette constellation, le plus 
simple est de tracer une ligne de l'Étoile polaire aux dernières étoiles 

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Fig. 12. — Le Dragon. Dessio original de Bayer. 



du Petit Chariot (à P) et de la prolonger sur Ç de la Grande Ourse 
(l'étoile du milieu de la queue). Cette ligne rencontre l'étoile a du 
Dragon (de 3° grandeur, comme â de la Grande Ourse). En s'aidant 
de notre fig. il, on trouvera facilement les autres étoiles du Dragon, 
jusqu'à la tête tracée vers l'éclatante Véga de la Lyre. 

ASTRONOMIE POPULAIRE. 109 SUPPLÉMENT. 4 



•26 CONSTELLATIONS BORÉALES. — LE DRAGON 

Cette ancienne constellation de la sphère grecque est l'une des plus 
heureuses que l'on ait imaginées pour réunir un grand nombre 
d'étoiles disséminées en lignes irrégulières; ces figures de serpents, 
de dragons, de fleuves, se prêtent à toutes les situations d'étoiles, et, 
à l'aide de plis et de replis variés, il est facile de grouper des astres 
voisins ou écartés. Il est probable que cette figure a été dessinée sur 
la sphère céleste après celles de la Grande Ourse, de la Petite Ourse 
et d'Hercule, pour remplir le vide en réunissant les étoiles principales 
de cette région du ciel, et que sa forme comme son nom proviennent 
tout simplement de la disposition des étoiles ainsi réunies. Dans la 
mythologie, le Dragon était préposé à la garde du jardin des Hespé-. 
rides. Je trouve, au IV' chant du poème de YExpédition des Argo- 
nautes, écrit par Apollonius de Rhodes vers l'an 256 avant notre ère, 
c'est-à-dire au temps d'Eratosthènes et de Callimaque, l'épisode du 
navire Argojeté sur les côtes d'Afrique, aii fond de la Grande Syrte, 
puis porté sur les épaules des Argonautes jusqu'au lac Triton, près 
de la ville de Bérénice, et là l'histoire de l'oasis, des orangers, 
du Dragon qui gardait les pommes d'or (') et qui venait d'être tué 
par Hercule. Près du Dragon tué, les Hespérides gémissaient tendre- 
ment. Un peu plus loin, il est question de Persée portant la tête de 
Méduse, dont les gouttes de sang se changent en vipères. Sur nos 
cartes célestes, Hercule est encore là, à genoux, le pied gauche sur 
la tête du Dragon, comme on le verra plus loin, la massue dans la 
main droite, dans la situation d'un homme qui vient de frapper ; il tient 
dans sa main gauche un rameau (sans doute d'oranger) et un triple 
serpent, nommé Cerbère. Nous pouvons donc en conclure qu'il y a 
un rapport originel entre ces deux figures de la sphère céleste, quoique, 
dès l'époque d'Aratus, ce poète s'étonne de la position du héros, qu'il 
ne nomme pas Hercule, mais Engonasi (l'homme à genoux), et qui 
lui paraît placé dans une situation pénible, « ayant les bras élevés 
vers le ciel comme pour en implorer l'assistance » . Autre remarque : 
tandis que les figures uranographiques ont, en général, les pieds du 
côté de l'équateur et la tête du côté du pôle, Hercule est renversé, la 
tête vers l'équateur (en bas sur les cartes) et les pieds en haut. 

Mais, revenons au Dragon. Nous savons déjà que son étoile « était 
polaire vers l'an 2700 avant notre ère, comme le prouve, d'une part, 
le calcul rétrospectif de la précession des équinoxes, et, d'autre part, 

(•) Ce serpent gardien de l'arbre aux pommes d'or ne rappelle-t-il pas un peu le 
serpent tentateur d'Eve au paradis terrestre? Antiques traditions, dont le sens nous 
échappe aujourd'hui. 



LA CONSTELLATION DU DRAGON 27 



' les observations directes faites en Chine à cette époque et l'inclinaison 
des galeries des pyramides d'Egypte. Lorsque nous regardons cette 
étoile, nous voyons donc l'Étoile polaire sur laquelle nos aïeux se gui- 
daient il y a quatre mille cinq cents ans. La désignation de la lettre a,' 
que Bayer lui donna en 1603, prouve qu'à cette époque cette étoile était 
la plus brillante de la constellation, et, en effet, sur l'atlas de Bayer, 
elle est marquée de 2' grandeur, comme « et (3 de la Petite Ourse. 
Actuellement, elle n'est pas même de 3% mais presque de 3' 1/2, et 
tel est aussi le degré d'éclat sous lequel elle a été désignée par Hip- 
parque, 127 ans avant J.-C, et par Sùfî, l'an 960 de notre ère. Elle 
a certainement augmenté d'éclat aux xvi" et xvii' siècles, car tous les 
auteurs de cette époque la signalent comme étant la seule étoile de 
2" grandeur de la constellation. C'est par elle que Bayer a commencé 
sa classification, puis il est allé à la tète du Dragon et a suivi les étoiles 
brillantes jusqu'à la queue, dans laquelle se trouve l'étoile a; ensuite, 
il a repris par la tête pour continuer en suivant le corps de l'animal. 
Notre /îg. 12 reproduit la carte originale de Bayer, intéressante à 
plus d'un point de vue. On suivra l'énumération des étoiles sur cette 
figure, ainsi que sur la précédente. 

Quelques-unes de ces étoiles sont célèbres dans l'histoire de l'Astro- 
nomie. Ainsi, c'est par l'observation attentive de l'étoile y du Dragon 
que l'astronome anglais Bradley a découvert l'aberration de la lu- 
mière, en 1725. Il avait espéré, de concert avec son ami Molyneux, 
trouver, à l'aide d'observations combinées à six mois d'intervalle, une 
trace de parallaxe dans cette étoile qui passe justement au zénith de 
l'Angleterre et qui était moins affectée que les autres des erreurs dues 
à la réfraction. Mais, au lieu du mouvement parallactique qu'il espé- 
rait mettre en évidence , il vit l'étoile décrire annuellement une 
ellipse directement opposée à tout ce qu'on attendait et d'une tout 
autre nature. Grand embarras parmi les hommes de science, jusqu'au 
jour où Bradley, se promenant sur la Tamise par une belle après-midi, 
remarqua que, chaque fois que le bateau virait de bord, la direction du 
vent, estimée par la direction des girouettes, paraissait changer. «Eh 
s'écria-t-il, c'est le mouvement de la Terre qui donne naissance à l'el- 
lipse, en faisant croire à une déviation des rayons lumineux. » La dé- 
couverte importante de l'aberration de la lumière était faite, et en 
même temps la première preuve positive du mouvement de transla- 
tion de la Terre autour du Soleil était donnée {Astronomie populaire, 
p. 80). Mais toutes les recherches relatives à la parallaxe des étoiles 
examinées n'aboutirent à rien, parce que cette parallaxe est trop 



28 LA CONSTELLATION DU DRAGON 

microscopique pour avoir pu se révéler sur les instruments de cette 
époque. En effet, ce mouvement parallactique s'exécute dans une 
ellipse moins grande que l'épaisseur d'un cheveu! Ce n'est que 
115 ans plus tard que la première distance d'étoile a pu être vraiment 
mesurée (celle de la 61' du Cygne, en 1840, par Bessel), et ce n'est 
qu'en 1875 que celle de cette même étoile y du Dragon a été mesurée 
(à Dublin, par Brunnow) : cette parallaxe, de 0"092, correspond à 
2 242 000 fois la distance d'ici au Soleil, c'est-à-dire à 83 trillions de 
lieues. La lumière emploie trente-cinq ans pour venir de là! 

Une autre étoile du Dragon, a, a donné pour parallaxe le chiffre 
0"222, qui correspond à 928000 fois le rayon de l'orbite terrestre, ou 
à 34 trillions de lieues. Quoique de cinquième grandeur, cette étoile 
est donc plus de deux fois plus proche de nous que y, qui est de troi- 
sième. Mais des étoiles de huitième grandeur, invisibles à l'œil nu, 
sont plus rapprochées encore. 

Depuis deux mille ans qu'on observe attentivement les étoiles de 
cette antique constellation, quelques-unes ont-elles varié d'éclat? Le 
seul moyen de répondre à cette intéressante et importante question, 
c'est de comparer les observations faites depuis l'origine, comme nous 
l'avons fait pour la Petite Ourse. Le tableau ci-dessous donne l'état 
actuel de ces étoiles ainsi que les observations antérieures faites de 
siècle en siècle sur le même sujet. 

Cette comparaison montre que plusieurs ont subi des variations 
assez importantes. 

Remarquons d'abord que cette constellation nous offre un exemple 
typique du mode de classification littérale de Bayer. Suivez la 
sixième colonne : La constellation ne possède qu'une seule étoile de 
2'' grandeur; elle a reçu la lettre «; elle en possède 10 de 3% qui ont 
reçu les dix lettres suivantes en suivant le corps de l'animal ; elle en 
possède 14 de 4°, qui ont reçu les quatorze lettres suivantes, et 8 de 
5% qui ont été dénommées sur le même principe. L'alphabet grec une 
fois épuisé, on a continué par l'alphabet romain, dont la première 
lettre seulement est majuscule, les autres restant minuscules. Telle 
est la méthode appliquée par Bayer à chaque constellation. Contraire- 
ment à ce qu'on suppose généralement, elle peut donc servir à des 
comparaisons d'éclat qui ont leur valeur. 

Elle nous prouve d'abord que l'étoile « a certainement diminué 
d'éclat depuis le xvn° siècle, car elle n'est plus la première, et à beau- 
coup près. 



LA CONSTELLATION DU DRAGON 



29 



ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU DRAGON, OBSERVÉES DEPUIS DEUX MILLE ANS. 



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3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,3 




3i 


31 


3 


3 


3 


3 


3 


3i 


3.4 


3.4 


3,4 


\ 


3i 


3^ 


3 


3 


3 


3 


H 


3| 


3.4 


3.4 


3,6 


^ 


4 


5 


5 


4 


4 


4 


4{ 


4 


5.4 


5.4 


5,5 


V 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,0 


i 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3 


3i 


3.4 


3.4 


3,9 





4 


5 


5 


4 


4 


4 


4 


5 


5.4 


5.4 


4,8 


71 


4 


4 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


4,9 


P 


4 


4-1 


5 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5,0 





H 


4| 


5 


4 


4 


4 


4ï 


5 


5.6 


5.6 


5.4 


T 


4r 


H 


5 


4 


4 


4 


4i 


H 


5 


5.4 


5,0 


U 


4| 


44 


5 


4 


4 


4 


4t 


5 


5.6 


5 


5,2 


? 


3| 


3| 


4 


4 


4 


4 


5 


5-^ 


4.5 


4.5 


4,3 


Z 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


M 


4.3 


4 


4,0 


'i' 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4| 


i-. 


4.5 


4.5 


4,7 


w 


6 


6 


6 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5,1 


A 











3 


4 


3 


4 


4i 


5 


5 


5,3 


6 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,0 


c 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


5.6 


5,3 


d 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5^ 


5 


5 


5,0 


e 











5 


5 


5 


5i 


5i 


6.5 


6.5 


6,0 


f 


6 


6 


G 





5 





5 


5 


5.6 


5.6 


5,4 


9 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


5.6 


5,3 


h 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,3 


i 


4 


41 


5 


5 


5 


5 


5 


H 


5 


5 


5,0 


p. IX. 37 

















5 





5 


4.5 


4.5 


4,3 


P.X,78 

















5 





5.6 


5.4 


5.4 


5,0 



Il est bien certain aussi que l'étoile e n'appartient pas aujourd'hui 
à la 3' grandeur, comme au temps de Tycho, de Bayer et d'Hévélius ; 
elle n'est même pas une brillante de la 4° (je l'ai trouvée inférieure à ^ 
le lOmars 1880). Or, cette variabilité, déjà indiquée par ce fait, estcon- 
firniée par les observations de Flamsteed et Piazzi, qui l'ont notée 
seulement de 5° 1/2. De plus, c'est une étoile double, dont Struve a 
noté les composantes 4,0 et 7,6 en 1832, Smyth 5 1/2 et 9 1/2 en 1833, 
Wrottlesley 5 1/2 et 9 en 1859, Duner 4 et 8 en 1867, 5 et 7 en 1871, 
3 et 7,5 en 1872. Nous avons donc là certainement une étoile variable, 



LA CONSTELLATION DU DRAGON 



et le plus curieux est que ses deux composantes varient. L'amiral 
Smyth écrivait en 1833 que e et a Dragon sont égales et de 5' gran- 
deur 1/2. Le 18 mars 1880, je les ai comparées et ai trouvé a d'une 
grandeur entière au-dessous. 

L'étoile A, non remarquée jusqu'au quinzième siècle, a été vue de 
3° grandeur par Tycho en 1590 et par Hévélius et 1660, et très certai 
nement, si elle avait brillé d'un pareil éclat au temps d'Hipparque, 
elle aurait été incorporée au Dragon, dans le troisième repli duquel 
elle se trouve. Elle descendit à la 4" grandeur et est aujourd'hui de 5". 
Au contraire, l'étoile w, située dans la même région du ciel, et qui a 
été notée de 6° grandeur jusqu'au xv° siècle, s'est élevée à la 4' du 
xvf au xvni", et est aujourd'hui de 5*. L'étoile a, comme nous l'avons 
vu, s'est élevée à la 2' grandeur au xvn° siècle ; l'étoile (3 a atteint le 
même éclat à la fin du siècle dernier, ainsi que y, tandis que e descen- 
dait, au xvni% au-dessous de la 5° grandeur. L'étoile ir, notée toujours 
de 4° ordre, et même de 3° au xv° siècle, est de 5'' aujourd'hui ; p est 
descendue de 3 | à 5 1, pour remonter à la 4' ; e est tombée de 5 à 
6 ; /m est de 5 I aujourd'hui, moins brillante que sa voisine 17 et 
presque égale à une septentrionale qui forme un triangle avec elles. 
Quelques autres fluctuations sont probables. Certaines étoiles pré- 
sentent, au contraire, une stabilité d'éclat bien remarquable : exemple 
V et h, ce qui prouve que, s'il ne faut pas attribuer une précision 
absolue à Ces estimations de grandeur, l'accord entre elles est néan- 
moins assez satisfaisant pour que l'on puisse conclure à une variation 
réelle quand l'écart surpasse une grandeur entière ; d'ailleurs, toute 
équivoque est impossible quand la comparaison fait changer l'ordre 
de l'éclat comparatif. Ainsi, par exemple, aux seizième et dix-septième 
siècles, « surpassait |3 et y, tandis qu'aujourd'hui l'ordre d'éclat est : 

1" ï 3» s,!; 

2» p, ri 4» a, i, X, X, Ç. 

Ces variations sont d'autant plus sûres, que les appréciations de 
chacun des onze observateurs de la liste précédente sont absolument 
indépendantes les unes des autres. Ainsi le ciel n'est point aussi im- 
muable, aussi inaltérable qu'il le paraît : c'est la brièveté de notre 
vie qui nous le fait croire éternel. 

Anciennement la figure s'arrêtait à X, que l'on appelait « la der- 
nière de la queue »; et Bayer termine son dessin sans étoile; main- 
tenant, on remarque une étoile de 4* grandeur (Piazzi, IX, 37) qui 
prolonge la queue jusque près du pôle. Cette étoile a dû augmenter 
d'éclat, ainsi que celle qui forme un trait d'union entre elle et a 



LA CONSTELLATION DU DRAGON 



SI 




Fig. 13. — L'étoile double v du Dragon. 



La constelLation du Dragon réserve à l'étudiant du Ciel des curio- 
sités dignes d'occuper les meilleures heures de ses plus belles soirées, 
d'autant plus facilement que cette région, ne descendant jamais au- 
dessous de l'horizon de la 
France, est perpétuellement 
visible pour nos latitudes. 
J'engagerai les commençants 
à diriger d'abord leur lunette 
vers l'étoile v, de 4" grandeur, 
avec laquelle nous avons déjà 
fait connaissance ; ils décou- 
vriront, non sans un certain 
plaisir, que cette étoile se 
compose de deux de 5° gran- 
deur, très écartées (62"). Une 
jumelle grossissant 3 à 4 îok 
suffit pour les dédoubler. Ces 
étoiles sont remarquées de- 
puis deux siècles (Flamsteed, 
1690), et, il y a cent ans, 
William Herschel croyait qu'elles avaient changé de position l'une 
par rapport à l'autre. C'était là une conclusion prématurée. La com- 
paraison des observations faites depuis un siècle prouve, au contraire, 
qu'elles restent fixes l'une par rapport à l'autre, mais qu'elles sont 
animées d'un mouvement propre commun dans l'espace, et que, par 
conséquent, elles forment un système physique. Si, ce qui est assez 
probable, elles gravitent l'une autour de l'autre, comme depuis deux 
siècles elles n'ont certainement pas tourné de plus de 2 degrés, elles 
emploient peut-être 36 000 ans, 360 siècles, pour tourner de 360 degrés 
ou d'une révolution entière! Quel œil mortel pourrait contempler sans 
intérêt ces deux soleils, perdus dans le fond de l'espace, à une dis- 
tance inimaginable de nous, et écartés l'une de l'autre cà }olusieurs 
milliards de lieues (quoique pour nous ils paraissent se toucher), qui 
sont emportés tous deux ensemble, comme deux frères jumeaux, dans 
une destinée commune, et qui sans doute distribuent autour d'eux, 
aux terres célestes bercées dans leur attraction et dans leur lumière, 
les rayonnements féconds d'une vie étrange et mystérieuse ! 

L'étoile est également double , et intéressante. Grandeurs des 
composantes : 4f et8|; distance : 32"; la plus brillante étincelle 
d'une limpide lumière jaune d'or; la seconde est nuancée de lilas. Beau 



32 LA CONSTELLATION DU DRAGON 

groupe, facile à observer. D'après la comparaison que j'ai faite des 
mesures anciennes avec les modernes et avec les miennes, j'ai conclu 
que ces deux étoiles ne se connaissent pas et forment un groupe de 
perspective : la moins brillante est sans doute éloignée au delà de la 
plus brillante à une distance prodigieuse, peut-être plus grande que 
la distance même qui sépare la première de la Terre. 

L'étoile (^ présente un intérêt d'un autre ordre. Elle est double 
aussi, et depuis l'année 1755 que nous avons les yeux sur elle, ses deux 
composantes n'ont pas varié de position, quoiqu'elles soient réunies 
entre elles par les liens de l'attraction et soient emportées dans l'es- 
pace par un mouvement propre commun. L'éclat des composantes 




Fig. 14. — Lïtoilc double o du Dragon. Fig. 15. — IL'étoile double i)/ du Dragon. 

est respectivement 5' et 6' grandeur; mais, à l'œil nu, ces deux étoiles 
n'en font qu'une de 4 1/2. Distance = 31". Jaune et lilas. Beau con- 
traste. — L'étoile u, angle opposé à <^ dans le losange (J;, X, ç, u me 
paraît variable : l'observer de temps en temps. 

On peut aussi chercher l'étoile 40, située non loin de e Petite 
Ourse, et que l'on trouvera en s'aidant de notre petit carte de la p. 16. 
C'est une étoile de 5" grandeur, qui se dédouble en une étoile de 5° 1/2 
et une de 6°. Ecartement = 20". L'étoile 17, au bout de la tête, sur le 
prolongement de |, v et /x, est une belle étoile triple, dont deux com- 
posantes sont de 6' grandeur et la 3° de 6 1/2 : distances 4" et 90". 

Ce sont là les principales curiosités étoilées de cette région du ciel 
que l'on puisse observer à l'aide d'instruments de moyenne puis- 



NÉBULEUSE GAZEUSE AU POLE DE L'ÉCLIPTIQUB 33 

sance ('). Mais il y a dans ces parages un spectacle céleste à contem- 
pler, qui ne le cède en rien aux précédents et qui nous transporte vers 
des horizons encore plus inattendus et plus immenses. Environ au 
milieu du chemin entre l'Etoile polaire et Gamma du Dragon, juste- 
ment sur le pôle de l'écliptique, près de l'étoile Oméga, se trouve l'une 
des plus curieuses néhuleuses qui existent. Elle offre l'aspect d'un 
disque planétaire ou d'une étoile qui n'est pas au foyer de l'instru- 
ment et a la forme d'une ellipse 
mesurant 23 secondes de lon- 
gueur sur 18 de largeur. Sa 
lumière est bleuâtre et au 
centre brille une petite étoile 
de onzième grandeur qui paraît 
être le noyau de ce monde en 
formation. Eh bien, c'est cette 
nébuleuse qui, ayant été exa- 
minée la première au spectro- 
scope, a prouvé par la révéla- 
tion de sa constitution chi- 
mique qu'il y a de véritables 
nébuleuses à l'état gazeux. De- 
puis cent cinquante ans, en Fig. le. - La nébuleuse ..u pôie de récuptique. 

effet, les astronomes étaient fort embarrassés pour décider s'il y a de 
véritables nébuleuses gazeuses, et l'intérêt du sujet n'a fait que grandir 
depuis que William Herschel a exprimé la pensée que ces amas sont 
des portions de la matière primitive qui s'est condensée en étoiles, et 
qu'en les étudiant, nous étudions en même temps quelques-unes des 
phases par lesquelles les soleils et les planètes ont passé. 

L'agrandissement continu de la puissance télescopique n'a pas 
donné à la science le dernier mot du problème des nébuleuses, car à 
mesure que les instruments d'optique devenaient plus immenses et 
plus pénétrants et permettaient de résoudre en étoiles un plus grand 
nombre de ces nuées, ils amenaient la découverte de nébulosités 

(') Couples de la même constellation, plus difficiles à dédoubler • 

ti 3" et 10«. Distance = 4°, 7, jaune pâle et bleuâtre. 

e 5« et 8». Distance =r 2', 9, or et azur. La petite étoile varie d'éclat de 7« à 10«. 

|i 5' et 5". Distance = 2", 5. Système orbital rapide. C'est la première étoile de 
la tête du Dragon (au bout de la langue). Lés Arabes la nommaient Arrakis « le 
Danseur. » Ce couple a tourné de 64» depuis cent ans; il doit avoir une période de 
560 ans environ. 

ASTRONOMIE POPULAIRE. 110 SUPPLÉMENT. 5 




34 LES NÉBULEUSES 



plus pâles OU plus lointaines, et l'on voyait apparaître ces formes 
fantastiques, ces agrégats de lumière diffuse qui ne semblent point 
dus à de véritables amas de soleils innombrables situés à des distances 
de plus en plus inaccessibles. L'analyse spectrale, en supposant 
qu'elle fût applicable à des objets si excessivement faibles, devenait 
évidemment une méthode d'investigation très propre à faire recon- 
naître s'il n'y a que des amas d'étoiles ou s'il existe de véritables 
nébuleuses gazeuses. 

Dès l'année 1864, l'astronome anglais Huggins avait choisi pour 
premier essai d'analyse la petite nébuleuse dont nous parlons. Sa 
surprise fut grande, lorsqu'e"n regardant à travers la petite lunette de 
l'appareil spectral, il reconnut que son spectre n'avait plus cette appa- 
rence de bande lumineuse colorée qu'une étoile aurait fait naître, et 
qu'au lieu de la bande continue, on n'apercevait plus que trois raies 
brillantes isolées. Cette observation suffisait à résoudre le problème 
depuis si longtemps agité, du moins pour cette nébuleuse particu- 
lière, et pour prouver qu'elle était, non un amas d'étoiles distinctes, 
mais une nébuleuse véritable. Un spectre de cette nature, autant du 
moins que les données acquises permettent de l'affirmer, ne peut être 
produit que par la lumière émanée d'une matière à l'état de gaz. On 
pouvait donc en conclure, dès ces premières observations, que la 
lumière de cette nébuleuse n'émane pas d'une matière solide ou liquide 
incandescente, comme la lumière du soleil et des étoiles, mais d'un 
rjaz lumineux. 

Il était important de reconnaître, si cela devenait possible, par la 
position de ces raies brillantes, la nature chimique du gaz ou des gaz 
dont ces nébuleuses sont formées. Les mesuresprises de la plus bril- 



Fig. 17. — Spectre de la nébuleuse du pôle de l'écliptique. 

lante de ces lignes montrent qu'elle occupe dans le spectre une posi- 
tion très voisine des raies les plus brillantes du spectre de l'azote. La 
plus faible des raies coïncide avec la raie verte de l'hydrogène. Mais 
la raie moyenne du groupe des trois lignes qui forment le spectre de 
la nébuleuse n'a son identique dans aucune des raies intenses des 
spectres des éléments terrestres connus. Il y a là un état de la matière 
inconnu pour nous. On voit un spectre continu excessivement faible 



LES NÉBULEUSES, CREATIONS LOINTAINES 35 

provenant du centre de la nébuleuse, d'un noyau très petit, mais plus 
brillant que le reste de la masse. L'observation nous apprend à peu 
près certainement que la matière du noyau n'est pas à l'état de gaz, 
comme celle de la nébulosité qui l'entoure. Elle consiste en une ma- 
tière opaque qui peut exister à l'état de brouillard incandescent, 
formé de particules solides ou liquides. 

Le résultat nouveau et inattendu auquel venait de conduire l'exa- 
luen spectroscopique de cette nébuleuse frappa de surprise les astro- 
nomes et les engagea à étudier attentivement les autres créations 
analogues qui sont disséminées dans l'étendue des cieux. Le résultat 
de cette analyse a été qu'un grand nombre de nébuleuses sont com- 
posées de véritables gaz, — de gaz flamboyants visibles à des mil- 
liers de milliards de lieues d'ici ! 

Lors donc que nous observons cette pâle nébuleuse bleuâtre située 
au pôle de l'écliptique, nous savons que c'est là un amas de matière 
gazeuse incandescente, déjà muni d'un noyau central de condensation, 
et nous devinons dans cette lueur lointaine l'ardente genèse d'un 
nouveau monde. Nous assistons d'ici à la création!... Là brille déjà un 
embryon de soleil ; là se prépare un système planétaire. Que dis-je ! le 
rayon lumineux qui nous arrive en ce moment de cette région de 
l'infini en est peut-être parti il y a plusieurs millions d'années, et 
peut-être qu'en ce moment une ou plusieurs planètes sont déjà for- 
mées, fécondées, habitées, et peut-être qu'il y a là aussi des yeux qui 
nous contemplent, et pour lesquels, notre histoire étant égale- 
ment en retard de plusieurs millions d'années, notre système solaire 
n'est encore qu'une nébuleuse circulaire, vue justement de face : ils 
se demandent si un jour notre nébuleuse deviendra soleil et planètes 
et ne se doutent pas que nous existons déjà et que nous pourrions 
leur répondre! Voix du passé, vous devenez maintenant les paroles 
de l'avenir, tandis que le présent, l'actuel, disparait pour les regards 
échangés à travers les vastes cieux , à travers l'infini, à travers 
l'éternité ! 

La petite nébuleuse avec laquelle nous venons de faire connais- 
sance est la 37' de la IV' classe du Catalogue de William Herschel, 
et est désignée, pour cette raison, sous le chiffre H. IV, 37. 

L'étude de chaque constellation nous réserve ainsi des enseigne- 
ments inattendus. Les deux premières que nous venons d'analyser 
offrent, comme on le voit, des curiosités variées dont l'inspection peut 
faire l'emploi agréable de plusieurs charmantes soirées; il suffit, pour 
les observations télescopiques, d'être muni de l'un des quatre instru- 



36 LES ENSEIGNEMENTS DU CIEL 



ments que nous avons décrits à la fin de V Astronomie populaire, et sur 
lesquels nous reviendrons en détail un peu plus loin, et comme il 
s'agit toujours ici « d'astronomie populaire », nous passons sous 
silence tous les faits célestes qui ne pourraient être observés qu'à 
l'aide d'instruments supérieurs. Ces pages sont écrites pour tous ceux 
qui désirent entrer en relation avec les merveilles de l'univers, sans 
fatigue et sans difficultés : j'ouvre la voie aussi largement que pos- 
sible, dans l'ambition peut-être téméraire d'y engager tous les voya- 
geurs de l'infini, tous les contemplateurs du vrai, tous les penseurs 
altérés de science, tous les amis de la nature. Aucune crainte de 
satiété. Le ciel est plus profond que la mer. Les spectacles de la 
terre ne sont qu'un songe devant ceux de l'éternel univers. Quelle 
est Fcàme dont les ailes ne frémissent pas devant les abîmes d'en haut? 
quel est l'esprit pensif qui n'éprouve pas en face de ces grandeurs k 
vertige de l'infini ? 

Ainsi, simplement, insensiblement et sans efforts, nous construi- 
sons ici la description complète du ciel, étoile par étoile, pour toutes 
les observations qui peuvent facilement se faire à l'œil nu, ou être 
trouvées à l'œil nu s'il s'agit d'une curiosité télescopique quelconque 
accessible aux instruments de faible et moyenne puissance. Chacun 
pourra désormais entrer en relation directe avec le ciel. . 

Dans le voisinage du pôle, remarquons maintenant la constellation 
de Céphée, ancien roi d'Ethiopie, mari de Cassiopée et père d'Andro- 
mède, dont nous examinerons plus loin la légende mythologique. Il 
se nomme aussi sur les cartes arabes Al-Multahib, le Flamboyant. Ce 
héros a un pied sur le pôle, l'autre sur la Petite Ourse, est coiffé d'un 
turban et d'une couronne, et tient d'une main un manteau et de 
l'autre son sceptre royal. (Nous l'avons déjcà admiré sur notre planche 
de la page 9.) Pour reconnaître cette constellation dans le ciel, cher- 
cher pi'ès de la Polaire en s'aîdant de notre fig. 11, p. 24 : on remar- 
quera trois étoiles alignées, y, t et cî ; la première est de 3' grandeur un 
tiers, la seconde de 4°; la troisième, $, de 4° grandeur en moyenne, 
varie de 3,7 à 4,9 dans la période rapide de 5 jours 8 heures 47 mi- 
nutes, et à ce point de vue-là elle offre un intérêt particulier à l'ob- 
servateur attentif. A peu près parallèlement à la ligne de ces trois 
étoiles, on en remarquera trois autres, x, (3 et «, qui sont respective- 
ment de 4,5, 3,4 et 3,0 : « est la plus brillante. 

Voici l'ensemble de ces étoiles et l'éclat observé sur elles depuis 
deux mille ans : 



LA CONSTELLATION DE CEPIIER 



37 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE CEPHEE. 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION. 



Étoiles 


-127 


+ 960 


1430 


1500 


1603 


1660 


noû 


1800 


1840 


1860 


1880 


a 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.2 


3.2 


3,0 


P 


4 


4 


4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,4 


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4 


4 


4 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3,3 


S 


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4 


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5.4 


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4 


4 


4 


4^ 




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3.4 


3,9 


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4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


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4.3 


4.3 


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5,0 


l 


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5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.4 


5.4 


5,0 

















5 


5 


4 


7 


G. 5 


5.6 


5,4 


K 


Û 











5 


6 


5 


5 


5.4 


5.4 


5,0 


P 














5 





6 


6 


6.5 


6.7 


6,0 


2C2B.A.G. 
= 43IWv. 














5 


5 


4^ 


5 


4.5 


4.5 


4,7 



Plusieurs de ces étoiles méritent d'arrêter un instant notre attention. 
Ainsi, l'étoile o, située sur le prolongement de «, l et t, n'est que de 
5' grandeur et demie, et n'a rien qui la distingue de deux voisines qui 
n'ont pas reçu de lettres et qui sont aussi de 5° grandeur et demie ; 
cependant, sur l'atlas de Bayer, elle est seule marquée : elle devait 
être un peu plus brillante en 1603 comme en 1660, et pleinement de 
5° ordre. Mais le fait le plus curieux est que Flamsteed l'a notée de 
4° vers 1700, et Piazzi de 7° vers 1800. (Elle est également inscrite de 
1' dans le catalogue de Bradley édité par Bessel, mais toutes les 
estimations de grandeurs de ce catalogue sont reproduites d'après 
Piazzi). L'amiral Smytli, en 1834, l'a notée aussi de 7" : l'influence 
de Piazzi s'est-elle encore fait sentir ici ? Varie-t-elle réellement dans 
cette proportion? Ce n'est pas probable. Ajoutons que c'est là une 
ravissante étoile double, composée d'une belle étoile jaune orange 
et d'une petite bleu azur qui forme avec la première le plus char- 
mant contraste; dans le champ de la lunette, on croit voir briller 
deux pierres précieuses étincelant d'une translucide lumière; mais, 
comme la distance n'est que 2 secondes et demie, il faut déjà un bon 
instrument pour la dédoubler nettement. Ce couple ravissant forme 
un système orbital en mouvement assez rapide. (Le 27 février 1880, 
j'ai estimé à 5,4 la grandeur de cette étoile.) 



38 UN SOLEIL ROUGE DANS CEPIIEE 

La dernière étoile du tableau précédent n'a pas reçu de lettre, quoi- 
qu'elle soit bien visible à l'œil nu près de l'Etoile polaire. On pourrait 
croire qu'elle a augmenté d'éclat ; mais son absence des catalogues 
anciens vient surtout de ce qu'elle n'était incorporée dans aucune 
figure, se trouvant entre la queue delà Petite Ourse et le pied gauche 
de Céphée. C'est la 43^ du catalogue d'Hévélius. Dans son voisi- 
nage, la 42' parait diminuer d'éclat. 

Il y a là aussi une étoile bien extraordinaire, l'étoile f* (chercher 
vers a) : William Herschel l'appelait Garnet Sidus « l'astre grenat », 
et telle est, en effet, sa couleur. Quelquefois elle est rouge comme un 
grenat illuminé à la lumière électrique, et quelquefois elle brille 
d'une vive couleur d'orange translucide. C'est la plus rouge des étoiles 
que l'on puisse voir à l'œil nu (le télescope montre des étoiles qui sont 
tout à fait rouge sang). Pour apprécier sa nuance remarquable, se 
servir d'une jumelle ou d'une petite lunette, et regarder d'abord une 
étoile blanche, comme a Céphée. Son éclat varie de la 4* à la 6" gran- 
deur en une période qui, d'abord évaluée à cinq ans, paraît assez 
irrégulière. Je l'ai observée le 27 février 1880 : elle était de 4° gran- 
deur, un peu plus brillante que e et un peu moins que K '■ dans une 
lunette de 75 millimètres, elle offrait la couleur de la flamme du feu, 
ou plutôt celle d'un petit charbon ardent. 

Examinée au spectroscope, cette étoile fi de Céphée donne un 
spectre du troisième type, c'est-à-dire formé de lignes noires et de 
lignes brillantes entrecoupées de zones ou bandes obscures qui, quand 
le spectre est complet, comme dans cette étoile type, sont au nombre 
de neuf, disposées comme autant de colonnes cannelées vues en per- 



™ifï!';riiiBiiiiïi'i:i!:ï!i 



"I"' iiuiiHimiiuiiiim.iMii 



111 
I P 

ii 



Fig. 18. — Spectre de l'étoile |i de Ccphée. 

spective et ayant la partie éclairée du côté du rouge. Il y a là deux 
spectres superposés, l'un formé de zones larges dégradées qui font 
l'effet des ombres sur une colonne cannelée, l'autre formé des lignes 
métalliques noires d'absorption. Les lignes de renversement de l'hy- 
drogène sont très faibles et parfois absentes ; au contraire, les raies 
du sodium, du fer et du magnésium sont très fortes, ainsi que les 
bandes du carbone. Là, l'hydrogène se présente sous l'aspect de raies 
lumineuses. Ces spectres à colonnades paraissent dus aux oxydes, 
d'après les belles analyses de Lockyer, et les lignes fines aux suu- 



UN SOLEIL ROUGE DANS CEPIIEE 39 

stances élémentaires, aux corps simples. Or, les oxydes ne peuvent 
subsister quand la température est très élevée, et l'on peut inférer que 
les étoiles qui présentent ces bandes ont moins de chaleur que celles 
qui donnent seulement les raies métalliques linéaires. Le carbone 
paraît y être à l'état d'oxyde, comme dans les comètes et les aéro- 
lithes. Nous avons sans doute là sous les yeux la dernière période 
des soleils, et lorsque nous regardons cette étoile rouge qui brille 
doucement dans le voisinage de notre Etoile polaire, nous ne pouvons 
guère nous empêcher de songer aux morts qui sont là. Oui, ce soleil 
a rayonné comme le nôtre dans l'ardeur et la flamme de la jeunesse; 
oui, ses rayons d'autrefois ont dû comme ici glisser sur des printemps 
parfumés et sur des matinées frémissantes ; oui, des êtres heureux 
ont salué dans le passé, longtemps avant la naissance de la Terre, 
ces lumineux levers de soleil et ces grandioses illuminations du soir 
sur les mers et sur les montagnes ; oui, notre beau, notre bon soleil, 
perdra aussi ses forces dans l'avenir , se couvrira d'un voile de 
vapeurs, se refroidira comme un boulet rouge, et n'enverra plus à ses 
filles les planètes que la pâle lueur inféconde d'un soleil qui s'éteint. 
Qui donc pourrait regarder sans émotion ce lointain soleil de Céphée 
et ne pas reconnaître en lui le sombre prophète de la fin du monde, 
l'antechrist des derniers jours?... Cet œil éteint du passé ne 
semble-t-il pas un œil ouvert sur l'avenir, qui de là-bas nous regarde 
sans nous voir, comme un œil déjà mort, pauvre cristallin déjà terni 
par l'agonie ! 

Nous avons déjà parlé de l'étoile â de Céphée, qui varie de 3,7 
à 4,9 dans la période rapide de^ 5 jours 6 heures 47 minutes; elle 
emploie 1 jour 14 heures pour s'élever du minimum au maximum et 
3 jours 19 heures pour descendre du maximum au minimum. Ainsi, 
par exemple, si nous choisissons la belle saison de cette année pour 
cette observation, soit le mois d'août, nous pouvons calculer les dates 
suivantes pour ces maxima et minima : 

Jours Jours 

du mois du mois 

Maximum, août 1880 1,2 Minimum, août ISSO 10,4 

Minimum, — 5,0 Maximum, — .... 12,0 

Maximum, — 6,6 Minimum, — .... 15,7 

Et ainsi de suite. La date précise est donnée ici en dixièmes de jour parce 
qu'il est plus facile d'additionner ou de soustraire en dixièmes de jour qu'en 
heures. On peut remarquer, du reste, que puisqu'il y a vingt-quatre heures par 
jour, un dixième de jour égale 2 heures 4 dixièmes d'heure, ou 2 heures 2-i r.îi- 
nutes. Le jour astronomique commençant à midi, le premier maximum inscrit 
sur la petite liste précédente correspond donc au 1"=' août à 2 dixièmes de jou:., 



40 



L'ÉTOILE DOUBLE ET VARIABLE S DE CÉPIIÉE 




Fig. 19. — L'étoile double 8 de Céphée. 



OU à 4 heures 48 minutes de l'après-midi ; le second correspond au 5 août à 
midi, le troisième au G août h 6 dixièmes ou à 14 heures, c'est-à-dire au 7 août 
à 2 heures du matin, et ainsi de suite. Au surplus, n'importe à quelle époque, il 
suffit de suivre avec attention cette étoile pendant cinq ou six soirées pour 
s'apercevoir de sa variabilité. 

Or, cette curieuse étoile n'est pas seulement intéressante par sa 

variabilité, mais elle est en- 
core une splendide étoile dou- 
ble, étant accompagnée d'une 
charmante étoile bleue de 7* 
grandeur, écartée à 41", visible 
par conséquent dans l'instru- 
ment le plus faible; comme l'é- 
toileprincipalebrille d'unebelle 
nuance jaune d'or, ce couple 
ollre un contraste ravissant. Si 
ces deux soleils forment un sys- 
tème physique (les observations 
ne sont pas suffisantes pour dé- 
cider), quelle situation bizarre 
pour les mondes qui gravitent 
là,illuminés par deux soleils dont l'un change d'éclat tous les cinqjours ! 
Une autre étoile de Céphée, que l'on désigne sous la lettre R, a été 
vue de la 5% de la 6% de la 7% de la 8% de la 9" et de la 10'= grandeur. 
Elle est située tout près de l'Etoile polaire, et sa distance au pôle nord 
n'est que de 1" 14' : c'est pourquoi il est singulier de l'avoir attribuée 
à Céphée, quand elle est en plein dans la queue de la Petite Ourse. 
L'erreur vient d'Hévélius, qui l'a appelée 24 Céphée et qui Ta estimée 
de 5° grandeur en 1661 : elle était alors plus brillante que >., et lorsque 
Lalande observa l en 1789, sans voir la précédente, il crut que c'était 
24 Céphée, et la confusion a été continuée par Piazzi et d'autres 
astronomes. C'est M. Pogson, en 1856, qui constata le premier 
la variabilité de l'étoile d'Hévélius, nommée désormais R, d'après 
une convention en vertu de laquelle on attribue la lettre R à la pre- 
mière variable découverte dans une constellation, la lettre S à la 
seconde, et ainsi de suite. La chercher près de l Petite Ourse (entre 
« et (î) à l'aide de notre fig. 20. Il serait curieux de la voir revenir 
plus brillante que cette voisine, comme elle l'a été. On croit que sa 
période est de 73 ans. Je l'ai observée le 18 mars 1880 et l'ai trouvée 
de 8^ Observer en même temps l'étoile double voisine de la polaire. 
11 y a encore d'autres variables dans Céphée; mais on ne peut les 



LES CURIOSITES DU CIEL 



41 



étudier qu'à l'aide d'instruments gradués. Revenons aux étoiles 
doubles. 

Un jour, une jeune dame très passionnée pour le ciel était venue 
demander à un astronome de lui montrer quelques-unes de ces curio- 
sités célestes ; c'était par une douce soirée de printemps, et l'astro- 
nome était rêveur. Comme il ne trouvait pas tout à coup l'étoile désirée, 
il s'arrêta soudain dans la manœuvre de son télescope, et se mit à 
crayonner, au clair de lune, quelques lignes sur le mur de la terrasse. 
Enfin, il se remit au télescope et trouva l'étoile. Pendant ce temps-là, 
la dame curieuse avait lu, au lieu d'un calcul astronomique, le qua- 
train suivant : 

Près de vous, madame, oubliant les cieus, 
L'astronome étonné se trouble ; 

C'est dans l'éclat caressant de vos yeux 

Qu'il avait cru trouver l'étoile double. 

Je me hâte d'ajouter que la scène se passait sous Louis XV. Au- 




Fig. 20. — Étoile variable près de X Petite Ourse, et étoile double près de l'étoile polaire. 

jourd'hui, les astronomes sont plus sérieux. N'imitons pas nos jeunes 
grands-pères ou nos trop coquettes grand'mères, et passons en revue 
les richesses célestes incorporées dans l'antique département du roi 
d'Ethiopie. Dirigeons tout de suite et sans distractions une lunette 
vers la belle étoile p Céphée, de troisième grandeur : nous découvri- 
rons à côté d'elle une petite étoile de huitième grandeur, écartée à 14"; 
la première est blanche, la seconde est bleue. C'est un petit couple 
charmant, qui paraît fixe dans le ciel. Notre fig. 21 montre son aspect 
télescopique. Qui pourrait croire que ce sont là deux soleils écartés 

ASTRONOMIE POPULAIRE. 111 SUPPLÉMENT. 6 



42 



LES CONSTELLATIONS. - CEPHEE 



à des millions et des millions de lieues l'un de l'autre ! Sans doute les 
yeux humains ont leur charme; mais on les rencontre à chaque 
instant devant soi : les vraies étoiles doubles sont plus rares, elles 
habitent le ciel et elles nous invitent à en pénétrer les secrets les plus 
mystérieux. 

L'étoile X est aussi une élégante étoile double, composée d'un astre 
de 4^ grandeur 1/2 et d'un de 8" 1/2 : distance = 7", 3. 

Remarquons encore l'étoile ^ : 5' et 8% à 6" 6; très jolie; système 
physique en mouvement. A côté, il y aune autre petite étoile double, 
de 7° grandeur, serrée à 2",4 et qui forme aussi un système physique 
dans lequel la petite étoile tourne lentement autour de la grande. 

Ce sont là, avec o dont nous avons parlé plus haut, les principales 




Fig. 21. — Etoiles doubles dans Céphée. 



curiosités de la constellation de Céphée accessibles aux gens du monde. 
Les autres sont réservées aux observatoires. Je ne saurais trop enga- 
ger nos lecteurs à diriger un instrument quelconque vers les objets 
célestes signalés dans le cours de notre description : qu'ils essaient, 
ils en seront tout de suite amplement récompensés, et peu à peu ils 
apprendront à connaître directement toutes les régions de l'immense 
univers, tout aussi facilement que s'ils voulaient étudier la botanique 
d'une contrée quelconque. La nouveauté, et j'oserai dire le grand 
charme, de l'essai que nous faisons aujourd'hui, c'est de substituer la 
pratique à la théorie : nous ne parlons plus de phénomènes abstraits, 
de nébuleuses inaccessibles, d'étoiles colorées, splcndides mais invi- 
sibles pour le public ; nous visitons personnellement chaque réalité ; 
nous disons : elle est là, regardez ; nous étudions le ciel directement. 
Sans doute, l'attention a besoin d'être parfois soutenue, mais aussi 



LA CONTEMPLATION SCIENTIFIQUE 



43 



quelle récompense! et quel plaisir d'avoir entre les mains un guide à 
l'aide duquel chacun de nous pourra désormais trouver dans le ciel 
tout ce qu'il voudra. Pour moi, je l'avoue ingénument, j'éprouve 
plus de plaisir à faire cette visite méthodique du grand musée de 
l'univers que peut-être nul lecteur n'en éprouvera à me suivre, et si 
quelque regret m'arrête parfois, c'est d'être obligé à une telle conci- 
sion dans cette description scientifique qu'il faut à chaque instant 
réprimer l'enthousiasme inspiré par certaines contemplations gran- 
dioses ou charmantes. Nous pou- 
vons dire avec Kepler : « Mys- 
tères de l'infini, en vous s'abîme 
ma pensée ! mais pour vous admi- 
rer il faut vous connaître, et pour 
vous connaître il faut d'abord 
vous examiner de sang-froid. » 
C'est la première condition de 
l'étude. Mais les choses que nous 
étudions ainsi sont comme des 
germes déposés dans nos âmes, 
destinés à grandir, à fleurir et à 
fructifier ensuite dans la médita- 
tion et dans la rêverie. Nous étu- 
dions la nature pour la connaître, 
mais, en définitive, c'est surtout 
pour jouir. Lajouissanceque nous 
éprouvons dans la contemplation 
de la nature est d'autant plus 
grande et plus profonde que nous 
y pénétrons plus intimement. Le 
calme d'un beau paysage repose 
l'âme comme un bain intellectuel; 
une soirée d'été silencieusement illuminée des rayons étoiles nous 
enveloppe de fraîcheur et de mélancolie : mais combien la contempla- 
tion est plus éclairée, plus clairvoyante, plus complète, combien la 
sensation est plus vive et plus agréable si nous connaissons le sujet 
du tableau au lieu de ne voir qu'un indécis mélange de couleurs, si 
nous sentons dans le paysage la vie frémissante et perpétuelle, si 
nous sentons dans le ciel la richesse infinie de ses soleils et de ses 
mondes ! 

Nous venons de faire connaissance avec la région la plus boréale 




-î. — Principales étoiles de la Girafe, 



44 LES CONSTELLATIONS POLAIRES. - LA GIRAFE 

du ciel. Quelques mots encore à propos des constellations de la 
Girafe et du Renne. 

Les espaces vides laissés entre les anciennes figures de la sphère 
ont tenté depuis l'antiquité l'ambition des colonisateurs du firmament, 
et bien des tentatives ont été faites pour remplir ces vides; mais, de 
même que l'ode de J.-B. Rousseau adressée à la postérité, ces propo- 
sitions n'arrivèrent pas toutes à leur adresse. On trouve pour la pre- 
mière fois la Girafe sur un planisphère céleste de Bartschius publié 
en 1624, en compagnie de sept autres : la Mouche, la Licorne, le 
Tigre, le Jourdain, le Coq, le Rhombe, la Colombe de Noé. 

De ces huit constellations, formées sans doute par les navigateurs 
du seizième siècle, et non par Bartschius lui-même, car il remarque 
qu'il n'a fait que les placer sur sa sphère, la Girafe, la Mouche et la 




Fig. 23. — Alignement pour trouver l'étoile 230 Girafe. 

Licorne ont été adoptées par Hévélius et gravées dans son atlas 
de 1690, la Colombe de Noé a été adoptée par Halley, et c'est 
généralement à lui qu'on en attribue la paternité , le Rhombe est 
devenu le réticule rhomboïde, mais le Tigre, le Jourdain et le Coq 
ont disparu du Ciel. Sous Louis XIV, Augustin Royer, pour faire 
sa cour au Grand Roi, réunit plusieurs étoiles situées entre Céphée, 
Pégase et Andromède et en fit un beau dessin représentant un sceptre, 
qu'il appela la Main de Justice. Mais, dès 1690, onze ans après, cet 
emblème royal était remplacé par l'être le moins autocrate de la créa- 
tion, par un inoffensif lézard, sur les belles cartes d'Hévélius. Ce 
lézard paraissait aussi ne pas pouvoir rester en place; mais pourtant 
il est encore là, dans l'attitude d'une fuite prochaine. 

La Girafe élève sa tête jusqu'au pôle, comme on l'a vu sur notre 
fig. 3, p. 9. Elle n'est composée que de petites étoiles. Cependant elle 
mérite d'arrêter un instant notre attention, quoiqu'elle ne soit pas 



LES CONSTELLATIONS POLAIRES. — LA GIRAFE 45 

aussi vénérable que ses voisines puisqu'elle n'est encore âgée que de 
deux siècles et demi. Voici les principales étoiles qui la composent et 
les observations d'éclat qui en ont été faites. Elles ne portent pas de 
lettres, puisque la constellation est postérieure à Bayer, et elles sont 
désignées par les numéros des Catalogues de Flamsteed et de Piazzi. 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATIOX DE LA GIHAFE. 

I6G0 1700 1800 1840 1S60 1880 

10 FI 4 4| 4.5 4 4 4,2 

9 FI 4; 4i 4.5 4 5.4 4,6 

P. 111,111 5 6 4.5 4.5 4,:< 

P. III, 51 4i 4 5.4 5.4 4,7 

P. V, 335 5 5 5.4 5.4 4,9 

P. VI, 201 5 5 5.4 5.4 4,9 

P. XII, 230 5 6 5.4 5.4 5,0 

7 FI 4-1 5 5 5 5 5,0 

P. III, 7 5 6 5 5 5,0 

P. III, 54 4i 4.5 5 5 5,0 

P. III, 57 5 5.6 5 5 5,2 

1042 Radcl 5 5 5,3 

P. III, 121 5 5.6 5 5 5,5 

P. IV, 7 6 6 5 5 5,5 

P. IV, 269 5 5.6 5 5 5,0 

11 FI 5{ 6.7 5 5.6 5,5 

42 FI 5 4i 5 5 5 5,5 

43 FI 5 4^ 5 5 5.6 5,6 

P. X, 22 6 5. G 5 5 5,5 

Quelques variations d'éclat paraissent s'être produites, notamment 
sur la troisième et sur l'avant-dernière (la troisième, P. III, 111, n'a 
même été notée que de 7" grandeur par Lalande, vers 1800), plusieurs 
n'ont pas été observées par Flamsteed, mais il a peu visité cette ré- 
gion du ciel qui passe juste au zénith de Londres. Il y en a une néan- 
moins, dont l'absence est assez inexplicable sur les anciens Catalo- 
gues, c'est l'étoile de cinquième grandeur que l'on voit contiguë au 
sud de P. III, 111 {fig. 22). Ni Hévélius, ni Piazzi, ni Lalande ne 
l'ont vue, et c'est seulement depuis 1840 qu'elle existe dans les Cata- 
logues, les observateurs de Radcliffe (Angleterre) ayant alors estimé 
sa grandeur à 5.4. 

Remarquer dans la tête de la Girafe l'étoile de cinquième grandeur 
P. XII, 230-232. On la trouvera facilement en suivant notre petit 
dessin {firj. 23) et en remarquant que si l'on réunit par une ligne les 
étoiles p, "C, £, B, a. de la Petite Ourse, on peut tracer, également à par- 
tir de p, une ligne courbe symétrique de la précédente, passant par 
les étoiles 5 et 4 de la Petite Ourse, par l'étoile P. XII, 230, dont nous 
parlons, et allant rejoindre la polaire. Eh bien! cette étoile est une 
belle double, composée de deux autres de 6^ et 6" 1/2, écartées à 22" et 



46 LES CONSTELLATIONS POLAIRES. — LE RENNE. - LE MESSIER 



visibles dans la plus petite lunette {voy. fïg. 24). Très intéressante à 
observer. 

Voir aussi l'étoile 11, composé d'une étoile de 5' 1/2 et d'une de 6% 
très écartées (181") : la première est bleuâtre et la seconde orangée. 

s 




Fig. 24. — L'étoile double 230 Girafe. 



Fig. 25. — L'étoile double 269 Girafe. 



Mais la plus curieuse est encore l'étoile P. IV, 269. C'est une étoile 

double en mouvement rapide; seulement ce mouvement est absolu- 

,^r ment rectiligne, de sorte que selon 

i toute probabilité c'est là un groupe 

i de perspective, formé d'une étoile 

: ^ de 5^ grandeur et d'une de 8^ Je 

l'ai mesuré en 1877 : la distance 

-6. ^- ,o-- des deux composantes était de 20", 

tandis qu'elle était de 37" en 1 825 ; 
si la marche se continue unifor- 
mément, le plus grand rapproche- 
ment arrivera en 1932, à 9". Qui 
vivra verra! Notre fig. 25 repré- 
sente l'aspect actuel de ce couple, 
et notre fig. 26 son mouvement 
rapide et curieux, à l'échelle de 
1 millimètre pour 1 seconde. 
Quand on songe que toutes les 
étoiles se déplacent ainsi de siècle en siècle , plus ou moins, on voit par 
la pensée l'aspect des constellations se métamorphoser lezitement et la 
population des cieux s'animer de mouvements étranges et multipliés. 




Fig. 26. — Mouvement de l'étoile double 
269 Girafe. 



LES CONSTELLATIONS POLAIRES. — LE RENNE. — LE MESSIER 47 



Il y a encore dans cette même région du ciel deux petites constella- 
tions; mais leur histoire ne sera pas longue. 

Le Renne et le Messier ont été ajoutés dans ces régions polaires, 
le premier par Lemonnier en 1776, en souvenir de son voyage au 
cercle polaire, le second par Lalande en 1774, en l'honneur de Messier, 
le grand dépisteur de comètes, et un peu par suite d'un jeu de mots, 
a On appelle Messier, dit-il, celui qui est préposé à la garde des mois- 
sons ou des trésors de la terre. Ce nom semble naturellement se lier 
avec celui de M. Messier, notre plus infatigable observateur, qui 
depuis plus de trente ans est comme préposé à la garde du ciel et à la 
découverte des comètes. J'ai cru pouvoir rassembler sous ce nom les 
étoiles informes situées entre Cassiopée, Céphée et la Girafe, c'est-à- 
dire entre les princes d'un peuple agricole et un animal destructeur 
des moissons. » On voit que Lalande s'excuse. Pardonnons-lui 
en faveur de la bonne intention. Mais j'engage fort mes lecteurs (les 
astronomes compris) à ne pas se donner la peine de reconnaître ces 
deux constellations et à ne pas les conserver plus longtemps sur la 
sphère céleste. Les rares étoiles intéressantes que l'on a quelquefois 
désignées sous ces noms appartiennent à Cassiopée, avec laquelle 
nous allons faire connaissance. Après tout, d'ailleurs, un astronome 
tel que Lalande est excusable d'avoir essayé de fonder une constella- 
tion sur un jeu de mots. L'un des hommes les plus sérieux qui aient 
existé, Jésus-Christ, n'a-t-il pas lui-même donné l'exemple en fon- 
dant son église, oui, son église tout entière, sur un jeu de mots devenu 
légendaire : Tu es Pien-e, et sur cette Pierre, je bâtirai mon église... 
Que celui qui est sans défaut jette la première pierre. 



CHAPITRE III 



Cassiopée. — Andromède. — Persée et la Tête de Méduse. — Le Triangle. 
Suite de la description et de l'investigation des curiosités célestes. 



Si nous avons suivi avec soin les descriptions précédentes, nous 
connaissons maintenant le pôle nord du ciel mieux que nous ne con- 
naissons le pôle nord de la Terre, et lorsque désormais nous élève- 
rons nos regards vers cette région de l'espace, au milieu du silence des 
belles nuits étoilées, nous saluerons de loin les univers inaccessibles 
qui se cachent dans ces profondeurs, le système double de l'Étoile 
polaire, les deux soleils jumeaux de v du Dragon, la variable 5 de 
Céphée accompagnée de son satellite, l'étoile rouge p de Céphée, la 
nébuleuse gazeuse du pôle de l'écliptique, et les autres mondes décou- 
verts par la conquête télescopique ; nous suivrons par la pensée les 
variations lentes d'éclat qui ont fait pâlir l'étoile « du Dragon et quel- 
ques-unes de ses compagnes, tandis que d'autres grandissaient en lu- 
mière ; nous reconnaîtrons la trace du déplacement séculaire du pôle 
et nous songerons à nos aïeux dont cette étoile du Dragon était la 
polaire il y a quatre et cinq mille ans, et en contemplant les étoiles 
de la Petite Ourse, « la Queue du Chien », la Cynosure, le Dragon 
roulé sur lui-même, nous sentirons se réveiller en nous les vieux 
souvenirs des mythologies disparues. Ainsi la contemplation des 
cieux se présente à nos esprits éclairés sous son double intérêt réel 
et apparent, astronomique et légendaire : nous ne pourrons plus voir 
une constellation se dessiner dans l'espace sans reconnaître en elle 
une vieille amie et sans en recevoir une révélation ; nous lirons dans 
le ciel les secrets des mondes et les vraies destinées de l'univers. 

Dans cette même région du ciel, la constellation de Cassiopée est 
l'une des plus faciles à reconnaître par ses cinq étoiles de 2° et 3" gran- 
deurs disposées en W et étendues en pleine Voie lactée, à l'opposé de 
la Grande Ourse relativement à l'Étoile polaire. Ces cinq étoiles se 
suivent dans l'ordre : (3, a, y, 5, e. Une sixième, x, de 4" grandeur et 
demie, complète un carré avec les trois premières, ce qui dessine assez 
bien une chaise, dont cette étoile formerait le bord (un peu usé) et 



LES CONSTELLATIONS BOREALES 




Fig. 27. — Les constellations boréales. — Andromède. Persée. Cassiopée. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 7 



50 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE 



dont â et e formeraient le dossier courbe. Cette chaise prend toutes 
les situations possibles a l'égard de l'observateur, puisque, comme 
le reste, elle tourne autour du pôle en vingt-quatre heures : elle est 



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Flg. 23. — Alignement pour trouver Cassiopco. 

donc aussi souvent renversée que droite. Aratus remarque qu'elle 
offre aussi la forme d'une clé. Chaise, trône ou clé, la dénomination 
s'explique par la disposition de ces six étoiles. Les Arabes voyaient 
aussi là une main montrant du doigt les étoiles situées en avant. 

Eudoxe, Aratus et les Grecs l'appelaient Cassiépée, dont les Latins 
ont fait Cassiopée, par un changement de voyelle assez fréquent dans 
ces sortes de traductions. Cette divinité est assise sur un trône, et l'on 

pourrait croire qu'on l'a, en effet, assise 
sur le trône formé par les étoiles pré- 
cédentes ; mais il n'en est rien. Sur 
les plus anciennes figures comme sur 
les récentes, les étoiles (3, «, y, k se trou- 
vent dans le corps même de cette dame 
et non au-dessous d'elle. Le trône est 
formé par d'autres étoiles. Sur plu- 
sieurs manuscrits arabes de V Aima- 
geste, cette constellation s'appelle sim- 
plement « la Femme assise » . 

Rien n'est plus curieux que la com- 

9 '^fZ^^^'i \ V paraison des métamorphoses subies par 

^ "^--/ \ \ Vtr- Yes figures célestes à travers les âges. 

Chaque siècle y laisse pour ainsi dire 
son empreinte : le costume, la situation, 
l'air même, reflètent les idées domi- 
nantes de chaque époque. Aujourd'hui, 
nos atlas la représentent comme on vient de le voir sur le beau dessin 
de la page précédente (fig. 27). Mais, voyez {fig. 29) cette Cassiopée 
arabe du x' siècle dessinée sur un manuscrit d'Abd-al-Rahman 



^^^i 




Fig. 29 . — Un dessin de Cassiopée au x» siècle 
de notre ère. 



LES CONSTELLATIONS. 



CASSIOPEE 



5t 



al-Sûfi conservé actuellement à Saint-Pétersbourg et publié récem- 
ment par M. Schjellerup : elle paraît ne se tenir en équilibre qu'avec 
une extrême difficulté, et lorsqu'on songe que ce trône va se pencher 
en avant et se renverser totalement par suite du mouvement diurne de 
la sphère céleste, on peut craindre en vérité que cette jeune princesse 
ne fasse la culbute. Au xv' siècle, les éditions déjà illustrées du 
Poeticon astrononiicon d'Hyginus ont ajouté des liens pour éviter 
l'idée de cette chute, qui rappelait un peu celle d'Hébé. Mais ces liens 
ne tardèrent pas à disparaître, et on ne les retrouve plus sur la 
Cassiopée du bel atlas d'Hévélius ifîg.Sl) où la princesse paraît même 
tout à fait sur le point de tomber. Elle est mieux assise, et d'un âge 
plus mûr, sur l'atlas de Bayer {fig. 32) : c'est une reine, qui peut être 
mère d'Andromède, tandis que sur l'atlas de Flamsteed, le dessina- 
teur, oubliant tous les principes de l'histoire, en fait un véritable 
enfant de trois ou quatre ans {ftg. 30). 

Qui ne connaît l'histoire de Cassiopée, Cépliée, Andromède, Pégase 
et Persée? On peut la lire en détail dans les Métamorphoses d'Ovide 
(livre IV). Il ne me semble pas, comme l'ont cru Dupuis, Francœur et 
d'autres commentateurs de l'histoire de l'astronomie, qu'il y ait là 
l'interprétation humaine 
des aspects célestes, mais 



|w ^ m ii fimm tm^ 



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il est plus probable que 
cet épisode est le souvenir 
d'un fait historique, mé- 
tamorphosé plus tard par 
la poésie et la légende. On 
se souvient que Cassiopée, 
femme de Céphée , roi 
d'Ethiopie, eut un jour la 
vanité de se croire plus 
belle que les Néréides, mal- 
gré la couleur africaine de 
son teint. Ces nymphes 
sensibles, piquées au vif 
par une telle prétention, supplièrent Neptune de les venger d'un 
affront aussi colossal ; le dieu permit que d'épouvantables ravages 
fussent exercés par un monstre marin sur les côtes de Syrie. Pour 
conjurer le fléau, Céphée enchaîna sa fille Andromède sur unTocher, 
et l'offrit en sacrifice au terrible monstre. 
Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha au plus vite le 



Fig. 30. — La Cassiopée de l'atlas de Flamsteed. 



5'2 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉE 



cheval Pégase, modèle des coursiers, prit en main la tète de Méduse 
qui glaçait d'effroi, et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturelle- 




Fig. 31. — La Cassiopée de l'atlas d'Hévélius (1690). 

ment tout juste au moment où le monstre allait dévorer sa proie ; aussi 
n'eut-il rien de plus empressé que de pétrifier le monstre en question 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE 



53 



en lui présentant la tête hideuse de Méduse, et de délivrer Andromède 




Fig. 3Î. — La Cassiopée de l'atlas de Bayer (1603). 



évanouie. C'est un effet de scène dont la peinture a tiré parti dans 



54 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEB 



tous les sens; il y a peut-être autant d'Andromèdes que de Lédas, ce 
qui devient incalculable. Mais les peintres ont tort de faire cette jeune 
fille rose et blonde : elle devait être plus que brune et presque aussi 
noire qu'une négresse, ce qui est regrettable pour Persée, qui, dit-on, 
fut obligé de l'épouser. 

En commémoration de ces exploits, et pour ne pas faire de privilège, 
toute la famille fut installée au ciel, et aujourd'hui encore, avec un peu 
de bonne volonté, et en connaissant assez bien les figures convention- 




Fig. 33. — Principales étoiles de la constellation de Cassiopée. 

nelles qui se partagent notre atlas céleste, on peut voir sous le dôme 
étoile : Céphée trônant, couronne sur la tète et sceptre en main, à 
côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil orné de palmes; 
un peu plus loin, Andromède enchaînée sur un roc au milieu de 
l'abîme; un gros poisson la mord aux flancs; Pégase volant dans les 
airs, un peu en avant ; et enfin le héros de la pièce, Persée, tenant de 
la main droite un glaive recourbé, de| la main gauche la tête aux ser- 
pents hideux. — Voilà ce que l'œil mythologique peut encore con- 
templer au milieu de la nuit en se servant pour cela du tableau repro- 
duit plus haut [fig. 27), car autrement cette douce Andromède, cet 
intrépide Persée, seraient difficiles à distinguer dans le véritable ciel. 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉE 



55 



Mais revenons à la mère de la princesse, à Cassiopée, ou plutôt à 
ses étoiles constitutives, et comparons les observations d'éclat faites 
depuis deux mille ans sur cette antique constellation. 

Voici toutes les étoiles de cette constellation jusqu'à la cin- 
quième grandeur inclusivement. On les trouvera toutes à l'aide de 
notre fig. 33, que l'on doit considérer comme tournant autour de 



ÉTOILES PRINCIPALES DE CASSIOPEE, OBSERVÉES DEPUIS DEUX MILLE ANS 





-127 


+ 960 


1430 


1590 

3 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 

var. 


1860 

var. 


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3 


3 


3 


3 


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3.4 


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4 


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4 


4 


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4 


4 


4 


4 


4 


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4.3 


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5 


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4 


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4.5 


4.5 


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4 


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4 


4 


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4.5 


4.5 


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5 


6 


5 


5 


5 


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5.6 


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6 


5 


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6 


6 


6 


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6 


6 


5.4 














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6 


6 


6 


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6 


6 


6 


6 


5 


6 


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6 


6 


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6 


6 


6 


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5 


5.4 


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6 


6 


6 


6 


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5 


5 


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6 


6 


6 


5 


5 


5 


5 


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6 


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6.5 


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6 


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6 


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5.6 


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6 


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48 A 





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5.4 


5.4 


50 





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6 


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H 


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5 


5 


6 


6.5 


955 B.A.C 








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6 


6 


6 


5 


6 


5.4 


5.4 


1 











G 


G 


G 


6 


6 


5.6 


5 


101 














6 


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5 


5 


5 



1880 



2,5 
2 2 
Î',Ô 
2,8 
3,5 
4,0 
4,1 
4,4 
4,5 
4,5 
5,1 
6,0 
5,6 
5,6 
5,2 
5,2 
5,3 
5,3 
5,5 
5,4 
5,5 
5,7 
5,5 
5,8 
4,7 
4,2 
6,0 
5,0 
5,3 
5,0 



l'étoile polaire en vingt-quatre heures. Cette dernière remarque est 
importante pour trouver les constellations circumpolaires : leur direc- 
tion change d'une heure à l'autre autour de l'étoile polaire, qui, seule, 
reste fixe : elles sont tantôt au sud, tantôt au nord, tantôt h l'est, 
tantôt à l'ouest; mais les rapports mutuels entre les étoiles ne chan- 
gent pas, et par conséquent on peut toujours les chercher et les trou- 
ver. La comparaison séculaire des étoiles inscrites au petit tableau 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE 



précédent montre que parmi elles plusieurs paraissent avoir augmenté 
d'éclat, notamment les étoiles E, o, tc, p, j et t; ce fait de plusieurs 
étoiles subissant une variation analogue dans une même région du ciel 
n'aurait rien d'extraordinaire, car l'analyse spectrale nous montre 
certaines prédominances de constitution chimique et physique parti- 
culières à certaines régions du ciel. L'étoile A est assez difficile à 
identifier sûrement entre les différents catalogues; mais il ne me 
paraît pas douteux, toutefois, que ce soit celle que Tycho Brahé appelle 
Media Scabelli et que ce soit, non la 24°, mais la 25' d'Hévélius. Or, 
cette étoile et la suivante sont absentes des catalogues d'Hipparque et 
d'Ulug Beigh, ce qui porte à croire qu'à ces époques elles n'étaient 
pas de quatrième grandeur, comme elles le sont aujourd'hui; d'ail- 
leurs, Tycho et Bayer les ont notées de sixième. Cependant, elles 
ont déjà été vues de quatrième par Sùfi au dixième siècle. Il ne semble 
donc pas douteux que ces deux étoiles aient varié entre ces deux 
ordres d'éclat. — Les trois dernières étoiles de notre liste paraissent 
augmenter lentement. 

On constate sur x des variations légères, de 2,2 à 2,8. La palme de 
la constellation appartient actuellement ày : le 29 mars 1880, j'ai 
trouvé Y= 2,0, p= 2,2 et a= 2,5. Ainsi varient, lentement ou rapi- 
dement les soleils qui brûlent dans l'infini : il n'est rien de constant ni 
d'éternel. 

L'étoile ij/, notée anciennement de 6% a été notée de 4° 1/2 par 
Piazzi. C'est une étoile triple, composée d'une belle étoile jaune et de 
deiLx petites de 9° et 10' grandeurs, qui, à l'œil nu, ne lui ajoutent 
aucun éclat. Nous avons certainement là sous les yeux une étoile 
variable, car la comparaison d'un grand nombre d'observations donne : 



Tycho Brahé, 1590 . . . . 6«. 

Bayer, 1603 6". 

Flamsteed, 1700 5.5 

Flammarion, 1880 .... 5,5 

Hévélius, 1660 5.0 



Struve, 1832 5,0 

Piazzi, 1800 4.5 

Struve, 1827 4,0 

Sccchi, 1857 4,0 



Il serait intéressant de la suivre avec attention, simplement à l'œil 
nu. Au télescope, son intérêt s'accroît par son petit compagnon bleu, 
de 9^ grandeur, que l'on découvre à 29", et qu'une bonne lunette 
dédouble lui-même en deux étoiles de 9' et 10° grandeurs, écartées 
seulement à 3" l'une de l'autre. D'après l'analyse que j'ai faite des 
observations, ce petit couple est physique, animé d'un mouvement 
propre commun dans l'espace, mais est indépendant de l'étoile >\i, 
près de laquelle il ne se trouve que par le hasard de la perspective 



CASSIOPÉE. — ÉTOILE TRIPLE. — SYSTÈME IMAGINAIRE 



57 



C'est une étoile triple, mais non un système ternaire; — ce qui prouve 
une fois de plus qu'il ne faut pas se fier aux apparences. 

Cette étoile multiple a servi de texte, eh 1855, à un roman intitulé 
« Star ou i]; de Cassiopée, histoire merveilleuse de l'un des mondes 
de l'espace, description de la nature singulière, des coutumes, des 
voyages et de la littérature des Stariens». L'introduction, écrite en 
vers blancs, nous apprend à grands frais d'éloquence que ce manus- 
crit d'un autre monde a été trouvé dans un bolide creux tombé sur 
l'Himalaya. L'auteur y a inventé un système de mondes si bien con- 
struit qu'il ne durerait pas huit 
jours; il a décrit des êtres si 
singulièrement formés qu'ils 
n'ont ni tête, ni bras, ni jambes, 
ni poitrine, quoiqu'un dessin 
ait toutefois la prétention df 
représenter une petite famille 
de ce monde imaginaire, com- 
posée de trois membres essen- 
tiels (Monsieur, Madame et 
Bébé). C'est la nature terrestre 
transformée, ou plutôt défor- 
mée, et l'auteur anonyme nous 
a offert là une excellente preuve 
de la vérité de ce fait que l'ima- 
gination humaine ne peut pas 
créer même des idées : elle combine seulement, arrange (ou dé- 
range) des fragments observés. 

La constellation de Cassiopée renferme plusieurs étoiles variables 
intéressantes mais assez difficiles à observer sans instruments de pré- 
cision; ce sont les étoiles R, S et T. La première peut cependant par- 
fois être trouvée à l'œil nu, sur le prolongement d'une ligne idéale 
menée de ^ à a Cassiopée et prolongée à une égale longueur, plutôt 
un peu plus (voy. fig. 33). Elle varie de la 6' à la 13' grandeur, en 
une période de 410 jours. Son dernier maximum est arrivé le 18 fé- 
vrier 1880, et son prochain ari'ivera 410 jours après, c'est-à-dire, 
puisque le 18 février est le 48' jour de l'année et qu'il reste encore 
3 ISjours pour arriver au 31 décembre, que ce prochain maximum arri- 
vera le 92° jour de l'année 1881, ou le 3 avril; — et ainsi de suite. 

L'étoile S de Cassiopée varie en G14 jours de la 7' 1/2 à la 14' gran- 
deur; mais n'est jamais visible à l'œil nu, et son observation est 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 8 




Fig. 34. — L etjile Iriplc "j/ CassiopCe. 



58 SYSTÈME ORBITAL DE ËTA CASSIOPEB 



\ 



réservée aux astronomes praticiens. L'étoile T varie en 435 jours de 
la 7" à la 11° grandeur et n'est jamais non plus visible à l'œil nu. — 
Revenons aux étoiles doubles de notre constellation. 

Regardez entre a et y {fig. 33), l'étoile -/i, de quatrième grandeur, 
dont la nuance est jaune d'or : vous la verrez accompagnée d'une 
petite étoile de septième grandeur, qui tourne autour d'elle en deux 
cents ans environ. Distance angulaire (1880) ^::=5"3. C'est là un 
système orbital fort remarquable, observé depuis un siècle (dédoublé 
par Herschel le 17 août 1779 ) : le satellite a déjà parcouru un quart de 

circonférence depuis sa dé- 
T ~~~""~~^^ couverte : il se trouve 

I ' \^ maintenant presque au 

i "^<^. sud de l'étoile principale, 

comme on peut s'en ren- 
\ dre compte par notre 

fig. 35, qui représente la 
courbe du mouvement'ob- 
servé, à l'échelle de | cen- 
timètre pour 1 seconde ('). 
Le satellite paraît va- 
"■'» rier de couleur, et modi- 

Fig. 35. — Mouvement observé depuis un siècle sur letoile fier lé'^èrcmcnt par COU- 

dûuble T) Cassiopée. ^ ' ^ 

traste, celle de l'étoile 
principale, qui est toujours dans les environs du jaune. J. Herschel a 
noté les composantes rouge et verte en 1821 ; Struve, jaune et pourpre 
en 1832; Dawes, jaune et bleue en 1841; Secchi, jaune et rouge en 
1856 ; moi, je les vois jaune et lilas. 

Nous avons là sous les yeux un système physique emporté à travers 
l'espace par un mouvement propre commun rapide. La parallaxe de 
cette étoile paraît être de 0"154, ce qui indiquerait pour la distance 
qui sépare les deux soleils constitutifs de ce système 56 fois le demi 

(') Profitons de cette circonstance pour faire remarquer à ceux d'entre nos lec- 
teurs qui ne l'auraient pas immédiatement saisi, dans l'explication sommaire que 
nous en avons donnée à propos du premier couple d'étoiles dessiné dans cet ouvrage 
(p. 20), que dans toutes ces figures les lettres N, E, S, W, qui indiquent les direc- 
tions nord, est, sud et ouest relativement à l'étoile principale, pourraient être rem- 
placées par les chiffres 0°, 90°, 180» et 270° indiquant aussi ces quatre directions, 
puisqu'on compte les degrés de à 360 en passant par l'est. Dans ces figures, l'image 
est renversée, comme il arrive dans les lunettes astronomiques. Les étoiles marchant 
de l'est à l'ouest, dans le mouvement diurne, l'ouest ou 270° est en avant et l'est ou 
90» est en arrière : si le compagnon se trouve dans la moitié de gauche, il précède 
l'étoile principale; s'il se trouve dans la moitié de droite, il la suit. 



SYSTEMES ORBITAUX DANS CAS3I0PÉE 59 



rayon de l'orbite terrestre, 56 fois 37 millions de lieues, ou environ 
deux milliards de lieues. On voit qu'il y a entre ces deux soleils toute 
la place nécessaire pour permettre autour de chacun d'eux l'existence 
et la gravitation d'un riche système planétaire. De ces éléments résul- 
terait pour la masse de cette étoile et de sa compagne environ quatre 
fois et demie celle de notre soleil; c'est-à-dire que un million quatre 
cent cinquante mille terres comme la nôtre représenteraient à peine 
le poids de ce charmant petit couple en apparence si minuscule et si 
modeste. Sa distance cà notre globe errant n'est pas inférieure cà cin- 
quante trillions de lieues, et pour venir de là jusqu'à nous la lumière 
vole pendant près de 21 ans ! 

Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble qu'il y a une prodigieuse 
différence d'impression entre celle de l'œil vulgaire qui pendant la 
nuit obscure regarde cette étoile sans la connaître et celle de l'œil 
instruit qui voit là un double soleil circulant majestueusement autour 
de son centre de gravité et distribuant à des mondes inconnus les 
rayons d'une double lumière et d'une double fécondité. Le premier 
regarde sans voir; le second contemple et admire. Toute la poésie et 
toutes les fables de l'antique mythologie s'évanouissent devant la 
vision nouvelle, et, comme la goutte de rosée qui réfléchit l'univers, ce 
petit point perdu dans l'immensité des cieux semble résumer en lui 
l'enseignement de l'infini. 

Non loin de là, près de l'étoile (3, se trouve un autre système fort 
curieux, mais dont l'observation n'est accessilîle qu'aux instruments 
d'assez grande puissance : c'est celui de l'étoile anonyme 3062 du cata- 
logue de Struve, étoile de 7'' grandeur, dé- ;.- 
doublée pour la première fois en 1782 et ré- /' ~^\; 
gulièrement suivie depuis 1823, couple très \ i V" 

serré, dont les composantes sont respective- "' \ ''^ '\ " 

ment de 6° et de 7" grandeur et demie, et écar- ,»;\ • j 

tées seulement à 1"4. C'est l'un des couples ''"-^ : y'™ 

les plus rapides du ciel, car le satellite va re- j 

venir prochainement au point où Herschel l'a „ . , . , 

^ _ ^ ^ Fig. 36. — Mouvement observe ile- 

vu en 1782 : la révolution doit être de 104 ans puis un siècle sur rétoiie double 

■NT 1 ,• I ^ nn , i 306-2 Cassiopée. 

environ. Notre petite fig. 36 représente ce 
système à l'échelle de 1 centimètre pour 1 seconde. 

Observer l'étoile I, qui a perdu sa lettre dans les catalogues astro- 
nomiques, je ne sais trop pourquoi, car elle est très visiblement gravée 
sur la carte de Bayer, et juste à la place de cette étoile, nommée 
généralement P. II, 72, parce qu'elle est la 72° de la IP heure du 



60 



LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPÉE 



catalogue de Piazzi. Mais ce n'est pas la 35' d'Hévélius, comme on 
l'imprime généralement : c'est la 8'. Exemple des erreurs d'identifi- 
cation trop fréquentes, faites par les astronomes qui préfèrent parfois 
la quantité des observations à la qualité, et ne se donnent pas toujours 
la peine de savoir au juste quelles étoiles ils observent. (Dans ma jeu- 
nesse, le Directeur de l'Observatoire de Paris, croyant stimuler le 
zèle de ses employés, donnait une gratification de 15 centimes par 
étoile observée à son passage au méridien : l'un de mes collègues se 
faisait jusqu'à trois cents étoiles de bénéfice par nuit.) Mais chut! 
ne soyons pas trop indiscrets ! . . . 

Nous disions donc que l'étoile iota de Cassiopée a tout près d'elle 
im petit compagnon de 7'^ grandeur, à 2", et un de 8° 1/2 à 7" 6 : un 
instrument assez puissant est nécessaire pour dédoubler nettement le 
premier, mais le second est visible dans une lunette de 75 millimètres. 
Nous avons là non-seulement une belle étoile triple, jaune d'or, lilas 
et pourpre, mais encore un important système ternaire dont les trois 
composantes sont emportées dans l'espace par un mouvement propre 
commun et tournent très lentement autour de leur centre de gravité. 

L'étoile 101, de5'grandeur, prèsder, est la lOl'dela XXIIPheure 
du catalogue de Piazzi ; la plus faible lunette montre auprès d'elle, à 
74", une étoile de7'' grandeur 1/2. Celle-ci est double elle-même, mais 
très serrée (1"5) et accessible seulement aux puissants instruments. 

Remarquons encore l'étoile o-, qui a un charmant petit compagnon 
de 8° grandeur, à 3", et nous aurons épuisé la liste des belles étoiles 
doubles de cette constellation. Mais ne quittons pas cette région du 
ciel sans regarder avec une curiosité toute particulière la belle étoile y, 
de seconde grandeur. En apparence, elle n'a rien qui la distingue de 
ses compagnes de môme éclat ; mais l'analyse spectrale révèle en elle 
une constitution chimique et physique fort étrange et à peu près 
unique parmi toutes les étoiles que nous voyons briller au firmament. 
Son spectre est double, comme celui de l'étoile nouvelle apparue dans 




Fig. 37. — Spectre de l'étoile f Cassiopée, 



la constellation de la Couronne en 1866 : il présente des raies noires 
d'absorption, comme nous en voyons dans le Soleil et dans les autres 
étoiles, mais à ce réseau s'ajoute un second réseau de raies lumineuses 
parmi lesquelles on reconnaît celles de Vhydrogène incandescent, car 



SOLEIL INCENDIE DANS CASSIOPEE 



61 



on n'a vu ce double spectre que sur les rares étoiles qui ont brillé d'un 
éclat temporaire pour retomber aux dernières grandeurs. Voilà un 
soleil qui brûle avec ardeur ; tout autour de lui flambe le gaz hydro- 
gène, et depuis deux mille ans que nous tenons les yeux attachés sur sa 
lumière, l'incendie ne parait pas décroître, au contraire, car cette 
étoile est pleinement de seconde grandeur aujourd'hui tandis qu'elle 
n'était autrefois que de troisième. Peut-être cet incendie se précipite- 
t-il et allons-nous assister un jour à une conflagration telle que cette 
lumineuse étoile atteindra le premier ordre pour le dépasser, et, 
comme sa voisine de l'an 1572, pour éclipser en splendeur l'étincelant 
Sirius lui-même 

Une autre étoile de la même constellation mérite d'être signalée 
ici à cause du mouvement propre extrêmement rapide dont elle est 
animée : c'est l'étoile \l, de 5" grandeur et demie, que l'on voit non 
loin de a. Elle se meut dans l'espace avec une vitesse de 4" 43 par an, 
ou de 443", soit 7' 23" par siècle, c'est-à-dire qu'en 420 ans environ 
elle se déplace sur la sphère céleste d'une quantité égale à la largeur 
apparente de la Lune. Ce lointain soleil est lancé dans l'immensité 
avec une telle vitesse qu'en 812 ans il parcourt un degré entier et que 
depuis l'époque des astronomes grecs, depuis 2400 ans, il a déjà 
parcouru trois degrés. Malheureusement, quoiqu'on inscrive parfois 
cette étoile comme ayant été observée du temps d'Hipparque et de 
Ptolémée, elle est entièrement absente de ce premier catalogue, et ce 
n'est point elle non plus que Sùfi a inscrite la huitième de son cata- 
logue, comme on l'a supposé. Lapins ancienne mention que j'en aie 
pu recueillir est celle de Tycho Brahé, il y a trois siècles. C'est d'au- 
tant plus regrettable, qu'il serait 
aujourd'hui extrêmement intéres- 
sant pour nous de constater un 
mouvement propre sur des obser- 
vations faites à l'œil nu. 

Le mouvement propre annuel 
de cette étoile est de 1"56 en dé- 
clinaison vers le sud et de 0" 386 
en ascension droite vers l'est. La 
résultante, de 4" 43 d'arc de grand 
cercle, prouve qu'il y a mille ans 
l'étoile se trouvait à 4430", ou 74', ou 1"14', en arrière de sa position 
actuelle, qu'il y a deux mille ans elle était à 2° 28', il y a trois mille 
ans à 3° 42', et qu'il y a quatre mille ans elle était contiguë à 





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Fig. 3S. 


— Mouvement rapide de 1 
(j. Cassiopée. 


étoile 





62 VITESSE inouïe D'UN SOLEIL, DANS CASSIOPEE 

l'étoile «. Elle se dmge vers l'étoile 9 de Persée, dont elle sera voisine 
dans six mille ans si son mouvement se continue en ligne droite. 
A ce taux, elle décrirait sur la sphère céleste un arc de 123° en cent 
mille ans et ferait le tour du ciel en ti^ois cent mille ans; mais elle ne 
tourne certainement pas autour de nous. Quoi qu'il en soit, c'est là 
l'un des mouvements propres les plus rapides du ciel entier : c'est la 
plus rapide des étoiles que nous puissions facilement distinguer à l'œil 
nu, et pourtant elle n'offre aucune parallaxe sensil^le. Bessel déclare 
dans ses F undamenta Astronomie (1818) qu'il a cherché par quatre- 
vingts observations de différences de positions entre cette étoile et sa 
voisine si elle manifeste une parallaxe quelconque, et qu'il n'en a 
trouvé aucun vestige. Si nous lui supposions un dixième de seconde 
de parallaxe, à cette distance, un dixième de seconde représentant 
37 millions de lieues, une seconde entière représenterait 370 millions 
de lieues, et le déplacement annuel de l'étoile, 4"43, équivaudrait à 
1639 millions de lieues. Nous pouvons considérer ce chiffre comme un 
minimum pour le chemin annuellement parcouru par cette étoile, 
éloignée ainsi à 76 trillions de lieues d'ici. Il en résulte que ce soleil 
lointain et colossal court dans l'immensité avec une vitesse de 
4 487 000 lieues par jour au moins, ce qui donne 187 000 lieues à 
l'heure, 3000 lieues par minute ou plus de deux cent mille mètres par 
seconde ! Et c'est là un minimum ! 

Ah ! quelle transfiguration ! Ce ciel, image de la nuit et de la mort ! 
cette immobilité apparente des étoiles du firmament ! ce silence sécu- 
laire et cette antique solitude des profondeurs étoilées ! Erreurs ! illu- 
sions! rêves de l'ignorance!... C'est la vie, c'est le mouvement, c'est 
la puissance, c'est l'énergie, c'est la lumière, c'est le soleil! Que dis- 
je? C'est un tourbillon de soleils sans nombre se précipitant à travers 
les abîmes de l'infini , c'est une épouvantable conflagration de 
me .ides énormes ballottés par les vents du ciel; nos orages, nos oura- 
g'.ns et nos foudres sont de doux sourires en comparaison de ce pro- 
c'.gieux et fantastique déploiement des colossales énergies de l'univers. 

Lointain soleil : où court-il?... Pauvre étoile : qui l'attire?... Pla- 
nètes d'un tel tourbillon : qui les emporte?... Où est le but? où est la 
fin? où est le commezicement?... Eh! où allons-nous nous-mêmes? 
Avec son petit train de 650 000 lieues par jour, de 29 kilomètres par 
seconde (déjà onze cent fois plus rapide qu'une locomotive lancée à 
toute vapeur), où va la Terre elle-même? Vers quelle plage notre 
propre soleil nous emporte-t-il? Où donc tout ce qui existe dans la 
création entière, astres, soleils, planètes, satellites, comètes, prin- 



L'ETOILE TEMPORAIRE DE 1572 03 

temps, hivers, fleurs, parfums, bosquets, oiseaux, enfants, vieillards, 
rêves ou souvenirs, espoirs ou désespérances, plaisirs ou douleurs , 
tyrans et victimes, sages et fous, âmes et étoiles : où donc tout cela 
tombe-t-il ?. . . O nuit ! ô vaste nuit ! . . . abîme ! profondeur ! . . . 

Ciel immense! plus nous avançons, plus tu es noir! 

Et ce soleil incendié, ce prodigieux flamboiement céleste, qui en 
1572 terrifia l'Europe savante et sans doute aussi les humanités con- 
templatives qui habitent les autres mondes de notre système! c'est 
précisément dans cette même constellation de Cassiopée qu'éclata 
soudain cette étoile enflammée dont la lumière surpassait celle de 
Sirius au point d'être visible en plein jour. Pendant cinq mois, cette 
étoile temporaire domina tous les astres de première grandeur; puis 
elle descendit au rang des étoiles de deuxième ordre, atteignit la troi- 
sième grandeur, la quatrième, la cinquième, la sixième, et, dix-sept 
mois après son apparition, disparut à l'œil nu. Le télescope n'était pas 
encore inventé pour la suivre plus loin. Qu'est-elle devenue? Déjà en 
1264 une apparition analogue s'était montrée dans cette même région 
du ciel, et les chroniques placent aussi une étoile nouvelle en l'an 945 
dans la même région, de sorte qu'on pourrait croire que c'est la même 
étoile qui a repris ses feux à des intervalles de 319 et 308 ans. L'iden- 
tification n'est pas absolument certaine, parce que les deux premières 
apparitions n'ont pas été observées avec une précision rigoureuse et 
que Ton ne sait pas si elles ont eu lieu juste au même point du ciel ; 
mais cependant ces phénomènes sont si rares, si extraordinaires, que 
pour qu'ils se soient produits trois fois dans la même région il faut 
évidemment qu'ils aient été favorisés par une cause locale; selon 
toute probabilité, c'est la même étoile qui les a manifestés. S'ils 
doivent se reproduire une quatrième fois, après un cycle analogue 
aux deux premiers, c'est précisément à notre époque actuelle, vers 
1880, que nous devrions assister à une nouvelle conflagration de ce 
lointain soleil. L'intérêt capital pour nous est donc de connaître 
exactement la position de cette étoile et de diriger de temps en temps 
une lunette interrogative vers ce point de l'immensité. Déjà nous 
avons pu remarquer cette étoile sur notre fig. 32 qui est un fac-similé 
de celle de Bayer, dessinée en 1603, d'après les observations de 
Tycho, et sur des souvenirs encore frais : on voit qu'elle brillait sur le 
dossier du trône de Cassiopée, près de l'étoile ■/.; l'atlas d'Hévélius 
[pcj. 31) indique la même position. Exprimée dans les coordonnées 
habituelles, cette position est, pour l'état actuel du ciel : 

Ascension droite = 0'' 18°'; Déclinaison boréale = 63» 27'. 



64 LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE 

On voit aujourd'hui là une petite étoile de onzième g-randeur, rou- 
geâtrc et un peu vaporeuse, qui pourrait bien être la fameuse étoile 
dont nous venons de rappeler l'histoire. Chercher au point indiqué sur 
notre fig. 33. Si ce phénix céleste doit ressusciter prochainement de 
ses cendres, c'est peut-être un observateur inconnu qui en signalera le 
premier la réapparition (comme on Ta vu en 1572, et comme on vient 
de le voir encore tout récemment au Brésil pour la comète australe 
de février 1880). Que l'on inscrive donc sur son carnet ce point du 
ciel comme l'un de ceux qu'il convient d'épier lorsqu'on a l'occasion 
de diriger une lunette de ce cûté-là. 

Voilà, sans contredit, bien des curiosités astronomiques et histo- 
riques rassemblées dans un même quartier de notre ciel boréal. Ce 
n'est pas tout encore. Entre p et c, étoiles de cinquième grandeur 
(c est une gentille petite double), dirigez une lunette, et vous admi- 
rerez un magnifique amas d'étoiles, qui scintille là, en pleine Voie lac- 
tée, comme une fine poussière de diamants. C'est miss Caroline 
Herschel qui la première découvrit ce lointain archipel de soleils en 
examinant cette région du ciel pendant l'automne de l'année 1783 : il 
a été classé sous le n° 30 de la VP classe d'Herschel, et s'appelle 
H. VI, 30. D'après le dessin ci-dessous, fait en 1835 par l'amiral 
Smith, cet amas d'étoiles rappelle un peu la forme d'un crabe (qui 
aurait la tête au nord-ouest, en bas et à gauche sur la figure). 
4 Telles sont les richesses de la constellation de Cassiopée. Celle 
d'Andromède est plus opulente encore. 
Vous la reconnaîtrez dans le ciel en menant une ligne de la Grande 

Ourse à la Polaire et à Cassio- 
pée : le prolongement de cette 
ligne arrive aux étoiles principales 
d'Andromède et de Pégase. La 
première étoile du caiTé de Pé- 
gase se nomme a. Andromède; 
viennent ensuite pety Andromède, 
qui conduisent à « de Persée. 
Toutes ces étoiles sont de seconde 
grandeur et très faciles à recon- 
naître dans le ciel à première vue. 
Si mahitenant nous voulons faire 

Fia. 39. — Amas d'étoiles dans Cassiopée. . , , 

connaissance avec chacune des 
étoiles d'Andromède, la petite carte ci-de$sous permettra d'identifier 
ces étoiles dès la première soirée. 




LES CONSTELLATIONS. — ANDROMÈDE 



65 



Comme Cassiopée, Andromède a subi dans les atlas célestes les 
métamorphoses les plus curieuses. Cette charmante princesse est cer- 



8\ "é. 



Curré de t'êtitise 



Polaire 






* - 

/* 



f ».'' 






Fig. 40. — Alignement pour trouver Andi'omède et Pégase. 

tainement ravissante sur le dessin de notre figure 27 (Bode, 1800). 
inspiré par le goût si délicat de l'art grec oublié pendant toute l.i 




Fig. 41. — Etoiles de la constellation d'Andromède. 



durée du sombre et rude moyen âge. On n'imaginerait pas, si on m^ 
les avait sous les yeux, les transformations que cette image a subie.'^ 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 9 



^H^ 



66 



LES CONSTELLATIONS. - ANDROMEDE 



suivant les époques. Au dixième siècle, Touvrage d'Abd-al-Rahman- 

al-Sùfi la représente com- 

(^^.u/i^»i;!^U<iXi'^"i^-^'V*2r<' me on la voit sur notre 

M ^^^^''^^'^ fig- 42, tirée d'un manus- 

'^^ - crit de Saint-Pétersbourg, 

publié récemment par Sch- 
jellerup. Au douzième siè- 
cle, nous trouvons sa cari- 
cature (/ig. 43) sur un globe 
arabo-cufique conservé de- 
puis au musée Borgia. Au 
treizième siècle, le roi as- 
tronome Alphonse X, la 
voyait sous la forme repro- 
duite /ig. 48. Au commen- 
cement du dix-septième siè- 
cle, en 1603, Bayer Ta des- 
sinée sous les traits de notre 
f?fji. 44. Soixante ans plus 
tard, Hévélius l'a retour- 
née et nous la montre vue 




Fis. 4'2. — De<iBin d'Aiulr.imMe au dixième siècle. 




de dos mu 45), en supposant qu'on voie la voûte céleste du dehors, 

comme sur un globe 
astronomique, ce qui 
dans tous les siècles a 
établi la plus grande 
confusion pour le pla- 
cement des étoiles. 
Enfin , on l'a de nou- 
veau retournée, etnous 
la voyons désormais 
de face, comme sur 
la /îg. 27. 

Ces six figures as- 
tronomiques d'Andro- 
mède donnent une idée 
des métamorphoses 



Fig W. — Une Andromède du treizième siècle. 



que les constellations ont subies sur les atlas célestes, — comme on 
a déjcà pu l'apprécier à propos de Cassiopée — et des difficultés qiu en 
résultent trop souvent pour l'identification des étoiles. Pendant bien 



TRANSFORMATIONS CURIEUSES 



67 



des siècles on a véritablement oublié les étoiles pour les personnages 
mythologiques. La construction des globes célestes qui force à des- 
siner le ciel à l'envers, comme si on le voyait de l'extérieur, a conduit 




Fig. 44. — L'Andromède de l'atlas de Bayer (1603). 



d'autre part à retourner les figures, et à les représenter symétrique- 
ment, la gauche devenant la droite et réciproquement, comme on le 
voit en comparant les fig. 44 et 45 ; certains scrupules de décence ont 
conduit aussi les dessinateurs à retourner tous les hommes et toutes 
les femmes du firmament, de telle sorte qu'ils sont tous vus de dos au 



68 



TRANSFORMATIONS CURIEUSES 



lieu d'être vus de face, — ce qui, paraît-il, était plus convenable, — et 
ensuite on est allé jusqu'à les costumer de la façon la plus ridicule. 
Tout cela est à signaler en passant. 

Si ces changements avaient toujours eu pour effet le perfectionne- 
ment des figures, on pourrait à la rigueur les justifier ; mais c'est 
souvent l'effet contraire qui a été produit : on est tombé du beau dans 
le laid. [A propos de laideur, on se souvient de ce qui arriva à cet 
acteur extrêmement laid qui représentait le rôle de Mithridate dans 




Fig. 45. — L'Andromède de Tatlas d'Hévélius (1690). 



la pièce de Racine. En un certain moment d'une scène d'amour, 
Monime s'écrie : « Ah! seigneur, vous changez de visage! » Un plai- 
sant cria du parterre: « Laissez-le faire! » On juge du rire homérique 
qui accueillit cette répartie. — Et cet avocat aussi laid que célèbi'e qui, 
pour obtenir ime séparation, allait jusqu'à insulter le mari présent, et, 
dans un beau mouvement pathétique, à dire au jury : « Mais regardez 
donc cet homme : il outrepasse la permission d'être laid; on ne trouve- 
rait pas dans le monde entier un homme plus laid que lui. — Avocat, 
répliqua le président, vous vous oubliez ! » Toute l'assemblée se mit à 



TRANSFORMATIONS CURIEUSES 



69 



rire, et l'avocat le premier.] Quoique la beauté soit une affaire de goût, 
on ne peut s'empêcher de remarquer que les changements apportés 
aux figures des constellations n'ont pas toujours été fort heureux. 

Remarque esthétique assez curieuse : artistes et astronomes se sont 
généralement accordés à nous montrer dans Andromède une char- 
mante princesse blanche et rose, de notre race, tandis qu'elle devait 




Fig. 46. — L'Andromède du Temple des Muses (1676). 

être une éthiopienne colorée d'une nuance chocolat ou pis encore. 
Je ne connais qu'un petit nombre de tableaux qui aient osé gardé la 
vérité historique, et, pour la curiosité du fait, je reproduis ici 
iflg. 46) celui du Temple des Muses, publié sous Louis XIV (1676). 
Tout le drame astronomique y est du reste représenté. 

Etudions maintenant cette constellation. On trouvera au tableau 
ci-contre les étoiles qui la composent, avec les observations faites 
depuis deux mille ans. .|^ 



70 



LES CONSTELLATIONS. — ANDROMEDE 



PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'ANDROMÈDE 
OBSERVATIONS FAITES DEPUIS DEUX MILLE ANS 





-127 


+ 960 


1430 


1590 


1603 


16G0 


1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


K 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


1 


2 


2 


2,0 


P 


3 


2.3 


3 


2 


2 


2 


2 


2 


2.3 


2.3 


2,2 


Y 


3 


3 


3 


2 


2 


2 


2 4 


3.4 


2.3 


2.3 


2,1 


S 


3 


3.4 





3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3,3 


E 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4-5 


4,3 


î 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4,3 


1 


4 


5.4 


5 


5 


4 


4 


4.5 


5 


5 


4.5 


4,4 


B 


4 


4.5 


4 


4 


4 


5 


4 i 


5 


5.4 


5.6 


5,4 


i 


4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


7 


4 


4 


4,5 


X 


4 


4,3 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4.5 


4,5 


X 


4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4 


4 


4,4 


1» 


4 


4 


4 


4 


4 


3 


3.5 


4 


4 


4 


4,3 


V 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4.5 


4,5 


e 














4 


5 


4 i 


5 


5 


5 


5,0 





3 


4.3 


4 





4 


4 


3i 


4 


4.3 


4.3 


4,0 


K 








4 


5 


5 


4 


4 i 


4.5 


4 


4 


4,3 


P 


5 


5.6 


5 


S 


5 


5 


5 


5.6 


6 


6.5 


6,0 


B 


4 


4.5 


4 


5 


5 


5 


5 


5.6 


4.5 


4.5 


4,7 


50 T 


4 


4 


4.3 


5 


5 


6 


5| 


5 


4.5 


4 


4,6 


u 


4 


4.3 


4 


5 


5 


5 


4 


5.6 


6 


6.5 


5,5 


f 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


'5 


4.5 


4.5 


4,5 


X 


5 


6 


5 





5 





6 


6 


5.6 


6.5 


5,6 


^ 











5 


5 


6 


5^ 


5 


5 


6.5 


5,7 


(0 














6 


5 


5 


5.6 


5 


5 


4,7 


A 








5 





6 


5 


5 


5.6 


6 


6 


6,0 


b 














6 


G 


6 


6 


5.6 


5.6 


5,5 


c 














6 


G 


6 


6 


5.6 


5.6 


6,0 


53 














G 


5 


5 


5.6 


5 


5.6 


4,8 


3 

















6 


6 


6 


5.6 


5 


5,5 


7 

















6 


5i 


5 


5 


5 


5,4 


41 

















5 


5 


5.6 


5 


5 


5,4 


Néb. 





Néb. 








G 


Néb. 


Néb. 


Néb. 


Néb. 


Néb. 


Néb. 



11 y a dans cette liste deux étoiles qui m'ont rempli de perplexité. 
Ce sont les étoiles r et u, situées sur la jambe gauche d'Andromède, 
au-dessus du genou. {Voy. fig. 44.) Les catalogues astronomiques et 
les atlas célestes font la plus étrange confusion entre ces deux étoiles 
et une troisième (n° 53, vers la fin de la liste précédente). Ainsi, déjà, 
sur la figure 27, qui est une réduction photographique de l'atlas de 
Bode, la lettre t est affectée à l'étoile de droite, la lettre u à l'étoile de 
gauche, et l'on voit un peu plus à gauche, et formant un triangle avec 
les précédentes, une troisième étoile sans lettre. Eh bien! ce n'est pas 
celle de droite qui doit s'appeler r, c'est celle du haut (nommée par 
erreuru),et c'est la troisième, anonyme, qui estu. Voyez, en effet, notice 
fig. 44, qui est une reproduction de celle de Bayer : au-dessus de y, 
sur la jambe gauche, sont les étoiles u etr, celle-ci étant la plus haute. 



LES CONSTELLATIONS. — ANDROMEDE 



7) 



etu à sa gauche. Quant à l'étoile marquée t sur l'atlas de Bode, 
elle n'existe pas sur la carte de Bayer. 

Si nous remontons aux plus anciennes figures, nous reconnaîtrons 
les trois étoiles y, u et t sur la jambe gauche de l'Andromède de l'ou- 
vrage d'Abd-al-Rahman al-Sùfi (x" siècle), dont nous avons repro- 
duit le dessin (fig. 42), et nous les trouverons aussi sur le dessin gros- 
sier du globe arabo-cufique reproduit fig. 43 et sur lequel il^est assez 
remarquable de rencontrer ces trois étoiles à leur place, car en géné- 
ral les dessinateurs s'inquiétaient fort peu de ce déta.il astronomique : 
ils sacrifiaient les étoiles aux figures, au lieu de faire le contraire. 

Ces deux étoiles sont les 18' et 19" du catalogue de Ptolémée. Il y a 
deux mille ans, elles étaient l'une et l'autre de quatrième grandeur, et 
depuis cette époque il est arrivé dans cette région du ciel les variations 
dont notre ftg. 47 donne quatre spécimens. Sans doute, l'étoile voi- 



7 T^ 


X t . X "^ X * " 
.P 7® ■ „|® 



Anciennement. Dii-seplièine siècle. Dix-liuitièrae s-iècle. Aujourd'hiii. 

Fig. 47. — Changements arrivés dans l'éclat des étoiles x et 53 Andromède. 

sine de u et la 55' n'ont pas varié, et, si elles sont absentes des anciens 
catalogues, c'est simplement parce qu'elles ne sont que de sixième 
grcandeur. L'étoile x. de 5 'grandeur 1/2, a pu aussi ne pas varier. 
L'étoile 7, qui est une faible de 2' grandeur, a pu être parfois inscrite 
de 3' et ne pas varier non plus. Mais les trois étoiles t, u et 53 ont cer- 
tainement changé d'éclat, puisque cette dernière étoile, qui est actuel- 
lement plus visible que v, est absente dans les anciennes observations. 
Pour reconnaître ces étoiles dans le ciel, cherchez la petite constella- 
tion du Triangle, au sud de y Andromède {fig. 41) : la ligne menée 
par T et 53 se dirige vers le Triangle, tandis qu'une ligne menée par r 
et V passerait au nord de y Andromède. 

Les deux étoiles voisines ? et m ont aussi varié d'éclat. Absente des 
catalogues jusqu'au xvu' siècle, la première apparaît pour la première 
fois sur la carte de Bayer, en 1603, comme étant de 4' grandeur, et 



72 



LES CONSTELLATIONS. — ANDROMEDE 



depuis elle se maintient aux environs de la 5°. A la même époque, au 
contraire, sa voisine w était de 6' : elles sont toutes deux aujourd'hui 
de même grandeur et de b\ J'ai même trouvé, le 19 mars 1880, w 
plus brillante que ?. 

L'étoile 9 est descendue delà 4° à la 5' 1/2. Sa voisine c, jadis aussi 
de 4% lui était inférieure en 1590 et 1603, et lui est aujourd'hui supé- 
rieure. 

L'étoile i, qui est ordinairement de 4' grandeur, a été notée de T 
par Piazzi à la fin du siècle dernier (et cette grandeur a été repro- 
duite, sans remarque, par Bessel dans son catalogue de Bradley). 
On pourrait attribuer cette notification de Piazzi à une erreur de 
transcription; mais, en 1784, d'Agelet a noté cette môme étoile de 

6' grandeur. L'année précédente, 
il l'avait notée de 3° à 4°. Lalande 
l'a notée une fois de 5' et deux 
fois de 4^ Harding l'a inscrite de 
Q\ Elle est aujourd'hui de qua- 
trième et demie, comme habituel- 
lement et à peu près de même 
grandeur que X. Concluons qu'elle 
subit des fluctuations, rares, mais 
assez importantes. Encore un 
astre inconstant ! 

L'étoile « a été notée de pre- 
mière grandeur par Piazzi, sans 
doute par erreur, car je n'en ai 
trouvé aucune autre notification, 
quoique Babinet ait écrit qu'elle 
a été a longtemps mise au rang des étoiles de première grandeur » et 
que son éclat va sans doute en-s'alTaiblissant. Je ne vois rien qui jus- 
tifie cette conjecture du spirituel académicien. 

Cette constellation renferme une étoile variable que l'on peut quel- 
quefois découvrir à l'œil nu. C'est l'étoile R, située près du groupe 9 p c. 
(Voy. la fîg. 41.) Elle varie de la 6' à la 13' grandeur en 405 jours. 
Quelle immense échelle de lumière! Quelle physique, quelle optique, 
pour les mondes qui subissent de telles fluctuations d'éclat dans leur 
lumière diurne et dans leur température. Passer chaque année par la 
gradation d'un soleil devenant quatre mille fois plus lumineux et plus 
ardent à chaque été ! C'est inimaginable pour nous autres habitants 
d'un calme système où pourtant nous trouvons encore parfois à nous 




Fig. 48, — L'Andromède du livre d'Alphonse X 
(xiii" siècle). 



LE SYSTEME TRIPLE DE GAMMA ANDROMEDE T3 

plaindre d'un contraste trop violent entre les chaleurs torrides de juillet 
et le froid noir du frissonnant décembre. 

Le maximum actuel de cette étoile variable est arrivé le 29 mai 1880, 
époque à laquelle on a pu voir cette étoile à l'œil nu ; puis elle a di- 
minué lentement d'éclat, a disparu cà la vue, et ne s'est plus laissée 
observer qu'à l'aide des instruments astronomiques. On pourra la re- 
chercher de nouveau 405 jours après ce maximum, c'est-à-dire, puisque 
le 29 mai est le 149° jour de l'année, qu'elle reparaîtra à son prochain 
maximun le 188° jour de l'année 1881, ou le 8 juillet. 

Mais, de toutes les curiosités célestes que renferme cette constel- 
lation, l'une des plus merveilleuses est sans contredit la belle étoile 
triple gamma d'Andromède. Une lunette de faible puissance (notre 
lunette n° 1) la dédouble en un splendide soleil orangé et un charmant 
soleil brillant d'une translucide nuance émeraude, et un instrument 
plus puissant dédouble de nouveau celui-ci en deux pierres précieuses, 
une émeraude et un saphir. Je défie l'esprit le plus froid de contempler 
cette triple association, de soleils sans être saisi d'admiration. Et nul 
spectacle n'est plus facile à se donner, puisque l'étoile y d Andromède 
est une étoile de seconde grandeur que l'œil le plus inattentif peut 
reconnaître dans le ciel en quelques minutes. (Foy. notre fig. 41.) Cet 
admirable couple, l'un des plus ravissants du ci-îl, a été découvert 
le 29 janvier 1777 par Christian Mayer, astronome à Mannheim, qui 
avait dirigé une lunette l'année précédente sur cette même étoile, sans 
la voir double, quoiqu'il cherchât des étoiles doubles. « Ce soir-là, 
écrit-il, je trouvai à ma grande surprise un petit compagnon pâle et 
à peine visible. Un an plus tard, le 27 janvier 1778, je fus fort étonné 
de le trouver brillant comme une étoile de 7° grandeur. » Il ne fait 
aucune remarque sur les couleurs, qui sont cependant si frappantes. 

Si l'on ne savait combien il faut être réservé sur les observations 
négatives (car ne pas voir certains détails, même en ayant les yeux 
dessus, ne prouve point qu'ils n'existent pas), on pourrait croire que 
la seconde étoile de y d'Andromède n'existe pas depuis longtemps, — ou 
du moins n'est devenue visible qu'en 1777, car il faudrait tenir compte 
du temps que sa lumière emploie pour arriver jusqu'à nous. Par une 
belle nuit d'août 1764, l'habile observateur Messier, se servant d'un 
télescope newtonien de quatre pieds et demi de longueur, compara 
attentivement la nébuleuse d'Andromède à l'étoile y pour apprécier sa 
lumière : or, il ne vit cette étoile ni double ni colorée. En 1776, une 
lunette de huit pieds ne montra pas davantage ce compagnon à Mayer, 
qiji pourtant cherchait des étoiles doubles. En 1777, il le découvrit, à 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 10 



14 LE SYSTEME TRIPLE DE GAMMA ANDROMEDE 



l'aide de la même lunette, pâle et à peine visible, c'est-à-dire de 
9' grandeur environ. En 1778, il le trouva beaucoup plus brillant, et 
de 7" grandeur. Aujourd'hui, nous voyons ce compagnon de 5" gran- 
deur. Il est difficile do croire qu'il n'ait pas augmenté d'éclat. Peut- 
être cependant le perfectionnement des instruments entre-t-il pour 
une grande part dans ces différences, car, dans les instruments impar- 
faits, les étoiles conservent des rayons qui s'étendent au loin tout 
autour d'elles et éclipsent facilement une étoile voisine. Plus un 
instrument est puissant et parfait, plus l'étoile observée est petite, 
dépouillée de toute auréole factice, pure et nette sur un champ abso- 
lument noir. 

L'étoile secondaire se serait-elle écartée lentement de l'étoile prin- 
cipale et serait-elle ainsi devenue de mieux en mieux visible? Non. 
Depuis les premières mesures micrométriques prises il y a précisément 
un siècle jusqu'aux dernières, que j'ai faites récemment à l'Observa- 
toire de Paris, l'angle n'a pas varié (comme Herschel l'avait cru) ni 
la distance non plus : la seconde étoile reste fixe à 63° et 10" de l'étoile 
principale. Cette fixité n'empêche pas le couple de former un système 
physique, car l'étoile y d'x\ndromède est emportée dans l'espace par 
un mouvement propre de 7" par siècle, et depuis cent ans la seconde 
étoile se serait écartée de la première de cette quantité si elle ne par- 
tageait pas ce même mouvement propre. Nous avons donc là un sys- 
tème physique. Sans doute, ces deux soleils gravitent réellement l'un 
autour de l'autre. Si le mouvement orbital moyen n'est que de 1° par 
siècle, la période de révolution peut s'élever à trente-six mille ans! 

L'étoile secondaire a été dédoublée en 1842 par Struve, en deux 
petites étoiles, de 5° 1/2 et 6° grandeurs; je les vois verte et bleue; 
d'autres les voient jaune et bleue. Ces deux petites étoiles forment 
un couple orbital en mouvement assez rapide. De 126° l'angle est des- 
cendu à 100° depuis 1842 : 26° en 38 ans indiqueraient, si ce mouve- 
ment était régulier, 526 ans pour la révolution entière du petit couple 
autour de son centre commun de gravité, tandis qu'ils se transporte 
en 36 000 ans autour de son soleil central. C'est, en grand, la Lune 
tournant en 27 jours autour de la Terre, tandis que Terre et Lune 
conjuguées tournent en un an autour du. Soleil. Seulement, nos siècles 
sont les jours de ce lointain univers ! 

On trouvera cet élégant système représenté en couleur, dans son 
état actuel, sur notre planche I, qui renferme les plus beaux types 
d'étoiles colorées. Nous ferons connaissance plus loin avec les cinq 
autres groupes de ce tableau. C'est là une chromo-lithographie aussi 



Astronomie populaire. 



Supplément PJ.l f>.74-. 




TYPES D'ÉTOILES DOUBLES COLORÉES 

1. Alpha Hercule. 

2. Gamma Andromède. 

3. Bêts du Cygne. 



taplenocicrif r'Rn 



4- Epsilon Bouvier. 

5. ^ntarés 

6. Le Cœur de Charles. 



LES CONSTELLATIONS. - ANDROMEDE 7,5 

fidèle que possible; mais, lorsqu'on compare ce tableau à la réalité, 
on ne peut s'empêcher d'être frappé du contraste, tout en faveur du 
spectacle céleste. Les couleurs des étoiles n'ont pas la grossièreté de 
nos peintures ; elles sont translucides et lumineuses ; pour les repro- 
duire, il faudrait avoir l'azur des cieux pour palette et tremper son 
pinceau dans l'arc-en-ciel. Mais prenez une lunette et regardez. J'en 
supplie mes lecteurs ; j'en supplie surtout mes lectrices, dont les yeux 
sont si excellents juges. 

La constellation d'Andromède renferme d'autres systèmes mul- 
tiples, mais dont l'observation sort du domaine de l'astronomie popu- 
laire et dans lesquels nous ne nous égarerons pas. Le précédent suffit 
d'ailleurs pour illustrer une constellation. 

Cependant, n'allons pas plus loin sans nous arrêter à la nébuleuse 
4'Andromède, la première que Ton ait découverte au ciel, et d'ailleurs 
la seule que l'on voie facilement à l'œil nu (car les Pléiades, l'amas du 
Cancer, et quelques groupes d'étoiles voisines qui offrent un aspect 
nébuleux, ne sont pas de véritables nébuleuses). Par une nuit bien 
pure, dirigez vos regards vers l'étoile v d'Andromède, à la troisième 
étoile de la ceinture de cette beauté enchaînée, et près de cette étoile, 
comme on la vu sur notre fig. 41, vous apercevrez une pâle nébu- 
leuse ('). Aidez-vous d'une jumelle, et vous la reconnaîtrez facilement. 
On est surpris de la voir absente des premiers catalogues d'étoiles, et 
il est bien probable que les anciens l'ont aperçue, aussi bien que les 
modernes, mais qu'ils ne l'ont pas jugée digne de leur attention et 
l'ont négligée comme une lueur insignifiante. La plus ancienne men- 
tion que nous trouvions est celle de l'astronome persan Sùfi, qui, au 
X* siècle de notre ère, la signale comme un « petit nuage céleste » , 
généralement observé et connu par les astronomes arabes. Cependant, 
ce n'est qu'en 1612 qu'elle a été signalée en Europe par l'astronome 
Simon Marins de Franconie, lequel, dans son ouvrage sur les satel- 
lites de Jupiter récemment découverts par lui-même et par Galilée, 
rapporte qu'il l'a vue pour la première fois à Vaicle d'une lunette, le 
15 décembre de cette année-là. « Son intensité, dit-il, s'accroît à me- 
sure qu'on approche du centre. Elle ressemble à une chandelle qu'on 
verrait à travers de la corne transparente, et je la trouve semblable à 
la comète de 1586. Si elle est nouvelle ou non, c'est ce que je ne déci- 

(■ ) Mon savant ami l'ingénieur Coarbebaisse, qui est peut-être l'homme de France 
le plus familiarisé avec le ciel, me dit à ce propos qu'ila un procédé mnémotechnique 
bien simple pour faire retenir la place de cette nébuleuse. Il suffit,dit-il, de nommer 
les deux étoiles bêta, mu, qui y conduisent; on pense à bête à mue, et on trouve la 
toison au bout. Excuser en faveur de l'intention. 



76 



LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE 



derai pas. Cependant, Tycho-ljrahé,qui a décrit avec soin la position 

de l'étoile voisine (v), n'en a pas fait mention. » 

Si l'on examine cette nébuleuse à l'aide d'une petite lunette, on la 

trouve telle que la représente notre /ij/. 49, et l'on voit au-dessus d'elle 

une petite compagne du même ordre 
de création, qui a été décrite pour la 
première fois par l'astronome français 
Le Gentil, en 1749, le même auquel 
Vénus devait jouer, en 1761 et 1769, 
les tours que l'on connaît (Asi?-o?io?7iie 
j)opulaire, p. 297). 

Cette nébuleuse d'Andromède a été 
l'objet d'un grand noiîibre d'obser-. 
vations. L'un des premiers astronomes 
qui l'ont étudiée, Halley, voyait en 
elle « une lumière arrivant d'un es- 
pace extraordinairenient grand dans 
l'éther, à travers lequel un milieu 
lumineux est diffusé, lequel brille par 
sa propre lumière. » Je traduis litté- 
ralement, en laissant le vague de l'ex- 

Fig. 49. - La nébuleuse d'Andromède et sa preSSiOU et, si 16 IIG me tl^OUipe, de 
compagne, vues dans une petite lunette. ^ i u 

la pensée de 1 auteur, car il n'y a rien 
de bien clair dans cette phrase : « The spot is nothing else but the 
light coming from an extraordinary great space in the ether, through 
which a lucid médium is diffused that shines with its own proper 
lustre. » Je ne sais si Derham s'en formait une idée plus nette lorsqu'il 
disait que c'était là un endroit où le firmament, qu'il croyait encore 
en cristal, était moins épais qu'ailleurs, et laissait entrevoir à nos 
yeux mortels l'immortelle lumière qui brille dans l'empyrée, séjour 
de la Trinité et des bienheureux. 

Remarque assez curieuse, nous ne sommes guère plus avancés 
qu'il y a deux siècles sur l'explication de cette immense nébuleuse. 
Tandis que, parmi celles qui ont été découvertes depuis, les unes se 
sont résolues en amas d'étoiles dans le champ du télescope, et que 
d'autres ont prouvé par leur constitution chimique être d'une nature 
gazeuse, celle-ci est restée muette et mystérieuse. Son spectre est 
continu, sans raies transversales, et par suite les substances qui la 
composent restent inconnues; remarque assez curieuse: l'extrémité 
rouge manque. Cela ne prouve pas cependant qu'elle ne soit pas ga- 




LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE 



zeuse les gaz peuvent, à basse température, donner un spectre con- 
tinu. Les plus puissants grossissements ont fait apparaître quinze cents 
étoiles ; mais il n'est pas certain que ces étoiles lui appartiennent : 
elles peuvent se trouver devant elle. Ajoutons que sa forme varie 
étrangement suivant les grossissements employés. Une lunette de 
75 millimètres, grossissant 80 fois, montre l'image reproduite ftc). 49. 
Une lunette de 108 millimè- 
tres, grossissant 200 fois, 
montre l'image reproduite 
fig. 50. Mais cette régularité 
primitive disparaît tout à fait 
si l'on se sert d'un puissant 
instrument, comme l'ont fait 
Bond et Trouvelot, à Cam- 
bridge. L'équatorialde 38 cen- 
timètres représente cette créa- 
tion lointaine telle qu'on la 
voit fig. 51, dessin fait par 
mon savant ami Trouvelot en 
1874. Un foyer central se ma- 
nifeste, ainsi que deux autres 
foyers secondaires, l'un rond, 
l'autre ovale, et, ce qu'il y a 
peut-être de plus surprenant 
encore, deux fissures noires 
paraissent couper la nébuleuse dans le sens de sa longueur : si ce 
sont là des vides à travers le gaz, c'est incompréhensible ; si ce sont 
deux traînées de matière obscure posées là en avant, c'est encore 
plus extraordinaire. Quant aux étoiles, elles semblent se projeter en 
avant et sont moins condensées au centre. Qui pourrait arrêter une 
minute son esprit devant cette figure sans être absolument émer- 
veillé, fasciné, confondu? 

Et quelle grandeur ! C'est sans contredit l'une des plus vastes du 
ciel, A l'œil nu, elle mesure un quart de degré. Une lunette de 
108 millimètres lui montre une étendue de 1° 1/2 de longueur sur 
24' de largeur. Bond est parvenu à suivre sa trace jusqu'à 4 degrés 
en longueur et 2 degrés et demi en largeur. En ne la supposant pas 
plus éloignée que les étoiles les plus proches, elle serait encore 
incomparablement plus vaste que notre système solaire tout entier, 
quoiqu'il mesure plus de deux milliards de lieues de diamètre. En 




Fig. 50. — La nébuleuse d'Anciromèile, vue dans 
une lunette moyenne. 



78 



LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE 



effet, à la distance de l'étoile la plus proche, le demi-diamètre 
de l'orbite terrestre (37 millions de lieues) est réduit à 0", 928. 
Donc là, un objet mesurant 928" ou 15' 28" serait déjà mille fois plus 




Fig. 51. — La nébuleuse d'Andromède, vue dans un grand télescope. 

large que la distance de la Terre au Soleil et mesurerait 37 milliards 
de lieues. Mais la nébuleuse d'Andromède occupe dans le ciel un 
espace s'étendant jusqu'à 4 degrés, c'est-à-dire 15 fois supérieur au 



ANDROMEDE. — LE TRIANGLE 79 

chifl're précédent, ce qui conduit à 555 milliards de lieues! Si c'est là 
un système planétaire en voie de formation, il serait donc de deux à 
trois cents fois plus vaste que le nôtre en diamètre. Sans doute, c'est 
inimaginable. Mais, pour se refuser à une telle conception, il nous 
faudrait admettre que cette nébuleuse fût plus proche de nous que les 
étoiles les plus voisines, ce qui n'est pas probable. Elle doit être, au 
contraire, beaucoup plus éloignée, et par conséquent beaucoup plus 
immense encore. 

On le voit, cette belle constellation d'Andromède est riche en grands 
spectacles, et l'on peut passer des heures charmantes dans sa contem- 
plation scientifique. Cette splendide nébuleuse et son beau système 
triple suffisent pour l'illustrer à jamais. L'antique figure mytholo- 
gique est éclipsée malgré sa grâce et malgré les péripéties de son his- 
toire : le ciel fait oublier la terre. 

Avant de faire connaissance avec le héros voisin, Persée, remar- 
quons un instant, au sud de y d'Andromède, quelques étoiles disposées 
en triangle. Quoique peu importante, cette constellation date aussi 
des Grecs, qui l'appelaient le Deltoton. Voici les quelques étoiles qui 
la composent, avec les observations faites sur leur éclat depuis deux 
mille ans. 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU TRIANGLE 
-1-27 +%0 1430 1500 1503 ICGO 1700 1800 1840 18C0 1880 



a 


3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


3.4 


4.3 


4.3 


4,0 


P 


3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


3 


3 


3,2 


Y 


3 


3.4 


3 


4 


4 


4 


4 


5.6 


4.5 


4.5 


4,2 


ô 


4 


5.6 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


6.5 


5.6 


5,5 


e 














6 


6 


6 


6 


5.6 


6.5 


5,8 


6 

















6 


6 


5.6 


6.5 


5.6 


5,8 



7 6 6 6 6 5 6.5 6,0 

On désigne quelquefois d'autres étoiles du Triangle par les lettres 
suivantes de l'alphabet grec ; mais nous avons adopté ici comme prin- 
cipe constant de ne garder que celles de Bayer, les autres pouvant for- 
mer équivoque, et étant généralement superflues. 

Sur ces sept étoiles, celle qui a le plus varié est certainement â, qui, 
anciennement de 4% est tombée à la 6% pour remonter légèrement 
à 5 1/2. L'étoile y est également descendue de la 3" au-dessous de la 
quatrième. Des deux étoiles a et (3, la seconde est devenue plus bril- 
lante que la première, et c'est elle qui aujourd'hui recevrait la pre- 
mière lettre si l'on avait attendu à notre époque pour faire la classifi- 
cation littérale. 



80 LE TRIANGLE. — LA MOUCHE. — LA FLEUR DE LYS 

Nous ne signalerons dans cette petite constellation que deux objets 
intéressants, une étoile double et une nébuleuse. La première est 
l'étoile 6, nommée aussi i (mais, comme nous venons de le voir, cette 
lettre n'appartient pas à la classification de Bayer). C'est un couple 
élégant formé d'une étoile de 5° grandeur et demie et d'une de 6' 1/2, 
la première brillant d'un bel éclat jaune cVor, la seconde colorée d'une 
nuance vert bleu vraiment exquise. L'écartement des deux compo- 
santes est de 3" 7. Depuis un 
siècle qu'on les mesure, elles ont 
à peine changé de position l'une 
par rapport à l'autre. 

La nébuleuse située entre « 
Triangle et |3 Andromède est la 
33'' du catalogue de Messier, et 
peut être aperçue avec la plus 
faible lunette d'approche. Elle est 
fort étendue, occupe près d'un 
demi-degré, mais elle est très 
faible et mal définie; la chercher 
~N lorsqu'il n'y a pas de clair de lune. - 

Fig. bi. - Létoile double 6 du triangle. Elle a été réSOluB CU étoileS dèS 

le temps de William Herschel, qui parvint h y découviùr une sorte de 
poussière lumineuse — poussière dont chaque grain est un soleil ! Le 
télescope de lord Rosse a montré en elle une structure en spirale 
analogue à celle qui a si merveilleusement contourné la grande nébu- 
leuse de la constellation des Chiens de chasse. 

Certaines cartes dessinent le triangle équilatéral en ajoutant de 
petites étoiles aux brillantes ; mais on le voit dans le ciel sous la 
forme d'un triangle isocèle, dont « marque la pointe, ^ et y traçant 
la base. Hévélius a ajouté un petit triangle à côté du grand, et dans 
cette même région du ciel (revoir notre fig. 27, p. 49), on a aussi 
dessiné une Mouche, déjà placée en 1624 sur le globe de Bartschius, 
et qui s'est métamorphosée en Fleur-de-Lys sous Louis XIV, comme 
on le voit sur le globe de Coronelli (1690). 

Mais les fleurs de lis ne durent pas plus longtemps que les mou- 
ches en nos siècles de scepticisme et d'égalité, et cet emblème royal 
s'est vite fané en plein ciel : la fleur comme l'insecte ont disparu de 
nos cartes modernes, et les trois étoiles de ce minuscule astérisme 
sont rentrées dans le domaine du Bélier, auquel elles appartenaient, 
par droit de conquête comme par droit de naissance. 




LES HONNEURS DE FRÉDÉRIC. — LE LÉZARD. 



81 



Même décadence pour les Honneurs de Frédéric, dessinés dans le 
ciel en 1798 par Bode, hommage h la mémoire du roi philosophe et 
guerrier dont Voltaire s'était fait l'ami trop intime. Voyez sur notre 
fig. 27, au-dessus de la main droite d'Andromède (qu'elle a dû 
abaisser pour faire un peu de place), le trophée royal formé d'ailleurs 
d'étoiles peu importantes-, déjà, avant la 
fin de ce siècle, le voici tombé en désué- 
tude, avant même que le nom du monar- 
que prussien soit tout à fait oublié. Sic 
transit gloria. mundi ! 

N'oublions pas le Lézard, que l'on voit 
dessiné près du trophée précédent; son 
histoire est assez curieuse. Tout d'abord, 
ce n'était point un lézard, mais aussi un 
emblème royal, le Sceptre et la Main de 
Justice, dessinés sur les cartes du temps 
de Louis XIV. (Il faut croire que cette 
région du ciel était prédestinée au pinceau 
de la flatterie.) Augustin Royer, « archi- 
tecte du Roy », publia à Paris, en 1679, 
un catalogue d'étoiles qu'il paraît avoir 
composé en collaboration avec le Père 
Anthelme, chartreux de Dijon. Le cata- 
logue est bon ; mais voici ce qu'on lit 
dans la dédicace « à Monseigneur le Dau- 
phin » : 

« L'on a été assez heureux, en faisant les ob- 
servations nécessaires, de découvrir dix -sept 
étoiles entre les constellations de Géphée, d'An- 
dromède et de Pégase, dont aucun auteur n'a 
encore parlé, et qui n'ont été marquées jusqu'ici 
dans aucun catalogue; ces dix-sept étoiles, par 
leur disposition, représentent heureusement le 
Sceptre royal et la Main de Justice. L'on pourrait 
dire que ces étoiles, qui sont de tout temps au Ciel, auraient été cachées aux yeux 
de tous les astronomes jusques à aujourd'hui que la gloire du Roy est si grande 
par toutes les victoires qu'il vient de remporter sur un nombre infini d'ennemis 
ligués contre lui, et par la paix qu'il accorde ensuite à leurs instantes prières, 
que le Ciel voulant donner des marques à la postérité de la grandeur et de la 
douceur de son règne, a consacré les principaux ornements de sa royauté en 
faisant paraître ces dix-sept étoiles pour composer cette constellation. Ce qu'il y 
1 de particuUer, c'est que, lorsqu'elle passe au méridien, la Main de Justice se 
trouve au zénith de Paris, capitale des États de ce grand Monarque, comme pour 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 11 




Fig. 63. — Etoiles du Lézard. 



82 LA MAIN DE JUSTICE. — LE LEZARL 



marquer que le lionlieur dr la France, se renouvelant sous son règne, durera 
autant que la monarcliie; co sont les vœux..., etc. » 

Quelques années après, Hévélius de Dantzig-, qui paraît avoir 
ignoré la création d'Augustin Roycr, annonçait, dans son Prodromus 
Astronomiœ, publié en IGUU, qu'il avait remarqué entre les constella- 
tions d'Andromède et du Cygne, dix petites étoiles très brillantes, 
qu'il a réunies sous la forme d'un Lézard, parce (.[uil n'y a pas déplace 
■pour mettre Ik autre chose que ce petit animal, et que du reste sa peau 
est constellée de petites étoiles, d'où il conclut : Id quod nostro ani- 
mulculo cœlesti omnium optime convenit. 

En fait, c'est le Lézard qui est resté. La Gloire de Louis XIV, 
comme plus tard la Gloire de Frédéric, s'est évanouie dans les cieu.x, 
et l'inoilensif animal est encore là, étonné sans doute de tant d'hon- 
neur. J'engagerai à peine mes lecteurs à le chercher, car il n'est 
vraiment composé que d'étoiles insignifiantes (insignifiantes ! le qua- 
lificatif n'est pas modeste de notre part, car chacune de ces étoiles est 
bien plus importante que notre Terre tout entière ; mais enfin, tout est 
relatif); néanmoins, pour ne rien laisser à désirer, comparons aussi 
les étoiles de ce petit astérisme, en commençant par les observations 
de Royer et Anthelme (1670). Inscrivons-les par ordre actuel de 
grandeur. 

ÉTOILES DE L.i CONSTELLATION DU LÉZ.\RD 
1U70 1684 1700 1800 1S40 18C0 1880 

7 FL 5 5 4 4 4 4 4,2 

3 5 5 4^4 4.5 5.4 4,7 

1 5 5 5 5 5.4 5.4 4,8 

2 5 5 5 5 5.4 5.4 4,8 

4 5 5 5 5 5 5,0 

5 5 6 5 5 5 5 5,0 

6 5 5 4 i 5.6 5 5 5,2 

10 5 5 5 5.6 5 5 5,2 

11 G 6 6 6.7 5 5 5,5 
P. XXII, 36 5 5 5 5.6 5 5 5,3 

Telles sont les étoiles les plus apparentes de cette petite constella- 
tion ; elles ne sont désignées par aucune lettre, puisque la constella- 
tion a été formée après Bayer, et elles n'ont ici pour qualificatif que 
les numéros qu'elles portent dans le catalogue de Flamsteed, à 
l'exception de la dernière, qui n'a pas été observée par cet astro- 
nome, quoiqu'elle soit de cinquième grandeur, et dont la désignation 
appartient au catalogue de Piazzi. La première paraît avoir aug- 
menté d'éclat ; l'étoile 6 paraît avoir subi une certaine fluctuation au 



LES CONSTELLATIONS BOREALES. — PERSEB 



83 



xviii" siècle. L'étoile 4, de cinquième grandeur, à 1 degré au sud de 7, 
est la seule étoile intéressante cà observer : orangée, avec un compa- 
gnon bleu, dans un champ fort riche. 

Mais le sauveur d'Andromède nous attend depuis si longtemps que 
nous paraissons décidément l'oublier, malgré toutes les curiosités cé- 
lestes qu'il garde en réserve pour l'astronome contemplateur. Entrons 
donc sans plus tarder en relation avec ce fier Persée. Inutile de revenir 
sur son histoire, examinons tout de suite ses étoiles. 

Cette région est l'une des plus riches du ciel, à cause de la Voie 




Fig. 54. — Principales étoiles de la constellation de Persée. 

lactée dont elle forme l'une des zones les plus opulentes en groupes 
d'étoiles. Que de soirées charmantes nous pourrons consacrer à la 
contemplation de ces richesses multipliées ! Il y a des places où la plus 
faible lunette éblouit littéralement l'œil qui cherche à plonger dans ces 
profondeurs stellifères : des milliers d'étoiles microscopiques jaillissent 
du ciel comme la poussière diamantée de la nuit. 

Voici les principales étoiles qui forment cette constellation, avec la 
comparaison des observations faites depuis deux mille ans sur leur 
éclat respectif. 



84 



LES CONSTELLATIONS BORE-ALES. — PERSEE 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE PERSÈE 
DBUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



Étoiles 



— 137 +900 IBO 1590 1603 ICGO 



ex 


o 


P (Algol.) 


2 


Y 


3.4 


a 


3 


E 


3 


î 


3.4 


n 


4 


e 


4 


1 


4 


X 


4 


> 


4 


I* 


4 


V 


4 


i 


4 





3.4 


It 


4 


p 


4 


a 


4 


T 


5 



2 2 2 

2.3 2 3 

3.4 3 3 

3 3 3 

3 3 3 

3.4 3 3 

4 4 4 

4.5 4 4 
4 4 4 
4 4 4 
4 4 4 
4 4 4 
4 4 4 
4 4 5 
3.4 3 4 
4 4 4 
4.3 4 4 

4 4 5 

5 5 5 
11 = 51 Andr. 4 4 4 4 
ç = 54 Andr. 4 444 
X néb. néb. ncb. 6 
<!< 4 4 4 5 
«0 4 4.5 4 5 

43 A 5 

b 4 4 4 5 

48 c 4 4 4 5 

43 d 5 5 5 6 

58 e 5 5 5 5 

52 r 5 5.6 5 

i g 

h néb. 

9 i 6 

k 

l 

57 m 

42 n 

40 o 

16 obsc. 5 5 4 

17 
21 
995 B. A. C. 
29-31 
P. 111,23 
24 
12 



2 
2 
3 
3 
3 
3 
4 
4 
4 
4 
4 
4 



2 
2 
3 
3 
3 
3 
4 



1700 



1800 



1840 18G0 



1880 



2 i 2.3 2 2 2,2 

2 J- var. var. var. var. 

3 3 3 3 3,0 
3 3.4 3 3.4 3,5 



3 

3 
4 
4 
4 

i-l 

4 

4 

4 

5 

4 

5 

4 

5 

5 



3.4 3.4 3.4 3,3 

3.4 3 3 3,0 
5 4.3 4 4,2 
4 4 4 4,4 

4 4 4 4,3 

5 4.5 4.5 4,4 

6 4.5 4.5 4,6 

4.5 4.5 4.3 4,5 

4.5 4 4 4,1 
5 4 4 4,3 
4 4 4 4,3 

5.6 5 5 5,1 

4 4 var. 3,8 

5 5 5.4 4,8 
5 4 4 4,3 



4 5 

4 4 

4 4 

4 4 
4.5 5 

5 5 

5 4 3 i 3.4 4.3 4.3 3,9 

5 4 4 5 4 4 4,0 

5 6 6 -j 6.7 cum. cum. cum, 

5 5 5 5 5 5 4,8 

5 5 5 6 5 5 5,0 

5 5 5 6.7 5.6 5.6 5,6 

5 5 5 5 5 5 5,1 

5 5 5 5 4 4 4,4 

5 6 6 5.6 5 5 5,3 

5 5 5 5.6 5 5 4,6 

5 5 5 5.0 5 5 5,0 

6 6 6 6 5.6 5 5,6 
6 6 cum. cum. cum, 
6 6 5 6.5 5.6 5,7 
6 5 5 5 5 5,2 
6 6 6 5 5.6 5,5 
6 6 8 6 6 6,5 
6 6 6 6 6.5 6.5 6,6 
6 5 6 6 5 5 5,7 
5 4 4 4.5 5.4 5.4 4,5 

5 6 5 I 5.6 5 5 5,0 
6 5 5.6 5 5 5,2 
5 5 5,2 
6et5i 6,7et6 5 5 5,4 

6 6 5.6 5 5 5,4 
5 6 i i 5.6 5.6 5.6 5,5 
5 6 6 6 5 5.6 5,5 



Telles sont les principales étoiles de la constellation de Perses. Il 
faudra plusieurs soirées pour faire connaissance avec elles, car leur 
identification réclame une attention assez soutenue; d'ailleurs, il n'est 
pas indispensable de les connaître toutes ; le point le plus important 



LES CONSTELLATIONS BOREALES. — PER3EE 



35 



est de trouver les six premières, qui sont les plus brillantes et qui don- 
nent une idée générale de la figure. 

Quelques-unes méritent d'arrêter un instant notre attention. Ainsi, 
rétoile X était au temps de Bayer plus brillante que ses voisines A, b, 
c, d. Cependant, le 16 janvier 1693, Flamsteed consigna sur son re- 
gistre de l'Observatoire de Greenwich que c était plus brillante que A. 
D'autre part, Piazzi a noté X seulement de 6° grandeur. Elle n'est pas 
dans le catalogue de Lalande ; mais c y est, notée 5 1/2. Elle est mar- 




Fig. 55. — Persée et Andromède, d'après un manuscrit espagnol du xiv siècle. 

quée 4,4 dans le catalogue de Radcliffe, et c 4,6 ; 4 1/2 dans le cata- 
logue d'Armagh, et c 5 ; William Herschel l'a notée 4,5 et c 4,7; 
Argelander l'a notée 4,5 et c 4,0 ; Pierce les a mesurées photométri- 
quement en 1874 et a trouvé l ^= 4,52, et c =: 4, 27 ; c'est-à-dire d'un 
quart de grandeur plus brillante. Il y a donc là une variation certaine. 
Mais laquelle des deux varie ? — Toutes deux sans doute. 

L'étoile 7r a diminué d'éclat : elle n'est certainement plus de qua- 
trième grandeur. L'étoile u a, au contraire, augmenté d'éclat. Les 
étoiles ^, 01 et b ont diminué. 

L'étoile m a été notée de huitième par Piazzi, grandeur invisible 



LA CONSTELLATION DE PERSEE 




à l'œil nu. Cependant, vers la même époque, Lalande l'a observée 
de sixième. Herschel l'a marquée 6,9, c'est-à-dire presque de sep- 
tième. Elle est de 6,3 dans Radcliffe, de 6 
dans Armagh. Il est probable que le chiffre 
de Piazzi est erroné; en l'estimant de 6" 1/2, 
les faibles divergences d'appréciation s'ex- 
pliquent. 

L'étoile 16 est une brillante de 4' 1/2. Si 
elle n'a pas reçu de lettre de Bayer, ce n'est 
pas qu'elle ait été moins brillante que les 
précédentes, car sur son propre atlas elle 
est gravée de cinquième grandeur, mais c'est 
parce qu'elle se trouve en dehors de la ligure 
classique, précédant la Tète de Méduse. Les 
anciens l'appelaient obscure, ce qui est bien 

Fig. 56. — Dessin de Persée au temps mexpiicaûle. 

dAiphonse X (viii. aiècie). L'étoile 995 B.A.C. et l'étoile double 

29-31, qui précèdent «, ont dû augmenter d'éclat, car aucune des 

anciennes cartes ne les ont représen- 
tées, quoiqu'elles soient admirable- 
ment visibles. 

Remarquons aussi que l'étoile 24 
a été notée de 6* grandeur par Hé- 
vélius et de 4° 1/2 par Flamsteed. 
Est-ce une erreur de l'astronome 
anglais? Oui, sans doute. Elle a été 
notée de 6° par Lalande et de 5* 1/2 
par les observateurs d' Armagh, ce 
qui est à peu près sa grandeur con- 
stante. 
L'étoile ff est rougeâtre. 
Mais, de toutes ces étoiles, la plus 
curieuse est sans contredit la se- 
conde de la liste précédente, l'étoile 
(3, ou Algol, qui indique dans le ciel 
la place de la Tête de Méduse. Ce 
nom d'Algol dérive de l'arabe Al- 
glràl, le monstre, ou le diable, et sur plusieurs anciennes cartes, 
Persée s'appelle le Porteur de la. tête du Diable. On sait que Persée 
ayant coupé cette fameuse tête de Méduse prit l'habitude de la tenir à 







Fig. 57. — Dessin de Persée au temps de Sùfi 
(x« siècle). 



L'ETOILE ALGOL DE PERSÉE 87 

la main à cause de la propriété qu'elle avait de pétrifier ceux qui la 
regardaient; aussi représente- t-on presque toujours ce héros muni de 
cette tête redoutable. Quelques cartes célestes l'ont remplacé par 
David portant la tête de Goliath, et il semble que ce soit cette idée 
qui ait déjà dominé dans le dessin du temps du roi astronome 
Alphonse X de Castille, reproduit ici {fig. 56). La fîg. 57, qui date du 
dixième siècle, donne la môme idée ; la tète coupée n'est plus la tête 
de Méduse aux serpents entrelacés que l'on a vue fig. 27 (p. 49). Il 
en est de même de cette tête monstrueuse que tient le Persée du Liber 
de locis stellarum, manuscrit espagnol du xiv° siècle, dont le fac-similé 
est reproduit fig. 55. On voit que cette constellation n'a pas subi 
moins de métamorphoses que ses voisines Andromède et Cassiopée. 
Mais ce n'est point par son rôle mythologique que l'étoile d'Algol est 
intéressante, c'est par sa propre nature. Elle est en effet l'une des 
plus régulières des étoiles variables, l'une des plus rapides, et en 
même temps l'une des plus brillantes et des plus faciles à observer. 
Elle passe de la deuxième la quatrième grandeur dans la période 
rapide de 2 jours 20 heures 48 minutes 53 secondes, ou de 69 heures 
environ, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que cette espèce 
d'éclipsé partielle ne dure que six minutes. Pendant six minutes seule- 
ment, cette étoile n'est que de quatrième grandeur; mais la diminu- 
tion de lumière commence 4 heures 30 minutes avant le minimum, 



~ 



























=^ 




=*= 











== 






"2= 

4"' 
S 








' 


















1 1 1 










— 1 — 


1 




' 








































V 


3 


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21 


21 


18 


15 


12 


9 


6 


3" min? 3^ 


6 


9 


12 


15 


IB 


21 


2i 27 


30 S 



Plg. 58. — Variations de l'éclat d'Algol en 69 heures. 

et l'accroissement de lumière emploie également 4 heures 30 minutes 
pour ramener l'étoile à son éclat normal, de telle sorte qu'en défini- 
tive l'étoile est de seconde grandeur pendant 2 jours 12 heui^es envi- 
ron, et que sa variation occupe 9 heures environ. La diminution 
d'éclat la plus évidente commence 1 heure 26 minutes avant le mi- 
nimum, lorsque l'étoile paraît intermédiaire entre 'y et e, et l'aug- 
mentation la plus apparente se montre également lorsque l'étoile 
est revenue au même degré d'éclat. On se formera une idée de cette 
variation d'éclat par notre petite fig. 58, sur laquelle la période de 



SOLEIL VARIABLE DANS PERSEE 



69 heures de cette étoile est divisée de 3 en 3 heures de part et d'autre 
du minimum. 

Cette singulière variation a été remarquée pour la première fois il y 
a plus de deux siècles, en 1669, par Montanari, et la période a été dé- 
terminée pour la première fois en 1782 par Goodricke. Il l'assigna à : 

2 jours 20 heures 48 minutes 56 secondes. 

En 1854, par une nouvelle série d'observations, Argelander la 
trouva de : 

2 jours 20 heures 48 minutes 52 secondes. 

Elle avait diminué de 4 secondes depuis 1782. En 1875, Schmidt 
d'Athènes trouva par de nouvelles déterminations : 

2 jours 20 heures 48 minutes 53 secondes. 

Elle est sans doute soumise à une légère oscillation. Mais quelle peut 
être la cause de cette étonnante variation? Cette curieuse étoile est-elle 
de la nature des étoiles variables, qui paraissent environnées comme 
notre propre soleil d'une photosphère mobile et d'une atmosphère 
gazeuse dans laquelle des éruptions de vapeurs viennent périodique- 
ment multiplier les taches et les protubérances? Le spectroscope 
appliqué à l'analyse de la lumière d'Algol éloigne cette hypothèse, car 
il ne montre dans ce lointain soleil aucune trace de ces vapeurs absor- 
bantes, pas plus que nulle nuance de la coloration rouge commune 
à toutes les étoiles variables, et de plus l'aspect physique de l'étoile ne 
change pas au moment du minimum. Algol n'est donc pas intrinsè- 
quement une étoile variable. 

Cette diminution périodique d'éclat doit être produite, ou bien parla 
rotation de ce lointain soleil, lequel aurait à sa surface un continent 
obscur, le reste étant couvert d'un océan lumineux, — ou bien par 
l'éclipsé d'une énorme planète de son système tournant autour de lui 
dans le plan de notre rayon visuel et passant entre lui et nous toutes 
les 69 heures, — ou bien par le passage d'un anneau d'astéroïdes dont 
la masse principale produirait une éclipse analogue suivant la même 
période. De ces trois hypothèses, la première est rendue probable par 
la rapidité delà période, qui correspond plut(jtàunedurée de rotation 
qu'à une durée de révolution ; mais il est si difficile d'admettre qu'un 
globe incandescent et lumineux garde pendant plusieurs siècles une 
tache obscure permanente à sa surface, que je n'aurai pas la témérité 
de proposer à mes lecteurs d'adopter cette explication comme définitive. 



L'ÉTRANGE ETOILE ALGOL DE PERSE E 89 



Un globe de punch brûlant dans l'espace n'en fait pas moins pour 
cela une singulière image. La seconde hypothèse est peut-être pré- 
férable : après tout, une révolution de 69 heures n'est pas inadmissible; 
dans notre propre système solaire, le premier satellite de Mars tourne 
en 7 heures 39 minutes et le second en 30 heures ; le premier satellite 
de Saturne tourne en 22 heures, le deuxième en 33, le troisième en 
45, le quatrième en 66; le premier satellite de Jupiter effectue sa 
révolution en 42 heures, etc. Autour d'un énorme soleil, ime telle 
révolution s'effectuant nécessairement sur une orbite plus étendue, est 
moins facile à concevoir, à moins de supposer une masse énorme, ce 
qui nous conduit à conclure que, selon toute probabilité, Algol est un 
soleil extrêmement lourd, exerçant une puissante attraction sur le 
système qui l'environne. On peut comparer l'extinction partielle de la 



• X 








.-•-- 














a 


..-- 


.--- 1 


■---.,. 




- 




ALGOL 




.---' 








"" -♦ 




f 


• ' 












? 






• 


















? 



















Fig. 59. — Alignement pour trouver Algol à l'œil nu. 

lumière d'Algol à celle qui est produite par une éclipse : une planète 
énorme de son système tourne tout près de ce soleil, passe devant lui, 
entame d'abord légèrement son disque, arrive en quatre heures et 
demie à sa phase centrale, qui ne dure que six minutes, et emploie 
le même temps à démasquer tout à fait ce disque lumineux, cette 
planète colossale et presque contiguë à son soleil effectuant sa révo- 
lution en 69 heures. Cette explication paraît plus probable que celle 
d'un anneau d'astéroïdes, attendu que cet anneau n'aurait de masse 
sensible que sur le huitième environ de son orbite, ce qui ne constitue 
pas un véritable anneau. Quelle que soit d'ailleurs la cause de cette 
étrange variation de lumière, cette étoile n'en est pas moins du plus 
haut intérêt, et, en la regardant, au milieu de l'armée des mondes, 
pendant les heures paisi])les du soir, nous ne pouvons nous empêcher 
de songer à la difTérence capitale qui distingue ce lointain système du 
nôtre et à la variété inimaginable que la nature a répandue dans 
toutes ses productions, à travers l'immensité infinie. 

Pour trouver rapidement cette étoile dans le ciel, mener une ligne 

ASTRONOilIE. — SUPPLÉMENT. 12 



90 SYSTEMES MULTIPLES DANS PERSEE 



para, ()\(3 et y Andromède, et prolonger cette ligne, non pas directe- 
ment, mais en inclinant un peu vers le sud, comme symétrique de la 
direction y à (3 : Fétoile de deuxième à troisième grandeur qui brille là 
est Algol. 

Regardez auprès d'elle l'étoile p ; c'est aussi une étoile variable, mais 
sa variation n'atteint pas une grandeur entière (3,4 à 4,2) et sa période 
(si môme elle en a une) est encore inconnue. 

La constellation de Perses renferme plusieurs étoiles doubles inté- 
ressantes : e, de 3''grandeur, a un compagnon de 8° grandeur et demie, 
écarté à 9", fixe depuis sa découverte, en 1781. Ces deux soleils sont 
animés d'un mouvement propre commun dans l'espace. L'étoile pri- 




N 
Fig. GO. — L'étoile double e Perf ée. Fig. fil . — Quadruple ç Persée. 

maire est nuancée d'un blanc vert, la seconde est bleuâtre, ou plutôt 
lilas. 

K, de 3° 1/2, est une étoile quadruple ; mais ses trois compagnons ne 
sont que de \0° à 12° grandeur, éloignés respectivement à 13", 83" et 
121". On en distingue encore un cinquième, beaucoup plus faible. Ce 
groupe forme-t-il un système quintuple, une association de cinq soleils ? 
ou bien ne se trouvent-ils l'un devant l'autre que par le hasard de la 
perspective ? C'est ce que les observations Jie permettent pas encore de 
décider. 

n, de 4" grandeur, jaune rougeâtre, montre au télescope un petit 
compagnonbleu de 8" grandeur et demie, écarté à 28", et ce beau groupe 
est entouré de cinq petits satellites. Couple physique, emporté par un 
mouvement propre commun, mais dont les deux composantes sont 
restées fixes depuis leur découverte en 1779. 



SYSTÈMES MULTIPLES DANS PERSÉE 91 



L'étoile 6, de 4" g-raudciir, a deux compagnons de 10° grandeur, le 
premier à 15", le second à 68". Ce petit groupe céleste m'a donné, sans 
s'en douter, beaucoup de tracas il y a quelques années. Tandis que je 
m'exerçais à l'Observatoire de Paris à prendre les mesures micro- 
métriques des étoiles doubles les plus intéressantes, j'avais inscrit ce 
groupe sur mon carnet d'observation, pour le vérifier et l'étudier, et, 
d'après une observation faite en 1833, par l'amiral Smytli, j'avais 
marqué le second compagnon comme devant être cherché vers 27" de 
distance. Quelle ne fut pas ma surprise, en 1877, de le trouver à 68" au 
lieu de 27"! Avait-il marché de 41" depuis 1833? ou bien l'amiral 
avait-il commis une erreur, soit de mesure, soit d'inscription? Je 




Fig. 62. — Double n Persée. Fig- 63. — Trip!e 8 Persée. 

recommençai ma mesure et trouvai toujours la distance de 68". J'ai 
appelé l'attention des astronomes sur ce point délicat, et mes collègues 
de la Société royale astronomique de Londres ont reconnu eux- 
mêmes que c'était leur compatriote qui s'était trompé. 

Signalons encore un joli couple, de 6" et8' grandeurs, à 12", blanche 
et saphir, à chercher près de r et y, formant un triangle avec ces deux 
étoiles, facile à trouver à l'œil nu (F. II, 220). Il y a encore d'autres 
couples intéressants, mais qui ne peuvent guère être trouvés qu'à 
l'aide d'un équatorial et qui sortent du domaine de l'étude populaire 
du ciel. Regardez cependant encore l'étoile e, qui est orangée (vous 
la trouverez facilement à l'aide de notre fig. 54, sur une ligne courbe 
formée par la Chèvre, e Cocher, e, f, et e Persée) : en dirigeant une 
lunette vers elle , vous découvrirez une petite étoile double dont les 



92 AMAS D'ÉTOILES DANS PERSEE 



composantes sont de 1" \j'2 et O" grandeurs, écartées h 12'': fixes; la 
première a une nuance vert pâle, la seconde approche du lilas. 

La constellation de Persée renferme deux splendides amas d'étoiles 
contigus l'un à l'autre, situés dans la main droite du héros, à la poignée 
de son cpée, sur le prolongement des étoiles «, y, -n, en allant vers â 
et Y Cassiopée. Ces deax archipels de soleils font, à l'œil nu, l'efTet de 
deux étoiles nébuleuses, qui ont reçu pour dénomination les lettres x, 
et h. Dans le catalogue des nébuleuses d'Herschel, ces deux objets 
célestes se nomment H. VI, 33 et 34. La moindre lunette dirigée vers 
eux nous transporte au sein d'une poussière de soleils. Spectacle 
inimaginable! C'est comme un morceau de la Voie lactée qui se serait 
rapproché de nous. On voit une étoile rouge entre les deux amas et 
l'on en découvre une autre vers le centre du second. Le premier 
laisse apercevoir dans sa région centrale une petite couronne d'étoiles, 
un peu elliptique, de 39" de longueur sur 33" de largeur, et à côté, 
suivant la première néluileuse dans le mouvement diurne, l'œil est 
frappé par une étoile de 7" grandeur qui paraît abandonnée au milieu 

de la nuit, sur un espace désert rendu 
[)lus noir par le contraste. Notre 
//;/. 64 montre cet amas tel qu'il appa- 
raît dans une lunette de 11 centi- 
mètres. Il y là plusieurs centaines de 
soleils, séparés sans doute les uns des 
autres par des distances analogues à 
celles qui s'étendent d'ici aux étoiles. 
Peut-être un système de planètes ha- 

Fig. G5. - Curieux amas d'étoiles dans bitéCS VOgUC-t-il autOUr dc chaCUU de 

'^'^^"^^- ces soleils, et sans doute au milieu de 

leurs nuits les hal^itants de ces mondes lointains n'ont-ils pas plus de 
lumière que nous-mêmes. Comljien de milliers d'années la lumière 
n'emploie-t-elle pas pour venir de là! On peut aussi, par les nuits les 
plus pures, apercevoir à l'œil nu un autre amas d'étoiles, précédant 
Algol, à peu près au milieu de l'intervalle qui s'étend entre cette 
variable et y Andromède, un peu plus près d'Algol que dey (se servir 
de la fig. 54). C'est la nébuleuse 34° du catalogue de Messier, décrite 
par lui en 1764 comme « une masse de petites étoiles », et résolue 
dès cette époque. INIagnifique amas d'étoiles, curieux à observer, 
comme les précédents dans nos lunettes populaires de 61, 75, 95 et 
108 millimètres. 

Des instruments gigantesques et coûteux, une installation laborieuse 




CHARMES DE L'OBSERVATION DIRECTE DU CIEL 93 

et opulente, ne sont point du tout indispensalîles pour s'initier direc- 
tement à ces contemplations grandioses, que, du reste, la plupart des 
astronomes de métier n'apprécient pas, parce que pour eux le ciel est 
mort, et que jusqu'à présent quelques rares esprits seulement ont 
senti la vie circuler dans l'univers. On rencontre souvent dans les 
observatoires et dans les académies des hommes qui se sont faits astro- 
nomes comme on se fait commerçant ou notaire, de sorte qu'il n'y a 
rien de surprenant à ce qu'ils prennent l'astronomie pour un traité de 
chiffres et qu'ils meurent sans se douter de la beauté de l'univers. 
L'amour de la science, le désir de s'instruire, la curiosité de l'inconnu, 
une attention persévérante, sont les premières qualités requises pour 
arriver à se servir rapidement, utilement et agréablement, d'instru- 
ments modestes dans leur forme, précieux par les révélations qu'on 
sait obtenir de leur usage intelligent. Tant vaut l'homme, tant vaut 
l'instrument. Jamais Copernic, jamais Galilée, jamais Kepler, jamais 
Newton n'ont eu entre les mains ces instruments élémentaires, et le 
premier, comme Tycho-Brahé, comme Hévélius, à l'aide de simples 
règles de bois et de quarts de cercle, les autres à l'aide de pauvres 
lunettes grossissant à peine une dizaine de fois, ont su observer dans 
les cieux des merveilles dont la contemplation faisait tressaillir leur 
âme enthousiasmée. Quel n'est pas notre bonheur d'être nés en un 
siècle où, si facilement, chacun de nous peut, à son tour, suivre la 
route lumineuse ouverte par ces grands esprits et s'élancer à la 
conquête des mondes inaccessibles ! Quelle est l'âme contemplative, 
quelle est l'intelligence curieuse, qui pourrait continuer aujourd'hui 
de voir avec indiiîërence le ciel se peupler d'étoiles à la nuit tom- 
bante, sans désirer reconnaître ces étoiles à mesure que leur lumière 
perce les clartés évanouissantes du crépuscule, sans désirer les nom- 
mer par leur nom et recevoir d'elles ces secrets que depuis tant de 
siècles elles gardaient dans leur sein, sans désirer surtout voir de 
plus près ces lointains univers et admirer personnellement ces agglo- 
mérations de soleils dont le rayonnement scintille Là-haut pour les 
êtres inconnus qui palpitent dans leur lumière!... transfiguration du 
ciel! nous sommes nés à propos pour te connaître et pour jouir inti- 
mement de tes révélations sublimes ! Aveugle qui regarde le ciel sans 
le comprendre : c'est un voyageur qui traverse le monde sans le voir; 
c'est un sourd au milieu d'un concert. 



CHAPITRE IV 



Suite des constellations boréales.— La Grande Ourses.- Le Petit Lion. 
Voyage aux univers lointains. 



Vexilla Reg is prodeunt ! «les étendards diiroi s'avancent ! » s'écriait 
le Dante au milieu de son voyage à travers les régions paradisiaques. 
Mais combien les fictions de la théologie s'effacent vite à la lumière 
de l'étude scientifique, et combien les panoramas de l'empyrée dan- 
tesque deviennent pâles et nébuleux devant ceux de l'immensité éthérée 
que nous décrivons aujourd'hui! Nous voguons maintenant en plein 
ciel, et à chaque pas de notre gigantesque traversée nous sommes 
arrêtés par des créations dont chacune est plus grande que tout le ciel 
mytho-théologique chanté par le poëte italien. 

La poésie antique, pour laquelle le ciel n'était qu'un dôme cou- 
ronnant le théâtre de la vie terrestre, avait transporté dans le fir- 
mament les images de la terre. Le sentiment moderne de la nature 
est incomparablement supérieur â celui de l'antiquité. Comparez aux 
fictions de la mythologie cette contemplation de notre immortel poëte 
voyant au fond des cieux les sept étoiles de la Grande Ourse tomber 
après la création dans l'espace comme les sept lettres du nom divin 
Jéhovah : 

Quand II eut terminé, quand les soleils épars, 

Eblouis, du chaos montant de toutes parts, 

Se furent tous rangés à leur place profonde. 

Il sentit le besoin de se nommer au monde; 

Et l'Être formidable et serein se leva. 

II se dressa sur l'ombre et cria : Jéhovah !... 

Et dans l'immensité ces sept lettres tombèrent; 

Et ce sont, dans les cieux que nos yeux réverbèrent, 

Au-dessus de nos fronts tremblant sous leur rayon, 

Les sept astres géants du noir septentrion. 

C'est assurément plus beau, comme origine de la Grande Ourse, 
que les métamorphoses de Callisto ou de la nymphe qui aurait nourri 
Jupiter sur le mont Ida. Grand et puissant symbole ! Et pourtant, j'ose 
le dire, moins grand et moins beau que la simple réalité. 

Car chacune de ces étoiles est un soleil splendide rayonnant au 



SUITE DES CONSTELLATIONS BOREALES 95 

sein de l'immensité profonde ; et chaque étoile du vaste ciel est un 
soleil éclatant, centre de force, de mouvement, d'activité et de vie ; et 
le ciel est sans bornes; etjusqu'cà l'infini se renouvellent les soleils et 
les mondes, et les sept étoiles du nord ne renferment pas le nom du 
Créateur : elles ne sont qu'une ombre de la réalité infinie, qu'une vague 
de l'océan sans rivages. 

Contemplées, admirées, chantées, depuis bien des milliers d'années, 
ces sept étoiles doivent surtout leur célébrité à la situation favorable 
qu'elles occupent au-dessus de l'horizon des pays européens habités 
par les contemplateurs et les penseurs. Si l'axe de la Terre était dirigé 
vers un autre point du ciel, c'est une autre constellation qui aurait été 
l'objet spécial de l'attention des observateurs cherchant dans les en- 
virons -du nouveau pôle des astres fixes en situation d'être choisis pour 
points de repère. Néanmoins, la Grande Ourse est en réalité par elle- 
même l'une des constellations les plus intéressantes à étudier, l'une des 
plus vastes, et l'une des plus riches en étoiles brillantes ou curieuses. 

On s'imagine généralement qu'elle est renfermée dans le périmètre 
des sept étoiles classiques; notre ftg. 65 montre au premier coup d'oeil 
qu'elle est beaucoup plus étendue et beaucoup plus riche. Le talileau 
suivant présente l'ensemble des étoiles qui la constituent, jusqu'à la 
cinquième grandeur, avec les observations d'éclat faites sur chacune 
d'elles depuis deux mille ans. 

Remarquons, à propos de cette classification, que Bayer est géné- 
ralement accusé de n'avoir suivi aucun ordre pour cette constellation 
en particulier; cependant, si l'on observe avec soin l'aspect de cette 
constellation dans le ciel, on est surpris de voir que ses caractères évi- 
dents ont été admirablement conservés dans cette classification. Ainsi, 
après les sept étoiles légendaires, qu'y a-t-il de plus frappant dans 
cet arrangement? Ce sont les trois couples des trois pieds, et justement 
Bayer les a désignés par les lettres successives i x. pour le premier, 
■X l>. pour le second, et v ^ pour le troisième ; et, de plus, la lettre in- 
termédiaire, 9, a été justement donnée à l'étoile qui conduit du chariot 
au premier couple. 

Les sept premières ont reçu des Arabes les noms de Dubhé, Mérak, 
Phegda, Megrez, Alioth, Mizar et Benetnash. Le premier de ces noms 
vient de l'arabe Dubb « ours»; le second est l'abrégé de Merak-al- 
dubb-al-akbar « les reins du grand ours » ; le troisième vient de 
Fekhah-al-dubb-al-akbar a la cuisse du grand ours » ; le quatrième de 
Maghrez-al-dubb-al-akbar « la racine de la queue » ; la cinquième 
étoile, ou la première delà queue, est nommée Alioth dès le treizième 



96 



LES ÉTOILES DE LA GRANDE OURSE 



ETOILES PBINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE LA GRANDE-OURSE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATIONS 



ÉTOILES 


-127 


-l-OGO 


1430 


1530 


1G03 


icco 


1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


a Dubhé 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


U 


1.2 


2 


2 


2,5 


p Mérah 


2 


3.2 


3 


2 


2 


2 


2 


2 


2.3 


2.3 


2,9 


Y Phegda 


2 


3.2 


3 


2 


2 


2 


2 


2 


2.3 


2.3 


2,7 


6 Mcgrez 


3 


3.4 


3 


2 


2 


3 


2-!- 


3 


3.4 


4.3 


3,7 


e Alioth 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


3 


3 


2 


2 


2,2 


Ç Mi:ar 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


3 


3 


2 


2 


2,4 


r, Dcnetnash 


2 


2 


2 


2 





2 


3 


2.3 


2 


2 


2.1 


9 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3i 


3 


3 


3 


3,3 


i 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


4 


3.4 


3 


3 


3,4 


X 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


4 


4.5 


3.4 


3.4 


3,4 


X 


3.4 


3.4 


3 


4 


4 


4 


3i 


3.4 


3.4 


3.4 


3,3 


V- 


3.4 


3.4 


3- 


4 


4 


4 


3 


3 


3 


3 


3,2 


V 


3.4 


3.4 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


3.4 


3,3 


Ç 


3.4 


3.4 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4 


3,6 





4 


4 


4 


4 


4 


4 


H 


4.5 


3.4 


3.4 


3,8 


7t 


5 


5 


5 


4 


4 


4 


5 


5 


5.4 


5.4 


5,0 


P 


5 


5 


5 


4 


4 


4 


5 


5.6 


5 


5 


5,2 





5 


5 


5 


4 


4 


5 


5 


5.6 


5 


5 


5,3 


T 


4,5 


4,5 


4 


5 


4 


4 


5 


5.6 


5.4 


5 


5,5 


U 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4.3 


4.3 


4,8 


? 


4.5 


4.5 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


4.5 


5.4 


5,0 


Z 





4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4,0 


^' 


4 


3.4 


3 


4 


4 


4 


3i 


3.4 


3 


3.4 


3.2 


tii 











5 


4 


5 


4f 


5 


5 


5 


5,0 


A 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


5 


5.6 


5,5 


6 














5 


5 


6 


6 


5 


5.6 


5,5 


c 





5 





5 


5 


5 


5 


6 


5 


5.6 


5,5 


d 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4i 


5 


5.4 


5.4 


5,2 


e 


4 


5.4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,0 


f 


4 


5.4 





5 


5 


5 


5 


6 


5 


5 


5,2 


g Alcor 





5.6 








5 


5 


5 


6 


5 


5 


5,0 


h 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4 


4 


3.4 


3.4 


4,2 


10 











4 


4 


4 


4 


5.6 


4 


4 


4,5 


P. VIII, 245 











4 


5 


4 


5| 


5 


5 


5.4 


5,0 


2G 

















5 


5i 


5,6 


5 


5 


5,4 


P. X, 42 











■ 





5 


4 


6 


5 


5 


5,0 


38 














5 





5 


6 


5 


5 


5,2 


P. X, 135 














5 





5 


6 


5 


5 


5,3 


47 

















5 


6 


6 


5 


5 


5,3 


49 




















6 


6 


5 


5 


5,5 


55 

















5 


5 


5 


5 


5 


5,5 


57 

















6 


6 


6 


5 


5 


5,9 


83 














6 


6 


6 


5.6 


5.6 


5.6 


5,5 



siècle par le roi astronome Alphonse X de Castille ; au quinzième 
siècle, Ulugli-Beigh la nomme al-joun « le cheval noir », quelquefois 
écrit al-jat, d'où est venu sans doute Alioth, au dixième siècle; Sùfi la 
nommait al-djùn «le golfe » ; la sixième a reçu le nom de Mizar, qui 
signifie ceinture d'étoffe, ou tablier, nom inconnu aux Arabes et in- 
troduit sur les cartes célestes par suite d'une conjecture de Scaliger, 



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fig. 65. — Les constellations boréales. — La Grande Ourse. — Le Petit Lion. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 13 



98 HISTOIRE DE LA GRANDE OURSE 

qui substitua ce mot à celui de Mérak, déjà donné à p et également 
donné à Ç dans les anciennes tables; Mizar apparaît comme nom 
propre dans la 42' psaume de David ; au dixième siècle Sùfi appelle 
cette étoile al-anâk-al-bénat « la chèvre des pleureurs » ; la dernière 
étoile de la queue, -n, est nommée Alkaïd ou Benetnash, deux mots 
dérivés de la dénomination arabe al-kayid-al-benàt-al-na'sh « le 
gouverneur des pleureurs. » Pour se rendre compte de ces deux der- 
nières dénominations, il faut savoir que les anciens Arabes voyaient 
dans les quatre étoiles du carré de la Grande Ourse un cercueil, et 
dans les trois de la queue les suivantes du mort. Job parle déjà de 
la Grande Ourse (ch. xxxviii, v. 31) et nomme les étoiles qui 
la composent 6ani nasch « les fils du brancard » et dans les chants 
anciens on les nomme également banât nasch « les filles du bran- 
card » ou du corbillard. L'image, assurément , n'a rien de bien 
gai ; mais en général les Arabes ne le sont guère, à commencer par 
Job lui-même, qui leur était assez proche parent. Il faut avouer, du 
reste, que cette constellation a été le sujet de bien des symboles et de 
bien des représentations diverses. Les Chinois la nommaient Pé-teou 
« le boisseau » , formé des quatre étoiles du quadrilatère, les trois autres 
représentant le manche, Pei. Sa direction, qui varie selon les heures 
de la nuit et selon les mois de l'année, était associée aux saisons. 
« Quand, le soir, la queue est dirigée vers l'orient, écrivait le Chinois 
H6-Koan-tsse au quatrième siècle avant notre ère, il est printemps 
dans le monde ; quand elle est dirigée vers le sud, il est été ; quand elle 
est dirigée vers l'occident, il est automne ; et quand elle est dirigée 
vers le nord, il est hiver. » Les Chinois appelaient aussi la même con- 
stellation Ti-tche «le char du souverain ». Ce nom de char paraît être 
le plus ancien qu'elle ait porté, et il est toujours resté le plus populaire. 
Au moyen âge, les derniers bardes druides chantaient le chariot 
d'Arthur, et de nos jours les paysans de nos campagnes désignent 
encore la même constellation sous le nom de chariot de David. 

Mais combien d'autres noms n'a-t-elle pas reçus de siècle en siècle ! 
Les Grecs la nommaient Hélice, à cause de son mouvement rotatoire 
autour du pôle, qui était beaucoup plus serré il y a trois et quatre 
mille ans que de nos jours; plus tard, on l'appela l'Ourse, parce que 
c'est le seul animal connu des anciens qui ait sa résidence dans les 
régions polaires ; les Gaulois nos ancêtres y voyaient un sanglier, et 
son image est sculptée sur leurs pièces de monnaie ; les Egyptiens y 
voyaient un hippopotame, nommé par eux dans leurs hiéroglyphes 
Horus- Apollon ; les Latins ont, comme nous l'avons vu, nommé ces 



HISTOIRE DB LA GRANDE OURSE 99 



sept étoiles, les sept bœufs : septem triones, d'où est venu le mot 
septentrion ; par une réminiscence orientale, Kirchcr nomme les 
quatre étoiles du carré le cercueil de Lazare, tandis que les trois sui- 
vantes symbolisent Marie, Marthe et Madeleine ; lorsqu'au xvn' siècle 
Schiller éprouva le besoin de bannir du ciel les figures antiques et de 
ileur substituer des figures chrétiennes, elle devint la Nacelle de 
saint Pierre, mais pour quelques années seulement; on lui a donné 
aussi quelquefois le nom trop vulgaire de Casserolle, excusé pourtant 
par une ressemblance facile à retenir... Il serait interminable de rap- 
peler ici toutes ces dénominations plus ou moins justifiées, parmi 
lesquelles celle de la Grande Ourse reste la plus universelle et la plus 
constante, et restera vraisemblablement jusqu'à la fin des siècles. 

Virgile pensait que cette constellation, les Pléiades et les Hyades 
ont été les trois premières remarquées ; il les représente nommées 
pour la première fois dès l'origine du travail imposé aux humains par 
Jupiter (Géorgfigues, I. 137) : 

Navita tum stellis numéros et nomina fecit, 
Plaidas, Hyadas, claramque Lycaonis Arctun. 

Ici, elle s'appelle l'Ourse de Lycaon. Ourse, sanglier, hippopo- 
tame, char, cercueil, boisseau, nacelle, casserole : que de métamor- 
phoses ! Elles me remettent en mémoire le dessin bizarre que l'inimi- 
table Grandville envoyait quelques jours avant sa mort à mon illustre 
ami Edouard Charton : le rêve d'une jeune fille qui a contemplé le 
doux croissant lunaire avant de s'endormir. Elle rêve. La figure du 
eroissant lui apparaît ; il ressemble à un champignon... qui s'agrandit 
et lui rappelle son ombrelle. Bizarre réminiscence, elle avait chassé 
de cette ombrelle une chauve-souris inquiète. Le souvenir d'un vul- 
gaire objet de ménage transforme de nouveau la figure, et, ô rêve de 
jeune fille! cela devient deux cœurs percés d'une flèche. Nous sommes 
toujours en Iplein ciel, et c'est le char échevelé de la Grande Ourse 
qui dérive de cette étrange série de métamorphoses. Rêve d'une 
minute! Il en est de bien plus étranges encore que celui-là. Cette com- 
position originale est la dernière qui soit sortie du cerveau de l'ingé- 
nieux dessinateur, et plus d'un lecteur nous saura gré de la voir 
reproduite ici, malgré la bizarrerie de son caractère, — ou peut-êti=e 
même à cause de son originalité. 

Nous n'avons pas encore parlé de la petite étoile que l'on voit 
au-dessus du second cheval du char, et que l'on nomme quelquefois 
le cavalier. C'est une petite étoile de cinquième grandeur, qui est un 



100 



LA GRANDE OURSE 



peu éclipsée par l'éclat de Ç, à laquelle elle est contiguë, mais que les 
bonnes vues peuvent toujours distinguer quand le ciel est pur et qu'il 
n'y a pas un clair de lune éblouissant. Elle est, dans tous les cas, une 



■^ 




Fig. C6. — Le dernier dessin de GranviUe. 



excellente épreuve mise à la portée de tout le monde pour expéri- 
menter la valeur des yeux, et comme nos deux yeux ne sont pas rigou- 
reusement identiques, il n'est pas rare de rencontrer des personnes 
qui distinguent le cavalier avec un oeil et ne le distinguent pas avec 



LA GRANDE OURSE 101 



l'autre. La distance entre les deux étoiles est de 11' 48", c'est-à-dire de 
plus du tiers du diamètre apparent de la Lune : on ne s'en douterait 
pas, car la Lune paraît à l'œil nu plus de dix fois plus large que cet 
écarte m en t. 

Comme on l'a vu sur le tableau précédent, cette petite étoile a 
reçu la lettre g dans la classification de Bayer; mais elle est générale- 
ment désignée sous le nom d'Alcor, de même que sa brillante voisine 
est connue sous le nom de Mizar. Le nom d'Alcor n'est pas arabe, à 
moins qu'il ne dérive par corruption d'al-jaun, al-jat, al-ioth, comme 
nous l'avons vu plus haut pour e. (Quand on sait, du reste, que les mots 
espion, épicier eiévêque dériventitous les trois du même radical, on ne 
peut plus s'étonner de rien.) La plus ancienne notification que je con- 
naisse d'Alcor est celle de l'astronome persan Abd-al-Rahman-al-Sûfi, 
qui, dans sa Description du ciel rédigée au x° siècle de notre ère, écrit : 
« Au-dessus d'al-anak est une petite étoile qui lui est contiguë, que les 
Arabes nomment al-Suhâ. (la petite négligée) et dans quelques 
dialectes al-Sa.ïdak (l'étoile de confiance). Ptolémée n'en parle pas, 
et c'est celle dont on se sert pour essayer la portée de la vue. On 
dit proverbialement : Je lui fais voir al-Suhâ et il me montre la pleine 
lune. » Ce proverbe rappelle celui de la paille et de la poutre. Peut- 
être la désignation de Saïdak se rattache-t-elle primitivement à l'idée 
d'épreuve, puisque cette étoile servait d'épreuve pour vérifier la 
portée de la vue. Il est assez singulier que les anciens n'en aient pas 
dit un seul mot. Aurait-elle augmenté d'éclat? Peut-être. Les Arabes 
ont une excellente vue, et, sous leur ciel si transparent, il ne semble 
pas qu'elle puisse être aujourd'hui pour eux un objet d'épreuve. 
Cependant, nous n'affirmerons rien ici, d'autant moins que Sûfi ne 
dit pas précisément à quelle grandeur on estimait cette étoile de son 
temps : il se contente de dire « une petite étoile ». 

Occupons-nous un instant maintenant des sept principales étoiles 
de cette célèbre constellation. 

Habituons-nous d'abord h les nommer, en commençant par la der- 
nière roue du chariot (la plus brillante des deux d'arrière) en allant à 
la seconde de ces roues, et en suivant tout simplement la figure : 
alpha (œ) — bêta ((3) — gamma (y) — delta (5) — epsilon (e) — zêta (C) 
— êta (ti). Cela ressemble un peu à un devoir d'écolier, mais nous 
pouvons nous en consoler en disant avec Archimède que l'on ne sait 
que ce que l'on a appris, et que dans la science il n'y a pas de chemin 
privilégié pour les rois. 11 faut, ce soir même, si le ciel est étoile, que 
vous cherchiez ce vénérable chariot dans le ciel et que vous nommiez 



102 



LA GRANDE OURSE 



ces sept étoiles. Là est le vrai commencement de l'astronomie d'ob- 
servation, et c'est par là que nous aurions commencé notre descrip- 
tion générale du ciel, si nos lecteurs n'étaient pas déjà préparés par la 
lecture de V Astronomie populaire et n'étaient censés connaître déjà 
cette constellation fondamentale. D'ailleurs, ce Supplément ne peut 
pas être considéré comme un livre de lecture qu'on ne lit qu'une 
seule fois, comme une histoire : c'est plutôt un ouvrage à posséder 
pour être consulté sur une région quelconque du ciel chaque fois 




Fig. 67. — Principales étoiles de la constellalion de la Grande Ourse. 

qu'on voudra se rendre compte de telle ou telle constellation, se 
reconnaître dans le ciel, ou étudier des documents qui n'ont pu être 
incorporés dans le plan méthodique et homogène du livre qu'il est 
destiné à compléter. — Ainsi, c'est convenu, cherchez dès ce soir 
dans le ciel les sept étoiles du chariot, et nommez-les par les lettres 
grecques qui les désignent. 

Dans la vérification toute récente que j'ai faite de l'éclat de ces 
étoiles et de leurs compagnes (avril 1880), et d'après une observation 
habituelle qui date de bien des années déjà, j'ai constaté que, sans le 
moindre doute, les trois étoiles de la queue sont actuellement les trois 
plus brillantes de la figure ; « vient ensuite, puis viennent y, (3 et â. Or, 



LA GRANDE OURSE 103 



cet ordre est aussi celui dans lequel ces étoiles se présentaient au 
dixième siècle de notre ère, d'après le témoignage explicite de Sùfi. Il 
n'y a donc pas eu de variation séculaire dans ces éclats, comme plu- 
sieurs astronomes l'admettaient en déclarant que l'étoile S, notam- 
ment, va en diminuant de siècle en siècle. Mais il y a certainement des 
fluctuations passagères. Ainsi, Tycho-Brahé, Longomontanus, Bayer 
et Kepler rangeaient les sept étoiles dans la seconde grandeur; Riccioli 
leur objecte que celle de la racine de la queue (â) est à peine de 
troisième ordre, et tel est aussi le témoignage d'Hévélius ; de là nous 
pouvons conclure que cette étoile a augmenté d'éclat au xv!*" siècle, 
mais qu'elle est retombée à la troisième grandeur vers le milieu du 
XVII'. Flamsteed, toutefois, l'estimait, en 1700, supérieure aux trois de 
la queue, et, en 1800, Piazzi faisait également s et Ç de troisième gran- 
deur. Sir John Herschel en a fait, en 1835, des mesures photomé- 
triques qui ont donné les résultats suivants : 

E^l,95 a=l,96 n = 2,18 ^ = 2,45 t = 2,71 (3 = 2,77 ô=3,50 

Que â varie, mais non suivant une diminution régulière, ce n'est 
pas douteux. J'en dirai autant de a, quoique dans une proportion 
moindre : elle est actuellement inférieure aux trois étoiles de la queue ; 
mais je l'ai quelquefois trouvée la plus brillante des sept, notamment 
au mois de décembre 1875. Flamsteed et Piazzi sont même allés 
jusqu'à l'inscrire de la première grandeur, tandis qu'ils rangeaient au 
troisième ordre les étoiles de la queue, ce qui est bien extraordinaire. 
A la même époque que Piazzi, Lalande inscrivait aussi les étoiles de 
la queue dans la troisième grandeur. Il y avait sans doute là quelque 
exagération. Quoi qu'il en soit, qu'y a-t-il de plus facile que de noter 
de temps en temps l'éclat comparatif de ces sept étoiles? Ceux d'entre 
nos lecteurs qui s'en donneront le plaisir en seront amplement récom- 
pensés par l'intérêt qu'ils éprouveront à renouveler souvent cette 
comparaison, et peut-être quelques-uns sont-ils appelés à enrichir la 
science de plusieui^s découvertes importantes : ce ne sont pas les 
observations les plus simples qui sont les moins fécondes. 

D'après les révélations de l'analyse spectrale, les cinq étoiles (i,y,â,e, 
et 'C, s'éloignent de la Tei^re, tandis que x et ■/] s'approchent de nous. 
Les cinq premières forment peut-être un même système physique, 
malgré l'incommensurable distance qui les sépare les unes des autres. 

La comparaison des notifications d'éclat inscrites dans le tableau 
précédent monti^e que Piazzi (1800) a estimé ces étoiles un peu au- 
dessous de leur éclat moyen, de telle sorte que, lorsque nous voyons 



104 VARIATIONS OBSERVEES DANS LA GRANDE OURSE 

rune de ces étoiles notée par lui à une grandeur inférieure, ce n'est 
point là une preuve qu'elle ait réellement varié d'éclat, à moins qu'il 
ne s'agisse d'une différence énorme. Parmi ces étoiles, l'une, m, doit 
avoir augmenté d'éclat entre l'époque d'Hipparque et celle de Bayer, 
qui l'a inscrite de 4" grandeur, tandis que personne ne la signale avant 
Tycho-Brahé; une autre, h, ordinairement notée de 4' grandeur, 
n'est que de 5° dans Bayer : dans Hévélius, elle est de même éclat 
que T ; aujourd'hui, elle est moins brillante, quoique je l'aie notée au- 
dessous des valeurs d'Argelander et de Heis. L'étoile 10, de 4* gran- 
deur 1/2, aujourd'hui incorporée dans le pied droit, ne doit peut-être 
son absence des catalogues anciens qu'à son éloignement de la 
Grande Ourse, sous le pied de laquelle elle était au xvii" siècle ; 
cependant, il est probable que si elle avait été autrefois aussi biillante 
que de nos jours on aurait allongé ce pied sans difficulté. Les étoiles 
e et f étaient anciennement plus brillantes que les étoiles i:, p, a; mais 
elles n'en diffèrent plus aujourd'hui. Ce sont là les variations d'éclat 
les plus sûres arrivées dans cette région du ciel. L'étoile P. X. 42 est 
peut-être soumise aussi à certaines fluctuations. Quant aux dernières 
étoiles de la liste précédente, leur absence des catalogues anciens ne 
prouve point qu'elles n'existaient pas, car elles se trouvent en dehors 
des limites de la figure et ne sont d'ailleurs que de cinquième grandeur. 
La dernière, toutefois (83), située près de ?, varie, car, le 6 août 1868, 
M. Birmingham Ta vue aussi l)rillante que â. 

Il y a dans la constellation de la Grande Ourse trois étoiles varia- 
bles bien curieuses, R, S et T. La première se trouve sur le prolonge- 
ment de la ligne tracée de (3 à x qui sert généralement de ligne de 
repère pour trouver l'étoile polaire : cette ligne passe {voy. la fig. 67), 
entre les étoiles A du Dragon et P. X. 126. La variable, R, est contiguë 
à cette dernière étoile. La seconde. S, se trouve au nord de e, mais 
comme elle ne s'élève presque jamais au-dessus de la huitième gran- 
deur, je n'engage pas mes lecteurs à se donner la peine de la chercher. 
La troisième, T, gît dans ces mêmes parages, et on la trouvera égale- 
ment, à l'aide de notre fig. 67, sur le prolongement d'une ligne menée 
par les étoiles y, â : cette ligne rencontre une étoile de cinquième 
grandeur et la variable est un peu au delà. 

La variable R s'élève à la sixième grandeur à son maximum et 
devient alors visible à l'œil nu; elle descend à son minimum jusqu'à la 
douzième grandeur. Cette variation d'éclat s'accomplit très réguliè- 
rement, dans une période de 302 jours ; elle augmente d'abord très 
rapidement d'éclat, traversant en un mois presque quatre ordres de 



^^ 



CURIOSITES SIDERALES DANS LA GRANDE OURSE 



105 



grandeurs ; elle reste ensuite pendant deux mois au-dessus de la hui- 
tième grandeur, après quoi elle diminue régulièrement pendant 
quatre mois. Au moment de son minimum, elle devient nébuleuse, et 
cette apparence suffit pour la faire distinguer des petites étoiles 
voisines : elle est comme enveloppée d'un léger brouillard, mais 
n'offre pas la teinte rougeâtre que l'on remarque généralement sur les 
étoiles variables. Son prochain maximum arrivera le 18 août. 

L'étoile voisine, de cinquième grandeur, est une étoile triple très 
délicate. 

La seconde, S, varie de la huitième à la douzième grandeur en 
226 jours; mais, comme nous l'avons dit, elle ne peut guère être 




Fig. 68. — Mizar vue é, l'œil nu. 



Fig. 69. — Mizar vue dans une lunette. 



trouvée qu'à l'aide d'un instrument équatorial. La troisième, T, varie 
de la sixième et demie à la treizième grandeur dans la période de 
255 jours : son dernier maximum est arrivé le 8 juin. — On peut s'in- 
téresser à vérifier ces maxima, d'autant plus qu'ils ne se reproduisent 
jamais dans un éclat identique, et qu'au lieu, par exemple, de remon- 
ter à la sixième grandeur ou à la sixième et demie, ces étoiles ne 
reviennent souvent qu'à la septième ou même à la septième et demie. 
Il y a encore là bien des problèmes à résoudre. 

Cette belle et grandiose constellation possède l'une des plus bril- 
lantes étoiles doubles du ciel tout entier : c'est l'étoile Ç, ou Mizar, 
précisément celle qui offre à l'œil nu un spécimen de ces couples 
remarquables. Nous avons vu, en effet, que cette étoile se dédouble à 
l'œil nu et laisse voir au-dessus d'elle son petit compagnon Alcor, de 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 14 



106 LA BELLE ÉTOILE DOUBLE MIZAR 

cinquième grandeur; la distance entre ces deux astres est énorme, 
puisqu'on les sépare à l'œil nu, et elle surpasse de beaucoup l'ordre 
normal d'écartement des véritables étoiles doubles : au lieu de se 
compter par secondes, elle se compte par minutes, et elle s'élève à 
1 1' 48" ou 708". Je n'affirmerais pourtant pas que ces deux étoiles, 
Mizar et Alcor, ne forment pas un système physique, car j'ai trouvé 
dans le ciel des étoiles très écartées les unes des autres et qui se 
montrent animées d'un mouvement propre commun dans l'espace, 
et tel paraît être le cas pour ces deux-ci. A l'œil nu, ce couple 
présente l'aspect dessiné sur notre fig. 68, qui est tracée à l'échelle de 
un demi-millimètre pour une minute : nous avons supposé ici les sept 
étoiles du Chariot placées dans ce que nous pourrions appeler leur 
position horizontale, c'est-à-dire à leur passage inférieur au méridien, 
le nord étant en haut. Si maintenant nous dirigeons une lunette vers 
cette même étoile, nous aurons sous les yeux le couple représenté à la 
fig. 69, qui n'est plus du tout formé par Mizar et par Alcor, mais par 
Mizar et son compagnon télescopique, Alcor se trouvant rejetée par 
le grossissement à une très grande distance au delà. Mizar est de 
seconde grandeur, son compagnon est de quatrième, et la distance 
qui les sépare est de 14",5. Cette observation fait une certaine im- 
pression, et c'est par elle que je conseillerais de commencer à tout 
amateur qui désire se rendre compte de l'aspect d'une étoile double, 
d'autant plus que celle-ci reste perpétuellement visible sur notre 
horizon, et qu'elle éclate dans le champ du télescope comme une vive 
et translucide lumière. Il n'est pas rare de rencontrer des personnes 

qui, assistant à l'observation, 
s'imaginent qu'elles dédoublent à 
l'œil nu cette étoile; pour les dé- 
tromper, il faut éloigner Mizar du 
milieu du champ de la lunette, 
de manière à y faire entrer Alcor, 
comme on le voit sur la fîg. 70; 
on a là, du reste, un groupe très 
curieux, composé de la belle étoile 
double Mizar, d'Alcor, et de plu- 
sieurs étoiles télescopiques qui 
apparaissent en ce même coin du 
ciel. — L'image est renversée, le 

Fig. 70. — Mizar et Alcor dans le même champ. i-iord PII l"ns 

Mizar est la plus ancienne étoile double découverte au télescope : 




LA CONTEMPLATION ASTRONOMIQUE 107 



elle a été signalée par Riccioli dès l'année 1650 et observée par 
Gottfried Kirch et sa savante compagne Maria Margaretta, la der- 
nière année du xvn" siècle. L'astronome anglais Bradley en fit la pre- 
mière mesure en 1755 ; William Herscliel la mesura en 1781, Piazzi 
en 1800, Struve en 1820 et en 1840, Secclii en 1860, et je l'ai me- 
sm^ée de nouveau tout récemment : ces mesures et un grand nombre 
d'autres montrent que la position relative de ces deux soleils dans 
l'espace n'avarié que de quelques degrés depuis 125 ans, et que c'est 
là un vaste et important système physique dans lequel les deux soleils 
tournent autour de leur centre connnun de gravité en un cycle im- 
mense dont la durée doit dépasser dix-huit et vingt mille ans ! Ce ne 
sont guère que les observations du vingtième et du vingt-et-unième 
siècle qui pourront nous permettre de décider sur la nature de ce 
cycle, et encore devrons-nous sans doute attendre au vingt-deuxième : 
les astronomes ne sont pas égoïstes ; ils ne travaillent, ni pour leur 
époque, ni pour eux-mêmes, mais pour les siècles futurs, pour leurs 
successeurs inconnus , pour le patrimoine toujours grandissant de l'hu- 
manité intellectuelle. Nous nous servons aujourd'hui des observations 
faites il y a deux mille ans par des astronomes qui n'avaient ni nos 
idées, ni notre langue, à une époque où la France n'existait pas et 
oîi les Celtes, nos ancêtres, vivaient au milieu des forêts sauvages et 
solitaires. L'astronome Halley calcula en 1705 le cours de la grande 
comète de 1682 et annonça son retour pour l'an 1759; il n'ignorait 
pas qu'il aurait depuis longtemps quitté cette terre lorsque l'astre mys- 
térieux reviendrait donner raison à l'audacieuse induction du calcul ; 
mais il ne se ralentit point dans la recherche du grand problème ; il 
suivit par la pensée l'astre vagabond jusqu'à des centaines de millions 
de lieues au delà du monde visible et prophétisa hardiment la date de 
son apparition future : chacun dans le monde sourit d'une audace aussi 
fantastique; celui-ci le traita de fou, celui-là de blasphémateur; lui- 
même suivit la destinée commune : il vieillit, et, à son tour, descendit 
dans la nuit du tombeau; la cigale chanta dans l'herbe du cimetière ; le 
corps du pauvre astronome retourna aux éléments d'où il était sorti... 
Le silence et l'oubli l'ensevelissaient, comme ils ensevelissent tout 
être et toute chose, quand un soir, à l'horizon, dans les vagues profon- 
deurs des cieux, on vit arriver du fond de l'espace une clarté étrange, 
qui, tout à coup, s'éleva, se dressa parmi les constellations, plana 
dans les cieux, semant ses flammes dans l'immensité étoilée : c'était 
la comète de Halley qui répondait à son appel! c'était la Vérité 
astronomique qui venait resplendir sur le tombeau de son prophète ! 



108 LA CONTEMPLATION ASTRONOMIQUE 

Lorsque nous observons aujourd'hui, avec la plus grande précision 
possible, les positions relatives des deux composantes de cette splen- 
dide étoile double de la Grande Ourse, nous prenons un point de 
repère destiné à la science du xx' siècle et de ses successeurs dans 
l'histoire de l'humanité, et c'est non seulement sans regrets, mais c'est 
encore avec un légitime sentiment de fierté, que nous léguons à la 
postérité ces documents contemporains, parce qu'il y a en réalité un 
véritable plaisir à vivre dans l'avenir et dans le passé comme on vit 
dans le présent, et c'est là l'un des privilèges particuliers à l'astrono- 
mie. Nous devinons les révolutions futures de ces lointains sys- 
tèmes, nous voyons, plusieurs siècles à l'avance, les positions des 
astres dans l'espace, et nous vivons intellectuellement dans une éten- 
due incomparablement plus vaste que celle de la vie vulgaire en 
laquelle s'agitent fébrilement et inutilement les humains qui nous 
entourent. 

Cette étoile double est sans contredit l'une des plus belles du ciel ; 
son observation, comme celle de l'élégant système de Gamma d'An- 
dromède avec lequel nous avons fait connaissance, transporte l'esprit 
le plus indifférent au sein des régions de l'immensité ; il est difficile 
de les contempler pendant quelques minutes sans éprouver un senti- 
ment d'admiration et une sorte de dilatation intellectuelle delà pensée 
en ascension vers l'infini! — Ce couple si brillant est le premier qui 
ait été photographié dans le ciel : dès l'année 1857, Bond en a fait 
quatre-vingt-six photographies, si nettes et si exactes que la distance 
des composantes et l'angle qu'elles forment ont pu être mesurés avec 
précision. On fait maintenant la photographie du Soleil, de la Lune 
et des étoiles comme celle d'une personne , d'une statue ou d'un 
paysage. 

Moins facile à dédoubler dans les instruments de moyenne puis- 
sance, mais plus intéressante encore par son mouvement et par son 
histoire, est l'étoile ^ de la même constellation. On la trouvera, à l'aide 
de notre fig. 67 sur le prolongement d'une ligne tracée par les étoiles [ 
è, y, X et 57; cette ligne, continuée vers le sud, aboutit aux 
étoiles V et ?, de quatrième grandeur. Chacune de ces deux étoiles est 
double. La première, v, étoile orangée, a un petit compagnon bleu de 
dixième grandeur, écarté à 7", et qui reste absolument fixe depuis cent 
ans qu'on l'observe. La seconde, l, a un compagnon de cinquième 
grandeur qui tourne très rapidement autour de sa primaire : sa 
révolution s'accomplit en soixante ans. Ce beau système orbital est le 
premier dont la période ait été calculée, le premier qui ait démontré 



COMMENT ON OBSERVE LES ÉTOILES DOUBLES 109 

que la force de gravitation s'étend au delà de notre système solaire et 
que ses lois régissent les autres univers comme elles régissent le 
nôtre. C'est l'astronome français Savarj^ qui le premier calcula cette 
orbite d'étoile double dès l'année 1828 : il avait trouvé 58 ans pour la 
durée de la révolution. Il y a quelques années, j'ai repris le même 
calcul en le fondant sur toutes les observations faites jusqu'à notre 
époque, et j'ai trouvé pour cette même durée de révolution 60 ans et 
7 mois. 

Ce système orbital rapide peut nous servir de type ici pour nous 
rendre compte de la méthode employée dans l'observation de ces cou- 
ples, dans leur mesure et dans la détermination de leurs mouvements. 

Le premier point est d'observer avec la plus grande précision possible la posi- 
tion des deux composantes l'une par rapport à l'autre, et de recommencer cette 
opération d'année en année pour savoir si cette position varie. Quand les deux 
étoiles diffèrent d'éclat (ce qui est le cas général), l'observation n'est pas très 
difficile : on rapporte la situation de la plus petite à celle de la plus grande, 
comme si celle-ci restait immobile. Supposons, par exemple, qu'en une certaine 
année on ait remarqué que la petite étoile était juste verticalement au-dessus de 
la grande. Quelques années plus tard, on constate qu'elle a changé de place et se 
trouve un peu sur la droite. Plus tard encore, on remarque un déplacement plus 
considérable : il arrive une époque où elle se trouve juste horizontalement à la 
droite de l'étoile principale. Puis, continuant de tourner dans le môme sens, 
elle descend, et, marchant vers la gauche, arrive à se j^lacer au-dessous. Après 
avoir accompli sa courbe inférieure, elle remonte, passe à gauche de sa brillante 
voisine, et peu à peu revient vers la place où nous l'avons signalée en commen- 
çant. 

Lorsqu'on a pu suivre ainsi la marche de l'étoile secondaire autour de l'étoile 
primaire, ou au moins une partie notable de cette marche, , 
on connaît l'orbite apparente qu'elle décrit autour de ce ( 
foyer. L'observation est plus difficile si les deux composantes j 
sont de même éclat, parce qu'on peut prendre l'une pour 
l'autre : l'appréciation est plus lente et plus délicate. 

La position de l'étoile secondaire se détermine par l'angle 
qu'elle fait avec une ligne arbitraire prise comme origine 
pour compter. Ainsi, supposons qu'on fasse traverser l'étoile 
principale A par une ligne verticale SN [fig. 71), la position 
de la seconde étoile B se déterminera par l'angle NAB, le- 
quel est ici égal à 45 degrés environ. Toute circonféi'ence 
se divise, comme on sait, en 360 degrés. Un angle droit est 
de 90 degrés, et deux angles droits, ou un diamètre, valent 
180 degrés. Si donc nous supposons que, dans notre exem- | _,.^''' 
pie, l'étoile secondaire passe successivement par les points l" 
B, C, D, E, F {fig. 12), on fixera sa position aux époques des ^'°' ^*' 

observations en disant qu'elle était à 45, 90, 150, 180, 260 degrés de la ligne AN 
prise pour origine. 

La ligne AN, à partir de laquelle on commence à compter les degrés de l'angle 
de position de l'étoile secondaire n'est pas arbitrairement fixée : c'est une ligne 
dirigée de l'étoile principale vers le nord. Ainsi, le point (zéro) est au nord, 



110 



COMMENT ON OBSERVE LES ETOILES DOUBLES 



' f- 93 



et le point 180 au sud. Quand l'ctoile passe au méridien, cette ligne est verti- 
cale. En lui menant une seconde ligne, perpendiculaire et passant aussi par 
s l'étoile pi'incipale, cette seconde 

ligne est parallèle à l'équatcur, et 
dirigée de l'est à l'ouest. Au com- 
mencement du siècle, c'est à cette 
ligne que l'on rapportait les angles 
de position, en indiquant si l'étoile 
était au-dessus ou au-dessous, et à 
gauche ou à droite de la croisée ver- 
ticale. Pour plus d'uniformité, on 
s'accorde maintenant à compter à 
partir du nord, et de Ocà 360 degrés. 
Pour mesurer l'angle de position 
que fait l'étoile secondaire avec la 
principale et la ligne AN, on se sert 
d'un micromètre, ou cadre circulaire 
de métal traversé par des fils très 
fins, qui se place dans l'oculaire de 
la lunette, au foyer de l'objectif. Ce 



Fig. 72. 



cadre circulaire est traversé, disons-nous, par des fils, les uns fixes et les autres 
mobiles. On amène l'étoile A derrière un fil fixe, qui représente la ligne SN 
de la figure précédente. Puis on fait tourner un fil mobile autour de l'étoile A, 
jusqu'à ce qu'il rencontre l'étoile B. Le cadre circulaire du micromètre est 
visible à l'extérieur de l'oculaire et gradué, ce qui permet délire extérieurement 
l'angle dont le fil mobile a marché pour aller de la direction AN <à la direction AB. 
C'est précisément là l'angle cherché. 

Par une autre disposition des fils du micromètre, on mesure également la 
distance qui sépare les deux étoiles. On obtient ainsi les deux éléments fonda- 
mentaux pour la connaissance du système. 

Appliquons cette méthode à l'étoile double que nous avons choisie 
pour exemple. 

Voici les mesures principales faites sur cette étoile : 



DATES 


ANGLE 


BISTANCE 


DATES 


ANGLE 


DISTANCa 


1781 


144» 


2" 4 


1850 


125» 


2", 6 


1804 


93 


2 '4 


1855 


115 


2,9 


1818 


284 


2,5 


1860 


105 


2,8 


1826 


239 


1 ,8 


1865 


90 


2,5 


1835 


180 


\ ,8 


1870 


58 


1 ,3 


1840 


151 


2,3 


1875 


317 


1,2 


1845 


138 


2,6 


1880 


272 


2,0 



A l'aide de toutes les mesures inscrites sur un même dessin, j'ai 
construit l'ellipse ci-dessous [fig. 73), qui passe par la moyenne de 
toutes les positions observées, et qui représente par conséquent 
l'orbite du mouvement de cette étoile double tel que nous l'observons 
de la Teri-e. Ce diagramme est construit à l'échelle de 2 millimètres 
pour 1 seconde. On voit que ce mouvement s'exécute suivant une 
ellipse' dont le grand axe mesure 4"9, que l'étoile principale n'est ni 



COMMENT ON CALCULE LES ORBITES D'ETOILES DOUBLES 111 



au centre ni au foyer de cette orbite apparente, que la petite étoile 
s'écarte, à sa plus grande distance, ou à son aphélie apparent, 
jusqu'cà 3" de l'étoile principale, et qu'elle s'en rapproche à moins de 
l" à son périhélie apparent. Ainsi, en 1873, l'écartement des deux 
étoiles a été réduit à 0"%, et un instrument très puissant était néces- 
saire pour opérer le dédoublement. Depuis cette année, la distance va 
en augmentant, et elle atteint déjà 2", de sorte qu'elle va de nouveau 
devenir accessible aux instruments de moyenne puissance. 

Concevons bien, maintenant, que nous ne voyons pas ce système 
de face, et que, par conséquent, cette orbite apparente n'est pas 




l''ig, 73. — Orbite apparente de l'étoile double % Grande Ourse. 

l'orbite absolue. Le plan dans lequel s'effectue ce mouvement n'est 
pas perpendiculaire à notre rayon visuel. En effet, nous sommes n'im- 
porte où dans l'univers, et il n'y a pas de raison pour que nous voyions 
plutôt de face qu'autrement ces systèmes différents du nôtre. Il en est 
même qui se présentent à nous tout à fait de profil, de sorte que 
la petite étoile ne paraît qu'osciller comme une boule de pendule, de 
part et d'autre de la grande. L'orbite absolue est vue plus ou moins 
de profil et plus ou moins déformée par cet effet de perspective. Une 
roue de moulin que nous voyons tourner de face nous apparaît dans sa 
vraie forme circulaire; mais si nous la voyons obliquement, elle 
nous paraît elliptique, et l'ellipse devient d'autant plus étroite que 
l'obliquité du rayon visuel est plus grande. Si donc nous voulons 
nous rendre compte exactement de l'orbite réelle d'une étoile 



% 

112 COMMENT ON CALCULE LES ORBITES D'ÉTOILES DOUBLES 



double, il faut, lorsque nous avons déterminé son orbite apparente, 
chercher la position de cette orbite apparente, son inclinaison sur 
notre rayon visuel, et la relever par la pensée de manière à la con- 
naître de face. Or, comme l'étoile intérieure autour de laquelle 
nous voyons la seconde étoile effectuer son cours est nécessairement 
au foyer de l'ellipse réelle, et que le centre d'une figure géométrique 
ne peut pas changer, quelle que soit l'inclinaison de cette figure, si 
nous voulons connaître le grand axe et l'excentricité de l'orbite réelle, 
nous n'avons qu'à tracer un diamètre passant par l'étoile principale et 
par le centre. Ainsi, le diamètre qui va de l'année 1875 à l'année 1845 
sur la fig. 73 représente la projection du grand axe de l'orbite réelle, 
et la distance qui sépare l'étoile du centre (c) indique son excentricité. 
La forme de l'orbite réelle est donc par là exactement déterminée, et 
nous pouvons tracer le plan du système de ce soleil double, comme 
"--'■'•- nous traçons celui de notre 

propre système solaire. C'est 
ce que j'ai fait {flg. 74). Ce 
diagramme représente le plan 
de cette orbite, dessiné à une 
■»"-"' petite échelle : on voit qu'elle 
est moins allongée, moins ex^ 
centrique, que l'orbite appa- 
rente. 
Voilà donc devant nous dans 
r., -, T,, j ,• V,-. ■ „ A , l'espace un système de deux 

Fig. 74. — Plan de lorbite réelle du système ^ "^ 

4 Grande Ourse. SOleils COUJUgués qui toumcnt 

l'un autour de l'autre (rigoureusement autour de leur centre commun 
de gravité) dans la période relativement rapide de soixante ans et 
sept mois. Ils sont passés en 1875 à leur plus grande proximité; 
ils y éta'ent déjà passés en 1815, et ils y reviendront en 1936. Chacun 
de ces deux soleils doit être plus grand, plus volumineux, plus colos- 
sal encore que celui qui nous éclaire, car notre soleil transporté à 
■ cette distance serait à peine visible à l'œil nu. Peut-être ce système 
est-il plus éloigné et plus gigantesque encore, car sa parallaxe est 
insensible et il gît certainement au delà de cent mille milliards de 
lieues de notre frêle atome terrestre. Quoiqu'ils se touchent et nous 
paraissent glisser l'un autour de l'autre, comme deux valseurs enla- 
cés dans les liens d'une attraction passagère et charmante, cepen- 
dant le contact n'est ici qu'une apparence trompeuse, car il y a 
certainement un abîme de plus de cent millions de lieues entre ces 



ETOILES DOUBLES DANS LA GRANDE OURSE 113 



deux soleils jumeaux, et chacun d'eux peut être le centre d'un monde 
de planètes habitées gravitant dans leur double lumière et dans leur 
double chaleur ('). 

Ce beau système de deux soleils conjugués est emporté dans l'espace 
par un mouvement propre rapide dirigé vers le sud-ouest. 

Dans la même constellation, remarquons encore : 

L'étoile 23 h, de quatrième grandeur : compaj^i.jn de neuvième 
grandeur à 22"; système fixe depuis le commencement des observa- 
tions (1781) ; 

L'étoile I, de troisième grandeur et demie : elle a, à 12", un petit 
compagnon, très sombre, difficile à distinguer ; sir John Herschel 




Fig. 75. — L'étoile double ? Grande Ourse. Fig. 70. — L'cloile double 23 h Grande Ourse 

pensait qu'il pouvait briller d'une lumière réfléchie et que peut-être 
c'est une planète de ce lointain système que nous voyons là; 

L'étoile a, de cinquième grandeur : compagnon de 9° à 2" 6; ce 

(') Assurément, s'il y a là des philosophes qui observent le ciel et qui aient re- 
marqué, au milieu de l'armée des étoiles, la petite étoile qui est notre soleil, ils ne 
se doutent point que près de cette petite étoile tourne une île obscure un million de 
fois plus microscopique que ladite étoile; que sur cette île obscure il y a de minus- 
cules pygmées qui pérorent en chaire en affirmant qu'ils connaissent Dieu, qu'ils lui 
parlent et qu'au besoin ils le fabriquent et le mettent dan^ leur poche; que parmi 
ces pygmées les uns sont costumés en violet, les autres en rouge, revêtus de belles 
chasubles d'or et d'argent, et pontifiant avec le plus grand sérieux, au grand ébaliis- 
sement des populations qui les écoutent depuis dix-huit siècles, parlant du ciel qu'ils 
ne connaissent pas avec la naïve audace d'une grenouille qui voudrait raconter 
l'Iliade d'Homère. Quel rire olympien n'éclaterait pas dans le cercle des philosophes 
de ce double soleil, si quelque pape convaincu de sa mission arrivait au milieu 
d'eux le lendemain de sa mort et essayait de leur démontrer son infaillibilité I 

ASTRONOMIE — SUPPLÉMENT. 15 



114 L'ETOILE LA PLUS RAPIDE DU CIEL 

compagnon était écarté à 8" il y a cent ans; depuis, il s'est toujours 
rapproché ; sa trajectoire, au lieu d'être concave, est plutôt convexe, 
comme s'il tournait autour d'une étoile obscure située au delà, vers 
l'ouest-nord-ouest (il y a deux o- : c'est <7* qui est double) ; 

L'étoile 57, non loin de v et Ç, est aussi double : 6°; compagnon de 
huitième grandeur, violet, à 5 secondes et demie. 

Les autres paires sont moins intéressantes ou moins faciles à 
observer. 

C'est dans cette région du ciel, près de l'étoile double 57, que se 
trouve l'astre le plus rapide que nous connaissions dans tout l'uni- 
vers, petite étoile de septième grandeur, invisible à l'œil nu, qui n'a 
aucun nom ni aucune lettre distinctive, et qui n'est connue que sous le 
n" 1830 qu'elle porte dans le Catalogue d'étoiles de Groombridge, 
rédigé en 1810. Cette étoile se précipite dans l'espace avec une ra- 
pidité véritablement formidable : sa vitesse annuelle est de 5''78 en 
déclinaison vers le sud et de 0',344 en ascension droite vers l'est, o'est- 
à-dire, au total, de 7"03 vers le sud-est : 703" par siècle; en cent ans, 
elle se déplace de 11'43" sur la sphère céleste (c'est la distance de Mizar 
à Alcor) ; en 255 ans, elle parcourt une trajectoire égale au diamètre 
apparent de la lune; en dix mille ans, elle traverse 20 degrés, de 
sorte qu'en cent quatre-vingt mille ans environ cet astre ferait le tour 
entier du ciel, s'il tournait autour de nous, — ce qui n'est certainement 
pas. — On a pu découvrir sa parallaxe, trouvée inférieure à un dixième 
de seconde. Cette connaissance peut nous servir à calculer la vitesso 
réelle de ce soleil dans l'espace, ou, pour mieux dire, sa vitesse mi- 
nimum. En effet, puisqu'à cette distance un dixième de seconde 
équivaut à 37 millions de lieues, une seconde entière représente 
370 millions, et 7 secondes représentent 2590 millions. Tel est donc 
le chemin parcouru chaque année par cette étoile, au minimum, 
puisque d'une part sa parallaxe est inférieure à un dixième de seconde, 
et que d'autre part nous ne voyons sans doute pas de face ce mouve- 
ment, mais sous une obliquité plus ou moins grande et par conséquent 
en raccourci. Eh bien ! la Terre court autour du Soleil avec une 
vitesse de 241 millions de lieues par an : l'étoile dont nous nous 
occupons court donc avec une vitesse plus de dix fois supérieure : elle 
est lancée dans le vide éternel avec une telle force, qu'elle vole en 
raison de plus de trois cent mille mètres par seconde ! 

Quel projectile! Et c'est là un soleil encore plus colossal et plus 
gigantesque que le nôtre! Quelle est l'origine d'une telle véhémence? 
Qui l'a lancé ainsi dans les profondeurs éthérées? Où va-t-il?Dans 



L'ÉTOILE LA PLUS RAPIDE DU CIEL 



115 



quel abîme précipite-t-il ses pas? Autant de questions, autant de 
mystères. 

Et quand on songe que ce boulet prodigieux pourrait, si nulle 
influence étrangère ne venait modifier sa marche, continuer de courir 
en ligne droite avec cette même vitesse constante pendant des millions 
et des milliards d'années — pendant l'éternité entière — sans jamais 
approcher d'aucun terme, sans jamais atteindre l'horizon de l'infini ! 
L'esprits'arrête épouvanté devant une telle contemplation ; l'imagina- 



®^Lion 





Chev?luTc=/ ,*de Bérénice 









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Fig 77. — Mouvements propres rapides de trois étoiles dans la Grande Ourse. 

tion suspend son vol, et tombe évanouie devant la splendeur de 
l'Absolu. 

J'ai calculé et représenté le mouvement de cette curieuse étoile sur 
la sphère céleste pour un intervalle de dix mille ans, comme on peut 
le voir sur la fig. 77. En faisant ce calcul et ce dessin, pour toutes les 
étoiles dont les mouvements propres sont sûrement déterminés, j'ai eu 
l'occasion de remarquer un fait bien singulier, c'est qu'il y a, dans 
cette même région du ciel, trois étoiles de même ordre, animées de ce 
même mouvement extraordinaire. En efiPet, deux autres étoiles voi- 
sines, qui portent les numéros 21185 et 21258 du catalogue de 
Lalande, voguent aussi avec une étonnante rapidité. Actuellement 
ces trois étoiles se trouvent à plusieurs degrés l'une de l'autre ; mais si 
l'on prolonge de trois mille ans en arrière la ligne de leur mouvement 



116 LA CONNAISSANCE DE L'UNIVERS 

propre respectif, on trouve qu'elles étaient alors très rapprochées, de 
telle sorte que si l'on supposait que leur mouvement date de cette 
époque, on pourrait les assimiler à trois projectiles lancés d'une même 
région de l'espace dans trois directions différentes, résultat fantastique 
d'une explosion sidérale incompréhensible. 

L'étoile 1830 se dirige vers la Chevelure de Bérénice, qu'elle tra- 
versera dans six mille ans; l'étoile 21185 vole vers l'étoile y du 
Lion, qu'elle atteindra dans douze mille ans; l'étoile 21258 se dirige 
vers l'étoile y. de la Grande Ourse... Quelles transformations ! 

Ces trois petites étoiles comptent parmi les vingt-trois dont la dis- 
tance a pu être déterminée et qui se sont montrées être les plus 
rapprochées de nous. Les calculs de parallaxe placent l'étoile 21185 
à 13 trillions de lieues d'ici, l'étoile 21258 à 28 trillions, et l'étoile 
1 830 à 85 trillions ; cependant, s'il y avait vraiment quelque rapport 
originel entre ces trois astres si rapides, ils ne devraient pas être si 
éloignés l'un derrière l'autre. Quand on songe que l'épaisseur d'un 
cheveu représente des trillions de lieues dans ces mesures si déli- 
cates, on conçoit facilement qu'il reste une certaine place pour le 
doute et que cette hypothèse soit permise. 

Tels sont les spectacles importants que cette vaste constellation de 
la Grande Ourse tient en réserve poiu" le contemplateur des cieux, 
pour l'ami de la nature. On le voit, l'œil instruit parles découvertes de 
l'astronomie moderne ne peut plus regarder le ciel sans y lire, car les 
caractères ilamboyants qui brillent là-haut ne sont plus lettre morte 
ou langue inconnue. Et combien n'est-il pas surprenant, en définitive, 
loi'squ'on y réfléchit, de voir que l'immense majorité des humains, 
même de ceux qui ont la prétention de penser, vive constamment sous 
ce même ciel sans se rendre compte de ce qui est. C'est exactement 
comme un habitant de Paris qui passerait sa vie entière sans connaître 
même le nom des édifices, des monuments, des trophées historiques, 
des places publiques, des boulevards, au milieu desquels s'écoulerait 
son existence inerte et passive, et qui, ignorant les phases essentielles 
de notre histoire, ne se serait jamais demandé, n'aurait jamais appris 
ce que c'est que Notre-Dame ou que la Sainte-Chapelle, quel rôle 
l'Hôtel de Ville, le Panthéon ou le Champ de Mars ont joué dans 
l'histoii'e de Paris, quels étaient ce palais des Tuileries aujourd'hui 
ruiné ou ce Louvre aujourd'hui transformé, sur quelle place le Génie 
de la Liberté s'envole en brisant les chaînes de la Bastille, ou quelles 
idées s'associent aux noms de la Sorbonne, de l'Institut, du Muséum, 
du Collège de France ou de l'Observatoire. Et même, ne vous sem- 



LA CONSTELLATION DU PETIT LION IH 



ble-t-il pas qu'il serait encore moins pardonnable d'habiter une ville 
sans la connaître, que d'habiter dans l'univers sans le voir? car enfin 
la Terra n'est pas autre chose qu'une île flottant dans le Ciel, nous 
sommes en réalité citoyens du Ciel, et si nous restons sans acquérir 
aucune notion et sans rien savoir de l'univers au milieu duquel nous 
vivons, ne sommes-nous pas dans la condition d'un aveugle trans- 
porté en ballon ou d'un sourd au milieu d'un concert? 

Au sud de la Grande Ourse se trouve une petite constellation qui ne nous 
arrêtera pas longtemps, la constellation du Petit Lion, dessinée fig. 65. Elle a été 
inventée par Hévélius vers l'an 1660 : cet astronome l'a formée, entre le Lion et 
la Grande Ourse, de dix-huit étoiles extérieures aux limites des consteUations 
anciennes Pourquoi en a-t-il fait un Lion au lieu d'.iutre chose? C'est pour ne 
pas contrarier les astrolos;uos, qui, dit-il, s'accordent à attribuer la plus funeste 
influence aux étoiles de la Grande Ourse et du Lion, et ne seront pas déranges 
dans leurs combinaisons par l'adjonction du nouvel astérisme, puisque c'est un 
animal de même nature. Hévélius croyait-il lui-môme à l'astrologie? J'en doute, 
quoique à notre époque même, on rencontre des intelligences relativement su- 
périeures qui croient à des mystères encore plus absurdes et plus invraisem- 
blables. Mais considérons les principales étoiles de celte petite constellation : 

PRINCIPALES ÉTOILES DU PETIT LION 



1590 

37 3 

30 3 4 3 



1003 16G0 1700 1800 1810 ISGO 18S0 

4 3 5 4 5.4 5.4 4,9 

4.5 5.4 5.4 4,9 



42 3 4 3 4i 4.5 5 5 5,0 

46 4 4 4 4^ 4.5 4 4 4,2 

31 4 4 4 5 4.5 4.5 4.5 4,4 

21 4 4 5 5 4.5 4.5 4,5 

10 4 5 6 ii h 5 5.4 s,0 

Quoique la constellation n'ait été formée qu'au xvii« siècle, les étoiles qui la 
composent avaient déjà été observées antérieurement, notamment par Tycho- 
Brahé, vers 1590. On voit que l'ordre de leur éclat n'est plus le même qu'autre- 
fois. La plus brillante était la première de la petite liste qui précède (37) et on 
l'appelait prœcipua, nom qu'elle porte encore dans le catalogue de Piazzi, en 1800. 
Flamsteed, vers 1700, l'a notée une fois de quatrième grandeur, une fois de 
quatrième et demie et trois fois de sixième. Lalande, vers 1800, l'a notée une 
fois de troisième, une fois de troisième et demie et une fois de quatrième et 
demie. Actuellement (mai 1880), elle est presque de cinquième grandeur, et la 
plus brillante de la constellation est celle qui porte le n» 46. Elle a donc cer- 
tainement varié d'éclat. Fait assez curieux , le même raisonnement s'applique 
aux deux étoiles suivantes, 30 et 42. _ 

La dernière, qui était certainement de sixième grandeur au temps d'Hévéhus, 
était de quatrième en 1590 et est actuellement de cinquième.^ 

C'est une région du ciel assez remarquable par ces variations. Il y a là, non 
loin de celles qui portent les n"» 21 et 10, une petite étoile qui varie de la sixième 
à la onzième grandeur dans la période de 369 jours : elle a reçu pour désigna- 
tion la lettre R. Son prochain maximum arrivera le 5 juillet de cette année. Cette 
étoile est la seule curiosité de cette région qui mérite d'être signalée ici, et nous 
pouvons passer tout de suite aux constellations voisines. 



CHAPITRE V 

Constellations voisines de la Grande Ourse. Les Chiens de chasse. 

La plus belle nébuleuse du ciel. La Chevelure de Bérénice. 

Le Bouvier. La Couronne boréale : un incendie céleste. 



Regardez encore la queue de la Grande Ourse : au-dessous d'elle, 
formant à peu près un angle droit avec une ligne tracée entre les 
deux dernières étoiles Ç ein, vous remarquerez une étoile solitaire, de 
troisième grandeur, assez brillante ; c'est la plus belle de la constel- 
lation des Chiens de Chasse; elle porte le n" 12 dans le catalogue de 
Flamsteed, et Bode lui a donné la lettre « (se servir de notre fig. 67). 

Cette constellation n'est pas ancienne. Elle a été formée vers l'an 
1660, par Hévélius, à l'aide des étoiles situées entre la Grande Ourse 
et le Bouvier; l'astronome de Dantzig a dessiné là sur la sphère 
céleste les deux Lévriers que l'on voit sur notre fig. 80 ; ils sont tenus 
en laisse par le Bouvier, dont le caractère antique est ainsi changé, 
et s'élancent à la poursuite de la Grande Ourse. Ce serait peine perdue 
d'en chercher la forme dans le ciel; le seul point intéressant pour 
nous est de trouver l'étoile principale, de troisième grandeur, nom- 
mée aussi par Halley « le Cœur de Charles II » (ce qui fait qu'on la 
dessine parfois dans un cœur couronné : voy. fig. 79), et cette re- 
cherche n'est pas difficile si Ton sait se servir à propos de la queue 
de la Grande Ourse, comme nous venons de le faire. 

L'étoile dont nous parlons est l'une des plus jolies étoiles doubles 
du ciel. Dirigez une lunette vers elle et vous verrez apparaître soudain 
un couple lumineux, composé de deux petits soleils ravissants, l'un 
brillant d'une belle couleur jaune d'or, l'autre plus modeste et nuancé 
de nias. La distance angulaire qui les sépare est de 20"; grandeurs 
= 3,2 et 5,7. {Voy. la fig. 6 de notre planche d'étoiles doubles colo- 
rées.) Nous avons les yeux sur ce couple depuis l'année 1778, et nous 
n'y avons pas observé le moindre changement. Ces deux astres 
restent fixes l'un par rapport à l'autre, mais sont associés ensemble 
et voguent avec une grande vitesse à travers V immensité .. . Je n'ai 
jamais pu les regarder sans me sentir attiré par leur douce liunière et 



LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE 119 



sans éprouver le désir de m'envoler dans leur attraction lointaine, où 
les jours et les nuits, les lumières et les couleurs, les deux et les 
terres, les êtres et les choses, doivent s'offrir à la vue sous des aspects 
tout différents de ceux auxquels la nature terrestre nous a accoutumés. 




Fig. 78. — Étoiles des Chiens de chassa el de la Chevelure. 

L'ami des contemplations célestes pourra encore chercher dans 
cette petite constellation une seconde étoile double assez intéressante, 
c'est celle qui porte le n" 2. Elle est composée de deux astres de 6' et 
9' grandeurs, écartés à 11" l'un de l'autre : jaune d'or et azur; couple 
élégant. 



420 LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE 



Si maintenant nous voulons nous rendre compte do l'ensemble 
des petites étoiles qui scintillent doucement dans cette région du ciel, 
servons-nous de noire fig. 78, dessinée spécialement pour elles et pour 
celles de la Chevelure, et, par une belle soirée, essayons de les recon- 
naître dans le ciel ( ' ) . 

Mais nous n'avons pas encore tracé la liste des étoiles principales 
de cetastérisme. La voici. Elle n'est pas longue. 

ÉTOILES PRINCIPALES DES CHIENS DE CHASSE 

1660 1700 1800 1840 1860 1880 

12 a 2 21 2.3 3 3.2 2,9 

8 5 41 4.5 4.5 4.5 4,4 

14 5 5 5 5 5 5,0 

15 6 5f 6 5 5 5,7 

19 6 7 7 6 5.6 6,0 

20 6 6 5 5.4 5.4 5,0 

23 6 7 6.7 6.5 6.5 6,0 

21 ii 6 5 5 5 5,2 

24 4i 5i 5.6 5 5 4,8 

25 6 5 5 5 5,2 

6 5 5 6 5.6 5.6 5,2 

p. XII, 29 5 5.6 5 5 5,6 

P. XIII, 27 5 5.6 5 5 5,2 

La première de ces étoiles est marquée de troisième grandeur dans 
Ptolémée, dans Sûfi et dans Ulugh-Beigh, de deuxième dans Tycho 
Bralié comme dans Hévélius. Cette différence s'explique par l'éclat 
même de l'étoile : c'est une brillante de la troisième grandeur. L'étoile 
21 a diminué d'éclat; la 20' a, au contraire, augmenté; il en est de 
même de la 19% notée de T grandeur par Flamsteed et Piazzi, de 
5' par Heis, et actuellement de 6"; la 24' subit certaines fluctuations : 
le rapport n'est plus aujourd'hui le même qu'il était il y a deux siècles, 
dans la classification d'Hévélius. 

Cette petite constellation ne nous retiendrait pas davantage ici si 
elle ne renfermait dans son écrin le plus merveilleux bijou du ciel 
télescopique, la fameuse nébuleuse en spirale, dont la forme a été ré- 
vélée par le télescope de lord Rosse. Cet univers lointain a été dé- 
couvert en 1772 par Messier, dans la lunette duquel on distinguait 

(') Comme les étoiles de ces deux constellations sont désignées par les numéros 
des Catalogues de Flamsteed et de Piazzi, profitons de la circonstance pour remar- 
quer une fois pour toutes que ces numéros se suivent toujours par ordre d'ascension 
droite, de l'ouest à l'est, c'est-à-dire de droite à gauche, dans le sens du mouvement 
diurne. Les principaux sont ceux de Flamsteed. Mais quand une étoile n'a pas été 
observée par cet astronome, il est convenable de la désigner sous le numéro qu'elle 
porte dans le meilleur catalogue qui a suivi le précédent, dans celui de Piazzi ; seu- 
lement, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, nous avons inscrit sur nos dessins les 
numéros de Piazzi entre parenthèses. 




Fig. 79. - Le Bouvier, la Couronne boréale, les Chiens de Chasse, la Chevelure de Bérénice. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMEiNT, 16 



12? LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE 

deux espèces do foyers de condensation, éloignés l'un de l'autre de 
4'3r/, enveloppés chacun d'une vague atmosphère. Les deux atmo- 
sphères lui paraissaient se toucher. Remarque assez curieuse : dans 
tous les dessins de nébuleuses, on s'aperçoit que l'esprit de l'observa- 
teur ajoute à ce qui est visible des détails qu'il ne voit pas et qui, à 
son insu, lui paraissent nécessaires pour compléter son dessin. On 
n'imaginerait pas, si on ne les avait sous les yeux, les transforma- 
tions singulières que cette nébuleuse a subies, à mesure que s'est accrue 
la puissance des instruments dirigés vers elle ! Une lunette de moyenne 
puissance montre dans la nébulosité qui environne le noyau principal 





Fig. 80. — La nébuleuse des Chiens de ohaase Fig. 81. — La nébuleuse des Chiens de chasse 

vue dans une lunette moyenne. vue dans une bonne lunette. 

une zone semi-circulaire de condensation, qui semble se détacher 
comme une fumée légère entre les deux noyaux, sans entourer entiè- 
rement le noyau principal ; c'est ainsi que les astronomes la dessinaient 
vers I8o0{fig. 80). Lorsque, ensuite. Sir John Herschel dirigea vers 
elle le grand télescope de 45 centimètres qu'il avait fait installer au 
cap de Bonne-Espérance pour la révision générale du ciel étoile, il vit 
que le noyau principal était entièrement entouré d'un anneau com- 
plet, qui se dédoublait lui-môme sur près de la moitié de son contour, 
comme on le voit sur notre fig. 81. Cette structure rappelait si bien 
celle de notre Voie lactée, qui nous entoure de toutes parts, que l'on 
s'accorda à voir en elle une image de notre univers, et qu'on la pré- 
senta généralement sous ce type dans les traités d'astronomie. En 



I,A MERVEILLE DES NEBULEUSES 



123 



effet, si nous nous supposions liabiter vers les régions centrales de cet 
univers lointain, nous verrions véritablement une voie lactée faire le 
tour de notre ciel et reproduire là-bas les aspects sidéraux que nous 
contemplons à bord de notre ile flottante. Eh bien ! ce n'était pas en- 
core là la vérité. Un soir de printemps de l'année 1845, conune il ve- 




Fig. S2. — La nébuleuse des Chiens de chasse vue dans le grand télcscopî de lord Rosse. 

nait de mettre la dernière main au miroir de son immense télescope 
{de l^jSS) et l'essayait sur les plus belles nébuleuses du ciel, 
lord Rosse s'arrêta tout à coup, stupéfait par le tableau qui venait 
d'apparaître ! Ni les brillantes soirées de la cour de Londres, ni les 
diamants étincelants sur les blanches épaules des divinités du bal de 
la jeune reine Victoria, n'auraient excité en lui la même admiration. 
Cette étrange nébuleuse apparaissait dans le champ du télescope sous 



124 LA CONSTELLATION DES CHIENS DE CHASSE 

la forme d'une succession de spirales constellées, s'enveloppant les 
unes les autres en suivant les courbes harmonieuses de la figure ellip- 
tique, et s'étendant jusqu'au noyau secondaire, qui par là se montrait 
appartenir définitivement au même système. Un prodigieux tourbillon 
de soleils se révélait dans cette splendeur. L'esprit s'envolant jusqu'en 
ces profondeurs étoilées traversait un nouvel univers, oubliait le nôtre, 
et marchait sur de la poussière d'astres. Chacun de ces grains de pous- 
sière est un soleil. Ils paraissent se toucher, mais ils sont séparés 
les uns des autres par des millions et des milliards de lieues. La 
main des siècles a contoui^né ces myriades de soleils en spires consé- 
cutives. Tout cela se meut, tout cela vibre, tout cela gravite, et la 
forme générale du système semble indiquer qu'il se meut lui-même 
tout d'une pièce à travers l'espace en laissant de légères traînées en 
arrière de sa marche. Lorsqu'on songe que chacun de ces soleils 
peut être le centre d'un système planétaire, l'imagination reste abso- 
lument confondue devant un spectacle aussi grandiose : elle ne peut 
plus que se taire et admirer. C'est alors que viennent à la pensée les 
dernières paroles de Laplace étendu sur son lit de mort : « Ce que 
nous savons est peu de chose : ce que nous ne savons pas est immense. » 
Ces traînées de soleils tombant vers un centre commun nous don- 
nent le témoignage de la plus immense période de durée que le ciel 
ait jamais révélée à l'intelligence humaine. Déjà, en voyant des étoiles 
toutes formées, on conçoit, devant le calme des régions célestes, quel 
nombre formidable de siècles ont dû s'entasser pour arriver à con- 
denser, à individualiser en soleils distincts la matière cosmique pri- 
mitive. Mais, quand on voit une telle réunion de soleils, une voie lactée 
tout entière, qui s'est mise en mouvement, a pivoté sur son centre de 
gravité de manière à former par le rapprochement de ses soleils des 
spirales d'étoiles allant en tournant vers un foyer de réunion future, 
on est effrayé de l'incommensurabilité du temps qui a été employé à 
contourner ces spires prodigieuses ; le mouvement séculaire de chaque 
étoile étant si minime, si imperceptible, qu'on les appelle toujours 
des étoiles fixes, môme pour les étoiles les plus proches de nous, 
combien ne doit-il pas être plus imperceptible encore pour des astres 
éloignés à de pareilles distances ! Combien de milliers, combien de 
millions de siècles n'a-t-il pas fallu pour déterminer l'arrangement 
lent d'un tel univers ! On peut dire que si les jauges d'Herschel nous 
ont fait pénétrer dans les profondeurs lointaines de l'espace, les dé- 
couvertes de lord Rosse sur les nébuleuses en spirale nous ont fait 
pénétrer dans les profondeurs du temps, et que ces nébuleuses offrent 



AMAS D'ETOILES DANS LES CHIENS DE CHASSE 



i25 




Fig 



83. — Petit amasdun millier de soleils 
dans les Chiens de chasse. 



vraiment à nos regards émerveillés le plus ancien témoignage de 
Vexistence de la matière. 

D'ailleurs, c'est aux dépens des régions étoilées au sein desquelles 
elles trônent que ces agglomérations splendides se sont formées. « Les 
espaces qui les environnent, écrivait déjà William Herschel il y a près 
d'un siècle, se montrent souvent dénués d'étoiles; rien ne se présente 
dans le champ de la vision ; lorsqu'on cheminant ainsi (par le mouve- 
ment diurne du ciel, le télescope restant 
immobile) je venais à rencontrer tout à 
coup quelques étoiles d'une certaine 
grandeur, j'étais sûr de l'apparition pres- 
que immédiate d'une nébuleuse. » Et le 
grand observateur avait l'habitude de 
prévenir ainsi son secrétaire : « Préparez- 
vous à écrire, les nébuleuses vont arri- 
ver. » 

La région du ciel que nous décrivons 
en ce moment, celle qui est occupée par 
les Chiens de Chasse, la Grande Ourse, 
le Petit Lion, le Lion, la Chevelure de 
Bérénice, la Vierge, est la plus riche du ciel en nébuleuses. Non loin 
de la nébuleuse précédente, dans la même constellation, entre le 
Cœur de Charles et Arctu- 
rus, plutôt plus près de cette 
dernière étoile que de la pre- 
mière, on en voit une autre, 
moins belle assurément, mais 
néanmoins fort intéressante, 
car c'est là un amas d'étoiles 
presque globulaire, de 6 à 
7 minutes de diamètre, et qui 
se montre composé d'envi- 
ron un millier de soleils 
{fig. 83). Trois étoiles relati- 
vement brillantes semblent 
l'enfermer dans un triangle 
et ajoutent encore à la beauté 
du champ. Voilà encore un 
univers lointain qui s'offre à nos regards à travers les profondeurs de 
l'immensité. 




Fig. 84. — L'amas de~ Chiens de chasse, 
\u dans un pui-ssant in^ti'ument. 



126 LA CHE'ELURE DE BERENICE 



Cet amas d'étoiles devient magnifique {ftg. 84), vu dans une lunette 
de quinze ou seize centimètres; deux soleils étincellent au centre, et 
plusieurs traînées d'étoiles semblent rayonner au loin, comme si la 
gravitation les avait disposées en lignes symétriques. Quel poëme que 
cet univers perdu au fond des cieux! Qu'il est plus éloquent à lui seul 
que l'Iliade, l'Odyssée, la Divine Comédie, la Jérusalem délivrée et la 
Ilenriade réunies ! 

Notre description générale du ciel va maintenant nous arrêter un 
instant sur une petite constellation dont l'origine est fort poétique et 
dont l'extrait de naissance est le seul qui nous ait été conservé parmi 
les constellations anciennes : la. Chevelure de Bérénice. 

On voit à l'œil nu un amas d'étoiles tremblant dans l'azur, situé au 
sud du Cœur de Charles, entre Arcturus et le Lion. Cet amas d'étoiles 
n'avait pas encore reçu de nom, lorsque, vers l'an 245 avant notre ère, 
arriva l'épisode chanté par Catulle. Bérénice, fille du roi Ptolémée 
Philadelphe, venait d'épouser son propre frère, Ptolémée Evergète, 
lorsqu'il fut obligé d'aller combattre Séleucus II, roi de Syrie. 
Inconsolable, elle jura à Vénus de faire le sacrifice de son opulente 
chevelure si son bien-aimé revenait victorieux, et, le jour môme du 
retour du roi, elle porta au temple cette fameuse chevelure : mais, 
pendant la nuit suivante, elle fut volée, sans doute par un prêtre. 
Désespoir de Bérénice ! Fureur de Ptolémée ! On dit que l'astronome 
Conon, dont la science était très révérée, est le seul qui soit parvenu 
à calmer le ressentiment des jeunes époux en leur montrant cet amas 
d'étoiles et en leur affirmant qu'il venait d'apparaître, et qu'il n'était 
autre chose que la chevelure elle-même emportée pa^' Vénus dans la 
voûte étoilée. Une reine, une jeune reine surtout, convaincue d'être 
d'une autre race que le commun des mortels, est assurément dans 
les conditions d'esprit convenables pour cz'oire à cette métamorphose : 
je n'en veux pour preuve que l'étonnement de cette princesse de la 
Cour de Louis XIV qui, venant de compter cinq doigts sur la main 
de sa femme de chambre, avait peine à en croire ses yeux, ayant été 
convaincue jusque-là que les princesses étaient faites autrement que 
les autres femmes. Conon dessina une chevelure sur le globe céleste 
de l'observatoire d'Alexandrie, et cet astérisme est resté désormais au 
nombre des constellations. Callimaque en fit un poëme, que plus tard 
Catulle traduisit en élégie. Cette élégie, toutefois, n'a rien de parti- 
culièrement astronomique, comme on peut en juger par cet exorde : 
« Vénus ! les jeunes mariées prétendent que tes plaisirs leur sont 
désagréables ! Mais comme elles sont feintes ces larmes versées avant 



LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE 



127 



d'entrer au lit nuptial, et qui troublent la joie de leurs parents ! J'en 
atteste les dieux, ce n'est là qu'une feinte : écoutez les soupirs de 
Bérénice désirant le retour rapide de son époux arraché de ses bras 
pour aller affronter des combats plus meurtriers. •» 

C'est dans le catalogue de Tycho Brahé (1590) que la constellation 
de la Chevelure de Bérénice apparaît pour la première fois comme 
constellation séparée et portant son nom tout entier ; jusqu'alors on 
trouve ses étoiles décrites à la fin de la description du Lion, et comme 
un appendice à cet astérisme, sous le nom de Cheveux ou de Cheve- 
lure. C'est sans doute la raison pour laquelle plusieurs astronomes 
ont attribué à Tycho la création de cette figure. Autrefois, on en 
faisait aussi une gerbe d'épis, qui se trouve, du reste, au pied du Bouvier 
tenant une faucille : en 1603, Bayer l'a encore ainsi représentée, 
d'après d'anciens manuscrits. {Voy. plus loin, fig. 88.) 

Ptolémée désigne néanmoins trois étoiles de cet astérisme sous le 
nom de Tiloy.aiJ.oq (chevelure), et au dixième siècle de notre ère, Sûfi les 
nomme al-dhafira. (la natte de cheveux). Voici du reste les compo- 
santes de ce petit groupe : 

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE 

1590 1660 1700 1800 1840 1860 1880 

43 4 4 5i 6 4 4.5 4,6 

15 3 4 4i 5 4.5 4.5 4,9 

16 4 5 41 4.5 5 5' 5.2 

42 4i 4.5 4.5 5.4 5,2 

6 5 5 5 5 5,7 

11 4i 5 5 5 5,5 

12 4 5 5 5 5 5 5,4 

14. .... 4 5 4-1 5 5.4 5 5,5 

23 4 4 4 4.5 5 5 5,5 

24 6 5 5.6 5 5 5,6 

27 6 5 5 5 5 5,8 

31 4 5i 5.6 5 5 5,7 

35 4 41 5 5 5 5,7 

36 5 4.5 5.5 5.6 5,4 

37 5 5 5{ 5 5 5 5,6 

41 4 5 4| 4 5 S 5,5 

7. .... 4 5 4j 5 5.6 5.6 5,8 

18 4 5 6 6 6 6 6,0 

21 4 5 5 5.6 6.5 6.5 6,0 

Il n'y a pas grand'chose à tirer de cette série, parce que les obser- 
vations anciennes manquent de précision, et que rien n'est plus facile 
que de prendre une étoile pour une autre dans un groupe aussi serré 
que celui-là. Quelques étoiles, comme la 42% n'ont pas été observées 
anciennement, tout simplement parce qu'elles sont assez écartées du 
groupe, et l'on ne peut rien conclure sur leur état antérieur. Cepen- 



l'iS LA CHEVELURE DE BERENICE 

dant, il ne me semble pas douteux que les étoiles qui portent les 
n°' 18 et 21 aient diminué d'éclat, car sur les anciens atlas elles sont 
marquées de même grandeur que leurs voisines, tandis qu'aujourd'hui 
elles sont beaucoup moins apparentes. Anciennement, la plus bril- 
lante était la 15"; actuellement, on peut classer par ordre d'éclat 43, 
15, 16 et 42. L'étoile 23, autrefois de quatrième grandeur, est à peine 
de cinquième aujourd'hui, et il en est de même de l'étoile 35. (Il ne 
faut pas se fier rigoureusement aux grandeurs de Tycho, qui paraît les 
avoir exagérées.) L'étoile 36 parait flotter entre 4 1/2 et 5 1/2. 

Pointez une lunette quelconque vers cette région du ciel, et vous 
serez véritablement émerveillé des richesses étoilées qui rempliront le 
champ télescopique, surtout si vous emploj'ez un faible grossissement 
et si vous avez un champ vaste et clair. Il y a là un grand nombre de 
petites nébuleuses. L'étoile qui porte le n° 12 est une étoile double très 
facile à trouver. Ses composantes sont de 5° et 8' grandeurs, écartées 

à 66". L'étoile 24 est encore 
plus jolie : grandeur = 5* 1/2 
et 7", orange et lilas, écartées à 
21"; couple exquis, facile à ob- 
server {fig. 85), système fixe, 
jusqu'à présent. L'étoile 35 est 
triple : le compagnon éloigné, 
de 8" grandeur, brille à 28" de 
l'étoile principale, laquelle, 
dans les instruments puissants, 
se dédouble elle-même, mon- 
trant tout près d'elle, à 1",4 un 
petit compagnon de huitième 
N ' grandeur; depuis 1828, année 

Fig. 85. — L'étoile double 24 Chevelure. j j, , ,., , 

de sa découverte, ce petit couple 
a déjà tourné de 40 degrés, ce qui indique une période de quatre à 
cinq cents ans. C'est un système de trois soleils qui voguent ensemble 
à travers l'immensité. 

Cette petite constellation renferme l'un des couples orbitaux les 
plus rapides du ciel : l'étoile 42, qui est une double très serrée (une 
demi-seconde seulement d'écartement) et ne peut être dédoublée que 
par les instruments les plus puissants. Ce système de deux soleils 
égaux offre cette particularité, de tourner justement dans le plan de 
notre rayon visuel, de telle sorte que nous ne le voyons que par la 
tranche; mais il tourne (rès vite : la révolution des deux soleils 




LA CONSTELLATION DU BOUVIER 



l'i9 



autour de leur centre commun de gravité ne demande que 25 ans pour 
s'accomplir. 

Mais voici le Bouvier qui nous appelle, le Bouvier, l'une des plus 
anciennes constellations de la sphère, et l'une des figures qui parais- 
sent le mieux en rapport avec ce mouvement silencieux du ciel qui 
entraîne tous les astres d'heure en heure de l'orient vers l'occident. 




Fig. 86. — Anciennes constellations (d'après une gravure de Tan 1559). 

L'idée de pasteur, de gardien de troupeaux, s'associe si naturellement 
à la contemplation des étoiles, que l'on est porté à les animer d'une 
vie lointaine et à les faire garder ou conduire, comme on voyait 
autrefois, dans les vastes plaines de la Chaldée, les tribus nomades 
s'avancer lentement à travers les contrées. C'est certainement par une 
association d'idées analogues, que dès les premiers âges on a dessiné 
dans le ciel la figure d'un homme des champs, berger, moissoimeur, 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 17 



130 LA CONSTELLATION DU BOUVIER 



agriculteur, conducteur de troupeaux, chasseur, voyageur, car le 
Bouvier a reçAi tous ces noms et bien d'autres. Il gardait les sept 
étoiles du nord, les Septem Triones. 

L'une des plus anciennes figures que je connaisse de cette région du 
ciel (à part celles des manuscrits arabes, qui diffèrent trop des nôtres) 
est un planisphère d'une édition grecque et latine des Phénomènes 
d'Aratus, imprimée à Paris en 1559, à une époque fort antérieure aux 
remaniements et additions dont la sphère céleste a été l'objet au 




Fig. 87. — Ancien dessin du Bouvier (gravure sur bois de Tan 1485). 

xvii' siècle. J'en reproduis ici {(îg. 86) un fragment, lequel, malgré la 
grossièreté de ces premières figures sur bois, donne une idée satisfai- 
sante de l'état de la sphère enseignée à la Sorbonne il y a plus de trois 
siècles. On y remarque d'abord que le pôle était encore fortloin de notre 
Polaire actuelle et que cette carte du ciel est même construite sur un 
dessin plus ancien. On y remarque ensuite le vide énorme qui s'étend 
tout autour de la Grande Ourse et où plus tard on a dessiné la Cheve- 
lure, les Chiens de chasse, le Petit Lion, le Lynx, la Girafe, etc. On 
y remarque enfin un véritable Bouvier, une main levée, paraissant 
faire signe an troupeau, et la houlette de l'autre main ; il porte un 
costume du temps de Henri II, ce qui s'explique fort bien — mais 
heureusement qu'on n'a pas continué de faire subir aux constellations 



LA CONSTELLATION DU BOUVIER 



131 



nos changements de mode. • — Cette figure est très correcte quant au 
Bouvier, entre les jambes duquel on voit briller Arcturus. Il ne fau- 
drait pas croire cependant que la Gerbe ou la Chevelure n'existaient 
pas avant cette époque, car, sur un autre ouvrage de ma bibliothèque. 
le Poeticon astronomicon d'Hyginus, imprimé à Venise en 1485, c'est- 
à-dire aux premiers temps de l'imprimerie, soixante-quatorze ans 




Fig. 88. — Le Bouvier de l'atlas de Bayer (1603). 

avant l'ouvrage précédent, cette même constellation du Bouvier est 
dessinée telle qu'on la voit {fig. 87), avec une faucille cala main et une 
gerbe à ses pieds. L'atlas de Bayer (1603) a conservé la même tradi- 
tion (/Ig. 88), et nous représente le personnage dans l'attitude d'un 
moissonneur qui vient découper la gerbe; ici, ce n'est plus le gar- 
dien des bœufs, « le Bouvier », ni le gardien de l'Ourse « arcto- 
phylax » , comme on l'appelait. Son caractère change de nouveau dans 
l'atlasd'Hévélius, qui, dessinant là les deux Chiens de chasse, enlève 



132 LA CONSTELLATION DU BOUVIER 

la faucille de la main du Bouvier et lui fait tenir en laisse ces deux 
lévriers qui vont se précipiter à la poursuite de la Grande Ourse. De- 
puis, comme on l'a vu sur notre fig. 79, on a remis la faucille dans la 
main du Bouvier, ce qui complique encore sa situation. 

On trouve aussi chez les Arabes les noms de Gardien du Nord, de 
Fossoyeur, de grand Hurleur et de Crieur. Ils appelaient Arcturus 
Simàk, parce qu'il s'élève très haut dans le ciel. 

Quoi qu'il en soit, l'important pour nous est de faire connaissance 
avec les étoiles de cette constellation, et d'abord avec son étoile prin- 
cipale, Arcturus, qui resplendit si brillamment dans cette région du 
ciel et qui est, avec Véga, la plus belle étoile de notre hémisphère 
boréal. Certaines mesures photométriques placent Véga avant Arc- 
turus; mais je donnerais volontiers la préférence à celle-ci pour 
l'ardeur de sa coloration. Véga est d'une blancheur immaculée; 
Arcturus brille comme un feu : la première est un diamant blanc 
d'une limpide pureté ; la seconde est un diamant jaune du Cap. Arcturus 
étincelle d'une couleur plus chaude, et ce n'est pas seulement une 
apparence : ce lointain soleil flamboie dans l'immensité avec une telle 
ardeur qu'on a déjà pu mesurer sa chaleur au thermomètre ! Sans 
doute le rayon venu d'une étoile perdue à 62 trillions de lieues d'ici, 
et obligé de courir pendant plus de vingt-cinq ans à travers l'es- 
pace glacé pour arriver jusqu'à nous, ne peut pas garder en lui 
une chaleur bien sensible; cependant elle suffit pour faire dévier 
l'aiguille d'un galvanomètre et pour se montrer considérablement 
supérieure à celle de Véga, qui pourtant elle-même n'est pas tout à 
fait insensible. Par contre, lorsqu'on fait la photographie de ces deux 
diamants de notre ciel, la lumière argentée de Véga impressionne 
beaucoup plus rapidement la plaque collodionnée que la lumière 
dorée d'Arcturus : celui-ci est plus chaud et moins photogénique. 
Rien n'est plus facile que de trouver Arcturus dans le ciel. Reve- 
nons à notre chère Grande Ourse, 
qui nous a déjà rendu tant de 
n ....-*. '""'*''■■'■•« services : regardez-la, prolongez 
' '1 * par la pensée la ligne courbe ti\a- 
T I cée par les trois étoiles de sa 
queue : cette ligne idéale conduit 
Fig. 89. -Alignement pour trouver Arcturus, directement et saus équivoque 

le Bouvier et la Couronne. pOSSiblc à l'étoile ArcturUS, de 

première grandeur. Lorsqu'une fois vous l'aurez trouvée, vous ne 
pourrez i:)lus jamais l'oublier, d'autant plus que son nom indique jus- 



i Coxr.mtit 
e +.' horMle 






-*3 




-- 


a^'^Arclunit 



LE BOUVIER. — ARCTURU3 133 

tement sa position : arctos-oura, à la queue de l'Ourse. Il est ensuite 
tout aussi facile de remarquer les autres étoiles principales du Bou- 
vier et celles de la Couronne, qui lui est contiguë. 

Arcturus est la première étoile que l'on ait observée en plein jour : 
c'est Morin qui a fait cet essai en 1635 (Morin est le dernir astrologue 
de France : il était caché dans la chambre à coucher de la reine Anne 
d'Autriche à l'heure de la naissance de Louis XIV et tirait très 
sérieusement l'horoscope du bébé). On peut toujours la trouver avec 
une lunette, lorsqu'on sait où elle est, n'importe à quelle heure du 
jour. Les bonnes vues peuvent la reconnaître à l'œil nu un quart 
d'heure après le coucher du soleil : c'est la première étoile que l'on 
voie briller au ciel (à moins que Vénus ou Jupiter ne soient sur l'ho- 
rizon, ce qui n'infirmerait pas, du reste, la proposition précédente, 
puisque Vénus et Jupiter sont des planètes et non des étoiles). Il n'est 
besoin d'aucun témoignage historique pour affirmer que Arcturus, 
Véga, Sirius, ont été remarquées les premières dans le ciel, attendu 
que si Adam et Eve avaient réellement existé, ils n'auraient pu s'em- 
pêcher de les voir. Certains commentateurs pensent que c'est d'Arc- 
turus que Job parle au verset 9 de son chant IX, et dont Amos parle 
aussi au verset 8 de son chant V ; mais, comme ces mots hébreux ne 
comportent pas une précision absolue, contentons-nous de nous sou- 
venir que le vieux poète Hésiode et le non moins vénérable Homère 
signalent cette étoile à l'attention des navigateurs et des agriculteurs : 
elle régissait les travaux des champs et présageait les tempêtes. Au 
premier siècle avant notre ère, Virgile conseille de labourer à l'époque 

où brille Arcturus : 

At si non fuerit tellus fecunda, sub ipsum 
Arcturum tenui sat erit suspendere sulco. 

dit-il dans les Géorgiques (livre I, vers 68). Plus loin (I, 229), il con- 
seille d'attendre le coucher du Bouvier pour semer les lentilles. A ces 
époques lointaines, les astres étaient beaucoup plus intimement asso- 
ciés que de nos jours à l'observation de la nature et même aux affaires 
humaines. Démosthènes nous apprend qu'une certaine somme d'ar- 
gent avait été prêtée de son temps à 22 pour cent d'intérêts sur un 
vaisseau qui faisait le voyage d'Athènes en Crimée, mais que le 
créancier aurait 30 pour cent à payer si le navire ne revenait pas avant 
le retour d'Arcturus, cette étoile amenant les tempêtes. Il y avait tou- 
tefois des sceptiques qui se riaient des astres comme des dieux, exemple 
Horace : 

Nec saevus Arcturi cadentis 
Impetus, aut orientis Haedi. 



134 LE BOUVIER. — ARCTURUS 

Oui, cette étoile est Tune des plus brillantes, des plus importantes 
et des plus illustres de notre ciel. Elle est la première dont on ait cherché 
à déterminer la distance à la Terre, mais tous les efforts furent inutiles, 
et, à la fin du siècle dernier, Piazzi déclarait qu'il y avait absolument 
perdu son latin. On la croyait cependant l'une des plus proches, tant à 
cause de son éclat qu'à cause de son grand mouvement propre. Les me- 
sures échouèrent jusqu'en 1842, année oîi l'astronome Peters parvint à 
découvrir dans son microscopique mouvement annuel une parallaxe de 
0"i27, ce qui équivaut à 1 624 000 fois le demi-diamètre de l'orbite ter- 
restre ou à 62 milliers de milliards de lieues. Ce soleil doit être incompa- 
rablement plus immense, plus prodigieux, plus brûlant, plus ardent 
que le nôtre, et si nous pouvions nous envoler dans l'espace et nous 
approcher de lui, nous ne pourrions l'atteindre sans être éblouis, 
aveuglés, consumés, fondus comme de la cire, longtemps avant d'arri- 
ver aux régions incendiées de son ardente atmosphère. L'analyse spec- 
trale nous montre en lui la même constitution physique et chimique 
que celle de l'étoile autour de laquelle nous voletons, pauvres éphé- 
mères tournant autour d'une lumière destinée à nous absorber tous. 

Arcturus est aussi la première étoile dont le mouvement propre ait 
été déterminé, il y a déjà 163 ans, lorsqu'on 1717 Halley compara les 
positions en latitude de cette étoile, de Sirius et d'Aldébaran, avec 
celles qui avaient été observées par Hipparque, 127 ans avant notre 
ère. Ce mouvement est si rapide, qu'on peut le constater sur des obser- 
vations faites à l'œil nu : il est de 0%078 en ascension droite vers 
l'ouest, et de 1"97 en déclinaison vers le sud, c'est-à-dire que cette 
étoile se déplace dans le ciel de 2"25 par an, suivant un arc de grand 
cercle dirigé vers le sud-ouest, qu'en huit cents ans ce déplacement 
égale le diamètre apparent de la Lune, et que depuis l'époque d' Hip- 
parque elle a déjà parcouru 75 minutes d'arc ou 1 degré 15 minutes. 
Comme on peut le voir sur ma carte générale des mouvements propres 
{Astronomie populaire, p. 797), cette brillante étoile, actuellement 
située par XIV heures 10 minutes d'ascension droite et 19°47' de 
déclinaison boréale, se précipite vers l'équateur, s'échappe de notre 
hémisphère et va s'incorporer pour l'avenir parmi les astres de l'hé- 
misphère austral. 

Tel est le mouvement que nous observons sur la sphère céleste. 
]Mais cette étoile n'est pas lancée dans l'espace tout juste perpendi- 
culairement à notre rayon visuel : il n'y a aucune raison pour que 
cette coïncidence se présente plutôt qu'une autre, puisque nous habi- 
tons, répétons-le, n'importe où dans l'univers. Les ingénieux procédés 



LE BOUVIER. - ARCTURUS 



135 



de l'analyse spectrale, qui permettent de découvrir les mouvements des 
astres dans le sens de notre rayon visuel, soit qu'ils s'éloignent, soit 
qu'ils s'approchent de nous, montrent que le soleil Arcturus s'approche 
de nous avec une vitesse de 66 kilo- 
mètres par seconde, ou de 3960 ki- 
lomètres par minute, plus ou moins, 
ces déterminations ne comportant pas 
une pi^écision absolue. Ainsi, d'une 
part, ce soleil s'approche de nous avec 
cette vitesse, et, d'autre part, il se dé- 
place perpendiculairement sur la sphère 
céleste de 2"25 par an, à une distance 
à laquelle 0"127 représentent 37 mil- 
lions de lieues, c'est-à-dire de dix-huit 
fois cette étendue ou de 666 millions 
de lieues par an, soit environ 1 820 000 
lieues par jour, 75 800 lieues à l'heure, 
1 260 lieues ou 5 000 kilomètres par 
minute. La résultante de ces deux dé- 
terminations indique donc pour le 
mouvement réel d'Arcturus dans l'es- 
pace une ligne dirigée vers la Terre, 
non pas directement, mais oblique- 
ment, et parcourue par ce colossal 
soleil avec une vitesse de 6400 kilo- 
mètres par minute, ou plus de 100 OOU 
mètres par seconde ! C'est là un nou- 
veau témoignage de l'aspect chan- 
geant des cieux et des forces formi- 
dables dont les systèmes de mondes 
sont animés à travers l'immensité in- 
finie. 

Telle est cette splendide étoile, que 
nul de nos lecteurs n'oubhera désor- 
mais. Mais Arcturus n'est pas la seule 
province de la constellation du Bouvier. 

Étudions aussi ses compagnes, et rendons-nous compte de l'état de 
cette région du ciel. Voici toutes les étoiles de cette constellation, ius- 
qu a la cinquième grandeur inclusivement, avec les observations faites 
sur chacune d elles depuis deux mille ans. 




Fig. 90. ■ 



- Mouvement d'Arcturus 
dans l'espace. 



136 



LA CONSTELLATION DU BOUVIER. 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU BOUVIER 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



_ 


-m 


+060 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


o Arcturus 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1,0 


P 
f 


4.3 


4.3 


4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.2 


3.4 


3,6 


S 


4.3 


4.3 


4 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3 


3 


3,4 


e 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


2.3 


2.3 


2,4 


î 


3 


4.3 


4 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3.4 


3,3 


ri 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,0 


9 


5 


5.4 


5 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4 


4,4 


i 


5 


5.4 


5 


4 


4 


4 


ii 


4.5 


4.5 


4.5 


4.6 


X 


5 


5.4 


5 


4 


4 


4 


4 


5.6 


4.5 


4.5 


5,0 


X 


5 


5 


5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,5 


(i 


4 


4.5 


4 


5 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4 


4,4 


V 


4 


4.5 


4 





4 


5 


5i 


5 


4 


4 


4,8 


î 


5 


5 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


4 


5.4 


4,5 





5 


5 


4 


4 


4 


4 


4i 


4.5 


5.4 


5.4 


4,9 


11 


5 


5 


4 


4 


4 


3 


3 1 


3.4 


4 


4 


4,3 


p 


4.3 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


4,0 


c 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5,0 


T 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5.4 


5.4 


5,0 


u 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4.5 


4,8 


9 











4 


5 





6 


5.6 


5 


5 


5,3 


X 


5 


5 


5 


.6 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,2 


■V 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.4 


4.5 


5,0 


(t> 


r, 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


5.4 


5.4 


5,3 


A 














5 


5 


5 


6 


5 


5 


5,0 


46 b 


5 


5 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


45 c 


5 


5 


5 


5 


6 


5 


5 


5 


5.4 


5 


5,7 


12 d 














6 


5 


5 


5.6 


5 


5 


5,7 


6e 














6 


5 


5^ 


6 


5 


5 


5,8 


22 /■ 














6 


5 


6 


6.7 


5 


6.5 


6,0 


249 3 














6 


5 


6 h 


6 


6 


6 


6,0 


38/1 














6 





6 


6 


6 


6.5 


6,2 


44 i 











6 


6 





5 


5 


5 


5.4 


5,0 


47 ft 











4 


6 





6 





5 


5.6 


5,9 


9 

















5 


5 


5 


5 


5 


5,5 


20 

















5 


5 


6 


5 


5 


5,5 


4559 B.A.C 


1. 























5 


5 


5,5 


P. XIV, 69 

















5 


5i 


6 


5.4 


5 


5,3 


P. XIV, 73 

















5 


5 


5.6 


5 


5 


5,5 


31 

















7 


5 


5 


5.4 


5 


5,0 


34 

















6 


6 


4.5 


6 


5 


4,9 


40 

















6 


6i 


6.7 


5 


5.6 


5,8 


39 




















6 


5.6 


6 


6 


5,6 



La comparaison générale des observations faites depuis deux mille 
ans sur ces étoiles conduit à conclure que plusieurs ont sensiblement 
varié d'éclat. Ainsi, l'étoile e s'est élevée de la troisième à la seconde 
grandeur, et elle recevrait aujourd'hui la lettre (3. L'étoile -n, notée de 
cinquième grandeur par Hipparque et par Sùfi, s'est élevée à la qua- 
trième au temps d'Ulugh-Beigh, de Tycho et de Bayer, et même à 



LES ETOILES DU BOUVIER 



137 



la troisième au temps d'Hévélius ; puis elle est descendue à la qua- 
trième, sa grandeur actuelle. 




Fig. m. — Principales étoiles de la constellation du Bouvier. 

L'étoile (7 parait avoir diminué d'éclat d'une grandeur environ 
L'étoile (f a été notée de quatrième par Tycho et de sixième par 

ASTnO.N'OMIE. — SUPPLÉMENT. 18 



*38 LES ÉTOILES DU BOUVIER 

Flamsteed. L'étoile fa été vue de cinquième grandeur par Hévélius, 
de sixième par Flamsteed, de 6-7 par Piazzi et de nouveau de cin- 
quième par Argelander. L'étoile k a été inscrite de quatrième gran- 
deur dans le Catalogue de Tycho, de sixième dans celui de Flamsteed 
et de cinquième dans celui d'Argelander. L'étoile P. XIV, 69, de 
sixième grandeur dans Piazzi, a été observée de quatrième et demie 
par Flamsteed et se montre actuellement de cinquième. L'étoile 31a 
été inscrite par Hévélius de septième, c'est-à-dire des plus petites 
visibles à l'œil nu, et c'est une belle de la cinquième grandeur; la 34" 
se montre variant de 4 1 à 6, et la dernière, qui est également de la cin- 
quième grandeur, est descendue presque à la septième aux temps de 
Flamsteed et de Piazzi. Voilà de nouveaux témoignages en faveur des 
variations séculaires qui s'accomplissent dans les cieux. 

Nous pouvons même déjà classer l'étoile 34 parmi les étoiles va- 
riables périodiques. L'astronome Schmidt l'observe à Athènes depuis 
un grand nombre d'années et pense que sa période est de 369 jours. Il 
est assez difficile déjuger son degré d'éclat avec précision, à cause 
de la proximité de e. Cette constellation renferme déjà plusieurs 
variables remarquables : R, qui varie de 6,4 à 12 en 222 jours ; S, qui 
varie de 8 à 12 en 272 jours ; T, qui varie de 9,7 à 13 en une période 
encore indéterminée; U qui varie de 9,5 à 13 en une période également 
indéterminée ; mais ces étoiles télescopiques ne peuvent être cher- 
chées qu'à l'aide de lunettes montées équatorialement, de manière ù 
trouver l'astre dans le ciel par son ascension droite et sa décli- 
naison. 

Cette même constellation du Bouvier est l'une des plus riches en 
étoiles doubles. Signalons les principales. 

Et d'abord, l'une des plus exquises comme coloration, e, que Struve 
appelait pulcherrima « la plus belle » . La brillante est de troisième 
grandeur, la seconde de sixième et demie, un peu éclipsée par l'éclat 
de la première; mais, dans ime bonne lunette, les nuances sont ravis- 
santes : jaune éclatant et bleu marine ; couple charmant : on aimerait 
habiter là. — La fig. 4 de notre planche des étoiles doiibles colorées en 
donne une idée éloignée. — L'écartement des deux composantes n'at- 
teint même pas 3". Depuis un siècle qu'on observe ce couple, il a 
tourné d'environ 30 degrés : à ce taux-là, la révolution de ces deux 
soleils l'un autour de l'autre ne demandei'ait pas moins de douze siècles 
pour s'accomplir. 

Bien plus écartée, et accessible à la plus petite lunette d'approche, 
se présente l'étoile 3 : 3,4 et 8,5 : 110", jaune et lilas. Ces deux étoiles 



ÉTOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER 



139 




restent fixes l'une par rapport à l'autre, mais un même mouvement 

les emporte dans l'espace. 

L'étoile Ç, est au contraire, une double brillante, très serrée, à moins 

de 1" : inutile de chercher à la dédoubler. 

On obtiendra plus de succès sur l'étoile tt : écartement := 6", gi^an- 

deurs des composantes : 4' et 6"; 

couple très lumineux. Presque 

immobile dans le ciel, ainsi que 

le précédent. La /ig. 92 montre 

son aspect. 

Plus intéressante encore est 

l'étoile ?, composée d'un astre 

de 4° grandeur 1/2 et d'un de -■ 

6' 1/2, actuellement écartés à 

4"2, jaunes tous deux, le second 

même un peu plus rouge, ce qui 

est très rare, car lorsque la prin- 
cipale des composantes d'une 

étoile double est jaune orangée 

ou rouge, la seconde offre gé- 
néralement une nuance de con- 
traste, verte ou bleue. William Herschel mesura pour la première 
fois ce couple le 15 avril 1782, et estima l'angle à 24° ; mais, en 1792, 
il le trouva à 355°, avec une rétrogradation de 29 degrés. Le mouve- 
ment se continua rétrograde : en 1822, 
la seconde étoile était à 340°, en 1833 
à 330°, en 1846 cà 320°, en 1857 à 310°, 
en 1866 à 300°, en 1871 à 290°, et elle 
est en ce moment (1880) à 280°. En 
même temps, la distance variait consi- 
dérablement : en 1 822, elle était de 7", 1 ; 
en 1833 de7"2; en 1846 de 6"7; en 1857 
de 5"9; en 1866 de 5"3 ; en 1871 de 4"9, 
et elle est aujourd'hui descendue à 4"1. 
Les mesures d'Herschel ne sont pas 
assez précises pour décider si cette dis- 
tance était la même de son temps Fig.93. 
qu'en 1822. Quoiqu'il en soit, nous pou- 
vons déjà tracer la courbe du mouvement de cette étoile, car il n'y a 
pas moins de 104 degrés de parcourus entre la première et la dernière 



Fig. 92. — L'étoile double ir du Bouvier. 



^ 



fêao-f 

^66 j 






rifsx 



- Mouvement observé sur réloile 
double $ du Bouvier. 



!40 



ÉTOILES DOUBLES DANS LE BOUVILR 



mesure ; la distance diminue et le mouvement s'accélère, si bien que 
la durée delà révolution entière doit être d'environ 127 ans. Notre 
fig. 93 représente le mou^-ement observé, à l'échelle de 1 demi-cen- 
timètre pour 1 seconde. Ce système rapide est emporté dans l'espace 
par un mouvement propre assez fort. 

L'étoile t, de quatrième grandeur et demie, montre non loin d'elle, 

à 38", un compagnon de hui- 
tième grandeur, qui reste fixe 
depuis un siècle qu'on l'ob- 
serve, mais forme néanmoins 
avec elle un sj'stème ph^'sique 
emporté par le même mouve- 
ment propre dans l'espace. 

Il en est de même de l'é- 
toile 39, de cinquième gran- 
deur et demie, qui emporte 
avec elle un compagnon de 
sixième et demie, écarté à3"6, 
et formant également un sys- 
tème dans lequel l'observa- 
tion ne décèle aucun mouve- 

Fig. 94. — L'étoile double ioJa du Bouvier. , ^ i, .j -i / 

ment. Cette étoile se trouve 
dans la région sur laquelle Lalande a dessiné le Cercle mural {voy. fig. 19) 
en l'honneur de son neveu, auquel on doit la majeure partie des obser- 
vations du Catalogue de Lalande, observations qui ont enrichi la 
science de cinquante mille positions d'étoiles et qui sans contredit 
constituent l'un des plus beaux monuments scientifiques duxviif siècle. 
Néanmoins, cette petite constellation est tombée en désuétude, quoi- 
qu'elle ait eu plus de titres au respect de la postérité que celle du Chat, 
créée par le même astronome. — Lalande, qui, à cette époque, ne pou- 
vait guère entrer dans un salon sans faire une profession de foi philo- 
sophique en faveur de l'athéisme, et une profession de foi gastrono- 
mique en faveur des araignées (qu'il croquait comme des noisettes 
dont il prétendait qu'elles ont le goût), n'a guère eu de succès ni avec 
sa philosophie négative, ni avec ses araignées, ni avec ses constella- 
tions, car la postérité n'a rien gardé de tout cela; mais ses ouvrages 
d'astronomie sont restés, et ils sont excellents. 

L'étoile 44 i est une belle double composée d'un astre de cinquième 
grandeur et d'un de sixième, écartés à 4"8, et formant un système orbi- 
tal assez rapide, particulièrement curieux en ce sens que ces deux loin- 




ETOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER 



141 




tains soleils tournent l'un autour de l'autre dans un plan très in- 
cliné sur notre rayon visuel, de sorte que nous les voyons circuler 
pour ainsi dire de profil. Notre fig. 95 donne idée de la manière dont 
s'exécute ce mouvement ob- 
servé depuis un siècle : elle 
est tracée à l'échelle de 1 mil- 
limètres pour 1 seconde. On a 
revu en 1819 l'étoile du côté 
opposé à celui où on l'avait 
vue en 1781 et 1802, et l'on 
croyait à une erreur ou à un 
changement d'éclat des étoi- 
les ; mais elle a continué de 
marcher suivant une ligne 
presque droite, et en ce mo- 
ment elle s'arrête pour re- 
prendre son oscillation en 
sens contraire. D'après la na- 
ture de ce mouvement, l'orbite doit être inclinée de 70 degrés sur 
notre rayon visuel, et la révolution entière doit s'effectuer en 260 ans. 
Ainsi voguent dans le ciel toutes ces étoiles que naguère encore on 
croyait fixes ! 

Remarquons aussi dans cette riche constellation un très curieux 
système stellaire formé par l'étoile (x, de quatrième grandeur. Vue 
dans une lunette, cette étoile se décompose d'abord en deux, la seconde 
de septième, étant éloignée à 108" de la première. Depuis les premières 
mesures de ce couple écarté jusqu'à celles que j'ai faites récemment, 
la position respective des deux étoiles n'a pas varié : la petite étoile reste 
immobile à 171° et 108" de sa primaire. Cependant, elles sont animées 



Fig. 05. — Mouvement observé sur l'étoile double 44 t 
du Bouvier. 




Fig. 96. — Système ternaire (i du Bouvier. 

d'un mouvement propre commun dans l'espace, de 8"19 par an, ce qui 
prouve qu'elles forment un même système physique. Mais le plus cu- 
rieux est encore que la petite étoile est elle-même une très jolie double, 
très serrée (actuellement à 0"7) dont les deux composantes tournent 
fort rapidement l'une autour de l'autre, attendu qu'il y a déjà 222 de- 
grés de parcourus depuis un siècle : la révolution entière doit s'opérer 



14'2 LE BOUVIER. — LA COURONNE 

en 280 ans. L'analogie nous porte à croire que ce petit couple gravite 
lui-même autour de l'étoile principale; mais des considérations de 
mécanique céleste nous invitent à penser que la révolution grandiose 
de ce système ternaire ne demande pas moins de cent vingt mille ans 
pour s'accomplir ! . . . Telle serait la « grande année » de ce lointain 
univers. 

On voit que cette constellation est véritablement riche en grands 
spectacles. Ce ne serait pas tout encore si nous voulions signaler 
toutes ses curiosités, car l'étoile y., l'étoile P. XIV, 69, sont elles- 
mêmes de gentilles petites doubles accessibles aux instruments de 
moyenne puissance (12" et 6"), et il y en a bien d'autres. Mais le ciel 
est grand, et nous ne devons pas nous attarder dans la même région. 
Laissons vite le Bouvier pour faire connaissance avec sa voisine la 
Couronne boréale. 

Cette constellation, l'une des plus faciles à reconnaître à l'œil nu 
par sa forme caractéristique, se trouve en quelques minutes en se ser- 
vant d'Arcturus et du triangle supérieur du Bouvier [voy. fig. 89). 
Son nom est évidemment dû à sa forme, et il n'y a nulle autre expli- 
cation à en chercher. Les anciens assuraient que c'était celle 
d'Ariadne, que Bacchus avait transportée au ciel ; Ovide en raconte 
même la légende dans les termes suivants : 

Ariadne, enlevée par Thésée et abandonnée sur le rivage de la mer, assour- 
dissait les échos de ses plaintes. Bacchus vint à son secours et, pour qu'elle 
brillât d'un éclat immortel au milieu des astres, il détacha la couronne de son 
front et la lança vers les cieux. Tandis qu'elle traversait rapidement les airs, 
soudain, les pierreries dont elle était parsemée se changèrent en autant de feux, 
qui se fixèrent dans l'Empyrée et conservèrent la forme d'une couronne. Sa 
place est entre Hercule à genoux, et celui qui porte le serpent. 

On a dessiné cet emblème sous toutes les formes, depuis une cou- 
ronne de bergère, tressée de fleurs champêtres, jusqu'à une couronne 
d'empereur, de roi, de duc, de marquis, de comte ou de baron. Mais 
les vains titres passent au ciel comme sur la terre, et depuis long- 
temps on la dessine sans compter ses fleurons. Elle a même reçu d'au- 
tres noms. Les Chinois l'appelaient « la coquille à la perle », et il est 
curieux de voir que son étoile brillante se nomme encore aujour- 
d'hui la. Perle. Les Arabes l'appelaient Kasat al-Masakin, «l'Ecuelle 
des pauvres ». Mais peu nous importe de quels symboles elle ait servi. 
Ce qui nous intéresse, ce sont les étoiles qui la composent: elles sont 
inscrites au tableau suivant. 

Les anciens n'avaient observé dans la Couronne que les neuf étoiles 



LA. COURONNE BORÉALE 143 

«,(3, y, (î, £, •/], 0, t et t:; c'est Bayer qui le premier, en 1603, réunit et 
nomma tout cet ensemble d'étoiles. On peut y remarquer trois notifi- 
cations d'éclat assez inexplicables, celles de Piazzi en 1800 pour les 
étoiles y, y) et i, qu'il note de sixième grandeur; or, la première est 
une brillante de quatrième, la seconde est de cinquième un tiers et la 
troisième est une brillante de cinquième. On peut s'étonner aussi de 
voir l'étoile Ç absente des trois premiers catalogues ; mais il ne fau- 
drait pourtant pas se hâter de conclure à son augmentation d'éclat, 
car, comme elle se trouve un peu loin du cercle formé par la Cou- 
ronne, elle a pu ne pas frapper trop fortement l'attention des obser- 
vateurs. L'étoile yj était classée elle-même anciennement dans le 
Bouvier, ainsi que 0. Il est certain, néanmoins, que l'étoile i a diminué 
d'éclat du temps d'Hipparque au temps de Tycho. 

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA COURONNE BORÉALE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 

ÉTOILES —127 +960 1430 1590 1603 1060 1700 ISOO 1840 1860 ISSO 

(La Perle.) 2 222222^222 2, 2 
P 4 4 4 4 4 4 4 4 4.3 4 3,8 

Y 4 4 4 4 4 4 4 6 4.3 4 3,7 
8 4 4 4 4 4 5 4 4.5 4.5 4.5 4,2 
e 4 4 444 4 4J-4.5 4 4 4,0 
E 0004554544 4, 5 
n 4 4.3 5 5 5 5 5 6 5 5 5,3 
e 5 5 4 5 5 4 4 i 4.5 4 4 4,5 
i 4 4 4 6 5 5 5 i 6 5.4 5.4 4,8 
X 6 5 5 5 5.4 5.4 4,8 
X 6 5 6 6.5 6 6,0 
|i 0000605555 5, 2 

V 000655555 5, 4 

1 0000655555 5, 4 
6 6 6 6 6 6.5 6,0 
7t 6 660655666 6,0 
P 6 5 6 6 6.5 6.5 5,8 
o 6 5 6 6 6 6.5 6,0 
z 6 6 6 5.4 5.4 5,0 
« 6 6 6 6.5 6.5 5,8 

Cette petite constellation ne renferme pas moins de cinq étoiles 
variables : R, S, T, U, V. La première, située dans l'intérieur de la 
Couronne (uoy. fig. 91), s'élève de la 13° grandeur au-dessus de la 6' 
(5, 8), en une période qui paraît être de 323 jours, mais qui est loin 
d'être régulière et qui présente les saccades les plus étranges ; la se- 
conde s'élève de la 12' à la 6' 1/2 en une période de 363 jours, un peu 
plus sûre que la précédente, mais fort irrégulière aussi ; la troisième 
mérite une histoire plus détaillée : nous allons y revenir; la quatrième 
varie de 7,ô à 8,8 dans la ptrioda rapiis de 3 jours 10 heures 51 mi- 



144 CURIEUSE ETOILE DANS LA COURONNE BOREALE 

nutes ; et la cinquième varie de 7,7 à 10,5 en une période encore in- 
déterminée. 

Oui, la troisième, T, mérite une histoire spéciale. Un beau di- 
manche du mois de mai 1866 (c'était un 13, mais les chiffres n'ont 
plus rien de néfaste aujourd'hui), par une soirée splendide, mon savant 
ami l'ingénieur Courbebaisse était assis sur la terrasse de son petit 
observatoire de Rochefort, lorsqu'on examinant le ciel, suivant sa 
vieille habitude, il aperçut tout à coup dans la Couronne une étoile 
presque aussi brillante que la Perle, et qu'il n'avait jamais vue. Le 
cœur du savant palpita d'une émotion bien légitime : tout le monde 
sait qu'il n'y a pas deux étoiles de seconde grandeur dans la Couronne ; 
il regarde à deux fois, se frotte les yeux pour être sûr de ne pas rêver, 
et finalement constate qu'il y a là, brillant magnifiquement, une 
étoile certainement nouvelle ('). 

Nouvelle? De quelle date? La veille, le temps était pluvieux et 
l'observateur n'avait pu contempler son ciel ; mais l'avant- veille, le 1 1 , 
il l'avait examiné comme d'habitude, avait également observé la Cou- 
ronne, et n'y avait rien remarqué d'extraordinaire, de sorte qu'il put 
affirmer avec conviction que très certainement cette singulière étoile 
ne brillait pas là le 11. 

Combien les observateurs du ciel sont rares ! Sur quatorze cent 
millions d'humains qui peuplent notre planète, il n'y en a peut-être 
pas un millier qui, regardant le ciel ce soir-là, se seraient aperçus 
d'un changement et auraient reconnu la nouveauté de l'étoile. Et, sur 
ce millier d'hommes familiers avec l'aspect du firmament, il n'y en a 
eu que trois qui aient remarqué l'événement à son apparition. En effet, 

(') « Je courus annoncer la nouvelle à ma famille, m'écrivait le sympathique 
observateur. — Eh ! me répliqua-t-on, ce n'est pas possible, c'est une illusion. — 
Venez la voir vous-mêmes. — Il fait trop froid. — On fait toilette pour moins que 
cela : on ne voit pas tous les jours une nouvelle étoile. — Je les entraînai sur la ter- 
rasse; ces dames la virent comme moi ; et lorsque je leur eus montré, sur mes cartes, 
qu'il n'y avait, au point que je leur avais fait remarquer, aucune étoile indiquée, et 
que j'eus dit que c'était une découverte très rare, qu'on n'en citait guère plus d'une 
par siècle, on fut pris d'un grand enthousiame. Je cherchai à le calmer en disant que 
tout le monde pouvait la voir comme nous, et que nous prenions seulement notre part 
d'un spectacle intéressant pour tous ceux qui y assistaient. Mais on me soutint que 
j'avais dû être seul à la voir, et que les autres ne la verraient que d'après mes indi- 
cations. « S'il en est ainsi, leur dis-je, en riant, et qu'elle doive durer, nous pourrions 
la nommer ; je vous en fais marraines. — Donnons-lui votre nom ! — Mon nom ne 
signifie rien, et il faut lui donner un nom qui rappelle une des aspirations de l'époque. 
— Eh bien, qu'elle se nomme Pax, la paix! — Très bien! dis-je, d'autant plus qu'elle 
pourrait être d'un bon conseil pour une couronne boréale inquiétante pour la paix de 
l'Europe. — Mais la pauvre Pax a été aussi éphémère au ciel que sur la terre. » 



L'ÉTOILE DE 1866, DANS LA COURONNE BORÉALE 145 

ce même soir du 13 mai, quelques heures avant l'observation de 
M. Courbebaisse en France, M. Schmidt, à Athènes, avait constaté le 
même phénomène. Athènes est en avance sur Paris de 1 heure 25 mi- 
nutes, et quand l'horloge de Rochefort marquait dix heures du soir, 
celle d'Athènes marquait 1 1" 38'"; et comme M. Schmidt a fait égale- 
ment son observation vers dix heures du soir, elle se trouve en 
avance de une heure et demie à deux heures sur celle de l'observateur 
français. Est-ce, toutefois, sûrement le premier soir auquel cette étoile 
ait été visible ? Non, car la veille, le 12, il faisait beau en Angleterre, 
et un observateur très assidu de la voûte céleste, M. Birmingham, 
avait remarqué le nouvel astre, qui était encore plus brillant qu'on ne 
l'a vu le lendemain et se montrait pleinement de seconde grandeur, 
et, après avoir noté soigneusement sa position, il avait écrit à M. Hug- 
gins pour le prier d'étudier sans retard au spectroscope la lumière de 
ce nouveau visiteur céleste. Voilà les documents officiels des témoins 
de la naissance de cet astre. Il est vrai que, quelques semaines plus 
tard, un certain M. Barker,du Canada, a prétendu avoir vu cette étoile 
dès le 10, le 9, le 8 et même le 4. . . mais. . . ce n'est pas tout à fait exact. 

Pour moi, jenel'ai vueque le 17, après avoir reçu la nouvelledeson 
existence :elle était déjà descendue à la quatrième grandeur et demie. 

Son triomphe fut, en effet, bien éphémère. Cette curieuse étoile a 
brillé tout d'un coup, le 12 mai 1860, d'un éclat comparable à celui 




Fig. 97. — Diminution d'éclat de l'étoile T de la Couronne, 

des étoiles de deuxième grandeur, puis, dès le lendemain, cet éclat 
commençait à diminuer; neuf jours après, elle disparassait à l'œil nu, 
et, trois semaines plus tard, c'est-à-dire un mois après son apparition, 
elle était tombée au rang de la 9^ grandeur et demie. Elle a manifesté 
ensuite une légère recrudescence d'éclat, puis finalement est retombée 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT 19. 



146 



UN INCENDIE DANS LE CIEL 



à 9,5, éclat auquel je l'ai toujours trouvée depuis, chaque fois que j'ai 
eu Foccasion de l'examiner au télescope. On jugera, du reste , de 
cette diminution d'éclat par la fîg. précédente, sur laquelle la gran- 
deur des disques est proportionnelle à la lumière émise par l'étoile, — 
et par les observations suivantes qui résument cette histoire céleste : 

DIMINUTION RAPIDE DE L'ÉCLAT DE L'ÉTOILE DE LA COURONNE 



1866 




Grandeur 


12 


mai 


2 


13 


— 


2 i 


14 


— 


3,0 


15 


— 


3,6 


16 


— 


4,0 


17 


— 


4,5 


18 


— 


4,9 


19 


— 


5,3 


20 


— 


6,0 


21 


— 


6,5 


22 


— 


7,3 


23 


— 


7,5 



1866 


Grandeur 


24 


mai 


7,8 


26 


— 


8,0 


29 


— 


8,4 


7 


juin 


9,0 


19 


— 


9,5 


1 


juillet 


9,7 


1 


août 


9,7 


1 


septembre 


9,3 


14 


septembre 


8,0 


1 


octobre 


7,7 


15 


octobre 


7,5 


6 


novembre 


7,9 



Quelle est l'explication de cet événement céleste ? Cette étoile a-t- 
elle été créée le 12 mai 1866? Non assurément, attendu qu'il faut avant 
tout tenir compte du temps que la lumière emploie pour venir de la 
distance à laquelle gît cette étoile, distance inconnue, mais qui dans^ 
tous les cas surpasse plusieurs années de lumière. En effet, si l'on 
prend la moyenne des parallaxes correspondantes aux différents ordres 
d'éclat des étoiles, on trouve le curieux petit tableau suivant pour les 
distances relatives à chaque ordre de grandeur : 

Grandeurs des Etoiles Parallaxes 

1 0"209 

2 0,116 

3 0,076 

4 0,054 

5. 0,037 

0,027 

7 0,019 

8 0,011 

9 0,007 

Q,5 ...... 0,006 

tableau d'après lequel l'étoile dont nous parlons, qui n'est, en défi- 
nitive, qu'une étoile de 9" grandeur et demie, devrait être considérée 
comme située dans les profondeurs de l'espace à une distance telle que 
la lumière n'emploie pas moins de 587 ans pour nous en arriver, de 
telle sorte que l'accroissement subit d'éclat que nous avons vu s'opérer 
h 12 mai 1866 auraiteu lieu, en réalité, l'an 1279, c'est-à-dire du temps 
des croisades, neuf ans après la mort de Saint-Louis, roi de France, 



Distances 


Années 


rayons orbik-5 


• de lumièi-o 


986 000 


15 


1 778 000 


28 


2 725 000 


43 


3 850 000 


61 


5 378 000 


85 


7 610 000 


120 


11488 000 


181 


19 300 000 


305 


30845 000 


486 


37 200000 


587 



UN INCENDIE DANS LE CIEL Ul 

— plus tôt, si l'étoile est plus éloignée, plus tard si elle est plus proche; 

— les distances de ce petit tableau ne sont que des distances moyennes 
et générales, et ne s'appliquant à aucune étoile en particulier, 1 éclat 
de chaque étoile ne dépendant pas seulement de sa distance, mais 
encore et surtout de sa lumière intrinsèque et de son volume. Ainsi, 
si cette étoile était nouvelle, elle n'aurait pas été formée toutefois 
en 1866, mais serait déjà âgée de plusieurs siècles. 

Mais elle n'est pas nouvelle. Elle existait déjà dans les catalogues, 
inscrite comme étoile de 9" grandeur 1/2; c'est le n° 2765 de la 
zone -+■ 26° du grand Catalogue d'Argelander. 

C'est donc là un lointain soleil, probablement arrivé à ses derniers 
jours, et qui aura subi une recrudescence d'éclat passagère, comme 
la lampe qui se ranime au moment de s'éteindre. L'examen spectrosco- 
pique, fait dès le 16 mai, a d'abord montré une espèce de brouillard, 
une atmosphère de vapeurs, enveloppant l'étoile, mais cette nébulosité 
se dissipa à mesure que l'éclat allait en s'affaiblissant. Le spectre s'est 
montré double, composé d'un réseau à raies noires et d'un second à 
raies lumineuses superposé au premier, ce qui démontra que la lu- 
mière de l'étoile provenait de deux sources différentes, l'une venant 
d'une photosphère liquide ou solide et passant à travers des vapeurs 
absorbantes (comme il ai^ive dans notre soleil), l'autre venant d'un 
gaz incandescent élevé à une température excessive, lequel gaz est 
principalement composé d'hydrogène. — Le huitième spectre de notre 
planche générale des spectres représente cette curieuse constitution 
(les raies claires ne sont pas assez lumineuses) . — Ainsi la chimie cé- 
leste a montré là tous les caractères d'un véritable incendie, qui a duré 
tant qu'il a pu être alimenté par l'hydrogène, lequel sans doute venait 
de faire explosion des entrailles de ce foyer solaire. Nous pouvons 
dire littéralement que nous avons vu là un monde en feu. L'incendie 
a d'abord été formidable, mais il n'a pas duré plus d'un mois. 

Telle est l'histoire de cette étoile remarquable, que nos lecteurs 
pourront trouver dans le ciel à l'aide d'une lunette, en se servant de 
notre fig. 91, sur laquelle sa position exacte est indiquée. Elle forme 
un angle droit avec ^ et e et se trouve sur la ligne menée de £ à tt du 
Serpent, à peu près à un tiers de la distance. Son éclat ne varie pas 
sensiblement en ce moment ; elle est toujours de 9" grandeur et demie. 
Celui qui s'attacherait à la suivre avec persévérance découvrirait sans 
doute en elle de curieuses fluctuations de lumière : elle est un peu jaune. 

Cette étoile de la Couronne est, comme toutes les autres, un soleil 
analogue à celui qui nous fait vivre, et le sort qui vient de lui arriver 



148 



VARIATIONS D'ECLAT D'UN SOLEIL 



pourrait également arriver à notre propre soleil. Soit par la chute 
d'un essaim d'aérolitlies, soit par une éruption formidable de gaz 
intérieurs, soit par une combinaison chimique activant la combustion 
de la photosphère, notre soleil pourrait aussi, du jour au lendemain, 
brûler d'une ardeur dix fois supérieure à celle dont il inonde le Sahara 
pendant les chaleurs torrides de juillet. Alors l'herbe sécherait dans 
les prairies, les épis tomberaient fauchés par la sécheresse, les ruis- 
seaux s'arrêteraient dans leur cours, les oiseaux ne chanteraient plus 
dans les bois déserts, les poitrines oppressées ne respireraient plus 
qu'un air embrasé, et une insolation universelle frapperait tous les 
cerveaux. Mourante de soif, accablée par la chaleur, aveuglée par la 




Fig. 98 — L'étoile double î Couronne. 



Fig. 99. — L'étoile double o Couronne. 



lumière, l'humanité fuirait le jour pour s'enfoncer dans les fraîches 
ténèbres des caves et des souterrains, jusqu'au jour où, les animaux 
qui la nourrissent venant à lui manquer, les retraites qu'elle aurait 
choisies elle-même pour son salut deviendraient son tombeau. La 
catastrophe pourrait ne pas être universelle, si l'incendie solaire ne 
durait que quelques semaines, et peut-être certains couples humains 
épargnés par le ciel seraient-ils appelés à perpétuer, nouveaux 
Adams, nouvelles Eves, la race détruite pa/" le feu céleste, exception 
suprême sans laquelle la planète demeurerait privée d'esprits jusqu'au 
jour où le progrès transformateur aurait humanisé une nouvelle race 
animale. Qui sait si un tel destin n'est pas réservé à notre patrie 
pour un avenir non lointain?... Nous ne faisons pas exception sur 
la grande scène de l'univers. 
' Peut-être plusieurs terres célestes gravitent-elles autour de ce 



ETOILES DOUBLES DANS LA COURONNE 



149 



lointain soleil de la Couronne; peut-être leurs humanités ont-elles 
été en partie détruites par cet incendie; peut-être des révolutions 
incomparablement plus violentes que toutes celles de la politique ont- 
elles agité ces pauvres êtres désespérés, pour un phénomène physique 
qui n'a été pour nous qu'un spectacle de simple curiosité.... Ainsi, 
si un souffle délétère empoisonnait demain l'atmosphère terrestre et 
couchait toute notre humanité dans la tombe, les titres de rentes de 
la bourse des grandes capitales de Mars et de Vénus ne baisseraient 
pas d'un centime. 

La constellation de la Couronne boréale ne renferme pas beaucoup 
d'étoiles doubles ; il n'y en a guère que deux que l'on puisse recom- 
mander pour les instruments de moyenne puissance : 

'( : grandeurs des composantes : 4 1 et 6'; blanche et verte ; distance 
=6",4; couple probablement orbital, mais mouvement trèslent(/îgi.98). 

L'étoile (7, qui était autrefois, vers 1830, un couple serré à 1" et 
accessible seulement aux grands instruments, a vu depuis ses deux 
étoiles s'écarter lentement l'une de l'autre, et aujourd'hui elles sont 
séparées par 3",5 {fig. 99). Grandeur des composantes : 6' et 7°. 
Couple orbital assez rapide. L'angle, qui était à 347° en 1781, avait 
passé par le nord et s'était 



J880 



1836 



1827 tfOS 



avancé à 11° en 1802, à 90 en -"- ^^°- 

1827, à 135 en 1836, à 150 en 
1841. Il a continué de progres- 
ser, car la petite étoile était 
juste au sud de la grande, à 180° 
en 1855, et elle est actuellement 
(1880) avancée à 202°. Le mou- 
vement va en se ralentissant. 
Notre fig. 100 montre ce que 
nous en avons observé. On 
avait d'abord estimé la période 
de révolution à 195 ans, puis on 
l'a portée à 420, et maintenant 
nous la faisons de 846 ans ; si le 
mouvement continue à se ra- 
lentir, on trouvera dans l'avenir qu'elle est encore plus longue. La 
base d'observations est encore insuffisante pour une affirmation sûre, 
quoiqu'en prétendent certains mathématiciens — qui poussent avec 
ingénuité leurs calculs jusqu'aux dixièmes, aux centièmes et même 
aux millièmes sur des nombres dont les unités sont incertaines ! 




Fig. 100. - 



Mouvement observé sur Tétoile double 
o Couronne. 



150 



LA COURONNE BOREALE 



Plus intéressante encore, mais beaucoup plus difficile à dédoubler, 



/"• 




Fig. 101. — Orbite apparente de l'étoile double n Couronne. 

est l'étoile -n, couple orbital excessivement serré (actuellement 0"6), et 



■ 1- Rg'v°i'^'""' ■■ /f 




Fig. 10?. — Oibite absolue de l'étoile double >l Couronne. 

très rapide, l'un des plus rapides du ciel. Les deux composantes 
sont à peu près de même éclat (5' |), et il faut d'excellents instru- 



LA COURONNE BOREALE 



151 



ments pour opérer le dédoublement. La révolution de ce double 
soleil autour de son centre de gravité s'opère en 41 ans, de sorte que 
depuis sa découverte, en 1781, ce couple a déjà parcouru plus de deux 
révolutions. J'ai représenté {fig. 101) l'orbite apparente telle que 
nous la voyons de notre observatoire terrestre ; elle est très allongée, 
son excentricité atteignant 0,86. Il n'en est pas de naême de l'orbite 
absolue, vue de face, dont l'excentricité n'est que de 0,27; c'est là 
[fig. 102) le vrai système de ce double soleil, dont chaque loyer illu- 
mine sans doute une famille de planètes éclairées ainsi simultané- 
ment ou successivement par « deux astres du jour, » étrange nature, 
absolument différente de tout ce que nous connaissons sur notre 
modeste petite planète. 

On ne s'imagine pas, en général, combien extraordinaires peuvent 
être les orbites décrites par les mondes appartenant à ces systèmes 
d'étoiles doubles. En certains cas très simples, comme serait celui 
de notre propre système solaire si Jupiter était encore un soleil lumi- 
neux, on a 1° des planètes comme la Terre et Mars, suivant une orbite 
régulière autour du soleil principal, et en situation d'être illuminées 
pendant la nuit par un soleil d'une autre couleur ; on a aussi 2° des 
mondes tournant autour 'du soleil secondaire, comme le seraient alors 
les satellites de Jupiter, éclairés en même temps par le soleil primaii's 
plus lointain et moins important pour eux, et l'on a encore 3° des mondes 
tels que Saturne, Uranus et Neptune, gravitant suivant d'immenses 
orbites tracées extérieurement aux deux soleils. Mais il peut se pré- 
senter d'autres cas incomparablement plus curieux, que la mécanique 
céleste peut prévoir, et parmi lesquels je ne signalerai ici que celui d'une 
planète décrivant une triple spirale, symétriquement formée, avant de 
revenir à son point de départ. Dans un tel système, la planète partant, 
je suppose, du point marqué n° 1 {fig. 103), suit la ligne tracée et passe 
successivement par les points 
2, 3,4, 5... 12, 13, 14, pour 
revenir au point 1 . Lorsqu'elle 
revient pour la seconde fois au 
point 3, sur le grand axe, elle a 
parcouru la moitié de sa révo- 
lution, qui dessine ainsi trois 
ellipses entrelacées. Quelles 




Fig. 103. — Singulière orbite décrite par une planèta 
dans un système d'étoiles doubles. 



singulières années, quelles bizarres saisons, de telles révolutions ne 
doivent-elles pas produire ! Mais le panorama de l'univers est infini, 
et chaque pas conduit à de nouvelles surprises. 



CHAPITRE VI 



Continuation de l'élude du ciel boréal. — Le Cocher, Capella ou la Chèvre. 
Les voyages de la lumière. — Le Lynx. 



Nous connaissons déjà la moitié environ de notre ciel boréal. En 
suivant une méthode toute naturelle, en commençant par le nord et 
en nous dirigeant vers l'équateur pour aller plus tard jusqu'au sud, 
nous avons appris à trouver successivement chaque constellation, et 
maintenant nous pouvons nommer dans le ciel les étoiles de la Petite 
Ourse, du Dragon, de Céphée, de la Girafe, de Cassiopée, d'Andro- 
mède, de Persée, de la Grande Ourse, du Petit Lion, du Bouvier, 
des Chiens de Chasse, de la Chevelure, de la Couronne : ces noms 
ne sont plus lettres mortes pour nous ; nous voyons dans le ciel les fi- 
gures qu'ils désignent, nous en connaissons les étoiles principales, et 
nous sommes en situation de pousser aussi loin que nous le voudrons 
l'étude détaillée de toutes les curiosités sidérales afférentes à chacune 
de ces régions du ciel. 

Une étoile de première grandeur se signale maintenant à notre at- 
tention. Elle est éloignée du pôle de presque toute la distance qui 
s'étend de notre horizon à l'Etoile polaire, c'est-cà-dire de presque la 
hauteur du pôle à Paris, de sorte que, comme la Grande Ourse, elle 
ne se couche jamais pour nous, mais touche presque l'horizon du nord 
lorsque le mouvement diurne l'amène là-bas, à son passage inférieur 
au méridien; ce qui arrive le soir en été, du mois de mai au mois 
d'août. Cette étoile, nommée Capella, ou la Chèvre, brille dans une 
région relativement déserte, de sorte qu'elle n'est pas aussi facile 
à trouver que les précédentes. Le meilleur procédé que je connaisse, 
toutefois, c'est encore de nous servir de notre vieille amie la Grande 
Ourse, qui est toujours à notre disposition. Elle nous a servi tout 
récemment pour reconnaître Arcturus sur le prolongement de la 
courbe tracée par les trois étoiles de la queue. Eh bien! la Chèvre se 
trouve juste à l'opposé. Si l'on trace par la pensée une ligne passant 
parles cinq étoiles du Chariot •/), ç, e, â, et « et qu'on prolonge cette 




Fig. 104. •— Le Cocher et la Chèvre. — Le Lynx. — Le Télescope d'Herschel. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 20 



15i L'ETOILE CAPELLA DU COCHER 

courbe à une assez grande distance, on voit briller là, sans équivoque 
possible, une étoile de première grandeur : c'est Capella. 



« 



Fig. 105. — Alignement pour trouver Capella. 

On pourrait également se servir de notvefig. 40 (p. 65) : Capella 
brille sur le prolongement de la ligne tracée par le carré de Pégase, 
Andromède et Persée. 

Cette étoile est, avec Véga et Arcturus, à la tête de l'armée sidérale 
que nos regards contemplent pendant les lieures paisibles du soir. 
Elle est moins blanche que Véga et moins jaune qu'Arcturus, et 
c'est cette différence de teinte qui fait que pour certains yeux Véga 
paraît plus brillante que Capella, tandis que pour d'autres celle-ci a 
la préférence. D'ailleurs, il est difficile de les comparer minutieuse- 
ment toutes les trois, parce qu'elles sont fort éloignées Tune de i'auti'e 
et que quand l'une étincelle au zénith l'autre scintille à travers les 
vapeurs de l'horizon. (C'est à cause de cette difficulté que j'ai con- 
struit une sorte de sextant astronomique qui rapproche l'une de l'autre 
les étoiles les plus éloignées et permet ainsi de comparer directement 
leur éclat et leur couleur.) Ainsi, aux mois de mai, juin et juillet, 
Arcturus et Véga planent dans les hauteurs du ciel, tandis que Capella 
se voile dans les brumes du nord ; en novembre, décembre et janvier, 
au contraire, Arcturus et Véga sont au-dessous de notre horizon, 
tandis que la Chèvre s'élève au zénith. Non loin d'elle, paraissent les 
Gémeaux. Ces différences de situation offrent même des difficultés 
assez grandes à ceux qui commencent l'étude du ciel ; aussi lorsque 
nous aurons terminé cette description générale des constellations, 
aurons-nous soin de nous rendre exactement compte de la variation 
de leur aspect pour chaque mois de l'année. 

De toutes les étoiles dont on a pu calculer la distance, Capella est 
la plus éloignée, sa parallaxe, à peine sensible, se réduisant à 0"'046, 
ce qui porte son éloignement à 4 484 000 fois la distance du Soleil à 
la Terre, ou à 170 trillions de lieues, abîme que la lumière n'emploie 
pas moins de 71 ans et 8 mois à traverser, quoiqu'elle se précipite 
avec la vitesse inouïe de 75 000 lieues par seconde. Ce fait scientifique 
m'a servi de base autrefois pour composer un voyage dans un rayon 



L'ËTOILE OAPELLA DU COCHER 155 

de lumière : un habitant de la Terre meurt à l'âge de 72 ans, au mois 
d octobre 1864 ; son âme s'envole dans Capella et y arrive le lende- 
main de sa mort ; mais de là on voit la Terre avec un retard de près 
de 72 ans ; notre héros arrive juste pour assister à la mort de 
Louis XVI ; puis il se revoit lui-même à l'époque de sa naissance et 
il se retrouve petit enfant courant dans les rues de Paris, attendu qu'à 
cette distance on voit notre monde avec tout ce retard, et que c'est 
seulement le vieux Paris, avec tout ce qui s'y passait alors, qui est 
visible de cette région du ciel. {Voy. nos Récits de V Infini). Sous 
quelque aspect qu'on l'envisage, ce fait de la transmission successive 
de la lumière est sans contredit l'un des plus merveilleux de la phy- 
sique céleste, par les conséquences inattendues qu'il entraîne au point 
de vue de notre conception habituelle du temps. Le passé devient un 
présent perpétuel voyageant dans l'infini... Mais, au surplus, qu'est-ce 
que le passé? qu'est-ce que le présent? Vous vous souvenez, ô lecteur! 
des heures charmantes de votre enfance, lorsque votre grand-père 
vous faisait sauter sur ses genoux. Mais lorsque vous arrivez vous- 
même à la vieillesse, si vous retrouvez dans un tiroir un portrait mi- 
niature de ce grand-père, fait à l'époque de son enfance, c'est un 
enfant que vous avez dans les mains, et c'est vous qui êtes l'aïeul. Où 
est l'enfant? où est le vieillard? 

Oui, de cette étoile Capella on ne peut voir actuellement la Terre 
qu'avec un retard de 72 ans, — en supposant une vue assez puissante 
ou assez transcendante'' pour distinguer d'une pareille distance le 
pauvre petit séjour où nous vivotons. Daignez quelque soir élever vos 
regards jusqu'à elle : vous la verrez, non telle qu'elle est au moment 
où vous la regardez, mais telle qu'elle était au moment où sont partis 
les rayons lumineux qui vous en arrivent, près de soixante-douze ans 
auparavant. Si cette étoile s'éteignait aujourd'hui, elle brillerait en- 
core pour nous pendant tout cet intervalle : la dépêche est partie ; 
l'envoyeur peut mourir; le rayon lumineux émané de ce soleil cette 
année 1880 n'arrivera ici que l'an 1952. Les enfants qui naissent en 
ce moment pourront , si Dieu leur prête vie, regarder cette étoile 
quand ils seront devenus septuagénaires : ils recevront seulement 
alors le rayon céleste lancé de son sein au moment de leur naissance. 
A part quelques exceptions (pour une trentaine d'étoiles), 'nous voyons 
tous le ciel, non pas tel qu'il est, mais tel qu'il était avant qu'aucun 
de nous existât en ce monde ! 

L'étoile avec laquelle nous venons de faire connaissance est la 
plus brillante de la constellation du Cocher. Cette constellation est 



156 



LA CONSTELLATION DU COCHER 



l'une des anciennes de la sphère grecque ; les cartes célestes nous 
montrent là depuis un temps immémorial un cocher sans voiture ; 
néanmoins il tient delà main droite un fouet et des rênes (Foy. /îg. 105) 
On lui a mis sur le bras gauche la Chèvre dont nous venons de parler 
et même deux petits chevreaux nouvellement nés. Il est probable que 
cette brillante étoile a été associée anciennement aux faits et gestes de 
la vie des champs et particulièrement au retour du printemps, comme 
les Hyades et les Pléiades, dont elle n'est pas fort éloignée. Quant 
au rapport qui peut exister entre un cocher et une chèvre, il n'est pas 
facile à deviner, et nous ne perdrons pas notre temps à le chercher. 
Ce cocher avait reçu des Grecs le nom d'Erichton, roi d'Athènes et 




Fig. 106. — Ancien dessin du Cocher el des Gémeaux (gravure sur bois de l'an 1559). 

inventeur des chars, et la Chèvre celui d'Amalthée, nourrice de 
Jupiter. 

Dans y Almag este de Ptolémée, cette figure est appelée Héniochus 
(le cocher); dans celui de Sûfi : Mumsik al-ainna (celui qui tient les 
rênes) ; dans Ulugh Beigh : Tenens habenas, ce qui a la même signi- 
fication. Elle a subi, comme ses compagnes, de singulières métamor- 
phoses ; chez les Arabes, l'automédon céleste n'a pas de chèvre sur le 
bras; au xv^ et au xvi' siècle, il apparaît coiffé d'un bonnet phrygien; 
dans l'atlas de Bayer, on le voit dessiné sous une forme analogue à 
celle de l'Atlas de Bode {fig. 104). Il suffira de comparer à ce dessin 
celui d'un Aratus de 1559 (Henri II), reproduit fig. 106, et celui de 
l'atlas d'Hévélius (1690), reproduit fig. 107 pour se rendre compte 
des différences considérables que la fantaisie des dessinateurs et le 



LA CONSTELLATION DU COCHER 



157 



goût des siècles ont apportées dans la configuration de cet astérisme 
comme dans celle de tous les autres. 




Fig, 107. —Le Cocher de l'atlas d'Hévélius (1830). 



Cette constellation se compose essentiellement d'une étoile de pre- 
mière grandeur («), de deux de seconde (jB et y), de deux de troisième 



158 



LA CONSTELLATION DU COCHER 



(9 et t) et de six de quatrième, comme on peut s'en rendre compte à 
l'aide de notre fig. 108. L'étoile y est en même temps l'étoile /3 du Tau- 
reau. On possède dans le tableau suivant la liste des principales étoiles 
Se cet astérisme, jusqu'à la cinquième grandeur inclusivement, avec 
les observations d'éclat faites depuis deux mille ans : toutes ces étoiles 
peuvent être trouvées dans le ciel à l'aide de notre ftg. 108. 



ETOILES PBINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU COCHER 
DEUX MILLE ANS D'OIiSEIWATION 



ÉTOILES - 


-127 


+ 0G0 


1430 


1500 


1603 


1G60 


1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


a (Capella) 


\ 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1,3 


P 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2,3 


Y 


3.2 


2 


2 


2 


2 


2 





2 


2 


2 


2,0 


S 


A 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


4.5 


4 


4,2 


E 


4 


4 


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4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


var. 


3,8 


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4 


4 


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4 


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4 


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4 


4 


4 


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4 


4 


4 


4 


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4.3 


4,0 





4.3 


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3 


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4 


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4 


3 


3 


3,4 


t 


3.4 


3.4 


3 


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4 


3 


3 


3,5 


X 











4 


4 


4 


M 


4 


5.4 


5.4 


5,6 


X 











5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,5 


i* 











5 


5 


5 


5 


5 


6.5 


6.5 


6,0 


V 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4 


4 


4,6 


5 


4 


5 


5 


6 


6 


6 


5 


5 


5 


5 


5,0 

















6 





6 


5.6 


6.5 


6 


5,9 


ir 














6 


5 


6 


5 


5 


5 


5,4 


P 











6 


6 


6 


6 


6 


6.5 


6 


6,2 


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6 


6 


5 


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5.6 


6 


6 


6,3 


T 











5 


6 


5 


6 


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5 


5.4 


5,5 


U 











6 


6 


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6 


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5 


5 


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5 


6 


6 


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G 


5 


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5 


5.6 


6.5 


6,6 


X 


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G 


G 


5 


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5 


51 


5 


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5 


5,7 


bS'W 














6 





4i 


5.6 


5 


5 


5,3 


46 -1/' 














6 





5 


5 


5 


5.6 


G,0 


50 J/' 

















6 


5i 


5.6 


5 


5.6 


6,0 


55^» 





U 








6 





5 


5 


5 


5.6 


5,5 


v|/ 10 














6 


6 


6 


6.7 


5 


5.6 


5,8 


4 co 











5 


6 


5 


5 


5 


6 


6.5 


5,8 


2 














5 


5 


5^ 


5.6 


5 


5 


5,4 


9 














5 





5f 


5.6 


5 


5.6 


5,5 


l'i 




















5 


5 


5.6 


5.6 


5,3 


16 

















6 


6 


7 


5 


5 


5,7 


63 




















ii 


5 


5 


5 


5,9 



La comparaison de ces éclats met en évidence certaines variations 
assez curieuses. Ainsi l'étoile Ç, notée de 4° grandeur par Hipparque, 
l'a été de 5' par Sùfi et Ulugh-Beigh, de 6^ par Tycho et Hévélius; 
l'étoile T, qui est une brillante de la cinquième grandeur, a été notée 
de 7* par Piazzi; l'étoile i]/', a été notée de 4' 1/2 par Flamsteed et de 
b" 1/2 par Piazzi; l'étoile 16 paraît avoir augmenté d'éclat depuis le 
siècle dernier. Quant à la dernière de la liste, si elle n'a pas été notée 



LA CONSTELLATION DU COCHER 



15C 



par les anciens, c'est probablement parce qu'elle se trouve trop éloi- 
gnée de la figure : toutefois, son éclat ne paraît pas constant non plus. 
On a qualifié de la lettre <!/ toutes les étoiles du Fouet, si bien qu'il 
y a dix étoiles qui portent la même lettre, ce qui n'est pas d'une 
invention très heureuse : de tous ces psi, le plus brillant est 1', qui 
est de cinquième grandeur ; plusieurs sont de sixième, et si peu remar- 
quables, qu'il serait superflu de les encadrer dans notre description. 
L'étoile £ varie légèrement et irrégulièrement, d'après les observa- 
tions de Schmidt d'Athènes : de 1848 à 1875, elle a toujours été vue 




Fig. 108. — Principales étoiles de la constellation du Cocner. 

plus brillante quevi, rarement égale, et cette année-là, elle était sensi- 
blement plus faible ; mais dès la fin de cette année elle était remontée 
à son éclat, et actuellement elle continue de rester plus brillante. 

Au nord de Capella, au delà de l'étoile qui porte le n° 9 et à côté 
d'une petite étoile de sixième grandeur, il y a une étoile variable, R, 
qui varie de 6 1/2 à 12 1/2 dans la période de 463 jours, du moins 
pour le retour des maxima, la période des minima paraissant être de 
445 jours. Intéressante à chercher dans une lunette quand l'occasion 
s'en présente. 

L'étoile Ç est remarquablement brillante pour sa grandeur. Elle 
est incontestablement du quatrième ordre, mais néanmoins très écla- 



160 ÉCLAT ET COULEURS DES ÉTOILES 

tante. D'autres paraissent plus grandes et moins lumineuses. Il y a 
entre les étoiles des différences de nature qui sont bien perceptibles à 
l'œil nu. De deux étoiles d'égal éclat, Tune percera beaucoup plus 
vite les clartés du crépuscule ; exemple Arcturus , dont la lumière 
dorée devance de beaucoup la lumière argentée de Véga. Antarès est 
d'un jaune orangé, comme Mars. Pollux est jaune comme Arcturus, 
Sirius blanc comme Véga. Les étoiles jaunes et rougeâtres gagnent 
au crépuscule, perdent pendant la nuit. Lorsque des brumes passent 
sur Cassiopée, elles obscurcissent plus facilement a que p ou y, à éga- 
lité d'éclat. Ce sont là des différences intéressantes à observer ('). 

Cette constellation ne renferme qu'un petit nombre d'étoiles 
doubles importantes; nous n'en signalerons que deux, qui ne sont pas 
trop difficiles à trouver : 

L'étoile 14, de cinquième grandeur, dont le compagnon, de septième 
et demie, brille à 15": couple qui reste fixe au fond des cieux; une 
bonne lunette montre une troisième étoile, de onzième grandeur, 
à 12". Au nord de la ligne même de p à t. 

L'étoile 4 m, de cinquième grandeur (entre i et ç), dont le compa- 
gnon, de huitième, brille à 6" 3, et reste également fixe depuis un 
siècle qu'on l'observe. Cette étoile offre cette particularité d'avoir été 
estimée de grandeurs bien différentes par les divers observateurs, 
car les uns l'ont notée de 6°, les autres de 5% de 4" et même de 3% 
comme on peut en juger par les estimations suivantes d'éclat des deux 
composantes de ce couple : 



7= 



(') A propos de l'apprf^ciatioa des couleurs des étoiles, remarquons qu'elle n'est 
pas aussi facile qu'on le croit. D'abord, ces couleurs sont peu intenses, surtout sous 
nos latitudes brumeuses. Ensuite, tous les yeux ne jugent pas de la même façon, et 
ne voient pas identiquement les couleurs même les plus franches : il suffit de se pro- 
mener dans un musée et de comparer les diverses copies d'un tableau faites par 
plusieurs artistes pour se convaincre que la même couleur de l'original est repro- 
duite avec des tons bien différents; à l'exposition des Champs-Elysées, à Paris, où 
l'on peut voir chaque année un nombre surprenant de femmes nues, on en remarque 
toujours deux ou trois qui sont d'un jaune ou d'un rouge si étranges, que très cer- 
tainement, à l'honneur de la plus belle moitié du genre humain, il est impossible 
d'admettre que les modèles aient jamais eu une pareille peau. Ajoutons, quant aux 
étoiles, que les lumières artificielles employées le soir étant toutes jaunes, donnent 
un faux terme de comparaison et font paraître les étoiles plus bleues. D'autre part 
encore, l'atmosphère les rougit si elles sont près de l'horizon. Enfin, si l'on se sert 
d'une lunette ou d'un télescope, la composition des verres modifie aussi les nuances. 
Cependant, avec un peu d'exercice, on ne tarde pas à remarquer les différences in- 
téressantes dont nous parlons. 





.v 


B 




A 


Morton en 1857. . 


. ('," 


9M 


Struve en 1827. . 


. 4'= 


Schmidt en 1833 . 


. 5'= 


9= 


Id. en 1830. . 


. 4« 


Struve en 1824. . 


. 5" 


S' 


Secchi en 1850 . . 


. 3' 



LA CONSTELLATION DU COCHER 



161 



Ces variations sont-elles réelles? La transparence atmosphérique 
n'a-t-elle pas joué un grand rôle dans ces divergences? Ce qu'il y a de 
plus curieux, c'est que les estimations des couleurs offrent les mêmes 
variations : tandis que l'un a noté les composantes blanche et bleue, 
l'autre les a notées orange et rouge ; un autre les a vues verte et 
blanche. Couple intéressant à suivre. 

Ajoutons que cette étoile a reçu la lettre co dès le temps de Flamsteed, 
mais que cette lettre n'est pas inscrite dans l'atlas de Bayer. 

Les autres étoiles doubles de cette constellation n'offrent pas d'in- 
térêt pour les instruments de moyenne puissance ('). Il en est de même 
des nébuleuses et amas d'étoiles, qu'il est à peu près impossible de 
trouver sans équatoriaux. Nous en signalerons cependant deux qui 




Fig. lO'J. — L'étoile double 14 Cocher. 



Fig. 110. — L'étoile aouble 4 (o Cocher. 



sont trop remarquables pour être laissés sous silence. L'un (M. 37) 
est situé par 5" 44" d'ascension droite et 32° 31' de déclinaison, et se 
trouve à peu près au milieu de la ligne tracée de ^ Taureau à 9 Cocher ; 

(') Les lecteurs dont l'amour pour l'astronomie pratique grandira encore et voudra 
s'exalter hors de la sphère d'étude populaire dans laquelle nous nous renfermons ici, 
trouveront les documents qu'ils ambitionnent dans notre ouvrage spécial sur les 
Etoiles doubles, et dans notre grand Atlas céleste, qui donne les positions de plus de 
cent mille étoiles. Il importe ici de ne pas dépasser les limites des observations, des 
études et des remarques que chacun peut faire facilement, pour peu qu'il s'intéresse 
sérieusement à s'instruire lui-même dans la connaissance de l'univers. Notre but 
est, répétons-le, tout simplement d'ouvrir le ciel pour que tout le monde puisse y 
lire comme dans un livre. Cette description est méthodiquement faite : nous exa- 
minons les constellations l'une après l'autre en marchant du nord vers le sud et en 
nous servant des étoiles que nous connaissons déjà. —On trouvera, du reste, à la fin 
de ce volume, une Table générale et analytique des matières contenues dans l'As- 
tronomie populaire et dans son Supplément, qui permettra de se reporter facile- 
ment à tous les sujets traités. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 21 



.(VI LE TÉLESCOPE D'HERSCHEL 



ra'.ilrc (M. 38) est situé par 5" 21" d'ascension droite et 37° 47' de 
déclinaison, et se trouve au nord-est de l'étoile ç : ces deux positions 
sont indiquées sur notre fig. 108. 

Le premier offre dans le champ du télescope une éclatante pous- 
sière d'or scintillant de mille feux : on peut y compter plus de cinq 
cents étoiles de la dixième à la quatorzième grandeur; très curieux à 
observer, même dans les instruments de faible puissance. Toutes les 
étoiles de cet archipel céleste doivent être à la même distance de nous, 
et, par conséquent, leur grandeur réelle doit différer comme diffère 
leur grandeur apparente. 

Le second affecte la forme d'une croix par la disposition des prin- 
cipales étoiles qui brillent dans son sein, et présente plusieurs jolis 
couples d'étoiles doubles. William Herschel penchait vers l'idée que 
la région la plus dense de cet amas doit exercer sur l'ensemble une 
certaine puissance attractive. Il semble, en effet, qu'il se prépare là 
une tendance vers la forme circulaire, qui ne sera pas atteinte 
de longtemps. Le patient observateur faisait, à ce propos, la remarque 
que nous pouvons juger de l'âge relatif des nébuleuses et des amas 
d'étoiles par la disposition générale de leurs parties constitutives, les 
plus âgés étant ceux qui paraissent les plus denses et les plus rapprochés 
de la forme sphérique. 

Ce sont là les richesses principales de la constellation du Cocher. 
Continuons notre description du ciel par l'examen des régions voisines. 

Sur notre fig. 104,- on a remarqué, à l'est du Cocher, un instrument 
astronomique d'une forme assez bizarre : c'est le Télescope cV Herschel, 
qui a été placé là par un astronome autrichien, le Père Hell, en com- 
mémoration de la découverte d'Uranus, faite dans cette région du ciel 
le 13 mars 1781. Ce petit astérisme envahit, en effet, la constellation 
des Gémeaux, que traversait la planète Uranus à l'époque de sa décou- 
verte. Mais, quelque illustre et quelque cher que soit le souvenir du 
grand William Herschel dans le cœur de tous les astronomes, l'ad- 
jonction de cet instrument sur la sphère céleste n'a jamais servi qu'à 
embrouiller les cartes. Effaçons donc ce dessin, rendons au Cocher, 
aux Gémeaux et au Lynx les étoiles qui leur appartenaient, et ne con- 
sidérons cette image que comme un souvenir historique. 

A l'est encore, on voit le Lynx, qui est également une constellation 
moderne et qui occupe un vaste espace entre la Grande Ourse et les 
Gémeaux. C'est Hévélius qui, vers 1660, a installé cet animal dans le 
ciel, un peu par suite d'un jeu de mots : «. Car, dit-il, il n'y a là que 
de petites étoiles, et il faut avoir des yeux de lynx pour les distinguer 



LE LYNX 163 



et les reconnaître. » Au surplus, il ne tient pas outre mesure à sa 
création : « Ceux qui ne seront pas contents du choix, ajoute-t-il, y 
pourront dessiner autre chose s'ils le préfèrent; mais il y a vraiment 
là un trop grand vide dans le ciel pour n'y rien mettre du tout. » Le 
Lynx est resté, et il n'y a plus de raison aujourd'hui pour qu'il s'en 
aille. Il y avait là, autrefois, sous les pieds de la Grande Ourse, un 
fleuve qu'on appelait le fleuve Jourdain et qui faisait pendant au fleuve 
du Tigre^ dessiné, de l'autre côté du pôle, entre l'Aigle, le Cygne et 
la Lyre. Mais ces deux fleuves ont cessé de couler dans le ciel, et les 
meilleurs yeux n'en retrouveraient plus aujourd'hui la moindre trace. 
Comme nous venons de le dire, le Lynx n'est composé que de petites 
étoiles. Cependant, nous ne pouvons les laisser passer sans faire con- 
naissance avec elles et sans voir si, dans cette région du ciel, quelque 
curiosité n'est pas digne d'arrêter un instant notre attention. Signalons 
donc ici les principales de ces étoiles : 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU LYNX. 
ÉTOILES 1660 1700 1800 1840 1S60 1880 

40 3 4 4,5 3.4 3.4 3,4 

38 5 4 4 4 4 3,8 

31 5i 5 5 5 5 4.4 

21 5 5 5.6 5 5 4,7 

15 5 5 5 5 5 5,2 

2 5 4 4.5 5.4 5.4 5,5 

27 5 5 5 5.4 5.4 5,7 

12 5i 6 5 5 5,6 

36 6 5A 5.6 5 5 5,5 

P. VIII, lO'J 6 5.6 6 5 5,5 

19 6 5 7 5 5.6 5,4 

24 5 5 6 5 5.6 5,5 

P. IX, 115 6 6 5 5.6 5,5 

18 6 6 5.6 6 5.6 5,7 

14 5 5.6 6 6 5,8 

FI. 1010 5 5 6 6 60 

20 6 7.8 7^5 

Il n'y a là qu'une étoile assez brillante (40) de troisième grandeur et 
demie, qui paraît être descendue à la quatrième et demie au temps de 
Piazzi. La suivante (38) paraît augmenter légèrement d'éclat. L'étoile 
qui porte le numéro 19 n'a été vue que de septième par Piazzi ; cepen- 
dant, elle est bien visible à l'œil nu , étant une faible de cinquième 
grandeur. Celle qui porte le numéro 1010 dans le Catalogue général de 
Flamsteed est généralement confondue par les astronomes avec la 20° : 
elle a dû diminuer d'éclat. Quant à la 20°, elle a disparu pour les obser- 
vations faites à l'œil nu. Du reste, si l'on compare entre eux avec soin 
les atlas d'Hévélius, Flamsteed, Bode, Argelander et Heis, on ne tarde 



164 LE LYNX 



pas à s'apercevoir que plusieurs changements assez sensibles ont eu 
lieu depuis deux siècles dans cette région du ciel. 

L'étoile que nous avons inscrite sous le numéro P. VIII, 169, 
est appelée par les astronomes , y compris Flamsteed et Piazzi , 50 
Girafe, ce qui n'a aucun sens, la Girafe étant éloignée au nord du Lynx, 
et cet astre se trouvant en plein dans le corps de ce dernier animal. 

Toutes ces étoiles sont assez difficiles à identifier dans le ciel. Il 
faut pour cela de belles soirées, pas de clair de lune et beaucoup de 
patience. Je n'engagerai guère dans cet essai que ceux d'entre nos 




. > " 

Fig. 111. — Principales étoiles de la constellation du Lynx. 

lecteurs qui se sentent vraiment animés du feu sacré. Se servir de 
notre fîg. 111. Les meilleurs mois pour observer cette région vers 
neuf heures du soir sont : février, mars, avril et mai, parce que ces 
petites étoiles sont alors très élevées dans le ciel et ne perdent rien de 
leur éclat. 

Il y a là quelques étoiles doubles intéressantes : 

Menez une ligne de t x à X [x. Grande Ourse ; au sud-est de cette ligne, 
vous verrez deux étoiles de 3' 1/2 à 4° grandeur : ce sont 38 et 40 lynx. 
La première est double : compagnon de 7' grandeur, à 2"8. C'est un 
système pliysique en mouvement propre commun mais qui ne tourne 



LE LYNX 



165 



qu'avec une extrême lenteur : il n'y a pas plus de 6 degrés de par- 
courus depuis un siècle. 

L'étoile n" 12 est un système triple. Grandeurs des composantes : 
5,8, 6,5 et 7,5. Les deux premières sont serrées l'une contre l'autre 
à Vi. La troisième est écartée à 8"3. Excellent objet d'observa- 
tions pour une bonne lunette. C'est, de plus, là, un système ternaire 
remarquable : les deux premiers soleils de cet univers lointain ont déjà 
tourné l'un autour de l'autre de 53° depuis un siècle ; leur période de 
révolution pourrait être de 700 ans environ ; quant au troisième, il ne 
doit accomplir son cycle qu'en plusieurs milliers d'années. 

L'étoile n° 19, de 5' grandeur 1/2, a un compagnon de T à 14*, 
Couple stationnaire depuis cent ans qu'on l'observe. La 20' est aussi 
une double fixe, très élégante : deux astres de 7' 1/2, écartés à 15". 




Fig. 112. — L'étoile double 38 du Lynx. Fig. 113. — L'étoile triple 12 du Lynx. 

Il y a encore là d'autres groupes remarquables ; mais ils sont si diffi- 
ciles à trouver, qu'il est inutile de les indiquer. La 15' est particulière- 
ment intéressante, mais seulement pour un instrument puissant : il y 
a là deux soleils, l'un jaune d'or, l'autre azur, qui se sont éclipsés 
dernièrement, le disque d'or ayant recouvert une partie du disque 
d'azur, sur environ un quart de diamètre. Cette occultation rarissime 
a été observée par le baron Dembow^ski ('), de son observatoire par- 
ticulier installé près de Milan; elle a eu lieu en 1868. Depuis 1872, 
les deux étoiles vont en se séparant lentement; mais elles ne sont 
encore qu'à une demi-seconde l'une de l'autre. 

Pas de nébuleuses, ni d'amas d'étoiles extraordinaires. 

') Les plus beaux travaux accomplis sur les étoiles doubles depuis dis ans sont 
dus à cet astronome amateur, ainsi qu'à M. Burnham de Chicago, à M. Gledhill d'Ha- 
lifax, à M. Wilson de Rugby, à M. Doberck de Markree, tous astronomes amateurs, 



CHAPITRE VII 



Pégase. — Le Petit Cheval. — Le Dauphin. 



Le cheval ailé qui d'un coup de pied fit jaillir la fontaine Hippo- 
crène, inspiratrice des poètes, a reçu dans le ciel l'une des plus vastes 
et des plus belles provinces de la voûte étoilée. Ce que l'on remarque 
tout d'abord, c'est un grand carré, plus étendu que le quadrilatère de 
la Grande Ourse, formé par quatre belles étoiles. A un angle du carré 
vient se greffer une ligne courbe formée aussi par trois brillantes 
étoiles, de sorte que cette figure reproduit, sous une forme un peu 



Carre de/^ase 
-f/5- f « 







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— "-W" 



1 






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r^\^T ..j#jj 



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Fig. 114. » Alignement pour trouver le carré de Pégase. 

différente, l'aspect général de la Grande Ourse. (Par une circon- 
stance assez bizarre, cette figure de sept astres se retrouve plusieurs 
fois, en grand ou en petit, dans la population si variée de la sphère 
céleste.) Ce carré de Pégase, avec les trois étoiles d'Andromède qui 
l'accompagnent, se lève à l'orient au mois de juillet, pour l'observa- 
teur qui examine le ciel à 9 heures du soir, brille pleinement à l'est 
pendant les belles soirées du mois d'août, trône au sud-est en septem- 
bre et au zénith en octobre, descend vers l'ouest en novembre, se 
repose à l'occident en décembre et se couche à la fin de janvier. 
Pour le trouver, il n'y a qu'à regarder. Cependant, si l'on veut être 



LA CONSTELLATION DE PÉGASE 167 



assuré de son identité et vérifier en môme temps ce que l'on connaît 
déjà dans le ciel, on reconnaîtra qu'il se trouve sur le prolongement 
de deux lignes menées de « et ^ Grande Ourse à la Polaire, passant 
vers Cassiopée et continuées au delà de cette petite constellation. 
Une étoile du carré est commune à Pégase et à Andromède : c'est «, 
suivie par p et y. 

On ne dessine jamais là qu'une moitié de cheval, la moitié anté- 
rieure, munie d'une paire d'ailes, et l'on a ajouté en avant, à l'ouest, 
une autre tète de cheval, qu'on appelle « le Petit Cheval, » et qui sort 
on ne sait d'où. Ces deux constellations sont anciennes. Ptolémée 
appelle la première Hippos « le Cheval», et la seconde Hippou pro- 
tomê « la section antérieure du Cheval. » Ératosthènes a écrit dans 
ses Catastérismes, au troisième siècle avant notre ère, que « la partie de 
derrière est invisible afin de ne pas montrer que ce cheval est femelle. » 
Il paraît que c'eût été là une idée navrante. Au temps de cet astro- 
nome et d'x\rchimède, son contemporain, le Petit Cheval n'existait 
pas encore; c'est dans le catalogue d'Hipparque qu'on le rencontre 
pour la première fois. — Ces deux chevaux sont dessinés renversés, 
c'est-à-dire le dos au sud. 

Le Grand Cheval est devenu Pégase du temps des Romains. Les 
Arabes du dixième siècle de notre ère appelaient le premier al-faras-al- 
âzham « le grand cheval », et le second kita al-faras « le morceau du 
cheval. » Ils assimilaient aussi ce carré à un puits et à un seau, et plu- 
sieurs étoiles ont reçu des noms correspondant à cette assimilation, en 
même temps que des noms symboliques, tels que « le Bonheur de la 
Prudence » et « le Bonheur de l'Intelligence. » 

Peut-être cette tête de cheval coupée est-elle le dernier vestige des 
sacrifices de chevaux, qui, paraît-il, existaient en Egypte et en Chine. 
Dans la sphère chinoise, il y a là un astérisme nommé T'ien-Kiou ou 
l'Ecurie céleste, et certains commentateurs pensent que ces étoiles 
passaient au méridien au printemps, à l'époque où l'on nettoyait les 
écuries et où on les frottait avec le sang d'un cheval sacrifié, ce qui 
les porte à admettre que cet astérisme est originaire de la Chine. Ces 
sacrifices de chevaux étaient également en usage chez les Indo-Parses 
sous le nom de Aswamedha, de cheval (Aswa) et de sacrifice (medha). 
Nous retrouvons ici la terminaison d'Andromède. Mais tout cela se 
perd dans la nuit des temps. 

Remarquons cependant que si l'on fait passer un trait par les étoiles 
/3. ['., Y, 31, les trois petites étoiles qui contmuent, jusqu'à 9, puis par 
c, Ô, 'C, et a, on trace un contour enfantin qui peut donner l'idée d'un 



168 LA CONSTELLATION DE PEGASE 

COU et d'une tête de cheval {voy. la fig. 116); les étoiles 5, p, et les 
quatre qui suivent indiquent même la crinière ; un trait mené par p, 
1), 32 et iT dessine une jambe, et un autre par t, k et (j. du Cygne en 
indique une autre. Les observateurs primitifs qui cherchaient dans le 
ciel des représentations animées ont pu remarquer cette vague res- 
semblance, comme on en remarque parfois dans les nuages. Cette 
constellation serait postérieure à Andromède. Dans cet ordre d'idées, 
les quatre étoiles du Petit Cheval représentent plutôt le squelette 
d'une autre tête de cheval que n'importe quel autre objet, et plus 
tard on l'aura ajoutée pour ne pas laisser de vide. 

Les quatre étoiles principales du carré de Pégase portent encore 
aujourd'hui des noms arabes, sous lesquels elles sont assez souvent 
désignées : 



'&' 



a Pégase .... Marhab 1 y Pégase. . . . Algenib 

p Pégase .... Sclieat \ a Andromède. . Alpherat 

Ces noms signifient, le premier, un objet sur lequel on voyage, 
comme une voiture ; le second est probablement une corruption du 
mot sa'id, bras; le troisième vient de jenah-al-faras, l'aile du cheval; le 
quatrième dérive de sirrat-al-faras, le nombril du cheval : il se trouve 
que la tête d'Andromède occupe justement cette position, ce qui n'est 
pas galant pour la princesse. 

Faisons connaissance maintenant avec les étoiles de cette constel- 
lation et apprenons à les reconnaître dans le ciel. 

Le tableau de la p. 170, et la fig. 116 qui l'accompagne sont les 
guides à consulter pour cette étude. 

Remarquons d'abord que l'étoile i, qui manque à la série et qui est 
la quatrième étoile du carré, n'est autre que l'étoile « d'Andromède, 
que nous connaissons depuis longtemps. 

Les étoiles (3, y et e sont légèrement variables. La première oscille 
de 2,2 à 2,7 en 40 jours. La seconde oscille de 2,0 à 3,0 en 27 jours 
et demi, étant à son maximum égale à a et s'abaissant à son minimum 
jusqu'à v). La troisième varie, en 25 jours 3/4, de 2,4 à 3,2. J'ai inscrit! 
au tableau leur éclat moyen actuel. 

L'étoile V, de quatrième grandeur au temps d'Hipparque, était 
tombée au-dessous de la cinquième au temps d'Abd-al-Rahman-al- 
Sùfi, et on la voit toujours de cinquième grandeur depuis cette 
époque. Les étoiles t et u, anciennement de quatrième grandeur, sont 
descendues à la sixième et sont remontées à la cinquième. Au con- 
traire, 1 a constamment augmenté d'éclat depuis les anciennes obser- 




Fip. 115. - Pégase. - Le Petit Cheval. - Le Dauphin. - La Voie lactoe. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 22 



170 



LA CONSTELLATION DE PEGASE 



vations. L'étoile n° 2, de quatrième grandeur au temps de Tycho- 
Brahé (1590), était de sixième en 1700. A l'aide du tableau et de la 
carte, chacun peut à loisir s'exercer à trouver toutes ces étoiles dans 
le ciel et à comparer leur éclat. Nous avons inscrit toutes celles qui, 
par leur grandeur ou leurs configurations, sont faciles à trouver pour 
une vue moyenne. 

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE PÉGASE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



ÉTOILES -127 +%0 1430 1590 1G03 



oMarfta6 2.3 2.3 

pScheat 2.3 2.3 

TAlgenib2.2 2.3 

6 3 3 

Z 3 3.4 

ri 3 3 

9 3 3.4 

i 4.3 4 

X 4.3 4 

4 4.3 

4 4.3 

4 5.6 

4 4.5 

5 5 
4.3 4 
5 5.6 
5 5.6 
4 4 



T 
U 

9 
X 

4- 

1 

2 

3 

9 

14 

31 

32 

55 

56 

57 

58 

59 

70 

78 

85 



4 





















4 






















2 

2 
2 

3 
3 
3 
3 
4 
4 
4 
4 
5 
4 
5 
4 
5 
5 

4 





G 

G 



G 
G 








2 

2 
2 

3 
3 
3 

4 
4 
4 
4 
4 
5 
5 
r, 

4 
6 
6 
6 
6 


G 
4 
4 



4 


G 
G 



G 
G 



2 
2 
2 
3 
3 
3 
4 
4 
4 
4 
4 
5 
5 
5 
4 
6 
6 
6 
6 
6 
6 
6 
4 
4 

4 

4 


G 
G 


e 







1600 

2 

2 

2 

3 

3 

3 

4 

4 

4 

4 

4 

5 

5 

5 

5 

6 

6 

6 

6 



G 



4 

5 

G 

4 



5 

6 

5 



6 

6 

5i 

5 







1700 

2 
2 
2 
3 
3 
3 
4 
4 
4 
4 
4 
5 
5 
5 

4 i 

6 

6 

6 

6 

6 

6 

6 

4 

6 

6 



6 

5 

5^ 

6 

6 

5i 

5i 

5i 

6 



1800 

2 
2 





3 
2.3 
3 
3 
4 
4 
4 

4.5 
4 
5 
5 
5 
4 

5.6 
5.6 
5 
5 
6 
6 

5.6 
4 

5.6 
6 

4.5 
5 

4.5 
5.6 
5 
4.5 

.6 



1840 
2 

2.3 

3.2 

2.3 

3.4 

3 

3.4 

4 

4 



4 

5 

5.4 
5 
4 
5 
5 

5.4 
5.4 
6.5 
5 
.5 
4.5 
5 
6 
5 
5 

5.4 
5 
5 
5 

5.6 
5.6 
5 
5 
5 
6 



1860 

2 

var 

3.2 

2.3 

3.4 

3 

3.4 

4 

4 

4 

4 

5 

5.4 

5 

4 

5 

5 

5.4 

5.4 

6.5 

5 

4.5 

4.5 

5.4 

6 

4.5 

5 

5 

5 

5 

5 

5.6 

5.6 

6.5 

5 

5 

6 



1880 

2,0 
2,4 
2,5 
2,8 
3,3 
3, G 
3,6 
4,0 
4,0 
4,2 
4,3 
5,3 
4,8 
5,0 
4,2 
5,3 
5,3 
4,9 
4,9 
6,0 
5.6 
4,3 
4,4 
4,9 
6,0 
4,3 
5,0 
4,8 
5,0 
4,9 
5,0 
5,4 
5,7 
5,4 
5,2 
5,2 
6,0 



Deux étoiles variables intéressantes, R et S Pégase, existent dans 
cette région du ciel, offrant l'énorme fluctuation d'éclat qui s'étend 
de la septième à la douzième grandeur; mais on ne peut les trou- 



LA CONSTELLATION DE PÉGASE 



ni 



ver et les observer qu'à l'aide d'instruments gradués et assez puis- 
sants. 

Remarquons dans cette constellation quelques étoiles doubles 
dignes d'attention : 

L'étoile £ est accompagnée d'une petite étoile de 9° grandeur, mais 
très écartée, à 138". Intéressante pour une petite lunette munie d'un 
oculaire ù champ large. 

■K est aussi une double très écartée, 4' et 5' grandeurs, éloignées à 
12' l'une de l'autre, comme Mizar et Alcor. Une jumelle suffit. 




Fig. 116. — Priaoipales étoiles de la constellatiou de Pégase. 



L'étoile I (à environ 10 degrés et demi au sud-est de Ç du Cygne) 
est plus remarquable ; l'écartement est de 36", et les deux composantes 
sont respectivement de 4' et 9° grandeurs, jaune et lilas, couple fixe 
depuis cent ans qu'on l'observe. On a accusé cette étoile de variabi- 
lité; mais rien n'est moins certain. Si elle n'a pas reçu de lettre de 
Bayer, c'est parce qu'elle est en dehors de la figure : le juriscon- 
sulte d'Augsbourg n'a donné de lettres qu'aux étoiles comprises dans 
le corps des êtres ou des objets dessinés au ciel, et, tout en gravant 
aussi sur son atlas les étoiles extérieures, il les a laissées anonymes. 
C'est pour n'avoir pas remarqu ce fait que plusieurs astronomes ont 
cru que quelques-unes de ces dernières étoiles avaient augmenté 
d'éclat depuis l'époque de Bayer. 



172 



CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS PÉGASE 



On peut aussi chercher l'étoile 3, près du Verseau, la précédente 
d'un trio vers 4° au sud-sud-ouest de e Pégase : elle n'est que de 
6' grandeur et son compagnon de 8% à 39"; joli couple; on en voit 
un autre, très délicat, dans le même champ. 

Il y a encore dans cette constellation une autre étoile double parti- 
culièrement intéressante, quoiqu'elle ne soit inscrite que depuis quel- 
ques années dans les catalogues d'étoiles doubles, seulement depuis 
que je l'y ai mise : c'est l'étoile 85 Pégase, de 6° grandeur, que l'on 
trouvera entre « Andromède et ^ Pégase. Son compagnon est de 




Fig. 117. — L'étoile double 1 Pégase. 



Fig. 118.— L'éloile double 3 Pégase. 



9" grandeur et brille actuellement à 15". La première observation de 
cette étoile, comme étoile double, est celle que j'ai faite au mois de 
décembre 1877 à l'Observatoire de Paris ('). C'est l'un des groupes 

( ' ) J'aurai rindiscrétion de raconter à ce propos l'anecdote assez curieuse que voici : 
L'illustre Le Verrier avait mis à ma disposition le grand équatorial de 1 Observa- 
toire pour mes mesures d'étoiles doubles ; mais il y avait deux ou trois fonctionnaires 
de l'établissement qui étaient fâchés de me voir faire ce travail, quoiqu'il fût pure- 
ment honorifique de ma part et qu'ils n'eussent jamais eu l'intention de le faire 
eux-mêmes. Après la mort de Le Verrier, son successeur par intérim profita de sa 
situation momentanée pour enlever la clé de la coupole où j'observais, sans oser 
toutefois me déclarer franchement qu'il retirait (sans droit, du reste) l'autorisation 
accordée par le Directeur. Je venais, la veille, de prendre une première mesure de 
l'étoile 85 Pégase, et j'étais ainsi dans l'impossibilité de continuer, à moins de perdre 
mon temps en discussions avec ce pseudo-directeur. Comme ce qui m'importait le plus 
c'était d'avoir des mesures des étoiles que j'étudiais, prises par d'autres astronomes 
aussi bien que par moi, j'écrivis à M. Burnham, l'habile et complaisant observateur 
de Chicago, de mesurer cette étoile avant qu'elle descendît sous l'horizon. Les me 
nures furent faites mieux que par moi-même, et la science n'y perdit rien. Le jour 



CURIOSITES SIDERALES DANS PEGASE 



173 



optiques les plus remarquables que l'on connaisse, le mouvement 
propre rapide de la grande étoile modifiant d'année en année et, pour 
ainsi dire, de mois en mois, la situation relative de la petite. On trouve 
ces deux étoiles observées par Bessel en 1825 et par Argelander en 
1855, dans leurs observations méridiennes, et, en 1870, Brunnow 
s'est servi de la petite comme étoile de comparaison pour déterminer 
la parallaxe de la grande. A la première de ces dates, la petite étoile 
était éloignée h 73" de la plus brillante; en 1855, elle était à 30"; en 
1877, je l'ai trouvée à 14" : c'était justement, par hasard, l'époque de 
sa plus grande proximité, car elle va maintenant en s'éloignant de 
plus en plus. La fig. 119, que j'ai construite à l'échelle de l^^pour 1", 



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Fig. 119. — Mouvement observé sur l'étoile 85 Pégase. 

représente exactement le mouvement observé, en comparant les posi- 
tions de la petite étoile à celle de la grande, supposée fixe; en réa- 
lité, c'est la grande qui se déplace, et c'est la petite qui reste fixe. 
Par surcroît d'intérêt, la petite étoile est elle-même une doubletrès 
serrée, à moins de 1 seconde, couple physique en mouvement assez 
rapide. 

La parallaxe de 85 Pégase a été trouvée de 0",054 seulement, ce 
qui porte sa distance à 3 805 000 fois le rayon de l'orbite terrestre, ou 

même où l'astronome américain dirigea le grand équatorial de Chicago sur ce r.Quple, 
il découvrit que la petite étoile elle-même est une jolie double très serrée, et qui se 
trouve en mouvement assez rapide. N'est-il pas curieux de penser que cette décou- 
"cfte américaine est due à la mauvaise humeur d'un fonctionnaire français et- à son 
excès de zèle négatif? 



174 PEGASE 




à 129 trillions dé lieues. La lumière n'emploie pas moins de 64 ans 
pour venir de là. 

Ce sont là les étoiles doubles les plus intéressantes et les plus faciles 
à observer. Nous n'ajouterons qu'une seule curiosité, c'est un amas 
d'étoiles que l'on peut trouver, entre s Pégase et â du Petit Cheval, 
formant la pointe nord d'un triangle obtus et isocèle (voyez la fig. 116). 
Une petite étoile de sixième grandeur semble, du reste, placée là tout 
exprès pour marquer la place de la nébuleuse. Cet objet céleste a été 
trouvé par Maraldi en 1745 et enregistré comme « une étoile nébuleuse, 
assez claire, composée de plusieurs étoiles. » Messier l'observa en 
1764, et elle porte len° 15de son catalogue. William Herschel le résolut 
en étoiles en 1783. Dans une lunette de moyenne puissance, il offre 

l'aspect reproduit ici. C'est peu de 
chose en apparence. Mais, lorsqu'on 
sait que c'est là un univers composé 
de plusieurs centaines de soleils, et 
que notre humanité tout entière, 
avec tout son orgueil et toutes ses 
Fig. 120. -Petit amas d'étoiles dans Pégase, passions, occupe dans l'espace et 

dans le temps une étendue moindre 
que le plus imperceptible de ces petits points, on conclut que cela vaut 
la peine d'être regardé une fois, lorsque les « importantes» affaires de 
la vie ne nous clouent pas trop assidûment au boulet terrestre. Un 
astronome qui, quoique très exact et très scrupuleux dans ses observa- 
tions et ses calculs, avait cependant la fibre très sensible et ne rougis- 
sait pas d'admirer avec passion les célestes splendeurs, D'Arrest, auquel 
nous devons l'un des meilleurs catalogues de nébuleuses qui existent, se 
laissait aller aux expressions suivantes dans la description de cet amas 
d'étoiles: « Acervusmagnificentissimus . . . cumulus celebratissimus .. .y> 
Je préfère cet excès-là à celui de ce chef de service d'un observatoire, 
qui prétendait interdire l'étude des étoiles doubles à un astronome, 
sous prétexte qu'il y mettait trop d'enthousiasme et qu'il gâtait le 
métier. 

La constellation du Petit Cheval, facile à reconnaître à l'ouest de 
E Pégase, n'est formée que d'un petit nombre d'étoiles ; on ne distingue 
même bien que les cinq que voici, les autres étant de sixième grandeur ■ 



LE PETIT CHEVAL 



175 



pniNClPALES ÉTOILES DU PETIT CHEVAL 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 





-1:7 


+960 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


a 


obsc. 


4 


4 


4 


4 


:■! 


4 


4.5 


4 


4 


4,0 


P 


obsc. 


6 


6 


4 


4 


■î 


4 


5.6 


5 


5 


5,0 


T 


obsc. 


5.6 


5 


4 


4 


4 


4 


5 


5.4 


5.4 


4,5 


S 


obsc. 


.^.6 


5 


4 


4 


4 


4 


4.5 


5.4 


5.4 


4.5 


l.e 


obsc. 














5 


5 


5.6 


5 


5 


5,4 



Sur ces cinq étoiles, la seconde, p, a certainement augmenté d'éclat, 
car, au dixième siècle de notre ère, Abd-al-Rahman-al-Sûfi déclare 
positivement qu'elle n'était alors que de sixième grandeur, et tel est 
aussi l'ordre qui lui est assigné par Ulugli-Beigh au quinzième siècle. 
C'est entre cette époque et celle de Tycho qu'elle est passée de la 
sixième à la quatrième grandeur, et même un manuscrit du catalogue 
d'Ulugli-Beigh, sans doute écrit un peu plus tard, la note de cette 
dernière grandeur. A la fin du dix-huitième siècle, Piazzi l'a enre- 
gistrée comme étant de cinquième et demie. Elle est actuellement de 
cinquième. 

Les étoiles y et (î ont également augmenté d'éclat du seizième au 
dix-huitième siècle, et il semble qu'on en puisse dire autant d'à, 
comme si vraiment il y avait prédominance de certaines constitutions 
physiques ou de certaines 
influences dans des régions 
du ciel déterminées. 

Lorsqu'on aura reconnu à 
l'œil nu ce petit astérisme, on 
pourra regarder avec une ju- 
melle l'étoile Y, et on la verra 
double ; il y a, à côté d'elle, 
à 6' 6", une étoile de 6' gran- 
deur, qui porte le n° 6 du ca- 
talogue de Flamsteed, et qui 
forme avec la première un 
couple très écarté, très facile 
à observer. La fameuse co- 
mète de 1680 est passée dans 
son voisinage le 3 janvier 
1681, et je trouve dans les observations faites à l'Observatoire de 
Paris ce soir-là cette mention : « On s'aperçut que l'étoile y de la 
bouche du Petit Cheval était double. » Depuis deux siècles, les po- 




Fig. 121. —L'étoile double 1 e Petii Cheval. 



176 



LA CONSTELLATION DU PETIT CHEVAL 



sitions respectives des deux astres ont été mesurées : ils restent fixes 
l'un par rapport à l'autre. 

L'étoile n° 1 , qui n'a pas reçu de lettre grecque dans la classifica- 
tion de Bayer, et qui ne se trouve pas dans son atlas, est cependant 
ordinairement désignée sous la lettrée: c'est une double très belle, 
composée d'une étoile de 5' grandeur et d'une de 7' 1/2, écartées à 
11" l'une de l'autre. Depuis un siècle, la petite a tourné de 10° autour 
de la grande. Celle-ci est double elle-même, mais très serrée (moins de 
1"), de sorte qu'il faut une bonne lunette pour la dédoubler; observée 
en 1780, 1825, 1830 et 1832. elle paraissait simple; ce n'est qu'en 
1835 que la seconde étoile, de 7° grandeur, s'est écartée des rayons de 
sa primaire, dans lesquels elle avait été éclipsée jusque-là : Struve la 
découvrit à la minuscule distance de 0"35, et depuis elle s'est lente- 
ment séparée en tournant légèrement. C'est là un système ternaire 
remarquable. 

Par une coïncidence curieuse, l'étoile $ ressemble un peu à la pré- 
cédente : c'est aussi une double très serrée , avec un compagnon 
écarté. Le couple serré tourne très vite, et son mouvement s'exécute 
dans le plan de notre rayon visuel, comme celui de l'étoile 42 de la 
Chevelure, de sorte que le compagnon, de 5° grandeur, parait seule- 
ment osciller de part et d'autre de l'étoile principale, sur une ligne 
tracée dans la direction 10" à 190°. Il ne s'éloigne jamais à plus de 0"4, 
et sa période paraît n'être que de 7 ans : c'est la révolution la plus 

courte que nous connaissions parmi tous 
les systèmes d'étoiles doubles. — Nous 
avons là un groupe de trois soleils, mais 
non un système stellaire, car la troisième 
^„ étoile est indépendante des deux pre- 
mières : elle reste immobile au fond des 
cieux, tandis que le couple $ marche avec 
rapidité dans l'espace, lancé par un mou- 
vement propre de 29" par siècle; c'est ainsi 
qu'en 1781, la petite étoile, qui n'est, du 
reste, que de 10° grandeur, se trouvait à 
78" et à 20" de <î; en 1825, elle était à 42» 
et 26"; en 1835, à 38" et 27"; en 1847. à 32" 
et 30"; en 1859, à 28" et 33"; en 1870, à 25" 



Fig t22. — Mouvement observé sur 
l'étoile triple 6 du Petit Cheval. 



et 34", et qu'elle est actuellement (1880) à 23" et 38". On peut se 
rendre compte de ce mouvement de perspective par notre ftg. 122. 
On voit quelle variété inattendue diversifie la contemplation scien- 



LE DAUPHIN 117 



fique du ciel étoile. Pour l'œil vulgaire, toutes les étoiles se ressem- 
blent, et l'étude générale du ciel parait dépourvue d'un intérêt direct 
et passionnant; mais l'œil instruit ne tarde pas à y reconnaître une 
infinité de petits détails distincts, comme l'œil du botaniste qui, au 
milieu d'une vaste campagne, reconnaît par habitude toutes les 
essences des bois et des plantes, là où l'œil du promeneur vulgaire ne 
voit qu'un fouillis d'arbres et d'herbes plus ou moins verts et plus ou 
moins parfumés. Combien la connaissance des choses n'augmente- 
t-elle pas le plaisir de vivre ! Comment peut-on même vivre sans s'in- 
téresser à la connaissance de cette immense nature, dont nous faisons 
partie intégrante, et qui recevra notre dernier soupir comme elle a 
reçu notre premier vagissement ! 

Dans cette même région du ciel, on trouvera avec la plus grande 
facilité une petite constel- 
lation, située à l'ouest du 
Petit Cheval, près de la 
Voie lactée [voy. encore 
notre fig. 116), et que 
quatre étoiles voisines ar- 
rangées en quadrilatère 
désignent à l'œil le plus 
inattentif: c'est la constel- 
lation du Dauphin.^ Ce 
Dauphin est-il celui qui 
sauva le poète Arion du 
naufrage? Est-il celui que 
Neptune envoya pour dé- 
couvrir la retraite d'Am- 

phitrite? Ou bien est-ce ^'S-'^S.— principales étolUs de la constellation an Danphin. 

Acétès, le pirate toscan qui prit la défense de Bacchus? On a dit aussi 
que ce pourrait bien être le poisson dans lequel Jonas vécut trois jours 
et trois nuits. D'autres ont cru pouvoir y saluer Apollon à son retour 
de l'île de Crète. Les Arabes le nommaient Al-Dulfin, rare exemple 
d'étymologie grecque dans cette langue, et aussi Al-Salib, la Croix. 
Pour nous, ce qui nous intéresse, ce ne sont ni ces symboles, ni la 
fable, ni ses commentaires, ce sont les étoiles qui composent ce petit 
astérisme. On apprendra très facilement à les reconnaître dans le ciel 
en se servant de notre petite fig. 123, et d'autant plus facilement que 
le voisinage de la brillante Altaïr, a de l'Aigle, ferait cesser toute 
équivoque. La forme allongée de l'arrangement des étoiles s'adapte 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 23 




178 LE DAUPHIN 



assez bien à l'idée d'un poisson et même à la forme spéciale du dau- 
phin, et il n'y a rien de surprenant à ce que les marins de Tyr ou 
de Sidon aient trouvé une ressemblance suffisante pour lui donner 
cette désignation. Voici les principales étoiles, avec les observations 
faites depuis deux mille ans, car, malgré son exiguïté, cette constel- 
lation fait partie des quarante-huit anciennes de la sphère grecque. 

PRINCIPALES ÉTOILES DU DAUPHIN 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 

_1''7 4-950 1430 Io90 IG03 1060 1700 1800 18i0 1860 1880 

a 3~4 3.4 3 3 3 3 3 3.4 4,3 4.3 3,7 

B 3 4 3.4 3 3 3 3 3 4 3.4 3.4 3,3 

y 3.4 3.4 3 3 3 3 3 4 3.4 4 3,4 

3.4 3.4 3 3 3 3i 3i 5 4 4 4,0 

3.4 4.3 4 3 3 3 3 4 4 4 4,0 

.1 fi 6 6 5 5 5 5 5 5.4 ' 5.4 4,9 

,6 6 6 6 6 6 6 6 6.5 6.5 5,8 

96666 666566 6,0 

, 6 6 6 6 6 6 6 5.6 6 6.5 5,7 

6 6 6 6 6 6 6 5.6 5 5 4,8 



Les deux étoiles les plus brillantes de la constellation sont au- 
jourd'hui (3 et 7, tandis qu'à l'époque de Bayer, c'est « qui a reçu la 
première lettre; a, (3, y, d ont été, du reste, inscrites du même éclat. 
a a diminué, et il en est de même de $, que Piazzi a notée de 5° gran- 
deur. Au contraire, Ç et x ont augmenté lentement d'éclat depuis l'an- 
tiquité. 

11 y a là trois étoiles variables : R, S et T ; la première variant, en 
284 jours, de la 8° à la 13^ grandeur; la seconde variant, en 275 jours, 
de la 8° 1/2 à la 11°; et la troisième variant, en 332 jours, de la 8" 1/2 
au-dessous de la 13°. Mais l'observation de ces lointaines et incon- 
stantes lumières sort du domaine de l'astronomie populaire. 

Les deux étoiles principales de cette petite constellation, « et (3, sont 
désignées dans le Catalogue de Piazzi sous les noms respectifs de 
Sualocin et Rotanev, qui n'ont rien d'arabe et sonnent à l'oreille des 
étymologistes comme une véritable cacophonie de barbarismes. La 
recherche de l'origine arabe de ces noms a longuement intrigué l'es- 
prit si ingénieux de l'amiral Smyth, et on le croit sans peine quand 
on sait qu'ils ne sont dus qu'à une plaisanterie un peu enfantine d'un 
astronome en bonne humeur, — sans doute de Piazzi lui-même. Ces 
deux noms retournés font, en effet, Nicolaus Venator, et le compagnon 
de Piazzi, à l'Observatoire de Palerme, n'était autre que Niccolo Cac- 
ciatore, qui mourut en 1841. Tout le monde sait que cacciatore veut 



LE DAUPHIN 



179 



dire chasseur, en latin venator. Ces deux étoiles portent donc tout 
simplement les noms de Nicolas Cacciatore, latinisés et retournés ! ^ 

On peut, du reste, remarquer que l'arabe ressemble un peu de loin 
à une langue écrite à l'envers. Écrivez une phrase quelconque en 
commençant par la fin, et vous ne tarderez pas à trouver dans plu- 
sieurs mots retournés de véritables expressions arabes. 

Cette plaisanterie rappelle celle qui fut faite au commencement de 
ce siècle, à un archéologue très instruit, par un étudiant qui prétendait 
avoir trouvé sur la colline de Montmartre une vieille pierre taillée 
portant cette inscription : 

C.E....S.T.I....C.I.L.B.C....H.E.M,. 

..I.N.D....B.S.A.N....E.S.. 

On dit que plusieurs membres de l'Académie des Inscriptions y ont 




N S 

Fig. 124. — L'étoile double f du Dauphin. Fig. 125. — Étoile triple délicate entre p et Ç du Dauphin. 

été pris. Le fait est que, plus on cherche, et moins on trouve. Il n'y 
a qu'à lire cette phrase couramment : « C'est ici le chemin des ânes. » 
Mais revenons au Dauphin. L'étoile y est une magnifique étoile 
double, de 4' et 6" grandeurs, à 11" d'écartement, orange et verte. La 
petite étoile varie de couleur, de l'orange au jaune, au vert et au bleu; 
le plus souvent, elle est vert émeraude. Couple élégant, qui n'a 
tourné que de 9 degrés depuis cent vingt-cinq ans qu'on l'observe. 
Observation intéressante à faire pour les dames pendant les belles 
soirées de juillet, août, septembre et octobre : leurs yeux sont accou- 
tumés à juger des moindres nuances; cependant, je crois pouvoir leur 



180 LA CONSTELLATION DU DAUPHIN 



prédire qu'elles différeront toutes de jugement sur les couleurs des 
composantes de cette étoile double. 

L'étoile p est quadruple, mais son observation est réservée aux 
grands instruments. Il y a deux compagnons, de 10' et 13' gran- 
deurs, à 35" et à 28", et l'étoile principale est double elle-même, exces- 
sivement serrée (0"4) et en mouvement très rapide. 

V., 4,8 et 11, à 10", est un peu moins difficile. 

Pointer une lunette sur 6 : très beau champ d'étoiles. 

En définitive, il n'y a dans cette petite constellation qu'une belle 
étoile double, y, mais en revanche elle est fort jolie, et l'on peut l'ad- 
mirer avec le plus faible instrument, par exemple avec nos lunettes 
n° 1 et n° 2 munies de leur simple oculaire terrestre. Si nous n'avions 
pour principe constant de ne signaler ici que les observations les plus 
faciles à faire, nous pourrions indiquer un autre groupe, très fin et très 
délicat, une ravissante étoile triple, qui n'est, du reste, pas difficile à 
trouver, car elle brille d'une tranquille clarté entre |3 et C du Dauphin, 
et si l'on dirige une lunette sur ces deux étoiles ( qui peuvent entrer 
toutes les deux dans le champ dont nous venons de parler), on ne peut 
pas s'empêcher de la voir. Mais ses composantes ne sont que de 
septième à huitième grandeur, fines comme des piqûres d'aiguille, et 
il faut mettre l'instrument bien au point pour qu'elles se détachent 
nettement sur le fond noir du ciel. Distances : AB = 26"; BC = 57"; 
AC = 69". — Nous donnerons plus loin les indications utiles pour 
tirer le meilleur parti possible des instruments que l'on peut avoir à sa 
disposition. — Notre fig. 1 25 représente ce champ de l'oculaire ter- 
restre (image droite) des lunettes de 50 et 75 millimètres, avec les 
deux brillantes étoiles dans le champ, d'après l'observation que je 
viens d'en faire ce soir même (6 juillet 1880), en écrivant ces lignes, 
le télescope d'une main et la plume de l'autre. 

Les constellations que nous venons d'étudier nous amènent main- 
tenant en pleine Voie lactée, et nous arrivons ici à la description de 
l'une des régions du ciel les plus splendides. 



CHAPITRE VIII 



La Voie lactée. — Structure générale de l'univers. — Distribution 

des nébuleuses. — La constellation du Cygne. 

Étoiles variables et temporaires. — Histoire de la 61 " du Cygne ; première étoile 

dont on ait déterminé la distance. — Le Petit Renard. 



A l'heure silencieuse de minuit, dans la solitude tranquille des 
campagnes, sur le rivage de la mer à l'éternel murmure, la contem- 
plation du ciel transporte nos âmes au sein des régions lointaines et 
infinies. Spectacle grandiose et sublime! la terre est endormie avec 
ses passions grossières et bruyantes ; la mer assoupit la plainte de ses 
ondes et s'étend, désert immense, comme une image de l'infini supé- 
rieur, et là-haut, dans l'espace insondable, scintillent les étoiles 
multipliées. C'est un abîme céleste, d'une telle immensité et d'une 
telle profondeur, que le regard qui cherche à passer entre les étoiles 
ne tarde pas à tomber dans des vides informes, et que l'esprit s'arrête 
frappé d'émotion et de vertige. Une vaste traînée blanchâtre s'élève 
comme une arche aérienne à travers la voûte étoilée ; l'œil y découvre 
des irrégularités bizarres : ici, elle coule comme un fleuve céleste dans 
un lit étroit et monotone; là, elle se divise en deux branches qui vont 
se séparant l'une de l'autre; plus loin, elle paraît se déchirer en lam- 
beaux, comme une toison légère cardée par les vents du ciel. Les 
gracieuses légendes de la mythologie voyaient là des gouttes de lait 
tombées du sein de Junon lorsque Hercule rassasié détourna ses lèvres 
du sein qui lui était offert ; la poésie égyptienne saluait en elle un 
chemin éthéré conduisant à la demeure des dieux ; les historiens des 
vieilles traditions prétendaient y reconnaître la trace de l'incendie 
allumé par Phaéton lorsque le char du Soleil, mené parce conducteur 
novice, glissa obliquement dans les cieux et faillit embraser l'univers. 
A l'époque où l'on croyait le firmament solide, on y voyait la soudure 
des deux hémisphères célestes, et naguère encore les chrétiens mys- 
tiques croyaient y deviner le chemin des âmes vers les mystérieuses 
régions de l'éternité. 



182 LA VOIE LACTÉE 



Nous savons aujourd'hui que la Voie lactée est formée d'une mul- 
titude innombrable d'étoiles serrées les unes contre les autres, et, 
comme nous savons en même temps que, loin de se toucher, ces 
étoiles sont séparées les unes des autres par des intervalles néces- 
saires de plusieurs millions de lieues, l'immensité révélée par cette 
prodigieuse agglomération d'étoiles est telle, que l'esprit ne peut la 
considérer sans éblouissement, et que les plus poétiques images de 
l'antiquité s'évanouissent en fumée devant l'impression causée par la 
contemplation moderne. 




Fig. 126. — Champ d'étoiles dans la Voie lactée (Région du Cygne et de l'Aigle). 

Oui, il y a là tant d'étoiles, c'est-à-dire tant de soleils, que l'esprit 
en est littéralement ébloui. Dans la constellation du Cygne, où nous 
amène en ce moment notre description générale du ciel, et qui est 
précisément l'une des plus denses de la Voie lactée, William Hers- 
chel comptait, sur un champ télescopique de la dimension de la pleine 
lune, 1 800 et 2000 étoiles. Dans la zone plus dense encore de l'Aigle, 
il en comptait 2300. En laissant l'œil à l'oculaire, on voyait passer 
116000 étoiles dans le court intervalle d'un quart d'heure, en un 
champ télescopique qui ne mesurait que 15' de diamètre, c'est-à-dire 
le quart de la surface précédente. D'autres régions plus pauvres ne 
donnaient, au contraire, que 500, 200, 80 ou même seulement quel- 
ques étoiles. Par ces jauges laborieuses, l'éminent astronome arriva 



LA VOIE LACTÉE |83 



à la conclusion que son télescope ne lui monti-ait pas moins de dix- 
■ huit millions de soleils dans la Voie lactée tout entière! (') 

Observons-la pendant ces heures favorables où elle s'élève très 
haut dans le ciel, emportée, comme tout le firmament, par le mouve- 
ment diurne qui élève les astres des vapeurs de l'horizon oriental 
vers les sereines hauteurs zénithales pour les abaisser ensuite vers 
l'horizon occidental : les belles nuits d'été sont les plus agréables 
pour cette contemplation, lorsque Cassiopée, le Cygne, l'Aio-Ie, le 
Serpentaire, le Scorpion, lancent dans l'espace cette courbe inmieuse 
et vaporeuse. Si la nuit est profonde, la lune absente, l'atmosphère 
limpide et transparente, on suit facilement cette traînée lumineuse 
qui s'étend le long du ciel entier comme un arc de grand cercle. Elle 
continue son cours sous la Terre et revient par nos antipodes rejoindre 
la partie visible sur notre horizon; si la Terre était supprimée ou 
rendue transparente, cette ceinture céleste apparaîtrait sans solu- 
tion de continuité. Puisque la Voie lactée nous entoure de toutes 
parts, nous sommes dedans, et le premier point démontré par ce fait 
est que notre soleil est l'une des étoiles de la Voie lactée. 

Si maintenant nous l'examinons plus minutieusement, nous ne tar- 
dons pas à reconnaître que ce n'est pas là une couche d'étoiles homo- 
gène et régulière, mais qu'il y a là des régions particulièrement 
blanches où les étoiles sont très nombreuses et très condensées, tandis 
qu'en certains points l'espace en paraît beaucoup moins chlro-é et 
presque dépourvu. Ainsi, on remarque une tache très brillante au 
nord et à Fouest des trois étoiles de l'Aigle, une autre dans l'Ecu de 
Sobieski et sous la Flèche du Sagittaire, trois autres près des étoiles 
«, Pet y du Cygne, une autre dans Persée, tandis que l'œil s'arrête 
avec étonnement sur une place très obscure entre « et y Cassiopée et 
sur une autre non moins curieuse dans le Cygne, donnant l'idée de 
vides dévastés à travers cette opulente région. Sa largeur ne varie pas 
rmomsque son intensité. Du Cygne, où elle présente sa plus grande 
; étendue, elle se partage en deux branches surla constellation de l'Ai-le- 
le rameau prmcipal court à travers Antinous, l'Ecu de Sobieski et h 
Sagittaire, tandis que l'autre se dirige vers le Scorpion, où il semble 
• s afiaiblir et disparaître. Ces rameaux se courbent pour se réunir dans 

point afin de distinguer cTSe Se pnî,i. ^'^"^ •' ."'""' '''^" ^^ ^""ette au 

repos. Quand votre œil LrSVr^^^^^^ "'''' P"'"'"'' cl-aiguille et laissez-la en 

, d-u'ue p'tussière d^ SSstinlitnïïfmrfe^"" ^' '^'""^ '"^ ^^^"".^«^ ^^P^' 



184 LA VOIE LACTEE 



l'hémisphère austral, au Centaure ; dans le Triangle austral, la Voie 
devient extrêmement brillante, puis elle passe par la Croix du sud, oîx 
elle présente une lacune, un vide, un trou encore plus étrange que 
dans le Cygne, connu des marins sous le nom de sac à charbon. 
Ensuite elle se rétrécit jusqu'à n'oflrir que 4 degrés de largeur, tandis 
qu'elle en a 16 dans le Cygne, et que ses deux branches s'étalent sur 
plus de 22 degrés entre Ophiuchus et Antinous. Plus loin, elle se di- 
late de nouveau et se termine en éventail à trois branches bien dis- 
tinctes. De là, par les constellations du Grand Chien, de la Licorne, 
du Taureau et des Gémeaux, elle arrive irrégulièrement au Cocher, et 
de nouveau elle se dilate dans Persée et Cassiopée pour revenir au 
Cygne. On se formera une idée exacte de cette circumnavigation cé- 
leste par l'examen de notre fîg. 127. 

La Voie lactée est donc une nébuleuse résoluble, un amas d'étoiles 
de forme irrégulière, non pas sphérique, mais au contraire aplati, ré- 
pandu à peu près dans un même plan, avec des traînées d'étoiles qui 
s'enfuient dans l'infini. Nous nous trouvons à peu près dans son plan 
moyen, pas tout à fait dans ce plan, car elle ne dessine pas rigoureu- 
sement un grand cercle, mais plutôt un petit cercle tracé à 5 degrés du 
grand cercle qui lui serait parallèle. Nous ne sommes pas non plus au 
centre de cet amas d'étoiles, car sa densité nous paraît deux fois plus 
grande du côté de la XVIIP heure d'ascension droite que du côté de 
la VP, et par conséquent nous sommes plus près des régions oîi trône 
Sirius que de celles où se dessine l'Ecu de Sobieski. Maintenant, quelle 
est la forme exacte de notre immense nébuleuse ? Si nous pouvions 
en sortir et l'examiner d'un peu loin, la solution du problème nous 
serait sans doute assez rapidement acquise ; mais, noyés comme nous 
le sommes dans cette armée d'étoiles, comment en découvrir l'arran- 
gement général et les limites extérieures? Malgré les beaux travaux et 
les ingénieuses recherches des deux Herschell, de William Struve, de 
Maedler, de Secchi, de Proctor, il serait prématuré de prétendre en 
faire le dessin, soit en forme d'île triangulaire, soit en forme d'anneau 
dédoublé, soit en forme de serpent. 

■ Il est certain que les étoiles qui constituent les agglomérations lu- 
mineuses de la Voie lactée ne sont pas toutes d'égale grosseur, — par 
exemple de la dimension de notre soleil ou plus volumineuses encore, 
— mais qu'un grand nombre sont des soleils plus petits que le nôtre, 
et distribués en groupes innombrables, où des centaines, peut-être des 
milliers de soleils, au lieu d'être écartés à des trillions de lieues, ne le 
sont qu'à des milliards, des centaines de millions, ou moins encore. 




ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT, 24 



186 LA VOIE LACTEE 



Toutes les étoiles visibles au ciel font-elles partie de notre nébu- 
leuse? Probablement, car le nombre des étoiles, leur densité, aug- 
mente dans le ciel entier à mesure qu'on s'approche de la Voie lactée. 
Ainsi les jauges d'Herschel et de Struve donnent la curieuse proportion 
que voici : 

DENSITÉ DES ÉTOILES PAR RAPPORT A LA VOIE LACTÉE 

Dans la Voie lactée 122 étoiles par champ de 15' 

à 15 degrés de part et d'autre 30 — — 

30 — — 18 — — 

45 — — 10 — — 

60 — — (i _ _ 

75 — — 4 — — 

On voit que les étoiles sont en moyenne trente fois plus nombreuses 
dans le plan de la Voie lactée que vers ses pôles, et que la densité va 
en croissant progressivement. D'un autre côté, les petites étoiles sont 
relativement plus nombreuses que les grandes dans et vers la Voie 
lactée qu'en s'en éloignant. 

Il n'y a rien d'impossible, toutefois, à ce qu'à travers des espaces 
pauvres ou vides de notre amas, nous percions dans l'infini et y décou- 
vrions des étoiles qui nous soient étrangères. Certains amas d'étoiles, 
comme celui de la Chevelure de Bérénice, paraissent être indépendants. 
Les nébuleuses surtout semblent former un système étranger à celui de 
la Voie lactée. Leur distribution sur la sphère céleste est précisément 
contraire à celle des étoiles : la plus grande densité se manifeste près 
des pôles de la Voie lactée. On aura une idée très exacte de la distri- 
bution des nébuleuses par notre fig . 1 28, reproduite d'après une commu- 
nication de mon laborieux collègue Proctor à la Société royale astro- 
nomique de Londres. Chacun des points de cette figure marque la 
place d'une nébuleuse irrésoluble ; il y en a 4053 : on voit qu'elles 
semblent fuir la Voie lactée et que leur plus grande agglomération 
s'établit justement à angle droit avec cette zone. C'est là un fait 
extrêmement remarquable. C'est comme si l'univers des nébuleuses 
était complémentaire de l'univers sidéral. Dans ce cas, les nébuleuses, 
considérées dans leur ensemble, ne seraient pas plus éloignées de nous 
que les étoiles. Cela ne les empêche pas de planer à des trillions de 
lieues de nous, et cela n'empêche pas non plus un certain nombre 
d'entre elles d'être sans doute au delà de notre propre univers. 

Pendant les belles nuits de juin et juillet, tournez-vous vers l'est 
et élevez vos regards vers la Voie lactée, déjà assez haute dans le ciel 
vers dix heures du soir, et vous ne tarderez pas à remarquer dans cette 



LA VOIE LACTEE 137 



zone laiteuse une grande croLx formée d'étoiles assez brillantes. Cette 
belle constellation passe le soir au zénith de Paris en août et septembre, 
et on peut encore l'admirer en octobre et novembre lorsqu'elle descend 
avec lenteur vers l'horizon occidental. La tête de cette grande croix 
est formée, à l'est, par une belle étoile de deuxième grandeur (presque 
de première), a. La croisée de la Croix est marquée par une étoile de 
deuxième ordre également, mais moins brillante, y; les deux côtés 
sont indiqués par ^ et e, de troisième grandeur, et le pied est marqué 
au loin, vers l'ouest, par p, charmante étoile, de troisième grandeur 
aussi, mais particulièrement belle dans une lunette, car c'est l'une des 




Fig. 128. — Distribution des nébuleuses 

étoiles doubles les plus ravissantes et les plus faciles à observer. En 
certaines heures calmes et profondes de la nuit, où la Voie lactée 
devient lumineuse comme une mer phosphorescente, cet arrangement 
peut rappeler vaguement l'aspect d'un cygne étendu, surtout à cause 
de la blancheur qui s'y manifeste, et l'on peut concevoir que l'idée en 
soit venue aux anciens contemplateurs de la voûte céleste, qui cher- 
chaient avec tant de persistance des emblèmes de la vie, des rapports 
et des aspects. 

Mais ce qui frappe au premier coup d'oeil jeté sur le ciel dans cette 
région, c'est la forme de cette vaste croix, manifeste et indépendante 
du ton lumineux ajouté par la Voie lactée. Aussi n'y a-t-il rien de 
surprenant à ce que le novateur Schiller, dans sa tentative de chris- 
tianiser le ciel mythologique, essayée en 1627, ait substitué à l'ancien 



188 



LA CONSTELLATION DU CYGNE 



astérisme des païens une croix portée par sainte Hélène, la mère de 
Constantin, à laquelle la tradition attribuait, comme on sait, la dé- 
couverte de la vraie croix sur laquelle Jésus avait rendu le dernier 
■soupir, et qui était égarée depuis trois cents ans. 

Les anciens avaient identifié le cygne céleste avec l'oiseau dont le 
perfide Jupiter avait emprunté la forme pour séduire l'innocente Léda. 




Fig. 129. — La Croix du Cygne dans la Voie lactée. 

Cependant ils ne sont pas tous d'accord sur ce point délicat. Hipparque 
et Ptolémée la nomment simplement Ornithos, l'oiseau. Manétlion 
l'appelait, plus vulgairement, la Poule. Eratosthènes lui maintient 
son titre de Cygne. Les Arabes du x' siècle en avaient fait un pigeon, 
et aussi une poule. Ce dernier nom lui est resté pendant tout le 
Moyen Age. Mais, à dater de la Renaissance, le Cygne a repris le dessus. 
« du Cygne porte aussi le nom de Deneb, abrégé de l'arabe dheneb- 
€d-dajkjeh (la queue de la poule), p se nomme aussi Albireo, mot 
qui n'a rien d'arabe, et doit être une dérivation de ab ireo, origi- 
naire d'une traduction latine de VAlmageste oîi l'on a écrit euris pour 



LA CONSTELLATION DU CYGNE 



\S'J 



omis, d'où le latin irio, puis ireo, ce qui n'a plus de sens du tout. 

On n'a pu découvrir aucune parallaxe ni aucun mouvement propre 
à Deneb, ce qui indique une distance inconcevable et un volume gigan- 
tesque. Les études spectroscopiques montrent qu'elle s'approche de nous 
de jour en jour. Mais il faudrait des millions d'années pour qu'oUe 
arrivât à nous éclairer comme un second soleil descendu des cieux. 

Le tableau de la page suivante et la figure qui l'accompagne ren- 




Fig. 130. — i^a Croix et Sainte Hélène, constellation chrétienne au xvii» siècie. 

ferment toutes les étoiles de cette belle constellation, qui sont visibles 
à l'œil nu pour une vue moyenne. On remarquera, par la comparaison 
des observations faites depuis deux mille ans, que plusieurs de ces 
lointains soleils ont certainement varié d'éclat. 

Et d'abord, il est manifeste que l'idée ne saurait venir à personne 
aujourd'hui de donner la seconde lettre à [3, dont l'éclat est inférieur 
à y, J et e. Cependant il est probable que ce n'est pas elle qui a varié, 
mais que les trois autres ont augmenté d'éclat. 

L'étoile n, qui était une brillante de la quatrième grandeur du 
temps d'Hipparque, a été notée de cinquième aux x° et xv' siècles, 



190 



LA CONSTELLATION DU CYGNE 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CYGNE 
DEUX MIL^E ANS D'OBSERVATION 



'0ILE9 


-127 


+ 960 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


I8G0 


1880 


o {Deneb.) 


2 


2 


2 


2 


2 


2 





1 


2.1 


2.1 


2,0 


p {Albireo.) 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 i 


3 


3 


3 


3,4 


r 


3 


3.2 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.2 


2.3 


2,5 


i 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


34 


3.4 


3 


3.2 


2,9 


I 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.2 


3.2 


2,7 


c 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,3 


1 


4.3 


5 


5 


4 


4 


4 


6 


6.7 


4.5 


4.5 


4,6 


e 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5.4 


5.4 


4,6 


1 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


6 


5 


4 


4.5 


4,0 


X 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,1 


1 


4.3 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5.4 


5.4 


5,3 


lt 











3 


4 


3 


5 


5 


4.5 


4.5 


4,6 


V 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,2 


E 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,1 


o' 


4.3 


4.3 


4 


4 


4 


4 


41 


4.5 


4 


4.5 


4,1 


0» 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4.5 


5.4 


4,3 


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5 


4 


4.5 


5.4 


5.4 


4,8 


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4 


5 


5 


4 


5 


4.5 


4,5 


p 














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5 


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5 


4.5 


4 


4,2 


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4 


4 


4 


4 


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4 


4.5 


4.5 


4.5 


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4 


4 


4 


4 


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4 


4 


4,0 


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5.4 








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4 


5 


4.5 


4.5 


4.5 


4,6 


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5 


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6 


5 


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5 


5 


4 


5 


5 


5,0 


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5 


5 


5 


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5.6 


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5 


5 


6.7 


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var. 


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5.6 


5 


5.6 


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5 


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6 


5 


5 


5 


5 


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5 


5 


5.6 


5 


5.6 


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4 

















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6 


6 


5 


5 


5,0 


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6 


6 


6 


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5.4 


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5.6 


5.6 


5.6 


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6 


6.5 


6.5 


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28 6' 

















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5 


5 


5 


5.6 


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6 


5 


6 


5.6 


5 


5 


5,6 


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5 


4.5 


4.5 


4.5 


4,4 


34 P 








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6 


5.6 


5 


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5,5 


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5 


5 


5 


5,0 


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4 


4 


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4,8 


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*/ 


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6 


5.6 


5.6 


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48 




















6 


6.7 


6 


5.6 


5,5 


52 














4 


4 


6 


5.6 


4.5 


4.5 


4,6 


T 





























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6,0 


61 

















5 


6 


5.6 


5.6 


5 


5,4 


68 À 














6 


6 


6 





5 


5 


5,0 


70 




















6 


6 


6.5 


5 


5,5 


71 S 














6 





6 


5 


5 


5 


5,4 


72 




















6 


5.6 


5 


5.6 


5,5 


74 




















G 


6 


5 


5 


5,5 



est remontée à la quatrième aux xvi° et xvii% puis est tombée 
au-dessous de la sixième au xviu° siècle, pour revenir à la quatrième 
et demie, son état actuel. 



LA CONSTELLATION DU CYGNE 



191 



L'étoile «, de quatrième grandeur, a été vue de sixième par Flam- 
steed et de cinquième par Piazzi. 

L'étoile 1, autrefois une brillante de la quatrième, est aujourd'hui 
une faible de la cinquième. 




Fig. 131. — Étoiles du Cygne et du Petit Renard. 

L'étoile fi, invisible ou peu brillante pendant l'antiquité et le 
moyen âge, a brillé de l'éclat de la troisième grandeur au temps de 
Tyclio-Brahé et d'Hévélius, pour retomber à la cinquième grandeur 
et se relever légèrement pendant notre siècle. 

L'étoile y, notée de sixième grandeur par Sûfî et par Ulugb-Beigh, 
a été vue de quatrième par Piazzi. 

L'étoile 39 a été observée de quatrième grandeur par Hévélius et 



192 ETOILES VARIABLES DANS LE CYGNE 

de sixième par Flamsteed. Il en est de môme de l'étoile 47 et de 
l'étoile 52. 

Ce sont là autant de témoignages des variations séculaires qui 
s'accomplissent dans la constitution physique et chimique des soleils 
allumés au sein de l'immensité. Cette constellation est, du reste, l'une 
des plus remarquables du ciel par ses étoiles variables. 

Et d'abord, la fameuse étoile x, située dans le col, entre p et y, à 
peu près au tiers de la distance à partir de |3, qui varie de la quatrièvie 
grandeur et demie à la treizième dans la période de 406 jours environ, 
mais avec certaines irrégularités. Cette étonnante variabilité a été 
remarquée dès l'an 1687 par G. Kirch, et la période a été déterminée 
par Maraldi. Quelle transformation extraordinaire ! C'est, à coup sûr. 




Fig. 132. — Variation périodique d'éclat de l'étoile x du Cygne. 

l'une des variables qui manifeste le plus grand contraste entre son 
maximum et son minimum. Voilà un soleil qui envoie 4600 fois plus 
de lumière et de chaleur à la première époque qu'à la seconde! Que 
deviendrions-nous si notre soleil subissait de pareilles métamorphoses 
tous les treize mois environ? Quel été et quel hiver d'un nouveau genre ! 

Le dernier maximum est arrivé le 10 juin 1880. 

Non loin de là se trouve une autre étoile non moins curieuse. C'est 
34 P, visible un peu plus loin, à la naissance du cou du Cygne, au sud 
de y. Elle a été vue pour la première fois le 18 août de l'an 1600 par 
un constructeur de globes célestes, Blaeu, élève de Tycho-Brahé, et 
notée de troisième grandeur, à son grand étonnement, puisque les 
astronomes n'avaient jamais remarqué là aucune étoile. Il a lui-même 
inscrit sa découverte sur son globe, construit en 1622 (dont on peut 
voir un exemplaire au Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris). 
Dès cette époque, elle était déjà tombée à la cinquième grandeur 




Fig. 133. - Le Cygne. - La Vole lactée. - Le Petit Renard. - La Lyre. - Hercule. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 25 



194 ETOILES VARIABLES DANS LE CYGNE 



comme il le dit lui-même dans sa petite notice latine. Mais, dans l'Atlas 
de Bayer (1603), elle est marquée de troisième et désignée sous la 
lettre P. Kepler l'observa pendant dix-neuf ans, de 1600 à 1618, et 
constata qu'elle conservait la même grandeur, « un peu moins bril- 
lante que celle de la poitrine (y) et un peu plus que celle du bec (p) » . 
En 1621, Liceti l'observa encore. En 1622, comme nous venons de le 
voir, Blaeu la nota de cinquième grandeur. De 1655 à 1660, elle 
ressuscita sous les yeux de Cassini et se ranima jusqu'à la troisième 
grandeur; puis elle s'affaiblit de nouveau, et, le 31 octobre 1660, elle 
était retombée à la cinquième et demie. De 1662 à 1666, elle demeura 
invisible à l'oeil nu. En 1677 et 1682, elle était de sixième grandeur, 
et une observation de 1715 indique le même éclat. En 1793 et en 1807, 
Piazzi la vit de cinquième et demie. Pigott lui attribuait une période 
de dix-huit ans; mais il est certain maintenant qu'il n'y a là aucune 
période de ce genre. Je l'ai souvent observée, notamment en août 
1872, septembre 1875, août 1878, et tout récemment encore, en juillet 
1880, et l'ai toujours trouvée égale aux deux étoiles qui sont au-dessous 
d'elle au sud-ouest (5* et b') et un peu plus brillante que les deux du 
sud, ce qui établit sa grandeur constante actuelle à 5,5. 

Ainsi, voilà un soleil qui a augmenté d'éclat, a lancé tout autour de 
lui, pendant vingt ans, ses ardeurs lumineuses et calorifiques, puis 
s'est apaisé, a repris ses feux dix-huit ans plus tard, pour ne les garder 
qu'un an ou deux, a disparu ensuite à l'œil nu, et, depuis plus d'un 
siècle, paraît être resté dans une période de calme, à l'état constant 
d'une étoile de cinquième grandeur et demie. 

Dans cette môme région du ciel, sous la tête du Cygne, à l'ouest 
d'Albireo, une autre apparition de même nature vint, en 1670, [frapper 
l'attention des astronomes. C'est le P. Anthelme, chartreux à Dijon, 
qui l'aperçut le premier, le 20 juin de cette année-là. Elle brillait 
aussi de l'éclat des étoiles de troisième grandeur. Dès le mois de 
juillet, elle commença à diminuer : le 11, elle n'était plus que de 
quatrième grandeur, et, le 10 août, de cinquième; puis elle diminua 
encore. On cessa d'observer cette constellation, et, lorsqu'elle revint 
sur l'horizon, le 17 mars 1671, on trouva que l'étoile était de qua- 
trième grandeur. En avril et mai, Cassini la trouva plus brillante 
que p du Cygne, c'est-à-dire de troisième grandeur, puis elle diminua 
si vite, qu'à la fin du mois d'août, elle n'était presque plus visible à 
l'œil nu. De nouveau, elle se ranima en mars 1672, reparut encore de 
troisième sous les yeux d'Hévélius; mais elle s'évanouit entièrement 
en septembre, et personne ne Va jamais revue depuis. Du moins, 



ÉTOILES VARIABLES DANS LE CYGNE 



195 



c'est ce que l'on croit. Mais, en cherchant bien, il me semble qu'on 
la voit toujours au télescope. En effet, sa position n'a pas été déter- 
minée avec une grande précision , car les chiffres donnés par An- 
thelme, Picard, Hévélius, Flamsteed et Cassini, ne concordent 
pas exactement. Or, il y a là, à moins d'une minute de distance 
de la position généralement acceptée, une étoile variable, S du Petit 
Renard, qui oscille actuellement en 68 jours de la huitième et demie 
à la neuvième grandeur (8,6 à 9,3). Ne serait-ce pas là l'étoile tempo- 
raire de 1670? Sa position pour 1880 est : 

Ascension droite = 19'>'i3'n28s Déclinaison +26''59',3. 

Il serait bon de diriger de temps en temps une lunette vers ce point 
du ciel {voy. notre fig. 131) et de comparer l'éclat des petites étoiles 
que l'on y rencontre. 

La constellation du Cygne est particulièrement remarquable pour 
ces variations. Une autre étoile temporaire est apparue tout récem- 
ment, le 24 novembre 1876, non loin de l'étoile p, à peu près sur le 
prolongement d'une ligne menée par « et $, comme on peut le voir par 
la position indiquée sur notre fig. 131. C'est M. Schmidt, d'Athènes, 
qui l'a aperçue le premier : elle brillait comme une étoile de troisième 
grandeur, plus intense que « Pégase et très jaune. Quatre jours aupa- 
ravant, il avait observé cette même région du ciel : elle n'y était pas. 
Encore un nouveau visiteur, dont la gloire ne fut pas de longue durée. 
Quelques jours après, en effet, l'étoile commença à décroître, et le 
5 décembre, elle était déjà de cinquième grandeur. Le 11, elle était de 
sixième. Puis, elle disparut à l'œil nu. Le 5 janvier 1877, le P. Secchi, 
à Rome, la trouva de septième grandeur; l'examen spectroscopique 
donna le spectre représenté ci-dessous, où l'on voit les raies C et F do 




Fig. 134. — Spectre de l'étoile révivifiée dans le Cygne en 1S76. 

l'hydrogène, la raie b du magnésium, une ligne vive dans le jaune, D, 
qui peut être le sodium ou la substance principale de la chromosphère 
solaire (hélium), et d'autres lignes brillantes qui rappellent le spectre 
de l'étoile de 1866 dans la Couronne boréale, et, ajoute l'astronome 
romain, « confirment l'idée de violents incendies ». 



196 UN INCENDIE DANS LA CONSTELLATION DU CYGNE 

A Paris, M. Cornu a reconnu, de plus, dans ce spectre, la coïnci- 
dence probable de la raie 1474 de l'échelle de Kirchhoff, qui est une des 
lignes les plus caractéristiques de la chromosphère et de l'atmosphère 
du Soleil, ce qui montrerait que ce lointain soleil est de même consti- 
tution chimique que celui qui nous éclaire, et ce qui confirmerait 
sous un aspect nouveau la généralisation faite depuis longtemps entre 
le Soleil et les étoiles. 

En Angleterre, lord Lindsay a trouvé en septembre 1877 qu'elle 
ressemblait à une nébuleuse, tant par son aspect que par son spectre. 
La transformation d'une étoile en une nébuleuse serait une observation 
de la plus haute importance. 

La position exacte de cette étoile est, pour 1880 : 

Ascension droite = 2i''36'°59'; Déclinaison -1-42° 17', 6. 

Elle est tombée à la douzième grandeur ! Il est probable que ce n'est 
pas là non plus une création nouvelle, et qu'elle existait auparavant 
avec ce faible éclat. Mais quelle formidable révolution un soleil ne 
doit-il pas éprouver pour s'élever soudain de la douzième à la troi- 
sième grandeur! La rencontre d'un autre corps céleste pourrait 




Fig. 135. — Variation d'éclat de l'étoile du Cygne en 1876. 

certainement amener un pareil résultat, par la transformation du 
mouvement en chaleur; mais, dans ce cas, la résurrection serait plus 
longue et l'astre ne retomberait pas en quelques mois dans son pre- 
mier état. Il y a eu sans doute ici une simple conflagration chimique, 
an simple incendie extérieur. Mais quel incendie! Visible, analysable, 
à des milliers de milliards de lieues ! 

Ce n'est pas tout encore pour les étoiles variables de cette constel- 
lation : on en rencontre pour ainsi dire à chaque pas. Signalons : 



LE MOUVEMENT DE LA VIE DANS LE CIEL 197 



R qui varie de 7 à 14 en 405 jours, 
S qui varie de 9 à 13 en 322 jours, 
T qui varie de 5 à 6 irrégulièrement, 
U qui varie de 7,0 à 10,5 en 465 jours, 

Il n'est pas douteux, d'après tout ce qui précède, que certains types 
de créations dominent en certaines régions du ciel. Il est curieux 
également, comme on; l'a déjà remarqué, que la plupart des étoiles 
temporaires se soient allumées dans la zone de la Voie lactée. Ceux 
d'entre nos lecteurs qui voudraient suivre ces étoiles variables trouve- 
ront la première dans le même champ que 9 du Cj'^gne : son dernier 
maximum est arrivé le 5 juin 1880; l'étoile est alors rouge comme 
un feu; elle emploie 200 jours à tomber à la treizième grandeur et 
100 jours à remonter de la treizième à la septième; quelquefois, elle 
n'arrive qu'à la huitième. La deuxième et la quatrième sont difficiles à 
saisir. La troisième est marquée sur notre carte {fig. 131) et peut 
s'observer à l'aide d'une simple jumelle de théâtre. 

Voilà les plages célestes que l'on croyait, naguère encore, être le 
séjour de l'immobilité, de l'inertie et de la mort ! Et c'est un éphé- 
mère qui découvre ces métamorphoses, en des astres dont la vie est si 
longue qu'elle nous paraît éternelle! Que serait-ce si, au lieu des 
générations humaines, si rapides, nous pouvions connaître l'histoire 
du ciel pendant une période de temps en harmonie avec ces grandeurs, 
pendant cent mille ans par exemple? Il ne subsisterait rien de cette 
fixité apparente : nous verrions les soleils palpiter, grandir, jeter des 
flammes ou s'éteindre; nous verrions les systèmes d'étoiles doubles 
accomplir des centaines de révolutions ; nous verrions les nébuleuses 
se condenser ou se dissoudre; nous verrions tous les astres qui peu- 
plent l'immensité se précipiter dans toutes les directions, disloquer 
les constellations et renouveler la face de l'univers ! 

La région du ciel que nous étudions n'est pas moins riche en étoiles 
doubles et multiples qu'en étoiles variables. 

Et d'abord, l'étoile (3, Albireo, l'une des plus belles étoiles doubles 
du ciel et l'une des plus faciles à observer. Grandeurs des composantes, 
3* et 6'; écartement= 34". Fixes, depuis la première mesure qui en a 
été faite par Bradley en 1755. Ces deux lointains soleils brillent d'une 
coloration vraiment ravissante : jaune d'or et saphir, et il est difficile 
de les contempler sans admiration. — Ce couple est l'un des six que 
nous avons choisis pour composer notre planche d'étoiles doubles 
colorées, et là on peut juger, non de son éclat assurément, mais de 
sa belle coloration. — Analysée au spectroscope, chacune de ces deux 



198 



ETOILE DOUBLE p DU CYGNE 



étoiles a montré que sa couleur lui appartient en propre; que la petite 
étoile bleue, par exemple, n'est pas due à un effet de contraste causé 
par la coloration ardente de la plus brillante, ce qui arrive dans cer- 
tains couples d'étoiles très rapprochées. On sait, en effet, que les 
diverses couleurs placées les unes à côté des autres se modifient 
mutuellement par un effet de contraste, et que le blanc lui-même 
paraît plus ou moins coloré s'il se trouve dominé par une couleur 
éclatante. Une petite étoile blanche située à côté d'une grande étoile 
rouge paraîtra verte. C'est le phénomène optique bien connu sous le 
nom des couleurs complémentaires, qui, réunies, forment le blanc : 

Le rouge produit le vert. 
L'orange — le bleu. 
Le jaune — le violet. 

Pour savoir si la couleur d'une petite étoile ainsi influencée est 
réelle, il faut, dans le champ de la lunette, masquer la grande par un 
tîl tendu dans ce champ : lorsque l'œil ne voit plus la grande, le con- 
traste cesse d'exercer son influence. Cette expérience a montré que 
plusieurs étoiles ne paraissent colorées de la couleur complémentaire 
que par Feftet de contraste dont nous parlons ; mais qu'un grand 
nombre sont réellement colorées des belles nuances que l'on observe. 
Telle est la splendide étoile double dont nous nous occupons en ce 
moment. Le spectroscope, dirigé par M. Huggins vers chacune de 
ses composantes, a révélé deux types bien différents. Le spectre de 
l'étoile principale, colorée d'une belle nuance jaune d'or, montre des 
lignes peu serrées, dont le plus grand nombre, toutefois, occupent la 
Dartie droite ou bleue du spectre, et laissent le jaune dominer sans 







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Fig. 13G. — Spectre des deux composantes de l'étoile double p du Cygne. 

obstacles [fig. 136, premier spectre) ; celui de la seconde étoile, au con- 
traire, présente un grand nombre de raies fines multipliées, surtout 
dans la région gauche, rouge et jaune, ce qui laisse prédominer la 
région bleue. Cette analyse prouve que ces deux soleils diffèrent 
réellement de constitution : leurs couleurs sont produites par les 



ÉTOILES DOUBLES DANS LE CYGNE 199 



vapeurs suspendues dans leurs atmosphères. La constitution chi- 
mique de l'atmosphère d'une étoile dépend à son tour des éléments 
qui constituent Tétoile et de sa température. 

Il est probable que, dans les couples d'étoiles doubles, la petite 
étoile s'est refroidie plus vite que la grande, est plus avancée, pré- 
pare un état planétaire. Ainsi, à l'époque où, dans notre propre sys- 
tème, Jupiter (qui paraît encore chaud actuellement) était encore 
lumineux , les habitants des systèmes solaires les moins éloignés du 
nôtre pouvaient voir graviter autour de notre soleil un petit astre 
bleuâtre, dont la lumière a diminué de siècle en siècle, et qui a fini par 
s'éteindre tout à fait. 

Dans la même constellation du Cygne, observez l'étoile o^ (entre a 
et^,un peu au nord : voy. \afig. 131), de quatrième grandeur et demie : 
elle est triple, et ses deux com- 
pagnons sont respectivement de 
septième grandeur et demie et 
de cinquième et demie; le pre- 
mier à 107", le second à 338". 
L'étoile principale est jaune, et 
les deux autres sont bleues, 
quoique très écartées, comme on 
le voit, et faciles à reconnaître 
dans les plus petites lunettes. 
Les deux petites étoiles restent 
bleues lorsqu'on cache la grande. 
Très beau champ d'étoiles. 

L'étoile {x est aussi une étoile ^ 

, . , T I j • • 1 T Fig. 137. — L'étoile triple 0* du Cygne (éch. : l--^ 10'). 

triple. L astre prmcipal, de qua- 
trième grandeur et demie, est accompagné d'un astre secondaire, de 
sixième grandeur, quilui est presque contigu,à 3"7 : c'est un système 
orbital très incliné sur notre rayon visuel ; mais il n'a encore décrit que 
8 degrés depuis un siècle ; la distance a diminué de 6" 8 à 3" 7. Non loin 
de là, brille une troisième étoile, de septième grandeur et demie, à 210", 
qui, d'après les mesures que j'en ai prises, n'est pas attachée au précé- 
dent système, et forme simplement avec lui un groupe de perspective. 
— On voit d'autres étoiles plus rapprochées, mais très petites. 

Près de l'étoile variable x, à 4' de temps à l'ouest et à 50' au nord, 
on voit une étoile double particuhèrement intéressante, désignée 
aussi par la même lettre. (Pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, on l'ap- 
pelle désormais x', la variable étant x^) C'est le n" 17 de Flamsteed, et 




800 CURIEUSES ETOILES DANS LE CYGNE 

c'est probablement même celle-là que Bayer a nommée X : les indica- 
lions de grandeur que j'ai reproduites au tableau précédent se rap- 
portent à une seule étoile de 1603 à 1700, car c'est seulement depuis 
1800 que ces deux étoiles sont nettement distinguées l'une de l'autre 
par les astronomes. La double se compose d'un astre de cinquième 
grandeur (5,3) et d'un de buitième, écartés à 26" l'un de l'autre, et 

fixes depuis cent ans que nous 
avons les yeux attachés sur ce 
^ i couple. C'est un système phy- 

s I sique, animé d'un mouvement 

^N^ j propre assez fort vers le sud. 

On peut distinguer, tout près, 
à 1 5' au sud-sud-ouest, un char- 
mant petit couple, formé de 



T 



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\ 



E _.N|.. ^v 



\ deux étoiles de huitième srran 



\ 






I 



S 



i(>as7s 



deur, écartées à 3", qui tour- 
nent lentement l'une autour de 
l'autre, et qui sont emportées 
aussi par un même déplace- 
ment vers l'ouest, de sorte 

Mouvement de deux couples d'étoiles dans le cygne. ^^g^ SelOU tOutc probabilité, 

ces deux systèmes sont associés dans leur destinée et voguent de 
concert dans les champs du ciel. 

Mais, de toutes les étoiles de cette riche constellation, la plus inté- 
ressante pour nous est sans contredit la célèbre 61° du Cygne : c'est 
la première étoile dont la distance ait pu être calculée; c'est une étoile 
double particulièrement remarquable, et c'est en même temps l'une 
des plus rapides par le mouvement propre qui l'emporte à travers 
l'immensité. De plus, on peut l'apercevoir à l'œil nu et diriger sur 
elle une petite lunette qui la dédouble. A l'aide de notre fig. 131, vous 
pourrez remarquer qu'elle forme un quadrilatère avec «, y et e, et 
que, étoile de cinquième grandeur, elle se trouve entre t et v, de 
quatrième. Il est difficile de la regarder, même à l'œil nu, sans 
émotion, lorsqu'on connaît son histoire. 

Le premier astronome qui ait appelé l'attention sur cette étoile est 
Piazzi, qui, en 1804, reconnut la grandeur du mouvement propre 
dont elle est animée. Cependant, en 1812, on lisait dans un article du 
Moniteur universel : « M. Bessel vient de reconnaître les mouvements 
respectifs de la 61° du Cygne et de sa suivante. » Piazzi publia une 
petite note dans son catalogue de 1814 (p. 153) pour constater la 



HISTOIRE DE LA 61" DU CYGNF 201 



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priorité de son travail, et Bessel fut le premier à lui rendre justice ('). 
Le mouvement constaté était considérable et tout nouveau, car 
presque toutes les étoiles du ciel étaient encore considérées comme 
fixes. Voici ce mouvement, qui n'est encore dépassé jusqu'à présent 
que par une seule étoile connue (1830, Groomljridge) : 

MOUVEMENT ANNUEL DE LA 61"= DU CYGNE. 

Ascension droite + 0% 34 1 . Déclinaison + 3", 11. Total=5",08. 

Ainsi, cette étoile double se déplace dans le ciel de 508" ou 8' 28" en 
cent ans, — le quart du 
diamètre apparent de la 
pleine lune, — et depuis 
mille ans seulement elle 
a déjà parcouru 84' eu 
1 degré 24 minutes. Le 
tableau précédent montre 
que les anciens n'avaient 
pas remarqué cette étoile, 
et que la première obser- 
vation ne date que d'Hé- 

VéliuS (1 660) . C'est par la pig. 139. - Mouvement rapitle de la 01« .ai Cjgnj. 

comparaison des observa- ^=^p^='= p"'''°"''." ^° "'^ '"'"^ ^"^• 

tions deFlamsteed (1700) 

et de Bradley (1755) avec les siennes (1800) que Piazzi reconnut le 
déplacement, lequel, vérifié plus tard avec une précision plus minu- 
tieuse encore, s'est déclaré être celui que nous venons d'inscrire. 

Le mouvement est dirigé à 'peu près vers l'étoile o-, au nord de 
laquelle le couple de la 61' passera dans quinze cents ans. Il y a 
quatre mille ans, il est passé au nord de la belle étoile £. On se for- 
mera une idée exacte de ce mouvement si rapide, — le plus rapide que 

(') Les questions de priorité sont trop personnelles pour être intéressantes. Je re- 
marquerai, toutefois, que la même confusion vient d'arriver à mon égard et pour la 
même étoile. Aussi, par la comparaison de 122 années d'observations, j'ai trouvé en 
1874, et présenté à l'Académie des Sciences, dans la séance du 18 janvier 1875, la con- 
firmation de l'hypothèse émise mais non acceptée par W. Struve dès 1851, que les 
deux composantes de la 61» du Cygne ne présentent aucun indice de mouvement de 
révolution l'une autour de l'autre, mais se meuvent décidément en ligne droite. Un 
astronome anglais, mon ami M. Wilson, a présenté au mois d'avril, trois mois plus 
tard, la même conclusion à la Société astronomique de Londres. Or, M. Guillemin 
{leCiel, p. 744), ayant à parler de cette conclusion, l'attribue non pas à mes recherches, 
mais à celles de M. Wilson — et aussi à celles de M. Otto Struve, qui dit absolument 
le contraire, car il conclut que le mouvement va en se ralentissant et pourrait bien 
être orbital. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 26 



202 HISTOIRE DE LA 61« DU CYGNE 



nous connaissions pour une étoile visible à l'œil nu, — par l'examen de 
notre /îg. 139, surlaquellejel'aitracé pour dix mille ans : cinqmilleans 
avant notre époque et cinq mille ans après nous. La grandeur appa- 
rente de la pleine lune, dessinée à la même échelle , fait mieux 
apprécier la vitesse de ce mouvement. — Si toutes les étoiles cou- 
raient ainsi, l'aspect des constellations changerait en moins de 
mille ans. 

Si l'on adopte pour la parallaxe de cette étoile la détermination 
qui paraît la plus sûre (0",511), on trouve que, ce chiffre représentant 
37 millions de lieues, le mouvement annuel, de 5", 08, équivaut à peu 
près à dix fois cette valeur, soit à 370 millions de lieues environ, ce 
qui donne au minimum un million de lieues par jour pour ce mouve- 
ment. Comme nous ne la voyons pas de face, mais sous une obliquité 
plus ou moins grande, il est certain que cette curieuse étoile est lan'îée 
dans l'immensité avec une vitesse beaucoup plus rapide encore! 

C'est précisément la rapidité de ce mouvement propre qui a donné 
aux astronomes l'idée de chercher la distance de ce lointain soleil. 
Depuis longtemps on pensait que les étoiles les plus brillantes devaient 
être les plus proches; mais les recherches faites sur elles, notamment 
sur les plus éclatantes, Sirius, Véga, Arcturus, Altaïr, Rigel, n'ayant 
conduit qu'à des résultats négatifs, on eut l'idée d'essayer sur des 
étoiles qui se distinguaient par d'autres caractères, tels que la rapidité 
de leur mouvement. Il n'est pas douteux, en effet, que, sur dix étoiles 
dont le mouvement réel sera le même, la plus proche de nous paraîtra 
marcher le plus vite, tandis que la plus éloignée paraîtra marcher le 
plus lentement. C'est comme un train de chemin de fer, suivant que 
nous le voyons de près ou de loin. La 61' du Cygne se signalait 
donc par elle-même à cet égard, et, dès 1812, à l'Observatoire de 
Paris, Arago et un jeune savant, qui devait plus tard devenir son 
beau-frère, M. Mathieu (mort seulement il y a quelques années, à l'âge 
de quatre-vingt-douze ans), s'ingénièrent à déterminer la parallaxe de 
cette étoile, et trouvèrent un chiffre quelconque; mais l'opération, 
telle qu'ils l'avaient conduite avec un instrument insuffisant, aurait du 
leur donner zéro, et le chiffre qu'ils avaient trouvé venait d'une... 
erreur. Vingt-sLx ans plus tard, Bessel reprit le même travail à l'aide 
d'un instrument plus parfait, et trouva un premier chiffre approché de 
cette parallaxe tant désirée. Il recommença le même travail en 1840. 
C'était la première fois que l'homuncule terrestre mesurait vraiment 
les cieux, et cette découverte produisit une impression bien légitime 
sur les esprits qui sont aptes à concevoir le sublime. 



HISTOIRE DE LA 61" DU CYGNE 203 



Les hommes supérieurs, philosophes, savants ou poètes, s'enthou- 
siasmèrent de ce progrès scientifique bien autrement que d'une révo- 
lution politique quelconque. On se souvient de la conversation de 
Gœthe avec Eckermann, quelques jours après la révolution de 1830. 
Toute la ville de Weimar était en mouvement. L'ami du vieux philo- 
sophe arrivait chez lui le 2 août, dans l'après-midi. « Eh bien, lui cria 
Gœthe en le voyant, que pensez-vous de ce grand événement? Le 
volcan a fait explosion : tout est en flammes ; ce n'est plus un débat à 
huis clos! — C'est une terrible aventure, répondit Eckermann; mais 
dans des circonstances pareilles, avec un tel ministère, pouvait-on 
attendre une autre fin que le renvoi de la famille royale ? — Eh ! qui 
vous parle de cela? répliqua le grand philosophe. Il s'agit d'un débat 
bien autrement grave et d'une conquête bien autrement importante 
que les querelles de partis : il s'agit du débat entre Cuvier et Geoffroy 
Saint-Hilaire. Je me réjouis d'avoir assez vécu pour voir le triomphe 
général d'une théorie à laquelle j'ai consacré ma vie. Et maintenant, 
je puis mourir ! » 

C'est qu'en effet la révolution scientifique opérée par Geoffroy 
Saint-Hilaire ruinait pour toujours les théories classiques officielles 
dont Cuvier s'était fait le défenseur ; la nature allait être désornaais 
étudiée librement et sans parti pris ; la doctrine profonde et féconde 
du transformisme préparait les victoires auxquelles nous assistons 
aujourd'hui, et une conception saine des lois générales de l'univers et 
du développement de la création apparaissait pour la première fois 
dans l'esprit humain. Que sont les émeutes politiques devant les as- 
censions delà pensée? Qui se souvient des révolutions les plus san- 
glantes des Egyptiens, des Mèdes, des Perses, des Grecs ou des 
Romains? Les étapes de la science, au contraire, s'élèvent de siècle 
en siècle et éclairent progressivement notre esprit dans la connais- 
sance de la Vérité. 

La parallaxe de la 61^ du Cygne indique que la distance de cette 
étoile est de 404000 fois le rayon de l'orbite terrestre, c'est-à-dire 
de 15 trillions de lieues. C'est Vétoile la. plus proche de tout notre 
hémisphère boréal et, de toutes celles que nous puissions obser- 
ver de la France, la seule qui soit plus rapprochée, « du Centaure 
appartenant à l'hémisphère austral et ne se levant jamais au-dessus 
de notre horizon. — La lumière emploie six années pour venir de là, 

Mais ce n'est pas seulement par -son mouvement et par sa distance 
que cette étoile se recommande si particulièrement à notre attention, 
c'est encore par sa nature stellaire et par son caractère. Pointez une 



^04 



HISTOIRE DE LA 61« DU CYGNE 




Fig. 140. — La 61" du Cygne. 



lunette sur elle, et vous la dédoublerez très facilement. Ses deux 
composantes sonf de ciaquième et demie et de sixième grandeur, et 

leur écartement actuel est de 
20". On les croyait en mouve- 
ment orbital rapide. Dès l'an- 
née 1812, Bessel avait annoncé 
qu'elles devaient tourner en 400 
ans l'une autour de l'autre; 
puis on a allongé la période à 
450, 520 et 600 ans. Mais les 
mesures prises d'année en année 
ont successivement montré l'in- 
vraisemblance de toutes les 
orbites calculées. En fait, si l'on 
place sur un même diagramme 
toutes les positions observées 
depuis la plus ancienne mesure 
(celle de Bradley, en 1753), on trouve qu'elles s'alignent parfaitement 
en ligne droite. C'est ce que j'ai fait {fig. 141). Voici, du reste, le résumé 
des positions observées : 

Bessel. 

Mayer et J. Herschel. 

Piazzi. 

W. Struve. 

"W. Struve et W. Herschel. 

W. Struve, Dawes, Smyth, Kaiser. 

O. Struve, Jacob, Fletclier. 

O. Struve, Dembowski. 

Dembowski, Dùner. 

Flammarion, Gledhill, Wilson. 

Il n'y a, jusqu'à présent, aucune déviation de la ligne droite, de sorte 
que l'on ne peut vraiment encore rien deviner de l'orbite, ni même 
assurer qu'il y ait jamais une orbite quelconque de parcourue par ces 
deux soleils autour de leur centre commun de gravité. Considérez, en 
effet , le diagramme tracé , et voyez jusqu'où il faudrait que la 
seconde étoile s'éloignât pour arriver à décrire une ellipse allongée 
et revenir un jour par la gauche, en redescendant à l'ouest de l'étoile 
principale! C'est si immense, qu'on n'ose le croire. 

Nous avons ici un cas particulier et très intéressant parmi les pro- 
blèmes de l'astronomie stellaire, et d'autant plus curieux que c'est 
précisément sur les mouvements de cette étoile double et sur son 
orbite supposée qu'on avait basé les premiers raisonnements relatifs à 



1753 


35° 


19" 


1780 


53 


16 


1800 


72 


18 


1820 


83 


15 


1830 


90 


15,6 


1840 


97,2 


16,4 


1850 


102,8 


17,2 


ISGO 


108,6 


18,1 


1870 


113,7 


19,1 


1880 


117,5 


20,2 



re/o 



iBià 



HISTOIRE DE LA 61« DU CYGNE 205 

l'universalité de la gravitation, tandis qu'au contraire ce couple se 
trouve être celui qui plaide le moins éloquemment en faveur de cette 
universalité. Assurément, ce fait ne peut pas nous empêcher d'ad- 
mettre une vérité si bien démontrée d'ailleurs, et il faut, au contraire, 
que nous cherchions à le mettre d'accord avec elle. On peut faire 
là-dessus plusieurs suppositions- Ou bien l'orbite est si vaste, si 
longue et si fortement inclinée 
sur notre rayon visuel, que l'arc 
parcouru depuis 127 ans peut 
se confondre avec une ligne 
droite (la position de 1753, du ^o-- 

reste, n'est pas d'une précision \ 

absolue, et il pourrait se faire \ _^5^ 

que l'étoile fût plus rapprochée ^^-6"'''' 

et que l'arc fût déjà indiqué); -ji^"'"^ -y 
c'est là l'hypothèse la plus sim- \ 

pie et la plus conforme aux lois \: 

de la gravitation. Mais, dans 
ce cas, l'étendue de l'orbite 
surpasserait considérablement 
celle de toutes les orbites d'é- 
toiles doubles calculées jus- '^■^ 

'■ ■ Cï Wa-, il ir Q Ttna Ir-r,! Fig. 141. — Jlouvcment do la seconde étoile de la 61» 
qU ICI. UU Uien Uya une tlOl- du Cygne, relativement à rétolle principale. 

sième étoile, obscure, fixe par 

rapport à l'étoile n° 1, et autour de laquelle l'étoile n° 2 tourne dans le 
plan de notre rayon visuel : un jour, elle s'arrêtera sur sa ligne droite 
et rebroussera chemin; mais on ne conçoit pas pourquoi un astre 
lumineux tournerait autour d'un astre obscur, car dans un système 
multiple, ce sont les astres les plus petits qui doivent s'obscurcir le 
plus vite. Ou bien encore ces deux étoiles du Cygne sont lancées dans 
l'espace et gravitent ensemble autour d'un centre d'attraction qui les 
domine toutes deux, comme deux petites planètes qui graviteraient 
autour du Soleil sans tourner pour cela l'une autour de l'autre; en tenant 
compte de leur déplacement relatif, on trouve que 61' va un peu plus 
vite et un peu plus au nord que 61*. Toutes ces hypothèses sont admis- 
sibles; mais on ne peut rien conclure en ce moment. Il nous faut at- 
tendre... plusieurs siècles peut-être. Ce couple, du reste, n'est pas le 
seul. dans ce cas. J'en ai trouvé plus d'une vingtaine chez lesquels îc 
mouvement relatif s'opère également en ligne droite, et il y en a des 
centaines où il n'y a pas de mouvement du tout, quoiqu'ils forment des 



206 LES CURIOSITÉS DE LA CONSTELLATION DU CYGNE 

systèmes physiques lancés avec une grande vitesse à travers l'im- 
mensité. 

En voilà beaucoup sur une seule étoile! Mais, comme on vient de 
le voir, elle est plus intéressante à elle seule que beaucoup d'autres 
réunies, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle nous occupe avec prédi- 
lection. Les étoiles du ciel sont un peu comme les étoiles de la terre. 

Ce ne serait pourtant pas une excuse pour parler d'elle indéfiniment. 
N'imitons pas le sexe auquel faisait allusion ce prédicateur, qui, pé- 
rorant depuis une grande heure sur l'évangile de la Samaritaine, s'ar- 
rêta pour reprendre haleine et fit cette remarque opportune : « Ne 
soyez pas surpris, mes frères, si cet évangile est si long : c'est une 
femme qui parle ('). » 

Avant de quitter cette constellation, dirigez encore une lunette vers 
l'étoile 0. Champ curieux. La variable R, que nous avons signalée plus 
haut, s'y trouve, avec une autre petite étoih de dixième grandeur. A 
1 degré à l'est-nord-est, vous remarquerez une belle double de sixième 
et sixième et demie grandeur , à 37" d'écartement. Fixe depuis Tan 
1755 que nous l'épions. Struve a estimé les deux composantes de 
cinquième grandeur; mais elles ne sont que de sixième, à la limite de 
la visibilité. C'est l'étoile 16 c Cygne. 

L'étoile ê est une double assez singulière : la petite étoile, de hui- 
tième grandeur en moyenne, varie d'éclat et de couleur ; mais elle 
n'est qu'à 1"6 de la brillante, et il faut une excellente lunette pour la 
distinguer dans l'auréole dont toute brillante étoile reste plus ou 
moins enveloppée. 

L'étoile 52, de cinquième grandeur (elle varie de 4 à 6), est une jolie 
double, orange et bleue; 7" d'écartement. Fixe depuis cent ans qu'on 
l'observe. 

if : cinquième et demie et huitième, à 3", 5. 

Dans cette même région du ciel, remarquons maintenant, en com- 
plétant ce chapitre, une petite constellation moderne, qui n'a pas 

(') Il est vrai que si îes femmes parlent tant (Dieu, dans sa divine Providence, dit 
A. Dumas, n'a pas donné de barbe aux femmes, parce qu'elles n'auraient pu se taire 
pendant qu'on les eût rasées), il est vrai, dis-je, que si les femmes parlent tant, c'est 
parce qu'elles sont fort curieuses, et ce n'est pas là un grand défaut. Cependant elles 
loportent parfois un peu loin. Dernièrement, au Palais de Justice, une affaire un peu sca- 
breuse avait attiré un grand nombre de femmes fort élégantes : « Mesdames, dit le 
président, vous ignorez sans doute la vraie nature du procès : il est si scandaleux 
qu'une honnête femme ne saurait en entendre les détails. Je vous préviens afin que 
les honnêtes femmes puissent se retirer. » L'huissier ouvre la porte; mais personne 
ne bouge ! Alors le président se lève de nouveau : « Huissier, maintenant que toutes 
les femmes honnêtes se sont retirées, faites sortir les autres, u 



LA CONSTELLATION DU PETIT RENARD 201 

grande importance, mais que nous ne pouvons cependant oublier : le 
Petit Renard, imaginée en 1660 par Hévélius pour combler le vide 
qui séparait le Cygne de la Flèche. L'astronome de Dantzig a dessiné 
là un renard qui vient de voler une oie et qui s'enfuit. Pourquoi cet 
animal plutôt qu'un autre? « Parce que le renard est astucieux, vorace 
et féroce, comme l'Aigle et le Vautour (la Lyre), qui sont à côté, et 
pour rester dans 'le ton des fables et de l'astrologie. » En 1672, il 
aperçut là une nouvelle étoile, « qui dura deux ans, écrit l'amiral 
Smyth dans son excellent ouvrage Celestial Cycle, et depuis n'a 
jamais été identifiée». C'est une erreur : cette étoile n'est autre que 
l'étoile de 1670, dont nous avons parlé plus haut et dont nous avons 
donné la position. 

Cette petite constellation n'a qu'une étoile assez brillante, de qua- 
trième grandeur; c'est celle que l'on voit au sud de |3 du Cygne et qui 
porte le n° 6. Du reste, voici toutes les étoiles de cet astérisme jusqu'à 
la sixième grandeur exclusivement. Elles sont inscrites par ordre 
d'ascension droite, c'est-à-dii'e de l'ouest à l'est, ou de la diwte vers 
la gauche, comme les numéros des catalogues {vo\j. encore la /îg. 131). 

ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU PETIT RENARD 

1660 1700 1800 1840 1860 1880 . 

1. 5 5 5 5.4 5.4 5,0 

4 6 6 5 5 5,2 

6 4 4 4 4.5 4.5 4,4 

9 5 6 5.6 5 " 5 6 5,5 

12 6 5 5.6 5 6.5 5,8 

T 5.6 6,7 

13 6 k\ 5 5,4 5 5,0 

15 5 4-i 5 5 5 5,0 

16 5 5 6 5 6.5 5,7 

17 5 4i 5.6 5.6 5.6 5,5 

16Hév. ... 5 5 5 5 5,2 

23 5 4i 4.5 5 5 5,0 

28 6 6 5.6 5.6 5.6 5,4 

29 5 5 5.6 5 5 5,3 

30 6 6 6 6.5 5.6 5,8 

31 6 6 6 5 5 ' 5,5 

3?. 5 5 4.5 5.6 5.6 5,7 

La sixième étoile de ce petit tableau mérite une attention particu- 
lière. Comme on le voit, le premier qui l'ait observée à l'œil nu est 
l'astronome Heis, de Munster, vers 1860, et il l'a notée de grandeur 
= 5.6, c'est-à-dire, dans son ordre de classification, de cinquième 
un tiers. Ni Argelander, vers 1840; ni Piazzi, vers 1800; ni Flam- 
steed, vers 1700; ni Hévélius, vers 1660, ne l'ont vue; il est donc cer- 
tain qu'à ces époques elle n'était pas de cinquième grandeur, ni même 



208 



LA CONSTELLATION DU PETIT RENARD 



''^ 



de sixième. On la trouve observée par Bessel , vers 1825 : c'est la 
1501" de sa xl\" heure. Il l'estima de 7" grandeur. Lalande l'observa 
aussi, vers 1800, et l'estima de 5' (n" 37868 de son Catalogue). 

C'est donc une étoile variable, qui oscille de 5 à 7 et descend peut- 
être même plus bas. On pourrait la nommer T du Petit Renard, et 
nous lui avons attribué cette lettre sur notre tableau et sur notre 
carte. Je l'ai observée récemment (juillet 1880). Sa grandeur était 
alors = 6,7. 

Les étoiles 13 et 32 de la liste précédente paraissent soumises à 
certaines fluctuations. 

Cette constellation renferme deux autres variables connues. Posi- 
tions pour 1880 : 

Rà ÎOhSg-S^ et 23»20'8 varie de 8 à 13 en 137 jours et demi. 

Sa 19''.'i3"'28' et 26''59'3 varie de 8,(i à 9,3 en 68 jours (étoile de 1670) 

Il n'y a là aucune étoile multiple recommandable pour les instru- 
ments de moyenne puis- 
sance. Mais une nébu- 
leuse, particulièrement re- 
marqua]3le, plane vers l'é- 
toile de sixième grandeur, 
n* 14, à 7 degrés au sud-est 
d'Albireo et presque au 
milieu du chemin entre 
cette étoile et le Dauphin. 
Toute cette région est 
riche en petites étoiles. La 
nébuleuse dont nous par- 
lons a été découverte, eu 
1 764,parMessier,dontelle 

Ijg- 1«. — La nébuleuse du Petit Renard vue.dans uae lunelte pOrtC le n°^7, et, danS UUB 

de force moyenne. luuette de forcc moyenne, 

elle offre l'aspect d'une nébuleuse double. Un instrument plus puissant 
rattache les deux nébuleuses l'une à l'autre pour en faire un seul objet, 
qui ressemble un peu à un haltère de gymnastique, nommé dumh- 
bell (battant de cloche) par les Anglais, ce qui a fait donner ce nom à 
la nébuleuse par les astronomes d'outre-Manche. On aperçoit, en 
môme temps, que le fond extérieur est occupé par une vague nébulo- 
sité ovale. Mais cet aspect se métamorphose encore dans le champ 
des télescopes gigantesques, comme on peut en juger par ce dessin 




LA NEBULEUSE DU PETIT RENARD 



20'J 



qui représente la même nébuleuse vue dans le télescope de lord Rosse. 
Ces différences confirment la remarque que nous avons déjà faite sur 
les changements singuliers de forme offerts par ces pâles objets, 
suivant l'instrument employé pour les observer, suivant l'œil de l'ob- 
servateur et suivant la manière dont chacun interprète un tableau 
lorsqu'il veut le reproduire en le dessinant. 




Fig. 143. — La nébuleuse du Petit Renard, vue dans le grand télescope de lord Rosse. 

Cette vaste nébuleuse est parsemée de petites étoiles. Peut-être la 
tout fait-il partie de la Voie lactée, — univers dans un univers ! 

Observer aussi le groupe de trois petites étoiles de sixième gran- 
deur situé dans le triangle formé par les éto'-^s de cinquième 15,23 
et 16 Hév. La plus australe de ces trois petites étoiles s'appelle 
20 Petit Renard, et forme un amas télescopique composé de 104 étoiles 
de 9' à 13' grandeur. Du reste, la plus petite lunette promenée dans 
cette région du ciel y révèle des richesses inattendues. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 27 



CHAPITRE IX 



La Lyre. — Véga, énorme et lointain soleil. — Étoile quadruple. 

Nébuleuse annulaire. — La Constellation d'Hercule et ses curiosités sidérales. 

Transport du système solaire dans l'espace. 



Depuis le mois de mai jusqu'au mois de novembre, pendant les 
belles soirées étincelantes des célestes splendeurs, une blanche et 
brillante étoile trône à l'est en mai et juin, s'élève vers le zénith en 
juillet, passe presque au zénith de Paris en août, le dépasse vers l'ouest 
en septembre, descend davantage en octobre, et brille à l'ouest en 
novembre et décembre, pour descendre à l'horizon du nord, le raser 
de janvier à avril et remonter en mai par l'orient. Cette étoile, la plus 
lumineuse de notre ciel avec Arcturus, est Véga ou alpha de la Lyre. 
Elle est reconnaissable par son éclat, par les positions que nous 
venons d'indiquer et par une particularité qui fait cesser toute équi- 
voque : elle se montre dès le crépuscule, accompagnée de deux étoiles 
de troisième à quatrième grandeur, (3 et y, qui font de cette constella- 
tion une figure spéciale : Du reste, on ne peut la confondre 
avec Arcturus, qui trône dans une tout autre direction, à 
l'extrémité de la queue de la Grande Ourse, et qui, comme 
nous l'avons vu , est • jaune, tandis que Véga est blan- 
che. Les seules étoiles avec lesquelles on pourrait la confondre sont 
a du Cygne (Deneb) et « de l'Aigle (Altaïr), et c'est ce qui arrive 
quelquefois. Or, nous connaissons maintenant trop bien la première 
pour oublier sa position à la tète de la croix du Cygne. Quant à la 
seconde, elle est flanquée, de chaque côté, de deux satellites, qui lui 
donnent cette figure-ci : • Il suffit de remarquer aussi cette 
particularité pour recon- « naître sans hésitation dans le ciel 
ces trois brillantes étoiles * dont, par surcroît, nous indiquons 
la situation relative sur la figure ci-après (144). Si nous ajoutons 
encore que Véga précède les deux autres dans le mouvement diurne, 
autrement dit qu'elle est à l'ouest relativement au Cygne et à l'Aigle, 



LA LYRB 



VEGA 



2H 



nous aurons donné tant derenseig'nements,quela première dame venue 
pourra, sans une excessive fa- 
tigue d'esprit, trouver cet astre 
dans le Ciel et le reconnaître 
la nuit sans lui faire la moin- 
dre infidélité. 

Cette étoile de première 
grandeur est l'une des plus 
lumineuses du Ciel ; sa tempé- 
rature est fort inférieure à celle 
d'Arcturus , mais sa lumière 
est si vive qu'elle agit avec la 
plus grande rapidité sur la 
plaque sensibilisée du photo- 
graphe. Son spectre, du même 
type que celui de Sirius {voy. 
lâfig. III de notre planche gé- 
nérale des spectres), indique la prédominance de l'hydrogène, du 
sodium et du magnésium. On a pu en photographier directement les 
raies principales, et nous reproduisons ici le cliché qui en a été fait 
en 1876 par M. Huggins : on voit au-dessus une autre photogra- 
phie directe du spectre solaire obtenue le lendemain matin slu* la 




Fig. 144. — Positions respectives de Véga, Altaîr 
et Denel) du Cvsrn 




Fig. 145. — Photographie directe du spectre de a Lyre. 

même plaque, ce qui permet de juger immédiatement des coïncidences 
et des différences. Mais pour l'étude des détails, il est préférabi'. 
d'examiner les dessins de notre tableau général des spectres. 

Ce lointain soleil gît à 42 trillions de lieues d'ici, sa parallaxe, da 
0", 18, correspondant à 1147 000 fois le demi-diamètre de l'orbite 
terrestre. Quelle ne doit pas être sa lumière pour que, onze cent mille 
fois plus éloigné de nous que le Soleil, il brille encore avec tant d'éclat 



*I2 »,A LYRE. - VEGA 



dans notre ciel! Comme la lumière décroit en raison du carré de la 
distance, notre Soleil emporté dans cet éloignementne nous enverrait 
plus qu'une clarté 1 313 milliards de fois inférieure à sa splendeur 
actuelle. Celle de Véga est incomparablement plus intense. En effet, 
d'après les expériences de Wollaston, la pleine lune est 800000 fois 
moins lumineuse que le Soleil ; d'après celles de sir John Herschel, 
l'étoile a du Centaure est 27 408 fois moins lumineuse que la pleine 
lune, et, d'après les meilleures expériences photométriques, Véga est 
peu inférieure à a du Centaure. Il en résulte qu'elle doit être 25 à 
30 milliards de fois moins lumineuse que le Soleil. A sa distance, 
notre éblouissant foj'er serait donc environ 47 fois moins lumineux 
que l'astre de la Lyre , c'est-à-dire réduit au rang d'une étoile de 
cinquième grandeur. Et l'on voudrait que nous puissions regarder 
Véga sans admiration, quand déjà l'étude de notre propre soleil nous 
a plongés dans la stupéfaction et dans l'extase ! Il faudrait ne rien 
comprendre aux grandeurs que nous découvrons à chaque pas dans 
cette description du ciel pour rester indifférents aux résultats mer- 
veilleux qui en ressortent avec tant d'évidence. Quel soleil et quelle 
fournaise! L'espace céleste nous paraît calme et silencieux! Mais en 
réalité chaque étoile est le foyer de telles conflagrations, l'arène de 
tels tumultes, la source de tels vacarnes, que les éclats les plus 
violents de la foudre et de la mitraille, les grondements les plus 
terribles des volcans et les clameurs les plus formidables de tous 
les éléments conjurés ne sont qu'un profond silence comparés à 
ce que nous entendrions si nous pouvions approcher d'une étoile 
quelconque. 

Véga, comme Arcturus, s'approche de nous, et sa vitesse dans le 
sens du rayon visuel parait être de 71 kilomètres par seconde, 
ou de 255 600 kilomètres à l'heure. Mais une partie de cette vitesse 
nous appartient à nous-mêmes, car nous nous transportons avec le 
Soleil vers la constellation d'Hercule, voisine de la Lyre, et le mouve- 
ment mesuré se compose des deux marches. 

Il est difficile aussi de ne pas « accorder » une attention toute par- 
ticulière à cette étoile, lorsqu'on sait qu'elle était il y a quatorze 
mille ans l'étoile polaire de l'humanité terrestre, et qu'elle le rede» 
viendra dans douze mille ans, en vertu de la précession des équinoxes 
dont nous avons étudié plus haut la cause et les effets. 

On voit, au télescope, à côté d'elle, une petite étoile, qui ne forme 
pas avec elle un système binaire, comme on le dit ordinairement, et gît 
au contraire fort au delà dans l'espace : elle ne lui appartient pas, ei 



LA CONSTELLATION DE LA LYRE 



213 




Fig. 146. — Véga et sou compagnon. 



reste fixe au fond des cieux. On s'est servi avec avantage de ce point 
de repère pour déterminer le 
mouvement parallactique an- 
nuel dont nous venons de par- 
ler. 

D'un autre côté, si l'on com- 
pare les positions relatives ob- 
servées d'année en année , on 
remarque que relativement à 
Véga la petite étoile s'est dé- 
placée suivant une ligne droite, 
égale et contraire au mouve- 
ment propre de Véga : il n'y a 
là qu'un effet de perspective ; 
c'est la brillante étoile , plus 
rapprochée de nous, qui se dé- 
place devant la petite, celle-ci reposant immobile dars le sein de 
l'infini. 

Ce compagnon optique est très 
petit, et plongé dans le rayonne- 
ment de sa brillante voisine. Sa ,^ ,^ 
distance actuelle est pourtant de "^"x 
47"; mais il n'est que de 9° gran- \, / 
deur. Il faut une bonne lunette Vy's^ 
pour l'apercevoir. /' '^^-.^ 

Véga est l'étoile principale de 4 
la constellation de la Lyre, qui, 

tout en étant l'une des pluspetites '"'^- '"■ " m°-°"><="' '-«'^^'f "^ -'"p-s"™ "o vég». 
du ciel, est néanmoins l'une des plus intéressantes. Ce nom de Lyre 
provient sans doute de sa forme. Regardez-la attentivement dans le 
ciel; vous ne tarderez pas à reconnaître que le quadrilatère formé 
par les étoiles p, y, S et C, rattaché à Véga comme par un manche, 
donne l'idée d'un instrument de musique de préférence à tout autre 
symbole, soit Lyre, soit Cythare, soit Harpe; et, de fait, cet asté- 
risme a été désigné sous ces trois noms. La mythologie en avait 
fait la lyre d'Orphée. On l'a aussi appelée la Tortue, sans doute 
postérieurement, parce que les anciennes lyres étaient fabriquées dans 
des carapaces de tortue. Plus tard encore, on a accroché cette Lyre 
à un Vautour, un peu comme les pupitres des lutrins d'église, et la 
constellation s'est appelée le Vautour tombant. Le nom di Vég^ 



175a ô 



514 



LA CONSTELLATION DE LA LYRE 



vient même de là : il dérive de l'arabe Waki, « al-nasr-al-veaki », le 

Vautour tombant. 

L'éclat actuel de ces étoiles n'a pas toujours été le même depuis le 

commencement des obser- 
vations. Il semble que les 
quatre étoiles £, '(,, -n et 6 
aient diminué aux temps 
d'Hévélius, de Flamsteed 
et de Piazzi, pour remon- 
ter ensuita. L'étoile >c a dû, 
au contraire, augmenter 
d'éclat. Les étoiles >. et v, 
notées de 4° grandeur par 
Ptolémée, sont tombées à 
la G^ La dernière étoile 
de cette liste, actuelle- 
ment parfaitement visible 
à l'œil nu, et pleinement 
de 5' grandeur, se trouve 
entre la Lyre et Hercule, 
et n'a été observée par 
aucun des astronomes an- 

Fip. 148. — Principales étoiles de la constellation de la Lyr cieUS ' OU Se l'exoliouerait 

fort bien, a cause de sa position, pour les observations faites à l'œil 
nu; mais pour les observations méridiennes de Flamsteed et Piazzi, 
c'est plus difficile. Je la trouve dans le catalogue de Lalande (34 931, 
observée deux fois, vers 1800), et notée de 5* grandeur 1/2; et dans 
le catalogue de Bessel, observée vers 1825, et notée de 6.7 (c'est 
w.-B., xvm, 1218. Elle est actuellement (août 1880) de 5' grandeur. 
C'est en vain que je l'ai cherchée dans les catalogues astronomiques 
dont nous nous servons habituellement. Concluons donc qu'elle est 
variable. Oa pourrait lui donner la lettre S. 

L'étoile Q* 13, inscrite maintenant sous la lettre R, a été notée de 
4' grandenr par Tycho-Brahé à la fin du xvi' siècle, et de 6° par 
Flamsteed à la fin du xvn^ Elle subit actuellement des oscillations de 
la 4' à la 5" en une période de 46 jours. 

p varie de 3,4 à 4,5 en 12 jours 21 heures 51 minutes, en manifes- 
tant deux maxima et deux maxima qui varient légèrement eux-mêmes. 
C'est là une étoile bien singulière. Un jour, le P. Secchi a remarqué 
en elle, à son maximum d'éclat, le spectre étrange de y Cassiopée, dont 




CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS LA LYRE 2lS 



nous avons parlé plus haut (p. 60), montrant les raies brillantes de 
l'hydrogène incandescent et l'indice d'un violent incendie : il ne l'a 
plus revu depuis. Quels événements, quelles révolutions, quelles mé- 
tamorphoses s'accomplissent en ces régions lointaines, qui ne nous 
paraissent mortes et silencieuses qu'à cause de la distance qui nous en 
sépare ! Cette étoile a trois petits compagnons éloignés qui rendent 
encore plus intéressante sa situation dans le ciel. 

Faisons plus ample connaissance avec les différentes étoiles de cette 
constellation. 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DE LA LYKE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



ÉTOILES — 


■127 


+ 960 


1430 


1590 


1C03 


ICGO 


1700 


1300 


1S40 


1850 


1880 


« {Véga) 


1 


1 


1 


i 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1,0 


P 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3i 


3 


3 


var. 


var. 


var. 


Y 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3,3 


5 


4.3 


4.3 


4 


4 


4 


5 


4 


5 


4.5 


4.5 


4.4 


E 


4.3 


4.3 


4 


5 


4 


5 


5 


5 


4 


4.5 


4,4 


c 


4.3 


4.3 


4 


5 


4 


5 


5 


5 


4.5 


4.5 


4,4 


1 


4 


4.5 


4 


5 


5 


5 


6 


5 


4.5 


4.5 


4,6 


B 


4 


4.5 


4 


5 


5 


5 


6 


5 


4.5 


4.5 


4,2 


t 





5 





5 


5 


6 


5 


5.6 


5 


3 


5,0 


X 














5 


5 


5 


4.5 


5.4 


5.4 


4,T 


\ 


4 


5.6 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


5.6 


5,7 


V- 














6 


6 


6 


5.6 


5.6 


5 


5,5 


V 


4 


4.5 


4 


6 


6 


6 





6 


5.6 


6.5 


Ç,0 


Ifj 




















6 


5.6 


5 


5.6 


5,5 


13R 














4 


5 


6 


5,6 


5.4 


var. 


4,5 


34931 


























5 


5 


5,0 


33739 


























6.5 


5.6 


5,4 



Il y a là une merveille. Que les personnes qui jouissent d'une vue 
excellente regardent avec attention l'étoile e, non loin de Véga 
[voy. ftg. 148), elles la verront allongée o , Un œil sur dix mille décou- 
vrira mieux encore, et distinguera là deux étoiles contiguës oo . Pre- 
nez une jumelle, vous séparerez ces deux étoiles o o. Dirigez vers 
elles une petite lunette, vous les séparerez davantage, et vous aurez îa 
un couple ravissant. Allez plus loin encore, pointez vers ce couple un 
instrument plus puissant, et vous découvrirez avec admiration que 
chacune de ces étoiles est double elle-même , et qu'il y a là deux 
couples célestes formant ensemble un système quadruple. La dis- 
tance qui sépare les deux couples est de 207". Le couple qui pré- 
cède (e^) est composé de deux étoiles de 6' et 7' grandeur, écartées à 
3", 2, et le couple qui suit(e*) est composé de deux étoiles de 5" 1/2 et 
6% écartées à 2", 4. Le premier a tourné de 20° depuis cent ans. ei 
le second de 37° ; si ce mouvement était uniforme, la révolution du 



2)6 



CURIOSITES SIDERALES DANS LA LYRE 




Fjg. 1')9. — Système quadruple de t Lyre. 



premier couple s'opérerait en 1800 ans, et celle du second en 3700. 

Quant à la révolution de ces 
deux soleils doubles autour de 
leur centre commun de gravité, 
elle doit atteindre une période 
peu inférieure à un million 
d'années ! 
\t Un simple regard jeté sur ce 
f point du ciel en dit plus à l'âme 
ilu philosophe que la lecture de 
tous les livres de la Bibliothèque 
nationale. 

Le télescope montre entre les 
deux couples trois petites étoiles 
qui peut-être appartiennent à 
ce vaste système, mais peuvent 
parfaitement aussi ne pas lui appartenir, et se trouver soit en deçà, 
soit au delà — plutôt au delà. 

Quel système ! et quelles grandeurs ! En ne supposant pas cette 
étoile quadruple plus éloignée que Véga, comme à cette distance 0",18 
représente 37 millions de lieues, une seconde entière représente 
205 millions de lieues; l'écartement qui les sépare étant de 207" équi- 
vaut donc à 42 milliards de lieues, au minimum, attendu que selon 
toute probabilité cette étoile de 4' grandeur et demie est beaucoup 
plus éloignée de nous que l'éclatante Véga. Comment pourrait-on 
contempler l'immensité de ces lointains systèmes sans éprouver pour 
les vulgaires petitesses des affaires terrestres un véritable sentiment 
d'humiliation? 
■ Non loin de là, l'étoile â se montre également composée de deux 
autres, de 4° 1/2 et 5° 1/2, très écartées l'une de l'autre et perceptibles 
à l'œil nu pour les vues excellentes, dans une jumelle pour les vues 
ordinaires. Champ très riche pour un instrument de moyenne puis- 
sance. 

L'étoile K est une double très belle et très facile. Grandeurs des com- 
posarites = 4 1/2 et 5 1/2 ; distance = 44"; jaune topaze et vert clair, 
ïi : 4° 1/2 et 9% à 28"; jaune pâle et violette. 

Cette petite constellation garde aussi en réserve pour l'observateur 
du ciel une curiosité bien remarquable dans le monde des nébuleuses. 
C'est la fameuse nébuleuse annulaire de la Lyre, la seule de cette 
forme qui soit accessible aux instruments de moyenne puissance. Elle 



NEBULEUSES CURIEUSES 



217 



n'est pas difficile à trouver, car elle gît entre (3 et y, à un tiers de la 
distance en venant de p. Vue pour la première fois par Darquier en 
1779, et inscrite au n° 57 du catalogue de Messier, elle a été l'objet 
d'un grand nombre d'observations. Sa forme, toute simple qu'elle 
paraisse, est bien singulière au point de vue des lois de la gravitation. 
Au lieu d'offrir une condensation graduelle vers le centre, elle offre 
au contraire une sorte de vide, la matière nébuleuse s'étant disposée 
en forme d'anneau. C'est une ellipse, dont le grand axe mesure 78" et 
le petit 60". En réalité, ce doit être un cercle que nous voyons obli- 
quement. On croyait d'abord que l'intérieur était vide, et William 
Herschel l'appelait une nébuleuse perforée. Mais on distingue dans 
le fond une sorte de voile brumeux, et même lord Rosse a découvert, 
à l'aide de son puissant télescope, des stries qui paraissent traverser 




Fig. 150 — La nébuleuse annulaire de la Lyre. Fig. 151. — Nébuleuse Fig. 152. — Nébuleoae 

1» Dani une lunelle œojcmie. | 2° Dms le télescopa de lord Bosse. Messier 07. MesSier 56. 

l'arène de cet immense cirque céleste — immense, en vérité, car il est 
certainement plus vaste que notre système planétaire tout entier ; — 
le même astronome a cru apercevoir des étoiles sur la bordure; Secchi 
distinguait une poussière d'argent, et Chacornac a cru aussi la ré- 
soudre; cependant l'analyse spectrale n'y révèle que l'existence d'un 
gaz lumineux. Univers en formation ! Que se passera- t-il là dans les 
siècles futurs?Que s'y passe-t-il déjà actuellement? Créations bizarres 
et inexplorées! Il en est d'autres encore plus étranges. Considérez, 
par exemple, cette nébuleuse circulaire (M. 97) delà Grande Ourse, 
située près de l'étoile p de cette constellation, à 2° au sud-est, mais 
accessible seulement à des instruments assez puissants : ne croirait- 
on pas voir une physionomie étrange nous regardant d'un autre 
monde avec des yeux inégaux allumés dans une tête de mort ? 

Vers 3° et demi au nord- ouest de (3 du Cygne, on pourra aussi 
observer avec plaisir un amas presque globulaire {fig. 152 ), composé 
de plusieurs centaines d'étoiles et qui offre pour ainsi dire l'aspect 

ASTnONOMIE. — SUPPLÉMENT. 28 



M8 



LA CONSTELLATION D'HERCULE 



diamétralement contraire de celui de la nébuleuse annulaire, la 
lumière s'accroissant progressivement jusqu'au centre. Messier l'a 
découvert en 1778, et Ta inscrit au n° 56 de son catalogue. 11 ne me- 
sure pas moins de 3' de diamètre. Mais ne nous attardons pas davan- 
tage en ces régions : la constellation d'Hercule nous réclame, et se 
présente maintenant à nous comme l'une des plus intéressantes du 
ciel 

Comme on l'a vu sur notre grand dessin (p. 193), ce demi-dieu est 




Fig. 153. — L'Hercule d'Hyginus (1485). 



dessiné renversé, les pieds au nord, la tète au sud, tenant d'une main 
sa massue et de l'autre un rameau d'oranger auquel s'enlacent deux 
serpents. C'est là un souvenir du jardin des Hespérides, dont nous 
avons parlé en faisant l'histoire de la constellation du Dragon. Retour- 
nez la figure et cherchez à apprécier la situation de cet homme en 
génuflexion : ne paraît-il pas offrir avec un air de vaincu son rameau 
à quelque personnage invisible ? Le symbole a certainement changé 
depuis les siècles passés. Dans une édition du xv' siècle de l'ouvrage 
d'Hyginus (Venise, 1485), la vieille hgure sur bois, reproduite 
ici, nous montre Hercule portant sur le bras la peau du Lion de 



LA CONSTELLATION D'HERCULE 



2J9 



Némée, et sur le point d'assommer de sa massue le serpent gardien 
de l'arbre aux fruits d'or. Au commencement du xvif siècle, en 1603, 
sur l'atlas de Bayer, l'arbre a disparu, comme dans les changements 
à vue de la lanterne magique, et le rameau d'oranger est venu se 
placer dans la main du héros agenouillé (fig. 154). Soixante ans plus 




Flg. 154. — L'Hercule de Bayer (i603). 

tard, Hévélius a remplacé le rameau par des serpents auxquels il a 
donné le nom de Cerbère, le gardien des enfers, et sur lesquels Her- 
cule a l'air de vouloir frapper de la massue, dans l'intention probable 
de les assommer (fig. 155). Que de métamorphoses depuis l'antiquité ! 
Comparez les quatre dessins que nous reproduisons ici comme curio- 
sité historique (fig. 133, 153, 154 et 155, et jugez du changement qui 
s'est opéré.... « Cet individu, écrivait Aratus au m° siècle avant notre 



220 



LA CONSTELLATION D'HERCULE 



ère, paraît dans une situation pénible; nous ne savons ni qui il 
est ni ce qu'il fait là ; ou l'appelle Engonasi (l'iiomme à genoux) : il 
a les bras élevés vers le ciel comme pour en implorer l'assistance. » 
Si les astronomes et les historiens de l'astronomie ne se souvenaient 
déjà plus il y a deux mille ans du personnage qu'on avait dessiné là, 
nous serions sans doute mal inspirés de chercher nous-mêmes à nous 




Pf ^^'^'""'^""^ 



c '■ ' , j /o / 

Fig. Ibb. — L'Hercule d'Hevelius (1660) 




y reconnaître aujourd'hui, et j'estime qu'il est préférable d'oublier 
la mythologie pour les étoiles. 

Eudoxe, Aratus, Eratosthèmes, Hipparque, Ptolémée,Sùfi, Uliigh- 
Beigh l'appellent tous V Agenouillé. Je trouve pour la première fois, 
et à mon grand étonnement, le nom d'Hercule dans l'édition d'Hy- 
ginus, dont nous parlions tout à l'heure (1485), — encore est-il associé 
à l'autre nom « Engonasi, Hercules » , — et dans le catalogue de Tycho- 
Bralié(1590) où la figure porte également les deu-^. titres. Lo nom 



LA CONSTELLATION DHERCULB 221 

d'Hercule est donc une appellation relativement moderne. Les com- 
mentaires astronomiques de Dupuis, Lalandeet Francœur sur les douze 
travaux d'Hercule et leurs combinaisons avec les levers et couchers des 
constellations me paraissent dénués de fondement. Quant à ceux qui 
sont allés jusqu'à prétendre que les anciens avaient deviné la transla- 
tion du Soleil vers la constellation d'Hercule, et que c'est à cause de 
cela qu'ils avaient placé là le symbole de la force et de la puissance, 
ils ont sans doute voulu faire une plaisanterie. 

Les anciens eux-mêmes, quoique plus rapprochés que nous des 
origines, ont commis parfois d'étranges méprises, jusqu'à prendre 
des adjectifs pour des noms d'hommes, comme ce Grec qui prenait le 
Pirée pour un héros, et comme Théophraste lui-même qui raconte 
qu'un astronome nommé Phaïnos d'Elis avait fait d'importantes 
observations sur le Soleil. Or, ce Phaïnos d'Elis n'est autre que le 
Soleil lui-même, ainsi qualifié, par Aratus entre autres (748° vers): 
^aivo; ïiXioi; « le brillant Soleil » ! Le plus curieux est que cet astronome 
apocryphe, personnifié depuis l'antiquité, est encore cité de nos jours 
par Bailly et Delambre. 

La constellation d'Hercule occupe un vaste espace entre la Lyre et 
la Couronne dans le sens de l'est à l'ouest, et entre la tête du Dragon 
et Ophiuchusdans le sens du nord au sud. Le tableau suivant et notre 
fig. 156 en représentent les étoiles principales. C'est l'ime des constel- 
lations les plus vastes, et Bayer y a épuisé les lettres des deux alpha- 
bets grec et latin, sans nommer encore toutes les étoiles, car, selon 
son habitude, celles qui sont en dehors du dessin de la figure n'ont 
pas reçu de lettres, quoiqu'il y en ait plusieurs de la quatrième gran- 
deur, par exemple, dans le Rameau. J'ai inscrit toutes ces étoiles au 
tableau ci-après, et j'ai voulu aussi me rendre compte pour chacune 
d'elles des observations d'éclat faites depuis deux mille ans ; mais je 
n'attends pas de mes lecteurs qu'ils aient ni ma curiosité ni ma 
patience, et je les engagerai seulement à rechercher dans le ciel, pen- 
dant les belles nuits d'été, les principales étoiles, et notamment à 
reconnaître, en se servant de notre fig. 156, « Ophiuchus et x Her- 
cule, puis (3, qui se trouvent sur la ligne menée de l'Aigle à la 
Couronne. S'ils y prennent goût, ils peuvent ensuite trouver le bras 
gauche (J, "k, p., v, \, o) tendu vers la Lyre ; puis, dans le corps, le 
quadrilatère vj Ç s ir. Mais examinons les curiosités principales de cette 
grande figure. 



ooo 



LA CONSTELLATION D'HERCULE 



ÉTOILES PIIINCIPALES DE LA CONSTELLATION d'HERCULE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



ÉTOILES 


— m 


+ 900 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1S40 


ISCiO 


is* 


a 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


var 


var 


VM 


P 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


2.3 


2.3 


2.3 


2, 4 


Y 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3 


3.4 


3,( 


S 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


4 


4 


3 


3 


3,6 


e 


4 


4 


4 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3,5 


C 


3 


3 


3 


3 


3 


4 


3 


3 


3.2 


3.2 


2,9 


1 


4.3 


4 


4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3,5 


« 


4 


4 


4 


3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


3,8 


t 


4 


4 


4 


3 


3 


3 


4 


4 


3.4 


3.4 


3,7 


X 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


5 


5.0 


5 


5.6 


5,5 


X 


4.3 


5 


5 


4 


4 


4 


4 1 


4.5 


5 


5.4 


5,0 


V- 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


3.4 


3,8 


V • 


'4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


4.5 


4.5 


4,4 


? 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


4,0 





4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4 


4,0 


K 


3 


4.3 


4 


4 


4 


4 


3^ 


3.4 


3.4 


3 


3,4 


P 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,0 


S 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4,3 


T 


4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


3.4 


3,5 


U 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


4.5 


5.4 


4,5 


9 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


6 


6 


4 


4 


4,0 


X 


4 


5 


5 


4 


4 


4 


6 


6 


4.5 


5.4 


4,7 


•ù 


5 


4 


4 





5 


5 


6 


5 


5 


5 


5,0 


.104 A 














5 


■'• i 





5 


5 


5 


5,0 


99 b 














5 





5 


5.6 


5 


5 


5,0 


61c 


5 


5.6 


5 





5 





6 


5 


5 


6.5 


5,7 


59 d 


5 


5.6 


5 





5 





6 


5 


5 


5 


5,2 


69 e 


4 


5 


5 


4 


5 


4 i 


4 ; 


4.5 


5 


5.4 


4,8 


90 Z' 





6 








5 


6 


6 


5.6 


5 


5 


5,2 


30 3 











5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


var 


var 


29/1 





6 








6 


5 


4 


4.5 


5.6 


5.6 


5,3 


43 i 














6 





5 7 


5 


6.5 


6.5 


5,8 


47 ft 














6 





5 


5 


6.5 


6.5 


5,8 


45 i 














6 





5 


5.6 


6 


6.5 


5,8 


36 m 














6 





6 


6.7 


6 


6 


6,0 


28 n 














6 





6 


5,6 


6 


6 


5,9 


210 














6 





6 


6.7 


6 


6 


6,2 


13p 














6 





5i 


7 








7,5 


8q 














6 





6 


6 


6 


6 


6,0 


br 














6 





6 


6 


6.5 


6.5 


5,8 


s 














6 





6 





6 


6 


6,0 


107 t 














6 


5 


6 


6 


5 


5 


5,5 


68 u 














6 


5 


5 


4 


5 


5 


var 


72 w 














6 





6 


6 


5.6 


5.6 


5,3 


77 X 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


6.5 


6,0 


82 y 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


6.5 


5,8 


SSz 


6 


6 


6 


neb 


6 


6 


6 


7 


6 


6 


7,0 


42 














5 


5 


5 


6 


5.4 


5 


4,9 


52 

















5 


&i 


5 


5.4 


5 


5,2 


53 




















5 


5 


5 


6.5 


5,8 


P. XVI, 


279 

















6 


5.6 


5 


5.6 


5,8 


60 

















6 


5 i 


5 


5 


5 


5,0 


31312 


























5 


5 


5.0 



LA CONSTELLATION D'HERCULE 



223 



ÉTOILES 


-127 


+960 


1430 


Ib'.IO 


1603 


16S0 


1700 


1800 


1840 


1800 


1880 


-0 

















5 


n 


5.6 


6 


6.5 


5,5 


31694 


























5 


5.6 


5,8 


93 











G 


5 





5 


5 


5 


5 


5,0 


95 














5 





4 


5.6 


4.5 


5.4 


4,8 


96 














5 





5 


5 


5 


5 


5,0 


100 














6 





6 


7 


5.6 


6 


6,0 


101 














6 





5 


6 


5 


5 


5,2 


102 














4 


G 


4| 


5.6 


4.5 


4.5 


4,4 


109 














4 





4 


5.6 


4 


4 


4,2 


110 











4 


4 


4 


4 i 


5 


4 


k 


4,2 


111 











4 


4 


4 


4 


5.6 


4.5 


4 


4,0 


113 


n 











4 


3 


5 


5 


4.5 


1.5 


4.t. 




Fig. liO- — Principales étoiUs Je la constellation d'Hercule. 



ru LA CONSTELLATION D'HERCULE 

Et d'abord «, étoile extrêmement curieuse et du plus haut intérêt. 
Elle ne recevrait plus aujourd'hui la première lettre, car p est aujour- 
d'hui constamment plus brillante, et môme Ç vient également avant 
elle, «n'est qu'une faible de 3'' grandeur, variant d'ailleurs assez irré- 
gulièrement entre 3,1 et 3,9. Elle est toujours inférieure à a Ophiu- 
chus. Sa couleur est rougeâtre, ou pour mieux dire orangée, bien 
perceptible à l'œil nu, mais pourtant moins rouge que Mars et Anta- 
rès. Son spectre, dont nous avons reproduit le dessin à la fig. 6 de 
notre planche générale des spectres, est considéré comme le type 
des étoiles de cette nature (le troisième type de Secchi), étoiles 
orangées et rouges, généralement variables, dont le spectre se montre 
composé de lignes noires et de lignes brillantes, entrecoupées de 
zones ou bandes obscures disposées comme autant de colonnes canne- 
lées vues en perspective et ayant la partie éclairée du côté du rouge. 
Il y a là deux spectres superposés. L'hydrogène y apparaît ren- 
versé, c'est-à-dire lumineux ; les raies du sodium, du fer et du ma- 
gnésium y sont très fortes. Ce sont là vraiment d'étranges soleils, 
qui semblent flotter dans un état instable, subissant des conflagrations 
qui doivent mettre souvent en péril la vie éclose à la surface des 
mondes de leurs systèmes. 

Cette étoile est, de plus, une très belle double, l'une des plus char- 
mantes du ciel, composée d'un soleil orangé et d'un soleil émeraude, 
comme on l'a déjà vu sur notre planche des étoiles doubles colorées. 
Les deux composantes sont très rapprochées ( à 4",?) ; cependant un 
bon objectif de 60 millimètres suffit pour opérer nettement le dé- 
doublement. Belle observation à faire pour un œil attentif. Plusieurs 
astronomes avaient considéré ce couple comme en mouvement orbi- 
tal; d'autres, au contraire, ont cru que le compagnon était seulement 
voisin par un effet de perspective , comme celui de Véga, et pouvait 
servir à déterminer la parallaxe de cette curieuse étoile (il y a même 
une parallaxe calculée par Jacob). Ces déductions sont erronées. En 
réalité, les deux composantes de ce couple céleste restent fixes l'une 
par rapport à l'autre depuis cent ans qu'on les observe, mais elles 
forment néanmoins un couple physique, car un même mouvement 
propre les emporte de concert à travers l'immensité de l'espace. Nous 
verrons tout à l'heure que c'est vers cette région du ciel que le Soleil 
nous emporte, avec toutes nos destinées politiques et religieuses. 
Certe:, :iujourd'huique nous connaissons la nature physique de cette 
étoile, sa constitution chimique, sa richesse personnelle comme étoile 
double, son mouvement dans l'espace, son rapport avec notre propre 



Astronornie populaire 



ouppicmoiit 




SPECTRES 

de diverses Sources lumineuses 
SOIi\IRE, STELLAIRES^ COMETAIRF.S & TERRESTRES. 

l.Spectre continu ( solide ou liquide mcandescenO 2. Spectre du Soleil 3. Spectre 

de Sirius — 4-. d'Aldébaran—S. de Bét,elgeuse_6 Alpha d'Hepcule_7. Speulre 

d'une étoile rouge — 8. Etoile temporaire 9. Comète de 1874-_ 10. Nébuleuse 

du Dragon_ll.Nébuleuse d'0rion^I2. Spectre du Sodium„l;3. Hvdro_qènc_14-. Azuto. 



TA CONSTELLATION D'HERCULE il! 

mouvement à travers l'infini, comment pourrions-nous la regarder, 
même à l'œil nu, sans un intérêt tout particulier et sans éprouver un 
sentiment de sympathie pour ces astres auxquels nous rattachent des 
attractions mystérieuses et inconnues? 

Remarquons maintenant, parmi les étoiles de cette constellation, 
quelques variations séculaires qui paraissent se manifester par les 
comparaisons du tableau précédent. Ainsi, les étoiles a et x ont 
diminué. 9, x> «> h, u ont été notées tour à tour de 4% 5' et 6° gran- 
deur. 

L'étoile 13 p, marquée de 6° grandeur en 1603 sur la carte de Bayer 
et nommée par lui, est signalée du même éclat dans le catalogue d'An- 
thelme (1679); elle a été vue de 5' 1/2 par Flamsteed en 1700 et de 
7' par Piazzi en 1800; mais, à partir de cette époque, elle disparait 
pour les observations faites à l'œil nu. Je l'ai cherchée vainement en 
juillet 1880, et finalement, en août, à l'aide d'une lunette, je l'ai 
trouvée de 7' grandeur et demie. L'étoile 88 2, notée de 6* grandeur 
depuis deux mille ans, est actuellement invisible à l'œil nu et de 
7' grandeur. 

L'étoile 68 u a été notée de 6° grandeur par Bayer, de 5° par Hévé- 
lius, Argelander, etc., de 4' par Piazzi. De fait, elle varie en 40 jours 
de la 4' à la 6" grandeur. 

Tandis que Icà étoiles petz disparaissaient, les étoiles 31312 et3l694 
Lalande augmentaient d'éclat et arrivaient à la 5* grandeur. 

L'étoile 70 Hercule mérite peut-être une attention plus particulière, 
encore. En 1660, Hévélius l'a vue de 5' grandeur; puis Flamsteed de 
4" et de 5"; puis Piazzi, de 5° 1/2, et Argelander, de 6'. Lalande l'a notée 
trois fois de 4°. Je l'ai trouvée récemment de 5M/2. Elle est certaine- 
ment variable. Autre remarque. En transcrivant ses observations, 
Flamsteed s'est trompé une fois de 24 secondes, et a inscrit, comme 
passant au méridien 24 secondes après, une autre étoile, portant le 
n° 71, et qui n'a jamais existé. Piazzi l'a vue deux fois double, puis 
simple. C. Mayer l'a vue également double. W. Herschel l'a trouvée 
•impie. Un astronome anglais qui s'était installé un observatoire à 
?assy en 1825, su- James South, a mesuré auprès d'elle, à 3'38" de 
listance, un petit compagnon qu'il a estimé une fois de 9', une fois 
de 10' el unj fois de 11' grandeur. (Ce soir 10 août, j'ai revu ce com- 
pagnon, que j'estime de 9' grandeur.) 

Les notifications d'éclat de Piazzi sont parfois inférieures a ia 
réalité, comme on le voit ici par les dernières étoiles du tableau. 

L'étoile f^ manque au tableau précédent. Ce n'est pas qu'elle ait 

^STnON'OMIE- — SUPPLÉMENT. 29 



22t 



LA OONSTBLLATION D'HEUCULE 



disparu du ciel, mais elle ne fait qu'une avec l'étoile v du Bouvier. 

L'étoile 55 est ordinairement signalée comme un exemple des étoiles 

éteintes; mais elle n'a été observée qu'une fois par Flamsteed, et 

encore d'une manière douteuse (en quelque sorte comme un duplicata 

de la 54'), de sorte qu'il est problable qu'elle n'a jamais existé. 

Signalons maintenant les plus jolies étoiles doubles à observer. 

Ne revenons pas sur «, dont nous avons résumé l'histoire céleste. 

Dirigez une lunette vers x. (sur le prolongement de p à y). Très facile 

à dédoubler: 5" et 6"; distance 
= 30". Dans le champ de la lu- 
nette, ce couple ressemble à 
Mizar et Alcor, par une troi- 
sième étoile de 6° qui se trouve 
au nord. 

p : 4° et 5' 1/2; écartement 
= 3", 7; très fine. 

'95 : 5,5 et 5,8; écartement 
= 6" ; jaune d'or et azur léger. 
Couple extrêmement joli ; très 
lumineux; ravissant petit ta- 
bleau, couleurs variables. Fixe. 
J : 4" et 8^ écartement = 1 8"; 
mouvement rapide ; mais sans 
doute groupe de perspective. (Difficile à dédoubler : la grande étoile 
est d lin bleu clair brillant, la petite violette très fine. ) 

Mais de toutes les étoiles doubles de cette constellation, la plus 
intéressante est sans contredit l'étoile ç, dont les composantes de 3° et 
6* grandeur, gravitent Vune autour de l'autre dans la période rapide 
de 34 ans^ et demi. C'est l'un des systèmes orbitaux les plus rapides 
que nous puissions observer dans le ciel entier. Un instrument puis- 
sant est nécessaire pour opérer le dédoublement, car l'écartement des 
deux co.mposantes n'est actuellement que de 1",3 et ne dépasse jamais 
1",5. La petite étoile disparaît même dans les rayons de la grande pen- 
dant trois ans, à chacune de ses révolutions, lorsque sa distance est infé- 
rieure à 0",6 : c'est le premier exemple que l'on ait eu, dès l'an 1795, 
de l'occultation d'une étoile par une autre. Depuis 1782, date de la 
première mesure faite par William Herschel, la petite étoile a déjà 
accompli près de trois révolutions autour de la grande J'ai représenté 
fig. 158 l'orbite apparente, telle que nous la voyons d'ici, et fig. 159 
l'orbite réelle, comme on la verrait de face. Voilà un nouveau système 




ïig. 157. — L'étoile double 95 Hercule. 



LA CONSTELLATION D'HERCULE 



237 



de deux soleils qui doit distribuer aux terres inconnues qui gravitent 
dans sa double lumière, des années, des saisons, desjoursetdes nuits, 
des printemps et des automnes, des aurores et des crépuscules dont 
les phénomènes simples et réguliers de la nature terrestre ne peu- 





Fig. 158. — Orbite apparente de s Hercule. 



Fig. 159. — Orbite absolue île î Ilerculs. 



vent nous donner aucune idée. Qu'il serait intéressant de pouvoir 
s'envoler jusque-là, ne serait-ce que pour y vivre une seule existence 
d'une quarantaine d'années de contemplation ! 

Cette vaste constellation d'Hercule renferme l'un des plus beaux 
amas d'étoiles qui existent. Il se trouve entre » et Ç, à un tiers de la 
distance en partant de -n ; on le distingue à l'œil nu par les nuits claires 
et sans lune. Pourtant personne n'en a parlé avant l'année 1714 où 
Halley l'observa le premier et le présenta comme la sixième nébu- 
leuse alors connue, en ayant soin d'ajouter que sans doute les progrès 
de l'astronomie en feraient découvrir d'autres, prédiction réalisée 
au delà de toute espérance : un demi-siècle plus tard, Messier publiait 
un catalogue de 103 de ces créations lointaines ; à la fin du siècle, 
W. Herschel en enregistrait 2500, et aujourd'hui nous en connais- 
sons plus de six mille!... Il est singulier que Messier ait cru constater 
que cette nébuleuse « ne contenait aucune étoile », car le plus faible 
pouvoir optique permet de la résoudre en une masse de petits points 
lumineux. Scruté dans le champ des plus puissants télescopes, cet 
amas se développe sur une étendue de 8' de diamètre, soit k quart d'- 
<liamètre apparent de la pleine lune, et, d'après son aspect globulair 
et sa condensation centrale, se présente comme composé de plus de 
cinq mille soleils, réduits pour nous à la dimension d'étoiles de 
10' à 15' grandeur. Le spectroscope y montre un spectre continu et 
une constitution non gazeuse. Cet amas d'étoiles est sans contredit 



i28 I>A CONSTELLATION D'HERCULE 




l'un des plus brillantsl du ciel et, par une heureuse circonstance, 
l'un des plus faciles à observer sous nos latitudes. Il est difficile de le 
contempler sans admiration. Quel univers ! Quand on songe qu'entre 

chacun de ces soleils il y a des 
millions, ou, pour mieux dire, 
des centaines de millions de 
lieues, comment l'imagination la 
plus téméraire ne se sentirait-elle 
pas abîmée et confondue ! Tout à 
l'heure je demandais quarante 
ans d'études à passer dans le sys- 
tème double de Ç Hercule : main- 
tenant, j'en ambitionnerais au 
moins dix fois plus, soit quatre 
cents ans, pour satisfaire une 
„. , ,„ . „„ , curiosité bien légitime dans l'é- 

Fig. 160. — Amas d'Hercule. ° 

tude de cette prodigieuse agglo- 
mération de plus de cinq mille soleils. 

Hercule nous offre encore un autre amas, que l'on trouvera sur la 
ligne tracée de Véga à t, à peu près de même diamètre que le précé- 
dent, mais moins facile à résoudre en étoiles. 

Ne quittons pas Hercule sans regarder avec une attention spéciale 
la région céleste où brillent les étoiles tt et p : c'est vers cette région 
que le Soleil nous emporte dans son mouvement de translation à tra- 
vers l'immensité infinie. Par une belle nuit d'été, élevez vos regards 
contemplateurs vers cette région du ciel : c'est là que nous allons tous, 
Soleil, Terre, Lune, planètes, comme une flotte d'embarcations cin- 
glant vers un port céleste. Aborderons-nous jamais dans cette constel- 
lation? Notre soleil tourne-t-il autour d'un foyer situé à angle droit 
avec notre tangente vers ce point? Sa route sidérale est-elle sinueuse, 
soumise à des alternatives d'attractions inconnues? Autant de ques- 
tions, autant de problèmes. Mais il n'en est pas moins certain que la 
comparaison générale des mouvements propres de toutes les étoiles 
dénote une tendance de perspective à s'écarter de ce point et à nous le 
signaler comme marquant la direction actuelle de notre transport dans 
l'espace. Devant la contemplation de ce mouvement séculaire, les révo- 
lutions annuelles de la Terre et des autres mondes s'effacent, les révolu- 
tions des peuples d'une petite planète s'évanouissent en fumée, et l'âme 
reste plongée dans une sorte de stupeur en essayant de concevoir le 
tableau des grandeurs sidérales et la majesté des œuvres de la nature. 



CHAPITRE X 



L'Aigle et Antinous — L'Écu de Sobieski. — La Flèche. — Ophiuchus 
et le Serpent. — Fin de la description de rhémisphère boréal. 

Les constellations que nous allons étudier dans ce Chapitre sont les 
dernières qu'il nous reste à examiner de tout l'hémisphère céleste situé 
au nord du Zodiaque, région du ciel qu'il nous importait le plus de 
connaître en détail, puisque c'est celle qui règne constamment au- 
dessus de nos têtes, celle que nos regards peuvent interroger tous les 
soirs. Nul ne sera plus autorisé maintenant à ignorer le nom d'une 
constellation ou d'une brillante étoile ; car, à l'aide des descriptions qui 
précèdent, la géographie du Ciel n'est pas plus difficile à faire que la 
géographie de la Terre : l'uranographie peut être considérée comme 
établie aujourd'hui en des termes assez populaires pour que tout 
esprit désireux de la connaître puisse y arriver facilement, au prix 
d'une attention parfois un peu laborieuse, il est vrai, mais qui porte 
en elle-même sa récompense. La contemplation de l'univers se double 
du plaisir que nous éprouvons à nous sentir en pays de connaissance, 
et chaque fois que nous saluons dans les cieux une étoile par son 
nom, notre esprit se transporte jusqu'à elle, s'identifie avec son his- 
toire, et vit un instant dans les grandeurs sidérales, dans l'immensité 
de la création, dans l'infini. 

Nous avons déjà reconnu l'Aigle, dont la brillante étoile Altaïr, 
accompagnée de ses deux satellites, trône sur les rives de la Voie 
lactée, au sud de la Lyre et de la Croix du Cygne. Il n'y a rien de sur- 
prenant à ce qu'on ait donné à cette étoile, soutenue par ses deux 
voisines comme par deux ailes, le nom de l'oiseau colossal qui s'élève 
le plus haut dans les airs et symbolise la domination, la gloire et le 
triomphe. Les anciens se sont accordés à lui décerner ce titre, auquel 
se joint parfois celui à'Armiger Jovis, qui lui est synonyme. Les 
Arabes l'appelaient ei-nars el-taïr « l'aigle volant », d'où est venu le 
nom d' Altaïr, donné à alpha (et non pas Aiaïr, comme on l'imprime 
dans la plupart des livres d'astronomie). 

Dès le temps de Ptolémée, la figure de l'oiseau de Jupiter ne 
couvrait qu'une partie de la constellation de l'Aigle, et les étoiles 



£30 LA CONSTELLATlOi, DE L'AIGLE 

australes étaient réunies sous le nom d'Antinous, jeune homme d'une 
grande beauté qui se noya dans le Nil l'an 131 de notre ère, et cjue 
l'empereur Adrien regretta si tendrement, qu'il alla jusqu'à lui faire 
élever des autels, comme à un nouveau dieu, et à fonder une ville sous 
son nom. Ptolémée étant mort l'an 135, c'est donc entre l'an 131 et 
l'an 135 que le nom d'Antinous a été placé pour la première fois au 
ciel, et l'on aurait le droit de reprocher cette flatterie au savant auteur 
de VAlmageste, si, pour juger les hommes, nous ne devions avant 
tout nous placer nous-mêmes au milieu de leur siècle et de leurs 
mœurs, ce qui est toujours pour le philosophe un voyage plein d'éton- 
nements et de surprises. 

Quoique le corps d'Antinous ait été dessiné, à côté de celui de 
l'Aigle, sous la forme la plus distincte, cependant on n'en a pas fait 
une constellation absolument séparée, et Bayer a distribué les lettres 
de l'alphabet grec comme s'il s'agissait d'un seul canton de la géogra- 
phie céleste. Ce sont les étoiles », 0, i, y., 1, v qui forment le corps du 
favori d'Adrien, enlevé au ciel par l'Aigle qui le tient fortement dans 
ses serres. 

L'analogie des figures et du symbole a quelquefois changé Antinous 
en Ganymède emporté par l'oiseau de Jupiter. 

J'ai réuni dans le tableau suivant toutes les étoiles nommées par 
Bayer, et j'y ai ajouté, jusqu'à la 6° grandeur exclusivement, celles 
qui étant en dehors du dessin n'ont pas reçu de lettres, et sont dési- 
gnées par les numéros du catalogue de Flamsteed. 

Toutes ces étoiles seront facilement trouvées dans le ciel à l'aide de 
notre fig. 161. Les trois étoiles principales pointent, au sud, vers 6, 
de 3° grandeur. De là, en revenant vers l'ouest, on trouve •/) et 8, puis, 
en remontant au nord-ouest, ^ et s. C'est comme une croix irrégulière 
dont Altaïr formerait la tête et dont 1 marquerait le pied. 

La dernière colonne du tableau indique l'éclat actuel de ces étoiles. 
Si l'on veut se rendre compte de leur éclat antérieur, on peut exami- 
ner les indications des autres dates. La comparaison de ces vingt 
siècles d'observation est intéressante. Remarquons d'abord l'étoile e, 
qui n'a été enregistrée ni par Ptolémée, ni par Sûfi, ni par Ulugh 
Beigh, et qui apparaît pour la première fois dans le catalogue 
de Tycho-Brahé, à la fin du xvi" siècle, notée comme étoile de 
3' grandeur. Les anciens ont observé sa voisine ^,, également de 
3° grandeur. Il n'est pas douteux que si s avait eu le même éclat 
dans l'antiquité, elle n'aurait pas été éliminée par Hipparque, et sur- 
tout n'aurait pas échappé à la description si minutieuse de Sùfi. Con- 



LA CONSTELLATION DE L'AIGLE £31 



cluons donc que cette étoile a augmenté considérablement d'éclat entre 
l'an 1430 et l'an 1590. Elle diminue actuellement et n'est plus que de 
quatrième grandeur. 

PBINCIPALES ÉTOILES DE l'AIGLE ET d'aNTINOUS 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



TOILES 


-127 


+ 960 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


1S60 


1881, 


{Altaïf 


!2.1 


2.1 





2 


1 


1 


U 


1.2 


1.2 


1.2 


1,5 


P 


3 


3.4 


3 


3 


3 


4 


3i 


3.4 


4 


4 


4,0 


ï 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,3 


S 


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3 


3 


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3.4 


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4 


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4.5 


4.5 


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5 


5 


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3 


3 


3.4 


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3,3 


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6 


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4 


4 


4 


4.5 


5.4 


5.4 


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4 


5 


5 


5.6 


5 


5 


5,4 


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3.4 


5 


5 


6 


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5 


5 


5 


5 


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6 


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5.6 


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6.5 


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6 


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6 


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5.6 


6.5 


6 


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6 


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6 


6.7 


6,2 


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5 


6 


6 


5 


6 


6 


6 


6 


5.6 


5.6 


5,5 


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6 


6 


6 


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6.5 


5,8 


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6 


6.7 


6 


6.7 


6,4 


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6 


6 


6 


5 


6.5 


6.5 


6,0 


28 A 














6 


6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


316 














6 


6 


6 


5 


5.6 


5.6 


5,8 


35 c 














6 





6 


6 


6.5 


6 


6,0 


27 d 














6 





6 


6 


6 


6.5 


5,9 


36 e 














6 


6 


6 


6 


5.6 


5.6 


5,6 


26 f 














6 


6 


6 


6 


5 


6.5 


5,7 


Ug 














6 





6 


6 


6 


6 


5,8 


15/1 














6 





6 


6 


6 


6 


5,7 


4 




















5 


5.6 


5 


5 


5,5 


H 














6 


6 


6 


7 


5 


5 


5,5 


12 





4.5 





4 


4 


4 


5 


5.6 


5.4 


4.5 


4,0 


18 














5 


6 


6 


5.6 


5 


5 


5,5 


19 




















6 


6 


5.6 


6.5 


5,8 


20 




















51 


5 


6 


6.5 


5,9 


21 




















5 


6 


6.5 


6.5 


5,7 


23 




















5 


6 


6 


6.5 


5,7 


51 

















5 


5 


6 


6 


6.5 


5,8 


56 

















5 


5 


6 








6,2 


57 




















6 


6.7 


5 


5.6 


6,4 


66 




















5i 


6.7 


6 


6.7 


5,8 


69 

















5 


5 


5 


5 


5 


5,4 


70 

















5 


5 


5.6 


5 


5 


5,î 


71 

















4 


4 


5 


4.5 


5.4 


4,6 



L'étoile |3 varie également : elle est actuellement fort inférieure 



•j;-i2 



LA CONSTELLATION DE L'AIGLE 



à Y, tandis qu'à l'époque de Tycho et de Bayer, elles étaient toutes 
deux de troisième grandeur. Comme ce n'est pas sa position qui peut 
avoir influé sur sa dénomination, il est certain qu'elle a diminué 
d'éclat. 

L'étoile n varie régulièrement de 3, .5 à 4,7 en 7 jours 4 heures 



T , • 

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Fig. 161. — Principales étoiles de la constellation de l'Aigle. 

13 minutes 53 secondes, soit par sa rotation, soit par la révolution 
d un anneau cosmique autour d'elle. — Variation très facile à suivre à 
l'œil nu, et fort intéressante pour le penseur qui aime à sentir la vie 
circuler dans l'univers. 

i, anciennement de 3' grandeur, est tombée à la 4M /2. 

Au contraire, y., de 5° grandeur, s'est élevé à la 3° au temps de 
Tycho et de Bayer. 



L'AIGLE. — L'ECU DE SOBIESKI to'i 



fi, varie de la 4" à la 6°. 

V, non observée par les anciens, était de 4° grandeur au temps 
de Bayer. 

Hipparque et Ptolémée signalent l comme étant de 3° grandeur et 
demie. Au sixième siècle, Sùfî remarque qu'elle n'est plus que de 5° ; 
Tycho ne l'a notée que de 6°. 

L'étoile T, de 6"^ grandeur, est de 4° dans le catalogue de Ptolémée. 

L'étoile n° 11 , de 5" grandeur, a été notée de 7" par Piazzi, et l'étoile 
n° 12, de 4' grandeur, a été notée de 5* 1/2 par le même observateur. 

L'étoile n° 56 a été vue de 5° par Flamsteed, de 6° par Piazzi, de 
6" 1/2 par Lalande, et je l'ai estimée à 6,2. Mais, ni Argelander, ni Heis 
ne l'ont inscrite parmi les étoiles visibles à l'œil nu. Elle descend donc 
à la septième grandeur, quoique en général elle soit de sixième. 

On voit que cette constellation est particulièrement remarquable 
au point de vue des variations séculaires qui s'accomplissent dans cette 
région du ciel. Elle peut être signalée comme exemple des transfor- 
mations plus ou moins rapides que subissent de siècle en siècle tous 
ces lointains soleils disséminés à travers l'infini. L'examen du cata- 
logue de Flamsteed montre en outre que cinq de ses étoiles de 4' 
et 5' grandeur manquent à la liste précédente ; mais elles n'ont pas 
disparu pour cela : elles sont incorporées dans la petite constellation 
de VÉCU de Sobieski, créée vers l'an 1660 par Hévélius en l'honneur 
du héros polonais. « L'une de ces étoiles, dit-il, représente sa royale 
personne, l'autre la reine, la troisième leur fille unique, la princesse ; 
on voit aussi les quatre princes actuellement vivants : tous immor- 
tels. » Si j'étais chargé par un concile œcuménique d'astronomes de 
faire une édition définitive des figures célestes, je commencerais par 
jeter ce Bouclier dans l'oubli; puis je condamnerais Antinous au 
même sort, et je laisserais toute cette province inscrite sur la seule et 
unique dénomination de l'Aigle, qui lui suffit amplement. En atten- 
dant, inscrivons-la ici et signalons-la pour mémoire. 





PRINC 


:iPALES E' 


TOILES DE 


LÉCU DE 


SOBIESKI. 






ÉTOILES 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


1S60 


1880 


FI. 1 Aigle. 


4 


4 


4 


5.6 


4.5 


4.5 


3,8 


2 — . 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,2 


3 — . 


5 


5 


5 


5.6 


5 


5 


.5,3 


6 — . 


4 


4 


4 


5.6 


5.4 


5.4 


4,6 


9 — . 


5 


5 


4| 


5.6 


5 


5 


5,5 


R. . . . 








8 





var. 


var. 


var. 


LaL 34113 . 





6 








5.4 


5.4 


4,8 



On remarque là les mêmes manifestations de variabilité qui nous 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 3C 



'IM LA CONSTELLATION DE L'AIGLE 

ont frappés tout à l'heure. La première de ces étoiles surpasse aujour- 
d'hui la 4° grandeur, tandis que Piazzi ne l'a estimée que de 5' et 
demie, et il l'a observée neuf fois en ascension droite et autant en 
déclinaison. La quatrième étoile de cette petite liste paraît aussi 
soumise à certaines fluctuations. L'avant-derrière, observée depuis 
1795, varie de la 5' à la 9° grandeur dans une période moyenne 
de 71 jours, soumise elle-même à certaines irrégularités encore 
inexpliquées. On l'a nommée R del'Ecu. La dernière, située en bas 
du Bouclier, près du Sagittaire, a été signalée par Hévélius comme 
de 6" grandeur et nébuleuse ; elle est absente des catalogues de Flam- 
steed et de Piazzi. C'est une brillante de la cinquième, ou plutôt 
même une faible de la quatrième. 

Il y a dans l'Aigle deux autres variables, R et S, dont la première 
oscille de la T à la 11° grandeur dans la période de 345 jours, et dont 
la seconde varie de 9,4 à 11,3 en 146 jours ; mais pour les trouver et 
les suivre facilement, une bonne lunette montée en équatorial est 
nécessaire. 

Cette région du ciel ne renferme qu'un petit nombre d'étoiles dou- 
bles observables dans les instruments de faible ou moyenne puissance : 

Et d'abord Altaïr. Compagnon de 10° grandeur à 156". Minuscule; 



A=te, 


h. 


z 


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o-'- 


m» 


# 


1m„. 102. - 


- Mouvement observé sur le compagnon d' A Haïr. 



difficile à distinguer. C'est un groupe optique. La brillante étoile 
passe devant la petite, plus éloignée, et vogue dans l'espace avec une 
vitesse annuelle de 0", 55 en ascension droite etdeO",38 en déclinaison, 
qui équivaut cà un déplacement de 68' par siècle, dirigé vers le nord- 
ouest. 

Observer l'étoile •/, qui brille au milieu d'un très beau champ, tout 
constellé. 

15 h. (au nord de >> et au milieu du chemin entre (3 Ophiuchus et 
a Capricorne) : couple élégant; 5,7 et 7,5 ; écartement = 35". 

57 (tout cà fait au sud) : 6,4 et 7 ; même écartement : les deux com- 
posantes sont parfois égales comme couleur et parfois différentes. 



LA CONSTELLATION DE L'AIGLE 



235 



11 (triangle avec Ç et s) : 5,5 et 9 ; distance = 17" ; couple en mou- 
vement rectiligne rapide. 

23 (triangle avec âetv): 6° et 10° ; distance = 3" ; couple délicat ; la 
visibilité de la petite étoile augmente plus que d'habitude avec le gros- 
sissement des instruments. 

Mais si cette contrée du ciel n'est pas riche en beaux spécimens 
d'étoiles doubles, elle se présente en revanche comme l'une des plus 
magnifiques et des plus admirables à observer à l'aide des plus faibles 
pouvoirs optiques, par l'opulence de la Voie lactée qui a semé là avec 
profusion des milliers de soleils jetés les uns sur les autres. Le foyer 




Fig. 16: 



laiteux de l'Écu de Sobieski est une merveille. Ici, les gigantesques 
télescopes destinés à pénétrer au loin dans l'immensité éthérée devien- 
nent superflus : l'observation directe de l'œil attentif suffit pour juger 
cette grandeur sidérale. Que la nuit soit bien profonde et que l'atmo- 
sphère soit bien pure, et par milliers jaillissent les petites étincelles de 
la Voie lactée. Pointez une jumelle, ou une petite lunette munie d'un 
vaste champ, et la fascination sera complète. C'est là que William 
Herschel a compté 330000 étoiles sur une étendue de cinq degrés 
carrés. Généralement les nuances de condensation sont imparfaite- 
ment indiquées sur les atlas célestes, et je ne puis mieux faire , pour 
donner une juste idée de l'aspect de cette belle région, que de repro- 
duire ici la carte qui vient d'en être tracée par l'Observatoire de la 
République Argentine, qui, sous un ciel plus clément que le nôtre, 
vient d'entreprendre la révision générale des étoiles de l'hémisphère 



23fi 



LA CONSTELLATION DI^ L'AIGLE 



austral. Seulement, comme pour l'observateur austral le sud est en 
haut et le nord en bas, le lecteur est prié de retourner la carte, afin 
de placer e sud en bas, comme nous le voyons de nos latitudes 




l'ig. IB5. — La Voie lactée dans la région de l'Aigla 



lorsque nous observons cette région du ciel à son passage au mé- 
ridien. 

Dirigez une lunette quelconque vers ces nuages stellaires et vou • 



L'AIGLE. - L'ECU 237 



pénétrerez rapidement à travers ces agglomérations fabuleuses. II y 
a là de magnifiques amas d'étoiles. Pointez surtout, à l'aide du dessin 
précédent, vers la région située par 18" 13"" et 18° sud, vous rencon- 
trerez là trois nébuleuses splendides, qui portent les n"' 17, 18 et 24 
du catalogue de Messier. La première est la fameuse nébuleuse en 
fer à cheval, ou pour mieux dire en forme de la lettre grecque majus- 
cule fi (oméga) ; chercher vers 5 degrés au nord-est de ^ du Sagittaire 
de 4° grandeur (à 18" 6" et 21°). C'est assurément là l'une des nébu- 
leuses les plus curieuses du ciel. On croirait voir un courant de 
fumée que le vent a étrangement contourné. Mais cette fumée qui 
nous paraît si légère représente un univers en formation ! Déjà 




Fig. 16C. — La nébuleuse de l'Écu vue clans le télescope de sir John Herschel. 

deux centres de condensation commencent à s'accentuer. Quel géo- 
mètre pourrait pressentir les forces en action dans cet immense travail 
cosmique et deviner la figure définitive qui s'élaborera sous la main 
des siècles futurs. Si l'on compare les dessins faits depuis un demi- 
siècle seulement, on croit déjà apercevoir un changement de forme 
indiquant des métamorphoses beaucoup plus rapides que l'examen 
général de ces créations lointaines n'avait porté à le croire jusqu'ici. 
Cependant il ne faudrait pas se hâter de conclure, car la différence 
dee instruments et des observateurs entre certainement pour une 
partie notable dans les changements observés. Il suffit de comparer 
les deux dessins {fig. 166 et 167) pour être frappé de la différence 
d'aspect de cette même nébuleuse dessinée par sir John Herschel, 
d'une part, et d'autre part par Lassell, chacun à son télescope. 
Vers 4° au sud-ouest de la belle étoile l, dans Antinous, vous trou- 



238 



L'AIGLE. — L'ECU 



verez de ravissants objets d'étude. D'abord une étoile double très 
écartée, de 7° et 2' grandeur, à 99" de distance angulaire, puis deux 
autres doubles plus serrées, ensuite un curieux amas d'étoiles (1 1 Mes- 




Fig. 11)7. — La nébuleuse de l'Ecu vue dans le télescope de Lassell. 



sier) découvert dès l'an 1681 par Kircb, et qui ressemble un peu à un 
vol d'oiseau. L'amiral Smyth en a fait en 1835 le petit dessin repro- 
duit ici {fig. 168). Le 18 septembre 1879, j'ai trouvé une différence 
sensible entre la réalité et ce dessin : l'étoile de l'amas était aussi bril- 
lante que les deux autres, et elle brillait 
non pas absolument dans l'intérieur, comme 
ici, mais vers l'extrémité ovale de l'amas, 
comme si elle s'était déplacée de la gaucbe 
vers la droite. Cette étoile est-elle en deçà 
ou au delà de la nébuleuse ? c'est ce qu'il 
est impossible de décider. Kirch la décrivait 
comme une étoile située en arrière, bril- 
lant à travers la nébuleuse et rendant celle- 
ci plus lumineuse. C'est le théologien Derham qui l'a résolue le pre- 
mier en étoiles, en 1733. 

La fameuse comète de 1811 a traversé cette constellation au mois 
de décembre de cette année impériale, et, pendant les observations de 




Fig.168.— Amas d'étoiles dans Antinous. 



LA FLECHE 



239 



Piazzi à l'Observatoire de Palerme, a donné lieu aune remarque assez 
singulière. Deux étoiles devant lesquelles cette fantastique visiteuse 
de l'immensité a étendu son immense atmosphère, les étoiles qui 
portent les n"' 149 et 197 du Catalogue de Piazzi (XX' heure) ont été 
vues, la première de 5° grandeur et la seconde de 9°. Or ces deux 
étoiles, vérifiées ensuite par l'astronome de Palerme lui-même, ne 
sont respectivement que de 7° 1/2 et 12' grandeur. Ainsi, en passant 
devant ces étoiles, l'atmosphère de la comète, au lieu d'en diminuer 
l'éclat, l'a considérablement augmenté. Je signale ce fait comme une 
curiosité assez difficile à expliquer. L'astronome se trouve ici dans la 
position du naturaliste, du physicien et du chimiste, qui ne peuvent 
pas toujours se rendre compte des causes auxquelles sont dus les effets 
qu'ils observent. 

Avant de quitter l'Aigle, remarquons au-dessus de lui, en allant 
vers le Cygne et la Lyre . 
une toute petite constellation 
(la plus petite du ciel) for- 
mée principalement par trois 
étoiles alignées en ligne 
droite, pour aboutir à deux 
autres qui semblent terminer 
ce même alignement. C'est 
la Flèche, et son acte de bap- 
tême n'est pas difficile à dé- 
couvrir. Cette flèche, dont la 
pointe est tournée vers l'o- 
rient, paraît lancée par un 
génie inconnu à travers la 
Voie lactée et prête à filer 
au-dessus du Dauphin. Levez 
les yeux, et vous la recon- 
naîtrez tous les soirs, de juil- 
let à octobre. 

Toute minuscule qu'elle ^''^ "'■ " ^' -"='^"^"°" "' '* ^'^'='"'- 

est, cette figure date des Grecs et des Romains, et nous avons deux 
mille ans d'observations à son égard. 





'Si ne'é: 


FLECHE 




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240 








LA 


FLECHE 














PRINCIPALES ÉTOILES 


DE 


LA CONSTELLATION 


DE LA 


FLÈCHE 






ÉTOILES 


-130 


+ 960 


1430 1590 




lb03 1060 1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


a 


5 


5 


5 4 




4 4 4 


4 


4.5 


4.5 


4,6 


P 


5 


5 


5 4 




4 4 4 


5 


4.5 


4.5 


4,5 


Y 


4 


4 


4 4 




4 4 4 


4.5 


4.3 


4.3 


3,8 


S 


5 


5 


5 5 




5 4 4i 


4 


4 


4 


4,3 


£ 













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6 


6 


6 


5,7 


c 


6 


6 


6 6 




6 6 6 


5 


5 


5.6 


5,5 


1 













6 6 6 


6 


5.6 


5.6 


5,5 


9 













6 6 


7 


6 


6 


6,2 



Il suffit de jeter un coup d'œil sur cette petite constellation pour 
s'apercevoir que les lettres données à ces huit étoiles ne correspon- 
dent ni à leur éclat actuel ni à leur disposition. Si a et p avaient été 
données aux deux étoiles voisines pour commencer la figure, y eût 
été donnée àla troisième, $ à la quatrième, et ainsi de suite. Il n'en est 
rien. Sur l'atlas de Bayer, a, (3 et y sont les trois plus brillantes, et sa 
dénomination est logique. Actuellement (août 1880), c'est y qui do- 
mine, avec un éclat frappant, pleinement de 4° grandeur, et même 
plus. Viennent ensuite ô, |3 et «. 

Donc a et (3, qui étaient aussi brillantes que y au temps de Bayer, ont 
diminué. Anciennement, elles lui étaient déjà inférieures. L'étoile 9, 
(au bout de la flèche), en remontant un peu, est actuellement à la der- 
nière limite de la visibilité à l'œil mi- 

En regardant ces étoiles, on remarquera que la ligne de P cà a pro- 
longée laisse à sa droite un bel amas, visible dans la plus faible 
jumelle. Il est composé d'étoiles de 6' à 10' grandeur, et produit un 
effet agréable dans une petite lunette ù large champ. Si, maintenant, 
on pointe une lunette sur la ligne qui joindrait 6 à Albireo, au quart 
de la distance à partir de 0, on tombe sur la nébuleuse Dumb-bell 
dont nous avons parlé plus haut (p. 208) : sa distance au nord-ouest de 9 
est à peu près la même que celle de 6 à y de la Flèche, et c'est à peu près 
un triangle rectangle. 

L'étoile i^ est une belle double, facile à trouver. Grandeurs des 
composantes : 5 1/2 et 9; écartement^8"6. Elles paraissent tantôt 
blanche et bleue, tantôt jaune et bleue, tantôt jaune et violette, tantôt 
jaune et rouge, tantôt bleue et violette : curieuses variations. C'est là 
un système physique en mouvement propre rapide (60" par siècle) ; 
mais le mouvement orbital de ces deux soleils l'un autour de l'autre 
est excessivement lent, et leur révolution autour de leur centre 
commun de gravité emploie certainement plus de dix mille ans pour 
s'accomplir. 




Fig. 170. — OpUluchus et le Serpent. — Aigle et Antlnoas. — Écu de Sobleskl. — Taureau 

de Foniatovrski. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 31 



242 



ETOILES MULTIPLES DANS LA FLÈCHE 



9 est triple. La plus brillante, que nous appellerons A, est de 
6" grandeur ; son compagnon le plus proche, B, est de 8"; l'autre, C, 
est de T. La distance de A à B est de 1 1", et celle de A à C est de 76"! 
On voit que ce groupe peut être observé comme le précédent dans les 
instruments de faible puissance. Le couple AB forme un système 
physique qui file rapidement devant C, immobile au fond des cieux. 

£ est une double très écartée : 6' et 8% à 92"; accessible à la plus 
petite lunette. 

Pour un champ très large, voir les étoiles 10 et 11, de sixièm'e 
grandeur sur un panorama céleste très riche. 




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Fig. 171. — L'étoile double X, Flèche. 



Fig. 172. — L'étoile triple 9 Flèche. 



Voir aussi l'étoile 13, également de sixième; elle brille comme une 
perle d'or au milieu d'un groupe charmant où l'on remarque une 
petite étoile toute rouge et un joli petit couple. Il y a aussi, non loin de 
là, au nord-ouest du n° 15, une belle étoile bleue. Du reste, cette région 
du ciel est vraiment d'une richesse extraordinaire, et les astronomes 
amateurs qui entreprendront de la visiter seront toujours émerveillés 
des heures agréables qu'ils passeront là. C'est surtout lorsqu'elle s'élève 
au zénith qu'elle étincelle de tous ses feux ; mais malheureusement, 
c'est la position la plus incommode pour observer dans une lunette, et 
l'on se prend parfois à regretter de n'avoir pas les yeux plantés sur 
le sommet de la tête. Ici letélescope se réclame de ses avantages et se 
montre bien supérieur pour les observations à faire au zénith. La 
nature humaine est si imparfaite qu'elle se fatigue assez vite des moin- 
dres difficultés. Aussi les amis de la science doivent-ils faire tous leurs 
efforts pour aplanir les obstacles qui peuvent rebuter les commençants 



LE TAUREAU DE PONIATOWSKI 2*3 



et pour ouvrir des chemins sans roches et sans épines. Il n'est pas 
donné à tout le monde d'avoir une lunette et un télescope, et c'est 
déjà beaucoup d'avoir l'un ou l'autre; car qui s'occupe de sciences, 
dans les classes sociales même les plus fortunées ? Quel est le rentier, 
quel est le châtelain, quel est l'homme du monde, quelle est la femme 
du monde, qui ne préfère l'ignorance au savoir? C'est étrange, assu- 
rément, mais c'est ainsi. Sur cent personnes qui pourraient facile- 
ment s'instruire et s'éclairer dans la connaissance des grands et 
sublimes problèmes de la nature, quatre-vingt-dix-neuf préfèrent 
l'ignorance, l'erreur et les illusions. Les futilités seules les occupent 
sérieusement et prennent tout leur temps : il ne leur reste pas une 
minute pour meubler leur esprit. Aussi quels vides incommensu- 
rables ! Un siècle de sondages n'en trouverait pas le fond. . . . Mais, pour 
en revenir aux constellations zénithales, le meilleur moyen de tour- 
ner la difficulté, eu l'absence du télescope, c'est de les observer à la 
lunette soit avant, soit après leur passage au-dessus de nos tètes. 

Nous allons arriver cà Ophiuchus, la dernière constellation qu'il 
nous reste à étudier avant d'atteindre le Zodiaque, et la plus compliquée 
de toutes. Mais il y a encore une petite figure qui nous arrête : c'est le 
Taureau de Poniatowski, dessiné entre l'Aigle et Hercule par l'abbé 
Poczobut, de Wilna, en 1777, en l'honneur du roi Stanislas de Po- 
logne, et représenté par Bode comme on l'a vu sur notre fig. 170, 
Quoique cet aimable ecclésiastique n'ait ajouté cette constellation à la 
sphère céleste qu'après en avoir demandé et obtenu l'autorisation de 
l'Académie des Sciences de Paris, je suis d'avis que c'est là une 
flatterie inutile, une complication superflue, et que ce que nous avons 
de mieux à faire aujourd'hui, c'est de prendre une bonne éponge, et 
d'eff"acer cet animal qui reste là depuis cent ans dans la plus singulière 
position, les pieds sur un serpent et le dos dans la Voie lactée. Suppri- 
mons-le donc, en rendant à l'Aigle, à Hercule et à Ophiuchus, les 
rares étoiles qu'on leur avait empruntées pour le composer. Il n'y a du 
reste là pas une seule étoile supérieure à la cinquième grandeur, pas 
une seule double accessible aux instruments de faible puissance, 
ni une seule nébuleuse en situation d'être présentée à l'illustratiop 
populaire. 

Faisons maintenant connaissance avec la vaste consteliauoK 
à'Ophiuchus ou du Serpentaire. La situation et le nom du person- 
nage semblent montrer qu'il n'est là que pour tenir un énorme ser- 
pent. Son nom à'Ophiuchus, comme celui de Serpentaire, n'a pas 
d'autre signification. C'était, du reste, un moyen ingénieux de réuni/ 



•244 I-A CONSTELLATION D'OPHIUCHUS 

en une même figure toutes les étoiles éparses dans cette région du 
ciel. 

Le meilleur moyen d'entrer en relation avec les étoiles de cette 
constellation est de mener par la pensée une ligne des trois caracté- 
ristiques de l'Aigle à Arcturus, ou, dans le cas où il serait couché, à 
la Perle de la Couronne boréale, étoiles que nous connaissons toutes 
intimement. Vers le milieu de cette ligne, on remarque deux étoiles 
assez brillantes : la première, de deuxième grandeur, esta Ophiuchus; 
la seconde, de troisième grandeur, est a Hercule, avec laquelle nous 



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çAnfarès 
Fig. 173.— Alignement pour trouver a Ophiuchas. 

avons déjà fait connaissance. Plus loin, sur le même alignement, on 
voit aussi l'étoile de deuxième grandeur p Hercule, au-dessous de 
laquelle, au sud-ouest, brille également y Hercule, de troisième gran- 
deur. 

On peut vérifier cet alignement par un autre : a Ophiuchus forme 
l'angle occidental d'un triangle équilatéral avec Véga et Altaïr. 
D'autre part, elle se trouve à peu près au milieu du chemin, entre 
Véga et Antarès du Scorpion au sud. Enfin, s'il restait quelque équi- 
voque dans l'esprit du lecteur, le dessin ci-dessus la ferait disparaître 
facilement. Ajoutons que cette constellation plane au-dessus de nos 



OPH menus ou LE SERPENTAIRE 



•2 '.5 



têtes de juin à octobre, se montrant à l'est en juin, au sud en août 
et à l'ouest en octobre. 

Une fois qu'on aura trouvé dans le ciel l'étoile a Ophiuchus, on 
reconnaîtra les autres étoiles de cette constellation cà l'aide de notre 

ng. 174. 



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Fig. 174. — Principales étoiles d Ophiuchus et tlu SerpenU 

Le tableau ci-après présente les principales étoiles qui la compo- 
sent, avec la comparaison des observations faites depuis deux mille 
ans. Plusieurs m'ont donné, je l'avoue, un assez grand embarras 
pour leur identification, et cette comparaison m'a montré que Bayer 
n'a pas observé lui-même cette région du ciel, car il est impossible 
d'admettre qu'elle ait subi depuis son époque tous les changements 
qui en résulteraient. Il y a surtout un groupe d'étoiles qui pourrait 
nous remplir de perplexité : c'est celui des étoiles 6, l, o, iv. A, b et c de 
la carte de Bayer. La différence est telle qu'on n'imaginerait pas qu'il 



246 



LA CONSTELLATION D'OPUIUCHUS 



s'agisse là du même canton de la sphère céleste. Du reste, déjà, à Paris, 
il nous est assez difficile de bien observer cette région, car elle ne 
s'élève qu'à une faible hauteur au-dessus de notre horizon du sud, et 
pendant la courte durée de son apparition (août), le crépuscule, le 
clair de lune, les brumes ou les nuages, réduisent de beaucoup les 
heures d'observation. Bayer a eu les mêmes difficultés à Augsbourg. 
(Mais tout en concluant qu'il n'a pas vérifié personnellement ce groupe, 
cela ne prouve en rien qu'il n'ait pas observé toutes les autres constel- 
lations faciles à vérifier pour la latitude qu'il habitait.) 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



OILES 


-127 


+ 960 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


ISOO 


1840 


1860 


1880 


o. 


3 


3 


3 


3 


2 


2 


2 


2 





2 


2,0 


p 


4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,0 


Y 


4 


4 


4 


3 


3 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


3,8 


8 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,1 


E 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


4 


34 


3 


3.4 


3.4 


3,4 


l 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.2 


3.2 


3,0 


» 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


2.3 


2.3 


2.3 


2,7 


S 


4.3 


4.3 


4 


4 


3 


6 


3f 


3.4 


3.4 


3.4 


3,7 


t 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4.5 


4,4 


X 


4 


4.3 


4 


4 


4 


3 


4 


4 


3.4 


3.4 


3,4 


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4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


3,8 


V- 


4 


5.4 


5 


4 


4 


4 


51 


5 


5.4 


5.4 


4,7 


1 


4.5 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


3,6 


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4.3 


4.5 


4 


4 


4 


3 


4 


4.5 


5 


5 


5,0 


P 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,0 








6 








5 


5 


5 


4.5 


5 


4.5 


4,9 


X 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,2 


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5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,3 


f 


5 


5 


5 


4 


5 


4 


4 


4.5 


5 


5 


4,6 


X 


5 


5 


5 


4 


5 


4 


6 


5 


6 


6 


4,7 


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5 


5 


5 


4 


5 


4 


5 


5 


5 


5 


4,8 


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5 


5 


5 


4 


5 


4 


5 


5 


5 


5 


4,7 


36 A 


4 


4.5 


4 


4 


5 





51 


4.5 


5 


5 


5,5 


44 h 


4 


4.5 


4 


4 


5 


5 


5 


5.6 


5 


5 


4,7 


50 c 


5 





5 


5 


5 





6 


5 


5 


5 


5,5 


45 d 














5 





6 


5 


5 


5 


4,6 


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6 








6 


5 


5 


5,7 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


20 





5 











5 


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5 


5 


5 


5,0 


30 

















5 


6 


6 


5 


5 


5,5 


41 

















5 


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4.5 


5 


5 


5,1 


P. XVII, 99 














5 





5.6 


5.4 


5.4 


4,9 


58 


5 


5 


5 


5 








6 


5 


5 


5 


5,4 


66 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


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5 


5 


5 


5,2 


67 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4 


4 


4 


4 


4,5 


68 


4 - 


4 


4 


4 


5 


4 


4 


5.6 


4.5 


5.4 


4,7 


70 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4 


4.5 


4.5 


4.5 


4,4 


71 














6 


5 





G 


5 


5 


7,0 


72 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4 


4 


3.4 


3.4 


3,6 


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B 





G 


6 


5 


5 


5,5 



LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS 247 

Je reproduis ici, comme document instructif, quatre dessins de ce 
groupe, qui montrent quelles incohérences existent encore aujourd'hui 
dans les cartes astronomiques et quelles difficultés s'opposent parfois 
à la sûreté des identifications (c'est ce qui amène souvent des lon- 
gueurs inattendues et des retards désespérants dans des travaux de 
la nature de celui-ci). Le premier de ces dessins est celui de Bayer 




Fig. I7Ô. — Variations dans les cartes célestes. 

(1603), le second, celui de l'atlas de Flamsteed (1753), le troisième, 
celui de l'atlas de Bode (1800); le quatrième représente l'état réel 
actuel du ciel. Cette comparaison montre que le groupe de Bayer 
n'existe pas. Et il n'a jamais existé, car dès le dixième siècle de notre 
ère, l'astronome persan Ald-al-Rahman al-Sûfi décrivant le ciel d'après 
ses propres observations, signale ces étoiles dans l'ordre suivant : 

« La 12° (k)) se trouve sur le genou droit; c'est une brillante étoile de la 
3» grandeur, située au bord occidental de la petite branche de la Voie lactée. La 
13° (l) se trouve au-dessous, vers le sud : elle est des moindres de la 4" grandeur. 
La 14° (A) est la précédente des quatre étoiles qui se trouvent dans la jambe 
droite, c'est aussi une petite de la 4° grandeur. La 15° (6) suit immédiatement; 
c'est une brillante de la 4°. La 16° [b] incline un peu vers le nord ; elle est des 
moindres de la 5°. La 17° (c) la suit de très près et est des moindres de la 5°. Ces 
quatre étoiles sont dans la jambe droite. La 18° (58) suit ces quatre étoiles immé* 
diatement, inclinant un peu vers le nord ; elle est aussi des moindres de la cin- 
quième. » 

Cette description correspond encore à peu près à l'état actuel du 
ciel. Une légère différence provient du mouvement propre de A qui 
emporte rapidement cette étoile vers le sud-sud-ouest en l'éloignant 
de 9; mais depuis le temps de Sùfi, depuis 920 ans, le déplacement 
n'a été que de 19' 28" ou de moins d'un tiers de degré. 



248 OI'HIUCHUS. - L'CTOILE TEMPORAIRL; DH 1604 

L'étoile iï de Bayer n'existe pas et n'a jamais existé. Cette lettre 
doit donc être effacée de la constellation. Cependant on la voit encore 
sur beaucoup de catalogues et de cartes modernes. L'étoile ode Bayer 
n'existe pas davantage. On a donné cette lettre à l'étoile du n" 67 de 
Flamsteed, située dans le groupe que l'on voit à gauche de y; c'est 
encore là une équivoque nuisible. L'étoile appelée depuis 6 ne corres- 
/ pond pas à la position de celle qui porte cette lettre sur l'atlas de 
Bayer. Celui-ci a pris dans le catalogue de Tycho-Brahé plusieurs 
étoiles qui étaient marquées comme ayant une latitude boréale, tandis 
qu'elles en avaient une australe. L'étoile ^ a été appelée ppar Flam- 
steed, 6 par Bode, et les astronomes suivants ont tout simplement 
supprimé la lettre pour couper court à tout embarras, sans paraître 
s'apercevoir que loin de le diminuer, ce procédé l'augmentait encore. 

Au milieu d'une telle confusion, dont on pourrait trouver plusieurs 
exemples en d'autres points de cette constellation, il est difficile de 
décider sur la variabilité de ces étoiles. Ainsi, 6 paraît variable si l'on 
compare Hévélius (1660) à Bayer (1603) et à Tycho (1590); mais sur 
l'atlas d'Hévélius, il y a là la même incertitude que sur les autres. 
L'étoile [1. paraît varier de 4 à 5 1/2; elle est à peine plus brillante en 
ce moment (août 1880) que sa voisine p, xvii, 99, qui varie sans 
doute aussi elle-même. L'étoile ?, paraît diminuer d'éclat. L'étoile X a 
été vue de A' par Tycho; de 5' par Sùfi, Ulugh Beigh, Piazzi ; de 6" 
par Flamsteed, Argelander, Heis; elle est actuellement de 4,7. 
L'étoile 36 A varie de 4 à 6. L'étoile 45 d n'a été notée que de sixième 
par Flamsteed et surpasse aujourd'hui la cinquième. Enfin l'étoile 71 
a diminué d'éclat jusqu'à devenir invisible à l'oeil nu. 

Deux étoiles temporaires ont brillé, en 1604 et 1848, dans cette 
constellation d'Ophiuchus. La première a été observée par Fabricius, 
et par Kepler qui écrivit un ouvrage entier sur elle : De stellà nova in 
pedeSerpentàrii. Comme la fameuse étoile de 1572 dont nous avons 
rapporté l'histoire en décrivant la constellation de Cassiopée, elle sur- 
passait, le jour de son apparition (10 octobre 1604), les étoiles de 
première grandeur et Jupiter lui-même, atteignant presque l'éclat de 
Vénus. Sa scintillation était d'une vivacité extraordinaire. En jan- 
vier 1605, elle était encore plus brillante que Antarès, mais un peu 
inférieure à Arcturus. Elle descendit à la deuxième grandeur en fé- 
vrier, à la troisième en mars, puis l'observation devint impossible, 
cette région du ciel disparaissant alors au-dessous de l'horizon. 
Lorsqu'on la rechercha six mois plus tard, elle avait disparu pour 
l'œil nu; il était d'ailleurs impossible de la suivre au delà de la vision 



OPHIUCHUS. — L'ÉTOILE TEMPORAIRE DE 1604 'i49 



naturelle, les lunettes n'ayant été inventées que quatre ans plus tard. 
Elle a dû tomber progressivement à la neuvième grandeur au moins, 
car on n'a jamais revu en ce point du ciel aucune étoile supérieure à 
ce faible éclat : notre fig. 176 représente la marche la plus probable 
de cette curieuse diminution de lumière. Sa position n'a pas été déter- 
minée avec autant de précision que celle de l'étoile de 1572; le lieu le 
plus sur est situé par 17" 23"° d'ascension droite et 21° 22' de décli- 
naison australe, entre les étoiles l et 58, et justement près du groupe 
perplexe dont nous parlions tout à l'heure (voy. notre fig. 174). On 
ne voit là en ce moment aucune étoile supérieure à la 9' grandeur 
(16 872 du Catalogue d'Œltzen). Ceux d'entre nos lecteurs qui aiment 




Fig. 176. — Variation d'éclat de l'étoile temporaire de 1604. 

le ciel et qui ont une assez bonne lunette en leur possession seraient 
bien inspirés de la diriger de temps en temps vers ce point : ils pour- 
raient assister à la résurrection de cet astre et attacher leur nom à 
une découverte intéressante. 

Non loin de là, entre ■/) et C, ou, plus exactement, entre -/i et 20 
voy. notre fig. 174), une étoile de quatrième grandeur et demie fut 
observée par l'astronome anglais Hind le 28 avril 1848. On la„vit 
à l'œil nu jusqu'au 1 1 mai; puis elle tomba au-dessous de la sixième 
grandeur; au mois de juillet elle atteignait la septième; au mois de 
jum 1849 on l'observa de dixième, et depuis 1850 on la voit de onzième. 
Elle se trouve à 16" 52" et 12» 42'. Intéressante à rechercher, comme 
la précédente. 

Cette constellation renferme trois autres étoiles variables, R, S et 
T; mais elles ne sont jamais visibles à l'œil nu et ne peuvent être 
trouvées qu'à l'aide d'instruments montés en équatoriaux. 

Il importe maintenant de signaler ici plusieurs systèmes multiples 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 32 



250 CURIEUX SYSTÈME STELLAIRE DANS OPHIUCHUS 



- extrêmement curieux et dignes de fixer l'attention du philosophe comme 
celle de l'astronome. Regardez l'étoile A, l'occidentale de ce même 
groupe dont nous parlions ; pointez une lunette sur elle, vous la verrez 
double, accompagnée d'une étoile de 6° grandeur, écartée à 4", 3. 
(L'étoile A varie de la quatrième à la sixième grandeur, ce qui fait que 
parfois les deux étoiles sont égales : ainsi les ai-je observées en 1877.) 
C'est là un couple fort curieux ; il est emporté dans l'espace par un 
mouvement propre rapide de i",27 par an, ou de 127" par siècle, 
dirigé vers le sud-sud-ouest; et ce qu'il y a de plus remarquable, 
c'est qu'une étoile voisine, de septième grandeur, située à 14' de dis- 
1 tance (presque la moitié du diamètre apparent de la lune), est em- 
I portée dans l'espace par le même mouvement, de sorte que nous 
i avons là un système stellaire formé d'un soleil double et d'un soleil 
' simple, qui sont en réalité extrêmement éloignés l'un de l'autre, sûre- 
ment à des milliards de lieues. 

Par une bizarrerie assez malheureuse, la limite des deux constella- 
tions d'Ophiuchus et du Scorpion passe juste entre ces deux étoiles, 
pourtant si voisines dans le ciel, et, tandis que la première, la double^ 
porte la lettre A d'Ophiuchus, la seconde, celle de septième grandeur, 
porte le n" 30 de la constellation du Scorpion. 

Il y a, près du couple A Ophiuchus, une étoile double très écartée ; 
je l'ai observée avec soin pour savoir si elle ferait aussi partie du 
système ; elle ne partage pas le mouvement propre rapide dont nous 
avons parlé, et par conséquent c'est là une étrangère que les hasards 
seuls de la perspective ont placée là. 

On distingue aussi, entre A Ophiuchus et 30 Scorpion, une minus- 
cule étoile de douzième grandeur, que j'ai examinée dans le même 
• but. La comparaison des observations que j'ai faites en 1877 avec 
celles de l'amiral Smyth en 1835 semble montrer que cette petite 
étoile n'est pas perdue dans le fond de l'infini, comme l'apparence 
l'indiquerait, mais qu'elle est emportée dans l'espace par le même 
mouvement propre , de sorte que nous aurions là un système stellaire 
composé de quatre étoiles. 

Notre fig. \n montre l'aspect de ce groupe d'étoiles et la direction 
certaine des deux principales, A Ophiuchus et 30 Scorpion. 

Depuis la première mesure précise, qui date de 1822, le compa- 
gnon de A a tourné de 125 degrés, en se rapprochant de A et en 
décrivant une ligne droite. Il n'est pas certain qu'il accomplisse une 
révolution complète, et nous pourrions avoir là un cas analogue à 
celui de la 61" du Cygne. S'il y avait là une orbite régulière, la période 



CURIEUX SYSTÈME STELLAIRE DANS OPHIUCHUd 25! 

pourrait être de 840 ans environ. Quant au cycle immense du grand 
système de A Ophiuchus et de 30 Scorpion, s'il existe, il ne peut être 
que de plusieurs centaines de milliers d'années. Quelles que soient, 
d'ailleurs, sa nature et sa destinée, ce système stellaire, le premier qui 




Fig. 177.— Système stellaire formé par les étoiles A Ophiuchus et 30 Scorpion. 

nous ait été révélé par l'observation, transporte notre pensée au sein 
de ces régions profondes d'oîi la Terre disparaît dans le néant de son 
imperceptibilité. 

Dans la même constellation, observez le groupe d'étoiles situé à 
l'est (ou à gauche) de (3 et y. Dans ce groupe, l'étoile qui porte le n" 70 
est l'une des étoiles doubles les plus intéressantes du ciel tout entier. 
Nous connaissons sa distance, 
la durée exacte de sa révolu- 
tion, et, ce qui eût plongé les 
philosophes de l'antiquité dans 
une admiration indicible, nous 
connaissons aussi son poids; 
c'est l'un des rares soleils étran- 
gers à notre système que nous 
ayons pu peser. Ce système se 
compose de deux étoiles, Tune 
de 4° grandeur et demie, l'autre 
de 6% d'une nuance rougeâtre 

toutes deux. Lorsque William 

Herschel l'observa pour la pre- ~n~ 

mière fois en 1779, la petite Fig. ns. - Létoiie double 7o ophiuchus. 

étoile était juste à l'est de l'étoile principale, à 90» en comptant à 
partir du nord. Elle y est revenue en 1872. La durée de la révolution 




252 



LE POIDS D'UNE ÈTÛILli 



se trouve être ainsi directement démontrée, ou, pour mieux dire, 
montrée, par l'observation elle-même : elle est de près de 93 ans, 
exactement de 92 ans 9 mois. 

La distance angulaire entre les deux composantes varie considéra- 
blement dans le cours de la révolution. Ainsi, en 1847 la petite étoile 
se trouvait à 6",6 de la grande ; depuis, la distance a diminué réguliè- 
rement; actuellement (1880) elle n'est plus que de 3",0 et elle va con- 
tinuer de diminuer d'année en année. 

J'ai tracé (fig. 179) l'orbite apparente, telle que nous la voyons do 




fi$. 179. — OrbitK apparente de l'étoile double 70 Opliiuchus. 
la^ Rév"lutiun . su > tn„ 




Fig. ISO. — Orbite absolue du même système. 



la Terre, et {fig. 180) l'orbite réelle telle que nous la verrions de face. 
Tandis que l'excentricité de la première s'élève à 0,91, celle de la 
seconde n'est de 0,39. 

La parallaxe adoptée de cette étoile double (0", 168) correspond à 



LE POIDS D'UNE ETOILE 253 

une distance égale à 1400000 fois celle du Soleil. A cet irameuse 
éloignenient, le rayon de l'orbite terrestre étant réduit à l'angle pré- 
cédent, le grand axe de l'orbite de ce système, qui est de 9",76, repré- 
sente 2150 millions de lieues, et la moitié, ou la distance moyenne 
qui sépare ces deux soleils, représente 1075 millions de lieues. C'est 
un peu moins que la distance de Neptune au Soleil. Or nous savons 
par les principes de la Mécanique céleste que plus un soleil est lourd, 
plus il est énergique, et plus il fait tourner vite un corps qui gravite 
autour de lui. Si le soleil double d'Ophiuchus avait la même masse 
que notre soleil, la petite étoile tournerait autour de la grande à peu 
près dans le même temps que Neptune emploie à parcourir sa révo- 
lution autour du Soleil, c'est-à-dire 164 ans (un peu moins, puisque 
la distance est un peu moindre). Mais la révolution n'est, disons-nous, 
que de 92 ans et 9 mois. Nous en concluons, par une proportion 
mathématique, que le soleil d'Ophiuchus pèse presque trois fois plus 
que celui qui nous éclaire, sa masse étant à celle de notre soleil 
dans le rapport de 285 à 100. Comme nous savons d'autre part que 
le Soleil pèse 324 480 fois plus que la Terre, il en résulte que cette 
petite étoile, que nos yeux distinguent à peine au milieu des constella- 
tions, pèse à peu près autant que neuf cent vingt-cinq mille globes 
terrestres réunis ensemble. Tout simple qu'il est, ce fait n'est pas sans 
éloquence. 

Ce remarquable système est emporté dans l'espace par un mouve- 
ment propre de 1", 1 par an, qui correspond à une vitesse de 141 mil- 
lions de lieues au minimum, pour la translation commune de ces deux 
soleils jumeaux à travers l'immensité. 

(Cette étoile est ordinairement désignée par les astronomes sous 
la lettre 23 ; c'est une erreur, 
qui provient sans doute ^ s. s^ i^ 

d'une inscription provisoire S-o o — ~.^| ., [' 

de Flamsteed ; il vaut mieux """^--■- , s ! 
supprimer cette lettre inu- "^V- 

tile, puisque les lettres pré- ^^^ /^l "* 



ccdentes manquent à la ^^ 

constellation.) !ja9\'^"^ 

Les deux remarquables | 

systèmes dont nous venons i^ 

de parler sont certainement ^ , ,, ^w u 

'■ Fig. ISl. — Orbite parcourue par letoUe double T Opniucnus. 

les plus intéressants de la 

constellation; cependant il en est d'autres qui méritent aussi une 



254 OPHIUCHUS ET LE SERPENT 

attention spéciale. Les amis du Ciel, ou « astrophiles », comme on 
les appelait au siècle dernier, qui ont à leur disposition une bonne 
lunette, pourront la diriger sur l'étoile ), : c'est une gentille petite 
étoile double; couple très serré ; 4° et 6° grandeur, 1" | d'écartement 
— système orbital, qui a déjà tourné de 140° depuis sa découverte 
en 1783, et qui accomplit sa révolution entière en 233 ans. 

Beau système aussi dans l'étoile t : 5° et 6°; écartement = 1",8. 
Déjà 280° parcourus depuis 1783, suivant l'arc d'ellipse assez curieux 
tracé sur la figure précédente : la seconde étoile va descendre, tour- 
ner et revenir vers le lieu qu'elle occupait en 1783; elle y arrivera 
sans doute vers l'an 2000, car la période paraît être de 218 ans. — 
Ces dates des premières mesures d'étoiles doubles, de 1779 à 1783, 
reviennent à chaque instant dans cet examen général du Ciel; 
c'est à elles que nous devons de pouvoir aujourd'hui nous rendre 
compte de ces périodes. Qui pourrait n'être pas transporté de recon- 
naissance envers le patient et persévérant astronome auquel nous 
devons ces premières mesures? qui pourrait ne pas conserver avec 
vénération dans son cœur le nom immortel de William Herschel qui, 
à lui seul, par ses travaux personnels, a plus fait à son époque pour les 
progrès de l'Astronomie — et de la Philosophie — que tous les obser- 
vatoires officiels réunis ! 

Dirigez aussi une lunette vers l'étoile 67 (non loin de 70) : couple 
écarté; 4° 1/2 et 8°; distance = 55". Le plus faible instrument suffit. A 

une faible distance à l'ouest-sud-ouest, on 
voit une belle étoile orange, de septième 
grandeur. 

P : 5" et 7° 1/2 — 3", 8 — jaune et bleue. 
A 3 degrés au nord d'Antarès. 

Au-dessus de 9, observer l'étoile 39 : 5M/2 
et T 1/2 — 12" —jaune et bleue. 

Pointez une lunette vers (3, au nord-est : 
très brillant amas, perceptible à l'œil nu. 
Fig. 182. - Amas aetoues II y en a une autre au sud-ouest de y, à 

dans ophinchus. euvirou 6° 1/2. Cherchez à l'aide d'une lu- 

nette à champ très large. C'est l'amas Messier 14, représenté sur 
notre ftg. 182. Curieux par sa vivacité et par la richesse stellifère du 
ciel sur lequel il se projette. Il doit être éloigné de nous à une distance 
vraiment incommensurable. 

On voit que cette vaste constellation d'Ophiuchus ne manque pas 
de spectacles intéressants pour le contemplateur du Ciel. Il nous reste 




OPHIUCHUS ET LE SERPENT 255 

pour en compléter l'étude générale, à reconnaître les étoiles alignées 
en ligne sinueuse qui ont donné naissance à la figure du long serpent 
que ce personnage tient à la main. Ces étoiles ont reçu des lettres 
indépendantes de celles d'Ophiuchus et ont été traitées comme une 
constellation spéciale. Les voici, inscrites au tableau suivant, avec 
les observations d'éclat faites depuis deux mille ans. 



PRINCIPALES ETOILES DE LA CONSTELLATION DU SERPENT 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION. 



DILES 


-127 


+ 960 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


186C 


I8S0 


a 


3 


3 


3 


2 


2 


2 


2 


2.3 


2.3 


2.3 


2,6 


p 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3.4 


3,3 


T 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


4.3 


4.3 


3,8 


8 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3,3 




3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


3,7 




4 


4 


4 


3 


3 


3 


5 i 


5 


5 


5 


4,8 




4.3 


4.3 


4 


3 


3 


3 


3 


4 


3 


3 


3,4 




4 


4 


4 


3 


3 


3 


3 


4.5 


4.3 


4.3 


4,4 




4 


4 


4 


5 


4 


5 


5 


5 


5.4 


5.4 


4,9 




4 


5 


5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,0 




4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4.5 


4.5 


4,7 




4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


3.4 


3.4 


3,3 




4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


5.4 


5.4 


4,6 




4.3 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4.3 


4.3 


3,7 




4 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


4.5 


5.4 


5.4 


4,7 




4 


4.5 


4 


4 


5 


4 


4 


4.5 


5.4 


5.4 


4.7 




4 


4.5 


4 


3 


5 


4 


5 


5 


5 


5 


4,8 
















5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,4 
















6 


6 


6 


5.6 


6 


5 


5,5 


« 














6 





6 


6.7 


6 


6 


6,0 


? 














6 





7 


6 


6 


6.5 


6,0 


X 





5 








6 





R 


5.6 


6 


6.5 


5,8 


+ 














6 


6 


6 


6 


6 


6.5 


6,2 


0> 














6 


6 


6 


6 


6 


6.5 


5,7 


A 














6 





6 


6 


6 


6 


5,8 


b 





6 








6 





6 


6 


5 


5.6 


5.6 


c 














6 





i; 


6 


6 


6 


5,9 


d 














6 





G 


5.6 


6 


6 


5,6 


e 














6 





6 





6 


6 


6,1 


R 





























var. 


var. 


5 














6 





6 


5.6 


5 


5 


5,2 



On pourra facilement reconnaître ces étoiles dans le ciel à l'aide de 
noire fig. 174. La tête du Serpent, dessinée par le triangle des étoiles |3, 
y et y., se trouve au sud de la Couronne boréale. On trouve ensuite, en 
descendant vers le sud, $, « (accompagné de ;i), s et fx. Puis, en se diri- 
geant vers l'est, on passe par les étoiles voisines $ et s, qui forment la 
main gauche d'Ophiuchus, et, fort loin à l'est, on trouve v, l et o. 
Enfin, au delà de deux autres étoiles qui marquent la main droits 



K(, LA CONSTELLATION DU SERPENT 

d'Ophiuchus, en remontant vers le nord-est, entre les deux branches 
de la Voie lactée, on trouve la queue du Serpent, dessinée par, 
les étoiles Ç, n et 9. Cette dernière étoile se trouve tout près de l'Aigle, 
perpendiculaire à la ligne des trois étoiles de l'Aigle et à trois fois la 
distance de fx. On remarquera aussi que près de la tête du Serpent il 
n'y a pas moins de huit étoiles qui portent la lettre t. 

Parmi ces étoiles, K offre de remarquables fluctuations d'éclat. 
Actuellement de 4,8, elle n'a été estimée que de 5' 1/2 par Flamsteed, 
tandis que Tycho-Brahé, Bayer et Hévélius l'ont notée de 3^ 

Il en est de même de 9, sur une échelle moindre. Elle n'est actuelle- 
ment que de 4" |, tandis qu'elle était supérieure à la quatrième il y a 
vingt ans, et de troisième en 1700, 1660, 1603 et 1590. 

p a été notée de 3° par Tycho, de 4° par Hipparque ; elle est actuelle- 
ment de 5^ 

La dernière étoile de la liste précédente augmente lentement 
d'éclat : elle était égale à ses voisines, de 6° grandeur, au temps de 
Tycho et de Bayer : elle appartient maintenant au cinquième 
ordre. 

On remarquera aussi (dans la tète, entre p et y ) l'étoile R, qui varie 
régulièrement de 5, 7 à 12 dans une période de 359 jours. Le maximum 
arrive quelquefois à 5, 7, quelquefois à 6, 0, quelquefois seulement à 
6,7; le dernier est arrivé le 9 février 1880. — Ajoutons en termi- 
nant que cette constellation possède deux autres étoiles variables 
régulières, S et T; mais celles-ci ne sont jamais visibles à l'œil 
nu. 

Etoiles doubles intéressantes et faciles à observer : 

9 : 4° I et 5% à 21"; le plus faible instrument la dédouble. Intéressante 
à suivre pour savoir si elle varie rapidement : le compagnon, de 
5° grandeur, brille à l'est et peut sei-vir de point de comparaison. Ce 
couple est fixe depuis l'an 1755 que nous ne le quittons pas des yeux. 
C'est néanmoins un système physique, car les deux étoiles qui le 
composent, tout en restant stationnaires l'une par rapport à l'autre, 
sont emportées dans l'espace par un mouvement propre commun assez 
rapide. Cette étoile est au bout de la queue du Serpent, et nous en 
avons déjà parlé. On peut aussi, pour la trouver, savoir qu'elle est à 
peu près au milieu de la ligne menée du groupe de 66, 67, 68 et 70 
Ophiuchus à Altaïr. 

â : 3' I et 5% à 3"5. Le compagnon varie, car souvent les deux 
composantes ont été notées d'égale grandeur. Système orbital en 
mouvement assez lent : 40° parcourus depuis 98 ans ; la révolution 



LA CONSTELLATION DU SERPENT 



25? 



entière doit demander quelque chose comme neuf siècles pour s ac- 
complir. Au nord de a, dans le cou. 

V, au nord de n Ophiuchus et | Serpent : 4,6 et 9, à 51". 

5. à l'ouest d'une ligne menée de « à [*. : 5° et 10% à 10". 




Fig. 183. — L étoile double 6 du Serpent. 



Fig. 1S4. — L'étoile double 5 du Serpent. 



Tout près de cette dernière étoile, au nord-ouest, on trouvera une 
magnifique nébuleuse, ou pour mieux dire un splendide amas d'étoiles, 
ordinairement classé dans la Balance, et qui 
porte le n° 5 du Catalogue de Messier {fig .185). 
William Herschel y a compté deu.x cents 
étoiles, et lord Rosse y a remarqué des bran- 
ches courbées en spirales. La richesse stel- 
laire est si considérable au centre que l'énu- 
mération devient impossible. 

A l'est-nord-est du groupe de 66, 67, 6iS 
et 70 Ophiuchus, entre 72 Ophiuchus et du 
Serpent, très bel amas, perceptible à l'œil nu. 
A observer dans une lunette munie d'un faible oculaire et d'un 
champ large. 

En général, pour chercher dans le ciel les nébuleuses, et même les 
étoiles, il faut se servir de l'oculaire le plus faible, de l'oculaire ter- 
restre, car rien n'est plus difricile pour les commençants que de 
faire arriver l'astre désiré dans le champ de l'instrument, cà moins 
qu'il ne s'agisse d'une étoile de première ou de deuxième grandeur. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. -33 




Fig. 185. — Amas d'étoiles 
dans le Serpent. 



258 LA CONSTELLATION DU SERPENT 

L'important est d'abord d'assujettir solidement la lunette sur un pilier 
ou sur une table qui ne remue pas. Puis, lorsqu'on est arrivé au but, 
on peut retirer doucement l'oculaire faible pour lui en substituer un 
plus fort, et il n'y a aucun inconvénient à ce que le second renverse 
les images quand l'astre est dans le champ ou tout près de lui. Je parle 
pour les commençants, qui n'ont à leur disposition qu'un faible 
instrument, car toute lunette un peu forte est munie d'un chercheur, 
destiné précisément à résoudre cette difficulté. 

Les cartes partielles qui ont été données ici pour chaque constel- 
lation permettent de trouver toutes les étoiles et toutes les curiosités 
célestes signalées dans notre description. Mais il est presque indis- 
pensable d'avoir pris soin de procéder exactement comme nous l'avons 
fait, d'avoir commencé par le nord, et d'avoir reconnu les constella- 
tions dans l'ordre où nous les avons étudiées. Les figures les plus 
importantes pour cette étude générale du ciel sont celles des pages 
15, 24, 16, 50 {fig. 28), 65 {fig. 40), 83, 89, 102, 132, 137, 154, 159, 
166, 171, 177, 191, 211, 214, 223, 232, 239, 244 et 245. En réu- 
nissant ces figures on constitue un atlas complet de cette région 
du ciel. Ces cartes et ces alignements représentent toute l'étendue 
située au nord du Zodiaque, et l'on pourra toujours, en les étudiant 
successivement, et en les appliquant directement à l'examen du ciel, 
apprendre à reconnaître les constellations qui passent au-dessus de 
nos têtes. Cependant il y a un avantage considérable à posséder 
toutes ces constellations réunies sur une même carte, d'abord parce 
que les exigences du format n'ont pas permis de tout dessiner à 
la même échelle, ensuite parce que les constellations voisines s'ai- 
dent mutuellement pour la reconnaissance qu'on en veut faire. 
Je n'ai donc pas été surpris de voir un grand nombre de lecteurs 
réclamer une Carte générale du Ciel comme complément de notre 
description. Mais pour qu'elle rende tous les services qu'on am- 
■bitionne, il est nécessaire qu'elle soit très grande, c'est-à-dire d'une 
jétendue fort supérieure au format de cet ouvrage, et construite de 
telle sorte qu'elle puisse être facilement et rapidement consultée. 
Cette grande carte uranographique est en préparation, et elle sera 
publiée à la fin de ce Supplément. Elle contiendra toutes les étoiles' 
de la première à la cinquième grandeur inclusivement, ainsi que les 
étoiles intéressantes de la sixième, avec les alignements nécessaires 
et toutes les indications utiles; mais il serait assurément superflu 
de la surcharger des figures mythologiques, car il importe avant 
tout d'y faire régner la plus grande clarté possible. Nous n'avons du 



LA DESCRIPTION GÉNÉRALE DU CIEL 259 

reste reproduit ces figures dans nos descriptions détaillées que pour 
répondre à une curiosité bien légitime sur les causes de ces dénomi- 
nations plus ou moins bizarres de la géographie céleste, et parce 
qu'il y a toujours un intérêt historique à suivre les fluctuations de la 
pensée humaine dans toutes ses œuvres. Mais cet aspect est sans 
importance réelle au point de vue scientifique, et lorsqu'il s'agit de 
reconnaître les étoiles dans le firmament et de les étudier, soit à l'œil 
nu, soit à l'aide d'instruments, ces figures sont plus embarrassantes 
qu'utiles, et la pratique montre qu'il y a avantage à se servir de 
préférence des tableaux ou des cartes qui en sont dépourvus. 

Mais nous voici arrivés au Zodiaque. Abordons sans tarder l'étude 
de ses mémorables constellations. 



CHAPITRE XI 



Les constellations du Zodiaque. — Les Poissons. — Le Bélier. 



Les constellations du Zodiaque forment une ceinture qui fait le tour 
entier du ciel. Si l'on trace sur la sphère céleste la ligne suivie par le 
soleil dans son cours annuel apparent autour de la Terre, cette ligne 
est l'écliptique ; elle marque en réalité le plan dans lequel notre pla- 
nète se meut autour de l'astre du jour. En tournant autour de la 
Terre, la Lune suit à peu près la même ligne ; son inclinaison est de 
5 degrés, c'est-à-dire qu'elle ne s'écarte, au maximum, qu'à 5 degrés 
de part et d'autre de l'écliptique. Les planètes tournent autour du 
Soleil, comme la Terre, à peu près aussi dans ce même plan : la plus 
inclinée, Mercure, ne s'en écarte qu'à 7 degrés. Les figures du Zodiaque 
sont en quelque sorte à cheval sur l'écliptique, se suivant, de l'ouest 
à l'est, dans l'ordre suivant : 

Poissons. — Bélier. — Taureau. — Gémeaux. — Cancer. Lion. 

Vierge. — Balance. — Scorpion. — Sagittaire. — Capricorne. — Verseau. 

On en a déjà vu l'aspect général dans l'Astronomie populaire, 
p. 691 ; mais il importe maintenant d'entrer dans le détail de chaque 
constellation. 

Cette ceinture est inclinée de 23° sur l'équateur, comme l'éclip- 
tique, naturellement. Ce n'est donc pas l'étoile polaire qui est au pôle 
de l'écliptique ou du Zodiaque, puisqu'elle marque le pôle de l'équa- 
teur; le pôle de l'écliptique se trouve, comme nous l'avons Ya, dans 
la constellation du Dragon, entre les étoiles ^ et $. 

On pourrait appeler le Zodiaque « la voie des mondes » de notre 
système. En effet, la Lune suit régulièrement son cours, qu'elle re- 
nouvelle chaque mois depuis des siècles et des siècles, sans jamais être 
sortie du chemin zodiacal. C'est dans la même voie que la blanche 
Vénus étincelle, étoile du matin ou du soir. C'est elle que .Jupiter 
illustre de son éclat si majestueux. C'est sur le même passage que la 
planète Mars lance ses ardeurs ; et c'est également le long du 
Zodiaque que le vieux Saturne se traîne à pas lents. Voie triomphale 



I 



LES CONSTELLATIONS DU ZODIAQUE 



Î61 



des mondes de notre système, sa contemplation et son étude se doublent 
pour nous d'un intérêt spécial, car, en dehors de ses richesses sidérales, 
c'est toujours vers elle que nos regards devront se diriger lorsque 
nous aurons à chercher une planète quelconque, lorsque nous vou- 
drons observer une curiosité planétaire de notre grande famille : 
aujourd'hui les bandes nuageuses de Jupiter ou son cortège de quatre 
satellites, demain l'anneau mystérieux de Saturne, après-demain les 
phases de Vénus ou de Mercure, plus tard les continents et les mers de 
notre sœur voisine, la planète Mars. 

Au moment où j'écris ces lignes (septembre 1880), Jupiter étincelle 
de tous ses feux et règne en souverain sur les constellations du soir. 
Il habite la constellation des Poissons; mais ce n'est pas elle qui 
pourrait le faire reconnaître, car elle ne se compose que de petites 
étoiles qui se trouvent éclipsées par la lumière dominante de l'écla- 
tante planète. Au contraire, il se signale de lui-même par cette vive 
lumière qui frappe les regards les plus inattentifs, et chaque année, à 
l'époque où Jupiter apparaît, chacun se demande quel est ce nouveau 
visiteur céleste. Pour le nommer, l'important est de connaître cette 
époque. Lorsque nous aurons terminé la description des constella- 
tions, notre premier soin sera d'indiquer les moyens de reconnaître 
chaque planète dans le ciel. Quant à Jupiter en particulier, puisque 
tout le monde l'admire cet automne ('), remarquons qu'il a commencé 
de briller à l'est, le soir, au mois d'août ; qu'il s'élève en ce moment 
(septembre) un peu plus dans le ciel et marque le sud-est; qu'il va 
passer au méridien à minuit, c'est-à-dire marquer le sud, en octobre. 
Puis il se lèvera de plus en plus tôt, passera successivement au 
méridien à 11 heures, 10 heures, 9 heures, 8 heures du soir, brillera 
encore au sud en novembre, puis au sud-ouest (décembre), puis à 
l'ouest (janvier). Eh bien, c'est la même répétition tous les ans, avec 
un mois de retard à peu près, et personne ne devrait s'y tromper après 
avoir lu l'Astronomie populaire et son Supplément. Regardez-le cette 
année, et vous le retrouverez l'année prochaine sans éprouver le 
moindre doute sur son identité. Personne ne devrait plus aujourd'hui 
s'étonner de l'apparition de Jupiter : le soir à l'est en août 1880, en 
septembre 1881, en octobre 1882, et ainsi de suite. On ne pourrait le 

(') Je laisse à cette rédaction son caractère d'actualité, quoiqu'elle ne doive paî 
être lue immédiatement par tous les lecteurs de cet ouvrage; car ces indications pour- 
ront servir de point de repère pour toutes les époques. Tous les ans, au moment de 
lapparition de Jupiter, je reçois une centaine de lettres portant la même phrase : 
« Quelle est cette brillante étoile? » etc. J'espère que mes lecteur.« ne s'y tromperont 
plus. 



-262 LES CONSTELLATIONS DU ZODIAQUE 

confondre qu'avec Vénus « l'étoile du Berger » ; mais Vénus ne brille 
jamais à l'est le soir, quoique Lamartine ait chanté dans Le Soir : 

Vénus se lève à l'horizon; 

on n'a jamais vu la belle planète se lever le soir depuis le commence- 
ment du monde, et on ne le verra jamais, car elle n'est jamais oppo- 
sée au soleil. C'est se couche, ou descend, ou s'aiZitme, ou simplement 
paraît, qu'il eût fallu dire. 

En ce moment aussi on voit Saturne, étoile de première grandeur 
également, mais beaucoup moins lumineuse que Jupiter, qui brille 
d'une lumière tranquille à l'est de son éblouissant rival, le suivant à 
une faible distance, à trois quarts d'heure environ, dans la même con- 
stellation des Poissons. Tous les ans aussi, à la même époque, avec 
un retard de treize jours chaque année, il revient s'offrir à nos re- 
gards en déployant dans le champ de la lunette cet anneau merveil- 
leux dont la constitution reste encore pour nous un si grand mystère. 

Nous devons précisément inaugurer par cette constellation des 
Poissons la description que nous voulons faire des étoiles du 
Zodiaque, parce qu'elle se trouve être actuellement la première de 
cette zone, en commençant, comme on a l'habitude de le faire, par le 
point qui marque dans le ciel l'équinoxe du printemps, par le point où 
le soleil brille ce jour-là. Il y a deux mille ans, le soleil était, le 
jour de l'équinoxe, devant les premières étoiles de la constellation du 
Bélier, et c'était le Bélier qui ouvrait les signes du Zodiaque chez nos 
auteurs classiques. Il y a quatre mille ans, c'était le Taureau. Nous 
avons vu qu'en vertu du mouvement séculaire de la précession des 
équinoxes, le point qui marque le renouvellement de l'année à l'équi- 
noxe du printemps (et qui devrait marquer logiquement le premier 
jour de l'année civile et du calendrier) fait le tour entier du ciel, 
le long de la ceinture zodiacale, dans la période de 25 765 ans. Dans 
deux mille ans, ce point se trouvera dans les étoiles du Verseau. 
Actuellement, le 20 mars, le soleil se projette devant la constellation 
des Poissons et en éclipse naturellement les étoiles; c'est donc six 
mois plus tard, en septembre, que cette constellation est opposée au 
soleil et passe au méridien au milieu de la nuit. Nous allons en donner 
la description. Seulement, pour en reconnaître les étoiles, nos lecteurs 
auront soin de faire abstraction des planètes Jupiter et Saturne, qui y 
passent actuellement mais qui n'en font pas partie. La même recomman- 
dation est applicable aux douze constellations zodiacales, puisque c'est 
laque les planètes se trouvent toujours. Du reste, il n'y a guère d'équi- 



LES POISSONS 



263 



voque possible, [si l'on apporte ici quelque attention. Sur les cinq- 
planètes visibles à l'œil nu, Vénus et Jupiter sont tellement brillantes 
qu'il est impossible de les confondre avec aucune étoile; Mercure 
n'apparaît que si difficilement dans l'aurore ou dans le crépuscule 
qu'il faut le chercher exprès pour le trouver; Mars est si rouge qu'il se 
trahit par son aspect même ; Saturne pourrait être confondu avec 
une étoile de première grandeur ; mais il brille d'une lumière calme et 
comme morte, ne scintille pas du tout (les autres planètes non plus); 
nous savons oîi il est, et nous le saurons toujours, puisque tous 
les ans à la même époque nous le retrouverons marchant à pas lents 



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Fig. 18G. — Alignements pour trouver a des Poissons. 



le long de ce Zodiaque qu'il n'emploie pas moins de trente années à 
parcourir. 

La constellation des Poissons se trouve au-dessous, ou au sud, du 
carré de Pégase. On la voit le soir à l'est en juillet, au sud-est en 
août, au sud en septembre et octobre, au sud-ouest en novembre, à 
l'ouest en décembre. Elle n'a aucune étoile brillante, et pour faire 
connaissance avec elle, il est utile que nous nous servions de Pégase 
et du Bélier. 

Par les deux étoiles supérieures ou boréales du carré de Pégase, 
menons une ligne et prolongeons-la, vers la gauche ou vers l'est, de 
presque deux fois sa longueur : elle nous conduit vers l'étoile de 
deuxième grandeur « du Bélier. Cette ligne forme un angle aigu avec 
celle de l'alignement de a, p et y Andromède, que nous connaissons 



264 



LES POISSONS 



déjà. Près de l'étoile « du Bélier, on voit p et y, rappelant la figure de 
la Lyre. A l'aide des alignements indiqués sur notre fig. 186, les trois 
étoiles du Bélier d'une part, et la direction du carré de Pégase d'autre 
part, nous conduisent à l'étoile a des Poissons, de troisième grandeur. 
C'est le nœud du ruban auquel les Poissons sont attachés. De là 
partent d'une part vers le nord ou vers (3 Andromède, d'autre part 
vers l'ouest, deux files d'étoiles, qui aboutissent, la première au Pois- 
son qui va mordre Andromède, la seconde au Poisson étendu sur le 
dos du cheval Pégase. L'idée de deux poissons rattachés par un fil a 
pu venir de la disposition même de ces étoiles dans le ciel. Regardez, 




Fig. 187. — Principales étoiles des Poissons et du Bùlior. 

en effet, notre fig. 187, et voyez si quelque autre dénomination convien- 
drait mieux pour définir cet arrangement. Il va sans dire que les pre- 
miers contemplateurs qui cherchaient dans les cieux des analogies, 
des ressemblances plus ou moins frappantes ou plus ou moins vagues, 
comme nous en trouvons nous-mêmes parfois dans les formes capri- 
cieuses des nuages ou dans les flammes du vieux foyer , n'ont point 
imaginé qu'il y ait jamais eu là de véritables poissons, un véritable 
n^ipvnl nilé ou un dauphin vivant; mais des rapports inattendus entre 




Fig. 188 - Constellations zodiacales, - Les Poissons. — Le Bélier 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 34 



Stfifi LES POISSONS 



le groupement de quelques étoiles et la forme de certains êtres réels 
ou même imaginaires ont suffi pour les engager dans cette voie et 
pour les autoriser à peupler d'une vie plus ou moins fantastique les 
solitudes apparentes des cieux. 

Cette explication paraît préférable à celle que l'on a adoptée jus- 
qu'ici, savoir, que l'on aurait dessiné là des Poissons parce que cette 
constellation paraît à l'époque des pluies et des inondations. On a dit 
aussi que c'étaient des poissons consacrés à Vénus, que Vénus elle- 
même et son aimable fils s'étaient métamorphosés en poissons ; mais 
ces explications mythologiques n'expliquent pas grand'chose. 

On trouvera au tableau ci-contre les principales étoiles de cette 
constellation, avec les observations faites depais deux mille ans sur 
leur éclat. 

Plusieurs de ces étoiles ont subi des variations d'éclat certaines. La 
première de toutes, a, qui était anciennement la plus brillante de la 
constellation et la seule de troisième grandeur , vient aujourd'hui 
après yj et y, et n'est que de quatrième grandeur. Plusieurs observa- 
teurs (Jacob en 1842, Main en 1845, Webb en 1859, Dembowski en 
1866) l'ont même estimée de cinquième. Struve, au contraire, l'a 
estimée de 2° gr. 1/2 en 1825 et en 1832. La variation est certaine. 
C'est une étoile double ; le compagnon, de 5* grandeur, paraît varier 
lui-même. Si l'on recommençait actuellement la classification litté- 
rale de Bayer, c'est l'étoile ri qui recevrait la première lettre. 

L'étoile î^ varie également. Vue de 4" grandeur jusqu'en 1660, elle a 
été notée de 5° par Flamsteed, de 6° par Piazzi : elle approche en ce 
moment de la cinquième grandeur. 

L'étoile i a diminué d'écj'^t aux xvi° et xvii° siècles, et est revenue à 
son éclat primitif. Il en est de même de ^ eto. Les étoiles i|^',(|;'^,(|'^, 
anciennement de 4° grandeur, sont, la première de 5% les deux autres 
de 6% depuis le xvi' siècle. 

L'étoile w a augmenté d'une grandeur depuis l'époque de Bayer ; 
elle est actuellement presque égale à a. L'étoile h, anciennement de 
4° grandeur, est tombée à la sixième et s'est un peu relevée. 

L'étoile 19, notée de 6° grandeur par tous les observateurs du siècle 
dernier et de celui-ci, surpasse aujourd'hui les étoiles de la cinquième. 
Elle offre une nuance rouge bien prononcée, qui plaide en faveur de 
sa variabilité. 

Enfin le groupe des quatre étoiles 27, 29, 30 et 33, situé au sud de 
la constellation, était formé anciennement de quatre étoiles de la 
quatrième grnr.dev.r ; elles scr.t bien moins apparentes aujourd'hui. 



LES • POISSONS 



i\S1 



(Regardez avec une attention toute spéciale ce losange de quatre 
étoiles : c'est là, un peu au-dessus, que passe le soleil le jour de 
l'équinoxe de printemps. Menez une ligne de là à a Andromède et à 
l'étoile polaire, c'est l'origine des ascensions droites : les étoiles 
situées sur ce méridien céleste sont à heure; celles situées 15 degrés 
plus loin à l'est sont à I heure, les suivantes à II heures, III heures, 
et ainsi de suite.) 

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DES POISSONS 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATIONS 



ÉTOILES 


-127 


+960 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


1860 


1880 


a 


3 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


5 


3.4 


3.4 


4,0 


P 


4.3 


4 


4 


5 


4 


5 


5 


5 


5.4 


5.4 


4,5 


Y 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4 


4 


3,8 


8 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4.5 


4.5 


4,5 


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4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,3 


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4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


6 


5.4 


5.4 


4,9 


n 


3 


3.4 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


3,6 


9 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


4.5 


5.4 


4,5 


1 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


6 


4.5 


4.5 


4.5 


4,2 


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4 


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5 


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5 


5.6 


5.4 


5.6 


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5 


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4.5 


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5 


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5 


5 


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4 


4 


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5 


5 


5 


5.4 


5.4 


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5 


5 


6 


5.6 


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4 


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4 


4 


5 


5 





5 


5 


4 


4.5 


4,4 


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5 


5.6 


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5 


5 


5 


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6 


6 


6.5 


5,8 


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4 


5 


5 


5 


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5 


5 


5.6 


5 


5 


5,3 


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5 





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5 


6 


5 


5.6 


5 


5.6 


5,5 


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6 


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5.4 


4,8 


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5.6 


5.4 


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6.5 


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6.5 


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6.5 


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4.5 


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6 


6 


5 


5 5 


6 


6 


6.5 


5,5 


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6 


6 


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6 


6 


6 


5,8 


41 d 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6.5 


6 


5,3 


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6 


6 


6 


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5 


5 


6.5 


6.5 


5,6 


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6 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


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5,2 


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5 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


5.6 


5 


5.6 


5,5 


68/1 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6.5 


6,0 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


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6 


6 


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5 








6 


6 


6 


6 


5 


5 


5,5 


19 




















5 


6 


6 


6 


4,9 


27 


4 


4 


4 





4 





5 


5 


5.6 


5.6 


5,2 


29 


4 


4 


4 





4 





5 


5 


5.6 


5.6 


5,0 


30 


4 


4 


4 





4 





5 


4.5 


5 


5.4 


4,5 


33 


4 


4 


4 





4 





5 


5 


5 


5 


4,9 


58 




















G 


6 


5 


5 


5,4 



268 



LA CONSTELLATION DES POISSONS 



Les variations que nous venons de remarquer dans plusieurs étoiles 
des Poissons sont lente 
d'Aldébaran, par les Gémeaux Castor et Pollux, par une zone opu- 
lente de la Voie lactée, par les scintillements dorés de Procyon, et, 
plus au sud, par la plus belle constellation du ciel, le géant Orion, aux 
pieds duquel rayonne l'éblouissant Sirius. C'est à partir d'octobre 
que le Taureau et ensuite les Gémeaux s'élèvent au-dessus de nos 
têtes et se révèlent à notre contemplation ; ces magnificences 
étoilées se déploient au sud pendant nos longues nuits d'hiver, et 
jusqu'en avril, jusqu'en mai même, on peut suivre vers l'ouest les 
Gémeaux, qui, insensiblement, descendent comme deux frères insé- 
parables , pour s'endormir ensemble dans les brumes de Thorizon 
occidental. 

Les Pléiades sont si connues et si faciles à trouver, que toute indi- 
cation pour leur recherche doit paraître superflue. Remarquons ce- 
pendant, pour les personnes qui voudraient, non pas seulement les 
nommer en les voyant, mais les chercher dans le ciel, qu'il est inutile 
de les chercher en été, attendu qu'elles restent invisibles sous notre 
horizon d'avril à août, qu'elles commencent à paraître le soir, en sep- 
tembre, se levant vers neuf heures du soir, s'élèvent davantage à 
Torient en octobre, encore davantage en novembre, trônent en plein 
sud en décembre et janvier et au sud-ouest en février, puis descendent 
en mars et se couchent définitivement en avril. Elles sont précédées 
au loin, vers l'ouest, par Andromède et le carré de Pégase, et suivies, 
à l'est, d'abord par l'étoile d'or d'Aldébaran, ensuite, plus loin, par 
les Gémeaux et Procyon. Au-dessus d'elles, au nord-est, brille Ca- 
pella, du Cocher. Au-dessous, au sud-est, et au delà d'Aldébaran, 
trône l'immense figure d'Orion, On se rendra compte de cet ensem- 
ble à l'aide de notre fig. 195. 

Les Pléiades ont été remarquées dès la plus haute antiquité. Notre 
esprit contemplatif, qui aime à remonter vers les vieux siècles éva- 



27G LES PLEIADES DANS L'HISTOIRE 

nouis, peut considérer ce groupe d'étoiles qui palpitent dans la nuit 
oomme le plus ancien de tous ceux sur lesquels se soient attachés les 
regards de nos aïeux. Avant la connaissance de l'année solaire, les 
premiers peuples réglaient leur calendrier sur les étoiles, l'année 
commençait avec le lever matinal des Pléiades au printemps, et l'hiver 



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Fig. 195. — Alignements pour trouver les Pléiades et Aldébaran. 

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Avec leur lever du soir en automne ; l'année était partagée en deux 
parties, et leur réapparition en novembre était saluée par la fête des 
morts, que nous avons conservée dans « la Toussaint ». Les anciens 
Égyptiens donnaient au mois de novembre le nom d'Af/ia7'-aye,« mois 
des Pléiades » ou d'Athor, et il en était de même chez les Chaldéens 
et les Hébreux. On trouve la même division de l'année chez les sau- 
vages de la Polynésie, une moitié de l'année est appelée Matarii i nia. 
« les Pléiades dessus », et l'autre moitié Matarii i raro « les Pléiades 
dessous». Les Australiens fêtent delà même façon en novembre les 
Mojmodellick, ou pléiades. On trouve la même coutume au Pérou et 
au Mexique. La grande Pyramide de Gizeh, qui est exactement orien- 
tée aux quatre points cardinaux, et dont la destination primitive a dû 
être de servir d'observatoire, a deux galeries creusées obliquement 
dans son massif : l'une au nord, pointant vers l'étoile polaire (a du 
Dragon il y a quatre mille ans), l'autre au sud, pointant précisément à 
la hauteur des Pléiades, dont le passage au méridien à minuit marquait 
alors le commencement de l'année. Chez les anciens Grecs, Hésiode 
fixe les travaux des champs sur les Pléiades, et chez les anciens Latins, 
elles s'appelaient encore Vergiliœ, astres du printemps. On se préoc- 
cupait surtout alors de leur lever matinal. L'équinoxe de printemps, 
qui passe aujourd'hui près de l'étoile a d'Andromède, passait par les 
Pléiades il y a quatre mille ans. Les annales de l'astronomie chinoise 
nous ont conservé une observation de ce groupe d'étoiles, faite l'an 
g357 avant notre ère et marquant l'équinoxe, ce qui correspond au 



LES PLEIADES DANS L'HISTOIRE 277 

calcul rétrospectif que nous pouvons faire, aujourd'hui que nous con- 
naissons les effets de la précession. Vers l'an 570 avant notre ère, 
Anaximandre fixa leur coucher matinal au vingt-neuvième jour après 
l'équinoxe d'automne. Il y a trente siècles, les navigateurs attendaient 
l'époque de leur lever printanier pour se mettre en route, ce qui ? 
conduit les étymologistes à conclure que leur nom dérive de plein, 
naviguer. C'est ce que pensaient Lalande, Arago, etc. Il est plus pro- 
bable qu'il dérive simplement de pléias, pluralité. 

Ce groupe célèbre se compose surtout de six étoiles visibles à l'œil 
nu. Il paraît qu'autrefois on en voyait ordinairement sept, car il y en a 
sept de nommées par les anciens : Taygète, Mérope, Alcyone, Celseno, 
Electre, Astérope et Maïa. Ce sont les filles d'Atlas. Aratus les 
nomme toutes dans son poème, et il en est de même d'Ovide dans 
le quatrième livre des Fastes. Virgile signale la première dans les 
Géorgiques (liv. IV, v. 232) : « Deux fois, dit-il, les ruches se remplis- 
sent de miel lorsque la pléiade Taygète, élevant son front virginal 
au-dessus de l'horizon, repousse d'un pied dédaigneux les flots de 
l'Océan, et lorsque, fuyant les regards du poisson pluvieux, elle se 
replonge tristement au sein de l'onde glacée. » Et Ovide, dans les 
Métamorphoses (liv. III, v. 594) : « J'appris à gouverner les navires 
avec la rame; j'observai l'astre pluvieux de la Chèvre, ainsi que Tay- 
gète, les Hyades et l'Ourse. » Les astronomes modernes ont conservé 
ces noms en y ajoutant ceux d'Atlas et de Pléione, le père et la mère 
de ces Atlantides ; on a nommé la plus brillante Alcyone. Aujourd'hui 
on n'en voit que six. Avec beaucoup d'attention, et si le ciel est très 
pur, on en distingue une septième, mais elle n'est pas dans le groupe 
et elle n'a pas de nom : elle gît à une assez grande distance au sud 
d'Atlas. Cette étoile se voit mieux actuellement (septembre 1880) que 
Celaeno, Pléione et Astérope, qui font partie du groupe. Ovide déclare 
qu'on en connaît sept, mais qu'on n'en voit que six, et que la septième 
s'est enfuie à l'époque de la guerre de Troie : serait-ce celle-là, dont 
l'éloignement et la faiblesse auraient donné naissance à cette fable? Des 
vues plus puissantes encore en comptent dix, et les vues les plus per- 
çantes parviennent à en découvrir quatorze. La première lunette de 
Galilée en a montré une quarantaine. A l'Observatoire de Paris, 
Jeaurat a construit au siècle dernier une carte comprenant cent trois 
étoiles , et M . Wolf en a construit une nouvelle en ces dernières 
années, qui n'en contient pas moins de 625. En réalité il y en a des 
milliers 

Nos paysans appellent cet amas la Poule et ses Poussins ou la Pous- 



278 LES PLEIADES — LES HYADES — LE TAUREAU. 



sinière : Alcyone est la poule. Cette appelLation n'est pas moderne. Il 
y a neuf siècles, les Arabes disaient déjà : Dadjâdja al-samà ma bana- 
tihi, « la Poule céleste avec ses petits » ; nouvel exemple des ressem- 
blances plus ou moins vagues cherchées par les anciens entre les 
tableaux du ciel étoile et les choses de la vie terrestre. On nommait 
aussi ce groupe la Grappe de Raisin. — Nous reviendrons tout à 
l'heure plus en détail sur cette petite république céleste. 

Douces et lointaines Pléiades ! Combien de regards mortels ne 
se sont-ils pas rencontrés sur cette île de lumière suspendue dans les 
cieux ! Combien d'espérances ne leur ont-elles pas été confiées, depuis 
l'espoir du marin perdu sur les mers jusqu'aux vagues et inconscients 
désirs de la jeune fille qui cherche à lire sa destinée dans les étoiles! 
Elles semblent veiller là, au sein de la nuit solitaire, et dominer du 
haut de leur céleste demeure les vaines et puériles agitations de la 
terre. Mais, en réalité, elles sont si éloignées qu'elles ne nous enten- 
dent pas, et leur domaine est si vaste que notre humanité tout entière 
arrivant là ne serait qu'une fourmilière inaperçue ! 

Si les Pléiades signalent par leur groupe classique la constellation 
du Taureau, les Hyades et Aldébaran la caractérisent sous un aspect 
non moins remarquable. On peut même admettre que c'est à la dis- 
position particulière de ces étoiles que l'on doit le nom donné à cette 
constellation. Le triangle formé par les étoiles a, 6 et y d'une part, par 
y, 5 et £ d'autre part, donne l'idée d'une tête d'animal, et plutôt celle 
d'un taureau qui se précipite en avant que celle de tout autre être ; 
regardez dans le ciel : Aldébaran forme l'œil droit, vif, rouge et me- 
naçant; £ l'œil gauche, y la bouche; j'avoue qu'on ne trouve pas facile- 
ment les cornes, mais l'impression reste. (On les a mises dans p et ç, 
mais c'est bien loin.) — Voy. fig. 198. 

On a donné le nom d'Hyades aux étoiles disséminées qui avoisi- 
nent Aldébaran. Ce nom vient, dit-on, du mot grec huein, pleuvoir, 
parce que leur apparition coïncidait avec la saison des pluies. Le fait 
est que, dans l'antiquité, on leur associait toujours le qualificatif de 
pluvieuses. Elles forment un groupe très écarté, qui perd son aspect 
lorsqu'on le regarde dans une lunette, les étoiles qui le composent 
étant très éloignées les unes des autres. Il est probable, néanmoins, 
que ces lointains soleils sont réellement associés en un même sys- 
tème physiqne, comme ceux qui composent le groupe plus intéressant 
des Pléiades. 

L'étoile la plus brillante du Taureau, Aldébaran, tire son nom de 
l'arabe al-dabaràn, qui signifie la Suivante, parce que cette étoile suit 



LES HYADES. — LE TAUREAU 271» 

les Pléiades; c'est là son principal qualificatif chez les anciens. Les 
Arabes l'appelaient aussi « l'œil du Taureau » , et les Hébreux « l'œil 
de Dieu». Dès l'époque du bœuf Apis, elle a joué le premier rôle 
dans les mythologies antiques. Le Taureau est, en effet, le plus ancien 
des signes du Zodiaque, le premier que la précession des équinoxes ait 
placé à la tête des signes. Aucune tradition historique, aucune lé- 
gende même n'associe la constellation précédente, celle des Gémeaux, 
au renouvellement de l'année, au retour du printemps, au calendrier 
primitif. L'astronomie d'observation paraît n'avoir été fondée qu'à 
l'époque où l'équinoxe de printemps passait par Aldébaran, c'est- 
à-dire environ trois mille ans avant notre ère ; c'est vers cette époque 
que les constellations zodiacales, sans doute formées à des dates 
différentes, comme toutes les autres, suivant leur éclat et leur impor- 
tance, paraissent avoir été réunies théoriquement en une même cein- 
ture de douze signes parcourus de mois en mois par le Soleil. Les Grecs 
ont assimilé plus tard ce Taureau à celui qui avait servi à l'enlève- 
ment d'Europe, et les littérateurs se sont ingéniés à écrire beaucoup 
de fables et de commentaires sur Europe, lo, Osiris et Pasiphaé. 

Aldébaran est aussi nommé parfois chez les Romains Palilicium, 
parce que les fêtes de Paies, les Palilies, étaient fixées sur son lever. 
Il jouait, comme les Pléiades, un rôle important dans les calendriers 
1 primitifs et dans l'astrologie. 

Ce Taureau céleste était autrefois représenté tout entier, et les 
Pléiades en formaient la queue; mais depuis trois mille ans environ, 
il est dessiné seulement avec la tête et la partie antérieure du corps 
(voyez fig. 196) : le géant Orion semble lever sa massue tout exprès 
pour l'arrêter et l'assommer. Dès le temps d'Ératosthènes et d'Eu- 
doxe, la constellation était représentée comme aujourd'hui. 

On apprendra à en connaître les étoiles en suivant les alignements 
de notre fig. 197. L'étoile p, de deuxième grandeur, est très éloignée 
au nord-est, vers le Cocher, où elle est même incorporée, comme nous 
l'avons vu, sous la lettre y. Mais, au lieu de ce double emploi, il vaut 
mieux l'éliminer du Cocher et la conserver au Taureau. Elle est 
censée marquer l'extrémité de la corne supérieure, et au-dessous 
d'elle, 'C, de troisième grandeur, indique celle de la corne inférieure. 
Les étoiles y, 5 et s forment le côté droit du V des Hyades, dont et a 
forment le côté gauche, -n est dans les Pléiades : c'est Alcyone, de 
troisième grandeur, i se trouve au milieu du chemin entre Aldébaran 
et p. On trouvera la suite à l'aide de notre dessin, mais non sans 
complication. 



280 LA CONSTELLATION DU TAUREAU. — ALDÉBARAN 



Aldébaran est une belle étoile rougeâtre, dont la coloration avait 
déjà frappé les anciens : elle est plus rouge qu'Arcturus, mais moins 
qu'Antarès et Mars. Elle se trouve sur le chemin de la Lune, et quand 
l'astre des nuits passe devant l'étoile, celle-ci paraît quelquefois péné- 
trer dans son disque, effet que Ton a attribué à la réfraction d'une 
atmosphère lunaire, mais qui peut être dû seulement à la diffé- 
rence de réfrangibilité entre ses rayons rouges et ceux de notre pâle 
Phœbé. 

Cette belle étoile n'a offert aucune parallaxe sensible aux mesures 
essayées pour déterminer sa distance. Elle gît donc à plus de cent 
trillions, ou cent mille milliards de lieues d'ici, dans une profondeur 
telle que sa lumière emploie certainement plus d'un siècle à nous 
parvenir. Quel ne doit pas être son volume! Quelles ne doivent 
pas être sa lumière et sa chaleur ! 

Si nous n'avons encore pu découvrir son insondable distance, du 
moins les derniers progrès de la chimie céleste sont-ils parvenus à 
nous révéler quelque chose de sa nature et de sa constitution. On a 
vu sur notre planche générale des spectres celui de ce lointain soleil, 
sur lequel on peut compter ses 60 raies principales, qui accusent 
dans son atmosphère la présence du sodium, du magnésium, de 
l'hydrogène, du calcium, du fer, du bismuth, du tellure, de l'anti- 
moine et du mercure. Ce spectre n'est ni clair, comme celui de Sirius 
et des étoiles blanches [fîg. 3 de lapZanc/ie), ni aussi long, ni aussi 
riche que celui du Soleil et des étoiles jaunes (/ig. 2), ni cannelé et 
partagé en zones comme celui d'alpha d'Hercule et des étoiles rouges ; 
il est en quelque sorte intermédiaire entre le deuxième et le troisième 
type. C'est une étoile remarquable pour sa lumière, et les conditions 
organiques de la vie dans son système doivent être très différentes de 
celles du système solaire. Victor Hugo l'appelle l'étoile tricolore : 
quelquefois, en effet, sa vive scintillation projette tout autour d'elle 
les nuances les plus variées. 

L'analyse spectrale a montré aussi que cette étoile s'éloigne de 
nous avec une vitesse évaluée à 30 kilomètres par seconde. Non loin 
d'elle, Capella, a et(3 Orion, s'éloignent aussi de nous avec rapidité.... 
Comment regarder maintenant cette lumière ardente qui palpite 
silencieusement dans l'éther au milieu du calme de la nuit, sans 
songer aux destinées que tous ces lointains soleils régissent dans 
l'infini, sans rêver aux existences inconnues qui se succèdent dans 
ces Hyades tremblantes, dans ces mélancoliques Pléiades perdues 
au fond des cieux ! 




Fig. 196. — Consteuations zodiacales. — Le Taureau. - Les Gémeaux, 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 36 



m 



LE TAUREAU 



Examinons en détail les étoiles de cette riche constellation et for- 
mons-en le tableau général. Dans ce tableau, les Pléiades sont ab- 
sentes : il importe de les étudier séparément. 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION »D TAUEEAU 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



Étoiles 


-127 


+ 960 


1430 


1500 


1603 


1660 


1700 


1758 


1800 


1840 


1860 


1880 


a Aldébaran 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1,4 


P 


3 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2,0 


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3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


4 


4 


4,1 


«• 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


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4 


4 


4 


4 


4 


4.0 


8' 








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G 


4 


5 


4.5 


6 


6.6 


5,9 


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3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3i 


34 


3i 


4 


i.i 


4.3 


8,7 


; 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3.4 


8.4 


3,5 


ïi 


Voir aux 


Pléiades. 


















»• 


3.4 


3.4 


3 


3 


4 


3 


5 


5 


6 


4.5 


4 


1.9 


«» 








G 


G 


4 





5 


5 


5.6 


4.5 


4 


4,2 


c 


5 


5 


5 


G 


4 


4 


4 


4 


4.5 


5 


5 


5,0 


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5 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


G 


5.6 


5.4 


5.4 


4,8 


X» 





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G 


G 


5 


G 


6.7 





6.7 


6,5 


X 


3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


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4 


4 


4 


4 


4 


4 


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5 


4.5 


4.5 


4,4 


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4 


4.3 


4 


4 


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4 





5 


4 


4 


3,9 


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4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


4.3 


3.5 





4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4.3 


4.3 


3,4 


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6 


G 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,8 


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5 


5 


5 


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5.6 


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5.6 


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5 


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7 


5.6 


5.6 


5.6 


5,4 


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5.6 


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5,4 


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5 


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5 


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5 


6 


5.4 


5.4 


4,8 


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G 


G 





6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


9 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


5.6 


5.6 


5,5 


X 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


6.5 


6.5 


5,7 


+ 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


6 


6.5 


5,6 


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6 


6 


5 


G 


5 


6 


6 


6 


5.6 


6.5 


6.5 


5,8 


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G 


6 


6 








7 


6 


6.7 


6 


6 


6,2 


37 A' 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.4 


5.4 


4,9 


39 A' 





G 


G 


G 


G 


G 


6 


7 


6.7 


G 


6.7 


6,4 


79 b 


G 


G 





5 


5 


5 


5 





6 


6.5 


6.5 


5,8 


90 c' 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 





5 


5.4 


4.5 


4,4 


93 c' 














G 


G 


6 


G 


5 


6.5 


6.5 


5,5 


88 d 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


G 


5 


5.4 


5.4 


4,6 


30 e 


5 


6 


6 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


5 


5 


5,0 


5f 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


4 


4 


4,7 


g 














5 


G 


G 


G 


6.7 


6 


6 


6,2 


57/1 





G 








6 





6i 


6i 


6 


6 


6 


6.0 


97 i 


4 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


5.6 


5.6 


5,7 


98 k 


G 











6 


G 


6 





6 


6.5 


6 


6,0 


mi 


5 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6.5 


6.5 


5,8 


104 m 


5 


5 


5 





6 


6 


6 


6 


5 


5.6 


b.D 


a,D 


109 n 


5 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


6.5 


5,9 


lI4o 


5 


5 


5 


6 


6 


6 


5 


5 


5 


6 


6 


6,0 


44 p 


5 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


6.7 


6 


6 


e,2 


q 


Supprimé : dans les Pléiades. 














06 r 


G 


6 





6 


6 


5 


5 





5.6 


5.6 


5.6 


5,4 


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4 


4 


4 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5 


5 


5,5 



•LE TAUREAU 



283 



Étoiles 


-127 


+ 9G0 


1430 


1500 


1603 


1660 


1700 


1756 


1800 


1840 


1860 


ISSl) 


6t 











6 


6 


6 


6 


6 


6.7 


6 


6 


6,0 


29 u 











6 


6 


6 


6 





6.7 


6.5 


6.5 


5,7 


10 


4 


4 


4 





4 





4i 





5 


4.5 


4.5 


4,5 


40 





6 














7 





6.7 


6 


6 


5,4 


41 





5 





5 





5 


6 





6 


6.5 


5.6 


•T.4 


47 














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3 


5^ 





5.6 


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105 


5 

















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125 


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6 


6 


6,0 


126 


b 





5 











6 





5.6 


5 


6.5 


5,9 


132 


5 


5 


5 


9 


5 





5-i- 


64 


5 


5.6 


5.6 


5,7 


133 














5 





6 





6 


6 


5.6 


5.5 


134 














5 





6 





5.6 


5.6 


5.6 


5,4 


136 


5 


5 


5 





5 





5 





4.5 


5 


5.6 


5,6 


139 


5 


5 


5 





5 





6 





5.6 


5.6 


5.6 


5,7 


P.»iv, 99 


G 

















6 





5.6 


5 


5 


4,9 


P. IV, 24n 


























6.7 


6 


5.6 


5 3 




Pig, 197. — Etolte principales Je U constella'.ion du Taurau. 



284 



LES ETOILES DU TAUREAU 



Ce qui nous frappe au premier aspect dans la série des lettres don- 
nées à ces étoiles, c'est que, contrairement à ce qui arrive en général, 
nous avons ici plusieurs lettres répétées : il y a deux $, deux 9, deux x, 
deux ff, deux u, deux w, deux A, deux c, etc. ; c'est-à-dire que cha- 
cune des étoiles désignées primitivement par lune ou l'autre de ces 
lettres a tout près d'elle une étoile voisine, visible à l'œil nu, et qui 
se désigne naturellement par la même appellation. Ce sont des étoiles 
doubles très écartées, formant des couples visibles à l'œil nu. Sont-ce 

de véritables étoiles doubles, des 
soleils véritablement associés l'un 
à l'autre dans une destinée com- 
mune ? C'est ce que nous ne pou- 
vons encore décider et ce que ré- 
véleront seules les observations 
de l'astronomie future. Il n'est 
pas impossible que, malgré l'im- 
mense distance réelle qui sépare 
l'une de l'autre ces étoiles en 
apparence si voisines, plusieurs 
d'entre elles forment de véritables 
systèmes physiques. Quoi qu'il en 
soit, il est intéressant de remar- 
quer la richesse de cette constel- 




FiK. l'Jli. — Étoile!! rurinant Ui tctc l'.ii Taureau. 



lation sous cet aspect spécial ; en plusieurs points même, ce ne sont 
pas seulement des groupes de deux étoiles qui frappent notre atten- 
tion, mais bien des groupes de trois, comme vers 9, $, r, des groupes 
de quatre, comme dans les Hyades, —justement dans cette ré- 
gion stellifère déjà signalée par ces fameuses et classiques asso- 
ciations d'étoiles. — Il y a là une tendance spéciale qui ne pou- 
vait manquer de frapper notre attention, et nous en sentirons mieux 
encore l'importance si j'ajoute qu'elle continue de se manifester sur 
une échelle plus vaste encore aussitôt qu'on dirige la moindre lunette 
vers ces lointains champs d'étoiles. 

La plupart de ces étoiles doubles visibles à l'œil nu n'ont pourtant 
été signalées par les anciens que comme étoiles simples; on ne s'est 
pas préoccupé des compagnons. (Il faut, du reste, une certaine atten- 
tion pour les reconnaître et constater leur position.) Aussi ne pouvons- 
nous conclure de l'absence des observations anciennes des étoiles 
secondaires à une augmentation d'éclat. 

Parmi les étoiles de cette constellation, plusieurs présentent des 



VARIATIONS OBSERVEES DANS LE TAUREAU 285 

variations d'éclat plus ou moins certaines. Ainsi, y paraît avoir diminué 
d'une grandeur : elle est très pâle aujourd'hui, è^ (sous ^') est main- 
nant toute petite (6'') ; or, Flamsteed l'a notée égale à S, de 4% et Piazzi 
de 4*^1; la différence est trop grande pour être attribuée à des erreurs 
d'estimation. 6' offre des fluctuations de la 3^ à la b\ Lorsque deux 
étoiles voisines ne produisent qu'une seule impression sur la rétine, 
l'estimation de l'éclat est naturellement un peu surfaite, mais pour- 
tant moins qu'on le supposerait, car deux étoiles d'une grandeur 
quelconque n'en représentent pas une de la grandeur précédente. 

L'étoile >. varie régulièrement de 3,4 à 4, '2, dans la période rapide 
de 3 jours 22 heures b2 minutes et 2A secondes. C'est l'une des étoiles 
périodiques les plus rapides que nous connaissions. 

w' était, au temps de Bayer, de même éclat que c', d et f, toutes 
notées alors de cinquième ; elle paraît avoir augmenté d'éclat aux 
xv" et x\f siècles, tandis que les trois autres avaient diminué de la 4° à 
la 5" grandeur. Ces trois étoiles sont toutefois revenues à la 4°. De- 
vons-nous conclure à une oscillation réelle ou à un manque de préci- 
sion dans les observations? La variation de l'étoile i peut être consi- 
dérée comme plus certaine, car elle est tombée insensiblement du 
quatrième au sixième ordre. Il en est de même de l'étoile s (•). 

L'étoile 40, notée de T grandeur en 1700 et de 6"! en 1800, est 
aujourd'hui de 5* | au moins. 

L'étoile 41, aujourd'hui plus brillante que ij^, a augmenté d'éclat 
depuis l'époque de Bayer. Elle n'est pas inscrite du tout sur son atlas, 
et si elle avait eu l'éclat actuel, c'est elle qui aurait reçu cette lettre 
(comme il arrive aujourd'hui, par erreur, sur plusieurs atlas; exemple, 
Heis). La comparaison de la variation de l'éclat relatif de ces deux 
étoiles est assez curieuse : depuis l'année 1800, ({/ est descendue de la 
5' à la 6' grandeur, tandis que sa voisine s'élevait de la 6^ à la 5°. 

L'étoile 47, près de p, paraît avoir augmenté d'éclat, car les anciens 
n'en font aucune mention, quoiqu'elle soit parfaitement visible. Il en 
est de même de l'étoile P. iv, 246, non observée par les anciens, de 
6'grandeur| dans Piazzi, de 6° dans Argelander, et de 5° aujourd'hui. 
L'étoile P. IV, 99 présente un accroissement analogue. 

Remarquons encore que l'étoile 48, près de y et la précédant, es(, 
invisible à l'œil nu depuis 1871. Flamsteed l'avait déjà notée de sep- 
tième grandeur; mais elle était de sixième depuis le siècle dernier. 

(') Nous ajoutons à nos tableaux, à partir d'ici, les observations zodiacales faites 
par Mayer en 17ô6, qui viennent fort heureusement s'intercaller à une date qui noup 
manquait, entre 1700 et 1800. 



286 ÉTOILES DOUBLES DANS LE TAUREAU 



Toutes ces étoiles variables, sur lesquelles nous venons d'appeler 
l'attention, se signalent particulièrement aux amateurs, qui bien facile- 
ment peuvent vérifier à l'œil nu l'état du ciel étoile, noter les éclats 
Irelatifs et constater eux-mêmes les variations lentes ou rapides qui 
peuvent se produire. Rien n'est plus intéressant, du reste, que de 
s'exercer ainsi, pendant les belles nuits d'automne ou même d'hiver, 
à reconnaître les étoiles d'une constellation comme celle-là, à estimer 
les grandeurs et à inscrire les principales par ordre d'éclat, en com- 
mençant par la plus brillante. C'est un exercice scientifique, et c'est 
en même temps un exercice philosophique qui fait vivre nos intelli- 
gences au milieu des grands horizons du ciel. 

Il y a dans le Taureau, outre X, dont nous avons déjà parlé, cinq 
variables régulières connues : R, S, T, U, V. Mais ce sont toutes des 
étoiles télescopiques, qui ne peuvent être suivies qu'à l'aide d'instru- 
ments assez puissants. 

Les étoiles doubles de cette constellation se font d'abord remar- 
quer, comme nous l'avons vu, par les couples très écartés signalés 
plus haut, notamment par celui de 6' et 0^, perceptible à l'œil nu. Los 
deux étoiles sont de quatrième grandeur (4,2 et 4,5) et forment^ un 
beau couple pour une jumelle. Leur distance est considérable : 337" ou 
5' 37% un peu plus grande que celle de e Lyre (207"), mais cependant 
beaucoup moins que celle de Mizar et Alcor (il' 48" ou 70S"). Il est 
certain que ces deux soleils forment un système stellaire, car depuis 
la première mesure faite par Flamsteed en 1696, la position relative 
des deux étoiles n'a pas varié du tout (toujours 346" et 337"), quoique 
l'étoile principale soit animée d'un mouvement propre assez rapide. 
Comment regarder maintenant ce couple, si facile à reconnaître à 
l'œil nu, sans songer que ces deux modestes étoiles sont d'énormes 
soleils qui roulent ensemble dans l'immensité, emportant au sein des 
profondeurs insondables les destinées confiées à leur puissance? 

Moinsbrillants, mais non moins intéressants,semontrentles couples 

de ff' <7\ composé de deux étoiles de cinquième grandeur, écartées à 
430"; et de k' )c% composé d'une étoile de cinquième grandeur et d'une 
de sixième, écartées à 340". Observations faciles à faire pour les 
commençants. Une jumelle suffit. Entre x' et y.\ il y a une petite 
étoile double très serrée. 

A l'aide d'une petite lunette, on peut observer t, de quatrième 
grandeur et demie, dont le compagnon , de huitième grandeur, brille 
à 62" de distance; ainsi que l'étoile 88 d, de même éclat, dont le com- 
pagnon, un peu plus faible encore, brille à 68". 



ALDFJBARAN 



287 



9 est un peu moins facile : 6° et 8° |, à 56". x forme un couple un 
peu plus serré et fort élégant : 6^ et 8% à 19". 

39 A*, à l'est de A, au tiers de la distance entre les Pléiades et Aldé- 
baran, est une étoile triple, de sixième grandeur et demie, cà peine 
visible, accompagnée de deux de 9% l'une à 26", l'autre à 37". Groupe 
de perspective intéressant; la troisième étoile se rapproche en ligne 
droite de la première. 

111 (près de 119, au sud de ç) : 6* et 9% à 75"; mouvement rectiligne 
de la petite étoile : groupe de perspective. 
' Nous inscrivons ces observations par ordre de difficulté, et nous 




Fig. 199. - L'étoile triple 39 A- du Taureau. Ffg. 200. - Aldébaran et son co.npagrion. 

compléterons cette liste par Aldébaran lui-même, qui laisse aperce- 
voir à côté de lui un petit compagnon de onzième grandeur, très diffi- 
cile à distinguer , non seulement à cause de son exiguïté, mais aussi 
à cause de l'éclat fulgurant de cet ardent soleil, qui éclipse tout le 
ciel environnant. Il faut une bonne lunette pour reconnaître nette- 
ment ce petit compagnon. Sa distance est pourtant de 115". 

Depuis la première mesure, faite par William Herschel en 1781, 
cette distance s'est élevée de 95" à 115". L'angle est de 36% avec un 
léger déplacement vers le nord, et ce mouvement s'explique par une 
ligne droite tirée vers 26% avec une vitesse annuelle d'environ 0", 15. 

Il serait naturel d'attribuer ce mouvement relatif de la petite étoile 
au mouvement propre d'Aldébaran lui-même, qui passerait ainsi 
devant une lointaine étoile, fixe au fond des deux. C'est ce que les 
astronomes ont admis jusqu'ici. Mais^ en mesurant ce groupe en 



288 



ALDÉBARAN 



1877 ('), je n'ai pas trouvé le compagnon juste où il aurait dû être si 
vraiment son déplacement n'était dû qu'au mouvement propre d'Aldc- 
baran, qui est parfaitement connu aujourd'hui, mais un peu plus à 
l'est, ou plutôt au sud-est, comme s'il était emporté lui-même dans 
l'espace par un mouvement particulier. On jugera du fait par l'exa- 
men du petit tracé ci-dessous {fig. 201), qui montre la direction et 
la vitesse du mouvement propre d'Aldébaran, ainsi que la direction 
et la vitesse du mouvement observé sur le compagnon. Ces mesures 
sont très difficiles, à cause de la faiblesse de la petite étoile, et nous 
ne sommes pas absolument sûrs de celles d'Herscliel , dont l'appareil 




Fig. 201. — Mouvement observé sur le compagnon d'Aldébaran. 

micrométrique était loin d'être aussi parfait que ceux d'aujourd'hui. 
Autrement, l'angle de 1781, comparé à celui de 1836, aurait suffi 
pour prouver que le mouvement du compagnon n'est pas parallèle 
et contraire à celui d'Aldébaran, ce qui devrait être si la petite étoile 
était absolument fixe et si la grande seule était en mouvement. Mais 
la mesure de Struve, en 1836, est assurément très précise, et je crois 
pouvoir affirmer avec la même confiance la précision de la mienne 
en 1877, car je l'ai précisément recommencée et vérifiée à cause du 



(') Voy. mon Catalogue des étoiles doubles en mouvement, comprenant toutes 
les observations faites sur chaque couple depuis sa découverte, p. 25 et 161. 



RICHESSES DE LA CONSTELLATION DU TAUREAU 28't 

désaccord. Si donc nous traçons, à partir de 1836, une ligne parallèle 
et contraire au mouvement d'Aldébaran, c'est cette ligne (ponctuée 
sur la figure) que la petite étoile aurait dû suivre. Au contraire, 
elle marche suivant la ligne pleine tracée de 1836 à 1877. En ré- 
sumé, voici les deux mouvements : 

Aldébaran : 
Direction =^ 156°; vitesse séculaire = 19". 
Petite étoile : 
' Direction = 2C°; vitesse séculaire = 15". 

(Au lieu de 336° et 19", parallèle et contraire au mouvement d'Aldéba- 
ran.) Il en résulte que cette petite étoile est animée elle-même d'un 
mouvement sensible. C'est la première fois qu'on découvre un mouve- 
ment propre dans une étoile aussi faible. 

A toutes ces curiosités, ajoutons maintenant les amas d'étoiles qui 
enrichissent cette constellation. Nous ne nous étendrons pas sur les 
Hyadcs, attendu que les étoiles qui composent ce groupe sont si écar- 
tées, que leur association disparait aussitôt qu'on essaye de les obser- 
ver au télescope ; une jumelle suffit amplement pour les faire apprécier 
complètement. Cependant, alors, on en découvre de nouvelles, et 
nous examinerons plus loin leurs mouvements propres pour savoir 
s'il y a là un véritable système stellaire. Les Pléiades foi^ment une 
république plus condensée, plus homogène; elles gagnent à être vues 
dans une jumelle, et encore davantage à être observées dans une petite 
lunette terrestre, à condition que l'oculaire soit faible et le champ très 
large. Dès que la lunette est un peu forte, elles perdent la grandeur de 
leur aspect, parce qu'on cesse de voir l'ensemble pour n'en avoir que 
la moitié, le tiers ou le quart sous les yeux. Mais on y gagne d'autre 
part, car, à mesure que le grossissement augmente, de nouveaux dia- 
mants viennent s'ajouter à ce riche écrin. Ce groupe classique et dont 
la célébrité liistorique surpasse celle des plus vastes constellations, 
mérite notre attention spéciale, et nous devons nous y arrêter avec 
un soin particulier. 

Tout d'abord, l'accroissement du nombre des étoiles observées sui- 
vant les progrès de l'optique semble nous offrir un résumé en minia- 
ture des progrès généraux constatés dans l'étude générale du ciel ; 

ÉTOILES OBSERVÉES DANS LES PI.tlA.'jCS. 

Jusqu'à l'invention des lu::cttcs, vues ordiiiaircs G 

Vues excellentes 7 ù, 10 

Vues extraordinaires li 

l'rcîuière observation télcscopique, par Galilée (IGlOj oG 

Carte de La Hire (1693) 64 

— Jeaurat (1779) 103 

— Wolf (1874) . . . a j1 025 

ASTRONOMIE. — SUPPLEMENT. 37 



290 LES PLEIADES 



Il y a certainement plus d'un millier de soleils dans cette répu- 
blique. On n'a pas cessé d'en découvrir de nouveaux à mesure que 
les instruments employés ont eu une plus grande puissance de péné- 
tration. La dernière carte ne va pas au delà de la quatorzième gran- 
deur et s'étend sur un rectangle de 9 minutes de temps en largeur et 
de 90 minutes d'arc en hauteur, dont Alcyone occupe à peu près le 
centre. Ce sont toutes les étoiles visibles, sur cette étendue, à l'aide 
d'un objectif de 31 centimètres d'ouverture. Les instruments plus 
puissants en montrent bien davantage, pénétrant jusqu'aux étoiles de 
quinzième et seizième grandeur. 

Examinons en détail ce groupe si curieux. — Son étude vient de 
ni'arrèter plusieurs semaines consécutives dans la rédaction de cet 
ouvrage : il ne sera pas sans intérêt de présenter ici les pièces de 
cette laborieuse enquête, mais elle est un peu longue, tout en étant 
résumée ici aussi succinctement que possible, et je demanderai la 
permission de l'imprimer en petits caractères afin de ne pas absorber 
une place trop étendue. Notre voyage céleste n'est pas encore fini. 

Tout d'abord (commençons par le commencement), j'ai consacré principa- 
lement les belles soirées de septembre et octobre (1880) à l'examen attentif de ce 
groupe d'étoiles, et comme plusieurs vérillcations valent mieux qu'une, quelques 
yeux différents des miens ont bien voulu me prêter leur concours. Un savant 
jésuite, dont la science déplore la perte récente, le P. Secchi, assurait que dans 
ces vérifications sur l'éclat et la couleur des étoiles, les astronomes avaient tort 
de dédaigner le jugement des yeux féminins. Je suis tout à fait de son avis. 

Il sera fort intéressant pour chacun d'essayer la portée de sa vue sur ce même 
groupe. Les yeux myopes ne distinguent là aucune étoile en particulier, mais 
seulement un amas nébuleux. Les vues ordinaires peuvent compter six étoiles, 

ils voient ce groupe tel qu'il est re- 
présenté ici dans ce premier dessin 
ijftg, ir02J. Ces six etoiies sont : 

Grandeur. 

1" Alcyone 3',0 

2» Electre 4,5 

3» Atlas 4,6 

4» Maïa 5,0 

5» Mérope 5,5 

6» Taygèto 5,8 

Les vues excellentes aperçoivent 
dix étoiles, et voient le groupe tel 
Fig. 202.- Le. siï principales Pléiades. ^^..^ ^^^ représenté fig. 203. Les 

quc.lre étoiles ajoutées aux précédentes sont : 

Grandeur, 

7" Externe au sud 6»,1 

8" Plcione fi, 3 

'J' Externe au nord S, 4 

10" Celseno 6,5 





•6 




/•^ 




\ 




y \ 




.y \ 








-— C^ ^.A 


& — • 


3 


^^-^'-"^ 




^ 



LES PLEIADES 



201 



Enfin les vues très perdantes, ou les vues ordinairas aidées d'une jumelle. 




Pig. 203. — Les dix principales PieiaSai. Fig. 204. — Les quatorze principales Pléiades. 

parviennent à en découvrir quatorze et distinguent toutes les étoiles indiquées 
sur notre fig. 204. Les quatre nouvelles étoiles sont : 



11» Au-dessous d'Atlas 

12° Astérope (les deux réunies) . 

IS'^ A gauche d' Astérope 

14» Au-dessus d'Atlas et Pléione. 



Grinltdr. 

6»,7 
6,8 
6,9 
7,0 



Gomme nous l'avons déjà vu, les principales de ces étoiles ont reçu des noms 
dès une haute antiquité, et ces noms 
sont ceux des filles d'.4tlas, auxquels 
on a ajouté au xvi' siècle, Pater Atlas 
et Mater Pléione , leur père et leur 
mère, que l'ingrate Mythologie avait 
laissés dans l'oubli. Afin que chacun 
puisse facilement connaître ces noms 
et les appliquer directement à leurs 
astres respectifs, on les a inscrits ici 
sur un petit dessin spécial {fig. 205) 
qui ne contient que les étoiles nom- 
mées. La plus brillante est Alcyone, 
qui est aussi ») du Taureau. 

^, . . , ... ^ , Fig. 205. — Noms donnés auï Pléiades. 

Voici les positions exactes de ces 
neuf Pléiades, inscrites de l'ouest à l'est par ordre d'ascension droite 




29-i LES PLÉIADES 



POSITION ACTUELLE (1880) 

Ascension droite Déclinaison 

CelJeno ^'^l'^W" n^hV,! 

Electre 37.45 23.44,1 

Taygète 38. 4 24. 5 ,4 

Maïa 38.41 23.59 ,8 

Astérope 38.45 24.10,7 

Mérope 39.12 23.34 ,4 

Alcyone 40.21 23.44,0 

Atlas 42. 2 23.41 ,2 

Pléione 42. 3 23.46,2 

La longueur de cette petite république, d'Atlas et Pléione à Celœno, est de 
4 minutes 23 secondes de temps, ou de 1° 6' d'arc; la largeur, de Mérope à 
Astérope, est de 36'. Dans le quadrilatère, la longueur, d'Alcyone à Electre, est 
de 36', et la largeur, de Mérope à Maïa, est de 25'. Il semble que si l'on plaçait la 
pleine lune devant ce groupe de neuf étoiles, elle le couvrirait entièrement, car 
elle paraît à l'œil nu beaucoup plus grande que les Pléiades tout entières. Or il 
n'en est rien. Elle ne mesure que 31', moins de moitié de la distance d'Atlas à 
Celaeno; elle est à peine plus large que la distance d'Alcyone à Atlas, et tien- 
drait tout entière entre Mérope et Taygcte sans toucher ces deux étoiles ! Il y a 
là une illusion optique constante et bien curieuse. Quand la lune passe devant les 
Pléiades et ne les occulte que successivement, on a peine à en croire ses yeux. 

Voyons maintenant ce que les anciens nous ont légué pour l'histoire de ce 
groupe classique* 

Les Pléiades sont remarquées, nommées, observées, depuis plus de quatre 
mille ans, par les Chinois d'une part, et par les Egyptiens et les Chaldéens 
d'autre part ; Job les cite, au dix-septième siècle avant notre ère, et Homère, 
comme Hésiode, au neuvième siècle. Eudoxe, Eratosthènes et Anaximandro en 
faisaient une petite constellation séparée du Taureau. Aratus, interprète d'Eu- 
done, donne déjà leurs noms : « Electre, Alcyone, Celœno, Taygète, Stérope, 
Mérope et Maïa. » Ce sont, ajoute-t-il, les filles d'Atlas. Elles sont au nombre 
de sept; cependant on n'en voit que six; « toutefois la septième ne peut pas 
^tre perdue, car aucune étoile ne se perd. » 

Ovide dit à son tour dans les Fastes : 

« On compte sept Pléiades, mais six seulement se montrent d'ordinaire. » 

Il cherche ensuite l'explication de cette variation d'éclat ; mais c'est, comme 
on va le voir, une fantaisie toute mythologique : 

« Si la septième est cachée, c'est sans doute parce que six seulement ont reçu 
les baisers des dieux : Stérope a vu Mars honorer sa couche, Alcyone et la belle 
Celœno ont reçu Neptune en la leur ; Maïa, Electre et Taygète ont passé tour à 
tour aux bras de Jupiter. Mérope, la septième, a épousé Sisyphe, un simple 
mortel : elle en rougit et se cache de honte. » 

Puis, comme si cette explication ne le satisfaisait pas tout à fait, le poète ajoute : 

« Après cela, celle qui est invisible pourrait bien être Electre, qui ne put 
supporter le spectacle de l'incendie de Troie et mit sa main devant ses yeux. » 

Laissons la forme pour le fond. Il n'en résulte pas moins pour nous ce fait 
qu'aux temps d' Aratus et d'Ovide on ne voyait ordinairement que six Pléiades, 
mais que la légende ou la tradition en comptait sept. 



LES PLEFADES ?i3 



Si ces sept étoiles étaient bien celles qui portent encore ces noms aujourd'hui, 
Atlas était alors moins brillant que de nos jours, et Astérope (nom dérivé de 
Stcrope) pouvait être la septième, la plus petite des sept. 

Mais voici des documents à la fois plus importants et plus embarrassants. 

Ptolémée, contemporain d'Ovide, ne signale dans son catalogue que quatre 
Pléiades. On doit penser que c'étaient les plus brillantes, et l'intérêt actuel pour 
nous est de chercher à les identifier. Les voici, avec les positions en longitude 
et latitude données par Ptolémée : 

A La boréale du côté occidental.. . . 

B L'australe du même côté 

C Au sommet suivant et le plus étroit. 

D L'externe et petite du côté du nord. 

Pour trouver quelles sont celles de nos Pléiades actuelles qui correspondent 
à celles-là, il faut calculer la longitude et la latitude actuelles de ces étoiles ; 
puis, comme la précession des équinoxes n'altère pas les latitudes, mais fait 
rétrograder les longitudes de 1° en 71 ans et demi, et les a reculées de 24° 28' 
pour les 1750 ans qui s'étendent de notre époque (1880) à celle de Ptolémée (130), 
il faut retrancher cette quantité des longitudes actuelles pour obtenir les positions 
correspondantes à l'époque de Ptolémée. Voici les résultats de ce calcul : 



Grandeur. 


Longitude, 


latilude 


5= 


SîMO' 


4° 30' 


5 


32.20 


3.40 


5 


33.40 


3.40 


4 


33.40 


5. 



Electre. . 
Celseno. . 
Taygète . 
Mala. . . 
Méropc. . 
Astérope. 
Alcyone . 
Atlas.. . 



Lon 


itude. 


Lalilude. 


,'in 18S0. 


L'an 130. 




57»44' 


33» 16' 


4» 10 


57.46 


33.18 


4.21 


57.54 


33.26 


4.31 


58. 


33.32 


4.23 


58. 1 


33.33 


3.56 


58. 5 


33.37 


4.34 


58.19 


33.51 


4. 2 


58.41 


34.13 


3.54 



Résultat fantastique : il n'y a aucune correspondance entre ces positions et 
celles de Ptolémée. Pour mieux juger de la divergence vraiment surprenante 
qui se manifeste entre les deux états, traçons sur une même figure nos Pléiades 
calculées comme elles viennent de l'être et celles de Ptolémée [fig. 206). Les 
quatre étoiles de Ptolémée sont toutes 
extérieures à la figure moderne. Est- 
ce à dire pour cela que Ptolémée ou 
Hipparque ont bien observé, et que 
leurs étoiles existaient réellement 
là, tandis que les nôtres n'existaient 
pas? Non, assurément, car d'une part 
nous savons qu'il y avait déjà six 
ou sept Pléiades, et d'autre part, la 
rédaction de Ptolémée concorde assez 
bien avec la réalité, si ses mesures 

ne concordentpas. Sa première étoile ^, „„^ , „,,. , , „, ,^„,„ 

r r Pj ogc _ Les Pléiades de Plolemée. 

est <i la boréale du côté occidental x ; 

ce doit être Taygète. La deuxième est « l'australe du même côté » ; ce doit être 

Mérqpe. La troisième est « au sommet suivant et le plus étroit »; ce doit être 



34' 






33' 








32" 




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2,11 LES PLEIADES 



Atlas. Quant à la quatrième, « externe du côté du nord », elle est tout simple- 
ment introuvable. 

Il n'y aurait rien de surprenant à ce que les anciens, dépourvus d'instruments 
de précision, eussent dans leurs mesures écarté ces étoiles les unes des autres, et 
à la rigueur on peut admettre que les trois étoiles marquées ici des lettres ABC 
sont celles de Ptolémée. Mais il s'en suivrait que la plus brillante de nos 
Pléiades, Alcyone, n'était pas remarquable à cette époque-là, et qu'Electre était 
également moins brillante que de nos jours. La plus brillante était alors l'externe 
du nord, actuellement introuvable, et encore, par surcroît d'incohérence, Pto- 
lémée l'appelle petite, et la fait plus grande que les autres, de quatrième gran- 
deur ! 

N'y aurait-il pas eu quelque erreur de transcription dans les copies de V Aima- 
geste, qui pendant quatorze siècles ont précédé l'invention de l'imprimerie? On 
peut d'autant mieux le soupçonner, que sur les huit nombres des longitudes et 
latitudes de ces étoiles, il y en a quatre qui répètent le même chiffre (3° 40'). 
N'avons-nous aucun moyen de contrôler les faits? L'histoire de l'astronomie est 
muette là-dessus pendant neuf cents ans ; mais au dixième siècle l'astronome 
persan Abd-al-Rhaman al-Sùfl déclare qu'il donne la description du Ciel tel qu'il 
Vobserve lui-même ; et en effet, chaque fois qu'il remarque une différence entre 
Ptolémée et lui, il ne manque pas de la signaler. J'avais donc l'espérance de 
trouver en lui quelque éclaircissement du mystère ; mais il se trouve que lui- 
môme ne signale que quatre Pléiades, qu'il considère comme étant les mêmes 
que celles de Ptolémée. Les voici : 

Grandeur. 

A La plus boréale du côté antérieur 5' 

B La méridionale du même côté 5 

C Au sommet suivant et dans l'endroit le plus étroit. 5 

D Hors de leur côté boréal, petite brillante.. . . 4 

Sùfl a ajouté 12°42' aux longitudes de Ptolémée pour les amener à son époque. 
Je ne pense pas qu'il les ait mesurées, mais il les a observées et trouvées telles que 

Ptolémée les avait vues. « Il est vrai, re- 
marque-t-il, que les étoiles des Pléiades sont 
au nombre de plus de quatre ; mais je me 
borne à citer celles-ci, parce qu'elles sont 
très proches l'une de l'autre et que ce sont 
les plus apparentes. » 

Reconstruisons une double figure, comme 
précédemment, afin d'examiner de nouveau 
la môme correspondance : nous trouvons 
que, pour l'aspect général du groupe, c'est 
encore Taygète, Mérope et Atlas qui se 
rapprochent des trois premières étoiles 
de Sùfi. Quant à la quatrième, « la petite 
ïv on, T r,,. j ^c,n, ,. , , brillante au nord », elle est tout aussi in - 

Flg. 207. — Les Pléiades de SûQ (x« siècle). , , , ', , , , , 

trouvable que dans lexemple précèdent. — 
La conclusion est la même pour l'écartement; car, depuis Ptolémée, ce sont les 
mêmes instruments rudimentaires qui étaient restés en usage. Elle est aussi la 
métne pour l'observation entière du groupe: l°les mesures n'ont pas une grande 



Longitude* 


Ulilndt 


44» 52' 


io^çy 


45.12 


.S. 40 


46.22 


3.20 


46.22 


5. 



4fi* 


«' 






■it' *> :c ' :.J io 30 


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IJ 


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°c- 


B/ 
/ 




I'. 



LES PLEIADES 



Î95 



précision et les erreurs peuvent dépasser un degré; 2° la plus brillante des 
Pléiades n'était pas Alcyone. A moins d'admettre que Hipparque, Ptolémée et 
Sûfl n'ont pas su voir et reproduire ce groupe comme un enfant saïu-ait le faire 
aujourd'hui, nous sommes forcés de conclure que de grands changements se 
sont opérés dans cette région du ciel. Ce n'est pas le groupe qui a tourné, en 
amenant Alcyone du nord à l'est, et ce ne sont pas non plus les étoiles qui ent 
changé de place, car les mouvements propres sont assez bien déterminés aujonr- 
d'hui pour que nous sachions que depuis mille et deux mille ans les déplace- 
ments n'ont pu être qu'iusensibles. C'est l'éclat qui a pu et qui a dû varier. 

Quelle pouvait être celte quatrième étoile, alors plus brillante que les autres ? 
Il y a actuellement au-dessus du groupe, à 53' de déclinaison au nord d'Alcyone 
et à 34" d'ascension droilo plus à l'ouest, une étoile de 7" grandeur, qui corres- 
pondrait assez bien à la position de Ptolémée et Sûfl, par 5" de latitude et sur la 
même longitude qu'Atlas. C'est sans doute là notre mystérieuse inconnue. Elle 
n'est pas dans le catalogue de Lalande (1800), ni dans celui de Piazzi (1800), ni 
dans celui de d'Agelet (même époque), ni dans celui de Bessel (1825), ni dans 
celui d'Armagh (1829-1854), ni dans celui de Washington (1845-1877), ni dans 
ceux de Radcliffe, ni dans ceux de Rumker, ni dans le B. A. C, ni dans Bradley, 
ni dans Flamsteed, ni dans les observations de Greenwich, ni dans celles de 
Paris. Cependant elle a été observée par Argelander, elle est gravée sur son 
grand atlas, etc'estle n" 571 de sa zone + 24°, par 3''39"'27" et 24''32',2 (1855). 
On la trouvera sur notre fig. 20-3, qui est une reproduction de cette partie 
de la carte d' Argelander corres- 



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pondant à cette région du ciel, 
et qui nous montre les environs 
des Pléiades en môme temps que 
les Pléiades elles-mêmes. L'étoile 
dont il s'agit est entourée d'un 
petit cercle. Je l'ai observée ré- 
cemment et l'ai trouvée de 7» 
grandeur : elle est sur le prolon- 
gement d'Electre à Maïa; au delà, 
sur le même alignement, on en 
voit une de 6«. — Elle est aussi 
sur la carte des Pléiades de Lahire 
(1693) et sur celle de Cassini 
(1708). C'est probablement là une 
étoile vai-iable,et il n'est pas im- 
possible que ce soit la brillante 
des anciens. 

Mais cou linuons notre enquête. Quatre cent soixante-dix ans après Sûfi, le 
petit-fils de Tamerlan, Ulugh-Beigh, observant le ciel à son tour, ne signale, 
lui aussi, que quatre Pléiades, qu'il décrit dans les termes suivants ; 

Grandeur. Longitude. Latitude. 

A A l'extrémité boréale du côté précédent 5" 52»1' 3o45' 

B A l'extrémité australe du même côté 5 52.16 3.30 

A l'extrémité suivante, au lieu le plus étroit . ... 5 52.49 3.45 

D Extei'ne, petite, au côté boréal 4 52.58 4.9 



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Fig. 



.— Les environs des Pléiades. 



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LES PLEIADES 



C'est toujours la description de VAlmageste qui se conflnuo, et cepeod^iît 
Ulugh-Beigh déclare, comme Sûfl, qu'il a observé lui-môme l'état du ciel et 
corrigé les erreurs de Ptolcmée. Les positions ue »out pas les m^es, et elles se 
r:i;i|n'0chcnl davantage de l'état moderne. Construisons, comme précédommeHt, 

une figure comparative et examinons-la. 
On voit au premier coup d'œil que la figure 
d' Ulugh-Beigh est un peu trop basse et un 
peu trop à gauche, autrement dit un peu 
trop au sud-est. Quant à l'identification, je 
laisse au lecteur le soin de trouver lui- 
même quelles sont les étoiles qui corres- 
pondent le mieux. On croirait presque qae 
la figure s'est toui'née de près d'un angle 
droit. 

Copernic vient à son tour (1540). C'est 
toujours la même description littéraire à 
peu près : 




Fis 



. 20D. — Les Pléiades d'Ulugh-Beigh 
(XV» siècle). 



Graadeur. Longitude Lalilude. 

A A l'extrémité boréale du côté précédent 5» 55»30' 4.30' 

B A l'extrémité australe du même côté , . .5 5.*). 50 4.40 

C A l'angle le plus aigu, et suivant 5 57. 5.20 

D La petite, séparée des extrêmes (a6 exiremis secfa). 5 56. 3. G 



Los positions sont encore [Jus incohérentes que précédemment, comme on 
l'icut en juger par la fig. 2[0. q ii; j'ai tracée à la même échelle que les précédentes. 

Ce serait peine perdue d'essayer aucune iden- 
tification : les positions ne correspondent 
même pas au texte de la description ! Il est 
certain que l'immortel astronome n'a pas 
fait ici d'observation personnelle; il a seu- 
lement reproduit le Catalogue de Ptolémée 
en faisant la correction de précession et avec 
des fautes nouvelles. Cette figure ne ressem- 
ble pas plus aux Pléiades qu'à n'importe 
quoi. 

Il faut avouer que cette enquête est véri- 
tablement remarquable en surprises désa- 
gréables. Mais ayons de la persévérance et 
continuons. 

Tycho-Brahé observe le ciel, restaure l'as- 
tronomie sidérale et nous donne la descrip- 

Fig.îlO. — Les Pléiades do Copernic . ... « 

(xvi« siècle). tion Suivante du même groupe : 




Grandeur. 

1» L'occidentale des trois brillantes 5" 

2» La petite, proche de l'occidentale. . . 6 

3° Au milieu, et la plus brillante 3 

4° Celle qui est à la pointe, à lest 5 



Longitude. 


Lalituda 


53» 50' 


4M1' 


54. 3 


4 2 


54.24 


4. 


54.47 


3,53 



LES PLEIADES 



297 



Ici, Alcyone paraît pour la première fois. Nous commençons enfin à appro- 
cher de la réalité, comme on peut en juger par 
notre diagramme comparatif (firj. 211). La pre- 
mière, la troisième et la quatrième étoiles de 
Tycho-Brahé sont évidemment Electre, Alcyone 
et Atlas ; les positions coïncident à une minute 
d'arc près, ce qui est vraiment extraordinaire, 
quand on songe aux instruments employés avant 
l'invention des lunettes. Voici > en effet, les posi- 
tions de ces trois étoiles, calculées pour l'an 1600, 
et celles de Tycho • 







54 






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30 20 


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Fig.2n.— Les Pléiades de Tycho (1590). 



Longitude 
calculée Tjcho 

Electre 53» 49' 530 50' 

Alcyone. .• 54.24 54.24 

Atlas 54.46 54.47 



Latitude 



calculée 

4» 10' 
4. 2 
3.54 



Tycho 

4oll' 
4. 2 
3.55 



actuelle Tjcbo 

4.5 5 
3,0 3 

4.6 5 




Cette harmonie nous rafraîchit un peu, après tous les tracas par lesquels nous 
venons de passer ; en arrivant ici, nous éprouvons un peu la sensation du calme 
après l'orage, du paysage clair et parfumé après la poussière, du ciel pur après 
les nuées sombres et la tempête. Les grandeurs 
mûmes de ces étoiles sont satisfaisantes. Il y a 
une erreur de 4' en longitude et de 6' en lati- 
tude pour sa deuxième étoile qu'il annonce 
comme « proche de l'occidentale » , ce qui ne 
convient guère à Mérope, car elle n'est pas plus 
proche d'Electre que d'Alcyone, au contraire. 
Nous serions conduits à admettre que cette étoile 
n'est pas Mérope, mais le n° 7 de Bessel (120 de 
Wolf), qui correspond exactement à la position 
de Tycho, si justement, vers la môme époque, 
Moestlin, le maître de Kepler, n'avait vu et me- 
suré dans les Pléiades les onze étoiles reproduites 
{fig. 212), où l'on voit Mérope à sa place et non 
l'étoile n° 7 dont nous venons de parler. Cette carte ancienne des Pléiade? 
a été faite il y a. trois cents ans, le 24 décembre 1579; eUe correspond d'une 
manière remarquable avec l'état actuel du ciel. 
L'étoile du bas doit être notre n"! (fig. 203) et 
l'étoile du haut doit être notre n" 9. Moestlin n'a 
pas indiqué les grandeurs. 

Nous pouvons considérer cette carte comme 
la plus ancienne que les annales de l'astronomie 
nous aient conservée. 

Pourquoi Tycho n'a-t-il signalé que quatre 
Pléiades? Sans doute parce que, les observant à 
propos d'une occultation, il n'a eu que ces quatre 

à mesurer ^'^' ^'■'' ~ ^^^ Pléiades de Bayer (1630) 

Tycho-Brahé, qui a calculé les positions de son Catalogue pour l'an 1600, 

ASTflONOMIE. — SUPPLÉMENT. 38 



Fig. 212. — Les Pléiades de Moestlin 
(1579). 




298 LES PLÉIADES 




observait versl'an 1590. En 1603, Bayer publiait, dans la carte de son Allas, consa- 
ci rc au Taureau, le pelitdcssin des Pléiades, reproduit ici {fig. 213) : il correspond 

h peu près exactement à ce que 
nous voyons aujourd'hui. Taygète 
"I est un peu plus petite que Maïa. 
En 1610, Galilée dessina la pre- 
mière carte des Pléiades vues dans 
une lunette, et il la publia plus 
lard dans son Nuntiiis Sidereus ou 
Courrier du Ciel. Elle co?nprend 
36 étoiles, comme on le voit dans 
la reproduction ci-contre [fig. 214). 
Leur position correspond bien à 
l'état actuel, quoique Maïa soit un 
peu trop haut et Celœno beaucoup 
trop bas. L'étoile la plus brillante 
est Alcyone, de quatrième gran- 
. Fig. 214. - Les Pléiades de Galilée (iciuj. dcur ; Atlas, Mcrope, Maïa, Taygète 

et Electre sont de cinquième ; 
Pléione et les deux Astéropes sont de septième ; Celœno est de sixième. On en 
voit une autre, non loin d'elle, de même grandeur; deux au sud (les n"' 11 et 7 
de notre fig. 204), et deux au nord (le n" 13 de notre dessin et une autre). 
D'après le dessin de Galilée, Pléione eût été alors moins brillante que Gelœno 
et que notre n" 11 (FI. 26) ; c'est le contraire aujourd'hui. 

On trouve dans VAlmagestuni Novum de Riccioli (1051), au chapitre De Stellis 
fixis, p. 399, une description du groupe, dans laquelle il est dit que la plus 
brillante du quadrilatère est Maïa, mère de Mercure, de troisième grandeur. 
Viennent ensuite, dit-il, formant avec elle le quadrilatère, Stérope, Taygète et 
Gelœno; puis Electre, Mérope et Alcyone. Il faut croire qu'à cette époque les noms 
étaient distribués autrement que de nos jours, car nous venons de voir, par les 
observations de Tycho, Bayer et Galilée, que c'était bien alors notre Alcyone 
actuelle qui était la plus brillante. Riccioli ajoute : « Michel Florentius Langrenus 
les a observées et en a fait le dessin exact, qu'il m'a envoyé et sur lequel il a 
ajouté deux étoiles jusqu'alors innommées, qu'il a appelées Atlas etPléione. Je ne 
sais si ce sont celles que Vendolinus prétend avoir observées comme nouvelles. » 
Riccioli, malheureusement, ne publie pas ce dessin. Dans son Astronomia refor- 
mata (1665), il donne (p. 266) les positions des étoiles du groupe, nommées 
comme nous les nommons aujourd'hui. Les voici, avec les longitudes et les 
latitudes calculées, dit-il, pour l'an 1700 : 

Grandeur. 

Electre 5° 

CelEeno 7 

Taygète 5 

Maïa 6 

Mérope 5 

Astérope 7 

Alcyone 3 

Atlas 6 



LoBgilude 


Latitude 


54» 43' 


4° 9' 


54.45 


4.16 


54.53 


4.32 


55. 


4.23 


55. 


3.52 


54.57 


4.30 


55.55 


3.59 


55.46 


3.50 



LES PLEIADES 



299 



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Les longitudes sont en moyenne de 30' trop faibles, et correspondent, non pas 
à l'époque de 1700, comme le disent tous les Catalogues, mais à trente-six ans 
auparavant, à raison de 50",3 par an. Cette date (1664) est précisément ceUe de 
la rédaction de l'ouvrage. Seulement l'auteur a avancé Alcyone, qui se trouve à 
peu près à sa position pour 1700 ; et 
il n'a fait que pour cette étoile son 
calcul de précession, de sorte que si 
l'on dessine les Pléiades avec les 
nombres de Riccioli, Alcyone vient 
se placer à gauche d'Atlas, en de- 
hors du groupe, comme on le voit 
[fif]. 215). Le plus curieux est que, 
en reproduisant ce Catalogue, de- 
puis deux siècles, les astronomes 
ne se soient jamais aperçus de la 
transposition, 

Riccioli a fixé vers cette époque 
les noms donnés aux Pléiades. Nous „„„,„». 

devons remarquer toutefois qu'il avait donné le nom d'Asterope, non pas à 
l'étoUe double qui le porte aujourd'hui, et située de son temps par 55»1 
et 4''34', mais à l'étoile située entre 
Taygète et Maïa, aujourd'hui de neu- 
vième grandeur et notée alors de sep- 
tième. 

Vers la même époque, Hévélius dé- 
crit aussi ce groupe si célèbre et donne 
les positions suivantes pour l'an 1600 : 

Gr. Long. laliludi 

La brillante 3« 55»16' 4» f 

A l'angle occidental.. 5 54.47 4.34 

A l'angle oriental. . . 6 55.38 3.5-2 

Précéd. la brillante.. 6 55.1 4.23 

La préc. des inférieur. 5 54.42 4.6 Fig.2i6. - Les Piéiades^diiév.ims aouû). 

La suivante des infer. 5 54.53 3.&d 
Le tracé de la figure montre les divergences. Elles ne sont pas considérables, 



Fig. 215. — Les Pléiades de Riccioli (1664). 




quoique plus fortes que dans Tycho 
La première est Alcyone, la deuxième 
Taygète, la troisième Atlas, la qua- 
trième Maïa, la cinquième Electre et 
la sixièmeMérope. Atlas etMaïaétaienl 
alors moins brillantes que de nos 
jours. — On sait qu'Hévélius persis- 
tait encore à observer à l'œil nu. 

A dater decelte époque (1660 à 1680, ^j 
fondation des Observatoires de Paris 
et de Greenwich), on substitue les 
ascensions droites et les déclinaisons 
aux longitudes et aux latitudes. Les 



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Fig. ^17. — Les Pléiades de Flamsteed (1690). 



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LES PLEIADES 



premières observations que nous pouvons qualifier de modernes sont celles de 
Flamsteed, vers l'an 1G90. Il observa treize étoiles dans le groupe qui nous 
occupe et les désigna par les n"' 16 à 28 du Taureau, numéros qu'elles portent 
encore. Les voici : 



GOANDEUB 


ASCENSION DROITE 


DÉCLINAISON 


16 


7» 


bloZVW 


+230 16' 50». 


17 


5 


51.38.40 


23. 5.55 . 


18 


7 


51.41.40 


23.49.35 . 


19 


5 


51.43.10 


23.27.35 . 


20 


6 


51.52.30 


23.21.50. 


21 


6Vî 


51.53.30 


23.32.35 . 


22 


7 


51.55.30 


23.31.15. 


23 


5 


52. 0.30 


22.56.15. 


24 


7 


52.15.30 


23. 6.50. 


25 VI 


3 


52.17.30 


23. 6.15 . 


26 


7 'A 


52.39.10 


22.51.50. 


27 


6 


52.42.30 


23. 3.45. 


28 


T'U 


52.42.40 


23. 8.55. 







52.51.10 


22.42.15 . 



N0M3 CORRESPONDANTS 

Celaeno. 
Electre. 

Taygète. 
Maïa. 

Astérope I. 
Astérope II. 
Mérope. 

Alcyone. 

Atlas. 
Pléione. 



J'ai ajouté la dernière, qui n'a pas été insérée dans le Catalogue britannique, 
on ne sait trop pourquoi, car Flamsteed l'a parfaitement observée, le 4 février 

1691 et le 3 février 1693; 
seulement il ne dit rien 
de sa grandeur. Piazzi l'a 
notée de 7j(c'estP.III,163). 
Le dessin de l'Atlas de 
Flamsteed ne reproduit pas 
exactement ces données, 
soit par la faute du dessi- 
nateur, soit par celle du 
graveur; aussi ai-je refait 
la figure. Elle correspond 
à peu près à l'état actuel; 
seulement Pléioneestbeau- 
coup plus petite. L'étoile 
située entre 19 et 20, et 
nommée Astérope par Ric- 
cioli, n'a pas été observée. 
En 1693, Lahire dessina 
les Pléiades à l'Observa- 
toire de Paris, à propos du 
passage de la Lune de- 
vant elles. Il ne donne pas de nom aux étoiles ; mais l'inspection de sa carte 
[fig. 218) nous montre que cette année-là l'étoile située entre Taygète et Maïa 
était, comme du temps de Riccioli, plus brillante que les deux nommées au- 
jourd'hui Astérope 1 et Astérope II. Pléione était alors plus brillante que FI. 26, 
à l'inverse de ce que Galilée avait observé. 
Cassinienl708, LeMonnier en 1746, Maycr en 1756, Jeaurat en 1779, Lalande 



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Fig. 218. — Carte des Pléiades, faite par Latiire en 1693. 



LES PLEIADE3 



301 



en 1795, Piazzi en 1800, Bessel en 1839, Argelander en 1840, Heisen 1860, 
Engelmanu en 1870, Wolf 
en 1874, ont fait successi- 
vement des observations et 
des cartes du même groupe . 
n serait interminable de 
reproduire toutes ces ob- 
servations, dont l'intérêt 
diminue pour nous à me- 
sure qu'elles se rappro- 
chent de notre époque; 
cependant on trouvera en- 
core ici les cartes de Cas- 
sini, Jeaurat et Wolf. Je 
n'ai rien voulu négliger 
pour mettre toutes les piè- 
ces du procès entre les 
mains ; et maintenant , 
après la comparaison labo- 
rieuse qiii vient d'être faite 
de tous les documents, il 
nous reste à résumer Viia- 




Fig. 219. — Carte des Pléiades, faite par Cassini, en 1708, 



grande 



pression qui résulte pour nous de cette longue étude. 

1° Les Pléiades des Catalogues de Ptolémée et Sùfi ne correspondent pas du 
tout à l'état actuel du ciel, 
doit 



2° La divergence 
être attribuée en 
partie au manque de pré- 
cision des observations an- 
ciennes. Cependant il est 
probable que l'étoile la plus 
brillante du groupe n'était 
pas alors Alcyone, située 
vers le milieu du groupe, 
mais une étoile externe 
située au nord. 

Cette étoile, alors deqiia- 
trième grandeur, pouvait 
être celle qui porte le 
n" 571 de la zone + 24° du 
grand Catalogue d'Arge- 
lander. Elle est actuelle- 
ment de 7' grandeur. 




Fig. 220. — Carte des Pléiades, laite par Jeaurat en 177a. 



3» Les variations observées ne proviennent pas d'une rotation du groupe, ni 
de déplacements dans les positions respectives de ces étoiles, mais de change- 
ments d'éclat. 

4° Parmi ces changements, outre l'augmentation de l'éclat d'.41cyone, 



302 



LES PLEIADES 



arrivée sans doute au seizième siècle, et la diminution d'une étoile située au 
nord du groupe, on peut signaler les suivantes comme dignes de fixer l'atten- 
tion : 

L'étoile n° 2 de Bessel, entre Taygète et Maïa, aujourd'hui de neuvième gran- 
deur, était de septième au temps de Riccioli (1664), et c'est elle qu'il a nommée 
Astérope. Elle était de sixième grandeur en 1693, quand Lahire dessina sa carte. 
Mais en 1708, sur la carte de Cassini, elle est tombée k la huitième grandeur, et 




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Fig. Kl. — Carte des Pléiades, faite par Wolf en 1814. 



désormais elle s'efface devant la double supérieure, nommée dès lors Astérope I 
et Astérope II. 

L'étoile n° 26 de Flamsteed, au-dessous d'Atlas, était de sixième grandeur, plus 
brillante que Pléione en 1610 (Galilée). Elle était du même éclat à l'époque de 
Flamsteed. Elle n'est plus aujourd'hui que de huitième. 

Taygète était autrefois plus brillante que Maïa (HévéHus, Flamsteed, etc.). 
C'est le contraire aujourd'hui. 

Electre et Atlas étaient égales au temps de Cassini ; ensuite, la seconde descend 
d'une grandeur au-dessous de la première ; puis elle remonte au-dessus d'Elec- 
tre; Heis la fait de 4' en 1860; Wolf de 5° en 1875; elle est actuellement de 4%6. 

Mérope s'élève, en 1746 et 1756, à l'éclat d'Electre, retombe en 1800 et remonte 
encore en 1350, pour redescendre jusqu'à notre époque. 



LES PLEIADES 303 



Astérope I était égcole à Astérope II en 1841 et en 1850 (Schlûter et Argelander). 
Actuellement, la première est d'une demi-grandeur supérieure à la seconde ; en 
1746 c'était le contraire. Elles doivent augmenter d'éclat l'une et l'autre. 

L'étoile 28 Bessel, au sud du groupe, qui est actuellement la septième par ordre 
d'éclat, et de 6" grandeur, a été estimée de 7° 1/4 il y a cinq ans par M. Wolf, et 
de 7' 1/2 en 1825 par Bessel. Elle n'a pas été observée du tout par Piazzi et n'est 
pas dans le catalogue d'Armagh ni dans beaucoup d'autres. En revanche, eUe a 
été estimée de 6' 1/3 par Heis, et elle est de 5^ 1/2 dans le catalogue de Lalande 
[6991] , c'est donc encore certainement là une étoile variable. — Sa distance à 
Alcyone est de + 55' en ascension droite, et de — 41' en déclinaison. 

Voilà, sans contredit, bien des variations qui rendent cette région du ciel plus 
remarquable encore qu'elle ne nous l'avait paru jusqu'ici. Et ce ne sont pas 
seulement les étoiles les plus brillantes qui présentent d'aussi curieuses fluc- 
tuations : pendant que M. Wolf construisait sa carte, de 1874 à 1876, l'étoile qui 
porte le n" 92 de son Catalogue, notée de 11= grandeur en 1874, n'était plus que 
de 12"= en 1875, et tombait au-dessous de la 13= en 1876. C'est donc là encore une 
étoile certainement variable. On se rendra compte de ces fluctuations par le 
petit tableau synoptique dans lequel j'ai réuni les observations faites depuis le 
premier dessin moderne, celui de Bayer en 1603 : Galilée (1610); — Riccioli(1650); 
— Hévélius (1660); — Lahire (1693); — Flamsteed (1700); — Cassini (1708); — 
Lemonnier (1746); — Mayer (1756); — Piazzi (1800); — Bessel (1839); — Arge- 
lander (1850); — Heis (1860); — WoK(1874); — et moi en ce moment même 
(octobre 1880). 

TABLEAU COMPARATIF DES OBSERVATIONS MODERNES SUR L'ÉCLAT DES PLÉIADES 

BGRHLFCLMP B A H W F 

1603 1610 1650 1660 1693 1700 1708 1746 1756 1800 1839 1850 1860 1874 1880 

1 Alcyone.. .4433333333 3,5 3,2 3,0 3,0 3,0 

2 Electre. .. 5 5 5 5 5 5 5 4 5 4,5 4,5 4,7 4,5 4,5 4,5 

3 Atlas. ... 5 5 6 6 5 6 5 5 5 5 4,5 4,0 4,0 5,0 4,6 

4 Maïa. ...55665654^65 5 4,8 5,0 4,5 5,0 

5 Mérope. ..5555555455 5 4,5 4,7 5,5 5,5 
STaygète.. . 51 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5,0 5,0 5,5 5,8 

7 28 Bessel. .0600700700 7 6,9 6,3 7,2 6,1 

8 Pléione. . . 7 7 6 7i 6 6 6 5,5 5,5 6,2 0,3 5,7 6,3 

9 18 FI. ... 7 7 7 8 6 7 7 7 6,3 6,3 6,2 6,4 

10 Celseno. .. 6 7 6 7 6 6 6 5,5 5,5 6,5 6,3 6,0 0,5 

11 26 FI. ... 6 7 7;- 8 8 7,5 7,5 7,0 6,5 7,5 6,7 

12 Astérope. . 7 7 6^ 7 6 7,5 7,5 7,0 6,5 6,8 
2 Bessel. .0070608900 8,5 8,8 9,0 8,9 
7 Bessel. .0000708900 8 8,2 8,2 8,(1 

Ne quittons pas les Pléiades sans remarquer encore qu'elles sont entourées 
d'une vague nébulosité, découverte par Tempel en 1859 et décrite avec soin par 
Goldschmidt en 1863. La partie australe commence juste à Mérope, d'où elle 
s'étend au sud et à l'ouest comme un éventail ; la partie boréale descend vers 
Alcyone à peu près symétriquement par rapport à l'éventail de Mérope. Cette 
nébuleuse doit être variable, car on la distingue parfois à l'aide de très faibles 



304 LES PLÉIADES 



instruments; cependant la transparence atmosphérique joue ici un si grand 
rôle que celte variabilité n'est pas absolument certaine. Mais elle est très pro- 
bable, et cette probabilité est encore accrue par ce fait que, dans cette même 
région du ciel, dans le Taureau, plus près d'Aldébaran, une autre nébuleuse, 
observée par Hind en 1852, a aujourd'hui complètement disparu. — Nous avons 
déjà vu, dans la carte de Jcaurat{/ii7. 220), une nébuleuse indiquée au nord 
d'Atlas et d'Alcyone. Sur la carte d'Engelmann, la nébuleuse de Mérope consiste 
en une simple petite tache, au sud de cette étoile. Des observations récentes 
ont également montré des aspects fort différents. La variation est presque 
certaine. 

Cette réunion d'étoiles forme-t-elle une association réelle, un groupe physique, 
un amas de soleils, un univers dans l'univers? Ou bien n'aurions-nous sous les 
yeux qu'un effet de perspective dû à l'agglomération fortuite d'un grand nombre 
d'étoiles sur le môme rayon visuel? La réponse à cette question capitale n'est 
plus douteuse aujourd'hui. Déjà, il y a plus d'un siècle, Mitchell faisait la 
remarque, fondée sur le calcul des probabilités, qu'il y a 500 000 à parier 
contre 1 que les six principales étoiles des Pléiades ne sont pas réunies là par 
hasard, mais forment une véritable association physique. Cette probabilité déjà 
si haute n'a fait que s'élever davantage à mesure que de nouvelles étoiles, de 
plus en plus multipliées, ont été découvertes dans le même groupe, et aujourd'hui 
il est impossible de douter qu'il n'y ait là un archipel d'îles célestes réunies dans 
une commune destinée. Revoyez notre fig. 208, qui permet d'apprécier les envi- 
rons de cet archipel sidéral, et vous remarquerez son isolement relatif, son 
agglomération progressive vers le centre, en un mot son unité. Il est probable, 
néanmoins, que plusieurs des étoiles avoisinantes se trouvent en avant ou en 
arrière et ne font pas partie de l'amas. 

Les mouvements propres déterminés pour les principales étoiles de l'amas 
ont complété la certitude en montrant qu'une direction commune emporte le 
système dans l'espace. En comparant ses observations de 1825 à celles de 
Bradley en 1755, Bessel a déterminé les mouvements propres qui se sont mani- 
festés pour cette période, et M. Wolf, en comparant à son tour ses observations 
de 1874 à celles de Bessel en 1840, a conclu ceux qui résultent de cette dernière 
période. H va sans dire que, pour un aussi faible intervalle de temps (1755 à 1874), 
ces mouvements doivent être considérés comme réguliers. La valeur la plus 
sûre que nous pouvons obtenir est donc de prendre la moyenne de ces deux 
déterminations. La voici : 

MOUVEMENTS PROPRES DES PLÉIADES. 

Asc. droite Disl. polaire 

Celœno + 0"046 + 0"068 

Electre -f 0.030 + 0.056 

Taygète. + 0.022 + 0-057 

Maïa + 0.022 + 0.059 

Astérope I + 0.045 -f 0.056 

Astérope II + 0.019 + 0.0.53 

Mérope + 0.050 + 0.059 

Alcyone -f 0-019 + 0.065 

20 FI 4- 0.049 -I- 0.060 

Atlas 4- 0.020 + 0.070 

Pléioae. .. = ............. + 0.017 -J- 0.072 



LES PLÉIADES 305 




On voit que toutes ces étoiles sont emportées vers l'est d'une part, vers le 
sud d'autre part, autrement dit vers le sud-est. On s'en rendra mieux compte 
sur une figure, et c'est pourquoi je 
me suis encore intéressé à tracer le 
diagramme ci-contre (/î^. 222), où 
chacune de ces étoiles porte une 
flèche représentant la dii-ection de 
sa marche et sa grandeur pour dix 
mille ans. La communauté du mou- 
vement est frappante. Les diver- 
gences indiquées sont-elles réelles, 
ou seulement dues aux petites er- 
reurs inhérentes à ces observations 
si délicates? C'est ce que nous ne 
pouvons encore décider ; de même 
que nous ne pouvons affirmer que 

, j . Fig. 222. — Mouvements propres des Pléiades. 

chacun de ces mouvements se con- ^ 

tinue en ligne droite pendant dix mille ans (mais il sont si lents qu'il faut prendre 
un intervalle de temps respectable pour les rendre sensibles). Peut-être quel- 
ques-unes de ces étoiles tournent-elles les unes autour des autres, comme les 
composantes des systèmes d'étoiles multiples. Il y a là d'ailleurs plusieurs étoiles 
doubles qui forment sans doute de véritables couples physiques. Quant à décider 
quel est le centre de gravité de ce vaste système, et si toutes les étoiles des Pléiades 
gravitent autour de ce centre, c'est là un problème réservé aux progrès de la 
science des siècles futurs. Nous ne pouvons même pas décider si ce mouvement 
commun des Pléiades vers le sud-est leur appartient en propre et ne serait pas 
simplement dû à la translation de notre système solaire dans l'espace, car il 
se trouve être précisément parallèle et contraire au nôtre, et si ces étoiles re- 
posaient tranquillement ensemble dans le sein de l'infini, elles nous paraîtraient 
en effet se déplacer ainsi par suite de notre propre translation séculaire à travers 
rimmensité. Peut-être même voguent-elles de concert avec nous, un peu plus 
lentement. C'est cette lenteur dans leur mouvement propre, c'est ce repos relatif 
qui avait conduit l'astronome allemand Miidler à l'hypothèse que cette importante 
agglomération de soleils pourrait bien être le centre, le foyer sidéral, autour 
duquel notre soleil gravite. Mais il n'y a là qu'une hypothèse, assez peu probable 
même, car les Pléiades ne se trouvent pas juste à angle droit avec la ligne que 
nous suivons dans l'espace. Examinez la carte générale des mouvements pi-opres 
{Astronomie populaire, p. 797) et vous verrez que l'équateur tracé à angle droit 
sur notre axe de direction, avec le point d'Hercule pour pôle, vous verrez, dis-je, 
que cette courbe sur laquelle doit se trouver le centre de l'orbite du Soleil, si ce 
centre existe, passe assez loin des Pléiades, au nord d' Algol et de Capella. Il 
n'est donc pas probable que nous tournions autour de cet amas; mais peut-être 
fait-il partie des étoiles qui, sans doute, forment avec la nôtre un courant, un 
système sidéral, composé d'un grand nombre de systèmes solaires emportés dans 
l'espace et dans l'éternité par une commune destinée. 

Par un hasard (est-ce un hasard?) assez curieux, il y a, au sud d'Alcyone, un 
alignement de sept étoiles, alignées à peu près directement dans le sens du 
mouvement propre des Pléiades. Ce sont des étoiles de 8' et 9° grandeur, qui, dans 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 39 



3oe 



LA CONSTELLATION DU TAUREAU 



une lunette ordinaire, indiquent en quelque sorte d'elles-mêmes à l'observateur 

la direction de ce mouvement vers 




Fig. 223. — Curieux aligaements d'étcilcs 
dans les Pléiades. 

très exactement la direction et la vitesse 




FIg. 2Î4. — Mouvejnents propres des Hyadas, 



le sud-sud-est, et en même temps la 
direction du nôtre vers le nord- 
nord-ouest. Non loin do là, entre 
Alcyone et Mérope, on en voit quatre 
autres alignées à peu près dans 
le même sens ( la supérieure de 
celles-ci est double). Plusieurs au- 
tres alignements se font encore re- 
marquer dans cette direction spé- 
ciale. 

L'examen qui précède du mouve- 
ment propre des Pléiades m'avait si 
ardemment intéressé que j'ai voulu 
me rendre compte en même temps 
de celui des Hyades, et que j'ai éga- 
lement calculé pour une durée de 
dix mule ans les déplacements en 
ascension droite et en déclinaison 
constatés sur les 30 étoiles de ce 
groupe observées depuis Bradley. 
Les chiffres absorberaient trop de 
place ici pour être reproduits, mais 
la carte que j'en ai tracée montre 
lie ces mouvements. Sans une seule 
exception, ces 30 étoUes 
voientleurascension droite 
augmenter et marchentvers 
l'orient. Pour toutes aussi, 
le mouvement en déclinai- 
son est dirigé vers le sud 
(il n'y a que deux excep- 
tions, pour S' et 63, encore 
le mouvement est-il à peine 
indiqué : 1" en cent ans). 
Les divergences de chaque 
étoile n'empêchent pas la 
translation générale d'être 
dirigée vers l'est-sud-est, 
et, ce qu'il y a de plus re- 
marquable, c'est que la 
direction de perspective 
due au transport du sys- 
tème solaire dans l'espace 
tend vers le sud-sud-est, 
à peu près comme la flèche 
d'Aldébaran, formant un 



LA CONSTELLATION DU TAUREAU 307 

angle de 45° à 50" avec celui du mouvement général des Hyades. Il n'est donc 
pas douteux que ce soit là aussi un groupe physique de soleils associés dans 
une destinée commune, et il est presque certain que le radieux Aldébaran n'en 
fait pas partie. Il est sans doute en avant, de ce côté-ci, et l'étoile n en arrière, 
isolée dans le désert infini. 

Cette discussion sur les Pléiades a été longue et laborieuse; mais les diver» 
gences et les difficultés se sont montrées si grandes dès l'origine, qu'elles récla- 
maient une enquête rigoureuse et qu'elles nécessitaient un examen comparatif 
complet de tous les documents pouvant servir à l'histoire scientifique de ce 
groupe célèbre. Nous venons de reproduire les principaux, en omettant ceux 
qui n'avaient aucune valeur, car il n'est pas inutile de remarquer que sur 
plusieurs atlas et globes célestes modernes (par exemple, sur le plus grand et 
l'un des plus soignés qu'on ait jamais construits, sur le grand globe de Coronelli, 
gravé pour Louis Xiy en 1693), les Pléiades ne sont souvent représentées que 
sous l'aspect d'un amas quelconque, composé de 5, 6, 7,8, 9 étoUes jetées sans 
ordre les unes à côté des autres. On agissait là comme dans les autres branches 
de la science, en négligeant certains détails qui paraissaient insignifiants. C'est 
ainsi que dans les ouvrages d'anatomie, le cerveau humain était tout simple- 
ment dessiné comme un paquet d'intestins, sans avoir égard aux circonvolutions 
les plus essentielles même et les plus caractéristiques de cet organe. Aujourd'hui 
la science est plus exigeante (' ). 

Revenons maintenant à notre description générale de la constel- 
lation du Taureau. Parmi les amas d'étoiles et nébuleuses qui lui 
appartiennent, il en est un dont l'observation est accessible aux 
instruments de moyenne puissance : c'est 
la nébuleuse en forme de poisson ou de 
crabe, que les Anglais appellent crab- 
nebulcL, à cause de ses franges et de ses 
appendices si curieux. Cette nébuleuse 
du Taureau se trouve à 1° au nord-ouest, 
ou nord précédent, de l'étoile ç, et elle 
porte le n" 1 du catalogue de Messier. Cet 
astronome la découvrit accidentellement 
en suivant la comète de 1758, et c'est ce 
qui le conduisit cà construire son cata- 
logue de nébuleuses. On l'appelait «le Fig. 225. - Nébuleuse du Taoreau, vue 

•-^ .■'■'■ . , 1 dans une lunette de moyenne puissance. 

cnerclieur de comètes du roi » ; mais s il 

n'avait cherché de comètes que pour Louis XV, on peut croire qu'il 

(') Nous aurions pu encore signaler d'autres irrégularités, d'un ordre purement 
grammatical. Ainsi, dans son beau travail sur les Pléiades, M. Wolf, de l'Observa- 
toire de Paris, appelle constamment Alcyone Alcyon, ce qui dénature toute l'histoire 
mythologique de cette famille célèbre; M. Ilouzeau, directeur de l'Observatoire de 
Bruxelles, appelle Celaeno, Seleno, comme si elle était parente de la Lune; etc. Mais 
ce sont là des détails. 




308 



LE TAUREAU 



n'en aurait guère trouvé, car ce n'est pas ce genre de beautés qui 
intéressait le plus le royal chasseur du Parc aux cerfs. — Messier, 
fort heureusement, cherchait des comètes pour son plaisir personnel, 
et, chemin faisant, il trouvait des nébuleuses dont la contemplation 

faisait tressaillir son cœur 
d'astronome. Vue dans une 
lunette ordinaire, la nébu- 
leuse dont nous parlons offre 
l'aspect d'une tache laiteuse 
ovale {fig. 225) mesurant 
5' 1/2 de longueur sur 3' 1/2 
de largeur. Un instrument 
plus puissant permet de dé- 
couvrir une extension de la 
nébulosité vers les angles, 
qui donne à la figure un as- 
pect presque rectangulaire. 
Le grand télescope de Lord 
Rosse métamorphose encore 
plus complètement cet as- 
pect en jetant sous les yeux 
de l'observateur le monstre 
sidéral reproduit ici (/ig.226), 
qui a fait donner à ce loin- 
tain univers le nom de né- 
buleuse de l'écrevisse. Quel- 
ques étoiles se projettent sur 
cette nébuleuse, mais elle ne se résout pas elle-même en étoiles. 

Nous arrivons maintenant à la constellation des Gémeaux, qui suc- 
cède vers l'orient à celle du Taureau, et qui se fait reconnaître à tous 
les yeux, par ses deux étoiles caractéristiques. Castor et Pollux, bril- 
lantes de deuxième grandeur. Il serait superflu de chercher en dehors 
de ces deux étoiles fraternellement associées dans leur cours céleste 
la cause ou l'origine du nom donné à cette constellation, car ces deux 
astres brillent sous la voûte étoilée comme deux frères jumeaux réunis 
par la même destinée. Ils commencent à se lever à l'est en novembre, 
trônent dans le ciel de décembre à avril et descendent à la fin de mai 
sous l'horizon occidental. On les voit toujours ensemble, et il n'y a 
rien de surprenant à ce qu'on les ait qualifiés de frères jumeaux. Cette 




FIg. 226. ■» La nébuleuse du Taureau, vue dans un grand 
télescope. 



LES GEMEAUX 309 



explication de leur nom me paraît toute simple, et par cela même 
beaucoup plus probable que celle de Dupuis, Francœur,Dulaure, etc., 
qui pensent que ce nom a été donné à cette partie du ciel parce qu'elle 
présidait à l'époque de la germination et annonçait la fécondité. 

Les anciens appelaient les Gémeaux tantôt Castor et PoUux, tantôt 
Apollon et Hercule; ces quatre personnages étaient du reste tous les 
quatre fils de Jupiter. La première appellation a prévalu. La dénomi- 
nation de Dioscures (littéralement enfants de Jupiter) a été réservée 
à Castor et Pollux. Si l'on en croit l'auteur de l'Iliade, leurs mères 
auraient été cette fameuse Léda dont on a tant parlé, et la belle 
Tyndare, plus modeste sans doute, ou moins originale dans ses 
goûts, car sa renommée n'est pas descendue jusqu'à nous. Le culte 
des Dioscures était répandu dans toute la Grèce et l'Italie. Castor et 
Pollux étaient les dieux tutélaires de l'hospitalité. On croyait aussi 
qu'ils avaient le pouvoir d'apaiser les tempêtes et qu'ils apparais- 
saient sous la figure de flammes légères au sommet des mâts et dans 
les vergues des navires. C'était là le phénomène électrique connu 
sous le nom de feux Saint-Elme. Nous les voyons encore sculptés 
aujourd'hui sur les portails d'un grand nombre de cathédrales. 

On trouve parfois de singuliers rapprochements entre les peuples 
les plus éloignés ethnologiquement et historiquement. Ainsi, une race 
humaine tout entière a récemment disparu de la surface de notre pla- 
nète : la race des Tasmaniens, en Australie, dont le dernier survi- 
vant est mort en 1876. Eh bien, cette race sauvage avait cependant 
une sorte d'astronomie rudimentaire; Castor et Pollux étaient pour 
eux deux Noirs, les inventeurs du feu, aujourd'hui transportés parmi 
les étoiles. 

Les Gémeaux ont été représentés dans les atlas célestes sous difi'é- 
rentes formes. Généralement ils sont dessinés, comme sur notre 
fig. 196 (p. 281), sous l'aspect de deux enfants accolés, dont l'un. 
Castor, tient une lyre, et dont l'autre, Pollux, porte une massue; 
ce sont clairement là les attributs d'Apollon et d'Hercule, dont nous 
parlions tout à l'heure. A une certaine époque on les a retournés 
et on ne les a plus dessinés que vus de dos ou de profil, près de 
l'Ecrevisse. (Revoir la fig. 106, p. 156). Au xv' siècle, on leur a 
mis des ailes et on en a fait des anges, comme on le voit sur les 
éditions d'Aratus et d'Hyginus de cette époque. Sur certaines 
cartes du xvii° siècle , ils sont séparés et debout, Pollux est armé 
d'une lance et d'une massue. Castor porte d'une main sa lyre qui 
parait être devenue une cage (c'est une sorte de cythare verti- 



310 



LES GEMEAUX 




cale), et de l'autre un petit bâton, servant sans doute à jouer 

de cet instrument. Sur l'atlas 
de Bayer, PoUux est armé 
d'une faucille. La place nous 
manque pour reproduire tous 
ces curieux dessins ; mais pour- 
tant je ne puis résister au plai- 
sir de vous offrir ici d'une part 
{pg. 227) ces deux petits héros 
que j'extrais d'une carte pu- 
Fig. 227. -Dessin des Gémeaux, au XVII» Biècie. bUéc à Amsterdam au Com- 
mencement du règne de Louis XIV, et d'autre part {flg. 228) une 
autre représentation des Gémeaux non moins curieuse assurément, 

extraite de VAstronomie du roi Al- 
phonse X (douzième siècle), et sur la- 
quelle le commentateur paraît avoir 
voulu ressusciter Adam et Eve, les deux 
premiers jumeaux de la création. Mais 
nous n'avons pas le temps de nous ap- 
pesantir plus longtemps sur ces aspects 
particuliers de l'histoire des constella- 
tions, car les étoiles nous réclament, et 
parmi celles qui nous attendent ici, plu- 
sieurs peuvent compter parmi les plus 
intéressantes du ciel tout entier. 

Outre les deux étoiles principales 
Castor et Pollux, qui ont reçu les lettres 
a et p de la constellation, les Gémeaux renferment une autre étoile 
de deuxième grandeur, y (au pied de Pollux en descendant vers « 
Orion), et six de troisième grandeur : S, e, ç, n, 9 et ja. Ç est variable, 
comme nous le verrons, etixa augmenté d'éclat. On apprendra à con- 
naître les étoiles de cette constellation et à les trouver dans le ciel à 
l'aide du tableau ci-dessous et de la fig. 229 qui le complète. 

La comparaison des éclats observés depuis deux mille ans met en 
évidence quelques variations intéressantes. Et d'abord Castor et 
Pollux sont présentés par tous les anciens comme égaux et de 
deuxième grandeur. Flamsteed fait Castor de première, mais il n'a 
inscrit qu'une seule fois sa grandeur dans toutes ses observations de 
Greenwich, de sorte que ce témoignage perd de son importance in- 
trinsèque. A l'opposé, Piazzi a fait Castor moins brillant que Pollux, 




Fig. 228. 



— Dessin des Gémeaux, 
au xu« siècle. 



LES GEMEAUX 3U 



et de troisième grandeur : son catalogue porte 200 observations en 
ascension droite et 34 en déclinaison, faites à Palerme de 1792 
à 1813. Mais cà la même époque, Lalande à Paris l'a toujours fait de 
deuxième. Castor est une étoile double, l'une des plus belles du ciel, 
et Piazzi, qui séparait les deux composantes dans sa lunette et les 
estimait chacune de troisième, a pu les inscrire un peu au-dessous 
de leur valeur, de manière à rétablir par leur réunion une étoile de 
deuxième grandeur moyenne. On peut les considérer comme étant 
de 2,5 et 3,0. Le fait que Bayer a donné la première lettre à Castor 
et la seconde à Pollux a fait croire que l'ordre d'éclat était alors in» 
terverti, comparativement à l'état actuel. Mais ce n'est pas encore 
là une raison suffisante, attendu que les deux étoiles ont le même 
éclat sur la carte de Bayer, et que pour les nommer, il a suivi sa 
méthode habituelle qui est de procéder de l'ouest à l'est, de la droite 
vers la gauche, dans l'ordre des longitudes. D'autre part encore, 
comme les personnifications étaient faites dès l'antiquité, et qu'on 
nomme toujours Castor avant Pollux, il était tout naturel d'attri- 
buer la première lettre à Castor et la seconde à Pollux. Voilà, je 
crois, plus de raisons qu'il n'en faut pour admettre que Castor n'a 
pas changé d'éclat depuis deux mille ans. 

Je n'en dirais pas autant de Pollux. Il est depuis un siècle sensi- 
blement plus brillant que son frère, et il arrive actuellement juste à 
la limite de la première grandeur. Selon toute probabilité, son éclat 
augmente lentement. Sa lumière est rougeàtre. Nous reviendrons 
tout à l'heure sur ces deux personnages célestes. 

Il y a au pied des Gémeaux une étoile très remarquée par les 
anciens, qui l'appelaient Propus. Elle est certainement variable. 
Ptolémée l'a estimée de 4"; Sûfi de 4°f, Tycho de 4% Bayer de 3° 
Elle est aujourd'hui de 5% et n'a rien qui la signale à l'attention 
de l'observateur du ciel. — C'est près de cette étoile, nommée H 
par Bayer, que William Herschel découvrit la planète Uranus, le 
13 mars 1781, à 10 heures du soir, découverte qui doublait d'un seul 
coup le diamètre du royaume solaire, en reculant sa frontière de 355 
I à 710 millions de lieues. Elle a longtemps servi d'étoile de comparai- 
son pour déterminer le mouvement d'Uranus. Cette planète avait 
déjà été observée par Mayer, le 26 septembre 1756 : elle était alort 
les Poissons (c'est le n° 964 de son Catalogue). Mais il l'avait prise 
pour une étoile. A quoi tiennent les plus grandes découvertes ! 

L'étoile Ç est une variable, périodique et très rapide : elle oscille 
régulièrement de 3,7 à 4,5, dans la période de 10 jours 3 heures 47 mi- 



312 



LES GEMEAUX 



mites 36 secondes. C'est là une observation très facile à faire à l'œil 
nu. L'intérêt de cette observation s'accroît encore sous un aspect 
'spécial si nous ajoutons que cette étoile est double : on voit à côté 
d'elle, à 90", un compagnon de 8° grandeur. Nous pourrions même le 
qualifier d'étoile triple, car une lunette assez puissante montre, un 
peu plus près, à 65", une petite étoile de 13' grandeur. Il est probable 
que ce n'est là qu'un groupe optique. 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DES GÉMEAUX 
DEUX MILLE ANS d'ODSERVATION 



Étoiles 
a {Castor) 
P {Pollux) 

T 

5 

e 

c 

■n 

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X 

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I» 



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P 
a 

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CD 

57 A 

64 b' 

65 6' 
76 c 
36 d 
38 e 
Uf 
81 3 

1 (Propus) 
26 

30 près i 
70 
85 



— m +960 1430 1590 1G03 1660 1700 1756 1800 1840 1860 



2 

3 
3 
3 

3 



2 

3 

3 

3.4 

4.3 



4.3 4.3 

4 4.3 

4 4 

4 4.3 

3 3.4 
4.3 4.3 
4.3 3.4 

4 4 











4 

4 









5 

5 



5 

5 



5 

5 

4 







5 





5 

5 

4 

4 









5.6 

5.4 





5.6 



5.6 

5.6 

4| 







5.6 



2 
3 
3 

3.4 

4.8 

4.3 

4.3 

4 

4.3 

3.4 

4.3 

3.4 

4 









4 

4 









5.6 



5 



5.6 



5.6 

5.6 

4.5 







5.6 



2 

2 

3 

3 

3 

4 

5 

4 

4 

4 

3 

4 

4 





5 

5 

4 

5 

6 





6 

6 

6 





6 

6 

6 

6 

4 







6 



2 

2 

3 

3 

3 

3 

4 

4 

4 

4 

4 

4 

4 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

6 

6 

6 



6 

6 

6 

6 

6 

3 











2 
2 
4 
3 
3 
4 
5 



3 

4 

4 

6 

6 

5 

5 

4 

5 

5 

6 

6 

5 

6 

6 





5 

6 

6 

6 

4 





6 

6 



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2 

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3 

3 

3i 



4i 

5 

3 

4 

4f 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

5 

6 

6 

5i 

6 

6 

6 

6 

6 

6 

6 

5 

5 

6 

5 

6 



1. 

2 

2.3 

3 

3 

3 

4 



4.5 

4.5 

5 

3 

4 

5.4 

7 



5 

5 

5 

5 

6 





6 

5.6 

6 



6 

6 

6 

6 

6 

4 

6.7 









3 

2 

3 

3.4 

3 

4 

4.5 



4.5 

3 

5 

4 

6 

5.6 

5 

6 

5 

5 

5 

5.6 

6 



6 

5.6 

5.6 

6 

6.7 

5.6 

6 

6 

5 

5.6 

5.6 

6 

6.7 



2.1 

1.2 

2.3 

3.4 

3.4 

4 

3.4 

3.4 

4 

4.3 

4.3 

3 

5.4 

4.3 

5.6 

6 

5 

5 

5.4 

4.5 

5 

5 

6 

6 

5.6 

5 

5 

6 

6 

5 

6 

6.5 

5 

6.5 

5 

6 

6.5 



2.1 

1.2 

2.3 

3.4 

3.4 

var 

3.4 

3.4 

4 

4.3 

4 

3 

5.4 

4.3 

5.6 

6 

5.4 

5 

5.4 

4.5 

5 

5 

6.5 

6.5 

6.5 

5.6 

5 

6 

6 

5 

6 

5.6 

5 

6.5 

5 

6 

6 



1880 

2,3 

1,9 

2.7 

3,8 

3,3 

var 

var 

4,2 

4,0 

3,8 

4.3 

3,0 

4,6 

3,9 

5,5 

5,7 

4,6 

4.5 

4,8 

4,4 

5.4 

5,5 

5,7 

5,8 

5,8 

5,5 

5,0 

6,3 

6,0 

5,4 

6,0 

5,8 

5,0 

5,5 

5,7 

6,0 

6,0 



L'étoile ï] est également variable, de 3,2 à 4,2, dans la période assez 
lente de 230 jours. Le dernier minimum a eu lieu le 5 décembre 1880. 

L'étoile 9 varie de la 3° à la 5°. Périodiquement ou irrégulièrement? 
c'est ce que nous ne pouvons encore décider. 



LA CONSTELLATION DES GÉMEAUX 



313 



11 en est de même de \, estimée de 3° grandeur par Ptolémée et 
Ulugli Beigh, de 3° | par Sûfi, de 4" par Tycho-Brahé, Bayer, 
Hévélius, de 4' | par Piazzi, de 5" par Flamsteed. 

Inscrivons v dans la même catégorie : Ulugli Beigh l'a vue de 
3' grandeur, Sùfi de 3' |, Ptolémée de 3' | (et Sûfi fait la re- 
marque de cette différence); Tycho, Bayer, etc., l'ont estimée de 4" 
et Piazzi de 5°. 

L'étoile II, de troisième grandeur, est plus brillante que celles qui 



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Fig. 229. — Prindp&les étoiles des Gémeaux et du Petit Chien. 

ont reçu de Bayer les lettres précédentes de l'alphabet, i, x et X, et 
elle appartient, en effet, au troisième ordre d'éclat, tandis que les 
autres appartiennent au quatrième. Il est bien probable qu'elle a 
augmenté d'une grandeur. 

Les deux étoiles voisines ¥ et b* ont été parfois prises Tune pour 
l'autre, mais cela ne prouve pas de variation. 

AflTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 40 



314 



LES GÉMEAUX 



Ce sont là autant de témoignages en faveur des modifications lentes 
et séculaires qui s'accomplissent dans les cieux. Outre les étoiles pé- 
riodiquement et régulièrement variables, et en dehors de celles qui 
se sont imposées à l'attention générale par une conflagration subite, 
il en est qui, depuis l'origine de l'uranométrie , ont présenté de 
longues fluctuations d'éclat, s'élevant à une et à deux grandeurs 
de diff'érence, et modifiant sensiblement l'ordre des classifications 
faites à toutes les époques. Ces variations lentes ne se remarquent 
pas uniformément sur toute l'étendue de la sphère céleste; u y a des 
régions plus frappées par ces transformations séculaires, tandis que 
d'autres restent beaucoup plus calmes et plus stables. 

Les deux variables périodiques Ç et ï) ne sont pas les seules pério- 
diques connues dans cette constellation ; nous devons encore signaler 
les étoiles R, S, T, U; mais aucune d'elles n'arrive à être visible à 




Fig. 330. — Augmentation rapide d'éclat do l'étoile U des Gémeaux. 

l'œil nu, et leur étude sort de cette description populaire du ciel. La 
première varie de 6,7 à 12,5 en 371 jours; la deuxième de 8,2 à 13,5 
en 295 jours; la troisième de 8,4 a 13,5 en 289 jours; et la quatrième 
de 9,0 à 14 en une période irrégulière que l'on a trouvée parfois 
de 97 jours, parfois de 209, de 230, de 252, et même de 617 jours. 
Cette étoile (U des Gémeaux) est bien l'une des plus curieuses du 
ciel. Aux époques de ses maxima, elle semble arriver des profondeurs 
de l'infini, de la région de l'invisibilité, et grandir avec une vitesse 
inimaginable. On l'a vue parfois s'accroître de trois grandeurs d'éclat 
en 24 heures (Schœnfeld, février 1869). Elle est visible pendant quel- 
ques jours au télescope ; puis elle tombe et disparaît. C'est en quelque 
sorte la contre-partie d'Algol Quel étonnant soleil ! 

Mais revenons à nos Gémeaux, Castor et Pollux. 

L'illustre astronome William Struve pensait que ces deux remar- 
quables étoiles devaient être réellement associées dans leur destinée 



CASTOR ET POLLUX 



315 



sidérale, comme elles le paraissent par leur rapprochement dans le 
ciel et par leur similitude. Cette opinion n'avait, en effet, rien que 
de très naturel et de fort plausible. Mais nous sommes aujourd'hui 
forcés de l'abandonner, car leurs mouvements propres déterminés 
d'une part par les observations 
méridiennes et d'autre part par les 
expériences spectroscopiques mon- 
trent là deux destinées absolument 
étrangères l'une à l'autre. La pro- 
jection du mouvement propre sur le 
plan de la sphère céleste, c'est-à- 
dire à angle droit sur notre rayon 
visuel, n'indique pas encore une dif- 
férence essentielle, car elle nous 
donne : 

MOUVEMENTS PROPRES DE CASTOR ET POLLUS 



Castor — 0^013 

Pollux — 0,048 



en «scen.'-ion droite, en declinaisan, 

— 0"08 

— 0,06 




Fig. 231. — Mouveiiicnls pi-oprc» di; Castor 
et Pollux. 



ce qui, dessiné sur le plan de la sphère céleste, se traduit par les deux 
flèches tracées sur la fîg. 231. 
Pollux marche beaucoup plus 
vite que Castor et vogue plus 
directement vers l'ouest. 
. Mesuré dans le sens du rayon 
visuel, par le spectroscope, le 
mouvement de chacune de ces 
deux étoiles se différencie plus 
radicalement encore, attendu 
que l'une d'elles (Castor) s'éloi- 
gne de nous, tandis que l'autre 
arrive vers nous dans le sens du 
rayon visuel. La vitesse de la 
première paraît être de 45 kilo- 
mètres par seconde, et la vitesse 
de la seconde de 64. Sous cet 
aspect spécial, les deux étoiles 
suivent le mouvement indiqué 
sur notre fig. 232. En réalité, elles décrivent l'une et l'atitre une 
ligne oblique, qui est la résultante des deux composantes horizontale 




Fig. 232. — Mouvements de Castor et Pollux 
dans le sens du rayon' visuel. 



316 LE SY.STEME DE CASTOR 

et verticale, mais que nous ne pouvons pas encore tracer exactement, 
parce que si la composante verticale peut être estimée en kilo- 
mètres, il n'en est pas de même de la composante horizontale, qui 
n'est donnée qu'en vitesse angulaire, puisque nous ne connaissons 
pas la distance de ces deux étoiles. 

Castor est Vune des plus belles étoiles doubles du ciel ; c'est en 
même temps l'un des systèmes orbitaux les plus remarquables, et 
c'est le premier qui en 1804 ait fait constater à William Herschel le 
mouvement révolutif de deux étoiles l'une autour de l'autre, soup- 
çonné, deviné, affirmé théoriquement, mais non démontré avant lui. 
Les deux étoiles sont de deuxième à troisième grandeur (2,5 et 3,0), 
très brillantes dans le champ du télescope, et à 5",6 de distance angu- 
laire, ce qui permet le dédoublement pour des instruments de faible 
puissance. Je vous en supplie, ne laissez pas passer la première occa- 
sion qui vous sera offerte de diriger une lunette vers cette étoile 
comme vers ^ de la Grande-Ourse. C'est là une observation charmante, 
et qui plonge toujours dans un étonnement bien légitime. Par une 
association d'idées anciennes, il arrive assez souvent que l'observa- 
teur novice nomme tout de suite les deux composantes Castor et 
Pollux. Il importe de ne pas laisser cette erreur se prolonger. 

La première observation de ce beau couple a été faite en 1718 par 
Bradley et Pound, qui estimèrent que la direction des deux étoiles 
était parallèle à une ligne menée vers Pollux en laissant k à l'ouest,- 
L'année suivante ils recommencèrent l'expérience et trouvèrent cette 
direction absolument parallèle à une ligne tracée de jc à c Cette direc- 
tion correspond à un angle de 356°. 

Depuis cette lointaine époque. Castor a été l'objet d'une attention 
constante et d'une prédilection sympathique de la part des astro- 
aomes, et nous possédons plus de deux cents mesures, qui montrent 
à la fois la nature de l'orbite et la lenteur avec laquelle elle est par- 
courue. Le mouvement peut se résumer ainsi : 

DATES ANGLE DI3TANXE OB3ERVAIEUH3 

1719 356° 5'4 Bradley, Pound. 

1759 327 5 i Bradley, Maskelyne. 

1779 303 5 i Chr. Mayer, William Herschel 

1802 281 5 5 William Herschel. 

1820 267 5,4 J. Herschel, South. 

1830 260 4,6 W. Struve, Dawes, Smyth 

1840 254 4,9 Dawes, Û. Struve, Kaiser. 

1850 248 5,0 Madler, Jacob, Fletcher. 

1860 243 5,3 Wrotteslcy, Powell, Secchi. 

iS70 238 5,6 Dcmbowski, Talmage, Duner. 

1880 234 5,6 Wilson, Flammarion, DobercL 




LE SYSTEME DE CASTOR 317 

OU 122° parcourus en 161 ans. A ce taux moyen, la révolution en- 
tière, de 360", demanderait 474 ans pour s'accomplir. Mais le mou- 
vement se ralentit, de sorte que la 
période est certainement plus lon- 
gue. Le calcul fondé sur l'analyse de 
l'orbite conduit au chiffre de mille 
ans. 

Ainsi, nous avons là sous les yeux 
un système de deux brillants soleils 
circulant l'un autour de l'autre et 
n'employant pas moins de mille 
années pour parcourir leur révolu- 
tion. Lentement, ce lointain cadran 

Stellaire mesure les destinées des Fig- 233. -Mouvement observé dans lesyslèn.» 

peuples inconnus qui habitent en 

ces régions célestes. L'étoile secondaire s'éloigne insensiblement 
du point de son orbite où nous la voyons en ce moment, et elle 
n'y reviendra que dans dix siècles ; mais déjà elle est passée là il 
y a dix siècles, au temps où Jean Scot Erigène infiltrait ses singu- 
lières doctrines druidiques et bouddhistes au sein même de la théo- 
logie chrétienne, où les derniers monarques carlovingiens assistaient 
à l'écroulement de l'édifice de Charlemagne, et où trois rois rivaux 
se faisaient sacrer par les ministres d'une même religion pour démem- 
brer la France chacun à son profit. Si cette étoile double voit de là- 
haut l'état de notre petite planète, elle doit remarquer qu'en chacune 
de ses années (qui en valent mille des nôtres) il y a ici-bas d'étranges 
transformations dans la matière et dans l'esprit. Que verra-t-elle 
dans mille années?... Sans doute les habitants de la Terre en com- 
munication avec leurs voisins du monde de Mars. 

Remarquons, en passant, la supériorité de l'étude de l'astronomie 
sur celle de la géographie. Combien est-il de lecteurs des voyages 
anciens et modernes qui puissent espérer visiter, je ne dirai pas 
Ninive, Thèbes, Memphis ou Carthage, qui n'existent plus, mais 
l'Afrique centrale comme Livingstone et Stanley, les régions polaires 
comme Hayes, Hall ou Nordenskiold, ou tout simplement New^-York, 
Constantin ople ou Pékin? Les curiosités du ciel sont, au contraire, 
constamment déployées pour tous les yeux, et chacun de nous peut, 
sans dérangement, visiter les merveilles étudiées par tous les 
astronomes qui nous ont précédés, contempler avec Herschel le 
système de Castor, voir ce qu'ont vu Galilée dans Jupiter, Cassini 



318 



LE SYSTEMS DE CASTOR 



«s 



\v 



dans Saturne, Mâdler dans la Lune, Secchi dans la nébuleuse d'Orion ; 
en un mot, nous pouvons voir nous-mêmes tout ce que les explorateurs 
du ciel ont vu avant nous, et mieux encore. 

Comme nous venons de l'apprécier, saluons dans Castor l'un des 
plus magnifiques systèmes d'étoiles doubles que nous connaissions. 
Déjà même nous pourrions le qualifier de système triple, attendu 
que ce couple est accompagné d'une étoile de 9° grandeur 1/2, éloignée 

à 73", qui reste fixe à la môme 
position par rapport au couple 
qu'elle accompagne. Telle l'as- 
tronome anglais South l'a me- 
surée en 1823, telle je l'ai re- 
trouvée dernièrement. Or, si 
c'-ette étoile ne faisait pas partie 
du système de Castor, le mou- 
vement propre aurait déjà al- 
longé la distance de plus de 
10" depuis 1823. C'est donc là 
un système ternaire. Il est 
probable que cette troisième 
étoile tourne lentement autour 
des deux premières. Mais 
quelle ne doit pas être la durée 
d'une pareille révolution! Si déjà, sur une orbite dont le demi- 
grand axe, ou la distance moyenne entre les deux soleils, paraît 
mesurer 7", la durée de la révolution est de dix siècles, quel dévelop- 
pement ne doit pas prendre une orbite dix fois plus large ? Les lois 
de Kepler nous ont appris que les carrés des temps sont entre eux 
comme les cubes des distances : si l'on assimilait l'étoile principale 
de Castor à notre soleil, et les deux autres à deux planètes lumi- 
neuses, on aurait comme première approximation la proportion élé- 
mentaire : 

1000* r 




Fig. 234. — Système triple de Castor. 



qui nous donne 



d'où 



T' 



10' 



T'=1000'xlO' 
= 1000 000000; 

T =31640, 



soit plus de trente mille ans ! ]\Iais rien ne prouve qu'il en soit ainsi, 



LE SYSTEME DE CASTOR 319 

^ * ■■ Il ■■■— ■ ■ ■ —1 . 1 I M ■- _, . . .-.Il ■ ■ " ■'■ I II» ■ - ..^ 

car il peut se faire que le centre de gravité du système ne soit pas 
dans l'étoile principale de Castor, mais entre le couple et la petite 
étoile, ce qui change les conditions d'équilibre et de mouvement. 
Toutefois, ce n'est pas nous avancer que de considérer la grande 
année de ce système stellaire comme étant assurément beaucoup plus 
longue que toute l'histoire connue de notre humanité, depuis Adam 
et Eve ou leurs sosies. 

Comme nous l'avons dit, ce système va en s'éloignant de nous avec 
une vitesse évaluée à 45 kilomètres par seconde, 2700 par minute, 
162000 par heure, 3888000 par jour, ou 1420 millions de kilomètres, 
355 millions de lieues par an, de sorte que ce double soleil doit être 
de mille milliards de lieues plus éloigné de nous qu'il ne l'était il y a 
trois mille ans, à l'époque oîi les Grecs l'adoraient en compagnie de 
« son frère voisin » Pollux, qui va, au contraire, en se rapprochant de 
nous avec une vitesse plus grande encore, et doit être actuellement de 
quinze cent mille milliards de lieues plus proche de notre planète qu'il 
ne l'était à la même époque. La différence entre la distance des deux 
étoiles peut s'élever ainsi à deux trillions cinq cents milliards de lieues 
pour cetintervalle entre Homère et Hugo. Ce simple fait est bien aussi 
poétique que l'Odyssée et que la Légende des siècles. Ne vous semble- 
t-il pas même qu'il esquisse à lui seul, dans sa grandeur, la vraie 
« légende des siècles » et la meilleure image de l'odyssée de l'univers ? 

Pollux est aussi une étoile multiple, mais elle ne l'est que par un 
effet d'optique, c'est-à-dire qu'il y a derrière elle, dans l'infini, quatre 
lointains soleils devant lesquels elle passe. Ces faibles étoiles ne sont 
du reste accessibles qu'aux instruments de grande puissance. La plus 
proche est de 14° grandeur et éloignée à 43"; la deuxième est de 
11° grandeur, à 175"; la troisième est de 12° grandeur, à 205", et la 
quatrième est de 10' grandeur, h 229". La deuxième est double. Il n'y 
a là qu'un groupe de perspective, car ces étoiles restent fixes au fond 
du ciel, tandis que Pollux brillant glisse devant elles, emporté par 
son mouvement propre rapide. 

Un puissant télescope est nécessaire pour observer ce groupe ; 
mais une petite lunette dirigée sur y ouvrira sous les yeux de l'obser- 
vateur un joli champ d'étoiles. 

Diriger aussi un instrument de moyenne puissance vers la va- 
riable yj : on y trouvera trois étoiles rouges assez curieuses par le ton 
de leur lumière. 

^ est une belle étoile double : 3° et 8% à 7", en mouvement orbital 
très lent. 



320 ÉTOILES DOUBLES DANS LES GEMEAUX 

Nous avons vu aussi plus haut que ç, variable pcriodiquc, se montre 
accompagnée de deux autres, de 8° et 13' grandeur. — Ne chercher 
à voir que celle de 8°, à 90". 

S x : 4° et 9% à 6", orangée et azur ; la petite paraît varier de 8 à 10.' 
Sir John Herschel pensait qu'elle pouvait briller d'une lumière ré- 
fléchie, être une planète dont cette étoile >t serait le soleil. 

L'étoile 38 e, de 5° grandeur, jaune d'or, est une double intéres- 
sante. Son satellite varie d'éclat de 8 à 10, et de couleur, du vert au 
bleu, au pourpre et au rouge. Ecartement = 6". L'étoile principale 
paraît varier aussi de 5 à 6|. 

L'étoile 61 (petit triangle au sud de â) est une double écartée à 60", 
dont les deux composantes sont de 6° et 9° grandeur, et dirigent le 
regard vers une jolie paire composée de deux étoiles de 8" et 9" dont 
la distance est de 6". L'étoile 61 varie de 6 à 7 |, et son compagnon 
tombe même jusqu'à la disparition complète. 

Ajoutons encore l'étoile n° 20, de sixième grandeur, à 1" 1/2 au nord-ouest 
de Y, et à peu près à égale distance entre y et v : 6" et 7=; écarteraent = 20"; sys- 
tème fixe depuis l'an 1755 que nous rol)servons. Cette étoile est à la limite de la 
visibilité pour l'œil nu, et elle doit varier d'éclat, car nous avons comme obser- 
vations, entre autres, pour ses deux composantes : 







A B 


Struve.. . 


. 183-2 


5 — 6 


Struve. . . 


. 1827 


6 — 7 


Piazzi . . . 


. 1800 


7 — 8 


Lalaude. . 


. 1800 


7 — 8 


Smyth..-. 


. 1833 


8 — 8,5 



qui difTèrent singulièrement. On arrive parfois à la distinguer à l'œil nu, et 
Heis l'a insérée dans son Catalogue ; ce serait tout à fait impossible si elle n'était 
que de 8" gi-andeur, ou même de 7'. Gomme on a presque toujours noté une 
grandeur de dillérence entre les deux composantes, on est porté à invoquer la 
transparence atmosphérique pour expliquer ces variations ; mais elles sont si 
énormes que l'explication n'est vraiment pas suffisante. Autre particularité. 
En 1696, Flamsteed a observé à côté de cette étoile, qu'il a notée de 1" 1/2, une 
voisine, de 6= 1/2, qui porte le n" 21 dans son Catalogue. Or on ne retrouve plus 
cette étoile au ciel, ce qui porte à penser que l'astronome anglais a commis là 
quelque erreur d'observation ou de rédaction. Peut-être est-ce la composante la 
plus brillante qu'il a observée cette fois-là, car elle est à l'est de la moins bril- 
lante, mais beaucoup plus rapprochée qu'il ne le dit, môme en supposant, 
comme l'a fait Baily, une erreur d'une minute de temps dans l'ascension droite. 
On en a conclu que l'étoile 21 Gémeaux n'existe pas. Tout ami des astres peut à 
la première occasion diriger une petite lunette vers ce point du ciel : i" pour 
voir s'il ne la retrouverait pas, et 2" pour vérifier la grandeur des deux com- 
posantes de l'étoile double dont nous venons de parler. 




CURIOSITÉS DE LA CONSTELLATION DES GÉMEAUX 321 

Un splendide amas d'étoiles enrichit encore cette opulente constel- 
lation des Gémeaux. On le distingue à l'œil nu, lorsque le ciel est 
bien pur et que le clair de lune ne vient pas interposer son voile de 
lumière sous les étoiles pâ- 
lissantes. Regardez entre c 
des Gémeaux et Ç du Tau- 
reau, ou, plus minutieuse- 
ment, au nord - ouest de fi 
— ». Prenez une jumelle, 
et vous aurez déjà comme 
un prélude du spectacle ré- 
servé à la vision télesco- 
pique. Dirigez là une petite 
lunette, et vous remarque- 
rez des étoiles de 9° et 10° 
grandeur alignées en forme 
de courbes curieuses. Ar- 
mez votre vue d'un instru- 

. , . j. 1 „, „ Fig. 235. — L'amas des Gémeaus. 

ment plus puissant, et vous 

découvrirez des centaines d'étoiles de 11' et 12° grandeur. « C'est un 
objet céleste merveilleusement frappant , s'écriait Lassell, l'un de ses 
observateurs assidus. Nul ne peut le voir pour la première fois sans 
exclamation. Un champ de 19' de diamètre se montre absolument 
rempli d'étoiles. Il faut voir soi-même, dans un bon télescope, 
ce splendide amas pour le juger à sa valeur et l'apprécier dans 
son exquise beauté, car les dessins n'en peuvent donner qu'une pâle 
idée. » Ajoutons cependant qu'on peut se rendre compte de l'as- 
pect général de l'amas par la gravure ci-dessus, quoiqu'elle n'ait assu- 
rément ni l'éclat, ni la scintillation, ni la grandeur du spectacle 
céleste. Cette nébuleuse résoluble est inscrite sous le n° 35 du cata- 
logue de Messier. 

Il y a encore dans cette constellation une autre nébuleuse bien cu- 
rieuse, c'est celle qui porte le chiffre H. IV, 45 et qui se trouve par 
7" 22" et 21" 10' de déclinaison, à 2° au sud-est de â. C'est une étoile 
de 9'' grandeur, qui brille juste au centre d'une nébulosité circulaire, 
phénomène remarquable et d'une extrême rareté. Telle William 
Herschel l'a observée il y a un siècle, telle nous la retrouvons aujour- 
d'hui. Le diamètre est de 30". On voit auprès d'elle, à l'est, ou poui 
niieux dire au nord-est, une étoile de 8° grandeur, un peu plus bril» 
lante que celle de la nébuleuse. La marge australe de ce disqua 

ASTRONOMIE. — SUPflLÉMENT. 41 



322 LE PETIT CHIEN 



pâle est un peu plus claire que la marge boréale. Étudiée au spec- 

troscope, cette nébuleuse s'est montrée absolument gazeuse, son 

spectre est traversé des trois principales raies brillantes, dues à la 

'prédominance de l'azote et de l'hydrogène. / 

! 
; Telles sont les curiosités principales de la constellation des Gé-' 
meaux. On voit qu'elles ne manquent ni d'intérêt ni de variété. Mais 
nous ne pouvons pas encore quitter cette région du ciel sans remar- ' 
quer le Petit Chien installé depuis deux mille ans au sud des Gé- 
meaux, et dont l'étoile Procyon, de première grandeur, se trouve très 
facilement, soit à l'aide de Castor et Pollux (revoir la fig, 195, p. 276), 
soit à l'aide d'Orion, à l'orient duquel elle scintille. Cette petite con- 
stellation tire son nom de l'éclat de sa brillante étoile, Pw-Cyon, 
«précurseur du Chien», parce quele lever matinal deSirius,duChicn, 
était attendu, épié, avec une attention perplexe parles Égyptiens, et 
que Procyon étant plus boréal apparaissait avant lui dans l'aurore. 
Le nom a dû précéder ici le dessin de la constellation, et ensuite on a 
pu trouver dans la disposition de ses étoiles une esquisse suffisante 
pour y dessiner un petit chien, car les étoiles |3 y et e forment facile- 
ment une petite tête. Quoique peu étendu, cet astérisme fait partie 
des 48 anciennes constellations déjà établies au temps d'Eudoxe, 
d'Aratus et d'Hipparque. Aratus, Hipparque, Ptolémée ne l'appellent 
pas le Petit-Chien, mais le Procyon. Sùfi le nomme al-Kalb al- 
Asgar, le Petit-Chien. C'est le nom qui lui a été unanimement con- 
servé. — En voici les étoiles principales. 

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATIOX DU PETIT CHIEN. 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION. 

— 127 -\- 9G0 1450 1590 1603 iCGO ITflO ISOO 1S40 1860 1830 

a {Procuon).. .1 112 111; 1.2 1 1 1,4 

fi .... 4 4 4 3 3 3 3 3 .3 3 .3,0 

^ 6 5 G 6 5.6 5 5 5,2 

g' 5^6 6 6 G 6.5 5,8 

S^ 5 6 6 5.6 G G 6,2 

e 6 6 6 6 5.6 5.6 5,4 

Ç ' 6 5 5 5.6 G 5.6 5,4 

^ 6 6 6 G 6 6 5,9 

G G 5 G 5.6 5 5 4,8 

\{ 5 5 G 6 5.6 6.5 5,5 

P VII,2S0. ..0 000554565 4, 7 

P. VII,24'J. . . 5 G 6.7 G, 'i 

Procyon se place, par son éclat, après Sirius, Arcturus, Véga, 
Rigel et Capella, et avant Bételgeuse, Aldébaran, Altaïr et Antarès. 
On peut estimer sa grandeur à 1,4, et c'est sans doute par une éva- 



LE PETIT CHIEN 823 



luation un peu trop faible que Tyclio ne l'a noté que de deuxième 
grandeur. 

p a certainement augmenté d'une grandeur entière depuis Ptolé- 
mée, Sùfî et Ulugh-Beigh. 

Aucune des autres étoiles de cette petite constellation n'a été si- 
gnalée par les anciens. Tycho remarque le premier •/, 6 et 11 ; ce qui 
porte à croire que e était plus faible alors que de nos jours, car aujour- 
d'hui il est difiicile de voir y sans voir e. L'étoile n° 6 était certaine- 
ment plus faible du temps d'Hévélius, car dans sa description, très 
soignée d'ailleurs, il ne parle pas de cette étoile, aujourd'hui plus 
brillante que les autres dont il donne les positions. L'étoile n" 11 
est aussi descendue d'une grandeur au moins entre Bayer et Hévé- 
lius. L'étoile P. VII, 289, a été estimée de quatrième grandeur par 
Flamsteed et Lalande, de cinquième par Piazzi, et de sixième par 
Argelander. L'étoile P. VII, 249 était invisible à l'œil nu en 1840; 
mais en 1660, Hévélius l'a notée, à l'œil nu, de cinquième grandeur. 

Ce sont là des fluctuations plus ou moins prononcées, mais cer- 
taines, et dont la considération ne laisse pas que de modifier pro- 
fondément les idées admises jusqu'à présent, et unanimement ensei- 
gnées, sur la fixité, la permanence, la stabilité presque immuable 
des étoiles disséminées dans les campagnes de l'mfini. 

(Par suite d'une erreur, qu'il n'est pas inutile de corriger, l'étoile 
P. VII, 289, qui se trouve incontestablement dans les limites de la 
constellation du Petit-Chien, et qui brille à l'est de Ç, se nomme 13 
du Navire dans les catalogues (Flamsteed, Piazzi, etc.). Or le 
Navire est relégué fort au sud, et entièrement séparé du Petit-Chien 
par la Licorne.) 

Il y a là trois variables périodiques, R, S et T, qui oscillent, la 
première en 337 jours de 7,2 à 10, la deuxième en 324 jours, de 7,6 
à 13, et la troisième en 340 jours, de 9 à 14. Mais on ne les voit jamais 
à l'œil nu, et leur étude est en dehors de notre programme actuel. 

L'éclatant Procijon s'impose spécialement à notre attention par la 
grandeur de son mouvement propre et par une irrégularité curieuse 
découverte dans l'analyse de ce mouvement lui-même. La marche 
annuelle s'élève à — 0%047 en ascension droite et à — 1", 06 en décli- 
naison, ce qui donne pour résultante une ligne dirigée vers le sud- 
ouest et mesurant T, 27, soit 127" par siècle ou 21' en mille ans. Il ne 
lui faut pas plus de quinze cents ans pour se déplacer dans le ciel 
d'une quantité égale au diamètre apparent de la lune. Dans douze 
mille ans, si le mouvement se continue en ligne droite, cette be.'b 



324 PROCYON 



étoile va traverser l'équateur et se lancer dans l'héniisphère austral. 
Ce mouvement est exactement parallèle et contraire au nôtre, de 
sorte que la perspective de notre propre translation entre pour une 
partie notable dans sa construction. Il est certain, toutefois, qu'il n'y 
a pas seulement là un effet de perspective, car sa valeur surpasse de 
beaucoup celle de notre propre déplacement. Peut-être ce soleil 
vogue-t-il précisément en sens contraire de nous. De même que, 
lorsque nous sommes emportés par un convoi rapide, un train en 
marche sur une ligne voisine nous paraîtra immobile, s'il court dans 
le même sens que nous et avec la même vitesse, tandis qu'un autre 
nous paraîtra se diriger vers notre but, parce qu'il est animé d'une 
plus grande vitesse, et qu'un troisième nous paraîtra reculer — ou 
se diriger en sens contraire, — parce qu'il va moins vite (une gare 
nous paraîtra rétrograder plus vite encore parce qu'elle est tout à fait 
immobile); de même les étoiles du ciel nous offrent des marches 
variées suivant la combinaison de leurs mouvements avec le nôtre. 
Mais évidemment, en aucun cas, l'effet de perspective ne peut être 
supérieur à sa cause, et pour qu'une étoile nous paraisse rétrograder 
avec une rapidité plus grande que celle qui nous emporte nous-mêmes, 
il faut qu'elle soit animée personnellement d'une certaine vitesse et 
lancée en sens contraire de notre propre mouvement. C'est ce cp} 
arrive pour Procyon. 

Ce brillant soleil n'a offert comme parallaxe que la faible valeur 
de 0", 123, ce qui porte sa distance à 1677000 fois le demi-diamètre 
de l'orbite terrestre, à 1677000 fois 37 millions de lieues, ou à 
62 trillions de lieues de notre fourmilière, distance que le rayon 
lumineux n'emploie pas moins de vingt-six années à franchir, malgré 
son inconcevable rapidité de 75000 lieues par seconde. Or si 0", 123 
représente 37 millions de lieues vues de là, le mouvement annuel 
de 1", 27, représente 381 millions de lieues par an, au minimum, 
puisque ce n'est là qu'une projection de la marche réelle, sur le plan 
de la sphère céleste. En réalité, cette marche n'est pas perpendicu- 
laire à notre rayon visuel, mais oblique, car Procyon va en s'éloi* 
gnant de nous, avec une vitesse évaluée à 43 kilomètres par seconde, 
2580 par minute, 154800 par heure, 3715000 par jour, ce qui donne 
1357 millions de lieues par an. Si donc nous voulons nous rendre 
compte du mouvement réel de Procyon, nous devons construire une 
figure en prenant 381 pour composante horizontale et 1357 pour 
composante verticale, et nous obtiendrons sa trajectoire relativement 
à notre position dans l'esnace. C'est ce que nous avons fait, et ce que 



PROCYON 



325 



met en évidence la fig. 236. La résultante est de 1409 millions de 
lieues — en supposant notre observatoire immobile. Mais en réalité 
nous entrons pour une partie notable 
dans ce mouvement, peut-être pour un 
tiers. 

Mais ce n'est point encore là le fait 
le plus curieux de l'analyse du mouve- 
ment de Procyon. Au lieu d'être uni- 
forme et régulier, ce mouvement est 
quelquefois plus lent, quelquefois plus 
rapide, et au lieu de suivre une ligne 
droite, il oscille légèrement de part et 
d'autre de la trajectoire. D'après un 
travail de l'astronome Auwers, ces 
irrégularités s'expliqueraient en admet- 
tant que cette étoile est attirée par une 
autre située dans son voisinage et for- 
niant un même système avec elle, et 
que Procyon tourne, dans un plan 
perpendiculaire au rayon visuel, au- 
tour d'un centre de gravité situé à 1",2, 
les deux astres opérant l'un autour de 
l'autre leur révolution en une période 
de 40 ans environ. 

Des perturbations analogues ont été, 
comme nous le verrons plus loin, 
constatées sur Sirius, et la prédiction 
théorique a été brillamment confirmée 
par la découverte du satellite, faite en 
1862, dix-huit ans après la prédiction 
de Bessel. Il n'en a pas encore été de 
même pour Procyon, quoique M. Otto 
Struve, directeur de l'Observatoire 
impérial de Russie, se soit imaginé 
avoir découvert ce satellite, et, ce qui 
est plus bizarre encore, ait cru l'observer pendant deux ans, jus- 
tement du côté où la théorie l'annonçait, cà 90° et 12", 5 en 1873, 
à 100" et 11",7 en 1874. On a fait beaucoup de bruit de cette décou- 
verte ; puis en la vérifiant à l'aide d'instruments plus puissants que 
.^celui de Poulkowa, on s'est aperçu que l'astre de M. Otto Struve 




Fig. 236 



Mouveiment ie Pi'ociou 
dans l'espace. 



326 



LE PETIT CHIEN 



n'existe pas. C'est là un remarquable exemple d'illusion, bien rare 
chez les astronomes. 

Les télescopes géants permettent d'apercevoir dans le voisinage de 
Procyon plusieurs petits points presque éclipsés par son éblouis- 
sante lumière. Dans les instruments de moyenne puissance, on dis- 
tingue les trois plus éloignés, l'un, de 8° grandeur à 346", l'autre 

de 8= I à 371", et le troi- 
sième, de 7° grandeur, à 652". 
(Je donne ici mes mesures, 
faites en 1877.) Ces étoiles ne 
partagent pas le mouvement 
propre de Procyon, et gisent 
fort loin au delà de ce soleil 
dans l'infini. La dernière de 
ces étoiles est une double fort 
élégante et très serrée, à 1",4, 
formant un système orbital 
qui a tourné de 27° depuis 
cent ans. Vers 1° au sud-est 
de ce couple, il y a une belle 
Fig.237.-Etoue«voi.me.da Procyon (i-"= 20',. ^^^-jg orangée, de Septième 

grandeur et demie. Ajoutons encore que l'amiral Smytb a mesuré en 
1833 une étoile de 8° grandeur, à 85% c'est-à-dire à l'est, et à 145", 
que personne n'a jamais revue depuis à cette distance, et que l'on a 
considérée comme variable, mais qui doit être tout simplement le 
compagnon que j'ai mesuré en 1877 à 81" et 346", l'amiral ne l'ayant 
mesuré qu'une seule fois et ayant pu se tromper dans la transcription 
de la distance. 

On voit que malgré son exiguïté, la constellation du Petit-Chien 
n'en garde pas moins, dans Procyon et dans son voisinage, des 
curiosités sidérales dignes de l'attention du contemplateur du ciel. 
Elle complète admirablement celle des Gémeaux et couronne par son 
diadème les richesses de Castor et Pollux. 




CHAPITRE XIII 



Le Cancer : Prœsepe ou la Crèche; curienx eystôme ternaire formé 
par l'étoile Ç du Cancer. — Le Lion : Régnlus. — Le Sextant. 



Nous continuons notre description des constellations zodiacales 
en marchant toujours de l'ouest à l'est. Après les Poissons, le Bélier, 
le Taureau et les Gémeaux, nous arrivons au Cancer, astérisme de 
peu d'importance au point de vue de l'étendue (jn'il occupe sur la 
sphère céleste comme au point de vue de l'éclat des étoiles qui le 
composent. Cette constellation n'a dû être remarquée et formée que 
très tard, par une astronomie relativement avancée, et uniquement 
comme point de repère entre le Lion et les Gémeaux. On n'y voit 
pas une seule étoile de première, deuxième ou môme de troisième 
grandeur, et ce qui la distingue dans le ciel de minuit, c'est plut<r)t, 
dans sa pauvreté remarquable, une nébuleuse, un pâle arhas d'étoiles, 
perceptible à l'œil nu, qui a reçu le nom de Prœsepe ou de la Crèche. 

Comme le Zodiaque était déjà établi du temps d'Eudoxe, au qua- 
trième siècle avant notre ère, il n'y a rien de surprenant h voir cet 
auteur, puis Ara tus et Eratosthènes, parler du Cancer et de sa Crèche. 
Lesasti'ologues faisaient dès cette époque grand cas de ce signe zodiacal 
et de son voisinage, les étoiles du Lion. La philosophie chaldéenne et 
platonicienne assurait même que c'était par cette porte obscure que 
les âmes descendaient du ciel pour venir s'incarner dans les embryons 
humains. 

Le mot grec karkinos, par lequel Eudoxe, Hipparque, Ptolémée, 
et tous les anciens , désignent cette constellation, signifie à la fois 
crabe et écrevisse, comme le mot latin cancer. Aussi trouve-t-on dès 
les plus anciens atlas ces deux figures, qui pourtant ne se ressemblent 
pas, attendu que l'une est courte, plus large que longue, tandis que 
l'autre est fort allongée. Il n'est pas facile de reconnaître dans la dis- 
position des étoiles la justification de l'une ou l'autre appellation : le 
crabe, comme l'écrevisse, se cache aussitôt qu'on cherche à le saisir. Il 
est vrai que de faibles ressemblances ont souvent servi de prétexte à 



328 LE CANCER 



ies étymologies bien curieuses, puisqu'on chirurgie le mot cancer a 
été donné, dit Littré, à la tumeur que ce nom caractérise, a à cause 
des bosselures et des veines qui l'ont fait grossièrement comparer à 
un crabe » . Ne serait-ce pas plutôt parce que le cancer ronge comme 
jin crabe? Dans un cas comme dans l'autre, il faut avouer que l'ana- 
logie est lointaine. Le cancer céleste est peut-être amené d'aussi loin. 
Considérez pourtant la disposition des étoiles de cet astérisme 
(fig.239) : ne trouvez- vous pas que les lignes menées aux deux brillantes 
étoiles a et t peuvent donner l'idée de deux longues pattes, y et «î l'idée 
de deux yeux, et le quadrilatère l'idée d'un corps, — d'autant plus 
qu'autrefois les deux étoiles vi et 9 étaient presque aussi brillantes 
que les deux autres? — Or, encore aujourd'hui, « et i représentent les 
pinces du crabe, et y et J ses deux yeux ronds. 

On a dit que le nom d'écrevisse avait été donné à ce signe du 
Zodiaque, parce que le soleil y arrive au solstice d'été, et que, parvenu 
à la limite de son cours boréal, il rétrograde. Si cette explication était 
exacte, il n'y a pas plus de deux mille ans que le Zodiaque serait formé 
et nommé, puisque l'équinoxe de printemps arrivait dans le Bélier au 
temps d'Hipparque. Or nous avons vu que le Taureau existait déjà à 
l'époque oîi l'équinoxe se plaçait dans ces limites, et à cette époque 
le solstice n'arrivait pas dans le Cancer, mais dans le Lion. Donc le 
Cancer n'a pas été nommé à cause d'une telle coïncidence. 

Francœur se tire d'embarras en assurant que le Cancer était le 
signe du solstice d'iiiver : « la marche lente et rétrograde de l'Écre- 
visse annonce le mois de janvier, temps oîi le soleil revient vers les 
signes supérieurs ». Mais cette hypothèse conduirait à reculer de 
douze mille ans plus loin l'invention du Zodiaque, ce qui ne s'accor- 
derait avec aucune des traditions ni aucun des synchronismes de 
l'histoire. 

Remarquons, d'ailleurs, en passant, combien il est facile de trou- 
ver des ressemblances et des justifications.. Ceux qui placent le Cancer 
au solstice d'hiver trouvent que c'est naturel, parce que l'Ecrevisse 
marche lentement; ceux qui le placent au solstice d'été expHquent le 
symbole par le fait de la rétrogradation du soleil, qui ne va pas plus 
loin au nord; ceux qui, dans le premier cas, voient le Lion en juillet 
justifient cette position, « parce que le Lion symbolise l'ardeur de 
l'été », et ceux qui dans le second cas, sont forcés de mettre le Lion 
en février, trouvent qu'il y est à sa place, « parce qu'en Egypte la 
végétation est plus active en févi'ier et que le soleil reprend sa force 
dans ce signe qui en est le symbole ». Ainsi les commentateurs 




Fig. Î38. — Constellations zodiacales. — Le Cancer. — Le Lion, 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. H'- 



330 LES CONSTELLATIONS. — LE CANCER 

sont toujours satisfaits. Il n'en est pas de même des astronomes. 
— Dupuis dans son Origine des cultes et dans ses Mémoires sui 
les zodiaques, Bailly dans son Astronomie ancienne, Anquetil dans 
son Zend Avesta, Dulaure dans son Histoire des différents cultes, 
Francœur dans son Uranographie , et un grand nombre d'autres 
écrivains, ont rempli d'énormes volumes de dissertations plus ou 
moins ingénieuses, que j'ai toutes en ce moment sous les yeux, mais 
dont l'étude critique ne conduit à rien de sûr, à rien de certain, ni 
sur l'origine des noms donnés aux constellations zodiacales, ni sur la 
date de l'établissement du zodiaque. 

Dans son Uranographie chinoise, M. Schlegel va plus loin; il 
nous apprend que les anciens Chinois nommaient le Cancer, ou pour 
mieux dire l'amas de la Crèche, « les cadavres accumulés » ; et pour- 
suivant sa théorie que toutes les constellations nous sont arrivées des 
Chinois, il ajoute que les Egyptiens ont pu mettre là un crabe, comme 
symbole de la mort, « puisque cet animal se nourrit de cadavres, et 
qu'on rencontre souvent le crabe fluviatile sur les corps des noyés 
dont il ronge le nez, les oreilles et les doigts ». Cette origine n'est pas 
plus satisfaisante. 

Plus ingénieuse est son explication des deux papillons que sur cer- 
taines sphères anciennes on a dessinés au signe des Gémeaux. « C'est 
là, dit-il, un ancien symbole chinois et japonais. Tandis que chez 
nous le papillon est l'emblème de l'inconstance, il est, au Japon, 
celui de la fidélité. En voyant le papillon voltiger de fleur en fleur, 
nous nous sommes habitués à dire : a léger, inconstant comme un 
« papillon. » Les Japonais sont allés au fond des choses ; ils ont pénétré 
dans le sanctuaire intime de la vie privée de cet insecte multicolore, et 
ils ont constaté que s'il voltige de fleur en fleur, ce n'est là qu'une 
affaire de goût pour sa nourriture, tandis qu'en amour les papillons 
sont fidèles, volant toujours deux à deux et ne se quittant jamais. » 

Et l'auteur ajoute une touchante légende à propos du papillon rouge 
qui vit sur une plante nommée Ho par les Chinois. Il y avait à la cour 
du roi K'ang une jeune et belle femme, nommée Ho, sage, vertueuse, 
fidèle, adorée de son mari. Le roi la désirait, et pour arriver à ses fins, il 
commença par mettre le mari en prison. Désespéré, celui-ci se suicida. 
En apprenant la mort de l'être qu'elle aimait, sa femme se précipita 
du haut d'une tour du palais et se tua. Dans sa ceinture on trouva 
une lettre pour laquelle elle demandait comme dernière grâce au roi 
d'être ensevelie dans la même tombe que son mari. Mais le roi irrité 
la fit enterrer séparément. Dans la nuit, cependant, deux arbres 



LES CONSTELLATIONS DU CANCER 



331 



poussèrent sur les deux tombes, et bientôt entrelacèrent leurs bran- 
ches et leurs racines. Le peuple nomma ces arbres « les arbres de 
l'amour fidèle » et le nom de l'épouse vertueuse est devenu celui de 
l'arbre au papillon rouge. 




Fig. 239. — Pi-inoipales étoiles de la consUllatlon du Cauccr, 

Mais nous voici loin du Cancer. Cette petite constellation ne se 
compose, avons-nous dit, que de quelques étoiles, situées entre les 
Gémeaux et le Lion, et qu'il faut chercher en l'absence de clair de 
lune, pendant les belles nuits d'hiver et de printemps, de décembre à 
juin. On trouvera l'étoile Ç (qui est, comme nous le verrons bientôt; 



332 LE CANCER. — LA CRÉOIIE 



la plus intéressante de la constellation) en prolongeant la ligne de 
Castor à Pollux d'un peu plus de deux fois sa longueur {voy. 
la fig. 239). L'étoile « brille fort au delà, en tournant au sud-est. 
En remontant vers le nord, à partir de «, comme si l'on voulait reve- 
nir ensuite vers les Gémeaux, on remarque J et y, qui sont, comme «, 
de 4' grandeur. C'est entre ces deux étoiles que palpite d'un faible 
éclat l'amas de la Crèche, perceptible à l'œil nu. 

Cette dénomination de la. Crèche a un aspect d'origine chrétienne ; 
mais ce n'est là qu'un aspect trompeur, car elle est fort antérieure au 
christianisme. On lit dans Pline l'Ancien : « Sunt in signa Cancri 
duae stellifi parvse, aselli appellatse, exiguum inter illas spatium... nu- 
becula quam praesepia appellant. » Il y a dans le signe du Cancer deux 
petites étoiles nommées les Anes; elles sont séparées par un petit 
espace où se trouve une nébuleuse que l'on appelle les Crèches. Pline 
dit les Crèches, au pluriel ; mais dès son temps on disait générale- 
ment « prsesepe », au singulier : la Crèche. D'après cette vieille tra- 
dition les deux Anes seraient, comme on le voit, les étoiles y et ^. — 
C'est une nouvelle preuve que nos ancêtres, à l'imagination primesau- 
tière, n'étaient pas'très exigeants pour les analogies ou les vagues res- 
semblances indiquées dans les aspects célestes. Les Arabes l'appelaient 
aussi al-malaf, « le sac à fourrage que l'on pend au cou de la bête » . Les 
Anglais l'appellent encore Bee-hive, « l'essaim d'abeilles ». 

Les anciens donnaient une grande attention à cette nébuleuse, 
comme aux Pléiades et aux Hyades. Aratus et Théophraste rappor- 
tent que son affaiblissement et sa disparition étaient regardés] comme 
un signe météorologique annonçant l'arrivée prochaine de la pluie. 

Aucune vue humaine ne peut séparer les étoiles qui composent cet 
amas : la lumière de chacune d'elles (les principales sont de 6' 1/2 et 
de T grandeur) s'étend, s'éparpille sur la rétine, empiète sur la lu- 
mière de l'étoile voisine à cause de l'imperfection de nos organes, et 
le tout forme une masse confuse. Que l'on prenne, au contraire, une 
bonne jumelle marine ou une petite lunette, et l'image de chaque 
étoile se concentrant devient nette, lumineuse , distincte , ce qui 
donne une première idée de la beauté et de la richesse de cet amas. 
Prenez une lunette plus puissante, munie d'un faible oculaire à 
champ très large, et en découvrant les étoiles de 8% 9" et 10° gran- 
deur, vous admirerez une opulente agglomération de soleils, qui est 
en réalité l'une des plus magnifiques du ciel. — C'est un excellent 
rvbjet pour l'essai des instruments. 

En observant cet amas d'étoiles à l'aide d'une bonne lunette, on 



LE CANCER. — LA CRÈCHE 333 

trouvera vers l'est, à 8 minutes environ, deux petites nébuleuses qui 
se suivent. La première est assez brillante et mesure 55" de diamètre; 
elle est double. La seconde, à 40 secondes plus à l'est et à 4' plus au sud, 
est plus faible. William Herschel en a observé Là une autre, en 1784, 
que personne n'a jamais revue depuis. C'était peut-être une comète. 



•v 



• . • • • • 

• • • • >.." * • 












Fig. 240. — Amas du Cancer {la CVéc'io). 

J'ai réuni au tableau suivant toutes les étoiles de cette constellation 
qui ont reçu des lettres ; mais j'ose à peine engager mes lecteurs à cher- 
cher à les reconnaître toutes dans le ciel, car elles sont pour la plupart 
de sixième grandeur et si difficiles à identifier que j'ai dû annexer à 
un grand nombre d'entre elles leurs numéros du catalogue de Flam- 
steed, précaution qui n'est généralement utile, et dont nous n'avons 
fait usage jusqu'ici, que pour les étoiles qui n'ont pas reçu de lettres 
grecques. Encore reste-t-il quelque incertitude pour le groupe oïi trois 
étoiles ont reçu la lettre a. L'observation qui nous a frappés à propos 
des lettres redoublées dans la constellation du Taureau, peut nous 
frapper ici avec plus de vivacité encore, car il y a des étoiles si rap- 
prochées, qu'un grand nombre forment des couples désignés sous une 
même dénomination, et que dans cette petite constellation du Cancer, 
nous comptons deux o, deux p, trois j, deux », deux 9, deux u, deux A 
et deuxd; — sans compter d'autres couples encore, tels, par exemple, 
que celui qui est formé par «, de 4° grandeur, et sa voisine, l'étoile 60, 
de 6% que l'on distingue à 43' au sud-ouest de la brillante; ainsi 



s:!i LES ETOILES DU CANCER 

que d'autres voisines de 6* à 7" grandeur, formant deux fx, deux |, 
deux £, etc., ce n'est pas là évidemment un effet du hasard, et cette 
région du ciel est, comme celle du Taureau, singulièrement remar- 
quable par ces associations d'étoiles doubles très écartées. 

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CANCER 
DEUX MILLE ANS D'ODSEUVATION 

Étoiles —127 +9G0 1430 1590 1603 1660 1700 1756 1800 1840 1860 1880 

a 4 4 4 3 3 3 4 4.3 5 4 4 4,2 

p 4 4 4 3 3 3 3i 4.3 4 4.3 4.3 3,7 

Y 4.3 4 4 4 4 4 4 4 5 4.5 4.5 4,4 

5 4.3 4 4 4 4 4 4 4 4.5 4 4 4,3 
e (La Crèc/ie) néb. iiéb. néb. néb. néb. néb. nèb. néb. néb. cum. cum.amas 
ç 4 4,5 4,5 4 4 4 5i 5 6 5.4 b.4 4,8 
n 4.5 4.5 4.5 5 5 5 6^ 6.7 6 6 6.5 5,6 

6 4.5 4.5 4.5 5 5 5 5| 6.5 5.6 6 6.5 5,5 
i 4 4 4 5 5 5 5 5 5.6 4 4 4,5 
X 4 4.7 4.5 5 5 4^6^ 4.5 5.6 5 5 5,0 
X 5 6 6 6 6 6 6.5 5,8 
(t 5 5.6 5.6 5 5 5 6i 5 6.7 6.5 6.5 5,9 

V 5 5 5 6 6 6 6 6 6 5.6 5,5 
E 5 5 6 6 6 5i 5.6 5.6 5 5 5,0 
62o' 4.5 4.5 6 6 6 6 6 6 6 6.5 5,5 

63 o' 6 6 6 6 6 6,0 
82 « 40006667666 6,0 
55 p' 6 6 6 6 6 6,0 

58 f' 6 6 6 6.5 5,8 
51 s' 6 6 6 6 6 6,0 

59 o' 6 5i 5.6 6 6.5 5,8 

64 a' 6 6 6 5 5 5,0 
72t 6 6| g 6.7 6 6 6,2 
30 u' 6 6 6.7 6.7 6 6 6,0 
32u' 6 6i 6 7.8 6 6.5 5,9 
22?' 6 6i 6.7 6.7 6 6 6,1 
23ç' 6 6 6 6 6 6 6.5 5,6 
18X 6 6 6 6 6 6 6.5 5,6 
14 4- 6 7 7 4 7.8 6 6.5 5,8 

2<o' 6 6 6 6 6 6 6,0 

4»» 6 6 6.7 6.7 6,5 

45 A' 6 6 6.7 6 6 5,5 

50 A' 6 6 6 6 6 6 5,5 

49 b 6 6 6 6.7 6 6.5 6,0 

36 c 00006666766 6,0 

20d' 00066667666 6,0 

ZJd' 6 6 7 6 6 6 6,3 

8 00055560 6.7 6 6 6,2 

P. VIII, 42 5 6.7 6 6 6,3 

L'étoile P est un peu plus brillante que l'étoile «, et dans les cir- 
constances habituelles, nous serions en droit de conclure qu'il y a eu 
transposition d'éclat depuis l'époque de Bayer. Mais dans ce cas par- 
ticulier, le second rang a été donné évidemment à l'étoile (3, à cause 
de sa position éloignée et pour ainsi dire externe. Tycho Brahé l'a 



LES ÉTOILES DU CANCER 335 

même laissée tout à fait en dehors de la figure, et l'a inscrite, non au 
Cancer, mais à l'Hydre. Nous ne pouvons donc pas conclure à un 
lîhangement d'éclat. Toutefois, il est bien possible que a ait diminué 
au temps de Piazzi. 

L'étoile K n'a été rattachée au Cancer qu'au xvi' siècle. Ancienne- 
ment, elle était inscrite comme externe des Gémeaux, ce qui a induit 
en erreur plusieurs historiens de l'astronomie, qui n'avaient pas été 
la chercher là. 

Les étoiles » et 6, qui forment avec y et (î le quadrilatère enfermant 
la nébuleuse ont diminué d'éclat. Elles sont descendues de la qua- 
trième grandeur à la cinquième et même à la sixième. Les observa- 
tions précises de Sûfi, entre autres, ne peuvent laisser aucun doute à 
l'égard de cette diminution. On a vu l'étoile S éclipsée par Jupiter le 
3 septembre de l'an 240 avant notre ère. 

L'étoile i est de la 4' grandeur, comme autrefois; mais elle paraît 
s'être abaissée à la 5° pendant deux cents ans. 

Les étoiles x, v et rr sont mal placées dans les positions de Ptolé- 
mée. V est beaucoup trop basse ; mais aucune autre étoile ne corres- 
pond à sa position, et nous pouvons admettre une erreur de latitude, 
d'autant plus que Sûfi remarque qu'au lieu de former un triangle avec 
l et I, comme l'indiquerait le diagramme construit sur les positions de 
Ptolémée, elle se trouve à peu près en ligne droite. Quant à tt, que 
Ptolémée signale de quatrième grandeur, il me semble que Sûfi a ob- 
servé non pas cette étoile, mais sa voisine o, qu'il signale aussi de qua- 
trième grandeur : l'une comme l'autre fie sont que de sixième aujour- 
d'hui : il y a eu là certainement aussi un changement d'éclat. Enfin x, 
placée trop à l'est dans Ptolémée, a été notée de 4' grandeur par 
ce patriarche de l'astronomie, et de 4° | par Sûfi , expressément. Elle 
n'est que de cinquième, et même Piazzi l'a notée de 5° 1/2 et Flam- 
steed de 6' 1/2. Il est difficile de se refuser à voir encore là quelque 
fluctuation de lumière. 

Remarquons encore que l'étoile 64 <t* a augmenté d'éclat de 6 à 5 ; 
que l'étoile n" 8 est, au contraire, descendue de 5 à 6, et que les étoiles 
32 u' et 14 ij( ont diminué de 6 à 7 1/2 pour remonter à 6. — Toute- 
fois, les évaluations de Piazzi sont souvent un peu trop faibles. — La 
variabilité de ^ est d'autant plus certaine que cette étoile a été vue par 
Mayer de A" gr. en 1756, et qu'elle est inscrite au même éclat dans la 
catalogue d'Armagh. Je l'estime en ce moment (25 déc. 1880) de 5,8. 

A l'ouest de », entre cette étoile et ja, au milieu du quadrilatère 
formé par les étoiles 'C, à', -n, X et {*, brille une étoile solitaire, de 



336 ÉTOILES DOUBLES DANS LE CANCER 

6* grandeur. Le 4 mars 1796, Lalande, en l'observant (c'est le 
n° 16292 de son Catalogue) a ajouté cette remarque sur son registre : / 
« Étoile singulière. » Pour que Lalande, qui a observé tant de mil- ' 
liers d'étoiles, ait fait cette remarque, il faut que cet astre lui ait offert 
un aspect particulier. Je l'ai souvent examinée, mais sans rien lui 
trouver d'extraordinaire. On sera bien inspiré de tourner de temps 
en temps une petite lunette vers cette étoile. (C'est la dernière de 
notre tableau.) 

On connaît dans cette constellation cinq variables périodiques, 
R, S, T, U, V, qui oscillent, la première de 6,3 à 1 3 en 359 jours (c'est 
la seule qui arrive parfois à être perceptible à l'oeil nu); la deuxième 
de 8 à 10,5, dans la période rapide de 9 jours 11 heures 37 minutes 
45 secondes (variabilité du type d'Algol) ; la troisième de 8,3 à 9,9 et 
à 12 en 455 jours; la quatrième de 8,9 à 14 en 300 jours, et la cin- 
quième de 6,8 à 14 en 273 jours. Chaque fois que nous avons à signa- 
ler ces étoiles périodiques disséminées dans l'étendue des cieux, hous 
ne pouvons nous empêcher de songer aux étranges conditions de 
lumière, de chaleur, de saisons, de climats, qui doivent en résulter 
pour les systèmes de mondes attachés par leur destinée aux vicissi- 
tudes de ces lointains soleils. 

Visitons maintenant les étoiles doubles les plus remarquables. A 
part les couples très écartés signalés par les redoublements de lettres 
qui nous ont frappés tout à l'heure, et qui sont accessibles aux ju- 
melles ou aux plus petites lunettes terrestres, quelques couples plus 
rapprochés et plus intéressants méritent notre attention spéciale. 

Comme intermédiaire, signalons l'étoile 9, de 5* grandeur, dont 
le compagnon, de 9° grandeur, est juste à 1' ou 60" de sa primaire. 

L'étoile j, de 4° grandeur, montre à côté d'elle, à 30", une petite 
étoile de 7° grandeur. Pâle orange et bleu claire. Beau contraste. 

23 (p" : 6,0 — 6,5, à 4", 8. Quelquefois les deux étoiles paraissent 
tout à fait égales. Blanches. 

Les trois étoiles que l'on voit au nord de la constellation, à peu près 
sur le prolongement de y à i, ont reçu la lettre a {a, a' et a* de notre 
tableau). A côté de a", à l'est, il y en a une quatrième plus petite, de 
6° 1/2, que les vues perçantes parviennent à distinguer à l'œil nu. C'est 
une étoile double fort jolie : 6'| et 9% à 4", 8; blanche et bleu ciel. 

Entre c et a, on voit une étoile de sixième grandeur, qui porte le 
n° 57 du catalogue de Flamsteed : c'est une petite double très serrée, 
à r'4; 5,8 et T. On essayera avec intérêt sur elle les lunettes de 
moyenne puissance. Cette étoile, qui porte le n° 1291 du catalogue de 



BELLE ÉTOILE TRIPLE DANS LE CANCER 



337 



\v 




Struve, est généralement désignée sous une lettre erronée et qui peut 
induire en erreur. Les uns, comme Smyth, Wcbb, etc., la nomment 
ff' : or elle n'est pas du tout 
dans le groupe des a. D'au- 
tres,comme Herschel, Struve, 
la nomment t* : or elle est fort 
loin de t. Il me semble que 
pour éviter toute confusion, 
le mieux est de lui laisser tout 
simplement son numéro clas- 
sique, c'est-à-dire 57 FI. 

Les observateurs très pa- 
tients pourront aussi chercher 
à droite de u' : ils trouveront 
là un joli couple, de 7° et 
7*|, dont les composantes sont 
écartées à 5\9. On l'appelle ^'^- '*'• ~ ^'^'°"' '""^^ ^ ''" ^■'"'°'■• 

aussi u*, mais c'est encore là une confusion regrettable : c'est le n° i>4 
de Flamsteed, invisible à l'œil nu. 

Nous arrivons ici au groupe le plus curieux de cette constellation, à, 
la fameuse étoile triple Ç du %. . 

Cancer, qui est l'une des plus 
intéressantes du ciel entier — 
nous pourrions même dire la plus 
importante au point de vue spé- 
cial des systèmes multiples, car 
c'est là le premier système ter- 
naire que nous ayons pu analy- 
ser dans tout l'univers. 

Cette étoile se présente dans 
le champ de la lunette sous l'as- 
pect reproduit ci-dessus (/îg . 24 1 ) . 
L'étoile la plus brillante , que 
nous appellerons A, a pour 
grandeur 5,0; sa voisine, que 
nous appellerons B, a pour 
grandeur 5,7; la troisième, que 
nous appellerons C, a pour grandeur 5,4. La deuxième (B) tourne 
très rapidement autour de la première; la troisième circule autour 
de ce couple, mais avec une grande lenteur. 

ASTRONOMIE. — SUPPr.ÉMENT. 43 




]S0-^' 



Fig. 242. — Orbite apparente de C du Cancer. 



338 SYSTÈME TERNAIRE DE Ç DU CANCER 



Depuis la première mesure faite en 1781 par William Herschel, 
l'étoile B a déjcà parcouru presque deux fois son orbite; elle est re- 
passée en 1840 au point où elle avait été vue en 1781, et depuis 
1840 elle a déjà accompli les deux tiers d'une révolution nouvelle. 
J'ai calculé cette orbite en 1873, et trouvé 61 ans pour la durée de la 
révolution ; mais cette durée ne doit pas être constante, à cause de 
l'action perturbatrice de la troisième étoile. L'orbite apparente, telle 
que nous la voyons de la Terre, est presque circulaire ; mais l'étoile A 
n'est ni au centre ni au foyer de cette orbite apparente, de sorte 
que la distance varie suivant une proportion assez forte : de 0",4 à 1",2. 
L'orbite réelle est plus allongée; la projection de son grand axe 
forme un angle considérable avec le grand axe apparent, comme on 
peut en juger par la figure précédente, qui représente l'orbite tracée 
sur l'ensemble de toutes les observations précises faites depuis 
1825. — L'échelle est de S""" pour 1". 

C'est là un couple orbital très serré et fort rapide. Mais son intérêt 
s'accroît considérablement par l'existence de la troisième étoile qui 
forme un système physique avec les deux premières et gravite lente- 
ment autour d'elles. Examinons en détail les caractères de ce triple 
système. 

Mes recherches sur les étoiles doubles m'ayant conduit, dans le cours de 
l'année 1873, à analyser toutes les observations faites sur ce groupe remar- 
quable, j'ai été frappé de la forme irrégulière affectée par le mouvement de la 
troisième étoile. Construisant l'orhite apparente, comme j'avais l'habitude de le 
faire pour les couples d'étoiles doubles en mouvement rapide, je trouvai des 
stations et des rétrogradations inattendues, et une courbe en forme d'épi- 
cycloïde. Tournant et retournant les observations dans tous les sens, je ne 
cessai pas de trouver cette irrégularité constante, et au mois de mars 1874 je 
communiquai ce fait si curieux à plusieurs astronomes, qui partagèrent mon 
étonnement (notamment à MM. Faye, Président du Bureau des Longitudes ; 
Paul et Prosper Henry, de l'Observatoire de Paris; Gonzalès, de Bogota, alors 
à Paris ; Charles Boissay, rédacteur des Mondes, etc.). Avant de présenter ce 
résultat à l'Académie des sciences, comme j'avais l'habitude de le faire, je 
voulus le compléter par les mesures récentes les plus précises que je pourrais 
obtenir, et j'écrivis à cet égard à M. Otto Struve, directeur de l'Observatoire de 
Poulkowa, pour lui demander communication de ses dernières mesures sur ce 
remarquable système. L'astronome russe ne me répondit pas ; mais quelques 
mois après, tandis que M. Faye et moi attendions sa réponse, il crut mieux 
faire, sans doute, en l'envoyant à l'Académie elle-même et en révélant au 
monde savant cette singularité de l'orbite de la troisième étoile de î du Cancer. 
C'est une coïncidence bien remarquable que M. Otto Struve ait justement fait 
cette découverte après avoir reçu ma lettre ; c'en est une autre non moins 
curieuse qu'il se soit justement occupé de l'analyse de cette étoile en même 



SYSTEME TERNAIRE DE C DU CANCER 



339 



temps que moi (qui consacrais alors exclusivement mon temps (1873 et 1874) à 
cette analyse dos couples rapides) ; c'en est une troisième qu'il ait construit 
l'orbite apparente par la méthode graphique que j'employais comme pre- 
mière approximation de préférence à l'analyse mathématique; c'en est une 
quatrième qu'il ait envoyé sa découverte en France contrairement à ses habi- 
tudes allemandes et russes, etc. En raison de ces curieuses coïncidences, j'ai, le 
jour même de la publication de son travail dans les Comptes rendus, remis à 
l'Académie un pli cacheté constatant les résultats auxquels j'étais parvenu, 
indépendamment de l'astronome russe (ne pas lire rusé) et antérieurement à 
leur publication [ce document est toujours à l'Académie, et on le décachettera 
quand M. 0. Struve le désirera]. Mais ne perdons pas plus de temps en futilités 
et parlons de l'anomalie dont il s'agit. 

Depuis la première mesure, faite en 1756 par Tobie Mayer, l'étoile G a parcouru 
68°, non d'un mouvement uniforme, mais d'un mouvement irré°-ulier. 

Les mesures de 1756 à 1826 sont trop incertaines pour essayer le tracé de la 
courbe ; mais à partir de 1826 elles permettent ce tracé. Si l'on prend le milieu entre 
l'étoile A et l'étoile B, ce point voyage avec le mouvement circulaire de B et décrit 
d'année en année la courbe représentée par la flèche intérieure {fig. 243). C'est 
généralementà ce milieu mobile que se rapportent les mesures de G, car comme 
A et B sont presque de môme éclat, on pourrait les prendre l'une pour l'autre 
et mesurer par inadvertance BG pour AG : 
il est préférable de placer le point de 
départ entre les deux étoiles. Or, si l'on 
reporte sur un diagramme toutes les me- 
sures faites à partir de ce point mobile, on 
obtient la singulière courbe que l'on voit 
au sommet du petit diagramme ci-dessus : 
l'étoile G avance d'un mouvement direct 
jusqu'en 1835, descend, rétrograde jus- 
qu'en 1845, repart, un peu au-dessous de 
la courbe primitive, jusqu'en 1854, tourne 
de nouveau, en rétrogradant, jusqu'en 
1860, puis remonte, repasse eu 1862 tout 
près du point où elle est passée en 1836, 
et repart d'un mouvement direct, en s'é- 
levant jusqu'en 1869-1870, pour redes- 
cendre lentement jusqu'à l'époque ac- 
tuelle. Il y a là deux espèces d'épicycles 
irréguliers extrêmement curieux {fig. 243 : 
échelle de 1°"" pour 1"). 

On peut aussi , sur ce même dessin, poin- 
ter les mesures prises à partir de l'étoile A ; elles s'accordent avecles précédentes. 

Tel est le mouvement des deux étoiles B et G autour de A supposée fixe. On le 
voit, le cours de B est régulier, mais celui de G est étonnamment compliqué. 
Nous avons là les deux mouvements tels qu'on les observe de notre observatoire 
terrestre. 

Si l'orbite de la troisième étoile était tracée autour du point médian mobile, 




Fig. 243. — Le système ternaire de ç du Cancer. 
. Mouvement observé sur la troisième étoile. 



340 



SYSTEME TERNAIRE DE Ç DU CANCER 




considéré comme centre de gravité, elle devrait reproduire dans l'espace une 
courbe semblable à celle de ce centre de gravité, avoir rétrogradé, en descen- 
dant, de 1826 à 1851, et en remontant de 1851 à 1864, et avoir suivi un marche 
directe à partir de 1864 en remontant jusqu'en 1875 pour s'abaisser ensuite. La 
dernière partie de la courbe tracée se conforme assez bien à cette hypothèse, 
car le mouvement est direct depuis 1864; la section de 1864 à 1858 s'accorde 
encore avec le déplacement du centre de gravité pendant cette période; mais de 
1858 à 1864 l'étoile G remonte, ensuite rétrograde de 1854 à 1844 (suivre sur le 
dessin), puis revient de 1844 à 1832, sans que l'allure de notre flèche courbe jus- 
tifie en rien cette sorte de boucle. Le déplacement du centre de gravité de 

-^ n'est donc pas seul en jeu dans la production de cette orbite. 

Ainsi, l'étoile G ne tourne d'un mouvement régulier ni autour de A, ni autour 
du centre de gravité entre A et B, supposé situé entre ces deux étoiles. 

Il y a un tel fouillis (c'est le mot) dans les positions mesurées de 1837 à 1863, 
que la courbe précédente est loin d'être sûre, et qu'au lieu de cette double 
boucle on peut également tracer celle de la fig. 244 qui représente sans plus de 

sûreté l'ensemble de ces positions. Ce qu'il 
y a de certain , c'est que l'étoile G s'est 
arrêtée en 1837, a subi une double pertur- 
ba tion, est revenue vers le même point en 
1863, et depuis a continué de marcher en 
sens direct, en traçant une courbe assez 
régulière qui s'abaisse depuis quelques 
années et va sans doute de nouveau s'ar- 
rêter et rétrograder. 

L'arrêt de 1837 correspond à l'époque 
de l'aphélie des étoiles formant le couple 
A et B. La plus grande vitesse correspond 
à l'époque du périhélie de ces deux étoiles. 
Nous pouvons nous demander laquelle 
des deux étoiles A et B exerce la plus puis- 
sante influence attractive sur la troisième 
étoile. Il semble que ce soit B, car si l'on 
trace la courbe sur l'ensemble des posi- 
tions mesurées, en supposant B fixe et A 
tournant autour, on obtient la fig. 245, 
sur laquelle la courbe se montre plus dé- 
veloppée et moins compliquée. Il y a encore l'arrêt de 1837, et un abaissement 
de la trajectoire; mais, à partir de 1846, le mouvement est direct; il arrive à un 
maximum de vitesse en 1851-1852, époque à laquelle l'étoUe A s'est trouvée en 
conjontion et où les trois astres étaient en ligne droite; puis on remarque un 
ralentissement et un abaissement de 1858 à 1863, et ensuite l'orbite subit une 
inflexion qui paraît reproduire par sa direction comme par sa forme celle du 
centre de gravité de 1863 à 1880. 

Enfin, pour épuiser la discussion de cet intéressant problème, j'ai encore 
tracé k courbe du mouvement, non plus autour de A ou de B fixes, avec le 




Fig. 244. — Courbe possible de la troisième 
étoile du système î du Cancer. 



SYSTÈME TERNAIRE DE C DU CANCER 



341 



centre de gravité mobile, mais autoui' de co centre de gravité lui-même supposé 
fixe. Effet, si l'étoile G subissait uniquement l'influence de ce centre de gravité 
(supposé coïncidant avec le milieu entre A et B), son mouvement autour de ce 
centre devrait être uniforme et régulier. Or, il n'en est rien, comme on peut en 
juger par la jig. 246. L'arrêt de 1837 se manifeste toujours. Il en est de même 
de l'accélération de 1851-1852. On remarque un ralentissement en 1855 et une 
nouvelle rétrogradation. Puis la courbe reprend en sens direct et s'infléchit pour 
se rapprocher de nouveau du centre en arrivant à l'époque actuelle. Il faut donc 
que de 1836 à 1847 et que de 1855 à 1865 le centre de gravité ait été abaissé et 
reculé, ou, pour une cause quelconque, ait agi moins fortement. Le premier cas 
s'expliquerait par la prépondérance de l'étoile B, à l'aphélie, et dans la section 
inférieure de son cours. Ensuite, les trois étoiles arrivant en ligne droite, il y 





< 



X 



Fig. 245. — Courbe décrite par la Iroisième étoile 
en supposant la deuxième immobile. 



Fig. 2'i6. — Conrbs décrite par la troisième lîtoila 
autour du centre de figure suiiposé lise. 



aurait eu recrudescence de vitesse dans le mouvement de la troisième ; puis B 
aurait opéré de nouveau une sorte d'enrayement jusqu'en 1865, où l'approche 
du périhélie aurait de nouveau ranimé le mouvement orbital. 

Si l'on admet que les trois étoiles aient la même masse, et si l'on trace l'orbite 
elliptique de B autour de A supposée fixe, on constate que, lorsque B est au péri- 
hélie et en conjonction, le centre de gravité des trois soleils se trouve en dehors 
de l'orbite de B, entre B et G, au sixième de la distance de B à G. Au contraire, 
lorsque B est à l'aphélie et en opposition, le centre de gravité des trois corps se 
trouve dans l'intérieur de l'orbite de B, au dixième de la distance de.A à G. Dans 
le premier cas, l'étoile G subit une attraction plus énergique et sa trajectoire 
doit paraître s'élever, puisque le centre de gravité s'élève lui-même. Dans le 
second cas, cette troisième étoile doit s'abaisser et en même temps se ralentir. 
Les deux circonstances du second cas, l'aphélie et l'opposition, se sont présen' 



34-2 LA CONSTELLATION DU CANCUR 

tées de 1837 à 1852; les deux circonstances du premier, le périhélie et la con- 
jonction, se sont présentées en 1869 et 1874. L'aspect de nos deux premières 
figures, dans lesquelles le mouvement est rapporté à A supposée fixe et B moLile, 
s'accorde assez bien avec ces conditions. D'autre part, l'accélération de mou- 
vement en 1851-1852, mis en évidence par les deux figures suivantes, condui- 
rait à penser que l'étoile A a eu à cette époque une plus grande influence sur 
C, accroissant alors sensiblement sa vitesse. Le troisième corps a été chassé sur son 
orbite avec plus d'énergie en 1832, 1851 et 1870 qu'en 1843, 1862 et 1880. Il y 
a là une sous-période de dix-neuf ans assez singulière. 

Ce curieux Système ternaire est le premier exemple que le ciel 
sidéral nous ait offert du fameux problème des trois corps, qne nul 
géomètre n'a encore pu résoudre, et qui, par sa nature indéter- 
minée, se trouve même encore aujourd'hui au-dessus des esprits 
mathématiques de l'ampleur des Newton, des d'Alemhert, des La- 
place et des Leverrier. De tels problèmes ne peuvent encore aujour- 
d'hui, dans leur transcendance, être présentés que comme de simples 
curiosités naturelles à contempler. 

Quoi qu'il en soit, les terres habitées qui gravitent autour de ces 
trois soleils doivent éprouver les plus singulières perturbations dans 
leur cours. Qu'est-ce que les dLx pauvres mouvements de la Terre à 
côté des centaines de nutations et de librations que tous ces mondes 
doivent subir en réagissant ensuite mutuellement les uns sur les 
autres ! Les soixante balancements compliqués de notre lune, qui ont 
déjà fait le désespoir de tant d'astronomes, ne sont que des jeux d'en- 
fants lorsqu'on les compare aux fluctuations sans nombre que subis- 
sent dans leurs années, dans leurs mois, leurs saisons, leurs climats, 
leurs jours et leurs nuits, les humanités illuminées par ces trois soleils. 
Quels magnifiques observatoires pour l'étude de la mécanique céleste! 
Que les astronomes qui habitent en ces régions exceptionnelles 
doivent être enchantés de leur sort ! Ne serait-il pas équitable que 
Newton fût réincarné là, comme complément logique de sa vie ter- 
restre?... Pour moi, je ne regarde jamais cette étoile, qui scintille 
d'une calme lumière dans l'alignement de Castor et Pollux, sans 
m'intéresser à ces balancements mystérieux et sans rêver au calen- 
drier fantastique de ce lointain univers. 

Telle est la curiosité principale de la constellation du Cancer. Nous 
lui trouverons un pendant un peu plus loin, dans le Scorpion. Ajou- 
tons encore à notre galerie de tableaux célestes, avant d'arriver à la 
majestueuse constellation du Lion, une jolie nébuleuse, ou, pour 
mieux dire, un remarqual;)le amas d'étoiles, qui git vers le milieu de 




LA CONSTELLATION DU LION 343 

la distance qui sépare e de l'Hydre de S du Cancer, tout près de a, à 
l'ouest. C'est un riche amas (Messier 67) que l'on peut presque ob- 
server à l'œil nu, qui ne mesure pas moins 
de 25' de diamètre, et qui se compose 
d'un grand nombre d'étoiles de W et de 
11° grandeur; William Herschel en avait 
déjà compté plus de deux cents en 1783. 
L'ensemble affecte un. peu la forme d'un 
bonnet phrygien. 

La constellation du Lion, à laquelle Fig. 247. - La n^bmeuse m. e? 
nous arrivons en ce moment, est l'une 

des plus grandes figures du ciel : le géant Orion et le char du 
Nord, seuls, la dominent par la majesté de leur aspect. Elle s'étend, 
en effet, sur quatre heures d'ascension droite, comme on a déjà 
pu le remarquer {fig. 238), couvrant 60 degrés de longitude et 30 de 
latitude. Les principales étoiles qui la dessinent sont brillantes, de 
deuxième et troisième grandeur (Régulus atteint même le premier 
ordre d'éclat), et le quadrilatère, ou pour mieux dire la figure poly- 
gonale esquissée par la disposition de ces soleils, donne l'idée d'un 
animal d'une grande force qui regarde vers le couchant et s'avance 
noblement dans la direction du mouvement diurne. 

Le Lion se lève en janvier, occupe l'orient en janvier et février, 
monte dans le ciel du sud en mars et avril, trône sur nos nuits étoilées 
pendant la saison charmante du printemps, descend en juin vers l'oc- 
cident ; sa tôte touche l'horizon occidental vers les premiers jours de 
juillet, et il est entièrement couché vers le 15 août. — Nous parlons 
toujours pour l'heure moyenne que nous avons choisie : 9 heures 
du soir. Si l'on observe deux heures plus tard, on s'avance d'un 
douzième, c'est-à-dire d'un mois, sur l'aspect du ciel; quatre heures 
plus tard, on s'avance de deux mois. Les amis des étoiles qui seraient 
impatients de les reconnaître n'ont donc qu'à veiller pour les 
attendre. 

. L'étendue de cette constellation, l'exiguïté relative de celle qui la 
précède, suffiraient pour nous apprendre que la division du Zodiaque 
eji douze signes correspondant aux douze mois de l'année est posté- 
rieure à la formation des constellations. Chaque signe zodiacal oc- 
cupe un douzième de la ceinture complète, soit 30 degrés. Or, jamais 
le Lion ni le Cancer n'ont eu aucun rapport avec ce partage, le pre- 
mier par sa grandeur, le second par sa petitesse. La division en douze 



344 LA CONSTELLATION DU LION 



parties a été postérieure à la formation des constellations principales, 
dont les plus apparentes ont été les premières remarquées, les pre- 
mières établies. Parmi les constellations zodiacales en particulier, le 
Taureau, les Gémeaux, le Lion, la Vierge, le Scorpion, le Sagittaire 
les Poissons , doivent être antérieures au Cancer, au Bélier , au 
Capricorne, au Verseau et à la Balance. Le nombre de douze n'a 
été arrêté qu'à la formation du Zodiaque, c'est-à-dire après l'obser- 
vation faite du cours annuel du soleil. 

Nous pouvons même tenir pour certain que le Lion était autrefois 
encore plus gigantesque qu'il ne l'est aujourd'hui. Au temps d'Abd- 
al-Rahman Sùfi, les Arabes nommaient encore Prsesepe al-natsra 
« le milieu du nez » ou la fossette entre les deux moustaches, et ils 
appelaient les deux étoiles qui suivent la Crèche, y et ^ du Cancer, ai- 
mincharaïn mincharai al-âsad « les deux narines du Lion », al-natsra 
étant le museau. Ils nommaient aussi les deux étoiles avec la nébu- 
leuse fûm al-âsad « la bouche du Lion ». D'autre part, les pre- 
mières étoiles de la Vierge et la chevelure de Bérénice représentaient 
les jambes et la queue du Lion. Eratosthènes avait déjà dit en par- 
lant du Lion : « Il a 17 étoiles, plus 7 obscures qu'on appelle les 
boucles de cheveux de Bérénice-Evergète. » Ces traditions, comparées 
à l'aspect même du ciel, nous invitent à tracer l'esquisse du Lion 
d'après tout cet ensemble, et l'on peut voir par le dessin qui en ré- 
sulte ifig. 248) que l'idée d'un lion gigantesque a pu facilement naître 
de la disposition de cet assemblage d'étoiles. 

Aujourd'hui, le Lion est relégué dans le quadrilatère formé par 
les étoiles p, $, y et «, qui en dessinent en quelque sorte la char- 
pente; en avant, à l'ouest, les étoiles y?, y, C, /x et e tracent une 
courbe qui indique la position de la tête du roi des carnassiers. Ces 
étoiles sont faciles à reconnaître dans le ciel, en se servant de notre 
fïg. 249, et les autres se découvriront également sans beaucoup de 
peine. 

Dans la mythologie, ce Lion céleste passait pour être l'apothéose 
de celui que tua Hercule dans la forêt de Némée. Au moyen âge, les 
cabalistes y voyaient le Lion de la tribu de Juda, et quelques com- 
mentateurs chrétiens l'un des lions de la fosse de Daniel. Dans l'an- 
cienne météorologie, le Lion était associé aux chaleurs de l'été. En 
astrologie, on lui attribuait ime grande influence, et ceux qui nais- 
saient sous son signe étaient destinés aux honneurs et à la fortune. 
Son étoile la plus brillante, «, que l'on nomme depuis bien des siècles 
a le cœur du Lion», était appelée par les Grecs Basiliscos, parce 



LE LION. — REGULUS 



345 



que, dit Geminus, ceux à la naissance desquels elle préside directe- 
ment, passent pour être de race royale. Ce nom de Basiliscos (litté- 
ralement : Petit Roi), est devenu chez les Arabes Al-Maliki, « la 
royale », comme on le voit dans Sùfi et Ulugh-Beigh. Copernic, le 
premier, a traduit ce mot dans le latin Regulus, qui veut dire égale- 
ment Petit Roi. Tycho lui donne les deux titres : Regulus et Basilis- 
cus : c'est le premier qui a été universellement conservé. Ce nom de 
Regulus ne vient donc pas, comme on l'a parfois supposé, de celui du 
général romain qui vainquit les Carthaginois et eut la courageuse 




Fig. 248. — Étoiles formant la figure du Lion. 

folie d'aller se faire martyriser par eux, mais d'un titre attaché à la 
prétendue influence astrologique de ce lointain soleil. 

La deuxième étoile du Lion par ordre d'éclat, p, a reçu le nom de 
Denebola, dérivé de dzanab al-asâd <c la queue du Lion » : on a d'a- 
bord prononcé Dzenebalaâd, et l'on a fini par Denebola. C'est du 
darwinisme dans la linguistique, et il n'est pas plus contestable que 
celui de l'histoire naturelle, quoique susceptible, lui aussi, de cer- 
taines interprétations aventureuses et erronées. — Sans 'l'impri- 
merie, qui a fixé les mots , les Italiens auraient peut-être fini par 
appeler cette étoile Debola, et les Français la débile. 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 44 



346 LE LION. — Ul'XULUS 



Regardez avec attention le resplendissant Régulus, le Cœur du 
Lion ; c'est sur lui que se réglait aux siècles antiques le calendrier 
primordial des vénérables astronomes delà Clialdée et de la Babylonie; 
c'est cette étoile que, la clepsydre à la main, les veilleurs de nuit de 
la tour de Babel observaient pour déterminer les équinoxes et les 
solstices; c'est cet astre dont Tymocharis et Aristillus ont mesuré 
avec soin la longitude, et c'est cette longitude et celle de l'Épi de la 
Vierge qui ont fait découvrir à l'Alexandrin Hipparque le mouve- 
ment séculaire de la précession des équinoxes. Les Annales de l'As- 
tronomie nous ont conservé les observations suivantes : 

AN LONGITUDE 

Avant notre ère. .. — 2120 Astronomes babyloniens 92'>30' 

— '295 Timocharis 117.54 

— 127 Hipparque 119.50 

De l'ère chrétienne. + 136 Ptolémée 122.30 

964 Abd-al-Rahmann Sûfi 135.12 

1587 Tycho-Brahé 144.17 

1880 Astronomes modernes 148. 9 

Comment ne pas éprouver, en contemplant cette étoile, le sen- 
timent de respect et de vénération qui s'attache aux antiques 
souvenirs ! comment ne pas songer aux générations disparues dont 
cette même étoile a guidé les pas dans les chemins de la vie? comment 
ne pas voir renaître de l'obscur tombeau des idées, les faits mémo- 
rables qui depuis l'Egypte, la Phénicie, la Grèce, le Moyen Age, ont 
été successivement associés à la contemplation des cieux, à la déter- 
mination des dates de l'histoire, aux fluctuations variées de la science, 
des arts, de la littérature et de la politique ! Quel enseignement 
chaque étoile nous donnerait, si elle pouvait nous répondre sur tout 
ce qu'elle a vu et sur tout ce que, sans le savoir, elle a dirigé, 
conseillé, béni, depuis les origines de l'histoire jusqu'à nos jours! 

Le Lion est l'une des constellations qui ont joué le plus grand rôle 
dans les fastes de l'astronomie, de la navigation, et même dans celles 
de la religion et de l'histoire. Régulus, allié surtout à Jupiter, 
régissait les hautes destinées, mais était implacable pour les petits.- 
Denebola passait pour avoir la puissance de détourner l'influence du 
Lion dans les grandes chaleurs et de faire changer le temps quand la 
pleine lune arrivait vers elle. Mais ne nous attardons pas sur des 
souvenirs historiques, et faisons connaissance avec les belles étoiles 
qui composent cette vaste constellation. 

Le premier aspect qui nous frappe dans l'examen de cette région, 
c'est le nombre de ses étoiles brillantes. Tandis que les plus belles 



LES ÉTOILES DU LION 34" 



étoiles du Cancer, « et (3, ne sont que de quatrième ordre, Bayer a dû. ( 
pour le Lion, épuiser presque toutes les lettres de l'alphabet gieb , 
pour les quatre premières grandeurs, et il n'a pas compté moins de 
29 étoiles de la première à la cinquième grandeur inclusivement. ^ 

Cet ordre s'est sensiblement modifié depuis l'an 1603. Ainsi, 
les étoiles v et Ç sont descendues de la quatrième à la cinquième 
grandeur (en 1693, Maraldi ne vit même l que de 6=), tandis que la 
suivante o gardait toujours son même éclat de quatrième brillante. Il 
en est de même de ir et de r, qui sont également descendues de la qua- 
trième à la cinquième. Sur ces quatre étoiles , l est celle qui a subi la 
plus forte fluctuation, car Ptolémée, Sûfî, Ulugli Beigh, Argelander, 
l'ont vue de sixième ; Piazzi, les observateurs d'Armagh, l'ont vue de 
cinquième, Tycho-Brahé, Bayer, Hévélius, Mayer, l'ont inscrite de 
quatrième, et le plus étonnant peut-être encore, c'est qu'elle est com- 
plètement absente du grand catalogue de Lalande, qui ne renferme 
pas moins de 47390 étoiles de la première à la neuvième grandeur. 

L'étoile i( est descendue de la cinquième à la sixième entre 
Ptolémée et Sûfi, est remontée à la cinquième au temps de Tycho, 
Bayer et Hévélius, a complètement disparu pour les observations 
faites par Pigott de 1660 à 1667, est revenue à la sixième au temps de 
Flamsteed et de ses successeurs. Piazzi l'a notée de 5° 1/2, Lalande 
deux fois de 6° et une fois de 6" 1/2. Elle est actuellement de 5° 1/2. 

L'étoile X, a été observée par Piazzi 27 fois en ascension droite, 
et 23 fois en déclinaison, et il ne l'a notée que de quatrième et demie, 
tandis qu'en général on la note de troisième. La différence est trop 
sensible pour ne pas être fondée sur une variation réelle. Les obser- 
vateurs d'Armagh l'ont également notée de quatinème et demie. Elle 
est actuellement d'une demi-grandeur plus brillante que ri. 

L'étoile |3, autrefois de première, est actuellement de deuxième. 

L'étoile p' paraît également variable. J'ai inscrit pour la date 
de 1800 l'observation de Lalande, car Piazzi ne Tapas observée. Elle 
est absente aussi du catalogue de Flamsteed, ce qui porte à croire à 
un affaiblissement vers cette époque. 

Les descriptions anciennes de t, u, ^ et 69 p" ne concordent pas. Je 
:les ai corrigées de mon mieux. 

j Si les étoiles 93 et 92 n'ont pas été signalées anciennement, c'est 
sans doute à cause de leur situation un peu externe. i 

! L'étoile P. IX, 230, remarquée par Hévélius et Flamsteed, était 
alors pliT' brillante que ses deux voisines du sud-est et de l'est, qui 
n'ont pas été remarquées 



348 



LA CONSTELLATION DU LION 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU LION 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



ÉTOILES —127 +960 1430 1590 1603 1660 1700 1756 1800 18i0 



1800 



18S0 



« {Régulus 


> 1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 i 


» 4 


1,9 


P {Denebola) 1 


1 


1 


1 


1 


1 i 


1 i 


1.2 


2.3 


2 


2 


2,1 


Y 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2 


2,2 


S 


2 


2 


2 


2 


2 


3 


24 


2.3 


3 


24 


24 


2,8 


e 


3.2 


3.2 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3,0 


C 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 





4.5 


3 


3 


3,3 


«1 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 ;- 


3.4 


3.4 


34 


3 4 


3,8 


« 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


34 


34 


3,4 


1 


3 


3.4 


3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,0 


X 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


5 


5 


4 4 


4,8 


x 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4 4 


44 


4,6 


th 


3 


3.4 


3 


4 


4 


4 


3| 





3 


4 


4 


4,2 


V 


5 


5 


5 


4 


4 


4 


5 i 


4.5 


5.6 


5 


5 4 


5,1 


« 


6 


6 


6 


4 


4 


4 


5 i 


4 


5 


6 


54 


5,5 





4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


3 i 


5.4 


4 


34 


3 l 


3,9 


n 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


5 


5 


5,2 


P 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,0 


o 


4 


4.3 


4 


4 


4 


4 


4 i 


4.5 


4 


4 


4 4 


4,2 


i 


4 








4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


5,2 


u 


5 


5 





4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


i r 


5 


4,4 


Ç 





4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4 4 


54 


4,3 


X 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 \ 


4 


4.5 


5 


54 


4,7 


+ 


5 


6 


6 


5 


5 


5 


6 


6 


5.6 


6 


6 


5,5 


b> 











5 


5 


5 


6 


5 


6.7 


6 


5 I 


5,9 


31 A 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4 1 


5,0 


60 6 


6 


5.4 


5 


5 


5 


5 


5 





5 


4 ; 


4 1 


4,9 


59 c 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


5 


5 i 


5,0 


58 d 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5^ 


5 


5 


5 


4 l 


5,3 


87 e 











5 


5 


5 


4 i 


4.5 


4.5 


5 


5 


5,2 


ibf 














6 


6 


6 





6.7 


5 


5 4 


5,7 


22 g 











6 


6 


6 


6 





6 


5 


5 1 


5,8 


6/1 











6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5 4 


5,7 


i 











6 


6 




















absente 


52 fe 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


G 


6 


5 4 


G,0 


53 « 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5 


5 4 


5,7 


51 m 











6 


6 


6 


6 





C 


6 


5 4 


6,0 


73 n 











6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


G 


5 4 


5,8 


95 














6 


6 


6 





6.7 


6 


5 4 


6,0 


P' 














6 











5 


6 


54 


5,9 


61 p= 














6 


6 


5 





5 6 


5 


5 


5,4 


62p' 














6 





6 





6 


6 


6 


6,2 


65p* 














6 





6 





5.6 


6 


54 


5,8 


69 p' 














6 





54 





5.6 


5 


64 


5,6 


54 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4i 





4.5 


44 


4 4 


4,5 


71 


5 

















6 





6-; 








7,4 


72 





5 


5 


5 





5 


5 





5.6 


5 


5 


5,0 


92 














5 


5 


6 





5.6 


5 


5 


5,8 


93 











4 


4 


5 


4 





4 


4 ; 


4 4 


4,5 


P. IX, 230 

















5 


5 





C.7 


6 


54 


6,0 



LA CONSTELLATION DU LION 



34* 



Deux étoiles ont disparu : celle que Bayera nommée i, entre « et n, 
et celle que Ptolémée a signalée entre (î et0 et qui correspond au n" 71 
du catalogue de Flamsteed. 

La première pourrait bien n'avoir jamais existé. Le seul atlas qui 




l'ig. ,19. — Êloile« principales de !a congtellation rlu Lion. 

la porte est celui de Bayer, et le seul catalogue qui la possède est 
celui de Tycho, par 142» 24' de longitude et 2° 10' de latitude boréale, 
au nord-ouest de Régulus. Flamsteed a observé non loin de là une 
étoile de 7' grandeur, qui porte le n» 26 ; mais quoique Baily ait 
identifié cette étoile avec celle de Tycho, la différence de position est 



350 LEri ÉTOILES DU LION 



trop grande pour que nous puissions admettre cette identité. On 
la confond assez souvent aussi avec la 16' étoile de Ptolémée, que l'on 
nomme 46 i; c'est encore là une erreur : le n° 46 de Flamsteed est fort 
à l'ouest de Régulus et n'a jamais correspondu avec l'étoile nommée i 
par Bayer. La position de Tycho et de Bayer, portée à l'époque de 
Flamsteed (1690), donne : M = 146° 45' et 2) = 15" 40', tandis que 
26 Lion est par 145° 19' et 16° 40'. On voit que la différence est consi- 
dérable pour les mesures modernes. 

Cette étoile i de Bayer, serait, pour l'époque 1800, par 148° 14' 
d'ascension droite et 15° 9' de déclinaison. On ne voit aujourd'hui 
dans cette région du ciel que quelques petites étoiles de huitième 
grandeur. Si, comme il est possible. Bayer n'a pas observé lui-même 
cette étoile et s'est fié à Tycho-Brahé, son insertion dans le catalogue 
de l'astronome danois (étant la seule qui existe) pourrait provenir 
d'une erreur d'observation, de calcul ou de transcription ; l'extinction 
d'un soleil est un fait si grave dans l'histoire de l'univers, qu'il 
est plus naturel de croire à une erreur humaine qu'à un tel 
événement. 

Ce ne serait pas une raison suffisante, cependant, pour rejeter 
toujours sur des erreurs les discordances qui se manifestent entre 
les observations anciennes et les modernes. Une observation isolée 
peut être soumise à caution, non plusieurs. Et la seconde étoile 
que nous avons à signaler ici se présente comme un exemple contraire 
au précédent. Cette étoile, qui porte le n* 71 du catalogue de Flamsteed, 
a certainement subi des modifications d'éclat. 

Voici le changement fort curieux qui s'est opéré dans cette région 
du ciel. Son examen demande, pour notre instruction, une analyse un 
peu détaillée. 

En décrivant la figure du Lion, Ptolémée signale une étoile de la cinquième 
grandeur, qu'il désigne ainsi : « ton en toïs gloutoïs boreïoteros, » ce qui, traduit 
en français, signifie (pardonnez l'expression) : « la boréale des deux qui sont 
dans les fesses ». L'australe de ces deux étoiles est 6, de troisième grandeur. 
Antérieurement à ces deux étoiles Ptolémée en signale deux autres qu'il décrit 
ainsi : 1° l'occidentale des deux dans les reins (osphuos) : 2° l'orientale. El voici 
les positions qu'il donne de ces quatre étoiles. 



1" (19) l'occidentale des deux dans les reins • 

2» (20) l'orientale — — 

3° (21) la boréale des deux dans les fesses. . 

4» (22) l'australe — — 









Eloiles 


Longjtuda 


Latilude 


Grandeur 


corresp. 


ISl-ÎO' 


12» 15' 


6e 


b 


134.10 


13.40 


2« 


8 


134.20 


11.10 


5= 


71 


136.20 


9.40 


3' 






LES K'iDll.i;.-? DU MON 



351 



Si nous traçons l'esquisse de cette région (fig. 250), nous constaterons que les 
quatre étoiles 6, S, 71 et 6 correspondent exactement à la description de Ptolémée. 

Sur ces quatres étoiles, h a aug-r 
mente de la 6° à la 5° grandeur, et 
même à la 4° en 1840 ; S est restée de 
la deuxième ; est restée de la troi- 
sième; mais 71 a disparu. 

Dès le X* siècle de notre ère, Sût? 
remarquait cette disparition, toute- 
fois sans y croire et en admettant plu- 
tôt une erreur dans la latitude. « La 
19" et la 20", dit-il, sont deux étoiles 
situées dans les reins : la précédente 
est une brillante de la cinquième 
grandeur et la suivante est de 
deuxième ; c'est celle que l'on appelle 
le dos du Lion [zhahr al-dsad). Selon 
Ptolémée, la 21" se trouve avec la 
22" dans les fesses al-harkafa, au sud ""''■ '"'■ " "^^ ""'^^ '" '^ ^""'''^ '^°^"=^'^"'-« '" ^''°" 
de la brillante 20", et est de la cinquième grandeur; cependant, entre la 20'' et 
la 22" on ne voit pas d'étoile. » Et l'astronome persan ajoute : « Elle est au 
nord de la 20",et est de cinquième ordre. » 

Il y a en effet là, au nord de S, une étoile de cinquième grandeur (72 FI.). 
Mais il est impossible de faire concorder sa position avec la description de Pto- 
lémée, ni avec sa latitude. Essayez de dessiner le dos du Lion avec autant d'ima- 
gination que vous le voudrez, vous ne parviendrez jamais à mettre (pardonnez 
encore l'expression) les fesses au-dessus des reins. Et il n'y a pas à supposer que 
la ligne du dos passait autrefois plus haut ou plus bas qu'aujourd'hui, car les 
deux étoiles 41 et 54 sont nommées dès l'antiquité a les deux étoiles au-dessus 
du dos ». Le plus singulier est encore que Sûfi conserve la latitude de Ptolémée, 
au lieu de donner celle de l'étoile 72 ; voici ses positions : 

Étoiles 

Longitude Ixitilude Grandeur corrtsp. 

1» (19) la précédente des deux sur les lombes. 144» 2' 12°15' 5.4 6 

2° (20) la suivante — — 146.52 13.40 2 S 

3» (21) la boréale des deux dans les fesses. . . 147. 2 11.20 5 ? 

4» (22) l'australe — — 149. 2 9.40 3 e 

Les longitudes sont augmentées de 12" 42', à cause de la précession des égui- 
noxes. Les latitudes sont invariables. Il y a bien une petite différence de 10' dans 
celle de notre étoile, mais elle provient sans doute d'une copie, et est d'ailleurs 
insignifiante. La latitude de 72 est 16° 47'. 

Ulugh Belgh vient à son tour. Il garde le texte de Ptolémée et de Sùfi : « m 
coxis », mais il mesure la latitude de l'étoile 72. De son temps, l'étoile 71 était 
donc invisible, comme du temps de Sùfi. 

Ty^.ho-Brahé donne de ces quatre étoiles la description suivante : 



852 LES ETOILES DU LION 



Étoiles 
Longitnds Lttitad* Grandtar correip. 

1» (19) la précédente des deux dans les lombes . , 153»14' 12053' 5 b 

2' (20) la brillante qui suit 155.41 14.20 2 « 

3» (21) la précédente boréale des deux dans la fesse. 157.50 9.41 3 9 

4» (22) la suivante australe 159. 8 7.50 6 n 

La première et la seconde étoile sont les mêmes que dans les exemples pré- 
cédents; mais la troisième est 9 et la quatrième est n, au-dessous de 9, et non 
plus entre 6 et S comme anciennement. La conclusion est la même : quoique 
l'illustre astronome ne paraisse pas s'en être aperçu, ses deux dernières étoiles 
ne correspondent pas à celles de ses prédécesseurs, et l'étoile de Ptolémée con- 
tinue à rester invisible. 

Cette troisième étoile n'existe pas davantage sur les atlas de Bayer et d'Hévé- 
lius ; mais — et c'est là ce qui prouve que la description de Ptolémée concorde 
avec l'existence d'un astre réel — Flamsteed a observé précisément en ce point 
du ciel, le 8 avril 1691, une étoile de sixième grandeur, qui porte le n° 71 de 
son catalogue. Par un surcroît de complications, il est vrai, cette étoile a été 
ensuite corrigée sur ce catalogue, puis rétablie, et ici encore se glisserait la 
place d'un doute, si un autre observateur, non moins sûr que Flamsteed, Lalande, 
n'avait observé aussi la même étoile, qui porte le n° 21660 de son catalogue et 
qui est inscrite de 6" grandeur et demie. Sa position, réduite à l'année 1880, est : 

^^llhi2n.û'; (D = 18<'32'0'. 

D'Agelet a observé cette étoile le 2 mai 1783 et l'a inscrite de 8^ grandeur. 
Vers la même époque, Piazzi ne l'a pas vue du tout. 

Bessel a passé cette zone en revue le 3 avril 1829, et n'a pas observé cette 
étoile, quoiqu'il ait inscrit tout près de là (à 19 secondes à l'ouest et à 22' au 
nord de la position de 71) une étoile de 9' grandeur. 

D'autre part, entre les années 1828 et 1854, elle a été observée à l'Observatoire 
d'Armagh cinq fois en ascension droite et cinq fois en distance polaire, et elle 
est inscrite de 6» grandeur dans ce catalogue — toutefois encore avec une erreur 
dans la distance polaire : 74» 41' au lieu de 71° 41'. 

Elle est marquée de 7" dans les atlas de Harding et Argelander, de 6° dans le 
B-A-G, dans les catalogues de Greenwich et de Washington. 

Je l'ai observée récemment (31 décembre 1880, ou pour mieux dire, 1" jan- 
vier 1881, à 2 heures du matin) : plie est actuellement de 7* ^ grandeur. 

Ainsi l'étoile vue il y a deux mille ans par les astronomes grecs existe réel- 
lement; mais elle varie d'éclat de la cinquième à la huitième grandeur. 

A ces transformations remarquables, si intéressantes, ajoutons 
maintenant les variations périodiques plus rapides découvertes par 
l'inspection permanente et attentive des célestes lumières. Et d'abord, 
l'étoile R, dont la position est marquée sur notre carte {fig. 249), qui 
devient à son maximum visible à l'œil nu : elle varie de 5, 8 à 11 dans 
la période de 331 jours, présentant d'ailleurs dans cette période plu- 
sieurs maxima et minima secondaires. Intéressante à chercher, 



LE LION. - REGULUS 



même à l'aide d'une petite lunette, et bien facile à trouver. Il y a là, 
entre Régulus et ?,, une étoile de sixième grandeur, visible à l'œil nu ; 
c'est FI. 18; et au-dessous, au sud-ouest, à 20', une étoile de sep- 
tième grandeur (FI. 19); la variable R est juste au-dessousde celle-ci, 
tout contre, dans le même champ, et toujours rouge, comme un feu. 
Sa coloration offre justement un contraste frappant avec la blan- 
cheur de ses deux voisines. Son dernier maximum est arrivé le 3 août 
1880, son dernier minimum le 14 janvier 1881, et son prochain maxi- 
mum arrivera le 11 juin. Qui nous expliquera le mystère de ces étran- 
ges soleils? 

Nous connaissons dans le Lion trois autres variables : S qui 
oscille de 9,3 à 13 en une période de 192 jours, T qui change de 
10 à 14, et U, qui varie de 9 à 14, en des périodes encore indé- 
terminées. Ce sont là des étoiles télescopiques. 

Le brillant Régulus doit trôner à une distance inimaginable de nos 
tribunes politiques et religieuses, et je défie bien le plus fougueux des 
athlètes qui pérorent avec véhémence dans l'une ou l'autre chaire, de 
ne pas s'arrêter net, ébahi lui-même de la naïveté de ses phrases, s'il 
réfléchit un instant que la France et l'Italie, Paris et Rome, l'em- 
pereur d'Allemagne et le Pape, ne pèsent pas un carat dans la balance 
des mouvements de l'univers. Ce Régulus, ce roitelet, comme l'appe- 
laient les anciens, est incomparablement plus important à lui seul 
que tous les vrais rois passés, présents et futurs, de notre fantas- 
magorie terrestre, car il vaut plus que la terre entière, plus que 
Jupiter, plus que Saturne, plus que notre immense Soleil et tout son 
monde ; non pas que nous jugions cette importance au poids de la 
matière, mais parce que ces magnifiques soleils, centres de systèmes 
inconnus, régissent dans l'espace des destinées intellectuelles propor- 
tionnées à leur majesté, et parmi lesquelles certaines âmes sont sans 
doute d'une telle élévation au-dessus des nôtres que les humains qui 
habitent là ne pourraient s'empêcher de prendre en pitié nos préten- 
tions et nos suffisances. Un enfant de cinq ans est peut-être là plus 
instruit que Newton à son lit de mort, que Socrate buvant la ciguë ou 
que Jésus expirant sur le Golgotha. 

• Malgré l'éclat splendide de sa lumière, indice d'un volume gigan- 
tesque, toutes les tentatives faites pour mesurer la parallaxe de 
■Régulus ont abouti à zéro, de sorte que nous pouvons, sans crainte 
d'erreur, considérer sa distance comme dépassant cent trillions de 
lieues, et sa lumière comme employant plus d'un demi-siècle, et sans 
doute des siècles entiers, à nous parvenir. D'après les expériences 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 45 



354 



SYSTÈME STELLAIRE DE RÉGULUS 



spectrales, ce soleil va en s'éloignant de nous en raison de 37 kilo- 
mètres par seconde ; au contraire, (3 et y vont en s'approchant de 
nous. Comme nous l'avons souvent remarqué déjà, lorsque nous 
observons aujourd'hui les étoiles pendant la nuit silencieuse, nous 
savons qu'elles ne sont plus fixes et immobiles : notre esprit les voit 
voguer, se précipiter, s'enfuir, ou arriver vers nous, chacune suivant 
la force qui l'anime et suivant la destinée qui l'emporte dans l'éternel 
devenir. 

Nous parlions tout à l'heure du système de Régulus. En effet, il 
y a non loin de lui, à 2' 57", ou à 177", une étoile de huitième gran- 
deur que Christian Mayer a mesurée pour la première fois en 1777, et 
que j'ai mesurée juste cent ans plus tard, en 1877 : pendant cet inter- 
valle de temps assez respec- 
table, elle n'a pas subi le plus 
léger changement dans sa 
situation. Or, le brillant so- 
leil est animé dans l'espace 
d'un mouvement propre as- 
sez rapide, de 27" par siècle. 
Si , comme sa petitesse le 
faisait supposer, l'étoile de 
huitième grandeur était très 
éloignée dans l'immensité en 
arrière de Régulus et repo- 
sait immobile à l'horizon de 
l'infini, nous aurions re- 
marqué depuis un siècle l'ef- 
fet du mouvement de Régu- 
lus passant devant elle. Mais cette pâle lumière n'est pas plus éloi- 
gnée de nous que la brillante étoile : 
elle marche de concert avec elle, 
partage son mouvement propre, et 
forme avec elle un même système, 
un système stellaire qui vogue ra- 
pidement vers l'ouest {fig. 252). 
Nous en concluons en même temps 
que cette petite étoile va aussi en 
s'éloignant de nous, comme Ré* 
gulus. 
Quoiqu'elles nous paraissent se toucher, ces deux étoiles sont en 




Ftg. 251. — Régulus et Bon compagnon (I">»="4"). 



\ 
\ 

'i' 




Régulas 




__/#- 


■*/ 




M 



Fig. 252. — Le système stellaire de Régulus. 
Mouvement propre pour 1000 ans (1»" = 10"). 



LOINTAINS SYSTÈMES STELLAIRES 355 

réalité à une éloquente distance l'une de l'autre. En admettant pour 
elles une parallaxe d'un dixième de seconde, ce qui est un maximum, 
puisque les observations ne décèlent rien du tout, ce dixième de 
seconde représenterait, vu de là, 37 millions de lieues, une seconde 
entière équivaudrait à 370 millions, et 177" à 65 milliards 490 millions 
de lieues. C'est Là un minimum pour la distance réelle qui sépare ces 
deux soleils dans l'immensité, car nous ne voyons pas de face la ligne 
qui les| joint, mais en projection, en raccourci. En observant ce loin- 
tain soleil, nous ne pouvons donc nous empêcher de songer à l'étendue 
formidable de son système. Voilà un petit soleil qui sans doute gra- 
vite autour de son puissant foyer, à une distance supérieure à 65 mil- 
liards de lieues : c'est un rayon soixante fois plus vaste que celui de 
Neptune au Soleil ! Si Régulus est analogue à notre foyer central pour 
sa puissance attractive, son soleil secondaire emploie 464 fois plus 
de temps à parcourir autour de lui son orbite immense que Neptune 
à tourner autour de notre Soleil, c'est-à-dire que sa période surpasse 
76 000 ans ! Il n'y a rien de s?irprenant à ce que le mouvement orbital 
soit insensible depuis cent ans seulement que nous l'observons : à ce 
taux, il faudrait 213 ans pour un seul degré. Dans trois ou quatre 
cents ans, au xxiif ou au xxiv' siècle de notre ère, nous saurons sans 
doute à quoi nous en tenir.... Mais, peut-être, d'ici-là aurons-nous été 
visiter ce système en personnes : ce ne serait pas un voyage dépourvu 
d'intérêt. Et quelles choses inattendues nous montreraient les indi- 
gènes de ce nouveau monde!... Mais encore, quelle que soit la vitesse 
que nous supposions aux ailes de l'âme, combien d'années, combien 
de siècles n'emploierions-nous pas pour traverser l'abîme céleste qui 
nous sépare de ce grandiose système! Que dis-je! des années, des 
siècles.... — Il n'y a point d'années, point de siècles dans l'univers. 

Ajoutons encore que ce soleil secondaire de Régulus est double lui- 
même, ayant à côté de lui un minuscule compagnon de 13° grandeur, 
écarté à 3",2, à l'est, vers 90°, C'est peut-être une planète de son sys- 
tème. 

L'étoile |3 du Lion, Denebola, est signalée comme étoile double 
écartée par l'amiral Smyth dans son « Cycle of celestial objects », et 
par Webb dans son « Cel. objects for common télescopes ». Le compa- 
gnon serait de huitième grandeur, rouge, éloigné à 298" à l'est (114°). 
J'ai souvent dirigé ma lunette vers cette belle étoile, — la première 
fois par une belle soirée de printemps, le 22 avril 1876,— sans jamais 
rencontrer le compagnon rouge. L'étoile la plus proche se trouve non 
pas à l'est, mais au sud, à 206° et 282"; clic est de huitième grandeur 



356 



BELLES ETOILES DOUBLES DANS LE LION 



et blanche, un peu terne, comparativement au diamant étincelant et 
légèrement bleuâtre de Dcnebola. Dans la même direction, mais beau- 
coup plus loin, à 19', brille une étoile de sixième grandeur. A l'est, 
on en distingue une première, de 12° grandeur, à 115° et 303", et une 
seconde de 10' gr., à 116° et 556", qui est double (compagnon 
de ir, à 22° et 51"). C'est du reste là un champ assez curieux à obser- 
ver : j'y ai compté 13 étoiles, dont j'ai estimé les positions approchées. 
(Les mesures données ci-dessus ont été prises par M. Knott en 1864.) 
— Peut-être la petite étoile que l'on aperçoit à 11 5° et 303" est-elle celle 
que l'amiral Smyth a mesurée en 1833 : elle serait alors tombée du 
huitième au douzième ordre d'éclat. Observations intéressantes à 
refaire à cause du mouvement propre de (3 qui produit des déplace- 
ments relatifs assez sensibles. 

L'étoile 7 est une double magnifique ; c'est, avec Castor, l'un des 
plus beaux couples de l'hémisphère boréal. Les deux étoiles sont bril- 
lantes, limpides, éclatantes, comme des rayons d'or fluide : deux dia- 
mants jaunes translucides. Grandeur : 2,5 et 4,0'; écartement=3" 3. 
Système orbital certain, mais d'une majestueuse lenteur : 30 degrés 
parcourus depuis un siècle; la révolution complète de ces deux soleils 

autour de leur centre com- 
mun de gravité doit s'élever 
à un millier d'années. 

On voit à l'ouest de ce 
beau couple une étoile de 7' 
à 8" grandeur, que j'ai mesu- 
rée, en 1877, à 293° et 229", 
et dont l'analyse m'a causé 
plus d'une insomnie : son 
mouvement est tout à fait 
inexplicable (' ) . On voit aussi 
un peu plus loin, une étoile 
de 9" grandeur, à 302° et 325". 
Ce groupe, intéressant à 
suivre, se présente dans le 
champ télescopique sous l'as- 
pect reproduit ici. 
L'étoile K, de troisième grandeur et demie, se montre accom- 
pagnée, à 319", d'une étoile de sixième, qui forme avec la première 
un groupe de perspective. Le fait le plus curieux est que cette 

(•) Voy. mon Catalogue des clo:ics doubles, p. 58. 




Flg. 253. — L'étoile double y du Lion et ses voisines. 



BELLES ÉTOILES DOUBLES DANS LE LION 



357 



petite étoile se meut dans l'espace d'un mouvement plus rapide que î, 
ce qui porte à croire qu'elle est plus proche de nous, quoique beau- 
coup plus petite. (J'ai trouvé entre les deux une étoile de 11' gran- 
deur, plus rapprochée, à 306° et 240".) 

t : 4° et T, à 2", 7 ; système orbital en mouvement lent. La grande 
étoile est jaune ; la seconde varie de chaque côté du bleu, jusqu'au vert 
et au jaune d'une part, jusqu'à l'indigo et au pourpre d'autre part, et 
tombe parfois à la 9' grandeur, dans ses périodes de bleu sombre. 

54 : 4' I et 7% à 6", 3;blanche et cendrée ; beau couple, d'une obser- 
vation agréable. 

90 : triple; 6% 7° et 9"; distances = 3',3 et 64". 

88 : 6° et 8", à 1 5" ; système physique en mouvement propre commun. 

Dirigez une lunette vers r, de 4" grandeur : vous la verrez accompa- 
gnée, à 94" au sud, d'une étoile de septième grandeur, qui forme avec 
elle un couple très écarté et accessible aux plus faibles instruments. 
Cherchez en même temps à l'ouest de r, c'est-à-dire en avant dans le 
sens du mouvement diurne, 1" 3' avant r et 9' au nord : vous trouverez 
l'étoile 83 du Lion, de septième grandeur aussi, et qui forme un joli 
couple avec sa compagne, de 8° grandeur, à 30" d'écartement; la pre- 
mière est blanche, la seconde rose pâle. Elles sont restées fixes l'une 
par rapport à l'autre depuis cent ans que nous les observons, mais 
elles forment un système 
physique, car un même 
mouvement propre les 
emporte dans l'espace. II 
me semble qu'elles sont 
variables. 

Couronnons cette série 
d'étoiles multiples par 
l'un des systèmes binaires 
les plus serrés que nous 
connaissions dans le ciel 
entier, par l'étoile u du 
Lion, type devenu clas- 
sique pour l'essai des puis- 
santes lunettes. L'écarte- 
ment des deux compo- 
santes, de 6° et 7° gran- 
deur, ne dépasse jamais une demi-seconde, et pourtant l'œil perçant de 
William Herohel en a opéré le dédoublement dus l'année 1782. Depuis 




270* 1 



1B30 50» 



Fie. 254. — Système orbital i!e l'étoile double u du Lion 
(5°" = I"). 



•-.'.t 



858 



BELLES NEBULEUSES DANS LE LION 



celte époque, ce petit couple miniature a parcouru près d'une révolu- 
tion entière : la période est de 110 ans; la petite étoile reviendra en 
1893 au point oîi elle est passée au mois de novembre 1782. 

La constellation du Lion garde encore en réserve une curiosité 
sidérale souverainement digTie de l'attention du contemplateur du 
ciel. Cherchez à 3 degrés au sud-est de ô, vous trouverez deux nébu- 
leuses elliptiques régulières. La plus grande mesure 6' de grand axe 

sur 2' à 3' de large, et son éclat 
égale celui d'une étoile de 
9°grandeur.Saclarté s'accroît 
vers le centre. Découverte par 
Messier en 1780, elle porte le 
n° 66 de son catalogue. 

Sa compagne ( == Messier 
65) la précède de 1™19', et 
brille comme une étoile de 
10* grandeur. D'Arrest lui a 
mesuré 8'de longueur sur l'i de largeur. Sa lumière présente éga- 
lement une condensation vers le centre. 
Le gigantesque télescope de lord Rosse a révélé dans la structure 




Flg. Î55. — Nébuleuse! elliptique* dan» la Lion. 




ng. 256. - La nébuleuse M 65 (Lion) dans un grand télescope. 

intime de cette nébuleuse des circonvallations spirales qui rappellent 



BELLES NÉDULEUSES DANS LE LION 359 

celles que nous avons admirées dans la nébuleuse devenue classique 
des Chiens de chasse. Comment contempler ces condensations opé- 
rées par les siècles, ces flots de sable sidéral jetés pour ainsi dire par 
les vagues cosmiques sur les rives de l'océan éternel, sans vivre un 
instant dans l'étendue immense de l'histoire de l'univers ouverte à la 
pensée par ces créations lointaines? La contemplation d'un tel objet 
ne ressuscite-t-elle pas devant notre pensée les centaines de milliers 
d'années qui ont servi à la formation de ces spires séculaires (')? 

A 36' au nord de la nébuleuse M. 66, on aperçoit un rayon lumineux 
d'une énorme longueur (9' de long sur 50" seulement d'épaisseur). 
Serait-ce un disque immense que nous n'apercevrions que par 
la tranche? 

Dans la même constellation, à 1° 1/2 au sud de X, une autre nébu- 
leuse (H. I, 56), peut compter aussi parmi les belles : elle est ovale, 
mesurant 3' de longueur sur 1| de largeur, et double. En 1784, 
William Herschel a décrit les deux nébuleuses comme égales; en 1848, 
lord Rosse en a donné le dessin que nous reproduisons ici {fîg. 257), 
dans lequel on voit la seconde nébuleuse à peine indiquée, comme un 
noyau secondaire enfermé dans la première; en 1862 d'Arrest déclare 
que l'aspect est tout autre que dans le dessin de lord Rosse. Serait-ce 
encore là une nébuleuse variable ? 

Il y en a encore une autre, fort curieuse, que l'on trouvera entre 9 
et p, un peu au-dessus d'une ligne tracée de l'une à l'autre étoile, et un 
peu plus près de p que de 9 (elle est en même temps sur la ligne qui 
joint y àx) : c'est aussi une nébuleuse double (H. I, 17); splendide; 
brille comme une étoile de neuvième grandeur. — Quatre minutes 
avant, on en^dmire une autre, non moins belle (M. 95), mesurant 

(') II faut avouer que l'œuvre de la gravitation pendant sept ou huit cent mille ans 
ne frappe pas moins fortement notre esprit qu'une durée de plusieurs millions d'an- 
nées, parce que ces nombres dépassent absolument la sphère de nos conceptions 
habituelles. C'est ce qui arrive dans tous les problèmes qui conduisent à des chif- 
fres exorbitants. Ainsi , le calcul prouve qu'en mettant sur les 64 cases d'un échi- 
quier 1 grain de blé, 2, 4, 8, etc., en doublant toujours, on arrive, pour la somma 
totale des grains à placer sur les 64 cases, au chiffre de 18 446744 073 709 551615 
grains : toutes les moissons du globe entier ne fourniraient pas cette quantité— .que 
d'ailleurs nous ne pouvons pas du tout nous figurer, malgré tous les efforts d'imagi- 
nation possibles. 

A propos de combinaisons, le calcul conduit à des résultats bien singuliers : dix 
personnes assises à une même table peuvent changer de place en 3 628 800 manières 
différentes! 

On dit quelquefois que les noms propres n'ont pas d'orthographe. Rien n'est plus 
inexact. Il n'y a qu'une vraie manière d'écrire le mot Hainaut, par exemple. Cepen- 
dant on peut l'écrire de 2304 manières différentes en le prononçant toujours de 
mêmel 



3G0 



LE SEXTANT D'UilANIE 




1 20" de diamètre, suivie à 25 secondes par une étoite de douzième 

" " grandeur. Il y a, du reste, une telle 

richesse, une telle profusion de nébu- 
leuses dans cette région du ciel, qu'il 
suffit de promener un bon instrument, 
armé d'un faible oculaire à vaste champ, 
pour en cueillir par dizaines dans les 
champs étoiles. Si ce sont vraiment 
là des mondes en création, nous pour- 
rions dire que l'océan céleste tient là 
en suspension dans ses vagues éthé- 
Fig. 257. - La nébuleuse à deux foyers ^ées la semencc proUfique des univers 

dans le Lion. „ . 

luturs. 

Avant de quitter cette région, arrêtons-nous encore un instant aux pieds 
du Lion pour quelques étoiles éparses réunies par Hévélius, vers l'an 1680, sous 
la forme d'un Sextant, instrument alors fort en usage dans les observations 
astronomiques. « Ce n'est pas, dit-il lui-même, que la disposition des étoiles 
donne l'idée de cet instrument, ni qu'il soit bien placé là, mais il m'a servi, de 
l'an 1658 à l'an 1679 à vérifier les positions des étoiles, et la méchanceté 
humaine l'a détruit, avec mon observatoire et tout ce que je possédais, par les 
flammes d'un horrible incendie; j'ai donc placé là cette œuvre de Vulcain pour 
honorer Uranie, et les astrologues trouveront ce souvenir bien à sa place entre 
le Lion et l'Hydre, de féroce nature. » 

Le legs du pauvre astronome a été respecté par ses successeurs ; et comme on 
l'a vu (fig. 238, p. 329), le Sextant d'Uranie se dessine dans le ciel entre les pieds 
du Lion et la tête de l'Hydre. 

Ce petit astérisme ne se compose que de six étoiles supérieures à la sixième 
Krandeur. Inscrivons-les de l'ouest à l'est, par ordre d'ascension droite, en leur 
adjoignant celles qu'un intérêt quelconque signale à notre attention. 

ÉTOILES PRINCIPALES DU SEXTANT. 

1680 1700 1800 1840 1860 1S80 

1 5 5 5.6 6 6 5,4 

2 5 5 5.6 5 5 5,2 

8 6 6 6 5 5 5,4 

12 6 6.7 6 6i 6,8 

15 4 4 5 4i 4i 4,7 

19 5 6 7 6 6 6,2 

27 6 6 7 6 6,8 

29 5 5 6 5 5 5,4 

30 5 5 6 5 5 5,2 

31 6 8 7 7 7,0 

35 6 7 6 6i 6,2 

41 7 6 6 5 5 6,0 

19662 Lai i\ 7 6^ 6,3 

19823 Lai 7 8 6} 8,0 

Parmi ces étoiles, la première a diminué d'éclat pendant la première moitié 
de notre siècle; la troisième a, au contraire, augmenté depuis le commencement 



LES ETOILES DU SEXTANT 



301 



de ce siècle; l'étoile n" 12 est actuellement un peu plus faible qu'il y a vingt ans 
et a cessé d'être visible à l'œil nu; l'étoile n" 19, de cinquième grandeur au 
temps d'Hévélius, n'a été notée que de septième par Piazzi ; mais comme les éva- 
luations de cet astronome sont souvent un peu trop faibles (notamment ici), il 
est probable que cette étoile n'est pas descendue au-dessous de la sixième; 
l'étoile 27 était invisible à l'œil nu en 1840, et elle l'est encore aujourd'hui ; l'étoiln 
31 a été inscrite de 6'^ par Flamsteed, de 6'' ^ par Piazzi en 1797 et de 8" par le 
môme astronome en 1809 : elle est actuellement de 7^; l'étoile 41, au contraire, 
de 1" grandeur dans Flamsteed, s'est élevée à la G' au xvni^ siècle et à la 5° eu 
1840 et en 18G0 : elle est en ce moment retombée h la sixième; enfin l'avant» 
dernière étoile' de notre petit tableau a été inscrite de 4° y par Lalande en 179S, 
de 5* par Harding en 1822, de 1" en 1840 (elle est rougeâtre); et la dernière, 
vue à l'œil nu par Heis, est actuellement invisible. Voilà encore des témoi- 
gnages de changements d'éclat arrivés assez rapidement dans les étoiles. 

C'est dans cette petite constellation, alors non dénommée, qu'en l'an de 
grcâce 1643 le capucin Antonio de Rheita, qui venait de construire un télescope 
de ses propres mains , s'imagina 
découvrir un assemblage d'étoiles 
reproduisant exactement dans le ciel 
la figure de Jésus-Christ sur le voile 
de sainte Véronique : « Sudarium 
VeronicEe sive faciem Domini maxi- 
mâ simililudine in astris expres- 
sum », comme on le voit sur la gra- 
vure de l'époque [fig. 258). J'ai sou- 
vent visité cette région du ciel au 
télescope, sans jamais rien aper- 
cevoir qui ressemblât le moins du 
monde à cette image. 
■ L'étoile 35 du Sextant est une belle, 
double : 6' et 8°, à 7", jaune etbleue. 

Belle nébuleuse, à 2° 1/2 à l'est de 
l'étoile n" 8, sur le prolongement d'une ligne menée de a de l'JIydre à celte 
étoile. Lumineuse dans la nuit noire. Elliptique; son grand axe mesure 150", 
son petit axe 35"; noyau de l'éclat d'une étoile de dixième grandeur (H. I. 1G3)! 

Nébuleuse double (H. l. 3 et 4) non moins curieuse, au nord de l'étoile n° 15 
(la plus brillante de la constellation), et vers le milieu de la distance entre cette 
étoile et -k du Lion, un peu à gauche de la ligne joignant ces deux étoiles, — ou, 
mieux encore, sur une ligne menée de Régulus à -/) du Lion. — On voit là deux 
nébuleuses conjuguées, à 30 secondes de temps l'une de l'autre, rondes; la pré- 
cédente, ou l'occidentale, est plus claire. C'est là sans doute un embryon d'uni- 
vers. Un double soleil commence sa mystérieuse genèse, et dans quelques 
centaines de milliers d'années, les astronomes de la Terre, s'ils existent encore, 
ou ceux de Jupiter et de Saturne, ou leurs confrères des autres systèmes, ver- 
ront briUer là une magnifique étoile double dont ils observeront avec attention 
la grandeur et le mouvement, pour l'instruction de nos successeurs sur la scène 
changeante de l'impérissable univers. 

ASTIiONOMI; . — SUPPLÉMENT. 40 




Fig. 258. — Le Voile de sainte Vcroiiique. 
( Constellation du xvii» siècle.) 



CHAPITRE XIV 

La Vierge. L'Épi. La Vendangeuse. — Richesse de cette région en nébuleuses. 

Changements arrivés dans le ciel. 

L'étoile double gamma de la Vierge. — La Balance. — Les étoiles de l'Été. 






OOtSe 



Henéèo/a 



ArctuTus 



Pendant les douces soirées du printemps, quand la nature elle- 
înême nous invite à la contemplation des beautés sidérales, après le 
crépuscule évanoui, on voit monter en silence dans les cieux les 

étoiles qui insensiblement devien- 
nent de plus en plus brillantes et 
de plus en plus multipliées. A 
riieure où les sept étoiles du nord 
planent au plus haut de leur cours, 
c'est-à-dire vers onze heures en 
avril, vers neuf heures en mai, 
l'Épi de la Vierge brille en plein 
sud, sur le prolongement de la 
courbe tracée par la queue de la 
Grande Ourse et Arcturus. C'est 
une étoile de première grandeur, 
qui forme un triangle équilatéral 
avec Arcturus et Denebola. Elle 
paraît à l'Orient en mars, s'élève 
dans le ciel du sud en avril, mai 
et juin , descend en juillet vers 
l'Occident, et s'endort en sep- 
tembre dans les brumes du soir. 
Cette étoile a été associée depuis 
bien des siècles aux travaux des 
champs; on en a fait le symbok 
des moissons, et nos pères la fai- 
saient briller au milieu d'un bouquet d'épis. 

On a dessiné là, sur l'ancienne sphère, une jeune femme munie de 
deux ailes, portant un rameau de la main droite et un épi de la main 
orauclie. Peut-être le groupe d'étoiles qui forme aujourd'hui la Cheve- 
lure de Bérénice, et dans lequel on voyait autrefois une gerbe de blé. 
n'est/-il pas étranger au dessin de cette figure, car la main droite du 
la Vierge qui porte aujourd'hui un rameau imaginaire, dépour\ii 



L'épi 



Fig. 250. — Alignement pour trouver l'Epi 
de la Vierge. 



LA VIERGE ?£3 



d'étoiles, est levée vers l'amas de la chevelure : on peut penser qu'il 
formait autrefois la gerbe primitive des épis placés a portée de sa main, 

Aratus, Hipparque, Ptolémée, appelaient cette constellation 
Parthenos « la Vierge ». Elle devint ensuite, dans la poésie : Cérès, 
déesse des moissons ; Thémis, déesse de la justice (à cause de la 
Balance qui est à ses pieds) ; Astrée, fille de Jupiter et de Thémis, 
que les crimes des hommes forcèrent à remonter au ciel à la fin de 
l'âge d'or; Diane d'Éphèse ; Isis d'Egypte, Atergatis ou la Fortune ; 
Minerve, mère de Bacchus; Érigone, fille du Bouvier, la Sybille de 
Virgile qui, un rameau à la main, descend aux enfers ou sous l'hé- 
misphère. On lui a rais parfois un enfant dans les bras, comme à l'Isis 
égyptienne. La circonstance assez curieuse qu'autrefois au solstice 
d'hiver, vers le 25 décembre, la Vierge donnait naissance au retour 
du soleil Sauveur, et que lorsqu'elle se lève elle est précédée au milieu 
du ciel par la Crèche, devant laquelle marchent, d'orient en occident, 
la belle étoile du précurseur Procyon et les Trois Rois mages, tandis 
qu'au-dessous d'elle gît le Serpent de l'Hydre; ces rapprochements, 
dis-je, ont conduit certains commentateurs à supposer que la Vierge 
Marie n'avait jamais existé, pas plus que Jésus, image du Soleil, et 
qu'il n'y avait dans leur histoire qu'un mythe astronomique oriental. 
Ce serait aller un peu loin, et l'induction est plus ingénieuse que légi- 
time. On a démontré de la même façon que Napoléon n'a jamais existé, 
et qu'il n'est, lui aussi, qu'une image symbolique de l'astre du jour. 
En effet, son nom lui-même signifie nouveau soleil, nouvel Apollon : 
Né-apolio, comme on le voit encore aujourd'hui gravé sur le socle 
de la colonne Vendôme ; il est né vers l'Orient, dans une île, au sein 
des ondes, et sa mère n'est autre que la joie du lever du Soleil, 
Leetitia, ; il s'est éteint dans la mer occidentale , emporté par les 
hommes du nord vers les antipodes ; il avait douze compagnons de 
guerre, douze maréchaux : ce sont les douze mois de l'année ; etc. 
Mais cet infatigable guerrier a régné assez réellement pour tuer cinq 
millions d'hommes; et nous avons de même des témoignages histo- 
riques suffisants, quoique d'un autre ordre, pour admettre que le 
philosophe de Nazareth a incontestablement existé. 

L'imagination des dessinateurs s'est donné un libre cours dans les 
représentations variées des constellations zodiacales, et un volume 
comme celui-ci ne suffii^ait pas si nous voulions reproduire tous ces 
curieux dessins. Pour la Vierge, entre autres, le choix est considé- 
rable et nous édifie complètement sur le dédain avec lequel les artistes 
de l'époque traitaient les étoiles; qu'il nous suffise d'en donner ici 



864 



LES METAMORPHOSES DE LA VIERGE 



deux spécimens, dont le premier montre les étoiles semées au hasard 
sur une figure d'enfant ailé (un petit chérubin), et dont le second nous 
présente une jeune mariée du xv" siècle absolument dépourvue d'étoiles 
— et bien dépourvue aussi de charmes et de beauté : je l'extrais d'un 
ouvrage de l'an 1489, écrit par Léopold, évêque de Fresingue, et fils 
naturel du duc d'Autriche, Albert III. 

Mais revenons au ciel. Loi^squ'on aura reconnu l'Épi de la Vierge, 
qui est l'étoile a de la constellation, on trouvera facilement, d'abord 



'^-, 












Fis. 2G0. — La Vierge de l'Astronomie Fig. 261. — La Vierge de la Compilation astronomique 
du roi Alphonse X (xii" siècle). de Léopold d'Autriche (xv« siècle). 

les trois étoiles de troisième grandeur y, n et (3, qui s'alignent au nord- 
ouest à peu près dans la direction de Régulus ; puis 5 et e, également 
de troisième ordre, qui brillent au nord dans la direction de la che- 
velure ; Ç, de même grandeur, à peu près sur la ligne menée de l'Épi 
à Capella. Notre carte {fîg. 262) servira à trouver successivement 
toutes les autres. 

Au sud-ouest de l'Épi, un groupe de quatre étoiles principales 
indique la place du Corbeau, qui a les pieds sur l'Hydi'e et lui donne 
des coups de I ec; mais cette région ne s'élevant jamais beaucoup sur 
notre horizon, on ne peut observer que rarement ces étoiles, et seule- 
ment dans les 'rès belles nuits d'été. 

L'étoile t, de troisième grandeur, située au nord de la figure, a été 
surnommée la Vendangeuse (Vindemiatrix), à l'époque où elle se 
levait le matin pour annoncer la maturité du raisin et les vendanges. 
Elle porte ce nom en différentes langues : en grec, en latin, en arabe, 
en persan et dans les langues modernes. On appelait aussi cette 
étoile et ses voisines « le Grieur )>, surnom déjà donné au Bouvier, 
avec lequel on a quelquefois confondu le nouvel astérisme. Au temps 



LES ÉTOILES DE LA VIERGE 305 

d'Hipparque, l'étoile d marquait l'épaule droite de la Vierge : Pto- 
lémée nous dit qu'il l'a descendue au côté, parce que l'ancien dessin 
faisait cette épaule beaucoup trop grande. En astrologie, et chez les 
Arabes surtout, ces étoiles de la Vierge étaient considérées comme 
exerçant une heureuse influence sur les destinées humaines, parce 
qu'elles brillent entre le Lion et le Scorpion, « le Lion n'étant hostile 
que par la tête, les dents et les griffes, et le Scorpion par la queue et 
le dard »... Heureux temps ! 

C'est l'Épi de la Vierge qui, avec Régulus, fit découvrir à Hip- 
parque la précession des équinoxes et la véritable durée de l'année, 
par la comparaison de ses observations avec celles faites par Aristillus 
et Tymocharis, 170 ans avant lui. Cette belle étoile, qui joua un si 
grand rôle dans l'astronomie ancienne, gît à une distance incommen- 
surable de notre atome terrestre, malgré son éclat ; toutes les 
recherches faites pour lui trouver une parallaxe sont restées infruc- 
tueuses. Son spectre appartient au premier type, au type de Véga, 
Sirius, Castor, Régulus, Rigel, Altaïr, étoiles blanches, très photo- 
géniques {voy. la photographie, p. 211), prédominance de l'hydro- 
gène, astres plus éblouissants mais moins chauds que les soleils aux 
feux d'or, tels qu'Arcturus et Capella, qui appartiennent au second 
type spectral. Cette brillante étoile s'éloigne de nous. 

Les annales de l'astronomie nous ont conservé l'observation du 
passage de Saturne tout contre l'étoile y, arrivé le 1" mars de l'an 228 
avant notre ère. 

L'étoile $ est une belle étoile jaune qui appartient au troisième 
type des spectres, comme Antarès, a d'Hercule et MiraCeti. 

L'étoile ïi, autrefois de troisième grandeur, est actuellement de 
quatrième ; elle diminue lentement depuis deux siècles. Déjà elle 
avait diminué au temps de Tycho. 

X est descendue de la quatrième à la cinquième. 

Au contraire, v, o et t se sont élevées de la cinquième à la quatrième. 

(f a été estimée de 4° par Tycho, Hévélius, Flamsteed ; de 5% par 
Bayer, Piazzi, Argelander, Heis; de 6% par Bessel. Elle varie au 
moins de 4 | à 5 1. 

16 c s'est élevéede la sixième à la cinquième. 

L'étoile g, au nord-ouest de a, est appelée par tous les astronomes 
(Flamsteed, Mayer, Piazzi, Baily, etc.,) 49 g, et identifiée avec une 
étoile signalée par Ptolémée,Sùfi, UlughBeigh, Tycho, etc., àl'ouest 
de l'Epi. C'est là une erreur. L'étoile des anciens correspond à 49 ou 
à î)0 de Flamsteed; mais 49 n'a jamais correspondu à g de Bayer. On 



366 LA CONSTELLATION DR LA VIERGE 

a été jusqu'à en conclure que cette dernière étoile n'avait jamais 
existé ; or, elle existe parfaitement, je Tai souvent observée ; elle est 
actuellement de sixième grandeur, comme au temps de Bayer. Nous 
reviendrons tout à l'heure sur ce sujet. 

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE LA VIEHGE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



Stoiles 


-127 


+ 960 


1430 


lono 


1603 


1600 


1700 


1756 


1800 


1840 


1860 


1880 


a [LÈpi) 


1.2 


1.2 


1.2 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1,5 


P 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3i 


35 


3,5 


Y 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


4 


2f 


£> 2 
■- 3 


3,2 


8 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3 


3 


3,4 


{La Vendang.) 3 . 4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


2| 


2| 


2,8 


C 


3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


4 


3 


4 


3i 


3i 


3,5 


Ti 


3 


3 


3 


4 


4 


3 


3 


4.3 


3.4 


3i 


■ii 


3,9 


e 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


-H 


41 


4,6 


1 


4 


4 


5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4,1 


X 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


H 


4i 


4,2 


X 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4| 


H 


4,9 


11 


4.3 


4.3 


4.3 


4 


4 


4 


4 





4.5 


4 


4 


4,0 


V 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4.5 


H 


ii 


4,1 


i 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


43' 


4| 


5,3 





5 


5 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


4.5 


4 


4 


4,2 


it 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4^ 


^ 3 


4,8 


P 


5 


5.6 


5.6 


5 


5 


5 


5 





5 


5 


5 


5,0 


a 











5 


5 


5 


5 





6 


5 


5 


5,3 


T 











5 


5 


5 


5 





4.5 


4 


4 


4,4 


102 u' 











5 


5 


5 


5 





6 


5 


5 


5,6 


103 u» 




















5 











6 


6,8 


9 


4.5 


4.5 


4.5 


4 


5 


4 


4 





5 


5 


5 


5,2 


X 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


5 


5 


5,2 


4- 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


5 


5 


5,2 


0) 














6 





6 


6 


6.7 


6 


6 


6,0 


4A' 














6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


6 


5,8 


6 A' 














6 





6 





6 


6 


6 


6,1 


7 b 











6 


6 


5 


5i 


5.6 


5.6 


6 


5-1 


5,8 


16 c 











6 


6 


6 


6i 


5 


5.6 


5 


5 


5,5 


31 d' 











6 


6 


6 


6 





6 


6 


6 


6,0 


32 d' 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 





7 


6 


6 


5,8 


59 e 











6 


6 


6 


6i 





6 


5 


5-1 


5,5 


25/ 














6 


6 


6 


6 


6.7 


6 


6 


6,0 


g 














6 














6 


6 


6,0 


76/1 


6 


6 


6 





6 


6 


6 


6 


6 


5 


5 


5,8 


68 i 


5 





5 





6 





6 


6 


5 


6 


6 


5,7 


44 ft 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


74 i 


5 


5.6 


5.6 


6 


6 


6 


6 


5 


6 


5 


5 


5,2 


82 m 


4 


5.6 


5.6 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


6 


5,8 


n 











6 


6 





6 





6 


6 


6 


ô,8 


78 











6 


6 





6 





6 


5 


5 


5,3 


90 p 


5 


5 


5.6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


51 


5| 


5,6 


21 q 














6 


6 


6 


6 


5.6 


G 


6 


5,8 


49 


5 


5 


5 





6 





5 


5 


5.6 


6 


6 


5,6 


50 











5 


5 


5 


6 





6 








6,3 


53 


6 


6 


6 


5 


5 


5 


4^ 





5 


5 


5 


5,3 


61 


5 


5 


5 


5 


6 


b 


M 





4.5 


5 


5 


5,3 



LA CONSTELLATION DE LA VIERGE 



367 



Étoiles - 


-127 


-1-ybU 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1756 


1800 


1840 


1860 


I8S0 


63 


5 


5 


6 





6 





6 





6 


6 


6 


5,6 


69 











5 


5 


5 


5^ 





5.6 


5i 


5î 


5,0 


70 

















6 


6 





5.6 


5 


5i 


5,5 


75 














6 





6 





G 


6 


6 


6,0 


86 


5 


5.6 














6 





6 


6 


6 


5,8 


89 


6 


6 


6 











51 





5.6 


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6 


6 


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76 h s'est élevée pendant notre siècle du 6" au 5^ ordre d'éclat. 

68 i varie certainement de 5 à 6 : elle est orangée ; son spectre 

appartient au quatrième type, qui se compose surtout des étoiles 



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Fis. 26-. — Étoiles principales de la constellation de la Vierge. 

colorées d'un rouge sang. Elle est plus curieuse encore que p de 
Céphée, qui appartient au troisième type, et c'est l'une des plus bril- 
lantes du quatrième type ; il me semble même que c'est la plus bril- 
lante du ciel entier, car nous n'en connaissons aucune dont l'éclat 



368 CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LA VIERGE 

surpasse la cinquième grandeur ; c'est l'une des rares que l'on puisse 
voir à l'œil nu. Ce spectre étrange paraît un mélange des aspects 6, 7 
et 8 de notre planche générale des spectres, et montre des colonnades 
sur lesquelles la lumière est plus vive du côté du violet, tandis que 
dans le troisième type elle est plus vive du côté du rouge ; il semble 
que l'un des deuj: spectres soit le négatif de l'autre. On y reconnaît le 
caractère des composés du carbone, probablement des oxydes gazeux, 
ce qui indiquerait des soleils à température relativement basse. 

L'étoile 82 m ou l'étoile 25396, toutes deux aujourd'hui de sixième 
grandeur, ont changé d'éclat l'une ou l'autre, car Ptolémée rapporte 
qu'une étoile placée là (n° 18 de Ptolémée, Sûfi et Ulugh Beigh) était 
de quatrième ordre. Sùfi, en la vérifiant, déclare qu'elle est beaucoup 
plus petite que dans VAlmageste, et des moindres de la cinquième. 

Il y a ici une difficulté inextricable dans les auteurs anciens. Ptolémée, Sùfi 
et Ulugh Beigh appellent les étoiles / et h {fig. 262) « la boréale et l'australe du 
côté occidental du quadrilatère » à l'est de l'Épi. Puis ils décrivent « la boréale 
et l'australe du côté oriental de ce même quadrilatère ». La première étoile de 
ces deux-ci est m ou 25396; la seconde paraît être 25086. Mais dans ce cas il n'y 
a pas de quadrilatère, car /, h et 25086 sont en ligne droite : c'est un triangle. 
Si les anciens ont su ce qu'ils disaient (et c'est probable), il faut ou que l'étoile 
25086 se soit déplacée de l'est à l'ouest, et qu'en plus elle ait diminué d'éclat, ou 
que la quatrième étoile de ce quadrilatère ait disparu du ciel. Nous savons déjà, 
d'autre part, que l'étoile 25086 est variable : le 6 juin 1866, Schmidt l'a trouvée 
parfaitement visible à l'œil nu (5,4) et plus brillante que sa voisine 68 i; puis sa 
lumière décrut lentement; en 1872, Gould l'estima à 5,7 et, en 1873, à 6,3. — 
Intéressante à suivre. — Quoi qu'il en soit, un changement est arrivé depuis deux 
mille ans dans cette région du ciel. 

L'étoile 78 a augmenté d'une grandeur. Il en est de môme de 
l'étoile 89. 

L'étoile 86 n'est pas n, comme Flamsteed et d'autres astronomes 
l'écrivent. Elle paraît varier de 5° à 6° i. 

96, actuellement invisible à l'œil nu, est quelquefois visible. 

97 {= P. XIV, 11) est descendue de la 6' à la 8" grandeur de 1796 
a 1810, pendant les observations de Piazzi. 

109 oscille au moins d'une grandeur entière. 

P. XII, 142, au nord de y, varie de 4° | à 7*. 

Enfin l'étoile Lai. 23228, actuellement de 6° grandeur, n'a pas 
été observée par Piazzi; mais elle a été notée de 5"! par Lalande en 
1798, de 7* parle même en 1795, de 8* par Steinheil. 

Le groupe d'étoiles situé au sud de l'Epi a subi certaines modifica- 
tions curieuses qui réclament une analyse détaillée. 




Fig. 263. — Constellations zodiacales. — La Vierge. — La Balance. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 47 



370 CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LA VIERGE 



On a publié dans les traités d'astronomie et dans les recueils astro- 
nomiques des « listes d'étoiles disparues » qui ne sont pas fondées 
sur une discussion suffisante, et dont la plupart des étoiles n'ont 
jamais existé. Une erreur d'observation, de lecture ou de réduction 
suffit pour faire insérer dans un catalogue et par suite sur un atlas 
un astre dans une position erronée : toutes les fois que nous ne 
retrouvons plus au ciel une étoile, l'explication la plus simple est 
d'abord de supposer une erreur, et nous devons tout au moins 
remonter à deux observations originales avant d'être disposés à 
admettre une disparition. C'est un événement fort grave, en effet, que 
l'extinction d'un soleil, et nous ne devons l'admettre que lorsqu'elle 
est établie sur des témoignages suffisants. Cependant, malgré la 
sévérité si légitime que nous devons apporter dans ces discussions, 
malgré la peine que peut nous causer la mort d'un soleil et d'un 
système de mondes, il ne faudrait pas pousser les conséquences à 
leur dernière rigueur ni vouloir, de parti pris, n'admettre que des 
erreurs partout où des changements se manifestent entre l'état actuel 
du ciel et les aspects anciennement observés : ce serait là un autre 
excès, qui stériliserait toutes nos recherches. 

Ces réflexions nous sont inspirées ici par l'état actuel du ciel aux. 
environs de l'Épi de la Vierge, comparé au même état observé il y 
deux et trois siècles, et par les différentes représentations que les Atlas 
célestes en donnent. Voici, par exemple (A fig. 264), la carte du grand 
Atlas de Flamsteed sur cette région : avec la meilleure volonté du 
monde, il est absolument impossible de reconnaître le ciel dans le 
groupe des six étoiles qui dessinent une courbe irrégulière à l'ouest 
d'Alpha. 1° L'étoile 52, de 6" grandeur dans Flamsteed, n'existe pas 
et n'a jamais existé; 2° l'étoile 58 se trouve au-dessous et non pas 
au-dessus du prolongement d'une ligne menée de 50 à 56 ; 3° la lettre 
g annexée au n° 49 n'appartient pas à cette étoile, mais à une autre 
située au-dessus du n°-50, dans la direction de 6, et qui n'existe pas 
sur l'Atlas de Flamsteed. Voilà plus de divergences qu'il n'en faut 
pour dérouter le chercheur, et l'on doit certainement attribuer à ces 
négligences quelques-unes des causes qui ont empêché jusqu'à ce jour 
l'astronomie de devenir vraiment populaire. De telles difficultés 
rebutent les commençants, et ils ne vont pas plus loin. Comparez 
à la carte de Flamsteed celle d'Argelander {B, fig. 264) et cher- 
chez quel rapport elles ont entre elles : croirait-on qu'il s'agisse là 
du même point du ciel ? On voit, d'après cette dernière carte, qu'il 
n'y a pas d'étoile de sixième grandeur entre « et 49 ; que l'étoile g 



CHANGEMENTS ARRIVES DANS LA VIERGE 



371 



est visible entre 49 et 9; qii'il y a une étoile visible au-dessous de <\', 
tandis qu'il n'y en a pas au-dessus; que trois étoiles se montrent 
vers k, et non pas cinq (l'étoile marquée au-dessous de k n'a jamais 
existé)!; 1^^ l'étoile 54 est invisible à l'œil nu; etc. 

Mais, comme nous le disions tout à l'heure, ces divergences sont- 
elles entièrement dues à des erreurs, et devons-nous nous refuser k 
admettre des changements réels survenus dans le ciel? L'observation 
directe de la nature nous conduit à une conclusion contraire et nous 
prouve l'existence de tels changements. Comme il s'agit surtout ici 
d'étoiles situées à la limite de la perceptibilité, aidons-nous d'une 



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B :-^ Argelander. 



C = Elat actue". . 



Fig. 264.— Variations dans les cartes célestes. 



jumelle et pointons sur une carte toutes les étoiles jusqu'à la septième 
grandeur inclusivement : nous obtenons la petite carte C de la raême 
figure, qui met en évidence plusieurs faits assez curieux. La discus- 
sion complète de cette région conduit aux déductions suivantes : 

1° L'étoile 52 de Flamsteed n'existe pas — comme le prouvent d'autre parties 
manuscrits mêmes de Greenwich. 

2° L'étoile g de Bayer, absente de Tatlas de Flamsteed, existe réellement et 
est visible à l'œil nu, de 6'^ grandeur au moins. — Elle a été observée par l'as- 
tronome anglais en 1693 et en 1713 {c'est le n° 1805 de son catalogue); mais elle 
a été omise sur l'atlas; les astronomes (Baily, Argelander, etc.), qui ont conclu 
que l'étoile de Bayer n'existait pas, se sont trompés. 

3» L'étoile 50 est à la limite de la visibilité (=6,3). Comme Bayer l'a fort 
bien vue et l'a marquée de 5% tandis qu'en 1839 Argelander la distinguait à peine 
dans une jumelle, et que Lalande, Harding, Bessel la font de 7' grandeur, elle 
est variable, probablement de 5' j à 7'. Sa couleur est rougeâtre. 



372 CHANGEMENTS ARRIVES DANS LA VIERGE 

4° L'étoile 49 est également variable Dans les Mémoires de r Académie, de 1709, 
Maraldi rapporte que « l'étoile de sixième grandeur, la plus méridionale des deux 
marquées par Bayer au-dessous de la main australe de la Vierge, ne s'aper- 
cevait plus, tandis que la septentrionale, marquée de cinquième grandeur, était 
restée dans le même état. » Elle est actuellement plus brillante que 50, et de 5'|. 
Sa couleur est rougeâtre, comme celle de sa voisine. — Hévélius n'a observé 
qu'une étoile : il est difficile de dire laquelle des deux. 

5° L'étoile 63 est quelquefois aussi brillante que l'étoile 61, c'est-à-dire de 
5° grandeur (elle est même plus brillante dans Bayer); mais elle est plus souvent 
de sixième, et elle disparaît parfois à la vue, car Hévélius, en 1660, ne l'a pas 
observée, tandis que, dès le x° siècle, Sûfl la signale comme formant avec sa 
voisine 63 une étoile double de cinquième grandeur. 

6° L'étoile 69 est quelquefois de 6'^ grandeur, presque aussi faible que 
l'étoile 75 ; quelquefois de 5" |, quelquefois de 5% et même fort brillante. 

7» L'étoile 39, au-dessus de l, de 6« dans Flamstced, est de 7'' dans Harding; 
Lalande l'a vue deux fois de 7" et une fois de 8" ; elle est actuellement de 1" ^. 

8" A Test de i, une étoile ordinairement visible à l'œil nu (Lai. 25086), des- 
cend quelquefois à 7' et disparaît, et s'élève parfois à 5^ -j, surpassant en éclat 
sa voisine. 

9" Flamsteed a observé, le 24 avril 1712, une étoilede8° grandeur (1829) située 
entre a. et 9, qui n'est pas gravée sur son atlas; Lalande a observé cette étoile le 
5 mai 1795 et l'a inscrite de 7° -j (24 661); Harding l'a marquée de 8"; sur le 
grand atlas austral de Gould, elle est dessinée de6*, mais est absente du catalogue. 

Cet exemple suffit pour nous édifier. Il y a dans cet ensemble 
plusieurs variations réelles absolument incontestables, et en vérité 
elles sont si nombreuses, nous en rencontrons si souvent d'analogues 
dans l'étendue entière du ciel, que nous pouvons bien ne pas être 
sans crainte sur le sort réservé à notre propre soleil et, comme 
conséquence, sur les destinées de la vie terrestre et de notre propre 
humanité. Sans amener l'extinction totale de la vie, de pareilles 
transformations solaires entraîneraient sans contredit des événements 
d'une certaine importance dans la santé générale de l'humanité, dans 
les conditions de son alimentation, dans les climats et dans l'histoire 
naturelle des différents peuples. Le moindre de ces changements 
suffirait pour arrêter net toutes les discussions politiques (') . 

(') L'histoire du ciel nous garde encore bien des surprises pour l'avenir. Que de 

petites difficultés restent inexpliquées dans la discussion des meilleures observa- 
tions I Ainsi, par exemple, 1" 10' à l'est et 8' au nord de l'étoile 109, de 4« grand. ^, 
il y a une étoile de 7= à 8° grandeur (Lai. 26936 = P. XIV, ISO) qui a offert à Piazzi 
une bizarre oscillation en ascension droite. En 1798 et 1813 elle était plus à l'ouest, 
qu'en 1809, et elle a marché régulièrement vers l'est de 1798 à 1809, pour revenir 
graduellement vers l'ouest de 1809 à 1813. La différence des extrêmes s'est élevée à 
12". Lalande a fait deux observations de cette étoile: le 24 mai 1797 et le 27 avril! 798; 
ù, la seconde date, l'observation donne pour la position de l'étoile près d'une seconde 
(0\89) de moins qu'à la première, ce qui correspond à la date du minimum de Piazzi. 
N'y a-t-il là qu'un effet d'erreurs instrumentales? 



CHANGEMENTS ARRIVÉS DANS LA VIERGE 3T3 



Voici maintenant un fait particulièrement curieux et jusqu'à pré- 
sent unique dans l'histoire de l'astronomie : c'est le cas d'une étoile que 
les anciens nommaient étoile double « diplos », qui était réellement 
double autrefois, et qui ne l'est plus aujourd'hui. Ceux qui comprennent 
le plaisir de l'étude de la nature sentiront leur cœur battre en 
contemplant ce mouvement séculaire, comme le mien vient de le faire 
en trouvant l'explication du mystère. 

Ptolémée signale au-dessous de la Vierge les trois étoiles suivantes : 

Grandeur, Longitude . Latilude . 

1° L'occidentale des trois en ligne droite sous l'Épi. 6' 177"I0' 7°10' 

2° Celle du milieu, qui esf doub?? 5» 178.10 8.20 

3° L'orientale des trois 6= 185. 7.50 

La description et la position de la première correspondent à l'étoile 53, et 
celles de la seconde à l'étoile 63. La description de la troisième correspond à 
l'étoile 73, mais la position se rapporte plutôt à l'étoile 89. Il y a, du reste, pour 
cette troisième étoile, deux versions dans les éditions de VAlmageste. Il est pro- 
bable qu'anciennement on a observé 73 et 89, et qu'ensuite 73 étant devenue 
moins brillante, on n'a plus observé que 89. 

En effet, Sùfl écrit au dixième siècle : « La première de ces trois étoiles est la 
précédente des deux situées au sud de l'Epi, à quatre coudées de distance; la 
deuxième suit à une coudée vers le sud-est : elle est double; la troisième suit, 
mais de très loin, à cinq coudées. Ptolémée dit que ces trois étoiles sont en 
ligne di-oite ; il n'en est pas ainsi, car la double se trouve au sud des deux autres. 
11 y a au-dessus de l'étoile double une étoile à une coudée de distance, et au- 
dessous aussi une étoile à une coudée. » La description comme les positions de 
Sùfi correspondent exactement aux étoiles 53, 63, 89 , ainsi qu'aux étoiles 69 et 
55-57 vues comme étoiles simples. — Comparer à l'aide de notre fig. 262. 

Ulugh Beigh signale de même ces étoiles : 

Grandeur. Loogilude. Latitude. 

1° La précédente des trois sous Sîmak 6' 196° 7' 8° 0' 

2?" Celle du milieu, gui esf dou')/<- 5' 197.19 8.36 

3» La suivante des trois 6« 204.10 7.42 

Ces trois étoiles sont certainement 53, 63 et 89. 

Ulugh Beigh est le dernier astronome qui parle de l'étoile 63 comme étoile 
double. Tycho-Brahé, qui fait la même description cent soixante ans après, a 
supprimé cette désignation ancienne, et désormais cette étoile est considérée 
comme simple et comme ne répondant pas à la qualification de nos ?^ eux. 

Eh bien ! et c'est là l'événement intéressant pour l'historien du ciel, 
l'étoile 61 était anciennement voisine de l'étoile 63, et elle formait avec 
elle une étoile double visible à l'œil nu, comme Mizar et Alcor, 
comme v' et v' du Sagittaire, comme «' et a* du Capricorne. Mais elle 
a depuis abandonné sa compagne, et elle s'enfuit d'un vol rapide vers 
le sud-ouest, s'éloignant chaque siècle de l'astre auquel elle était 



374 



CHANGEMENTS ARRIVES DANS LA VIERGE 



anciennement associée. Actuellement (1880), son éloignement est de 
1° 14'; il y a deux mille ans, la distance des deux étoiles n'était que 
de 40'. 

En effet, tandis que l'étoile 63 demeure relativement fixe dans 
l'espace, l'étoile 61 est animée d'un mouvement propre très rapide, 
qui s'élève à — • 0', 075 en ascension droite et à + 1", 04 en distance 
polaire, ce qui donne pour mille ans 75 secondes de temps, d'une 
part, et 1040 secondes d'arc, d'autre part : soit pour deux mille ans, 
150 secondes (2™ 30=) et 2080" (34' 40"). La direction de ce mouvement 
tend précisément à éloigner presque en ligne droite la seconde étoile 
de la première, dans un vol rapide pointant au sud de l'étoile 54 et, 
plus loin, vers l'étoile p de l'Hydre. 

Notre petit diagramme {ftg. 265) représente ce mouvement rapide, 
tracé pour une période de dix mille ans. En supposant les autres 

étoiles relativement fixes pour 
cette période (qui n'est pas 
longue dans l'histoire sidé- 
rale), on voit que notre étoile 
passera dans trois mille ans 
au sud-est de l'étoile 54, et, 
dans cinq mille, à l'ouest des 
étoiles 57 et 55, composant 
avec elles une sorte d'étoile 
triple. Il y a 2500 ans, elle a 
constitué avec l'étoile 63 
Vétoile double observée par 
les astronomes égyptiens et 
grecs; il y a cinq mille ans, 
elle est passée vers l'étoile 
24861 Lalande, et il y a 7400 ans, si l'étoile 69 ne s'est pas dé- 
placée elle-même, les deux étoiles se sont trouvées l'une devant 
l'autre. Si le ciel avait été suffisamment observé par nos aïeux, nous 
aurions dans ces constatations de rencontres célestes les meilleures 
vérifications des dates historiques : le ciel est le juge le plus sur que 
nous puissions invoquer même pour les choses de la terre. Les 
antiquités fabuleuses dont certains peuples se sont prévalus dans 
tous les âges ne comportent pas ces vérifications authentiques : toutes 
les fois qu'on nous vante pour l'histoire d'une littérature, d'un art ou 
d'ure science antique, un âge extraordinaire, réclamons, s'il se 
peut, quelque trace d'événement astronomique qui puisse contrôler 



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Fig. 265. — Mouvement propre de l'étoile 61 Vierge. 



INTÉRÊT DE L'ÉTUDE DU CIEL 375 

les faits ; c'est encore là le témoignage le plus sûr qui puisse nous 
être donné d'une date invérifiable. 

Quoi qu'il en soit, l'étoile 61 Vierge est remarquable par ce dépla- 
cement rapide, qui eût confondu Aristote et toute son école; elle 
nous rappelle par cet intérêt et par son nom la 61' du Cygne qui 
vogue plus rapidement encore (uoy.p. 201); de plus, c'est jusqu'à pré- 
sent le seul exemple que nous ayons d'un mouvement propre consta' 
table sur des observations faites à l'œil nu, et cet exemple, nous le 
devons aux obstacles, aux incohérences, aux difficultés qui arrêtent à 
chaque pas la rédaction de ce « Supplément de l'Astronomie popu- 
laire », que l'auteur aurait aimé voir se dérouler calme, facile, rapide, 
et qui, sans contredit, a déjà aussi plus d'une fois mis à l'épreuve 
la patience studieuse de ses nombreux lecteurs... Qu'il me soit permis 
à ce propos, de manifester mon étonnement de voir trente mille amis 
de la science me suivre dans cette étude technique et non amusante 
du grand et sublime univers; je l'avoue bien sincèrement : je ne 
pensais pas, et nul n'espérait, qu'il y eût en Europe trente mille 
intelligences vraiment prêtes à faire connaissance avec le ciel, vrai- 
ment disposées à s'instruire sérieusement (') 

Cette belle constellation de la Vierge offre, comme on le voit, 
sur notre chemin des spectacles variés. Mais nous sommes encore 
loin d'avoir scruté toutes ses richesses. Déjà nous avons reconnu 
dans plusieurs de ses étoiles des variations d'éclat plus ou moins 
étendues. L'observation attentive du ciel a mis en évidence des 
variations périodiques régulières, dont le nombre va en s'accroissant 
chaque année. Voici celles qui sont actuellement connues et suivies : 

R, qui varie de 6 1/2 à 11 en 145 jours : on la distingue parfois à l'œil nu, à droite 

ded'; le dernier maximum a eu lieu le 9 septembre 1880. 
S, qui varie de 5 1/2 à 12 1/2 en 373 jours; au-dessous de l; son dernier maxiuium a 

eu lieu le 8 octobre 1880. Scintillation remarquable : élancements rougeâtres. 
T, qui varie de 8s2 à 13s5; mais elle n'est jamais visible à l'œil nu. 
U, qui varie de 7<>,8 à ^2^6, en 212 jours; toujours télescopique aussi. 
V, de 8» à 13» en 252 jours; invisible à l'œil nu. 
W, deS'i à 10», en 17 jours. 
X, de T à 11"; période indéterminée. 

(') Depuis son apparition en décembre 1879, l'Astronomie populaire a été impri- 
mée à cinquante mille exemplaires, et ce Supplément, en cours de publication, compte 
déjà trente mille souscripteurs. Que l'on vienne prétendre maintenant que nous 
vivons à une époque de décadence! Jamais, depuis le commencement du monde on 
n'a apprécié, compris, désiré la science comme aujourd'liui. On s'aperçoit enfin 'iw' 
nous n'existons mtellectuollement que par elle, et que, bommes ou femmes, il vii a 
que les êtres instruits qui exislent réellement; les autres, fussent-ils millionnaires 
marquis, ducs, princes ou rois, n'étant rien autre ciiose que des nullités. — Nous 
parlons ici de la valeur intellectuelle : la valeur morale a, elle aussi, sou importance 
dans l'humamte. Mais le temps des apparences et des titres extérieurs est pass<i 



376 



LES NÉBULEUSES 



L'alphabet sera bientôt épuisé, et il le serait si noiis ajoutions à ces 
étoiles celles que nous avons remarquées tout à l'heure, telles que 
P. XII, 142 (qui pourrait être Y), Lai. 25 086 (qui pourrait être Z), 
68 i, 86, etc. 

C'est un champ bien fertile que cet espace qui s'étend dans le ciel 
d partir de l'Épi de la Vierge, au sud, et jusque dans la Chevelure de 
Bérénice, au nord, et il n'est pas étonnant que nous y surprenions des 
variations plus ou moins étranges, des mouvements et des métamo:- 




Fig. 266. - Champ de nébuleuses dans la "Vierge. 

phoses dont l'étude est loin d'être complète. C'est la rêgîoa du ciel la 
plus riche en nébuleuses : il y en a là plus de cinq cents! Semence 
des mondes futurs, germes des univers à venir, gelée féconde qui 
semble trembler suspendue dans l'océan éthéré ! Examinez un instant 
notre petite carte spéciale {fig. 266), sur laquelle ne sont encore dessi- 
nées que les nébuleuses principales existant dans un pentagone cir- 
conscrit par les étoiles e, S, c, x, o et 6 Ch&velure, et décidez vous- 
mêmes de l'impression produite par cet aspect. Le nombre des 



CHAMP DE NEBULEUSES 



nébuleuses éclipse celui des étoiles ! Que de questions se lèvent en 
présence de cette richesse ! Chacune de ces taches laiteuses est-elle 
vraiment un système solaire en création ? Sont-elles perdues au fond 
de l'infini, à une distance incommensurable au delà des étoiles? 
Sont-elles mélangées avec les soleils qui trônent dans cette étendue? 
Seraient-elles plus proches de nous que les étoiles ?... Comment son- 
ger à ces grandeurs — grandeurs dans l'espace et grandeurs dans le 
temps — sans se sentir transporté, loin de notre boule errante, dans 
les mystères de l'infini et de l'éternité ! 

Dirigez une lunette à large champ vers cette mine céleste, et, au 
hasard, vous ne tarderez pas à rencontrer l'une de ces pâles nébu- 
leuses et à voyager dans une contrée qui n'est pas moins intéressante 
que la Voie lactée elle-même, quoiqu'elle en forme un système pour 
ainsi dire contraire, à angle droit sur le premier, s'élevant, par la 
Chevelure, les Chiens de Chasse et la Grande Ourse, jusqu'au pôle 
et au delà. Pointez, par exemple, au nord de l'étoile p, de cinquième 
grandeur, vous trouverez là plusieurs nébuleuses , dont une belle 
double (M. 60) {fig. 267). Les deux noyaux sont sphériques et me- 
surent, celui de l'ouest 95'', celui de l'est 120" de diamètre; la dis- 
tance entre les deux centres est 
de 9 secondes de temps. Ces 
deux noyaux tournent-ils l'un | 
autour de l'autre ? Probablement. 
Mais les observations ne suffi- 
sent pas encore pour décider. 

Sept minutes avant, presque 
sur le même parallèle (18' au sud) 
passe une nébuleuse elliptique 
double bien curieuse : elegantis- 
simum et permirum phsenome- 
non, dit D'Arrest. C'est H. IV, _ s - 

8 et 9. Les deux se touchent et Fig. 267. - Nébuleuse m. co, h. 270 et m. .-iD, 

i T mu ^ r,,A dans la Vierge. 

occupent un espace de 2'| a 3 | 

d'étendue. Groupe vraiment remarquable. Au nord on voit trembler 
dans l'éther une autre nébuleuse plus belle encore : M. 58, précédée 
par une étoile de 7" grandeur. La nébuleuse double paraît animée 
d'un mouvement propre vers l'est. 

Il y a là dans le ciel un district véritablement merveilleux. Par une 
nuit de printemps, sans clair de lune et sans brunes, cherchez à 
reconnaître les richesses nébuleuses signalées sur notre fig. 266. Les 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 48 




378 LKS NEBULEUSES 



systèmes de premier ordre vous apparaîtront d'abord, ceux que 
Messier découvrait il y a plus d'un siècle : M. 84-86-87-88-89-90 
et 91, sans compter les moins brillantes révélées ensuite par les 
télescopes des Herschel. La première est ronde et mesure 3' de 
diamètre ; la deuxième mesure près de 4' et brille comme une étoile de 
9' grandeur; la troisième offre plus de 4' de diamètre et est couronnée, 
à 6' au nord, par une étoile de S" grandeur; la nébuleuse M. 88 est 
elliptique, fort allongée, mesurant 7' (presque le quart du diamètre 
lunaire) de longueur, sur 90" de largeur -, M. 87 est petite, ronde et 
brillante; M. 90 est elliptique, atteignant 1' de longueur sur 2' de 
largeur et attachée à une étoile de 11' grandeur; la nébuleuse M. 91, 
que Messier rapporte avoir découverte en 1781, en même temps que 
M. 90, n'a été revae par aucun astronome. L'iiabile fureteur des 
curiosités célestes s'est-il trompé, ou bien la. nébuleuse a-t-elle dis- 
paru ? L'événement ne serait pas sans gravité ; mais le ciel nous en 
offre d'autres exemples. Il y a là, à cette même place (l" plus loin), 
une étoile assez mystérieuse. W. Herschel l'appelle « a small well 
defined body », un petit objet bien défini. Lalande l'a notée de 8" gran- 
deur le 1" avril 1795 et de 7Me 4 avril 1796 (23620-21); Piazzi l'a 
notée de 7-8 (P. XII, 145); Argelander l'a inscrite de 6"!. On ne voit 
actuellement là aucune nébulosité, mais une petite étoile double au 
nord-ouest, ou nord précédent. Champ magnifique à explorer. Se 
servir de notre carte (fig. 266). 

A 2" 1/2 à l'ouest de e, curieuse nébuleuse ovale (H. II, 75) sur- 
montée d'un triangle de trois petites étoiles et précédée à 38 secondes 

par une nébuleuse circulaire. Elle 
mesure 1 50" de longueur sur 1 5" de 
largeur. On croirait rencontrer une 
queue de comète perdue dans l'es- 
pace. C'est comme un rayon de lu- 
mière électrique. Cette nébuleuse, 
avec sa compagne (74), est inscrite sur 
notre carte, et la petite figure ci- 
contre qui en reproduit l'aspect est 
- s - orientée comme la carte, le sud en bas. 

Fig. 208. -Nébuleuse H. H, 75 et 74. Pour plus dc facilité, cos dessius de 

dans la Vierge. uébuleuscs ue sont pas rcuversés. 

A 2"° et demie plus loin, vers la Vendangeuse, étoile double de 
7" et 9% à 29" (P. XII, 221). 

Non loin de l'étoile 6 Chevelure, au sud-est, sur le prolongement 




LES NEBULEUSES 



379 



de |3, TT, 0, se trouve la nébuleuse M. 99, à peu près circulaire, mesu- 
rant 3' de diamètre, et qui, dans le grand télescope de lord Rosse, a 
offert ces spires magnifiques dont l'aspect rappelle les soleils tour- 
nants des feux d'artifice. Création vraiment merveilleuse. La nébu- 
leuse presque entière se résout en étoiles. Lointains univers! Splen- 
deurs de l'infini! A qui et à quoi servez-vous? — A quoi servons- 
nous nous-mêmes? 

Ce n'est pas tout. Mais il faut nous borner. Signalons-en deux 
encore, qu'il est difficile d'oublier. 

A peu près sur le prolongement d'une ligne menée de y à X, près du 
Corbeau, une nébuleuse allongée (H. I, 43) qui mesure 4' de longueur 




Fig. 269. — La nébuleuse spirale de la Vierse. 

et 50" seulement de largeur, est particulièrement curieuse. C'est sans 
doute là un système elliptique posé da.ns le vide et que nous aperce- 
vons par la tranche. 

Entre les étoiles i et fi, près de l'étoile 104, à l'est, formant un 
triangle avec elle et 106, on trouvera un petit amas d'étoiles bleues, 
suivi d'une étoile rougeâtre de 8° grandeur H. I, 70. 

Au nord de c, à 1° environ, un peu à l'est, il y a encore une nébu- 
leuse à noyau double (M. 61, fig. 270) bien curieuse pour l'esprit phi- 
losophique : fœtus d'un soleil jumeau dont l'éclosion complète est 



■3SC 



LES CURIOSITES DE LA VIERGE 




réservée à la maturité des siècles futurs. Au nord de cette nébuleuse 

on remarquera une étoile 
double, fine, mais facile : 6,6 
et 9, à 20", rose et rouge foncé : 
c'est FI. 17. 

.Mais de toutes les mer- 
veilles de cette constellation, 
•j^^^^^H l'une des plus attachantes est 

sans contredit la splendide 
étoile double y de la Vierge. 
Ses deux composantes, fort 
brillantes, sont de troisième 

Fig.!;70. — La nébuleuse double M. 61, de la Vierge. 

grandeur, et écartées actuel- 
lement à 5" de distance angulaire. C'est l'un des plus beaux couples 

à observer, c'est l'un des pre- 
miers découverts au télescope, 
et c'est l'un de ceux qui ont 
été le plus assidûment suivis 
par les astronomes. Dès l'an- 
née 1718, Bradley,après avoir 

dédoublé cette belle étoile, 

'''^ '^^^^^^^^^^^^^^^^^^^' ^ constatait, en regardant d'un 

œil dans la lunette et de l'autre 
dans le ciel, que la ligne de 
j onction des composantes était 
parallèle à une ligne passant 
par a et ^ de la Vierge, ce qui 
correspond à un angle de 33 1 ". 

Fig. 271.- L'étoile double Y de la Vierge. Depuis Cette épOque, le COUplc 

a tourné de près d'une révo- 
lution totale , suivant une ellipse assez allongée dans laquelle le 
périhélie est arrivé en 1836 : les deux étoiles ont été tellement rap- 
prochées qu'on a cessé de les distinguer séparément, et que l'astre 
paraissait parfaitement rond. Voici les positions principales : 

DATE ANGLE DISTANCE OBSERVATEURS 

1718 331» 6'± Bradley, Cassini. 

1756 324 6 ± Tobie Mayer. 

1781 311 6 William Herschel. 

1803 300 4 I William Herschel. 

1820 284 3,0 John Herschel, South. 

1830 262 1,8 W. Struve, Dawes. 

1836 140 0,4 Smyth, Dawes, Struve. 




L'ETOILE DOUBLE GAMMA DE LA VIERGE 



381 



DATE ANGLE DISTANCE OBSERVATEURS 

1840 27 1,3 Kaiser, Galle, Mâdier. 

1850 356 2,8 Wrottesley, Main, Jacob. 

1860 348 3,9 Secchi, Knott, Dembowski. 

1870 342 4,5 Dunèr, Wilson, Gledhill. 

1880 337 5,0 Hall, Stone, Flammarion. 

La période est de 175 ans, et l'étoile secondaire reviendra vers 1893 
au point où elle est passée en 1718. Le plan de l'orbite n'est que fai- 
blement incliné sur notre rayon visuel ; nous voyons le mouvement 
s'effectuer à peu près de face, de sorte que l'orbite apparente {fig. 272) 
diffère très peu de l'orbite absolue, et est à peine déformée par la per- 




Fig. 272. — Orbite de l'étoile double f de la Viergo. 

spective. Considérons un instant cette figure. En rapportant le mouve- 
ment à l'un des deux soleils supposé fixe (ils sont du même éclat, et 
sans doute de même volume et de masse analogue), l'autre soleil décrit 
l'ellipse d'un mouvement non uniforme, accélérant considérablement 
sa vitesse dans la région du périhélie et la ralentissant à l'aphélie : le 
mouvement angulaire annuel a été de 30° en 1836 et seulement de 
0°,43 en 1760; il est plus de soixante fois plus rapide dans la pre- 
mière région que dans la seconde. La seule contemplation de ce mou- 
vement centuple pour nous l'intérêt de l'observation de ce couple 
radieux. 

En réalité, les deux soleils tournent autour de leur centre commun 
de gravité, situé vers le milieu de la ligne idéale qui les joint à tout 
instant de la révolution. S'ils sont accompagnés chacun d'un système 
planétaire, il faut que chaque famille de planètes soit très rapprochée 
de son soleil respectif, et en quelque sorte serrée sous la protection de 
son aile tutélaire, car autrement l'attraction de l'autre soleil amène- 
rait au périhélie des perturbations qui désorganiseraient le système 
et mettraient en péril la vie des humanités confiées à ces destinées. 
Toutefois, il ne faudrait pas croire que les deux soleils se touchent à 



382 L'ETOILE DOUBLE GAMMA DE LA VIERGE 

leur périhélie : la distance, qui est de 6", 3 à l'aphélie, se réduit à0",43, 
il est vrai ; mais comme cette étoile n'offre pas de parallaxe sensible, 
cette faible valeur peut représenter un rayon égal à celui de notre 
système planétaire tout entier. L'espace ne manque donc pas pour la 
gravitation d'un grand nombre de terres habitées. Et quelle merveil- 
leuse situation que celle de ces séjours illuviinês par deux soleils 
égaux dont la splendeur s'efface et reparaît avec les variations des 
distances ! 

Les deux étoiles se sont recouvertes en 1836 pour les observations 
faites dans les meilleurs instruments : on n'a plus vu qu'une seule 
étoile, à peine allongée. Ce fait nous permet de calculer quels disques 
apparents elles offrent à la vision télescopique. Nous devons au moins 
leur supposer un diamètre de 1" pour que l'image optique n'ait pas été 
trop allongée et ait, comme on l'a observé, ressemblé à un disque 
circulaire. En dessinant ces disques à l'échelle de 1""° pour 1", on 
obtient les aspects représentés fig. 273, qui correspondent aux obser- 




Fig. 273. — Aspects variables de l'étoile double y de la Vierj;'!. 

valions faites à l'époque du périhélie. Les deux composantes se sont 
écartées lentement l'une de l'autre depuis 1836, et leur distance est 
actuellement de 5". 

Ces deux soleils tournent sur eux-mêmes, comme tous les soleils 
de rtmivers, sans doute, et cette rotation semble se manifester à nous 
pai 7es variations alternatives d'éclat qu'ils nous présentent, car 
tan^t l'une des deux étoiles est plus brillante et tantôt l'autre, sur 
une demi-grandeur environ de fluctuation. 

Quoique ce magnifique système éclipse tous ses voisins par sa 
beauté et par son intérêt, nous ne devons pas, cependant, passer sous 
silence les autres couples de la môme constellation accessibles aux 
insiruments de moyenne puissance. Inscrivons-les par ordre de diff:- 
cnlté : 



LA VIERGE. — LA BALANCE 3S3 



6 : triple; 4" |, 9' et 10'; 1" et 65". Les deux premières forment un 
système physique en mouvement propre commun. Mais elles restent 
fixes l'une par rapport à l'autre. 

84 : 5',8 et 8%5, à 3",5; jaune et bleue; belles couleurs. Système 
orbital en mouvement lent. 

54 : 6',3 et 7%5 ; 5",7 ; fixes depuis un siècle qu'on les observe. 

Tout près de 4-, au sud-ouest, l'étoile P. XII, 196 : 6' | et 9\i, à 33". 

A 3" au sud de v, un peu à l'ouest, P. XII, 32 : 6' et 6' |; écarte- 
ment = 21. Piazzi les a estimées seulement de 7° | chacune. 

Enfin, tout près de Ç, au nord-ouest : P. XIII, 127; couple très 
déUcat ; 8' et 9°, à 2",3. Facile à trouver, à 25 secondes précédant Ç et 
à 17' au nord. Cette étoile paraît animée du même mouvement 
propre que Ç. 

A l'aide de notre petite carte [ftg. 266), on pourra encore glaner, 
dans ce fameux champ de nébuleuses, 1 étoile double 17 Vierge : 6"! 
et 9% à 20"; rose et rouge ; couple remarquable. 

Telles sont les richesses et les curiosités sidérales que la Vierge 
céleste garde en réserve pour ses contemplateurs. La Balance est 
moins riche. 

On enseigne classiquement que cette constellation n'a été introduite 
dans le Zodiaque, entre la Vierge et le Scorpion, qu'à une époque 
relativement récente, pendant la vie de l'empereur Auguste, et l'on 
cite à l'appui ces vers de Virgile dans les Géorgiques : 

Anne novuui tardis sidus te measibus addas, 
Qua locus Erigonem inter Chelasque sequentes 
Panditur : Ipse tibi jam brachia contrahit ardcus 
Scorpius, et cœli justa plus parte reliquit. 

flatterie qui peut se traduire ainsi : « Et toi qui dois un jour être 
admis au conseil des dieux, ô César! veux-tu, nouvel astre d'été, te 
placer entre la Vierge Érigone et les serres du Scorpion? Déjà devant 
toi l'ardent Scorpion replie ses serres pour te laisser dans le ciel un 
espace suffisant. » Ce serait la justice d'Auguste qui aurait inspiré 
à ses sénateurs et à ses astronomes la création du signe de la Balance. 
Mais il y a là une erreur manifeste. Auguste était né au mois d'août 
(lequel mois, comme nous l'avons vu, a reçu son nom à cause de cette 
coïncidence) ; on lui aura consacré un astérisme qui existait déjà, géné- 
ralement nommé chelaï « les serres » du Scorpion, et à dater de 
cette époque cet astérisme s'est spécialement appelé la Balance; mais 
déjà les Egyptiens et les Grecs lui avaient donné ce nom. La nais- 



331 LA BALANCE 



sance d'Octave-Auguste tombait au commencement de la Balance. 
De plus, c'est là qu'était apparue la fameuse comète qui plana dans 
le ciel à la mort de Jules César et dans laquelle la piété du peuple 
avait vu l'âme de César elle-même s'envolant dans les cieux. 

Virgile lui-même semble reconnaître une autre étymologie à ce 
nom de Balance : 

Libra die somnique pares ubi fecerit horas, 

Et médium luci atque umbris jam dividet orbem, 

Exercete, viri, tauros... 

« Quand la Balance rend égales les heures du travail et les heures du sommeil, 
quand le jour et la nuit se partagent également le monde, laboureurs, conduisez 
vos taureaux aux champs.... » 

Mais c'est encore là une origine erronée. La Balance existait dans 
le Zodiaque avant l'époque où elle marquait l'équinoxe d'automne. 
Son nom est dû à ses deux étoiles principales qui sont d'égale gran- 
deur, assez écartées l'une de l'autre, et donnent fort simplement l'idée 
de deux plateaux de balance. On a prétendu aussi que les anciens ne 
connaissaient pas la balance à deux plateaux, et que les Romains, 
notamment, se servaient de l'instrument que nous appelons balance 
romaine. Nouvelle erreur : la balance dite romaine ne vient pas du 
tout des Romains, mais des Arabes : son nom dérive du mot arabe 
rommana, poids; et la plus ancienne balance, la plus naturelle, est 
la balance à deux plateaux. 

Primitivement, le Scorpion étendait ses serres jusqu'aux pieds de la 
Vierge. A l'époque oîi l'on a assigné un signe au soleil pour chaque 
mois de l'année, les onze constellations zodiacales ont dû faire place 
à douze, et c'est celle du Scorpion qui a été scindée en deux. Le Scor- 
pion proprement dit a formé une constellation, et les serres en ont 
formé une autre. Hipparque et Ptolémée conservent encore les 
Serres, continuant Eudoxe et Aratus. Mais le prêtre égyptien Mané- 
thon, qui vivait sous Ptolémée Philadelphe, au m' siècle avant notre 
ère, remarque déjà que les serres ont été changées en plateaux de 
balance, à cause de la similitude. 

Ptolémée ne comptait que huit étoiles dans cet astérisme (a, (3, 
y, â, i, B, fi et v), et neuf aux alentours. Nous n'en comptons guère 
plus aujourd'hui , de la première à la cinquième grandeur inclusi- 
Tement. 

La comparaison de l'éclat actuel de ces étoiles avec les éclats an- 
ciennement observés montre, comme on le voit par le tableau ci- 
après, que plusieurs variations importantes se sont opérées. 



LA BALANCE 



385 




ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE LA BALANCE 



ÉTOILES 


-1-21 


+ 060 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1756 


1800 


1840 


1*^0 


1830 


a 


2 


3.2 


3.2 


2 


2 


2 


2 


2.3 


3 


2i 


'7 i 
^ 3 


3,0 


p 


2 


3.2 


3 


2 


2 


2 


2 


2 


2.3 


2 


2 


2,9 


Y 


4 


4 


4 


3 


3 


6 


3 i 


3.4 


4.5 


M 


4 i 


4,4 


& 


5 


5.6 


5.6 


4 


4 


5 


4 ^ 


4.5 


4.5 


5 


uar 


var 


E 











4 


4 


4 


4 


4 


5.6 


5 


5 


5,5 


î 











4 


4 


G 


G 


4 


6 


G 


G 


5,8 


1 


5 


6 


6 


4 


4 


6 


4 


4 


4.5 


G 


6 


5,9 


9 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4 1 


4i 


4,8 


t 


4 


4 


4 


3 


4 


3 


5 


4 


5.6 


i i 


4 l 


5,0 


X 


4 


4 


4 


4 


4 





4 


4 


5 


5 


5 


5,5 


A 


6 


G 


6 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


G 


G 


5,5 


!* 


5 


5. G 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


6 


6 


5,7 


V 


4 


5.6 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


G 


G 


5,5 


r 

















6 


6 


G 


ô 


G 


6 


6,1 


1' 




















6 


6 


5 


G 


G 


5,7 














G 





6 


6 


7 


6 


G 


6 


6,4 


M 

















5 


6 





6 


6 


G 


5,4 


16 

















5 


5 i 





5.6 


"1 1 


4 1 


4,8 


37 


5 


5 


5 








5 


5 i 





4 


5 


5 


5,5 


28344 Lai 

















5 








G 


5 


5 


5,6 


48 


4 


4.5 


4.5 


4 


4 


4 


4 





5 


5 


5 


5,4 



ASTRONOMIE. — SUPPLEMENT. 



•W 



386 LES ETOILES DE LA BALANCE 



â est une variable périodique très rapide. Elle oscille de 4,9 à 6,1 
dans la période de 2 jours 7 heures 51 minutes 19 secondes : c'est 
la plus rapide que nous connaissions dans le ciel entier, car elle se place 
même avant Algol. Sa variation, moins brusque que celle d' Algol, 
n'est probablement pas due à une éclipse produite par une planète de 
son système passant devant elle, mais à une rotation de ce soleil tour- 
nant autour de son centre de gravité. Cette rotation s'effectuerait en 
56 heures environ, et l'astre serait recouvert de taches fixes dominant 
sur un hémisphère, continents ou scories émergeant au-dessus 
d'un océan de feu ! Ces étoiles à variations périodiques rapides ou- 
vrent le plus vaste champ à l'imagination. Nous en connaissons déjà 
plusieurs : 





jours 


heures 


minutes 


E«condes 


8 Balance, qui varie 


de 4,9 à 6,1 en 2 


7 


51 


19 


U Céphée — 


7,5 à 9,2— 2 


U 


49 


48 


Algol — 


2,3 à 4,3 — 2 


20 


48 


53 


S Licorne — 


4,9 à 5,6— 3 


10 


48 




U Couronne — 


7,6 à 8,8- 3 


10 


51 




X Taureau — 


3,4 à 4,3- 3 


22 


52 


24 


8 Céphée — 


3,7 à 4,9 — 5 


6 


42 


18 



Que ces variations soient dues à une rotation — ce doit être le cas le 
plus général — ou à une révolution de corps obscurs, leur rapidité est 
vraiment extraordinaire. (Notre soleil tourne en 27 jours, et sa planète 
la plus proche en 89.) Elles sont moins étendues que les variations à 
longues périodes et ne dépassent pas deux grandeurs. 

Les deux étoiles principales de la Balance, a et |3, ne sont que de 
troisième grandeur, à la limite de la seconde. « est jaune et (3 a une 
nuance de vert, très rare dans les étoiles simples. La première a été 
nommée Kiffa australis, la seconde Kiffa borealis; c'est de l'arabe 
marié au latin : balance australe et boréale. 

L'étoile y a offert depuis deux mille ans des fluctuations assez pro- 
fondes, car Hévélius ne l'a inscrite que de 6° grandeur, tandis qu'elle 
est de 3" dans Bayer ; elle est actuellement de 4° | environ. 

s, qui n'est aujourd'hui que de 5^ |, a été notée de 4° par tous les 
observateurs du xvi° au xviif siècle. Il est certain qu'elle n'offrait pas 
cet éclat au temps de Ptolémée et Sûfî, qui ont décrit avec soin ses 
voisines j3 et 37 sans la mentionner. 

Nous en dirons autant de ^ et de -n : variations certaines. 

i a été vue de 3° par Tycho et Hévélius, de 4° par Ptolémée, Sûfî, 
Ulugh Beigh, Mayer ; elle est en ce moment de cinquième. 

/. est aussi tombée d'ime grandeur au moins. 

X a subi une oscillation très importante ; Ptolémée, Sùfi, Ulugh 



LES ETOILES DE LA BALANCE 387 

Beigh l'ont vue de sixième; Tyclio, Hévélius, Flamsteed, Mayer, de 
quatrième; elle est aujourd'hui de cinquième et demie. 

V i^iait notée de quatrième par les anciens ; mais dès le x" siècle, 
Sûfî remarque qu'elle est des moindres de la cinquième. 

Les deux étoiles qui brillent à Test de (3 sont en ce moment à peu 
près d'égal éclat. Il n'en était pas de même autrefois, car celle du nord 
n'a été signalée par aucun observateur avant Hévélius, et il suffit de 
lire la description minutieuse de Sûfî pour en conclure que s'il l'avait 
vue, il l'aurait signalée. Ni Flamsteed, ni Mayer, ni Piazzi ne l'ont 
observée. Elle est donc variable, comme les précédentes. — C'est 
Lalande 28344, voisine de 37. 

Enfin, l'étoile 48, entre 6 et ? Scorpion, paraît varier de 4 h 5. Cette 
étoile est nommée <\i dans un grand nombre de catalogues (Piazzi, 
Mayer, etc.). Mais la nomenclature de Bayer s'arrête a o. Il y a aussi 
certaines confusions pour quelques étoiles insérées tantôt dans la 
Balance et tantôt dans le Scorpion. Ainsi, les étoiles, 20, 39, 40 et 
51 de Flamsteed doivent être réintégrées dans le Scorpion : ce sont, 
respectivement, y, o, p. xv, ii6, et l du Scorpion. 

On connaît dans la Balance, outre S, trois variables périodiques, 
R, S et T ; mais elles sont télescopiques et hors du cadre de cette des- 
cription pratique et populaire des curiosités du ciel. 

Il faut avouer que si cette constellation n'occupe pas dans le ciel 
un vaste espace, ses témoignages sont assez remarquables en faveur 
des variations séculaires qui s'accomplissent dans la création, puisque 
sur les 21 étoiles qui la composent, neuf seulement (a, (3, 6, fi, E, o, 11, 
16 et 37) paraissent stables, tandis les douze autres manifestent des 
indices, les uns très probables, les autres certains, d'instabilité et de 
modifications de lumière plus ou moins profondes. A mesure que 
nous avançons dans l'étude du ciel, nous sentons davantage le grand 
souffle de vie qui circule à travers l'immense univers. 

Il y a là aussi plusieurs associations d'étoiles dignes d'attention. 

Et d'abord, l'étoile «se montre, dans une simple jumelle, accom- 
pagnée, à 3' 49", par une étoile de sixième grandeur qui paraît former 
un système stellaire avec elle. 

L'étoile K est entourée de trois voisines, de sixième grandeur. Il y 
en a deux surtout assez brillantes pour être facilement visibles à 
l'œil nu. 

V est accompagnée d'une petite étoile de G'' | : cà 15'. 

5' et l^ forment aussi un couple très écarté; la seconde étoile est un 
peu plus brillante que la première. 



388 ■ CURIEUX SYSTEMES STELLAIRE3 

est accompagnée, à 11' au sud, d'une étoile de huitième grandeur 
i forme un couple très écarté (17') avec une étoile de 6°| qui la 
suit à 1 est ; mais plus près d'elle, à 57", on découvre une petite étoile 
de 9' grandeur, qui s'est éloignée de 7" depuis 1822. Ce déplacement ne 
correspond au mouvement propre de i ni comme direction ni comme 
vitesse. La petite étoile est double elle-même : très fine = l',9. On 
distingue encore une étoile de 10" grandeur, presque en ligne droite 
au delà du compagnon. 

Ce sont là des groupes écartés, plutôt optiques que physiques. 
Remarque assez curieuse : on ne voit pas, dans cette contrée du ciel, 
une seule véritable étoile double importante, un seul système orbital, 
sinon quelques petits couples télescopiques, minuscules, et sans 
doute fort lointains. Signalons seulement un groupe remarquable 
par son mouvement propre rapide, et dont les deux composantes se 
déplacent suivant une ligne droite, comme celles de la 61" du Cygne : 
c'est l'étoile P. XIV, 212, de sixième grandeur, que l'on trouvera à 
peu près au milieu du quadrilatère formé par les étoiles «, i, y Scor- 
pion et 26855 Lalande {fig. 274). Facile à dédoubler dans une petite 
lunette : 6,3 et 7,0, à 15". Ce couple est emporté dans l'espace par 
un mouvement propre trè^ rapide, de 202" par siècle, dirigé vers 
le sud-est. Relativement à l'étoile la plus brillante, la moins brillante 
se déplace suivant un mouvement rectiligne dirigé vers le nord-ouest, 
en sens contraire de la translation générale du système. Le fait est 
exactement le même que si les deux étoiles marchaient de concert, 
avec une faible différence de vitesse, la première voguant un peu plus 
vite que la seconde. On se rendra compte de ce curieux mouvement 
par notre diagramme (/?f/. 275 A) qui le représente pour un siècle 
(1780-1880) :1a seconde étoile recule, relativement à la plus brillante. 
Va-t-elle continuer de rétrograder et restera-t-elle décidément en 
arrière, comme le cheval de course dépassé par le vainqueur? La 
question est intéressante ; mais les observations ne suffisent pas pour 
décider. Il est possible que ces deux étoiles lancées dans l'immensité 
ne se trouvent que par hasard l'une près de l'autre ou l'une derrière 
l'autre. Pourtant, si l'on considère la grandeur de leur mouvement, 
qui surpasse de beaucoup la moyenne des mouvements propres, et 
la similitude — pour ne pas dire l'identité — des deux cours, la conclu- 
sion la plus probable est que ces deux astres sont réellement associés 
dans leur destinée, comme les deux soleils jumeaux qui composent le 
couple de la 61" du Cygne. Comparez ces deux systèmes, à l'aide du 
diagramme des positions constatées par un siècle d'observation. 



CURIEUX SYSTEMES STELLAIRES 



389 



l^a 61' du Cygne {fig. 275 B) marche vers le nord-est, emportée par 
\\n essor rapide de 508" par siècle, et sa compagne marche à côté 
d'elle, un peu obliquement : elles se sont croisées à la fin du siècle 
dernier. L'étoile P. XIV, 212 iriarche vers lesud-est, avec une vitesse 
de 202", et sa partenaire l'accompagne à peu près parallèlement, 
mais d'une démarche un peu plus lente. Ce sont là des systèmes stel- 
laires d'un ordre particulier. Nous en avons rencontré d'autres, 
composés de deux soleils qui voguent dans l'espace absolument pa- 
rallèlement et avec une vitesse identique : ainsi, depuis l'an 1755 que 
nous les observons, les étoiles formant les couples de p du Cygne, 



6/f du Ûyana 




Fig. 275. — Mouvements rectilignes des composantes de la 61« du Cygne et de celles 
de l'étoile P. XIV, 212 du Scorpion. 

y du Bélier, v du Dragon, ^ des Poissons, (|> des Poissons, 6 du Ser- 
pent, 16 du Cygne, 20 des Gémeaux, sont restées complètement ^"xes 
l'une par rapport à l'autre, quoique voyageant assez rapidement 
ensemble à travers l'immensité. 

Nous ne sommes encore, il faut bien l'avouer, qu'à l'aurore de 
l'astronomie sidérale, et le travail que nous faisons en ce moment 
pour nous reconnaître dans l'immensité du ciel, ne choisir que les 
objets les plus évidents et les mieux connus, distinguer les étoiles 



390 LA SCIENCE 



selon leur nature ou leur caractère sidéral, et prendre une première 
idée scientifique, exacte, des réalités de l'univers qui nous environ- 
nent et nous touchent de plus près, ce travail, dis-je, n'a jamais été 
fait, de sorte que cet exposé général n'est, en idéalité, qu'un premier 
essai de méthode et de classification. Il n'y a guère plus d'un siècle 
que l'on observe avec précision les positions absolues des étoiles. Et 
comment ne pas remarquer que les grandes œuvres qui ont fondé 
l'astronomie sidérale sur ses bases inébranlables, les catalogues 
d'étoiles doubles et de nébuleuses d'Herschel , et le grand cata- 
logue de 47390 étoiles de Lalande , sont dues aux efforts passionnés 
de deux amis de la science, de deux hommes indépendants, et nulle- 
ment aux fonctionnaires des établissements officiels ! Lalande lui- 
même laisse échapper un sourire quelque peu mélancolique à propos 
de la fondation de son observatoire de l'École militaire, où se sont 
faites à la fin du siècle dernier toutes les observations de son grand 
catalogue : « Après avoir fait, dit-il, des efforts inutiles auprès des 
ministres les plus célèbres et les plus savants, Malesherbes et Turgot, 
pour obtenir une lunette, je finis par l'obtenir de Bergeret, receveur 
général des finances. On lit dans l'Évangile que le publicain fit honte 
au pharisien.... Je fus longtemps contrarié par les circonstances, les 
intérêts et la jalousie.... L'Observatoire de l'État avait coûté quinze 
cent mille francs ; celui-ci n'en coûta pas quatre-vingt mille, et il est 
mieux approprié aux besoins de l'astronomie... etc. » Il y a bientôt 
un siècle que Lalande écrivait ces mots ('). Les hommes n'ont pas sen- 
siblement changé depuis, et si j'ai quelque jour le temps d'écrire 
l'histoire de l'astronomie en France pendant la seconde moitié du 

(') Depuis plus de deux siècles qu'il existe, l'Observatoire de Paris, avec tous ses 
observateurs et tous ses calculateurs, n'a pas encore publié un seul catalogue d'étei- 
les! Il y a quatre-vingts ans que le Catalogue de Lalande est construit, et notre Obser- 
vatoire, dont le travail fondamental est la révision de ce Catalogue, u'a même pas 
encore renouvelé l'œuvre de Lalande. On nous prometcette publication pour « l'année 
prochaine», depuis vingt ans au moins. 

Les faits ont parfois de tristes enseignements. Ce Catalogue français de Lalaude 
est encore aujourd'hui sans rival , et restera toujours dans la science comme le 
tableau exact de l'état du ciel pour l'époque 1800. Eh bien, ce ne sont pas des astro- 
nomes français qui l'ont publié : c'est le gouvernement anglais, en 1847, quarante 
ans après la mort de Lalande I — Un autre astronome français, élève de Lalande, le 
jeune Lepaute d'Agelet, neveu de la célèbre M""î Lepaute, et qui fut en 1788 vic- 
time de l'infortunée expédition de La Pérouse, travaillait aussi à l'Observatoire de 
l'École militaire, où il réalisa 6500 observations de petites étoiles, obtenant les posi- 
tions les plus précises que l'on connût alors. Eh bien , le Catalogue de d'Agelet n'a 
été publié qu'en 1866, et par qui'? par un astronome américain, aux frais du gouver- 
nement des États-Unis. Etc., etc. Voilà les encouragements que l'on donne à la 
science. 



LA SCIENCE 391 



xix° siècle, on y trouvera des faits analogues et fort édifiants. A part 
quelques rares exceptions, l'intérêt personnel seul régit le monde. La 
science, la philosophie, l'art, le progrès, le bonheur de l'humanité, ne 
viennent qu'en seconde ligne, et la plupart du temps non comme 
étant leur propre but à eux-mêmes, mais comme moyens de servir à 
l'avancement matériel, politique ou autre, de ceux qui s'y consacrent. 
Et les gouvernements eux-mêmes sont si équitahlement organisés, 
qu'en général nous les voyons décerner leurs titres, positions et ré- 
compenses non pas aux hommes de réelle valeur qui les méritent par 
leurs travaux, mais presque toujours h des savants superficiels qui, 
ne travaillant pas, passent leur vie à intriguer. On n'est pas plus in- 
telligent ! C'est à se demander quelquefois par quel mii\acle le Progrès 
marche quand même : il faut convenir que depuis l'origine des 
sociétés c'est la science indépendante, la science libre, qui en conduit 
le char, à ses risques et périls ('). 

(') Nous venons de parler de Lalande et Herschel. La plus grande découverte 
astronomique de ce siècle, celle de Neptune, a été faite en même temps par deux 
savants, l'un français (Leverrier), l'autre anglais (Adams), étrangers l'un et l'autre 
aux. observatoires de leur pays ; et, mieux encore, l'Observatoire de Greenwich avait 
entre les mains le travail d'Adams, antérieur à celui de Leverrier, et il ne se donna 
même pas la peine de l'examiner et de le publier, de sorte que toute la gloire fut 
réservée à la France. Il en est de même des autres grandes découvertes : Copernic 
était un chanoine, penseur isolé; Galilée resta toute sa vie en contradiction avec la 
science officielle de son époque; Kepler était obligé de faire des almanachs pour 
vivre, et lorsqu'il mourut de fatigues, après avoir découvert les lois immortelles qui 
portent son nom, c'est en allant mendier à l'empereur Ferdinand d'Autriche l'arriéré 
de sa pension. L'histoire des sciences est pleine de ces incohérences, qui ne sont 
guère à l'honneur des « classes dirigeantes ». Récemment encore, un travailleur 
passionné, qui a rendu de grands services à l'instruction publique, et qui en aurait 
rendu de plus grands encore s'il avait été soutenu, Charles Dien, est mort do misère 
à l'hôpital pendant le siège de 1870. Etc., etc. 



CHAPITRE XV 



Le Scorpion. Disposition remarquable de ses étoiles. Antarès. 

Les étoiles temporaires . 

Curieux système ternaire — Le Sagittaire. Nouvelles étoiles variables. 

La Couronne australe. — Les dernières soirées de l'été. 



Depuis que nous avons quitté l'hémisphère boréal et que nous 
avons commencé la description des constellations zodiacales, nous 
tournons le dos au nord et nous regardons le sud en face pour toutes 
nos observations. Plus nous avançons vers le sud et moins les étoiles 
s'élèvent au-dessus de notre horizon. De leur lever à leur coucher, 
celles auxquelles nous arrivons maintenant ne décrivent plus au- 
dessus de l'horizon austral qu'un arc peu étendu, car elles sont fort 
au sud de l'équateur, et même au sud de l'écliptique, s'éloignant 
jusqu'à 120 et même 130 degrés du pôle nord. Nous ne pouvons donc 
les bien voir qu'à l'heure de leur passage au méridien, c'est-à-dire 
vers 9 heures du soir, en juin et juillet pour la Balance, en juillet et 
août pour le Scorpion, en août et septembre pour le Sagittaire. On 
ne peut guère se tromper pour reconnaître Antarès ; cependant si l'on 
éprouvait quelque difficulté, notre fig. 173 (p. 244) peut servir à rap- 
peler les principaux points de repère. 

Le Scorpion, signalé par la belle étoile rouge Antarès, s'étend au- 
dessous d'Ophiuchus, avec lequel nous avons fait connaissance. Le 
nom d' Antarès signifie « rival de Mars », ce qui montre qu'au temps 
des Grecs la coloration ardente de ce lointain soleil ressemblait 
comme de nos jours à celle de la planète guerrière. Antarès marque 
le cœur du Scorpion. A droite, les étoiles |3, 5et tt indiquent la direc- 
tion de la tête. Les serres primitives s'allongeaient jusqu'à y et (i 
'- Balance pour la serre boréale, et jusqu'à i et a pour la serre australe. 
Mais le caractère le plus frappant est celui de la queue et du dard re- 
courbé : la seule disposition des étoiles s, ij.,-/i,B, x,l -à suffi pour 
donner l'idée d'un Scorpion, d'autant mieux que toutes ces étoiles 
sont fort brillantes , et l'origine de cette figure céleste est aussi évi- 
dente que celle de la Couronne boréale, de la Flèche, des Gémeaux, et 
plus évidente encore que celle du Dauphin, du Taureau, des Poissons^ 



LE SCORPION 



393 



de la Lyre, etc. Un seul coup d'œil jeté sur notre fig. 276 suffit pour 
reconnaître dans l'arrangement de ces étoiles l'animal au dard re- 
courbé. Chercher avec Pluche, Lalande, Dupuis, Francœur, une 
explication dans les mois de l'année et les chaleurs ou les mala- 
dies de Fêté symbolisées par l'animal venimeux , c'est chercher , 
suivant une expression vulgaire, midi à quatorze heures. Ajoutons 
que le seul fait de la présence du Scorpion dans les figures célestes 
nous prouve que ces constellations ont été nommées par un peuplé 
habitant les chaudes latitudes, familier avec cet animal, et pour lequel 
ces étoiles s'élevaient plus haut que pour nous au-dessus de leurs 
regards contemplateurs. 

Le Scorpion primitif s'étendait, avons-nous dit, jusqu'à la Vierge : 
il en était encore de même au 
temps d'Ératosthènes , car 
dans le livre des Catastérismes 
qui nous a été conservé de lui 
et qui ne paraît être qu'un ex- 
trait d'un ouvrage astrono- 
mique plus important, il est 
dit : « La grandeur du Scor- 
pion l'a fait partager en deux 
signes : dans l'un sont les 
serres et dans l'autre le corps 
et l'aiguillon; on voit deux 
étoiles à chaque serre, l'une 
brillante et l'autre obscure, 
trois brillantes au front, deux 




Fig. 276. — Kloiles formant la Ugure du Scorpio 



au ventre, cmq à la queue, quatre à l'aiguillon. Elles sont précédées 
par la plus belle de toutes, l'éclatante de la serre boréale ». D'après 
cette description, le Scorpion se serait encore à cette époque étendu 
sur les deux signes, et l'étoile p de la Balance, qui formait la serre 
boréale, eût été plus brillante qu'Antarès. Celle-ci n'était sans doute 
pas alors de première grandeur, puisqu'on la signale sans remarque, 
comme faisant simplement partie des deux du ventre (« et t sans 
doute). — Eudoxe, Aratus et Ératosthènes ne parlent que des Serres 
du Scorpion, et c'est Manéthon le premier qui rapporte que « les 
prêtres ont changé les serres en plateaux de Balance, parce qu'elles 
s'étendent de part et d'autre comme des plats suspendus à un joug. » 
Ovide rapporte que c'est la vue de ce monstre qui épouvanta 
Phaéton lorsqu'il essaya de conduire dans l'espace le char flam- 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 50 



39'i LE SCORPION 



boyant du Soleil, et la mythologie assurait que ce Scorpion était 
la métamorphose de celui qui piqua Orion au moment où il allait 
atteindre Diane poursuivie. Mais ne nous occupons pas des fables. 

L'éloignement austral des étoiles du Scorpion nous interdit de les 
observer toutes de nos latitudes boréales : celles-là même que nous 
pouvons voir ne s'élèvent que faiblement au-dessus des brumes de 
l'horizon, de sorte qu'il nous est difficile d'estimer exactement leur 
grandeur. Pour représenter l'état actuel du ciel et former la dernière 
colonne de notre tableau, j'ai eu recours aux observations si soigneuses 
qui viennent d'être faites sur les étoiles de l'hémisphère austral, par 
les astronomes de l'Observatoire de Cordoba, près Buenos- Ayres 
(République argentine), et qui ont permis à M. Gould de compléter 
l'uranométrie d'Argelander et de Heis par l'étude des zones célestes 
qui restent cachées aux astronomes européens. 

Hipparque, Ptolémée, Sûfi, Ulugh Beigh, Piazzi, qui habitaient 
au midi de nos latitudes, ont observé presque toutes ces étoiles; mais 
Tycho-Brahé, Hévélius, Flamsteed, Player, Argelander et Heis n'ont 
pas observé celles qui dépassent le 35° degré de déclinaison australe. 
Fort heureusement, nous pouvons suppléer en partie à ces lacunes 
par trois séries d'observations indépendantes faites à de longs inter- 
valles l'une de l'autre. En 1676, Halley s'embarqua pour l'île Sainte- 
Hélène, et l'année 1677 fut presque entièrement consacrée à l'étude 
de l'hémisphère austral; j'ai remplacé dans notre tableau la colonne 
fort incomplète d'Hévélius (1660) par celle de Halley. En 1751 et 1752, 
Lacaille fit, au cap de Bonne-Espérance, la première observiition 
intégrale complète de l'hémisphère austral : j'ai inscrit ses observa- 
tions, au lieu de celles de Mayer, pour toutes les étoiles situées au delà 
du 30" degré; enfin les lacunes de Heis (1860) ont été comblées par 
les observations de Behrmann, extraites de son « Atlas dessûdlichen 
gestirnten Himmels ». 

Antarès n'était classé par les anciens astronomes que parmi les 
astres de la deuxième grandeur; il s'est élevé ensuite à la première, 
et maintenant il paraît de nouveau diminuer lentement. Au temps 
d'Ératosthènes, l'étoile p de la Balance était plus brillante qu'An- 
tarès, et sans doute de première grandeur. 

L'étoile p du Scorpion a été éclipsée par la planète Mars (presque 
occultée) le 17 janvier de l'an 271 avant notre ère. Cette étoile paraît 
osciller autour de la troisième grandeur; en 1756, Mayer l'a notée 
de 4°; mais ses estimations ne sont pas absolument sûres ; en 1704, 
Kirch l'a vue inférieure à 5, et elle y redescend actuellement. 



LE SCORPION 395 



Les estimations d'éclat qui composent la dernière colonne de notre 
tableau, ayant été faites par des observateurs placés dans l'hémi- 
sphère austral, doivent être sensiblement supérieures à celles qui sont 
dues aux observateurs de l'hémisphère boréal : de faibles différences 
dans le sens positif n'indiqueraient donc pas pour cela un accrois- 
sement d'éclat. Il est probable que, malgré l'apparence, les étoiles â, 
£, 9, y., 1 n'ont pas varié. Cependant la différence est d'une grandeur 
enti-ère pour la dernière. 

C'est sans doute par erreur que Piazzi a noté Q de b'. 
ç', qui était anciennement égale à Ç% est aujourd'hui de deux gran- 
deurs au-dessous. 
P est descendue de la troisième à la quatrième et demie. 
n a jamais existé. Bayer a placé cette étoile entre p et y , au milieu 
de la distance qui les sépare; mais on ne voit rien au ciel en cet 
endroit. Elle provient sans doute d'une erreur de transcription. 

Sur la carte de Bayer, la lettre c est gravée entre deux étoiles con- 
tiguës qui se «"uivent à peu près parallèlement à l'écliptique. Ces deux 
étoiles correspondent à FI. 13 et P. XVI, 31, seulement elles sont 
moins écartées l'une de l'autre. C'est donc la première qui est c', et 
c'est la seconde qui est c*. Les astronomes se trompent souvent sur 
cette identification, appelant c' une étoile de sixième grandeur et 
demie située tout contre 13, au sud (FI. 12), et appelant 13 c^ — Ces 
deux étoiles manifestent une certaine fluctuation d'éclat. FI 12 est 
très faible et invisible à l'œil nu. 

P. XVI, 111 paraît varier entre 4^ | et 5=|. 

P. XVI, 92 est a de la Règle sur un grand nombre de cartes et 
catalogues. Lacaille a placé là, en effet, en 1752, une Règle et une 
Équerre (fig. 279), en prenant au Scorpion, au Loup et à l'Autel, des 
étoiles qui auraient fort bien pu leur rester. 

Le même astronome a voulu aussi glisser une lunette dans l'étroite 
ouverture qui sépare le Scorpion du Sagittaire. L'étoile de troisième 
grandeur et demie qui suit le dard recourbé du Scorpion (P. XVII, 229) 
et qui peut marquer la pointe d'un second dard, au lieu de rester au 
Scorpion, se nomme y du Télescope, mais non chez tous les astro- 
nomes, car dans Behrmann elle est la 63' du Scorpion, et dans Gould 
elle porte la lettre G de cette même constellation. Cette étoile offre la 
particularité d'avoir été nommée nébuleuse par Ptolémée. Sùû rap- 
porte cette qualification sans la continuer, et dit que c'est une faible 
de la quatrième grandeur. Bayer l'a dessinée nébuleuse, sans doute à 
cause de la tradition de Ptolémée. Cette tradition n'est peut-être pas 



39G 



LE SCORPION 



sans fondement, car il est certain que l'étoile augmente d'éclat; la 
gradation est même instructive : 

Il y a deux mille ans . nébuleuse. 

Il y a neuf cents ans 4« î 

Il y a trois cents ans 4» 

Aujourd'hui 3« j 

Aurions-nous assisté là à la transformation d'une nébuleuse en 
étoile? Nous sommes ici en pleine Voie lactée. 



PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU SCORPION 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



Etoiles 




1-27 


+960 


1430 


1590 


1003 


1677 


1700 


1750 


1800 


1840 


1860 


1880 


a {Antarès) 


2 


2 


2 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


M 


11 


1,7 


P 




3 


3 


3 


2 


2 


2i 


2 


4 


2 


9 


2 


2,5 


T 




3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3.4 


3i 


31 


3,5 


S 




3 


3 


3 


3 


3 


1 


3 


2| 


3 


2i 


9 1 
*" 3 


2,4 


e 




3 


3 


3 





3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


2,3 


K' 




4 


4 


4 





3 


4 





4 


5.6 





5-1 


5,8 


V 




4 


4 


4 





4 








3 


5.6 





41 


3,6 


>1 




3 


3.4 


3.4 





, 3 


4 





3i 


4 





4 


3,6 


e 




3 


3 


3 





3 


i 

*' 3 





2^ 


5 





21 


2,1 


i 




3 


3.4 


3 


3 


3 


3i 





3 


4.5 





31 


3,3 


X 




3 


3 


3 





3 


4 





21 


3 





C) a 

* 3 


2,6 


X 




3 


3 


3 





3 




3 


1 

* 3 


3 


3 


3 


2,0 


1*' 




3 


3 


3 





4 


3 





3 


3.4 





4 


3,6 


f' 

























3| 


4 





4| 


3,9 


V 




4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.3 


? 




4 


4.5 


4.5 


4 


4 


4 


M 


41 


4.5 


U 


41 


4,6 







4 


4 


4 





4 


4 


4 


4 


4.5 


4i 


41 


3,8 


1t 




3 


3 


3 


3 


4 


3 


3 


3i 


3.4 


3 


3 


3,4 


p 




3 


3.4 


3 


4 


4 


3J 


4 


4 


4 


i\ 


5 


4,5 


a 




3 


3.4 


3 


4 


4 


4 


5 


3i 


4 


3i 


31 


5,4 


X 




3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


3i 


3.4 


31 


31 


3,2 


u 




4 


3.4 


3 





4 


3i 


4 


3-; 


3.4 


4 


4 


3,2 


? 
















5 




















absente 


X 
















5 





6 


5 


6 


6 


6 


5,6 


+ 













5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,2 


u 




4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


4.5 


4 


4| 


4,4 


2A 







6 








5 





5 


5 


5 


5 


5 


5,2 


d 6 







6 








5 





6 


6 


5 


5 


5 


5,3 


13 c' 




5 


5.6 


5.6 





5 


6 


6 


6 


5 


5 


5 


5,3 


c' 




5 


5.6 


5.6 


5 


5 


5 





5i 


5.6 


6 


6 


5,5 


19 







5.6 














6 


6 


6 


6 


6 


5,1 


22 







5.6 











54 


M 


6 


5 


5 


5 


5,3 


24 



















6 


5i 





5 


5 


5 


5,5 


P. XV, 


116 


4 


4 


4 





4 


4 


4 


4 


5 


4i 


41 


3,9 


P. XVI, 


55 























7 


6.7 








5,8 


P. XVI, 92 


6 




















6 


6 


5 


5 


5,7 


P. XVI 


111 























5 


5.6 





51 


4,4 


P. XVI, 


255 




















6 


6 


5 


5 


5,7 


P. XVII, 137 




















6 


5 





51 


4,5 


P. XVII, 229 nùb 


4.5 


4.5 





nàh 


4 





4 


4 





31 


3,4 



LE SCORPION 



397 



L'étoile p. XVI, 55 est actuellement visible à l'œil nu. Elle ne 
l'était pas il y a vingt ans (Behrmann), ni il y a trente ans (Gillis); 
Piazzi l'a notée de 6" |, et Lacaille ne l'avait vue que de septième. 

P.XVI, £55 paraît varierde5^à6^—P.XVII, 137 varie de 4' f,à6°. 

Il y a là aussi, comme on le voit, un vaste champ d'études pouj 
l'analyste du ciel. Le Scorpion s'est signalé, du reste, depuis une 
haute antiquité, par plusieurs phénomènes remarquables observé? 



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Fig. 277. — Principales étoiles de la constellation du Scorpion. 

dans cette contrée. C'est là que la plus ancienne étoile temporaire 
dont les annales de l'astronomie fassent mention est apparue, l'an 134 
avant notre ère, et sur les 24 étoiles temporaires importantes que nous 
connaissions, cinq appartiennent au Scorpion. On ne connaît pas au 
juste la position de cette première étoile; peut-être occupait-elle le 
point où Bayer a placé cp; mais son apparition frappa si vivement les 
savants, d'un bout du monde à l'autre, que les Chinois d'une part, les 
Grecs d'autre part, l'inscrivirent dans leurs annales comme un évé- 
nement historique d'une haute importance. La littérature chinoise 



398 ETOILES TEMPORAIRES DANS LE SCORPION 

nous a conservé la liste des étoiles extraordinaires {Ke-Sing, étrangers 
d'une physionomie singulière), apparues dans le ciel, et celle-ci est en 
tête de la liste. Pline rapporte d'autre part que c'est l'apparition de cette 
étoile nouvelle qui détermina Hipparque à observer avec soin le ciel 
et à rédiger son catalogue, « afin que la postérité connaisse si des chan- 
gements arrivent réellement dans le ciel » . La comparaison générale 
que nous faisons ici réalise précisément ce vœu formulé il y a vingt 
siècles. Le dire de Pline est traité d'historiette par Delambre; mais 
comme Ptolémée affirme expressément que le catalogue d'Hipparque 
est relatif à l'an 127 avant notre ère, et comme Hipparque observait 
à Rhodes — et sans doute aussi à Alexandrie — entre les années 162 
et 127, il n'y a rien à opposer à l'assertion de Pline. D'ailleurs, elle 
n'a rien que de très naturel, et seize siècles plus tard, Tycho-Brahé 
n'a été déterminé lui-même à construire son catalognie que par mie 
apparition du même genre. 

L'incendie de cette fameuse étoile eut lieu vers la tête du Scor- 
pion, non loin de p. En l'an 393 de notre ère, une autre étoile nou- 
velle apparut dans la queue. 

Sous le règne du calife Al-Mamoun, vers l'an 827, deux célèbres 
astronomes arabes, Haly et Giafar Ben-Mohammed Alboumazar ob- 
servèrent à Babylone une étoile nouvelle, « dont la lumière égalait 
celle de la lune en son premier quartier » ! Cet événement eut encore 
lieu dans le Scorpion : l'apparition dura quatre mois. 

En 1203, nouvelle étoile dans la queue du Scorpion : elle était 
de couleur bl euâtre, sans nébulosité lumineuse et semblable à Saturne. 

En 1584, nouvelle apparition encore dans le Scorpion; la position 
a été mieux observée : près de n. 

Il semble que les apparitions de l'an — 134 et de l'an 1584 puissent 
appartenir à la même étoile (peut-être aussi celle de l'an 827), et que 
les apparitions de l'an 393 et de l'an 1203 puissent aussi être attri- 
buées aux conflagrations d'un même astre. Déjà, selon toute proba- 
bilité, la fameuse étoile de 1572 s'est allumée au même point de Cas- 
siopée où l'an 1264 et l'an 945 deux apparitions analogues avaient 
frappé l'attention des astronomes. En attribuant à une même étoile 
plusieurs phénomènes de ce genre, nous sommes peut-être inspirés 
par l'idée de diminuer le travail de la nature, et, sans contredit, une 
telle préoccupation ne devrait pas nous inquiéter beaucoup, attendu 
que la nature n'est pas un être qui se fatigue; cependant ces phéno- 
mènes sont précisément assez rares pour que nous ayons une tendance 
logique à réduire le nombre des astres qui en ont été le théâtre. 



ÉTOILES TEMPORAIRES - VARIETE DES CONTREES CÉLESTES 399 

Il n'en est pas moins remarquable que certaines contrées de l'espace 
sont privilégiées à certains égards (si toutefois c'est un privilège de 
subir de pareilles révolutions). Les unes, comme les provinces du 
Cygne et de l'Aigle, sont riches en étoiles rouges et variables ; les 
autres, comme celles de la Vierge et de la Chevelure, sont ense- 
mencées de nébuleuses; les autres, comme celles de Céphée 
et Cassiopée, sont peuplées d'étoiles doubles ; d'autres sont très 
pauvres en étoiles, et le voyageur céleste pourrait les croire dévas- 
tées par le vent du désert. Non loin des cinq apparitions dont nous 
venons de parler, se placent celle de l'année 1604, dans le Serpen- 
taire, au nord-est d'Antarès, près de l Ophiuchus ; — celle de 1848, 
prèsdev) ; — celle de 1230 dans le Serpent, et celle de l'an 386, dans 
le Sagittaire. — Il faut certainement que des circonstances locales 
favorisent ces éclosions célestes. — Quels horizons immenses ces 
mystérieuses apparitions d'étoiles nouvelles ne nous ouvrent-elles 
pas dans l'incommensurable histoire des cieux ! 

Comme complément naturel, nous connaissons déjà là un grand 
nombre d'étoiles variables : 

R du Scorpion , qui varie de 9 à 1 3 en 648 jours 

S — — 9 à 13 en 342 — 

T — — 7 à 12 (indéterminé) 

U — — 9 à 12 - 

V — — 11 à 13 — 

W — — 10 à 13 — 

sans compter plusieurs voisines dans la Couronne australe et le 
Sagittaire. 

La Voie lactée traverse cette opulente région. Nous l'avons vue se 
partager en deux branches dans la constellation du Cygne ; ces deux 
branches cheminent presque parallèlement pour ne se rejoindre 
que fort loin au sud, sous la constellation de l'Autel {fig. 279). De 
nos latitudes, nous ne pouvons la suivre jusque-là, et pendant les 
belles nuits d'été, à minuit même, nous voyons ces deux colonnes 
étoilées descendre du haut des cieux comme une arche éthérée, tandis 
que le Scorpion et le Sagittaire semblent marcher avec lenteur à une 
faible distance au-dessus de notre horizon. Cette Voie céleste continue 
de faire le tour du monde, descend au sud au delà de l'horizon, passe 
sous nos pieds, et revient derrière nous par le nord, Persée, Cas- 
siopée et le Cygne au zénith. 

Champs d'étoiles à moissonner ad libitum, depuis la base jusqu'au 
sommet, depuis le Scorpion jusqu'au Cygne, par Ophiuchus, l'Écu, 
Antinous et l'Aigle. 



400 



CURIOSITES SIDERALES DU SCORPION 



Curiosité toute spéciale entre « et p, au milieu de la distance qui 
les sépare : nébuleuse en forme de noyau cométaire (M. 80); W. Hers- 
chel la considérait comme l'amas d'étoiles le plus riche et le plus 
condensé du firmament tout entier; l'agglomération est pâle, mais la 
lumière qui s'accroît progressivement vers le centre révèle là un 
véritable fourmillement de soleils. Cet amas est précédé, à un demi- 
degré au nord, par une étoile de 8" grandeur (P. XVI, 17). C'est là 
une contrée bien étrange. A 36' à l'est se trouve la variable R; un 
peu au-dessous de R gît la variable S ; et dans la nébuleuse même 
(probablement en deçà), la variable T a offert, en 1860, le singulier 

s -, spectacle de se rani- 

mer tout à coup, de 
briller comme une 
belle étoile de sep- 
tième grandeur , et, 
en moins d'un mois, 
de retomber dans son 
obscurité primitive . 
Cette région est le 
siège de métamorpho- 
ses importantes, et il 
serait à désirer qu'elle 
iïit assidûment suivie 
par quelque observa- 
teur habitant le midi 
de la France, l'Italie 
ou l'Algérie [fîg. 278). 
Remarquons à ce 
propos que de telles observations, c'est-à-dire les plus intéressantes 
qui se puissent faire, sont généralement en dehors du service régu- 
lier et routinier des observatoires, et réservées aux amis des cé- 
lestes études. C'est ainsi qu'au siècle dernier un simple amateur 
avait plus fait pour la connaissance de la planète Mercure que tous 
les observatoires réunis. On sait combien cette planète est difficile 
à apercevoir, parce qu'elle ne s'éloigne jamais beaucoup du Soleil 
et ne peut être vue à l'œil nu que dans la lumière crépusculaire, 
près de l'horizon. Or, au siècle dernier, à Mirepoix, près Toulouse, 
Vidal était parvenu, à l'aide d'une excellente lunette, à suivre Vénus 
jusqu'à une distance égale au demi-diamètre du Soleil, et Mercure 
jusqu'à une distance égale au diamètre et demi du même astre. Aussi 




Fig. 278. — Etoiles variables et nébuleuse dans le Scorpion. 




Fig. 279. — Constellations zodiacales. — Le Scorpion. —Le Sagittaire. 



ASTRONOMIE. — SUFPLÉMENT. 51 



402 L'OBSERVATION ET LA CONNAISSANCE DU CIEL 

Lalande, qui s'était beaucoup occupé des tables du mouvement de 
Mercure, et dont les calculs avaient été mis en défaut à plusieurs repri- 
ses par cette planète rebelle est-il émerveillé de ce succès: «Nous avons 
reçu, dit-il, des observations de Mercure par le citoyen Vidal, véritable 
hermophile, à qui nous avons l'obligation de pouvoir dire que les obser- 
vations de Mercure, si rares avant lui, sont actuellement aussi abon- 
dantes que celles des autres planètes et ne laissent plus rien à désirer : 
il en a fait à lui seul plus que tous les autres astronomes de l'univers, 
anciens et modernes, réunis ensemble, et nous pouvons tous nous 
dispenser de nous en occuper. La beauté du climat, la perfection de 
ses instruments, le courage et l'excellence de la vue de l'observateur 
ont produit ces observations aussi précieuses qu'extraordinaires. Cet 
homme étonnant m'a déjà envoyé plus de cinq cents observations de 
Mercure.... Peut-être, à Mirepoix, on ne sait pas qu'il y a un pareil 
homme dans l'enceinte de cette petite ville, mais nous l'apprendrons 
à l'univers et à la postérité ! (' ) » 

L'astronomie offre mille sujets d'études du plus vif et plus captivant 
intérêt, et l'observation des étoiles variables est de ce nombre : il n'y 
a encore presque rien de fait, malgré les apparences, dans cette branche 
de l'astronomie sidérale. Pas la moindre classification! D'une part, 
nous connaissons des étoiles variables à périodes régulières et con- 
stantes, dont la variation est causée par la rotation de ces lointains 

(') Les étoiles ont aujourd'hui des amis comme au siècle dernier, et davantage 
encore. Des observateurs à la fois passionnés pour notre sublime science, et précis 
dans leurs travaux, consacrent leurs plus belles heures à l'étude du ciel et obtiennent 
d'excellents résultats. Je signalerai notamment, parmi nos compatriotes ( étrangers 
aux observatoires de l'État), MM. Lescarbault à Orgères (Eure-et-Loir): taches du 
Soleil; — Barnout à Paris: étoiles doubles; — Le P. Lamey à Grignon (Côte-d'Or): 
planètes, étoiles filantes; — Fenet à Beauvais: nébuleuses; — Blot, à Clermont de 
l'Oise: étoiles doubles; — Coueslant à Dieulefit (Drôme) : planètes; — Courtois à 
Muges (Lot-et-Garonne): planètes; — Towne à Dampont (Seine-et-Oise) : Lune 
et planètes; — Hennequin à Wicres (Nord); taches du Soleil. A ces noms il est 
très juste d'ajouter celui de M. Vinot pour son dévouement à la propagation de 
l'astronomie et surtout de l'astronomie pratique, qui est le complément naturel des 
lectures sérieuses. Il est bien à souhaiter, pour l'instructioa générale. et la rectitude 
des idées, que chacun connaisse au moins le ciel visible à l'œil nu, et tienne ce 
Supplément TpouT un Manuel pratique facile à consulter en toute circonstance. L'étude 
de ce volume-ci est, en effet, plus important, et plus efficace pour la connaissance 
du ciel que celle de l'/lstronofnie populaire elle-même, dans laquelle nous avons 
dû nous borner à une esquisse générale et éviter les détails techniques. Cette des- 
cription du ciel a pris plus de développement que nous ne l'avions prévu, malgré 
toute la concision possible ; mais nous avons pensé qu'il est préférable de ne rien 
supprimer. Après les constellations, qui touchent à leur fin, nous donnerons les 
cartes du ciel pour chaque mois de l'année, les positions des planètes, les catalogues. 
tableaux et explications utiles, des tables analytiques, etc., afin que les deux volumes 
réunis renferment l'astronomie populaire tout entière et ne laissent, si c'est pos- 
sible, rien à désirer. 



L'OBSERVATION ET LA CONNAISSANCE DU CIEL 403 



soleils autour de leur axe : Quelles sont celles qui sont absolument 
régulières? Lesquelles voyons-nous tourner de face ? lesquelles de 
profil? Ces axes de rotation ne subissent-ils pas eux-mêmes des mou- 
vements de précession plus ou moins lents, plus ou moins sensibles ? 
— D'autres variations sont dues à la révolution de planètes ou d'an- 
neaux, soit dans le plan de notre rayon visuel , soit suivant une 
certaine inclinaison qui peut varier elle-même. — D'autres variations 
se renouvellent sans régularité, et par conséquent ne devraient pas 
faire classer ces étoiles sous le titre de périodiques. — D'autres en- 
core n'ont été observées qu'une fois, comme celle que nous venons de 
voir ( T du Scorpion) qui n'est peut-être qu'une étoile à conflagration 
temporaire, et pourtant sa position sur un amas nébuleux n'est sans 
doute pas fortuite. Que d'observations à faire ! que de problèmes à 
résoudre ! 

Il y a là aussi des étoiles rouges; mais elles sont un peu basses 
pour être observées d'ici. On pourra cependant en trouver une assez 
facilement au nord-ouest (nord précédent) de s. Sir John Herschel 
l'appelait the drop of blood « la goutte de sang » . Huitième grandeur. 

Les observateurs du midi trouveront au nord du couple de K un 
amas d'étoiles presque visible à l'œil nu, et une autre belle étoile 
rouge rubis de huitième grandeur, entre et i, au milieu de la distance 
qui les sépare. 

C'est l'une des régions du ciel les plus agréables à visiter, à cause 
delà saison, et les étoiles boréales de cette constellation nous invitent 
elles-mêmes à diriger nos lunettes de leur côté. Regardez, à l'œil nu, 
à droite d'Antarès, en montant, c'est-à-dire au nord-ouest : vous 
verrez briller (3, et, à côté, v, et, au-dessous, w. Celle-ci est une double 
très écartée, juste à la limite des dédoublements possibles à l'œil nu : 
l'écartement est de 14'|, et les deux étoiles sont toutes deux de 4°gr.|; 
c'est encore là un moyen précis d'essayer la portée de sa vue : les 
yeux exceptionnels seuls peuvent réussir; autrement U faut s'aider 
d'une jumelle. Hévélius, qui refusa toute sa vie d'observer dans des 
lunettes et qui s'obstinait à croire qu'elles ne feraient pas progresser 
la science, Hévélius, dis-je, a fait exception à ses habitudes à propos 
de cette étoile, car c'est à l'aide d'une lunette qu'il l'a dédoublée en 
observant une occultation : « non nisi tubo visibilis », dit-il. 

Après avoir dédoublé m dans une jumelle, dirigez une petite lunette 
sur sa voisine v, et vous la dédoublerez à son tour : 4° et T à 40". 
Très facile. Observées depuis plus d'un siècle, ces deux étoiles n'ont 
pas bougé l'une par rapport à l'autre. Elle constituent un même 



40 i 



ETOILE QUADRUPLE v DU SCORPION 



système physique, d'autant plus curieux et plus intéressant que cha- 
cune d'elles est double à son tour. L'étoile de 7' grandeur a été dé- 
doublée pour la première fois en 1846 par Mitchcll à Cincinnati, et 
la brillante en 1874, par Burnham à Chicago. Nous avons là deux 
couples très fins, et qui déjà montrent par les mesures faites que leurs 

-__ composantes tournent assez 

vite. Il faut de bons instru- 
ments pour les observer : le 
plus facile, le premier décou- 
vert, se compose de deux as- 
tres de 7' et 8* grandeur, 
écartés à l",9;le second se 
compose de deux astres bril- 
lants, de i' et 5° grandeur, 
écartés seulement à 1". C'est 
là un système quadruple ana- 
logue à celui que nous avons 
admiré dans t de la Lyre. 

Toujours en ce même point 
du ciel, observez |3 : 2' | et b% 




Fig. 'ZSO. — L'étoile quadruple v du Scorpion. 



à 13". Couple charmant; système fixe depuis plus d'un siècle qu'on 
l'observe. 

Non loin de là, à droite d'Antarès : <7 : û'|et 9% à ^O"; étoiles som- 
bres, surtout la petite. 

L'étoile (;.' forme un couple écarté avec 8'[j.^, à de distance. Sans 
doute système stellaire. 

L'étoile i est accompagnée, à 40' à l'est, d'une étoile de 5°gr. |. 
Mais c'est là un couple extrêmement écarté, et par conséquent moins 
intéressant. La nature l'a placé là par contraste avec le beau sys- 
tème que nous allons visiter. 

Antarès : l'une des plus jolies étoiles doubles du ciel entier; mais 
une lunette assez-forte, et surtout munie d'un objectif bien pur, est 
nécessaire pour reconnaître nettement le petit compagnon. J'ai sou- 
vent comparé, à cette occasion, les lunettes et les télescopes et ai 
toujours donné la préférence aux lunettes : c'est ainsi que dans une 
lunette de 108 millimètres les deux disques, î'oitge orange, d'Antarès 
et vert émeraude du compagnon, sont parfaitement circulaires et net- 
tement séparés par un intervalle noir, tandis que des télescopes de 15 
et 20 centimètres les montrent mal définis. Récemment encore, le 
28 juillet 1879, la Lune est passée devant cette étoile, et, en observant 



ANTARES 405 



cette occultation, j'ai VU très distinctement le petit compagnon vert 
disparaître le premier, et reparaître le premier, car il est juste à l'ouest 
d'Antarès. Sa coloration n'est certainement pas un effet de contraste 
produit par la couleur dominante du rouge Antarès. C'est précisément 
pendant une occultation du même ordre que ce compagnon a été dé- 
couvert pour la première fois, en 181 9, par Burg : il était déjà à l'ouest, 
à 270°, et il y est toujours. C'est un système fixe, emporté dans l'es- 
pace par un mouvement peu rapide. Ce compagnon est de 7" grandeur 
et plongé, à 3" seulement, dans l'ardent rayonnement de son brillant 
soleil (voy. le n° 5 de notre Planche spéciale des plus belles étoiles 
doubles colorées (p. 74). — Tourne-t-il autour d'Antarès? Proba- 
blement. Mais avec quelle lenteur! Merveilleux système, néanmoins, 
pour les planètes suspendues là, sur le doux réseau de l'attraction uni- 
verselle. Quel voluptueux bercement, entre cet ardent soleil aux 
flammes orangées et ce magnifique flambeau d'où jaillissent des feux 
d'émeraude ! Quand l'hiver arrive et que l'astre rouge s'enfuit vers 
d'autres cieux, une coloration nouvelle vient illuminer le monde. 
Spectacles infinis et sans cesse renouvelés! Notre île terrestre est 
décidément bien pauvre, bien deshéritée, en face de ces splendeurs. 

Le soleil principal de ce système présente un spectre appartenant au 
troisième type. Or nous savons que les spectres stellaires des premier 
et second types ont des lignes d'absorption dues à des vapeurs métal- 
liques comme on en voit dans le soleil, et que ceux des troisième et 
quatrième types ont, en outre, celles d'autres gaz et probablement du 
carbone à l'état d'oxyde ou d'autres combinaisons, indiquant une 
température moindre que celle des premiers. Il est probable que ces 
deux soleils d'Antarès sont en voie de refroidissement, et que la 
coloration qui les embellit est due à des vapeurs emplissant leurs 
atmosphères. Des variations fréquentes doivent se produire dans 
leur lumière et leur chaleur; les taches et les protubérances de notre 
soleil, qui déjà offrent un si vif intérêt à l'édudiant des cieux, ne 
sont rien à côté des phénomènes que les habitants de ce système doi- 
vent observer dans la constitution physique de leur double flambeau. 
On ne connaît pas la distance d'Antarès, qui n'offre aucune paral- 
laxe sensible. Son mouvement propre est extrêmement faible. Cet 
ardent soleil est perdu là-bas dans un éloignement incommensurable. 
En le regardant, pendant les calmes soirées d'automne, nous le 
voyons, non tel qu'il est actuellement, mais tel qu'il était il y a bien 
des siècles. Qui sait?... il n'existe peut-être plus. 
Autre curiosité : au sud de cette belle étoile, on en distingue quatre 



m 



SYSTÈME TERNAIRE 5 DU SCORPION 



petites de sixième grandeur. La plus australe et la plus petite de 
ces quatre {fig. 277) est une double assez curieuse (P. XVI, 35) : 
6' et 8", à 23". Piazzi a appliqué à cette étoile une note énigmatique : 
« fortiter micans, intereadum, sequens tranquilla luce splendescit. » 
Il serait intéressant de voir si ces intervalles de scintillation et de 
calme se perpétuent. 

Mais le spectacle le plus curieux de cette constellation est sans con- 
tredit le système ternaire formé par l'étoile triple Ç du Scorpion 
(nommée souvent, par erreur, 51 ? Balance). Les deux composantes 
principales de ce groupe sont de quatrième grandeur et demie, et la 
troisième est de septième. Les deux premières tournent l'une autour 
de l'autre suivant une ellipse très allongée. Relativement à Tune des 
deux prise pour point de repère (elle est, du reste, un peu plus bril- 
lante que l'autre), la seconde étoile se trouvait en 1782 vers 188°, 
lorsque William Herschel la mesura pour la première fois; elle était 
diamétralement à l'opposé, c'est-à-dire vers 8°, en 1835, et actuelle- 
ment (1880) elle revient au point initial, ce qui indique comme pre- 
mière approximation une pé- 
riode de 98 ans. Le calcul con- 
firme cette période. L'écarte- 
ment des deux étoiles, qui 
s'élève aux époques de plus 
longue élongation, c'est-à- 
dire en 1782 et 1880 d'une 
part, en 1835 et 1933 d'autre 
part, à 1", 3, descend à 0", 4 à 
l'époque oii, grâce à la forte 
ellipticité de l'orbite appa- 
rente, les étoiles semblent 
glisser l'une contre l'autre 
(1861) : alors les deux disques 
se confondent en un seul, un 




h ig. 281. — L eloile triple $ au Scorpion. 

peu allonge , comme nous 
l'avons vu pour y de la Vierge et pour C d'Hercule. On peut suivre 
cette orbite apparente sur notre fig. 282, construite à l'échelle de 
1°"° pour 1"; malheureusement on n'a fait aucune observation entre 
1782 et 1825, de sorte que nous ne pouvons tracer la moitié occi- 
dentale de l'orbite que par à peu près, en la supposant symétrique 
à la moitié orientale. 

La troisième étoile rappelle par ses allures les curieux mouvements 



SYSTÈME TERNAIRE ? DU SCORPION 



407 



que nous avons remarqués plus haut dans le système ternaire de K 
du Cancer. Mais elle en diffère par ce fait extraordinaire que la direc- 
tion de son mouvement est rétrograde relativement à celui du petit 
système. Ce fait est, répétons-le, véritablement extraordinaire. Je 
puis cependant ïa-ffirmer, car ce mouvement résulte incontestable- 
ment de l'ensemble des positions observées, comme on le voit sur le 
diagramme que j'ai construit d'après ces positions. 

Il est probable, pour ne pas dire certain, que c'est le couple AB 
qui tourne autour de la troisième étoile C, et que celle-ci, quoique 
moins lumineuse, a une masse prépondérante. Le couple AB serait 
comparable au système des satellites d'Uranus, dont le mouvement 
est rétrograde relativement à la translation d'Uranus et de toutes les 
planètes autour du Soleil. C'est encore un autre cas, fort étrange en 
vérité, du problème des trois corps. 

La difficulté et l'incertitude des mesures pourraient laisser croire 
un instant que peut-être la troisième 
étoile ne fait pas partie du système, 
et ne rétrograde que par suite du 
mouvement propre de l Scorpion. 
Mais ce mouvement propre n'est pas 
dirigé dans ce sens, et il tendrait à 
éloigner le couple de la troisième 
étoile, presque diamétralement à l'op- 
posé, étant dirigé vers 260". D'ail- 
leurs, le mouvement relatif de cette 
troisième étoile n'est pas uniforme : 
voici les mesures principales : 




DATES 


ANGLES 


ANGLES 
CORRIGÉS 


DISTANCES 


1782 


880 6 




6"4 


1784 


90 


(estimé) 


— 


1822 


78 




6,8 


1825 


78 


74» 


6,9 


1835 


75 


70 


7,0 


1840 


73 


70 


7,1 


1855 


71 


71 


7,1 


1864 


71 


73 


7,1 


1870 


70 


74 


7,0 


1875 


68 


73 


7,1 


1880 


67 


72 


7,2 




Les trois premières mesures sont „ „ .loo t , . ... 

^ ^ . Fig.28î, — Le système ternaire ç du Scorpion. 

prises de l'étoile A; les autres du 

milieu entre A et B. Comme ce point est mobile et se déplace dans 



408 LE SCORPION. — LE SAGITTAIRE 

le sens du mouvement de B, il est difficile de juger de la marche de 
la troisième étoile à la seule inspection de ces angles, et il vaut mieux, 
les transformer en mesures directes de A à C. C'est ce que j'ai fait,' 
et inscrit à côté. On voit que de 1782 à 1835 l'angle a diminué 
de 18°, tandis que depuis 1835 il flotte autour de 73". Il y a là un' 
stationnement, quand même on voudrait mettre la rétrogradation 
sur le compte des erreurs d'observations , qui sont en effet extrê- 
mement difficiles; or, puisque le mouvement n'est pas uniforme, il 
faut qu'il y ait une cause perturbatrice : cette cause reste cachée dans 
le mystère du fameux Problème des trois Corps. 

L'interprétation des mesures ne permet pas de conclure rigoureu- 
sement sur la nature de la courbe, car quelques dixièmes de seconde 
de différence suffisent pour donner les quatre recourbements repré- 
sentés au sommet du diagramme, et comme les mesures se font sur 
le point central entre A et B et non sur un point lumineux net et 
saisissable, on ne peut certainement pas répondre d'un ou deux 
dixièmes. Nous sommes ici dans un cas analogue à celui de ^ du 
Cancer. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'étoile s'est arrêtée vers 
1840, qu'elle est revenue sur ses pas depuis cette époque jusque 
vers 1870, et que depuis dix ans elle continue sa direction première : 
elle est actuellement au point où elle est passée en 1827 et 1860. 
Mouvement bien étrange : l'explique qui pourra. Je crois pouvoir 
assurer que toutes les académies du monde réunies en conseU n'en 
donneraient pas la solution. 

On peut voir, tout près de ce système, à 3',7 à l'est et à 4',38 au sud, 
un autre couple, dont les composantes (gr. = 7%4 et 8%1) restent fixes 
à 102° et 10". Peut-être ce second système est-il lui-même associé au 
premier. 

Que de spectacles à contempler ! Que de contrées nouvelles à 
visiter ! Mais nous arrivons au Sagittaire. 

Cette constellation est reconnaissable, dans les belles nuits d'été et 
dans les belles soirées d'automne, par les cinq étoiles [a, 1, S, eet-n qui 
en dessinent l'arc, à 25 degrés ou 1 heure 40 minutes environ à l'est 
d'Antarès. C'est certainement cet arc qui a donné aux hommes primi- 
I tifs, pasteurs , chasseurs et guerriers, l'idée de placer là un archer 
lançant une flèche. La vieille et inexpliquée tradition des centaures 
a inspiré le dessin du personnage moitié homme et moitié cheval 
qui est représenté là depuis la plus haute antiquité sur les cartes 
célestes (fig. 279). Il est certain qu'il n'y a jamais eu de centaures, 



LE SAGITTAIRE 409 



d'hommes-chevaux, de sextupèdes, car leur organisation anatomique 
est tout à fait en dehors du système de la vie terrestre; cependant les 
antiques traditions égyptiennes et grecques sont peuplées de ces per- 
sonnages ; certains anachorètes de la Lybie assuraient en avoir vu aux 
premiers siècles du christianisme, et c'est même à un être de cette 
race, au centaure Chiron, que les anciens astronomes attribuaient 
l'invention de la sphère céleste, la première représentation du ciel 
faite sur un globe pour l'enseignement de la cosmographie. Peut-être 
la tradition descend-elle de l'époque de la conquête du cheval, et de 
l'étonnement des familles primitives qui virent passer comme un rêve 
devant elles les premiers cavaliers à la poursuite de leur proie. Le 
Sagittaire ou « l'homme à l'arbalète » est dessiné sur l'ancienne 
sphère par l'arbalète elle-même dont nous avons signalé les étoiles, et 
par la flèche lancée de (t à y; le groupe d'étoiles v, ?, o, n marque la 
tète; « et (3 indiquent le pied de devant, et w, A, b, c la croupe du 
Centaure. Mais plusieurs remaniements ont modifié le dessin primitif. 
En avant du Sagittaire, un groupe d'étoiles représente si clairement 
une couronne que, dès le temps d'Eudoxe, l'archer céleste porte une 
couronne d'étoiles sur l'un de ses pieds antérieurs : c'est la Couronne 
australe. En 1752, Lacaille enleva plusieurs étoiles au Sagittaire pour 
pouvoir glisser en cette région la lunette dont nous avons déjà parlé. 
Ici se montre tout particulièrement l'inconvénient d'avoir modifié les 
constellations anciennes au profit des nouvelles et d'avoir trop souvent 
dessiné celles-ci au détriment des premières : l'étoile n du Sagittaire, 
par exemple, a été supprimée pour être incorporée au Télescope sous 
la lettre p, de telle sorte qu'elle porte à la fois ces deux désignations, 
et que dans plusieurs descriptions on est arrivé à la confondre avec 
,â du Sagittaire. Comme pendant au Télescope, Lacaille a dessiné un 
Microscope derrière les pieds du cheval, en enlevant aussi plusieurs 
étoiles à l'ancienne constellation pour en faire don à la nouvelle. Là 
aussi, au sud du Scorpion, est représenté l'AuieZ {fig. 279, p. 401). Sa 
position est renversée ; il faut que celui qui l'a placé de la sorte, — il 
y a vingt-cinq ou trente siècles, — l'ait vu ainsi, ou l'ait dessiné 
sur un globe en tournant le pôle sud en haut. 

> Les Arabes voient dans le groupe ■')rmé par les étoiles y, (J, e etn 

du Sagittaire une « Autruclie qui va à l'abreuvoir » , la Voie lactée 

étant la rivière ; et ils nomment le groupe formé par <t, y, t et Ç « l'Au- 

'truche qui revient de l'abreuvoir ». Ils ont imaginé là tout un petit 

paysage méridional, jusqu'au « sable où l'Autruche dépose ses œu( ; )/. 

La constellation du Sagittaireparaît avoir été dessinée pour la | re- 

ASTIiONOMIE. SUPPLÉMENT. b^Z 



410 



LE SAGITTAIRE 



mière fois, en même temps que celle du Bélier, par Cléostrate, de 
Ténédos, au sixième siècle avant notre ère. 



PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU SAGITTAIIIE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION 



ÉT0ILE3 


-127 


+960 


1430 


1590 


1603 


1677 


1700 


1750 


1800 


1840 


I8C0 


1880 


a 


2. 


3 4.5 


4 





2 


4 





3i 


4.5 





4| 


4,0 


P 


2' 


4.5 


4 





2 


4 





3i 


4 





il 


3,8 


Y 


3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3i 


3 


3i 


4 


34 


3i 


2,8 


S 


3 


3.4 


3.4 


3 


3 


31 


3 


3 


3.4 


3^ 


3i 


2,8 


e 


3 


3.2 


3.2 





3 


?i 


3 


3 


3 


2| 


a 

~ 3 


2,2 


C 


3 


3 


3 





3 


3 


3 


3 





3^ 


3i 


3,1 


K) 


3 


3.4 


3 





3 


3 





4 


4 


4 


4 


3,3 


e 


3 


4.5 


4 





3 








5i 


5.6 





51 


4,5 


1 


3 


4,5 


4 





3 








4 


4.5 





4| 


4,3 


X 














3 








6 


6 





6 


5,5 


X 


3 


3 


3 


4 


4 


4 


4 


3 


4 


3 


3 


2,7 


13^' 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3.4 


4 


4 


4,3 


15 A*' 




















6 


4 


6 


5 


5 


5,8 


;:i 


nèb. 


néb. 


néb. 





néb. 





( 5 
( 5 


5i 
6 


5 
5 


5 
5 


5 
5 


5,0 
5,1 


« 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


5 


4 


4 


3,5 





4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4 


4 


3,8 


Jl 


4 


4.3 


4 


4 


4 


3i 


4 


3.4 


4.5 


3 


3 


3,1 


p 


4 


4.5 


4 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


4 


4 


4,2 


o 


3 


3 


3 


4 


4 


3 


3| 


2i 


3 


21 


2i 


2,4 


T 


4 


4.3 


4 





4 


3J 


4 


4 


4 


3| 


3-! 


3,6 


u 


4 


4.5 


4.5 


5 


5 


5 


6 


6 


5.6 


4 1 


. 4| 


4,9 


? 


4 


4.3 


4 


5 


5 


3i 


5 


3-; 


4.5 


31 


3| 


3,7 


47 X' 


5 


5.6 


5.6 





5 


5 


6 


5 


6 


6 


5| 


5,4 


49 X» 




















6 





6 





6 


5,6 


^ 


5 


5.6 


5 





5 


5 


5 


5 


6 





6 


5,4 


a 


5 


5 


5 





5 


5 


5 


5i 


6 


5 


5 


5,1 


60 A 


5 


5 


5 





5 


5 


5 


6 


5.6 


5 


5 


5,3 


59 b 


5 


5 


5 





5 


5 


5 


5| 


5 


5 


6 


4,6 


62 c 


5 


5 


5 





5 


5 


6 


5i 


4.5 


5 


5 


4,7 


43 d 


5 


5.6 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


5 


5 


5 


5,6 


54 e' 




















6 


6 


5.6 


6 


6 


5,5 


55 e' 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6.5 


5 


5 


5 


5,4 


b6f 


6 


6 


6 


6 


6 





6 


6 


6 


5 


5 


5,2 


61 g 


5 


5.6 


5 


6 


6 


6 


5 


5 


6 


5| 


5| 


5,3 


51 h' 























6 


6 





H 


var. 


bîh' 


4 


4.5 


4 


6 


6 


6 


5 


54 


4.5 


M 


H 


4,7 


3X 




















6 


6 


5 


5 


var. 


var. 


W 























4 


5 





var. 


var. 


4 




















6i 


6 


5 


5 


5 


5,4 


9 




















7 





6.7 


i\ 


6 


6,0 


21 




















6 


6 


6 


5 


5 


5,1 


29 




















6 





6 


5 


6i 


5,5 


P.XVII, 


294 




















6 


5 





6 


5.4 


P. XVII, 


359 G 




















5 


5 





5| 


5,1 


P.XVII, 


367 




















6 


6 





5i 


5,9 


P. XVIII 


, 24 


■ 

















6 


5.6 


6 


5| 


5,1 


p. XVIII 


,146 




















6 


6 





6.5 


5,2 


Lacaille8310 




















6 








5| 


5,0 



LE SAGITTAIRE 



411 



Ptolémée présente les étoiles « et (3 comme appartenant à la seconde 
grandeur, et Bayer a suivi cette tradition en leur assignant les deux 
premières lettres. Lors de ses observations faites à l'île Sainte-Hélène, 
en 1677, Halley, remarque qu'elles ne sont que de quatrième; et s'il 
n'ose pas encore attaquer l'incorruptibilité des cieux toujours ensei- 
gnée et vénérée dans les Ecoles, il admet toutefois un changement 
— ce qui, en définitive, revient à peu près au même : « quod corporum 




Fig. 2S3. — Principales étoiles de la constellation du Sagittaire. 

cœlestium, dit-il, si non corruptibilitatem, saltem mutabilitatem 
demonstrare videtur. » 

Mais déjà, au dixième siècle, Sûfi signalait la différence entre l'état 
du ciel et le tableau deVAlmageste. D'après ses observations, (3 se 
range parmi les petites de la quatrième grandeur, et « est également 
des moindres de cette grandeur. Il n'est pas probable que Ptolémée ait 
commis une erreur, car en rédigeant son catalogue d'après les obser- 
vations d'Hipparque et les siennes propres , il a exposé avec un 



LA CONSTELLATION DU SAGITTAIRE 



soin minutieux l'état de la science à cette époque, et les diverses copies 
de VAlmageste s'accordent toutes sur cet éclat. Cependant, si nous 
pouvions trouver d'autres observations anciennes de ces deux étoiles, 
notre appréciation serait encore plus sûre. Or, précisément Aratus. 
paraît signaler ces étoiles dans le passage suivant : « Sous le Sagit-{ 
taire, dit-il, on aperçoit un cercle qui n'est pas brillant (en effet, les- 
principales étoiles de la Couronne ne sont que de quatrième grandeur) ; 
mais sous les premiers pieds on voit des étoiles qui ont beaucoup plus 
d'éclat » . Ces étoiles doivent être a et (3 du Sagittaire, car il n'y en 
a pas d'autres dans cette région du ciel. 

Ainsi les étoiles a et (3 du Sagittaire sont tombées de la deuxième 
à la quatrième grandeur. Leur lumière paraît encore instable et flotter 
de3|à4|. 

Les étoiles 9 et t ont subi une diminution corrélative. Tandis que 
Ptolémée les dit absolument de la troisième, Sûfi remarque qu'elles 
sont des moindres de la quatrième. Lacaille et Piazzi ont même noté 
e de 5° |, et Maraldi déclare qu'il l'a cherchée en vain et ne l'a vue 
reparaître, de 6' grandeur, qu'en 1699. 

On ne trouve l'étoile x sur aucun ancien catalogue, de sorte qu'il 
est impossible de rien conclure à son égard. Je ne sais oîi Bayer a pris 
cette troisième grandeur, et il n'est pas probable qu'il l'ait observée 
lui-même. Cassini assure que Halley l'a vue de 3° grandeur en 1676, 
de 6° en 1692 et de 4" en 1694. Il me semble qu'il y a ici quelque 
erreur, car cette étoile ne brille que par son absence dans le cata- 
logue de Halley, et quant à ce que cet astronome l'ait observée en 
1692 et 1694, ce serait assez difficile, puisque cette étoile ne s'élève 
pas au-dessus de l'horizon de l'Angleterre. 

l paraît osciller de la troisième à la quatrième grandeur. 
Mayer a noté [j.^ du même éclat que [>.' ; mais ses indications sont 
souvent indécises. 

L'étoile V est la plus ancienne étoile désignée comme double. Pto- 
lémée l'appelle « néphéloeidès kaï diplous » nébuleuse et double. Sûfi 
et Ulugh Beigh lui donnent la même désignation. Il y a là deux 
étoiles de cinquième grandeur, écartées seulement à 12' l'une de 
l'autre , et qui paraissent rester fixes l'une par rapport à l'autre. Les 
anciens les séparaient, comme nous, à l'œil nu, mais pas avec netteté. 
ir a été notée de 5 1 par d'Agelet, de 4| par Piazzi, de 4 par Flamsteed, 
Lalande et les anciens, de 3| par Halley et Mayer, de 3 par Argelander 
et Heis. 

(7 paraît osciller de 2| à 4 ; u de 4 à 6 ; (p de 3 | à 5. 



VARIABLES RAPIDES DANS LE SAGITTAIRE 413 

Au-dessus de % on voit une petite étoile : ■£ (x* est télescopique) qui 
varie aussi probablement. Heis l'a estimée à 6 1, Piazzi à 6, Yarnall à 5|. 

51 h varie de 4 | à 6 |. 

9 a été notée de 7° par Flamsteed, de 8° par Lalande, et de 4°| par 
Argelander ; elle est dans un amas perceptible à l'œil nu, et les diffé- 
rences de notifications peuvent provenir de ce que certains observateurs 
ont entendu l'amas considéré dans son effet total, tandis que d'autres 
ont distingué l'étoile séparément. Il y a là, dans une petite région, 
quatre amas visibles cà l'œil nu et trois variables. 

29 paraît variable. Argelander l'a notée de 5' dans ses zones, mais 
ne l'a pas inscrite dans son Uranométrie ; Heis l'a estimée 6|, Gould 
5,4 et 5,9. 

Cette constellation est remarquable par le nombre de ses étoiles 
rouges et de ses étoiles variables. Signalons comme nettement nuan- 
cées de rouge, par ordre d'ascension droite : y; P. xvii, 359; p.^; vi; 
P. xvm, 24; (J; 21; A; v^T;d; x^ ; e'; f; b ; 9î;c;Lacaine 8310; — 
sans compter d'autres plus petites. Parmi les variables, il en est trois 
qui sont particulièrement curieuses : 

X qui varie de 4 à 6 en 7 J<^"''S heures n minutes 42 seconde» 
W — — 5 à6i 7 14 15 34 

U — — 7 à 8 6 17 53 l 

La similitude de ces périodes est digne d'attention : elle confirme 
les remarques déjà faites maintes fois dans notre voyage sidéral sur 
les variétés locales observées dans les diverses régions du ciel ; il est 
évident maintenant pour nous que l'immensité de l'univers est loin 
d'être construite sur un plan homogène, et que des conditions origi- 
naires physiques, chimiques, mécaniques, très variées, ont amené des 
effets spéciaux en des régions spécialement favorisées. D'autre part, 
ces périodes rapides témoignent pour nous des mouvements de rota- 
tion de même vitesse qui animent ces trois soleils du Sagittaire, et 
par une généralisation bien légitime, en sachant que ces lointains 
soleils (comme le nôtre, du reste) tournent plus ou moins rapidement 
sur eux-mêmes, le spectacle de la nuit se transfigure de nouveau 
devant nos esprits, car nous voyons désormais, par la pensée, toutes 
les étoiles du ciel tourner sur elles-mêmes autour de leurs mystérieux 
essieux.... Les deux premières étoiles des trois précédentes peuvent 
être facilement observées, même à l'œil nu (on trouve leur position 
sur notre fig. 283) pendant les belles soirées de juillet, août et septem- 
bre. Jules Schmidt, d'Athènes, les a examinées « plus de deux mille 
fois » chacune, depuis Tannée 1866, et c'est de ses minutieuses et perse- 



414 CURIOSITES SIDÉRALES DANS LE SAGITTAIRE 

vérantes observations qu'il a conclu les périodes que nous venons de 
faire connaître. 

Parmi les autres variables du Sagittaire, remarquons h\ qui oscille, 
comme nous l'avons vu, de 5,3 à 6,7, en une période encore indéter- 
minée, et une étoile située au nord de p, sur une ligne menée à v du 
Serpent : D'Agelet l'a notée de 4| en 1783; Argelander l'a observée 
de 5 |, et pourtant elle n'est ni dans son catalogue des étoiles visibles 
à l'œil nu, ni dans celui de Heis, ni dans celui de Berhmann ; Gould 
la note de 5,9, en remarquant qu'au cercle méridien elle n'a paru 
que 7*. Intéressante à chercher de temps en temps. 

L'étoile que l'on voit au-dessus de 4, un peu à gauche, et de 
cinquième grandeur aussi, se compose de deux, écartées à 13', qui 
ont dû augmenter d'éclat, car leur place est vide dans les anciens 
catalogues. La petite indiquée un peu plus haut, formant un triangle 
avec la précédente et 4, et qui est marquée sur notre carte, parce que 
Heis l'a vue à l'œil nu, de 6"^, n'est actuellement que de 7°f. C'est 
Lalande 32847, notée de 7°| par cet astronome. 

Au nord-ouest de A, entre A et [i, même remarque : cette petite 
étoile, notée de 6"! par Heis et de 6^| par Yarnall, n'a jamais été vue 
que de huitième par Gould, et elle est actuellement invisible à l'œil nu. 

Enfin la dernière étoile de notre liste a probablement augmenté 
d'éclat. 

(Comme dans le cas du Scorpion, les grandeurs des étoiles invisibles 
ou trop basses pour notre horizon ont été prises chez les obser- 
vateurs de l'hémisphère austral.) 

Une étoile temporaire, de l'ordre de celles que nous avons remar- 
quées tout à l'heure dans le Scorpion, a été observée près de l'étoile 
ir, en 1690, à l'Observatoire de Pékin, par les astronomes français 
(jésuites) alors attachés à cet observatoire. C'est M. Schiaparelli, de 
Milan, qui a retrouvé cette notice, il y a quelques années seulement. 
Le 28 septembre 1690, l'étoile nouvelle paraissait de quatrième gran- 
deur ; mais dès le 4 octobre elle était déjà fort diminuée, et elle ne 
tarda pas à s'évanouir. La position n'est pas très précise, mais elle ne 
peut beaucoup différer de 

Ascension droite = 285»; Déclinaison — 20» 

On connaît déjà trois variables dans cette contrée du ciel : . 

R Sagittaire, m == 286» 59'; Œ> = — 19° 34' ( 7 à 13) 
S — 287 40 19 18 (10 à 14) 

T — 286 54 17 13 ( 8 à 12) 

sans compter celles que nous avons visitées tout à l'heure. 



CURIOSITES SIDÉRALES DANS LE SAGITTAIRE 415 

A l'ouest de pt, M. Pickering, de Cambridge, a remarqué, le 28 
août 1880, une étoile de huitième grandeur, dont le spectre continu, 
traversé d'une bande brillante près de chaque extrémité, indique que 
cette étoile est entourée d'une vaste atmosphère incandescente. C'est 
après avoir examiné au spectroscope environ cent mille étoiles sans 
avoir découvert une seule nébuleuse planétaire, que l'auteur a été 
arrêté par celle-ci, qui peut bien être une nébuleuse brillante et 
condensée, et dont le spectre hydrogéné rappelle celui des étoiles 
temporaires de la Couronne et du Cygne. 

On pourra chercher et observer avec intérêt les étoiles doubles 
suivantes : 

Et d'abord le couple v' v*, visible à l'œil nu, et connu depuis deux 
mille ans ; les bonnes vues discernent nettement les deux compo- 
santes, qui sont l'une et l'autre de cinquième grandeur, et écartées 
à 12', comme Mizar et Alcor. Cette constellation renferme un grand 
nombre de couples plus) icartés encore 

/i2-/i' : 5' et 6% à 14'; 

(3'-|î2 : 3,8 et 4 I cà 22'; déjà nommée double par Sûfi; (3' est double 
elle-même (réservée aux observateurs du sud) ; 

fx'-p^ : 4^ et 5^ |, à 29'; y.'^ est triple. 

£ï-S': 3|et 5" à 29'; 

p'-p*: 4| et6" à 28'; 

y'-x' : 5,5 et 5,6, à 31' (réservée aux observateurs du sud) ; 

e*-e' : 5,4 et 5,5, à 31'; e' est double elle-même. 

e'-6': 4 I et 5 |, à 35'; 

x'"X^"Z.' • 5 I — ''' — ^1; triple écartée. 

Cette région du ciel est aussi remarquable sous cet aspect que celle 
du Taureau, et comme elle, elle est pauvre en étoiles doubles serrées 
et dépourvue de systèmes orbitaux. Voici les sujets d'observation les 
plus intéressants : 

[a' : triple; 4", 9" et 10% à 40" et 45". De puissants instruments en 
font apercevoir un quatrième, de 13° grandeur, à 15"; ce qui rend ce 
groupe quadruple. 

(3': 4° et 7% à 29". Le compagnon est certainement variable, Piazzi 
l'a estimé de 9" grandeur, sir John Herschel de 8% Gould de 6 f . — 
Réservé aux observateurs du sud. [ 

54 e* : 5 I et 8% à 28". Joli champ de petites étoiles, dont une fine 
double au sud-ouest. L'étoile 54 est la supérieure des trois visibles 
dans le chercheur. 

Il est assez remarquable que ces étoiles multiples appartiennent 



416 CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS LE SAGITTAIRE 



nrccisément aux couples écartés signalés plus haut. Ce fait, déjà 
observé en d'autres constellations, conduit à conclure que ces cou- 
ples écartés ne sont pas seulement des groupes de perspective, comme 
on le croit, mais forment, en général, de véritables systèmes phy- 
siques dont les soleils sont réellement associés entre eux, malgré 
L'énorme abîme qui les sépare les uns des autres. Le même cas vient 
de se présenter dans les étoiles doubles plus serrées que l'on a 
scrutées récemment à l'aide de puissants instruments : on a souvent 
dédoublé l'une des composantes en deux petites étoiles contiguës. 
Ainsi les circonstances cosmogoniques qui ont donné naissance aux 
étoiles doubles sont intimement liées à celles qui ont produit les 
groupements, même écartés, de plusieurs étoiles dans le ciel, et réci- 
proquement, les couples écartés se sont souvent trouvés en situation 
de se scinder de nouveau en étoiles doubles plus serrées. 

On peut encore observer dans cette constellation du Sagittaire 
l'étoile 0-, de deuxième grandeur et demie, qui se montre accompagnée, 
à 5' au sud-ouest, d'une petite étoile de 9° ; — et l'étoile FI. 21, 
double serrée, à 2"; 5' et 9% orange et bleue. 

Cette région, traversée par la Voie lactée, est riche en amas d'étoi- 
les. L'un des plus beaux et des plus brillants, visible à l'œil nu, 
palpite à 6 degrés au-dessus de l'étoile y, en allant vers fx. Il porte le 
n" 8 du catalogue de Messier. Une petite lunette à champ large mon- 
tre là une étoile triple écartée, suivie d'une magnifique agglomération 
d'étoiles à deux foyers. C'est l'un des plus merveilleux spectacles qui 
se puissent voir. 

Tout proche, au-dessus, plane une autre amas, plus étendu mais 
moins brillant: M. 21. Vers le centre on découvre une étoile double 
de neuvième grandeur. 

Au surplus, dirigez une petite lunette vers l'un quelconque des 
points signalés sur notre carte spéciale {fig. 284) et vous serez tout 
simplement émerveillés. Outre les nébuleuses, l'étoile jj. est multiple, 
comme nous l'avons vu ; entre cette étoile et l'amas M. 25, l'étoile 
solitaire que l'on rencontre là est FI. 21, double elle-même. La Voie 
lactée seule, du reste, tient en réserve de véritables champs d'étoiles à 
moissonner. Dans l'un de ces amas, le P. Secchi a trouvé des couches 
d'étoiles superposées l'une devant l'autre, et un arrangement de bril- 
lantes étoiles si régulier, « si géométrique, dit-il, qu'il est impos- 
sible de le croire accidentel ». La plus grande partie, ajoute-t-il, 
« offre des arcs de spirale où l'on peut compter jusqu'à dix et douze 
étoiles de la neuvième grandeur, se suivant sur une même courbe 



CURIOSITES SIDERALES DANS LE SAGITTAIRE 



417 



comme des grains de chapelet ; quelqueiois, elles s'étendent en rayons 
qui semblent diverger d'un foyer commun, et, ce qui est bien sin- 
gulier, on remarque soit au centre des rayons, soit h l'origine de la 
courbe, une étoile brillante et rouge qui semble diriger la marche » . 
Lointains univers ! quelles richesses, quelles merveilles restent ense- 
velies là-bas dans la nuit des inaccessibles distances ! 

Cette constellation n'a qu'un tort: c'est d'être un peu trop éloign e 
dans l'hémisphère austral pour être facilement visible de nos latitudes 



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Fig. 284. — Champ de nébuleuses dans le SagiWaire. 

boréales. Nous habitons en effet (latitude de Paris) à 42" du pôle nord, 
de telle sorte que nous ne voyons pas le ciel à plus de 42° au delà de 
l'équateur, et que toutes les étoiles situées au delà restent perpétuel- 
lement invisibles au-dessous de notre horizon. Or le 42' degré de 
déclinaison passe par la Couronne australe et les pieds du Sagittaire, 
et l'étoile a est la plus australe que nous puissions apercevoir d'ici; 
encore ne fait-elle que raser l'horizon juste au sud, ce qui veut dire 
que, pratiquement, elle reste inobservable. A cause des brumes de 
l'horizon, il faut souvent enlever dix degrés pour l'observation pra- 
tique et reléguer dans l'invisibilité les étoiles situées au delà du 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 53 



418 LA COURONNE AUSTRALE 

32" degré. De Londres, qui est à 39 degrés du pôle, on ne voit qu'à 
39" au delà de l'équateur — pratiquement qu'à 29 ; cependant l'œil 
ardent et passionné de William Herschel est allé chercher des étoiles 
doubles jusqu'au 35°. De Rochefort, Limoges, Clermont, Lyon, 
l'horizon atteint le 44' degré; de Périgueux, Grenoble, Turin, Milan, 
le 45°; de Montauban, Nîmes, Toulouse, Marseille, Nice, le 46" : le 
Scorpion, la Couronne et le Sagittaire y sont entièrement visibles. 
De nos cités d'Algérie, on atteint le 54" degré ; mais, remarque peu 
flatteuse, depuis un demi-siècle que cette belle province est conquise 
par les armes françaises, nous n'y avons pas encore établi un seul 
observatoire astronomique ! La brumeuse Angleterre en compte 
actuellement quarante, publics ou particuliers. C'est là une de ces 
incohérences dont les organisations sociales offrent à chaque pas les 
exemples les plus inexplicables. 

Ne quittons pas cette région sans remarquer la petite constellation de la Cou- 
ronne australe [fig. 279 et 283). Quoiqu'elle soit à peu près invisible pour nos 
latitudes, nous ne devons pas absolument la négliger. Ses étoiles sont comprises 
entre 37° et 44° de déclinaison, et pour la latitude de Paris elle rase l'horizon sud ; 
mais elle est visible de Marseille et de toute l'Italie. 

C'est l'une des constellations anciennes de la sphère d'Eudoxe etd'Aratus; et 
sa création est certainement due à sa forme frappante, car elle ne se com- 
pose que de petites étoiles ; «, p et y sont de quatrième grandeur, et les autres de 
cinquième. 

Les catalogues astronomiques font la plus étrange confusion entre ces étoiles. 
Examinez un instant notre petit dessin {fig. 283), les lettres inscrites sont celles 
dont on se sert actuellement pour désigner ces étoiles; mais, par une fâcheuse 
exception, ce ne sont pas du tout celles de Bayer. Notre a actuel correspond au y 
de Bayer, tandis que son a est notre 6, et ainsi pour toutes les autres, de telle 
sorte que les éditions modernes des catalogues de Ptolémée donnent pour toutes 
ces étoiles des identifications erronées ! Il serait trop long et trop peu intéres- 
santîpour nous de discuter ces modifications, d'autant plus que cette constellation 
nous resteétrangère par son éloignement austral ; mais cette nouvelle incohé- 
rence n'en est pas moins singulière et malheureuse. 

On voit sur l'atlas de Bayer, entre les étoiles rj et 6 (qui sont nos S etê) une 
magnifique étoile de seconde grandeur marquée \. Je n'ai pu retrouver son extrait 
de naissance. 

Parmi les astres de cette constellation, signalons y, étoile double serrée, en 
mouvement orbital rapide, Vuna des plus rapides du ciel, dont la révolution 
s'opère en 55 ans. Les deux composantes sont de cinquième grandeur et demie, 
et leur écartement n'est que de 1",5. C'est l'un des beaux systèmes d'étoiles 
doubles que nous connaissions 



Cl-JAPITRE XVI 

Fin de la description du Zodiaque. — Les étoiles de l'automne. Le capricorne. 

Etoiles doubles faciles à observer. — Le verseau. 

Nébuleuses remarquables. — Origine des signes du zodiaque. 



Nous arrivons ici aux deux dernières constellations du zodiaque, à 
celles que le soleil traverse en janvier et février et qui par conséquent 
passent au méridien à minuit en juillet et août, à dix heures en août 
et septembre, à huit heures en septembre et octobre. La première, 
celle du Capricorne, se fait remarquer principalement par ses étoiles 
« et |3, qui brillent dans la direction des trois étoiles de l'Aigle ( y, a, 
|3); la seconde, celle du Verseau, est reconnaissable à un groupe 
d'étoiles ( «, y» ?>")«) qui scintillent au-dessous du carré de Pégase, 
un peu à droite, c'est-à-dire au sud-ouest. Mais faisons successive- 
ment connaissance avec elles. 

Le Capricorne est, comme on le sait (fig. 290), un animal mytholo- 
gique dont la tête rappelle celle d'un bélier et dont la queue ressemble 
à celle d'un poisson. Dans la disposition des étoiles qui le composent, 
il n'y a guère que les deux brillantes, « et (3, qui aient quelque rapport 
avec la figure, en représentant une corne toute droite, élevée vers 
l'Aigle, vers le haut du ciel. Macrobe, au cinquième siècle de notre 
ère, nous assure que ce symbole du Capricorne a eu pour but de rap- 
peler que lorsque le soleil atteint ce signe du zodiaque, il arrive au 
plus haut de son cours, « ce qu'il est naturel de représenter par une 
chèvre, dont l'habitude est de grimper toujours ». Il y a deux mille ans, 
en effet, le soleil était dans le Capricorne au tropique d'hiver et dans 
le Cancer au tropique d'été, et encore aujourd'hui les géographes ont 
l'habitude de tracer sur les globes et planisphères terrestres un cercle 
à 23" au sud de l'équateur qu'ils appellent le tropique du Capricorne, et 
un pareil à 23° au nord nommé le tropique du Cancer : ce sont les 
lieux géographiques au zénith desquels le soleil arrive respectivement 
le 21 décembre et le 21 juin. Mais nous avons déjà vu que les constel- 
lations sont plus anciennes que la formation du zodiaque, et que le zo- 
diaque n'a été tracé qu'après coup, à travers des figures inégales et 



420 LE CAPRICORNE 




hétérogènes, n'ayant aucun rapport primitif avec le cours du soleil. 
Le mouvement séculaire de la précession des équinoxes remonte ac- 
tuellement vers le nord toute cette partie du ciel et rend visibles 
pour nos latitudes des étoiles qui leur étaient cachées autrefois. Ac- 
tuellement, c'est le Sagittaire qui s'éloigne à 23 degrés de l'équateur 
et occupe la contrée la plus australe du zodiaque. 

On trouvera, comme nous le disions tout à l'heure, les étoiles « et p 
du Capricorne en se servant de la direction indiquée par les trois 
étoiles principales de l'Aigle; puis dans )a même direction, au delà 

de p du Capricorne, le trian- 
gle formé par o, t:, et p qui 
marque l'œil du Capricorne. 
L'étoile X du Capricorne est 
une double très écartée, vi- 
/' (Z ' sible à l'œil nu pour les vues 

/ ^,^ excellentes : 3* et 4° gran- 

•g / deur, écartement = 376"; ou 

/ 6' 16". — Les anciens ne l'ont 

/ pas dédoublée : ni Ptolémée 

/ ni Sùfi ne la signalent à cet 

/ égard. Ils ont remarqué la 

/ petite étoile v qui est à 43' de 

/ distance de a. Les Arabesnom- 

^*'^^ maient a et (3 Sad al-dzâbih 

^'ft . (^ « le bonheur du boucher » et 

/ ^ « les égorgeuses», parce qu'ils 

ViTt, ^^ regardaient la petite v comme 

une brebis égorgée dans son 

Fig. 285. — Alignement pour trouver le Capricorne. i jj • t i 

abattoir. — La plus ancienne 
mention de l'étoile a comme double est celle de Bayer (1603). 

La constellation elle-même est peu apparente : elle ne compte 
comme étoiles brillantes que quatre étoiles de 3' grandeur («, p, y, â) 
et cinq de quatrième, assez éclatantes. Parmi ces étoiles, plusieurs 
présentent des variations séculaires fort curieuses. Ainsi, par exemple, 
au dixième siècle de notre ère, Sùfi déclare que « Ptolémée a noté Ç 
trop brillante en la faisant expressément de quatrième, tandis qu'elle 
n'est que de quatrième et demie ». Or elle est aujourd'hui, comme du 
temps de Ptolémée, des brillantes de la quatrième et mieux encore 
3,7), tandis que de 1590 à 1756 on ne l'a jamais vue que de cin- 
quième. 



LE CAPRICORNE 



421 



9 a subi une diminution et une recrudescence analogues. 
t et X peuvent être stables vers 4 1/2. 

<p, M et A sont descendues toutes de la quatrième à la sixième gran- 
deur et sont revenues à la quatrième. C'est là une fluctuation bien 



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LE PETIT CHEVAL 


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LE CAPRICORNE 


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Fig. 28C. — Étoil.'S principales de la constelUilion du Caprioorna. 

étonnante, bien extraordinaire; mais comment ne pas l'admettre en 
présence du nombre et de la concordance des observations? 

46 c s'est élevée de la 6" grandeur à 4 |, sous les yeux d'Argelander. 
_ Regardez à gauche de 6 : il y a là une petite étoile qui est tantôt vi- 
sible à l'œil nu et tantôt invisible. Elle n'a été observée ni par Piazzi, 
ni par Lalande. 



422 LE CAPRICORNE 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CAPRICORNE 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION. 



ÉTOILES 


-127 


+060 


1430 


1590 


1603 


1660 


1700 


1756 


1800 


1840 


1860 


1880 


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4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


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3 


3.4 


3.4 


3 


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3 


3 


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3 


3,6 


P 


3 


3.4 


3.4 


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3 


3 


3 


3 


3.4 


3 


3 


3,2 


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3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3^ 


4 


4.3 


4 


3| 


31 


3,7 


S. 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 





3.4 


3 


3 


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4 


4 


4 


4 


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4 


4 


4 


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41 


4.7 


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4 


4.5 


4.5 


5 


5 


5 


5 


5 


4 


4 


4 


3,7 


H 


5 


5.6 


5.6 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


54 


5i 


5,1 


S 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


4 


4 


4,1 


1 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


44 


4i 


4,4 


X 


4 


4.5 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5i 


5,0 


X 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


54 


5,i 


5,7 


1*; 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,4 


V 


6 


5.6 


5.6 


6 


6 


6 


6 





5 


5 


54 


5,2 


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6 





6 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


G, 3 





6 


6 


6 


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néb. 


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6 


6 


54 


5i 


6,3 


71 


6 


6 





néb. 


néb. 


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6 


5 


5 


5 


5,5 


P 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5 


5 


5i 


5,3 


a 


5 


6 





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6 


6 


5.6 


5| 


5| 


5,6 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


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6 


6 


5 


51 


5,6 


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5 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5 


51 


5| 


5,7 


9 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


54 


5| 


5,5 


X 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


5| 


5,4 


+ 


4 


4 


4 


6 


6 


5 


5 


5 


4.5 


il 


41 


4,3 


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4 


4 


4 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


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4,1 


24 A 


4 


4.5 


4.5 


6 


6 


6 


6 





5.6 


5 


5 


4,8 


36 b 


5 


5.4 


5.4 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


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4| 


4,7 


46 c* 


5 


5 


5 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


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5 


5,5 


47 c' 














6 





6 





6.7 


6 


6 


0,4 


29 




















6 





5 


6 


6 


5,7 


30 




















6 





6 


6 


6 


5,5 


33 




















6 





6 


54 


5| 


5,7 


41 




















6 





5 


H 


5| 


5,8 


42 


5 


5.6 


5 








6 


6 





6 


5 


51 


5,6 



Tycho-Brahé a qualifié de nébuleuses les étoiles |, 0, tt, a, et il a été 
suivi en cela par plusieurs astronomes. Cette qualification peut pro- 
venir soit d'un aspect nébuleux de l'étoile elle-même, soit de l'impres- 
sion produite sur la rétine par une étoile très voisine se confondant 
avec la première. Cette dernière explication peut encore s'appliquer 
aujourd'hui à l'étoile l, attendu qu'elle est accompagnée à 14' d'une 
étoile de 6" gr. | qui se confond avec elle et qui a pu autrefois être un 
peu plus brillante et perceptible à l'œil nu. Mais les trois autres ne 
sont pas dans le même cas. est double ; mais son compagnon, de 7" 
.grandeur, la touche presque, à 22". tt est double aussi; mais son com- 
pagnon n'est que de 10° grandeur, et presque en contact : 3". a n'a 
aucune étoile dans son voisinage. Le ciel a encore subi là quelque 
■ changement. 



LE CAPRICORNE 423 



Au-dessous de o-, on trouve l'étoile FI. 4, de sixième grandeur : tout 
près de cette étoile, un peu au-dessus, une jumelle en montrera une 
un peu plus petite, qui jette des feux d'un rouge rubis. C'est l'une des 
plus curieuses du ciel comme constitution chimique. Son spectre 
appartient à la classe si rare du quatrième type, comme celui de l'étoile 
ide la Vierge, de fx Céphée, et des étoiles rouges en général. Inté- 
ressante à suivre, car elle paraît varier de 6 à 8. 

Les variables connues, périodiques ou irrégulières, de cette cons- 
tellation, ne peuvent être trouvées qu'à l'aide d'un grand atlas et 
suivies qu'à l'aide d'instruments relativement supérieurs : 

R varie de 9 à 14 en un an environ 

S - 7 à 8^ en un temps indéterminé 

T — 9 à 14 en 274 jours 

U — 10^ à 14 en 450 jours 

Ce sont là des observations spéciales. 

Dans les belles soirées de septembre et octobre, dirigez une jumelle 
sur a : vous la dédoublerez 
facilement. La distance des 
deux composantes de ce sys- 
tème est actuellement de 376'', 
comme nous l'avons dit. Est- 
ce là un véritable système 
physique? Les deux astres, 
de 3* et 4" grandeur, sont-ils 
emportés par un mouvement 
propre commun à travers l'es- 
pace, en restant fixes l'un par 
rapport à l'autre, comme tant 
de couples que nous avons ren- 
contrés dans notre voyage si- ^ 
déral ? Non . La comparaison ^''^- ""'■ " "^'"""^ " '" "^""'""'"^ ™" ''""^ "°^ ^■"'"^"^■ 
de toutes les mesures prises montre que les deux étoiles s'éloignent 
lentement l'une de l'autre, avec une vitesse d'environ 1" par siècle. 

Ce mouvement nous donne la clef de l'énigme posée tout à l'heure 
par le silence des anciens à propos de la duplicité de cette étoile. Du 
temps d'Hipparque, ces deux astres étaient, en effet, de 2' 20" plus 
rapprochés que de nos jours, et leur distance angulaire ne surpas- 
sait guère 4 minutes. Il n'est donc pas étonnant que les anciens astro- 
nomes ne se soient pas doutés qu'ils avaient sous les yeux une étoile 
double. Nous nous trouvons ici dans un cas encore différent de celui 




4Î4 



LE CAPRICORNE 




Fig. 288. 



• Séparation lente des deux étoiles a' et a' 
du Capricorne. 



de 61 Vierge, qui était double il y a deux mille ans et qui ne l'est plus 
aujourd'hui, parce que l'une des deux a abandonné sa sœur primi- 
tive. Dans le cas de a du Capricorne, c'est parce que les deux étoiles 

étaient trop serrées qu'on ue 
les a pas séparées. Depuis le 
xvii" siècle, les vues excel- 
lentes les séparent; dans quel- 
ques siècles elles seront deve- 
nues accessibles aux vues or- 
dinaires. 

Une forte lunette montre 
une petite étoile de 12' gran- 
deur à 7" de a'. Celle-ci est 
elle-même une double très 
serrée. On voit deux autres 
compagnons lointains. 

Dirigez aussi une petite lu- 
nette vers (3. Double écartée : 
3' et 7% à 205", jaune orange 
et bleu ciel. Une troisième 
étoile, de 8' à 9" grandeur, forme avec elles un assez joli triangle. 

L'étoile e', de 5|, se montre accompagnée à 3' d'une petite voisine 
de septième grandeur. 

L'étoile p, de cinquième grandeur, est accompagnée à 4' d'une 
étoile de 7'|; de plus, elle est double elle-même, assez serrée • le 
compagnon, de 9" grandeur, est à 3", 8. 

ff : 5 |et 10% à 54" ; jaune orangé et lilas ; couple facile. 
6'' et 7% à 22"; bleuâtres ; observation agréable. 
5| et 8°, à 3", 4 ; couple délicat. Ces trois étoiles étaient, 
comme nous l'avons vu, qualifiées de nébu- 
leuses par les astronomes du xvii' siècle. 

Au-dessous du groupe formé dans la 
queue du Capricorne par les étoiles â, y, x 
et £, on peut voir une étoile de sixième 
grandeur assez brillante : c'est 41. Pointez 
une lunette à l'ouest de cette étoile et vous 
admirerez un bel amas (M. 30), découvert 
Fig. 280. -Lanéb. M. 30, Capricorne, en 1764 par Mcssier qui l'inscrivit comme 
nébuleuse, et résolu en étoiles par William Ilerschel en 1783. Cet 
univers lointain paraît isolé au milieu d'un immense désert, comme 



9 : 

it : 





Fig. 290. — Dernières oonsteUaiions zodiacales. — Le Capricorne. — Le Verseau. 



ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 54 



4^6 LE VERSEAU 



il arrive assez souvent; du reste, cette contrée de l'espace est singu- 
lièrement pauvre en étoiles. 

On trouvera un autre amas, non moins remarquable, entre les 
étoiles V du Verseau et p du Capricorne, à peu près sur le prolonge- 
ment d'une ligne qui partirait de l'étoile 3 du Verseau, de quatrième 
grandeur, et passerait entre s et fx. Il y a là une petite étoile de sixième 
grandeur (P. XX, 325): la nébuleuse la suit à un demi-degré environ. 
C'estM.72. Elleaété découverte par Messier en 1780, et résolue trois 
ans plus tard par le télescope d'Herschel. Son diamètre est de près 
de 2'. 

La constellation du Verseau empiète si complètement sur celle du 
Capricorne, qu'elle s'étend presque au nord sur toute sa longueur, et 
qu'il serait impossible de faire une complète connaissance avec l'une 
sans entrer également en relation avec l'autre. Nous avons dû, sur 
notre fig. 286, qui renferme le Capricorne tout entier, donner en 
même temps la partie occidentale du Verseau. L'étude de cette région 
du ciel est ainsi rendue beaucoup plus facile. 

Il y a dans le Verseau un grand nombre de petites étoiles de cin- 
quième grandeur qui, sans être alignées régulièrement, tracent 
néanmoins une espèce de courant qui peut donner très naturellement 
l'idée d'un courant d'eau, comme la disposition des étoiles des Pois- 
sons a donné l'idée de deux poissons réunis par un ruban. 

Ce courant d'eau commence au nord, vers un groupe de quatre 
étoiles qui a servi à dessiner une urne qui verse l'eau ; il finit au sud 
vers une brillante étoile de 1" gi'andeur qui a servi à dessiner un 
poisson dont la bouche grande ouverte semble avaler ledit courant 
d'eau. Assurément, tout cela est d'une invention assez naïve; mais il 
faut se reporter au temps où des imaginations primitives aimaient 
peupler le ciel d'idées et de faits terrestres : ce vaste ciel devenait 
moins vide, moins muet, moins froid, moins silencieux. La vie réelle 
qui remplit de ses accords l'universelle harmonie n'était ni devinée ni 
pressentie. La grande doctrine de la pluralité des mondes habités, de 
la vie universelle et éternelle, ne devait s'établir que plus tard, comme 
complément positif et naturel des progrès de la science; nous nous 
sentons étrangers à tous ces mondes où règne une solitude apparente 
et qui ne peuvent faire naître en nos âmes l'impression immédiate par 
laquelle la vie nous rattache à la Terre ; nos pères ont peuplé comme 
dans un rêve ces vastes solitudes, et la naïveté même de leurs créa- 
tions nous séduit en nous faisant revivre un instant en ces époques 
primitives où les villes, les codes humains, les temples de pierre, les 



LE VERSEAU 42T 



formes superficielles n'avaient pas encore recouvert de leur écorce les 
premiers sentiments de l'homme dans la nature. C'est dans ces senti- 
ments, dans ces impressions mêmes, qu'il faut chercher l'origine de ces 
antiques figures de la sphère, et non dans l'organisation logique et 
scientifique du zodiaque, qui n'est venue aussi que plus tard. Ce n'est 
point dans le but de symboliser des inondations qu'on a mis là un 
homme versant de l'eau et un poisson qui la boit mais seulement à 
cause de ce vague courant d'étoiles qui en a donné l'idée. Nous devons 
penser que les auteurs de ces figures n'habitaient point les plateaux de 
l'intérieur des continents, mais qu'ils vivaient sur les rivages de la mer, 
la vie nautique entrant pour une part sensible dans leur existence, car 
l'élément aquatique domine ici dans toutes ces images : le Verseau, 
le Poisson austral, la Baleine, les Poissons. Cette simplicité n'est pas 
sans charmes. Considérez un instant notre fîg. 290: les additions faites 
par les modernes ne sont vraiment pas heureuses et jurent singulière- 
ment avec l'aspect primitif : un microscope sous les pieds du Capri- 
corne ; un aérostat sous le ventre du même animal; un chevalet de 
sculpteur sur la tête du poisson ! La simplicité antique a disparu. 

L'aérostat, dessiné par Lalande en 1798, en souvenir de ses propres 
ascensions, est encore la constellation moderne la mieux inspirée, 
car un ballon va de lui-même se placer tout naturellement dans le 
ciel. Pour ma part, j'aime voir cet aérostat sur cette figure, et je 
garderai toute ma vie le plus sympathique souvenir de ce globe céleste 
qui déjà m'a emporté douze fois dans les plaines azurées, et qui dans 
ces divers voyages aériens, accomplis de nuit comme de jour, m'a 
causé des impressions à nulle autre pareilles. Mais il faut quelquefois 
savoir réprimer ses sympathies personnelles, et l'aéronaute s'éclipse 
devant l'astronome lorsqu'il s'agit de mettre de la clarté dans la des- 
cription des étoiles, de simplifier l'étude du ciel et d'en rendre la 
connaissance aussi générale que possible. Je suis donc absolument 
d'avis d'effacer ce dessin et délaisser le Capricorne, le Verseau et le 
Poisson austral reprendre leurs antiques et classiques frontières. 

Cette belle étoile du Poisson austral, nommée Fomalhaut (de l'Arabe 
fom-al-hùt «. la bouche du poisson »), est l'étoile de première gran- 
deur la plus australe que nous puissions admirer de nos latitudes : 
elle marque le 30" degré de déclinaison. Nous ne pouvons la voir 
qu'en septembre vers 11 heures, en octobre vers 9 heures, en no- 
vembre vers 7 heures, et comme c'est aussi là la saison du Verseau, 
nous pouvons nous servir de cette brillante étoile australe et du 
carré de Pégase pour trouver les principales étoiles du Verseau. 



423 



LE VERSEAU 



Tournez-vous vers le sud, prenez en main le tracé ci-dessous, ^g. 291, 
et faites descendre une ligne idéale des deux étoiles de droite, |3 et a, 

du carré de Pégase : avant 



/ 
/ 



ta— 



Carre de Tégajse 



I 



Poissons 



•r 
••x, 



• 7f 



' A Verseau 



ce 



^ d'atteindre l'horizon, cette 

j P ligne rencontrera Fomal- 

i haut. Sur son chemin vous 

trouverez d'abord un petit 
triangle appartenant à Pé- 
gase; puis 7 et /3 des Pois- 
sons ; puis (j>, y et trois <^ du 
Verseau. A droite de ce 
groupe vous remarquerez 
>., de A" grandeur, puis' en 
descendant, t, de 4' ; <J, de 
3° et c2 de 4'. Entre a de 
Pégase et ip du Verseau, il 
est facile de trouver, à 
l'ouest, les étoiles », K, y, ir, 
puis a. 

Cette constellation s'ap- 
pelait chez les Grecs Hy- 
drochos , chez les Latins 
Aquarius, chez les Arabes 
Sâkib al-mâ, ce qui, dans 
toutes ces langues, signi- 
fie un homme qui verse de 
l'eau. Les Arabes appe- 
laient aussi le groupe formé 
par a et Sadalmalick « le 
bonheur du royaume », et 
'omdliaut: le groupe formé par p, ? a les 

événements heureux» ; c'é- 

Fig. m. - Alignement pour trouver le Verseau. talent là deS étoileS de bon 

augure : elles se levaient au temps où le froid finit et où la fécondité 
commence. 

Les deux étoiles principales, « et p, que l'on trouvera au sud de la 
tête de Pégase et du Petit Cheval, sont de deuxième grandeur et 
demie, presque de troisième, et de nuance rougeàtre; la plus brillante 
ensuite est(î, au sud-est de «: elle est de troisième grandeur; viennent 
ensuite "C et X. 7 a dû diminuer d'éclat depuis la classification de Bayer, 



•t 



•S 



«V 



* 



LE VERSEAU 



429 



car la position de cette étoile n'est pour rien dans le rang qu'il lui a 
donné. 

X, dans l'urne du Verseau, au sud des trois étoiles y, Ç, n, a aug- 
menté d'éclat entre l'époque de Ptolémée et celle de Tycho-Brahé. 




ng. 7^z. — Principales étoiles ae la constellation au Verseau. 

En effet, Ptolémée passe absolument cette étoile sous silence. Voici 
sa description de cette région : 

Longitude Latitude 

9 L'étoile qui est dans le coude droit 3' 9" 30' -t- 8"ib' y 

10 La boréale des trois qui font la main droite. 3« 11.40 +10.45 n 

11 L'occidentale des deux autres 3" 12. + 9. c 

12 L'orientale 3« 13.20 + 8.30 ri 

23 A la sortie de l'eau, hors de la main 4« 15. -h 2. '? 

24 Près de celle-ci, au midi 4= 14.50 ■+■ 0.10 X 

25 Plus loin, après la courbure 4" 17.40 — 1.10 h 



430 



LE VERSEAU 



La 23' manque au ciel aujourd'hui. La position de Ptolémée serait- 
elle erronée ? Proviendrait-elle d'une observation inexacte de l'étoile 
y. qui est dans ce voisinage et qui est absente de la description de l'as- 
tronome alexandrin ? L'hypothèse n'a rien que de très plausible. 
Voyons ce que dit Sûfi dans sa révision de VAlmageste. 

« La 23e est îa première étoile à l'embouchure de l'eau, au-dessous des quatre 
de la main droite ( les 9% 10% IP et 12' ). Entre elle et la 12' (vi), il y a plus 
de quatre coudées. Elle est de la quatrième grandeur. Entre la 12° et la 23% il y 
a une étoile dont Ptolémée n'a pas parlé. 

1) La 24" (X) suit la 23% un peu vers le sud, et est des petites de la quatrième 
grandeur; entre ces deux il y a plus d'une coudée. La 25" {h) suit la 24° à plus 
d'une coudée vers le nord-est. » 

D'après cette description, l'étoile x, qui se trouve précisément entre 
VI et la position de l'étoile disparue, aurait existé au ciel en même 
temps que celle-ci. La coudée arabe représentait environ 2°; quatre 
coudées représentent donc environ 8 degrés, et comme y. n'est qu'à 
quatre degrés de vi, il serait d'autre part impossible de lui appli- 
quer la position de l'étoile disparue. D'ailleurs Sûfi a bien réellement 
observé le ciel de ses propres yeux ; nul ne le conteste. Donc la 
23° étoile des catalogues anciens a bien réellement disparu du ciel. 

Notre fiçi. 293 met en comparaison les quatre plus anciennes re- 



ij- iP 4nV IV ir n' iry g' 3<j-ayafr37'3g'3y3j' as'a 



• V 3- y r I 



•7' g' 5- ■<• 3- i 



tfo'/g' tir ITiC iff'iA' «• fa' 



-1 — I — 1 — I — r 

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•n *^ 'v 



•M 



'X 



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4'") 



Fig. 2D3. — Changement arrivé dans le Verseau. 

présentations de cette contrée avec l'état actuel. Ptolémée et Sùfi 
s'accordent pour la position de l'étoile "inconnue ; le dernier mentionne 
l'existence de /., sans en donner la position. Ulugh Beigh signale au- 
nord-est de l une étoile qui doit être P. XXII, 250, à moins que ce ne 
soit une transcription erronée de l'étoile h, ce qui pourrait être, atten- 
du que Sûfi signale cette étoile comme se trouvant au nord-est, au 
lieu du sud-est. Il pourrait bien se faire que cette étoile ( P. XXII, 
$50) fût variable, car, quoiqu'elle soit actuellement visible à l'œil 
nu, Piazzi ne l'a notée que de septième grandeur. — Les catalogues 
identifient par erreur l'étoile d'Ulugh Beigh à FI. 78. 



LE VERSEAU 



431 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU VERSEAU 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION. 



Étoiles — 127 


+ 360 


1430 


1590 


1C03 


1660 


1700 


1756 


1800 


1840 


1860 


1880 


3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


2,7 


P 3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


3 


2,6 


Y 3 


3.4 


3.4 


3 


3 


3 


9 


3 


4 


3^ 


3i 


3,9 


6 3 


3 


3 


3 


3 


3 


S 


3 


3 


3 


3 


3,2 


e 3 


4,3 


4.3 


4 


4 


4 


4i 


5 


4.5 


3| 


3| 


3,8 


ï 3 


3.4 


3.4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3i 


3-i 


3,5 


.1 3 


3.4 


3.4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3| 


4 


4,1 


e 4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4i 


n 


4,3 


4 


4.5 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


4.5 


4 


.4 


4,4 











4 


4 


5| 


5 


5 


6 


5 


5i 


5,2 


X 4 


4.5 


4.5 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


4 


3,6 


« 4 


5.6 


5.6 


5 


5 


5 


H 


4.5 


4.5 


4| 


4| 


5,0 


» 3 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


n 


4i 


4,7 


£ 5 


5 


5 


5 


5 


5 


6 


5 


5 


H 


5 


5,0 


5 


5' 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


H 


4| 


4,9 


n 3 


4.3 


4.3 


5 


5 


5 


5 





5 


4| 


4| 


4,9 


P 5 


5.6 


5.6 


6 


5 


5i 


ôi 


5.6 


6 


5i 


5i 


5,6 


<j 4 


4.5 


4.5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4| 


5 


5,1 


69 i' 

















5 


6 


6 


6 


6 


5,8 


71 ir' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5^ 


6 


5.6 


4 


4 


4,2 


V. 5 








5 


5 


5 


5 





5 


H 


5i 


5,7 


9 4 


4.5 


4.5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


ii 


4i 


4,1 


X 4 


4 


4 


5 


5 


6 


6 


6 


5.6 


5i 


5i 


5,3 


4-' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5.6 


4| 


4| 


4,1 


i» 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4| 


4| 


4,2 


4,3 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


4,8 


«' 5 





5 


5 


5 


5 


5 





5 


4| 


4| 


5,2 


u' 5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 





5.6 


ii 


5 


4,7 


103 A' 

















5 





5 








5,8 


104 A' 5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 





5 


4 


4 


5,0 


98 6' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5.6 


5 


ii 


4? 


3,9 


99 6' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 





5 


5 


5 


4,4 


101 b' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 





5 


H 


4| 


4,5 


86 c' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


6 





5.6 


il 


M 


4,4 


88 c' 4 


4 


4 


5 


5 


5 


4 





4.5 


4 


4 


3,7 


89 c» 4 


4 


4 


5 


5 


5 


5i 





5 


5 


5 


4,9 


25 d 5 


6.7 


6 


6 


6 


6 


6 





5.6 


5| 


5j 


5,5 


38 e 6 


6 








6 


6 


6 


6 


6 


5| 


5i 


5,6 


53 Z' 


6 


6 





6 





6 





6 


6 


6 


5,8 


66 g' 5 


5.6 


5.6 


6 


6 


6 


6 





6.7 


5i 


5| 


4,9 


68 g' 5 


5.6 


5.6 











6 





6 


6 


6 


5,4 


83 h 4 


4.5 


4.5 


6 


6 


6 


6 





6 


5| 


5| 


5,4 


106 i' 5 


5 


5 


6 


6 





5 





5 


5 


5 


5,2 


107 i= 

















6 





6 


54 


5i 


5,4 


108 i' 





5 


5 


6 





6 


0- 


6 


5 


5 


5,1 


1 

















6 





5.6 


5 


5 


5,6 


3 

















5 





4 


4i 


ii 


4,8 


5 

















6 





6 


5 


51 


5,8 


7 


6 


6 











6 





6 


5 


5| 


5,9 


12 

















6 





5.6 


5i 


5è 


5,7 


41 

















6 





6 


6 


5i 


5,8 


46090 LaLO 























6i 


6 


6 


6,8 


94 





5 








6 


6 





6 


5f 


5| 


5,5 


97 














6 


6 





6 


5| 


5| 


5,3 


P.XXII -200 























7 


6 


6 


5,9 


Fomalhaut. 1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


1 


li 


1-i 


1,4 



432 LE VERSEAU 



Pour eu revenir àx, Tycho-Brahé est le premier qui donne sa posi- 
tion, en la marquant de quatrième grandeur. Sa variabilité est prouvée 
non-seulement par son invisibilité ancienne, mais encore par les di- 
vergences modernes : elle est actuellement de 5° ; Héveliusl'a estimée 
de 5 3/4 ; Piazzi de 6«. 

L'étoile V paraît varier sur une échelle plus vaste encore. Ptolémée 
l'a notée de troisième grandeur. Sùfi l'a faite de cinquième dans sa 
description, et de sixième dans son catalogue (il y a eu une confusion 
ici entre cette étoile et FI. 7 ; mais comme il n'y a pas là d'autre étoile 
brillante, il est à peu près certain que c'est de l'étoile v qu'il s'agit). 
Argelander et Heis l'ont estimée de 4 1. 

Ptolémée a également noté w de troisième grandeur : elle a varié, 
car Sûfi remarque qu'elle esta des brillantes de la quatrième », et 
aujourd'hui elle n'est plus que de cinquième. 

T, de quatrième grandeur, laisse briller à côté d'elle, au nord-ouest, 
une étoile de sixième, que les anciens n'ont pas remarquée, quoiqu'on 
l'aperçoive bien et que sa distance soit de 40'. Flamsteed est le premier 
qui l'ait observée, et il a noté la seconde étoile par ordre d'ascension 
droite (celle qui est actuellement la plus brillante), comme plus 
petite que la première. Mayer les a vues égales. Depuis cette époque, 
la seconde est plus brillante que la première, avec deux grandeurs de 
différence ! Elle est d'une belle couleur orangée. 

On remarquera encore d'autres variations en comparant attentive- 
ment les nombres du tableau qui précède. Plusieurs valeurs, dues aux 
observateurs de l'hémisphère boréal, sont inférieures à la réalité, à 
cause de l'éloignement austral de ces constellations ; cependant A' est 
parfois visible à l'œil nu et parfois invisible ; A* paraît avoir varié 
tout récemment de 4 à 5; fa' de 5 à 4; c*, de 5| à4|; c^ de 4 | à 3|; 
h a été notée de quatrième par Ptolémée et de 4 1 par Sùfi, comme nous 
l'avons vu tout à l'heure, tandis qu'elle n'a été vue que de sixième et de 
cinquième et demie par leurs successeurs. Ce sont là autant de varia- 
tions plus ou moins probables. 

Au-dessus d'une ligne droite fort remarquable tracée par les étoiles 
A', i', i*, i^, et au-dessous de co^, on pourra chercher une étoile rouge 
variable assez curieuse. Sa lumière varie de la 6° à la 11° grandeur dans 
la période de 388 jours. Quelquefois, à l'époque de son maximum, elle 
n'arrive qu'à la septième. Son dernier maximum a eu lieu le 9 no- 
vembre 1880, et son prochain, aura lieu le 2 décembre 1881. C'est 
la variable R du Verseau. Une voisine, de 6% peut servir de point de 
wmparaison. 
Une autre variable, T, pourra être cherchée, à l'aide d'une lunette, 



LE VERSEAU 433 



tout près de l'étoile FI. 3, au sud-est : elle varie de 6,8 à 12,8 en 
203 jours. Ses prochains maxima auront lieu les 13 mai et 2 dé- 
cembre 1881. 

Une troisième. S, varie de 8 à 13 en 280 jours, mais son observa- 
tion est d'une grande difficulté. 

Plus facile à trouver est l'étoile 46090 Lalande, cà peu près sur le 
prolongement de (J>',(]/'^,<j/', à l'ouest. Cette étoile paraît varier de 5|à8, 
et la durée de sa période est encore à déterminer. Elle était invisible 
à l'œil nu en 1878 (Schmidt), quoique Heis et Argelander l'aient vue 
sans difficulté et estimée de sixième grandeur. Piazzi ne l'a pas obser- 
vée; mais Lalande l'a vue de 6" |. Intéressante à suivre. 

C'est dans cette constellation, à l'est de^, que Tobie Mayer observa 
Uranus le 26 septembre 1756, sans se douter qu'il avait sous les yeux 
un monde de notre système, dont la découverte devait immortaliser 
vingt-cinq ans plus tard le nom de William Herschel. C'est le gros- 
sissement du disque qui attira l'attention d'Herschel sur cet objet 
céleste, grossissement dû à la puissance du télescope qu'il avait 
construit de ses propres mains. Mais, à défaut du grossissement, la 
découverte aurait pu être faite beaucoup plus tôt, si l'on avait suivi 
le mouvement de cet astre. Ainsi, par exemple, à l'Observatoire de 
Paris, Lemonnier l'a observé quatre fois en 1750, deux fois en 1768, 
six fois en 1769 et 1771. Si cet astronome avait transcrit régulière- 
ment ses propres observations, il eût, par cette seule comparaison, 
enlevé à Herschel la gloire de sa découverte. On ne peut pourtant 
s'empêcher de remarquer d'autre part que si certains astronomes man- 
quent parfois d'ardeur ou d'imagination, il en est d'autres qui en ont 
un peu trop. Ainsi, dans cette même constellation du Verseau, le père 
capucin Antonio de Rheita, dont nous avons rencontré plus haut « le 
Voile de sainte Véronique », a cru reconnaître cinq satellites à Jupiter 
et compléter la découverte de Galilée, parce qu'un beau soir il avait 
observé la planète passant devant les petites étoiles situées près de y 
du Verseau. Il fit hommage de sa découverte au pape Urbain VIII, 
le condamnateur de Galilée, et, pour en rappeler le souvenir, il baptisa 
le nouveau cortège de Jupiter du titre d'astres urbanoctaviens 
)(Urbanus Octavus).Mais son pseudo-satellite ne vécut pas longtemps, 
tandis que ceux de Galilée tournent toujours ('). 

(') A la fin du siècle dernier, un astronome quelque peu célèbre aurait cru man- 
quer à ses devoirs de colonisateur céleste s'il n'avait pas surrhargé la sphère d'une 
nouvelle constellation, et c'est à cette mode que nous devons ces figures sans goût 
et plus embarrassantes qu'utiles qui, telles que le Fourneau chimique, le Chevalet du 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 55 



434 



LE VERSEAU 



Nous avons déjà remarqué tout à l'heure le couple très écarté (4(y) 
formé par l'étoile orangée 71 z"^ et l'étoile jaune 69 t'. .Celle-ci est 
double elle-même: 6' et 9% à 28". 

A' n'est séparée de A' que par 13'; distance un peu supérieure à 
celle de Mizar à Alcor. 

L'étoile 83 h, de cinquième grandeur, forme un couple écarté à 4' 
avec une voisine de septième grandeur et demie. 

ij/' forme un couple, élégant et très facile à reconnaître, avec son 
compagnon de neuvième grandeur : jaune topaze et bleu ciel; à 50". 
Système fixe. Mouvement propre commun aux deux étoiles. (On peut 
remarquer que, dans cette région, A, t, y, x, V^ '^^, A', et b^ sont rou- 
geâtres.) 

94: 5' I et 7" |, à 14"; rose et bleu clair; beau système; mouve- 
ment propre commun. 

53 f: 6'= 6% à 8"; système physique, comme les deux qui précèdent. 
Le mouvement relatif des deux composantes n'est pas encore bien 
accusé. 

107 i'' : 5° I et 7' |, à 5",6 ; blanche et pourpre; système en mouve- 
ment très lent. 

41 : 6° et 8°|, à 4" 8; jaune topaze et bleu ciel, couple charmant. 

Une étoile de septième gran- 
deur, brillant dans le voisi- 
nage , en rehausse encore 
l'intérêt. 

12:5|et8|,à2"8;blanche 
**.t bleuâtre. Couple délicat. 

Mais de toutes les étoiles 
doubles de cette constellation, 
la plus magnifique, la plus 
célèbre et la plus digne d'at- 
tention est la belle étoile ç, 
de troisième grandeur et de- 
mie, qui brille au milieu du 
groupe de trois étoiles for- 
mant l'urne du Verseau, dont 
nous nous sommes entretenus tout à l'heure à propos de la dispari- 

peintre, la Machine pneumatique, le Messier, l'Atelier de typographie, voire même 
le Chat de Lalande, encombrent si singulièrement la géographie du ciel. Il y eut 
plus d'un essai mort-né, entre autres, dans la région du ciel que nous étudions en 
ce moment, entre le Verseau et Antinous, le « Lion Palatin » que Kœnig, astronome 
assermenté de l'Électeur palatin, avait fait graver en 1785. 




Fig. 294. — L'étoile donble Ç du Verseau. 



LE VERSEAU 435 



tion arrivée au-dessous de ce groupe. Cette étoile se dédouble en 

deux astres brillants , de 3 | ^g^o 

et 4|, séparés à 3", 5. La pre- I 

mière observation en a été i 

faite par Christian Mayer le | 

8 septembre 1777, et la se- ^fon O -qo- 

conde par Herschel le 12 sep- I 

tembre 1779. Depuis cette ! 

époque, c'est-à-dire depuis I 
plus d'un siècle, le couple a 
tourné de 45 degrés , d'un 

mouvement sensiblement uni- ihho^ 




forme et sous la même dis- 
tance angulaire de 3*, 5. C'est 
seulement le huitième de la 

révolution totale . Si le mou- ^'^- '^'- " »"'"'«'"«''' ""serve sur rétollo ç cU, Verseau. 

vement restait tout à fait constant, la période serait de huit siècles. 
Mais on commence à remarquer un ralentissement, et il est déjà cer- 
tain qu'elle surpasse un millier d'années. Voilà un système de mondes 
devant lequel nos années ne sont que des jours. 

Cette constellation possède un magnifique amas d'étoiles, la nébu- 
leuse découverte par Maraldi en 1746, décrite quelques années plus 
tard par Messier et inscrite par cet astronome au n" 2 de son cata- 
logue. A cette époque, les meilleurs instruments ne montraient là 
qu'une nébuleuse sans étoiles, pâle et circulaire, avec condensation 
centrale; mais en lui appliquant son télescope de quarante pieds, 
William Herschel vit, avec une joie 
indicible, jaillir sous ses yeux des 
myriades d'étoiles nettement sépa- 
rées. Lorsqu'on examine cette créa- 
tion lointaine à l'aide d'un instru- 
ment puissant, on ne peut s'empê- 
cher de comparer ce champ d'étoiles 
au sable des bords de la mer, tant 
ces points brillants sont serrés les 
uns contre les autres. Une lunette Fig. 296.-L'amasd'étoiiesM.2.verseau 

,, , . ,.~ |.p, dans un instrument moyen. 

de onze centimètres d objectii suint 

néanmoins pour distinguer cet aspect granulé et pour deviner qu'on 
a sous les yeux une immense agglomération d'étoiles, quoiqu'elles 
ne soient que de la quatorzième grandeur. Quel ne doit pas être 




i36 



CURIOSITÉS SIDÉRALES DANS LE VERSEAU 




l'éloignement de cet univers!... Son diamètre mesure environ 3'. 
L'instrument dont je viens de parler montre à peu près l'aspect repro- 
duit {fig. 296) : la nébuleuse se trouve à la tête d'un triangle rectangle 
formé par une étoile de dixième grandeur et deux de onzième. Dans 

un puissant télescope, 
l'aspect circulaire dis- 
paraît; et l'on a sous 
les yeux le magni- 
fique fourmillement 
d'étoiles représenté 
{fig. ?97). On trouvera 
cette nébuleuse entre 
les étoiles s de Pégase 
et |3 du Verseau : il y a 
là, vers le milieu, une 
étoile de cinquième 
grandeur (d); sous 
cette étoile on en voit 
une première, de sixiè- 
me grandeur, puis une 
seconde : celle-ci est 
double et porte le n" 2809 du catalogue de William Struve (6' et 8% 
à 31"). La nébuleuse dont nous venons de parler se trouve tout près, 
au sud-ouest. — Se servir de la fig. 292. 

Plus curieuse encore est celle que l'on trouvera près de l'étoile v 
(la précédant de 1° g), à 12 degrés à l'est de a du Capricorne. C'est là 
une nébuleuse planétaire (H. IV, I), un disque blanc, légèrement 
teinté de bleu, singulièrement lumineux, elliptique, mesurant 23" de 
longueur sur 18" de largeur. Sa lumière égale celle d'une étoile de 
septième à huitième grandeur, et, de fait, Lalande l'a observée comme 
étoile le 22 août 1794 et le 25 octobre 1800 (=40765). Déjà 
Herschel l'avait découverte en septembre 1782. Cette nébuleuse à 
l'aspect planétaire est accompagnée d'une étoile de quinzième gran- 
deur, à 343° et 103". En 1848, le grand télescope de lord Rosse montra 
que son ellipticité est probablement due à la présence d'un anneau vu 
parla tranche {fig. 298). Mystère sur mystère !... Et, comme complé- 
ment , le spectroscope révèle qu'elle est composée d'une masse de 
gaz incandescent ! 

Nous avons là, à n'en pas douter, devant nous un système solaire 
en formation. En le supposant seulement à la distance des étoiles les 



Fig Î'J?. — L'amas stellaire du Verseau dors un puissant instrument. 




CURIOSITÉS SIDERALES DANS LE VERSEAU 437 

plus proches, par exemple de la 61' du Cygne, là, 37 millions de lieues, 
vues de face, sont réduites à une demi-seconde d'arc, et 20" représen- 
tent, en nombre rond, quarante fois la distance qui nous sépare du 
Soleil. Le diamètre de ce globe de gaz est donc, 
à n'en pas douter, plus considérable que celui 
de notre système solaire tout entier. Or sait-on 
ce qu'une sphère du diamètre de l'orbite de 
Neptune représente? Les volumes des sphères 
sont entre eux comme les cubes des rayons. Eh 
bien ! Neptune décrit sa circonférence à 6420 fois 
le demi-diamètre du Soleil : le volume du Soleil 
est donc à celui de cette sphère immense dans *''^- ;^^; "?* "^''"'<="=a 

^ H. IV, 1, du Verseau. 

le rapport de 1 à 6420», ou de 1 à 264 000 000. 

Ainsi ce globe de gaz est au moins 264 milliards de fois plus gros 

que notre soleil, lequel est lui-même 1 283 700 fois plus gros que la 

Terre c'est-à-dire que cette pâle nébuleuse est, au minimum, 

338 quatrillions 896 trillions 800 mille m.illions de fois plus grosse 
que la Terre ! 

Que la densité d'un tel gaz doit être faible ! Si toute la matière du 
Soleil, des planètes et des satellites était uniformément répartie 
dans l'espace sphérique embrassé par l'orbite de Neptune, la densité 
de cette nébuleuse gazeuse serait quatre cent millions de fois plus 
faible que celle de l'hydrogène, gaz le plus léger de tous, déjà qua- 
torze fois moins dense que l'air que nous respirons. 

Non loin de cette genèse cosmique, à l'ouest, en se dirigeant versp 
du Capricorne, on trouve une troisième nébuleuse, M. 72, dont nous 
avons parlé plus haut (p. 434). 

Quelle étude intéressante que celle des nébuleuses et amas d'étoiles, 
pour celui qui se consacrerait exclusivement à leur examen consécutif 
et qui chercherait à surprendre les variations d'aspects, de conden- 
sations et de mouvements que l'analyse ne manquera pas de révéler î 
Déjà nous en connaissons plusieurs qui sont doubles et qui, comme 
les étoiles doubles elles-mêmes, se montrent en mouvement relatif ('). 
Que de découvertes à faire dans ce vaste champ de l'astronomie sidé- 
rale ! Le catalogue général des nébuleuses de Sir John Herschel 
donne déjà la description sommaire de 5076 nébuleuses qui se décom* 
posent ainsi : 

(<) Voyez mon Catalogue des Étoiles doubles, p. 167. 



438 NEBULEUSES ET AMAS D'ETOILES. 

Amas stellaircs 535 

Amas stellaires globulaires 30 

Amas globulaires résolubles 72 

Nébuleuses résolubles 397 

Nébuleuses irréductibles ou non résolues 4042 

Plus d'un millier de nébuleuses sont résolues aujourd'hui en agglo- 
mérations d'étoiles, et à mesure que la puissance télescopique aug- 
mente on voit des nébuleuses jusqu'alors rebelles se laisser à leur 
tour pénétrer par la vision télescopique et se classer parmi les amas 
d'étoiles. On peut estimer au cinquième du nombre total celles qui 
sont certainement composées d'étoiles,et nous pouvons être convaincus 
que la proportion s'accroîtra constamment avec les progrès de l'op- 
tique. Il n'en est pas moins certain, néanmoins, qu'il y a dans l'immen- 
sité un grand nombre de véritables nébuleuses gazeuses, dont l'analyse 
spectrale commence à déterminer l'état physique et la constitution 
chimique. Telle est, entre autres, la nébuleuse planétaire que nous 
venons de rencontrer; telle est aussi la splendide nébuleuse d'Orion 
à laquelle nous allons arriver. 

Les unes comme les autres plongent nos esprits contemplateurs 
dans une admiration bien naturelle et bien légitime. Les nébuleuses 
gazeuses nous révèlent les mystères de la genèse des mondes et nous 
transportent à travers les arcanes des temps disparus; les amas 
d'étoiles nous éblouissent par la richesse du nombre de leurs soleils 
et nous transportent dans l'immensité de l'espace .- quelle étendue ne 
doit pas occuper une agglomération de soleils comme l'amas d'Her- 
cule ou celui du Verseau, pour que ces soleils ne tombent pas les uns 
sur les autres ! il y a peut-être entre chacun de ces points lumineux la 
distance qui nous sépare de l'étoile alpha du Centaure. La lumière 
emploie certainement des milliers — peut-être des millions — d'an- 
nées pour venir de là ! 

C'est ainsi que, dans notre description technique des constellations, 
notre voyage, analysateur et synthétique à la fois, nous a fait toucher 
du doigt, pour ainsi dire, toutes les curiosités essentielles de l'univers 
au sein duquel notre petite planète veille comme un observatoire. 
Étoiles visibles à l'œil nu, dont l'histoire peut nous intéresser à diffé- 
rents titres; étoiles variables, périodiques ou temporaires; étoiles cu- 
rieuses par leur coloration et leur constitution physique et chimique ; 
étoiles doubles et multiples ; systèmes remarquables par leurs mouve- 
ments ; nébuleuses de tout ordre ; groupes et associations ; change- 
ments arrivés dans le ciel ; en un mot tout ce qui peut se voir, tout ce 
qui doit se voir, tout ce que chacun devrait connaître jpour cesser de 



LE ZODIAQUE 439 



vivre en aveugle au milieu d'un univers splendide : toutes ces réalités 
nous les avons visitées, géographiquement, et nous savons maintenant 
où les chercher et où. les trouver. Ce n'est plus un exposé théorique ; 
c'est un guide que nous avons entre les mains. 

Notre description du zodiaque est terminée ('), de sorte qu'il ne nous 
reste plus à visiter que les constellations australes, dont les plus ex- 
trêmes passeront rapidement devant nous, attendu qu'elles restent 
constamment invisibles pour nos latitudes et que d'ailleurs elles n'ont 
été l'objet que d'observations modernes, toujours rares et souvent 
incomplètes. Les plus importantes qui nous attendent encore sont 
celles du géant Orion (la plus belle et la plus riche du ciel), du Grand 
Chien, illustré par Sirius; de la Baleine, de la Licorne et de l'Hydre. 

Mais avant de quitter les régions zodiacales, il est encore un point 
de l'histoire de l'Astronomie qui peut nous intéresser à juste titre: 
c'est celui de l'antiquité du zodiaque et de l'origine des caractères sous 
lesquels chacun des signes est encore aujourd'hui représenté. 

On a écrit des dissertations interminables sur l'antiquité du zodia- 
que, les uns la faisant remonter à quinze mille ans, les autres à vingt- 
deux mille. D'après l'étude directe que nous venons de faire du ciel et 
de son histoire, nous avons vu que la formation de la zone zodiacale 
est postérieure à la création des constellations, et que les constella- 
tions ont eu des origines diverses et successives. On a d'abord remar- 
qué le chemin décrit par la Lune, et on a partagé cette circonférence 
en vingt-huit parties représentant la demeure de la Lune pendant 
chaque nuit du mois. Puis on a reconnu que les planètes se meuvent 
le long de la même ceinture, et que dans son cours annuel apparent, le 
soleil suit également la même marche, ce qui ne put être constaté 
qu'en dernier lieu, attendu qu'on n'observe pas directement la marche 
de l'astre du jour devant les étoiles et qu'on n'a pu l'apprécier que par 
des comparaisons faites après son coucher ou avant son lever. C'est 
ainsi qu'on a fait passer, à travers dés constellations préexistantes, 
une zone mesurant 15 degrés de largeur, au milieu de laquelle glisse 
la route du soleil ou l'écliptique. 

Il est certain que du temps d'Homère et d'Hésiode il n'y avait qu'un 
très peti* nombre de constellations de nommées, et c'est ce que Strabon 
a soin de souligner pour empêcher ses contemporains de les accuser 
d'ignorance. Endémus de Rhodes, élève d'Aristote, attribue l'introduc- 

(') Revoir, pour l'ensemble, la bande zodiacale inférieure de notre Planisphère 
céleste, Astronomie populaire, p. 700, en attendant notre grande carte générale, qui 
ne pourra être publiée qu'après ce Supplément. 



440 



LE ZODIAQUE 



tion de la zone zodiacale dans la sphère grecque à Œnopide de Chic, 
contemporain d'Anaxagore. C'est seulement vers le sixième siècle 
avant notre ère que notre zodiaque a reçu les noms qui nous ont été 



airiee 



7X0 



Sagittaritis ■ c ? 




il3HiÀtew:a%â\»m 



tiirgo. 



/ KapiicouvttM» 




f ig. 299. — Ua zodiaque de l'an 1489. 



conservés; encore la Balance n'a-t-elle été détachée du Scorpion 
qu'au troisième siècle avant notre ère. 

Sans doute, le lever matinal ou crépusculaire de certaines étoiles 
ou de certains groupes remarquables situés vers l'écliptique avait frap- 
pé les observateurs, et nous avons vu, notamment, que les Pléiades 
ont joué le principal rôle dans l'établissement des premiers calen- 
driers." Il y a bien des milliers d'années que le chemin zodiacal *est 



LES SIGNES DU ZODIAQUE 441 

tracé par le cours de la Lune et des planètes; mais il n'y a pas plus de 
trois mille ans que notre zodiaque actuel est dessiné. 

Nous parlions tout à l'heure de Fomalhaut, ou a du Poisson austral. 
Remarquons à ce propos que Aldébaran du Taureau, Antarès du 
Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut se trouvent à peu près à 
angle droit l'une avec l'autre et partagent le ciel en quatre parties 
égales. Ces quatre étoiles, brillantes et remarquables, appelées aussi 
étoiles royales, étaient vénérées par les Perses 2500 ans avant notre 
ère, comme les quatre gardiens du ciel. Alors Aldébaran, ou l'œil du 
Taureau, était dans l'équinoxe du printemps et gardien de l'est; 
Antarès, ou le cœur du Scorpion, se trouvait précisément dans 
l'équinoxe d'automne et était le gardien de l'ouest; enfin Régulus, le 
cœur du Lion, n'était qu'à une petite distance du solstice d'été, et 
Fomalhaut, à une petite distance du solstice d'hiver, de manière à 
désigner pour les Perses le midi et le nord. C'est sans doute de ces 
mêmes étoiles que parle le Chou-King, le monument historique le plus 
ancien et le plus authentique de la Chine, lorsqu'il rapporte que l'em- 
pereur Yao, vers l'an 2357 avant notre ère, ordonna aux astronomes 
Hi et Ho d'observer « l'étoile Niao du printemps; l'étoile Ho de 
l'été; l'étoile Hiu de l'automne, et l'étoile Mao de l'hiver, en véri- 
fiant en même temps l'ombre du soleil ». A cette époque lointaine, 
ces quatre étoiles réglaient la mesure du temps et le calendrier ; elles 
réglaient même les affaires politiques.... Mais de tous les peuples 
anciens qui les ont consultées. Egyptiens, Babyloniens, Perses, 
Mèdes, Chinois, tous ont disparu, excepté cette étrange Chine qui 
semble cristallisée depuis quatre mille ans. 

On s'est souvent demandé quelle est l'origine des signes par lesquels 
chacune des douze constellations zodiacales est représentée depuis 
un temps immémorial. Les voici, tels qu'on les reproduit encore 
aujourd'hui dans les almanachs : 



Poissons Sélier TliDTeau Gémeuuc Cancer Lion . yierse Balance Scorpion Sagi^ite Capctçonie V^ssiiu 

l)k ^ xf'n & ^ VIS ù^ ni *->>-■{, ' 



1 



Sur ces douze signes, six sont faciles à expliquer : — Deux poissons 
dos à dos,— Cornes de bélier,— Tête de taureau,— Balance,— Flèche 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 56 



442 ORIGINE DES SIGNES DU ZODIAQUE 

du Sagittaire, — Vagues de l'eau. Nous pouvons conclure de là que 
ces signes sont des restes d'hiéroglyphes, des représentations abrégées 
de la figure même. C'est là une induction qu'il est légitime d'appliquer 
à la recherche des six autres origines, beaucoup moins claires que les 
précédentes. Nous pouvons déjà deviner toutefois que le signe des Gé- 
meaux n'est autre que deux traits verticaux associés, représentant deux 
jumeaux. Le dard qui reste encore au signe du Scorpion rappelle une 
origine analogue, et l'espèce d'm qui le précède doit provenir du 
dessin rudimentaire des tentacules de cet insecte. Examinez, en effet, 
la fig. 299 {fac-similé d'une vieille gravure sur bois de l'an 1489), et 
vous reconnaîtrez qu'en dessinant en abrégé le Scorpion on arrive 
assez naturellement au signe actuel*; c'est du reste ce que nous pou- 
vons essayer de reproduire : ^ )^K»% : la sténographie s'explique 
facilement. Il en est de même du Lion; on a, rudimentairement, la 
tête, le corps et la queue : ^^ <f^ <Si . Le signe du Cancer ou de 

l'Écrevisse indique fort ingénieusement le mouvement de recul carac- 
téristique de ce crustacé. Quant aux symboles du Capricorne Z et 
de la Vierge np^ l'extrait de naissance est plus difficile à recon- 
struire. On a dit que le signe Z était une abréviation des deux 
premières lettres Tp du mot grec Tfoyoç, bouc; mais cette origine n'est 
pas certaine, car le Capricorne n'était pas nommé Tragos en grec, 
mais Aïgokéros. Peut-être ce signe est-il plus moderne et n'est-il que 
l'initiale du mot Capricornus lui-même. Il ne faudrait pas jurer, 
pourtant, qu'il ne dérive pas, comme les autres, du dessin primitif 

de l'animal cornu représenté dressé sur ses pattes de derrière ^ iZ* je 

Qu'en pensez-vous? Les trois jambages du signe de la Vierge et son 
petit crochet seraient, dans le même système, les vestiges de la 

Vierge ailée d'Eudoxe et d'Aratus portant l'Épi: ^ ^ ^ .Le signe 

actuel de la Vierge ressemble singulièrement à celui du Scorpion, et 
pourtant qui pourrait douter qu'il y ait eu une différence essentielle 
primitive entre les deux êtres, comme entre les deux symboles? Une 
vierge ressembler à un scorpion ! C'est tout au moins inattendu. 

Ces métamorphoses hiéroglyphiques paraîtront peut»être un peu 
hardies à quelques membres de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres; mais elles sont absolument dans l'ordre des descendances 
analogues. Prenons comme exemple, instructif à tous les points de 



LES LETTRES ET LES SIGNES 443 



vue, notre propre alphabet français moderne. Voici l'origine de 
chaque lettre : 

ORIGraE DES LETTRES DE l'aLPHABET. 

A a vient du dessin d'une tête de bœuf. 

B 6 — — maison. 

Ce — — main recourbée. 

D d — — porte. 

E e — — main qui appelle. 

Ff — — (altération de la lettre p.) 

G g — — chameau. 

U h — — haie. 

I i — — main indicatrice. 

J j — — vient de i. 

K k — — est le C dur. 

L i — — aiguillon. 

Mm — — vagues de l'eau. 

N n — — poisson. 

O — — œil. 

P p — — bouche. 

Q g — — nœud. 

Rr — — rayon. 

S s — — support. 

T f — -ï- marque d'une limite. 

Uu — — crochet. 

Vu — — vient de U. 

Xx — — composé de c et s. 

Y y — — autre forme de l'i. 

Z 2 — — marteau. 

Assurément il serait assez difficile aujourd'hui de retrouver une 
tête de bœuf dans A ou a, une maison dans B ou b, etc.; et pourtant 
il n'est pas contestable que ce soit parfaitement là l'origine de nos 
lettres. 

La première écriture des humains a été la représentation des 
objets par le dessin, de même que la première forme de langage avait 
été l'onomatopée, c'est-à-dire les sons représentant les premières 
impressions, de crainte, de joie, de douleur, de plaisir. Les lettres de 
l'alphabet primitif (phénicien) ne sont autre chose que les initiales des 
mots représentés hiéroglyphiquement. Les Grecs ont emprunté leur 
alphabet aux Phéniciens, mais en retournant les lettres, attendu que 
les Phéniciens écrivaient de droite à gauche, tandis que les Grecs, 
comme leurs successeurs, ont écrit de gauche à droite. Il n'est pas 
sans intérêt de suivre la curieuse transformation de chaque lettre des 
Phéniciens aux Grecs et aux Latins (c'est-à-dire à nous-mêmes, puisque 
notre alphabet est l'alphabet latin). Voici cette succession, à travers 
laquelle on pourrait mettre plus de variété encore si l'on voulait repro» 
duire toutes les formes de lettres des manuscrits du moyen âge : 



444 



LES LETTRES ET LES SIGNES 



ORIGINE 


ET TRANSFORMATION 


DES LETTRES 


DE l'alphabet 


, 




Nom 


PbéDÎcieD 


Lettre 


Nom 


Lettre 


Signe primitif 


phénicien 


archaïque 


grecque 


grec 


romaine 


Tète de Bieuf 


Alap 


4- 


A a 


Alpha 


A a 


Maison 


Bit 


ô 


B p 


Bêta 


B h 


Haio recourbée 


Cap 


/ 


K X 


Cappa 


G c 


Porle 


Dalat 


A 


A 8 


Delta 


D d 


Main qui appelle 


E 


^ 


E E 


Epsilon 


E e 


Chameau 


Gamal 


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Gamma 


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Hith 


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Hain indicatrice 


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Iota 


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Aiguillon (bœufs) 


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Vagues de l'eau 


Mim 


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Poisson 


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Nu 


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Œil 


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Pé 


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Nœud 


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Chi 


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Rajon (brisé) 


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Support 


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Sigma 


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marque d'une limite 


Tau 


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T T 


Tau 


T t 


Crochet 


U 


H 


r u 


Upsilon 


U u 


Marteau 


Zin 


^ 


w + 


Psi 


V V 



On voit que les Grecs ont à peu près gardé tous les noms phéni- 
ciens, qui ne signifiaient plus, dans leur propre langue, les objets 
représentés par les lettres. Ainsi, bœuf ne se dit en grec ni alap, ni 
alpha, mais bous; maison se dit oïkia; porte se dit thura; etc. 

Les mots et les signes se métamorphosent parfois plus complète- 
ment encore que la chrysalide de la chenille qui devient papillon. Ce 
que nous venons de dire des lettres peut se dire également des chiflfres. 
D'où vient ce fameux système décimal sur lequel toute la mathéma- 
tique est fondée? De ce fait anatomique que nous avons dix doigts, et 
que la plus simple, la plus primitive manière de compter est de se 
servir de ses dix doigts. Si nous avions huit, douze ou quatorze doigts, 
notre numération eîit été toute différente. L'idée suggérée à l'origine 
par un fait d'expérience quotidienne a été, à l'aide du langage, con- 
vertie en une loi qui façonne et domine désormais la pensée humaine. 
Et les chiffres écrits, d'oili viennent-ils ? Prenons les chiffres romains 
anciens : 

I II III IIII V VI VII VIII VIIII X 



LES LETTRES ET LES SIGNES 



445 



Il n'est pas douteux que ce sont tout simplement là les doigts de la 
main; que le V représente la main elle-même, grande ouverte ; que le 
VI représente une main plus un doigt; que le X réunit les deux 
mains. C'est ce qu'il y avait là de plus simple au monde. Les chiffres 
arabes, dont l'usage n'est devenu général que depuis le temps de 
Henri III, sont moins simples , mais plus courts, et proviennent 
d'abréviations successives qui masquent aujourd'hui complètement 
leur origine. Pour couronner cette digression sur les transformations 
successives des signes du zodiaque et des caractères de l'alphabet, 
jetez un coup d'œil sur le dessin ci-dessous, qui témoigne d'un fait plus 
curieux encore peut-être. Ce sont là des ornements de pagaies, tracés 






Fig. 300. — Dégénérescence d'un dessin primitif. 

par les insulaires de la Nouvelle-Irlande. Un dessin plus ou moins 
grossier de la forme humaine a graduellement dégénéré au point de 
devenir d'abord méconnaissable, puis de disparaître tout à fait pour 
faire place à un croissant enfilé d'une flèche. Ces curieux spécimens 
ont été présentés au Congrès de l'Association britannique, à la session 
de Brighton, en 1872, et sont absolument authentiques. L'histoire 
entière de l'humanité nous offrirait des exemples analogues. 

Les hommes primitifs ne peuvent représenter leurs idées que sous 
des formes simples et naïves. Jetez un coup d'œil, par exemple, sur \<i 
Calendrier des Dakotas {fig. 301) dessiné par eux-mêmes, et reproiî.uit 
récemment en fac-similé par des officiers américains : chacun de 
ces 71 croquis a eu pour but, dans l'esprit de ces Indigènes, de repré- 
senter chaque année, à partir de l'hiver 1799-1800 (ils comptent 
leurs années par neiges et leurs mois par lunes ), en signalant ces 
années par le fait capital qui les caractérise. Et voilà tout leur calen- 
drier et toute leur histoire. Ainsi, le dessin n° 1, qui représente l'année 
comprise entre novembre 1799 et novembre 1800, rappelle que trente 
des leurs (trois rangs de dix) ont été tués à cette époque-là par les 
Indiens Crov^^s. Le n° 2 rappelle une épidémie de petite vérole mar-. 
quant la tête et le corps d'un homme. Le n" 3 constate qu'en 1802 ils 



446 LE ZODIAQUE 



ont appliqué le fer à cheval aux pieds de leurs coursiers. Le n° 4 rap- 
pelle qu'en 1803, ils ont conquis des chevaux sur les Crows, et ainsi 
de suite. L'année 1823 (n° 24) a été signalée par un incendie allumé 
par un homme blanc; l'année 1833 (n" 34) par la fameuse chute d'étoiles 








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The CALENDAR of Oi.^ OAKOTA NATIOM 
Tibraoïog the ponod û-orrt 17B9 to 1870, iftolusi^ff 



Fig. 301. — Calendrier primitif moderne. 

filantes que nous connaissons ; l'année 1869 (n" 70) par une éclipse 
totale de soleil, dont la ligne centrale passait justement par le pays 
des Sioux et des Dakotas , etc. Voilà la représentation la plus moderne 
que nous connaissions des calendriers du mode primordial. 

Mais ces digressions instructives et intéressantes nous feraient 
oublier les étoiles, si nous ne revenions immédiatement vers elles, sans 
leur faire une plus longue infidélité. 



CHAPITRE XVII 

La constellation géante de l'équateur. — Orion et ses splendeurs. 

La grande nébuleuse d'Orion et son étoile sextuple. 

Le Grand Chien. — Sirius et son système. 



Si le spectacle du ciel étoile charme nos regards, captive nos âmes, 
sollicite mystérieusement nos pensées et nos rêves; si, à toute époque 
de Tannée et à toute heure de la nuit, la contemplation des tableaux 
célestes nous invite à l'étude des sublimes réalités de l'univers , com- 
bien les splendeurs sidérales devant lesquelles notre voyage urano- 
graphique nous amène en ce moment ne vont-elles pas davantage nous 
séduire, nous émerveiller, nous plonger dans une admiration plus 
profonde encore ! Nous sommes en face du plus beau paysage céleste 
qui se puisse voir de notre planète. Nous sommes devant la constella- 
tion géante chantée par Job, par Homère, par Hésiode, par toute 
l'antique poésie et par toute la science de nos pères. Nous sommes 
devant ce grandiose spectacle qui fascina nos aïeux et qui, dans l'avenir 
le plus reculé, charmera encore nos derniers descendants. L'humanité 
terrestre tout entière, de son berceau jusqu'à sa tombe, aura contemplé 
cette opulente contrée du ciel, et en fixant aujourd'hui nos regards sur 
ces brillantes étoiles, nous nous associons par la pensée à ceux qui 
ne sont pas encore nés sur notre planète, comme à ceux qui sont 
venus autrefois en ce monde et qui en sont partis ! 

Vers minuit en novembre, dans le ciel du sud-est ; vers onze heures 
en décembre et janvier, en plein sud ; vers dix heures en février et neuf 
heures en mars, dans le ciel du sud-ouest; vers huit heures en avril, à 
l'occident, cette géante constellation d'Orion frappe tous les regards 
et s'impose à l'attention même des plus indifférents. Les trois étoiles 
obliquement alignées, qui marquent sa ceinture ou son baudrier, 
signalent au premier coup d'œil sa position dans le ciel : on les a 
nommées, dès une haute antiquité, « les Trois Rois », et les habitants 
des campagnes voient là un râteau. Ces trois étoiles, de seconde gran- 
deur, sont (î, Ê et ^; la première se trouve précisément sur la ligne de 
l'équateur. Cette position place Orion dans les conditions d'observa- 
tion les plus favorables pour nous, n'étant ni trop haut ni trop bas 



448 ORION 



pour être examiné facilement, soit à l'œil nu, soit à l'aide d'instru- 
ments. 

La figure du géant Orion se dessine dans le ciel par neuf étoiles 
principales. Au-dessus des Trois Rois ou du baudrier, on en remarque 
deux : celle de gauche, de première grandeur, mais légèrement va- 
riable, est « ou Bételgeuse : sa nuance est jaune topaze ; celle de droite, 
de seconde grandeur, est y ou Bellatrix. Entre ces deux étoiles, et un 
peu plus haut, on en distingue une troisième, qui paraît nébuleuse aux 
vues moyennes : c'est l, de troisième grandeur, sous laquelle deux de 
cinquième ajoutent une certaine nébulosité. Au-dessous des Trois 
Rois, vers la droite, on en admire une fort brillante, de première 
grandeur, bien blanche : c'est (3 ou Rigel ; elle est presque toujours 
plus lumineuse que «. Enfin, le quatrième angle du quadrilatère, 
l'angle inférieur de gauche, est marqué par l'étoile x, de quatrième 
grandeur, et au-dessous de la ceinture on remarque encore une 
étoile allongée, qui indique la place d'une épée suspendue cà la cein- 
ture, ou qui, pour les habitants des campagnes, représente le manche 
du râteau, Ces étoiles seront très facilement reconnues en regardant 
le ciel un soir quelconque d'hiver et en le comparant à notre petite 
carte ci-dessous. 

Il ne faut pas avoir une imagination superlativement vive pour 
découvrir dans cet arrangement d'étoiles un géant à la brillante 
ceinture, dont a et y marquent les larges épaules, X la tête, (3 et x les 
jambes; regardez directement au ciel par une belle nuit, et vous le 
reconnaîtrez. L'impression est surtout frappan+e au lever d'Orion : 
c'est vraiment un géant qui apparaît au-dessus le l'horizon et monte 
avec majesté dans les cieux. 

La ligne oblique des Trois Rois, prolongée vers sa gauche, c'est- 
à-dire vers le sud-est, rencontre Sirius, la plus brillante étoile du ciel 
tout entier. Cette même ligne, prolongée vers sa droite, c'est-à-dire 
au nord-ouest, rencontre Aldébaran et les Pléiades, que nous con- 
naissons. 

Il y a encore un autre moyen bien facile de trouver Sirius, c'est de 
regarder les gémeaux. Castor et Pollux, que nous connaissons aussi, 
et de descendre tout simplement vers l'horizon : nous serons obligés 
de rencontrer Procyon, de première grandeur, et en continuant tout 
naturellement notre chemin visuel, nous arrivons encore à Sirius. 
Toutes ces étoiles éclatantes, la richesse de nos nuits d'hiver (Sirius, 
Rigel, Procyon, Bételgeuse, Aldébaran, Castor et Pollux, Bellatrix, 
S, f et ^ d'Orion), sont inscrites, telles qu'on les voit au ciel, sur la 



ORION 449 



carte de cette fertile contrée {fig. 302). C'est, sans comparaison, la 
plus belle page du grand livre du ciel. 

L'idée d'un géant est naturellement inspirée par cette magnifique 
constellation ; et, dès la plus haute antiquité, nous voyons, en effet, 
cette figure personnifiée par un Géant poursuivant les Pléiades, ce 
qui nous montre, d'autre part, que cette constellation a été remarquée 
et nommée, dès l'origine, à la même époque que les Pléiades et anté- 
rieurement à la représentation du Taureau. Hésiode conseille d'ob- 
server les levers et les couchers de ces étoiles ; c'est, en effet, cette 

^ Castor fléUdes 

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^ Pollua 



■|P' Aîdéha r,2Ji' 



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Fig. 303. — Orion et son cortège. 

indication qui constituait alors tout le calendrier des cultivateurs et 
des navigateurs. La tête du Taureau a été dessinée quelque temps 
après, et depuis cette époque, Orion, qui de la main gauche tient 
une peau de bête ou une toison, et de l'autre lève une lourde massue, 
a l'air de se préparer à assommer le Taureau, qui se précipite sur 
lui, les cornes menaçantes. Retournez les feuillets de cet ouvrage 
même jusqu'à la page 281, et vous reverrez en détail toute cette scène 
(fig. 196). 

Dans cette seule constellation, on ne compte pas moins de deux 
étoiles de première grandeur, quatre de deuxième, sept de troisième 
et douze de quatrième. 

ASTRONOiMIE. — SUPPLÉMENT. 37 



4bO 



ORION 



Pindare chante en lui le géant du ciel ; Plaute semble le traiter 
d'assassin ou d'égorgeur (Jugula) : ce titre convient d'ailleurs à tout 
chasseur comme à tout militaire; Manilius l'appelle le dominateur 
du ciel; les anciens Hébreux saluaient en lui Nemrod, le premier 
chasseur; Job, Ézéchiel et Amos le qualifiaient Késil, ce qui veut 
dire inconstant, à cause du mauvais temps d'automne et des périls de 
la navigation à l'équinoxe (c'est même de là que Rabelais a plaisam- 
ment appelé le concile de Trente a le concile de Késil » , cà cause des 
tempêtes qu'il souleva dans son sein). Le titre de nimbosus, de plu- 
viosus , à'aquosus lui est donné par tous les auteurs latins. Polype 
attribue la perte de la flotte romaine dans la première guerre punique 





Fig. 303. — Un Orion du xiii» siècle (Alphonsu X). 



Fig. 304. — Un Orion du xv" siècle (Hyginus). 



à l'obstination des consuls qui, malgré l'almanach séculaire des 
pilotes, persistèrent à naviguer « à l'époque du lever d'Orion et de 
Sirius». Les Arabes nommaient Orion al-djabbar et al-Jauza, « le 
Géant » : « On reconnaît, disent-ils, les deux larges épaules, la tête 
indiquée par un nuage, la ceinture et le sabre. » Au xvii" siècle, 
Schiller essaya de métamorphoser la vieille figure païenne en celle de 
saint Joseph, qui ne devait guère s'y attendre, car il n'a jamais brillé 
dans l'histoire par son ardeur belliqueuse, au contraire... ;enfin, en 
1807, l'Université de Leipzig proposa de substituer le nom de 
Napoléon « le grand conquérant du monde » à celui de l'antiqut 
chasseur. ïl serait interminable de suivre toutes ces métamorphoses 
Les deux dessins reproduits ci-dessus, comparés à notre fig. 196, 
suffiront pour en donner une idée. L'un nous montre un chasseur 
assez pacifique, l'autre un guerrier en fureur, prêt à tout déconfire. 



ORION 



45t 



ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION d'ORION 
DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION. 



Etoiles 


-m 


+ 960 


1430 


1500 


1603 


1660 


1700 


1800 


1840 


ISCO 


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2 


2 


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2 


2 


2.3 


2 


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2 


2 


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2 


2 


3 


2 


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2,0 


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3 


3 


3 


3 


3 


3 


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3.4 


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3.4 


3.4 


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3 


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3.0 


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44 


4,7 


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5 


5.6 


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5 


5 


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5 


5 


5 


5,0 


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5 





5 


G 


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5.6 


5 


5 


5,4 


30 V 


5 


6 


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5 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


5,0 


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4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


6 


5 


5 


5,0 


32 A 


4 


4.5 


4 


5 


5 


5 


5 


5| 


54 


54 


4,8 


51 6 











5 


5 


5 


5 


6 


54 


5| 


5,5 


42 c 


4 


4 


4 


G 


5 


5 


5 


5 


4| 


44 


5,2 


49 d 


4 


4.5 


4 


5 


5 


5 


5 


5 


5 


54 


5,2 


29 e 


4 


4 


4 


5 


5 


5 


5 


5.6 


4| 


5 


4,4 


69 r 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5| 


54 


5,7 


72 r 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5 4 


— 3 


5,7 


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6 


6 


6 


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6 


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5 


6.0 


16 h 











6 


6 





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6 


6 


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14 i 








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6 


6 


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5 


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5,9 


74 ft 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5.6 


54 


54 


5,8 


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6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


23 m 











6 


6 


6 


6 


5 


54 


54 


5,4 


33 n' 


6 


G 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


6,0 


38 n' 


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6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


5,8 


22 








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5 


6 


5 


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5.6 


5 


5 


5,1 


27 p 











6 


6 


6 


6 


5.6 


6 


6 


5,6 


11 


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4 


4 








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5 


5 


5 


5 


5,0 


15 


4 


4 


4 








5 


5 


5 


5J 


5i 


5,3 



452 ORION 



ÉTOILES —127 


+ 9C0 


1430 


1500 


1C03 


IGCO 


1700 


ISOO 


ISIO 


ISGO 


1880 


31 

















6 


5 


5 


5i 


5,3 


52 

















6 


6 


5-; 


5| 


5,7 


56 








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5 


6 


5.6 


5! 


5| 


5,8 


60 








5 





5 


6 


6 


5| 


5f 


5,7 


9419 LaL 




















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6 


64 


6,2 


9581 Lai. 




















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6,5 


10492 Lai. 




















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6,3 


10527-29 Lai 




















7 








5,3 


M382LaL 




















6i 


51 


5s 


5,2 


12104 LaL 




















G 


6 


6 


5,2 



Le mot Orion lui-même est un nom propre très ancien. Le mot 
grec ôriôn représente, dès la plus haute antiquité, le héros céleste 
dont il s'agit ici. Le mot le plus voisin, ôrios, signifie saison. Un mot 
analogue, ôra, signifiait d'abord saison, année et heure. Ce sont là, 
évidemment, autant d'inspirations astronomiques. Plusieurs étymo- 
logistes, notamment l'amiral Smyth , ont cru reconnaître aussi là 
une parenté avec le musicien Arion, qui séduisit jusqu'aux dauphins 
et dut la vie à celui qui le sauva des flots, et fut, en récompense, élevé 
au rang des constellations. (J'avouerai même ici, en passant, que 
d'éminents linguistes, qui m'ont fait autrefois l'honneur de chercher 
l'étymologie de mon nom, ont associé cette origine à la belle constel- 
lation qui nous occupe, en composant ce nom des deux mots Flamma. 
et Orion ou Avion.... Si cette étymologie était réelle, je regretterais 
de n'avoir encore presque rien fait pour la justifier, et je me verrais 
engagé, sans aucune peine d'ailleurs, à me consacrer encore plus 
passionnément au culte des étoiles, afin de ne pas faire mentir le vieil 
adage : Noblesse oblige!) (') 

Après avoir reconnu les étoiles fondamentales de cette grande 
figure céleste, regardez avec un soin plus minutieux, et vous trou- 
verez que la nébulosité de la tête est formée de trois étoiles : J, ç' 
et ç^. Ptolémée ne les signale pas et se contente de qualifier A de 
nébuleuse; mais Sùfi dit déjà, au x' siècle de notre ère : « Ce nuage 
consiste en trois petites étoiles voisines, formant un triangle. » Elles 
aff"ectaient donc déjà la même disposition que de nos jours. La dis- 
tance angulaire de X à y* est de 27', et celle de cp' à ç' est de 33'. Le 
disque de la pleine lune entrerait entre ces deux étoiles, ce que vous 
trouverez inconcevable en les examinant. On ne croirait jamais, en 
regardant ce triangle, qu'il est aussi grand que le disque de la lune. 

(') Au lieu de cette étymologie latine qui est peut-être plus ingénieuse qu'authen- 
tique, Lorédan Larchey, dans son Dictionnaire des noms propres, donne l'étymolo- 
gie gallo-romaine flammcron, « qui apporte la lumière ». Mais il faut avouer qu'elle 
n'est pas moins difficile à réaliser dignement. 



ORION 



453 



Tycho-Brahé est le premier qui ait mesuré la position des deux ç et 
qui en ait indiqué la grandeur. 







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Fig. 305. — Étoiles principales de la constellation d'Orlon. 

En outre des étoiles caractéristiques de la figure du Géant, Oii 
remarque, à droite ou à l'ouest, une file de six étoiles de quatrième 



454 ORION. — BETELGEUSB 



grandeur qui portent toutes la lettre tt, numérotée de 1 à C à partir 
du haut ou du nord ; c'est cette file d'étoiles qui dessine la toison 
tenue par la main gauche du Chasseur. Ces six étoiles toutefois ne 
sont pas égales, et plusieurs varient môme assez notablement; t.* a 
paru de 3° grandeur en 1871 et de 4° en 1874 (Lalande l'a même 
notée de 5% le 3 décembre 1793); tc' est inscrite de 3° dans Ptolémée, 
de 4° dans Sùfl, et nous la voyons actuellement de 5"; tc*, actuelle- 
ment de 3,7, a été notée de 5" par Hévélius et de 6° par Flamsteed ; 
tu' est marquée de 3' chez les anciens, de 4° au moyen âge, de 5" | 
par Piazzi. L'astronome persan Sùfi compte neuf étoiles se suivant 
en ligne courbe ; ce sont, à partir du nord : 15 — 11 — o* — tc* à tt^ ; 
il les voit toutes de quatrième, excepté t:^, -k* et t^ qu'il note de troi- 
sième et demie. Il est certain qu'à cette époque o' n'égalait pas o*, 
comme au temps de Tycho, Bayer, etc. Les catalogues modernes de 
I tolémée assimilent sa 19° à 9; c'est une erreur : cette étoile est o*. 

Étudions maintenant successivement chacune des belles étoiles 
d'Orion. Et d'abord arrêtons-nous sur « ou Bételgeuse. 

A l'époque de Bayer, l'étoile « était plus brillante que (3. De nos 
jours c'est celle-ci qui a la palme. Actuellement, (3 est fort supérieure à 
a. J'ai sous les yeux une centaine de comparaisons des étoiles d'Orion 
que j'ai faites depuis 1871, et je n'y trouve qu'une seule date à laquelle 
Bételgeuse ait égalé Rigel : c'est au commencement d'avril 1876, 
notamment le 5 et le 8. Le 5, la note suivante est consignée : « Bétel- 
geuse est rouge, plus grosse que Rigel; celle-ci est d'un blanc pur; 
8 heures du soir, clair de lune. » Il y a eu certainement à cette époque 
une recrudescence d'éclat. En décembre 1875 et janvier 1876, j'ai 
toujours noté Bételgeuse égale à Aldébaran (1 ,4) ; mais, en mars 1 876, 
la première surpassait la seconde de deux et trois dixièmes. C'est Sir 
John I^erschel le premier qui, en 1836, signala la variabilité de 
Bételgeuse : on lui avait attribué une période de 196 jours; mais il 
me semble bien qu'il n'y a pas de période du tout. Son éclat tombe 
parfois à 1,6. 

Cette étoile Bételgeuse est colorée d'un ton jaune orange, comme 
Aldébaran, comme a d'Hercule. Son spectre est un type superbe du 
troisième ordre, à colonnes fondamentales. Il ressemble à celui des 
taches solaires, ce qui pourrait faire penser que ce globe est couvert 
de taches. Les oxydes de carbone paraissent dominer dans la consti- 
tution chimique de ce soleil, arrivé sans doute ta la phase du refroidis- 
sement. Les expériences spectrales ont montré que cet astre s'éloigne 
de nous avec une vitesse évaluée à 35 kilomètres par seconde. Aidé- 



ORION, - RIGEL 455 



baran, Rigel et Sirius s'éloignent également de nous, avec des 
vitesses du même ordre. 

Le nom de Bételgeuse dérive de l'arabe ibt al-jauzà, « l'épaule du 
Géant», d'oîil'on a fait Btaljause et Btelgeuse. La plupart des livres 
d'astronomie et des atlas écrivent Beteigeuse, ce qui n'a aucun sens. 
— Rigel déinve de l'arabe ridjl al-jauzk, « la jambe du Géant », d'où 
l'on a fait Rijel et Rigel. — Bellatrix, nom donné à y, n'est autre que 
le mot latin guerrière, « féminin, disait-on autrefois, dû à ce fait que 
les femmes nées sous l'influence de cette étoile sont favorisées et ont 
de bonnes langues » . Je ne sais à quel astrologue on doit cette statis- 
tique, dont l'exactitude doit être contestable, attendu que (soit dit 
entre nous) on ne rencontre guère de filles d'Eve qui ne soient pas 
ultra-favorisées sur ce chapitre-là. 

Rigel est une belle étoile blanche de première grandeur, l'une des 
plus brillantes du ciel; mais, malgré son éclat, elle gît à une distance 
incommensurable de notre atome terrestre. Toutes les tentatives 
faites pour mesurer sa parallaxe n'ont abouti qu'à prouver qu'elle 
n'en a pas. A défaut de parallaxe, le mouvement propre d'une étoile 
peut donner un indice de sa distance, car, toutes circonstances égales 
d'ailleurs, moins une étoile est éloignée et plus son mouvement est 
apparent. Or, ce second indice tombe comme le premier devant 
l'éloignement de Rigel : elle n'a aucun mouvement propre, du moins 
son déplacement séculaire sur la voûte céleste est presque insensible. 
Ajoutons que, comme nous le verrons plus loin, Rigel est une étoile 
double dont le compagnon, écarté à 9"|, reste fixe. Sans contredit, 
une période de révolution n'est ni plus ni moins rapide, que le couple 
soit plus ou moins éloigné de nous ; mais nous devons penser qu'en 
général les révolutions sont d'autant plus rapides que les compo- 
santes d'un même couple sont plus rapprochées entre elles, et il est 
certain, d'autre part, que la distance réduit proportionnellement l'écar- 
tement apparent de deux composantes. Ce troisième indice de l'im- 
mobilité, ou du mouvement très lent du compagnon de Rigel, à ce 
rapprochement angulaire de moins de 10", témoigne donc, lui aussi, 
en faveur de l'éloignement de ce soleil. Il trône certainement, non 
seulement à des trillions, ou à des centaines de trillions de lieues, 
comme les étoiles de notre voisinage céleste, mais à des milliers de 
trillions, c'est-à-dire à une distance telle que le messager si rapide de 
la lumière vole sans arrêt pendant des milliers d'années pour arriver 
jusqu'à nous. La conclusion incontestable est que ce brillant soleil 
d'Orion est des milliers de fois plus volumineux, plus ardent, plus 



456 LES ETOILES D'ORION 

formidable encore que le nôtre, puisque du fond des deux sa lumière 
arrive sur nous avec un tel éclat, avec une telle splendeur ! 

D'autre part, l'importance de sa masse est indiquée par l'aspect de 
son spectre qui nous montre la prédominance de l'hydrogène, comme 
ceux de Sirius, de Vcga, d'Altaïr, et des brillantes étoiles blanches — 
notre soleil appartenant à la classe des étoiles jaune d'or — car il est 
naturel de penser que plus un soleil est lourd, plus il exerce d'attrac- 
tion à sa surface, plus sa pression atmosphérique est énorme, et plus 
les lignes spectrales sont accusées : c'est précisément ce que l'on 
observe dans le spectre de Rigel, comme dans celui de Sirius et de 
Véga. Ce sont là d'énormes soleils, des milliers de fois plus volumi- 
neux, plus lourds, plus importants que celui qui nous éclaire, lequel 
est lui-même 1 300 000 fois plus gros que notre globe terrestre et 
324 000 fois plus lourd ! 

Ainsi déjà la contemplation de ces deux soleils d'Orion, Bétel- 
geuse et Rigel (') nous transporte en deux directions différentes dans 
l'étude de l'Univers, le premier nous montrant le passé, le second 
nous montrant l'avenir; le premier nous enseignant la mutabilité des 
cieux, le second nous en racontant la splendeur. 

Regardons maintenant les trois étoiles du Baudrier, ^, e et C : la 
première est toujours moins brillante que les deux autres, dont l'éclat 
égale celui de y: on la considère comme variable de 2,2 à 2,7; mais je 
l'ai toujours trouvée d'une demi-grandeur environ au-dessous des 
trois précédentes. Nous avons vu {Astronomie populaire, p, 795) que 
ces étoiles sont animées de mouvements propres variés, et que dans 
l'avenir la ligne du baudrier d'Orion va se disloquer, ainsi que la 
constellation tout entière, les Trois Rois n'étant unis qu'en appa- 
rence (c'est souvent le cas dans les états de notre planète) et devant 
un jour se séparer et suivre chacun sa destinée personnelle. 

(') Cette étoile Rigel a donné naissance, sans s'en douter, à deux saints du calen- 
drier catholique, saint Marinus (saint Marin) e-t saint Aster, parce qu'au mois de 
mars, au temps de l'équinoxe, elle était censée influer sur la navigation et avait reçu 
eu latin du moyen âge le surnom de marinus aster « astre marin «. Ces saints 
apocryphes ne sont pas seuls dans ce cas, et leur famille serait intéressante à étudier 
si nous en avions le temps. C'est ainsi que sainte Vénère n'a jamais existé non plus : 
son culte est une transformation inattendue de celui de 'Vénus, les églises qui lui 
sont consacrées occupent l'emplacement d'anciens temples (et l'on a même récem- 
ment, dans le chœur de l'une d'elles, mis au jour une très belle fresque ancienne 
représentant Vénus sortant des ondes). Sainte Solange est une transformation, encore 
facilement reconnaissable dans les superstitions populaires du Berry, de l'ancien 
culte du Soleil, etc. Cela ne veut pas dire, assurément, qu'aucun des saints honorés 
par la tradition n'aient existé; mais il en est un nombre beaucoup plus grand qu'on 
ne pense qui dérivent simplement de mots latins plus ou moins modifiés. 



LES ÉTOILES D'ORION 457 



L'étoile ï), de troisième grandeur, a été notée de 4" | par Piazzi; il 
est plus naturel de croire à une erreur d'estimation qu'à une fluctua- 
tion d'éclat, surtout si l'on remarque qu'à la même époque Lalande 
l'a constamment notée de troisième. 

Nous n'en dirons pas autant de 9. Cette célèbre étoile est composée 
de deux, écartées à 135" et inséparables à l'œil nu. Le premier qui les 
sépara est Flamsteed, qui les nota respectivement de 6° et de 4% par 
ordre d'ascension droite, en les appelant 9' et 9^. Piazzi les estima 
toutes deux de sixième, et elles sont absentes du catalogue de 
Lalande. Nous voici bien loin des estimations de la troisième gran- 
deur données par les astronomes anciens. Nous leur attribuons 
actuellement les grandeurs 5,0 et 5|, dont la réunion produit 4,8 : 
6' est un peu plus brillante que 9^. Il n'y aurait rien de surprenant à 
ce qu'il y eût là quelque variation, soit dans l'une ou l'autre de ces 
étoiles, dont la première est multiple, soit dans la fameuse nébuleuse 
qui les environne, car en certaines nuits d'hiver on aperçoit là tant 
d'éclat qu'on s'imagine parfois distinguer la nébuleuse à l'œil nu. — 
Tout à l'heure nous nous occuperons plus en détail de cette étoile 
et de la splendide nébuleuse qui l'enveloppe ; mais il importe en ce 
moment de nous rendre compte d'abord de l'ensemble de la constel- 
lation. 

Les étoiles x' x'> ^n haut de la figure (elles terminent le bâton que 
le Chasseur primitif est censé tenir de la main droite) sont accompa- 
gnées chacune d'une étoile de sixième grandeur, la première à 32', la 
seconde à 28'. Remarque assez curieuse : Sûfi a signalé la seconde 
sans parler de la première, et il qualifie à cause de cela x^ du titre 
d'étoile double. Il est probable qu'au x" siècle le compagnon de x' 
(FI. 57) n'était pas visible à l'œil nu. 

Hipparque et Ptolémée n'ont pas parlé de o-, de quatrième gran- 
deur, qui brille au-dessous de Ç, et Sùfi est le premier qui la signale. 
Cependant son éclat parait stable. Aurait-elle été autrefois éclipsée 
dans les rayons de C ? Non, car son mouvement propre est insensible. 
Toutefois, c'est à sa proximité de cette brillante étoile et à la richesse 
d'Orion que nous devons, selon toute probabilité, attribuer le silence 
des anciens. Tout est relatif, et les jugements varient selon les posi- 
tions, dans le ciel aussi bien que sur la terre. 

L'induction n'est pas la même pour p, car son isolement la laisse 
briller de tout son éclat personnel. Tycho est le premier qui l'ait 
observée, et il l'a notée de quatrième grandeur. Elle est aujourd'hui 
de cinquième. Elle était sans doute moins apparente encore aux 

ASTRONOMIE. — SUPPLÉMENT. 58 



458 LES RICHESSES D'ORION : ETOILES ROUGES ET VARIABLES 

temps de Ptolémée et SCifi. Elle a varié de 5,1 à 4,6 entre 1871 et 
1876. Sa couleur est orangé pâle. 

M, A, c, d, e ont subi des fluctuations de la quatrième à la cinquième 
grandeur. Lalande a môme estimé A de sixième. Piazzi a noté ca de 
sixième aussi; mais nous avons déjà remarqué que les évaluations de 
cet astronome pèchent plutôt par défaut que par excès. L'étoile 42 c 
est accompagnée, à 5' vers l'est, d'une étoile de sixième grandeur 
(FI. 45) qui a été vue, à l'œil nu, naturellement, par Tycho-Bralié. 
On ne la distingue plus aujourd'hui à l'œil nu, et il faut s'aider d'une 
jumelle pour y parvenir ; c' est plus brillant que c*, et je les estime en 
ce moment ( mars 1881) respectivement 5,6 et 6,2 : l'ensemble donne 
comme effet 5,2. Cette seconde étoile a été notée de 7° par Flamsteed, 
de 6' I par Piazzi, et de 7' par Lalande. Elle est certainement variable. 
51 b était plus brillante du t