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Full text of "L'estoire de la guerre sainte: histoire en vers de la troisième croisade (1190-1192)"

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L'EJ^TOIRE 



DE LA GUEIRË SAINTE 

HISTOIRE EN VERS DE ,X BOISlfelWE CROISADE 
(1190-11(12) 

PAR \MBIKIISK 

>-i)m.iÉe T.i Tii*iiriTK 

D'AI'BKS LK «\;(|lHr.mT USIOLIB IH' VATtCW 

ET *ccoMi'«n*tir 

D■l^^E ij\T«iiiiif.TU».\. mrt (ji,oss\iiiK tr ivlm-; tahlk uk« >iims i'Kopuks 

PAII 

(lASTON IMHIS 

fT 01, l,MI.*nK.>1IF HKs ^■<•^(lnn'tl'l^S et Bf;LI.KS-l.KTTBB" 




PAItlS 

IMl'KIMKniK NATIONALK 



M w.cc \i;vii 



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AM. 



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COLLECTION 



DE 



DOCUMENTS INÉDITS 



SUR L'HISTOIRE DE FRANCE 



PUBLIK8 PAR LM SOINS 



DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



Par anèlé en dalc du lO mai 1875, MM. Gaston Paris cl (jabriel Monod ont oto 
chai'fjci) de publier, dans ia Collection des Documents inédits de l'Hisloire de Fran<*o, 
LEêUiirc de la Gueire Sainte y poome d'Ainbroise sur ia troisième croisado. 

Par le même arrêté, M. Paul Meyer a été nommé Commissaire responsable «le celle 
pubiirntion. 



SK TftOlVE A PARIS. 



A LA LIBUAIHIE ERJNEST LEKOUX, 



RLE BOi\ APARTE, 28. 



L'ESTOIRE 
DE LA GUERRE SAINTE 

HISTOIRE E^ VERS DE LA TROISIÈME CROISADE 

(H90-1192) 

PAR AMBROISE 

PUBLIÉK KT TRADDITE 

U'Al'RÈS LE MANUSCBIT LSIQUE DU VATICAN 

KT ItCGOMPAGNÉE 

U'l'>E I>TR0DICTI0N. D'UK (iLUSSAlRE ET D'UKE TABLE DES NOMS PROPRES 
PAU 

GASTON PARIS 

MEMBRE DE L'ACADEMIE flilKÇAISE 
KT DE l.-Ar.ADÉHIE DES INHCHIPTIONS ET BKLLES- LETTRES ' 




^Wi^lîwiUlkMtri 



tARIS ■■ 
IMPRIMERIE NATIONALE 

M DCCC XCVII 











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123867 



AVANT-PROPOS. 



Cette publication , par suite de diverses circonstances qui sont en partie, 
je le reconnais, imputables à l éditeur, a subi avant de voir le jour les 
retards les plus regrettables et les plus inusités. La copie du poème d'Am- 
broise était entre mes mains dès 1879, et j'avais demandé à M. Gabriel 
Monod de s'associer à moi pour en donner une édition à laquelle il aurait 
joint une introduction et un commentaire historiques. Le projet de faire 
entrer cette édition dans le recueil des Documenta inédits sur Y histoire de 
France fut soumis par une lettre de M. Monod au Comité des travaux 
historiques siégeant au Ministère de l'Instruction publique. M. Paul Meyer, 
membre du Comité, fut chargé d'examiner la proposition, et, à la suite 
de son rapport tout à fait favorable'^*, elle fut adoptée par le Comité dans 
sa séance du 9 juin 1878. L'arrêté ministériel qui permettait d'envoyer 
la copie à l'Imprimerie Nationale fut rendu le 1 o mai 1 8 7 5 , et l'impres- 
sion commença aussitôt. Vingt-deux ans se sont écoulés avant qu'elle fût 
terminée, et, dans ce long intervalle, l'un des éditeurs, se reprochant de 
ne pas avoir fourni sa part de collaboration et craignant de ne pouvoir 
trouver le temps de le faire, s'est retiré, au grand dommage de l'œuvre 
commune, qui y a perdu une part notable de la valeur qu'elle aurait pu 
avoir. Elle n'en a pas marché plus vite pour cela, tant il est difficile, au 
milieu des occupations de tous genres qui, à Paris, se disputent la vie 
d'un travailleur chargé de fonctions actives et sollicité de mille côtés dif- 
férents, de mener avec suite une tâche de longue haleine. Le texte d'Ara- 
broise était imprimé il y a plus de dix ans, mais tout ce qui devait néces- 

^'^ Voir la Revue des Sociétés Bavantes y 5* sër., L VI (1873), p. 98. Un extrait du rapport dé 
M. Meyer a été insëré dans la Romania, t. II (iSyS), p. 38i. 



AV\M-I'ROPOS. 

sairement l'accompagner restait à faire. J'ai trouvé utile, pour la coni- 
inoditc dos historiens qui voudraient se servir de ce précieux document, 
d'y joindre une traduction. Puis le Glossaire et la Table des noms propres, 
que j'ai dressés avec autant de soin que j'ai pu, ont réclamé bien des 
heures, Enfin II a fallu écrire l'Introduction, d'où j'ai exclu toutes les 
recherches proprement iiistoriques, mais où l'élude des questions linguis- 
tiques et littéraires soulevées par le poème m'a demandé encore beaucoup 
dp travail''*. Enfin j'ai terminé ma tâche, et ma conscience est dégagée 
du poids qui la chargeait depuis longtemps. Le Gomilc des travaux his- 
toriques, en ne me mettant pas en demeure de macquitter plus tôt de 
mon engagement, a fait preuve à mon égard d'une indulgence peut-être 
excessive, dont je ne puis mempècher de lui être reconnaissant, mais 
qui n'atténue pas les reproches que je me fais à moi-môme : je serais 
désolé qu'une telle longanimité pût être invoquée comme précédent, et 
qu'on tolérât habituellement des retards aussi contraires à l'intérêt des 
éludes et aux règles d'une bonne administration. 

Cette publication trop longtemps attendue justifiera au moins le bon 
accueil que le Comité des travaux historiques a fait il y a vingt^quatre an- 
au projet qui lui avait été soumis. Le poème d'Arabroise méritait assm 
ment de prendre place dans le recueil des DocwnenU im'dits nur I ■ 
de France : par sa date, par son mijet, par ea forme, il est un ■' 
importants qui y aient été admis jusqu'à ce jour. Il sera consul!' 
par l'historien et par le philologue. Je remercie, et le pnl ! 
merciera avec moj le Comité de l'avoir admis dans retli' ' 

J'ai d'autres remerciements encore à adresser à n'd 
dans le cours de ce long travùlMMyi^jlo fois 
d'abord à mon ami Ed. Stengal^^^BEie d<H 
Home; à mes confrères de 11 
A. Thomas, qui Tout collaliontî 
la publication, qui, à la le 

"' La lonffuenr dn celle prtf^ 

la ion^cnr de l'Emtn joioL k te % 
remorquera d'eiltram que la ptnperl i 





.|ii'iini:e 

' 07%). 
.->iiùtle acquis 

'IS. Itt caict adjuugiîur 



il qui' la dalc de 1 188, 

>i<''i> où la croix fut con(|uise 

l'iiip. landis que c'est celle où 

iSiiiiinii des guerres de la Ten-e 

qiif |)oi1c le manusci-it, ù une iiotf^ 

nii(>rc feuille de garde''), ce qui a fait 

' liistoiri' des croisades depuis l'origine 

■ |iii' Moutfaucon appelle /a Pai-iplee^''\ c'est 

f'.liiii-dri, qui fonne d'ailleurs un iiiainiscrit 

~;ir<l n.-li<- ik la suite de l'Hisloire do la guern^ 

iricxarlitudea, que la notice de Mcmlfaucon n'ait 
. Li-juiig l't de SCS conliriuatoui'S : le manuscrit du 



•;;■■ lili- [iliu loin. — ■•'La noir du wi' Mwi' 1 
If IWipIte. 



«l ici «nroK co|iii<e 



INTRODUCTION. 



I. — LE MANUSCRIT. 

Le iiiaiiuscrit unique qui nous a conservé le poème que nous publions se 
trouve à la bibliothèque du Vatican , où il porte le n** 1669 du fonds provenant 
de la reine de Suède : on ne sait pas avec certitude où celle-ci l'avait acquis, 
mais il est probable qu'il vient, comme tant d'autres des livres de Christine, 
de la collection du P, Pelau. La plus ancienne notice qui en ait été imprimée 
est celle qu'a donnée Montfaucon dans sa Bibliotheca bibliothecarum (1739), 
1. 1, p. 3 1, où il le mentionne parmi les livres de la reine de Suède acquis 
par la bibliothèque du Vatican : 

8iâ. Roman des guerres de la TeiTe-Sainie, desinit anno 1188. In cake adjutigitur 
Poema quod inscrîbitur la Pariplee. 

Cette notice est fort inexacte. Montfaucon a cru que la date de 1188, 
donnée à la fin du poème comme celle de l'année où la croix fut conquise 
par les Sarrasins, était la date où finissait le poème, tandis que c'est celle où 
il commence. Il a emprunté le titre de «Roman des guerres de la Terre 
Sainte 17, au lieu $ Estoirede îagueire sainte que porte le manuscrit, à une note 
de la fin du xvi* siècle écrite sur la première feuille de garde (*', ce qui a fait 
croire que le manuscrit contenait une histoire des croisades depuis l'origine 
jusqu'en 1188. Quant au poème que Montfaucon appelle la PanpIee^^K c'est 
le peti plee (corr. le petit plet) de Chardri, qui forme d'ailleurs un manuscrit 
distinct et n'a été que par hasard relié à la suite de l'Histoire de la guerre 
sainte. 

Il est singulier, malgré ces inexactitudes, que la notice de Montfaucon n'ait 
pas attiré l'attention du P. Lelong et de ses continuateurs : le manuscrit du 

^'^ Voir E. Laiig^ois, au passage cité plus loin. — ^*^ La noie du xvi' siècle est ici encore copiée 
et, de plus, altérée : elle porte : le Periplee. 



A 

(«r«l1lt«lB >ATIOI«LR. 



II INTRODUCTION. 

Vatican ne figure à aucune place dans la Bibliothèque historique de la France y et, 
en dépit du titre erroné qui devait y faire soupçonner une histoire générale 
des guerres saintes, il n est pas cité davantage dans la Bibliothèque des Croisades 
de Michaud. Une sorte de fatalité semblait peser sur ce volume et le con- 
damner soit à être omis par ceux qui auraient dû le mentionner, soit à être 
méconnu par ceux mêmes auxquels le hasard le mettait entre les mains. 

Dans la septième de ses Dissertations sur quelques points curieux de l'histoire de 
France et de l'histoire littéraire, publiées en 1889 sous le nom de P. L. Jacob, 
bibliophile (p. 2/4), Paul Lacroix donna de notre manuscrit la notice sui- 
vante, parmi celles qui concernent la bibliothèque de la reine Christine : 

DCLix^i). Iu-4% 90 f. vel. à deux colonnes, écritur*? du xiii* siècle, timbre de la Biblio- 
thèque nationale, 

BSTOIBK DE LA GUERRE SAINTE. 

(Suivent les dix premiers et les onze derniers vers.) 

Ce roman de la Guerre sainte, qui s'arrête à Tannée 1198^^), est sans doute celui que 
Ton trouve indiqué dans la BAUothèque historique de la France , sous le n"" i6635, avec le 
titre de fr Histoire de la première croisade ?>, par Raoul Tortaise (il fallait dire Tortaire, en 
latin Tortarius. Voir Hist, liu. de la France, t. X, p. 94 ). 

Cette notice est tout à fait surprenante. Le manuscrit du Vatican n a rien à 
faire avec celui que le P. Lelong mentionne sous le n** 1 6635 et qui contient, 
parmi d'autres œuvres de Raoul Tortaire (ou mieux le Tourlier), un court 
poème latui sur la première croisade. La date môme de 1 198, assignée par 
Lacroix au poème du ms. 1669, ^^vait lui démontrer son erreur. 

En 1844, dans le livre précieux, malgré des fautes graves, qu'il publia 
sous le titre de Romvart, Ad. Keller ne se contenta pas de signaler notre ma- 
nuscrit comme «r petit in-folio, 90 fol. à h colonnes?)'*', et d'en rapporter le 
titre : il en publia (non d'ailleurs sans d'assez nombreuses erreurs de lecture) 
les 468 premiers et les 1 1 derniers vei^s (ceux-ci déjà imprimés par Lacroix). 
Il signala aussi le nom de l'auteur, donné au v. 171. Il est assez singulier que 
Keller, malgré cette édition qui devait l'éclairer, semble n'avoir pas reconnu 
le sujet du poème d'Ambroise et y avoir vu, comme Montfaucon, Lelong et 

^') Faute |K>ur MDCLix. ^'^ Lacroix dit, comme on Ta vu plus haut, 

^'^ Lacroix a compris par étourderie ^lùl anz deux colonnes; tous deux ont raison : le inanu- 

e cent uitatUe et uit comme signifiant 1 198, et a scrit a en effet deux colonnes par page, ce qui 

snppos^ que c'était la date où s'arrêtait le rccil. fait quatre pnr feuillet. 



LE MANUSCRIT. ui 

Lacroix, une histoire de la première croisade; il ne renvoie du moins , comme 
termes de comparaison, qu'à des passages où il s'agit en effet de poèmes sur 
l'expédition de 1096. 

Le long morceau imprimé par Keller montrait suffisamment qu'il s'agissait 
d'un poème sur la troisième croisade composé par un témoin oculaire, et pré- 
sentant par conséquent un vif intérêt. Aussi, il y a plus de trente ans, me 
proposais-je d'aller à Rome pour le copier en entier. Il ne me fut pas donné 
de réaliser ce projet, mais en 1871 je priai mon ami Ed. Stengel, qui avait 
été mon élève à l'École des hautes Etudes en 1869-1870, et qui est aujour- 
d'hui professeur à l'université de Greifswald , d'en prendre pour moi une copie. 
C'est cette copie, recopiée et préparée pour l'impression par mon ami G. Monod 
et moi, qui a servi de base à ma publication. Elle a été revue à diverses 
reprises par des membres de notre Ecole d'archéologie à Rome, auxquels j'ai 
adressé mes remerciements dans YAvant-pt-opos. J'ai parlé aussi des longs 
retards que subit l'impression, après que le Comité des travaux historiques, 
en 1878, eut, sur le rapport de M, Paul Meyer, agréé l'édition du poème pour 
la collection des Documents inédits sur Thistoire de France. 

L'annonce de l'édition du manuscrit de la reine Christine appela naturelle- 
ment l'attention sur ce manuscrit. En i885, dans le .tome XXVII des Monun 
menla Germaniae historica^ après que M. Pauli eut remarqué (p. 1^7)9 en 
s'appuyant sur le rapport de M. P. Meyer, que le poème d'Ambroise est la 
source de Yllinerartutn Ricardi, M. Liebermann en imprima , d'après une copie 
de M. Holder-Eîgger, les vers 1-86, 259-271, 287-296, 4i3, 2719-2762, 
2889-28/10, 28/15-2866, 2921-2986, 2967-2980, 8225-8260, 8771- 
8778, 8828-8826, /iiii-/n5o, /i527-/i5/i6, /1698./1702, 6681-668/1, 
6691-6788, 1228/i-fin. Voici, sur le manuscrit, les remarques que M. Hol- 
der-Egger avait communiquées à l'éditeur : 

Codex Christinac reginae nr. 1669^^), membr. fol. min., 90 foliis, duabus columnis, 
quarum singulae fere 3& versus continent, distinctis constat. Scrîba saec. xiii. ex., haud 
semper quantum oportebat attenlus, litteras n et u, ut et m, ni et m minus perspicue axa- 
ravit, modo vocales, modo consonantes figuris v et u designavit^^^ verba minus accurate 
dislinxit, saepe singula verba, interdum versus omisit^^^. 

('^ (T Minus recte supra , p. 1 98 , semel nr. 8 1 & ^'^ Ce Irait ne semblait pas mériter d'être spë- 

indicatur. » Le n** 81 6 est aussi donné par Mont- cialement relevé, 
faucon (voir plus haut). . ^^^ D'après la notice préliminaire, M. Holder- 



IV 



INTRODUCTION. 



J'aui^ai achevé de passer en revue ce qui a été dit du manuscrit en rap- 
portant la dernière et la meilleure des notices dont il a été l'objet , celle de 
M. E. Langlois dans ses Notices des nianuscrits français et provençaux antérieurs 
au xn' siècle conscfvés dans les bibliothèques de Rome (Paris, 1889 ) : 

Reg. 1669. Parchemin, o"*,95a sur o'**,i67; composé de a manuscrits : le premier 
(fol. 1-90), du XIII* siècle, de 33 à 87 lignes à la colonne, a colonnes à la page; le se- 



Ëgger aurait copié dans le poème partes quae m- 
perium ohtitigunt. Il nous est très difficile de trouver 
pour beaucoup de ces vers en quoi ils concernent 
TEmpire, ou de deviner pourquoi on en a découpé 
deux, quatre, huit dans un contexte qui semble 
homogène; il est surtout singulier que le dernier 
extrait commence avec un vers (1 a a8^) qui est le 
dernier d*un discours mis dans la bouche des 
gens de Syrie et qui termine une phrase inter- 
rogative. U semble que la direction des Monu- 
menta ait surtout tenu à publier des extraits éten- 
dus de ce poème (environ i55o vers en tout) , 
ce qui se justifie très bien par le long retard qiie 
sulnssait fédition française annoncée. — Le texte 
a été établi sur la copie de M. Holder-Egger 
par M. Ad. Tobler : c'est dire qu il prête peu à 
la critique. J.e vais signaler ici un certain nombre 
de divergences soit entre la copie que j'ai suivie 
et celle qu a eue M. Tobler, soit entre sa façon 
de constituer le texte et la mienne. Je laisse de 
côté des différences dénuées de toute importance. 
Nous avons très souvent, surtout au début oii le 
ms. est si altéré, apporté au texte les mêmes cor- 
rections. Je ferai remarquer que mon texte était 
entièrement imprimé quand a paru cette édition 
partielle. V. 8 Keller et ma copie (S) ont imlt; 
la copie de M. Holder-Egger (H) ayant ualt, 
M. Tobler imprime valt, mais n*ah est assuré- 
ment la bonne leçon. — 3 5 je ne vois pas la né- 
cessité de changer Qu*el en Del. — a 8 (corrigé 
par T. en troee) tirer est la bonne leçon, et il 
faut traduii*e comme j'ai fait : tirer ses tempes 
est une expi*ession qui nous parait singulière , 
mais qu'on retrouve ailleurs. — 44 T. garde le 
saiHa du ms. , que je corrige en salve «. — 83 
S carporelment , H cùrperalment, — 84 H a de- 



vant vivent un // qui n'est pas dans S , et qui rend 
le vers trop long. — 85 T. intercale tuity et P. la 
pour rendre le vers correct. — A propos du fait 
que les vers impairs, à partir du v. 958, ont des 
numéros pairs, féditeur fait une remarque sin- 
gulière et d'ailleurs erronée , le v. 1 7 1 n'étant nul- 
lement isolé (sans doute le v. 179 avait été passé 
dans H). — 268 (je compte d'après mon chif- 
frage, celui de H étant erroné), ms. Eth vos, 
P. Eth vos itant, T. Estenie vos, correction très 
bonne en soi , mais qui a l'inconvénient que les 
formes esteine et estete sont inconnues à notre au- 
teur. — 970 la leçon de S est excellente, celle 
de H donne un sens défectueux, et la correction 
ne remédie qu'au rythme. — aga jVi de S est 
meilleur que la de H. — 434 ma correction de 
cler en chier s'impose. — 435 H Tet, corrigé 
par T en Fet. — 455 T. remarque que le vers est 
trop long; je corrige premerementeaprosprement. 

— J'ai remis en ordre les vers 46 1 -46a, qui 
paraissent intervertis. — 465 H lit chili, mais 
S chai, — 479 j'ai cru devoir corriger le vers 
en deux endroits. — 489 ma correction donne 
un sens plus clair que celle de T., mais elle 
s'éloigne plus du manuscrit. — 494 ma cor- 
rection a l'avantage de conserver le orent du 
ms. — 5o3 H veneitiens, T. venetiens (je si- 
gnale ici cette divergence qui a un certain inté- 
rêt, mais non beaucoup d'autres analogues). — 
5o6 la correction de T. est inutile; il a imprimé 
nombre pour nombre. — 5i5 la correction en- 
contre pour encoste paraît niicessaire. — 59 9 
H tes, S des, qui vaut mieux que la corr. très, 

— 596je ne comprends pas pourquoi T. change 
espose le en esposee ahfeme espose est une formule 
bien connue en ancien français. — - 535-538 la 



* 



LE MANDSGIUT. v 

fonii (toi. 1)1' ion) est d'une fine écriture .lOfrlnise du \tv' siérie. 70 lignes h lu coloniie, 
9 ralonne» ù la puge; reliure en peau rouge, aux arui^ts de Pii^ l\'' . 

Les deux pages du niiiiuiscrit (foi. ho v"-5o 1*) i[iie, grùce à i'obligeaiice 
de M. i'abbé Ducliesiie, directeur de l'Érole française d'arcliéologîe à Rome, 
j"ai ^u joindre à ce volume, penneltent de constater que M. Langlois avait 
raisou de remarquer que le manuscrit a été écrit en Angleterre. La graphie 



ponctua lion 1I0 T. est hiut k fiiît erroa<^ : l'itotre 
8 ici It sens de -flotte» et non d'» histoire". — 
5'l9-^6o le mn. porte Ker et non Ke, Hgaivo- 
nnille. — (>o3 le nis. (nrlc sûretneiit etut comme 
S el non mui ct)mme H. — 6o5 H et S ont lu 
arme,- M. Toblt-r a coinpli^lë lp vtrs en ajou- 
Isnl ne. mais il faol lîi'i'' nrivé (lat. appulia»), 
'" 60Ç1 il vaut mieux changer Quen en Que que 
for en lia. — titâje ne conifirendR pas pounguoi 
T. corrige /«( en dist. — 687 je ne «dis s'il est 
utile de coiTÎger «e en »'i. — 654 la correction 
de T. est sans dautf prëfëi-able h la mienne, aie 
VM étant ailleurs dans le poème. — 66A il est 
plus simple de changer Tuent en Ocienl que il'a- 
jouler or. — 67t> la ponctiialîon adopta par 
T. i-eiid ce vers |>eu clair. — 688 T. a raison de 
corriger iiorM, mais je [iriTérerais rile kehoKe. — 
£98 lor, que porte U, vaut bien inieuii qui- le 
jW de S que j"ai conserva. — 798 le ms, n/rann 
el non_^'i4a«, ce qui suggère la correction framux. 

— 800 je snppl^ pri» plutAl que wiort, — 8/|i 
Qm de coque ileHfmeit.T.: E {ma.) de fo qu'il 
en»i feieil. — 80a je corrige reguesle, repris 
du vers prëcëderil, eu tcmpnle. — 8ââ j'aime 
mieux imprimer iKnulu'et qu'ABuriuOT'*. — 878 
au lieu d'ajouter n-o* jwur faire le vers, j'ai mis 
tignoriage pour êtignorage, à tort, cnr notre 
jioème ne connaît f\ae w^xorage , el êeignoriage . 
itieii qu'admissible, n'est pas atteste ailleurs. — 
901 ms. cet, T. as, I'. de». — goU .Si, il Tant 
imprimer S'i. — (|i3 il vmtt mieiii corrigei' 
partie» en deparlien ( I'. ) que .Unis en MaiiiU» (T.). 

— ga 1 le ms. jiorle bien PriiteeiiieM. — r|3o 
Que il penëosl tel filninie est In leçon qui me 
|iarsll la meilleure. — t* v. 976, qui rë|téle le 



V. 97 A . me parait fautif; je l'ai remplace par des 
points. — Le v. 997 est dans le ms. et a été 
omis par U. — io3t> j'ai suppk'i! wu/t plutôt qae 
le. — io4a ms. laHuie cl non laume. — 1069 
chlnclien el uon cliuiclte*. — 1 066 de se» jiour 
icê, an lieu d'ajouter («it, — 1 1 1 1 Delà Setem- 
iwl»ee](H.), be la[mi\»elembrt (T.). — a7a3- 
373'! je corrige MonferanttA Coraiit en Monterai 
el Coriil. — 9@53 je cuiTigfi enienert. — agaS 
T. supprime i avant tini, ce qui fait tomber 
la remarque sur la double furrtie Flaiidreu et 
Flatidre k la Table des iiojiis propi-es. — iigSo 
S a de» fiaii; T. lit degeeii et traduit par 
"decrepitus'i , ce qui est bon et <Ioil faire clFacer 
ma correction ile»fniz.. — 33 h-] je ne vois pas la 
n^cessit^ de changer tomboiienl en Irompouenl. — 
383^ J'aime mieux lire coineiieoii que roiiiene'on. 
— 6677 lu cori-ectiim el la [Knictunlinn de T. 
valeutmÏPUt que les luiounes, et ]>ermetlent de 
restituer le v. ()6So d'une làçon |ilausil)le. — 
J'admets une lacune npi-ès le v. i93a8, el il 
manque certainement un vers uprèa laSIiâ. 

''' M. Linglois ajoute qu'on trouve, aux 
fol. 89 v" el go r*, -une chanson franeaise. 
paroles et musique {i?critui*e du im" siÈrIe), 
tnl^ralement reproduite |>nr Kellert. Il nnrsil 
Jù remarquer que cette cliauson est non pas 
frauçaiiie, mais provençale, bien que le srrilie 
l'ait fort aliéna', cl qu'elle est dans un rapport 
^troil avec te poème à la suite duquel elle est 
copiée de la même mt\ui. C'est le célèbre plani 
de (iauœlui Faidil sur la mort du l'oi llicliard. 
qui se retrouve encore dans deu\ aiilres iubs. 
d'origine française. ( Voir L. Gaucltat. Bomaui», 
l. XXlI.p. 33li.379.) 



VI INTRODUCTION. 

présente d'ailleurs en grand nombre les caractères bien connus de langlo- 
normand, et la négligence constante que met le scribe à donner aux vers 
leur nombre régulier de syllabes, ainsi que les fréquentes altérations qu'il 
fait subir à la rime, suffisent à montrer qu'il n'était pas Français (*'. C'est vers 
la 6n du xni^ siècle que la paléographie nous permet de placer la copie de 
YEsloire de la guerre sainte qui nous est parvenue. On y remarque l'absence 
de certains traits anglo-normands (comme aun pour an) qui apparaissent, 
il est vrai, dès le commencement du xni^ siècle, mais qui ne deviennent tout 
à fait usuels qu'à la fin. Les deux premières strophes du planh de Gaucelm 
Faidit sur la mort de Richard Cœur de lion, copiées à la fin par le même 
scribe, présentent un texte fortement francisé et, à ce qu'il semble, crpoite- 
viniséTî, mais n'oflfrent que très peu de traits anglo-normands (^J. Cette cir- 
constance indique que notre manuscrit a été copié sur un manuscrit exécuté 
en France, sans doute en Poitou, postérieurement à la mort de Richard 
Cœur de lion , et qui faisait déjà suivre le récit des exploits de Richard de la 
complainte à laquelle son trépas donna lieu de la part du célèbre troubadour 
poitevin. 



IL — L'AUTEDR. 

L'auteur de YEstoire de la guerre sainte nous a fait connaître son nom; il 
s'appelait Ambroise : Amhroise dit y qui Jist cest livre (171), etc.W. Il ne nous 
apprend guère autre chose sur lui. Il se présente à plusieurs reprises comme 
ayant assisté aux événements qu'il raconte. Il était présent, le 3 1 janvier 1188, 
à la célèbre entrevue d'Henri II et de Philippe II, «rentre Gisors et Trie, 
dans la grande et belle prairie t) (v. i5o). Il était à Londres, le 3 septembre 
1 189, aux fêtes du couronnement de Richard (v. 193, 197)9 et à partir de 
ce moment nous le voyons suivre partout le roi d'Angleterre, à Lions-la-Forêt, 
à Tours, à Vézelai (v. 182), à Lyon, à Marseille, à Messine (v. 617), où il 

^^^ On peut relever aussi le bit que le manu- Keller, p. 4aô. Le planh de Gaucelm Faidit a 

sent se trouve relie avec un autre manuscrit, ce- été imprime, d*après divers manuscrits, un 

lui du poème de Chardri, exécuté incontestable- grand nombre de fob. 
ment en Angleterre. ^^^ Voir à la Table des noms propres l'indica- 

(*) Voir le texte de notre manuscrit dans tion des neuf passages où il se nomme. 



prit part au grand festin que donna Ricliai-d dans ie château de nMategrifoiiit 
le jour de Noël 1190 (v. jogi. togg). Embarqué avec !e roi le 10 avril 
tigi (v. 1191), ii s'arrêta comme lui en Crète (v. laôo) et à Rhodeg 
(v. 1^85). Il suivit l'expédition de Chypre (v. i5oi ss. i6go, 1767) et 
aborda à Acre le 8 juin, il vit de ses yeux iilusicurs épisodes du siège (v. /1898). 
Après la prise do la ville, il partit ie 90 août ave<^ Richard et fit toute la 
longue et inutile Ciimpagne qui se termina par le retour des croisés à Acre 
le ao juillet 119^ (voir notamment v. Bgao, 6988, 7078, 7656, 7679, 
7632 SS-, 78Û1. 7899, 8716. gUSa, gSig, 9796 ss., 983/1, 10377, 
loBia). Il ne paraît pas avoir suivi Richard dans t'héroïque te rescousse •» de 
Jaffe (le V. 1 1 687 ne prouve rien). Après la trêve conclue le a septembre, il 
fit partie du deuxième convoi des pèlerins qui furent admis à entrer à Jéru- 
salem et h visiter les lieux saints, non sans courir de grands dangers et sans 
essuyer de dures humiliations (v. laoï'i ss.). Arabroise termine sou i-écitau 
rembarquement de Richard, qu'il n'accompagnait certainement pas, et ne nous 
tait pas savoir comment il revint lui-même dans sa patrie. 

Qu'était Ambroise? En quelle qualité prit-ii part à la croisade? Il résulte ' 
de son naïf témoignage ((u'il n'était pas chevalier. Aprè-s avoir dit que les che- 
valiers qui faisaient, comme luî, partie du second convoi des pèlerins admis 
k Jérusalem eurent, par !a permission de Salahadin. la joie de voir la vraie 
croix, il ajoute (v. lîîoSg) : E nos autre qui a pxé Jumen Ço vetmes que uns 
pctïmesi'). Mais il ne doit même pas avoir été éeuyer ou simple TsergenlTi. H 
est bien remarquable que. dans cette longue histoire qui se eompose sin-tonl 
de récits de combats, il ne se met jamais en scène parmi les combattants. Ni 
à Messine, ni en Chypre, ni devant Acre, ni dans cette longue marche de 
Syrie qui, sans parler de la gnmde bataille d'Arsur. fut une escarmouche per- 
pétuelle, il ne semble avoir porté ou reçu un coup. C'est parmi les non-com- 
battants qu'il faut le cliercher'*'. On pense d'abord aux clercs. Miûs rien n'in- 
dique qu'Ambi'oise ait été clerc. Son instruction, comme nous allons le voir. 



''' C'est ce (pie Rirbnrd du la Sainle-Trinil^ 
«le Londres, le trsiliieteur lalin qui se suttstitiie 
impmlemiiient h Ambroise (voir le ■* V de ceUe 
Introduction), rend parres mots, où on retrouve 
une des rimes de l'original : ffoi autem pediica 
eidimia quod polmuut (VI. uni). 



'■' L« seul pawage d'où l'on |joun-Bit conclure 
qu'il portail les armea est celui dra v. 1 5o3 as., 
où. il dit «noiiH» eii partant des combattants; 
mais cette Tormule n'esl pas dédsivc. Ambroise 
emploie souvent ^'« en )iarlant de lui, jamais à 
propos d'im fait de ^erre. 



VIII INTRODUCTION. 

est piirenieiil prise à des œuvres rraiiçaises. Il et-l pieiiii , mais coinmc léhûeul 
tous les pèlerins, ou au moiiis comme les ineilleurii d'entce eux. Quand il pm-le 
des prêtres «gui fiiisiiieut partie de l'expédilîoii, il nt^ i^ met jamais parmi eux. 
Toute sa Taçou do juf^er les hommes et les choses est celle d'un laïque de pe- 
tite condiliou , d'un ineuibre de cette ffent menue dont il exprime avec prédilec- 
tion les opinions, les seutimeiiU, les espérauces enthousiastes et les amères 
dt^ceplions. 

En ileliors des cmnbattanls et des clercs, ou ue voit guère dans logl des 
croisés de place que pour un poète de profession, un jongleur. C'est hien 
ce que je crois qu'était Auibruise. II connaît à i'oud les chansons île geste 
qui étaient en faveui' ù ia fin du mi" siècle, et le souvenirlui en revient à tout 
propos. (Jtiand il ai'Hve h Messine et qu'il voit eu face de lui Rise (Heggio). 
il ne rappelle aussitôt que c'est la ville dont s'empara Agoland, d'après la 
chanson lïAtrpremoHt (v. 5i6). Pour louer ses héros, il les compare à Roland, 
à Olivier (v. 6665), il va même jusqu'à les mellre au-dessus des glorieux 
morts de Ronreviuix (v. i fîo6). Désolé de la discorde qui règne entie les 
cmisés, il la met en contraste avec l'union des guerrici's de Cliarlemague, qui 
permit à celui-ci de conquérir l'Espagne (v. 8/179-8686), la Saxe (v. 8685- 
8689) et l'Italie {v. 8690-8693), d'après les rliansons de liomevaux, des 
Saimes et lY Atqirertiont , ou avec celle des premiers croisés au siège d'Antioche 
(v. 8696-8699). C'est d'après la chanson consacrée à ce siège qu'il rappelle 
encore ailleurs (v. i 0666-10682) les noms de Godel'rol de Bouillon, de Boé- 
mond et de Tancré . Donl l'on reconte enror l'estorie. Pour donner l'idée de la per- 
fidie derempereiirdeChypre.il dit(v.i388) qu'il éta it pire que Gaiielou. Au 
reste, it connaît tout aussi bien d'autres poèmes en langue vulgaire. 11 compare 
Jacques d'Avesnes à Alexandre (v. a856), à Hector et à Achille (v. -iSSô). 
d'après les i-omans (\'Alej:aitdre et de Troie. Dans un curieux passage, il éiiii- 
nière non seulement les vieille» chançon» de geste Dont jogleor font si grantfeste 
(v. 6189-6190), mais d'autres romans en vogue, pour opposer l'absolue au- 
thenticiléde l'histoire qu'il raconte à ia véracité douteuse de leurs récits : c'est 
(T le message de Balan-n [Aspretiumt), les poèmes sur Pépin et sur Charlemagne, 
Agoland (encore Aspremont), Guileclin (les Saimneg, cités encore ailleui's); mais 
c'est iinssi la mort d'Alexandre (voir â la Table des noms propres), les amours 
de Paris et d'Hélène { Troie), les prouesses d'Arthur de Bretagne et de ses com- 
pagnons, les aventures de Tristan. Il semble que nous ayons là comme un cala- 



L'AUTEUR. 



IX 



logue de son répertoire habituel, dans lequel la chanson d'Aspremont devait 
tenir une place d'honneur, car il ne la cite pas moins de quatre fois'^'. 

Si Tinstruction d'Ambroise est celle d'un chanteur de geste et diseur de 
contes, les sentiments qu'il manifeste en certains endroits semblent bien aussi 
appartenir à cette profession. U aime les f(Hes et les décrit avec complaisance, 
en insistant sur le fait qu'il y a pris part : il n'a vu en sa vie r cour plus cour- 
toisement servie -n que celle de Richard à son couronnement, où il a remarqué 
une vaisselle magnifique, des tables chargées de victuailles, et des présents 
distribués avec une largesse incomparable (v. 1921 ss.). De même à la fête de 
Mategrifon, il admire tout, et les nappes, et la vaisselle, et le service, et les 
dons (v. 1091 ss.)(^). Ce n'est sans doute pas sans regret, au contraire, qu'il 
constate qu'à la fête de Noël tenue à Lions-la-Forêt Richard était si pressé 
qu'on n'eut guère le temps de cr chanter de geste t) (v. 25o). 

Mais si Ambroise aime naïvement, en vrai jongleur, les fêtes et les dons 
princiers, il n'en a pas moins des sentiments honnêtes et même un idéal 
assez élevé. 11 est sincèrement pieux, et il a entrepris son pèlerinage dans 
l'espoir d'adorer les lieux saints, qu'il pensait voir délivrer par ses compa- 
gnons; il gémit sans cesse sur la désunion des croisés; il blâme les désordres 
et les péchés de l'ost (v. 6676 ss., 7088 ss., 845o ss.), de façon à nous 
persuader qu'il ne fut pas de ceux qui y prirent part ^^K Nous verrons plus loin 
que, dans son récit, s'il n'est pas toujours impartial, il est toujours sincère 
et s'elVorcc d'être juste. 

Ambroise écrivit son poème après être revenu en Occident, et il a eu en 
l'écrivant plusieurs desseins. Il se proposait de mettre dans tout leur jour la 
prouesse et les autres qualités de son souverain, le roi Richard; il voulait 
répondre au dédain que montraient à l'égard de cette croisade stérile beaucoup 
de ceux qui n'y avaient pas pris part (voir le curieux passage v. laa 9 4-12 256). 
Mais surtout il voulait profiter de ce qu'il était capable de rimer et d'écrire 



^') En i*egard de ces réminiscences constantes , 
le nombre des allusions bibliques est extrême- 
ment restreint et leur caractère très gënëral; il 
n'y avait pas besoin d*étre clerc pour parler 
d'Adam et de sa pomme (v. 667 a) ou pour com- 
parer Kyrsac à Judas (v. i388). 

^*^ Il s'intéresse même aux fêtes auxquelles il 
n'assiste pas, par exemple aux noces d'Henri 



de Champagne avec Isabel de Jérusalem (voir 
V. 90^7-9049). Voyez encore le souhait qu'il 
exprime au v. 910a. 

^^) Ce n'est !pas qu il fut insensible à l attrait 
de la beauté féminine. Voir les naïves réflexions 
qu'il fait en racontant qu'Heni'i de Champagne 
épousa Isal)el de Jérusalem malgré l'avis de 
Richard (v. 90 A a). 



nirKiiumii satiobau. 



X INTRODUCTION. 

pour raconter fidèlement ce qu'il avait vu outre mer. Les croisades ont suscité 
chez nous la littérature historique en langue vulgaire, et le récit d'une de 
ces lointaines expéditions était sûr d'avoir du succès. Ambroise destinait son 
poème à être récité en public, soit par lui-même, soit par d'autres auxquels 
il en céderait une copie ^^\ et il s'en promettait un légitime profit. Il avait cer- 
tainement formé ce projet dès le début de l'expédition, et il dut prendre des 
notes pendant tout le temps qu'il fut absent de chez lui, comme on le voit 
par l'exactitude des dates, qu'il rapporte presque toujours minutieusement^^'; 
c'est à Acre même qu'il recueillit les renseignements qu'il donne sur l'histoire 
antérieure de la Terre-Sainte, qu'il connut un journal du siège jusqu'à l'ar- 
rivée des rois de France et d'Angleterre '^\ et qu'il lut le catalogue, dressé par 
(Tun bon clerc t), des croisés de marque morts devant la ville depuis le com- 
mencement jusqu'à la fiq du siège (v. 5582). 

Ambroise était donc certainement, sinon un jongleur précisément, du moins 
un écrivain de profession. Ce que nous avons maintenant à nous demander, 
c'est le pays dont il était originaire. 

Il était, cela ne saurait faire un doute, sujet de Richard et non de Philippe. 
Il parle toujours des Français comme d'étrangers, tandis qu'il regarde comme 
lui appartenant de plus près les Gascons, Poitevins , Angevins , Manceaux, Nor- 
mands et Anglais, c'est-à-dire tous les habitants des provinces soumises directe- 
ment à Richard, roi d'Angleterre, duc de Normandie et de Guyenne, comte de 
Poitou, d'Anjou et du Maine ^*'. C'est dans une de ces provinces qu'il faut cher- 
cher la patrie d'Ambroise. Il n était pas Anglais; il dit expressément (v. 66) 
que Richard, alors comte de Poitiers, se croisa le premier des hauts hommes 
Des terres dont nos de ça somes : de ça est ici précisément par opposition à l'An- 
gleterre. Il n'était pas non plus Gascon, comme son langage le montre sufii- 



(*) Voir les nombreux appels aux auditeurs 
{Setgnor), et iiotaminent les vers 780G et 1 1 ^70 
(« veir com vos ci estes), le vers 2889 i^^^ 
orra Qui entor moi tant sojorra) et les vera 
83a5, 84/iA, 8817. C'est h cause de ce mode 
de publicitti que Tauteur se désigne tantôt; avec 
son nom, à la 3* personne, tan loi [mrje. C'est 
ainsi (|ue s'expliquent aussi les foiinules comme 
ço dit li livres (v. 71 85), selonc Vestoire quejo di 
(v. iia68). 



^'^ L'exactitude de ces dates est presque tou- 
jours conlirnn,% par le lëmoignage de Thistorien 
arabe lk)haeddin; voir les références données par 
M. Stubbs dans son édition de Vltinerariwn Ri- 
cardi, 

^'^ Sur l'utilisation de ce texte par Ambroise 
et par Kichard de la Sainte-Trinité , voir S vu. 

^*^ Il est remarquable qu'à côté des Normands , 
Manceaux, Angevins, Poitevins et Gascons il ne 
mentioime jamais les Tourangeaux. 



L'AUTEUR. II 

samment, et la même raison s'oppose à ce qu'on le regarde comme Poitevin. 
On peut hésiter entre la Normandie, l'Anjou et le Maine. 

C'est pour la Normandie qu'il faut opter. Il est clair qu'Ambroise porte à 
cette province un intérêt particulier. Dès le début, il la met en vedette : la prise 
de Jérusalem cause une consternation profonde E en Normendie e eii France E par 
tôle cresiienié (v. i8); la guerre des rois de France et d'Angleterre est pour 
lui une guerre entre France e Normendie (v. 88); en parlant de la haine de 
Philippe contre Richard, il dit que de là vint la guerre Dont Normendie fu 
gastee (v. 83o); il constate de même que le séjour de Richard en Orient eut 
les plus fâcheuses conséquences pour Normendie y Quinfu povrey guaste e mendie 
(\. 9/159). Quand il parle des Normands, il leur donne souvent un éloge par- 
ticulier : il les appelle lagent de valor (v. 92^), h gent seûre (v. 9533). Enfin, 
en parlant des Normands qui conquirent la Pouille et la Sicile, il les appelle 
(tnos ancêtres T) (v. 618). Il est impossible à ces traits de méconnaître un 
Normand. 

On peut sans doute préciser davantage. Ambroise mentionne, pour leurs 
prouesses ou leurs aventures, des guerriei^ de plusieurs pays : il ne ménage 
pas l'éloge aux barons français comme Guillaume des Barres et Auberi Clé- 
ment, flamands comme Jacques d'Avesnes, champenois comme André de 
Brienne; il rappelle les hauts faits des Poitevins comme Jofroi de Lusignan ou 
André de Ghauvigni , des Manceaux comme Juquel de Mayenne ou Robert de 
Sablé. Mais ce sont tous là de «r hauts hommes?), des personnages que connaît 
l'histoire du temps. Pour les Normands, au contraire, il cite les noms de 
simple3 chevaliers qui sans lui n'auraient pas laissé de traces dans l'histoire, 
et dont plusieurs ne figurent dans ses vers que comme ayant pris part à la 
croisade, sans s'y être d'ailleurs particulièrement distingués. Or, — sans 
parler de plusieurs noms normands qu'on ne peut identifier avec certitude, 
— des cinq départements de l'ancienne province de Normandie , l'Orné ne 
fournit aucun nom à la liste d'Ambroise , la Manche n'en fournit que deux (Ma- 
thieu de Saussei et Jourdain du Hommet; encore faut-il noter que celui-ci 
est un grand seigneur, connétable de Séez et mentionné ailleurs), la Seine- 
Inférieure que deux (Huon de Gournai et le chambellan de Tancarville, per- 
sonnage illustre), le Calvados que deux (Henri de Graïe et Aucoen du Fai, 
qui est douteux); l'Eure au contraire n'en apporte pas moins de dix. On 
peut mettre de côté Etienne de Longchamp, suffisamment célèbre d'ailleurs, 



XII INTRODUCTION. 

Guauqueliu de Ferrières, qui était mentionné dans Touvrage antérieur à Am- 
broise dont il s'est servi pour son récit de la première partie du siège d'Acre , 
et Gislebert de Vascœil, qui dut une fâcheuse réputation à son abandon de 
Gisoi-s à Philippe. Mais il en reste sept qui certainement sans notre poète ne 
seraient pas connus de la postérité '^^ : Roger de Hardencourt, cr le bon archer n, et 
Guillaume du Bois-Normand, qui se défendirent si bien contre les ccGrifonsii 
de Kyrsac; Guillaume et Henri de Mailloc, qui combattirent vaillamment à 
Rames; Bartélemi de Mortemer (celui-là est douteux''^)), un des compagnons 
de Richard dans l'héroïque délivrance de Jaffe; Raoul de Rouvrai, tué à 
Messine (douteux); et enfin les frères de Tournebu, Pluseur hon fil e luit 
dun père (v. /jyio), qui arrivèrent à Acre en juin 1191 avec l'évêque 
d'Evreux W. Cela indique bien un proche compatriote de ces braves chevaliers. 
D'autres circonstances confirment cette induction. Je n'attache pas d'impor- 
tance au fait qu'Ambroise assistait à l'entrevue de Gisors et à la fête de Lions- 
la-Forêt, puisqu'il était aussi à Londres et à Tours; mais il est assurément 
significatif qu'ayant à nommer Dreux (v. 760) il ajoute, pour faire connaître 
la situation de cette ville française : Qui est a set Hues (T Evreties ^^K 11 est donc 
fort probable qu'Ambroise était de l'Evrecin. L'étude de la langue du poème 
est, comme on le verra plus loin, parfaitement d'accord avec cette conclu- 
sion. 

On croirait pouvoir la confirmer et même la préciser encore davantage grâce 
à un tout petit détail. Notre poète appuie une assertion de son récit (v. qSSG) 
par cette invocation : Issi m'ait sainz Celenns. Le nom de saint Célerin n'est 
pas fort célèbre, et je ne pense pas que dans toute la littérature frsgiçaise 
du moyen âge, où les invocations de saints sont si fréquentes, on le trouve 
mentionné en dehors de ce passage. Je sais bien que notre versificateur ne le 
nomme, dans ce vers de remplissage, que pour rimer di\ec pèlerins , mais encore 
fallait-il qu'il le connût, et c'est une connaissance qui ne devait pas être très 
répandue en dehors d'une certaine région. Or, il existe dans l'Eure, allant de 

^*^ Les noms de quelques-uns d'entre eux figu- cliard à Tancrë (v. 1009), peul encore être 

rent dans des chartes qui nous ont été conservées ; signalée. Toutefois , il faut remarquer que d'au- 

mais c'est là une notoriété bien restreinte. très historiens le nomment , comnie il est natiu^l , 

^'^ Voir à r^rrato, p. 578. à cette occasion. 

^^' La mention de IVvéque d'Évreux Jean, ^*^ Sur cette évaluation, sensiblement ti'op 

(rqui supporta beaucoup de dépenses et de fa- faible, voirTarlicle Dreues a la Table des noms 

tiguesi», [)armi les messagers envoyés par Ri- propres. 



LA LANGUE. mii 

Neubourg à Hectomare, uu chemin appelé crie Chemin de saint GélerinT), et 
d'après M. de Blosseville [Dictionnaire topographique de l'Eure^ p. 191), ce nom 
est cr un nom très ancien , dû à saint Célerin , second patron de la Charité 
d'Hectomare Tî ; on pourrait donc être tenté de croire que c'est précisément 
à Hectomare que notre poète était chez lui. Mais mon savant confrère 
M. A. Longnon, auquel je dois tant pour l'identification des noms de lieux du 
poème, m'a fait remarquer que suivant toute apparence la Charité d'Hecto- 
mare elle-même n'est pas antérieure au xvn* siècle; par conséquent nous 
n'avons aucune raison de croire que la dévotion envers saint Célerin ait été 
anciennement répandue dans cette localité. En fait, la mention de ce saint 
prouve simplement que notre poète était originaire de la région occidentale 
de la France. Il serait trop long et ici hors de propos de chercher à distinguer 
entre les saints personnages désignés sous les noms, qui se confondent sans 
cesse entre eux, de Celerint^y CelericuSy CenericuSy CerenicuSy Seretiicus ^ Sinericus y 
Célerin, Céneri, Céneré. Il y a eu trois martyrs africains du nom de Celennus; 
mais le saint Célerin vénéré surtout dans la Normandie et le Maine parait 
bien avoir été un cénobite du vu® siècle du nom de Cenetnctis. C'est sous son 
invocation qu'étaient placées les églises de Saint-Céneri près Séez (c***" d'An- 
non-sur-Orne, c**" de Séez, arr* d'Alençon) et de Saint-Céneri-le-Gérei 
(c^" d'Alençon), dans l'Orne; de Saint-Céneré (c^" de Montsurs, arr* de 
Laval), dans la Mayenne; de Saint-Célerin (c*^" de Montfort-le-Rotrou , arr* 
du Mans), dans la Sarthe; et, jusque dans la Hayjte-Vienne , de Saint-Sénery 
(c''* et c^" de Pleuraartin, arr* de Châtellerault) (^). Saint Célerin était donc 
un saint populaire dans .la Normandie et le Maine, et son nom venait natu- 
rellement sous la plume d'un Normand occidental pour lui fournir une rime 
riche à pelenn. 

III. — LA LANGUE. 

La copie unique qui nous a conservé le poème d'Ambroise est notable- 
ment postérieure à l'original ; elle a été faite en Angleterre par un scribe qui 
parlait une langue sensiblement différente de celle de l'auteur, qui ne com- 

^^^ Ijes titi^ anciens où figure le patron de à M. A. Longnon). Il est probable d'ailleurs que 

ces diflfërenles églises présentent son nom sous plusieurs autres ^^lises étaient dédiées à notre 

les formes variées de Cenerieuê, Setiericus, Sere- saint dans la Normandie occidentale, ou il a jadis 

meus , Celericus et Celerinvs (renseignements dus été fort populaire. 



XIV 



INTRODUCTION. 



prenait pas toujours ce qu'il copiait, et qui n'avait surtout aucune notion des 
lois qui régissaient pour Ambroise la mesure et la rime des vers. Aussi le 
texte qu'il nous a transmis aurait-il besoin d'une revision critique radicale 
pour nous représenter le poème tel qu'il est sorti de la main de l'auteur. 
Cette revision radicale, j'avais d'abord eu l'intention de l'essayer, et j'avais 
commencé à récrire le poème dans la forme que permettent de lui assigner 
et l'étude de la mesure et de la rime et la connaissance des œuvres écrites 
dans le môme temps et la même région. Mais je me suis bientôt aperçu 
qu'une telle restitution serait téméraire et en beaucoup de parties arbitraire, 
la mesure et les rimes, seuls points tout à fait solides sur lesquels elle pour- 
rait s'appuyer, laissant incertains un grand nombre de traits importants, et 
plusieurs passages étant tellement altérés qu'on ne pourrait les restituer que 
par des conjectures trop personnelles. Je me suis donc résolu à imprimer le 
manuscrit du Vatican tel qu'il est, sauf à introduire quelques modifications 
exigées par la mesure, la rime ou le sens. Encore n'ai-je fait ces corrections 
qu'avec beaucoup de réserve; j'ai laissé subsister le texte du manuscrit toutes 
les fois que ces trois postulats pouvaient à la rigueur être satisfaits par la 
leçon qu'il donnait. J'ai, par exemple, conservé les vers trop longs ou trop 
courts quand, à la lecture, l'élision d'une voyelle ou la prononciation en deux 
syllabes d'une diphtongue apparente pouvait leur rendre leurs huit (neuf) 
syllabes réglementaires ^^J; j'ai laissé telles quelles les rimes qui n'étaient dé- 
truites que par la graphie et se retrouvaient sans peine si on leur rendait celle 
qu'elles auraient dû avoir^^^; j'ai renoncé à restituer les passages trop défigurés 
pour que le contexte général et la comparaison de la .version latine permissent 
de les reconnaître sous leur travestissement^^); j'ai respecté la graphie hicon- 



^*^ Par exemple, j'ai laissé subsister ço, 
qui, etc. , même quand leur voyelle doit s'dider. 
Eii revanche j'ai partout rëintëgrd les voyelles 
omises qui tétaient nécessaires à la mesure {feis- 
sent \iowT fissent , etc.), ajoute des mots oublies 
dans les méme« conditions, supprimé ou ajouté 
Ve mis ou omis au hasard dans or{e) , lor(c)», etc. 

^*^ Ainsi les rimes de ei avec ot, de e avec ie , 
inconnues au |)oètc, ne sont, dans le manuscrit, 
que graphiques; on peut toujours restituer par- 
tout ei et ie ou e. 

^*^ Pour bien faire comprendre mon système. 



je demande la permission d'examiner quelques 
vers pris au hasai*d (je ne choisis pas ceux du 
début, parce qu'ils présentent des fautes contre 
le sens plus nombreuses que d'ordinaire ) dans 
le manuscrit et dans mon texte. Au v. i355 
seignurs est probablement fautif pour seignur, 
mais il n'est pas changé; i358 l'f qui commence 
ie vers dans ie manuscrit a du éti'e supprimé 
pour la mesure, et au contraire pour la même 
raison cajoulé au v. i36o; desirers iSôg rime 
avec encatnbriers, il n'y a qu*à lire desiriers, et je 
laisse ce soin au lecteur; mais au v. i36*i ele 



LA LANGUE. 



ÏV 



séquente et souvent barbare du copiste anglo-normand '^^ partout où elle 
ne détruisait pas le* vers ou le sens. Ce système ma paru s'imposer surtout 
pour la première édition d'un texte conservé dans un manuscrit unique. Si 
le poème d'Ambroise est imprimé une seconde fois , surtout si on en découvre 
un second manuscrit, le nouvel éditeur pourra -être plus hardi que je ne l'ai 
été, et le poème, rapproché de sa forme primitive, se lira certainement avec 
beaucoup plus de facilité et d'agrément. 

Mais, si je n'ai pas cru devoir essayer de lui rendre dans mon édition cette 
forme primitive, je dois, au contraire, signaler avec soin tout ce que nous 
permet d'en connaître l'étude attentive des rimes et de la mesure, complétée 
par ce que nous savons de l'état général du français au temps et dans le pays 
de l'auteur. Avant d'employer les deux moyens d'investigation que nous four- 
nissent l'homophonie des syllabes accentuées (rimes) et le compte des syllabes 
dont se compose le vers (mesure), il est nécessaire d'examiner ces moyens 
en eux-mêmes et de voir dans quelles conditions ils s'offrent à nous. 

Rime. — • Ambroise est un rimeur très exact. Non seulement il exige pour 
les voyelles accentuées une parfaite homophonie (^^, mais il n'est pas, en gé- 



donne une syllabe de trop , j'imprime el; je laisse 
au V. i363 Grand doelfud pour Granz duels Ju 
(de m. y. id'jù Ju grant doel)^ mais je ne puis 
laisser tel pour de V, qui ddtniil le sens; je ne 
garde pas la graphie oueraine pour ovraine, qui 
semble ajouter une syllabe au vers, mais je garde 
ovraine el Alemaine au lieu éCovraigne ei Ale^ 
tnaigne, formes du poète; j'ajoute au v. i365 f, 
nécessaire pour la mesure et le sens; je garde 
dans les vers suivants sustenue pour sostenue {sos- 
tenir v. i383), citié pour cite, Guillame pour 
Guilleahne, murut pour morut, mais je corrige au 
V. 1375 surcurut en sucurut (pour socorut); au 
V. 1 377 le copiste a écrit par mégarde mescheeites , 
qui termine le vers suivant, je restitue escheeites; 
au V. 1 379 une abréviation mise pour une autre 
a changé gregiee en gurgiee, je restitue gregiee, 
mais au v. i38a je laisse Ço estait, bien que cee 
trois syllabes ne comptent que pour deux; je 
laisse aux v. i38^ , 1 387, osait, niait pour osaut, 



alout , et ainsi de suite. On voudra bien excuser 

les menues inconséquences qui se sont glissées 

dans ce travail; quelques-unes ont été relevées à 
XErrata, ^ 

^'^ Sa nationalité est attestée, comme on la vu 
plus haut (p. VI ), par son écriture , et aussi par 
tout le caractère général de sa graphie, notam- 
ment par la réduction si fréquente à!ie à e el 
par la suppression également très fréquente d une 
voyelle atone en hiatus dans l'intérieur des mots. 
Si certains traits habituels aux copistes anglais 
de son temps ne se rencontrent pas chez lui, 
cela n'a rien d'étonnant : on sait que la plus 
grande variété régnait, avec quelques tendances 
générales , dans le français parlé et écrit en An- 
gleterre. 

^'^ La rime contes : eoinles que donne le manu- 
scrit au V. 7286 est fautive, et a été corrigée 
dans l'édition; il faut dans les deux cas contes 
(comités et computos). 



XVI INTRODUCTION. 

néral, moins scrupuleux pour les consonnes qui les suivent. H ne se permet 
que quatre fois une licence qu'on rencontre, et plus fréquemment, chez des 
versificateurs soigneux contemporains ou peu postérieurs, et qu'on qualifie 
ordinairement d'assonance, bien que ce nom ne soit pas tout à fait propre. 
L'assonance est indifférente à tout ce qui suit la voyelle tonique, sauf qu'elle 
sépare rigoureusement les oxytons (masculins) des paroxytons (féminins). 
Les rimes licencieuses dont il s'agit ici, et qui sont dans la grande majorité 
des cas des rimes féminines, observent fidèlement la règle qui veut que le 
dernier phonème des vers rimants soit identique : ainsi elles n'admettent pas 
un singulier avec un pluriel, ou --ent atone avec -e ou -es, comme le font les 
assonances. Mais entre la voyelle tonique et le dernier phonème, elles tolè- 
rent une consonne différente , bien que voisine. C'est le cas chez Ambroise , dans 
les quatre paires de rimes suivantes**) : Setetnbre semble 7062 , perdirent tindrent 
6/iâ2, Vérone prodome 3 182, rescosse sarse 2573. C'est, on le voit, fort peu 
de chose, sur près de 6,700 paires de rimes '^^ et nous sommes autorisés à 
tirer de la rime des conclusions sur la prononciation du poète non seulement 
pour les voyelles mais pour les consonnes. 

Mesure. — Inutile de dire que la mesure du vers octosyllabique est scru- 
puleusement observée par Ambroise : toutes les leçons qui donnent au vers 
moins ou plus de huit (neuf) syllabes sont imputables au copiste et ont été 
corrigées dans le texte imprimé. Mais il faut tenir compte des règles que suit 
le poète pour l'élision des voyelles finales devant une voyelle initiale et en 
certains cas pour félision des voyelles initiales après une voyelle finale. 

Dans les polysyllabes, il n'y a naturellement que l'e féminin qui s'élide; la 
question est de savoir si pour cet e Ambroise admet quelquefois la npn-élision 
produisant hiatus. Je n'en ai relevé que quatre exemples qui paraissent assu- 
rés ^^^ : Car el port d^Acre el rochier 89/10, En Vost d'Acre ot un Pisan 65oi, 
E cil qui Acre assaillirent ^671, LHanguage ensemble etrouent 6187. Il s'agit 
toujours, on le voit, d'un e précédé de deux consonnes dont là seconde est 
une liquide, position où il a une consistance plus grande que d'ordinaire ^*^ 

^*^ Sur l« V. 1 1 5 1 6 voir V Errata, ^*^ L'hialus apparent formé par Genve devant 

^*^ Souvent des rimes imparfaites sont prêtées une voyelle aux v. 3|6a et 11 335 doit sans 

au poète par le copiste, soit qu'il fasse des con- doute se supprimer par l'admission de la forme 

fusions de graphie (comme entre -aineei -oigne), Genves (voir à la Table des noms propres), 

soit qu'il mette des mots fautifs comme dûmes ^^^ On pourrait être tenté, ie cas se présentant 

pour dune^ (: brunes) 7720. trois fois pour le même mot. Acre, d'introduire 



LA LANGUE. 



xvii 



En résumé, c'est un fait très exceptionnel, et dont on peut ne pas tenir 
compte en général. 

L'éli$ion interne, qui s'applique à une voyelle atone dans l'intérieur d'un 
mot, est, comme on pouvait s'y attendre, complètement inconnue à Ambroise. 
Le manuscrit en présente d'innombrables cas, mais ils proviennent tous du 
copiste. Pour n'en donner qu'un ou deux exemples, il écrit crior baneisor aux 
vers 9709-971.0, au lieu de cineor banisseoty qu'il a mis correctement aux 
vers 98/19-9850. Beneite 9788 doit être lu beneeite, et j'aurais mieux fait d'in- 
troduire cette forme que de supposer qu'on pouvait lire beneite; àe même il 
aurait sans doute été préférable d'imprimer partout guaaignier^ etc. , au lieu 
de supposer qu'on pouvait prononcer gua^ier^^K Le seul mot neis présente, 
à côté de la forme pleine, la forme contracte nis (voir au Glossaire); mais 
cette double forme se rencontre déjà dans des textes beaucoup plus an- 
ciens et s'explique p^ des raisons particulières ^^^. D'autres contractions ne 
sont qu'apparentes : dttor n'est pas dileor = dictatorem, mais répond à un 
dictorem fait comme factorem; quilé répond directement à une forme 
quittitatem, tandis que quitedét quiteé est refait sur quile avec le suffixe 
formatif -^t^^K 

Les monosyllabes qui élident leur voyelle finale se divisent en deux classes: 
dans la première, qui comprend de^ le art. et pron., me, te y se, l'élision est 
obligatoire (^) ; dans la seconde, qui comprend ne, se conj.'^^, que conj., que 
pron., jo, po, li art. masc. sing. nom., K pron. dat., qui, si, elle est faculta- 
tive. Je ne relève pas les exemples d'élision ou d'hiatus pour ne, se, que, K 
art., où l'usage d' Ambroise n'offre rien de particulier '^'^. Les autres mots mé- 
ritent un examen plus attentif. Jo élide naturellement très souvent son quand 



la forme Acres, comme Genves (cf. TangL Acres); 
mais cette forme ne se rencontre pas, que je 
sache, dans les textes français anciens. 

^'^ Une élision d'un autre genre parait exister 
dans serment au v. 855o, mais il faut la sup- 
primer. Le manuscrit porte : Que les serment dei 
barttage; j'aurais dii comger serment en sere- 
ment, et non del en de son. De même, v. 1 09 1 9, 
Jire Qu'en lor seremenz. Au v. 53 a 9 ii est fiicile 
de supprimer lui ou le. 

^*^ Voir La vie de saint Gilles, publiée par 
G. Paris et A. Bos, Paris, 1881, p. xxn, n. 2. 



^'^ Voir A. Darmesteter, Reliques scientifiques, 

Paris, 1889, ^* '^'P* ^^^* 

^*^ Le manuscrit écrit souvent Te dans ce cas, 
mais il iisiut Télider à la lecture. 

^^ I^e copiste de notre manuscrit écrit d^ordi- 
naire si pour se. 

^*^ Je noterai seulement, en preuve de h 
liberté que se donnait le versificateur en ce qui 
concerne li art. masc sing. nom. , li tmpirere 
1671, 1767, i8â9, et Vemperere 1911, 1715. 
Dans li masc. nom. pi.. Xi, comme on sait, 
n'est jamais élidé. 



c 



nraiBsmis mtxttht». 



XTui INTRODUCTION. 

il précède immédiatement le verbe qu'il régit : jo er-^W 2291, jo ai 6889, 
6892, S^li'j, faveie 8079, jo aveie ^912, 6745, 9152, jo eusse 10189, 
i2i5o,deméme,quand il en est séparé par t ou «n : jo 1 10970,^^^ en ioi83; 
mais il peut aussi l'élider quand il suit le verbe : Taz jorz eusse jo autretel 910a, 
et même quand il est employé d'une façon absolue , où il semblerait devoir avoir 
un accent plus marqué qui empêcherait Télision : Ejo a tei deusfaiz sanz retraire 
8762. On rencontre d'ailleurs assez souvent la non-élision : jo ai 6226, jV 
en i 1 028 W. — Ço se comporte de même; je ne relève pas les très nombreux 
exemples de c'est, cert, cerent, cesteit, (festeient, où la voyelle est le plus sou- 
vent écrite (presque toujours 0, deux ou trois fois e) et quelquefois omise (de 
même ço en est 8972). Dans tous ces cas^ço est sujet; il Test aussi dans 
c'avait 2867, où la langue moderne admet encore l'élision, et dans ç'ala 928, 
çaveneit 5 48 1 , ç'avint 3li^li,oii elle ne la connaît plus parce que ce est tombé en 
désuétude comme sujet sauf devant les verbes être et awir (et avec le pronom 
relatif). Gomme régime, ço élide son non seulement quand il est régime 
direct du verbe qui suit et par là même faiblement accentué , comme dans ço 
aveit 8584, ço oirenl 909, mais encore quand il est régime d'une préposition 
qui le précède, cas où il semblerait devoir être fortement accentué : ainsi de ço 
avreient 6217, deçoot 8991, por çoai'j, porço ait 8902, par ço avoient 8808, 
por ço ala 8166, por ço alomot 5888; il l'élide même quand il est placé 
devant un verbe dont il ne dépend pas : E por ço aler l'en conveneit 8588, ou 
devant un autre mot : por ço al Casel 7781, por ço a une part 9187. Cet usage 
se rattache évidemment à celui que connaissent plusieurs poèmes français, 
d'ailleurs postérieurs au nôtre, de considérer 1'^ de ce, régime de prépositions, 
comme atone à la rime, et de faire rimer par exemple sans ce et puissance, a ce 
et grâce ^^\ 

Parmi les mots en 1, si n'offre pas d'intérêt; il élide ou n'élide pas son 1 à 
volonté (sur sin, voir ci-dessous). Qui n'élide plus jamais Yi en français; chez 
Ambroise il l'élide très souvent : juii 1294, 1989, 38o6, ^718, 5692, 
12887, quiert i5i, 7091, qui iert 471^, qui ierent 2760, qui lui erent 

^'^ Dans tous les exemples cites ici , la voyelle ^*^ Sur la question de savoii- quelle dtait la 

finale est ëlid^, mais on a reproduit telle quelle voyelle finale de^o et ço, voir ce qui est dit plus 

la leçon du manuscrit, qui tantôt la supprime, loin. 

en rfiunissant le monosyllabe au mot suivant '^^ Voir Tobler^X^t^er^yranpat»^ Paris, 18 85, 

(jaueie, cest, etc.), et tantôt la conserve. p. 65, i63. 



LA LANGUE. m 

3700,7669, quiilloc S6tio,quia SbfàS^quoncoreb^S^^^KDamçoquenavint 
2761, on a sans doute affaire à que neutre plutôt quà qui (voir ci-dessous); 
de même dans Delfuerpor quil le requereit 633 , où, comme souvent en ancien 
français, on a la forme faible du neutre dans un cas où Ton attendrait la forme 
forte. — Li pron. dat. nous présente un cas particulier : on lit six fois dans 
notre texte Fen pour lien (/i5o6, 6566, AgSâ, 55âi, 1007/i, 10973); étant 
donnés les cas d'enclise A^en dont nous allons parler (m, juin), on pourrait 
être tenté de lire lin ou luin, Télision de Yi dans ces conditions (p. ex. 4566 
De ço qui Fen [» lui en] vient a mémoire) nous paraissant singulière; mais elle 
ne Test pas plus que celle de ço et que que nous venons de constater, et elle 
est confirmée par des groupes comme rdlasses ^^Im allasses 9606, Fagreoit 
9 76 A » lui agréait; notons d'ailleurs que le manuscrit élide dans tous ces cas 
sans exception la voyelle de li, et que le groupe luin ne se trouve que dans 
des textes sensiblement antérieurs à Ambroise. 

Enclise. — L'enclise de le, les art. après a, de (a/, del, as, des) est com- 
mune à l'ancien français et au français moderne et ne demande qu à être si- 
gnalée (^); celle de le, les après en [el, en les) a disparu par la suite, mais était 
jadis aussi constante que la première; elle Test dans Ambroise. L'enclise de 
le, les pron. a disparu de meilleure heure; elle est encore très abondante 
dans Ambroise, mais elle ne s'exerce qu'après si, qui,jo, ne^^\ et elle est facul- 
tative. Je ne donne pas les exemples où on trouve les formes libres; je crois 
devoir, au contraire, relever tous ceux, beaucoup plus nombreux, qui nous 
présentent l'enclise, ce phénomène n'étant pas sans intérêt pour l'histoire de 
la langue. On trouve : sil 639, 36i&, 36â/i, 3768, AaSS, 6695, 5364, 
5790, 6985, 75ia, 8792, 885i, 8976, io^3i;quil 1970, 3467, 3576, 
36o6, 36qi, 3639, 6808, 5776, 6766, 7/101, 7761, 8o38, 88i4, 98/1/1, 
10837, i2ii3, 12255, 1 i263;yo/ 9838, 1 1665, et gel 7091; nel 2o52, 
2/189, 2619, 2777, 3/i63, 3895, /i656, /i838, 523/i, 6o23, 6562, 
6658, 6890, 7/127, 7880, 8700, 9871, 9580, 11608, 11673, 11676, 

^'^ Dans un texte plus ancien on pourrait lire ^'^ Dans les textes plus anciens, elle se pro- 

qui'neore, mais Télision de Yi est trop frëqueni- duit même après les mots paroxytons, comme 

ment attestée pour qu'on hësite à l'admettre icL altre, et en outre après tu, tei, quei, ja. Voir 

Il faut ajouter qui en 10919, si on adopte la (mais il faut le compléter) le travail de M. K. 

leçon proposée ci-dessus, p. xvii n. 1. Gengnagel : Die Kûrzung der Pronomina hinter 

^*^ Sur la forme de ces mots dans Ambroise, vokaUêchem Auslaut im Al^anzôsisehen, Halle, 
voir plus loin. , 1889. 

c. 



\ 



11 IMRODUCTION. 



4 



1 lyiS, auxquels il faut joindre nu 7387, 797^ et no 35 18, 0/137, 9^^^^ 
j 10977; — •** 2985, 3o88, 3363, 3709, 4355, /i36/i, 446i, /i66i, 

j 4872, 65*J3, 7203, 7373, 7602, 76^5, 871/i, 9396, io333, iii36. 

ii6o8, 11611, 13076; qui$ 3oi, 3183, 3196, 3818, 3ii3. 3/i33. 
38oi, &009, /ioi4, (4858, 6019, 5977, 6719, 76/13, 7883, 8039, 
io55i, 1 1 i5o, 1 133 1; /M 73&5; nés 3336, 3900, 3076, 3/i8o, 3856, 
6003, 6396, 6653, 73'îr>, 7338, 7Û96, 8i65, 93oi, 9653, ioi33, 
io35i, 10/16/1, io/i65, 10557, 10767. L'enciise des pronoms personnels 
me^ le y »e est un fait beaucoup plus archaïque que le précédent; obligatoire à 
Torigine, cette éiision est déjà facultative dans le Pèlerinage de Charkmagne ^^^ 
et le Roland, et on n'en a pas signalé d'exemples plus récents; il s'en trouve 
ce{>endant un incontestable dans notre texte pour $e : Cunque$ genz tant ne$ 
deseorderent 10211 ^^K 

Une enclise d'un genre particulier est celle qui affecte en (inde) : ce mot, 
quand il suit les monosWlabes accentués n, qui^ peut perdre sa voyelle ini- 
tiale, et Yn s'agglutine au mot précédent; on a ainsi dans notre texte n» /i8o, 
586, 1759, 4579, 535o, 5638, 690/1, 6667, 7078, 7139, 8027, 9013, 
9262, 9312, 9868, 101/17, 11167, ^^^ ^^^ ^^^^ ^ ^ 56i2, et quin 
7070, 863o, 8810, 9/160. C'est la graphie à peu près constante du texte 
qui détermine à admettre ici l'élision de 1'^ de en plutôt que celle de Yi de m', 
qui^ qui serait admissible aussi (voir ci-dessus) : quin, gin sont des formes ar- 
chaïques qui n'ont pas dû être introduites par le copiste ^^K 

Nous pouvons maintenant passer à l'examen des renseignements que la 
rime et la mesure nous fournissent sur la langue de notre poète. 

Voyelles atone». — La mesure des vers nous prouve simplement que les 
voyelles atones placées en hiatus dans l'intérieur des mots n'étaient pas encore 
élidées (voir ci-dessus p. xvu), mais elle ne nous renseigne pas sur la qualité 
de ces voyelles, et comme on ne peut se fier à la graphie du scribe, c'est un 
point qu'il est impossible d'éclairer pleinement. Cependant, vu la grande pré- 

' M. Geognagel la conteste pour ce texte, trouve dans un assez grand nombre de textes, 

mais c*est une erreur : voir Romania, XIII, 139 surtout occidentaux, est inconnue au n^tre. 
et la troisième édition (1896) donnée de ce ^'^ Au contraire nous avons admis plus haut, 

poème par M. Koschwitz. pour des raisons en partie analogues, /'en et non 

^'' liVnclise de vas sous la forme o«, qui se Un (et aussi yen 101 83 et nonyoïi). 



LA LANGUE. xu 

domiiiauce des formes qui appuient cette conclusion, on est en droit d affirmer 
que le traitement des voyelles atones dans Àmbroise était sensiblement celui 
du français ordinaire du xu^ siècle. Il serait peu à propos d'entreprendre ici 
Tétude de ce sujet étendu et difficile, en s appuyant sur un texte qui présente 
aussi peu de sûreté. — Les anciens proparoxytons s'étaient réduits à des 
paroxytons : image rime avec bornage /i3â2, bien qu'on trouve ailleurs la 
graphie imagene. 

Voyelles toniques. — A. L'a accentué simple , provenant d'à latin entravé ^'^ 
n'offi'e rien à remarquer : palacre^ diacre^ sacre (: Acre 1200, 278/1, 29/18) 
sont des mots savants; maçacre (: Acre 3 090) est un mot étranger. 

L'a entravé précédant une nasale, et nasalisé par elle, ne rime pas avec $ 
nasalisé (voir à e). — L'at qui provient d'à libre précédant une nasale rime avec 
ei provenant d'^ fermé libre dans les mêmes conditions (voir à ei). Il faut noter 
quelques mots où l'on a a et non ai devant une voyelle simple : ane (an à te m) 
s'explique par le fait que le mot a été longtemps proparoxyton (dn^)^^); cara- 
vane est un mot étranger ; ^/om^ est un mot savant; les l'^pers. en -^mes 
remontent à -avmus; dame, par une exception encore imparfaitement expli- 
quée^^), provient de domina. Les rimes dame ame [aime) 8902, dames âmes 
[aimes) 365 1 , blâme famé 9688, semblent prouver que la chute de l'n ou de 
Ys (voir ci-dessous) n'avait pas allongé l'a des mots anme, blasme, et la rime 
blâme borne [basme) 9906 autorise à en dire autant du groupe Is de balsme; 
toutefois il peut y avoir dans tous ces cas, où l'a s'est trouvé plus ou moins 
anciennement en contact avec l'm, une nasalisation (a). Avec ces mots rime 
encore mesame (: blâme 10160), où il faut remarquer que la forme primitive 
est mesesme : le verbe esmer, le subst. verb. esme, et le verbe mesesmer lui- 
même, ont conservé leur^ étymologique dans la graphie du copiste comme 
dans la langue du poète [esme : quareme 1112), et il est contraire à son 
parler que 1'^ nasalisé rime avec a nasalisé. 11 faut admettre ici l'emprunt d'un 
mot entendu dans la bouche d'un homme d'une autre province ^*^ — Sur an 
précédé d't, voir ie. 

^*^ Sur le sens des mois trlibre^ et «rentravë», ^*^ Cf. Meyer-Lubke, 1. 1, S 869. 

voir G. Palis, Extraits de la Chanson de Bohmd, ^^' A côté de mesesmer on trouve, et même 

5' ëd., p. xxxy. plus souvent, mesaesmer (doù mesaasmer, me- 

^'^ Voir W. Meyer-Lubke, Gramm, des langues samer), et Ton pourrait admettre Tinfluence dé 

romanes, t. I, SS 53o , 64&. la sur Te qui lui est contigu, mais cela implique- 



XXII INTRODUCTION. 

Les combinaisons d'à avec j(^) (notées a») peuvent être simples, ou se com- 
biner de nouveau soit avec n, soit avec /. Nous examinerons successivement 
les trois cas. 

Le groupe ai provenant de a plus une palatale quelconque est, dans notre 
texte, dont la graphie varie beaucoup sur ce point, réduit à è comme en fran- 
çais moderne : lerme (lacrima) terme 2682, 881 3, peisse presse i5o (voir le 
Glossaire), estre nestre q6, désire nestre iâo58, prestres meistres 8564, après pes 
66â , Nazarehtfet 1 q 183 , torqueis (1. tarqtuds) près 3766. Il ne faudrait pas se 
laisser tromper par la graphie ei pour ai, fréquente dans le manuscrit, et croire 
que ai peut rimer avec ei : tous les ei qui sont dans ce cas (p. ex. fomeisse : 
mesaise 35os, malveises : aises biS ^feile : retraite 3968) doivent être changés 
étymologiquement en ai ou phonétiquement en è ^^K — Le produit de an plus 
la palatale yod est aing lorsqu'il est final, aigne dans les finales féminines, ain 
devant une consonne. Aing (pi. ainz) ne se trouve pas à la rime. Aigne{s) s'y 
trouve souvent, presque toujours en rime avec lui-même, et écrit tantôt aine^ 
tantôt aigne (voir à Yn mouillée); deux fois il rime avec r^ne : règne chevei- 
taigne 8608, Charkmaines règnes 8/180, et une fois avec la 3^ pers. sing. du 
subj. pr. A'emprendre (empraine enpraine 6). Nous reparlerons de ces faits à propos 
de ei. Ain devant une consonne rime soit avec lui-même (si Ton considère 
Tétymologie et non la graphie) : a^eû^Er^ (a ttangere) remaindre 1 202 , enfraindre 
(infrangere) ataindre 1 856 , empaindre (impangere) ateindre 2 1 Bs , remeindre 
pleindre 6678, pkindre remaindre 6908, atainte aleinte âi5/i, plainte meinte 
3 6 9/1, soit avec ein (voir à ei). — Ai plus / donne ail quand il est final, aille 
quand c'est une finale féminine, au devant une consonne (voir à 1'/ mouillée). 
AU ne figure pas à la rime, aille ne s'y trouve qu'une fois (vitalle bataille 7920); 
auz rime avec auz d'autre origine (voir au z). Dans paile œntraille k^3S on ne 
peut savoir si Ton a les anciennes formes pâlie contralie^^^ ou paile contraUe^ 
mais en tout cas 1'/ n'est pas mouillée. 

E. L'ancien firançais connaît trois e toniques, distincts par leur origine. Le 
premier, c\ est l'e ouvert du latin vulgaire (ë du latin classique) entravé; le 
second, ^^, est l'e fermé (ê, ï du latin classique) entravé; le troisième, ^, est 

rait une contraction dont, comme on Ta vu plus ^'^ Au v. 3^98 il faut lire par sa manaide 

haut, il n*y a pas d'exemple dans Ambroise. (: laide), au lieu de l'inintelligible por sa mets-- 

^'^ Lej désigne leyorf (it jeri, alL Jahr, fp. nade (voir au Glossaire). 
pied, yeux, soleil). ^^^ Par dissimilation pour contrarie. 



LA LANGUE. xxui 

la transformation normale de Ta tonique libre (sauf devant une nasale ou une 
palatale). La prononciation du premier était certainement è; celle du second 
et du troisième à Tépoque ancienne est plus douteuse. Nous les examinerons 
successivement. 

Sur ^=»ë entravé en lui-même, rien à remarquer ^*J. On a vu plus haut 
que Tancien ai avait le son de ¥è et rimait avec lui. — Devant une n suivie 
d'une autre consonne, IV se confond avec Yé^; nous parlerons plus loin des 
deux en même temps. 

Devant /, Yè s'est élargi anciennement en èa, et quand 17 s'est vocalisée, 
èal est devenu èau, puis eàu. Ce groupe est noté par notre manuscrit de façon 
très variée [ely iely ta/, iau); ainsi, pour citer trois paires de rimes évidemment 
identiques, on lit i6Sâ aignek biaus^ Ssoa chastels numgonieU, 9/108 e8ro[r]- 
neh biais; mais c'est eau qu'il faut attribuer au poète. L'assignation à l'a de la 
prépondérance tonique semble attestée par les rimes de eau avec au que nous 
montrent les deux groupes --eaus et -eaume : leam (légales) Preak (pratellos) 
7i!ia, i2â66(^), Preals reaus (regales) 11000; helmes réanimes 5768, 
GuUlames palmes 58o!i. Il faut toutefois remarquer que cette confusion 
n'a lieu que pour le mot Preeaus, où il était facile qu'un des deux e contigus 
tombât('), et pour les mots étrangers helme et Guillelmey qui ont pu avoir des 
formes variées, correspondant à des variantes de la langue originaire (hjalm, 
Vilhjalm)(^). On ne trouve jamais la confusion réelle des deux groupes eau 
et au telle que l'attesteraient, par exemple, des rimes de beaus à maus^ de 
apeaut à vaut. — Pour l't provenant de à + 7, voir plus loin. 

Ve provenant de e (ê, ï) ne rime en général qu'avec lui-même : --ece (-ïcia 
pour -ïtia) : prœce vistece ifkHi.richesces ligesces 18/1, destrece (districtia) 
laschece 621/1, sesche (sicca) teche (origine allemande) iii3â, tresches (du 
germ. thriskan) garlandesches (suff. germ. -isk) 8/160, Saete (Sagitta) 
nette 5o58(^), ewette (suiï. -itta) Mont Olivete (mot savant) 1062Q, muschetes 
petitettes 96 3o, bocettes machettes 96/10, saeites desheites (1. deseetes et voir au 

^^^ La rime estue quareme 1 1 1 a ne prouve ^'^ Et encore Preeaus ne rime-t-il qa*avec !eau$ 

rien, les deux groupes diffëreniment écrits ëtant et reaus. 

clans les mêmes conditions. Sur Ys devant m, ^^^ Sur heaume, voir au Glossaire, 

voir ci-dessous p. xxxvi. ^'^ La rime Saete parjete 8688 indique com- 

^*^ On peut y joindre Prêtais reaus iitSi, ment Ambroise prononçait les formes fortes de 

011 reaus doit sans doute se corriger en leaus, jeter. 



XXIV 



INTRODUCTION. 



Glossaire) 1986, gresle (orig. inconnue) mesle (subst. verb. de mesïet* mis- 
culàre) fi ^f^o, gresle pelle (subst. verb. de pester pistulare?) 10892, /wy^- 
messe espesse 8263 ^'^. — La rime senestre celestre 12066 ne fait pas excep- 
tion, sinistrum étant devenu senestrum en lat. vulg. sous l'influence de 
destrum = dextrum. Il en est de même des rimes arbaleste (arcuballista) 
preste /ig/io, arbalestes prestes 1/180, 2172, 22 lû**-^'; il est vrai que ae est 
en général traité comme ë (cf. ceste (caespitat) /este 2744); mais l'adv. 
praesto et l'adj. fait sur lui praestus avaient, au moins en Gaule, en Rétie 
et en Espagne^'^ un e fermé en place de Yae. Sur la rime eskec iluecy voir à 
w. — On peut se demander si la distinction de e^ et e^ dans notre texte 
n'est pas purement fortuite; en efl*et, d'une part il n'y a guère de mots qui, 
ayant après un e^ ou e^ les mêmes consonnes, ne diffèrent que par cette 
voyelle; d'autre part des poètes plus anciens qu'Ambroise confondent sans 
scrupule ces deux voyelles à l'assonance ou à la rime , comme le fait la langue 
moderne. Je crois cependant que la distinction est réelle : les cas de rime pos- 
sible ne sont pas si rares qu'il le semble au premier abord; par exemple 
-ete (-itta) pourrait rimer avec -mte, -este (-ista) avec -este (-esta, dans 
teste y festCy geste, tous mots qui figurent à la rime), vert avec pert (perdit), 
messe avec presse y etc.'*^; quant au fait que la confusion des deux e se produit 
antérieurement à Ambroise^*^, elle ne prouve rien pour son parier à lui, et 
nous voyons que des poètes qui lui sont postérieurs ne la connaissaient pas 
encore^*^ — L'c^ + ^ vocalisée ne donne pas eau, mais eu, distinction conservée 
jusqu'il nos jours dans eux, chevetiœ, et qui existait sûrement pour Ambroise; 
le mot/eu« 2618 parait bien être le nominatif/e/ + « et rentrer par consé- 
quent dans cette catégorie; pour sa rime avec meseûretis, voir à ou. 



^^) On sait que les mots en -I lia avaient change 
leur suflixe pour -ëlla; les rimes comme aissele 
twvde A 990 sontdonc parfaitement correctes (Su- 
chier, Gramm, des AUfranzâsUehen, S i5 6). La 
rime cler$ cers SSgi doit étrecorrigëe en elersfirs. 

^*' Le ms. ëcrit partout arhlaste ou arbeUute, 
formes évidemment dues au copiste. 

^^^ Voir Meyer-Lubke, Grainm, des L rom., 
S 393. M. Suchier {Gramm, y S i5 c) me parait 
trop restreindre l'emploi de prtBi avec e' (Wac<;, 
Beneeit, Guillaume le Clerc). 

'^^ Noipr que engreue rime toujours avec presfte 



(voir au Glossaire), jamais par exemple avec/e- 
leneue. 

'*) Au reste, cette antériorité est douteuse; 
M. Suchier (*S 17 e) ne Tadrnet pas; mais il y 
en a au moins des traces incontestables dans les 
assonances de plusieurs chansons de geste, qui 
laissent passer des mots en e* dans des laisses 
en e^ : Jlesque {Offer) ^ piiwcee {Aie, FhaooHt), 
frès wiièê {Am. et Am,). 

^*) M. Suchier cite Guillaume le Clerc et Raoul 
de Houdan; on peut y joindre Jean Bôdel, et 
même, h ce qn*il semble, Adenet le Roi. 



i 



T 






ê I 



s 

i xrn INTRODUCTION. 

' permette de savoir si Ambroise employait la terminaison -a/, comme beaucou 

^; de poètes normands , à côté ou au lieu de -el. Sur les rimes de e^ avec te, voir à té 

^ La diphtongue ie provient de ë tonique , de ^ précédé médiatement ou im 

médiatement d'une palatale, de a dans le suffixe -arium (auquel la terminaisoi 
^ des mots integrum, ministerium, monasterium, maceria a été assi 

1 milée). Notre ms. confond absolument e eiie^ les écrivant sans cesse l'un pou 

3 l'autre, à la rime'^^ comme à l'intérieur du vers. Le poète faisait-il cette con- 

fusion? Un assez grand nombre de rimes semblent l'attester. Plusieurs, il es 
vrai , sont certainement fautives et ont en général été corrigées dans l'édition 
d'autres doivent l'être : ainsi il faut sans doute corriger au v. titi3H avères ei 
entières (comme je l'ai proposé au Glossaire), et lire aux v. 6965-6 aban 
donouent trenchauent au lieu d'abandonerent trenchierent ; au v. 870/1 delœeSy qu 
rime avec/[a]t^«, est pour desleiees (voir au Glossaire); au v. 6686, au liei 
d'ajouter se devant traveillerent, il faut lire travaillié erent. Dans beaucou] 
/ d'autres cas la rime de ie avec e n'est qu'apparente : il s'agit de mots qu 

doivent avoir réellement e et non ie^ comme bacheler [voir au Glossaire) ; endite 
! (voir au Glossaire) a prescpie toujours é; quiter, aquiter, déshériter se présentai] 

) dans les textes soit avec ^, soit avec Î6, et ont toujours e dans Ambroise; le me 

^ merrery dans la locution merrer son dueil^ qui est attesté par trois rimes ave 

enterrer (voir au Glossaire), est d'origine inconnue et ne peut guère être 1 
même que mairiery qui figure souvent dans la même locution et semble veni 
de majorare; effreiee [: arestee 6788) est régulièrement esfreee. Les rime 
trébuchèrent crièrent Û902, gracier mercier 9928, attestent toutefois que V 
suivant un i syllabique commençait à se prononcer ie^'^^ (on trouve d'ailleurs 
conformément à la prononciation plus ancienne, criée atomee "^^^^^afieren 
rétamèrent S'jS ^ escrierent numterent 5 00 8). Il reste un mot qui a partout ail 
leurs e et qui se présente deux fois avec ie (voir au Glossaire), c'est empressier 
il faut sans doute supposer un pressiare à côté de pressare^'^ de mêm» 
espressier 6298. Mais, en somme, on voit que la distinction entre e et ie est 
sauf le cas de crier^ mercier^ devenus mter, merciiei\ rigoureusement observée 
'\ — Une question toute spéciale se pose pour Xie devant nasale, qui a d'ailleur 

I 

<*^ Voiries variantesdes vers 376, 63à, A087, peissier remonte à espeisse, de spissia (qui ex 

AdSi, &619, 66i3, 7^93, 7876, io6&â, etc. plique aussi espeis espots au liea A*e8pès);pre9i 

<"^ Voir Suchier, S 1 7 rf. au contraire ne saurait remontera pressia (voi 

^*^ On pourrait comparer espeissier, mais es- les formes des autres langues romanes). 



« 



. I 

' I 

i 

f 



f 



i . 



»wii INTRODUCTIOV. 

En dehors des nasales, ei représente un é {ê, i) tonique soit liLre, soit en- 
travé par une palatale. Cet ei, dans une grande partie de la France, déjà au 
temps d'Ambroise, avait passé h oi. La graphie de notre ms. présente un mé* 
lange absolument confus des deux notations''^; mais Teiamen des rimes per- 
met d'aflirmer que le changement dW en oi est inconnu au poète. Un cas 
particulier, le mélange des imparfaits en -^ et en -aue, sera examiné à la 
Conjugaison. Sur des rimes comme vail conseil, chameilz oilz, voir à ue. 

La diphtongue eu, sauf le cas dV+/ vocalisée (feus =fels 26 1 8) et de l'affai- 
blissement à' ou (voir plus loin), ne se rencontre pas en français; la triphtongue 
ieuj provenant d'é suivi d u, n'y est pas très rare; mais elle a été le plus souvent 
modifiée. Les rimes [)^Bar/AoWu(D eu m Bartholomaeum) o^^^ ^^ , Andreus 
estreus 1 i/ii/f, paraissent prouver que notre poète la conservait pure (1. Dieu 
Bartkohnieu, Andriens estrieus), d'autant plus qu'il fait ailleurs rimer Andriu 
avec liu (4998), Dieus avec Uns (laiss), c.-à-d. avec feu, lieus, de lueu, 
lueus. Une question particulière se pose pour les mots equa, treuca, leuca; 
la discussion nous en entraînerait trop loin ; bornons-nous à remarquer que 
ces trois moLs riment ensemble : liuue yuue 91206, liuues iuues 81196, liuues 
iriuues 7612, 11798, lues triuues 10618^^^. Au même groupe appartient le 
verbe sequere, dont le représentant français, écrit siure et siuursy rime en 
général avec son composé aconsiure (voir à la Conjugaison); toutefois la rime 
livre aconsivre (7 1 36) indique pour ce verbe la forme siwre. 

I. L'i continue l'î latin. Il provient en outre d'é (ë, ï) précédé d'une pala- 
tale (cire y merci y dl cilium, plaisir), d'é suivi d'un î atone final (i, »7, cil, cist, 
vint, vin, veïs, -is, marchis, pats) et d'ï dans des mots savants (livre, servise, 
envie, etc.) Ces faits sont communs à toute la France du Nord et n'ont pas 
besoin d'exemples^^^ non plus que certains cas spéciaux qui reparaissent par- 
tout. — Il n'en est pas tout à fait de même de lï provenant d'ë + J. Les exemples 
qu'on en trouve dans notre poème ne sont pas nombreux, mais ils paraissent 
suffisamment probants'*' : sire dire 1610; 7334 , 101/19, i2i34, sire ire 1 466 , 



^'' On y troiivo même ie pour eie, p. ex. 6986 de Fagetum) rimant avec envaï 10998. Sur lï 

oiiverie/erie (six vers plus loin olkeroie). de /le, plie, etc., voir à la Conjugaison. 

^*'' Notez quau contraire, dans la langue mo- ^*' Je ne cite pas tous ceux où deux mots de 

deme, ces trois mots donnent trois résultats diiïë- cette catégorie riment ensemble, ce qui naturel- 

rents : ive (disparu), trêve, lieue. lement ne prouve rien (p. ex. sojfire desconfire 

^*' Citons seulpment Fax (r^lièrement tiré suffecere di8Confecere)9i8C, shree remires 



. LA LANGUE. xm 

687/i, sires dilues 568, sire bapttstire /iSSaW, matire desfre^^^ 2662, eslire^^^ 
dire 5aao, /wn« (part. A% prendre) pris 1082, 56/io, 717/i? 9270, ii53o, 
12268, Henris pris 3836, Haasasis sis (sex) 10800, église (ecclesia) remise 
(de remaneiry voir ci-dessus p. xxv, n. k) 8126, 85/io, i3o66, églises remises 
3708, b^36, petite eslite k']']2^'^K Les mots qui riment ici en i rimeraient dans 
certains textes'^^ en ie^ ei ou e [dejiere, esliere^ pines^ sieSy egliese, esliete^ etc.), 
— Une question particulière se pose pour a précédé de palatale et suivi de j : 
ce groupe est généralement traité comme ë suivi de j , et notre poème même 
nous en offre un exemple : gise desjise 1808^^'. Mais les noms de lieux en 
-iacum présentent à la rime des phénomènes assez compliqués : cinq d'entre 
eux y figurent (^\ un trois fois, un autre deux fois, les trois autres chacun une. 
Le ms. leur donne toujours la terminaison ie, qu'on peut interpréter icj i^et 
même 1; les rimes de ces noms entre eux [ChavigtUe Sade 10992, Chavignie 
Cloignie 11878, Chavignie Graie 7556) ne décident rien; mais on trouve la 
rime Sade ronde 1 1/128, où le second mot doit certainement être lu rond. Il 
semblerait donc indiqué d'attribuer au copiste la terminaison -ie et de rétablir 
partout i; jnais, d'autre part, on trouve la rime envie Toenie 10/172, qui ne peut 
s'expliquer que par la prononciation -ie. Le problème semble insoluble. Peut- 
être faut-il admettre que le poète a prononcé ces noms comme il les entendait 
prononcer, et que Robert de Toenie se nommait lui-même ainsi (suivant la 
prononciation de son pays'^') , tandis que les seigneurs de Chauvigni, de Saci et 
de Graï prononçaient par» la finale du nom de leurs châteaux'^). Ce ne sont pas 

9189, pris (pretium) dis (decem) io5o8, segvre. Les rimes d'ermm ermine en t (i559, 

disme redisme 66 3 , /tl délit /180 9 , desconfite esUie 1 69 9 ) ne prouvent rien. 

80 , etc. ('^ Le mot sw'e , à vrai dire , ne prouve rien , ce 

^^^ Les mots savants en -ërium, -ërium, mot ayant passe h toute la France, même Ih où 

-ëria ont -ire dans notre poème : dire avoltire phonëtiquement il aurait pris une autre forme 

61^9 .filatires matires 1 93i 6. Sur la rime Sales- (il en est de même de dame), 

hires tnatires 5oo9 , voir à Ye, ^^^ Ces deux subjonctifs sont d'ailleurs analo- 

^*^ Desfire, ou mieux defire, n*est pas d e f I c e r e , giques et refaits sur l'indicatjf présent {gisent, des^ 

qui donnerait defeire défaire, mais defëcere ^^/); les formes primitives étaient /ece^ <iç^0ce. 

re&it sur def ectus; même observation pour sof- ^''^ MaUli et Quinci ne se trouvent que dans le 

fire, confire; mais on a parfaire malgré parfit corps du vers, 

(perfec tum ). ^^^ Dans le voisinage de Gailloo , où est Tosni , 

('^ Eslire est naturellement ex légère et non les noms de ce genre sont aujourd'hui eu t; mais 

ellgere. on a pu prononcer autrement au moyen âge. 

(*) On peut y joindre livre aeonsivre (voir ci- ^'^ La forme actuelle Graie, dans le Calvados, 

dessus), sivre de sequere ayant dà passer par n'est sans doute que graphique. 



XXX INTRODUCTION. 

là , à vrai dire , des mots de la langue , et on sait combien varient encore aujour- 
d'hui, dans notre toponymie officielle, les représentants de -iacum disséminés 
en si grand nombre sur tous les points du territoire (^l 

0. L'o ouvert n'offre rien de particulier; il provient do entravé et d'au. 
On ne peut savoir si dans rampone Rogne & i s Yo est encore ouvert ou déjà 
allongé par la chute de la consonne suivante (formes primitives rampodne Rodne). 
Vo de ordre ( : amordre 9 9 1 o ) est ouvert , bien que le latin soit ô r d i n e m , parce 
que c'est un mot savant'^); il en est de même de l'o des mots savants glorie 
vittorie 17/12. Ces mots se prononcent-ils encore comme ils sont écrits, ou déjà 
ghire vitoire? On ne peut le dire. Le mot boire (Bôr eam ) est un emprunt récent 
à l'italien boria; il rime trois fois (s3o6, SsSâ, 11026) avec estoire (pour 
estoile d'un bas-latin stôlia?) : si ces mots étaient entrés plus anciennement 
dans la langue, ils auraient été buirey estuire. — La diphtongue ou avec 
ouvert, de au + u, se trouve dans Anjou Peitou 226; dans caillos (1. caillous) 
cols (1. cous) 766, elle rime avec (m provenant d'ô+l vocalisée. 

L'o fermé est écrit dans notre texte 0, u, ou; en français moderne la voyelle 
ainsi notée est ou {^vl) quand elle répond à ù fermé (ô, ù) entravé, eu quand 
elle répond à fermé libre. Notre poème, comme l'immense majorité des 
anciens poèmes français, dans les cas où le mot se termine par une consonne, 
confond à la rime fermé entravé et libre : nouz bouz 3852, crieor tur /igSo, 
aillors^^^ turs 9068, preuz tuz ioo5/i, pruz tuz io5o2, huntus vus 1/172. La 
graphie eu pour fermé libre apparaît assez rarement dans notre manuscrit 
[leusfevreus 1 1 22/i); mais une rime au moins prouve que le poète prononçait 
eu à côté d'où : meseur[e]us feus 2618. Il parait même probable que c'était là sa 
vraie prononciation (donc crieeury ailleurs y preu)^ et que l'autre, attestée par 
les quelques rimes citées plus haut, est due à une tradition littéraire venue 
d'une autre région que la sienne. Cet eu se prononçait avec un a^, qui avait 
l'accent, comme le montrent les rimes de meseuretu^ di\ec feus et defevreus avec 
lem (voir ci-après). Notons comme ayant un fermé estoble (: troble 33 3 /i, 

^*> On pourrait encore songer, pour écarter ^*^ Le mot ailhrs, fr. mod. ailleurê, ne peut 

la difficoltë, à lire enui au lien d'envie au guère venir, comme on le dit, de aliorsum 

V. 10&71, Ambroise faisant parfois rimer tft (M. Kôrting marque dans ce mot ïo conune 

avec I (voir à 111). bref, mais il était sans doute long); il faut peut- 

^') I^ mot plus ancien orne a correctement être supposer une basealiorum, avec addition 

un fermé ; il ne figure pas dans le poème. de ts adverbiale. 



LA LANGUE. xxxi 

6119a) de stupula pour stipula, mlusche (: mosche 566o) dérivé d'mtosehier 
[intàxicdire), penteeoste (: coste 455ii, 9862, 9748)^^). — La diphtongue au 
avec fermé provient do fermé plus u : Joujou 782; on a vu plus haut que 
Iw présente déjà concurremment la forme leu. 

Devant les nasales, Yo ouvert entravé et Yo fermé se confondent, comme 
partout en français; la terminaison -ornes (-û m us)» qui, pour des raisons d'ana- 
logie (^^ prend un e final qui ne lui appartient pas régulièrement, rime avec 
Aomes (64, 3^66, /i796, 53a/i, 6896, 11926); on ne peut savoir si dans 
ce cas Ambroise prononçait lo fermé ordinaire ou lo nasal (de même pour 
one dans dane^ none^ coroMy EscaUmey etc.); en tout cas il ne prononçait pas 
ouvert comme* le français moderne. Lo devant nasale dans les terminaisons 
masculines était bien probablement nasalisé. Sur ô libre devant nasale, 
voir à ne. 

La diphtongue ai avec ouvert provient de au+j dans/oié, noise ^ Montoire. 
Montoire rime avec estoire (histôria), qui rime avec mémoire 4365 : ces deux 
mots sont des mots savants ; ils auraient donné estuire, memuire. Sur boire y gloire , 
estoire j voir ci-dessus. — La combinaison de fermé +j avec une nasale donne 
oin ou oin, et Yo ouvert dans les mêmes conditions aboutit au même résultat : 
besogne rime a\ec Borgoigne (228, 27/1, 88a) ou charoigne (caronea) 3656, 
1 1686; elessoigne^ dont Yo parait bien avoir la même origine que celui de 
besoigne, rime avec testimoigne 5â6o(^). La rime parpaitUes coinies io5âs poui^- 
rait faire croire que oin rime avec ein, mais il faut lire parpointeSy comme 
dans la même paire de rimes au vers i586(^^ 

La diphtongue ue^ plus anciennement uo, est l'épanouissement d'ô libre 
tonique. Elle est écrite dans notre texte ue, oe y souvent 0, et dans certains cas 
e simple : Texamen des rimes prouve que toutes ces graphies représentent un 
son identique, ue, dans lequel Taccent est sur Ye. C'est ce qui résulte d'abord 
de la rime fuerre [écrit faire) guerre 3670, et ensuite des rimes très nom- 

(^> On sait que cette forme, encore mal ex- de clartë, le gn, remplace le plus souvent dans 

pliquëe (Sadiier, S la i), est habituelle en an- le ms. par n simple. 

cien français; il est remarquable que le français ^^^ Au v. 7986, le mot eaintes, que donne le 

moderne Penteeéte représente au contraire un mannseril, et qui rimerait avec contef comités, 

ancien PerUeeitte. a été dans Tëdition corrige en contes computos, 

(') Voir Rmnmùa, t. X\I, p. 35 s. comme le demande aussi le sens; voyez ci-dessus 

(') Dans tous ces mots j*ai rétabli ici , pour plus p. un , n. 9. 



XXXII 



INTRODUCTION. 



breuses où figurent les mots ilueques et ovueques (écrits iloqtieSy ilocques^ 
illoques y et ouequeSy ouecques). Souvent ils riment entre eux, malgré la diffé- 
rence de graphie, et cela ne prouve naturellement que leur identité ^^^ il en 
est de même quand illoques rime avec porogues (365o); mais ilueques rime 
sept fois (538, 1Û76, 1878, 9862, 8170, 670Û, 6698) et otnce^ues deux fois 
(iâ6&, 79^8) avec ^snejftt^, et de même i7/ii«c (»7&>c) rime avec eskec [io^k^): 
W faut donc admettre ou que ces mots étaient déjà devenus ilec \ovec\y ileques 
ovequesy ou plutôt qu'ils étaient encore à la phase antérieure où ils se pronon- 
çaient iluec \€vuec\^ ilueques ovueques avec Taccent sur Ve^^K — Ce résultat est 
confirmé par les deux observations suivantes. L'ô libre devant nasale devenait 
ue dans le langage d'Ambroise tout comme devant une autre consonne, et les 
mots de ce genre ne riment qu'entre eux (et non, comme ailleurs, avec on) : 
cuens boens /i&&6, boen Roem io36, Roém hoem 1 i6â (/?om est primitivement 
Rodœm de Rodômaum Rotômàgum); cuens et buens (écrit bons) riment en 
outre avec suens ( â&B/i, 5o6/i), et buens avec Duens (3 1 2 8 ); toutefois le mot 
uem, lorsqu'il fait l'ofiice de pronom indéfini, rime neuf fois avec yertiW6m(i 766, 
5o5o, 6866, 7062, 7612, 777^, 9866, loià/i, 1 194^) et une fois avec 
meien (écrit maan) Ub^kj ce qui prouve ou qu'il avait perdu son u, ou qu'au 
moins l'accent avait passé à Ye^^K Devant une / mouillée, la diphtongue ue pro- 
venant d'ô rime également avec l'c^ provenant d'e {eviné : vueil conseil 8702 W^ 
et il en est de même quand une consonne suivant le groupe eil en a fait dis- 
paraître le mouillement (voir aux Consonnes) icliamelz ueh io58o^^). On peut 
donc admettre pour ue la prononciation indiquée plus haut; mais il est pro- 
bable qu'elle n'était pas encore tout à fait établie, puisqu'en dehors des trois 
cas cités Ambroise ne fait pas rimer ue avec e. II est difficile de décider quel 
était Ye de cette diphtongue (la valeur de l'a d'esneque^ eskec est douteuse), 
e^ et é^ se confondant devant les nasales; ce n'était certainement pas ^ : les 



^') J'ai noté vingt-huit de ces paires de rimes, 
ou le premier mot a toujours 0, le second tou- 
jours e. • 

^*^ La graphie différente des deux mots dans 
notre ms. indique, ce que confirment d'autres 
témoignages, que Yu est tombé dans avuec, 
avuee (sous Tinfluence duv précédent) plus tôt 
q ne dans ibtec (et dans sentiec, pontée). 

(*) Le ms. porte souvent l'am (trois fois en 



rime), l'an (en rime avec waian); mais cette 
graphie doit être imputée au scribe. Plus tard 
on a dit en effet l'an (et, par assimilation, en 
Normandie, n'oit) pour l'en, tandis que le fran- 
çais propre a gardé l'on. 

^*) Le ms. a voit, mais la rime exige vueil. 

^') Le ms. a chameUz, oilt, mais à tort ; le mot 
chameil (decamèlum, tandis que charnel repré- 
sente camellum) fait au pluriel elunnelz. 



rimes eii -eil, -eh, iudiqueraient plutôt e^; mais la rime fu&re guêtre ne 
uermet guère de douter que le ii'ail la valeur d'«''''. — Sur «i provenant de 
ue+j, voir mi. 

U. La voyelle provenant d'ù latiii'^' est toujoui-s ('■crite dans le manuscrit 
(sauf quelques exceptions sans importance) par u, ce qui l'ait confusion 
avec fermé, souvent aussi noté u; mais les rimes distinguent absolument les 
deux voyelles'*'. Sur Tu dans les formes verbales en -ureni, etc., voir à la 
Conjugaison. 

La diphtongue Ht provient essentiellement de û+j, de ù + idanscui, lui, 
de ù ou ô + palatale dans/ui(e, cuMfci*', Mais dans les mêmes régions où ic+) de- 
vient t, ue+j devientui. Notre poète possédant l'ien question (voir ci-dessus), 
il devait posséder aussi lui correspondant; les rimes, peu nombreuses, oîi fi- 
gurent ui, ne l'attestent pas, car elles nous montrent le second ui rimant avec 
lui-même [pluie *piôvia, vuie *vôcita 6068 , pltite mmie 1 1 at/i, nuire cuira 
77 a, duire *docerenwire aSi/i); mais la grapliie constante se joint A i'induc- 
lion pour l'attester. Il faut noter que, de même que ue peut rimer avec e, ui 
(au moins le premier ut) peut rimer avec i ; on trouve dire aconduire'''^ t 1 6. 
conduit dit 833i'''); l'accent était donc sur l'i. 



CoBSOMïEs. — Les rimes nous offrent moins de renseignements sur les 
consonnes que sur les voyelles ; aussi ne nous astreindrons-nous pas à examiner 
chaque consonne l'une après l'autre, et nous bornerons-nous à relever les laits 
sur lesquels les rimes peuvent nous éclairer. 

La règle d'après laquelle toute sonore finale se change en sourde (sauf g 
devant voyelle) n'est pas fidèlement observée par le copiste : on trouve par 




''' Voir Snchier. S 1 6, où la niAme conclusion 
est appnyée sur d'autres textes oUrant le mSoie 
phénomine. 

'■' L'u de iepacre{éctiltepulere)beiiii\cruBi 
(:fnucrff mâcciduni 7683, 8386) est d'origioe 
savante. 

"' Notons les rimes de BtUenulik avec luibk 
ùuhiUeletmuble(-j63o. g8i&),de B<iruta\ec 
aporul (8680) . et de Sur avec «ur ( 9638) . as^eUr 
(7990), iat^rewantes pour la proDondation de 
ces noms ëtraDgers. 

''' De cûgitat et Don cûgital (korliug). 



''' Le ms. parle acondire , que j'ai laissa dans 
le texte, et on pourrait dire lentt^deomprcndre 
aeondirt,de adcondicere; mai» le sens ne eou- 
vieDdrait pas h i>eaucoup près aussi bîeii, et le 
latiu porte ;pecuHiae miama reeepla. 

'*' Lia rime loU lui que donne le ms. (gooo) 
aurait donc pu élre conserva: mais U est ici 
préférable (voir au Pronom ). Le mol herruie 
rime avec «vie 6ai8(n)s. beirue»ue) et avec^/uir 
10A&6, ce qui n'exclurait pas la forme herrie. 
Fuilt qitilt 1 858 ne prouve rien : im a prononci' 
cuite, comme le montre celle graplite fn^qnenle. 



xïxiT INTRODUCTION. 

exempie souvent Richard au lieu de Riehart; mais des rimes comme Richard 
part 868, etc., prouvent que le poète ne s'en écartait pas. Aucune sonore ne 
termine un mot en rime. 

Le copiste ne reproduit pas non plus toujours la prononciation en ce qui 
concerne la chute des consonnes terminant les thèmes nominaux ou verbaux 
devant Ys de flexion; il écrit par exemple cerfs ^ vif»; mais les rimes avec tror 
vers 3 1 3 s , ocis 8 1 3 o , montrent que le poète prononçait cers , m , et de même 
dans tous les cas analogues; cas (nom. de coc) : bos i683 est écrit correcte- 
ment. 

LiQun>£s. — R. LV double ne se confond ordinairement pas avec IV 
simple, bien que le copiste mette souvent une r simple pour une r double; Tun 
et l'autre fait sont attestés par les rimes très fréquentes qui réunissent les 
mots terre(s) ^ gueire{s) , querre^ Engleteire : chacun est écrit indifféremment avec 
une ou avec deux r(*), mais ils ne riment jamais qu'ensemble (ou aYecfuerre 
3&7 ) , et non avec des mots commeymr^, guaire , paire , où cependant la pronon- 
ciation de la voyelle devait être identique (voir ci-dessus). De même le verbe 
corre (écrit aussi core^ curre^ cure) ne rime qu'avec ses composés encorrCy sa- 
corre, acarre^ rescoircy et non avec des mots comme are^ aore, bien que la rime 
d'o fermé libre avec o fermé entravé ne soit pas, comme on Ta vu, inconnue 
au poète. On pourrait objecter la rime Barres ares /i538; mais si l'on observe 
que la forme la plus usitée de ce mot en français et sa forme constante en 
provençal est an'ey on pensera que par une raison quelconque ce représen- 
tant d'arïdum avait pris deux r. La rime de guerre Siyecfuerre (b. 1. fôdrum) 
prouve que les deux r doubles étaient identiques , qu'elles provinssent d'une 
r double ou de l'assimilation d'une dentale à l'r suivante. — Le mot remires 
(: sires) 91*26 nous montre le changement de dj en r dans un mot savant [re- 
miediCy remidicy remilicy reniirie, remire)^^K 

L. VI nous présente deux questions, celle de la vocalisation et celle du 
mouillement. La vocalisation n'a lieu dans notre texte que dans l'intérieur des 
mots devant une consonne, mais elle y est constante : les rimes Emaus maus 
^SkU (ms. Esmals mais), caillous cous 766 (ms. caillos cols), Gerout out k'j^a 

^^^ On trouve même uue fois gaire pour ^'^ Notons la forme apastre pour le plus an- 

guerre 6601 ; mais c*est une &ate, qui a été cien apostk (: nostre 6679). L'insertion d'une r 

corrigée dans Tëdition; notez encore la graphie dans celestre est attestée par quatre rimes (voir 

queire pour querre. au Glossaire ). 



(tiis. Gerod ni); l'attestent âulllsamaieiil (voir aussi ce qui a été dit plus haut 
sur -aume, «eaume). Apr<i3 i, «, 17, au lieu de s« vocaliser, tombe : sepu{£)cre 
mficre 7689, 8386''*. — VI mouiiiée se produit dans les couditions ordi- 
naires (combinaison avec un; précédaut.ou i>uivant); le eopiiste en néglige 
très souvent la marque dislinctive, mais les mots qui la préseiileut à la syllabe 
tonique ne riment qu'ensemble (par exemple vilalle bataille 7920, Bruei oel 
7538)'''". Le mot qui termine le vers OaSi, xesttelle (éd. s'ewetle), ne peut 
être m'esveille, ear il rime avec gj-exle (écrit gmisle), et ce mol, qui rime avec 
mesle aaao et pesie 10890, n'a jamais eu d7 mouillée. Les mots en -iVe pré- 
sentent nue question spéciale : mVe (écrit souvent villej rime avec mile Uno, 
77^, Soi, etc., Sezile (écrit Sezille) 5i/i, 566, etc.. concile (éeiit conci/fc) 
6196, 6988, nobile i ilx5^, et il semble (}ue ces mots, représentant milia. 
Sicilia, concilium, devraient avoir une l mouillée; mais ce sont des mots sa- 
vants; il en est de même thMarsile (écrit Manille) (}ui rime avec acile 8^80^'''. 
Il faut remarquer que le changement de 1'/ de ces mots en r, qui se rencontre 
dans certains textes, est inconnu au nôtre (il connaît au contraire remire, voii' 
ci-dessus), lin revanche i! change contrarie eu contr/Uie (: pâlie, voif ci-dessus 
p. !i\u); mais il coimaît aussi conlraitv[: Candaire ig-Ji, Hilaire 781 9). — Dans 
les noms et verbes dont le thème se termine par l mouillée , elle se comporte eu 
français, suivant les régions, de deux manières différentes 'levant les consonnes 
de IlexioTi ''' : ou 17 disparaît et t'i reste, ou l'i disparaît et VI reste en se vocali- 
sant (dans les deux cas d'ailleurs l's finale devient z : on a par exemple travaiz, 
travail ou fravam, Iravaut). Notre poète pratique le second de ces procédés, 
comme le montrent les rimes Ernavz noauz 76 3 i (nis. s), chamciiz veux io58o 
(ms. ckameih oUz). Après un i, i'I mouillée tombe :Jiz costiz 359. 

Nasalbs. — M. L'm (inale après une vojelle ne se distinguait plus de 1'».- 
si lem (^l'uem) rime le plus souvent a\ee Jérusalem, on le trouve aussi rimant 
avec meien (voir ci-dessus), ce qui indique que la graphie par m n'est que tra- 
t ditioniielle. Il en est de même pour la terminaison -ont des i™ pers. du plu- 
riel: la graphie habituelle est encore -vin (Itaom Cafarnaom 588/i), mais cotnençon 
rime avec Besaiiçon 3896, muroii avec Tlioron 1088/1, et la graphie Tliorom 



''' Sur mur |>oiir mut, vnir le Glossaire. 
'*' En l'evanche oa trouve par exemple veilln 
etleitkt i aaifo pour retlei ttieilet. 

''' C'e»l ^ tort que ilanti te Gbsuiire, 8llri- 



buant fa Manittt uoc / motiilli'c, j'ai ritUcht' 
avUe k luilUer, qui existe aussi : avîlc ii|>|iaj-lienl 

<*> Voir Homatàa, IX, 697. 




ï"vi INTRODUCTION. 

poar rimer avec avrom i'jSti montre bien qu'il faut partout substituer n k m 
(par conséquent aussi Jerusaltrn, Betleen, Cufamaon); les rimes ne nous per- 
mettent pas de savoir si Vm et i'n s'étaient déjà perdues toutes deux dans la 
iiflsalitt'' dont elles avaient infecté la voyelle pri^cédente. 

N. L'n linale après r a cessé de se prononcer : escharilt) rime bien avec 
char[n) iaSo. yver(n) avec ver{n) SaaM'', sujor{n) avec jot{n) ia8. 4aio. 
972^, mais d'antre part tor(n), alor{n) rimeni avec tor 1986 , 1 io58'^'. — 
A s'en rapporter à la graphie, ([ui après (' supprime très souvent ie g de gti, 
l'n mouillée aurait perdu son mouiliement; mais les rimes nous montrent que 
les seuls mots où l'n est mouillée riment ensemble, et réciproquement. Ainsi 
les mots Brelaigne, Alemaigiie, Champaigne , mahaxgne, rematgne, Tijfaigne, 
chevetaigne, compaigne, monlaigne, oiraigne, grifaigne, bien que d'ordinaire 
écrits Bretaine, etc., ne riment pas avec les mots comme semaine, graine, 
diemaine, lointaine, etc.'*'; le mot piaive, qui rirae avec ckampaine Tu 10, nton- 
laine 7666, mravne 1 i36o, est planta, distinct de /j/ame plana, et devrait 
être partout écrit plaigne, comme il l'est en rime avec monlaigne 11918. De 
même empraine enpratne 6 doivent être lus einpreigne (imprendiat) empreigne. 
(impraegnat), et retiene 9011 rimant avec viegne doit être également écrit 
par gn. De même enfin les mots Bo)goigne, besoigne, cliaroigne, lestimoigne, 
egaoigne, écrits le plus souvent sans g, ne riment qu'entre eux et ont une n 
mouiUée. 

S. Les rimes ne nous fournissent aucune preuve de l'amnïssemenl de l's 
devant une sourde; au contraire, nous la voyons maintenue même devant ch 
par la distinction de rimes comme seclie lèche 10619, iii3a (ms. sesche) 
d'une part et tresckes garhndesches 8660 d'autre part'*'. Mais devant une so- 
nore W était déjà tombée, comme le montrent les rimes hiaane faine (fama, 
mol savant) 9588, jneiJimes p(i')»«s 7070, 10078, wi«'«mp»//ei'»j*s i83a,3o48, 
meinmeit veinies i960, tnetines veïmes 109/1^, meismes queimes 11686'*'. Sur 



''' Ver n'est pas ver, mais verniiiu {(e»«- 
pu»), comm« ir-ej^w) esl tiibertium. 

'"' L'ndeiin»i«,dupIusaiicienane»tr(aniinB, 
mol savant). 11 disparu au lieu de ne changer en 
/ ou r comme ilans d'aulrea textes; le copiste 
^cHl ahu, mais le mot rime avec dame .')65 1 , 
390s. 

<*' Comme on l'a vu plus haut, regw nnic 



Rvec ehfveilaigiu!. Maiitet de magniis, mot sa- 
vant, n'a pa<) A'n mouilla. 

"' La terminaison -«e [protêt . etc. I est 1res 
souveiil &rite -esee ; c'est là une habitude gra- 
phique qu'on retrouve ailleurs el qui indique 
sans doute un changement dans la prononciation. 

''' C'est h lorl que l'on dit souvent que les 
premièi'es [lers. pi. en -mneu, -iuti 



à 



LA LANGUE. luvii 

Rosne ramposne, voir ci-dessus, p. \ix, — L'g finale, comme on le verra au z, 
est nettement distincte de z, 

Z. Le z se prononçait ts; il provient de dentale + s, et en outre de c* de- 
venu final; il remplace l's de flexion dans les mot*! oi!i elle s'ajoute à un thème 
terminé en l mouillée, n mouillée. Notre poêle ne fait pas rimer z avec s, ou 
en d'autres termes l'éiémeot dental de z n'est pas encore effacé pour lui. C'est 
ce que prouve la séparation constante ries mots en -aïs et -mi, ~aus et -auz, 
-eis et -«12, -erê et -erz, -ts et -i;, -os et -oz : d'un côté, aprèx paix 669, tar- 
quais près 3766, leaua Preals 7120, lasGi, Preals leaus 1 1 1.H6. maïs Esmals 
98^6, Preals reaus t i 000, franceis ainceis (souvent oi pour ei) 292. i^a, 
53i8, 58oo, 7973, Geneveis eneveis''^ 5o6, iii/t8, haubers pers U^'i^i,cern 
travers 3i3a, marchis aquis /laia etc., vifs octs 8i3o, pais estais (stativus) 
1 1784, enginas gintis 98, htinlus vus 1Û72, meseûr^eyis feus 3618; de l'autre, 
Biaiwaiz desfaiz agBo, Biaiivaiz traiz 6t8a , Btauvaiz hatz 878/4 '^', amirauz kauz 
3671, enchaia ckauz Sioli, Emauz noauz (écrit Erruius tioausj 7536, Ttebauz 
bauz 10930, /ciî (vicem) dreiz 268a, /eiz (vicem)/m (fides) 84ao, conreiz 
reiz 6556, descendreiz dreiz 11379, 'foiffrz cerz %hhh, diz cocatnz (calca- 
trices) 5970, eiwiz viz 1 196/1, piz respiz ^970, nouz bouz 385a. proz poz 
3o5a, proz /oz 100B&, io5oa. Ou remarquera que, par une singularité qui se 
trouve dans beaucoup d'autres textes et qui n'est pas encore expliquée, pa- 
cem donne ^xzts tandis que Bellovacis, calcatricem, vicem donnent Beau- 
vaiz, cocatriz,feiz^^K Deux ou trois mots font ditliculté : Guis rime en is (: mar- 
chis 3io6, «tçuts 6 1 5 a ) , taudis que Wido + g aurait dû faire Giiiz; de même 
on a Jofreig {-.frets 6658) quand on attendrait Jofreiz. Ces formes sont dues 
sans doute à l'influence des accusatifs Gut, Jofrei : on a reformé le nominatif 
par la simple addition d'g. Brandiz (: diz 5o8) n'a pas droit it un z (lat. Brun- 
disium, it. Brindisi); c'est sa qualité de mot étranger qui eu a rendu la pro- 
nonciation Hottante. La rime de baucenz avec cenz 6']6-i montre que le siu- 



pns une s par analofrie avm lea deuxièmes en 
-aile$, -ùta, -tules : en rt'alili! l'i de -atmei, 
-itmei, -utmet n'a jamais étë qu'une •^graphie 
inverse» provenant 'le la cimie très ancienne de 
l'i devant une sonore. Voir sur ce poiot Boina- 
nia. XV, 618. 

''' Ce mot a toujours une > el non un £ , ce <jui 
devra dire pris en considération quand on lai 



cbercheni une ^[ymologie; aucune, que je wctie, 
n'a été propoak jusiju'ici. 

<*' Ces mots sont ^rils le plus souvent par ti 
ou e ; je ri(leblis ni pour plus de clarl^. 

<'' Je n'ai pas Irouvi' de rimes en ~é», -irn; 
mais tes nombi'euses rimes en ~ei , -in sont sans 
m^aiige. Notons pie; tutpiet it3(j9. La rime 
Home:. Seii ( ^7 1 Â ) n'est pas claire. 





ixxvm INTRODUCTION. 

gulier de ce mot était haueeni, bien que la forme primitive semble avoir été 
halcenCy qui au pluriel aurait fait bQucenê^}\ La rime cerz (certus) elen 569/1 
est doublement choquante, il faut sans doute lire ^^ (firmes). — Les rimes 
ne nous fournissent pas le moyen de décider si après nn, m, le poète chan- 
geait, comme beaucoup d'autres, Xs de flexion en z (imz, jcrz)\ il est extrê- 
mement probable qu'il le faisait au moins dans le premier cas. 

G. La distinction entre c^^^\ qui se prononçait te, et « dure est observée sans 
exception : p. ex. les rimes comme numaees maces 678/1 (^), prœce vistece 1 !i3/i , 
richeces ligeces 18/i, ne se confondent jamais avec des rimes en -asse, -esse y 
-esses. On ne rencontre non plus dans notre texte aucune trace de la rime 
entre c^ et ch (p. e\. franche France) qui apparaît dans un assez grand nombre 
d autres poèmes. Le ch est également distinct de cS le c^ ne devient pas c&, et 
il n'est pas douteux qu Ambroise prononçait à la française chevauche, chace 
(c est-à-dire tchevautchcy tchatce)^ et non pas quevauquCy catche^^K Des mots sa- 
vants ou récemment empruntés (comme esneque, du néerl. snecca) conser- 
vent seuls au c devant a la valeur de cK — La graphie x n'apparaît pas dans 
le manuscrit. 

Les rimes ne fournissent sur les autres consonnes que des indications qu'il 
serait oiseux de relever, parce qu'elles concordent simplement avec la pho- 
nétique française générale. Je noterai la forme robes (: abes 10096), où le h 
au lieu de v indique une provenance méridionale, très explicable pour cette 
racine, qui faisait au moyen âge la nourriture principale des habitants du Li- 
mousin et de l'Auvergne. Le verbe aidier se présente généralement sous des 
formes où le d est tombé (voir à la Conjugaison); mais on a manaide, qui 
semble s'y rattacher, et non manaiey plus usité ailleurs, si la correction de 
meisnade 3^98 (: laide) est adoptée. Le copiste écrit voide de vôcita (voir au 
Glossaire), mais la rime de vuie (ms. nue) avec jp/iiîe atteste la chute du d. 

Déclinaison. — Nom. La déclinaison à deux cas est en général bien observée 
par le poète (mais non par le copiste); toutefois la mesure ou la rime nous 
attestent, par un assez grand nombre d'exemples, que l'usage moderne qui 

t*> Voir Bomania, XXIV, 588. i*^ Les rimes prouvent que le poète disait 

^*^ C — eduT, c^i^c sifflant barge el non barche {barges larges 488), mais 

^^^ Ajoutez les autres rimes du mot mace cAarcA« (voir au Glossaire) et non cAor^e, comme 

(mattea) indiquées au Glossaire. écrit le copiste. 



LA LANGUE. xxxix 

réduit la déclinaison des noms à la distinction des nombres (et des genres en 
certains cas) avait déjà commencé à ruiner Tusage ancien. Voici les cas que 
j'ai remarqués. Les premiers sont attestés par la rime : 

Tant sont orés tristes ior mères, 
E Ior parenz, ior fiz, ior frères, 
Lor amis, ior apartenanz (^) (Sgg). 
Trais jors dura ie passement (&97). 
. . . costume est e usage (559). 
. . . fust folie ou fust saveir (Sas). 
Ço ne sereit mie saveir (10168). 
..... ço fud faus acordement (aSiS). 

ço fut grant damage (Sq&i ). 

dont damage 

Fud (3899) (2). 

Ainz devint îiloques martir (/!i899) i"^). 

Si lui enuiot son estage (6890). 

Qu'EscIialone ne refereit 

Ne crislien ne Sarazin (7397). 

E par tant remist lor conseil (8709). 

si fud ontage (9896). 

E Ricard d'Orques e Terri 

I esteient (9967). 

s'en fust mestier (ii3oo)(^^ 

Ces exemples concernent des substantifs; voici des adjectifs : 

Meschieffu ço trop maieeit (9097). 
Ki puis refud a force empli (3 900). 
. En paradis iert porguardé 
Son liu (6678). 

E si l'enctialz fust mielez seû (77^7). 
Si i fu Hue de Noefvile, 
Un ardi serjant e nobile (ii&39). 

Eu général, comme il est naturel, le substantif qui est uni à la rime sous 

(^) On pourrait corriger parent, JU, ami, mais que marier, mot savant, n*a pas droit à une s au 

non frères ni apartenanz, nominatif. 

(*^ Ajoutez encore &i59. ^*^ Mestier devrait être au nominatif, comme 

") Ajoutez 6681. On peut dire, il est vrai, fl Test au v. laSiS : EU en est sigranz mestiers. 



IL INTRODUCTION. 

forme d accusalif au lieu de nominatif entraine avec lui Fartide et Tadjectif 
qui s'y rapportent, et il en est de même de Tadjectif pour rarticle'*^ on 
trouve cependant une exception : 

... la ramena Deus demaine {Uk^i)\ 

mais demeine semble avoir été pris comme une espèce d'adverbe (^). 
Les cas suivants sont attestés par la mesure : 

Dont le Temple ot grant desconfort (sBoa). 

E li Franceis dreit acururent. . • 

Le Temple e cil de rOspîfaI (9899). 

Ço conte Ambroise en s'escripture (373&). 

Ço soit Ambroise en fin sanz faite (6019). 

Se volt Tarcevesque entremetre (3839). 

Ces exemples, sans être extrêmement nombreux, le sont assez pour montrer 
que la déclinaison ancienne était déjà assez gravement ébranlée ^''. On remar- 
quera toutefois qu'ils ne portent que sur la première forme de la déclinaison : 
les noms qui présentent entre le nominatif et l'accusatif une différence plus 
marquée que la présence ou l'absence de 1'^ conservent les deux cas con- 
stamment distincts. On trouve cependant, contrairement à ce qui a prévalu 
en français moderne, serar employé au nominatif : 

Cui {nu. Qui) sa seror avoit norri (11739), 

et, conformément cette fois à l'usage moderne, la forme prestre à l'ace, au lieu 
depraveire (9699)**^- 



^'^ On pourrait au y. 9097 lire me$eUês, 
6678 sei btens, mais ce serait certainement 
fausser la leçon; au v. ii/l3i nobik na pas 
amené Hvon comme Un ardi serjant, parce que 
les deux propositions sont dëtacliëes Tune de 
Tautre. 

^*' On pourrait lire Deu, mais cesl inutile et 
peu probable. 

^'^ D y a plus d'un cas où , à première vue , on 
serait tenté de voir un exemple à joindre aux 
précédents, mais qui s'explique autrement Ainsi 
aseûr 368, 9991, 9â8â, 7105 est un adverbe 



composé (a seûr) et non un adjectif; lejor ihig 
est un accusatif absolu et non le sujet Sesteit; 
ttit tirant 1 385 , un acordement 5o&9 , grmU bar- 
nage 5iââ dépendent de il i maneit, il vint, hd 
vendrait et ne sont pas les sujets de ces verbes; 
il en est sans doute de même de conte dans tï 
n'en est conte 5â ; mençonge i 1 9a est féminin, etc. 
^^^ Ici les deux cas étaient trop distincts : on 
les prit pour deux mots différents , et on eut d'une 
part prestre et de l'autre proveire munis de leurs 
deux cas aux deux nombres; prestre seid s'est 
maintenu. 



H LANGUE. u.. 

L'observation qui vient d'être fnite npiMi'tioiit en réatité à la syntaxe 
plutôt qu'à la n]oi'[)liolo«;ie: mais JI a paru plus commode de In placer ici. 
Il en est de même des remarques qui suivent sur ie pj^Mire des subsUntil's. 
Je ne relève natuj-eliement que ce qui est hésitant ou contraire à l'usage 
moderne. 

Le mot navie est t^ininin 3o(), 33(}. 'i-i(f, mais masculin sao (navire masc. 
■io85); o$i, giïnéraleinent fém. (/i3i, 1907, etc.), est aussi masc. (1760., 
83 ^()); miVflrfo est masc. 86o4 et fém. 8091 ; sur glaive, eslate, voir au Glos- 
saire. Sont féminins : serpent 2180, 9fi'ii, marhre 3»)5u, essample liàto, 
vespreScfi'] \ ovraig7ie[^^ 10 ,Sh3^) est un autre mot qu'ourle (operanea) et 
naturellement féminin ; onor est fétu. , comme toujours en anc. français (1 160, 
95()&, loSgS). Vuz (volos) semble être fém. au v. 338. mais voir voe au 
Glossaire. Le mol ille est souvent masc. en auc. fr.; le copiste le fait masc. au 
V. i38i, ainsi que oire au v. TjoSg; si il semble se rapporter à vermitu» 
(5998-5939), il faut voir là un accord d'idée {avec rw«) et non la preuve 
que vermine fût masculin, Genilatres est masc. 25(Î2. 

Je noterai encore ici ce qui concerne le motgent. En général il est employé 
au fém. singulier, mais, en sa qualité de collectif, il prend le verbe au plu- 
riel : tant se penerent haute gent gtlS, nmlre gent. . . firent '.1987, mur- 

i'eten/5o93, «etrcstrenf Baai, se guardouent 56a6, selia^ 

Itergerenl 6076, 6923 e'aparillouent 7607, s'armoienl 1 lioS. 

venaient 1 1 9^9 . la a-uei geni . . . Caveienl 698 1 , la gent . . . rechevalche- 

re}U 6io'!; d'autres fois le mot est au plur. fém.; noz genz nont deslorbees 
11017, lo>- gent (1. genz) s'ent erent parties Hiûo''l Mais 1 idée plurielle et 
masculine presque toujours contenue dans le mot l'incline vers le pluriel 
masculin : on trouve d'abord le prou. plur. tV se rapporUmt à la gent : Mais 
Deiis voleit la gent apriendre, Qu'il le deivenl atner e crtendrc 4ù 1 6 , et enfin genz 
masc. plur. : gent (I. genz) malemenl entheckiez aBÔa, nuls genz 8638 '*'. 

L'usage d'employer les abstraits au pluriel, fréquent en ancien français ^^', 
est assez rare dans noire texte : on peut citer (et encore tous les ras ne sont 



'' CI'. eiiroLV li plan de* gem iietce» [furent] 
3g46, 799IÎ. 

''' Je rsUaclie ici une obsei'valion <lu mémo 
genre sur li plu» (la plupart), qui esl saiig doute 
oriipnai renient au «ng. masc. nom. et piend ie 



verl>e su siogulinr ( Aao), mais souvent au plu- 
riel ù cause de i'idt'e (399. ôo38, iiViA). Cf. 
encore : l'Iain poûi. . . t'erent rmbatu ayij?. 

'') Voir Leliiuaki , Dît Deiclinatioa der Subtian 
livaiitJfrOilSpnKlu(^o»eH,iS-j8). \i, aa. 




(LU INTRODUCTION. 

pas sûrs) osfages 5ii'i, ekeitivisons 2653, péchiez 9671, huntfiz 192g, 9*7^1 

orpkenlez a5o6(?), wlentez 6780 {?), piente\z\ 69/18. 

C'est encore, à vrai dire, une queslion de syntaxe que l'emploi des adjectifs 
ou participes au neutre quand ils se rapportenl à un pronom neutre (ço, lot, 
il) ou a une idée indéfinie. Nous le trouvons souvent riiez Anibroise : se« SaS , 
iSgii, %']o^,genl 967, rendu 1039,^^^205,6860,897^, megeheail a/iii, 
repraoé 3o3i, agraoenté 6866, esckeiet 7369, vpu 797^1. ioé 1063Û, laoSa, 
tems logaS. Mais parfois aussi l'adjectif sujet est mis au norain. masc; ainsi 
Qu'il lor sereit bien a/lresnez 908, E bien doiteslre racontez 1 1 358, Dans Cest voir 
■provez 766 , 9331 , il faut sans doute lire vein, en considérant ce mot comme 
un substantif masculin, signifiantrtvérité". Enfin je mentionnerai ici l'emploi 
IréquenI comme adverbes, mais sans l'adjonction de de. des mot* tant (tout 
altre genl, i>/i , lanl gent ^96, 661 5 "1, tant péchiez 9661, lanl pereres'^^^ 3i 1 3), 
numt [muit perîereê 3537, ™"'' fi'""* 6368), poi [poi genz 6599), et l'emploi 
bien connu de tin comme pluriel de l'art, indéfini : uns coh 6758, wie» ten- 
çons i i363. uties pluies 767', vne» muschetes 9529. 

Lf9 noms de la seconde et de la troisième déclinaison (latine) qui se ter- 
minent en français par e et qui n'ont pas d'« au nominatif en latin n'en ont 
pas non plus dans le plus ancien français. Nous trouvons ainsi dans notre 
texte les nom. mestre 638g, livre 71 35, Alixandre 106 85, autre 1 1 goS, em- 
perere 1670 {?). 1767, 39 56.//'ere 9936'^', sans parler de wVeau voc. 1610. 
3199,8566,8653,8765, 10162, iiiig, la 1 33. Mais l'usage analogique 
qui ajoute une s à ces nominatifs est pins souvent al testé : livres 9608, 
7566 W, pères 96, povres a 658, frères 8536, sires 567, 91 a6, delres 1 1856. 
eviperereg i65i, 1799 (?), 181 5 {?), 1869, 91 95, vengteres 3Gto, poignerex 
7558, greindres 177W. Les noms propres d'origine germanique [irennent 
cette g déj^ dans les plus anciens monuments de la langue; ici nous avons Ouïs 
9657, 36o5'*^, 6i5i , Hiies 6169, Otex 9971. 

I^es noms féminins de la troisième déclinaison terminés par une consonne 

'■' Mb. el M. loin. 

'"' On pourrail croire (fiie dons ces mois on 11 
Rimplemenl l'emploi, signalé plus baiil, de l'nc- 
ciisalir poiii' Ip tinitiinalir: m»i.< an moins pour 
rmprnre ev n'est pas «dmiinible. 

'' Livres rime les 'lenx fois avec dflivre», 
iju'oi) pourcail rsllacherkun HcHb^ret fcrîre 



délivre; mois délivre est un adj. verbal tirà de 

'*' Les paii'es de rimes mendre* tendrei 180, 
pretire* menlres 85ii sont doiiLpuses, 1'^ pou- 
vant être supprimée ai» deux mois. 

''' Sur le fail cpi'on a * e( non i , voir ci-desBu* 



à 



ue preiineut pas cl'« au iiominalif singulier, ou plutùl u'uut pas de cas, ly iio- 

ifayanl disparu dès l'époque du latin vulgaire : cité^n, 1-287, 6863(?), 

'■ 6/ii, ve>-i(é 666, g-enf 968, lençon liSG, gi/io, plmié aâao, mison 

i43, chalo)- 6359, proceuïon 12037, desUial y/iaS, Une seule exception est 

tttestée par la rime : fins 5^o8. Aux v. 9r>o5-a5o6, DoiU la seinle cristtentez. 

Fttd puis ianz jorz en oiphentez, il est très l'aciie de corriger crislienlé orphenlé 

K^of. 2633) : dès lors on est teulé, aux v. 6779-6780, Or chevalche o-ùttcntez 

'■ Stirie a ses l'olenlez, de corriger de même ci-ïstienté et a sa volenlé^'K 

Les adjectifs latins uniformes de la troisième déclinaison ont passé, comme 

10 sait, eo français à la déclinaison ù genres. Notre texte montre sur ce point, 

.^oiume tous les textes ane. français, hésitation entre raiicienne et la nouvelle 

[ferme'*'. A côté des exemples nombreux du premier groupe, qu'il est inutile 

f.Ae relever, on trouve g-r«TM/e i5i, 3375, 3396. 3961, Uh-jS, 4536, 7921, 

•andes 69^18, ']3']3, forte /i75,9i9Ù,/«/e/ii8, iioa,333i,G579,ii566, 

6o5,/e/e» k-iiiS, 6889. '}hhh,ile.le 4a86, itioo, iieles hxhh^^K 



PRONOM. — l'uo.iOB PBHSoNMiL. Le nom. sing. du |)ronom de la première 

lers., suivant le verbe, nous présente une fois lu forme gié (: confié 533o). 

- Notons Ifiit, ace. pi. de la troisième pers., emplojé après le verbe : Qui de 

\irah\r h* se penot ^hti^. — La troisième pers. fém. est au sing. nom. ele ou el, 

L«e dernier plus fréquent, mais, sauf une fois (^^9^7), écrit consUnnmeut ete 

L(ou i7) malgré bi mesure (Ou le sens) : ele 1811, 3006, 3i58, 3G57, ^9i3, 

15119, 656a, 903», 9680, 9886, iiGi6,i 1733; e/ {écrit e/e) 5iii, i359. 

, 1810, a35/i, 3563, 36ûa, 365o, Û109, 635o, 6899, 5^3o, 

^83o, 5870, 6016,60/18, 6!i8i, 6670,6661,7082,8/115, 8881,9/157, 

10117, lui 36, 1080a, (écrit t7) 3/1 /i6, 583o, 9592, 10076; de même au 

■plur. nom. on a eles 3536, h-jhl\, 679a, 8666, 10968. et vis ^966 (écrit 

Ltffejî) 2a5o, 6779. 6780, 5a46, 8028, 11073, 11876, (écrit i7) 9536, 

I K1639. A l'ace, sing. fém le copiste met souvent lui où il faut li (ii56, 

l'i Cr. 7(1(1. I\ic. IV, un ; Eece chrittimitat 
E pn Hbtm mbtHlaU Urram Sgrim peramiulat. 

''' Inutile de wgntiler dolee, dolente, ccmiute, 
I pssu'S il la lii^clinaison b genres ilëa l'ëpoque 
L gallo-roniunr. Pio est toujours invariable; prode 
1 (3593) ou pruiU (69o5) est en réalité prode, 
L^m de {\o\r liomania, W\, lâS). Vtelt fem. 



ia6, 1 ti56, doit Mrs ëcril fus (velus iuv.), 
et eie[i\llM n^ est vetulas. 

'*' Souvent le nis. donoe ces formes analo- 
gii|ue8 sans qu'on ail le droit île les nttiibuer au 
[Ktèlt'; ainsi forte e cruele 89 {\.farl « cruel); 
griem brève SgtiS peuvent saus peine »e corriger 
mgrie/brief. 




xLiv INTRODUCTIO^. 

<i6/i9, 19068), comme fe montre la rime du v. 9000. L'ace, lém. est eles 

(679/1); a els pour*! eles (33a3) paraît une négligence du poète. 

Pbi)\om déhonstr\tip. ~ Cela pour arc. lénu cmpliatûjuc pp/i Hgyt); il pos- 
sède le neutre ce/(6i6li, 6853). — Le nom. sing. de cesl est cist (683t): il 
laul également lire cist au nom. phir. ptmr ces 11018. 

Pbonu» RBLATiF. — La forme emphatique de l'acc-dat. de qui esl cui, quel- 
quefois bien écrit ilans notre nis. (aoi6. 63()6, 4 53 -a, 4536, à 156, 6o85, 
7564, 838a, 9^56), mais beaucoup plus souvent écrit à tort ^«1 (loa, 
1918» 2/168, -2508,3371, 3908, 4'ia8,/ia/i3,/ia5-4, iafi/i, 6978, 63i4, 
43ai3, 636o, 438o, i/ii a, 6720, 10786, io838, 1 173a, laaSS, 
ia3a6)''J. — -On trouve souvent pour le fém. sitig. , quand il est sujet, à côté 
de cm" et de Ai', la Ibrme ^«#(161, 5/119, 7870, 9397, 9996, 11 1 15). mais 
00 u est pas autorisé à l'attribuer à l'auletir. Il en est de même de que em- 
ployé pour le nom. neutre dans les locutions de queiqueseil 45 16, (/(« ^mi 1 
taille 5738, d'ailleurs bien attesté, et de que pour quei {que que l'en die 5a 58 , 
que qu'on en die 5376, que qui i faille 6758, que que H reisfeîsf 9487), égale- 
ment bien connu dans l'ancienne langue. 

Pbonom rossESSif. — l'our ie nom. sing. masc. de la forme atone, le ms. 
doiuie régulièrement mis, lis, st»(6536, 7573, 8653 , — 9768 ((i), — 2a4, 
838 (si). ii52, 3549, 7199, 7316. 7547 {si), 834o, 8536, 9o35. 
9476(81), 10039 (jt), 'o3o3, iii38, 11930), une fois seulement »i^n 
(ioo56) — La forme accentuée de l'ace, sing. masc. du poss. de la 1™ pers. 
est mien 9783, écrit men 1 i4ao. Celle du posa, de la a^ et 3' pcrs. est : .'ting. 
uiasr. ace. luen 9646, suen 3844, 444o,4546, 5355, 8072, 8076, 844 1, 
iooa3, I i3aa, maiswwi logSa; nom. smns a 4 54, 7174, mais sons 1 0788; 
pi. ace. suens 1953, aaSo, 719a; pliir. nom. suen 4943, 9999- La l'oi-me 
en -on n'est nulle part confirmée par la rime; au contraire on a les nnics 
euens suens 9454 et bons (I. buens) suens 5o64, qui attestent la forme en -iwn. 
— Au fém. il n'y a pas d'exemple probant pour la 1" ni pour la supers.; la 3" 
est écrite ordinaii'emcnt sue, parfois seue (6180, 6656, iai39, i9i4o); 
les rimes avec Evreuea 6706, Dreues 61 80 , 6656 semblent bien établir pour 
le poète la i)rnnonciation m (voir ci-<lessufi p. xxit). — Les pron. poss. de 
la pluralité n'offrent rien de remarquable aux formes atones: aux formes 



' Au vi?rB 35Û I il Oiul ^iil-éUf liiv «ualemeot eut au lieu de 7111 (ms. fui'/). 



I 



LA LANGUE. ifv 

accenlii^es nous noterons h plur. rnasc. nom. noz 6633 (mais la niosure per- 
I met de lire linostte comme 6986); au pi. ace, iiiasc. ou t'éni, (les iioz i ofia), 
kon a toujours noz. 

' Conjugaison. — Les premières pei'sonnes du pluriel {sauf les exceptions 
éonnnes) sont écrites très diversement : ~wn, -unis, -on, -ons; les rimes at- 
testent -on ( 6M«ifOrt cometiçon 38a4, Thoi-on mwon i o886,ai>iwn Tkorom [I. To- 
ron] 9786, Cafarnaom[\. Ca/rtr?wott'^^] 5884) et aussi -ojis (Dordermis dirons 
I igCo, Tmitons leisxomg fi-j^i) '^', A côté se trouve la forme en -ornes ; hontes 
avomes ^3^!i, poignomes homesè3^6,savomes 10192 (et bien entendu toujours 
sontes ou tûmes). — La distinction des terminaisons en -etis d'avec celles en 

atis ne se trouve que dans un futur : descendroiz droit 1 1 3^0. 
CoNJLCAisos EN -ER. — La I "* pers. du prés, de l'ind. ne prend jamais d> 
final eu dehors des ronditious 01^ l'euphonie t'exige: on a régulièrement aciinl 
■isi38. atroc h"] fi, cornant 12395, cont a 448, 533o, cuti (aiid, quid) 3373, 

109,6803,8570.9069, ioiyo, 1 9399, rfemanf 8/i4, rfesir 8995, egy>rtV 
670, /o /i542, 8701, mcireti 6^73, nom 6735, o« 3i35, 10976, laaao, 
15937. 12343, stispiez 1 1399. — L'e analogique ne se trouve pas davantage 
aux trois pers. sing. du prés, du subj. (il n'y a d'exemples que de la 3°) : ml! 
1 '19, 9535, ameint goi3, ament 97 «8, comenst (ins. comiist) 3, depril 67^15, 
espvM 8998, garl (gard) 9966, ost 2358, saut (im/f) 66ai, travaut iiraxaih) 
1 2.^39 "'. Mais A côté de ces subjonctifs réguliers, le verbe lorner présente le 
subj. analogique torge : retorge lurge 678":!, lorgent relorgent 6880, encurgiez 
reioî-giez 7340'''. — Les formes en -tssiez de la 2'^ pers. pi. de l'impf. du subj. 
ne sont attestées que ])ar le ras. [allissiez •ii'^k i*J, gelissiez 3985), niais elles 
sont, comme on sait, constantes eu ancien français. — Les futurs des verbes 
dont le thème se termine en n, m perdent habituellement \'e de rinfinitif : 
merreient (nureienf) 10285, turreit 9716, returretent ']'J'J^, sujorreit 9715 



''' Sur !'é<[ui valence île m finale à n, voir ci- 
(tessus [I. xitTi. 

'*' Ce t^raoignagt' est moins (Ifrisir, car on 
pourmit lii'e Beitrediii Dortteron n^Sg, et Haof 
Taigion àyaQ; toulefoia l'it de Taitum» paraît at- 
testa par la rime au vers 1 1S79. 

'"' On pourrait prendrp demande 1 5a pour un 
subjonctif; mais c'est iiu indicatif. 



'*' A la première rime retorge est 3* pers., 
lurge Impers.: ces deui mots ne pmirraietil donc 
rimer en»enilile s'ils n'avaient la forme -ge (on 
aurait relort for); de m£me h, la troisième on au- 
rait meoriVï Tttonet. 

''' Ici toutefois la recherche des rimes l^uines 
|iar le poêle invite à lire aliuiet rimant avec mis- 



k 



iLTi INTRODUCTION. 

« 

(toutefois on trouve retamereù 7783) (^). Pour lareie jo encore loâo/i il vaut sans 
doute mieux lire loereie f encore. — Le verbe aler fait au subj. prés. 3^ sg. 
ait 8. — Danera à Find. pr. 1 itm»9oo6,au subj.pr. ^domstSoSSy 19397. 
— Esier a deux parfaits, l'un en -ai, Tautre en -ni : d'une part aresta presia 
1 â 1 â , aresterent huèrent 1 Bgâ , arestereni recuvrerent 65/iâ , s'estèrent gtuxrdererU 
31/19; de Y autre esturent munirent 66^6jfarentesturentSli^^ffarentresiureni 
8/173, aresturent furent 65/io ^^\ aresturent conurent 1 193/1. — A côté de lais- 
sieTy régulièrement conjugué, se trouvent, comme dans tant d autres textes, 
des formes qui semblent postuler un infinitif laire^^\ qu'on ne trouve pas : 
impér. lai 3761, 1 1 979 {lais); au fut. on a /a- et non lai- : fut. larai 6307, 
larrons 3387, c^^^* ^^ 8890. 

L'imparfait ind. de la conjugaison en -^ n'est représenté qu'à la 3^ pers. 
du sing. et du pluriel. La 3^ pers. du sing. est toujours écrite -^t, et ne rime 
ordinairement qu'avec elle-même (ainsi empêtrât Jinot 1398, guaitot recelât 
1913, ruot tuot 3370, destemprot temprot 76/10); mais la forme de cette per- 
sonne, -out ou -o/, est ordinairement identique à celle de la 3^ pers. des parf. 
en -01, et celle-ci étant sans doute --ont dans notre texte (voir ci-dessous), il 
faut probablement en dire autant de celle-là. — La 3^ pers. plur. est le plus 
souvent écrite -ouent (rarement 'Oent)^ ce qui concorde bien avec ce qui vient 
d'être dit; mais souvent aussi on trouve -oient ^ par confusion avec la 3^ pers. 
pi. des imparfaits en -oie (-^)'^). Cette confusion semble ne pas avoir été 
tout à fait étrangère à l'auteur même, à en juger par les rimes suivantes : 
defendouent aportouent 337/1, vergondoient f croient 3710, regardaueni ardouenl 
58i5, traùment jetouent U^U^ , fuioient estancenoient /19/16, laschouent porveouent 
8070. Il est toutefois à remarquer que ces rimes sont rares, qu'au contraire 
la séparation des deux imparfaits est observée dans un très grand nombre de 
rimes, et que la confusion ne se rencontre pas pour la 3^ pers. du singulier (^). 

AuTBES CONJUGAISONS. — Nous uoterous l'inf. archaïque taisir 11 56, l'inf. 
néologique grondre 1 /i 6 8, et l'inf. aerdeir (: ardeir 3688), que je n'ai pas ren- 

^*^ La forme enterrez pour entrerez 856o n*e8t pour le futur et inadmissible pour Pimpëratifl 
attestée que par le manuscrit '^^ A Tinversc on trouve très souvent -iment 

^*^ Notez que la paire de rimes qui suit im- fonv -eient {plaignauentfaisovent to56 ^retraauent 

mëdiatement celle-là est une de celles où figure haouent 196a, acwouenijenmna aSyi, etc.). 
aresterent, ^^^ Sauf )K)ur estout, de eiter^ devenu esteit 

^^^ Au Glossaire ces formes ont éié rapporta par une attraction facile à comprendre et rimant 

à un infinitif laier, mais cela est peu probable avec esteit de estre (78a, i45s, 3566). 



contré ailleurs. L'inf. de torquére était torlre et non tordre, comme le 
montrent les formes entoile 676, detorloii 3638. — Au siibj. on remarque^îwa 
{: fiere 9635) an lîeii du plus ancien et seul régulier fire, ckîece 1 1 9 i 5 {à 
l'intérieur du vers), enairglez 7360 '''. Le subj. prés, de venir est écrit viegne 
901a (: retiens = retieffTte) , forme qui a remplacé le plus ancien vigne et a 
elle-même été remplacée par vienne; mais la rime viengiez vengiez 8556 rend 
probable une formation parallèle et récente vienge. Le anbj. pr. de plaire est 
encore place (: place 3o3o), mais les anciens ^ece el defece de gésir el dejire sont 
devenus gise et de[s]^ee{ riment ensemble {1808). — Nous noterons les par- 
faits en s .■ atains (^atainst 665^), conduis (^eonduist 1970, 9769), escris (^escritt 
5590), estorit [estorsti-ent i 4o3), remis de remaneir {^remislrent 3554)''^', mors 
{morst 6672), teins [laimt 6/1 58). irais i^treiat a t 3. etc., et traistrenl 785, etc., 
iresij-ent i5i5, etc.). Les 3" pers, pi. des parfaits en s sont en -sir- (estor^ 
strenl, remklrent, traistrenl); toutefois, sous l'inSuence de^renf, qui, très an- 
ciennement, a remplacé le primitif ^d/en(, plusieui's parfaits en -is ont déjà 
-irenl : on trouve ainsi Iramirent (écrit tramislrent) rimant avec mVenf iSa; 00 
peut dès lors se demander si les rimes tnislrenl distrent 3^9, distrent conquis- 
trent 618. mislrent printrenl 638, distrent mesdistrent 683, distrent requistveni 
q'ia. asïstrent enpristrcnl a/|o8, remislrent mislrent 955/(, 8i9o. omirent pris- 
trenl 317^1, 3i8i, 8978, 885o, ioo36, sistreiU distrent 9686, mislrent 
sistrenl 9986, requistrent dixirent ioi5*i, oeistrent mistrenl 8196, ne doivent 
pas être cliangées en dirent, etc. Toutefois il est plus probable que ces formes 
si nombreuses (et très fréquentes aussi dans l'intérieur des vers) étaient les 
formes ordinaires du poète, qui commençai! seulement k employer à côté les 
formes analogiques en -irent^^K Les formes faibles sont constamment écrites 
sans s {dets, deïmes, deïsl, etc.). — Les parfaits en -ot fonl-ils -ol ou -ont à la 
S' pers. sing. ? Une seule rime, Gerod ol lij^n, nous éclaire sur ce point, 
mais elle est assez eoncluante : Cernd doit en elFet être corrigé en Gerout (lat. 
Geroiduml, et \'u représentant 17 n'était bien probablement pas tombé : 
Gerout appelle donc oui, et par suite -out pour les autres parfaits en -oi; des 



'■' Voir ci-itessus p. \lv, n. i. 

'*' Voir ci-dessus p. wv, n. 6. 

'"' O qui appuie encore cette opinion, c'est 
la pi'ésenre parmi ces paiTaiU de remUtrent ri- 
mant avec mixtrfitt (miserunt). Remhtrcni cal 



pour remettrent (voir ci-dessus p. vxt, n. 4), 
et tneitrent , remestreiil n'^lant jamais, que je 
sache, devenus merent, ninerent, il n'e«t guère 
vraisemblable que les Formes ailà-ées soient de- 



ta 




ïLviir INTRODUCT10^. 

graphies comme soh = s(nU i636 appuient celle opinion. Les ',i" ptirs. pi. 
étaient en -ourenl ou plutôt en -eurent {eurmt t[e]ureHt 7800, eurent sewrewt 8368). 
Les formes faibles et i'tmpf. du subj. avaient sans donte -piï- [esteûst 3o4a, 
coKetts[j(]en( ewascnt 6798, teû[s]senipe«sseKi 9386, p/eu[»]seni etïsscnr i)ai6). 
— Les parfaits en -«t comprennent entre autres crut [entrent furent 5oi8), 
mui [murent furent 1182, 1860, 2797. 6093), jwi (apnrMreitl ji/rew/ 691 8, 
jurent furml io384, 1 1970), phi de phvàr [plurent furent 6*267), ""' (p'"" 
rent Hwent bh-]i), perçai (aperçurent furent iiooT), i loSo), conui [furent co- 
nurent lo-aoa); conti [acui^ureiU parmrent 10700), valui [furent valurent 
6798), morui [imirurent esmurent 56o'j), parut [apnrurent jurent (39)8) ''^ 
La 3^^ pers. du sing. conserve 90(i ( aussi bien dans les parfaits faibles que 
dans les forts, comme le prouve la rime panil Banit 9 Wi-i , 8686. Les pai'^ 
faits monosyllabiques à la pi'cmière et à la troisième personne du singulier '*' 
ont scids un di^placement d'accent aux persoimes faibles et à l'impf. du sub- 
jonctif; les rimes ne peuvent nous apprendre s'ils faisaient -eus ou -oûs [mom 
ou nteûs, etc.), mais la graphie constante est -eus. Les parfaits de plus d'une 
syllabe ne déplacent pas l'accent [valui, valus, etc.); encormut ^o^n^ doit être 
lu encorusl. — Il n'y a dans notre texte aucune trace de parfaits eu -le; tous 
ceux qui pourraient avoir cette forme out-t comme en français moderne, et 
l'i est attesté pai- plusieurs rimes : descendt di 8980, perdîmes primes 7639, 
perdirent tindrent 66îi3, deperdirenl firent ia66, rendirent partirent 9606, eiir- 
tendirent défaillirent ios-jG, atendirent virent SySii, esbaudirent descendirent 
■1890, descendirent viretit yaSS. défendirent saillirent i i5f|3; de même dans Ad'i, 
rmpondi, etc. A celte classe appartiennent aussi les parf. chai [ehairent pe- 
n'cCTtï'^' ^72)1 coilli [recoilli[ê\renl périrent 365a, issirent reeoitlirettt 9906), 
to/t {: U 9000). La rime descendt di 8930 montre que Ih 3'^ père. sing. était 
dépourvue de /. — Parmi les participes passés nous relèverons surse de 
sordre 9462, eoilleile 6699, et les deux formes concurrentes tolu [: absolu 
t 908) et toleit [toloite adroite 1 a338). — Le verbe estre possède les deux im- 
partiiils ère et esleie; pour ert, erent on trouve souvent écrit iert, iereiit, mais les 
rimes n'autorisent que ert[:pert 969) et erent [: alerenl \h-ih,nafrerent i5i8); 
la 1" pers, pi, est erioms 1 5o4. — Le verbe prendre a toujours dans le ms,, 
et avait bien probablement dans la langue de l'auteur, pern- aux formes de la 

loin. — '"' IjCs pnrC conih', jifirui i-enlrenl dans wllc 
;epi. 



'" Sur la conjugaison de tivre, voir plu! 
claew, leur désinence répondant û novi, < 



4 



LA LANGUE. xlix 

première série accentuées sur la terminaison {pamoms 3p65, permit iQÔg, 
35912,8969, i i>^o6 ^ pemoient iâo/i5);il possède un double subjonctif pré- 
sent, preigne (: enseigne 6) etprenge[: lasenge 7/10/i). — Les formes de Tin- 
fihitif correspondant à sequere ont été étudiées. ci*dessus (p. xivni); le 
parfait et le partidpe sont doubles : d'un côté on. a les iîmes/ui;M»*m;t i556, 
fuirent siwirent 5666, et Jutz siviz 1 85s, qui, malgré la graphie, semblent 
indiquer des formes mi pour le parfait, «111 pour le participe; de l'autre on a 
les rimes acururent parsurenl 10700, acansuretU (ms. consiurent) 11197, qui 
indiquent un parfait m (s e c u i ) , auquel correspond le part, seû (: retenu 7758). 
— Le parf. de voleir est vol (volt i5, écrit à tort velt 33, 3 33, etc.), ou vols 
[volmt 106); les rimes ne permettent pas de décider. 

SYNTAXE. — J'ai présenté, à propos de la déclinaison , quelques remarques 
qui regardent plutôt la syntaxe. Il ne saurait être question d'étudier ici dans 
son ensemble la syntaxe de notre texte, qui ne diffère pas de l'usage ordi- 
naire de l'ancien français. Je remarquerai seulement que suivant cet usage (*) 
l'accusatif des noms de personnes peut, sans l'intermédiaire de de ou a, faire 
fonction de génitif ou de datif (^). Il ne faudrait pas voir une extension de cet 
usage à des noms de choses dans des expressions comme en mm le mur 7/18, 
de sum les murs 3â5/i, par en sum le col 10073, en tor la cité 7/19 9 a val 
ïeme 3091 : en sum^ en tor, a val sont ici devenus de véritables locutions 
prépositionnelles qui régissent l'accusatif ('). — Notons encore qu'un nom relié 
à un nominatif par eom est également au nominatif et non à l'accusatif comme 
dans d'autres textes [com Turcoples t^aa^ com madrés 68/i/i, came Salehadins 
7959), et qu'après esvos on trouve le nominatif (8/io3, 993o) et l'accusatif 

(8895). 

De cette étude de la langue du poète, dans les limites où peut nous la faire 
connattre l'examen des rimes et de la mesure, que résulte-t-il de caracté- 
ristique pour le dialecte qu'il a employé ou plutôt pour le pays dont il était? 

^^^ Voir entre autres mes Extraits de la Chan- ceis est sëparë de jde, dont il dépend, par une 

son de Roland, Obs. gramm,, S io4. incise. 

^*^ y en citerai seulement un exemple remar- ^'^ Dans en sum des murs {'jb3), au contraire, 

quable aux vers 3187-3189 (De la grant Joie sum a conserve sa valeur d'adjectif pris substan- 

perdurable , Qui sont fin iert e est estabk , Cels ) , où ti vement. 



i INTRODUCTION. 

A vrai dire, assez peu de chose. Mais ce peu de chose concorde très bien 
avec ce que nous a appris Tétude externe que nous avons faite du poème. La 
séparation d'an et «i, dW et ot nous montre qu'Ambroise était de l'ouest et non 
de l'est de la France, ce qui est d'ailleurs tellement assuré que cette consta- 
tation n'a pas, à vrai dire, grande valeur. La réduction de iei k i prouve qu'il 
n'appartenait pas à la partie occidentale et méridionale de la Normandie, et 
l'ensemble des caractères linguistiques convient parfaitement à cette région 
des environs d'Evreux où nous a permis de le faire vivre d'abord son évidente 
qualité de Normand, ensuite l'intérêt particulier qu'il porte aux chevaliers de 
ce pays. La langue qu'on y parlait était très voisine du français de France |)ro- 
prement dit(^\ et le poème d'Ambroise peut être regardé comme un des do- 
cuments les plus anciens de ce parler, qui est devenu notre langue littéraire. 



IV. — LE POÈME. 

VEstaire de la guerre sainte est , en somme , un journal de l'expédition de 
Richard Cœur de lion depuis son commencement jusqu'à sa fin. Ambroise^ 
nous l'avons déjà dit, avait dû prendre des notes au fur et à mesure; il les 
rédigea au retour. Les derniers événements occidentaux auxquels il fait allusion 
' sont les succès de Richard en xNormandie (v. 19334 ss.), qui se placent dans 
les années 1 1 9/1 et 1 1 96 ^^); il a certainement écrit avant la mort de Richard 
(6 avril 1199). On peut, avec toute vraisemblance, placer la composition 
définitive de son œuvre en 1 196 ou plutôt en 1 1 96. 

Ambroise n'a pas suivi , pour écrire l'histoire des événements dont il avait 
été témoin, les procédés des chansons de geste qu'il connaissait sibien^'). Il a 
fait œuvre strictement et honnêtement historique. S'il a employé la forme 
poétique, c'est, comme on l'a vu plus h^ut, qu'il destinait son œuvre à la 
récitation, et que la récitation en public ne connaissait pas d'autre forme. 

^*^ On peat comparer le travail de M. Bur- ^*^ La mortdeSalaha(lin(mar8'ii93),lapri8e 
gass : Darêtellung des Dialeetsitn juf. éd. in den de Gisors par Philippe (avril 1 198), rëlection 
Départements rfSelne-Inférieure und Eure {Haute- d'Hubert Gaatier à Tarchevèchi^ de Canterbury 
Normandie) yi auf Griind nm Urkunden unter (3o mai ii93),8ont desëvënemellt8uapeuan- 
//fefVA^«/lJ^ Vergleichung mit dem heuùgen Pa • teneurs. 
tais (HaPe, 1889). ^^^ Voir ci-dessus p. viii. 



LU 



INTRODUCTION. 



tard dans la Branche des royaux lignages de Guillaume Guiart. Regrettables 
assupi^ment au point de vue littéraii^, ces expédients de versification ne font 
aucun tort au fond du récit. Quand on les supprime, on trouve ce récit remar- 
quablement net et clair dans l'expression du détail, avec çà et là un trait 
quelque peu pittoresque ou pathétique, et toujours le sentiment de Timpres- 



coin l'en trueve 35 oo, eome me$ cnerê soêpiece 
6536 , de veir 4335 , e li/ol e H sage 499 ,/o/ e 
sage 7671, 771 i,fu8l folie oujust gaveir 8aa , 
j'en àui tozcerz ^kkk^jovo» di Mûrement 1 o496 , 
jo vos puis bien afermer id4oo, juefne e ancien 
8399, juefne ne ancien 11 85 4, me membre 
9967, nel tenez mie a fables 7830, 1 1676, por 
reir 3706 , 9^54 , 1 o536 ; por veir e sanz dotance 
Sliûn, por veriié boc^S, ioùib, iaio4, quejo 
ne tnente 9061, quejo n'i faille 11497, 9"^ "^ 
mente io683, que que l'cm die 5a58,. que qu'en 
en die 5876, qui n'est pas fable 71 33, sanz 
dotance i34], 1391, 6906, 8930, sanz dote 
i3i5, 4905, 91 4i, 9693, 8091, 8387, soHz 
faiUanee 11 93, a6ii, sanz faille io46, a558, 
5737,6630,6693, 7190,8397,9151, 10849, 
se jo n'i ai mespris 358, si comj'enquis 4546, 
6 1 53 , #t corn jo sospiez 1 1 393 , sieom me semble 
1797, si Deus m'ornent 9738, #t Deus me saut 
4634 , #1 Deus me veie 386 , 4935 , 9o46 , selanc 
la letre 3546. — La liste suivante, disposée de 
même , coinpreDd des vers entiers : Al mien avis 
e al mien esme 8367, 8437, Ço conte Ambroise 
en s'escriture 3734, Ço conte Vestoire e la letre 
3181 , Ço dit Vestoire en vérité 3538, Çofu bien 
seû e enquis io5o6, Ço fu seû membreement 
9886 , Ço poez bien creire sanz dote 3 43 , (x> puet 
dire quil retendra 8o38 , Ço sai, si Foi dire a 
mainz 3i 33 , Ço seoent phuor se je ment 6386 , 
Ço sont Vem de verte provee 10690, E bien poez 
le fi saveir 81 3 , £* brun e bai e sor e blanc 85 1 o , 
E fu sanz dotance la veire 9789, E Vestoire issi 
le remembre 6696, E li menu e H maien 45o3 , 
E hnc conte por quei fereie 6936,. i? que direie 
d'autre qfaire 9746, E qu'en fereie autre parlance 
4547, E que vos direie autre afaire 1 1 873 , £* que 
vos direie autre conte 9701, E si poez saveir e 



ereire \'j^o,Esur ço plus que vos direie 10750, 
Haut ne bas , juefne n' ancien 3333, 95oo, Iço 
saijo très bien sanz dote 1 1 884 , Issi com Vestoire 
raconte 9488, Issi eome Vem entendi 8074, La 
sage gent e la jolive h%k^Lesai de veir non pas 
par esme 44o3, ffel puis laisser que jo nel die 
53 34, Ou nos pesast ou nos fust bel i9o5y Que 
Jipreie ici autre conte 4699, Que fereie vos autre 
conte 81 1 4 , Que vos direie d'autre afaire 7018, 
1 1744 , Que vos en fereie autre conte 9098 , Que 
vos en fereie lonc conte 938o, Que vos fereie en 
ço lonc conte 301, Que vos fereie jo lonc conte 
11196, Qu'ireie jo plus demorant 3060, Sehne 
Vestoire quejo di 1 1 368 , St com Ambroises dit e 
esme 3336, Si com jo ai Vuevre entendue 53 96, 
Si com testemonie la letre 965 , Si cotnej'ai Vuevre 
entendu 8384 , 9434 , Si Deus m'ait e il mepaisee 
149, Si dit cil qui Vestoire traite 9436, Si dit 
Vestoire qui ne ceste fà^hà^Sifu dit por vérité 
pure 7974, Si fit la fine verte pure 8779, Si/m 
la vérité provee 1 1376, Si ne luirai que jo ne 
die 6 3 07, Si poons bien par verte dire 1 1070, Si 
sai de veir par mouz enseinz 7901, Si vos dirai ço 
qu'il me semble 6454 , St oo* m bien dire en pie^ 
vine 10376, Si vos puis conter e retraire 6389 , 
Vérité fu e sanz dotance 8665. Parfois même la 
cheville occupe deux vers : Si est bien droiz qu'on 
sache e oie E par dreit le deiten otr 8768-8769. 
Cette liste est biea loin, même en la supposant 
complète, dVpuiser tout ce. qui dans le poème 
d' Ambroise peut être considère comme pm* rem- 
plissage amené par les besoins du vers. D'une 
part je n'ai pas relève beaucoup de formules 
toutes pareilles aux précédentes dans des cas où 
on peut les regarder comme ajoutant quelque 
chose au sens; d'autre |)art il faudrait tran- 
scrire une bomie partie du poème si on voulait 



LE POÈME. LUI 

sidii directe cl présenle des i'atts. Ces qualités, que le Iraducleur lulîti a su 
roiiserver en grande partie là oii il n'ajoute pas à la simple étoile de sou mo- 
dèle les broderies de sa rliétorique, oui valu depuis longtemps A YlltTierarium 
Hicardi, comme narration historique, une réputation méritée : elle appartient 
plus légitimement encore ft ÏEstoire de la guêtre sainte. 

And)roise raconte, liilèlemont et clairement, non pas tout ce qu'il a vu, mais 
ce qui lui a parn intéressant, el par là son œuvre est une œuvre historique 
itu vrai sens du mot. Il ne nous entretient pas de ses aventures personnelles 
et ne se met jamais en scène que comme témoin. Il choisit dans ses notes et 
dans ses souvenirs ce qui répond à son double dessein : faire connaître les 
fiouflrances et les périls des croisés et signaler leurs hauts faits, et mettre la 
prouesse de Richard dans tout son jour et le défendre contre les attaques dont 
il avait été l'objet. Il ne l'aut lui demander ni vues générales, ni obst^rvations 
profondes. Son point de vue est celui d'un pèlerin convaincu, qui n'a qu"un 
but : délivrer Jérusalem ou tout au moins adorer les sainte lieux, et qui ne 
comprend pas que des gens qui étaient résolus à mourir s'il le fallait pour 
atteindre ce bul aient pu en éli-e empêchés. Il représenle eu cela l'opinion 
de la grande majorité des croisés et surtout de la gent memie. et on ne peut 
s'empêcher d'ètri^ touché des déceptions successives et du désespoir Unal de 
ces pauvres pèlerins qui ont tout sacrifié pour délivrer la ville sainte, qui ne 
doutent pas que Dieu n'iq)prouve et ne soutienne leur entreprise, et qui la 
voienl toujoui-s éclioner au moment oti ils croient qu'elle va réussir. Ambroise 
a peint leurs senliments avec la naïveté de leurs cœurs simples et passionnés. Il 
va presque, dans certains endroits, jusciu'à blâmer Riciiard de ne pas maicher 
droit sur Jérusalem, de trop écouter les conseils des ff Poulains i>. des Templier.'! 
et des Hospitaliers, qui seuls connaissaient le pa^s; il est en ces occasions, 
quoi qu'il en ail, iivec les Français contre son roî el son héros. De même, il 
s'atllige des négociations courtoises entamées un moment eiilre Kicliard et 
Salahadin; il tremble que le roi d'Angleterre ne se déshonore en quittant la 



citer lrai'pil)ièl«K, les loiimures, les invocations, 
I s iaiprécalioua . les cujnpar<iisonB ijui ue sont 
là que pour allonger un vers ou [»)ur fournir ime 
rime. A la même cntùfforie Hpparliennent des 
«lifterm in niions de dislance ou de provenanre 
aussi oineuKi que va^^ues (voir par exemple a 



la Table des noms propr<>s le» mots : Ddrrs, 
KoaaiB. Vprr. etc.). Je donnerai seulement en 
exemple ces deux foriuules qui se siiivertt : JVe 
gdit»irz pas une pruue For» «or gfiil fercftie e 
brune; Es tes voserninl drei'i alDoe, Si n'rùMiei 
pat cuit UN coe Que, etc. (v. 3gt)& as.) 



INTRODCCTlOPi. 



-Saillie trop tôt, pour 



suivre les avii 



; ceux d'Aiigielerre qui l'y ^a(^-" 



pellent impérieusement; il montre que Richard ne s'est décidé à la trêve que 
par la plus grande nécessité et atteste qu'il a bien l'intention de revenir 
quelque jour en Syrie. Les sentiments d'un croisé pieux, fanatique, borné 
et prêt au martyre se manifestent tout le temps dans ses vers. 

Si la croisade a échoué, d'après lui, c'est surtout à cause de la discorde 
qui règne parmi les chrétiens. Rivalité entre le roi Gui de Jérusalem et le 
marquis Conrad de Monti'errat, guerre à Messine eutre les liommes de Ri- 
chard et les jjens du pays, jalousie entre Richard et Philippe, dissentimente' 
toujours renaissants entre les sujets du roi de France et ceux du roi d'An-j 
gîeterre. Comment Dieu, s'écrie Ambroise, pouvail-il bénir une croisai 
ainsi menée? Et il rappelle avec émotion l'union qu'il suppose avoir régnôl 
entre les vainqueurs de la première croisade, comme entre les guerriers aveej 
lesquels Charlemagne soumit le monde, ^, 

Dans ces différends, Ambroise est toujours du parti de Richard et de soa^ 
client, le roi Gui. Il est avec eux contre Raimond de Triple et contre Conrad 
de.Montferral; il en veut surtout au roi de France, qu'il nous montre moim 
libéral que Richard, nouant à Messine, contre son frère d'armes, de secrète» 
intelligences avec Tancré, dévoré de jalousie envers Richard, excitant Conrad 
contre lui, et finalement quittant la Syrie malgré l'honneur et le devoir. 11 est 
encore plus sévère pour le duc de Rourgogne, auquel il attribue sinon tous 
les torts, au moins les premiers torts dans ses querelles avec Richard, et pour 
les Français placés sous les ordres du duc, qui se conduisent à Acre comme 
des débauchés et non comme des pèlerins, et qui refusent à Ricliard de l'ac- 
compagner dans la glorieuse expédition de Jafl'e : il fait à la mort presque 
subite du duc de Bourgogne et d'autres seigneurs français une allusion iro- 
nique oîi il semble la regarder comme la juste punition de ce refus. 

Mais cette partialité, très naturelle chez un snjct de Ricbard et justitïée 
d'ailleurs en plus d'un cas, ne le rend aveugle ni pour les mérites de ses 
adversaires ni pour les côtés faibles de ceux qu'il soutient. On voit clairement 
en le lisant que si les querelles naissaient sans cesse entre les deux princi- 
paux contingents de l'armée croisée, la violence et l'arrogance du roi d'Aij- 
glelerre les provoquaient aussi souvent que la méfiance de Conrad, la jalousie 
de Philippe ou ta répugnance des Français à prendre les ordres d'un autre 
que de leur roi. Ambroise a supprimé volontaire Iiient plus d'un épisode de 



I 



â 



ciîs querelles, rll y eut, ditril à ])ropos de l'incident des bannières à MessitiP. 
bien des paroles injurieuses et folles; mais il ne l'iiut pas écrire et conserver 
toutes les folies (v. 355). n De m^uie quand Richard reçoit, évidemment tort 
mal, les envoyés de Philippe qui viennent le relancer en Chypre (v. iSgS), 
et lorsque le duc de Bourgogne lui demande en vain de rarfjenl (v. Siyi) , 
sii se dit, remarque l'auteur, blendes paroles qui ne doivent pas être écrites i*. 
Parfois nous regrettons sa rési^rve: nous aimerions qu'il nous ei\L communiqué 
le texte de la chanson pleine ris grant vilenie (v. i t 658) que le duc de Bour- 
gogne avait composée contre le roi d'Angleterre et celui de la riposte de Richard : 
mais nous ne pouvons cependant que l'approuver ot appliquer avi'c lui aux 
deux partis qui divisaient l'ost le nom de f^mt demnenuree. Ambroise est trop 
sincèrement dévoué à la cause sainte de la croisade, supérieure à toutes ces 
misérables querelles, pour ne pas comprendre et reconnaître que l'union 
était rendue impossible par des torts réciproques, bien qu'il en attribue la 
majeure partie aux Français. Ces Français avec lesquels, comme sujet et ad- 
mirateur passionné de Richard, il se trouve sans cesse en opposition et dont 
il se complaît à relever certaines fautes, il sait d'ailleurs aus^i leur rendre 
justice. Il les appelle lagenî fiere (v. SySB): il mentionne avec une sincère 
admiration les exploits d'André de Bricniie, d'Auberi Clément, de GuiHaiime 
de la Chapelle, de plusieurs autres, et surtout de l'incomparable Guillaume 
des Barres; il reconnaît (jue le roi Philippe, en attendant à Acre l'arrivée 
de Birhard, s'était très bien comporté. Du moment ([ue les [jens même en 
qui il a peu de conGance méritent bien de la cause qui l'intéresse, il ne leur 
marchande pas les éloges. 

Cette tendance à la fois équitable et partiale est surtout sensible dans la 
façon dont il parle du célèbre Conrad de Montferrat, l'ennemi personnel de 
Richard, qui fut soupçonné d'être l'auteur de son assassinat. Ambroise lui est 
fort hostile : non seulement, suivant ici un récit antérieur dont nous parlerons 
plus loin, il signale en la réprouvant sa conduite avec le roi Giû. l'accuse 
de bigamie et même de trigamie, et lui impute les procédés les plus déloyaux 
envers les assiégeants d'Acre, mais il montre tout le temps sous le jour le plus 
défavorable son amitié avec le roi de France et ses procédés envers Bichard, 
et lui reproche des intrigues secrètes avec Salaliadîn. Toutefois il reconnaît 
qu'il avait eu bon coimncement en Syrie (v. a645 ss.), et, quand Richard, 
sur la désignation de l'ost tout entière, a consenti à le proclamer seul roi de 




Ml INTRODUCTION. 

Jf^nisalfni. Aiiibi'ois4> approuve celte décision, met Juiis ia bourlic tlu inar(|iiis 
lies paroles exprimant les sentiments les plus élevt'-s. et constate que sa mort 
l'ut l'occasion d'un deuil général : c'est qu'il comprend que Conrad était le 
seul homme qui, par son intelli^jence et ses talents militaires, pouvait sauver 
la Terre Sainte, tandis que le brave Gui de Lusignan, avec toutes ses excel- 
lentes qualités, était entaché de nimplece (y. 91 i5) et manquait d'énergie 

(v. 2Ct8)t'). 

La partie du poème d'Ambroise consacrée aux Sarrasins est naturelleinuni 
empreinte des mf^mes sentiments. Il les rejjarde comme les ennemis de Dieu 
et les accable des pires injures''''; il applaudit au massaci-e, ordonné par 
Richard, des s5oo prisonnier-s d'Acre, el en rejette toute la responsabilité 
sur Salahadin; mais en maint endroit il rend justice an courage et à l'endu- 
rance des intidèies et déclare que, s'ils étaient chrétiens, il n'y aurait pas de 
meilleurs guerriers, li est eu général malveillant pour Salahadin, mais il i-e- 
connaît cependant ses grandes qualités et répète le mot de Tévèque de Salis- 
bury (\. I î 1 ^9 ss.) d'après lequel un pi-tnce serait parlait s'il pouvait réunir 
les qualités de Richard et celles de Salahadin. 

Au reste, les informations d'Ambroise sur les Sarrasins sont assez vagues 
et, fontrairenient au reste de son récit, parfois peu dignes de confiauce, 
n'ayant pas été recueillies directement par lui-même. S'il les appelle païens, 
gent jiaiene, il ne faut sans doute voir là qu'une e\pression traditionnelle, ijui 
ne prouve pas qu'il tes criH idolâtres, comme les auteurs des chansons de 
geste composées en France; c'est à une source étrangère qu'il a pris le trait, 
assurément erroné, d'une image de Mahomet peinte sur un étendard 
(v. 3369 ss.). Mais il raconte avec complaisance, à deux reprises(v. 6771 ss., 
1 i653 ss.), de prétendues objurgations de Salahadin à ses hommes, aux- 
quelles ceux-ci répondent en proclamant que les croisés et surtout le »(«- 
lec Richard sont invincibles. On trouve de pareils entreliens des Sarrasins 
vaincus dans la chanson sur la première croisade , et on pourrait croire qu'Hs 
ont servi de lointains modèles à Ambroise, ici infidèle à son ex;ictitude ordi- 
naire; mais il est plus probable qu'il n'a fait que rapporter des bruits qui 



<'' Il but noler, daiiâ le même nnlrc d'ûlëex, 
les ràenes qn'il pe inanigue pes d'expriuier fore- 
iju'il rapporle des tiniits détavorables h teM\ 
auxquels Jl Mt d'ordinaire hostile : nin«i xitr 



la Iraliieoii ilu comte de Triple (v. aSi i«.), 
sur l'enlenU' secrèle de Philipjw iivec Taocn* 

(ï. 917 88.). 

<'' Voir & In Tatde des noms propred. 




LE POÈME. Lvii 

couraient dans Tost et dont la formation s'explique sans peine (cf. v. 1 1658). 
C'est également à un bruit populaire qu'il a emprunté l'anecdote du feu 
sacré du jeudi saint 119Q9 dont l'apparition et la reproduction miraculeuse 
font prédire par Salahadin la perte prochaine de Jérusalem '^'. • 

A part ces quelques circonstances sur lesquelles Ambroise ne pouvait être 
renseigné que d'une façon indirecte, à part aussi le grand épisode rétrospectif 
consacré aux événements de Syrie antérieurs au 8 juin 1 191, le récit d'Am- 
broise est absolument véridique et digne de foi. Il forme, du côté occidental, 
la source 1^ plus précieuse pour l'histoire extérieure et détaillée de la troi- 
sième croisade. Je dis pour l'histoire extérieure, car l'auteur était trop bas 
placé pour comprendre les ressorts internes qui déterminaient les mouvements 
des hommes et le jeu des événements. 11 n'a su des traités conclus entre 
Richard, Philippe, Conrad, Salahadin, que les clauses les plus générales, 
celles qu'on communiquait à la foule. Il raconte les combats qui amenèrent 
la prise de Chypre, mais ne nous dit rien de la façon dont Richard organisa 
sa conquête. Des négociations si curieuses entre le roi d'Angleterre et Sala- 
hadin, qui faillirent aboutir au mariage de Safadin avec la sœur de Richard, 
il n'a connu que les fréquentes visites des envoyés sarrasins et les riches . 
présents qu'ils apportaient et qui jetaient l'inquiétude dans le cœur des simples 
pèlerins, indignés à toute idée de conciliation avec l'infidèle. Il n'a approché 
dassez près aucun des personnages de premier rang pour savoir quelque 
chose de précis de leur vrai caractère et de leurs mobiles intimes : il n'a vu 
que leurs gestes et leurs actions. H a regardé la scène sans pénétrer dans les 
coulisses. Mais dans les limites de son information il se montre observateur 
non seulement sincère ^ mais intelligent. Il sait nous dire que les rancunes 
des Grecs et des Longuebardst^' de Sicile remontent au. sou venir de la conquête 
de leur pays par Robert Guiscard et ses Normands; il peint en traits fort justes 
la façon de combattre des Turcs, pareille à celle des Parthes d'autrefois et 
des Tartares d'aujourd'hui; il apprécie dans Richard non seulement ses grands 
coups d'épée, mais ses très réels talents de tacticien et de stratégiste, dont il 
nous donne des preuves frappantes. Ses longs- et nombreux récits d'épisodes 

(') Il est probable que dans la version primi- modifiée en feisant prédire par Salahadin ou la 

tive de Fanecdote il ne s'agissait que de cela ; la perte de Jérusalem ou sa propre uiort dans un 

prédiction ne s'étant pas réalisée et Salahadin bref délai, 
étant mort Tannée suivante, Ambroise Taura ^*^ Sur ce mot, voir la Table des noms propres. 



H 

nVUHtUI BATtOIAU. 



LVIII 



INTRODUCTION. 



de siège ou de guerre sont clairs et animés, et le paraîtraient plus encore sans 
la monotonie de la forme rimée et Tennuyeux emploi des formules toutes 
faites. 11 sait choisir entre ce qu'il a vu lui-même et ce qu'il a entendu dire et ne 
raconte que c#qui vaut la peine d'être raconté. C'est ainsi qu'on remarquera 
qu'il ne dit pas un mot de la traversée de Marseille à Messine, qui n'oflFrit 
sails doute aucun incident remarquable, ni de ce qui se passa dans les nom- 
breuses haltes des croisés. On ne trouve pas dans le récit qui émane directe- 
ment de lui de ces anecdotes puériles qu'offre à mainte reprise l'écrit dont il a 
fait usage pour raconter la partie du siège d'Acre à laquelle il n'avait pas assisté. 
On ne pourrait lui reprocher que d'avoir raconté trop d'exploits sans conséquence 
de tel ou tel chevalier secondaire; mais il ne faut pas oublier que ces hauts 
faits avaient alors un intérêt tout vivant et que la plupart des guerriers ainsi 
mentionnés étaient de proches compatriotes du poète. Ce n'est pas d'ailleui*s, 
semble-l>il, pour s'assurer la faveur d'aucun d'eux qu'il les loue : rien n'in - 
dique même qu'il ait adressé son œuvre à Richard, à qui elle aurait assu- 
rément dû plaire. C'est sur le public qu'il comptait pour le succès de son 
poème, et pour assurer ce succès il a cherché et il a réussi à être à la fois 
intéressant et véridique ^^K 

VEstoire de lagueire sainte est donc une œuvre historique de grande valeur, 
qui fait honneur au brave et honnête pèlerin qui l'a rimée, sans prétention 
littéraire, mais non sans apporter au choix et à la disposition de ses matériaux 
une attention diligente. La découverte de ce poème aurait fait sensation dans 
le monde des historiens si le contenu n'en avait pas été connu depuis long- 
temps par la traduction latine. Même à côté de ïlUnerarium Ricardi, VEstoire 
de la guerre sainte conserve, outre son intérêt philologique, le grand mérite 
de donner le récit dans sa forme originale et tel que l'a conçu l'auteur, et de 
nous transmettre les discours, les entretiens, les impressions passagères, les 



^'^ Tout ce qu'on pourrait peut-être lui re- 
procher, c'est lomission de certains traits qui 
n'auraient pas été favorables à son hëros. Ainsi 
il ne dit pas que la venue de Bërengère de Na- 
varre k Messine ëlail une offense pour Philippe . 
dont Richard avait promis d'ëpouser la sceur, et 
que la vraie raison de Richard pour retarder son 
dëpart fut le désir de célébrer son mariage avec 
cette princesse après Temlxarquemont du roi dp 



France, ce qui n'empéclia pas celui-ci de fiEÛre, 
à Acre, l'accueil le plus courtois au roi et k la 
nouvelle reine d'Angleterre. D ne dit pas un mot 
de la violence insultante dont Richard usa , après 
la prise d'Acre, envers le duc Léopold d'Autriche, 
et qui fut, indirectement et directement, la prin- 
cipale cause de sa captivité. Il est cependant dif- 
ficile de croire que ces faits n'aient pas été connus 
d'Arabroise. 



LA TRADUCTION LATINE. lu 

sentiments profonds des croisés de 1 189, dans toute leur fraîcheur et leur 
naïveté. Elle a en outre ce grand prix d'être, — à part la chronique anglo- 
normande de Jordan Fantosme et la sèche relation en prose d'Ernoul, — le 
plus ancien texte d'histoire contemporaine écrit en français qu^nous soit par- 
venu, Gaimar, Wace et Benoit n'ayant écrit que sur des époques bien anté- 
rieures à la leur et presque exclusivement d'après des sources latines. Malgré 
le caractère très peu personnel qu'Ambroise a donné à son récit et le rôle 
effacé qu'il a joué dans les événements, elle a, par le fait que l'auteur (à 
l'exception de l'épisode intercalaire) ne raconte que ce qu'il a vu, un caractère 
qui la rapproche des Mémoires; et, consacrée également à l'histoire d'une 
croisade par un témoin oculaire, elle doit prendre place désormais en tète 
des mémoires plus célèbres, mais postérieurs de quinze et de soixante-dix ans, 
que composèrent sur leurs expéditions d'Orient Geoffroi de Villehardouin, 
Robert de Glari et Jean de Joinville. 



V. — LA TRADUCTION LATINE. 

On est embarrassé de décider, au premier abord, si l'auteur de ïltine- 
ranum Ricardi^ Richard, chanoine de la Sainte-Trinité à Londres, doit être 
considéré comme un honnête traducteur ou comme le plus effronté des 
plagiaires. Ge qui semblerait appuyer le premier jugement, c'est qu'un con- 
temporain, qui devait être très bien informé, donne expressément Yltine- 
rarium pour une traduction du français, et cela sans avoir nullement l'air de 
vouloir faire une révélation désagréable au prétendu auteur. On lit à la fin 
du Chronicon Terrae Sanciae^ récit de la guerre de 1187 et de la prise de Jéru- 
salem, fait par un témoin oculaire^ et continué de 1187 à 1191 à l'aide 
d'extraits du livre I de Vltinerarium : «Post Pascha anno ab Incarnatione 
Domini 1191, rex Francise Philippus applicuit apud Achon , et non multo 
post, scilicet circa Pentecosten, venit rex Anglorum Ricardus; quorum serimn 
itineris et quœ in iiinere gesseimni seu ex qua occasime rex Philippus repatriavit 
si quis plenius scire desideraty légal librum quem dominus prior Sanctœ Trinitalis de 
Londaniis ex gallica lifigua in latinam tam el^anti quant veraci stilo transferri 
fecit^^Kfi M. Stubbs a montré par d'excellents raisonnements : i*' que l'auteur 

^'^ Marteno et Durand, AmpiUstma CoUeetio, t. V, p. 877. 



u 



Lx INTRODUCTION. 

de la première partie du Chronicon n était sans doute pas Raoul de Goggeshail, 
auquel on Ta attribué sans raison; 2^ que la seconde partie avait été ajoutée 
après coup et n'était pas du même auteur ^^). a Mais, ajoute-t-il justement, il 
importe peu que le renseignement qui concerne Yltinerarium provienne de 
Tabbé Raoul, de Tauteur de la première partie, ou d'un autre. Il çst clair que 
l'écrivain qui Ta noté le croyait exact, et il n'y a aucune raison de supposer 
que c'est simplement une fiction due à la jalousie littéraire. Dire que l'auteur 
prétendu d'un livre Ta simplement traduit ou fait traduire tam ekganti quam 
veraci stilo serait un exemple de raffinement satirique au-dessus de la malice 
d'un écrivain du xiii^ siècle.^ Il est très probable, en effet, que l'auteur de 
cette note tenait son renseignement du prieur même de la Sainte-Trinité, 
lequel n'avait nullement prétendu dissimuler que l'ouvrage qu'il avait fait 
exécuter par un de ses chanoines était une simple traduction du français. 

Mais le prieur, notons-le bien, n'était pas lui-même l'auteur de ïldneron 
rium. Cet auteur est un chanoine appelé Richard, comme nous l'apprend une 
notice du chroniqueur Nicolas Trivet, qui écrivait au commencement du 
XIV* siècle, et qui n'a pas d'ailleurs eu l'idée de suspecter l'originalité de l'/itî- 
nerarium. Nicolas Trivet a emprunté à ce livre le récit de la troisième croisade 
qu'il a inséré dans ses AnnaleSy et au moment de tracer le portrait du roi 
Richard il s'exprime ainsi : (r cujus mores corporisque formam Ricardus cano- 
nicus Sanct» Triuitatis Lpndoniensis , qui itinerarium régis prosa et métro (') 
scripsit secundum ea quae ut ipse asserit prsesens vidit in castris, per hune 
modum describit^''. "» Les témoignages du Chronicon TerraeSanctae et de Nicolas 
Trivet se confirment et se complètent l'un l'autre : le prieur de la Sainte- 
Trinité avait chargé un de ses chanoines, appelé Richard, de traduire en latin 
le poème d'Âmbroise, et celui-ci s'en était acquitté avec autant d'élégance que 
de fidélité. 

Des trois '^) manuscrits qui nous ont conservé en entier Yltinerariumy aucun 
ne porte le nom de Richard; deux sont anonymes, le troisième attribue l'ou- 
vrage à Gaufroi de Vinsauf, erreur qui s'est perpétuée jusqu'à ces derniers 

^*) Itinerarium reg^ Ricardi, edited by parler d*uo manuscrit de ï Itinerarium conserve 

W. Stubbs (Londi^es, 186^, in-S*"), p. ly-lyiii. ciiez sir Thomas PhilHpps et qu'il lui a été im- 

^*' Voir ci-après p. \c. possible de voir. Il ny a aucune trace , k ce que 

^^'' Trivet, élit. Hog, p. 116. veut bien m*assurer M. P. Meyer, de Texistence 

'- M. Stubbs (p. Lxxiv) dit avoir entendu de ce manuscrit à Cbeltenham. 



LA TRADUCTION LATINE. wi 

temps, et que M. Stubbs a parfaitement réfutée et expliquée '^^ On voudrait 
croire que dans une épître dédicatoire à son prieur, que les copistes auraient 
laissée de côté, Richard présentait son ouvrage comme une traduction; mais, 
malheureusement pour lui, il est évident que Nicolas Trivet a eu sous les 
yeux un manuscrit où Richard se nommait et où, loin de se donner comme 
un simple traducteur, il affirmait avoir été le témoin oculaire des faits qu'il 
raconte, c'estr-à-dire que ce manuscrit contenait le prologue que donnent les 
nôtres, et où nous lisons : «rQuod si Phrygio Dareti de Pergamorum eversione 
ideo potius creditur quia quod alii retulere auditum ille praesens conspexit, 
nobis etiam historiam Jerosolimitanam tractantibus non indigne fides debetur, 
qui quod vidimus testamur, et res gestas adhuc calente memoria stilo duximus 
designandas. t) A la rigueur on pourrait supposer que c'est l'auteur français , 
nommé dans une épître dédicatoire perdue, que Richard fait ainsi parler; 
mais que dire de ce qui suit ? (r At si cultiorem dicendi formam deliciosus 
exposcit auditor, noverit nos in castris fuisse cum scripsimus, et bellicos stre- 
pitus tranquillœ meditationis otium non admisisse. t) Cette apologie faussement 
modeste, — car l'auteur s'est efforcé de donner à son style tous les ornements 
à la mode de son temps , — ne peut s'appliquer qu'à la forme latine de l'ou- 
vrage. Richard prétend donc bien lui-même avoir écrit cet ouvragé en latin 
crdahs les camps )>. Ce mensonge évident nous prouve qu'il a eu l'intention 
de se donner pour un témoin oculaire et un écrivain original, et qu'il n'est 
par conséquent, comme nous hésitions à le dire au début, que le plus impu- 
dent des plagiaires. 

Mais comment se concilie cette usurpation avec le renseignement, donné 
visiblement sans malice, du Chronicon Terrm Sanctœl Voici ce que nous serions 
enclin à supposer. Il existe ou il a existé (^) plusieurs manuscrits de YIHnera" 
rium ne contenant que le livre I; Giraud de Rarri, Roger de Wendover, une 
continuation inédite de Guillaume de Tyr, ne font d'extraits que du même 
livre; le Chronicon Terras Sanctae s'en tient également là, et ce n'est qu'arrivé à 
la première phrase du livre II qu'il renvoie à la traduction d'un ouvrage fran- 

■ 

^*^ Un manuscrit du livre I , que possédait ce qui concerne les manuscrits de Vltinerarium 

Barth, ()ortait comme nom d'auteur Guido Ad- et l'histoire iitté*aire de cet ouvra(|[e, je ne puis 

dmnensiê. M. Stubbs a également montré Tina- que renvoyer à Flntroduction du savant éditeur 

nité et Torigine possible de cette attribution, anglais, 
sur laquelle on a inutilement disserté. Sur tout ^*^ Voir Stubbs, p. lxx. 



Lxn 



INTRODUCTION. 



çais faite par ordre du prieur de la Sainte-Trinité. Or le livre 1, comme nous 
allons le voir, n'est pas emprunté à Ambroise, et il n'est même pas certain 
que Richard, en l'écrivant, ait eu le poème d'Ambroise sous les yeux (voir 
ci-dessous p. lxviu). Il semble qu'il ait composé deux ouvrages distincts, l'un 
(livre 11- VI) traduit d'Ambroise, que son prieur lui avait commandé et que 
sans doute il lui offrit, l'autre (livre I) racontant la croisade de Frédéric et 
les événements de Terre-Sainte antérieurs à l'arrivée du roi d'Angleterre (et 
d'Ambroise) à Acre, qu'il avait pris à d'autres sources. 

On peut supposer que, le prieur étant mort, Richard réunit ses deux 
ouvrages en un, et qu'il eut alors l'idée de s'attribuer non seulement la tra- 
duction, mais la composition du tout. Le prieur des chanoines augustins de 
la Sainte-Trinité de Londres fut à partir de 1170 un certain Etienne, mort 
en 1 198, mais déposé dès 1 197 et remplacé par Pierre de Gornouaille, qui 
ne mourut qu'en mai ^^K C'est sans doute Etienne qui avait commandé à Ri- 
chard Yllinerarium, dont la partie vraiment traduite d'Ambroise (livre U-VI) 
aurait ainsi été composée en 1 1 96 ou 1 197 au plus tard, tandis que l'autre, 
ainsi que le prologue, où il n'est pas fait mention du prieur, aurait été ajoutée 
ensuite. Nous avons vu que le poème d'Ambroise a dû être terminé en 1 195 
ou 1 196, en sorte qu'il aurait été traduit aussitôt après (^). fin se demande, 
il est vrai, comment le chanoine Richard a osé, en face de ses confrères et 
de ceux qui savaient de quelle besogne le défunt prieur l'avait chargé, se 
donner comme un auteur original et un témoin oculaire de la croisade (^). 



') Voir Dogdale, MonasUeon AngUcamtm, 
t. VI , p. 1 5o b. 

^*^ Il est vrai que nos trois manuscrits de 
Vliinerariutn, en mentionnant Jean sans Terre 
(V, ixii), le qualifient de tune comité, ce qui 
prouverait que le livre a éiA ëcrit après Favène- 
ment de Jean au tr^ne (Stubbs, p. lxx); mais il 
ne fisiut pas oublier que. dans Thypothèse exposée 
ci-dessus, ces manuscrits ne présentent que la 
seconde rédaction de louvrage, où ces deux mots 
ont pu facilement être insérés. L'ouvrage lui- 
même , comme le poème d'Ambroise, semble bien 
partout parler de Richard comme vivant encore. 

^^^ On ne saurait en effet supposer que Richard 
de la Sainte-Trinité, tout en traduisant le poème 



français, aurait néanmoins, comme il Taffirme, 
assisté aux événements que raconte ce poème. 
Nous verrons par la comparaison des deux ou- 
vrages qu il n ajoute au récit d'Ambroise rien 
qui décèle une connaissance personnelle des faits, 
qu'il suit son modèle avec une docilité minutieuse 
à laquelle n aurait pu s'astreindre un témoin 
oculaire, et qu'il commet des erreurs on des 
contre sens i\m prouvent son absence du théAtre 
de la guerre et son ignorance des hommes et 
des choses. — Il parait inutile de recherdier 
si le chanoine Richard est le «r frère Richard 
du Temple" qui fut nommé prieur, è la place 
de Pierre de Gornouaille, en lasa (Stubl», 

p. LXXVIl). 



LA TRADUCTION LATINE. uni 

Quoi qu ii en soit, la découverte du poème d'Ambroise est venue conGrmer 
d'une façon indiscutable fassertion du Chranicon Terraè Sanctae, Jusque-là elle 
avait paru peu vraisemblable. M. Stubbs a consacré à la réfuter plusieurs 
pages de son Introduction, qui montrent dans quelles erreurs peut tomber 
la critique même la plus perspicace quand elle ne s'appuie pas sur des faits. 
Je ne me complairais pas à rapporter l'argumentation de l'émiuent historien 
si elle ne fournissait l'occasion de quelques' remarques qui méritent peut-être 
l'attention de ceux qui ont à s'occuper de discussions du même genre. 

ail est impossible, dit l'auteur dès le premier mot, que l'ouvrage soit une 
traduction. 1) En effet : i**le style en est trop différent de celui d'aucun ou- 
vrage français, en prose ou en vers, du xui® ou même du xiv* siècle; 2** il est 
rempli de citations de la Bible ou de poètes et de prosateurs latins que n'a 
jamais pu admettre un écrivain français et que, s'il les avait admises, le tra- 
ducteur n'aurait jamais pu remettre précisément dans leur forme originale; 
souvent ces citations et ces réminiscences sont incorporées au texte de façon à 
en être inséparables; 3^ il y a des invei*sions de sens, des jeux de mots, de 
petites expressions proverbiales qui prouvent ou que le livre est un ouvrage 
original, ou que le traducteur a eu plus de part que l'auteur supposé à la 
forme donnée aux détails; /i^ il y a dans les récits des combats et dans la 
peinture des souffrances de l'armée une exaltation et en même temps une pro- 
lixité qui auraient lassé la patience de tout traducteur : (r Seul un homme à la 
fois témoin et auteur a pu soutenir son enthousiasme à travers ces descrip- 
tions, qui sont pour le fond ce qu'il y a de plus ennuyeux et pour la forme ce 
qu'il y a de plus animé dans le livret; 5^ cries passages où les manuscrits dif- 
fèrent par des additions ou des omissions ne sont pas compatibles avec l'hy- 
pothèse d'après laquelle l'ouvrage serait une traduction, taudis qu'ils s'expli- 
quent d'une manière satisfaisante dans l'hypothèse contraires. J'avoue ne pas 
comprendre ce dernier argument, et je dirai seulement que la comparaison du 
français permet aujourd'hui en plus d'un cas de reconnaître ce qui , dans les 
manuscrits latins, a été ajouté ou omis par les scribes. Quant aux autres argu- 
ments, ils pouvaient produire un certain effet a priori: on voit comment les faits 
les ont réfutés. Le travail de Richard a justement consisté à ajouter à un simple 
et naïf original tous les ornements, tous les oripeaux, tous les caparaçons du 
beau style latin tel qu'on se le représentait alors. Mais c'est précisément ce 
style pompeux et prétentieux qui aurait dû mettre en garde le jugement du 



Lxiv INTRODUCTION. 

critique. Ce n'est que quand Richard y renonce (et cela lui arrive souvent), 
quand il se borne à traduire littéralement son modèle, qu ii peut nous donner 
riilusion de reproduire l'impression directe d'un témoin oculaire. Sa rhéto- 
rique nous fait, même sans la comparaison avec l'original, l'effet d'un placage 
extérieur jeté sur un fond préexistant. Je m'étonne que M. Stubbs ait voulu 
établir l'originalité de son auteur avec des remarques comme celle-ci: et Est-il 
concevable que le discours du roi Richard à ses matelots, dans l'aventure du 
dromon, puisse être une traduction, je ne dis pas d'une vraie relation des 
paroles prononcées par le roi, mais de n'importe quelles paroles qu'un homme 
dans son bon sens aurait pu lui prêter? Ce discours se compose d'une phrase 
raisonnable, puis d'un vers latin, enfin d'une imitation de formules d'actes 
légaux! De quelle éloquence imaginable cela peut-il être un échantillon? Ce- 
pendant en latin l'absurdité n'est pas assez grande pour nous frapper dés- 
agréablement. 19 Je ne vois pas comment cela prouve que l'auteur latin a 
lui-même recueilli le discours de Richard et n'a pas arrangé à sa guise une 
indication qu'il trouvait dans son modèle; un tel farrago révèle, semble-t-il , 
tout le contraire d'un auteur original. Âmbroise nous dit tout simplement que, 
les (cgaliotST) n'osant pas monter à l'abordage du vaisseau sarrasin, crie roi 
jura son serment qu'il les ferait pendre s'ils se relâchaient et laissaient les 
Turcs leur échappera (v. 2225-3228). C'est là-dessus que notre chanoine a 
construit sa mirifique harangue : (t Qui fortiter exclamans suis dixit : Numquid 
navem intactam et illœsam sustinetis abire? Proh pudori posl tôt triumphos 
exactos, irrepente desidia , ceditis ignavi? Nondum quiescendi tempus advenit, 
dum restant hostes et quod sors obtulit ultro. Noverit universitas vestra vos omnes 
in cruce suspendendos vel ultimis afficiendos suppliciis, si hos sustinueritis 
abire tî (I. II , ch. xui). C'est là ce qui s'appelle <r orner sa matière n , et l'exemple 
est typique, mais on pourrait en citer plusieurs à peu près pareils. C'est le 
procédé que nous retrouvons, poussé plus ou moins loin, chez tous les lati- 
nistes qui se sont donné pour tâche, du i\® au \\\f siècle, de remettre en beau 
style soit les produits, barbares à leurs yeux, de l'époque mérovingienne, soit 
des compositions écrites avec trop de simplicité; c'est ainsi que trois auteurs 
différents, Baudri de Bourgueil, Guibert de Nogent et Robert de Reims, ont 
pris pour thème de leurs nsTrrations, plus ou moins élégantes, la simple et sin- 
cère relation de la première croisade, désignée sous le nom de Gesta peregri^ 
norum. Un bon rhétoricien comme Richard devait employer ce procédé, et 



LA TRADUCTION LATINE. lxv 

plus librement encore, du moment qu il lavait pour canevas de ses broderies 
un récit en langue vulgaire. 

M. Stubbs n'a pas été sans voir lobjection que les habitudes littéraires du 
moyen âge opposaient à son système; il la même admise en partie, mais il 
est loin de l'avoir saisie dans toute sa force. rOn peut répondre, dit-il, que 
par «r traduction 7) un écrivain du xni* siècle n'entend pas nécessairement une 
V ersion littérale du français en latin, et que le mot s'appliquerait également à 
un livre dont Tarrangement et les détails seraient empruntés à un autre, écrit 
dans une langue étrangère. . . Mais un paraphrasle qui revêt de vie, de cou- 
leur et d'énergie le squelette desséché d'une de ces (r lettres de nouvelles ^^ 
dont nous connaissons le type médiéval, qui nous en raconte le sujet avec 
tout l'intérêt et toute l'animation d'un témoin oculaire, celui-là n'est pas un 
traducteur au sens moderne du mot : son œuvre est une œuvre originale. ?) 11 
était cependant facile de faire deux parts dans le livre du chanoine de Londres, 
celle des ornements extérieurs, tout à fait inutiles au récit, et celle du récit 
lui-même : en le faisant, on arrivait tout naturellement à conclure que cet 
auteur mérite bien le nom de traducteur pour tout ce qui a de l'intérêt et de 
la valeur, et qu'il n'est réellement auteur (je ne dirai pas original, car sa 
rhétorique est en bonne partie un centon) que pour ce qui est insipide et su- 
perflu. Devant l'assertion formelle du Chronicon Terme Sanctaey cette conclusion 
aurait pu sortir de l'examen de YIttnerariumy même en l'absence du poème 
français; et, dans des conditions analogues, la critique devrait assurément 
y regarder de plus pràs avant de rejeter un témoignage contemporain aussi 
clair et aussi peu suspect. 

Toute cette discussion n'a plus d'objet depuis que l'ouvrage mis en latin 
par Richard de la Sainte-Trinité est sous nos yeux. Il n'y a même pas lieu de 
combattre sérieusement l'hypothèse qui pourrait se présentera l'esprit, d'après 
laquelle ce serait Âmbroise qui aurait utilisé l'ouvrage latin. 11 y a en effet 
dans celui-ci de nombreuses traces des rimes de notre poème; nous en relè- 
verons quelques-unes dans la comparaison qui suit. Il y a aussi plusieurs 
contre-sens, dont quelques-uns ont été indiqués soit dans le Glossaire, soit 
dans les notes de la traduction, et dont nous signalerons encore plus loin 
un certain nombre. Mais il sufiit de mettre en regard du texte français un des 
chapitres où Richard a suivi exactement Ambroise pour être convaincu du 
rapport des deux textes : jamais un versificateur ne pourrait se modeler aussi 



r 

laraiHKriB iatioiilb. 



LX¥I 



INTRODUCTION. 



fidèlement sur un récit écrit dans une langue étrangère, au lieu quun tra- 
ducteur en prose a pu sans grand'peine reproduire parfaitement son original. 
Nous prenons presque au hasard le chapitre qui nous servira d'exemple : 



Ambroisb, V. 6o5-6!i6^'). 

Quant li dui rei arrivé furent, 
Li Grifon puis en pais s'esturent; 
Mais li Longuebart estri vouent, 
E nez pèlerins maneçouent 
Que lor trës lor detrenchereient 
E lor aveirs en portereient; 
Car de lor femmes se dotèrent, 
A cui li pèlerin parlèrent ; 
Mais teus le (ist por eus grever 
Qui n^i deignast rien achever. 
Li Longuebart e la commune 
Eurent toz jorz vers nos rancune 
, Por ço que lor père lor distrent 
Que nostre anceisor les conquistrent ; 
Si ne nos poeient amer, 
Ainz nos cuidouent afamer^^). 
Nel firent por nos sushaucier ^^\ 
Que il firent lor tors haucler 
E les fossez plus parfont faire : 
Iço empeira moul Tafaire, 
E les tençons et les manaces 
Qui levouent en plusors places. 



Itinerarium, 1. II, ch. xiy('). 

Grifibnum, dum reges tanta cum mrMe 
vidèrent appulsos, in parte repressa est ar- 
rogantia, quippe qui se perpenderent virtuie 
vrferwres et gloria, Longobardi vero contuma^ 
citer murmurantes contendere non cessabant 
conviciis et opprobriis lacessere nôstros, 
tentoria se comminantes invasuros ut ttm 
occidererU et res suas diriperent. Zelo qui- 
dero ducebantur super uxoribus suis, cum 
quibus nonnulli peregrinorum coUoqueban- 
tur, pocius ad ipsos irritandos maritosquam 
ad perpetrandum adulterium. Hac îtaque 
occasione et invidia perturbati Longobardi 
cum communa(^) civitatis semper tu quantum 
Ucuit nostris erant infesti, maxime pro eo 
quod ab antecessoribus suis se didicerant 
olim a nostris fuisse subjugatos , unde quanta 
poterant nobis procurabant incommoda, et 
turrium exaltabant propugnacula, et altioris 
profunditatis fossas ambierUes perfodere. 
Praeterea ad incitandum animorum impul- 
sum frequentissimis provocabant conviciis 
et dchonestabant contumeliis. 



Une comparaison suivie entre le poème d'Ainbroise, tel que nous Ta 
conservé Tunique manuscrit, et la traduction latine offre de l'intérêt à plusieurs 
points de vue. D'une part, la traduction, qui s'appuyait sur un manuscrit tout 
à fait contemporain du poème, nous indique souvent une leçon meilleure que 



(*) Pai introduit dans le texte quelques très 
légères modifications orthographiques qui le rap - 
prochent de sa physionomie originale; j'ai fait 
de môme, soit dit eo passant, pour plusieurs 
des citations données dans cette Introduction. 

^*' J*ai imprimé en italique les mots ajoutés 



par Richard; on voit qu'ils ne font qu'amplifier 
le texte sans rien y ajouter. 

('^ Mot visiblement pris à la rime française* 
(*) Vers non traduit, je ne sais pourquoi. 
^'^ Cette tournure ironique n*a pas été tra- 
duite ni peut-être comprise. 



LA TRADUCTION LATINE. lxvu 

celle du nôtre, et permet même d'en combler des lacunes plus ou moins im- 
portantes. D autre part, il est curieux de signaler les contresens et les méprises 
dont s'est rendu coupable un traducteur si voisin, de toute façon, de Tori- 
ginal. Enfin il y a dans la version latine un certain nombre de changements, 
de suppressions et d'additions qui paraissent bien du &it du traducteur, et 
dont il peut être intéressant de rechercher la cause ou les sources. 

Mais pour procéder à cette comparaison il faut d'abord se rendre compte de 
la composition de Yltinerarium. Richard de la Sainte-Trinité a modifié Tordre 
wivi par Âmbroise. Celui-ci raconte les événements auxquels il a pris part 
dans leur succession même, telle qu'il l'a vue se dérouler. Après un bref ex- 
posé des causes et des préparatifs de la croisade, il suit constamment la marche 
du roi Richard , d'Angleterre à Messine, de Messine à Chypre et à Acre, d'Acre 
à Acre, où il se rembarque, à travers toutes les étapes de la guerre. Seule- 
ment, au moment de la première arrivée du roi en Syrie, il intercale une 
grande parenthèse, où il résume l'histoire de la Terre-Sainte depuis l'avène- 
ment de Gui de Lusignan et celle du siège d'Acre jusqu'à ce moment; ici il nest 
plus témoin oculaire, mais suit en partie des récits oraux, en partie une source 
écrite. Richard de la Sainte -Trinité a disposé autrement sa matière.* Dans 
son livre I, il raconte les causes de la croisade, l'expédition de Frédéric (dont 
Ambroise ne disait à peu près rien), et l'histoire de la Terre-Sainte et du 
siège d'Acre jusqu'à l'arrivée de Richard, d'après la même source qu'Ambroise, 
mais non d'après lui. Puis, au début du livre II, il prend, après une phrase de 
..raccord, le récit du poète français et le suit jusqu'au bout, en supprimant na- 
turellement la grande parenthèse qui répond, dans ce récit, à une partie de 
son livre I. Ainsi ce n'est que dans ses livres II-VI qu'il suit fidèlement le 
poème; le livre I en est plus ou moins indépendant. Il est donc bon d'examiner 
les deux parties séparément, et il est naturel de commencer par celle qui se 
prête à une comparaison suivie avec l'original. 

L. II, ch. I. Phrase de raccord, correspondant à peu près au v. /iSag. 

Ch. u-"V. 35-58. Richard amplifie son original par des considérations 
pieuses; il ajoute à la cessation des réjouissances dans la chrétienté occiden- 
tale celle des querelles et des procès. 

Ch. n = v. 59-166. Le traducteur abrège ce qui concerne Henri II et Ri- 
chard. Il assure que l'archevêque de Tyr avait été envoyé spécialement à 



I. 



ixvin INTRODUCTION. 

Henri II; mais ce doit être par orgueil nationd, car ii ne sait pas plus qu'Am- 
broise le nom de cet archevêque, qui était le célèbre Guillaume. Le motif 
donné à la croiserie simultanée des deux rois — la peur de chacun d'eux que 
l'autre n'envahît ses terres en son absence — est très vraisemblable ; mais , à 
cause de cela précisément, il peut avoir été imaginé par le traducteur. 

Ch. IV = V. 1 67-1 80. Richard ajoute le lieu et la date de la mort de Henri II 
et le lieu de sa sépulture. 

Gh. v»v. i8i-Qâ8. Le traducteur ajoute beaucoup de renseignements 
précis sur le couronnement de Richard, la mention des massacres de juife qui 
le suivirent de près, et un long éloge du roi, où il le met au-dessus d'Achille, 
d'Hector, de Roland, de Titus, de Nestor et d'Ulysse, mais qui contient un 
portrait physique intéressant, et tracé, sans doute, d'après des souvenirs per- 
sonnels. 

Ch. VI = v. 329-802. Détails sur des visites de Richard à Saint-Edmond 
et à Canterbury ; noms des évêques institués par lui; Guillaume de Longchamp 
est fait chancelier et grand justicier. — Dreues est traduit bizarrement par 
Eh'wllos. 

Ch. vn«v. 3o3-3/i6. Richard compte cent huit navires au lieu de cent 
sept. 

Ch. vui = v. 347-864. Le traducteur ajoute, évidemment d'après une 
source officielle, l'itinéraire de Richard de Tours à Vézelai (par Azai(^\ Mont- 
richard, Selles, la Chapelle-Dan-Gillon'^), Donzi). 

Ch. IX = v. 365-648. Ici encore nous trouvons dans le latin l'itinéraire 
de Richard, de Vézelai à Lyon (par Corbigni'^), Moulins-Ëngilbert, Mont- 
Escot, Toulon, le Bois-Sainte-Marie , BeaujeuW, Villefranche). 

Ch. X — V. 449-510. Tandis qu'Ambroise dit qu'après la rupture du pont 
les pèlerins passèrent le Rhône avec beaucoup de peine dans de petites 
barques, le latin raconte que Richard fit construire un pont de bateaux. 

^*ï C'est du moins aiosi que M. Stubbs inter- ^'' On écrit à tort d'Angillon. 

prête le Laiù ou Luzi des manuscrits; cela pa- ^'^ Sanctum Leonardum de Corbenai. 

ratt douteux, Azai n^étant pas entre Tours et ^^^ Il faut tire JBe^ftu pour JBe/tW et traduire par 

Montrichard. Beaujeu et non par Bellevilie. 



LA TRADUCTION LATINE. iin 

Gumme le texte français ne prête à aucune équivoque, il faut croire que le 
chanoine de Londres a recueilli ici le souvenir inexact de quelque pèlerin. 

Ch. \i = v,5i i-53/i. Ici Richard a commis sur Rise (nom qu'il semble avoir 
pris pour celui d'une contrée et non d'une ville, et oii il n'a pas en toutcas re- 
connu l'antique Rhe{;iura). et sur Agolaud un plaisant contresens, qui est re- 
levé à la Table des noms propres. Le cbanoine de Londres était plus familier 
avec les poètes latins qu'avec les chansons de geste. 

Ch.xii=v. 535-558. La dernière phrase, qui, malgré sa longueur, ne 
contient qu'un développement naturellement suggéré, est ajoutée. 

Ch. xin = v. 559-606. A noter la traduction du proverbe Tel te vei, tel 
t'espeir par [viilgo îiatnque dtàtur) : Qiialem te video, Uilem te spero. Le traducteur 
ajoute de son cru une réflexion sur l'impression produite par la trop grande 
simplicité du roi de France , et quelques détails, faciles à imaginer, ii la des- 
cription de l'arrivée de Ricliard. Eu revanche il supprime ce que dit Ambroise, 
dans les derniersvers, du mécontentement causé parce fait aux «Griiïonsu et 
aux rt LonguebardsD. 

Ch, xiv = v. 6o5-6s6. C'est ce chapitre qu'on a imprimé ci-dessus en re- 
gard du texte d'Ambroise. 

Gh. XY = V. 627-666. Richard omet le nom A'Einme, donné à la mairhande 
de pain (sans doute uniquement pour la rime). 

Ch. \vi = v. 665-83o. Le traducteur a conservé à Jordidu rfc/ An la forme 
Française de son surnom (Roger de Howden l'appelle de Pînu). On ne peut 
méconnaître l'écho des rimes de l'original dans cette phrase : n Rex Rie ardus 
uno impetu citius occupaverat Messanam quam quilibet presbyter cantasset 
inatutinas; a Ambroise : Pliai tost eurent il pris Meschinex Cunx prestre ti'a dit ses 
matines. Au reste, Richard exagère l'intimité des Français et des gens du pajs, 
qui, dit-il, velul unnm ejjiciebant populum. — Au v. 779, le palalïum du latin 
prouve qu'il faut lire le palets et non les palets (voir la tradurtion). Le latin ex- 
plique beaucoup plus clairement que notre poème la prise de la ville, et donne 
des détails qui ne sauraient âtre inventés; îl doit y avoir dans notre nninu- 
Bopil une lacune de quelques vers après le v. 79a. 

Gh, ïvii = v. 83i-8G6, L'auteur paraphrase le texte de façon h présenter 
la conduite de Philippe sous un jour pins défavorable. 




; i 



• 1 . 



!■ 



Lix INTRODUCTION. 

Ch, XVIII = v. 867-890. La traduction s'arrête à la douzième ligne de ce 
chapitre. Les vingt-quatre lignes qui suivent dans le latin n ont rien qui leur 
corresponde dans notre manuscrit; c'est sans doute une lacune de celuî-cî, 
}' car ce qui est raconté dans ces lignes, — la nouvelle querelle de Philippe et 

de Richard, et la menace de ce dernier de partir seul pour la Syrie, — eàk 
tout à fait dans le ton du récit d'Ambroise et se trouve confirmé par d'autres 

historiens. 

■ ■ • • 

Ch. xix-xx = v. 89-1976. Ces deux chapitres doivent être réunis, parce 
que le traducteur a légèrement interverti Tordre du récit français. Il donne sur 
la situation de Mategrifon des détails qui ne sont pas dans le français. La der- 
nière phrase du latin indique sans doute ce qui manque à notre manuscrit 
I entre les v. 9 7/1 et 978 (la lacune, attestée par l'absence d'une rime, doit 

être placée là plutôt qu'entre 976 et 976). 

Ch. XXI «V. 977-1052. Ambroise donne sur les deux messagers envoyés 
par Tancré à Richard et sur les prélat<« qui négocièrent la paix entre les deux 
|; rois (v. 1007 ss.) des indications précises qui sont omises par Richard. En 

y. revanche, Yltinerarium est seul à dire que le roi d'Angleterre partagea avec 

Philippe l'argent donné par Tancré et même la dot de sa sœur, restituée par 
le roi de Sicile. Aucun autre historien ne mentionne ce fait, et il semble 
plutôt contredit par les v. ios/i-1036 d'Ambroise; il est possible que le tra- 
ducteur l'ait ajouté de son chef pour faire honneur à Richard, de même quil 
ajoute à la fin, — en citant un vers de Perse, — une réflexion désobligeante 
pour Philippe. 

Le chapitre xxn de Yltinerarium manque dans YEsloire de la guerre sainte. D 
raconte l'entrevue qui eut lieu entre Richard et Tancré, et dont le récit, 
confirmé d'ailleurs par d'autres historiens, ne doit manquer que par hasard 
dans notre manuscrit. 11 est seulement singulier que le texte latin dise de 
Gatane que medio epatio sita est inter Messanam et Palermum; il y a peut-être 
là une méprise du traducteur. 

Ch. xxiii — V. io53-io8o; ch. xxiv = v. 1080-1108. Traduction exacte, 
sauf quelques ornements; la remarque d'Ambroise, Gejuial mangier en la sale, 
est omise, comme beaucoup d'autres analogues. 

Le chapitre xxv, racontant une rixe entre les gens de Richard et les Pisans 
et les Génois, manque, par omission, dans notre manuscrit. 



1 ; 



LA TRADUCTION LATINE. vai 

Gh. xxYi»v. iiog-iaoo. On remarque dans ce chapitre Taddition de 
quelques détails, que Richard de la Sainte-Trinité a pu connaître à Londres: 
le retour d'Âliénor par Saierne, le commandement de la flotte donné à Robert 
de Turnham; Richard accuse explicitement, ce que ne fait pas Ambroise, 
Gilbert de Vascœuil de trahison. Notons encore la définition des dromons. 

Ch. xxva=v. iaoi-i3ia. Les détails (p. 179) sur la situation géogra- 
phique de la Grète et sur le mont CamelusÇI) sont pris à une autre source; la 
disposition des rimes des y. 1 267-1 q 68 prouve que ces détails n ont pu figurer 
dans le poème français. 

Gh. xxYui « V. i3i3-i35/i. Les renseignement donnés à Richard par les 
gens du navire quMl rencontra (p. 181) sur ce qu avait fait le roi de France de- 
puis son arrivée devant Acre ne se trouvent nulle part dans le poème d'Ambroise ; 
ils proviennent sans doute de la même source à laquelle Ambroise et Richard 
ont puisé pour l'histoire du siège d'Acre antérieure à l'arrivée de Richard. 

Gh. XXIX «»v. 1 355-1 /ioo. Ambroise ne nomme pas l'empereur de Ghypre, 
et son traducteur ne le nommait pas non plus, car les mots Cursac nomine 
manquent dans le plus ancien manuscrit et ont été ajoutés par un scribe d'après 
d'autres sources ^^J. 

Gh. xxx-xxxi«»v. 1601-1/127. Get endroit est très altéré et mutilé dans 
notre manuscrit du poème français; le récit beaucoup plus clair et détaillé de 
Yhinerarium doit ici remplacer l'original. 

Gh. xxxn = v. 1/128*1 564. Après le dernier vers il s'en est perdu dans 
notre manuscrit quelques-uns, dont le contenu (débarquement des reines à 
Limeçon) nous est rendu par la dernière phrase du latin. 

Gh. xxxui-xxxiY » V. 1 565-1 73/1. Il n'y a que des divergences insignifiantes ; 
notons seulement que le traducteur supprime ce que dit Ambroise de la 
haute noblesse et des puissants parents de Gui de Lusignan. 

Gh. xxxv-=Y. 1735-1760. Le chanoine de Londres a eu des renseigne- 

(^^ Ces mots manquent aussi dans les éditions i*auteur de Yltinerarium appelle Tempereur de 

de fltmerarium antérieures à celle de M. Stubbs. Chypre Guenehn, à cause du passage où il est 

Par une plaisante méprise, le rédacteur de la dit qu'il surpassait Guenelonem fnvdiHone (pris 

BihUotkèque de» Croisades (t. Vlil, p. 85) dit que du v. i388 d* Ambroise). 



nxn INTRODUCTION. 

ments particuliers sur le mariage de Richard : il sait qu'il eut lieu le jour de 
saint Pancrace, et connaît le nom des trois évéques qui y assistèrent. 

Ch. XXXVI = v. 1761-1832. Au début de ce chapitre, on remarque la aien- 
tion du maître de THôpital comme intermédiaire de la paix, qui n'est pas et 
n a pas dû être dans Ambroise : c'est encore une information que Richard aura 
eue indépendamment. 

Ch. xxxvnïW = v. 1833-1962. Il faut noter que le traducteur a complè- 
tement omis les v. 1879-1906, qui racontent l'invitation pressante de le re- 
joindre adressée par Philippe à Richard. 

Les chapitres xxxix-xlh, qui terminent le livre 11, correspondent aux 
V. 1963-2298 du français. On n'y trouve guère de différences notables. La 
date du vendredi après la Saint-Augustin pour la reddition de Kyrsac (p. 2o3) 
])arait prise, comme d'autres renseignements du même genre, à un itinéraire 
de Richard. On pourrait croire que le passage sur Pierre des Barres et son 
entretien avec les gens du vaisseau sarrasin (p. 2o5) se trouvait dans le 
français et manque dans notre manuscrit; mais en examinant attentivement 
le contexte de nos deux récits on voit qu'il n'en est rien, et que ce morceau, 
qui contredit la narration d'Ambroise, a été ajouté par le traducteur, sans 
doute d'après une information particulière. 

L. III, ch. i-ni = v. 2299-2386. La forme Kahadini (a, b) au lieu de 7î^ 
chehedini (c) est attestée par le français Quahadin : (voir à la Table des noms 
propres). La première partie du chapitre m, relative à l'entente des Pisans avec 
Richard, manque dans le français. 

C'est ici qu'Ambroise ouvre dans son récit la grande parenthèse (v. 2887- 
4568) où il raconte les événements de Syrie antérieurs à l'arrivée de Ri- 
chard. L'auteur de Y Itinei^arium n'a pas, comme Ambroise, à entrerompre et à 
renouer le fil de sa narration; il la continue tout droit. — Dans le chapitre iv de 
son livre 111, il reprend d'abord quelques renseignements donnés aux v. 453 1- 
/i55o du poème français, puis le rejoint tout à fait au v. 4569 ^^ ^^^ laban- 
donne plus jusqu'à la fin du livre. 11 serait fastidieux de poursuivre désormais 

^'^ M. Stiibbs, — ou plutôt Gale, qu'il a suivi pour la numërotaiion des chapitres, — oublie \e 
n" xxxvii. 



LA TRADUCTION LATINE. lxxiii 

la comparaison chapitre par chapitre. Je me bornerai à signaler les quelques 
divergences qui m'ont paru offrir un cei-tain intérêt. 

Le nom de la maladie de Richard est, dans le latin, aimoldia (p. âi/i), et 
plus loin arnaldia (p. 363). Le manuscrit français porte, au premier passage, 
leonard%e{y. /i6o8),au second (v. 9660), /enrkiWte( que j'ai corrigé , d'après le 
premier, en leonardte). La mesure des vers ne permet pas d'admettre une 
forme correspondante au mot latin; je crois qu'il eût mieux valu, dans les 
deux cas, lire la renardte : il semble que ce mot, signifiant (t alopécie 19, ait été 
altéré en renaldie^ et que les Anglais aient entendu Famaldie au lieu de la re- 
naldie^^K 

On a relevé à la Table des noms propres (au mot Mare) l'erreur du traduc- 
teur qui a traduit cil (de la Mare) par ilU au lieu d'Ule (v. U^jdS-ti'jSli); mais 
après les noms mentionnés dans le poème il en ajoute une quinzaine (p. ^ 1 7) 
qui devaient certainement s'y trouver aussi; car d'une part plusieurs des per- 
sonnages qui les portent se retrouvent plus loin, et d'autre part on reconnaît 
que la formation de plus d'un couple a été amenée par la rime. — Le traduc- 
teur a transposé les v. Bo/i-i-boGô, qui lui auraient fourni son chapitre xiv et 
dont il a fait le chapitre xx; il aide d'ailleurs à combler une lacune du ma- 
nuscrit dans ce passage (voir ci*après, p. 388). — Le chapitre xvui du latin 
manque dans le français, où il devrait se placer après le v. 5236. 11 est in- 
dispensable au récit et faisait certainement partie de l'original. 

Le livre IV suit fidèlement le poème du v. 5358 au v. 7760, sans qu'il y 
ait à remarquer aucune différence de quelque importance. On trouvera dans 
la traduction française l'indication de quelques passages où le latin a permis 
de corriger la leçon du texte ou d'en combler des lacunes. — En revanche on 
constate au chapitre xix un contresens du traducteur qui a mis la critique his- 
torique dans un embarras que dissipe la connaissance de l'original français (^). 

Il n'y a pas non plus grand'chose à remarquer sur le 1. V (v. 776 1-1 oi36). 
Le chapitre xix manque dans le finançais : il raconte comment Richard alla 

^*) Arnaldia se retrouve dans Roger de Howr savons que la maladie de Richard et de Philippe 

den et dans Bromton. Le mot renardie au sens fit tomber leurs cheveux. 
dV alopécie» est attesté en français au xiv* siècle ^*^ Voir à la Table des noms propres Tarticle 

(voir le Dictionnaire de M. Godefroy), et nous Guirmer de Nape». 



j 

tHPBIlIKUK BaTIORALS. 



LxxiT INTRODUCTION. 

d'Ëscaione regarder les fortifications de Gaza et du Daron, et il devrait se 
trouver après le v. 8662. 

Les quatre chapitres ixi, xxii, iixii, xxxiu manquent dans notre manuscrit; 
ils devraient se trouver après le v. 897a; ils racontent quelques menus évé- 
nements des 16, *ia, q8, 39 avril et a mai 1192 (notamment le combat de 
Richard contre un sanglier), et il n'y a aucune raison de les considérer 
comme ajoutés par le traducteur'^'. Notons encore l'omission , dans notre texte 
du poème (après le v. 10188), du court et insignifiant chapitre un (il s*agit 
d'une première parcelle de la vraie croix offerte à Richard). 

Le livre VI et dernier est non moins fidèlement traduit que les précédents. 
Je ne vois guère à relever qu'un contresens à la fin du ch. xxxvi : Ambroise 
dit que Richard, voulant racheter Guillaume de Préaux, Laissa dis Sarrazins de 
pris, Qui moût rendissent grant avoir, Par le cors Guillaume ravoir (v. isa68- 
19Q70), c'est-à-dire «r abandonna dix Sarrasins de valeur, qui auraient rap- 
porté [par leur rançon] beaucoup d'argent, pour ravoir la personne de 
Guillaume^; Richard de la Sainte-Trinité traduit bizarrement (n'ayant pas 
compris qu'il fallait une virgule après le v. 1 2269) : ^^^^^^ ^^ nohilioribus Turds 
dimisit liberos, qui quidem injinitœ summam pecuniœ pro eodem Willelmo gratanier 
impendissent retinendo. — Les deux phrases sur l'embarquement des deux 
reines et sur la date de celui de Richard (ch. xxxvn), qui ne sont pas dans le 
poème, manquent également dans bs deux plus anciens manuscrits de Vldne^ 
rarium et ont été ajoutées dans le troisième d'après Raoul de Dicet. 

La fin de Vltinerarium, dans l'édition de M. Stubbs, est donnée d'après le 
manuscrit G, bien à tort, car la comparaison de notre poème montre que le 
vrai texte est incontestablement celui des deux plus anciens manuscrits, A et B, 
et tout ce qui est ajouté dans G est emprunté presque textuellement à Raoul 
de Dicet. Je ne crois pas inutile de donner d'après A B la fin de l'œuvre de 
Richard de la Sainte -Trinité., que l'on comparera aux vers iâ3oi-ia353 
d'Ambroise. 

Ignarus quidem quantœ ipsum manebant tribulationes et angustiae, quot esset experturus 
adversitates per proditionein oiim demandatam in Pranciam, unde machinatum est ut ab 

^^^ L*indicatioQ du 1 6 avril pour la fête de saint Elpbège doit provenir de celui-H». Roger de GlenviHe '" 
(ch. xuii) n'est mentionne qu*ict. 



LA TRADUCTION LATINE. iixv 

iniquis nequiter insidiantibus comprehenderetur, nihii taie suspicans, in obsequio Dei et 
Isiboriosa peregrinatione. quam meritis inaequali recompensatione retribuebatur ei quod 
pro generaiitatis negotio iaboraverat anima ejusl Et jam occupabatar hereditas ejus, cum 
expugnarentur nefarie castra ejus in Normannia, crudeliter grassantibus œmulis éjus sine 
causa, nec nisi redemptus relaxatus est ab iniqua captione ab imperatore Aiemanniœ. Cujus 
occasione redemptionis ut ad summam multipiicaretur census, in omni gente sua fiebat 
collecta plurima et distractio variarum rerum. Accipiebantur enim ab ecclesiis calices et vasa 
aurea et argentea in usus ecclesiaslicos sacrata quibus poterant utcunque carere monasteria. 
Nec hoc quidem secundum Patrum décréta erat illicitum(^), immo maxime necessarium, 
cum nunquam sanctorum quisquam vel sanctarum, quorum numenis est innumerabilis 
hominibus, tanta fuerit, vita superstite, pro Deo angariatus injuria ut rex Ricardus in 
captivitate Ostericia necnon et Alemannica. Qui tôt Turcorum celebris fuerat triumphis 
nefarie circumvenitur a suae fidei fratribus, et ab bis qui simul cum ipso christiana profes- 
sione solo nomine censentur comprehenditur. quam vere timendœ sunt occuitœ magis 
insidiœ quam manifestas discordiœ, juxta illud : Facïlius est vàare discordem quam declinare 
fallaceml Proh nefasi cui non poterant resistere omnes adversarii ejus, quem totius imperii 
Soldani contraclœ copiœ non prœvaluerant debellare, nunc ab ignobili hoste concluditur, 
et in Alemannia retinetur. quam gravissimum est agi nutibus alienis in libertale edu- 
catis I (^) Sed et ex illa captione solita Dei clementia, sua industria, et suorum cura 
fidelium, mediante œre multo quia sciebatur multum posse, tandem libertati dimissus 
est^^). Solo denique restitutus nalali et regno patrum, in brevi dissidentia régna pacificavit 
ad votum^^). Postea transfretans in Normanniam, œmuli sui, scilicet régis Pranciœ, justo 
liberiores excursus se para vit retundere, cujus etiam impetus crebris rejiciens repulsio- 
nibus, alienatum jus suum cum augmento quoque in hasta recuperavit et gladio^^). 

On voit par cette comparaison que le travail de Richard de la Sainte-Tri- 
nité a bien été celui d'un traducteur : ce qu'il a ajouté à notre texte est de pure 
forme, sauf un très petit nombre de renseignements, qu'il a dû puiser à une 
source oflicieiie (itinéraire de Richard), et dont aucun n'atteste sa présence 
sur les lieux des événements. 11 est même évident que, s'il avait été témoin 
oculaire, il lui eût été impossible de ne pas ajouter à son original quelque 
détail ou quelque nom, ce qu'il ne fait jamais : sur aucun personnage, sur 
aucun fait, il ne sait absolument rien de plus que sa source. Il a donc voulu 

(^) Ce membre de phrase est ajoute par le tuer avec grande vraisemblance (voir ci-dessous, 

traducteur. p. ^63) , tandis qu'il ne traduit pas les deux vers 

^*^ Cette phrase et les trois précédentes sont suivants, 
du fait du traducteur. ^^^ Ce membre de phrase n'est pas représenté 

^') Il est curieux que Richard donne ici la tra- dans le français, 
duction des deux vers is3s9-is33o, omis dans ^^^ Le traducteur sarréle au v. laSSy, iais- 

notre manuscrit et qu il nous permet de resti- sant de côté la réflexion qui suit et la date (inale. 



i. 



Lxm ISTRODICTIO.^. 

;ibu.<^rses rontemporaia^, et il a jiiâqa*à ce jonr abusé la postérité^ eo se 
donnant poar le cpmpagnon de pèlerinage do roi d^Angleterre et eo effiiçant 
de son li%Te le nom du véritable pèlerin dont il tradaisait Fouvrage. 

La question da rapport de Richard avec Ambroise est beaucoup plus com- 
pliquée pour ce qui regarde le livre I de ïllinerarium. Comme elle ne peot se 
résoudre sans Texamen de la source commune à laquelle tous deux ont paisé, 
il est indiqué de Tétodier daas im paragraphe spécial. 



VI. — L HISTOIRE DU SIÈGE D'ACRE 

iLSQl'À rARRHÉE DES ROIS DE FRANCE ET D ANGLETERRE. 

Ambroise, comme nous Tavons vu, suit dans son récit, depuis le commen- 
cement de Texpédition, la marche du roi Richard. Mais après nous avoir 
raconté le débarquement du roi d'Angleterre à Acre, où était déjà le roi de 
France, il ouvre (v. 2887 ss.) une grande parenthèse qu'il signale lui-même 
en ces termes : rr Nous laisserons pour le moment ce récit, . . . nous ne nous occu- 
perons plus des deux rois et de leur arrivée, dont j'ai tant parlé que je les ai 

amenés à Acre Je veux interrompre ce sujet et briser ici mon fil; mais 

il sera renoué et rattaché plus tard. Les rois ne vinrent pas en effet au siège 
les premiers, mais les derniers, et Ambroise veut faire entendre et savoir. . . 
comment la ville d'Acre avait été assiégée. Il n'en avait rien vu , et n'en sait que 
ce qu'il en a Iu.d Et après avoir dit quelques mots de ce qu'avait fait le roi 
Philippe depuis son arrivée '') et raconté celle du roi Ricliard. il clôt la paren- 
thèse par une remarque du même genre que celle qui lui avait servi à l'ou- 
vrir (v. /iSSy ss.) : «rJe vais maintenant suivre l'histoire et rejoindre ma 
matière en racontant le siège d'Acre. Ambroise veut achever son conte, 

fournir complètement sa carrière, renouer et rejoindre son nœud et 

rapporter tout ce qu'il se rappelle de l'histoire, et la prise d'Acre, telle qu'il 
la vit de ses yeux. 'n 

11 résulte du premier de ces passages qu'Ambroise s'est servi pour cette 
partie de son récit, relative à des événements dont il n'avait pas été le témoin, 

t*' O qa*il en dit est très peu Ae cbofie; et ci-dessas p. l\si et ci-dessous p. lii\iv. 



L'HISTOIRE ANTÉRIEURE DU SIÈGE D'ACRE. 



LXXVIl 



d'une relation écrite. Constatons d'abord que ce document ne nous est pas 
parvenu. Les sources que nous possédons pour l'histoire du siège d'Acre sont 
assez nombreuses (^); aucune ne répond à celle que nous recherchons ici. Nous 
avons à nous demander ce que comprenait le document en question, où et 
quand il avait été rédigé, s'il était écrit en français ou en latin, et si d'autres 
qu'Ambroise l'ont utilisé. 

Le principal élément de cette recherche est dans la comparaison des 
V. a/ii9-/i55o d'Ambroise et du morceau correspondant de V IHnerarium. 

Gomme nous l'avons déjà remarqué, le livre I de YlAnerarium est avec YEi- 
taire de la guerre sainte dans un rapport tout autre que le reste de l'ouvrage 
latin. Ce qui dans le poème d'Ambroise forme une grande parenthèse rétro- 
spective a été placé par Richard en tète de son récit; mais en outre il ne s'agit 
pas ici, comme dans les livres II-VI, d'une simple traduction. Le chanoine de la 
Sainte-Trinité raconte d abord l'histoire de Salahadin , qui n'est pas dans Am- 
broise, puis la destruction du royaume de Jérusalem, avec beaucoup plus de 
détails que le poème français (^); il n'emprunte pas non plus à celui-ci le récit 
des premiers préparatifs de la croisade, et enfin il intercale (ch. iviu-xxiv) 
toute une histoire de l'expédition de l'empereur Frédéric, dont je n'ai pas ici 
à rechercher les sources, et qui est totalement inconnue à Ambroise. Ce n'est 
qu'à partir de la fin du ch. xxvn que les deux récits peuvent se prêter à la 
comparaison. 

Avant d'aborder cette comparaison, il faut dire un mot du morceau qui 
précède dans le poème français l'endroit où il rejoint le texte latin (v. q8i 5). 
C'est une courte histoire des événements antérieurs à la délivrance de Gui de 
Lusignan. Je ne pense pas qu'elle fût contenue dans le (t livrer qu'a suivi Am- 
broise pour l'histoire du siège : elle parait reposer sur des récits oraux, dans 
lesquels la conduite du comte Raimond de Triple était présentée sous un jour 
odieux ^^K La conquête du royaume de Jérusalem et de la ville elle-même par 



(*) L'histoire du siège d'Acre a é\A racontée 
d'après f utilisation critique de toutes les sources 
par M. R. Rôhricht daus les Fonchungen zur 
ieuUehen Geschiehte, 1876, t. XVI, p. i83- 
5s 4. Ne faisant pas ici d'histoire, je me borne à 
renvoyer à cet excellent travail et aux ouvrages 
qui y sont cités. 

^*^ Sur l'histoire de Salahadin dans Vlttnera- 



rium, \o\r mes remarques dans le Journal des 
Savants, iBqS, p. 986. 

('^ Le lien où fut livrée la bataille qu'on ap- 
pelle communément de Tibériade ou de Hittin 
est désigné par Ambroise comme ia Maresckau- 
cie, par Richard comme Marescallia; cet accord 
ne prouve pas nécessairement qu'ils aienl eu la 
même source. 



Lxivin INTRODUCTION. 

Salahadin est ensuite très brièvement rappelée; la prise d'Escalone est seule 
racontée avec quelque détail. 

D'après Richard (chap. xxv), dont le récit est confirmé par des documents 
authentiques, Gui se fit délier par TEglise du serment qu'il avait prêté à Sa- 
lahadin de passer la mer, de renoncer à son royaume et de ne plus porter les 
armes contre lui ; Ambroise dit au contraire que ce fut Salahadin lui-même 
qui le releva de son engagement, jugeant qu'il ne pourrait avoir un adver- 
saire moins dangereux et plus malchanceux (v. â6i5 ss.). Il y a dans cette 
façon de sauver la loyauté du roi de Jérusalem une certaine compassion iro- 
nique qui convient bien au jugement que les partisans occidentaux du pauvre 
Gui, et sans doute le roi d'Angleterre lui-même, portaient sur cet homme qui 
n'avait d'autre défaut, dit ailleurs notre poète, que d'être un peu cr simple i>. 
11 montra cependant, aussitôt qu'il eut repris sa liberté, une audace et une 
persévérance qui n'auraient pas justifié l'opinion prêtée ici à Salahadin. Le 
récit des préparatifs de son aventureuse marche sur Acre présente dans le 
poème français quelques traits qui ne se trouvent pas ailleurs, mais qui 
peuvent bien encore avoir une source purement orale. 

Il en est autrement du récit du siège lui-même. C'est là que commençait 
sans doute le document utilisé par Ambroise, et il me paraît certain que ce 
document a également été consulté par Richard de la Sainte-Trinité. Je ne 
serais même pas éloigné de croire que celui-ci avait composé tout son livre I 
sans connaître le poème d'Ambroise, à l'aide de diverses sources, dont l'une 
était le document en question. Si nous comparons le récit du siège, dans nos 
deux textes, du i** septembre 1189 au 20 avril 1191, nous trouvons par- 
fois un accord presque littéral, mais le plus souvent des différences de détail 
et surtout, soit dans l'un, soit dans l'autre, mais surtout dans le poème fran- 
çais, des omissions dont plusieurs sont certainement volontaires, si quelques- 
unes, pour ce dernier texte, ont probablement pour cause des lacunes de 
notre manuscrit. Nous allons procéder à cette comparaison avec quelque 
attention, — bien que sans minutie, — parce que c'est ici la seule partie 
du poème d'Ambroise qui ne soit pas représentée fidèlement par YlUneranum 
et qui, par conséquent, puisse apporter aux historiens du siège d'Acre quelques 
renseignements nouveaux. Toutefois, comme Ambroise, en général, abrège 
sa source plus que ne l'a fait Richard, ces renseignements se réduisent à peu 
de chose. 



LHISTOIRE ANTÉRIEURE DU SIÈGE DIACRE. um 

ftin. , I , xxYii-xxYiii » Est. , y. sSiB-agâo. Ambroise omet le premier assaut 
donné par les chrétiens et leur retraite à l'annonce de l'arrivée de Salahadin. 
Il est seul à mentionner les prouesses de Geoffroi de Lusignan dans les jours 
qui suivirent. Il estime à i&ooo (au lieu de isooo) le nombre des com- 
battants qui vinrent avec Jacques d'Avesnes et la flotte danoise. Il diffère en 
outre de 17aWartumen plusieurs points, et surtout en ce qui! donne beau- 
coup moins de détails. 

liin. , I , xxix-xxx « Est. , v. 2921 -3 o5a. Parmi les croisés qui débarquèrent 
à Acre venant de France et d'Allemagne, dès le mois de septembre 1189, 
Richard nomme, comme Ambroise, les comtes de Braine et de Bar, l'évéque 
de Beauvais et son frère Robert, et le landgrave, mais il omet André de Braine 
et le sénéchal de Flandre, que mentionne le poète français; il déclare d'ail- 
leurs -qu'il s'abstient volontairement de citer beaucoup de noms. En revanche 
il est seul à nous apprendre cpie Conrad de Montierrat vint de Sur rejoindre 
le camp des assiégeants, amené par le landgrave: c'est un fait que pourtant 
Ambroise n'aurait pas dû passer sous silence, puisqu'il nous montre plus loin 
Conrad parmi les combattants. — La bataille du k octobre (qu'Ambroise met 
à un vendredi de septembre) présente dans les deux récits des détails re- 
marquablement identiques (comme l'épisode du cheval d'un Allemand dont 
-la fuite amena une panique et fut cause de la défaite des chrétiens), mais 
aussi d'assez grandes différences. Ambroise omet le trait peu héroïque d'Erard 
de Braine ne s'arrètant pas aux cris de son frère, ainsi que le dévouement 
du chevalier de Jacques d'Avesnes; il ne nomme pas le maître du Temple 
(Girard de Rideford) dont il rapporte, comme Richard, les belles paroles (^). 
— Richard raconte déjà ici que Salahadin fit jeter les corps des chrétiens 
tués dans le fleuve qui passait par le camp, ce qu'Ambroise ne -rapporte 
qu'un peu plus loin (v. 3077-8098). 

liin. y I, ww^EsL, v. 3o5&-3i/iâ. Le récit de la construction et de la 

(*) Les historiens arabes nous apprennent d*aii- ainsi que Gui iui-niénie , pris rengagement de ne 

leurs que Girard de Rideford ne iut pas tuë sur piuis porter les armes contre lui (Rôhricht, /. /., 

le. champ de bataille, comme le crurent les chré- p. AgA, n.). J*aurais dû modifier dans ce sens 

tiens, li iut pris et livre à Salahadin, qui le fit rarticlé Girard de Rideford de la Table des noms 

mettre à mort comme parjure, parce qu'il avait , propres. 



LUX- 



INTRODUCTION. 



défense du fossé se ressemble beaucoup dans les deul textes; parfois on re- 
trouve les mêmes expressions; ainsi dans ce passage : 



Itin,, p. 78. 

Noslri omni conamine operabantur et 
Turci ces dolebant proficere. Crebris igitur 
congressionibus nune hos nune illos, ut 
mos est belli, videres prosterni et in ima 
rotari. 



Est. y V. 3 107 -3 108, 3ii3-3ii6. 

Li nostre le voleient faire, 
E cil tendeient ai desfaire . . • 
La veîssiez de deus parties 
Genz corajoses e hardies; 
La veîssiez gent roeler 
Ë cheeir e esboeier. 



Des nombreux croisés arrivés en octobre (tous destinés, disent nos deux 
textes, à être martyrs ou confesseurs) que nomme Richard, Âmbroise ne dé- 
signe que trois: Gui de Dampierre, le comte de Ferrières et l'évêque de Vé- 
rone. Le fait qu'aucun des deux auteurs ne donne le nom de ces deux der- 
niers personnages montre qu'ils ont dû avoir sous les yeux la même liste. 

Le chap. xxxn du 1. I de Yltinerariutnj consacré à une description d'Acre, 
manque dans le poème français. 

■ • ■ 

Itin.y I, xxxni «£«/., v. 81/13-3267. Les deux récits se suivent de très 
près, sauf qu Ambroise omet un petit épisode, d'ailleurs sans intérêt, et quil 
attribue aux Allemands la construction d'un moulin à vent et non d'un mou- 
lin mû par des chevaux. Il est seul à raconter ici l'impression produite dans 
l'ost par la nouvelle de la mort de l'empereur Frédéric; Richard en avait 
parlé antérieurement. 

Itin. y I, xxxiv-xxxv = iPs^., v. 3268-339&. Le récit du combat naval est 
plus détaillé dans Richard, qui, en outre, intercale des renseignements inté- 
ressauts sur les divers bâtiments de guerre et une courte notice sur le feu 
grégeois. — Ambroise néglige à tort de nous dire que le marquis Conrad 
était retourné à Sur, d'où on le voit cependant, plus loin, revenir avec sa 
flotte. — Richard dit, comme Ambroise, que les nègres de l'armée sarrasine 
avaient pour enseigne une image de Mahomet; cette erreur remonte évi- 
demment à leur source commune. 

lUn.y I, xxxvi-xx\vn = £«^, v. 3395-3456. Ambroise met au jeudi après 
l'Ascension l'attaque malheureuse avec les trois tours, que Richard place au 



L'HISTOIRE ANTÉRIEURE DU SIÈGE D'ACRE. nxu 

samedi (5 mai 1190). Il nomme seul le roi Gui et le marquis comme ayant 
construit chacun une des tours (ce dernier avec les Génois). 11 ne parle pas 
des propositions des assiégés en vue d une capitulation. 

Les chap. xxxvui-xxxix du latin manquent dans le français. On peut croire 
que c est une omission du copiste. 

Itin.y I, xL-xui = Est.y V. 3/i57-35ao. Le récit de la néfaste expédition des 
(T sergents 7) [plebs) est beaucoup plus détaillé dans Richard; il omet cepen- 
dant la mort de Torel du Mesnil, rapportée par Ambroise. — Des très nom- 
breux croisés mentionnés par Richard comme étant arrivés en juillet 1190, 
Ambroise ne cite que les cinq premiers. Plus d'un cependant, parmi ceux 
qu'il omet ici, figure dans la suite de son récit. Notons qu'il semble qu'on re- 
trouve deux vers du français dans ce passage du latin : 

Comes Theobaldus Biesensis, sed Si vint II cuens Tedbalz de Bieis, 

trium mensium terminum non visurus. Mais il ne vesqui pas treis meis. 

Les chap. xuh-xlvi du latin manquent dans le français, sauf qu'on y re- 
trouve plus loin (v. 3897-8908) la mention de la mort de la reine Sébile 
et de ses deux filles. Cette omission, volontaire ou non, est regrettable, car 
ces chapitres contiennent des particularités fort intéressantes; on serait no- 
tamment curieux de trouver dans le poème d'Ambroise un passage corres- 
pondant à celui-ci : cr Veteri ac pertinaci dissidio ab Alemannis Franci dissi- 
dent, cum regnum et imperium de primatu contendant. t) 

Les chap. xlvii'^'-lvii du latin, correspondant aux vers 3531-8775 du 
français, racontent onze petites anecdotes, eu général assez puériles et eu 
partie miraculeuses. De ces anecdotes, quatre (chap. li, lu, lui et lv) 
manquent dans notre texte d'Ambroise. Gomme elles ont absolument le même 
caractère que les autres, on ne voit pas pourquoi il les aurait laissées de côté, 
et il est probable que l'omission est du fait du copiste (^). Ce qui a pu la fa- 
ciliter, c'est que chacun des sept paragraphes qui contiennent ces anecdotes, 

^^^ Il y a dans Tédition Stubbs , par saite d*ane ^'^ Notez cependant cette remarque d'Am- 

erreur, deux chapitres xi.vii; mais ils peuvent broise (v. 3663) : Une autre aventure ravinl En 

facilement se fondre en un, le premier ne com- Post, e d'autres plus de vint, Voire assez plus, 

prenant qu'un préambule de quelques lignes. mais remembrer Ne les sai totes ne notnbrer. 



K 

nirtlMCKIB VATIOStLt. 



Lxxxa INTRODUCTION. 

correspondant respectivement aux chap. xlvh, \Lvin, xux, l, liv, lvi et Lvn du 
latin, commence, sauf le premier, par les deux mêmes vers t Isin eom li tem 
avenetent, E pluseurs choses aveneieni. Richard n'a rien d'équivalent à cette 
sorte de refrain, qui d'ailleurs a bien pu être ajouté par Ambroise, comme 
une façon de rattacher ces incidents épars. — Les sept historiettes en question 
ne présentent dans les deux textes que de légères différences (au chap. lxu, 
Richard ne donne pas le nom du Gallois, MaraduCy et appelle Grammahir le 
Turc qu'Ambroise nomme Grair). Il faut seulement relever un détail qui n'est 
peut-être pas sans intérêt. Au chapitre xux [Est., v. 3583-369/i) est rappor- 
tée, avec d'assez notables variantes dans les deux textes, l'aventure d'un che- 
valier qui échappa par grande chance à l'attaque d'un Turc. Le latin termine 
ainsi le récit : «rHoc quodam alio referente, qui casum rei perviderat, factum 
est notorium in castris.^ On ne comprend pas bien pourquoi ce n'est pas le 
héros de l'aventure lui-même qui la raconta dans l'ost. Il semble que le fran- 
çais soit plus près de la source commune en disant (v. 36âi) : Si vit cil quil 
nie raconta que y etc.; seulement Ambroise parait ici se substituer à l'auteur du 
récit qu'il suit. 

//m., I, Lvm-Lxu = iE«^ , v. 3771-/11 lo^^^. Dans ce long morceau, nos deux 
textes se suivent avec une remarquable fidélité. Richard a cependant quelques 
détails en plus; mais à deux reprises il omet le nom du Doc (cf. la Table des 
noms propres); il ne contient pas non plus l'équivalent des vers UoliB-hoUb 
sur la composition de l'arrière-garde à la journée du i3 novembre. Les vers 
6091-/11 10 manquent également ici dans le latin, mais on en retrouve plus 
loin l'équivalent. 

Itin.y I, L\ni-Lxiv = £«/. , v. /ii 11-/1178. L'histoire du mariage de Conrad 
est donnée par Richard avec plus de détails; il faut surtout noter ce qu'il dit 
de Balian d'Ibelin et de sa femme, la veuve du roi Amauri, qui. Grecque de 
naissance, avait tous les vices de sa race. Mais l'accord entre les deux textes 
nen est par moins très étroit par endroits (''^ ; ainsi on retrouve certainement 

^') Comme on l'a va plus haut, les vers 3897- nuscrit porte : Le buteillier de son lit pristrent; 

3908 da français répondent au chapitre xlvi du la vraie leçon, de Senliz ou de Saint Liz (c^est^ 

latin. à-dire frde Senlis?»), est indiqutfe par le iatio : 

^'^ Le texte latin a fourni une correction assu- (rPîncerna de Sancto Licio^). Voir Sbnliz à la 

ree du texte français. Au vers 4 161 notre ma- Table des noms propres. 



L'HISTOIRE ANTÉRIEURE DU SIÈGE D'ACRE. lxxiiu 

des rimes françaises dans ce passage : (t Unam habuit [Marchisus] superstitem 
uxorem in patria sua, alteram in urbe Gonstantinopolitana , utramque nobi- 
lem , juvenem et formosam ; t) cf. Est. ,y. & 1 3 1 ss. : Car U marchis an^eit exposes 
Deus bêles dames, jœfnes tose$ : Lune esleit en Costentinoble , Bêle femme, gentil ^e 
noble, E Vautre esteit en sa contrée. 

Le chap. lxv du latin manque dans le français, et a très probablement été 
ajouté par Richard à son original; il contient le récit de la mort de Tarche- 
vèque de Ganterbury Baudouin, personnage sur lequel le chanoine de Londres 
avait des renseignements personnels (tandis qu Âmbroise ne donne même pas 
son nom), dont il a déjà exalté les mérites (chap. lxi), et dont il raconte avec 
plus de précision qu'Ambroise la vive opposition au mariage du. marquis de 
Montferrat (voir la Table des noms propres). 

Itin., I, Lxvi-Lxxvii»=E«/., V. /i2o3 ^^J-44ia. Ces douze chapitres, comme 
les chap. xlvu-lvu, contiennent autant de petits épisodes détachés, tous rela- 
tifs à la détresse que subirent les assiégeants pendant Thiver de 1 190-1 191. 
Ils devraient avoir pour correspondants douze paragraphes du poème fran- 
çais; mais ils en ont onze, parce que, d'une part, les chapitres lxxi-lxxh du 
latin manquent, sans doute par omission du scribe, dans le français, et que, 
d'autre part, les deux paragraphes /i38 1-^396 et Ix^^'j-lxlii^ sont réunis 
dans le même chap. lxxvii. Ce qui caractérise ces onze paragraphes et les 
douze chapitres du latin, c'est qu'ils se terminent tous(^) par un refrain, qui 
dans le français est toujours le même : Lors (ou ^'t7) maudisseient le marchis. 
Par cui il erent si aquis, et qui dans le latin est un peu plus varié, mais se 
compose toujours de deux (ou si l'on veut quatre) vers rythmiques contenant 
également des imprécations contre le marquis (^). Ce refrain , sous quelque forme 
que ce soit, a donc dû se trouver dans l'original commun de nos deux au- 
teurs. Ici encore, d'ailleurs, on remarque dans le latin des traces de rimes 
françaises. Chap. lxvi : «r modii tritici mensura modica, quam quis facile portaret 
sub ascellafi; v. /in 1 7-/12 1 9 : Zi muiz de blé. . . Que uns hom portast soz saieselle. 

(*^ Les vers 4 179-4 a a, où Ambroise oppose ^'^ Sauf ie paragraphe 43i5-/i33a, h la fin 

la certitude de ce qu'il raconte à Fauthenticitë duquel il manque sans doute quelque chose, 

douteuse des chansons de geste et des romans, (Cf. le chapitre lxxi? du latin.) 
ne sont pas dans ie latin et sont naturellement ^'^ Aux ch. uui-lixiii, il faut lire Maledicentis 

du (ait de notre auteur. et rejeter tune dans la prose. 



E. 



LiiXIV 



INTRODUCTION. 



Au chap. Lwii, Richard a commis un contresens : son original portait sans 
doute, comme notre poème, que l'on vendait dix sous la wie de viande de 
cheval; il n'a pas compris ce mot rote y nom d'une mesure arabe passé dans 
le français de Syrie ^'^ et il a traduit : rrlntestina equi venundabantur solidis 
deceniT), bien que plus tard il soit réellement question des intestins (en fr. : la 
eore€)<^K Ces chapitres ne diffèrent guère d'ailleui^, dans nos deux textes, 
que par les réflexions et les enjolivements, souvent d*un remarquable 
mauvais goût, que le rédacteur latin a ajoutés au simple récit qu'il avait sous 
les yeux. 

Itin.y I, L\xvni-L\xxi ^EsL, v. /i/ii3-û526. Ce morceau, s'il n'était pas le 
dernier du document utilisé par Ambroise et par Richard, est le dernier qu'ils 
aient utilisé tous les deux. Il nous présente les deux textes en accord à peu 
près complet. 

Ambroise n'emprunte au récit qui nous occupe aucun renseignement par- 
ticulier sur l'arrivée de Philippe devant Acre, et le traducteur n'est [>as à cet 
endroit plus complet que son original; mais, comme nous l'avons dit ci-dessus 
(p. Lxxi), il fait raconter à Richard, par les gens d'un navire qu'il rencontre 
en partant de Messine, ce qu avait fait Philippe dans les premiers temps de 
son séjour devant Acre. Il est très possible que ces renseignements soient em- 
pruntés au texte que nous essayons de restituer, et que, négligés par Ambroise, 
ils aient été déplacés par le chanoine de Londres. Ce texte aurait donc mené 
le récit un peu plus loin que l'arrivée du roi de France. 

Les vers 4527-4556 d'Ambroise rapportent l'arrivée du roi de France, 
nomment quelques-uns de ses principaux chevaliers, et rappellent brièvement 
l'expédition de Chypre et l'arrivée du roi d'Angleterre. Ils n'ont d'équivalent 
dahs Yltinerarium que les quelques mots par où. débute le chap. i du 1. Il ^^\ 



^^^ Voir au Glossaire , et ajouter les exemples 
relevés par M. R. Rôhrichl dans le glossaire de 
ses Regesta regm hierasolymitani (lonspruck . 
1893). 

(') La comparaison du latin aurait dû me 
faire corriger et traduire autrement les vers 
/1375-&376. 11 faut lire : Tels i aveît qui respas- 
Mouenl, E quant viande ne trovouent, Lors mal- 
Hiseient le tnarchis, et traduire (p. 38o) : (tll y 



en avait qui guéiissaient, et quand ils ne trou- 
vaient pas il se procurer de nouiTÎture, alors ils 
maudissaient le marquis. 1) 

^'^ [jCs noms des chevaliers français énumér^ 
ici par Ambroise (les comtes de Bar, de Flandre 
et du Perche , (roillaume de Garlande, Guillaume 
des Barres , Drooii d*Amiens , Guillaumede Mello). 
sont omis, ici par Richard, mais il les donne k un 
autre endroit. 



VESTOIRE DE LA GUEBRE SAINTE DANS LA LITTÉRATURE. lixxw 

et ne sont en effet qu^un raccord. Aussitôt après vient le passage cité plus haut, 
où Âmbroise nous dit qu'il va renouer son fil, reprendre sa route et parler de 
nouveau des choses qu'il a vues par lui-même. La parenthèse rétrospective 
est terminée. 

Le document en question parait donc avoir été une sorte de journal du siège , 
rédigé dans le camp des chrétiens au fur et à mesure des événements, com- 
mencé avec l'arrivée de Gui de Lusignan devant Acre et terminé, pour une 
i*aison ou pour une autre, soit à Pâques 1191, soit peu après. Il était sans 
doute en français, car nous avons vu qu Ambroise n'était pas un clerc et ne 
devait pas savoir le latin, et très probablement en vers, puisqu'il semble bien 
qu'on retrouve des rimes pareilles à celles d' Ambroise dans le texte latin de 
Richard. Ce dernier l'a suivi plus fidèlement qu'Ambroise, qui s'est permis 
d'abréger sensiblement, mais qui a cependant conservé quelques noms et 
quelques menus détails omis par l'adaptateur latin. 

Signalons encore un autre document, beaucoup moins important, dont 
Ambroise a fait usage : c'est la liste, dressée par (run bon clerc?), et que notre 
poète avait vue écrite de la main de l'auteur (v. SBSs-BSgo), des per- 
sonnages de marque qui moururent pendant ce terrible siège. Richard n'a 
connu cette liste que par le résumé qu'en a fait Ambroise, et il a reproduit 
(ch. IV, vi) brièvement l'indication que celui-ci nous donne sur l'auteur en 
disant simplement : crut quidam scribitT). 



VIL — VESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE 

DANS LA LITTÉRATURE. 

Il nous reste à nous demander si le poème d'Ambroise a été connu et utilisé 
dans la littérature subséquente. Nous n'avons pas à le rechercher pour la lit^ 
térature historique latine, dans laquelle il a naturellement été remplacé par 
la traduction qu'en avait faite le chanoine de la Sainte -Trinité. C'est aussi 
cette traduction qui, jusqu'ici, a servi de base principale à toutes les histoires 
de la troisième croisade qu'on a composées dans les diverses langues de l'Europe 
moderne. Il faut revendiquer pour Ambroise, nous l'avons établi plus haut, 
l'honneur d'avoir fourni aux historiens les renseignements originaux que 
Richard de Londres s'est borné à reproduire. 



Lxxxn 



INTRODUCTION. 



En français , nous n'avons réellement dé la croisade des rois de France et 
d'Angleterre qu'un seul récit quelque peu ancien, et il est tout à fait indé- 
pendant de notre poème. C'est celui qui figure dans le Livre de la Terre Smùuey 
lequel, joint dans la plupart des manuscrits à la version française de VHistoria 
rerum in partibus trammarinis gestarum de Guillaume de Tyr, a reçu au moyen 
âge le titre bizarre de Livre ^Éracle. On possède de ce récit plusieurs rédac- 
tions, que l'on peut comparer facilement dans le recueil des Historiem dm 
Croisades (l'une d'entre elles en outre a été imprimée à part sous le nom d'Er- 
noul). Ce récit parait avoir été arrangé, quelque temps après les événements, 
d'après des souvenirs assez confus, et contient beaucoup d'erreurs de tout 
genre <^^; il a en outre été remanié à diverses reprises. Ni l'auteur premier ni 
les remanieurs n'ont certainement puisé dans notre poème, où ils auraient 
trouvé des renseignements bien plus exacts et abondants que ceux qu'ils ont 
mis en œuvre f^'. 

A plus forte raison en est-il ainsi des autres textes français qui nous sont 
parvenus : ils sont très postérieurs et ne nous présentent les événements de la 
troisième croisade que sous le jour de la légende. La légende, en France, s'est 
surtout attachée à expliquer le départ de Philippe après la prise d'Acre et à 



^'^ Il en est une qu'il est d'autant plus utile 
de signaler qu'elle a été souvent reproduite. 
D'après le Livre de la Terre Sainte, les croises 
auraient pris Jërusaiem si le duc de Bourgogne, 
ne voulant pas que le roi d'Angleterre eût l'iion- 
neur de cette conquête , n'avait fait rétrograder, 
sans même en prévenir Richard, le corps d'armée 
qu'il commandait. Cette histoire est directement 
contraire à la vérité, telle qu'elle est attestée par 
Ambroise, pourtant peu favorable aux Français: 
ceux-ci en voulaient à Richard précisément de 
ne pas marcher sur Jérusalem, qu'ils croyaient 
qu'on pouvait prendre, tandis que Richard, 
mieux informé, savait qu'il était impossible ou 
de la prendre ou de la garder. Quoi qu'il en soit, 
ce conte, grâce au Livre de la Terre Sainte, était 
accepté au xin* siècle comme vérité; Joinville le 
rapporte en renvoyant expressément au Livre de 
la Terre Sainte, et nous apprend qu'on le Ot lire 
en Syrie à saint Louis, qui dut en être peiné pour 
rhonneur de la France, mais qui n'avait sans 



doute pas le moyen de rétablir les faits tels qu'ils 
avaient eu lieu. — Il y a toutefois, çë et là, dans 
ce morceau, quelques traits qui ne manquent pas 
de valeur, comme le récit, probablement authen- 
tique et plus détaillé qu'aucun autre, de la fiiçon 
dont Isabel de Jérusalem fut séparée de HunGroî 
du Toron et mariée à Conrad de Montferrat (/fttf. 
des Crois., t. II, p. iSt-iyi). 

^*^ Tout au plus peut-on croire que, pour k 
partie du siège d'Acre antérieure k l'arrivée du 
roi, l'auteur premier du récit a en connaissance 
du document utilisé aussi par Ambroise et par 
Richard de Londres. Voir notamment le récit de la 
désastreuse expédition des ersergentsn, le a5 juil- 
let 1 1 90 , où l'on remarque à la fois dans Am- 
broise et dans Tune des recensions du récit en 
prose le mot asseï rare de (rsergenterie» {Hisl. 
des Crois., t. II, p. i5o; Itin. Rie., L I, c. xl; 
Ambroise, v. vîiSy et suiv.). Toutefois, là même, 
il y a des différences qui empêchent d'admettre 
avec assurance une source commune. 



UESTOIRE DE LA GVEME SAINTE DANS LA LITTÉRATURE. lïvuh 

présenter sous un jour odieux la conduite de Richard, Celte tendance, indi- 
quée déjà dans le Livre de la Terre Sainte, se marque de plus en pius dans les 
r(^cits de Plûiippe Mousket, du Ménestrel de Reims, de Guillaume Guiarl, et 
aboutit enfin, dans le poème perdu du xiv' siècle dont le roman en prose de 
Jean (TAvesnes nous a conservé, pour cette partie, un abrégé''', à une inter^ 
version complète des rAles entre les deux rois : Richard, dont les multiples 
trahisons sont découvertes, retourne honteusement en Angleterre, et les Fran- 
çais, restés seuls en Syrie, prennent Damas; Salahadin, vaincu dans une 
grande bataille, est obligé de s'enfuir et reçoit une blessure mortelle'*'. 

La délivrance de JalTc le 5 août i iq-j, le plus héroïque des exploits de 
Richard, a servi de point de départ, mais très lointain, au petit poème du 
Pa» Salhadin, composé à la fin du xni" ou au commencement du xiv" siècle, 
et qui a pour source directe une des peintures murales où, peui-ôlre d'abord 
sous l'inspiration de Richard lui-même, il était de mode au \uf siècle de 
représenter ce glorieux événement : les quelques détails soi-disant historiques 
donnés dans ce poèipe sont fort éloignés de la vérité et ne remontent sûrement 
pas à Ambroise'*). Un épisode de ce combat raconté dans Anibroise (v. i i5/l3- 
1 1 564), le don de deux chevaux fait par Safadin à Richard, a été Tobjet, dans 
les diverses rédactions du Livre de la Terre Sainte, dans les Conli dî cavalieri 



■'' Sur cette question , voir Jmiri'nl desSamni^i , 
i8g3.p. a88. 

"' Voir Journal des Satranli, i8i)3, (i. iSj, 
ln^6. — U esl curieux que le nom de Gnillsnme 
de la Cba|>elle. le chevalier tjui Qt tnnl de 
prouesses au siéger de Sur, ue sp trouve que daus 
Anibroise et dans ce roman (voir à la Table des 
noms pi-o|ires); mais il ne faul voir là qu'un 
hasard. 

'*' J'ai essayif ailleurs de moulrer i'oripne et 
les développemenls de la hiidilion du Pat Snl- 
liadin [Jnumal des Savants, 189^!, p. ^i-âg6). 
(•e poème vient d'être réimprimé, avec une iotro- 
daetion litli^raii'e et grammaticale, par M. P.-L 
Logeman dans les Modem Language A'oWf, pu- 
bilifes ti itnilimore (janvier el n"' suivants de 
1897). — Un autre souvenir de cet exploit ce 
trouve dans un rAHt espagnol qui est sûrement 
d'origine françeise. 0. Juan Manuel, au conte III 



de son Livre df Palnmio, raconte qu'un saint 
criuile obtint un jour de Dieu de voir le compa- 
gnon qu'il aurait dans le ciel ; ce fui le roi RichartI 
d'Angleterre qu'un ange lui montra. L'ennîte en 
Fut surpris et scantlaliw!; mais l'ange lui iléclui-a 
que toute sa vie d'aust^rittfs ue pesait pas autant, 
dans la balance divine, qu'un saut qu'avait fait 
le rai Richard, lorsque, étant allé combattre le« 
Sarrasius avec le roi de France (et le roi de Na- 
varre, ajoute de son chef le conteur espagnol), 
il se jeta tout anmï sur son cheval h la mer, où 
il disparut an instant : trait de bardiesse qui en- 
flamma le courage des cbréliens et mit tes Sar- 
rasins eu fuite. Cf. Anibroise , v. 1 1 1 37-1 1 1 3o : 
Ses jamiies totes dtÉOrmees SaiUi dex ci qu'a (a ceiii- 
lare En mer a ta bone aventure. Il est vrai qu'il 
n'était pas èi cheval, mais In l^gendi' avait natu- 
rellement ampli lî^. Celte légende a foii bien pu 
se iranametlre oralement. 




Lxxxvin 



INTRODUCTION. 



antichi, dans les Cento novelle antichey dans le poème du iiv^ siècle représenté 
par Jean d'Avemes et dans le roman anglais de Richard Cœur de lion y de trans- 
formations successives qui ont abouti à faire d'un trait de généreuse courtoisie 
une machination perfide miraculeusement déjouée ^^^ : il n'y a pas de raison 
pour croire que le récit de notre poème soit la source première de toutes 
ces variantes, car, nous Tavons vu plus haut, il na pas été connu du Livre de la 
Terre Sainte y et on peut encore moins supposer qu'il ait inspiré les autres 
versions, lesquelles s'accordent toutes, comme les rédactions du Livre de la 
Terre Sainte (sauf une), à substituer dans celte historiette Salahadin à Safadin. 
Le fait que cette substitution se trouve également dans le roman anglais em- 
pêche de croire qu'il ait ici VEstoire de la guerre sainte pour source, même très 
lointaine, d'autant plus que, comme toutes les autres versions, et avec des 
détails plus fantastiques qu'aucune autre, il fait une trahison de la courtoisie 
apparente du Sarrasin. 

Si le roman de Richard Coeur de lion n'a pas emprunté cette histoire à 
Âmbroise, ce n'est pas une raison pour qu'il ne lui ait pas emprunté autre 
chose. On a récemment essayé de démontrer que ce roman avait pour base 
X Idnerarium Ricardi^'^K Au cas où cette démonstration serait solide pour le fond , 
nous aurions à nous demander s'il ne faut pas plutôt comparer le roman avec 
l'original de Y Itinerarium ^ le poème d' Ambroise ^'L En effet, le roman anglais 
n'est que la traduction ou l'adaptation d'un poème français (anglo-normand) 



(^) Tai résume toutes ces versioas dans mon 
travail plusieurs fois cite sur la Légende de So- 
ladin {Journ, des Sav., 1893, p. ASg-AQi). 

^') Voir F. Jentsch, dans le t. XV des EngUseke 
Studien (Leipzig, 1891), p. 161-9&7. II faut 
joindre à cette longue ëtude Tarticle complémen- 
taire donné au même recueil Tannée suivante 
(t. \VI, p. i&s-i5o) par M. Jentsch. 

^'^ M. Jentsch avait fait son travail sans con- 
naître Texistence du poème d' Ambroise. Averti par 
un critique (Li/er. Centralblatt , 1891, col. 079), 
il a comparé avec ritinerarium les fragments de 
ce poème qui avaient été publiés avant la pré- 
sente édition, et il n*a pas été convaincu que 17a- 
nerarium fôt la traduction de ïEstoire, Il admet 
que Richard de la Sainte-Trinité avait, comme 
Ambroise, été en Terre Sainte, et il ne regarde 



même pas comme exclue Thypothèse que ce serait 
Ambroise qui aurait utilisé ïltinerarium.Les pages 
précédentes, 011 j'ai examiné cette question, étaient 
imprimées quand j*ai eu connaissance de son ar- 
ticle : il ne change pas ma manière de voir, qui 
se justi6e suffisamment, je crois, par la compa- 
raison des deux ouvrages dans leur ensemble. Les 
quelques additions de Ridiard à sa source s'ex- 
pliquent , — en dehors du livre I consacré à la 
croisade de Frédéric et de ce qui provient du 
document sur le siège d'Acre utilisé par Richard 
et Ambroise (ci-dessus , S vi)', — les unes comme 
de simples développements oratoires, les autres 
comme provenant de passages omis dans noti-e 
unique manuscrit d' Ambroise, un petit nombre 
enfin comme dues à des renseignements |)erson- 
nels de Richard. 



VESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE DANS LA LITTÉRATURE. lxxxii 

antérieur, et il serait naturel de penser que Tauteur de ce poème s'est servi 
d'un livre français plutôt que d'une chronique latine. Mais la démonstration 
en question ne m'a point paru convaincante, et j'ai essayé d'établir ailleurs (^) 
que le roman de Richard Cœur de lion est indépendant de notre poème, et 
que les rapprochements qu'on peut relever entre les deux récits doivent être 
simplement attribués à ce que l'auteur premier du roman a eu, soit directe- 
ment soit indirectement, connaissance des faits réels de la croisade, rapportés 
plus fidèlement dans YEstoire. Il n'y a donc pas lieu de se demander si c'est Ylti- 
nerarium ou l'Estoire que cet auteur a connu, puisqu'il n'a vraisemblablement 
connu ni l'un ni l'autre. 

Le roman de Richard Cœur de liauj qu'a traduit du français, vers la fin du 
xin* siècle, un poète anglais anonyme, n'est pas le seul poème anglo-normand 
qui ait été consacré à la gloire de Richard. Pierre de Langtoft, qui écrivait 
au commencement du xiv® siècle sa chronique d'Angleterre en laisses mono- 
rimes, renvoie expressément à une composition de ce genre'-', et il en a tiré 
plusieurs des traits qu'il ajoute à sa source latine; mais aucun de ces traits ne 
se retrouve dans YEstoire de la guerre sainte y et il n'y a pas de raison de croire 
que Pierre de Langtoft ait connu notre poème, non plus qu'il n'a connu le 
roman de Richard Cœur de lion que nous possédons. 

En résumé, la recherche que nous avons faite des traces de YEstoire de la 
guerre sainte dans la littérature subséquente ne nous a donné aucun résultat, 
et nous a seulement permis de constater que le poème d'Ambroise parait être 
resté inconnu à tous ceux qui, depuis lui, ont raconté la croisade de Richard. 
C'est vraiment un heureux hasard qu'un copiste anglo-normand, à la fin du 
XHi* siècle, ait eu l'idée de le transcrire et que sa copie soit parvenue jusqu'à 
nous; nous n'en aurions autrement connaissance que par la brève mention 
du Chronicon Terras Sanctae , qui n'aurait pas suffi , comme on le voit par l'exemple 
de M. Stubbs, à démontrer que Yliinerarium Ricardi n'est guère qu'une tra^- 
duction de YEstoire^ et nous ne saurions même pas le nom de cet honnête 
Ambroise, qui nous a laissé dans son œuvre, sinon la preuve de son talent 

^*^ Voir Ramanta, t. XXVI (1897), p. 353. vail sa chronique anglaise un peu avant Pierre 

^*^ The Chronicîe 0/ Pierre de Langtoft, edited de Langtoft, mentionne aussi une romance du roi 

by Thomas Wright ( Londres, in-8', 1866-1868), Richard; mais il ne lui a rien emprunte (voir 

t. II, p. 120. — Robert de Glocester, qui écri- Jentsch, /. c, p. aii). 



L 



îc nTB0DLXTf05. 

pf^t\f[nf:. An moîr» i^ témoio^^i^ de na «iru^érité. de » eandeur. de sod dé- 
¥oaemerit à b r:in.^ qn'il croyait sainte, de sa 6déiité à sod roi. et on précion 
do<ament 4ijr les sentiments de ia partie la plus homble et ia meiDeare des 
croi.^és (\n\ arronjpagnèrent le roi d'Angleterre dans eette hér«>iqQe et inotSe 
troi.*ièrne #^roisade. 



NV/ne lODiTio^ftLLK. — J'ai oublié de fair*? ri-de^snâ 'p. u.l. ^i nne remarque 
1^'* ^iprei^ioriA dont vi âert NiroUs Triv^l en pariant de Xlûnermmm BkmrJ^, à savoir qve 
Ki#;hard de la Sainte-Trinité i'afait é^rrit prsM cl métro. On ne peat gnêre eotendre par 
md^o les r^frainÀ en fers rythmiques qui se troavenl à la fin de quelques chapitres &m 
lîfre I fci-dessos, p. lxiiiii;, ni les nombreases citations de Ters classiques que Richard 
a m^iéen à sa profte. Il me parait plut/4 probable que le chanoine de Londres avait fait 
suivre, viit toii^ ses chapitres, soit plusieurs d'entre eui. de morceaujL poétiques de sa 
romp^isition . qui de%air;nt aïoir un caract#:re purement lyrique ou moraliiant, et que les 
r/ipi<tte4 auront supprimés. Cest ainsi que procéda, peut-être à rimitation de Richard, 
Gunther de Fairis dans son histoire de la quatrième croisade, et plusieurs des scrihcs qui 
nous ont crmsené son écrit ont supprimé ces ornements inutiles, comme je suppose que 
Tont fait les scribes des trriis manuscrits de Vltmerarimm et Nicolas Trivet lui-même. 




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Al«mtYvr tvuvo 

A nwnr m«ft- -v*! 
ofttr mtlf Mtra 4 





t «f or \Uym. «nrtt wunirÉC^ 

A> ulr noTtUm «ftoroi*^ 

A; ttffM^ttn ^ mtTAARMX 

^ t twTnc ùu*i lA el»<MCnv 

V ofm warïri ipâf 4nu(Vtv 

t «• ne rommr-fiftf ^(>brtrr 

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ftaur ni fe«ttr wnr 
fantfi»«rt uftetr 
lul tu aptutCdwilt»^ 
Wtw me» 14 «*tiA«,*i4rtt^ 

i hitxz ufft «^ mit l4ni< 
; ^ ter ytARtTe^flS M mi«n 
toin mev Ttinr \<a^ «muf 
Agnir «nt^n«rTT»u«**«f 
A tnenr- wU tnomn»nc«nl>4*f 
CtI>««v>'U 4rtfttl «nu» 

trf ^i M f ir'tAmMïrtrtir 
li tt«r ttmtr n* trmmni 
>lfttf «rtATcl tu tuvr" 
(t wr nt ftw-A«pMM«mt^ 

S lUuctl *\V« fi** tem 

^ al ^ **>5:« iRtumfcc? 



L'ESTOIRE 



DE LA GUERRE SAINTE 



I 

I 



i 



I: 



é 
I » 



L'ESTOIRE 



DE LA GUERRE SAINTE. 



-Ïî4><j. 



Fol. 1 a. 

Préambule. 

Dieu punit la 
chrétientiî de ws 
péchés en laUsaot 
retomber Jérusa- 
lem aux mains 
«les SarroMn^. 



Qui longue esloire ad a iraitler, 
Mult lui covient estreit guaiticr, 
Qu'il ne comenst por sei grever 
Uevre qu'il ne peusse achever, 

5 Mais si la face e si Tempraine 
Qu a dreit maint iço qu'il enpraine; 
E por ço ai comencië briefment , 
Que la matire n'ait griefment. 
Vers la materie me voil traire 

10 Dont l'estoire estbone a retraire, 
Ki retrait la mésaventure 
Qui nos avint, e par dreiture, 
L'autre an en terre de Sulie 
Par nostre surfaite folie, 

1 5 Que Deus ne volt plus consentir 
K'il ne la nos feist sentir : 
Sentir la nos fist senz dotance; 
Et en Normendie et en France 
E par tote crestientë, 

ao U que poi en ot ou plenté, 
La fist il sentir en poi d'ure 
Por la croiz que li monz aure, 
Qui a cel tens fud destornee 
E des paens aillors tomee 

a5 Qu'cl pais ou ele selt estre, 

Ou Deus deigna morir e nestre. • • . 
Del Hospital e del saint Temple 
Dont fud tirée mainte temple, 



Del sépulcre ou Deu fu posez 

3o Dont péchiez nos ot déposez , 
Nel fud; ne feit pas a retraire : 
Mais por Deu qui velt a sei traire 
Son poeple qu'il aveit raient 
Quil serveit lores de nient. 

35 D'ainsi faite descovenue 
Fud la grant gent e la menue 
Par tôt le mont desconfortee 
Que a paines fud confortée. 
Laissées furent les charoles 

6o E sons e chançons e paroles 
E tote joie teriane 
De tote la gent cristiane, 
Tant que l'apostoille de Rome 
Par cui Deus salve a maint home 

65 (Ço fud li uitismes Gregoires, 
Si com est trovë es estoires) , 
Cil fist un pardon sucurable 
Por Deu, el despit al diable, 
Que de toz péchiez sereit quites 

5o Qui ireit sor les gens hérites 
Qui aveient déshérite 
Le digne rei de vérité; 
Et por ço tant rei e tant conte. 
Tant altre gent qu'il n'en est conte, 

55 Se croisèrent por Deu requere 
En Sulie, en luintaine terre. 



Fol. I b. 



Tvule la ;.li ré- 
ticulé prcnU U 
croii. 

Cf. IHnermitiih 
K€€rii, 11. II. 



Fol. 1 C. 



3 conuisl — 6 De uîc — 1 1 retint — 96 lacmiê aprk cê ver$ — 36 deuenl — Hh d. salua m. — • 65 le — 
67 Cilest — 56 en omU — 56 En u. la 1. 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



i 



Richard, comte 
'le Poiticn, prend 
la rroû ( nov. 
1187). 

/iMfrffr JNm Hi- 
rarii, II, m. 



Kol. 1 d. 

esnii. Il , III. 

Pliiiippo, roi 
jI«» France, cl 
llfmri , roi (l'An- 
i^lderrc, ont une 
folirvoc cn^rc 
r.isors cl Trie, cl 
il» prennent la 
rroÏT (ai jiinv. 
1188). 



Croisèrent sei comunement 

Tote la plus proisie gent. 

Li cuens de Peitiers H vaillanz, 

60 Richarz, n'i volt eslrc failtanz 
Al besoing Deu e sa clamor; 
Si se croissa por sue amor : 
Premiers fu de toz les hauz homes 
Des terres dont nos de ça sûmes ; 

(>') Puis mut ii reis en son servise 
Ou ii misl grant peine e grant mise. 
Ne remanoit a la croiz prendi*e 
^'us por son héritage vendre; 
Ne li viel ne li bachelier 

70 Ne voleient lor cuers celer, 

Qu'il ne moslrassent lor pesaiice , 
K qu il ne preissenl venjance 
De la honte qui esteit faite 
A Deu qui ne Tavoil forfaile 

75 De sa terre qui ert guaslee, 
U sa gent lui fud si haslee 
Qu'ele ne se sot conseillier; 
Mais nuls ne se deit merveiller 
S'ele fud lores desconfite, 

So Ke ço esleit bone gent eslile , 

Mais Deus voleit que cil murussenU 
E qu'autres genz le succurusent. 
Cil furent mort cx)rporelnient. 
Mais vivent celestielment. 

80 Autresi fout cil qui la moerent 
Qui el servise Deu demuerent. * 

L-ne guerre de ancesseric 
Ot entre France e Normendie, 
Forte e cruele e orgoilluse 

90 K feleuesse c periliose. 

Del rci Felippe esleit la guerre 
Vj dcl rei Henri de Englelerc, 
Cil qui ot la bêle maisnde, 
La pruz, la sage, la raisnee, 



95 Li bons pères al joefne rei 
Ki si jostoit a grant desroi. 
Le perre Richard Tenginus 
Qui tant fud sages e ginus, 
Li pieres Giefrei de Bi*etaiiie 

100 Ki tant refud de grant ovraine, 
E li pères Johan sanz Terre 
Por qui il ot tant noise e guère. 
Li reis qui tel meisniee aveit 
E qui si riche se saveit 

io5 Poeit bien guerre meintenir 
S en le volsist a lui tenir, 
E s'il feist ço qu'il voleient 

Com a tel gent com il csteieul 

Li dou rei crent a descorde, 

1 10 Que nus n'i poeit mètre acorde. 
Devant que Deus les ajosla 
Al parlement qui tant costa : 
Ço fud entre Gisorz e Trie, 
lui la grant bêle praerie. 

11 5 La ot dite mainte parole, 
E mcintc sage e meinte foie : 
Li uns ert de la pais en cure 
E li autres n'en aveit cure; 
Mult i ot gent de mainte guise 

itto Qui ne saveit cum ele ert quise, 
Fors que Deus voleit, ço me semble 
Qu'il se croissasent toz ensemble. 
Mult ot el parlement qucrcics, 
Mult de vielz e mult de noveles: 

13J Mult enn i avoit de encumbroses 
E de fi ères e de orgoilluses; 
Mult les cercherent sanz sujor ; 
E mult par fist bel tens le jor. 
Un arcevesque i ot message 

t3o Qui vint de Sur, prodome e sage. 
Que li Sulien i tramistrent 
Pur son sen qu'il surent e virent. 



Ko 



G3 m. il r. — 85 la manque — 87 Qiine — 99 rei manque — y3 qui iv/wV — 10a tante — io3 te — 
1 oS lacune après ce vers ~^ 1 38 del L 



5 



L*ESTOIRE DE LÀ GUERRE SAINTE. 



Mult le veimes entreinetre 
Des reîs en dreite veie mètre; 

i33 Tant i mist Deus de peine avant, 
E li prodome e li savant, 
Que ambcdui li roi se croissirent, 
E que iloques s^cnlrebaisierent. 
Il se baisierent en plorant, 

1^0 E alouent Deu aurant 

De là grant joie qu'il avoient 
R del besoing que il saveient 
Que Deus aveit de lui rescure. 
La veissiez chevaliers curre 

t'i5 E croisiersei par ahatie; 
Ne sembloit pas gent amatie, 
Si que entor les arcevesques 
E entor abbez e evesques 
(Si Deus me ait et il me peise) 

1 5o Vi ge iloc si grant la presse 

la chalur qu'iert la si grande, 

(Nus por nient greinur demande) 

Que tantes genz i ateignouent 

Por poi que il ne s*es(eigneient. 

Fol. fi 6. i55 Pur la joie del parlement 
La mort de jj^ j^ -^jg ^ j^j eroisemcut 

lienn trréte le ^ 

déprt poar it Aloueut trcstuz la croiz prendre, 
i?89). ^"' Car nus ne se poeit défendre 

Ne le grant pardon refuser. 

i6o Mais molt par fist a acuser 
La muele que trop demara , 
Ke diables s'esvigura 
De remetre es reis la meslee, 
Qui ne pot estre demeslee 

i65 Devant ço que Tuns d'els murut 
E que mort sore lui curut. 
Ço fu li vielz reis d'Engletere 
Henris, cil qui quida requere 
Le seint sépulcre e Deu ensivre; 

170 Mais mort le soit bien aconsivrc. 



/iMirariMM il^ 



Ambboisb dit, qui fist cest livre. 

Que sages est qui se délivre 

De son vou quant il Tad voé 

Vers Damnedeu son avoé. 
175 Après la mort le rei lor père 

N'estient meis que li deu frère : 

Li greindres ert Richard noroez, 

Cuens de Poitiers mult renomez; 

Johan sanz terre ot nom li mendres , 
180 Ki joefnes hom esteit e tendres. 

Richart Tainznez ot la corone, 

Issi come raisuns le done, 

E les trésors e les richesces 

E les terres e les ligesces. 
i85 Por ço qu*il s'iert croisiez de primés, 

Issi com nus le vos deimes, 

Se voleit por Deu traveiller. 

Lors fist son eire apareiller. 

En Engletere s'en passa , 
190 E mult poi de tens trespassa 

Qu*a Londres se fist coroner. 

La vi ge des granz dons doner, 

E si vi tant doner vitaille 

Que nus n'en sot conte ne taille; 
195 Ne onques ne vi en ma vie 

Cort plus cortoisement servie; 

Si vi de la riche vessele 

En la sale qui (ant est bêle; 

Les tables vi si encombrer 
900 Que Tem nés pot onques nombrer. 

Que vos fereie en ço long conte ? 

Chescon de vos siet bien que monte, 

Com grant cort cis poet meintenir 

Ki Engletere a a tenir. 

Grant fud la feste, riche e fiere; 

Trois jorz dura tote pleniere. 

La dona li reis des granz dons, 

E si rendi a ses barons 



fio5 



KiclMnl.roiUlo 
de Poitiers, luc- 
cMeàHraritton 
|tèrp. 



lÙHtrarwui Bi- 
airéi. Il , r. 



Fol. 1 C, 



CoiroBoeoicol 
de fUrhard h 
IjODdrcK (3 wpt. 
1189). 



i35 de manqué — lAfi quil— 167 qaenlor — J5è qtril — i59 la — 161 mcrre — t6a «ei e. — 179 ier 
n. — 18a com — 193 vi manque — 196 ne s. — 901 freie 



1. 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



Richard se pr^ 
pare à partir pour 
la croisade. 



Fol. 3 d. 



/(UMfWIHM ni- 
(iirdif II, Ti. 



Richard passe 
Normandie 
(il dëc. 1189). 



en 



Il tient ooar 
h Lion-sur-Mer 
( b5 dér. 1189). 



E lor Gez e lor hcrilages, 

aïo E si lor crul lor seignorages. 
E quant la curt fud départie 
Râla chescons en sa partie; 
Chescons se treist a son manoir. 
Mais ne pot gueres remanoir; 

ai 5 Kar li reis lor avoit mandé 
A toz par nom e comandé 
Qu'il aparillassent lor oirc 
Ou par enprout ou par acroire, 
Ke il voleit faire movoir 

3 30 Son navie et son estovoir, 
Si qu'il fust par tens al passage 
Por feire son pèlerinage; 
Car nuit e jor sis cuers tendeil 
A sa proz gent qui Tatendeit 

aa5 E de Normendie e de Angou, 
E de Gascoine et de Peitou , 
E de Berri e de Burgoine, 
Dont mult en ot en la besoigjic. 
Par ses églises de Engletere 

93o E par les autres de sa terre 
Mist en son movoir arcevesques 
La ou n'i erent e evesques. 
Lors ne velt pas l'yvcrn atcndre , 
Ainz fist a son passage entendre 

235 E ses riches trésors chargier. 
Dont bien se saveit deschargier. 
A la mer ot poi sujomé 
Quant Deus ot un tens atome 
D'un bel vent portant ki torna, 

sâo K'en Normendie retorna. 
Si tost cum il i fud veuz, 
A grant joie i fud receuz, 
Ço poez bien creire sanz dote; 
Lors fist isnelement la rote 

3/15 Hasler e avant enveier 
Droit a Leons por festeier. 



Un jor de la nativité, 

Que Deus volt prendre humanité. 

Tint li reis a Leons sa fesle, 

200 Mais poi i ot chanté de geste , 

Einz fist molt tost un brief escriro, 
E prist un messagier délivre : 
Al rei de France le manda. 
Et al messagier comanda 

a 55 Qu'après le brief deist aneire 
Qu'il ert del tut prest de son cire; 
Et de ço fud parlement pris 
Entr'els, si jo n'i ai mespris; 
E asemblcrent devant Dreues, 

s6o Qui est a set liuues d'Evreues. 
Issi com li dui rei parlouent 
De lor eire qu'il devisouent, 
Eth vos itant c'uns messagiers 
Veneit a mult grant desirers 

365 Al rei de France teste encline, 
E dist que morte ert la reine; 
E par icel grant descomfort. 
Et par un autre e fier e fort 
Del rei de Puille qui mort ert, 

370 Dontgranz dois e parut e piert, 
Fud tote la gent desheitee, 
E por un poi que repleitie 
Ne fud la veic de Sulie; 
Mais la merci Deu nel fud mie, 

375 Fors seulement jusqu'à la feste 
De seint Johan que chescons feste. 

Quant la rose suef oleit, 
Li termes vint que Deus voleil 
Que li pèlerin s'esmeusent 

380 E que d'autres genz s'esleusent, 
E que tuit fusent apresté 
ço que Deus lor ot preste, 
Prest de soffrir por Deu ahan, 
A moveir a la seint Johan; 



Kol. 3 a. 



Richard et Phi- 
lippe se rencon- 
trent h Dreui 
(1190). 



Philippe , le 
'lue Je Boorfo- 
gnti , le comte de 
Flandre se reo- 
<lcnt à Vetelai 
(1" juin 1190). 



312 Sala, en manqua — 335 E tnatique — a33 Lores — sAi i manque — 3^3 veers. — ahh Lores — 261 dui 
manque — 3G3 ilant manque — 367 granl manque •— 370 le pretnier e manque — 373 f. loire d. — 37^1 ne» 
— 379 sesmusent 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



10 



:i85 Si qu*as uilaves sanz délai 
Fut rassemblée a Vercelai, 
E lors mut le rci de Paris, 
E prist congië a seint Denis. 
Maint chevalier ot esleu 

ago Qui n'ierent pas uncor meu, 
Fol. 3 b, Ke li plus des barons françois 
Estcient ja meu ainceis; 
E lors mut li dux de Burgoino 
Ovec le rei en sa besoigne; 

390 Li cucns de Flandres eralment 
Mut, ne demora pas grantment. 
Lors veisiez tant genz movoir 
E de tantes parz aploveir, 
E tel convei c tel tristesce 

3oo E al départir tel destresce, 

Qu'a poi qu'a cels quis conveoicnt 
Que lor quor de doel ne crevoient. 
Li rois Richarz estoit a Turs 
ses hemeis, od ses aturs. 

3o5 La citiez ert de geni si plaine 
Qu'il i poeient a grant peine. 
A la mer envoia bâtant 
S'estoire somondre en hastant; 
En mer fist sa navie enpaindrc 

3io E preia mult d'eirer sanz feindre. 
Cent e set nés furent contées. 
Quant Tem les ot sor mer montées, 
Estre celés qui les sivirent, 
Ki totes s'encontrasivirent. 

3i5 Totes passèrent les destreiz 
E les mais pas e les estreiz » 
Les perillus destreiz de Aufrique 
Ou la mer battez jorz e frique, 
Que onques une n'en péri 

3fio Ne ne hurta ne ne feri; 
E la merci Deu tant siglereni 
Que a Mescbincs arivereqt. 



ItiHerërium Iti- 
eartU, H , ni. 

Richard envoie 
M flotte Tatteo- 
dre ft lletaine. 



Le rci Richarz son barnage 
S'esmut de Turs bon curage. 

3a5 Mult ot la des bons chevalers, 
E de alosez arbelastiers. 
Ki veist Tost quant s'en isseit ! 
Tote la terre en fremisseit; 
Tote la gcnt iert en tristesce 

33o Pur lor seignor plein de proesce. 
Plorcnt dames e damoiscles, 
Joefnes, vielles, laides e bêles; 
Doels e pitiez lor quors seroient 
Por lor amis qui s'en aloient. 

335 Plus pitus convei ne veistes 
Ne genz al retorner plus tristes; 
La ot meintes lermes plorecs 
E meintes bones vuz orées. 
Li conveieor retornerent, 

3/10 E li pèlerin donc eirerent. 

Si qu'ai terme que li rei mistrent, 
Ne a plus ne a mains qu'il distrent, 
Fud a Vercelai l'asemblee 
Que Deus ot al diable emblée : 

3/1 5 Emblée? ainz la prist a veue, 
Ke por lui s'ertele esmeue. 

A Verzelai en la montaigne 
La herbei^aDeus sa compaigne, 
E mult ot gent en la valee 

35o Qui por lui i esteit alee, 
E es vignes e es costiz 
Ot de meintes mères les fiz. 
Li jorz fud chaud, la noit série; 
La plus bêle bachelerie 

355 Aveit Deus iloques atraite 

Que onques fust del mont estraite. 
Cil avetent por Deu leissees 
E lor terres e lor meisnees 
E enguagiez lor héritages 

36o U perdua a toz lor aages : 



Ridiard et «ou 
armée quittent 
Touripoor venir 
à Veielai. 

Fol. 3 r. 



Itùurmvtm Hi- 
cmrdi, U , vui. 

Astemblée de 
V«Mlai(i"jirill. 
1190). 



Fol. 3 */. 



386 Fust — 987 lorct — 990 unoore — 993 lorcs — 997 Lores — 3oo E ... partir del d. {quelqwt lettifê 
tomt êjacéa) — 3o3 àpariir de cê vir$ ce nom ett pta^ ut lotyoMrt ^cric R. — - 339 eonueior — 3^9 na pi. iia m. 



11 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



12 



llinertirium Hi- 305 
emréi, Il , i\. 

LciroÛEepré- 
leol serment l*an 



Les deux rois 
quiltent Veselai. 



Fol. tt a. 



Si s*en laissèrent deschater 
Por Tamor de Deu achater, 
Que mieidre marcheiz ne pot estre 
Que de Tamor le rei celeslre. 

A Vcrzelai ou li rei erent 
Un sairement s'entrejurerent 
Que qu^avenist de maint eur 
Que Tuns fust de l'autre aseur; 
Iço qu'ensemble conquereienl 

;{7o Que liaument le partireient. 
Si ot encore en lor plevines 
Qui que ainz venist a Meschines, 
En quel point ou en quel endroit, 
Que li uns d'els Tautre alendreit : 

370 Si faitement s*entrafierenl. 
De Verzelai s'en retornerenl. 
Li don rei devant chevalchoicnl, 
E lor grant oire devisoient, 
E granz henors s'enlrefasoient 

38o Lores en quel liu qu il veneient; 
Si eirot Tost od tel amor 
Que ja n'en oissiez clamor. 
Une cortoisie vi faire 
As genz que Tem ne deit pas taire: 

383 Quant Tost errol lote sa voie, 
La veissiez , si Deu me voie , 
Valiez c dames e puceles 
Od biaus pichiers e od orceles 
E od seilles e od'bacins 

390 L'eve porter as pèlerins; 

Dreit al chemin a Tost venoient, 
Les bacins en lor mains tenoient 
E disoient : (tDeus, rois celestre, 
(T Dont vienent tant genz? que puel estre? 

395 (rU furent nées tels joventes? 
ffVeez quels faces si rovenles! 
ffTant sunt ore tristes lor mères, 
trE lor pareni, lor filz, lor frères, 



tr Lor amis*, lor apartenanz, 

/loo rDont jo voi ci tanz de venanz I ^ 
L'ost commandoient a Deu iote 
E ploroienl après la rote. 
Lors prièrent escordement 
A Deu por els e dolcement 

/io5 Qu'il les menast a son servise 
E ramenast a sa devise. 
Errant vindrent a la Deu grâce. 
Qui bien lor fist e bien lor face, 
Od grant joie et od grant leesce, 

/n E sanz coruz e sanz tristesce 
E sanz escbar e sanz rampone. 
Tôt droit a Leons sor le Rogne. 

A Leons fu l'ost arestee, 
Sor le Rogne, l'eve crestee. 

A 1 5 Li dou rei iloc se teneient 
Por la gcnt qui oncor veneienl. 
Tel merveille ne fud veue, 
N'onques tele gent esroeue; 
E furent bien esmë cent mile, 

h*2o Dont li plus gisoit par la vile. 
Li rei ne furent herbergië 
Ne en vile ne en vergié : 
OItre le Rogne firent tendre 
Lor pa veillons pur l'ost atendre, 

h'2^ E atendre les conveneit, 

Kc meint home encore veneit; 
E illoc tant les atendirent 
Qu'asemblez e venuz les virent. 
E quant orent tant atendu, 

63o Seu de veir e entendu 
Que tote l'ost esteit venue, 
Mult furent lié de lor venue. 
Lors firent lor très desfichier 
Qui ierent si bel e si chier 

/i35 Tôt devant par la sablonerre 
Por l'ost qui veneit grant deriere. 



I 



368 Que lom -—375 scntralicrenl — 388 onceles — 395 teles — 396 queles — kod Lores — 6o5 le — 
âo9 et tnatique — A 1 donu — A 1 6 encore — 633 nés d. — â3/i cler •— /i35 la inanquê 



13 



CESTOIRË DÉ LA GtJERRK SAINTE. 



l'i 



Li dou rei s'enti*econveierent 
Tant coni lor veies s'aveierenl; 
Puis ala chescon a son port 
A/io A grant joie e a grant déport. 

pp« T" Li rei» Fiiippes des Franceiî» 

t Richard S'cslcil ja alocz aincois 

'Il 

' '• As Gencveis de son passage, 

Por ço qu*il en sunt pi*eu e sage; 
Vj.") R Richarz li reis de Engletere 
Costeia la nier terre a tere 
E s*en ala dreit a Marseille 
De part Deu qui toz biens conseille. 
^rimmiii- Qaul Tost sot que li rei errèrent, 

"• '* . /i5o Tels i ot qui ainz ior levèrent, 

poui (lu ^ ^ . . 

s'écroule Li autre al plus matin qu'il porent 
. ' Pur le Rogne qu a passer orent. 

(^il qui ainz jor lurent levé 
Ne se tindrent point a grevé : 

'155 Le pont passèrent prosprement, 
Conques n'i ot arestement; 
Mais cil qui al matin passèrent 
E qui sor le pont s'entassèrent, 
Cil durent estre mal bailli, 

660 Kc une arche del pont failli, 

De Teve qui n'iert pas seure. 

Fol. ^1 c. Qi esleit haute a desmesure; 

Plus de cent homes ot sur Tarchc, 
Qui de sapicrt, c'ert trop grand charge. 

/i65 L'arche chai, cil trebuchierent. 
Les genz crièrent et huchierent. 
Chescons quidot qui nel saveit 
Avcir perdu quant qu'il aveit, 
Filz ou frère ou apartenant; 

/170 Mais Deus i ovra meintenant, 
Que de toz cels qui la cfaaircnt 
iS'i ot mais que deus qui périrent, 
Ge di que l'em peust trover; 
Mais nus ne Tosast esprover, 



'«75 Ke l'ewe est si rade e si forte, 
Poi i chiet riens qui en estorle. 
Se cil péril lerent el monde, 
Il sunt devant Deu nel e munde: 
Il s'esmurent en sa besoigne, 

'180 Sin avront merci, ço besoigne. 
L'arche del pont ert peçoiee 
E la gent tote desvoiee : 
Ne saveicnt quel part aler 
N'en montant ne en avaler; 

'18 5 N'el pont n'i ot nul recovrer, 
Nil ne troverent nul ovrer, 
N'el Rogne n'a voit nés ne barges 
Qui fussent prou granz ne preu larges, 
Si que cels n'i poeient sivre 

fi()o Qui passé erenl n'acunsivre; 
E quant autre conseil ne surent. 
Si firent le mielz que il porent : 
En bargetes assez estreiles, 
Ou les genz orent granz destreites, 

^95 Passèrent ollre a mult grant peine; 
Mais issi veit qui por Deu peine. 
Treiz jorz dura le passement, 
E si ot grant entassement; 
E donc e li fol e li sage 

5oo Alerent quere Ior passage. 

Al plus procein port, a Marsille, 
Ala de genz une merveille; 
E al port de Venetiens 
Râla de mult preuz cristiens; 

5o5 Tant en râla as Geneveis 
Ne sereit nombre eneveis, 
E a Barlete e a Brandiz, 
Tant que l'em en diseit granz diz. 
A Meschincs mult en râlèrent, 

5io Tant que li dou rei ariverent 
Mescbines est une cité 
Dont li «uctor onf iMIt conté, 



Fol. û il. 

I..CS Croiwt 
\onts*cuibirquer 
à G^uM , à Mai^ 
seille, h Venise, 
h Darielte et h 
Brinili^i. 



hhh 8. e pr. -~ àbb premeremenl — A59 malnilii — A61-669 intervertie — A63 desor — 670 i manque 
— 679 ot mort que d. qui morireol — A77 pariUerenl — hSh nen a. — &85 î mm^t — A86 ne manque ^ 
ourer — 689 Nis — A99 qnil — A9& grant fMmque — ^ 699 k premier e man^e — 809 Ma no. 



Les âvut rois 
M remkul i )!««• 
sioe. 

/fuwnarwM Ri- 
ewr^i, n , 11. 

Siluslion de 



15 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



16 



L«roiTancrè<Je 
fdl contraint par 
Richard de ren- 
dre son doaaire h 
la veuve de Guil- 
laume de Pouilie. 



Fol. 5 a. 



Itimermrnim Ri» 
eardi, II , xii. 

La flotte de 
Richard arrire k 
Messine. 



Les balMtanta 
de Mctaine mal- 
traitent les Croi- 
wft. 



E bien e bel assise vile, 

Car el siei el chief de Sezille, 
5i5 Desus le Far, encontre Risc 

Que Agoland prisl par s'emprise. 

Mesobines iert mull pleine d'aises, 

Mais les gcnz trovanies malveises. 

Lor reis si ot a nom Tancré, 
530 Qui niult aveit or csmcré 

Que si ancesur aunerent 

Qui des Guiscbart Robert regnerenl. 

Lors ot une dame en Palerne 

Ki sujorné i ot grant terme, 
5a5 Reine ot este' del reaime, 

Femme espose le rei Giilame; 

Mais li proz, libien enlecbiez, 

Murut sanz eir, ço fu pecbiez. 

La reine esloit suer le rei 
53o De Engletere , ki prist conrei 

Qu il lui fist son doaire rendre, 

Si que ouques ne Tosa défendre 

Tancrez, qui esteit en saisine 

Del doaire e de la reine. 
533 Vos qui avez sens e mémoire 

Oistes bien cornent Testoire 

E la mer\eille des enekes 

Vint par devant Espaine iloques. 

A Meschines vint la navie, 
5'io Cliques ne vi tele en ma vie, 

Que li reis Ricbarz atendoit 

A cui Engletere apendoit. 

La ot gent de maintes maneres, 

E très e tentes e baneres 
5^i5 Fichées contre val la rive. 

Car la cité lor ert eschive. 

Près des nés s'estoient tenu 

Tant que li rei fusent venu; 

Ker li burgeis , la grifonaille 
55o De la vile e la garçonaille, 



Gent eslraite de Sarazins , 
Ramponoent noz |)elerins : 
Lor deiz es oilz nos aportouent, 
E chiens pudneis nus apelouent; 

555 Chascon jor nos i laidissouent, 
E noz pèlerins mordrissouent , 
E les jetouent es privées, 
Dont lor bevres furent pruvees. 
Soignurs, costume est e usage 

56o Que quant princes de hait parage. 
Si haut coin est li rois de France 
Dont par le monde ad tel parlance. 
Et coin est li reis de Engletere 
Ki si grant henor ad en terre, 

5G5 Entre ou en cilié ou en vile. 
N'en tel lerre com est Sezille, 
Qu il i deil venir com hait sires 
For plusor genz e por lor dires; 
Car c'est bons moz, a mon espeir, 

570 Qui dit : trTel le vei, tel fespeir.^ 
Por ço di ge, quant li roi vindrent. 
Que multes genz illoc sorvindrent. 
Le rei de France premiers vint 
A Meschines, ou il survint 

570 Plusors genz qui veer Talerenl; 
Mais onques son vis n'avisèrent, 
Kar il n'aveit c'une nef sole 
E el rivage ot presse e fuie, 
E por celé presse eschiver 

58o S'ala el paleis ariver. 

Quant li rois Ricbarz ariva, 
Lors fu assez qui estriva 
De veer le desur la rive, 
La sage gent e la jolive 

585 Qui ainz ne Taveient veu; 
Si en eurent désirer eu 
De veer le por sa proesce ; 
E il veneit tel hautesce 



Itimermrimm Hi- 
emrdi. Il , xiii. 

De U pompe 
qui ronvMNit aa\ 

n>if. 



Fol. 5 6. 



LeroidcFraoce 
entre è Mcniiie 
moaécUt(t€wp- 
lembre 1190). 



RkUnl bit 
une eolré« aol»- 
Mlle à Mmiiie 
(•S sept 1190). 



555 i manque 



5 1 ^j eie — 5i 5 cocotte — 5a3 Lores — 537 E manque — 55 A E manque - 
559 usages — 56o paragos — 565 ou manque — 566 lele — 569 Car chescon home a son 
— 57] ge manqué — 58o p. anncr — 58â Lorcs — 583 le wanqne 



558 coures — 
570 tetespcir 



■ 




IPIP 


W^Ê 


r 


17 L'ESTOIRE DE LA 


GUERRE SAINTE. 


^1 


1 


Que lole la mev eit coverto 


Si avint un jor c'une famé. 


n-nn» K- ^H 


1 


Sgo Des galees o geiil aperfe, 


Que l'en disl que aveit non Ame, 


^H 




Combatanz od liardies chicres. 


Porloit par l'ost son pain a vendre 


j'»piiX7'» ^1 


1^ 


Ud penoncels e od baiiieres. 


63o Uns pèlerins vit cbput e tendre 




^m 


Issi vinl li reia el rivage. 


Le pain, e si en bargaigna. 


In CnlUi H !'• ^^M 




Si ot eocoiilrc lui son baroage : 


E ta feme se desdeigna 


Uuib.r.|>(Swl. ^^M 


t^ 


Sgr. Ses biaus destriers lui amenèrent 


Del fuer por qu'il le reqnereit. 


^^^^^H 


[ 


Qui en ses dromonz venu ereni. 


Si que par poi que nel fereit. 


^^^^1 


^— 


E ii monta c sa gent tôle; 


635 Tant ert ele iruse e desvee. 


^^^^1 


^h 


Si diseit tels qui vit la rote 


Eth vos la barale levée. 


^^^^1 


^m 


Que itels reis deveil venir 


E tant que li burgeis se mislrent , 


^^^^H 


^ 


6oo E bien deveit terre tenir. 


Le pèlerin iloqnes prislrent. 


^^^H 




Mais fi Grifon s'en corucerenl 


Sil bâtirent e cbeveierent. 


^^1 


1 


E li Lomgebard en Rrocerent 


6I10 E laidement le démenèrent. 


^M 




Por jo iju il vinl o le! estoire 


Al rei Richard vint la clamor : 


^1 




Sor lor citit! e od tel gloire. 


Cil lor requist pais e amor; 


"..""'t 1 


Fol. 5 c 


Cu5 Quant li deu rei arivé furent. 


Pais entrela qnisl e porchaça 




carU. IL, UT. 


Li Grifon puis en pais s'esturent; 


E ses genz ariere chaça. 


^H 


LnLonUnl 
ntllIniUrnt h 


Mais li Longebard estrivouent 
E noz pèlerins maneçoueut 


615 Mais diables, qui par nature 
Het pais sor tote créature, 


«rJi. li,..i. ^^^^^M 




Que lor Ires lor delrencliereïent 


Resmiil el demain la meslee 


^^^^^H 




Oio E ior aveirs en porlereieiit; 


Ki a mescbief fu desmellee. 


^^^^1 


l 


Car de lor femmes se douteront 


E li dou rei ereul ensemble 


^^^^^1 


1 


A (]ui li pèlerin parlèrent; 


li.rn A un parlemeni, ço me semble. 


^^^H 


1 


Mais tels le fisl por els grever 


E les juslises de Sezille 


^^^^M 


R 


Qui n'i deignastrien achever. 


E des liauz bornes de la vile; 


^^^^^M 


L 


()i5 Li Longebard e la comune 


liloc parloent de pais faire. 


^^^H 


^H. 


Urenl toz jon vers nos rancune. 


Elh vosendreiten ceiafaire. 


^^^^^1 


^ft 


Por ço que lor pères lor disErenl 


ùîi Issi com li dou rei parloent 


^^^H 


■P 


Que nostrc ancesur les conquistrent; 


De la |jais que fail'e quidoent. 


^^^^H 


^ 


Si ne nos poeient amer, 


La uovele qui fud saillie 


^^^^H 


r 


U30 Ainz nos quidoicnt afainer. 


Que nostre gent erl assaillie. 


^^^^^H 


L 


Net firent por nus sushaucîer. 


E viiidrent par deus foiz message 


^^^^H 


^K 


Que il firent tor turs baucier 


660 Que loin on feseil grunl damage; 


^^^^H 


■ 


E les fossez plus parfont faire. 


E li tien mes qui vint après 


^^^H 


^^ 


Iço cmpeira mult l'afaire. 


Dist al rei : itCi ad maie pes. 


^^^^^^ 


r 


Cï5 E les tençons e les manaces 


t Quand li home de cesle lerr# 


^^^^^1 




Qui levoient en pliisors places. 


f* Orient les genz de Engletere 


^^M 


1 




xiriMiîiiH — C19 no» ne posni— Bsj Qiiil — t-ft 


llor ^^^^H 


l 




TUMII 


1 



19 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



SO 



CG5 rDedcDZ e dehors la cilié.?) 
Si fud donques la vérité 
Que li LuDgebard s'en partirent, 
Qui as reis distrent, si mentirent, 
Que ço iert por la tençou desfaire, 

O70 E ço n esteit fors por mal faite. 
Jordans del Pin e Marguariz, 
A cui toz mais seit eschariz, 
Cil dou bracerent la braçaille 
Del mal e furent començaille. 
ol. 6 a. (î-.*) Le rei de France esteit illoeques 
E li reis d'Engletere ovcques, 
Si fud lui quil reconta. 
Li reis d'Engleterre monta , 
Qui la ala por depailir 

C80 La mellee, mais al partir 
De granz vilainies li distrent 
Cil de la vile e lui mesdistreut; 
E li reis se curut armer, 
E les fîst par terre e par mer 

685 Assaillir tut a la rounde, 

Ke tel gerrier n'aveit el monde, 
e France Graut fu la uoise e la baratc, 

E la noise en malveis estate. 
François vindrent lor seignur quere 

<')9o A Tostel le rei d'Engleterre; 
Kar la vile iert si estormie 
Qu il n'en quiderent trover mie; 
E il revint e retorna 
El paleis ou il sujorua, 

O95 E li Lungebard a lui vindrent, 
A Testrier senestre le tindrent; 
Si lui promistrent e douèrent 
E le jor lui abandonerent, 
E preierent qu'il maintenist 

700 Els en la vile, e retenist 
A son ues e en son domaine. 
Si i misirent e cust e peine, 



rètement 
avec les 



Tant que li rois s arma euneîre; 
Si dist tels qui nos fist a croire 

705 Qu il aida a cels de la terre 

Plus qu as genz le roi d'Eogletere. 
Eth vos la barate esmeue 
E la noise par Tost creue : 
Li François en la vile esteient 

710 Qui a aise se deporteient, 
U li Lungebard se fioient; 
Mais cil de Tost ne s'en guardoient. 
Estes vos les portes fermées, 
E les genz de la vile armées 

715 E montées as murs défendre; 

Mais puis lor en covint descendre. 

E cil qui ercnt hors sailli 

E qui avoient assailli 

L'ostol seignur Hugun le Brun 

730 S'escombateient tôt comun. 
Quant li reis d'Engletere i vint. 
Si ne cuit pas qu il eust vint 
Houies lui al comencer. 
Lors loisscrcnt le manascer 

7^5 Li Lungebard tresque il le virent. 
S'en tornercnt, si s'en fuirent, 
E li pruz reis lor corut sure. 
Si vit AuBRoisBs a ceie liore 
Que quant cil le virent venir, 

730 K'adonc vos peust sovenir 
De berbiz qui fuient a lou ; 
Ausi com boef traient al jou 
Traient cil sus vers la posterne 
Qui est de la devers Palerne, 

735 U a force les embati 
E ne sai quanz en abati. 
L'ost s'esturmi e tut montèrent, 
Come cil qui assailli erent 
Des Lungebarz par lor olti'age 

7/10 E des faus Grifons plains de rage. 



Fol. 



Ri. 

faite 
MeMi 



O71 Aiordanz lupins — 686 gorreier — 71a guadoient — 720 seracombatoient — ^ik Lores — 747 corï 
— 728 a icel — 73o peus — 733 cil manque — 7^0 plaiii 



21 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



22 



Mais teus genz orent Tovre enprisc 
Qui mainte vile aveient prise : 
Ço erent Norman e Peilevin, 
Gascon, Mansei e Angevin, 
•"ol. 6 c. 7/15 E de Eng^eterre en i aveit 

Assez plus que Fem ne saveit. 
Hardiement les assaillirent, 
Quant en sum le mur les choisirent, 
Tôt enlor la ciU^ cururent: 

750 Ne finerent tant que enz furent. 
E cil jetoient e traioient 
E grant damage lor faisoient 
En sum des murs, d'ars, d'arbalestes 
Que il avoient totes prestes, 

755 Gelouent pieres e caillos 

E feroient noz genz granz cols; 
Quarel, pilet, iloc voloient 
Ki noz pèlerins afoloient. 
Treis chevalers nos afolerent 

760 A une porte ou il entrèrent : 
Li uns fud Pieres Tireproie 
Qu'il jetèrent mort en la veie; 
E Maheu de Sauçoi aveques 
Regeterent il mort illoques; 

765 E Raols de Rovroi trovez 
I refu mort, c'est veir provez; 
Mult furent pleint e regrelë : 
Deus lor otreit sa salvetél 
Si Lungebard fusent leal, 

770 Comparé l'eussent real;* 
Mais lor folie lor dut nuire. 
Que nus eschaufa pur els cuire. 
Cil qui defeudoient la vile 
Erent plus de cinquante mile 

775 Sor les murs c sor les toreles, 
E od targes e od roeles. 
La veissiez gent assaillie 
Durement e de grant baillie. 



Devers les paleis les gualies 

780 Esteient assaillir alees; 

Mais li reis de France i estoil , 

Qui sor le rivage s'esteit, 

E fist les gualees défendre 

Le port, qu'il nel peussent prendre; 

785 E il traistrent tant qu'il ocistrent 
Deus galioz, dont il mespristrent. 
Mais de deçà devers la terre 
Assailloit li rois d'Ëngletere, 
Qui les Lungebarz envai 

790 Eissi que mult bien l'en chai. 
Lor veissiez ses genz monter 
E les montaines sormonter 
E coper les fraiaus des portes; 
La ot genz e prises e mortes. 

795 Par mi les rues s'enbatirent 
Tels i ot qui s'en repentirent, 
Car cil getoient e traoient 
De lor'soliers ou il estoient. 
Mais par mi tote lor aie 

800 Furent pris a celé envaie; 
E qui que fust as dererains, 
Li reis fud un des premerains 
Qui osast entrer en la vile; 
Puis i entrèrent bien dis mile. 

8o5 Lors oisiez noz genz huer 

E descoufire et tempester, 

Blecier, laidir e entester. 

Plus tost eurent il pris Meschines 
810 C'uns prostrés n'ad dit ses matines; 

E mult i oust gent occise 

Si al rei n'en fust pitië prise. 

E bien poez de fi savoir 

Que il ot perdu grant avoir 
81 5 Quant la grant presse fud entrée; 

Car tost fud la vile pelfree, 



Fol. C d. 



Philippe rcsU> 
sar le rivage cl 
interdit Tentrëp 
da porl anx g»- 
lèresdeRichanl. 



FoL 7 a. 



7/18 le iDor manque — 761 cil manque — 753 darblestes — 75a Quil — 766 Gelèrent — 76s enmi la proie 
— 763 maher — 777 genx — 791 Lorea — 793 fraua — 796 le premier e metnquê — =- 800 pria manque — 
806 entra — 8o5 Lorea — 806 terepaeeé — 809 il manqm — 81 1 m. i oi — %\k Quil 



9. 



23 



L'ESTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 



2& 



Jtûumium Ri- 
tarii, II, iTti. 



Philippe est j«i- 
louxetobtieDldti 



Si furent lor gaiecs arses 

Qui n'ierent povres ne cscharses; 

Si i ot femmes guaaignees, 

83 Belcs e pruz e enseignées. 
Ge ne poi mie tôt savoir; 
Mais, fusl folie ou fusl savoir, 
Ainz qu'il fusl bien par Tost seu 
Eurent ja ii Franceis veu 

8a5 Noz penoncels e noz banieres 
Sor les murs de plusors manières, 
Dont li reis de France ot envie 
Qui lui dorra tote sa vie, 
E la fud la guerre engendrée 

83o Dont Normendie fut gastee. 

Quant li rois ot Meschines prises 
E ses banieres es turs mises, 
Lors lui manda le rei de France, 
Qui aveit envie et pesance 



7.", rù" «35 De ço qu'il les i ot dresciecs 



uièm ft tt^Â de 
celles de Richard 
<ar lei mors de 
MessÎDe. 



Fol. 7 h. 



Ses genz en erent coreciees,' 
Que ses banieres jus meisent 
Si home c les sues fcissent 
D rescier as murs de la citié. 

8^10 Ço lui manda por vérité. 
Que de ço que il en feseit 
(Jue a sa liautesce en mesfeseit, 
Si lui desplaisoit durement. 
Seignurs, si demant jugement 

S'iT) Li quels les i deust mielz mètre. 

Cil qui ne se volt enlremetre 

A Tassait de la citid prendre, 

Uu cil qui osa ço emprendre. 

Li rois Richarz oi Tafaire, 

83o Si n'en deigna pas long pleit faire 
Vers Tautre rei de tel requesle, 
Qui mult en iert en grant tempeste; 
Neporquant mult i ot paroles 
Uites, henuiuses e foies; 



855 Mais fen ne deit pas mètre en livre 
Totes folies ne escrivre. 
Mais li haut clerc e li haut home 
Parlèrent tant, ço fu la some, 
De la pais en plusors maneres, 

8Go Qe chescuns des reis ses baneres 
Ot c en turs e en tureles; 
Puis pristrent conrei des noveles 
Tost mander au rei de Sezille, 
De la comune, de la vile, 

8G5 La vilainic e le surfeit 
Qui ert a els e as lur feit. 
Li messagier le rei Ricfaart 
Li distrent de la sue part 
Qu il demandoit od sa clainor 

870 Le doaire de sa sorur 

E del grant trésor sa partie , 
Ke lui fust a droit départie. 
Que dreture e raisons sereit , 
E quant que a la dame afereil. 

875 Li messagier furent nome', 
Haut gentil home e renomé 
E gent de mult grant parentage 
E de mult grant seignoriagc 
E mult furent de grant affaire , 

880 Qui alerent en cel affaire. 
Li uns fud li dux de Burgoine 
De cels qui quistrent la besoine, 
E Tautre Robert de Sabloil, 
Hait hom, proz et de grant acoil, 

885 E de autres en i pot avoir 
Dont jo ne poi les nons savoir. 
Cist errèrent e chevalcherent, 
E tant en lor eire aprochiercnt 
Que tut lor message a brief terme 

890 Contèrent al rei de Palerne. 

Li reis Tancrez qui mult ert sages 
Ot oi parler les messages; 



/fiJMrwrnuH /m> 
etréi. II, tfiu. 

Let deux nns 
envoieotdesmeiu 
Mgen à T»D- 
crèdeRirhard ré^ 
riane 1^ dooaif» 
•Ir ta Mrnr. 



Fol. 7 e. 



Cf. lùntfrinm 
BUaréif II, III. 



818 nesdiarscft ^-^ Sig Si ot — 890 k premier e mmique — 833 Lores — 8&1 E de co quil — 8&5 deil — 
866 veit — 859 requesle — 861 kprimifr e fiMm^ — 877 parage — 878 seignon^ — 888 en moii^ife 



n 



27 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



28 



hmtrrnnhin ttt- 



Taiicrv«Jf in- 

\OK des KffSit- 

{jrrs à Rirh.'irJ. 
Il offre vu,ooo 
')urot (l*or [Kiiir 
le (loaairi- i\ 1.1 
«u?ur du roi , cl 
une de tes fillen 
|<our Arlliur de 
Itretague ii^ec 
so.ooo onrcs 
d'or de dot. Ln 
paix o>l ronriue 
h ce* conditions. 

Fol. 8 b. 



De mètre entre els acorde e pais, 
970 E chevalchoent al palais, 
A Malegrifon , e ariere 
Revenoient par la cliarero; 
Mais onqucs n*i porcnt fin mctre, 
Tant ne se sorent entremetre, 
975 Si com testeinoine la Idre, 

Devant que li rcis de Sezilie 
Qui sot le surfeit de la vile 
Prist le filz d'un sucn chancelier 

îi^o E od lui ot un chevaler, 

Mien escient, son concstabie, 
Qu'il tint a preu e a ostable, 
Sil tramist al rci d'Englctere, 
Si lui manda ço que sa guerre 

98,') Ne quereit il nient avoir. 

Mais s'il en voleit prendre avoir 
Por les quereles qu'il quereit, 
Que volenters pais en t'ereit, 
E doreit vint mile onces d'or 

990 Que il prendreit de son trésor, 
E s'il voleit d'un mariage 
Parler al los de son barnage, 
C'une de ses filles pucele. 
Bel enfant e preu damoisele, 

995 Dureit a Hertur de Bretaigne, 
E por faire issi faite ovraigne 
Li prometoit li-estot sanz gile 
Des onces d'or autre vint mile, 
Ne mais que cel or lui rendroit, 

000 Si Herturs l'emfant ne perneit; 
E sa sorur encore oveques 
Lui renveiereit il ilioques. 
Quant li reis ot ço entendu , 
Lors n'i ad gucres atendu, 

oo5 Qu'autres genz renveia ariere 



Por querre pais ferme e entière : 
L'arcevesque de Montreial , 
Celui de Rise le leal, 
L'evesque d'Evreues Johan , 

1010 Qui mult soffri cust c ahan, 
Fist le reis le message faire , 
Qui saveient Tovre e Tafaire, 
E al très genz od els aierent: 
Pais quistrent e paisaporterent. 

ioi5 E firent l'avoir acondire 

Dont vos m'oistes orainz dii*e; 
E quand ço fud que il revindrent 
Trcstuit lie de la pais devindrent. 
Lors furent les Chartres leues 

loao E coulrescritesc veues, 
E la pais cerchiee e jurée. 
Dont la gent fud asseuree, 
E l'avoir veu e pesé. 
Dont il n'ad point al rei pesë, 

lo-jT) Qui mult fu coveitus del prendre 
Por el servise Deu despendre; 
E lui fud donc sa suer rendue, 
Qui dut estre mult chier vendue. 
Lors volt li reis que fust rendu, 

io3o Que plus n'i eust atendu, 

Quant que ses genz aveient pris 
Del lur : ço lui torna a pris; 
Sur escomunication 
Fud rendu par confession , 

io35 Dont l'arcevesque de Roem 
Dona mult hait consel e boen. 
Eth vos la vile en bone estate 
E sanz tençon e sanz barate, 
E ({uiconques les oseit faire 

10/10 Sil feseit l'om pendre ou desfaire 
E fud l'ost de mult grant justise: 
Bien ait l'anme qui l'i ot misel 



97C Tant ne seront entremetre — 
— 998 Dons — 100a reucreit — 
1019 Lores — 1029 Lorcs volt 
1 o36 mult manque 



979 cheualicr — 98a Qui — 990 Quil — 998 Come 

1006 Lores — ioo5 (jenz ne — 1010 mult manqw 

— io3a Des 1. — io33 E sur — io3A confcnsion 



996 oueraigQc 
1017'quil — 
io35 reùi — 



■ 


-■ >t . 


m' \.t k » A» ^V^^^E^i^^^^^^^^^H 


r 


29 rESTOIRE DE LA 


GtlEltRB SAINTE. 30 ' 




Lors furenl les voies eirees, 


Le juf de la Nativitû Gr.od, »ic 


^1 


Si reumos boncs dunrees 


Li ivis Richan por vérité ^^°,j*^ J"m"^ 


^ft 


idAû Edcclievals eaevilaille; 


Fisl crier que tuit i venissent «^^''^^- _'_' i"" 
E qui: od lui la fesie leuissent; 


l^r 


Issi ala l'ovre sant raille. 


Pi.iiippttini. 


E ii burgeis se repaiserent 


io85 E le rei de France mena 


cilMI. 


E les pèlerins horbergiereni. 


Mangier lui, tant se pona. 


Ml 


E Ii dou roi lors s'ncorderent. 


A Malesgriron fud la Teste 


m 


loâo Mais maintes feiz puiadescordereut, 


En la sale que par poésie 


W 


E parlireol eulr'els l'avoir, 


Ot feite li reis de Englelere Fol. 9 n, 
loçio Sor le pois a cels de la lerre. 




E ol ehescoii qu'il dut avoir. 


tlmn-a^i^-m- 


Li clievalier qui en l'esliS 


Go Tui al manger en la sale, ' 


«rJi. 11.11,1,. 


Aveient illoques cstij 


Mais coques n'i vi nape sale 




iciriS Se dementouent e plaignouenl 


Ne banap de Tust ne escuiele^ 


Fol.Kd. 


Por la dcspcnsG qu'il faisoueul. 


Aini i vi si ricbe veisele 




Tant ala sus e jus la pleintc 


loyS De ovre InToire soldoisco 




Quel fud al rei Iticbard atelate. 


E a ymages geteisce, 

A riches pieres preeioses, 


lipp.ri«i.o. 


E il dist quu tant lor durcit 


K 


lofio Ke cbescons loeraen poreit; 


Qu'eles n'ierent point enuioses; 


■ 


E lor doua si grani dons riches 


E si i vi si bel scrvise 


B 


Richarz, qui n'est aver ue chinches. 


1100 Que a chescon ierta sa devise. 


V 


Hanas dargenl, copes dorées, 


Bêle Teste iotehooeste. 


P 


K'en aportoit a devautces 


Com afereit a tele Teste; 




loGil As clievaiiers loue ço qu'il erent, 


Ne Cliques ne ïi,ço me semblL-, 1 




Que de ses biaus dons le ioereul 


Tani riches dons douer ensemble 




E grant e maien e menur; 


,u,:> Corne li reis Ricbara dcna 




E lor fist del suen tant heuur 


Illoquescabandona 




Que nia cil qui a piiî estient 


Ai rei de France e a sa gent 




1070 Cent 8ol( del siten al rneins avoieni; 


De vaissele de or e de argenL 




E as dames desberitees 


Li termes vint de noi passages; ywn.r,.-te. 




()ue de Sulie erent gelées, 


1110 Qui se porvit proi Tud sages. " '' *"" 




E as dames e es mcscliincs 








Jusqu'à l'issue de quareme > 




1075 E U reis de France Gusemenl 


Fu a Meschines a sujor 




Itedoiia a ses genz granuienl. 






Ëth vos U)tc fost en leesce 


mi Que il Tuseiit a Acre prendre juV'i»*" "" 




Por l'onor e por la largesce 


cela qui l'osèrent enpi-endre, "'^"• 




E por la pais qui ert venue; 


Que grani mesaises i aveieul ' 


wA-.ll.ii,.. 


idNo Elb vos In grant Teste tenue : 


Trop greignors que il nesaveient : 


^ 


iO&àlMit» — iiilglorea — loàoRiiia — injt'xlu 


peiu — 1 oG& mIooc — t oGS w no», m — i»83 i omu 


ï 


— logi «ic — 1099 i manque — iioâ Corn — 1 10< 

1 


Stter*. — iiiiwlettbN — in5giiil-Mi8qiiU 







31 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE 



33 



if f'rc«ii*-r pour 
Ik Urr- M &> 
^3'» fiuri iiîii>. 



hiclitr'J T« à 

M iRcrc fMf*ntin 
t\ M rwBcéc B«- 

*4rT*. 



Mait i eurent peine e ahan 
1 1 20 E travatlz en cel demi an. 
E qaant tant eurent sejorné 
Oue Deus ot lor eire atorné. 
Si fud vérité sana faillance 
Ke donc entra li reis de France 
1 l'jTj Kri mer, il e sa compaignie. 
Un poi devant Pasclie florie. 
Li reLs Kicharz ne pot movoir. 
Kar il n ot presl son estoveir. 
Ses ijfalees ne ses uissiers 

I i3o A porter ses coranz deslriers 

E s armeure e sa vitailie 
Por aler sorc la chenaiile : 
Por ço li eovint demorer 
E son eire mielz atomer. 

m'a:» Le rei de France conveia 
En g^ualeesy puis s'avoia 
Litre le Far lot droit a Bise, 
Dont novele li ert tramise 
Que sa niere i esteit venue 

1 1 'lo Qui amenoit al rei sa drue. 
Ço esloit une sage pucele 
E gentilz femme e preuz e bele. 
Non pas fausc ne loscngerc ; 
Si aveil a non Berengiere, 

w'u) ]ji rei de Navaro ot a pere^ 
Qui Taveil baillé a la mère 
Le rei Richard , qui s'en pena 
Tant que jusque la li mena. 
Puis fud el reine clamée , 

ii5o E li reislaveit mult amee: 

Ucs que il esteit coens de Peitiers, 
La coveita sis coveitiers. 
Mener en fist dreit a Meschines 
Sa mère, lui e ses meschines; 

I I :):> A sa mère dist son plaisir 

E ele a lui sanz rien taisir : 



ii6 



] ITO 



La pucele retînt qu*ot cbiere, 

E sa mère envoîa ariere 

Sa terre gnarder qii*ot laissée, 

1 iCo Que s'onors ne fust abaissîee; 
E Tarcevesqne de Roem, 
Gauter, qui mult est saives hoem. 
Cil guarda o lui Engletere, 
E i ot mult travail de goeire; 
E si s'en torna lors d'îlocqoes 
Gilebert de Wascoil oveqaes. 
Cil qui Gisorz prendre laissa. 
Onques puis li rois ne cessa; 
Lors furent ses nés atomees 
E chargées e aprestees 
E ses galees ensemenL 
Lors ni ot plus d^arestemenl : 
En mer &st entrer le bamage 
E s*amie. la preuz, la sage, 

1 1;:* E sa sorur ovec s'amie, 
E od els grant chevalerie 
Fist en un grant dromont porter 
Por Tune l'autre conforter. 
Ses dromonz &st mètre devant 

1 i8o E sigler vers soleil levant; 
Mais les onekes ne se murent. 
Qui movanze isneles furent. 
Devant que li reis ot mangië : 
T>ores murent del tut rengië 

11 85 Cil de Testoire merveillnse. 
Ço fud la semaine penose 
Que de Meschines mut Testoire 
Al sueurs Deo e a sa gloire. 
Le mescredi de la semaine 

1 190 Que Dens soflri travail e paine 
Nus reconvenoit travaillier 
E par peor e par veillier. 
Si se pot Meschines vanter, 
U Tem veit tantes nés hanter, 



Fd. 



à 
I 

« 



1193 verte — tifl5 e il — 1198 ii manque — ii39 wp — 1167 li reis — ii/i€) ele — 11 55 A is m. 

1 1 fi.T Ion u:anqw — 1 1 69 Loret — 1 1 7a l^rea — 1 1 8a iands 



33 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



3& 



?i»\igalion de 
Uicbartl de Mos- 
»ine il Chypre. 



itmermrimm Ri- 
mrii, Il , ixrii. 



1195 Conques nul jor qu'il ajorna 
Si riche estoirc n'en lorna. 
L'estoirc ala lote rengiee 
Vers la terre Deu laidcngec 
Par mi le Far dreit al palacrc 

laou De l'autre mer, al chemin d'Acre. 
Les dromonz alames ateindre : 
Lors veimes le vent remaindre , 
Si que li rois volt retorner. 
La nuit nos covint sujorner, 

1 jo5 Ou nos pesast ou nos fust bel, 
Entre Kalabre e Mont Gibel. 
Le jur del juesdi absolu 
Cil qui nos ot le vent tolu 
E qui puet tolir e doner 

1 d 1 Le nos fist bien rabandoner, 
E tote jor le nus presta; 
Mais fiebles fud, si s'aresta 
La riche estoire, l'enoree. 
Le jur de la croiz auree 

iai5 Nos rencontra uns venz contraires 
As seneslres près de Viaires. 
La mer parfonde se trobla , 
Li venz fu forz, qui la dobla. 
Grant iert la plaie al reploiapt; 

ijso Si n'alioms fors desvoiant. 
Pour eûmes e mesaise , 
Bûche e cuer e teste malveisse; 
Mais tut iço que nos suflfrimes 
Mult volontiers le sustcnimes : 
Fol. 10 a. isaS Bien le deumes sustenir 

Por celui qui deigna venir 
A icel jor a passion 
E por nostre rédemption. 
Forz fud li veuz qui nos cuita 

ia3o De si qu'ai scir qu'il anuita : 
Lors eûmes vent apaisië 
E bien portant e aaisié. 



Li reis Richarz fist grant proesce : 
Toz jorz ol il cuer en visteco. 

ia35 Par nuit aveit acostumë 
Qu'en sa nef aveit alumé 
Un grant cirge en une lanterne, 
Qui multgetoit clere luseme; 
Tote nuit ardoit totes veies 

ia6o Por mustrer as autres les veies : 
lui aveit bons mariners, 
Preuz e seurs de lor mesters; 
AI feu le roi tuit se traiouent 
E bien près tut tens le veoient, 

13^5 E se l'estoire aillors tendeit 
E il franchement l'atendeit : 
Ausi menoit l'estoire fiere 
Com la gcline pociniere 
Maine ses pocins en pasture; 

ia5o Ço estoit proesce e nature. 
La nuit siglames a bandon 
E sanz tristur e senz gaudon. 
El demain la vigilie haute 
Nus remena Deus sanz défaite, 

1355 La nuit tule ausi sanz sujor 
De la grant Pasche e tut le jor, 
Treis jorz erra tote esleissiee 
L'estoire senz veille abaissiee ; 
Devant siglot li reis meismes, 

laGo Le mecresdi Crète veimes; 
La lorna li reis d'Engletero 
Eucoste Tille près de (erre; 
Illoc jut e l'estoire ovequcs; 
Mais vint e cinc de noz eneques 

ia65 Icele nuit nos deperdirent. 
Si que le rei tut iri^ firent, 
E mult en fud il coreciez. 
Al matin mut sigles drcsciec 
Vers Rodes le joesdi après, 

1370 Une autre isle de celé près. 



Fol. 10 h. 



Rirbard **i\o\t 
Pile deCr^l*. 



Arrivéeè RboiU. 



1 1 98 deu tote I. — 1 aoo Dautre m. — 1 aoa Lores — i ao3 velt — 1 ao5 fist b. — 1 9 1 bien m<mqu9 — - 
s ai 5 recontra — ia3i Loiret — laSa aisie — 1 935 costuiue -r* 1939 tote — ia65 Eneftoire — i953 vilgilie. 
— 1955 tut 



3 



35 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



36 



Diftrriplion de 



Fol. 10 c. 



nicliArJ ma- 
lailp k Rhodc». 



Granz fu li vent c haute loiide; 
Si tost conie vole une arondc 
S en va la nef le inast ploiant. 
L'isie de Rodes costeiani 

1175 Nus mena Deus {[rant aleure 
Od mencilluse si|[leure, 
Qu'il iert s^miklant i\\\\\ lui plaiseit 
La voie que sa gent t'aiseil; 
E errâmes, ço fud la voire, 

isSo Mulltost de ci qua la nuil noire: 
E el malin nos enbatisnies 
En uns destreiz, si abati»mes 
Nos très, si fumes hors de paine, 
Sujornant jusque diemaine, 

1385 E le matin fumes a Rodes, 
La citié u fud nez Herodes. 
Rodes fud une grunl citié 
Anciene de antiquiti<', 
Autresi grant près come Rome; 

1-^90 A peine savreil hom la sonie, 
Kar tant i ad maisons guastccs 
E murs e turs agraventees, 
E tanz moslers qui encor durent, 
De la plente de gent qui hirent 

1^95 Par tanz anz e par tanz aages 
E par tanz divers seignorages, 
Que nus hom ne poreit nomhrer. 
Qu'il n'eust graut a descombricr. 
Ne la grandor ne la noblesce 

i3oo Qui est chaeitc par viellesce; 
E neporquant illoc maneient 
Gent qui vitaille nos vendeient; 
E por ço que li reis esteit 
Malades, e lui mesesteit, 

i3o5 Nos covint a Rodes atendre. 
Cil fist e enquere e aprendre 
Ou ses nés esteient alees, 
E si atendeit ses gualees 



^}\\\ lui siveioni terre a tiTre; 

i3io E si (Miquist list em|uerro 
Del tirant qui Ciprc teneit. 
Qui les pèlerins releneit. 
Dis jorz a Rodes sujornames. 
E apri*s quant nos en tornames, 

i3ir> Le premier jor de mai sanz dote 
Fud quant Testoiie eissi en rote 
De Rodes a veille levée, 
Dreit al gofre de Sartalee, 
Qui est un trop dotos trespas, 

i3io ^*ad plus dotos en toz les pas : 
De quatre mers est la bataille. 
Dont chescone l'autre travaille. 
El gofre devions entrer, 
Quant uns venz nos vint encontrer 

1835 Qui nos reuK^na la vesproe 
I^ dont Testoire esleit eniree. 
Li venz revint qui sovent change. 
Si nos reGst plus curteis change, 
Derieres vint, si nos bota 

i33o Si tost que chescons le doia 
Por le gofre ou nos estions , 
Dont mutes peors avions. 
La nief le rei esteit première, 
Qui toz jors en iert custumere. 

i335 Li rois esguarde en haute mer, 
Si i vit une boce errer 
Qui de Sulie reveneil; 
E il a cui al cuer teneit 
S'i fist adrescier por euquere 

i3/îo Noveles de la seinte terre; 

E cil distrent que sanz dotance 
I esteit ja li reis de France, 
Qui devant Acre Tatendeit, 
E qui chescon jur cntendeit 

i3/j5 a feire engins por quei fust prise. 
Li reis Richarz une autre emprise 



Itiaermimm A- 
/•ardi, n. If «m. 



BidMnl (|«itl* 
Rbod^s ( t*' nn 
1191). 



Tempête Uans 
le golfe de Stl>- 



Fol. 10 d. 



Uîcbaitl ap- 
preud i^arrÎTée 
<lt Philippe i 
Acre. 



1 376 merucillus — 1 383 an — 1 98/1 dimainc — 1 386 li credes — 1 389 com — 1 398 encore — 1 39/1 qui i 
— i3oo cliicle — i3o6 lepr$mier e manque — 1819 Le gofre qui est un d. — i33 3 T manque — i396 lestoir 
csloire e. — i335 eaguarda — i33C i manque — i3'i6 un. 



37 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



38 



Richard arrive 
h Chypre, où il 
trouve M MBur et 
M fiancée. 



ItiÂtrmrmmBi' 
eërHf II, xxn. 

Enumëration 
des malheurs 
des chrétiens en 
•Syrie. 



Fui. il a. 



Chypre est gou- 
vernée par un 
empereur, allié 
de Saladin. 



Aveit ja dedenz sa pensée. 
Eht vos la nef oltre passe^, 
E ii reis al vent estriva 

i35o Tant que Dampnedeus Tariva 
Devant Cypre près de la terre 
Que Dampnedeus li fistconquere, 
E trova sa sorur illoques 
E sa gent e s'amie oveques. 

i355 Oiez, sei{fnurs : tantes enjures 
E tanles granz mésaventures, 
Tanz destorbicrs, tantes ententes, 
Tanz délais e tantes atentes. 
Tantes paines, tanz desirers, 

]8Go Tanz assauz e tanz encombriers 
Ot celé terre de Sulie 
Ainz qu'el peust aver aie ! 
Grant doel fud a oes de Tovraine 
De Tcmpereur d'Alemaine 

i365 Qui si i aloit hautement, 
Qui morut si sodeement. 
Grant enjure ot la seinte terre 
En la mort le rei d'Engletere,^ 
Henri le bon qui tant saveit, 

1870 E qui si grant aveir aveit, 
Dont la terre fust sustenue 
E la citié de Sur tenue. 
Trop mesavint al seint reaime 
En la mort le bon rei Guillame, 

1875 Qui meinte foiz la succurut, 

Si fud grant doel quant il munit. 
Mult ot li règnes escheeites 
D'ensi mescheanz mescheeites; 
Mais rien ne Taveit tant gregiee, 

i38o Destorbee ne delaiee 

CiUm un ille près de Sulie : 
Ço estoit Cipre la bien garnie, 
Qui mult la solcit soslenir 



E lors n'en osoit riens venir; 

i385 Ke il i maneit un tirant 

Qui mult aloit a mal tirant. 
Plus traiter e plus félon 
De Judas ou de Guenelon. 
De Salahadin icrt privez , 

1890 E cristiens ot eschivez, 

E si diseit Tem sanz dotance 
Qu'il aveient por aliance 
Li uns de l'autre sanc beu, 
E si fud puis de veir seu. 

1895 Issi se fist empereur, 

Nel fist pas, mais empeireur: 
Car sei meismes empeirot; 
Onques qu'il peust ne finot 
De mal faire e de porchacer 

1/100 E des cristiens Deu chacier. 
Hloc ot treis nés pecheiees 
Del rei Richard, de ses maisnees. 
Cil qui estorstrent del péril, 
Qui crent tornd a essil, 

i/iof) A icels fist lor armes rendre, 
Puis les fist il trair e prendre, 
Por ço qu'il lur asseura 
La seurté ki poi durra, 
Kar assaillir les fist aneire 

i/iio Cil qui point ne fesoit a creire; 
Mais cil si bien se défendirent 
Que lor maltalenz lor vendirent 
Od seul treis arcs que ii aveient, 
Dont li Grifon mot ne savaient. 

1/11 5 La ert Ilodiers de Herdecort, 
Compainz le rei e de sa cort, 
Ki sur une ywe recreue 
I ot tost lor gent descreue; 
E Guillames del Bois Normant, 

i/iao Li bons archiers, aleit traiant. 



Fol. 1 1 6. 

Itinertuium Ri 
cturéi. 11, XXI. 

Noufrage il 
aventure de Ra- 
dier d^Haroourt 
et de Guillaumr 
du Bois • Nor- 
mand. 



]3/i8 nef ja 0. — i35o Dampoeus — i358 E lanz — i36o e manque — i36a ele — i363 tel ouerainc 

— i365 i manque — 1875 siircurut — 1877 mesdieeites — 1879 gurgiee — i384 iores — 1898 Luns — 
1896 empereur — 1899 de manque — 1 Aos des ses m. — 1/108 cslordirent — 1 hob arncs — 1606 il iiiiiji^im 

— 1 608 seinte *- t A i o acrooirc — i /i 1 1 cil qui si — i& 1 8 quil — 1 /i 1 5 rodes 



3. 



39 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



iO 



lliticrarium lii- 
etitdi, Il , util. 



Qui fereit devant e deriere, 
Si ert plus cremuz que n'est periere . . . 
Si que veiant cels s'en alerent, 
Jusqu'as dromonz ki al port erent 
l'iaT) Ou la reine estoit venue. 
La ot grant bataille tenue; 
Mais bien le firent li prison. 
Quant li reis sot la mesprison, 
Qui s'esteit al port arestez 
u ««riir ft ij j ,^^Q u g^,g homes sot tempestez, 

l:anr«e lie Ri- > 

.iiarJ tniji m Vit Ic dromont de sa sorur 

i„il,b. Qui Talendeit en grant freor. 

Vit la rive tote coverte 
De la gi*ezesche genl colverle, 

i'i35 Peors Sarazins ne voltqucrrc : 
Si se fist treire vers la terre 
Foi. 1 1 c. Que li tiranz quida défendre, 

Qui le preu rei n'osa a tendre. 
Par un lundi la matinée 
RidiHni «eut iV'io Aveit Deus ToTre destinée 

Qu'il voleit que li rois feist^ 
E que les perilliez queist, 
E que sa suror delivrast, 
E que s'amie aillors menasl. 

] Vj5 Chascone baeit la jornec 
Que ele esteit iloc tornee, 
Car Temporelles les eusl 
Ambesdous prises s'il peusl. 
Le port que li reis voleit prendre, 

1600 Assez fud qui lui volt défendre; 
Kar i'empereres i esteit, 
Qui desor la rive s'esleit 
Od tant de gent comm pot mander 
Par aveir e par comander. 

1/1 55 E li reis prist un messagier, 
àSi le fist a tere nagier, 
A l'empereur l'envoia 



t • 



uegocier avrc 
i'empcieur de 
Chypre. 



E corteisemeni lui proia 

Qu'il rendist l'aveir as prisons, 
]/iGo E adresçast les mesprisoDS 

Qu'il ot faites as pèlerins , 

Dont fist plorer meins orphenins. 

Cil ot eschar del messagier 

Si grant jusqu'à sei enragier, 
1/105 Si ne pot pas aleinprer s'ire, 

Ainz dist al messagier: 9 Tproupt, sire I « ^ 

N'onques plus bel ne volt respondre, mr. 

Ainz comença d'eschar a grandre. 

Cil mut ariere isnelement, 
1/170 Si redist al rei bêlement ; 

IjO rei oi le mot huntus. 

Si dist a ses genz : cr Armez vusl^ 

E il si firent erraiment , Foi. 

E si n'i mistrent pas grantment. 
]/j75 Esbargetes de lor enekes 

Les covint mètre armez illoques. 

La entra des bons chevalers 

E de hardizarbalestiers; 

E cil ravoient arbalestes 
1/180 E lor genz as rivages prestes, 

E si aveient cinc galees 

Qui esteient tôles armées; 

Mais quant virent noz armearcs, 

Pol furent puis lor genz seares. 
i'j85 En la vile de Limeçon, nid 

Ou mut Tassait e la tençon, 

N'aveit remis buis ne fenestre 

Ne riens que nuisance puise estre, 

Tunel ne tone, escu ne large, 
1/190 Ne viclz galee ne vielz barge. 

Ne fust ne planche ne degrë, 

Qu'il i aportoient de grë, 

Qu'il n'adresçassent el rivage 

Por faire as pèlerins damage; * 



IJnr 



I&99 q. niert periee -^ IÂ93 plusiew'» ten omii — ihah Jusquas port -^ l&3o set t. — i/k3S vell — 
1&38 Que, pr. le r. — i&&5 haiet — 1&&6 Quele — i^&g iieit — i45o velt — t&5-j ter — i46t meint 
— 1 466 Irop — 1 467 YcU — 1 476 En b. — 1 '178 arblatUert — 1 '179 arblastos — 1489 Tone ne lunel 



kZ 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



kk 



Car il orent tut cngurdi 

E deboistië e esturdi 

D'un mois qu'orent en mer esté 

E sanz jesir toz jorz esté. 
1575 Sanz plus de sejor qu'il eussent, 

Que par raison aveir deussent, 
' I monta li reis el demain , 

Ki la chose aveit prise en main. 

Illooc en une olivereie, 
i58o Assez pres dejoste une voie, 
Fol. 1-2 c. Aveit de Grius od lur bancres 

E od penuncels de manières; 

E li reis les en fist chacier : 

El chief se mist Telme d'acier, 
i585 E les sivi gi'ant aleure. 

La veissiez preuz gent seurel 

Cil devant bien les enchacerent : 

Cil fuirent e cil chacerent, 

Tant que noz genz les granz ostz viren l ; 
1690 Cil chacerent e cil fuirent, 

E il donques si s'aresterent ; 

Cist chacerent e cil huèrent, 

E tel noise e tel cri i firent 

(Ço contèrent cil qui Toirenl) 
1 595 Que Tempereres de sa tente 

Les oi , a la meie entente , 

De plus de mi liuue de terre. 

liloc s'ert retraiz por la guerre , 

La aveit digne e dormi , 
1600 Mais forment furent estormi. 

Lors monta e ses genz montèrent 

E les montaignes sormonterent, 

Por veer que lur gent fereient, 

Que riens fors traire ne savoient: 
i6o5 Toz jorz tomoent e huoent, 

E noz genz ne se remuoent. 

La vint al rei uns clers armez, 

Huge de la Mare erl nomez, 

1671 desgurdi — 1579 oliuerie — i586 se manque — 

— 1 598 sest — 1 6o3 freient — 1606 remoucnl — 1C07 

— iGflj c. hobe sor la loue — i638 e manque 



Qui par conseil lui ala dire 

1610 E lui dist : trAlez vos en, sire : 
crll ont grant gent a desmesure. « 
rr Sire clers, de vostre escripture,^» 
Dist H reis, rvos entremetes, 
(tE de la presse vos jetei; 

1 G 1 5 <r Laissiez nos la chevalerie , 
«rPor Deu e por seinte Marie !u 
E cil e autre lui disofent 
Por la grant gent que il veoîent, 
N'il n'erent pas plus de quarante 

iGao Chevaliers, ou al plus cinquante, 
Ovec le roi a icele hore; 
E li preuz reis lor conit sore, 
Qu'aine plus n'i ala ateodant : 
Plus tosl c'une foudre fondant, 

1G25 Joint com hoberels sor Taloue 

(Qui la pointe veit, mult la loue), 
S'i feri très parmi la presse 
De la greszesche gent engresse , 
Si que toz les descunreia 

iG3o A force, e tels les conreia 
C'uns a autre ne se teneit, 
Dementers que sa gent veneit; 
E des que il crurent e il vîndrent. 
Tant en oscistrent et retindrent, 

iG35 Sanz cels qui fuirent a honte. 

Que nuls ne soit des morz le conte; 
Car cil qui avoient chevals 
S'en fuirent e monz e vais, 
E la gent de pië, la menue, 

16/10 Fud tote morte ou retenue. 
Foil fu li estorz e pesanz : 
Tant veissiez chevals gisanz, 
Haubers e espees e lances 
E penoncels e conisances: 

iGA5 Trebuchoent cheval e some. 
L'emperere vit que si home 

i586 genz e seure — i588 fuient — 1893 î mon^ice 
V. a itii — 1618 quil — 16a a cort — 16a 4 fendant 



45 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



/i6 



Noz gcnz ne sofierreient mie, 
E toz jorz cresoit nostre aie, 
Si s'en fui a la montaine 

] 65o E sa genl hermine e grifaine : 
A plein lor leissouent la terre. 
Quant Richarz, li rcis d'Engleterre , 
3 a. Aparçut que il s'en fuieient 

E que lor gent lor guerpisoient, 

]G55 Celui qui portoit la baniere 
L'empereur en tel manière 
Feri li reis qu*il gaigua 
La baniere, c si comanda 
Que ele fust muit bien guardee. 

i6<)o Lors vit lor gent si reusec 
E fuir s'en corne tempeste^ 
Sanglent meint cors e meinle teste, 
E qu'il n'en feist mes nul sivre , 
Car nés peust pas aconsivre 

iGG5 E que dous Hues iert durez 

L'enchauz de noz Francs adurez. 
Si s'en revint son petit pas, 
^•icp iMais serjant ne fmouent pas , 

Ainçois pristrent de la vessele 

1670 Tant, d'or et d'argent, riche e bêle, 
Que li emperere ot laissiee 
La ou sa tente fud fichée. 
Son herneis e son lit demeine, 
E dras de seie e dras en graine, 

1675 E chevals e muls si chargiez 
Come si ço fust uns marchiez, 
Haubers e helmes e espeeç 
Que li Grifon eurent getees, 
Bues e vaches e pors e cbievres, 

1680 Trop isneles e trop enrievres, 
Motons e berbiz e aignels, 
Iwes e polains gras e biaus. 
Chapons e gelines e cos 
E cras muiez chargiez les dos 



^nr. 



]685 De bones coites bien paipointes 
E de robes bêles e coin tes, 
E bons chevals qui plus valeient 
Que li nostre qui las cstcient; 
E si pristi^ent son drugcman , 

1G90 Que jo oi apeler Johan, 

E tanz (irifons c tanz Hennins 
Qu'il encombroient les chemins, 
Tanz bons vins c tante vitaille 
Que nuls n'en set conte ne taille; 

1695 E li reis fist un ban crier 
Que sauf venir e sauf aler 
Peusscnt les genz de la terre, 
Tut cil qui ne voleient guerre, 
E cil qui la pais ne voloient 

1700 Pais ne triuues de lui n'avreient. 
Le samedi de la semaine 
Que li Grifon orent tel paioe 
Vint a Limeçon treis galees 
Ki de Cipre esteient lornees, 

1705 U li reis de Jérusalem 

Esteit, ke mult csgarda l'em. 
C'iert li reis Guis de Lizegnan 
Qui ot tante peine e ahan 
For la terre Deu sustenir 

1710 Kc il l'en conveneit venir; 
Car li reis de France voleit, 
Dont li cuers del cors lui doleil, 
A sa persone tant mesfaire 
Qu'il voleit del marchis rei faire; 

1715 E por ço guerpi Qt la lerve 
E veneit al rei d'Engletere, 
Qu'il l'en aidast a meintenir. 
Li reis ama mult son venir 
E si aia encontre aneire; 

1720 E si poez saveir e creire 
Qu'il le reçut bon curage, 
Car il ert de mult grant lignage 



l'oL 1 3 6 . 



Itinerarium Ri- 
• rirc/i, ll,ixiJT. 

Arritëc II Chy- 
pre da roi Gai de 



16A7 soffreieDt — i653 quil — i656 Lemperur en lele — 1667 ai qiiil — 1660 Lores — 1O71 leinperrur 
— 1675 £ manque — 1676 Com — 1680 isnels — i685 6 b. c bones p. — 1693 Et. — 1700 aaereienl — 
1 703 Vindrent — 1 706 ki — 1 71 Kil — 1713 cors de lui — 1 7 1 5 ol manque 



47 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



«8 



ivngiTi'. 



E IiautemcDt enparcntez. 
Qu'iloc estait ses parcniez. 
Fol. i3 r. 1735 Si n*ert il mie aparissant 

Que de petit fusent eissant. 
Li rois lui fist joie plenere 
E honor en meinte manière 
E lui dona de son avoir 
1730 (Si fist corteisie e savoir), 

Que Tem preisa deus mile mars 
(Ço ne fu mie dons cschars), 
E vint copes de son trésor, 
Si furent les deus de fin or. 
itûvranymiti' i-jHo E Teudemain la matinée 
:ioa^ ije iti- l*ud la damoisele esposee 

ri,«ni cl a. ne. E corunee a Limeçon , 

La belc, od la clere façon, 

La plus sage feme a devise 

17^10 Que Tem trovast en nule guise. 

Eth vos que li rets fud en glorie 

E en joie de sa vittorie, 

E de ço qu'il s'iert mariez 

A celé cui il s'iert fiez. 

hrnxétdnsa- f]fto Eth VOS SOS gualeos venues, 
^iTt a roi. Q^^ y ^^^jj ^^j atendues : 

Si bien armées e guarnics. 
Ne veimes tels en noz vies; 
Les cinc ovec acompaigniees, 

1750 Qui illoc furent guaignees : 
Od les autres de par les porz. 
Dont il ot puis toz les desporz. 
En ot armées bien quarante , 
Qui d'autres valoicnt cinquante; 

1753 Dont puis prist la nef meneillose 
Ou tant ot gent bataillerose 
Qui furent a uit cent esmë, 
Turc e Persant, non pas cresmd; 
Sin fud li reis plus esbaudiz 



17G0 Sor Grius e sor Hennins maudiz. 
Lors fist son ost apariller 
E ses guaites par nuit veiller 
Por aler l'empereur qiiere 
E prendre le en mi sa terre. 

1765 Après celé descomfiture 
U li Greu eurent tel iaidure 
lert Temperere a Nicosie , 
E il e sa grant conpainie. 
Irriez, dolenz e esperduz 

1770 De ses homes qu'il ot perduz, 
E qu'il aveit este chaciez : 
De ço n'estoit pas solaciez; 
Mais trop hiert haiz en sa terre , 
Si cremoit le rei d'Engletere, 

1770 E lors lui manda pariement 
Por faire lui adrescement , 
E lui manda qu'a lui vendreit 
E que Haute li tendreit 
E menreit en sa compaignie 

1780 Cinc cenz homes jusqu^en Sulic, 
Tôt a cheval al Deu servise , 
E fereit tut a sa devise; 
E si fud en la covenance. 
Que li reis ne fusten dotance, 

1785 Ses chastels a baillier en guages 
E toz ses riches héritages, 
E por les pertes de sa gent 
Trei mile cinc cent mars d'ai^nt, 
E s'il le servist adeceries 

1790 Si reust sa terre en désertes. 
Li reis graa le parlement 
E l'empereres ensement. 
Le parlement aterminerent 
D*ambes parz e aine ne finerent; 

1795 Si fud en une figueroie 
Entre la marine e la voie 



Fol 

h 



4c 



Fol 



173'! Qui c iioc csteit aparentez — 17^5 Co erenl li mieks — 1763 A celé quil sert — S74& E de co qui! 
— 1746 Quil — 1768 vit lem — 1761 Lores — 1768 lempenir — 1766 icele — 1767 lanpereres — 
1768 (jurant manque — 1769 I. éd. — 1776 lorea — 1779 menereit — 178a frdt — 1790 ses terres — 
1790 n|;iiroic 



&9 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



50 



Bichaixl con- 
sulte tes compa- 
gnon». 



L'empereur de 
Chypre et le roi 
Richard font la 
paix. 



¥oL ih h. 



ItUmwmmJU' 
i. 11, iiiTiii. 



De Limeçon, si com me semble, 

E les sucs iloc ensemble, 

E furent les choses retraites 
1800 Assez mielz que ne furent faites. 
Li reis apela ses maisnees 

E de ses genz plus enraisnees; 

Lors dist a cels qui li erent, 

Qui tele pais mull désirèrent : 
i8o5 rrScignors, vos estes ma main désire: 

ïf Veez si ceste pais puet estre; 

fr Gardez que vostre benors i gise 

ff E que ja de rien n'i desfise; 

T Car s'el vos plaist el sera faite, 
1810 (tU remise s'el vos deshaite.?) 

{rSire,'î distrenl, trele nos grée, 

^ E tel pais nos est honorée, y* 

Arieres sunt tost revenu 

E furent a la pais tenu , 
i8i5 E Tempereres eralment 

Jura al rei le sairement 

E Ten asseura illoques 

E Ten baisa a fei oveques; 

E li reis s'en revint a Tost 
i8ao Qui près esteit, si i fud tost. 

Lors comanda sanz plus atentes 

Que l'em charjast treis riches tentes, 

Qu il prist od la desconfiture 

Des Grifons de maie nature 
1895 (L'empereur furent demaine 

E si esteient de fustaine), 

E riche vaissele a plentë; 

Si Tenveia par grant chierlë 

A Tempereur, qui fist prendre 
i8do La veisseie, e les tentes rendre 

En icele place meismes 

Del parlement dont nos deimes. 
En celé meimes vespree 



Que celé pais fud atempreè 

i835 Aveit ovec l'empereur 
Un chevalier encuseur : 
Païen de Chaiphas ot non; 
Faus iert e fel plus d'un gaignon. 
Cil fist l'empereur entendre 

18/10 Que li reis le volt faire prendre; 
Mais mençonge li fist acroire. 
E li empereres aneire 
Munta en un cheval isnel 
Que il apelouent Fauvel. 

i8/i5 Sor Fauvel s'en torna fuiant 
Cum se il s'alast deduiant, 
E leissa i bernes e tentes. 
Si com hom qui pert ses ententes, 
E deus destriers ignels e forz, 

i85o E il érrot a grant efibrz. 
Li rois sot qu'il en iert fuiz. 
Si ne volt pas qu'il fust siviz. 
Car ne voleit la triuue enfraindre. 
Ni chevals n'i peust ataindre. 

i855 Mais quant il vit de lui la fuite, 
Nel volt pas del tôt clamer quite , 
Sil cercha par mer e par terre 
E mult s'entremist de lui querre. 
Ses gualees par nuit s'esmurent : 

1860 Par tens a Fomagoce furent; 
Il meismes s'i ala mètre, 
Car mult 8*ea voleit entremetre. 
AI rei de Jérusalem dist 
Que par terre le conduisist, 

]8G5 E qu'il sivist Tempereur, 
Son parjure, son traitor, 
Saveir si ja meis fnat veuB. 
Li reis Guis s'est lors esmeuz; 
A Fomagoce la citié 

1870 Vint en treis jon por vérité, 



L'empereur , 
conaetll^ par 
Paien de Caï* 
pbai , i*enfttit ii 
Ftmagoufte. 



Richard «a pai 
luer à Famn- 
gooale et y en- 
voie par terre le 
roi Gai. 

Fol. 1& C. 



1797 corne — 1809 sele, ele — 1810 sde — 181s iele — 1817 E le a. — 1890 i «mm^— 1891 Loret 

— 1 8«à De grifon — i8s5 Lemperur — 1 807 v. e a — 18S9 lempcrur qui! feiât — 1 833 icele — 1839 !em- 
peror — i84o ueit, pendre — i8/ia lempereres — iHhh Qail — 18A6 til — 18S9 oeil — i856 Si nel uell 

— 1869 parla nuit — 18G0 E par— i8()t i nuiiifiM — 1869 te y. — tM8 lores 

A 



51 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



53 






Donl ks gna sVa ereot alecs. 
La vint ii reîs o «es gualees; 
A ses gualees fisi guaiter 
Tox les pon e eschelgaiUer« 

i$75 Que cil aler ne sVn peust 
Par mer qu*enconlre ni eu:>t; 
E furent par treis jon itloques 
Puis qu'il |iarlireol des enekes. 
LVèfw .àf llloc en eeie demorance 

p^wi 4» ]ii^« tSSo Yindreot dou mcsssagier de France, 

DnHie de Meslo« ço me semble « 
LVvesque de Bîavex ensemble* 
Qui TeneienI basier le rei 
E le bastooenl a desn^i 

iSS5 Dealer a Acn» isneiemeol; 

Car U reîs de France allnnuent 
Va^saudrat ja en nui endreit 
Devant çi> que U i \eudreil. 
Mult Tangutâserent e hasterent, 

iS^o E en hastant le ramponerent. 
Tant que H reê se coreça 
E les sumb anoat dre$ça, 
E î ol lek paroles dites 
Qui ne deÀveot pas esire eseriles;. 

t>^ Mais cil por nient le basiouent. 
Les paroles en lain guastouent « 
llar Ii IV» s'esleit mult haslei^ 
E si a^eit ks Grins tdkrtei 
Q«e se betmgoasi a S«lie« 

;4N Por deoù Taveirde iW$sie« 
Q«e Cyp«e ne fiul sa sojette« 
Isie qui tant «iaMie jeile. 
Vil ne la de^fiMHt p» sanx prt>e 
La&iiier de^«nt qpi^îl Teii»! prèe. 
Por ço càl basier le veneteat « 
Qui en jranl estai Tea teaeteaL 
\nom nHil donc • s'fWl banie 
\ aler dretl ^ers Nîctx»e. 



I^t:t W MlWfg t^t^ «HBièMOmt — 19:17 LdCf» — t^«5 ft «fat ftt 



M. \'i •/. 



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X^kiUH 



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La porta chescon sa vitaille 

1910 E lot son conrei de bataille; 
Kar lempereres le guaitol , 
Qui près d'iloc se recetot. 
Li reis fesoit la guarde riere 
Qu'il n'i perdissent par deriere, 

191 j E rem|>ereres soudemeut 
Sailli de son enbuchemeut» 
E bien set cent de sa maisnee. 
Qui coardise avoit feisnee : 
A lavant garde alerent traira « 

1910 E il les leisserent atraire. 
Lemperere vint costeiaut, 
Com Turcoples en berdeiant , 
Tant qu'il vint a la riere garde. 
Dont li rois Ricbarz esteit guarde, 

19^3 E cil traist a lui dous saietes 
Entuchiees en desbeites. 
Lors poinst li reîs, si desrenga. 
E |[H>r un poi ne se venga 
De Temperenr sanx buntez; 

t«>3o Mais il ert en Fauvel montei, 
ki le porlol de tel randon 
Cume cerf qui cort a bandon 
Dreit a son cbasiel a Candaire, 
Toi pleins de doel e de contraire. 

193^ Li rets toma vers Nicosie, 

Quant il fit que nel preadietl nue: 
Mais niH gcni eurent gaaignié 
De bons cbevals, e mabaignic 
Des Grifetts e pris a plenlé^ 

i^U Qui trop aveient Toul teolê. 
Après le roi lindrent la role« 
Si n'orenl puis gvarde ne dote. 
A Nicoi^ie al matin ^riadre»!; 
Onques U boi^pn» ne w tiadroit : 

t a'ô De totes pan al ra veneicnt 
E a drett se^nor le teoetenl. 



1.A 






55 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



56 



Fol. 1 5 ^. 



LVopcrrar 
«wuliaplorerla 



Fol. 1 6 a. 

ttMermrmm ffs- 
cmii. II, lu. 



Qu*il ama plus que rien WvaDt, 
Iço Fala malt aviVant 

90^5 De fere pais a tel mescbief 
Com il poreit Tenir a cbief. 
Mescbief Tu ço trop maleeit 
De itels chastels com il aveil 
E de si faite manantise, 

so3o Qu'il leissa par recreantise; 
Mais ço Taveit mort e pleisië 
Que tuit li soen Torent laissié. 
Faire Testut : plus n*atendi. 
De Cbandaire jus descendis 

9o35 Si sala al rei Richart rendre. 
Dont ne se quidot pas défendre, 
E li manda aiuz qu'il venisi 
Que pitië de lui li preist, 
E quen sa merci tut rendroit, 

90^0 Si que riens ne lui remandreit. 
Terre ne chastel ne maison , 
Mais por s'onur e por raison 
Seul tant d'espairgne lui feist 
Qu'en fers n'en liens nel meist : 

90^5 Ne il nel fist, por cri de gent, 
Ainz le mist en boies d'argent. 
Devant le rei humiliant 
Vint a genoilz merci criant, 
E li reis vit que ço ert a certes, 

9o5o E vit ses mescbiefs e ses pertes 
E que Deus voleit cel affaire, 
E cil qui nel poeit plus faire; 
Lors Yolt celé of raigne achever. 
Si fist l'empereur lever 

9o55 E dejoste lui aseeir, 
Si li fist sa fille veeir. 
Quant il la vit, si fud plus liez 
Que s'il tenist Deu par les piez; 
Cent foiz la baisa en plorant. 

9o6o Que ireie jo plus demuraut? 



En quinze jorz, que jo ne mente. 
Puis que Deus i ot mis s'entente, 
()t il Cipre sue quitee 
Si qu'el fud de Frans habitée. 

9of)5 Quant li rois ot Cypre en demaine 
Pris a oes Deu, a bone estraine. 
Les cbastels e les fermetez 
Dont il ot les G ri us ors getez. 
Les tors trova totes guamies 

9070 De trésors e de mananties. 
De poz d'argent e de chalderes 
E de cuves granz e plenieres. 
De copes d'or e d'escueles, 
D'esperons, de frains e de seles, 

9070 De riches pieres precioses 
Contre enfermel^ verluuses. 
De dras d'escharlele e de seio 
(Ne vei tels en liu ou jo seie), 
E de totes autres richesces 

9080 Qui apartienenta hautesces: 
Ço conquist le rei d'Engleterc 
A ues Deu, de mètre en sa terre. 
A Lime^n l'ost envoia 
E a ses compaignons proia 

9 08 3 De son navire e d'els haster, 
Sanz nu le rien de tens guaster, 
E fist guarder l'empereur 
Al rei Guion le poigneur; 
E sa fille, qui mult ert bêle 

9090 E tosette jofne pucele, 
Fist enveier a la reine 
Por enseigner e por doctrine. 
E donc s'en toma l'ost atant 
Tôt dreit a l'estorie bâtant, 

9095 Si s'atomerent e chargèrent 

E quant qu'il porent s'avancèrent : 

Es enekes se recoillirent, 

E siglerent quant lor tens virent , 



Itîebanl, 

ipni^ «le rn*. 



HickarJ (ail 
fairr à Likm» 

«lêpaii. 



rmrS, II, x\m. 
Fol. I 6 b. 



9095 fare — 9097 maleit — 9o3o creantise — 9oâ3 cspaugne — 9o4o Nil — 9069 vil moit^ — 
9o5i E manque — 9o53 Lares aelt c. oaeraigne — 9069 d. mist — 9079 cunez — 9078 v. nah tels en nuliii 
oti — 9087 iempenir — 9099 E por — 9097 se tnoii^ 



57 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



38 



Ricbanl quitte 
Chypre. 

Fol. 16 C. 



E les reines en menèrent 

sioo E les dromonz que iiloc errent; 
E li reis leissa en la terre 
Tels genz qui saveient de guerre , 
Cels qui enveierent vi tailles. 
Orges, formenz, mutons, almaillcs, 

sio5 Dont la terre esteit bien garnie, 
Ki granz lius tindrent en Sulie. 

Eth vos noveles aportecs 
Par mer al rei e recontees. 
Que la citié d'Acre ert emprise 

ai 10 A prendre, e qu'elesereit prise 
Ançois qu'il i peust venir. 
frJa ne doie ice avenir, 'j 
Dist il, (rque nul la peusse prendre 
Sanz moi! 7) Lors ne volt plus atendre 

ai i5 Fors tant que compaignon venissent 
Qui compaignie lui feissent. 

Fors ne sai quanz s'en entremistrent. 

A Fomagoce entra en mer 
aiao E fist ses gualees armer; 

Si s'en entra en une beie. 

Merveilles grant, fort e isnele. 

De guallees si meneilluses 

E de genz si bateilleruses 
aia5 N'ad suz ciel ne port ne entrée 

Que mult n'en fust espocntee. 

Eth vos les gualees meues, 

Que totes erent esleues , 

Le rei devant, ço iert sa custumc, 
ai3o Sain e legier com une plume; 

Si tost come correit uns cerfs 

Traversa la mer en travers. 

Lores vit Margat, la costiere 

De la terre Deu dreiturere , 



31 35 E après Margat vitTortuse 

Qui resiet sor mer turmentuse, 
E Tripe e Infré e Botron 
Trespassa tut eu un randon , 
E après si vit Gibelet 

at/îo E la tur sus el chastelet. 

Devant Saete, enturBarut, 
Une nef al rei aparut, 
Plaine des genz Salahadin : 
Chargie fud par Saffadin, 

2i^i5 Qui l'ot des meillors Turs garnie 
Qu'il pot trover en paenie. 
En Acre ne porent torner. 
Si n'orent fait fors relorner 
Tant que il venissent en aise; 

ai5o Mais lor entente fud malvaise. 
Li rois Gst sachier e empaindre 
[Sa galee pur eus ateindre]; 
La nef vit quant il Tôt atainte 
Grant et large e de haute ateinte : 

ai 55 De freis hauz mastz esteit mastee. 
Ne scmbloit pas ovre hastee. 
De vert feutre Forent coverle 
De l'une part la gent culverte; 
L'aulre coslé rorent covert 

a 160 D'un feutre jaune li colvert. 
La nef virent si acesmee 
Com si ço fust ovre de fee, 
E si plaine de guamesture 
Que n'en iert nombre ne mesure; 

ai 65 Si reconta cil quil saveit, 
Ki a Barut este aveit 
Quant celé nef i fud chargée 
Qui a honte fud deschargee. 
Qu'il vit porter cent chamelees 

9170 De bones armes afilees. 



Prise d*un ua- 
\îre lorc qui al- 
loit aa scroow 
«fAcre. 



Fol. I Or/. 



a 1 o3 Cil — 9107 Ethe — 911/1 lores ne veit — a 1 1 5 qae si c. — 9117 matiq^ un vtn — 9 1 1 8 en manque 
— 9196 gent si combaieilleruses — 91 95 nentrcc — 9197 espontee — aiaS e. bien c. — 9i3i com coreil 
— '9i33 Lors — 91 35 a. vil m. — 9187 E manque — ^ihh saiïaadin — 9169 quil — 9i5i «taindro — 
91 59 ver$ i^'ùuté par une main pluê récente — 91 58 laulre — 9159-60 iniervertii — 9160 Dun oncre — 
9169 Come — 9 1 67 n. qui f. — 9 1 70 a. bien a. 



59 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



60 



Arcs, pilez, quarels, arbalesles 
A torz, rueles, a main prestes, 
E uit cenz Turcs toz esleuz 
Que diable eurent esmeuz, 

Q175 E grani guamesture e vitaille 
Qu*il n en estuet conte ne taille, 
E de feu grezeis en violes, 
Tant qu'il en erent granz paroles; 
E si erent en la nef mises 

3t8o Dous cenz serpenz laides e grises 
(Ce conte Testoire e la letre 
E cil quis i aida a mètre), 
Qu'il deurent leissicr en Tost currc 
A la nostre gent faire encurre. 

91 85 La gualee les aproça, 

Si que près ne les atocba; 
Li galiot les saluèrent. 
Qui ne saveientqui il erent, 
E demandèrent dont venoient 

3190 E de quel seignur il tenoient. 
Cil eurent latimer franceis, 
Si distrent qu'il erent Engleis 
E voleient aler a Sur. 
Atant lor vint un vent d'Arsur 

2195 Quis esloigna delà gualee; 
Uns galioz ot acertee 
Fol. 17 a. La nef et cels qui enz estoient 

Que volenlers d'eb partiroient. 
Cil dist al roi : crSire, entendez, 

9 300 trSi me desfaites ou pendez 

fr Se cele nef n'est nef des Turs. d 
Li reis dist : «r Es tu en seurs?^ 
(tOil, sire, seurement. 
trEnvoez i delivrement 

99o5 tr Apres els une autre gualee, 
(tE si ne seit pas saluée 
(rLor genz, si verez qu'il feront 
«E de quel créance il seront. ^ 

9171 arbelasiet — 2179 A toi cnieles — 9173 toz 
9188 qui! — 919a uient — 9195 Qui les — 9197 laeni 
— 9908 qnelc — 991 3 arblastes — 9996 Nil— 9996 



Li reis comanda : cil alerent 

9910 A cels, mais pas nés saluèrent, 
E cil comencerent a traire, 
Qui n aveient a cels que faire , 
D'arcs de Damas e d'arbalestes. 
Li reîa fud près e ses geni prestes, 

991 5 Qui durement les assaillirent 

Quant a noi genz traire les virent; 
E cil trop bien se defendoient, 
Descordoient e destendoient 
Plus menu que ne vole gresle. 

3 390 D'ambes parz eurent pelle mesle; 
La nef errot de poi de vent 
E il l'ateignouent sovent. 
Mais n'i osouent pas munter 
Ne il nés porent surmonter. 

9395 Li rois jura illoc endreit 

Son sairement que il pendreit 
Les galioz s'il se laschoient 
Ne se li Turc lor eschapoient : 
Cil saillirent come tempeste, 

933o Si se plungierent cors e teste. 
Par de soz la nef trespasserent 
E repairerent e râlèrent : 
As governels liierent cordes 
De la nef as genz vils e ordes, 

9935 Por els destorber e plaisier 
E por la nef plus abaissier. 
Tant rampèrent e s'avancèrent 
Que dedenz la nef se lancèrent. 
Cil les corurent detrenchier, 

99&0 Qui ne furent pas esclenchier: 
En la nef a force montèrent 
Cil qui de tel chose sage erent, 
E il trenchouent pies e poini, 
E les grevouent en toi poins. 

9365 Li galiot les 

De si qu'ai port les enchacierent; 

mon^iif — 9i83 detuseot — 9t8à A la g. deu f. — 
•— 9901 Se et n' iiupi^tMtil — 9909 est — 9^07 fipOBt 
quil prendreil — 9999 coin — 99^5 les endiacorsat 



FoLi 





^H 


RI L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 62 


^^^H 


E cil duremeal recovrerent. 


aaSÔ A Sulabadin le mandèrent, 


^^^^1 


Qui de le mort se redolerent : 


Kar kié e dolent en erenl. 


^^H 


E monlouent par establies, 






sïûo Si corn elserent establies, 


Treis feii tira sa barbe d'ire; 


^^^^^H 


Noveles goDi mult bien armées 


Lors dist que persone espei-duc : 


^^^^H 


D'armeures trop acesmees : 


aîflo >rDeus! 01-e ai ge Acre perdue 


^^^^^^1 


D'aiiibes dous paiz se combatoîenl 


tE mes geni, dont jo ère asseur. 


^^^^^^1 


Si qu'en la ner s' en Ira ba loi en U 


■rTrop m'avez doiië mai eurl'n 


^^^^^1 


aiGT) Li Saraziu laot s'esforciereut 


Eu l'ost des paens tel doel Krent, 


^^^^^1 


Que Jes galtoi eucliaciereiiL 


Ço contèrent cil qui ço virent. 


^^^^^M 


Li galiotsei-ecoillii-ent 


aay'. Que li Turc lor Iresces trcnchoueni 


j^^^^^H 


Es gaiees, si rasaillirciil ; 


E lor vestemenz docirouenl 


^^^^^H 


Ë li rcis lor disl qu'il Imrtasseat 


Por ço qu'en la nef iert perie 


^^^^^H 


siGo La nef lanl 4]ue il l'en fond ras eu t. 


Lor amor e lor seignorie. 


^^^^^H 


, Cil s'ealeisaerent, si hurlèrent 


Quant li reis ol la fort nef prise 




Tant qu'on plusoi-s lins l'enfondrerent : 


33oo E a force la geut conquise. 




Par l'esfondre M afondee. 


A Acre esteit sis desiriers, 


Elli vos la bataille lînee, 


Si s'i traioit mult volenlers. 


^^^^M 


saCâ E Sarazins o défaillir 


Ses galies tote» rengees 


^^^^^Ê 


E dis e dis en mer saiilii'. 


Qui de la nef serent vengées. 


^^^^H 


Kol. 17 e. Cliescons se penoit del tuer. 


i3a5 Si com il erroït e s'cstoire 


^^^^^^H 


La ïeissiez fiers copa ruer 


Li tramist Deus un veut de boire; 


^^^^^H 


Que li reis Richarï i mot. 


Il haitiez e sa ^nt liaîtie 


^^^^^1 


9J70 E les ociet e tuol. 


Jut devant Sor cela nuitie; 


^^^^H 


E en retint, ço m'est avis, 


Al matin vit Caudalion 


^^^^^1 


Trente e cinc qu'il fisl guarder vis. 


i3io Le preuz reis, le quor de lion. 


^^^^^1 


Admiralï e engineors 


E trespassa Casel luiLert. 


^^^^^M 


Qui saveienl d'engins plusors. 


Lors si vit Acre a dfseovcrl. 


^^^^^M 


3175 E li autre Turent nei^. 


E la flur de la gent del monde 


^^^^^^1 


Turc e Persant e rcneië. 


Seoir entur a la reonde. 


^^^^^1 


Se Tusl en Acre la nef mise, 


i3i5 E vit les puiï e les moulainea 


^^^^^1 


Ja meis ne fusl la citié prise, 


E les valees e les plaiues 


l^^^^^M 


Tant eust porté de défense; 


Covertes de très e de tentes 


^^^^^M 


niHo Mais ço fist Deus qui des suens pense, 


E de f>euz qui a lor ententes 


^^^^^M 


E li bons forx reis d'Eogletcre 


r.revoient la cristienlé, 


^^^^^1 


Qui ert avealurus de guère. 


a3ïo E si erent trop grant pienté; 


^^^^^1 


Li Sarazin de la montaigne 


Vit les lentes Salabadin, 


^^1 


Eurent veue cete ovraigne : 


E les son frère Snphadîn, 


^H 


aiâo elcs êtes e. — 3353 dont uonf m — itGo qu 


9 Lor« — «3o8 iode — ii3it Lores — «3.3 (M, 


^^^M 


ouenigrie — si,85 «Udin — 1187 Hlailii» — tt 


del — a3i7C Jwlurae 


3 



63 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



6i 



Fol. 180. 



UiHerarium Hi- 
eurdi, III , 11. 

Magnifique ré- 
repUon faite à 
nirhard. 



Si près de nostre ost cristiane 
Que trop Tempressoit la paainc; 

33a5 E Quahadin d'autre partie, 
Li seneschals de paianie, 
Gardoit la marine e la terre 
E près de Tost fesoit grant guerre, 
Sovent lor feseit granz assalz, 

93;{o E trop volenters granz enchalz. 
Li rois esguarda e servit 
E toz jorz porvit e porvit; 
E quant il vint près dcl rivage, 
La veissiez tôt le barnagc 

:>335 De lost après le rei de France 
Venir encontre od desirance, 
E mult ert gent encontre alee. 
A terre eissi de sa gualee; 
La*oissiez trompes tromper 

a3&o Encontre Richartle nonper. 
Tôt li poeples comunement 
Fud liez de son avènement; 
Mais li Turc qui dedenz Acre erent 
De son venir s'espoenterent, 

23 A5 E de ço qu'ot tantes gualees, 
Car lors sorent qu*erent alees 
Lor entrées e lor eissues, 
Por quoi mult genz erent perdues. 
Li dou rei s'entrecomvoierent 

a35o E toz jorz s'entrecosteierent. 
Le rei Richart vint a ses tentes, 
E mist grant paine e granz ententes 
Coment Acre sereit comquise 
E com el sereit plus tost prise. 

9355 Granz fu la joie e la noiz clere, 
N'onques ne cuit que Olz de mère 
Veist si grant e dire Tost 
Come Tom fist del rei en Tost. 
Sonerent timbres e busines , 

ti36o Corns e estives e troines ; 



La veissiez joie pleniere 
De gent de diverse manière, 
E biaus soneiz dire e chançons, 
E vins porter a eschançons 

a365 E bêles copes par les rues 
E as granz genz e as menues; 
Car ç'avoit Tost en joie mise 
Que li reis aveit Cypre prise , 
Dont tant vitaille lor venoît 

3370 Que tote Tost s'en suslenoit. 
Tôt estoient en bon espeir. 
Ço fud un samedi al seir; 
Si ne cuid qu'onques veissiez 
En nul liu ou vos allissiez 

9375 Tanz cirges ne tel luminaire. 
Si que as Turcs de Tost cuntraire 
Estoit avis que la valee 
lert tôle de feu enbrasee; 
E quant il sorent la venue 

938o Del rei dont la feste iert tenue. 
Par semblant lores s'esbaudirent : 
Al matin tôt le val emplirent 
E traioient e herdeioient 
Sor le fosse e hobeloient, 

2385 E fesoient a Tost grant presse 
La felenesse gent engresse. 

Or larrons cest point ci a sivre, 
(Car bien le m'ora aconsivre 
Qui entor moi tant sojorra, 

9390 Quant la matire s'i dorra). 
Des deus reis e de lor venue 
Dont tante parole ai tenue, 
Que jo ai a Acre amenez. 
Ore oiez, e si retenez, 

9395 Que jo Yoil ici mon fil rompre 
E celé matire entrerompre; 
Mais il sera bien renoez 
Ë rathachiez e raloez: 



Fd. 



deB 



9893 Si qae pr. — 9899 grant — 
9359 grant manqué -^ 935^ ele •— 
9396 E i^nz In ID. co eniprompre 



- 933o gr. e chalz — 93d& sesponterent — 9366 lores, que e. 
9358 Com — 9385 ai los t— 9887 ci mtmque — 9896 0. si o. 



■ 


B^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^W^^ï^^^^^^^^^^ 


^H 




65 L'ESTOIRE DE T,A GUERRE SAINTE. 66 


^^^^H 


Fol 


i8 c. Car ii reî vindreDt deicraîn 


Que l'aventure issi curut. 


^^^^1 




a'ioo Al siège, nuu pas preineroiti. 
Si vell AuHROisKs foire entendre 


Guid de Luizeinan golosa 
La runtesse, si i'esposa. 


^^1 




E saveir a cela qui aprendre 


L'emfes fud reis, mais nel fu gaires. 


i^^^^^l 




Levoldront, par com faite enprise 


ihH» Car isei fait Deus ses afaires. 


^^^^^1 




La citié de Acre fod assise; 


Quant de l'enfant fut mescheait, 


^^^^^1 




a'n)5 Kar il n'en aveil rien veu 


EhL vos le rialme escbaieît 


^^^^^^1 




Fors tant coine il en a leu. 


A la dame, ço fud raison. 


^^^^^1 




Or ai orez quels genz l'asislrent 


E par raisonnble acliaison 


^^^^H 




E (]uei hardemeni il eupristrenl. 


l'jfij Se fud li reis Guiscoronez, 


^^M 




Vos m'oistes conter o dire. 


Dont puis fu meinl grant cop douez. 


^H 




>!;o Encore Tait bien a redire, 


Entre le fans conte Baenioot 


L. 0.01» R..- ^^1 




El coineDcement de l'esloire, 


E Salahadin dont jo cont 


miHid de Tnpolt ^^M 




08 a alcon vient a memoiref 


Ot longement une alîance 


~^M 




Le grant damage e la grant pertt3 
Qui en Sulie avintaperle : 
ifiir. Çu fud el tens le rei Guiun 


ïùSo Dont en Sulie ot grant parlance. 
Icil Baemont quida aveir 
Le riaume par son avoir. 


^M 




Qui tantôt persecucion; 


Por ço qu'il ert de Tripe cuens. 


^^^^K 




Mais tûtes genz ne Mirent mie 


Mais, merci Deu, ne fud pa.s suens. 


^^^^^^M 




Com ii fud traii par euvie. 


3655 Quant li reis Guis se corona. 


^^^^^M 


Comm 


m Gai Ultre mer ot un rei nurrl. 


AcuiUeuscelehonordona, 


^^^^^M 


ï^l'^Tjirt ''''^o Ki Ot non le rei Amaurj : 


Toz ses barons comunemeni 


^^^^^M 


«w. 


De lui eissi undamiscis. 


Manda a son coronemenl. 


^^^^^M 




Li reis Baudoins Ii meseis. 


Li cuens de Tripe i fud mandez; 


^^^^^M 




Baudoins vesqui sou termine 


»'i6o Mais por nient le demandez 


^^^^^M 




Tantquii fud mandé a vermine. 


S'il ol eschar de! mandement 


^^^^^H 




a'iaû Cil ot dous sorurs damoiseles. 


E s'il respondi laidement. 


^H 




Sages Ternes e preui e bêles; 
L'une fud femme a un baron 


Li messager s'en retorna, 
E li cuens son eire alorna, 


^ 




Ki ot nun Raimfroiz de) Thonm; 


5S65 S'ala a Salahadin plaindre 






L'autre ot a moiller esposee 
a^3o Li quens Guillames Longe Espee, 


KVn sa terre ne pot remaindre 
Por le rei Cuiol quil haiet 


Fol. .y». 




Sire de Jafphe ou la mer bat, 


A qui li règnes escheiet. 






Frère al marchis de Montferrat. 


TanI li disi e tant lui menti 




Fol 


18 rf. La dame ot de lui un madie eir 


î(i7r) Que creslientiez s'en senti... 






Qui rot nun Baudoin pur voir. 


Eissi com il Taveit a chier 






a&35 L'emfes vesqui, li cuena murut, 


Que il l'en aidast a vengier. 






aaygdersin — aSo6c.joen«U.— sio7 Ora— i4n U prtmier a niangut ~ iSiSlegr. — a'iiù Quen 

— 3&3ij fu manfiM _ «4A/i reisnable — lAlfi gnot tnanqtu — 1&S8 wri lmn* m frinc, TfUAIi par mn/fcfwr» 

— ïi6a ail lui r. — sftIjS le règne — s'i7»» oprh et ren il doit «n «iDiifMr émix — •471 ■ nonfiu — 
^h^t Quil 

6 





67 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



68 



Seignor, a icele assemblée 
Fud la traisoDs poq>arlee 

a&75 Dont la seinte croii fud perdue 
E cristienté esperdue. 
Li cueus refud mandez a curt 
E mult Ten teneit Ten ja curt, 
E il n'i Yoleit pas venir 

a/j8o Ne del rei Guion riens tenir. 
Le rei le manda tierce foiz 
E dist qu'il lui rcndroit ses dreiz, 
E il i vint a mal eur, 
Car il esteit ja asseur 

a685 De mètre la terre en grant paine, 
E par lui vint la malc estraine; 
Mais puis en morut il a honte 
Issi com Testorie reconte. 
Assez avez oi conter 

9/190 Par maintes feiz e reconter 
Gai, après la Que quant cil Guis fud novals reis , 

dédite dct Ton* r\ ^'i J . * 

piierf par Sala- ^^" " ^® sejoma pas dous meis, 

din, tepr^rck \[^^ ggj somoudre par la terre 

De Sulie les genz e quere 

9/195 Ke il le venissentsucorre; 
Car Salaliadins feseit curre 
Ses genz a plain par la contrée, 
E qu en la terre ierl Tost entrée 
E aveit sa gent descomGte, 

9 5oo Cent chevaliers toz a eslite, 
Foi. tgb. E Jaquelin de Mailli mort, 

Dont le Temple ot grant desconfort; 
E d'icele descomfiture 
Comença la mésaventure 

95o5 Dont la seinte cristientez 

Fud puis tanz jorz en orphentez. 
E lors manda li coens de Tripe , 
A qui toz jorz pendeit la lipe, 
Al rei Guion qu a lui vendreit 

95io E q'en sa aie se rendreit, 



la goerrr. 



E vint a lui c sacorda; 
Mais li poeples puis recorda 
Que ço fud faus acordcment. 
Qu'il le trahi sodecment 

95i5 En la granlbataille ou il furent, 
Ou tantes bones genz munirent: 
E bien [)ot estre qu'il le fist, 
E bien pot estre que no Ost, 
Mais li plus tesmonient sanz faille 

3590 Qu'il le trahi en la bataille, 
E si ço fist il deust fundre. 
Salahadins ot feit somondre 
Ses genz de toz ses nuef reaumes 
A arcs, a haubers e a hialmes, 

a535 E il vindrent od granz efl'orz, 
Que n'i remist fîebles ne forz. 
Mult i ot admiralz nomez 
E nobles homes renomez, 
Guarniz a lor terre leissier 

s53o Por crestienté abaissier. 

Li reis Guis e li crislien 
E avec lui Veneizien, 
La haute gent e la menue 
Esteit en sa force venue, 

9 535 L'une des ostx a Saforie 

E l'autre al port de Thabarie. 
I^ nostre, qui huer i ala, 
A Thabarie s'avala, 
Car cil qui les cors i perdirent 

956o A Deu les aimes en rendirent. 
Li coens de Tri|)e les menot . 
Qui de trahir les se penot. 
Noz genz de lui ne se guardoent : 
II disout e il graentouent. 

9 5/1 5 Tant dist e fist e porchaça 
Que lor ost la nostre enchaça 
Jusqu'à la mer de Galilée 
Tant que l'ewe lor fud veee. 



SaladtD rat- 
•cnble aoo ar- 



Le roi Gai «al 
baUoAUNai^ 
rhasda ptr la 
tnhiaond«c**<k 
Tripoli (4 jttUI. 
1187). 

Fol. 19 c. 



aA88 corne — 9690 feis manque — 9695 Kil — a5o7 lores — 9519 testimonient — 95a 1 feisl. dtist — 
969/1 A arcs e a. — 9538 sei ayala — i5/i8 vee 



■ 


. — Z. ■\ A^^^iCiÉ 


^^^^^^^^^^^^^^^^T 


^H 


1 


69 L-ESTOIRE DE LA 


GUERRE SAIHTE. 70 


^^^^H 


1 


La oier esl dolce e boue a beivre, 


Tolc la terre u mn plaisir. 


^^^H 


1 


:.:>Sn Dont n traîtres lor Csl leivre; 


Tôle fors Sur Eskalone 


^^^^^1 


1 


E quant vint as lances beissier 


(Issi lot Deus sa l«rrc e doue) 


^^^^H 


1 


E il s'en duL raieU enpressier. 


E Jérusalem seulemeot; 


^^^^H 


1 


Si s'en fui e cil remistrent. 




^H 


1 


Qui les vies des cors i mislrenl. 


Escalone ala asiogier, 


'^^H 


1 


«555 Ge ne sai qui l'autre feri, 


Qu'il quida aveir de legier; '■" 


^^^^H 




Quieschapfl ne qui péri. 


Mais cil se lindreot fièrement 


^^^^^H 


r 


Gène fui [>as a la l.alaille; 


Contre lui e eutierement. 


^^^^^1 




Mais tant vos eu dî ge-sauz faille 


^595 Eimurulgentsarazine 


j^^^^^l 




Que Deus ai toi ço [)arveu; 


Mult eiucets qu'eu fust on Raisiné, 


^^^^^1 




a:i6o Car il aveitaparceu 


Tant qu'il lor fist lor rei mostrer 


^^^^^1 




Que tant aveit el mont péchiez 


E devant lor mms amener. 


^^^^^1 




E geiit nialGmcuI enlhecliiez, 


E voleit por lui rendre aveir 


^^^^^1 




Dont petit a lui en venist 


a6oo La vilc.eli reis iisl savetr 


^^^^^1 




Si celé chose n'avecist. 


A cels dedeuE qu'il se leaissenl 


^^^^^H 




a5fi5 Ce fu a la Mnreschaucie, 


E que por lui rien ne fcissenl; 


^^^^1 




Qui est de juste Thabarie. 


Mois il ne se porent tenir. Fol. io a. ^^^| 




U li reis Cuisse combati 


Si en eslout a plait venir : 


^H 




E lanz Saraiins ubali: 


36o5 Eschaloue por lui rendircul 


^^1 


Fol. .9 A 


Mais tuterentja afolii 


E sais lorchatels s'en partirent : 


' ■ 




ï57o Li nostre. e mort e decoM; 


E li reis Guis fud lors délivres 


L- roi ^H 




W\ aveîLmais poiul de rescosse, 


Par tel covent, çn dit li livres, Z 


;.';^r: ■ 




Mais sur le roi vindreut a surâe 


Que ollre la mer s'en ireit ''" 


. à ^H 




Tant qu'il fud a lere abaluz 


a6io E le riaunie guerpireit. 


^M 




E mult laidiï c mult batuï. 


En mer s'en entra sanz faillance 






sâ7 3 La seinle cn)iz ot eubraciee. 


Por aquitei- sa covenance, 


^^^^1 




Car se no fust ceie ombraciee 


E vint en i'isie de Turluse : 


^^^^^1 




H l'eussent prise od laidure; 


Elh vos sa gent mult anguissuae. 


^^H 




Mais bien parut Deus en ot cure. 


•i6i5 La lui manda Snlahadins, 


^H 


SdaJÎDbitG» 


Quant la haUiile fud finee 


Qui mult iert saives Sarazins. 


^^ 


Và0>i l*»l. U 


a»8o Que Deus ot issi destinée. 


Quil saveit a meseurus 






Li rois fud pris e la croii prise 


Ne qu'il n'iert pas après ne feus, 




loD tl »ruulcin 


E la gent presque tôle ocise. 


Ë qui nel volt pas eschangïer 






Por quel tantes geni se croiserenl 


afiao Ne d'autre rei eslre en dangier. 






E lanz de lor bons en leisserent. 


Qu'd lui quitot son covenanl; 








E U reis revint maintenant 






955i duit— lââK en nmjw — aSSg ico — i5 


1 monde — s56ii marcluude — 9^77 prise nuinqur 






— 9678 p. que deui notaire — a&8* qus maafw — s 


&lj3 Par eiii — s5gâ Lor». Muîer — aSç)? quen 1. — 






■6a* que man^ — s6o4 eshiet — «607 loret — ■ 


oScdc. — aei/iinguiae— >6i6 Que— >6ii> quil 






M Dell 






^ 




6. 





71 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



7S 



Siif* ée Tir 
Fol. to 6. 



DiUvntdtGui 
d«LvnfMB. 



A Tripe desur la marine. 
Si trova ilioc la reine 

«695 E le conte qui Tôt bai. 

Que Ten dist qu'il Taveit Irai. 
Ki lores lui list bêle cbierc, 
Que que il pensast en deriere. 
\e puet cbaleir de tenir conte 

a63o Del traitor, del nialveis conte 
Qui niisi a doel cristient^ 
E ineint enfant en orfpbenté : 
Cbier compera la traison 
Que il Gst e la mesprison. 

«635 Car il en munit laidement, 
La merci Deu, e soudement; 
Ne del siège qui fud a Sur, 
Que Saiahadins trova sur, 
U Guillames de la Chapele 

«6^0 Fist meinte grand proesce c bêle, 
U li frère de Thaberie 
Par cui la citië fud guarie 
Furent de si grant liante 
A Deu e a sa realté; 

t6hh Ke del marchis grant sermon traire 
Qui bien comença la a faire. 
Qui vint quant la terre fu prise. 
Si fud un poi al Deu servise. 
Si ot de bon comeni^ement 

a65o Malveis e faus ensivement. 
Al rei Guion est la matire. 
Si n*i voil faillir ni desGre, 
Qui eissi de cheitivisons : 
A celé matirie toisons; 

s655 Car a Tripe esloit revenus, 
Ço plut as granz c as menuz. 
Li reis de Jérusalem Guis 
lort si povres e si csquis 
(iOm hom qui veueit de prison : 

s66o N\)t pas prise sa mesprison, 



Qui n*aveit rien vivant que prendre, 
E il lui coveneit despendre; 
E si saveit que Acre esteit prise 
E la gent hors chaciee e mise, 

3(>65 E ço esteit la clef de sa terre, 
E il ne saveit qui requerc. 
A Dampnedeu dist son meschief, 
E Deus en traist mult bien a chief. 
La vint li princes de Antioche, 

3670 Un matin quant soneit la cloche. 
Al rei Guion por lui proier 
Qu'il lui pleust a otrier 
Qu a Antioche retomast 
E s'i tenist e sojomast 

9675 Tant qu'il eust genz assemblées, 
Porchaciees e années, 
E qu'il seust ou peust corre 
E que que seit as Turs rescore. 
Li reis s*en ala od le prince 

a68o A Antioche en sa province. 
Si fud illoc un poi de terme 
E si i plura meinte lerme 
Por la terre qu'il ot eue. 
Qui esteit en son tens perdue. 

•j68:> a Tripe ariere retoma 
E se porvit e s'atoma; 
E tant de gent com pot aveir 
Od Tempront que il pot aveir 
Fist donc somondre e aprester, 

•J690 Car ne voleit plus arester; 
E issi com il atendeit, 
A genz auner entendeit , 
Eth vos son frère illoc venu, 
Giefrë de Luizeignan, tenu 

96115 AI plus preu vassal de sa terre. 
Ke il esteit norriz en guerre. 
Primes fud a Sur arivez. 
Mais n'i trova passes privez: 



G««itWè 



revint à TiipilL 
Fol. to r. 



SM frire à Tii 
pâli. 



9698 quil — 9(>'i'i Qui f. la iiiesprision — 96.16 soudeement — 96 ^ti la numqwê — 965o maluttse - 
96&9 faire — i655 rypr« — 9609 home — 9660 pris, rrrt altère — 2687 CM t. — 968A qui! — S691 
manque^ eiileudeit — 9699 ntendeit 



E 



73 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



74 



CoQraddeMoflt- 
femt refuse de 
Rcetoir Gai à 
Tyr. 



Car ie port lores lui veerent 

9700 Li marchis e cil qui lui erenl. 
E Jefrei atant s'en torna 
E vint a Tripe e re torna : 
Le rei Guion Irova son frère. 
Qui fisl grant joie ai Gz sa mère. 
Fol. 90 d. 9706 E quant li reis ot aune 

Sa gent, lors se sunt conreé, 
E vint a Sur tut le rivage 
Od poi de gent e de barnage , 
E trova les portes fermées 

2710 Qui tôles lui furent veees, 
Que li marchis par coveitise 
Li vea e par foie emprise : 
Si lui vint de malveise vaine 
Quant ai rei vea son demaine. 

9715 Li reis vit que il n'enterreit, 

Si dist que il nel sufferreit : 

El sablon fist Ochier sa tente 

E fud illoc en bone entente. 

Dejoste Sur Fost s'ajosta : 

9790 Si sachiez bien qu'il li costa 
Que la cite lui fud veee; 
Mais ço fud chose purparlee 
Del faus marchis de Monferat, 
Le filz le vaillant preu Corat, 

9795 Qui fud pris en la grant bataille : 
Cil ne li veast pas sanz faille, 
Car il ert prodom e liaus; 
Mais li filz esteit desliaus. 
Goiréoniiooe Les geuz de Sur qui Deu amouent 

petite année pour r« • tn 

oMrfberiurAcre. 9780 Ë qui par Dou so reclamoueut 

Guerpirent la citië mult tost, 
E si vindrent al rei en Tost : 
Ço furent li preu Aleman , 
Qui grant liu i tindrent cei an, 
9735 E li frère de Thabarie, 



La plus leial gent de Sulie; 
Si i fut la vaillanz genz de Pise 
Qui furent bien al Deu servise, 
Qui si laissèrent lor maisons 

97/io E mult de lor possessions, 
E femmes e emfanz menèrent 
Devant Acre ou Sarazin erent. 

Li reis fist de son frère feste : 
Si dist Testoire qui ne ceste 

97/Ï5 Que quatre mois fud sujornez 
Einceis qu'il se fust atornez 
Joste Sor en la sabloniere , 
Sa citié qui fud dreituriere; 
E quant ses genz ot amenées, 

9760 Par tote la terre années, 

cels qui grant liu donc i tindrent, 
Qui ovecques son frère vindrent, 
N'ot que quatre cent chevalers 
Ne que set mile peoniers 

9755 A mener a Acre aseoir. 

Ço n'osast nus autre hoem pur veir ; 
Ço fud merveille qu'il pensa , 
Fors en tant que Deus le tensa , 
D'aler s'en sor la gent embalre 

9760 Qui ierent pur quatre cent e quatre; 
Mais Deus voleit ço qu'en avint 
Del grant ost qui a Acre vint 
Que Salahadins enforçot 
E durement s'en esforçot, 

9765 Ki bien quidot que gent vendreeent 
Qui a ravoir la entendreient. 
Li rois se mist en l'aventure 
Dampnedeu ou il ot sa cure; 
Si conduist l'ost que il aveit 

9770 Par un chemin que il saveit. 
Entre Acre e Sur a un fort pas. 
Que l'ost passa ignelepas : 

9706 iore» — 9710 vees — 9716 qui! nenlereit — 9716 quille stiffreit — •7<7 fichier manqué — 
9791 citée, vee — 9798 mon ferant — 979a pr. corant le vaillant del — 9789 E manque — 978Û icel — 
9786 leiale — 9787 Si i furent — 97A8 dreiture — 9780 E par — 9766 nosasl nul home — 9766 lendreinl 
— 9769 quil — 9770 quil 



ItvurâiimmBi- 
ernrH, I , xxfi. 

Fol. 9 1 a. 



75 



L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



76 



Fol. ti b. 

L'armée de Gai 
If rend à Acre. 



Gui met le li^ 
devant Acre, et 
Saladin vient au 
seeoande la ville 
(1189). 



Foi. 9 1 e. 



C'est le pais Candeiion ; 

La passa le rei Gaion; 
3775 Mais Salahadins nel sot mie, 

Car tôt le or qui est en Rossie 

i\el garantist s'il le seust, 

Car toz detrenchié les eust; 

Mais Deu volt qu'il fust altrement, 
3780 E ço esteit le coinencement 

De rescorre cristienté 

Que il crut mult a grant plent^. 

Eth vos Tost le rei devant Acre 

El non del seint cors que Ten sacre, 
3785 Que nos cristiens aurom : 

Eht le vos monté el Thorom. 
El Thorun devant Acre furent 

Li cristien qui de Sor murent, 

E fud sanz dotance la veire 
3790 Que il montèrent par nuit neire: 

N'osèrent pas el bois remaindre, 

Por ço alerent en haut maindre. 

Al matin quant li Turc eissirent 

De la citié et il les virent , 
3795 Eth vos Acre tote esmeue, 

Chevalerie comeue ; 

A Salahadin donc mandèrent 

Que plain poin de crestiens s'erent 

Sor els embatu folement, 
9800 E qu'il venist isnelement 

De chascon d'els la teste prendre. 

Car ne s'osereient défendre. 

Quant Salahadins Tôt oi 

Sachiez que mult s'en esjoi 
3805 Al siège ou il ert a Biaufort, 

Que il feseit assaillir fort. 

Son riere ban i &st mander, 

E par ses terres comander 

Que chescons de sa seignorie 

3783 Quil — 9783 le rei manque — 9790 Quil — 
— 9809 osèrent — 3806 en manque — 9803 Quil 
9895 £ il qui quida bien auoir — 9*897 Ore ne f. 
%Sk% quil, prendre manque 



«a» 



9810 Venist al guaing de Sulie. 

Trop i vintgent, Deu les confonde 

Ki fist e ciel e terre e monde! 

Que si nostre gent fust mincee, 

N'en eust chascons sa pincée. 
381 5 Le tierz jor que nostre geni vindrent, Pm 

Qui el Torun en haut se iîndrent 

E tote nuit armé esteient , 

Por Sarazins quis assaiileient, 

Eth vos la gent Salahadin , 
3820 Turc e Persante Bedoin, 

Qui veneient les places prendre 

E tote la terre porprendre; 

E al tierc jor de la semaine 

I vint Salahadins demaine, 
3835 E il quida bien tost avoir 

Les testes de noz genz por veir : 

Or ne feit pas a merveillier 

Si les estuveit trop veillier 

E travillier e els esperdre , 
383o Qui quidouent les testes perdre; 

Car al Thoron ou il estoient 

Li Turc nuit e jor assailleient, 

E si sovent les travailloueut 

Que a grant paine nis menjouenU 
9835 La ot Jefrei de Leuzengnan 

A l'ost défendre grant haan , 

Qui'pieça iert preuz e osez, 

Mais or fud il mult alosez. 

Issi furent des le lundi 
9860 En péril jesqu'al vendresdi. 

Si orez come Deus reguarde 

Cels que il velt prendre en sa guarde; 

Qui a lui servir se velt duire 

Nule rien ne lui poreit nuire. 
9865 Si com il erent en tel dote, 

Li rois e sa compainie tote Fol. 

9796 cornue — 9797 saladin — 9798 creslien erent 

-^ 9807 i fiioii^ii^ — 9819 les deux e manqunU — 

9898 trop manque — 9888 ore — 984 1 oom — 



77 



L'ESTOiRE DE LA GUERRE SAIÏ<TE. 



78 



leJae- 
mes. 



En haute mer en loinz gardouent, 
E a Deu mult se dementouent 
Qu'il lor feist alcon secors : 

a85o Eht vos venir tôt le dreit cors 
Une bêle estorie d*enekes, 
De gent qui veneient ilioques: 
Ço ert Jaches d'Avesnes en Flandres, 
Si ne cuit c*onques Alixandres, 

2855 N'Ector, n'Achilies mielz valusent, 
Ne que meillor chevalier fussent; 
Ço estoit Jakes, qui tôt vendi 
E enguaga e despendi 
Ses terres e ses héritages, 

9860 E dona, si fist muit que sages, 
Cuer e cors e aime en aie 
Al rei qui vint de mort a vie ; 
Quatorze mile homes armez 
Aveit bien lui renomez. 
d'oo« 9865 Ço ert Testorie de Danemarche, 

E maint preu chastelain de Marche 
E de Cornewaille i aveit: 
Ço dist tels qui bien le saveit. 
Cil aveient de bons destriers, 

9870 Brons e baucens, forz e legiers; 
E quant il durent ariver, 
Lores veissiez Turcs desver; 
A val la marine acorouent 
Si que en la mer se ferouent, 

9875 E cil dedenz Acre ensement, 
Qui traioient espessement;^ 
Mais cil del Thoron a val vindrent, « 
Qui de deus parz lor estai tindrent. 
Tant que endreit els les chargèrent, 

9880 Mais li Turc avant les chacerent. 
Qui totes voies à els traistrent : 
Neporquant cil avant se traistrent. 
Salahadins a Tost veue, 
Si dist : <r Ore est preie creue. n 



«•e 



9 9 a. 



9885 Quant li halz reis que Tem aore 
Ot s'ost creue en si poi d'ore, 
Tant que auques fud aseuree. 

Qui ainz eust poi de durée 

Mais iot ensemble s'esbaudirent 

9890 E jus del Thoron descendirent, 
Si se tendirent e logierent, 
E la citié d'Acre asiegierent. 
Si qu'il esteient asiegië 
De deus parties e gregié. 

9895 Li Pisan firent vasselage. 
Qui se logierent el rivage 
E gardèrent la la marine 
De la cruel gent sarazine, 
Que quant les nés i arivassent, 

9900 Qu'il nés preissent ne grevassent. 
Un vendresdi, la matinée, 
I ot une fiere assemblée 
De deçà devei^s Mont Musart 
E genz morz de chescone part. 

9905 Cil delà vile s'en issirent. 
Si que a force recoillirent 
En Acre une carvano grande 
E chameilz chargiez de viande, 
E a Salahadin menèrent 

9910 La preie qu'il i conquesterent; 
En Acre entroient e issoient 
Corne cil qui la force a voient. 

La gent qui en Acre s'ert mise, 
Ço sachiez bien , ne fud pas prise 

9915 A charete ne a charue; 

Ainceis fud puis chose seue 
Qu'entre toz cels qui Deu mescroient 
N'ot meillor gent que il estoient 
Por vile guarder e défendre 

9990 E por cbastel a force prendre. 
Ne demora fors la quinzaine 
Que illoec vint li coens de Braine 



IjeflCroiiétre*- 
terrent le si^. 



Les PiMDf oc- 
cupent le rivage. 



Les Sarranos 
in lèvent ooe ca- 
ravane. 



Fol. 99 6. 



lUnenariumRi- 
tardif I , nil. 



9853 Co est, anemes »— 1881 tote — 9888 ofrèi e» vin il doit en manquer deux — 9906 qiia — 99 1 o quil 
i menèrent — 291 9 Com — 991 5 na — 991 7 mescreoient — 9918 qiiil 



79 



L'ESTOIRË DE LA GUERRE SAINTE. 



80 



E ovec lui Andreu son frère 
De bone dame e de bon père. 

9995 Li seneschals de Flandre i vint 
E lui barons plus de vint, 
E Fandegrave d'Alemaine 
Qui aveit bons cbevals d'Espaine; 
Si i vint Tevesque de Biauveiz 

9980 Qui n'esteit ne vielz ne desfaiz; 
E sis frères li cuens Roberz, 
Vistes chevalers e aperz; 
E si i vint li cuens de Bar, 
N'ot plus corteis de si qu'ai Far; 

9935 E maint allre prodome e sage 
Vindrent en Tost a cel passage; 
Mais merveille com plus veneient 
E Sarazins meins les cremeient, 
Qui lor livroient trop ententes 

99/10 E venoient jusqu a lor tentes. 
Cil de la vile hors issoient 
E li autre toz jorz creissoient, 
Dont la terre esteit si porprise 
Que la nostre ost se tint por prise; 

9965 Mais neporquant toz jorz se tindrent 
Al rei hait por qui il i vindrent. 

Quant la guerre fud devant Acre, 
Prestres nuls ne clerc ne diacre 
Ne poreient conter ne dire 

»95o Les granz travailz ne la martire 
Que li cristien i sostindrent, 
De si la que li rei i vindrent, 
Cil de France e cil d'Engletere, 
Qui mistrent les murs d'Acre a terre, 

«955 E les bones genz qui s'esmurent , 
Qui Deu amerent e Deu crurent. 

Cel jor d'un vendresdi me menbre, 
E si fud el mois de setembre, 
C'une laide mésaventure 

99()o Vint a noz genz e laide e dure. 



Li Sarazin les assaillouent 
Si que nul jor ne defaillouent. 
Eth vos que cristien s'armèrent 
E par conreiz se conreerent, 

9965 Devise par conestablies 
Si com els furent establies. 
L'Ospilal fud sor la marine 
Ou trop aveit gent sarazine, 
E li Temples premièrement: 

9970 Ço ert toz jorz le comencement. 
Li coens de Draine sa maisnee 
Qui en mi l'ost esteit rengiee, 
L'andegrave e cil d'Alemaine 
Qui furent gent de grant compaine , 

9975 Mestrent a la mahomerie. 

Car bien lor dut eslre merie . . • 
Li reis Guis e la gent de Pise 
E altres genz de grant emprise 
Furent sor le Thoron a destre 

9980 Por gueitier les Turs e lor estre. 
Sarazins vindrent ad esfrei : 
La veissiez meint gent conrei. 
Li Templer e FOspital poiostrent. 
As premerains conreiz se joînstrent, 

9985 Sis desconGrent e perchierent : . 
Cil fuirent e cil chacerent; 
E nostre gent autretel firent, 
E Sarazin se desconfirent; 
Mais tel plenté en i aveit 

9990 Que nul cristiens ne saveit 
Quel part il deussent torner. 
Li Turc ne sorent retorner : 
Ja erent près de la montaine. 
Quant diables Gst une ovraigne 

9995 Par quoi mult de noz genz munirent 
E périrent e encorurent. 
Par un cheval qui eschapa 
A un Aleman quil chaça 



3995 flandres — 9980 desfraii — 9986 prodom — 9966 quil 
9959 i manque — 9960 e manque 



19/18 ne ifinfi^ — sqSi Qui — 



81 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



82 



fbile lies 

if. 



E Osl a ses compaignons sivre, 
3ooo Qui nel poeient aconsivre. 
Li chevais fui vers la vile, 
E Sarazins plus de cent mile 
Quiderent que noz gens fuissent 
E que il sei desconfeissent : 
3oo5 Sor els poinstrent e retornerent, 
E cel jor tels les atomerent 
Que cil qui a Tost suelt entendre 
Ot assez a sei a défendre; 
Car por un erent vint e quatre, 
3oio Qui se penouent d'els abatre, 
E qui ot gibet e ot mace 
En laissèrent morz en la place. 
MmriimiB^ La fud occis Audreu de Braine : 

[rt* d'André ^"® i^ s'aime ne seit en paine! 

"'«« Soi 5 Car tels chevaliers ne murut 

Ne tantes genz ne socurut. 

'ol. 9 3 a. La fud li marchis en tel presse 

De Montferat de gent engresse, 
Si li reis Guis nel sucurusl, 
3oao Ke icel jor i encurust; 

E meimes en cel contemple 

rt du grand Fud ocis 11 maistros del Temple, 

Cil qui dist la bone parole 
Que lui vint de la preuz eschole, 
3oq5 Quant. la gent coarde et hardie. 
Lui distrent a celé envaie : 
r Venez vos en, sire, venez In 
E venist s'il s'en fust penez, 
«rJa a Deu,T) ço dist il, (?ne place 
3o3o frQue donc mais seie en altre place, 
(tNe qu al Temple seit reprové 
r Que l'em m'ait en fuiant trové ! y^ 
E il nel fist, ainz i murut, 
Car trop des Turcs i acurrut, 
3o35 e bien cinc mile gent menues 



v du Tem- 



Dont les chars en remestrent nues; 
E quant cil de la vile sorent 
Que cil noz genz desconfiz eurent, 
Es chevais arabiz montèrent 

3o4o E vindrent hors, si enconlrerenl 
Les noz si merveillusement 
Que lor esteust malement 
S'il ne s'eussent défendu; 
Mais lors i ot estai rendu , 

3045 E lors vit l'em chevalerie 
E ferir sur la gent haie. 
La le fist bien li reis meismes, 
Icel Guis dont nos vos deimes, 
E danz Giefrei de Linzegnan, 

3o5o Qui soffri le jor grant ahan, 
E Jakes d'Avesnes li preuz, 
Qui en la terre fist taoz pruz, 
E li autre quis reuserent 
Si qu'en Acre les entassèrent. 

3o55 Issi ala celé jornee 

Que Fortune aveit atornee. 
Or sunt Sarazins esbaudi 
(Deus les maudie e jes maudi!), 
Que lors vindrent il engressant 

3o6o Noz cristiens e empressant 

Assez plus que devant ne firent; 
E quant li prodome ço virent, 
Si distrent donc la baronie : 
«rSeignurs, nos n'i guaignons mie. 

3oG5 tf Pernoms un conseil sucurable 
ff Contre ceste gent a diable 
rrQui tote jur a nos asemblent 
frE la nuit noz chevais nos emblent.» 
Tels fud li conseilz e l'affaire 

3070 Que il firent un fosse faire 
Grant e parfont e le e large, 
E il i misent meinte targe 



Oéfenie déses- 
pérée deR cheva- 
iien chrétiens. 



Fol. î>3 h. 



Itmêrarhim Bû 
UKrdit I , isu. 



3oo6 qui sei desconfiseent — 3oo6 les manqm — 8007 uelt ^- 3oo8 entendre — 3oi8 montferant 
3oflo Ki — 3oai icel — 3oa5 ot h. — 3o86 icel — 3o36 en manqué — 3o6o sis — 3o/i8 estost 
ZokU iores — 3o45 lores — 3o5i dauernes — 3o53 quil — 8067 Ore — SoSg lores — 3o6s prodom 
8070 Quil — 8079 il meisent 

6 



mptiwtsit ■ATteiàiB. 



M 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



8& 



Siiloflillfoitjr- 

\rr (lins le fleuri 
In cadivreu (1p< 
rlir«'li^ns. 



*1hHfrarhm /iV 
rmnii, 1 . m. 



Vj mainz escuz, de poni parties; 
Si erent les terres parties. 

3075 Li Saratin les assailloient, 
Qui reposer pas nés laissoienL 

Oiei trop (jrant conrusion 
Qu'il avint de Toccision 
Dont j'aveie devant traitié, 

:<oKu Dont li Franc Turent deshaitié. 
Lendemain de eele aventure 
E de celé descomfiturc 
Del mielz de Tost tôt a eslite, 
Dont nosire gent fud dcsconfite , 

;<o8r> Moût ot de morz de genz menues 
Qui la erent porDeu venues; 
Fol. 93 c. Les cors des niorz fist trestnz prendre 

Salahadins, sis nos fist rendre 
E trebuchier cm el flum d'Acre. 

3090 La veissiei muit lait maçacre, 
Car li cors a val Fewe alerent , 
Si que jasqu*en Tost ne finerent. 
Dont la pnurs si grant eisseit, 
Si que li monz des mon croisseit, 

3095 Que tote fost d'iloc fui 
Devant que Ten les enibi ; 
E puis que il les enfuirent 
Grant tens la flaur en fuirent. 
Cristien firent le fossé 

3ino Ou il se furent adossé; 

Dedenz le fossé se tenouent 
Quant li Sarazin i venouent, 
Ki toz jon lor firent enclialz 
E par les freiz c par les chauz. 

3io5 El fossé esteit la bataille 

De la (|[cnt Deu e la chenaille : 
Li nosire le voleient faire, 
E cil tendouent al desfaire. 
La veissîcz en dessaietes 

3i]o Plus de cinc cent mile sactes 



L«Uc«dnclirv- 
ti««fl H drf Sar- 



3] 



3i 



3i 



3j 



3j3o 



3i 



3i 



Que li fosseur Irametoient 
Es mains a ceis quis defendoieiit; 
La veissiez de deus parties 
Genz corajoses e hardies; 

1 5 La veissiez gent roeler 
E cheoir e esboeler; 
De roistes cops se départirent : 
Devant la nuit ne départirent. 
Des le termine de Temprise 

30 Que Tost a devant Acre assise, 
Desque vers la feste toz rainz, 
Ço sai, si Toi dire a mainz. 
Ne finerent de gent venir 
Qui bien durent k>r liu tenir. 

95 Lores vint li mens de Ferieres, 
Qui mist plus de cent Turcs en bières. 
Car il esteit archers si bons, 
Yaveit roeillor de si qu'a Duens; 
E si i vint Guiz de Dampierre, 

3o Qui ot maint bel chaslel de pierre: 
S'i vint li evesque de Vérone, 
Que Tem teneit muit a prodonie. 
Tut cist a cest passage vindrent , 
Martyrs e confessors devindrent. 
Car li {ilus aisiez, ço os dire, 
I fud assez en grant martirc 
E de peur e de veillier 
E de jur e nuit travillier : 
Car ne pociont reposer, 

&o N'il ne s*osoueul pas poser 
De\'ant ço qu'il o«*nt parfait 
La fossé ou tant mal ot fait. 

A feste toz seinz la sorveiile 
Avint en l'ost une merveille , 
E merveille e mésaventure 
Fu ço trop granz e laide et dure. 
Que li cristien enduraient 
Les Iravailz qui trop lor duraient, 



AnitétéÊm 
leau CnMi. 

Fol. ji3 d. 



Arriww 
l'Mqw de y 



'10 



IlimtrmHmml 
tmr^, I, un 

Dm Sol 

ûgypUraae vif 
•m wcMm 4* 
crp. 



3o85 l ot de m. o p. — 3097 i|uil — 3ioo se manque — 3ior> de la rh. — 3i 1 1 metoient — 3i i3 d*- 
dens p. — 3i/jo oser — 3iâi fait — 3i^3 scnieille - - 'AiH-j crislieni 



87 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



88 



FoJ. a^i C. 

iUnernriiim Bi- 
• ardi, i, ixxiil. 

Lc-s Aileinbmls 
r(<iiMrais<>nl un 
iiion'iii 5 v<nl. 



La nouvrlk 
rie la Oiorl de 
Frédérie Bar)i($- 
louise arrive h ^aAo 



lùrttaiiumhf 
irJi, 1, ixiT, 



Jci(.- lies b&r- 
irf>iiiset tiitlfsie 
• I'» Croisés. 



Fol i/h (l. 



S-jj:") E lors firent en cel quaresme, 
Si com Ahbroisb dit e esme, 
Li Aieman premièrement 
Le premerain molin a vent 
Que onques fust feiz en Sulie, 

;^28() Veiant la gent qui Deus maudie, 
Que estrangemeut esguarderent, 
E grantment s'en espoenterent. 
En Tost Deu vint une noveie 
Ki de primes fud bone e bcie , 

.^j.Sf) E puis fud pesanz e dotose 
E (Icshaitiee e enuiose : 
Ço i'ud del bon empereur 
De Alemaine, qui ot vigor 
Ala al sépulcre par terre 
Por la merci de Deu i*equerre, 
Ki murut, ço fut grant damage, 
Al fluminaire, en un passage, 
A un gué qu il n'ot pas temple. 
Si com Deu vint a voieuto; 

3d/i5 Dedenz Acre tel joie en orent 
Des noveles quant il les sorent 
Qu'il tombouent e thaborauent, 
Si qu'autre rien ne laborouent. 
Si veneient sor les toreles 

;^J^)o A noz genz dire les noveles 
Qu(> Salahadins bien saveil 
E qui mandé le lor avcit, 
Si crioient a voiz hauciee 
De sum les murs meinte fiée, 

.^.>.>^) E firent dire asreneiez.: 

ff Vosfre em[>ereres est noiez.^j 
Lors ot en Tost tele frislesce 
E tel deheii e tel destresce 
Que de lur bien ne lor teneil 

3?r)o Fors del passage qui veneit 
E de Tespeir de la pramesse. 
Que ja iert |)ar mi Tost espesse , 



De la venue des bauz bornes 
Des reis de cui terre nos sûmes, 

3365 Celui de France e d*Engletere, 
Qui après vindrent en la terre, 
E por ço fud Tost confortée. 
Eth vos la noveie aportee. 
Après la Pasche un poi toi dreit, 

3370 Que Testorie de Survenoit, 
E eth la vos el port venir : 
A donc vos peust sovenir 
De formiz ki de formilliere 
S'en issent devant e deriere; 

3375 Car tôt autresi s*en issoient 
Li Turc qui en la vile estoient, 
Plus de dis mile genz armées, 
Toz coverz, il e lor gualees, 
De dras de seie e de tapiz, 

3380 De buquerains e de samiz. 

Eth les vos toz contre rcstorie , 
Qui tost veneit del vent de boire. 
Contre val la rive fendant, 
E Tautre Taloit atendant 

3:i85 Qui's'iert a els venu combatre 
E a force sor els embatre, 
E cil sor els lot ensement. 
Qui veneient hardiement. 
C'ert li marchis qni Sor teneit ^ 

3390 Qui sor Testôrie as Turcs veneit 
Od cinquante vaissels armez 
E bien coverz e ascemez. 
La veissiez tantes banieres 
E tantes genz pruz e manières, . 

3395 Hardies e vistes e prestes I 

Lors treslrent cil as arbalestes. 
A tant eht vos la començaiiie 
E des estories la bataille: 
La n'aveit mie ceardise; 

33oo E cil de Gienve cil de Pise 



/lum 
M 

Juim 
floUcdc 



Fol. 3 
Kalaiil 



333i> lores — .'JaaH pHiiiiitT — 3332 esjioiilei ent — 3330 deshaitiez — 3a55 empcrere — 3267 Lores 

— 3a6i E manque — 3 3 6 a nii manque — 3371 E nmnque — 3a8i lo v. , loi manque — 3a8a loi veneient 

— 3390 loslones — 3391 vassals — 339O Lores trestrcslrent, arblesles 



91 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



92 



Victoire navale 
lin Croi«^. 



Acre cft blo- 
qué. 



Itintrmnum 10- 
eêrii, 1, XYXU. 

Aflsaal doiibë 
par test Croisés. 
Aicensiofi. 



Fol. a5 c/. 



Sortie dx Sar- 
a»iD«. 



337:» Ce estoii en Tost ia grande guerre 
Qu'il aveient devers la terre. 
Devers la mer ert la bataille 
Qui tote jor dura a taille; 
Mais neporquant la nostre estoire, 

3:^«f. Merci Deu, en ot la vicCoire; 
Car de jur en jur establies 
I estoient conestablies 
Des barons de lost es galees, 
Mult bones genz e bien armées, 

.s.'^^T) Qui durement s'en combatirent 
E lor gualecs embatirent 
A vive force en la chaane » 
Si que Testoire cristiane 
Greva tant les Turs de la vile, 

3390 Qui lors crent quarante mile, 
Que devers mer securs nen orent 
Ke devers terre eissir ne porenl; 
S'orent puis si poi de viande 
Qu'il aveient chiertë trop grande. 

3395 Le juesdi de la Âscencion , 
De la seinte procession , 
Que Dens fist el ciel la montée 
Dont Teuvangeille est recontee. 
Voudront les genz monter en Acre 

3/100 El non del veir cors que Fen sacre. 
Chastels eûmes bien eoverz 
Por le feu grezeis als colven : 
Treis en i ot de grant affaire 
Que trei haul home firent faire, 

3/io5 L'andegraves e li reis Guis 
E Geneveis od le marchis. 
Cil trei en lor chastels esteient 
A iccl jur qu'il assaiileient 
La gent Dampnedeu assaillirent, 

3/110 Cil de dedenz as murs saillirent : 
Grant fud Tassant e la défense 
De cels qui orent poi despense, 

338 1 C. de j. en j. en e. — 338Û Malt mtmqm 
3/io9 al c. — 3Û19 que — 3693 quil, lost tendre - 
363a ardeier — 366o U $êcond e tnanquê — 3666 



Qui ai forment se defendoientt 
Qui lor mesaise nos vendoient: 

36 1 5 Ne furent gent si defensable 
Cum furent li menbre al diable. 
Li un alouent thaborant 
E li autre al besoing eorant, 
E li Turc de vers les moataines 

36ao Racoreient od granz eompaines 
As fossez, si que enz sailleieni 
Des que onques noz geni assadlleient, 
Si que il covint Tost entendre 
A assaillir e a deffeadre. 

3695 Mult dura Tassait longement 
Jusqual seirdel comencemeDt, 
Mais al seir le covint remaindre 
Car onques nés porent destretadrc. 
Li Turc le feu grezeis jetèrent 

363o Es treis chastels que alumerent. 
Si qu a cels en covint descendre 
Quis virent toz ardeir en cendre. 

En Acre furent ia chenaiUe 
Long tens soffreitus de vitaiHe, 

3635 E si com li tens se cola, 
E viande lor escola; 
E furent puis si conreë 
De mesaise e desareë 
Que mangierent totes ior liestet, 

36 6o Piez e buels e cols e testes; 
E jetèrent les cristiens , 
Les vielz cheitifs, les anciens, 
E les joefnes as vistes chieres 
Retindrent a traire pirieres; 

3665 E il orent si grant soffraite 
Qu'el ne poreit eslre retraite, 
E meschief e paine e ahan 
Jusqu'après feste saint Jobau , 
Que diable lor enveierent 

365o Treis nés que iiloc depeschierent, 

— 3390 lorea — 3393 E orent — 3399 Voudreiot — 

- 3698 desteindre — 3699 H f. — 36 3o qualtunereol 

Quil — 365o peschierent 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



K nieint luiraHe i aveneil 

Qui des vertuz de Deu veueit. 

En l'ost aveit meialeperiere 
n On mult gcn( devant e derierc 

Aloienl sovent e vcnoienl , 

K mullf^s rliosois avonoienl 

Qui a miracit! erent Iciiue» 

Quaiil êtes erenl avenues. 
s II aveit dedeni la cilië, 

(lo dit l'cstorie en verilé, 

Mull perieres sî bien jetaDte» 

Que aine ne vil l'en de tels tantes. 

Une en i ol si jeleresse 
o Que trop csleitdamajeresse. 

Qui nusdepeçoit loles veies 

ISoz perieres e noi cercleies. 

Car el petoit les pieres leles , 

Volani corne s'eussi-nt eles, 
T) Que dous genz coveneit s mètre 

En la funde, sulonc la leire, 

E quant la picre descendeit 

E la funde aval la i-endeit 

Que bien plein pië parfont en lerre 
p Al chaeir la coveneit (luerre. 

Iceste nieiiimes periere 

Feri un home el dos deriere. 

E si li bom dcvenisl arbre 

une columpne de marbre, 
f) Si l'eust el par mi colpee. 

Tant i l'ud el drcil açopee : 

E ti prodom ne la senti. 

Car Dampnedcus nel consenti; 

Kn itel seif^nor doit lom creire. 
r> Que tel miracle fait a creire. 
Issi corn li tens aveneieni, 
T plusorst cboscs aveneieni. 

Entre Avril el Mai en conchange 

Avint une aventure estrange 

rish de iiiaH^uf — 3â3o Od — 3ri3s leli-s — 3âi 
lô^i'l M home — 35Ô& Od — 3555 ele — 353fi e 
iâ''' ('o viront eu — 3û8i qui. en maai/ut — 358 



3â''ir> En l'ost d'un serjant ki csteil , 
Ki el l'oss^ del mur g'e«teit 
Armci de coife e de baulierc 
E de parpoint a meint bel merc. 
Uds enemis al creatur 

3b-;n Teneil une arbalesle a tur: 

Al serjant traiït |*ar une archîere, 
Sil feri el pis soi ia chiere : 
Le parpoint, la coiphe l'ausa 
Si que oitre l'auberc passa: 

307ri Li serjant ol al col un bricf. 
Merci Deu , quil garda de grief, 
Kar li non Deu escrit i erent; 
Ço virent cil qui illoc erent 
Que quant li quarels i tucha 

3r>Kn Qu'il resorti e resbucha. 

Eissi feit Deus, quïl preot eu garde. 
Que il n'a de nule rien guarde. 

Issi com li lens aveneient, 
E plusors choses aveneient. 

3^R5 11 arint que bors des fosseï 
S'ierf uns chevaiers adosseï 
L'n jora faire sa besoigne. 
Si com il a chcscun besoine. 
Issi coni il iert abeissîei 

35(|o E a sa besoigne aaisiei, 

Des Turs qui erent en Tanguarde, 
Dont cil ne se perneit pas guarde. 
S'en parti uns grant aleure; 
Si fu vilainie c laidure 

3&95 Qu'il veit al chevalier mal faire 
Tant com il ert en tel affaire. 
Il aveit l'anguarde esloigoie 
E veneil la lance esloigoie 
Al chevalier por lui oscire. 

36on Quant cil de l'ost prislreut s dire : 
Tpuict, sire, fuicE, fuiez!* 
Il se fud a paines dresciei. 

tolc — 35S3olc — 33ii C. sele» c. — 3565 gent 
; — 31359 E en — 3570 arbl»te — 337a Si, deMi 
I Quil nal — 3r>87 aOàire — 35()0 E immfiM 



97 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



98 



Fol. 1 7 6. 



ItmerëriumRi- 3(')1i^ 
emrài, I , l. 

HortoouFtgcase 
d*une feniint qui 
IniftiUe à eoip- 
bler les foti/s 
d'Acre. 



Neporquant en piez se leva 

E sa besoigne n'acheva. 
36o5 Cil vint quant que chevals pot rendre, 

Qui! quida bien a tere estendre, 

Mais, merci Deu, il i failli, 

Car a la traverse sailli; 

E si prist en ses mains deus pierres 
3610 (Oiez com Deus estdreii vengieres) : 

Si com li Tores ot son tor feit 

Por retomer a son forfeit , 

Ë li chevalers Tavisa, 

Sil feri com il devba, 
36i5 Enz el venir com il veneit, 

D'une des pieres qu'il teneit 

Desoz le chapel en la temple : 

Cil chai morz en cel contemple. 

Li chevalier prist le cheval, 
36a Si traist la reigne contre val; 

Si vit cil qui! me reconta 

Que li chevalers i monta 

E s'en ala jusqu'à sa tente, 

Sil fist guarder en bone a tente. 
Issi com li tens aveneient, 

E plusors choses aveneient. 

Une foiz ravint une affaire 

Dont l'em doit bien parole faire. 

Meintes genz as murs assailloueni, 
363o E meintes feiz s'en defiaillouent; 

Tels i aveit qui ne finooent 

De pieres coillir qu'il portouent^ 

E li baron a lor destriers 

I portouent e as somers^ 
3635 E meiote femme i reporta, 

Qui en portant s'i déporta. 

Entre les autres i portot 

Une qui mult s'i deportot : 

Uns Sarazins quil defendeit 
36^0 Vit que celé feme entendeit 



Al fes de son col deschargier; 
Si com el volt en sus marchier, 
Cil treist a lui, si la feri, 
E la femme a terre chai, 

36/i5 Qui fud férue mortelment; 
E tud li poeples eralment 
Vint entor la femme acorant. 
Qui se detortoit en morant. 
Sis mariz la veneit poroques, 

365o Mais el preia as genz illoques , 
As prodes homes e as dames. 
Que il por Deu e por lor aimes 
Feissent de son cors atrait 
Al fosse ou ele avoit trait, 

3655 Car ne voleit que sa charoine 
Fust meis mise en altre besoine. 
Ele se faiseit ja porter. 
Quant Deus en fist fanme porter; 
E tel femme, ço dit l'estoire, 

366o Deit chescons avoir en mémoire. 
Issi com li tens aveneient, 
E plusors choses aveneient. 
Une autre aventure ravint 
En l'ost, e d'autres plus de vint, 

3665 Voire assez plus; mais ramembrer 
Ne les sai iotes ne nombres 
Un jor hors d'Acre s'en issirent 
Li Turc por noz genz que il virent. 
Qui estoient aie en fuire, 

3670 Si com ues est a geni de guerre; 
E s'en issi uns amiralz, 
Granz home e de parage halz ^ 
Bellegemîn esteit nomez, 
Preuz e hardiz e renomez, 

3675 E li baron qui l'ost gardèrent 
Contre les Sarazins alerent. 
Cel jor fud l'ost mult estormie, 
Qu'il n*en voloient garder mie, 



Fol. Q7 c. 



/lm«r«ri«« Ri- 
ewrdi, i , ur. 

MéMfcature 
d« raniral Bel- 
legemîn- 



36o4 D* manque — S606 Quil Iq — 8609 E numqw — 36i5 veneieiit 
3665 mortelement — 365o ele — 3659 Quil — 3656 mis — 366 1 vendent 



8636 Quen — 366i eie 
3663 raioinl — 36Q8 qoil 



mniMIKII HATIOIAll. 



99 



L'ESTOIRK DE LA GUERRE SAINTE. 



100 



Car tant ala gent en forage 
3<)8o Ou'ii orent Tost en granl damage 
Vj par devant e par deriere, 
(Jue muil fud rassaiiiie fiere. 
Mais nos^re gent les enchacerenf 

:>( >>5 Toz, fors l'amirail seulement 
Qui remist porpenseement 
E voleit noz engins ardeir, 
Se il s'i peusl aerdeir, 
Kar issi l'aveit pris en main. 

:u'n)o Une viole ot en sa main 

Qui de feu grezeis esteit pleine : 
Des engins nrdeir ert en paine. 
Uns chevaliers le ala ferir 
Qui lui- volt son luer merir: 
Fol. 27 (i :Uh):} Le Turc a la terre estendi 

E la violete espandi 
Desur ses choses nécessaires. 
Si qu'il ot ars les genitaires ' 
Del feu grezeis, que il estaindre 

.{700 Voldrent, mais n'i porent ataindre. 
itùurarwmBi- Issi com li tens aveneient, 

*!*' .'. ^^t E plusors choses aveneient. 

Morlu unTur.* * 

qui iusuiiflii in 11 avint par plusors fiées 

Que les fauses genz desloees 

3705 Qui contre Deu Acre teneient 

En som les murs en haut venoienl 
E aportoient des églises 
Les croix qu'i estoient remises, 
Sis baloient e vergondoient 

.'{710 E eschoppient e feroient 
El despit ie fei cristiane : 
Ne heenl tant rien terriane. 
Un jor si com uns Turcs esteit 
Desur les murs e il bateit 

:i7i .') Une croiz de fust qu ot trovee, 
Mult Voi batue e vergondee 



•TOIX 



E ne la volt atant leissier, 
Einceis la voleît compissier, 
Quant uns arbalestiers corteis 

3730 Fist de s'arbaleste un enteis, 
E joinst le quarei a la noîz : 
Al Turc qui vergondeit la croîs 
Volt que tel feit lui fust meri; 
Lors Favisa e si feri 

3735 Le Sarazin par mi Tentraille 
E lui perça cors e coraille. 
Si chai mort, jambes levées, 
Dont lor gent furent trop desvees; 
E issi velt Deus que vengiee 

3730 Fust la croiz qu'il ot laidengee. 

Issi com li tens aveneient, F 

E plusors choses aveneient. 
Un jor avint une aventure, 
Ço conte Ambroisb en s'escripture, |! 

3735 Cons Turs s*en issi as noz traire 
Si qu il ne s'en voleit retraire, 
E un Galeis par aatie 
S'ala traire celé partie. 
Li Gualais ot nom Marcaduc, 

37/10 Si n'iert filz n*a rei ne a duc, 
E li Turcs ot a non Grair, 
Hardiz, forz e de grant air. 
L'uns traist a Tantre demaneis, 
Gualeis al Turc, Turc a Gualeis. 

37^1 5 Li Turc comença a enquerre 

Dont li Gualeis iert, de quel terre. 
Li Gualeis dist : (rJo sui de Giiales, 
rr Se feis que fols que tu avales, y) 
Li Turs li dit : rrTu siez bien traire. 

3700 ffVoIdries un giu parti faire, 

tQue jo traie e que tu malendes 
«Si que nule part ne te pendes, 
(tE si jo fail, jo t'atendrai 
rrSi que nule part ne pendrai?^ 



368ii vert omit — 8687 ardeier — 3688 Sil se p. aardeier 
poront — 3706 miir — 3719 arbWliers — 3730 sablastc 
rei na — 37/n e fora — 3 7 '16 queie — 3761 que manque 



369a ardeier — 3699 quil — 3700 Voldroiil, 
- 3726 Lores — 378! veneient — 37^0 na 
3759 Si jo D., penles 



101 



UESTOIRE DE LA GUERRE S^IliTË. 



102 



3755 Tant lui dist e tant lui proia 
Que H Gualeis lui oireia. 
CjA treist al Gualeis e failli , 
Car al mestraire défailli» 
Li Gualeis dist : tr Jo retrarai. 

3760 rr Ateoi meuTi Cil dist : trNel ferai. 
(rLai mei une feiz encor traire, 
rr E jo a iei deus foiz sanz retrairc. ^ 
rrGe volenters,^ li Gualeis dist. 
E endementers que cil quist 

3765 Un dreit pilet en son torqueis, 
E li Gualeis qui lui fud près, 
98 b. Qui ne le velt prendre a cel fiier, 

Dèscorda, sil feri el euer; 
Lors dist : trCoveiiant ne tenis, 

3770 Ne jo a tei, par sein Denis. ^ 
w«A»- Li Pisan qui en Tost esteient 

lotunie ^ S^^^ fl"' ^® '* ^^^ saveient 

' pr Firent un cbastel sor gualees 

E deus eschieles grani e lieea ; 

3775 Toz lor veissels de cuir corrirent, 
E del diastel autretel fireal; 
La tur des Mosches asiegerent 
E mult i (restrent e lancèrent. 
Cil de la tur se defendoient 

3780 Si bien que mult chier se vendoient, 
E des gualees de la vile 
S'en issi hors plus de deus mile 
Sarazin guami de iiataille 
Por aidier a Tautre chenaille; 

3785 Mais il traioient e lançouent 
E de granz pierres lor jetouent, 
Granz e pesanz, e dars aguz, 
Brusoient lances e escuz. 
Quant cii del chastel assailloient, 

3790 Cil a défendre ne faillouent. 
La Yeissiez bien nez genz traire 
E meint bel trait sor les murs traire; 



La veissiez pilez pkimri 
E Turs mucier parestoveir; 

3795 La veissies proz genz osées 
E assaillir par reposées. 
Les eschieles furent dreciees 
Contre la tur e àdresciees 
A grant force e a granz meschiefs, 

38oo Car l'en jetoit desor les chiefs 
As crisltens quis i dresçouent 
Grandismes fusU que il lançouent, 
Qu'il n'alouent pas coardant, 
E s'en rélornerent a tant 

38o5 Tant que le diastel alumerent, 
E cil s'en vindrent jus qui i erent, 
E jetent feu grezeis ardant 
A grant bataille conibaiant; 
Mais tnult ot aiuz en la marine 

38 10 Grant glaive de gentisarazine. 
Li chasiels ftid are erralment 
E les eschieles ensement 
E li vessiel qui les portèrent. 
Dont li Turc se réconfortèrent; 

38 1 5 Et quant il vinent la desfaule 
Lors écrièrent a voiz haute 
E huèrent la gent haie 
L'ost qui a Deu iert en aie. 
Mult fud de ço descomfortee 

3890 L'ost Dampnedeu, mais confortée 
Befud de la grant baronie 
Qui iert arivee en Snlie. 
L'arcevesque de Beèen^n, 
De sue part le oomençon, 

3895 Fist devant Acre un moton faire 
As murs depechier e desfaire 
De trop grant cost, s'ert bien ferrez 
E innlt^strèitenient ^serrez, 
Haut e bas, devant e deriere, 

383o Qu'il ne denst cHciendre perierre, 



Fol. 980. 



Itvurtaitim Bi- 
cardi, I, ux. 

Engins de 
guerre constniit 
par l*archevéqu«* 
(le Besançon et 
par le eointe 
Henri df Cham- 
pagne. 



3760 dit, frai — 3761 encore — 8766 E numque — 8767 nel v. — ^7^ Lores ne d. *- 3779 E cil 
3781 E les — 3799 grani imm^iif — 38oi qail i dr. — 38o9 Graot dîmes, quil — 3807 jetereDt 
3890 dampoedou — 3897 sert lerrei — 3898 ferm 



103 



L'EStOlRE DE LA GUERRE SAINTE. 



lOiSi 



Car (lel melz que l'em soit i mètre 
Se veit Tarcevesque eniremetre. 
Un altre en fist li coens Henris, 
Bien covert e de mult grant pris, 

8835 E li haut baron e ii conte 

Maint autre eng^n dont ne sai conte; 
Mais de celui dont vous deimes, 
Que Tarcevesque Gst de primes. 
Vos dirons corn ii en avint 
Fol. 98 d. 38^10 Devant les murs quant il i vint. 

Li baron de Tost devisèrent 
Cel assalt, ou il porparlerent 
Les engins que orent fait faire : 
Fist chescon le suen as murs traire. 

38/i5 L*arcevesque fist traire avant 
Le muton dont jo dis avant, 
Ki iert de si riche faiture 
Que il ne deust créature 
Criendre par dreit ne par raison; 

385o Si esteit fait com soz maison, 

Un grant mast de nef dreit sanz nouz 
S'iert en mi ferrez a deus bouz; 
Dedesoz le muton esteient 
Cil qui ai mur hurter dévoient, 

3855 Qu'il n'i aveient de rien doto. 
Li Turc qui nés amouent gute, 
Tant sèche bûche i aporterent 
E tant feu grezeis i geterent, 
E feroient lur piereres 

386o De colombes totes entières 
De liois pesanz e de marbres, 
E i getoient fîistz arbres; 
Si jetèrent «n buz, en seilles. 
En peitailles e en oceilles, 

3865 Soifre e catran « siu e peiz, 

E puis granz fuz après tôt dreiz, 
E feu grezeis par «n somet 
I jeta la gent Mahumet, 



imbel aatour 
lëlier de 1*8 r- 



Tant que del mulon s'en fuirent 

3870 Li fueur e le guerpirent 

Li Turc as murs s'abandonoient, 
Qui al muton toz jorz jetoient : 
La veissiez les archers traire, 
E arbalestes biaus traiz faire; 

3875 La veissiez granz aaties, 

E gent navrer de deus parties; 
La veissiez bons vassals core 
Al muton défendre e rescore 
E a Tatreit desus abatre, 

388o E Turcs jeter e Turs abatre 
As défenses od ior ireles. 
Qu'il aveient peintes e bêles. 
Tant i lancèrent e jetèrent 
Que le moton nos enfondrerent 

3885 E desclostrent la fereure 
E tote l'autre enbordeure, 
E le feu derechief lancèrent 
Tant que tôt ars le noz leisserent; 
Mais li motons fud comperez, 

3890 Car quatre vint des mielz parez 
E un admirait i perdirent, 
Mais damage des noz refirent 
Eht vos atant Tassait remaindre , 
Quant li mutons ne pot estaindre, 

3895 Ke nul nel peust remuer: 
Eht vos Sarazins a huer. 

Apres Haust a cel termine 
' Fu en Tost morte la reine 
De Jérusalem, dont damage 

3900 Fud de feme de son eage. 

Car tenue iert a vaillant dame, 
E por ço ait Deus merci de s'aime ! 
E si mururent deus puceies. 
Filles le rei Guion, mult bêles; 

3905 E par les emfanz qui mururent, 
Qui dreiz hoirs de la terre furent, 



Fol. 99 a. 



DcftroctkMi da 

béHer. 



Mort de la 
idoe de Jéro»- 
lem et des deoi 
filles de Gai de 
LofigiMin. 



383a que lem i s. i m. — 38S& malt tiMUi^ — 3835 e U baot c. ^ 38/i9 qnil p. —3868 Quil — 385o Mt 
manqw — 385i sanz boni — 3859 Si iert emi f. a deus nom — 3853 Deaoi — 3863 Si en j. en bntheis- 
seilles — 387A arblastes — 3888 toi, ars les n. «- 3890 dei — 8901 vaillante 



107 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAffiTE. 



108 



En peusl rom le chief veoir, 
Qui ne se aiast en hait seoir; 

agST) \e gelissiez pas une prune 

Fors sor gcnt fervestue e brune. 
Ko', oi) //. Elit les vos errant dreit ai Doc, 

Si n'eussiez pas cuit un coc 
Que Salahadins sot de veir 

:\i)()n Qu'il iert a la bataille aveir. 
S'il voleit cristiens atendre; 
Mais celé nuit fist s'ost destendre 
R lor guerpi celé montaine 
On il seeit e sa compaine. 

'Ar)():) Eth vos a nostre ost une espie, 
Qui lor dist que la gent haie 
Ot celé niontaigne laissiee 
E s'en fuioit tote esleissiee. 
Qui d'iloques se esloignoient; 

^looo Por poi que nez genz ne poignoieni , 
ihNertainmhi- Mai's graut folie fust del sivre, 

Car nés poussent aconsivre. 

Iienoontre des > 

Turc» «fw un E quant bataille ne troverent, 

rorp* df Croisa ., y^ . t i • 

quiest«néfoiir< Vors Caiphas tôt dreit tornerent, 

rager è r.„ph«.. ,^^^^. q^ j,^^ jj^^ q^v, ^^^j^ ^Jt^JHg ^ 

Dont al siège aveit meinte faille. 
Eht les vos a la Recordane : 
Plus tost que ostors ne siut l'ane 
Vindrent li Turc quis anguisoient; 

'loio Tant virent que il retornoient 
E apoigneient a Tost iraire, 
Taburer e crier e braire, 
Celé vespree se tendirent 
Li pèlerin, si atendirent 

^101 5 Jusqu'al demain a l'enjorner, 
E se devient atorner 
D'aler en dreit a Cayphas; 
Mais la vitaille n'i ert pas 
Qui lor i esteit encusee; 

/loao Anceis l'orent li Turc portée 



Al matin quant il se levèrent; 

E com il einz se reguarderent 

Si virent toz les Turcs del monde, F«l.i 

Ço lor fud vis, a la reonde , 
'ioa5 Qui a voient lor ost aanse, 

Dont la terre en iert si pqjrprise. 

Sus e jus, e destre e senoestre. 

Que Tost volsist bien aiibrs estre. 

Onques tel gent ne fod esmee. 
'in'Au Eth VOS nostre ost aneire armée, 

E se conreia de bataille; 

Mais li Sarazin, la chenaiile. 

Ne se osèrent a els combatre 

Ne sor si bone gent embatre; 
/io3r> E li pèlerin retomerent 

Por repairier la dont tornerent. 

Mais rouit eurent ainceis ententes 

Qu'il venissent jirâqu'a lor tentes. 

Al chief del flam qui curt yen Acre, t 
'loV) La ou il surst, ot grant maçacre 

De chevaliers de deus parties, 

Ainz que les ostz fusent parties. 

En celé jomee de terre 

Fist la gent le rei d'Engletere 
'lo'io Od le Temple la riere gnarde; 

Mais il i eurent tote guarde. 

Que Deus ne fist neiff ne grésille 

Ne pluie en Mai quant il rosille 

Que chee plus menuement 
'ior)o Que li pilet espesement 

En Tost ausi tost ne obéissent, 

Einz que noz genz d'illoc pairtisaent; 

Toz conreé s'en départirent 

E vers Acre s'en revertirent; 
/io55 Nostre ost se toma a senestre 

Del flum , e le lor ost vers désire : 

De deus parz le flum costeierent 

E toz jorz s'entreherdeierent; 



eotr 
liew 
4èle 
tt9* 



3987 les manque — 'loio quii — 6011 apoignent — 6096 en manque — 60S7 lê'prmmere iimm^m» -^ 
/i099 lelc — ^loAo od — 6o56 osl manque 



109 



L'ESTOIREDE LA GUERRE SAINTE. 



MO 



CoiulMlaufiuul 
«le Dahoak ( 1 5 
noTcrobre). 



'1070 



'107.') 



Fol. 3o b. E de par les noz genz veneit 

'i<)r)o Tels genz qui soeur» li teneit. 
Que li serjant qui erenl guarde 
A pié de nostre ariere garde, 
Qui deriere Tosl se teneient, 
Les vis tomez as Turs veneient. 

'm)()5 Icele gent s'iert trop gregiee. 

Ainçois que Tost fust herbergiee. 

Par matinei a Tenjornant 
S'alerent noz genz atornant 
De repairer a Acre al siège; 
Mais li Turc teneient lor triege 
Al pont del Doc ou ja estoienf, 
Par la ou il passer deveient. 
Ja voleient le pont abatre, 
Quant Tost s'en vint sor eis embalre; 
Mais le pont si porpris aveient 
Que li pèlerin ne saveient 
Par ont il poussent passer, 
Tant s'en i vindrent entasser. 
Lors poinst de Lenzeignan Giefreis 

/iu8o Sor un destrier qui esleit freis, 
E cinc bon chevalier ovequcs 
Poinstrenl le jor o lui illoques, 
Qui si duremenl les ferirent 
Que plus de trente en i cheirent, 

/io85 Qui naierent el fluminaire, 
E que voiant la gent contraire 
Tant les ferirent e lassèrent 
Qu a vive force oltro passèrent 
E que al siège ariere vindrent, 

^1090 Dont cil de Tost tut lie devindrent. 
Contre la fin de cel passage 
Que poi passoient fol ne sage. 
Tôt le passage trespassouent 
E neporquaut encor passouent. 
Foi. 3o c. '1095 Que que li poepies vint e crut, 

E la vitaille lor descrut ; 



Lci Oroiê«« 
suaffreot de la 
dÎMlte. 



Mais trop lor aloit descreissaut 
Que que li tens aloit creissant, 
N'il nule denrée n avoient 

fiMto Fors quant li passage venoient. 
La riche gent en iert guarnie, 
Mais la iK)vre en iert desguarnie. 
Qui chascon jor se complainoit 
Por la. chierté quis destreineit. 

/iiur) Li alquant aler s'en voleient, 
Qui des mesaises se doleient ; 
E la vitaille iert détenue 
A Sur quant ele i ert venue, 
Que li marchis faiseit tenir. 

'n 10 Qu'el ne poeit a Tost venir. 
Or si orez del faus marchis, 
Qu'il aveit porcbacië e quis 
Par hautes genz e par aveir 
K'il voleit le riaume aveir, 

'Il iT) K tant Gst e tant porchaça 
E tant par son engin braça 
Cune serur de la reine 
Ki ja iert morte a cel termine, 
La femme Raimfrei del Thoron, 

fi\'2i) Qui iert tenu por hait baron, 
Fud de cel Raimfrei départie 
E quil.la prist a sa partie. 
Par tel covent que sa bataille 
Pereit venir a Tost sanz faille; 

fna^) Si Tesposa en sa maison 
Contre Deu e contre raison. 
Mult en grosça li areevesques 
De Canturbire, e li evesques 
De Biaveii la lui esposa; 

^ji3o Si ot grant tort qu*il le pensa, 
Car li marchis aveit eB[M>se8 
Deus bêles dames, joefnes toses : 
L'une esteit en Costentinoble, 
Bêle £emme, gentil e noble, 



IUi*ertu-tuM lU- 

tMlli, I , Lilll. 

Le marqait 
iUtund \eiit 

épooierlafemiue 
de lUiofroi du 
Thoron « liéri- 
tièrtdu royounir 
lU* Jf^rtisaieni. 



Oppoiilioii de 
rareberéqoc dr 
Caolorbury. 



l'ul. 3o </. 



6071 del doi — 6073 voleiont — 6078 tant eo unrenl — A079 Lores — 6089 oae lui — &086 qui — 
&087 laissèrent — 6089 ^ quant — 4 09^1 eooore — A 099 nule manque — ^1110 Quele ne pooiet — ^1 1 1 1 Oro 
— /il 19 raimfrieE — fii^k Fr«it — ^1 laGe encontre r. — â 1 97 iarceoesques — lki33 iert 



411 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



112 



Le uiarqais /l 1 3 5 
ë|>oa8e la femme 
de Rainfroi, bien 
qu'il eût déjà 
deuK feoiines. 



Al Ao 



/jlA5 



/ii5o 



Ai55 



Ai6o 



I.o Luultfillcr 
(le Si'nlis cfl cu- 
levë le jour des 
itoccs par \et 
SarraMO". 



Fol. 3i a. /il 65 



/itKerarnrm At- 
rardi, I, HIT. 

Conrad »'cn 

retourne è Tvr. 

a 170 



E Tautre eslcit en sa contrée, 
E la tierce aveit encontree; 
E por ço li boens arcevesques 
E aitres genz, clers e evesques, 
Cest mariage contredistrenl 
E escomengicreot e distrent, 
Corne cil qui Foserent dire, 
Que il ot feit treble avoltire, 
No Deus n'iert a lor esposaiiles 
Ne a iteles assemblailles. 

Quant li marchis ot esposee 
Ceie qu*ot long tens golosee, 
Ses noces fis! e ses convives : 
Ore en ot il treis totes vives, 
Une en sa terre e l'autre en Tost, 
E encor la tierce en repost. 
Mais dut venir del mariage, 
Si fist il cel jor e damage: 
Car quant cil orent bien beu 
Qui as noces furent veu, 
As cbams vindrent esbanier 
Com s'il allassent torneier; 
Sarazin qui en aguail erent 
Les enchacereut e basterent, 
E cil de Tost al cri saillirent; 
Mais Sarazin pas n'i faillirent : 
Le buteillier de Senliz pristrent , 
Mais nus ne soit ou il le mistrent, 
S'il murut ou que il devint; 
Mais que pris que mort furent vint 
Cil furent des noces paie. 
Cil de lost furent esmaië : 
La sage gent plus en duterent. 
E alquant encore quiderent 
Que li marcbis veir lor deist, 
E que vitaille lor feist 
Venir en Tost par covenant; 



de gwle 


sont 


pMUira 


men- 


•oogèrw. 


maiii 


ce q«*Aakn)wr 


va eoBicr 


de* 


fooffraoeet 


des 


Croisa à 


Aat 


eat la 


venté 


ineine. 





Mais il s'en ala maintenant, 

Il e sa gent e sa esposee. 

Que aine puis n'enveia denrée, 
A 175 Qu'il fud asseur de vitaille. 

En l'ost ou ele fesoit faille. 

Fors a cels qui le mariage 

Aveient feit par lor oltrage. 

Seigneur, de la mort Alixandre, Ut eiuuiaoo» 

6180 De la cui mort fud grand esclandre, pMUire 

Ne del message de fialan. 

Ne des aventures Tristran, 

Ne de Paris ne de Heleine 

Qui por amor orent tel peine, 
Al 85 Ne des faiz Hartur de Bretaine 

Ne de sa hardie compaine, 

Ne de Charlon ne de Pépin, 

De Agoland ne de Guitecliu, 

Ne de vielles chançons de geste 
Al 90 Dont jugleur font si grant fesle 

Ne vos sai mentir ne veir dire 

Ne afermer ne contredire , 

Ne jo ne trois qui le m'espouge 

Si ço est veir o tôt mençonge; 
A 195 Mais de ço que tantes genz virent 

E qu'il meismes le sofirirent, 

Cil de l'ost d*Acre, les meschiefs 

Qu'il orent es cuers e es chiefs 

Des granz chalors , des granz froidures, 
A300 Des enfermetez, des eiijures, 

Ço vo puis jo por veir conter, 

E il feit bien a escoltier. 
Ço fud en yvern, en Avenz, 

Qui ramenoit pluies e venz, 
Aso5 Que en l'ost d'Acre esteit la plainte 

E le deheit e la complainte 

De gent e maene e menue 

Por la chiertë qui ert venue; 



Fol. 3i h. 



H, I, LITI. 

Horrible di- 
witt an euap 
des chrétieiKi. 



Al 38 le second e manque — AiAo £ escomeiani — Ai Ai Com — AiAa Qui) — AiAG quii ot — 
Ai5o encore — A]5i MuU d. — Ai 53 il o. — Ai 55 ch. alassenl — Ai 56 touneier — Ai 58 haatereent 

— A161 de son lit — AiC3 quil — A166 E cil •— A17A Quainc — A181 biilaan — A188 Ne de, gutteelin 

— A3o5 Quen — Aao7 U premier e manque 



113 



L'ESTOiRE DE LA GUERRE SAINTE. 



114 



Car el cressoit de jur en jor, 

&910 Si se piaignouent sanz sujur. 
Bien lor estai, ce est vérité, 
De si qua la Nativité; 
Mais lors comença la destresce 
E la famine e la laschesce : 

49i5 Que que li Noels s'en issoit, 
E la chiertë toz jon cressoit. 
Mult iert li mais de blë pesanz. 
Qui costoit en Tost cent besanz, 
Que unsiiom portast soz s'aissele; 

Asso Mult aveit ci freide novele» 
Ghiers i esteit blez e farine; 
Doze solz valeit la geline, 
£ Toef vendeit Tom sis deners , 
Tant esteit H iens pautoners; 

6s35 Mais al pain esteit la bataille 
A cels qui en avaient faille, 
Qu'il maldiseient le marchis 
Par qui il erent si aquis. 
Bi- Seignors, nel tenez a eschar: 

âi3o Que en Tost Deu ne faillist char, 
Les biaus destriers i escorchierent 
E mult voleoters les mangèrent; 
Grant presse aveit a Tescorcier, 
Si Tachatoit encore chier; 
• di e. &9d5 Tut yvem dura la riote, 

Si vendeit Tem dis solz la rote. 
Plus iert venduz li chevals morz 
Que ne fust vifs par nul esforz. 
La char lor sembloit savoree, 

à%ho Si menjouent bien la coree. 
Lors maldisoient le marchis 
Par qui il erent si aquis. 
nmA- Chiers iert li tens, grant la défaite 

\J^^ A la gent basse e a la haute, 

&i65 E neporquant qui ot avoir, 



lOgfedlrfl 



Cil qui pot la viande avoir, 
Nis quant il la voleit doner. 
Si ne Toseit abandoner 
A tant de gent corn i veneit; 

&95o E por ço chescons la teneit 
Qu'il maldiseient le marchis 
Par qui il erent si aquis. 

Ne fusent herbes qu'il planteront 
E semences que il semèrent, 

&a55 Dont chescons feseit sa poree. 
Ne fust la perte restoree. 
La veissiez tanz biaus seijanz. 
Bien gentilz homes e vaillanz. 
Qui erent nurri en richesce, 

Aa6o Qui par famine e par destresce, 
Quant il veoient herbe nestre, 
Il l'aloent manger e pestre. 
Lors maudiseient le marchis 
Par qui il erent si aquis. 

/ia65 La curut une maladie. 
Si atendez que jo la die : 
Par unes pluies qui donc plurent. 
Que tantes ne leles ne furent, 
Ke tote l'ost d'iaue naiot, 

6970 Chescons tusset e enroot, 
E emfloent jambes e chieres. 
Le jor aveit en l'ost mil bières, 
E de l'emfle qu'es chiefs avoient 
Les denz des huches lor chaieient. 

6975 Tek i aveit ne repassoient. 
Quant il viande ne trovoient. 
Lors maudiseient le marchis 
Par qui il erent si aquis. 

Seignors, besoingfeit meinte chose 

&980 Dont l'em blâme meint home e chose. 
En l'ost aveit de mainte terre 
Maint home hontus de pain querre : 



6909 de — &9i3 iores — 6917 ii mois — &919 home — 6990 ici — A998 Parqiiil esleientri esquis — 
&93oQoeD — Û93i8oiornerent — â9âiLoref — 69â9qiiilesteieot — 6967 Eq. — AaSimakliseint — 6969 quil 
esteient — A 95 & qnil— 69571802 mon^ — 69 61 Que quant v. — 6969Qiiii — 6968 Lores-^ 6966 qiiilesteient 
— 6969io6tdeadiaue — &973Elele. — 6976 il hmm^-» 6977 Lores — &978qoile9leieQt — Û989M.bdthoiitas 



[imtrgrimmBt 
eâréi, I , lux. 

On est réduit 
i maoger de 
rherbe. 



iniMfflrniM m- 

lé» meladie se 
met daos le 
eaiBp. 



Fol. 3l d. 



Itùurmrmm Ai- 
Mnfi, I, uxiu. 

Aveotare d*no 
Yolear de pein. 



B 



iVratHIAtl lATlO^ALK. 



115 



L*BSTOIRE DB LA GUBBRE SAINTE. 



llfi 



Fol. ds a. 



/tMeron'iim Hi- 
têréi, I , LXYiT. 

Quel«]ueK-uiio 
oanent aui infi- 
dèlM «I devien- 



As bulongiere le pain emblouent, 
Si que tôt près les enpreignouent. 

/i285 Un jor i ot pris un prison, 
E por itele mesprison 
L'en mena cil qui pris Taveit, 
Si! lit al miels qu'il saveit 
Les deus mains deriere le dos, 

'1390 A Tostel ou not point de ados. 
Cil de Tostel, qui forneouent, 
A mont e a Yal torneiouent, 
Si ne pristrent del prison guardc; 
E Deus, qui la suc gent guarde, 

'1995 Rompi les liens de ses mains. 
Il seeit sor un mont de pains; 
Li serjant musèrent es veies : 
Cil manja des pains tote veies 
E si en mist un sos Taissele 

/i3oo Par desoz Tombre d'une sele. 
Or ne fud pas trop a mesaise, 
E quant il en vit tens e aise 
Si s'en fui bone aleure 
A lost e lor dist s'aventure, 

'i3o5 As serjanz qui od lui esteient, 
Qui a glaive de faim mureient. 
Le pain que cil lor aporta , 
Dout un petit les conforta, 
Celui mangèrent e partirent; 

/i3io Mais onc guaires ne s'en sentirent. 
Eth vos la faim si esmeue 
E lor mesaise tant creue 
Qu'il maldiseient le marchis 
Par qui il erent si aquis. 

/i3i5 Cil qui en l'ost se deleneient 
Maint grant meschief i sosteneient, 
Ne nus ne vos poreit conter 
Que la mesaise pot monter 
Qu'il endurèrent e sostindrent 



D« 



IroM 



âSao Al si^e puis qae il i vindrenL 
Oiez quel perte e quel damage 
D orne qui Deus ûst a sa imagt, 
E quel meschief e quel laidesoe. 
Qu'il renit Deu por sa deatresoe ! 

6335 En l'ost lïid ia ckierté si grande 
De tote espèce de viaide 
Que mdt de noz gêna a'an aloient 
Od les Turcs^ e se reaeâoueDt, 
Conques n'avint ne ne pot esire 

433o Que Deus de femme daignas! oestre, 
E la eroiz e le baptistire 
Reneiouent il tôt a tire. . 

Deu eompaignoB en foat ealeient, ^ 
Povre serjant, qui- rien n'avaient 

6335 Fors un angevin seulement; 
Si lor en avint nullement. 
Car il n'aveient point, de veir. 
Plus viande ne plus aveir. 
Fors seulement lor armeures 

636o Senglement e lor vesteures. * 
Sor l'angevin fud la devise 
En quel manière e en quel guise 
Viande en sereit achatee 
A trespasser celé jomee ; 

6365 A lor pelisces enquerouent 

Saveir mon que il en ferouent. 
Tant firent e tant esgarderent 
Que tresze fèves acbatereot : 
Si troverent une percbiee, 

635o E por ço qu'ei fust rechangce 
Si covint l'un d'els l'aler quere 
Plus luinz de set arpenz de terre; 
Mais cil qui la dut rechangier 
La lui chaoja a grant dangîer. 

6355 Cil vint arieres, sis mangèrent, 
Por poi que de faim n'eragerent. 



Foi 



/ia86 pris — 6a8G par — 6391 fornoucot — 6^92 tornoucnt — 6397 seronl — 6399 en 
63oi Ore — 63 1 3 maldiseinent — 63 16 quil esteieut — 63 1 5 lost deu se — 43i6 grtnt 
63ao quil — 63a6 Quil ne nie d. — 6396 espère — 63a7 se aloient — 633o femme ne d. — 
sire — 6337 dauier — 636o vestures — 6365 pelisees — 6346 quil — 635o e)e — 6354 Si kiî 



433] 



117 



L*ESTOIR£ DE LA GUERRE SAINTE. 



It8 



XXTI. 

Ctox 
it do 
ureut. 



mmBi- 

LIXTII. 

og« de 
en et- 

3a c. 



Quant les fèves furent alees 
Eht vos lor mesaises dublees. 
Lors maldiseienl le marchis 

âd6o Par qui il erent si aquis. 

Une chose en i*<>st Deu vendeîent, 
Quarobles out non, ço diseient. 
Qui ierent duces a mangier 
£ sis aveit ¥em sani dangier, 

A365 Por le denier une denrée; 
La iert la voie Inen menée. 
De celés e de Doii menues 
I furent mult genz sostenues. 
Mais cil qui malade gisoient» 

A370 Qui le fort vin sovent bevoient, 
Dont il aveient grant marehië, 
Esteient de vin si chargië, 
A iço que riens ne menjouent 
Fors ço que il meins coveitouent, 

l^^^b Qu'il morouent ça treis ça quatre; 
E cil qui 8*a}oieiit esbatre 
E repassouent e viveient, 
Qui point de vitaille n*avoient. 
Cil maldisotent le marchis 

63Bo Par qui il erent si aquis. 

Mainte mesaise ot en Tost traite 
Ainz que vitaille i fnst atraiie, 
N'il n est rage fors ée destresce 
De faim, de pain quant il estresce, 

6385 Car la faim celui toz jorz haste 
Qui de manger ad greignur haste; 
Car a vive force mangèrent 
Char en quaresme, si péchèrent. 
Ço fud en Ja cape jeune 

ûSgo Que chescons hom par dreit geaiie; 
Mais furent penitencië 
Quant Deus ot le tens avancië; 
E quant issi la char mangouent 
E del pechië se recordouent, 



/iSgS Lors maudiseient ie roarchié 
Par cui il erent si acuis. 
Tut cel yvero issi dura 
La grant chiertë, que endura 
La gont de Tost qui Deu quereit, 

/1600 E esguardeit quel le fereit, 

Del Noël jusqu*al grant quaresme, 
I^ sai de veir, non pas par esmc, 
Que la ou Deus fist 1 ost seoir, 
Ke {>oi velt Tuns Tautre veoir. 

/iAo5 Charité iert si refreidee 

Que avarice iert trop eshaucie 
E puis que avarice i sorvint 
Li larges aveirs en devint; 
E d*avarice, sanz largeaee^ 

/lâio I moreient gent de destresce. 
Qui maudiseient le marchis 
Par qui il ereni si aquis. 

Tant dura èele meaestanee 
Qu il en esteii trop granA pariance; 

hhib Mais D^is voleil la gent apreradre, 
Qu il le doivent amer e criendre. 
Li evesque de Sakaberes 
Apela ses fila e ses fireres 
De Des e ai las semoiia, 

kh2o E bone easample lor dona; 
E li eveaques de Vérone, 
Qui bien iert dignes de corone. 
Ne fud al sermooer feigniMM; 
Ainz disi paraJe8.ateignafiz; 

6 A 3 5 Cil de Pannes en Lomibardie, 
Un evesque de seinte vie, 
Represcba aralt ateignantment. 
E ne demura puis grantmeni 
K*en Tost fud faite une coilleite 

663o Par la geat<pii trop iert destreile, 
Qui a grant cboae s^estencti. 
Chescons mult bien i entendi. 



t«a disetle dure 
de Noël à Pàque*. 



Itinerûrium Ri- 
Mrii, I , uxviu. 

Les évéques do 
Salinbury, de Vé- 
rone et de Fan» 
fonl faire aoe 
coliecle pour se- 
courir le* pau- 
vres de Farm^, 

Fol. 3a d. 



àêbg Lores maldiseint — 636o P6r quil eat^ent -^ 6d6i Deu manqMê, veodeffent — 637^ quil ^- 6377 e 
ioootot — 6396 Loref — &1I96 Par coil — 4^8 qoil e. — hhoo E e. e quel il lor freit — hhoS Si \. 
— &616 ie manqué •— Uàiô Une — àhi^ ateignament — &43o trop matique — 4639 bi^imNifaïf 



8. 



119 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



120 



As besoiniu resuier. 
La reissiei Deu grazier 

hkZb As povres geoz quant il menjouent 
Ço que li riche lor dénouent 
La ci Wakelins de Ferieres 
Mains perchiees, non mie avères, 
E il e Robert Trossebot, 

Ukko Qui tôt le suen i mist a bot; 

£ li cuens Henris de Champaine, 
Qui mult i fud de grant OTraine; 
Sire Jocelins de Montoire, 
Cri doit estre poinz en Testoire; 

khkb E de Clermont li cortois cuens, 
Qni i fud despenderes boens; 
E Tevesque de Salesberes, 
Qui ni ot pas les mains avères, 
E li autre qui Deu conurent, 

Uiibo Qui meintes genz i sucururent. 
La coilleite i fud bien donee 
Par esguard e abandonee 
Fol. 33 a As petites genz e as granz, 

As chevalers e as serjanz, 

/i/i55 E as povres que il veeient 

Qui greignor besoing en aveient, 
A chescon solunc qu'il esleit 
E solonc ço que mesesteit 
Deu vit sa gent de bien esprise 

6660 E que charitez se i iertmise. 
Sis reguarda por cele acorde 
Des oilz de sa miséricorde. 
iiûmmium lu- Bien avez oi puet cei estre 

Année d'à» '^ miraclo le rei celeslre, 

chaTgaMBt de ^/^^s g trestut cil qui Tout oi 

En deivent estre resjoi. 
Al port d'Acre vint une barge 
-Qui n'iert guaires lee ne large; 
En cele barge aveit forment. 



m 



A&70 Or si porez oir cornent 
Deus' succurut cristientë 
E del chier tens fist grant plentë. 
Por ço n'iert la chiertë si grande. 
Car en Tost mist assez viande; 

hh'jb Mais li marcheant la teneient 
Por ço que chiere la vendeient; 
Mais quant Deus qui est charitë 
E fontaine d'humilitë 
Vit en son poeple la laschesce, 

/!i68o Si coroanda que la destresce 
E la famine a tant cessast 
E que li formenz abeissast. 

Ço fud un samedi einz none 
Que la barge vint od Tanone; 

UiiSh N'iert pas grant parole tenue 
De la barge qui iert venue 
Fors de cels qui le blë vendeient. 
Qui a lor guain entendeient 
La barge vint un samedi, 

Uàgo Mien escient, après midi. 

Que la l'amena Deus domaine, 
Prist le forment le diemaine 
Qni esteit as gemiersgisanz, 
Que cil vendeient cent besanz, 

&&95 Sil mist de cent besanz a quatre : 
Tel marcheanz s'i dut enbatre 
Qui tant et si tost embati. 

Oiez com Dampnedeus bâti 
Un vassal e par son oltrage, 

i^Soo Si ne fud mie grant damage. 
En Tost d'Acre ot un Pisan 
Qui si tint chier le blë cel an 
Qu'il n'en voleit vendre denrée 
Fors a chiertë trop desreee. 

65o5 E Deus qui conuist chescon home 
L'en fist porter issi grief some, 



Pio de I» di 



Fol. 33 6. 




Aâ3d besoins — lihBS p. nol m. 
&&56 en manqvê — &&61 iœie - 
hà'jh mtrchant — 6699 dimaine 
bie — 65o4 deiree 



- hhU2 oueraioe — ItlihS i manque — âà^g que — &655 qail Yeienl — 
à&6t sa moNfiM — 6663 pucelestre — 6^68 lie — 6&70 Ore — 

- 6495 Si — &&96 marchans — 6/^97 tant si L a e. — &5ot cfa. de 



ISl 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



122 



uxn. 

■xqai 



33 C. 

mmK- 
I. 

kPhi- 



1191). 

wmK- 
ér«ti<»i 

■fMHIfl 



Por (0 qu'il s'i acostuma, 

C'uns feus sa meison aluma 

Si que quanque aveit en maison, 

âSio Qu il aveit atrait sans raison, 
Fud tôt péri e ars en cendre. 
Si que nus ne la pot desfendre. 

Quant celé ovre Deu fud veue, 
Eht Tos la charité creue. 

65 1 5 Ghescons prosdom s*eslar|^ceit 
Kuns Ters l'autre de quoi que seit. 
La veissies reassazier 
Les povres e Deu gracier; 
E tuit cil qui la char usèrent 

Â5so En quaresme se comfesserent 
E en pristrent lor penitance, 
Car feit Torent par mesestance. 
Treis cops d'on baston sor le dos 
Ot chescons d'els, ne gaires gros, 

6595 De Fevesque de Salesberes, 
Qui les chastia oom bons pères. 
E a icele Pasche close, 
Que Deus ot fait icele chose. 
Vint li reis Filippes de France 

i^53o En Tost por veir e sanz dotance; 
Si i vint lui li cuens de Flandres, 
De la cui mort fud grant esclandres ; 
Si i vint li prenz coens de Saint Pol , 
Cui bien seeil escu al col; 

&535 Si i vint Guillames de Gariande, 
Qui ot compainie mult grande; 
Si i vint Willames des Barres, 
Bons chevaler e preuz e ares; 
Si i vint mis sires Dreus d'Amiens, 

Ubào Ou mult aveit proesce e biens; 
Si i vint Willames de Merio, 
Un chevaler dont jo me lo; 
E si i vint li cœns de Perche, 
Qui tut le suen i mist sanz merche; 






UbUh E lores i vint li marchis 

les Franceis , si com jo enquis. 
E qu'en fereie autre pariance? 
Il ne remist hait home en France 
Qui ne venist a Acre en l'ost 

/j55o a cel termine, ou tart ou tost. 

Li reis de France fîid illoques, 
E la cristienté oveques, 
De Pasches .jusqu'à Pentecoste, 
La haute feste qui tant coste; 

/i555 E lors ot li reis de Engletere 
Pris Cyprès, e vint en la lerre. 
Mais l'estorie me covent sivre 
E la materie reconsivre 
Del siège d'Acre reconter; 

â56o Si velt Ambeoisbs parconter 
Ici e parfomir son poindre 
E Sun neu renoier e joindre 
Des deus reis qui a Acre vindrent 
AI siège e com il se contindrent, 

4565 E de la some de l'estoire 

De ço qui l'en vient a mémoire, 
E coment Acre fud eue , 
Si com il vit a sa veue. 

Quant li reis Richarz d'Engletere 

4570 Fud venuz en la seinte terre, 
Issi com jo vos ai conté. 
Si deil bien estre recontë 
La corteisie e la proesce 
Qu'il fist lores e la largesce. 

A575 Li reis de France aveit donë 
A ses genz e abandonë 
Que chescon mois treis besanz d'or 
Avreit chescon de son trésor; 
Sin iert grant parole tenue. 

458o Li reis Richarz en sa venue, 
Quant il oi si fort affaire, 
Si fist par mi Tost son ban faire 



Afflbroite re- 
prend In mite du 
rédl des érèiM- 
raenta dont il a 
été témoin ocn- 
lairp. 



Fol. 33 d. 



lùnerarium Bi- 
eitr^,l\\ , iT. 

Philippe donu<> 
trois besans d*or 
h chacun de se» 
chevalière. Ri- 
chard en donne 
quatre aux sifo^. 



&5o9 que wumquê, en n m. — &5i6 dcsque s. — hbtg mangèrent — 4533 preoei — 4566 Que — 
6567 freie — àbhg Que — 655o Oa a cd — 6555 lores — &56i Id a parfongier — 6563 De 



123 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



m 



Larme* csl 
inipalienl^ d<; 
donner i'ossaut. 



rj. 3h a. 



Itinerartvm Bi- 
rarii, III , v. 

Philippe vcul 
ulUqut-r . mais 
Hichard «si ma- 
Ude et ÏP prie 
irnlli'ndre ••n- 
cori.'. 



Philippe alla- 
qae ndanmoins. 



Que chevaier, de quelque terre 
Qu'il fust, qui ses solz voidreit quore , 

^i58r> Quatre besanz d or lui doroit, 
£ que issi lor acoreit; 
E ço erent les dreites soudées 
Qui la soient estre donees. 
Elb vos tote Tost resjoie 

'lor^o Quant la parole fud oie. 

Lors diseient les genz menues 

Qui pieç'a i erent venues, 

E li menu e li maian : 

rSire Deus, quant assaudra Tan ? 

/ir)9r) frOre est yenuz li plus vaillanz 
r Des reis c li mielz assaillanz 
r De tote la cristienté. 
trOr face Deus sa volenté.T) 
El rei Bichart iert lor Gance. 

/1600 Lors li manda le rei de France, 
Qui des après Pasche iert venut 
E s'esteit mult bien contenus, 
Que bien sereit qu il assaillisent 
E que Tassait crier feissent. 

^lOof) Mais li reis Ricbarz iert malades 
E aveit boche e lèvres fades 
D*unc emfertd que Deu maudie 
Quen apele leonaitlie, 
E manda al rei son malage, 

^jGio E li manda que son barnage 
.\c s'estoire n'iert pas venue, 
Eiiiz Taveit uns tens détenue 
Que Tem claime li venz d arsur, 
E faveit arestee a Sur, 

/i<)i5 E que ses perieres veneient 
E que par tens illoc sereient, 
E quant sa maisnoe vendreit 
Que mult volentcrs entendreit 
A tôt son poeir d'Acre prendre. 

ùr);)o Mais onc li reis de France atendro 



Por ço ne velt, si Deus me sali» 
Qu'il ne feist crier i'assalt. 
Al matinet par tôt ^armèrent. 
Car assaillir mult désirèrent. 

A6a5 La «eissiei tanz genz armées 
Que a peine fussent esmeea; 
La veissiei tanz biaus haubers 
E tanz belmes luisanz divers, 
Tanz chevals de bêles faitures, 

/i63o E tantes blanches covertures, 
E tanz chevalers esleuzl 
Aine n'en eûmes tant veas, 
Tanz bons chevalers, preuz, osez, 
Fiers e hardis e aloseï , 

66.^5 Tanz penoncels, tantes banieret, 
Ovriees en tantes manières ! 
Lors devisèrent e partirent 
Cels qui la guarde al fossé firent , 
Que Salahadins par deriere 

/lO/io JN'entrast en l'ost od sa gent fiere. 
Le gent Deu vers les murs ae irestrent, 
E assaillirent bien e Irestrent; 
E quant li Turc d'Acre ço virent 
Que cristien les assaillirent, 

W\h Lors peussiez oier soner. 
Corne se Deus feist toner, 
Bacins e tymbres e laburs : 
Ne faiseient autres labors 
Cil qui de tel mestier serveient, 

A65o Qui del paleis l'ost sorveeient. 
Fors noisier e faire fumée : 
C'ert a lor Sarazins mostree 
Que il les venissent socure; 
Si les veissiez lor acorre, 

'1655 Od Ta treit le fossé emplir; 
Mais nel porent pas acomplir, 
Que cil de Linzeignan, Jefireis, 
Qui de proesce iert toz jorz freis. 



Fol 



lai 



/ir)83 De rh. — /1591 Lores — 45^8 Ore — A599 afliance — 6600 Lores — 46oi Que — 66o5 Richarz 
manque — 6607 emfermetc — ûô'^G Qui — â6do lani — /iôdsi eareni — 6634 e oseï — 46^7 Loret — 
h^l\h I^ores — 6666 Cono — 665o sorueneient — A6S3 Quil — 6654 Si iorres les v. a. — 6658 Qttt 



La 
P« 



125 



L'ËSTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



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▼1. 

des 

MoK 4e*5 
} de ^ 

Croi- 



Vinl a la barre ou il esteient, 
Que 8or noz geoz ja pris aveient, 
Sis reusa a force ariere 
E en mist plus de dis en bière 
D'une hache que il ieneit : 
A laQz eops tanz en reteneit 
Que puis Rodland e Olivier 
Ne fud tel los de chevalier; 
Ë refud la barre conquise 
Que Sarazins aveient prise; 
Mais il i ot aini grant mdilee 
E tel bataille ei tel criée. 
E cil qui Acre assaillirent, 
Qui les fossez a force emplireat, 
CoviQt que arieres se traissitent 
E que autre conseil preissent, 
E fud que vers quarels se trestr^nt 
E u'i lancèrent plus ni treslrent. 
Elh vos lassait atantremeiudre» 
Et le pople crier e pleindre 
E regreter cele venue 
Des reis qu'il orent atendue. 
Chescons diseit devant sa tente : 
ffBiaus sire Deus,€oiii povre atente!^ 
Noz genz s*alerent désarmer. 
Etli vos Sarazins a huer; 
E quant noz genz se desarmouent , 
E li Sarazin alumoaent 
Al rei de France tôle reiea 
E ses engins e ses cereleies. 
Dont il li prist al quor tel ire 
Que rem le sot, e Toi dire, 
Qu'il en chai en maladie 
Issi qu'il ne chevalchot mie. 
Issi fud Tost en tele estate, 
Triste € pensive e morne e nMte, 
Des dens reis qui malade esteient , 
Qui la citié preadre dévoient; 



E li coens de Flandres ier morz, 
Dont Tost iert en grant desconiorz. 
Que fereie ici autre conte? 

A700 Li mais des reis, la mort del conte 
Mistrent Tost si en grant destresce 
Qu'il u'i ot joie ne leesce. 
Fors de l'estorie des enekes 
Qui vint en cel contemple illoques; 

6705 E lors vint l'evesque d'Evreues 
E bones gens qui crent sues; 
Si i vint de Thoeni Rogiers 
03 grant plenté de chevaliers; 
E cil de Cornebu li frère, 

^1710 Plusors bons filz e tuit d'un père; 
Si i vint Robert de Noefbroc, 
A plus franc home ne m'abroc; 
Si i vint Jordans de Homez, 
Qui iert oonestables de Set; 

6715 E si i vint li chamberleos 
De Tancarvile en icel tens; 
U coens Robert de Leicestre 
Iert ja venus, qui i voleit estre; 
Si i vint Gilebers Taleboz, 

i!i7i3o Un des plus preus vassals des noz; 
E mes sires Raof Teissons 
I vint, n'est dreitque>lui leissoms; 
E li vescuens de Ghasteldon 
I vint, e Bertransde Verdon; 

/1795 E si i vindrent li Tozeleis, 
Hardi chevalier e corteis; 
Si i vint Rogiers de Hardincort, 
Compainz le rei e de sa cort; 
Si i vindrent cil de Preals, 

/1730 Ço erent des compaignons reiab; 
Si i vint Guarins le filz Gerod, 
Qui bde compaignie i ot; 
E cil de la Mare ensement 
I vint e bel e richement; 



Arrivée d« uou- 
veaux CroÎKb. 

Fol. 34 (i. 



/i66d quil — !i66S sarainf — /1676 E que ni — 6696 De deus — 6699 fràe — &705 iores, de ucreues — 
^709 comube — 471s A pi. fr. oe naturoc — 6720 pbsaMNfitf — à7ds heletnanque 



127 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



lis 



Fol. 35 c. 

Itmtrûiim» Ai- 
cm-éi, ni , f ti. 

Malevouine , 
pierrière du roi 
de France. 



Pii-rrières du 
'lue de Bour- 
gogne , des Teni- 
plienetilr* Hos- 
pitaliers. 



Pierrière de 
Dieu. 



Piernères du 
roi d'Angleterre. 



6735 E meint autre que ne nom tnie, 

Qui vindrent en la Deu aie. 
Li dou rei malade giseient 

Al siège a Acre ou il esteient. 

Deus ne velt pas que il munissent, 
67/jo Mais que la citië sucurussent. 

Li reis de France repassez 

Fud ainz que ii autre d'assez. 

Les pereres as murs jetouent 

Nut e jor, qu'eles ne finouent : 
A 7/1 5 Li reis aveit Maie Veisine, 

Mais en Acre ert Maie Cosine, 

Qui tote jor la depesçoit, 

E ii tozjorz la redresçoit, 

E tantes feiz la redresça 
6750 Quelemaistremur depesça, 

E la tur maudite ensement 

Rot ele empeiriee grantment. 

La periere al duc de Borgoine 

I refaiseit bien sa besoine, 
/1755 E celé as preuz seignors del Temple 

Feri meint Turc joste la temple. 

Celé as Hospitaliers faiseit 

Uns cols qui a toz lor plaiseit. 

Une periere i ot fermée , 
Û760 Periere Deu estoit clamée, 

U uns bons prestres prcecha , 

Qui tote Tost esleesça , 

E porchaça tante moneie 

Qu*il mist bien del mur a la veie 
6766 Qui iert lez la maudite tur 

Plus de deus perches tôt entur. 

Li coens de Flandres en aveit 

Une eue quant il viveit , 

Nu le meillor n'estuveit querre : 
6770 Icele ot li reis d*Engletere, 

Si ot od ccle une petite 

Que Ten teneit por bone eslite. 



Gelés a une tur jetouent 

D'une porte ou ii Tare hantouent : 

6775 Tant la hurterent e bâtirent 
Que la meitië en abêtirent ; 
Si en aveit Ii reis fait faire 
Dous noves de si riehe affaire 
Qu eb jetouent totes covertes 

6780 La ou els erent poroffertes; 
Si ot fait lever un berfroi , 
Dont li Turc erent ep effiroi. 
Qui si iert coven e vestui 
De cuir, de cordes e de fui 

/^785 Que ne criemeit pierre gettee 
Ne feu greceis n'autre rien née; 
Si fist faire dous mangoneb. 
Dont li uns esteit si ignels, 
Quant sa piere voleit en Acre, 

A 790 Qu'eie aloit jusqu'en la maçacre. 
Les sues perieres jetèrent 
Nuit e. jur, qu^eles ne finerrat. 
Si fud si veirs com nos ci sûmes 
Cune d'eles tua douze homee 

6796 D'une pierre, qui fud portée 
A Saiabadin e mostree , 
Que tels pierres ot en la terre 
Aporté li reis d'Engletere, 
Gaus de mer qu'il prist a Hescbines, 

6800 A tuer les genz sarazines. 
Mais li reis giseit contre lit. 
Trop malades e sanz délit, 
E aloit veoir les batailles 
Des Sarazins e des chenaiiies 

A8o5 Si près de l'ost e des fessez 
Que ço li grevoit plus d'assez 
Que il ne poeit assembler 
Que li mais quil feseit trembler. 
Multpar fud Acre maie a prendre, 

6810 E mult i covint einz despendre 



Fil 






U'jBg quil — &7A1 fud repassiei — àfjUi Jautre — ^768 la 
'1768 qua — 4761 prêcha — 6771 od manque — 6778 un l. 
criemeieDt — 4 797 leles — A 807 Quil — A808 qui li f. — Û8 



drescoit — à'jbk refdt — ^767 hospîlali — ^ 
— /1779 des — 4780 des — 6785 Qui ne p^ 
10 i manqué 



139 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



130 



A mult engins que il i 6rent, 
Qui a grans paines i suffirent; 
Car quant il ne se regardouent, 
E li Saraizin iorardouent. 

/i8i5 Li reis de France ot fait un chat 
De grant cost e de grant achat, 
E une cercloie coverte 
Trop richement, dont fud grand perte. 
Le rei meismes se seeit 

68ao Soz ia cercloie, si traieit 

Sovent od s'arbaleste as Turs 
Qui veneient défendre as murs. 
Un jor, si com ses genz gueitouent 
Son chat e ceis qui i ovroient, 

6895 Eth vos que Sarazin jetèrent 
Tant sèche huche e aporterent 
Sor le chat e sor la cercleie 
(Que Ambboisbs vit celé foie) 
Qu'après le feu greceis lancèrent 

/i83o E une perriere adrescierent 
Tôt dreit sor le chat a ferir. 
Tant que le chat covint périr, 
E la riche cercleie oveques 
Fud arse e depecie illoques; 

/!i835 Dont li rois ot al quor tel ire 
Que il comeoça a madire 
Trestoz cels qui son pain mangouent. 
Quant des Sarazins net vengouent. 
Celé nuit 6st crier Tassait; 

68/10 L'endemain fist merveilles cbait. 
Estes vos al malin monté 
La fiere gent de grant bonté. 
Cel jor fist as fossez la garde 
n Sar- Tel geut qui n'esteit pas coarde , 

6865 Car tôt entor a la reonde 

Aveit des meiliors genz del monde. 
A cel jor iud mult grans mesters, 



1, II. 

irétieos 
Il ua 
Sapba- 



Car Salahadins tut premiers 

Aveit dit que il enterreit, Fol. 35 d. 

685o E que lores si mostereit. 

Ki vint pas, meis ses genz i vindrent, 

Qui al fossé tel estai tindrent 
' Qu'il erent a pie descendu. 

La veissiei estai rendu 
6855 E ferir de mace e d'espee. 

La iert la bataille açopee , 

Car li Turc dehors se desvoent 

Por cels de Acre quis acenoient 

l'enseigne Salahadin. 
686o Ço iert Tamiralz Saphadin 

E tel gent qui tel presse firent 

Al fossé qu'a force l'emplirent; 

Mais nostre gent le reuserent, 

E cil qui devers les murs erent 
6865 Assailloient Acreadecertes, 

Dont Deus lor rende lor désertes ! 

Li mineor le rei de France , u^ Frtnçai* 

Qui lui aveient fait liance, "^T'v! ""; 

^ * mille il Acre el 

Foirent tantxpar desoz terre y ^'^^^ *»^*«*»'- 

6870 Por le fondement del mur quere 

Que d'estançons l'estançonerent, 

E pub après sis aiumerent, 

Tant c'un grant pan del mur chai ; 

Mais un poi lor en meschai , 
6875 Car al cbair jus s'acota, 

Si que chescons bom se dota. 

Eth vos grant gent la endreit traire 

Ou il virent le mur atraire. 

La veissiez tantes banieres; 
6880 Enseignes de tantes oMinieres 

La veissiez a celé presse 

De la paene gent engresse; 

La les veissies avancier 

E feu grezeis as noz lancier; 



6811 quil, i manqtiê — 6819 a grani paine - 
68ti arbe — 6896 i manqué — 683o pertiere — 
li m. -^ 6869 quil entreit -^ 6859 del e. — 
6878 affaire — 6880 E tantes enseignea de m. 



- 68id ne numque — 6817 bien oooerte — 6890 Sor — 
6836 Qoii — 6861 Eht voa — 6866 mdlior — 6867 «^^^ 
6857 acenoient — 6861 tele — 6877 gr^nt manqui — 



larRivtniK x4Ttev4iK. 



131 



LESTOIRE DH LA GUERRE SAINTE. 



132 



Fd. :iO a. 



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La \eis!>iez de dcus pan traire 
As eschieles ai mur alraire. 
I^ fud feiz un granz hardemenz. 
K ço list Aubens ClimeDZ, 
(!il qui dist qu'a cel jor murreil 
Ou que dedenz Acre enterreit, 
Vil n'en deigna onques mentir, 
Ainz devint iiloques martir. 
Car sor les murs i^'ala combalre 
\s Tur» qui Tatouent abatre, 
E tant sor lui en acunit 
Oue sei défendant i munit: 
i's^ cil qui sivre le de^eient. 
nui sor Teschiele ja esLeient, 
La char^gerent tant qu'el pleia 
E que al ploier peeheia 
E cil el fos»^.* trébuchèrent. 
Li Turc huèrent e crièrent , 
Si i ot de t«U qui i morureut 
De» noz e tels qui traii i furent; 
liais d'Auberi Qiment sani dote 
Fod desbeitie Tosl trestote, 
E por loi regreter e plctndre 
Goiînt icel assalt mnaindre. 
Ne denora mie grantment 
Psk la mort Auberi Climent 
0^ il foireot la tar maudite. 
Que jo avoie nomee e dite. 
Tant qu'ele fod astaoçonee 
E empeîriee e estooee: 
E li Turc par dedenz Codent 
i>>otr eb al plos dreit qu'il poeient 
E tant que il s*entreeontrereot. 
K qae triuues s'entredooerent; 
E il i aveit eristiens, 
Tennz on fer» e en lioos : 
Tant paiier^fit ensemble e firent 
Mn^ fil dt^lvDz hors s'en is^^iient. 



E li Turc de dedenz le soreot ^ 

Sachiez bien que grant doel en orent ; 
6«n5 Le pertus par ont cil passèrent 

Afeiterent e amendèrent. 
Li reis Richarz giseit encore 

Malades, si com jo dis ore; 

Mais il veit que de sa baillie 
1930 Fust la citié d*Acre assaillie. 

Lors Gst une cercloie traire 

As fossez de trop riche aflaire; 

La erent si arbalesier. 

Oui bien fesoient lor mesler. 
^93:1 II meimes, si Deu me voie. 

Se Gst porter soz la cercloie 

En une grant coilte de paile 

Por faire a Saratins contraille. 

E i fist mein trait d*arbaleste 
^9^0 De sa main qui mult en iert preste 

A la tur ou li Turc traiooent 

E ou ses pereres jetouent; 
i E li suen mineor fuioient, 

* E cil toz jon estancenoient. 

h^\h E tant l'orent eslan^nee 

E as perieres eslonee, 

Qu'el tresbucba jus contre terre; 

E donc tist li rois d'*Englelere 

Cner |>ar l'ost son crieor. 
\ ^900 D*un mur qui ert joste la tnr. 
; Que qui un quarel en trareit 

! Que deus besanz d or l'en doivit . 

t Puis en pramist trois e puis quatre. 

I Lors veissiez serjanz embativ; 

j ^909 La veissiez tanz mahaignier 



«-r*. 11 

nirb 
l«le au 
ville (< 
■ •91 I. 




i iqtio 






— ^$90 enlrat 

— &93sl>oret- 
&9&S E mnjmfte 



- &933 ariilertfr 

— ^9^)1 QQ 



La veissiez tanz enven^r 
Qu'il n'i osouent ooniver^r 
Ne demorer desoz les tai^ges. 
E li mur iert mult hait e laigos 

-r i936 tor — 4937 (^nede — ^939 i 
— i95i Lira — 4960 oMilt 



FuL34 



133 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



Vilt 



«in re- 



Cl^ 



numBi- 

1 , XIV. 

iglftiH et 
u mon- 
brècbe. 

. 30 ff. 



E neporqaant tant i atrestrent 
Que des quarels hors del mur trestrent. 
Lors veissie2S tans Tares atraire 
La ou les quarels virent traire, 

AgôS Qu a descovert s'abandonerent 
A jeter a ceis qni trencbierent. 
Uns Turs s'iert armes richement 
Des armes Auberi Gtiment, 
Qui le jor trop s'abaodona; 

/1970 Mais ii reis Riebarz loi dona 
D'un fort quarel el gros del pis, 
Que cil cbai mors sanz re8f>ii. 
Lors veissiez Turs descovrir, 
Por le doel de celui covrir, 

6975 E as quarels abandoner 

Ë traire e de granz cops doner. 
Ne furent aine de tel défense : 
Merveilles ot qni s'en apense. 
La n'aveit mestier armeure, 

/igSo Tant fust tenaus, fort ne seure : 
Dobles parpoinz, dobies baubercs 
Ne tenouent ne c'uns drap pers 
Les quarels d'arbaleste a tur, 
Car trop erent de fort atur. 

6985 E li Turc par dedenz foirent 
Tant que li nostre s'en fuirent 
Ë qu'il les covint remuer; 
Etb vps Sarazins a huer. 
Quant celé tur fiid abatue 

^990 Qui tant aveit este batue, 
E la fumée fnd estainte , 
Si qu'il i ot montée mainte, 
Lors s'armèrent li escuier, 
Qui csteient preu e legier; 

6995 E la fud la baniere al conte 
De Leicestre en icel conte; 
Si fud la mon seignor Andriu 
De Chavingni en icel liu; 



La seignor Hugon ensement 
5ooo Le Brun i vint mult richement, 
E l'cvesque de Saiesbires , 
E autres de plusors matires. 
Ço fud a hore de mangier 
Qu'a la tnr se vindrent rengier. 
5oo5 Li preu escuier assaillirent 

Les gardes des murs s'escrierent 
Quant il virent que cil montèrent. 
Ëlh vos la citié esmeue 

5oio Quant cde chose fud seue; 
Lors veissiez Turcs apluveir, 
E escuiers si tost moveir. 
Qu'il voleient en Acre entrer. 
La les veissiez encontrer 

5o]5 E les uns as autres combatre, 
Hurter e terir e abatre. 
Li escuier poi de gent furent 
E li Saraizin toz jorz crurent , 
Quis ardeient a feu ardant; 

5oao E cil s'en vindrent regiiardant, 
Qui n osèrent le feu atendre, 
Ainz les en covint jus descendre; 
E ne sai quanz en i murut, 
Si com l'aventure curut. 

5oa5 Lors s'armèrent la gent de Pise, 
' Qui esteient de grant emprise, 
E sus en haut del mur montèrent; 
Mais Sarazin les rehasterent 
Si durement que la bataille 

5o3o Des Pisans e de la chenaille 
Fud si forz e si desreee 
Qu'aine ne fud veue rien née 
Si bien deifendre n'assaillir : 
les Pisanz covint jus saiUir; 

5od5 E se l'ovre fust mielz seue, 
Acre fust icel jur eue: * 



Lf-5 Tuics re- 
l>ous£ent les «%< 



Fol. 37 a. 



6*961 arestrent 
— 6973 Loreu — 
5oit E numquê — 



— ^1963 Lores — 6966 a numfuê — 6967 si iert -^ A969 Que — 6971 fort manque 
6977 aine manque -^ A983 arbleste — 6993 Lores — ^999 Le -^ 5oii Lores •— 
5os5 Lores — 6097 del mur masMfM — 5odo pianns — SoBi si tnon^, deaaree 



133 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



136 



Itmtrnrium Rm- 
cardi, III , iz. 

Accord entra 
Gui et Conrad, 
soutenus, celui- 
c\ par Philippe 
et celui-là par 
Richard. 



Gui reste roi. 
Conrad a Tyr, 
Bevrout et Si- 
don. 



Conrad aéra 5o6o 
roi à la mort de 
Gui. 

Fol. 37 6. 

GeiTroi reçoit 
Jiifla et A»ralnn. 



IHnerarùunni' 
eardi, 111 , zf . 

Les infidèles 
ïool réduits à la 
dernière exlr<*- 
niilé. 



Mais ii plus des gens qui esleient 
En Tost a lor manger seeient, 
Ë Tovre fud fait en sorsalz, 

So'io E par tant remist H assalz. 

En l*ost ût ÙLii un parlement 
Dont il vint un acordement 
Del rei Guion e del marchis , 
Qui mult fud porcliacid e quis. 

ôo'io Le rei de France se tcneit 
Al marcbis e le maintencil, 
E Richarz li reis d'Elngletere 
Se teueit al rei de la terre 
Qui fud reis en Jérusalem; 

5o5o E por ço si esgarda Tem, 

Por ço que il ne s'entreamouent 
E por le rialme estrivouent, 
Que li reis Guis reis remtindrcit, 
Mais quant qu'ai reaime apendreit 

5o55 Partireient, corne des rentes; 
Et li marcbis Sor en atentes 
Avreit e Barut e Saete, 
Por un de pais estable e nette ; 
E si li Cens si encoreust 
Que li reis Guis ainceis murust, 
Li marcbis avreit la corone, 
E Jciïrei Jaffe e Escbalone 

De Leizegnan fereit ses bons 

Del pais tant com sereit soens. 

0065 Mais li marcbis lote sa vie 
Porta as deus frères envie. 

Pierre iert la gent e orgoillose 
En la citië c merveillose : 
Se ço ne fust gent mescreue, 

5070 Onqucs micldre ne fud veue; 
Ncporquant grant pour aveient 
De la merveille qu*il veeient, 
Que tôt li mondes s'atendeit 
A els destruire e entendeit; 



5075 E veeient lor murs percbier, 

E estroer e depecier, 

E veoient lor gent bleciee 

E ocise e apeticiee; 

Et neporquant dedenz la vile 
5o8o En erent encor bien sis mile, 

E le Mestolt e Caracois; 

Mais il n*esteient pas a cbois 

N*en espérance de soeurs, 

E bien saveient tôt a curs 
oo85 Que tote Tost iert en tormenl 

Por la mort Auberi Climenl, 

Et por lor filz e por lor frères, 

Por lor oncles e por lor pères, 

Lor neveuz, lor cosins germains, 
5090 Qu'il aveient mort de lor mains, 

Dont les baouentveirement; 

E saveient certainement 

Que nostre gent ilioc murreient 

Ou que a force les prendreient : 
0095 Ne poeient par el passer. 

Un mur orent fait compasser 

E fait en travers la citié; 

Si vos di bien por vérité 

Qu'il se quidasent mult défendre; 
5 100 Mais Deus lor fist un conseil prendre 

Qu a nostre gent vint honorable 

Ë as lor mortel e nuisable, 

Si que Acre fud par cel affaire 

Nostre sanz lancier e sani traire. 
01 o5 Li Sarazin qui en Acre erent 

Pristrent conseil e esgarderent 

Que a noz genz conduit reciueneient, *sai«dindeitor 

A c 1 1 r * permeUf» de •• 

A oalahadin envereient, 
Qui esteit pleviz par fiance 
5iio Que s'il veeit lor mesestance 
Qu'il fei*eit pais a lor devise; 
Car si fud la fiance prise. 



Fol. 37 c. 



Iam Samairti 
enfeméa dans 
Acre d«iiMiidcnt 



reodre. 



5oû4 E qui — 5o55 com — 5o6o aini — 5o63 •/ doit y avoir ici une lacune assez forte — 607/1 ^^^ "^ 
5076 estorer — 5o8o eocore — 6908 mureienl — bogU qua — 5io3 icel -— 5io6 le second nni manqfte — 
5i 06 e gardèrent — 6107 condiucr requereient — 5io8 E que a — 6109 e. paela par — 5i 1 1 freit 



137 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



138 



là. 



leur 
• en* 
once 



Gonduit a noz genz demandèrent, 
E a Salabadin mandèrent 

5ii5 Qu'endreit els gardast sa hautescc» 
E son renom e sa proesce, 
E sa grand lei deancesorie, 
Que Mahumet ot eslablie, 
Que ele ne fust empeiriee 

5iao Por cristiens ne abaissiee, 
£ que hastif conseil preist 
E que nul autre n'en creist 
Fors des prodomes délivrer 
Qu'aveit en Acre fait entrer, 

5i95 Ki lorent tant por lui guardec 
Qu'erent al prendre de fespee, 
Ë de lor chaitives maisnees 
Qui tanterent desconseillees, 
Qu'il n'orent de treis anz veues 

5i3o Puis que les ostz furent meues; 
Que d'els e de cels preist guarde, 
Que ne murussent par mesguarde, 
E qu'il aquitast sa fiance , 
Ou ço seust il sanz dotauce 

5i35 Que il vers cristiens fereient 
La meillor fin que il poreient. 

Salahadins oi la plainte 
De sa gent qui si iert atainte, 
El lor mescbief e lor destresce, 

5iâo E lor desbeil e lor fieblesce; 
Si lor dist del mielz qu'il saveit, 
C respondi que il aveit 
De Babiloine eu message, 
E que lui vendroit grant barnage 

5iA5 Par tens en nés e en guallees, 
Que il aveit pieç'a mandées 
A ses prieuz genz d'Acre socore, 
Qu'il ne voleit leissier encore; 
E aveit mandé l'amulaine 



5t5o Que il vendroit en la semaine, 
E si soeurs ne lor veneit 
Que par la lei que il teneit 
Qu'il fereit a lor salvetë 
Pais envers la cristienté. 

5i55 Cil alerent e si revindrent, 

A oui plosors meschiefs avindrent. 
Les perieres les murs quassouent 
Que ne nuit ne jor ne cessouent, 
E li Turc tel pour aveient 

5 160 Que par nuit sor les murs veneient 
E se laissoient jus chaioer 
Por pour de lor meschaier. 
Message alerent e revindrent, 
Salabadin entendre firent 

5i65 E li dislrent que mort esteient 
S'il pais ou soeurs nen aveient. 

Salabadins vit adecertes 
Les granz mescbiefs e les granz pertes 
De ses genz e le grant damage. 

6170 Lors prist conseil a son barnage, 
E lor manda qu'il en ferait 
De ço que l'en lui requereit. 
Li ricbe bome e li admirait 
Li respondirent tôt en balt, 

5175 Qui ami et parent esteient 
A cek qui Acre defendeient, 
Qui hors les en voleient traire, 
Qu'il n'i aveit fors de pais faire 
La meillor que feire peust, 

5i8o Ainzeis que noalz i eust. 
E quant li soldans entendi 
Ou cbescon des barons tendi, 
E il sot d'Acre le mescbief, 
Dont il ne poreil traire a chief , 

5i85 Volsist ou non, dist as messages, 
Qu'il saveit a preuz e a sages, 



Itmerarium Di- 
tardif III , xTi. 

Les Tares aax 
abois supplient 
de noaveau Sa- 
ladio de céder. 



Fol. 38 «. 



Itinerarmm Ri- 
eardi, III, xTii. 

Baladin con- 
sulle ses barons , 
qai lui ron • 
seillent de rendre 
la Tillo. 



5119 Qaele — 5i3o fusent — SiSa Que manque —^ 5i35 Qui], freient — 5i36 quîl — Siûs quil — 
5ià6Qttil— 5i5o vendront— 5i5s quil teneit — 5i53freit— 5i5â vera — 5i55 simofi^ — 5167 pieres 

— 5i58 h prmmtr ne wumqui — 5i63 Messegier <— 5i66 Qui a stl. — 5i65 ii manque — 5i66 t. naudenl 

— 5i68 e manque — 6170 Lores — 6171 frait — 6178 del p. 



139 



UESTOIRË DE LA GUERRE SAINTE. 



m 



Jei 

Fc 



5935 Le jor que Acre fud reDdue, i\ 

Si corn jo ai Tovre entendue, '^ 

Ot quatre anz, ço fnd chose enquîse, ru 
Que Sarasin forent conquise; 
Si ai en momorie e a main 

533o K'el fud rendue Tendemain 
De la leste saint Beneeit, 
Mal grë le pofde maleeit, 
Que Deus de sa boche maidie, 
Nel puis leissier que jo nei die. 

5335 Qui lores veist les églises 
Qui ierent en Acre remises, 
Corn il aveient depechiees 
Les ymagenes e enfacees, 
E les autiers jus abatua, 

53^0 E croiz e crucifix batuz 
El despit de nostre créance 
Por acomplir lor mescreance, 
E faites lor mahomeries! 
Mais els lor furent puis meries. 

5365 En cel contemple, al mien entendre, 
Que li Turc durent la croiz rendre. 
Après ço qu'Acre fnd rendue, > 

Eth vos la novele espandue 
Par tote Tost al rei de Franee, 

53 5o Ou li poples ol tel fiance, 

Que en France voleit relomer^ 
E faiseit son eire atomer. 
El merci Dcu, quel retomeel 
Tant fud malement atomee, 

5355 Quant cil qui deveit maintenir 
Tantes genz s'en voleit venir! 
Il s'en vint par sa maladie, 
Li reis ço dist, que que l'en die; 
Mais nus n'ad de ço testimoine 

5360 Que maladie en seit essoigne 
D'aler en Tost le rei domaine 
Qui toz les reis conduit e maine. 

5187 granlol — 5189 Lores — 5191 quil offreient «- 5196 De cela e de noz — 53O0 qui! — 5 toi quil 
— * 5303 creeient — baoU E manque — 5t07 freit — 59i& an — 53 1 5 mile — Saao verer — 599A cran- 
tèrent — 53^0 Kele — 533 1 beneit — 5333 maleit — b^àU eles — 5s5o li pople aueil — 5t5d dems 



Qu'il graantot la vile a rendre, 
Quant ne la poeient défendre. 
Lors fud illoques porveu, 

5190 Aiuz que li mes fusent meu, 
Lor offre que il offereient 
As cristiens quant il vendreient. 
Li messagier vindrent ariere, 
Fol. 3^ 6. Qui ne firent pas laide chiere. 

5195 Eht vos eusembie le concilie 
Des noz e de cels de la ville 
Qui veneient lor offre faire; 
A tant fist l'em le poeple taire. 
Lci Sarrasins Li Turc a uu latimier firent 

'lomaadcnl la tn* n i* «i n* • 

paix. 5aoo Dire I ofre que il oiirirent. 

coodiiiont do L'offre fud tels que il rendreient 

jii paix. . . 1* • .* • . 

La croiz ou li cristien creient, 
E qu'il lor rendreient la vile, 
E de lor halz cheitifsdous mile, 

53o5 E cinc cent d'autre gent menue, 
Qu'il aveient pieç'a tenue; 
Que Saiabadins fereit querre 
E cerchier par tote sa terre 
Lor armes e lorguamesture; 

53 10 E si que nule ci'eature. 

Quant li Turc d'Acre s'en istreient. 
Ensemble od els n en portereient 
Chescon par sei fors sa chemise. 
Encore i ot une autre mise, 

531 5 Que deus cenz mil besanz dureient 
« As deus reis qui illoc esteient 
E de ço avreient en ostages 
Les plus hauz Turs e les plus sages 
Que l'em poreit en Acre eslire 

5;î2o Par veeir e par oir dire. 

Nostre gent a conseil se trestreni 
Le^ cmiM-^ E les coveuauces rctrestreut, 

\^x^{9 juiu.1 Tant qu'en nostre conseil troverent 

'*^'^ La pais e qu'il la graanterent. 



iAl 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



1&2 



Ge ne di pas que il n'i fust 
E qu'il n'i meist fer ne fust, 

5^65 Plum e estaim, or e argent, 
E ne socurust meinte gent, 
Gom li plus haut reis teriens 
Que i*en sache de eristiens; 
E por ço dcust il remaindre 

5970 A faire son poeir sanz faindre 
En la povre terre esguaree 
Qui tant ad este comparée. 
La novele fud descoverte, 
Tote seure e tote aperte, 

5975 Par Tost que li rois retornoit, 
Qui chascon jor s'en atomoit. 
Eth vos de France le bamage 
Tôt plein de forsan e de rage. 
Que le chicf dont il menbre esteient 

5s8o En itel volcntë yeeient 

Qu il ne voleit por els remaindre 
Ne por plorer ne por complaindrc; 
E quant il ne porent fin mètre, 
Tant ne se sorent entremelre, 

5s85 Si vos di bien qu'il le blasmouent, 
E por poi qu'il ne reneiouent 
Et lor rei e lor scignorie. 
Tant haeient s'avoerie. 

Li reis do France iert sor son eire, 

5a9o Si qu'il n'en voleit home creire 
De faire illoc plus demorance 
Au. Qu'il ne s'en retornast en France; 

Si s'en retorna par s'esmuete 
De barons e de genz grant muete. 

5995 Lores leissa en cel chonchange 
^ ^' Le duc de Bergoine en eschange 

Por lui od les genz de sa terre, 
E fist le rei Ricbart requerre 
Que il lui prestast dous gualees. 

53oo Elh vos ses gens al portalees, 



au 
our- 
con- 






Si Tem firent aveir dous bêles, 
E bien guarnies e isneles, 
Qui furent mal gueredonees 
E franchement abandonees. 

53o5 Li reis Richarz, qui en Taie 
Dampnedeu remist en Suiie, 
Fist requere le rei de France, 
Vers cui il esteit en dotance, 
Car lor père s'entredoterent, 

53 10 Qui meinte feiz s'entregreverent : 
Si volt qu'il lui asseurast 
E que sor sainz le lui jurast 
Que a sa terre mal ne fereit 
Ne qi/e il ne lui empeirereit 

53 1 5 Tant com il sereit el veage 
Deu e el son pèlerinage, 
E que (quarante jors ainçois 
Lui mandereit par ses François, 
Puis qu'il sereit dedenz sa (erre, 

5330 Qu'il ne meust noise ne guerre 
Ne ne i feist nul grevemcnt; 
E li rois lui fist le serment 
E mist en plcge de halz homes, 
Dont remenbrance encore avomes 

53 a 5 Del duc de Borgoine e del conte 
Henri, e autres gent par c^nte 
En furent plege ou cinc ou plus; 
Mais ne sai nomer le surplus, 
li reis de France prist congië; 

533o Mais une chose vos cont gië, 
Que il ot plus malaiçons 
Al partir que beneiçons. 
Il e le marchis s'en alerent 
Par mer a Sur e si menèrent 

5335 Garacois e la lor partie 

Des Sarazins qui fud partie > 
Dont li rois quidoit bien aveir 
Gent mil besanz de lor avoir, 



Itinerariitm Hi- 
i-ardi, III , 1x11. 

Philippe -Au- 
guste jure h Ri- 
chard de rcspec' 
ler !tes Etnls ft. 
son ahiM»ncp. 



i' oi. 39 L 

Itiiterarhun A>- 
emrii, III , xxiu. 

Philippe- Au- 
guste el Conrad 
•le Monlfvrral m- 
lendeni pnr mer 
iTvr. 



S963 qiiil — &965 k fnmin ' e imm^im — 5t66 E qoii ne t. — ^tgg Qtnl <— • 33o3 g;iieffdoii«ef — 53i6 el 
mciifttf — 53t8 mandral— 53a& e le e. — 533o congië — 533i Qail — 5338 nûle 



\ài 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



m 



fjCIoUgfl MF- 

rtrius «0 don- 
nent pas de ran- 
çon ; nirhanl 
prête de l'argent 
au dur do Bour- 
gogne. 



Itineraritim /îi- 
'«it/i. IV, 1. 

LnrgC!tses <1« 
RichanI cnviTs 
\fs Cmisëf fran- 
çais. 



Fol. 3() c. 



Dont il qaidot ses genz tenir 

53/10 Desqu'a la Pasche e retenir; 
Mais tut li ostage encorûrent, 
Dont li plusor a doel mururent, 
Si que n'en fud prise maaille 
Ne chose née qui la vaille 

w.S'xA A celé foiz ne créature, 
Fors demie la guarnesturc 
Que Franceisen Acre Iroverent, 
Qui meinte foiz le reproverent, 
Qu'il n*i orent autres soudées, 

TiSTio Sin furent des granz descordees. 
Fors puis que li rois d'Engletere, 
Que li dux en ala requere, 
Prcsta al duc sor ior ostages, 
Dont il Ior fist granz avantages, 

r>.S55 Del suen cinc mile mars d'argent, 
Dont il soldeerent Ior gent; 
Mais ço fud puis après grant pose. 
Le reis Richarz vit que la chose 
E Fovro estoit sor lui tomee 

r)36o E le cust por la retomee 

Del rei, qui ne voleit remaindre. 
Lors fist de son trésor ataindre 
Or e argent a grant plenté, 
Sil dona par grant volenté 

5365 As Franceis por els ahaitier. 
Ou il n aveit que deshaitier, 
E as genz de plusors languages 
Dont il aquiterent Ior guages. 
Li reis de France en retorna ; 

5870 E li reis Richarz se aloma, 
Qu'il ne velt pas Deu oblier. 
Lores fist somondre e crier 
L'ost, qui puis demora quinzaine 
Plus que le terme e puis uitaine; 

5375 Car Salahadins ne velt mie, 

Ou Deu ne plot, que qu'on en die, 



Rendre as noz geoz sa covenance, 
Por quei l'ost fist tel demorance. 
E li reis fist endementeres 

53 80 Ses mangonels e ses perieres 
Chargier, si qu'il fust apresiei; 
Car ja trespassot li estez, 
E por ço atomot Ior affaire; 
Si fist les murs d'Acre refaire 

5385 Tant e plus qu'il n'en fist abalre. 
Il meismes s'aloit esbatre 
E les ovriers veoir ovrer; 
Car mult tendeit a recovrer 
A Dampnedeu son héritage , 

5390 Si lui ennuiot son estage; 
E bien lui èust recovrë. 
S'envie n'i eust ovrë. 

Li termes vint des covenances. 
Des sairemenz e des fiances 

5395 Que Sarazins as Frans aveient; 
Mais li cristien ne saveient 
Que cil en vain les traveillouent. 
Termes e respiz demandouent 
Li Sarazin de la croiz quere. 

5^100 Lors oisiez noz genz enquere 
Noveles quant la croiz vendreit; 
Mais Deus ne voleit mie endreit 
Que cels por cui l'en la dut rendre 
Deust guarantir ne défendre. 

54o5 Li uns diseit : «rEle est venue, n 
L'autre diseit : «r Cil lad veue , . 
rQui fut en l'ost as Saraizins.i» 
Si mentirent, ço fud la fins. 
Salahadins sanz les soecurre 

5â]o Leissa les otages encorre, 

Car il quidot par la t^roiz faire 
Une pais de greignor affaire. 

Dementeres qu'il termoierent, 
E li cristien enveierent 






536 1 M. li o. t. e. — 5363 Si que onques nen f. pr. maille — h^hk Ne une ne qui — 5368 Que — 5356 foldeent 
5358 vit maiiçiM^quela la ch. — 5369 Lores — 5369 sen — 5376 Puis — 5376 que quend.— 5887 OQeretv.-— 
-^ 5^100 Lores — 56os ne se velt m. — 56o5 dist— 5ûo6r manque-^ 5609 les man^f — 56 1 3 Demeaters 



145 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



14ff- 



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Coond 

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»D le 
Boar- 
Drem 
et Ro- 
Qmoci 
e Goo- 



56 1 5 Messages a Sur al marchis, 
Si lui fud mande e requis 
Qu'il venist les ostages rendre 
E la part receveir e prendre 
Que afereit al rei de France : 

56 a o Ço iert demie la covenance. 
Li evesques deSalesberes, 
Li coens Roberz e un des frères 
Des bons chevalers de Preials, 
Pieres, li preuz e li leals, 

5695 Cil trei porlerent le message. 

Li marchis, qui iert plein de rage, 

Lur respondi que no fereit, 

Car en Tost aler n'osereit 

Por le rei Richart d*En^etere, 

Quil cremeitplus que orne en terre; 

Eusorquetot, si ç'aveneit 

Qu'il rendist les Turs qu'il teneit , 

Voleit que la croiz fust partie, 

Si qu'il en eust sa partie, 

E lôres sereient rendu, 

Ja plus n'i avreit atendu. 

Cil oirent l'enrievretë 

Del marchis plein d'oribletë» 

Si sachiez que mains l'en preiserent; 

566o Mais a lor poeir l'achoiserent 

E distrent que uns d'els remandreit 
En ostages, e il vendreit 
Devant le rei seurement; 
E il jura son sairement 

5665 Que ja n'i portereit ses piez. 
Cil s'en revindrent sanz congiez 
A Acre al rei, si lui contèrent 
Tôt, si que rien n'i mesconterent. 
Li reis ot eschar e vergoine, 

565o Si manda le duc de Burgoine, 
Si manda danz Droon d'Amiens, 
Ou tant aveit proesce e biens, 

56i6 mande fud •— 5693 De b. — 563i E sor que 
— 5669 not — 5657 ^ porqaei — 5663 ne prise 
5676 Quil, a comquere — 5683 Mais taot alerent a - 



5635 



E Robert de Quinci oveques; 
E quant li reis les vit illoques , 

5655 Si lor mostra la desraison 
E le sorfeit, e la achaison 
Por quel li marchis ne veneit, 
Por quei les ostages teneit, 
E voleit partir al rialme 

566o Senz porter escu ne hialme, 
E la vitaille ot destorbee. 
Si qu'a Sur n'en veneit denrée 
Que ne fust arestee e prise. 
Dist li reis : trCi ad foie emprise. 

5665 ((Sire dux, aler i covient : 
((Si de folie nos sovient, 
((Nus n'i feroms nule besoine.?» 
Lors s'esmut li dux de Borgoine , 
E danz Dreus d'Amiens e Roberz 

5670 De Quenci li preuz, li aperz; 
A Sur al marchis en alerent. 
De part Deu lui amonesterent 
E de part le rei d'Engleterre 
Que il venist a recomquere 

5675 E a reguainer Sulie, 

Si com il i clamot partie. 

Cil lui diseient bonement; 

E il respondi folement 

Qu'en l'ost son pië n'en portereit, 

568o E quesa citiéguardereit. 
Dont ne cremoit home vivant. 
Assez alerent estrivant, 
Mais tant firent a la persome 
Li trei messagier, li hait home, 

5685 Que les ostages en menèrent 
A l'ost en Acre ou li autre erent. 

Li ostage furent venu , 
Cil qui a Sur erent tenu , 
Et li termes iert trespassez 

5690 Quinze jorz, voire plus assez, 

tôt — 566 1 diat — 5663 leurerent — 5666 vindrent 

— 5666 des Ibiies — 6667 froma — 5668 Lores — 

- 5686 Le — 5685 en amenèrent 

10 



Fol. 60 6. 



Le marquis 
cède Itf oUget, 
miûrcfufe de re- 
joindre Ridiard. 



Itkurmiimm At- 
emrdi, IV, it. 

Richard fait 
maaiarrer \9t 
otaget sarranns 
(ao aoAt 1191). 



IHrRIMCaïC XATIOHALK. 



Mil 



L ËSTOIHË DE LA GUERRE SAINTE. 



IM 



Des covenanz que cil diseient 
Qu a la cristienté tendreient. 
Dont li soldans s'iert defailliz, 
Qu il fisk que faus e que failliz, 

5695 Quant cela que a la mort livra 
Me rainai ne ne délivra. 
Lors perdi il sa renomee 
Qui tant aveit este nomee , 
Fol. ko r. Car n'aveit cort el monde eue 

0000 Ou el ne fuit amanteue; 

Mais Deus son enemi despose 
Quant ii Tad soflert une pose, 
Et son ami tient e surhauce 
Et governe sa ovre e esbauce. 

55o5 Mais Salahadin surhaucier 
Ne deveit plus ne eshaucier, 
€ar quant qu'il fist et il ovra 
Sor cristieps e recovra 
Ne fud fors que Deus velt ovrer 

55io Et par s'ovraine recovrer 

Son poeple qui iertdesveiez, 
Si voleit que fust ravoiez. 

Quant ii reis Richarz ot seu 
De verte et aconseu 

55 1 5 Sen dotance veraiement 

Que ço n'iert fors delaiement 
Que Salahadins lui fesoit , 
Mais lui grevoit e despleisoit 
Qu'il n'aveit ja Tost esmeue; 

5:)9o E quant il ot Tovre seue 

Que ii nient plus ne l'en fereit 
Ne qu il cels ne reguardereit 
Qui Acre iui eurent guardee, 
Si fud si la chose esguardee 

r>5a5 A un concile ou assemblèrent 
Li hait home 9 qui esguarderent 
Que des Sarazins ocireient 



Le plus e les autres tendreient , 
Cels qui erent de balz parages 

553o A achater des lor ostages; 

E Richarz li reis de En^etere, 

Qui tanz Turs ocist en la terre. 

Ne volt plus sa teste ddMitre, 

xMais por Torgoil des Tnrcs abatre l'ol. 

5535 Et por lor lei desaengier 
Et por cristienté vengier 
En fist mener hors de la vile 
Toz liez set cenz e deus mile. 
Qui trestuit furent detrenchië ; 

55/10 I'] dont furent li cop vengié 
De quarels d'arbaleste a tor. 
Les granz merciz al creator. 

Eth vos Fosl criée e semonse , tu 

A rhore que soleil resconse 

55/45 Et que par tens chevaichereient R» 

E le flum d'Acre passereient, . tm 

El non Deu qui toz les biens done, 
A aier droit a Eschalone 
Por conquere avant la marine. 

555o Bescuit chargèrent e farine. 
Vins e chars et estoremenz; 
Si fud fait uns comandemens 
Qu a dis jorz vitailie portassent, 
E que li mariner guardassent 

5555 Que lors venissent od lor barges, 
Costeiant Tost od tôt lor charges . 
E les enekes ensement ^ 

Venissent après prestement, 
De vitailie e degenz chargées, 

55<)o Armées e apareillees. 

Issi distrent qu'il errereient 
E que deus ostz partir fereient. 
L'une par mer, l'autre par terre. 
Que nuis ne poeit reconquere 



clia 



5/195 qua — 5/197 Lores — 6699 corf — 55oo elc — 55o3 eshauce — 55o5 sabadins suhauder — 
5507 il mmiuiuê — 55io souoraine — 55i/{ vérité — 55i5 veraimenl — 55ii Quil — 55a9 ne répé^ — 
5o9/j fud si la chose si — 553o A manque — 55/ii carblaste — 55/i/j Iocum aprèê ce vert — 5545 que fHmèque 
— 5555 lores — 5556 lor manque — 556 1 erreient — 556^ freient — 5503 Liin — 556/i nuls Fiome 



149 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



lâO 



ht a. 



Croisa 
• n*ge 



5565 En autre manière Sulie, 

Puis que li Turc font en bailiie. 
En Tost qui en A«re ol esté 56o5 

Dous yvers e toi un esté 

A grant meschief e a grant cost, 
5570 De si que près le mi Ausl, 
•abie* Que li reis ot Tocise faite 

De ceis qui bien Torent forfaite 

Vers Deu e vers ses pèlerins , 

Dont il remist tanz orphenins, 
5575 Tantes puceles esguarees, 

E tantes dames esvedvees, 

E tanz héritages leissiës, 

E tanz lignages abeiasiës, 

Tanz eveschiës, tantes églises 
558o Sanz lor pasturs seules remises , 

La mururent tant prince e conte, 

£)ont uns bons ders escrist le conte , 

De toz cels qui eo TosÉ munirent 

E qai anques renomë fiirent, 
5585 Sanz les maei» e les menuz, 

Dont ja se fast a ehief venuz 

Se il les i Yolsist toz meire. 

Car trop i enst cnsi e letre; 

En la letre trora e dist, 
5590 El fol que de sa main escrist, 

Quen fost murut sis arcevesques, 

Le patriarche e douce etesques, 

Estre les prestres et les clers 

Dont nus ne peust estre cers; 
55q5 Si i ot mon quarante contes, 

Dont li clers retint les acontes. 

Et ci ne cenz haut homes de terre 

Qui alerent la Deu reqnere. 

Qui Deus assoiUe e il ço YOÎUe 
56oo Qu'il en son règne les acoiUel 

Pot trestoc cels qui la munirent, 

E por trestoz qui s'i esmurent, 

&S66 font manque — 5568 unnumfMe — 5570 I>et0i — 5577 ieifsees — 6678 «baimii — SS79 euM^ued, 
Uf» -* SôSa bons monqm *— 558& E nurn^iie — - 5587 Sii , i mmtquê — SS^ miinirent -— 56o 1 cds 
manque — 66o3 e por la menue — 56 16 Lores — 56ao 9. «tAogier — » 56t8 lure 



Por la grant gent e la menue 
Par qui Tost Deu fud maintenue, 
Por toz a un aoordement 
Devons prier escordement 
Que Deus «n sa gloire oelestre» 
Ou il fera merveillus estre. 
Les acoille entre ses amis, 

56 10 ksi com il lur ad pramis, 

E por lor preu e por le noslAi; 
Si en die cheseon pakr nesire. 
Quant la chenaille fud ocise 
Qui dedenz Acre s*esieit mise, 

56i5 Ou tant nos livrèrent ententes, 
L011B fist li reis Ricbarz ses tentes 
Hors des fossez porter e tendre 
Por Tost esmoveir e atendre. 
Et fist seijanz a pië rengier 

56a o Tôt «nviroB sei e logier, 
Por la Cause gent sarBiine 
Qui veneient -o grant ravine 
E tote ure les eaorîouent 
Quant nostrégeat mains se gardouonl. 

56a 5 E li reis, qui iert custumers, 
Salloit as armes tôt (premiers 
E poigneit dreit as gens haies , 
E feseit les chevaleries. 

Un JQT avint qu'il eiMhacarent 

563o Et que le bavât comeuoerefll. 

• Eth vos que nostre gant s'armerenl, 
Li reis e cil qui o lui ereut. 
Si s'arma uns ooens de Hungrie 
Et de Huugrais graat cmptinit; 

5635 Encontre les Turs s'en iasireat, 
Si i ot de t«lf qui bieu le £fent; 
Maïs trop cbaœranl losgemMt, 
Sin funeui Mestf laidement : 
Li coens de UuQgrie fiid pris, 

564o Qui mult aveit en Tost grant pris; 



Fol. ki b. 



Itineruimn Bi- 
earéi, IV, m. 



Richard campe 
hon de la riUe. 



Itinei'mrmm /?i- 
earéi, IV, nii. 

Lot T«reB at- 
taquant famiëe. 



Fol. Ul c. 



13d comte hoo- 
grob «t Hugues, 
mariai du roi, 
sont faits pri- 
sonniers. 



10 . 



151 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



153 



56/i5 



Gompanùon 
de la manière de 
combatlra des 
Taret et de eelle 
dn chrMens. 



565o 



5655 



566o 



5665 



Itmnmrimm Bi- 
eardi, IV, n. 

Fol. ft t i. 



5670 



Les Croisés 
quittent atec re- 
gret Saint4ean- 
d'Aert. 55^5 



Si en fiid Hugeioz menez, 

Un chevalier de Peito nez, 

Ki esteit mareschaus le rei. 

Lia poinst le rei toi a desrei , 

Qui quida Hugelot rescorre; 

Mais menez fud a trop loing core, 

Ke li Turc ont un avantage 

Par quei il nos font grant damage : 

Li cristien sunt mult arme, 

Et li Sarazin desarmé 

Fors d^arc e de mace e d'espee 

Ou de cane bien aceree 

Et de cotel qui petit peise; 

Et quant Tem les chace a la teise, 

Il ont chevals n'a tels el monde, 

Volant par semblant com aronde; 

Et quant li Turc est tant seuz 

Qu'il ne poet estre aconseuz , 

Si a la custume a la mosche 

Enuiose e plaine d'entusche : 

Toz jorz chasciez e il fuira, 

Retomez e il ensivra. 

AIsi feseit la gent engresse 

Al rei illoques meinte presse : 

E il poigueit e il fuirent, 

E retorneit e il siwirent; 

Tele bore iert qu'il le comperoient, 

E tele bore qu'il gaignoient. 

Li reis Ricbarz iert en sa tente 
Por l'ost atendre en tele atente; 
Pereçosement s'en issoient 
Hors des fossez e poi cressoient, 
E la cititf d'Acre iert si plaine 
De gent que i poeit a paine. 
Bien furent d'omes treis cent mile , 
Que dedenz que debors la vile. 
La gent esteit trop peresçose; 



Car la vile iert deliciose 

De bons vins e de damiseles, 

568o Dont il i aveit de mult bêles. 
Les vins e les femmes bantouent, 
Et folement se delitouent: 
Qu'en la vile aveit tant laidure 
E tant pecbië e tant luxure 

5685 Que li prodome bonté aveient 
De ço que li autre faiseient. 

L'ost s'en issi, qui iert somonse. 
Si come cbandeille en esconse 
Destaint par vent quant il l'enforce, 

0690 Tôt autresi a une force 

Covint lores en l'ost estaindre 
La folie qu'i sueut remaindre; 
Car totes les femmes remistrent 
Dedenz la citië d'Acre e mistrent, 

5695 Fors les bones vielles ovrieres, 
Les pèlerines lavenderes 
Qui laveient chiels e dras linges 
E d'espucer valeient singes. 
Etb vos l'ost al matin armée 

5700 E par bels conreiz conreee. 
Li reis fud en la riere guarde. 
Qu'il ne perdissent par mesguarde. 
Celé jornee fud petite; 
E si tost com la gent maldite 

5705 Eurent veu l'ost esmoveir, 
Lors les veissiez esploveir 
Des montaines, ça vint, ça trente, 
Car lor pensée iert mult dolente 
De l'ocise que la veoient 

5710 De lor parenz qui morz gisoient; 
E por iço l'ost engresserent 
E su virent e apresserent; 
Mais, merci Deu, rien n'i forfirent. 
A tant noz genz d'iioec partirent 



Draordrae peu- 
liant l««r a^oor. 



Dépvt «Ica 
Croiaéa(tta«él). 

Fd. h% a. 



Lea Tarcahaf 
<^ent rarwée. 



b^kû de petto — 56&6 trop manque — 5656 lem le — 5655 noDt t. — 5658 poeit — 5675 d^omes 
manque — 5678 deliose — 5684 le premier tant manque — 5686 autre home f. — 5688 oom — 
569s soleil — 569/î i mistreDt — 5695 errere» — 6699 arme — 5700 conroe — 5703 fud mult p. — 
570/1 come — 5706 Lores — 5711 engresserent 



153 



L'ESTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 



156 



ȉt) 



5715 E le flum d*Acre oltre passèrent; 
Si se tendirent e traverent 
E sujornerent por atraire 
La gent qui d'Acre iert fort a traire, 
Qui a tel paine fud hors traite 

6790 Ja ne pout estre ensenUe atraite. 
du L'ost cristiene dont jo di 

Passa le flum un vendresdi; 
Une feste fud rendemain^ 
Que nus ne fist ovre de main, 

6796 D'un des desciples Dampnedeu , 
Uapostle saint Bartholomeu ; 
E le lundi après sanz faille 
Si ot deus anz, que que i faille, 
Que Acre aveit este assise, 

5780 Qui iert des cristîens porsise. 
N Ri- E Tost s'esmut le diemaine, 

El non Deu qui tôt garde e maihe; 
Al matinet par Tost montèrent 
E lor batailles conreerent. 

5735 La veissiez chavalerie, 
a 6. La plus bêle bachelerie, 

La plus preuz, la plus esleue, 
Qui devant ne puis fust veue; 
La veissiez lanz genz seures 

57A0 E tantes bêles armeures 
E tanz preuz serjanz e oseï 
E de grant proesce alosez ; 
La veissiez tanz penuncels 
^ E tanz glaives luisanz e bels; 

5745 La veissiez tantes banieres 
Ovrees en tantes manieras, 
Tanz bialz haubercs e tanz biais helmes, 
PTa tanz de tels en cinc réanimes; 
La veissiez gent aroutee 

6760 Qui bien deveit estre dotée. 

Le rei Richarz fist Tavant guarde 



»o (le 
nar- 



E tel gent qui n'iert point coarde. 
Li Normant a Testa ndard erent. 
Qui par plusors feiz le guarderent. 

5755 Li dux e François, la gent fiere, 
Cil furent en la guarde ariere; 
Mais tant se targerent d'errer 
Que trop i durent meserrer. 
L'ost errot joste la marine, 

5760 E la cruel gent Sarazioe 
Erent es doues a senestre. 
Si virent bien de noz genz Testre; 
E une neule esteit levée, 
Qui mult dut Tost avoir grevée. 

5765 La rote esteit aclaroiee 
E en un liu atenvoiee, 
La ou les charetters enrouent 
Qui la vitailie lor portouent ; 
E li Sarazin descendirent, 

5770 Tôt droit as chareters tendirent, 
Chevais e homes i ocistrent, 
E del hemeis assez i pristrent , 
E desconfirent e perchierent 
Gels qui! menouent e chacerent 

5775 De si que en la mer bâtant; 
Illoc s'encombatirent tant 
Que un serjant le poing colperent, 
Evrardz ot non, ce nos contèrent, 
Hom Tevesque de Salesberes; 

5780 Aine cil ne fist semblant ne hères. 
Quant ot trenchiee la main destre. 
Si prist Tespee od la senestre, 
E a estai ies atendi 
Tant que d'els toz se defendi. 

5785 Etht vos tote Tost estormie : 
Le rei Richarz n'en saveit mie; 
La riere guarde iert arestee, 
Tote esbaie e effreiee. 



Les Sarraùnt 
attaquent les W- 
gaget de l^arm^c 
(aSaoât 1191). 



Fol. /|« r. 



5716 Si Motendirent — 5718 La g. de qui — 57S0 Ja ne deuat — 5791 Lo ost — 679/1 noa ne — 
6796 dea numquê — 6796 bartholmeu — 67^0 Qne ciert — 6731 dimaine — 6747 T. b. h. tant b. — 
— 6769 tele — b'jbh regoarderent — 6769 destendirent — 677/1 4^ — ^77^ q<>^ — ^77^ Eorada, œ 
00 c. — 6779 Home — 6781 tranche 



I 



155 



l/ESTUiltE bV. I.A OIEKRE SAINTFL 



f36 



07c,.. 



Rkli.-inl iiK-l 
fil fiiile Ips Sai- 
raMiis. 



79'» 



Fol. /la H. 



• I , 



L*arniéecfmp« 5Kir> 
au bord d*un 
flenveoù Saladio 
avait rampé. 



Ix)rs poinsi Johan le iiz Lucas. I 

Sil disl ai rei eo (>s le pas, ; 

E li reis vint (jurant aleure. 

Il e sa maisnee seure. 

K retonia de Tavant louante. 

Si poinsl as Turs jusififa ranguanit*. 

Plus tost que foidre eutrVIs se iiii^t. 

FI ne sai (|uanz en i ocist 

Aincois que il le coneusent, 

K mal veisin en lui eussent 

S'un poi Teusl seu ançois. 
jHoo La le fisi si bien un Franceis. 

C'ert de Baires ii preu Guiilames, 

Qui maint Turc tist flatir as palmes, 

E cel jor tant s^abandona 

Que li reis tut li perdona 
b^ob Un mai talent qu'a lui aveit, 

Si que mal grë ne Ten saveit. 

IjCs Turs a la montaine mistrent, 

Vj ne sai quanz en i ocistrenl. 

Saiahadins iert a meisme 
58 10 A son esforz de paeinisme; 

Mais puis que ses geoE rcuserent , 

Lors saresturent e musèrent, 

E Tost erra tote arotee. 

Que fil aveient desroulee, 

Jusqua un fluni que il troverenl; 

Es cislernes qu il esproven»nt 

La se traverent e tendirent. 

En une grant place qu ii virent. 

Ou Saiahadins ot geu , 
j89o Ou bien parut qu'il ot eu 

Merveiilose ost a desniesure 

De Tengresse gent sanz mesure, 
(lele jornee premeraine 

Ot Tost eue tel esiraine, 
r)8a5 Que li Turc de lor gueruierent : 

Issi va (le gent qui conquièrent. j 



Ço lisl l)(*us por lor garisoUt 
Que Tost errast sanz mesprison, 
K plus seree e mielz rengiee 

.'ih.'to QuVI n'iert quant el fud leideogee; 
K il mult bien puis sVn penereol 
E plus sagement la menèrent. 
Mais mult engrejot lor ovraÎDe, 
Oar par derien* la montaine 

.'i^.'tj S'en alouent ja la putaille, 
Saiahadins e la cheoaille. 
As pas estreiz ou ii saveient 
Que nosire gent passer deveîent, 
Kt a\eient si l'ovre enprise 

.'iH'i.i Que nostre ost sereit morte ou prise 
Ou qu'il tant s'al)andonereient 
Al mains qu'il la desconfireîent. 
\osln' gent del fluro se partirent. 
Mais |>etite jornee firent : 

.')S'ij Soz Chayphas s'aierent tendre 
Por la menue gent atendre. 

Soz Cayphas en la eostiere 
S^ert tendue ia prod gent fiere 
De deus |>arties loi entor 

.'iHôo Entre la marine e la tor; 

Deus jorz ilioques sujomerent 
Por lor herneis qu H alomerent, 
Si jetèrent ço que n'usoit 
E relindrent ço que plaisoit. 

OH.').') Car la gent de oi^, ia menue, 
l(Tt a si grant paine venue. 
Qui rhargie esteit de vilaîile 
E (les armes por ia bataille. 
Qu'assez en i covint remaindre 

.'>8t)o E de chad e de sei esteindre. 

Quant l'ost Deu se fud aejomee 
Soz Cay plias e atomee, 
A un marsdi s'en départirent 
E lor batailles establirent. 






cm 



(• 



0789 Lores — 6790 Si d., isnet pM — .7791 vient a jyranl — r>79:< reooma — 5797 qiiil — 5798 
lueiseat — bHog meisniefl — 5hii L«ro«, e si m. — 58 if) quil — .'>««:< torn<>e — 58i& eu — 58^5 
alléi-t — 58.'<u Quil, elv — 583 1 se p. — .')8.'<7 Al pa.s — r>H'iS pnidc — 585 1 illor — S855 Ch 



157 



L'ESTOIRE DE LA GUERKE SAINTE. 



f58 



58G5 Li Temples i'eseit Tavant guarde 
E rOspitais la riere guarde. 
Qui veistles eschieles faire, 
Bien sembloit geat de grant affaire; 
Si estoit Tost mielz avoiee 

5870 Qu el ne fud a Tautre foiee, 
E lor estut por le sujor 
3 h. Grant jomee faire le jor ; 

Mais muit trovwent el rivage 
Grant espinei e grant herbage, 

5875 Qui grevoit la gent peoniere 
E les fereit en mi la chiere. 
Tote la terre ierl enermie; 
La veissiez mainte estorroie 
De la plenté de salvagine 

588o Quil troveient par la marine, 
Qui par entre lor piez sailleient, 
Si que a grant plentë en pemeient. 

Al chastel de Cafarnaon, 
Que abatirent cil que haom, 

5885 La vint li reis, si descendi. 
Si digna e Tost atendi; 
E cil qui voidrent si dignerent 
E après digner si errèrent 
•tnpe De si qu'ai casel des Destreiz, 

5890 Qui n iert pas larges, mais estreiz. 
lUoc vindrent e descendirent. 
Si se traverent e tendirent. 
Toz jorz quant fost iert herbergiee, 
Al seir, ainz qu'ele fust cochiee, 

5895 I esteit uns hom qui crioit, 
E lote Tost s en recrioit, 
Car sa voiz esteit mult oie; 
Cil crioft : (T Saint sépulcre aiel yi 
E tuit après lui s^escrioient 

5900 E lor mains vers le ciel dresçoient, 
E plurouent des oilz del chief ; 
E cil s'escrio derechief , 



phar- 



9 W 



Tant que treis feiz aveit crie, 
Sin esleient mult récrie. 

5905 Par jor iert Tost tote seure; 
Mais quant la nuit esteit oscnre, 
Lors aveient assez ententes 
De vers poignanz e de tarentes. 
Qui grant presse lur i faseient 

5910 E qui les pèlerins poigneient, 
E il tôt eralment emflouent; 
Mais li hait home lor donouenl 
Del triade que il aveient, 
Que eralment les garisseient. 

5915 Les tarentes presse lor firent; 
Mais les sages genz s'avertirent, 
E quant les vermines veneient 
E les genz les aperceveient, 
Donc oisiez en Tost tel noise, 

5990 En testimonieen trai Ambroisb, 
Tel barate, tel bateiz, 
Tel son e tel tambusteiz , 
Batoient hiaumes e chapels, 
Barriz e seles e panels, 

5925 Escuz e larges e roeies, 

Bacins, chauderes e paeles, 
E les vermines s'en fuioient 
Por la grant noise qn*il oioient; 
E com il plus s'i auserent, 

59.30^ E les vermines reuserent 
Al casel ou Tost saresia, 
La se guami e apresta 
Contre la cruel gent haie 
Qui puis lor iist meinte envaie. 

5935 Larges iert li leus e la place. 
Deus jorz de sujor e d'espace 
Covint al rei et a Tost prendre 
Por viande illoques atendre. 
Lors vindrent les vaissels illoques , 

59/10 Barges e gualees oveques, 



Ithterûrimm Hi- 
eardi, IV, %m. 

Les Croisas 
sont tourmeDUb 
p r les taren- 
tules. 

Fol. 'j3 c. 



Ambroiie t^ - 
moigne 4^*00 
réussit à les chas- 
ser en Csisaot an 
(rrand bmît. 



La flotte ravi- 
laiile Porro^. 



5867 as e. ^ 5870 Quele — 6877 latente — 5886 lofft li a. — 6887 roldret ~ 5891 llloc tendirent 
5894 que fust — 5907 Lorefl — 5918 quil — 5916 sageni — 6918 peroeoeient — 6939 tel manqué 
5996 chauders — 6999 se a. — 5981 lost se reosa — 6983 cruele — 5989 Lores 



159 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



160 



Fol. /i3 d. 



lUmtnaimm Bi- 
•tarai, IV, iir. 

Mnrrhe do 
Tann^ de Me ri« 



Totes veies Tost costeoient 

E la viande lor portoient. 

Ei case! s'estoient torné; 5980 

E ii reis aveit atome 
59/15 AI Mcrie ou il aveit geu 

E tôt iiloques ponreu 

Qu ii fereit cel jor ravanlguarde, 

Qu'il n'eussent par devant garde, 6985 

E que cil del Temple fereient 
5950 La riere garde e guaitereient; 

Car Sarazin Tost aprismerent 

E tote jor la herdeierent. 

Cel jor poinst Ii reis d'Engletere, 6990 

Qui bien i dut grant los aquere; 
5955 E ne fust le jor par peresce, 

Mult i eust ovré proesce; 

Car Ii reis e ses genz cbacerent, 

E tels i aveit parescierent, 0995 

Qui al vespre blasmc^ en furent 
5960 E qui par dreit estre le durent; 

Car qui eust le rei seu, 

Riche feit i eust eu; 

Mais toz les Turs chaça ariere, 6000 

E Tost erra la sabloniere 
5965 Bêlement petite aleure, 

Car chad feseit a desmesure , 

Et la jornee iert grant e grieve 

Qu'il faisoient, ne mie en brieve, 6oo5 

E la chalors les destreineit 
5970 Si qu'assez en i esteineit. 

Icels feseit l'om enterrer, 

Cels qui ne poeient errer, 

Les travilliez e les lassez, 6010 

Dont sovent i aveit assez, 
5975 E malades e deshaitiez; 

E Ii reis feseit qu'afaitiez 
Fol. 46 a. Quis faiseit porter es gualees 

5961 Tote, costoient — 5965 al merie — 5966 E manqué - 
quil la freicnt — 5956 i manque — 5955 par manque — 6960 le 

— 5977 aporler — 5981 Desqua a — 5988 quil — 5990 al c. 

— 68o3 i manque — 6008 Qui manque — 601 A malt numque 



E es barges jusqu'as jomees. 
Cele jornee a paine errèrent, 
E Ii herbergeor alerent 
Desqu'a la citië de Cesaire. 
La ot este la gent contraire 
E orent la vile abatue 
Et trop damagiee e fundue; 
Mais quant il vint si s'en fuirent. 
Et nostre gent la descendirent. 
Si se tendirent e traverent 
OItre a un flum que il troverent : 
Ço est uns flums qu'oncore est diz 
Ores Ii flums as cocatriz, 
Ou deus pèlerins se baignèrent 
E les quoquatriz les mangèrent. 

A Cesaire ou ad grant açainle, 
La ou Deus fist ovraine mainte, 
Car mult hanta en la costiere, 
H e sa companie chiere, 
Comanda Ii reis ses enekes 
Qu'après lui venissent illoques, 
E fist un ban par Acre faire 
Por la gent pereçose atraire, 
Que es enekes se meissent 
E que en l'ost por Deu venissent; 
E ii en i vint grant partie, 
Ançois que l'ost s'en fust partie. 
Eth vos a Cesaire acostee 
La riche estoire une vespree : 
Od les barges s'acompaignerent 
Qui chescon jor l'ost costeierent, 
E aveient assez vitaiHe 
Des nés mai gré a la chenaille. 

Eth vos i'ost endroit tierce haute, 
Ço soit Ambroisb en fin sanz faite. 
Armée e d'iloc esmeue, 
E si fud mult bien porveue 

- 5967 freit icel — 5969 sereint — 5950 e 
manque — 5966 sablonoiere — 5970 estreineit 

— 5991 Od ceus — 5997 La c. — 6001 Qui 



sur b rivière d» 
Gfoeodil^t. 



Fol. kk 6. 

L*MaiéBqwUe 
CtfMrét(t«'Mp- 

lMibf«),àDMf 

hnm în ■■tJB 



161 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



162 



601 5 El cslablic c atoFDee, 
Qu'el fereit petite jornee 
Por Sarazins, qui apiovouent 
Cbescon jor quant il se movouent. 
Icei jor Tost tut enchaucerent, 
*éinir 6oao Maîs uD admirald i leisserent 
Tant loé de grant bardement 
E de très grant force ensement 
Que neuls hom ne! peust abatre 
\e ne sosast sur lui embatre; 

Go9 5 Car il a voit si grosse tance 

Que dous groissurs H'aveiten France : 

Ço fud Ayas Estoi, 

Par non issi nomer Foi. 

Li Turc por lui tel doel menèrent 

6o3o Que lor cbevals en escoerent, 
E mult Yoienters Yen portassent 
Se li cristien lor ieissasent. 
A iant d'iioques se partirent, 
E vindrent tant qu'il descendirent 

6o35 Sor le flum mort, qu orent covert 
Li felum sarazin cul vert; 
Mais descovert fu , si en burent 
E par deus nuiz illoques jurent. 
mm- Del flum s'esmut la gent osée, 

"*j 6o4o Quant deus jorz se fud reposée; 
Soef errot, nom mie en haste, 
Par mi la terre povre e gaste. 
Cel jor par la montaine alerent, 
Car la marine illoc troverent 

6o/i5 Si encombrée et enhermie 
6 c. Qu'il ne peussent passer mie. 

Cel jor fud Tost plus près reugiee 
Qu el ne fud puis nule foiee. 
La riere garde fist li Temples, 

6o5o Qui al seir se grala les temples, 
Car tanz cbevals le jur perdirent 



la ri- 
îft U 
le (3 



Por poi qu'il ne s'en esperdireut; 
E li coens de Saint Pol ovecques, 
Ueperdi trop cbevals illoques 

6055 Car tant soffri par bardement 
Les Turs e lor bardoiement 
E tant le jor s'abandona 
Que tote l'osl los l'en doua. 
Cel jor fud li reis d'Engletere, 

60G0 Qui de près les Turs aloit quere, 
Nafrez d'un pilet el costé 
D'un Turc qu'il aveil acosté; 
Mais ne fud pas blescië granlmenl , 
Ainz lor curut sure eralmeut. 

Go65 LaNeissiez pilez voler, 
Cbevals morir e afoler; 
De pilez veissiez tel pluie 
Que quatre piez de terre vuie 
Ne trovissiez en l'entornee 

6070 La ou l'ost Deu esteit tornee, 
E tote jor issi dura 
Cil ennuiz que l'ost endura 
Jusqu'al seir que li* Turc se trestrent 
As herberges e se retrestrent. 

6075 E nostre gent se herbergerenl, 
A un flum sale se logierent; 
Si veissiez illoc grant presse 
As chevals^morz de greinor gresse 
Qui en cel jor occis i erent : 

6080 Li serjant la cbar acbaterent 
Encore a mult chieres denrées, 
Si i aveit de granz mellees; 
E quant li reis oi l'afaire. 
Si fist crier un ban e faire 

6o85 Que a cui ses cbevals morreit 
E as pruz serjanz le donreit 
Un vif en fereit eschangier; 
E cil les eurent sanz dangier 



Us sont har- 
celés par les 
Turc*. 



Fol. 4/1 d. 



Ils maugeo lies 
rhcvaux morts. 



6016 Quele — 6017 quil aplouent — Goa3 home — 6o9à lui lembatre — 6o3o escorcerent — 6o3â le 
lor — 6o36 Le f. — 6o38 illoc — 6o/i5 hennie — 60&7 plus conreiee — 6o/î8 Quele — 6o5o al s. grata 
ses — 6060 requere — 6066 Gheualier — 6068 ntie — 6069 troissiez en len jornee — H070 Deu manque 
— 607a qui lor e. — 6079 i tnanque — 6o83 en oi — 6o85 moreil — 6086 len d. 



] I 



IMPklHIKIK lAtlOSALZ. 



163 



L'ESTOlhK l)K LA GUHUHK SAINTK. 



IGâ 



'ùueratium Vu- 
iitr^i , IV. ivi. 

Marrh»? «les 
Croisas H Irnvrrs 
1.» fon'l «rArJur. 



M les prislrenl e escorcieri'iit 

(;')i^o E les buns lardez en man{jcreiil. 
Deiis jorz sujornanz illor f'urcnl 
Va al (ierz endreit tierce iniironl. 
Trestol conreé de bataille: 
Car Teii lor disl que la cbeiiailli*. 

('>o(jr> Li mescreani, li neir oscur. 
Krent en la forest d'Arsur 
K qu en cel jor Talumereient, 
E que si granl feu en fereient 
i^w^" Tosl en sereit arostee; 

(ii<M» Mais elc erra tote aprestee 
Par la foret d'Arsur sa voit-; 
Si ne cuit pas que nus boni \oie 
Ne qu en un liu nul ost veist 
Plus bel errer que illoc fist; 

(ito5 \ onques n'orent arestemeni, 
Ainz errèrent toi quilemoni : 
Mont d'Arsur le jor trcspasserenl 
E loto la forest passèrent, 
E vindrent hors a la champaine 
lis cam|>eo( Oiio Horbcrgier soi en une plaine 
tlère de*^Rwi"- Sor le flum de Rochetaiilee, 

*''"^ Mal grë a la gent retaillée, 

Qui de tanz iius ierl apleue 
Que cil dit qui Tosl ol veue 

(il i5 E sorveue e esguardee 
Kol. f\') o. E dreit al suen viaire esmee 

Qu'a treis cent mile les esma. 
Ou que de poi les mesesma ; 
E noslre cristien pas n Virent 

Oiao Plus de cent mile, ço esmerent. 
Sor le flum de Rochetaiilee 
La jut Tost Deu e sa maisnee: 
La se herbeija un joesdi, 
E sujorna le vendresdi. 

0i25 Le samedi a Fenjorner 



Lors veissiez gent alorner 

(lliesron por sa teste defendri*; 

Car Ten lor fist le jor entend ro 

Qu'il ne poreient sanz bataille 
(ii.'io Pas errer vers la cuvcrlaille, 

Qui de totes pan aprismouent 

Et lor batailles conreoueut; 

Et |)or iço Tost crisliene 

Se guanii si vers la paiene 
Tn.^") Qu'il n'i ol as eschieles faire 

Que reprendre ne que refaire. 

Kicharz, le preuz reis d'Engletere, 

Qui tant saveit d'ost c de guerre. 

Lors devisa a sa manière 
(it'io Qui ireit devant e deriere : 

Duze batailles conreerent 

E par conreiz les devisèrent 

De tels gens que, tant corn cels covre, 

N'en eiïst tant de groinur ovre; 
()i'i5 De lor cuers furent bien ficbié 

En Deu servir e afichié. 

Li Temples fist cel jor Tanz guarde 

E rOspital la riere guarde; 

Breton e Angevin ensemble 
CiiSo Errouent après, ço me semble; 

Li Poitevin e li reis Guis 

Erent après, si con jo enquis; 

\ormant e Engleis chevalchouent 

Apixîs, qui le dragon porloueni: 
6155 E rOspitals errot deriere, 

Qui fist cel jor la guarde riere. 

La riere guarde fud guami«* 

Ijejorde haute baronie, 

E fud par conreiz conreee 
(n(x> Tôt coste a cosle e devisee 
' Issi serré que d'une pomo 

Ne ferissiez fors beste ou home; 



Itiiiermrimm Ri- 
emrJi. IV, itii. 

I.cii V^rmaét <* 
inHlf^nl en nur- 
rbe sor ArMir 
r{:ng^ trt ha- 
faill*r ( 7 «'■p - 
l'Mnhr»*). 



Fol. 'j5 t. 



6089 e les escorcierent — 6090 lioîies iardiz — 609a lierz jor - ()093 K Irostoz — 6098 freieni — 
610^ home — 610^ feist — 6109 vint — Oi 16 >is — 6117 Qui a — 61 -^o mil — 61 î>6 Loros — - Gi35 ot 
al — 6189 Lo'*^ — (iiAo c qui d. — 6167 fiid irol j. iniiant (juank* — Gio/j porloiiet — 61 56 Que, fist 
manque — 6169 conrec 






.*. 



165 



L'ESTOIRE DE LA GUEURE SAINTE. 



i6() 



E durot de i'ost sarazine 
De si que a val la marine. 

616» La veissiez tantes banieres 

Et tantes genz od vistes cbieres : 
La iert H coens de Leiceslre, 
Qui ne volsist pas aillors estre; 
E s'i esteit de Cornai Hues, 

6170 Qui aveit genz bien coneues; 
Si i ert Guillanies de Borriz, 
Qui de la (erre esteit norris; 
Si i ert Guaquelins de Perieres, 
E genz de diverses manières; 

6175 Si i ert de Toeni Rogiers 

Od grant pienté de chevaliers; 
Si i ert li preuz Jakes d'Avesne, 
Qui Deu mist le jor en son règne; 
Si i ert li coens Robert de Dreues 

OiHo E plusurs genz qui ereut seues; 
S'i iert levesques de Biavez, 
Qui vers son frère s'esteit trez; 
Cil de Barres, cil de Cerlande 
I raveient compaine grande; 

61 85 Cuillames et Di*eu de Merlo, 
5 c. Cil n'en raveient mie po; 

Li lingnage ensemble crrouent 
Et ensemble se recovrouent, 
Si que Tost en iert si liée 

6190 Qua paine fust desaliee. 

Li coens Henris, cil de Champaine, 
Gardoit Tosi devers la montaine : 
Icel jor fisi la guardecoste, 
E tozjorz chevalchoit encoste, 

6195 E li serjant de pië esteient 
Derieres Tost, qui la clœient. 
Le herneis e les guarnestures, 
Charettes, somiers, trosseures, 
C'ert encontre val el rivage, 

6900 Qu*il n en eussent grant damage. 



Issi errot la gent seure, 
Socf e petite aleure; 
Issi erroient li conrei ; 
Li dux de Burgoine od le rei 

(i^of) E prude gent hardie e fiere, 
Alot devant Tost e ariere 
E en costé destre e senestre, 
Por veoir les Turs e lor esiro 
E por lost conduire e mener; 

C)ûio E mult les en covint pener, 

Car endreit tierce avant une bore 
Lor veneient luit li Turc sure , 
Plus de deus mile od arcs traiani, 
Qui si vont Tost Deu embraçant. 

(iaïf) Après venoil une gent noire : 

Les Noirez ont non, ço est la voire; 
E Sarazins de la berrue, 
Isdos e neirs plus que n'est sue. 
A pië od ars e od roeles, 

Gaao Trop vistes genz e trop tsueles. 
Cil feseient a Tosi tel presse 
Qu'il. n*aveient ne fin ne cesse. 
La veissiez par la campaino 
Des Turcs tante riche compaine, 

Osa 5 Tanz penuncels, tantes enseignes, 
Tantes banieres od enseignes, 
Tanz biais conreiz si acesmez. 
Plus de trente mil Turs esniés 
Venir tant acemeement 

6a3o Droit a fost desreeement 

Sor chevals isnels corne foldre! 
Devant lor piez iert grant la poidrc; 
Devant les admiralz venoient 
Cil qui les buisines tenoient, 

Ga35 Li autre timbres et taburs : 
Ne faisoient altres laburs 
Fors taburer e noise Taire 
Et huer et crier et braire. 



Itincrarium iii- 
rardi, IV, XTiii. * 

Les B^ouins 
alUiquoiil 1rs 
rhiéliens. 



Kol. /JÔ d. 



61 64 quaiial — 6178 icrl tozjorz n. — 6177 dauerae — 6>79 treues — 6180 f^oni manque 
— ^199 eucontie c. — 6!Jo5, 6ao6 interverlii — 6a 11 avaiil manque — 6a 1 a luil manque - 
manqtM — 6a 1 5 v^noienl — 6aa4 tant — 6aaH mil*», adesines — 6a.So Tc»t droit, desreoinent 



-6190 fini 

6'u4 Deu 

6a3i fom 



1 1 . 



167 



L'ESTOIRË DE LA GUERRE SAINTE. 



168 



La n oisl 1 oin pas Deu tooant, 
GâAo Tant il i ot taburs sonant. 
La chenaiilc Tost engrossa 
Va assailli et empressa : 
De deus liues tôt environ 
Ne veissiez plein mon giron 

()3/i5 De terre voide ne de place, 

i\e de rien fors de maie estrace; 
E devers mer e devers terre 
S'en alouentsi près recjuere, 
0(1 tel force e od tel ollrage, 

ihï)o Qu il lor faiseient grant damage 
Des chevals qu'il lor ocieient; 
Car trop de morz en i cheoient. 
Mult eurent cel jor grant mestier 
Fol. /K) a. En Tost H bon arbalestier 

Oafif) E H bon serjant qui traioient, 
Qui deriere Tost se tenoient. 
Cil quiderent eslre enpercié, 
Car il esteient si chargié 
Qu'il ne quidouent bore vivre, 

GqBo N'escbaper s'en sain ne délivre; 
E si sachiez bien tut de veir 
Que li coard par estovoir 
Ars e saetes jus jetouent 
E dedenz l'ost se robotoui»nt, 

i\'?.C)\> Eli hnrdi qui remaneient, 
Qui Tost deriere sostenoient, 
Aveient tel presse as talons 
Que râlèrent a rebursons 
Icel jor plus qu'autre aleure. 

()a7o En losl n'aveit gent si seure 
Qui ne volsist par bon curage 
A veir fait son peregrinage; 
Mais de ço ne me merveil mio, 
Car Tosl estoil si estormie 

()a7îî El coslé désire e el senestre 

QuOnques ne fist home Deus nestre 



Qui veist gent si achence 
Ne ost a tel paine menée. 
La veissiez les chevaliers , 

GjSo Quant il perdouent lor destriers, 
Tôt a pié odies seijanz traire; 
Si vos puis conter e relraire 
Conques pluie ne neif ne graisic 
Par grant yvern quant el s'esvelle 

()a85 Ne vola plus espessement 

(Ço sevent plusor si ge ment) 
Que lor pilet illoc voloient. 
Qui les chevals nos afoloienl; 
* E la les peussiez coillir 

(iaijo A bracees e racoillir, 

Come l'em coït chaume en estoble, 
Tant i traient de la gent troble , 
Sor noz conreiz tant s'cspresserent 
Que par un poi que nés plaiserent. 

6295 Lors manda l'Ospital al rei 

Qu'il grevouent trop lor conrei, 
E que plus soffrir ne poreient 
En manere s'il ne poigneicnt. 
Li reis manda qu'il se tenissent 

O.'ioo E que lor meschief sustenissent; 
Et il a force le sustindrent 
Et a meschief lor voie tindrcnt. 

Mult fist grant chaut celé jornee 
Que Dampnedeus ot atornee. 

()3or) Li chauz fud grant e la gent fiere 
Qui la nostre enchasçoil ariere; 
Si ne larai que jonc die 
Qu'il n'a el monde si hardie. 
Qui veist l'espoisse e la presse 

(53 10 De la paene gent engresse. 
Le desrei e la grant emprise 
Dont diables l'aveit esprise. 
Qui n'eust aucune dotance. 
Qui veist nostre mesestance, 



Fo 



Ga'io il loi — r)«>5o le! damage — 6a5/j arblasiier — 6368 Que mult r. — 6369 que aulre allre a. — 
6^75 E coslc Hcstre e s. — 6377 achene — 6a8/j de — fitîSG plus s. — 6391 Corn — 6296 Lor — 6998 En 
nul'" m. — C3o6 Que — 63o8 Qui! oil e. — G3i3 Quil — 63 1 A mesiancc 



169 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



170 



A6c. 



63 1 5 S'il ne cuneust ior custume; 
Car toi ausi com sor Icncluine 
Forgent ferrona longues chaudes, 
Toi autres! Ior genz por baudes 
Feroient sor la riere guarde , 

G390 Dont meint prosdom iert le jor guarde ; 



El il point ne se regardoienl 
Issi com il faire dévoient, 
. E cil grant cuivre Ior faisoieni , 

G3â5 Quis conveoient a les maces : 
La vcissiez des voides places 
Endroit tels genz qui aillors lussent, 
Qui a enui rcquencussent 
Que por les Turs estai gerpissent 

G33o .\e por els plein pasguencbeissent; 
Mais la tôt autrement le firent, 
Que fièrement se combatirent, 
E se feroient en la rote 
Par droite destresce e par dote; 

0335 Mais ço n'iert mie de merveille, 
Se aucons de ço s'esmerveille : 
Car loz Tesforz de paenic. 
De Damas de si qu en Persie', 
Des la mer jusqu'en Orient, 

03^10 N'avoit remis hardie gent, 
Ne seure ne alosee, 
Ne conqueranz ne preuz ne osée. 
Que Salehadins n eust quise, 
Louée e proiee e requise 

G3/j5 e porchaciee e retenue, 

Por la gent Deu qui ert venue. 
Qu'il quidot lores desconfire; 
Mais n'i peussent pas soffire, 
Quar la flur de chevalerie, 

635o Li grains de la bachelerie, 
Gent tote duite de bataille , 
S'iert la levée de la paille 



Fol. /ju fl. 



Ilinerniium Bi- 
eardi, IV, xtx. 

Vicloirp ileK 



De tôle la lei crisliaine 

Por josteier sor la paiene, 
G355 Genz (Ole preuz e tote eslite; 

E qui ceste eust desconfite. 

Donc peust il bien en fin dire 

Que rien ne Tosast contredire. 
Granl iert la poidre e la chalor, 
G3Go E les genz Deu plains de valor; 

Fiers iert li poeples al diable, 

E le Deu preuz e dcfensable ; 

La iert des Turs eiytasseiz 

Plus espès que un plesseiz. 
G3G5 Li cristien Ior voie errouenl, 

E cil as dos les enchaçouent; 

Mais poi Ior porent damagier. 

La veissiez Turs enragier, 

Le poeplc al diable d'enfer, 
G370 Qui nos clamoieut gent de fer; 

Quar tant avioms armeures 

Que nos gens erent si seures 

Qu'il en cremoient mains Ior cuivre. 

Cil metoienl Ior arcs en cuivre 
G375 E venoient as maces sore. 

Plus de vint miliersen poi d'ore 

Sor rOspilal erenl a forge, 

Quant li unsd'elsclama :(r Saint Jeorge, 

(L La irez vos nos issi confondre ? 
638o ftOr devreil cristientë fondre, 

"T Quant encontre ceste chenaille 

ff Ne se poroflfre de bataille ! y> 

C'ertde Napes frères Guarniers, 

Li mestres des Hospitaliers. 
G385 Cil vint al roi, poignant en haste, 

Si li dist : rSire, len nos haste 

rrOd trop grant honte e laidure; 

rCliescons pert sa chevalcheure. 75 

E li rois dist : «rSoiTrez, bel mestre : 
0390 ^L'en ne puet mie par lot estre.T) Fol. 67 a 



6819 80 — 633o guenchisseiit — 6336 Sauçons — 635o La grain — 635?» le premier la manque — 
6356 ce«t — G36o plaines — 6363 dcntasseiz — 6366 les chacouent — 6867 P^'' ^^^ — ^^7^ seuros — 
6376 mile — 6378 li manque - 638o Ore — - 6388 cheualcimre 



171 



L'ESTOIRE DE LA GUEliRE SAINTE. 



17Î 



(^il vint orl son conrei ariere; 
Li Turc cîiichiiçoiKHil Heriere, 
Si i\{\i\ n'i ol prince ne conte 
Oui en soi n'en eust |][ran( honte, 

r,:ii,:) K riisoieni : f'Seifjnors, poi|fnoniesî 
•L'en nos tendra por malvès bonios. 
y-Tel lion le ne fn mes veue, 
•* :N'onr|ues mes par gent mescreue 
r.Nen ot nosire ost lel reprover; 
. H.o '^E ^e por aucon recoillier 
'•\e nos oH'rions a défendre, 
"Ja.-^i porrions trop alendre.w 
Deusî quel perle, quel mescheance, 
E quel doel e quel meseslance 

•i'H.') Avinl en lost a rel termine, 
Ou lanl moreit gent sarazine 
vSe pechié n'eu8t destorbiee 
La pointe qui fud devisee! 
Endementers qu'il devisoieni 
(lele pointe ou tuit sacordoient . 
Vi avoient ja esganlé, 
S'il l'eussent a droit ganlé , 
Ainçoi» que ii conroi poinsissent, 
Qu'en lost en trois lius establisenl 
Sis busines qui soneroient 
Quant vers les Turs retorneroienl . 
Deus «levant l'ost e deus deriere 
E deus en mi d'autre manière; 
E s*ensi t'eussent tenu, 

(>'i»o Li Turc fussent tuit retenu; 

Mais par deus homes les perdirent 
Qui pai^ de poindre ne se lindrent. 
Fol. '17 //. Mais tut premerains s'eslaisserent 

Si <pie deus Turs morz i laissèrent. 

(\fi'i:} L'un des dens fud uns rhevalier^î, 
\A niareschals ospitaliers; 
L'autre iert Baudowins li Garons, 
Qui iert hardiz com uns leons : 



• i'i ! o 



n'iiT» 



Co0ipain2 iert le rci d'Englclere, 

O'i.So Qui l'ot amené de sa terre. 
Cist commencèrent le desrei 
El Siiint non del tôt poissant rei; 
Saint Jorge a haute voiz crièrent, 
E les genz Dampnedeo tomerent 

()'j35 Lor chevals ço davaut dariere 
Encontre ia cruel gent fiere. 
Lors poinst rOspital tôt rengiez. 
Qui mult ot esté leidengez; 
Si poinst li sires de Champaine: 

()Vio E il e sa chiere compaine; 

Si poinst Jakes d'Avesne illoques 
E cist de son lignage ovecques; 
Si poinst lores li coenz Roberz , 
Cil de Driues, jo en sui tôt cerz, 

r>Vir) Le evesque de Biauveiz od lui, 
leil poinstrent ensemble abdui; 
Si i poinst li eoeus de Leicestre 
Vers la marine sor senestre; 
Et tuit cil de la riere guarde, 

<'i'ir)o Ln point n'i ot de gent coarde; 
E après poinstrent Angevin. 
Breton, Mansel e Peilevin, 
E li auire conrei ensemble. 
Si vos dirai ço qu'il me semble : 

(>'ir)r) Queji prodome qui la poinstrent 
De tels esforz as Turs se joinstreiit 
Que chescon al sucn qu'il atainst 
Le fer del glaive el cors li lainst , 
Si qu'il lui covint voidier sele. 

r,'iOo A celé genl semble novele, 

Car il sorvindrent corne foldre : 
La veissiez voler grant poldre; 
Et tuit cil qui a pîé esteient 
Descendu, qui as ars traoienl, 

O'Hîf) Qui mult eurent noz genz grève*.»». 
Cil orent les testes copees, 



Ko 



^)^^92 e. e arierc — H3«)<j Non ol manqua -- 6ûoîî {ioitoiis — 6A0G i inoreiiil |{. — 6/11/1 Qui en — 6&19 si* 
il •'. — 'iV' I !«»<; inislr^'nt — (\h<\ lut li — G'i.'iîi saint manque — fi'iSI*) rnielf gent et f. — fi/i/io R mmufu^ 



17a 



LESTOIHt: DE LA GUEKKE SAINTE. 



17/4 



K ai coin ii les>abaloi(.MU 

E les sorjanz les ocioent. 

E des que onques Ii reis Iroblee 

0^170 Vit Tost e qu'el fud assemblée, 
Des espérons al cheval tendre 
Dona cbau pas sans plus aleudre : 
De granl air le leissa corre, 
As premerains conreiz socurre. 

^'175 Plus tosl que quarols d'arbalesle, 
(3(1 sa niaisnee preuz e tiîste, 
Abi ferir en tas sor désire 
Un conrei de la gent ])aestre 
Si durement qu'il esbairent 

(i'iSt» Des prodonies qu'il i scMilironl, 
Qui lor (irenl voidier les soïes : 
Gisanz esjHîs come gaveles 
Les vcissiez gisir a 1ère; 
de E Ii vaillanz rei d'Engleler<î 

()'i85 Les porsiwi c conit sore, 
Qui le fist si bien a celé on^ 
Ou'entor lui avoit de charriere 
Sus e jus, encoste e deriere, 
Des Sarazins qui mort chaeienl, 

<)'ii>o Oue Ii autre en sus se traieienl, 
7 (/. E duroil bien <les morz la Irace 

Demie liuue près d espace». 
La veissiez Turs trcsbucbier 
E Sarazins deschevalchier; 

G<iy5 La veissiez poldre voler. 
Que noslre gentdut afoter : 
Car quani de la grant presse issoient 
Adonc ne s'entreconeissoient 
Por la poldre qui iert levée, 

65oo Si que lor paine en ert doblee. 
Lors feroient destre e senestre : 
La orentli Turc malveis eslre; 
La veissiez cf)ps départir 
E gent sanglent del champ partir; 

6^70 elo — 6'i75 arblosle — 0'i89 coni — 6686 icp|e- 

— 65oi Lorps — 65 1 9 Cliîirgiez — 65 1 A corn — 65 18 

— 65îï8 Qui — 6533 Cer — 6536 com — 6586 Qui 



().')i>r) La veissiez chaii banieres, 

E lanz penoneels de manières. 

Tantes bones trenchanz espees 

E tantes canes acérées, 

Tanz arcs torqueis e tantes mace-^ 
6.') 10 Peussiez prendre en plusoi>i places, 

Quarels e pilez e sectes, 

Cliai*giees plus de vint chareles; 

La veissiez lanz Turs od barbes, 

Morz gésir espes comejarbes; 
05] 5 La veissiez caple tenu 

De cels qui s'erent près tenu; 

E cil qui abalu esteieni , 

Qui lor clievals peixluz aveient, 

E cil es buisons se botouent 
6:).>o Et es arbres a mont mon louent, 

E d'iloc les aleit Ten traire. 

Sis oissiez al tuer braire. 

Tels i ot lor chevals guerpirent, 

Que devers la mer s'en fuirent 
or)rir) E sailliri^nt jus des faleises, Poi. i^^ „, 

Lais a val plus de dis teises. 

Bien furent lor gent rcus<îes, 

Que de deus granz liuues ferees 
()»3(> IN'i veissiez fors gent fuitive. 

Qui devant esteit si braidive; 

Car totes noz genz retornerent, 

E cil qui Testandard gardèrent 

((Gèrent Normant la gent seure) 

Tote lor petite aleure 
i\:y^:y Itetornerent une grant pièce 

Issi, come mis cuers sospiece , 

Qu'ainz empeirast muit Tautre affaire 

Que fem lor peust grant mal fain*. 

Li poigneor qui od Deu furent l«m Sarra^u» 

65/io Apres lor pomdre saresturent, ,i^^^. 

E si toet com il s'areslerent, 

E li Sarazin recuvrerent. 

— 6488 j. p encosle — 6493 Demi — 6A98 ne mmtque 
cil. ahftln — ()5i [) busoins — 65fla Si — 65î»7 reuisees 
a. — 654 1 saresturent — 654 9 recrorent 



Turcs. 



n.-j 



LESTOIKK l>E LA (ilERRE SAINTE 



176 



Plus (1(* vinl niiiiers en \enoient 
Qui les riiacc's es |K>inz teDoienI 

r>r*'ir> A n-scorrc les abatuz. 

1^ veissiez les noz batuz, 
Cels qui ; lost se relraioient. 
Li àSarazin toz jorz traioieiit, 
K si i'eroienl od let> maces, 

t):t:}o K quassoieiil testes e braces 
Si qu'as arçons les cncliuoient . 
K li prrxlome recovroienl 
Quant lor aleine aveient prise; 
Lors (Kiigneient od grant emprif^* 

i't^tit't E S4* fereient es ronreiz, 
K les roni|>oient conie roiz. 
1^ veissiez seles torner 
E Turcs guenchir et retoroer; 
Foi. 68 h, La r nostre gent si rhargiee 

05«io Qu ele n'errast pas une archiee , 
Se li connâ ne s'arestasent, 
Que chierement nei comperassent. 
Cmmm u»- La iert lamiralz Dequedin, 

4j, Un des parenz Saiahadin , 

0565 Qui ot portrait en sa baniere 
Enseignes d'estrange manière : 
Ço estoit une baniere as braies, 
C erent ses enseignes veraies. 
Ço iert li Turs qui ot voient^ 

6570 Haieit plus la cristienté; 
Cil aveit en sa conipaignie 
Plus de set cent Turs de baillie, 
La gent Saiahadin deniaine 
Qui conquisse fusl a grant paine. 

0575 Chescons conrei a sa manière 
Aveit une jalne baniere 
Od penuncel d'autre teinture; 
E vint de si grant aleure, 
Od tele frainte, od lele cniprise 



, h'.th,, l)f l'rrir la gent bii»iè apris^e. 

Qui a Teslandanl retomei*eul 

Od les armes que il portèrent. 

<}u*il n'i ot si preu ne si coinh- 

De toz qui a icele pointe 
(>r»h:) Wussent assez a entendre. 

La veissiez noz genz atendre. 

Iji \eissiez meinle aalie, 

1^ veissiez fort départie . 

Car ariere a fost s'en revindrent : 
*\:>ijo Car Sarazin si cort les tindrent 

Que toz les cors i chancelèrent. 

Si que [>oi^genz i retornerent: 

Ainz les paioient sor les helmes. 

Quant des Barres li preuz Guillanies 
<'>r>9r) Fist un poindre que tuit proiserent : Pol. 68 c. 

Car il e ses genz se lancèrent 

Par entre les noz e la presse 

De lenuiose gent engresse, 

E si durement les ferirent 
<>f)oo Que ne sai quant Turs i chairent. 

Qui onques puis ne virent guerre. 

Et Richarz li reis d'Englelere 

Repoinst par devers la montaine, 

11 c sa hardie compaine, 
Ofiof) Et seeit el favel de Cypre 

(N'ot tel cheval de ci qu'a Ypre), 

E Gst tantes chevaleries 

Sor les laides genz enemies. 

Qu'a grant merveille Tesgardoueut 
OOio Corn il e ses genz assembloent. 

Tant les rcuserent e tindrent 

Que noz genz a Testandard viudrent, 

E derechief se conreerent. 

Lors chevalcherent e errèrent 
CCmo Jusqu'à Sur ou il descendirent; 

Lors se traverent e tendirent, 



05/i3 mile — Cï/jO alialuz — 6669 E tnaru/ue — G55o Et i q. — G55/i Lores — 656!> Qui — 6564 saladiii 
- 6566 Uik; eiiëcij^m* — 6577 od autre t. — 6578 si manque — 658a quil - 658'i rcio — 6585 Ni e., 

hwusi répété 65y! i manque — 659a poi innntiue dbijS paiol 6(>oi gairo — 660a El li preui reis — 

r)6i.*{ ronienceronl - — 661 4 Loi es — 661 5 il tmmf/M — 6616 Lorw 



177 



L'BSTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



178 



t fioalo 



Car bien iert bore d'ostel prendre. 
Qui au seir volt a guain tendre 
Si vint la ou fud la bataille, 

66ao Si guaigna assez sanz faille; 
Si distrent cil qui i alerent 
Qui des Sarazins morz contèrent 
Que trente dous barons de terre, 
Admiralz, k'il vindrent puis quere, 

6695 En cel cbamp a cel jor munirent, 
Et set cent Turs qui illoç esturent, 
hHd. Estre cels qui nafré esteient, 

Qui par mi les cbams mort chaeient, 
E des noz n'i ot pas la disme 

663o Morz iluec, non pas la redisme. 
«nA^ Haï Deus, si grant descomfiture 

Et si laide mésaventure 
Nos a vint la ou li noz erent, 
6 jac- Quant li Sarazin recovrerent, 

G635 D'un prodome ()ue il forsclostrent, 
En lor rccovrer et enclostrenti 
Ço fu li preuz Jaques d'Avesne, 
Dont Deus face saint en son règne, 
^ Car de lui trop nus meschai 

66do Par son cheval qui lui chai; 
Mais il fist tant de sei défendre 
Que Ten nos dist e fist entendre 
Que après la fin de la bataille. 
Quant il jut entre la chenaille 

OG65 E Fen enveia son cors quere, 
Que en un poi espace de terre 
Entor le cors de lui troverent 
Li prodome qui i alerent 
Bien quinze Turs tôt detrenchiez, 

665o Dont li prodom s'esteit vengiez. 
Sei quart de parenz i mururent. 
Si que onques nés sucururent 



esoes. 



Tels genz dont il fud grant parlance : 

Ço fud un de3 barons de France, 
()655 Ço diseient, li coens de Dreues, 

Il e les genz qui erent sues, 

Sin oi Ten tant gent mesdire 

Que Testorie nel puet desdire. 
Devant Arsur fud Tost travée, 
6G60 Qui ot la gent paiene avee. 

Et tote Teust el feit mate , * Fol /^q a. 

Qui eust eu dreite estate. 

Etbt vos la novele espandue 

De nostre gent qui iert perdue, 
66()5 Non pas perdue, mais trovee, 

Qu'ele s'iert por Deu esprovee, 

Jake d'Avesne e sa maisnee 

Qui esteit morte e delrenchiee. 

Eth vos Tost Deu tote pensI/<», 
6670 E si troblee e si baive 

Conques de la mort un sol home 

Pois que Adam morst en la pome 

Ne fud oie si grant plainte 

Ne tel regret ne tel complainte; 
6675 Et il feseit mult bien a pleindre. 

Car mult bien servi Deu, sanz faindre, 

Que il aveit ja esguardë 

En paradis iôrt porguardé 

Son liu seint Jake Taposlre, 
668u Qu'il tint a son non e a nostre, 

Jake d'Avesne le martyr. 

Qui des Turcs ne deigna partir. 

Devant Arsur fud Fost tendue l .inuëe chré 

Sur la grant rivere espandue 
6685 E^la nuitiee reposèrent, 

Car durement se traveillerent 

De cops doner e recevoir, 

Si ne s'en voldront pas moveir 



Ueune campe de- 
vant Arsur. 



6617 del ostel — 6618 velt — 6699 mort — 66%U kis — 66a5 a manqut — 66a8 cbaeint — 663o iluec 
numque — 6633 li manqw — 663A li numque — 6635 prodom quis — 6636 recourir — 6637 daueme 

— 6638 saint manqué — 66A5 lenueia — 6661 ele — 6669 eust dreit en dreite — 6665 Nont — 6667 dauernc 

— 6671 sol tnanquê — 6679 en manque — 6677 Quil — - 6680 Quil leneit — 6681 dauerne — 6686 grant 
manqué — 6685 le n. — 6686 se manque -» 6688 s^en manque 



la 



lUrMVtaiE RATlOXALt. 



179 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



180 



Devant « la tierce jornee, 

(;09o Que Tost refud bien atornee. 
Un samedi fad la bataille, 
E le diemeinge sanz Taillé 
Fud la fesie a la gloriose , 
La mère Deu, la preciose, 
Fol. 696. 1)695 Celé que l'em feit en Setembre, 

Et Testorie issi le remembre. 
Lbrs s'armèrent Hospitalier 
E del Temple li chevalier 
E des proz Turcoples menèrent, 

(»7oo E mull d'autres genz i alerent : 
Elh les vos el champ ou cil jurent 
Qui mort en la bataille furent. 
Par le champ quistrent e cerchierent, 
Einz ne burent ne ne mangèrent 

(1705 Devant ço qu'il orent trové 
Le cors del vassal esprové, 
Jake d'Avesne, qu'il troverent; 
Mais le vis anceis li lavèrent 
Ou ja meis ne fuet coneuz, 

6710 Tant aveit mortels oops cuz 
Issi com il se defendeit 
Des Sarazins qu'il atendeit. 
Le cora covrirenl e chargicrent, 
E a Arsur s'en repairerent. 
Kiiiit^raiii<»(ie 6715 1^ veissiez grant compaignie 

Jacques iI'A*e»- tv a « 1 l 1 • 

.... (8 .epiem- De gcnt et de chevalerie 

^"'' Qui encontre le cors alerent, 

£ qui tel doel en démenèrent 
Que soz ciel n'a riens (juis veist 
6790 Qui trop grant pitié n'en prcist: 
Li un regretot sa proesce, 
L'autre retraiot sa iargesce. 
Le jor fad li reis d'Angletere 
E li reis Guis al mètre en terre 



6735 El moster de la seiute dame 

Qui deprit son dooi fiiz por Taoïe 
Dont le cors fad la berfaeigiez I 
Après la mesae li dergiex 
Refirent ior altre servise 
Ententivemënt a ior goise; 



()73o 



E li hait home le cors pristrent 
Entre Ior braz, si l'enlererent : 
Ne demandes s'il i plorerenl. 

0735 Ore lairons de cest affaire 
De parler e d'acunte faire 
Ci endreit a ceste feieo; 
Mais ja de riens n'iert desvoîee. 
Car tote est de nostre matière, 

(J7/i() Si reprendroBs tôt en ariere, 
E dirons de la gent haie 
Qui nos orent fait l'envaie. 

La gent de bien desansee 
Ol este issi reusee 

07'! 5 Coro jo aveie devant eontë. 

Si com il s'esieient vaatë 

Al soldan par ior grant fierté, 

Qu'il lui diseient sanz vantance, 

6700 Senz faille et sanz nule dotance 
Sereit cristienté aquise 
A cel terme c morte e conquise. 
Mais altrement aloit i'ovraine; 
Car qui lors veist la montaine 

0755 Par ont icel Tare s'en fuirent, 
Ço nos contèrent cil quil virent 
Que quant Ior genz as nos hurlèrent 
Qu'a tel vertu les reuserent 
C'a lotie herneis s'en fuioîent, 

O-jOo E tanz chameils morz i chaeient 



Foi. 



cmré 

D 
San 



6690 bien mcaïque — 6699 dimeing« — 6696 remcndre — 0697 Lores - 
6707 dauenie — 671 a Les — 671 A E a sur — 67^4 de m. — 6786 doui tmaiiqim — 
le mistrent ajouté phu tard — 6736 i matu/uê — 6737 fee — 6738 de manqiut - 
manque — 67Û9 norerit — 6765 Gome — 6767 Si manque — 67/18 por — 
6753 louerainc — 6765 li L — 6700 Que nos — 67^9 Car lot li 



- 6700 des autres — 

- Âprè9 6739 E en tam 

- 67^9 tôt — 67A0 en 
6760 nule 



181 



i;estoire de la guerre sainte. 



183 



E tanz chevals brans e tiauçans, 
Muls e muies, milliers e çanz, 
E tant perdeient a celé bore 
Quant noz genz lor cororent sore, 

6765 Que si lor ost fust mielz cbaciee 
E raielz siwie e enthaciee, 
^19 d. La terre fust nocTIre aquitee 

E de cristiens babitee. 
imm Ri- Quant Tost des Tors se féd retraite 

J^ 6770 El celé cbose ot eslë foite 
*b« k E Salahadins sot fovraine, 

Qui esteit devers la montaine , 
Quant il vit sa gent deseonfite, 
La meillor et la plus eslite, 

6775 A ses admiralz prist a dire, 
Tôt coreciez e lot plein d'ire : 
rE u est ore ma maisnee, 
pLa vanteresse, Fenragiee? 
r Or chevalcbe cristientez 

6780 «-Par Snlie a «es volentefc, 
ff Si ne trove qui la retoiçe. 
ff Ore ne sai quel part jo turge. 
rOu sunt ore les grsnK manaces, 
r Les cops d'espees e de maoes 

6785 r Que se vantouent qu'il fereienl 
^ Quant a Tester venu sereient? 
rr Ou sunt les riobes eomençailles 
rrDes granz osz e des granz batailles? 
r Ou sunt les granz descmifilures 

6790 ffQue Tom trove enz es escriptures 
trQue notre aocesur i ont feites, 
ffQue tote jor nus sunt retraites, 
ff Qu'il suelent sor ori^iens faire ? 
(rMalement vait icest affaire, 

6795.fr Car or sûmes nos la curaiHe 
trDel mont en 09t et en bataille; 
(tE quant envers cels qui ainz forent. 



rëinir d'AI(*|>. 



(r Riens ne valons, e il vahirent.?) 
Li admirais des Sarazins 
6800 Oirent que Salabadins \ 

Les ot blamë en tel manière Fol. 5o a. 

Conques nus n'en leva la chiere 

Fors uns, Sanguis de Halabi, RépoD» a. 

Qui s'aficha sor l'arabi, 
68o5 Si dist : trDreiz soldans, or m'oez. 

ff Mult nos avez estotoiez 

rr Vilainement e trop blasmez; 

rr Mais por quei nus mesaamez 

ff Si vos ne savez l'acbaison? 
68 10 tr Vos n'i guardez pas a raison; 

rCar ne remaint pas por combat re, 

crNe por bardiement embatre, 

rrNe por traire ne por lancier 

^ As Frans al fer et a l'acier, 
681 5 trNe por lor granz cops endurer : 

r Mais riens ne pnet a els durer, 

frCar il ont tantes armeures, 

(tSi forz, si tenanz, si seures 

rrDont il sunt arme en tel goise 
68i)o trQue plus qu'en une piere bise 

trNe poons en els rienforfaire; 

tE qui a tel gent a a faire, 

(t Cornent se puet il conseiller? 

(rEncor fait plus a merv^iller 
6895 rD'on Franc qui est en ior compaine, 

fQui noz genz ocist e mabaine; 

^ Onques mes nul tel ne veimes : 

rToz jorz iert il devant meismes; 

rr A toz besoinz est il Irovez 
683o rrCom bon cbevalier esprovez. 

tr C'est cist qui des noz feit esart; 

ff Si l'apelent tneke Ricbart, 

rr E tel mêlée deit tenir terre 

n E aveir despendre e oonquerre. v 



6771 ioueraine — 677a e. tant d. — 6776 toi manque — 67^8 vaterenc la e. — 6779 Ore — 678A de 
eapees et des m. — 6786 Qni — 6788 h teemd gnra manqué — 6789 grant — 6790 eni mtqtquê — 
6798 soleient — 679/i cesl — 6796 ore sunl noi — 6796 et fMmque — 68tA Encore — 68*9 l. les b. — 
6836 E a. e d. 



19. 



183 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



m 



Itmermrium Hi- 
««nli,IV, XXIII. 

Saladin fait 
raser tontes les 



Fol. 5o b. 6835 Salahadios en itei ire 

Corn vos m'avez ci oi dire 
S'apela Safadin son frère. 
Si disl : (rOre voii quil i père 

places fortes sauf ^ . . « 

j^nisaiero. le r Lom jo ai en mes genz grant nance. 

Cr.ceiieD.ron. ^y,^^ ^Monlez e aiez sanz dolance, 

tt Feites mei Eschaione abalre : 
(tNos n avoms mestier de combatre; 
ftÂbatoz la citié de Guadres, 
rrE seit debrisiee corn madrés; 

OH'if) trMais le Daron faites tenir, 

trPar ont mes genz peussent venir; 
rr Abatez mei la Gualatie, 
«Que Franc n'i facentaatio; 
tE faites abatre le Fier, 

0H5o ïr Qu'il ne s'i peussent alier; 

rAbatez mei la Blanche Gunrdo, 
rQue nos n'aioms par delà guardo; 
rrAbatez Jaiïe ecel multbien, 
ffCasel des Plains, Casel Maien; 

6855 rrAbatez moi Seint Jorge, Rames, 
rLa grant citié que nos trovames, 
trBel Mont de la montaine en hait, 
rrLe Thoron, le Chastel Ernald 
ïT Et Bel Veeir e Mirabcl ; 

TiKOo f^ A bâtez le, car mei est bel, 
rrE \e9> chastels de la monlaine, 
<r Que ja un entier ne remaine, 
rt Chastel ne casel ne citié, 
(rQue tut ne seit agraventé, 

iWui ffFors le Crac e Jérusalem : 
«tSi le Yoil, si le fera ïeni^-n 
Salahadins lad comandé, 
E cil ad congié demandé. 
Fol. r»o f. Qui bien sel son comandomcnt. 

6)^70 Ijors parla un Turc hautement 
Qui Caisac esteil nome/, 



Hait Sarazin e renomex. 
Cil dist a Salahadin : crSire, 
(tNus hom ne deit tant creire s^ire 

0875 frNe son maltalent com vos faites. 
(tMais enveiez ore vos guailes 
(tE voz espies e vos guardes 
(tEs pleins de Rames es anguardes, 
(T Si que quel part que Franc se torgent 

6880 (T Que les espies ça retorgent, 
(tE qu'il sachent al retomer 
trQuel part lor ost voldra torner : 
(tE tel ior poreient il faire 
(r Que bien poreit l'em lor forfaire. 

0885 trPar Mahumet que l'em aore, 
(r L'en deit guarder e tens et bore 
(rEt achaison degentblasmer. 
rrNe nos devez mesaamer, 
tr Car teles sunt les aventures 

O890 (rQue genz ont granz deseonfitures; 
(rSi ne larai que jo nei die, 
(tQue si jo ai bone compainie, 
(r Ge cuit les Frans si curt tenir 
(t Qu'il avront ça malveis venir. 19 

6895 Lorseslurent trente admiralz, 
Granz genz e de parage halz; 
Chescon ot en sa compainie 
Bien cinc cenz Turs de gent hardie, 
Que Salahadins fist aler 

6900 Al flum d'Arsur et avaler, 
E tuit i furent e gueterent 
Quant la gent Deu rechevalchercnt. 

L'ost Deu qui s'esteit combaUie , Fo 
E qui un poi ot abatue 

6905 Des Sarazins la sorquidance, 
Le tierz jor après sanz dotance 
Torna d'Arsur tote rengiee 
Par mi la terre laidengee 



voc 

Jéf 

Im 



083C ici — 68/10 c mattque — 685/i casel dol mien — 6857 Del monl — 6858 Le Ih. e le — 685ç) veir 

— 686(> fra — 6870 Lores — 687 6 laiil sairc — 6877 vos répétp — 6879 le tecond que man^, rplorgent 

— 6886 c manque — 6888 vo» — 6891 jo manque — 689.*) I.,on\<* — 6898 B. cuit cent, gent immtquf — 
6900 flur — 6901 gueroreni — 690:» Qui — 690.S abaluo 



180 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



J8G 



Ou il aiouenl ch(*.valcbanl 

691 ô E kl grant hoDtc Dcu vcngant. 

Li Templer iccl jor guardereut 
La riere guarde ou il errèrent; 
Car li vilains dil qui guarniz 
Est qu'il ne puet estre escbarniz. 

6915 Mais lors por nient se guarnirent, 
Car on(|ues Turc le jor ne virent , 
N'onques a Tost ne s'aparurent 
Desque al flum on noz genz jurent, 
Oui! les quiderent destraindre; 

O990 Mais ne lor pot a riens ateindre : 
Assez enchacerent e trestrent, 
E neporquant tuit se relrestrent. 
K nostre gent se herbergerent 
Sor le flum d'Arsur e logierent; 

6995 El al malin la gent menue, 
Qui a grant paine esteit tenue, 
E li herbergeors'esmurent, 
Si que par tens a Jafl'e furent; 
Et Jafle siet sor la marine; 

6980 Mais la cruel gent Sarazine 
L'aveient ja si abatue 
E si laidee e si fondue 
Que Tost dedenz n'i peust estre, 
Ainz se logierent a senesire 

6935 En une bêle olivereie. 

Et long conte por quei fereie ? 

I. 5i a. I^^^is ^}^^ ti'^î^ semaines entières 

Trespasserent endemantieres 
Que l'ost fud la d'Acre venue : 
39/10 Issi iert la chose avenue. 

triumfii- Devant Jaife en Toliveroie, 

^' '"• En la bêle jardineroie , 

net $e * 

eà Jaffa. La ficha Tosl Deu ses banieres; 

69/115 La furent les guaigneries; 



La aveit tanz reisins e (les, 
Pomes grenetes, alemandes, 
Tôt entor a plenté si grandes, 
Dont li arbre esteient fichié, 

(*>9r)() Tant en pernouent sanz marchië 
Que Tost en fud niult sostenue. 
Eht \os Teslorie al port venue : 
Les nés aloient e veneicnt 
De JalTe a Acre e reveneienf, 

0955 Qui aportouent lor vitaille, 
Dont mult pesot a la chenaille. 
Et Salahadins,qui combatre 
Ne s'osoit, fesoit ja abatre 
Les murs e les turs d'Escalone. 

0960 Un jor, endreit bore de none, 
Etb vos la novele venue 
• En lost, de povre gent menue 
Qui par nuit s'en iert enfoie. 
Que Escalone erl 

0905 E cecfoie et estonee, 
Epar desuz estançonee; 
Li alquant a veir le teneient. 
Si com les noveles veneient, 
Li uns a veir, Tautre a meirçonge 

(Î970 E l'autre a eschar et a songe. 
Que Salahadins tel fieblesce 
Pensast ja [>or nule destresce 
Ne por nule mise d'avoir; 
Tant que l'en envoia savoir 

6975 Le rei Richarz od le barnage 
En une fort galee a nage 
Par danz Jeiïrei de Lenzeignan , 
Qui por Deu sofl'ri meint ahan, 
Epar Willame de l'Estanc, 

6980 Un chevalier prodome e franc, 
E altres genz od cls alerent. 
Devant la citié^ s'aresterent , 



llinerarmm Bi- 
cardi, IV, xtti. 

Rirhard pro- 
pose (l^aller au 
MTonre irAaca- 
ion qnc fUiIailiu 
faisail jlélruire. 



l*ol. 5i b. 



6909 Qui! — <)9io |rranl manque — 691 9 quil e. — 691 5 lores — 691 7 saporcurcnt — 6918 Desqunl — 
6999 se rcslrenl — 6997 herbergor — 6933 n' manqué — 6935 oliueric — 693^) ferie — 69 '19 9. si f. — 
6960 Que tant — 6963 roiieneient — 69.5/1 rcueient — 6968 Nosoit — 69G3 Que, foiee — 69G6 ce vers 
manque en entier — 6966 desur — 6968 les manque — 6969 Luns ouers — O97 1 Que s. par f. — 6976 forle 



187 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



188 



Tant qu'il sorent certainement 
Que l'en 1 abaleit veirement. 
«985 Arieres vindrent, sil redislrent; 
E H baron conseil en pristrent 
Saveir mon que il en fereient 
E savoir s'il la rescorreient. 
Devant Jaffe hors de la vile 
O990 Fud assemblée la concilie; 
La ot paroles départies 
E conseilz de plusors parties, 
Car cbescon hom a son oorage , 
Ne tuit ne suntpas d'un eage; 
6995 Si voldroit l'uns tel chose faire 
Ou l'autre avreit trop a refaire. 
La n'iert mestiers qu'il descordassent, 
Mais que tuit a un s'acordassent. 
Li uns rovoient e disoient 
7000 Que vers Jérusalem iroient, 
E li autre se il peussent 
Escalone as Turcs escoussopt, 
Car la feist bon receter. 
La peussièz oir reter 
7005 Les uns as autres lor devises 

Corne genz de si granz emprises. 
Fol..5t r. Lors parlai! reis d'Engletere, 

Qui toz jorz fud nurri en guère , 
Al duc e as Franceis ensemble, 
7010 Si lor dist : trSeignors, il me semble 
rrQue nos avoms divers corages; 
rr Ço puet tomer a granz damages. 
rrLi Turc font Escbalone abatre : 
rrll ne s'osent a nos combatre. 
701 5 r Alon3 Eschakne rescorre ; 
rTot li mondes i devreit corre, 
wE vis m'est que c'est bien a faire. -n 
Que vos direie d'aitre affaire? 
Fors que li Franceis respondirent, 
7020 Tels qui puis mult s'en repentirent, 






Que illoc feseit boen sejorner 

Por Jaffe faire ratorner, 

E que ço iert li plus cort veiages 

A faire lor pèlerinages. 
7095 Mais mult malveis conseil doneren t. 

Quant a Escbalone ne alerent ; 

Car se lors l'eussent escosse 

La terre fust tote rescusse; 

Mais tant parlèrent e tant distrent 
7o3o Que Jaffe a rafermer enpristrent. 
Quant celé ovre fud craantee, 

Eth vos l'ost a Jaffe arestee; 

Une taille de granl affaire 

Coillirent al chastel reffaire : 
7035 Les fossez firent redrescier 

E les murs entur adrescier. 

Eth vos l'ost illoc a sujor ; 

Eth vos venir de jor en jor 

En l'ost le pechié e l'ordure 
70^10 E la laidesce e la luxure; 

Car les femmes en l'ost revindrenl. 

Qui vilainement se contindrent. 

Es nés venoient et es barges. 

Ha I Deu merci ! com maies targes, 
7045 Com mais escuz a reconquerre 

L'eritage Deu e sa terre . 

E com vilment cil s'atornerent 

Qui as péchiez se retornerenf 

E perdirent par lor oltrage 
7060 A faire loi* peregrinage ! 

Ce fud envers fin de Setembre , 

E ço m'est vis e ço me semble 

Que Jaffe iert ja aaques refaite; 

Eth vos l'ost hors des jardins traite. 
7055 Tôt environ Seint Abacuc 

La se tendirent prince e duc ; 

Mais mult ert l'ost apeticiee 

De si que ele iert comenciee; 



Par itf conseil 
des Français 

UfÏH. 



Lf* Croisés s*- 
livrent au A^- 



Fol. 5l fl. 



Itinertuimm Bi- 
caréi, \\\ xTTii. 

Richard \h 
chercher k Acre 
les Croisés qui 
T Atai^nt resté*. 



6987 S. quil en freienl — 6988 recoreienl — 6990 La fud — 6996 pas manque — 6999 reuoienl — 700 1 sil 

■ 700a escusscnt — 7006 Com — 7007 Lore» — 7009 duc es franceis — 7018 d' manque — 7019 ii manque 

■ 7090 puis manque — 70*7 Car iores — 70B1 enuers en fin — 7067 est — 7o58 quele 



189 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



190 



Car a Acre s'en retornouent, 
70G0 Et es tavernes sujornonent. 
El quant ii reis sot la peresce 
Des pèlerins e la iaschesce. 
Par le rei de Jerusalam 
Manda a Acre, ço vit Tam, 
7065 As pèlerins qu'a Tost venissent 
E que a Deu covent tenissent; 
Mais pereçusement i vindrent 
Por le rei Guion, ainz se tindrent 
Tant que li reis Iticharz meismes , 
7070 Quin ot grant paine puis e primes, 
Revint a Acre e sermona 
Tant que mult gent en amena, 
E fist amener les reines 
E mètre en Jaffe e lor meschines, 

52 a. 7075 Epor les genz faire venir 
Covint Tost illoques tenir 
Près de deus meis ou sis semaines; 
Sin eûmes puis des grans peines. 
Quant li reis ot d'Acre jetée 
7080 La gent et a Tost amenée, 
Mult en fud durement creue 
Assez plus qu'el n'erl descreue ; 

ium m- Mais or orez en qoele esprove, 

Que cil vit qui Testoire trove, 



, IITIII. 

d tombe 

embut- ^oHû Pu lost tote a icd termine : 
iiuame Tutc doust ostro OU U mine, 

nx. 



Car quant osl pert son cheveotaine 
En estrange terre lointaine 
Si com est celé de Sulie, 

7090 Tut se desvoie edesalie. 

Gel di por le rei d'Englelere , 
Qu iert alez Salabadin querre 
E guaiiier les por els soprendre ; 
Mais malement dut Taguait prendre, 

7095 Car trop escharie maisnee 
Ot li rois a celé foiee, 



Si s'endormi par aventure; 

E li enemi de nature, 

Li Sarazin, qui se gnaiterent, 

7100 Erent près, e tant Taprismerent 
Qu'a paine a tens fud esveilliez. 
Seignors, ne vos esmerveilliez 
Se li reis se leva en haste; 
Car uns faom sels que tant gent haste 

7105 N'est mie del tôt asseur. 
Mais Deus li dona tel eur 
Qu'il monta e ses genz montèrent , 
Cil quï en ot, mais trop poi erent. 
E quant li Turc montez les virent, 

7110 Li reis chaça e il fuirent 

De si qu'a lur enbusehement. 
Cil desbuehiereot duremeni 
E voldrent le rei enbnicier ; 
Mais il mist main al brant d'acier, 

7115 Et sist en Fauvel a celé hore. 
Ja li veneient ii Turc sore, 
Chescons i voloit la main tendre : 
Mais nus n^oseit son cop atendre; 
E puet estre que pris l'eussent, 

7130 Si a celé foiz le coneusent, 

Quant uns chevaliers prem ieaus 
Dessuens, Guîilaumes de Preals, 
Parla, e dist: (rSarazineis, 
tr Ge Mi melee. y» Mekc e'eal rei9. 

7125 Ë ii Turc ehau pas le saisirent, 
Dreit a lor ost mener te firent. 
Lit fud morz Reinier de Maron, 
Qui aveit cuer de preu baron , 
E sis ni^s qui ot non Gautier, 

7 1 3o Qui raveit preu cuer et entier, 
Alain e Lucas de l'Batable 
I furent mort, qui sest pas fable. 
Quant la novele fud seuo 



Fol. .")•! 6. 



7068 r«i aumftM — 7071 acrce — 70&0 mtuee — 708a qude — 7088 a eel — 7086 Tul dut — 
7087 oft manqué, sa eb. — 709<>T«Bt — 7099 atiakadiiia — 7109 si m — 710a gent mmqun^ chasde — 
71 15 a icele — 7119 paoelesire — 71 si pr. ei L — 7199» 



191 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



192 



71*35 Lie et joant, ço dist H livre. 
E nienl fud de TacoDsivre, 
Car de grant air s'en alouent, 
E Guillame pris en menouent; 
Sin quidoent la gent haie 

7 1 ho Mener le rei , mais ne plot mie 
A Dampnedeu, qui en fud guarde. 
Li Turc erent jaenTenguarde, 
Qui le rei mener en quiderent, 
Ë noz genz a Tosl repairierent; 
Fol. r>9 r. 71^5 Mais de Guiiiame orent grant dote 

Li reis e la gent de Tost tote. 

Quant Dampnedeus par sa Franchise 
Ol esparnië en ilel guise 
Le rei qui Tost deveit conduire, 

7i5o Lores pristrent plusors a dire, 
Qui a coregeus le saveient 
E qui de lui peur aveient : 
f Sire, por Deu merci, ne faites! 
rNe vos chaille a feire tels guaites; 

7155 (T Gardez vos e cristienté. 
rr Bone gent avez a plenté : 
rr!V*alez mes sels en loi affaire, 
tr Quant vos voldrez as Turs forfaire, 
(T Menez od vos grant compainie, 

7160 ffQue en voz mains est nostre vie 
trOu nostre mort, s'il vos meschiet : 
r Que quant li chief des membres chiet, 
rrLi membre puis mes ne soffisent, 
rr Ainz faillent sempres e defisent; 

7165 (tE tost avient une aventure. ?> 
Assez i mistrent paine e cure 
A chastier Ten meint prodome; 
E il toz jorz , ço est la some, 
Quant il veeit les assemblées, 

7170 Dont mult poi li erent emblees. 



Assembloit as Turs a meschief, 
Et en veneit si bien a chief 
Qu'il en avcit ou mort ou pris 
Equejsuens iert li graindre pris; 

7170 E Deus toz jorz des greignors presses 
Le jetoit hors des genz engrosses. 
Quant Tost se fud aherneschiec 
A grant force et a grant bachiee, 
Eth la vos semonse e banie 

7180 El non deu filz sainte Marie, 
Que al casel des Plains ireient, 
E que il le refermereient 
Por le chief de Tost mielz guarder. 
Lors plut al rei a comander 

7185 Que a Jaffe tels genz remansissent 
Qui la vile fermer feissent, 
E que le port si bien gardassent 
Que nules genz ne s'en alassent 
Fors marchcant por la vitaille. 

7190 Le evesque d'Evreucs sanz faille, 
Li coeus de Chaalon oveques, 
E dan Hue Ribole iiloques 
Remistrenl por icele afaire : 
Cil firent les ovraines faire. 

7195 Eth vos Tost montée e meue; 
One plus bêle ne fud veue 
iNe plus richement atornee. 
Mais petite fud lor jornee. 
Entre les deus casels'^tendirent 

7300 Lor pavillons e descendirent ; 
Si sai de veir par mulz ensaimi 
Que vigilie iert de la toz sainz 
Quant illoques nos herberjames. 
E l'ost des Turs esteit a Rames : 

790.5 La nos firent les genz haies 
Granz enchalz e granz envaies. 



Foi. 5 s </. 

Itmtrmrmm Ki- 
emrdi, IV, iiii. 

IlîrlMrd «ïotrp- 
preml U reeoo- 
firuclioo da r»- 
sol àt% Plaifu el 
ilu casai Moyen 
( o'^obiv-ooTmi- 
lirc 1191). 



7135 liures. Ce ven $il écrit, puit exponctvé aprh le verê 71/i/i, le latin de ritinëraire : eeximic laclalir?, 
enmariiye Ut place — 7188 et mcnoacnt — 7163 Que — 71 ûû retoroerent — 7i5i Que — 71 55 cris- 
tionlei — 7i5<» Vos auoi bone gvnt a plentex — 7i58 vos mmufue — 7160 Queo, aie — 7169 Que manque 
— 7163 mes riMtufue — 7168 ccsl — 7177 aherneschies — 7178 hachiees — 7189 qiiil — 7188 mielz 
mnnqtiê — 718^1 Lore^ — 71^9 la manqw — 7190 Heiiereiis — 7901 rouit 



193 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



194 



Bons quinze jorz ou plus toi plains 
Fud en Ire le casel des Plains 
Nostre ost e le casel Maen, 
7910 Que eurent abatu li paen. 
Fol 53 a. Le Maen fist le rei refaire 

Plus fort qu il n*esteit al desfaire, 
E li Templier l'autre refirent; 
Mais li Turc granz presses nos firent. 
791 5 Un jor en vint vers Tost ensemble 
Bien mil a cbeval , ço me semble. 
Estes vos nostre ost estormie 
Come formilliere formie; 
Li reis e li autre montèrent, 
7990 E quant qu'il porentse hasterent, 
E li Turc tornerent en fuie : 
Le vif diables les conduie I 
Car lor cheval si tost aloient , 
En quelque sens qu'il s'en tornoient, 
Richard pour. 7995 Que li reis nés pot aconsivre, 
j^oîr t w d! 0»c tant ne soit chacer ne si wrc ; 

Rmmiab. g quaut il los ot tant seuz 

Et il nés ot aconseuz, 
E vit Rames a descovert 
7930 E Tost del faus pople colvert. 
Si s'en revint en Tost ariere, 
Il e la gent hardie e fierc. 
itmtnarmmRi' Al sislejordo la graut feste, 

Mi'L ' *j*^- I)e la toz seinz que chescons feste, 

Victoire de Ri'- * ' 

chtrd sor les ^935 Eissireut de Tost en forage 

Sarmiiii ( 6 no- . , 

vcmbre 1191). Li oscuier por quere herbage. 

A els guarder en cel contemple 
Purent li preu seignor del Temple. 
Li forrier qui de Tost partirent 
7960 Par la contrée s'espartirent. 
Qui coveitouent herbe drue , 
Qui meinte feiz lor fud vendue, 
Car meinte feiz la comparèrent 



79/15 Li Templier les foriers gardèrent; 

Si com il mains se regardèrent. Fol. 53 6. 

Estes vos lor quatre conreiz 

Des Sarazins od granz desreiz. 

Bien furent quatre cent esme', 
7950 Tôt a cheval, bien acesmé, 

E par devers Bombrac saillirent 

Dreit as Templers, sis assaillirent 

E enclostrent a la reonde. 

Car n'a plus viste gent el monde ; 
7955 Estreitement e cort les tiudrent, 

E de plusors parties vindrent. 

Quant li Templer si près les virent, 

Des chevals a pié descendirent; 

Si firent trop graoz vasselages , 
7960 Les vis tornez as genz salvages, 

E les dos chescon a son frère , 

Com se il tuit fusant d'un père. 

Li Sarazin les empressèrent 

Tant que treis morz nos i laissèrent. 
7965 La veissiez graoz cops doner, 

La obsiez helmes soner 

E de l'acer le feu saillir, 

Bien deiïendre e bien assaillir. 

Li Turc les quiderent sorprendre : 
7970 La les voleient as mains prendre. 

Si estroitement les tenoieot. 

Quant cil qui de nostre ost issoient 

Vindrent ferantgrant aleure; 

Si fud dit por vérité pure 
7975 Que Andriu de Chavignië premiers, 

Sei quinzime de chevaliers, 

Rescust les Templers icele bore; 

Grant aleine vint as Turs sore, 

E le fist la mult prousement 
7980 E si compaignon ensement. Fol. 53 c. 

La ot il trop fiere assemblée; 

Mais ne fud mie al rei emblée; 



7917 Etli - 
quatre desreix 
— 7977 icel - 



-7918 Com — 7999 Quit — 7933 sbt — 79^5 Li forier les templers — 79^7 Eth — 79^8 od 

— 7951 E manque — 7969 il manqtte — 7966 nos il 1. — 797s qui matiqw — 7*75 chauigni 

— 7978 De grant — 7979 la fnemque — 7981 il manque — 7389 nel, mie mantpw 

i3 



l«r*IMK*IK VArtOIALK. 



195 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



196 



AÎDz faiseit icel jor refaire 
Casel Maen e cel affaire, 

7985 E aveit maDdë por deus contes, 

Qui deivent eslre en toz bons contes, 
De Seint Pol e de Leicestre, 
Si comanda li reis a estre 
Od els Guillame de Caieu, 

7990 Qui bien i tint le jor son leu; 
Si i fud Otes de Transigniees, 
G erent genz de haltes lignées. 
Eth vos la noise e la criée 
Que li forier orent criée, 

7995 E li reis as contes manda 
Ou il lor dist e comanda 
Qualassent les Templiers socure, 
E il ireit as armes corre; 
Meintenant as armes correit 

7300 Al plus tost qu'il onques poreit. 
Et il erralment chevalcberent; 
E si com il i aprismerent, 
Elb lor saillir d'un fluminairc 
Bien quatre mil de gent contraire, 

73o5 Qui en deus parz se départirent: 

Li un sor les Templiers guenchirent, 
E li autre as barons tornerent; 
Eli baron se conreerent, 
E ensemble en conrei se tindrcnt. 

7810 Li Turc aprismerent e vindrenl. 
Illoc 6st li coens de Saint Pol 
Un giu parti hardi e foi 
Al preu conte de Leicestre: 
Qu'il assemblast as Tnrs sor destre 
Fol. 53 d, 731 5 Et il tozjorz le guardereit, 

Ou sis cors i assemblereit 
E il de lui guarde preist 
Ou qu'il alast ne qu'il feist. 



Exploit do 
comte d« Lei- 



Ë li coens prist le jeu parti : 

7390 Od sa maisniee s'en parti 
E se feri grant aleure 
Es conreiz de la gent oscure, 
E asembla od tel ruistesce 
Que ioee fud sa proesce, 

7395 E que deus chevaliers recust, 
. Qui rescus furent od grant cusl; 
Et iert li estors ja pleniers 
Quant li reis Richarz li gueriers 
Vint e vit noz genz en la presse 

7^30 De la paene gent engresse; 
E n'aveil od lui guerres genz. 
Mais sis conreiz iert biaus e genz. 
Lors lui comencerenl a dire 
Tels i en aveit : « Par fei, sire, 

7335 frVos errez a mult grant meschief, 
tfNe ja n'en vendrez vos a chicf 
fr De noz genz qui la sunt rescore ; 
frE sels les en vient mielz encorre, 
(rSanz vos, que vos i encurgiez. 

73/10 (rPor ço est bien que vos retorgiez ; 
(T Gar si a vos vos mescheiet 
rrE que issi fust escheiet, 
trGristienté sereil tuée.?» 
Li reis ol la culor muée; 

73/15 Lors dist : «Quant jos i enveiai 
tr E que d'aler les i preiai , 
(r Se il i moerent donc sanz moi , 
(T Donc n'aie ja mes non de rei 1 r. 
Es costez al cheval doua 

7350 E le frein lui abandona, 

E fud plus joinz que uns esperviers. 
Lors se feri es chevalers, 
Très parmi la gent saraziae, 
E les perça de tel ravine 



KoI. 5'i fl. 



7983 faiseient — 7986 par — 7986 Qail deuicnt cstre en tuit bien cointes — 7989 guillaues — 7991 tian- 
sigees — 7999 hait — 7999 E meinlenant, coreit — 7309 i manqué — 73 o& mile — 73 iC i manqtw — 
7396 Li r. — 7398 guereiera — 7333 Lores — 7336 en wutnfue — 7336 vos tnanque -^ 7338 Enceb L 

— 73&1 a manqut — 7365 Lores, jo les i — 7366 que répété — 7367 Sil, i manque — 7368 nai jo james 

— 7359 Lores 



197 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



198 



ItÎM tn u im m Ri- 
c«nb'. lY, txv. 

Biobari) de- 
UModeàSaUdin 
de loi céder le 
royanme de J^- 
roMleiT]. 



7355 Que fte une foldre i fust passée 
Ne fust pas plus lor gent quassee, 
E les oltreit e destreigoeit, 
E retorneit e rateigneit, 
E irenchoit mains et braz e testes; 

7360 E il fueient come bestes, 
E mult en i ot des lassez 
£ de mon e de pris assez; 
E tant longement les chaciereot 
E sivirent e encbaucerent 

7365 Que tens fud de la retomee. 
Ensi raia celé jomee. 

Endementers qu'il refermoient 
Les deus casels qu'il redresçoient , 
E li reis vit fost esbaudie 

7870 Sor Sarazins que Deus maudie, 
Lores apela ses messages 
De halz homes e de genz sages, 
Sis tramist a Salahadin 
Et a son frerc Saffadin, 

7875 E fîst merveilluses demandes 

E mult riches, nobles e grandes : 
Ço iert le riaume de Sulie, 
De chief en chief si com il lie, 
E quant qu'ai règne aparteneit 

7380 Quant li reis mesiaus le teneit ; 
E de Babiloine treu 
Issi com il Taveit eu ; 
Car tôt clamot en héritage 
Par le conquest de son lignage. 
Fol. 56 6. 7385 Li messagier le soldan quistrent 

E lor message mult bien distrent; 
Et il lor dist que nu fereit, 
E que ii reis le sorquereit, 
E li manda par Saffadin 

7890 Son frère, un sage Sarazin, 
Qu'il lui lareit tote la terre 



Saladio eof oie 
Saphadin ponr 
traiter. 



De Sulie en pais e sa.nz guerre 
Des le flum de si qu'a la mer. 
Que il ni poreit riens clamer; 

7895 Mais par tel covent le fereit 
Que Eschalone ne refereit 
Ne cristien ne Sarazin. 
Ço li manda par Saffadin; 
Mais li rois ne se gardot mie 

7600 De la fause gent enemie, 
Quil detrioent e teneient 
Por les chastels qu'il abateienl, 
E le scrveient de losenge : 
Lor acointement mal chief prenge! 

7/io5 Car Saffadin tant le déçut 
Que li reis ses presenz recul. 
Messagier vindrent e alerent 
Qui les presenz al rei portèrent. 
Dont il fud blaamë durement 

-jiiio Et en paria on malement. 

Mais Saffadins lui fist entendre 
Que il voleit a la pais tendre, 
E li reis tost la pais preist, . 
Qui honorée lui feist, 

7615 Por eshaucier nostre créance, 
Ë por ço que ii reis de France 
S'en iert aie, dont ii ot dote. 
Qu'il saveit qu'il ne l'ameit gute. 
Messagier aierent e vindrent 

7/130 E le rei en parole tindrent. 
Tant qu'il aperçut la traine 
De la fause gent Sarazine, 
Qui trop iert fause e desleial ; 
E por le Crac de Mont Real 

7^95 Que il voleit qu'il al>atissent 
E que issi la pais feissent, 
E por ço qu'il nei voldrent faire 
Remist la pais par celé affaire. 



Fol, 5/1 1. 



Rupture iW» 
naSgoriatioiiJi. 



7358 raiceineit — 7867 que cil — 7868 que cil — 7879 de manque — 7875 E ior fîst — 7877 la r. — 
7880 measaiN -— 7886 b. li d. — 7887 lor manqué, freit — 7898 Dele ie — ^^h Qail — 7895 freil — 
7896 refreil '^ 7^01 Qail delrichent — 7A08 resemeieiit — 'jUio en paroleoi m. — 761s Quil — 76 17 $i«Tt 
— 7^95 voleient — 7A97 nel manque — 7^98 celé manque 



18. 



199 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



SOO 



Les Tores re^ 
coaincnceDt à 
harceler les Groi- 7^'^^ 
1^. 



7635 



74ÛO 



7^65 



m. 

U, lY, ixin. i 

Marebt des 
Croisa sar Ram- 
lab. 



7^50 



Fol. 5A d. 



7/155 



7/160 



Sabdin te re- 
tira au Tboroa 
df« Cbatolien. 



7/165 



Quant ccle pais ne pot pas esire, 
Elh vos venir destre e senestre 
Les Turs en i*ost granz enchauz faire, 
Car mult nos volsissent forfaire; 
E li reis a els assembloit, 
E par essample a ceis muslroit 
Qui des presenz blasmé Taveient 
De quci li Turc le deceveient 
Qu'il ne voleii fors liautë 
A Deu ne a la cristienlë. 
Plusors feiz les Turs encontra 
E meinle teste eu Tost muslra , 
Qu'il en aveit meinte copee, 
N'onques Tost ne fud destorbee 
Por présent que il receust; 
E la' terre reçusse eust, 
Mais ieles genz Ten destorbouenl 
Qui sa burse sovent robouent. 

Quant li casel furent arme 
Et radrescié e rafermé 
E li reis i ot mis ses guardes 
Qui guaitouent par les anguardes, 
Elh vos Fost criée e semonse 
A Tore que soleilz resconse; 
E lendemain quant il montèrent, 
Lor gent sagement aroterent, 
Si chevalcherent dreit a Rames; 
E si lost corne nos errâmes. 
Et Scilahadms sot de veir 
Que de Rames Testuet movoir, 
A ço qu'il ne sosoit combalre, 
Si Gst tolc la vile abatre, 
E s'en tonia fuiant premiers 
Dreit al Thoron as Ghevalers : 
Mult se fioit en la montaine. 
E l'ost erra parmi la plaine. 
Sor les biaus chevals peuz d'orge 
Vint en dcus jorz entre Soinl Jorge 



E Rames; la s'alerent tendre 
Pur plus gent e vitaille atendre. 
La reumes granz envaies 

7670 Des enuioses genz haies; 

Et unes granz plues qui plurent 
Nos delaierent trop e nurent. 
Iceles pluies nos chacerent 
Tant que nos genz se berbergierent 

7/Ï75 Dedenz Saint Joi^e e dedenz Rames; 
La nos tendîmes e lojames, 
E fumes la bien sis semaines 
A grant meschief et a granz paines. 
Issi come nus estioms 

7/180 Illoc ou nos sujornioms, 
I ot une fiere assemblée, 
Qui ne deit pas estre obliee, 
Del preu conte de Leicestre 
Devers Seint Jorge sor senestre 

7/185 E des Turs qui illoc esteient, 
Qui sovent près de l'ost veneient 
E faiseient mainte envaie; 
E li coens a gent escfaarie 
Eissi del ost por els chacier, 

7/190 Et el chief ot l'elme d'acier; 
Trei chevaler devant alerent. 
Qui folement se desreerent, 
Si poinstrent as Turcs esleissië; 
Mais tut trei i fussent laissië, 

7695 Quant li coens leissa cheval corre. 
Qui nés velt pas leisser encorre. 
A plus de cent Turs s'esleissa, 
E tant i poinst qu'il ne cessa, 
Ainz les ot oltre un flum passez, 

7500 Mais trop i dcut poindre d'assez; 
Car bien quatre cent Turs veneient, 
Chanes et arcs turqueis teneient, 
Si qu'entre lui et l'ost se mistrent 
E de lui prendre s'entremistrcnt. 



7Û3Û a els — 7/186 cui — 7^39 Plusorsors — 7Û/10 meinte foii — 7443 quil — 7^56 com — 7^65 cb. 
preiis — 7671 Eûmes g. — 7676 ioames — 748a Que — 7^85 de t. — 7688 a sa g. — 7Û89 Et eissi — 
7690 Et man^ii^ — 7^99 des rongierent — 7/19^ furent — 7600 deost 



L*amée dii^ 
Ueooe reste six 
«enudaes à Rani- 
lab (oovanbn- 
déeembreatgt). 

fUJICJ WPH fit* 

Mrdî, IV, mm. 

L« eonrie de 
Leieestre altaqoe 
les SamniM et, 
après avoir eooni 
les plas grands 
dangers, lessMC 
eo d^roate (àé- 
rembre). 



Fol. 55 a. 



SOI 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



30â 



75o5 Ja nos aveient abalu 
E trop laidi e trop balu 
Guario le filz Gerod a tere. 
La veissiez fiers cops de guerre, 
liloc ou daoz Guarins chai; 

7610 Al conte plus i mescbai, 

Que après Guarin Tabatirent, 
Sil laiderent muit e bâtirent. 
Dreu de Fontenil deu poutrel 
Ë après Dreu Robert Neei 

751 5 Rabatirent il en poi d*ore; 
Ë tant en vint au conte sore 
Turc e Persant e renoië. 
Qui Tavoient entr els noie, 
Qu a poinc le porent abatre. 

75so La veissiez genz bien combatre; 
La fu Henris le filz Nicole 
Fol. 55 6. Ovec le conte a dure eschole. 

Si i fu de Noefbroc Robcrz : 
Plu8 dolz franc hom ne jut en berz 

7595 Que cil fist, si ot grant faiture, 
E tel proesce e tel nature 
Qu'il desccndi en la grant presse 
De la paene gent cngresse, 
E bailla son cheval au conte 

7530 Si garda sei e lui de honte; 
E Raols de Sainte Marie 
Estoit au conte en compaignie; 
E si ne fust del Bois Ernaùs 
Il li eust este noaus; 

7535 Henri de Malloc e Guillames 
I eurent lui sor les hiaumes; 
E lui fu iSaol del Bruel; 
Ne onques meis ne fu veu d'oel 
Si grant proece, ce me semble, 

75/10 Come cist se tindrent ensemble 
Contre tanz Turs com la avoit; 



Car nul conseil nus n'i savoit 
Cornent s'en partireit délivres ; 
Si fud vertet, ço dit li livres, 

7565 Que li cuens s'iert tant combatuz 
E tant avoit esté batuz 
E si compaignon ensemenl 
Que li Turc sanz nul tensement 
Les avoient près d'afolez. 

7550 Les cols des destriers acolez. 

Droit al Thoron les en menoient. 
Quant de Tost que il aprismoient 
Vindrent ferant grant aleuro 
Un conroi de la gent seure. 

7555 La.iert Andreus de Cbavignié, 
E si iert Henris de Graië, 
E si i iert de Preiaus Pieres, 
Bons chevalers e bon poigneres, 
E meint autre home renômë 

7560 Qui ne me furent pas nomé. 
Chescon d'icels en son venir 
Fist son Turc a terre flatir. 
Mais li Turc que Pieres feri , 
Cui cors e aime ilioe péri, 

7065 Esteit si fort a desmesnre 

Que Pieres i mist paine a cure; 
Mais onc ne s'en sot tant pener 
Que l'en peust vif amener, 
Ne il ne tut cil qui o lui erent , 

7570 Qui a grant paine le tuèrent. 

Oiez, seignors, estrange juste, 
E tant est proz qui issi juste 
Com mis sires Andreus jostal 
A l'admirad qu'il encontra 

7575 Mist sa glaive par mi le cors. 
Si que le fer parut dehors; 
E Tamiralt eu sa \enue '■ 
Ol sa cane'si droit tenue 



Fol. 55 e. 



kadré de Ch»- 
vigny tue an 



7511 QuapreS' — 751 â Quil — 75'j3 Si i fud de noef burc henris broc; un renvoi indique qu*H faut re^- 
place%' barc, exponctué, par broc — 7034 dois répété — 75a5 ot manque — 7537 Eouec — 7539 Si gr. doel 
— 75Û1 conic — 7543 il sen partirent — 7 548 E li — 755a quil — 7555 thauenaie ~ 7556 beris de 
^raie — 7557 i manque — 7560 me manque — 7569 Et fist — 7564 Ki cors ^ 7566 i manque — 7568 Quel 



203 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



906 



Qu'-es brax Andreu entra li fers 

7580 Si qu'il li brusa en travers. 
Si feitement l«i eschai : 
Li admiralz a tant chai. 
La veissiez riche rescosse, 
La aveit meinte cane escusse 

7585 E maint glaive par hardemcnt. 
As premerains fust malement 
Se cil ne fussent avenu. 
La veissiez estai tenu 
Fol. 55 </. Del preu conte de Leicestre, 

7590 Gom il fereit destre e senestre, 

Tant que deus chevals lui ocistrent. 
La furent tels qui nos redistrent 
G onc en home de son eage 
Ne virent greignur vasselage 

7595 Ne meillor genz senz plus encore 
Qu'il ot le jor a lui sucore; 
Gar de Tost tant en acurut 
Que nus des noz ni encurut : 

7600 Rescus furent e repassèrent. 



Sis desconfistrent et perchierent 
E tant longement les chacerent 
Que par dreit ennui les gaerpirent 
E a lor tentes revertirent. 
!tmenrhm Bi- 7605 Salahadîn sot tôt de veir 

raréi . IV, utiv. i^ r • ■ 

SabdiD êtn- *^ *^^^^ *^ P^^ apaTCCveir 

tireàJéraniem. Que nostrs gcttt S aparilloueut, 

Ë cescoB jor s'en atomouent, 
D'aler vers la seinte citië. 

7610 Des qu'il li fud bien endilë 
E il soit nostre ost a deus liues 
Dont il n^aveit mes pais ne triuues, 
Si nos fist del Thoron abatre 
Turs e toreles cinc e quatre, 

7615 E s'en ala, ço conta l'em, 
Fuiant dreit en Jérusalem , 



BHhMoblr. 



E nos leisserent la champaîiie 

Li Turc, e pristrent la montaine. 
Quant Tost des Turs se fud retraite 
7690 E la nostre se fud atraite, 

Elh vos la semonse criée 

E la chose si atornee 

Qu'ai pië de la montaine ireient Fol. 5(> 0. 

E que illoc se herbergereient 
7695 E «traireient lor vitaille. 

Eissi le firent tut a taille. 

Lors montèrent e chevalcherent 

E lor batailles adrescierent 

Eth les vos devant Bettenuble. 
7630 Lores feseit freit tens e nuble n, wSm 

E granz pluies e granz tempesten ^fb ^î^ 

Qui mult nos descnirent noz besles; 

Gar tant plut la a desmesure 

Qu'il n'en iert nombre ne mesure. 
7G35 Pluie e grésille nos batoient, 

Qui noz pavillons abatoient. 

Si que tanz chevals i perdîmes 

E al Noël e puis e primes , 

E tant bescuit i destemprot 
7660 Si corne l'eve le temprot, 

E tanz bacons i porrissouent 

Des orages quis laidisseient, 

E tanz haubercs i roillerent 

Que a paine desroillerent, 
7665 E tantes robes i porrirent, 

E tantes genz i desnurirent 

Que mult iert lor cors a mesaise; 

Mais mult ierent lor cuers a aise 

De l'espérance qu'il aveient 
7660 Que al sépulcre aler deveient. 

Jérusalem tant coveitouent 

Que tuit lor vitaille aportouent 

A plein por le si^ tenir. 

Lors veissiez en l'ost venir 



7585iiiaiat« — 75980011^068 — 7596 Une — 7608 E <l jor num^iiéiif — 7619 meBmanque — 7616 y. e. fi. 
ctqiie — 7695 atrtieieot — 7696 Et mi, toit — 7697 Lores — 7699l«8mai»fiie — 76360068. — 76&ocom 
1ère — 7661 perissoaent — 7668 lor cors — 7680 Qaal — 7659 tuît mamqut — 765^ Lores 



â05 



L^ESTOIRE DB LA GUERRE SAINTE. 



206 



Fol. 5G h. 

Les Tares at- 
[Ui^Dl les ma- 
ies qui se fai- 
ent porier à 
'nsalem. 



tiHtrmrimm Bi- 
-a, IV, nxf. 

Les Croisa 6e 
éparent à en- 
r à Jérusalem. 



Foi. 56 c. 



7655 Tote la gent od grant leesce, 
Enlalentee de proesce ; 
E cil qui malade giseient 
A Jaffe e la oa il esteient 
Se feseient mettre en litere, 

7O6U Od ferme pensée e entière, 

E porter en Tost a granz presses : 
La veneient les genz engresses 
Al ehemin ou fil les portoaent 
Qui en portant les comfortonent, 

7665 Sis guaitouent et assailleient 
E tuouent e o^ierenl. 
Cil esteient verai martyr 
Qu'il conveneit issi partir 
De cest siècle en bone créance 

7670 Et en issi ferme espérance 
Com tuit a voient, fol e sage, 
De faire ilioc pèlerinage. 

A Tost iert la joie pleniere 
De grant fin e de grant manière. 

7675 La veissiez haubercs roiier, 
E as genz les testes crollw 
E dire : trDeus, la vostre aie! 
rrDame virgine sainte Marie! 
ffDeus, vos peussoms nos aurer 

7680 «tE gracier e mercierl 

(rOr verrom nus vostre sépulcre I^) 
La n*aveit home irë ne mucre 
Ne en ire ne en tristece : 
Par tôt aveit joie e leesce, 

7685 E par tut tait s'esjoisseient; 
Par tôt comunement diseient : 
ffDeus, ore alom nos droite voie; 
«rLa vostre grâce nos avoie.v * 
Mais icil muit poi Tesguardoient 

7690 Qui le veiage detrioient : 
Ço estient li sage Templier 



E li prodome Hospitalier 
E li Polain, cil de la terre, 
Qui distrent al rei d^Engletere 

7695 A lor avis por vecitë 
Que qui asejast la citîë 
De Jérusalem a celé hore, 
Sulahadins lor correit sure 
Quant noz genz al siège sereient, 

7700 E ii Tare al chemin vendreient 
Entre la mer et la montaine, 
Si alast maleroent Tôvraine, 
Si en ilel point h cbenaille 
Tokissent a Tost la vitaille; 

7705 Mais or seit qu'il ne la tolsissent 
E que lores mal n'i feissent 
E aeit que la citië fost prise , 
Si fust periiluse l'emprise, 
Si tost avant ne la publasent 

7710 De tel gent que i demorasent; 
Car tôt errant e fol e sage 
Feissent lor pèlerinage 
E rallassent en lor pais, 
La ou chescons iert estais, 

7715 Si refiist la ferre perdue, 

Quant la gent se fust etpandue. 

Tier jor d'an nœf, la matinée, 
Esteit une ovre destinée : 
Sarazins, les laides genz brunes, 

7730 Sor le casel des Plains as dunes 
Le seir devant ja se bûchèrent, 
Ë tote nuit illoc guaiterent 
Desqu'al matm que il saillirent 
Al chemin de Tost, ou il virent 

7735 Deus serjanz qui i trespasserent. 

Tant que tut furent detrenchié; 
Mais Deus volt qu'il fusent vengië. 



Les cbrélieus 
«le Svrie 'lis - 

m 

saadeot d'assië- 



ItUuraritm Rt- 
cmrdi, IV, ixui. 

Richard met 
en faite uLe 
troupe de Sarra- 
sins (3 janvier 
iigt). 



Fol. 56 d. 



7666, E enlalente — 7660 pense — 7664 descomforioaent — 7666 odseîeDt — 7668 Qui — 7679 i. lo p, 
— 7681 Oro — 768s bom — 7686 lesce — 7685 tait manqué, semoraeioiii — 7688 La manqttê, reoiioie — 
7689 MBguardoient — 7698 coreil — 770a oaelraiiie — 7708 tel — 7706 ore — 771 1 U premier e manque — 
7716 se manqm — 7717 de n, — 7719 les mmifue — 7710 damfs — 7718 qui! — 7738 quis f. 



\ 



207 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



SOS 



Car le rei d'Engletere aveit, 

7780 Qui cel enbuchement saveit, 
Por ço al casel des Plains geu , 
Qu il ot Taguait des Turs seu. 
La Tu Jefrei de Lencignan. 
Ço iert li lier jor de novel an 

7735 Qu illoc leisserent cheval cure, 
Les scrjanz quidouent rescore; 
Mais mort e detrencbié esteient, 
E li Turc, qui bien conisseient 
Le rei Richart c sa baniere 

77/10 E sa vistesce e sa manière. 
Les destomez d'illoc partirent. 
Bien quatre vins, qui s*en partirent 
E vers Mirabel s'en alerent; 
E li autre adonc s'en tornerent. 

7765 La en ot set que morz que pris, 
E li reis son cheval de pris 
Ala des espérons ferant 
A quatre vint Turs qui fuiant 
S'en alouent vers Mirabel , 

7760 E sist icel jor sor Fauvel, 
Quil portot de si grant ravine 
Qu'il ateinst la gent sarazine 
Si que einz que ses genz venissent 
Ne c'onques a lui se tenissent 

7755 En ot il ja dous destroissiez 
E des chevals morz Irebuchiez; 
E si l'enchalz fust mielz seu 
Plus en i eust retenu; 
E neporquant vint en retindrent 
Foi. 57 a. 7760 Que morz que pris, puis en revindrent. 

Après la feste la Tiffaine, 
Li hait home e li chevetaine 
A un concile s'asemblerent, 
E as sages genz demandèrent 

7765 Qui de la terre ne esteient 



it mÊnr mm Bi- 

CUtÉt f V| I* 

Cooadl de 
fiMire où l*on 



demMNH 
cer ao riffe de 
iÀVMlcin et de 
relever \n man 
d*AMloo ( i3 
janvicT >>9t). 



Saver mon que il loereient 

De aler ariere ou avant. 

Cil respondirent tut devant. 

Et rOspital et cil del Temple, 
7770 Que, a lor los, en cel contemple 

Vers Jérusalem pas n'ireient. 

Mais Escalone fermereient. 

Se il les en voleient croire, 

Por guarder le passage e l'eire 
7775 As Sarazins qui trespassouent, 

Qui de Babiloine aportouent 

La vitaille en Jérusalem; 

E por ço lors esgarda l'em 

Qu'a Escalone returreient 
7780 E que il la refermereient. 

Quant la novele fud seue, 

Descoverte e aconseue, 

Que l'ost retornereit ariere 

(Mais n'est mie dit en deriere), 
7785 Estes vos l'ost tant desheitiee. 

Qui de errer iert si enhaitiee. 

Que onques puis que Deus fistle siècle 

Ne fud veue si tenicle 

Ne si mate ne si pensive 
7790 Ne si troble ne si baive 

Ne si plaine de grant tristesce; 

Car nient fud de la leesce p^ 5- ^ 

Que devant ço eu aveient, 

Quant al sépulcre aler deveient, 
7795 Envers la tristesce qu'il eurent; 

Si i ot tek qui pas ne s'en turent, 

Einz maldiseient celé atente 

E que onques virent tendu tente; 

Mais s'il seussent la destresce 
7800 E le torment e la fieblesce 

Qui en Jérusalem esteit 

Des Turs , a qui trop mesesteit 



DéaoblioD 



Vi 



7781 des Uainx — 7783 des Turs ma»i^iic — 77^4 8*en uurnque — 7766 en tnanque, mort — 7768 turc 

— 7754 ne I. — 7760 mort — 7761 de la l. — 7766 E manque, sageni — 7766 quil — 7768 Cil lui r. 

— 7778 Sil, voleil — 7778 lors nutnque — 7779 récuraient — 7780 quil — 7785 Eht vos — 7788 Ne 
fu gent V. s. -- 7790 Iroblee — 7794 la manque — 7798 en — 7796 Car — 7798 E manque 



S09 



L'BSTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



210 



iréiitfODe. 



De la neif qui crt es montaines, 
Qui ocieit les granz compaines, 

7S05 Lor chevais e ior autres bestes, 
Qui fu si veîrs com vos ci estes, 
Qui seust bien lor mesestances 
De lor cors e de lor sustances . . . 
Que H Turc a icele emprise 

7810 Fussent mort e la citië prise. 
7ftMr«rwm M- Ço fud a fcste sslut Hilaîre 

Éui «MfiiTo. ^°® *®^^ ^^ ^'^^* ®" contraire 

iMe ae i*arni<e E dohet por la retomee. 

Chescons maldiseit la jornee 

7815 Qu'il viveit e qu'il esteit nez, 
Quant d'iloc s'en iert 1:«tomez. 
Eth vos gent trop desconseillee 
E trop penee e travaillée. 
De lor vitailles reporter 

7890 Ne se saveient comforler; 
Car totes lor chevalcheures 
Esteient de si granz froidures 
E des pluies afebloiees 
Fol. 57 c. E des fièvres trop empoirees; 

7895 E quant la vitaille chargouent 
E li somier le tai marchouent, 
A genoilz a terre cheeient, 
E li home se maudiseient 
E comandouent a diables. 

7880 Seignors, nel tenez mie a fables 
Que onques bone gent eslite 
Veist Tem mes si descomfite. 
E des malades genz menues. 
Qui d'enfertë furent tenues 

7835 E trop erent mesaaisees, 
I eust mult cel jor leissees. 
Si ne fust le rei de Engletere, 
Qui fist par tôt cerchier e quere 



Tant que toz les en aporterent. 

78Â0 Tuit d'iloc bataille tornerent. 
A Rames fumes la jornee 
Le jor de celé retomee. 

A Rames fud Tost desheitiec, 
Dont j'ai la parole traitiee, 

7865 E par le deshet que il aveient, 
Que greinur aver ne poeient, 
Fud tote l'ost desaloiee 
Lores a icele foiee; 
Car mult des Franceis s'en partirent 

7860 Par mal talent e s'espartirent : 
Li un a Jaffe s'en alerent 
E une pièce i sujomerent; 
£ li alquant a Acre ariere, 
Ou la vitaille n'iert pas chiere; 

7855 E li autre a Sur al marchis. 
Qui mult les en aveit requis; 
Li autre od le duc de Rorgoine 
Droit de coruze de vergoine 
Tornerent au casel des Plains; 

7860 Si i furent huit jorz lot plains. 
E li reis e l'ost coresciee. 
Qui mult esteit apeticiee, 
E li quens Henri de Ghampaine 
Sis nies, e cil de sa compaine, 

7865 A Ibelin dreit s'en alerent; 
Mais si laides voies troverent 
Al seir quant vint al herbergier 
Qu'il n'aveit en els que gregier. 
A Ibelin jut l'ost pensive 

7870 E plus mate que rien que vive; 
Et al main ainz soleil levant 
S'en issirent cil qui devant 
Aloent por les places prendre. 
Lor pavillons firent destendre 



IHmrmvum Ri- 
emrdi, V, ni. 

Les Crdtés re- 
loumeDl à R«m- 
bh. 



Lei Français 
dëiertenl Tar- 
mée. 



Fol. 57 d. 



Marche des 
Cfoiaéa de Ram- 
lah à Ibelin et 
dMbeUn à Asca- 
Ion (eo janvier 

M90- 



7808 c manque. Il manque probablement ici plutieurê ver$ — 781 1 a b f* — 7817 ^nt ma$ique — 7890 Ne 
ne flaueeint — 7899 grant — 789Â fieres, trop manqué — 7816 le tai manque — 7897 Que a g. — 
7839 Que o. de b. — 7835 mesaisees — 7836 icel — 7839 Tanz — 786 1 E fumes a rames — 7866 E par 
le he quil eurent — 7866 Qni, poicnt — 78Â7 desauoiee — 785é Od la vitaille meiot pas — 78^6 e manque 
— 7867 Quai s. — 7871 al matin — 7876 estendre 

i/i 



IILraillBKIC HAIIOKAM 



m 



L'ËSTOIRB DE LA GUëBRE SAi.HTE, 



Mi 



\ 



Fol. ô^ *. 



-X, 



7>î^> 




7h7r> E chevakha rm»! iote armée; 
Mais ja meis de pior jornee 
Viert coQté par home TÎvaot, 
Car nient fud del jor devant 
A fers celoi que il errenent; 

7^^f• Car tans mab pa» i li^espai^âerent 
Oue lor vitailks i perdirent 
Par les iomieis qui lor cbairraf . 
Issi Teit Deus, quis cspmva 
E qui a forre lor proia 

7^^ô Que qui por lai n'eat a me»ai6«^ 
Ne deii pas o loi estre a aise. 
Estes les vos a Escbalone 
Venir entre midi e nom; 
Si la tioveneni si fondue 
E tn?sbucliiee e abatae. 
Quant sor Tabateia moniefenf • 
Qu*a si grant maitire i entrèrent. 
Au fort lens qull oient le jor. 
Que il ni ot oui de sejor 
Veost takat e volentë; 
Mais pois en eurent a plenlé. 

Escalone siel sor b mer 
De Giece« isbi foi Bomer. 
Vonqnes ne vi a ma devise 
Xe»iine citîé mieb assise. 
S'il i ensi port on eoti««>. 
Car trop i ad bone omtiee; 
Mais la mer esl si tarmenlnâe 
Dioc eadieile perilinie 

T9^>^ Qœ nnk «cîs«eb ni poct durer: 
E por ^ co«int enduier 
La a MK ge&i tel ■h^-wKtawi» 
Que oaques uil jorx sani dotanee 
Par mer n*i poi veîà«el lenir 
De vitaiiie a \oA soM^oir, 
\e ooqucs de rien ni go^lrient 



■■-îVi 



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IV 



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7^*^ 



Fora de ço qu'il i aporlereni 
Por forage e por le tempeate; 
Ne par tere ne hom ne béate 
Ne ft*i oionent esmovoir, 
Ne ne se poeient movoir 
Por la cruel gent saraiine* 
Tant que de Jafie la marine 
Par un bel tens lor vint vitalle. 
Puis recomeaça la bataille 
E la tempeste en mer ai grande 
Que trop eneberri la viande; 
Car les baiges e lea gualees 
Qui por viande erent alees . 
Furent en cet tens deperiees, 
E li plus de lor geox aeiees: 
E totes hoz beka enekes 
Furent depeciees oveequfss. 
Que li reis i fisl puis deffaire. 
Dont il fiât se» longes nés faire 
En quei il se quida venir; 
Mais ço ne poi pas avenir. 

Salabadins par seaespias 
Sot bien que nos goiz départies 
S'esleient a val la marine. 
I»rf dist a sa geni saraaine 
Que en lor contrées s'en alaswnt 
E desque a raay fejomassent. 
Qu'il reiust tens de josteier. 
Cil ne se firent pas proier, 
Aini sen alerent volenler^. 
Qui aveient quatre ana entiers 
A nieacbief en Salie est». 
E meint chat so&rt en i'e>lir 
E en Twera meinte fieidnre, 
<}ui point nafiert a lor nature. 
Que maint en i ot fait remaindre. 
La otnez tani Turs compiaindre. 



Fd. 5* • . 





c- — 7*;* pi ^ T^ée taai. i mtmfÊ^ - - 7«i«»3 ifà le» 
e — 7>"5 «MÎT — 7517 «rwie ^ 79ii> d» ^ — 79^9 î 



213 



L'ESTOIRE DE LA OUERRE SAINTE. 



2U 



Tanz admrfah, tanz Tare poissanz, 

7950 E tanz Cordins e tenz Persanz, 

E tanz genz de iamtaine& terres, * 
Fol. 58 c. Qui tantes foiz en tantes goerres 

Aveient este sanz rien prendre, 
Qu'au partir veissieï esprendre 

79.55 De la gratit perte e Ael damage 
Dont éheslson plaigneit son linage, 
Qu1l aveît perdu en Sulîeî 
Ne onques ttiais rien si baie 
Ne fud cîome Salaffaadins 

7960 Ne tant blasmé des Sarazins 
Por les Tnw qn^l leissa encure 
Sanz deKvpet è sanz «ucure 
Devant Acre, 00 tant €fn périrent. 
A tant les ostz s'en départirent 

7965 Fors la gcfnt al Soidah demaine, 
Qtri e/étàeUi de son 'flèttifline. 
Çb fnd entnr ta dbând^or 
Que de tidstr^ dét è de la Inr 
Se fumît les gent 'départies 

7970 Plnsors si^ns e plusm^ parties. 
Lors mvtida fi reis aï Prawceis , 
Qui erenlt départi oineeis. 
Qu'a Estalone s- en véhaissent, 
E que tôt a un se tenissent 

7975 E «qne a ior tdnsefl fti^ ve« 
E eonseiltë e porveu 
Sayèr mon qnél panrt tomeref^tit 
E comeirt ii'ae eonlandreiènt; 
Car mielz'Ber(Atl[}tt^enaembië ntasent 

7980 Que par fè<:(bîS B6 demordaaéent. 
E il mandèrent qn^tl vendreient 
Et qtfe 'oyeeqnes lui tdndreient 
Desque la Paséhe Bi^tement, 
Fol. 58 d. E par itèl Oetisement 

7985 Que se tores aler Tolsisent 
E que en conseil le preissent, 



Itmerûrium fti- 
rH, V, Ti. 

Lr.s Français 
osentent k n~ 
nir à l^arméo 

Richard. 



Que son conduit tor baillereit 
E que conduire les fereit 
A aler s'en tôt asseur 

7990 Par terre a Acre ou a Sur; 
E li reis le tor otreia 
E fist quant que chescons proia. 
Eht vos l'ost a un repainee 
E la joie multesdlairee. 

7995 <)uant TfMt Tud issi farHement 
Ensemisfe a un acordemenft 
A Escatone rasemblee, 
Qui puis en fud desasemblee, 
Tuit ensenAte ittoc dejomereni. 

8000 Lors porvirenft e atornerent 
'Qne la ^ië Tefeiinereient"; 
Mais li baron -si pe^re «éteienl 
Qui illoc enrerit snjomë 
Puis qu'A eataeni riAomë 

8oo5 Que de ^hmors iert la poYcrIe 
Si seue e ^i ^scc^rte 
Que rien vmint ne ta «euirt 
Que trop*grant pitié n'en eui^t. 
Nepoftfnmt^tut'a Vorvt alerent, 

8010 E le fendemedt dcfarerent 

D'one poi*(e, on Ire^tnl «enrouent , 
E si qne il s'eamerveifoueirt 
Del grant "espleit qfoe ii fesonent. 
De main a mm ^entnslenoiient 

80 1 5 Les pieres fli ^bon tdieMalier, 
Li serjant e li .'esonier':- 
Ttrit t orronent sans délai; 
Tant i ¥enoi«nt eletw et iai 
Q«e en bri^f ifcms molt espfleteyent ; 

8030 E doncafnrës aieiyfeierent 
Pories mepfonata'iWre faire 
Qui grant tens oosta a^paffeire. 

En Bsealone aveit^ues, 
Qui totes esteient fundues, 



AçUvilé dé- 
piof ée h la reçoit- 
fltnjction d*As- 
caloD (février 
1191). 



Ko], 09. 



7954 eBpndre *- 7968 Nonqaes — 7968 eniwm^ — 7971 Lores — 797a ten — 7987 le — 7988 que 
fiumquê, freit — 7998 desemblee ^- 8000 Lorw — 8008 Gil qui — 8008 jp«nt moiifiie — ^01 a qnil -« 
8oid qoii — 8èi8 ederc — 8019 Tant qneen — 80111 Qae, lens 



16. 



215 



LESTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 



916 



Soaf) Cinquante Ireis turs forz e bêles, 
Estre les petites roeies ; 
Sin i ot cinc par nom nomees 
Après ço qu'els furent fundees; 
Si oiez primes quis fondèrent, 

8o3o Issi corne cil nos contèrent 
Qui saveient la veritë. 
Que al viel tens d'antiquité 
Régna uns bom, Cham iert nomez^ 
Haut e puissant e renomez : 

8o35 Fiiz Noë fu qui Tarcbe ot faite, 
Par qui toterien fud retraite; 
Eicil Gham.si engendra, 
Ço puet dire quil retendra, 
Trente deus fils qui puis régnèrent 

8o4o E qui Escalone fondèrent; 
E icil filz si enveierent 
Par les terres qu'il justiserent, 
Par les citiez e par les burs, 
Quere aie a feire les turs; 

8o45 Si dientque les dameiseles 
Fol. 59 b. Fondèrent la tur des puceles; 

E la tur des escus fondèrent 
Li chevalier qui al tens erent; 
La tur del sanc des forfetures 

8o5o Firent e des entrepresures; 
E la tur desadmiralz firent 
Li admirail e establirent; 
E Bedoin firent la lur, 
Forte, riche, de grant valor. 

8o55 Celés cinc turs tds nous aveient 
E li ditor tant en saveient; 
E l'autre gent solonc qu'il erent 
Les autres ovraines fondèrent. 
Quant li maçon furent venu» 

8060 A l'ovre furent retenu. 
Li reis entra premerement 



A efforz entérinement, 

E li haut home meintenant; 

Chescon en prist son avenant. 
8o65 La ou les autres i faillouent. 

Ou li baron rien ne feissouent, 

E li reis ovrer i feseit 

E comenceit e parfeseit; 

E quant li baron se iaschouent 
8070 D'ovrer e il n'i porveouent, 

E li reis lor feseit porter^ 

Del suen a els racomforter; 

E tant i mist e despendi, 

Issi come l'en entendi^, 
8075 Que des treis pars de la cilié 

Fud le cust del suen aquité. 

Par le rei fud la cilié faite, 

E par lui refnd el defiEnite 

Des François qui se deffaiilireot, 
8080 Quant il e sa prod gent saillirent 

A Jafie en mer de sa gualee : 

La fud sa proesce esprovee. 

Qu'en liu e en tens mosterons, 

E si bien nos i proverons 
8o85 Que ja solonc nostre mémoire 

D'on mot n'en mentira l'estoire. 

Si me doinst Dampnedeu sa gloire. 
Oiez une estrange aventure 
8090 Qui bien doit estre en escripture, 

E dreite miracle sani dote. 

Salahadins en une rote 

A Babiloine en enveeil, 

Que sa maisnee i comveiet, 
8095 Mil de noz cheitiis cristien3; 

Frans i aveit e Suliens. 

Ja esteient jusqu'al Daron; 

Mais Dampnedeu qui Lazaron 



Fol. 59 f . 



h 

MTAt V« Vit. 

Bicterd m 
vre «après A 
Daron an om- 
TOI de anlle pri 
•oonien dire 
tint. 



8098 qaolet — > 8o3o com — 8odi le v. — 8o33 uns b. cam iert — 8o5o Furent, entreprcsturès — 
8o53 E li bedoin — 8o55 leels — 8o65 iman^ — 8066 ne numqw — 8069 que — 8070 Denrer, n'i numque 
— 807 ii com — 8078 ele — 8080 E qoanl, prode — 8o8â pomerons — 8o85 Que la s. — 8086 men- 
loira — 8091 dreit — 8098 en numquê — 80^6 aueieni 



217 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



218 



Resuscita de mort a vie 

8100 Lor Gst la suca^ et aie; 
Or si oiez en quel manière. 
Le rei Richarz od sa gent fiere 
Un jor, entre midi e none, 
S'en esteit eissu d'Escaione 

8io5 E aloitle Daron veoir 

Que il prist pois par asseoir. 
Ou li Saraxin recetouent 
Qui de Babiloine aportouent 
En Jérusalem la vitaille 

8110 En peis, sans noise e sanz bataille, 
Fol. 59 d, Ainçois que le Daron (îist pris. 

La esteient cil entrepris 
Que Ten menoit morir a honte. 
Que fereie vos altre conte? 

81 1 5 Si com li reis veneit illoques 
E sa bardie gent oveques, 
E li Turc sa baniere virent, 
Pour eurent, si s'esbairent. 
Tels i ot el chastel se mistrent, 

8iao E li cheitib dehors remistrent, 
Que cil n'osouent retenir 
Quant il virent le rei venir, 
Einz se mistrent en une église; 
La ert la povre gent remise : 

8195 La vint li reis, sis délivra, 
E les Turs toz a mort livra. 
Gels qu'il pot entrechevalchier; 
Si i guaina meint cheval fier, 
E i prist le jor vint Turs vifs 

8i3o Estre ceb qui furent ocis; 
E si Deus de la sue main 
Ne Teust mène, Tendemain 
Fussent li cheitif convoie 
E en Babiloine envoie, 

81 35 E en cheitivisons munissent. 
Se li reis e sa gent ne fusent. 



Quant Dampnedeus ot délivrée 
Sa gent qui ert a mort livrée. 
Dont il out mis le rei Richard 

8iâo En Teschange saint Léonard , 
Qui les prisons ot déliez. 
Dont Deus esteit tant graciez. 
Lors manda li rois al marchis. 
Qui plusors feiz Ten ot requis, 

8 1/1 5 Que a Eschalone venist 
E que son liu en Tost tenist, 
E qu'il deservist sa partie 
Del règne, qui lui fud partie 
E par devant fe rei de France 

8] 5o Par serement e par fiance. 
Issi faitement lui manda; 
E li marchis lui remanda 
Qu'en Tost son pië n'en portereit 
Devant ço qu'a lui parlereit. 

8i55 E puis parièrent il ensenble 
Al casel Ymbert, ço me semble. 

nioc ou noz genz suijoroouent 
A Eschalone qu'il fermouent, * 
Ou il esteient par escholes, 

8160 Illoc surstrent-unes paroles 
Del rei e del duc de Burgoine, 
Qui mult empeira la besoine. 
Li Franceis al duc d^nandouent 
Les sondées e Ton hastouent, 

81 65 E il nés aveit dont paier; 
E por ço ala a essaier 
Al rei d'Engletere e savoir 
S'encor lui presiast plus avoir 
Qu'il n'aveit as Franceis preste 

8170 Desur lor part d'acre en l'esté. 
Mais li reis ne volt plus prest faire; 
E por ceste e por autre aSiure 
I ot assez paroles dites 
Qui ne sunt mie ici escrites, 



FoL boa. 

iDMtfnirNiM lit* 
etardi, V, vin. 

RieiuirdioaiaM 
l« mtrqait de 
Moatfemt de 
venir à Aietloo. 
Ceini-d refme. 



m- 



••,V.ix. 



Le doc de 
BoaiyogneabeD- 
donne Rieherd et 
M retire à Acre. 



8toi Ore — 8io5 veoier — 8to6 Quil, asseioier — 81 lA E quefireie-^ 8196 ereot — 81 a5 lot manqué 

— 8199 i manque — 81 3a amené — 81 35 E quen cheitifsoi» — 8id8 liure — 8161 E dont — 8i&3 Lores 

— 8i5o sennant — 8i58 refermouent — 8168 Senoore — 8171 ne li yoU — 8179 ieeste 



2i9 



L'ESTOIRE DE LA GUÈIRRE SAtNTE. 



i^ 



Itinermiitm Ri- 
eardi. V. X. 

Querriieè Acre 
entre Içs Pisaus 
partiMM de Gai 
t^ le» Oéboh 
partiMMdeGoih- 
nd. Henri, de 
Bourgogne t'en- 
fnit à Tyr. 



Fol. 606. 8175 Tant'qné lettre •parti d'iloqaes 

Par mal e des Franteh ovetjues , 
E vindrerA ^ Acre bâtant. 
Illoc tiyi^eirefnt comllMaYrt 
Les Gewïif^te'od cefs *e Kse; 

8180 Carti Pisôn pàfr fert* frîrtiéhi^ 
Od *te tfei Gtf ion •^e t(^dtettt 
E H Oenfevois s'apetidoicfht 
Vers le raa¥dïis|]l<rt' dà fiance, 
Qu*il iert jùi^ le rèi de Fwtocé. 

«i85 Elh vos a Acre graftrt barate, 
E la vMe en mêrtveië estate . 
E getit oscire è gent tuêfr, 
E grant Yioîde foire 'e huer; 
E tant qtfèi =H' France» tftffmêrefnt 

8190 E le duc e -cH qui \k erfertt. 
E quanft cil dé Pise'ço "virent, 
Hardiemenft èe defetiAiCént, 
E firetat ai duc 'dé B(l^gdi^e 
Tote'h<mte e Idte Vëfgbine; 

8195 Cat son thcvai ë<)z'ltii ocràtfént, 
E mal grt iBtfeil a piële tmstrenf. 
Puis ctrt»tft^t les porté%1*l(/i*e , 
Car n'i vdleietft getit eh<*lore 
Dotit la cttiié ëd^bamage*; 

8aoo Car li Genevois ^'efr me^Mge 
Eurerit dl iMahrdhis ënéKtë 
Qu'il li fetidVeîeril la cîtJë. 
Icil i vint'od ^S gtfaliEles 
E od ses gëût *f6ïe^ ai'toèiers ,' 

8ao5 E quida ia t^itié sdrpréridfe. 
Lort veiséiez les f^rsaAi pfreniire 
Fol. 60 c. As mangôbeaus e as perîeres, 

Corne hardies genzë fieres. 
Treis jorz issi s'éritras^alelnent , 

8a 10 Tant que li Pisan ehvteiereût 
Bâtant por Ife rei d^Englétete. 
Icil iert ja venu par tefre 

8 18a sen pdûdoient — 8 1 98 a duc — 8ao9 Cil • 
— Saia Cil — 8916 Lores — 89i7'la manqm 
ëd gu. — 8fid8 Lorei — 8960 qnil •— 89&1 ni • 



A Cesaire , tfnn j& fenqtfrs , 
Por aler parier au marehis; 

891 5 Car li ntessagier Vencontferënl. 
Lçrs iihevaScfcercnt e ^^^e^ertt, 
E vint a Acre en b nuit noire'; 
E quaïïlli itiarchis *ot la ve'ife. 
Que li reis <et*l d^ofc yëtivtt , 

8390 Onqtfès nM pot efi/tre tanuz, 
Einz s*en ala bon =eire la Sur, 
Qui fud a cinc linties'd'Arsûr ; 
E le duc de Burgoine anceis 
ï ert aie ses Francers. 

8995 E quant li reis di ço seu 
A Acre, où il «veit geu, 
Par n^tin mvynta el demain 
E prist tôle la 'chose eu main , 
E fud la noise defpartie 

8930 En pais de chescone pai^frç, 
E les GeHeveis acorda 
As Pisans, e se recorda 
Que a grant mal peusl tomer. 
S'il n'alast la pais atornér. 

8235 Quant cil de Gienve e dl de ï^iso 
Fureirt acordé en lelguîse 
Corne genz oti tanz jorz ont gnerre, 
Lors mamda li reis tl'Engletere 
Al marchis que H efssemblassetit 

89/40 Al casél Ymlcrt e parlassent, 
Sareir mon'se il ja peusseat 
Faire 'tant qu'a tin acoi^ fussent; 
E vrndretïtla e asi^emVIërent, 
E longement illoc parlèrent 

89/15 Li reis è le marchis ènsenïble; 

Mais ne monlta rieù, ço me semble; 
Car li marchis tôt maintenant 
Failli al rei de coveinant, 
Que par le duc des Burgoignons, 

8950 Que'par ses ant^e8'compaignons^ 

89o61iOres — 8907 mangneaas — 8909 sentreassaierent 

- 8id3 Qua — 8935 gieue — 8936 M — 8987 Gom, 

Sihû cm cart — 8969 de b. — ^5o 'Et p., ses manqué 



Richard ap«i(tr 
la qoerellr. 



Itimertrmm Bi- 
cmrii, V. u. 

ConfértiiM 4r 
Richard d d« 
Conrad aa caiii 
Imbert. 

Fol. 60 rf. 



Ils D'arriveol 
pas è f^eotrodre. 



Qui de la paîa^ le deeveierent, 
Tant que tote la d^pesderent. 
E quàttt li reis àoU Ceï »fhm 



m 



d. 61 a. 



Ai- 
i, V. xn. 

Hearenx eoap 
t min de Croi- 
it (t7 mari). 



llooidlteip^ 
MwMddàda 
IfefMKtSBan). 



B>i55 Si li rudjugié(|^ar4t^i^re 
Que por v^qjm U;ii'weili oare, < 
De sa piMT^e d^ssii^r , 
Del riaMmet, i^a Deii servir. 
Que a ses rei^a iuq preadreiânt 

8960 Pi que il L'eJii deffaiUereieiii. 
E dQ, w* ml la desicordaiice 
Del rei edea ba^ua d^^J^i'^PQ^ 
E delIQarcbis^q^i.l€ls.Fraaceis 

Atre&t e lorea e anceia, 
8!i()5 E ItQbla si tôle la terre 

Que onques le rei d*£ngleterey 
Al mien ay^s et al mien esme,. 
De près de Ireis pars de qu#!:^nie 

8970 Fud qu'il n'osa Acre leissi^. 

Tierc jor devant Pacbe flurie 
S'esmut de la bachelerie 
De Jaffe dreil a Mirabel ; 
Si fud a plusora genft mult bel 

8375 D'unegrant proie qu'il trovçr^ii 
Car il trestote l'en menèrent 
E trente Saraxins pciatren^i 
E cinquante tok vis ea pristrept^; 
E a Jafie a tôt s'ei^ i^vindrent; 

8980 Demie la proie en ^tindrent. 
Dont a peine sorept le çonie, 
E la melié en fud al conte. 
La part as seijanz fud vendua. 
Si come j'ai Tovre entendue, 

8985 Plus de qualorse cen^ besaox 
Sarasineiz, for? e pesam. 
Ui aan^di après fi^n^ d^ 



Rcissirent d'^scaione an imte • 
Tuit icil qui cbevals aveient 

8990 Porune proie qu'il sai^e^i,. 
Q^i lor ot esAét^^f^ee. <; 

Bien le 6t^^k cale, fi^e , 
Car cil f^di^trent q^^ î furent i 
Que d^WiepJIgiftteçMruFeql,! 

8395 OUrQM,I>arQn>qiHiireiiuues; 
Si pri^trmk)ajçbieH^ls e iuuea;. 
E si i pri^tr^hi?Q.a4lis faille 
Setcenz ^ma beip)bii;,({ue almaille, 
E asnes vi'f^lecbAQ^aib&trfaite; . 

83oo Si pristçQ||^aiia:iBeie^nleAte 
Plus d^no^f vins gens meacresns, 

Que b^g^, %^a iwuoea» qœ eml'anz ; 
E s'en y^f^fit 0^ }ie cbîere 
Tôt dr^^ a.fi9C||lp«a atiere. 
83o5 Vos oi^ ia 49%iard^ 

Qu^ ia.a«eia, cm f^f«wdea 

Des bfi)tMM f ui sei descQfderent : 
Le 4w et le jpmcbia manderant 
De Sur a Qscalqpa: a l'ost, 

83 10 A trestoz las Fiapcaisi.que tost 
A Sur aljiMrehip ifn» lenisA^tt 
E que tuitalpM sat^jasmi» 
Si qu'il 6i4 d'eW iOA a (ianofi 
Sor i'qmig^ le.reidis KiMce. 

83 1 5 Ë ki^ fud fpvre deseovar^ 
E bien seu(^ e Iwn apefte 

E le barat Q.ifi traine ; » 

E la cmi^ mortaf baiM *• 
Dont U fans oMffcbîs atoma, 
8330 Quant U nBÎs fraoAais retOTM,. 
Le serement qn il s'entrefisent, , 
Par quai U Fraoceis a'w partiieDt 
A^eeik point d^l ^iid^fingletoret 
Qui t^d^ id fMu jk la terve ) 



Fol. 61 6. 

Itmtrmrium Hi- 
etardi, Y« un. 

Heuri et Con- 
rad rappellent k 
Tyr tout les 
Françaû restés a 
AscaloD. 



^%Ut le nm^ — 3s5i> fod manqw -rr- 9s^6 quil — Bs6a fi db cuit b 
mtmq^ -^ ^80 Demi •*- 8984 ooul -^ 9sd9 cil -»- Bsf a iceia — Bagô U 
imiÊ9»qtt09U — 83oi meacraant — 8do9 emUnt — 83o4 Tôt dreit hmh^ - 
8390 Qae quant •*— 83ii s* manque -^ 83tÀ Qui eqlendmt 



-- SiSô CtaqaM — 8976 ii 
fmimiir e manqué — 8^97 E «( 
-- 89ii se V. <-- 83'i& ioret — 



333 



L'BSTOIRE DE LA GUflRRB SAINTE. 



au 



8395 



lUmrmrnmK- 
cmrdi, V, ut. 

Ridiard eon- 
mt aa déptrt 
d«iFraiiçii0(8i 
mars tigs). 833o 



Fol. 6f c. 



8335 



83&0 



8365 



835o 



Ri- 

cjrii, y, xf . 

Saladin coo- 
Twio* MO armée 8355 
(avril i>9a)> 



836o 



Issi coin vos in*orez retraire, 
S'il voud plenst un poi atraire. 

A un marsdi de ia aemainé 
PeDuse, que gentont tant peine, 
Revint li ost al rei ariere, 
Coreciex od pensive chlere; 
E le mecresdi le refqoistrent 
Li baron de France e li distrent 
Qu'il lor apariilast conduit, 
Issi corn il le lor ot dit 
E corn il ot en covenant; 
E il otreia meintenant 
E bailla de ses Poitevins 
E de Mansels e de Angevins 
E des barons de Normendie; 
E il sis cors par compainie 
Les conveia tôt en plurant, 
E preia les en demorant 
Qu'a son oust o lui remansissent 
E que ensemble se tenissent; 
Mais onques ne voldrent remaindre. 
E quant a rien ne pot ataindre 
E il n'oirent sa proiere, 
Si vint a E^ealone ariere , 
E manda a Acre bâtant 
Isnelement pië en estant 
A ses joetises qu'il gardassent 
Que François ne se herberjassent. 

Ço fud le joesdi absolu 
Que pechië ot issi tolu ' 
A Tost le bamage de France. 
Eth vos Tost en fiere dotance , 
Pensive e morne e desbeitiee , 
E durement apeticiee 
De plus de set cent chevaliers, 
Preissiex d'armes, preux o legiers, 
Qui n'osoient plos demorer. 



La veissiex tant gent plorer 
Por la descordee qu'il eurent! 
E quant li Saraxin la seurent, 

8365 Saciez que mnlt s'en esjoirent; 
Si contèrent cil qui Toirent 
Que Salabadins eomanda 
Ses briefs a faire e si manda 
A toz les admiralz des terres 

8370 Dont il iert sires pâi* ses gueres 
Qu'il revenissent en Sulie, 
Car Franc ne conqueroient mie, 
Ainz i avoit tétdiscordee. 
Qui bien li estoit recordee, 

8375 Que par son sen e son avoir 
Qu'il quidoit Sur e Acre avoii*. 
E cil son comandement tindrent, 
Mais pereçosement i vindrent; 
Neporquant tant en rasembla 

838o Que trop furent, ço me sembla. 
A grant Pasches le samedi, 
Si dit cil après cui jel di, 
Ert li soltàns Salabadins 



8385 En Jérusalem al sepnicre : 
La aveit meint cristien mocre, 
Chetiren fers e en liens. 
De latins e de Suliens, 
Qui tendrement illoc plorouent 

8390 Et en plorant a Deu priouent 
Merci por la cristientë. 
Qui iert chaete en orfenté. 
Si com il alouent plorant 
A dolces lermes en orant, 

8395 Eth vos le feu espirilel, 
Tôt autresi e tôt itel 
Com il sH>lt venir en la lampe : 
Si com oil d'ome monte ^t rampe. 



Foi. 61 d. 



iAmmimmRi^ 
tvéi, V, ZTi. 

Miracle aa 
Saint -SépricR 
(A avril 119a). 



8395 VOS manqvê — 83^6 piiut — 8Si8 tant de p. -* SBig lost — 8339 hmmtfue — - 883& le mtmfue 
— 836 r tôt manqtu — 8359 Quant ii franceis — 8369 tante -^ 8363 deaeorde — 8366 c$ver$e§t répéta imx 
fait — 835iy les c. — 8376 Que — 8875 sen e par son — 8876 quidoit soc a acre — 8879 E oeporqMnt 
^ 8389 a. que — 8387 Gentils — 8388 E i. ^ 8896 Ed. — 8896 feus eiplritefe ^ 8896 iteb 



â25 



L*EST01RE DE LA GUERRE SAINTE. 



2â() 



Virent tuit, joefne e ancien, 
sV)o E Sarazin e cristien, 

Que la lampe s'iert alumee 
Si com ele iert acustumee. 
Elh vos li poepies esmeuz, 
Quant tel miracle fud veuz. 
l'i»!. «•)•' a. >s'M.r> Li Sarazin s'esmerveilierent, 

E si disoienl e guidèrent 
<Jae ço fud par enchantement 
(^iie el alumast si faitement. 
Salahadins volt Tovre ataindre, 
Si comanda la lampe estaindre, 
E ses genz eralment Testainstrent; 
Mais lor pense a rien n'aleinstrent. 



>« 'I 1 M 



ItherariuM /?t- 
etiréi, V, xfii. 

Rickard et* - 
lèbre la félo de 

1 19« ). 



Fol. 09 6. 



Que ia lampe ne ralumasl; 

86 1 5 E il dist qu'el refust estainte : 
E Dampnedeus volt que atainle 
Fust illoques la veritë 
En spn non et en sa citié. 
Si la raluma tierce foiz. 

86qo Quant Salahadins vit les foiz 
Des crisliens e la créance. 
Lors dist por voir e sanz dolance 
A ses Turs que par tens morroit 
Ou que la citië ne seroit 

8/195 Pas seue quite longemenl; 
E il ne vesqui solement 
Al mien avis e al mien esme 
Après fors desqu'a un quaresme. 
A granz Pasches, la feste chiere, 

863o Tint li rois cort grant e pleniere 
Por ses genz de Tosl conforter, 
E fist ses pavillons porter 
Dehors Escalone e estendre . . . 
La viande que il volt prendre. 

8635 La curt ne dura fors un jor. 



E Tendemain sanz plus sejor 
ReGst li rois as murs ovrer, 
E les ovraines recovrer 
Que li François eurent gerpies 

86/10 Quant lor genl s'ent erent parties. 
Il refist tôt del suen refaire 
Quant qu il i a voit a parfaire. 
Vos m'oistes ore conter, 
A qui il plot a escoter, 

8665 Del convoi de sa baronie 
De Poitou e de Normeudie, 
D'Anjo, del Maine, qui ainçois 
Orent convoie Jes François 
'Desqua Acre e puis s*en revindrcnt ; 

865o Si orez coment se contindrent 
Li Franceis a Sur ou il furent, 
Une pièce qu'il i esturent, 
E quels bien vint de lor affaire, 
E que il i alerent faire, 

8655 Quels besoines, quels chevalchees 
Et quels paines e quels haschees 
Por amor Deu il i soffrirent. 
Ço contèrent cil qui le virent 
Qu'il fesoient par nuit les Iresches, 

8660 E portoient les garlandesches 
De (lors en lor chiés e corones; 
E seoient devant les tones, 
E bevoient desqu^a matines; 
E puis par les foies mesehines 

8665 Revenoient les huis brisant, 
E foies paroles disant, 
E jurant les granz sairemenz; 
Tels estoit lor repairemenz. 
Ge ne di pas que tuit feissent 

8670 Tel vilainie ne deissent, 
Car li prodome qui la furent 
E qui sor lor pois i resturent, 



ItiHirarium l\i- 
curdi . V, XVIII. 

Achi.*\eiiit'nt 
«VAcrf* aux fr.'ii< 
il II roi. 



hitttrarium iU- 
rardi , V» \v 

DctNiudu.'s It^ 
Français rftor.r- 
néi h Tvr. 



Fol. Gi c. 



8601 8* manqué — 8606 E manqué — 8616 nalumasi — 86i5 queie — 8691 e de la — 8899 Lores — 
8693 ces, moroit — 8&95 quite manqué — 8133 il doit manquer ici quatre vér$ — 8636 qui! — 8661 Et il 
r. — 8666 quil — 865o r. il se c. — 8663 bien i vint — 8655 Itcsoins — 86*67 i manqué — 8658 qui! 
— 8666 E muit foies — 8670 Teie, nerépM — 8679 i manque 



1.) 



uraiVLaïc ^\Tiof«Lr. 



227 



L'ESTOiRË DB LA GUERRE SAINTE. 



isa 



«.'n5 



Itinerarium Bi- 
■ttrHi, V, 1X1. 

Oinipa raison 
<io la coaduiU' 
«les (iroiscf avec 
«'ri le <l>^ aiirienK 
hhoi de» chan- 



8'iK 



Foi. 6s d. 



A qui pesol de la descorde 

Ou Deus ne voleit mètre acorde, 

Cil en erent trop corescié; 

Mais li maivais esleicié 

Estoieni de la descordance 

Des barons et del i^i de France. 

Quant li vaillant reis Charlemaines , 
Qui tant conquist terres et n^nes, 
A la osleier en Espaine 
Ou il mena la preuz conipaine 
Qui fu vendue al roi Marsilie 
Par Gueuelon, dont France avile; 

H/i85 E quant il refu en Sesoigne, 
Ou il Gst meinte grant besoigne 
E il desconfist Guiteclin 
E mist les Senes a déclin 
Par la force de maint prodome; 

8/190 E quant il mena Fost par Rome, 
Quant Agolant par grant emprise 
Fu par mer arivé a Rise 
En Calabre la riche terre; 
E quand Sulie a l'autre guerre 

8/195 Refu perdue e reconquisse 
E Antioche fud assise; 
E es granz ost/ e es batailles 
Sor les Turcs et sor les chenailles 
Dont tant i ot mortes et mates, 

85oo La n'a voit estril's ne barates, 
Lores a cel iens ne anœis. 
Qui erent Norman ou Frauceis, 
Qui Poitevin ne Li Breton, 
Qui Mansel ne ki Burgoinou , 

85o5 Ne ki Flamenc ne qui Eogleis; 
lUoc n*aveit point de jangleis, 
Ne point ne sentreramponouent; 
Mais tote honor eu reportouent , 
Si erent tuit apelë Franc 



85 10 E brun e bai e sor e blanc; 

E par pechié quant descordouenl, 
E li prince les racordouent, 
E erent tuit a une acorde, 
Si que poi i doroit descorde, 

85 1 5 E ausi deussent cist faire 
E si guvemer lor affaire 
Que hom i peust essample prendre, 
Non pas li uns l'autre entreprendre. 
Après Pasches au droit passage 

85jo Vint al rei Richart un message 
Dont Tost fud en grant desconfort. 
Ço iert li priors de Hereford , 
Une prioré d'Engletere, 
Qui en Sulie lala quere; 

852 Si lui aporta tels noveles 

Qui n'esteient bones ne bêles, 
E briefs seelez e escriz 
Qui a grant besoing erent escriz, 
Qui diseient que ses justises 

853o Qu'il ot en Angletere mises 
Orent des chastels remuées, 
E en contrée genz tuées 
I aveit a Toster eu , 
E ço aveit li priors veu; 

85.35 E si diseit encor la letre 

Que sis frères ot feit hors mètre 
D'Engletere son chancelier, 
E qu'en chambre ne en celier 
Ne eu trésor, fors en église, 

85/10 Ne li iert nule rien remise 

Qu'il n'eust fait saisir e prendre, 
E tant osa faire e mesprendi*e 
Que au chancelier, qui esteit prostrés 
E evesques e sire e meistres, 

85/i5 Fist tant d'enui e vilainie 
Qu'il s'en fui en Normendie. 



Itùutaruum fU- 
rni-éi. V. II 11. 

Ias prieor «1^ 
H^rfonl TfiVt 
«rAoglelerre 
|)onr rappeler 
Hkbanl flans soii 
mvauineafin d*« 

» « 

coinballre les 
uiiirpatiou» <!<- 
jfin frvr»-. 



Fol. G*{ a. 



848i jwleier — 8à8a amena — 8683 vendu — 8698 Et calabre — 8696 conquisse — 8696 si fud — 
85o6 ni aueit — 85o8 honore — 8609 Gérant tuit a tuit —^ 85io E bruc — 8&i5 icist — « 8619 passages 
-> 85âo uns messages — *85a3 priorie — 869/1 Quen — 85i5 itels — 8596 ne bones ne — .853ji contre 
— 8533 El a. — 8535 encore — 8538 nen — 8539 ^'«n — ^^^1 Qail n^t — 85/ià euesqiie e sires 



ââ9 



L'ESTOIRÈ DE LA GUERRE SAINTE. 



230 



Encore i aveit autre affaire, 
Qu'il tant voleil al rei mesfaire, 
Qui ierl en son pèlerinage, 
8550 Que les sermenz de son barnage 
D'Engleterre voleit aveir. 



Fol. 63 6. 



lÙMenrimn Hi- 
emrHf V, xxiii. 

L^armée, à la 
ooavalto da àé- 
partdei&hard, 
ehoidtt G)Drad 
pour roi de Jé- 
niMd#ni. 



Qui veneient a 1 escfaekier. 
f'Biaus sire, e por ço vos requier, 

H555 Dist li priors, «que vos viengiez 
f? En vostre terre e vos vengiez 
"^De ceis qui tant vos ont forfeit, 
rO\x il crestront plus lor for feil: 
^En la terre quen prent a taille 

SoCio rr N'enterrez jameis sanz bataille. "* 
Seignors. or ne vos merveilliez 
Del rei qui s'esteit travilliez 
Por Deu en la terre lointaine. 
Ou il ot tant travail e paine, 

8565 Si fust troblé en son corage. 
Car tel novcle descorage 
Chescon prodomc efeitesperdre, 
Qui sa dignetd quide perdre. 
Eth vos la novefe seue; 

8570 Si ne cuit c'onques fust veue 
En nul liu gent plus coresciee 
Par home ne si desheitiee 
Qui d'un ost s'en deust partir, 
Car tuit fussent al départir 

8575 Se.lireis s'en fust departiz, 
Si fust trop mal li giu parti/, 
A ço qu'il erent a descorde; 
Si n'i eust ja meis acorde 
En cels de Sur e Escalone. 

858o L'endemain entre tierce e none 
Asembia li reis le bamage, 
E dist oianl toz le message 



Qui li ert venu d'Engleterre, 
Ke en li velt tolir sa terre 

8585 E qu'en lui aveit desposé 
Son chancelier par lui pose, 
Qui lui guardeit e mainteneit, 
E por ço aler l'en coveneit; 
E dist que s'issi avenist 

8090 Que aler s'en l'en convenist, 
Qu'a son cust lareit en Sulie 
Treis cenz chevaliers de baillie, 
Si i lareit dous mile serjanz 
E preuz e leaus e vaillauz; 

8595 E dist qu'il en voleit saveir 
E respons en voleit aveir 
Qui od lui s'en voldroit venir, 
E les en mist en convenir 
Ou de l'aler ou del remaindre, 

8600 Car il n'en voleit nul constreindre. 
Li haut home qui iloc erent 
De si faite chose parlèrent 
Come li reis les requereit. 
Chescons d'els mult i enquereit 

86o5 Qu'il en deveient dire e faire, 
Si troverent en lor affaire, 
Por ço qu'en la teixe n'el règne 
N'aveit nul mestre cheveitaigne, 
Einz esteit en deus départie, 

8610 Dont lî reis Guis de sa partie 
Ne pœit en nui chef venir, 
E que li marchis revenir 
Ne voleit en l'ost por fiance, 
Ainz se teneit od cels de France, 

861 5 Si que tut aveit descordé, 
E quant eurent ço recordé. 
Si revindrent al rei ariere 
E distrent, non pas en deriere, 



Ko!. 63 t: 



885s i7 manque sans doute plus d'un vers — 855o del b. — 8556 E, nos — 8557 ^^ ^^ manque — 8558 plus 
tnanque — 856o entrez — 856 1 ore — 8565 en manque — 8566 celé — 8567 prodono, e manque — 8568 Qui 
de M d. — 8573 départir — 8578 eust ou — 8679 sur e de e. — 8583 Que — 8584 Ken — 8588 çxi 
tnanque — 8590 s*en manque — Sb^h le premier e numqve — 8^96 velt — 86o3 Gom — 860/i i manque 
— 8616 quant il e. 

i5. 



ijl 



LESTOIRB DE LA GlRKKE SAINTE. 



23i 



♦. 



Que s il ne feseil eu la terre 

HOso Un seignor qui seust de guerre 
Et a cui^ trestuit se tenissent 
De quelque part que il venissent, 
Que tuit après lui s'en ireient, 
E que la 1ère guerpireient. 

KOaf) E H reis demanda aneire. 

Qu'il quidol estre sor son eire, 
Del quel des reis il le voloient 
E del quel il le desvoloient, 
" Del rei Guion e del marchis; 

H()3o E distrent tuit quin sunt requis 
Et devant lui s'agenoillerent 
E tuit requistrent e proiercnt. 
Foi. G3 tl. Petit e main e greinor. 

Que del marchis feist seignor; 

8635 Car ço esteit le plus sucurables 
Al règne et le plus aidables. 
Quant li reis vit que tut le voidreiit 
E que nuls genz ne le desvoidrent , 
Lues blâma tels qui illoc esteîent 

H(yiio Qui mal de lui dit li aveient; 
E quant chescons por lui proia y 
Lors le volt e si otreia 
Que hautes genz por lui alassent 
E que a grant joie ramenassent, 

H6/i5 E que il e li Franceis venissent 
E que tôt a un se tenissent. 

Geste élection que jo ai dite 
Ne iiid pas tenue a petite, 
Ainz la voidrent e fol e sage. 

K()5o Lors s'atornerent li message: 

Li coens Henris, cil de Cbampaine, 
Si fud lui eu sa compaine 
Mis sire Otes de Transignees : 
Ço erent genz de hautes lignées; 

8655 Si i fud de Caieu W illames. 

Lores mistrent es chiefs les hiaumes, 



Itiueraiiuul Hi- 
etirtU. V, xxif. 

Richard con- 
«tf'ul k rël«cU(iii 
de Conrad. 



I^e message alerent porter 
E le marchis recomforter, 
E dire lui bones noveles 

8()6o Que mult semblèrent a lui bêles 
E as Franceis qui a Sur erent 
Ijors chevalcherent e errèrent. 
Si orroiz bien quant ii i vindrent 
Les choses com êtes avindrent. 

8665 Veritez fud e sanz dotanoe 
Que quant li-barnages de France 
Se fu alez o le marchis, 
E li reis Richarz Tôt requis 
Par tantez ferz com nos veimes 

8670 E come nos le vos deimes, 
Qu'il venist aider a conquerre 
En Tost od les autres la terre. 
Que il n'i volt onques venir, 
Dont li dut bien mesavenir. 

8675 Ore si orrez qu'il volt faire, 
E com il volt a Deu mesfaire : 
Contre l'enor de la corone 
Et encontre l'ost d'Eschalone 
Aveit tel pais asseuree 

8680 A Salehadin e jurée 

Que il devoit a lui venir, 
E qu'il devoit de lui tenir 
De Jérusalem la moitié : 
Issi avoit ja esploitié 

8685 Vilainement, si i parut, 
E si devoit aveir Barut 
E si devoit aveir Saete, 
Si com li pais se porjete, 
E demie la terre ovecques 

8690 Redevoit il aveir illoques. 
Ceste pais volt Salehadins; 
Mais li admiralz Safadins 
Ne la veit onques crean ter, 
Ainz oimes après conter 



(loored cbcfclf 
k faire •lliaocr 
avec Sahéia. 

Fol. 64 A. 



Sapliadui 
will« à MO fiktt 
de ne tnilcr 
qn'avee RMiaH. 



86 a S E de, qui! — 8697 De quels Ireis il - 
8669 le premier e manque — 865o Lores — 8653 
8673 Qiiil 



— 863o (. cunt r. — 86ào ii manque 
traiiùgees — 8655 carer — 8669 Lores 



86/ia Lores 
8669 comm 



233 



L ESTOIRE DE LA [GUERRE SAINTE. 



i3^ 



Fol. d'i b. 



rardi, V, xxt. 

Joie de Con- 
rad h la iioQTeHo 
Je son «^loclinn. 



H(U)^} Que il dist al soldan son frère : 
rSire, ne place a Deu le père 
rQue pais a la crislientë 
r Por nului qui vos ait temptë 
r Façoii sanz le roi d'Engletere 

«700 r (Meillor cristien n'a en terre); 
rNe jo nei lo ne jo nei voil.v 
I'] par tant remist lor conseil , 
E ço i fu par tôt seu 
E ccrcliië e aconseu : 

8705 CarEstienes de Tornehan 
En Jérusalem al soldan 
Estoit envoies quant cil viudrent, 
Dont plusors genz les noms retindrent : 
Ço fud Balians d'Ibelin, 

8710 Qui iert plus fans de gobelin, 
Ë si i fu Renauz de Saete, 
Qui Torde pais, non mie nele, 
Venoient quere e porchacier, 
Sis deusl Ten a chiens chncier. 

8715 Li messagier dont nos deime», 
Que el message aler veimes, 
Errèrent tant par tels jornees 
Com il avoient atornees 
Que il vindrent a Sur bâtant. 

8720 Illoc descendirent a tant 
E alerent droit al marchis , 
Dirent li ço qu'il orent quis, 
Cortoisement le saluèrent; 
E il e cil qui lui erent 

8795 J^s saluèrent grahz ris; 
E lors parla li coens Henris, 
Si dist o bone volenté : 
^Li rois e la cristien të, 
ffSire marchis, Tost d'Eschaione' 

8780 ff Vos ont olrië la corone 
(tE le riaume de Sulie. 
tr Venez en od vostre ost banie, 



8735 



rrSi la conquérez fièrement, t» 
Si dit Testoire finement 
Qu'il ot tel joie en son corage 
Qu'il dist, oiant tôt le bamage, 
Ses deus mains vers le ciel dresciees, 
Dont puis fist mult genz coreciees : 
rrBiaus sire Deus qui me feis, 



Fol. r,/i , . 



87/10 



^Tu, qui es voirs rois e bénignes, 
rrCom sez, sire, que jo suis dignes 
ffDe ton règne bien govemer, 
ff Que jo m'en voie coroner , 

87/1.") rrSire, e si tel ne me sentez 
rrQue vos ja ne le consentez. ^^ 

La novele fud entendue 
Par la citië e espandue 
Que li marchis rois en seroit, 

87.50 E tote l'ostz le requeroit. 
Eth vos la joie merveillose 
E la gent liée e anguisosse 
De harnescher e aprester. 
De tost acroire e d'empromter 

87.55 Or e argent a sa despense. 
Si come chescons de soi pense. 
La veissiez. armes ataindre, 
Hiaumes, chapeals de novel taindre; 
La veissiez maint escuier 

8760 Meinte bêle espee essuer; 
La veissiez haubercs roller, 
Chevaler e serjant moller 
A fcrir sor la gent haie; 
La avoit gent de grant aie, 

8765 Si Deus volsist ovecques estre. 

Qui mielz que nos savoit lor estre ; 
La veissiez mult gent en joie. 
Si est bien droiz qu'en sache e oie, 
E par droit le puet l'en oir, 

8770 Que nus ne joie sorjoir 



Fol. (i/i d. 



8698 nuliu — 8701 ne jo manqu$ -.— 8706 tboroan — 8709 beKans — 8786 Le, ^Êunumque — 8739 m. 
toi deflchalone — 8780 ont manqtiê — 8761 Ta manqué — 8743 bien numque — 875a de proroter — 
8760 espie — 8766 Que — 8769 droit le droit pnet — 8770 db j. 



I • 



i35 



L'ESTÛIRE DE LA GUERKE SAINTE. 



236 



•^m'4i . V, xxf I 

CiOiirad est ai>- 
fHfsin^ par deut 
'>DYoyésduVioa\ 
'i*? la Montagpn»' 
( a^ avril 119»)- 



.\e devroit ne doel sordoloir. 
Tuit estoient en bon voloir 
E en talent de cest affaire, 
E erent aie enproni faire 
lu^frarimm Ri- K775 Li cuens Henris od le barnage 

Qui ot aporlé le message 
A Acre, ou il ja s^atornoient 
D'alercn Tost e s'apresloieni; 
Si fud la fine vertez pure 

X7X0 Qu'a Sur avint par aventure 
Que li marchis aveit mangié, 
E s'en venoit a son congié 
De chids Tevesque de Biauveiz 
Od grant solaz e od granz heiz, 

87H5 Et estoitja devant le change : 
Or si orrez com joie change 
El est tost tornee en tristesce. 
Si com il vQneit od leesce, 
Et dui vallet od deus cotiaus. 

8790 Defublié erent sanz mantiaus , 

S'en vindrent droit vers lui coranl, 
Si! ferirent en acorant 
Par mi le cors tant qu'il cbai ; 
E cil qui Tavoient trahi, 

8795 Qui erent orne al Harsasis, 
Li uns fu maintenant ocis, 
Li autres se mist en un mostier; 
Mais onques ne li ot mestier, 
Qu'il ne fust prise traînez 
Fol. TyS a. 8800 Tant que li cors en fu finez, 

Kors tant qu'ançois li demandèrent 
Que il morust cil qui la erent 
Por quoi il aveient ço fait, 
E que il lor a\oit forfait, 

8805 E qui les avoit envoiez, 
E tant qu'il dist, li desliez. 
Puis le sot l'en de vérité. 



Que por ço avoient abité 
Longement entor le marchis, 

8810 Quin orent este contrequis 
D'oscire le, desqua tel terme 
Ou il ot ploré mainte lerme, 
E qu'envoieiz les en avoit 
Li vils de Mousequit haioil, 

881 5 Qui toz cels qu'il hct de haine 
Fait ocire par tel traine 
Corne vos orrez ja tenter. 
S'il vos plaist ja a escoter. 

Li vilz de Mouse a tel custume, 

88i)o E d'oir en oir s'i acustume. 
Qu'il fait norir en sa maison 
Mult enfanz, tant qu'il ont raison 
E doctrine e enseignement, 
E aprenent contenement, 

88a 5 E hantent od hautes genz sages, 
Tant qu'il sevent toz lès langages 
Des terres de par tôt le siècle, 
E lor créance est si teniecle 
E si cruel e si oscure 

883o Que en lor aprent od grant cure. 
Quant li vielz de Mouse les mande 
De devant lui e lor comande 
En gueredon de penitance 
De lor péchiez e d'aliance, 

8835 Qu'il aillent ocire un hait home; 
Si est de lor ovre la some 
Que illoques lor baille cuteis 
Granz e furbis e clers e bels; 
E cil s'en toment e aguaitent 

88/10 Le haut home, e s'i 

E devienent de sa maisniee, 
E ont lange trop enreisniee, 
Tant qu'il li ont tolu la vie : 
Lors quident aver deservie 



Fol. 65 b. 



878/i gr^ h. — 8785 ieschange — 8786 Ore, corne — 8787 loi tome — 8795 ome manque — 88o5 quis 
aaoit — 881s oimmifU— 88i3 len les a. — 881 4 quis— 881 5 haoitde^88)7 Com — 8890 E douz 
en oir — 8896 a|)erneient — 8895 lianten -^ 8896 les langes — 883o Quen lor raptent — 883 1 mause 
te- II). — 8839 Deuant — 8860 Li haut b.e si aguaitent — 8863 toluc •— 88&6 Lores 



i239 



L^ESTOIRË DE LA GUERRE SAINTE. 



ÛM 



Kuguarde a loes le rei de France; 

^()9.(} Va el respondi sanz dotance 
Que quant li reis la revendreil 
Que mult volenters li rendreil, 
Si ainz n'i ad autre scignor; 
Et il eu eurent desdeignor. 

«92 5 Endementers qu'il estri voient 
Si faitement e s'abri voient 
D'aveir Sur, si corne jo dis, 
Elh vos que li bons c^uens Henris 
Vint en la vile e desceudi, 

H()3o Si dit cil après cui jel di: 

E si lost com la gent le virent 
Onqiics plus terme n'ateudirent , 
Einz Torent a rei esleu, 
îoi. lifi ti. Si coine Deus Tôt [>orveu; 

f<()'A:t Et vindrent a lui e le pristrent, 
E li proierent e lui distrent 
Qu il receust la seignorie 
E le riaume de Sulie, 
E qu'il esposasl la marcbise, 

8960 Qui iert eir e vedve remise. 
E il re^pondi eraument, 
E si qu'il n*i mis! pas granment. 
Que quant Deus l'aveit apelé 
E ii Taveient ancelé 

8945 A Toir de goveruer la terre, 
Que Tasens le rei d'Engleterre, 
De son oncle, en voleit aveir; 
E a tant enveia saveir 
Sa volonté e son corage 

8960 De l'eslection del barnage. 

Ce fud en mai, quant renovele 
Flur e foille, que la novele 
Fud desqu'al rei Richart venue 
Que si iert la chose avenue 

8955 Del marchis corne nos contâmes. 



ratdi , \, ixix. 

Kx|.lotl' d» 
Ririiaiil rf.\ lie 
ii*< Turcs. 



Et li reis iert as plains de Rames, 
Ou il poigneit par la beruie 
En une cbace d'une fuie 
De Sarazins qui lui fuieient, 

89G0 Com a celui qu'il tant cremeient 
Que puis que Deus forma la terre 
Nen Gst uns hom as Turs tel guerre 
!\e par un seul tant n'en murut; 
Meintes feiees i curut 

8965 E aportoit a l'ost les testes 
Des Sarazins come de bestes, 
Ou dis ou duze ou vint ou trente. 
Dont paenie esteit dolente ; 
E de toz vifs en reperneit 

8970 Li preuz Ricbarz quant renpenieil : 
One n'en murut tant por nul home 
A celé foiz, ço en est la some. 

Eth vos les messages ferant. 
Qui alouent le rei querant; 

8975 A lui vindrent, sil saluèrent 

De part le conte, e lui contèrent 
Celé aventure del maiThis, 
Dont li poeples Taveit requis 
Que il fust sires de la terre 

8980 

Car li petit e li greignor 
L'orent esieu a seignor, 
E li voleient faire prendre 
La marcbise; mes entreprendre 

8985 Ne voleit a sa volenté, 

Mais c'ert por la cristtentë. 

Li reis fud longement pensis 
De la novele del marchis. 
Qui par si grant mésaventure 

8990 Esteit ocis od tel laidure , 
E de ço ot joie merveilluse 
Qu'il 80U la gent si anguisose 



Fol. 66 6. 



ctrtU, V. xiiiT. 

RicbartI ap - 
prcml l^élfclion 
de Htmi . Tap- 
proavc. mait dis 
snade œ prinrr 
d'épouf^ la mar- 
quise. 



8990 eie — 8926 obruioient — 8927 com — 8938 que )i répété, bons manque — 8980 a|>re8 que je — 
8983 Conques — 8986 com — Sg^'j en vet — 8968 E quant il e. — 8961 quant tens r. — 8969 foi! qui la 
— 895^^ Ridiart manque — 8955 com — 89^7 bruiee — 8968 fuiee — 8966 M. feies, acural — 8966 com 
des — ^9'/0 quant il lenperneit — 8979 Quii — 8986 par — 8988 al m. — 8989 Que 



2&1 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



2&2 



De son neveu tel honor faire; 
Si respondi a tel affaire : 

8995 tr Seignor serjant, mult le désir 
trQue il seitreis, al Deu plaisir, 
rr Quant la terre sera comquisse; 
'rMais n'espust il pas la marchise, 
fr Celi que li marchis toli 

9000 (tSon dreit seignor, e jut ii 
rr Contre Deu e contre raison, 
T E la tint par tel desraison 
Fol. 66 c. tf Que, s'il me creit, a son eage 

rfîie la prendra en mariage; 

9005 f?Mais receive la seignorie 



ff 



itÎMermriMm K- 
emrii^ V, zzxr. 

Nocet de Henri 
et de la marquise 
de MoDtferrat. 



rr E jo li doins Acre en demàinc 
rrE les rentes de la chaaine, 
rrE Sur e Jaffe c la justise 

9010 rrDe tote la terre comquise; 

rrCar jo voil bien qu'il ço retiene; 
frE dites lui que en l'ost viegne, 
fr Sin ameint lui les Franceis 
rrSi tost corn il pora ainçois: 

9015 frCar jo Yoldrai le Daron prendre, 
rSi li Turc m'i osent atendre. ?) 
Cil retindrent ço qu'il oirent 
Del rei^ e puis si s'en partirent 
A son congé sanz plus d aconte, 

9090 Ë revindrent a Sur al conte. 
Si li distrent e li contèrent 
Ço que del rei li aporterent. 
Que vos en fereie autre conte ? 
Grant joie fud a Sur del conte, 

9095 Quant cil furent venu ariere. 
La veissiez grant presse e fiere 
De halz homes qui illoc erent. 
Qui trestuit lui anioncsterent 
De la marchisc a moillcr prendre; 



9o3o Mais ne l'osoit pur els emprendre 
Sor le peis le rei de Engletere; 
Mais ele esteit heir de la terre, 
E li quens Taveit coveitee. 
Eth la chose tant esploitee 

90.35 Que ele sis cors la marchise, 
Qui tote en esteit contrequise. 
Porta les clefs de la citië 
Al conte, ço fud vérité; 
E li Franceis traient aneire, 

yo6o Si enveient por le proveire, 
Si li font esposer la dame; 
E si feisse jo, par m'ame. 
Car ele esteit trop bêle e gente, 
E si que a la meie entente 

90^15 Que li cuens fud mult tost en voie 
D'esposer la , si Deus me voie. 
Eth vos les noces e la joie, 
Si ne cuit que ja meis tel oie 
Ne ne veie en tote ma \ie; 

9o5o Eth vos besoine sanz envie 
E sanz contenz e sanz barat; 
Eth vos la terre en bon estât 
Del conte e en bone espérance. 
Qui esteit niés le rei de France 

9055 E niés le preu rei de Engletere. 
Li coens envoia par la terre, 
A Acre e a Jaffe e aillors, 
Saisir les chastels e les turs 
' E faire les a lui respondre, 

9060 E fist crier Tost e somondre, 
E furent somons li baron 
A aler prendre le Daron. 

Quant li coens ot ses noces faite.s 
E totes ses genz a lui traites, 

9065 Lors veit al los de son barnage 
E des Franceis de son lignage 



FoK 66 d. 



A»- 
taéi, V, XHTi. 

Mtgnifiqae r^ 
ception d*Henri 
(le Cbimpagne 
& Sainl-Jein- 
d*Aer«. 



8996 Quil — 8999 Ceiui qui ie — 9000 Haeit s. s. j. od iui — 9006 ce ver» en blanc dam le m». — 
9008 chainc — 9011 ço manque — 9013 quen — 9016 i manque — 9018 si manque — 9099 li manque 
— 9093 en manque ■ — 9086 Eth vos ). — 9o35 Qiiele — 9086 en manque — 9o53 e de b. — 90^7 le 
premier e manque — 906a totes manque — 9065 Lores 

16 



IMPailIKtlC RâTiOatLC. 



S&3 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



iàh 



Sa geni tofte a Acre amener, 
Ahernescher e atorner, 
E achater orge e aoone 

9070 Por che?alcher vers Eschaloine. 
Lors lessa a Sur bones guardes, 
Qui guaiierent par les anguardes 
Fol. 67 a. Et ia cititf e la contrée, 

Que maie gent n'i fusl entrée. 

9075 Li quens mena lui sa femme, 
Qui iert blanche com une gemme. 
Eth vos Tost de Sur esmeue, 
Eth vos la novele seue 
A Acre que li cuens veneit; 

9080 Eth vos que chesoons se teneit 
Del conte a si très bien paie 
Que a grant paine erent apaië 
Ne nuit ne jor de joie faire. 
La veissiet si riche affaire, 

9085 Les processions assemblées 
Et les rues encortinees. 
Les eneensiers par les fenestres 
Tôt pleins d*encens e par les estres ! 
£ tote la gent de la vile, 

9090 Plus ou près de seisante mile, 
Tôt arme d'Acre s'en issirent 
Encontre lui tant qu'il le virent: 
Ço fud signe qu'a lui veneient 
E que a dreit seignor le teneient. 

9095 Li clerc al moster le menèrent. 
Les reliques lui aporterent, 
La seinte oroiz baissier li firent, 
E il e molt genz i ofinrent. 
Desqu'ai paleia le convoierent , 

9100 Si faitement le herbergei^nt; 
La tint li coens si riche ostel : 
Tôt jorx eusse jo autretel I 
îtmÊnarimm Ri- Quaut 11 cueus fu saissi de Sur, 

E d'Acre e de Jaffe et d'Arsur, 



8, V, xixtii. 



9105 Lors fud li reis Guis sanz realmc, 
Qui tanz cops eut sot le biaume, 
E qui tant l'a voit compara, 
Et ore se veit esguarë. 
Cil qui soffri tantes enjures 

9110 E tantes granz mésaventures, 
E non pas por ses solz péchiez, 
Car nus reis n'iert mielz enleefaiez. 
Fora d'une teche qu'il aveit, 
Celé que nul mal ne sa veit, 

9115 Celé que l'em claime simplesce; 
C'ert li reis qui par sa proesce 
Aveit la cilié d'Acre assise 
Quant li Sarazin forent prise. 
Si avint einz icel contemple 

9100 Aveient li seignor del Temple 
La terre de Cypre achatee 
Al rei qui l'aveit comqueatee; 
Mais li marchez fud puis deafeit, 
Si que li reis Guis en fud feit 

9135 Après empereres e sires, 

Si li fud alques grant remires. 
El contemple que li marchis 
Fud a Sur des cotels ocia. 
En icel point e puis e primes 

9180 E par plusors feiz le veimcs 
Quai rei d'Engletere veneient 
Messager qui mal lui feseient. 
Car li un le desconfortouent 
E li autre le asseurouent; 

9135 Li uns diseit qu'il s'en venist, 
Li autre dist qu'il se tenist 
E demorast al Deu servise : 
Issi parlouent par devise; 
Li uns li diseit que sa terre 

91/10 Esteit en bone pais sanz guerre; 
Li autre li diseit sanz dote 
Qu'en li aveit troblee tote, 



Fol. 67 b. 



Ricb«rd dont» 
la royaoté de 
rile de Chypre à 
GuideLoaignan. 



Itimarmrimm Ah 
e«rA'»V, xxxvni. 

Richard reçoit 
(PAngleterre àt» 
tneangn contra - 



9069 aueine — 9071 Loree -* 909s le moii^ — 910& £ mtmquê — 910S Lores, sai r. — 9106 au — 
9109 Eoffrï manque — 9117 prise — 9196 li numqwt — 91^7 Uc. — - 9i35 un disMienl — 91&1 li 



8â5 



KESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



246 



Fol. 67 f . 



lUMtrgrwm Ri- 
etrdi, V, xxiii. 

Prise do Daroo 
ptr le roi Ri- 
chard (i7-tt mat 
1199). 



Si que ii un ço ii diseient 
Que ii autre lui desdiseient; 

9165 Si ne fait pas a merveillier 
S'il ne se saveit conseiUier, 
Ne 8*il esteit en grant doutance 
Por le retorn le rei de France; 
Car Ten dit qu'il ad mal matin 

9i5o Senz faille qui ad mal Yeîsin. 
Endementers que Ii Franceis, 
Dont jo aveie parie ançois, 
Erent a Acre e s aprestouent 
D osteier e se herneschouènt, 

9155 Li coens Henris e Ii baron, 
Por estre al siège del Daron, 
E li reis ^si deEscbalone, 
El non Deu qui toz les biens done, 
Qu il ne voleit pas tant targîer, 

9160 Einz fist ses perieres chargier 
E mener al Daron par mer, 
E fist ses bones genz armer, 
E prist serjaaz a ses soudées. 
Qui richement erent donees, 

9165 E Gst par toz les chastels mètre 
D'iloc entor e entremetre 
De guarder les e de guaitier, 
E de par nuit eschelgaitier, 
Que les carvanes n'i passasent, 

9170 Ne que li Turc i recetassent 
Al Daren, si com il soleient, 
Par quei meint mal feit nus aveient. 
Eth vos que li rois fu montez, 
Richarz, ou tant avoit buntez. 

9175 Od sul les genz de son demaine 
Vint «1 Daron un diemaine. 
Eth le vos devant le Daron : 
Là se tindrent tuit li baron. 



Mais si petit de gent aveîènt 
9180 Que li reis ne il ne saveient 

De la quel part ii Taseissent; 

Car se tut entor s'espandissent 

E li Turc feissent saillie 

Ou que k)r ost fust assaillie, 
9t85 II ne peussent pas soffire, 

Ainz les convenist desconfire; 

E por ço a une part se trestrent 



Fol. 67 d. 



Ë herdeierent e hoberent 
9190 Tant qu'el chastel trestuit entrèrent 

E atornerent lor défenses 

• 

E mistrent i cures e penses 
E seelerent bien lor porte, 
Que il teneient a midt ibrte. 

9195 Quant la porle as Turs fu fermée 
E lor genz dedenz enseree 
E hors des veissels descemloes, 
Eth vos les perieres venues 
E par menbres mises a tere, 

9300 E li vaillanz reis d'Engletere 
Portèrent as cols, ço veimes, 
Si compainon e il meismes. 
Les fusz e les irefs des perieres. 
Tut a pië a snillentes chieres 

9ao5 Par le sablon près d'une liuue, 
Chargië come cheval ou yune. 
Eth vos les perieres dresciees 
E as conestables livrées: 
Li rois en ot une en bail lie 

9310 Don la grant tur fud assaillie; 
Li Normant, la gent de valur, 
I orent tut par ek la lor; 
E li Poitevin, ço me semble 
I orent une tuit ensemble. 



9163 ço manqué — 91&& Go que — 91^7 grant man^iM — 9168 retoraer — 9i58 leenumqui — 9166 par 
tôt les chasteb par tôt — 9168 de manque -> 9170 i manqué — 9173 mal manque — 9176 dimaine — 
9178 tuit manque — 9^79 ^^ manque — 9180 nil — 9186 feist — 9187 plueieurê vert iont pa$êS§ 
«—9189 E manque — 9190 trestuit manque — 9199 i manque — 9196 Quil — 9900 li t. nchan — 9903 
de p. — 9906 com — 991 6 tote 

16. . r 



â&7 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



2W 



Foi. 68 tf. 99 <*^ Totes treis al chastel jetèrent, 

E li Turc s'en espœnterent, 
U molt deust avoir défense 
De fort chastel e de despense; 
Mais li reis le fist asaillir 

9320 E nuil e jor sanz défaillir, 
E les feseit tant travillier 
Qu'il s'en poeient merveillier. 
Dis e set que turs que tureles 
Aveil el Daron forz e bêles; 

9335 Une grant tur i ot plus mestre 
Des autres e de plus fort estre; 
Entur iert parfont li fossiez, 
Si iert de Tune part pavez 
E de l'autre iert roche naive; 

933o Mais pour fist lor gent baive. 
Qui ne s'en poeient fuir; 
E li reis Richarz fist fuir 
Par desor terre sotilment 
Tant qu'il furent al pavinient 

9335 E que a force le rompirent, 
E donc après le mur foirent 
E la terre ariere els jetèrent. 
Les perieres as Turs jeterenl, 
Un mangonel lor depescierenl 

93^10 Que en la maistre tur drescierenl, 
Dont molt furent il esmaié. 
Eth vos chastel bien essaie 
En plusors manières a prendre. 
La veissiez les Turs défendre 

93^45 E as kemeals e as archieres, 
E feraient noz genz as chieres , 
Car lor pilez espès pluvoenl; 
xMais si tost com il se movoent, 
E nostre arbalestier guaitouent 

9a5o A descovert, e il jetouent 

Sor les targes quant il traiouent. 
Fol. 68 6 Sîn nafroient tant e feroient 



Que a dote s'osoient movoir, 
Et erent a meschief por voir. 

93.55 Eth vos lor la porte fendue 
Et arse od feu e abatue 
A la grant periere le rei ; 
La veissiez gent od desrei 
Vigurusement assaillie 

9360 E esmaiee e mai baillie; 

Car nuit e jor les travailiouent 
Tant que trestut s'en esmaiouent. 

Li reis Richarz e si baron 
Seoient entur le Daron; 

93()5 Treis jorz près a près asaillirent 
Nuit e jor, qu'il n'en deffarllirent, 
E al quart jor, un vendresdi, 
Virent li Turc dont jo vos di 
Qu'il ne la poroient durer 

9370 Ne les granz assalz endurer 
Dont il esleient esmaie, 
E que maint noîvé e plaie 
En ot par le chastel gisant, 
E que l'en les aloit tensant 

9275 Par desuz terre e par desus, 
E que li reis iert el desus 
De prendre les a poi de tente. 
Lors ne firent plus longe alente, 
Fors que de tensier els parlèrent 

9380 E par treis Sarazins mandèrent 
Al rei Richart qu'il se rendreient 
Par tel covent qu'il s'en ireient. 
Sans lor cors e sauves lor vies 
E lor femmes e lor maisnies; 

938;") E li reis dist qu'il se teusent, 
Defendisent sei s'il peussent. 
Eth les vos al chastel ariere; 
Eth vos que la maistre periere 
Fiert e hurte a une torele, 

9390 Qui mull empoira lor querele. 



Foi. G8 c. 



9946 espoQlcrent — 9386 a. si f. — 93/10 Quen — 99iSi] il manque — 93^9 arblastier — 9960 traioueDi 
— 9961 jetouent — 9368 Vindr«iit — 9978 I^res — 9988 e saus lor viea 



2Â9 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE Î5AINTE. 



:250 



Si que ia maistre tor chai : 
Deu le velt, e si escbai, 
Et ele iert desoz cerfoie, 
E lor gent ieri lote foie. 

9990 D'iloes en(or noz genz saillirent 
Si s'armèrent, sis assaillirent; 
El il se mislrent, ço me semble, 
En la maistre tur tuit ensemble; 
Mais de grant mal se porpenserent, 

9800 Qui lor chevals esjarelerent 
Que li cristiens nés eussent 
Ne que cbevalchier les peussenl. 
La gent Deu elchastel montèrent, 
E cil qui primes i entrèrent, 

93o5 Seguins Barrez fud li premiers, 
E Espiarz, uns escuiers, 
Ne se tint pas de Seguin loinz; 
Li tierc fud Pieres li Gascoinz, 
E d'autres en i pot aveir, 

ij'Sio Dont jo ne poi les nons savoir. 
Puis i entrèrent les banieres , 
Sin i ot de plusors manières : 
Estiene de Longchamp première 
I entra, si n'iert pas entière, 

9315 Anceis esteit mult depeciee; 
Après icele i fud dresciee 
La le conte de Leiceslre; 
E deseure le mur a destre 
Fud TAndriu de Chavigni mise, 

93ao E ovec celé i fud assise 

Après la mon seignor Reimont 
Le filz le Prince el mur a mont; 
Fol. 68 d. E cil de Gienve e cil de Pise 

En i orent de mainte guise; 

9895 Nos banieres es murs dresçouent 
E les lor contre val jetouent. 
Lors veissiez Turs detrenchier 
E des aleoirs trebuchier 



E entreprendre e atraper, 
9880 Ocire et ferir e fraper 

Tant qu'el chastel, ço est veir provez, 

En ot seisante mort trovez, 

Gels qui a la grant tur faillirent , 

Qui a lens ne s'i recoillirent. 
9885 Li Sarazin en la grant tur 

Erent, si guaitoient entur, 

E virent lor chastel tut pris 

E lor Turs morz e entrepris. 

Et virent les targes drescier 
98/10 Contre la tur e adrescier 

Por trenchier le mur par desuz. 

Si erent el desus 

E que Tamirail qui sucorre 

Les deveit les laisseit encure , 
98/15 Qui Caisac esteit nomez, 

Uns Sarazins mult renomez; 

Et quant il virent tôt a cors. 

Que il n'avreient nul sucui*s, 

Si se rendirent tut 'a tant 
9850 Al rei Richart le combatanl, 

Sanz contredit chaitifs esclaves, 

Pris e conquis e maz e aves; 

E bien quarante cristiens 

Qui ierent tenu en liens 
9855 I orent les vies sauvées 

E guaranties e tensees. 

E li reis fist les Turs guaitier 

En la tur e eschelgailier Fol. 69 a. 

Tote la nuit del vendresdi, 
9860 E al matin, le samedi, 

La vigille de Pentecoste, 

La haute feste qui tant coste, 

Les fist tosz del chastel descendre, 

E tut errant sanz plus atendre 
9865 Les adossa a tel ados 

Que les mains derierc le dos 



9991 torele — 980 1 E qu li crisliens eussent — 9807 seguins — 9816 Et anceis — 98 1 6 E après — 98 1 8 E 
de aseur m. — 9890 auec tele i fud celé a — 9897 Lores — 9898 Ce ven est dam le nu. après le père 98/4C — 
9880 c frainer — 9886 Aloienl e g. — 98/11 mur manque — 98/19 lacune et altération — 98^8 Qiiil 



ItiaerMriÊum f?H 
•wirfi, V» xt. 

Richard donne 
le Daron à Henri 
«!t sVn Ta à 
Piirhie. 



Fol. 69 h. 



JtiHtrtrium Ri- 9896 
•itrdi, Y. xu. 

Riehanl mar- 
<'be contre Gaiaac, 
•|ui M troate au 
Kiguirr. 



251 L'ESTOIRE DE 

Lor fist lier estreitement, 
Si qu'il braeient durement. 
Et issi fad li Darons pris 

9370 Que a cels torna a grant pris 
Gui mult pesast s'il uel preissent 
Ainceis qae li Pranceis venissent, 
E mult en fussent il mari. 
Eths vos od le conte Henri 

9875 Les Franceis qui esperonoent, 
Qui a tens venir i quidouent, 
Mais trop a lart venu i erent; 
E li reis e sa gent alerent 
Encontre son neveu le conte. 

9880 Que vos en fereie long conte, 
Fors que grant joie s'entrefirent? 
Et li reis, si que mult le virent, 
Le Daron al conte dona 
E de son conquest Testrena. 

9385 E fumes illoc a sujor 
De la Penteceete le jor, 
E le lunsdi dos en alames 
Vers Eschalone e trespassames 
Par mi Gazres dreit a Furbie, 

9390 Ou li reis e sa compaignie 
Icele nuit se herbergerent; 
E Fautre gent tant chevalcherent 
Qu'a Eschalone s'en revindrent, 
Ou H Franceis grant feste tindrent. 

Un poi après vint a Furbie 
Al rei d'Engletere une espie, 
Que veneit de vers le Fier 
Por les Sararins espier, 
E dist qu'ai Fier en aveit 

9A00 Mil ou plus, si qu'il le savoit, 
Qui od Caisac sujornerent, 
Et que le chastel atomerent 
Contre cristiens a défendre; 



LA GUERRE SAINTE. 



95S 



Et li preuz reis sanz pluB atendre 

9606 Monta e tote Tost ensemble, 
E jurent la nuit, ço me semble, 
A la canoie as Estomels. 
L'endemain (ud li matin biais, 
Si mureat al soleil levant, 

9610 E errèrent jusque devant 
Le Fier, que li Turc deveient 
Tenir contr'els, mais no feseieot, 
Fors deus Turs que il i troverent 
Que il ovec ets en menèrent; 

9/415 Ainz orent les portes fendues 
Od feu grez^s e abatues, 
E orent le chastel laissië, 
E s'en fuioient esleissië, 
Quant il sorent que l'ost venoit, 

9Aao Cardel Daron lorsuveneit, 
Dont noveles eurent eues 
Qu'il iert prise lorgenz perdues; 
E por ço le chastel leissereot. 
E nostre gent tant chevalcherent 

9Aa5 Qu'il virent le chastel seiiz guardes : 
Lors montèrent par les anguardes 
Pur surveir se il trovassent 
Nul Turc a qui il se mellassent; 
E quant il plus n'en i troverent 

9A30 A giste ariere retomerent, 
E revindrent a la canoie 
Des Estomels tote lor voie. 

A la canoie iert l'ost tendue. 
Si come j'ai l'ovre entendue, 

9635 Quant del Fier se fud retraite; 
Si dit cil qui l'estorie traite 
Qu'ai rei vint la uns messagiers 
Qui de sa terre iert estagîers. 
Uns ders, c'ert Johansd'Alençon : 

9Aâo Cil dist al rei que la tençon 



Caiaac abaa- 
donne le Figiiirr. 



lUmw r mi m m K- 
etaréi, V, un. 

Ridiard ap- 
prend Ici OMoéet 
perfidct dt ioo 
frère Jet». 

Fol. 69 c. 



9871 Que — 9375 espernoent — 937^1 i manqué — 9880 freiejel. — 
teres — 939^ grant manqué — 9^09 sil qui! — 9607 estonds — 9&id quil 
manqué — 963/1 tant manqmé — 9696 Lores — 9697 sil — 9^33 lor ost 
vint — 9à38 ostagien 



9389 si manqué — 9389 ga- 

— 9^16 Qat ouc eb — 96 19 H 

— ghSk 00m — 9^37 rei ea 



S53 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



256 



E la g^ant brubuilie e la guerre 
Ert surse par tote Engletere 
De ses barons e de son frère 
Ki por la reine sa mère 

9/1 A 5 Ne voleit fors son voleir faire, 
£ que tant iert aie Taflaire 
E tant aveit maie semblance 
Des messagiers. le rei de France 
Que en Engletere enveeit 

9660 A sou frère qu'il desvoieit 
E Yoloit a lui aller, 
Qu*ii osoit tealimonier 
Ke se il tost ne s*en veneit 
Que la terre que il teneit 

9655 En sereitbîen tost retaillée 
A cels cui il Taveit baillée; 
Et e\ si fud en son repaire : 
Encor n*estmal ki n'i repaire. 
Corn il parut en Normeudie, 

9/160 Quin fud povre, guaste e mendie. 
Quant li reis oi les noveles 
Qui n'esteient bones ne bêles, 
Fol. 69 d, Lores fud pensis, mat e mûmes, 

E dist a sei : nS'or ne retomes, 

9/165 ^Veirement as terre perdue. 19 
Es vos sa pansée esperdue. 
Tant qu il dist estroseement 
Que il s*en ireit veirement; 
E quant les bones genz Toirent, 

9&70 Sachiez que point ne s'esjoirent. 
Li uns les noveles savoient 
Par Tost, li autre non feaoient; 
Li uns diseit: irll s'en ira,* 
E Tautre diseit : t Nu fera, yt 

9675 Si ennemi multlevoloient. 



Mais si ami ledesvoloienl. 
Car s*onor fust mult abaîssiee 
S*il eust la terre laissée 
En autre point qu'il ne deust 

9680 E que plus bien feit ni eust. 

Eth vos que illoc ou il erent 
Que tuit li baron s'asemblerent, 
Franceis, Norman e Poitevin, 
Engleis, Mansel e Angevin : 

9685 Conseil pristrent que il fereient, 
Tant qu'il distrent que il iraient. 
Que que li reis Richarz feist, 
N'ott qu'il alast, ne qu'il deist. 
En Jérusalem tut enserobler 

9/190 Etk vos que ne sai qui s'en emble, 
E vent as genz de l'ost e conte 
Que li haut home e que li conte 
Al parlement tuit dit aveient 
Que Jersalen asejemient. 

9/195 Eth vos en l'ost joie venue 
El en grant gent et en menue 
Tel espérance e tel leesce, 
Tel luminaire e tel noblesce 
Qu'en l'ost n'aveit nul cristien , 

9500 Haut ne bas, joefna n^ncien. 
Que n'esjoiat od grani desrei, 
Fors sulement le cors le rei , 
Qui point ne s'iert esleeciez, 
Ainz se chocha tut eoreciez 

95o5 Des noveles qu'il ot oies; 
Mais de l'ost les genz esjoies 
Esteient si que tant dancierent 
Que après mie nuit se cochierent. 
Ço fud en join quand soleil lieve, 

9510 Qui la rosée guaste e grieve, 



itiiurmium lU- 
eardi, V, luii. 

L'arma décide 
de marcher sur 
JénHol^m. 



Fol. 70 tf. 



Itinmnrmm fit- 
carêi, V. tii». 



9^/11 brubaîl -^ 9&4a Eftot tune — 94^7 taoi vel s. — 9/169 Qui en — 9^53 nen v. — 9/15/1 quil — 
9&55 bien man(iU9 — 9/^56 cela quii a. — 9^67 ele — 9/158 Eocor nest si mai -^ 9/1^9 Car — 9662 nesteint ne 
bones — 966/^ sore r. — 9/168 Quii — 9/^71 les manqué — 9/170 que manque — 9/179 non sauoient — 
9673 disent — ^h'jk E il autre — 9^77 moit manqua — 9/^81 illoques — 9485 Lores pristrent quil frètent 
— 9486 dist qdl — 9490 sai que — 949a qua «on^— ^ 9498 tuit «HififiM — 9494 îemsaiem -<- 9695 tel 
joie — 9500 ne j. — 95o3 esoissies — 9510 Que la rose 



255 



L'ESTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 



256 



Marche des 
Oruisé» de la 
r^inoie à Ibeltn 
(les Hospitaliers 
< join 119»). 



Que tote chose s'esbanoie, 
Lors sesmut Tost de la canoie 
Par mi les plains tut contre val 
Vers Ybelin de TOspilal, 

<».*)! 5 Josle Ebron, emprës la valee, 
Ilioc ou seinte Anne fud née, 
La inere a la seinte pucelc 
Qui est mère Deu e ancele. 
La vi Tost tote esleicee 

95J0 De l'ovre qui icrl fiancée, 
Que vers Jérusalem ireient 
H la citié asiegereient; 
Mais anceis mult la désirèrent 
Tels genz qui unques n'i entrèrent, 

05a5 E ii povre e li riche oveques, 
Oiez que lor avint iiloques, 
Une esLrange comfession 
E fiere persecucion : 
En Tost vindrent unes muschetes 

9530 Que si esteient petitettes 
E si sutils corn estenceles, 
Que nus apelons scinceneles. 
De celés par mi la contrée 
Par fud Tost la si encontree. 
Foi. 70 h. 9^'^^ Issi m'ait seint Celerins, 

Qu il mordeient les pèlerins, 
Mains, col e gorge e front e face, 
Qu il n'i aveit plein poing d'espace 
Ou il n'eust par tut bocettes 

9560 De la morsure des muchettes, 
Que chescoas, vielz ou damoisets, 
Sembloit a estre tut mesels; 
E lor covint fere visières 
E covrir lor cols e lor chieres. 

9565 Geste paine i Hoc endurèrent. 
Mais tozjorz se recomforterent 
Par Temprise e par Tesperance 
Dont il esteient en fiance. 



Mais ii reis iert pensis c tristes 

9550 Des noveles que vos oistes. 
Que tozjorz pensot en sa tente 
E en penser metteit s'entente. 
Un jor que Ii reis iert assis 
En sa tente cois e pensis, 

9555 Vil trespasser devant l'entrée 
Un chapelein de sa contrée: 
Ço esteit Guillames de Peitiers, 
Qui al rei parlast volenters, 
Se il losast araisoner; 

9560 Mais ne li osot mot soner. 

Car il n'en iert ne liu ne termes. 
Li chapeleins a chaudes termes 
Plorot et esteit en grant ire; 
Mais ii n'osoit pas al rei dire 

9565 Ço dont la gent de Tost parlèrent 
De lui, e dont il le blâmèrent : 
Por les noveles d'Engletere 
Voleit leisser la seinte terre, 
Povre e guaste e desconseillee, 

9670 Ainçois qu'il l'eust conseillée. 
Li rois apela le proveire. 
Si li dist : « Dites moi la veire, 
rr Par la fei que vos me devez. 
^Dont vos est cist curuz levez 

9575 rrDont jo vos ai veu plurer? 
r Dites le moi sanz demorer.w 
E li prestres lui respondi, 
Si que gueres n'i atendi, 
Tôt en plorant od voiz série : 

9580 trSire, jo nel vos dirai mie 
(T Devant que asseuré m'avrez 
fQue malveis gré ne me savrez.^ 
E li rois lui asseura 
De sa parole e l'en jura 

9585 Que ja nul mal ne l'en voldreit 
En nul point ne en nul endroit. 



Richard médi 
de retoamcr * 
Earope. 



emrdi, V, Uf. 

Le rhapAi 
Gnillanme à 
Pbitiert refiraeh 
à Ridiard an 
prqi«l deqmtte 
la Terre Saiate 



Fol. 70 c. 



951 a Lores — 95 1 5 près la — 95 18 E qui — 9696 genz cunques 
mien e manquent — 9559 Sil osast — 9661 le premier ne manque — 
9573 Di moi — 958a mai gre — 9586 nen 



— 95a5 riches — 9587 lee deux pre^ 
9566 e manque — 9570 la eust — 



257 



UESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



258 



Cil li dist : trSire, Tem vos blâme, 
(tE par cest ost s'en vait la famé 
(T Par tut de vostre retomee. 

9690 <r Ja n avieoge celé jornee 

(vQae tele ovre aiez aprochieel 
f( Ja ne vos seit el reprochiee 
(t Ne loing ne près , ne ci n'aillurs I 
rr Remembre tei des granz honurs, 

9595 tt Reis, que Deus t at en lanz lius faites, 
rrQui serunt mes tozjorz retraites, 
rrQue onques a rei de ton eage 
«rNe fist aveir mains de damage. 
rrReis, recorde tei que Ten conte, 

9600 tr Quant jo te vi de Peitiers conte, 
rr Conques notnul si enveisië 
ft Veisin, si hait ne si preisié, 
vr Si de guerre te venist sus. 
Fol. 70 d. (tQue ne Tallasses en desus. 

9605 rr Remenbre tei des granz tençons 
(tE des routes des Brabençons 
ffQue desconfeis tantes feiz 
fr A poi de gent e de conreiz. 
(t Remenbre tei de Taveniure 

9610 (rDe la riche descomfiture, 
frEt de Haltfort que rescussis, 
(rQue li cuens de Seint Gile assis 
crAveit, que tu desbaretas 
r E vileinement Ten jetas. 

9615 (T Remenbre tei de ton reaime 

crQue senz porter escu ne hiaume 

(tEus en pais e en quitë, 

ff Que nuls n'i aveit abité. 

fr Remenbre tei des granz emprises 

9620 (tDe tantes genz que tu as prises, 
(rDe Meschines que tu preis, 
(T Des pru^sces que tu feis 



f( Quant tu matas la grifonaille 
rrQui te quidot prendre en bataille, 

96a 5 (rDont Dampnedeus te délivra, 
fr E els a grant honte livra. 
(T Remenbre tei de la pruesce, 
(rDont Deus festendi sa largesce, 
(rQue tu feis de Cypre prendre, 

9630 rrÇo que nuls hom voleit enprendre, 
(r Ke en quinze jorz eus prise : 
(rFors que de Deu ne vint Temprise; 
ffE que l'empereur prison 
r Preis e meis en prison. 

9635 rrReis, guarde qu engin ne te fiere; 
(rMenbre tei de la grant nef fiere 
(r Que en Acre ne pot entrer 
rr Quant Deus la te fist encontrer, 
rrKe tu preis tes gualees 

96i!io rrOd tut uit Cent de genz armées, 
(T Quant les serpenz furent noiees. 
(r Remenbre tei quantes feiees 
rrDeus t'a soliegitf e soliege. 
rr Remenbre tei d'Acre e del siège 

9645 (rOu tu venis a tens a prendre, 

rr Ou Deus f e fist del tuen despendre 
(rTant que la citië fud rendue. 
(rBon reis, don n'as tu entendue 
rrL'espargne de la maladie 

9650 (rQui au siège ert, leonardie, 
rrDont li autre prince mureient, 
rrDont nuls mires nés sucureient? 
rrReis, remenbre tei, e si guarde 
rrLa terre dont Deus t'at feit garde, 

9655 rrKe tote sor tei l'atoma, 

rr Quant li autre rei s'en toma. 
rr Remenbre tei des cristiens 
(r Que tu getas hors des liens 



Fol. 7] a. 



9599 seit il — 9693 Na loing naillurs ne d naillun — 9694 Reis r. — 9695 Reia mtmçuê — 9698 fiai 
a maina — 9601 n'ot manqué — 9609 Veisin ne ai — 9606 Reia r. — 9607 daaconfiatea — 9609 Reia r. 

— 9610 E de — 961 1 E manque — 9616 Reia r. ^ 9619 Reia r. •— 9690 tu inan^tM — 9691 ta aa preia 

— 9697 Reb r. — 9681 Ken — 9639 ne manqué, lentrepriae — 9635 guarde tei — 9669 Reia r. tei 
tantea — 966 6 Reia r. — 9660 len naudie — 9666 lautre — 9667 Reia r. 



>7 



SS9 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



S60 



ft Al Daron, que Turc en menouent, 

9660 frQui ea cheitivisons alouent, 
fr Quant Deus t'i £st si lost venir. 
(rReis, bien deusses retenir 
ft Que Deus t'at fait tantes bontez 
rDont tu i& en tel pris montez 

9665 (T Que tu ne criems rei ne baron. 
(rReis, car te menbre del Daron 
«tQue tu preis en quatre jorz; 
tt One n'i fud plus longs ti sujorz. 
ft Remenbre tei de la grant presse 

9670 (t Ou tu fus de la gent engresse, 
(r Quant tu t'endormis par péchiez, 
rr Menbre tei, reis bien entechiez, 
fr Cum Deus t'en ot tost délivre. 
crOr sûmes tuit a mort livre; 

9675 trOr dient tuit, grand e mener, 
Fol. 71 &. f^ Cil qui voleient vostre enor, 

ftQae vos soliez estre pères 
frDe la cristienté e frères, 
fr E s'or la laissiec sanz aie 

9680 crDonc est ele morte e traie. ") 
/fîMrwtiHii m- Li clers ot dite sa parole 

«rrf., V, XLT,. g^ j^ j.gj ^^^ ^ ^^j^ 

Rkhard an- , . . 

aoBc« qa*ii n^ Et 11 ot issi sermouë. 

Ura tn Terre r * * 1* â a 1 

Sainte jniqa^à ^1 reis ne 11 ot mot sone , 

P*qn«»- g685 Ne cil qui el pavillon sistrent 

Un mot de lor bûche ne distrent ; 
Mais li reis son penser dona 
A ço que il lui sermona ; 
Si fud sa pensée esclarie. 
9690 Eth vos Tendemain repairie 
L'ost qui vint a bore de none 
Devant les barons d'Escalone; 
Si que chascons quidot sanz dote, 
E li baron e Tost trestote, 
9695 Que li reis son ost atornast 



E que loress'en retornast; 
Mais il relorna son coroge 
Qu il aveit eu del message 
Par Deu avant e par le prestre 

9700 Qui mostra raison de son estre. 
Tant, que vos direie autre conte? 
Qu il dist a son neveu le conte. 
As barons, al duc de Burgoine, 
Que por besoing d'autre besoigne, 

9705 Por messager ne por novele. 
Ne por teriene querele 
Devant Pasches ne s'en ireit 
Ne la terre ne guerpireit. 
Lors demanda son crieor, 

9710 Felippe, son banisseor. 
Si fist crier par Eschalone, 
En non celui qui les biens done. 
Que li reis estroseement 
Diseit, son cors nomeement, 

9716 Que desquea Pasques sujorreit 
En la lerre, qu'il n'en turreit, 
E que tuit fussent aprestë 
Od ço que Deus lor ot preste, 
E qu'en Jérusalem ireient 

9730 Ë que en cel point Tasejereient 
Quant la criée fud oie, 
Eth vos la gent tote esjoie 
Cume li oisels est de jur. 
Lores s'atument sanz sujor, 

97^5 

Chescons endreit sei s'adresçoit 
Vers Deu a mont el 6rmament 
E disoient, si Deus m'amait: 
(rDeus, vos peussoms gracier 
9780 rr Et aurer e mercier. 

rrOr verroms nous vostre citié; 
ftTrop i ont li Turc abitë. 



Kol. 71 f. 



/fÎMrwriwH ili- 
earèiy Y, si,fu. 

L*anB^ K 
prépare è ■mp* 
(ber i«r Jémn* 
lem ( h jaifl 
ii9t). 



9659 eo man^ — 9661 Deas «uvifiM — 9669 Reis r. — 9670 (u feis de — 9671 ten denraes, 
pacfaie — 967 a techie — 967 4 Ore — 9675 Ore — 9677 toUei — 9680 ore — 9688 quil — 9708 et ai 

— 9709 LoTM, crior — 9710 baneisor — 971 1 Kâ — 971$ stiioraereit — 9716 luraereit — 97*0 aseierent 

— 97S7 at f. — :973i Ore 



261 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



363 



n Beneite seit or l'entente 
rr E la demoree e Tatente 

9735 ^Que chescon de nos ad ci faite 
«rE la peine qu'il i at traite It» 
La veissiez gent anguisuse 
De herneschier e cuveituse; 
E la petite gent menue, 

9760 En celé iert tel joie venue 
Que chescons portot sa vitaille 
A son col e diseit sanz faille 
Que vitaille portoit assez 
Tant que li mois seroit passez, 

97 &5 Tant coveilouent Tovre a faire. 
E que direie d'altre affaire, 
Fors qui Deu sert, rien ne li coste? 
Fol. 71 </. Ço fud a close Pentecoste, 

Mien escient le samedi, 

9760 Que Tost refud, si com jo di, 

Hors d*Escalone ensemble atraite, 

loo à BlsDcbe- 

gtrde (7 jain Qui mult eu fud de legier traite; 

*'^'^' Car a chescon quant qu'il feseit 

L'agreoit e mult lui pleiseit. 

9755 Eth vus Tost al matin meue; 
Si ne cuit c'unques fust veue 
Ost plus preuz ne mielz atomee; 
Si errèrent celé jomee 
Petite ovre por la chalur. 

9760 La veissiez geot de valor 
Faire honur e humilité 
Et curteisie e charité; 
Car cil qui les chevals aveient 
Ou lels bestes com il poeient 

9765 Les povres pèlerins portouent. 
Et a pié après els alouent 
Li haut home e li bachelier. 
Illoc veissiez venteler 
Tantes bêles riches banieres 



caréi, V, xvrm. 

Blarehe des 
Croi»^ d*Asea- 



9770 E penuncels de granz manières. 

Tanz veissiez la filz de mères, 

Tanz lignages, nevuz e frères, 

Tant bons haubercs, tant bons parpoinz, 

Tanz armées genz si qu'as poinz, 
9775 Tantes lances e tantes glaives, 

Tant ne vit Tem el tens noz aives. 

Tantes cleres espees chères, 

Tanz biaus serjanz od bones chères ! 

La veissiez tanz genz errant, 
9780 Tanz chevals balcenz e ferranz. 

Tantes mules e tanz biaus muls, 

Tanz chevaliers preuz et seurs, 

Qu'il deussent al mien entendre Foi. 79 a. 

Bien quarante tek Turs atendre. 
9785 Tant chevalcherent e errèrent 

Que un flum d'eve duze passèrent, 

E que devant la Blanehe Guarde 

S'estendi i'ost a la Deu guarde. 

Celé nuitée premeraine. 
9790 Si ot esté un diemaine 

En i'ost mort um bon chevalier 

Et un serjant preuz e legier 

De deuz morsures de serpenz 

En mains terre que deus arpenz; 
9795 Dont Deus les aimes oie e voie, 

Car il mururent en sa veie. 
Deus jorz illoques sujomames, 

E puis al tierz nos en turnames, 

E erra I'ost tote serrée 
9800 Plems les cbemms de gent feree, (9 join it9a){ 

Sanz encontre, senz enconbriers, 

Dreit al Thoron as Chevaliers. 

Une nuit illoques geumes, 

E l'endemain ne nos meumes 
9805 Onques de si qu'après mangier; 

Mais lors fist li reis deslogier 



lUiurmtiÊm Bi- 
i, V, lux. 

L*tmée chré- 
tien o« an Tboroo 



deus 



9733 ore — 9735 ici — 97/10 icele — 97^4 soit passes — 9766 affaire — 97^6 d' man^ — 97^7 ' 
— 9766 mult manque ~ 9766 Vùsinumqu» — 9766 cuit mie — 97^7 Nuie preux miels — 9769 riches 
numqu9 — 9770 granx manqué — 9776 desi qu a — 9781 biaus fÊUtnquê — 978^ Biea manqué — 9790 di- 
maine — 9791 bons — 9797 illoe — 9809 al ebeoalîers -— 9808 iUoe — 9806 iores 



263 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



36A 



an cMtri Ar- 
naud (to jain); 



è BHbenoble . 



Sei e sa gent de son demaine, 
E vint avant son cors demaine; 
Si se fist tendre en destre en hait 
9810 Un poi loinz de! chastel Ernalt; 
E i*endemain vindrent ilioques 
Li Franceis e li autre oveques, 
E vindrent devers Bettenuble. 
Bel tens feseit, non pas ennabie; 



Iinimaii^mdl 9Bi5 Illoc fut Tost et sujoma, 



(11 join-S jail- 
let 119a). 



Fol. 79 6. 



La dont i'ivern s'en retorna , 
Por atendre Henri le conte, 
E si vos dirai de quel conte : 
Car ii reis le aveit enveië 

9830 A Acre al poeple desveië 
Qui ne voleit en Tost venir, 
E por ço nos covint tenir 
Un mois ou plus por celé ovraine 
Joste le pië de la montaine 

9835 Par la ou li paumier soleient 
Revenir s*en, quant il voleient, 
De la haute sainte citië 
Dont estions déshérité. 
Cel terme que nus sujumames 

9830 En la valee ou nus turnames 
Advindrent plusurs aventures 
Et baraz e desconCtures 
Que nus veimes avenir, 
Si nos conveneit retenir. 

9835 Un jor avint que une espie. 
Si cum Tum enquiert e espie, 
Vint al rei jus de la monjoie. 
Dont jol vi revenir a joie, 
Si dist que Sarazins aveit, 

9860 E de veritë le saveit, 

A la montaigne, qui gueitouent 
Le chemin por Tost e gardouent. 
E li preuz reis einz jor monta. 
Si fud od lui quil reconta, 



9865 Que il quist les Turcs por lor mais 
Jusqu*a la fontaine d'Esmals : 
A Tenjornee les suzprisi , 
Sin tua vint qu'il entreprist, 
E si prist le banisseor 

9860 Salahadin, son crieor, 
Celui seulement esparnia, 
E treis chameilz i gaigna, 
E de beis Turquemans aveques; 
Si guaigna encore iiloques 

9855 Deus bêles mules bien chargiees 
De riches robes essaiees. 
Et espèces e aloë. 
Aveit es buges aloë. 
E les Sarazins chaça tant 

9860 Par mi les montaines bâtant 
Que un en aconsiut en un vai 
Qu'il jeta mort jus dei cheval. 
Et vit, quant ot mort le eulverl, 
Jérusalem a descuvert; 

98(35 E eurent, ço nos conla Tam, 
Tel pour en Jérusalem, 
Que si li reis eust eu 
Ensemble lost, que fust veu, 
Jérusalem fust aquitee 

9870 E de cristiens abitee. 

Que tuit li Sarazin eissirent 
De la citië e s'en fuirent. 
Qui quidouentque i'ost venist, 
Qu'il n'iert qui la citië tenist 

9875 Ne qui dedenz osast remaindre 
Por manacier ne por destreindre; 
E si aveit ja demande 
Salahadin e comondë 
Son meillor destrier nprester, 

9880 Qu'il n'i osoit plus arester. 

Quant de voir sot par une espie 
Que la grant ost ne veneit mie. 



pnad %m Ti 



ja»). 



(«■ 



Fol. 7« e. 






MpréptriBtèla 
foite. 



9808 sis s. — 9810 loinz tnanque — 9818 virent — 9893 ouerain — 9886 nne. — - 9887 jai numpÊ$ 
— 9865 Qui! — 9867 etpees — 9868 E quant vit mort le — 9876 deskeindre — 9881 an e. 



S67 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



Mais ii iert a Acre enveiei; 
E mes sires Ferris preiei ■ 
Aveit Baudoin le Caron 

9960 E Clarembaut de MootcbaUoii 

Que cel jor por lui la guardasseot, 
Que les geuz folement n emsseut; 
Mais foiemeutie jur errèrent. 
Si i ot de tels quil oompererent 

9965 La esteit Manessiers de Tille, 
Qui ot un cbeYal bauçant gride. 
Et Ricard d'Orques e Terri 
I esteient el liu Ferri, 
Felippes e li eompainon 

9970 Seignor Baudoin le Caron, 
Otes, e escuier plusor 
Furent od els en cel estor; 
Lor parent e lor ami erent 
Et a besoing le jur mustrerent 

9975 Si cumecil de la grant rote. 
Qui n aveient de nnlui dote, 
Errouent com gent descbafgiee, 
La riere garde esteit cbai^ee, 
La rote alout grant aleure; 

9980 Et cil corne preuz gent seure 
Les siveient tôt bêlement 
Eth Tos que d'un embnchement 
Saillirent li Turc a cberal, 
E vindrent ferant contre val 

9985 Tut qui ainz anz jusqu^a Tanguarde 
Dreit a cels de la riere guarde; 
Très par mi lor oonrei se mistrent 
Fol. 73 r. Cil qui es ignels cbevals sistrent 

Si durement qu il les perchier«it, 

9990 E que iluec descberaucherent 
Le preu Baudoin le Caron; 
Mais il aveit queur de baron. 
Si mist main a sa bone espee 
Que le jor fud mult redotee, 



9995 Car li Tur sovent la ê&ÊâinmL 
A celé reseoste abafmat 
Ricard d'Orques e pois Tari, 
E Baudoîns s'ea *^ft«"W^ 
E tant que li sœn le reauuiraat 

10000 Sor uncbevalqtte ii oonqnistrenL 
La TeisBÎet moltfier estor 
E meint l>el oop e meial tnslor 
E meinle espee flambeîer 
E meint esfon aenz fcUeier 

loooS E meinie encontre dore e beie, 
E meint cbevai od voide sele; 
La Teissiet les Turs embatre. 
Et geot bien défendre e eonibotre. 
Quand ii Turc on en akatdeni, 

10010 Et ii autre se remlialeîent 

Par mi la presse e ie m o n km mi 
E corne preo s'aitraidooeiiL 
Mais ia meslee iert meqMrtîe; 
Car dl de la nostre partie 

1001 5 Esteient si entreis noie 

Qu'il ne pot pas estre noitf 
Que maint des eontes ni chaist 
E que trop ne ior mesdiaist .* 
Car li pilet as Tors Tcrioieat, 

looso Qui ior dievais lor afirioieot 
Eth TOS que teb cops est ciieoi 
Que Baudoins refud dieoi; 
Si fist un suen serjant descendre» 
Que trop ot feit de sei defeadie. 

loosS Baudoins el cheval monta. 
Si qu'il meimes reconta^ 
Qu'a mult petite demuree 
Vit celui la teste copee 
Ki son cheval li ot {»esté. 

ioo3o nioc esteient arestë. 

Et illoc fud Felippes pris, 
Compain Baudoin, qui grant pris 



Fd. ^Z i. 



9969 • BÏ c. — 997S cmn — 9977 corne gent d i o r y e e — 9980 eoo 
iNçiitf — 10000 quîl — sooii com, sentrt douent— 10017 Que plnton 



269 



UESTOIRE DE Ik GUERRE SAINTE. 



270 



1 conqnist de tuz qui i erent; 
E ovec Feiippe en menèrent 

ioo35 Unpreu seijant qu'a force pristrent, 
E le frère Richard ocistrent. 
La veissiez dure bataille : 
A champ malë erent a taille 
Baudoin e si compaignon, 

loo/io E Clarembaut de Montchablon 
Les aveit guerpiz e laissiez 
E s'en fui tut esleissiez 
Des que il vit les Turs venir. 
La veissiez estor tenir 

10065 A Baudoin, qu'il rebâtirent, 
E tant de maces le bâtirent 
Que por poi ne fud afolez, 
E li sanc en esteil volez 
Par le nés e par mi sa bûche, 

ioo5o E s'espee ert tote rebuche 
Et esgroinee e depechiee. 
Lors escria a voix hauciee 
Manessier de Tlslele preuz, 
Qui les Turs descomfisoit tuz : 

1 oo55 (r Manassier, larrez me vus donques? n 
Fol. 7A a. Et mes sire Manassier onques 

Ne cessa, ainz Tala rescorre. 
La veissiez tanz Turs acare 
Que Manessier jus abatirent 

10060 Del cheval, e tant le bâtirent 
Et le laidirent et blescierent. 
Que de la jambe lui trenchierent 
Le meistre os jusqu'à la moole, 
E erent perdu en la foie 

10065 E Baadoins et il ovecques, 

Quant Deus lor enveia illoques 
Le preu conte de Leicestre, 
Qui point n'aveit seu lor estre. 
Li coens si com il vint poignant 



10070 Feri un Turc en ataignant, 

Si durement le descrucha 

Que li Saracins tresbucha 

Par en sum le col de sa beste , 

E Ançons l'en trencha la teste, 
10075 Compainz Estiene de Longchamp, 

Si qu'el vola en mi le champ; 

Et mis sire Estienes meismes 

Le fist mult bien e puis e primes; 

E fud nostre gent tant creue, 
10080 Quant la novele fud seue. 

Que quant li Turc crestre les virent 

Vers la montaine s'en fuirant. 

Fors cil qui aconseu furent; 

E noz nafrez qui illoc jurent 
ioo85 Soef sor les chevals montèrent 

E puis en Tost les aporterent 

Issi râla ceste aventure 

Qui bien deit estre en escripture. 

Devant Saint Johan al tierc jor itmtrêrnm m- 
10090 llloc OU lost lert aeujor Wcoaveru 

Eth VOS tel novele aporlee **'«" moweau df 

Dontl'ost fud forment comfortee; (ti juin 1191 ). 

Car uns seinz abes Taporta , 

Qui tôt le poeple en comforta. 
10095 De Seint Helye iert le seinz abes, 

Si viveit de pain et de rabes : 

Barbe ot grant creue od nature, 

Bien sembloit seinte créature. 

Cil dist al rei c'un liu saveit, 
10100 Que longement guardé aveit. 

Ou une croiz esteit reposte , 

Dont Dampnedeu rot feit son oste : 

Une part ot de la croiz sainte 

Dont il i ot partie mainte, 
ioio5 Que tut sois li bons eristiens. 

Qui n'esteit pas trop anciens, 



Fol. 74 i. 



10065 Desquil — 100&8 en manqué — ioo5o espie — ioo59 Lores sescria — 10061 et le bl. — 
10070 agaitaDt«— 10071 les — 1007& E a aueom — 10075 esiieaes — 10076 quil — «0077 missires 
— - 10078 bien • wunquê — ioo83 aeoesio -* 10086 E w t am p u — 10091 tele ^- 10099 forment manqué 
— 10097 grtu[i<le — 10101 Ou numquê — lOioS Une partie i ot— 101 o5 t. «itos — 10106 pas ma mquê 



271 



L^ESTOIKE DE LA GU^ERRE SAINTE. 



S7a 



Fol. 7^ c. 



/fiMr«rNMitf- 
1, VI, I. 



Richard hMu 
èraititleeoMcU 
dm FniBçaif qai 
tcokot attaqatr 
Jéraftla». 



Aveit iiloc miiciee e mise 
Jusque ia terre fust comquise, 
Si Taveit mult chiers comparée, 

10110 Car Salahadins demandée 
L*aveit plusors foiz a Yabé; 
Mais li abes Yen ot gabé, 
Et si Yen mist il en destreit, 
E Ten fist lier mult estreit; 

1011 5 Meis onc por mal quen li feist 
Ne pot tant faire qu il deist 
U ele iert ne qu'el fust rendue, 
Ainz li dist qu'il Taveit perdue 
Quant Jérusalem fud comquise ; 

loiao E quant li reis ot Tovre enquise, 
Si fist le seint abë monter 
Dont vos m oez ici conter. 
Lors monta e la baronie , 
Et i otgrant bacbelerie; 

10195 Tôt sereement s'aro teren t , 
Si cbevalçberent e errèrent 
Après laube tote la veie 
Jusqu'al liu dont parle aveie, 
Ou celé croiz esteit muciee, 

ioi3o Qui cei jor lud si eshauciee 

Que tanz genz Talouent baissier 
Que Tem nés poeit apaisier. 
Tôt droit a Tost Ten aporterent, 
Dont tote la recomforterent, 

ioi35 E meinte lerme i ot pluree 
lUoc ou el fud a urée. 

Quant celé croiz fud eshauciee, 
Dont Tost fud mult esleiscee , 
E longement Torent tenue, 

10160 La povre gent de Tost menue 
Commencierent illoc a dire 
E diseient: «vDeus, biaus dolz sire, 
(T Que fesons nos ? Que ferad Tem ? 
r Iroms nos en Jérusalem ??) 



10165 Donc se plainstrent, ço fu ia some, 

Tant que li reis e li haut home 

L'oirent dire, sin parlèrent 

E en plusors sens devisèrent, 

Saveir quel conseil il avreient 
ioi5o E s'en Jérusalem ireient; 

E li François le rei requistrent 

Plusors foiees e li distrent. 

Tels i aveit, que il loassent 

Que Jérusalem asejassent. 
101 55 E li reis dist : trÇo ne puet estre, 

(rNe vos ne me verrez ja mestre 

(rDe gent mener dont j aie blâme, 

ffSi ne me chalt qui m'en mesame; 

(tE si sachiez de voir sanz faille 
10160 (r Que en quel liu que noslre ost aille, fol. 76 d. 

(r Salahadins set nostre affaire 

ftE\e efforz que nos poums faire; 

n Si sûmes loinz de la marine : 

(tE s'il e sa gent sarazine 
1016^ (tEs plains de Rames s^avalouent, 

frE la vitaille nous veouent 

(r Que ne la poissums aveir, 

tf Ço ne sereit mie saveir 

fr A cels qui al siège sereient, 
10170 ff Ainz quidbien qu'il le comperreient; 

ffE l'açainte de la citië, 

trÇo me dit l'em de vérité, 

((Est si granten cbescon endroit 

ff Que tant de gent i covendreit 
10175 •....• 

V Que Tost ne porioms rescore 

«S'ele esteit des Turs assaillie, 

ff Einz sereit morte e malbaillie ; 

(tE si jo Tost issi menoue 
s 01 80 (tE Jérusalem asejoue 

(T E aventure i avenist 

trPer quoi il lor mesavenist, 



10111 I aveit — 10117 iert iert, ele — loiaa ci — lOiaS Lores — - ioi3a pot — ioi33 laporterent 
— ioi36 ele — ioi63 frid — 10166 Tint manque — 10169 tuereint — 10160 Quen — 1016a qo6 
ma»fu§ -«> 10170 compereint 



273 



L'ESTOIfiE DE LA GUERRE SAINTE. 



27A 



<t 6e en sereie tuz jorz blasmcz 
(tE honiz e meins aamez; 

iot85 (tE si sai de veirs sanz dotance 
tt Qu'il ad lel gent ci e en France 
(T Qui ont Yolu e qui voidreient 
(tE qui mult le desirereient 
f Que jo eusse tele ovre faite 

10190 (rQue fust par tut en mal retraite; 
ttE nos, genz de estranges contrées, 
trQui ne savomes lor estrees, 
trNe les chemins ne les lanroiz, 
(r Ne les mais pas ne les destroiz . . . 

10195 ft Par quoi nos peussoms conquere. 
Fol. 75 a. ffMais par cels qui sunt de la terre, 

ff Que lur fiez volent recovrer, 
tf Par icels devons nos ovrer 
(f Et par le conseil des Templiers 

10900 tfO Tassens des Ospitaliers, 

tf E par cels qui autre feiz furent 
frEn la terre, e qui la conurent 
(rEt qui la conussent uncore. 
ff Sor cels loreie jo encore 

10305 (rQue Ten meist Tesguard a faire, 
(tIço si fereit bien affaire, 
(f U del siège faire e emprendre 
(T Ou d'aler Babiloine prendre 
(tU a Barut ou a Damas; 

1 oa 1 o fr Si ne nos descorderons pas, [rent t)... 
trCunques genz tant nés descorde- 
Tant que illoques esguarderent : 
itmtrêrmm K- Des TempUors pristrent cinc ou quatre 

•^' ^' "• , Por les estrifs entr'els abatre, 

Confdl de 

nngt cberaUen io9i5 Et autant d OS Hospitaliers 
d^iuq^î^nî E des Suliens chevaliers, 

^^' Et autant des barons de France , 

Tant que vint furent sanz dotance 
Qui enz lor sermenz se metreient 



Les Français 
s*y opposent. 



loaao Et en ço qu'il esguardereient 

E sur lur liautez se mistrent; 

E cil esguarderent e distrent 

Que li greindre preuz de la terre 

lert de Babiloine comquerre; 
10a a 5 Et quant li Franceis Tentendirent, 

Si fud veirs qu il s'en deffaillirent, 

E distrent que al siège ireient 

E que aillurs n'en tomereient. 

Quant li rois oi la descorde , 
ioa3o Ou Deus ne voleit mètre acorde, 

E que c'ert par les genz de France , 

Lors dist illoques sanz dotance Fol. 75 6. 

Que se li Franceis le creussent 

Qu'en Babiloine s'esmeussent : 
10935 trVeez m'estorie a Acre arestee, 

(f Que ja lur aveie aprestee 

tr A porter enz lor guarnestures, 

trLor hemeis e lor trusseures 

(t E lor bescuit e ior farine; 
10960 «rE l'ost alast par la marine, 

r E je menasse a mes deniers 

ffEl non Deu set cent chevaliers, 

tr E deus mile serjanz oveques 

ri menasse des ci ilioques; 
109 65 rE si sachent encor de veir 

(T Que nuls proz hom a mon aveir 

trNe faillist ja por nul affaire; 

(tE quant il ço ne volent faire, 

(rGe sui tut prest d'aler al siège, 
io95o «rForsqucparseint Lambert de Lege, 

r Sachent que jo nés merrai mie, 

ffMais bien iere en lor compainie.)) 

Lors comanda sanz plus d'atente 

Que les sues genz en la tente 
10955 De rOspital tuit s'asemblassent , 

E que illoques esguardassent 



ioi85 de manque — 10186 ici — 10188 desireint — 10191 doz — 10199 Muoms — Après 1019& 
laewiê de deux verê — 10195 rien conquerent — 10197 recourir — 10198 ourir — 10901 icels, i furent 
— i09o5 affaire — 10906 freit — 10911 cum g. t. ne d.; t7 doit manquer quatre ven aprèi celm-â — 
1091 3 Des t. ou c. — io995 entendiret — 10997 quai — 10989 Lortt — i0935 apraslee — i0953 Loret 



18 



UIMIVEKiC BâTIOntlS. 



275 



L'ESTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 



376 



ItimertriMm /ti- 
<«nii, VI » ▼. 

Richard fait 
une npéditko 
âvec les Fraaçaia 
poar sarpreodre 
aae earatane 
(to juin >i9a). 

Fol. 75 c. 



Quel aide al siège i tendreient 
Quant vers Jérusalem vendreient. 
E il i vindrent e s'asistrent, 

10360 E mult richement i premistrent, 
E tels i oSri mult granz offres 
Qui mult aveit poi en ses cofres; 
Mais trop grant folnr enpreissent 
Si en icel point Tasegissent 

10965 Après ço que cil qui jurèrent 
Par bone fei lor desloerent. 

Endementers qu'il prometeient 
Ço qu'ai siège mètre deveient, 
Estes vos que Bernard Tespie, 

10270 Uns hom qui iert nez de Sulie, 
Sei tiens d'autretels barbarins, 
Od vestemenz de Sarazins, 
De Babiloine reveneîent , 
Ne d'autre mestier ne serveîent 

10375 Fors d'espier Tost sarazine; 
Si vos os bien dire en plevine 
Conques ne vi gent mielz senblasent 
Sarazins, ne qui mielz parlassent 
Sarazinois, oiant la gent. 

1 0380 Chescons d'els trois cent mars d'argent 
Aveit del rei Richart eu 
De ço qu'il esteient meu. 
Cil distrent al rei bêlement 
Que il montast ignelement 

10385 E ses genz, e il le mereient 
Jusqu'as carvanes ki veneienl 
Devers Babiloine chargiees, 
Que il aveient espiees; 
E si tost com li reis le oi , 

10390 Enz en son cuer s'en esjoi, 
E manda al duc de Burgoine 
Qu'il venist a celé besoinc 
E meuast od lui les Franceis; 
E il si fist, fors que anceis 



10995 Distrent qu'il voleient aveir 
Le tierc del guaing de i'aveir, 
E li rois le lor graanta. 
Lors montèrent e il monta, 
E furent dune illoc esmë 

io3oo Cinc cent chevalers bien armé, 
E mil serjanz preuz e legiers 
iMena li reis od ses dmiers, 
E il devant sis cors demaine. 
Ço fud un seir de diemaine; 

io3o5 Tute nuit a la lune errèrent, 
One si poi non ne s'aresterent, 
Ainz furent a la Galatie; 
La descendi la gent hardie, 
Tote garnie de bataille, 

io3io Et enveiereot por vitaille 
A Escalone, e la se tindrent 
Tant que li escuier revindrent. 
Si tost com nostre gent a^esmurent, 
Li reis e cil qui od lui fiirent, 

io3i5 Eth vos c'une espie s^en torne 
A Jérusalem e retome 
Dreil a Salahadin conter 
Qu'il ot veu le rei monter 
Por aler ses carvanes prendre. 

io33o Salahadin» sanz plus atendre 
Prist cinc cent Turd toz esleuz , 
Des meillors qu'il aveit enz; 
Sis enveia dreit as carvanes. 
Et aveient e arcs et canes; 

to395 E quant il od cels s'asemblerent 
Qui les carvanes amenèrent, 
Deus mile a cheval les esmouent 
Estre cels a pië qui aloueot. 
Estes vos au rei une espie 

io33o Poignant dreit a la Galatie, 
Sil hasta mult que tost venist 
E que l'ost coie se tenist 



Fol. 75 d. 



10966 done fci — 10977 sasenbiasent — i098& QttH — 10988 Qail — 10993 ad lui — 10197 fpnoÈU 
— 10998 Lores — io3o6 dimaine — io3i5 can e. — io3i6 De ierasalem — io399 esleus — loSsS Si 
c. — 10399 Eth YO8 — io339 coi 



/fiMr«rnni/li- 
carAj Vif tT< 

Richard eidèf c 
la caraTane après 
OB brillant oxb- 
bat (•t'ftS JQia 
119a). 



277 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



278 



Fol. 7 1 a. 



E qu'a la reonde cisterne, 
Entor e environ le cerne, 
io335 lert une carvane venue, 
E qui celé avreit retenue 

m 

Mult i poreit grant chose aquere. 
L espie iert née de la terre, 
Si ne se pot pas en lui croire 

io3/io Li reis, einz envoia anoire 
Un Bedoin e deux serjanz 
Turcoples, preuz e encerchanz, 
Por enquerre e por espier, 
E fist les Turcoples lier 

io3/i5 A la guise del Bedoin, 
AIsi corne autre Saraizin; 
E fud par nuit que il errèrent : 
Par mi les anguardes montèrent, 
E montèrent e descendirent, 

io35o Tant que en une anguarde virent 
Guaitier ne sai quanz Sarasins; 
E lespie e li Bedoins 
S'aia pas por pas vers els traire, 
E fist ses deus compaignons taire, 

io355 Qu'il ne fussent apereeu. 
Dont li Turc furent deceu. 
Cil de la as noz demandèrent 
Dont e de quel part venu erent; 
E li Bedoins s'abandone, 

io36o Si dist que devers Escalone, 
D'une proie qu'il orent prise. 
Li uns respondi a sa guise : 
rEnçois venez por nos mais quere : 
(tTu i^ od le rei d'Engletere. t) 

io365 Li Bedoins dist: fr Vos mentez. t^ 
Lors fud d'errer entalentez, 
Si s'en ala vers les carvanes, 
E li Turc as arcs e as canes 
Les sivirent o les chacierent, 

10370 Tant que par ennui les laissèrent. 



E quiderent qu'il fust des lur; 

Eli Bedoins prist son tur. 

Quant la vérité ot seue Fol. 76 6. 

Que la carvane esteit venue, 
10375 Si li fu a grant sen tome. 

Eth le vos al rei retomë. 

Si lui dist qu'il saveit de veir 

Qu'il poeit la carvane avoir; 

E li reis el non a seint Jorge 
io38o Fist douer as chevals lor oi^ge. 

Lors mangèrent e puis montèrent, 

E trestute la nuit errèrent. 

Tant que a meimes le liu furent 

Ou la carvane e li Turc jurent. 
io385 Ethile vos illoc aresté. 

Bel tens feseit cum en este; 

Li reis s'arma e tuit s'armèrent, 

E lor batailles conreerent. 

François firent la riere guande , 
10390 E li reis fud en l'avanguardc, 

Qui fist par tote l'ost crier 

Que qui ne voldreit oblier 

Sonor qu'a gaing ne tendist, 

Mais tote voies entendist 
10396 As Turs descomfire e perchier 

E a ferir des branz d'acier. 

Endementers qu'il conreouent 

Lor batailles e ordenouent, 

Eth vos une autre espie al rei 
10/100 Venir poignant a grant desrei, 

Ki lui dist que des l'enjornee 

Esteit la carvane atomee, 

E qu'il s'erent aparoeu ; 

E quant li reis ot ço seu , 
io6o5 Si enveia avant archiers, 

Tarcoples e arbalastiers, 

Por herdeier e détenir. 

Tant qu'il peust as Turs venir. Fol. 76 c. 



iod33 ronde — 
10369 les m«fi^f«« — 



to33& E. a e. — ]o365 de — 103^7 <P^ — 
- 10373 verte — 10379 'i '^ ^^ "*" lo^^i Lofei 



io35o queo — io36G Lores — 
— iod86 «1 wumquê — • 10899 ^"^ ^' 

18. 



279 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



380 



Endementers qu'il herdeioient, 

10^1 10 E lor batailles aprismouent, 

E tant viodrent que près d'eU furent; 
E quant li Turc les aparçurent, 
Il se trestrent a un condos 
D'une montaine pur ados, 

lohih De bataille tut conreë; 

Mais n'erent pas trop desreë; 
E li reis par de deus parties 
Ot ses batailles départies; 
Ë cil trestrent e herdeierent, 

10^90 Quant les batailles aprismerent, 
Ausi espès corne rosée; 
E la carvane ierl arestee; 
E li bons reis a bone estraine 
En lor bataille preroeraine 

10695 Ala ferir si durement 

Que jo vos di seurement 
Que il e si autre conrei 
Les ferirent od tel desrei 
Queonques tant n'en enconlrerent 

io63o Corn a la terre en reversèrent. 
N'onques puis Turs ne retorna, 
Si en fuiant ne trestorua, 
N'onques puis n'i ot recovrier, 
Mais tôt autresi corn lévrier 

10^35 Teinssent le lèvre a la campaine, 
Tut autresi par la montaine 
Fesoient nostre gent la kir, 
E les meteit a tel dolur 
Qu'el s'en fuoit tote espartie 

loàâo E descomfite e départie, 
E la carvane esteit leissiee; 
E nostre gent tote esleissiee 
Chaçoit tozjorz destre e senestre; 
Pol. 76 d. Si dit cil qui puis sot lor estre 

10^65 Que tant en loinz dura la fuie 
Des Turs en la lai^e berruie 



Qu'il chaeient de sei estaiot; 

E cil qui esteient ataint, 

Li chevaler les abateient 
io/i5o E li serjant les ocieient. 

La veissiez seles tumer 

E gent laidement atomer; 

La veissiez fiers cops de guerre 

Ferir al preu rei d'Engletere. 
10&55 Si ne quidez pas que j'enprenge 

Dire de li ici losenge; 

Car tantes genz ses biaus cops virent 

Que sor ço arester me firent. 

La veissiez le rei chacier 
10&60 Les Turs, el poing le brant d'acier. 

Que cels que il aconsiveit 

Issi com il les parsiweit 

Que ja arme nés defendist 

Jusqu'enz es denz nés porfendist, 
io665 Que tut autresi le fuioient 

Cume berbiz qui le lou voient. 

Cum issi li premier chaçouent 

Par la montaine e les tesoient, 

E Saraizin jusques a trente 
10&70 Trestomerent jusque une aente, 

Par dreit curuz e par envie, 

Desur Roger de Toenie : 

Son cheval desoz lui ocistrent, 

Si que por poi que il nel pristrent. 
10675 Eth vos dreit a la gent paiane 

Un compainon, Juquel del Maine, 

Qui erraument fud abatuz, 

E Rogiers qui s'iert combatui 

Ala tut a pië al rescure; 
10680 Lors veissiez noz genz acure. Fol. 77 

Ferant illoc destre e senestre; 

Si viul li coens de Leiceslre, 

Si vint Gileberz Malesmains, 

Sei tierc od sei e altre al mains, 



loâiS Ci tr. — io6d3 recourir — 10639 Qude — io656 Por dire — 10661 quil — 10666 Gum — 
loàôgjuiqui — 10671 e par dreit enuie — 10673 ch sor lui — 10676 quil — io676juqaet — 10680 Lores 



381 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



283 



H)/i85 Ë Alixandre Arsis i vint, 

E chevaliers ou quinze ou vint; 
Si i vint de Loingchamp Estienes, 
Qui par mi liu des genz paienes 
Fist a Rogier si grant bunté 

10/190 Quil le rota cheval monte. 
La veissiez descomfiture 
De cele gent oitre nature; 
La veisFiez granz cops d'espees, 
Piez e poinz e testes copees, 

10690 Porfendues par oilz, par bûches, 
Tanz cors morz gisanz cume chocfaes 
Que nostre gent enpeecoient 
Si que en som en trebuchoienf. 
Bien i ferirent Poitevin, 

io5oo Normant, Engleis e Angevin, 
E li bon reis hardiz et pruz 
Le faisoit bien par en sum tuz. 
La veissiez des Turs tel glaive. 
Tel. ne vit Fem el tens nostre aive, 

io5o5 E furent mort e si aquis, 
Ço fud bien seu e enquis, 
C'uns petiz garz de povre pris 
En peust tuer set ou dis. 
La veissiez les sumettiers 

loSio As serganz et as chevaliers 

Venir prisons, e se rendeient, 
E les granz chameilz lor teadeient 
Par les cheveslres tuz chargiez, 
Les muls, les mules, ço sachiez, 

to5i5 Qui tanz aveirs de granz noblesces 
Fol. 77 6. Portouent e tantes richesces, 

Or e argent, pailles, samiz. 
De la terre al seignor Damiz, 
E mutabez e baudequins 

loSao E ciglatons e osterins, 

Casingans e coiites parpaintes, 
E bêles vesteures cointes. 



Bels pavillons e bêles tentes, 
Manovrees granz ententes, 

10695 Bescuit, forment, orges, farines, 
Letuaries e médecines, 
Bacins, bucels e eskekiers, 
E poz d'argent e chandeillers, 
PeivTc e comin e çucre e cire, 

io53o Tant que nel savreie redire. 
Tantes espèces de maneres 
E tantes autres choses chieres 
E tantes bêles armeures, 
Forze legieres e seures, 

io535 E tel richece e tel aveir 

Qu'il diseient illoc por veir 
Conques el tens de nule guerre 
N'ot tel guaing feit en la terre. 
Quant la chenaille fud ocise 

loo'jo E la riche carvane prise, 

Mult aveient feit riche eskec; 
Mais mult furent grevé illoc 
Des chameilz cursiers assembler, 
Que lote Tost firent trobler; 

io5/i5 Car si durement s'en fuioient, 
Quant cil a cheval les sivoient, 
Ke Deus ne fist rien si ignele. 
Cerf ne bise, daim ne gacele. 
Que aconsivre les peust, 

io55o S'un poi esluinë les eust; 

Si distrent cil quis aunerent, 
Qui sanz les serjanz les esmerent. 
Que quatre mile e set cent ierent 
Les chameilz quil i guainerent; 

1 o555 E tanz i ot mules e mus 
E tanz asnes portant seurs 
Qu'il nés porent onques nombrer 
Ne feseient fors encombrier; 
E dient bien qu'en cele chace 

io56o Que haut que bas que en la place 



îtmerêrimm Hi- 
CMrdi, VI , V. 

Enom^tioD 
d^aaiiiMQxeap 
tarés et det en- 
nemii tné». 



Fol. 77 e. 



10696 gisant fMn^, cxun — 10697 en pecoient — 10698 /«• êecond en manqn$ — 10607 Gom p. — 
io5i7 p. e — io5i9 boUbciedaubequis — loSai E calingans e comtes p. — loSss veslures — loôaà egrani 
— io53o8aueie — io53i Tances — io536 legien — io553Qualrei mile eviiic mars esmerent — so56oquen 



383 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



88i 



Itmerêiium Bi- i o 565 
fitrii, VI , VI. 

ParUgedu bu- 
Ud. 



La comte Henri 
rrjoiDt Richard. 



Fol. 77 d. 



10570 



10575 



io58o 



10585 



1 0590 



It'mtrarium Bi- 
e*rdi , VI , VII. 

Dëtespoir de 
rhnnëc qu'on 10595 
«npécbe de mar- 
cher eon Ire Jrni- 
Mlem. 



Ot bien mort mil Turs a cheval 
E set cenz qu'el mont que el val, 
Estre cels a pië qu'il tuèrent, 
Qui onques ne se remuèrent. 

Lors errèrent par tels jornees 
Com il aveient atornees, 
Tant qu'il vindrent devant Betafe : 
C'est a quatre liuues de Jaffe; 
Lor guaing illoc départirent, 
E quant d'iloques s'en partirent, 
Si firent en lor retornee 
A Rames lor autre jornce; 
E l'ost repaira d'Acre illoques, 
Li coens Henris, sesgenz oveques, 
E vindrent tuit en l'ost ariere. 
La veissiez joie pleniere 
De la grant merveille qu'il virent 
Des bestes qui l'ost raemplirent. 
Li reis départi les chameilz. 
Tant bels ne furent ven d'oilz, 
As chevaliers qui l'ost gardèrent, 
Alsi com a cels qui errèrent; 
E muls e mules ensement 
Lur départi il richement; 
E toz les ânes as serjanz 
Fist il doner, petiz e granz. 
Eth vos l'ost de bestes si pleine 
Que Ten les teneit a grant paine. 
Mais les joefnes chameilz tuouent 
E les chars volen tiers manjouent, 
Car ele iert blanche et savoree 
Quant ele iert rostie e lardée. 

Quant les bestes furent donees 
Par mi lost e abandonees. 
Tant que li plnsor s'en plaignouent 
Por l'orge qu'il encherissouenl. 
Lors recomencerent a dire 
Les genz qui aveient grant ire 



Que Jérusalem n'aseoient, 

10600 Car grant desirier en aveient; 
E n'erent pas asseuré 
Icil qui aveient juré 
E esguardé que pasn'ireient, 
Por lor conseil qu'il rediseient 

io6o5 Que se la citië asejassent 

Q'entur si poi d'ewe trovassent 
Que cheval ne bestes béassent 
Ne les genz, que li Turc peussent, 
Senz meschief e sanz grant ahan; 

10610 Car c'ert entur la seint Jehan, 
Que la chalur tote rien sèche 
En la terre, tele est sa teche; 
E li Saraizin abatues 
Aveient totes e fendues 

1061 5 Les cisternes, por vérité, 
De tut environ la citié; 
Si que devant bones deus lues, 
U nos n'avioms pais ne triuues, 
Ne fust sanz grieve eve trovee, 

10690 Ço soit l'em de verte provee. 
Fors une mult petite ewette, 
Qui curt desuz mont Olivete 
En Josaphas, ço est Siloé; 
Si ne fud pas par cels loé 

10695 Q'entur la citié se meissent, 
Ne k'en esté siège i feissent. 
Quant la parole fud seue, 
Descoverte e aconseuè. 
Qu'en Jérusalem pas n'ireient 

io63o E que il se retomereient , 
La veissiez gent tant dolente 
Qu'il maudiseient celé atente 
Ke il aveient atendue 
E que tente i eurent tendue, 

io635 Quant Jernsàlem n'iert assise 
Ne ne poeit estre conquise ; 



Fol. 78 fl. 



io56a quel val — 10676 c ses ÇGfix — io58i cbeoals — 10689 ^^' fn&mqw — 10697 Loret — 
10601 E cil — to6io vente — io63o qoil — io6d3 Kil ^— io636 poeiet 



285 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAIKTE. 



286 



trmium Bi- 

, VI , TIII. 

Kffiealt^s 
In Fran- 



« dac de 
JTOgne fait 
aneehaaioa 
« Richard, 
»lai-€i r^ 
le par une 
• chaniOD. 



Fol. 78 6. 



Car puia jor ne rovassent vivre 
Que Jérusalem fust délivre. 
Seigdor, or ne vos merveiiliez 

106/io Si Deus ot en vain travilliez 
Noz pèlerins si com deimes; 
Car verlez fud que nos veimes 
Parmeintes feiz quant herbergerent, 
Al seir quant il d'errer las ierent, 

io6/i5 Que li Franceis se departouent 
Des autres genz e se tendouent 
Tôt par els a une partie^ 
Si que Tost iert si départie 
Que li uns por veir sanz mentir 

io65o Ne Yoleit Tautre consentir; 

Eiuz dist li uns : «rTu es itels,?) 
Ë laulre a lui : irTu es iqueb;^ 
Et Henri li dux de Burgoine, 
Ki mult enpoira la besoinè, 

io655 Par surfeit e par gnant desrei 
Fist fere une chançon del rei, 
Si que la chançon fud vilaine 
Ë de grant vilainie plaine, 
Ë la chançon par Tost hanta. 

10660 Que pot li reis s'il rechanta 
De cels qui le coniraliouent 
Par fine envie e ramponouent? 
Ë de gent si desmesuree 
N'iert ja bone chançon chantée 

io665 N'ovraine feite que Deu voie, 
Si com il fist a Tautre veie, 
Quant Ântioche fud assise 
E nostre gent par force enz mise, 
Dont Ten reconte encor Testorie, 

10670 De cels qui Deus dona victorie, 
De Buiamont et de Tancrë, 
C'erent pèlerin esmeré, 
E de Godefreide Buillun, 



I 



Ë de hauz princes de grant non, 
10675 E des autres qui lors i furent, 

Qui el Deu servise s'esmui'ent, 

Tant qu il lor rendi lor servise 

A lur grë et a lur devise 

E lor ovraines suzhauça 
1 0680 Par tantes feiz et eshauça , 

Ë eus e totes lor lignées; 

Si en sunt encore eshaucees. 

Dis jorz ou duze, que ne mente, 

Au veir dire, a la meie entente, 
io685 Puis que la carvane fud prise, 

Sujorna lost eu itel guise 

Cum vos m*avez oi cunter; 

Ë quant a rien ne pot monter 

Por nul travail qu'il i meissent 
10690 Que le sépulcre requeissent 

Dont a quatre liuues esteient, 

Ë dont grant doel es cuers aveient. 

Si s'en retomerent ariere 

Od tel desbeit e od tel chiere 
10695 Que suz ciel de gent si eslite 

N'ot plus mate ne desconfite. 

Lur ariere guarde establirent; 

Ë si tost com il se partirent, 

Ë li Sarazin acururent 
10700 De la montaine e les parsurent, 

Tant que un serjant nos ocistrent; 

Mais cil qui es bons chevais sistreut 

Les reuserent e chacierent. 

Puis errèrent e ohevalchierent 
10705 Tresque entre Saint Jorge e Rames; 

Ë icel jor que nos errâmes 

Ot cine anz senz plus que la terre 

Rot esté perdue par guerre. 

Li Franceis furent a senestre, 
10710 E lireis e sa gent a deaire; 



IHneratiwm i?S- 
earii, VI, ix. 

Retraite des 
rhrétif ns (& jaii- 
l4>t a 19a). 



Fol. 78 c. 



10689 ore — io64i no» deimes — 106 43 quant il — io6/i4 quant ils errèrent — 10659 Car la — 
10661 le manqué — io665 Noueraine — 16669 encore — 1067a Vêrê répété dam le m$. — 10675 lores 
— 10676 Qui deu seruirent et munirent — 10681 E il e t. — io68d que jo ne — 10689 ^ ><MM^ — * 
1069Â e mtuiquê — 10698 actirerent — 10709 tiatret — 10707 cent ani — 10709 lurent 



287 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



388 



Ittmerwrimm Ai- 
CÊréi, VI, X. 

Saladio réunit 
ODlès ies forcer. 



Fol. 78 d. 



E reodemain, quanl ii errereot, 
Tôt autresi se devisèrent. 
Devant Chasel Meien revindrent, 
E se tendirent e se tindrent, 

10715 Et tels i ot s'en départirent 
Et a Jaffe s'en revertirent 
Por Tenui e por la poverle 
Qu il aveienl en Tost sofferte. 
Quant Salahadin sot de veir 

107^0 Que noz genz nul conseil aveir 
Ne porent fors d'aler ariere, 
Lors ol joie e fist bêle chiere, 
E fist chau pas ses briefs escrire, 
E prist meint messagier délivre; 

107^25 Si manda as Turs qui Tamouent 
Que ii crislien s'en alouent, 
E que tut erent a descorde 
E départi sanz point d'acorde; 
E qui voldreit de son aveir 

10730 Venist, se il en voleit aveir, 
En Jérusalem a soudées. 
Elh vos la tant genz assemblées. 
Que dedenz que dehors la vile , 
Ke esmë furent bien a vint mile, 

10735 Turs a cheval e bien arme, 
Estre cels de pië ki esmé 
Ne peussent de legier esire, 
Qui tuit saveient bien noslre estre, 
E ki mult bien le nos mustrerent 



10760 



Itimmmrimm Bi- 
emrii, VI, xi. 

Richard de- 
mande one tréte 
wn* Tobtenir. 



Si tost com noz genz relomerent 
Illoc ou noz genz surjornerenl. 

De jur en jur s'en revenouent 
Por le desheit e s'en partouent, 
10765 E a Jafle s'en retomouent. 

Que trop povre vie menouent; 
E quant Ii reis les vit retraire 
E qu'il ne poeit a chief traire 



De mener l'ost a droite voie, 
10750 E sur ço plus que vos diroie? 

Fors qu'il manda a Saffadin 

Qu'il parlast a Salahadin, 

E Ii feist par tens saveir 

Se ii poreit la triuue aveir 
10755 Qu'il lui offri as plains de Rames, 

Issi com nos le vos contâmes. 

Tant qu'il revenist de sa terre; 

Il l'ala al soldan requere : 

Mais il sot nostre retornee 
10760 De la premeraine jornee; 

Si ne Ii Volt solement onques 

Les triuues otrier idonques , 

S' Escalone n'iert abatue. 

Eth vos la novele esbatue 
10765 De si qu'au rei a l'ost ariere. 

Qui onc n'en fist semblant ne chiere, 

N'onques nés en veit escoltier; 

Einz comanda chau pas monter 

Que Templiers, que Hospitaliers. Fol. 79 a. 
10770 Ke autres trois cent chevaliers; 

Si comanda qu'il abatissent 

Le Daron, e que il feissent 

Prendre d'Escalone grant garde 

Que il n'en perdist par mesgarde. 
10775 Cil alerent e l'abatirent, 

E puis a l'ost s'en revertirent, 

E revint l'ost a Jafle ariere, 

Pesante e od pensive chiere, 

£ de Jafle a Acre erraument; 
10780 Mais mult remist a Jafle gent 

Seine e malade, après la rote. 

Qui puis i furent a grant dote. 

Eth vos a Acre revenue 

L'ost par la ou ele ert venue , 
10785 Mate e comfuse, un diemaine; 

Mais issi veit qui pechié maine. 



Riebaid («it 
détruire le Di- 
roB« forliicr 
Aacaloo H n- 
CoomeèAcrtpar 
Jaft (tajoHM 
ii9t). 



10717 Par, par — 10711 del aler — 1073a gent — 107&3 se retornouent — 107/15 reveDouent — 10766 
Qui, trop man^ — 10768 pot — 10754 Sil — 10756 corne — 10758 E ilala — 10766 Que — 10770 Kautres 
— 10779 quil — 10776 Quil — 10776 E numqui — 10779 * Acremaii^ — 1078s Que — 10785 dimaine 



289 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



290 



trdi, VI, xn. 

Saladia marcbe 
»ntre Jaflà. 



Fol. 79 6. 



ituttrarÛÊm Ri- 
trdi, VI, un. 

Attaque de 
iffa par Sala- 
in (to juillet). 



Si tost corne Salahadins 
E li sons frères Saffadins 
Seurent que nos nos départîmes 

10790 De Jaffe, si com vos deimes, 
E que nos nos en esloignames 
Od tel deshet com nos contâmes, 
Elh vos Tost semonse e banie 
Des fieres genz de paenie; 

10795 E ot bien donques li soldans 
A cel termine e a cel tans 
Turs a cheval plus de vint mile, 
E si ot Tamirail de Bile, 
Si i ot le filz le Hausasis, 

10800 E admiralz bien cent e sis, 
E gent de pië de la montaine, 
Tant qu'el covroit tote la plaine. 
Eth vos Tost tote descendue 
De Jérusalem et tendue 

io8o5 Es pleins de Rames ça aval; 
La veissiez meint bel cheval. 

Le demeinche, el jur meimes 
Que a Acre nus revenimes, 
Fud de Jaffe Tost atrovee 

10810 De la pacne gent desvee, 
E le lunsdi si assaillirent 



Dehors es jardins s'encontrerent, 
E tute jor les contresterent, 

1081 5 Si qu onques cel jor n'aprismerent 
Del chastel, tant les herdeierent. 
Ne Tendemain qui fud marsdi, 
Ne le tierc jor; mais le joesdi 
Fud la vile entur asiegiee, 

10890 E la gent dedenz trop gregiee; 
E fist drescier quatre perieres 
Salahadins forz e legieres 
E dous mangonels a jetler; 



E donc oissiez regreter 

10835 As cristiens dedenz la vile. 

Qui esteient plus de cinc mile. 
Que sain que malade gisant, 
Qui tut alouent regretant 
E diseient: trHal reis d*Engletere, 

io83o frQue es tu alez a Acre quere? 
ffCrislienté, com iés faillie I?) 
La veissiez gent assaillie 
A tel force e od tel emprise, 
E tant gent nafree e ocise, 

io835 E si hardiement deffendre 
E si tost monter e descendre 
Que suz ciel n*ad riens quil veist 
Qui trop grant pitië n'en preist. 
Les perieres tozjorz jetèrent^ 

108&0 E li mangonel ne finerent; 
Cil dedenz perieres aveient, 
Mais aidier ne s'en saveient. 



Fol. 79 c. 



Li Turc jetèrent a la porte 

Devers Jérusalem trop forte, 
108^5 Tant que li arc de sus chairent, 

Dont nostre gent mult s*esperdirent, 

E le mur a destre trencherent : 

Deus perches jus en trébuchèrent 

Le jur de vendresdi sanz faille. u niie eat 

io85o La veissiez dure bataille, [«o! * ' 

Quant li Turc en la vile entrèrent r 

Achamaillé illoques erent; 

Mais li Turc, qui tozjorz creissouent 

Des conroizqui de Tost issouent, 
io855 Crurent tant que il les perchierent, 

E que contre mont les chacierent 

Desqu'el Toron devant la tur. 

La veissiez hisdos atur 

Des malades qui se giseient 
10860 Par les maisons, qu'il ocieient, 



10787 com — 10788 £ sisfr. — 10790 si c dos to» — 10791 en numquê — 10799 come — 10796 donc 
— 10809 quele — 10807 dim^che — 10809 troaee — io8id sis encontrerent — io83& tant i ot 
gent nafre — io838 Que, grtnt manque — 10868 en manqué — io853 qui manque — io855 quil — 
108 56 qui 



>9 

awftmctia satioiau. 



291 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



S9S 



Dont il i ot maint bon martyr. 
La veissiez genz departyr 
E fuir s^en Yen la marine; 
E la cruel gent sarazine 

io8C5 Les maisons pristrent e pelfrerent, 
E tresloz les blez en portèrent 
E trestoz les vins espandirent. 
Li un le Thoron assaillirent 
Ou la gent Dampnedeu esteient, 

10870 Qui durement se defendeient; 
E li autre a la mer cunirent. 
As nefs, as barges ki la furent, 
Ou noz genz voleient vertir 
Por ds salver e guarantir. 

10875 La ot meint mort des dererains. 
La vit Tem Auberi de Rains, 
Fol. 79 d. Qui le chastel deveit guarder, 

Si vilainement coarder 
Qu'il îert entre en une barge 

10880 Por fuir s'en par la mer large, 
QuSnt li prodome Tescrierent 
Tant que ariere ie retomerent, 
£ mistrent a force el Thoron, 
E tant qu'il dist : «Ici muron 

I o885 ir Por Deu , quant autre ne puet estre. y* 
LechAtcMf^ Tut eutur els, destre e senestrc. 

Au pië dd Thoron assailleient 
Tant Turc que il ne se saveient 
De la quel partie défendre. 

10890 La veisaîez pilez descendre 

E chaoîr plus menu que gresle; 
Pié a pië erent melle pelle. 
Tote jor dura Teschcrmie, 
Mais noz genz ne durassent mie 

10896 As granz assalz ne a la grant charge, 
Si Deus n'eust le patriarche 
Novel feit feit illoc remaindre. 



Qui por mûrir ne se veit faindre 
De cela sauver qui illoc esteient 

10900 Qui a la mort se eomhateient; 
Einz manda a Salahadin, 
Au iai^e,au vaillant Saraân, 
E Saffadin qu'il l'en preiast. 
Que une triuue lor otreiast 

10905 Seulement desqu'a l'endemain; 
E il pemeit la chose en main, 
S'il n'aveient veu einz none 
Ou genz d'Acre ou genz d'Escalone 
Ou del rei Richart d'Engletere 

10910 Qu'il aveient en veië quere, 
K'il metreit son cors en ostage 
E autres genz de grant parage 
A mètre en fers ou en liens 
Que chescon d'icek cristiens 

10915 Qui el Thoron se combateient 
A Salahadin paereient 
Dis besauz d'or deu tensemeat^ 
E les femes tut ensement 
Chescone doreit cinc besanz, 

10930 E trois por les petiz «nfimz. 
Issi com il le demanda 
Et Salahadins comanda 
Qu'il fust afié e tenu. 
Eth vos le messagier venn , 

10990 Eth vos la triuue graantee 
Ë la chose issi arestee: 
As Turs deus ostages livrèrent, 
Ki od le patriarche alerent: 
Ço fud Auberiz e Tiebauz 

10980 De Treies, qui iert preoz e bauz, 
Un serjant le conte Henri, 
Qui le son peire aveit nurri , 
E d'autres en i pot avoir 
Dont jo ne poi les nous savoir. 



Fol. 80 a. 



10861 ot manqvê'^ 1086/i croele — 10876 de deraim — 10876 «abri— 10881 11 Mènerait io898 quil 

— ' 10889 Itqucle— 10894 ne demorMBenl— 1 0896 ne «1 (pr. — 10897 ^ '^cond feii tiumfm ^ lùg9^ veu 
wumqnê — 10908 le aecond gent iinpi^ — 10917 denteotement — 10996 gnntee — 10999 
10930 treis — 10989 le manque 



295 



UESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



296 



Si qu'il furent illoc assis : 
Ço estoii le filz al Hausasis, 

iioi5 Qui ert entre Arsur e Cesaire. 

Devers la mer d'un vent contraire 
Noz autres genz sunt destorbees, 
E li rois e ces des gualees, 
Si que de Ireis jorz ne se murent 

tooao De soz Chaiphas ou il jurent, 
E que li reis diseit : «r Merci, 
r Deu I por quoi me tenez ici ? 
ff Ja vois je en vostre serviseliî 
Mais Dampnedeus par sa franchise 

11035 Lor envoia un vent de boire, 
Qui le mena o tôt s*estoire 
Al port de Jafle al vendresdi 
Tart e par nuit; le samedi 
Fust la triuue a none faillie, 

iio3o E la gent morte e malbaillie 
E a mort e a doel livrée, 
Si Deu ne Teust délivrée 
Par le rei issi failement 
Com nos vos conterons briefmenl. 

iio35 Le preuz rois e ses genz menbrees 
Orent geu en lor gualees 
Tote la nuit del samedi 



S'arma e ses genz ensement. 
Il 060 Or si orez deu tensement, 
Come la vile estoit tensee 
De traison e porparlee. 
Que li Turc orent porpensé 
Vers cels qui s'estoient tensë 
110&5 Por les besanz que il pramistreni. 
A paier le matin les mistrent, 
Fol. 81a. E si paioient ja al main. 



Et li Sarazin tôt de plain, 
Ensi come cil les paioient, 

iio5o Et il les testes lor trenchoienl. 
Si quidoient ovrer molt bien ; 
Mais honie soit foi de chien ! 
Ja en avoient set tuez 
E en une fosse estroez, 

iio55 Quant cil del Thoron s'aperçurent; 
Si contèrent cil qui la furent 
Que illoc veissiez dolz ator. 
Sus el Thoron devant la tur. 
De la peor que cil avoient 

11060 Qui a la mort jugië estoient; 
La veissiez tanz genz plorer, 
E meire a genoilz e orer 
Faire conf&s e copes batre, 
E cil dehors dedenz abatre 

iio65 En la presse grant de la gent 
Por morir dererainement : 
Quar toie rien, quant mort la chace, 
Quiert un poi de tens e d'espace. 
Ja atendoient lor martire : 

11070 Si pouns bien por verte dire 
Que illoc ot tels lermes plorees 
Que a Deu erent savorees; 
Car els venoient de destresce 
De mort e de la parfondesce 

11075 De lur cuer, que a lui tendoient. 
Ensi com il mort atendoient. 
Et il n'i avoit nule atente 
Fors de morir a lor entente, 
Eht vos li Turc qui aperçurent 

11080 Les gualees qui el port furent: 
Le rivage tôt contre val 
Vinrent a pië e a cheval, 



m- 

[, VI , XT. 

Richard déliTre 
le châtera et U 
▼iUe de JaSk 
(t*'aodt it9t). 



iioi5 e. asur e « cesaire — 11016 mer uns venx — 11017 Ou noi — 11018 E manfU9 — 11097 le v. 
— iioag Fu — iioAo Ore — iio4i Com — iio43 poipensee — 11066 tensee — iio45 qui! pre- 
mistrent — 11066 A lor paine I. — 11067 ja a fin — 11069 com, les man^ê — iio59 boni — iio55 cil 
manque — 11066 derainement — 11068 de tens e manqué — 11070 vente — 11071 or^nt tdes — 
11079 orent — 11073 eles — 11075 qua — 11076 mort moii^tf* — 11077 forsdatente — 11078 de lor e. 
•—11089 Vint 



297 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



298 



Fol. 81 b. Que la marine en fu si plaine 

Que il i porent a grant paine. 

iio85 Roeles avoient e larges, 

E traoient desi qu'as barges 
E tresqu as galees le roi. 
La veissiez tant fier desroi 
De cels qui a cheval estoient, 

11090 Qui dedenz la mer s'enbatoient 
E traoient a estriver 
Que il ne peusseut ariver, 
E li preus Richarz, ço me semble, 
Toz ses veissels atrait ensemble 

11095 Por parler a sa compaignie. 
Lors dist a sa chevalerie : 
(T Gentilz ehevaler, que feroms ? 
frirom nos ou ariveroms, 
(rOu coment le porom nos faire ?7> 

11100 Si fu donc itele l'affaire 

Qu il ot d'itels qui respondireut 
Que a lor avis entendirent 
Que nient n'estoit de Tenprendre 
De Tariver ne del port prendre; 

1 1 io5 Car tuit quidouent sanz devise 
La gent del chastel fust ocise. 
Endementers qu'il enqueroient 
Saveir mon s'il ariveroient, 
Eth vos que li rois d'Engletere 

11110 Vit saillir en mer de la terre 
Un provoire messe chantant 
Qui vint al roi toi droit noant, 
Quil recoilli en sa gualee. 
Cil li dist : tr Gentilz rois, alee 

1 1 1 1 5 «r Est la gent que vos atent ci , 
trSe Deus e vos n'en ait merci. ?> 
Fol. Sic. ^ ÇomentfT) dist li rois, tt biaus amis? 

(tVit en mes nul? ou sunt il mis??) 
(tSire, oil : devant celé tor 



1 1 1 ao « Atendent lor mort tôt entor. ■» 

Si tost com li rois entendi 

Que si estoit, plus n'atendi; 

Lors dist : (r Deus nos fist ça venir 

ffPor soffrir mort e sostenir; 
11135 (tE quant morir nos i covient, 

frHoniz soit qui ore n'en vient lu 

Lors fist traire avant ses galees; 

Ses jambes totes désarmées, 

Sailli des ci qu'a la çainture 
iiiSo En mer sa bone aventure, 

E vint a force a tere sesche 

Secont ou prims, ço fu sa teche. 

Giefroi del Bois e de Prefafs 

Pierre, li preu e li reaus, 
iii35 E tuit li autre après saillirent. 

As Turs vindrent, sis assaillirent. 

Dont la marine en esteit plaine; 

E li fM*euz reis sis cors demaine 

Les ocioit s'arbaleste, 
iii&o E sa preuz gent hardie e preste 

Par les rivages les sivoient. 

Li Turc devant lui s'en fuioient, 

Qu'il n'i osoient aprisroier; 

Et il mist main al brant d'acier, 
iii/i5 Si lor curut en corant sore, 

E les hasta si a celé bore 

Qu'il n'orent leissir d'els défendre, 

Ne ne l'osèrent plus atendre 

Ne sa compagnie esprovee, 
iii5o Quis fereit come gent desvee. 

Tant les ferirent e hasterent 

Que la marine délivrèrent 

Des Turs e que toz hors les mistrent. Fol. 81 d. 

E donques après ço si pristrent 
iii55 Toneals e fuz e planches larges 

E vielz galees e vielz barges. 



1108& ifnanqw — iiogS E li preai rois — 11099 nos manque — 11100 itel — iiios atendirent — 
itii5 Est nuauptê — iii95 E manque — iii3o et sa boue — iii39 ou premiers — iiiSS e manque 
— 11137 en ert p. — 11139 ouec sarbleste — iiià8 Ne len 0. — 11169 compaigne — ]ii5o com --• 
iii5i hastirent — iii53 que manque — iii5Â çommm^ 



299 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



300 



Sin estoperent la marine 
Entr*el8 e la gent saraiine; 
E i mist li rois chevalers 

1 M 60 E serjanz e arbalesters 

Qai as Sarazins paletoient; 
E il braoient e huoient 
E s'en partoient a enrii. 
Puis monta li rois une viz 

1 1 165 Qui Teit en Tostel as Templiers : 
Illoc entra il tôt premier» 
E se mist a force en la vile, 
E trora bien plus de treis mile 
Saracins qui tôt eissilloient 

11170 Le efaastel etot en portoient; 
E li plus hardiz rois del mont, 
Ricbarz, des qu'il fu sus a mont, 
Fist ses banieres desploier, 
E les fist a mont entoier 

11175 As cristiens tant qu'il les virent; 
E si tost com il les choisirent, 
cr Saint sépulcre In tait escrierent, 
Lor armes pristrent, si s'armèrent, 
E si ne demorerent mie. 

1 1 180 Eht vos l'ost paiene estormie 

Quant il Tirent not gent descendre : 
La Teissez tanz Turs estendre. 
Que li rois a tere estendoiti 
Nus a son eop ne l'atendoit 

iii85 Que sa vie n'en fost alee. 
Eth vos nostre gent avalée 
Fol. 89 a. Tôt contre val par mi les nies. 

Le veisBÎei gent confutidiiea 
El oeises e deirenchiees; 

iit^o La fvrent les plaies vengées 
Des malades que il tro^rent 
Dedena la vile, qu'il tuèrent, 
Qui ne se pooient movoir. 



La veissiez genz aplovoir 

1 1 195 E Sarazins litrer a honte. 

Que vos feroie jo long conte? 
Fors que tant com en aconsuirent 
De cels qui en la vile furent, 
Qui a lens eissir ne se porent, 

1 1900 Que cela erralment tuë orent. 
Eth vos la vile délivrée 
Et gent a grant honte livrée. 
Li rois après els s'en eissi , 
Que le jor en ot feit ensi, 

ii9o5 E n'a voit lorsque treis che vais; 
Qu'onques neis en Roneevals 
Nus hom ne joefnes n'anciens 
Ne Sarazins ne cristiens 
Ne se contint a sa manière; 

1 1910 Car quant lors virent sa baniere, 
Si frémirent destre e senestre. 
La ne volsist nul coart estre, 
Que Deu ne fist ne neif ne pluie, 
Quant ele cbet tant qu'ele henuie, 

ii9i5 Qui chiece plus espesement 
Que pilet plus menuement 
E quarel illuc ne pleusent, 
E que plus entr'els n'en eussent. 
Eth vos ta Dovele aportee 

11990 A Salebadin e contée 

Que sa gent si ert assaillie; 
E i), la persone failKe , 
Qui estoil plus irez que lens. 
Dut estre de peur fevreos ; 

11995 Si n'osa iHoc plus atendre, 

Aînz fist ses paveillons destendre 
E ses tries sus es plains ariere; 
E li rois e sa preuz gent fiere 
Tant les sivirenl e chacerent 

1 1 93o E ferirent e enchaucerent 




Fol. Sa 6. 



11160 «rbletters — 11169 ^' — ^^'77 ^^ mmufm — inSt tHiz mimqm — iiiSft Qae tons — 
tiiëf oeises e-— 11191 quil — i>«97 com coowirMit^-^iiiOo taé«MMf«e — titoâ en M— 11*07 Nos, 
ne fMNfw — ii9f6 Qae It pilet -« 11990 B st^bidint-^ iiiif ta mmifÊe — ^ 1199a Dewt, feUtefoui — 
11997 ^ "lon^ — 11998 preude — ii9do ei 



r 301 L'KSTOIRE DE LA 


GUERRE SAINTE. a02 


^H 


As arbalestiers qui» Teroient, 


Ce fu un jor d'nn samedi. 




Qui lor cbevals ior ocioienl. 


Selonc l'esloire que jo di, 


"il Md.'n^ 1 


E tant encliaucerent e tresireut 


Que la vile fu recovree 


lu» Knl nUléf ^M 


Que deus grani liuues Be retrestrenl ; 


1 U70 E des Saraïins délivrée. 


><>i«il éfoit*-- ^M 


1 1 135 E II rois se list sempres tendre 


Que merveille» i orenl l'aites 


■ 


1 La ou Salcihadins a(endr« 


E qui loijnrE seront retraites. 


^M 




Car il oreot Jaiïe reprise. 


^^^^Ê 


1' La se tendi Bîclian li maines. 


E la gent cresLiene ocise 


^^^^M 


\. Quant cele jornee Tu iail« 


11273 Malade qu'il orent irovee; 


^^^^M 


i n'j'.û E l'oBt des Tores se fu relraite, 


Si fu la vérité provee 


^^^^M 


l L'ost iert honîe e vergondee 
Que gent de ]iié l'ont reusee, 


Qu'en la vile tanz pors Iroverent, 


^^^^M 


Que il ocisireol a tuèrent. 


^^^^M 


Que si petit d'eforz avoient 


Que ço fu une enfmili; 


^^^^1 


Contre Uni Tmcs com il esloient. 


1 laSo E ço est sen de vérité 


^^^^^1 


in^ô Fors lanl que Deus i ot main mise, 


Que char de pore il ne manjuent, 


^^^H 


Que sa gent ne fust pas malmiBe. 


b) por ço volentiers les luent : 


^^^^H 


Este» vos <,ue Saleliadins 


Ne heeut plus rien lerrieue. 


^^^^^1 


PisI apder se^^ Saraizins 


Ei despit de fei cristiene ; 


^^^^1 


E les Turcs de plus haut ostace. 


iiï85 Si avoient mise mellei 


^^^^1 


iiaSo Si lor demande :trQui vos ctace? 


La gent e les pors lez a lei; 


^^^^1 


I> (tEsl donc i'ûsl d'Acre reloraee 


Mais li crislion les cors pristrent. 


^^^^H 


r-Que si a ma gentatornee? 


Cii qui por Deu s'en entreaùstrent , 


^^^^H 


tSudI if a pié ou a cheval 


Les cristiens tôt enlererent 


^^^^^1 


1 " Cil qui venoient contre lal î « 




^^^H 


r 11355 Tant c'un traîtres quii snvoil. 


Qu'au samedi ocis avoient 


^^^^^1 


Ë qui le roi veu avoit : 


Ovec les pors, qui tant puoient 


^^^H 


Fol. Sa c. "Sire, chevalcheure nule 


Qu'il ne pooient endurer. 


^^^^^1 


"Font ilod els, cheval ne mule, 


Elh vos que li rois QsL ovrer 


Sa ^^H^l 


tFors que li rois, Il bon vassals. 


11195 Le diemainee le lundi 


IUttrmm-Ri- ^M 


ii»6o itTrova en Jaffe treis chefals : 


AlmurdeJaiTeeiemarsdi, 


~1L !!ùr!'"'= ^ 


\ s Itanl i a e puet avoir 


La ou le virent depecîé. 


HB, «ni rip.- ■ 


) "E neient plus por nui avoir; 


Tant que auqties l'orent redrescié. 


■*■ 


itE s'il icrt quil volsist enprendre. 


Come sanz chaiz e sauz mortier. 




• L'on poroit lui e son cors prendre. 


ii3oD A défendre s'en fustmesUer; 




mq65 rrË sans guairesi mètre entente. 


Mais l'ost iert par dehors es tentes 




«Que il gist Ut sels en sa tente-n 


Ou plus orent de graiu atentes. 




ii33i arblcalier» — i laSS Ptaimcs — iiiSQiceif? 


— iiaioBert— iia&i iert mançu» — iiiÙ.lpetii 






— i.9Û7Elh— Ma5.Eth — i.!iS* qui »««(•.— 




ti9â7 S. iwlal OKilDemule— iisb% cboiiilier m^m 


ue — 11*66 Qiij g. — 11168 di d — 11973 priw 






«tuoMnl— na85Simartîiu — llî88enl«m^nH~ 




. iiagSdimaine — iiagG As murs, mecreHii — iia^i 


J Coui — 1 i3oi M, iwt - 1 t3o)i graut 


^ 



303 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



30& 



m- 

K,VI,m. 
LesTurctpro» 
jettent de inr- ii3o5 
prendre Richard 
dans M tente. 



1 l3lO 



ll3l5 



/n'jMrertWN K- 
ernrH, VI, u. 

Henri de 
Champagne ar- uSao 
rire de Césarëe 
h Jafb. 



1 1335 



ii33o 



Fol. 83 a. 



11335 



Li Mamelon Salehadin, 
Cil de Halape e li Cordin, 
La le{jiere bachelerie 
De la paiene geut haie, 
A un parlement s'asemblerent, 
E distrent tuit que honiz erent 
Que por tant gent guerpi avoienl 
Jaffe corne )i nostrc estoient, 
E qu'il n*avoient nul cheval. 
Co distrent a mont e a val 
Enir'els tant qu'il s'entrcfierent 
E tant que illoc se vantèrent 
Qu'en sa tente le roi prendroient 
E que a Saleadin le menroient, 
E fu Tovre ensi affiee. 

Eth vos que en une gualee 
Vint li cuens Henris de Champaine 
De Cesaire, il e sa compaigne. 
L'ost ert a Cesaire venue, 
E s'iert mal gré suen détenue 
Por les Sarazins qui guardouent 
Les flums e qui les pas guaitoient, 
Si que li rois secors ne aie 
N'ot de tote lor compaignie 
Fors seul de son neveu le conte. 
Onques n'i pot avoir par conte, 
A trespasscr la fort jornee 
Que hom li avoit alornoe, 
Fors que tant seulement cinquante 
Chevalers ou al plus seisantc, 
E serjanz e arbalestiers 
Preuz e seurs de lor mestiers, 
E gent de Genve e gent de Pise 
Qui por Deu s'ert illoc promise» 
E autre genz entre deus mile; 
Ne illoc puis que rescust la vile, 
Ne pot aveir quinze chevals 



ii3/io 'Assemblez entre bons e mais. 
Dont il ot puis si grant sofraite 
Que sa gent fust perie et fraite 
Se Deu ne Teust guaranlie 
Des Turs e de lor aatie. 

1 i3/i5 Ore orez une grant merveille, 
Dont tôt li mondes s'esmerveille, 
Que nostre gent fust tote prise, 
Le mecresdi, par celé emprise 
Que cil durent prendre le roi, 

]i35o Si Deu n'en eust pris conroi. 
La nuit, a bore de matines 
Montèrent les genz sarazines, 
Si conreerent lor batailles, 
E puis lacierent lor ventailles 

1 1355 E chevalcberent a la lune. 
Iloques fist Dampnedeus une 
De ses glorioses bontés, 
E bien doit estre recontez 
Quant il fait une bêle ovraine. 

ii3Go Estes les vos a val la plaine, 
Chevalchant tut sereement; 
E Dampnedeus nomeement 
Leva entr'els unes tençons 
Des Cordins e des Mamelons, 

ii365 Saveir mon li quels descendroient 
A pië e noz genz atendroient 
Qu'il ne peussent reverUr 
Al chastel por els guarantir. 
Cbescons disoit : (rVos descendroiz, 

11370 ff Mes vos. li «f Mes vos. y» «r Mes vos , c'est 

[droiz; 
frNos devon mielz estre a cheval.^ 
E vindrent tençant contre val, 
E tant dura l'estrif illoques 
Des uns et des autres ovecques 

11375 Qu'il orent le cler jor veu, 




FoL 83 h. 



ii3o9 tant de gent — ii3io com — ii3i3-ii3i& interverti» — ii3i& E maMjne, nutntereot — 
ii3i8quen — iiSaa seucn — ii3a9 forte — iid3i tant man^ — 1 1333 arblasliers — iid35genato 
de pise — 1 1337 genz bien entre — j i338 par quoi r. — 1 1339 P^^^ — ^ ^^^o Assembler — wZhZ dea 
nen e. — ii3/i5 la gr. — 113/17 g. ne fui t. — iid66 tendroient 



305 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



306 



Si corne Deus lot porveu ; 
E ii rois dormolt en sa tente. 
Oiez belc aventure e gente 
D'un Genevois qui s'iert levez 

ii38o E ert a la berue alez 

Tôt droit al point de Tenjorner. 
Si com il voloit retomer, 
Si oi les Turs qui venoieni 
E vit les hiaumes qui lusoient, 

11385 Si corne son chief abeissa ; 
Onquëb puis sa voiz ne cessa 
De crier que noz genz s'armassent 
E que tuit a armes alassent; 
E li rois del cri s'esveilla , 

iiBgo Qui le jor puis mult traveilla. 
De son lit sailli sus en piez 
E vesti, si com jo suspiez, 
Un blanc bauberc fort e tenant; 
Si comanda de mantenant 

1 1395 Ses compaignons a esveillier; 
Si ne fait pas a merveillier 
Se de si faite suzpresture 
Ot illoques contrepresture 
A els vestir e a armer; 

1 1/100 Car jo vos puis bien afermer 
Quil furent si hasté illoques, 
Le roi e assez autre oveques, 
Que jambes désarmées nues 
Fol. 83 c. E descovertes fors des nues, 

iiâo5 E tels i ot tôt nuz sanz braies, 
Qui i orent assauz e plaies, 
Se combatirent a jornee ; 
Sis greva plus qu'autre rien née. 
Si corne nostre gent s'armoient, 

11610 E li Sarazin apresmoient. 

Eth vos que li rois fu montez, 
E n ot li d'omes contez 



idMTWNNM ro> 

rH, VI, xui. 

Combtts. Bi- 

oiu d« Richard 

d« set comp«- 

lOOt. 



Fors dis a cbeval seulement; 

Si dit Testoire finement 
11 Al 5 Que li quens Henris de Champaigne 

Fu a cbeval e sa compaigne; 

Si i fu li quens de Leicestrê, 

Roberz, qui bien i deveit estre; 

E Bertelmeu de Mortemer 
iiAao Fu a cheval, al men esmer; 

Si i fu de Mallion Raols, 

Qui onc ne fu d'armes saols; 

Si i fu de Cbavigni Andreus, 

Qui fort e preu fu a estreus ; 
ii/iâ5 Si i fu Girard de Fornival 

Oveques le roi a cheval; 

Si i fu Rogiers de Saci , 

Qui sist en un povre ronci; 

Si i fu Guillames de l'Estanc, 
ii/i3o Qui ot un cheval trop estanc; 

Si i fu Hue de Noefvile, 

Un ardi serjant e nobile. 

Henri le Tyois el conroi 

Portoit la baniere le roi. 
11 635 Eth vos nostre gent conreee 

Contre l'ost cruel desreee , 

E par batailles establie , 

Chescone a sa conestablie. 

Li cbevalers sor la marine 
1 16/10 Furent por la gent sarazine 

Vers Saint Nicbolas sor senestre : 

lUoques lor convenoit estre 

Quar li plus des Turs se traioient 

E taburoienl e braioient; 
tihtib E par devant lor cortillages 

Ot mis genz de plusors lignages : 

Laot Pisanz e Geneveis; 

Si ne seroit dit eneveis 

Ne recontë les envaies 



Fol. 83 d. 



ii38o beni — ii385 com — iiSgg a manpu — 11/^09 autres — nàoS d. e nues — 11606 ven répété 
ioMÎemt, — 11608 Si — 11 609 com — 11619 Eimm^ — 11699 onques — 11696 Ooec — 11697 sacie 
— 11698 roncie — 11 63o trop numque — 1 1 635 com'ee — 1 1 636 cniele e desree — 11 660 Furen 



90 



nriniEBIt lATIOHAil. 



307 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



308 



1 1 65o Que il oreni des geni haies. 
Li Turc comencerent a traire, 
A huer, a crier, a braire; 
La Teissiez merveilles dreites 
E noz bones genz mull destreites : 

11^55 A geneiilons s*agenoillerent, 
E targes e escuz drescierent 
Devant els, en lor mains lor glaives; 
E li rois qui d*armes ert saives 
Fist desoz les targes mucier 

ii/ir)o Entre deus un arbaleslier 
E un home qui li lendoit 
S'arbalesie, e il li rendoit 
Quant il lali avoit tendue : 
Par ço fu Tost mult défendue. 

11 665 Ensi s'estoient arestë. 

Or ne doit pas estre doté 
Que cil qui en tel plait estoient 
Contre tanz Turs corne veoient 
N'eussent peor de lor testes; 

1 1/170 Si fu si voir corn vos ci estes 
Que li rois ala reerchant 
Les chevalers e preeschant , 
E Johans de Preals ovecques 
Lor aloit sermonantiloques, 

11/175 E disoieut: trOre i parra, 

rr Tant corne Deus son cors guarra, 
(T Qui se penera de bien faire, 
ft Qu'ore n'i a mes autre affaire 
tr Fors de noz cors richement vendre 
Fol. 8/i a. 11680 (tË de nostre martire étendre, 

«t Quant Deus le nos a envoie. 
'tOr sûmes nos droit avoié, 
«r Quant il par sa bonté meismes 
T Nos doue ço que nos queimes. 

ii/i85 rCi gisent noz droites soudées.^ 



Eth vos les batailles fermées 
E les conreiz des Turs venir, 
E nostre gent tozjorz tenir 
Lor jambes el sablon fichées, 

11/190 Totesles laoces esloignees, 
E apresté de recevoir. 
Eth vos les batailles movoir 
De la fause gent sarazine 
tel freinte e od tel ravine 

1 1695 Que si nostre gent se meussenl. 
Que tôt trespereiez les eussent, 
Ë avoit bien, que jo n'i faille, 
Mil Turs en chescone bataille; 
E quant a meismes d*els furent 

1 1000 Et il virent qu'il ne se murent, 

Res a res d'els en sus guenchirent; 
E arbalestiers destendirent, 
Que li Turc n*oserent étendre; 
Et il les faisoient estendre: 

1 1 5o5 Es cors e es chevals feroient; 
E les esehieles revenoient 
' E autre foiz les reproçoient 
E flatisoient e tornoient, 
E plusors foiz ensi le firent. 

1 1 5io E quant li rois e sa gent virent 
Cels qui tant a cheval estoient 
E que autrement ne feroient. 
Les fers des glaives abeissiez, 
S'i feri chescons esleissiez 

1 i5i5 Enz en mi liu de la grant presse 
De le mescreant gent adverse, 
E si durement assemblèrent 
Que trestat li conroi tremblèrent 
Desi que a la tierce guarde. 

ii5ao Estes vos que li rois reguarde, 
Si vit cheoir illoc sor destre 



Fol. 86 b. 



1 i65o Quil — 1 1 659 cr. c a — 1 1656 mull manque — 1 1655 Ë a — 1 1660 deus e deus un arblastier 

— 11661 que li — 11663 Sableste, li manque — 11 663 la manque — 11666 Ore — 11668 com — 
11^79 prescbant — 11676 com — 11689 Ore — ii488 détenir — 11690 £ totes — 11A91 reuoir 

— 11699 seft b. — 11695 g. ne m. — 11697 anoient — ii5o9 arblastiera — 1 i5i5 lin mon^iM — is5t6 
ineacrcanle — 1 1 5i 9 qiia — 1 1 Si Eth voe 



« . 



309 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



310 



Fol. 86 e. 



Le preu conte de Leicestre, 
Qui del cheval ert abatuz 
Es'estoit très bien combatuz, 

1 iGaf) Quant H preuz reis Tala rescore. 
La veissiez lanz Turs acorre 
Droit a la baniere al lion I 
Eth vos Baolâ de Mallion 
Que H Turc en inenoient pris; 

1 i53o E li rois son cheval de pris 
Fiert des espérons es costez 
Tant quil fn de lor mains estez. 
En la presse iert li rois puissanz 
Contre les Turs e les Persanz; 

1 1535 Onques mes'om fieble ne forz 
Ne fist en un jor tel eflbrz : 
Car es Turs s*enbatoit dedenz, 
E les fendoit desi qu'as deuz, 
E tantes foiz s'i embati 

ii5ào E a tanz cops s'en abati 
E tant de ferir se greva 
Que le cuir de ses mains creva. 
Eth vos un Sarazin poignant, 
E des autres Turs esloignant 

1 i5/i5 Sor un destrier corant e rade : 
C'ert li preuz Saffadin d'Arcade, 
Cil qui fesoit les granz proesces 
E les bontez e les largesces; 
Cil vint poignant, si com jo dis, 

ii55o tôt deus chevals arabis 

Qu il tramist al rei d'Engletere; 
Si lui fist proier e requerre 
Por ses proesces qu'il savoit 
E por hardement qu'il avoit 

] 1 555 Que par tel covent i montast, 
Si Deu d'illoques l'en jetast 
E sain e sauf, qu'il le veist, 
Que aucon gueredon l'en feist : 
Puis en ot il riches loîers; 



1 i56o E li rois les prist volenters, 
E dist encor meint autretel 
De son enemi plus mortel 
En prendroit il s'il en venoit 
A tel besoing com il avoit 

1 1565 Eth vos la bataille creue : 
Onques tele ne fud veue; 
Tote la terre esteit coverte 
Des pilez a la gent coiverte. 
Que il coillouent a braciees. 

1 1 570 La veissiez tant genz blesciees 
Que li galiot s'en fuirent 
Es gualees dont il cissirent : 
Qui en tel point fuit molt s avile. 
Eth vos le cri devers la vile 

11575 Que li Turc ia plain se metoient, 
Qui noi genz sozprendre voloient 
E par devant e par deriere; 
E li preuz rois od sa baniere 
I vint sei tierz de chevaliers 



ii58o 



E si tost com il i entra , 
En mi une voie encontra 
Trois Turs de mult riche hemois, 
E il les feri corne rois 

11 585 E encontra si durement 
Que il guaigna eraument 
Deus chevals e les Turs ocist, 
E les autres a force mist 
Hors de la vile, e passa lor, 

11590 E fist estoper des qu'en l'or 
La porte par ont il entroient, 
E mist gardes qui la gardoient. 
Eth le vos tôt droit as galees 
Ou ses genz s'en erent alees 

1 1 595 Par grant peor e par destresce ; 
E Richarz, le filz de proesce, 
Les raloit toz encoragier, 



/iMflwillMi?!- 

em^, VI , izni. 

Victoire 001»' 
plète de Richard. 

Fol. 8/1 d. 



11 535 orne — ii5à6carcade — 115^7 le — ii555 par telmmu^ — 1 1 556 dilloc ne len — 1 1558 gue- 
redon ne len — ii56i encore — 11 563 venoient — ii56& aaoient — 11569 Q^ — 11570 tantes — 
11573 malt fauile — 11576 Que, noi manque — ii586 Quil — 11589 pwMst — 11693 les — 1-1596 Ricbas 



90. 



311 



CESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



312 



E refis! a terre nagier, 

E les remis! !o! en comune, 

11600 Si qu'il ne remis! en chescune 
Des galees que cinc sans plus, 
E s'en revint od le surplus 
A Tosl, qui n^er! poin! reposée, 
E lors fis! il la poinle osée : 

ii6o5 Onques mes !ele ne fu fai!e. 

Que il poins! en la gen! forfaite 
Tan! en parfon! qu il le covrirent, 
Si que nul de ses genz nel virent, 
Si que por poi qu'il n'i aleren!, 

11610 E qu'il ne se desconreeren!; 
Sis eussoms tres!oz perduz : 
Mais li reis nier! poin! esperduz, 
Ainz feri avan! e! ariere. 
Qu'il fesoi! ilioc !el chariere 

11 61 5 D'une espee que il tenoi! 

Que en quel liu qu'ele venoi!. 
Fus! en cors ou fus! en cheval, 
Qu'il delrenchoit tôt contre val. 
La fist il le cop, ço me semble, 

1 1690 Del braz e de la !es!e ensemble 
D'un admirad armé de fer 
Qu'il envoia droi! a enfer; 
E par cel cop que li Turc virent 
Si large place puis li firent 

11699 Qu'il revint, merci Deu, sanz perte; 
Mais sa persone ier! si cover!e, 
Son cheval e ses covedures, 
Des sae!es as genz oscures 
Qu'il orent trait a entençon 

ii63o Qu'il resembloit un heriçon. 
Foi. H5 a. Ensi se vint de la bataille. 

Qui dura tote jor a taille 
Del matin jusqu'à l'avespree. 



Si cruel e si destempree 

11 635 Que si Deus n'eus! sustenue 
Noslre gent, mar i fus! venue; 
Voiremen! i fu, ço veimes, 
Qaan! onques orne n'i perdîmes 
Cel jor qu'un ou deus seulemen!, 

116&0 E il perdiren! eralmen! 

Plus de dis e cinc cen! chevals, 
Qui gisoien! par mons, par vais, 
E plus de set cent Turs oveques. 
Qui toz gisoien! mor! illoques; 

11665 Ne por toi cel lor gran! desroi 
N'en meneren! il pas le roi, 
Qui par devan! lôr genz haies 
0! fei! ses granz chevaleries. 
Si que !res!ui! s'en esbahirenl 

i i65o De ses granz proesces qu'il virent. 
E de tels qui lui estoient 
Qui desqu'a la mort se me!oient 

QuantDampnedeusparsa franchise 
Ot espemié en itel guise 

11 655 Le roi e la gent cristiene 

Del pueple e de la gen! paiene, 
E l'os! se fu ariere !rai!e. 
Une parole fu retraite 
Que li soldans Salehadins 

1 1660 Demanda a ses Sarazins 

Par rampone de lor desroi : 
frOu suntcil qui on! pris le roi? 
«rOu es! cil qui le m'en ameine?i» 
Un Turs d'une !erre loin!aine 

11 665 Li dis! : trSire, jol vos dirai, 
tr Si que de rien n'en men!irai. 
trOnc mes !el om ne fu veux, 
frSi preuz ne si aperceuz, 
(tNe qui mielz sei! d'armes provez : 




Foi. 85 h. 



ii6o'j lores — 11606 Quil — 11609 Si manque, qui ni — 11610 ne manque — 11619 li nàs wianqme 
— 11 61 5 quil — 11616 Quen — 11617 ^ ^^o"^ (usi manque — ii6ii3 icel — 11 634 le eeeond à manque — 
11635 nel euftl — 11 636 i manque — J1637 deimes — 11639 fon unoa d. — 116A9 mont — ii6&5 cel 
manque — 11666 Ne m. — 11668 gruu manque — 11660 Manda — ii663 en manque — 11667 
Onques, ome — 11669 qui manque 



313 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



3U 



'i««r«nitM Ai- 
K, VI, HT. 



Maladie 
hart). 



de 



1 1670 (t A toz les besoins iert trovez; 
(tE mult nus nus eniremeîmes 
(tE assez granz cops i meismes; 
irMais onques nel poeismes prendre, 
(rCar nus ne Tose a cop atendre, 

1 1675 trTaut est hardiz e maniables.?) 
Segnor, nel tenez mie a fables 
Que li Turc bien nel coneusent 
E que illoc pris ne l'eussent, 
Ne fust Deus e ses granz visteces, 

11680 Que il fist la tantes proesces 
E tant soffri le jor illoques, 
E li autre prodome ovecques, 
Qu'il chairenlt en maladie 
Près de la gent que Deus maudie, 

11 685 Que del fes de celé besoigne, 
Que des puors de la charoine 
Dont la vile ert si t^orompue 
E lor nature si rompue 
Por un poi que tuit n'i munirent, 

11690 E li rois e cil qui i furent. 
lUoques ou li rois estoit 
Malades, e lui mesestoit, 
La li manda Salehadins 
Qu'entre lui e ses Sarazius 

i 1695 L'iroient la ou il ert prendre, 
S*il les osoit illoc atendre; 
E li rois li manda anoire. 
Se ço peust savoir e croire, 
Que il illoques Tatendroit, 

11700 E que ilja en nul endroit, 
Tant com peust sor piez ester 
Ne sor ses genoilz arester, 
Ne lui fuireit plein pië de terre : 
Ë ensi ert prise la guerre, 
Fol. 85 e. 11705 E Deus savoit bien Taisement 



ii, VI, xsTi. 

Saladjn mc- 
• Richard de 
ir la preodre. 



Dont il paiioit si richement. 
Lors remanda il par le conte 
Henri (ce dist Testoire e conte) 
A Cesaire por les Franceis, 

11710 Gels qui erent venu ançois, 

E por Tautre gent qu il venissent 
E que la terre sustenissent; 
Si lor manda de Tafiance, 
Si lor manda la mesestance; 

11715 Mais onques nel voldrent secure, 
Ainz le leisserent tôt encure, 
Se il n*eust la triuue pri^e. 



Mais nul ne Ten deust emprendre, 

11790 Car li Turc le venissent prendre 
E de son cors li mescfaaist 
E Eschalone il i perdist, 
Que ele fust prise a drotnre - 
E Sur e Acre en aventure. 

11795 Li rois iert a Jaffe en dotance, 
A uieschief e a mesestance. 
Si se porpensa quil feroit, 
E que d'iloc il s*en iroit 
Por la vile qui iert enferme 

11780 E qui n'estoit ne fort ne ferme* 
Lors manda le conte Henri ^ 
Qui sa seror avoit nurri, 
£ si manda por les Templiers^ 
Si manda les Ospitaliers, 

11735 E lor ramentut son meschief 
Qu'il aveit al cuer e al cbief, 
E lor dist que li un alassent 
A Escalone e la gardassent, 
E li autre illoc remansissent 

117&0 A Jaffe e bien guarde en preisent, 
E il a Acre s'en vendroit 



Richard ap- 
pelle à ton le- 
cours 1m Fran- 
rais,qairefDaent 
de tenir à son 
aide. 



11677 Equeyconoiseni — 11678 illoques — 1 1 679 grans mon^ — 11680 Qui) — i]685Qui del fel — 
11687 iinumque — 11689 un manqué — 11696 les manque — 11697 ^ second li manque — 11698 Que se 
— 11699 Quil — 11709 SOI ces genoilz ester — 11706 biennum^iie — 1 1707 il manqué — 11716 leis^ent — 
11717 Sil — 11791 ^manque — 11799 il manque — 11798 Quele — 11798 Hmanque — 1 1 780 quil nestoit 
ne forte — 11781 Lores — 11783 E manque — 11784 Si m. por les — 11787 lors — 11760 bien manque 



Itànmwmm :Ri> 
ciardi, VI, uni. 

Richard est 
contraint de si- 
gner une trêve 
de trois ans 
( a septembre 
119a). 



»ii 



L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



316 



E medeciDe iUoc prendroît; 
Fit ^^ 4. E dit que il ne pot ei faire. 

Que To» diroie d'autre affaire? 

117!:::' Fors que trestut s'en escondirent, 
E t/it en trarers respondirent 
Que ja chastel ne guarderoient 
.Sanz lui. neo guarde oe seroient, 
E ^'eu aierpDt sanz plus dire. 

s 1700 Elit vos le roi eo trop grant ire. 

Oatnt ii rois rit que tôt li mondes. 
Qui n'est guaires iiaus ne mondes. 
Lui fu tôt en trarers faiiliz, 
Lors fu troblez e maubaiiliz 

f 1 7^5 E durement desconseilliez. 

Seignors, ne vos esmeneilliez 
S'il fist del mielz que il savoit 
Selonc le tens que il avoit : 
Car qui crient honte e siut henur 

117O0 Clioisist de deus mais le menor; 
Si relt mielz une (riuue quere 
Que leisser en péril la terre : 
Car tuit li antre la letssoient, 
E a lor nefs a plain aloient. 

11765 Lors manda il a Saffadin, 
Qui iert frères Salehadin, 
Qui molt Tamoit por sa proesce, 
Qu'il li porchaçast sanz peresce 
\jSi meillor triuue qu'il poroit, 

11770 E il devers lui la donroit. 
E SaiTadin mult se pena, 
E la parole tant mena 
Que la iriuue fu devisee 
De Salehadin e nomee, 

11775 Par tel covent que Eschalone, 
Qui mult ert contre sa corone , 
Seroit abatue e charoit, 



E que nus ne la fermeroit 
Devant treis anz, mais lor Teust 

11780 E refeisl qui plus peust; 
E Jaffe seroit refermée 
E de cristiens repupiee; 
E trestut Tautre plain pais. 
Ou nus n'ert lores estais, 

11785 Contre le mont e la marine, 
Seroit en triuue eslable e fine ; 
E qui la voidroii droit tenir 
Que sauf aler e sauf venir 
Poroit le sépulcre requere; 

1 1 790 E que sans (reu par la terre 
Iroient les marcheandises. 
Ensi alerenl les devises 
E ensi fu la triuue escrite 
E reportée al rei e dite; 

1 1795 E il qui estoit sanz aie 

E si près de la gent haie, 
E Tost ert al mains a deus liuues, 
Prisl ensi faitement les triuues; 
E qui autrement en diroit 

11800 L'estoire, si en mentiroit. 

Quant la triuue fu aportee 
Al rei, e il Tôt creantee. 
Quant vit que il ne pot el faire, 
Lors ne pot son corage taire, 

ii8o5 Ainz manda a Salehadin, 
Oiant maint noble Sarazin, 
E lui devisa par devise 
Qu'il n'avoit celé triuue prise. 
Ce seustil veraiement, 

11810 Tresque a treis anz seulement. 
L'un por aler s'en en sa terre, 
L'autre por aveir gent e querre, 
Le tierz por revenir e prendre 



Fol. 86 « 



iMUmrwnÊÊÊH nn 
tmriij n , xino. 

ÉchiBfe de 
polilCMM dMva- 
lereiqiMs entre 
Riehard el S«- 
ladin. 



17/ia mescine — 11768 qui! — 11744 d* manqu» — 1175a ne Iiaus — 11757 quil — 11758 quil — 
11759 aint hoiitc — 11764 E manqué — 11765 E lores — 11769 meillore — ^^111 Abatue seroit 
— 11779 I' manque — 11780 E le r. — 1178s De cristiens e r. — 11788 plain pas — 11784 nos — 
11787 qui si la — 11789 quere — 11790 que man^, triuae — 11798 E si f. — 11794 reporte — r 
11796 Que si — 11797 Que lost — 11808 quii — 11808 naurat fors cde — 11811 s'ennum^tM 



r,'fîSTO[llE DE LA GUERRE SAINTE. 



318 



La lerre s'il i'osoit ateiidre. 

!i8i^ E li soudans lui remanda 
Par ccis que il i coniarida 
Que par la loi que il leuoit 
E par le Deu qu'il snstenoit 
Qu'il preiset Uni sa graul proesce 

I iSio E sou graul cuer c eu vislcsce. 
Que se la lerre esLeiL conquise 
A son vivant en nule guise. 
Que c'erl li princes qu'il savoit 
De toi cels qu'il veu avoit 

I i8i5 Qu'il mielz volsist qui la preist 
Sor lui a Torce e couqueiât. 
Eusi quida li rois ovrer, 
E le sepulcie recovrer; 
Mais ae viL pas ne u'entendoil 

I i8;io Iço que a l'oil lui pendoit. 

Quant ccle triuue fujuree 
De deus parz c asseuree, 
E les coveuances reirailes, 
E les cbarties un furent faites, 

I tHST) E li bons rcia s'en Gsl porter 
Poi- lui guarlr e conforter 
A Cbaypbas sor la marine. 
Ou il prisl illuc médecine. 
E ii Franceis qui sujomuient 

iiS^io D'aler eu France desiroient 



Que en lor peleriuage iroient , 
E la triuuc avoient blasmee, 
E despite e meaaamee, 
i E ne voldrenl JalTe rescore 
Al besuing ne le roi sucore; 
E quant ai roi fu fait savoir 
Qu'il voloient conduit atoir 
A faire ior pèlerinage, 
1 1850 E li rois prisl iues son message. 



Si manda a Salebadin 

E H Tadmirald Saffudiu 

Qu'il ne leissassent crislien 

Aicr, joefne ne ancien, 
ii855 En Jérusalem sanz SOS letres. 

S'il voleient qu'il fusl lor detres 

Ou sani les le conte Henri; 

E i furent si très mari 

Del mandement quant il le sorent 
L 1 8(io Que li plusor a l'ainz qu'il porent 

Se chargèrent e s'alornereat 

E en France se retornereot. 
Quant la presse fud départie 

Des Franceis, la greignor partie. 
itSG!i De cels qui le roi niautlisoienl 

E qui plus deslorbi^ l'avoient, 

Onques ne s'i pooit lier, 

Ë lares Gat li rois crier 

Que ses gens al sépulcre alasseat, 
11870 E que lor offrendes portassent 

A JafTe a l'aide des murs t'ere. 

E que vos diretc altre afaire? 

Fors que par très conestablîcs , 

Si com els furent cslabltes. 
1 1H7:) Alorent el sépulcre ensemble. 

L'un coneslable, ço me semble. 

Si i fu Andreus de Cbavignié, 

Si a peor moine a Cloignié; 

E l'autre fu Raols Tessons, 
iiHSo Qui mult amoil notes e .sons; 

De Salesbtre li evesques, 

Qui depuis fu faiz arcevesqucs. 

Mena ladereraine rote; 

Iço sai jo très bien sanz dote. 
II US!) Quant cil des cliartres saisi furent, 

Elh vos que li pèlerin murent, 

E errèrent serré un turbc. 



' IlSib quil, i NUHfiu — 1 1S17 quîl — iiSio E monçw — iiSad miuli nunfuf, quîl -> ii8>y 11' 
MONftK — ii83o qua — iiH3^ en manqai — 11 835 bon» manqut — 118&0 [kder kd en — 118A& 
mtninirr — 1 i85o luea nuauju* — i i85& oacien — 1 ib55 se» aian^iM — 1 18Ë7 ne m p. — 1 1870 t 
porUMCtil — 1187A eles— 11&80 noces— 1 188« puis — ii8S3 derMoe ~ 1188A 00 — 11887 e"^' 



319 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



320 



Oiez come pcschié desturbe 
Maintes gonz qui bien volent faire 

11890 En maint liu e par maint affaire. 
Fol. 86 tf. Es chemins par ou il erroient, 

Es plains de Rame ou il passoient, 
Eth vos que li baron parièrent 
llloc ensemble e devisèrent 

11895 Que Salehadin manderoient 
En Jerusalcn qu'il venoient 
Veoir le sépulcre e requere, 
les briés le roi d'Englelerre. 
Cil qui portèrent le message 

1 1900 Erent niult prodome e mult sage, 
Mais lor pechië ou lor peresce 
Lor dut empeirer lor proesce. 
Li uns fu de Roches Guillames, 
En qui chief seoit bien li hiaumes; 

1190,5 L'autre ierl Girard de Fornival, 
E Pieres de Préals. A val 
Les plains de Rames chevalcherent; 
Tant errèrent e esploiterent 
Qu'ai Thoron as Chevalers vindrent; 

11910 La s'aresturent e se tindrent 
For Saffadin que il queroient, 
E son conduit aveir voleient; 
Sifu verte qu'il se dormirent, 
E si lonc demorer i firent 

11915 Que après relevée abassee. 
Si com la rôle errout seree , 
E avoicnt passe la plaigne, 
E erent près de la montaigne , 
Ensi com il se regardèrent, 

11990 Mis sire Andreus c cil qu'i erent, 
Si virent cels qui lors venoient. 
Qui message fere dévoient. 
Quant il les virent e conurent. 



Trestut esbai s'aresturent; 

11935 Si oissiez dire as hauz homes : 

rHa ! sire Deus, mar venu sûmes, 
(T Si Sarazin nos aperceivent I 
irVeez la cels venir qui nos doivent 
(t Avant porter nostre message! 

11980 rrNos n'erroms mie come sage; 
rCar il apresme la vespree, 
rrE celé gent desatempree 
ffDe l'ost n'est mie départie. 
frSi nos aloms celé partie, 

11935 (tE nos n*i envoioms avant, 

(rll nos vendront ja al devant, 
irSi avroms les testes perdues; 
(T E nos genz qui sunt esmeues 
(tE nos sûmes tôt désarmé.^ 

11960 Li messagier furent blasmë, 

E neporquant tant les proierent 
Qu'el message les renvoierent, 
E durement les hasta Tem. 
Cil vindrent vers Jérusalem, 

1 1966 E troverent dehors la vile 

Des Turs logiez plus de deus mile. 
L'amirail Saffadin tant quistrent 
Qu'il le troverent, si lui distrent 

• 

Que nostre gent illoc venoient 
11950 E que conduit lui requeroient, 
E portoient Chartres del roi, 
E qu'il en preist bon conroi. 
Mais Saffiadin mult les reprist, 
E dist que grant folie emprist 
11955 E que fol conseil lor dona 
Qui cele gent issi mena, 
E que lor vies poi amoient. 
Que sanz conduit issi erroient; 
E parlèrent illoques tant 



Fol. 87 



11891 par manque — 1189a rmes — 11897 e quere — 11899 qui manque — 11900 prodom, le êêcond 
iDult manque — 1 1901 le iecond ior manque — 1 190a li manque — 1 1905 Lautres — 1 1909 al cheotler — 
11910 se manque — 11911 quil — 11918 vérité — 11916 E manque — 11916 come, ert — 11917 paisee 

— 11990 Miflsires — 1199a Qui lor m. — 11996 venu manque — 11997 aprochoieut — 11998 dévoient 

— 11933 qui nest — 119^7 tant manque — 119&8 et si — 11966 icele 



321 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



822 



'H, ?l , XXXII. 

Les Turcs vru- 
it tirer veo- 



1 1960 Que il aloit ja annitant. 
Eth vos la rôle illoc vernie, 
De bon conseil e d'armes nue; 
E quant li Sarazin les virent, 
Tel chiere e tel semblant lor firent 
Kol. 87 A. 1 J 965 Que por vérité Je vos di 

Qu'en la rote n'ot si hardi 
Qu'il ne volsisl od bêle cbiere 
Estre a Sur ou a Acre ariere. 
Dejosie un mur celé nuit jurent, 

1 1970 Si sachiez que a grant dote furent; 
^tmawriwm Ri- E Tendcmain li Sarazin 

Vindrent devant Satehadin 
E a ses piez s'agenoillerent. 
M. saïadin Si lui rcquistreut e proierent, 

""***• 1 1975 Si lui distrent : tt Ha I droit soudans, 

crOre seroitbien droit e tens 
crDe vengier nos de la maçacre 
(tQue cist nos firent devant Acre. 
crSire, lais nos vengier noz pères, 

1 1980 (tNoz parenz, noz filz e noz frères, 
(t Que cist ont mort e detrenchiez ; 
<r Or puet chescons estre vengiez, -n 
Il respondi, si en ot droit, 
Que a ses amis en parleroit 

1 1985 Devant le sondan s'asemblerent^ 
E estroitement en parlèrent. 
La furent li haut Sarazin 
E li Mestoms a Saffadin; 
Si i fu Bedredin Dorderons, 

11990 Si distrent : crSire, nos dirons 
(tÇo qn'afiert a vostre hautesce. 
tr Trop par sereit ço grant laidesce 
(tE grant blasme a la loi paiene, 
(rSe iceste gent cristiene 

11995 (fQui ci est soz nostre poisanee 
tt E qui croit en bone créance 



ffEstoit si fftitement ocise 

(rDedenz ço que la triuue est prise 

<rDe nos e dei roi d'Engletere. 
1 a 000 cr Cornent tendriez vos mes terre 

rtSi vos faisiez tele fraiture 

ïfEn nul sens por nule aventure? Foi. 87 •. 

trE qui nos poroit ja meis croire î?) • 

E Salehadins totanoire 
i9oo5 Pristses seijânz e si manda 

Por Saffadin , cui comanda 

Que li cristien guardé fussent 

E que son sauf conduit eussent 

E al sépulcre e as veages 
1 s 1 A faire lor pèlerinages ; 

E assez plus les henorerent. 

Tant que a Acre 8*en tornerent. 

Ensi com il s'en retomerent, itUuntrimBi^ 

E cil de nostre route errèrent. '^' ^; ^"^ 

1901 5 Tôt droit el point de l'enjomer, depèitrios, doot 

Lj Ai»'.. AmbroiM fait 

L soudans ot fait atomer partie. 

Sesgenz, qui les chemins guardoient 

Quant li pèlerin trespassoient. 

Si que aseur i trespassames 
19090 E les montainessormontames, 

E venimes a la monjoie. 

Lors eûmes as cuers grant joie 

De Jérusalem que veism^; 

A terre a genouz nos meimes, 
1909^ Si come tuît le font par dete; 

Si veimes mont d'Olivete,* 

La dont mut la procession 

Quant Dens vint a sa passion. 

Puis venimes vers la cite 
i9o3o Ou Deus conquist son heritë. 

Cil qui avant chevalchë eurent 

Le sépulcre seint baissier porent; 

Si nos dist la chevalerie 



ii96oQiiil — 11969 emanque — ngôh hrnumqut — 11980 emanqne — 11983 Eilr. -^ 11985 aasem- 
Ueroil — 1 1986 parierok — 1 1990 Si li — 1 1999 ço numqut — 1 1998 la manqué — 1 199& Si eeste — 1 1'996 
cr. aucone cr. — 1 9006 qtt*il — 1 9008 E manqw — 1 toi 9 aifMM^, retoroerenl — 1 901 3 Si com — 1 9096 
genoiJIons — 1 9016 com — 19096 le mont — 19098 Que — 1 9o3i avuit mon^ — i9o39 Lç s. aini ^ 



91 



ntrftUIBMI lATtOllU. 



338 



L'BSTOIRE DE LA GUERRE &AINT& 



SS4 



Qui fu en noBitei compaignie 

i9o35 Que cde sainte croiz sanz faille 
Qui fu perdue en la bataille 
Lot fist Saiehadins mostrer 
E baissier la e aorer; 
E nott autres qui a pië fumes 
Fol. 87 d. ifloào Veimes ço que nos peumes : 

Nos veismes le monument 
Ou le cors Deu nomeement . 
Fu mis quant la mort ol soflRérte. 
La ot aucune oifrende offerte; 

i9oâ5 Mais li saraiiini les pernoient 

Quant nostre genz lès i melolenU 
E por ço petit i offrîmes; 
Car as cheitifs le départîmes 
Que illoc estient en liens, • 

iso5o E de Frans e de Sulieds.: 

A cels portâmes nostre offirende, 
Qui disoient : «Deu le lor rende ! 7) 
Illoc esteoient en servage. 
Puis feimes autre veage 

iso55 Droit sur le mont CaWarie a destrc, 
Ou cil murut qui deigna nestre, 
lUoe oa la croix fu fichée 
E la sein te char clofichee, 
Car la roche se depesça 

1S060 E fendi desqu en Golgatha. 
Cel leu veimes e baisâmes; 
E d'iloc si nos en alames 
En Monte Sion en Feglise, 
Que tôte guaste estoit remise, 

iso65 Un Uu veimes sor senestre 
La ou la mère al roi celestre 
Transi el ciel a Deu son père, 
Qui de lui fist sa dolcé mère; 
Gel Uu baisâmes en plorant , 

19070 Puis nos en alames coraal 



A la seiate taUe veoil* 

Ou Deus velt mangier e seoir. 

Celé baisâmes eJralment; 

Si n'i demoràmes grfeinmenl, 
19075. Car li Saraizin nos emUoienl 

Noz pèlerins é sis muçoient, 

Ça trois, ça qilatre, par les erotes; 

C'erent noz peors é nos dotes. PoK 88 a 

Puis en alames conlj^ val, 
19080 Geùt a pië e gent a cheval, 

En Jojsaphas sor Siloë : 

Eiisi nos fu dit e loë. 

La veismes ta sépulture 

Del cors Ou Deus prist nureture : 
i9o85 Celé baisâmes volénters 

Od piteos euers e entiers^. 

Puis alames mult grant dote 

En icelo meimes crote 

Ou Deus estoit quant cil le pristrent 
19090 Qui son precios cors ocistrent : 

Cel liu baisâmes sanz leissiers 

Od pitë e od desîriers, 

E plorames chaudes lermes; 

E bien en iert e lia e termes, 
19090 Car illoques ot les estables 

As chevals as genz des diables 

Qui les sainz lius Deu ordeoient; 

E noz pèlerins nos hasioient : 

De Jérusalem nos partîmes 
19100 E a Acre nos en venimes. 

La tierce rote, li evesques, 

Cil qui depuis fu aroevesques 

De Canterbire la cite. 

Cil ramena porveritë; 
i9io5 Si fu veirs que par sa proesce, 

Par son los e par sa hautesce, 

Li fist tant Sdlehadins faire 



t^ffét, VI, xiUT. 



voi,was]adirce- 
iMS de rtreU- 
véqm de SeUt- 
borjf. 



190^3 la wuinqm — i9o/t8 parlimet — 19069 le mtmqm — iio55 sur le monfiM — 19066 mère le roi 
-<- 19a8o k 99cmtd gent manqué — 1908^ Des — 19089 quant il le — 19090 Que — 19099 Od pîtese 
cuers e — 1 909& Uprmm€r e mtmffêê — 1 9097 l«"i ordwent— 19099 dm enptrtÎDMS — 1 9iooreaeniiiie8 — 
4 9109 qui puis — i»io5 ta iiMmf«f 



325 



KESTOIRË DE LA GUIttRei SAINTE. 



a2C 



D'eoor com jo vos puis retraire; 
Car enooulre lui envoia 

19110 Ses genz, par qui il Ten proia 
Qu'il fîist o lui a sa despense; 
Mais li vesques ot tel défense 
Qu'il respondi as-Sarazios^ 
Por ço qu'il estoit pèlerins ^ 

1 a 1 1 5 Que son cust nient n'en prendroit 
Fol. 88 6. En nule fin jo'en nul endroit; 

E quant il son cust n'en velt prendre , 
Si fist mult sa maisnee entendre 
A honorer lui e sa gent, 

1 a 1 30 E lor firent maint biau présent; 
E le fist mener par les lius 
Ou hanta nostre sire Deus, 
Puis le manda a parlement 
Por Yeoir son contenement; 

13195 La seinte crois lui fist reoir. 
Puis le fist doYani li seoir, 
E furent ensemble e parlèrent 
Longuement e si demorerent; 
E il comença a enquere 

i9i3o Des tesches le roi d'Engletere, 
E que nos cristiens disoient. 
Des sues que o lui estoient; 
E li Yesques respondi : erSire, 
«De mon seignor bien vos puis dire 

iii35 crQue c'est li mieldres chevalers 

(tDel monde e li middre guerriers, • 
ff E larges e bien enteschies. 
rrGe n'acunt mie nos péchiez; 
(rMais qui atroit vos teches mises 

i9i6o trOvee les sues e assises, 

(T Nos disons bien qu'en tôt le monde , 
(rTant comm il clôt a la reonde, 
tr N'avroit tels deus princes troves>, 



frSt vaillahz ne si esprovefei.T) 
i2ii^5 Li soudans l'evesque escouta, 

Si li diàt : tr Bien sai que molt a 

f(£l rei proesce e hardement; 

((Mais il s'embatsi foiemenl! 

((Quel haut prince que jo ja fusse, 
1 a 1 5o rr Je voidroie mielz que jo eusse 

fcLargesce e sens o tôt mesure 

(t Que hardement o desmesure, n 

Quant Salehadins longement 

Ot perlé ensi faitement Fd. 88 Ci 

191 55 A l'evesque par latimiers, 

E l'ol escolë volentiers, 

Lors dist c'un don li demandast, 

Quel qu'il volsist e comandast, 

Tel com il doner li devrait, 
laiGo E ço seust que il l'avroit; 

E l'evesque l'en mercia , 

E dist : ffPar ma foi, ici a 

crGrant chose, qui le set entendre; 

rrMais, s'il vos plest, jo voil étendre, 
i9i65 (îE a Deu conseil en prendrai 

tr Anuit, e demain revendrai.?) 

E li soudans lui otreia. 

E cil el demain li preia. 

Si fu grant chose qu'il conquis l : 
19 170 Que al sépulcre, qu'il requist. 

Ou n'avoit point de Deu servise 

Fors de Suliens a lor guise, 

Que deus de nos prostrés latins , 

Chescon jor, e seirs e matins, 
13176 E deus diacres ensement 

A estre lor sostenement, 

Oyec les Suliens servisenl 

E des offrendes i vesquissent ; 

E autresi en Belleem 



itJo8 corne— isiio par quil — isiia li «itesque — i9ii3 al s. — iiii5 c. neo nan pr. — lataG 
il fium^tw — i9i33 eneaquea— • i si34 biennumftM — iti36 iêmieldre gaeroiera — i9t6i que Irestoi li — 
\%\kt\ esparuei — 11169 jamoii^o— iii56B lot e. -— 19167 ^ "von^ift — i9i58Que quil — 19160 quil 
— 19169 ma mofi^iM — 19168 Enuin^ — 19170 Qiud — 19171 I>euiNaii^ — 19174 jor seire malin — 
19176 ioaleiiieiit — isi78iiNaii^ 



91 . 



327 



L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



SS8 



13180 Fuâi fait comm en Jérusalem , 
Ë autresi en Naxareht 
Là soldans volt que il fust fei 
Tant corne meintendroit la tere; 
E ii bons vesqoes fist enquere 

i3t85 Les proYoires e fist chanter; 
Si se pot Tevesques vanter 
Que il rendi la chanterie 
A Deu qui Ion ne Tavoit mie. 



laïQO 



FcLSSd. 



llùmmnmK- 
cmrêt, VI , nxT. 

lUlhflin q«i 
«nilkol les 
Croiaéi pcsduit 
l««r vojage et 
ntoar. 



E fait orent ço qu'il quislrent, 
A Salehadin congié pristrent; 
De Jérusalem se tomerent 
E. a Acre s*en retornerent. 

1 a 1 90 Quant les genz furent revenues , 
Totes les granz e les menues , 
Del saint sépulcre e repeirees. 
Les nés furent apariilees , 
Li pèlerin dedenx entrèrent 

1 jsoo £ quant vent orent si siglerent. 
Les nea furent tôt départies 
E depeciees par parties : 
Li un vindrent a salvetë 
Al port ou il furent jeté, 

19300 Li autre furent perillë, 
E en plusors lius eissillié; 
Si en munirent autre sor mer, 
Si orent covertor amer : 
Amer? mes dob, que la dolçor 

13310 En sentirent al règne alçor; 
E li auquani s'i engroterent. 
Si que onques nen respasserent; 
Li autre orent leissië lor pères, 
Lor cosins germains e lor frères 
Morz ou d'armes ou d'enfertë, 



13313 



Dont il erent en grant nertë : 

Tôt autresi com li martir 

Con vit de œst siècle partir 

Por Deu pristrent divers martire, 
13330 Tôt autresi, os jo bien dire, 

Orent cil diverses enjures 

E mult diverses aventures 

Qui cest pèlerinage enpristrenL 

Mais meintes genz non sachanz 

[distrent 
i3395r Puis plusors feiz par lor folie 

Qu'il n'orent rien fait en Sulie, 

Quant Jérusalem nert conquise; Fd. 89 a. 

Maisn*orent pas bien Tovre enquise. 

Ainz blâmèrent ço qn il ne sorent 
i333o E ço ou onques lor piei n'orent. 

Mais nos meimes qui i fuimes, 

Qui ce veimes e soumes 

E qui covint les mais sentir. 

Nus n en devom mie mentir 
13335 De ço que li autre soffirirent 

Por amor Deu, que noz eilz virent; 

Si os dire, oiant cels qu'i furent , 

Que tels cent mile home i munirent 

Por ce qu'a femme ne gisoient, 
133&0 Qui a l'amor Deu se tenoient. 

Qui en cel point pas ne moreussent 

Si lor abstinences ne fussent ; 

E si os bien dire en plevine. 

Que d'emfertë que de famine 
133&5 En ot bien mort plus de trois mile. 

Qu'ai siège d'Acre qu'en la vile; 

E li prodome qui avoient 

Lor chapeleins e qui ooieot 

Lor servise, com un evesques 



13183 quil — iai83 comm — 13186 euesques — 13190 // doit matiquer deux ten — 13196 Tux — 
1 31 97 e moHquê, reperirees — 1 9301 totes — 1 9906 E manqué — 1 3307 m. kutrc — 1 9909 doloor qua 
— 1991 1 seogrocerent — I99t3 conques nen tresptsserent — 1991 5 Ujntmwr ou numque — 19316 Yerie — 
iS9i8 Gouiotde — i99i9peraoient — 19391 divers — 19999 mult «uM^ut — 19998 Que cest — 19995 feù 
muMqu9 — i933i n. ueinies — . i993t Qui ice, smiies -» 19936 Nos ukënquê, mie de co — i99S5 De ço 

1^ — 19336 qui — 19938 home «MnifiM — 1 9 9&9 abstinence — i99&âdeinlennele — i99âSbienflNniftie 



329 



L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



330 



TU- 
li,Vl, nxTi. 

Riehard n- 
chèle GnUlaome 
àf Préaox. 



Fol. 89 b. 



U, Yl t uxf u 
et dtrnicr. 

OépirideRi- 
cbard pour POc- 
eident (9 octobre 
ti9«). 



iaa5o U com uns ires sainz arcevesqiies, 
E qui en tel vie moroient, 
Issi corne li mal corroient, 
Cil seront o Deu a sa destre 
El haut Jérusalem celestre; 

13355 E tels genz o le bien qu'i pristrent 
L'autre Jérusalem conquistrent. 

Quant Richarz li rois d'Engletere 
Ot este en la seinte terre 
Tant que tens fu del relorner, 

13360 Lors fisl son passage atomer, 
E II fu sa nef atornee 
Si que il n'i faillot rien née, 
Gent ne armes ne guarnesturc. 
Lores fist proesce e nature 

13365 E que prosdom e que leaus; 
Car por Guillame de Preals, 
Qui por lui avoit esté pris, 
Leissa dis Sarazins de pris. 
Qui mult rendissent grant avoir, 

13370 Por le cors Guillame ravoir; 
E par tôt fisl crier sa sotte, 
Qu il n'i oust plainte ne tolte, 
E fisl lot aquiter e rendre : 
Qui lors veisl al congé prendre 

13375 Les genz qui après lui ploroienl 
Tendrement e por lui preoient, 
E regreloient ses proesces 
E ses valorse ses largesces, 
E disoienl : «rHail Sulie, 

13380 (rCom hui remanezsanz aie! 

rrDeusI se ore en fust la triuue cn- 

[fraile, 
rrSi come ele est mainte foiz faite, 
rr Qui est qui nos garanliroit, 
«Puis que li rois s'en partiroit?^ 

13385 Lors veissiez mult gent plorer, 
E li rois sanz plus demorer. 



Se* «dieut h 
la Syrie. 



Qui encore crt mult desbeitiez, 

Entra en mer a lor congiez, 

E fist al vent lever les veilles, 
13390 E curut la nuit as esteilles. 

Al malin a l'aube csclarcie , 

Torna son vis devers Sulie 

E dist, si que ses genz l'oirent 

E que li autre l'entendirent : 
13395 (rHel Sulie, a Deu te comant ! 

trE Dampnedeus par son comant 

(tMo doinst encore tant d'espace, 

(tSe lui plesl, que secors le face! 

(rCar encore te cuit secore.^ 
13800 Lorscomença sa nef a corre. 

Mais ne savoitpas les nuisances, Uaihean qui 

T i • i* 1 rattenUent en 

Les granz mescbiefs ne les pesances sorope. 

Qui devant les oilz li pendoicnt, 

E les tormenz qui l'atendoient 
i93o5 Parla Iraison porpensee. 

Que de Sulie fud mandée 

En France al roi des Hausasis, Fol. 89 e, 

Por quoi il fud jeté et pris 

El conduit Deu et el vcage, 
13810 Par quoi Ten prist son héritage 

E ses chastels de Normendie 

Par coveilise e par envie; 

Puis fu rainz a fin argenl. 

Dont il tailla tote sa gent 
i33i5 E prist e croiz e filalires. 

Calices, veissels e matircs 

D'or e d'argent par les mostiers; 

E il en ierl si grant mestiers 

Qu onques n'ot Deu ne saint ne sainte, 
13890 Dont il i a ja maint e mainte. 

Qui sanz morir onques soiTrisl 

Plus mal por lui que li rois fist 

Dedenz la prison en Ostricbe 

E en Alemaine la riche. 



i335o 1res manque — 13959 com — 19969 quil — 13966 Lors — 19970 auoir — 19978 tant ~ 13978 
E les — 1981 5 Ï9 premier c manque — 13816 G. e veissels de maiire — 19819 Quonques deu s. — 
13893 lui manque 



331 



LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



3SS 



I a3a5 De tot ice mot ûe savoit; 

Mais Deus qai servi il a voit, 
E ^D sen e 9a grant largesce. 
Sa porveance, sa proesce, 



1 â33o 



E li baron qui Tostagierent, 
Qui ioreufani i envoierent. 
Tant qu'il chalenja puis sa terre 
Al rei de France e li mut guère; 
1^335 E tant fist puis e tant ovra 
Que tant ou plus en recovra 
Que Tom li en avoit toloite. 
Ensi fait Efeus si s'ovre a droite, 
Qui que travailt en son senrise, 



I aSho Que il li rent a sa devise. 

Si sachent tuil cil qui sunl ore 
E tuit cil qui seront encore 
Que Testoire en icel point fine. 
Qui afiche por verte fine 

1^365 Que Tan que la croiz Tu conquist^ 

Ot mil anz e cent e uitante 
E uit, e Tescrit le créante, 
Desci quen Tencamacion, 
iâ35o Que le filz Deu prist nacion. 
Qui od son pere vit e règne, 
Et qui nos toz mete en son r^ne. 



Épiltfi». 



Fol. 89 4. 



Explicit. 



1 93a9-3o U doit manquer tUus ten — 1 9337 en tnanquc — 1 1338 si manque — 1 936o Quil — 1 236 1 di 
manque — 1 93^9 t qui en s — 193&S eo tel — 193&9 la camacion 



TRADUCTION. 



L'HISTOIRE 



DE LA GUERRE SAINTE. 



Celui qui veut traiter une longue histoire, il faut qu'il se donne bien garde de ne *V. i. 
pas commencer de façon à se surcharger une œuvre qu'il ne puisse achever; il faut 
qu'il l'entreprenne et qu'il ia fasse de manière à mener à bonne fin ce qu'il met en 
train. Et, à cause de cela , j'ai commencé brièvement , pour que la matière ne soit pas trop 
lourde. Je veux aller droit vers mon sujet, vers une histoire bonne à raconter, qui ra- 
conte le malheur qui nous advint, et à bon droit, l'autre année, en la terre de Syrie, 
par notre folie excessive , que Dieu ne voulut plus supporter sans nous en faire sentir 
les conséquences. Il nous les fit sentir assurément, jen Normandie et en France, et dans 
toute la chrétienté; qu'il y eût eu peu ou beaucoup de cette folie, il la fit sentir promp- 
tement par la croix que l'univers adore, qui, à cette époque, fut enlevée par les païens 
et portée loin du pays où elle était et où Dieu daigna nattre et mourir ^^^ de l'Hô- 
pital et du saint Temple, à cause de quoi plusieurs se lamentèrent, du sépulcre où 
Dieu avait été mis, et dont le péché nous avait privés; non, ce n'est pas ainsi qu'il 
faut dire : ce fut par Dieu, qui voulut ramener à lui son peuple, qu'il avait racheté, 
et qui , alors , négligeait son service. 

A la suite d'un si grand malheur, grands et petits par tout le monde furent affligés V. 35. 
et eurent peine à reprendre courage. Tout le peuple chrétien en abandonna les danses, 
les chansons, la musique et les paroles et toute joie mondaine, tant que le pape de 
Rome, par qui Dieu a mené maint homme au salut (ce fut le huitième Grégoire, comme 
on le trouve dans les livres), proclama, pour l'honneur de Dieu et la confusion du 
diable, un pardon de grand profit : ceux qui iraient combattre les infidèles qui avaient 
déshérité le Roi de vérité devaient être quittes de tout péché. C'est pour cela que tant 
de rois et tant de comtes, et tant d'autres gens qu'on n'en sait pas le nombre, se 
croisèrent pour aller chercher Dieu en Syrie , dans la terre lointaine. Tous les gens les 
plus renommés du monde se croisèrent en masse. Richard, le vaillant comte de Poi- 
tiers, ne voulut pas faillir au besoin de Dieu et à son appel, et se croisa pour son 

(0 II manque ici un morceau dont on ne peut apprécier Tétendue. 

ta 

UirftlXtail HATIOSAtk. 



336 CHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

amour ; il fut le premier de tous les hauts hommes des terres de deçà la mer, dont 
nous sommes. Puis le roi d'Angleterre lui-même s'ébranla pour le service de Dieu; 
il y mit grande peine et grande dépense. Nul ne regardait, pour prendre la croii, à 
vendre son patrimoine. Ni les vieux ni les jeunes ne voulaient celer leur cœur et re- 
noncer à montrer leur courroux, et à prendre vengeance de la honte qui était faite 
à Dieu sans qu'il l'eût méritée : sa terre avait été ravagée, ses gens avaient été pris 
de si court qu'ils n'avaient pas su aviser. Il ne faut pas s'émerveiller de la dé- 
faite qu'ils subirent alors : c'étaient des preux entre tous; mais Dieu voulait qu'ils 
mourussent et que d'autres le secourussent. Ils moururent corporel lement, mais ils 
vivent au ciel, et autant en font ceux qui meurent là-bas et qui restent au service 
de Dieu. 
V. 87. Il Y avait depuis longtemps entre la France et la Normandie une guerre forte et 
/fin. Aie, II, m. cruelle et orgueilleuse et acharnée et périlleuse. La guerre était entre le roi Philippe 
et le roi Henri d'An^eterre, celui qui avait la belle famille, la vaillante, la sage, 
l'aviséf , le bon père du jeune roi qui joutait avec tant d'ardeur, le père de Richard 
l'avisé, qui était si sage et si subtil, le père de Joifroi de Bretagne, qui était aussi 
d'un si grand mérite, et le père de Jean sans terre, qui lui causa tant deg;aerres et de 
troubles. Un roi qui avait une telle famille, et qui se savait si puissant, pouvait bien 
mener la guerre si on voulait la lui faire; et s'il avait fait ce qu'ils voulaient^ tels qu'ils 

étaient ^^\ Les deux rois étaient en discorde, et nul n'avait pu les accorder jusqu'au 

jour où Dieu les rapprocha dans l'entrevue qui fut si heureuse. Ce fut entre Gisors et 
Trie , dans une prairie grande et belle. On dit Ut maintes paroles , tant de folles que 
de sages; l'un n'avait souci que de la paii^ et l'autre n'en avait cure; il y avait des 
gens de toute sorte, et on ne savait comment la paix pourrait se faire; mais Dieu voulait, 
je le pense, qu'ils se croisassent tous ensemble. On toucha, dans cette entrevue, à bien 
des querelles, vieilles et nouvelles; il y en avait beaucoup de fort embarrassées, qui 
excitaient la fierté et l'orgueil^ et on les repassait longuement. C'était un jour où le 
temps était fort beau. Là vint de Sur un archevêque, sage et pmdhomme, envoyé en 
message par les Syriens qui oonnaissaient son grand sens; nous le vtmes se donner 
beaucoup de peine pour mettre les rois dans la bonne voie. Dieu s'en peina tant, et 
avec lui les pmdhcraimes et les^sages, que les rois se croisèrent tous deux, et que là 
ils«fentre4)tisèreRt. Us se baisèrent en pleurant, et ils adorèrent Dieu pour la grande 
joie qu'ils avaient et pour le besoin qu'ils savaient que Dieu avait d'être secouru. Vous 
anriea vu là les chevaliers courir à l'envi pour prendre la croix, et vous n'auriez pas 
jugé que c'étaient des genS;au courage défaillant; si bien qu'autour des archevêques, 
des évêques et des abbés (ainsi Dieu puisse-t-il m'eider et me protéger!) je vis là une 

(') Lacune de deux vers au moins. 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



presse si grande et tant de f 



1 fallait. 



c la chaleur 



337 
i était 



, avec I; 
là aussi grande qu'on la pourrait demander, qu'ils ne s'étoufTassenl. 

Sous rem{)ire de lu joie que causaient cette entrevue et la pai\ et lu croisade, tous 
allaient prendre la croix, car nul ne pouvait se détendre et refuser le grand pardon 
qu'on offrait. Mais le retard apporté au départ fut bien blâmable, car le diable fit si 
bien qu'il remit entre les deux rois la discorde, qui ne put être apaisée jusqu'au jour 
où l'un d'euï mourut. Ce fut le vieux roi d'Angleterre, Henri, qui avait cru visiter 
le saint Sépulcre et répondre à l'appel de Dieu; mais la mort sut bien le prévenir. 
Ahbhoise, qui fit ce livre, dit que celui-là est sage qui accomplit son vœu envers Dieu 
son seigneur dès qu'il l'a voué. Après la mort du roi leur père, il ne restait plus que 
deux frères : l'atné s'appelait Richard, très renommé comte de Poitiers; le cadet avait 
nom Jean sans terre, il était encore tout jeune. Richard, l'ainé, comme le veut la 
raison, eut la couronne et les trésors et les richesses et les terres et les hommages. 
Puisqii'U s'était croisé le premier, comme nous vous l'avons dit, il voulait se donner 
du mal pour Dieu. 11 fit donc préparer son voyage. Il passa en Angleterre, et, très peu 
de temps après, il se fit couronner t) Londres. Je vis là distribuer de grands dons, et 
je vis servir tant de mets que nul n'en put savoir le compte; jamais en ma vie je ne 
vis une cour tenue plus courtoisement. Je vis de la riche vaisselle dans la salle magni- 
fique ; j'y vis des tables si pressées qu'on ne pouvait les nombrer. A quoi bon vous en 
faire un long récit? Chacun de vous sait bien ce qu'il en est, et quelle grande cour 
peut tenir celui qui est matlrc de l'AnglcIerre. 

La fête fut grande , riche et magnifique ; elle dura pendant trois jours sans diminuer. 
Le roi fit là de grands dons et rendit à ses barons leurs fiefs et leurs héritages'" et 
accrut leurs domaines. Et quand la cour se sépara, chacun retourna dans son pays, 
chacun [lartit pour sa maison; mais cela ne put durer longtemps, car le roi leur avait 
envoyé à tous un mandement nominatif et leur avait ordonné de préparer par des em- 
prunts, tels qu'ils voudraient les faire, leur voyage, parce qu'il était décidé à mettre 
en mouvement sa flotte et ses équipages pour être à temps au passage et faire son 
pèlerinage. Nuit et jour son cœur était tourné vers ses preux qui l'attendaient, de Nor- 
mandie et d'Anjou, de Gascogne, de Poitou, de Berri et de Bourgogne, dont beau- 
coup prenaient part à t'expédrtion. Lors de son départ, U mit des archevêques et des 
évêques dans ses églises d'Angleterre et de ses autres pays où il n'y en avait pas. Cela 
fait, il ne voulut pas attendre l'hiver; il fit faire ses préparatifs de voyage et charger 
ses riches trésors, qu'U savait si bien employer. Il n'avait guère attendu sur le rivage 
quand Dieu lui prépara le temp dont il avait besoin : un beau vent le reporta droit 

'■' D»m la théorie tëodale. à h mort du suierain loua In conirata de fîeCb sont dinous. Le successeur du 
iiuerain rentre eu pleine poweuion de Iuub les fieb, el il les rend ensuite, ] 
qui !« possëdaifnL 



^ nouvelle investiUire, èce 



338 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

II, Ti. en Normandie. Dès qu'il y fut arrivé, on le reçut à grande joie, vous pouvez bien le 
croire. Il fit aussitôt hâter le départ, et il envoya ses gens en avant à Lion (sur mer) 
pour célébrer la fête du jour où Dieu voulut naître. Le roi tint sa fête à Lion, mais on 
ny entendit guère de chansons de geste; il fit aussitôt écrire une lettre qu'il envoya au 
roi de France par un messager rapide, et, outre la lettre, le messager avait ordre de 
dire qu'il était tout prêt à partir, et, si je ne me trompe, ils prirent pour cela rendez- 
vous entre eux, et se réunirent à Dreux, à sept lieues d'Evreux. Comme les deux rois par- 
laient et faisaient le plan de leur voyage, voici venir en grande hâte un messager qui 
s'approcha du roi de France, la tête basse, et lui dit que la reine était morte. A cause 
de ce grand chagrin, et à cause d'un autre bien cruel aussi, la mort du roi de Fouille, 
qui causa et cause encore gi*and deuil, tout le monde fut déconforté, et il s'en fallut 
peu qu'on ne renonçât au voyage de Syrie. Mais, grâce à Dieu, il n'en fut pas ainsi; 
on le remit seulement jusqu'à la fête de saint Jean, que le monde entier célèbre. 

V. 377. Quand la rose répandait son doux parfum, vint le terme où Dieu voulait que les 
pèlerins se missent en marche et que d'autres se joignissent â eux, et que tous, avec 
ce que Dieu leur avait confié de biens, fussent disposés à souffrir pour Dieu et prêts à 
partir à la Saint-Jean. Si bien que, sans plus de retard, à l'octave de la fête, eut lieu 
à Vézelai l'assemblée générale. C'est alors que le roi de France quitta Paris et prit 
congé de saint Denis. Il y avait bien des chevaliers d'élite qui n'étaient pas encore partis, 
tandis que la plupart des barons français étaient déjà en marche. Le duc de Bourgogne 
partit alors avec le roi pour l'expédition, et le comte de Flandres ne tarda guère à en 
faire autant. Il faisait beau voir, alors, les gens qui accouraient de toutes parts, et la 
conduite qu'on leur faisait, et, au moment de la séparation, une telle douleur et une 
telle détresse, que ceux qui leur faisaient la conduite sentaient presque leur cœur 
se briser. 

V. 3o3. Le roi Richard était à Tours avec tout son attirail de guerre; la cité était si pleine 
II , im. de monde qu'on pouvait à grand'peine y tenir. Il envoya promplement à la mer con- 
voquer sa flotte; il fit mettre ses vaisseaux en mer et recommanda qu'on partit sans 
retard. On compta cent sept navires quand ils furent entrés en mer, sans parler de ceux 
qui s'y mirent ensuite, qui tous se suivirent de près. Tous passèrent les détroits, les 
passages étroits et difficiles, les périlleux détroits d'Afrique où la mer bat et heurte tou- 
jours, si heureusement que pas un ne périt ni ne toucha. Et, par la grâce de Dieu, 
ils cinglèrent tant qu'ils arrivèrent à Messine. Le roi Richard et ses barons partirent 
allègrement de Tours; il y avait là de bons chevaliers et des arbalétriers renommés. 
Si vous aviez vu l'ost'*^ quand elle sortit de la ville! Toute la terre en frémissait; tous 
les gens étaient dans le deuil pour leur seigneur plein de prouesse. Là pleuraient dames 

^^) J*ai partout conservé ce vieux root, que notre mot armée ne rend pas tout è fait exactement. 



L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 339 

et demoiselles, jeunes et vieilles, laides et belles; le deuil et la pitié leur serraient le 
cœur pour leurs amis qui s'en allaient : jamais on ne vit conduite plus attendrissante 
et gens plus tristes au retour. Là il y eut bien des larmes répandues et bien des vœux 
faits dans les prières. Ceux qui faisaient la conduite retournèrent h la ville, et les pèle- 
rins suivirent leur route, si bien qu'au terme qu'avaient fixé les rois, sans un jour de 
retard ou d'avance sur ce qui avait été dit, eut lieu à Vézelai l'assemblée que Dieu 
avait dérobée au diable. Dérobée ? Non : il la prit ouvertement, car c'est pour lui qu'elle 
avait été convoquée. 

A Vézelai, dans la montagne, Dieu hébergea sa compagnie, et il y avait aussi dans V. 367. 
la vallée bien des gens qui y étaient venus pour lui, et dans les vignes et dans les \\,nn. 
coteaux il y avait les (ils de bien des mères. Le jour était chaud, la nuit calme. Dieu 
avait réuni là la plus belle jeunesse qu'on ait jamais vue. Ceux qui y étaient avaient 
abandonné pour Dieu leurs terres et leurs familles; ils avaient engagé ou perdu pour 
toujours leurs héritages; ils s'en étaient laissé déposséder pour acheter l'amour de Dieu , 
car on ne peut faire un meilleur marché que d'acquérir l'amour du roi céleste. 

A Vézelai, où ils étaient, les deux rois se jurèrent un serment : quelque fortune V. 365. 
qu'ils pussent rencontrer, l'un ne devait rien avoir à craindre de l'autre, et ce qu'ils n,ix. 
conquerraient ensemble, ils devaient le partager loyalement. Ils prirent encore un 
autre engagement : celui qui arriverait le premier à Messine, à quelque moment ou 
dans quelque circonstance que ce fût, devait attendre l'autre. Voilà les conventions qu'ils 
firent. Us partirent de Vézelai : les deux rois chevauchaient en tête, parlant de leur 
expédition, et, partout où ils s'arrêtaient, ils se portaient grand honneur. L'ost mar- 
chait dans une telle union qu'on n'entendait aucune réclamation. Je vis faire là aux 
gens une courtoisie qu'on ne doit pas taire : le long de la route que suivait l'ost, vous 
auriez vu, ainsi Dieu m'aide, des jouvenceaux, des dames, des jeunes filles, avec de 
belles coupes et des cruches et des seaux et des bassins, apporter de l'eau aux pèlerins. 
Ils venaient droit sur la route, tenant les bassins dans leurs mains, et disaient : «Dieu , 
te roi du ciel, d'où viennent tant de gens? Qu'est-ce que cela peut être? Où est née une 
c(si belle jeunesse? Voyez leur visage coloré ! Comme doivent être tristes maintenant les 
c( mères, les parents, les fils, les frères, les amis, les alliés de tous ceux que nous voyons 
«avenir par ici! 99 Us recommandaient l'ost à Dieu et pleuraient après le passage. Ils 
priaient Dieu pour eux doucement, et lui demandaient du fond du cœur de les conduire 
à son service et de les ramener s'il lui plaisait. Conduits par la grâce de Dieu, qui leur 
fit et leur fera du bien , en grande joie et liesse, sans tristesse ni courroux , sans reproche 
ni raillerie, ils marchèrent si bien qu'ils arrivèrent à Lyon sur le Rhône. 

A Lyon , sur le Rhône à l'eau rapide , s'arrêta l'ost. Les deux rois se tenaient là pour at- Y. àiS, 
tendre les gens qui venaient encore. Jamais on ne vit telle merveille ni un si grand ébran- 
lement de peuple. On comptait bien cent mille hommes, dont la plupart couchaient 



340 L*HISTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 

par la ville. Quant aux rois, ils ne prirent leur herberge^^^ ni dans la ville ni dans les 
jardins; ils firent tendre leurs pavillons au delà du Rhône pour attendre fost, et il 
fallait bien attendre , car il venait encore beaucoup d^hommes ; et ils les attendirent 
tant qu'ils le& virent toiis arrivés et assemblés. Quand ils eurent tant attendu qu*ik 
virent bien certainement que Tost était réunie tout entière, ils en furent très joyeux. Ils 
firent déplanter leurs tentes, si belles et si précieuses, tout le long de la sablonnière, 
pour Tost qui arrivait en grand nombre derrière eux. Les deux rob se firent la con- 
duite tant que leurs chemins s'accordèrent, puis chacun, à grande joie, s'en alla à son 
port. Le roi de France, Philippe, avait déjà traité de son passage avec les Génois, qui 
sont habiles et sages en ces matières, et le roi d'Angleterre, Richard, cAtoya la mer 
tout du long et s'en alla droit à Marseille , de par Dieu qui inspire toutes les bonnes 
pensées. 

V. htig. Quand on sut dans l'ost que les rois se mettaient en marche, il y en eut qui se 
u, X. levèrent avant le jour, et les autres le plus matin qu'ils purent, pour passer le Rhône; 
ceux qui s'étaient levés avant le jour n'eurent point à souffrir: ils passèrent le pont 
heureusement et sans encombre ; mais ceux qui passèrent au matin , et qui s'entassèrent 
sur le pont, ceux-là furent en grand danger, car une arche du pont manqua, à cause 
de l'eau qui était démesurément haute et peu sûre. Il y avait plus de cent hommes sur 
l'arche, qui était de sapin; c'était une trop lourde chai^ : l'arche tomba et ils cul*- 
butèrent. Les gens se mirent à crier et à appeler; dans l'ignorance, diacun croyait avoir 
perdu tout ce qu'il avait de plus cher, son fils, son frère ou son parent; mais Dieu 
y mit la main, car de tous ceux qui tombèrent là il n'y en eut que deux qui périrent, au 
moins que l'on put trouver, mais personne n'aurait osé s'en assurer, car cette eau est 
si forte et si rapide qu'il n'y tombe guère rien qui en échappe. Si ceux-là furent perdus 
pour le monde, ils sont devant Dieu purs et nets : ils étaient partis pour son service; 
il aura pitié d'eux , c'est bien juste. 

V. /j8i. L'arche du pont était brisée, et les gens étaient tout égarés : ils ne savaient: de quel 
côté aller, soit en amont, soit en aval. 11 n'y avait plus aucun espoir dans ce^ pont-; on ne 
trouva nul ouvrier, et dans le Rhône il n*y avait ni vaisseau ni barque assez grands 
et assez larges, si bien qu'ils ne pouvaient suivre et atteindre ceux qui étaient déjà 
passés; et, ne voyant aucun autre parti à prendre, ils firent le mieux qu'ils purent : 
ils passèrent outre dans des barquettes bien étroites , oh ils eurent beaucoup de gène 
et de mal; mais ainsi va qui peine pour Dieu. 

V. Â97. Le passage dura trois jours, et il y eut grand entassement. Tous alors se dirigèrent 
vers le lieu de leur embarquement : au plus prochain port, à Marseille, il alla une 
masse de gens; au port des Vénitiens il alla aussi de très preux chrétiens; il en alla 



(I) 



Campement, logemetit militeirQ. 



L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE; 3A1 

aussi tant chez les Génois qu'on ne saurait les nojxibrer, et k Barlette et i Brinde tant 
que Ton en faisait de grands discours. Et beaucoup, aussi, allèrent à Messine et y res- 
tèrent jusqu'au moment oà les deux rois y abordèrent. 

Messine est une cité dont les auteurs anciens ont beaucoup parlé : c'est une ville V. Su. 
qui est située dansiunc bonne et belle position, à l'endroit principal de la Sicile, sur n. »• 
le Phare, en face de Rise dont jadis Agoland s'empara dans son expédition. Toutes les 
commodités abondaient à Messine, mais nous y trouvâmes les gens mauvais. Le roi 
s'appelait Tancré; il possédait beaucoup d'or, amassé par ses ancêtres qui avaient régné 
depuis Robert Guiscard. Il y avait alors h Païenne une dame qui y avait longtemps 
séjourné : elle avait été reine de ce royaume, comme femme du roi Guillaume; mais ce 
roi si preux, si plein de vertus, était malheureusement mort sans héritier. Cette reine 
était sœur du roi d'Angleterre, qui entreprit de lui faire rendre son douaire; si bien 
que Tancré, qui s'était emparé et de la reine el du douaire, n'osa pa&.s'y opposer. 

Vous, qui avez de Tintelligence et de la mémoire, vous voua raj^lez bien comment V. 535. 
b flotte merveilleuse de nos énèques ^^ avait passé par devant l'Espagne. Elle était arrivée n , m. 
à Messine, où elle. attendait le roi Richard d'Angleterre ^^^. De ma vie je n'en ai vu une 
pareille. Il y avait là des gensi de toute sorte, des tentes, des pavillons, des bannières, 
plantés tout le long du rivage^ caria cité leur était interdite. Ils s'étaient tenus près des 
vaisseaux jusqu'à l'arrivée des: rois ^ car les bourgeois de 'la viUe, ramas de Grecs et de 
ribauds, gens issus de Sarrasins, conspuaient nos pèlerins. Us se mettaient, pour nous 
insulter, les doigts dans les yeux,^ et nous appelaient chiens puants. Chaque jour, ils 
nous faisaient des vilenies et ils nous tuaient des pèlerins, qu'ils jetaient dans les privés, 
comme cela fut bien établi. 

Seigneurs, c'est l'usage et la coutume, quand un prince de haut par^ge, tel que le v.-BSg. 
roi de France, qui a une telle renommée dans le monde, ou le roi d'Angleterre, qui a ii, xm. 
un si grand honneur terrestre, fait son entrée dans une cité, dans un pays comme la 
Sicile, qu'il doit la faire connue un haut seigneur, à cause des dires de bien des gens; 
car c'est un bon dicton, suivant moi, que celui qui dit : «Tel je te vois, tel je t'estime, v 
Aussi, quand les rois vinrent, bien des gens y accoururent. Le roi de France arriva le 
premier à Messine, et bien des gens y coururent pour l'allé voir, mais ils n'aperçurent 
même pas son visage, car il n'avait-^u'un seul vaisseau, et, peur éviter la presse et la 
foule qui étaient sur le rivage , il se fit débarquer au palais même. 

Quand le roi Richard aborda, il y eut aussi bien des gens, tant les sages que les V. 58i. 
jeunes, qui ne l'avaient jamais vu, qui se pressèrent sur le rivage^ désirant le voira 
cause de sa prouesse^ Et il venait en telle pompe que toute la mer était couverte des 



<') J*ai cru devoir garder ce terme lechnique, qu^on ne saurait rendre cxadêmeDt par un mot moderne. 
W Diaprés la version latine et oe ipii sui|^ îl fani corriger an vers 54i dki teite ; Ki le m JKaWl ûêtnâeit. 



3&S L*H1ST0IRE DE LA GUERRE SAINTE. 

galères [qu'il amenait], pleines de braves gens» de combattants à mine hardie portant 
pennons et bannières. Ainsi vint au rivage le roi Richard, et ses barons allèrent à sa 
rencontre, lui amenant ses beaux destriers, qui étaient venus avant lui dans ses dro- 
mons^^^ Il monta à cheval avec tons ses gens, et ceux qui virent le cortège disaient 
que c était bien là l'entrée d'un roi fait pour gouverner une grande terre. Mais les 
Grecs se courroucèrent et les Lombards murmurèrent de ce qu'il venait dans leur ville 
en tel apparat et en telle pompe. 
V. 6o5. Quand les deux rois furent débarqués, les Grecs se tinrent en paix, mais les Lom- 

il, m. bards querellaient toujours nos pèlerins; ils les menaçaient de détruire leurs tentes et 
d'enlever tout ce qu'ils possédaient. C'est qu'ils se méfiaient à cause de leurs femmes, 
avec qui les pèlerins parlaient; mais tel le faisait pour les vexer qui n'aurait jamais 
songé à pousser les choses jusqu'au bout. Les Lombards et les bourgeois avaient tou- 
jours de la rancune envers nous, parce que leurs pères leur avaient dit que nos an- 
cêtres les avaient conquis ^^\ Aussi ils ne pouvaient nous aimer, et ils cherchaient à 
nous affamer. . J^^ Ils ne le firent pas pour nous être agréables, car ils firent hausser 
leurs tours et creuser leurs fossés. Gela embrouilla beaucoup les affaires, avec les me- 

11, XT. naces et les querelles qui surgissaient de tous côtés. Il arriva un jour qu'une fenune qui, 
dit-on, avait nom Emme, portait son pain à vendre par l'ost; un pèlerin vit le pain 
tendre et chaud et le marchanda ': la femme se fâcha du prix pour lequel il voulait 
l'avoir, si bien qu'elle le frappa presque, tant elle était forcenée de colère. Voilà le 
tumulte commencé, si bien que les bourgeois s'en mêlèrent, prirent le pèlerin, le bat* 
tirent, lui arrachèrent les cheveux et le traitèrent vilainement. La clameur en vint 
jusqu'au roi Richard. Il leur demanda de garder paix et amitié; il mit paix entre eux 

i,xTi. et chassa ses gens loin de là. Mais le diable, qui naturellement hait la paix par-dessus 
tout, réveilla le lendemain la dispute, qui ne se termina pas sans malheur. Les deux 
rois étaient ensemble à une enlrevue, si je ne me trompe, avec les juges de Sicile et 
les principaux de Messine ; ils s'entretenaient des moyens d'établir la paix. Précisé- 
ment pendant que les deux rois parlaient de la paix qu'ils croyaient faire, voilà qu'on 
leur apporte la nouvelle que nos gens étaient attaqués. Par deux fois , des messagers 
vinrent dire qu'on les maltraitait fort, et après il en vint un troisième qui dit au roi : 
«Voilà une mauvaise paix, quand les hommes de ce pays mettent à mort les gens d'An^ 
«gleterre dans la cité et en dehors.» Les Lombards [qui étaient avec les rois], c'est la 
vérité, s'en allèrent alors, disant aux rois que c'était pour apaiser la dispute; mais ils 
mentaient : ce n'était que pour faire du mal. Jourdain du Pin et Marguarit (à qui tous 
les maux puissent-ils arriver !), ces deux-là brassèrent le mal et en furent le commen- 

'^) Dnymon, root encore admis dans les dictionnaires, «bateau de transport?*. 

'^) Du temps de Robert Guiscard. 

^''' li semble bien qu^il y ait ici une lacune; la version latine abrè^ ce passage. 



^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 3&3 

cernent. Le roi de France était là, et le roi d'Angleterre avec lui, et celui qui l'a raconté 
y était aussi. Le roi d'Angleterre monta à cheval et alla pour séparer les combattants; 
mais, à son départ, ceux de la ville l'injurièrent et lui dirent de grandes vilenies. Il 
courut s'armer et les fit assaillir à la ronde par terre et par mer, car il n'y avait au 
monde tel guerrier. 

Le bruit et le tumulte étaient grands, et la ville ^^^ était fort troublée. Les Français V. 687. 
vinrent chercher leur seigneur chez le roi d'Angleterre, car la ville était dans une telle 
agitation qu'ils n'espéraient plus le trouver. Il ref int avec eux , et retourna au palais 
où il habitait. Les Lombards vinrent à lui et lui tinrent l'étrier gauche ; ils lui firent 
promesses et dons; ils lui abandonnèrent l'honneur de la journée, lui demandèrent de , 
les protéger dans la ville et de les considérer comme siens et ses sujets. Ils y mirent 
peine et dépense, si bien que le roi s'arma promptement, et tel qui mérite bien d'être 
cru nous rapporta qu'il aida ceux du pays plutôt que les gens du roi d'Angleterre. 
Voilà le tumulte soulevé et le bruit grandissant par l'ost. Les Français étaient dans 
la ville, jouissant de toutes leurs aises, et les Lombards se fiaient à eux, mais ceux 
de l'ost ne s'en donnaient pas garde. Voilà les portes fermées; les gens de la ville 
s'armèrent et montèrent sur les murs pour les défendre; mais il leur en fallut des- 
cendre bientôt. Ceux qui étaient sortis de la ville et qui avaient attaqué la maison 
de monseigneur Hugues le Brun combattaient péle-méle, quand le roi d'Angleterre y 
vint : je ne crois pas qu'il eût vingt hommes avec lui en ce premier moment. Dès que 
les Lombards le virent, ils laissèrent leurs menaces, tournèrent le dos et s'enfuirent. 
Et le preux roi les poursuivit. Ambroisb le vit alors, et il dit que, quand ils le virent 
arriver, on eût pu se rappeler des brebis qui fuient devant un loup; comme des bœufs 
tirent au joug, ils tiraient vers la poterne de la ville qui est du côté de Palerme. Il les 
y poussa de force, et en abattit je ne sais combien. L'alarme fut donnée dans l'ost, 
et tous montèrent à cheval pour repousser l'attaque des arrogants Lombards et des Grecs 
perfides et pleins de rage. Mais ceux qui se défendaient étaient des gens qui avaient pris 
maintes villes: c'étaient des Normands, des Poitevins, des Gascons, des Manceaux, des 
Angevins, et il y en avait d'Angleterre plus qu'on ne le pourrait dire. Quand ils virent 
leurs ennemis au haut des murs, ils les assaillirent hardiment. Ils coururent tout autour 
de la cité et ne s'arrêtèrent pas avant d'être dedans. Les autres jetaient, tiraient du 
haut des murs, et leur faisaient grand dommage avec des arcs et des arbalètes qu'ils 
avaient là sous la main. Ils jetaient cailloux et pierres, et frappaient grands coups sur 
nos gens. Les carreaux, les traits volaient sur nos pèlerins, non sans leur nuire beau- 
coup ; ils nous abîmèrent trois chevaliers qui étaient entrés par une porte. L'un fut 
Pierre Tireproie, qu'ils jetèrent mort sur le chemin; et avec lui, au même endroit, ils 

>^) 11 faut lire an texte (v. 688) vile au Heu de notée. 

93 



IWrftIXBMB lATIOXALt. 



L'HISTOIÀE DE LÀ GUEBHB SAINTE, 
jetèrent mort Mahieu de Sauçol ; et Raoul de Bouvroi , c'est la vérité , fut aussi trouvé 
mort. On tes plaignit et regretta beaucoup : Dieu leur octroie son salut! 

Si les Lombards avaienl i^té plus loyaux, les gens du roi auraient passé un mauvais 
moment; mais leur folle conduite leur nuisit, à bon droit, en nous endammanl contre 
eux. Ceux qui défendaient la ville étaient plus de cinquante mille, sur les murs et sur 
les tourelles, avec des écus longs ou ronds : vous auriet vu là un dur et violent assaut. 
Les galères étaient allées attaquer du c6té du palais'"; mais le roi de France était là 
qui se tenait sur le rivage, qui fit intei-dire le port aux galères et les enipécba de le 
prendre. Et eux tirèrenttant qu'ils tuèrent deux rameurs, ce qui fut grand lort. Mais du 
c6té de la terre le roi d'Angleterre menait l'assaut, et il attaqua si bien les Lombards 
qu'il réussit. Vous auriez vu là ses gens monter, gravir les montagnes et couper les 
fléaux des portes; il j eut là bien des gens pris et morts. Au milieu des rues s'élancèrent 
plusieurs qui s'en repentirent, cor les ennemis, des étages des maisons où Ils se te- 
naient, jetaient et lançaient des traits. Mais ils eurent beau se défendre, ils furent 
pris à cet assaut, et, quels que fussent les derniers, le roi fut un des premiers qui 
osèrent entrer dans la ville. 11 en entra bien dix mille autres après lui. Vous auriez 
entendu là nos gens pousser de beaux cris ..... ''^' et déconfire el tempêter, blesser, 
abimer et frapper à la télé. Ils eurent plus tôt fait Je prendre Messine qu'un prêtre 
de dire ses matinea. 11 y aurait eu là bien des gens tués si le roi n'en avait eu pitié. 
Et vous pouvez bien savoir qu'il y eut de grands avoirs perdus là, quand la grande 
presse fut entrée; caria ville fut bien vite mise bu pillage. On brAla leurs galères, qui 
n'étaient ]>a3 pauvres ni mesquines: on y gagna des femmes belles, sages et Instruites. 
Je n'ai pas pu toutsavoir; mais, 'a tort ou à raison, avant qu'on le sût bien dansl'ost. 
les Français avaient déjà pu voir sur les murs, en plusieurs endroits, nos pennons et 
nos bannières, ce dont le rtii de France conçut une envie qui lui durera sa vie entière: 
et c'est là que prit naissance la guerre qui , plus tard , fit ravager la Normandie, 

Quand le roi Richard eut pris Messine et mis ses bannières sur les tours, le roi de 
. France qui, ainsi que ses gens, était jaloux et chagrin de ce qu'il les y avait dressées, 
lui (it dire qu'il fallait que ses hommes abattissent ces bannières et fissent dresser celles 
de France sur les murs de la cité, et il lui manda qu'en agissant comme il avait fait 
il avait manqué à son devoir envers sa suzeraineté et lui avait fait grand déplaisir. 
Seigneurs, j'en appelle à votre jugement : lequel avait plus droit de les mettro, celui 
qui n'avait pas voulu se mdler de l'assaut de la ville ou celui qui avait osé l'entre- 
prendre ? 

Le roi Richard entendit ce message, et il ne daigna pas entrer en longue dis- 
cussion, sur cette requête, avec l'autre roi qui s'en faisait un tel tracas; cependant on 
'• T19)i mais c'est une Taule ^ te lalin a veriiu ^xiiaCiuni. 



C' lie texte porte Dntn lu paltû (v. 
1*1 L muique dd ver». 



I 



L'HISTOIHE DE LA GUERRE SAINTE. 



3A5 



dit là bien des paroles folles et blessantes; mais l'on ne doit pas écrire ni mettre en livre 
toutes les folies. A la Gn, les grands clercs et les hauts hommes parlèrent tant de la 
paix que chacun des rois eut ses bannières sur les tours et sur les tourelles. On s'oc- 
cupa aussi de mander prompteruent au rul de Sicile les nouvelles de la comnmne do 
la ville'", l'injure et l'outrage cju'on avait faits à eux el aux leurs. Les messagers du roi 
Richard lui dirent, en son nom particulier, qu'il réclamait le douaire de sa sœur, 
en sorte que sa part du grand trésor [du roi Guillaume] lui fàt assignée justement, 
et tout ce qui revenait h la dame, et que ce serait droit et raison. On nomma les 
messagers, hauts hommes, renommés, de grande parenté, de grande seigneurie et 
de grande importance, pour aller traiter cette affaire. L'un de ceux qui en furent 
chargés fut le duc de Bourgogne, et l'autre Robert de Sableuil, haut homme, preux et 
affable. 11 peut y en avoir eu d'autres, dont je n'ai pu savoir les noms. Ih partirent à 
cheval et avancèrent tant leur voyage qu'en peu de temps ils purent conter leur message 
au roi dePalerme. 

Le roi Tancré, qui était très aviné, écouta les discours des messagers, il avait connu 
bien des aventures, i! était bon clerc en écritures, et U savait déjà bien l'affaire. U 
ne réfléchit pas longtemps à sa réponse. Il répondit, sans autre délai, aux gens du roî 
d'Angleterre que, pour ce qu'il lui réclamait, il s'en rapporterait aux lois de sa terre, 
aux coutumes du roi Guillaume et aux barons de son royaume, et qu'il ferait ce que 
tout ie monde approuverait. Quant aux bourgeois de Messine, s'ils avaient commis de 
folles incartades et courroucé les deux rois, on en ferait une bonne réparation. Quand 
les messagers entendirent cela, il y en eut plus d'un, parmi ceux qu'avait envoyés le 
roi Richard, qui dit que jamais le roi n'accepterait de plaider sur sa réclamation : il 
V eut là-dessus bien des paroles échangées. Quant aux messagers de France, oji leur 
distribua de belles coupes; les autres prirent patience. Entendez le grand tort, qu'on 
rappela alors et depuis '^', que fit, dit-on , le roi de France. 11 aurait, sur cette question 
(je ne sais ce qu'd en espérait), mandé en particuUer au roi Tancré de ne faire que ce 
qui lui plairait et de bien défendre son droit, et que jamais, pour le roi d'An^elerre, 
il ne lui ferait la guerre, mais qu'il était lié k lui [Tancré] par serment. S'il en fut 
ainsi, ce fut une triste chose; l'histoire ne garantit pas qu'il ait pensé une telle dé- 
loyauté: mais, quoi qu'il en soit, le peuple disait tout haut qu'il l'avait mandé. 

Ceux qui n'avaient pas eu de coupes retournèrent le plus tôt qu'ils purent: ils re- 
tinrent bien leur message et s'en revinrent à Messine. Le roi Richard faisait alors faire 
un ouvrage qui lui plaisait beaucoup : c'était un château, Mategrîifon, qui courrouça 
fort les Grecs. Les messagers vinrent au roi. ils lui dirent te qu'ds avaient demandé au 
roi Tancré et ce que Tancré lui faisait dire sur cette demande, c'est-à-dire qu'il suivrait 

''' Il v«ul nieiii uiu doute siq)pri»pr U *irg<ilc '{ai. itus \f leite (v. ^6li), ml apràs cviniin*. 
'*' Coiiigei an leile (v. gi8) atardre en rtcenitt. 



^ 



3ie L*HISTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. 

les lois (le sa terre , diaprés la décision de ses barons. Le roi Richard répondit sans gnftre 
attendre qu'il ne plaiderait pas contre Tancré et qu'il chercberait autrement la satisfac- 
tion à laquelle il avait droit. 
Y. 961. Quand on sut la nouvelle qu'on n'avait pas établi de paix ni de trêve, on commença 
à s'attendre à la guerre, à cause de l'appui que nos ennemis trouvaient chez le roi de 
France, caries astucieux Lombards s'étaient alliés avec lui. Voilà que les provisions 
nous furent coupées, si bien qu'il n'en venait plus rien en l'ost, et, sans l'aide de Dieu 
et la flotte, on y aurait mené une bien pauvre vie; mais il y avait dans les vaisseaux 
des provisions en blé, en vin et en viande. La ville était gardée chaque nuit, et Test 
aussi. Les deux rois étaient en discorde, par l'effet de l'envie qui trouble tout. Ce n'était 
ni beau ni honnête : de hauts hommes se donnèrent beaucoup de md pour mettre la 
paix entre eux. Us chevauchaient du palais à Mategriffon, puis revenaient en arrière 
par le même chemin; mais jamais ils ne purent en venir à bout, quelque peine qu'ils 

11. ixi. se donnassent, comme le livre le témoigne ^^^ Enfin le roi de Sicile, qui savait 

les torU des gens de Messine, prit le fils de son chancelier et, avec lui, un dievalier 
qu'il tenait pour preux et sâr et qui était, si je ne me trompe, son connétable. Il 
l'envoya au roi d'Angleterre et lui manda qu'il ne tenait pas du tout à être en guerre 
avec lui, et que, s'il voulait accepter de l'argent pour les réclamations qu'il présentait, 
il en ferait volontiers la paix et lui donnerait, de son trésor, vingt mille onces d*or, 
et que s'il voulait, sur l'avis de ses barons, parler d'un mariage, il donnerait i Arthur 
de Bretagne une de ses filles non mariées, demoiselle jeune, belle et sage. Pour ce 
mariage, il lui promettait sans fraude vingt mille autres onces d'or; seulement Richard 
lui restituerait cet or si Arthur n'épobsait pas l'enfant; en outre, il promettait è Richard 
de lui rendre sa sœur. Quand le roi Richard entendit cela, il lui renvoya, sans plus 
attendre, d'autres messagers pour obtenir une paix ferme et stable. Le roi fit faire le 
message à l'archevêque de Montréal, à celui de Rise, homme loyal, à l'évêqued'Ëvreux, 
Jean , qui souffrit tant de peine et de dépense : ils connaissaient bien la question ; 
d'autres encore allèrent avec eux. Ils allaient chercher la paix, ils la rapportèrent, et 
ils firent amener l'argent dont j'ai parlé tout à l'heure. A leur retour, tout le monde 
se réjouit de la paix; les chartes furent alors lues et copiées, la paix fut jurée et la 
sécurité rétablie. On regarda et pesa l'argent, au grand plaisir du roi, qui désirait 
beaucoup avoir de quoi dépenser au service de Dieu. On lui rendit aussi sa sœur, qui 
valait bien d'être vendue cher. Le roi voulut alors que, sans plus tarder, on rendit [aux 
bourgeois] tout ce que ses gens avaient pris du leur : cela lin valut de grands éloges ; 
on le rendit par confession, et sous peine d'excommunication, d'après le bon et sage 
conseil de l'archevêque de Rouen. Voilà la ville en bon état, sans querelle et sans 

(*) La lacooe esl aans doute de plus d*un vers, comme Tindique le latin; il est probable ea oatre qa*dle doit 
être placée après le vers 976 et que c'est le vers 976 qui devrait être remplacé par des points. 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



347 



trouble, et si quelqu'un osait en soulever, on le faisait pendre ou tuer. Dans l'ost ré- 
gnait grande justice; bénie soit IVime de celui qui l'y avait mise! Alors on recom- 
mença h aller par les routes; il nous revint de bonnes provisions pour les chevaux 
el les hommes : ainsi se Icmiina l'affaire. Les bourgeois se riîconcilîèrcnt avec nous et 
hébergèrent les pèlerins. Les deux rois refirent amitié; mais ils devaient se diviser 
encore plus d'une fois. Ils partagèrent entre eux l'argent, el chacun eut ce qui lui 
revenait. 

Les chevaliers qui avaient été là pendant tout l'été se désolaient et se plaignaient 
des dépenses qu'ils avaient été obligés de faire. Les plaintes allèrent tant, haut et bas, 
qu'elles arrivèrent au roi Richard, et il dit qu'il leur donnerait tant que tous pouiv 
raient s'en louer. Hichard, qui n'était pas chiche ni avare, leur donna de si riches 
dons, hanaps d'argent, coupes dorées qu'on apportait è pleins girons aux chevaliers, 
suivant ce que chacun était, que grands, moyens et petits le louèrent de ses beaux 
dons; et il fui envers eux si libéral de ses biens que môme ceux qui étaient à pied 
eurent de lui au moins cent sous. Et aux dames déshéritées, qui avaient été chassées 
de Syrie, aux demoiselles aussi, il donna de grands dons b. Messine; et le roi de France 
aussi donna largement à ses gens. Voilà toute l'osl en liesse pour tant d'honneur et 
de libéraUté et pour la paix qui s'était faite. On tint grande fêle le jour de la Nativité; 
le roi Richard Cl crier que tous pouvaient venir et faire la fête avec eux, et il réussit 
à emmener le roi de France manger chez lui. La fôte fut à Mategrlffon, dans la salle 
que le roi d'Angleterre avait construite par sa puissance, en dépit de ceux du pays. 
J'étais dans la salle, à ce repas : je n'y vis pas une nappe sale ni un banap ou une 
écuelte de bois; mais j'y vis une si riche vaisselle, avec des ciselures appliquées et des 
images coulées, enrichie de pierres précieuses, qu'elle n'avait rien de mesquin, et j'y 
vis si noblement servir que chacun était satisfait. La fêle fut belle cl honnête, comme 
il convenait i un tel jour, el je ne crois pas avoir jamais vu donner en une fois tant de 
riches dons que le roi Richard en donna là au roi de France et aux siens, en vaisselle 
d'or et d'argent. 

Le terme de notre passage arriva, et ceux-là furent avisés qui prirent leurs précau- 
tions. Depuis la Notre-Dame de septembre, si je compte bien, jusqu'à la fin du carême 
fut à Messine, en repos, l'osl qui désirait ardemment le jour où elle serait devant 
Acre avec ceux qui avaient osé en entreprendre le siège, et qui souffraient des maux 
plus grands encore qu'on ne le savait, beaucoup de peines, de fatigues el d'épreuves 
pendant cette demi-année. Quand on se fut assez reposé et que , grâce à Dieu , le voyage 
fut préparé, le roi de France el sa compagnie entrèrent en mer un peu avant PAques 
fleuries. Le roi Richard ne pouvail encore s'embarquer, car il n'avait pas tout ce qu'il 
lui fallait, ses galères et ses transports pour porter ses chevaux, ses armes el ses pro- 
visions, avant d'aller attaquer les infidèles. Il lui fallut donc attendre et parfaire ses 




3tô 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



préparatifs. Il accompagna le roi de France avec des galères, puis, traversant le Phare, 
il vint droit à Rise, où il avait reçu nouvelle que sa mère était arrivée, lui amenant 
son amie. C'était une sage demoiselle, gentille femme, honnête et belle, sans fausseté 
ni perfidie; elle s'appelait Bérengère , elle était fille du roi de Navarre, et celui-ci l'avait 
remise à la mère du roi Richard, rpii prit la peine de la lui amener jusque-là. Elle eut 
ensuite le nom de reine; le roi l'avait beaucoup aimée : depuis le temps où il était 
comte de Poitiers, son désir l'avait désirée, il fil mener à Messine sa mère, elle et ses 
demoiselles; là il dit à sa mère, et elle à lui, sans restrictions, tout ce qu'ils voulurent. 
Il garda avec lui la jeune fille qu'il aimait , et il renvoya sa mère pour garder son paye 
qu'il avait quitté, afin que son honneur n'eût rien à craindre. Avac elle l'archeviîque de 
Rouen, Gautier, qui est un homme très sage, eut la garde de l'Angleterre, et il eut 
beaucoup à y guerroyer. Et alors s'en retourna aussi avec euï Gilbert de Wascueil, celui 
qui [plus tard] laissa prendre Gisors. Le roi ne perdit plus de temps : il fil préparer 
et charger ses vaisseaux et ses galères, il n'y eut plus de relard. 11 fît entrer en mer 
les barons, son amie, et avec elle sa sœur, et il les fit mettre ensemble, avec beaucoup 
de chevaliers, dans un grand dromon, pour se conforter l'une l'autre. II fit prendre 
les devants è leur dromon, et les fit cingler vers l'orient; mais les énèques agiles et 
rapides ne partirent qu'après que le roi eut mangé. Alors s'ébranla , toute en rang, la 
flotte merveilleuse. Ce fut le mercredi de la semaine sainte que la flotte quitta Messine 
pour le service et la gloire de Dieu : dans cette semaine où Dieu a tant soufl'ert pour 
nous, il nous fallait aussi souffrir et les dangers et les veilles. Mais Messine, où l'on voit 
se presser tant de navires, peut se vanter que jamais, à aucun jour que Dieu fit, une 
si riche flotte n'a quitté son port. 

La flotte se dirigea en bon ordre vers la terre de Dieu , si malheureuse. ïi\e traversa 
le Phare, et vint, à la haute mer, de l'autre c6té, sur le chemin d'Acre. Bientôt nous 
atteignîmes les dromons, mais nous vîmes alors le vent tomber, si bien que le roi voulait 
retourner. De gré ou de force il nous fallut rester là la nuit, entre la Calabre et Mont- 
gibel. Le jour du jeudi saint. Celui qui nous avait enlevé le vent, et qui peut tout enle- 
ver et donner, nous le rendit et nous le préla pour toute la journée. Mais il était faible , 
et la belle flotte dut s'arrdter. Le jour de l'adoration de la croix, un venlconlraire nous 
accosta à gauche près de Viaires '". La mer se troubla jusqu'au fond; le vent la couvrait 
de flots énormes et reployés,et nous ne faisionsque perdre la route. Nouseâmes grand 
peuret grand malaise en tête, en cœur et en bouche; mais toutes ces souffrances, nous 
les supportâmes très volontiers, et nous devions les supporter pour Celui qui, à pareil 
jour, daigna subir la passion pour nous racheter. Le vent était fort, et il nous tourmenta 
jusqu'à la tombée de la nuit. Alors nous eûmes un vent apaisé, favorable et douï. 



' Nom de lien , sans doutp <ur li ciHv de Calabre . que }e i 




L'HÏSTOIBE DE LA GUERRE SAINTE. 3S9 

Le roi Richard, dont le cœur était toujours prompt aux bonnes actions, on fit une 
signalée. Il voulut que chaque nuit on allumât sur son vaisseau, dans une lanterne, un 
^raud cierge qui jetait une lueur très claire. Il brûlait toute la nuit, pour montrer le 
chemin aux antres; et comme le roi avait avec lui de bons mariniers liabiles et con- 
naissant leur métier à fond, tous les autres se ralliaicntau feu du roi et ne le perdaient 
guère de vue. Et si la flotte s'écartait, il l'attendait généreusement. Il menait ainsi 
celle fière expédition comme une mère poule mène ses poussins à la [tâture : c'était 
de sa part prouesse et bon naturel. Nous voguâmes ainsi toute la nuit, sans tristesse 
et sans souci (?). Le lendemain , veille de Pâques, Dieu nous conduisit encore très bien, 
et aussi toute la nuit et tout le jour de la grande fête. Pendant trois jours, la flolle 
avança à toutes voiles, le roi tenant la léle. Le mercredi . nous vîmes l'île de Crète. Le 
roi c6toya l'tle de près; il y dormit, ainsi que la flotte; mais cette nuit, vingt-cinq de 
nos énèques nous perdii-enl, au grand chagrin et déplaisir du roi. Le lendemain matin 
jeudi , on dressa les voiles, et on marcha vers Rhodes , une autre ile près de là. Le vent 
était grand, les vagues étaient hautes. Aussi vite que vole l'hirondelle allait le navire, 
pliant son mât. Dieu noan mena le long des c&tes de Rhodes, à grande allure et avec 
une vitesse merveiUeuse. montrant bien qu'il prenait plaisir à l'entreprise de ses servi- 
teurs. Nous allâmes très vite jusqu'à la nuit noire. Au matin, nous arrivâmes dans un 
détroit; nous abattîmes les voiles et nous fûmes bors de peine. Nous nous reposâmes 
jusqu'au dimanche, et au matin nous étions à Rhodes, la cité où Hérode naquit. 

Rhodes a été autrefois une grande cité ancienne, presque aussi grande que Home. 
On aurait peine à en savoir au juste la vérité, car il y a tant de maisons détruites, de 
murs et de tours en ruines, tant d'église-s qui subsistent encore, à cause de la masse 
de gens qui y ont vécu pendant tant d'années et de siècles et sous tant de seigneuries 
iliverses. que nul homme ne pourrait les compter sans grande peine, ni en estimer la 
grandeur et la noblesse. La ville est aujourd'hui ruinée par la vieillesse; cependant 
il habitait là des gens qui nous vendirent des aliments, et comme le roi était malade 
et mal à son aise, il nous fallut attendre è Rhodes. Il fit chercher et demander où 
étaient allés ses navires [perdus], et il attendit là ses galères, qui le suivaient le long 
du rivage. 11 s'enquit aussi du tyran qui possédait Cypre et qui arrêtait ics pèlerins. 
Nous séjournâmes à Rhodes dii jours, et quand la flotte, voiles levées, sortit en 
rang de Rhodes, c'était le premier jour de mai. Noua vînmes droit au goulFre de 
Satalie : c'est un passage bien dangereux, il n'y en a de plus dangereux nulle part. 
Quatre mers s'y livrent bataille et chacune excite l'autre. Nous allions entrer dans ce 
gouffre quand nous fûmes assaillis par un vent qui nous ramena le soir à l'endroit 
par oiï nous étions entrés. Lèvent, qui change souvent, se fit ensuite plus courtois pour 
nous : il nous prit par derrière, el nous poussa si vite que chacun avait peur, à cause 
du gouffre où nous nous trouvions et qui nous remplissait de crainte. Le vaisseau du 



à 



350 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

roi était en avant, suivant sa coutume. Le roi regarda la haute mer, et vit s'avancer 
une bouce^^^ qui revenait de Syrie. Et le roi, que cela intéressait, se fit diriger près 
d'elle pour demander des nouvelles de la Terre Sainte. On lui dit que le roi de France 
y était déjà et l'attendait devant Acre, et qu'il s'occupait chaque jour à faire des ma- 
chines pour prendre la ville. Mais le roi Richard avait déjà en tête une autre entreprise. 
La bouce passa outre, et le roi lutta contre le vent tant que Dieu l'amena devant Gypre, 
près de la terre qu'il lui fit conquérir. Il trouva là ses gens, sa sœur, et aussi son amie. 
V. i355. Écoutez, seigneurs : cette terre de Syrie, avant qu'on pût lui porter secours, elle a 
II, xzn. souffert tant d'injures, tant de grandes mésaventures , tant de contre-temps, tant d'at- 
taques, tant de délais et tant d'attentes, tant de peines, tant de désirs, tant d'assauts 
et tant d'embarras ! Ce fut un bien grand malheur que la mort de l'empereur d'Alle- 
magne, qui y allait en si grand appareil, et qui mourut si soudainement. Ce fut grand 
dommage aussi pour la Terre Sainte que la mort du roi d'Angleterre , le bon Henri , 
qui était si sage et qui avait tant de richesses qui auraient servi à soutenir le pays 
et à conserver la ville de Sur. Ce fut encore une grande mésaventure pour elle que 
la mort du bon roi Guillaume, qui l'avait secourue maintes fois : il y eut grand deuil 
quand il mourut. Le royaume eut ainsi à souffrir bien des malchances, mais rien ne 
lui avait apporté plus de mal, d'ennui et de retard qu une tle voisine de la Syrie : 
c'était la riche tle de Cypre, qui, autrefois, l'aidait beaucoup, et dont alors rien ne 
pouvait plus lui venir, car il y régnait un tyran porté vers tout mal, plus félon et plus 
trattre que Judas ou Ganelon. Il avait délaissé les chrétiens, et était le bon ami de 
Baladin, et on disait même que, pour s'allier, ils avaient bu le sang l'un de l'autre, 
et on le sut plus tard certainement. Il se fit ainsi empereur, non vraiment, mais empi- 
reur^^^ car il s'empirait lui-même. Jamais, quand il le pouvait, il ne cessait de faire 
et de susciter le mal, et de poursuivre les chrétiens de Dieu. Il y eut là trois vais- 
seaux du roi Richard, pleins de ses gens, brisés à la côte, de ceux qui avaient échappé 
au naufrage et qui étaient en triste état : l'empereur de Cypre les engagea d'abord à 
rendre leurs armes et ensuite il les fit prendre par trahison. Il leur avait garanti une 
sûreté qui dura peu, car le déloyal les fit aussitôt attaquer. Mais ils se défendirent si 
bien qu'ils leur vendirent cher leur colère, avec trois arcs en tout, qu'ils avaient, et 
dont les Grecs ne savaient rien. Là était Rodier de Hardecourt , compagnon et fidèle 
du roi, qui, monté sur une jument recrue, leur diminua promptement leurs gens; et 
Guillaume du Boisnormand, le bon archer, allait tirant des flèches, les frappant 
devant et derrière et plus redouté qu'une pierrière ^'^ 

(') Le mot subsiste encore dans l'anglais huu; il est à pea près synonyme de dromon, 
(') Le jeu de mots oblige à conserver mnpireur, 

(9) La lacune de notre manuscrit est comblée dans la version latine, où Ton voit que les trou croisés furent 
secourus par leurs compagnons, qui, les ayant vus du rivage, vinrent les dégager et les ramenèrent anx vaisseaux. 



. ^JiT*.--- ,.„._._. 

L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 351 

si bien que, à la vue des Grecs, ils s'en allèrent jusqu'au dromon qui était dans le 
port et qui avait amené la reine. 11 y eut là grande bataille, oii les prisonniers firent de 
belles prouesses. Le roi , qui s'était arrêté au port , ijuand il sut cette perfidie et le danger 
de ses botnmes, qu'il vit le dromon de sa sœur qui l'attendait en grande crainte, qu'il 
vit le rivage tout couvert de ces misérables Grecs , ne voulut pas chercher de pires Sarra- 
sins que ceuï-là. II se fit conduire vers la terre : le tyran crut pouvoir la défendre 
rentre lui, mais il n'osa attendre le vaillant roi. 

C'est un lundi malîn que Dieu avait préparé l'affaire qu'il voulait que le roi fit : il 
voulait qu'il recueillit les naufragés, qu'il délivrât sa sœur et qu'il menât son amie 
ailleurs. Toutes deux maudissaient le jour oîi elles étaient arrivées 14, carl'empereur les 
eût prises s'il avait pu. Quand le roi voulut s'emparer du port, il ne manqua pas de 
gens pour l'en empêcher, car l'empereur était lui-même sur le rivage avec tout ce qu'il 
avait pu faire venir de gens par argent et par commandement. Le roi prit un messa- 
ger et l'envoya dans un bateau à terre, priant courtoisement l'empereur de rendre leur 
avoir aux naufragés et de réparer les torts qu'il avait faits aux pèlerins et qui avaient 
coûté des pleurs à maints orphelins. Celui-ci se moqua du messager jusqu'à en perdre 
la raison; il ne put pas modérer sa colère, et dit au messager: «Tproupt, sire!» 
Et il ne voulut jamais donner une réponse plus honnête, tuais se mît à grogner en 
ricanant. Le messager revint promptement en arrière et le répéta au roi. Quand le roi 
entendit le mot honteux, il dit à ses gens : ? Armez-vous! n Ils le firent aussitôt, et ne 
demeurèrent pas grand temps. 11 leur fallut entrer armés dans les chaloupes de leurs 
énèques. 11 entra là de bons chevaliers et de hardis arbalétriers. Les Grecs aussi avaient 
des arbalètes, et leurs gens étaient tout prêts sur le rivage, et ils avaient cinq galères 
tout armées; maïs, quand ils virent nos armures, ils se sentirent peu en sûreté. 

Dans la ville de Limeçon, où commenta la bataille, ils n'avaient pas laissé une porte 
ni une fenêtre, ni rien qui pât servir au combat, tonneau ni tonne, écus ni larges, ni 
vieilles galères ou vieilles barques, ni poutres, ni planches, ni degrés. Ils apportaient tout 
sur le rivage pour nuire aux pèlerins. Tout armés sur la rive, plus arrogants que gens 
(]ui soient au monde, avec des pennons et des bannières d'étoffes précieuses et de riches 
couleurs, montés sur de grands chevaux forts et rapides et sur de grands mulets puissants 
et beaux, ils se mirent à nous huer comme des chiens; mais on rabattit bienlAt leur 
orgueil. Nous avions grand désavantage; car nous venions de la mer, nous étions en- 
tassés dans de petites barques étroites, tout étourdis des grandes fatigues, tout harassés 
par l'agitation des flols et tout chargés de nos armes, et nous étions tous à pied. Eux 
étaient dans leur pays; mais nous savions mieux la guerre. Nos arbalétriers commen- 
cèrent l'attaque, et il y en eut qui ne manquèrent pas leur coup. Us tirèrent d'abord sur 
les gens des galères, qui ne savaient rien de guerre; ils les blessèrent et navrèrent si 
bien que, de leurs galères, ils sautaient en mer quatre par quatre, et l'un culbutait 



SSS L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

Tautre. Leurs galères furent prises et mises avec nos énèques. Archers et arbalétriers 
se mirent à tirer dru^ et ils firent reculer les Grecs. Alors vous auriez entendu nos gens 
les huer comme ils nous avaient hués avant que nous eussions bougé. Des deux côtés 
on tirait, on lançait, et nos rameurs avançaient toujours, et partout où ils allaient, 
carreaux et traits pleuvaient sur eux. Toute la rive était pleine de ces gens sauvages. 
Vous auriez vu là une attaque hardie et des gens qui s'entendaient à la guerre. Et quand 
le roi vit ses compagnons lutter pour aborder, il sauta de sa barque en mer, vint aux 
Grecs et les attaqua, et tous les autres sautèrent après lui. Les Grecs se défendirent, 
mais les nôtres allaient par le rivage, les frappant et les vainquant. Vous auriez vu là 
voler les carreaux, et les Grecs mourir en masse. Les nôtres les choquèrent si bien 
qu'ils les repoussèrent dans la ville. Us les attaquaient comme des lions, frappant sur 
eux et sur leurs chevaux. Devant la vaillante nation latine s enfuyaient les Grecs et les 
Arméniens. Nos gens les poursuivirent jusque dans la campagne si vivement qu'ils en 
dhassèrent l'empereur, qui prit la fuite. Le roi le poursuivit tant qu'il s'empara d'un che- 
val ou d'une jument y je ne sais, qui avait un sac attaché derrière la selle et des étriers 
de torde. D'un bond il fut en selle, et dit au lâche et perfide empereur : «L'empereur, 
II, iixm. viens ! Joute avec moi ! » Mais celui-<;i n'en avait cure. A la nuit, sans plus attendre, le 
roi fit mettre à terre tous les chevaux qui étaient dans les énèques; l'empereur ne savait 
pas qu'il en e&t avec lui. On promena les chevaux car ils étaient tout engourdis, étour- 
* dis et harassés d'être restés un mois en mer sans pouvoir se coucher. Sana leur donner 
plus de repos, quoiqu'ils y eussent bien droit, le roi, qui poursuivait son entreprise, 
y monta le lendemain. Assez près, dans un bois d'oliviers le long de la route, il y avait 
des Grecs avec bannières et pennons. Le roi les en débusqua ; il se mit en tête le heaume 
d'acier, et les suivit en grande allure. Vous auriez vu là de braves gens. Geux de devant 
les mirent en fuite; les Grecs s'enfuirent, les nôtres les poursuivirent tant qu'ils virent 
\m ffros de leur ost. Là ils s'arrétèi^ent. Mais dans la poursuite les Grecs pousMient de 
telles huées et de tels cris (c'est ce qu'ont raconté ceux qui les ont entendus) que l'em- 
pereur les entendit de sa tente, à plus d'une demi-lieue. Il s'était retiré là; il y avait 
dtné et dormait; mais ce bruit le éveilla. Avec ses gène, il monta à cheval et vint sur 
le haut des montagnes pour voir ce que feraient ses homnes , qui ne savaient que 
lancer des flèches. Us tournaient toujours en criant autour des nôtres, qui ne bougeaient 
pas. Là vint au roi un clerc armé, qui s'appelait Hugues de la Mare, qui lui dit tout 
bes : «Sire^ allez-vous-en : ils ont des forces énonnes. — Sire ckdte^ dit ie roi, mêlez- 
Kveus ée votre écriture, et tirez vous de la mélée^ au aMd de Dieu et de sa mère : 
«iaîtser-nous la dievalerie! » Gekû4à et d'autres le lui disuent à cause du nombre des 
fmtiniaw qu'ils voyaient, et 'à n'y avait pas ^ès 4u roi, à ce moment-là, pkis de qua- 
rante chevaliers ou use tisquautaine au plus; maîi le grand roi courut eue aux enne- 
mîir Ipltts prompt ^e k foudre qui tembe» plue vanaasë cpie l'^ervîer ^ fond sur 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. S58 

l'alouette (ceui qui ont vu cette rharge l'adoiirent beaucovip). Il se jeta au milieu de 
ces méchants Grecs, si bien qii'it les mit tous en désordre et les arrangea de telle sorte 
qu'ils ne tenaient plus ensemble. Cependant ses gens arrivaient, et dès qu'iU furent en 
nombre, ils en tuèrent et en prirent tant, sans parler de ceux qui s'enfuirent honteu- 
sement, que jamais on ne sut le compte des morts; ceux qui étaient à cheval s'enfuirent 
par monts et par vaux, et les piétons, les petites gens furent tous tués ou pris. Ce fut 
une rude batBille. Vous auriez vu là tant de chevaux «-tendus ou trébuchant avec leur 
charge, tant de hauberts, d'épées. de lances, de pennons et d'enseignes! L'empereur 
Yit que ses gens ne pouvaient tenir, et que les nôtres croissaient toujours. Il s'enfuit 
dans la montngne avec ses Grecs et ses Arméniens, nous laissant tout le pays. Quand 
Richard vit qu'il s'enfuyait ainsi, abandonnant ses gens, il frappa celui qui portait la 
bannière de l'empereur, s'en empara et ordonna qu'on la gardât bien. Voyant leurs 
gens en telle di^route s'enfuir comme un tourbillon , avec plus d'une plaie en corps ou 
en tête, il ne les fit pas poursuivre, car it n'aurait pas |fu les atteindre, et la poursuite 
de nos braves Francs avait [déjà] duré deux lieues. Il s'en revint au pas; mais les ser- 
gents ne lâchaient pas prise : ils prirent de la belle et bonne vaisselle d'ur et d'argent, 
que l'empereur avait laissée dans sa tente, son harnois, son propre lit, des étoffes de 
soie et de pourpre, des chevaux et des mulels chargés comme pour un marché, des 
hauberts, des heaumes, des épées que les Grecs avaient jetées, des bœufs, des vaches, 
des porcs, des chèvres agiles et mutines, des moutons, des brebis, des agneaux, des 
juments, de gras et beaux poulains, des coqs, des poules, des chapons, de gras mulets 
chargés sur le dos de bons coussins bien brodi^s et de beaux et précieux vêtements, et 
de bons chevaux qui valaient mieux que les nôtres, qui étaient fatigués. Ils prirent 
aussi le drogman de l'empereur, que j'entendis appeler Jean, et tant de Grecs et tant 
d'Arméniens qu'ils encombraient les chemins, tant de bons vins et tant de virtuailles 
que personne n'en sait le compte. Le roi fit crier un ban, donnant sûreté, pour aller 
et venir, à tous les gens du pays qui ne voulaient pas la guerre; quant à ceux qui ne 
voulaient pas la paix, ils n'auraient de lui ni paix ni trêve. 

Le samedi de la semaine où les Grecs avaient tant GOufTort,il arriva à Limeçon trois 
galères qui revenaient de Cypre : le roi do Jérusalem y était, et on le regarda beau- 
coup. C'était le roi Gui de Lusignan, qui avait eu tant de peine et de fatigue pour sou- 
tenir la Terre Sainte. Il était obligé de venir, parce que le roi de France, ce qui lui 
causait grand chagrin , voulait lui faire tort en donnant la royauté au marquis de Mont- 
ferrat. C'est pour cela qu'il avait abandonné le pays, ei qu'il venait demander au roi 
d'Angleterre de l'aider h maintenir son droit. Le roi fut très content de sa venue et alla 
Aussitôt à sa rencontre; et vous pouvez être sûrs qu'il le reçut de bon cœur, car il était 
de grand lignage, et ses parents, qui étaient là, n'avaient point l'air d'être des gens 
de peu. Le roi lui fît grande joie et l'honora de maintes manières, et lui donna par 

ti. 



iU L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

grande oourtoisie, de sod trésor, eoriron deux mille marcs et nngt coupes, dont deux 
n. cxsr. ^or fio: ce n'était pas là un don mes<[ain. Le lendemain an matin, la demoisdle de 
Hatarre, la belle an clair fisage, la femme la plos sage qae Ton pôt troayer on soo- 
Ibaker, fat épousée et couronnée à Limeçon. Voilà le roi en gloire et en joie de sa rie- 
foire et de son mariage arec celle à qui il avait donné sa foL Voici venir ses galères, 
^11 avait tant attendues, si bien armées et garnies que nous n en avons jamais vu de 
telles, et avec elles les cinq qu'on avait gagnées à Limeçon. Avec les autres, qui 
étaient dans les ports, dont il tirait maintenant tout ce qu'il voulait, il en avait bien 
quarante d'armées, qui en valaient cinquante. Cest ainsi que plus tard il prit le vaisseau 
menreilleui où il y avait de vaillants guerriers estimés à huit cents. Turcs et Persans 
infidèles. Le roi en eut plus d'entrain encore à l'encontre des Grecs et des Arméniens 
n. tan. maudits. U Gt préparer son ost et veiller les gardes par nuit, pour aller chercher Tem- 
pereur et le prendre au cœur de sa terre. 
V. 176S. Après cette déconGture, où les Grecs avaient eu tant de honte, Tempereur avec sa 
grande compagnie était à Nicosie, courroucé, dolent et éperdu (f avoir perdu ses 
hommes et d'avoir été repoussé. Il ne pouvait s'en consoler; mais il était trop haï dans 
son pays, et 3 craignait le roi d'Angleterre. U lui demanda une entrevue pour lui faire 
réparation et lui fit dire qu'il riendrait à lui, qu'il lui tiendrait loyauté, qu'il mènerait 
avec lui cinq cents hommes à cheval jusqu'en Syrie pour le senrice de Dieu, et qu'il 
ferait tout ce que le roi voudrait U ajoutait, pour que le roi n'eût pas de doute, qu'il 
donnerait en gage ses diateaux et toutes ses riches possessions, et pour les |)ertes que 
nous avions faites, il payerait trois mille cinq cents marcs d'aiigent, a condition qne, 
n'a le servait loyalement, on lui rendrait sa terre en récompense. Le roi et Fempereur 
convinrent de l'entrevue ; on prit un terme des deux parts et on n'attendit pas. Ce fut 
dans un bois de figuiers, entre le port et la route de Limeçon, si je ne me trompe; 
c'est là qu'ils se rencontrèrent ^^^ et on y dit des choses meilleures que cdles qui furent 



V. tSoi. Le roi appela son conseil et les plus sages de ses gens, et il dit à ceux qui l'entou- 
raient et qui désiraient beaucoup cette paix : «Seigneurs, vous êtes ma main droite: 
«voyez si cette paix peut se faire; gardes que votre honneur y soit sauvé et n'y soit en 
«rien compromis. Elle sera faite si elle vous platt; si elle vous déplaît, elle ne se fera 
«pas. — Sire, dirent-ils, elle nous agrée et nous la trouvons honorable.» Ils retour- 
nèrent en arrière , et s'accordèrent à la paix. Aussitôt l'empereur prêta serment au roi , 
lui donna toute garantie et le baisa en signe de foi. Le roi revint à Tost, qui était 
tout près ; il y fut bientôt II commanda , sans plus attendre , que Ton diargeât trob 
ridies tentes qu'il avait prises lors de la déconfiture de ces méchants Grecs (elles appar- 

<0 Celle Iradoetioo eit eon^ètbÊnàe^ le fcn 1798 tA àHré «I incnmjwihwriMc. 



»Sfi 



L'HISTOIRE DE \.K GUERRE SAINTE. 



!;arde que menait le roi Richard , et lui iaiifa deuï flèches empoisonnées. Le roi sorlit 
des rangs, e'élança, el peu s'en fallut qu'il ne lirai vengeance de ce mauvais empereur; 
mais relui-ci était monté surFfiuvel, qui, aussi rapide qu'un cerf, le porta droit à son 
rliâteau de Candaire, plein de deuil et do dt'pit. Quand ie roi vit qu'il ne le prendrait 
pas, il se dirigea vers Nicosie. Nos gens avaient gagné là de bons chevaux, et malmené et 
pris beaucoup de Grecs qui s'étaient trop approchés de nous. Ils suivirent te roi , n'ayant 
plus rien ù craindre. On arriva au matin à Nirosie. Les bourgeois de la ville n'atten- 
dirent pas : ils venaient de toutes paris au roi. le tenant pour leur vrai seigneur et leur 
père. Le roi leur fit raser lu barbe. Quand l'empereur l'entendit dire, il en eut tel 
courroux qu'il en pensa perdre le sens, et il maltraita ses gens et les nôtres; aux sieDs, 
qui venaient se rendre à nous, quand ii pouvait les attraper, et sus nôtres qu'il pou- 
vait prendre, ne pouvant se venger autrement, il faisait couper les pieds ou les poings, 
crever les jeux ou trancher hi nez. Le roi recevait les hommages des plus sages et des 
meilleurs, qui abandonnaient volontiers l'empereur, qu'ils haïssaient. 11 divisa l'osl en 
trois parties et fil assiéger trois châteaux, dont deux furent pris facilement. L'une des 
divisions alla à Cberines'", dont on fut bientôt maître. Oe fut le roi de Jérusalem qui 
donna cotte place à Richard, il conduisit et ramena bien nos gens; il les fit armer prës 
du château , l'assiégea par terre el par mer et donna vivement l'assaut, (^eux du château 
n'avaient pas du secours; ils ne purent tenir et il leur fallut parlementer. Ils rendirent 
au vaillant roi Gui le chàlenu, et aussi la fille de l'empereur; ce qui mit celui-ci en si 
grand émoi que rien ne put le consoler et qu'il n'eut plus ni sens ni conseil. Le roi 
Gui fit dresser sur la tour les bannières du roi, mit des gardes dans le château et mena 
l'osl à Didemus. 

Didemus est un fort château, el on n'aurait pu le prendre par force; mais ceux que 
l'empereur y avait envoyés étaient si troublés des nouvelles qu'ils apprenaient qu'ils ré- 
sistaient à peine. Cependant ils nous envoyèrent à plusieurs reprises de grandes pierres, 
[rf! château n'aurait rien eu à craindre sans la peur qu'avaient ces couards. Le roi Gui 
l'assiégea et y resta plusieurs jours, tant que l'empereur ordonna de le rendre et fit 
descendre de haut en bas ceux qui l'occupaient. Quand ils se furent rendus, à ce qu'on 
m'a rapporté, ie roi Gui en prit possession. Il ordonna que la jeune fille fût bien gardée 
dans la tour, afin qu'on ne pût l'enlever. Puis îl ramena son ost en arrière; mais par 
le pays il trouva une grande cherté. 

Le roi Richard était resté malade i\ Nicosie; dès qu'il se sentît mieux, il assiégea Btt- 
fevent, un château exlr^moracnt fort. Écoutez l'étrange aventure de ce méprisable em- 
pereur, que ses méfaits perdaient. Il s'était enfermé dans Gandaire , plein de honte et de 



'' Ce nom eil donné pir le lalin, el M. Slulibs ridenlifii! il Ghyma. Il faut donc cdrrîgcr linai le vera 1967 : 
/.'hm mI <n ala a Chtrinei. 



à 



L'HlSTOrRE DE LA GUERRE SAINTE. 



357 



deuil; il s 



'Oyait p 



e dans u 



. Quand il sut le siège de Bufevenl, 



s comme d 

1 61Ie, qu'il aimait plus que rien au inonde, élait prisonnière dans une tour, cela 
l'engagea beaucoup à faire la paix telle qu'il pourrait l'obtenir, à quelque dommage 
que ce fût. Et le dommage fut bien grand, quand on songe à tous les châteaux qu'il 
avait et à cette grande ricbes&e à laquelle il renonçait par sa lâcheté. Mais ce qui l'avait 
perdu, c'est que tous les siens l'avaient abandonné. U le fallait : il n'attendit plus. 
Il descendit de Candaire, et alla se rendre au roi Richard, n'espérant plus se défendre. 
Avant de venir, d lui Gt demander d'avoir pitié de lui, lui promettant de tout mettre 
en sa merci, sans rien garder, ni terre, ni château, ni maison, le suppliant seulement, 
par honneur et par raison , de lui faire la grâce de ne pas le mettre en fers ni en liens : 
et le roi, pour ne pas faire crier les gens, ne le mit que dans des chaînes d'argent. U vint 
devant le roi, à genoux, s'humiliant, criant merci; le roi vit qu'il était sincère. Il con- 
sidéra ses malheurs et ses pertes, comprit qu'il ne pouvait plus leur nuire, et que Dieu 
avait conduit celte alFaire. H voulut la terminer : il releva l'empereur, le Ot asseoir près 
de lui et lui fit voir sa fdle. Quand il la vit, il fut plus content que s'il avait tenu Dieu 
par les pieds. 11 la baisa cent fois en pleurant. Que vous dîrais-je de plus? En quinze 
jours, que je ne mente, Dieu ayant tout mené, le roî eut Cypre à sa disposition et au 
pouvoir des Francs. 

Quand le roi se fut emparé de Cypre, en bonne élrenne, pour le service de Dieu, 
qu'il eut les châteaux et les forteresses dont il avait mis dehors les sales Grecs, U trouva 
les tours toutes remplies de trésors et de richesses : de pots, de chaudières et de 
grandes cuves d'argent, de coupes et d'écuelles d'or, d'éperons, de mors, de selles, de 
pierres précieuses. si salutaires contre les maladies, d'étoffes d'écarlate et de soie (je n'en 
vois jamais de pareilles), et de tous autres objets semblables qui conviennent auv grands 
seigneurs. Le roi d'Angleterre conquit tout cela pour l'employer au service de Dieu 
et à la délivrance de sa terre. U envoya l'ost à Lïmeçon, priant ses compagnons de 
hâter leur départ et celui de la flotte sans perdre un moment. Il chargea le vadlant 
roi Gui de garder l'empereur. Sa Glle, qui était fort belle et toute jeune fillette, il la 
fit envoyer à la reine pour qu'elle reçut une bonne instruction. L'ost vint alors droit 
à la flotte, se prépara et se hâta autant que possible. On remonta dans les énèques, 
et on fil voile quand le moment fut venu, emmenant les reines et les dromons qui 
étaient restés au port. Le roî laissa à Cypre des gens qui s'entendaient à la guerre, 
et ceux-là envoyèrent des provisions, de l'orge, du froment, des moutons, des 
bœufs, toutes choses dont l'fle était bien garnie et qui rendirent de grands services en 
Syrie. 

Voilà qu'on apporta au roi, par mer, et qu'on lui raconta la nouvelle que la prise 
d'Acre était en train et que la ville serait emportée avant qu'd y pût arriver, r Puisse 
«une telle chose ne pas advenir, dit-il, que nul la prenne sans moi!» Il ne voulut 



358 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

nlus rien attendre, sinon que ses compagnons l'eussent rejoint "' Mais beaucoup 

s'en raêièrcnt, A Fomagouce il entra en mer et fit armer ses galères , et monta lui-raéme 
dans une d'elles, merveilleusement belle, grande, ferle et rapide. 11 n'y a pas sous le 
ciel un port qui ne fût épouvanté en voyant approcber des galères si merveilleuses, 
armées de |>;ens si belliqueux. Voilà en roule les galères, qui étaient toutes de premier 
rboix : le roi devant, suivant son usage, sain et léger comme une plume. Aussi vite 
que courrait un cerf, il traversa la mer; il vit Margat, sur la côte de la vraie terre 
de Dieu, puis Tortose, située sur une mer agitée. 11 jiassa rapidement devant Tripe. 
Infré et Botron. et ensuite il vit Oibelct et la tour qui domine le cbâleau. 

Devant Saetle, pr^s de Barut . le roi aperçut un vaisseau rempli des gens de Sala- 
hadin. SalTadin l'avait chargé et rempli des meilleurs Turcs qu'il avait pu trouver, lis 
n'avaient pu entrer dans le port d'Acre, et ils ne faisaient que tourner autour, attendant 
une occasion. Mais leur dessein fut déjoué. Le roi fit pousser rapidement sa galère pour 
les atteindre : quand il fut près du vaisseau, il le vit grand, large et haut. 11 était mâle 
de trois grands m!Hs, et on voyait bien qu'il n'avait pas été construit hâtivement. Les 
infidèles l'avaient couvert d'un feutre vert d'un côté et d'un feutre jaune de l'autre: il 
était ainsi paré comme un ouvrage de fée. et si rempli de provisions de toute sorte 
qu'il n'y en avait nombre ni mesure; et quelqu'un qui le savait, qui avait été h 
Barut quand on avait chargé le vaisseau qui fut déchargé si honteusement, raconta 
qu'il y avait vu porter cent charges de chameaux de bonnes armes aiguisées, des arcs, 
des javelots, des carreaux, des arbalètes à tour, à roue et à main, et huit cents Turcs 
d'élite, poussés par les diables, et des munitions et provisions qu'on ne pourrait 
rompter; et du feu grégeois dans des fioles, dont on parlait beaucoup-, et on avait mis 
dans le vaisseau deux cents serpents noirs et hideux (c'est ce que raconte l'histoire 
écrite et celui qui avait aidé à les y mettre), qu'ils voulaient laisser courir parmi notre 
armée, pour faire dommage à nos gens. La galère les approcha de si près qu'elle les 
louchait presque. Nos rameurs les saluèrent, ne sachant pas qui ils étaient, et leur de- 
mandèrent d'où ils venaient et qui était leur seigneur. Ils avaient un interprète parlant 
français, et ils répondirent qu'ils étaient Génois'^' et qu'ils voulaient aller à Sur. A ce 
moment se leva un vent d'Arsur, qui les éloigna de la galère. Un matelot avait regardé 
avec attention le vaisseau et ceux qui étaient dedans . et qui auraient bien voulu s'écar- 
ter. Mdit au roi : <t Sire, écoulez-moi! Faites-moi tuer ou pendre si ce vaisseau n'est pas 
K un vaisseau turc, n Le roi dit : r Kn es-tu sûr? — Oui , sire , certainement. Envoyez tout 
«de suite après eux une autre galère, et qu'on ne les salue pas : vous verrez ce qu'ils 
1 feront et de quelle foi ils sont, n Le roi donna l'ordre: la galère s'approcha d'eux, ma'is 
ne les salua pas, et eux, qui ne se souciaient pas de notre approche, commencèrent à 



' Lacune d'ui 
' Corrigei aîi 



, d'après le li 



) 1 91 : Si dittrei 






UO L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE, 

ordre, qui »' étaient vengiies du vaisseau ennemi. Comme U avançait avec Ba Sotte. Dieu 
lui envoya un vent du nord. En bonne disposition ainsi que ses gens, il passa la nuit 
devant Sur. Au malin, le preui rai, le cœur de lion, passa devant Candalion et CsBtl- 
Itnb«rL De là il vil Acre à découvert, et. tout autour, la fleur des gens du inonde entier, 
qui campaient devant. 11 vit les montagnes, les collines, les vallées et les plaines cou- 
vertes de lentes et de pavillons et de gens qui voulaient nuire à la cbrélienté, et qui 
étaient en trop grand nombre. Il vit les tentes de Salahadin et celles de Saphadin son 
frire, et l'ost des païens, serrant de bien près la nôtre. D'autre part, Quahadin, le sé- 
néchal des Sarrasins, gardait le rivage et faisait grande (guerre aux cbréliens, leur 
donnant souvent et volontiers de grands assauts et de grandes poursuites. Le roi 
aperçut et regarda tout, et considéra tout attentivement. Quand il vînt près du rivage, 
vous auriez vu le roi de France, avec tous ses barons, et des gens en grand nombre. 
ik sa rencontre en grand désir. 11 descendit à terre : là vous auriez entendu les trompes 
retentir en l'honneur de Richard le nonparell. Tout le peuple était en grande joie de 
son arrivée: mais les Turcs qui étaient dans Acre furent épouvantés de sa venue et de 
le voir avec toutes ses galères, ils comprirent qu'ils ne pourraient plu.<^ entrer et sortir, 
ce qui avait fait tant de tort aux nôtres. Les deux rois firent roule ensemble toujours 
cMe à cale. Le roi Richard vint à ses tentes, et pensa avec grande attention au moven 
de prendre Acre le plus tàt possible. 

La nuit était claire et la joie grande. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu et qu'on 
puisse raconter une joie pareille à celle qu'on Ol en l'ost de la venue du roi. On son- 
nait les timbres, les Iromfiettes, les cors et d'autres instruments. Tout le monde se 
divertissait à sa manière. On chantait de belles chansons et de beaux airs; par les rues. ■ 
les échansons portaient du vin dans de belles coupes aux grands et aux petits. Ce <\m 
réjouissait tant l'ost, c'est que le roi avait pris Cypre, d'oîi ils attendaient un ravitaille- 
ment abondant. Tous étaient pleins d'espérance. C'était un samedi soir. Je ne crois pas 
que vous ayez vu nulle part tant de cierges et tant de lumières; si bien qu'il semblait 
aux Turcs de l'année ennemie que toute la vallée était embrasée de feux. Quand ils 
surent fa venue du roi, à qui on faisait telle fête, ils firent semblant d'en être excités : 
au matin ils emplirent la vallée, nous harcelant, nous lançant des traits, s'élançant sur 
le fossé, et tourmentant l'ost autant qu'ils le pouvaient. 

Nous laisserons pour le moment ce récit (ceux qui resteront auprès de moi me l'en- 
tendront bien continuer quand la matière le voudra); nous ne nous occuperons plus 
des deux rois et de leur arrivée, dont j'ai tant parlé que je les ai amenés â Acre. Ecoutez 
bien et faites attention. Je veux interrompre ce sujet et briser ici mon fd; mais il sera 
renoué et rattaché plus tard. Les rois ne vinrent pas, en efl'et, les premiers au siège, 
mais les derniers, et .Ahbhoise veut faire entendre et savoir à ceux qui voudront l'ap- 
prendre comment la ville d'Acre avait été assiégée. Il n'en avait rien vu, et n'en sait 



que ce qu'O en a lu. Vfwrs 



entem 



LA GUEURË SAINTE. 361 

dre quelles gens l'assiégèrent et combien leur 



entreprise fut hardie. 

Vous m'avez entendu rticonler. et il est bon de le rappeler, au commencement de 
cette ^liftoire , vous vous en souvenez peut-élre , le grand dommage et la grande perte 
qui ëtflienl arrivas en Syi-ie au temps du roi Gui , qui eut tant à souffrir. Mais tout le 
monde n'a pas su comment ii avait i^ti^ trahi par jalousie. 

H y avait dans la terre d'outre-mcr un roi qui y avait été élevé. Il s'appelait Araauri. 
De lui naquit le roi Baudouin le lépreux. Baudouin vécut son temps, et fut enfin livré 
atixvers. 11 avait pour sœurs deux demoiselles belles et sages. L'une était femme d'an 
baron qui s'apporait Hainfroi du Toron; l'autre avait épousé le comte Guillaume 
Longue-Epée, seigneur de Jaffe sur la mer, frère du marquis de Montferrat. Elle eut de 
lut un héritier rafile, ^uî s'appela Baudouin comme son oncle. Le comte mourut, comme 
le voulut le sort, et l'enfant vécut. Gui de Lusignan désira la comtesse et l'épousa. 
Baudouin l'enfant fut roi; mais il ne le fut guère : c'est ainsi que Dieu gouverne le 
monde. Quand l'enfant fut mort, le royaume revint de droit à la dame, et Gui se fit 
téfptimement couronner roi, ce qui fut cause de bien des guerres. 

Entre Salahadin, dont j'ai tant à conter, et le déloyal comte Haimond [de Tripe j, il 
y avait depnis longtem[is une alliance dont tout le monde parlait en Syrie. Raimond 
croyait pouvoir s'emparer du royaume . à cause de sa richesse . et parce qu'il était comte 
de Tripe; maïs, Dieu merci, il ne l'eut pas, A son couronnement, le roi Gui, auquel 
Dieu avait accordé cet iionneur, convoqua tous ses barons sans exception. Le comte de 
Tri[ie y fut aussi mandé; mais inulîle de demander s'il se moqua de la convocation, 
et s'il fit une réponse injurieuse. Le messager s'en retourna, et le comte se mit en route 
et alla se plaindre à Salahadin. disant qu'il ne pouvait rester dans sa terre à cause 
de la haine du roi Gui à qui le royaume était échu. 11 lui dit e4 il lui mentit tant, que 
la chrétienté s'en ressentît. .... [Il lui demanda), par l'amitié qu'il avait pour lui, 
de l'aider h se venger. Seigneurs, c'est à cutte entrevue que l'on convint de la trahison 
par laquelle la sainte croix fut perdue et la chrétienté mise en grand émoi. Le comte 
fut encore mandé à la cour, et on le pressa beancoup d'y venir; maïs il ne voulut pas 
y aller, ni rien tenir du roi Gui. Le roi le manda une troisième fois, promettant de ne 
lui faire que droit; enfin il y vint à la malheure, car il était déjà assuré de ftire grand 
mal au pays. C'est par lui que commencèrent les désastres : mais il en mourut honteuse- 
ment, comme l'histoiro le raconte. 

Vous aveK souvent entendu raconter que quand ce roi Gui fut couronné, il ne se 
reposa pas deux mois; mais il fit par toute la terre de Syrie cherelier et convoquer »e» 
gens pour qu'ils le vinssent secourir, rar Salahadin avait déjà fait entrer ses coureurs 
dans le pays; son armée y avait pénétré et avait déconfit les chrétiens, cent chevaliers 
d'élite, et avait tué Jaqueltn de MaiiU. ao grand chagrin du Temple. Celle défaite fui le 



k 



V. 3/119. 
(Cf i,u.,.| 



36â L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

commencement des malheurs qui , depuis , ont si longuement désole la cbrëlientë. Le 
comte de Tripe, qui avait la lippe pendante, manda alors au roi Gui qu'il viendrait 
à lui et qu'il lui prêterait secours; il vint et se mit d'accord avec lui; mais le peuple 
raconta ensuite que c'était un faux accord, et qu'il le trahit, sans l'avoir défié, dans la 
grande bataille où ils furent tous deux, et où moururent tant de braves gens. Il se 
peut qu'il l'ait fait, il se peut qu'il ne l'ait pas fait; mais la plupart assurent qu'il le tra- 
hit dans la bataille, et, s'il le fit, il aurait mérité d'être englouti en terre. Salahadin 
avait convoqué ses gens dans tous ses neuf royaumes, armés d'arcs, de heaumes et 
de hauberts; faibles et forts, tous y vinrent en grand nombre. Il y avait là beaucoup 
d'émirs de nom, beaucoup de nobles hommes renommés, bien préparés, en quittant 
leur pays, à nuire à la chrétienté. 
. a53i. Le roi Gui et ses hommes, et avec lui des Vénitiens, ayant réuni toutes ses forces, 
(CM, ▼.) avait envoyé l'une des osts à Saforie et l'autre au port de Tabarie. Celle qui descen- 
dit à Tabarie y alla à la bonne heure, car ceux qui y perdirent leurs corps y ren- 
dirent leurs âmes à Dieu. Le comte de Tripe les conduisait, qui ne s'occupait que de 
les trahir. Nos gens ne se gardaient pas de lui, et faisaient tout ce qu'il leur disait. 
Il dit et fit tant que leur ost poussa la nôtre jusqu'à la mer de Galilée. Gomme ils 
n'avaient pas d'autre eau , le traître leur fit boire de celle de la mer, qui est d'ailleurs 
douce et bonne à boire; mais quand on en vint au combat, et qu'il aurait dû se com- 
porter le mieux, il s'enfuit, et les autres restèrent et y laissèrent la vie du corps. Je ne 
sais pas qui frappa et qui fut frappé, qui échappa et qui périt : je n'étais pas à la ba- 
taille; mais ce que je puis vous dire sûrement, c'est que c'est Dieu qui arrangea tout 
cela, car il avait reconnu qu'il y avait au monde tant de péchés et de vices que bien 
peu de gens, sans ce moyen, auraient pu venir à lui. C'est à la Maréchaucie, près de 
Tabarie, que le roi Gui livra bataille et renversa bien des Sarrasins. Mais déjà les 
nôtres étaient tous blessés ou morts et décapités, et il n'y avait plus de ressource. Les 
ennemis vinrent en foule sur le roi, tant quil fut renversé par terre et rudement mal- 
traité et battu. Il avait embrassé la sainte croix, qui, sans cette étreinte, eût souffert des 
outrages quand on la prit; mais Dieu montra bien qu'il en avait soin. 
V. 9679. Quand la bataille fut terminée, suivant la décision de Dieu, que le roi fut pris, la croix 
prise, et que presque tous les nôtres furent tués (ce qui décida tant de gens à se croi- 
ser et à quitter tous les biens de la vie), Salahadin saisit tout le pays (ainsi Dieu donne 
et enlève sa terre) excepté seulement Sur, Escalone et Jérusalem, qu'il ne tarda pas à 
(Cf. i,Titi.) prendre aussi. Il alla assiéger Escalone, pensant l'avoir sans peine; mais ceux de la 
ville tinrent contre lui avec courage et obstination, et il y mourut bien des Sarrasins 
avant qu'il pût s'en emparer. Enfin il fit amener le roi devant la muraille et le leur 
montra, proposant de le rendre si on lui ouvrait la ville; le roi leur fit dire de 
résister et de ne rien faire pour lui; mais ils ne pouvaient résister davantage, et il 



L'HISTOIRE DE I.A GUERRE SAINTE. 



363 



leur faillit entrer en négociations. Ils rendirent Escalonc, en échange du roi, et s'en 
allèrent avec tout ce qu'ils possédaient. Le roi Gui fui donc mis en liberté, à condi- 
tion, dit ie livre, qu'il quitterait le rojauine et s'en irait outre mer. En eiïet, il entra 
en mer pour tenir sa promesse, et alla dans l'Ile de Tortose, ce dont ses gens étaient i 
fort en peine. Mais Salahadin, qui était un Sarrasin très sage, savait qu'il était mal- 
chanceux et qu'il n'était pas, en guerre, âpre ni terrible. Il ne tenait pas à le 
changer, et à avoir à craindre un autre roi. Il lui fit dire qu'il ie quittai! de sa pro- 
messe. Le roi revint aussitôt à Tripe sur mer; il y trouva sa femme, el le comte 
qui avait été son ennemi, et qui, dit-on, l'avait trahi. Il fil alors grand accueil 
au roi. quelle que fût sa pensée de derrière; mais à quoi bon parler longtemps de 
ce mauvais comte, de ce traître, qui mil la chrétienté en deuil et rendit tant d'en- 
fants orphelins ? Il paya cher son tort et sa trahison; car. Dieu merci, il en mourut 
subitement et vilainement. Je ne parlerai pas non plus du siège de Sur, qui fui pé- 
nible pour Salahadin, où Guillaume de la Chapelle fit tant de belles prouesse.*), où 
les Frères de Tabarie, qui défentUrent la ville, se montrèrent si loyaux envers le 
Roi du ciel; ni du marquis de Monlferrat, qui commença li par bien se conduire : 
il venait d'arriver quand le pays fut conquis et il ùl d'abord bon service à Dieu; 
mais de ce bon commencement vint une suite mauvaise el déloyale. C'est au roi Gui 
que j'en suis, qui sortait de captivité; je ne veux pas le laisser, el je m'attache à 
ce sujet. Le roi Gui de Jérusalem était revenu à Tripe, au plaisir des petits et des 
grands; mais il était pauvre et gêné comme un homme qui sort de prison. Il ne prenait 
pas plus que son dû, car il n'avait rien au monde k prendre, et il était obligé de 
dépenser. 11 savait qu'Acre était prise, la clef de sa terre, et que ses gens étaient 
chassés, el il ne savait à qui recourir, il se plaignit à Dieu de sa triste situation, 
et Dieu y pourvut très bien. Un matin, la cloche sonnante, le prince d'Anlioche fut 
à Tripe trouver le roi Gui et lui demander de consentir à aller à Antloche avec lui 
et à y séjourner jusqu'à ce qu'il efll trouvé el rassemblé des gens et qu'il sût oïl il 
pourrait attaquer les Turcs et leur reprendre quelque chose. Le roi s'en alla avec le 
prince dans son pays, à Antloche; Il y resta quelque temps, versant bien des larmes 
sur la Sainte Terre qu'il avail possédée et qu'il voyait perdue sous son règne. Puis il 
revint à Tripe, s'équipa et s'arrangea, et, avec l'emprunt qu'il avail pu faire, il fit con- 
voquer el apprêter tout ce qu'il put avoir de monde, car il ne voulait plus arrêter. 
Comme 11 attendait là et s'occupait de réunir des gens, voici venir son frère, Jofroi 
de Lusignan, réputé pour le chevalier le plus preux do son pays el toujours nourri 
dans la guerre. U avail d'abord débarqué à Sur, mais il n'y avait pas trouvé d'amis, 
car le marquis et ceux qui étaient avec lui lui inlertlirent l'entrée du port. Jofroi partit 
donc et s'en vint à Tripe, où 11 trouva ie roi Gui , qui lit grande joïe à son frère. Quand 
ie roi eut rassemblé ses gens, ils s'équipèrent, et, suivnnl le rivage. Us vinrent à Sur. 



3&6 L*HISTOIRE DE LA GOERRE SAINTE. 

11 avait peu de moiMle avec lui; il troma les portes fermées, et le maiiqaîi, |laf 
Yoitise et par «rogance, lui £t interdire Tentrée : c'était une mauvaise inspiratioi» qui 
lui faisait interdire au roi son propre domaine. Le roi, voyaat qu'on ne le laissait pas 
entrer, dit qu'il ne supporterait pas cet outrage : il fit planter sa tente sur le sable, et 
y campa en ferme résolution. 

V. 9719. L'ost se réunit près de Sur, et saches qu'il fut très pénible au roi de se voir interdire 
la ville; mais c'est ce qu'avait arrêté d'avance le perfide marquis de Montferrat, le fils 
du vaillant Conrad, qui avait été pris dans la grande bataille. Celui-Ui n'aurait pas ugi 
ainsi , car c'était un loyal prudhomme ; mais le fils était déloyd. Les gens de Sor qui 
aimaient Dieu et qui s'en faisaient honneur quittèrent la ville et vinrent trouver le roî 
(Cf. i,xTn.) dans l'ost. C'étaient les preux Allemands qui y tenaient alors grande place et les Frères 
de Tabarie, les gens les plus loyaux de la Syrie, puis les vaillants Pisans qui» pour le 
service de Dieu, avaient abandonné leurs maisons et leurs terres, et qui coftduiaîfesit 
leurs femmes et leurs enfants assiéger les Sarrasins dans Acre. 

V. 9763. Le roi était joyeux d'avoir son frère. L'histoire véridique dit qu'il s'était repoeë quatre 
t, xtn, mois avant de camper sur le sable du rivage devant Sur, qui lui appartenait légitima 
ment. Et quand il eut amené les gens qu'il avait réunis dans tout son pays,, en comptant 
ceux qui étaient venus avec son frère et qui tenaient une grande place , il n'avait que 
quatre cents chevaliers et sept mille piétons à mener au siège d'Acre. Jamais on autre 
n'aurait eu pareille audace, et c'est prodigieux qu'il ait entrepris (si ce n'est qu'il comp- 
tait sur la protection de Dieu ) d'aller combattre des gens qui étaient plus de cent contre 
quatre; mais Dieu voulait amener ce qui en advint et la grande armée qui se rassem- 
bla devant Acre. Salahadin fortifiait la ville et s'en travaillait beaucoup, pensant bien 
qu'on essayerait delà lui reprendre. Le roi se lança dans cette aventure pour Dieu, en 
qui il se confiait 11 conduisit ce qu'il avait d'armée par un chemin qu'il connaissait 
Entre Acre et Sur, il y a un passage difiicile, qu'on appelle Candalion : le roi le passa 
rapidement avec son armée ; Salahadin ne le sut pas , car, s'il l'avait su , tout l'or de 
Russie n'aurait pas empêché les chrétiens d'être mis en pièces; mais Dieu voulait qu'il 
en fût autrement, et c'était le commencement, qui depuis fut bien accru, de la revandie 
des chrétiens. Voilà l'armée du roi venue devant Acre, au nom du saint sacrement que 
nous adorons : le roi monta sur le Toron. 

V. 9787. Sur le Toron, devant Acre, vinrent les chrétiens qui venaient de Sur, et sadiei 
(CM, »Tn.) pour certain qu'ils y montèrent par la nuit noire. Ils n'osèrent pas rester dans le bois 
qui est au-dessous, et allèrent s'établir en haut Au matin, quand les Turcs sortirent 
d'Acre et les virent, voilà la ville en émoi et la chevalerie sur pied. Ils mandèrent 
à Salahadin qu'une poignée de chrétiens s'était follement jetée devant eux, et qu'il se 
hâtât devenir leur couper la tête, car ils n'oseraient pas se défendre. Quand Salahadin, 
qui était occupé à mener vivement le siège de Beaufort, entendit cette nouvelle, il 



L'HISTOIRE DE I-A GUERRE SAINTE. 



305 



n réjoi 



maada s 



rière-ban el fit dire p 



s terres que tous ceuï 
(|ui lui obéissaient vinssent en Svrie au butin. Il y vint trop de gens : que le Créa- 
teur les confonde! Si on avait haché menu notre armée, il n'y en aurait pas en une 
pincée pour chacun d'eux. Il y avait trois jours que les nôtres étaient arrivés et se te- 
naient en haut sur le Toron, où ils restaient en armes toute la nuit contre les attaques 
des Sarrasins, quand voilà les troupes de Salahadin, Turcs. Persans et BMonlns, qui 
occupèrent tout le pays. Le troisième jour de la semaine, Salahadin y vint luî-méoie. 
pensant qu'il aurait bientôt les têtes des chrétiens. Ne vous étonnez pas si ceux qui 
défendaient leurs têtes étaient inquiets et astreints aux veilles et aux fatigues sur le 
Toron oîi ils se tenaient : les Turcs les attaquaient nuit et jour, les fatiguaient tant 
qu'ils avaient peine même ^ manger. Là Jofroi de Liisignan se donna bien du mal 
pour défendre l'ost; il était depuis longtemps hardi el preux, mais il conquit alors un 
grand renom. Ils furent ainsi en péril depuis le lundi jusqu'au vendredi. Mais vous- 
allez voir comment Dieu protège ceux qu'il veut prendre sous sa garde : celui qui se 
voue à son service, rien ne peut lui nuire. Comme le roi et tous les siens étaient en 
telle crainte, qu'ils regardaient au loin en mer el suppliaient Dieu de leur faire quelque 
secours, voici arrivée tout droit une belle flotte d'ënèques, de gens qui venaient là. 
C'était Jacques d'Avesnes, le Flamand : je ne crois pas qu'Alexandre, Heclor ni Achille c 
aient élë meilleurs chevaliers et plus vaillants que lui; c'était Jarques, qui avait vendu, 
engagé et dépensé ses terres et ses héritages pour mettre, en homme sage, son cœur, 
son corps el son l'ime au service de Celui qui mourut et ressuscita. 11 avait bien avec 
lui quatone raille hommes d'armes renommés. Puis c'était la (lotte de Danemark, et il 
y avait au^i maints preux châtelains de la Marche et de Cornouaillo, qui avaient de 
bons chevaux bruns et bais, forts et rapides, à ce qu'ont dit ceux qui le savaient. Quand 
ils furent près d'aborder, vous auriez vu la rage des Turcs. Ils couraient sur le rivage 
et même entraient dans la mer, ceux du dehors et ceux d'Acre, et ils lançaient des 
traits en grand nombre. Mais les nôtres descendirent du Toron et les combattirent 
des deux côtés, ils les pressèrent vivement ; les Turcs, à force de tirer, les repoussèrent, 
mais néanmoins les autres réussirent h débarquer. Salahadin, quand il vit les nouveaux 
arrivants, dit : «Voilà notre butin qui augmente.» 

Quand le haut Roi que nous adorons eut en si peu de temps grossi son armée , qui 

était près de périr et qui retrouva ainsi un peu de sécurité 

ils reprirent courage tous ensemble et osèrent descendre du Toron. Ils dressèrent 
des tentes et des feudlées. et assiégèrent la cité d'Acre; ils se trouvaient ainsi eux- 
mêmes assiégés et attaqués de deux côtés. Les Pisans firent là prouesse. Ils se logèrent 
sur le rivage el le gardèrent contre les Sarrasins, afin qu'ils ne pussent prendre ni 
endommager les vaisseaux qui aborderaient. Un vendredi au matin, il y eut du côté 
de Montmusart une fière rencontre, où on tua des gens des deux parts. Ceux de la 



366 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

ville firent une sortie; ils ramenèrent par force dans Acre une grande caravane de 
chameaux chargés de provisions, et menèrent à Salahadin le butin quils y firent. Ils 
sortaient d'Acre et y rentraient comme ils voulaient, car ils avaient la force. 

V. 9913. Les gens qui s'étaient enfermés dans Acre, sachez-le bien , n'avaient pas été pris à la 
charrue ni à la charrette; on sut depuis qu'il n'y en avait pas de meilleurs panni tous 
les infidèles pour garder et défendre une ville ou prendre de force un château. Il ne 
1, xzu. se passa pas plus d'une quinzaine que nous arriva le comte de Braine, et avec lui son 
frère André, fils de bon père et de bonne mère; vinrent aussi le sénéchal de Flandres, 
et avec lui plus de vingt barons, et le landgrave allemand, amenant de bons chevaux 
d'Espagne; l'évéque de Beauvais, qui n était ni vieux ni infirme, et son frère le comte 
Robert, chevalier adroit et agile; le comte de Bar, le plus courtois quon pût trouver, 
et beaucoup d'autres, preux et sages, rejoignirent l'ost en même temps. Mais plus il 
en venait, et moins les Sarrasins les craignaient. Ils leur livraient sans cesse des com- 
bats et venaient jusqu'à leurs tentes. Ceux de la ville faisaient des sorties, et les autres 
croissaient toujours, et remplissaient tellement le pays que nos gens se regardaient 
comme prisonniers; mais, néanmoins, ils n'abandonnèrent pas le Roi du ciel pour qui 
ils étaient venus là. 

V. S9&7. Pas un prêtre, ni un diacre ou un clerc ne pourrait raconter les grandes peines 
et le martyre qu'endurèrent les chrétiens à la guerre devant Acre, jusqu'à la venue 
des deux rois de France et d'Angleterre, qui en renversèrent les murs, avec les braves 
gens qui les accompagnaient, aimant Dieu et croyant en lui. 

V. 9967. Un vendredi du mois de septembre, je me le rappelle, arriva à nos gens une dure 
et triste mésaventure. Les Sarrasins les attaquaient sans y manquer un seid jour; les 
chrétiens s'armèrent et se disposèrent en bon ordre, divisés en divers commandements 
qu'on avait établis. D'abord l'Hôpital et le Temple prirent place sur le rivage, où il 
y avait de nombreux ennemis : c'étaient toujours eux qui commençaient. Au milieu de 
l'est, le comte de Braine et les siens, le landgrave et les Allemands, qui formaient une 

grande compagnie, restèrent près de La mahomerie, car il était bien juste 

Le roi Gui et les Pisans, et d'autres vaillants hommes, étaient à droite sur le Toron 
pour surveiller les Turcs. Les Sarrasins s'approchèrent avec entrain. Vous auriez vu là 
de beaux bataillons : les Templiers et les Hospitaliers chargèrent, attaquèrent les pre* 
miers rangs, les mirent en désordre, les percèrent, les mirent en fuite et les poursui- 
virent. Puis les autres chrétiens en firent autant, et les Sarrasins lâchèrent pied. Mais 
il y en avait une telle masse que les chrétiens ne savaient de quel côté aller. Les Turcs 
ne pouvaient se rallier. Ils étaient déjà près de la montagne, quand le diable s'en mêla 
et causa la mort de beaucoup des nôtres. Le cheval d'un Allemand s'échappa : celui-ci 
le poursuivit, et ses compagnons aussi coururent après le cheval sans pouvoir l'atteindre. 
Le cheval s'enfuit vers la ville , et les Sarrasins crurent que nos geos fuyaient en désordre ; 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 367 

ils tournèrent ) chargèrent à leur tour, et les arrangèrent si bien que ceux qui avaient 
pour fonction de diriger l'armée étaient assez occupés de se défendre eux-mêmes, car 
pour un des nôtres ils étaient bien vingt-quatre, cherchant à les renverser, et avec des 
masses d'armes et des massues ils en tuèrent beaucoup. Là fut tué André de Braine : i, »x. 
que son âme soit sauvée, car il ne mourut jamais un chevalier si vaillant et si secou- 
rable ! Le marquis de Montferrat fut serré de si près par les ennemis qu'il y serait 
resté si le roi Gui ne Teût secouru. Et dans cette même affaire fut tué le Mattre du 
Temple, celui qui dit cette bonne parole qu'il avait apprise à bonne école; tous, 
couards et hardis, lui disaient, lors de cette attaque : ç^ Venez-vous-en , sire, venez- 
«vous-en!» Il l'aurait pu, s'ill'avait voulu : «Ne plaise à Dieu, leur répondit-il, qu'on 
Rme revoie jamais ailleurs, et qu'on puisse reprocher au Temple qu'on m'ait trouvé 
t( fuyant! 7) Et il ne le fit pas; il y mourut, car trop de Turcs se jetèrent sur lui. Et des 
gens de peu, il en mourut bien cinq mille, dont les corps restèrent nus sur la place. • 
Quand ceux de la ville connurent la défaite des nôtres, ils montèrent sur leurs chevaux 
arabes, sortirent des portes, et attaquèrent les nôtres av^c une telle rage qu'ils leur 
auraient causé grand dommage sans leur belle défense; mais les nôtres leur firent face, 
et on vit là de beaux coups de chevaliers. Là fit merveille le roi Gui lui-même, 
et Jofroi de Lusignan, qui eut beaucoup de peine ce jour-là, et le preux Jacques 
d'Avesnes, qui fit tant d'exploits dans la Terre Sainte, et les autres, si bien qu'on les 
repoussa et qu'on les fit rentrer dans la ville. 

Aipsi se passa cette journée, oh la fortune nous fut si contraire. Les Sarrasins v. 3o55. 
en reçurent tant d'encouragement (que Dieu les maudisse, et je les maudis!) qu'ils 
commencèrent à vexer et harceler les chrétiens beaucoup plus qu'ils ne faisaient au- 
paravant. Quand les prudhommes et les barons le virent, ils dirent ; ce Seigneurs, i, un. 
tenons ne profitons en rien; il faut prendre une résolution qui nous protège contre ces 
«gens du diable qui nous tourmentent toute la journée, et, la nuit, nousWolent nos 
R chevaux. » Voici la résolution qu'ils prirent. Us firent faire un fossé grand , large et 
profond, et le garnirent d'écus, de targes et de morceaux de ponts (?). Ainsi les terres 
des deux côtés furent séparées. Cependant les Sarrasins les attaquaient toujours et ne 
leur laissaient pas de repos. 

Ecoutez un trop grand ennui : à la suite de la tuerie dont j'ai parlé, qui fut si dou- v. 3077. 
loureuse pour les Francs, le lendemain de cette aventure, où l'élite de l'ost avait été 
déconfite et oà tant de pauvres gens, venus là pour Dieu, ^valent trouvé la mort^ 
Salahadin fit prendre tous les corps morts et nous les fit renvoyer en les jetant dans le 
fleuve d'Acre. C'était une laide boucherie, car les corps deseendaient à vau-l'eau , lant 
qu'ils arrivèrent au milieu de l'ost, et à mesure que les monceaux de morts crois- 
saient, il en sortait une telle puanteur que toute l'ost dut s -éloi|^er jusqu'à ce qu'on les 
eût enfouis. Et longtemps après qu'ils avaient été enterrés, on en fuyait encore l'odeur. 

a6 



M^ftlHtltl «àTIOIAU. 



Vit LBISTOUE DE LA GUEBBE SAI5TBL 



• . 3'.y^, Le» Aritiem tnraillaiettt ao bmé qai leur ««nrait île renpart. Ib te 

defii qiiajMl iei Sarrasiiis nsiaîeBl ias alla^per, conne îb le iaMieni taai la 

<|a il fit froid ou <}a'ii fit cbaiML C'était le fbfté qui étak le dunp de tirtiilh dei 

dt biea et d^» cet cbiens. Les nàtrei Toelaieat le creaser et les aalrei iiiiimuI de le 

déCnre. Vous auriei vu la plus de cinq eent auUe flèches : eans 

qui creusaient le fofsé les [laisaient à ceoi qui le défeodaieiiL Vov aonei ru des den 
€ôîAm des gens hardM et eoorageni. Vous aorîex vu les combattaDts toaber, mAr. 
s'ouvrir le ventre, et de rudes coups s^écbaDger. La nuit seale lei séparaiL 

V, 3f ifj. Depuis le conHoeacemeat du siè(B;e d'Acre jusque vers la fête de la Tousnil« je le 
fat*» fd je Tai entendu dire souvent, il ne eessa d arriver de nouveaux venos qui 
tenaient bien leur place* Alors vint le comte de Ferrières, qui tua plus de cent Turcs. 
car il était hi bon archer qu'il n'y en avait pas de meilleur; et Gui de Daoïpiem. qui 
possédait maint beau cbâteau; et l'évéque de Vérone, que Ton estimait grandem en t : 
tow» ceni-lâ vinrent devant Acre, et ils devinrent confesseurs et martyrs, car j'ose bien 
dire que celui qui fut le plus à son aise y souffrit un martyre assez dur, les penn et 
les veilles et les fatigues de nuit et de jour; ils n avaient jamais de repos, et ils n'osaient 
pas en prendre avant d'avoir terminé le fossé qui causait tant de combats. 

\ . 3f 63. L'avanirveille #le la Toussaint, il arriva dans l'ost une mésaventure prodigieuse, trop 

I iisi». forte et trop pénible. Pendant que les chrétiens souffraient tant de peines, ceux qui se 
tenaient sur le Toron regardèrent du côté de Caipbas et virent arriver une grande 
flotte de galères qui venaient de Babylone, qui soutint longtemps Acre. La flotte ap- 
prochait en bon ordre, et la nouvelle s'en répandit promptement dansl'osL Plusieurs 
croyaient, mais personne n'en savait rien, que c'étaient des vaisseaux de Pise, de 
G^nes, de Venise, de Marseille ou de Sicile qui venaient aider au siège. Pendant 
qu on se livrait a ces suppositions, les galères approchaient, et elles aj^rochèrent si 
bien qu'elles entrèrent dans Acre, et en arrivant elles s'enqMirèrent d'une de nos 
éni^ues oli il y avait des hommes et des provisions : elle fut enunenée dans la ville; 
les hommes furent tués et les provisions prises. 

V, :^72î. Ecoutez ce que firent les Turcs, et leur grande injure à Dieu. Le jour de la fêle de 
tous les saints qu'il rassembla dans le ciel, de la grande fête oik on pleura tant de 
larmes, iU pendirent sur les murs d'Acre, par défi, les corps des chrétiens qu'ils 
avaient pris dans l'énèque et tués. Ceux-là partici|>èrenl à bon droit, les prédicateurs 
peuvent bien le dire, è la grande joie qui dure et durera sans fin et qu'ont ceux dont 
on célébrait re jour-là la fête. 

V. :ii9i. C^ette flotte dont je vous ai parlé garda si bien le port et le chemin par où abor* 
daient les n6tres qu'ils n'osèrent plus s'en approcher, en sorte qu'il n'arrivait plus de 
secours aux défenseurs de Dieu. L'hiver s'avança sans qu'ils eussent fait de provisions. 
Ils avaient terminé le fossé, mais il fut plus tard comblé malgré eux. Pendant cet 



370 L'HISTOrRE DE LA GUERRE SAINTE, 

des Turcs et emmenèrent de vive force une galère jusque dans le port. La joie liif 
belle. Vous auriez vu les femmes s'approcher, tenant des couteaux dans leur» maiiM, 
saisir tes Turcs par les tresses et les tirer de toutes leurs forces, puis leur traoeher !■ 
tétc. qu'elles emportaient à terre. Sur les deux flottes, la huée ne cessait pas. Chacune 
cédait à son tour; souvent elles se rapprochaient, elles se lançaient du feu grëgeoù; 
les vaisseaui( étaient allumés, puis éteints, et, quand ils fie joignaient, se frappaient 
H l'envi et se poussaient jusqu'au port. Jamais homme ne vit une telle bataille; mais ce 
furent nos gens, ceux de l'ost de Dieu qui menait le siège, qui en eurent le plus i 
:90ufTrir. Car les Turcs, plus nombreux chaque jour, transportés de colère à eaïue de 
la ijalère que les nôtres avaient emmenée, donnèrent au fossé un terrible assaut peo^ 
danl la bataille qui se livrait sur la mer. Il n'y eut pas un chrétien dans l'ost, grand 
nu p<!tit, jeune ou vieux, si hardi ou si renomma qu'il fAl, qui n'eût fort affaire h se 
défendre des Turcs; car ils se pressaient comme des mouches et »'eiïorf<iiei]t à qui 
mieux mieux de défaire et de combler ie fossé. Tmiie la plaine, jusqu'au pied de la 
montagne, était couverte, comme un champ d'épis, des Turcs, qui les attaquaient sans 
un moment de relâche, et qui se jetaient dans les fossés en si grand nombre qu'ils s'y 
renversaient. It y avait là une grande masse de gens hideux et noirs, ennemis de Dieu 
et de la nature, portant sur leur léte des coiffures rouges : Dieu n'a pas fait de [dus 
laides bétes ni de plus cruelles. En voyant les flots pressés de ces gens avec leurs têtes 
coiffées de rouge, on aurait dit des cerisiers couverts de fruits mars, et il y avait tant 
d'autr(>s Turcs qu'on les estimait à cinq cent mille. Ceux de la ville, bannières en télé, 
faisaient des sorties et attaquaient les chrétiens de l'autre câté. L'ost fut tellement 
harassée, ce jour-là et bien d'autres, que les chrétiens se demandaient s'ils pourraient 
résister à ces attaques incessantes. Les gens coiffés de rouge avaieni un étendard oii ils 
se ralliaient tous : c'était l'enseigne de Mahomet, dont l'image était en haut, el au nom 
de qui ils étaient venus combattre la chrétienté. Ces coquins se défendaient avec de 
grandes pierres qu'ils apportaient. Voilà le combat que l'ost avait à livrer du côté de le 
terre. Du côté de la mer, la bataille dura tonte la journée; à la fin, par la grAce \ 
de Dieu, notre flotte eut la victoire; car on y avait établi, de jour en jour, dcsdivi- 
sions de barons de l'ost qui se relayaient dans hs galères, hommes vaillants et bÎM 
armés, qui combattirent rudement. La flotte chrétienne repoussa de vive force les g 
ennemies en deçà de la chaîne [qui ferme le port], et causa grand doiumsn 
Turcs enfermés dans la ville et qui étaient alors quarante mille. Depuis « 
purent plus recevoir de secours par mer ni sortir du c6té de la (erre, € 
sions diminuant, ils souffrirent beaucoup de la disette. 

Le jeudi de l'Ascension, le jour oir l'on fait la procession sainte J 
Dieu monta au ciel, comme l'Évangile le raconte, nos gens vould 
murs d'Acre au nom du coq» sacré do Seigneur. Nous avitxi&LiJ 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



371 



couvertes coQtre le feu grégeois des infidètes. Il y en avait trois grandes, que trois hauts 
hommes avaient fait faire : le landgrave, le roi Gui et le marquis avec les Génois : 
tous trois étaient dans leurs tours quand on donna l'assaut. Les chrétiens attaquèrent; 
ceux d'Acre garnirent les murs. L'attaquefutviffoureuse et la défense aussi. Les assiégés, 
qui souffraient de la disette, se défendaient avec acharnement et nous faisaient pay<ir 
cher leur souffrance, il n'y eut jamais une défense comme celle du ces inemhres du 
diahle. Les uns sonnaient du tabour, les autres se pri^ssaient ù l'endroit où ils étaient 
nécessaires, et les Turcs campés sur les montagnes accouraient de leur côté en grand 
nombre dès qu'ils voyaient nos gens Dccu|)és à l'assaul, venaient aux fossés et sautaient 
dedans, si bien que les chrétiens devaient è la fois attaquer et se défendre. L'assaut 
dura longtemps, du matin au soir; mais au soir il fallut le cesser sans que l'on ei^t pu 
les forcer. Les Turcs jetèrent le feu grégeois sur les trois tours et les embraseront, si 
bien qu'il fallut les abandonner et qu'elles furent réduites en cendres. 

Les chiens d'infidèles furi^nt pendant longtemps clans la ville en grande diséUe itf ' 
vivres; comme le temps<i' écoulait, leurs provisions s'épuisèrent. Ils furent n'thiits* »" ' 
lel point qu'Us mangèrent toutes leurs bêles, cous, tétea, pieds et boyaux. Il» «ww»* 
hors de la ville des chrétiens qu'ils retenaient, les vieui gardant ceux i|in **■•'** 
jeunes et dispos pour travailler aux pierrières. Ils curent lanl de pn»4fK«* 
peines et de soulTrances qu' 
Jean. Alors le diable leur envoya 

Turcs péril: mais let;' assiégés rccueilllrenl les vivres qui y éufcni. *"*** *■* 
du courage, et ils faisaient souvent des sorties, en sorte qui" m» o""- '^ '"" 
enfermés [de deux pMésj. 

U tilede saint Jaccpies fut une journ^ trop pénibl? ;■"'■' '- '■■""■ 

i iliable, qui ne se repose jamais, fil (ao( 

I pas te diable qui h? fît; c'est Pieu qui h 

l martyrs dnas son royaume céleste. La ptu 

Lde l'oet de Dieu sans $o gsrder siilTuan 

■grands besoins et pousséii par leurs soûl 
>jliiien( environ dîi millft: ils iwrtircn' > 
"h miirrhèrnnt Inril dniif sur ' 




ne pourrait le raconter, jusqu'après la fttf * '^^ 
roya trois navires; iU se brisèrent, rt «•* 1'*'**';^ 



I l'ost i\il 1 
innil, (j 



land 
Jor le 



S7a UHISTOIBE BE LA GUERRE SAINTE. 

mourut Torel <lu Mdsnil , ndJi sans avoir fait de grands exploits ; oti le Mgretta l>eaii«* 
coup. L'ost eut cette aventure et bien d'autres. 
V. 3/195. L'ost de Dieu eut à souffrir de ses ennemis bien des assauts, bien des tntjures; Dieu 
souffrit par sa pitié bien de dures aventures* Il mettait son peuple à Tépreuve, conmie 
il a fait pour les saints, qu'il éprouva par tant de souffrances^ c«mme on âe raconte, 
ainsi qu'on fait l'or dans la fournaise. Ceux qui s'étaient donnés k Dieu avaient déji 
beaucoup souffert là. 
V. 35o5. Gomme ils étaient dans cette situation difficile , voici venir les barons de Fraftce, 
Il uii. vers le mois d'août, au meilleur moment du passage qui est avant le temps d'hiver. 
Alors arrivèrent le comte Henri de Champagne avec beaucoup de monde , et le comte 
Tibaud de Biois, qui ne vécut pas trois mois depuis, et le comte Etienne, qm, lai aussi, 
mourut peu après son arrivée; le preux comte de Glermont, qui plaisait k Dieu et au 
monde; le comte de Ghâlons, qui était un homme fort, grand jU haut U arriva tant 
d'autres prudhommesque nul n'en sut le compte. 
V. 35a 1. Devant Acre, pendant que les preux y restaient pour leur salut et l'amour de Dieu, 
I, zLTu. il arriva beaucoup de grandes aventures que l'on a conservées par écrite et beaucoup 
de miracles, par l'effet de la puissance de Dieu. Devant et derrière les pierrières» qui 
étaient nombreuses dans l'ost, beaucoup de gens allaient et venaient, et il arrivait 
souvent des choses que l'on tenait pour des miracles quand elles advenaient. Il y avait 
dans la ville, l'histoire le raconte, beaucoup de pierrières, qui lançaient si bien qu'on 
ne vit jamais de tels coups. Il y en avait une si puissante qu'elle nous causait grand 
donunage : elle nous brisait sans cesse nos pierrières et nos cercloies, caries pierres 
qu'elle lançait volaient comme si elles eussent eu des ailes : il fallait que deux hommes 
se missent, l'écrit le dit, pour tendre la fronde^ et quand la pierre lancée par la fronde 
était tombée, il fallait bien la chercher à un pied en terre. Gette pierrière frappa un 
hooDune par derrière dans le dos : si c'eût été un arbre ou un pilier de marbre, elle 
l'aurait coupé par le milieu, tant elle était tombée droit dessus; mais le prudhomme 
ne la sentit mâme pas, parce que Dieu ne le voulait pas. Voilà un seigneur qui mérite 
qu'on croie eniui, et un miracle qui impose la foi! 
V. 356 1. Gouune les jours passaient, il arrivait bien des choses. Dans le passage d'avril i 
I, xLTiu. mai il advint une étrange aventure enl'oat. Un sergent était dans le fossé, anné d'une 
coiffe de mailles et d'un haubert et d'une cotte piquée et richement brodée. Un ennemi 
de J)ieu tenait une arbalète i tour; il visa le sergent par une meurtrière, et le frappa 
à la poitrine : le trait faussa la coiffe, .[^erça la cotte, et passa outre le haubert; mais 
le sergent portait au cou, Dieu merci, une lettre qui le préserva, car les saints noms 
de Dieu y étaient écrits, et ceux qui étaient là»virent que, quand le trait y toucha, il 
rebondit en arrière. Voilà ce que fait Dieu à ceux qui le prennent pour gardien : ils 
n'ont rien à craindre. 



( ,. 



378 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

V. âo66. Au matin, au petit jour, nos gens s'étaient mis en marche pour retoarner k Acre, 
au siège; mais les Turcs s'étaient assemblés au pont du Doc, par où ils devaient passer. 
Ils s'apprêtaient à abattre le pont, quand Tost arriva sur eui; mais ils avaient si bien 
occupé le pont que les pèlerins ne savaient comment ils pourraient le passer, tant ils 
y voyaient d'ennemis entassés. Alors Jofroi de Lusignan, sur son destrier qui était frais, 
et avec lui cinq bons chevaliers, les chargèrent, et les frappèrent si rudement qa*fls 
en firent tomber plus de trente dans le fleuve, où ils se noyèrent sous les yeux de 
l'armée ennemie; ils les frappèrent tant qu'ils passèrent tous de vive force, et les nôtres 
revinrent au siège tout joyeux d'être rentrés. 

V. 6091. On était à la fin de la saison du passage; il arrivait peu de renforts aux chrétiens , 
car ce n'était plus le moment favorab1e^ et cependant il en arrivait encore. A mesure que 
la foule croissait, les vivres diminuaient, et plus le temps avançait, plus ils décroissaient. 
On n'avait de provisions que quand il arrivait des vaisseaux; les riches n'en manquaient 
pas; mais les pauvres, qui en étaient dépourvus, se plaignaient chaque jour de la di- 
sette qui les tourmentait; beaucoup, ne pouvant pas supporter ces souffrances, vou- 
laient s'en aller. Les vivres arrivaient bien à Sur, mais le marquis [de Montferrat] les 
y retenait et les empêchait de venir jusqu'à l'ost. Vous allez savoir ce qu'avait fait ce 
i,txiit. perfide marquis. Il essayait, par de hauts hommes et par son argent, de se rendre 
mattre du royaume; il fit tant, il travailla si bien par ses machinations qu'une sœur 
de la reine qui venait de mourir, femme de Hainfroi du Toron, un des hauts ba- 
rons du pays, fut séparée de son mari, et qu'il la prit pour femme, en promettant que 
ses forces rejoindraient l'ost h Acre. Il l'épousa dans sa maison, contre Dieu et contre 
droit. L'archevêque de Cantorbéry en fut très irrité, mais l'évêque de Beauvais les 
maria; il eut grand tort, carie marquis avait déjà deux épouses, deux belles et jeunes 
dames : l'une, belle et noble dame, était à Constantinople , l'autre était dans son pays, 
et il en prenait une troisième ! C'est pourquoi le bon archevêque et d'autres clercs et 
évêques s'opposèrent à ce mariage, l'excommunièrent, et ne craignirent pas de dire 
qu'il avait fait un triple adultère, et que Dieu n'était pas présent à une telle union et à 
de telles noces. 

V. 4 1^5. Quand Te marquis eut épousé celle qu'il désirait depuis si longtemps, il fit ses noces 
et ses festins. Il avait maintenant trois femmes vivantes, une dans son pays, l'autre 
avec lui, et encore la troisième en réserve. D'un tel mariage devait venir du mat, et 
il en vint le jour même, et du dommage; car quand ceux qui avaient été aux noces 
eurent bien bu, ils allèrent se divertir aux champs, comme s'ils voulaient s'ébattre. 
Des Sarrasins,- qui étaient en embuscade, se jetèrent sur eux et les poursuivirent. 
A leurs cris, ceux de l'ost accoururent; mais les Sarrasins ne manquèrent pas leur 

^*) Mot à mot ?rcar ils laissaient passer le passage ».- 



coup; 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 
ils prirent Le Bouleiller de Senlis : nul De sut où ils l'emmenèrent. 



379 



s'il mourut 
i ce qu'il devint. Il y en eut vingt tant pris que morts; ceux-là eurent une belle Wte 
de noces! Les gens de l'est furent troublés, et les hommes sages en devinrent plus 
inquiets. Beaucoup croyaient encore que le marquis leur disait la vérité, et que, sui- 
vant sa promesse, il ferait venir des vivres dans l'ost; mais il s'en alla aussitôt, lui, 
ses gens et son épousée, et, bien qu'il eût des vivres en abondance, il n'envoya plus 
rien dans l'ost, où l'on en manquait tant, excepté à ceux qui, à grand tort, avaient fait 
son mariage. 

Seigneurs, sur la mort d'Alexandre, qui causa une telle rurneur, sur le message de 
Balan, sur les aventures de Tristran.sur Paris et Hélène, que l'amour fit lant souffrir, 
sur les prouesses d'Arlhur de Bretagne et de ses hardis compagnons, sur (ihurlemagne. 
sur Pépin, sur Agoland et sur GuitecHn, sur les vieilles chansons de geste dont les 
jongleurs font si grande fête, je ne sais vous dire ni vérité ni mensonge, ni affirmer 
ni contredire ce qu'on en raconte , et je ne trouve personne qui puisse me dire si r'esl 
vrai ou faux. Maïs ce qu'ont vu lant de gens qui l'ont euï-mémes souffert devant Acre, 
les peines qu'ils eurent, les grandes chaleurs, les grands froids, les maladies, les 
tourments de tout genre, je peux vous en faire le conte véridique ,.et cela vaut la peine 
d'être écouté. 

En hiver, au temps d'avent, qui ramenait les vents et la pluie, c'est alors que dans 
l'est d'Acre étaient grandes les plaintes et les misères des petites gens et des moyens 
pour la disette qui était arrivée, car elle croissait de jour en jour et ils se plaignaient 
sans cesse. Tout alla bien, il est vrai, jusqu'à Noél, mais alors commencèrent la dé- 
tresse, la famine et la misère. A mesure que le temps de Noël passait, la cherté allait 
croissant. Un muid de blé qu'un homme aurait porté sous son aisselle pesait cepen- 
dant bien lourd, car il coûtait cent besants : c'étaient là de dures nouvelles; le blé et U 
farine étaient chers; le temps était si dur qu'une poule valait douze sous et qu'on ven- 
dait un œuf six deniers; mais c'est pour le pain que se livrait la hataUle entre ceux qui 
en étaient privés. Alors ils maudissaient le marquis, par la faute duquel ils étaient si 
mal en point. 

Seigneurs, je le dis sérieusement, pour ne pas manquer de viande on écorcha les 
beaux destriers, et on les mangea avidement; quandonenécorchait un, il y avait grande 
presse à l'enlour, et l'on payait encore la viande cher. Cette gène dura tout l'hiver : on 
vendait le morceau dix sous; on vendait un cheval mort plus cher qu'on n'eiU jamais 
fait un vivant. La chair leur en semblait savoureuse, et ils mangeaient m<!me les en- 
trailles. Alors ils maudissaient le marquis, par la faute duquel ils étaient si mal en point. 

Le temps était cher, le besoin grand pour les petites gens et pour les riches, et 
pourtant ceux qui avaient de l'argent pouvaient avoir des provisions; mais m^me quand 
ils auraient voulu les partager, ils n'osaient pas te faire, parce que trop de gens 



LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 375 

vrirent tous leurs vaisseaux de cuir, et en firent autant de la tour; ils assiégèrent la 
tour des Mouches, et ils y lancèrent beaucoup de traits. Ceux de la tour se défendaient 
si bien qu'ils se vendaient très cher, et il sortit de la ville, sur des galères, plus de 
deux mille Sarrasins pour aider les leurs. Les ennemis lançaient des flèches et jetaient, 
avec des dards aigus, de grandes pierres pesantes qui brisaient les écus et les lances. 
Les gens du château assaillaient, et les autres ne se défendaient pas moins bien. Nos 
gens firent maints beaux coups d'arbalète sur les murs : les traits pleuvaient, et les 
Turcs étaient obligés de se cacher. L'assaut était donné par des hommes vaillants qui 
se relayaient. On dressa les échelles et on les appliqua contre la tour à grand effort et 
h grande peine; car pendant que les chrétiens les dressaient, les autres, qui ne lâ- 
chaient pas pied, leur jetaient sur la tête de grandes poutres. Us revinrent en nombre, 
et embrasèrent le château en y jetant du feu grégeois dans un dernier effort. 
Sur la mer, on avait tué beaucoup de Sarrasins; mais ils réussirent à brûler le château 
avec les échelles et les vaisseaux qui le portaient. Quand les Turcs virent leur succès, 
ils en furent pleins de joie, et ils se mirent à pousser de grands cris et à huer les défen- 
seurs de Dieu. 

Ce fut un grand déconfort pour Tost de Dieu; mais elle trouvait de la consolation V. 3819. 
dans l'arrivée en Syrie de vaillants barons. Parlons d'abord de l'archevêque de Besan- i, us. 
çon. Il fit faire devant Acre un bélier, pour entamer et rompre les murs, qui coûta 
très cher. Il était bien ferré, et protégé si solidement en haut et en bas, par derrière 
et par devant, qu'il ne devait pas craindre une pierrière, car l'archevêque avait voulu 
y employer tout ce que l'on met de meilleur à ces sortes de machines. Le comte Henri 
en fit un autre, bien couvert et de grand prix, et les autres comtes et barons firent 
plusieurs autres engins qu'on ne pourrait compter. Mais nous voulons vous dire ce 
qui advint du premier, de celui de l'archevêque, quand il se présenta devant les murs. 
Les barons de l'ost avaient préparé cet assaut après s'être entretenus des engins qu'ils 
avaient fait faire. Chacun fit approcher le sien des murs. L'archevêque fit avancer le 
bélier dont j'ai parlé, qui était construit à si grands frais qu'il aurait eu le droit de ne 
rien craindre au monde. Il était comme sous une maison : au milieu, un grand mât de 
vaisseau bien droit; sans nœuds, et ferré aux deux bouts. Par-dessous se tenaient ceux 
qui devaient heurter contre les murs et qui étaient en sûreté. Les Turcs, nos ennemis, 
y entassèrent du bois sec et y jetèrent le feu grégeois; avec leurs pierrières ils y lan- 
çaient des colonnes entières de marbre et de liais, et y jetaient des arbres et des 
poutres. Us y lancèrent, à seaux et à bouteilles, à brocs et k cruches, du soufre, du 
goudron, du suif, de la poix, puis de grands morceaux de bois par-dessus, et sur tout 
cela le feu grégeois, si bien que ceux qui attaquaient le mur sous le bélier s'enfuirent 
et l'abandonnèrent. Les Turcs, pour attaquer le bélier, se découvraient sur les murs. 
Vous auriez vu là de beaux coups d'arc et d'arbalète , de grands combats et des gens 



•7 

laPttMIIII BATIOli'.R. 



376 r&lSTÔIRE DE LA GCERRE SAINTE. 

bieltô^s des àeut cAtés; voas atiHez va 3e boAs va6i;atix conVit potif dëféhdf^ le bâier 
et pour enlever tout ce doiit les ennciriis r^Vaient chargé; voua auriez vii 'flBuvc^er des 
murs bien des Turcs avec leurs beaux bbticliers peints. ËnGn, ils jetèrent et laneèîreht 
tant qu^ils enfoncèrent le bélier et brisèrent le toit ferré et toute l'autre garniture. Ile 
recomtnehcèréht alors à jeter le feu grégèoiis, ^i bien quHis nous le brûlèreilt tout ji 
fait. Le bélier leur fut vendu cher, car ils perdirent quatre-vingts des ineHleiliis et an 
émir; mais ils ûôus firent aussi du md. Quand on vit tfi*6n ne pouvait Yàmënier le 
bi^liér ni Tiéteindrë , l'assaut fiit suspëndh , et leis Sairràsins se mirent h ûom hiier. 

V. 3897. A l'a fin du mois d'août tnourtat en Tost la reine de Jélrosaiêm; ce fut dommage, 

1. xLTi. car elle h'était pas énbor'e âgfée, et elle passait jpour une Vaillante dame : que Dieu ait 

pitié de s'en âme! Et aussi moururent deux demoiselles très belles, filles du roi Oui. 

Ces enfaiits qui moururent étaient les héritières légitimes du royèuare, et par leur 

mort lé foi , qui avait tant souffert pbur ce royaume , le perdit. 

v. 3909. En oétobré, après septembre, près des calendes de novembre, arriva d'Alexandrie^ 
I <^< éh grande pobpe et en grand orgueil, une autre flotte. Ceux de l'ost qui ptos tard 
comptèrent les vaisseaux dirent qu'il y en avait quinze, lis venaient secourir les Turcs 
qui étaïeilt dans At;re, qui avaient supporté tant de privatioïis et de veilles. Derrière 
la flotte venaient trois grands dromons ; nos galères et ceux qni les montaient sur- 
veillèrent leur arrivée. Quand ceiix des vaisseaux turcs les aperçurent , ils eoren^ pear 
et ils se troublèrent; il n'y eut si preux ni si habile qui n'eût bien voulu être ââleors. 
Il était déjà tard, ii faisait sombre, et il ventait terriblement, si bien que la flotte 
chrétietine n^osa pas aborder la païenne, car la tourmente leur donnait tant de mal 
que chacun aVait assez à faire à s'occuper de soi-même. Comme les Sarrasins appro- 
chaient toutes voiles dehors, et passaient avec difficulté la chatne pour secourir leurs 
amis., il leur arriva grande honte, sans qu'ils pussent l'éviter, et grande perte; car 
dans le port d'Acre, sur les rochers, Dieu fit briser leurs navires. Toute l'ost chré- 
tienne les accablait de pierres; les navires furent mis en pièces et la plupairt des gens 
Qoyés. Alors les chrétiens accoururent en poussant des cris sur le rivage, et se mirent 
à tuer ces chiens. Us prirent une grande galère, qui était par force arrivée à terre; ils 
y conquirent beàtrcoûp de provisions, et tuèrent toute la chiennaille. Mais les autres 
vaisseaux franchirent la chatne, et les Turcs qui les attendaient bravement leur tendirent 
des lances et allumèrent tant de lanternes qu'ils réiissirent à aborder. Grâce aux Sar- 
rasins qui venaient d'arriver, ils purent se renouveler; ils mirent dehors ceux qui 
étaient sans forces et retinrent les vaillants. 

V. 3961. Le jour de la grande fête de saint Martin, quand déjà la nourriture renchérit, 
I. ui. Tost fut convoquée pour le lendemain, au nom du fils de Marie, pour marcher vers 
lés montagnes et combattre les Turcs. On fit là une grande bénédiction et une abso- 
lution générale : l'archevêque de Gantofbéry la 'donna avec d'autres 'évêques. Là on 



UJQ^TOIBE I)E L4 GU^RJ»]^ ^AIN^E. 377 

choisit et op ^jstribqa |(es chefs, et ceux qui devaient avoir soin de Tost. Nos cens inon- 
tèrent le matin; on cQipptait là bien des liataillpns. La plus belle armée chrétienne que 
jamais pn ^t vue sur terre s'avançait si étroitement serrée et rangée qu'on aurait 
dit êies gens enchaînés Iqs uns aux autres. ]Le front de l'armée ét^it grand et large et 
capable de bien support(sr de rudes attaques, et l'arrière-garde, faite de bons che- 
valiers , était 9Ji nombreuse qi^e pour en voir le bout il aurait fallu aller s'asseoir sur 
une hauteur; on n'aupait pas pu jeter une prune qui ne tombât sur des gens vêtus de 
fer éclatant. Les voilà marchant droit au Doc; avant qu'on e&t eu le temps de cuire 
un poulet, Salahadin avait appris qu'il aurait bataille s'il voulait attendre les chrétiens. 
Mais cette nuit il fit lever son camp et leur abandonna la montagne où i| était avec les 
siens. Voici venir à nptre ost un espion qui raconta que les ennemis avaient aban- 
dojiné cette montagne et s'éloignfiient, fuyant en grande hâte. Il s'en fallut de peu que 
nos gens ne s'élançassent; mais c'aurait été une grande folie de les poursuivre, car on 
n'aurait pa^ pu les atteindre. Ne trouvant pas bataille, ils se dirigèrent tout droit vers i,lxii. 
Gaîphas, où l'on disait qu'il y avait des provisions, dont les assiégeants avaient grand 
besoin. Les voilà arrivés h la Becordane : plus prompts qu'un autour qui poursuit un. 
canard accoururent les Turcs pour les jïSLTceler. On les vit revenir, attaquer l'ost, 
lancer des flèches en criant et en faisant sonner leurs tabours. Ce soir-là, les pèle- 
rins campèrent et attendirent jusqu'au lendemain matin. 11^ voulaient toujours aller 
droit à Caïphas; mais les provisions qu'on leur avait signalées n'y étaient pas : les Titres 
les avaient toutes emportées le matin quand ils étaient partis, et au jour, qua;id ils 
regardèrent, ils virent à la ronde tous les Turcs du monde, à ce qu'il leur sembla, qui 
avaient assiégé leur ost. La terre en était si couverte, en haut, en bas, à droite, à 
gauche, que l'ost aurait bien voulu être ailleurs; jamais on n'a vu tant de gen^ réunis. 
Voilà les nôtres pro.mptement armés et rangés en bataille; ijnais les Sarrasins, cette 
chiennaille, n'osèrent pas les combattre, ni. attaquer de si braves gens. Les pèlerins se 
mirent en roy te pour retourner là d'où ils étaient partis ; mais ils eurent encore bien 
de la peine avant d'être revenus à leurs tentes. A la source du fleuve qui descend vers 
Acre il y eut un grand carnage de chevaliers des deux côtés avant que les deux a^ées 
se séparassent. Dans cette journée de marche, les gens du roi d'Angleterre firent 
l'arrière-garde avec le Temple, et ils eurent bien à se garder, car Dieu n'a pas fait 
de neige ni de grésil ni d'averse en mai, quand il pleut, qui tombe plus dru que les 
traits ne tombaient sur l'ost avant qu'elle fût partie de là. Enfin qos gens s'en allèrent 
en bon ordre et s'en retournèrent vers Acre. Les nôtres marchaient à g&|}cbe du 
fleuve et les leurs à droite; ils côtoyaient le fleuve des deux côtés et se harcelaient 
toujours, n nous arriva des gens qui nous prê^rent secours. Les sergents à pied qui 
accompagnaient notre arrière-garde, et qui se tenaient derrière l'ost, marchaient la 
tête tournée vers les Turcs; ils eurent bien à souffrir avant que l'ost fût en sûreté. 

«7- 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 383 

trois coups d'un bâton assez léger, que leur donna Tévéque de Salisbury, qui les corrigea 
en bon père. Et à la Pàque close, après que Dieu eut ainsi agi, arriva véritablement ii, i. 
dans l'ost le roi Philippe de France; et avec lui vint le comte de Flandres, dont la mort 
fit tant de bruit; et aussi le preux comte de Saint-Pol, à qui Técu seyait bien au cou; et 
Guillaume de Gaiiande, en grande compagnie, GuiUaume des Barres, bon chevalier, 
preux et dispos; monseigneur Droon d'Amiens, qui avait prouesse et vertus; Guillaume 
de Mello, un chevalier dont je me loue; le comte du Perche, qui mit là tout ce qu'il 
possédait, et avec les Français, comme je l'ai appris, arriva le marquis. Que vous di- 
rais-je de plus? Il ne resta pas un haut homme en France qui ne vînt alors au siège 
d'Acre plus tôt ou plus tard. 

Le roi de France, avec l'armée chrétienne, fut là de Pâques jusqu'à la Pentecôte, 'V. /i55i. 
la noble fête, et alors le roi d'Angleterre, qui avait pris Cypre, arriva aussi. Je vais iii,n. 
maintenant suivre l'histoire et rejoindre ma matière en racontant le siège d'Acre. Am- 
BRoiSE veut achever sou conte, fournir complètement sa carrière, renouer et rejoindre 
son nœud, dire comment les deux rois qui étaient venus à Acre se comportèrent pen- 
dant le siège, et rapporter tout ce qu'il se rappelle de l'histoire, et la prise d'Acre, telle 
qu'il la vit de ses yeux. 

Quand le roi Richard d'Angleterre fut venu dans la Terre Sainte, comme je vous l'ai V. 4569. 
dit, il fit une courtoisie, une prouesse et une largesse qui méritent bien d'être racon- 
tées. Le roi de France avait promis et accordé à ses gens que chacun d'eux, chaque 
mois, aurait de son trésor trois besants d'or. On en pariait beaucoup. Quand le roi 
Richard fut arrivé et qu'il entendit cette grande nouvelle, il fit crier par l'ost que tout 
chevalier, de quelque terre qu'il fût, qui voudrait prendre ses soudées, aurait de lui 
quatre besants d'or, et qu'il le leur promettait ainsi. Et c'étaient les soudées ordinaires 
que l'on donne dans ce pays. Quand on entendit cette promesse , voilà toute l'ost en 
joie. Les petites gens, et aussi les moyens, qui étaient là depuis longtemps, disaient: 
«Seigneur Dieu, quand donnera-t-on l'assaut? Voilà venu le plus vaillant des rois de 
«toute la chrétienté et le plus capable d'assaillir. Que Dieu fasse sa volonté!» Leur con- 
fiance était au roi Richard. Le roi de France, qui était venu depuis Pâques et s'était m, t. 
très bien comporté, lui fit dire qu'il serait bon d'attaquer et de faire crier l'assaut. 
Mais le roi Richard était malade : il avait la bouche et les lèvres en mauvais état d'une 
maladie maudite de Dieu qu'on appelle léonardie. 11 fit savoir au roi de France son mal, 
ajoutant que sa flotte avec ses barons n'était pas arrivée, retenue par un vent, qu'on ap- 
pelle le vent d'Arsur, qui l'arrêtait à Sur; que ses pierrières arrivaient; qu'elles seraient 
bientôt là, et que, quand ses gens seraient venus, il mettrait volontiers toute sa peine 
à prendre la ville. Mais le roi de France, si Dieu me protège, ne voulut point attendre 
pour cela et fit crier l'assaut. Au matin on s'arma de tous côtés, en grand désir de 
donner l'assaut. Vous n'auriez pu compter tous les gens armés qui étaient Jà, tous les 

98 



larMHcmii iatioxiu. 



38i LHISTOiaS DE LA GUERRE SAINTE. 

beaux haokerls, tout les heanises reluisants, tous les cheranx aux belies foniies, toalea 
les courertures blanches, tous les cberalien (Tëlite. Jamais nous n'avions tant v« de 
bons chevaliers preux, osés, fiers, hardis et renouunës, tant de pennons, tant de ban- 
nières ouvrées de mille façons. On distribua les postes; on désigna ceux qui devaient 
faire la garde aux fossés pour que Salahadîn et ses gens n'entrassent pas dans i'ost par 
derrière. Les geos de Dieu s'avancèrent vers les murs et eommencèreot à lancer des 
traits et à attaquer. Quand les Turcs d'Acre virent que les chrétiens les assaillaient, 
vous les auriez entendus faire sonner leurs bassins, leurs timbres et leurs tabours 
comme si Dieu y avait tonné. 11 y en avait parmi eux qui n'avaient pas d'autre occupa- 
tion. Du haut du palais, ils surveillaient I'ost, et étaient chargés de faire grand bruit 
et grande fumée : c'était pour montrer aux gens de Salahadîn de venir les secourir: 
et vous les auriez vus accourir, essayant de combler le fossé avec des fascines; mais ils 
ne purent y arriver, car Jofroi de Lusignan, dont la prouesse était toujours fraîche, 
vint à la barrière, qu'ils avaient déjà conquise sur nos gens, et les repoussa de vive force. 
11 en mit plus de dix en bière avec une hache qu'il tenait; il frappait tant de coups, 
et de si bons, que depuis Roland et Olivier un chevalier n'a pas mérité de pareilles 
louanges. La barrière que les Sarrasins avaient enlevée fut reconquise, mais non sans 
grande mêlée, grande bataille et grands cris. Quant à ceux qui assaillaient la ville, et 
qui avaient déjà rempli les fossés, il leur fallut reculer en arrière et prendre 
un autre parti : ce fut de se retirer vers leur camp (?) et de ne plus lancer de traits. 
Voilà l'assaut arrêté; voilà tout le peuple à se plaindre, à crier, à regretter cette arri- 
vée des rois qu'on avait tant attendue. Chacun disait devant sa tente : <( Beau sire Dieu, 
quelle pauvre attente nous avons faite ! 9 Nos gens allèrent se désarmer, au milieu 
des huées des Sarrasins, et pendant qu'ils se désarmaient les Sarrasins mirent en- 
core le feu aux engins et aux cercloies du roi de France. 11 en eut telle douleur au 
cœur, on le sut et je l'ai entendu dire, qu'il en tomba malade et ne put plus monter 
à cheval. 
V. 6693. Voilà où en était I'ost, triste et pensive et morne et abattue, voyant les deux rois ma- 
in, Ti. lades, qui devaient prendre la ville, et le comte de Flandres mort, ce qui causait grand 
découragement. Que vous dir^is-je? La maladie des rois, la mort du comte, mirent 
I'ost en û grande détresse qu'il n'y avait plus place pour aucune joie. Heureusenwnt 
une flotte d'énèques arriva en ce moment, nous amenant l'évéque d'Evreux avec de vail- 
lants hommes ses vassaux, et Roger de Toéni avec beaucoup de chevaliers; les frères 
de Cornebu , tous braves , fik d'un même père; Robert de Neufbroc , le plus franc homme 
qu'on puisse chercher; Jourdain de Homez, connétable de Séez; le chambellan de Tan- 
carville. Déjà avant était venu le eomte Robert de Leicestre. Alors vint aussi Gilbert 
Talebot, un des plus preux de nos guerriers, et monseigneur Raoul Taisson, qu'il ne 
fiaut pas aubHer; le vicomte de GhAteaudun; Bertran de Verdun; ceux de Touzel, 



37/4 L'HISTOIRE DE LA GURRRE SAINTE. 

l'ost fut en grand péril par devant et par derrière. L'assaut fut terrible ^^^ 

mais nos gens les repoussèrent tous, excepté Témir seul, qui resta exprès, voulant brûler 
nos machines, s'il avait pu s'en approcher, car il l'avait mis dans sa t^te. Il tenait dans 
sa main une fiole pleine de feu grégeois, et ne pensait qu'à brûler nos machines. Mais 
un chevalier voulut lui payer sa peine; il le frappa, et l'étendit par terre : sa fiole se 
répandit sur ses choses nécessaires, si bien qu'il eut ses génitoires brûlées par le feu gré- 
geois. Les siens voulurent l'éteindre, mais ils ne purent y réussir. 
V. ;^7oi. Comme les jours passaient, il arrivait bien des choses. Il arrivait souvent que les 
I, ivi. mécréants qui occu[)aient Acre contre Dieu venaient sur le haut des murs : ils appor- 
taient des églises les croix qui y étaient restées, ils les insultaient, les battaient, cra- 
chaient dessus en mépris de la foi chrétienne : ils ne haïssent rien tant au monde. Un 
jour, un Turc était sur le mur; après avoir beaucoup battu et insulté une croix de bois 
([u'il avait trouvée, il n'en avait pas encore assez, mais il voulait la souiller, quand un 
courtois arbalétrier banda son arbalète et rapprocha le trait de la noix, voulant payer 
suivant son mérite le Turc qui honnissait la croix. Il visa bien, et frappa le Sarrasin au 
milieu du ventre, lui perçant corps et boyaux. Le Turc tomba mort, les jambes en 
l'air, ce qui remplit de rage les infidèles : Dieu /voulut venger ainsi la croix qu'il avait 
outragée. 
V. 37:^1. (lomme les jours passaient, il arrivait bien des choses. Voici une aventure qu'AM- 
I. iTii. BRoisE raconte dans son écrit. Un jour, un Turc sortit pour tirer de Tarbalète sur les 
nôtres, et ne voulait pas s'en aller. Un Gallois, excité par son obstination, alla de son 
côté. Le Gallois s'appelait Marcaduc, il n'était fils ni de duc ni de roi, et le Turc hardi, 
fort et puissant, s appelait Graïr. L*un se mit à tirer sur lautre, le Gallois sur le Turc, 
le Turc sur le Gallois. Le Turc demanda au Gallois de quel pays il était. Il répondit : 
^ie suis de Galles. Tu es fou d'être descendu ici.» Le Turc lui dit : «Tu ne tires pas 
ccmal. Voudrais-tu faire une convention? Je tirerai, et tu attendras le coup sans te dé- 
(( tourner, et, si je manque, j'attendrai le tien de même. » Il lui parla et le pria tant que 
[e Gallois v consentit. Il tira sur le Gallois, mais il fit un faux mouvement, et le trait 
ne partit pas. Le Gallois lui dit : c^ A moi de tirer; attends*moi.» Il répondit : «Non: 
« laisse-moi tirer encore une fois, et tu tireras sur moi deux fois de suite. — Volontiers, i? 
dit le Gallois. Mais pendant que le Turc cherchait dans son carquois un bon trait, le 
Gallois, qui était tout près et qui ne voulait pas de cet arrangement, lâcha sa corde et 
le frappa au cœur. «Tu ne m'as pas tenu l'engagement, lui dit-il, et je ne te le tiens 
«pas non plus, par saint Denis! » 
V. 8771. Les Pisans et les autres gens de Tost qui connaissaient les choses de la mer con- 
struisirent un château sur des galères avec deux échelles grandes et larges. Ils cou- 

(^> Le Ten man^ut ett le vera 3683 et non le 3684. 



386 ^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

et après lancèrent avec une pierrière le feu grégeois si droit, qu'ils détruisirent le chat, 
et la belle cercioie aussi fut là brûlée et mise en pièces. Le roi en fut si courroucé 
qu*il se mit h maudire tous ceux qui mangeaient son pain quand ils ne le vengeaient 
pas des Sarrasins. U fit, cette nuit-iè, crier l'assaut pour le lendemain. Ce jour du len- 
demain, il fit merveilleusement chaud. 
V. àShi. Dès le matin se mirent en marche nos braves et vaillants combattants. La garde des 
III, n. fossés fut confiée à des gens qui n avaient pas peur : tout alentour A la ronde c'étaient 
les meilleurs chevaliers du monde; il en fut besoin ce jour-là. Salahadin avait dit 
qu'on le verrait, et qu'il entrerait le premier chez nous; il n'y vint pas, mais les siens 
y vinrent et descendirent è pied pour attaquer le fossé. On les y attendit de pied ferme, 
et l'on y donna de bons coups d'épée et de masse d'armes. La bataille fut acharnée; car 
les Turcs du dehors étaient enragés à la vue de ceux d'Acre, qui les appelaient en leur 
montrant l'enseigne de Salahadin. C'était l'émir Safadin avec les siens qui nous atta- 
quaient. Ils réussirent à combler le fossé, mais nos gens les repoussèrent. Pendant ce 
temps, ceux qui étaient allés à l'assaut attaquaient les murs de la ville : que Dieu leur 
en rende bon salaire ! 

■ 

V. 6866. Les mineurs du roi de France, qui lui avaient fait promesse, creusèrent tant sous 
terre qu'ils trouvèrent le fondement du mur; ils le soutinrent avec des étançons aux- 
quels ils mirent ensuite le feu, si bien qu'un grand pan de mur tomba; mais ce ne fut 
pas sans danger pour eux, car, avant de tomber, il s'inclina, si bien que tout le monde 
eut grand'peur. Quant on vit le mur céder, les ennemis arrivèrent en grand nombre. 
Vous auriez vu là grande presse de ces maudits païens avec leurs bannières et leurs 
enseignes; vous les auriez vus avancer et nous jeter le feu grégeois; vous auriez vu la 
ni, s. lutte autour des échelles qu'on appliquait aux murs. Là fut faite une grande prouesse, 
et c'est Auberi Clément qui la fit. U avait dit que ce jour-là il nK)urrait ou il entrerait 
dans Acre , et il n'en mentit pas : il devint martyr. U alla sur le mur combattre les Turcs, 
qui se pressaient pour le renverser, et il en vint tant sur lui qu'il mourut en se défen- 
dant; car ceux des nôtres qui le suivaient et qui étaient déjà sur l'échelle la char- 
gèrent tant qu'elle plia et qu'elle se brisa en morceaux : ils furent précipités dans le 
fossé, aux grandes huées des Turcs; beaucoup y moururent, et d'autres purent être 
retirés. Mais toute l'ost fut attristée à cause d'Auberi Clément, et pour le plaindre et 
le regretter on laissa ce jour-là l'assaut. 

V. 6909. 11 ne s'était pas écoulé beaucoup de temps depuis la mort d'Auberi Clément quand 
ni, XI. les mineurs pénétrèrent sous la tour Maudite dont je vous ai parlé, et l'étançonnèrent; 
elle était déjà fort ébranlée. Les assiégés, de leur côté, faisaient une contre-mine, 
cherchant à atteindre nos mineurs. Enfin ils se rencontrèrent. Ils se donnèrent mu- 
tuellement trêve. Or il y avait parmi ceux qui contre-minaient des chrétiens, qui étaient 
là aux fers : ils parlèrent avec les nôtres, et* firent tant qu'ils s'évadèrent. Quand les 



388 LWSTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

nombre, et les Sarrasina croissaient toujours; ils leur lançaient le feu ardent , et ks 
nôtres, voyant ce feu approcher, n'osèrent l'attendre et redescendirent, el, dans cette 
aventure, il en mourut je ne sais combien. Alors les Pisans, gens de grande prouesse, 
s'arjmèrent à leur tour et montèrent en haut du mur; maia les Sarrasins leur tûumit 
tête. La bataille entre les Pisans et cette chiennaille fut si forte et si acharnée qu'on 
n'a jamais vu si bien attaquer ni si bien défendre. EnGn les Pisans furent obligés de 
descendre aussi. Si l'on avait mieux connu l'affaire. Acre aurait été prise ce jour-là; 
mais la plupart des gens de l'ost étaient assis et prenaient leur repas : tout avait été 
fait soudainement; ainsi l'assaut en resta là. 

V. 5oât. Il y avait eu dans l'ost une assemblée à la suite de laquelle on établit entre le roi 
ni, XI. Gui et le marquis un accord qu'on avait beaucoup souhaité. Le roi de France tenait 
pour le marquis et le soutenait, et le roi Richard soutenait le roi du pays, qui avait été 
couronné à Jérusalem. Gomme ils ne s'aimaient pas et qu'ils se disputaient le royaomet 
on décida que le roi Gui resterait roi, mais qu'ils partageraient entre eux toutes les 
terres et les rentes. Le marquis aurait immédiatement Sur, Barut et Saette, a6n d'éta- 
blir une paix solide; et s'il arrivait que le roi Gui mourût le premier, le marquis aurait 
la couronne, et Jofroi de Lusignan aurait Jaffe et Eschalone. [Et s'il arrrivait que le 
roi Gui, le marquis et sa femme mourussent, alors le roi Richard ^^^J disposerait- du 
pays. Mais le marquis, tant qu'il vécut, porta envie aux deux frères. 

V. 5067. Les Sarrasins qui étaient enfermés dans la cité étaient des gens de grande et mer- 
III. iT. veilleuse fierté. Si ce n'eût pas été des mécréants, on peut dire qu'on n'en aurait ja- 
mais vu de meilleurs. Cependant ils prenaient grande peur en voyant cette merveille, 
que le monde entier se réunissait pour les détruire, en voyant leurs murs percés, crevéa 
et mis en pièces, en voyant leur nombre diminuer par les tués et les blessés. Ils étaient 
bien encore six mille dans la ville, parmi lesquels le Mestoc et Caracois; mais ils 
n'avaient plus d'espérance de secours; en outre, ils savaient que toute l'ost était exas- 
pérée pour la mort d'Auberi Clément, et que les chrétiens les haïssaient profondément 
pour leurs fils, leurs frères, leurs oncles, leurs pères, leurs neveux, leurs cousins ger- 
mains qu'ils nous avaient tués. Ils savaient, à n'en pas douter, que nos gens mourraient 
là pu qu,'ils les prendraient de force; il n'y avait pas d'auti*e alternative. Ils avaient fait 
construire un mur au travers de la ville, et ils songeaient, j'ose bien l'aflBrmer, à se 
défendre jusqu'à l'extrémité; mais Dieu les poussa à prendre un parti dont le résultat 
fut très honorable pour nous et pour eux nuisible et mortel, si bien que, grâce à cette 
résolution, Acre fut à nous sans coup férir. 

V. 5io5. Les Sarrasins qui étaient dans Acre tinrent conseil, et décidèrent qu'ils nous de- 
manderaient un sauf-conduit pour envoyer des messages à Salahadin, qui leur avait 

^*) Ce qui est entre crochets est restitué d'après le latin, mais sans une certitude absolue. 



390 ^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

rendre la croix en laquelle les chrétiens ont foi, et la vilie, et deux mille captifs de haut 
rang, avec cinq cents de moindre condition, qu'ils gardaient depuis longtemps; Sala- 
hadin ferait chercher par toute sa terre leurs armes et leurs effets. Quand les Turcs sor* 
tiraient d'Acre, aucun d'eux ne pourrait emporter avec lui rien autre que sa chemise, 
n y avait encore une autre condition : ils donneraient deux cent mille besants aux deux 
rois qui étaient là , et ils livreraient en otage les Turcs les plus nobles et les plus esti- 
més, que l'on choisirait dans Acre d'après leur apparence et le conuBun bruit. Nos 
gens tinrent conseil, examinèrent ces propositions, et le conseil trouva la paix accep- 
table et l'accorda. 

V. 5îii5. Le jour où Acre fut rendue, si je suis bien informé, il y avait quatre ans, on le 
m, XIX. sut avec certitude, que les Sarrasins l'avaient conquise, et je me rappelle nettement 
qu'elle fut rendue le lendemain de la fête de saint Benoît, malgré la race maudite, 
que Dieu puisse maudire de sa bouche, je ne saurais m'empécher de le souhaiter. Il 
fallait voir alors les églises qui étaient restées dans la ville, comme ils avaient mutilé 
et effacé les peintures, renversé les autels, battu les croix et les crucifix par mépris 
de notre foi, pour satisfaire leur mécréance, et fait à la place leurs mahomeries! Mais 
tout cela ils le payèrent ensuite. 

V. 5a&5. A cette époque, si je ne me trompe, comme Acre venait d'être livrée et que les 
III, XXI. Turcs devaient nous rendre la croix, la nouvelle se répandit par toute l'ost que le roi 
de France, dont le peuple espérait tant, voulait retourner en France et faisait ses pré- 
paratifs. Eh! Dieu clément, quel retour! Ce fut une bien mauvaise pensée, à celui qui 
devait diriger tant de gens, de vouloir s'en revenir. Il s'en retournait à cause de sa 
maladie : quoi qu'on en dit d'ailleurs, c'est ce qu'il disait; mais il n'y a aucune autorité 
d'après laquelle la maladie soit une dispense suffisante de faire le service du Roi souve- 
rain qui dirige tous les rois. Je ne dis pas qu'il n'y ait été, et qu'il n'ait dépensé or et 
argent, fer et bois, étainet plomb, et secouru bien des hommes, comme le plus haut roi 
chrétien qu'on sache en terre. Mais c'est pour cela qu'il aurait dû rester et faire, sans dé- 
faillance, tout son possible dans cette pauvi^e terre sans secours, qui a été si éprouvée. 

Y. 597a La nouvelle se répandit par l'ost, toute sûre et toute claire, que le roi s'en retour- 
nait, et il s'y préparait chaque jour. Voilà les barons de France pleins de trouble et 
de colère, en voyant le chef dont ils étaient membres si décidé que leurs pleurs et 
leurs plaintes ne pouvaient le faire consentir à rester. Et quand, malgré tous leurs 
efforts, ils virent qu'ils n y pouvaient rien, je vous assure qu'ils le blâmaient; et peu 
s'en fallait, tant ils étaient mécontents de sa direction, qu'ils ne reniassent leur roi 
et leur seigneur. 

V. SiSg. Le roi de France était sur son départ , et ne voulait se laisser persuader par personne 
d'attendre davantage pour s'en retourner en France. Et, h son exemple, s'en retour- 
nèrent beaucoup de barons et d'autres gens. Il laissa comme échange à sa place le 



^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 391 

duc de Bourgogne, avec les gens de son pays. Il fit demander au roi Richard de lui 
prêter deux galères : les gens de Richard allèrent au port et lui en firent avoir deux 
helles, vîtes et bien garnies; le roi d'Angleterre les abandonna libéralement, et il en 
eut mauvaise récompense. 

Le roi Richard, qui restait en Syrie pour secourir Dieu, se méfiait du roi de France, V. 53o.5. 
car la méfiance avait régné entre leurs pères, qui s'étaient souvent fait du mal. 11 lui m, mi. 
demanda de lui donner sûreté et de lui jurer sur des reliques qu'il n'attaquerait pas 
sa terre et ne lui nuirait pas tant qu'il serait dans son pèlerinage, et que , une fois qu'il 
serait revenu, le roi de France ne lui ferait ni tort ni guerre sans l'avoir fait prévenir 
par message quarante jours d'avance. Le roi en fit le serment, et donna comme cau- 
tions de hauts hommes dont on se souvient encore, le duc de Bourgogne, le comte 
Henri et d'autres gens, cinq ou davantage; mais je ne sais pas nommer les autres. 

Le roi de France prit congé, et je peux bien vous dire une chose, c'est qu'è son dé- v. 5399. 
part il reçut plus de malédictions que de bénédictions. Lui et le marquis s'en allèrent iii^uiu. 
par mer à Sur, emmenant avec eux leur part des prisonniers sarrasins qui avaient été 
partagés, entre autres Garacois : le roi espérait bien en tirer cent mille besants, dont il 
pensait pouvoir entretenir ses gens jusqu'à Pâques. Mais les otages furent victimes de 
l'abandon des leurs, et la plupart livrés à une mort douloureuse, si bien qu'on n'en 
eut pas une maille ni rien qui la vaille. Les Français n'eurent que la moitié du butin 
qu'on avait trouvé à Acre ; ils se plaignirent souvent de n'avoir pas eu d'autre payement, et 
il y eut là de grandes querelles. Plus tard , le roi d'Angleterre, que le duc de Bourgogne 
en avait requis, prêta au duc, sur leurs otages, cinq mille marcs de son argent pour la 
solde de leurs hommes, leur faisant ainsi grand avantage; mais cela fut longtemps après. 

Le roi Richard vit bien que toute la peine et toute la dépense le regardaient, puisque V. 5358. 
le roi de France était parti sans vouloir rester. Il fit alors tirer de son trésor grande iv, 1. 
foison d'or et d'argent, qu'il donna généreusement aux Français pour les réconforter, 
parce qu'ils étaient pleins de découragement, et à d'autres gens de plusieurs nations, 
qui purent ainsi retirer ce qu'ils avaient dû mettre en gage. 

Le roi de France partit, et le roi Richard, qui n'oubliait pas Dieu, prit ses dispo- V. 5369. 
sitions. Il fit convoquer, par ban, toute l'ost; mais il resta encore là une quinzaine, 
puis une huitaine après le terme fixé, car Salahadin ne voulut pas nous tenir l'engage- 
ment qu'il avait pris, ou cela ne plut pas à Dieu, quoi qu'on en dise. C'est ce qui fit 
attendre l'ost si longtemps. Pendant ce temps, le roi fit charger ses mangonneaux et ses 
pierrières, de façon à être prêt à partir, car déjà l'été se passait, et c'e&t pour cela qu'il 
préparait tout. Il fit refaire les murs d'Acre, autant et plus qu'il en avait fait abattre; 
lui-même, pour se divertir, il allait voiries ouvriers qui y travaillaient, car il pensait 
toujours à recouvrer le patrimoine de Dieu, et il lui déplaisait de tant se reposer, et 
il l'aurait bien recouvré san$ les machinations de l'envie. 

«9 



392 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

V. 5393. * Le terflie amva des engagements et des iseimenis qne les Sarrasîm avnmt fatta «m 
IV, n. Francs. Les chrétiens ne savaient pas xpte les antres les faisaient itteodre pour imi, 
demandant toujours des termes étoiles répits nouveaux pour «hercker la MMtO'CmB. 
Nos gens en demandaient sans cesse des nouvelles, et quand elle rendrait; mais Diea 
ne voulait pas garantir ni protéger ceux en échange desquels on devait la* rendre. L*im 
disait t «Elle est venue !m L-autre disait : «Un teU qui a été dans l'ost des SarratÛM, 
« Ta vue. n Mais on reconnut enfin que ce n'étaient que mensonges. Saldiadin imaaa 
périr les otages sans les secourir; car il pensait faire, au moyen de la croix, une paii 
plus importante. 

v. 56 1 3. Pendant tous ces répits, les chrétiens envoyèrent des messages A Sur au marqois, 
IV, III. lui demandant de venir rendre les otages et recevoir la part qui revenait au roi ée 
France , c'est-à-dire la moitié de ce qui était promis. L'évéque de Saligfcury, le comte 
Robert, et l'un des frères de Préaux, bons chevaliers, le preux et lopl Pierre, furent 
les trois qui portèrent le message. L'enragé marquis leur répondit qu'il n'en ferait 
rien, car il n'osait pas aller dans l'ost à cause du roi Richard d'Angleterre, qu^ crai- 
gnait plus qu'homme du monde; et, par-dessus tout, s'il consentait à rendre les Tares 
qu'il gardait, il voulait que la croix fût partagée et qu'il en eût sa part; et alors il 
les rendrait sans plus attendre. Les messagers entendirent les paroles entêtées de Tabo- 
minable marquis; sachez qu'ils l'en estimèrent moins. Ils firent tout ce qu'ils purent 
pour l'adoucir, et lui dirent qu'un d'eux resterait en otage, et qu'ainsi il pourrait 
venir en toute sûreté devant le roi; mais il jura par son serment qu'il n'y porterait pas 
les pieds, ils s'en revinrent à Acre sans prendre congé, et racontèrent tout au roi, 
sans rien omettre. Le roi en eut honte et dépit. 11 manda le duc de Bourgogne, Droon 
d'Amiens, qui était si preux et estimé, et Robert de Quinci; et quand ils furent venus, 
le roi leur exposa la déraison et l'arrogance du marquis et le prétexte qu'il donnail 
pour ne pas venir et pour garder les otages : il voulait avoir sa part du royaume sans 
porter écu ni heaume, et il avait si bien coupé les vivres qu'il n'en passait pas une 
denrée par Sur qui ne fût arrêtée et prise. «C'est une folie, dit le roi; sire duc, il y 
te faut aller. Si nous entrons dans la voie de la folie, nous ne ferons rien de bon. » Alors 
le duc de Bourgogne partit avec Droon d'Amiens et le preux, le sage Robert de Quinci. 
Ils allèrent trouver le marquis à Sur, et le sommèrent de par Dieu et de 'par le roi 
d'Angleterre de venir reconquérir et regagner la Syrie, puisqu'il en réclamait sa part 
Ils lui parlèrent en hommes sages , et il répondit follement qu'il ne mettrait pas les 
pieds dans l'ost, et qu'il garderait sa cité, qui ne craignait homme vivant. Ils dispu- 
tèrent longtemps, mais à la fin les trois messagers, ces hauts hommes, firent tant qu'ils 
emmenèrent les otages dans l'ost d'Acre, où étaient les autres. 

V. bhB^, Ainsi arrivèrent les otages qui avalent été retenus à Sur. Cependant depuis quinte 
IV. II. jours, et même plus, était passé le terme des engagements que les Sarrasins avaient 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 393 

promis de tenir k la chrétienté. Le Soudan y avait failii; il se conduisit comme un 
homme déloyal et méprisable en ne rachetant ni ne délivrant les siens , qu'il livra à la 
mort; il perdit dors sa renommée, qui avait été si haute, car il n'y avait pas eu une 
cour au monde où on ne la célébrât; mais Dieu dépose son ennemi, après l'avoir toléré 
un temps, tandis qu'il maintient et élève son ami et dirige ses affaires. Pour Salaha- 
din. Dieu ne devait plus l'élever ni le soutenir, car tout ce qu'il avait fait, toutes ses 
conquêtes sur les chrétiens ne lui avaient réussi que parce que Dieu se servait de lui 
et voulait, par son moyen, recouvrer et ramener dans la bonne voie son peuple, qui 
était dévoyé. 

Quand le roi Richard sut véritablement et comprit sans doute possible que Salahadin V. 55 1 3. 
ne faisait que l'amuser, il sentit un grand déplaisir de n'avoir pas déjà mis l'ost en 
mouvement. Quand il connut bien la chose, et vit que Salahadin ne lui tiendrait rien, 
et n'aurait pas égard au salut de ceux qui lui avaient défendu Acre, il assembla en 
conseil les hauts hommes, qui délibérèrent, et l'on décida qu'on tuerait la plupart des 
Sarrasins, et qu'on garderait ceux qui étaient de haute naissance pour racheter de nos 
otages. Le roi Richard, qui avait tué tant de Turcs dans le pays, ne voulut pas s'en 
rompre davantage la tête: pour abattre l'orgueil des Turcs, pour abaisser leur loi et 
pour venger la chrétienté, il en fit mener hors de la ville, chargés de liens, deux mille 
sept cents, qui furent tous mis à mort. Ainsi furent vengés leurs coups et leurs traits • 
d'arbalète; grâces en soient rendues au Créateur! 

Voilà l'ost convoquée par les crieurs à l'heure oii le soleil se couche. [Il fut crié V. 5563. 
partout qu'ils se mettraient en marche^^^], qu'ils chevaucheraient au moment voulu iv, t. 
et qu'en invoquant le nom de Dieu ils passeraient le fleuve d'Acre pour aller droit à 
Escalone et conquérir le rivage de la mer. Ils chargèrent des approvisionnements, du 
biscuit, de la farine, des vins et des viandes; on avait ordonné que chacun portât des 
vivres pour dix jours; les mariniers devaient venir avec leurs bateaux chargés et suivre 
l'ost le long de la côte, et les énèques aussi devaient suivre promptement, armées, 
appareillées, chargées d'hommes et de vivres. Le plan était d'avancer ainsi en deux 
corps séparés, l'un marchant par mer, Tautre par terre; car on ne pourra jamais re- 
conquérir autrement la Syrie maintenant que les Turcs s'en sont emparés. 

L'ost était restée devant Acre deux hivers et tout un été, presque jusqu'à la mi- V. 5567. 
aoAt, à grande peine et à grande dépense, quand le roi fit l'exécution de ces Turcs, qui iv, n. 
avaient bien mérité la mort par tout le mal qu'ils avaient fait à Dieu et à ses pèlerins, 
dont il était résulté tant d'orphelins, tant de filles sans appui, tant de veuves, tant 
d'héritages perdus, tant de hauts lignages abaissés, tant d'évéchés et tant d'églises 
privés de leurs pasteurs. Ce qu'il mourut là de princes et de comtes, un bon clerc en a 

(>' Reslitaë d'après le latin. 



39& LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

écrit le compte, de tous ceux qui moururent dans Tost et qui avaient quelque renom, 
sans parler des moyens et des petits ; car s'il avait voulu les y mettre tous , il n'en serait 
jamais venu à bout, il lui aurait fallu trop de peine et trop d'écriture. Dans le compte 
qu'il écrivit de sa main, il trouva et dit qu'il mourut dans l'ost six archevêques, 
douze évéques et le patriarche, sans compter les prêtres et les dercs, dont personne ne 
pourrait dire le nombre. Il y mourut quarante comtes, que le derc nota exactement, 
et cinq cents hauts seigneurs terriens qui étaient allés là requérir Dieu. Que Dieu les 
absolve, et veuille bien les accueillir dans son royaume! Pour tous ceux qui moururent 
\k et pour tous ceux qui y allèrent, pour les gens de haut rang et pour les petites gens 
qui soutinrent l'ost de Dieu, pour tous ensemble, nous devons prier du fond du cœur 
que Dieu les accueille entre ses amis dans la gloire céleste, oii il sera merveilleux d^étre 
reçu, comme il le leur a promis pour leur bien et pour le nôtre : que chacun en dise 
un Pater noster. 

V. 56 1 3. Quand fut mise à mort la chiennaille qui s'était enfermée dans Acre et nous y avait 
IV. vn. donné tant de mal, le roi Richard Gt porter et dresser ses tentes hors des fossés, pour 
attendre l'ost prête à se mettre en mouvement. Tout autour de lui, dans des loges, 
il établit des sergents à pied, à cause des perfides Sarrasins, qui venaient en grande im- 
pétuosité et à chaque instant nous assaillaient avec des cris quand les nêtres s'y atten- 
daient le moins. Le roi, accoutumé à ces alertes, sautait le premier sur ses armes, 
piquait droit sur les ennemis et faisait de grandes prouesses. 

V. 5699. Il arriva un jour que les Turcs repoussèrent les nôtres et commencèrent la mêlée. 
iv,Tiii. Nos gens s'armèrenl, le roi et ceux qui étaient auprès de lui, et avec eux un comte de 
Hongrie et une grande bande de Hongrois. Ils sortirent contre les Turcs, et il y en eut 
qui firent merveille; mais ils poursuivirent trop longtemps et ils en eurent mauvaise 
aventure. Le comte de Hongrie, qui était un des grands seigneurs de l'ost, fut pris, 
et un chevalier de Poitou, nommé Huguelot, qui était maréchal du roi, fut emmené 
par les Turcs. Le. roi, voulant délivrer Huguelot, s'élança à corps perdu; mais il fut 
emporté trop loin; car les Turcs ont un avantage par lequel ils nous nuisent beaucoup : 
les chrétiens ont de lourdes armures, et les Sarrasins n'ont d'autres armes qu'un arc, 
une masse, une épée ou un javelot acéré et un léger couteau; et quand on les pour- 
suit, ils ont des chevaux qui n'ont pas de pareils au monde, qui semblent voler comme 
des hirondelles. On a beau poursuivre le Turc, on ne peut l'atteindre, et il ressemble 
à la mouche venimeuse el insupportable : poursuivez-le, il prendra la fuite; revenez, 
il vous poursuivra. Ainsi cette race odieuse mettait le roi en grande gêne. Il les char- 
geait, et ils s'enfuyaient; il revenait, et ils le poursuivaient. Souvent ils y avaient de 
la |)erte; mais d'autres fois ils avaient le dessus. 

V. 5669. Le roi Richard était donc dans sa tente, attendant l'ost; niais les gens étaient pa- 
IV. IX. ressoux à sortir de la ville, et le nombre de ceux qui avaient passé les fossés ne s'ac- 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 395 

croissait guère ; pourtant la ville d'Acre élait si pleine de gens qu'ils pouvaient à peine 
y tenir : tant dans la ville que dehors, il y avait bien trois cent mille hommes. On 
s'en allait à regret, car la ville était pleine de délices, de bons vins et de demoiselles, 
dont plusieurs étaient fort belles. On s'adonnait au vin et aux femmes, et on se livrait 
à toutes les folies. Il y avait dans la ville tant de désordre, tant de péché et tant de 
luxure , que les prudhommes avaient honte de ce que faisaient les autres. 

L'ost était convoquée, il fallut partir. Comme une chandelle abritée s'éteint si on V. 5687. 
l'expose à un fort vent, ainsi force fut bien que la folie répandue dans l'ost s'éteignit 
d'abord, car toutes les femmes restèrent dans la ville d'Acre, excepté les bonnes vieilles 
pèlerines, les ouvrières, les lavandières qui leur lavaient le linge et la tête, et qui pour 
ôter les puces valaient des singes. Voilà, un beau matin, l'ost armée et bien rangée. 
Pour qu'il n'y eût pas de surprise, le roi resta à l'arrière-garde. Ce premier jour, on 
fit une petite marche. Dès que les gens maudits eurent vu l'ost se mettre en route, 
vous les auriez vus descendre des montagnes par vingt ou trente; car ils étaient enragés 
du massacre qu'ils avaient vu faire de leurs parents, étendus morts sous leurs yeux; 
aussi suivaient-ils l'ost en la harcelant tant qu'ils pouvaient; mais, grâce à Dieu, ils 
ne nous firent pas de mal. Nos gens partirent et passèrent le fleuve d'Acre; là ils dres- 
sèrent leurs tentes et leurs pavillons, et attendirent que tous ceux qui devaient sortir 
d'Acre fussent arrivés : il était si diiBcile de les en tirer qu'on n'avait pas pu les faire- 
sortir tous ensemble. 

L'ost des chrétiens passa le fleuve un vendredi; le lendemain c'était une fête V. 5791. 
où personne ne fit œuvre de ses mains, la fête de l'apôtre saint Barthélemi. Le lundi iv, z. 
d'après, il y avait juste deux ans qu'avait commencé le siège d'Acre, enfin possédée par 
les chrétiens. Le dimanche, au nom de Dieu, l'ost se mit en marche de grand matin; 
les chefs montèrent et ordonnèrent les corps d'armée. Vous auriez vu là grande cheva- 
lerie, la plus belle jeunesse, la plus vaillante, la plus choisie qu'on ait vue avant ni 
après, tant de gens au courage assuré, tant de belles armures, tant de sergents preux 
et hardis et renommés pour leur prouesse, tant de lances reluisantes et belles, tant de 
pennons, tant de bannières richement ouvrées, tant de beaux heaumes, tant de beaux 
hauberts! En cinq royaumes on n'en trouverait pas de tels. C'était, à la voir en marche, 
une armée à inspirer la terreur. Le roi Richard , accompagné de gens qui ne connais- 
saient pas la peur, faisait l'avant-garde; au centre, à l'étendard , étaient les Normands, 
qui en eurent mainte fois la garde. Le duc et les Français, la fière nation, étaient à 
l'arrière-garde; mais ils avancèrent si lentement qu'il faillit en arriver malheur. 

L'ost marchait le long du rivage; les cruels Sarrasins étaient à gauche sur les v. 5759. 
dunes et voyaient très bien notre marche. Il s'était levé un brouillard très gênant pour 
l'est; la file s'était éclaircie et presque interrompue à l'endroit oii marchaient les 
charretiers qui portaient les vivres. Les Sarrasins descendirent, se jetèrent droit sur 



396 L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

les charretiers, tuèrent hommes et chevaux » prirent beaucoup de provisions, mirent 
en désordre ceui qui menaient le convoi et les poussèrent jusqu à la mer. Us les j pour- 
suivirent, et ]à ils coupèrent le poing à un sergent qui s'appelait Evrard, à ce qu'on 
m'a raconté, et était homme de l'évéque de Salisbury. Evrard ne se déconcerta pas : 
quand sa main droite fut coupée, il prit son épée de la main gauche, les attendit de 
pied ferme et se défendit contre eux tous. Voilà toute l'ost en émoi, tandis que le roi 
Richard n'en savait rien encore. L'arrière^garde était arrêtée, pleine de trouble et de 
désordre. Alors Jean, fils de Lucas, courut vers le roi lui dire les nouvelles; le roi vint 
en toute hâte avec les compagnons auxquels il se fiait; il revint de l'avant-garde où il 
était, et se jeta au milieu des Turcs près de la colline. Il tomba sur eux comme la 
foudre : je ne sais combien il en tua avant même qu'ils l'eussent reconnu; s'il avait su 
la chose un peu plus tôt, il leur aurait fait grand dommage. Il y eut là un Français, 
le preux Guillaume des Barres, qui renversa bien des Turcs par terre; il se conduisit 
si bien ce jour-là que le roi lui pardonna une rancune qu'il avait contre lui, et ne lui 
sut plus aucun mauvais gré. Ils repoussèrent les Turcs vers la montagne et en tuèrent 
je ne sais combien. Salahadin, avec de grandes forces, était tout près; mais quand il 
vit ses gens reculer, il s'arrêta et ne fit rien. L'ost, qui avait été mise en désordre, 
reprit ses rangs et sa marche, tant qu'ils trouvèrent un fleuve et des citernes dont 
on fit l'essai. Ils dressèrent là tentes et pavillons, dans un grand espace où Salahadin 
avait passé la nuit, et où l'on voyait bien qu'une merveilleuse armée s'était arrêtée. 

V. 58sd. En cette première journée de marche , telle fut l'étrenne de l'ost que les Turcs firent 
nr, tt. sur eux du butin ^^K Ce sont là les aventures de la guerre; Dieu le voulut pour leur salut, 
pour que l'ost avançât sans négligence, plus serrée et mieux en ordre qu'elle n'était 
quand elle fut attaquée. Depuis lors, on y fit grande attention, et on la dirigea avec 
plus de prudence. Mais les difficultés grandissaient; car Salahadin et la chiennaille 
infidèle s'en allaient déjà de l'autre côté de la montagne, aux défilés où ils savaient 
que nos gens devaient passer^. Ils avaient pris leurs mesures de telle sorte que l'ost 
devait être tuée ou prise, ou tout au moins mise en grande déroute. Nos gens partirent 
du fleuve; mais ils firent ce jour-là une petite marche. Ils allèrent camper sous Caîpfaas 
pour attendre les petites gens, qui n'étaient pas encore venus. 

V. 58^7. Sous Gaïphas, le long du rivage, campait l'ost vaillante et fière, divisée en deux 
parties, entre la tour et la mer. Ils restèrent là deux jours à s'occuper des équipe- 
ments et des approvisionnements. On jeta ce qui ne servait à rien, on garda ce qui 
semblait bon; car les gens de pied , les petites gens, s'étaient tellement chargés de pro- 
visions et d'armes, et étaient venus avec tant de peine, qu'il fallut en laisser beaucoup 
là , qui moururent de chaud et de soif. 



0) On peut lire, au vers SBsS, éM lor guaaignwrent. 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 397 

Quand i'ost de Dieu se fat reposée et eut pris ses arraiigements sous Galphas, ils V. 586 1 
en partirent un mardi et établirent leurs divisions. Le Temple faisait l'avant-garde , iv, m. 
l'Hôpital Tarrière-garde. A voir les divers corps d'armée » on prenait de l'ost une 
haute idée , et l'est était mieux conduite qu'elle n'avait été la première fois. A cause 
du repos qu'ils avaient eu, ils firent ce jour-lÀ une grande journée; mais sur le rivage 
ils trouvèrent de hautes herbes et de grandes épines qui gônaient les piétons et les 
frappaient en plein visage. Toute la terre -étak déserte. Vous auriez vu là de belles 
chasses données au gibier qu'on trouvait en masse sur le rivage, qui se levait entre 
leurs pieds et qu'on prenait en abondance. 

Le roi vint au château de Gapharnaum, qu^avaient abattu nos ^inemis. Il descendit, V. 5883. 
et dtna en attendant l'ost. Ceux qui voulurent dînèrent, et, après diner, continuèrent 
jusqu'au Casai des Défilés, qui m'est pas large mais petit; arrivés là, ils descendirent 
et dressèrent leurs tentes. Tous les soirs, quand l'ost campait, avant qu'elle fût cou- 
chée, il y 9vait un homme qui criait, et toute l'ost y prenait plaisir, car sa voix s'en- 
tendait partout; il criait : c( Saint sépulcre, aide^-nous!» et tous criaient après lui, et 
tous tendaient leurs mains ^u ciel et pleuraient , et lui il recommençait et criait trois 
fois; etttous en étaient fort récréés. 

Pendant le jour, l'ost était tranquille; mais quand la nuit était obscure, ils avaient Y. SgoS. 
fort affaire avec les vers piquants et les tarentules , qui les tourmentaient fort ; les pèlerins iv, un. 
qui en étaient piqués enflaient aussitôt. Les hauts hommes leur donnaient de la thé- 
riaque qu'ils avaient et qui les guérissait promptement ; cependant les tarentules les 
incommodaient fort. Enfin des gens sages donnèrent un 'bon avis : quand ces vemiines 
venaient et qu'on les voyait, on faisait dans l'ost un grand bruit, j'en prends Am- 
BRoisB à témoin ; on frappait les heaumes et les chapeaux de fer, les barils , les selles , 
les panneaux, les écus, les targes, les bassins, les chaudières et les poêles. On faisait 
un tel tapage et un tel fracas que les vermines s'enfuyaient en entendant ce bruit, et 
quand on en eut pris l'habitude, les vermines se retirèrent. 

Au Casai, oii l'ost s'était arrêtée, elle se mit en mesure et en défense contre les cruels V. 6931. 
ennemis qui depuis l'attaquèrent souvent. On avait là un large espace; il fallut y rester 
deux jours pour attendre les vivres ; enfin arrivèrent les vaisseaux , barques et galères , qui 
suivaient l'ost le long du rivage et apportaient les provisions. On était revenu au Casai; iv,ut. 
le roi, qui avait couché au Merie, avait tout arrangé pour la marche. Il avait décidé 
qu'il ferait ce jour-là l'avant-^arde, de sorte qu'on n'eût rien à craindre par devant , et 
que les Templiers feraient l'arrière-garde et seraient attentifs, car les Sarrasins étaient 
près de l'ost, et ils la harcelèrent tout le jour. Le roi d'Angleterre chargea ce jour-là, 
et y conquit grande renommée; sans la mollesse de quelques-uns, il eût fait de grandes 
choses. Le roi et les siens poursuivirent l'ennemi ; mais d'autres se montrèrent paresseux , 
et le soir en furent blâmés à bon droit, car, s'ils avaient suivi le roi, on eût vu un beau 



398 LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

fait d'armes. Toutefois il repoussa les Turcs, et l'ost marcha sur le sable, doucement et à 
petite allure, car il faisait une chaleur excessive, et l'étape, ce jour-là, n'était pas courte, 
mais grande et pénible. La chaleur les accablait tellement qu'il en mourait beaucoup , 
qu'on enterrait aussitôt; et ceux qui ne pouvaient avancer, dont il y avait souvent 
beaucoup, ceux qui étaient lassés, épuisés, découragés et malades, le roi, en chef 
compatissant, les faisait porter dans les galères et dans les barques jusqu'à l'étape. 
Cette journée fut pénible. Les fourriers allèrent jusqu'à la cité de Gésaire : les ennemis 
y avaient été; ils avaient fait grand mal dans la ville et l'avaient détruite; mais à l'ar- 
rivée des nôtres ils s'enfuirent; nos gens y descendirent et dressèrent leurs tentes au 
delà d'un fleuve qu'ils y trouvèrent. C'est un fleuve qu'on appelle encore aujourd'hui 
le fleuve des Crocodiles : deux pèlerins s'y baignèrent et les crocodiles les mangèrent. 

V. 5993. Césaire est une ville avec un'e grande enceinte, où Dieu a fait de nombreux miracles, 
car il séjourna beaucoup sur ce rivage avec ses chers compagnons. C'est là que le roi 
ordonna à ses énèques de le rejoindre. Il fit faire une proclamation à Acre pour faire 
venir les retardataires, leur enjoignant au nom de Dieu de se mettre dans les énèques 
et de venir dans l'ost, et il en vint beaucoup avant que l'ost fût partie. La belle flotte 
arriva un soir à Césaire; elle se joi<;nit aux barques qui, chaque jour, accompagnaient 
l'ost le long du rivage, et qui lui fournissaient des vivres en suflisance, malgré la chien- 
naille sarrasine. 

V. 6011. Un matin, à l'heure de tierce, comme Ambboisb l'a su exactement, l'ost fut armée 
et se mit en marche, très bien garnie et rangée. Il était décidé qu'elle ferait une petite 
journée, à cause des Sarrasins, qui se jetaient sur les nôtres dès qu'ils bougeaient. 
Ce jour-là, ils nous poursuivirent tout le temps; mais ils y perdirent un émir si re- 
nommé pour son grand courage et aussi pour sa grande force que personne, disait-on, 
n'aurait pu le renverser, et que personne n'osait ratta(|uer; car il avait une si grosse 
lance qu'il n'y en avait pas en France deux plus grosses. C'était Aîas Estoî. je l'entendis 
nommer de ce nom. Les Turcs en menèrent tel deuil qu^ils coupèrent la queue de leurs 
chevaux. Ils auraient bien voulu emporter son corps, si les chrétiens le leur avaient 
laissé. Les nôtres avancèrent tant qu'ils arrivèrent sur la rivière Morte, que les perfides 
Sarrasins avaient recouverte; mais les nôtres la découvrirent, en burent, et campèrent 
là deux nuits. 

V. 0o38. Après deux jours de repos « l'ost quitta la rivière: elle marchait doucement « sans se 
11. xt. presser, dans un pays pauvre et ravagé. Ce jour-là on alla par la montagne, car le 
rivage était si sauvage et si obstrué qu'on n'aurait pu y passer. L'ost était plus serrée 
qu'elle ne le fut en aucune autre occasion. L'arrière-garde était confiée aux Templiers, 
qui, au soir, se frappèrent la poitrine, car ils perdirent tant de chevaux qu'ils en étaient 
tQut découragés. Le comte de Sainl-Pol, aussi, perdit là beaucoup de chevaux, car il 
eut beaucoup à souffrir des Turcs qui le harcelaient. 11 montra tant de courage et se 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 399 

mit tellement en avant que toute Tost lui donna de grandes louanges. Ce jour-là le • 
roi d'Angleterre, qui allait voir les Turcs de près, fut navré au côté d'un javelot par un 
Turc qu'il avait attaqué; mais la blessure n'était pas grave et ne l'empêcha pas de leur 
courir sus. On pouvait voir là voler les dards, tuant ou blessant les chevaux : il y en 
avait une telle pluie qu'on n'aurait pas trouvé tout autour de la place occupée par 
l'ost quatrp pieds de terre vide, et ce tourment qu'endurait l'ost dura toute la journée 
jusqu'au soir, oii les Turcs se retirèrent dans leurs cam|)ements. Nos gens campèrent 
près de la Rivière Salée et s'y logèrent. Vous auriez vu là un grand concours autour des 
chevaux les plus gras qui avaient été tués le jour : les sergents en achetaient la viande; 
ils la payaient très cher, et encore on se battait pour en avoir. Quand le roi l'apprit, 
il fit crier un ban, annonçant que celui qui donnerait son cheval mort aux sergents, 
il lui en rendrait un vivant en échange. Alors ils les eurent en abondance : ils les 
prirent, les écorchèrent et en mangèrent de bons morceaux au lard. 

lis se reposèrent là deux jours, et au troisième, à {'heure de tierce, ils se mirent en ^* ^^9^- 
marche, rangés en bataille. On leur avait dit que les mécréants, la noire chiennaille, iv, xn. 
étaient dans la forêt d'Arsur, et qu'ils voulaient ce jour-là l'allumer et faire un si grand 
feu que l'ost en serait rôtie; mais elle suivit son chemin à travers la forêt, et je ne 
crois pas qu'on voie ou qu'on ait jamais vu une plus belle marche que celle-là. Ils ne 
rencontrèrent rien qui les arrêtât, et avancèrent sans encombre. Ils passèrent la mon- 
tagne d'Arsur et toute la forêt, et vinrent dans la plaine ouverte. Ils campèrent sur la 
rivière de Rochetaillée en dépit des circoncis, qui étaient venus là en si grand nombre, 
au dire de tel qui les avait bien vus, examinés et comptés à son estimation, qu'ils pou- 
vaient être trois cent mille, ou il s'en fallait de peu. Et nos chrétiens, à ce qu'on esti- 
mait, n'étaient pas plus de cent mille. L'ost de Dieu coucha sur la rivière de Roche- 
taillée; elle y campa un jeudi et se reposa le vendredi. 

Le samedi bu matin, chacun s'apprêta de son mieux pour défendre sa vie, car on V. 6196. 
leur avait donné à entendre qu'ils ne pourraient pas avancer sans livrer bataille aux iv, xth. 
ennemis, qui s'approchaient de tous côtés et rangeaient leurs corps d'armée. C'est pour- 
quoi l'ost chrétienne prit ses dispositions contre les païens, si bien que dans l'arrange- 
ment des corps d'armée il n'y eut rien à reprendre. Richard, le preux roi d'Angleterre, 
qui connaissait mieux que personne toutes les choses de la guerre, ordonna à sa guise 
qui devait aller devant et derrière. On fit douze corps d'armée bien distribués, composés 
des meilleures gens qu'on eût pu trouver sous le ciel, tous résolus dans leur cœur à bien 
servir Dieu. Le Temple faisait l'avant-garde; et l'Hôpital l'arrière-garde ; après le Temple 
venaient les Bretons et les Angevins réunis; ensuite, comme je m'en suis assuré, venaient 
les Poitevins et le roi Gui; puis chevauchaient les Normands et les Anglais, portant 
le dragon, et THôpital, chargé de l'arrière-garde, marchait en dernier. L'arrière- 
garde était, ce jour-là, garnie de hauts barons; ils étaient rangés en bon ordre, bien 

3o 



lariiaciiiB lATiORâie. 



\ 



&00 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

* distribués, et s'avançaient si serrés qu'une pomme qu'on aurait jetée n'aurait |>u tom- 
ber que sur un homme ou un chevaL Cette arrière-garde allait de l'ost des Sarrasins 
jusque tout près de la mer. Vous auriez vu là bien des bannières et bien des gens de 
bonne mine. Là étaient le c^mte de Leicestre, qui n'aurait {)ds voulu être ailleurs, et 
Huon de Gournai avec ses gens bien renommés; Guillaume de Borriz, qui était du 
pays; Gauquelin de Ferrières, avec des gens de toutes sortes: Roger de Toéni, avec 
beaucoup de chevaliers; le preux Jacques d'Avesnes, que Dieu reçut ce jour-là dans 
son royaume; le comte Robert de Dreux, avec ses gens en grand nombre; l'évéque de 
Beauvais, qui s'était joint à son frère; le seigneur des Barres, le seigneur do Gariande 
y étaient en grande compagnie; Guillaume et Droon de Mello n'en avaient pas moins. 
Les lignages marchaient ensemble et se retrouvaient, et ainsi l'ost était si bien unie 
qu'on aurait eu peine à la disjoindre. Le comte Henri de Champagne gardait l'ost 
du côté de la montagne; il faisait fonctions de garde-côte, et chevauchait tout le tem|i8 
le long des rangs. Les sergents à |)ied étaient derrière l'ost et fermaient la marche; 
les munitions, les provisions, les charrettes, les sommiers, les harnais, tout cela était 
en bas sur le rivage, de façon à être moins exposé. 
V. Gaoï. .Ainsi l'on marchait avec confiance, l'armée et les approvisionnements, doucement et 
IV, xuu. à petite allure. Le duc de Bourgogne, avec le roi et des gens hardis et preux, che- 
vauchait par devant, par derrière, à droite et à gauche, pour diriger l'ost et voir les 
Turcs et leurs positions. Ils eurent beaucoup de peine; car, une heure avant tierce, arri- 
vèrent plus de deux mille Turcs tirant de l'arc, qui enveloppèrent l'ost. Après eux vint 
un peuple noir, ceux qu'on appelle les Noirets , et les Sarrasins de la berruie ^^\ hideux 
et plus noirs que de la suie, gens extrêmement agiles cl prompts, allant à pied, portant 
des arcs et de légers boucliers. Ils tourmentafent l'ost sans lui laisser un moment de 
repos. Vous auriez vu dans la campagne des Turcs en si grand nombre, tant de pen^ 
nous, tant d'enseignes, tant do bannières, tant de bataillons si bien rangés! Plus de 
trente mille Turcs vinrent ainsi en bel équipement se jeter à toute bride sur l'ost, 
montés sur des chevaux prompts comme la foudre et soulevant des touii)illons de pous- 
sière; devant les émirs s'avançaient ceux qui tenaient les trompettes; d'autres |K)rtaient 
des timbres et des tabours, et n'avaient d'autre fonction que de frapper sur leurs ta- 
bours et de pousser des cris et des huées : on n'aurait pas entendu Dieu tonner, tant 
il y avait de tabours qui retentissaient. Cette chiennaille attaqua l'ost et- la pressa 
vivement. A deux lieues tout alentour, vous n'auriez pas trouvé plein mon giron de 
terre vide ni de place où il y eût autre chose que cette race maudite. Du côté de la 
mer et du côté de la terre ils les attaquaient de si près, avec tant de force et d'em- 
portement, qu'ils leur faisaient grand dommage, d'abord en tuant leurs chevaux, dont 

('} Ce mot lopiqae a dâ éire conservé; voir tu Glostaife. 



402 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

la fleur de la chevalerie, le bon grain de la jeunesse militaire, tout ce qui savait le 
mieux la guerre s'était levé dans toute la chrétienté pour combattre les païens : c'était 
l'élite des preux, et celui qui l'aurait vaincue aurait bien pu dire que, dans le monde, 
rien ne pouvait lui résister. 
V. 6359. La chaleur et la poussière étaient grandes; le peuple du diable était lier, mais 
IV. m. l'ost de Dieu était pleine de valeur et se défendait bien. Les Turcs étaient là amon- 
celés, plus serrés qu'une haie; les chrétiens avançaient dans leur route, et les autres les 
poussaient dans le dos; mais ils ne purent leur faire grand mal. Les Turcs, les gens 
du diable, enrageaient. Ils nous nommaient «les gens de fer?), parce que nous avions des 
armures qui garantissaient nos gens, en sorte qu'ils craignaient moins leurs attaques. 
Les Turcs mettaient leurs arcs sur lourdes et nous attaquaient avec leurs masses. Il y en 
avait plus de vingt mille qui forgeaient ainsi sur les Hospitaliers, quand l'un de ceux-ci 
s'écria : «Saint Georges, nous laisserez-vous détruire ainsi? La chrétienté devrait périr 
« de honte quand il n'y a personne qui ose attaquer cette chiennaille ! " C'était le maître 
de l'Hôpital, frère Garnier de iVapes; il vint au roi au galop de son cheval et lui dit : 
«Sire, on nous fait trop de tort et de honte; nous perdons tous nos chevaux, w Le roi 
lui dit : «Patience, maître. On ne peut pas être partout.» II revint aux siens, et les 
Turcs nous poussaient toujours par derrière, si bien que les princes et les comtes en 
étaient tout honteux et disaient : «Allons, chargeons! On nous prendra pour des 
«lâches. Jamais on n'a vu une telle honte; jamais, par les mécréants, notre armée n'a 
« encouru un tel blâme, et si nous tardons h nous défendre, nous pourrons bien attendre 
« trop. 7) Dieu! quelle perte, quel malheur et quel deuil ce fut alors ! Tant de Sarrasins 
y auraient péri, si nos péchés n'avaient fait manquer la charge qu'on avait projetée! 
On arrangeait cette charge, à laquelle tout le monde s'accordait; ils avaient déjà pris 
toutes leurs mesures, qui auraient été bonnes si on les avait bien gardées. Il était con- 
venu qu'avant la charge on placerait en trois endroits six trompettes qui sonneraient 
au moment où Ton devrait se retourner vers les Turcs, deux devant l'ost, deux der- 
rière et deux au milieu. Si on l'avait fait ainsi, les Turcs n'auraient pas échappé. Mais 
tout fut perdu par la faute de deux hommes qui ne purent se retenir de charger. Ils se 
lancèrent en avant et tuèrent chacun un Turc : l'un des deux était un chevalier, le 
maréchal de l'Hôpital ; Vautre était Baudouin le Garon, qui était hardi comme un lion, 
compagnon du roi d'Angleterre qui l'avait amené. Ces deux-là commencèrent l'attaque 
au nom du Tout-Puissant en criant à haute voix : «Saint Georges ! r> Les gens de Dieu 
retournèrent leurs chevaux contre l'ennemi. L'Hôpital, qui avait beaucoup souffert, 
chargea en bon ordre; le comte de Champagne, avec ses braves compagnons, Jacques 
d'Avesnes, avec son lignage, chargèrent aussi. Le comte Robert de Dreux et l'évêque 
de Beauvais chargèrent ensemble. Du côté delà mer, à gauche, chargea le comte de 
Leicestre avec toute Tarrière-garde, où il n'y avait pas de couards. Ensuite chargèrent 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 403 

les Angevins, les Poitevins, les Bretons, les Manceaux et tous les autres corps d'armée. 
Et pour vous dire la vérité, les braves gens qui firent cette charge attaquèrent les Turcs 
avec une telle vigueur que chacun atteignit le sien, lui mit sa lance dans le corps et 
lui fit vider la selle. Les Turcs furent étonnés; car les nôtres tombèrent sur eux comme 
la foudre, en faisant voler une grande poussière, et tous ceux qui étaient descendus à 
pied et qui, avec leurs arcs, nous avaient fait tant de mal, ceux-là eurent les têtes 
coupées. Dès que les chevaliers les avaient renversés, les sergents les tuaient. Quand 
le roi vit que l'ost avait rompu ses rangs et attaqué les ennemis, sans plus attendre il 
donna de l'éperon à son cheval et le lança à toute vitesse pour secourir les premiers 
combattants. Plus rapide qu'un carreau d'arbalète, entouré de ses vaillants compagnons, 
il alla attaquer sur la droite un corps ennemi si rudement qu'ils furent tout déconcertés 
et que nos chevaliers leur firent vider les selles : vous les auriez vus étendus à terre, 
pressés comme des épis en javelle; le vaillant roi d'Angleterre les poursuivit. Il fit, en ce 
jour, de telles prouesses qu'autour de lui, des deux côtés, devant et derrière, il y avait 
un grand chemin rempli de Sarrasins morts, et que les autres s'écartaient, et la file 
des morts durait près d'une demi-lieue. Les Sarrasins tombaient de cheval l'un après 
l'autre, et la poussière volait si épaisse qu'elle nous nuisait beaucoup, car quand nos 
gens sortaient de la grande presse, k cause de cette poussière, ils ne se reconnaissaient 
pas, ce qui doublait leur peine. Cependant ils frappaient à droite et à gauche. Les 
Turcs n'étaient pas à leur aise. On voyait là donner de beaux coups, des gens sanglants 
quitter le champ de bataille, des bannières et des pennons tomber. Vous auriez pu 
•ramasser là tant de bonnes épées tranchantes, de javelots acérés, d'arcs, de carquois, 
de masses d'armes, de carreaux, de dards, de flèches! On en aurait chargé plus de 
vingt charrettes. On voyait les corps des Turcs, avec leur tête barbue, couchés serrés 
comme des gerbes. Ceux qui étaient restés se défendaient bien; d'autres, qui avaient 
été renversés et avaient perdu leurs chevaux, se cachaient dans les buissons ou mon- 
taient sur les arbres. On allait les en tirer, et on les entendait crier quand on les tuait. 
Il y on eut qui laissèrent là leurs chevaux, s'enfuirent vers la mer et sautèrent en bas 
des falaises de plus de dix toises de haut. Ils furent là bien repoussés : à plus de 
deux lieues vous n'auriez vu que des fugitifs, de ceux qui, auparavant, étaient si fiers; 
car toute l'armée s'était retournée contre eux. Ceux qui gardaient l'étendard — c'étaient 
des Normands, gens sûrs entre tous — ne se retournèrent vers l'ennemi que très len- 
tement, en sorte qu'il aurait, fallu que tout allât bien mal avant qu'on eût pu leur 
causer un sérieux dommage. 

Les guerriers de Dieu, après avoir chargé, s'arrêtèrent, et dès qu'ils se furent V. G.n.'^. 
arrêtés, les Sarrasins reprirent courage. Il en arriva plus de vingt mille, la masse 
au poing, pour secourir ceux qui avaient été renversés. Les nôtres, qui revenaient 
vers l'ost, furent là maltraités : les Sarrasins leur lançaient des flèches et les frappaient 



^lO'i L'HISTOIRE DK LA GDEURË SAINTE. 

(io leurs masses d'armes, cassant les téies et les bras, et les inclinant sur les arçons. 
\os chevaliers revenaient à eux quand ils avaient repris haleine, et, recommençant 
h charger, se jetaient dans les rangs ennemis et les rompaient eonmie des réseaux. 
Vous auriez vu là tournor les selles des Turcs, et eux-mêmes s'enfuir et s'éloigner. 
Mais les noires étaient tellement pressés qu'ils ne pouvaient plus avancer, et si l'on 
ne s'était pas arrélé, il y aurait eu un désastre. Là était l'émir Déquedin, un des pa- 
rents de Salahadin, qui avait peintes sur sa bannière d'étranges insignes : sa ban- 
nière portait des braies; telles étaient ses insignes. C'était le Turc qui haïssait le plus 
la chrétienté; il avait en sa compagnie plus de sept cents Turcs d'élite, de la garde 
particulière de Salahadin, gens diQiciles à vaincre. Chaque escadron avait une ban- 
nière jaune avec un pennon de couleur différente. Ils avançaient d'un tel élan et avec 
une telle ardeur, et en faisant un tel bruit pour charger les chrétiens (|ui revenaient 
vers l'étendard, qu'il n'y avait si preux ni si habile qui n'eût fort à faire. Nos gens sou- 
tinrent l'effort, et il y eut là de beaux combats; mais on se sépara, et les nôtres revin- 
rent droit à l'ost : les Sarrasins les serraient de si près qu'il y en eut peu qui osèrent 
retourner sur eux ^^^ et que tous sentaient leur corps trembler des coups qu'ils recevaient 
sur les heaumes. Le preux Guillaume des Barres fit là une charge que* tous louèrent. 
Il s'élança avec les siens entre les nôtres et les ennemis qui les pressaient, et il les 
frappa si rudement qu'il renversa je ne sais combien de Turcs, qui ne nous tirent 
plus jamais la guerre. Du côté de la montagne, Richard, le roi d'Angleterre, avec ses 
hardis compagnons, monté sur son Fauvel de Cypre, le meilleur cheval qu'on pût 
voir, chargea de son côté l'ennemi, et fit tant de prouesses que c'était merveille de voir 
comment lui et les siens attaquaient les Turcs. Ils les repoussèrent et les retinrent si 
bien que nos gens rejoignirent l'étendard et se remirent en ordre. Ils reprirent leur 
chemin et chevauchèrent jusqu'à Arsur, oii ils descendiœnt et dressèrent leurs tentes, car 
il était bien l'heure de se reposer. Ceux qui, le soir, voulurent faire du butin vinrent 
sur le champ de bataille et en 6rent tant qu'ils voulurent; ceux qui y allèrent racon- 
tèrent que dans cette bataille il mourut trente-deux puissants barons ou émirs, dont 
ils vinrent plus tard reprendre les corps, et sept cents Turcs, sans compter ceux qui 
étaient blessés et qui tombaient morts dans la campagne. Et nous ne perdîmes pas 
la dixième partie de ce nombre, ni même le dixième du dixième. 
\. r)63i. Dieu! quel grand malheur et quelle perte nous eûmes ce jour-là, quand les Sarra- 
IV, IX. sins revinrent sur nous! Dans ce mouvement, ils séparèi:ent des nôtres et enfermèrent 
un vaillant homme : ce fut le preux Jacques d'Avesnes; Dieu puisse-t-il en faire un 
saint dans son royaume ! Ce malheur nous arriva par son cheval, qui tomba: mais il 
se défendit si bien que, après la bataille, ceux qu'on envoya chercher son corps étendu 

t>) Lb traduction de ce passage obscur est donnée d^apràs le ia tin. 



L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. i05 

au milieu de cette chiennaiiie, nous dirent qu'ils avaient bien trouvé autour de ce corps 
quinze Turcs mis en pièces, dont il s'était vengé. Il y mourut avec trois de ses parents, 
et ils ne furent pas secourus par d'autres, dont on paria beaucoup, un des barons 
français, disait-on, le comte de Dreux et les siens : tant de gens en dirent alors du 
mal que l'histoire ne peut le démentir. 

L'ost était campée devant Arsur, ayant fait grand mal aux païens, et elle les aurait V. ooni). 
tout h fait déconfits si Ton avait eu une meilleure ordonnance. La nouvelle se répandit de 
ceux des nôtres qui étaient perdus, non pas perdus, mais trouvés, car ils avaient com- 
battu pour Dieu, et étaient morts dans le combat : c'est Jacques d'Avesnes et les siens. 
L'ost de Dieu en fut toute pensive, et si troublée et si déconcertée que, depuis Adam, 
on n'a jamais vu tant de plaintes et tant de regrets pour la mort d'un seul homme; et 
il méritait bien d'être plaint ! Il servait Dieu sans jamais faillir. Il avait déjà choisi en 
paradis sa place à c6lé de l'apôtre saint Jacques, qu'il regardait comme son patron 
et le nôtre , Jacques d'Avesnes le martyr, qui n'avait pas daigné fuir devant les Turcs. 

L'ost était campée devant Arsur, sur la grande rivière. Us se reposèrent toute la nuit, v. G(i83. 
car ils s'étaient grandement fatigués à donner et h recevoir des coups, et ils n'en bou- 
gèrent pas jusqu'au troisième jour, qu'ils se retrouvèrent en bon état. La bataille avait 
été un samedi, et le dimanche était la fête de la glorieuse Mère de Dieu, l'histoire nous 
l'apprend, celle qu'on célèbre en septembre. Alors s'armèrent les chevaliers de l'Hô- 
pital et du Temple. Ils emmenèrent de braves Turcoples, et beaucoup d'autres gens y 
allèrent avec eux. Us vinrent au champ où gisaient ceux qui avaient été tués dans la 
bataille; ils cherchèrent par tout le champ et ne burent ni ne mangèrent tant qu'ils 
eurent trouvé le corps du vaillant chevalier Jacques d'Avesnes. Enfin ils le trouvèrent, 
mais il fallut d'abord lui laver le visage, ou on ne l'aurait jamais reconnu, tant il avait 
reçu de coups mortels en se défendant de pied ferme contre les Sarrasins. Ils recou- 
vrirent le corps, le chargèrent et s'en revinrent à Arsur. Vous auriez vu là une grande 
ibule de gens et de chevaliers qui allèrent à la rencontre du corps, menant tel deuil 
qu'il aurait été impossible de les voir sans en éprouver grand'pitié. L'un regrettait sa 
prouesse, l'autre racontait sa libéralité. Quand on le mit en terre, le roi Richard et le 
roi Gui y furent, dans l'église de Notre Dame : puisse-t-elle prier son doux fils pour 
l'âme dont le corps fut logé là ! Après la messe, les clercs en grand recueillement firent 

à leur guise ce qui restait à faire ^'^ et les hauts hommes prirent le corps entre 

leurs bras et l'enterrèrent. Ne me d^aandez pas s'ils y pleurèrent. 

Laissons cetta affaire et n'en parions plus pour le moment : nous ne l'abandon^ V. G735. 
nous pas, car elle ne nous écarte pas de notre sujet; mais présentement nous revien- 
drons en arrière et nous parlerons des ennemis q«i nous avaient attaqués. 

(') Lacune dVa vers. 



&06 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

V. 67A3. Celte race mécréante avait été repoussée, comme je vous Tai raconté auparavant, 
IV, XII. [et ils n'avaient pas accompii^^^j ce dont ils s'étaient vantés au soudan dans leur arro- 
gance : car ils lui avaient dit que, sans aucun doute et sans vanterie, la chrétienté 
serait cette fois-là vaincue et morte; mais les choses allaient bien autrement. Si vous 
aviez vu la fuite de ces Turcs par la montagpe ! Ceux qui la virent nous racontèrent 
que, quand nos gens heurtèrent les leurs, ils les repoussèrent si rudement, eux et leur 
bagage, que dans la fuite tant de chameaux y tombaient morts, tant de chevaux, tant 
de mules et de mulets, par centaines et par milliers, et ils perdaient tant de monde, 
que, s'ils avaient été mieux poursuivis et serrés de plus près, tout le pays aurait été 
gagné et peuplé de chrétiens. 

V. 6769. Quand Tost des Turcs se fut retirée après cette journée et que Salahadin, qui était 
IV. xin. dans la montagne, sut la chose, quand il vit la déconfiture de ce qu'il avait de meilleur 
et de plus choisi, il se prit, tout plein de dépit et de courroux, à dire à ses émirs : 
«Eh bien! où donc sont mes gens, ces vantards, ces enragés? Les chrétiens chevauchent 
(c maintenant par la Syrie à leur plaisir sans que personne les arrête, et moi, je ne 
7 sais où aller. Où sont maintenant ces grandes menaces? Où sont ces coups dVpéc et 
a de masse d'armes qu'ils se vantaient de faire quand ils seraient aux prises? Où sont 
ce les beaux commencements des grandes expéditions et des grandes batailles? Où sont 
(cces grandes déconfitures qu'on trouve dans les livres et qu'on nous raconte tous les 
c( jours que nos ancêtres avaient accoutumé de faire des chrétiens ? Voilà qui va mal. 
c(Nous sommes le rebut du monde en guerre et en bataille; nous ne valons rien au 
«regard de ceux qui ont été et qui ont beaucoup valu. 79 

V. 6799. Les émirs des Sarrasins entendirent Salahadin les blâmer ainsi; aucun ne leva les 
yeux, excepté un, Sangui d'Alep, qui se redressa sur son cheval et dit : «Soudan, en- 
(( tendez-moi. Vous nous avez vilainement insultés et trop blâmés; mais pourquoi nous 
« méprisez-vous si vous ne savez pas la cause de ce qui est arrivé ? Vous ne suivez pas la 
«raison. Ce n'est pas pour n'avoir pas bien combattu, pour n'avoir pas attaqué hardi- 
« ment, tiré et lancé contre les Francs, avec l'acier et le fer, ni pour n'avoir pu endurer 
«leurs grands coups; mais rien ne peut durer contre eux, car ils ont de telles armures 
«dont ils sont couverts, si fortes, si solides, si sûres, que nous ne pouvons leur faire de 
«mal plus qu'à une pierre; et quand on a affaire à de tels ennemis, comment peut-on 
«s'en tirer? Mais ce qui est plus merveilleux encore, c'est un Franc qui est avec eux, 
«qui tue et massacre nos gens. Nous n'avons jamais vu son pareil. Il est toujours de- 
« vant les autres; on le trouve toujours prêt en tous les besoins. C'est lui qui fait parmi 
«les nôtres un si grand carnage. On l'appelle Melec Richard, et c'est un Melec comme 
«celui-là qui doit posséder des royaumes, conquérir l'argent et le distribuer. » 



0; 



Suppléé d après le latin. 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. Ml 

Dans cette colère où était Salahadin, il appela Safadin, son frère, et lui' dit : c^Je veux V. 68:^'». 
^ qu'on voie quelle confiance j'ai en mes gens. Montez à cheval et allez sans hésiter me 
(( faire détruire les murs d'Escalonc ; ce n'est plus la peine de combattre. Abattez et brisez 
«comme du bois la cité de Gadres, mais conservez le Daron, que mes gens puissent 
<( venir par là. Abattez-moi la Galatie, pour que les Francs n'y prennent pas un point 
«(d'appui; faites abattre le Figuier, pour qu'ils ne puissent pas s'y rallier; abattez-moi la 
« Blanche- Garde, pour que nous n'ayons rien à craindre de ce côté-là. Abattez complète- 
ciment Jaffe, le Casai des Plains, le Casai Moyen; abattez-moi Saint-Georges, Rames, 
«la grande ville que nous avons conquise, Beaumont, sur le haut de la montagne, le 
«Toron, Châtel-Ernaud, et Beauvoir, et Mirabel. Abattez aussi, je le veux, les châteaux 
«de la montagne; qu'il ne reste rien, ni château, ni casai, ni cité, qui ne soit détruit, 
«excepté le Crac et Jérusalem. Je le veux : qu'on le fasse ainsi !)9 Snlahadin donna cet 
ordre; son frère demanda congé, ayant entendu son désir; mais un Turc qui s'appe- 
lait Caîsac, Sarrasin puissant et renommé, parla hautement, et dit h Salahadin : «Sire, iv, mr. 
«personne ne doit en croire sa colère et son dépit comme vous le faites. Envpycz vos 
«espions et vos gardes dans les plaincs.de Rames, sur les collines, et que les espions 
«reviennent ici quand ils sauront de quel côté-l'ost des chrétiens se dirigera. Ils pour- 
« raient bien prendre tel chemin où Ton pourrait leur faire du mal. Par Mahomet que 
«nous adorons, avant de blâmer les gens, il faut regarder au temps et à la raison. Vous 
«ne devez pas nous mésestimer : ce sont les aventures delà guerre, où l'on a souvent de 
«grandes déconvenues, et je ne crains pas de dire que, si j'ai de bons compagnons, 
«je pense tenir les Francs de si court qu'ils regretteront d'être venus dans ce pays. » 
Alors on choisit trente émirs, grands seigneurs de haut parage, dont chacun avait bien 
avec lui cinq cents Turcs d'élite; Salahadin les fit partir et descendre sur la rivière 
d'Arsur; ils y vinrent, guettant le moment où les chrétiens se remettraient en marche. 

L'ost de Dieu , qui avait livré bataille et qui avait un peu abattu l'arrogance des v. 6903. 
Sarrasins, partit d'Arsur lé troisième jour en bon ordre, traversant la terre si éprouvée 
où ils chevauchaient pour venger la honte de Dieu. Ce jour-là, les Templiers étaient 
à l'arrière-garde et la veillaient^ car le vilain dit que qui est sur ses gardes n'est pas 
pris au dépourvu; mais, cette fois-là, leur précaution fut inutile, car de tout le jour 
les Turcs ne se firent pas voir, et ils ne se montrèrent qu'à la rivière où nos gens 
couchèrent. Là, ils pensèrent leur faire grand mal, mais sans réussir à rien : ils tirè- 
rent et attaquèrent, et cependant, ils finirent par s'en aller. Nos gens campèrent sur 
la rivière d'Arsur. Au matin, les petites gens, qu'on avait peine à retenir, partirent avec 
les fourriers et furent bientôt à Jaffe. JaiFe est sur la mer; mais les cruels Sarrasins 
l'avaient déjà tellement abattue et détruite que l'ost n'aurait pu y habiter : elle campa 
à gauche, dans une belle oliveraie. A quoi bon retarder mon. récit? Il se passa trois 
semaines entières avant que l'ost fût venue d'Acre là : ainsi étaient allées les choses. 

3i 



nii 



408 LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

V. 69A1. Devant Jafle, dans l'oliveraie, dans les beaux jardins, Tost de Dieu planta ses 

IV. HT. bannières ^^\ Là étaient les grands pAturages; là il y avait tant de raisins, de 

figues, de grenades, d'amandes en grande abondance, dont les arbres étaient couverts 
et dont on prenait à volonté, que l'ost en fut grandejnent rafratcbie. Voici venir au 
IV. MU. port la (lotte; le? navires allaient et venaient de Jaffe à Acre et revenaient leur appor- 
tant des vivres, ce qui déplaisait fort à l'ennemi. Salahadin, qui n'osait plus combattre, 
faisait renverser les murs et les tours d'Escalone. Un jour, vers midi, la nouvelle 
arrivn dans l'ost par de pauvres gons qui s'étaient enfuis la nuit, qu'Escalone tout 
entière était creusée et minée ^^^ par-dessous, puis étançonnée. Les uns croyaient ces 
nouvelles véritables; les autres n'y voyaient qu'un mensonge, un jeu et une rêverie, 
ne croyant pas que Salahadin, pour aucun embarras, eàt jamais pensé à une telle 
défaillance et à une telle perte; si bien que le roi Richard envoya s'en informer, dans 
une forte galère, Jofroi de Lusignan, qui souffrit beaucoup pour Dieu, Guillaume de 
l'Étang, preux et loyal chevalier, et d'autres gens avec eux. Us s'arrêtèrent devant la 
ville, tant qu'ils surent certainement que vraiment on l'abattait. Us revinrent et le 
dirent, et les barons tinrent conseil pour savoir ce qu'ils feraient et s'ils iraient au 
secours de la ville. 

V. 6989. Le conseil s'assembla devant Jaffe, hors de la ville. On dit là des paroles en sens 
divers, car chaque homme a sa manière de voir et tous ne sont pas du même Age : l'un 
voudrait faire telle chose où l'autre trouverait trop* à blAmer. Il n'aurait pas fallu 
qu'ils fussent en désaccord; il aurait fallu que tout le monde fût du même avis. Les 
uns déclaraient^^) qu'ils iraient tout droit à Jérusalem, et les autres auraient voulu, si 
c'était possible, sauver Escalone des Turcs, car c'aurait été une bonne place forte. 
Les uns reprochaient aux autres leur opinion, et tous étaient de puissants seigneurs. 
Alors le roi d'Angleterre, qui avait pratiqué la guerre depuis son enfance, dit au duc 
[de Bourgogne] et aux Français : «Seigneurs, je vois que nous différons de sentiment : 
« cela peut nous faire grand tort. Les Turcs font détruire Escalone; ils n'osent pas nous 
«livrer bataille. Allons secourir la ville; il me semble que cela est bon à faire, et que 
«tout le monde devrait y courir.?) Que vous dirai-je? Les Français, dont beaucoup, s'en 
repentirent depuis, répondirent qu'il valait mieux séjourner à Jaffe et la réparer, et 
que de là était le plus court chemin pour faire leur pèlerinage. Us donnèrent un bien 
mauvais conseil en refusant d'aller à Escalone, car, s'ils avaient alors délivré cette ville, 
la terre tout entière aurait été reconquise. Mais ils parlèrent tant, qu'on se décida à 
réparer Jaffe. 

V. 7o3i. La chose ainsi convenue, voilà l'ost arrêtée à Jaffe. On leva une grosse taille pour 

• * 

<'^ Lacune d*un vers. • 

<^ Il manque 14 un mot, qui devait être â peu pr^s synonyme des deux aiitreé. 
.'') La le^on rovoiint, tnbelitué» dans.lc lexteâ rtutmntda manascrit, est douteuse; p. è. rotMit. 



4i0 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

remmenèrent dans leur ost. Là fut tué Renier de Maron, qui avait un cœur vaillant, et 
son neveu, appelé Gautier, qui, lui aussi, avait un cœur preux et loyal; Alain et Lucas 

de rÉtable y furent tués, cest la vérité. Quand la nouvelle fut connue ^^K 

contents et joyeux, dit le livre. On ne put poursuivre les Turcs, car ils s'en allaient 
{^rand train, emmenant Guillaume prisonnier. Ils croyaient emmener le roi; mais Dieu 
ne le voulut jias et le préserva. Les Turcs, qui croyaient emmener le roi, étaient déjà 
sur la hauteur : nos gens revinrent à Fost, mais le roi et toute Tost étaient en grand 
souci de Guillaume. 

V. 71^17. Quand Dieu, dans sa bonté, eut ainsi épargné le roi, le chef de l'ost, plusieurs, 
qui connaissaient son courage, et qui avaient peur pour lui, se prirent à lui dire: 
«Sire, pour Dieu, ne faites pas ainsi; ce nest pas votre affaire d'entreprendre de telles 
(c expéditions : pensez à vous et aux chrétiens. Vous ne manquez pas de braves gens : 
c^n'allez pas seul en ces occasions. Quand vous voudrez faire du mal aux Turcs, menez 
(cavec vous une compagnie sufTisanlc; car de vous dépend notre vie, ou notre mort 
«s'il vous arrivait malheur. Si le chef tombe, les membres ne peuvent exister seuls. 
t( mais bientôt ils périssent eux-mêmes, et une mauvaise aventure est vite arrivée. r> Plus 
d'un prudhomme mit grand*peine à lui donner de bons avis; mais lui, quand il con- 
naissait un combat, et on pouvait lui en cacher bien peu, il se jetait toujours sur les 
Turcs, et il s'en tirait si bien qu'il y en avait toujours de morts ou de pris, et que 
l'honneur était à lui. Et Dieu le tirait toujours des plus grands dangei*s où le mettaient 
les ennemis. 

^- 1*11' Quand l'ost se fut bien équipée, non sans grande peine, on la convoqua, et l'on 
IV, niz. proclama au nom de Dieu qu'elle irait au Casai des Plains et qu'on eu relèverait les 
murs pour mieux protéger la léte de l'ost. Le roi ordonna qu'il restât à Jaiïe des gens 
pour s'occuper de fortifier la ville et pour garder le port, si bien que personne ne pût 
s'en aller excepté les marchands qui fournissaient les provisions. L'évéque d'Evreux, le 
comte de Chalon et Huon Ribole furent ceux qui restèrent pour cela et qui firent faire 
les travaux. L'ost monta et se mil en route. Jamais on n'en a vu une plus belle ni 
mieux équipée; mais ils firent une petite journée. Ils descendirent et dressèrent leurs 
tentes entre les deux casais. Je sais, par plusieurs indices, que ce fut la veille de la 
Toussaint que nous .campâmes là. Lost des Turcs était à Rames, et de là ils nous 
firent de grandes attaques et de grandes poursuites. 

V. 7^07. Nôtre ost resta bien quinze bons jours ou plus entre le Casai des Plains et le Ca- 
sai Moyen que les ennemis avaient abattus. Le roi fit refaire le Moyen plus fort qu'il 
n'était avant, et les Templiers se chargèrent de l'autre. Les Turcs nous tourmentaient 

(') Il y a ici, comme le montre le latin, une lacune de quelques vers : on racontait TanxiéU; des Croisés ù 
la première nouvelle de Tévènement, puis leur marche. à la rencontre de Richard, qu'ils ramènent «contents 
et joyeux?). 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. Atl 

beaucoup. Un jour ii en vint bien mille à cheval nous attaquer. Voilà f ost en agita- 
tion comme une fourmilière qu'on dérange. Le roi et les autres montèrent à cheval et 
se hAtèrent tant qu'ils purent. Les Turcs prirent la fuite : que le diable Tes conduise ! 
car leurs chevaux allaient si vite, dans toutes les directions, que le roi eut beau les 
poursuivre, il ne put les atteindre. El en les poursuivant ainsi, sans les avoir atteints, 
il vit à découvert Rames et l'ost des ennemis, et il revint au camp avec ses hardis 
compagnons. 

Le sixième jour après la grande fête de la Toussaint que chacun célèbre, les écuyers v. 7133. 
sortirent du camp pour aller chercher du fourrage. Les vaillants Templiers étaient iv, m. 
chargés, ce jour-là, de les garder. Les fourriers se répandirent par la contrée, ayant 
besoin de bonne herbe qui souvent leur fut vendue cher, car souvent ils la payèrent 
[de leur sang^^^]. Les Templiers gardaient les fourriers. Au moment oii ils s'y atten- 
daient le moins, voilà quatre escadrons de Sarrasins qui tombent sur eux bride abat- 
tue. Us étaient bien quatre cents, tous à cheval, bien armés; ils vinrent du côté de 
Bombrac droit sur les Templiers, ils Ips attaquèrent et ils les enfermèrent, car il n'y a 
pas au monde de gens qui aient des mouvements plus prompts. Ils étaient arrivés de 
plusieurs côtés, et les serraient de près. Quand les Templiers les virent si ])rès d'eux, 
ils descendirent de cheval et firent une belle vaillantise : ils tournèrent leurs visages 
contre les ennemis; chacun avait le dos appuyé contre son frère, comme s'ils eussent 
tous été les (ils d'un même père. Les Sarrasins les attaquèrent si vivement qu'ils en 
étendirent trois morts. Là vous auriez vu donner de grands coups, et l'acier des armes 
jeter du feu, et vous auriez entendu les heaumes résonner sous les coups. Bien atta- 
qué, bien défendu. Les Turcs avaient cru les surprendre, et ils pensaient les prendre 
à la main, tant ils les tenaient étroitement enfermés, quand arrivèrent en toute hiite 
de nos gens sortis du camp. On dit, et c'est la vérité, qu'André de Ghavigni, avec 
quatorze chevaliers, fut le premier qui secourut alors les Templiers; il se jeta sur les 
Turcs avec grande force, et lui et ses compagnons se conduisirent là vaillamment. Ce 
fut un beau combat, mais le roi ne le perdit pas. Il était ce jour-là occupé à faire re- 
faire le Casai Moyen ; il y avait mandé deux comtes qui méritent d'être nommés dans 
tous les bons récits, celui de Saint-Pol et celui de Leicestre, et, avec eux, le roi y avait 
mandé Guillaume de Caîeu, qui ce jour-là tint bien sa place, et Oton de Trasignies : 
c'étaient des gens de haut parage. Voici venir le bruit et les cris que poussaient les 
fourriers. Le roi dit ou fit dire aux comtes d'aller secourir les Templiers, pendant 
que lui-même irait prendre ses armes et y courrait aussitôt qu'il pourrait. Ils partirent 
sans perdre un moment, et, comme ils approchaient de l'endroit du combat, voici bien 
quatre mille Turcs, sortant d'une embuscade près d'une rivière, qui se séparent en deux 



(0 



Suppléé d*apr^ ie latin. 



M:î L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

corps : les uns alièimt sur les Templiers, les autres se tournèrent vers ceux qui arri- 
vaient. Oeux-ei se mirent en bon ordre et se rapprochèrent les uns des autres, pendant 
»|ue les Turcs s'avançaient contre eux. Le comte de Saint-Pol proposa le au vaillant 
comte de Leicestre un jeu parti ti^mëraire et fou : «Ou bien, lui dit-il, vous atta- 

* *? querei les Turcs par la droite et je me chargerai de vous protéger, ou bien je les 

? attaquerai et vous me garantirez où que j'aille et quoi que je fasse. ^ Le comte de Leî- 

t cestrt^ accepta le jeu parti : accompagné des siens, il se lança au plus é|)ais des enne- 

mis, et il les attaqua avec une telle vigueur que sa prouesse fut louée et qu'il dégagea. 
non sans grande peine, deux chevaliers. Le combat était dans son plein quand arriva 
le roi Ric4iard. Il vit nos gens tout entourés par les païens : il n*avait avec lui que peu 
de monde, mib des hommes vaillants et choisis; plusieurs se mirent à lui dire : 
t Vraiment, sire, vous risipiej une grande mésaventure: vous ne réussirez pas à tirer de 

• «là nos gens, et il v^ut mieux qu'ils succombent seuls que si vous périssiez avec eux. 

«Retournez donc; car, s*il vous arrivait malheur, la chrétienté serait perdue.? Le roi 
ch,inge) de couleur et dit : «Je les y al envoyés, je les ai priés d\ aller : s*ils y meu- 
«r^nt sans moi. que jamais on ne m'appelle roi! « Il donna à son cheval les éperons et 
lui lÀcha le frein; plus prompt qu un épervier, il se jeta tout au milieu des Sarrasins, 
et il penra leurs rangs avec une telle impétuosité que si la foudre était tombée an mi- 
lieu d eut elle n'y aurait pas fait plus de ravages. Il les poussait , les renversait . reve- 
nait sur ses pas pour les rattraper, tranchant les têtes et les bras. Ils fuyaient comoM 
du bétail. Beaucoup ne purent s'enfuir et furent pris ou tués. Les nôtres les pourchas- 
sèrent si longtem|>s qu'il fut l'heure de revenir au camp. Ainsi se passa cette joumée. 

V. 756-. Cependant qu'ils étaient occupés à relever les murs des deux casais . le roi vit que 
rv nx: Tost était pleine d'entrain et pr^te à combattre les miudits Sarrasins^ Alors il appela 
ses messagers, hauts hommes et sages: il les envoya à Salabadin et à son frère Safadin. 
leur faisant des demandes nobles et grandes à merveille. Il leur demandait le royaoïne 
de Syrie tout entier, de bout en bout, et tout ce qui en dépendait du temps du roi 
lépn^Y« et le tribut de Rabylone comme celui-ci Pavait eu, car il rédamait tout cela 
par ^n^nqu^e et par naissance. Les messagers trouvèrent le soudan et firent bien le«r 
me^^^i^^. Il n^^ndit qu'il n'en ferait rien et que le roi lui demandait trop; il lui fit 
dire )^r s<ni frère Safadin, Sarrasin très sage, qu'il lui laisserait sans contestation 
toute la terrt^ de Syrie, tiepuis le Jourdain jusqu'à Ki mer. sans y rien réclamer, mais à 
\N^ndition qu Kscalone ne serait relevée ni par les chr^iens ni par les Sarrasins. Voilà 
ce qu'il lui manda par Safadin; mais le r\)i ne faisait pas attention que nos pertides 
ennemis ne voulaient qMe gagner du temps et l'occuper {Mnadant qu'ils abattaient les 
châteaux ; ainsi ils le tr\nu|Mient : que leur rwe soit maudite! Sa(adin sut si bien le 
déce\oir que le r\>i reçut ses pr^nts. On vit aller et venir les mciss^i^jeffs qui les por^ 
taient, ce qui fit nattric de gmmls hUmes c\^nlre lui et de mauvMMs panies: umîs c'est 



avait offert un 



pau 



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L'HISTOIRE DR LA GUERRE SAINTE. S13 

t fait croire qu'il voulait sérieus^enieiit la paix, el le roi, si on lui 
jotiorable, l'aurait acceptée sans tarder, pour lebien de notre foi, 
et parce que le rut de France était parti, dont il se méfiait, sachant t|u'il ne l'aimait 
pas. Les messagers allèrent et vinrent et amusèrent .linsî le ruî, tant qu'il comprit la 
manœuvre des faux et déloyaux Sarrasins. Oc fut à propos du Crac de Montréal : le 
rot voulait qu'ils l'abattissent et que ce fitt une des conditions de la paix; et parce 
qu'ils ne voulurent pas le faire, les pourparlers prirent Gn, 

Quand on ne |)arla plus de paix, voici qu'à droite et à gauche les Turcs revinrent 
faire dans l'osl de grandes attaques, car ils ne cherchaient qu'à nous faire du mal: 
et le roi les combattait et montrait par sa conduite, à ceux qui l'avaient blâmé à pro- 
pos des présents qu'il avait reçus des Turcs, combien il était loyal envers Dieu et en- 
vers la chrétienté. Il les combattit souvent et il leur coupa bien des télés, qu'il montra 
dans l'ost, et les présents qu'il avait reçus ne nous firent jamais aucun tort. Il eàt dé- 
livré la Terre Sainte s'il n'en eût été empêché par ceux qui trop souvent pillaient sa 
bourse. 

Quand les casais eurent été relevés, fortifiés et armés, et que le roi y eut mis bonne 
garde, l'ost fut convoquée et prévenue au coucher du soleil. Le lendemain, on monta 
ù cheval, et l'ost, sagement disposée, chevaucha droit sur Rames. Dès que nous fûmes 
en marche et que Salahadin sutqu'il lui fallaitquitter Rames, parce i|u'il n'osait livrer 
bataille, il fit abattre toute la ville, et. [irenant le premier la fuite, s'en alla droit au 
Toron des Chevaliers, ne se fiant qu'à la montagne. L'ost avança duiis la plaine. fa)n 
Jeux Jours, sur les beaux chevaun bien repus, elle arriva entre Saint-Georges et Rames. 
Là on campa pour attendre les vivres et ceux qui manquaient. Là nous suhhiies de 
nouveau de grandes attaques des ennemis, et de grandes pluies qui tombèrent nuuK 
nuisirent et nous retardèrent beaucoup. Ces pluies nous obligèrent à nous loger dans 
Saint-Georges et dans Rames. Nous nous y inslallùmes, et nous re.st>imes bien là si\ 
semaines en grande gène et incommodilé. 

Pendant que nous séjournions là, il y eut un beau combat qu'on ne doit pas ou- 
blier, près de Saint-Georges, sur la gauche, entre le preu\ comte de Leiceslre et les 
Turcs qui étuient là et qui souvent s'approchaient de l'ost et fatlaquaient. Le comte, 
avec petite compagnie, sortit pour les chasser, le heaume d acier sur sa léte. Far 
devant allaient trois chevaliers qui s'avancèrent follement et se jetèrent au milieu de» 
Turcs. Tous tes trois y seraient restés sans le comte, qui, ne voulant pas les laisser 
périr, poussa son cheval après eux, au milieu de plus de cent Turcs, et il Ht si bien 
qu'il les força de passer une rivière. Mais il avait poussé avec trop d'ardeur, car il 
arriva bien quatre cents Turcs, portant des dards et des arcs, qui se mirent entre lui 
et l'ost et voulurent le prendre. Déjà ils nous avaient renversé et vilainement battu 
G&rin le Fils Geroul. Vous auriez vu de beaux faits d'armCs, là oii tomba Garin. Lt 



i\\ ^HISTOIRE DE LA GlERRE SAINTE. . 

ooiuto \ tut ie plus malhoureux« car ib le renversèrent auprès de Garin et raccaUèmit 
lit^ oou|Vk ils renversèrent aussi de cheval Droon de Fontenil et Robert Neel. 11 y eo avait 
tant« de Tuu^. de Perva:)S ot de renégats, autour du comte, noyé au milieu d'eu, 
%fu*iU avaient à |>eine pu TaKâttre. Vous auriet vu là de beaui combats. Henri le Fik 
Nuvif fut awo le comte à uïie dure épreuve, et aussi Robert de .Neufbroc : jamais oo 
n4 %u un homme |<lus doux qu'il n*êtait: il avait une haute taille, et tant de prouesse 
•'; de ciTur i|u*il se jetA dans la ^nde |iresse des païens et donna son cheval as 
ccnUe. se i^arxlant et le i^ardant de dé>honneur. bans ia compagnie du comte étaîeni 
:'n\\>re Raoul \le Sainte-Marie, Kmaud du Bois, qui ne lui fut pas inutile. Henri et 
Ituài.iunie do M^ilKv. qui n^^urvnt des coups avec lui. et Saoul du Breuil. On n*a ja- 
mais ^ a. jc^ ie irx'is. ui:-e plus belle viillantise que celle de tous ces che^-aliers. comoe 
iis««ir t^n^it^n: ^n>eiv.bW i>'>n;re tant de Turrs qu*il % aiait là: car aucun d^eui ne io«ail 
«Nvoraoer.î r. .xMirraiî s'rn i.rer. e: li e>t %rai, le li%Te le dit. que le comte et s** com 
;vj(<r>^n> >-. A:er.< ur.: La:iKs e: avaient reçu tant de ct>ups. qu'ils i.e poavaîent plâs 
>.'. i::V:îir:* t*. ^,.: it-s Tjr:> :e> avaient presque îues. l.s les tmmenaiect. coochés sur 
•f v*>» lif îvjrs C:"ïs:r^-r>. cr.-^i; *«^ le Toron. q;;and dr Tas:, prè* de iaqucfie ils pas- 
s*^?«4. s f .>.a:a i li^u:^ uTeNSc »ir>e .r.'ûîw «Je d^:> cens. Là étaient ADdr>ê de Lkangai. 
Hfoir. ii ù-Ax. ISerr? ic ISfiaui. ie h: a chevalier, e: Mori*ii;^ d'autre» koiDBC» et 
"v-j>/flDf. :4:\>a t^ at'a wss rn>aM»i!<^ «/jk^cazî dTeai. qua^i ii arr!»*, jeU son Torr par 
r-^er;. irf Tisr: zm I^-frr* fra;^ ec qpu perAit .a oc^«s il ^mt «in s* deq^wa rii e a t 
vc; L^L : ih:.7^k rrjoji^j^w h P^-ecrf. e< qBef^cK téen ^'û i mil. lui H u«s cen 
1*0: fCKfz'X* âvf>: ^.. :^ 2^ ;«rr&: fase»»' uraa;. ec Us eurf-s; cra»£;^:»e a ie tver. 
tu**M:'i. r^^r^f-ars. ii^f fcra^c*; ^MBie: i: iai; i^in «ai^aa: :<^r K«a:er ^c-^^ie ie fil 
ni/a2?^4n>^L; ii*ir;. 1. ^^HK^roùn ^lt fxiâBr t^ i%i sii sa :a2>:v â^as >f r:cw. sa ^NS Me 

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**:ài -• .^ wi.j> j; :rii^ i \d^"^ i\ h :a. a«*L.: ïtf-i?4e^ ^ :iii* fai^ataT^ cx'i: <«: : Ttmir 

:» i CliW.Tbf , ?C J, i*£:l iKU,X rXtt^'ht,\ ZiM^ «OIS JIT. Dî* ItflllS QSL ^ i^AH*Jf, X^fifiS 

(u. i> T r^jufO); •iina:s> «rt nies ^ruuùi ^«rfiaai«'Y ^x îmiiaDf ùt ma. koi^ m ul yi 
inii«£\ J:»r: s^*p* J•^^«i 7*m: ùf wr»» ami « »wi>-i*. ut s-rsror^ et la -ià: ic. ne i 
^s arr* VI ;;<ii»; zh^ pa^ts 7%far ioMT ii?. « SM» sifais en mokl x^ itfrn :i> fartai: àr^ 






L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. M5 

Saiahadin sut et il vit bien que nos gens se préparaient et s'appareillaient chaque V. 7605. 
jour pour aller vers la ville sainte. Quand on le lui eut bien rapporté et qu'il sut à iv, hut. 
deux lieues notre ost, qui ne cessait de combattre la sienne, il fit abattre quatre ou 
cinq tours et tourelles du Toron, et s'en alla, à ce qu'on nous raconta, fuyant droit 
à Jérusalem. Les Turcs nous laissèrent la plaine et occupèrent la montagne. 

Quand l'ost des Turcs se fut retirée et que la nôtre se fut' rapprochée, on fil crier 
par l'ost et on ordonna qu'on irait au pied de la montagne, et que le on camperait Y. 7619. 
et on ferait venir les vivres. C'est ce que l'on fit. On monta à cheval et on s'avança 
en bon ordre. Voilà l'ost devant Bettenuble. 11 faisait alors un temps froid et couvert; 
il y eut de grandes pluies et de grandes tempêtes, qui nous firent perdre beaucoup 
<le nos bétes; car il plut là avec tant d'excès qu'on ne saurait le calculer. La pluie 
et le grésil nous battaient et renversaient nos tentes. Nous perdîmes là, à la Noël, 
avant et depuis, bien des chevaux; bien des biscuits y furent gâtés par l'eau qui les 
trempait; les viandes de porc salé y pourrissaient par les orages; les hauberts se 
couvraient d'une rouille qu'on put à peine enlever; les vêtements s'y perdaient, et 
bien des gens étaient malades par manque de nourriture; mais leurs cœurs étaient 
joyeux à cause de l'espérance qu'ils avaient d'aller au Saint Sépulcre. Us désiraient 
tant Jérusalem qu'ils avaient tous apporté leurs vivres pour le siège. Le camp se rem- 
plissait de gens qui arrivaient en grande joie, désirant bien faire. Ceux qui étaient 
malades à Jaffe et ailleurs se faisaient mettre dans des litières et porter en grand 
nombre au camp, l'âme résolue et confiante. Mais les ennemis venaient sur les che- 
mins, où on les portait en les encourageant; ils les épiaient, se jetaient sur eux et 
les tuaient : ceux-là étaient de vrais martyrs, qui quittaient ce monde en si bonne 
foi et dans la ferme espérance qu'ils avaient tous, sages et fous, d'accomplir leur 
[)èlerinage. • 

Dans le camp régnait la joie la plus complète; on roulait les hauberts, et les gens 
agitaient la tète en disant : «Dieu, aidez-nous! Dame sainte Vierge Marie, aidez-nous! V. 7G73. 
« Dieu, laissez-nous vous adorer et vous remercier, et voir votre sépulcre! » Il n'y avait iv, mv. 
personne de fâché , de sombre et de triste ; on ne voyait partout que liesse et réjouis- 
sance. Tous disaient : c(Dieu, nous voilà enfin au bon chemin! C'est votre grâce qui 
« nous dirige. " Mais il y en avait qui ne faisaient guère attention à ces discours, et qui 
voulaient retarder le voyage; c'étaient les sages Templiers, les preux Hospitaliers et les 
Poulains, les gens du pa^s. Ceux-là disaient au roi d'Angleterre que véritablement, sui- 
vant leur avis, si on assiégeait présentement Jérusalem, pendant que nous serions au 
siège, Saiahadin nous attaquerait, et les Turcs occuperaient la route entre la mer et 
la montagne, et nous serions dans une situation fâcheuse s'ils nous empêchaient de 
nous ravitailler, et si même ils n'y réussissaient pas, et qu'ils ne pussent nous faire 
de mal, et que la cité f&t prise, ce serait encore une entreprise fort périlleuse, si elle 

39 



tartintmc «ATioNâir. 



M6 i;histoire de la guerre sainte. 

n'était pas aussitôt peuplée de geos qui y restassent; car les Croisés, tous tant qu'ils 
étaient, dès qu'ils auraient fait leur pèlerinage, retourneraient dans leur pays, chacun 
chez soi, et, une fois l'ost dispersée, la terre serait perdue. 

Le troisième jour de la nouvelle année, au matin, la destinée amena une aventure. 

Y. 7717. Les Sarrasins s'étaient embusqués dès la veille dans les dunes près du Casai des 

IV. iisw. Plains. Us restèrent là toute la nuit à épier. Au matin ils en sortirent et vinrent sur 

la route du camp, où ils virent deux sergents qui passaient ^') tant qu'ib 

furent mis en pièces; mais Dieu voulut qu'ils fussent vengés, car le roi d'Angleterre, 
qui savait lembuscade des Turcs, avait, è cause de cela, couché au Casai des Plains, 
ainsi que Jofroi de Lusignan, ce troisième jour de la nouvelle année. Ils lancèrent 
leurs chevaux, croyant délivrer les sergents; mais ils étaient déjà tués, et les Turcs, qui 
connaissaient bien le roi Richard et sa bannière, sa promptitude et sa façon de com- 
battre, partirent de là par des chemins détournés; quatre-vingts environ s'enfuirent vers 
Mirabel, et les autres ailleurs^ 11 y en eut sept de pris ou de tués, et le roi donna 
des éperons à son cheval pour atteindre les quatre-vingts Turcs qui fuyaient vers Mi- 
rabel. Il montait ce jour là son Fauveau, qui le portait si rapidement qu'il atteignit les 
Sarrasins, et, avant que ses gens fussent venus et l'eussent rejoint, il en avait déjà 
renversé de leurs chevaux et tué deux. Si la poursuite avait été mieux faite, on en 
aurait plus atteint; néanmoins les nôtres en tuèrent ou prirent une vingtaine, puis s en 
revinrent. 
V. 7761. Après la fête de l'Epiphanie, les hauts hommes et les capitaines se rassemblèrent en 
conseil et demandèrent aux gens sages qui étaient natifs du pays quel avis ils don- 
naient : s'il fallait avancer ou retourner. Ils répondirent, et, tous les premiers, ceux 
de l'Hôpital et du Temple, que, d'après eux, en ce moment, on ne devait pas aller à 
Jérusalem; mais que, si jon voulait les en croire, on fortifierait Escalone pour garder 
le passage et intercepter les convois de vivres que les Sarrasins amenaient de Babylone 
à Jérusalem. On décida donc qu'on retournerait à Escalone et qu'on en relèverait les mu- 
railles. Quand la nouvelle fut sue et découverte dans toute l'ost, qu'on sut qu'on allait 
retourner (je ne dis pas reculer), l'ost qui avançait avec tant d'entrain fut si décou- 
ragée, que depuis le commencement du monde on n'a jamais vu une ost si morqe, 
si affligée, si troublée, si déconcertée et si triste. La joie qu'ils avaient eue aupara- 
vant, quand ils pensaient aller au Sépulcre, n'était rien auprès de la tristesse qu'ils 
avaient alors. Il y en eut qui ne s'en taisaient pas et qui maudissaient cette longue 
halte et les tentes qu'on avait dressées. S'ils avaient su la détresse et la peine qu'il 
y avait alors à Jérusalem, la faiblesse des Turcs, qui souffraient cruellement dans les 
montagnes de la neige qui leur tuait en masse leurs chevaux et leurs autres bâtes, 

<■) Ltcune d*un vers : rils les alUquèrent el les frappèrantr. 



V. I. 



L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. ^17 

aussi vrai que vous êtes ici , si on avait su le mauvais état de leurs personnes et de 
leurs subsistances, ^'^ qu'on aurait tué les Turcs et pris la ville. 

C'est k la fête de saint Hilaire que l'ost eut cette affliction et ce chagrin de retour- v. 7811. 
ner. Chacun aurait voulu élre mort, et maudissait le jour de sa naissance, puisqu'il v. n. 
lui fallait revenir sur ses pas. L'ost était toute déconcertée; elle avait aussi trop de 
fatigue et de peine. Ils ne savaient comment faire pour remporter les vivres qu'ils 
avaient apportés; toutes leurs bétes de somme étaient affaiblies par le grand froid et 
la ploie, et atteintes de fièvre. Quand on les chargeait de provisions et qu'elles mar- 
chaient dans la fange, elles tombaient par terre sur leurs genoux, et les hommes se 
maudissaient et se donnaient au diable. Seigneurs, croyee-le bien, on n'a jamais vu 
une aussi belle armée dans un aussi triste état; et dans les petites gens, il y avait bien 
des malades que leur mal retenait et qu'on aurait laissés là sans le roi d'Angleterre, qui 
les fit partout chercher, tant qu'on les amena tous. Enfin tout le monde partit en 
ordre, et, le jour de ce retour, nous arrivâmes à Rames. 

A Rames était l'ost, découragée comme je viens de le dire, et à cause de ce dé- V. 78^18. 
couragement elle se dispersa. Beaucoup de Français, pleins de dépit, s'en allèrent d'un v, m. 
côté ou de l'autre : les uns allèrent è Jaffe et y restèrent quelque temps ; les autres 
revinrent à Acre, où la vie n'était pas chère; d'autres allèrent à Sur, près du marquis, 
qui les en avait beaucoup priés; d'autres, de dépit et de honte, allèrent droit au Casai 
des Plains avec le duc de Bourgogne, et y restèrent huit jours entiers. Le roi, avec 
ce qui restait de l'ost tout affligée, son neveu le comte Henri de Champagne et les 
leurs, s'en allèrent droit à Ibelin; mais ils trouvèrent de si mauvais chemins et au soir 
un si mauvais gtte, qu'ils étaient de fort méchante humeur. 

L'ost coucha è Ibelin, morne et pensive, et, au matin, avant le lever du soleil, V. 7869. 
partirent ceux qui allaient en avant pour occuper les places. On enleva les tentes, et 
l'ost chevaucha tout armée; mais jamais un homme vivant ne vous racontera une 
journée pire que celle-là : la précédente n'était rien à e6té. Ils y perdirent leurs vivres, 
à cause des bétes de somme qui tombaient; ainsi le voulait Dieu, qui les éprouva, et 
qui leur montra clairement qu'il faut souffrir pour lui si on veut être en joie avec lui. 
Ln peu après midi ils arrivèrent à Escalone. Ils h trouvèrent renversée et détruite, 
et durent monter sur les décombres pour y entrer, et ils ne le firent qu'à grand' peine, 
en sorte que, avec la dure journée qu'ils avaient eue, il n'y en avait pas un qui n'eût 
besoin et désir de repos. Mais, par la suite, ils en eurent tant qu'ils voulurent. 

Escalone est située sur la mer de Grèce, c'est ainsi que je l'ai entendu appeler, V. 7897. 
et jamais, à mon avis, je n'ai vu une cité mieux placée, car le pays tout autour est ex- v, u. 
relient, si elle avait un bon port ou une entrée; mais la mer est là si violente et si 

^*) Lacune d'au moias deux vers, dont le sens est à peu près : «il ett ceriain. avec peu de peine et de dé- 
penae *- 



M8 LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

périlleuse que nui vaisseau n*y |)eut durer, et à cause de cela il fallut que nos gens 
souffrissent beaucoup, carde huit jours aucun vaisseau ne put y aborder, à cause de ia 
ti^mpéte, pour leur apporter des vivres, et ils n'eurent à manger que ce qu'ils avaient 
avec eux. Par terre, hommes ni hétes n'osaient bouger et s'approcher d'eux à cause des 
Sarrasins. Enfin, par un beau tf'mps, il leur vint des provisions de Jaffe; mais bientôt 
recommença en mer une tempt»te si furieuse que les vivres enchérirent^ l'excès: car les 
barques et les galères qui étaient allées en chercher avaient été brisées, et la plupart 
des gens qui les montaient noyés, et là furent brisées aussi toutes nos belles énèques. 
Le roi les lit plus tard dépecer pour en faire faire de longs vaisseaux, dans lesquels il 
|)ensait s'embarquer: mais il ne put mettre ce projet à exécution. 

\. 79:i:{. Salahadin sut par ses espions que nos gens étaient revenus sur le bord de la mer; 
V. ^. alors il dit à ses Sarrasins de s'en aller dans leur contrée et de s'y reposer jusqu'à mai, 
oii il serait temps de reprendre les combats. Ils ne se firent pas prier, et s'en allèrent 
volontiers, après être restés quatre ans tout pleins en Syrie, à grand'peine, avoir souffert 
du chaud en été et en hiver du froid, ce qui ne convient pas à leur nature, et ce 
qui en avait fait périr beaucoup. Vous auriez entendu là les plaintes de tant de Turcs. 
d'émirs, de hauts hommes, de (lurdins et de Persans, de gens de pays lointains, qui 
avaient été si souvent en tant de guerres sans éprouver de revers. En se séparant, ils 
se rappelaient leur grand dommage et leurs grandes pertes: chacun pleurait ceux des 
siens qu'il avait perdus en Syrie. Jamais on n'en voulut et on ne fit de reproches à per^ 
sonne autant que les Sarrasins à Salahadin pour les Turcs qu'il avait abandonnés sans 
essayer de les délivrer devant Acre, où il en périt tant. Enfin toutes leurs osts se sépa- 
rèrent, excepté les sujets directs du soudan, ceux qui étaient de son domaine propre. 

V. 7907. On était près de la Chandeleur, au moment où de notre ost et de la leur se sépa- 
V. Ti. rèrent ainsi beaucoup de gens, allant de divers côtés. Le roi manda aux Français, qui 
étaient partis les premiers, qu'ils vinssent à Escalone, qu'ils se réunissent aux autres et 
(|u'oii délibérât et qu'on pourvût en commun pour savoir de quel côté on se dirigerait 
et ce qu'on ferait: car il valait mieux marcher ensemble que vivre en discorde et en 
péché. Ils firent dire qu'ils viendraient et qu'ils resteraient avec lui seulement jusqu'à 
Pâques, étant bien entendu que, si alors ils voulaient s en aller et qu'ils l'eussent dé- 
cidé, il leur donnerait congé et les ferait conduire en toute sûreté par terre à Acre ou 
à Sur. Le roi le l»»ur accorda et consentit aux demandes de chacun. Voilà Tost revenue 
ensemble et la joie bien augmentée. 

V. 7995. Quand l'ost fut ainsi de nouveau réunie à E<calone et bien d'accord { ce qui ne dura 
pas longtemps), elle fit là son séjour. Ils décidèrent qu'ils s'occuperaient à fortifier la 
cité: mais les barons qui séjournaient là depuis qu'ils étaient revenus étaient si pauvres, 
et la pauvreté de beaucoup d'entre eux était si apparente, qu'on ne pouvait la voir sans 
grand'pitié. Cependant tous se mirent à l'œuvre. Ils déblayèrent les fondations d'une 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. M9 

porte; fous y travaillaient si bien qu'ils s'émerveillaient eux-mêmes de la besogne qu'ils 
faisaient. Les bons chevaliers, les écuyers, les sergents se passaient les pierres de main 
en naain; tous travaillaient sans relâche, et il y venait tant de clercs et de laïques qu'en 
peu de temps ils avancèrent beaucoup l'ouvrage. Plus tard, pour le continuer, on en- 
voya chercher des maçons; il fallut beaucoup de temps pour terminer. 

Il y avait eu à Escalone, mais elles étaient toutes détruites, cinquante-trois tours V. SoaB. 
belles et fortes, sans compter les petites tourelles. Cinq étaient nommées d'après ceux 
qui les avaient bâties : écoutez ceux qui les bâtirent, h ce que nous contèrent des 
gens qui en savaient la vérité. Dans la plus vieille antiquité régnait un homme appelé 
Cham, puissant et renommé; il était fils de Noé, celui qui fit l'arche par laquelle tout 
fut sauvé. Ce Chapi engendra (qui le retiendra pourra le redire) trente-deux fils, qui 
régnèrent après lui, et qui fondèrent Escalone. Ces fils envoyèrent par les terres qu'ils 
gouvernaient, par les cités et les bourgs, chercher de l'aide pour construire les tours. 
On dit que les demoiselles bâtirent la tour des Pucelles; les chevaliers d'alors bâtirent 
la tour des Ecus; on éleva la tour du Sang avec les amendes des délits et des crimes; 
les émirs établirent la tour des Emirs; les Bédouins firent la leur, forte, riche et im- 
portante. Voilà les noms que portaient ces cinq tours et ce qu'en savaient ceux qui 
nous les dirent. Les autres gens, chacun selon leur état, bâtirent les autres ouvrages. 

Quand les maçons furent venus, on les engagea pour l'ouvrage. Le roi s'y mit le v. 8059. 
premier avec grande générosité, et les hauts hommes l'imitèrent. Chacun en prit la 
charge quilui convenait. Là où les autres n'arrivaient pas et où les barons ne faisaient 
rien, le roi faisait travailler, commençait et terminait; et quand les barons se relâ* 
chnient et ne pouvaient suffire, le roi leur faisait porter des secours pour les encou- 
rager. Il y mit et il y dépensa tant, h ce que l'on sut bien, que la dépense des trois 
quarts de la ville fut payée par lui. C'est par le roi qu'elle fut refaite, et c'est par lui 

(|ue plus tard elle fut détruite ^'^ par les Français, qui manquèrent â leur 

devoir, quand, avec ses braves compagnons, il s'élança en mer h Jaffe de sa galère; là 
sa prouesse se montra , comme nous le ferons voir en temps et lieu , et nous ferons si 

bien qu'au moins suivant nos souvenirs l'histoire n'en mentira pas d'un mot ; 

ainsi Dieu me donne sa gloire ! 

Écoutez une étrange aventure, qui mérite bien d'être écrite; c'est sans doute un vrai V. 8089. 
miracle. Saladin envoyait h Babylone, escorté par ses gens, un convoi de mille chré- v, «u. 
tiens captifs. Francs et Syriens. Ils étaient déjà au Daron; mais Dieu, qui ressuscita 
Lazare, les secourut; écoutez de quelle manière. Une fois, après midi, le roi Richard 
avec ses hardis compagnons étaient sortis d'Escalone et étaient allés voir le Daron, 
qu'il prit depuis par siège, car tant qu'il n'était pas pris les Sarrasins qui apportaient 



(») 



U y a r^ainement ici une lacune assez considérabie. Le latin omet ce passage. 



420 L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

les vivres de Babylone à Jérusalem y trouvaient un asile sûr où ils ne craignaient au- 
cune attaque. Par là passaient ces malheureux que l'on menait è la honte et à la mort. 
Que vous dirais-jc? Quand le roi approcha avec sa vaillante troupe et que les Turcs 
virent sa bannière, ils s'étonnèrent et eurent peur. Beaucoup se réfugièrent dans le 
château , et ils n'osèrent pas retenir les prisonniers en voyant le roi arriver. Ces pauvres 
gens, restés dehors, se mirent dans une église. Le roi vint, il les délivra, et il mit à 
mort tous les Turcs auxquels il put couper la retraite. Il gagna là maint bon cheval, et 
outre les Turcs qui furent tués il en prit vingt vivants. 8i Dieu de sa main ne l'avait 
pas amené là, lui et les siens, le lendemain les prisonniers auraient été conduits à 
Babylone et seraient moris en captivité. 

V. 81:^7. Après cette journée où Dieu délivra les siens qui étaient condamnés à mort, et où 
V. Tiu. il donna au roi Richard le pouvoir de saint Léonard en lui faisant briser les liens des 
prisonniers, ce dont on rendit bien {;râce à Dieu, le roi manda au marquis de venir à 
Escalonc pour tenir sa place dans l'ost, comme il Ten avait déjà prié plusieurs fois, et de 
mériter la part du royaume qui lui avait été attribuée, suivant l'engagement et le ser- 
ment qu'il avait prêtés devant le roi de France. Voilà ce qu'il lui manda; le marquis 
lui fit répondre qu'il ne mettrait pas le pied dans l'ost jusqu'à ce qu*ils eussent parlé 
ensemble. C'est ce qu'ils firent plus tard, au Casai Imbert, si je ne me trompe. 

V. 8157. Pendant que nos gens séjournaient à Escaione, rangés chacun dans son ordre, et en 
V. II. relevaient les fortifications, il se dit des paroles mauvaises entre le roi et le duc de 
Bourgogne, ce qui empira beaucoup les affaires. Les Français réclamaient au duc leur 
solde et l'en pressaient, et il n'avait pas de quoi la leur payer. Il alla donc trouver le 
roi d'Angleterre et lui demanda s'il pourrait lui prêter encore plus d'argent qu'il n'en 
avait prêté aux Français en été sur leur part du butin d'Acre. Mais le roi ne voulut 
plus faire de prêt, et pour cette raison et pour d'autres se dirent beaucoup de paroles 
qui ne sont pas écrites ici, si bien que le duc s'en alla par dépit avec une partie des 
V. I. Français. Ils arrivèrent droit à Acre; là ils trouvèrent les Génois et ceux de Pise en 
train de se battre; car les Pisans se tenaient loyalement au roi Gui, et les Génois se 
ralliaient au marquis , ayant plus de confiance en lui parce qu'il était dans le serment 
du roi de France. Voilà à Acre grand désordre, et la ville en mauvais point. Partout des 
gens tués, partout du bruit et des cris. Les Français, le duc et ceux qui étaient là, 
prirent aussi les armes. Quand ceux de Pise virent cela, ils se défendirent hardiment 
et firent grande honte au duc de Bourgogne, car ils tuèrent son cheval sous lui et le 
mirent, malgré lui, à pied. Puis ils coururent fermer les portes, ne voulant pas en- 
fermer avec eux des gens qui auraient fait courir grand danger à la ville; car les Gé- 
nois avaient envoyé un message au marquis pour lui dire qu'ils lui rendraient la cité. 
Il y arriva avec ses galères et ses hommes d'armes, pensant surprendre la ville; mais 
les Pisans se mirent, comme des gens braves et hardis, aux mangonneaux et aux pier- 



L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. Ui\ 

rières. On combattit ainsi pendant trois jours, tant que les Pisans envoyèrent en hâte 
chercher le roi d'Angleterre. Celui-ci était déjà venu par terre à Césaire, voulant, 
comme je m'en suis informé, aller parier au marquis; les messagers le rencontrèrent : 
il poursuivit sa route et vint è Acre dans la nuit noire, et quand le marquis sut que le 
roi était arrivé, rien ne put le retenir là : il s'en alla promptemcnt à Sur, car alors 
soufflait le vent d'Arsur^'^. Le duc de Bourgogne y était déjà avec ses Français. Quand 
roi sut cela, à Acre, où il avait passé la nuit, il monta à cheval dès le lendemain 
matin et prit l'affaire en main, de telle façon qu'il apaisa les deux partis et réconcilia 
les Génois avec les Piçans, songeant que s'il ne rétablissait pas la paix il pourrait en 
venir de grands maux. 

Quand ceux de Gènes et ceux de Pise. qui avaient été si longtemps en guerre. \.8j35. 
furent ainsi mis d'accord, le roi d'Angleterre fit dire au marquis qu'il serait bon qu'ils v, u. 
se rencontrassent a 14 Casai Imbert et parlassent ensemble, pour voir s'ils pourraient ar- 
river à se mettre aussi d'accord. Ils y vinrent et se réunirent et parlèrent longtemps 
ensemble; mais cela ne mena à rien, car le marquis manqua aussitôt de parole au roi 
sur ce qu'il lui avait dit, tant à cause du duc de Bourgogne que de ses autres compa- 
gnons, qui le détournèrent de la paix , si bien qu'ils l'empêchèrent complètement ^'^^ 

Et quand le roi sut cela, on lui conseilla, par jugement équitable, que, puisque le 
marquis ne se souqiait pas de mériter sa part du royaume ni de servir Dieu , il fallait 
s'en prendre à ses rentes et ne pas les lui payer. Et de là vint la grande discorde entre le 
roi, les barons de France et le marquis, lequel attira à lui les Français comme il le fai- 
sait déjà auparavant, et troubla si bien tout le pays que le roi d'Angleterre, pendant 
près des trois quarts du carême, s'il m'en souvient bien , n'osa pas quitter Acre. 

Deux jours avant Pâques fleuries, des bacheliers de l'ost partirent de Jaffe et allé- V. 8^71. 
rent droit à Mirabel, Us eurent )a chance de trouver une belle proie, qu'Us emmenèrent v. m. 
tout entière, tuant trente Sarrasins, et en prenant cinquante tout vifs, avec lesquels 
ils s'en revinrent à Jaffe. Us gardèrent la moitié de la proie, dont ils savaient à peine 
la valeur, et l'autre moitié fut pour le comte de Leicestre. La part des sergents fut 
vendue, à ce que j'appris, ponr plus de quatonse cents besants sarrasins forts et de bon 
poids. Le samedi suivant, tous ceux qui avaient des chevaux sortirent aussi d'Esca- 
lone en bon ordre, pour une proie qu'on leur avait signalée. Ils réussirent bien cette 
fois : ceux qui y furent racontèrent qu'ils poussèrent jusqu'en %ypte, quatre lieues 
outre le Daroo; ils prirent des chevaux et des juments, sept cents têtes de bétail gros 
ei petit, vingt Ânes et trente chameaux; et ils prirent, à ce que je sais, plus de cent 

(') Le vers 8s«i est évidemment corrompu (le l«lin ne le traduit pas). Nous le restituons ici diaprés d'autres 
passages (voir Anur à la Table) : Qu9 adoncfu li venz d'Anur. 

(') La lacune doit sans doute être placée après le vers 8 9 53, et comprendre piutieurs vers : on y racontait que 
le marquis se relira à Sur auprès de sa femme, renonçant à la guerre (voir le latin). 



/i2â LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

quatre-vingts mécréants, hommes, femmes et enfants. Ils revinrent pleins de joie tout 
droit a Escalone. 

\ . S.'iof). Vous avez entendu ce que je vous ai raconté de la discorde qui régnait entre les 
V, iiii. barons. Le duc et le marquis mandèrent de Sur à tous les Français qui étaient dans 
l'ost à Escalone de venir aussitôt à Sur auprès du marquis et de se tenir tous à lui, 
si bien qu'ils s'engagèrent tous envers lui, à cause de l'hommage qu'il avait prêté au 
roi de France. Et ainsi on connut bien et on vit clairement toute l'affaire, toute la ma- 
nœuvre, toute la perfidie et la haine mortelle de ce félon marquis, et le serment qu'il 
avait échangé avec le roi de France quand celui-ci était parti. C'est à cause de cela 
que les Français se séparèrent alors du roi d'Angleterre, qui ne cherchait que le bien 
du pays, comme vous me l'entendrez raconter si vous voulez me prêter un peu d'at* 
tention. 

V. 83 J7. Le mardi de la semaine sainte, oii les gens font pénitence, le roi revint à l'ost '^^ triste 
V, xiT. et pensif, et le mercredi les barons de France se présentèrent à lui , lui demandant 
(le leur donner une escorte, comme il l'avait promis. 11 y consentit aussitôt; il leur 
donna pour les escorter de ses hommes, Poitevins, Angevins et Manceaux, et de ses 
barons de Normandie. Lui-même il les accompagna en pleurant, et, quand il s'arrêta, 
il les pria de rester avec lui à ses frais, et de ne pas se séparer des autres; mais ils 
ne consentirent jamais à rester. Et, quand il vit qu'il n'obtenait rien et quils nécou- 
taient pas sa prière, il revint à Escalone, et manda aussitôt h Acre, sans perdre un 
moment, à ses lieutenants qu'ils empêchassent les Français de s'y arrêter. 

V. 835.3. Ce fut le jeudi saint que le péché nous enleva ainsi les barons de France. Voilà Tosl 
V. x^. fort troublée, découragée et morne, et bien réduite, ayant perdu plus de sept cents 
chevaliers prisés d'armes, preux et forts, qui n avaient plus osé y rester. Que de gens 
vous auriez vus pleurer sur ces discordes! Quand les Sarrasins l'apprirent, sachez qu'ils 
s en réjouirent fort; et des témoins ont raconté que Salahadin fit aussitôt faire ses lettres 
et envoya dire à tous les émirs des pays qu'il avait conquis de revenir en Syrie, et que 
les Francs ne s'en empareraient pas, car il régnait entre eux de telles discordes, comme 
il l'avait appris, que par son sens et sa richesse, il pensait ravoir Sur et Acre. Ceux-ci 
obéirent à ses ordres, mais ils vinrent assez mollement. Cependant il en rassembla assez 
pour que, à mon aviS;, il y en eôt trop. 

V. 838 1. Le samedi de Pâques, m'a dit celui d'après lequel je le raconte, le sultan Salahadin 

V, lîi. était '-^^ à Jérusalem au Saint Sépulcre. Il y avait là bien des pauvres chrétiens 

liés et enchaînés, des Latins et des Syriens, qui pleuraient tendrement et demandaient 
à Dieu d'avoir pitié de la chrétienté tombée en détresse. Comme ils versaient ainsi leurs 
prières et leurs douces larmes, voici venir le feu du ciel, tout ainsi qu'il a accoutumé 

(» Il faut corriger le vers 83 a 9 ainsi : Revint li rn$ a Voit ariet^ 
î') Lacune d'un vers. 






AS& L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

vainquit Guiteclin et extermina les Saxons à Taide de maints vaillants hommes; quaad 
il mena son armée à Rome, après qu'Agoland, avec tous ses païens, fut arrivé par mer 
à Rise, dans la riche terre de Calabre; et à l'autre expédition d*outre-roer, quand la 
Syrie fut reconquise et Antioche assiégée^ dans les grandes guerres et les batailles li- 
vrées aux Turcs et aux mécréants dont on tua et vainquit tant, alors il n'y avait pas 
d'inlrigue ni do querelle: on ne se demandait pas qui était Normand ou Français., Poi- 
tevin ou Breton, Bourguignon ou Manceau, Anglais ou Flamand; il n'y avait point de 
méilisanres: on ne s*insultait pas l'un Tautre; aussi tous remportaient de Thonneur, et 
lous, de quelque couleur qu'ils fussent, étaient ap|>elés Francs. Si« par leurs péchés » 
la désunion se mettait entre eux, les princes les réconciliaient, et, comme les prinees 
étaient tous d'accord, les discordes duraient peu. Ceux de notre temps auraient dA faire 
de même, et se conduin* de façon à donner le bon exemple, au lieu de se déchirer 
sans cesse l'un fautre. 
\. 8Si«> Après Pâques, au moment du grand |>assage, arriva au roi Richard un message qui 
V. xxm, déconforia beaucoup YosL (/était le prieur de Hereford, un prieuré en Angleterre, qui 
était venu trouver le n>i en S\rie. H lui apporta des nouvelles qui n'étaient ni belles 
ni bonnes, et des lettres écrites et scellées en grande nécessité qui disaient qu*on avait 
fait {Wiriir des châteaux les gouverneurs qu*il avait établis en Angleterre, et qu'il y avait 
eu à cette occasion des gens tués dans le pays, et ct^la le prieur l'avait vu lui-même. 
La lettre disait eocort^ que son frère avait fait chasser d'Angleterre son chancelier et 
qu'il ne restait au roi, ni en |)alais ni en trésor, sauf dans les églises, rien que son 
frère nVAt fait saisir; et que, ne redoutant rien dans sa malice, il avait fait tant dVn- 
nuis et de vilenies an chancelier, bien qu^il fAt maître et seigneur, prêtre et évéqoe. 
qii*il s'était enfui en Normandie. ÏÀ il y avait encore pis, car il voulait trahir le 
n>i pendant qu*il était en son pèlerinage, et recevoir les serments de ses barons d'An- 
gletorr^, [et il avait tenté de $Vm|>arer des rentes du roi ^ ] qui venaient à réckiqiiier. 
t( Kt à cause de cela, sire, dit le prieur, je vous sup|4ie de revenir dans votre terre et de 
Kvoos venger de ceux qui vous ont fait tant de tort, ou ils fefft>nt eneorv pis, et vous 
«nVntnMrei pas sans livrer bataille dans votre royaume, qu'ils pillenL v Seigneurs, ne 
vous émeneillei pas si le roi, qui s'était donné tant de peine pour Dieu dans une 
terre lointaine et \ avait tant souffert, fut tn>ublé da is son cœur; car la crainte de 
per\lr\^ son rang trouble et déconcerte tout homme d'honneur. La nouvelle se« répandit : 
je ne croîs i^as qu^on ait jamais vu nulle part des gens plus tristes et plus abnltus 
pour le dé|^rt dTun homme; car si le roi était parti, ils auraient été en trop maurûse 
Situation, tous dispenaés et en di^iacrord: jamais on n aurait pu acconier ceux de Sur 
^« xiM et c^uv d'Escalone* Le lendemain, ver» midi, le r\n a^ssembla ses barons et dit devant eux 



L'flISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 



AS5 



lous qu'il avait reçu des nouvelles d'Angleterre; qu'on voulait lui enlever son royaume; 
qu'on avait dépose! le chancelier établi par lui qui le lui gardait et gouvernait, et qu'il 
était obligé d'y aller. Il ajouta que, s'il arrivait qu'il fût obligé de jiartir, il laisserait 
en Syrie trous cents chevaliers d'élite et deux oiille sergents preux et vaillants, le tout 
è ses frais. Enfin il dit qu'il désirait savoir, et qu'il les priait de répondre là dessus , qui 
voudrait s'en venir avec lui. Il leur laissa le choix on de partir on de rester, car il ne 
voulait contraindre personne. 

Les hauts hommes qui étaient là réunis délibérèrent sur la question que le roi 
Ifur soumettait. Ils étaient lous en peine de savoir ce qu'ils devaient dire et faire. Enfin , 
considérant qu'il n'y avait pas dans le royaume de chef suprême, mais qu'il était par- 
tagé entre deux; que le roi Gui ne pouvait venir à bout d'occuper sa part et que le 
marquis, quelque assurance qu'on lui donnât, ne voulait pas revenir dans l'ost et 
restait avec les Français, .si bien que tout était en discorde: ayant pensé à tout cela, 
ils revinrent trouver le roi et lui dirent, sans rien celer, que, s'il n'établissait pas dans 
le royaume un chef qui s'entendtt à la guerre et auquel tous, de quelque côté qu'ils 
vinssent, se ralliassent, ils s'en iraient tous avec lui l't abandoiineraiint le [lays. Et le 
roi, pensant partir aussitât, leur demanda sur-le-champ duquel des rois, du roi Gui ou ' 
du marquis, ils voulaient, et duquel ils ne voulaient pas. Tous ceux auxquels il avait 
adressé cette demande s'agenouillèrent devant lui, grands, moyens et petits, et le sup- ■ 
plièrent d'établir pour roi le marquis, cor c'était le plus capable el le plus utile eu 
royaume. Quand le roi vit qu'ils le voulaient tous el que personne ne s'y opposait, il 
bl'imn plus d'un qui était là et qui lui avait dit du mal du marquis. Tout le monde fai- 
sant la même demande, il s'y accorda, et il voulut bien que de hauts hommes allassent 
le chercher pour le ramener joyeusement, qu'd revînt avec les Français et que tout le 
monde filt d'accord, 

(iette élection ne fut pas une petite atfaire. Tous, les fous et les sages, la voulurent. 
Les messagers se disposèrent à partir; le premier était le comte Henri de Champagne, 
avec lui monseigneur Oton de Trasignies (c'étaient des gens de haut lignage) , et aussi 
Guillaume de Caieu. Ils s'armèrent et allèrent porter leur message au (uarquis. et le 
réconforter par de bonnes nouvelles, faites pour plaire à lui et aux Fran^rais qui étaient 
i\ Sur. Ils montèrent à cheval et partirent, et vous allez entendre conunent les choses 
se passèrent quand ils arrivèn'nt. 

C'est une vérité certaine que, quand les barons de* Fjance furunl allés rejoindre le 
marquis, le roi Richard le ht requérir plusieurs fois , comme nous l'avons vu et comme 
nous l'avons dit. de venir à l'ost avec les autres, pour aider à reconquérir la sainte 
terre: et il n'y voulut jamais venir, méritant ainsi qu'il lui arrivât malheur. Ecoutez ce 
qu'il avait dans l'idée et le tort ([u'ii voulait faire à Dieu : contrairement tt l'honneur 
de la couronne royale et à l'ost d'Ëscatone, il avait fait et juré la paîk avec SalahaJin . 



^i6 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

lai promettant cTaller le trouver et de tenir de lui la uioihé de Jérusalem. U avait 
déjà avance celte vilaine affaire, comme on le sut : il devait avoir Barut, Saette et le 
pays environnant, et avec cela la moitié du royaume. Salahadin était d*accord pour faire 
c«^tte paii: mai< Témir Safadin ne voulut jamais y consentir. On nous raconta plus tard 
qu'il dit au Soudan son frère : ce Sire, ne plaise à Dieu que vous fassiez jamais une paix 
-a^i»'? les chrétiens, quelque proposition que vous receviez, en dehors du roi d'Angle- 
- terre, qui est le meilleur de tous les chrétiens. Je ne vous le conseille pas, et je n*y 
-? consens pas.^ Ainsi Taffaire en resta là: mais on s'informa et on le sut partout, car 
Etienne de Toumehan se trouvait à Jérusalem en message auprès du soudan quand 
vinrent les messagers du marquis, dont on a bien ret*'nu les noms : c^étaient Baliân 
d*lbelin. plus félon qu*un diabi»'. et Reniud de^ Saette; ils venaient chercher el solli-» 
citer cette paii sale et honteuse: ils auraient mérité qu'on lâchât sur eux d«^s chiens. 

^. ?7t^. Les messagers du roi Richard, dont nous avons parlé et que nous vîmes partir pour 
^ »x» leur message, suivirent la roule qu'ils s'étaient tracée et arrivèrent promptement a 
Sur. Ds descendirent de cb*'val, allèrent droit au manpis pour lui dire ^ ce qu'ils lui 
voulaient. Ils le saluèrent courtoisement, et lui et ceui qui étaient avec lui les sa- 
luèrent avec des éclats de rire. Alors le comte Henri prit la pantle et dit de bonn«* vo- 
lonté : T Seigneur marquis, le roi et l'ost chrétienne d'Escalone vous ont décerné la 
'Couronne et le royaume de Syrie. Venez avec votre armée et conquérez hra\ement 
"votre ro%aume. "* L'histoire dit qu*il eut telle joie dans son cœur que devant tous lés 
barons, levant ses deux mains vers le ciel, il dit ces |)aroles. dont le souvenir attrista 
plus tard beaucoup de gens : r. Beau sire Dieu qui m*as fait [et m'as mis Tâme dans le 
7 corps *]. toi qui es roi véritable et bon. comme tu sais, Seigneur, que je suis digne 
^de bien gouverner ton ro\aume. fais que je m'en voie couronné: et si tu ne me sais 
•:pas tel. Seigneur, n'y consens jamais. - 

v. ^7 17. La nouvelle fut connue et se répandit par la ville que le marquis serait rui et que 
toute l'ost le demandait. N'oilâ une joie merveilleuse, tous les gens en liesse et en grande 
presse de se prépart»r, eux et leurs bagages, d'emprunter de l'or et de l'argent |H>ur 
leurs dépenses, chacun se pounoyant de son mieux. De tous cotés, on voyait saisir les 
armures, revernir les heaumes et les chapeaui de fer; les écuyers fourbissaient les belles 
épées et roulaient les hauberts; les chevaliers et les sergents prenaient déjà des |koses 
de combat pour frapper sur les ennemis. Il y avait là des gens de haute vab'ur. si Dit^u. 
qui les connaissait mieux que nous, leur avait donné siui s^Nrours. Entin tout 1*^ iiRinde 
était en joie. Il est bon et juste qu'on apprenne et qu'on sache qu'on ne dt'vnùt jamais 
trop se réjouir d'une joie ni trop s<* douloir d'un deuil. Tous étaient en bon \ouloir et 
T. nn. en bonne dis^HK^ition; le comte Henri et les barons qui avaient fait le message était^nt 

t*- Au TVTS $7«i il faiil mu» doul« «Itnr «u Imhi à^Àvft 
^^ Suppléa iTapr^ W ItlÎQ. 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. «7 

ailes emprunter de l'argent à Acre, où ils se préparaient et se disposaient déjà à aller 
rejoindre Tost, et voici en toute vérité l'aventure qui arriva à Sur. Le marquis avait 
dîné chez l'évêque de Beauvais, en grande aise et en grande joie; il avait pris congé 
de lui et s'en revenait. Il était arrivé devant le change : écoutez comme en un moment 
la joie se tourne en tristesse. Comme il s'avançait gaiement, deux garçons court vêtus 
et sans manteau, qui portaient chacun un couteau, s'en vinrent en courant droit sur 
lui et le frappèrent en plein corps, si bien qu'il tomba. De ces deux meurtriers, qui 
étaient des hommes du Hausasis, l'un fut aussitôt tué; l'autre s'enfuit dans une église, 
mais cela ne lui servit de rien : on l'en arracha et on le tratna par la ville jusqu'à ce 
qu'il fût mort. Mais avant qu'il mourût ceux qui étaient là lui demandèrent pourquoi 
ils avaient fait cela, ce que le marquis leur avait fait et qui les avait envoyés. Il dit, le 
traître, et on le sut depuis sûrement, que pour faire le coup ils avaient longtemps ha- 
bité près du marquis (mais ils avaient été empêchés de le tuer jusqu'à ce jour qui fit 
couler tant de larmes) et qu'ils avaient été envoyés par le Vieux de Mouse,qui haïssait 
le marquis. Or il fait tuer tous ceux qui encourent sa haine, de la manière que vous 
allez entendre, si vous voulez bien écouter. 

Le Vieux de Mouse a celte coutume, et elle se transmet d'hoir en hoir, qu'il fait V,88i(j. 
élever dans son palais beaucoup d'enfants jusqu'à ce qu'ils aient de la raison, de l'in- 
struction et de l'éducation. Ils apprennent à se conduire et vivent avec de nobles et 
sages gens, tant qu'ils savent les langages de tous les pays du monde. Et ils ont une 
foi si sombre et si cruelle que, d'après les leçons qu'ils ont reçues, quand le Vieux 
de Mouse les fait venir devant lui et leur ordonne, pour prix de la rémission de leurs 
péchés et de son amitié, d'aller tuer quelque grand seigneur, ils regardent cela comme 
unebonneœuvre. On leur donne de grands couteaux beaux et bien fourbis; ils s'en vont, 
guettent celui qu'on leur a désigné, se familiarisent ^^^ avec lui et entrent à son service, 
ayant la langue bien affilée, jusqu'à ce qu'ils lui aient donné la mort. Ils croient ainsi avoir 
mérité le paradis, ce qui certainement ne peut être. Tels étaient, seigneurs, les deux 
hommes dont nous vous avons parlé, qui tuèrent ainsi le marquis. Ses gens le prirent 
tout doucement entre leurs bras, le relevèrent de la place où il avait été blessé et l'em- 
portèrent chez lui. Tout le peuple y accourut, menant grand deuil. II vécut encore un 
peu, puis mourut. Mais auparavant il avait pu se confesser, et dire en secret à la mar- 
quise sa femme, dont il voyait les yeux mouillés de larmes, qu'elle pensât à bien 
garder Sur, et qu'elle ne rendit la ville qu'au roi d'Angleterre en personne ou au roi 
légitime du pays. Le voilà mort; on l'enterra, et le deuil fut grand des clercs et des 
laïques. On l'enterra à l'Hôpital; là recommença un deuil si grand qu'on n'en avait 
jamais vu de plus grand: mais Dieu l'avait voulu ainsi. Voilà la nouvelle répandue; 

^'l Mol suppléé. 



'j!28 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE, 

voilà la grande joie détruite, après atoir si peu duré, dans ce pays qui lui avait donné 
sa foi et qu'il abandonnait sit6t. Voilà une terre toute troublée, et si pleine de deoil el 
de chagrin que personne ne saurait le raconter. 

V. 887^. Ecoutez comment le diable travaille, et comment son travail réussit et multiplie 
V, iiTP. pour le mal, et comment alors il le multiplia et Tétendit tout au long, au moyen d*ane 
parole qui fut dite par de maudits envieux, qui auraient mérité d*étre chassés, qui 
haïssaient le preux roi Richard et dénigraient toutes ses actions. Ceux-là dirent que le 
roi Richard avait recherché et machiné à prix d'argent la mort du marquis, el ils firent 
dire au roi de France qu'il pouvait avoir grand'peur, et qu'il se gardât bien des Han* 
sasis, car ils avaient tué le marquis, et le roi d^Angleterre en avait envoyé quatre en 
France, le doux pays, pour le tuer, lui. Dieu ! que c'est une chose horrible à dire, et 
quelle vilaine action firent ceux qui envoyèrent ce message, à cause duquel tant de 
gens furent plus tard malheureux et tourmentés! Car c'est à cause de cette méchanceté 
que, par la suite, le roi Richard fut fait prisonnier par trahison, et à cause de Tenvie 
excitée par les prouesses qu'il avait faites en Syrie. 

v. 8909. Quand le marquis fut enterré, qu'on eut mené le deuil et qu'on lui eut rendu les 
V, xum. derniers devoirs, les barons français se trouvaient dans leurs tentes, hors de la ville; ils 
étaient plus de dix mille, tant grands que petits. Les principaux délibérèrent ensemble 
et firent dire à la marquise qu'elle leur rendit la ville sans contestation, et qu'ils la 
prendraient en garde pour le roi de France. Elle répondit sans hésiter que quand le 
roi de France reviendrait, elle la lui rendrait très volontiers, si auparavant il n'y avait 
pas un autre seigneur élu dans le pays. Ils s'en courroucèrent, et, pendant qu'ils se dis- 
putaient ainsi avec elle et cherchaient à s'emparer de Sur, le bon comte Henri vint 
dans la ville et descendit de cheval. Et celui de qui je tiens la chose dit que, dès 
qu'on le vit, on n'attendit pas d'autre terme et on l'élut roi, comme Dieu l'avait décidé. 
Les gens vinrent à lui et le prirent et lui demandèrent instamment de recevoir la 
seigneurie et le royaume de Syrie, et d'épouser la marquise, qui était restée veuve et 
héritière du royaume. Il répondit aussitôt, sans demander plus de temps, que, puisque 
Dieu l'avait appelé et quSis l'avaient choisi pour gouverner le pays, il voulait avoir Tap- 
probation de son oncle le roi d'Angleterre, et il lui envoya demander sa volonté et son 
sentiment sur l'élection faite par les barons. 

V. 8951. Ce fut en mai, quand les fleurs et les feuilles se renouvellent, que le roi Richard 
V. xiix. reçut la nouvelle de ce qui était arrivé au marquis, comme nous l'avons raconté. 
Le roi était alors dans les plaines de Rames, occupé dans la berruie à poursuivre des 
Sarrasins qui fuyaient devant lui, comme devant celui qu'ils craignaient par-dessus 
tout, car, depuis la création, jamais un homme n'a fait telle guerre aux Turcs et n*en 
a tué tant à lui seul; bien souvent, après des courses faites contre eux, il rapportait à 
l'ost des têtes de Sarrasins, dix, douxQ, vingt ou trente, comme si c'eût été du gibier, 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &29 

et causait ainsi beaucoup de chagrin aux infidèles. D'autres fois, quand il le voulait, 
il en ramenait de vivants. Bref jamais, par un seul homme, il n'est mort tanl de mé- 
créants. 

Voici venir les messagers, cherchant le roi. Ils le trouvèrent, le saluèrent de la part v. 8973. 
du comte, et lui racontèrent l'aventure du marquis et comment le peuple lui avait v, ix^r. 

demandé d'être seigneur du pays ^^\ car petits et grands l'avaient élu et voulaient 

lui faire prendre pour femme la marquise; mais le comte ne voulait rien faire contre 
la volonté du roi et l'intérêt de la chrétienté. 

Le roi fut longtemps pensif en apprenant ces nouvelles, la grande mésaventure et la v. K987. 
triste mort du mirquis; mais il eut une grande joie de voir que le peuple désirait si 
ardemment faire à son neveu un tel honneur. Il répondit aux messagers : « Seigneurs ser- 
«gents, je désire beaucoup qu'il soit roi, s'il platt à Dieu, quand la terre sera conquise; 
«mais qu'il n'épouse pas la marquise, celte femme que le marquis enleva à son époux 
«légitime et mit dans son lit contre Dieu et contre la raison. Après une telle conduite, 
tcs'il m'en croit, il ne l'épousera jamais; mais qu'il prenne la seigneurie [et le royaume 
ce de Syrie ^^)], et je lui donne Acre en toute propriété, avec les rentes du port, et Sur 
«et JaiTe et l'autorité sur tout le pays conquis; je consens ce qu'il garde tout. Dites-lui 
(t qu'il vienne à l'ost et qu'il amène avec lui les Français le plus tôt qu'il pourra; car je 
«veux enlever le Daron aux Turcs, s'ils osent m'y attendre, )» Les messagers retinrent v, xuv. 
ce que le roi leur avait dit et, ayant pris congé, partirent sans plus de délai. Ils re- 
vinrent à Sur auprès du comte, et lui redirent ce dont le roi les avait chargés. Que vous 
dirai-je ? La joie fut grande à Sur pour le comte quand les messagers furent revenus. 
Vous auriez vu là le grand empressement autour de lui des hauts hommes qui y étaient, 
lui demandant tous de prendre la marquise pour femme. Malgré ce qu'ils lui disaient, 
il n'osait le faire contre l'avis du roi d'Angleterre; mais c^était elle qui était l'héritière 
du royaume et le comte la convoitait fort. On mena si bien la chose que la marquise 
en personne, quoiqu'on l'en eût beaucoup dissuadée, alla remettre au comte les clefs de 
la ville. Les Français ne perdent pas un moment : ils envoient chercher le prêtre, et ils 
lui font épouser la dame, et, par mon âme, j'en aurais fait autant, car elle était tro|) 
beHa et gente; aussi je crois, si Dieu me protège, que le comte fut bien vite disposé à 
l'épouser. Voilà les noces et une joie telle que je ne crois pas que dans toute ma vie j'en 
voie ou en entende de pareille; voilà une affaire réglée sans envie, sans dispute et sans 
fraude; voilà le pays en bon état et en bonne espérance avec le comte de Champagne, 
qui était neveu du roi de France et du preux roi d'Angleterre. Le comte envoya dans 
tout le pays, à Acre, à Jaffe et ailleurs, prendre possession des châteaux et des tours, 

^*) Lacune d*im vers peu important. 
i^ Vers n^iiléé. 



VîO L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

ot se faire prtMer hommago. Puis il fit convoquer son ost, et tous les barons furent 
invil^^ à aller prendre le Daron. * 

\. 9x»ii:v Quand le comte eut fait ses noces et réuni tous ses gens, il voulut, sur l'avis de ses 
>• ixx barons et des Français de son lignage, mener tous ses gens à Acre poursV harnacher, 
>'* ts|uiper et acheter des provisions pour les honmies et les chevaux avant d aller vers 
Kscalone. Il laissai à Sur de bonnes gardes, charjjées de veiller sur la cité et sur le pays 
pour que les ennemis i\\ entrassent pas. Le comte emmena avec lui sa femme, plus 
blanche qu^une perle. L*ost partie de Sur, la nouvelle se répandit à Acre que le comte 
arrivait, (.hacun était si heureux de l'avoir pour roi qu'on calmait à grand'peine la 
joie qu'ils menaient nuit et jour. Aussi vous auriez vu là une belle réception, les pro- 
cessions réunies, les rues tendues de courlines. aux fenêtres et devant les maisons les 
«*ncens4^irs pleins d'encens. Tous les gens de la ville, près de soixante mille ou plus, 
sonireni d'Acre tout armés et allèrent h sa rencontre jusqu'à ce qu'ils l'eussent vu, 
montrant ainsi qu'ils se donnaient à lui et qu'ils le tenaient pour leur seigneur légi- 
time. Les clen*s le menèriMil à l'église, lui apportèrent les reliques et lui firent baiser 
la sainte croix, et il remit son offrande avec beaucoup de gens. Ils l'escortèrent jus- 
qu'au |uilais. ou ils le logèrent. Le comte eut là un gite magnifique : je voudrais en 
a\oir toujours un pareil. 
\, cjuvi. Quand le comte fut en possession de Sur, d'Acre, de Jaffe et d'Arsur, le roi Gui se 
\. tw.t. trouva sans royaume, après avoir re^u tant de coups et avoir tant souffert pour l'ac- 
quérir. Il se voit maintenant tout dépounu, après avoir essuyé tant d'injures et de si 
grandes infortunes, et cela non pas seulement pour ses péchés, car aucun roi n'eut de 
meilleures qualités. Il n'avait qu'un défaut, c'était de ne pas connaître le mal, ce que 
l'on ap^H^lle simplicité. Cétail lui qui avait vaillamment assit^jé la cité d'Acre après que 
h>s Sarrasins l'eurent prise. Avant le moment dont je vous parle, les Templiers avaient 
acheté l'Ile de ^'}pre au roi Kichanl, qui l'avait conquise: mais, depuis, ce marché fut 
défait « et plus tanl le roi Gui en fut fait empereur et seigneur, ce qui lui fut un grand 
adoucissement. 
^ 9<^:* A l'époque où le man]uis fut assassiné à Sur, et depuis et avant, comme nous le 
\ v\x^v., \{nu*s plusieurs fois, venaient au n>i d'Angleterre des messagers qui le tourmentaient 
fort, car les uns l'inquiétaient et les autres le rassuraient. L'un lui disait de revenir^ 
i',uitre de n^tcr au senice de Dieu; chacun parlait à sa façon. L'un lui disait que son 
nnauiue était tranquille et sans guerre: Tautrv lui affirmait qu'il était complètement 
tri>ublé, si bien que« ce que lui disaient les uns, les autres le contredisaient. Il ne 
faut donc |Kis s'étonner s'il ne savait quel parti prendra' et s*il était en grande inquiétude 
à caust^ du retour du rxn de France, car on dit communément que rvqui a mauvais 
voisin a mauvais matin *'. 
\.<it.%i. Pendant que les Français^ dont je vous ai |^rlé tout à l'heure^ étaient à Acre* 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 'Vi\ 

s'éijuipaient et se barnachaient pour la guerre et pour aller au siège du Daruti, ainsi ^ 
i|ue le comle Henri, le roi, qui ne voulait pas tant attendre, sortit d'Escalone, au nom 
de Dieu. Il Ht charger ses pierrières et les fil mener au Daron par mer; il fît armer ses 
hommes et prit des sergents à sa solde , qu'il donnait richement. Il lit mettre dans tous 
les châteaux des environs des gens auxquels il recommanda de les surveiller et de 
veiller la nuit pour empêcher les caravanes de passer et les Turcs de se retirer au 
Daron, comme ils en avaient l'habitude, ce qui leur avait permis de nous Faire beau- 
coup dâ mal. Li' vaillant roi Hichard monta à cheval et, accompagm^ seulement des 
jrens de sa propre terre, il arriva au Daron un dimanche. tJne fois là, lui et les siens, 
ils se trouvèrent en si petit nombre qu'ils ne savaient comment s'y prendre pour l'at- 
taque, car, s'ils sYtaient répandus tout autour et que les Turcs eussent fait une sortie, 
ou que leur camp eât éié attaqué , ils n'auraient pas pu résister et auraient été ceriaine- 

ment défaits. Aussi se porlèrent-ils tous d'un côté "' 

et ils (les Turcs) firent tant en harcelant les nôtres qu'ils entrèrent tous dans le châ- 
teau, mirent leurs défenses en état avec beaucoup de peine et de soin et barrèrent soli- 
dement la porte, dans laquelle ils avaient grande confiance. 

Quand les Turcs eurent fermé leur porte et furent établis dans le château , voici venir V. yi g6. 
nos pierrières, descendues des navires'"^'. On les débarqua par morceaui, et le preun 
roi d'Angleterre en personne, lui et ses compagnons, portèrent sur leurs épaules, 
nous le vîmes, les bois des pierrières, tous à pied, le visage couvert de sueur, près 
d'une lieue par le sable, chargés comme chevaux ou juments. Enfin voilà les pier- 
rières dressées et remises aux connétables. Le roi en commandait une. qui donna 
l'assaut à la grande tour; les Normands, gens courageux, avaient la leur pour eux. et 
les Poitevins, tous ensemble, en avaient une. Toutes les trois lançaient des pierres 
contre le château; les Turcs en prirent grand'peur, bien qu'ils dussent .se fier h la 
force du cbâteau et à l'abondance de leurs provisions. Mais le roi faisait attaquer nuit 
et jour sans arrêter, et il leur donnait tant de peiav qu'ils ne savaient plus oi!i ils en 
étaient. Il y avait dans le Daron dix-sept que tours que tourelles, belles et fortes; i) y 
avait une grande tour qui dominait les autres et qui était plus solide. Tout autour, il y 
avait un fossé profond, qui d'un c6té était pavé, tandis que de l'autre c'était le roc 
vif: mais la peur troublait les Turcs, qui voyaient qu'ils ne pouvaient fuir. Le roi 
Richard fit creuser sous terre très subtilement, si bien i{u'on arriva jusqu'au pavé et 
que. par force, on le brisa. Ensuite ils creusèrent le mur'*', jetant derrière eux la 
terre. Les pierrières lançaient toujours contre les Turcs; elles lear brisèrent un man- 



i'' Ia lacua<>, d'iprèe le Utin. doit être d'tu i 

oprèi un« ewarmoucbe, renlrenl dsni le cMl«aa. 

'*' Il faut InLervertir lea vers 9197 et gig8. 

I*' Lt mur EtI ijotilé dans le lette d'aprèt le ti 



; le poÉle y rKonUÏI l« «ortie de« Tiin 



m 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 




goaneau fju'ils avaient dresst! sur la maîtresse lour, ce qui les décourageu beaucuup. 
Voilà un cbàteau attaqué de bien des manières. Le.s Turcs se (l(ffend<ii(>nt aux cri^nf^aui 
et aux meurtrièrRB et frajipaivnt nos gens au visage, car leurs dards plouvaient dru: 
mais dèa (qu'ils bougeaiiint, nos arbalétriers, qui les guettaient à diicauvert. tiraient 
sur euv"', et ils en frap|)Bioiit et bleKti:nciil tant qu'ils osaient à peine se r«muer ol qu'ils 
n'étaient pas à leur aîse. Bientôt la porto fut fendue ol brûlée par le feu et abattue par 
la grande pierrière du roi. Afora iU furoat vigoureusement attaqués, mis en désordre 
et mal m point, car on leur donnait tant de peine nuit et jour qu'ils en perdaient tous 
le courage. 

Le roi Ricbard et les siens assiégeaient ainsi le Daron; pendant trois jours, nuit et 
jour sans arrêter, ils continuèrent l'attaque. Le qualrième jour, qui était un vendredi . 
los Turcs virent qu'ils ne pouvaient plus résister ni endurer les grands assauts qui les 
décourageaient, quo beaucoup de blessés gisaient par le château, qu'on les atlnquail 
sur terre et par dessous terre, el que le roi était sur le point de les prendre. Alors, 
sans attendre davantage, ils songèrent à leur salut, et firent dire au roi Richard , par 
trois .Sarrasins, qu'ils se rendraient à telles conditions qu'ils s'en iraient la vie sauve 
avec leurs femmes el leurs gens. Le roi leur dit de se taire, et de ee défendre s'ils pou- 
vaient. Le« voiià rentrés dans le château. A ce moment, la grande pierrière atteignit Pt 
heurta une tourelle, ce qui empira beaucoup ieurafr.iirc, si bien qu'elle tomba sur'^' la 
maitresse tour : Dieu le voufut et rela arriva ainsi : elle était toute minée par dessous, 
et leurs gens s'étaient enfuis. Nos gens s'élancèrent de tous c&tés, s'armèrent, et los 
attaquèrent: el les Turcs se retirèrent tous ensemble, ou peu s'en faut, dans la maî- 
tresse tour. Mais ils firent là une grande malice: ils coupèrent les jarrets de leurs 
chevaux pour que les chrétiens no pussent les prendre ut s'en servir. Les eôtres mon- 
tèrent dans le château, et voici ceux qui y entrèrent d'abord : le premier fut Seguin 
Barré, et un écuyer appelé Ëspiard n'était pas loin de .Seguin; le troisième fut Piern; 
le Gascon, et il dut y en avuir d'autres dont je n'ai pas pu savoir les noms. Puis y 
entrèrent les bannières de toutes sortes : la première fut celle d'Etienne de Longcharap . 
qui n'était pas entière, mais était dépecée fortement; après celle-là y fui dressée u^e 
du comte de Leicestre; sur le mur à droite fut mise celle d'André de Chavigni, el. à 
côlé d'elle, fut plantée celle de monseigneur Hainiond, fils du Prince; ceux de Gén«£ 
et df Pise eu avaient aussi de plusieurs sortes. On dressait nos bannières sur les 
murs el oo jetait bas les leurs; vous eurteît vu là égorger les Turcs et les renver.-^er du 
haut des remparts, les attraper et les retenir, les frapper et les tuer, si bien que. dans 

"' C«p4uage(¥. g9&o-g«&i)«st altéré; an ua voit pai à i)Hi urapporlebl letDwU: U grloii"l lur ki (fn'gvi; 
ccln duil l'appliquer aui Turta (car il s'a^t sang doul? des (arg«a à l'abri desquellea l«a awagaanb alts[|uaia»l 
la murailie). mais ne va pas avec le conleile. 

"* Il faiil lire an \er» 9991 çb'w on lieu df qiu. 



1 



L'HISTOIRE DB LA OUBltRE SAINTE. 43» 

le château, c'est la v^rit^, on en trouva soixante de morte : cV'taienl ceux qui avaient 
manqué la grand» tour, qui n'avaient pas pu s'y réfugier à temps. 

Les Sarrasins t'taient dans la maltrosse tour; ils regardaieat autour d'eux. Us virent 
leur chàleau pris, ieuTN compagnons saisis et tués, et ils virent qu'un disposait déjà 
et qu'on apprêtait tes tflrgcs contre la tour, pur entamer la muraille par dessous 
pendant qu'eux étaient au-dessus et que IVmir qui devait les secourir, Sar- 
rasin très renommé qui s'appelait Caïsac, ioi laissait h l'abandon. Qu^nd ils virent 
rlairement qu'ils ne seraient pas secourus, ils se rendirent au vni Bicbard le vaillant, 
sans condition, comme captifs et esclaves, pris, vaincus et abattus. Il y avait bien là 
quarante cbrëtiens, retenus et liés, qui eurent [ainsi] la vie ttsuviïe et garantie. Le roi 
fît garder et surveiller ces Turcs dans la four toute la nuit du vendredi , et le samedi 
matin, veille de Pentecôte, b liaule fête, il les lit tous descendre du château et, sans 
plus attendre, il les arrangea de telle sorte qu'il leur Ht lier les inaias derrière le dos 
si l'iroitenieni qu'ils on poussaient de grands cris. Ainsi fut pris le Duron, au grand 
honneur de ceux qui le prirent, qui auraient été bien fâchés et courroucés s'iU ne 
i'nvaiont pas pris avant l'arrivée des Français. 

Voici venir éperonnant, avec le comte Henri, les Français, qui croyaient bien y arriver 
à temps; mais ils venaient trop tard. Le roi alla avec les siens à la rencontre du 
comte son neveu. Que vous dirai-jeî Ils se tirent grande fête, et le roi, en présence 
de tous, donna le Daron au comte et l'étrenmi de sa conquête. Mous nous roposàmus 
là le jour delà Pentecôte; le lundi, nous nous dirigeâmes versËscalone, et, en passant 
par Gadres, nous arrivâmes droit à Furbie. Le roi et les siens y passèrent la nuit, el 
les autres poussèrent jusqu'^ Kscalone, où les Français menèrent grande fêle. 

Un peu après, à Furbie, vint QU roi d'Angleterre un espion qui était allé épier les 
Sarrasins du c6té du Figuier. Il dit qu'il savait certainement qu'il y en avait, au 
Figuier, mille ou plus, avec Caïsar, qui mettaient le château en état de défense contre 
les chrétiens. Sans plus attendre, le preux roi monta ^ cheval avec tous les siens. lis 
couchèrent cette nuil-U h la (^annsie des Elourneaux. Le lendemain, par une belle 
matinée, ils partirent au soleil levant et arrivèrent jusque devant le Figuier, que les 
Turcs devaient défendre contre eux; mais ils ne le défendirent pas : on n'y trouva que 
deux Turcs, qu'on emmena; les autres, avant de partir, avaient abattu et fendu les 
jtorles avec le feu grégeois et étaient partis au plus vile, abandonnant le cbàleau. en 
apprenant l'arrivée des chrétiens; car ils s'étaient rappelé le Duron, dont ils avaient 
eu des nouvelles : ils savaient qu'il était pris et que leurs gens étaient perdus. C'est 
pourquoi ils abandonnèrent le château, el nos gi-ns, arrivée devant, le trouvèrent 
sans garde. Ils montèrent sur les collines avoisinantes pour voir s'ils trouveraient 
quelques Turcs à attaqo<T; mais comme îls n'en trouvèrent pas, ils rentrèrent mt 
gîte et revinrent toat droit à la Cannaie des Ëtourneaux. 



484 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

Y. 9^33. L'osi campait à la Cannaie, si je suis })ien informé, après être revenue du Figuier. 
V, xLii. LÀ, dit celui qui raconte l'histoire, vint au roi un messager, habitant de son pays: 
c'était un clerc, Jean d'Alençon. Il dit au roi que toute l'Angleterre était en discorde, 
en trouble et en guerre, à cause de ses barons et de son frère, qui ne voulait, quoique 
lui dtt la reine sa mère, faire que sa volonté, et que les affaires prenaient une si 
mauvaise tournure, grâce au roi de France qui envoyait en Angleterre des messagers 
au frère de Richard pour le détourner de la bonne voie et l'allier avec lui , qu'il osait bien 
affirmer que, s'il ne s'en revenait pas promptement, sa terre serait bientôt enlevée à 
ceux à qui il l'avait confiée; et c'est bien ce qu'il trouva quand il revint : encore au- 
jourd'hui, on voit les maux qui en sont provenus, particulièrement dans la Normandie, 
qui en a été appauvrie et ravagée. Quand lé roi entendit ces nouvelles, qui n'étaient 
ni belles ni bonnes, il fut pensif, morne et abattu, et il se dit à lui-même : ccSi tu ne 
((retournes pas maintenant, vraiment, tu as perdu ta terre, y) Le voilà tout éperdu dans 
ses pensées. Enfin, il dit résolument qu'il allait partir pour tout de Son. Quand nos 
gens l'entendirent, sachez qu'ils ne s'en réjouirent pas. Les uns, dans l'ost, savaient 
ces nouvelles; les autres ne les connaissaient pas. L'un disait : cdl s'en ira. )) L'autre 
disait : «Il ne le fera pas. t? Ses ennemis le souhaitaient beaucoup, mais ses amis ne le 
voulaient pas, car son honneur aurait été fort abaissé s'il avait quitté la terre autre- 
ment qu'il ne le devait, et s'il ne lui avait plus fait de bien. 

V. 9681. Pendant qu'ils étaient là, tpus les barons s'assemblèrent. Français, Normands, 
V, luii. Poitevins, Anglais, Angevins et Manceaux. Ils délibérèrent sur ce qu'ils devaient fairç. 
Enfin ils dirent tous que, quoi que fit le roi Richard, où qu'il allât et quoi qu'il dit, 
ils iraient tous ensemble à Jérusalem. Je ne sais qui s'échappa du conseil, vint aux 
gens de l'ost et leur raconta que, dans cette délibération, les hauts hommes et les 
comtes avaient tous dit qu'on assiégerait Jérusalem. Voilà dans l'ost une grande joie 
chez les grands et chez les petits, une telle espérance, une telle allégresse, un tel 
allégement et une telle gloire qu'il n'y avait personne, grand ou petit, jeune ou vieux, 
qui ne menât une joie désordonnée, excepté seulement le roi. Il ne se réjouit point; 
au contraire, il se coucha tout affligé des nouvelles qu'il avait apprises. Quant aux 
gens de l'ost, ils étaient tellement en liesse qu'ils se mirent à danser et ne se cou- 
chèrent qu'après minuit. 

V. 9509. En juin, quand le soleil à son lever détruit la rosée, quand tout se réjouit dans le 
Y, iLiT. monde, l'ost, quittant la Cannaie, se mit en marche et descendit par les plaines vers 
Ibelin de l'Hôpital, à côté d'Hébron, qui est près de la vallée oii naquit sainte Anne, la 
mère de la vierge sainte qui fut mère et servante de Dieu. Là je vis l'ost tout en 
liesse pour l'engagement qu'on avait pris d'aller vers Jérusalem et de l'assiéger; mais 
bien des gens, pauvres et riches, la désiraient ardemment qui n'y entrèrent jamais. 
Ecoutez ce qui leur arriva là, un étrange martyre et une dure persécution. Il vint dans 



L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. /i35 

l'osl des moucherons, ce que nous appelons des ctncenelles, qui étaient petits et menus 
comme des étincelles. Ils étaient dans le pays, et quand ils rencontrèrent l'ost (ainsi 
m'aide saint Gélerin), ils mordaient les pèlerins aux mains, au cou, à la face, au front 
et à la gorge, si bien qu'il n'y avait pas un espace de la largeur de la main où il n'y 
eAt partout de petites bosses causées par la morsure de ces moucherons. Chacun, 
vieillard ou jeune homme, ressemblait à un lépreux, et il leur fallut se faire des 
masques pour couvrir leur cou et leur visage. Ils souffrirent là cette peine; mais ils se 
réconfortaient toujours par la pensée de ce qu'ils avaient entrepris et par l'espérance 
qu'ils avaient sûrement. Le roi était toujours triste et pensif des nouvelles dont je vous 
ai parié. Il pensait toujours dans sa tente, et ne faisait autre chose. 

Un jour que le roi était assis dans sa tente, pensif et silencieux, il vit passer devant v. 9553. 
l'entrée un chapelain de son pays. C'était Guillaume de Poitiers, qui aurait bien voulu v\ ht. 
parler au roi s'il avait osé lui adresser la parole. Mais il n'osait rien lui dire, car il 
n'en trouvait ni le lieu ni l'occasion. Le chapelain pleurait à chaudes larmes et était 
en grande douleur; mais il n'osait pas dire au roi ce que les gens de l'ost disaient de 
lui et ce dont on le blâmait : c'était qu'à cause des nouvelles d'Angleterre il voulait 
laisser la Terre Sainte pauvre, sans secours et sans appui, avant de l'avoir remise en 
bon état. Le roi appela le prêtre et lui dit : c^Par la foi que vous me devez, dites-moi 
t^la vérité. D'où vous vient ce chagrin dont je vous ai vu pleurer? Dites-le-moi sans 
((retard. 77 Et le prêtre, sans attendre, lui répondit doucement, tout en pleurant: t^Sire, 
«je ne vous le dirai pas avant que vous m'ayez assuré que vous ne m'en saurez pas 
(( mauvais gré. 7> Et le j^i l'en assura par sa parole, et lui jura que jamais il ne lui en 
voudrait d'aucune façon et à aucun égard. Alors il lui dit : «Sire, on vous blâme, 
«et par toute l'ost court le bruit de votre retour. Puisse ne jamais venir le jour où vous 
«exécuteriez un tel dessein ! Puisse-t-on n'avoir jamais à vous le reprocher ni près ni 
«loin, ni ici ni ailleurs ! Roi, souviens-toi des grands honneurs que Dieu t'a faits si sou- 
« vent et qu'on racontera toujours; car jamais un roi de ce temps ne souffrit moins de 
«dommage que toi. Roi, rappelle-toi ce que l'on raconte, quand tu étais comte de Poi- 
« tiers, que tu n'as pas eu un voisin si puissant, si renommé ou si habile, quand il t'a fait 
«la guerre, que tu n'aies vaincu. Souviens-toi des grandes discordes et des bandes de 
«Brabançons que tu déconfis si souvent avec peu de gens et de ressources. Souviens-toi 
«de cette belle aventure de Hautefort, que tu délivras quand le comte de Saint-Gilles 
« l'avait assiégé, et tu le défis et le repoussas honteusement. Souviens-toi de ton royaume 
'«que tu acquis en paix et sans obstacle, ce qui n'était arrivé à personne [avant toi], et 
«sans avoir besoin de revêtir tes armes. Souviens-toi de tes grands combats, de tous les 
«gens que tu as vaincus, de Messine que tu as prise, des grandes prouesses que lu fis 
«quand tu domptas les Grecs, qui avaient pensé te prendre en bataille, au lieu que Dieu 
«te délivra et les couvrit de honte. Rappelle-toi l'exploit de la prise de Cypre. où Dieu 



^36 LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 

'fie montra sa iibëralitë, qaand tu fis en quinze jours celte conquête, que personne 
<^ n'osait entreprendre, parce que Dieu t'en donna la force, et de l'empereur que tu 
(cmis en prison. Roi, prends garde au piège où tu vas tomber. Souviens^toi de ce grand 
t navire qui serait entré dans Acre si Dieu ne te l'avait pas fait rencontrer, que tes galères 
«t prirent avec huit cents hommes armés, quand tu noyas les serpents qu'il portait. 
«Rappelle-toi combien de fois Dieu t'a aidé et taide; souviens^toi d'Acre et du siège 
«où tu vins h temps pour prendre la ville, où Dieu te fit dépenser tant que la ville fut 
«rendue. Bon roi, n'as*tu donc pas compris pourquoi la maladie qui régnait pendant 
frie siège, la léonardie, t'a épargné, tandis que les autres princes en mouraient sans 
«que les médecins pussent les secourir? Roi, aie bonne mémoire, et protège cette terre 
«dont Dieu t'a fait le gardien, car il l'a remise tout entière. à toi quand l'autre roi s'en 
«est allé. Souviens-toi des chrétiens que tu as délivrés au Daron, que les Turcs 
«emmenaient et qui s'en allaient en captivité, quand Dieu t\ fit venir à point. Roi, tu 
«devrais bien songer sans cesse h toutes les bontés que Dieu t'a montrées, et qui t'ont 
«fait monter si haut que tu ne crains roi ni prince. Roi, souviens-toi du Daron que tu 
«pris en quatre jours : il ne t'en fallut pas plus. Souviens-toi du grand danger où te 
«mirent les ennemis quand tu t'endormis pour tes péchés, et comment Dieu t'en tira. 
««Nous voilà tous livrés à la mort. Tous, grands et petits, tous ceux qui aiment votre 
«honneur disent que vous étiez le père et le frère de la chrétienté, et que si vous la 
«laissez maintenant sans secours, elle est morte et trahie. ?» 
V. 9681. Le clerc avait tern^iné son discours et fait ainsi au roi une leçon et un sermon; le 
V. XLT1. roi ne lui avait dit mot . et ceux qui étaient assis dans la tente n'ouvrirent pas non plus 
la bouche; mais le roi réfléchit à ce qu'il avait entendu et le jour se fit dans son es- 
prit. Le lendemain, voici revenir l'ost, à l'heure de none, devant les portes^ d'Escalone. 
Chacun croyait, les barons et toute l'ost, que le roi' allait faire ses préparatifs et s'en 
retourner; mais il avait changé d'idée, car il avait été averti par Dieu d'abord, et 
ensuite par le prêtre, qui lui fit voir la vérité sur sa situation. Si bien (à quoi bon 
vous en dire plus long?) qu'il dit à' son neveu le comte, au d