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Full text of "Les troubadours cantaliens XIIe XXe siècles .."

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University of Toronto 



http://www.archive.org/details/lestroubadoursca02lasa 



DUC de la SALLE de ROCHEMAURE 

Majorai du Félibrige 



Les 



Troubadours 

Cantaliens 



TEXTE DES ŒUVRES DES TROUBADOURS 

REVUS, CORRIGÉS, TRADUITS ET ANNOTÉS 

par René, LAVADD, Agrégé des Lettres 



Tome II 




IMPRIMERIE MODERNE 

AURILLAC 

1910 




24558 



VI 



La Poésie 



Cantalienne 



du XIV e au XIX e siècle 




Le lauréat des ."jeux Floraux Toulousains est la 

dernière personnalité poétique médiévale du Haut 
Pays d'Auvergne; l'ère des Troubadours est close, 
leur langue désuète. Nul ne tentera, désormais, 
d'assouplir encore à la métrique du vers ce parler 
Limousin-Provençal, cette langue Romane qui va se 
confondre peu à peu avec les idiomes locaux. Ceux- 
ci, accentuant, de jour en jour, leurs divergences, 
s'effritent en dialectes sensiblement différents d'un 
versant à l'autre d'une montagne, de rive à rive d'un 
fleuve. Les longues guerres Anglaises prennent fin, 
la sainte héroïne Française fait jaillir de son bûcher 
de Rouen le sentiment de l'unité nationale; le rude 
niveleur qu'est Louis XI dicte, en langue d'oïl, ses 
ordres à tous les barons domptés. Sa méfiance om- 
brageuse tient pour suspects les poètes, engeance 
frondeuse de nature trop encline à la critique et ne 
supporte pas que les grands feudataires jouent 
encore aux roitelets. Ses compères : Olivier Le Daim 
et Tristan L'Hermite, ont tôt fait d'échafauder un 
complot sur la moindre réunion aristocratique. 

PC 
3>îZZ 



.L3 



10 LES TROUBADOURS OANTALIENS 

Dans le Haut Pays d'Auvergne, le plus grand sei- 
gneur de la région : le Duc Jacques d'Armagnac, 
finit d'irriter les soupçons royaux en tenant fas- 
tueuse cour pleinière dans son château de Cariât. 

Les chroniques ne signalent pourtant la présence 
d'aucun poète sur la roche Carladézienne ; en tous 
cas, ce n'eut pas été en dialecte Auvergnat, mais en 
langue d'oïl que le Duc d'Armagnac, ce fin lettré, 
grand amateur de livres, eut encouragé quelqu'un 
de ses protégés à taquiner les Muses. Il n'est plus 
de Troubadour au pays de France; de grossiers 
jongleurs, quelque troupe ambulante de bateleurs, 
experts aux jeux d'équilibre et d'escamotage, suf- 
fisent à charmer les plus aristocratiques réunions. 
S'ils n'ont pas disparu avec les Troubadours dont 
ils étaient les satellites, les jongleurs du XV e siècle 
ne sont plus que des fils dégénérés de leurs ancêtres 
oui figuraient si utilement dans les Cvurs d'Amour. 
Un roman du XIII e siècle (lj nous donne cette jolie 
description du rôle des jongleurs dans une fête chez 
le sire de Bourbon, en son palais de Bourbon 
V Archambault : 



(i) « Flamenca », édité en 1865 par M. Meyer. 



LES TROUBADOURS OANTALIENS 11 

— « Chacun veut se faire entendre; alors tous 
« auriez entendu retentir des cordes de diverses 
« mélodies; qui sait un air nouveau de viole, chan- 
ce son, descort ou lai, s'avance le plus possible,. 
« L'un touche la harpe, l'autre la viole; l'un joue 
(( de la flûte, l'autre siffle... l'un joue de la musette, 
« l'autre de la flûte ; l'un de la cornemuse et l'autre 
(( du chalumeau. L'un joue de la mandore, l'autre 
« accorde le psaltérion avec le monocorde » (1). Au 
jongleur du XV e siècle, on pouvait adresser le 
reproche que formulait déjà Guiraut de Cabreira. 
dans ses « ensenhamens » (2) : « Tu ne sais ni dan- 
« ser ni bateler à la manière d'un jongleur Gascon ; 
(( je ne t'entends dire ni sirventès, ni ballade, ni 
(( rétroencha, ni tenson ». Le plus habile jongleur 
du XV e siècle ne dépassait pas ce code de sa pro- 
fession: « Sache bien sauter... jouer du tambour et 
(( des castagnettes et faire retentir la symphonie... 
(( Sache jeter et rattraper quelques pommes avec 
« deux couteaux, avec chants d'oiseaux et de ma- 
« rion nettes... et sauter à travers quatre cerceaux. 



(i) Traduction Anglade. 

(2) Noble Catalan. — Traduction Anglade. 



12 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

(( Tu auras une barbe rouge dont tu pourras t'affu- 
« bler... Fais sauter le chien sur un bâton et fais-le 
(( se tenir sur ses deux pieds ». La divine Poésie, 
on le voit, était devenue totalement étrangère à ces 
bateleurs de fêtes foraines! 

Bien que le dialecte Cantalien soit resté peut-être 
étranger à cette fête littéraire, il faut noter la réu- 
nion, véritable réminiscence des anciennes Cours 
d'Amour, qui eut lieu au château de Scorailles, pen- 
dant la semaine de Quasiniodo de i486. Elle nous 
montre sous un jour favorable la mentalité intellec- 
tuelle de l'élite du Haut Pays, à la fin du XV e siècle, 
prouve que la Noblesse Cantalienne ne se désintéres- 
sait pas entièrement des choses de l'esprit. Marques, 
Comtour et Baron de Scorailles,l'un des plus grands 
seigneurs Auvergnats, avait réuni dans son château 
tous les châtelains de la région pour entendre Chris- 
tophe Malivoir, jongleur émérite, qui allait de châ- 
teau en château apporter les nouvelles du temps, 
réciter « de belles chroniques mises en lumière pour 
Vesbat et enseignement des nobles dames et des 
bons chevaliers ». 

— « Et, vraiment, dit le Baron de Sartiges 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 13 



« d'Angles, il faut convenir que les quatre chro- 
« niques que Christophe Malivoir débita dans la 
« grande salle du château de Scorailles sont très 
« amusantes et très spirituelles. Une critique fort 
« libre des mœurs de l'époque y déborde et on ne 
(( peut qu'être étonné de la liberté avec laquelle 
<( elles sont écrites et offertes à la curiosité d'un 
(( auditoire composé d'une classe de gens qui n'y 
« est pas ménagée. Les manants et les bourgeois y 
« sont mieux traités, bien qu'il y ait des leçons 
« pour tout le monde, voire même pour nos contem- 
(( porains. On y trouve aussi des morceaux de 
« poésie qui rappellent les œuvres des Troubadours 
(( des siècles antérieurs » (1). 

Le fait est exceptionnel, méritait d'autant plus 
d'être noté; mais ce n'est plus, désormais, dans les 
châteaux, à la table des grands ou chez les digni- 
taires de l'Eglise qu'il faut suivre le sort de 



(i) Dict. Stat. du Cantal, T. V, P. 307-308. — Le Baron de 
Scorailles de Chantrelles, très au fait de l'histoire de son illustre 
maison, nous disait récemment que M. le Conseiller Boudet 
formulait quelques objections sur la date de la réunion littéraire 
de Scorailles. Les chroniques de Christophe Malivoir ont été 
publiées par Didot en 1829. 



14 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

T (( idiome vulgaire ». Descendu des hauteurs, il n'a 
plus de fidèles que daus les bas-fonds. Sa Muse 
devient nécessairement plébéienne et rustique, 
reflète la liberté de langage, le laisser-aller des 
poètes occasionnels qui lui demandent encore la 
source de leur inspiration. C'est aux fêtes villa- 
geoises, aux noces campagnardes, aux bruyantes 
assemblées paroissiales qu'il faut aller désormais 
la chercher. Ses clients les plus huppés seront les 
Prêtres campagnards, fils de paysaus eux-mêmes, 
qui rimeront dans leur langue maternelle (Je pieux 
Noëls ou des hymnes aux saints en vénération spé- 
ciale daus la contrée, célébreront la Vierge, dans 
l'idiome vulgaire pour rendre leurs pieuses strophes 
plus accessibles à leurs paroissiens. Si, d'aventure, 
quelque bourgeois, quelque tabellion, éprouvant du 
vague à l'âme, taquine encore ~la Muse Cantalieune, 
ce sera pour lui demander un couplet anacréontique, 
une satire archi-poivrée d'un scandale local et, sur- 
tout, des chansons ultra-grivoises. A l'instar d*\ 
Latin dont il procède, il faudra, presque toujours 
désormais, que : 

Le (( patois », dans les mots, brave l'honnêteté. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



rust-ce à dire que, sous ses atours champêtres, la 
Muse Cantalienne, au cotillon souvent trop court, 
découvrant par trop les mollets, au gorgerin trop 
libéralement échancré, mettant par trop en valeur, 
parfois, les richesses de sa poitrine, ne soit plus 
qu'une fille d'auberge éhontée? Elle pourra appa- 
raître telle aux étrangers ignorant le franc-parler 
d'une langue devenue exclusivement rustique. Mais, 
la part faite, un peu large, à cette liberté d'allure, 
notre Poésie montagnarde, sans prétention, reste 
malicieuse et caustique; elle parle un peu haut, rit 
un peu fort, a la joie un peu bruyante; elle garde, 
néanmoins, toute son honnêteté native et sa belle 
humeur d'antan. Ils sont loin d'être dépourvus de 
charmes, ces sirventés sans art, ces complaintes 
naïves que la tradition orale nous a seule conservés; 
elles offrent d'exquises délicatesses de sentiments 
ces pastorales plus réalistes que celles de Florian; 
elles traduisent des idées de haut bon sens, décèlent 
une vraie connaissance du cœur humain, fustigent 
sans pitié vices et abus, ces chansons rustiques dont 
les auteurs nous sont tous inconnus. Pendant cette 
longue dormition de quatre siècles, pas un nom 



16 LES TKOUBADOURS CANTALIEKS 



d'auteur n'est venu jusqu'à nous; toutes les poésies 
que les générations se sout transmises, du « sir- 
ventés » de Montbrun à la complainte révolution- 
naire, sont anonymes; nous ignorons jusqu'à la date 
et au lieu d'origine de nos bourrées et de nos chan- 
sons les plus populaires. 

— a Les vieilles chansons d'Auvergne, dit F. Del- 

« zangles, avec leurs ternes expressifs, leurs 

« locutions de terroir originales, pleines d'humour, 
<( ironiques ou narquoises, pétillantes d'esprit et de 
(( verve Gauloise, sont de précieux documents de la 

« Littérature Auvergnate Fidèles évocatrices du 

« passé, elles font revivre l'âme de nos aïeux, nous 
« montrent leurs goûts simples et rustiques, leur 
« foi naïve. 

« Les RobeJJiès de Noël, La Passion de Jésus- 

(( Christ. La conversion de Madeleine louent les 
« plaisirs champêtres, les beautés des montagnes 

« d'Auvergne « Grondos » retentissantes, joyeux 

(( « Bayleros », gais refrains de << Bourrées » 
u humoristiques et narquoises, tendres « Consens ». 



LES TROUBADOURS OANTALIEN8 17 

<( langoureuses romances, tristes et mélancoliques 
(( « Regrets » chantent l'éternel amour » (1). 

L'apologiste de nos chants populaires Cantaliens 
reconnaît, néanmoins, de bonne grâce que : « leur 
« versification, leur facture littéraire sont défec- 
« tueuses, frustes, gauches, l'inspiration naïve, 
<< comme toutes les œuvres primitives et rudimen- 
« taires, mal équarries, à peine ébauchées; mais 
« elles méritent d'être conservées pour l'originalité 
(( de leur inspiration, de leur forme et de leurs 

« expressions primevères rustiques, pensées sau- 

« vages de la Littérature Auvergnate » (2). 

Faut-il voir dans « Lo G rondo » — La Grande 
— la plus populaire et la plus tenace de nos mélo- 
pées, une réminiscence des chants Celtiques? Ses 
syllabes frustes, le monotone « lo lo lo lo lo lo » que 
le chanteur module au gré de ses impressions et ter- 
mine par une note soutenue jusqu'à épuisement de 
souffle, sont-ils, comme d'aucuns Font affirmé, les 
vestiges persistants des invocations rituelles des 



(i) « Chants populaires d'Auvergne », par F. Delzangles. 
Airs notés par Mme Delzangles. — iQio, P. Q. 
(2) Ibid. — P. 10. 



18 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Druides cueillant le gui sacré? Lorsque par un beau 
soir d'automne, au temps des labours, ce chant 
s'élève au loin dans la campagne, jeté à pleins pou- 
mons par quelque laboureur ramenant lentement 
ses bœufs à l'étable, il prend un caractère quasi- 
religieux des plus impressionnants. 

F. Delzangles a recueilli les paroles d'une 
« Grondo » du XVI e siècle, que Guillaume du Vair, 
Garde des Sceaux de France, sous Louis XIII, men- 
tionne dans ses Oeuvres Littéraires (1). 

Passo pel prat, Poulotto Passe par le pré. Poulette 

Ieu possoraï pel bouos Je passerai dans le bois- 

Quond s'oras ô lo cledo Quand tu seras à la claie 

M'esperoras si bos Tu m'attendras, veux-tu^ 

Fodejioren ensemble Nous folâtrerons ensemble 

Nous dounen des poutous Nous donnant des baisers 

Nous eimorens ensemble Nous nous aimerons tous d'eux 

Nous tournen les poutous (2). Nous rendant les baisers- 

Le Cantalien est si persuadé que « Lo Grondo » 
traduit par les inflexions de voix du chanteur ses 



(1) Jean du Vair, originaire de Tournemire, arr. d'Aurillac, 
d'abord Avocat au Parlement de Paris, devint Procureur général 
de Catherine de Médicis et Maître des Requêtes. Son fils Guil- 
laume (1556-1621), Evêque de Lisieux et Garde des Sceaux, est 
l'auteur de plusieurs ouvrages littéraires et philosophiques. 

(2) F. Delzangles. « Chants Populaires d'Auvergne », P. 13. 



LES TROUBADOURS OANTALIENS 19 



sentiments intimes qu'il nous souvient d'avoir vu, 
dans notre enfance, la fille d'un fermier de la vallée 
de Cère, aussi jalouse qu'amoureuse, tendre une 
oreille anxieuse aux modulations de « Lo Grondo v> 
chantée par son « golont », bien assurée de démêler, 
à l'intonation, si elle était aimée ! 

Quelque sensationnel événement venait-il rompre 
la monotonie de la vie placide des montagnards, un 
poète anonyme surgissait qui tentait de le rimer à 
la façon des anciens Troubadours. Ainsi est venu 
jusqu'à nous le <( sir rentes » contemporain de 
Kabelais, d'Amyot et de Montaigne, qui narre le 
duel resté fameux de Jean-François Lizet, seigneur 
de Gourdes, avec Guy II de Montclar, baron de 
Montbrun (1). 



(i) Guy II de Montclar, baron de Montbrun, seigneur de 
Longevergne. etc., fils de Jean et d'Anne de Mauriac-Miremon. 
Il succéda à son père comme guidon dans la Compagnie de 
Curton, aussi emporté que son père qui avait dû obtenir des 
lettres de grâce en juillet 1549 pour avoir tué en duel un de ses 
camarades de la Compagnie de Saint-Paul. Guy II avait été 
condamné à 9.000 livres d'amende pour avoir enlevé, en 1579, 
Charlotte de Scorailles, seconde femme d'Arnaud de Turenne, 
déjà veuf de Jeanne de Montclar, sœur de Guy IL Le pardon 
que lui accorda sa victime, Lizet de Courdes, avant de mourir, 
lui facilita l'obtention des lettres de grâce qui lui furent accor- 



20 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Jean Lizet, riche marchand drapier de Salers (1), 
avait acheté, aux premières années du XVI e siècle. 
le château et la terre de Gourdes en la paroisse de 
Meallet (2). Aux prétentions des Lizet sur les hon- 
neurs seigneuriaux er l'Eglise de Meallet, le baron 
de Montbrun (3), chef de l'illustre maison de Mont- 
clar, vieille et puissante race Auvergnate, opposa le 
dédain méprisant du grand seigneur vis-à-vis du 
riche parvenu. La querelle s'envenima entre les deux 
familles dédaigneuses des formalités de justice. 
n'entendant vider leur différend que les armes à la 
main. En 1581, un cadet des Lizet avait été tué eu 
duel à Conrat (4i par un cadet des Monlclar; en 
1585. François Lizet de Gourdes tombait à son tour 



dées en août 1596. Henri IV le tenait en grande estime, l'honora 
de lettres autographes. Le Président de Vernyes le cite comme 
l'un des meilleurs capitaines de Haute-Auvergne. 

(1) Frère ou neveu de Pierre Lizet. premier Président du 
Parlement de Paris, né à Salers en 1482. 

(2i Commune du canton et de l'arrondissement de Mauriac. 

(3) Château de la commune de Meallet, chef-lieu d'une impor- 
tante baronnie qui relevait de la Comtoirie de Saigne-. Mar- 
guerite de Scorailles-Montbrun l'avait portée vers 1320 à son 
mari Bernard de Montclar. Bailly royal des Montagnes. 

(4) Village de la commune du Vigean. près Mauriac. Les deux 
adversaires revenaient de la foire de Saint-Luc. à Mauriac. 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 21 

sous Pépée de Pierre de Montclar, tué lui-même, peu 
après, en Flandres. En 1595, Jean-François Lizet de 
Courdes, fils de la victime (1), provoquait le frère 
aîné du meurtrier de son père et croisait le fer avec 
lui. Une fois de plus l'issue fut fatale aux Lizet. 
C'est le récit de ce troisième duel qu nous a conservé 
ce « sir ventés » : 



Montbrun c paoure Courdes Montbrun et le pauvre Courdes 

Se sount donna duel Se sont battus en duel 

Lanla (2) Hélas 

Se sount douna duel Ils se sont battus en duel 
Lanla, Lanla Hélas, Hélas 

Appresta mi, Madama Apprêtez-moi, Madame 

Ma camisa noubiau Ma chemise de noces 

Biau Courdes, ne t'estouna Beau Courdes, ne t'émeus pas 

Montbrun n'es pas grand causa Montbrun n'est pas fort redou- 
table 

Montbrun es petit homme Montbrun est de petite taille 

Mas es ballian soudar Mais vaillant soldat 



(1) Il avait épousé Jeanne de Combarel dont il laissa trois 
filles. L'aînée porta Courdes à son mari Pierre de Douhet, 
Baron d'Auzers. 

(2) Le mot « lanla », aujourd'hui désuet, signifiait : hélas, 
malheureux que je suis. Un vieux « faupicr », originaire d'Ap- 
chon, nous a révélé cette signification. « Lanla, disait-il, j'ai fait 
mauvaise chasse ». — « Lanla, mon fils est mort ». — Fort gei- 
gnant de nature, il émaillait ses phrases de nombreux « Lanla » 
à fendre l'âme ! 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Omit presa la descenta 
A Mountbrun sound ana 

Quand sount à Rochaltos 
La troumpetta ount souna 

Dounorias-bous, Madama 
La salla, s'il bous plaît 

La -alla es trop petita 
Per tener lou coumbat 

E si boules bous battre 
Vous caù descendré al prat 

Descendount per lo combi 
Vel prat se sount ana 

Che fas-tu, paoure Courde 
Lo combi ba gasta 

Lo comb' es de Madama 
Te la fora paga 

La combi de Madama 
Eï de che la paga 

Ount presa lo descenta 
Al prat sount dobolas 

Lou premie cop chè tirount 
Courdes n'es be tomba 



Ils prirent la descente 

A Montbrun se rendirent (i) 

Arrivés aux Roches-Hautes (2) 
Ils sonnerait de la trompe 

Xous prêteriez-vous, Madame 
La salle, s'il vous plaît 

La salle est trop petite 
Pour y livrer un combat. 

Si vous voules vous battre 
Il vous faut descendre au pré 

Ils descendent à travers le chan- 
Et s'en vont vers le pré [vre 

Que fais-tu. pauvre Courdes 
Tu vas gâter le chanvre 

Le chanvre appartient à Madame 
Elle te le fera payer 

Le chanvre de Madame 
J'ai de quoi le payer 

Ils ont pris la descente 
Au pré sont descendus 

Au premier coup qu'ils tirent 
Courdes est tombé net 



(1) Le château de Montbrun est situé dans une vallée pro- 
fonde et encaissée, sur les bords de la rivière de Mars. Courdes 
était assis sur la hauteur dominant les vallées de Mars, du 
Marlhoux et de Vendes. 

(2) Simple dénomination de lieu où il ne paraît y avoir 
jamais eu de constructions. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



23 



Ma, Courde se releva 
Mountbrun, tu es arma. 

Mountbrun se deboutouna 
Para soun estoumach 

Ingueita, Ingueita Courde 
Se Mountbrun es arma 

On camisa d'Hollanda 
Pourpouint de taffetas 

Lou secound cop que tirount 
Courdes es tourna toumba 

Te plandge, paoure Courde 
Car tu n'as per ta part 

Oneyroun à les Fouleyres 
Per cerca un brancard 

Les Fouleyres sount rudes 
Vougueirount pas presta. 

Sombal es hounesté homme 
Und escala a presta 

Lou bouttount sub l 'escala 
O Mountbrun l'oun pourta 



Mais Courdes se relève 

« Montbrun tu es armé » (i) 

Montbrun se déboutonne 
Montre sa poitrine 

Regarde, regarde Courdes 
Si Montbrun a une cuirasse 

Il a chemise de Hollande 
Pourpoint de taffetas 

Au second coup qu'ils tirent 
Courdes tombe de nouveau 

Je te plains, pauvre Courde 
Car tu as ton compte. 

On courut chez les Fouleyres (2) 
Pour quérir un brancard 

Les Fouleyres sont gens rudes 
Ils se refusèrent à rien prêter 

Sambal est un brave homme 

Il prêta une échelle 

On le met sur l'échelle 
Et le porte à Montbrun 



(1) Il semble que Courdes blessé s'étonne de ce que son coup 
de feu n'a pas porté et soupçonne Montbrun d'avoir dissimulé 
une cuirasse sous son pourpoint. Pour répondre à cette impu- 
tation injurieuse, Montbrun déboutonne son vêtement, met c a 
poitrine à nu. 

(2) L'auteur de cette poésie doit l'avoir composée peu après 
le duel, être du pays, pour mentionner jusqu'aux noms des deux 
paysans à qui on alla demander secours. 



24 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Madama es braba fenna Madame est brave femme (i) 

Al pourtaù es ana Elle s'avance au portail 

Imbé des conhturas Avec des confitures 

Et de ragiens muscats Et des raisins muscats 

Alas ! lou paoure Courde Hélas! le pauvre Courde 

X'a pougut avala Ne put rien avaler 

Donc, es temps, paoure Courde Le temps presse, pauvre Courde 

Se te vos confessa 5"* tu veux te confesser 

Perdoune ô tout lou'mounde H pardonne à tous 

Mes, Mountbrun es à part A la seule exception de M ont brun 

Ma, bien lieu torna dire Mais bientôt il se prend à dire 

Mountbrun n'es pas à part Montbrun n'est pas excepté 

O los très paouras fillos A tes trois pauvres filles 

Que liur vos-tu douna Que veux-tu leur léguer ? (2) 

Chienq milla froncs caduna Cinq mille francs à chacune 

Montaut de taffetas Et un manteau de taffetas 

Et à los très bastardos Et à tes trois bâtardes 

Che liur vos-tu douna Que veux-tu leur donner 

Ei chienq cents francs per illas J'ai cinq cents francs pour elles 

Che liur vola douna Que je veux leur d 

Et à la paoura fenna Et à ta pauvre femme 

Che li vos-tu douna Que veux-tu lui donner 



(1) La baronne de Montbrun, Renée de Chalus, fille de Jean, 
seigneur de Chalus, Orcival, etc., et de Jeanne de Chabannes, 
qui avait épousé, le 8 octobre 1586, Guy II de Montclar. 

(2) Jeanne, mariée le 13 janvier 1615 à Pierre de Douhet, 
baron d'Auzers, Anne à N. de Veillan, Louise mariée le 1 
^mbre 1613 à Louis de Chazelles. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Ieu ii donna la salla Je lui donne ma demeure 

Jama'i n'y portje intra Où jamais je ne pourrai rentrer 

Montbrun et paoure Courde Montbrun et pauvre Courde 

Lanla Hélas 

Se sount douna duel Se sont battus en duel 

Lanla, Lanla (i) Hélas, Hélas 

Ne demandons à ce dolent poème, plutôt 
complainte que « sir rentes », rien de la vigoureuse 
énergie du a planh » d'Astorg de Conros; il reste, 
dans sa forme et sa langue rustiques, un curieux 
chaînon entre les Troubadours et nos poètes mo- 
dernes. 

De même, peut-on dire, qu'une des formes poé- 
tiques préférées du moyen âge, la « Te u son », ce 
poème dialogué, parfois tendre, souvent caustique, 
revit dans notre « Baylero » Cantalien dont un de 
nos poètes dit si joliment : 



(i) Ce texte a été publié par le Dict. Stat. du Cantal, T. IV, 
P- 333-337, réimprimé en 1910 par F. Delzangles : « Chants 
Populaires d'Auvergne », P. 51-57. Les éditeurs affirment que 
leur publication est faite avec l'orthographe phonétique du dia- 
lecte de Mauriac; la chose est contestable et il apparaît certain 
que ce texte, conservé oralement, a été fortement pollué du 
XVI e au XIX e ; les importations Françaises y sont manifestes, 
nombre d'expressions ont dû être dénaturées. 



26 LES TROl'BADOUKS DANTALIEXS 

C'est le refrain connu qu'à travers le vallon 
Redisent les bergers aux bergères rieuses 
?\Iêlant de gais propos à ses gammes joyeuses 
Ou mettant un récit en rustiques chansons (i). 

Ce ne sont plus deux Troubadours qui s'inter- 
pellent devant une nombreuse et. brillante assem- 
blée, qui soutiennent avec une égale ardeur des 
opinions opposées sur quelque difficile controverse 
de l'art d'aimer. Les acteurs, auxquels tout public 
fait défaut, sont pins modestement un berger et une 
bergère qui se répondent d'un sommet à l'autre. 
Pour tromper l'ennui des longues heures solitaires 
où il garde son troupeau, le jeune berger assis sur 
quelque éniinence, jette, à tout hasard, une vocalise : 
« bat Jero Jero Jero » — Va au loin, au loin, au loin. 
— Presque toujours, de la montagne voisine, une 
fraîche voix de bergère lui répond et c'est alors un 
interminable dialogue à travers l'espace, entre le 
pastour et la pastourelle qui improvisent, sans nul 
souci de la rime, de puérils couplets que scinde 
l'interminable « baï Jero Jero Jero ». Nous doutons 



(i) E. Marty: « Le Baïlère ». Lo Cobrcto, septembre 1895. 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



fort que jamais amants Cantaliens aient échange 
aussi poétique « bailero » que celui mis par Verme- 
nouze sur les lèvres de « L'aînée du Haut Pnech )) 
et de son amoureux « Batistou ». Marins Versepuy, 
le « sauveur » de nos vieilles mélodies Auver- 
gnates (1), a adopté un air de « Bailero » recueilli 
par lui, sur des paroles Cantaliennes de P. Géraud, 
Delzangles en a composé un, paroles et musique, 
que son naturel pourrait laisser croire authentique. 
Nous lui préférons encore la jolie définition que le 
même écrivain donne de ce chant tout spontané, 
héritier, à la fois, de la « Te n son » et de la « Pas- 
tourelle » médiévales: 

« Le « Bailero » est une chanson de plein vent, 
« au rythme animé et enjoué, un dialogue chanté 
(( (|ue s'envoient de loin les bergers et les bergères, 
« mélodie joyeuse, gai carillon de voix enfantines 



(i) M. Marins Versepuy a recherché avec une ténacité artis- 
tique des plus méritoires les vieilles mélodies Auvergnates et a 
publié plusieurs recueils de Chansons d'Auvergne : « Sabots 
et Bruyères — « Sapins et Fougères » — Brousses et Genêts » 
— « En filant nos quenouillées », qui ont eu le plus légitime 
succès. Nous sommes fort honorés de compter parmi les préfa- 
ciers de ces recueils musicaux en compagnie de Louis Farges et 
d'Armand Delmas. 



28 LES TROUBADOUHS CANTALIENS 

(( qui, pendant la belle saison, retentit fréquemment 
(( dans les montagnes d'Auvergne parmi le tinte- 
« ment des sonnailles des troupeaux » (1). N'ayant 
pas de paroles fixes, le « Baïlero » ne peut nous faire 
connaître la poésie Cantalienne après le déclin des 
Troubadours, pas plus que le << Regret ». Ce Chant 
qu'on suppose nous venir, comme la « Gronda », du 
plus lointain des âges Celtiques, est une mélodie 
triste, souvent sans paroles, que le « Cobrcttaire » 
(joueur de cabrette) met une virtuosité réelle à im- 
proviser. On peut presque dire que c'est là seule mé- 
lodie vraiment expressive où le rustique artiste fasse 
passer un peu de son âme. Jadis, sans doute, le musi- 
cien improvisait à la fois paroles et musique. On 
ne connaît guère de texte de « Regret » que celui 
qu'on joue en conduisant la mariée de la maison 
paternelle à sa nouvelle demeure. Si la valeur imagi- 
native y est nulle, le bon sens avisé du montagnard, 
son prudent scepticisme s'y décèlent fort peu aima- 
bles pour le nouvel époux. Un père, chagrin de voir 
sa demeure désormais vide de gaieté, un amoureux 
éconduit sont seuls excusables de vouloir persuader 



(i) Delzangles, P. 28. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 29 



à la mariée que l'innocente et calme vie de la mai- 
son paternelle est préférable aux joies passionnées, 
orageuses peut-être, de la demeure conjugale. 



Ound bas, mo mïo? Ound' bas? Où vas-tu, ma mie ? Où vas-tu? 
Soras-tu miel ound' bas Seras-tu mieux où tu vas 

Que dé qu'ound' erès? Que là où fu étais. 

Ound bas? Ound' bas, mo mïo? Où vas-tu? Où vas-tu, ma mie? 
Erès plot qu'ound' erès. Tu étais bien où tu étais. 

Que soras ound' t'en bas, Comment seras-tu où tu vas? 

Ound' bas, mo mïo? Ound' bas? Où vas-tu, ma mie? Où vas-tu? 
Erès miel de qu'ound' erès Tu étais mieux où tu étais 

Miel que de qu'ound bas (i). Mieux que là où tu vas. 

Fi! le vilain et immoral « Regret » ! Sous son air 
apitoyé, il cherche à accroître encore le trouble de 
la jouvencelle au moment même où tant de sujets 
d'émoi la vont assaillir ! 

Quelques trop rares poésies Cantaliennes, nées 
probablement au XVII e siècle, se rapprochent vrai- 
ment de la manière des Troubadours, en rappellent 
les délicatesses d'expressions et jusqu'à leur exagé- 
ration à parler des peines de cœur. Une bergère pra- 



(i) Delzangles, P. 18. 



30 



LES TROUBADOURS CANTALIESS 



tique, n'entendant point laisser chômer son cœur, 
en réclame restitution à l'adorateur refroidi : 



Quond tu boulios rroun cur en gatchi 
L'i ben os per ndllo douçours ; 
Mes quond l'as ougut boulatchi ! 
Ls litngut fret coi.m'un gloçou 
Aï boa atchi ! toumo me lou. 

Me l'as ogut din soun tel atchi 
E din so pus crrno sosou 
Se n'en fas pas un'aoutre usatchi 
Torno me lou. Torno me lou 

Li o un postrou din lou bilatchi 
Que me Ion tournejio be prou 
E omb'un paou de robiliatchi 
Lou li forio possa per bou 
Aï ! boulatchi ! torno me lou 
Torno me lou (r) 



Quand tu voulais mon cœur en gage 
Tu employais [pour l'obtenir] mille douceurs 
Mais, quand tu l'as eu. volage ! 
Tu es devenu froid comme un glaçon 
Ah ! volage ! Rends-le moi donc. 

Tu me l'as pris dans son bel Age 
Et dans sa plus jolie saison 
Si tu n'en fais meilleur usage 
Rends-le moi. rends-le moi donc. 

Il est un berger de. mon village 
Qui rode sans cesse autour 
Avec un léger rabilhage 
Je le lui ferai accepter comme neuf! 
Ah ! volage, rends-le n oi 
Recds-le-moi donc. 



A la rusée bergère qui tente d'éveiller sa jalousie 
et ne lui cache pas qu'elle a preneur de ce coeur qui 
lui est devenu indifférent et dont elle saura effacer 
toute trace d'usage, le frigide amoureux a pu 
répondre par ce couplet si philosophique qui sert de 
thème à une de nos plus jolies bourrées: 



Quond ieou t'eimabe 

Drouletto 
T'opproumettio prou 
.Mes. aro que te tene 

Drouletto 
Jiogue del bostou (2). 



Quand je t'aimais 
Fillette 
Je te promettais tout. 
Mais, à présent que tu es 
Fillette [mienne 

Je joue du bâton. 



O) Publié par Bancharel : Gram. et Poètes, P. 55. 
(2) Dict. Stat. du Cantal, T. II, P. 152. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 31 

Elle est bien dans le sentiment tendre d'un Pierre 
de Rogiers, d'un Fàydit du Bellestat, cette requête 
à la Marivaux : 

Li ô duos onnados J'oici deux années 

Que tu me dubes dons poutous Que tu me dois deux baisers 
Serios donnado Tu serais damnée 

Torno me lous Rends-les moi. 

Nostre curât pretchio toujiours Notre curé recommande toujours 
De retene pas rès De ne rien garder indûment 

Per l'intérêt de dous Pour l'intérêt de mes deux baisers 

Torno m'en très (i). Rends-m'en trois. 

Elles ne sont que trop rares les poésies Canta- 
liennes simplement galantes. La chanson, cette 
forme poétique préférée des Troubadours, conserve 
les faveurs de la foule ; mais elle oublie entièrement 
les règles de « V amour courtois », descend à la tri- 
vialité, devient volontiers plus que Gauloise. — 
« Le genre erotique y domine presque toujours », 
constatait avec regret P. de Chazelles, au milieu du 
XIX e (2). Delzangles en découvre à grand'peine 
quatre ou cinq qui ne sont que grivoises ; mais com- 
bien ! — « Les autres sont trop lestes, trop crues, 



(i) Bancharel : Gram. et Poètes, P. 56. 
(2) D.ict. Stat. du Cantal, T. II, P. 152. 



32 LES TROUBADOUliS CANTALIENS 



(( pour les reproduire » (1). Bancharel, père, con- 
vient que « beaucoup d'entre elles sont du genre 
<( qu'on appelle un peu débraillé; nous sommes obii- 
<< gés d'en laisser et des pins belles » (2). A l'étable, 
où la langue d'Oc s'est réfugiée, la chanson a pris 
la mentalité grossière des vachers et des pâtres; 
parmi celles, parvenues jusqu'à nous, dont se sont 
délectés les paysans Cantaliens entre le XV e et le 
XX e siècles, il n'en est pas une seule, croyons-nous, 
qu'on puisse citer intégralement sans gêne! Toutes 
sont anonymes, aucune n'est assez caractéristique 
pour qu'on puisse lui attribuer date certaine; bon 
nombre paraissent postérieures à la Révolution, 
enlaidies de nombreuses exjn'essions françaises 
« patoisées ». 

Dans les beaux recueils qu'il a consacrés aux 
« Chansons d'Auvergne », le maître Marius Ver- 
sepuy a conservé les paroles d'une de nos chansons, 
qui paraît dater du XVIII e siècle, dont il a noté et 
harmonisé l'air (3). La jeune Cantalienne répond 



(i) Chants Populaires. P. 28. 

(2) Bancharel, P. 55. 

(3) Versepuy : « Sabots et Bruyères », F. 14 et 15, donne le 
texte intégral et la musique de cette chanson. 



LES TROUBADOURS CAKTALIENS 



d'abord fort sagement à l'invite du « galant » ; niais 
bêlas î à cette cadette des bergères aimées des Trou- 
badours, les siestes sous le feuillage sont aussi 
fatales qu'aux pastourelles qu'entraînaient sous 
l'ombrage Pierre de Vie et Gavaudan! 



Onons ol bouos, Poulotto 
Onons li toutes dous 
\'en culiren los flours 
De toutos coulours 
N'en mescloren los tuos 
Ombe leis mios 

Nouri, ço dis lo Poulotto 
L'i bouole pas ona 
Quond ourions tout mescla 
Pourrions pas plus tria. 
Bous, lou premié. seria> 
Que bous n'en ririas ! 



Allons au bois. Poulette. 

Allons-y tous les deux 

Nous en cueillerons les fleurs 

De tintes couleurs. 

Nous mêlerons les tfaincs. 

Avec les miennes. 

Non, dit la Poulette 
Je n'y veux pas aller 
Quand nous aurions tout mêlé 
Ne pourrions plus trier 
Vous, le premier, sériée 
Qui bien rirait. 



La suite de la chanson nous apprend que les 
bonnes résolutions de Poulette ne tinrent pas devant 
les instances du solliciteur. Non seulement elle le 
suivit sous les aulnes; mais c'est elle qui, séduite 
par le flageolet du berger, lui demande, à la chute 
du jour qui les surprend toujours assis sur le gazon, 
de rejouer encore de son instrument et le pastour 
exténué qui s'excuse sur sa fatigue. 

« Marguerite », « Joli Galant », « La Vieille » 
font songer par leurs mordantes satires à la causti- 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



cité de Pierre de Vie ; « Le Loup » rappelle le faire 
de Gavaudan dont elle a toute la crudité brutale. 
Il serait intéressant de pouvoir dater une autre 
chanson Cantalienne, modeste émule de la fameuse 
« Magali » Provençale dont elle est peut-être sim- 
plement un maladroit pastiche. 

BRUNETTE 

Boun jiour, Brunetto, qu'aï tont eimado 

Te donne tout moun cur ombe tout moun orgin 

Pouodès gorda toun cur é toun orgin 
Ieou me mettrai' Mounjio dins un Couben 
fiomaï tu n'oouras de ieou de countentomen 

Si te mettes Mounjio dins un Couben 

Ieou me mettrai Prestré, Prestré tchiormon (i) 

Ieou coufesseraï leis damos din leis Coubens 

Si tu te mettes Prestré, Prestré tchiormon 



(i) En Càntalien, le Prêtre est « Coppclot ». « Curât » ; le 
mot « Prestré » est d'importation Française. L'adjectif « tchior- 
mon » n'est pas de plus pure origine. 



LES TROUBADOURS CANTALIE.NS 35 

Ieou me mettrai' roso sus lou rousié 

Jiomaï tu n'ouras de ieou de mos omitiés ( i ) 

Si te mettes roso sus lou rousié 

Ieou penraï lo fouormo d'un jiordinié 

Onoraï culi lo roso sus lou rousié (2). 

Bonjour, Brunette tant aimée, 

Je te donne tout mon cœur et toute ma fortune. 

Tu peux garder ton cœur et ta fortune 
Je me ferai Moniale dans un Couvent 
Jamais tu n'auras de moi de contentement. 

Si tu deviens Moniale dans un Couvent 

Je me ferai Prêtre, Prêtre charmant 

Je confesserai les dames dans les Couvents. 



(1) « Omitics » est mot Français pas même patoisé. Le mot 
Cantalien « Omistat » serait impropre comme synonyme de 
« countentomen », expression fort exacte employée aux autres 
strophes. 

(2) Publiée pour la première fois, croyons-nous, par M. Del- 
zangles, P. 86. Les expressions d'importation étrangère s'y 
révèlent nombreuses. Le « tchi » — chien — décèle d'origine 
Mauriacoise ou San Floraine. 



36 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Si tu te fais Prêtre, Prêtre charmant 

Je me ferai rose sur le rosier 

Jamais tu n'auras de moi aucune amitié. 

Si tu te tais rose sur le rosier 

Je prendrai la forme d'un jardinier 

J'irai cueillir la rose sur le rosier. 

Les transformations se continuent, une quinzaine 
de couplets durant, quelque peu monotones, gâtés 
surtout par l'impureté du dialecte par trop riche 
d'importations Françaises. 

< ' est à Fun des Quarante de l'Académie Fran- 
çaise qu'il uous faut aller demander la pureté 
d'expressions Oantaliennes et la joliesse un peu 
apprêtée du XVIII e siècle finissant. Louis de Boissy, 
né à Vic-sur-Cère, en Hi!)4, Membre de l'Académie 
Française depuis 1751. fit représenter, le 23 janvier 
1753, au théâtre des Italiens, une comédie intitulée 
« La Frivolité ». Il y introduit ce couplet en pur 
dialecte < îarladézieu : 

Coumo l'auzel près din un niou 
Moun cor crido que fa pietat. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 37 



Auzi lou que fa piou, piou, piou, piou ! 

Per aber la libertat 
Coumo l'auzel près din un niou 
Moun cor crido que fa pietat ! (i) 

Comme l'oiselet pris au nid 
Mon cœur crie à faire pitié 
Ecoutez-le faire : piou, piou, piou, piou ! 

Pour conquérir sa liberté. 
Comme l'oiselet pris au nid 
Mon cœur crie à faire pitié! 

A parcourir toutes les poésies Cantaliennes, assez 
nombreuses pour emplir un volume compact, qui 
paraissent sûrement antérieures à la Révolution, on 
n'en trouve vraiment aucune d'envergure réelle et 
qui ait quelque haleine ; mais il n'en est pas où, d'ici, 
de là, ne se révèle l'humour de nos pères en quelques 
délicates ou malicieuses strophes. Les « Noëls » 
abondent dont quelques-uns de jolie inspiration. 
Celui-ci, un des plus rustiques, paraît un des plus 
naturels et des meilleurs : 



(i) Nous devons communication de cette poésie à M. l'abbé 
R. Four, curé de Saint-Saury. 



38 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Bertrond, faï nous esclaïre 

Oluco lou brondou 

Per beire l'Efontou 

Qu'es noscut n'o pas gaïre. 

Entre leis bras de so maire 

Qu' enquèr o es tout pitch ; ous 

Oh ! digas, Mono, pecaïre 
Caou qu'ossias tout potit 
Quond l'efont es noscut... (i) 

Qu'obias bous per bous tchiaïre 
Beleou rès, paoubro maire ! 
Qu'olio nous obertit. 



Bertrand, éclaire-nous 
Allume le brandon 
Pour aller voir l'Enfant 
Qui vient de naître 
Dans Us bras de sa mère 
Il est encore si petit! 

Oh! dites, Marie, pauvre chère 
l'i us avec dû tant souffrir 
Quand l'Enfant est venu au 
[inonde... 
Qu'avies-vous ccmtne couche/ 
Rien, peut-être pauvre mère! 
Il fallait nous avertir. 



Ieou bous offre moiui montel Je vous offre mon manteau 
Bourrio que fouguesso pus bel. Je le souhaiterais plus grand 

Il n'est pas de poil de bouc 
Mais de pure laine d'agnelet 
Il -vous tiendra bien chaud 
En dépit du grand froid 



X'es pas de pieou de bout 
Qu'es tout d'ognice. 
Bous tendro plot caoudet 
Maougrès lou fret. 



Ieou te remercie, postourel; Je te remercie, berger 

Gardo ne toun montel Garde ton manteau 

Lou mieou fil se soubenro de toun Mon fils se souviendra de ton 
[oumatchiè. [hommage 

Din l'hiriouso éternitat Dans l'heureuse éternité 

Seras pogat Tu en seras récompensé. 



Odicias. Morïo, pecaïre 
Naoutres nous retordons 
Lou bestiaou es tout long 
N'es obal pel compestre 
Lou loup benrio, pouot estrè 
E nous lou monjiorio (2). 



Adieu Marie, pauvre chère, 
Nous nous attardons 
Notre bétail est si loin 
Là-bas dans le pâturage 
Le loup viendrait peut-être 
Nous le manger. 



(1) Même dans un cantique, le poète anonyme introduit tout 
naturellement des crudités qui nécessitent une coupure. 

(2) Publié par Bancharel père : « La Grammaire et les Poètes 
de la langue patoise d'Auvergne », 1886, P. ?7- 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Les pieuses (( Gantilènes de la Passion » que 
uotre jeunesse rurale allait chanter encore, il y a 
moins d'un demi-siècle, de porte en porte, la Semaiue 
Sainte (1) ont d'attendrissants couplets. « La Con- 
version de Madeleine » met une naïveté charmante 
à nous montrer Madame la Vierge et son fils Jésus 
se promenant sur la place de la cathédrale de Saint- 
Flour où Madeleine folâtre avec les garçons de 
l'endroit. En vain Marie la presse-t-elle de quitter 
cette dangereuse compagnie, Madeleine s'y refuse et 
ne se laisse convaincre que lorsque la Vierge-Mère 
lui montre en Jésus le plus beau des enfants des 
hommes : 



Dohon de dinira dins lo Gleiso Avant d'entrer dans l'Eglise 

1" Gleiso d'o Scmt-Floiir Dans l'Eglise de Saint-Flour 

ton boun Diec t lo Sento Bierjio Le Bon Dion el la SaJate Vierge 

Se permenabou mutes rious >e promenaient tous deux 

Li roncountrcron Modeleno Ils rencontrèrent .Madeleine 

Que jioiabo omb' lei gorçous yui jouait avec les garçons 

Lo Sento Biergio li domondel La Mainte Vierge lui demanda 



(i) En consacrant leurs veillées à aller chanter de village en 
village, de maison en maison, le récit de la Passion, les jeunes 
chantres Cantaliens n'avaient pas pour objectif que d'édifier leurs 
compatriotes, mais surtout de ramasser une grande quantité 
d'œufs pour faire une omelette monstre le jour de Pâques. 
A la fin de chaque strophe, ils avaient soin de réclamer claire- 
ment leur salaire : « Petit œuf, passe par la chatière de la porte 
et viens dans mon panier. » 



-iO 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Boules béni omb'naoutrcs ? >■ 
M( s, Modeleno li rcsponndel : 
• Baoutres menai pas de gorçous 
l.n Sento Biergio li respoundel : 

Mcuc lou pas lie! de lotîtes 
Jiésu, Jiésu 

Jiésu i!nn>. 

I h prenguero i c l'omencrou 
n |o Gleiso d'o Sont-Flo»r. 



g Voulez-vous venir avec nous :' . 
Mais Madeleine lui répondit : 
o Vous autres vous ne menez pas d< 
La Sainir Vierge lui ilii : 
« Je couilnis If plus beau de tous 

Jésus, Jésus 

Jésus doux 
Ils la pi irent, la menèrem 
A l'Eglise de Saint-Flonr. 



Moins facile encore à détacher du péché nous 
apparaît l'entêtée Poulotte. A l'aven de ses jeux sur 
la fougère avec Pierre, le beau berger, le confesseur 

déclare : 



Proumetté me, filhotto 
De jiomaï li porla 
Oqu'ouo es un hoïssaple 
Que bous forio pecca 
Oqu'ouo es un pitchiou diaple 
Que bous forio donna. 



Promettes-moi, fillette 
De ne plus lui parler 
C'est un être haïssable 
Oui vous ferait pécher 
C'est un petit diable 
Oui vous ferait damner! 



Poulotte veut bien faire double, triple pénitence 

niais non pas renoncer à Pierre: 



Piorrou qu'ouo es pas un diaple ! 
Pero. qu'obès bous dit! 
Qu'ouo es un pastre eimaple 
Bous, s'es un Ontecbris 
Es obal que m'espero 
Obès bel confessa, 
Se bous escape, Pero, 
Jiomaï plus m'ottopaï (i). 



Pierre n'est pus un diable: 
Père, quavez-vous dit! 
C'est un berger aimable: 
Cous êtes un Ante-Christ. 
Il est là-bas qui m'attend 
fous avez beau confesser 
Si je z'ous échappe. Père. 
Jamais vous ne me rattrapez! 



Soyons reconnaissants à l'entêtée Poulotte de 



i i > Chants popul., P. 08. 



LES T1Î0UBAD0URS CASTALIEXS 



termes relativement convenables dont elle se sert 
pour affirmer son penchant au « peccat bounut a 
— péché bourru. — C'est le terme consacré, l'euphé- 
misme dont se servaient les prédicateurs, eux- 
mêmes, pour désigner les violations multiples du 
sixième commandement. Renonçons à donner d'au- 
tres échantillons de la poésie rustique Cantalienne 
du XVIII e siècle. Lorsqu'on en a supprimé les vers 
très libres, d'un naturalisme et d'une crudité fort 
Gauloise, certes, spirituelle même, souvent, le reste 
est vraiment dénué d'intérêt poétique. Constatons 
plutôt le regain d'énergie que valut à la Muse plé- 
béienne le grand bouleversement révolutionnaire. 

Dans les campagnes, surtout, tous les défauts, 
tous les vices du régime politique et administratif 
Français se personnifiaient dans l'odieuse percep- 
tion des impôts et les privilèges, injustifiés depuis 
des siècles, dont jouissaient toujours la Noblesse et 
le Clergé. Du joui' où les Capétiens avaient réalisé 
l'unité Française, fait vraiment une patrie homo- 
gène de tous ces Duchés, Marquisats, Comtés, Ba- 
ronnies et fiefs qui morcelaient la France du X e , le 
régime féodal se survivait dans l'iniquité odieuse 
d'un système suranné auquel se superposait la dîme 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Ecclésiastique confondue par le contribuable dans 
une commune exécration. Ivre de liberté, le peuple 
ne se lasse pas de cette griserie capiteuse; les me- 
neurs n'ont qu'à lui faire croire à quelque danger 
imaginaire pour la République, à quelque retour 
offensif des Aristocrates et des Curés pour l'affoler, 
le pousser aux crimes les plus ignobles. Il devait 
certainement traduire assez exactement l'état d'âme 
des bandes d'incendiaires et de massacreurs qui sil- 
lonnèrent la Haute-Auvergne, le barde populaire qui 
s'écriait : 



Cossoren lo Xouplesso 
D'oqueste poïs 
E li foren beire 
Se li debons rès 



Nous chasserons la Noblesse 
De tout ce pays-ci 
Et lui ferons voir 
Qu'on ne lui doit rien. 



X'obès pas bit Bounhomme 
Omb' lou pieu rosat 
Doriéroment, en Fronço, 
S'es plo distingat 
Pourtabo de lei dalhos 
E des talho-prats 
Per coupa los combos 
D'oquetches mouchuras. 

II 

Del temps de lo Xouplesso 
Colio soluda. 
Tout' oquelo conalho 
Colio respeta 



N'avez-vous pas vu Bonhomme 

Avec sa tête rasée? 

Dernièrement en France 

Il s'est fort distingué 

Il portait des faulx 

Et des taille- prés 

Pour couper les jambes 

De tous ces gros Messieurs. 

II 

Du temps de la Noblesse 
Fallait la saluer 
Et toute cette canaille 
Fallait la respecter. 



LES TROUBADOUKS CANTALIENS 






Ah ! se huéi l'i tournabo 
Te soludorions ; 
Omb' uno bolajio 
Te bologiorions. 



Ali! si aujourd'hui elle revenait, 
Nous la saluerions, 
Avec un balai 
Nous la balaierions. 



III 



III 



Lour pourtosions los poulos 
Nous lei boulioù pas. 
Se n'érou pas grassos 
Lei recebioù pas. 
Se huéi los te pourtabou 
Lei recebrios be : 
Mai siasquou ogassos 
Lei monjiorios be. 

IV 



Nous leur portions des poules; 

Ils ne les voulaient pas, 

Si elles n'étaient pas grasses, 

Ils ne les recevaient pas. 

Si nous te les portions aujour- 

Tu les recevrais bien [d'iiui 

Et seraient-elles maigres comme 

Tu les mangerais bien, [des pies, 

IV 



Quond obions fat guerbos 
Lou colio oberti, 
Oquel oristocrato 
Lei benio desporti, 
Portotchiabo lei guerbos 
Omai les crousels 
E puis nous deissabo 
Lei niôus deis ôussels. 



Quand nous avions lié gerbes, 
Il nous fallait l'avertir, 
Et cet aristocrate 
Les venait départir. 
Il partageait les gerbes 
Voire même les crousels (i). 
Et puis ne nous laissait 
Que les nids des oiseaux. 



V 

Omossions los costonhos 

Los li colio tria, 

Los poulidos morronos, 

Per lei li pourta. 

Se huéi te los pourtabou 

Tu los penrios be; 

Mai siasquou pouiridos 

Lei monjiorios be 



Quand nous ramassions châtai- 
II fallait les lui trier [gnes 

Et les plus beaux marrons 
Il fallait les lui porter. 
Si maintenant te les portions, 
Tu les prendrais bien 
Et fussent-elles pourries 
Tu les mangerais bien! 



(i) Groupe de dix gerbes réunies en croix pour les garantir 
de la pluie. 



44 



LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



VI 



VI 



S'ottroposions uno lèbre 
Lo colio pourta 
On' oquel oristocrato 
Omb' lou copel jioul bras: 
Se huéi lo li pourtosions 
Guel lo penrio be 
Quond siasquo'uno feyno 
Lo monjiorio be. 



Si nous prenions un lièvre 

II fallait le porter, 

A cet aristocrate, 

Le chapeau sous le bras. 

Si aujourd'hui nous le lui 



Il le prendrait bien, 
Et fût-ce une fouine, 
Il la mangerait bien. 



por- 



tions, 



(i) 



VIII 



VIII 



Ah ! f outut oristocrato, 

Cossi t'en foutios 

D'oquel pitchiou pouople 

Que te nouirissio ! 

Lou pàure pitchiou pouople 

O lo libertat 

E deis oristocratos 

N'en boulons plus cat 



Ah! fichu aristocrate, 
Comme tu t'en moquais, 
De ce menu peuple 
Oui te nourrissait. 
Le pauvre petit peuple 
A la liberté, 
Et de tous ces nobles. 
N'en veut plus aucun. 



IX 



IX 



T'obons fat uno taxo 

Mai lo segras be 

Ou lo guillotino 

Te rosoro be... 

Ah ! grond couqui de nople 



A T ous t'avons fait une taxe 
Tu la subiras, 
Ou la guillotine 
Te raseras net. 
Ah! coquins de nobles, 



(i) Il est impossible de reproduire la strophe VII où Jacques 
Bonhomme se réjouit de la disparition d'un prétendu droit 

seigneurial dont sa femme aurait été la victime parfois 

heureuse ! 






LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Boulur é fripoun, Voleurs et fripons, 

Huei lou pitchiou pouople Maintenant le petit peuple 

Te foro rosoun... (i) Te met à la raison. 

Ce « sir ventes », si tant est que ce soit le nom 
convenant à cette violente poésie, parait dater du 
plus fort de la Terreur. Jean-Baptiste Carrier, l'en- 
fant d'Yolet, le Procureur au Présidial d'Aurillac, 
devait le faire chanter par les bandes Arpajonnaises 
qu'il guidait avec Milhaud (2), conduisait d'ici de là, 
partout où les populations rurales paraissaient 
infectées de <( modérantisme ». Un peu plus tard 
parut une autre chanson, décalque manifeste de la 
précédente, qu'on serait tenté de dater du Direc- 
toire, de l'époque où l'on accusait Barras de prêter 
l'oreille aux propositions royalistes et où le général 
Bonaparte, retour d'Egypte, « le petit tondu », pré- 
ludait au Coup d'Etat du Dix-huit Brumaire (9 no- 
vembre 1799) qui renversa le Directoire. A. Bancha- 
rel, qui l'a publiée (3), l'appelle la « Marseillaise des 



(i) Nous avions déjà publié cette chanson dans nos « Récits 
Carladéziens » parus en 1906. 

(2) Milhaud, né à Arpajon, énergumène révolutionnaire dont 
la première partie de sa vie ne saurait être assez flétrie, toute 
remplie des plus détestables excès. La carrière militaire fut son 
chemin de Damas. Il devint général et Comte de l'Empire ! 

(3) « Grammaire et Poètes », P. 58. 



46 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Aurillacois sous la République et le Directoire ». 
Elle offre la caractéristique d'évoquer les abus jour- 
naliers dont le paysan pâtissait avant la Révolu- 
tion, de le mettre en garde contre les menaces de 
contre-révolution que redoutait le Directoire, soit 
du côté des royalistes, soit du parti militaire qui se 
groupait autour de Bonaparte. 

Per monténi lo Franco réunissons-nous, 

Car lou pitchou poplé sion trop molheiroux. 
Gordoren l'Ossemblado que nous som dounat : 
Bibo lo Républico! bibo lou Tiers-Estat! 



Pourton lo coucardo, l'Hobit de souldat, 
Fusil en bondoulievro, lou sabré ol coustat. 
Cossoren lo nouplesso, d'oquesté poïs 
E lour foren beïre que lour débon rés ! 



Tendren dé los ossemblados, nous réuniren ; 
Mountoren dessus los caoussados, lei despolloren. 
Orégloren les comptés, lour foren dei billits; 
Pogoren les noplés, gordorent nostr'orgint. 

Possojion o lour porto lou copel jioul'bras, 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Dé millo poulitessos boun rondioou pas cat. 
Bougre d'oristocrato, cossi tu bibioï 
D'oquel pitchiou poplé que te nouiricio ! 



Onosias ô lo pesco, n'érou tont jiolous, 

Obias un plat dé troutchios per montjiat chiaz bous. 

Bénio un couqui dé gardo lou fusil joul'bras: 

(( Laisso m'oti los trouchios ou té coutchi en bas. )) 

Ouetchés oristocratos lour collio pourta 

Dé los poulos grasso' ou loi récébioou pas 

S'ohuei lei lour pourtabou lei récébrioou bé, 
Mai" quond fouguèssou cloucos los trégirioou bé ! 

01 temps dé lo récolto nous bénioou musela, 
E un mes o l'obonço bénioou tout portotchia 
Oti nous fourtgigabou toutes les claouzels 
E nous li leissabou que les nioous d'aoussels. 

Oprès cado récolto nous bénioou cleïma ; 
Enquèro malgré naoutrés nous prendrioou lou bla. 
S'ohueï lei lour pourtabou lei récébrioou bé, 
Et lour forions beïre que couyounon pas! 

Ouetchés oristocratos boulioou doumina 



48 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Sul dret dé lo cueïsso mais zo foroou pas... 

Mettons-nous su los armos, brabés citoyens,. 
Menténon lou titré dé républicains! 

Parlou del petchiout, d'oquel pièou coupât 
Qu'es bengut en Franco per nous embrouiha. 
Ormons-nous dé fourcos, dé daillos dé prat 
Per li faire beïré que lou crégnon pas. 

Nous aou roïat lou deïme, lo rento otobé. 
E n'en son o lo taillo, lo pogoren bé. 
Gronds oristocratos, om les bras dubers 
Lou diaplé bous treïne ol found de l'ifer. 



Groupons-nous pour maintenir la France (i) 
Nous autres, plèbe, étions trop malheureux. 
Conservons l'Assemblée que nous avons élue. 
Vive la République ! Vive le Tiers-Etat ! 

Nous arborerons la cocarde, l'uniforme militaire (2) 



(1) En République. 

(2) De la Garde Nationale. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 49 



Fusil en bandoulière, sabre au côté. 

Nous chasserons la Noblesse de notre pays, 

Lui prouverons que nous ne lui devons rien (i). 

Nous formerons des Comités, nous réunirons, 
Nous escaladerons les chaussées et les détruirons (2). 
Nous apurerons les comptes, ferons des billets (3), 
Nous paierons les Nobles (4), garderons notre argent. 

Nous passions devant leur porte, le chapeau sous le bras 
A nos mille politesses ils ne répondaient jamais. 

B d'aristocrate, avec quel égoïsme tu vivais 

Au dépens de ce menu peuple qui te nourrissait! 

Si nous allions à la pêche, ils s'en montraient jaloux. 
Si on prenait un plat de truites pour le manger chez soi 



(1) On faisait courir le bruit que les ventes de biens natio- 
naux confisqués sur la Noblesse seraient annulées. 

(2) Les seigneurs construisaient, à leur gré, des chaussées ou 
barrages sur les rivières. Ces travaux engorgeaient les cours 
d'eau et inondaient les prés en amont. Beaucoup furent détruits 
par les paysans sous la Révolution. 

(3) Des assignats. 

(4) En assignats ou décrets de mise hors la loi. 



50 LES TROUBADOUBS CANTALIENS 

Surgissait un coquin de garde, le fusil sous le bras : 
(( Laisse là les truites, ou je te couche à terre. )) 

A ces aristocrates il nous fallait porter 
Les poules bien grasses, sinon ils les refusaient (i). 
Si nous t'en portions aujourd'hui, tu les accepterais bien 
Fussent-elles vieilles poules-mères, tu les mangerais 

[bien. 
Au temps des récoltes, ils venaient nous museler 
Un mois à l'avance, venaient tout partager. 
Ils fouillaient et refouillaient tous les U crousels >> (2), 
Xe nous en laissaient que les nids d'oiseaux (3). 

Après chaque récolte, ils venaient nous dimer 
Puis, malgré nous, enlevaient notre blé. 
S'ils s'en avisaient aujourd'hui, on leur taperait sur 

[le nez 
Et nous leur montrerions que nous ne plaisantons pas. 

Ces aristocrates voulaient dominer 

Exercer « le droit du seigneur )) Ils ne le feront pas. 



(1) Dues en redevance. 

(2) Groupe de dix gerbe? disposées en croix. 

(3) Les gerbes aux épis vides comme nids d'oiseaux. 



LES TU0UBAD0U11S CANTALIENS 51 



Mettons-nous sous les armes, braves citoyens, 
Maintenons notre titre de Républicains. 

On parle de ce petit homme, aux cheveux ras ( i ) 
Qui est venu en France pour embrouiller les choses. 
Armons-nous de fourches, de faux à couper l'herbe 
Pour bien lui montrer que nous ne le craignons pas. 

Nous sommes libérés de la dîme et de la rente aussi 
Nous en sommes au régime des impôts; nous les acquit- 
terons. 
Grands aristocrates qui ouvrez les bras (2) 
Le diable vous traîne au fond de l'enfer. 

On a vu le barde populaire du XVI e siècle chan- 
ter la vaillance malheureuse de Gourdes vaincu par 
Montbrun ; le poète révolutionnaire célèbre l'affran- 
chissement de Jacques Bonhomme et la chute d'un 
régime abhorré. Entre ces deux « sirventés », la 



(i) « Le Corse aux cheveux plats »? 

(2) Les aristocrates, agents contre-révolutionnaires, secrète- 
ment envoyés par Barras, a-t-on dit, contre Bonaparte déjà 
menaçant, qui parlaient de Louis XVIII prêt à « ouvrir les bras 
à son peuple ». 



52 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Muse Cantalienne n'a guère produit que de rus- 
tiques pastorales, de naïves complaintes et de très 
libres chansons. Si le souffle poétique de toutes ces 
œuvres de petite envergure n'est jamais puissant, 
sous la crudité des expressions et la pauvreté de la 
rime transpercent néanmoins la malicieuse finesse 
campagnarde et le rude bon sens Auvergnat. 

La formidable commotion révolutionnaire, la 
longue période de guerres de l'épopée impériale lais- 
saient difficilement aux poètes le temps de rêver. 
Nous avons vainement cherché quelque poème, en 
dialecte Cantalien, chantant les triomphes de Napo- 
léon-le-Grand. L'agreste Muse Auvergnate dut se 
sentir impuissante à célébrer le César moderne; ses 
rustiques pipeaux s'accordaient mal à si vaste sujet ; 
leur son grêle eut été couvert par les claironnantes 
fanfares. Le Centralisateur à outrance eut-il agréé, 
au reste, la louange formulée en un autre idiome 
que la langue officielle de l'Empire? Lorsqu'après 
les derniers battements d'ailes de l'Aigle, à Water- 
loo, les temps redevinrent plus calmes, que cesse 
enfin cette existence enfiévrée vécue depuis 1789, la 
vie normale reprend au Haut-Pays d'Auvergne 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 53 

devenu le Département du Cantal. Louis XVIII n'a 
pas touché à l'œuvre centralisatrice de Napoléon; 
il n'est plus une commune en France où un institu- 
teur, dûment autorisé par l'Etat, ne professe exclu- 
sivement le français. Rien n'encourage la diffusion 
des idiomes régionaux rigoureusement proscrits de 
toutes les Administrations aussi bien que de l'En- 
seignement. C'est pourtant à cette époque, qui 
semble devoir lui être si peu propice, que se mani- 
feste une véritable renaissance du dialecte Canta- 
lien. Un poète surgit, bientôt suivi de plusieurs 
émules, dont le nombre ira sans cesse grossissant à 
travers le XIX e siècle. Ce sont de fort modestes 
(( nourrissons des M 'uses », des <x pœtœ minores », 
dont l'œuvre est faite beaucoup plus de verve rail- 
leuse, de bonhomie caustique, que de sublimes envo- 
lées. Leur langue est impure, gâtée par l'ivraie des 
importations Françaises, leur prosodie est quelque 
peu fantaisiste; leur effort n'en reste pas moins 
intéressant. 

Le progrès s'affirme d'un écrivain à l'autre, 
l'idiome s'épure, le style s'annoblit, de Brayat à 
Courchinoux, pour arriver à son plein épanouisse- 



54 LES TROUBADOURS (ANTALIEXS 



ment avec Vermenoiize. Si mince que soit le bagage 
littéraire de chacun, à ne cou sidérer, pour plusieurs 
d'entre eux, que leurs productions en notre dialecte, 
leur pléiade constitue un curieux groupement. Il est 
étonnant qu'en ce siècle de découvertes scientifiques 
où la vapeur et l'électricité nivellent les dernières 
barrières de province à province, où l'uniformité de 
modes, d'usages, de manière de vivre, se généralise 
de plus en plus, où l'instruction obligatoire ne laisse 
plus, au moins en théorie, un seul pâtre illettré, 
l'antique dialecte ancestral recrute de fervents 
poètes qui se complaisent à l'utiliser encore. Ce 
n'est que justice rendue à ces sept ou huit héritiers 
des Pierre de Vie, des Rogiers, des Segret, des Bel- 
lestat que de reconnaître en eux les modernes Trou- 
badours Cantaliens du XIX e siècle. 




Jean-Baptiste Brayat 

1779-1888 




T.-B. BRAYAT 



La famille Brayat appartient à ce type de vieilles 
races Auvergnates, fréquent dans nos montagnes, 
dont on a dit avec raison qu'elles constituent la 
réserve du pays. Très anciennement enracinées au 
sol, prenant rang dans cette vieille Bourgeoisie 
rurale qui confinait à la Noblesse terrienne et 
contractait alliances avec elle, ces familles vivaient 
honorablement sur leur petit domaine ancestral. 
Pourvus d'une instruction presque toujours bien 
supérieure à celle des hobereaux du voisinage, ses 
membres occupaient, sur place, des fonctions Nota- 
riales ou de Judicature, quand ils n'étaient pas 
Avocats en Parlement ou Conseillers au Baillage 
voisin. L'un d'eux s'élevait parfois jusqu'à un de ces 
Offices de Judicature ou de Finance qui conféraient 
la Noblesse, aux derniers siècles de la Monarchie, 
tandis qu'un autre, moins doué, labourait de ses 
mains le champ familial. Sources fécondes d'énergie, 
d'honnêteté, de labeur inlassable apparaissent ces 
familles de la Bourgeoisie Française dont notre 



58 LES TROUBADOUIÏS CANTALIENS 



éminent ami A. Bardoux a écrit magnifiquement 

l'histoire (1). 

Il est difficile de préciser si les ancêtres de notre 
poète avaient donné leur nom au village de Brayat, 
paroisse de Boisset (2), ou si eux-mêmes en avaient 
retenu le nom. Nous laissons aux étymologistes le 
soin de faire dériver le nom de Brayat de l'antique 
« h raye » Gauloise! 

Un Brayat était déjà possessionné au village de 
ce nom au XV e siècle; un autre, Notaire Eoyal à 
Boisset en 1545. Helys de Brayat paraît avoir été 
l'héritière du rameau aîné, quand elle porta par son 
mariage, le 1 mai 1739, le domaine de Brayat à 
Jacques de Rochemonteil, Ecuyer, puis à Jean de la 
Tour qu'elle épousa en secondes noces. Son oncle, 
Jacques de Brayat, d'abord Avocat à Aurillac, puis 
Juge Royal à Boisset, avait épousé, en 1700, Jeanne 



(i) Agénor Barcloux, Député du Puy-de-Dôme, puis Sénateur, 
Ministre de l'Instruction Publique, auteur de nombreux ouvrages 
historiques de haute valeur et notamment de 1' « Histoire de la 
Bourgeoisie Française ». 

(2) Boisoet est une commune du canton de Maurs et de l'arr. 
d'Aurillac. 



LES TROUBADOUES CAN'TALIEXS 59 

de Sales (1) qui le rendit père de deux filles et de 
Pierre qui lui succéda en 1733 dans l'office de Juge 
Koyal à Boisset. De Jeanne du Boys, ou Dubois, il 
eut quatre enfants dont l'aîné, Pierre II Brayat, 
recueillit dans la succession paternelle la charge, 
quasi héréditaire, de Juge à Boisset et épousa 
Catherine Bories de Bournarel, commune du Triou- 
lou, dont il avait neuf filles et un fils, Jean-Baptiste, 
lorsqu'il périt assassiné, le 17 janvier 1798, dans 
des conditions qui rappellent quelque peu la mort 
affreuse de son compatriote et contemporain, 
Fualdès. 

Né au hameau de Merlet, paroisse de Boisset, le 
30 mai 1779, Jean-Baptiste se trouva à dix-neuf 
ans orphelin avec neuf sœurs en bas âge, dans une 
situation de fortune qui confinait à la gêne (2). 



(i) Jeanne de Sales appartenait à la branche des de Sales 
d'Escazeaux, seigneurs d*Escazeaux, Lachaud, etc., près Cariât, 
rameau puiné, peut-être illégitime des de Sales du Doux, donzols 
de Cordes en Albigeois, seigneurs de Vézac, Sales, Foulholles, 
Le Doux, Loradoun en Carladez. De par son aïeule, le poète 
J.-B. Brayat avait une parenté, légitime ou non, mais fort authen- 
tique, avec les Marquis de Sales du Doux et les Marquis de Sales, 
en Savoie, dont est sorti saint François de Sales. 

(2) A. Meyniel a donné dans son opuscule sur Brayat, P. 4, 
une étude généalogique fort exacte de cette famille. 



60 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Au prix de sérieuses difficultés pécuniaires, sem- 
ble-t-il, il fit assez tardivement ses études, s'en fut à 
Mende suivre les cours de Médecine et obtint, le 
12 avril 1816, le diplôme d'Officier de santé. 

Fixé dans sa commune natale, Brayat y exerça 
modestement son art, à raison de vingt sous la 
visite, souvent, même, remèdes compris ! Encore 
notait-il sur son carnet de comptes: « Pierre me 
pogoro si los costognos se bendou ». — Pierre me 
paiera si les châtaignes se vendent. La mode médi- 
cale était alors à la saignée; notre Brayat la prati- 
quait avec ferveur, saignait à tout propos, parfois, 
peut-être, hors de propos ! Vivant frugalement, peu 
économe, assez ami de la « dive bouteille », vrai- 
ment philantrope, Brayat ne connut une aisance 
relative que lorsqu'il eut épousé, le 11 janvier 1824, 
Agnès Lavernhe, veuve Bonnet, propriétaire sur la 
commune de Boisset du domaine de Lacoste qui 
rapportait, bon an mal an, une centaine de sacs de 
châtaignes (1). 

On me permettra de reproduire ici mon apprécia- 
tion sur Brayat et son œuvre, extraite du discours 



(i) Au temps de Brayat, le sac de châtaignes devait rarement 
valoir plus de 4 à 5 francs. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 61 



que je prononçai à Boisset, le 25 août 1907, à l'inau- 
guration du monument que lui ont érigé ses compa- 
triotes (1) : 

Il n'était pas un ((Prince de la Science )), c'est à 
croire; mais il faisait de son mieux, profondément dé- 
voué à ses malades, éminemment charitable aux indi- 
gents, d'une inlassable complaisance pour tous et d'une 
inaltérable bonne humeur... Esprit de dénigrement ou 
de jalousie, je l'ignore; on m'a conté que Brayat n'é- 
tait pas sans défaut et le grand reproche formulé était 
que notre homme ne dédaignait pas un verre de bon 
vin ; en dégustait même deux ou trois, voire quatre 
avec béatitude!... En Auvergne, jamais un verre de 
vin, même superflu, n'a noyé la réputation d'un brave 
homme! A courir la contrée, il en vint à aimer d'un 



(i) Cette cérémonie eut lieu en présence de MM, Duclos, Préfet 
du Cantal, Lintilhac, Sénateur, Rigal, Député du Cantal, etc. 
Le bon Félibre et régionaliste passionné : A. Meyniel, Institu- 
teur public de la Ville de Paris, auteur d'un volume sur l'Auvergne 
« Auvergne et Auvergnats » et de divers récits en dialecte Can- 
talien, s'était imposé la tâche d'honorer Brayat. Grâce à une 
active propagande, à des conférences multipliées dans les réunions 
amicales et mutualistes des Auvergnats de Paris, il a recueilli 
les fonds nécessaires à l'érection sur la place de Boisset d'un 
beau buste en bronze dû au sculpteur P. Vaast. 



()2 LES TROUBADOURS CANTALIEKS 

amour passionné la Châtaigneraie (i), cette contrée 
rude et sauvage, mais si poétique et si prenante... Il 
savait aimer mieux encore ses habitants, leur langage 
si savoureux et si doux. Il connaissait dans le tréfond 
nos expressions du terroir, notre dialecte si simple et 
si expressif qui traduit si heureusement, sans prétention 
aucune, mais avec une si typique fidélité, nos pensées, 
nos sensations de race... Au cours de ses longues che- 
vauchées, notre médecin taquinait la Muse, ciselait ses 
productions poétiques. Ainsi naquirent, au hasard de 
l'inspiration, ces soties, ces élégies, ces contes mali- 
cieux qu'il intitula: (( U Avare ». (( Les Plaideurs ». 
(( La Belle fille ». (( Le Bon voisinage ». (( L'Econo- 
mie ». (( Le Bonheur de l'homme des champs >>. (( Les 
Procureurs », (( La Bonne Education », et tant d'autres 
où il a semé à pleines mains les traits de sa fine ironie 
et de son bon sens avisé. Fielleux et méchant il ne 
l'était guère; ses traits le disent assez dans le cligne- 
ment malicieux des paupières, le pli si fin de sa lèvre ; 
c'était un caustique à la langue déliée, un humoriste 
souvent pince-sans-rire, imperturbable de bonne hu- 
rrleur. 

(i) On désigne de ce nom la partie méridionale du département 
du Cantal, complantée, tout entière, de châtaigniers. 



LtS TUOUBADOURS CAXTALIEXS 63 

Ses (( Conseils à son Fils )) prouvent surabondam- 
ment sa finesse d'observation et son haut bon sens. 
A eux seuls, ces (( Conseils », qui tiennent en deux 
pages, suffiraient à lui assurer une réputation justifiée 
de brave homme, de philosophe avisé, d'écrivain qui 
sait condenser en peu de lignes plus de vérités et de 
sages réflexions qui n'en contient souvent un gros vo- 
lume. 

Si l'œuvre littéraire de Bravât, toute modeste qu'elle 
soit, ne manque pas d'originalité, un critique serait 
quelque peu embarrassé, sans doute, pour la classifier 
dans un des genres dont les maîtres du Parnasse ont 
tracé doctement les règles. Des parties comiques succè- 
dent à des pages d'épigrammes railleurs; la chanson 
y coudoie presque la ballade; quelques stances lyri- 
ques se mêlent parfois à de spirituels quatrains. Mo- 
deste comme son œuvre, elle-même, Bravât, qui vécut 
en philosophe, sans austérité et sans ambition, fut un 
honnête et un sincère. 

Il aimait peu, paraît-il, à déclamer lui-même ses 
poésies; mais, eu revanche, distribuait volontiers 
à ses malades la plaquette les contenant (1), les 



(i) Il les avait fait imprimer, sous la Restauration, à Aurillac, 



64 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

engageant à chercher dans cette lecture réconfort et 
bonne humeur. La courte préface en Français se 
termine par ce quatrain propitiatoire : 

Public, je t'avertis d'avance 
Que j'ai droit à ton indulgence 
Puisqu'en six mois, dans mon village 
J'ai fait tout mon apprentissage. 

On recueillerait facilement dans ces brèves pages 
ample moisson de bons conseils, de pensées humo- 
ristiques et d'épigrainmes. L'avarice, dit-il : 

...Oquelo possiou funesto De l'avarice, cette passion funeste 

Se quitto pas coum' uno besto On ne se dépouille pas comme 

d'un vêtement. 



...Lou Diou de l'obare Le Dieu de l'avare 

Lou beirès dins un sat de tielo Vous le verrez dans un sac de 

[toile 
Estocat omb' uno ficello Attaché avec une ficelle 

Ou din qualca bieilho toupino Ou dans quelque vieux pot 
Que serbio plus ô lo cousino. Hors d'usage à la cuisine. 



chez Yiallanes. Elles étaient en vente à Maurs, la petite ville 
voisine de Boisset, chez Salesse, Instituteur et chez Delfau, jeune, 
Marchand. Elles ont été réimprimées en 1886 par A. Bancharel 
dans son opuscule « Grammaire et Poètes », P. 62 à 78 et en 
1907 par A. Meyniel, promoteur du monument Brayat, dans la 
brochure éditée à l'occasion de l'inauguration du monument. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 6-J 

En tête de sa poésie sur le <( Bon voisinage », il 
place ce chrétien axiome : 

Lou bounhur lou mai désiraple Le bonheur le plus désirable 
Es d'eima Dieou é soun sovn.-Est d'aimer Dieu et son prochain. 
[blaple.fn cela se résume toute la loi 
Oti obès touto lo lei de Dieou [divine; 

Baoutres, z'o sobès coumo ieou.Vous le savez tout comme moi. 

La cause de ruine la plus certaine, à ses yeux, est 
de s'adresser aux Avoués! 

Pleigias per monjia bouostre be Plaidez pour manger votre bien 
Goloupa tchia les Proucuraïrès Courrez chez les Procureurs 
Oti, forés de bouns offaïres ! Là, vous ferez bonnes affaires! 
Picats per de talos sonsurgos Piqués par telles sangsues 
Boutorès leis gaoutos cousudos Vous aurez vite les joues creuses- 
Els debenroou gras e gros Eux deviendront gros et gras 
E baoutres n'ourès que leis os. Et vous ne garderez que les os 

[sous la peau. 

Il y insiste encore dans ses leçons d' « Economie », 
mettant dans le même sac : vin, femmes, procès : 



Crinias lou bi é leis proucès Redoutez le vin et les procès 
E los fennos, coumo sobès! Et aussi les femmes, vous le 

[savez! 
Car, souben, Tome lou pus satchi Car, souvent, l'homme le plus sage 
Sus oquello mar fo nouf ratchi ! Sur cette mer fait naufrage! 
Çopenden los cal pas hoï Pourtant il ne les faut pas haïr 

Los poudon eima un bouci Nous les pouvons aimer un 

[tantine.t 

Diéou ne coundomno que l'obus Dieu ne condamne que l'abus. 
Prendennès uno tout ol plus! Prenez-en une; mais pas plus! 



66 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Lo cal eima si l'obès preso Vous devez l'aimer, l'ayant prise 

Ou, del min, n'en fa Ion semblon ! Ou tout au moins en faire le 

semblant! 

Dans son plus humoristique poème « La Belle- 
Fille », il note d'abord Fenthousiasme de la belle- 
mère pour sa bru, au lendemain du mariage: 

Lo poulido noro qu'obons preso '.Quelle charmante bru nous 

[avons prise! 
Es diligento e soumeso Elle est active et soumise 

O dé l'esprit e des tolons A de l'esprit et des talents 

Àlaougrès que n'agio que bint'ons.Bu?» qu'elle ait à peine vingt ans. 

Un mois ne s'est pas écoulé que tout change de 
face ! 



Lo maire combio de lengatchi La belle-mère change de langage 
E dis ô qu'aou lo bol entendre Et dit à qui veut l'entendre 
Que so noro baou pas lou penre Que sa bru ne vaut pas la corde 
Qu'oqu'o n'es qu'un entrofouissouÔM? ce n'est qu'une malfaisante 
Omistouso coum'un bouissou. Aimable comme fagot d'épines. 

Oqu'ouo n"es qu'uno maou bou-C'c\ç/ une mal élevée 

[nesto Qui déjà voudrait commander. 

Boouo coumença de fa lo mestro 

Bile s'atife et s'adonise 

Guello s'opinco é s'odouniso Comme si elle était Marquise 

Coumo ço qu'ouero uno Àlorquiso Et moi de peur d'appauvrir la 
E ieou per m'ontene l'oustaou [maison 

Pouode pas croumpa un domon- Je n'ose même pas m'acheter un 
[taou! [tablier! 

Es gourmoudo coum'uno catto Elle est gourmande comme une 

[chatte 
Quond trobo un toupi, lou deso-Quand elle trouve un pot, elle le 

[cato [découvre 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



E, sio omb' lou det ou lo lengo Et, soit, avec le doigt, soit avec la 

[langue 
Lo bileno, caou que n'en prengo IL' éhontée! Il faut qu'elle y goûte. 

Les litanies de reproches sont copieuses ; les récri- 
minations de la bru ne le sont pas moins ! Sa belle- 
mère ne vaut pas la corde pour la pendre : 



Aimo lou bit e lou fricot Elle aime le vin et le fricot 

Que soulo debourorio un piot. A elle seule dévorerait une dinde 
Oprès qu'es brahomen sodoudo Quand elle est pleinement gavée 
L'obès que parlo touto soulo Elle bavarde toute seule 

Crido, juro, tompesto Crie, jure, tempête 

Dirias qu'o perdudo lo testo. A croire qu'elle a perdu la tête 
E, dusquo qu'o cubât lou bi Jusqu'à ce qu'elle ait cuvé son vin 

Lou diaple s'en pouot pas benchi. Le diable n'en viendrait pas à 

[bout! 

La kyrielle des reproches continue, interminable; 
la douce belle-fille conclut : 

Qu'aou bourias que demouresso Qui voudriec-vous qui habitât 
Omb'un diaple d'oquel' espesso\Avec un diable à'e cette espèce! 

Bouole fa ligi moun countrat. Je veux me faire lire mon con- 
trat. 

Per beire coumo es possat Pour voir comment il est rédigé. 

E oqu'ouo qu'es recounegut Tout ce qui m'a été reconnu 

Me rondroou dusqu'oun escut. On me le rendra jusqu'au dernier 

[écu. 

Avant de quitter le modeste Officier de santé 
poète, voyons-le, agréable fabuliste, montrer aux 



68 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



ambitieux le danger qu'ils courent à vouloir sortir 
de leur condition native: 



Uno clouco ombe ses coutis 

Onet ol prat l'aoutre moti 

E, ombe ses coutis, per hosard 

Li se roncountrèt un couard, 
Tôt leou qu'oqueste beguet l'aïgo 
Bisté, quittet l'aoutro boulaillo 
E, d'oprès l'esten que counserbo 
L0X1 ritou s'en bo din la serbo. 
Oti, en noden guel se plaï 

Coumo lou rei din soun polai. 



Une poule-mère avec ses poussins 
S'en fut au pré, l'autre matin. 
Au milieu de ses poussins, par 
[hasard 
Se trouvait un canard. 
Dès que celui-ci vit l'eau 
Aussitôt, il quitta la volaille 
Et mû par l'instinct atavique 
Le canard courut au réservoir. 
Là, il prenait autant de plaisir à 
[nager 
Que le roi à habiter son palais. 



Mes, les coutis poguerou car Mais, les poussains payèrent cher 
L'hounour dé segre lou conard ! L'honneur de suivre un canard! 
D'obouord, en coumencen \oDès qu'ils se furent élancés 

[courso 
Guetchiès se neguerou sons res-Ils se noyèrent sans rémission. 

[sourço. 
E touto la sotto boulailho Et toute cette sotte volaille 

Onet durmi ol found de l'aigo ! Alla dormir au fond de l'eau. 
Lo clouco ero sus la coousado La poule restée sur la chaussée 
Que cridabo coum'uno fado: Leur criait comme une enragée 
Eh' ound'onaï paoubres estourdisH*.' où allez-vous, pauvres étour- 

[dis 



Dins l'aïgo sorès engloutis ; 
Lo glebo es nostre portatchie 
Mes, oti, forés noufratchi. 
Restas din bouostre coundicion 
Lou molhur be de l'ombiciou. 
Si cadun restabo ô so plaça 
Berias pas tout ço que se passo 

La poulo es fatchio per grota 
Coumo lou ritou per noda 
Esemple ô baoutres peisons 



Vous allez être engloutis par l'eau 
Le gason est notre domaine 
Sur l'eau vous ferez naufrage. 
Restez dans votre condition 
Le malheur vient de l'ambition. 
Si chacun restait à sa place 
On ne verrait pas tout ce qui se 
[passe, 
La poule est faite pour gratter 
Comme le canard pour nager. 
Exemple à vous autres paysans 



De countrefa pas trop lou De ne pas trop contrefaire les 
[mounde grond. [gens plus huppés. 



L'abbé Bouquier 

Curé d'Ytrac et de Leynhac 



17-18 



Tous les écrivains qui se sont occupé de la renais- 
sance du dialecte Cantalien au XIX e siècle, citent 
le Curé Bouquier; aucun ne donne sur lui le 
moindre renseignement biographique et Auguste 
Bancharel, le mieux documenté d'ordinaire, avoue 
que ses recherches sont restées vaines. Celles que 
nous avons tentées à Leynhac, dernier poste du Curé 
Bouquier, n'ont pas eu meilleur résultat (1). Xos 
investigations à Calvinet, lieu d'origine de notre 
poète, ont été plus heureuses grâce à l'aimable obli- 
geance du Maire de Calvinet, M. Jean de Bonnefou, 
à qui nous exprimons tous nos remerciements pour 
sa bonne grâce à fouiller lui-même registres parois- 
siaux et d'état civil, à interroger ses administrés 
nonagénaires. L'enquête « par turbe », comme on 
disait jadis, que M. de Bonnefou a bien voulu faire, 
a, enfin, révélé pourquoi les Archives de Calvinet 
sont aussi muettes que celles de Leynhac sur le 
Curé Bouquier. 



(i) Nous remercions M. l'Abbé Teulet, Curé de Leynhac, de 
toute la peine qu'il a bien voulu prendre à fouiller inutilement 
Archives Paroissiales et Municipales. 



72 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Sa famille était fort ancienne à Calvinet. Elle a 
donné des Juges de Carladez et au moins deux 
Curés de Calvinet en 1607 et 1725. Véritable 
pépinière ecclésiastique, elle fournissait un ou plu- 
sieurs Prêtres à chaque génération. Les Bouquier 
pullulent au registre des naissances, entre 1750 et 
1850, sans qu'il soit possible d'y distinguer notre 
Curé-Poète; peut-être est-ce Auguste Bouquier, né 
en novembre 1777. Successivement Curé d'Ytrac, 
puis de Leynhac, l'Abbé Bouquier quitta cette der- 
nière Cure pour se retirer dans sa famille à Cal- 
vinet, antérieurement à 1837. A cette époque, un de 
ses neveux était « Chef des Missionnaires » (?) à 
La Martinique. Vers 1839, l'ancien Curé d'Ytrac et 
de Leynhac, plus que sexagénaire alors, quitta Cal- 
vinet pour aller rejoindre son neveu à La Martinique 
où il a dû mourir. Il avait, sans doute, emporté au 
delà des mers le manuscrit de ses poésies Canta- 
liennes dont il comptait, peut-être, grossir le nombre 
en rêvant sous les bananiers, ce qui expliquerait 
qu'il ne nous reste de ses productions qu'un unique 
fragment (1). 



(i) Il y a une quarantaine d'années, deux Abbés Bouquier. 
neveux du Curé-Poète, étaient Missionnaires à La Basse-Terre 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 73 

Vemienouze voyait en l'Abbé Bouquier, comme 
en B rayât et Veyre, les premiers pionniers de la 
renaissance Occitane Cantalienne et semble avoir 
grandement apprécié le Curé-Poète dont il trace 
cet élogieux portrait : 

Vous parle de lougtemps : lo porroquio d'Ytrat 
Olero, obio l'Obat Bouquié coumo Curât 

Oquero un poueto, un felibre 
Qu'obio fat proutchis bers per n'en coumpousa un libre 
Deis bers qu'erou pas estroussats ni gorrels 

Ni mai' cat de pieu buforels 
Le fosio en lengo d'Oc, e eau dire qu'olero 
L'estielo de sept reis n'esturluzio pas enquerro. 

Sons oquo nostre Obat, inhourad din soun trau 
Serio 'stat, lou pus mins, Félibré Majourau (i). 



où les avait peut-être emmenés notre éloquent compatriote 
Mgr Lacarrière, nommé Evêque de La Basse-Terre vers 1850. 
Ces deux Prêtres revenaient de temps à autre à Calvinet. La 
famille Bouquier n'est plus représentée actuellement que par 
M. Bouquier, Professeur de l'Université qui réside à Saint- 
Mandé, près Paris. 

(1) Vermenouze : « Joas la Cluchado ». Couonte Bertodie, 
P. 2290. 



74 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Je parle de longtemps, la paroisse d'Ytrac 
Avait alors l'Abbé Bouquier comme curé 

C'était un poète, un félibre 
Dont les vers auraient pu former un livre entier 
Des vers qui n'étaient pas estropiés, ni boiteux 

Ni, non plus, du tout boursouflés. 
Il les faisait en langue d'Oc; en ce temps là 
L'étoile à sept rayons ne s'était pas levée. 

Sans cela, notre Abbé ignoré dans son trou 
Eut été pour le moins Felibre Majorai. 

(( Homme d'esprit, cultivant les belles-lettres et 
aimant la joyeuse langue d'Auvergne », dit A. Ban- 
charel (1), l'Abbé Bouquier aurait laissé un certain 
nombre de poésies en dialecte Cantalien, actuelle- 
ment aux mains de ses héritiers qui en auraient tou- 
jours refusé communication (2). On ne peut donc 
juger le Curé-Poète que par une seule pièce que 
Bancliarel a éditée d'après un manuscrit auto- 
graphe. Il n'est guère probable que l'Abbé Bouquier 
connût les œuvres du Prieur de Montaudon ; mais 



(i) « Grammaire et Poètes ». P. 78. 
(2) Ibid. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 75 

vraiment l'idée qu'il a eue de mêler des personnages 
célestes et infernaux à des Juges et des Curés ter- 
restres, de personnifier la Conscience, l'Ambition 
qu'il fait parler, paraît aussi bizarre que l'excursion 
en Paradis à laquelle nous fait assister Pierre de 
Vie ! Le titre même qu'a donné le Curé Bouquier à 
son œuvre est, au moins, original. 

(( Dialogue d'un curé qui personnellement 

(( Pour gagner un procès a fait un faux serment 

(( En dépit de son seing et de sa conscience 

(( Et se croit dispensé d'en faire pénitence. 

(( Si mon style trop plat dégoûte le lecteur 

(( Qu'il corrige l'ouvrage et le rende à l'auteur. )) 

L'Ange gardien apostrophe le Curé, le suppliant 
de reculer devant un faux serment; le Juge presse 
le témoin de se décider; le Curé, perplexe, hésite: 

Ieou, bese tout oco, mes aï qualque scrupulo 

Bous dissimule pas que me fo pessomen 

Per un trot de proucès de faïre un faou sermen. 

Je vois bien tout cela, mais garde quelque scrupule 
Ne vous dissimule pas que j'ai grande hésitation 
Pour un simple procès à faire un faux serment. 



76 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Le Juge revient à la charge et le Démon entre en 
scène. Satan s'ingénie à lui montrer la futilité d'un 
serment : 

Cal crerio qu'ougassias tont de simplicitat! 

Digas ! Quond bous mettras lo mo sus lo pouotrino ; 

Que foro oquo ô Dieou que siasco oti ou sus l'esquino? 

E conte n'io que jurou, omaï jurou per rès! 

Mes bous, troubaï del maou oti ound'nio pas tchès. 

Oui pourrait vous supposer tant de simplicité 
Voyons ! Quand vous mettrez votre main sur la poitrine 
Dieu s'inquiète peu que ce soit là ou sur l'échiné. 
Combien font des serments qui jurent pour rien 
Mais vous, trouvez du mal où il n'y en a pas ombre. 

Le curé avoue que le raisonnement de Satan a du 
bon ; celui-ci y insiste. L'Ange gardien proteste, fait 
appel à la conscience du Curé, laquelle se déclare 
oblitérée; l'Ambition vient fortifier les arguments 
de Satan et le Curé faiblissant déclare : 

Eh bé ! Dounc, ieou m'en baou jura 
Quitté opresso per m'en coufessa. 

Hé bien! Donc, je vais prêter serment 
Quitte à m'en confesser ensuite. 






LES TROUBADOURS CANTALIENS 77 



L'Ange gardien désolé appelle Saint Michel à la 
rescousse; mais le temps que cet Archange descende 
du ciel, le Curé, la main sur la poitrine, a prêté 
son faux serment. A l'arrivée tardive de Saint 
Michel, l'Ange gardien, à qui son zèle fait oublier 
le sentiment de la hiérarchie, vitupère l'Archange. 
Celui-ci assure que: 

Dès qu'aï sougudo lo noubello 
Soui portit coum'un'hiroundello 
En fouormo de lengo de fioc 
Me soui pas orrestat en Hoc. 

Dès que j'ai su la nouvelle 

Je suis parti comme une hirondelle 

En forme de langue de feu 

Sans faire en route la moindre étape. 

Et l'Archange conclut philosophiquement que le 
Ciel ne perd pas grand'chose à ne pas recueillir un 
Curé pareil. 

Le curé Bouquier a-t-il voulu pasticher quelque 
Mystère médiéval; on peut se le demander. Il paraî- 
trait injuste de le juger sur cette unique production, 



78 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Bi bizarre de fond et de forme, sous la plume d'un 
Prêtre surtout. Si, comme Bancharel l'assure (1), 
il était le collaborateur de Bravât et avait, notam- 
ment, coopéré à « L'Avare » du Poète-Médecin, le 
talent poétique de l'Abbé Bouquier valait mieux 
que l'unique et vraiment faible échantillon qui nous 
reste de ses œuvres. Il faut reconnaître, en tous cas, 
que son idiome est moins que pur, tout encombré 
de mots français « patoisés ». 




(i) « Grammaire et Poètes ». P. 78. 



L'abbé Jean Labouderie 



N'est-il pas bien téméraire de classer parmi les 
poètes en dialecte Cantalien du XIX e siècle, ce 
Prêtre San Florain qui a sûrement traduit en 
« patois Auvergnat » et peut-être en vers, sans qu'on 
puisse en apporter la preuve certaine, le Livre de 
Kuth et la Parabole de l'Enfant prodigue? Il fut 
réellement, en tous cas, un prédécesseur des Féli- 
bres par ses travaux philologiques sur notre idiome 
et sa typique figure vaut d'être saluée au passage. 

Né à Ckalin argues le 13 mai 1776, la Révolution 
le trouve Pro-Cnré de Perrières en Bourbon- 
nais (1). Il passe les mauvais jours dans sa famille, 
s'empresse, dès la première éclaircie, de rétablir le 
culte à Chalinargues, mérite, par son zèle à réorga- 
niser les paroisses de sa région, le surnom d' « ou- 
vreur d'Eglises ». Après le Concordat, son ortho- 
doxie est si suspectée, pourtant, qu'en 1802, Mgr de 
Belmont, évêque de Saint-Flour, juge nécessaire de 



(i) Ferrières-sur-Sichon, cant. de Mayet de Montagne, arr. de 
La Palisse (Allier-), populeuse paroisse de 1.800 habitants dont 
le chef -dieu est une petite ville à 30 kil. de La Palisse et à 26 
de Vichy. 



82 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

lui remettre un certificat attestant « qu'il est de sa 
comniuniou » (1). Prêtre de caractère indépendant, 
sans doute, il est traité, à la fois, sous la Restau- 
ration, de Janséniste et de Voltairien î 

Il a néanmoins de puissants protecteurs à la 
Cour; le duc de Berry lui confie l'éducation des 
deux filles qu'il a eues de son mariage en Angle- 
terre avec Miss Brown (2), le Comte d'Artois lui 
écrit son espoir de lui faire conférer un Evêché. 
Déjà, en 1822, l'Archevêque d'Avignon lui avait 
offert un Vicariat Général qu'il avait décliné; en 
1834, la Députation du Puy-de-Dôme, le Comte de 
Montlosier en tête, le demande vainement comme 
Evêque de Clermont; en 183G, les sollicitations du 



(î) Notice sur l'Abbé Labouderie par le Comte de Dienne 
parue dans « Lo Cobrctto » du 7 février 1900. Nous avons suivi 
pas à pas cet excellent travail ainsi que celui de l'avocat Dillac 
paru en 1862, dont le Comte de Dienne s'était lui-même inspiré. 

(2) On sait que le Duc de Berry avait fort légitimement épousé 
en Angleterre, pendant l'Emigration. Miss Brow dont il eut 
deux filles : Mlles de La Châtre et d'Issoudun qui devinrent 
Mmes de Charette et de Lucinge. Plus tard le Pape déclara ce 
mariage nul pour défaut de consentement de l'oncle, chef de 
famille, Louis XVIII. Nous avons encore connu des adversaires 
de la légitimité qui déclaraient tout uniment le Duc de Bordeaux, 
Comte de Chambord (Henri V) et sa sœur la Duchesse de Parme 
enfants illégitimes et adultérins. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 83 



Clergé San Florain restent également vaines pour 
l'obtenir comme Evêque de Saint-Flour (1). Frappé 
d'une attaque de paralysie le 15 janvier 1838, il 
languit douze ans infirme et meurt à Paris, 22, place 
du Parvis-Xotre-Dame, le 2 mai 1819. 

On ignore quelle avait été son attitude vis-à-vis 
de la Constitution Civile du Clergé; on sait seule- 
ment qu'il était fort lié avec l'Abbé Grégoire, le 
Conventionnel célèbre. Celui-ci lui remit, à son lit 
de mort, la relique insigne du bois de la Croix que 
possédait l'Abbaye de Saint-Denis (2). Lors du sac 
de l'Abbaye, Grégoire avait retiré la précieuse 
relique du reliquaire que la Convention envoyait à 
la Monnaie pour y être fondu et l'avait pieusement 
conservée. L'Abbé Labouderie léga cette relique à 
l'Abbé E'oudil, Curé de Chalinargues, qui en fit 
faire en 1855 la récognition officielle par l'Evêque 
de Saint-Flour. 

Producteur fécond, l'Abbé Bourderie a collaboré 



(i) Comte de Dienne, Dillac, loc. cit. 

(2) Cette parcelle considérable de bois de la Croix avait été 
donnée par Baudoin, Empereur de Constantinople à Philippe- 
Auguste, roi de France et déposée par celui-ci au trésor de 
Saint-Denis. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



à nombre de Kevues de son temps, fourni plus de 
cinq cents articles à la Biographie Universelle de 
Michaud, publié soixante-dix études diverses. 

L'une d'elles qui figurait sous le numéro 56, dans 
la vente de ses livres qui eut lieu à son domicile à 
Paris en 1854, intéresse particulièrement l'idiome 
Cantalien; c'est le « Vocabulaire du patois usité 
sur la rive gauche de VAllagnon jusqu'à Molom- 
pise » publié dans les « Mémoires de la Société des 
Antiquaires de France », T. XII, P. 338. Sous le 
n° 42 de la même vente est noté: « Le livre de RutJi 
en hébreu et eu putois Auvergnat » — « La Para- 
bole de VEufaut prodigue en syriaque et eu patois 
Auvergnat », édités à Paris en 1824. 

M. Dillac, Avocat à la Cour Impériale de Paris, 
originaire d'Aurillac, a consacré, en 1862, une 
substantielle notice publiée chez Jouaust, à l'Abbé 
Labouderie pour lequel il professait grande admi- 
ration et dont il disait volontiers que, chez lui, le 
poète n'était pas inférieur au philologue et an 
savant (1). 



(i) Esprit très cultivé, M. Dillac, qui appartenait à une vieille 
famille de la bourgeoisie d'Aurillac, avait exercé, longues années, 
à Paris, la profession d'avocat avec distinction et talent. C'était 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 85 

Fut-il vraiment poète et rinia-t-il sa Parabole de 
l'Enfant prodigue en dialecte Cantalien? Ses ma- 
nuscrits dispersés pourraient seuls en fournir la 
preuve. Il est certain, en revanche, comme le dit si 
bien notre éminent compatriote, le Comte de 
Dienne (1) que : « L'Abbé Labouderie est un des 
« prédécesseurs des Félibres. Comme le fait Mis- 
« tral dans L'Armana Prouvençau », il a traduit 
(( certains passages des Saintes Ecritures; comme 
« lui encore, il a doté son pays d'un dictionnaire 
« de la langue. Seulement, il s'est borné au simple 
« dialecte parlé dans les environs de son village 
« natal au lieu d'embrasser comme le Maître, dans 
(( « Lou Trésor doit Félibrige », tous les dialectes 
« de la langue d'Oc. Néanmoins, il a droit à la 



encore, au déclin de sa vie, un aimable causeur qu'il nous sou- 
vient d'avoir visité dans son appartement du Boulevard des Ita- 
liens, facile à trouver, observait-il, la maison portant pour enseigne 
« Au Sauvage ». 

(i) Le Comte de Dienne, héritier de cette illustre race Auver- 
gnate à laquelle les généalogistes assignent une origine Gallo-Ro- 
maine, est un infatigable érudit auquel le Cantal doit les plus 
précieuses recherches. Son cartulaire de la Vicomte de Cariât 
publié en collaboration avec M. Saiges, est un réel monument 
d'érudition. Il est l'auteur de nombreuses Etudes des plus cons- 
ciencieuses et des mieux documentées dont la plus récente sur 
Sainte Bonne d'Armagnac, Princesse Carladézienne. 



86 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

« gratitude de ceux qui s'occupent de la renaissance 

« de notre littérature Romane et nous avons lieu 

« d'être fiers de ce compatriote. Attaché profondé- 

« ment à son pays, il a compris, à une époque où 

« l'idiome des ancêtres était méprisé sous le nom 

« de « patois » que la langue d'un peuple est le 

« témoignage irrécusable de sa vie nationale et de 

« sa liberté » (1). 




(i) Comte de Dienne : Notice sur l'Abbé Labouderie. « Lo Co- 
breto », Février iooo. 



Frédéric de Grandvai 

180S-1S50 



Jean- Joseph-Désir é-Frédéric Dupuy de Graudval, 
né à Laubressac, cautou de Saint-Céré (Lot), aux 
limites du Cantal, appartenait par son père à une 
ancienne et honorable famille du Quercy et par sa 
mère Marie Gourlat de Saint-Etienne à la Haute- 
Auvergne où les Gourlat occupaient héréditaire- 
ment des offices de Judicature et de Finance. Son 
union avec Louise-Clémentine de Bertoult ne dut 
être ni longue ni heureuse; il était trop un « fan- 
taisiste-indépendant » pour apprécier à leur valeur 
les paisibles joies conjugales! 

— u Homme rare et original, dit Bancharcl. 
(( M. de Granval, qui aimait les plaisirs, succomba 
« à la tentation familière aux poètes. Comme 
a Musset, il obligea la Muse à tremper ses ailes 
(( dans la ligueur aux reflets verts ! Il y avait en lui 
« deux hommes, l'un vulgaire, asservi, l'autre déli- 
ce cat, élevé, frémissant de tout ce qui est beau. Il 
(( s'attendrissait facilement, parlait des jeunes filles 
(( et de l'amour avec une élégance peu commune et 
(( ne trouvait que des accents vigoureux pour chan- 
ce ter le peuple et la liberté. Granval correspondait 



90 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



« avec Béranger qui le corrigeait parfois. Sur ses 
« derniers jours la poésie était devenue pour lui 
« un retour à la moralité, une revanche de sa 
(( conscience longtemps esclave, une satisfaction 
« donnée au souvenir d'une jeunesse trop orageuse, 
« une réparation aux désastres que sa fortune avait 
« éprouvée » (1). 

Une pièce intitulée « Chant patois », conseils aux 
électeurs, dans le sens le plus démagogique et le 
plus violent, lui est attribuée sans certitude; en 
revanche, « Les étreintes de Jean Guétras », datées 
de septembre 1850, ne laissent aucun doute sur ses 
opinions politiques plutôt avancées : 

Li o lèou très ons que lo Fronço indignado 
Cossabo un rei que fosio soun molhur. 
Quond entendet peta lo fusillado 
Philippo part, s'escound coum'un boulur 

Lou pouople fier d'estre mestre ô soun tour 
Fo prouclama pertout lo Repuplico. 
Noples, bourgis, ombe les prouletaris 



(i) « Grammaire et Poètes », P. 84-85. 



LES TKODBADOUES CANTALIENS 91 

Plontou, en conta, l'aoubre de Liberta. 
Sons leis souna, les Curats, leis Bicaris 
En surpuli, benoou les botetchia 

Debiou, per rès, teni dins los escolos 
Les tious efons é leis rondre sobens 
Mes tout oqu'ouo n'ero que foribolos 
Seroou deis ases enquerro per lougtemps. 
T'obioou proumet que pourios, lou dinmergue 
Bioure del bit sons pogat cat de dret 
Ouond ouras set, biouras, tchias tu, del mergue 
Mountolombert barro les coborets. 

Espéré be que coummencès de beire, 
Paoubre peison, que se foutou de tu 
Se cado jiour te sarrou lo courejio 
Oqu'ou'es finit, pourras plus bergena. 
Ser e moti, te netegiou lo gretchio 
Te deissoroou que leis uels per ploura 

Obons besoun de fa uno bugado 
Lou lingi fi s'ocabo de gosta 
Osserton plo oquello soplounado 
Per n'ober pas besoun de li tourna 



92 LKS TROUBADOl KS CANTALIENS 

Voilà trois ans bientôt que la France indignée 
Chassait un roi qui faisait son malheur. 
Quand il entendit crépiter la fusillade 
Philippe part, se cache comme un voleur 

Le peuple fier d'être redevenu son maître 
Fait proclamer partout la République. 

Nobles et Bourgeois avec les prolétaires 
Plantent, en chantant, l'arbre de Liberté 
Sans y être conviés, les Curés, les Vicaires 
En surplis, viennent le baptiser. 



On devait, gratis, admettre aux écoles 
Tes enfants, en faire des savants. 
Tout cela n'était que fariboles 
Ils croupiront dans l'ignorance longtemps encore. 
On te promettait que tu pourrais, le dimanche 
Boire du vin sans payer aucun droit. 
Quand tu auras soif, tu boiras, chez toi, du petit- 

[lait 

Montalembert ferme les cabarets, 
j'espère que tu commences à t'apercevoir, 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 93 

Pauvre paysan, qu'on se moque de toi. 
Si, chaque jour, on te serre la courroie 
C'en est fini, tu ne pourras plus respirer. 
Soir et matin, on te vide la crèche 
On ne te laissera que les yeux jour pleurer! 

Nous avons grand besoin de faire une lessive 

Le linge fin finit de se gâter 

Réussissons bien ce savonnage 

Pour n'avoir plus à le recommencer. 

Le 23 février 1854, Jasmin, le sémillant poète 
Agenais, alors à l'apogée de sa réputation, venait 
donner, au théâtre d'Aurillac, une soirée littéraire 
de bienfaisance en l'honneur de la langue d'Oc que 
célébraient les poésies du spirituel coiffeur d'Agen. 
M. de Grandval, chargé par les admirateurs Auril- 
lacois de Jasmin de le saluer à son arrivée en ville, 
lui adressa cette bienvenue : 

Debés pas toun renoum ol reng, o lo fourtuno ; 
Té l'es fat tout soulét, caouso bien paou coumuno ! 
Car, son forts oppuis ou son lo claou d'argent, 
Lou mérité longuis et traouco raroment. 



94 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Noun, suffis pas noun plus de courre les escolos, 
Se forci dé lotin ou d'aoutros foribolos; 
Oquel que sero pas un pouèto quond naï, 
Pot n'emprunta lo pel, mais lou didin, jiomaï 
O quos del firmoment que l'y jiollis so flammo, 

E guel soûl parlo bien lou léngachi de l'âmo 

Ouontés n'en countorion dé réputas sobénts 
Qu'espérou d'ottopa lo luno ombé léis dents; 
Sou mountat, lou moti, sur lou guéiné Pégaze, 
Per se beïre, lou ser, sur l'esquino d'un aze. 
Mais tu, l'éfon gosta de lo terro et del cieou, 
Del célébré boloun n'as tostat que lou mièou. 
Fidel o toun estât, tout fosen lo pratiquo, 
As méritât cent cots lo palmo académique, 
Et, per prouba, Jasmin, que souei pas trufondié, 
Prouclamé Françounotto et De costel euillé, 
L'Obuglé qu'aimé tont et pueis tos Popillottes. 
Que faou bira lou cat à toutos los drollotos. 

Portés lou jionti noum d'uno poulido flour; 
Tous bers n'oou lou porfum, toun âmo lo coulour; 
Otobé, lou boun Diéou, to juste en préférenço, 
T'o caousit per ana counsola l'indigenço 
Disou dins toun poïs que lou sér qu'es noscut, 



LES TEQUBADQURS CANTALIENS 95 

Entenderou dins l'air les doux accords d'un luth; 
Que lo nuet, sur toun bret dobolét un esclaïre, 
Que monquet fa mouri de poou to paouro maire! 
Per yeou, souei pas surprit de poreillos fobours : 
Un Diéou dei bers potaïs naît pas toutes les jiours, 

Tu ne dois pas ta renommée à la naissance, à la fortune 
Tu l'as conquise par toi-même, fait assez peu commun. 
En général, faute de puissants appuis et sans la clé 

[d'argent 

Le mérite reste inconnu, perce bien rarement. 
Ce n'est pas assez non plus que courir les écoles, 
Se gaver de Latin et d'autres fariboles 
Celui qui n'a pas reçu au berceau le don de poésie 
Pourra sembler en revêtir l'apparence mais jamais la 

[réalité 

C'est du Ciel que lui doit venir fa flamme 
L,ui seul parlera vraiment alors le langage de l'âme 
Combien pourrions-nous citer de savants renommés 
Qui s'imaginent décrocher la lune avec leurs dents 
Sont montés le matin sur le capricieux Pégase 
Pour se voir le soir à califourchon sur un âne! 
Mais toi, le benjamin de la terre et du ciel, 



116 LES TliOUBADOUKS CAHTALIENS 

Du célèbre vallon tu n'as goûté que le miel. 
Assidu à ton métier, tout en servant la pratique 
Tu as mérité cent fois la palme académique. 
Et pour te prouver, Jasmin, que je ne suis pas hâbleur, 
Je salue (( Francounotto )) et (( De costel cullé )) 
(( L'Obuglé » que je prise si fort et aussi tes (( Popil- 

\lottos >) 
Qui font tourner la tête à toutes les fillettes. 
Tu portes le nom d'une des plus jolies fleurs 
Tes vers ont sont parfum, ton âme sa couleur. 
Aussi Dieu si juste dans ses choix 
T'a élu pour aller secourir l'indigence (i). 
On affirme dans ton pays que, le soir de ta naissance, 
On entendit dans les airs les doux accords d'un luth ; 
Que la nuit, sur ton berceau, apparut une clarté 
Qui faillit faire mourir de peur ta pauvre mère; 
Pour moi je ne suis pas surpris de telles faveurs 
Un Dieu de la Poésie (( patoise )) ne nait pas tous les 

[jours ! 

<( Lo Cobretto », cette Revue Félibréenne Çanta- 



(i) Les recettes réalisées par Jasmin dans sa tournée littéraire 
étaient versées toutes entières aux œuvres de bienfaisance. 



LES TROUBADOURS CaNTALIEXS 97 

lienne, d'existence si courte et si bien remplie (1895- 
1900), a donné, dans son numéro de mai 1895, une 
poésie inédite de Grandval, datée d'Aurillac, le 
14 août 1850, qui nous montre le joyeux et insou- 
ciant viveur sous un jour tout différent de la répu- 
tation qu'il a laissée. De délicats sentiments conju- 
gaux et paternels y sont exprimés en termes émus; 
l'inspiration prend, cette» fois, sa source au meilleur 
du cœur : 

UN EXILAT 

Cadc moti, quond lo fresco rousado, 
Del cièu dobalo escorbilha leis flours, 
Sous plus ô ièu, è moun âmo ocoplado, 
Prend lou comi, que meno ô mouis omours. 
M'espossechen, se besès sur lo branco, 
Des tourtourèls libres se bequeta, 
Un long soupir lo jiolousio m'orronquo, 
01 found del bos lo pou les fo souba ! 

Poulis oùssels, quond prenès lo boulado 
Un soûl moument se boulias m'escouta, 
Bous corgorio de pourta lo bequado, 



98 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

Ois ongielous, que m'o cogut quitta, 
Bous prégorio de counsoula lour maire 
Que coumo bous sat qu'es oquo d'eima, 
Odoucirias so blossuro, pecaïre, 
E sous poutous me tournorias pourta? 

En libertat, uriousos creoturos, 
Bous ossemblai, cadun dit so consou, 
Bibès en pat dins lei mémos posturos 
Se bous bottes, couneissès lou perdou. 
Nautres que son les phénix de lo tèrro, 
Que nous bonton d'estre cibilisats, 
Per oui, per noun, nous decloron lo guèrro, 
Toujiour les fouorts escrassou les pus flats ! 

Ousselou blonc, oquel de nostre Signé, 
Que de tout temps, près de guel gardo omoun 
Pregas-lou bien qu'ô s'eima nous insigne 
E dins l'ifer que clabe lou Demoun : 
Counjuras-lou de perdouna lo Franco, 
N'o siéisonto ons que l'orrouson de plours; 
O l'Exilât prestat bouostro ossistonso, 
Per quo soun niou puesque finit sous jiours. 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 99 

Chaque matin, quand la fraîche rosée 
Tombée du ciel, ranime les fleurs 
Je ne me possède plus et mon âme accablée 
Prends le chemin qui mène à mes amours. 
Je me réjouis à voir sur la branche 
Se becqueter des tourterelles en liberté. 
L'envie m'arrache un gros soupir 

Les oiseaux effarouchés vont se blottir au fond du 

[bois. 
Jolis oiseaux, quand vous vous envolez 
Si vous vouliez, une minute seulement, m'écouter 
Je vous chargerai de porter la becquée 
Aux angelets qu'il m'a fallu quitter 
Je vous prierai de consoler leur mère 
Qui, aussi bien que vous, sait ce que c'est qu'aimer 
Vous adouciriez sa blessure, la pauvrette! 
Et me rapporteriez ses baisers (i). 

Heureuses créatures ! En absolue liberté 
Vous vous réunissez ; chacun dit sa chanson 

(i) Si le poète entend parler de sa femme, Mme de Grandval 
née de Berthoult, il semblerait qu'il suppose que ce n'est pas de 
son propre gré qu'elle s'est séparée de lui et qu'ils avaient des 
enfants. 



100 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Vous vivez en paix dans le même bocage 
Si vous vous querellez, vous connaissez les joies du 

[pardon. 
Nous, les hommes, qui sommes les phénix de la terre, 
Pour un oui, pour un non, nous nous mettons en guerre 
Et toujours les plus forts écrasent les plus faibles. 
Oiseau blanc, toi le privilégié du Seigneur 
Que de tout temps il a gardé là-haut, auprès de lui, 
Demande-lui instamment de nous apprendre à nous 

[aimer 
Et d'enfermer le Démon au fin fond des enfers. 
Conjure-le de pardonner à la France. 
Depuis soixante ans, nous arrosons son sol de nos 

[larmes 
A l'exilé accordez votre appui 
Pour qu'au nid natal il puisse finir ses jours (i). 

Ces généreux sentiments ne paraissent pas avoir 
duré, à moins qu'on ne suppose antérieure la poésie 
que « Lo Cobreto » a publié dans son numéro de 
janvier 1898 et dont elle attribue la paternité à 



(i) Cette strophe justifie le jugement de Bancharel qu'il y avait 
en Grandval deux hommes, l'un de sentiments élevés, l'autre 
asservi à sa funeste passion. 




LES TROUBADOURS CANTALIENS 101 

Grandval. Cette sorte d'auto-biograpkie est telle- 
ment dans la note qui fut celle de notre poète, elle 
décrit si bien la fâcheuse faiblesse qui fit de lui un 
déclassé, qu'on y peut voir sans témérité une confes- 
sion du pauvre fervent de Bacchus: 

MOS ESTRENNOS 01 BOUS EFONTS 

Brabes efonts, lou cornobal s'oprotchio. 
Lou pitchiou blus se bendro pas trot car. 
E sons ober grond orgent dins lo potchio, 
Pourrés ono desquilha lou mièt-quart. 
Soubenon-nous qu'oprès forto secado 
L'aure ol pè tort es per trot ginerous, 
Nous fourniro de que bioure ô rosado, 
Mes dobont guel flotchires les ginous. 

Lou bi noubèl ô lo cruco me monto ; 
Per me gori, démo foraï lou lus, 
De boun moti lo gouto me remonto, 
Mes tout lou jiour reste fidèle ol blus. 
Quond lo nuit be, per possa lo bilhado, 
Près d'un boun fiot, m'ossiète sus un bonc 
E tout fument è mongient lo grelado, 



10^ LES TROUBADOURS CANTALIENS 

O tout osard bube un litre de blonc. 

Pièi ol cofè bau prendre uno tassotto ; 
Me forio mau sons très sos d'aigo-ordent. 
Trobe un omit, foson lo portidoto, 
E dous cruchouns li passou roundoment. 
Sount netetchiats e eau quita lo plaço. 
Bau prendre l'èr, osarde uno consou ; 
N'ai be prou fat, lo potroulho m'omasso 
Sons resistonço è me meto en preisou. 

Lou jiour poret è m'olondou lo porto. 

Dintre ô l'oustau, tout mèque é morrounent, 

L'efontou crido é lo Jiano s'emporto : 

(( Tros de gourmond, de qu'as fat de l'orgent? » 

Coumo un ognèl m'ossiète sons res dire. 

De tems en tems m'ogatchio de trobèr. 

L'efont sul brat me premene sons rire, 

En otendont que puèsque tua lou bèr. 

Quond me grôupigno, otire so monoto, 
En proumetent que li tournorai pas, 
E douçoment li fau mo coressoto. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 103 



Sou perdounat, sul cot troton lo pat. 

Per moun malur, oquoi serment d'ibrogno: 

Trot boun efont, sabe pas résista. 

E maugrèt ièu, coumo lou set me gogno, 

01 coboret biste me eau tourna. 

Lo pauro Jiano o be rosou, pecaire, 

Trobalha dur è son un ordi; 

Pourrio pourtont me mètre ô moun ofaire 

S'ère réglât coumo nostre bisi : 

O soun dina so mièjio boutilho. 

Quond per osard bôu faire un boun repas, 

Lou prend tchias el om touto lo fomilho 

E dei restonts l'oste proufito pas. 

MES ETRENNES AUX BONS ENFANTS 

Braves enfants, le carnaval est proche 
Le petit bleu ne se vendra pas trop cher. 
Et, sans avoir force argent à la poche 
Vous pourrez aller vider un demi-quart 
Souvenez-vous qu'après une grande sécheresse 
L'arbuste au tronc noueux est par trop généreux 



101 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Il fournira de quoi boire à rasades 
Mais devant lui vous fléchirez le genou. 

Le vin nouveau me monte à la tête 

Pour me guérir, demain je ferai lundi. 

Au matin, à la piemière heure, la goutte me rend du 

Mais tout le jour je reste fidèle au vin bleu; [ton 

Quand vient la nuit, pour passer la veillée 

Auprès d'un bon feu, je m'assieds sur un banc. 

Fumant, mangeant des châtaignes grillées 

Je me risque à boire du vin blanc. 

Puis, au Café, je vais prendre une demi-tasse 

Il me ferait mal sans trois sous d'eau-de-vie. 

Je rencontre un ami, on fait une petite partie 

Deux cruchons de bière passent lestement. 

Ils sont vidés, il faut quitter la place. 

Je vais prendre l'air, risque une chanson. 

Je n'en ai que trop fait! La patrouille me cueille 

Sans résistance de ma part, me conduit en prison. 

Le jour paraît; on m'ouvre la porte 

Je rentre chez moi honteux et maugréant. 

Le bébé crie et ma Jeanne s'emporte : 



LES TROUBADOURS CAXTALIENS 105 

(( Vilain gourmand, qu'as-tu fait de l'argent? )) 
Doux comme un agneau, je m'assieds en silence; 
De temps à autre elle me regarde de travers. 
L'enfant sur le bras, je me promène sans rire 
En attendant de pouvoir aller (( tuer le ver )). 

Quand bébé m'égratigne, je lui prends sa menotte 

En me jurant que je ne boirai plus 

Et doucement je lui fais une caresse. 

Je suis pardonné, séance tenante nous faisons la paix 

Pour mon malheur, c'est là serment d'ivrogne 

Trop bon enfant, je ne sais pas résister! 

Bien malgré moi, la soif me gagnant 

Vivement je m'en retourne au cabaret! 

La malheureuse Jeanne a grand raison, la pauvre chère 

Elle besogne ferme et n'a jamais le sou; 

Je devrai pourtant me mettre à mon travail 

Si je menais la vie réglée de notre voisin. 

Il boit à son dîner sa demi-bouteille; 

Et, lorsque de fortune, il veut faire chère-lie 

Il boit chez lui avec toute sa famille 

Sans faire bénéficier le cabaretier des restes. 



106 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

On se ferait sans doute une opinion plus exacte 
et mieux fondée de Grandval, dont ses contempo- 
rains vantaient fort, notamment, l'esprit d'à pro- 
pos (1), si on connaissait ses autres productions 
poétiques en Français et en Cantalien, que Bancha- 
rel n'hésite pas à traiter de chefs-d'œuvre (2). Elles 
étaient nombreuses, semble-t-il, s'il est vrai que ses 
manuscrits emplissaient une bibliothèque entière. 
Lorsqu'il mourut à Aurillac le 14 septembre 1859, 
dans la détresse, ses papiers furent dispersés et 
détruits. 




(i) Bancharel cite de lui une réponse un peu leste mais pleine 
d'esprit à une dame d' Aurillac qui déplorait de ne pas avoir d'en- 
fants. « Les Veillées Auvergnates », T. I, p. 57. 

(2) « Grammaire et Poètes ». P. 85. 



Jean-Baptiste VEYRE 

1798-1876 



Jean-Baptiste Veyre naquit à Aurillac le 14 Ven- 
tôse an VII (4 mars 1798), de Guillaume, sabotier, 
et de Jeanne Martin, ménagère. Il est à croire qu'au 
sortir de quelque école primaire, l'enfant parut d'in- 
telligence assez éveillée pour qu'on le crut suscep- 
tible d'études latines, en vue peut-être d'une hypo- 
thétique entrée dans les Ordres. Peu après le 
Concordat, un M. Aymar avait organisé dans l'an- 
cien Couvent des Visitandines, devenu plus tard 
résidences des Missionnaires Lazaristes, au coin des 
rues du Collège et Sainte-Anne, une pension qu'on 
appela le Petit Séminaire, dénomination qu'a gardée 
l'immeuble, bien après la disparition de l'Institu- 
tion Aymar. Nombre d'enfants susceptibles de voca- 
tion ecclésiastique y faisaient leurs études Latines 
jusqu'à leur entrée au Grand Séminaire de Saint- 
Flour. C'est probablement sur les bancs de cette 
école que Veyre contracta les liaisons de camara- 
derie qu'on le verra conserver toujours avec nombre 
de Prêtres San Florains. Le Sacerdoce lui appa- 
raissant, sans doute, sans attraits, il aiguilla sa vie 



110 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

vers la carrière où il pouvait utiliser le mieux ses 
connaissances acquises et entra dans l'Enseigne- 
ment primaire. Il débute comme Instituteur à Vic- 
sur-Cère d'où, après un court séjour, il est envoyé 
à Saint-Simon (1) qu'il ne devait plus quitter. 
A peine âgé de vingt-six ans, il y épousa, le 25 février 
1824, Suzanne Lacoste, une plantureuse créature, 
plus grande et plus forte que lui, qui fut une mère 
autant qu'une épouse et tint vigoureusement en 
mains les rênes du gouvernement. 

Veyre était un modeste et un simple, un insou- 
ciant que sa vie monotone satisfaisait pleinement 
et qui ne trouva jamais étroit son horizon si limité. 
De fréquentes stations au cabaret voisin de son 
école lui donnèrent une ferveur poussée assez loin 
pour la « dive bouteille ». Son énergique ménagère 
l'y venait relancer et, aussitôt la porte close, lui 
administrait une de ces corrections dont Bancharel 
nous dit qu'elles étaient proverbiales (2) ! Le pauvre 
instituteur cherchait alors à apaiser son irascible 
moitié par des serments multipliés dont il ne tint 



(i) Riche commune de la vallée de Jordanne, dans un site 
délicieux, à 6 kilomètres d'Aurillac. 
(2) « Grammaire et Poètes ». P. 91. 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 111 

jamais aucun ! Et quand celle dont il se vengeait 
bénignement, en l'appelant sa « Xantippe », mou- 
rut le 17 octobre 1861, le grand enfant qu'était 
Verre, désemparé par le manque de cette nécessaire 
tutelle, alla se réfugier, jusqu'à la fin de ses jours, 
dans cette auberge pour laquelle il avait composé, 
en 1858, année de disette de vin, cette enseigne 
suggestive : 



Lou triste temps per un pintaïréLc triste temps pour un buveur 
Que nés pas aïguossesiaïre ! Oui n'est pas amateur d'eau! 

Aro, poudes béni eici Désormais vous pouvez venir ici 

Trouborès del boun bi. J'ous v trouvères de bon vin! 



A deux ou trois reprises, Veyre confesse son 
péché mignon. « Il est certain, remarque le docteur 
« Vaquier dans son étude si finement ciselée sur 
I Veyre (1), qu'il ne cracha jamais sur le bon vin 
« et qu'il eut, toute sa vie, un faible pour la bonne 

« chère et les libations copieuses J'aime mieux 

(( croire qu'il savait s'arrêter à temps et qu'il ne 
(( dépassait pas la limite où, sous l'influence d'une 



(i) J.-B. Veyre. Le Poète de St-Simon. Conférence donnée à 
la Société des « Gooudots », par le Docteur F. Vaquier, Médecin 
de l'Œuvre d'Ormesson, 1910. 



112 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

« excitation aimable, l'esprit se sent plus léger, 
« l'imagination plus riante et plus vive. » 

Ce n'est qu'à quarante ans sonnés que Veyre fit, 
en 1838, ses premiers pas dans la carrière poétique. 
Encore fallut-il l'aiguillon d'un concours pour don- 
ner l'essor à sa Muse. Son éloge de Kiquet, offert h 
la Société Archéologique de Béziers, qui avait donné 
ce thème de concours, fut classé en rang honorable. 
L'idée directrice très saine de ce poème de 206 vers 
est que notre acquis est fait, pour une large part, 
de celui des générations passées, que nous bénéfi- 
cions des grandes pensées, des idées généreuses de 
nos devanciers auxquelles nous devons ajouter notre 
contingent. C'est la pure doctrine traditionaliste] 
ramenée à de sages proportions, que nous nous 
efforcions de traduire nous-même au pied du monu- 
ment de Bravât, en disant : Il ne faut avoir ni la 
superstition ni la haine du passé. 

On devine facilement dans ce poème que Veyre a 
vécu dans la fréquentation des poètes Latins. Tl 
traite même avec désinvolture les dieux de l'Olympe ! 
Le dialogue entre Jupiter bénévole et Neptune cour- 
roucé de l'audace des mortels est de jolie facture et 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 113 

l'ironie des derniers vers est du meilleur aloi, 
lorsque : 

Neptuno mourtifiat d'uno talo respounso 
Resto lou bet cousut é din l'oundo s'enfounço 
Se pentchino lo barbo, estobousit, moucat 
Et, de so mo tromblonto escapo lou fourcat. 

Neptune mortifié d'une telle réponse 

Reste le bec cousu et plonge dans l'abîme 

Il se lisse la barbe, abasourdi, honteux 

Et sa main tremblante laisse échapper son trident. 

Au peintre Aurillacois Eloi Chapsal (1), Veyre 
adresse deux poésies. Il s'excuse d'abord dans sa 
« Visite à l'atelier du peintre » (1840) de s'y rendre 
pédestrement : 



(i) Mon grand-père maternel : le Baron de Pollalion de Gla- 
venas, Colonel de Houzards, Off. de la Lég. d'Hon., peintre ama- 
teur médaillé, à diverses reprises, au Salon, élève de David, cama- 
rade d'Ingres, Gros, Girodet, etc., avait remarqué le jeune fils de 
son boulanger d'Aurillac, Eloi Chapsal, qui montrait d'étonnantes 
dispositions artistiques. Après lui avoir donné les premières leçons, 
il lui facilita l'accès des écoles. Dessinateur consciencieux, Eloi 
Chapsal se spécialisa dans le portrait et la peinture d'histoire où il 
obtint d'honorables succès. 



Mi LES TBOUBADOUKS CANTALIKXS 

Mes, Pegaso offonat refuso lou serbice 

N'es plus qu'un bourriquou testut, romplit de bice 

Quond lou bolé mountat, d'obord es oquioua. 

Mais Pégase épuisé me refuse ses services 

Il n'est plus qu'une bourrique têtue, emplie de vioe. 

Quand je veux l'enfourcher; il se butte aussitôt. 

Lorsque, plus tard, l'artiste a fait son portrait, le 
Poète-Instituteur s'écrie dans sa gratitude : 

Es dounc bertat, Eloi, d'un paoure postrissou 
As roppela les traits, pintra lou copissou 

Aro, mouriro plus... Jiomaï dins lou toumbel 
Les bers rougigoroou tout entié Beyrounel ! 

11 est dune vrai, Eloi, que d'un pauvre petit pâtre 
Tu as fixé les traits et peint la pauvre tête 

Il ne mourra plus tout entier... Jamais dans le tombeau 
Les vers ne dévoreront complètement le petit Veyre. I 

Sa « Lettre à VAbbé ('... » (1843) (1), dit très jus- 



(i) L'Abbé Combes, Principal du Collège de Mauriac, pioba- 
blement camarade de classe de Veyre. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 115 

tenient le docteur Vaquier : « indique qu'une grande 
« intimité régnait entre certains Prêtres et le 
« poète qui s'autorisait de cette intimité pour se 
« livrer à des plaisanteries de presbytère, un peu 

« libres sous leur forme légèrement puérile et 

(( qui ont pour excuse de se produire à la fin d'un 
« bon dîner ou entre deux parties de bête hom- 
(( brée » (1). Plus humoristique et d'un sel déjà 
plus attique son « Paysan à la foire de la Saint- 
Urbain » (1845). Son récit d'une rixe entre deux 
gars pour les beaux yeux d'une fille est joliment 
enlevé : 

Omb les couides mesclats 

Cado bostau se copo e s'embolo en esclat. 
Olero desormats, s'empougnou per lo gleno 
Saoutou olaï pieou, copel e Cothorino en peino. 
Se tenou corps o corps ; les pès sarrou les pès 
Sou bentre couontre bentre é gilet sur gilet 

Poumpits e repoumpits s'oflacou, tombou, poum... 
Temôu tout oloungats dioï loungours d'oguliado. 



(i) Jeu de cartes favori des Prêtres San-Florains. Vaquier, p. 7. 



116 LES TROUBADOURS OANTALIENS 

Enchevêtrés aux coudes 

Chaque bâton se rompt et vole en éclats. 
Sans armes maintenant, ils se prennent à la tignasse 
Cheveux, chapeaux tombent et Catherine en peine ! 
Ils se prennent corps à corps, pied à pied 
Poitrine contre poitrine, gilet contre gilet. 

Pétris et repétris ils s'affaissent, tombent, pouf ! 
Ils tiennent, allongés sur terre, deux longueurs de 

[pique-bœufs. 

Le mariage du délicat écrivain qu'était Henri de 
Lalaubie (1) avec Mlle Delzons (2), lui inspire, la 
même année, une poésie dialoguée que trop d'expres- 
sions empruntées au Français déparent; quelques 
mois plus tard il adresse, en décembre, à son ami 
d'Aurillac, E. Bayle (3), une de ses poésies les plus 






(i) H. Delolm de Lalaufre, l'un des auteurs du Dict. Stat. du 
Cantal. Le château de Lalaubie est situé sur la commune de Saint- 
Simon. 

(2) Petite-fille du Général, Baron Delzons. 

(3) M. Bayle possédait la propriété de Limagne, entre Aurillac 
et Sc-Simon. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



117 



humoristiques, d'une philosophie ironique et char- 
mante, « Un radotage » : 



... D'oquesto onnado 

O bira l'escobel 

Codun de so fusado 

Aouro fa soun groumel. 

Les uns de piœus de sedo 

Les autres de coutou 

E yeou de piœus de fedo. 



... De cette année 
L'écheveau s'est dévidé. 
Chacun, de sa fusée 
Aura fait son peloton. 
Les uns de fils d'e soie 
Et d'autres de coton. 
Moi, de fils de laine. 



Les fils embrouillés des existences humaines qu'il 
démêle lui montrent l'humanité sous un vilain jour : 



Lo fongo que trepissou 
S'esclaffo jious lours pès 
Saou commençât, finissou 
01 gaouillat del mesprès. 



Cado jiour s'engraissabo 
D'un orgen prestodou 
Aou reclomat lo detto 
Piorrou fo soun poquet 



La fange où ils trépigneni 
S'écrase sous leurs pieds 
S'ils y ont débuté, ils finissent 
Au cloaque du mépris. 



Juon, lou pouliricaïre 


Jean le politicien 




Bol tout combobira 


Veut tout bouleverser 




Ottrapo uno ploçoto 
N'es plus to refrougious 


Il décroche une sinécure 
Il n'est plus renfrogné. 




Pierre s'espolaissabo 


Pierre se prélassait 





Chaque jour s'engraissait 
D'un argent emprunté 
On réclame la dette 
Pierre fait son paquet. 



« Le bon sens du paysan », une de ses œuvres les 
plus savoureuses, débute par une vérité profonde : 



118 LES TROUBADOURS CaNTALIEXS 

Ouond un aoubre est toumbat tout lou mounde li 

[clappo. 
Quand un arbre est abattu, chacun s'acharne à le mettre 

[en copeaux. 

Saluant la République qui vient d'éclore en cette 
année 1848, il lui prédit : 

... T'en done pas soulomen per très ons 

Per estre estobousido un jiour per tes efons. 

... Je ne t'en donne pas pour trois ans 
Pour être assommée par tes propres enfants. 

Il prévoit les folies socialistes, les utopies des 
rêves creux, supplie la République de s'en garer: 

Car, t'aimons Republiquo 

Naoutres que trobollons per lo caouso publiquo 
Domondons lou prougrès ; l'aouren, mes d'opossou 
Tout martchio : l'olimas coumo lou saoutobou 
Surcorguen pas lou carri, aoutromen tout s'offaïsso 
01 miet del grond comi petoriou los embaïssos. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 119 

Mes, per obeire Mai', cregnons de perdre Obriœu ! 

Car nous t'aimons, ô République 

Nous les serviteurs de la chose publique 
Nous souhaitons le progrès ; nous l'obtiendrons, mais 

[à pas lents 
Chaque être avance, le limaçon aussi bien que la saute- 
relle 
Ne surchargeons pas le char, sinon tout s'affaisse 
Au beau milieu du chemin, les essieux casseraient. 

Pour vouloir avoir Mai, craignons de perdre Avril ! 

Le 16 octobre 1851 est date mémorable pour le 
Poète-Instituteur. Sa muse est solennellement con- 
viée à prendre quasi rang officiel pour chanter le 
génial pâtre de Saint-Simon (1), Gerbert, le Pape 
Silvestre II dont Aurillac inaugure la statue, œuvre 
magistrale de David d'Angers. Après un exorde où 
il rappelle les ténèbres du X e siècle, le poète coûte 
la naissance de l'enfant qui devait être « Pastor et 
Pontifeœ » — Pâtre et Pape: 



(i) Gerbert est né vers 940, au village de Belliac, commune de 
Saint-Simon. 



120 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



01 ped d'un putchotel Au pied d'un monticule 

Ero un oustolounel. S'élevait une petite maison 

Oti, din l'indigenço Là, dans l'indigence 

Un efontou nosquet. Un enfant naquit. 

Disou qu'ô so neissenço On dit qu'à sa naissance 

En seine de puissenço En signe de puissance 

Trè cots lou gai contet Trois fois le coq chanta 

Et Roumo l'entendet. Et Rome l'entendit. 



Le poète décrit, souvent avec un rare bonheur 
d'expressions, cette vie si tourmentée et si féconde 
de Gerbert. Malgré la pauvreté de notre idiome, il 
dit avec aisance les miracles scientifiques réalisés 
ou pressentis par le savant médiéval: 

01 tounerre estounat prépares un cobestre 
De lo bopour testudo orreste lou bondestre 
L'orgue contoro miel, l'hourlotge es rebela 
Et l'ouro, d'aro en laï, per tu saouro porla. 

Un trobal to precious despasso moun sober 
Pastre de Sent Simoun aï romplet moun deber. 

A la foudre étonnée tu prépares un frein 
De la vapeur violente tu arrêtes l'expansion 
L'orgue chantera mieux, l'horloge se révèle 
Et, désormais, grâce à toi, sonnera les heures. 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 121 



Un labeur si génial dépasse mon savoir 

Pâtre de Saint-Simon, j'ai rempli mon devoir (i). 

La soirée du 23 février 1854 apporta à notre 
poète la consécration définitive de sa renommée par 
la bouche autorisée du poète Agenais, Jasmin, alors 
dans toute la vogue de sa retentissante notoriété. 
Le coiffeur d'Agen était venu à Aurillac faire appré- 
cier ses poèmes en langue d'Oc dans une soirée litté- 
raire au théâtre. Veyre se fit l'interprète de l'enthou- 
siasme général dans une fraîche poésie qu'il débita 
de sa loge: 

Pastre de Sent Simoun ai quittât moun troupel 
Aï près mo besto niobo et moun jionte copel 
Per béni festesia to grondo renoumado. 

Pâtre de Saint-Simon, j'ai quitté mon troupeau 
J'ai pris mes habits neufs et mon plus beau chapeau 
Pour venir fêter ta grande renommée. 



(i) En rendant hommage, veut-il dire, au pâtre de St-Simon 
qu'avait été Gerbert dans son enfance. 



122 LES TROUBADOURS CAKTALIENS 

Il décrit en excellents termes l'œuvre de Jasmin, 
célèbre avec conviction la langue d'Oc: 



Lengo aimobloto Langue aimable 

Tont poulidoto 5"* jolie 

Que contesiabo nuech et jiour Que chantait nuit et jour 

Mai d'un sonsible Troubadour Maint délicat Troubadour 

To glorio meritado Ta gloire justifiée 

Aoutrescot coressado Autrefois fêtée 

Pécaire ! onabo s'esconti Pauvrette! allait s'évanouir. 

Jasmin, huey lo robiscoulado Jasmin, aujourd'hui te ressuscite 

Immourtalisado Te rend immortelle 

Aro n'as plus poou de mouri Tu n'as plus à craindre de mourir 



C'est en s'adressant à Jasmin, qu'il traite de 
rossignol charmeur, que Veyre se dit lui-même un 
roitelet. Le poète d'Agen répondit aimablement au 
roitelet : 

M'y courusse, Moussu, oquel oussel contayre 

O lou pioulat plo musicayré. 
Oquès un roussignol que per jou s'est bestit 

De lo plumo d'un reïpetit. 

Je m'y connais, Monsieur, cet oiseau chanteur 

A le chant harmonieux. 
C'est un rossignol qui, par jeu, s'est couvert 

Du plumage d'un roitelet. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 123 

Au cours des six années qui suivirent. Verre écrit 
nombre de poésies dont quelques-unes, telle « Un 
conte vrai », vraiment supérieures de fond et de 
forme à ses premières productions. Il y fait donner 
par M. Sarrauste de Menthière ce philantropique 
conseil à un égoïste paysan rencontré sur la route: 



Sabès qu'es nostro bido Tu sais que notre vie 

De miseros cloufido : De misères est farcie 

Lo bugado de Gondillou C'est la lessive de Gandillou 

Oun cadun es per soun pillou. Où chacun apporte son lange! 

Laisso me olaï to themo Abandonne donc tes bilevesées 

Faï lou be noun lou maou Fais à autrui le bien, non le mal 

Te sero fat de mémo 77 te sera fait de même. 

S'escupusses bol ciœu Si tu craches vers le ciel 

Z'ottroporas sul mourre! Cela te retombera sur le nez! 



En mai 1860, une souscription publique à laquelle 
S'associent les autorités locales, quatre Evêques, 
nombre d'Ecclésiastiques et de notabilités Canta- 
liennes, permet à Veyre d'éditer ses œuvres en un 
volume qu'il intitule « Les piaoîriats d'un rei-petit » 
— Les pépiements d'un roitelet (1). Cette date 
marque la fin de Factivité poétique de Veyre. L'an- 
née suivante il devient veuf; esseulé, manquant de 



(i) Imprimés à Aurillac, chez Bonnet-Picut, Mai \i 



12 l LES TROUBADOUBS CAKTALIEKS 

cette tutelle conjugale <|tii lui était nécessaire, il 
s'étiole, désormais inactif, traîne dans son auberge 
de Saint-Simon une existence morose que les catas- 
trophes de 1870 assombrissent encore (1). Les 
angoisses nationales, l'insurrection de la Commune 
et ses suites, les péripéties politiques qui se dérou- 
lent à Versailles absorbent l'attention; personne ne 
songe plus au vieil Instituteur, au poète fêté 
naguère, qui s'éteint le 28 novembre 1876, dans un 
profond oubli. 

Vingt années passent sur son œuvre délaissée; 
l'Ecole Félibréenne Auvergnate se constitue en 



(i) Louis Farges, aujourd'hui Consul Général de France à Bâle, 
racontait dans « Lo Cobreto » du 7 mai 1895, l'impression gardée 
d'une visite à Veyre vieilli, se survivant à lui-même : 

— «... Une femme pieds nus... nous introduisit auprès de Veyre 
« dans une pièce où les reliques d'un passé qui avait eu son heure 
« brillante se mêlaient aux marques irrécusables de la détresse, 
« sinon de la misère présente. ...Seul le portrait de Veyre par Eloi 
« Chapsal... rappelait les jours disparus et l'aisance évanouie... Le 
« temps avait touché Veyre de son aile et du sémillant et mali- 
« cieux « reipetit » d'autrefois, il avait fait un vieillard que l'ef- 
« fort avait affaissé, que les déceptions avaient éteint, qui, visible- 
« ment, se survivait à lui-même dans une existence presque uni- 
«■ quement végétative. Le contraste entre le passé et le présent 
« était d'autant plus grand que Veyre, somnolent fortement 
« quand nous entrâmes, dans un fauteuil placé sous son portrait, 
« la comparaison, grâce à la remarquable toile d'Eloi Chapsal, 
« était rendue facile entre autrefois et aujourd'hui. » 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 125 

1895, dont Vermenouze sera l'âme et le journal « Lo 
Cobretto » l'instrument de diffusion. Les Félibres 
Cantaliens évoquent avec émotion la mémoire de 
Veyre en qui ils saluent <( une façon d'ancêtre et une 
sorte de précurseur ». Un comité se constitue pour 
ériger un monument à l'Instituteur-Poète sur cette 
place de Saint-Simon où s'est écoulée la majeure 
partie de sa vie (3). Dans une magistrale conférence, 
donnée sous la présidence de Francis Charmes, de 
l'Académie Française, Sénateur du Cantal, en 1910, 
à la Société Parisienne des « Gooudots » (1), M. le 
docteur Vaquier se demande ce que fut l'œuvre de 
Veyre et la juge avec une maîtrise telle qu'on ne 
peut que reproduire ses appréciations parce qu'il est 



(3) M. le docteur Granier, ancien médecin militaire, propriét. 
à Saint-Simon, qui fut, dans sa prime enfance, l'élève de Veyre, 
s'est constitué avec Armand Delmas le zélé promoteur du monu- 
ment Veyre. Le docteur Granier a prouvé, par certain compte 
rendu de la conférence du 13 novembre 1910 sur les Troubadours 
Cantaliens, qu'il avait retenu, des leçons de son premier maître, 
une connaissance complète de notre dialecte. 

(1) « Gooudots » : habitants d'Aurillac, citadins. On a fort er- 
goté sur l'étymologie de ce sobriquet donné aux Aurillacois. On 
veut le dériver de « gaudium », « Gaudentes ». Ceux qui se 
réjouissent, qui ont le plaisir ou l'humeur facile parce qu'ils ont 
plus d'occasions d'amusements que les campagnards. 



126 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

impossible de mieux dire et de porter jugement plus 
exact : 

— « Comment faut-il apprécier le génie poétique 
« de Veyre? Est-ce vraiment un poète? Devons- 
(( nous le considérer comme un poète national au 
« même titre que Vermenouze? Dans quelle mesure 
« fait-il honneur à la petite patrie et quelle a été 
u son influence sur le mouvement félibréen? 

« Pendant la longue vie du poète, ses yeux ne se 
« sont jamais ouverts au spectacle de la nature; il 
« a passé des milliers de fois auprès de sites enchau- 
« teurs sans les voir. Le cours capricieux de la 
« Jordanne ne lui dit rien; il la cite, tout juste, 
(( deux fois dans tout son livre, sans même y ajou- 
(( ter une épithète qui fasse image. Il avait dans son 
« « Ode à Gerbert » une excellente occasion de 
« décrire le site riant de Belliac, la vallée de la Jor- 
« danne qui devait dégager, en l'an mille, la même 
(( poésie intime que de nos jours. Cela ne le tente 
« pas; il ne fait aucun effort... La poésie des choses 

(( lui échappe complètement Dans les vers de 

« Veyre, jamais trace d'émotion. C'est un poète 
(( calme et froid, le plus souvent ironique. A-t-il 
(( aimé? Fut-il aimé? On n'en sait rien. Sa peu 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 127 

(( gracieuse Xantippe lui fit-elle connaître le bou- 
« heur d'être père? Aima-t-il les enfants qu'il avait 
« charge de former et d'instruire? On n'en sait rien ; 
« il n'en parle jamais. Il paraît n'avoir rien senti 
« des passions, des tristesses, des douleurs qui sont 
« les compagnes habituelles de l'homme. Il ne veut 

« pas les voir Il avait quarante ans quand il 

« publia ses premiers vers, en 1838; quand il des- 
« cendit dans l'arène, son siège était déjà fait, Fi 
« telligence avait pris le pas sur le cœur; il ne 
« voyait plus la nature et la vie qu'avec des yeux 
« désabusés. 

« Ce n'était pas seulement le don de l'émotion 
« qui faisait défaut à Veyre, mais encore l'esprit 
(( d'observation. Il a vécu de la vie du paysan et 
« ne semble pas en avoir compris le sens. Il ne jette 
« jamais un regard indiscret ou attendri dans les 
« intérieurs modestes qui s'ouvraient devant lui. 
« Les petites joies comme les grandes douleurs et 
(( les grands labeurs de l'homme des champs ne le 
« touchent en aucune façon. Trop familiarisé, sans 
(( doute, avec ce milieu, il ne sait plus le voir et en 
(( saisir le pittoresque pour le traduire dans ses 
(( vers. 



128 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

De tout ceci, il résulte pour moi clairement que 
« Veyre n'est pas vraiment un poète national, uni- 
« quement Auvergnat. On peut le situer où on 
« voudra, car c'est de l'Auvergne qu'il a le moins 
« parlé dans ses vers. Il a bien dit quelque part 
« qu'il est « lou pastre de Sent Simoun », mais 
« comme il ne se donne pas la peine de le démon- 
(( trer, nous en sommes réduits à le croire sur 
« parole » (1). 

A ce jugement sévère mais dont il est difficile 
de discuter le bien fondé, vient s'ajouter le reproche 
plus grave encore d'avoir employé un idiome métis 
dont nombre d'expressions sont totalement étran- 
gères au dialecte Cantalien. Tel des poèmes de 
Veyre a été manifestement pensé en Français. En 
l'accommodant au « patois », le poète, embarrassé 
par la métrique ou aux prises avec les difficultés de 
la rime, gardait bravement le mot Français, se 
contentant de l'habiller à la Cantalienne, d'une ter- 
minaison en a ou en o, suivant les besoins. L'excuse 
de Veyre est qu'il était né à Aurillac, n'avait 
entendu autour de son berceau que ce parler citadin, 



(i) Docteur Vaquier : Conférence. P. 21 à 26. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 129 

« Gooudot » si différent de l'idiome rural. Conta- 
miné par la vie côte à côte avec le Français, le 
dialecte urbain s'en est fatalement imprégné et ceux 
qui le parlent s'imaginent fort à tort être plus raffi- 
nés, plus élégants parce qu'à la forte et typique 
expression du terroir conservée aux « mazuts )) (1) 
des montagnes, ils ont substitué un néologisme 
bâtard. Veyre aurait pu, certes, s'imprégner, en 
quarante années de vie rurale, de l'idiome cham- 
pêtre. Il y fut toujours manifestement réfractaire. 
Teinté de Latin et de littérature classique, plus ou 
moins assimilée, il gardera un certain dédain de 
pédagogue pour les mœurs campagnardes qui lui 
semblent grossières. Le sentiment artistique n'était 
pas en lui en germe; son séjour sur les bancs de 
l'Institution Aymar ne l'y fit point éclore. Les 
dignes professeurs du Petit Séminaire devaient, au 
lendemain de la terrible tourmente qui avait dépeu- 
plé le sanctuaire, chercher à faire de leurs élèves 
de graves et pieux Lévites plutôt que de bucoliques 



(i) Le « masut » ou « buron » est le chalet que possède chaque 
montagne où les vacheries pacagent pendant toute la saison esti- 
vale, de mai à septembre. Il sert à l'habitation des vachers et à la 
fabrication du fromage. 



130 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

amants de la Nature. Veyre reçut l'impression de 
ce moule; son caractère sans trempe n'était pas de 
ceux qui déchirent plus tard les lisières, ouvrent 
tout grands les yeux, fut-ce à vingt ou trente an-, 
Reprenons le guide très sûr qu'est le docteur 
Vaquier pour nous associer à la seconde partie de 
son jugement: 

— « En résumé, s'il ne fut pas un vrai poète 
« parce qu'il manque d'émotion, d'ampleur, d'abon- 
u dance et d'imagination, il fut un rimeur habile, 
(( très spirituel, très agréable à lire, plein de bon 
« sens et professant une aimable philosophie qui 
« lui permit de traverser la vie sans en voir les 
« tristesses et les laideurs. S'il n'eut qu'une corde 
« à sa lyre, il faut reconnaître qu'il sut en jouer 
(( avec art. La caractéristique de son talent, c'est 
« son originalité; il est bien à lui, ne se rattache 
(( à personne, ne copie et n'imite personne. 

« Ce fut avant tout un brave homme parfaite- 
a ment désintéressé et un bon Français. Tel il nous 
« apparaît avec ses petits défauts et ses grandes 
« qualités ; il fait le plus grand honneur à la petite 
(( patrie. 

« Il convient, il est temps de rendre à Veyre 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 131 

(( l'hommage public qu'il mérite. Il le mérite dou- 
ce blement cet hommage, d'abord en raison du rôle 
(( littéraire qu'il a joué et dont l'influence devait se 
(( faire sentir et se répercuter jusqu'à nos jours 
« dans la fondation et le développement du Féli- 
(( brige Cantalien ; ensuite parce qu'il fut un Auvev- 
(( gnat patriote, admirateur sincère de nos gloires 
« les plus pures et trouva ses meilleures inspira- 
« tions dans la glorification de deux hommes qui 
« furent grands parmi les plus grands : Riquet et 
« Gerbert » (1). 

Veyre ne fut ni un tendre ni un passionné de la 
Nature, de son éducation première aiguillée vers le 
Sacerdoce, de ses fonctions pédagogiques il gardera 
une tendance marquée à être d'instinct moraliste ou 
critique. Ses meilleurs vers fustigent les travers 
humains ou prêchent une morale saine et humani- 
taire. Sa langue est loin d'être pure, toute embrous- 
saillée de mots étrangers au vrai dialecte. Il a les 
qualités et les défauts d'un précurseur, mais il reste 
suivant l'expression de Vermenouze : « le vrai fon- 
dadeur du Félibrige en Auvergne ». 



(i) Vaquier, Conférence, p. 26 à 29. 



132 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

On jugera combien tout ce que nous avons tenté 
de dire de Veyre et de son œuvre est pâle, incolore 
devant l'étude si humoristique et pourtant si com- 
plète qu'Armand Delmas a écrite de sa plume fine 
et alerte sur le Poète-Instituteur. 



Un Félibre Précurseur, Veyre 

Vers 1850, dans le même temps qu'au pays de Laure 
et de Prérarque, sept croyants de langue d'oc fondaient 
en son honneur avec quelque orchestre, ainsi qu'il 
convient à cette terre de trop de soleil, une nouvelle 
religion appelée le félibrige, un homme lui dressait un 
petit autel, sans discours et sans tu-tu-pan-pan, dans 
un pays où le soleil reste toujours un hôte de bonne 
compagnie : l'Auvergne. 

Il s'appelait Jean-Baptiste Veyre. 

Il habitait aux portes d'Aurillac un amour de vil- 
lage, presqu'un ilôt entre ses collines et sa rivière et où 
l'on accédait par un étroit vieux petit pont qui baigne 
ses arches moussues dans des eaux que l'histoire dit 
rouler de l'or. Sur la place, un Sully croulant de vieil- 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 133 

lesse et une massive tour carrée servant de clocher à 
l'église. Veyre exerçait, à Saint-Simon, des fonctions 
publiques. C'étaient, à l'époque, de modestes fonctions. 
Si le décret de Messidor eût eu cours au village, le 
maître d'école qu'il était, eût marché bien loin après 
le curé et peut-être bien sa servante. De plus, il était 
pauvre, laid ... il louchait et prisait — et malheureux 
en ménage. Non pas ce que l'on pourrait croire; sa 
femme le battait, simplement. Aussi, malgré le haut de 
forme magistral et la redingote lévite en drap fin, dont 
les basques ballantes laissaient échapper sur les talons 
l'étendard rouge de son mouchoir, il manquait de 
prestige et dans le trou où, entre deux férules, il épelait 
l'histoire sainte, il manquait d'autorité. Les affreux 
petits garnements qui composaient son public proii- 
taient de ce que les yeux du vieux maître quittaient 
souvent le tableau noir pour aller, à travers la fenêtre 
entr'ouverte, interroger le ciel bleu ou les frondaisons 
des vieux arbres, pour happer des mouches ou sou- 
mettre à un joug odieux des hannetons récalcitrants. 
Souvent même, l'amour de la belle nature devenait 
irrésistible. Ils désertaient un à un la classe. 

Alors, se voyant seul, le bon vieil instituteur estimait 
(avait-il complètement tort?) que ce qu'il avait de 



134 LES TttoL'BADOURS CANTALIEXS 

mieux à faire, c'était de faire comme tout le monde: 
il s'en allait; il s'asseyait sous le tilleul, il rêvait dans 
les chemins creux, ou traversant le pont au parapet si 
ébréché qu'on dirait des dents de vieille, il allait dans 
les anciennes demeures, au Martinet, à Lalaubie, à 
Mirabelle, etc., où il était encore de mode de chanter 
et de monologuer au dessert. Il y avait son couvert mis. 
Le soir, avant de rentrer au logis inhospitalier où 
l'attendait (( Xantippe )), il suivait la petite rivière et 
dans son onde cristalline, sur ses cailloux miroitants ou 
le velours fin de son sable, comme les orpailleurs de 
jadis, il trouvait lui aussi ses paillettes d'or. 

Bref, comme ses élèves, Veyre faisait l'école buisson- 
nière. 

Eh bien, événement difficile à rapporter dans le 
Bulletin Académique, pernicieux exemple pour les 
jeunes générations, affront certain à la Morale Péda- 
gogique, pour cette école buissonnière on va élever un 
monument à l'instituteur de Saint-Simon. 

C'est que de ces rêvasseries sous le Sully, de ses flâ- 
neries sur le vieux pont édenté, le long des sentiers 
silencieux et des ruisseaux bavards, il est sorti un char- 
mant petit livre : Les Pioulats d'un Reïpetit. 

Plusieurs poètes ou écrivains du Haut-Midi ava:'ent 






LES TROUBADOURS ÇAKTALIENS \'S~) 

mérité avant Veyre ce titre de précurseur, que l'on 
décerne communément à ceux dont l'effort, ou brillant 
ou modeste, a contribué à ramener la Renaissance 
Félibréenne, dont l'éclat est encore si vif: tels B rayât, 
qui a déjà son buste dressé, l'abbé Bouquier, Dupuy- 
Grandval. Il faut y ajouter le conteur Auguste Ban- 
charel qui, chronologiquement, pourrait être classé 
peut-être parmi les félibres, mais dont la manière rap- 
pelle davantage celle des précurseurs; de même Gou- 
delin à Toulouse et Jasmin, l'ami du Reïpetit, à Agen. 

Mais parmi ceux qui ont contribué à entretenir 
l'amour de la langue d'Oc dans notre pays et à créer Je 
mouvement littéraire qui nous a valu Francis Cour- 
chinoux et sa Pousco d'Or, les félibres majoraux 
A. Vermenouze et de La Salle, et la pléiade qui les 
entoure de conteurs, de philologues, dont certains noms 
sont plus qu'honorables, Veyre a droit à un tribut parti- 
culier d'hommages. 

Certes, à compter les pages 1 de son livre, son œuvre 
est courte, moins importante certainement que celle de 
son contemporain et ami Jasmin, l'auteur de Los Papil- 
lotos, mais en vaut-il moins? 

Il en est beaucoup qui le tiennent son égal et parfois 



136 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

même le mettent au-dessus par le choix heureux des 
expressions et en tous cas la sincérité. 

Les Pioulats d'un Reïpetit, édités en 1860, sont pré- 
cédés d'une préface dont l'auteur était un homme 
d'esprit. Il s'était cru malheureusement obligé, préfa- 
çant un livre patois, de terminer par une paysannerie, 
et il a signé Mathurin ( i ) . Mais oublions la signature. 
Cet homme d'esprit, donc, établit une comparaison 
entre Veyre et un jeune homme dont le nom montait 
déjà au firmament avec des éclats d'étoile, et qu'il 
aopelle dédaigneusement du bout des lèvres : (( ce Fré- 
déric Mistral )). Il en ressort nettement que Veyre 
garde l'avantage. La postérité n'apparaît point dispo- 
sée à rectifier ce jugement. Mais cette erreur oubliée, 
Veyre mérite largement les éloges qui lui sont donnés. 

Avec une langue où les mots manquent, qui a perdu 



(i) Le préfacier du livre de Veyre était un de ses amis, M. de 
Lescure, homme de lettres. Descendant du héros Vendéen, né en 
Lozère, dont sa mère était originaire, M. de Lescure habitait Au- 
rillac, vers 1850, peut-être comme fonctionnaire, et y allait dans 
le monde. C'est à Aurillac sans doute que Veyre l'avait connu. M. 
de Lescure était, à sa mort, chef des rédacteurs du Sénat. Nous 
avions volontairement passé sous silence son outrecuidant paral- 
lèle de Veyre et de Mistral, de même que nous avons négligé à 
dessein épitres et odes de Veyre à Napoléon III, Président et Em- 
pereur, tant elles déparent, par leur faiblesse, l'œuvre du poète. 




J.-B. VEYRE 

1798-1876 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 13~ 

l'habitude depuis des centaines d'années de désigner 
autre chose que des prés, des terres, des vaches ou des 
gerbes, qui n'a pas été encore assouplie et décrassée 
par le chant des Fleurs de Bruyère et des Chaumiucs. 
Veyre écrit des tableautins qui, en quatre vers, font un 
;hef- d'oeuvre. 

Que dites-vous de celui-là ? C'est Gerbert, le soleil 
le l'an i.ooo, le pâtre de Belliac : 

Oquel drolle es Gerbert, del mounde l'esperonço... 
Ombe ses escloupous, bescs lou que s'obonço , 

So gouloto o lo mo, soun pitchou copelou, 
De Fedos et d'ognels menen lou troupelou. 



Certes, il a le souci constant de rester en relation 
/ec l'âme de ceux qui seuls maintenant parlent cette 
ngue, qui n'est plus qu'une pauvresse en haillons. 

ne monte jamais bien haut et de peur de perdre 
ntact, regarde souvent vers la terre, mais il ne devient 
mais ni grossier, ni trivial, même quand il décrit 

ILes ontiques curats 
Sur tours porrouchieus coumo des pats plocats. 

Tant pis pour les gens du Nord. Je ne traduis pas. 



138 



LES TROUBADOURS OANTALIENS 



Enfin Veyre a une qualité dominante, rare plutôt 
chez les poètes (mon Dieu, je vais me brouiller avec le 
Parnasse.), c'est le bon sens! Il faut lire, dans le texte, 
la petite pièce que donne aujourd'hui la Veillée : (( Le 
Bon Sens du Paysan )). Il est douteux, après cette lec- 
ture, qu'il se rencontre un ami de l'Auvergne qui puisse 
refuser sa sympathie administrative et son obole à un 
homme qui fait tant d'honneur à sa patrie par sa rime 
et par sa raison. 

Armand DELMAS. 

{La Veillée d'Auvergne, N° d'octobre 1910.) 




Auguste Bancharel 

1832-1889 



Fils de l'instituteur de la commune de Keilhac, 
aux environs d'Aurillac, Auguste Bancliarel naquit 
dans cette localité le 15 septembre 1832. Un Félibre 
lui consacrait, en 1910, dans « U Avenir du Can- 
tal )), une notice biographique à laquelle nous ferons 
de larges emprunts. 

« Au sortir de l'Ecole Normale, Auguste Bancha- 
« rel fut nommé Instituteur dans les environs du 
« chef-lieu, puis titulaire de la classe élémentaire 
<< au collège d'Aurillac. Il quitta l'Enseignement 
a au bout de quatre ou cinq ans pour entrer dans 
« F Administration des Finances » (1). Il était Per- 
cepteur à Pleaux, dans l'arrondissement de Mau- 
riac, lorsqu'il donna en 1877 sa première poésie 
« inspirée, dit son biographe, par un curieux inci- 
« dent de période électorale où un Préfet de 
« l'Ordre-Moral offrit une paire de sabots à un 
« électeur d'ambitions modestes » (2). 



(i) Auguste Bancharel, par un Félibre. « L'Avenir du Cantal », 
décembre 1910. 

(1) Ibid. 



142 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Anen, despochas-bous Fronçou-. -liions, vivement. Francette 
Foutrossounoto [netto Petite entravée 

Tiras uno paoucoto Tirée une pinte 

Del boricou Au tonnelet 

Lo bïouren ol contou Nous la boirons au coin du feu 

De bostre coboretou. De votre cabaret. . 



Et Jean-Pierre raconte comment le Maire, le 
hélant dans son champ pour saluer le Préfet et son 
candidat officiel, le pressa de solliciter une faveur : 

Yeou respoundere tout surprès 
Moussu r m'escusorès 
Mes n'aï besoun de rès. 

Je répondis tout surpris : 
Vous m'excuserez, Monsieur 
Mais je n'ai besoin de rien. 

Le Maire, se moquant de sa réserve, Jean-Pierre 

se décide : 

Eh bé ! Tonès, pr'oqueste couop 
Beleou m'obonce trop 
X'aï besoun que d'un porel d'esclop 
Martchi pès nus dempiès la fieyro ! 



LES TROUBADOURS OANTALIENS 143 

Hé bien, pour cette fois 

(Je m'avance trop, peut-être) 

Je n'ai besoin que d'une paire de sabots 

Je marche pieds nus depuis la foire. 



Les esclops sou benguts din lo mémo semmono 

Mes f outre ! Sou to blonc coumo oquel que les donno 

E dirias que lou diaple l'y tono 

Dins les esclops dounats. 

Ouond entendou porla de Libertat 

D'Egolitat et de Froternitat! 

Les sabots arrivèrent dans la semaine même 

Mais ils sont, ma foi, aussi (( blancs » que leur dona- 

On dirait que le diable y brandit le tonnerre [teur! 

Dans les sabots offerts 

Dès qu'on parle de Liberté 

D'Egalité et de Fraternité! (i) 

Ce n est certes pas de la grande poésie, niais de 



(i) A. Bancharel : Graiim. et Poètes. P. 126-128. 



144 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

l'excellente satire de période électorale, arme dange- 
reuse en notre pays où le ridicule tue. Bancharel est 
lancé dans la lutte; il fait réciter à son Jean-Pierre 
un « Pater » de sa façon contre le Préfet du Seize- 
Mai : 

Paire de mous esclops, bous qu'aï bis en boituro, 
Que bouostre noum sio oblidat 

Que bouostro boulontat 

E bouostro outouritat 

Empatchiou pas lou blat 

De modura oquesto onnado ! 
Laïssa-nous lou contel de tourto e lo coliado 
E lo poulo que pond per fa bouostro poscado. 

Delibrat-nous de bous. 



Dempiei qu'obès filât obons lo pas publico 
Que baou mai que bouostro poulitico 
E cadun es plo fier d'eima lo Republico 

Père de mes sabots, vous que je vis en voiture 
Oue votre nom tombe en oubli 



LES TROUBADOURS OANTALIENS 145 



Que votre volonté 

Et votre autorité 

N'empêchent pas le blé 

De mûrir, cette année. 
Laissez-nous le crignon de pain noir et le lait caillé 
Et la poule qui pond pour faire votre omelette (i). 

Délivrez-nous de vous. 

Depuis votre départ nous avons la paix publique 

Qui vaut mieux que votre politique 
Et chacun avec fierté acclame la République. 

Bancharel harcèle encore l'ennemi dans une dia- 
tribe violente, « Dans la plaine », poésie politique 
toute d'actualité qui débute par ce joli quatrain : 

Fronçounotto, lou ser d'obon de tua l'esclaïre 
Obon de prega Dieou e de bous ona jiaïré 
Opporat doucomen lou nas ol fenestrou 
E birat bouostres uels del coustat d'Ol Pogiou. 



(i) A. Bancharel : « Grammaire et Poètes », p. 129-130. 



146 LES TROUBADOUliS CAKTALIENS 

Francette, le soir, avant d'éteindre la lumière, 
Avant de prier Dieu et de vous mettre au lit 
Mettez doucement la tête à la fenêtre 
Et tournez vos yeux du côté d'Arpajon. 

Dans un apologue, « Les moutons et le train », 
où l'énergie de l'attaque feint de s'estomper sous la 
douceur de la forme, il entend montrer à la réaction 
l'inutilité de son effort à arrêter la marche en avant 
des idées. Un berger fait quitter à son troupeau les 
paisibles hauteurs de Donne (1) pour le conduire 
pacager dans la plaine d'Ytrac (2). 

E nostres moutissous pétés de serpoulet 

Quatre o quatre, d'un sal, posserou sus Noucello 

E onerou soupa, ô lo premiero estielo 

01 found del meliour prat 

De lo plono d'Ytrat 
Ouos oti lou poïs oun se fo lo boumbonço 
Otobe oquel ser se bourrerou lo ponço 



(i) Le plateau de Donne, au-dessus d'Aurillac, fait partie de la 
commune de Saint-Simon. 

(2) La plaine d'Ytrac, dans la banlieue d'Aurillac. 



LES TROUBADOURS CANTALIEÎsS 147 

Tout lou troupel durmio sur un tustel de brousso 
E reibabo ol plosé d'uno bido to douço. 

Et nos moutons rassasiés de serpolet 

Quatre à quatre d'un bond traversent Xaucelles 

Pour s'en aller souper, à la première étoile 

Au fond du meilleur pré 

De la plaine d'Ytrac 
C'est là pays où l'on fait bombance 
Aussi, ce soir-là, se gonflèrent-ils la panse. 

Tout le troupeau s'endormit sur une éminence tapissée 

[de bruyère 
Rêvant au plaisir d'une si douce vie. 

La voie ferrée traverse la plaine; l'inconscient 
berger y masse ses montons dans le fol espoir d'arrê- 
ter le train, tandis que, prudemment, il se place, 
lui-même, en observation au revers d'un talus. Le 
train arrive : 

Lou tchiobal del pougres que, certo, n'o pas poou 
Fiquet un grond cop d'estiffloou 
E posset coumo uno luciado 



148 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



Pas un ognel n'o escopat 

Tout lou troupel entié, pécaïre, es esclofat! 

Orresta lou prougrès... quo n'es pas bostre offaïre! 
Lou prougrès marchio, leissa-lou faire ! 

Le cheval du Progrès qui ignore la peur 
Jeta un grand coup de sifflet 
Et passa comme un éclair. 

... Pas un seul agneau n'échappa 
Le troupeau entier, hélas ! fut écrasé 

Arrêter le Progrès est au-dessus de vos forces 
Le Progrès est en marche; laissez-le passer. 

Jeté, de plus en plus, à corps perdu, dans la 
mêlée politique, les paisibles fonctions financières 
qu'il remplissait à Pleaux ne devaient plus convenir 
à son tempérament batailleur. Aussi se fait-il mettre 
en disponibilité en 1880 pour venir fonder à Auril- 
lac une imprimerie et le journal « L'Avenir du 



LES TROUBADOURS CAMALIEXS 149 



Cantal », organe républicain, qu'il dirigea jusqu'à 
sa mort. 

Désormais, à la tête d'une feuille de combat dont 
l'importance grandit vite, Bancharel continue à 
manier avec bonheur le « sirventés » politique. 
« Une élection à Vie » (Décembre 1880) apparaît 
infiniment supérieure, de fond et de forme à ses 
aînées. Pierre raconte drôlement comment il a été 
happé par un agent électoral. Il a bu et mangé à 
satiété; mais, Auvergnat madré: 

En fosen so plegado ( i ) 
Gardo lou found de so pensado 
Lou nople couneï pas lo ruso del peyson 
L'y tritjiro so biondo é pourtoro Bertrond 

Tout en se gavant 
Il ne laisse pas percer le fond de sa pensée. 
Le noble ignore la ruse du paysan ; 
Il mangera le dîner et votera pour Bertrand! 



(i) « Lo plegado » : la brassée de foin qui constitue le repas 
d'une vache. « Fa sa plegado » : tirer profit, vendre ce qu'on peut. 



150 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

L'agent a bien fait les choses: 

Obons prêt lou cofé, lo biéro e lou burloou 
E talomen obions emplinat l'estufloou 
Que quond son escopas d'oquelo rostelieyro 
Biotase! Poudion pas claoure din lo corrieyro! 

Nous avons pris, café, bière et punch 

Nous nous sommes tellement empli la panse 

Que lorsque nous avons quitté ce râtelier 

Ma foi! La rue n'était pas assez large pour nous! 

Mais, l'électeur déchante devant sa femme indi- 
gnée de le voir rentrer au logis en pareil état! 

Caou to mettut otaou, digo me, pourcossou 
Pus pouor que lou pourcel que raouno dins lo sou. 
Besès se toun besi qu'aïmo tont so fomillo 
Se laisso endouctrina pel fum d'uno boutillo ! 
Lou fabre zo dis be, lou fabre es pas foutraou 
Cado électiou, obon un neïci per oustaou 
Que se laïsso coufla tont que poou lo polliasso 
E qu'oprès couneï pas lou popéirou que plaço. 

Qui donc t'a mis en pareil état, dis-le, porcelet 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 151 

Plus pourceau que le porc qui grogne à la loge. 

Vois donc si ton voisin si bon père de famille 

Se laisse endoctriner par le fumet d'une bouteille ! 

Le forgeron l'affirme et le forgeron est sensé 

A chaque jour d'élection, il y a un béta par maison 

Qui se laisse gonfler à satiété la panse 

Et ne distingue plus ensuite le bulletin qu'il dépose. 

L'année suivante, 1881, nouvelle période électo- 
rale; notre poète fourbit à nouveau l'arsenal de son 
ironie. — « Pourquoi changer », dit-il aux élec- 
teurs. 

Lo fenno de Guiral tournabo de lo fieyro 

Obio fat quaouques soous, lo bouno meinotgieyro, 

Lo lono deis moutous 

Lou lat, les cobecous, 

Lou bure, lou froumatge 

Tout s'omasso ol bilatge. 
E lou biel tirodou s'emplis det cops dins Ton 
De l'espargno que fo cado jiour lou peyson. 

La femme de Géraud s'en revenait de la foire, 
Bonne ménagère, elle avait fait quelque argent. 



ir>£ LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

La laine des moutons, 

Le lait, les « cabecous » de chèvre ( i ) 

Le beurre, le fromage, 

On ne laisse rien perdre au village 
Et le vieux tiroir s'emplit dix fois par an 
De l'épargne journalière du paysan. 

Notre paysanne s'en revient chez elle de concert 
avec la femme du sacristain. ( 'elle-ci, mécontente de 
la tiédeur des fidèles peu enclins aux oblationa 
d'antan, en rend responsable le Député qu'il faut 
changer à tout prix. Elle endoctrine si bien sa voi- 
sine que celle-ci chapitre sou mari. Mais Géraud, 
très ferme dans ses convictions républicaines, prend 
mal la chose, secoue fortement sa moitié et conclue: 

Gordon oquel qu'obon 

D'olliours de que gognon 
O combia to souben nostres homes d'offaïré 
Quos coumo oquel, cado on, que combio de bourriaïré. 

Gardons celui que nous avons 



(i) Petits fromages de lait cle chèvre fort appréciés des gour- 
mets. 




Auguste BANCHAREL 
1832-1889 



LT.S TROUBADOURS CA.VTALIENS 153 

D'ailleurs que gagnerions-nous 
A changer si souvent ceux qui font nos affaires 
C'est comme celui qui, chaque année, change de 

[fermier. 

Littérature électorale, poésie sans souffle, triviale 
et terre à terre, dit la sévère critique. Encore faut-il 
pour la juger équitableuient ne pas perdre de vue 
l'objectif de l'auteur. Il réussissait pleinement ainsi 
à pénétrer la masse électorale, à ancrer chez elle les 
idées dont le journaliste souhaitait la voir imbue et 
le succès de son candidat venait lui prouver que la 
note adoptée était la bonne, plus fructueuse que les 
strophes les plus lyriques et les hexamètres les plus 
pompeux. 

Vraiment éprise du terroir, la muse de Bancharel 
savait trouver à l'occasion de touchantes notes pour 
chanter son Auvergne où il rêve de vivre et de 
mourir : 

Oti, sul biel cosaou 
Ound soui noscut paourot, forai bosti un ( oustaou 
Aurai un grond berdié, uno touno flourido 
Deis bisis 



154 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Deis omis 

Del lard ô lo trobado 
Per fa buli les caous, din l'oulo, 16 billado 

E quond lou ser bendro 

Quond lou pastre claouro 
Quond entendrai' de Ion piaoulitja lo cobreto 
Sounoraï lou bési per toumba lo poouqueto (i). 

Là, sur les vieilles ruines 
Où je suis né, pauvret, je me ferai bâtir une maison 
J'aurai un grand verger, une tonne fleurie 
Des voisins 
Des amis 
Du lard pendu à la travée 
Pour faire cuire les choux, la veillée, dans la marmite. 

Et quand viendra le soir 

Quand le pâtre ramènera son troupeau 
Que j'entendrai au loin résonner la (( cabrette )) 
J'appellerai le voisin pour boire avec lui une pinte. 

On aime à voir Bancharel saluer la Muse nais- 



(i) « Mann ratbe ». Grammaire et Poètes, p. 147. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 155 

santé de Verinenouze, s'incliner devant le poète 
encore à son aurore: 

Veyré, nostre potroun, qu'éro tont piaoulegiaïre 

E tont boun musicaïre 
Bous prendrio, s'éro eici, per un digne counfraïre 

S'es possas bouiès grond 

Otobe counesses lo rimo e lo mesuro 

E de Veyre pourrias prendre lo sinnoturo 

Quittossias pas lou comp, les moutous e l'olaïre 
S'es pouëto e peison ; restas otaou pécaïré ! ( i ) 

Veyre, notre patron qui était si verveux 

Et si harmonieux 
Verrait en vous, s'il vivait, un digne confrère. 

Vous êtes passé maître 

Vous possédez la rime et la mesure 

Et pourriez vous dire le continuateur de Veyre. 

N'abandonnez pas les champs, les moutons et l'araire 
Vous êtes poète et paysan ; restez tel, mon cher. 

(i) «A. Verinenouze ». Grammaire et Poètes, p. 131. 



156 LES TROUBADOURS CANTALIEy.S 



Il y aurait encore de jolis vers a glaner dans 
l'œuvre de Bancharel. Son invocation à la Muse, ses 
fables: « Le singe et l'homme », « Le renard et lu 
cigogne », « La poule et Je hanneton », « La gre- 
nouille et le rat »; ses contes en vers : « Le caté- 
chisme », « Trois vantardises », sou joli « Noël ». 
beau chant d'amour paternel, seraient mine féconde. 
Constatons plutôt, avec son biographe : « qu'il fut 
« le premier journaliste du Cantal qui s'occupa de 
« littérature Romane. En lui, le politicien sincère 
« était doublé d'un Félibre non moins convaincu 
« qui, malgré les absorbantes fonctions de directeur 
(( d'imprimerie et de rédacteur de journal, trouvait 
« encore le temps de taquiner la Muse Auvergnate. 
« Doué d'un tempérament d'artiste, dessinateur et 
(( paysagiste à ses heures, il voulait, par amour du 
« sol natal, autant que par goût du traditionalisme, 
(( conserver tout ce qui présentait chez nos popu- 
o latious montagnardes un caractère d'originalité 
« locale. C'est ainsi qu'il eut l'idée de créer les 
a concours de musettes à Vic-sur-Cère pour înain- 
« tenir cet instrument champêtre particulier à nos 
« montagnes. Il voulait même,afin que ces concours 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 15" 

(( présentassent plus de couleur locale, que le prési- 
« dent de la commission prononçât un discours 
(( patois ». 

« Auguste Bancharel doit être considéré comme 
« l'un des premiers, sinon le principal promoteur 
(( de la Kenaissance Félibréenne dans la Haute- 
« Auvergne. Camarade et disciple de Veyre, il 
« raconte qu'il aida le vieux maître de Saint- 
« Simon à corriger les épreuves de son livre ; vingt 
« ans plus tard, il détermina par ses nombreuses 
« et intéressantes productions « patoises », un cou- 
ce rant littéraire favorable à la rénovation de notre 
« idiome » (1). 

De son œuvre Oantalienne, la partie poétique est 
de beaucoup la moins étendue. Deux volumes de 
Contes et de Nouvelles en prose, sous le titre de 
« Veillées Auvergnates », attestent la fécondité de 
sa production. 

— « Ces contes, dit son biographe, recueillis 
u auprès des villageois, sont pour la plupart très 
« anciens et fort originaux. Ils sont émaillés de 
« fines et joj^euses gauloiseries où se retrouve Tem- 



(i) Auguste Bancharel, par un Felibre. 



158 LES TROUBADOURS CANTALIEN8 

(( preinte de l'attieisme de nos pères qui aimaient à 
« plaisanter et prétendaient que, comme le Latin, 
(( le « Patois » brave les convenances en sa rude 
«. franchise ou en sa charmante naïveté. Connais- 
« saut le caractère et la tournure d'esprit de nos 
« paysans, l'auteur des « Veillées » s'est attaché à 
« noter ses Contes et Nouvelles à la main dans un 
« style à la fois sobre et expressif, employant avec 
u autant d'esprit (pie d'à propos les termes les plus 
(( imagés et les plus pittoresques, serupuleusement 
« empruntés au vieux vocabulaire « patois » (1). 

On ne saurait mieux dire et il nous paraît impos- 
sible (pie tout Cantalien, aimant et connaissant 
vraiment notre dialecte, n'admire pas la facilité 
surprenante d'Auguste Bancharel à entrer dans son 
rôle de paysan lin et jovial, contant au coin de 
Pâtre, dans la langue même qu'on y parle, avec la 
mentalité qu'on y rencontre, au moyen des expres- 
sions, parfois fort grasses, souvent très fines, qui y 
sont usuelles, les récits, légendes, fables ou gau- 
drioles dont le paysan ne se lasse jamais. L'œuvre 
de Courchinoux, celle de Vermenouze, sont infini- 
Ci) Ibid. 






LES TROUBADOURS GANTALIENS 159 

ruent plus savantes et plus affinées; elles n'inté- 
resseront jamais le villageois comme les « Veillées 
Auvergnates » de Bancharel. Si, notre dialecte dis- 
paru, on voulait rechercher comment et de quoi devi- 
saient les paysans Cantaliens de la fin du XIX e 
siècle, c'est, à peu près exclusivement aux « Veil- 
lées » du Maître Bancharel qu'il faudrait le deman- 
der. Sa langue est infiniment plus pure que celle de 
Veyre; si quelque mot Français s'y glisse sous le 
vêtement Cantalien, on devine facilement que néces- 
sité de métrique ou de rime y ont réduit le poète. 
Lui-même ne nous dit-il pas bonnement, dans sa 
modestie sincère : 

Veyre obio un tchiobal omb' lo criniero bello 
Omb' les quatre pès bloncs é sul fron uno estiello 
Mes, moun Pegaso ô ieou, oquos uno sooumello 

Que cadio jiour se pion 

E que ruo quond foson 

Lou ber en paou pus long 

Veyre, nostre potroun, contabo les omours 
Deis gronds seignours 



160 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



Jion-Pierre, en trobolien, conte pès trobolaïres 
S'odresso os boutéliès, os peysons, os bouriaïrès 
Omaï os (( electours )) quond foou trop les bodaïres (i). 

Veyre avait un cheval à la flottante crinière 

Les quatre pieds blancs, le front marqué d'une étoile, 

Mon Pégase à moi est une pauvre ânesse 

Qui chaque jour se plaint 

Et rue quand nous faisons 

Le vers un peu plus long. 

Veyre, notre patron, chantait les amours 
Des grands seigneurs. 

Jean-Pierre (2) en travaillant chante pour les travail- 
fleurs 
S'adresse aux « bouteillers )) (3), aux paysans, aux 

[fermiers 
Aux électeurs aussi quand ils sont par trop nigauds. 



(1) « A. Vermenouse ». Grammaire et Poètes, p. 132. 

(2) Depuis sa poésie sur les sabots électoraux de Jean-Pierre, 
Bancharel se désignait volontiers du nom de ce personnage qu'il 
avait mis en scène. 

(3) Le « bout ciller », aide du vacher. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 161 

Les coudées plus franches dans ses Contes en 
prose, Bancharel y parle excellemment l'idiome 
Cantalien. Il ne cherche pas à l'améliorer, à courir 
après l'expression rare ou désuète, se borne « au 
Cantalien tel qu'on le parle ». En cela précisément, 
son œuvre reste précieuse, ne fut-ce que par point 
de comparaison avec la langue égarée de Courchi- 
noux et de Vermenouze, ses contemporains. Un des 
poèmes du barde de Vielles, « La Grande Œuvre », 
que d'aucuns considèrent comme son chef-d'œuvre, 
laissera indifférent, non seulement le pâtre, mais 
même le Cantalien cultivé, muni de ses diplômes, 
qui ne comprendra pas un traître mot à cette allé- 
gorie savante, à ces expressions Occitaniennes, 
peut-être, mais que le langage usuel ignore absolu- 
ment. Il n'est pas un bouvier qui ne se pâme d'aise 
à un « Conte grassouillet » d'Auguste Bancharel. 
Armand Delmas a pleinement raison de dire : « ... Le 
(( conteur Bancharel qui, chronologiquement, pour- 
(( rait être classé peut-être parmi les Félibres, mais 
(( dont la manière rappelle davantage celle des pré- 
ce curseurs » (1). 



(i) Veillée d'Auvergne, octobre iqio: Un Félibre précurseur. 



1&2 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

(( L'auteur des « Veillées Auvergnates », remar- 
<( que le Félibre biographe, ue fut pas seulement 
(( un conteur ingénieux; il lit aussi œuvre méri- 
« toire de philologue et de vulgarisateur. 

<( Du fruit de ses recherches persévérantes et de 
« son ardent désir de rénovation Félibréenne sortit, 
(( en 1888, un petit livre très apprécié des érudits 
a qui a sauvé de l'oubli quantité de proverbes et de 
« poésies en langue d'Oc, dignes de passer à la pos- 
ée térité: << La Grammaire et les Poète* de la langue 
« patoise d'Auvergne ». Ce livre, préfacé avec 
« autorité par L. Farges, se divise en deux parties. 
u Dans la « Grammaire », à côté de quelques 
« données essentielles et sommaires de syntaxe et 
« d'étymologie, se trouvent réunis un grand noni- 
<< bre de proverbes et de dictons doublement inté- 
« ressauts au point de vue linguistique et philo- 
ce sophique. Dans la seconde partie, l'auteur réunit 
(( les chants populaires du pays..., présente nos 
« poètes par ordre chronologique dont il fait de 
« copieuses citations, des anciens Troubadours ù 
<< ses contemporains. 

Nous faisons nôtre en toute équité cette cou- 



LES TROUBADOURS CAKTALIEXS 163 

clusion qui résume bien le caractère, le rôle, l'œuvre 
d'Auguste Bancharel : 

(( Il fut un décentralisateur convaincu, chéris- 
u saut l'Auvergne dans le passé connue dans le 
« présent, dans ses gloires historiques connue dans 
« son idiome montagnard, ses beautés naturelles et 
a rustiques et qui, si la mort ne l'eût ravi moins 
u prématurément, le 10 Septembre 1881), aurait 
« probablement conçu des œuvres plus importantes 
(( qui auraient encore contribué à faire connaître 
« et aimer davantage la petite patrie à laquelle il 
(( s'honorait d'appartenir » (1 i. 




(i) Les œuvres Cantaliennes d'Auguste Bancharel ont été pu- 
bliées par l'Imprimerie qu'il dirigeait: « Grammaire et Poètes de 
la langue patoise d'Auvergne » en 1886; « Veillées Auz'ergnafes ». 
le Tome I en 1887, le Tome II en 1889. Il a écrit en Françai- plu- 
sieurs ouvrages régionalistes : « Treize jours à Vie », monogra- 
phie de Vic-sur-Cère et de sa source minérale. « Le château de 
Cariât », roman historique. « Le Dictionnaire des lieux habites du 
Cantal », etc., sans parler de ses nombreux articles épars dan- 
« l'Avenir du Cantal ». 



Le chanoine Firmin Fau 

Doyen de Saignes 
1844-1904 



Pierre-Firmin Fau naquit le 4 avril 1844 à Laro- 
quebrou (1) où son père dirigeait un négoce de 
chaudronnerie. Sa mère, originaire d'Anglards-de- 
Salers, était sœur du vénérable Abbé Soulhié, 
Curé de Xieudan, au voisinage de Laroquebrou. 
L'exemple avunculaire influa, sans doute, sur la 
vocation sacerdotale du jeune Fau et celle de son 
frère (2). Au sortir du Petit Séminaire de Pleaux, 
pépinière ecclésiastique des arrondissements d'Au- 
rillac et Mauriac, Firmin Fau entra au Grand 
Séminaire de Saint-Flour où il fut ordonné Prêtre 
en 1869. Nommé aussitôt auxiliaire de son oncle, 
déjà accablé d'infirmités j il lui succéda lorsque ce 
vétéran du Sacerdoce démissionna en 1876 après 
trente et un ans de ministère à Nieudan. En 
Mars 1889, l'Abbé Fau était appelé, avec l'agrément 
du Gouvernement, au Doyenné de Saignes, où il 
est mort le 28 Octobre -1904. 



(i) Chef-lieu de cant. de l'art. d'Aurillac. 

(2) L'Abbé Antonin Fau, ancien Curé de St-Etienne de Cariât, 
que nous remercions de son obligeant empressement à nous com- 
muniquer les poésies de son frère. 



168 LES TROUBADOURS CAKTALIENS 



On peut dire des poésies Cantaliennes de l'Abbé 
Fau qu'elles sont toutes écrites d'une plume 
aussi correcte que sacerdotale. Il ne se départ 
jamais de la gravité ecclésiastique, du ton mesuré 
qui convient au Prêtre. Il ne faudrait pas en 
conclure que ses récits et ses fables soient des ser- 
mons versifiés et qu'une constante note pieuse y 
domine ; son rire est, au contraire, très franc et de 
fort bon aloi; mais, qu'il raconte les solennités 
Mariales de Nieudan, fasse dialoguer la grenouille 
et le crapeau, le corbeau et le renard, il sait toujours 
faire découler de l'historiette réflexions, conseils, 
remarques pratiques et de haut bon sens. 

Le digne Abbé Soulhié, Curé de Nieudan de 1845 
à 1876, entreprit en 1863 la reconstruction d'une 
chapelle de pèlerinage située sur sa paroisse : 
N.-D. du Puy-Kachat (1) dont la bénédiction fut 
faite le 2 Août 1865 par deux Prélats Cantaliens : 



(i) La tradition veut que des Auvergnats, originaires de Nieu- 
dan, émigrant en Espagne, au temps où les Maures occupaient en- 
core une partie de la Péninsule, captifs des Sarrazins, aient été 
miraculeusement délivrés par la Vierge. A leur retour, ils érigè- 
rent, en reconnaissance, un oratoire au sommet d'un puy, appelé en 
souvenir de leur libération, Le Puy du Rachat. Soulhié: Nieudan 
et son pèlerinage. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 169 



Mgr de Pompignac, Evêque de Saint-Flour et 
Mgr Lacarrière, Evêque démissionnaire de la Basse- 
Terre. Le compte rendu de cette cérémonie est 
le premier exercice poétique qui tenta la Muse 
« patoise » de Firmin Fau encore laïc. 

Le jeune aspirant au Sacerdoce ne se sent pas de 
force à enfourcher Pégase : 

Se bouole grimpa sus oquel fier tchobal 

Me semenoro ô terro é m'en trouboraï mal ! 
Pegaso fringo trop, bole pas de Pégase 
M'ozordorai pas tont ô mounta sus un ase 
Toumboraï tout de mémo, oco n'empatcho pas; 
Mes, se tombe, proco, tourboraï de pus bas. 

Si je veux enfourcher ce fier cheval 

Il me jettera à terre; je m'en trouverai mal! 

Pégase est trop fringant, Pégase m'effarouche. 

Je risquerai moins à monter sur un ânon 

Je tomberai quand même; mais tout au moins 

Si je tombe, ce sera de moins haut. 






Nous ne suivrons pas le pieux narrateur disant 
les foules accourues, décrivant les gracieux 



170 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

méandres de la procession se déroulant aux flancs 
du Puy-Rachat, jusqu'à son sommet où : 

Lou curât d'ô Nioudon, ol cap del putchotel 

Decound'ero un clouquié pas pus nal qu'un fournel 

01 Hoc d'un oustolou que serbio de copello 

E, que, bous mente pas, n'ero pas brobounello 

O fat oqueste cop ticon de relebat 

Un pitchou mounumen e d'un goût ocobat. 

Le Curé de Nieudan, à la cime du pic 

Où se dressait un clocher moins haut qu'une cheminée 

A la place d'une maisonnette qui servait de chapelle 

Laquelle, sans mentir, n'avait rien de gracieux, 

A érigé une jolie construction. 

Un petit monument d'un bon goût achevé. 

Il décrit d'amusante façon le chœur qui chante 
la Messe: 

Escoutas un bouci leis hobilès contaïres : 
Un crido tont que pouot, l'aoutre s'offano pas 
Une aoutre conto enquerro un boucinel pus bas ; 
Oqueste tout lou temps fo jiouga Jo boue primo 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 171 

Per faire lo sio raouquo, oquel d'oti s'escrimo 
Un premié bo tout soûl, l'aoutre set lou biouloun 
Un troisiemo ô coustat conto d'un aoutre toun 
E maougré tout oco s'orrendzou de moniero 
Que l'occord es porfet é lo musico entiero. 

Ecoutez un peu ces habiles chanteurs 
L'un chante à pleine voix, l'autre en donne fort peu 
Un autre chante encore un tantinet plus bas. 
Celui-ci tout le temps fait donner une voix de tète 
Cet autre s'escrime à rendre la siencne basse et rauque 
Un premier va seul de l'avant, un autre suit le violon 
Un troisième, auprès d'eux, chante d'un autre ton 
Malgré tout, ils s'arrangent tous de telle façon 
Que l'accord est parfait et l'harmonie entière. 

Esquivons-nous discrètement au moment où la 
pieuse assemblée se met à table, allons lire plutôt 
la jolie fable de la grenouille et du bœuf : 



M'ou dit qu'uno gronoulho On m'a dit qu'une grenouille 

Un jiour, dins un prodel Un jour dans un petit pré 

Beguet un biouo p!o bel Vit un énorme bœuf 

E ti obès per mo bouno Et voilà, ma foi 

Qu'oquelo foutrossouno Cette pécore 

Que peso pas un iouo Ne pesant pas plus qu'un œuf 



172 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Se met dins lo cobosso 
De bouler se fa grosso 
Grosso coumo lou biouo. 



Qui se met en tête 

De vouloir devenir grosse 

Grosse connue le bœuf! 



Le dialogue est vif, alerte entre la grenouille 
ambitieuse et un vieux crapeau moqueur qui la 
pousse par ses venimeuses railleries au dénouement 
connu. La morale presqu'aussi longue que la fable, 
donne, en notre plus pur dialecte, de forts sages 
conseils que le plus rustique villageois peut faire 
siens : 



Que de mounde ol temps uei 
Que cado jiour l'oun bei 
Coumo oquelo gronoulho 
En tren de se guifla 
Per faire del fla-fla. 
Lou que gardo los oulhos 
To plo fo l'oboyont 
Coumo lou bouyè-grond ; 
Lo serbento se carro 
D'ober, ô soun copèl, 
To plo coumo lo couarro, 
Lou ribon lou pul bel 
L'oprenti crei be d'estre 
Un pau mai que soun mèstre ; 
L'oubrié lou pus escur, 
Per fa bouno figuro, 
Martchio pas qu'en bouoturo 
Coumo lou grond moussur; 
Lou mindre prouprietari 
Se te coumo un noutari; 
Per Pasco ou per Nodau, 



Combien de gens en notre temps 

Voit-on chaque jour 

Tout comme cette grenouille 

Cherchant à se gonfler 

Four faire du « fla-fla »! 

Le gardent' de moutons 

Fait le rodomont 

A l'égal du maître-bouvier. 

La servante se pâme d'aise 

D'avoir à son chapeau 

Tout comme sa maîtresse 

Le plus beau ruban. 

L'apprenti s'estime supérieur 

De beaucoup à son patron. 

L'ouvrier le plus modeste, 

Pour faire grande figure, 

Ne marche qu'en voiture. 

Tout comme un grand seigneur. 

Le plus mince propriétaire 

Affecte des airs de notaire. 

A Pâques ou à Noël 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



173 



Lo bouriairo, en touolèto, 
Bous semblo uno préfèto. 
Uèi lou mounde es otau. 

E ti obès, bole dire, 
Mai parle pas per rire, 
Per que tontis que nio 
Per lour oboyondado, 
Tirou, touto l'onnado, 
Lou diaple pel lo quio. 



La fermière en grande toilette 
Prend des airs de préfète. 
Ainsi va le monde aujourd'hui. 

Voilà donc, veux-je dire 
Je parle sans persiflage 
Pourquoi tant et tant de gens 
Par leur désir de paraître 

Tirent toute l'année 
Le Diable par la queue. 



Loin de copier servilement La Fontaine, inspiré, 
peut-on dire, par le Troubadour Ebles qui ouït la 
Messe devant l'autel où l'Abbé Fau dit la sienne, 
notre Curé-Doyen rajeunit le légendaire apologue 
du renard et du corbeau, rend, par maints détails, 
ses deux acteurs bien Auvergnats : 



Uno couorpo bouluro 
01 bouord d'un fenestrou 
D'uno pietro mosuro 
Ponet un cobecou. 
Fiero de so copturo 
Sons fa tombourina 
Sons pubre ni moustardo 
Sus une bronco lo golhardo 
N'onabo desportina. 



Un corbeau femelle maraudeur 
Sur le rebord de l'étroite fenêtre 
D'une pauvre masure 
Vola un « cabecou » (r). 
Toute fière de sa capture 
Sans tambour ni trompette 
Sans poivre ni moutarde 
Sur une branche, notre gaillarde 
S'apprêtait à en faire son dé- 
\ jeûner. 



Surgit a Maître renard, par l'odeur alléché » 



(i) Petit fromage de chèvre. 



174 



LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



— « E boun jiour, demeisello 
Cossi bo lo sontat? 
M'oou dit uno noubelo 
Que, s'ero plo bertat 
Res qu'o bous beire to poulido 
Del pit jusqu'ô lo quio 
Lou pus tindou dirio 
Te, te, lo corpo se morido ! 
Omaï, sons coumplimen 
Se bouostro boues semblabo 
O bouostre obilhomen 
Jiomaï nobio tôt brabo 
Dins lou desportomen ! 



« Eh bonjour, Mademoiselle 
Comment va votre santé ? 
On m'a conté une nouvelle 
Oui, si elle est vraiment vraie 
Rien qu'à vous voir aussi jolie 
Du bout du bec à la pointe de la 
Le plus sot s'écrierait: [queue 
Tiens, tiens, le corbeau se marie! 
Il est certain, sans flatterie, 
Que si votre voix égale 
Votre vêtement. 
Jamais mariée si jolie 
X'a existé dans le département! 



Maître de la proie convoitée le renard donne élé- 
gamment le conseil classique: 



Sabès qu'un boun counsel 
Sert toutchiour din lo bido 
De surpresos cloufiddo 
Te recoumonde oquesté : 
« Soube-te plo, pecaïre ! 
Me disio moun belet 
Qu'ero pas un jonet 
Qu'un grond coumplimentaïre 
Biou souben ol despend 
Del fodas que l'entend. 
Oquo rato pas gaïre ! » 



Tu sais qu'un bon conseil 
Sert toujours en cette vie 
Toute faite d'inattendu. 
Te te recommande celui-ci: 
« Souviens— toi, mon petit, 
Me disait mon aïeul 
Qui n'était pas sans bon sens 
Qu'un grand complimenteur 
Vit presque toujours aux dépens 
Du naïf qui l'écoute. 
Le procédé échoue bien rare- 
[ment. » 



Même lorsqu'il se risque au « Noël » tant et tant 
rebattu, l'Abbé Fau conserve une note personnelle, 
sait mettre sur les lèvres des bergers des mots qui 
n'ont rien de conventionnel, pas plus que les pré- 
sents qu'il leur fait offrir à Penfant-Dieu : 



LES TROUBADOURS GANTALIEXS 



175 



Postour é postourello 
Qu'oufriren ol Toutou? 
Ieou uno auno de tielo 
Ieou moun ognelou 
Ieou una tourtourello 
Ieou li porte un bressou 
E ieou deis debossou 
Mai uno tetorèlo. 



Berger et bergère 

Qu' offrirons-nous à l'Enfant? 

Moi une aune de toile 

Moi mon agnelet 

Moi une tourterelle 

Moi, je lui porterai un berceau 

Moi de petits bas 

Et aussi un biberon. 



Per ieou, din soun polaï 
O fauto de troumpetto 
De jiouga lo cobreto 
Tôt plo m'osordoraï. 



Pour moi, dans son palais, 
A défaut de trompette 
A jouer un air de « cabrette » 
Volontiers je me risquerai. 



Sa c Cigale et la fourmi » serre de trop près, 
peut-être, ie texte Français; il faut, en revanche, 
un rrai souffle poétique pour tirer d'une maladie 
épidémique le surprenant parti qu'obtient notre 
poète avec « La petite vérole ». Il a vu entrer chez 
lui, s'asseoir à son foyer, une répugnante vieille : 



.... Negro! Oumin coumo lou quiou de l'oulo 
Uno pel de cropal, un cap coum' un bedel 
puoi cillos de pouorc gras que li barrou leis uels 
Un nas truffo-truffat, une poto oloungado 
iDuoï gaoutos guiffle é guiffle, uno bouco empopado 
Oins un trot de copeto ô prou peno omogat 
iUn faï de pudicino, un moustre tout cogat ! 



170 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Noire, comme le fond d'une marmite 

Une peau de crapaud, une tête de veau 

Des cils de porc-gras qui lui barrent les yeux 

Un nez de pomme de terre, la lèvre pendante 

Les joues enflées à éclater, la bouche empâtée. 

A peine enveloppé dans une sorte de manteau 

Un amas de pourriture, un vrai monstre tout craché. 

Il est mal payé de sa charitable hospitalité: 

Un jiour passe lo mo sur mo caro souffronto 

Un bessiou... très, siei, naou, det, bingt, trento, cinquonto 

Bouy! Qu'ai yeou fat? Ouraï retirât lo Beyrolo ! 

Je passe un jour la main sur ma face endolorie 

Un bouton ! Trois, six, neuf, dix, vingt, trente, cinquante 

Misère! Ou'ai-je fait! J'ai hospitalisé la Variole! 

Les phases diverses de la maladie éruptive soin 
décrites avec une fidélité humoristique qui sait s< 
garer toujours du bas naturalisme. Le poème d« 
plus de deux cents vers est vraiment curieux parc» 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 177 

qu'il dénote une extrême maîtrise de la langue qu'il 
assouplit aux plus surprenantes descriptions: 

Lo brenado toujiours me pousso ô bisto d'uel 
Sul front, sul nas, pertout coumo des boutorels. 

Del cap jusqu'ois ortels, 

Les bessious sur moun corps poussabou per broustel 
Grono que gronoras ! Ah! jiomaï semenado 
Réussit d'oquel biaï dins lo terro lourado 

Pas mouyen de sooucla dins oquelo trufiero 
Lo caou laissa poussa son giena soun essor 
E surtout se gorda de gaire grotta l'hort! (i) 

L'éruption m'envahit à vue d'ceil 

Elle gagne le front, le nez, tout le corps comme champi- 

De la tête aux pieds [gnons 

Les boutons sur mon corps poussent par grappes 
Graine graineras-tu ! Ah ! jamais semailles 
Ne réussirent à ce point dans terre soigneusement labou- 
[rée 



(i) Cette curieuse poésie écrite pendant sa convalescence en 
novembre 1888, a été publiée par « Le Moniteur du Cantal » de 
cette époque. 



178 LES TROUBADOURS CAKTALIENS 

Pas moyen de sarcler ce champ de pommes de terre 
Il faut laisser croître l'éruption sans gêner son essor 
Et bien se garder surtout de ne gratter le terrain que 

[fort peu. 

Le grave Curé-Doyen sait accorder de toute autre 
façon sa lyre pour chanter les regards langoureux 
qu'échangent les fiancés : 

Bouostre uel couquinossou que sercabo fourtuno 
Beguet dins un aoutre uel, en peno enquerro maï 
Ticon que li ogrodet, li ogrodet que jiomaï 
Oquetchies dous uoullions en mai se roncountrabou 
En mai, son fat de brut, se disiou que s'eimabou 
E reibosias que leou, un boun cop d'esporsou 
Mettrio den bouastro mo, lo mo d'un boun gorçou (i). 



Votre œil assassin qui cherchait fortune 

Vit dans un autre œil plus fureteur encore 

Quelque chose qui lui plut, lui agréa de plus en plus. 






(i) Toast à sa nouvelle cousine, le jour de son mariage, 8 dé- 
cembre 1003. Publié par « La Voix des Montagnes », de Mauriac. 
Un autre toast en même circonstance, prononcé le 22 octobre 1895, 
contient aussi de fort jolis vers. 






LES TROUBADOURS CANTALIENS 179 

Ces yeux, plus ils croisaient leurs regards 
Et plus, sans bruit, ils avouaient leur amour. 
Vous rêviez que bientôt, un bon coup de goupillon 
Mettrait dans votre main celle d'un brave garçon. 

Dans une poésie d'assez longue haleine, publiée 
quelques mois avant sa mort, le Chanoine Fau, 

chantant la charité, s'attriste de la loi qui n'a laissé 
que ce dernier domaine au dévouement religieux : 

Uno brabo fennoto 

L'onnado possado, oïs efons del poïs 
Moustrabo lou comi del be, del porodis 
Des pires Higounaous son peno respetado. 

Mes lo paouro potetto 

pourtabo uno cournetto! 

En temps de libertat, ah ! pensai s'obio tort 
Lou toupet ero bel, l'escondalo trop fort! 
Quo poudio pas dura ! En Fronço uno lei passo 
E prouclomo qu'ohuei per plo faïre lo classo 
En Hoc de raoubo negro e de domontaou gris 
Que dounabou deis ers trop soumbres, trop coufis 
Caou lo manto de sedo ô lo dorriero mouodo 
E lou copel flourit per miel faire lo rodo ! 



180 LES TROUBADODKS CA.NTALIENS 

Defouoro lo Moungetto ! O terro lou Couben ! 

Mes, pus fouort que lo mouort, pus fouort que tout ol 

[mounde 
Soun omour mespresat, noun pas tuât, bous respounde, 
Sons sourti de l'endret, souro trouba lou biaï 
De se douna toujiour e toujiour mai que mai 

Oti l'obès que traouquo aro deçaï, de laï 

Pertout ound lo doulour fo trop pesa soun faï (i). 

Une sainte femme 

L'an passé encore, aux enfants du pays 
Enseignait le droit chemin, celui du Paradis 
Aisément respectée des pires Huguenots. 

Mais, la pauvre innocente 

Portait une cornette ! 

En temps de liberté, on pense combien elle avait tort! 
L'audace était grande, le scandale par trop fort! 
Cela ne pouvait durer! On promulgue en France une loi 
Qui édicté qu'aujourd'hui pour faire la classe 



(i) « La Charité ». Publiée par « Le Moniteur du Cantal » du 
28 février 1904. 






LES TROUBADOURS CANTALIENS 181 



Au lieu de la robe noire et du tablier gris, 

Qui affectaient airs trop sombres et confits en dévotion, 

Il faut mantes de soie à la dernière mode 

Et chapeau fleuri pour se mieux pavaner! 

A la porte la Moniale ! A bas le Couvent ! 

Mais plus fort que la mort, plus fort que tout le monde, 

Son amour méprisé, mais non pas anéanti, j'en réponds, 

Sans quitter la localité, saura trouver manière 

De se dévouer touours et toujours, de plus en plus. 

La voici qui trottine maintenant, de ci, de là 

Partout où la douleur appesantit par trop son fardeau. 

Nous avons multiplié d'autant plus volontiers les 
citations que l'œuvre du Chanoine Fau, éparpillée 
dans les journaux locaux, n'a jamais été réunie. Son 
dialecte, légèrement différent du parler d'Aurillac, 
est celui de Laroquebrou qui se ressent du voisinage 
Limousin; sa tonalité presque toujours un peu grave 
lui a fait aborder le mode narratif, en des sujets 
peu susceptibles de développements poétiques qu'il 
a réussi à traiter, néanmoins, avec les seules res- 
sources d'un idiome appauvri. 



- 



L'abbé Louis Boissières 



1863-1898 



Né à Arpajon en 1863, d'une famille d'ouvriers, 
Louis Boissière fit ses études classiques au Petit 
Séminaire de Saint-Flour. L'abbé Courchinoux, 
appelé à professer dans cet établissement, dit du 
jeune Boissière, qu'il y connut alors : « Il était une 
« leçon et un exemple vivant pour ses condisciples... 
« Des aptitudes littéraires remarquables, le don de 
« poésie, l'amour des œuvres bien écrites le distin- 
« guaient du grand nombre. Petit paysan d'hier, il 
« se trouvait à l'aise, nullement dépaysé, dans la 
« haute vie intellectuelle » (1). Au Grand Sémi- 
naire, ces qualités s'affinent; aussitôt Prêtre, il 
rentre comme Professeur au Petit Séminaire dont il 
était naguère l'élève. Témoin des premières envolées 
poétiques du jeune Prêtre, l'Abbé Courchinoux, 
alors son collègue en Professorat, lui adresse cet 
encourageant horoscope : 

Obès del fiot, bolent troubayre 
(i) Chan. Courchinoux : Semaine Cath. de St-Flour, mars 1898. 



186 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Obès del fiot, oquoy segur 
Bous ay jiomay poupat lou cur 
Me z'ofourtisse e risque gayré 

L'uel z'o me dis. To miel. D'oliur 
L'amo lusento del troubayre 
Per tout comi diou fayre esclayre 
Coumo uno estielo de bounhur. 

Lou cur, lou cur, basto que cromé 

Lou cur es les très quarts de l'orne (i). 

Vous avez le feu sacré, vaillant Troubadour 
Vous avez de l'élan, cela est certain 
Je ' ne vous ai jamais palpé le cœur 
Mais je l'affirme sans peur, de me tromper. 

L'œil me le dit. Tant mieux. Au reste 
L'âme enflammée du poète 
Doit illuminer toutes voies 
Comme une étoile de bon augure. 



(i) Caurchinoux. « Pousco d'Or », Belugue. A Louis Bois- 
sière, P. 68. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 187 

Le cœur, le cœur, fasse Dieu qu'il s'enflamme 
Le cœur est les trois quarts de l'homme. 

Si le cœur du jeune Boissière s'enflammait au 
verbe entraînant de Courchinoux, son corps se 
refroidissait au rude climat San Florain; les inter- 
minables surveillances de jour et de nuit par une 
température glaciale développèrent rapidement les 
germes latents d'une incurable maladie de poitrine. 
On crut qu'une Vicairie lui donnerait plus de faci- 
lité d'enrayer le mal; mais on l'envoie dans le dur 
climat de Salers où il serait mort sans les soins 
quasi-maternels de son Curé, « qui fut à la fois son 
médecin et sa providence » (1). 

Rappelé à Saint- Flour à titre d'Econome, il 
assume, en même temps, la direction de « La 
Semaine Catholique ». « Il la rédigea avec calme et 

« sagesse tacticien habile, esprit juste autant 

« qu'ouvert, plus volontiers soucieux de dénoncer 
(( le mal et d'en indiquer le remède que de stignia- 



(i) Courchinoux, loc. cit. M. l'Abbé Chaumeil, alors curé-doyen 
de Salers, plus tard curé-archiprêtre de Saint-Géraud d'Aurillac, 
vicaire général, entouré, encore aujourd'hui, dans sa retraite, de la 
vénération de ses anciens paroissiens. 



188 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

« tiser les méchants » (11. Bientôt, cette tâche 
devenait trop lourde encore à ses forces défaillantes 
et il lui fallut se résigner à une définitive retraite 
au très modeste foyer familial où sa mère, devenue 
veuve, l'entoure de ses soins. C'est dans sa solitude 
d'Arpajon et malgré des douleurs continuelles qu'il 
collabore aux divers journaux catholiques de la 
région, publie, en Français, ses « Légendes d'Au- 
vergne », cinq fois rééditées en quelques mois, 
a Cœur pur », « Au foyer montagnard », et un livre 
de piété, « A l'école du Sacré-Cœur », de très sûre 
et très profonde doctrine, de l'avis des juges compé- 
tents. De cette période finale de sa courte existence 
datent ses meilleures productions Cantaliennes, 
plaintives élégies du poitrinaire irrémissiblement 
condamné, à qui la plume échappe des mains le 
3 mars 1898. 

Elle est extrêmement typique, dans sa brièveté, 
l'œuvre poétique de ce jeune lévite qui ne nt 
qu'apparaître dans le sanctuaire. Ses premiers vers 



(i) Ibid. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 189 

Cantaliens datés du Grand Séminaire (1) tra- 
duisent la généreuse ardeur de l'éphèbe qui vient 
de doubler le cap de la vingtième année, devant 
lequel la vie s'ouvre pleine « de longs espoirs et de 
vastes pensées » (2). Son élan est d'autant plus 
fougueux qu'il estime « avoir choisi la meilleure 
part » (3) ; la pureté de sa vie, l'atmosphère idéa- 
liste dont il s'imprègne laissent à son âme toute sa 
fraîcheur native; à son cœur toutes ses généreuses 
aspirations. Voyons-le enfourcher Pégase avec une 
ardeur toute juvénile, dire son ivresse de la course 
effrénée où l'emporte le poétique coursier: 

D'un saut, oqr.este ser, m'otchouque sus Pégase 

Ocronquat coumo un fouol os pieous de lo criniero 

Sous fers trouquou lou sou e fou flomba lo peiro 
Ouogno courso, boun Dieu ! 



(i) « Lo Cobreto » de mars 1898 a publié, après la mort de 
l'abbé Boissière, cette poésie, datée du 7 juin 1883, qui était restée 
inédite. 

(2) Bossuet. 

(3) (( Optimam eligit partem ». 



190 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Oti o de los estoulhos e de loi semenados 

Les glebats sautou en Ter e lo pousco escompado 

Nous set en tout rouda coumo uno nibo ol cieu 

Terme, poret, corrau, goulhat, ogau ou serbo 

Ribiero que brugis, riou porpond que murmuro 

Tout passo, rès o peno duro 
Proutemps per z'o beire ol souel que trescound. 

De lo criniero espesso, aro latchie lou pieu 
E tout dret sul tchobal qu'orresto pas de courre 
Oti cride, desparle, oti conte, oti ploure 
Sons sobeire per que, sons sobeire cossi. 

D'un saut, ce soir, je me suis élancé sur Pégase 

Ses fers marquent au sol, font jaillir les étincelles du roc 

Quelle course, grand Dieu ! 
Ici des pacages et des terres ensemencées 
Les mottes volant en l'air et la poussière soulevée 
Nous poursuit en tourbillon, semblable à une nuée au 
[ciel. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 191 

Haies vives et murailles, chemins, flaques d'eau, fossés 

[et étangs 

Rivière tapageuse, ruisseau jazeur qui chuchotte 
Tout passe, rien n'est assez longtemps visible 
Pour qu'on le puisse admirer au soleil couchant. 
De l'épaisse crinière, j'ai maintenant lâché les crins 
Et droit sur mon cheval qui ne ralentit pas sa course 
Je crie, déraisonne, chante et pleure aussi 
Sans savoir pourquoi ni sans savoir comment. 

Un an a passé sur ce fol enthousiasme et le poète 
est déjà moins fougueux; il s'adresse au rayon de 
lune, visiteur importun de ses insomnies : 

Qu'au t'o dit de me béni beire? 
Dins l'oumbro negro, sul ploncat 
Cossi te carres tont de reire? 

— Te bourrio fa leba lou capt. 

Baï-t'en, baï-t'en ; me pouodes creire 
Oqueste ser l'aï trop courbât! 

— Me couro porti sons sobeire 
Fraïre de que t'es orribat 1 ? 



192 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

Duer me toun cur. • — ■ Sonno, pécaïre ! 
— ■ Ogatcho me. — Per de que faire! 

— Sei la tchoyo. — Ieu, lo doulour! 

Oui t'a dit de me venir voir 

Dans l'ombre noire, sur le plancher 

Pourquoi aimes-tu tant le rire? 

— Je voudrais te faire lever la tête. 

Va-t'en, va-t'en ! Crois-moi 

Ce soir ma tête est trop penchée. 

— Il me faudra donc partir sans savoir 
Frère, le malheur qui t'accable? 

— Ouvre-moi ton cœur. — Il saigne le malheureux! 

— Regarde-moi. — Pourquoi faire? 

— Je suis la joie. — Moi, la douleur! 

Il sera désormais le poète de la tristesse et des 
douleurs, le jeuue Prêtre qui sent déjà, saus doute, 
se tarir en lui les sources de la vie. Plus mélanco- 
liquement que le chansonnier Privas, il dira des 
heures dont aucune ne lui paraîtra rose: 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 193 

Boueisson un plour, quond parlou de tristesso 
Lei soludon quond nous parlou d'omour 

Proqu'ouo cado ouro es uno flour froustido 
Naisse, oquou's coumença de mouri ! (i) 

Nous essuyons un pleur quand elles nous parlent tris- 
tesses 
Nous les saluons gaiement si elles nous chantent l'amour. 

Et pourtant, chaque heure est une fleur flétrie 
Naître, c'est commencer à mourir! 



L'hiver, la saison rude aux organismes ébranlés, 
lui fait jeter ce beau cri d'effroi : 

L'iber! L'iber! Quond zo bous dise 
Que li aï bit rotchia lou nossou 

Borat-li lo pourto. M'obise, 



(i) Œuvres posthumes, écrites en 1883, publiées par « Le Co- 
ircto » en mars 189g. 



194 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Per mo fiato ! Qu'en mai otise 
En mai me giale les ounglous 

D'oquel iber ! Tchomaï nous quitto 

Tromble de fret! Otchat lou reire... 
Boutât; escoufat-me lou liet (i). 

L'hiver! L'hiver! Quand je vous le dis 
Que je l'ai vu montrer le bout de son nez. 

Fermez-lui la porte. Je m'aperçois 
Vraiment, que plus je tisonne 
Plus mes ongles sont gelés 

Ah! cet hiver. Jamais il ne s'en ira! 

Je tremble de froid ! Voyez-le ricaner... 
Je vous en prie ; échauffez-moi le lit. 

Cette feuille desséchée qui ne veut pas quitter 
l'arbre et supplie la bourrasque automnale de 



(i) « Lo Cobreto ». Mars 1896. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 195 

l'épargner, n'est-ce pas sa propre image et le déses- 
poir de cette feuille à aller se consommer au tas de 
fumier, là-bas, sous le roc, ne traduit-il pas sa 
propre horreur du sépulcre, sa plaintive élégie? 

— Anen, set me, mo comborado, 
N'aï pas lou temps de t'escouta, 

— Per oqueste ser, daisso m'esta 
Sei pa'nquero touto giolado ! 

Bouos te cola ! Que de niciado ! 
Bouto, me faguos pa'nquiota. 

— Ieu, li serio per l'orresta 
Quond benrio quauquo essoulillado 

Oti o lo nuit; anen porton. 

— Noun, pas couosset. — Se prendde bond 
T'empourtoraï tu maï lo broco. 

— Aï!... — Que! Z'o t'obio pas prou dit? 
Bei, tous plours serou leu torits 

Obal, tchous uno bielho roco (i) 

— Allons, suis-moi, ma camarade, 



(i) « Lo Cobreto ». Octobre 1896: Lo Fuelho é lou bent. 



9C> LES TBOUBADOUES CANTALIEXS 

Je n'ai pas le temps de t'écouter. 

— Pour ce soir encore, laisse-moi vivre 
Je ne suis pas encore tout entière gelée. 

Veux-tu te taire; que de niaiseries! 
.Allons, ne me mets pas en colère. 

— Je pourrai y être encore pour l'arrêter 
Quand viendrait quelque ensoleillée. 

Voilà la nuit; allons, partons. 

— Aon, pas encore si vite. — Si je prends élan 
Je t'emporterai toi et la branche. 

Aï ! — Quoi donc ! Xe te l'avais-je pas assez dit? 
Viens; tes pleurs seront vite séchés 
Là-bas, sous cette vieille roche. 

Un dernier poème montre la sérénité revenue 
dans cette âme où la résignation surnaturelle a fait 
place aux huniames angoisses. Il contemple cet au 
delà où il sent qu'il sera bientôt, se demande avec 
une pieuse curiosité quel est cet écran de nuées qui 
s'interpose entre lui et le beau ciel bleu de ses 
rêves : 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 197 

Ound onaï, nibous? D'oun benès, 
Uno negro, l'autro dourado? 
E quogni bouyatchi fosès 
Otau de cap o long de l'onnado? 

Beleu ses lo teugno ploncado 
Ound les ontchies pausou les pès. 
De lour encens — que n'en dises? 
Ses lo benisido fumado. 

Noun, quouei lo mar cridairo obal 
Que bous troguet omount de nal 
Dins lou bent que bous escompilho 

Neissès ohuei, mourès démo 
Per mortcha to pau potiès plo 
N'autres son de bouostro fomilho (i). 

Où allez-vous, nuées? D'où venez-vous 
L'une noire, l'autre dorée? 
Quelle pérégrination accomplissez-vous 
Ainsi d'un bout à l'autre de l'année? 



(i) « Lo Cobreto ». Mars 1898. « Lei Nibotis ». 



198 LES TROUBADOURS CANTALIEKS 

Peut-être êtes-vous le mince plancher 

Sur lesquels les anges posent les pieds 

Peut-être de leurs encensoirs. — Qu'en dites-vous? 

Etes-vous la fumée bénie 

Non, c'est la mer mugissante, là-bas 

Qui vous a exhalé là-haut, dans les hauteurs 

Au milieu des vents qui vous éparpillent. 

Vous naissez aujourd'hui, mourrez demain 
Prenez grand'peine pour ne parcourir qu'une route 

[fort brève 
Nous, les humains, appartenons à votre famille ! 

Saluons avec déférente sympathie la tombe du 
jeune poète qui sut exprimer en vers si poignants 
ses ultimes angoisses. 




Le chanoine Francis CourchiïlOUX 

1859-1902 




L'Abbé F. COURCHINOUX 
1859-1902 



Francis Courchinoux est né le 13 septembre 
1859, à Saint-Mainet (1), d'une famille modeste et 
laborieuse, mais de haute honorabilité, toute imbue 
des idées chrétiennes. Il était encore au berceau 
lorsque ses parents vinrent se fixer définitivement 
à Aurillac où s'écoula son enfance. Il entre à cette 
école communale de la Paroisse de Saint-Géraud 
que dirigeait alors le légendaire Frère Amance (2) 
et dont j'ai recueilli plus tard maîtres et élèves, lors 
des laïcisations, dans ma maison familiale du Fau- 
bourg Saint-Etienne. Il en est le plus brillant sujet, 
reçoit à sa sortie les plus hautes récompenses réser- 
vées au meilleur élève. L'école presbytérale, fondée 
à Aurillac par Mgr Eéveilhac, Curé de Notre- 
Dame-aux-Neiges, ouvre alors ses portes au jeune 
Courchinoux qui manifeste déjà des velléités de 
vocation sacerdotale. Deux ans plus tard, il entre, 



(i) Chef-lieu de cant. de l'arr. d' Aurillac. 

(2) Le Frère Amance, Chevalier de la Légion d'Honneur, à la 
demande de la ville d' Aurillac, en a dirigé un demi-siècle les 
Ecoles communales. On attendit sa mort pour procéder à la laïci- 
sation. 



202 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

en 1876, dans la classe de troisième, an Petit Sémi- 
naire de Pleanx. 

— « Dans ce milieu intellectuel, dit le Chanoine 
« Lagarrigue, son brillant esprit s'accroît et se 
« développe; il se plaît an commerce assidu des 
« auteurs Grecs, Latins et des écrivains de notre 

« grand siècle Il acquiert ainsi, par degrés, 

(( cette pureté de goût, cette maîtrise du mot et de 
« la pensée, ce souci de la perfection qui seront 
« les traits de son tempérament 

« Son originalité d'esprit se prête mal à la disci- 
(( pline; il écoute le murmure intérieur de ses voix, 
« il néglige parfois les travaux imposés pour des 
« essais de poésie qu'il éditera plus tard (1). 

Bachelier es Lettres, il entre en 1880 au Grand 
Séminaire de Saint-Flour, y entreprend ses études 
théologiques sans renoncer tout à fait à ses tra- 
vaux littéraires. S'il fait admirer dans les sciences 
sacrées sa force de pénétration, sa souplesse de dia- 
lectique, il trouve le temps d'obtenir, comme son 



(i) Le chanoine Lagarrigue, Directeur de la Semaine Catho- 
lique de St-Flour: « Etude sur le Chanoine Courchinoux ». La 
Croix Cantalienne, 26 octobre 1902. 



LES TllOUBADOURS CANTALIEXS 203 



compatriote Aurillacois du XIV e siècle, un œillet 
d'argent aux Jeux Floraux de Toulouse. En 1884, 
il n'est encore que Diacre et on le trouve déjà mûr 
pour le Professorat à ce Petit Séminaire de Pleaux 
dont il était naguère l'élève. Prêtre en 1885, il y 
professe une année encore, mais va, en 1886, s'en- 
fermer à l'Ecole des Hautes Etudes de Paris pour y 
préparer sa licence es Lettres. Le Petit Séminaire 
de Saint-Flour a besoin d'un Professeur d'Histoire; 
on le rappelle et c'est au cours d'un congé pendant 
son enseignement San Florain qu'il fait un voyage 
en Terre-Sainte (1). De la même époque date un 
drame en vers, « Le Juif », dans lequel il fouille, 
non sans bonheur, un caractère esquissé par 
Shakespeare. 

Sa licence en Philosophie brillamment conquise, 
nous le retrouvons Directeur de l'Ecole Parisienne 
Gerson. 

— « Nous sommes en 1892. Pendant huit années, 
(( dit son biographe, il a suivi avec attention le 



(i) Le chanoine Courchinoux a laissé inédit un ouvrage en trois 
volumes sur la Terre Sainte dont un seul a été publié. D'un voyage 
à Rome, il rapporta un volume de notes qui obtint, à son appa- 
rition, v.n succès réel. 



204 LES TROUBADOURS CANTAL1ENS 

(( mouvement de la vie publique en France; son 

(( esprit s'est enrichi d'idées générales. Il s'est 

« pénétré des Encycliques de Léon XIII dont les 

<( directions politiques et sociales s'harmonisent 

« avec ses tendances les plus profondes. Sa plume 

« s'est essayée par une collaboration appréciée 

« dans plusieurs journaux de Paris et de pro- 

(( vince (1). Désormais, il va passionnément se 

« dévouer à défendre contre les Infidèles de la 

« plume, l'Eglise et la cause populaire; il sera 

« journaliste. 

« Persuadé par réflexion que la forme républi- 

« caine peut seule convenir à notre mobile état 

« social, il tente de rallier à elle les esprits hon- 

(( nêtes qu'effraie encore ce mode de gouverne- 

« ment. Il est l'écho des enseignements politiques 

« du Saint-Siège. D'autre part, il s'émeut de la 

(( misère imméritée qui est le sort d'une grande 

(( partie de la population ouvrière de la France 

(( il propage les thèses de la célèbre Encyclique 

« De conditione opificum ». 



(i) Il donna, sous le nom de « Nemo » d'intéressantes chroni- 
ques au « Moniteur du Cantal », collabora à un journal San-Flo- 
rain. 






LES TROUBADOURS CANTALIENS 205 



(( De l'Ecole Gerson, il prenait déjà part à la 

« fondation à Aurillac de <( La Croix du Cantal » ; 

« dès les vacances, il s'y consacre sans réserve et 

« bientôt crée « La Croix CantaUenne ». Homme 

« de pensée et de rêve, il est aussi homme d'initia- 

« tive et d'action ; il établit à Aurillac un foyer de 

« publications religieuses... Doué d'une tenace 

« énergie, d'un rare esprit d'ordre et de prudence, 

« d'un sens très juste des réalités positives, il 

« organise l'Imprimerie Moderne dont la pensée 

« créatrice n'est pas une pensée de lucre mais 

« d'apostolat Le moteur de sa vie est l'accrois- 

« sèment du règne de Dieu dans la société. Il veut 

(( coopérer, dans la mesure de ses forces au rappro- 

« chement des deux grands objets de son amour : 

(( la Religion et la Démocratie » (1). 

Personne n'a mieux dépeint le Chanoine Cour- 
chinous, journaliste, que son intime ami Verme- 
nouze: « Il fut surtout une conscience, un carac- 
« tère, une volonté. Il prit la plume qui, dans sa 
(( main, semblait presqu'une épée et, pendant 
<( quinze ans, visière levée et toujours debout sur 



(i) Chan-Lagarrigue. Loc. cit. 



206 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

« la brèche qu'il barrait fièrement de toute la lar- 

« geur de sa généreuse poitrine, il lutta sans repos 

« ni trêve, sans jamais reculer ni défaillir. Et, si 

« dans l'ardeur et le poudroiement de la mêlée, il 

« lui arriva quelquefois de porter de rudes coups, 

« ce furent toujours des coups droits et frappés 

(( par devant. Il ignorait la tactique du mouve- 

« ment tournant et des manœuvres souterraines. 

« Ecrivain sobre et vigoureux, clair et précis, il fit 

« constamment preuve d'une rare puissance de 

« dialectique et d'un invincible bon sens » (1). 

Que les coreligionnaires du Chanoine Courchi- 
nons rendissent hommage au grand talent, à l'in- 
domptable énergie qu'il mettait au service de la 
cause Catholique, ce n'était que justice; mais il est 
intéressant d'aller chercher chez des adversaires 
déterminés une appréciation dépourvue de toute 
aveugle bienveillance. Un journaliste San Florain 
qui s'affirme partisan des doctrines de Libre Exa- 
men écrit: « Cet esprit était une flamme agile et 
(( claire, toujours ravivée par les événements au 



(i) A. Vermenouze : Discours aux obsèques du chanoine Cour- 
chinoux. Croix Cantalienne, 26 octobre 1002. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 207 

« souffle desquels elle éclatait en gerbes d'étin- 

« celles. Il parlait une langue merveilleuse de lim- 

« pidité et de précision, avec des jets rapides de 

« pensée et des coups brusques de forme qui fai- 

<( saient de lui, dans la mêlée des polémiques, le 

« plus redoutable des sagittaires » (1). 

« La Dépêche », qui ne s'est jamais piquée de 
cléricalisme, mais qu'honore, dans la circonstance, 
sa juste et courtoise impartialité, jugeait ainsi le 
Chanoine Courchinoux : « Il était un de ces rares 
« ecclésiastiques dont la vie et les œuvres sont 
<( vraiment un apostolat. Dans la poitrine du 
« Prêtre battait un cœur d'homme. C'était un 
« soldat Catholique, mais un philosophe aux idées 
« simples et justes qui, au contraire de la plupart 
(( de ses pareils, loin de condamner les faiblesses 
<( humaines et d'affecter à leur endroit une pudi- 
<< bonderie hypocrite et déplacée, savait les coin- 
ce prendre et les excuser. Ses convictions étaient 
« ardentes et sincères, sa fermeté inébranlable, sa 
a loyauté absolue. Ecrivain d'un rare mérite, polé- 
(f miste humoristique, il tenait la plume comme on 



(i) Mars. « République Libérale » de St-Plour, oct. 1902. 



208 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

(( tient une épée et s'en servait avec beaucoup 
« d'aisance et d'esprit » (1). 

C'est là une testimoniale rare à la charité du 
Prêtre que le jugement d'un autre Prêtre complète 
a si heureusement : « Il ne négligeait pas le souci 
« de sa perfection personnelle, régulier dans ses 
(( exercices de piété, scrutant et travaillant tous 
« les jours sa conscience, la pensée et le regard 
(( vers le ciel, il passait dans le monde en pèlerin 
« de Dieu et de l'éternité » (2). 

Tel est le Prêtre, l'écrivain éminent qui s'est 
endormi dans la paix de Dieu, à peine âgé de 
quarante-trois ans, le 19 octobre 1902, le jour de 
la fête de Saint-Géraud, fondateur de la ville d'Au- 
rillac. dont il avait prêché le panégyrique et sou- 
vent chanté la gloire. 

Courchinoux était un poète que les Muses avaient 
adopté dès sa prime jeunesse. « Les Miettes », ce 
volume de poésies Françaises, dont plusieurs cou- 
ronnées par diverses Académies, qu'il fit paraître ù 
vingt-cinq ans, sont tout autre chose qu'un recueil 



(1) « La Dépêche ». Oct. 1902. 

(2) Chan. Lagarrigue, loc. cit 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 209 

d'aspirations vagues, de rimes sonores et vides de 
sens, trop fréquent à la vingtième année d'un 
imaginatif. Il est surprenant que la plume sacer- 
dotale de quelqu'un de ses compagnons de luttes 
n'ait pas cherché à mettre pleinement en lumière, 
à montrer sous ses multiples et si attrayants 
aspects, cet esprit qui est, sans conteste, un de ceux 
qui ont honoré le plus le Clergé San Florain de la 
fin du XIX e siècle. Nous n'avons à l'étudier qu'à 
titre de poète en dialecte Cantalien, à montrer 
combien, dans ce dcynaine, fut grande et heureuse 
son activité, belle et féconde son œuvre. Le Cha- 
noine Lagarrigue constate qu'il : « s'intéressa utile- 
« ment à la tentative inaugurée par les poètes 
« Provençaux de mettre en honneur les dialectes 
<( des provinces » (1). Vermenouze salue avec un 
admiratif respect : « son imagination vaste et origi- 
« nale et ce don de poésie auquel nous devons en 
« Français et en Langue d'Oc, deux livres qui ne 
<( périront pas » (2). Emile Bancharel, Directeur 
de « L'Avenir du Cantal », héritier de la verve 



(i) Chan. Lagarrigue, loc. cit. 
(2) Vermenouze, loc. cit. 



210 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Cantalienne de sou père (1), apprécie avec un rare 
bonheur d'expressions le rôle félibréeu de Cour- 
chinoux : 

— «Il fut aussi poète à ses heures et l'un des 
« plus intrépides parmi cette petite phalange de 
« ciseleurs de rimes qui coopérèrent à la rénovai 
« tion du Félibrige Auvergnat. Ai-je besoin de 
« rappeler la part active qu'il prit à la création de 
« cette « Escolo Oubergnato » et de son organe 
« dont il fut un des plus zélés collaborateurs en 
« même temps que l'éditeur Intelligent et quel est 
« celui d'entre nous, plus ou moins patoisant, qui 
« ne conserve dans sa bibliothèque « Lo Pousco 
<( d'or », ce brillant faisceau de délicates poésies 
« écrites dans le plus pur dialecte Auvergnat. 
« Poète, certes, il le fut et l'un des plus gracieux 
u d'entre nos Félibres et ce ne sera pas le moindre 
« de ses mérites aux yeux de ses concitoyens que 
(( d'avoir sacrifié aux Muses de nos montagnes, à 
« ces Muses innocentes qui délassent et consolent 
des préoccupations matérielles de la vie en faisant 



(,i) Emile Banchard est l'auteur de diverses poésies Cantalien- 
nes et notamment du volume « Mignouiietto » auquel le public a 
fait excellent accueil. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 211 

« sonner à nos oreilles le tintement suave de leurs 
« rimes sonores » (1). 

La prose même du Chanoine Courchinoux revêt, 
sous sa plume Cantalienne, les tons diaprés de la 
poésie. Nous venons de relire avec une admirative 
émotion un paquet de lettres, dont bon nombre en 
Cantalien, qu'il nous a adressées du 17 mars 1887, 
alors qu'il était jeune Professeur à Pleaux, au 
19 août 1902, à la veille de sa mort. N'était la tona- 
lité trop intime de cette correspondance, la liberté 
d'appréciations sur les hommes et les événements, 
les confidences charmantes d'abandon sur ses pro- 
jets d'avenir, elles mériteraient, certes, les hon- 
neurs de la publication. La très belle âme de ce 
Prêtre, sa vive et souple intelligence, son dédain 
de l'argent, la sincérité de ses convictions poli- 
tiques, ses instincts dé dévouement démocratique 
s'y affirment avec un charme preneur. 

Le biographe définitif de Vermenouze dira, sans 
doute, tout ce que dut notre plus grand poète Can- 
talien à Courchinoux qui se constitua son maître, 



(i) E. Bancharel : Discours aux obsèques du Chanoine Cour- 
chinoux, au nom de la Presse. 



212 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



trouva le temps de parfaire vite et bien l'instruc- 
tion de son élève quadragénaire, de combler les- 
lacunes d'un labeur de jeunesse trop primaire, 
Vermenouze tenait à l'affirmer hautement; dans la 
dédicace autographe écrite à la première page de 
l'exemplaire de « Flour de Brousso » qu'il offrit 
au Chanoine Courchinoux, il dit avec une franchise 
émue sa gratitude pour son maître et son guide. 
Elle justifie pleinement notre affirmation que c'est 
à Courchinoux que nous devons, pour une très 
large part. Vermenouze : 

« O F. Courchinoux. — O-n-oquel qu'o fat lo 
« bouno meitat d'oquel libre, que l'o rebirat eu 
(( froncés e que n'o pas crignat de sua mai du no 
(( comiso per m'esporgna de trempa lo mio. — O 
« l'omit, ol poueto, ol felibre omme moun pus 
« omistous grommorcès. — A. Vermenouze » (1). 

A F. Courchinoux. — A celui qui a fait la bonne 
moitié de ce livre, qui l'a traduit en Français et qui 
n'a pas craint de tremper de sa sueur plus d'une 
chemise pour m'éviter de mouiller la mienne. A 



(i) Communication de M. Courchinoux, Conducteur des Ponts 
et Chaussées, frère du Chanoine. 



LES TROUBADOURS CAXTALIENS 213 

l'ami, au poète, au félibre avec mou plus affectueux 
remerciement. — A. Vermenouze. 
A feuilleter la collection de « Lo Cobreto » ou voit 
la part prépondérante prise par Courchinoux, dès 
1895, à la fondation de « UEscolo Oabergnato », 
sa collaboration active à sa Bévue où il signe de 
divers pseudonymes, notamment de celui de 
« Pierrou L'Escorbillat », quantité d'articles tan- 
tôt sérieux et savants, tantôt humoristiques, tou- 
jours d'une grande pureté de langue, de style cor- 
rect et enjoué. Tout autant que ses vers, sa prose 
Cantalienne mériterait d'être réunie en volume. 

Il avait tout juste vingt-cinq ans et venait d'être 
ordonné Prêtre quand l'écrivain qu'on peut appe- 
ler, sans hésitation, notre meilleur poète Cantalien 
avant Vermenouze, dont il fut le Maître, édita ses 
premiers vers Cantaliens (1), auxquels il donne 
joliment la volée: 

Bay, poudès courre moun librou. 
Poudès penre aro lo boulado 



(i) F Courchinoux : « Lo Pousco d'or », Pitchiouno guerbo de 
pouesiotos en dioleyte del Contaou. Aurillac, Gentet 1884. 



'21-4 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

T'av, prou de temps, pel tirodou 
Dounado oyci lo retirado. 

Lo bouro folo t'es toumbado 
Paoure bouci de catchio-nioud 
Coumo l'oousel de lo tioulado 
Comino, bolo, fay piou-piou (i). 

Va, tu peux aller, mon petit livre 
Tu peux maintenant prendre la volée. 
Je t'ai assez longtemps, dans mon tiroir 
Donné, chez moi, un gîte. 

Ton poil follet a fini de tomber 
Pauvre petit frêle dernier-né 
Comme l'oiseau né au toit de la maison 
Marche, vole, fais (( piou-piou )). 

Son ambition la pins chère est d'évoquer chez 
ses lecteurs les souvenirs du passé et de leur inspi- 
rer l'amour, de la langue ancestrale: 

De moun libre, en bira les fuels 



(i) Pousco d'or. « Moun librou). P. 3- 



LES TROUBADOURS CaNTALIENS 215 

Se quaouquequ'un penso oïs nostres payrès 

E se quaouqu'un penso otobe 
Qu'oquoy, une caouso ô fayre 
Omb' lou soubeni de ses payres 
De gorda lour lengo, pecaïre 
Seray recoumpensat prou be ( i ) . 

En tournant les feuillets de mon livre 
Si quelqu'un pense à nos ancêtres 

Et si quelqu'un pense aussi 

Que c'est, certes, chose désirable 

Que de garder avec le souvenir ancestral 

La langue de nos pères, la pauvrette, 

Je m'estimerai largement récompensé. 

Il chante en menues strophes, alertes et joyeuses 
comme elle, la Jordanne, cette rivière de sa cité 
natale : 



Lo bluyo Jiourdono La Jordanne azurée 

Roudabo un moti Roulait un matin 



(i) <' Pousco d'or ». Ombiciou. P. 4. 



216 



LES TKOUBADOURS CANTALIEXS 



L'ayo que Dieou donno 
Os puet d'oproti 

Plourabo ou contabo 
Contabo ou risio 
E toutchiour roudabo 
E toutchiour fugio. 



L'eau que Dieu dontie 
Aux puys d'alentour 

Elle pleurait ou chantait, 
Chantait ou riait 
Et toujours roulait 
Et toujours fuyait. 



Un ooussel boulayre 
Gros coumo un croucou 
Lo seguio, pecaïre 
E li disio : « Prou » ! 
Prou, drollo poulido 
Oresto-te ovci 



Un oiseau voltigeant 
Gros comme un petit œuf 
La suivait, le pauvret 
Et lui disait: « Halte ».' 
Halte, fille jolie 
A rréte-toi ici. 



T'ay tont persegudo 
Bene de to long ! 
Siey-te, te-te mudo 
Te diray moun cont 



Je t'ai si longtemps suivie; 
Je viens de si loin 
Repose-toi. reste en place 
Je te ferai entendre mon chant. 



Ousselou, pecayre 
Ticon mai me doou 



Oiselet, mon citer petit 
J'ai en tête autre souci. 



Dieou me fo roudayro 
Conto ; ieou m"en baou. 



Dieu m'a créée voyageuse. 
Tu chantes; moi. je m'en -vais. 



E, triste et plourayre 
L'ooussel lo seguet 



Triste et chagrin 
L'oiseau la suivit 



Mes de lossitudo 
Pouguet pas lountemps. 



Mais, de lassitude 

Il ne le put guère longtemps. 



E coumo uno estielo 
Tombo din lo nuet, 
Din l'ayo bourrelo 
L'oousselou toumbet Ci). 



Et, comme une étoile 
Tombe du ciel dans la nuit. 
Dans l'eau assassine 
L'oiselet se laisse choir. 



(i) « Pousco d'or ». Lou Roussignoou. P. " à n. 






LES TROUBADOURS CANTALIEXS 217 

Elle l'inspire vraiment cette Jordanne à laquelle 
il fait dire, dans une autre poésie, aux habitants 
d'Aurillac : 

Filho des puets, de lo mountagno 
O trober prat et posturaou 
Per bouostro bilo e mos compogno 
M'en baou son trebo ni repaou 

Sons odissiàs, ti o lo peyssieyro 
Ound faou, semblo, oys escoundilhou 
E ti o Gerbert per lo Grobieyro 
Lebent ses det ensignodou 

Odissiàs, lo claro Jourdono 
Ound souben bous ses mirolhat 
S'en bo ô lo mar qu'obal lo sono. 
Pourtas-bous plo. mounde d'Ourlhat (i). 

Fille des pics, de la montagne, 
A travers prés et pacages 



(t) Ibid. Lo Jiourdono. P. 42-45. 



218 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

A travers votre ville et mes campagnes 
Je cours sans trêve ni repos. 

Au revoir! Voilà la chaussée 
Où je semble jouer à cache-cache 
Et voici Gerbert sur le Gravier 
Dressant sa main enseignante. 

Adieu. La limpide Jordanne 
Où souvent vous vous êtes mirés 
Va à la mer qui l'appelle. 
Portez-vous bien, gens d'Aurillac. 









Sou colloque avec l'arbre Croumaly (1), le vieux 
tilleul qui domiue Aurillac, est imprégné de mor- 
dante philosophie, sa prière à la Vierge débordante 
de filiale tendresse; son ode à la Liberté pleine de- 
fougue; mais il faut admirer comment d'un rien 
notre poète fait un délicieux tableautin. Ecoutons 
le dialogue du feu et de la marmite : 



i i) Ibid. L*aoure Crouonoli, P. 14. Ce tilleul occuperait l'em- 
placement de "antique « Crux malt ». 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 219 

U oxilo 

Glou-glou, glou-glou ! crey me raoun fraïre 
T'orriboro ticoun pecayre ! 
Bouto, t'en pregue, douçoment. 

Lou fiot 

Foro be si ! Deysso me faire, 
Sorre; beiras, nous entendren. 

L' o nlo 

Glou-glou, glou-glou ! Crey me raoun fraïre 
Lo soupo bul ; te negoren. 
Seray morrido de l'offaïre; 
Mes, omb' oquo, que li pouyren? 

Lou fiot 

Lou mestre o dit: (( Fiot, Bistomen 
Cromo ! E, beses, crome, pecayre. - 

L'oulo 

Glou-glou, glou-glou! Pousso; e be anen 
Me boy tosta, groumondéjiayré. 
Me tostoras; n'io plus per gaïre (i). 



(i) « Pousco d'oi - n . Lou i! t è l'oulo. P. 22. 



220 LES TROUBADOURS CANTALIKHB 

La marmite 

Glou-glou, glou-glou ! Crois-moi, mon frère 
Il va t'arriver malheur, mon pauvre ami. 
Voyons, je t'en prie; doucement. 

Le feu 

Allons donc ! Laisse-moi faire, 

Ma sœur. Tu verras; nous nous entendrons. 

La marmite 

Glou-glou, glou-glou! Crois-moi, mon frère, 
La soupe bout; nous allons te noyer. 
Je serai marrie de l'aventure; 
Mais, malgré tout; qu'y pourrai-]e? 

Le feu 

Le maître a dit : « Feu, vivement 

Flambe. Et, vous le voyez, je brûle, pauvre de moi ! 

La marmite 

Glou-glou, glou-glou ! Tu persistes; hé bien, allons, 
Tu veux goûter ma soupe, grand gourmand! 
Tu la goûteras; il n'y en a plus pour longtemps. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 221 



Sa vertueuse indignation sacerdotale trouve les 
mots flagellants pour stigmatiser l'inconduite d'un 
ami qui a roulé au vice crapuleux: 

Se jiomaï per te deberti 
T'en bas ô Bit, lo jionto bilo 
Dobon de res plus fayre filo 
Bo lo gleyjio e de, l'uel, oti 
Cerque sus lo peire esquissado. 



Li as toun pourtret prou be scultat. 

Dempiey que lou bice doumtayre 
Dins soun fumier per t'omoura 
T'o mettut lou pe sus l'esquino 
Atchis oti, jouynome e debino 
Ço qu'oou bougut li figura. 

Oquello filhasso risento 

Omb' un tessou jious cado eysselo 

Oquoy Bouluptat que s'oppelo. 



222 LES TKOUBADOCKS CANTALIENS 

Dis-li bounjiour e fa li festo 

Me bey surtout lou muselou 

Dey moussurots qu'o jious lo besto 

E cougno-te plo din lo testo 

Qu'es un d'oquetchie pourcelou (i) ! 

Si jamais, pour t'y amuser 

Tu vas à Vïc (2), la jolie ville 

Avant tout, hâte-toi 

Vers l'église et d'un œil attentif 

Cherche sur la vieille pierre effritée 

Tu y trouveras ton portrait fort bien scuplté. 

Depuis que le vice dominateur 
Pour te coucher sur son fumier 
T'a mis le pied sur l'échiné 
Regarde là, jeune homme et devine 
Ce qu'on a voulu y représenter. 

Cette fille rieuse 



(1) Ibid. O un triste drolle. P. 25. 

(2) Vic-sur-Cère, station thermale voisine d'Aurillac. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 223 



Avec un porcelet sous chaque aisselle 

A nom : la Volupté. 

Salue-la, fais-lui fête 

Mais contemple surtout le museau 

Des deux jolis petits messieurs qu'elle cache sous 

Et mets-toi bien dans l'esprit [son vêtement 

Que tu es un de ces porcelets ! 

Notre poète a une manière bien personnelle de 
consoler ses amis malheureux en ménage : 

Res duro, quond lou temps omb l'ounglou li s'orrapo 

Esbe may; lou soulel se fo biel en persouno 

Pecayre! E les sobent que trobalhou de cap 

Disou qu'en fouorço endret o lou ponel troouquat 

E ti o per que jiomaï l'orne satchiè s'estouno 
Opres un porel d'ons que los o fatchio ona 
Si loy brago noubiaou ou besoun de sona ! (i) 



(i) Ibid. Res duro. P. 39. 



LES TROUBADOURS CANTALIEN3 



Rien ne dure quand le temps s'y acharne de sa griffe 
Oui plus est, le soleil, lui-même, se fait vieux, 
Le pauvre astre ! Les savants adonnés aux travaux intel- 
lectuels 
Assurent qu'en maints endroits sa chemise est percée! 

Voilà pourquoi le sage ne s'étonne guère. 
Qu'après une couple d'années d'usage. 
Les culottes du jour de son mariage aient besoin d'être 

[rapiécées. 

Courchinoux, âme tendre et délicate, excelle 
vraiment à la pastorale, évite l'afféterie dans les 
sujets même où le risque est le plus grand de tom- 
ber dans le poncif. 



Ero blonco e pitchiounelo Elle était blanche et mignonne 

E din l'erbo s'escoundio. Enfouie dans l'herbe 

o Proubidenço, odusorello « Providence adjuvatrice 

Boudrio bioure se poudio ! » Je voudrais boire si possible. ■ 

Sus lo flour que s'espondio Sur la fleur épanouie 

Uno nibou passo belo Passait une grande nuée 

« Deyssas pleoure, doumeiselo « Laissée pleuvoir, demoiselle 

Bostro faoudo dins lo mio. » l'otve sein dans le mien. » 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 225 



Lo flour otaou li disio Ainsi parlait la fleur 

De so bouco giontounelo De sa bouche jolie 

E lo nibo se foundio Et la nuée se fondait 

Jioul soulel, bluyo e roussello Bleue et jaune sous le soleil 

E bubio lo flour noubelo La fleur nouvelle buvait 

E lou Boun DieoU se risio (i).Et le bon Dieu souriait. 



Doux et compatissant, il s'indigne contre la 
cruauté mauvaise d'un enfant qui a saigné un 
oiseau : 

Cossi? L'as sonnât, conolhoto 
L'as sonnât! As oougut lou cur 
De lo sonna quelo bestioto 
Que t'obio rès fat, de segur! 






Mes se te sonnabou toun payré 
Que forios, digos, molirous? 
E sabes si l'ooussel, pecayre 
N'obio pas guel deys efoutous? 

Bai ; lou Boun Dieou, pense, t'espero 
Despatchio-te de béni bel 



(i) Ibid. Flour è nibou. P. 47. 



22i» 



LES TROUBADOURS CANTALIKXS 



Sonnes que les ooussels enquerro, 
Sonnoras les ornes, bourrel ! (i) 

Comment! Tu l'as saigné! Petite canaille, 

Tu l'as saigné! Tu as eu le cœur 

De saigner cette bestiole 

Oui ne t'avait rien fait, bien sûr! 

Mais si on saignait ton père 
Que ferais-tu, dis? Petit misérable 
Sais-tu si l'oiseau, le pauvret 
N'avais pas, lui aussi, des enfants? 

Va ; Dieu t'attend à l'œuvre, je pense 

Hâte-toi de devenir grand 

Tu ne saignes encore que les oiseaux 

Tu saigneras plus tard les hommes, bourreau! 

Loin de se cantonner dans le genre bucolique ou 
familier, son art évolue avec égale aisance lorsqu'il [ 
aborde les genres épiques ou lyriques. Auguste \ 
Bancliarel lui faisait même observer lors de la i 



(i) Ibid. O un qu'obio sonnât un ooussel. P. 49. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 227 



publication de « Pousco d'or », que: « Le patois 

« d'Aurillac ue se prête pas à tous les genres de 

<x poésies; c'est inutilement qu'on chercherait à lui 

« faire imiter Hugo ou Lamartine. Notre patois ne 

« convient guère qu'aux récits amusants et fami- 

« liers..... C'est la langue du paysan et du peuple; 

« elle est déplacée dans la bouche du savant et 

« du lettré qui n'y trouvent aucun de leurs mots 

« habituels et favoris » (1). 

Courchinoux se fait de notre idiome un concept 
tout autre; il cherchera précisément à l'annoblir, 
à lui rendre sa souplesse et son élégance d'antan. 
Il le dit magnifiquement dans une de ses plus belles 
poésies où l'on trouve déjà en germe les pensées 
que développera plus tard son disciple Vermenouze 
dans « La Marianne d'Auvergne » : 

O mou ii Payré 

Oquélo lengo mespresado 
Lengo del peyson, de l'oubrié, 



(i) A. Bancharel: « Avenir du Cantal » du 8 nov. il 



228 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

D'entre leis bons de l'otilié 
Ieou, bouostre fil, l'aï denmenado. 

Besès l'o ogaro plo' spouscado 
Lou pieou roussel, lou pe loougié 
Omb so courouno de loourié 
Fresco, risento, escorbillado 

Beses lo grondeto déjia 
Dejious lo bloundo soulélhado 
Courre tout aro e fodetchia 
E dises me bouostro pensado 
S'en l'entendre porpondéjia 
Li forias pas uno brossado? (i) 

A mon Père 

Cette langue méprisée 

Idiome du paysan, de l'ouvrier 

D'entre les bancs de l'atelier 

Moi, votre fils, je l'ai fait sortir. 

Voyez-la maintenant, propre et nette 



(i) Ibid. Nostro lçngo. P. 80 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 220 

Avec sa chevelure blonde, le pied léger 
Sous sa couronne de lauriers, 
Fraîche, souriante, mutine. 

Voyez-la, grandette déjà, 
Irradiée par le blond soleil 
Courir à présent et folâtrer. 

Donnez-moi franchement votre avis : 

En l'écoutant bavarder 

N'êtes- vous pas tenté de lui donner un baiser? 

Il prouve dans son appel à la Muse que l'idiome 
Cantalien est encore de taille à se prêter à tous 
les genres : 

Mo Muso es grondo, blonco é pallo 
O l'uel proufound coumo lou cieou 
E de soun front tombou ses piéou 
Longs e roussels sus soys espallos. 



O bouno Muso sourisento 
Béni be beire cado ser 



230 LES TROl'B.ADOUISS CANTALIENS 



Trouboray be un briou de léser; 
Béni me beyre, Biergio sonto. 

Ouond t'ossiétès jious moun lun clar 
Es douço e courto lo bilhado 
Coumo uno bloundo soulelhado 
Entre duo) r nibous, ol nie de Mar (i). 

Ma Muse est grande, blanche et pâle 
A l'œil profond comme le ciel 
De sa tête s'épandent ses cheveux 
Longs et dorés, sur ses épaules. 

O douce et souriante Muse 

Viens me visiter chaque soir 

Je saurai me créer une heure de loisir 

Viens me visiter, Vierge sainte. 

Quand tu parais sous la clarté de la lampe 
La veillée m'est courte et douce 
Telle une radieuse ensoleillée 
Entre deux giboulées de mars. 



(i) Ibid. Pendent lo bilhado. P. 60. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 2;U 

Il poussera la démonstration jusqu'à se risquer 
au sonnet, ce poème aux : 

Uet ber ô rimo entremesclado 
Quatre ô quatre del mémo biay 
Pui siei qu'omb' un aoutre relay 
Très o très foou lour escopado (i). 

Huit vers à rimes entremêlées, 
Quatre par quatre, de même genre, 
Puis six qui, en un autre groupe, 
S'envolent trois par trois. 

Il aborde hardiment le genre épique, frayant la 
i route que suivra superbement Vermenouze dans 
« L'Aigle et le Coq » : 



Grondo espaso poulido Grande épée si belle, 

01 fourreu Au fourreau 

Ni o trento ons endurmido Depuis (renie années endormie 

Plo leu. Bientôt 

01 fourreu Au fourreau 

De que raibes poulido? A quoi rêves-tu, ma belle ? 

;:•••••..„••• •;•••-, 

îoui pete de me jiaire Je ne peux plus supporter mon 



{inertie 



(,i) Ibid. Sonnet 6g. 






232 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Ordit dounc ! Hardi donc! 

Prends me, l'éfont, pecayre ! Prends-moi, enfant, mon aimé 

Ordit dounc Hardi donc! 

Se reglou pas en se jiaïre. Ils ne se liquident pas en dor- 

[niant 
Les couontes del conoun! (i) Les vieux comptes du canon! 



Deux fables, « Le loup et le renard », « Le renard 
et V écureuil » (2), poèmes de belle allure, de concep- 
tion originale, où la finesse le dispute au naturel, 
le classent incontestablement hors de pair dans ce 
genre. L'intrigue est si bien conduite, le dialogue 
si étroitement enchaîné que toute citation partielle 
équivaudrait à une mutilation. On retrouve l'humo- 
riste, railleur de bonne compagnie dans sa drola- 
tique description des péchés capitaux (3) et l'amu- 
sante énumération de ce que doit faire et éviter 
l'épouse soucieuse du bonheur de son mari (4). 

L'œuvre Cantalienne du Chanoine Courchinoux 
est de taille et de qualité à occuper une longue 
existence intellectuelle des mieux remplies. Elle 
constitue seulement un labeur récréatif dans la vie 



(i) « Lo Cobreto ». L'Espaso. P. 613. 

(2) Ibid. P. 109 et 545. 

(3) Ibid. P. 573- 

(4) Ibid. Fenno. P. 716. 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 233 



de ce travailleur de la plume mort à quarante-trois 
ans. Son œuvre littéraire Française est autrement 
considérable, sa tâche quotidienne de journaliste, 
jamais pris de court, toujours sur la brèche, plus 
étonnante encore. A ne considérer Courchinoux 
que comme poète Cantalien, il a été, toutes propor- 
tions gardées, pour notre dialecte, ce que fut, au 
XVII e siècle, Malherbe à la langue Française: 

Par ce sage écrivain la langue réparée 
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. 

Il l'a vraiment fait sortir de l'atelier de l'ouvrier, 
de l'étable du paysan, cette langue Cantalienne 
qu'il a délivrée de son sarrau maculé de boue, 
déchiré à toutes les ronces. Le premier il a osé la 
hausser jusqu'à un niveau inconnu d'elle depuis des 
siècles, lui faire épeler de nouveau les mots oubliés, 
lui inculquer une cadence et un rythme dont elle 
était, dès longtemps, déshabituée. Couché dans le 
sillon en plein midi, il n'a pu qu'ébaucher l'œuvre; 
il a été ira semeur, un autre viendra qui fera la 
moisson. — Alius seminat, alius metet. — Défri- 



234 LES TROUBADOURS C.VSTALIEXS 

cheur intrépide, il garde l'enviable honneur d'avoir 
préparé les voies, ouvert la carrière où va s'élan- 
cer son disciple, plus grand que le [Maître, Arsène 
Vermenouze. 








Le rustique dialecte Cantalien est au Provençal 
afflué, au Languedocien délicat ce qu'est la claire 
Jordanne Aurillacoise au Khône formidable, à la 
Garonne majestueuse. Mais, de même que la tor- 
rentueuse rivière où se mira Gerbert enfant, roule 
toujours par intermittences ses paillettes d'or 
aujourd'hui dédaignées, nos modernes bardes mon- 
tagnards ont gardé, eux aussi, de nos Troubadours 
médiévaux, beaucoup de cette gaieté saine et 
franche qui monte des entrailles "de la terre mater- 
nelle. En ce XIX e siècle qui semblait devoir son- 
ner le glas des parlers provinciaux, ils se sont 
valeureusement efforcés de réhabiliter l'ancien 
idiome tout imprégné de parfums du terroir et de 
lui conserver l'originale familiarité de ses expres- 
sions. Brayat, Grandval, Veyre, hésitent et tâton- 



23<> LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



rient, Bancharel nous offre la Muse Cantalienue 
encore en sabots, sans ajouter à son corsage aucun 
ruban, aucune fleur à ses cheveux, mais avec Bois- 
sière l'élégie exhale ses plairitifs soupirs, Courchi- 
noux ne cesse de chanter les beautés champêtres, 
les joies du foyer, que pour manier les piquantes 
lanières de la satire, nous captiver au récit d'une 
ballade ou d'une fable, retenir l'attention par un 
typique trait de mœurs, quelque lapidaire maxime. 
Quand la lyre échappe à ses mains, Vermenouze 
la recueille et lui fait rendre des accents d'une 
intensité inconnue jusqu'à lui, même de nos plus 
fameux Troubadours. Il représentait noblement, 
certes, la Poésie Cantalienue, ces disparus d'hier 
que domine de si haut le mystique amant de la terre 
natale, l'incomparable poète d'Ytrac; mais ils ne 
l'incarnent pas tout entière et il lui reste encore de 
fervents adeptes. Toute une pléiade existe qui 
apportait naguère à « La Cabrette )) son magni- 
fique tribut. A feuilleter les pages trop peu nom- 
breuses de la Revue de l'Ecole Auvergnate, on se 
prend à regetter le silence des L. Abel, Emile Ban- 
charel, Basset, L. Brunon, Borderie, Z. Chanet, 
B. Clermont, Doumergue, Delhostal, R. Four, P. et 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 237 

L. Géraud, F. Gaillard, Ladoux, F. Lapaire, 
E. Marty, E. Roux, L. Soubrier. Leurs œuvres 
foraient une gerbe aux tons diaprés dont on aime- 
rait à respirer, plus souvent, le parfum dans nos 
Revues régionalistes, <x La Veillée d'Auvergne », 
(( La Musette », « La Semaine Auvergnate » si 
accueillantes à nos poètes (1). Des jeunes surgis- 
sent, dont les journaux locaux nous révèlent les 
essais souvent heureux, qui ambitionnent de gros- 
sir la phalange des écrivains en langue d'Oc. 



(i) Cette étude, exclusivement consacrée aux poètes, ne nous a 
pas permis de faire aux prosateurs la très large part qui leur 
revient, d'aveu unanime, dans la renaissance du dialecte Canta- 
lien. On a vu que l'œuvre en prose d'Auguste Bancharel est plus 
considérable que ses poèmes et leur est supérieure. Courchinoux. 
prosateur fécond, a donné maintes Nouvelles qui égalent, au 
moins, ses meilleures poésies; Vermenouze lui-même savait des- 
cendre des hauteurs du Parnasse pour écrire agréablement en 
prose notre dialecte. A ne relever que les noms des collabora- 
teurs en prose Cantalienne de « La Cabrettc » de 1895 à 1900, 
Abel, Basset, « Lou Cotet », Clermont, Courchinoux sous des 
pseudonymes multiples : « Lou merle blonc », « Piorrou l'Escor- 
bilhat », Dommergue, L. Farges, Gazard, Ginhac, « Lou Gouc- 
let », Hagel, Jordane, Lachazette, Lapaire, « Jean de Murât », 
« Jean d'Ourlhat », le docteur Rames, Vermenouze, etc., y co)m- 
pris l'auteur de cette étude, constituent une solide phalange. 
F. Delzangles, « Piorounel », du Progrès du Cantal, A. Meyniel, 
de « La Semaine Auvergnate », le docteur Granier, ont fait preuve, à 
leur tour, d'une maîtrise réelle à manier leur dialecte natal. 



238 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Dépossédée de sou rang officiel de jadis, sans 
autre ambition, daus l'unité sacrée de la grande 
patrie Française, que de rester le témoin aimé d'un 
passé glorieux, la langue Cantalienne, toujours 
profondément enracinée au sol, constitue encore le 
lien le plus doux et le plus fort d'affection intime 
entre l'homme et la terre natale. Nombre de bons 
esprits estiment que, loin de l'expulser des régions 
inférieures, la diffusion de l'instruction primaire 
l'utilisera avec fruit pour amener rationnellement 
l'enfant, de la connaissance de son dialecte natal, 
à une assimilation plus rapide et plus profonde du 
Français. Déjà, dans les hautes sphères intellec- 
tuelles, Littérateurs et Philologues promènent à 
travers nos anciens dialectes le flambeau d'une 
érudition investigatrice, fouillent leur histoire, 
cherchent à pénétrer leurs secrets, s'efforcent de 
saisir leur capricieuse mobilité. Tout semble cons- 
pirer à relever, dans l'estime générale, ce patri- 
moine littéraire que la race Latine ne saurait repu- j 
dier sans amoindrissement. Si la France ne compte ; 
pas encore, comme l'Allemagne, dix-sept chaires] 
universitaires consacrées à l'étude aussi approfon-j 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 2fc9 

die que possible des divers dialectes qui font partie 
de l'héritage du passé, une place est assignée à cette 
étude dans les programmes du Collège de France, 
une chaire de Provençal groupe à Montpellier de 
nombreux et fort érudits auditeurs (1), le Majorai 
du Félibrige Maurice Faure, naguère Grand-Maître 
de l'Université de France, a eu la velléité de mar- 
quer son passage au Ministère de l'Instruction 
Publique par la création d'une chaire en Sorbonne 
consacrée à la langue d'Oc. 

L'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Suisse, la 
Flandre, la Suède, l'Angleterre, la Roumanie, plus 
soucieuses que nous de l'histoire de leurs dialectes 
provinciaux, ont organisé, dès longtemps, cet ensei- 
gnement qui se poursuit partout avec succès. 

Puisse l'agreste idiome Cantalien participer lar- 
gement à cette renaissance, puisse sa flamme, que 
nos poètes du XIX e siècle ont ranimée avec un 
éclat nouveau, au moment où un souffle d'indiffé- 



(i) Notre distingué collègue, le Majorai Chassary, nous a dit 
avec quel empressement ses cours sont suivis assidûment, non 
seulement par les étudiants Français, mais tout autant par les 
Allemands, Roumains et autres étrangers. 



240 LES TROUBADOUKS CANTALIENS 



rence et de dédain menaçait de l'éteindre, susciter 
de nouveaux fervente de sa beauté champêtre, 
puisse le plus grand de ses Troubadours modernes 
avoir passé, comme au stade antique, à un autre 
Vermenouze, encore ignoré, le flambeau de la Poésie 
Cantalienne. 




VII 



Œuvres 



DES 



roubadours Cantaliens 



TEXTE* REVUS. CORRIGES ET ANNOTES. P YR RENE LAVAUD 




Pierre de Vie 

Lo Monges de Montaudo) 
Le Moine de Montaudon 



Moine de l'Abbaye d'Aurillac 
Prieur de Montaudon et de Ville franche 

1155-1220 environ 



qe> XT V RE ® 



Un Sir.ventés 

Quatre Tensons 
Quatre Enue^s 
Un Plazer 
Une Cobla 
Sept Chansons 

(Et Deux pièces d'authenticité douteuse : Une 
Chanson et Un Sirventésj 



SIRVENTES 



Pois Peire d'AlverntC a chantât 
Dels trobadors qui son passât*, 
Cantarai, al mieu escien*, 

4 D'aquels que pois se son levât; 

E ja no m'ajan cor irat 

6 S'eu lor malvatz faitz lor repren. 



II 



Lo premiers es de San Disdier, 
Gtrillems* , que chanta voluntier; 
E a chantar molt avinen. 



N. B. — Pour les Œuvres du Moine de Montaudon je reproduis, 
sauf corrections, le texte établi par Klein : Les Poésies du Moine 
de Montaudon, Marburg, 1885. Voir dans les Notes Complémen- 
taires mon appréciation sur cette édition (allemande). 



SIRVENTES 



Satire plaisante contre seize troubadours contemporains 






Puisque Pierre d'Auvergne a chanté 

Sur les troubadours qui sont morts, 

Je chanterai, suivant l'opinion que j'en ai, 

Sur ceux qui depuis ont apparu ; 

Et qu'ils n'aient contre moi nul courroux au cœur 

Si je critique en eux ce qu'ils ont fait de mal. 



II 



Le premier est de Saint-Didier (i), 
Gtiilhem, qui chante volontiers, 
Et il a un chant fort gracieux. 



(i) Le premier : je pense que Montaudo.11 commence par le 
plus âgé pour finir par le plus jeune, d'après le vers 4 de la 
strophe 1. — Saint-Didier (la-Séauve) : aujourd'hui chef -lieu 
de canton, arrondissement d'Yssingeaux. 



24G LES TBODBADOUBS CANTALIEKS 

10 Mas car son desirier no quier 

Xo pot aver nuill bo mestier, 

12 Et es d'avol acuillimen. 



III 



Lo segonz, de Saint Antoni, 
Vescoms, qu'anc d'amor no-s jauzi 
Ni no fes bo^comensamen, 

16 Que la premeira s'eretgi, 

Et anc pois al re no queri : 

]8 Siei oill nuoit e jorn ploron s'en. 



IV 

E lo tertz es de Carcases. 



(i) Entendez : puisqu'il fait intervenir un tiers dans ses re- 
quêtes galantes. Sa biographie raconte en effet qu'il se fit agréer 
« pour chevalier et serviteur » par la marquise de Polignac, grâce 
aux bons offices du marquis lui-même. (Chabaneau, p. 59). 

(2) Ayant enfreint pareillement la convenance, il ne saurait 
avoir aucune des qualités qui constituent la courtoise. 



LE MOINE DE MONTAUDON 247 

Mais vu qu'il ne demande pas lui-même ce qu'il désire 

Il ne peut avoir aucune bonne qualité (2), (1) 

Et il est en effet de vilain accueil. 

III 

Le second, de Saint-Antonin, 

Le vicomte (3), qui jamais n'eut joie d'amour 

Et ne fit pas un bon début, 

Car la première qu'il aima devint hérétique (4), 

Et jamais depuis il n'a cherché un autre objet (5) : 

Ses yeux nuit et jour en pleurent. 

IV 

Et le troisième est du Carcasses (6), 



(3) Raimon Jordan, vicomte de Saint-Antonin, chef-lieu de 
canton, arr. de Montauban. 

(4) La vicomtesse de Penne d'Albigeois, canton de Vaour, arr. 
de Gaillac. Ayant cru son ami tué dans une bataille, elle fit 
profession de catharisme albigeois (renonçant ainsi à l'amour 
profane). 

(5) C'est ce que dit la première biographie (Chab. p. 42 a), 
mais la 2 e (p. 42 b) ajoute qu'Elise de Montfort, une des trois 
sœurs de Turenne, parvint à le consoler. 

f \6) Nom de la région de Carcassonne. 



248 LES TROUBADOXJRS CANTALIENS 

Miravals, que-s fai molt cortes 
Que dona son castel soven ; 

22 E no-i esta ges l'an u mes 

Ni anc mais calendas no-i près* : 

24 Per que no-il te dan qui-1 se pren. 



V 



Lo quarz, Peirols, us Alvergnatz, 
Qu'a trent'ans us vestirs portatz. 
Et es plus secs de leign' arden, 

28 E totz sos chantars pejoratz : 

Qu'anc poi se fo enbagassatz* 

30 A Clarmon, non fes chan valen. 

VI 

E-l cinques es Gauselms Faiditz, 



(1) Raimon de Miraval (Miraval-Cabardès, canton et arr. de 
Carcassonne) possédait le quart seulement du château de Mira- 
val « où il n'y avait pas quarante hommes ». (Chab. p. 66 b). 
Dans ses chansons il a'me à offrir la suzeraineté de son château 
à sa dame, à se reconnaître son vassal, par métaphore courtoise. 
Klein y a relevé vingt passages de ce genre. 



LE MOINE DE MONTAUDOX 249 

Miraval (i), qui se donne pour fort courtois 

Vu qu'il offre son château souvent. 

Et il n'y reste pas de tout l'an un mois 

Et n'y passa jamais les fêtes (2) : 

Aussi ne lui fait-il point tort que quelqu'un le prenne. 

V 

Le quatrième, Peirol (3), un Auvergnat, 

Qui a, trente ans durant, porté les mêmes habits, 

Et il est plus sec que du bois qui brûle, 

Et tout son chant est gâté : 

Car depuis qu'il vit avec des gueuses 

A Clermont (4), il n'a jamais fait chant qui valût rien. 

VI 

Et le cinquième est Gancelm Faidit (5), 



(2) Calendas signifie proprement les « Calendes » ou premier 
jour de chaque mois, qu'il était dans l'usage de fêter, puis par 
extension « les fêtes ». 

(3) Du château de Peirol, « au pied » de Rochefort-Montagne, 
ch.-l. de canton de l'arr. de Clermont-Ferrand. 

(4) Il n'y a aucune indication là-dessus dans sa biographie. 
Voir Notes compL 

(5) D'Uzerche, ch.-l. de canton, arr. de Tulle. 



250 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Que de drut s'es tornatz maritz 
De leis que* sol anar seguen : 

34 Non auzim pois voûtas ni critz ; 

Ni anc sos chanz no fo auzitz* 

36 Mas d'Userqua entro qu'Ajen. 

VII 

El seises Guillems Ademars 

Ou'anc no fo plus malvatz joglars; 

Et a près maint veill vestimen, 
40 E fai de tal loc sos chantars 

Don non es sols ab trenta pars, 
42 E vei l'ades paubr e sufren. 

VIII 
Ab Amant Daniel son set, 



(1) « Il prit pour femme une mercenaire qu'il mena avec 1 
longtemps par les cours ». (Chab. p. 36 a). 

(2) « Plus de vingt ans il alla par le monde pendant lesque 
ni sa personne ni ses chansons ne furent agréées ni désirées 
(Ibid.). 

(3) De Meyrueis, ch-1. de canton, arr. de Florac. 

(4) Le biographe lui trouve au contraire beaucoup de taie 



LE MOINE DE MONTAUDOX i.~>l 

Qui d'amant s'est changé en mari 

De celle qui a coutume d'aller à sa suite (i). 

Nous n'avons entendu depuis ni ses roulades ni ses cris ; 

D'ailleurs son chant n'a jamais été réputé 

Sauf d'Uzerche jusqu'à Agen (2). 

VII 

Et le sixième Guillem Adémar (3) : 

Il n'y eut jamais plus mauvais jongleur (4) ; 

Et il a reçu maint vêtement, 

Et il fait ses chansons pour un lieu (5) 

Où il n'est pas seul, mais avec trente compagnons, 

Et je le vois toujours pauvre et malheureux. 

VIII 

Avec Amant Daniel (6) cela fait sept, 



(« Et il fut bon trouveur... et il fit maintes bonnes chansons »). 
Il pouvait être bon poète, mais mauvais exécutant. 

(5) Pour une dame qui se laisse courtiser par tout le monde 
et qui est décriée (Klein). Le biographe s'accorde avec Moniaudon 
pour dire sa pauvreté; mais il affirme qu'il était « bon trouveur. 
lit maintes bonnes chansons » et était bien accueilli. « Et il fut 
fort honoré par le meilleur monde, par les barons et par les 
dames ».» (Chab., p. 63 b). 

(6) De Ribérac. « Il se complut à trouver en rimes précieuses; 
c'est pourquoi ses chansons ne sont faciles ni à comprendre ni à 
apprendre ». 



-2;j2 LES TROUBADOURS CAN'TALIENS 

Qu'a sa vida be no chantet, 

Mas us fols motz c'om non enten. 

46 Pois la lebre ab lo bou chasset 

E contra suberna nadet, 

48 No val sos chans un aguillen. 



IX 



E'N Tremoleta-l Catalas 
Que fai sonez levez e plas, 
E sos chantars es de nien* ; 

52 E tenh son cap con fai auras: 

Ben a trent'ans que for'albas 

54 Si no fos pel nègre ongnimen. 



X 



E-l noves Amants de Maruoill, 



LE MOINE DE MONTAUDON 253 

Lequel de sa vie n'a bien chanté, 

Sauf sur de folles paroles que l'on ne comprend point. 

Depuis qu'il a (( chassé le lièvre à l'aide du bœuf )) 

Et (( nagé contre le flux )) (i), 

Son chant ne vaut pas un fruit d'églantier (2). 

IX 

Puis Maître Tremoleta le Catalan (3) 
Qui fait des mélodies faciles et unies, 
Et son chant (4) n'est d'aucune valeur; 
Et il teint ses cheveux comme fait un fou : 
Il y a bien trente ans qu'il serait blanc 
S'il n'avait recours à la pommade noire. 

X 

Et le neuvième Arnaut de Mareuil (5) : 



(1) « Je suis Arnaut qui amasse le vent — Et je chasse le lièvre 
à l'aide du bœuf — Et je nage contre le flux ». Ces trois vers 
célèbres, qui terminent l'une des chansons d'Arnaut (X), signi- 
fient qu'il tente l'impossible en amour et qu'aucune rigueur de le 
décourage. 

(2) Expression consacrée pour qualifier un objet sans valeur. 

(3) N'est connu que par ce passage. 

(4) Le fond, les paroles. 

(5) Mareuil, ch-1. de canton, arr. de Nontron. 



254 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Qu'ades lo vei d'avol escuoill, 
E <idonz no'n a chausimen; 

58 E fai o mal car no l'acuoill, 

Qu'ades clamon merce sei oill : 

60 On plus chanta, l'aiga en deissen. 



XI 



Sail d'Escola es los deses, 
Que de joglar s'es faitz borges 
A Brajairac, on compr'e ven ; 

64 E quant a vendutz sos conres*, 

El s'en vai pois en Xarbones 

66 Ab u fais cantar per presen. 

XII 

E l'onzes es Gïrauz lo Ros 
Que sol viure d'autrui cansos, 



(1) Adélaïde de Toulouse, fille de Raimon V, femme de Roge 
IT Taillefer, vicomte de Béziers. 

(2) Spirituelle cr'tique de l'abus que fait Arnaut de l'appel à 1; 
pitié dd sa dame (Klein cite vingt et un passages de ce genre) 



LE MOINE DE MONTAUDON 



Toujours je le vois en piteuse contenance, 
Et sa dame (i) n'a point d'égard pour lui; 
Et elle fait mal de ne pas l'accueillir, 
Car toujours ses yeux crient miséricorde : 
Plus il chante, plus l'eau en découle (2). 



XI 



Sail d'Escola est le dixième, 

Qui de jongleur s'est fait bourgeois 

A Bergerac, où il achète et revend (3) ; 

Et quand il a vendu ses assortiments, 

Il s'en va ensuite en Narbonnais (4) 

Avec un chant faux comme présent. 

XII 

Et le onzième est Giraut le Roux 

Qui a coutume de vivre des chansons d'autrui, 



(3) « Fils d'un marchand » de Bergerac, il continua probable- 
ment le négoce de son père. 

(4) A la cour de la vicomtesse Ermengarde. « Quand elle mou- 
rut, il se rendit à Bergerac, et laissa le trouver et le chanter ». 
(Chab., p. 17 a). 



256 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Qu'es enojos a tota gen ; 
70 Mas car cujava esser pros, 

Si se parti del fil N'Anfos 
72 Que l'avia fait de nien. 

XIII 

E lo dozes sera Folquetz, 

De Marseilla, us mercadairetz, 






Que a fait u fol sagramen 
Ouan juret que chansos no fes* ; 
Et anz dison que fo per ves 
Que-s perjuret son escien. 



XIV 

E lo trezes es mos vezis 



(1) « Giraudon le Roux fut de Toulouse, fils d'un pauv 
chevalier; et il vint en la cour de son seigneur le comte Alphom 
(frère puîné de Raimon V) pour servir... Et il s'énamoura de 
comtesse, fille de son seigneur, et l'amour qu'il eut pour elle 1 
appr t à trouver... » (Chab., p. 62 a). 

(2) Fils d'un marchand venu.de Gênes; « et quand le pè 

mourut, il le laissa fort riche en bien ». Il devint plus tard ab 
du Toronet, puis évêque de Toulouse, et persécuteur des AU 
geois. 



LE MOINE DE MONTAUDON 257 



Et qui est ennuyeux pour tout le monde; 
Mais comme il croyait être plein de mérite 
Il a quitté le fils de sire Alphonse 
Oui l'avait tiré du néant (i). . 

XIII 

Et le douzième sera Folquet, 

De Marseille, un petit marchand (2), 

Qui a fait un sot serment 

Quand il jura qu'il ne ferait pas de chansons (3) ; 

Et l'on dit au contraire qu'il est arrivé maintes fois 

Qu'il s'est parjuré sciemment. 

XIV 

Et le treizième est mon voisin 



(3) Ayant reçu congé de sa dame (femme de Barrai, seigneur de 
Marseille) « il laissa distraction et chants et rire; et 1 resta longue 
saison en grand chagrin ». Mais il se remit à chanter sur les 
instances d'Eudoxie Comnêne, femme de Guillem de Montpel'ier. 
« J'aimeras mieux renoncer au chant, si elle le permettait », dit-il 
lui-même (Gr. 155, 23). 



258 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Guillems Moyses* , mos cosis ; 

E no voill dire mo talen, 
82 Mas ab sos chantarez frairis 

S'es totz pejuratz lo mesquis, 
84 Danzels vielz, barbaz, ab lonc gren. 

XV 

Peirc Vidais es lo derriers*, 
Que non a sos ir.embres entfers : 
Et agra-il ops lenga d'argen 

88 Al vila, qu'era pelliciers, 

Que anc, pois se fetz cavalliers, 
90 Non ac pois membransa* ni sen. 

XVI* 

Peires Laroq' es lo quinçes, 
Us cavalliers de Cardenes, 



(1) Le ms. C d't : « Guillaume le marquis » ; il n'est connu que 
par le présent passage. 

(2) « Et il dit grandes méchancetés d'autrui ; et il fut vrai 
qu'un chevalier de Saint-Gilles (ch.- 1 . de canton, arr. de Nîmes) 
lui fit tailler la langue, parce qu v l donnait à entendre qu'il était 



LE MOINE DE MONTAUDOX 



259 



:uillem Moysset (i), mon cousin; 

)t je ne veux pas dire tout mon sentiment, 
Vlais avec ses chansonnettes pitoyables 
[1 s'est entièrement gâté, le malheureux, 

)amoiseau vieux et barbu, à longue moustache. 



XV 



ieire Vidal est le dernier, 

(ui n'a pas ses membres entiers : 

^t il lui serait besoin d'une langue d'argent (2) 

ce vilain, qui était pelletier (3), 
"ar jamais, depuis qu'il s'est fait chevalier, 
1 n'eut réflexion ni sens commun. 

XVI* 

y eire Laroque est le quinzième, 
fn chevalier de Cardenès (1) (4), 



galant de sa femme; et sire Hugue de Baux (gendre de Barra!, 
vicomte de Marseille) le fit guérir et soigner ». (Chab., p. 64 a). 
Montaudon joue sur les mots « langue d'argent». 

(3) « Peire Vidal fut de Toulouse, fils d'un pelletier ». 

(4) Pays inconnu. Carladès? Cantalès? 



260 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Que chanta moût nesciamen, 
94 E quan di vers ni serventes 

Diriatz que febres l'a près : 
96 Aissi va son cap secoden. 

XVII 

Ab lo sezesme i-agra pro : 

Lo fais inorges de Montando, 

C'ab totz tensona e conten ; 

100 E a laisat Dieu per baco, 

E car anc fes vers ni canso 

102 Degra l'om tost levar al ven. 

XVIII 

Lo vers fe-1 monges e dis lo 
104 A Caussada primeiramen. 

XIX 

E trames lo part Lobeo* 
106 A'N Bernart, lo cors*, per prezen. 



(1) Ayant demandé à son abbé l'autorisation de renoncer à la 
règle pour « se conduire selon l'avis du roi Alphonse d'Aragon, 
l'abbé la lui donna; et le roi \vi. commanda qu'il mangeât de la 
viande, courtisât les dames, chantât et trouvât; et il fit ainsi ». 
(V. la Biographie). 



LE MOINE DE MONTAUDON 2«il 



Qui chante fort inintelligemment, 
Et quand il dit vers ou sirventés 
Vous diriez que la fièvre l'a pris : 
Tant il va secouant sa tête. 

XVII 

Avec le seizième il y en aura assez : 

Le faux Moine de Montaiidon, 

Qui avec tous se querelle et dispute. 

Et il a laissé Dieu pour le lard (i), 

Et pour avoir un jour fait vers et chanson 

On devrait promptement le pendre au vent. 

XVIII 

Ce vers c'est le moine qui le fit et il le dit 
A Caussade (2) pour la première fois. 

XIX 

Et il l'envoya au delà de Lobeo (?) 

A sire Bernart, en hâte (3), comme présent. 



(2) Probablement Caussade, ch.-l. de canton, arr. de JMon- 
tauban. 

(3) Littéralement : à la course. 



'2&2 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



II — TEXSO 



L'autrier fui en paradis, 

Per qu'eu sui gais e joios 

Car tan me fo amoros 

Deus, a cui tôt obezis, 

Terra, mars, vais e montaingna; 

E-m dis : (( Morgues, car venguis 

Ni con estai Montaldos, 

Lai on as major compaingna! 



II 



— Seingner, estât ai aclis 
En claustra un an o dos, 
Per qu'ai perdut* los baros. 
i 2 Sol car vos am e-us servis 

Me fan lor amor estrainçna*. 






(i) Il n'y a pas beaucoup de moines de son abbaye en Paradis- 



LE MOINE DE MONTAUDON 2C>.'} 

II — TENSON ENTRE DIEU ET LE MOINE 
DE MONTAUDON 

Dieu l'invite à quitter le cloître pour le monde et à 
aller voir le roi Richard. 

I 

L'autre jour je fus au paradis, 

Et c'est de quoi je suis gai et joyeux 

Parce que Dieu a été si aimable pour moi, 

Lui à qui tout obéit, 

Terre, mer, val et montagne ; 

Et il m'a dit : (( Moine, pourquoi es-tu venu, 

Et comment va Montaudon, 

Là-bas où tu as plus qu'ici (i) nombreuse compagnie? 

II 

— Seigneur, j'ai été prosterné 

Dans un cloître un an ou deux, 

Et c'est pourquoi j'ai perdu l'amitié des barons. 

Seulement parce que je vous aime et vous ai servi 

Ils éloignent de moi leur affection (2). 



(2) Entendez simplement qu'ils l'oublient. 



1 > LES TROUBADOURS CANTALIENS 

En Randos, cui es Paris* , 
No-m fo aric fais ni gignos, 
16 E de mos cors cre que-m plaingna 1 



III 



— - Morgues, ges eu no grazis, 
S' estas en claustr'a rescos, 
Ni vols guerras ni tenzos 

20 Ni pelega ab tos vezis 

Per que-1 baillia-t remaingna. 
Anz am eu lo chant e-1 ris, 
E-l segles en es plus pros, 

24 E Montaldos i gazaingna. 

IV 

- — ■ Seingner, eu tem que faillis, 
S'eu fatz coblas ni chanzos, 
Qu'om pert vostr' amor e vos 



(1) Il s'agit de Guigues Meschin (vers 1175-1200) puissant ser 
gneur de Randon et Châteauneuf (deux châteaux distincts au, 
XII e et XIII e siècles, aujourd'hui Châteauneuf-de-Randon, ch.-! 
de canton, arr. et à 24 kil. N.-E. de Mende). Il protégeait le 



LE MOINE DE MONTAUDON 



265 



Sire Randon, à qui est Paris (?) (i), 
Ne fut jamais envers moi faux ni artificieux, 
Et je crois qu'il me regrette pour mes voyages (inter- 
rompus). 
III 

— Moine, moi non plus je ne suis pas satisfait, 

Si tu restes dans un cloître au secret, 

Et si tu acceptes les guerres et les disputes 

Et la bataille avec les voisins 

Pour que l'autorité te demeure (2). 

Mais moi j'aime ton chant et ton rire, 

Et le monde en est plus honnête, 

Et Montaudon y gagne. 



IV 



— Se'gneur, je crains de pécher, 

Si je fais couplets et chansons, 

Car il perd votre amitié et vous-même 



troubadours. A qui est Paris est une allusion très obscure, diver- 
sement interprétée. V. Notes ccmpl. 

(2) Allusion aux démêlés avec les vo'sins du prieuré de Mon- 
taudon. 



266 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



28 Qui son escien mentis : 

Per que-m part de la bargaingna. 
Pel segle, que no-m n'ais*, 
Me tornei a las leizos 

32 E'n laissiei l'anar d'Espaingna. 



— Morgues, be mal o fezis 
Que tost non ânes coichos 
Al rei, cui es Olairos, 

36 Qui tant era tos amis : 

Per que lau que t'o afraingna*. 
Ha! quanz bos marcs d'esterlis 
Aura perdutz els teus dos; 

40 Q u ' e l te levet de la faingna. 

VI 

— Selngner, eu l'agra be vis 
Si per mal de vos no fos, 



(1) Littéralement aux « leçons », partie de l'office à matines. 

(2) C'était alors le roi d'Angleterre Richard Cœur-de-Lion. 



LE MOINE DE MOXTAUDOX 



L'homme qui sciemment fait œuvre mensongère : 

Aussi je renonce à ce marché. 

Au lieu du monde, afin qu'un jour je ne m'en maudisse, 

Je revins à mes offices (i), 

Et par là je laissai le voyage d'Espagne. 



V 



— Moine, tu fis bien mal 

De ne pas vite aller tout empressé 

Vers le roi, à qui est Oléron (2), 

Oui était tellement ton ami : 

Aussi j'approuve qu'il te diminue cette affection. 

Ah! combien de bons marcs (3) de sterlings 

Il aura perdus à te faire des cadeaux; 

Car c'est lui qui t'a relevé de la boue ! 

VI 

— Seigneur, je l'aurais bien visité 
S'il n'y avait eu de votre faute, 



(3) Poids d'une demi-livre. 



2Ci8 LES TROUBADOURS C'AXTALIENS 

Car anc sofris* sas preisos. 

44 Mas la naus dels Sarrazis 

Xo-us menbra ges cosi-s baigna, 
Car se dinz Acre-s coillis, 
Pro i-agr' enquer Turcs felos : 

48 Fols es qui-us sec en mesclaigna! 



III — TEXSO 



Autra vetz fui* a parlamen 

El cel, per bon' aventura; 

E feiron li vout* rancura 

De las dompnas que-s van peignen ; 

Ou eu los en vi a Dieu clamar 

D'ellas, qu'an faich lo teing carzir, 



(1) N'ayant pu voir Richard pendant sa capt'vité (déc. 1192- 
4 février 1193), Montaudon n'a pu le voir davantage depuis 
son retour en France (mai 1194), parce que lui-même s'est retiré 
« au cloître un an ou deux ». Cette pièce se place donc non pas 
« vers le début de 1194 » (Klein, Fabre), mais je crois vers celui 
de 1196. 

(2) Saint-Jean-d'Acre, reprise par Philippe-Auguste et Richard 
en 1191, restera pendant un siècle le centre de la puissance et du 
commerce des chrétiens en Orient. 



LE MOINE DE MOXTAUDOX 269 



Puisque vous avez un jour permis sa captivité (i). 

Tandis que la nef des sarrazins 

Il ne vous souvient point comment elle tient la mer, 

Car si dans Acre (2) elle pénétrait, 

Il y aurait encore assez de Turcs félons (3) : 

Il est fou celui qui vous suit dans la mêlée ! 

III — TENSON ENTRE DIEU ET LE MOINE 

Accueillant la plainte des Images saintes, Dieu veut 
interdire le fard aux dames : le moine les défend. 



I 



Une autre fois j'assistai à une audience 

Au ciel, par bonne fortune; 

Et les saintes Images firent une plainte 

Sur les dames qui se fardent par habitude. 

En effet je les vis réclamer pour cela à Dieu 

Contre elles, qui ont fait renchérir la couleur, 



(3) Si Acre était jamais reprise, les Turcs relèveraient la tête, 
car ils ne sont encore que trop nombreux par votre faute ! — 
Dans cette strophe Montaudon oppose à la rigueur de Dieu 
envers Richard son excès de patience à l'égard des Sarrazins. 



"270 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Que se fan la cara luzir 
8 De so qu'om degr'en els pauzar. 



II 



Pero dis Dieus moût franchamen* : 
(( Monges, ben auch qu'a tortura 
Perdon li vout lor dreitura; 

12 E vai lai per m'amor corren, 

E fai m'en las dompnas laissai-, 
Que ieu no 'n vuoill ges clam auzir, 
E si no s'en volon giquir 

16 Eu las anarai esfassar. 



III 



Seigner Dieus, fi m'ieu, chausimen 

Devetz aver e mesura 

De las dompnas, cui natura 

20 Es que lor caras teingan gen, 

E a vos no deu enojar; 
Ni-1 vout no-us o degran ja dir : 
Que jamais no'n volran ufrir 

24 Las dompnas denan lor, so-m par. 



LE MOINS DE MONTAUDON 2~ I 

Vu qu'elles se font luire le visage 

Avec ce qu'on devrait appliquer sur les Images. 



II 



Aussi Dieu dit-il très bienveillamment : 

(( Moine, je comprends bien qu'avec grande peine 

Les Images perdent ce qui leur appartient de droit ; 

Et va là-bas en courant pour l'amour de moi, 

Et fais-moi que les dames cessent cette pratique, 

Car je ne veux absolument pas entendre de plainte là- 

Et si elles ne veulent pas s'en abstenir [dessus 

J'irai moi-même leur effacer le fard. 



III 



— Seigneur Dieu, fis-je, vous devez 

Avoir indulgence et modération 

Envers les dames, à qui est le penchant naturel 

De peindre gracieusement leurs visages, 

Et cela ne doit pas vous fâcher; 

Et les Images ne devraient nullement vous parler ainsi : 

Car pour cela jamais plus les dames ne voudront 

Faire des offrandes devant Elles, à ce qu'il me semble. 



272 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



IV 



— Monges, dis Dieus, gran faillimen 
Razonatz e gran falsura*, 
Que la mia creatura 

28 Se genssa ses mon mandamen. 

Doncs serion cellas mieu par*, 
Qu'ieu fatz totz jorns enveillezir, 
Si per peigner ni per forbir 

32 Podion plus joves tornar! 



— Seigner, trop parlatz ricamen, 
Car vos sentetz en l'autura, 

Ni ja per so la peingtura 
36 No remanra ses u coven : 

Que fassatz lor beutatz durar 
A las dompnas tro al morir, 
O que fassatz lo teing périr, 
40 Qu'om no'n puosc'el mon ges trobar. 

VI 

— Monges, ges non es covinen 



LE MOINE DE MONTAUDON 273 

IV 

— Moine, dit Dieu, vous excusez 

Une grande faute et une grande imposture, 

A savoir que ma créature 

Se pare sans ma volonté. 

Donc elles seraient chose égale à moi, celles 

Que je fais vieillir tous les jours, 

Si à force de se peindre et de se fourbir 

Elles pouvaient redevenir plus jeunes! 

V 

— Seigneur, vous parlez trop fièrement 

Parce que vous vous sentez au faîte de la grandeur, 

Et malgré cela l'usage du fard 

Ne cessera pas sans une convention : 

C'est que vous fassiez durer leur beauté, 

Aux dames, jusqu'à la mort, 

Ou que vous fassiez périr le fard, 

Ou'on n'en puisse plus trouver au monde. 

VI 

— Moine, il n'est point convenable 



LES ÏKûriJADOURS CANTALIENS 



Que dompna-s genz' ab penchura, 
E tu fas gran desmesura, 

44 Car lor fas tal razonamen. 

Si tu o volguesses lausar, 
Elias non o degran sofrir : 
Aital beutat que-1 cuer lor tir, 

48 Que perdon per un sol pissar*. 



VII 



— Seigner Dieus, qui be peing be ven, 
Per qu'ellas se donon cura 

E fan l'obra espessa e dura, 
52 Que per pissar no-s mou leumen. 

Pois vos no las voletz genssar, 

S'eflas se genson, no vos tir; 

Abanz lor o devetz grazir, 
56 Si-s podon ses vos bellas far. 

VIII 

— Monges, penhers ab afachar 
Lor fai manhs colps d'aval sofrir, 



LE MOINE DE MONTAUDOS "2 t.) 



Qu'une dame se pare avec de la peinture, 
Et tu fais chose grandement déraisonnable 
De présenter pour elles une semblable justification. 
Même si tu voulais louer cet usage, 
Elles ne devraient pas souffrir ceci : 
Un embellissement tel qu'il leur contracte la peau 
Et que d'ailleurs elles perdent (per unam urinae ejec- 

[tionem) . 

VII 

— Seigneur Dieu, qui bien peint, bien vend : 
Aussi se donnent-elles de la peine 

Et elles font la préparation épaisse et dure, 

En sorte que (per mictum) elle ne s'en va pas faci- 

Puisque vous ne voulez pas les embellir, [lement. 

Si elles se parent, que cela ne vous fâche pas; 

Vous devez plutôt les en remercier, 

Si elles peuvent se faire belles sans vous. 

VIII 

— Moine, le fard avec l'apprêt 

Facit r.t illae multos inferioris ostii pulsus sustineant, 



27 Ci LKS TROUBADOURS CANTALIENS 

E no-us pessetz ges que lur tir 
60 Quan hom las fai corbas estar? 



IX 



— Senher, fuecs las puesca cremar, 
Ou'ieu non lur puesc lur traucs omplir, 
Ans quan cug a riba venir, 
64 Adoncs me cove a nadar. 



X 



— Monges, tôt las n'er a laissar, 
Pos pissars pot lo tenh delir; 
Qu'ieu lur farai tal mal venir 
68 Ou'una non fara mais pissar. 

XI 

— Seigner, cuy que fassatz pissar, 
A Na Elys devetz grazir 



(1) Immo insatiabiles sunt: et opus quod confectum credideram 
de integro semper renovandum est. 



LE MOIXE DE MONTAI/DON 277 

Et ne pensez-vous pas que cela leur soit pénible 
Quando vir impetu efficit ut illae curvae fiant? 

IX 

— Domine, ignis eas vivas cremet (i) ! 
Quippe ego non possum illarum foramina implere, 
Sed cum credo ad ripam me adventum esse, 
Tum maxime oportet in alto natare. 

X 

— Moine, il faudra entièrement les laisser faire, 
Puisque ce que tu as dit (mictus) peut détruire le fard; 
Car je leur ferai venir une maladie telle 

Que n'importe laquelle ne fera rien autre (nisï min- 

[gere). 

XI 

— Seigneur, quelle que soit celle que vous fassiez 

[sujette à cela, 
A dame Elise de Montfort (2) vous devez 



(2) Une des trois filles du vicomte de Turenne, femme de Guil- 
laume de Gourdon, puis de Bernard de Cazenac (canton de 
Sarlat), seigneur de Montfort (commune de Vitrac, même can- 
ton). Cf. p. 247, n. 5 et p. 371, n. I. ' ; ; 



278 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

De Montiort, qu'anc no-s vole forbir, 
72 Ni n'ac clam de vout ni d'autar. )) 

IV — TENSO DOBLA 
PREMEIRA TENSO 



L'autre jorn m'en pogei el cel, 
Qu'anei parlar a Saint Miquel 

3 Don fui mandatz; 

Et auzi u clam que-m fo bel : 

5 Era l'aujatz. 

II 

Sainz Julias venc denan Deu 
E dis : (( Deus, a vos me clam eu, 
8 Com hom forzatz, 

Deseritatz de tôt so feu 
10 E malmenatz. 



(1) Saint Julien, chevalier, patron des voyageurs. Il avait tué 
ses parents sans le vouloir ; il fonda un hôpital en expiation de ses 
fautes. Lire sur lui le conte en prose de Flaubert : La légende 



LE MOINE DE MONTAUDON 279 



Savoir gré, car jamais elle ne voulut se farder 

Et ne provoqua de plainte ni d'image sacrée ni d'autel. 

IV — TExNSON DOUBLE 

PREMIERE TENSON 

Plainte de Saint Julien ( I ) à Dieu sur l'hospitalité, 
mal observée. 

I 

L'autre jour je montai au ciel : 

En effet j'allai parler à Saint Michel 

Par qui j'avais été appelé; 
Et j'entendis une réclamation qui me plus fort : 

Ecoutez-la maintenant. 

II 

Saint Julien vint devant Dieu 
Et dit : (( Dieu, moi je me plains à vous, 
Comme un homme victime de la violence, 
Déshérité de tout son fief 
Et maltraité. 



de Saint Julien l'Hospitalier, et la belle adaptation de Vermenouze : 
Les Paures, dans Joits la Cluchado, Aurillac, Imprimerie Moderne, 
1908. 



280 LLS TROUBADOURS CANTAL1ENS 



III 



Car qui be voli' albergar 
De mati-m solia pregar 

13 Oue-ill fos privatz ; 

Era no-il pose conseill* donar 

15 Ab los malvatz. 



IV 



Ou'aissi m'an toit tôt mo poder 
Ou'om no-m prega mati ni ser; 

18 Neis lor colgatz 

Laissan mati dejus mover; 

20 Be sui amtatz. 



V 



De Tolzan ni de Carcases 

No-m plaing tan fort ni d'Albiges 

23 Com d'autras f atz ; 

En Cataloingn' ai totz mos ces 

25 E-i sui amatz. 



LE MOINE DE MOSTAUDON 281 



III 



(( Car quiconque voulait trouver un bon gîte 
Dès le matin avait coutume de me prier 

Que pour lui je fusse un ami. 
Maintenant je ne puis plus lui donner assistance 

Auprès des méchantes gens. 

IV 

(( Car ils m'ont si bien enlevé tout mon pouvoir 
Que l'on ne me prie plus ni le matin ni le soir; 

Même ceux qui ont couché chez eux 
Ils les laissent le matin partir à jeun ; 

Je suis vraiment couvert de honte. 



V 



<( Ni de la terre de Toulouse ni du Carcasses 
Ni de l'Albigeois je ne me plains aussi fort 
Que je le fais de certaines autres terres; 
En Catalogne je reçois mes tributs légitimes (i) 
Et j'y suis aimé. 



(i) Les Catalans étaiient célèbres pour leur courtoise hospi- 
talité. 



282 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



VI 



En Peiregorc e'n Limozi, 

— Mas lo coms e reis* los auzi — 

28 Sui ben amatz. 

Et a'n de tais en Caerci 

30 Don sui pagatz. 

VII 

De Roergu'e de Gavalda* 

No-m clam ni-m lau qu'aissi s'esta; 

33 Pero assatz 

I a d'aquels qu'usquecs mi fa 

35 Mas voluntatz. 

VIII 

En Alvergne ses acoillir 
Podetz albergar, e venir 
38 Desconvidatz ; 



(1) Allusion aux représailles exercées par Richard-Cceur-de-Lion. 
comte de Poitiers, puis roi d'Angleterre, contre ses vassaux péri- 



LE MOINE DE MONTAUDOX 283 



VI 



(( Dans le Périgord et le Limousin 

— Si ce n'est que le comte et roi les a détruits (i) 

Je suis bien aimé. 
Et il y en a tels en Quercy 
Par qui m'est payé mon dû. 



VII 



(( Du Rouergue et du Gévaudan 

Je ne me plains ni ne me loue que les choses s'y trouvent 

Pourtant il y a assez [ainsi ; 

De gens de ce pays qui chacun accomplissent 

Mes désirs. 

VIII 

<( En Auvergne sans réception préalable 
Vous pouvez loger, et venir 
Sans invitation ; 



gourdins et limousins souvent révoltés, notamment en 1183, 1194, 
1199. — Entendez: Ils restent généreux, mais ils sont ruinés. 



284 LES TKOUBADOURS CANTALIENS 



Qu'il non o sabon fort gen dir, 
40 Mas be lor platz. 



IX 

En Proenza, els sos baros 
Ai ben encara mas razos. 

43 No-m sui clamatz 

De Proensals ni de Gascos 

45 Ni trop lausatz. 



Ane de Vivares non aie clam 
Qu'oms estrainz agues set ni fam 
48 N'i fos cochatz. 



(1) La suite manque. Il serait curieux de savoir par quels griefs 
particuliers Saint Julien justifiait, en terminant, la plainte exposée 
en termes généraux dans les strophes II-IV. Jusqu'ici il a énuméré 



I*E MOINE DE MONTAUDON 285 

Car ils ne savent pas le dire très gracieusement, 
Mais cela leur plaît bien. 



IX 



(( Dans la Provence, parmi ses barons 
Je garde b ; en encore mes droits; 

Je ne me suis ni plaint 
Des Provençaux et des Gascons 

Ni beaucoup loué d'eux. 



X 



Jamais je ne reçus de plainte sur le Vivarais 
Disant qu'un étranger y ait éprouvé la soif ni la faim 
Et s'y soit trouvé en détresse ( i ) . 



la plupart des régions du Midi pour s'en déclarer plus ou moins 
sat sf ait : d'aucune il n'a été franchement mécontent. 



286 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



SEGONDA TENSO (AB UN SIRVENTES) 



Quan tuit aquist clam foron fat, 
Lor son començat autre plat 

3 On n'ac d'iratz ; 

Las domnas e-ill vout son mesclat 

5 E-l plaz rengatz. 



II 



Dizo-ill vont : (( Domnas, tuit em mort. 
Car nos tollez lo peing a tort, 
S Et es pecchatz 

Car vos en peignetz aitant fort 
io Ni-us bernicatz*. 



III 



Qu'anc trobatz no fo mas per nos, 



LE MOINE DE MONTAUDON 287 

DEUXIEME TENSON (TENSON-SIRVENTES) 

Les Images saintes et les Dames par devant Dieu : 
l'usage du fard est accordé pour quinze ans à chaque 
Dame. 

I 

•Quand toutes ces plaintes furent finies, 
Alors ont commencé d'autres débats 

Où il y eut des disputeurs irrités; 
Les dames et les saintes Images sont aux prises 

Et le procès est déroulé. 

II 

Les Images disent : (( Dames, nous sommes toutes per- 

[dues 
Parce que vous nous enlevez à tort la peinture, 

Et c'est un péché 
•Qu'avez elle vous vous peigniez si fort 

Et vous enlumimez (i). 

III 

Car elle n'a été trouvée qre pour nous. 
( ) Littéralement : vernissiez. 



288 LES TROUBADOURS CANÏALIENS 

Qu'om nos en peinsses bels e bos, 
13 E vos semblatz 

Magestat* de pont, de faichos, 
15 Can robegatz. » 



IV 



Dizon las do muas, que cent anz 
Lor fo donatz lo peinz enanz 

iS Que fos trobatz 

Voutz degus el mon paucs ni grans, 

20 Et es vertatz. 

V 

Diz autra domna : (( Re no-us tuoill, 
S'eu peing la rua desotz l'uoill 

23 Qu'es esfachatz ; 

De qu'eu fatz pois a manz orguoill 

25 Qu'eu trobi fatz. » 

VI 

Dis Die us als vouz : « Si vos sap bo, 



LE MOINE DE MONTAUDON 289 

Pour que par elle on nous peignît belles et bonnes, 
Et vous au contraire vous ressemblez 

A la figurine qui orne un pont, par votre mine, 
Quand vous avez du rouge. )) 



IV 



Les dames disent que le fard 
Leur fut donné cent ans avant 

Qu'ait été trouvée 
Dans le monde aucune peinture petite ni grande, 

Et c'est la vérité. 



V 



Une autre dame dit : (( Je ne vous ôte rien, 
Si je peins la ride sous mon œil 

Dont l'éclat est effacé; 
Grâce à quoi je montre ensuite de la fierté à plus d'un 

Que je trouve assez sots. 

VI 
— Dieu dit aux Images : (( Si cela vou,' semble bon, 



290 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Sobre vint e einc anz lor do 
28 — So otrejatz — 

Que n'ajan vint de peingneso, 
30 Si-us n'acordatz. 

VII 

Dizo-ill vout : (( Ja re no farem 
Que mais de detz no lor darem, 

33 Pos a vos platz. 

E, sapchatz, segur que serem* 

35 Qu'ajam pois patz. )) 

VIII 

— Dune venc sainz Peir'e sainz Laurenz 

Et an fatz bos acordamenz, 
38 Et afiatz ; 

Et d'ambas parz per sacramenz 
40 An los juratz. 

IX 

Et an dels vint anz cinc mogutz 



LE MOINE DE MONTAUDON 291 

Au-dessus de vingt-cinq ans je leur permets 

— Concédez cela — 
Qu'elles en aient vingt pour se peindre, 

Si vous en tombez d'accord. 



VII 



.es Images répondent : (( Vraiment nous n'en ferons 

[rien, 
"ar nous ne leur en donnerons pas plus de dix, 

Puisque cela vous plaît, 
'A, sachez-le, si nous sommes assurées 

D'avoir ensuite la paix. )) 

VIII 

Alors vinrent Saint Pierre et Saint Laurent, 
Et ils ont fait de bons accords 

Et les ont garantis ; 
Et des deux côtés avec des serments 

Ils les ont jurés. 

IX 

Et ils ont retiré cinq ans des vingt 



292 LES TKOUBADOUB8 CANTAL1EXS 

Et an los ab los dez cregutz 
43 Et ajostatz : 

Aissi es lor platz remasutz 
45 Et afinatz. 

(FINIDA : SIRVENTES*) 

X 

Sobre sacramen vei obrar 
De tais que s'en degran laissar, 
48 E non es gen 

C'a la chascuna vei falsar 
Lo covenen. 



XI 



Per so son livout irascut 
Car hom lor a plait ronput, 

53 E non an grat 

Oue-ill quecha fai pisar son glut* 

55 Am ueu pastat. 



LE MOINE DE MONTAUDON 298 

Et avec les dix ils les ont additionnés 

Et réunis : 
C'est ainsi que leur débat s'est arrêté 

Et achevé. 

(S1RVËNTES-EPILOGUE) 

{Comment les dames font le fard) 

X 

Contre le serment je vois agir 
Telles qui devraient s'en abstenir, 

Et il n'est pas beau 
Que par chacune je voie trahir 

Le pacte. 

XI 

De ceci les Images sont irritées 
Que l'on a rompu leur arrangement, 

Et elles n'ont pas plaisir 
Que chacune fasse broyer son fard 

Avec de l'œuf délayé. 



294 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

XII 

De blanquet e de vermeillon 
Se meton tant sobre-1 menton 

58 Et en la fatz, 

Qu'anc no vist trian carton* 

60 Deves tôt latz. 

XIII 

De çafra e de tifeigno*, 
D'angelot, de borrais* an pro 

63 E d'argentat, 

De que se peingnon a bando 

65 Ouan l'an mesclat. 

XIV 

En lait de sauma an temprat 
Favas, ab que s'an adobat 



(1) Littéralement : morceau reconnaissable. 



LE MOINE DE MONTAUDON 295 



XII 



Tant de blanc et de vermillon 
Elles se mettent sur le menton 

Et sur la figure 
Que jamais tu n'as vu parcelle de peau authentique (i) 

D'aucun côté. 

XIII 

De camphre et de narcisse 

De sarcocolle (2) et de bourrache elles en ont en suffi- 

Et aussi de poudre d'argent [sance, 

Avec quoi elles se fardent sans retenue 

Quand elles l'ont mélangé. 

XIV 

Dans du lait d'ânesse elles ont détrempé 
Des fèves, et avec cela elles ont accommodé 



(2) « Substance résineuse qui découle d'un végétal (le sarcocol- 
lier, arbuste d'Eth'opie) et qu'on employait pour hâter la réunion 
des plaies. » (Littré). 



296 LES TBOUBADOUR8 CANTALIENS 

68 Lo viel cortves*, 

E-ill quecha jura charitat* 
70 Que res non es. 

XV 

Quant ellas an lor onguimentz 
Totz ajustatz per sagramentz, 

j$ Vos veiriatz 

De boissas e de sacs tresentz 

75 Ensems liatz. 

XVI 

Ane sainz Peire ni sainz Laurenz 
Xo son creûz dels covinenz 

yS Que feiron far 

A veillas qu'an plus longas denz 

80 D'un porc cenglar. 

XVII 

Peitz an faitz, non avez auzi : 
Tant nos an lo safran charzi 



LE MOINE DE MONTAUDON 297 

Leur vieux cuir, 
Et chacun d'elles jure par la divine Miséricorde 
Qu'il n'en est rien. 

XV 

Quand elles ont préparé toutes 
Leurs pommades selon les formules, 

Vous pourriez voir 
Trois cents boîtes ou sachets 

Attachés ensemble. 

XVI 

Jamais Saint Pierre ni Saint Laurent 
Ne sont obéis touchant les promesses 

Qu'ils firent faire 
A des vieilles qui ont les dents plus longues 

Qu'un porc sanglier. 

XVII 

Elles ont fait pis, et vous ne l'avez pas encore entendu : 
Elles ont chez nous tellement fait renchérir le safran 



-98 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

83 Que oltra mar 

O conteron li pelegri ; 
8s Ben dei clam far. 



XVIII 



Que meils vengra qu'om lo manges 
En sabriers, qu'en aissi-1 perdes, 

88 E compressan 

Cendals, don quecha se bendes, 

90 Pos talen n'an. 



V — TENSO 



Manens e f rairis foron companho ; 

Anavo per via cum autre baro, 

E quant ylh anavon, mesclo-s de tenso : 

Pauc tenc lur paria. 
Quant l'us [d'els] ditz* oc e l'autre ditz no, 



LE MOINE DE MONTAUDON 299 

Que par delà la mer 
Les pèlerins ont conté cela; 

Je dois bien là-dessus faire entendre une plainte. 

XVIII 

Car ce serait un meilleur résultat qu'on le mangeât 
Dans les sauces, que de le perdre ainsi, — 

Et qu'avec l'argent elles achetassent 
Des soieries, dans lesquelles chacune se draperait (i), 

Puisqu'elles ont une passion pour cela. 

V — TENSON ENTRE LE RICHE 
ET LE PAUVRE SUR LEURS CONDITIONS 



Le riche et le pauvre un jour furent compagnons; 
Ils alla : ent par la route avec d'autres personnages, 
Et tandis qu'ils allaient, ils se prennent de querelle : 

Peu dura leur société. 
Quand l'un d'eux dit oui, l'autre dit non; 



(i) Littéralement: se ceindrait. 



300 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Quasqus te em pes la sua razo. 
Ja de gran amor non aura sazo 1 
8 En lur companhia. 



II 



Manens escomes lo frayri primiers, 
Per erguelh d'aver quar si sent sobriers. 
(( Frairi, dis manens, trop vos faitz parliers 

12 De gran gualaubia. )) 

So ditz lo frairis : (( Si avetz deniers 
Et avetz de blat vostres pies graniers, 
Ja no viuretz mais, si-us etz renoviers, 

16 La meitat d'un dia. )) 



III 



So ditz lo manens : (( Frairi dechazey*, 
Tant avetz joguat, no-us laissetz espley; 
Mas gabs avetz be ad egual d'un rey, 



(i) Littéralement : maintient sur pieds, debout. 
(2) Au présent ici et dans toute la pièce. 



LE MOIN"£ DE MONTAUBON 301 

Chacun soutient ferme ( i ) son raisonnement. 
Certes pour une grande amitié il n'y aura point place 
En leur compagnie. 



II 



Le riche provoqua le pauvre le premier, 
Car, dans l'orgueil de sa richesse, il se sent supérieur à 

[lui. 
(( Pauvre homme, dit (2) le riche, vous parlez beau- 

De grande largesse (3). )) [coup trop 

Et le pauvre dit : (( Si vous avez des écus 
Et si vous avez de blé vos pleins greniers, 
Vous ne vivrez point davantage, si vous êtes un usurier, 

La moitié d'un jour. )) 



III 



Le riche dit : (( Pauvre ruiné, 

Vous avez tellement joué que vous ne vous êtes pas 

[laissé la moindre ressource; 
Mais vous avez des vanteries à l'égal d'un roi, 



(3) Il fait des projets, parle de dépenses au-dessus de ses moyens. 



302 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

20 Ja us vers no sia. )) 

So dis lo f rairis : (( Tôt vos o autrey ; 
Greu veiretz prohome qu'a temps no foley, 
Mas vos guazanhatz a tort e esdrey* 

.24 Vostra gran folhia. )) 



IV 



So dis lo manens : (( Et ieu ai poder, 
Qu'a mon amie puesc prestar e valer* ; 
Mas de vos no cuyt que nuls bes n'esper, 

28 Que ja mieills li'n sia. » 

So dis lo frayris : (( Et ieu ai lezer 
D'en tôt* mon amie segre e valer 
Atretan com vos et lo vostr'aver, 

32 Estiers la baylia. » 



V 



So dis lo manens : (( Era-m di, frayris, 
Quai ama mais Dieus? d'aquelh qu'es formis, 
O dels raubadors que raubo-ls camis 



LE MOINE DE MONTAUDON 303 

Quoiqu'aucune ne soit vraie. )) 
Et le pauvre dit : (( Je vous l'accorde absolument; 
Vous verrez difficilement un sage qui de temps à autre 

[ne fasse pas de folie, 
Mais vous, vous gagnez par le tort et l'injustice 

Le grand blâme qui vous frappe. 



IV 



Le riche dit : (( Moi j'ai du pouvoir, 
Car je puis prêter à mon ami et lui aider; 
Mais de vous je ne crois pas que personne attende des 

[avantages 

Pour que sa situation en devienne meilleure. )) 
Le pauvre dit : (( Moi j'ai la faculté 
De m'attacher à mon ami entièrement et de valoir par 
Autant que vous et votre fortune, [moi-même 

Hormis la puissance matérielle. 



V 



Le riche dit : (( Maintenant dis-moi, pauvre homme, 
Lequel Dieu aime-t-il le plus, de celui qui est satisfait,. 
Ou des voleurs qui pillent les chemins 



30 ï- LES TROUBADOURS CANTALIENS 



36 Per lur leconia? )) 

So dis lo frairis : (( Aisso vos plevis, 
Qu'aver ajostar non es paradis; 
Ans comandet dieus qu'om lo départis 

40 Tôt per cofrairia. » 



VI 



So dis lo manens : (( Vostre f olhs talans 
E taulas e datz e domnas prezans 
vos fan far enguans 

44 E pensar bauzia. )) 

So dis lo frairis : (( Vos etz lo grayssans, 
Que cuydatz que-us falha la terra qu'es grans. 
Guazanhatz enfern ab autrui afans, 

48 E faitz hi bauzia*. )) 



VII 

(0 

So dis lo frairis : (( De trop es pensatz 



(1) Manquent quatre vers. 



LE MOINE EE MONTAUDON 305 



Pour assouvir leur convoitise? )> 
Et le pauvre dit : (( Je vous garantis ceci, 
Qu'amasser du bien n'est pas le paradis ; 
Au contraire Dieu a commandé qu'on le distribuât 

Tout entier par fraternité. )) 

VI 

Le riche dit : (( Votre folle envie 

Et les tables et les dés et les dames distinguées 

vous font commettre tromperies 

Et méditer fourberie. )) 
Et le pauvre dit : (( Vous êtes comme le crapaud 
Parce que vous croyez que la terre, pourtant si grande. 

[va vous manquer(i) ; 
Vous gagnez l'enfer avec les chagrins d'autrui 

Et en cela vous faites fourberie. 

VII 

Et le pauvre dit : (( Vous êtes trop présomptueux 

(i) « On peut attribuer en propre l'avarice au crapaud, qui se 
nourrit de terre et, par peur que la terre lui manque, n'assouvit ja- 
mais sa faim. » (Fiore di virtù, du moine bolonais Tommaso Goz- 
zadini, 2° moitié du 13 e siècle;. Il ne mange chaque jour que la 
quantité de terre qu'il peut saisir avec sa patte gauche (Philippson. 
Note sur cette légende populaire). 



306 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



56 



Ouan los mortz e-ls vius capdelar cujatz ; 
Pensaria-s hom que sen [non] ajatz, 
Oui no-us conoyssia. 



VIII 

So dis lo manens :(( Ieu quier jutjador, 
Frayri, que nos parta d'aquesta clamor, 

60 El coms d'Urgel sia. 

So dis lo frairis : (( Ben es fazedor* 
Quez elh o define en dreg et amor, 



64 



Ouar tostemps tenria. 



VI — ENUEG 



I 



Amies Robertz, fe qu'ieu dei vos, 
M'enueja d'avols companhos, 
Et enueja-m la mars e-1 vens 



(1) Urgel ou Seo d'Urgel (Catalogne), au sud d'Andorre sur la 
Sègre, affl. r. gau;he de l'Ebre. 






LE MOINE DE MONTAUDON 307 



Quand vous croyez gouverner les morts et les vivants ; 
Il penserait que vous n'avez pas de bon sens 
Un homme qui ne vous connaîtrait pas. )) 

VIII 

Le riche dit : (( Je cherche un juge, 

Pauvre homme, qui vous renvoie de cette dispute, 

Et que ce soit le comte d'Urgel (i). 
Et le pauvre dit : (( C'est vraiment une chose à faire 
Qu'il y mette fin selon le droit et l'amitié, 

Car toujours elle durerait (2). 

VI — PREMIER ENNUI 

I 

Ami Robert, par la foi que je vous dois, 
Les méchants compagnons m'ennuient, 
Et m'ennuie la mer et aussi le vent 



(2) La lacune rend le sens douteu::. 



308 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

4 Que no-m sembla ni bos ni gens ; 

Et d'orne que-s fai desdenhos, 
Lai on non es luecx ni sazos, 

7 M'enueg'e de paubres prezens. 



II 



Cavaliers paubres erguillos 

Que no pot far condugz ni dos, 

M'enueg', e ries desconoisens 

1 1 Qui cuja esser entendens 

E no sap que vai sus ni jos. 
Et enueja-m cel qui-s te bos, 

14 Que pauc ditz be e fai en mens. 

III 

Li lauzengier e l'enujos 
M'enuejon molt e li janglos ; 
Et enueja-m lonx parlamens, 

18 Et estar entre croyas gens; 

Et hom m'enueja trop iros 
E companhia de garsos*, 

2 1 E cavaliers mal acuillens. 



LE MOINE DE MONTAUDON 309 

Qui ne me semble ni beau ni agréable; 
Et d'un homme qui fait le dédaigneux, 
Quand ce n'est ni le lieu ni le moment, 
L'ennui me vient, ainsi que des chétifs présents. 



II 



Un chevalier pauvre et orgueilleux 

Qui ne peut faire ni festins ni dons 

M'ennuie, ainsi qu'un riche ignorant 

Qui croit être intelligent 

Et ne sait dans un objet ce qui va dessus ou dessous. 

Il m'ennuie aussi celui qui se croit bon, 

Lorsqu'il dit peu de bien et en fait encore moins. 



III 



Les médisants et les fâcheux 

M'ennuient beaucoup, ainsi que les bavards ; 

Et un long caquetage m'ennuie, 

Et aussi de me trouver parmi de vilaines gens; 

L'homme trop irascible m'ennuie, 

Et aussi la compagnie des vauriens, 

Et les chevaliers de mauvais accueil. 



310 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



IV 



Hom mensongiers, mais e ginhos 
M'enueja, et hom trop cobeitos; 
Et enueja-m comensamens 

25 Malvatz e crois definimens; 

Et hom m'enueja trop gelos, 
E sel qui es trop envejos 

28 M'enueja, et hom trop retenens. 



Ries hom alegres e joios, 
Larcx e franex* e de bel respos 
Me platz, e bels captenemens 

32 E cortz on vei homes valens; 

E platz mi bêla messios, 
Et hom de pecat vergonhos 

35 Me platz, e bos repentimens. 

VII — ENUEG 

I 
Be m'enueja*, per Saynt Marsal, 



LE MOINE DE MONTAUDON 311 



IV 



L'homme menteur, méchant et fourbe 

M'ennuie, et l'homme trop cupide; 

Et m'ennuie aussi mauvais 

Commencement et méchant achèvement; 

Et l'homme trop jaloux m'ennuie, 

Et celui qui est trop envieux 

M'ennuie, et aussi l'homme trop réservé. 



Noble homme allègre et joyeux, 

Généreux, aimable et de courtoise réponse 

Me plaît, ainsi que les belles manières 

Et la cour où je vois des hommes de valeur; 

Et me plaît une belle dépense, 

Et l'homme honteux de sa faute 

Me plaît, et aussi le vrai repentir. 

VII — DEUXIEME ENNUI 
I 
Ce qui m'ennuie bien, par Saint Martial, 



312 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Aquist baro descominal 
Que, non denhen vendre caval, 
Empenhon lo aitan quan val, 
E que meton en lor ostal 
6 Sel qu'an azirat per gran mal. 



II 



Be m'enueja de cavallier 

Que quer très vetz cauls e sabrier, 

E de dompneyador petier, 

E de vielh hom' avol arquier, 

E d'hom' escas sobre taulier. 



12 



III 

Enueja-m, pels Sayns de Colonha, 
Amicx que-m falh a gran bezonha, 
E tracher que non a vergonha, 



(i) Originaux et ridicules. 

(2) Ils croiraient déroger en le « vendant », mais ils s'en défont 
omtre argent. De même le père de M. Jourdain n'était pas « mar- 
chand » de drap, mais « en donnait à ses amis pour de l'argent. » 

(3) Qui se montre mal élevé à table. 



LE MOINE DE MONTAUSON 313 



Ce sont ces barons peu communs (i) 

Qui, ne daignant vendre un cheval, 

Le cèdent en gage pour tout ce qu'il vaut (2), 

Et qui introduisent dans leur maison 

Celui qu'ils ont détesté en lui voulant grand mal. 



II 



J'ai bien de l'ennui d'un chevalier 

Qui réclame par trois fois des choux et de la sauce (3), 

Et d'un galant qui lâche des incongruités (4), 

Et d'un vieil homme méchant archer, 

Et d'un homme qui lésine devant la table à jeu. 



III 



Certes il m'ennuie, par les Saints de Cologne (5), 
L'ami qui me fait défaut en un grand besoin, 
Et le traître qui n'a point de honte, 



!(4) Qui fréquenter crepitus facit. 
(5) Saints ou Corps Saints, expression qui désigne les reliques. 
A. Cologne, les plus célèbres étaient celles des Trois Rois Mages, 
sous l'invocation desquels est placée la cathédrale. 



:»li LES TROUBADOURS CANTALIENS 



24 



E qui -s colgu' ab mi ab gran ronha. 



IV 

Messatgiers, vai t'en, [te] ta via 
Al comte, cuy Dieus benezia, 
Que te Toloza en baylia; 
S'y a ren qu'a lui desplayria 
Ieu suy selh que-1 ne ostaria. 



VIII — ENUEG 

Be m'enueja, per Saint Salvaire, 
D'orne rauc que-s fassa chantai re 
E d'avol clergue predicaire; 
Paubre renovier no pretz gaire, 
Et enueja-m rossis trotaire, 
E ricx hom que massa vol traire. 



(Y) Raimon VI (1 194-1222). 

(2) Le roussin est le cheval de peine, opposé au destrier, cheval 
de bataille. 



LE MOINE DE MONTAUDON 315 

Et celui qui se couche auprès de moi avec une forte 

[gale. 



IV 



Messager, va-t'en, suis ta route 

Vers le comte, que Dieu bénisse, 

Oui tient Toulouse en sa garde (i) ; 

S'il y a ici rien qui pût lui déplaire, 

Je suis homme qui le retrancherais volontiers. 



VIII — ENNUI 

I 

J'ai bien de l'ennui, par Saint Sauveur, 

D'un homme enroué qui vient à se faire chanteur 

Et d'un mauvais clerc devenu prédicateur; 

Je n'apprécie guère un usurier pauvre, 

Et un roussin qui ne sait que trotter m'ennuie (2), 

Et aussi un homme noble qui veut brandir une massue 

(3)- 



(3) Arme de vilain. 



31<» LES TROUBADOURS CANTALIENS 



II 



Et enueja-m, de tôt mon sen, 
Conoisens que sa puta pren*, 
E dona que ama sirven, 
E scudiers qu'ab senhor conten ; 
Enueja-m raubaire manen*, 
12 E donzelo barbât ab gren. 

III 

M oit m'enueja, si Dieus mi vailla, 
Ouan me faill pas sobre toailla, 
E qui cada petit lo-m tailla, 
Ou'ades m'es veiaire que-m failla, 
E joves hom pies de nuailla, 
18 E dos de puta e sa guazailla. 

IV 

13e m enueja capa folrada 
Quan la pels es veill' e uzada, 



LE MOINE DE MONTAUDOX 31' 



II 



Et il m'ennuie, de toute mon âme, 

Un homme avisé qui prend pour femme sa maîtresse, 

Et une dame qui aime un valet, 

Et un écuyer qui dispute avec son seigneur; 

Ce qui m'ennuie, ce sont des voleurs enrichis 

Et des damoiseaux barbus avec longue moustache. 



III 



Ce qui m'ennuie fort - — aussi vrai Dieu m'aide! 
C'est quand le pain me manque sur la nappe, 
Et que quelqu'un nie le taille petit à petit, 
Car sans cesse il me semble qu'il va me manquer ; 
C'est aussi un jeune homme plein d'indolence, 
Et le cadeau d'une catin et sa société. 



IV 



Beaucoup m'ennuie une cape fourrée 
Quand la peau est vieille et usée, 



318 LES TROUBADOURS CÀNTALIEXS 

En capairo* de nou orlada; 
E puta veilla safranada; 
E enueja-m rauba pelada, 
24 Pois la Sains Miquels es passada. 



Et enueja-m tôt eisamen 
Maizos d'orne trop famolen, 
E mels ses erbas en pimen, 
E qui-m promet e no m' aten ; 
E d'avol home eisamen 
30 M'enueja, quar el non apren. 

VI 

Et enueja-m, com de la mort, 
Qui d'avoleza fai conort, 
E enueja-m d'ardaillo tort, 



(1) C'est-à-dire raccommodée, la bordure neuve faisant ressortir 
l'usure de l'étoffe. — Cape: manteau à capuchon; chaperon: sorte 
de capuchon enveloppant la tête et le cou et retombant sur les 
épaules. 



LE MOI-NE DE MONTAUDON 319 

Et autour du chaperon rebordée à neuf (i) ; 

Et une vieille catin toute jaunie; 

Et une robe pelée m'ennuie aussi, 

Après que la Saint Michel (2) est passée. 



V 



Et m'ennuie tout pareillement 

La maison d'un homme trop indigent, 

Et du miel sans herbes dans du (( piment )) (3), 

Et celui qui me promet et ne me tient pas; 

Et d'un homme vil également 

J'ai de l'ennui parce qu'il n'apprend pas le bien. 



VI 



Et j'ai de l'ennui, autant que devant la mort, 

Si quelqu'un trouve son contentement dans la bassesse, 

Et j'ai de l'ennui d'un ardillon tordu, 



(2) Le 29 septembre. 

(3) Le « piment » était une boisson faite de vin épicé et de miel. 
Le poète ne l'aime pas quand il y a seulement du vin et du miel, 
sans « herbes » épicées. 



320 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Et enueja-m estar a port 
36 Quan no puesc passar e plou fort. 

IX — ENUEG 



Fort m'enoja, si l'auzes dire, 
Parliers quant es avols servire; 
Et hom qu vol trop autr'aucire 
M'enoja, e cavals que tire; 
Et enoja-m, si Dieus m'ajut, 
Ries hom quan trop porta escut 

Quan sol u colp no-i a agut, 
Capela e morgue barbut, 

E lausengier bec esmolut. 



II 



Enoja me domn' envejosa 
Quant es paubra et orgoillosa, 
E marritz qu'ama trop sa sposa, 



LE MOINE DE MONTAUDON 321 

Et il m'ennuie de rester au port 

Quand je ne puis traverser et qu'il pleut fort. 

IX — TROISIEME ENNUI 
I 

Fort m'ennuie, si j'osais le dire, 
Un grand parleur qui est mauvais serviteur; 
Et un homme qui veut trop en tuer un autre (i) 
M'ennuie, et un cheval d'armes employé à tirer. 
Et m'ennuie encor, — aussi vrai Dieu m'aide ! — 
Un haut personnage quand il porte trop écu 
Où il n'a pas reçu seulement un coup, 
Et chapelains et moines barbus 
Et médisants à la bouche affilée. 



II 



Elle m'ennuie, une dame envieuse, 
Quand elle est pauvre et orgueilleuse, 
Ainsi qu'un mari qui aime trop son épouse, 



(i) Entendez : qui menace souvent sans effet. 



M22 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

13 Neus s'era domna de Tolosa; 

Et enoja-m de cavallier 
For de son pais ufanier, 
Quant en lo sieu non a mestier 
Mais sol de pestar en mortier 

18 Pebre o de tastar sabrier. 



III 



Enoja mi d'autra maneira 
Hom volpilz quan porta baneira, 

Et avols austors en riveira, 
22 E paucs manjars en gran caudeira, 

Et enoja-m, per Saint Marti, 

Trop d'aiga en petit de vi ; 

E quan trob escassier mati 

M'enoja, e d'orb atressi, 
27 Car no m' azaut de lor cami. 



(1) Allusion expliquée par un récit des Cento novelle aniiche, 
il est question d'un médecin de Toulouse trop complaisant pour s 
femme. 



LE MOINE DE MONTAUDON 823 

Même si elle était dame de Toulouse (i) ; 
Et j'ai de l'ennui d'un chevalier 
Faisant hors de son pays l'arrogant, 
Quand chez lui il n'a d'autre occupation 
Que de piler dans un mortier 
Le poivre ou de goûter la sauce. 



III 



Ce qui m'ennuie d'une autre manière 
C'est un homme lâche qui porte bannière, 
Un mauvais autour à la chasse en (( rivière )) (2), 
Et un petit repas dans une grande chaudière, 
Et m'ennuie aussi, par Saint Martin, 
Trop d'eau dans peu de vin ; 
Et quand je rencontre un éclopé le matin 
J'en suis ennuyé, et d'un aveugle pareillement, 
Car je ne prends pas plaisir à faire chemin avec eux 

(3). 



(2) Désigne encore aujourd'hui (ri- ou rebiero) un vallon, une 
vallée. — Il s'agit de la chasse aux oiseaux. 

(3) Leur rencontre était considérée comme un mauvais présage. 



324 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



IV 



Enoja-m longa tempradura*, 

E carns quant es mal coita e dura, 

E prestre qui men ni-s perjura, 

31 E puta veilla, quon trop dura. 

Et enoja-m, per Saint Dalmatz, 
D'avol home en trop gran solatz ; 
E corre quan per via a glatz 
E fugir ab caval armatz 

36 M'enoja, e-1 maldirs de datz*. 



Y 



Et enoja-m, per vita eterna, 
Manjar ses foc, quan fort iverna, 
E jaser cum veilla calerna (!), 
40 Quant ella flaira en la taverna*. 

Et enoja-m, car es de fer, 
Avols hom qu'a bella moiller, 
E per gelosia la fer, 



LE MOINE DE MONTAUDON 325 



IV 



Une longue modération m'ennuie, 
Et de la viande quand elle est mal cuite et dure, 
Et un prêtre qui ment et se parjure, 
Et une vieille catin qui dure trop. 
Et cela m'ennuie, par Saint Dalmas, 
De voir un méchant homme au sein d'une trop grande 

[joie; 
Courir quand sur la route il y a de la glace 
Et fuir à cheval tout armé 
M'ennuie, ainsi que les injures des joueurs de dés. 



V 



Et il m'ennuie, par la vie éternelle, 
De manger sans feu (i), quand il fait très froid, 
Et d'être couché auprès d'une vieille lampe (?) 

[fumeuse 
Quand elle sent mauvais dans la taverne. 
Et il m'ennuie, car c'est rude, 
Qu'un méchant homme ait une belle femme, 
Et par jalousie la batte, 



(i) Dans une mauvaise auberge. 



320 LES T1ÎOUBADOURS CANTALIENS 

E fai o be qui la enquer 
45 E no lo lais per marit fer. 



VI 



Enoja me per saint Salvaire, 
En bona cort a vols violai re, 
Et en pauca terra trop fraire, 

49 E a bon joc paubres prestaire*. 

Et enoja-m, per saint Marsel, 
Doas penas en un mantel, 
E trop parier en un castel, 
E ries hom ab pauc de revel, 

54 Et en tornei dard e quairel. 



VII 



Enoja me, si Deus mi vailla, 



(i) Timoré en sa « mise », malgré ses chances. 



LE MOINE DE 3IOKTAUDON 327 



Et il fait bien celui qui la requiert d'amour 

Et ne renonce pas à cela malgré le mari farouche. 



VI 



Ce qui m'ennuie, par Saint Sauveur, 

C'est en une bonne cour un médiocre joueur de viole, 

Et en une petite terre trop de frères, 

Et à bon jeu pauvre parieur (i). 

Et c'est encore, par Saint Marcel, 

Deux fourrures différentes en un même manteau, 

Et trop de copropriétaires en un seul château, 

Et un homme opulent avec peu de divertissement, 

Et au tournoi un dard et un carreau d'arbalète (2). 



VII 

Ce qui m'ennuie — ■ aussi vrai Dieu m'aide ! 



(2) « Arme de trait à lame quadrangulaire ». Ces armes faites 
pour combattre de loin ne sont pas régulières dans un corps à corps 
(où il faut la lance et l'épée). 



328 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Longa tabla ab bref toailla, 

Et hom ab mas roinos*, quan tailla, 

58 Et ausbercs pesanz d'avol mailla; 

Et enoja-m estar a port 
Quan trop cor greu venz e plou fort; 
E entre amies dezacort 
Aquel enois m'es peiz de mort, 

63 Quan sai que tenson a lor tort. 

VIII 

E dirai vos que fort me tira 
Veilla gazais quan trops atira 
E paubra soudadeir' aïra*, 

67 E donzels qui sas cambas mira. 

Et enoja-m, per Saint Aon, 
Dompna grassa ab magre con, 
E seignoratz que trop mal ton ; 
Qui no pot dormir quant a son 

72 Major enoi non a el mon. 



(1) Regarder ses jambes était la marque d'un mauvais cavalier. 
« Pour guerroyer nous ne valons pas un mauvais petit denier, car 



LE MOINE DE MOXTAUDOX 329 

C'est une longue table avec une courte nappe, 

Et un homme aux mains galeuses, quand il découpe, 

Et un haubert pesant fait de méchantes mailles ; 

Et il m'ennuie de rester au port 

Quand trop se déchaîne un vent rude et qu'il pleut fort; 

Et des disputes entre amis 

Cet ennui-là m'est pire que la mort, 

Quand je sais qu'ils se querellent à leur tort réciproque. 

VIII 

Et je vous dirai que fort m'est désagréable 
Une vieille catin quand elle attire trop de gens 
Et qu'elle dédaigne une pauvre fille mercenaire, 
Et un damoiseau à cheval qui regarde ses jambes (i). 
Et aussi m'ennuie, par Saint Aon, 
Une dame grasse — et maigre en quelque endroit, — 
Et un mauvais seigneur qui trop méchamment tond 

[ses serfs ; 
Mais qui ne peut dormir quand il a sommeil 
Il n'y a pas de plus grand ennui au monde. 



tous presque nous sommes des marchands ; et nous ne savons pas 
chevaucher sans regarder nos pieds. Comment donc guerroierons- 
nous?» (Lunel de Montech, cité dans Levy, au mot mirar). 



330 LES TROUBADOURS CANTALItNS 



IX 



Ancar i a mais que m'enoja : 
Cavaicar ses capa ab ploja, 
E quan trob ab mon caval troja 

j6 Qui sa manjadoira li voja. 

Et enoja-m e no-m sap bo 
De sella, quan crolon l'arço, 
E fivella ses ardaillo, 
E malvaitz hom dins sa maiso, 

8l Car no di ni fai s'enoi no. 



X — PLAZER 



Molt mi platz deportz e gaieza, 

Condugz e donars e proeza, 

E dona franca e corteza 

E de respondre ben apreza; 

E platz m'a rie home franqueza*, 

E vas son enemic maleza. 



LE MOINE DE MOXTAUDOX 331 



IX 



Il y a encore quelque chose qui m'ennuie davantage : 

C'est de chevaucher sans cape sous la pluie, 

Et c'est quand je trouve auprès de mon cheval une 

Oui lui vide sa mangeoire [truie 

Et j'ai de l'ennui, car cela ne me plaît guère, 

D'un selle dont les arçons bougent, 

Et d'une boucle sans ardillon, 

Et d'un mauvais homme dans sa maison, 

Car il ne dit et ne fait (i) rien que de désagréable. 

X — PLAISIR 

I 

Fort me plaît amusement et gaîté, 

Festin et cadeau et prouesse, 

Et dame aimable et courtoise 

Et pour répondre bien apprise; 

Et me plaît la bonté chez l'homme puissant, 

Et envers son ennemi la rigueur. 



(i) Littéralement : sinon chose ennuyeuse. 



3.'>2 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



II 



E platz me hom que gen me sona 
S E qui de bo talan me dona, 

E ricx hom quart no mi tensona, 
E-m platz qui-m ditz be ni-m razona; 
E dormir quan venta ni trôna, 
12 E gras salmos az ora nona. 



III 



E platz mi be lai en estiu 
14 Que*-m sojorn a font o a riu, 

E-ill prat son vert e-1 flors reviu 

E li auzelhet chanton piu, 

E m'amigua ve a celiu 
18 E lo-y fauc una vetz de briu. 

IV 

E platz mi be qui m'aculhia. 



(1) Littéralement: à l'heure neuvième, c.-à-cl. à 3 heures après- 
midi. « à collation ». 



LE MOINE DE MONTAUDOX 333 



II 



Et me plaît l'homme qui gentiment m'appelle 

Et qui de bon gré me donne, 

Et l'homme puissant quand il ne me querelle pas, 

Et me plaît qui me loue et me défend ; 

Et dormir quand il vente et tonne, 

Et un saumon gras à l'heure de none (i). 



III 



Et bien me plaît là-bas (2) en été, 
Quand je me repose au bord d'une fontaine ou d'un 

[ruisseau, 
Et que les prés sont verts et que la fleur revit 
Et que les oiselets chantent piou, 
Et que mon amie vient en cachette 
Et que je lui fais un baiser en hâte. 

IV 

Et bien me plaît celui qui m'a bien accueilli (3), 



(2) Dans mon pays, en Auvergne. 

(3) Littéralement : qui m'accueillait. 



334 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

20 E quan gaire non truep fadia; 

E platz mi solatz de m'amia, 
Baizars e mais, si lo-i fazia; 
E si mos enemicx perdia, 

24 Mi platz, e plus s'ieu lo-i tolhia. 



E plazon mi be companho 
Cant entre mos enemicx so, 
Et auze ben dir ma razo, 
28 Et ill l'escouton a bando. 



X bis — COBLA (ESPARSA) 
Seigner, si aguessetz régnât 



(1) Othon IV, empereur d'Allemagne, passa sa jeunesse auprès 
de son oncle Richard Cœur-de-Lion, en Aquitaine, où Montaudon 
dut le connaître (J'adopte l'interprétation de M. C. Fabre). Auv. £ 
il s'agit d'Alphonse VII, roi de Castille, oncle d'Othon par sa 



LE MOINE DE MONTAUDON 335 

Et quand je ne rencontre guère de refus; 

Et me plaît l'entretien de mon amie, 

Son baiser et plus encore, si je le faisais, 

Et si mon ennemi éprouvait une perte, 

Cela me plaît, et plus encore si c'est moi qui lui prenais. 



V 



Et bien me plaisent des compagnons 
Quand je suis au milieu de mes ennemis, 
Que j'ose bien haut dire ma défense 
Et qu'ils l'écoutent sans réserve. 



X bis — COUPLET (ISOLE) 

A Othon IV, pour le féliciter de la politique qui l'a 
fait empereur et de l'appui qu'il prête au roi Jean- 
s ans -Terre. 

Seigneur (i), si vous aviez régné 



femme, Aliénor d'Angleterre, sœur de Mathilde (mère d'Othon), 
de Richard et de Jean-sans-Terre. 



33b' LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Per conseill dels vostres baillos*, 

No vos mandera-1 reis N'Anfos 

Tan salut ni tant' amistat, 
5 Ni no vos* agra tant onrat 

Sai* Proenza, ni tota Lumbardia; 

Ni a Nicart* non agra seignoria 
Lo reis Joans plus que a Saint Massenz, 
9 Se regnassetz per conseill de servenz. 



XI — CANSO 






Aissi com cel qu'a estât ses seingnor 






(i) La Provence (terre d'empire), le Dauphiné et l'Italie du nord 
tout entière (appelée par les troubadours Lombardie) rendirent 
hommage à Othon après son couronnement à Saint-Pierre de Rome 
(1209). 

(2) C.-à-d. en Angleterre, où le château de Newark était la rési- 
dence habituelle de Jean. 



LE MOINE DE MONTAUDON 337 



Suivant le conseil de vos baillis, 

Le roi Alphonse ne vous manderait pas 

Un salut si empressé ni si grande amitié, 

Et elle ne vous aurait pas tant honoré 

Par ici la Provence, non plus que toute la Lombardie 

(0; 

Et à (( Newark )) (2) il n'aurait pas plus de seigneurie 
Le roi Jean (3), qu'il n'en a à Saint-Maixent (4), 
Si vous régniez suivant conseil de valets (5)- 

XI — CHANSON 

Adversaire redoutable, l'amour me contraint à vous 
solliciter : réservez bon accueil à ma discrétion. 

I 
Ainsi que celui qui a vécu sans seigneur 



(3) Jean-sans-Terre, roi d'Angleterre, oncle d'Othon IV, avait à 
lutter contre les barons et le clergé d'Angleterre, Philippe-Auguste 
et le pape, qui le déposa en 1212. 

(4) C.-à-d. dans le Poitou, confisqué par Philippe- Auguste en 
1206 (sauf La Rochelle, Thouars et Niort). 

(5) C.-à-d. si vous ne le souteniez pas. Cette cobla a été écrite 
sans doute vers 1212-1213, au moment où Othon s'allie à Jean-sans- 
Terre contre Philippe-Auguste, avant Bouvines. — V. Notes 
compl. 



338 LES TBOUBADODRS C ANTALIENS 

En son alo, franchamen et en patz, 
Ou'anc re no det ni mes, mas per amor, 
Ni'n fo destretz mas per sas voluntatz, 
5 E pueisas es per mal seingnor forsatz : 
Atressi-m fui mieus mezeis* longamen, 
Qu'anc re no fi per autrui mandamen, 
Ar ai seingnor ab cui no-m val merces : 
Amor, que a mon cor en tal loc mes 
On non aus dir ni mostrar mon talen 
1 1 Ni per nuill plait partir no nYen puesc ges. 



II 



Ane nuills guerriers no-m fes tan de paor, 



(i) Ou « franc-alleu » : propriété héréditaire et exempte de 
toute redevance, par opposition au fief. 



LE MOINE DE MONÏAUDON 339 

Dans son alleu (i), librement et en paix, 

Qui jamais ne donna ni ne dépensa rien, sauf par amitié, 

Et ne fut obligé que par ses volontés, 

Et ensuite est violenté par un méchant seigneur: 

Pareillement j'ai été à mon gré moi-même longuement, 

Car jamais je ne fis rien par l'ordre d'autrui, 
Mais maintenant j'ai un seigneur auprès de qui la pitié 

[ne me sert point. : 
L'Amour, qui a placé mon cœur en un lieu 
Où je n'ose dire ni montrer ma volonté, 
Et à aucune condition (2) je ne m'en puis éloigner. 



II 



Jamais nul adversaire ne me fit tant de peur, 



(2) Littéralement : par aucun arrangement. 



340 LES TROUBADOURS CASTALIENS 

Que dels autres mi défient eu assatz 
En fort castel o dinz mur o dinz tor, 
O vauc fugen desgarnitz o armatz ; 

16 Mas ab aquest no-m val senz ni foudatz, 
Qu'inz el mon cor s'enintra* e s'enpren, 
Si que nuls hom no l'au ni-1 ve ni-1 sen, 
Tro que be l'a a totz sos obs conques, 
E-il fai semblar lo jorn an e l'an mes; 
Qu'en tal dompna ai mes mon pensamen 

22 Don crei qu'enanz m'en veigna danz que bes. 



III 



A nuill maltraich no-m tengra* la dolor 
Que ja-m vengues d'autra ni'n foz iratz, 
Mas de vos. domn', ai temens' e paor, 
Car ai en vos compagnie solatz. 
27 E car vos sui, vostra merce, privatz, 

No-us sia mal, dompna, s'en vos m'enten, 



LE MOINE DE MONTAUDON 341 

Car contre les autres je me défends passablement 
En un château-fort ou en dedans d'un mur ou d'une 

[tour, 
Ou bien je vais fuyant, sans armure ou tout armé; 
Mais avec celui-là ne me profite ni raison ni folie, 
Car bien avant dans mon cœur il s'insinue et s'enracine, 
De façon que nul homme ne l'entend, ne le voit ni ne le 

[remarque, 
Jusqu'à ce qu'il l'a pleinement conquis pour son entier 

[usage, 
Et il lui fait paraître le jour un an et l'an un mois; 
Car j'ai mis ma pensée en une dame telle 
Que je crois qu'il m'en viendra plutôt dommage que 

[profit. 
III 

Je ne considérerais nullement comme insoutenable la 

[douleur 
Qui pourrait me venir d'une autre, et je n'en serais pas 

[attristé, 
Mais de vous, dame, j'ai crainte et j'ai peur, 
Car j'ai en vous ma compagnie et mon agrément. 
Et puisque je suis, par votre grâce, votre familier, 
Ne trouvez pas mal, dame, si je mets en vous mon désir, 

4 



342 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Ou'ieu non o fatz, dompna, per lo mieu sen, 
Mas per aquel d'amor, que m'a si près 
Que quant eu cug quer'autra que-m plagues, 
Per qu'oblides lo vostr' entendemen, 
33 La plus bella mi sembla laida res. 



IV 



E vos, domna, per vostra gran valor 
Vos mezeusa d'aiso me conseillatz, 
Que be sabetz que nuls hom vas amor 
No pot gandir de re, pois fort li platz. 

38 Ou'ieu m'en soi tan defendutz e loignatz, 
Que denan vos no vauc ni no-m presen 
Ni aus vezer vostre gen cors plazen ; 
E prec amor que ja cor no-m mezes 
Ou'ieu vos pregues, dompna, car tem que-us pes; 
E s'aissi-us prec, dompna, forsadamen 

44 No m'en sia ja peitz, si mieills no-m n'es. 






LE MOINE DE MONTAUDON 343 

Car je ne le fais pas, dame, par mon jugement propre, 
Mais par celui de l'Amour, qui m'a si fort saisi 
Que quand j'imagine d'en chercher une autre qui me 

[plairait, 
Pour que je pusse oublier l'inclination qui me porte 
La plus belle me semble un vilain objet. [vers vous, 

IV 

Et vous, dame, par votre grand mérite 
Vous-même en ceci conseillez-moi, 
Car vous savez bien que nul homme devant l'amour 
Ne peut se dérober en une chose, quand elle lui plaît 

[fort. 
Car je me suis tellement défendu et éloigné de lui, 
Que devant vous je ne vais ni me présente, 
Et n'ose voir votre gracieux corps plaisant : 

Et je prie l'amour que jamais il ne mette en moi l'envie 
De vous (( prier )) (i), dame, car je crains que cela ne 

[vous fâche; 
Et si à ce sujet, dame, je vous prie malgré moi, 
Qu'il ne m'en advienne pas pis, si je n'en suis pas mieux. 

(i) « Prier » signifie ici « requérir d'amour », solliciter les 
faveurs suprêmes ; de même dans tout ce qui suit. 



344 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



De totz conseils vos daria-1 meillor, 
Bella dompna, si vos m'en creziatz : 
Que s'ieu vos prec, no-m siatz de pejor 
Acuillimen, si mos prejars no-us platz, 

40 E enaissi sera lo ditz celatz ; 

Car si de vos mi partetz malamen 
Et eu vos sai amie ni benvolen, 
En prejarai assatz leu dos o très 
E pois sera cuiat so que non es, 
Car us fais digs entre la folla gen 

55 Val atretan com si vers proatz es. 



VI 



Bella domna, de vostra gran valor 
No sai tan dir que vos mais non aiatz 
La meiller etz e de major honor 
Que sia lai el pais on estatz, 






LE MOINE DE MONTAUDON o45 



V 



De tous les conseils je vous donnerais le meilleur, 

Belle dame, si vous m'en croyiez : 

C'est, si je vous prie, que vous ne me fassiez pas plus 

[mauvais 
Accueil, si ma prière ne vous plaît pas, 
Et de cette façon mon langage restera discret; 
Car si vous m'éloignez de vous méchamment 
Et si je vous connais quelque ami ou affectionné, 
Je prierai là-dessus très vite deux ou trois personnes, 
Et bientôt sera cru ce qui n'est pas, 
Car une parole fausse parmi la foule absurde 
Vaut tout autant que si c'est une vérité démontrée. 

VI 

Belle dame, de votre grande valeur 
Je ne sais pas si bien parler que vous ne possédiez plus 

[encore : 
Vous êtes la meilleure et la plus grandement honorée 
Qui soit là-bas dans le pays où vous résidez ( x ), 



(i) Elle habitait, dans le Bas-Limousin, le château de Venta- 
dour, aujourd'hui en ruines, au bord d'un petit affluent de la 
Luzège (canton d'Egletons, Corrèze). 



346 LES TROUBADOURS CANTÀLIENS 

60 Dels majors bes, de las majors beutatz ; 

E cil ab vos an mais d'acuidamen 

Que amon joi e solatz e joven. 

Mas eu non son ges dels nesis cortes 

C'ab un esgart si fan drut demanes ; 

Mas de mi a passât dos ans al men'" 
66 Que-us son privât/, qu'anc de re no-us enques^ 



VII 



Mas de bon cor vos a m tan finamen 
Que non avetz ni cozi ni paren 
Qu'ieu non am mais que me ni tôt quant es. 
Et si-m penses qu'om nos n'aperceubes, 
Tostemps, domna, vos anera seguen, 
72 Ses cor que ja re no vos en disses*. 



VIII 



Be m'agra vist l'Alvergnatz plus soven 



LE MOINE DE MONTAUDOX 347 

Douée des plus grands mérites et des plus grandes 

[beautés ; 
Et ceux-là ont auprès de vous le plus d'accès 
Oui aiment joie et amusement et jeunesse. 
Toutefois je ne suis point de ces niais galants 
Oui pour un regard se croient aussitôt des favoris ; 
Mais pour ma part, il y a plus de deux ans au moins 
Que je suis votre familier (i), pendant lesquels jamais 

[je ne vous ai sollicitée de rien. 

VII 

Mais de bon cœur je vous aime si parfaitement 

Que vous n'avez ni cousin ni parent 

Que je n'aime plus que moi-même ni tout ce qui existe. 

Et si je pensais que nul ne s'en aperçût, 

Toujours, dame, j'irais vous suivant, 

Sans intention de jamais vous rien dire là-dessus. 

VIII 

L'Auvergnat m'aurait bien vu plus souvent 



(i) Etre le « privé » d'une dame, c'est simplement être admis 
librement dans sa compagnie, faire partie de son entourage 
immédiat (Cf. ci-dessus, v. 2j). Le « drut », lui, est un ami de 
cœur ou un amant favorisé. 



348 LES TROUBADOURS CAXTALIKXS 

A Monbriso, et tuich mei benvolen, 
Mais tengut m "an Petaus et Engolmes, 
E ges a lor no senbla l'ans us mes, 
Et eu nescis, per que me toi lo sen 
/S Na Maria : non a par de totz bes. 



XII — CANSO 



Aissi cum selh qu'a plag mal e sobrier 

Que non auza escoutar jutjamen, 

Que per dreyt pert tôt so que vai queren, 

E metria tôt lo plag voluntier 

En dos amicx, per far bon acordier : 

Lo* plait d'amor et ieu fauc atretal, 



(i) Les gens des autres provinces. L' « Auvergnat » est un 
nom collectif. 

(2) Le -Poitou désigne la cour du roi Richard Cceur-de-Lion; 
quant à l'Angoumois, voir III, 56, son amitié pour le comte 
d'Angoulême. 



LE MOINE DE MONTAUDOX 349 

A Montbrison, ainsi que tous ceux qui me veulent du 

[bien (i) , 
Mais le Poitou et l'Angoumois (2) m'ont retenu, 
Et avec eux, certes, Tan ne paraît pas durer un mois, 
Et moi je parais un sot, parce que m'enlève ma raison 
Dame Marie (3) : elle n'a pas son égale en toutes 

[qualités. 

XII — CHANSON 

A quoi bon plaider contre elle? N'ai-je pas des marques 
de sa faveur? Je n'ose pourtant lui révéler tout 
mon amour. 

I 

Ainsi que celui qui a un procès fâcheux et de haute 

[importance 
Qui n'ose pas écouter le jugement, 

Car il perd au nom du droit tout ce qu'il va réclamant, 
Et il remettrait volontiers tout le débat 
A deux amis, pour faire un bon accord : 
Le procès d'amour moi aussi je le poursuis de même 

[manière, 



(3) Marie de Ventadour. 



350 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

Ou'ab ma dona sai be que dregz no-m val ; 
Per qu'ieu amor pregui et a merce 
Del plait d'amor, qu'en aquestz dos mi crée 
Oue-m poirion far jauzen e joyos 
1 1 De lei on dregz no-m poiria esser bos. 



11 



Mas pus de re no la prec ni l'enquier, 

Que m' en val dregz, ni que vauc plus languen 

Pus tort no-m fai, e m' honra finamen, 

Et m'a solatz adreit e plazentier? 

Que ges non ai tant malvat escudier 

ij Ou'ilh no l'honre aitan — si Dieus mi sal! — 
Cum hom deu far son amie natural, 
Et ja non er tant irada de re 
Qu'il no ria de bon cor quan mi ve, 
E platz li fort m os enans e mes pros, 

22 E ve-us lo tort que-m fai totas sazos. 



LE MOINE DE MONTAUDON 351 

Car auprès de ma dame je sais bien que le droit ne me 

[vaut rien; 
C'est pourquoi j'adresse ma prière à l'Amour et à la 

[Pitié 
En ce débat amoureux, car à ces deux je me confie. 
Qui pourraient me rendre possesseur joyeux 
De celle auprès de qui le droit ne saurait m'être bon. 



II 



Mais puisque de rien je ne la prie ni ne la sollicite, 
A quoi peut m'y servir le droit'? et pourquoi vais-je 

[davantage languissant 
Puisqu'elle ne me fait pas tort, et m'honore parfaitement 
Et me réserve un entretien ingénieux et charmant? 
Car je n'ai point si méchant écuyer 

Qu'elle ne l'honore autant, — ainsi Dieu me sauve! — 
Qu'on doit le faire de son ami véritable, 
Et jamais elle ne sera si fâchée de rien 
Qu'elle ne rie de bon cœur quand elle me voit, 
Et fort lui plaisent mon avantage et mon profit, 
Et voilà, vous dis-je, le tort qu'elle me fait en tous 

[temps. 



352 LES TROUBADOURS CANTaLIENS 



III 



E conosc be que folh sen e leugier 
Ai, s'ab aitan no m'en tenc per manen ; 
Per Dieu, si-m fauc, que quez ieu m'an dizen, 
Que re no-m falh de tôt quan m ? a mestier, 

27 Mas quar no l'aus mostrar mon cossirier 
De tal guiza qu'a lieis no saubes mal, 
E pueys agra tôt gaug entier cabal. 
Mas ges non ai tan d'ardimen in me 
Que lo-y digua, pus no-s tanh ni-s cove, 
E pueys dopte, si-1 camge mas razos, 

33 Qu'ilh me camge lo solatz e-1 respos. 



IV 



Quar d*aisso an donas trop mal mestier, 
— E plus selha qu'a rie pretz e valen : 
Que si Tamatz per plan acordamen, 
En dreit solatz e per plan* alegrier, 
38 Amara vos ab fin cor et entier ; 



LE MOINE DE MONTAUDON 353 



III 



Et je reconnais bien que j'ai l'esprit fou et frivole 

Si avec cela je ne me tiens pas pour riche; 
Pour Dieu, ainsi fais-je, quoi que je puisse dire, 
Car il ne me manque rien de tout ce qui me fait besoin, 
Sauf que je n'ose pas lui montrer mon désir 
De telle façon que cela ne lui paraisse pas mauvais, 
Après quoi j'aurais toute joie parfaite et souveraine. 
Mais je n'ai point tant de hardiesse en moi 
Que de le lui dire, puisque cela n'est ni pertinent ni 

[convenable, 
Et puis je redoute, si avec elle je change de langage, 
Qu'elle ne change avec moi d'entretien et de réponse.. 



IV 



Car voici en quoi les dames ont un très mauvais procédé, 
Et plus que toute autre celle qui a riche et vaillant 

[mérite : 
C'est que si vous l'aimez d'un accord toujours égal, 
Par pur badinage et dans un uniforme contentement 
Elle vous aimera avec un cœur fidèle et entier; 



354 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Et s'etz forsatz per fin amor coral, 
Que forsa-ls ricx e-ls paupres per engual, 
Que la preguetz de cor per bona fe 
E l'ametz* mais que no soletz ganre, 
Aqui meteys se partira de vos 
44 E-us voira mal e-us metra ochaizos. 



V 



E tenra vos per son mortal guerrier. 
Et non ave mais de neguna gen : 
Qu'el mon non a juzieu tan mescrezen 
Ni sarrazi ni borzes renovier, 

49 Que si l'amatz huey mais que no fetz hier, 
Qu'elh mais no-us am cum que sia de l'ai* 
E no-us n'aya solatz plus cominal. 
E ja dompna no-us o tenra a be, 
E volra-us mal, e dira-us ben per que : 
Quar anc auzetz esser tan ergulhos 

55 Que l'amassetz mais d'autre que anc fos. 



(i) Littéralement : plus commun (entre lui et vous). 






LE MOINE DE MOXTAUDOX 355 

Et si vous êtes contraint par le parfait amour jailli du 

[cœur, 
Oui violente les riches et les pauvres également, 
A la prier à cœur ouvert en toute bonne foi 
Et à l'aimer infiniment plus que vous n'étiez accoutumé, 
C'est alors justement qu'elle s'éloignera de vous 
Et vous voudra du mal et élèvera contre vous des griefs. 

V 

Et elle vous tiendra pour son mortel ennemi. 
Et il n'arrive pire de la part de personne : 
Car il n'y a pas au monde de juif si mécréant 
Ni de Sarrazin ni de bourgeois usurier, 
Qui, si vous l'aimez aujourd'hui plus que vous ne fîtes 

[hier, 
Lui aussi ne vous aime davantage, quel qu'il soit pour 

[le reste, 
Et ne vous réserve pour cela un entretien plus intime ( i \ 
Mais jamais une dame ne vous tiendra cela pour un 

[mérite, 
Et elle vous voudra du mal, et elle vous dira bien 

[pourquoi : 
C'est d'avoir un jour osé être si présomptueux 
Que vous l'avez aimée plus que nul autre qui fut jamais. 



356 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



XIII — CANSO 



Aissi com cel c'om mena al jutjamen 

Oui es per pauc de forfait acusatz 

Et en la cort non es gaire amatz, 

E poiria ben estorser fugen, 
5 Mas tan se sap a pauc de faillimen 

Xo vol fugir mas vai s'en lai doptos : 

Atressi m'a amors en tal loc mes 

Don no-m val dregs ni l'aus clamar merces, 
9 Xi del fugir no sui ges poderos. 



II 



Bona domna, si ieu fos leialmen 
En vostra cort mantengutz ne jutjatz, 
Lo tortz que-us ai fora dreitz apellatz, 
Qu'ieu m'en puosc ben esdir per sagramen. 
14 Doncs contra mi non avetz nu'll garen 
Qu'ieu anc faillis, domna cortes'e pros, 



LE MOINE DE MONTAUDON 357 

XIII — CHANSON 

Un tribunal équitable m'absoudrait : car je n'ai péché 
que par excès de louange à votre égard et d'obéissance 
à l'amour. 

I 

Ainsi que celui qu'on mène au jugement 

Qui est pour bien peu de chose accusé de crime 

Et en la cour n'est guère aimé, 

Et qui pourrait bien s'en tirer par la fuite, 

Mais sait tellement qu'il y a en lui peu de faute 

Qu'il ne veut fuir, mais s'en va là-bas craintif : 

De même l'amour m'a mis en une telle situation 

Où le droit ne me sert plus, et je n'ose lui demander 

Et quant à fuir je n'en suis pas capable. [merci, 

II 

Bonne dame, si j'étais loyalement 

En votre cœur assisté et jugé, 

Le tort que j'ai envers vous serait appelé droit, 

Car je puis bien m'en justifier par serment. 

Donc contre moi vous n'avez nul témoin 

Que j'aie jamais péché, dame courtoise et noble, 



358 LES TKOUBADOURS CANTALIENS 

Mas car vos am e tôt cant de vos es 
E car n'aus dir en mainz ries locs granz bes ; 
iS Ve-us totz los tortz, domna, qu'eu ai ves vos. 



III 



Per aital tort me podetz longamen 
Gran mal voler, domna, mas be sapehatz 
Que per be dir voill trop mais que-m perdatz, 
Oue-m gazaingnetz vila ni maldizen; 

23 Car d'amor son tuit siei fait avinen, 
E pois hom es vilas ni enveios, 
Pois en amor non a renda ni ces ; 
Amar pot el, mas d'amor non a ges 

27 S'ill fait e-ill dig tuit no son amoros. 



IV 



Be fai amors a honrar finamen, 
Qu'el mon non es tant rica poestatz 



LE MOINE DE MONTAUDON 359 

Sauf en ceci que je vous aime ainsi que tout ce qui est 

[vôtre 
Et que j'ose dire de vous en maints nobles lieux beau- 
coup de bien : 
1 Voilà, vous dis-je, tous les torts, dame, que j'ai envers 
[vous. 
III 

Pour pareil tort vous pouvez longuement 
Me vouloir grand mal, dame, mais sachez bien 
Que je préfère de beaucoup que vous me perdiez pour 

[avoir dit du bien 
Que si vous gagniez en moi un grossier et un calom- 

[niateur; 
Car de l'amour tous les procédés sont gracieux, 
Et quand un homme est grossier ou fâcheux, 
Après cela il n'a en amour ni rente ni cens; 
Il peut aimer, mais il n'a point part à l'amour 
Si ses actes et ses propos ne sont tous amoureux. 



IV 



L'Amour mérite bien d'être honoré parfaitement, 
Car au monde il n'y a pas de puissance si fière 



360 LES TBOUBÂDOURS CAXTALIEXS 

Que no fassa totas sas voluntatz, 
E tôt quan f ai es trop bon e plasen ; 

32 E Dieus i les molt gran enseingnamen* 
Quan vole que tôt fos mesura e rasos, 
Senz e folclatz, sol qu'az amor plagues, 
E paratge no-i des re ni tolgues 

36 Pois fin' amors se metri'en amdos. 



Bona domna, no creatz l'avol gen 
Quez eu fezes de mi doas meitatz 
For de mo cor que s'es en vos mudatz, 
Qu'en u sol loc ai ades mon enten ; 

41 E sapehatz be qui en dos locs s ? enten 
Res non es menz de nesi voluntos* ; 
E ges nul temps no-m plac tal nescies* 
Ni tal voler, anz ai amat de fes 

45 Con fins amanz deu far, ses cor felos*. 

VI 
Be-m lau d'amor quar m'a donat talen 



LE MOINE DE MONTAUDON 361 

Qui n'accomplisse toutes ses volontés, 
Et tout ce qu'il fait est très bon et plaisant; 
Et Dieu montra en cela fort grande sagesse 
Quand il voulut que tout fût mesure et raison, 
La sagesse et aussi la folie, pourvu que cela plût à 

[l'amour, 
Et que la naissance n'y pût rien donner ni ôter 
Après qu'un amour parfait s'établirait en deux êtres. 

V 

Bonne dame, ne croyez pas les méchantes gens 
Disant que j'ai fait de moi-même deux moitiés, 
— A l'exception toutefois de mon cœur, qui s'en est 

[allé en vous, 
Car en un seul lieu j'ai toujours mon inclination. 
Et sachez bien que celui qui tourne sa pensée vers 

[deux endroits 
N'est rien moins qu'un sot capricieux; 
Et certes en aucun temps ne me plut telle niaiserie 
Ni tel vouloir, mais j'ai aimé de bonne foi 
Comme un pur amant doit le faire, sans cœur félon. 

VI 

Je me loue fort de l'amour,, parce qu'il m'a donné le 

[désir 



• >ï>2 LES TBOUBADOUKS CANTALIENS 

De lieis on es pretz e sens e beutatz, 

Enseingnamens, conoissenz'e solatz ; 

Res no-i es meinz, mas que merces no-il pren 

50 De mi, d'aitan que m'esgardes rizen 
E que-m fezes senblan de bel respos : 
Ab sol aitan for'ieu gais e cortes, 
E ja no vuelh pueys mens de vint e très* ; 

54 Del* sobreplus, el sieu bel plazer fos. 



VII 



Al pros* comte vuelh que an ma chansos 
D'Engolesme, si vol la rend'el ces 
Ou'ieu ai conquis, que ieu vuelh per un très 
58 Qu'a mi no falh Lunelh ni Araguos. 






XIV — CAXSO 



Ara-m pot ma domna saber 



LE MOINE DE MONTAUDON 363 

De celle en qui sont mérite, sens et beauté, 

Education, savoir et agrément; 

Rien ne lui manque, sauf qu'il ne lui prend point pitié 

De moi, ne fût-ce que pour me regarder en souriant 

Et me faire l'accueil d'un bel entretien : 

Seulement avec cela je serais gai et courtois, 

Et je n'en veux par la suite pas moins de vingt-trois; 

Pour le surplus, il serait remis à son bon plaisir. 

VII 

Au preux comte d'Angoulême je veux que ma chanson 
Aille, pour savoir s'il veut acquérir la rente et le cens 
Que j'ai gagnés, car je veux pour un recevoir trois: 
En effet à moi ne manquent ni Lunel ni Aragon (i). 

XIV — CHANSON 

Je chante, puisque vous m'y avez encouragé ; mais faites 
davantage : écoutez mou cœur qui sera mou mes- 
sager. 

I 

Maintenant ma dame peut savoir 



(i) Il veut dire sans doute: ni la protection du seigneur de 
Lunel (vassal du comte de Toulouse)', ni celle du roi d'Aragon. 



::<;i 



LES THOl RADOUBS CAXTALIESS 



Qu'eu ges no chant ni-m do joi ni solatz 
Pel gent estiu ni per las flors dels pratz ; 

4 Qu'ella sap be que mais a de dos ans 

Qu'eu no chantei ni fon auzitz mos chans, 
Tro qu'a leis plac que per so chauzimen 
Vole qu'eu chantes de leis celadamen : 
Per que eu chant e m'esfors com pogues 

9 So far e dir c'a l'avinen plagues. 



II 



E cel que so pauquet poder 
Fa voluntiers, no deu esser blasmatz, 
Ab que del plus sia la volontatz 

13 E-l acuillirs e-1 gaugs e-1 bels semblans, 
E que sia liais e fis amans, 
Qu'en u sol loç aia tôt son enten. 
Cel c'aitals es val mais mon escien 
Ad obs d'amar, no fai ducs ni marques, 

18 Quar sa ricors cuiaria'l valgues. 



LE MOINE DE MONTAUDON 36."> 

Que je ne chante point et ne me donne ni joie ni diver- 
tissement 
Pour le joli été ni pour les rieurs des prés; 
Car elle sait bien qu'il y a plus de deux ans 
Que je ne chantai et que mon chant ne fut entendu, 
Jusqu'à ce qu'il lui plut, dans son indulgence, 
De vouloir que je chantasse sur elle en secret : 
C'est pourquoi je chante et j'essaie comment je pourrais 
Faire et dire chose qui plairait à la gracieuse dame. 



II 



Et celui qui fait son faible pouvoir 

Bien volontiers, ne doit pas être blâmé, 

Pourvu que soient en lui la volonté du mieux 

Et l'affabilité et la joie et le bel air, 

Et qu'il soit amant loyal et parfait, 

Qu'il ait en un seul lieu toute son inclination. 

Celui qui est tel vaut plus, à mon avis, 

Quand il faut aimer, que ne fait duc ni marquis, 

Car celui-là croirait que sa noblesse dût lui profiter. 



: »60 LE* riiOUBADOUBS IANT.\].]K\S 



III 



Aitals vos son ab ferm voler, 
Bona dompna, de bo cor, so sapchatz ; 
E-m so per vos, domna, tan meilluratz : 

22 Que trastotz vius e sas e gen parlans 

M'era trop loncs recrezutz d'er enans*, 
Tro-m venc en cor, domn'ab cors covinen, 
Qu'eu vos proies, don fi gran ardimen; 
Ane mais no fit ardit tan be-m \ engues, 

27 Car gazaignar pose e perdre non ges. 



IV 



Pro gadaing car me datz lezer 
Qu'eu chant de vos, bona domna, ni-us platz : 
Pero, domna, si mais m'en faziatz, 
3 1 Yostre mezeus séria totz l'enans, 
Quar be petit de be fora mi grans 
E-l gran benfait penri'eu eissamen 
E rendria-1 guizardo per u cen, 



LE MOINE DE MONTAUDOX li'iT 



III 



Tel je suis à votre égard, avec constante volonté, 
Bonne dame et de bon cœur, sachez-le; 
Et c'est grâce à vous, dame, que je me suis tant 

[amélioré : 
Car tout plein de vie et de santé et habile* à parler 
Je m'étais trop longuement découragé précédemment 
Jusqu'à ce qu'il me vint au cœur, dame au corps 

[gracieux, 
De vous prier, en quoi je montrai une grande hardiesse; 
Jamais je ne fis acte d'audace qui me réussît si bien 
Car je puis y gagner et non pas y perdre. 



IV 



Je gagne assez puisque vous me donnez la permission 
De chanter à votre sujet, bonne dame, et que cela vous 

[plaît; 
Pourtant, dame, si vous en faisiez davantage pour moi, 
Tout le profit serait proprement vôtre; 
Car fort peu de bien serait pour moi un grand bien 
Et j accepterais le suprême bienfait 
Et j'en rendrais la récompense à cent pour un 



^68 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

No ges tan rie, domna, corn si taisses, 
36 Car per totz temps n'estari'ab merces*. 



E pois merces no-m pot valer 
Ab vos, domna, c'us messagiers privatz 
Parles per mi, qu'eu no'n sui azinatz. 

40 S'eu n'ai passât u pauc vostres comans, 
Perdonatz me, bona domna presans, 
Qu'eu vos tramis u messatge avinen : 
Mo cor, c'u ser me laisset endurmen, 
Qu'eu* tenc vas vos, dompna, et ab vos es; 

45 De bo luec moc, mal en meillor s'es mes. 



VI 



E ia, domna, no vuoill aver 
Ab mi mo cor, mais am que vos l'aiatz ; 
Quar anc u jorn no poc estar en patz, 
49 Tant ai en vos pauzat totz mos talans; 

E pois en vos ans*, 

Mal estera s'era merces no-us pren 



LE MOIXE DE MOXTAUDOX 369 

— Non point si riche, dame, qu'il conviendrait — 
Car pour toujours je serais voué à rendre grâces. 



V 



Et puisque la grâce ne peut m'assister 
Auprès de vous, dame, qu'un messager secret 
Parle pour moi, car je n'en ai pas la commodité. 
Si en cela j'ai un peu outrepassé vos ordres, 
Pardonnez-moi, bonne dame pleine de prix, 
Car je vous ai envoyé un messager gracieux : 
Mon cœur, qui un soir me laissa m'endormant, 

Car il se dirigea vers vous, dame, et il est avec vous ; 
D'un bon lieu il est parti, mais il s'est mis en un meilleur. 

VI 

Et désormais, dame, je ne veux plus avoir 
Avec moi mon coeur, j'aime mieux que vous l'ayez; 
Car jamais nul jour je ne pus être en paix, 
Tant j'ai en vous placé tous mes désirs, 

Et puisque j'ai en vous (?) (i) 

Mal ce sera si maintenant la pitié ne vous prend 



(i) Le texte est défectueux. 



370 LliS TROUBADOURS CANTALIENS 

E-s met en vos, pois sabetz veramen, 
Cals es vas vos la mia bona fes 
54 O cal afan trai cel c'amors a près. 

VII 



Na Maria, be-us deu amar mos chans, 

Qe a la fin e al comensamen 

Se daur'ab vos e ab mais de plazen. 

Per vos val mais Ventadorn e Tornes (i) 



59 



XV — CANSO 



Aissi corn cel qu'es en mal seignoratge 
E no troba merce ni chausimen 



(i) Il manque un vers. 



LE MOINE DE MONTAUDON 371 

Et ne s'établit en vous, puisque vous savez vraiment 

Quelle est envers vous ma bonne foi 

Ou quel tourment endure celui que l'amour a pris. 

VII 

Dame Marie, mon chant doit bien vous aimer, 
Car à la fin et au commencement 

Il se pare de vous et en a plus de grâce. 
Par vous aussi valent davantage Ventadour et le Turen- 

[nois (i). 

XV — CHANSON 

Engagé sous la domination d'une nouvelle dame, je 
n'os'erai jamais, si l'amour ne m'assiste, lui dire ma 
passion forte et sincère. 



Ainsi que celui qui est dans une mauvaise seigneurie 
Et ne trouve ni pitié ni égard 



(i) Je pense que Tomes (pour Torenes, de Torena) désigne 
le « Turennois » ou pays de Turenne, aujourd'hui commune du 
canton de Meyssac, arrondissement de Brive (Corrèze). Marie 
de Ventadour était une des trois filles du vicomte Boson de 
Turenne (1122-1143). Cf. p.247, n. 5, et p. 349, n. 3. 



372 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Ab son seingnor, ans car lo raub' e-1 pren 
Si volria mudar de son estatge 
5 Sobre seingnor qui-1 fos de bon usatge : 
Atressi-m voill mudar de sa baillia 
De lieis que m'a mort en sa seignoria, 
E sai'n autra qui anc re no mespres, 
Et es sos cors gais e bels e cortes 
10 Et ama-m fort mas no per drudaria. 



II 



15 



E ieu* anc tan non aie de vassalatge 

Que-il auses dir mo cor ni mo talen. 

Ni o farai tan cum aia mon sen, 

Mas Deus mi do tal mal don eu enratge 

Que lo-i dia tôt per plan auranatge ; 

Qu'estiers no sui tan arditz que lo-i dia, 

Tal paor ai que la bella paria 

Qu'ieu ai ab leis no-m longues ni-m tolgues 



LE MOINE DE MOKTAUDON 373 

Auprès de son seigneur, mais qui, parce que celui-ci le 
Voudrait changer sa résidence [pille et le vole, 

Pour passer sous un seigneur qui en usât honnêtement 

[avec lui ; 
De même je veux m'éloigner de sa domination 
A elle qui m'a fait périr sous sa seigneurie, 
Et j'en sais une autre qui jamais ne fit le moindre tort, 
Et son cœur est gai, beau et courtois 
Et elle m'aime encore mais non encore par amour. 



II 



Et pour moi jamais je n'eus assez de bravoure 
Pour oser lui dire (i) mon envie et mon inclination, 
Et je ne le ferai pas aussi longtemps que j'aurai ma 

[raison, 

\Iais que Dieu me donne tel mal dont je sois enragé 
Vi bien que je lui dise tout par pure folie; 
ar autrement je ne suis pas assez hardi pour le lui 
elle peur j'ai que la bonne camaraderie [dire, 

)ue j'ai avec elle, elle ne l'éloigné de moi et ne me 

[l'enlève : 



1) A la nouvelle dame. 



374 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Mas ja pois mais preveire no-i vengues, 
20 Que ja per re viu no m' aconsegria! 



III 



D'aitan sui fols e fatz aital follatge 
Com cel que près a estât longamen 
Et es estortz, e pois vai enqueren 
Tal re per c'om lo torn'en presonatge : 

25 Atressi vau enqueren mo dampnatge, 
Qu'ieu er' estortz d'afan e de folia 
E voill tornar lai on amors m'aucia; 
Mas tan m'es douz entre cen mais us bes 
Que no-m membra d'afan qu'eu anc agues : 

30 Ve-us tôt lo meills per ver qu'en amor sia. 



IV 



Mas si-m preses amors en so guiatge, 



LE MOINE DE MONTAUJJOX 



Mais il ne faudrait pas qu'ensuite un prêtre vînt 

[m'assister, 
Car en aucune manière il ne m'atteindrait vivant 

[encore ! 
III 

Je suis tout à fait fou et je fais aussi grande folie 
Que celui qui a été prisonnier longuement 
Et est délivré, puis va cherchant 
Un motif pour qu'on le remette en prison : 
Pareillement je vais cherchant mon propre dommage, 
Car j'étais délivré de tourment et de folie (i) 
Et je veux revenir là où l'amour pourra me tuer; 
Mais tant m'est doux parmi cent maux un bien 
Qu'il ne me souvient point d'une peine que j'aie jamais 

[eue : 
Et voilà, vous dis-je, tout ce qu'il y a de meilleur, en 

[vérité, dans l'amour. 

IV 

Mais si l'amour me prenait sous son sauf-conduit. 



(i) Il s'était éloigné « de la domination » d'une première dame 
(strophe I) ; mais il veut maintenant s'engager à nouveau vis-à- 
vis d'une autre. 



I 



376 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Que denan leis auses seguramen 
Dire mo cor qu'ieu l'ai celadamen, 
E qu'il vas me no camges so coratge 

35 Ni no-m fezes so bel solatz salvatge, 
Si aquest guit amors far mi volia, 
Jamais en mi nuils hom no peccaria* 
Qu'eu no-1 guies tan quan mos poders es, 
Et ab lo guit bon ostal no-1 fezes : 

40 Aital coven, Amors, vos en faria. 



V 



Bella domna, mei oill vos son messatge 
Que res del mon no lur es tan plasen 
Com vos, dompna, e tuit vostre paren 
E cil que son de vostre franc lignatge; 
45 Qu'ieu n'ai baisât mainz aills e maint visatge 
Car semblavon de vostre compaignia, 
E n'ai faita ja mainta romaria 
Cane no preguei Dieu que d'als mi valgues, 



LE 310IXE DE MONTAUDON 377 

De façon que devant Elle j'osasse en sécurité 
Dire mon envie, qu'à son égard je nourris secrètement, 
Et qu'elle ne changeât point ses intentions envers moi 
Et ne me rendît pas sa belle amabilité farouche, 
Si l'amour voulait me faire jusqu'à elle pareille 

[conduite, 
Jamais en moi nul homme n'éprouverait ce mécompte 
Que je ne le guidasse à mon tour autant que mon pouvoir 

[s'étend, 
Et qu'après l'avoir guidé je ne lui offrisse bon gîte : 
Telle est la promesse, amour, que je vous ferais sur ce 

[point. 



V 



Belle dame, mes yeux vers vous sont messagers 

Attestant que rien au monde ne leur est si plaisant 

Que vous, dame, et tous vos parents 

Et ceux qui sont de votre noble lignage ; 

Car j'ai baisé maints yeux et maint visage 

Parce qu'ils semblaient être de votre compagnie, 

Et j'ai fait déjà à ce propos maint pèlerinage 

Où jamais je ne priai Dieu de m'assister en autre chose 






378 LES TROUBADOURS CANTALIEKS 






Mas de vos, domna, que en cor vos mezes 
50 Que saubeses com e-us am ses bausia. 



VI 



Ses bausia-us am e ses cor volatge, 

Per la beutat e per l'enseingnamen, 

Pel verai pretz e per l'acuillir gen 

Pois forsa m'en amors per agradatge, 
55 A cui det Deus aitan de seingnoratge 

Que cui el vol destreing e pren e lia ; 

Que li mei oill m'an mostrada la via 

Ab que eu eis me soi liaz e près. 

E anc no cuit mais qu'a près avengues, 
60 Qu'eu sui mortz près, e plus mortz qui-m solvia. 



XVI — CANSO 



Mos sens e ma conoissenza 



LE MOINE DE MONTAUDON 379 

^u'en ce qui est de vous, dame, pour qu'il vous mît au 

[cœur 
.e désir de savoir comment je vous aime sans fausseté. 

VI 

ians fausseté je vous aime et sans cœur volage, 
*our votre beauté et vos manières courtoises, 

>our votre vrai mérite et pour votre gracieux accueil 
Risque l'amour m'y force par un charme, 
^ui à qui Dieu donna tant de puissance 

}ue celui qu'il veut il le contraint, le saisit et l'enchaîne; 
"ar mes yeux m'ont montré la voie 
'ar laquelle moi-même je me suis enchaîné et pris. 
\.t je ne crois pas qu'il soit jamais arrivé pareille chose 

[à un prisonnier, 
'ar, étant captif, je suis mort, et plus mort encore, si 

[quelqu'un me délivrait. 

XVI — CHANSON 

fa dame est si haut placée que je l'aimerais, ne fût-ce 
que pour l'honneur. 

I 

r <~>n intelligence et mon jugement 



380 



LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



M'an fait en tal loc chauzir 
Don mi valgra mais suffrensa*, 
C'ara no-i pose avenir 
Ni ges no m'en sai partir; 
Donc be fatz gran faillimen 
S'eu sec so que no m'aten ! 
Mas deus me lais segre tan 
Que-/// sia encar denan. 



II 



E ja denan no-/// séria, 
Si la sua grans ricors 
Vas mi no-ill dessovenia ; 
E que la'n forses amors*, 

14 Qu'eu non ai autre socors ! 

Pero fait n'ai la meitat, 
Et ill fera gran bontat 
S'en l'autra part tan fezes 

18 Don alcus bes mi vengues. 



LE MOINE DE MONTAUDON 381 

M'ont fait mettre mon choix en un lieu (i) 
Dont il me vaudrait mieux m'abstenir, 
Car présentement je n'y puis atteindre 
Et je ne sais point m'en éloigner. 
Donc je fais une bien grande faute 
Si je poursuis ce qui ne m'attend pas (2) ! 
Mais que Dieu me la laisse poursuivre si bien 
Que je sois encore une fois devant elle. 



II 



Et jamais je ne serais devant elle 

Si sa grande noblesse 

Par rapport à moi ne lui sortait de la mémoire; 

Et l'amour pût-il en cela la contraindre, 

Car je n'ai point d'autre secours! 

Pourtant j'ai fait la moitié du chemin, 

Et elle ferait acte de grande bonté 

5i de l'autre moitié elle faisait tant 

2u'il pût m'en venir quelque bien. 



(t) Le mot « lieu » désigne souvent l'être, l'objet aimé. 

(2) Entendez : sa dame. Deux vers plus bas, « encore une 
ois » fait allusion à une première entrevue. Voyez plus loin la note 
u'v. ;;. 



M82 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



III 



E ja de leis bes no -m veingna 
Totz temps li serai aclis, 
Qu'amors mi mostra e m'enseigna 
C'ades en rie loc m'aizis ; 

23 E si del be no-m jauzis 

La honors m'en valra mais 
Que d'autre loc us ries jais; 
Donc s'eu am a grant honor, 

27 Per que-m virarai aillor? 



IV 



Aillor s no vir mo coratge 
Ni o farai ja per re, 
Qu'anz li fatz lige omenatge 
E-ill refer grat e merce 
32 Per amor del palafre 

Don si-m lai-sset davallar. 



LE MOINE DE MONTAUDON 381) 

III 

Et quoiqu'aucun bien ne me vienne d'elle 

Toujours je lui serai soumis, 

Car c'est l'amour qui me montre et m'enseigne ceci 

Qu'en un (( lieu )) magnifique toujours je m'établis; 

Et si je ne jouis pas du bien désiré 

L'honneur m'en profitera plus 

Qu'en un autre endroit une précieuse joie. 

Donc si j'aime ici avec grand honneur 

Pourquoi me tournerai-je ailleurs? 

IV 

Ailleurs je ne tourne pas mon cœur 

Et je ne le ferai jamais pour aucun motif, 

Car je lui présente au contraire hommage lige 

Et je lui rends grâce et merci 

Pour l'amour du palefroi 

Dont elle me laissa descendre de la sorte (i). 



(i) A quel incident est-il fait allusion? Peut-être Montaudon 
faisant route un jour à cheval et ayant rencontré sa dame 
(v. fin strophe I) fut-il autorisé par elle à descendre pour lui 
tenir compagnie, — ou lui offrit-il son cheval momentanément? 

Au vers suivant, il joue sur le mot pro qui signifie comme 
adverbe : « assez, suffisamment » et comme substantif : « profit, 
avantage ». 



384 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



36 



Donc no-i ac pro al mieu par* 
Xo ; qu'amors fai l'uzurier, 
Qu'ades, on mais a, plus quier. 



V 



Pero del querre-tn laissera, 
S'amors tan no m'en forses, 
Si que del tôt m'en lunhera 
S'aquesta amor oblides. 

41 Mas per so l'estau de près, 

Quar m' alegr' el sieu vezer, 
E preira l'en pel jazer 
Un dous esguart amoros, 

45 E pel baisar bel respos. 



VI 



Bel respos mi poyra faire 
La bella vas cuy soplei, 
Si-m disses, senes cor vaire : 
« Bels amies, a vos m'autrey. )) 



LE MOINE DE MOKTAUDON 3£5 

N'y eut-il donc pas là profit (suffisant) pour un homme 

[comme moi? 
Non; car l'amour agit en usurier 

Et toujours, à mesure qu'il a plus, il réclame davan- 
tage. 



V 



Pourtant je m'abstiendrais de la solliciter, 

Si l'amour ne m'y forçait pas tant, 

Si bien que je m'éloignerais tout à fait d'elle 

Si je parvenais à oublier cet amour. 

Mais voici pourquoi je me tiens près d'elle : 

Parce que sa vue m'emplit d'allégresse; 

Aussi accepterais-je d'elle, au lieu de partager sa 

Un doux regard amoureux, [couche, 

Et au lieu de son baiser une belle réponse. 



VI 



Belle réponse pourrait me faire 
La belle devant qui je m'incline 
Si elle me disait, sans cœur changeant 
« Bel ami, à vous je m'abandonne. )) 



38^ LES TROUBADOURS CAKTALIEKS 

50 Q ue l mon non a duc ni rey, 

Ou'ieu camges per totz sos fieus 
Lo sieu ostal, s'era mieus, 
On guarda so cors novel 

54 Sobre totas beutatz bel. 



XVII — CANSO 



Ades on plus viu mais apren, 
E mais sai de mal e de be, 
E meills sai conoisser en me 
Et en autrui foldat e sen. 
Sel que ditz tôt jorn follia 
E si meteis non chastia, 
Non obra ges a dreg garan; 
E sil que-m blasmon car non chan 
Degron blasmar los lur faitz deschausitz, 
Qu'eu chantera si chantars fos grasitz. 






LE MOINE DE MOXTAUDON 387 

Car il n'y a au monde ni duc ni roi 
Pour tous les fiefs de qui j'échangeasse 
Sa demeure, si elle était mienne, 
Celle où elle garde son corps jeune 
Et beau par-dessus toutes les beautés. 

XVII — CHANSON 

Après un an de silence, je cJiante, parce que j'aime la 
plus gracieuse et la plus noble des dames, et cet 
honneur me suffit. 

I 

Plus je vis, toujours plus j'apprends, 

Et plus je sais de mal et de bien, 

Et mieux je sais reconnaître en moi 

Et en autrui la folie et la raison. 

Celui qui adresse toujours un reproche 
Et lui-même ne se corrige 

N'agit point selon une juste mesure; 

Et ceux qui me blâment de ce que je ne chante pas 
Devraient blâmer leurs actes discourtois, 
Car je chanterais si le chant était agréé. 



388 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 



II 



Qu'eu non chasti ni non repren, 
Que chascus sap consi-s capte, 
Mais gen fora c'on vis en se 
14 So que conois en l'autra gen. 

Mas ben die que pauc valria 
Chans si d'amor no movia ; 
E de mi a passât un an 
C'amors no-m tenc ni pro ni dan, 
Mas er sui gais que jois d'amor m'es guitz ; 
20 Conven qu'eu chan, c'a dreit port son eissitz. 



III 



Ou'amors m'esmenda ben e gen 
Los mais qu'eu n'ai suffertz anese, 
C'amar mi fai per bona fe 
24 La meillor e la plus plasen, 

E tal c'a en sa baillia 
Tôt quant eu voill ni queria. 
Cane natura non obret tan 



LE MOINE DE MONTAUDON 389 



II 



Car moi-même je ne coirige et ne réprimande 

[point, 
Puisque chacun sait comment il se conduit, 
Mais il serait convenable que l'on vît en soi-même 
Ce que l'on remarque chez autrui. 

Mais je dis vraiment que peu vaudrait 
Le chant si d'amour il ne procédait; 
Et quant à moi il a' passé un an 
Pendant lequel l'amour ne m'a valu ni profit ni 

[dommage, 
Mais maintenant je suis gai parce que la joie d'amour 

[me sert de guide; 
Il convient que je chante, car à bon port je suis parvenu. 



III 



En effet l'amour me répare bien et gracieusement 
Les maux que j'en ai soufferts toujours, 
Car il me fait aimer avec bonne foi 
-La meilleure et la plus plaisante, 

Et qui est telle qu'elle a en son pouvoir 

Tout ce que je veux et cherchais. 
Car jamais la nature ne travailla si bien 



390 LES TROUBADOUKS CASTALIENS 

C'altra'n fasses del sieu semblan, 
Qu'en leis es jois restauratz e norritz 
30 Qu'era aillors sordeiatz e faillitz. 



IV 



Lo cors a gai e covinen 
Entier, que ren no-i descove, 
Et beutatz no-i va ni no-i ve 
34 Anz i a fait son estamen. 

Jois e pretz e cortezia, 
Solatz senes vilania, 
Convinenz ditz e faitz presan 
Sojornon ab leis, et es tan 
De totz bos aîbs sos gens gais cors garnitz, 
40 Que totz los mais n'a loingnatz e faiditz*. 



V 



Lo cors e-1 cor e-1 pensamen 
Ai en leis, que d'als no-m sove, 
Ni ja pensar non voill de re 
44 Mas can del sieu enansamen. 



LE MOINE DE MONTAUDOK 391 

Qu'elle en fît une autre à sa ressemblance, 
Car en elle est restaurée et nourrie la joie 
Qui était ailleurs avilie et déchue. 



IV 



Son corps gai et gracieux elle l'a 
Parfait, car rien n'y messied, 
Et la beauté n'y subit point de va-et-vient 
Mais elle y a fixé son séjour. 
Joie et prix et courtoisie, 
Badinage sans grossièreté, 
Paroles bienséantes et actions estimables 
Résident en elle, et il est tellement 
Pourvu de toutes les bonnes qualités, son corps gentil 

[et gai, 
Qu'elle en a écarté et banni toutes les mauvaises. 



V 



Le corps, le cœur et la pensée 

Je les ai en elle,car d'autre chose il ne me souvient. 

Et jamais je ne veux penser à rien 

Sauf à ce qui concerne son exaltation. 



392 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Plus qu'en la mar non parria 
L'aiga, qui plus n'i metria, 
Non pareis el sieu cors presan 
Lo bens qu'eu die de leilausan. 
Pero vers es so que-1 proverbes ditz, 
50 Que bos pretz creis on plus loing es ausitz. 



VI 



Dompna, no-us prec ni non enten 
Que vos m'ametz, ni no-s cove, 
Car sitôt cresiatz merce, 
54 Paratges sai que-us mi def en ; 

Mas d'aisso-us prec si-us plasia, 
Domna, que s'ieu ren disia 
Que-us fos plasen ni benestan, 
Que de vos n'aia sol aitan, 
Mi voill onrar vostre gens cors chausitz ; 
60 Vos non er dans e-1 mieus jois n'er complitz. 

VII 

Si ja rasos no-m disia 






LE MOINE DE MONTAUDON 393 

Pas plus qu'en la mer ne paraîtrait 

» L'eau, à mesure qu'on y en mettrait davantage, 

Ne paraît en son corps précieux 
Le bien que je dis d'elle en la louant. 
Pourtant est vrai ce que le proverbe dit, 
Qu'un bon mérite s'accroît d'autant qu'il est entendu 

[plus loin- 

VI 

Dame, je ne vous prie pas et je ne désire point 
Que vous m'aimiez, et cela ne convient pas, 
Car même si vous écoutiez la pitié, 
Je sais que la naissance vous interdit à moi; 
Mais de ceci je vous prie, s'il vous plaisait, 
Dame, c'est que, si je disais rien 
Qui vous fût agréable et opportun 
Je puisse obtenir de vous seulement ceci, 
Que votre gentil cœur indulgent veuille m'en attribuer 

[l'honneur ~ 
Il ne vous en viendra point de dommage et ma joie en 

[sera parfaite, 
VII 

Si la raison déjà ne me disait 



o9't LES TROUBADOURS CAKTALIEXS 

Que de mi donz Na Maria 

Parles re que fos benestan, 

Veritatz mi fai dir d'aitan ; 
Oue-1 sieus noms es sobr'autres noms grasitz 
E-ill sieu fait son de pretz sims e raitz. 



PIECE DOUTEUSE I : CANSO 



(BERENGUIER DE PALAZOL (i)?) 



I 



Aissi corn hom que seingnor occaisona 
Ses tort, domna, quan l'a en son poder, 
E-il qier merce, e non la'n vol aver 
4 Anz lo ten tan tro que del sieu li dona : 

M'ochaisonatz quar vos platz e-us sap bo, 
E m'aves mes, domn', en vostra priso, 



(i) Ou Palaol, Palôu, Parasol: c'est Pallol, ancienne villa 
à l'ouest d'Elne, arr. de Perpignan (Chab.) — Pour l'attribution, 
v. Notes compl. 



LE MOINE DE MONTAUDON 395 

Que sur ma dame Marie 
Je dois prononcer des paroles qui soient irréprochable?, 
La vérité même me ferait dire (i) tout autant, 
Car son nom est aimé au-dessus des autres noms 
Et ses actions sont de mérite faîte et racine. 

PIECE DOUTEUSE I: CHANSON 
(Probablement de Bérenger de Palazol) 

Traitez sans rigueur votre prisonnier, qui vous aimera 
quoi que vous fassiez. 

I 

Ainsi que l'homme qu'un seigneur accuse 

Sans faute commise, dame, quand il l'a en son pouvoir,. 

Et il lui demande merci, mais il ne veut point en avoir 

[de lui 
Et au contraire il le retient jusqu'à ce qu'il lui donne 

[une part de son bien : 
De même vous m'accusez parce que cela vous plaît et 

[vous semble bon, 
Et vous m'avez mis, dame, en votre prison ; 



(i) Littéralement : me fait. La réalité est mieux affirmée par 
cet indicatif. 



396 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

7 Mas ja de me non aures rezenso, 

Qu'enanz voill que près mi tengatz, 
Domna, que si-m deslivravatz, 
E non cug c'om anc mais vis près 
1 1 Qu'esser deslivratz non volgues. 



II 



Mas saber voill, domna meiller de bona, 
E la genser c'om anc pogues vezer, 
Si m'aucires, que no-us pose mal voler; 
15 Qu'eu non o cre ni-m semblatz tan felona, 
E vos gardatz vos en de failliso. 
C'atressi faill seingner vas so baro 
18 Co-1 bars vas lui, si-11 men'outra* raso. 
E per so que vos non failliatz, 
Pois près m'avez, non m'ausiatz; 
Vailla-m ab vos ma bona fes 
22 E humilitatz e merces. 



III 



Que s'ieu fos reis, vos agratz d'aur corona, 



LE MOINE DE MOXTAUDON 397 

Mais jamais de moi vous n'aurez une rançon, 

Car je veux plutôt que vous me reteniez prisonnier, 
Dame, que si vous me délivriez, 
Et je ne crois pas qu'on ait jamais vu un prisonnier 
Qui ne voulût pas être délivré. 

II 

Mais je veux savoir, dame (( meilleure que bonne )) 
Et la plus gracieuse que l'on ait jamais pu voir, 
Si vous me tuerez, parce que je ne puis vous vouloir 

[du mal ; 
Car je ne le crois pas et vous ne me semblez pas si 

[perfide, 
Et pour vous, gardez- vous en cela de commettre une: 

[faute- 
Car tout autant pèche le seigneur envers son baron 
Que le baron envers lui, s'il le traite contrairement à la 

[raison- 
Et afin que vous ne fassiez point de faute 
Puisque vous m'avez pris, ne me tuez pas ; 
Qu'auprès de vous m'assistent ma bonne foi 
Et l'indulgence et la pitié. 

III 

Car si j'étais roi, vous auriez une couronne d'or, 



o98 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Tan vos mi fai abellir e temer 
Vostra beutatz, on ai mes mon esper, 
26 Si c'az autra mos cors no s'abandona; 
E membre vos, domna, del guizardo, 
Que lonjamen ai servit en perdo ; 
29 Mas fe que deg a mon bel compaingno, 
D'una ren mi sui acordatz : 
Consi que vos en captengatz, 
Vos amarai, vos plass' o-us pes, 
33 Mais moût volgra mais que-us plagues. 

PIECE DOUTEUSE II : SI RV ENTES 
LO MOXGE DE POICIBOT (1)?) 

I 

Gasc, pecs, latz juglars e fers, 
Dechatz* e fatz a revers, 
3 A toz mais liges e sers. 



(1) Aujourd'hui Puysibot, commune de Saint-Pierre de Frugie. 
arr. de Nontron. Gausbert avait été mis tout enfant au monastère 
de Saint-Léonard farr. de L'moges) : aussi l'appelait-on le moine 
■de P. Pour l'attribution, v. Notes compl. 






LE MOINE DE MONTAUDOX 39ÎJ 

Tant vous fait agréer et redouter par moi 

Votre beauté, en laquelle j'ai mis mon espoir 

Si bien qu'à une autre mon cœur ne se livre point ; 

Et qu'il vous souvienne, dame, de la récompense, 

Car longuement j'ai servi en pure perte. 

Mais par la foi que je dois à mon beau compagnon, 

D'une chose je suis convenu : ' 

De quelque façon que vous vous conduisiez sur ce 

[point, 

Je vous aimerai, que cela vous plaise ou vous fâche, 
Mais j'aimerais beaucoup mieux que cela vous plût. 

PIECE DOUTEUSE II : SI RV ENTES 

(Probablement de Gausbert de Puysibot) 

Recommandation plaisante en faveur du 
jongleur Gasc. 

I 

Gasc (i), stupide, vilain et grossier jongleur, 

Doué et fabriqué à l'envers, 

De toutes les méchancetés homme-lige et serf. 



(i) Comme nom commun signifie '« gascon ». Mais j'y vois le 
nom même du jongleur. 



400 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

C'uns no cre que t'en soffraigna, 
E de toz bos aips esters, 
Si tu ver dir en* sofers, 
Fellon sirventes que-m quers 
8 Aias, tal com a te taingna. 



II 



Tan pauc vais en tos affars 
Que no-t valria lauzars, 

Il Mais laidirs e folleiars, 

C'az autrui noz, te gazaingna, 
Que d'al ren non es joglars, 
Veils secs plus fels qu'us Navars, 
Comols de toz mais estars 

16 E ses tota bona maingna. 

III 

Dretz no-t daria ni plaitz 
C'aver deguesses benfaitz, 
19 C'a tota gen iest empaitz 

Cui enoia ta compaingna, 



LE MOINE DE MONTAUDO^ 401 

Car je ne crois pas qu'il t'en manque une seule, 

Et exempt de toutes les bonnes qualités, 

Si tu consens en cela à dire vrai, 

Le méchant sirventés que tu me demandes 

Reçois-le, tel qu'il te convient. 



II 



Tu vaux si peu en tes façons 

Qu'il ne te serait pas utile de louer, 

Mais outrager et injurier, 

Qui nuit à autrui, à toi profite, 

Car tu n'es jongleur en nulle autre matière, 

Vieux desséché, plus félon qu'un Navarrais, 

Comblé de toutes les mauvaises dispositions 

Et sans aucune bonne qualité. 



III 



Ni le bon droit ni ta demande ne te permettraient 
Que tu dusses recevoir des bienfaits, 
Car tu es une gêne pour tout le monde 
Que ta compagnie importune, 



40'2 LES TttOUBADOUHS CANTALIENS 

Ou'enfrus e glotz iest e laitz ; 
Mas car iest viells e defraitz 
E freols com us contraitz, 
24 Vol merces c'om si afraingna* 



IV 



Gasc, malastrucs, ab sen pec, 
Pois tan grans paubreira-t sec, 

2j Ja lo sieu no-t tenra nec, 

Sitôt d'autres s'en estraigna*, 
Lo reys, c'om no-i aconsec, 
Si trop non a forbit bec*. 
Mas a tu dara ses pec, 

32 Car iest de pauca bargaingna. 



V 



E si en ballan* t'en vas, 
Joglars caitius, dolenz, las, 
35 Mil vetz per portas iras 

Batuz e tiratz per faingna 



LE MOINE DE MONTAUDO>" 40-» 



Vu que tu es avide, glouton et laid ; 

Mais comme tu es vieux et cassé 

Et débile ainsi qu'un perclus, 

La pitié veut qu'on se laisse fléchir à ton sujet. 



IV 



Gasc, malchanceux, de sens stupide, 

Puisqu'une si grande pauvreté te poursuit, 

Certes il ne te refusera pas (i) un peu de son avoir 

Le roi, bien que là-dessus il se dérobe à d'autres, 

Car nul ne parvient à cela 

S'il n'a une langue très bien affilée, 

Mais à toi il te donnera sans faute. 

Car tu es de petit trafic (2) _ 

V 

Et si tu t'en vas en dansant, 
Jongleur chétif, dolent et las, 
Mille fois tu iras de porte en porte 
Battu et traîné dans la boue (3) : 



(1) Littéralement : ne te tiendra pas dénié (refusé) le sien. 

(2) Tu as peu de clients, tu gagnes peu. 

(3) Par la valetaille des châteaux. 



404 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

De lui mi tenc per certas 
Qe non a-1 cor fîac ni bas, 
C'un don de ton prez n'auras 
40 Ses tenson e ses mesclaingna. 



VI 



E si nuls d'els ti mou* laingna, 
En l'ostal ton segnor as 
Tos obs so pauc que viuras, 
Qu'en aost t'aten lo vas 
45 E non -er qui-t plor ni-t plaingna. 

VII 

Dels maestres te compaingna, 
Gasc, que d'els te jauziras, 
E si-1 sirventes retras 
A lor neboz, ben sabras 
50 Que non er'obra d'araingna. 



(1) Le roi. 

(2) Si quelqu'autre seigntur te reçoit mal, ne t'en inquiète'pas : tu 
as chez le roi (ton seigneur), etc. . . 

(3) Le roi et les princes ? 

(4) Fragile, éphémère et inutile. 



LE MOINE DE MONTAUDON 405 

Mais je me tiens pour certain en ce qui le concerne, 
Lui (i ) qui n'a pas le cœur lâche ni bas, 
Que tu en recevras un présent selon ton mérite 
Sans querelle ni mêlée. 



VI 



Et si quelqu'un d'entre eux te donne sujet de plainte 

En la demeure de ton seigneur tu as (2) 

Ton nécessaire pour le peu de temps que tu vivras, 

Car en août le tombeau t'attend, 

Et il n'y aura personne qui te pleure ni te plaigne. 

VII 

Mets-toi en la compagnie des maîtres (3), 

Gasc, car ainsi tu jouiras d'eux 

Et si tu récites ce sirventés 

A leurs neveux, tu sauras bien 

Que ce n'était pas œuvre d'araignée (4). 



N.-B. — Voir en tête des Notes Complémentaires l'APPEN- 
DICE AUX POESIES DU MOINE DE MONTAUDON, 
contenant trois passages, non conservés dans ses œuvres, traduits 
en latin par Barberino (14 e siècle). 



6 



Pierre de Rogiers 

(Peire Rogier) 

Chanoine de Clermont 
Moine à l'Abbaye de Grammont 

vers 1160-1180 






Huit Chansons (dont Trois « Vers ») 
Un Sirventés 

aoec la réponse de Raimbaut, comte d'Orange 



I _ CANSO 

I 

Al pareyssen de las flors, 
Quan l'albre-s cargon de fuelh, 
E-l tempz gens' ab la verdura 
Per l'erba que creys e nays : 
Doncx es a selhs bon' amors 
Qui l'an em patz, ses rancura, 
Qu'us ves l'autre non s'erguelha. 



II 



Bos drutz non deu creir' auctors 
Ni so que veiran sey huelh, 
De neguna forfaitura 
il Don sap que sa dona-1 trays ; 



N.-B. — Pour les Œuvres de Peire Rogier, je reproduis en ! 
général le texte de C. Appel dans : La Vie et les Chansons de | 
P. R., Berlin, 1882. Sur cette édition (allemande) v. Notes compl. 1 



I — CHANSON 
jamais faire de reproches, cest le secret d'être aimé 



A l'apparition des fleurs, 

Quand les arbres se chargent de feuillage, 

Et que la saison s'embellit avec la verdure 

Grâce à l'herbe qui croît et qui naît : 

Alors l'amour est bon pour ceux 

Qui l'éprouvent en paix, sans mutuel reproche, 

De façon que l'un envers l'autre n'est point hautain. 



II 



Un bon amant ne doit croire ni des témoins 
Ni ce que verront ses propres yeux, 
Concernant toute offense 
Par laquelle il apprend que sa dame le trahit; 



410 LES TROUBADOURS CAMTALIEKS 



So que ditz qu'a fait alhors, 
Creza, si tôt non lo jura, 
14 E sso que-n vi dezacuelha. 



III 



Qu'ieu vei de totz los melhors 
Que afolan lur capduelh*, 
Qu'enqueron tan lur dreytura 

18 Tro que lur dompna-s n'irays, 

E-l ris torna-ls pueys en plors; 
E-l folhs per mal' aventura 

21 Vai queren lo mal que-1 duelha. 



IV 



Qu'amors vol tais amadors 
Que sapchon sufrir erguelh 
En patz, e gran desmezura; 

25 Si tôt lor dompna-ls sostrays*, 

Paucs plagz lur en sia honors, 
Quar si-1 sap mal ni s' atura, 

28 Ylh querra tost qui l'acuelha*. 



PIERRE DE ROGIERS 411 



Ce qu'elle dit qu'elle a fait ailleurs, 
Qu'il le croie, même si elle ne le jure pas, 
Et ce qu'il a vu lui-même, qu'il le récuse. 



III 



Car je vois les meilleurs de tous 

Oui ruinent leur prestige, 

Car ils exigent si rigoureusement le respect de leur 

Qu'à la fin la dame s'en irrite, [droit 

Et le rire se change ensuite pour eux en pleurs; 

Et le fou, par maie aventure, 

Va cherchant le mal qui le fera souffrir. 



IV 



Car l'amour veut des amoureux tels 
Qu'ils sachent supporter le dédain 
Paisiblement, et aussi une grande injustice; 
Bien que leur dame les frustre, 

Qu'une plainte brève leur tienne lieu de réparation, 
Car si cela lui déplaît et qu'elle s'obstine, 
Elle cherchera vite quelqu'un qui lui réserve bon 

[accueil. 



\[î LES TROUBADOURS CANTALIENS 



V 



Per aquest sen suy ieu sors 
Et ai d'amor tan quan vuelh; 
Quar s'elha-m fay gran laidura, 

32 Quant autre-s planh, ieu m'apays. 

Si tôt ses grans ma dolors, 
Sofier tro qu'elha-m melhura 

35 Ab un plazer, quai que-s vuelha. 



VI 



Mais vuelh trenta dezonors 
Q'un'onor, si lieys mi tuelh, 
Qu'ieu suy hom d'aital natura 

39 No vuelh l'onor que-1 pro lays. 

Ni ges no-m laissa-1 paors 
Don mos cors non s'asegura : 

42 Ou'ades cug qu'autre la-m tuelha. 

VII 

De mon dan prec mos senhors, 
Mas l'amor de midons vuelh, 






PIERRE DE ROGIERS 443 



V 



Grâce à cette sagesse, je suis placé au faîte 
Et j'obtiens autant d'amour que je veux; 
Car si ma dame me fait grande vilenie. 
Tandis qu'un autre se plaint, moi je m'apaise. 
Bien que ma douleur soit grande, 
Je patiente jusqu'à ce qu'elle m'avantage 
D'une amabilité, celle qu'elle voudra. 



VI 



Je préfère trente affronts 
: A un honneur, s'il m'enlève ma dame, 
Car je suis un homme de ce caractère 
Que je ne veux pas l'honneur qui abandonne le profit. 
Et jamais ne m'abandonne la terreur 
Qui fait que mon cœur est mal assuré : 
C'est de toujours croire qu'un autre va me l'enlever. 

VII 

S'agit-il de mon dommage (i), je prie mes seigneurs, 
Mais c'est l'amour de ma dame que je veux 



(i) S'il s'agit d'un préjudice matériel à réparer. 



414 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

E que-1 prenda de mi cura, 
46 Que trop es grans mos esmays. 

Molt mi fera gen secors 
S'una vetz, ab nueg escura, 
49 Mi mezes lai o-s despuelha. 

VIII 



Peir Rogiers li quier secors, 
E si-1 mais longueitz li dura, 
52 Pauc viura, qu'ades rauguelha* 



II — VERS 



Tan no plou ni venta 
Ou'ieu de chan non cossire; 

Frej' aura dolenta 
No-m tolh chantar ni rire, 



PIERRE DE ROGIERS 415 



Et qu'elle prenne souci de moi, 

Car mon désespoir est trop grand. 

Elle me ferait un bien gracieux secours 

Si une fois, à la nuit obscure, 

Elle m'admettait là où elle se déshabille. 

VIII 

Pierre Rogier lui demande secours, 

Et si sa souffrance plus longtemps lui dure, 

Il vivra peu, car déjà il agonise (i). 

II — VERS 

Ma dame étant assurément la plus' belle, je ne me 
fâche ni de l'attente imposée, ni de sa courtoisie 
pour d'autres. 

I 

Il ne pleut ni ne vente pas assez 
Pour que je ne songe plus au chant; 

La froide bise douloureuse 
Ne m'enlève ni le chanter ni le rire. 



(l) Littéralement : il râle. 



416 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Ou'amors me capdelh' e-m te 
Mon cor en fin joy natural, 

E-m pais e-m guida e-m soste, 
Qu'ieu non suy alegres per al 
Q Ni aires no-m fai viure. 



II 



Ma dompna es manenta 
De so qu'ieu plus dezire ; 

Del donar m'es lenta, 
Ou'anc no-n fuy may jauzire. 
Ben sai que pauc l'en soue, 
E ge? no-m part joc cominal : 

Ou'ilh pensa petit de me, 
Et ieu trac per lieys mal mortal, 
18 Tal qu'a penas puesc viure. 

III 

No trop qui-m guirenta 
Xi qui m'o auze dire: 
Qu'un' autra tan genta 
22 El mon se li ni-s mire; 



PIERRE DE ROGIERS 417 



Car l'amour me gouverne, et maintient 
Mon cœur en pure joie naturelle, 

Et il me nourrit et me guide et me soutient, 
Car je ne suis joyeux par rien d'autre 

Et rien d'autre ne me fait vivre. 



II 



Ma dame est riche 
De ce que je désire le plus; 

Mais à donner elle est lente à mon gré, 
Car jamais par elle je n'ai été heureux. 
Je sais bien qu'elle a peu de souvenance, 
Et elle ne me propose pas un jeu égal : 

Car elle pense fort peu à moi, 
Tandis que moi j'endure pour elle un mal mor|eI> 
Tel qu'à peine je puis vivre. 

III 

Je ne trouve personne qui m'assure 
Ni qui m'ose dire ceci : 

Qu'une autre aussi belle 
Au monde se lace ou se mire; 



418 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Ni d'autra non s'esdeve 
Mas qu'om digua que re no val; 

Qu'elha ditz e fai tan be, 
Qu'una contra lieys no sap sal : 
27 Tal domna fai a viure*\ 



IV 



Si s'en fenhon trenta*, 
Ges per so no-m n'ahire; 
Cuy que-s vol si-s menta, 
31 Qu'a mi-s denh' escondire. 

Qu'adonc sai ieu ben e cre 
Q'us non a dompna tan cabal, 
Quan quecx la lauza per se; 
Que s'el n'avia un' aital 
36 Ben pogra ses lieys mure. 



Greu planh mal que'n senta 
Drutz, quant es bos sufrire, 



PIERRE DE ROGIERS 449 



Et d'une autre il arrive seulement 
Qu'on dise qu'elle ne vaut rien ; 

Car celle-ci parle et agit si bien 
Qu'un autre vis-à-vis d'elle est insipide (i) : 
Telle dame elle est pour vivre! 

IV 

Si trente autres se vantent de posséder la pareille, 
Je ne m'indigne point pour cela; 

Que celui qui voudra mente, à condition 
Que devant moi il consente à se rétracter. 
Car je sais parfaitement et suis convaincu 
Que nul ne possède une dame aussi parfaite, 

Au moment même où chacun la loue pour son compte; 
Car s'il en avait une pareille, 

Sans la mienne je pourrais bien vivre! (2) 

V 

Il se plaint malaisément (3) du mal qu'il peut en 
L'amant qui est un vrai patient, [ressentir 



(1) Littéralement : n'a pas goût de sel. 

(2) Elle ne serait pas un être d'exception, sans lequel je ne 
puis vivre. 

(3) C'est-à-dire : il n'airre pas à se plaindre..., il est rare qu'il 
se plaigne... ! 



420 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Qu'amors es valenta 
Seluy que n'es chausire; 
Erguelh no uol ni mante, 
Ans qui lo-lh mostra, lieys non cal, 

Que mais n'auria ab merce 
En un jorn qu'en dos ans ab mal 
45 Sel qu'ab erguelh uol viure. 



VI 



Si uns s'i prezenta 
Que-1 denh lonc se assire, 
Ges no m'espaventa, 
49 Qu'ab mi l'ai a devire, 

Que dona, quant en pretz ve, 
Deu aver fin cor e leyal ; 

E non crezatz que-s malme 
Contra son bon amie coral 
54 Als dias, qu'ay' a viure. 

VII 

E s'il fay parventa 



PIERRE DE ROGIERS 421 



Car l'Amour porte secours 
A celui qui a choisi la résignation. 
Quant à l'orgueil, il ne le tolère ni ne l'assiste, 
Mais si on lui en montre, il n'en prend nul souci, 

Si bien que par la pitié il en obtiendrait plus 
En un jour qu'en deux ans par la souffrance 
Celui qui orgueilleusement veut vivre. 



VI 



Si quelqu'un se présente là-bas 
Que ma dame daigne faire asseoir à son côté, 

Cela ne m'effraye nullement, 
Car c'est affaire à moi-même de me l'expliquer (i), 
Et une dame qui parvient à une haute valeur 
Doit avoir le cœur pur et loyal; 

Et ne croyez pas qu'elle se conduise mal 
Envers son bon ami de cœur 

Durant les jours qu'elle aura à vivre. 

VII 

Et si elle fait semblant 



(i) Par les règles de la cor.rtoisie. 



422 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Que-1 guinh ni-1 huel lor vire, 
Per so no-s guaimenta 
58 Mos cors ni-s mand' aucire, 

Que dompna fai manta re 
Per que plass'a totz per engual, 

E quasq'un eu m li cove 
Deu aculhir dins son ostal, 
63 S'ab gran bontat uol viurê. 



VIII 



Peir Rogiers per bona fe 
Tramet lo vers denant Nadal 
66 A sidons, que-1 fai viure. 



IX 



Clama li per grand merce 
Qu'aprenda-1 vers denant Xadal, 
69 S'ab joy de lui vol viure. 



PIERRE DE ROGIERS i23 



De guigner et tourner l'œil vers eux, 

Mon cœur ne se lamente point pour si peu 
Et ne s'ordonne point le suicide, 
Car une dame fait mainte chose 
Pour qu'elle plaise à tous également, 

Et selon qu'il convient à chacun 
Elle doit l'accueillir dans sa maison 

Si elle veut vivre avec grande bonté. 



VIII 

Pierre Rogier en marque de bonne foi 
Envoie ce (( vers )) avant Noël (2) 
A sa dame qui le fait vivre. 



IX 



Il la supplie par grande pitié 
D'apprendre ce (( vers )) avant Noël, 

Si en lui donnant joie elle veut vivre. 



(2) Sans doute comrm cadeau à l'occasion de cette fête. 



424 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



III — CANSO (SONET) 



Per far esbaudir mos vezis, 
Oue-s fan irat quar ieu no chan, 
No mudarai deserenan 

Qu'ieu no despley 
Un so novelh, que-ls esbaudey; 
6 E chant mais per mon Tort-n'avetz, 

Quar trop dechai 

Tôt quan vey sai, 
Mas lai ab lieys creys joys e pretz, 
Per que-1 sieus conortz* m'es plus bos 
1 1 Que tôt quan vey far entre nos. 



II 



De midons ai lo guap e-1 ris, 



PIERRE DE ROGIERS 425 



III — CHANSON (SONNET) 

Sa vue doit me suffire : je suis l'amoureux le moins 
exigeant et le plus joyeux. 

I 

Pour faire réjouir mes voisins, 

Qui s'attristent de ce que je ne chante pas, 

Je ne ferai pas autrement désormais 

Que de déployer ( i ) 
Un (( son )) (mélodie) nouveau, qui les réjouisse; 
Et si je chante encore pour mon (( Vous-en-avez- 

C'est parce que trop déchoit [Tort »(2), 

Tout ce que je vois par ici, 
Mais là-bas avec elles croissent joie et valeur, 
Aussi sa joyeuse assurance est-elle meilleure à mes 
Que tout ce que je vois faire parmi nous. [yeux 

II 

Je jouis de l'esprit et du rire de ma dame, 



(i) C'est-à-dire : Je ne tarderai pas davantage à déployer, etc. 

(2) Cette chanson, qui est la première où soit expressément 
mentionnée Ermengarde de Narbonne (voir plus loin les chan- 
sons IV, V, VI et plus haut la note de la Biographie), avait donc 
été précédée par d'autres. 



•426 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

E suy fols si plus li deman, 
Ans dey aver gran joy d'aitan ; 

A dieu m'autrey : 
Non ai donc pro, quar sol la vey 1 ? 
17 Del vezer suy ieu bautz e letz ; 

Plus no m'eschai, 

Que ben o say, 
Mas d'aitan n'ai ieu joy e prêts, 
E m'en fauc ricautz a sazos 
22 A guiza de paubr' ergulhos. 



III 



De totz drutz suy ieu lo plus fis, 
Qu'a midons no die re ni man 
Ni-1 quier gen fait ni bel semblan. 

Cum qu'ilh m'estey, 
Sos drutz suy et ab lieys dompney, 
28 Totz celatz e cubertz e quetz : 

Qu'ilh no sap lay 

Lo ben que-m fai 
Ni cum ai per lieys joy e pretz, 



PIERRE DE ROGIEltS 



Et je suis fou si je lui demande davantage, 

Mais je dois avoir grande joie rien qu'avec cela; 

Je me recommande à Dieu (i) : 
N'ai-je donc pas assez, seulement de la voir? — 
Certes sa vue me rend allègre et joyeux ; 

Il ne m'échoit pas davantage, 

Et je le sais parfaitement, 
Mais de cela même je retire joie et valeur, 
Et je m'en montre tout fier par moments 
A la façon d'un pauvre glorieux. 






III 



De tous les amoureux je suis le plus accompli, 

Car à ma dame je ne dis ni ne commande rien 

Et je ne lui demande ni gracieux acte ni bel accueil. 

Quelle qu'elle soit pour moi, 
Je suis son ami et je lui fais service, 
Tout caché, discret et silencieux : 

Car elle ne sait pas là-bas 

Le bien qu'elle me fait 
Ni comment j'obtiens par elle joie et valeur, 



(i) Dieu me garde de la folie de vouloir plus. 



88 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



33 



Ni- tanh que ja-1 sapcha envios 
Qu'ieu suy sai sos drutz en rescos. 



IV 



Ane ieu ni autre no-lh o dis, 

Ni elha non saup mon talan, 

Mas a celât Tarn atretan 

— Fe qu'ieu li dey — 

Cum s'agues fait son drut de mey : 
39 Re no-m quai, que ja l'am eissetz*. 

Doncs amarai 
So qu'ieu non ai? — ■ 

Oc, qu'eyssamen n'ay joy e pretz 

E son alegres e joyos, 
44 Quant res non es, cum si vers fos. 



V 



Per s'amor viu, e se'n moris, 
Qu'om disses qu'ieu fos mortz aman, 
Fait m'agr' amors honor tan gran 

Qu'ieu say e crey 
Qu'anc a nulh drut major non fey. 



PIEKHK DE KOGIEHS 429 



Et il ne convient point que jamais un envieux sache 
Que je suis ici son amoureux en cachette. 



IV 



Jamais moi ni un autre ne lui avons dit cela 
Ni elle n'a su mon inclination, 
Mais en secret je l'aime tout autant 

— Par la foi que je lui dois — 
Que si elle avait fait de moi son amant : 
Il ne me soucie de rien, sauf désormais de l'aimer. 

Donc j'aimerai 

Ce que je ne possède pas? 
Oui, car j'en ai pareillement joie et valeur 
Et je suis aussi allègre et joyeux 

Alors qu'il n'y a (( rien » entre nous, que si c'était 

[(( véritable ». 
V 

Par son amour je vis, et si j'en mourais, 

Et que l'on dît que j'étais mort en aimant, 

L'amour m'aurait fait un honneur si grand 

Que je sais et crois 
Que jamais il n'en fit un plus grand à nul amant. 



430 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

50 Vos jutgatz, dompna, e destrenhetz* ! 

Car s'ieu m'esmay 
E si maltray 
Nn muer per vos, joys m'es e pretz : 
De vos m'es totz mais bes, dans pros, 
55 Foldatz sens, tortz dregz e razos. 



VI 



Jeu mai que mai*, 
Ma donn', ieu sai 

Que vos mi donatz joy c pretz; 

E vuelh mais morir ad estros* 
60 Ja-1 sapcha negus hom mas vos. 



VII 



Bastart, tu vay 
E porta-m lay 
Mon sonet a mon Tort-n'avetz ; 



PIERRE DE ROGIERS 



431 



Jugez vous-même, dame, et décidez ! 

Car si je me désole 

Et si je souffre 
Et meurs pour vous, c'est pour moi joie et valeur : 
Venant de vous, tout mal m'est bien, tout dommage 

[profit, 
Toute folie sagesse, tout tort droit et justice. 

VI 

Moi tout particulièrement, 
Dame, oui moi je sais 
>ue vous me donnez joie et valeur; 
\t je veux plutôt mourir à l'instant 
Que si nul être humain le savait sauf vous. 



— Bâtard (i), toi va 
Et porte-moi là-bas 
Mon (( sonnet )) (chant) à mon (( Vous-en-avez 

[Tort )) (2) ; 



(1) C'est sans doute le jongleur qui est au service de Pierre 
fier. 

(2) Ce surnom désigne Ermengarde de Narbonne. Sur son 
sens, voir plus loin la note au vers 60 de la pièce VI. 



W2 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

E di-m a n'Aimeric lo tos 
65 Membre-lh dont es e sia pros! 



IV — VERS 



(( Non sai don chant, e chantars plagra-m fort, 
Si saubes don, mas de re no-m sent be, 
Et es greus chans, quant hom no sap de que. 
— Mas adoncx par qu'om a natural sen, 
Quan sap son dan ab gen passar suffrir, 
Ouar no-s deu hom per ben trop esjauzir, 
Ni ja per mal hom trop no-s desesper. 



II 



Mas tôt quant es s'aclina vas la mort 






PIERRE DE ROGIERS 433 



Et dis-moi à sire Aimeric le Jeune (i) 
Qu'il lui souvienne de quel sang il est et qu'il soit 

[preux! 

IV — VERS (dialogué) 

Qu'un autre se décourage : moi je chante et f espère 

en Elle! 

I 

(( Je ne sais sur quoi chanter, et chanter me plairait fort, 
Si je savais sur quoi, mais je ne me sens aise de rien, 
Et le chant est difficile quand on ne sait pas sur quoi 

[chanter. 

— Oui (2), mais il paraît justement qu'on a de la 

[sagesse naturelle 
Quand on sait supporter son dommage en se résignant 

[doucement, 
Car l'on ne doit pas trop se réjouir du bien, 
Et que jamais non plus on ne désespère trop à cause 

[du mal ! 
II 

— Mais tout ce qui existe s'incline devant la mort : 



(1) Neveu d'Ermengarde (fils de sa sœur consanguine Ermes- 
sinde et de Don Manrique de Lara, puissant seigneur Castillan), 
choisi par elle pour lui succéder. Mais il mourut en 1177. 

(2) P. Rogier répond à l'interlocuteur imaginaire — et décou- 
ragé — qui a prononcé les premiers vers. 



43-i LES TROUBADOURS CANTALIEKS 

Que prezas tu tôt quan fas! Ieu nore ! 
10 — Mas so ditz hom, qu'avols es qui-s recre; 

Per qu'om deu far tan gen contenemen 

Que no-1 puesc' hom mal dir ni escarnir; 

Per so die ieu que no-s deu hom giquir 
14 Aissi del tôt, qui-1 segle vol tener : 



I J I 



Fort estai be qu'om chant e que-s déport 

— Oc, quan n'es luecx ni temps que s'esdeve. 
17 — E quoras donex? Vols o dir ges per me? 

— Sapchas qu'ieu hoc, quar us grans dois m'en 

[pren, 
Quar ditz totz jorns que rir vols e bordir : 
Toi te d'aisso, ja t'er tost a morir. 
21 — E laissarai per so mon joy auer? 



IV 



Si joy non ai, don aurai donex confort? 



PIERRE DE ROOIERS 435 



A combien estimes-tu tout ce que tu fais? Moi, à néant! 
— Oui, mais l'on dit que celui-là est lâche qui se 

[décourage; 
Aussi l'homme doit faire si belle contenance 
Qu'on ne le puisse ni blâmer ni railler, 
Et c'est pourquoi je dis que l'on ne doit pas renoncer 
Ainsi absolument, si l'on veut vivre de la vie du monde: 



III 



Il est fort bien qu'on chante et qu'on se divertisse. 

— Oui, quand c'est le lieu et le moment que cela se 

k [fasse. 

Et quand donc? Peut-être veux-tu dire cela pour 
[moi! 
Sache que oui, car une grande affliction me prend 
Parce que tu dis tous les jours que tu veux rire et 

[t'amuser : 
Abstiens-t'en, car bientôt il te faudra mourir. 

— Et renoncerai-je pour cela à avoir de la joie? 

IV 

Si je n'ai pas de joie, d'où aurai-je donc réconfort? 



436 



LES TK0UBAD0U1ÎS CANTALIENS 



— E quai joi quiersf — De leys cuy clam merce. 
24 — Folhs yest. — Per que? — Per dieu, tre- 

[balhas te, 
Ni per aquo... — Fai doncx! — mas per nien 
T'en entremetz. — Tu que saps? — Aug lo dir. 

— Saps tu que? — Fai ! — Laissa me tôt guérir. 
28 — Ieu? voluntiers, e fai tôt ton plazer. 



— Tost venra temps que conostra son tort. 

— Aqui t'aten. — Si fatz ieu per ma fe. 
31 — Fas ton talan, mas ieu non cug ni cre 

Tan quan viuras n'ayas nulh jauzimen. 

— Non dis per als, mas quar m'en vols partir. 

— Ieu hoc, per so quar no t'en vey jauzir. 
35 — E ja saps tu qu'aïs non ai en poder: 



PIERRE DE ROGIERS 437 



— Et quelle joie cherches-tu? — Celle que donne la 

[dame à qui je crie pitié. 

— Tu es fou? — Pourquoi? — Par Dieu, tu te tour- 

[mentes 
Et tu n'en seras pas plus... — Parle donc! — mais 

[pour rien 
Tu t'y efforces. — Qu'en sais-tu? — Je l'entends dire. 

— Sais-tu ce que je te demande? — Parle. — Laisse- 

[moi guérir tout à fait. 

— Moi? volontiers, et fais tout ce qui te plaira. 

V 

— Bientôt viendra le moment où elle connaîtra son 

[tort. 

— C'est là que je t'attends. — J'en fais autant par 

[ma foi. 

— Fais ce que tu désires, mais je n'imagine ni ne 

[crois pas 
Que, tant que tu vivras, tu en aies aucune joie. 

— Tu ne le dis que parce que tu veux me détacher 

[d'elle. 
— - Moi, oui! parce que je ne t'en vois pas avoir de 

[jouissance. 

— Et pourtant tu sais bien que je ne puis rien faire 

[d'autre : 



438 LES TROCBADOl'RS C'AKIALIENS 



VI 



Mos cors no-m ditz qu'ieu ab autra m'acort. 

— Quar ben as dreg, pel gran ben que t'en ve. 
38 El'o fara. — E quoras? — Er desse*. 

— Ben estara si vers es, mas si-t men, 
Tu que'n faras? — Am mai lo sieu mentir 
Qu'autra vertat. — Mal hi saubist cauzir, 

42 Qu'ieu non pretz ren mesorgua contra ver. 



VII 



— Per s'amor viu, e s'amors m'a estort 
De la preizon, e s'amors m'a mes fre, 

45 Que no-m eslays vas autra, si-m rete! 
E per s'amor ai tôt mon cor jauzen, 
E-m part d'enueg, e-m platz quan puesc servir, 
E valon mais de lieys li lonc dezir 

49 Que s'avia d'autra tôt mon voler. )) 



PIERRE DE ROGIERS 



439 



VI 

Mon cœur ne me permet pas de m'accorder avec une 

[autre dame. 

— Certes tu as bien raison, vu le grand bien qui t'en 

[arrive. 

— Elle fera mon bonheur. — Et quand? — Ce sera 

[tout de suite. 

— Ce Fera parfait, si c'est vrai, mais si elle te ment, 
'oi, que feras-tu? — J'aime mieux le mensonge de sa 

[bouche 

Que la vérité dite par une autre. — Tu as bien mal 

[su choisir, 
"ar j'estime le mensonge pour rien, comparé à la vérité ! 

VII 

*ar son amour je vis, son amour m'a arraché 
De la prison, son amour m'a imposé un frein 
'empêchant de m'élancer vers une autre, tant il me 

[captive! 
^t par son amour j'ai tout mon cœur joyeux, 
Et je m'éloigne du chagrin, et il me plaît de pouvoir 

[être serf, 

<A plus de valeur avec elle ont les longs désirs 
Que si j'avais d'une autre tout ce que je veux. )) 



440 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



VIII 



Lo vers tramet e vuelh que si prezen 
Mon Tort-n'avez, si-1 play que-1 denh auzir, 
Que toz lo mons li deuri' obezir, 
53 Quar mai que tôt vol bon pretz mantener. 



IX 



E si dons Santz m'a fag descauzimen, 
Mieus es lo dans et er lo-m a sofrir, 
Et el no-s poc de plus envilanir, 
57 E per vilan lo deu hom ben tener. 



V — CANSO 



Tant ai mon cor en joy assis 






PIERRE DE ROGIERS 444 



VIII 

Je transmets mon (( vers )) et je veux qu'il se présente 
A mon (( Vous-en-avez-Tort )), s'il lui plaît qu'elle 

[daigne l'entendre, 
Car le monde entier devrait lui obéir 
Puisque par-dessus tout elle veut soutenir le bon mérite. 

IX 

Et si (( don Sanche )) (i) m'a fait injure, 
Le dommage est pour moi et il m'appartiendra de le 
Et il ne put davantage s'avilir [subir, 

Et pour vilain on doit bien le tenir. 

V — CHANSON (en partie dialoguée) 
Eloge de la Joie d'Amour. 
I 
J'ai si bien établi mon cœur dans la joie 



(i) Quel est ce personnage, et que signifie cette allusion? On 
ne l'a pas encore expliquée. Si j'ai bien traduit par « don Sanche », 
on peut supposer qu'il s'agit d'un des Castillans qui ont sans doute 
accompagné à Narbonne le neveu d'Ermengarde, Aymeri le Jeune. 



442 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

Per que no puesc mudar no'n chan, 
3 Que joys m'a noirit pauc e gran 

E ses luy non séria res ; 

Qu'assatz vey que tôt l'als qu'on fay 

Abaiss'e sordey' e dechai, 
7 Mas so qu'amors e joys soste. 



II 



Lo segles es aissi devis 

Que perdut es quant l'avol fan, 

io Mas ab los pros vay pretz enan ; 

Et amors ten s'ab los cortes, 
E d'aqui son drut cuend' e guay, 
Perque-s te joys que tost non chai, 

14 Qu'estiers d'els mais hom no-1 mante. 



III 



Si-1 joys d'amor no fos tan fis, 
Ta non agra durât aitan; 
17 Mas no y-a d'ira tan ni quan, 

Que-1 dans n'es pros e-1 mais n'es bes 
E sojorns, qui plus mal en tray; 



pierre ru-: ROGIERS 443 



Que je ne puis faire autrement que de chanter sur elle, 

Car la joie m'a nourri petit et grand 

Et sans elle je ne serais rien ; 

Car je vois assez que tout ce qu'on fait d'autre 

Décline et empire et déchoit, 

Sauf ce que l'amour et la joie soutiennent. 



II 



Le monde est ainsi partagé 

Que tout ce que les mauvais font est inutile, 

Mais avec les bons la valeur s'avance; 

Et l'amour se tient avec les courtois, 

Et de ce côté sont les amants gracieux et gais 

Par qui la joie subsiste sans tomber bien vite, 

Car en dehors d'eux aucun autre ne la maintient plus. 



III 



Si la joie d'amour n'était aussi parfaite, 

Elle n'aurait jamais autant duré; 

Mais il n'y a en elle pas la moindre tristesse, 

Car par elle le dommage est profit, le mal est bien, 

Et c'est plaisir de souffrir pour elle le plus grand mal; 



444 



LES TKOIBADOURS CANTALIENS 



21 



Demandatz cum ! qu'ie-us o diray 
Ouar après n'aten hom merce. 



IV 



Pauc pren d'amor qui no sofris 
L'erguelh e-1 mal e-1 tort e-1 dan, 

24 Qu'aissi o fan silh que re n'an ; 

Guerra-m sembla — qu'amors non ges 
Quan son li mal e sai e lai, 
E non ai dreg el fieu qu'ieu ay 

28 S'al senhor don mou mais en ve. 



(( Amors ditz ver e escarnis, 

E dona pauza e gran afan, 

31 E franc cor après mal talan ; 

Huey fai que platz, deman que pes. 

— E doncx que'n diretz qu'aissi vay? 



PIERRE DE ROGIERS 445 



Demandez-moi comment! et je vous le dirai : 
C'est qu'à la fin on en attend miséricorde. 

IV 

Il prend petite part d'amour celui qui ne supporterait 

[pas 
Le dédain, la souffrance, l'injustice et le dommage, 
Car ainsi font ceux qui n'en ont aucune parcelle ; 
Cela me semble une guerre — car ce n'est point de 

[l'amour — 
Quand les maux sont causés de part et d'autre, 
Et je n'ai aucun droit sur le fief que j'occupe 
Si au seigneur dont je relève il en vient du préjudice. 

V 

(( L'Amour dit vrai et il trompe, 
Il donne repos et aussi grand tourment, 
Et cœur bienveillant après mauvaise intention (i) ; 
Aujourd'hui il fait ce qui nous plaît, demain ce qui 

[nous fâche. 
— Et qu'en direz-vous donc (2) puisqu'il se comporte 

[ainsi? 



(1) Allusion à la dame, tantôt mal disposée, tantôt plus 
S affable ». 

(2) Un interlocuteur imaginaire interrompt P. Rogier et un 
dialogue s'engage. 



446 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

— Que costa? que tôt torn' en jay, 
35 Pueys après no y-a re mas be. 



VI 



Membra-m aras d'un mot qu'ieu dis. 

— E quai 1 ? — Xon vuelh qu'om lo-m deman. 
38 — No l'auzirem doncx? — Non onguan ; 

No-us er digz ni sabretz quais es. 
— ■ No m'en qal, qu'atressi-m viuray. 

— Si-us vivetz o-us moretz, so say, 
42 No costa re midons ni me. )) 

VII 

Mon Tort-n'avetz, en Narbones, 
Man salutz, si tôt luenh s'estai, 
E sapcha qu'em breu la veyray, 
46 Si trop grans afars no-m rete. 

VIII 

Lo senher, que fetz tôt quant es, 



PIERRE DE ROGIERS 447 

— Que m'importe? car tout tourne à la joie, 
Puis à la fin il n'y a plus rien que du bien. 

VI 

Tl me souvient à présent d'un mot que je dis naguère 

(i). 

— Et lequel? — Je ne veux pas qu'on me le demande. 
Nous ne l'entendrons donc pas! — Non, pas de cette 

[année; 

. Il ne vous sera pas dit et vous ne saurez pas quel il est. 

- — Je ne m'en soucie pas, car je vivrai tout de même. 

— Que vous viviez ou mouriez, ce que je sais, 

C'est qu'il n'importe en rien à ma dame ni à moi. » 

VII 

A mon (( Vous-en-avez-Tort », en Narbonnaise, 
J'envoie mes salutations, bien qu'au loin elle se trouve, 
Et qu'elle sache que je la verrai sous peu, 
Si trop grande occupation ne me retient pas. 

VIII 

Que le seigneur qui fit tout ce qui est 



(i) Pierre Rogier fait sans doute ici un ingénieux rappel d'une 
chanson antérieure composée par lui sur le même thème. 



448 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Sâlv e guart son cors cumsi-s fay*, 
Qu'ilh mante pretz e joy veray 
50 Quan tôt' autra gens s'en recre. 

VI — VERS 



Ges non puesc en bon vers fallir 
A l'hora que* de midons chan ; 
Cossi poiri' ieu ren mal dirf 
Qu'om non es tan mal essenhatz, 
Si pari' ab lieys un mot o dos, 
Que totz vilas non torn cortes ; 
Per que sapchatz be que vers es 
Que-1 ben qu'ieu die tôt ai de liey. 



II 



De ren als no pes ni cossi r 
Ni ai dezirier ni talan 
1 1 Mas de lieys, que-1 pogues servir 



PIERRE DE ROGIERS 449 



Sauve et garde son corps comme il convient, 
Car elle protège le mérite et la joie vraie 
Alors que tous les autres gens s'en lassent. 

VI — VERS (en partie dialogué) 

A son service je supporterai tout. — Exhortations 
d'un confident. 



Je ne puis point me tromper en un bon (( vers )) 

Du moment que je chante au sujet de ma dame; 

Comment pourrais-je rien dire de mal? 

Car personne n'est si mal appris, 

S'il échange avec elle une parole ou deux, 

Que, même tout grossier, il ne devienne courtois; 

C'est pourquoi sachez bien qu'il est vrai 

Que ce que je dis de bien je le tiens tout d'elle. 

II 

Je ne pense et ne songe à r'en d'autre 
Et je n'ai nul autre désir ni envie 

Que de savoir, à son sujet, comment je pourrais la 

[servir 



i.y> LES TROUBADOURS CAVTALIENS 

E far tôt quant l'es bon ni-1 platz ; 
Qu'ieu non cre qu'ieu anc per als fos 
Mas per l'eys far so que-1 plagues, 
Que be say qu'onors m'es e bes 
16 Tôt quan fas per amor de liey. 



III 



Ben puesc los autres escarnir, 
Qu'aissi-m suy sauputz trair' enan 

19 Que'l mielhs del mon saupi chauzir 

Ieu o die e sai qu'es vertatz. 
Ben leu manz n'i aura gelos 
Que diran : menz e non es res ; 
No m'en cal ni d'aco no m'es, 

24 Qu'ieu say ben cossi es de liey. 

IV 

Greus m'es lo maltragz* a sufrir 
E-l dolors, qu'ay de lieys tan gran, 
27 Don lo cors no-m pot revenir! 

Pero no-m platz autr' amistatz, 
. Ni mais jois no m'es dous ni bos, 
Ni no vuelh que-m sia promes, 



PIERRE DE ROGIERS 451 



Et faire tout ce qui lui est agréable et lui plaît; 
Car je ne crois point que j'aie jamais existé pour une 
Que pour faire ce qui lui plairait, [autre fin 

Car je sais bien que pour moi est un honneur et un 
Tout ce que je fais pour l'amour d'elle. [avantage 

Je puis bien railler les autres, 

Car j'ai si bien su prendre l'avance 

Que j'ai su choisir ce qu'il y a de mieux au monde : 

Je le dis et je sais que c'est la vérité. 

Peut-être y aura-t-il maints jaloux 

Qui diront : tu mens et ta dame n'est rien ; 

Il ne m'en chaut et cela me laisse indifférent, 

Car je sais bien comme il en va d'elle. 



IV 



Il m'est rude à supporter le tourment 

Et rude la douleur, que par elle je ressens si grande, 

Et dont mon cœur ne peut se remettre ! 

Pourtant une autre amitié ne me plaît point, 

Une autre joie non plus ne m'est douce ni bonne, 

Et je ne veux point qu'elle me soit promise, 



452 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Que, s'ieu n'avia cent conques, 
32 Ren no-ls pretz, mais aquel de liey. 



Bona dompna, soven sospir 
E trac gran pena e gran afan 

35 Per uos, cuy am moût e dezir. 

E car no-us vey, non es mos graz, 
E, si be m'estau luenh de vos, 
Lo cor e-1 sen vos ai trames, 
Si qu'aissi no suy on tu-m ves. 

40 [Mas de liey*.] 



VI 



« Ailas! — Que plangz? — Ja tem morir. 

— Que as? — Am. — E trop? — Ieu hoc, tan 
Que'n muer. — Mors? — Oc. — Non potz guérir î 

— Ieu no. — E cum? — Tan suy iratz. 



PIERRE DE ROGIERS 453 



Car, en eussé-je conquis cent, 

Je ne les apprécie aucunement,sauf celle qui vient d'elle. 



V 



Bonne dame, souvent je soupire 

Et j'endure grande peine et grand chagrin 

Pour vous que j'aime et désire fort. 

De ne pas vous voir, ce n'est guère à mon gré, 

Et, bien que je me trouve loin de vous, 

Je vous ai envoyé mon cœur et ma pensée, 

Si bien que je ne suis pas ici où tu me vois 

[Mais là-bas auprès d'elle.~\ 

VI 

(( Hélas (i) ! — Pourquoi te plains-tu! — J'ai peur de 

[mourir. 

— Qu'as-tu donc? — J'aime. — Et trop? — Moi, 

[oui, tellement 
Que j'en meurs. — Tu meurs? — Oui. — Tu ne peux 

[guérir? 

— Moi, non. — Et comment? — Tant je suis chagrin. 



(i) P. Rogier feint qu'un autre, déjà nommé deux vers plus 
haut, entend ses plaintes et lui répond. 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



— De que? — De lieys, don sui aissos. 

— Sofre. — No-m val. — Clama-1 merces*. 
Si-m fatz. — No-y as pro? — Pauc. — No-t pes, 

48 Si'n tras mal. — No? — Qu'o fas de liey. 



VII 



— Cosselh n'ai. — Quai? — Vuelh m'en partir. 

— No far? — Si faray. — Ouers ton dan. 
51 — Que'n puesc als? — Vols t'en ben iauzir? 

— Oc moût. — Crei mi. — Era diguatz. 

— Sias humils, francs, larcx e pros. 

— Si-m fai mal? — Sufr'en patz. — Suy près? 

— Tu oc, s'amar vols; mas si-m cres, 
56 Aissi-t poiras iauzir de liey. » 



VIII 



Mon Tort-n'avetz mant, s'a lieys platz, 



PIERRE DE ROGIERS 455 



— A quel sujet? — A cause d'elle, par qui je suis 

[soucieux. 

— Patiente. — Cela ne me sert point. — Crie-lui : 

[Pitié! 
Ainsi fais-je. — N'y as-tu pas profit? — Peu. — Que 

[cela ne te chagrine pas, 
Si tu en souffres. — Non? — Car tu le fais de sa part 

[à elle. 
VII 

— J'ai un projet. — Lequel? - — Je veux m'en séparer. 

— Ne le fais pas! — Je le ferai. — Tu cherches ta 

[ruine. 

— Que puis-je d'autre? — Veux-tu jouir d'elle plei- 

nement? 

— Oui certes ! — Crois-moi. — Dis tout de suite. 

— Sois humble, franc, généreux et vaillant. 

— Si elle me fait du mal? — Supporte-le paisible- 

[ment. — Je suis donc un prisonnier? 

— Toi, oui, puisque tu veux aimer; mais si tu me crois 

[crois 
De cette manière tu pourras jouir d'elle. )) 

VIII 
A mon (( Vous-en-avez-Tort )), je fais savoir, si cela 

[lui plaît, 



456 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



Ou'aprenda lo vers, s'il es bos; 
E puois vuelh que sia trames 
Mon Dreit-n'avetz* lai en Saves : 
61 Dieus salv e gart lo cors de liey. 

VII — VERS 

I 

Entr' ir' e joy m'an si devis 
Qu'ira'm tolh manjar e dormir, 

3 E joys mi fai rir' e bordir; 

Mas l'ira-m pass' al bon conort, 
E'1 joys renia, don suy jauzens 

6 Per un' amor qu'ieu am e vuelh. 



II 



(( Dompn'ay*. — Non ay. — Ja'n suy ieu fis ! 
— No suy, quar no m'en puesc jauzir. 



(i) Petit pays de France, arrosé par la Save (aujourd'hui Gers 
et Haute-Garonne) : la ville principale, l'Isle-Jourdain (chef-lieu 
de canton, Gers) était le siège d'une importante seigneurie. Je 
propose de voir dans « Vous-en-avez-Raison » la châtelaine de 
l'Isle-en-Jourdain. 



PIERRE DE ROGIERS 457 



Qu'elle apprenne ce (( vers )), s'il lui paraît bon, 
Et puis je veux qu'il soit transmis 
A mon (( Vous-en-avez-Raison », là-bas, en Savez (i) 
Que Dieu sauve et garde son corps à elle. 

VII — VERS (en partie dialogué) 

7'ristesse et Joie en moi se contredisent. — Mais le mal 
compte pour rien quand on a l'amitié d'une dame 
aussi merveilleusement belle. 

I 

A elles deux la tristesse et la joie se sont partagé ma 

[personne 
De telle façon que la tristesse m'enlève le manger et le 

[dormir, 
Et la joie me fait rire et sauter; 
Mais la tristesse en moi fait place au bon réconfort, 
Et la joie demeure, celle dont je suis pourvu 
Grâce à un amour que j'aime et que je veux. )) 

II 

(( J'ai une dame (2). — Je ne l'ai point. — Désormais 

[j'en suis sûr î 
— Je ne le suis pas, car je ne puis jouir d'elle. 






'2) P. Rogier engage ici un dialogue avec lui-même. 



458 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



12 



— Tôt m'en jauzirai, quan que tir. 

— Oc, ben leu, mas sempre n'a tort. 

— Tort n'a? Qu'ai dig! Boca, tu mens 
E dis contra midons erguelh. 



III 



15 



18 



Bona dompna, per que m'aucis? 

— Ara-m podetz auzir mentir, 
Que re no-m fai per que m'azir. 

— Non re, si m'a per pauc tôt mort! 

— Ben suy folhs e fatz es mos sens, 
Quar ja die so per que la-m tuelh. 



IV 



21 



Molt am selieys que m'a conquis. 

— Et elha me? — Oc, so l'au dir. 

— Creirai son dig senes plevir? 



PIERRE DE ROGIERS Î59 



— J'en jouirai tout à fait, si longtemps qu'elle retarde. 

— Oui, peut-être, mais elle ne cesse d'être dans son 

[tort (jj. 

— Elle a tort! Qu'ai-je dit! Bouche, tu mens 
Et prononces un outrage contre ma dame. 






III 



Bonne dame, pourquoi me détruis-tu ! 

— A l'instant vous pouvez m'entendre mentir, 

Car elle ne me fait rien qui mérite que je me fâche. 
— ■ N'est-ce rien, si elle m'a presque entièrement tué? 

— Je suis bien fou et mon jugement est vain, 

Car je viens de dire une parole par laquelle je me 

[l'enlève. 

IV 

J'aime fort celle qui m'a conquis. 

— Et elle, m'aime-t-elle J ? — Oui, je le lui entends dire. 

— Croirai-je sa parole sans garantie? 



(i) Littéralement : elle en a toujours tort. Entendez : elle a 
tort de m'infliger cette continuelle attente. — C'est aussi proba- 
blement une allusion au surnom « Vous-en-avez-Tort » et la 
pièce est par suite adressée à Ermengarde (Appel). 



1<)0 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

— Oc ben, ab sol que-1 fagz s'acort, 
E m'atenda totz sos* covens 
24 E qu'ieu n'aya plus qu'ieu no suelh. )) 



Per lieys aie ieu joy, joc e ris 

Mas* ara'n planh, plor e sospir, 
27 E-l mais, que m'es greus a sufrir, 

Torna m' a doble en déport; 

Pauc pretz lo mal que-1 bes o vens, 
30 Que plus m'en ri que no m'en duelh. 



VI 



De luenh li suy propdas vezis, 
Qu'amicx non pot nulhs hom partir 
Si-1 cor se volon cossentir. 
Tôt m'es bon quant hom m'en aport; 
Mais am, quan cor de lai lo vens, 
36 Que d'autra si près si m'acuelh. 



ôô 



VII 
Ja no dira hom qu'anc la vis 



PIERRE Di; ROGIERS 4G1 



— Oui, certes, pourvu que la conduite s'y accorde. 

Et qu'elle observe toutes ses promesses 

Et que j'obtienne d'elle plus que je n'ai coutume. )) 



V 



Par elle j'ai eu déjà joie, jeu et rire 

Si maintenant par elle je me lamente, pleure et soupire, 

Et le mal, qui m'est pénible à supporter, 

M'est rendu au double en divertissement; 

Je fais donc peu de cas du mal car le bien le surpasse, 

Et je m'en ris ensuite plus que d'abord je n'en souffre. 



VI 



De loin je suis pour elle un voisin tout proche, 

Car nul ne peut séparer des amis 

Si leurs cœurs veulent s'accorder. 

Toute nouvelle qu'on m'en apporte m'est agréable; 

Je suis plus heureux, quand le vent arrive de là-bas, 

Que si une autre m'accueille près d'elle. 

VII 

Jamais homme qui l'aura vue une fois ne dira 



462 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



39 



42 



Que tan belha'n pogues chauzir, 
Qu'om no la ve que no s'i mir, 
E sa beutatz resplan tan fort 
Nuegz n'esdeve jorn clars e gens 
A selh que l'esgard' ab dreyt Jiuelh. 



VIII 



45 



Lo vers vuelh qu'om midons me port, 

E que-1 sia conortamens 

Tro que-ns esguardem de dreyt huelli. 



VIII — SIRVENTES 



Senh' en Raymbaut, per vezer 
De yos lo conort e-1 solatz 
Suy sai vengutz tost e viatz, 



PIERRE DE ROGIERS 463 



Qu'il pourrait en choisir une aussi belle, 

Car nul ne la voit sans se mirer en elle (i), 

Et sa beauté resplendit si fort 

Que la nuit se transforme en jour clair et joli 

Pour celui qui la regarde les yeux dans les yeux (2). 

VIII 

Je veux qu J on porte ce (( vers )) à ma dame (3), 
Et que ce lui soit un réconfort 

Jusqu'à ce que nous nous regardions les yeux dans les 

[yeux. 
VIII — SIRVENTES 

A Raimbaut d'Orange : qu'il soit généreux avec 
constance et discernement, — et sage sans excès. 
Sera-t-il amant ou mari? 



Seigneur Raimbaut, c'est pour voir 

Votre assurance et votre gaîté 

Que je suis venu par ici tôt et vivement, 



(1) Sans se plaire à la regarder, en se mirant dans ses yeux. 

(2) Littéralement : d'un œil (qui regarde) droit. 

(3) Ermengarde (voir le vers 10). 



404 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

4 Mais que no suy per uostr'aver ; 

Que sapcha dir, quan m'en partray, 
Cum es de vos ni cum vos vay, 

7 Qu'enqueron m'en lai entre nos. 



II 



Tant ai de sen e de saber 

E tan suy savis e membratz, 

Quant aurai vostres faigz guardatz, 

i i Q u ' a l partir en sabrai lo ver : 

S'es tais lo guaps* quon hom retray, 
Si n'i a tant o meinhs o may 

14 Cum aug dir ni comtar de vos. 



III 



Gardatz que vos sapchatz tener 
En aisso qu'ara comensatz, 
Quar hom, on plus aut es poiatz, 
18 Plus bas ve, si-s laissa chazer; 

Pueys dizon tug que mal l'estay 



PIERRE DE ROGIERS 465 



Bien plus qu'à cause de votre argent; 

Afin que je sache dire, quand je m'en irai, 

Ce qui est de vous et comment vous vous comportez, 

Car on me le demande là-bas chez nous. 

II 

J'ai tellement de sens et de savoir, 

Je suis si sage et j'ai si bonne mémoire, 

Qu'après avoir observé votre conduite, 

A mon départ, je saurai sur elle la vérité : 

Si l'éloge est véridique, tel qu'on le répète, 

S'il y en a autant, ou moins ou plus 

Que je n'entends dire et raconter sur vous. 

III 

Prenez garde de savoir vous tenir ferme 
Dans ce que vous commencez maintenant (i), 
Car plus haut un homme est monté, 
Plus bas il arrive, s'il se laisse tomber ; 
Ensuite tous disent que cela lui sied mal : 



(i) A quoi P. Rogier fait-il allusion? (J'ai conservé à dessein 
le vague de l'expression). Plutôt qu'à une entreprise particulière, 
c'est, je crois, au train de vie fastueux que mène Raimbaut et 
qu'il ne pourra peut-être soutenir. 



466 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



21 



(( Per que fetz, pueys era no fay? 
Qu'era no ten condugz ni dos. )) 



25 



28 



Qu'ab pro manjar, ab ben jazer 
Pot hom estar suau maluatz, 
Mas de gran afan es carguatz 
Selh que bon pretz uol mantener; 
Obs l'es que-s perças sai e lai 
E tolha e do, si cum s'eschai, 
Quan veira qu'er luecx e sazos. 



No-us fassatz de sen trop temer, 
Per qu'om digua : (( Trop es senatz )), 
Qu'en tal luec uos valra foudatz 

32 On sens no-us poyria valer; 

Tant quant aurez pel saur e bai 
E-l cors aissi fresquet e gai, 

35 Grans sens no-us er honors ni pros. 



PIERRE DE ROGIERS -467 



(( Pourquoi a-t-il fait cela, et maintenant ne le fait-il 

[plus? 
Car à présent il ne donne plus ni festins ni cadeaux. )) 

IV 

Car tout en mangeant copieusement et dormant très bien 

On peut être un agréable scélérat (i), 

Mais il est chargé d'un grand fardeau 

Celui qui veut protéger le vrai mérite; 

Il lui est besoin d'aller çà et là à la découverte 

Et d'ôter et de donner, selon qu'il convient, 

Quand il verra que ce sera le lieu et le moment. 

V. 

Ne vous faites pas trop craindre par votre sagesse, 
Si bien que l'on dise : (( Il est trop raisonnable )), 
Car en telle occasion la folie vous sera utile 
Où la sagesse ne pourrait vous servir; 
Tant que vous aurez les cheveux dorés et roux 
Et le corps aussi frais et dispos, 

Une grande sagesse ne vous sera ni un honneur ni un 

[profit. 



(i) Tous ceux que Raimbaut oblige ne le méritent peut-être pas. 



468 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



VI 



Si uoletz al segle plazer, 
Siatz en luec folhs ab los fatz, 
E aqui meteys vos sapchatz 

39 Ab los savis gen captener; 

Qu'aissi cove qu'om los assay* : 
L'un ab ira, l'autre ab jay, 

42 Ab mal los mais, ab ben los bos. 



VII 



D'aisso vuelh que-m digatz lo ver 
S'auretz nom drutz o molheratz, 
O per quai seretz apellatz, 

46 O si-ls voirez ams retener; 

Veiaire m'es al sen qu'ieu ai, 
Segon qu'ieu cug, mas non o sai, 

49 Q ua dreg los auretz ambedos. 



PIERRE DE ROGIERS 469 



VI 



Si vous voulez plaire au monde, 

Soyez à l'occasion fou avec les fous, 

Et au même moment sachez 

Avec les sages convenablement vous conduire; 

Car il convient qu'on prenne les gens ainsi : 

L'un par la tristesse, l'autre par la joie, 

Les mauvais par le mal, les bons par le bien. 

VII 

Sur ce point je veux que vous me disiez la vérité : 
Si vous aurez le nom d'amant ou de mari (i) 
Et par lequel vous serez appelé, 
Ou si vous voudrez les conserver tous les deux ; 
Il m'est avis, d'après le sentiment que j'ai, 
Et selon ce que j'imagine — mais la vérité je ne la 

[sais pas — ■ 
Qu'à bon droit vous les aurez tous les deux. 



(i) Cette strophe fait-elle allusion au mariage prochain de 
Raimbaut? Dans sa réponse (strophe IV) Raimbaut ne dit rien 
du « mari ». 



470 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



VIII 



52 



Senhê En Raymbaut, ie-m n'iray, 
Mas vostre respost auzirai, 
Si-us platz, anz que-m parta de vos. 



REPONSE 

de Raimbaut, Comte d'Orange 
au sirventés précédent 



I 



Peire Rogier, a trassalhir 
M'er per vos los ditz e-ls covens 
Qu'ieu fis a midons totz dolens, 
De chantar que-m cuygey sofrir; 
E pus sai n'etz a mi vengutz, 
Chantarai, si n'ai estât mutz, 
Oue non vuelh remaner cofes. 



II 



Moût vos dei lauzar e grazir 



PIERRE DE ROGIERS 4"71 



VIII 

Seigneur Raimbaut, je m'en irai, 
Mais j'entendrai votre réponse, 
S'il vous plaît, avant de m'éloigner de vous. 

REPONSE 

Raimbaut remercie : il ne voudrait point d'un éloge 
mensonger. — 77 n'est pas encore (( amant )) et 
demande seulement à sa dame la permission de 
toujours l'aimer. 



Peire Rogier, il m'appartiendra de transgresser 

Pour vous les paroles et les promesses 

Que je fis à ma dame tout attristé, 

Car j'eus dessein de m'abstenir de chanter; 

Et puisque par ici vous êtes venu vers moi à cette fin, 

Je chanterai, si j'ai été muet d'abord, 

Car je ne veux pas demeurer redevable envers vous. 

II 

Je dois grandement vous féliciter et vous remercier 



472 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Quar anc vos venc cor ni talens 
De saber mos captenemens, 

il E vuelh que-n sapchatz alques dir; 

E ja T-avers no-m sia escutz, 
S'ieu suy avols ni recresutz, 

14 Que pel ver non passetz* ades. 



III 



Quar qui per aver vol mentir, 
Aquelh lauzars es blasmamens 
E tortz e mais essenhamens, 

18 E fai-s als autres escarnir, 

Qu'en digz non es bos pretz sauputz, 
Mais els fagz es reconogutz, 

21 E pels fagz veno-1 dig après. 



IV 



Per mi voletz mon nom auzir : 
Quais sui, o drutz? — Er clau las dens, 
Qu'ades pueja mos pessamens 
25 On pus de preon m'o cossir; 

Ben vuelh sapchatz que no suy drutz 



PIERRE DE ROGIERS 473 






De ce que vous sont venus un jour le désir et l'intention 
De connaître mes façons d'agir, 

Et je veux que vous sachiez en parler quelque peu; 
Et que jamais ma richesse ne me soit un bouclier 
— Si je suis médiocre et pusillanime — 
Empêchant que vous passiez toujours par le chemin du 

[Vrai. 
III 

Car si quelqu'un pour de l'argent consent à mentir, 

Cette sorte d'éloge est un blâme, 

Une injustice et un mauvais procédé, 

Et devient pour les autres un objet de raillerie, 

Car ce n'est pas par des paroles que le vrai mérite est 

Mais c'est dans les actes qu'il est reconnu, [appris, 

Et grâce aux actes viennent ensuite les paroles. 

IV 

De moi-même vous voulez entendre mon nom : 

Quel je suis, ou si je suis (( amant »? — Pour l'instant 
Car sans cesse s'élève mon doute [je clos les dents, 

A mesure que plus profondément j'examine ce point; 
Je veux bien que vous sachiez que je ne suis pas 

[(( amant )) 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Tôt per so quar no suy volgutz, 
Mas ben am, sol midons m'ames. 



Peire Rogier, cum puesc sufrir 
Que ieu am aissi solamens? 
Meravilh me si viu de vens*, 

32 Tortz es si-m fai midons mûrir. 

— S'ieu muer per lieys, faray uertutz, 
Per qu'ieu cre que, s'i fos perdutz, 

35 Dreitz fora que plus m'enoges. 



VI 



Ara-1 ven en cor que m'azir, 
Mas ja fo qu'er' autres sos sens 
Qu'aitals, e sos entendemens : 
39 Per qu'ieu li dey totz temps servir 



(1) Sans obtenir davantage. 

(2) Raimbaut se répond à lui-même, en manière de consola- 
tion : ne vaut-il pas mieux mourir victime de mon amour et être 
honoré comme martyr que de me damner par des joies cou- 
pables? — Raimbaut a aimé et chanté Maria de Verfuoil (Ver- 
feuil, Gard) et la comtesse d'Urgel. C'est peut-être de l'une des 



PIERRE DE ROGIERS 475 



Uniquement pour ce motif que je ne suis pas désiré. 
Mais j'aime bien, si seulement ma dame m'aimait! 



V 



Pierre Rogier, comment puis-je supporter 
D'aimer ainsi seulement (i) 1 
Je m'émerveille de vivre de soupirs, 
Et c'est une injustice si ma dame me fait mourir. 
— ■ Eh bien! si je meurs pour elle, je ferai des miracles 

(2) : 
Aussi je crois que, si avec elle je perdais mon âme, 
Il serait juste que cela me fâchât davantage! 



VI 



Présentement il lui vient au cœur de me haïr, 

Mais il fut un temps où son sentiment était tout autre 

Que celui-ci, et tout autre son dessein : 

C'est pourquoi je dois toujours la servir 



deux qu'il est question ici, et non pas en tout cas de la comtesse 
de Die, à la passion très vive de laquelle il n'eut qu'à répondre. 



-47d LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Pel ben que-m n'es escazegutz ; 
Jamais no-m n'avengues salutz, 
42 Li dey tostemps estar als pes. 



VII 



Si-m volgues sol tan cossentir 
Que fos tostemps sos entendens, 
Ab belhs digz n'estera jauzens 

46 E fera-m ses fagz esjauzir; 

E degra'n ben esser crezutz, 
Qu'ieu non die tan, que-m fos creguz, 

49 Mas d un bon respieg don visques. 



VIII 



Bon respieg, d'aut bas son cazuz, 
E si no m' erep sa vertutz, 
52 Per cossell i do que-m pendes. 



PIERRE DE ROGIERS -477 



A cause du bien qui m'en est échu ; 

Même si jamais mon salut ne m'en advenait, 

Je dois sans cesse être à ses pieds. 



VII 



Si elle voulait seulement me permettre 
D'être toujours son prétendant, 
Avec de belles paroles je me trouverais satisfait 
Et sans actes de sa part elle me ferait réjouir; 
Et je devrais bien être cru par elle, 
Car je ne demande pas tant, pour qu'elle m'en avan- 
tage (i), 
Hormis une favorable attente dont je vivrais. 

VIII 

Favorable attente (2), de haut bien bas je suis tombé, 
Et si sa valeur ne me sauve pas, [tombé, 

J'y donne pour remède de me pendre. 



(1) Littéralement : car je ne dis pas tant (si grande chose), qui 
me serait ajouté(e) (De creisser). 

(2) La dame désignée par ce surnom (et prise à témoin des 
rigueurs de celle à qui te sirventés est consacré) reparaît dans la 
chanson de Raimbaut : Un vers farai de tal mena. 



478 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



IX. — CANSO 

I 

Dous' amiga, no'n puesc mais* 
Moût me pesa qar vos lais, 
E ver dol mein et esmais*, 
E teng m'o a gran pantais 
Qar no-us abras e no-us bais 
E departen nostr' amor. 



II 



12 



D'aitant sabchas mon talan 
Qe* anc femna non amei tan, 
E no-us en aus far semblan 
Ni trob per cui vos o man; 
Vau m'en : a Dieu vos coman, 
Al espirital seinhor. 



III 



Non puesc mudar qe no-m plagna 
Qar se part nostra compagna; 



PIERRE DE ROGIERS 479 



IX — CHANSON 
Séparation (au départ d'Auvergne?) 



Douce amie, je n'en puis plus : 
Il me déplaît fort de vous quitter, 
Et véritablement je mène deuil et lamentations, 
Et je tiens en moi-même pour un grand tourment 
De ne pas vous embrasser et vous baiser 
En séparant notre amour. 



II 



En ceci connaissez ma passion 
Que jamais je n'aimai femme autant, 
Et je n'ose vous le faire paraître 
Et ne trouve personne par qui vous le mander; 
Je m'en vais: à Dieu je vous recommande, 
Au Seigneur pur esprit. 

III 

Je ne puis m'empêcher de me lamenter 
De ce que notre compagnie se romp; 



480 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



18 



Eu m'en vauc en terra estragna 
Mais am freidura e montagna 
No fas figa ni castagna 
Xn ribeira ni calor*. 



IV 



24 



Lai s'en vai mos cors marritz, 
E çai reman l'esperiz ; 
Et ai tant los cils froncitz 
Qe m'en dolon las raïtz*; 
Mal o fai qi-ns a partiz, 
E no'n puesc aver baudor. 



V 



30 



Sans e sais fora eu gueritz. 
Qant serai acondormiz, 
Si fos de leis tant aisiz, 
Q'en semblant d'una perniz 
Li baises sos oils voltitz 
E la fresqetta color. 



PIERRE DE ROGIERS 48 \ 

Moi je m'en vais en terre étrangère : 

Certes j'aime mieux froidure et montagne (i) 

Que je ne fais figue et châtaigne 

Et plaine et chaleur. 



IV 



Là-bas s'en va mon corps marri, 
Par ici demeure mon âme; 

Et j'ai tellement froncé les sourcils de chagrin 
Que les nerfs m'en sont douloureux; 
Il agit mal celui qui nous a séparés, 
Et je ne puis en avoir allégresse. 



V 



Sain et sauf je serais guéri, 

Quand je serai endormi, 

Si j'étais rapproché d'elle de si belle manière 

Que sous l'apparence d'une perdrix 

Je pusse baiser ses yeux arqués 

Et la fraîche couleur de ses joues. 



(i) Il s'agit, je pense, de la froidure des montagnes d'Au- 
vergne (v. Notes Complémentaires) . 



482 LES TBOUBADOURS CANTALIEXS 



VI 



Dous estars lai m'es ardura, 
E bons conortz desmesura, 
E sazïontas fraitura, 
E dïas clars noitz oscura; 
Per mon jovent qar pejura 
36 Ai marriment e dolor. 



[Manque le reste*] 




PIERRE DE ROGIERS 



483 



Là-bas la douceur de vivre me paraît être un feu brû- 
L'affable consolation un outrage, [lant, 

L'abondance une disette, 
Et le jour clair une nuit obscure; 
A cause de ma belle jeunesse qui se gâte 
J'ai de la tristesse et de la douleur (i). 




(i) Il doit manquer trois strophes. 






Ebles de Saignes 

xip - xnr s 



QE^UVRK^ 



Une Tenson 



TENSO (EBLE E GUILLEM GUAYSMAR) 






N' Eble, er chauzetz la melhor, 

Ades, segon vostr'escien : 

Lo quais a mais de pensamen 

Et de cossirier e d'error, 

Selh que gran re deu, e payar 
6 No pot, ni-1 vol hom esperar, 

O selh qu'a son cor en amor 
Et en domna, mas re no-1 fai que-il playa? 
9 Chausetz d'amdos, qu'ieu sai quais plus s'esmaya. 



II 



Guilhem Guaysmar, anc per amor 






TENSON 

Entre Eble et Guillaume Gasmar 

Lequel est le plies malheureux, du débiteur ou de 
l'amant sans espoir? 

I 

Sire Eble, maintenant choisissez la meilleure part, 
Sur-le-champ, selon votre opinion : 
Lequel a le plus de préoccupation 
Et de souci et de trouble, 

Celui qui doit une grande somme, et ne peut 
Payer, et que l'on ne veut point attendre, 
Ou celui qui a consacré son cœur à l'amour 
Et à une dame, mais ne fait rien qui arrive à lui 

[plaire (i)î 
Choisissez des deux, car pour moi je sais lequel !?e 

[tourmente le plus. 
II 
Guillaume Gasmar, jamais par amour 



(i) Littéralement : ne lui fait rien qui lui plaise. 



488 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

No trays piegz hom, de son joven, 

Cum ay fag en fait et enten, 

Ni mais deu ar de sa ricor* : 

Per qu'ieu sai, cum per assaiar, 
15 Que no se fai a comparai* 

Neguns mais a dolor d'amor ; 
Mas non es hom en tôt lo mon pietz traya 
18 Com selh cuy ditz quascus : « Paya me, paya! )) 

III 

N'Eble, tuit li dompneyador, 
Li pro, e-1 lare e li valen, 
Seran ab mi del jutjamen; 
Et ab vos seran li-uchador* 
E l'autra gens que no sap far 
24 Mas can tener et amassai*. 

Per que-s tanh qu'en son velhenc dechaya, 
27 Ricx hom tosetz qui per deute s'esmaya. 

IV 

Guilhem Gasmar, quan li deutor 



EBLES DE SAIGNES 489 



Homme ne supporta pis, en sa jeunesse, 

Que je n'ai fait moi-même en action et en pensée, 

Et nul ne doit à présent davantage de son bien : 

Aussi je sais, comme on sait par l'épreuve, 

Qu'aucun mal ne se laisse 

Comparer à la douleur d'amour; 

Toutefois il n'est pas d'homme dans le monde entier qui 

[souffre pire mal 

Que celui à qui chacun dit : (( Paye-moi, paye! )) 

III 

Sire Eble, tous les amoureux, 

Les preux, les généreux et ceux qui ont du prix 

Seront avec moi dans ce jugement; 

Et avec vous seront les emplisseurs de coffre (i) 

Et les autres gens qui ne savent rien faire 

Sauf conserver et amasser. 



Aussi convient-il qu ? en sa vieillesse il déchoie, 

Le jouvenceau de haut rang qui s'effraye pour une dette. 

IV 

Guillaume Gasmar, quand les créanciers 



(i) Les thésauriseurs; de ucha: coffre. 



490 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Mi van après tôt jorn seguen, 

L'us me tira, l'autre me pren, 

E m'apellon baratador, 

Yeu volgr' esser mortz sens parlar; 
33 Qu'ieu no m'aus en plassa mostrar 

Ni vestir bos draps de color, 
Ouar hom no-m ve que sa lengua no-m traya ; 
36 E s'ieu d'amor trac mal, be-s tanh que-m playa. 



N'Eble, sapchatz que la dolor 
D'amor tenh major per un cen 
Que deute ni nulh sagramen ; 
Qu'ab belh dir pot hom son deutor 
Gent aplanar et apayar; 

42 Mas d'amor, qui-m fai sospirar, 

Marrir e languir ab dolor, 
Ni ai poder per ren que m'en estraya*, 

45 Tan tem morir, sol la dolors m'esglaya. 



EBLES DE SAIGNES 491 



Vont après moi me suivant continuellement, 

Que l'un me tire, que l'autre m'arrête, 

Et qu'ils m'appellent fripon, 

Je voudrais être mort sans parler; 

Car je n'ose me montrer sur une place 

Ni revêtir de belles étoffes de couleur, 

Parce que nul ne s'aperçoit qu'il ne me tire la langue; 

Tandis que si je souffre d'amour, il convient bien que 

[cela me plaise! 



V 



Eble, sachez que la douleur 

D'amour, je la tiens plus forte cent fois 

Qu'une dette ou qu'aucun serment; 

Car avec de beaux discours on peut gentiment 

Radoucir et satisfaire son créancier, 

Mais par la force de l'amour, qui me fait soupirer, 

M'affliger et languir dans la douleur, 

Et auquel je n'ai le pouvoir de m'arracher en aucune 

[manière, 

Je crains tant de mourir, que rien que le chagrin me tue. 



192 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



VI 



N'Eble, ben sabon li pluzor 
Ou'om endeutatz no mor, sol manjar aya, 
48 Mas d'amor mor plus leu que d'autra playa. 




EBLES DE SAIGNES 



493 



VI 



Sire Eble, la plupart des gens savent bien 
Que l'homme ne meurt pas d'être endetté, pourvu qu'il 

[ait à manger, 
Mais il meurt d'amour plus vite que d'une autre blessure. 




La Dame de Casteldoze 

(Dona Casteldoza) 

Na Castellosa 
Début du XIII* S. 



QE^UVRJ£» 



Quatre Chansons 



CANSO 



Amies, s'ie-us trobes avinen, 
Humil e franc e de bona merce, 
Be-us amera, quan era m'en sove 

4 Oue-us trob vas mi mal e fellon e trie; 

E fauc chanssos per tal qu'ieu fass' auzir 
Vostre bon pretz, don ieu non puosc sofrir 
Que no-us fassa lauzar a tota gen, 

8 On plus mi faitz mal et adiramen. 



II 



Jamais no-us tenrai per valen 
Ni-us amarai de bon cor e de fe, 
Tro que veirai si ja-m valria re, 
12 Si-us mostrava cor fellon ni enic; 

Non farai ja, car non vuoill poscatz dir 






I — CHANSON 

77 me sied bien de vous aimer, malgré votre dureté. 

I 

Ami, si je vous trouvais gracieux, 
Humble, franc et de bon mérite, 

Je vous aimerais bien, tandis qu'à présent il me souvient 
Que je vous trouve à mon égard méchant, félon et trom- 

[peur; 
Et je fais des chansons afin que je fasse entendre 
Votre bon mérite, pour lequel je ne puis me résigner 
A ne pas vous faire louer par tout le monde. 
Au moment même où vous me causez le plus de mal et 

[de courroux. 

II 

Jamais je ne vous tiendrai pour méritant 
Ni ne vous aimerai de bon cœur et fidèlement, 
Avant que je voie s'il me servirait peut-être à quelque 
De vous montrer un cœur méchant et irrité... [chose 
— Non certes, je ne le ferai pas (i) ! car je ne veux 

[pas que vous puissiez dire 



(i) Elle se reprend brusquement, après courte réflexion. 



W8 LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



Qu'ieu anc vas vos agues cor de faillir, 
Qu'auriatz pois qualque razonamen, 
ï6 S'ieu fazia vas vos nuill faillimen. 



III 



Ieu sai ben qu'a mi estai gen, 
Si be-is dizon tuich que moût descove 
Que dompna prei a cavallier de se* 

20 Ni que-1 teigna totz temps tan lonc prezic; 
Mas cel qu'o ditz non sap ges ben chausir. 
Qu'ieu vuoill proar, enans que-me lais morii, 
Qu'el preiar ai un gran revenimen 

24 Quan prec cellui don ai greu pessamen. 



IV 



Assatz es fols qui m'en repren 
De vos amar, pois tan gen mi cove, 
E cel qu'o ditz no sap cum s'es de me ; 
Ni no-us vei ges aras si cum vos vie, 
Quan me dissetz que non agues cossir, 
Que calqu'ora poiri 'endevenir 



LA DAME DE CASTELDOZE 499 

Que j'aie jamais eu envie de manquer envers vous, 

Car vous auriez ensuite quelque excuse, 

Si je commettais à votre égard la moindre faute. 



III 



Je sais vraiment que ceci me sied fort bien, 
Quoique tous prétendent qu'il est très inconvenant 
Qu'une dame j^rie un cavalier au sujet d'elle-même 
Et qu'elle lui tienne sans cesse un si long discours. 
Mais celui qui le dit ne sait point bien juger, 
Car je veux prouver, plutôt que de me laisser mourir, 
Que dans la prière je trouve un grand réconfort 
Quand je prie celui-là même par qui j'éprouve un dur 

[chagrin. 



IV 



Il est passablement fou celui qui me blâme 
De vous aimer, puisque cela me convient si bien, 
Et celui qui parle ainsi ne sait ce qu'il en est de moi ; 
Et il ne vous voit pas en cet instant comme je vous vis, 
Quand vous me dîtes de n'avoir point de tristesse : 
Qu'à quelque moment il pourrait arriver 



500 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Que n'auria enqueras jauzimen : 
32 De sol lo dich n'ai ieu lo cor jauzen. 



V 



Tot'autr' amor teing a nien, 
E sapchatz ben que mais jois no-m soste 
Mas lo vostre, que m'alegr'e-m rêve, 

36 On mais eu sent d'afan e de destric; 
E-m cuig ades alegrar e jauzir 
De vos, amies, qu'ieu non puosc convertir, 
Ni joi non ai, ni socors non aten 

40 Mas sol aitan quan n'aurai en dormen. 



VI 



Oimais non sai que-us mi presen, 
Que cercat ai et ab mal et ab be 
Vostre dur cor, don lo mieus no-is recre; 
44 E no-us o man, qu ieu mezeissa-us o die, 



LA DAME DE CASTELDOZE 501 

Que de vous revoir j'aurais encore la joie. 

Rien que de la promesse, j'en ai le cœur joyeux. 



V 



Tout autre amour, je le tiens à néant, 
Et sachez bien que plus aucune joie ne me soutient 
Sauf celle qui vient de vous, qui me réjouit et me ranime, 
Quand je sens le plus de peine et d'angoisse; 
Et toujours je m'imagine (i) avoir joie et contentement 
De vous, ami, que je ne puis changer, 
Et je n'ai point de joie ni n'attends de secours 
Sauf autant que j'en aurai en dormant. 



VI 



Désormais je ne sais ce qu'en ma faveur je puis vous 

[offrir, 
Car j'ai tenté par le mal et par le bien 
Votre dur cœur, dont le mien ne se lasse point ; 
Et je ne vous mande pas par autrui, car je vous le dis 

[moi-même, 



(i) Il espère, il rêve, soit éveillé, soit « en dormant », comme il 
le dit à la fin de la strophe. 



."">02 LES TROUBADOURS CANTALIKNS 

Ou morai me*, si no-m voletz jauzir 
De qualque joi; e si-m laissatz morir, 
Faretz peccat, e serai n'en tormen, 
48 E seretz ne blasmatz vilanamen 

II — CAXSO 



Ja de chantar non degr'aver talan, 
Ouar on mais chan 
E pi.eitz me vai d'amor, 
Que plaing e plor 
5 Fan en mi lor estatge; 
Car en mala merce 
Ai mes mon cor e me, 
E s'en breu no-m rete, 
9 Trop ai faich lonc badatge. 



II 



Ai ! bels amies, si vais un bel semblan 
Mi faitz enan 
Ou'ieu moira de dolor, 



LA DAME DE CASTELDOZE ."J03 



Que je mourrai, si vous ne voulez pas me réjouir 
De quelque joie; et si vous me laissez mourir, 
Vous ferez péché, et je serai par là dans la souffrance, 
Et par là vous serez blâmé vilainement. 

II — CHANSON 

C'est un honneur pour moi de vous aimer et de vous 
prier, même sans profit. 

I 

Désormais de chanter je ne devrais pas avoir envie, 

Car plus je chante 
Et pis il en va de mon amour, 

Puisque plaintes et pleurs 
Font en moi leur séjour ; 
Car en un mauvais service 
J'ai engagé mon cœur et moi-même. 
Et si à bref délai II ne me retient près de lui. 
J'ai fait trop longue attente. 

II 

Ah ! bel ami, du moins qu'un bel accueil 
Me soit fait par vous avant 
Que je meure de douleur, 



504 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Oue-1 amador 
14 Vos tenon per salvatge 
Car joia non m' ave 
De vos, don no-m recre 
D'amar per bona fe, 
:S Totz temps, ses cor volatge. 

III 

Mas ja vas vos non aurai cor truan 
Ni plen d'engan, 
Si tôt vos n'ai pejor, 

Qu'a gran honor 
M'o teing en mon coratge; 
Ans pens, quan mi sove 
Del rie pretz que-us mante, 
E sai ben que-us cove 
27 Dompna d'aussor paratge. 



IV 



Despois vos vi, fui al vostre coman, 
Et anc per tan, 
Amies, no-us n'aie meillor; 



LA DAME DE CASTELDOZE 505 



Car les amoureux 
Vous tiennent pour farouche 

Voyant qu'aucune joie ne m'advîent 
De vous, et pourtant je ne me lasse pas 
D'aimer avec bonne foi, 
En tous temps, sans cœur volage. 



III 



Mais jamais envers vous je n'aurai cœur vil 

Ni plein de fourberie, 
Bien qu'en échange je vous trouve pire à mon égard, 
Car je tiens à grand honneur 
Pour moi cette conduite, au fond de mon cœur. 
Au contraire je suis pensive, quand il me souvient 
Du riche mérite qui vous protège, 
Et je sais bien qu'il vous convient 
Une dame de plus haut parage. 



IV 



Depuis que je vous ai vu, j'ai été à vos ordres, 
Et jamais néanmoins, 
Ami, je ne vous en trouvai meilleur pour moi; 



')O(') LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

Que prejador 

32 No-m mandetz ni messatge, 
Que ja-m viretz lo fre, 
Amies, ni-m* fassatz re ; 
Car jois non mi soste, 

36 A pauc de dol non ratge. 



V 



Si pro i-agues, be-us membri' en chantan 
Qu'aie vostre gan 
Qu'emblei ab gran temor; 
Pois aie paor 
41 Que i-aguessetz dampnatge 
D'aicella que-us rete, 
Amies : per qu'ieu desse 
Lo tornei, car ben cre 
45 Qu'ieu no'n* ai poderatge. 



VI 
Dels cavalliers conosc que-i fan lor dan*, 



LA DAME DE CASTELDOZE 507 

Car ni suppliant 
Ne m'a été envoyé par vous ni messager 
Disant que vous tourniez le frein vers moi, 
Ami, et que pour moi vous fassiez rien. 
Puisque la joie ne me soutient pas, 
Peu s'en faut que de douleur je n'enrage. 



V 



Si je devais en avoir profit, je vous rappellerais bien, 
Que je possédai votre gant [en chantant, 

Que je dérobai avec grande frayeur; 

Puis j'eus peur 
Que vous en subissiez dommage 
Auprès de celle qui vous captive, 
Ami : c'est pourquoi tout de suite 
Je vous le rendis, car je crois bien 
Que je n'ai point de pouvoir sur lui. 

IV 

Pour les cavaliers, je reconnais qu'ils en usent à leur 

[détriment, (i) 



(i) Littéralement : ils y font leur dommage. 



508 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Quar ja prejan 
Dompnas plus qu'ellas lor, 
Ou'autra ricor 
50 Xo i-an, ni seignoratge; 
Que pois dompna s'ave 
D'amar, prejar deu be 
Cavallier, s'en lui ve 
54 Proez'e vassalatge. 



VII 

Dompna na Mieils, ancse 
Am so don mais mi ve, 
Car cel qui pretz mante 
58 A vas mi cor volatge. 

VIII 

Bels Noms, ges no-m recre 
De vos amar jasse, 
Car viu en bona fe, 
62 Bontatz e ferm coratge. 



LA DAME DE CASTELDOZE 509 

Parce que présentement ils prient 
Les dames plus qu'elles ne les prient, eux, 

Car elles n'ont en cela ni autre puissance 
Qu'eux, ni seigneurie. 
Et puisqu'une dame se résout 
A aimer, elle doit bien prier 
Un cavalier, si en lui elle voit 
Prouesse et vasselage (i). 

VII 

Dame (( Il n'y a mieux )) (2), toujours, 

J'aime un objet dont me vient la souffrance, 
Car celui qui maintient la Valeur 
A envers moi un cœur volage. 

VIII 

(( Beau Nom )) (3), point je ne me décourage 
De vous aimer toujours, 
Car je vis avec bonne foi. 
Bonté et cœur constant. 



(1) Ensemble des qualités d'un bon « vassal », d'un chevalier. 

(2) Pseudonyme de la dame amie de Castelloza. 

(3) Pseudonyme de l'ami de Castelloza. 



510 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



III — CAXSO 



1 



Moût avetz faich long estatge, 
Amies, pois de mi-us partitz, 
Et es me greu e salvatge, 
4 Quar me juretz e-m plevitz 
Que als jorns de vostra vida 
Xon aesetz dompna mas me; 
E si d'autra vos perte, 
M'i* avetz mort' e trahida, 
Ou'avi'en vos m'esperanssa 
io Que m'amassetz ses doptanssa. 



II 



Bels amies, de fin coratge 
Vos amei, pois m'abellitz, 
E sai que faich ai follatge, 
14 Que plus m'en etz escaritz, 

Qu'anc non fis vas vos ganchida ; 



LA DAME DE CASTELDOZE 511 

III — CHANSON 

Trop longtemps absent et peut-être infidèle, vous 
trouverez toujours en moi constance et bel accueil. 

I 

Vous avez fait fort long séjour, 

Ami, depuis que vous vous êtes éloigné de moi, 

Et pour moi c'est pénible et affreux, 

Car vous m'avez juré et garanti 

Que durant les jours de votre vie 

Vous n'auriez d'autre dame que moi; 

Et si d'une autre rien vous touche, 

Alors vous m'avez tuée et trahie, 

Car j'avais en vous cette espérance 

Que vous m'aimeriez sans que j'eusse à douter. 



II 



Bel ami, d'un cœur fidèle 

Je vous aimai, quand vous m'eûtes plu, 

Et je sais que j'ai fait une folie, 

Car vous ne vous en êtes que davantage séparé de moi, 

Parce que je n'ai jamais usé envers vous de détour; 



>12 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

E si-m f asetz mal per be ! 
Be' us am e non m'en recre*, 
Mas tan m'a amors sazida 
Ou'ieu non cre que benananssa 
20 Puosc' aver ses vostr' amanssa. 

III 

Moût aufrai mes mal usatge 
A las autras amairitz : 
Ou'om sol trametre messatge 

24 E motz triatz e chausitz, 
Et ieu tenc me per garida, 
Amies, a la mia fe, 
Ouan vos prec, qu'aissi-m cove ; 
Oue-1 plus pros n'es enriquida 
S ; a de vos qualqu'aondanssa 

30 De baisar o d'acoindanssa. 

IV 

Mal aj'ieu, s'anc cor volatge 
Vos aie ni-us fui camjairitz ! 



LA DAME DE CASTELDOZE 513 

Et ainsi vous me faites le mal pour le bien ! 
Je vous aime bien et ne m'en lasse point, 
Mais l'amour m'a si fort saisie 
Que je ne crois pas que je puisse avoir 
Aucune aise sans votre amitié. 



III 



J'aurai introduit un fort mauvais usage 
Pour les autres amoureuses : 

Car (pour gage) on a coutume de leur transmettre un 

[message 
Et des paroles triées et choisies, 
Et moi, je me tiens pour garantie, 
Ami, par la confiance que j'ai, 
Quand je vous prie, qu'une telle attitude me sied; 
Car la plus noble en est enorgueillie 
Si elle a de vous quelque satisfaction 
De baiser ou d'entrevue. 



IV 



Malheur à moi, si jamais je montrai 

Pour vous cœur volage ou si je fus changeante! 



14 LES TROUBADOURS C AXTALIEXS 

Ni drutz de negun paratge 
Per me non fo encobitz. 
Anz sui pensiv'e marrida 
Car de m'amor no-us sove, 
E si de vos jois no-m ve, 
Tost me trobaretz fenida : 
Car per pauc de malananssa 
40 Mor dompna, s'om tôt no-il lanssa. 



V 



Tôt lo maltraich e-1 dompnatge 
Que per vos m'es escaritz 
Me-1 fai grazir mos linhatge* 

44 E sobre totz mos maritz ; 
E s'anc fetz vas me faillida, 
Perdon la-us per bona fe; 
E prec que venhatz a me, 
Despois quez auretz auzida 
Ma chanson, que-us fatz fiansa 

50 Sai trobetz bella semblansa. 



LA DAME DE CASTELDOZE 515 



Et aucun galant de n'importe quel rang 

Ne fut jamais désiré par moi. 

Mais je suis pensive et chagrine 

Parce qu'il ne vous souvient pas de mon amour, 

Et si de vous ne me vient nulle joie, 

Vous me trouverez tôt morte; 

Car pour un peu de tourment 

Une femme meurt, si on ne le repousse d'elle tout entier. 

V 

Tout le mal et le dommage 

Qui grâce à vous m'a été réservé 

Ma parenté me le fait prendre en gré, 

Et par dessus tous mon mari ( I ) ; 

Et si jamais vous fîtes envers moi une faute 

Je vous la pardonne de bonne foi; 

Et je vous prie de venir à moi 

Après que vous aurez entendu 

Ma chanson, car je vous donne garantie 

Que vous trouverez ici bel accueil. 



(i) A cause de l'honneur que sa passion poétique procure à ses 
parents et à son mari, son ami étant d'un très haut rang 
(Cf. v. 28-30). 



516 LES TROUBADOURS CAVTALIEXS 



IV — CAXSO 



Per joi que d'amor m'avegna 
No-m calgr' ogan esbaudir, 
Qu'eu no cre qu'en grat me tegna 
4 Cel qu'anc no vole obezir 
Mos bos motz ni mas cansos; 
Ni anc no fon la sazos 
Qu'ie-m pogues de lui sofrir; 
Ans tem que-m n'er a morir, 
Pos vei c'ab tal autra régna 
10 Don per mi no-s vol partir. 



II 



Partir m'en er, mas no-m degna, 
Que morta m'an li cossir; 
E pois no-ill platz que-m retegna, 
14 Vueilla-m d'aitant obezir 
C'ab sos avinens respos 



LA dame de casteldoze 517 

IV — CHANSON (Anonyme) (i) 

// me faudra mourir, s'il ne me fait pas l'aumône d'une 
réponse et d'un regard, à défaut d'un baiser. 



Par une joie qui de l'amour me vienne 

Il ne me faudra pas aujourd'hui me réjouir, 

Car je ne crois pas qu'il me prenne en gré 

Celui qui jamais ne voulut exaucer 

Mes bonnes paroles ni mes chansons ; 

Et jamais non plus n'est venu le moment 

Où je pusse me passer de lui; 

Je crois plutôt qu'il me conviendra d'en mourir, 

Puisque je vois qu'il demeure avec telle autre 

Dont pour moi il ne veut se séparer. 

II 

Il faudra m' en séparer, puisqu'il ne me juge pas digne 
Car les chagrins m'ont faite comme morte; [de lui, 

Et puisqu'il ne lui plaît pas de me retenir, 
Qu'il veuille du moins m'écouter en ceci 
Qu'avec ses aimables réponses 



(i) Cette chanson peut être attribuée, avec beaucoup de vrai- 
semblance, à Castelloza. V. Notes complémentaires. 



518 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Me tegna lo cor joios. 
E ja a sidons no tir 
( S'ie-1 fas d'aitan enardir, 
Qu'ieu nol prec per mi que-s tegna 
20 De leis amar ni servir. 



III 

Leis scrva; mas mi'n revegna 
Que no-m lais del tôt morir, 
Quar paor ai que nrestagna 

24 S'amors, don me fai languir. 
Hai ! amies valens e bos, 
Car es lo meiller c'anc fos, 
No vuillatz c'aillors me vir — 
Mas no-m volez far ni dir — 
Con ieu ja jorn* me captegna 

30 De vos amar ni grazir. 

IV 

Grazisc vos, con que m'en pregna, 
Tôt lo maltrag e-1 consir; 



LA DAME DE CASTELDOZE 



Il me tienne le cœur joyeux. 

Et qu'à sa dame il ne déplaise aucunement 

Si je le fais s'enhardir jusque-là, 

Car je ne le prie pas que pour moi il s'abstienne 

De l'aimer ni de la servir. 



III 



Qu'il la serve, elle ; mais qu'il me ranime %n cette 

[angoisse 
De manière qu'il ne me laisse pas tout à fait mourir, 
Car j'ai peur de m'éteindre victime 
De son amour, par qui il me rend languissante. 
Ah ! ami vaillant et bon, 

Puisque vous êtes le meilleur ami qui fut jamais, 
Ne veuillez pas qu'ailleurs je me tourne — 
Puisque vous ne voulez pour moi rien faire ni dire — 
En sorte qu'un jour bientôt je m'abstienne 
De vous aimer et prendre en gré. 



IV 



J'agrée pour vous, quoi qu'il m'en arrive, 
Toute la peine et le souci; 



520 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

E ja cavaliers no-s fegna 
34 De mi, c'un sol non dezir : 
Bels amies, si fas fort vos*, 
On tenc los oills ambedos; 
E plas me can vos remir, 
Cane tan bel non sai cauzir. 
Dieus prec c'ab mos bratz vos cegna, 
40 C'autre no-m pot enriquir. 

V 

Rica soi, ab que-us sovegna 
Com pogues en loc venir 
On eu vos bais e-us estregna; 

44 Qu'ab aitan pot revenir 
Mos cors, quez es envejos 
De vos moût e cobeitos. 
Amies, no-m laissatz morir : 
Pueis de vos no-m pose gandir, 
Un bel semblan que-m revegna 

50 Faiz, que m'aucira-1 consir. 



LA DAME DE CASTELDOZE 521 

Et que nul chevalier ne s'occupe 

De moi, car je n'en désire pas un seul : 

Bel ami, par contre je vous désire fort (i), 

Vous sur qui je tiens attachés les deux yeux; 

Et il me plaît de vous contempler, 

Car jamais je ne saurais en distinguer un aussi beau. 

Je prie Dieu qu'un jour je vous ceigne avec mes bras, 

Car nul autre ne peut m? enrichir (i). 



V 



Je suis riche, pourvu qu'il vous souvienne 
D'imaginer comment je pourrais venir en un lieu 
Où je vous baise et vous étreigne, 
Car avec cela peut se ranimer 
Mon corps, qui est grandement 
Désireux et avide de vous. 
Ami, ne me laissez pas mourir : 
Puisque je ne puis me soustraire à vous, 
Faites-moi un bel accueil qui me ranime, 
Faites-le-moi, car le chagrin me tuera. 



(i) Littéralement : si fais-je fort vous. 



Anonyme 



Chant des Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle 



DES PÈLERINS DE ST-JACQUES 



CAXSO DELS PELEGRIXS DE SAN JAC 



Sem pelegrins de vila aicela 
Que Orlhac proch Jordan s'apela 
Avem laissatz nostres parens, 
4 Nostra molhers e nostras gens, 



II 



Per anar en may clientela 
Veyre san Jac de Campestela. 
Que Crist que fa de drech avers 
Molt enriquezisca mos vers ! 



III 

De nostra rueta e ostal 

Proch lo mostier de san Guiral, 



CHAXT DES PELERINS DE SAINT JACQUES 

(i). 



Nous sommes des pèlerins de la ville — qu'on 
nomme Aurillac près Jordanne (2) : — nous avons 
laissé nos parents. — nos épouses et tous nos gens, 



II 



Pour aller en plus grande troupe — voir saint 
Jacques de Compostelle. — Le Christ qui de droit fait 
envers — veuille enrichir beaucoup mes vers! 



III 

De notre ruelle et maison — près du moutier de 



(1) Cette traduction a été faite en collaboration avec M. l'abbé 
Four, qui a eu notamment l'heureuse idée de conserver le plus 
possible le rythme de l'original. J : ai revu le texte et rédigé les 
notes. (R. L.) 

(2) Petite rivière qui passe à Aurillac. 



~)26 LES TKOUBADOURS CANTALIBNS 

Sem estatz totz en la paroquia 
12 Per far serqua de nostra cloquia*. 

IV 

Li-avem pregat dona Vergis 
De nos gitar* en paradis 
E donar gracia de* peatge 
16 Per fayre be lo san viatge. 



V 



Ouan fuerem proch*. en Bordaiga, 
Calguet aventurar* sobre aiga : 
(( Deus, pecayre* ! que devendrem 
20 Se san Guiral no nos defen ? » 



VI 



Ouan fuerem lay en Beyanha, 
Proch las encontradas d'Espanha, 
Calguet cambiar bona peconha* 
24 Per escutz e moneta ronha*. 



ANONYME 527 

saint Géraud, — nous fûmes tous à la paroisse — 
afin d'y prendre nos coquilles (i). 



IV 



Nous y priâmes dame la Vierge — de nous mettre en 
son paradis — et nous exempter du péage (2) — pour 
bien faire le saint voyage. 



V 



Quand nous fûmes ici près, à Bordeaux, — il fallut 
nous risquer sur l'eau : — <( Dieu! malheureux! que 
deviendrons-nous — si saint Géraud ne nous pro- 
tège?)) 



VI 



Quand nous fûmes là-bas, à Bayonne, — tout près 
des pays espagnols, — il fallut changer bel argent — 
pour écus et monnaie grossière. 



(1) Le chapelet de coquilles qui était l'un des insignes du 
pèlerin. 

(2) Payé par les voyageurs ordinaires, mais dont les pèlerins- 
espèrent être exemptés (selon l'usage). 



)28 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

VII 

Quan fuerem en Yitoria, 
Vederem la verdor floria* : 
De joy presem* lavendre, tym 
28 En un deves. e ramorin*. 

VIII 

Ouan fuerem sobre-ls* pontetz, 
Oual tremol al passar qu'om fetz*! 
Creziam morir: A patz ! a patz ! 
32 Salva los pelegrins, san Jacz ! )) 

IX 

En Burgos, una cofrairia 
Mirific avent* nos porgia : 
En la soa gleys', a pro tremor*, 
Us crist suzava sa suzor. 



Per mieg la vila de Lion, 



ANONYME 529 

VII 

Quand nous fûmes à Vittoria, — nous vîmes la ver- 
dure en fleurs : — joyeux, nous cueillîmes lavande, — 
thym en un pré, et romarin. 

VIII 

Quand nous fûmes sur les ponceaux, — comme ils 
tremblèrent, au passage qu'on fit! (i) — Nous croyions 
mourir : (( Paix! ah paix! — Sauve les pèlerins, saint 
Jacques ! )) 

IX 

A Burgos, une confrérie — merveille étrange nous 
montra : — dans son église, à grands frissons, — un 
crucifix suait sa sueur. 

X 

En pleine ville de Léon, — nous chantâmes une 



(i) Il s'agit sans doute du passage de l'Ebre, entre Vitoria et 
Burgos. 



)30 LES TIÎOUBADOUltS CASTALIEXS 

Li criderem una canson, 
E las donas pcr abundansa 
40 Venian auzir los filhs de Fransa. 



XI 

Aribatz als mons Esturiet, 
Los pelegrins agron molt freit, 
E'n Salvador azorem totz 
44 Jorn e nuech clavel de la crotz. 

XII 

Ouan fuerem en Rivedier, 
Sirvens volgro mètre en carcer* 
Vielhs e joines; mas Alvernhat : 
48 Sem pcr Guiral c pcr l'Abat! 

XIII 

Davan lo jutge lor dizem 
Que per pregar Deus nos venem, 
E no per far dam ni damnatge. 
52 Lo jutge dis : (( Patz, bo viatge ! )) 



ANONYME 531 

chanson, — et les dames en abondance — venaient 
ouïr les fils de France. 



XI 



Arrivés aux monts Asturiens, — les pèlerins eurent 
grand froid; — à Salvador, nous adorâmes — jour et 
nuit un clou de la croix. 



XII 



Quand nous fûmes à Rivédièr (i), — des sergents 
voulurent mettre en prison — jeunes et vieux; mais 
les Auvergnats firent : — nous sommes pour Géraud et 
pour l'Abbé! 

XIII 

Devant le juge nous leur dîmes — que pour prier 
Dieu nous venions, — non pour faire mal ni dommage. 
— (( Le juge dit : (( Paix! bon voyage! » 



(i) Est-ce Ribeira, près Saint-Jacques (Santiago) ? 



>32 



LES TROUBADOURS CANTALIEXS 



XIV 

Sem en Galicia. O san Jacz, 
Guarda pelegrins de peccatz 
E dona lei formatge e blada* 
56 Per poder far molt pogezada*. 

XV 

Preguem per mossenhor l'Abat 
Que nos a totz recunfortat 
En la mayso sobre montanha 
60 De pa, de vin e de manganha*. 



Amen. 




NOSYME 53- 

XIV 



Nous sommes en Galice. O saint Jacques, — garde les 
pèlerins de péché — et donne-leur fromage et blé — 
pour qu'ils en fassent force deniers (i). 



XV 



Prions pour monseigneur l'Abbé — qui nous a tous 
réconfortés — dans sa maison sur la montagne (2) — 
de pain, de vin et provisions. 

Amen. 




(1) Littéralement: « monnaie en pougeoises », c'est-à-dire en 
deniers du Puy. 

(2) A Saint- Jacques évidemment ; il s'agit de la réception mén-gée 
là-bas par l'abbé d'Aurillac. 

10 



Pierre de Cère de Cols 

(Peire de Cols d'Aorlac) 
XIIP. S 



OKXJ VRE^ 



Une Chanson 



CANSO 



Si quo-1 solelhs, nobles per gran clardat, 

On plus es autz, gieta mais de calor, 

E'is plus bas luecx destrenh mais per s'ardor 

4 Oue'ls autz, que son pels vens plus atemprat, 
Tôt enaissi amors ab nobla cura, 
Auta per pretz, destrenh me plus fortmen, 
Oue-m troba bas et a tôt son talen, 
No fai un rie, en cuy amors pejura, 

9 Quar orguelhs hi cosseu. 



II 



Be-ui troba bas et a sa voluntat 
Selha qu'ieu am ses tôt' autra amor, 



CHANSON (i) 

Prisonnier humble et docile, une flamme délicieuse me 
brûle; un regard me blesse et me guérit. 



Tout comme le soleil, magnifique par sa vaste clarté, 
A mesure qu'il est plus haut, verse plus de chaleur, 
Et dans les lieux plus bas tourmente davantage par son 

[ardeur 
Que sur les hauts lieux, qui par les vents sont plus 

[attiédis, 
Tout de même, l'Amour épris d'un noble soin (2), 
Rehaussé par le mérite, me maîtrise plus fortement, 
Parce qu'il me trouve humble et docile à tout son désir, 
Qu'il ne fait d'un puissant, en qui l'Amour se gâte 
Parce qu'il y tolère l'orgueil. 

II 

Elle me trouve bien humble et docile à sa volonté 
Celle que j'aime à l'exclusion de tout autre amour, 



(1) Attribuée aussi à Rigaut de Barbezieux. V. Notes compl. 

(2) L'amour d'une noble dame. 



538 LES TROUBADOURS CAXTALIENS 

Ou'enaissi-m ten en fre et en paor 
13 Cum lo girfalcx, quant a son crit levât, 
Fai la grua, que tan la desnatura 
Ab sol son crit, ses autre batemen, 
La fai cazer e ses tornas la pren : 
Tôt enaissi ma dompna nobla e pura 
18 Me li* e-m lassa e-m pren. 



III 



Be-ni lia c-m pren ma dompna e-m fier e-m bat 

E-m fa morir sospiran ses dolor 

E m'art lo cor ab un fuec de doussor, 
22 Que nVa mes ins entr'el cor e-1 costat, * 

Si quo-1 flamentz, que ses tota meizura 

Art lo leo ab son espiramen; 

Mas ylh val tant, quon plus l'asen* soven, 

Plus me reviu ab una pauca cura 
27 D'un dous esgart plazen. 



IV 



Ben es plasens ; quon plus vey, plus m'agrat 
Del sieu gent cors e plus vas lieys ador; 



PIERRE DE CÈRE DE COLS 539 

Car elle me tient pris au frein et par la peur exactement 

Comme le gerfaut, quand il a jeté son cri, 

Fait de la grue; car il la met tellement hors d'elle 

Rien qu'avec son cri, sans autre attaque, 

■Qu'il la fait choir et sans résistance la prend : 

Tout pareillement ma aame noble et pure 

M'enchaîne et m'enserre et me prend. 

III 

Elle m'enchaîne bien et elle me prend, ma dame, elle 

[me frappe.et me bat 
Et me fait mourir en soupirant, sans douleur, 
Et me brûle le cœur avec un feu de délice 
Qu'elle a glissé en moi entre le cœur et le flanc: 
Ainsi que le flamant, qui sans aucune pitié 
Brûle le lion de son souffle (i) ; 

Mais elle, elle vaut tant, que, plus souvent je la raisonne, 
Plus elle me ranime avec le court remède 
D'un doux regard plaisant. 

IV 

Bien plaisante elle est; plus je la vois, plus je suis épris 
De son gentil corps et plus va vers elle mon adoration ; 



(ï) Fable évidemment due à une interprétation particulière du 
nom de l'oiseau (l'oiseau de flamme, le flamboyant, le brûlant). 



T)Î0 LES TROUBADOURS CANTALTEKS 

Donc fora dregz que reguardes s'onor, 
31 E que'n agues, si-1 plagues, pietat, 

Oue-1 fuecx que m'art es d'un aital natura 
Que mais lo vuelh, on plus lo sen arden, 
Tôt enaissi quo-s banha doussamen 
Salamandra en fuec et en ardura 
36 E'n tra son noyrimen. 



Noyritz fut yeu, en petita edat*, 
Que la servis et disses sa valor, 
E suy plus ricx de nulh emperador 

40 Quant elha m'a de sos huelhs regardât; 
Pero gardan me nafra e-m melhura. 
Mas mon cor truep vas amor plus sofren 
Que-1 filhs del duc per Langua la plazen, 
Quan la laisset sobra la vestidura 

45 A la fon en dormen. 



PIERRE DE CÈRE DE COLS 541 

Donc il serait juste qu'elle regardât l'honneur qui lui en 

[revient, 
Et que par là elle eût, s'il lui plaisait, de la pitié; 
Car le feu qui me brûle est de telle nature 
Que je le désire plus, plus je le sens brûlant, 
Tout-à-fait comme la salamandre délicieusement 
Se plonge dans le feu et le brasier 
Et en tire son aliment. 



V 



Je fus nourri, moi, dès mon premier âge, 
A la servir et à dire sa valeur, 
Et je suis plus riche que nul empereur 
Quand elle m'a donné un regard de ses yeux. 
Pourtant par ce regard elle me blesse et me guérit. 
Mais je trouve mon cœur plus patient envers l'amour 
Que ne fut le fils du duc envers Langua la gracieuse, 
Quand il la laissa, sur le manteau, 

A la fontaine, tout endormie, (i) 



(i) Entendez que le jeune Seigneur rencontra son amie endor- 
mie au bord d'une fontaine, mais aussi respectueux que violem- 
ment épris, il ne troubla pas son sommeil. Le roman auquel il est 
fait allusion ici est perdu. 



Faydit du Bellestat 

(Faidit de Belestat) 
xnr s. 



QE^UVRE» 



Une Chanson 



CANSO 



Tôt atressi con la clartatz del dia 
Apodera totas altras clartatz, 
Apodera, domna, vostra beltatz — 
E la valors e-1 pretz e-ill cortezia — 

5 Al mieu senblan, totas celas del mon; 
Per que mos cors plus de vos no-s cambïa, 
Bêla domna, de servir e d'onrar : 
Aissi com cel que passa un estreit pon 

9 Oui non s'auza nulla part desviar. 



II 



Qui dreit camin seg, de re non desvia, 
Per qu'eu m'en sui del tôt aseguratz. 
E s'ab amor deu valer lialtatz, 
Eu sui ben cel qui mieill trobar devria 



CHANSON (i) 

Ma scrupuleuse loyauté me rassure sur une décision 
dont vous aurez toute la responsabilité; et dans ma 
longue attente, je ne désespère pas. 

I 

Tout ainsi que la clarté du jour 
Surpasse toutes les autres clartés, 
De même votre beauté, dame, surpasse — 
Comme aussi votre valeur, votre réputation et votre 

[courtoisie — 
A mon avis, toutes celles du monde; 
C'est pourquoi mon cœur ne se détourne plus de vous, 
Belle dame, en ce qui est de vous servir et honorer, 
Pareil à celui qui passe un pont étroit 
Et ne se risque à dévier d'aucun côté. 

II 

Celui qui sait le droit chemin ne s'égare en rien : 
Aussi me suis-je, grâce à cela, complètement rassuré. 
Et si, avec l'amour, doit profiter aussi la loyauté, 
Je suis celui qui devrait obtenir le mieux 



(i) Sur l'authenticité de cette pièce, v. Notes complémentaires. 



.~)i6 LLS TROUBADOUKS CANTALIEXS 

14 Merce del plus leial amie del mon. 
Qu'en mi non es enjanz ni tricharia 
Ni' n trobaretz jamais gran, aiso-m par. 
Donc si-m destruî vostr' amors ni-m confon, 

18 Jamais no-m voil de servir esforsar. 



III 



Pois anc vos vi, domna, vos ai servia, 
Mas una res er, se vos m'enganatz : 
Mieus er lo danz e vostre lo peccatz, 
E pois auretz del dan una partia. 

23 Ben me-1 dison tuit li savi del mon, 
Que cel a-1 dan cui es la seignoria : . 
Per que-m devetz, domna, del dan gardar, 
Que vostre sui, e per vostre-m resp'on*, 

27 Per far de me ço qu'om del sieu deu far. 



IV 



Domn' es de mi, que-us non aus dir amia, 



FAYDIT DU BELLESTAT 547 

La pitié due au plus loyal ami du monde : 
Car il n'y a en moi ni fausseté ni tricherie. 
Et vous n'y en trouverez jamais un grain, à ce qu'il me 

[paraît 
Or donc si l'amour que j'ai pour vous me détruit et 

[me ruine, 
Je ne veux plus m'appliquer à servir une dame. 

III 

Depuis le jour où je vous vis, dame, je vous ai servie, 
Mais il arrivera une chose, si vous me trompez : 
Mien sera le dommage, et vôtre sera la faute ; 
Du reste vous éprouverez ensuite une partie du 

[dommage (i). 
Ils me le disent bien, tous les sages du monde, 
Que celui-là ressent le dommage, auquel appartient 

[la suzeraineté : 
Aussi devez-vous, dame, me préserver du dommage, 
Car je suis vôtre, et comme vôtre je m'offre en gage. 
Afin que vous fassiez de moi ce qu'on doit faire de 

[sa chose. 
IV 

Vous êtes ma dame, car je n'ose vous dire mon amie, 



(i) En perdant un ami tel que moi. 



548 LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 

Car no-m [val*] ges deves vos l'amistatz. 
Per qu'eu n'en sui vergoignos e iratz 
Car d'amor es tan pauca ma cauzia* 

32 De vos, que mais désir que ren dcl mon. 
C'aissi m'a tôt amors en sa bailia 
Qu'en mi non pot nul' ocaison trobar, 
Ni el meu cor nuls enjanz non s'escon 

$6 De que ja-m puosca amors ocaisonar. 



V 



Mas eu consir se merces me valria 
O gens servi rs o pretz o amistatz. 
Que ben soven trespassa voluntatz, 
E pot esser que merce l'en prenria 

41 De mi, que Tarn mais d'altra ren del mon; 
Ni non es dretz, si tôt hom se fadia, 
Corn se deia per tan desesperar, 
Que-1 sieu* dousor ai respieg que m'abon 

45 Amors e jois, se tôt me fa tardar. 



FAYDIT DU BELLESTAT Ô49 

Puisque l'amitié ne me prête nulle assistance auprès 
Aussi suis-je tout honteux et chagrin [de vous, 

De voir que si petite est la part d'amour laissée à mon 

[choix (i) 
En vous, que je désire plus que nulle chose au monde. 
Car l'amour me tient si bien tout entier en sa dépendance 
Qu'en moi il ne peut trouver nul grief, 
Et en mon cœur ne se dissimule nul artifice 
Dont l'amour puisse à quelque moment me faire 

[reproche. 

V 

Pour moi, j'examine si la Pitié pourrait m'aider 
Ou le Bon Service, ou le Mérite, ou l'Amitié. 
Car bien souvent une volonté passe (change) 
Et il peut arriver qu'il Lui prendrait pitié 
De moi, qui l'aime plus qu'autre personne au monde. 
Et il n'est pas permis, bien que l'homme attende en 
Qu'il se doive pour cela désespérer, [vain, 

Car dans Sa douceur, je trouve l'espoir qu'en abondance 

[me viennent 
L'Amour et la Joie, malgré le délai qu'Elle m'impose. 



(i) Soit parce que les autres, plus favorisés, ont tout pris; soit 
parce que la dame est très peu accessible à l'amour. 



Cavaire 

(vers 1225 -1250>, 



OBUVRBS 



Deux ïensons 






I — TEXSO (CAVAIRE E BONAFOS) 



I. Cavaire 

Bonafos, yeu vos envit 

E fatz vos un partimen : 

Qu'aiatz domn' ab cors complit, 

Bella e bona e avinen, 

O a tôt vostre talen 

X. borzes, d'aisselhs qu'estan 

A Orlac al vostre dan. 

Ara parra, 'N* Bonafos, 

S'etz plus mais que amoros. 



II. Bonafos 

Cavaire, leu ai chauzit 
E respondrai vos breumen : 
Mais am, estan deschauzit, 
Quan los* tenc si mantenen 



I — TËNSON (i) 

Echange d'invectives entre Cavaire et Bonafos — qur 
préfère à une dame sa vengeance contre les bour- 
geois d'Aurillac. 

I. Cavaire 

Bonafos, je vous invite 

Et vous fais une proposition double : 

C'est de posséder une dame au corps achevé, 

Belle et bonne et aimable, 

Ou bien de tenir à votre entière discrétion 

Dix bourgeois, de ceux qui habitent 

A Aurillac pour votre malheur. 

Présentement il paraîtra, sire Bonafos, 

Si vous êtes plus méchant qu'amoureux. 

II. Bonafos 

Cavaire, j'ai vite choisi 

Et je vous répondrai tout court : 

J ? aime mieux, étant honni (2), 

Les tenir, eux, ainsi, immédiatement 



(1) J'ai fait quelques emprunts, pour cette pièce, à une tra- 
duction publiée par M. l'abbé Four (V. Notes comp'l.) et lui 
exprime mes très vifs remerciements. (R. L.) 

(2) Pour avoir préféré la vengeance à l'amour. 



>3I 



LES TROUBADOURS CAXTALIEXS 



14 Que la belha en cuy m'enten ; 
E die vos, quossi que s'an* : 
S'ieu'n tenc. x. a mon talan 
Huelhs n'auray e-ls companhos* 

18 E semblaran del pe vos. 



III. Cavaire 

En rossinier deschauzit, 
Cobe*, paubre, maldizen, 
Pretz avetz mes en oblit, 
E la dona avinen, 

23 Per dire deschauzimen 
Del onrat poble prezan 
D'Aorlac* que-us volon tan 
Que, si'n fosson poderos, 

27 Vos agratz nom Malafos*. 



IV. Bonafos 



Ben aia selh que-us ferit, 



5o:j 



Que non pas la belle en qui j'ai ma pensée; 
Et je vous dis, quoi qu'il doive en résulter : 
Si j'en tiens dix à ma discrétion 
Je leur arracherai les yeux et autres organes (i) 
Et par le pied ils vous ressembleront (2). 

III. Cavaire 

Maître chevaucheur de roussins, vil, 

Cupide, pauvre et mal embouché, 

Vous avez laissé de côté ce qui a du prix, 

Et la dame gracieuse, 

Pour dire des grossièretés 

Sur le peuple honoré et respectable 

D'Aurillac qui vous aime tant 

Que, s'il en avait le pouvoir, 

Vous auriez nom Malafos (Maudit soit-il) ! 

IV. Bonafos 
Béni soit celui qui vous frappa 



(1) Littéralement : j'en aurai (les yeux et autres organes 
testiculos). 

(2) Je le rendrai boiteux comme vous. 



Ô56 LES TROUBADOURS CASTALIEXS 

Cavaire, del ferramen*, 
Que tan gen vos meschauzit* 
Qu'anc pueys non avetz, corren, 

32 Mercey fatz e chauzimen; 

Que romieus — so'n van comtan, 

Anavatz estrangolar, 

E selh que vay ab lairos 

36 Tanh l'en aitals guazardos. 



V. Cavaire 

Vielh rossin, airatz truan, 
Coma lop vos van cridan 
Ylh d'Aorlac, e membre vos 
40 Totjorn vostras tracios! 

VI. Bonafos 

Per aquo n'anatz* clopchan, 
Cavaire, — no'n sabetz tan ! 
E-us n'es plus breus lo talos 
44 Quar dizetz motz adiros. 



CATAIRE 557 

Cavaire, de son fer (i), 

Car il vous a si joliment déprécié (2) 

Que jamais depuis, courant le monde, 

Vous n'avez fait chose méritoire ni convenable; 

Les pèlerins même — c'est ce qu'on va racontant — 

En vos courses vous les étrangliez, 

Et celui qui va avec les voleurs, 

C'est récompense pareille à la vôtre qui lui convient. 

V. Cavaire 

Vieux roussin, truand détesté, 
Comme après un loup ils vont criant après vous 
Ceux d'Aurillac, et qu'il vous souvienne 
Toujours de vos trahisons. 

VI. Bonafos 

Voici pourquoi vous vous en allez clochant, 
Cavaire, — vous ne savez même pas cela! — 
Et pourquoi votre talon est plus court : 
Parce que vous dites des paroles haineuses. 



(1) Cavaire eut le talon tranché ou « raccourci » (vers 43) 
par un « instrument ou outil en fer » : s'agit-il d'un accident, ou. 
fut-il réellement ainsi châtié des méfaits que F. lui impute? 

(2) Ou « avili ». 



•"38 LKS TKOUBADOURS CA-NTALIEN8 

II — TEXSO (FOLCO E CAVAIRE) 

I. Folco 

Cavaire, pos bos joglars est, 
Digatz lo pe per que perdest : 

3 Aviatz crebat lo revest* 
O mort romeu en lo cami * 
Que tôt vos fan detras boci*, 

6 Mas eu per me be vos n'afi*. 

II. Cavaire 

Cavaliers, pois joglars lo vest, 
De cavalaria-s devest, 
9 C'us joglaretz del marques d'Est, 
Fôlco, vos a vestit ab si ; 
Per que-m demandatz qui-m feri, 
12 Que noca-us deman qui-us vesti? 

(n.-b.>: 



y.B. — La suite manque. 

(i) Littéralement: forcé l'entrée de la sacristie. Pour l'accu- 
sation énoncée au vers suivant, cf. la tenson avec Bonafos, 
vers 33-34. Folco avec Bonafos accusent Cavaire de sacrilège 
(vol ou même assassinat) et affirment qu'il en a été châtié par 
la mutilation de son pied. 

(2) Littéralement : je vous assure bien de cela (c'est-à-dire 
qu'ils le font). 

(3) Cavaire à son tour accuse Folco (chevalier-poète connu par 






CAVAIRE 550 

II — TENSON 

Entre Folco et Cavaire (fragment) 

Question impertinente à Cavaire sur son infirmité. 

I. Folco 

Cavaire, puisque vous êtes un bon jongleur, 
Dites-moi pourquoi vous avez perdu votre pied : 
Aviez-vous pillé avec effraction le trésor d'une église 
Ou tué un pèlerin dans le grand chemin? (i) 

Car tous vous tirent la langue de mépris, par derrière 

[(à votre insu), 
Mais moi par ma foi je vous assure vraiment que c'est 

[ainsi (2). 
II. Cavaire 

Un chevalier qu'un jongleur vêt (3) 

Se dévêt de chevalerie, 

Car un petit jongleur du marquis d'Esté (4) 

Folco, vous a vêtu avec sa défroque ; 

Pourquoi me demandez-vous qui m'a frappé (5) 

Puisque je ne' vous demande nullement qui vous a vêtu? 



ce seul passage) d'être habillé par un jongleur — comme l'étaient 
les poètes-musiciens à gages — et ainsi de déroger. 

(4) La maison d'Esté régnait à Ferrare et fut une des plus- 
accueillantes de l'Italie pour les troubadours. 

(5) Qui m'a rendu boiteux. 



Astorg d'Aurillac 

Baron de Conros 

<AUSTORC D'AORLHAC) 

f avant 1260 



QE^XJVRK^ 



Un Sirventés, attribué jusqu'ici à Astorg VII d'Aurillac 
et aujourd'hui à Astorg VI. 



SIRVENTES 



[Ai!] Dieus ! per qu*as fâcha tan gran maleza 
De nostre rey frances, lare e cortes, 
0[uan] as sufert qu'aital ant'aia preza? 
4 Qu'elh [ponhava cum] servir te pogues, 
Oue-1 cor e-1 saber hi metia, 
En tu servir la nueg e-1 dia, 
E, cum pogues, far e dir tom plazer : 
8 Mal guizardo l'en as fag eschazer. 



II 



Ai! bella gens, avinens e corteza, 



SIRVENTES 

Pourquoi Dieu nous abandonne -t-ilf 

(Après Mansourah, 1250) 



I 



Ah! Dieu, pourquoi as-tu causé un si grand malheur 
A notre roi français, généreux et courtois, 
Quand tu as souffert qu'il ait reçu pareille honte (1)? 
Car il s'efforçait de trouver comment il pourrait te 

[servir, 

Car il y mettait son cœur et son savoir, 

A te servir la nuit et le jour, 
Et, autant que possible, à faire et dire ton bon plaisir : 
Bien mauvaise récompense tu lui en as fait échoir! 

II 

Ah! belle troupe, gracieuse et courtoise, 



(1) C'est la honte, pour Saint Louis, d'avoir été vaincu et fait 
prisonnier à Mansourah. 



r»6-4 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

Que oltra mar passetz tam bel arnes, 
May no-us veyrem tornar sai, de que-m peza, 
12 Don per lo mon s'en es grans dois empres. 
Mal dicha si' Alexandria ! 
E mal dicha tota clercia ! 
E maldig Turc, que-us an fach remaner! 
16 Mal o fetz dieus, quar lor en det poder. 



III 



Crestiantat vey del tôt a mal meza ; 
Tan gran perda no cug qu'ancmais fezes : — 
Per qu'es razos qu'hom hueymais Dieus descreza,. 
20 E qu'azorem Bafomet, lai on es, 
Tervagan e sa companhia, 
Pus Dieus vol e Sancta Maria 
Que nos siam vencut a non-dever, 
24 E-ls mescrezens fai honratz remaner. 






astorg d'aurillac 565 



Vous qui fîtes passer outre-mer un si bel équipage, 
Jamais nous ne vous verrons revenir par ici, et j'en suis 
Et par le monde grand deuil s'en est répandu, [navré, 

Maudite soit Alexandrie (i) ! 

Et maudit tout le clergé ! 
Et maudits soient les Turcs qui vous ont fait rester 

[là-bas, 
Dieu a mal fait, de leur avoir donné ce pouvoir. 

III 

Je vois la chrétienté complètement mise à mal; 
Je ne crois pas qu'elle ait jamais subi si grande perte : 
Aussi est-il légitime qu'on cesse désormais de croire en 

[Dieu, 
Et que nous adorions Bafomet (Mahomet) — là où 

[Dieu se trouve. — 
Tervagan (2) et sa compagnie, 
Puisque Dieu veut, ainsi que Sainte Marie, 
Que nous soyons vaincus contre tout droit, 
Et qu'il permet aux mécréants de rester couverts 

[d'honneur. 



(1) Cette ville si connue représente ici l'Egypte tout entière. 

(2) Le vulgaire croyait que les Sarrazins adoraient quatre 
idoles : Mahom (Mahomet, Bafomet), Tervagan, Jupiter et Apolin 
(Apollon). 



ÔVQ LES TROUBADOURS CANTALIENS 



IV 



L'emperaires volgr' agues la crotz presa 
E qu'a son filh l'emperis remazes, 
E que-s tengues ab lui la gens franceza 
28 Contra fais clercx, en cui renha no-fes; 
Qu'an mort pretz e cavalairia, 
E morta tota cortezia, 
E prezo-s pauc qui a son desplazer, 
2,2 Sol qu'ilh puesco sojornar e jazer. 



Ai ! valens reys, [s'avias la] largueza 
D'Alex[andre, que tôt] lo mon conques, 
[Vengarias] la gran anta qu' [as preza; 
36 Ai! mem]bre te de Karle, [del marques 

Guillem], de Girart cum v[encia. 

Ai! francs reys], s'o be-t sovenia, 



(r) " L'empereur » est Frédéric IL II avait maintes fois promis 
depuis son expédition de 122S-9, de retourner en Terre-Sainte. 11 
eût, en ce cas, naturellement laissé le pouvoir à « son fils » Con- 
rad ( J.). 



ASTORG d'aURILLAC 56" 



IV 



Je voudrais que l'empereur eût pris la croix 

Et que l'empire demeurât à son fils (i), 

Et qu'à ce dernier se joignît la nation française 

Contre les faux clercs, en qui règne déloyauté (2) ; 

Car ils ont tué valeur et chevalerie, 

Ils ont tué toute courtoisie, 
Et ils se soucient peu de savoir qui éprouve du déplaisir, 
Pourvu qu'ils puissent se reposer et dormir. 



V 



Ah! vaillant roi (3), si tu avais la largesse 
D'Alexandre, qui conquit le monde entier, 
Tu vengerais la grande honte que tu as subie. 
Ah ! qu'il te souvienne de 'Charles, du marquis 

Guillaume (au Court-Nez), de Girart (de 
[Roussillon et de sa façon de vaincre, 

Ah ! noble roi, s'il t'en souvenait bien, 



(2) Le pape Innocent IV, insensible aux malheurs de la Terre- 
Sainte et du roi de France, faisait prêcher une véritable croisade 
contre Frédéric II, YAntechrist, dont Austqrc est un fervent par- 
tisan. 

(3) Saint Louis. 



568 



LES TROUBADOURS CANTALIENS 



[Leu fo]ran Turc fello [en ton poder, 
40 Quar] bon secors fai Dieus a ferm voler. 



VI 



Sanh Peire tenc la drecha via, 
Mas l'apostolis la-lh desvia, 
De fais clergues que ten en som poder, 
44 Que, per deniers, fan manh [rey decazer*]. 




astorg d'aurillac 569 



Les Turcs félons seraient vite en ton pouvoir^ 
Car Dieu fait bon secours à ferme vouloir. 



VI 



Saint Pierre suivit la droite voie, 

Mais le Pape la lui rend tortueuse 
A l'aide de faux clercs qu'il tient en son pouvoir 
Et qui, pour de l'argent, font [déchoir] maint 

[roi] (I). 




(i) Allusion probable à la déposition de Frédéric II par 
le Concile de Lyon en 1243. [F]. 



Astorg de Segret 

1273 



O^XJVRE}» 



Un Sirventés 



SIRVENTES 



[No]* sai qui-m so, tan suy [des]conoyssens, 
Ni [say] don venh, ni say [on] dey anar, 
Ni re [no] say que-m dey di[re] ni far, 

4 Ni re no say on fo mos nayssemens, 
Ni re no say, tan fort suy esbaytz, 
Si Dieus nos a o Diables marritz, 
Que Chestias e la ley vey perida, 

8 E Sarrazi an trobada guandida. 



II 



Yeu vey gueritz los paguas mescrezens, 



SIRVENTES 

Contre la Paix de Tunis, en 12J0, conclue par Philippe- 
le-Hardi, roi de France, et son oncle Charles d'An- 
jou. A Edouard I er , roi d'Angleterre, pour l'engager 
à défendre ses possessions françaises (i). 

I 

Je ne sais qui je suis, tant je suis hors de connaissance, 
Ni ne sais d'où je viens, ni ne sais où je dois aller, 
Ni ne sais rien de ce que je dois dire et faire, 
Ni ne sais où fut le lieu de ma naissance, 
Ni ne sais, tant fortement je suis ébahi, 
Si c'est Dieu ou le diable qui nous a affligés, 
Car je vois détruits les chrétiens et la religion, 
Et les Sarrazins ont trouvé un refuge. 

II 
Je vois en sûreté les païens mécréants, 



(i) Austorc de Segret, dans ce sirventés, écrit en 1273, exprime 
son mécontentement de i la paix, trop favorable aux Sarrazins, et 
cherche à en déconsidérer l'auteur principal Charles d'Anjou. Il 
encourage Edouard I er à venger son oncle Henri de Castille, 
lâchement torturé et emprisonné par Charles. Il espère voir écla- 
ter bientôt la guerre entre Edouard et Philippe-le-Hardi qui 
prétend s'approprier l'Agenais et le Quercy. Il adresse enfin son 
sirventés au vicomte Arnaud-Othon de Lomagne. (Interprétation 
de M. Fabre modifiée par M. Jeanroy. V. Notes compl.) 



57i LES TROUBADOURS CANTALIEXS 

E-ls Sarrazis e-ls Turcx d'outra la mar, 
E-ls Arabitz, que no'n cal un gardar 

12 Del rey Felip, don es grans marrimens, 

Ni d'en Karle, qu'elh lur es caps* e guitz. 
No sai don es vengutz tais esperitz, 
Que tanta gens n'es morta e perida, 

16 E-l reys Loix n'a perduda la vida. 



III* 



Ane mais no vim del rey que fos perdens : 
Ans l'avem vist ab armas guazanhar 
Tôt quant anc vole aver ni conquistar. 

20 Mas eras l'es vengutz abaissamens, 

Et es ben dreitz, quar es a Dieu falhitz : 
Oui falh a Dieu en remanh escarnitz, 
Ou'anc mais no £0, mas per Karl', escarnida 

24 Crestiantatz ni près tan gran falhida*. 



(1) Philippe-le-Hardi. 

(2) Charles d'Anjou, comte de Provence, roi de Sicile et de 
Naples, inspirateur" de la paix de Tunis : elle stipulait que les 
Sarrasins lui paieraient tribut; en revanche il s"engageait à les 
protéger. 



ASTORG DE SEGRET 575 



Les Sarrazins et les Turcs d'outre-mer, 
Et les Arabes, car il ne faut point que l'un d'eux craigne 

[rien 
Ni du roi Philippe (i), ce qui est grande tristesse, 
Ni de Charles (2), car il est pour eux un chef et un 
Je ne sais d'où est venu un tel esprit, [guide. 

Puisqu'une si grande armée par eux a été tuée et 

[détruite, 
Et que le roi Louis (3) par eux a perdu la vie. 



III 



Jamais nous ne vîmes que le roi (4) subît une perte : 
Au contraire nous l'avons vu gagner par les armes 
Tout ce qu'il voulut jusqu'ici posséder ou conquérir. 
Mais maintenant il lui est survenu abaissement, 
Et c'est bien juste, car il a failli envers Dieu : 
Et qui manque envers Dieu en demeure bafoué. 
Aussi jamais, excepté par Charles, ne fut outragée 
La chrétienté et jamais elle ne reçut si grand dommage. 



(3) Saint Louis. 

(4) Charles d'Anjou. L' « abaissement » dont parle le poète 
trois vers plus loin, c'est son échec devant Tunis. [J] 



576 LES TROUBADOURS CANTALIENS 



IV 



Ar aura ops proez' et ardimens 

A N' Audoart, si vol Haenric* venjar, 

Qu'era de sen e de saber ses par, 

28 E tôt lo mielhs era de sos parens. 
E, si reman aras d'aisso aunitz, 
No-1 laissaran ni cima ni razitz 
Frances de sai, ni forsa ben garnida, 

$2 Si sa valors es de pretz desgarnida. 



V^ 



Guerra mort[als mi plagra e] sanglens, 
Qu[e negus homs no] pogues escapar 
[Que combatens] no conogues [son par]. 
2)6 [Yeu, ses te] mor et ab desca[uzimens], 



(1) Edouard I er , roi d'Angleterre depuis 1272. 

(2) Henri de Castille, dont la nièce Eléonore (fille d'Al- 
phonse X), avait épousé Edouard, était ainsi l'oncle de celui-ci. 
Pris par Charles d'Anjou à Tagliacozzo (1268) avec Conradm, 
il fut exposé à la risée populaire dans une cage de fer, puis 



ASTORG DE SEGRET 577" 



IV 



Maintenant il fera besoin de prouesse et d'audace 
A sire Edouard (i), s'il veut venger Henri (2), 
Qui était sans pareil pour l'intelligence et le savoir, 
Et tout à fait le meilleur de ses parents. 
Or, s'il demeure présentement honni pour cela, 
Les Français ne lui laisseront ni cime ni racine 
Par ici (3), ni forteresse bien munie, 
Si sa valeur est démunie d'estime. 



V 



Une guerre mortelle et sanglante [me plairait], 
Telle que [nul homme ne] pût éviter 
[Que dans la mêlée] il ne connût [son égal]. 
[Pour moi,] je voudrais voir, [sans] crainte et parmi 

[les outrages, 



enfermé dans une forteresse de Pouille d'où il ne sortit qu'en 
1284. Les troubadours Paulet de Marseille et Folquet de Lunel 
déplorèrent aussi sa captivité. Mais Edouard ne s'intéressa pas 
à son sort. 

(3) Dans la France méridionale, où Edouard I er possédait déjà 
la Guyenne et la Gascogne : Jeanne de Poitiers venait de lui léguer 
l'Agenais et le Quercy, mais pendant la croisade d'Edouard en 
Orient (1271-72), Philippe-le-Hardi avait mis la main sur ces ter- 
ritoires. 



578 LES TROUBADOURS CANTALIENS 

[Vol]gra vezer e ca[ssar los faiditz] 
E derrocar fortz castelhs ben bastitz, 
E qu'om crides soven : (( A la guerida* ! )) 
40 A N'Audoart qu'a la patz envazida. 



VI 



Mosenhor N'Oth, qu'es de donar razitz, 
De Lomanha, e de pretz caps e guitz, 
Fatz assaber que Karles nos desguida, 
44 E-l reys frances, don la gleiza es aunida. 

VII 

Mos sirventes, Cotellet*, sia ditz 
Mosenhor N'Oth qu'es lauzatz e grazitz. 
Per los plus pros a sa valor grazida, 
48 E donar t'a rossin a la partida. 



(1) Les restitutions ci-dessus [entre crochets] sont données à 
titre purement hypothétique. 

(2) Arnaud-Othon II, vicomte de Lomagne (ancien pays : chef- 
lieu Lectoure, Gers), et d'Auvillars (Tarn-et-G.) de 1235 à 1274. 
Jeanne de Poitiers léguait l'Agenais et le Quercy à sa fille Phi- 



ASTORG DE SEGRET 57!J 



Et [chasser les proscrits] (i) 

Et démolir les forts châteaux bien bâtis, 

Et qu'on criât souvent: A vous garder! (Sauve qui 

Devant Edouard qui a rompu la paix. [peut!) 



VI 



A monseigneur X'Oth de Lomagne (2), qui est source 
Et chef et guide de tout prix, [de largesse 

Je fais savoir que Charles nous guide à rebours, 
Ainsi que le roi français, — et l'Eglise en est honnie. 

VII 

Que mon sirventés, Cotellet (3), soit dit 
A monseigneur N'Oth qui est loué et chéri. 
Par les plus preux il a fait aimer sa valeur, 
Et il te donnera un cheval à ton départ. 



lippa — avec retour à la couronne d'Angleterre (cf. la note du 
■v. 31). Oth « avait donc le plus grand intérêt à ce que le roi 
d'Angleterre s'opposât aux prétentions françaises et le sirventés 
d'Austorc a dû être écrit à sa requête. » [J] 
(3) Jongleur inconnu. 



BIBLIOGRAPHIE (1) 

DE 

L'ÉDITION ■ TR01MD0ÏRS CMTM1 



§ I. GÉNÉRALITÉS SUR LES TROUBADOURS 



A. — BIOGRAPHIES ANCIENNES 



Biographies en langue d'Oc écrites au XIII e siècle 



.L,e point de départ de tous les ouvrages sur les trouba- 
dours et la source d'une partie de nos connaissances sur 
eux se trouvent dans les Biographies des troubadours 
contenues dans différents chansonniers manuscrits. Elles 
émanent certainement de plusieurs auteurs; mais un assez 
grand nombre sont dues vraisemblablement à Hugues de 
Saint-Cire. Ces récits ont toujours besoin d'être contrôlés; 



(1) Je tiens à remercier personnellement M. Rohmer, attaché à la 
Bibliothèque Nationale de l'aide empressée qu'il a bien voulu me 
fournir dans les collations et copies relatives tant à l'édition elle-mê- 
me qu'à la présente bibliographie. — (R L.) 



— 582 - 

mais « vrais ou faux — et le plus souvent ils sont vrais, — 
ils sont un tableau fidèle de la haute société d'alors. » 
(Chab.). Leurs indications sont souvent tirées des chan- 
sons elles-mêmes plus ou moins bien comprises. Voici la 
liste des éditions collectives publiées jusqu'ici de ces bio- 
graphies (d'après Chabaneau). 



Editions collectives de ces biographies 

1. Rochegude. Parnasse occitanien, 1819. 

2. Raynouard. Choix des Poésies des Troubadours, 
V, 1820. C'est le receuil le plus complet avant Chabaneau. 

3-4. Mass. Die Biographieen der Troubadours (Les Bio- 
graphies des Troubadours), l re éd. 1853 (reproduction du 
texte du ms. B); 2 e éd. 1878 (plus complète). 

3-4. Mahn. Die Biographien der Troubadours (Les Bio- 
Troubadours), 3 vol., 1846-1882. Transcription pure et 
simple, en tête des œuvres de chaque poète, du texte de 
Raynouard. 

6. [Marquis de Loubens] Les Vies des Troubadours 
écrites en roman par des auteurs du treizième siècle, et tra- 
duites en français par un indigène. Toulouse, Magradoux, 
1866, in-8° (reproduction du texte de Raynouard). 

7. Camille Chabaneau. Les Biographies des Troubadours 
en langue provençale, publiées intégralement pour la pre- 
mière fois avec une introduction et des notes, accompa- 
gnées de textes latins, provençaux, italiens et espagnols 
concernant ces poètes et suivies d'un Appendice contenant 
la liste alphabétique des auteurs provençaux, avec l'indi- 
cation de leurs oeuvres publiées ou inédites et le répertoire 
méthodique des ouvrages anonymes de la littérature pro- 
vençale depuis les origines jusqu'à la fin du quinzième 
siècle. Toulouse, Edouard Privât, 1885. (Tirage à part du 
tome X de YHistoire du Languedoc, 204 p. in-4°). Cette 
édition rend inutiles toutes les précédentes. Elle contient 
une foule de renseignements précieux non seulement sur 



- 583 - 

la poésie lyrique, mais sur l'ensemble de la Littérature 
provençale. Malheureusement, il est difficile de se la pro- 
curer et elle est peu maniable. 

Traductions (partielles) 

1. Française dans l'édition donnée d'après Raynouard, 
sous le n° 6 ci-dessus. 

2. Italienne (plusieurs biogr.) dans Crescimbeni, ouvr. 
cité plus loin B, 1 (2°). 

3. Italienne (un grand nombre de biographies) dans Gal- 
vani, Xovellino provenzale, Bologna, 1870. 



B. — HISTOIRE LITTÉRAIRE m 

L'histoire de la littérature de langue 'd'oc, languedocienne 
ou occitane (les spécialistes ont pris l'habitude de la dési- 
gner par l'appellation trop restreinte et très ambiguë de 
provençale), n'a pas encore été écrite dans son ensemble, 
avec les développement nécessaires. Les ouvrages ci-après 
sont relatifs surtout à la poésie lyrique. Je souligne ceux 
qui présentent le caractère de manuels ou essais d'ensemble 
indispensables. On remarquera qu'il n'y a qu'un de ces 
essais dû à un Français (M. Anglade) : 

1. Jehan de Nostredame, procureur au Parlement d'Aix, 
frères du prophète Michel Nostradamus. Les Vies des plus 
célèbres et anciens poètes provençaux, Lyon, 1575. Ce n'est 
qu' « un tissu de fables » signalé à titre de curiosité. Cha- 
baneau préparait depuis longtemps une réédition de cet 
ouvrage; M. Anglade va la publier bientôt. 

[Traductions italiennes : 1° Jean Giudici. Le vite delli 
più celebri, etc., Lyon, 1575. — 2° Crescimbeni, dans Com- 



(1) Intéressant résumé élémentaire dans le chap. I de l'Histoire 
de ta Littérature Française de M. Eugène Lintilhac, 2- édition, An- 
dré, Pciris 1894 (avec une bibliographie sommaire). 



— 584 - 

mentarii intorno alla storia délia volgar poesia, 1" èdit. 
1710, vol. 2, V e partie. Il a fait plusieurs additions et inséré 
quelques échantillons de poésie provençale dont le texte 
aussi bien que la traduction (due à Salvini) laissent à 
désirer.] ' ; 

2. Barbieri. Dell' origine délia poesia rimata (Des ori- 
gines de la poésie rimée, ouvrage de Jean-Marie Barbieri, 
Modénais, publié maintenant pour la première fois par le 
chevalier Tiraboschi, Modène, 1780). Barbieri mourut ici 
1574, ne laissant qu'une partie des matériaux nécessaires à 
l'œuvre qu'il méditait sur l'histoire de la poésie. Il ne put 
remplir un plan trop vaste, mais la partie de l'œuvre 
publiée ci-dessus est « d'une importance exceptionnelle 
pour les études provençales. » (Chab.). Par l'étendue des 
informations et la sûreté de la méthode, elle semble due 
à un provençaliste moderne (Restori). 

3. Millot (Abbé). Histoire littéraire des troubadours, 
3 vol., Paris, 1774. L'auteur avait à sa disposition 15 vol. 
de poésies provençales transcrites de divers manuscrits, 
8 vol. contenant une traduction partielle, un index, un 
glossaire, diverses tables et de nombreuses notes, le tout 
(manuscrit) assemblé par l'érudit La Curne de Sainte- 
Palaye. Mais Millot ne savait pas un mot de provençal! 
Aussi son ouvrage a-t-il une bien faible valeur. 

« Je n'ai fait, dit-il lui-même, que mettre en œuvre avec 
plaisir les matériaux qu'il (La Curne) a rassemblés avec 
tant de peine. J'ai suivi ses traductions, en donnant au 
style une tournure plus libre et plus variée (!). Ses remar- 
ques et celles de ses premiers coopérateurs m'ont épargné 
l'ennui des recherches » (Préface, p. X). 

4. Diez. Die Poésie der Troubadours (La Poésie des 
Troubadours), l re édit. Zwickau, 1826; 2 e édit. augmentée 
par Karl Bartsch, Leipzig, 1883. Essai remarquable sur la 
poésie « provençale ». — Son origine, son développement 
et son déclin. — La poésie lyrique (formes et genres, con- 
tenu et caractéristiques). — La poésie narrative et didac- 
tique; — rapport avec les littératures étrangères; — aperçu 
sur la langue provençale). Traduction française du Baron 



— oSo — 

Ferdinand de Roisin. Paris, Jules Labitte; Lille, Va- 
nackere, 1845. Cette traduction, peu soignée et médiocre- 
ment écrite, est augmentée d'un appendice sur les princi- 
paux troubadours (p. 317-400) qui n'est pas une traduc- 
tion, mais un résumé analytique de l'ouvrage suivant. 

5. Diez. Leben und Werke der Troubadours (Vies et 
oeuvres des Troubadours), l re êdit. 1829; 2 e édition aug- 
mentée par Karl Bartsch, Leipzig, Johann Ambrosius 
Barth, 1882 (506 pages in-8°). C'est une collection d'études, 
plus ou moins développées, mais toutes remarquables, sur 
46 troubadours. A la notice biographique (où Diez utilise 
en les contrôlant et souvent en les complétant les rensei- 
gnements du biographe du treizième siècle) est jointe une 
étude mi-partie littéraire, mi-partie historique avec de 
nombreuses analyses, citations et de belles traductions en 
prose ou en vers. Cet ouvrage reste fondamental. Toutefois, 
pour un certain nombre de troubadours, il est complété et 
dépassé par des monographies plus récentes. 

6. Histoire littéraire de la France, ouvrage commencé 
par des religieux bénédictins ide la congrégation de Saint- 
Maur et continué par des membres de l'Institut. In-4°. Rien 
ne prouve mieux la faiblesse des études « provençales » 
en France au début du xix e sièdle que les notices sur les 
troubadours contenues dans ce savant ouvrage, et dont 
beaucoup sont peu dignes de lui. Celles des tomes 13 (1814), 
14 (1817), 15 (1820) sont de Ginguené, celles des tomes 17 
(1832), 18 (1835), 19 (1838), 20 (1842) d'Emeric David. 

7. Fauriel. Histoire de la poésie provençale, Paris, 1846, 
3 vol. in-8° (cours professé à la Faculté des Lettres de 
Paris, 1831-1832). Ce n'est pas une histoire suivie, mais 
plutôt une série d'essais sur diverses questions dont cer- 
taines sont rattachées arbitrairement au sujet. Livre élo- 
quent, et en plus d'un endroit excellent. Il est plein d'idées, 
mais souvent elles sont contestables. Beaucoup de chapitres 
ont besoin id'être remis au point; les meilleurs sont consa- 
crés à la poésie lyrique des troubadours (grand nombre de 
pièces traduites). 

8. Bartsch (Karl). Grundriss zur Geschichte der proven- 



— 586 — 

zalischen Literatur (Manuel pour l'Histoire de la Littéra- 
ture provençale), Elberfeld, R.-L. Friadrichs, 1872. Inau- 
gure la série des manuels précis et exacts. Divisé en trois 
périodes (x e et xi e siècles — xn e et xin e — xiv e et xv e ), passe 
en revue pour chaque période tous les igenres 'littéraires 
représentés et fournit les renseignements indispensables 
sur chaque œuvre, en 95 pages. Donne une liste complète 
(à cette date) des manuscrits contenant les chansons des 
troubadours (p. 27-31), une liste alphabétique des noms 
d'auteurs (460) et de toutes leurs chansons connues avec 
l'indication des mss. où elles sont conservées, et des 
ouvrages où il s'en trouve d'éditées, plus une liste de 
251 pièces anonymes (p. 99-203). Bartsch est, après Diez, 
un Ide ceux qui ont le plus fait pour le progrès des études 
provençales. 

9. Restori. Letteratura provenzale (fait partie de la col- 
lection ides Manuels Hoepli, Uerico Hœpli, éditeur, Milano, 
1891, 1 fr. 50) remarquable petit manuel (214 pages), tout 
à fait au courant, et de forme très littéraire; le dixième 
et dernier chapitre contient un aperçu sur la littérature 
d'oc depuis le XV e siècle jusqu'aux félibres. Traduction 
française par A. Martel, revue et considérablement aug- 
mentée par l'auteur [avec addition de plusieurs cha- 
pitres sur la littérature provençale moderne, par A. Roque- 
Ferrier] Montpellier, Hamelin, V e partie, 1894; la 2 e partie 
n'a pas paru, ce qui prive le lecteur tout au moins de 
l'excellent chap. X de l'original (fin du xv* siècle à nos 
jours) et de la Table. 

10. Stimming. Provenzalische Litteratur (histoire de la 
littérature provençale résumée en 69 pages dans le tome II, 
2 e partie du Manuel de Phillologie romane (Grundriss der 
romanischen Philologie), encyclopédie des sept langues 
romanes, publié par Grôber à Strasbourg (Karl Trùbner, 
éditeur), 1897. 

11. Joseph Anglade. Les Troubadours, leurs vies, leurs 
œuvres, leur influence, Armand Colin, Paris, 1908 (3.50). 
Ce n'est pas un manuel, mais un exposé des idées géné- 
rales concernant chacun de ces points de vue avec un 



- 587 - 

choix 'de faits et d'exemples caractéristiques. La troisième 
partie (influence sur les littératures étrangères) est parti- 
culièrement utile. Il y a en appendice de nombreuses et 
excellentes notes bibliographiques (1). M. Anglade ne s'oc- 
cupe que du lyrisme. 

ÉTUDES PARTICULIÈRES IMPORTANTES 

1. Baret. Les Troubadours et leur influence sur la litté- 
rature du Midi de l'Europe. Ce livre, agréablement écrit, 
effleure seulement le sujet, mais il est d'une lecture encore 
profitable. l re édit. 1857, 2 e édit. 1867, Didier, Paris. 

2. Cavedoni. Délie accoglienze e degli onori ch' ebbero 
i trovatori provenzali alla corte dei marchesi d'Esté nel 
secolo XIII, memoria dell' abate Celestino Cavedoni (Memo- 
rie délia R. Academia di scienze, lettere e arti di Modena, 
t. II, p. 268-312). 

3. Gidel. Les Troubadours et Pétrarque, 1857, in-8° 
(nombreux rapprochements). 

4. Mila y Fontanals. De los trovadores en Espana, 
1" édit., Barcelone, 1861; 2 e édit., Barcelone, 1889. 4 par- 
tics : I.De la langue et de la poésie provençales; IL Trou- 
badours provençaux, en Espagne; III. Troubadours espa- 
gnols en langue provençale; IV. Influence provençale en 
Espagne. Ouvrage capital; nombreuses pièces citées et tra- 
duites. 

5. P. Meyer. Influence des troubadours sur la poésie des 
peuples romans, Romania, V, 266. 

6. Tourtoulon (de). Jaime I" le Conquérant, roi d'Ara- 
gon (protecteur ides troubadours), 2 vol. Montpellier, 1863- 
1867. 



(1) Je dois beaucoup à cette bibliographie de M. Anglade (ainsi qu'à 
celle de Eestori). Qu'il veuille bien recevoir ici tous mes remercie- 
ments. 



7. Pannier. Die Minnesânger (Les « chantres de l'amour » 
allemands), Gôrlitz, 1881 (étudie l'influence des trouba- 
dours en Allemagne). 

8. A. Thomas. Francesco da Barberino et la littérature 
provençale en Italie au moyen âge (livre excellent sur 
l'influence de la poésie d'oc), Paris, 1883. 

9. A. Jeanroy. Les origines de la poésie lyrique en France, 
Paris, l re édit., 1889; 2 édit., 1904. (Excellent; lire : La 
poésie française (d'oc et d'oïl) en Italie, p. 233-273; la 
poésie française (d'oc et d'oïl) en Portugal, p. 308-338.) 

10. A. Patzold. Die individuellen Eigcithûmlichkeiten 
einigen hervorragenden Trobadors im Minneliede (Les par- 
ticularités distinctives de quelques éminents troubadours 
dans la chanson d'amour), Marbourg. 1897. « Excel! 2T,i par 
les innombrables citations qu'il renferme. » 

11. A. Jeaxroy. La poésie provençale du moyen âge 
(Revue des Deux-Mondes, 1899). (De l'intérêt de la poésie 
méridionale. Les causes de l'éclosion poétique : la Société, 
les Mœurs, la Décadence. La poésie politique chez les 
troubadours). Articles très brillants, très condensés, et très 
érudits; les idées générales y sont appuyées d'une foule 
d'exemples et de faits précis. C'est un tableau de la poésie 
provençale qui mérite de devenir classique. 

12. A. Luderjtz. Die Liebestheorien der Provenzalen 
bei den Minnesingern der Stauferzeit (Les théories sur 
l'amour des Provençaux chez les Minnesânger de la période 
des* Hohenstaufen) dans la Revue : Literarhistorische 
Forschungen, Berlin, 1904. 

13. Gaston* Paris. Esquisse historique de la littérature 
française au moyen âge, Paris, 1907, p. 89-156 et suiv. 

14. J.-B. Beck. Die Melodien der Troubadours, Stras- 
bourg, K.-J. Trubner, 1908 (exposé très nouveau et capital 
de l'art musical des troubadours). 

15. Id. La musique des Troubadours; Paris, H. Laurens, 
1910 (excellent manuel de vulgarisation). 

16. Id. Recueil complet des chansons notées des Trou- 
badours (paraîtra fin 1911 chez H. Laurens). 



— 589 — 

§ III. OUVRAGES OU ÉTUDES CONSULTÉS 
SUR LES TROUBADOURS CANTALIENS 

(1). Barbieri. Dell' origine délia poesia rimata, écrit avant 
1597, publié par Tiraboschi, Modène, 1790 (ci-dessus, § Ib, 
n° 2). Moine de Montaudon, p. 131 : Pos Peire d'Alvernhe 
(pièce I). (Donne le texte des six premiers vers avec la 
traduction italienne.) 

(2). Crescïmbexi. Commentarii intorno alla storia délia 
volgar poesia (l re édit. 1710, vol. 2, p le 1; cf. ci-dessus 
§ I b, n° 1 [Traduct.]). Giunta al Nostradama conten. varie 
notizie istoriche : 

1. Castellosa, p. 191. — 2. Guilhem Moyses, p. 204. — 
3. Le Moine de Montaudon, p. 208 (notice d'une page). 

(3). Bastero. La Crusca provenzdle « ou les mots, 
phrases, formes et tournures que la très noble et célèbre 
langue toscane a empruntées au provençal », etc. (titre et 
ouvrage en italien), Borne, 1724, vol. I in-folio (a seul paru), 
Contient une « Table (alphabétique) des poètes provençaux 
de l'âge d'or, c'est-à-dire du xi e siècle environ jusqu'au 
XV e siècle cités dans l'ouvrage et de la nature de leurs 
œuvres citées ». Il y est fait mention de Castelloza, p. 81 
(6 lignes); du Moine de Montaudon, p. 89 (6 lignes), et de 
Peire Bogier, p. 91 (3 lignes). 

(4). Millot. Histoire littéraire des Troubadours, 1774 
(ci-dessus, § Ib, n° 3). Contient 140 Notices sur des Trou- 
badours importants, plus un Appendice sur des Trouba- 
dours inconnus ou peu importants. Notice IX, t. I, p. 103- 
109 : Peire Bogier (sans intérêt; trois brèves citations). 
Not. LXXXV, t. II, 430-431 : Austau (sic) d'Orlhac (analyse 
de sa pièce, avec une erreur sur le numéro de la croisade). 
Not. XC, t. II, 464-467 : Donna Castelloza (traduction de la 
pièce I). Not. CXXI, t. III, 156-175 : le Moine de Montaudon 
(analyse de sa biographie; résumé du plazer et cPun enueg; 
traduction des pièces II, IV, I). Tome III, p. 191 : Austau 
de Segret (3 lignes erronées sur son sirventés); p. 400 : 



- 590 — 

Faidit de Belestar (le nom seul); p. 425 : Pierre de Cols 
d'Arles (sic), avec cette mention : « Chanson des plus 
communes. » 

(5). Raynouard. 1. Biographies dans le tome V du Choix 
(1816-1821) indiqué ci-dessus, § I a, n° 2. Biographies de : 
Castellosa, p. 111-112; — le Moine de Montaudon, p. 263- 
264; — Peire Rogier p. 330-332. 

2. Mentions brèves sur les troubadours suivants : Aus- 
torc d'Orlac, p. 54; — Austorc Segret, p. 55; — Cavaire, 
p. 112; — Eble de Saignes, p. 138; — Faidit de Belistar, 
p. 146; — Peire de Cols, p. 309. 

On trouve dans ce tome V à Li fin de chaque article (les 
troubadours s'y suivent par ordre alphabétique) un renvoi 
à l'article correspondant dans Nostredame, Crescimbeni, 
Bastero, Millot, Papon. 

(6). Diez. Leben u. Werke der T. (Vies et Œuvres des 
Troubadours, cf. ci-dessus, § I b, n° 5). Notice sur le Moine 
de Montaudon (1180-1200) : 2 e édit., p. 270-278 (l re édit., 
p. 333-343. [270 paraphrase de la biographie ancienne; 271 
fixation de l'époque où il vivait, vers 1200; appréciation de 
ses poésies amoureuses; fréquence des comparaisons; 
272 traduction des trois premières strophes de XIII; de la 
5 e strophe de XV; 273 poésies satiriques; date du sirven- 
tés (I) contre les poètes (entre 1190 et 1200); traduction ides 
strophes 1 et 17; 274 analyse d'un enueg (IX) et du pla- 
zer (X); de la tenson (IV^) entre les vout (Diez interprète 
« les moines » !) et les femmes sur le fard (d'après Millot); 
275 >de celle sur de même sujet (III) entre le moine et Dieu 
d'après Rayn.); 276 traduction complète du sirventés (II) 
entre Dieu et le moine; 277 et de la tenson (IVi) entre saint 
Julien et Dieu (sauf la 10 e strophe, d'après Rayn.).] 

(7). Histoire littéraire, 1832-42 (ci-dessus § Ib, n° 6). 
Notice des tomes XVII-XX (Emeric-David). 

1. « Austorc d'Orlac », t. 19, p. 605. Déclare l'histoire 
d'Austorc (sic) d'Orlac entièrement inconnue; cite de sa 
pièce (qu'il rapporte à tort à la croisade de 1270) 16 vers 
qu'il traduit (Texte d'après Raynouard). 



- 591 - 

2. « Austor Segret », t. 19, p. 606. Neuf lignes sans inté- 
rêt sur son sirventés. 

3. « La dame Castelloze », p. 18, p. 580-583. Traduit la 
biographie ancienne; explique comment Castelloze était 
bien enseignée; cite et traduit trois strophes de la 1" pièce; 
une de la seconde; les vers du début et 'de la fin de la 3 e . 
(Texte id'après Raynouard.) 

4. « Cavaire », t. 19, p. 597. « Connu par sa réponse à 
B. Folcon » [c'est toute la mention]. 

5. « EMes de Sanchas », t. 17, p. 568. Ne connaît 
d' « Ebles de Sanche » que le couplet satirique de Peire 
d'Auvergne, dont il cite deux vers. 

6. « Faidit de Belistar », t. 20, p. 592. Cite et traduit 
les 4 premiers vers de la pièce Tôt atressi. 

7. « 'Le Moine de Montaudon », t. 17, p. 565. Biographie 
résumée d'après la Biographie ancienne (lue dans Rayn., 
t. V); parle de l'abbé d' « Orlac » {sic); erreurs sur « la 
seigneurie du Pui-iSainte-Marie, et une place de porteur 
d'épervier du roi » que le moine aurait obtenues d'Al- 
phonse II (!); 566 mention de ses pièces sur l'amour; du 
plazer, de deux enueg. Mention plus développée de son sir- 
ventés contre les poètes; 567 citation et traduction des cou- 
plets 1, 3 de la pièce (Dialogue avec Dieu). 

8. « Pierre de Cols d'Aorlac », t. 19, p. 612. Note que 
dans une pièce « de 19 vers » (citée d'après Rayn., t. V), il 
emploie trois comparaisons dont il cite deux (compare sa 
dame au gerfaut, et lui-même à la salamandre). 

9. « Peire Rogier », t. 15, p. 459-460. Ginguené résume 
da. biographie d'après la biogr. ancienne, note le surnom 
« peu harmonieux » d'Ermengarde, « Tort n'avetz » (sans 
le traduire); mentionne le sirventés adressé à Raimbaut 
d'Orange; cite les autres protecteurs du poète usqu'à sa 
mort. Tome 17, p. 419 (simplle rappel de la notice du 
tome 15). 

(8). F. Mandet. 1° Dans Hist. Littéraire du Velay, Le Puy, 
1842, p. 428, et Histoire du Velay, t. III, Récits du moyen 
âge, p. 306, il mentionne « Austau Dorlhac parmi les trou- 
badours vellaves », ce qui est inexact; il donne dans une 



— 592 - 

note (BB, p. 365) le texte de son sirventés d'après Bay- 
nouard. — 2° La reconstitution d'une cour d'amour au Puy 
en 1265, t. III, p. 297-329, est un agréable jeu d'imagination 
où la vérité tient peu de place : le moine de Montaudon 
est représenté concourant idans une tenson contre Albert 
de Sisteron; mais on n'a pas de preuve que dans cette 
tenson (Monge, cauzetz segon vostra sciensa, Bartsch, 
Grundr., 16-17) l'interlocuteur soit le moine de Montaudon, 
plus que tout autre « moine » (cf. Chabaneau, Appendice, 
p. 160, article Monge). 

(9). Cavedoni. Délie accoglienze e delli onori, etc.. 1844 
(ci-dessus, § II, n° 2). Sur la tenson entre Folco et Cavaire, 
p. 300. Hypothèses sur l'identification du marquis d'Esté, 
de son joglaretz (v. 9) et de Folco (v. 10). 

(10). Fauriel. Histoire de la poésie provençale, 1846 
(ci-dessus, § Ib, n° 7) : Sur le moine de Montaudon, t. 2, 
190-197; 190 Biographies résumées d'après la biographie 
ancienne; 191 Sur la cour du Puy; 193 La tenson entre les 
voûtes (sic) des maisons et les dames par devant Dieu; 
194 Citations de cette pièce (IVb); 195 Mention de la sui- 
vante sur le fard (IVc); 196 Citations de la pièce « L'autre 
jour par bonne aventure » (III), où le moine défend les 
dames. — Sur Peire Bogier, tome 2, p. 42 (20 lignes sans 
intérêt). 

(11). Bouillet. Nobiliaire d'Auvergne, 7 vol. in-8°, Cler- 
mont-Ferrand, 1846-1853. Identifie ou localise exactement 
plusieurs troubadours. — Astorg VI, d'Aurillac (seigneur 
de Tinières, de Conros, de la Bastide, etc., teste en 1259), 
t. I, p. 105 (6 lignes). C'est lui qui est l'auteur de « la 
pièce de vers contre la croisade de Saint Louis » et non 
pas Astorg VII, comme le croit Bouillet, p. 107, puisqu'il 
est démontré aujourd'hui que la pièce se rapporte à la 
croisade de 1248 et non à celle de 1270. — Astorg de 
Segret, t. VI, p. 212, « troubadour, vivait vers le milieu du 
xni e siècle ». (La famille tirait son nom d'un château 
depuis longtemps ruiné, situé sur la crête de la côte qui 
domine au midi le bourg de Saint-Vincent, canton de 
Salers). — Mention d'un « Ebles de Saignes : était sous la 



- 593 - 

tutelle de Bernard de la Tour en 1328, vivait encore en 
1351 » ; article sur les comptours de Saignes, t. VI, p. 10. Il 
ne peut être question d'identifier cet Ebles avec le trouba- 
dour, lequel était contemporain de Peire d'Auvergne 
(deuxième moitié du xn e siècle) qui l'a mentionné dans un 
couplet satirique. — Faidit de Belestat, t. I, p. 194 (mention 
exacte). — Peire de Col, t. II, p. 235 (« ce lieu dépendait 
de la commune de Vic-en-Carladez ». Mention de « Pierre 
ae Cols, chevalier vivant en 1390 »). — Pierre Rogiers, 
« fameux troubadour du xn e siècle », t. V, p. 419, 8 lignes. 
« On ne peut contester qu'il appartienne à la famille de 
Roger ou Rogiers (De Rogerio et De Rogerii), seigneurs de 
Rogiers, auourd'hui Rouziers, de Leynhac, de Rilhac et 
autres lieux en Carladez » (p. 418). — Pierre de Vie, 
t. VIII, p. 97, « surnommé le moine de Montaudon, est 
très connu dans l'histoire des troubadours du treizième 
siècle ». Rien d'autre sur lui, à l'article « Vie (de) : sei- 
gneurs de Vie, en Carladez, coseigneurs de Brousses et de 
Teyssières au même pays ». 

(1). Deribier du Chatelet. Dictionnaire statistique et 
historique du département du Cantal, 5 vol. in-4°, de 1852 
à 1857. — Austorc d'Aorlac. t. II, p. 256 (4 1.). — Austorc 
de Segret, t. II, p. 285 (6 1.). — Faidit de Belestat, t. II, 
p. 257 (3 1.). — Castellosa (la dame), t. II, p. 261 (7 1.). — 
Moine de Montaudon, ibid., p. 278 (8 î.). 

(13). Mila y Fontaxals. De los trovadores en Espana, 
1861. Notice sur le moine de Montaudon, p. 109-112. Il 
donne en note, sous le texte de cette notice, la biographie 
provençale et la nouvelle n° 61 des Cento novelle antiche 
(cf. ici, p. ). 

(14). Paul Meyer. Les derniers troubadours de la Pro- 
vence, 1871 : sur le sirventés de Montaudon (I), qui est 
une des sources où Jehan de Nostredame a puisé (Montau- 
don devient chez Nostredame « le moine de Montmajour, 
lo flagel dels trobadors »), petite dissertation dont la con- 
clusion est donnée plus loin, p. 

(15). Philippsox. Edition du moine de Montaudon, 1873 



— 59 i — 

(analyse plus loin, p. ) : notice biographique (inspirée 
de la biographie en langue d'oc), p. 1-8. 

(16). Sabatier. Le moine de Montaudon, 1879. Notice et 
traduction, opuscule analysé plus loin, p. 

(17). Appel. Edition de Peire Rogier, 1882 (analysé plus 
loin, p. ) : biographie ancienne, p. 34-36; notice bio- 
graphique, p. 1-12. 

(18). A. Thomas. Francesco da Barberino, etc., 1883 (ci- 
dessus, § II, n° 7). Sur le moine de Montaudon, p. 101-111 : 
passages du moine de Montaudon non conservés dans ses 
Œuvres, et cités par Barberino (1264-1348). Voir ces pas- 
sages, reproduits ici d'après M. A. Thomas, à YAppendice 
aux Poésies du Moine de Montaudon, p. 

(19). Chabaxeau. Biographies en langue provençale (ci- 
dessus, § Ia, n° 7) : 1. Castellosa, sa Biographie, p. 62; 
mentionnée dans celle de Pons de Mérindol, p. 96. — 2. Le 
moine de Montaudon, sa Biographie, p. 61. — 3. Peire 
Bogier, sa Biographie, p. 61. — Les autres cantaliens sont 
seulement mentionnés dans l'Appendice. Ce sont tous ceux 
qui figurent dans YHistoire Littéraire (n° 7 ci-dessus), plus 
« Guilhem Borzatz ou de Borzach, d'Aorlac (Aurillac), vers 
1350 (?) », pour lequel l'Appendice, p. 148, renvoie au 
n° suivant (20). 

(20). Chabaxeau. Origine et établissement de l'Académie 
des Jeux floraux, 1885, in-4°, Toulouse, Privât (extr. de 
l'Hist. générale de Languedoc, t. X, p. 177-208). Sur Gui- 
lhem Borzatz ou de Borzach, d'Aorlac, p. 

(21). Klein. Edition du Moine de Montaudon, 1885 (ana- 
lysée plus loin, p. ) : édition de la biographie en langue 
d'oc (p. 1-8) et notice biographique (8-16). 

(22). Schultz. Die provenzalischen Dichterinnen (Les 
Poétesses Provençales), 1888, ouvrage analysé p. : édi- 
tion de la biographie en langue d'oc de Castellose (p. 12). 

(23). Louis Pascal. Bibliographie du Yelag et de la Haute- 
Loire, Le Puy-en-Yelay, Bégis Marchessou. Tome 1" (1903) 
(Ouvrage très fautif dans le détail). Inscrit parmi les trou- 
badours du Velay, p. 401, Austorg d'Aorlac et Peire de Cols 
d'Aorlac sans raison sérieuse. Il est complètement faux que 



— 595 - 

le ms. 856 de la Bibl. Nat le « renferme des renseignements 
sur la vie de nos troubadours » et qu'il « dise » Austorc 
« originaire du Puy (loc. cit. p. 401, note 1). 

(24). A. Jeanroy. Le troubadour Austorc d'Aurillac et 
son sirventés sur la septième croisade (Mélanges, Chaba- 
neau, Erlangen, Junge, 1907), p. 81-87. Etude historique et 
édition; cf. plus loin, p. 

(25). C. Fabre. Austorc d'Orlac, troubadour « du Velay » 
(inexact, v. p. ) au xm e siècle, étude sur sa vie et son 
œuvre, Le Puy, in-8°, 1906 (analyse plus loin, p. ). A la 
suite de ces 13 pages, M. Fabre publie un sirventés du 
Chevalier du Temple, qu'il croit pouvoir être A. d'Orlac, 
mais .M. Bertoni a identifié depuis ce chevalier : il s'appe- 
lait Ricaut Bonorael. 

(26). Id. Le sirventés d'Austorc de Segret, dans Annales 
du Midi (oct. 1900 et janvier 1911, Toulouse, Privât. Etude 
de 29 pages, analysée plus loin, p. 

(27). A. Jeanroy. Sur le sirventés historique d'Austorc 
de Segret, dans Annales du Midi (avril 1911, 3 pages) : 
complément rectificatif de l'étude de M. Fabre, utilisé plus 
loin, p. '■ 

§ iv. 

LES 23 MANUSCRITS 01 CONTENANT LES 
OEUVRES des TROUBADOURS CANTALIENS 

A PARIS, NEUF : BIBLIOTHEQUE NATIONALE 

1 (B). Français, 1592, xm e siècle, 123 feuillets parchemin 
in-4°. Edité par de Lollis à la suite de A (p. 671-720). 



(1) Les « provençalistes » ont pris l'habitude de désigner, pour 
abréger, chacun de ces mss, par une lettre de l'alphabet, toujours la 
même. Ce système de signes ou sigle c a été fixé par Bartsch, gun- 
driss, 1872. Je l'ai suivi dans la présente édition : les indications gé- 
nérales sur les mss sont traduites de Bartsch, loc. cit. pp. 27-30 et 
complétées. 

La table du contenu est dressée d'après les éditions d'Appel et de 
Klein indiquées p. d'après mes notes. Les points d'interrogation (?) 
qui y figurent tiennent la place d'un folio du mss, qui n'a pu être 
vérifié. 



— 596 — 

Contenu : Montaudon : f os 22 (XI et XV); 70 (vie); 72 
(XIII). — Peire Rogier; 2 pièces : f° s 15 Guiraut 'de Bornelh 
(Peire Rogier III); 107 (vie); 108 (I). 

2 (C). Français 856, xiv e siècle, 396 feuillets parchemin, 
avec deux tables : une par auteurs, fol. 1-17; une alphabé- 
tique, fol. 18-31. Table par auteurs et chansons, dans 
l'ordre du ms., imprimée dans le catalogue des mss. fran- 
çais, I, p. 129-143. 

Contenu : Eble de 5. avec Guill. Gasmar : 391. — Mon- 
taudon; 18 pièces en 19 copies : f os 188 (V) 183c (I); 184a 
(XVI); 184c (XIII); 185 (XII); 185a (XV); 185d (XI); 186 
(dout. II); 186b Caaenet (Mont. XIV); 186d (IV); 186d (X); 
187a (II); 187b (III); 187d (IX); 188 (VII); 188a 
(VIII); 189a (VI). — Peire Rogier; 8 pièces : 193 (IV); 194 
Guiraut de Bornelh (P. Rogier III); 194 (V, VI); 195 (I, II, 
VII); 196 (VIII); 211a Guillem de Berguedan (dout. I); 218 
Gui d'Uissel (Mont. XVI); Cavaire avec Bonafos : 344d; 
Austor d'Aorlac : 362. Austorc 'de Segret : 369. Peire de 
Cols d'Aorlac : 366. 

3 (E). Fr. 1749, 232 feuillets parchemin in-4°, xrv 8 siècle; 
les poètes y sont disposés par ordre alphabétique (sauf les 
6 premiers); contient un recueil de biographies (23) et de 
tensons. Table dans Catalogue des mss. fr., I, 304-309. 

Contenu : Eble de S. avec Guill. Gasmar : 215. — Mon- 
taudon; 7 pièces : 136 Guillem Magret (Mont, douteuse I); 
156 (VI); 157b (II); 158 (IV, VIII, X); 198d (vie); 396 (XI). — 
Peire Rogier; 4 pièces : 173 (I); 174 (v, VII); 177 (VIII). 

4 (I). Fr. 854, xm e siècle, 199 feuillets parchemin in-4°, 
avec miniatures. En tête une table des noms d'auteurs. 
Tables des auteurs et chansons dans le Catalogue des 
mss. fr., I, 119-129 (I Chansons; II Tensons; III Sirventés). 

Contenu : Castelloza : 125 (I); 55 (II et III). — Eble de S. 
avec Guill. Gasmar : 158. — Faidit de B. : ? — Peire Rogier; 
8 pièces : f° 12 (vie); 12 (I); 13 (II, III, IV, V, VI); 14 (VII); 
155 (VIII). — Montaudon; 13 pièces : 135a (vie); 135 (XVI); 
135b (XI); 135c (XIII); 135d (I); 136 (XIV, XV, XVII); 137a 
(II, IV); 137b (IVb-c); 140 Berenguier de Pal. (douteuse I); 
188 Gausbert de Poicibot (douteuse II), 195 (X). 



- 597 — 

5 (K). Fr. 12473, 189 feuillets parchemin in-f°, copié sur 
le même modèle que I. Table des auteurs : fol. 1. Table 
des pièces (auteurs et titres) : I Chansons, fol. 3; II Ten- 
sons, fol. 7b; III birventés, fol. 8. 

Contenu : Castelloza : fol. 110, v°, id., 111 r° (I, II, El). 
— Eble de S. avec Guill. Gasmar : 144 r°. — Richart de 
Berbezill (Faidit de B.) : 73 r°. — Peire Rogier; 8 pièces : 
2 (vie); 2 (I, II); 3 (III, IV, V, VI, VII); 141 (VIII). — Mon- 
taudon; 12 pièces : ? (X); 122 v° (XV); 121 r° (XVI); 122 r° 
(XVII); 126 v° Berenguier de Pal. (Mont, douteuse I); 
? Gausbert de Poicibot (Mont, douteuse II); 120d (vie); 
121 (XIV); 121a (XI); 121b (XIII); 121c (I); 122d (II, IV). 

6 (M). Fr. 12474, 268 feuillets parchemin in-4°, xiv e siè- 
cle, avec miniatures et notes marginales en italien. Une 
table des auteurs, fol. 7 v°. 

Contenu : Montaudon : 145c (XI); 146a (I). — Peire 
Rogier; pièces : 194 (II, IV); 195 (VI); 196 (I, V, VII). 

7 (R). Fr. 22543, écrit vers 1300, 147 feuillets parchemin, 
gr. in-f°. Table complète dans P. Meyer, Les derniers trou- 
badours de la Provence. Vies des troubadours dans les 
4 premiers feuillets; contient aussi des poésies didactiques 
et narritives, des lettres et de la prose. 

Contenu : Peire Rogier; 7 pièces : fol. 3 (vie), 6 (VI. 
VIII); 21 Peire Luzer (Peire Rogier III); 26 (I, IV); 27 
(II, VII). — Montaudon; 13 pièces : 2d (vie); 19c (dout. II); 
19d (XIII, XVI); 20 a (II, IV); 39 (XIV); 39d (dout. I); 
40 (XV) ; 40a b c (X, XI, I) ; 54b (III) ; 91 Gui d'Uuissel (Mont. 
XVII). 

8 (T). Fr. 15211, xiv e siècle, 280 feuillets parchemin in-8°; 
contient le roman en prose française de Merlin, un recueil 
des poésies de Peire Cardenal, une collection plus récente 
(due à une main italienne Ta) de Chansons, Tensons et 
Coblas. Table (par Chabaneau) dans Annales du Midi, 
t. XII (1900), p. 194. 

Contenu : Montaudon; 4 pièces : 132a (XIII); 133a (XVI); 
133b (XV); 134b (XI, l re str.). — Peire Rogier; 4 pièces : 
189 (VIII); 209 (VI); 210 (IV); 211 (VII). 

9 (f). Ms. 12472, ancien ms. Giraud, xiv e siècle, 79 feuil- 



- 598 - 

lets in-f°, papier; connu et utilisé par Nostradamus. Notice 
et Table dans P. Meyer : Les derniers troubadours de la 
Provence (entendez : du pays d'oc), d'après le chanson- 
nier Giraud, 1871. 

Contenu : Richart de Berbezill (Peire de Cols) : ? — 
Montaudon; pièces : fol. 53 (XI);53 v° Aimeric de Bele- 
noi (Mont. dout. I); 74 (XIII, XV); 75 (III, XIV). 

EN ITALIE, DOUZE : 

MILAN, BIBLIOTHEQUE AMBROSIENNE (1) 

10 (G). R 71 sup. de l'Ambrosienne, xiv* siècle, 141 feuil- 
lets parchemin in-4°. Table dans Archiv. (1), t. 32, p. 389- 
399. Extraits dans Je tome 35, p. 100-110. Va être publié 
in-extenso par M. Bertoni. 

Contenu : Raimbaut d'Aurenga (Peire Rogier VIII) : 
fol. 89. — Montaudon : 89c (XIII) ; 90a (XL — Eble de S. 
avec Guill. Gasmar : 97b. 

MODENE, BIBLIOTHEQUE D'ESTE (ESTENSE) (2) 

11 (D). Ms. d'Esté, à Modène, 260 feuillets parchemin 
in-f° (appendice en papier : ms. d) divisés en 2 parties : 
l'une plus ancienne de 1254, D (poésies provençales n 05 1- 
526 de Mussafia) et Da (id. n os 527-779; plus un tesaur de 
Peire de Corbiac, et un recueil de poésies françaises); 
l'autre plus récente : Db (Poésies de P. Cardenal; n" 780- 
822) et De (Florilège provençal de Maître Ferrari, de Fer- 
rare, n 08 I-CCXXI). Notice et Table dans Mussafia, Del 
codice Estense di rime provenzali, Vienna, 1867, in-8°. 

Contenu. D : Eble de S. avec Guill. Gasmar : ? — PeLre 
Rogier; 8 pièces (11 copies). D 3 (I, II, VI); 136 (VII, VIII); 
153 (III, IV); 154 (V); De : 3a d et 255a b (IV, V, VIII). — 



(1) Archio fur das Studium der neueren Sprachen und literatu- 
ren, édité par'L. Herrig, Elberfeld, 1843, sqq. 



- 599 — 

Montaudon; 9 pièces : D 153 (XIII); 154 (XVI); 155 (XI); 
156 (XV); 199 (IX); Da 577 (II); 578 (IV); 579 (IVbc); 580 
(I); 622 Berenguier de Palazol (Mont. dout. I). 

12 (d). Ms. en papier (appendice à D) de Modène, 84 
feuillets, xvi e siècle; les poètes y sont disposés par ordre 
alphabétique. Notice et Table dans Mussafla, loc. cit. 

Contenu : Castelloza : 140 r°, 141 r°, 142 r° (I, II, III). — 
Montaudon; pièces 100 (IVb); IOI2 (I); 102 (XIV); 103 
(XVII); 1042 (II); 105 (IV). — Richart de Berbezill (Faidit 
de B.) : ? 

FLORENCE, BIBLIOTHEQUE LAURENTIENNE (3) 

13 (P). Ms. de la Laurentienne (Plut. XLI, ms. n° 42), 
écrit en 1310, 92 feuillets parchemin petit in-fol. Un 
recueil (incomplet) de poésies; un recueil de biographies; 
un recueil de coblas esparsas; notions grammaticales. 
Imprimé complètement dans Archiv., t. 49 et 50. 

Contenu : Gui d'Uissel : 19 v° (Montaudon XVII). — 
Montaudon : fol. 35b (XI); 36b (XIII); 52a (vie). — Cavaire 
avec Folco : 55 r°. 

14 <V). Ms. de Laurentienne (Plut. XLI, ms. n° 43), 
xiv* siècle, 143 feuillets parchemin in-4°. Imprimé complè- 
tement dans Archiv., t. 35. 

Contenu : Montaudon : fol. 72a (XIV); 121a (XIII); 122a 
(XI). — Peire Rogier : 138 (VIII). 

12 (c). Ms. de la Laurenti e nne (Plut. Xc, inf. 26), 90 feuil- 
lets parchemin in-4°, xv* siècle. Publié par Pelaez, Studj 
di filologia romanza, fascic. 20. 

Contenu : Peire Bremon (Peire Rogier I), fol. 82; Peire 
Rogier, 84 (VI, IX). 

FLORENCE, BIBLIOTHEQUE RIGCARDI (1) 

16 (R). Ms. de la Riccardienne à Florence, xiv e siè^e, 
111 feuillets parchemin, in-4°. Publié par M. Bertoni, 
Dresde et Halle a. S. (Max Niemeyer), 190». 

Contenu : Montaudon; fol. 107c (strophe 2 de XIV). 



— 600 — 
ROME, BIBLIOTHEQUE DU PRINCE CHIGI (1) 

17 (F). Ms. L. IV. 106 de la « Chigiana », 102 feuillets 
parchemin in-4°, xrv* siècle; un florilège; un recueil de 
poésies de B. de Born avec sa Biographie. Publié par 
Stengel, der Bhimenlese der Chigiana, Marburg, 1877. 

Contenu : Montaudon : fol. 33 v° (XV, str. 5). 

ROME, BIBLIOTHEQUE DU VATICAN (4) 

18 (A). Ms. du Vatican 5232, xni e siècle, 217 feuillets par- 
chemin, avec miniatures d'un peintre italien. Table dans 
Archiv., 34, 141, 161. Publié par de Lollis et Pakscher dans 
les Studj di filologia romanza, vol. III, Roma (Loescher), 
1801. 

Contenu : Castelloza; 3 pièces : fol. (I); (II); 

(III). — Peire Rogier; 6 pièces : fol. 23 Guiraut de 
Bornelh (Peire Rogier II); aussi fol. 23 Guiraut de Bor- 
nelh (Peire Rogier III); 107 (vie); 107 (VI); 108 (I, VII); 
207 (VIII). — Montaudon; 8 pièces : 112b (vie); Gausbert 
de Poicibot (Mont. dout. II) : ? 113 (XIII); 113a (XV); 
113b (XI); 114c (XVI); 114 v° (XVII); 187a (III); 214d (I). 
Eble de Saignas et Guillem Gasmar ? 

19 (H). Ms. du Vatican 3207, xiv e siècle, 61 feuillets par- 
chemin, in-4°. Table dans Archiv., t. 34, p. 385-392. 

Contenu : Faidit de B. : 4b. — Cavaire avec Folco : 51b. 
— Montaudon; 2 pièces : fol. 56a (X bis) et fol. 28 v°. — 
Gui d'Uissel (Montaudon XVII). 

20 (L). Ms. du Vatican 3206, xiv e siècle, 148 feuillets par- 
chemin in-8°. Table dans Archiv., t. 34, p. 419-424. 

Contenu : Albert de Sestaro (Faidit de B.) : lia; 2 e copie 
(L2) anonyme (Faidit de B.) ? — Montaudon : fol. 33a (I); 
36 v° (XI); 120 v° anonyme (Mont. XVII). — Eble de S. 
avec Guill. Gasmar : 69b. 

21 (O). Ms. du Vatican 3208, xiv e siècle, 96 feuillets par- 
chemin in-fol. Table dans Archiv., t. 34, p. 368-372. 

Contenu : Montaudon : fol. 27 (XI). — Aronyme : 43 
(Peire Rogier VI). 



— 601 - 
EX ANGLETERRE, DEUX : 

OXPORD, BIBLIOTHEQUE DE L'UNIVERSITE (1) 

22 (S). Ms. Douce 269, xiv* siècle, 250 pages parchemin. 
Notice et Table dans P. Mever, 3 e rapport sur une mission 
littéraire, 1868, p. 160-162 'et 251-266. 

Contenu : Montaudon : fol. 221 (XI); 223 (XIV). — 
Jaufre Rudel : 180 (Peire Rogier VI). 

CHELTENHAM (1). 

23 (N). Ms. de Sir Thomas Philipp (autrefois à Tou- 
louse), XIV e siècle, parchemin in-4°. Table par Stengel dans 
Rivista di filologia romanza (Imola, 1872-1875), tome ÏI, 
p. 49 sq. et 145 sq. 

Contenu. Castelloza :227c, 228a, 228c, 229a (I, II, III, IV). 
— Faidit de B. : 72d. — Montaudon; 2 pièces : fol. 65 
(XIII); 284c (II). — Peire Rogier; 2 pièces : 176 Guiraut 
de Bornelh (Peire Rogier II); 177 Guiraut de Bornelh 
(Peire Rogier III). 

Complément des mss. : 
Recueils anciens de citations 

a On désigne par ce sigle les nombreuses strophes 
citées par Matfre Ermengaud, de Béziers, dans le « tractât 
perilhos » de son Breviari d'Amor écrit en 1288 en 27.000 
octosyllabes et conservé dans 15 mss. Elles sont imprimées 
pour la plupart dans Mahn, Gedichte, I, 181-217 et en tota- 
lité dans l'édition du Breviari d'Amor par Azaïs, Béziers 
Benezeoh et Paris, Vi e weg, 1862-81, 2 vol. (Pas de table). 

Montaudon I (str. 15) (Mahn, 1. c. 185) ?; XVI ? — 
Richart de Berbezill (Peire de Cols d'Aorlac), vers 32-36 : 
Azaïs, 29338-42. 

Peire Rogier VI (str. 3 et 7) : Mahn, Ged. I, p. 202 et 



- 602 - 

p 215; Azaïs, v. 29825 sq. et 31619 sq. — VIII (str. 3 et 4) : 
Azaïs, v. 32617 sq. et 32634 sq. 

ê On désigne par ce sigle les citations faites par Raimon 
Vidal dans ses deux Nouvelles : I En aquel temps c'om 
era jais (Le Jugement d'Amour : éditée par Mahn, Ged., 
341; le début est dans Bartsch-Koschw. Chrestomathie, 6, 
239-250); II Abril issi' e mays intrava (Sur la décadence de 
la poésie : éditée par Bartsch, Denkmâler der prov. Litte- 
ratur, 144-192; extrait (attribué à tort à Peire Vidal) dans 
Rayn. V, 342-348, et d'après lui dans Mahn, Werke I, 
250-254). 

Peire Rogier VII (str. 6) : Denkm., p. 175-176. 

§ V. ÉDITIONS 
DES TROUBADOURS GANTAL1ENS 

I. — Publication du texte des mss. 

(sans changement) 

I. Austorc d'Orlac, sirventés : ms. C (Mahn, Gedichte, 9). 

II. Cavaire : Tenson avec Bonafos, ms. C (copie de 
Bartsch réimprimée dans Klein, Les Poésies du Moine de 
Montaudon, p. 108 note). — Tenson avec Folco : ms. H 
(Archiv., t. 34, p. 306). 

III. Eble de Saignes (tenson avec Guillem Gasmar) : 
ms. G (Archiv., t. 32, p. 416). 

IV. Faidit de Belestat : ms. N (Mahn, Ged., 286). 

V. Le Moine de Montaudon : 

IV : ms. Da (Mussafia, Del codice Estense di rime 
provenzali dans Comptes rendus des séances de l'Aca- 
démie des sciences de Vienne, t. 55 (1867), p. 1136. 
IVb : ms. I (2 e partie : str. 1 ià 18, Mahn, Ged., 393). 

V : ms. G (Mahn, Ged., 408); (Jahrbuch XII, 12 : 

l re strophe). 

VI : ms. C (Mahn, Ged., 349), ms. E (ibid., 411). 



— 603 - 

VII : ms. C (Mahn, Ged., 392). 
VIII : ms. C (Mahn, Ged., 391). 
XI : ms. I (Mahn, Ged., 390). 
XI : mss. B, E, ,S (Mahn, Ged., 16, 396, 397. U 
Archiv., t. 35, p. 447). 

XII : ms. G (Mahn, Ged., 398). 
XIII: mss. N (Mahn, Ged., 967); U (Archiv., t. 35, 
p. 446). 

XIV: mss. I, R, S (Mahn, Ged., 309, 404, 405); U 
Archiv., t. 35, p. 412). 

XV : mss. B, I, R (Mahn, Ged., 15, 394, 395). 
XVI : mss. <., I (Mahn, Ged., 409, 410). 
XVII : mss. C, I, R (Mahn, Ged., 189, 402, 403). 
Douteuses I : mss. C, I, R (Mahn, Ged., 156, 400, 399). 
II : mss. C, I (Mahn, Ged., 406, 407). 
VI. Peire Rogier : 

. I : ms. B (Mahn, Ged., 1401). 
II : ms. A (Archiv., t. 51, p. 20). 

III : mss. A (Archiv., t. 51, p. 20); B, N (Mahn, 
Ged., 1371, 881). 

IV : mss. C, M (Mahn, Ged., 1055, 1056). 
VIII : ms. U (Archiv., t. 35, p. 459). 

II Editions partielles 

(Pièces isolées de un ou plusieurs troubadours) 

I. [De Rochegude] .Le Parnasse occitanien ou choix de 
Poésies originales des Troubadours, Toulouse, 1819. 

1. Castelloza (édit. complète), I, p. 245; II, p. 247; 
III, p. 248; IV (douteuse), p. 387. 

2. Montaudon, II, p. 294; IV, p. 296. 

3. Peire Rogier, VIII, p. 25. 

II. Raynouard. Choix des poésies originales des Trou- 
badours, 6 vol. Paris, 1816-1821, complété par le tome I du 
Lexique Roman (nouveau choix de poésies, p. 1-580), 
Paris, 1838. 

1. Austorc d'Orlac, sirventés, t. V, p. 54 (incomplet). 



- 604 — 

2. Austorc de Segret, sirventés, t. V, p. 55 (incom- 
plet; vers 9-27, 45, 46, 48). 

3. Castellosa, I (t. III, p. 370); II (t. III, p. 368). 

4. Cavaire, Tenson avec Folco, t. V, p. 112. 

5. Bble de Saignes, Tenson, t. V, p (seulement 
str. I et IV). 

6. Faidit de Belestat, chanson, t. 

7. Le Moine de Montaudon, I (t. IV, p. 368); II (t. IV. 
p. 40); III (t. IV, p. 42); IV (t. TV, p. 273); IX (t. V, 
p. 264); X (t. III, p. 451); XIII (t. III, p. 449). 

8. Peire de Cols d'Aorlac, chanson, t. V, 309 (v. 1-6. 
10-18, 32-36). 

9. Peire Rogier, I (t. m, p. 27); II (t. ni, p. 29); 

III (t. III, p. 32); V (t. III, p. 34); VI (t. V, p. 331, 
seulement 3 strophes : 1, 6, 7; lexique roman, t. I, 
p. 327 : en entier); VII (t. III, p. 36); VIII (t. IV, p. 1). 

III. C. A.-F. Mahn. Die ÏS'erke der Troubadours, 4 vol. 
Berlin. 1846-1853. 

1. Castellosa, r\ T (anonvme. douteuse : t. III, p. 3 7 S > . 

2. Montaudon, I (t. II. p. 60); II (II, 64); III (II, 62); 

IV (II. 65); Vin (II, 67 d'après le mas. E); IX (H, 66 : 
vers 1-37, 46-64, 73-81); X (II, 59 d'après le ms. C). 

3. Peire Rogier, I (t. I, p. 119); II (I, 120 d'après 
Ravn.); III (I, 117 M.); V (I, 122, id.); VI (I, 123); 
VII (I, 118 d'ap. Rayn.); VIII (I, 124). 

rV. A. Keller. Lieder Guillems von Berguedan, Milan. 
1849 : Montaudon douteuse I, texte d'après C (n° 1 de 
l'édition). 

V. K. Bartsch. Provenzalisches Lesebuch, Elberfeld, 
1855. 

1. Montaudon : LX, p. 82. 

2. Peire Rogier : VI, p. 63 (d'après le ms. IMR). 
VI Le même. Chrestomathie provençale, V" édit. Elber- 
feld, R.-L. Friderichs, 1868, in-8°; 6 e édition revue par 
Kosclrsvitz, Marburg, N. G. Elwert, 1903, citée ici. 

1. Montaudon, II, col. 143 (d'après les mss. CDE 
I R, Philippson. Klein, Appel); IX, col. 146 (d'après les 
mss. C D I R, Philippson, Klein, Appel). 



— eoo — 

2. P. Rogier : VI, col. 87 (d'après ACDIKMO 
RTc et Appel). 

VIL P. Meyer. Les derniers troubadours de la Provence, 
d'après le chansonnier Giraud (f), Paris, 1871. 

Montaudon, I (str. 2-4, 6-8, 10, 13, 15, 17), p. 136. 

VIII. C. Appel. Provenzalische Inedita aus Pariser Hand- 
schrift e n, Dresde, 1890. 

1. N'Austorc de Segret, sirventés, p. 14 (d'après le 
ms. C). 

2. Peire de Cols d'Aorlac, sirventés, p. 229 (id.). 

IX. C. Appel. Provenzalische "Chrestomathie, Leipzig, 
l re édition (citée ici), 1895; 2 édit., 1901; 3 e édit., 1907). 

1. Eble de Saignes (tenson avec Guillem Gasmar), 
p. 135 (d'après les mss. AGDEGIL). 

2. Montaudon, II, p. 132 (d'après les mss. CDEIR, 
Philippson, Klein) ; X, p. 85 (d'après C F, Philippson, 
Klein). 

X. Crescini. Manualetto provenzale. 2 e édition, Verona, 
Padova, 1905. 

Montaudon, II, p. 257 (d'après Klein, Appel, Bartsch- 
Koschw.). 

XI. C. Fabre. Austorc d'Orlae. Le Puy, 1906. 
Sirventés, texte et traduction, p. 6-8. 

XII. A. Jeanroy. Austorc d'Aurillac (Mélanges Chaba- 
neau), Erlangen, 1907. 

Sirventés, texte et traduction, p. 82-84. 

XIII. C. Fabre. Austorc de Segret (le sirventés d'), dans 
Annales du Midi, octobre 1910. 

Texte et traduction, p. 469-475. 

XTV. Chabaneau, dans Revue des langues Romanes, 
tome XX (1881). 

Peire Rogier : IX, p. 139. 

XV. Witthoeft. Sirventés joglaresc, Marburg, 1891. 
Montaudon : dout. II, p. 53. 



- 606 - 
III Editions complètes d'un troubadour 

I. E. Philippsox. Der Mônch von Montaudon, Halle, 
1873. 

IL C. Appel. Dos Leben und die Lieber des Trobadors 
Peire Rogier, Berlin, 1882. 

III. 0. Klein. Die Dichtungen des Mônchs von Montau- 
don, Marburg, 1885. 

IV. 0. Schultz. Die Provenzalischen Dichterinnen, Bio- 
graphieen und Texte, Leipzig, 1888 (Castelloza, p. 12; 
p. 23-24). 

§ 6. DICTIONNAIRES ET GRAMMAIRES 
UTILISÉS 



1. Ràyxouard. Lexique roman ou dictionnaire de la 
langue des Troubadours comparée avec les autres langues 
de l'Europe latine ; établi par familles de mots en 5 vol.; 
le 6 e est un vocabulaire purement alphabétique, Paris, Sil- 
vestre, 1838-1844, in-8°. 

2. Levy. Provenzalisches Supplementwôrterbuch : Be- 
richtigungen und Ergànzungen zu Raynouards Lexique 
roman (Dictionnaire provençal complémentaire : Rectifi- 
cations et compléments au Lexique R. de Rayn.), Leipzig, 
Reisland, 1894-1911 (A-Q), 6 vol. in-8°; la publication con- 
tinue. 

3. Id. Petit Dictionnaire provençal-français, Heidelberg, 
Cari Winter, 1909 387 p. in-12 (Prix : 9*fr.). Répertoire 
sommaire et indispensable de la langue d'oc classique. 

4. L. Piat. Dictionnaire Français-Occitanien donnant 
l'équivalent des mots français dans tous les dialectes de 
la langue d'oc moderne. 2 vol. in-8°. Montpellier, Hamelin, 
1893. (Composé d'après Mistral, le Trésor du Félibrige.) 

5. R. Laborde. Lexique Limousin, d'après les œuvres de 
Joseph Roux, Brive, au siège de l'Ecole Limousine, 1895. 



— 607 - 

(Utile à consulter, le dialecte limousin actuel étant resté 
très voisin de la langue littéraire des troubadours.) 

6-7-8. Aorégés de grammaire contenus dans les Chresto- 
mathies provençales de K. Bartsch (supprimé à tort dans 
la 6 e édition, 1903); C. Appel (1895); Crescini (Manua- 
letto 2, 1905). [Il n'y a guère plus lieu de se servir du 
Résumé de la grammaire Romane, inséré dans le premier 
volume du Lexique de Raynouard, p. XLIII-LXXXVIIL] 



iivi>x^x: 



AFRIQUE. — T. I, p. 50, 51, 57, 192. 

AGENAIS. — T. I, p. 266; — T. II, p. 573 n., 577 n., 578 n. 

AIGUES-MORTES. — T. I, p. 56, 57. 

ALBIGEOIS. — T. I, p. 271; — T. II, p. 247 n. 

Ajalbert. — T. I, p. 68, 69. 

Amoros (Bernard). — T. I, p. 50, 51, 146, 186, 208 n. 

Anduze (Alazais d'). — T. I, p. 223. 

Angoulême (Comte d'). — T. I, p. 271; — T. II, p. 348 n. 

Anjou (Charles d'). — T. I, p. 203; — T. II, p. 573 n., 

574, 575, 576 n., 578, 579. 
APCHON. — T. I, p. 187, 374, 375, 376. 
AQUITAINE. — T. I, p. 187, 211, 271, 297. 

— (Ecole d'). — T. I, p. 210, 379. 
Odon (Duc d'). — T. I, p. 262. 

Aragon (le roi d'). — T. I, p. 42, 43, 350; — T. II, p. 363 n. 

— (Alphonse II d'). — T. I, p. 185, 279, 280, 281, 282, 

283, 288, 289, 361, 362, 368; — T. II, p. 260 n. 

— (Jacques, roi d'). — T. I, p. 225. | 

— (Pierre III d'). — T. I, p. 185. 
ARGENTAT. — T. I, p. 100, 101, 127. 
Armagnac (Jacques d'). — T. II, p. 10. 



Arnaud Daniel. — T. I, p. 245 n; — T. II, p. 250, 251, 
252, 253. 

ARPAJOX. — T. II, p. 188. 

ARVERXES (Les). — T. I, p. 80, 81. 

Astorg de Segret. — Voir Segret (astorg de). 

AURILLAC. — T. I, p. 16, 17, 30, 31, 32, 33, 36, 37, 48, 
49, 50, 51. 52, 53, 58, 59, 60, 61, 66, 67, 90, 91, 114, 
115, 119, 122, 123, 143, 147, 153, 154, 157, 158, 162, 
165, 166, 203 n., 208 n., 239, 240, 258, 314, 316, 327 n., 
380, 395, 404; — T. II, p. 58, 63, 84, 93, 97, 106, 109, 
110 n., 116, 119, 121, 123 n., 128, 132, 136 n., 141, 
146 n.. 148, 167, 181, 187 n., 201, 205, 213 n., 217, 218, 
227, 524, 525. 

— (Astorg d'), baron de Conros. — T. I, p. 54, 55, 

151, 185, 187, 192, 240, 316; — T. II, p. 25, 
560, 561, 562, 563, 564, 565, 566, 567, 568, 569. 

— Barrière d'Arpajon, de Tulle. — T. I, p. 396. 

— Faubourg des Tanneurs. — T. I, p. 48, 49. 

— Faubourg Saint-Etienne. — T. II, p. 201. 

— Foires. — T. I, p. 52, 53, 100, 101. 

— Monastère de Saint-Géraud. — T. I, p. 36, 37, 40, 

41, 187, 203, 247, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 
264, 266, 270, 276, 277, 279, 294, 295, 296, 298, 
314, 315, 317, 318; — T. II, p. 524, 525, 532, 533. 

— Ecole du Monastère. — T. I, p. 258. 

— Porte d'Aurinques. — T. I, p. 48, 49, 100, 101. 
— ■ Rue d'Aurinques. — T. I, p. 66, 67. 

— Porte du Buis. — T. I, p. 316. 

— Porte Saint-Etienne. — T. I, p. 396. 
Auvergnats (Les). — T. I, p. 15 n., 98, 99, 108, 109, 112, 

113, 167, 205, 206, 207; — T. II, p. 346, 347, 348 n. 
AUVERGNE. — T. I, p. 20, 21, 34, 35, 36, 37, 56, 57, 68, 
69. 70, 71, 72. 73. 74, 75, 76, 77, 78, 79, 90, 91, 92, 93, 
96. 97. 98. 99, 108, 114, 115, 116, 117, 134, 145, 147, 



— III — 

150, 155, 156, 165, 167, 171, 179, 180, 206, 208 n., 209, 
212, 213, 222, 240, 262, 265, 271, 272, 273, 332, 334, 
336, 337, 342, 367, 373, 395, 404; — T. II, p. 16, 61, 
74, 128, 131, 138, 153, 282, 283, 333 n. 

— (Assalide d'). — T. I, p. 219. 

— (Daupliiné d'). — T. I, p. 214, 273 n, 283. 

— (Ecole d'). — T. I, p. 66, 67, 82, 83, 210, 211, 216, 
222, 238, 317, 339. 

— (Guillaume-Robert I er , dauphin d'). — Y. I, p. 185, 

187, 209, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219, 220, 
221, 222, 229, 239, 263, 265, 283, 287, 343. 

— (Guillaume VII, comte d'). — T, I, p. 272, 273 n. 

— (Haute-) (haut pays). — T. I, p. 37 n., 38, 39, 

52, 53, 62, 63, 100, 101, 114, 115, 160, 185, 

186, 208 n., 210, 211, 237, 327, 331, 338, 342, 
374, 377 n., 379, 380, 400, 404, 411; — T. II, p. 9, 
12, 20 n., 42, 53, 89, 157, 162, 163. 

— (Basse-). — T. I, p. 218, 342, 374. 

— (Pierre d'). — T. I, p. 171, 216, 308, 323, 344, 366, 

379, 380, 381, 382, 383, 384, 386, 406; — T. II, 
p. 244, 245. 

— (Robert d'), évêque de Clermont. — T. I, p. 185, 

187, 214, 215, 406. 

AYRENS. — T. I, p. 60, 61, 64, 65. 

Baxcharel (Auguste). — T. I, p. 60, 61; — T. II, p. 74, 78, 
106, 110, 135, 139, 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 148, 
149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 
160, 161, 162, 163, 226, 236, 237 n. 

— (Emile). — T. II, p. 209, 210, 236. 

Barberino (Francesco da). —T. I, p. 302, 303, 304, 305 n.; 
— T. II, p. 405 n. 

Barbezieux (Richard de). — T. I, p. 286, 353 n. 
Barras. — T. I, p. 45, 51. 



— IV 



BAUX (Château des). — T. I, p. 282 n. 

— (Hugues de). — T. I, p. 259 n. 

— (Maison de). — T. I, p. 378. 

— (Raymond des). — T. I, p. 226. 
Beauvoir (Guillaume de). — T. I, p. 227 n. 
Beaumarchais (Eustache de). — T. I, p. 402, 403 n. 

BELLESTAT (Faidit du). — T. I, p. 50, 51, 146, 186. 212; 
— T. II, p. 31, 54, 542, 543, 544, 545, 546, 547, 548, 549. 
BELLIAC. — T. I, p. 114, 115. 

Bérenguier de Palazol. — Voir Palazol (Bérenguier de). 
Bertrand de Borx. — T. I, p. 273 n., 309, 353 n. 
BÉZALU. — T. I, p. 54, 55, 212, 237 n. 

BÉZAUDUN (Château de). — T. I, p. 53 n., 54, 55. 

— (Raimond-Vidal de). — T. I, p. 52, 53, 212. 
BÉZIERS. — T. II, p. 112. 

— (Matheline de). — T. II, p. 220. 

— (Roger II Taillefer, vicomte de). — T. II, p. 254 n. 
BOISSET. — T. I, p. 58, 59; — T. II, p. 58, 59, 60, 61, 64 n. 
Boissières (l'abbé Louis). — T. II, p. 183, 185, 186, 187, 

188, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 236. 
Boissy (Louis de). — T. I, p. 58, 59; — T. II, p. 36. 
Bonafos. — T. I, p. 48, 49, 156; — T. II, p. 552, 553, 554, 

555, 556, 557. 
Bonaparte. — T. II, p. 45, 46, 51. 
Bonnet (Louis). — T. I, p. 15, 88, 89 n. 
Borzach (Guillaume). — T. I, p. 58, 59, 146, 186, 208 n. 
Bouquier (l'abbé). — T. I, p. 60, 61; — T. II, p. 69, 71, 72, 

73, 74, 75, 76, 77, 78, 135. 
Bourbon (le Sire de). — T. II, p. 10. 
Bravât. — T. I, p. 25; T. II, p. 53, 55, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 

63, 64, 65, 66, 67, 73, 112, 135, 235. 
BRÉON (Armand de). — T. I, p. 407, 409, 411. 
BRIOUDE. — T. I, p. 46, 47, 203, 222, 228, 275, 328, 337, 

341, 342, 404 n., 406 n. 



BRUXEIXC (Hugues de). — T. I, p. 186. 
Bruni (Pierre). — T. I, p. 258, 264. 

CABRE (col de). — T. I, p. 72, 73. 
Cabreira (Guiraut de). — T. II, p. 11. 

CAILLAC. — T. I, p. 38, 39. 

CAHORS. — T. I, p. 261. 

CALVINET (Baronnie de). — T. I, p. 403; — T. II, p. 71, 

72, 73 n. 
GAXILLAC (Marquis de). — T. I, p. 210. 

— (Vicomtes de). — T. I, p. 187. 
GAXILLAC (marquis de). — T. I, p. 210. 

— (vicomtes de). — T. I, p. 187. 
CANTAL (Plomb du). — T. I, p. 14, 15, 72, 73. 
Caxtaliens (Troubadours). — T. I, p. 68, 69, 139, 160, 162, 

192, 195, 208, 212, 228, 242, 243, 244, 246, 251, 299, 
302, 324, 352, 357, 360 n., 385; — T. II, p. 54, 81, 241. 

CARCASSES. — T. II, p. 247, 280, 281. 

Carcassoxxe (Vicomte de). — T. 1, p. 350. 

Cardénal (Peire). — T. I, p. 221, 224, 345. 

CARLADEZ (Le). -~ T. I, p. 150, 250, 267, 333, 337, 362; — 
T. II, p. 59 7i. 

CARLAT. — T. I, p. 42, 43. 187, 203 n., 249 n., 282, 283, 
321, 334, 340, 362, 368 n., 376 n., 402, 403; — T. II, 
p. 10, 59 n., 85 n., 163 n. 

— (Douce de). — T. I, p. 43, 281 n., 282 n., 290, 293 n, 

362, 369 n. 

— (Rocher de). — T. I, p. 102, 103; — T. II, p. 10. 
CASTEL D'OZE (Le). — T. I, p. 46, 47, 399, 400, 401, 

402, 403. 
Casteldoze (la Dame de). —T. I, p. 46, 47, 48, 49, 151, 
186, 208 n., 240, 403, 404, 405, 406, 407, 409, 411, 412; 
— T. II, p. 494, 495, 496, 497, 498, 499, 500, 501, 502, 



503, 504, 505, 506, 507, 508, 509, 510, 511, 512. 513 r 
514, 515, 516, 517, 518, 519, 520, 521. 
CASTILLE. — T. I, p. 216, 296. 

— (Alphonse IX de). — T. I, p. 361, 362; 

— (Henri de). — T. II, p. 573 n., 576, 577. 
CATALOGNE. — T. I, p. 54, 55, 271; — T. II, p. 280. 281, 

306 n. 
CAUSSADE. — T. II, p. 261. 
Cayaire. — T. I, p. 48, 49, 156, 240; — T. II, p. 550. 551, 

552, 553, 554, 555, 556, 557, 558, 559. 
CÈRE (La). — T. I, p. 34, 35, 248, 250, 251. 
César. — T. I, p. 74, 75, 86, 87. 
CHALEXÇOX-ROCHEBAROX. — T. I, p. 228. 
CHALIXARGUES. — T. II, p. 81, 83. 
Chapsal (Eloi). — T. I, p. 113. 114, 124 n. 
CHAPTEUIL (Pons de). — i. I, p. 222, 223, 275. 
CLAYIÈRES. — T. I, p. 64, 65, 135, 148, 160. 
Clément IV. — T. I, p. 198 n., 202. 203 n. 
CLERMOXT. — T. I, p. 219, 239, 240, 261, 263, 264. 271, 

338, 342, 343, 351, 364, 380, 383; — T. H, p. 82. 

— (Robert, évêque de). — Voir Auvergne (Robert d'). 
— ■ (Géraud de Saignes, chanoine de). — T. I, p. 377 n. 

Cols (Pierre de). — T. I, p. 50, 51, 186, 208 n; — T. II, 
p. 534, 535, 536, 537, 538, 539, 540, 541. 

COMBORX. — T. I, p. 274. 

CORDOUE. — T. I, p. 291, 292, 293 n. 

Colrchinoux (chanoine Francis). — T. I, p. 60, 61, 62, 
63; — T. II, p. 53, 135, 158, 161, 185, 186, 199, 201, 
202, 203, 204, 205, 206, 207, 208, 209, 210, 211. 212, 
213, 214, 215, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222. 223, 
224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233. 234. 
236, 237 n. 

CRAXDELLES. — T. I, p. 64, 65. 
Croisades. — T. I, p. 55, 84, 85. 



VII — 

CROPIÈRES. — T. I, p. 38, 39. 

DAMIETTE. — T. I, p. 219. 

Dante. — T. I, p. 177, 182. 

Daude de Prades. — T. I, p. 203, 289 n. 

DAUPHINÉ. — T. I, p. 296; — T. II, p. 336. 

Delzons (Général). — T. I, p. 114, 115, 129, 134, 147. 

DOUX (Le). — T. I, p. 32, 33, 38, 39, 140, 145, 155. 

Ebles de Saignes. — Voir Saignes (Ebles de). 

Edouard I er , roi d'Angleterre. — T. II, p. 573, 576, 577, 

578, 579. 
EGYPTE. — T. I, p. 54, 55, 240; — T. II, p. 45, 565 n. 
EXCIDEUIL. — T. I, p. 216 n. 

Farges. — T. I, p. 64, 65; — T. II, p. 124, 162, 237 n. 
Fau (chanoine Firmin). — T. I, p. 60, 61; — T. II, p. 165, 

167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 

178, 179, 180, 181. 
Faidit du Bellestat. — Voir Bellestat (Faidit du). 
Folco. — T. II, p. 558, 559. 

Folquet (Gui). — T. I, p. 202; — T. II, p. 256, 257. 
FOREZ (Le). — T. I, p. 262. 
Four (l'abbé Raymond). — T. I, p. 60, 61, 360; — T. II, 

p. 525 n. 
Frédéric II Barberousse. — T. I, p. 185; — T. II, 

p. 566 n., 567 n., 569 n. 
Frédéric de Granval. — T. I, p. 60, 61. 
GAILLANE. — T. I, p. 50, 51, 52, 53. 
Garin-le-Brun. — T. I, p. 226, 386, 389, 392. 
Garric. — T. I, p. 62, 63. 
Gasc. — T. II, p. 398, 399. 
GASCOGNE. — T. I, p. 271. 
Gascons. — T. II, p. 284, 285. 
Gasmar (Elie-Guilhem). — T. I, p. 384, 385, 393, 394; — 

T. II, p. 486, 487, 488, 489, 490, 491. 



Gaucelm Faydit. — T. I, p. 228 n., 274 n. — T. II, p. 248, 

249, 250, 251. 
Gausbert de Puysibot. — Voir Puysibot (Gausbert de). 
Gayaudan-le- Vieux. — T. I, p. 54, 55, 195; — T. II, p. 33. 
Gerbert, pape sous le nom de Silvestre II. — T. I, p. 36, 

37, 114, 115, 129, 134, 147, 197, 206, 254, 258, 259, 290, 

292 n., 298, 376 n.; — T. II, p. 119, 120, 121, 126, 131, 

137, 217, 218, 235. 
GÉVAUDAN. — T. I, p. 208 n., 240, 271, 363, 366, 404, 407. 

— (Vicomte de). — T. I, p. 282 n; — T. II, p. 282, 283. 
Giraut de Bornelh. — T. I, p. 204, 209, 216, 309. 
Giraut le Roux. — T. II, p. 254, 255, 256, 257. 
GORZES (Abbaye de). T. I, p. 291 n. 

GRAMMONT (Saint-Michel de). — T. I, p. 367, 368, 

369, 370. 
Grandval (Frédéric de). — T. II, p. 87, 89, 90, 91, 92, 

93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 

106, 135, 235. 
Grégoire VII. — T. I, p. 254, 368. 
Grimoard-Gausmar. — T. I, p. 227. 

Guillaume de Poitiers. — Voir Poitiers (Guillaume de). 
Guillaume-le-Troubadour. — T. I, p. 321. 
Guilhem-Azémar de Merueys. — T. I, p. 363, 366, 369. 
GUYENNE. — T. I, p. 266. 

— (Eléonore de). — T. I, p. 272. 

Hugues de Bruneinc. — Voir Bruneinc (Hugues de). 

Hugues de Peirols. — Voir Peirols (Hugues de). 

ILLESCAS. — T. I, p. 64, 65. 

Innocent IV. — • T. II, p. 567 n. 

ISSOIRE. — T. I, p. 214, 239. 

Jasmin. — T. II, p. 93, 121, 122, 135. 

Jaufre Rudel. — T. I, p. 189, 209. 

Jean-sans-Terre. — T. I, p. 272, 297; — T. II, p. 336, 337. 

Jérusalem (Royaume de). — T. I, p. 46, 47. 






JORDANNE (La). — T. I, p. 34, 35, 240,, 316; — T. II, 

p. 126, 215, 217, 235, 524, 525. 
Labouderie (abbé Jean). — T. II, p. 79, 81. 
LA CHATAIGNERAIE. — T. I, p. 46, 47, 58, 59. 
LANGUEDOC. — T. I, p. 187, 199, 205. 

— (Ecole de). — T. I, p. 210, 379. 
LARA (Aymeric de). — T. I. p. 350, 357. 

— (Pierre de). — T. I, p. 357. 

Laroque (Peire). — T. II, p. 258, 259, 260, 261. 

LAROQUERROU. — T. II, p. 167, 181. 

LA ROQUE-MONTAL. — T. I, p. 249 n, 322. 

LAROQUEVIEILLE. — T. I, p. 84, 85, 378 n. 

La Salle (Jean, comte de). — T. I, p. 203 zi. 

La Salle-Rochemaure iDuc de). — T. I, p. 120, 121, 123, 
124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 131, 133, 135, 136, 
137, 138, 139, 140, 141, 144, 146, 148, 149, 151, 153, 
154, 155, 156, 158, 159, 160, 162, 165, 166, 167; — 
T. II, p. 135. 

LA SALLE-VAL-LE-CHASTEL. — T. I, p. 228. 

La Tour-d'Auvergne (Rertrand II, sire de). — T. I, p. 185, 
220, 221. 

— (Michel de). — T. I, p. 221, 224. 

— Château de La Tour-d' Auvergne. — T. I, p. 220. 
L.ATRAN (Concile de). — T. I, p. 259, 349 n. 
LAVAUR (Raimon de). — T. I, p. 258. 

LE RLTS. — T. I, p. 44, 45. 

LEYNHAC. — T. II, p. 71, 72. 

LIMAGNE. — T. I, p. 44, 45, 211, 214, 239, 339. 

LIMOGES. — T. I, p. 261, 274. 

— ■ (Adhémar V, vicomte de). — T. I, p. 274 n. 

— (Marie de). — T. I, p. 274. 

LIMOUSIN. — T. I, p. 187, 208, 211, 216 n., 239, 271, 272, 
275, 335, 338, 339, 367, 368, 374; — T. II, p. 282, 283. 

— (Ecole du). — T. I, p. 240. 



LIORAN (Le). — T. I, p. 16, 17, 72, 73, 100, 101, 127, 

239, 380. 
L'ISLE-JOURDAIN. — T. II, p. 456 n. 
Lizet (Jean-François), seigneur de Courdes. — T. II, p. 19, 

20, 21, 22, 23, 24, 25. 
LODÈVE. — T. I, p. 367, 368. 

— (Vicomte). — T. I, p. 282 n. 

LOMAGNE (Arnaud-Othon, vicomte de). — T. I, p. 573 /?.. 

578, 579. 
Louis VII le Jeune. — T. I, p. 213, 272, 273 n., 346. 347. 

348, 363. 
Louis IX (Saint Louis). — T. I, p. 34, 35, 54, 55, 56. 57. 

145, 192, 198, 203, 214, 291 n., 381 n., 403 n.; — T. IL 

p. 563 n., 567 n. 
LYON. — T. I, p. 215, 262; — T. II, p. 569 n. 
MADIC. — T. I, p. 187. 
Magueloxxe. — T. I, p. 203. 
Maliyoir (Christophe). — T. II, p. 12, 13. 
MAXbOURAH (La). — T. I, p. 54, 55, 56, 57, 192 72.: — 

T. II, p. 563. 
MAXZAT (Pierre et Astorg de). — T. I, p. 217, 218. 
MARDOGXE (Château de). — T. I, p. 187, 407, 409 n. 

— (le seigneur de). — T. I, p. 46, 47. 
Maréchal (Hugues). — T. I, p. 230, 231, 232. 
MAREUIL (Arnaud de). — T. II. p. 252, 253, 254, 255. 
Marianne d'Auvergne (La). — T. I, p. 25, 26, 31, 33. 
MARMAXHAC. — T. I, p. 319, 320, 321. 
MARSEILLE. — T. I, p. 219. 

— (Vicomtes de). — T. I, p. 378; — T. II, p. 259. 

— (Vicomtesse de). — T. I, p. 223. 
MARZES. — T. I, p. 203 n. 

MAURIAC. — T. I, p. 44, 45, 187, 208 n., 218, 237, 239, 
380; — ï. II, p. 20 n., 114 n., 141, 167. 



— XI — 

MAURS. — T. I, p. 42, 43, G6, 67, 334, 340; — T. II, 

p. 64 72. 

MELGUEIL (Vicomtes de). — T. I, p. 216. 
MENDE. — T. II, p. 60. 
Méranie (Alix de). — T. I, p. 198 n. 
Mercœur (Béraud de). — T. I, p. 219. 

— (Ozil de). — T. I, p. 223. 

Meschin (Guignes), seigneur de Randon. — T. II, p. 264 n. 

MEUDON (le Curé de ). — T. I, p. 92, 93. 

MILHAU (Vicomte de). — T. I, p. 282 n.; — T. II, p. 45. 

MIRA VAL (Raimon de). — T. II, p. 248, 249. 

MIREPOIX (Pierre-Roger de). — T. I, p. 330, 331. 

Mistral. — T. I, p. 68, 69. 

Moisset. — T. I, p. 315, 316, 318, 323 n. 

— (Géraud). — T. I, p. 318, 319. 

— (Guillaume). — T. I, p. 44, 45, 311, 318, 322, 323; 

T. II, p. 258, 259. 

— (Hugues). — T. I, p. 318, 319, 320, 321 n. 

— (Raymond). — T. I, p. 317, 318, 319. 

— (Savary II). — T. I, p. 318, 319, 321, 
MOISSETIE (La). — T. I, p. 44, 45, 317, 321. 
MONTAUDON (Prieuré de). — T. I, p. 40, 41, 249 n., 

260, 262, 263, 264, 265, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 
277, 279, 287, 294, 309, 367; — T. II, p. 242, 265 n. 

— (le Moine de). — Voir Vie (Pierre de). 
MONTBRUN (Château de). — T. II, p. 16, 22. 

— (Guy, II de Montclar, baron de). — T. II, p. 19, 

20, 21, 23, 24 n. 
MONTFERRAND en Gévaudan. — T. I, p. 203, 275, 374. 
MONTFERRAT (le Marquis de). — T. I, p. 185, 210, 233, 

323 n. 
MONTFORT. — T. I, p. 197, 219. 

— (Elise de). — T. II, p. 276, 277, 278, 279. 



— XII — 

MONTPELLIER. — T. I, p. 219, 305, 346, 350. 

— (Guillaume de). — T. II, p. 257 n. 
MONTSALVY. — T. I, p. 47. 

MURAT. — T. I, p. 46, 47, 187, 239, 380, 407. 
NARBONNE. — T. I, p. 345, 348, 349, 351, 352, 359, 361, 
362, 363. 

— (Aymeric II, vicomte de). — T. I, p. 345. 

— (Ermengarde, vicomtesse de). — T. I, p. 42, 43, 

330 n., 346, 347, 348, 349, 350, 351, 352, 353, 
354, 355, 356, 357, 359, 360, 362, 364, 365, 370; — 
T. II, p. 425 n., 431 n., 433 n., 441 n., 459 n. 

NEUSSARGUES. — T. I, p. 46, 47. 

Nicolas IV. — T. I, p. 264, 266 n. 

NIEUDAN. — T. II, p. 167, 168, 170. 

MEYRONXE (Turc de). — T. I, p. 46, 47, 405, 406, 407. 

NIMES (Vicomte de). — T. I, p. 350; — T. II, p. 226. 

ORANGE (Raimbaui, comte d'). — T. L p. 356, 357, 358, 
359, 360, 361, 412; — T. II, p. 407, 462, 463, 465 n., 
467 n., 469 n., 471, 477. 

— (Thibaut d'). — T. I, p. 185, 187. 

— (Othon II d'). — T. I, p. 185. 

— (Othon IV d'). — T. I, p. 266, 291 n., 296, 297, 

298, 334 n., 335, 336 n., 337 n. 
PALAZOL (Bérenguier de). — T. II, p. 354, 355. 
PALESTINE. — T. I, p. 50, 51, 219, 240, 272, 406. 
PÉRIGORD. — T. I, p. 259, 271; — T. II, p. 282, 283. 
Perigueux. — T. I, p. 261. 
PEYROLS. — T. I, p. 53. 218, 237 n. 

— (Hugues de). — T. L p. 52, 53, 218, 219, 237 n. 
Philippe-Auguste. — T. I, p. 213, 271, 272, 278; — T. II, 

p. 83 n., 268 n., 337 n. 
PIERREFEU. — T. I, p. 192. 
Pierre L'Hermite. — T. I, p. 191. 
Plaxtagexet (Henri). — T. I, p. 272. 



— XIII — 

PLEAUX. — T. I, p. 60, 61; — T. II, p. 141, 148, 167, 

203, 211. 
POITIERS (Guillaume de), troubadour. — T. I, p. 353 n. 

— (Guillaume VI, comte de). — T. I, p. 181. 

— (Guillaume IX de). — T. I, p. 185. 
POITOU. — T. I, p. 271; — T. II, p. 348, 349. 
POLIGNAC (Vicomtesse de), femme du vicomte Héracle 

III. — T. I, p. 229, 230, 231, 232. 
POLMINHAC. — T. I, p. 50, 51. 

PROVENCE. — T. I, p. 187, 199, 205, 223, 271, 296; — 
T. II, p. 284, 285, 336, 337. 

— (Comte de). — T. I, p. 216, 282 n., 412. 

— (Ecole de). — T. I, p. 210, 379. 
PUY (Le). — T. I, p. 224. 

— (Ecole du). — T. I, p. 240. 

— (Evêché du). — T. I, p. 222, 226, 229. 

— La Cour de l'Epervier. — T. I, p. 187, 222 n., 224, 

239, 285, 286, 287, 288, 383. 
PUY-RACHAT (Notre-Dame du). — T. II, p. 168, 170. 
PUYSIBOT (Gausbert de). — T. II, p. 398, 399. 
QUERCY. — T. I, p. 42, 43, 208 n., 239, 240, 271, 327, 

338, 341, 342; — T. II, p. 89, 282, 283, 573 n., 

577 n., 578 n. 
Raimon-Bérenger III, comte de Barcelone. — T. I, p. 43, 

281, 282 n. 369 n. 

— Douce, sa femme. — Voir Carlat (Douce de). 
Raimon-Bérenger IV. — T. I, p. 280 n. 

Raimon de Lavaur. — Voir Lavaur (Raimon de). 
Raimon Jornan, vicomte de Saint-Antonin. — T. I, 

p. 274 n. — T. II, p. 246, 247. 
Richard-Cœur-de-Lion. — T. I, p. 185, 271, 272, 273, 

278, 280, 297; — T. II, p. 263, 266 n., 268 n., 269 n., 

282 n., 283, 334 n., 348 n. 
Richard de 'Barbezieux. — V. Barbezieux (Richard de). 



ROCHEFORT-MOXTAGXES. — T. I, p. 52, 53. 
RODEZ. — T. I, p. 50, 51, 261. 

— (Comtes de). — T. I, p. 52, 53, 185, 187, 239, 282, 

340, 402, 403. 

— (Ecole de). — T. I, p. 210. 
ROGIERS (Château de). — T. I, p. 340, 341. 

— (Guillaume de). — T. I, p. 328, 340, 341. 

— (Pierre de). — T. I, p. 42, 43, 171, 186, 203, 240, 

302 n., 329, 330, 331, 332, 333, 336, 337, 338. 
339, 340, 341, 342, 343, 344, 345, 350 n., 351, 352, 
353, 354, 355, 356, 357, 359, 360, 361, 362, 363, 
364, 365, 366, 367, 369, 370. — T. II, p. 31, 54, 
406, 407, 471, 477, 478, 479, 480, 481, 482, 483. 

ROQUEXATOU. — T. I, p. 319, 320, 321, 322, 404. 
ROUERGUE. — T. I, p. 239, 240, 271, 374. 

ROUSSILLOX. — T. I, p. 230ï 

— (Girart de). — T. II, p. 566, 567. 

ROUZIERS. — T. I, p. 42, 43, 327, 328, 333, 334, 338, 

339, 340 n., 341 n. 
SAIGXES. — T. I, p. 44, 45, 60, 61, 375, 376, 377, 378. — 

T. II, p. 165, 167. 

— (Ebles de). — T. I, p. 44, 45, 185, 208 n., 222 n., 

227, 371, 373, 379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 
386, 389, 392, 393, 395; — T. II, p. 173, 484, 485, 
486, 487, 488, 489, 490, 491, 492, 493. 

Sail d'Escola. — T. II, p. 254, 255. 

SAIXT-AXTOIXE (Dauphiné). — T. I, p. 231. 

SAIXT-CIRC (Hugues de). — T. I, p. 173, 174, 240, 269 n., 

279, 288, 339, 341, 343, 361. 
SAIXT-DIDIER (Gausseran de). — T. I, p. 233. 

— (Guilhem de). — T. I. p. 228. 229, 230, 231, 232; — 

T. II, p. 244, 245. 
SAIXT-FLOUR. — T. I, p. 50, 51, 146, 187, 239, 342, 






— XV — 

374 n., 376 n.; — T. II, p. 39, 81, 83, 109, 115 n., 167, 

169> 185, 187, 202, 203, 207 n., 209. 
SAIXT-JACQUES DE COMPOSTELLE. — T. I, p. 261; — 

T. II, p. 522. 523, 524, 525, 526, 527, 528, 529, 530, 

531, 532, 533. 
SAIXT-JEAX D'ACRE. — T. I, p. 278; — T. II, p. 268 n., 

269. 
SAIXT-JULIEX. — T. II, p. 278, 279, 284 n. 
SAIXT-SIMOX. — T. I, p. 60, 61; — T. II, p. 110, 116 n., 

119, 120, 121, 124, 125, 128, 133, 134, 146 n., 157. 
SALERS. — T. I, p. 50, 51, 58, 59, 66, 67, 100, 101, 127, 

146, 208 n.; — T. II, p. 20, 187. 
Sales (de). — T. II, p. 59. 
SARAGOSSE. — T. I, p. 240, 291 n. 
Sarrazixs. — T. I, p. 50, 51, 54, 55, 278, 294, 346, 406; — 

T. II, p. 168 n., 268, 269, 565 n., 572, 573, 574 n. 
SAVEZ (Le). — T. II, p. 456, 457. 
Savoie (Philippe de). — T. I, p. 198 n. 
SCORAILLES (Château de). — T. II, p. 12, 13. 

— (Charlotte de). — T. II, p. 19. 

SECRET (Astorg de). — T. I, p. 50, 51, 146, 186, 208 n.; 

— T. II, p. 54, 57, 571, 572, 573, 574, 575, 576, 577, 

578, 579. 
SÉXEZERGUES. — T. I, p. 46, 47. 
SICILE. — T. I, p. 203. 

— - (Frédéric II, roi de). — T. I, p. 185. 
THIERS (Bernard de). — T. I, p. 217. 

— (Etienne de). — T. I, p. 367. 
TOLÈDE. — T. I, p. 292. 
TOROXET (Le). — T. II, p. 256 n. 

TOULOUSE. — T. I, p. 58, 59, 261, 271,. 363, 366; — 
T. II, p. 256 n., 259 n., 280, 281. 

— (Adélaïde de). — T. II, p. 254, 255. 

— (Comtes de). — T. I, p. 225, 226, 257, 258, 271, 275, 



— XVI — 

296, 305, 323 n., 346, 350, 363, 364, 365, 366, 367, 
374; _ t. II, p. 256 n., 314, 315, 363 n. 

— Jeux Floraux. — T. II, p. 203. 
TOURNEMIRE. — T. I, p. 53 n., 54, 55. 
Tremoleta-le-Catalax. — T. II, p. 252, 253. 
TRIPOLI. — T. I, p. 189, 209, 409 n. 
TRIZAC. — T. I, p. 218 u., 237. 

Troubadours (Les). — T. I, p. 23, 33, 36, 37, 50, 51, 52, 
53, 54, 55, 80, 81, 82, 83, 88, 89, 112, 113, 171, 173, 
175, 177, 178, 179, 180, 181, 182, 183, 184, 186, 187, 
188, 191, 192, 193, 194, 195, 196, 199, 200, 201, 202, 
203, 204, 205, 208, 209, 210, 211, 212, 214, 216, 217, 
218, 221, 222. 233, 239, 240, 241, 242, 243, 245, 282 n., 
283, 287, 289, 297, 301, 302, 308, 309, 317, 338, 339, 
341, 342, 346, 349, 351, 352, 358. 364, 365, 370, 379, 
380, 404, 411; — T. II, p. 9, 10, 13, 19, 26, 28, 29, 31, 
33, 122, 162, 185, 186, 235, 236, 240. 

— Caxtaliexs. — Voir Caxtaliexs (Troubadours). 

— ■ Femmes : Azalaïs de Porcairagues; Réatrix, com- 
tesse de Die. — T. I, p. 412. — Voir aussi Cas- 
teldoze (la Dame de). 

TUDÈLE (Guillaume de). — T. I, p. 200. 
TUNIS. — T. I, p. 240. 

— (Paix de). — T. II, p. 573, 574 n. 
TURENNE (Marguerite de). — T. I, p. 273 n. 

— (Vicomte de). — T. I, p. 185, 187, 210, 239, 336. 

— (Vicomte de). — T. I, p. 214, 240, 338, 339; — 
T. II, p. 370, 371. 

Urbaix V. — T. I, p. 227. 

URGEL (Comte d'). — T. II, p. 306, 307. 

— (Comtesse d'). — T. II, p. 474 n. 
USSEL. — T. I, p. 203 n., 335. 

— (Gui d'). — T. I, p. 202, 203 n., 412. 
UZERCHES. — T. I, p. 274 n. — T. II, p. 249 u., 250, 251. 



l'ZÈS (Bermond d'). — T. I, p. 226. 

VAULMIERS (Vallée du). — T. I, p. 50, 51. 

VELAY. — T. I, p. 208 n., 210, 211, 213, 214, 222, 223, 

224, 225, 226, 233, 239, 240, 284, 339, 376 n., 407. 
VÉNÉTIE. — T. I, p. 240. 
N^ENTADOUR (Vicomte de). — T. I, p. 187, 210, 239, 240, 

274, 275, 276, 338. 

— (Bernard, vicomte de). — T. I, p. 275, 309, 338, 

339, 353 n. 

— (Ebles II, vicomte de). — T. I, p. 274, 275 n. 

— (Ebles V, vicomte de). — T. I, p. 274. 

— (Marie, vicomtesse de). — T. I, p. 412; — T. II, 

p. 345 n., 348, 349, 370, 371, 394, 395. 

Yercingétorix. — T. I, p. 80, 81, 86, 87. 

Vermexouze. — T. I, p. 13, 14, 15, 18, 22, 23, 24, 25, 31, 
32, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 60, 01, 62, 63, 64, 65, 60, 
7, 68, 69, 70, 71, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 88, 89, 92, 
93, 97, 100, 101, 106, 107, 108, 109, 112, 113, 114, 115, 
116, 117, 119, 120, 126, 129, 130, 131, 133, 134, 130, 
■ 138, 139, 140, 141, 142, 143, 145, 146, 147, 148, 149, 
loi, 152, 153, 154, 156, 157, 158, 159, 160, 161, 162, 
163, 165, 166, 245, 246; — T. II, p. 27, 54, 73, 125, 
126, 131, 135, 155, 158, 160 n., 161, 205, 206 n., 209, 
211, 212, 213, 227, 231, 234, 236, 237 72., 240. 

Versepuy (Marius). — T. II, p. 27, 32. 

VEYRE. — T. I, p. 25, 60, 61; — T. II. p. 73, 107, 109, 
110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120, 
121, 122, 123, 124, 125. 126, 127, 128, 129, 130, 131, 
132, 133, 134, 135, 136, 137, 138, 157, 159, 160, 235. 

VIC-SUR-CÈRE. — T. I, p. 50, 51, 58, 59, 248, 249, 250, 
251, 269, 271, 318, 319, 321; — T. II, p. 36, 110, 149, 
156, 163 n., 221, 222. 

VIC (Pierre 'de), dit le Prieur ou le Moine de Montaudon. 



— T. I, p. 38, 39. 40, 41, 42, 43, 44, 45, 58, 59, 92, 93, 
123, 126, 131, 140, 146, 150, 155, 156, 159, 162, 171, 
185, 203, 208 n., 222 n., 240, 246, 247, 253, 256, 259, 
261, 263, 264, 265, 269, 273 n., 274, 275, 276, 278, 
280, 281, 282, 283, 287, 288, 289, 293, 294, 295, 296, 
297, 301, 302 n., 303, 304, 305, 306, 307, 308, 309, 
310 n., 318, 319, 320, 322, 323, 341, 362, 412; — T. II, 
p. 31, 33, 34, 54, 74, 75, 242, 243, 244, 245, 246, 24/, 
248, 249, 250, 251 à 405. 

Vidal (Pcirc). — T. I, p. 237 n., 364; — T. II, p. 258, 25!). 

YIELLE-D'YTRAC. — T. I, p. 32, 33, 62, 63, 64, 65. 95, 
96 116, 117. | 

VIENNE (Dauphiné). — T. I, p. 210, 230. 

— Guignes VI, dauphin du Viennois. — 4'. I, p. 214, 
233. 

VILLEFRÀNCHE-DE-CONFLENT. — T. I, p. 203, 247, 
274 n., 294, 296, 298. 

VIVARAIS. — T. I, p. 271; — T. II, p. 284, 285. 

VIXOUGES. — T. I, p. 50, 51. 

VODABLES. — T. I, p. 187, 210, 214, 215, 219, 221, 239, 
263, 343. 

VOLET. — T. I, p. 154; — T. II, p. 45. 

YTRAC. — T. II, p. 72, 73, 74, 140, 147. 



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TABLE DES MATIERES 



PAGES 

Sixième Partie. — LA POÉSIE CANTA- 

LIENNE du xiv e au xix e siècle 7 

Jean-Baptiste Brayat 55 

L'abbé Bouquier. . G9 

L'abbé Jean Labouderie 79 

Frédéric de Granval 87 

Jean-Baptiste Veyre 107 

Auguste Bancharel 139 

Le chanoine Firmin Fan 1G5 

L'abbé Louis Boissières 183 

Le chanoine Francis Courchinoux 199 

Septième Partie. — ŒUVRES DES TROU- 

BADOURS CANTALIENS. 211 

Pierre de Vie, Moine de Montaudon 211 

Pierre de Rogiers 400 

Ebles de Saignes 484 

La Dame de Casteldoze. .• 494 

Chanson des Pèlerins de Saint-Jacques de 

Compostelle 523 

Pierre de Cère de Cols ., 531 

Faydit du Bellestat 542 

Cavaire 550 

Astorg d'Aurillac 500 

Astorg de Segret 570 



TABLE DES MATIERES 

(Suite) 



Bibliographie 58i 

Index là XVIII 









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La Salle de Rochemaure, Félix - 
Les troubadours Cantaliens. v. 2 



PONTIFICAL INSTITUTE 

of mediaeval studies 

59 queen's park 
Toronto 5. Canada 



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