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Boston Library Consortium Member Libraries 



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LES VIES 



DES 



HOMMES ILLUSTRES 



DE 



PLUTARQUE. 



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LES VIE 

DE S 

HOMMES ILLUSTRES 

PLUTARQUE, 

TRADUITES EN FRANÇOIS, 

AVEC 
DES REMARQUES HISTORIQUES ET CRITIQUES^ 

NOUVELLE EDITION, 

REVUE, CORRIGÉE, ET AUGMENTEE 

de plusieurs Notes. 

Par Mr. D A C I E R > de l'Académie Royale des Inscriptions 

& Belles Lettres j Secrétaire perpétuel de l'Académie Françoife > 

Garde des Livres du Cabinet du Roy. 

TOME CINQUIEME. 




A P A R I S , 

ChezPAULUS-DU-MESNiL * GrancTSalle du Palais, 
au Pilier des Confultations , au Lion d'or. 



Avec Approbation & Privilège du Roy. 



99 




S CRA 




ARGUS GRAS SU S étolt fils 
d'un père qui avoit été Cenfeur , & 
quiavoit eu l'honneur du triomphe. 
Il fut élevé dans une petite maifon 
avec fes deux frères , qui tous deux 
forent mariez du vivant de leurs parens ? & ils 
n avoient tous qu'une même table ; & ce ne fut 
pas ce qui contribua le moins à le rendre fobre 04m fs re ©» 
& tempérant dans toute fa manière de vivre. rm f erantm 
Après la mort de l'un de les frères ; il prit avec 

^ Agrès la. mon de l'un de fes frères il prit avec lui fa veuve & fes 

Tome K A 



g C R A S S U S. 

lui fa veuve & fes enfans dans fa maifon. Car 
Moiertims i'#- f m {> amour des femmes il nV avoit point de 

mur des femmes. - # o 1 a / T • xi r» 

Komain plus lage oc plus modère que lui. Il elt 

vrai qu'étant un peu avancé en âge il fut accufé 

r Accug Sm com- d'avoir un commerce criminel avec Licinnia * une 

mené crtminel avec . . A . - 

«m ^z*. des vierges V eltales. Licinnia même lut appellee 

en juftice à la pourfuite d'un certain Plotinus, qui 

Faufeté de cette f e déclara fon accufateur. Mais la vérité eft que 

«ccufation , V ce . . ^1 

jw ji i» &*«. cette V eitale avoit une maiion de campagne fort 
belle y & que Craflus voulant l'avoir à bon mar- 
ché $ s'attacha à elle j, & lui fit la cour fort affidu- 
ment ; de forte que fes fréquentes vifites don- 
nèrent lieu à ce foupçon. Le jour qu'il fut jugé x 
ce qui lui aida le plus à réfuter cette accufation ? 

^ s^ avance -fini* ce fut fon avarice ? car fes Juges ayant connu que 
c'étok le feul motif de fon attachement , il fut 
abfous à pur & à plein r & il ne laiiTa pas un mo- 
ment de repos à la Veftale jufqu à ce qu'elle lui eût 
vendu fa rnaifon. Auffi les Romains difent-ils que 
l'amour des richefles étoit le feul vice qui obfcur- 

. sisvems ch/cur- ciflbit en lui beaucoup de vertus. Je croi en effet 

fies par l'amour des . • rr • C \ > (1 > r 

ncbejfis. que ce vice paroilloit ieul f mais c elt parce qu e- 

tant plus fort & plus violent que tous les autres , il 
les effaçoit tous > & les empêchoit d'éclater. 

Les grandes preuves que l'on donne de fon 
avarice , font f à manière d'acquérir & fes biens 

enfans dans fa maifon.~\ Xylander tre du texte ne foufrre pas ce fens 

a eu raifon de reprendre les in- là. CrafTus prit avec lui fa belle- 

terprêtes qui avoient traduit , il fceur & fes neveux. 

époifi fa veuve , & en eut des en- Que cette Veftale avoit une maî-- 

fans. Car cela eftfaux 3 & lalet- fon de campagne fort belle. ] Caï; 



• / \f • _ J 11 ■ •! |) • qu avec exécration 

vente avec I exécration qu elle mente , il i avoit \ 
acquifepar le fer & par le feu, ayant tiré fes plus ?*- 



C R A S S U S; 3 

ïmmenreg. Car il n avoit au plus que trois cens 
talens quand il entra dans le monde ; pendant le t m ™ 
tems qu il fut en charge il confacra à Hercule 
la dixme de fes biens, il donna un feftin au 
peuple , & fit à chaque Citoyen une diftribution 
de bled pour trois mois , & après ces grandes 
largefles ayant voulu faire un état de tous fes 
biens avant fon départ pour aller faire la guerre 
aux Parthes, il trouva que fon fonds montoit à nngt-un m mion% 
a lomme de lept mille cent talens. ht la plus w «. 
grande partie de tout ce bien , s'il faut dire cette b» ne peut parie* 

'avec exécration 
ces richejjès ac~ 
ifes par 
fi atroces, 

grands revenus des calamitez publiques. Car 
lorfque Sylia, après avoir pris Rome, vendoit 
publiquement les biens de ceux qu il avoit fait 
mourir, appeilant & eftimant véritablement ces 
biens des dépouilles ennemies, & un butin qui 
lui appartenoit, & voulant que la plupart & les 
plus: confiderables des Citoyens participaflent à 
fon crime , Craffiis tut des plus ardens à recevoir 
de lui en don , ou à acheter à vil prix tout ce qui 
lui convenoit. 

De plus , voyant que les fléaux les plus ordi- 
naires & les plus frequens de Rome étoient les 
incendies & les croulemens des maifons à caufe W&«jî*3*«tg 
de la quantité infinie des bâtimens & de leur 

les Veftales ne renonçoient pas qu'elles pouvoient for tir de cette 
à leur bien comme nosReligieu- Religion & fe marier. 
fes ; & la raifon de cela étoit 3 

A ii 



a Rorm 






4 C RAS SU S. 

Ht**»* «w^w hauteur excefiîve , il acheta pour efclaves des 
maçons, des charpentiers, des architectes , jul- 
qu'à cinq cens , .& quand le feu étoit en quelque 

M^w^îCrV 1 endroit, il achetoit, non-feulement les maifons 

fus fe fervoit pout . i A 1 • • 1 •/- ... 

tmuhiu- qui bruloient , mais encore les mailons contigues , 

que les maîtres abandonnoient pour peu de chofe , 
à caufe de la crainte & de l'incertitude de l'évé- 
nement ; de forte que par ce moyen il fe trouva 
que la plus grande partie de Rome lui appartenoit. 
Mais quoiqu'il eût un fi grand nombre d'ouvriers , 
il ne bâtit jamais aucune maifon j que la feule où 
il demeuroit , car il difoit ordinairement , que ceux 

mbidecrajfmfur qui bâtittbient ) fe détruifoient [ans avoir d'autres enne* 
mis qu eux-mêmes. 

Quoiqu'il eût plufieurs mines d ? argent qui 
lui rapportoient beaucoup, quantité de terres de 
grand revenu, & beaucoup de laboureurs pour 
les faire valoir, cependant on peut dire que tout 
cela n'étoit rien au prix du profit qu'il retiroit 

' c& ie$ e/daves de fes efclaves, confiderables par leur nombre & 

ïîacciuer oient que 1 1 * 1 ' ■ • 1 t f\ 

pmkm-maiA par leurs talens , car ils etoientles uns lecteurs, 
les autres écrivains , ceux-ci' banquiers , ceux-là 
bons hommes d'affaires , maîtres d'Hôtel , ou 
cuifiniers. Et non-feulement il étoit prefent quand 
ils apprenoient , mais il fe donnoit la peine de 
les former & de les enfeigner lui-même , très 
perfiiadé que le principal loin du maître , c'efl: 

Perfuadé que le m'incitai foin dit dans fon Traité de l'œcono- 

'du maître , cefl de drejferfes ejcla- mie que de toutes nos pofïèf- 

nje s comme les organes vivons de fions , la première & la plus ne- 

^■çonomiqiie.jAnâoîQ^foïîbkn çefTaire , c'eft celle qui eit la 



' 



Comment Vaecono' 
mique fait partie d.C 
la politique* 



C RAS SU S. y 

de dreffer fes efclaves comme les organes vivans Efilms • u , s ,?"' 

O ganes vivant Aç t CE; 

de Tceconomique. En quoi il avoit grande raifon , ««««s**, 

s'il eftimoit , comme il le difoit fouvent , qu il 

faut gouverner tous fes biens par fes efclaves , 

& fes efclaves par foi-même. Car nous voyons. 

que fœconomique ? qui fe borne aux choies 

inanimées , neft qu un trafic pour le gain , au lieu 

que celle qui regarde les hommes > fait partie du 

grand art de la politique. Mais en quoi il n avoit 

pas raifon , c eft: qu il croyoit & foutenoit qu'un 

homme n étoit pas riche quand il n avoit pas. 

aiTez de bien pour entretenir & foudoyer luifeul 

une armée; car> comme difoit Archidamus ■>• la ^Mi^crajfHs 

guerre eft un animal dont l'entretien n eft ni fixe 

ni réglé , de forte que les fonds dont elle a befoin y tes fonds de u 

font toujours îndéterminez & indéfinis. Et en 

cela Cralîùs étoit bien éloigné de la penfée de 

meilleure en elle-même , & là qui" a berné fou œconomie aux* 

plus capable de conduite ; Se par chofesinaniméeSjfeulementpour 

conféquent que ce font les ef- le gain, Se par-là l'art dupre- 

claves , qui font des hommes, mier entre dans l'art de la poli- 

Ceft-pourquoi Craftus. les ap~ tique, On peut dire auffi d'un 

Belle avec raifon ,. les organes -vi- autre côté/quei'œconomiaue eft 

vans & animez, de ïœconomique. une partie de la politique. Se 

Car nous voyons que tœconomi- qu'elle en eft même l'origine y 

qw qui fe borne au.v chofes. inani- car l'œconomie regarde le foin 

mées , n'eft qu'un trafic four le d'une maifon, d'un ménage, Sg 

gain , au lieu que celle qui regarde la politique regarde le foin des 

Us hommes r, fait partie du grand villes Se des Etats, Se les villes 

art de la politique. ~\ Ce jugement Se les Etats font compofez de 

de Plutarque eft certain. Celui maifons Se de ménages, 
qui fçaura bien conduire des ef- La guerre eft un animal dont 

claves , pourra être capable de ? l'entretien rèeft ni fixe ni réglé. J- 

conduire auffi d'autre6 hommes , On peut appliquera ce fujet cet, 

ce que ne fera jamais bien celui apologue célèbre ; La Lunepriç. 

A iij 



guqrre ne fça.ttroieni 
être fixes* 



6 C R A S S U S. 

Marius ] qui ayant diftribué à chacun de fes foldats 
quatorze arpens de terre , & ayant fçu qu'il y en 
avoit qui fe plaignoient & qui en demandoient 

%i*t d e Manm. davantage , dit , <z Dieu neplaife quun Romain trouve 

trop petite une portion de terre qui fuffit pour le nourrir. 

L'avarice de Craffiis n empêcha pas qu'il ne 

fût toujours très-honnête & très-genereux pour 

les Etrangers , car fa maifon leur étoit toujours 

crafis premt fin ouverte y & il prêtoit à les amis fon argent fans 
*g£r«**fim inter ê t; mais auffi quand le terme du payement 
étoit échu , il l'exigeoit rigoureufement & fans 
quartier , de forte que le plaifir qu'il avoit fait 
gratuitement , devenoit fouvent plus à charge 
que n'auroit été la plus groffe ufure. Sa table étoit 
populaire , il n'y invitoit le plus fouvent que les 

* yiické&pro- gens du peuple. Mais la {implicite qui y regnoit > 

' le fa table > où /• / 1 ^ 1 *. r O 1> 

^eiioh gueres etoit accompagnée de tant de propreté oc d un 

■ :i ~'M /e - accueil û gracieux , qu'elle la rendoit beaucoup 

plus agréable que la bonne chère la plus fomp- 

tueufe. 

n ttiftifvh fur- Pour ce qui eft de fon application aux lettres , il 

tout a l'éloquence du ? i • 1* \ 1)/| C ' 

barreau. ' s attacha particulièrement a 1 éloquence , iurtout 

à cette éloquence qui eft utile à plus de monde, 

je veux dire , à celle du Barreau ; & il y réuffit fi 

n/e rendu un des bien qu'il fe rendit un des plus grands Orateurs qui 

%oïtet° meuri fa ffent de fon tems à Rome , furpafTant par fon 

car seft le travail travail & par une application continuelle ceux 

C?" L exercice (jut/or* A 11 

ment les Orateurs, un jour fa mère de lui faire un man- jour dans la même forme y & tu croîs 

teaujufie à fa taille. Eh ma fille , ou décroîs continuellement. Ce man- 

lui répondit fa mère , comment teau que tu demandes ne te feroit 

celafe peut-il ? Tu nés pas un feul plus bon dès qu il feroit fait. 



CRASSUS. 7 

que la Nature avoit plus iavorifez que lui. Car il 
n'y avoit point de caufe fi petite & fi méprifable 
qu'il n'y vînt tout préparé, jufques-là qu il arriva W pr^oit p ot » 

A J -r, r r^ C a r^' a t0(ltes '« -au/es dont 

iouvent que rompee, Ceiar <x Ciceron même , ii»'étoitt«scbar&<\ 

craignant & refufant de fe lever pour plaider , il 

prit leur place , & défendit les caufes dont ils 

étoient chargez. Cela le rendit d'autant plus 

agréable au peuple , qui le regardoit comme un 

homme très-appliqué & très-fecourable. Ce qui 

plaifoit encore infiniment , c'étoit fa douceur, fa sa douceur , f a p * 

politefle , & la civilité avec laquelle il recevoit & Ure & & f ativili "* 

carefToit tous ceux qui alloient le voir, ou qui 

s'adrefloient à lui. Il ne rencontroit pas un Romain 

dans la rue , pour fi pauvre & de fi baiîe condition 

qu il fût , qui le faluât, qu'il ne lui rendît Ion falut 

en Tappellant par fon nom. 

Onditauffî quil étoit très-profond dans l'Hit . Il * îoh M*** 
toire , ce qu il n etoit point ignorant dans iarhi- 4*x mfiwh de u 
lofophle. Il s'étoit attaché aux livres d'Ariftote ^ £?ll °f efI "' % 
qu il avoit lus avec un maître , appelle Alexandre , 
qui donna de grandes preuves de fon definteref* 
fement ? de fa douceur P & de fa patience par 

Car il ny avoit point de caiife tudiât Se ne s'y préparât, com« 

fi petite & fi méprifable quil ny me s'il en avoit été chargé. Et 

vînt tout préparé. ] Plutarque ne c'eft-pourquoi il ajoute que fou» 

veut pas dire que Crafïus ne plai- vent Pompée, Cefar, ôc Ciceron 

doit pas la moindre petite caufe même refufant de fe lever pouf 

fans être préparé , il dit une parler dans quelque affaire.parce 

chofe plus considérable; il veut qu'ils n étoient pas préparez $ 

faire entendre qu'on ne plaidoit Crafïus fut en état de fe lever 

point de caufe pour fi petite & de parier à leur place» 
«qu'elle fut, que Crafïus- ne l'é- 



8 CRÂSSUS. 

le commerce qu'il eut avec Craflùs ; car il ne 
feroit pas aifé de dire s'il étoit plus pauvre quand 
il entra auprès de lui, que quand il en fortit* 
après avoir vécu longtems avec lui très-familie- 
rement. C'étoit le feul de fes amis que Craflùs 
menoit toujours à la campagne ; & par les che- 
mins il lui donnoit toujours un chapeau pour fe 
Mniiu avarice garantir du foleil , mais dès qu'ils étoient de retour , 
de crajfns, y ne manquoit jamais de le lui redemander. O la 

grande & merveilleufe patience de cet homme ! 
Et d'autant plus merveilleufe que ce pauvre hom- 
me faifoit profeffion d'une Philofophie qui ne te- 
noit pas que la pauvreté fût une chofe indifférente* 
Mais c'eft dequoi nous parlerons dans la fuite. 

Quand Cinna & Marius le furent rendu les plus 
forts , il n'y eut perfonne qui ne vît qu'ils reve- 
noient à Rome , non pour le bien de leur patrie , 
mais pour la ruine & la mort des plus gens de 
bien. Auffi tous ceux qui furent trouvez dans la 
ville , furent facrifiez à leur fureur. De ce nombre 

Son père Ç? fon frère f urent [ Q pere J e Qï3i(RlS & foll frercPoUT lui, étant 

famjie^ a la fureur 1 J 

de Marm & de encore fort jeune , il fe déroba à ce danger. Car 



Cinna. 



OlagranAe & merveilleufe pa- Que ce -pauvre homme faifoit 
tienne de cet homme. ] C'eft une yrofeffim d'une Philofophie qui ne 
exclamation d'admiration , & tenoit pas que la pauvreté fut une 
elle eil. très-jufte. Comment cet chofe indifférente. ] Car la Philo- 
Alexandre pouvoit-il fupporter fophie d'Ariftote , comme celle 
d'avarice fordide de ce richard , de Platon , comptoit les nchef- 
<pi lui redemandoit jufqu'à un fes parmi les biens defirables, ÔC 
chapeau ? I/homme le plus de- regardoit la pauvreté comme un 
fmtereiïe auroit perdu patience obftacle à l'exercice de la vertu* 
à une telle infamie. 

voyant 



C R A S S U S; 9 

voyant que les Tyrans le faifoient chercher , & 

qu'ils avoient détaché après lui des gens comme 

autant de limiers pour le prendre dans leur en-« 

ceinte , il prit avec lui trois de fes amis & dix 

domeftiques, Se ufant d'une extrême diligence, 

il fe fauva en Efpagne, où il avoit déjà été avec Cr *Û»* ***** j*r 

fon père qui y commandoit , Se où il avoit fait des pagne. ***' 

amis. Mais à fon arrivée il trouva tout le monde , 

& fes amis même faifis de crainte & tremblans au 

fèul nom de Marius , & auflî allarmez de fa 

cruauté , que s'il eût déjà été à leurs portes. C'eft 

pourquoi il n ofa fe découvrir ni fe faire connoître 

à perfonne , mais il prit le parti de fe retirer dans 

une petite terre de Vibius Pacianus iur le bord de 

la mer , où il y avoit une caverne fort grande & cavemefuruhrâ 

fort profonde. Il s'y cacha, & envoya de-là un de Lme^ZS^Z 

fes domefliques à Vibius pour fonder la diipofition miSm 

où ilferoitpour lui, d'autant plus même qu'il ne 

pouvoit plus fe ménager , car il commençok à 

manquer de vivres. 

Vibius ayant entendu fon avanture , fe réjouit 
de ce qu'il étoit fauve , & ayant demandé à ce 
domeftique le nombre de ceux qui l'accompa-^ 
gnoient & le lieu oùil s' étoit réfugié, il ne voulut 
pas aller lui-même le voir , de peur de donner du 
foupçon. Mais ayant fait venir fon Receveur , qui 
gouvernoit cette terre , il lui ordonna de faire • f 

■ , « r , « | . Generojtte de yh- 

préparer tous les jours un louper , de le porter lui- him pacunm. 
même tout feul à l'entrée de la caverne , de le 
mettre au pied de la roche , & de fe retirer enfuit e 
Tome V. B 



io GRAS S US. 

dans, un grand filence fans s'informer de rien 
davantage , & fans vouloir rien connoître ni 
approfondir. Il le menaça qu'il le feroit mourir s'il 
faifoit la moindre démarche pour fatisfaire fa 
euriofité, & luipromitqu' illui donneroit la liberté 
s'il executoit fidellement les ordres* 
Defmftîonieu Cette caverne n'eft pas loin de la mer* Les 

taverne on Crajjus un- -1 1 r 

&'toif m™. rochers dont elle eit ceinte y qui bouchent ion 
entrée, la garantirent de la violence des vents > - 
& n'y laiflent palier qu un petit vent doux & 
agréable. Mais dès qu'on y eft entré, on la trouve? 
d'un exhauflement merveilleux r & fi fpaeieufe 
qu elle renferme plufieurs autres cavernes où l'on* 
entre de l'une dans l'autre , & qui font comme de 
vaftes appartenons* Elle ne manque ni d'eau, ni 
de lumière, car un ruiffeau d'une eau très-excel- 
lente coule au pied des rochers , & les fentes > 
qui fe trouvent naturellement dans les roches qui 
la couvrent , fartout aux endroits où elles fe joi- 
gnent , recevant la lumière du dehors , la tranf* 
mettent au-dedans; de forte que toute la caverne 
en eft éclairée , & qu'il y lait un grand jour.. 
Et l'air du dedans eft très-pur & exempt de toute 
humidité , à caufe de l'épaiïîeur des roches qui 
ne permet pas à la vapeur de la percer , & qui 
fait qu'elle fuinte en dehors , Se qu'elle coule 
jufqu'au pied de ces mêmes roches > & groffit 
l'onde de ce ruiflêau. 

Pendant que Craiîus fat dans cette tranquille 
retraite > l'homme 4e Vibius ne manqua pas d'y 



CS A S SUS. ïr 

apporter tous les jours les vivres neceflàlres , fans 
connoître ni voir ceux qu'il fervoit^ mais en étant 
fort bien vu , pareeque comme ils fçavoient 
l'heure , ils l'obfervoient & le voyoient venir, 
Cesfoupersn étoientpas feulement pour afîbuvir 
la faim , mais encore pour contenter le goût , la 
délicateife étoit jointe à l'abondance. Car Vibius 
vouloit faire fa cour à Craffiis en le regalant de 
fon mieux , & en lui faifànt la meilleure chère 
qu'il lui feroit pofTible, jufques-là que faifant 
reflexion à l'âge de Craflùs , il lui vint dans Fefprit 
que comme il étoit jeune , il étoit jufte de lui four- 
nir auffi les pîailîrs que cet âge demande ordinai- 
rement ; car de ne fubvenir qu'à fes neceffitez 
feulement , c'étoit ï aclion d'un homme qui le 
fecouroit plutôt par force que par amitié. Il choifit <?*&«!«■*> 5 «* e*. 
donc deux Efclaves très-belles & très-bien faites 9 ci « msfAit * Crajjuu 
& les mena fur le rivage de la mer. Quand il lut 
vis-à-vis de la caverne, il leur en montra le che- 
min 9 & leur commanda d'y entrer , les afîurant 
qu elles n'avoient rien à craindre. 

Crafïus voyant entrer ces deux Efclaves, crai- 
gnit d'abord que £à retraite n'eût été découverte 9 
.& leur demanda qui elles étoient* & ce qu'elles 
venoient chercher. Comme elles avoîent été fort 
bien embouchées , elles répondirent , quelles 
venoient chercher leur maître ? qui étoit caché dans cette 
caverne. Alors Craflus vit bien que c'étoit un bon 
cour & une galanterie de Vibius qui ne cherchoiî 
qu'à le divertir. Il reçut donc cqs Efclaves qui 

Bij 



12 CRASSUS. 

demeurèrent toujours avec lui, & qui luifervirent 
à aller & venir , & à faire entendre à Vibius 
tout ce qu'il vouloit lui iaire fçavoir , & à lui en 
rapporter la réponfe. L'hiftorien Feneftella écrit 
qu il avoit vu une de ces Efclaves déjà avancée 
en âge > & qu il lui avoit fouvent oui faire cette 
hiftoire, quelle racontoit avec un très -grand 
plaifir. 
a u nouvelle de Craffiis , après s'être tenu huit mois caché dans 

la mort de Cinna > ■ „ . • 1 1 /"> • 

cragks fi mmre. cette caverne , ayant appris la mort de Cinna, ne 
balança plus à le montrer & à le faire connoître. 
D'abord grand nombre de gens de guerre accou- 
rurent autour de lui. Il en choifit deux mille cinq 
cens avec lefquels il traverfa toutes les villes qui 
étoient fur fon paflage, & plufieurs hiftoriens 
ont écrit qu il en pilla une nommée Malaca. Mais 
il le nioit , & il s'infcrivoit en faux contre ces 
hiftoriens. Enfuite ayant affemblé quantité de 
npajfe m Afrique vaifîeaux , il pafla en Afrique, & alla joindre 

p» il joint Metellm -r/t il t»« 1 1" 1/ • o 

Pk Metellusrms, homme de grande réputation oc 

qui avoit ramafle une armée affez confiderable. 
Il n'y fut pas longtems, car s'étant bientôt brouillé 

ttva trouver Syiia. avec Metellus il alla trouver Sylla, qui le reçut 

Feneftella écrit qu'il avoit vu ilne Nommée Malaca7\ Ville de la 

de ces enclaves déjà avancée en Beetique , à prefent du Roïaume 

âge.~] Feneftella étoit un Hifto- de Grenade , fur la côte de la 

rien qui avoit fait plufieurs livres mer à l'embouchure du fleuve 

d' Annales. Il pouvoit bien avoir Guadalquivir. Elle eft célèbre 

vu une de ces efclaves déjà par fon commerce & par fes bons 

âgée , car il ne mourut que la vins , on la nomme aujourd'hui 

fixiéme année de l'Empire deTi- Malgues , où l'on reconnoît fon 

jbere à l'âge de foixante-dix ans» ancien nom. 



CRAS S US, 13 

avec grand plaifir , & qui lui témoigna autant de 
confideration & de confiance qu'à aucun autre 
de fes amis. 

Quand Sylla fut paiTé en Italie , il voulut 
exercer & tenir en haleine tous les jeunes gens 
qu il avoit avec lui , c'eft - pourquoi il leur 
donna à chacun différentes commiflions , & 
Craffiis eut ordre d'aller au pays des Marfes 
pour y lever des troupes. Comme il falloit 
traverfer un pays ennemi , Crafîus demanda à 
Sylla une efeorte. Sylla , qui n attendoit pas 
de lui cette timide précaution , lui répondit d'un 
ton véhément , & qui marquoit fa colère > Fef- v ***■'**<&#/£■ 

y n r a Crajjui qui lui dc- 

corte que p te donne 3 cep ton père , ton jrere , tes mmdoituneefime. 
parens , tes amis 3 qui ont été égorgez contre les Loix , 
avec la dernière injuftice } & dont je pour fuis aujour- 
d'hui les meurtriers. 

Craflùs , piqué de ces paroles & enflammé de 
reflentiment & de vengeance , pafîa courageu- 
fement au milieu des ennemis y leva une grofïè 
armée , & fe montra toujours des plus affectionnez 
à Sylla & des plus ardens dans toutes lesoccafions 
les plus périlleufes. Ce fut de ces occafîons-là que 
naquirent , dit-on , la contention de gloire & la 
ialoufie dont Craflus fut toujours animé contre 2*W" &&<*$*$ 

t> / r^ TD i ' ' 1 contre iemfa 

rompee. Car rompee , quoique plus jeune que 

V efeorte que je te donne , cefi tous ces meurtres devoit tenir 
ton père , ton frère , tes parens , tes lieu d' efeorte à Crafïùs ; car 
amis qui ont été égorgez, contre les qu'eft-ce qu'un homme ofFenfé 
'Loix. ] Il y a une grande force il cruellement ne devoit point 
dans ce mpti Le reffentiment de entreprendre pour fe vanner { 

B iii 



r 4 CRASSUS. 

r. u cmmtnce- j u j fe ^ J^ p ere f ort difTamé à Rome , & 

ment de U vie de f \ r /t i i 

Tombée. pour lequel les Citoyens avoient la dernière 

haine , brilla extrêmement dans toutes ces occa- 
fions , & fe rendit fi grand , que Sylla lui rendoit 
des honneurs , qu'il ne rendoit que très-rarement 

Honneurs que Syl- \ • g-y ■■ », ' _,« n > r / 

b r^iuL;/«. aux plus vieux Capitaines <x aies égaux, comme 
de fe lever de fon fiége quand il approchoit, de 
fe découvrir la tête > & de lui donner le titre 
d'Imperator. 

Ces diftinctions fi marquées allumèrent le feu 
de la jaloufie dans le cœur de Craflus , & l'ai- 
grirent même , quoique Pompée lui fut préféré 
avec grande raifon ; car outre que Craflus n'avoit 
pas encore alors tant d'expérience que lui pour la 
guerre , tout ce qu'il y avoit de bon & de beau 
dans fes aélions , étoit gâté & corrompu par 
us deux vues qui fes deux vices naturels, qui étoient une avarice 
TJiZimllsdlcrlf- fordide & un infatiable defir du gain. Ayant pris 
f" m la ville de Tuder dans l'Ombrie * il fut foupçonné 

de s'être approprié la plus grande partie du butin, 
& déféré à Sylla. Il eft vrai que dans la dernière 
bataille , qui fut donnée aux portes de Rome , Se 
qui fut la plus grande & la plus fanglante , Sylla 
fut vaincu , les troupes de l'aîle gauche , qu'il 
commando it , ayant été pouflees & renverfées ; 
mais Craflus , qui commandoit l'aile., droite 9 
vainquit de fon côté > & après avoir pouriuivi 
les ennemis jufqu'à la nuit , il envoya vers Sylla 
lui apprendre ce bon fuccès, &lui demander à 
fouper pour fes troupes^ 



CRASSU5. i; 

Dans les profcriptions & dans les ventes des uprofahâesp^ 
biens confifquez , il fut encore fort décrié , com- ' m * umi ' 
me ayant acheté à fort vil prix, ou demandé en 
don, des biens très-confiderables. Et Tondit que 
dans le pays des Brutiens il profcrivit un homme nprofirh*»hom~ 

£1 • • j o 11 r 1 me pour avoir fon 

ans la participation de Sylla, ieulement pour bul 

profiter & pour fe revêtir de fes richeiïès. Sylla 

en ayant été informé, ne voulut plus le fervir de 

lui pour aucune affaire publique. 

Quoique perfonne ne fut plus capable que lui Q&tyfgw/fi*- 
de gagner les hommes par les fiateries , il étoit tendre />«. us $*~ 
cependant l'homme du monde le plus propre à fe 
Iaifïer prendre aux flateurs, Il avoir encore cela 
de particulier ,- qu'étant le plus avare de tous les 
hommes , ilhaïfîbit furto ut & railloit amèrement 'uhdiijciti ei avanr. 
ceux qui lui reffembloient. Mais ce qui lui caufoit 
une douleur, qu il ne pouvoit diffimuler, c étoienc 
les grands fuccès de Pompée dans les commande- Sa jaicufrcom™. 
Hiens dont il étoit honoré, e étoit de le voir Pww K*- 
triompher avant qu il eût été fait Sénateur r & ce 
qui augmentait fa rage , de ï entendre appeller le 
grand Pompée par tous fes Citoyens. Car un jour 
quelqu'un ayant dit en fa prefence , voici le grand' 
Pompée> il lui demanda avec un ris moqueur, da 
cruelle taille eft-ill 

Mais defefperant de l'égaler dans les actions n y e &&&&$ *> 
de guerre, il fe glifla dans les affaires civiles; & nZnJuit^TïZr 
par fon application & fon empreflèment à &ïymZ deâE ° mpei ' 
fes amis , à les défendre en Juftiee > à leur prêter 
de l'argent, & à follïciter& briguer en faveur d& 



i6 CRASSUS. 

ceux qui demandoient des charges > ou quelque 
autre grâce au peuple , il parvint bientôt à une 
puiflànce qui contrebalançoit celle de Pom- 
pée , & à une gloire égale à celle que fon rival 
avoit acquife par un grand nombre d'exploits 

_ nifirence entre éclatans. Mais il y eut entr'eux une différence 

/oTl crédit™ " bien finguliere , c'eft que le nom & le crédit de 
Pompée étoient plus grands à Rome quand il en 
et oit abfent , à caufe des grands fervices qu il 
rendoit à la République , au lieu que quand il 
étoit prefent > il avoit fouvent le déplaifir de voir 
que Craflus Temportoit fur lui. Et cela venoit de 
cavité & gran- lagravité & d'une certaine grandeur qu il affeétoit 

ÈLT a ^ a °" dans toute f a manière de vivre , car il fe montroit 
rarement , il fe retiroit des aflemblées, il ne fervok 
que fort peu de gens^ & encore avec beaucoup 
de peine & très-difficilement % pour eonferver fon 
crédit plus entier quand il en auroit befoin pour 
simplicité de a-af- lui-même. Craflus au-contraire étoit toujours 

f™' prêt à fervir tous ceux qui avoient recours à 

lui , il ne fe rendoit ni rare , ni de difficile accès , 
il étoit toujours fur la place , fe livrant à tout le 

Au lieu que quand il étoit pre- dit font grands dans fa Patrie. 

fent y il avoit le déplaifir de voir Eft-il revenu ? Il devient un 

que Crajfus l'emportoit fur lui. 3 fimple parti culier qui n'efteftimé 

Je m'étonne que Plutarque ap- & confideré qu'autant qu'il peut 

pelle cela une différence bien fin- fer vir 4 & il a la douleur de fe voir 

guliere, car il me femble au-con- fuplanté par des gens inférieurs , 

traire qu'il n'y a rien déplus or- mais qui font en état de rendre 

dinaire,ni de plus commun .Pen- fervice.Onen voit des exemples 

dant qu'unGeneralfaitde grands dans tous les uecleSj& dans tous 

exploits à la guerre , qu'il gagne les Etats. 



des batailles, fon nom & fon cre- 



monde | 



C K A S S U S. 17 

inonde l Se paflànt fa vie à rendre tous lestons 
offices qu'on lui demandoit ; de forte que par ces 
manières faciles & humaines, il fupplantoit cette 
gravité & cette majeftéafFeclées dont Pompée fe 
remparoit. 

Pour ce qui eft de la dignité de laperfonne, de 
la perluafion qui animoit leurs difeours* de la 
grâce du vifage & des airs in'finuans & enga- Ce que Craffm & 
geans 3 on dit que tout cela étoit égal dans I un for "t' ee avoim & 

o \> r^\ 1 1 1 commun. 

oc dans 1 autre. Cependant quelque grande que 
fut l'envie que Cralîus avoit conçue contre 
Pompée y elle ne le porta jamais à aucune haine 
ni à aucune malignité , même cachée. Vérita- 
blement il étoit très-fâché de voir Pompée & 
Cefar plus honorez que lui, mais cette jalouïïe LWe ■<£•■& >. 

i . . f r- . .. f 13 . .. loupe de CraJJks né- 

stmbitieuie ne rut jamais accompagnée ni d îni- »«■«» ^««./^««a 
mitié, ni d'aigreur; quoique Cefar ayant été ™J" mme m d ai ~ 
pris un jour en Afie par des Corfaires, & étant 
gardé fort étroitement , s'écria , ah Craffus > quelle ™f de Ce ^ r ■/** 
joye va être la tienne quand tu apprendras maprifon! 
Ils furent même fort bons amis dans la fuite , 
jufques-là que Cefar étant fur le point de partir 
pour aller commander l'armée en Elpagne , & 
n'ayant point d'argent pour fatisfaire fes créan- 
ciers , qui étoient tombez fur lui , Se qui avoient 
faifi fes équipages , Crafîus ne l'abandonna point 
en cette occafion ? mais le dégagea en fe rendant 

Mal s cette jaloufie ambitieufe ne . rare ; car il n'y a pas naturelle* 

fut jamais accompagnée ni à'ïaï- ment de plus grande fource de 

mitié, ni d 'aigreur. ] C'eft cela haine & d'aigreur que l'envie Ôç 

qui eft bien Singulier & bien lajaloufie. 

Tome V> C 



ig CRASSUS. 

Crajjits cautions fi caution pour huit cens trente talent 
figes' toiemfJ/'s U Y avoit alors à Rome trois factions qui par- 
t*%r h»* cens venu ta p-eoIent toute fi puiûance 3 celle de Pompée* 

mille ecus. o it t /r* 

celle de Cefir > & celle de Craflus. Car pour Caton 
venu de Caton fa gloire étoit plus grande que fon pouvoir r & 

fins admirée que fui- r ° « l • / r • • ^ j*i 

«*>. ia vertuplus admirée que iuivie. Ce qu il y avoit 

de gens plus figes &plus modérez s'attachoient 
à Pompée y les plus turbulens , les plus entrepre- 
nant & les plus hardis lui voient les eiperances 
de Cefir ? & Craflus tenant le milieu? fe fer voit 
également de l'un & de l'autre 3 & changeoit 
Craffus inccnjrant fouvent de parti dans les affaires de la Repu— 

£feS^* wl?,l '®f < l ue * n étant ni ferme ami ni ennemi irrécon- 
ciliable; mais parlant aifément de la haine à la 
faveur x & de la faveur à la haine , félon que cela 
eonvenoit aies intérêts ; de forte que très-fouvent 
dans un bien petit elpace de tems on lui voyoit 
fbutenir les deux propofitions contraires r & ac- 
cufer & défendre les mêmes hommes & les me- 
Crajfms'àohnndH mes Loix. Il fe rendit très -redoutable par fon: 

trh- r ed 0U tabie. crédit & parla crainte qu il imprimoit , mais fur- 
sicinnim déiatew tout par la crainte. Aufïî un délateur banal^nommé 
Sicinnius , qui faifoit des affaires à tout le monde ? 
aux principaux Magiftrats même? & aux Orateurs^, 
interrogé par quelqu'un pourquoi Craflus étoit 
le feul qu il n attaquent point , & qu il laiflbit 
en repos r répondit , c'efl qu'il a du foin à la corne. 

Cefi quil a du foin à la corne. ] Horace s'en eft heureufement 

Ce mot de Sicinnius pafla en- fervi en parlant des Poètes faty- 

fuite en proverbe , pour dire riques. Sat. iv. liv. i. 

qu'un homme étoit dangereux , Fœnum habçt in cornu, longé fuge* 



C R À S S U S; rp 

Car c'étoît la coutume des Romains , quand il r»» attaché m 
y avoir des boeufs dangereux & qui frappoient, ^« *«*<<*■ 
de leur attacher du foin aux cornes , afin qu'en 
les voyant de loin ? on pût y prendre garde & 
s'en garantir. 

Le foulevement des Gladiateurs & le pillage 
de l'Italie , font connus fous le nom de lamerre de °f% ineâe fc#w« 

o \t ' 1 ' * Tl • estante** 

ùpartacus. Voici leur origine : 11 y avoit un certain 
Lentulus Batiatus qui entretenoit à Capouë un 
grand nombre de Gladiateurs , dont la plupart 
etoient Gaulois ouThraees. Ces Gladiateurs fe 
voyant enfermez par force , non pour aucun 
crime qu'ils euflent commis , mais par la feule 
injuftice du maître ; qui les avoît achetez ; & qui 
fe fervoit d'eux pour les faire combattre & pour 
,en tirer du profit ; il y en eut deux cens qui com- 
plotèrent de s'enfuir. Ce complot ayant été 
découvert^ il y en eut foixante-dix-huit qui furent 
allez diligens pour prévenir leur maître & pour 
fortir de la ville après s'être faifis dans une rôtit 
ferie des broches & des couperets. En chemin ils 
rencontrèrent des charrettes chargées d'armes de 
Gladiateurs ; que l'on portoit à une autre ville. Ils 
les enlevèrent^ s'en armèrent , & s' étant emparez 
d'un lieu fort d'affiette ? ils élurent parmi eux 
trois Capitaines ; dont le premier tut bpartacus, &oemm an u h 
Thraee de Nation , mais de race Numide , homme Cette & HerTe c _ om ~ 

. ■•* ' mença l un de Rome 

fier^ audacieux^ d'une force de corps à foutenir ^o.r«,7ï.«w« 
les plus grands travaux ; & en même tems d'une c«<??^ de s?*?* 
prudence & d'une dpuceur fort au-deflùs de fa &Zimw** m 

Ç Jj 



ao ËSAS.StJ'S. 

te texte du, & fortune , & plus humain & plus poli qu'il rfap- 

plus Grec, caria • \ i i - 

&*<*»(!« a** partenoit a un, barbare» 

i'imZtht' On raconte de lui que quand on le mena la 

première fois à Rome pour le vendre , on vit un 

prodige amvé à foir un ferpent entortillé autour de fon vifage r 

fyanacus., pendant qu il dormoit. Sa femme , qui étoit de: 

même nation que lui r propheteffe de fon métier, 
& de plus inlpirée par fefprit prophétique de 

_ ,. . . Bacchus, aux orgies duquel elle avoit été initiée.. 

Explication que Ja _ # * •' -'■■ •'-;■© 1 v 

/^we ^»»ç ^ « -dit que c étoit un ligne qu il parviendroit un jour 
à une grande & redoutable puiflànce dont la fia 
feroit très-heureufe. Cette femme étoit encore 
alors avec lui , & fut compagne de fa fuite. 

Leur premier exploit fut de défaire quelques 
troupes qui étoient fondes de Capouë pour les 
reprendre 2 ~ & leur ayant ôté leurs armes > qui 
étoient de bonnes armes de foldats > ils les prirent 
pour eux avec grand plaifir,.. & jetterent leurs 
armes de, Gladiateurs,, quils regardaient comme*- 
bonteufes Se barbares,, 
aodius cider.- Clodius envoyé contre eux de Rome à la tête 

Jppien le nomme - . -lit' 1 CC 1 1 C 

Varinius Giahcr. de trois mille hommes--,- les aiiïegea dans leur tort; 

Sm h mm re/uve. c étoit. une montagne d'où on ne pouvoit feiauver 
que par un fentier fort étroit & fort difficile, que 
Glodius gardoit avec fa troupe» Tout le refte 

Dont la.fin feroit très-heureufe.'] tacus ipfe'in .-primo agmine fortjf 

Elle fut en effet très-heureufe Se fîmè dïmicans , quafi imper ator* 

très-glorieufe pour lui , car il fut occifus efi.Yïor. in. 20. Quelle 

tué en combattant avec beau- plus grande fortune pour un Câ* - 

coup de valeur , comme un ve- pitaine de Gladiateurs $ 
ïitajble General d'armée. Spar^ 



GRAS SUS. 2x 

n'étok que rochers efcarpez Se ihacceffibles , 

d'où fortoient quantité de ceps de vigne fauvage 

qui les couronnoit. Ces Gladiateurs coupèrent 

les farmens de cette vigne les plus forts , Se les 

plus propres à leur deflein ? en firent des échelles Echdles » aîm dt 

très-folides & fi longues r que de la cime de ft™?* de vi &» 

ces rochers elles touchoient au bas dans la plaine \ 

Se par ce moyen ils defeendirent tous fort fure- 

ment. Il n'y en eut qu'un qui demeura le dernier 

pour leur jetter leurs armes , & quand il les eut 

jettées , il fe fauva comme les autres. Us firent 

toute cette manœuvre fans être apperçus des 

Romains. C'eft-pourquoi les ayant enveloppez 

fans peines ils tombèrent tout d'un coup fui* 

eux , Se les effrayèrent tellement par cette attaque 

foudaine Se peu attendue , qu ils les mirent d'à- spartaau *„ i# 

bord en fuite &fè rendirent maîtres de leur camp. ^ omai " se »J»»^^ 

■ni r 1 • o 1 -rr • i firendmaitredtleur- 

jrluiieurs bouviers «x bergers , qui paiiioîent leurs 1 c « m h 
troupeaux aux environs , tous gens de main T 
robuftes & diïpos ? fe joignirent à ces fugitifs , ■■ 
qui; en armèrent les uns 3 & firent des autres des ! 
fbldats armez à la légère 5 & des coureurs pour- 
battre î'eftrade. 

Le fécond General ? qu'on envoya' côntreux; 0» *«*.>*«»»*•'- 
fut Publius'Varinus^ dont ils défifentd' abord le ; 
Lieutenant, appelle Eurius ? qui les attaqua avec: 
deux mille hommes. Enfuit e ' Spartâcus -ayant-' '%**«»$ bat '-ut> 
épié-un autre Officier, nommé Coffiraus, qu'on f 
avoit donné à Varinus pour Collègue & gp0 
mn£&ïkx t &qu ? jl avoit -détaché contre Maveçi 

,G ëfe 



mmi 



§i -C RAS SUS; 

satfèH > 3m u j e pl uS grandes forces , il penfa l'enlever comme 

iof tompL il fe baignoit aux bains de Salines. Coflînius eut 

beaucoup de peine à fe fàuver. Spartacus fe faifit 

d'abord de tous les bagages , & le fuivant à la trace 

avec grand meurtre il prit fon camp. Coflînius fut 

• , rr . \ tué dans cette déroute. Enfin ayant battu le Ge^ 

IlbatFanms me- i A t i o 

me en pbjiewt nn- neral même en plufieurs combats , oc lui ayant pris 

les Liéteurs qui portoient devant lui les faifceaux 

de verges , & fon cheval , il fe rendit par cette 

dernière aétion très-grand & très-redoutable. 

Sageffe d e Spana- Cependant il ne fe laifla point trop enfler par 

™<Jk}Lç(" ths ces g ran ds fliccès , & n efperant pas de venir à 
bout de la puiflance des Romains £ il mena fon 
armée vers les Alpes , dans la penlée qu'il n'y 
avoit pas de meilleur parti pour eux que depafler 
les monts , & de fe retirer chacun dans leur Pais , 
les uns dans les Gaules, & les autres dans laThrace, 
Mais fes troupes , qui fe voyoient déjà très-fortes 
par le nombre , & qui avoient conçu de hautes 
efperances , ne voulurent pas lui obéir, & fe 
mirent à ravager l'Italie. Ce ne furent donc plus 
la honte & l'indignité de cette révolte qui irri-* 
terent le Sénat ; ce furent la crainte & le danger > 

d^ZtfXZmll qui le jettant dans une véritable peine,le portèrent 

stmwu \ y envoyer les deux Confuls comme à une des. 

plus difficiles & des plus dangereufes guerres qui 
eulfent pu affliger Rome, 
t.GeWusPMicou Gellius , Tun des Confuls, ayant lurpris un 

f$%r l *'" tM ' e Gor P s ^ e Germains , qui par fierté & par mépris 
s'étoient féparez des troupes de Spartacus, le défit 



CRASSUS. 23 

entièrement , & le paffa au fil de Tépée. Lentulus , y cmdkt un. 

-, s^ r 1 r • • > 1 '• r tulus Clodiami. Il ejî 

1 autre ConluI , pouriuivit a grandes journées u m . 
Spartacus , qui ayant tourné vifage , vint hardi- 
ment à fa rencontre , lui livra la bataille , défit 
fes Lieutenans, & prit tout le bagage. Comme il 
continuoit fa marche vers les Alpes , Caffius , qui cajjîus qui W 

i.i ly^l Jt»a mandoit dans la 

commandoit dans la Gaule autour duro avec une g**u\ b«m. 
armée de dix mille hommes , vint au-devant de 
lui. Il y eut là un combat fanglant. CafTms fut 
battu, perdit beaucoup de monde, & eut lui- 
même beaucoup de peine à fe fauver. 

Ces triftes nouvelles portées à Rome, le Sénat 
très-mal fàtisfait des Conluls ,- leur envoya ordre 
de quitter le commandement de l'armée , & 
nommaCrauus pour leur lu cceder & pour prendre Crdjfm emorf-tm* 
la conduite de cette guerre. La plupart des jeunes ne ^ r 
gens des meilleures maifons de Rome voulurent 
le fuivre par amitié, & à eaufe de fa grande répu- 
tation. Cralîus s'étant mis en marche , alla camper 
dans le Païs des Picentins pour y attendre de pied 
ferme Spartacus , qui devoir letraverlèr ; & ce- 
pendant il envoya Mummius ,• l'un de fesLieute- 
Bans, avec deux légions, prendre un grand circuit? 
pour fuivre l'ennemi , avec ordre exprès de n en- 
gager avec lui ni combat, ni efcarmouche même. 
Mais Mummius à la première occafion, où un- mmmi«s-um^ 
mjon d'efperance le flata de quelque fuccès , n à ™J* Cr " JJk ' # J 
prefenta la bataille à Spartacus , & fut défaity 
beaucoup de fes gens furent tuez, & la plupart 
des autres fe fàuverent fans armes,- 



&4 CRÂSStJg; 

Craflus tùÇtit fort mal Mummîus ~, & le tinca 

fort aigrement , donna de nouvelles armes aux 

foldats ^ & leur demanda des cautions qui répon- 

difTent qu'ils les garderoient mieux qu'ils n'avoient 

cratih fait àid- ^ ^ es p rem i er es y & prenant les cinq cens qui 

mtu cm^ens <pi avoient été à la tête de tout , & qui avoient les 

avoient Prù la fuite. . / 1 r • '11 

premiers commence la iuite > il les partagea en 

cinquante dixaines, les fit tirer tout es au fort, & 

de chaque dixaine il fit mourir celui fur lequel 

rim"»jkge°dei Rc- le forttomba. Il rappella en cette rencontre l'an- 

mains , qm avoh c j en u £^Qr e Jes Romains interrompu depuis plu- 

ete interrompu pen- <D L 1 I 

.dwrhng-tems. fieurs fiécles , de décimer les foldats qui avoient 
mal fait leur devoir. Ce genre de mort eft accom- 
pagné d'une grande ignominie ; & comme cette 
punition fe fait devant toute l'armée , elle y ré^ 
pand l'horreur & la frayeur. 

Craflus ayant donc ainfi châtié fes foldats , les 
mena contre les ennemis > mais Spartacus fe retira 
toujours en arrière , traverfa la Lucanie & arriva 
fur le rivage de la mer. ïl trouva dans le port 
quelques vaiffeaux de Corfaires Ciliciens dont il 
voulut fe fervir pour paffer en Sicile , qu il ne lui 
auroit fallu que deux mille hommes pour rallumer 
la guerre des efclaves, qui ne venait prefque 
que d'être éteinte , & qui ne demandoit qu'une 
légère amorce pour caufer un terrible embrafe- 
ment. Mais ces Corfaires ? après avoir fait marché 

Pour rallumer la guerre des ef~ Conful Manlius Aquilius avoit 

claves qui ne venoit -prefque que achevé de défaire les efçlaves en 

d'être éteinte. ~\ II n'y avoit que Sicile,car il les défît l'an XCIX. 

,dix-huit ou dix-neuf ans que le avant la naiflance deN. S. 

avec 



CRASSUS. z$ 

avec lui 8c r eçu de grands prefens , le trompèrent spmam vmUm 

&C M C V r> J P*flèr en Sicile , efi 

firent voile ians I emmener. Se voyant donc tr L P épar des g** 

déchu de fes efperances , il s'éloigna de la mer , ^ ini Cilkimu 

& alla afleoir fbn camp dans cette prefqulfle des 

Rhegiens , qui eft au bas de l'Italie , vis-à-vis de 

Meffine. Craflùs l'y fuivit , Se voyant que la nature 

du lieu lui marquoit ce qu'il devoit faire , il fe 

mit à fermer cet Ifthme d'une bonne muraille, & 

par-là il retrancha à fes foldats toute oifiveté , & 

à fes ennemis tout moyen de faire venir des vivres. 

Cette entreprife étoit grande & difficile , cepen~ 

dant contre l'attente de tout le monde il en vint à 

bout en fort peu de tems. Il fit tirer par le travers Ç mme f &<$* 

r 1/1 • enferma Spartacus 

•dune mer a 1 autre une tranchée de trois cens i™Mp*m*bfr- 
ftades , large & profonde de quinze pieds et rem- " 
parée d'une muraille très-forte > & d'une merveil- 
îeufe hauteur. 

D'abord Spartacus ne fit aucun compte de ce 
travail , & il en droit tous les jours des fujets de 
lifée & de moquerie. Mais lorfque le pillage vint 
à lui manquer, §c qu'il voulut fortir de fon camp 
pour aller fourrager y alors trouvant devant lui 
cette muraille & cette tranchée , & ne tirant 
prefque plus rien de fa prefqu'Ifle, il prit ion tems 
une nuit qu'il tomboit beaucoup de neige & qu'il 
faifoit un vent très-froid > & avec beaucoup de 
t-erre , d'arbres & autres matériaux , il combla 
tme petite partie de la tranchée dont la muraille commm spmacm 
n'étoit pas encore faite , & fit paflèr environ le f edér j«^M*™* 

A ■ i ' ' 1 avec le tiers de {e& 

çiers de ion armée. Sur le moment Craflùs craignit armce ° 
Tome V. D 



n6 CRASSU S. 

que Spartacus ne formât le deffein de pouiïer droîtr 
à Rome , mais il feraflura bientôt , quand il vit que 
ces troupes étant entrées en quelque débat r une 
partie s'étoit féparée r & étoit allé camper fur le; 
téu de u Lucmh, lac de la Lucanie y dont l'eau a cette merveiileufe 
■& u merveiiimfe p r0 p r i e té qu elle change fouvent dénature , elle 

propvi<8t de Jeu eau, JL A -i O ••'«'. 

efl; douce un tems 9 8c enfuite elle devient il falée p 
qu'on n'en fçauroit boire. Crafîus alla d'abord 
attaquer cette partie r qui carnpoit féparément & 
la chaffa du lac> mais il n'eut pas le tems d'en ; 
faire un grand carnagey parceque Spartacus * 
furvenutoutà coupj l'empêcha delapourfuivre^ 
& arrêta même la faite de fesgens. 

Crafîùs avoit déjà écrit 'au Sénat qu'il étoit 

neeeffaire de rappeller Luculius de Thraee , & 

Pompée d'Efpagne. Mais alors il s'en repentit , & 

fnWcLegmne avant qu'ils puffent arriver*, il fe hâta de terminer 

*vant que Lucuiks cette guerre , feachant bien que tout l'honneur 

tu Pompée viennent O ^ * \ 3 ^ « .A , ' . r 

i[m(Mm y du iucces ieroit donne a celui des deux qui ieroit; 
venu le premier à fon fecours ? & nullement à lui- 
même. Il reiolut donc d'aller premièrement atta-* 
quer les troupes qui s'étoient féparées des autres r . 
&que'commandoient deux Capitaines > nommez: 
Gannicius & Caftus. Dans ce deffein il détacha 
fix mille hommes aufquels il donna ordre d'aller 
le faiflr d'une éminenee* qui dominoit les enne- 
mis y Se fartout de le cacher fl-bien qu'ils ne 
fuffent point apperçus. lis n'oublièrent rien pour 
exécuter cet ordre r & pour cet effet ils cou- 
vrirent le mieux qu'il leur fut polîible leurs armets* 



€ R A S S U S. 27 

Maïs malheureufement , ils furent découverts par 

deux femmes , qui faifoient des facrifices devant sacrifices fàksfa* 

11 tJ /^ • 1 des femmes devant 

e camp pour les ennemis. Ils etoient en danger u £$$ de spart** 

d'être défaits , fi Craffus furvenant tout à coup cw - 

avec fes troupes > n'eût rendu là le plus grand 

combat qui eût encore été donné dans toute cette 

guerre. Car il y eut douze mille trois cens des Cr ^ H / d *f ait s p*" 

& . r î 1 ol 1 1 tacus dans un gratin 

.ennemis tuez iur la place, oc de ce grand nombre «»k 
îl n y en eut que deux que Ton trouva bleffez au 
dos ; tous les autres en combattant avec une 
extrême valeur étaient tombez lur le lieu même 
;OÙ ils avaient été rangez. 

Après cet échec Spart acus dreflà fà marche 
■vers les montagnes de Petelie. Quintus .., un des jJ^dTcLfinTgr 
Lieutenans de Craflùs , & Scroffa , fon Ouefleur 9 f «/*/«». fi^"** 
le lmvirent en queue 5 elcarmouchant toujours. 
Spartacus tourne tout à coup fur eux & les met en 
fuite. Scroffa y lut grièvement blefle 5 & on eut 
bien de la peine à le fauver dans cette déroute. 
Cet avantage fut feui la caufe de la perte de Spar- 
tacus y à caufe de la fierté & de l'arrogance qu'il 
ïnfpira à ces fugitifs. Car ils ne voulurent plus 
.entendre parler de fuir le combat } ni obéir à leurs 
Capitaines 5 mais les environnant avec leurs 
armes fur le chemin même , ils les forcèrent de 
retourner fur leurs pas au travers de la Lucanie 9 
& de les mener contre les Romains. En cela ils 
fécondèrent merveilleufement le defir& fimpa* 
îience de Crafîus ? car il recevoir des nouvelles 
*de Tapproche de Pompée ? & déjà les Comices 



La caufe de lavette 
de Spart asus? 



M GRAS SUS. 

étaient remplis de gens qui briguoient pou» lui, 
difànt que cette victoire lui étoit refervée ,. & qu'il 
ne feroit pas plutôt arrivé en prefence des enne- 
mis, qu'il terminèrent cette guerre par un grand 
combat, 

Craflùs donc , prefîe d'en venir à une affaire 
décifive, eampoit le plus près qu'il pouvoir de 
l'ennemi. Un jour qu'il faîfcit tirer une grande 
tranchée pour l'empêcher de fe retirer, ces efclaves 
vinrent fondre for les travailleurs , le combat 
s'échauffe , & comme des deux cotez il venok 
toujours de nouvelles troupes pour foutenir les 
premières r Spartacus voyant enfin la neceffité 
où il étoit, mit toute fon armée en bataille , & 
spMaas / owe ' lorfqu'on lui amena fon cheval, il tira fon épée, 
ttde^^ê°fon & * e ma > difànt, f} 'je remporte la victoire , j'aurai 
sbizid. affez d'autres beaux & bons chevaux 'des ennemis > & 

fi je fuis défait , je nen ai plus que faire. Après quoi 
fendant les bataillons & pouffant au travers de 
raiêur hm^ue d e monceaux d'armes & de morts , il cherehoit Graff- 
itis , mais n'ayant pu le joindre , il tua de fà main 
deux CenteniersRomains qui s étoient attachez à 
lui. Enfin tous ceux qui Taccompagnoient ayant 
pris la fuite, refté feul & enveloppé d'une foule 
d'ennemis , il fo défendit encore longtems avec 
iîtjit*t,&fi» un courage invincible, & fat enfin tué,aecablé par 
*»* défmtu | e nom j )re ^ 3Vï a is quoique Graffus eût fort bien 
profité desmomens que la Fortune lui ofirit , qu'il 
eût fait tout le devoir de bon Capitaine > & qu'il 
eût expofé fa perfonne aux plus grands périls fan$ 



CRASSUS. 29 

fè ménager , il ne put pourtant empêcher que ce 
fuccès , qui étoit uniquement dû à fa prudence & 
à fon courage , ne tournât encore à la gloire de 
Pompée. Car Pompée ayant heureufemént ren- Pmp& défait u f 
contre ceux qui s'étoient enfuis de la bataille , il **« *&$"»< 
les mit en pièces, de forte qu'il écrivit fur le champ 
au Sénat , que Crajfus avoit bien défait en bataille Lettre ^a écrit 
rangée ces fugitifs., mais que la racine de cette guerre , Tj r 7aXZdCZir 
c étoit lui feul qui ï avoit entièrement coudée* Pompée '«"»«««»',£«*«■«. 
donc arrivé à Rome triompha de Sertorius , Se 
de TElpagne. Mais Craflùs n'entreprit point de 
demander le grand triomphe. Il fembla même 
qu'on avoit eu tort de lui décerner le petit triom- 
phe appelle Ovation , pour avoir vaincu dm 
efclaves fugitifs. Or en quoi ce petit triompha 
diffère du grand , & ce qui fa fait appeller Ova- 
tion, c'eft ce que nous avons expliqué au long 
dans la vie de Marcellus., 

Après tous ces grands exploits Pompée étant 
appelle au Gonfulat, quoique Craflùs eût des cr^foiiictw 
efberances bien fondées qu il feroit nommé Con- l om t ée > ®% le ? Hr 
ul avec lui, il ne dédaigna pourtant pas de le i*cwM*k 

'Mais que la-racine de cetteguer- autres. On en voit fbuvent des ; 

re y c étoit lui qui Tavoit entière- exemples.Pompéeauroiteûplus 

ment coudée. ] II pàrôît étrange d'honneur à Iaiffer à Crafïus la 

que Pompée, pour avoir achevé gloire qui lui étoit dûë, & il 

de défaire ees fugitifs^queCranus meritoit que le Senatlui-répoit- 

venôit de battre , ait voulu s'at- dît ce mot de Terence : 

tribuer la gloire d'avoir termina Labore alieno magnv partam T 

eetteguerre,quin'étoitplusrien„ gloriam 

Mais c'eft-là le cara&ere des am- Verbisfegè ïnfe tranfmvet fé 

bitieux, ils tournent tout à leur habetfaïem» 

ff<#^^le8:a§iQn&jmçinede» ggoiimteefi* 



Pompée l'aide de 
f M fon pouvoir* 



Cr/ijfus nomrre 
Conful avee Pompée. 



JLeur bro'dillerie. 



Craffmfdk un fia- 
.crifice à Hercule , 
donne la dixme de 
[on bien , traite le 
peuple Romain, £?* 
lui dîfbribiïé du bled 
pour pr ois mois. 



Vit Cljevalier Ro- 
main monte fur la 
Tribune pour dire a» 
peuple unfonge qu'il 
avril en la nuit. 



30 C RAS SU S. 

lolliciter <3cde demander fes bons offices. Pompée 
reçut très-volontiers fa foliicitation & promit de 
le fervir , car ii étoit en quelque façon bien aife 
que Crafïus lui eût de l'obligation -, auffi l'aida- 
■t-il de tout fon pouvoir , jufqu'à dire en pleine 
aflemblée, qu'il n'aur -oit pas moins de r.econnoijfance 
de ce Collègue qu'on lui auroit donné , que du Çonfulat 
même. Mais dès qu'ils furent inftallez dans la 
charge ? cette bienveillance réciproque & cette 
bonne intelligence ne durèrent pas longtems. 
Bientôt ils furent en différend preique fur tout 9 
prenant tout en mauvaife part 5 fe plaignant in cet- 
famment l'un de l'autre , & ne cherchant qu à 
rompre enfemble & à fe brouiller avec éclata 
Cette dijïention continuelle fit que leur Çonfulat 
fe paiîà fans qu'ils fiflènt rien de confiderable,, 
Craiîus fit feulement un facrifice à Hercule , & 
après avoir traité tout le peuple Romain fur dix 
mille tables > il lui fit une largeffe de bled pour 
trois mois, 

Sur la fin de V année comme ils étoient prêts 
à fortir de charge , un jour que le peuple étoit 
afiemblé , un certain homme 9 qui n étoit pas fort 
iliuftre, mais pourtant Chevalier Romain, nom- 
mé Onatius Aurelius 9 bon campagnard , & qui 
ne fe mêloit nullement des affaires publiques > 
monta fur la Tribune 9 & s' avançant , dit tout 
haut au peuple un fonge qu'il avoit eu la nuit en 
dormant : Jupiter s'eft apparu à moi cette nuit , lui dit« 
il ; <£r m'a ordonné de vous avertir que vous nejbuffrkz 



CRASSUS. 31 

pas que les Conflits fartent de charge avant que d'être 
devenus bons amis. Cet homme ayant ainfi parlé , 
le oeuple ordonna auffi-tôt aux Confuls de re- , Le P e J l ï u °{ ion »* 

r r O J T -1- * Craffus & a p om . 

noncer a leur melintelligence oc de ie réconcilier. p« iefimmiiien 

Pompée fe tenoitlà debout fans dire une parole y 

& fans faire le moindre mouvement ; mais Craf- crajjûs court u 

£V 1 rr J* TD • * ■ premier (mbrajlef; 

us courant! embraller,. dit : Romains , je croi ne p m p^ 

ri en faire de bas ni d'indigne de moi } d'offrir le premier 

mon amitié & mes fer-vices, à Pompée 3 à qui vous avez 

donné vous-mêmes lefurnom de Grand) avant qu'il eût 

encore de la barbe, & à qui vous avez accorder honneur 

du triomphe avant qu'il eût celui d'être Sénateur. Voilà 

ce qui fe parla de plus mémorable fous le Confulat 

de Craffiis. 

Sa cenfure ne fut ni plus utile ,- ni plus occu- ^«#^^f- 

/ -i r .i i 11 • o fus fe pajja fans rte?r 

pee, car il ne nt m la recnerche des vie oc mœurs faire, nfmcenfew 

dC< *. ' 1 a •• 1 gry\ i» -1 (îx ans après fon Con^- 

eS Sénateurs y ni la revue des Chevaliers ,- ni ie f uiati ^J^ùu? 

dénombrement du peuple r quoiqu'il eût pour *&**&&*«?*• 
Collègue dans cette charge Lutatius Catulus, qui 
étoit le plus doux des Romains y & qui ne s'y feroit 
pas oppofe, Il "eft vraiqu on rapporte que Craffiis 
ayant voulu entreprendre une affaire très-violente 
& très-injulte , qui étoit de rendre l'Egypte tribu- cra/fusvm&t ?*&- 
taire des Romains, Catulus s y oppofa de toutes fes iZe^flVu^l 
forces ; t& ce fur là la fource des différends qu ils c^^h °n°f*°- 
eurent enfemble, & qui les obligèrent à fe démet- 
tre volontairement de leur charge, 

Peu de tems après éclata la conjuration de 
Catilina , cette terrible conjuration qui penla 
senverfer Rome de fond en comble, Craffiis- for 



3 £ C RAS SU S. 

' cr4m finfçama foupçonné d'y avoir quelque part , Se il y eut ufi 
'?£L&& des complices qui le nomma dans fa dépofition. 
lim - Mais perfonne n y ajouta foi ; il eft vrai que 

Ciceron dans une de fès oraifons , âccufbit aflèz 
ouvertement Craiîùs & Cefar d'y avoir trempé ; 
mais cette oraifon ne parut qu'après la mort de 
l'un & de l'autre. Le même Ciceron dans l'orai- 
fon qu'il fit fur fon Confulat, écrit formellement 
que Craffiis vint une nuit le trouver dans là mai- 
fon y qu'il lui remit entre les mains une lettre ou 
il étoit parlé de Catilina, & qu'il l'afîùra que 
cette conjuration > dontoninformoit, étoit très*- 
certaine & très-yeritable. Quoiqu'il en foit > il 
eft confiant que Craflùs eut .toujours depuis une 
jbaine mortelle pour Ciceron, Et s'il ne chercha 

Mais perfonne n'y ajouta foi ] ajoute qu'il. avoit oui dire àCraf- 

iSalufte ne parle pas de même, fus lui-même que Ciceron avoit 

Il dit que cela parut incroyable été l'auteur de cet affront, 

aux uns, & que les autres étoient Quil lui remit entre les mains 

perfuadez de la vérité de la une lettre, ou il étoit farlé de Ca- 

dépofîtion, mais qu'étant d'à- tilina.'] On a crû ce pafiage corr 

vis qu'il falloit plutôt adoucir rompu. Nous n'avons pas l'en- 

3u'aigrir un homme fi puiffant , droit deÇiceron pour le vérifier, 

s voulurent qu'on la rejettât, & Pour moi il me femble qu'il pre- 

quetous enfembleavec ceux à fente un très-bon fens.Craiïus va 

qui Crafius avoit prêté de Far- trouver Ciceron,il lui remet une 

gent s'écrièrent que cela éto.it lettre qui regar4oit Catiiina , Se 

faux , & qu'il falloit remettre la il lui confirme que cette conjura- 

chofe au jugement du Sénat. Le tion étoit très-certaine ; c'eft le 

raport fait,le Sénat déclara la dé- mot Çn%{j,lvlw qui a fait de la 

pofition fauffe , & ordonna que peine , mais il ne faut que l'ex- 

le témoin feroit retenu dans les pliquer , de qua quœritur , dont on 

prifons. ïl y en eut qui crurent fait les informations. Ciceron juf- 

que ce témoin avoit été apofté tifie par-là Craffus, qu'il accuioît 

par Ciceron même. Et Salufte ailleurs. 

pas 



> 



C R A S S U S; |f 

pas à la faire éclater Se à lui nuire ouvertement, 

ïlen fut empêché par fon fils Publius Craflùs , te fu de craf«t 

quipofïèdé d une paffion demefurée pour les let- ^Z^%a^ul 

très Se pour la philofophie , ne bougeoit d'auprès lres ^^umiof^ 

de Ciceron } Se avoit un fi grand attachement 

pour lui , que quand on lui fit fon Procès , & 

qu'on le bannit , il changea comme lui de robe en 

ligne de deiiil , & obligea tous les autres jeunes 

Romains de qualité de fuivre fon exemple , & 

qu' enfin il porta fon père à devenir fon ami. 

Dans ce tems-là Cefar revenu de fon Gouver- 
nement 9 fe préparait à briguer le Confulat, mais 
voyant Craiïiis Se Pompée retombez dans leurs 
premières broiiiileries , il fe trouva dans un grand 
embarras 3 car il vit que s'il s'adreiTok à 1' un > il 
auroit l'autre pour ennemi > & en même tems qu'il 
lui étoit impoffible de réiiffir , s'il n'étoit appuyé 
de l'un ou de l'autre. Il prit donc le parti de les ce/arj-enm Ue& 

i . f 1 î 1 1 • enfenible Crafjua C?" 

remettre bien eniernbie, en les talonnant conti- vampû. s* «'«* 

iiuellementj, & en leur remontrant que de travailler 

comme ils faifoient réciproquement âfe détruire ., c étoit Les remontrant® 

travailler à augmenter la puijfance des devrons , des * Ui mr 

Catulus.y&desCatonsj dont on ne f-er oit aucun compte 

fi étant bien unis & de concert ils feav oient profiter 

de leur amitié & de leur focieté , & gouverner la ville 

d'un commun accord , & par unejeuk & même au-* 

iorité , [ans aucune contention ni jaloufie. 

Par ces remontrances il les reconcilia ? & en 

f. . x 'i r 1* ••■Il ^Z ue invincible 

e joignant a eux, il nt cette ligue invincible ^rm^-^^ 

du Triumvirat , qui ruina toute l'autorité di£ C £ È i Crafjm m 
"J'orne V. E 



34 C RAS SUS.. 

Sénat. & du peuples & dont il retira feul tout 
a/ar mire feui j e p ro fit y car il ne rendit pas Craflùs & Pompée ' 

Je»? Cuvant âge de . *- . . *■ ., i ij . 

St ue ligne. plus grands par le moyen 1 un de 1 autre y mais 

il fe rendit lui-même plus grand par le moyen 
des deux. Car porté par l'un & par l'autre il fut 
d'abord nommé Conful tout d'une voix. Et com- 
me il fe gouvernoit bien dans fon Coniulat^ ils 
lui firent décerner le commandement des armées r 
te Gouvernement & donner le Gouvernement des Gaules r &- 
ZwlZnefolfeîejjl l' établirent par-là comme dans une citadelle r , 
f\ rendoh mém qui le rendoit maître de la ville. Ils efperoient 

de Rome. *•■ ''"''*• —* rn • i 

qu en lui anurant ce Gouvernement ils partage-»- 

roient entr eux tranquilement cSc lans aucune 

'Amidon de Pom- ©ppoiition tout le r elle . Pompée fuivoit en cela 

p' e fam bornes. J es vues ,: de fon ambition qui étoit fans bornes # 

L'avarice de c™/- 81 Craflùs étok poufle par fon ancienne mala- 

fus airuifee par la j» —'2^. '*. V * ^ t — 1î 3 r +. ■ ' i. * " 

jabufiîqï* excitaient die> qui etoit 1 avarice , a laquelle s etoit jointe- 
enhUesztfoirese? nouV ellement une foif immodérée de triomphes, 

les triomphes de Ce- I 

&* & de victoires ., que les grands exploits de Cefar 

avoient allumée en lui. Car fe voyant fort 
fuperieur dans toutes les autres chofes, comme 
en crédit , en-autorité',., enrichefles, il ne pouvoit: 
fouffrir de lui être intérieur dans la gloire des 
armes y de forte qu'il n*e.ut point de celle que 
par cette malheureufe paffion il ne fe tût préci- 
pité dans une mort honteufe > & n'eût entraîné 
avec lui fa patrie dans de très-grands malheurs,, 
Cefar étant venu de la Province des Gaules à la 
ville de Luques , pluileurs Romains y allèrent 
pour le voir > entr autres Craflùs & Pompée. Ils 



CRASSUS. 3^ 

eurent avec lui plufieurs conférences fecretes , où r f°'fT7 c % de 

1 ■* K,raJJu$ <y de rom* 

ils complotèrent de mettre tout de bon la main à r ée " vtc Ç?P* * 

œuvre ? pour le rendre abiolument maîtres des g*» yfytfàu, 
affaires , Se pour partager entr'eux toute l'autorité , 
ce qui leur fèroit facile , Cefar demeurant armé s 
Se eux fe faifànt donner d'autres Gouvernemens 
& d'autres armées. Le feul chemin pour réiiffir 
dans ce deflein ^ c'étoit de demander pour eux un 
fécond Confulat , &Cefarfe chargea de les aider c ^f^^if 

J O font dejjein de de- 

dans cette brigue , en écrivant à tous les amis qu'il mander »» fa™d 
avoit à Rome > & en envoyant bon nombre de 
fes loidats qui favoriferoient l'élecTion par leurs 



Confulat. 



outrages. 



Ce traité fait , Craiîus & Pompée revinrent à 
Rome /où ils forent d'abord très-iufpecls, & il 
courut incontinent un bruit fourd, que le voyage 
qu'ils avoient fait à Luques , & Tentrevûë qu'ils 
avaient eue avec Cefar * n étoient nullement 
pour le bien de la République ? jufques-là que 
dans le Sénat même Marcellinus & Domitius $mm&e<p<Mar- 
-demandèrent tout haut à Pompée s'il brigueroit }f "I^Sf t 
le Confulat. Pompée répondit , que peut-être il le t lein Senat ; 
pr iguer oit x & que peut-être aujjiil ne le brigueroit point. 
Ils lui firent pour la féconde fois-la même demande, 
& il répondit ? qu'il le brigueroit pour des gens de 
bien &' non pour des mécbans. Ces réponfes ayant 
paru trop hautaines & trop méprifantes , Crafîùs 
interrogé de même , répondit plus modeftement ., 
qu il le brigueroit fi cela étoit utile à la République $ Repon/è ftm m- 
mon qu il s en déporter oit. ' J™ w*. 

E ij 



$6 GRAS S US. 

Cette réponfe donna courage à plufieurs coî>* 
mmitm Afono- currens de fe prefenter. De ce nombre et oit Do- 
s*rbm. mitius. Mais dès que Craiîus & Pompée fè furent 

déclarez & qu'ils eurent commencé àfaire ouver- 
tement leurs brigues , tous les autres ie retirèrent 
par crainte > excepté Domkius, que Caton^comT- 
me fon parent Se fon ami y exhorta \ excita, en- 
couragea à ne pas démordre de les eiperances, lui 
reprefentant , que c' étoit combattre four la liberté, 
Car Craffus & Pompée ne briguoient pas proprement h 
Confulat ? mais la Tyrannie y & ils ne demandaient pas- 
une, charge de Magiftr attire , mais le moyen de piller & 
de fourrager impunément les Provinces & les années. ■ 
Avec ces difeours que Caton ténoit & dont il 
étoit fortement perfuadé , il pouffa prefque par 
force Domitius fur la place* Plufieursfe joignirent 
à eux; car on étoit fort furpris Se fort étonné dg 
cette nouvelle démarche de Craiîus & de Pom^ 
pée, & l'on faifok affez eonnoître fon étonne^- 
ment. Queft~il befoin , difoit-on, qu'ils demandent 
un fécond Confulat ï Pourquoi le demandent-ils enfem* 
bleî Que ne le. demandent-ils avec d'autres ? N'avons*- 
nous pas ici plufieurs P erfonnages qui ne font pas in*- 
dignes d'être les Collègues de Craffus & de Pompée • r 
<tf de partager cet honneur avec l'un des deux l 
rr r . Ces difeours-, qui étoient publics y ayant donné 

Violences aîrocts' ' x I -, ^ ' 

jePomptepeur ecar- quelque crainte à Pompée pour le luccès de fon 

ter fesconckrrcriiAti . r> . « 9 /- «••/!• o 1 • 1 

cmjuUt. entrepnie > il n y a iorte d injuitices oc de violen- 

ces auf quelles il ne fe portât. Il les couronna 
même par une actioa des plus atroces : Il drefla 



C R A S S U S; 37 

Me embufcade à Domkius , de forte que le jour 
de F élection , comme Domkius alloit avant le 
point du jour à la place > fùivi de quelques do- 
meftiques & de plufieurs Romains qui l'accom- 
pagnoient pour lui faire honneur , les Emiflaires 
de Pompée fe jetterent fur fa troupe , tuèrent 
l'efclave qui portoit le flambeau devant lui , & 
blelTerent plufieurs de fa fuite , entr'autres Caton , 
Se les ayant tous mis en fuite par cette violence r 
ils les tinrent enfermez dans une maifoii jufqu'à 
ee qu'ils euflent été élus. 

£ Quelque tems après ils environnèrent la Tri- 
bune aux harangues de gens armez , chafïèrent 
par force Caton de la place , Méfièrent plufieurs 
de ceux qui oferent leur refîfter f & s' étant rendus 
maîtres du champ de bataille , ils continuèrent à &afm&Pon7^ 
Cefar le gouvernement des Gaules pour autres ÇZ^m^îJ* 
cinq ans, & fe firent décerner pour eux les Gat !; es ; r j> 

1 -ti r IL* je- font décerner 

Gouvernemens de- la Syrie & desdeuxElpagnes ; p*«<fc /*#«« & 

y.t f T O • ' 1 N i"^ rc celui des deux Ef- 

qu ils tirèrent- au iort. La byne échut a Craiius > ^&a#«& tirent 
& les Efpagnes à Pompée, >f /o *" 

Cette- décifîondu fort ne fut pas'defagréable à 
la multitude-, car le peuple fouhaitoit que Pompée 
ne s'éloignât pas pour iongtems de Rome, & 
Pompée > qui-étok paffioneHient amoureux de la: 
femme , en fut très-aife^ pareeque cela lui don- 
noitle moyen d'y être la plus grande partie du 
tems. Pour Craflus",- le fort n'eut pas plutôt -re«lé . Us *™*ft<>m * 

1 joye de Crajjlts de a 

que le fort lui avoii 
donné le gowver 
ment de la Syjiê» 

E iij 



If / ï • • 1 r j°y e de Crajjtis de c& 

eur partage-., que traniporte de joye li iït con- quehpnM <wm 

îioître publiquement- qu'il tenoit cette* fortune dmné - le goiiVerne 



3 § GRAS SUS. 

pour la plus grande & ia plus éclatante qui M 

fût jamais arrivée. 

Quand il étoit en compagnie , & même avec 
des étrangers , il ne pouvoir modérer fes trant 
ports, & quand il étoit avec fes amis., il fe laiflbk 
emportera des vanteries étranges 8c puériles, & 
tout oppofées à fon âge & ;à fon naturel ; car 
dans toute fa vie il n'avoit jamais paru ni fanfaron 

Voiles etpefances . if - i .1 a / a 

dont crajjhs repaie ni luperbe ; mais alors enrie oc corrompu par cf 
/m fa vaux. foceès flateur, il ne bornok pas fes exploits à la 
-conquête de la Syrie & des Parthes , mais fe 
promettant de faire que les grandes actions de 
jLucullus contre Tigrane , & celles de Pompée 
.contre Mithridate, ne paroîtroient que des jeux 
d'enfant à eomparaifon des Tiennes , il dévoroit 
déjà par fes eiperances laBaétriene & les Indes , 
& feportoit julqu à la grande mer Oceane & aux 
T nu , bouts de l'Orient. Cependant dans le décret, qui 

La guerre contre , i J X 

les Panbes nàoit f u t çfrefle , la guerre contre les Parthes n'y étoit 

point comprife dans ' ' ■« « • f* n /r • 1 J { 

le décret donné à .nullement compnie. Mais tout le monde içavoit 
que c'étoit-ià la grande paffion de Crafîus, & 
Cefar même lui en écrivit des Gaules pour louer 
fon deflëin , & pour l'exhorter à l'exécuter fans 
ïemife. 

Quand il fut en état de partir , un des Tribuns , 

nommé Ateïus, menaça qu'il s'oppoferoit à fa 

fortie , & beaucoup de gens fe joignirent à lui , 

tes Rmaim _»e ne pouvant fournir qu'on allât de gayeté de 

fouvoient joujjrir f" '•''"' 1 1 1 t 9 • 

<^ n aiint faire u cœur taire la guerre a des peuples , qui n avoient 
ftm'dZ^ m?es fait aucun tort aux Romains > & qui étoient leurs 



C R A S S U S. 39 

amis & leurs alliez. Craflîis , allarmé de cette 

menace 7 pria Pompée de venir àfon fecours, & 

de le mener jufques hors des portes de la ville , 

car le peuple avoit pour lui beaucoup de confide- 

ration & de refpecT:. Et il y parut, car une infinité puav^folr 7/^ 

de gens aflemblez furie palîage de Craflus , tous *"' 

préparez à s'oppofer à Ion départ & à crier contre 

lui , n eurent pas plutôt vu Pompée marcher 

devant avec un œil gay & un vifage ouvert , qu ils- 

furent adoucis , & qu ils s'ouvrirent d'eux-mêmes 

pour les laifler pafTer. Mais Ateïus , ferme dans Le r ^ m Ai ^^ 

fa refolution , alla à fa rencontre > & d'abord ^f^^nh 

il lui détendit à haute voix de paner outre , & 

protefta contre lui s'il l'entreprenoit. Enfuite il 

ordonna à fon Huiffier de le prendre au corps 3c 

de l'arrêter. Comme les autres Tribuns s'y oppo^ 

ferent , î'Huiffier fut obligé de le lâcher.- Alors 

Ateïus > prenant le devant, courut à la porte de 

la ville , mit à terre un brafier plein de feu, Se 

dès que Craflus fut arrivé vis-à-vis, il jetra dans Farfimhî^m 

ce brafier des parfums, y verfa des libations , & **^«-/w^«^ 

x ** / J qu% prononce des im- 

prononça deflus des imprécations terribles, qu'on ;&&**«& &«****« 

* 3 ** x contre CraJJïts v 

Mit a terre un brafier plein de mal imaginé pour imprimer la 

feu, & dès que Crajfis fut arrivé terreur dans les efprits. 

vis-à-vis, U'jetta dans ce brafier Un brafier. ] C'efl ainfï que 

des parfums.'] Comme enaccom- j'explique l%a.ç/.iï , a..-un brafier ; ce- 

pagnoit d'ordinaire les impreca- mot fignifie auili ce que nous ap- 

tions d'images fenfibles,on avoit pelions unrechaud.Glementà' A~ 

befoin de ce brafier , de ces par- lexandrie met cet uftenfïle parm-h 

fums-, de ces libations pour exe- les inftrumens du luxe, parce; 

euter en figure ce que l'on de- qu'on s'en fervoit de fon tems, 

mandoit, par: ces malédictions, comme nous nous en fervons au- 

Tout cet épouvantai! n'étoit pas jourd'hui , pour avoir du feu fur 



40 C RAS S US. 

ne put entendre fans horreur , en invoquant Sç 

nommant par leurs noms certaines Divinitez 

îiû qae /«Rfl- étranges & formidables. Les Romains aflîirent que 

mains avoient de ces . / " . rr C o n • r 

î^msiùoHj, ces imprécations , auiii iecret.es oc -niyiteneules , 
qu'anciennes , ont une telle force , que jamais 
aucurtde ceux contre qui elles ont été faites ? n'en 
a pu éviter F effet. Ils ajoutent même que ceux qui 
les font , ont immanquablement auffi une fin mal- 
heureufe. C'eft-pourquoi peu de gens s en fervent, 
& ce n'eft que dans des occafions extraordw 
naires 3 où il s'agit de prévenir les plus grands 
fléaux. Mais en cette rencontre on blâma fort 

latable,& empêcher les viandes, moins je ne croi pas que l'anti~ 

qu'on y fertj de fe refroidir, quité fourniïlè aucun exemple 

C'efl ce qui fert à nous faire en- d'un rechaud fur la table ni des 

tendre ce paffage de Seneque , Grecs, ni des Romains , avant le 

Epift. lxxxv. Circa cœnatïones tems dont Seneque parle. 
ejus twxiiihm coquorum efi , ipfos Certaines JDivinitez^ étranges & 

cum obfoniïs focos transferentium. formidables. ] On ne fçait point 

Hoc enim jam luxuria commenta quelles étoient ces Divinitez 5 

eji , te qiâs intepefeat cibus , ne c' étoient fans doute lesDivinitez 

quid palaio]am calhfo p arum fer- infernales ,, invoquées fous des, 

<veat, cœnam culiria profeqiiitur. noms terribles; car la bizarrerie 

A fes foupers tout retentit du bruit du nom aidort bien à la chofe. 
des cuifiniers , qui tranfportent des Les Romains afjurent que ces 

réchauds, avec les viandes , car la imprécations. ~j C'efl fur cette 

luxure a déjà imaginé cela , afin opinion généralement reçue 

qu'aucun mets ne tiedijje , & que qu'Horace dit dans l'Od. v. du 

tout foit ajjez, chaud pour çespa- liv. V. 
lais endurcis , la cuifïne fuit le *■ ■ ■■ Dira deteflatio 

fouper. Voilà bien du bruit pour Nulla expiatur vitlima. 

un rechaud porté fur la table. Au Les imprécations ne peu-vent être 

refte , Seneque ne veut pas dire expiées ni détournées par des -vie- 

que l'invention du rechaud étoit times. 

récente de fon tems , il ne parle Maïs en cette rencontre on blâ- 

que del'ufage que l'on en faifoit, ma fort Atéius de ce quêtant ir- 

qui en effet étoit nouveau. Au rite contre Craffus pour les inte* 

Ateïus 



C R A S S U S. 41 

Ateïus de ce qu'étant irrité contre Craflus pour '***£» uitd 

Î. a 1 -r> P L a avoir en recours a, 

es intérêts de Kome , ce tut pourtant contre ces moyens imnbk^ 

Rome qu'il prononça ces malédictions , Se quil 

pratiqua ces moyens horribles qui la dévouaient 

aux Dieux, 

Craflus donc, lans être touché des impréca- <><#*»»#«#«# 

v A . r • > V» imprécations 3 Cf 

lions d Ateïus , continua la route , arriva a brun- /><# outre. 

dufe, & quoique la mer fût encore dangereufe, 

rhyvern étant pas encore pafTé ? Une voulut pas 

attendre , s'embarqua , & perdit beaucoup de iipMeatieou-pte 

vaifleaux dans fon paflàge. Mais ayant raflemblé T£ZJ^ 

le refte defestroupes , il continua fon chemin par 

terre au travers de la Galatie , où il trouva le Roi 

Dejotarus , qui étoit fort avancé en âge , & qui 

ne laifloit pas de bâtir une nouvelle ville , fur 

quoi Craflus le raillant, lui dit : Seigneur Roy^ Converti™ & 

} . 7 \ j * . 'ji 1 CrajJ'us avec le Jktè 

vous vous prenez bien tara a baur une ville vers la d^w. 
douzième heure du jour. Et vous même ? Seigneur Ca- 
pitaine .y lui répondit Dejotarus , vous ne vous êtes 
pas pris trop matin à aller faire la guerre aux Par thés ; 
car alors Craflus avpk foixante ans paflez ; & fori 

tks de Rome,c étoit pourtant contre que celui contre lequel on les 

Rame. ] Et ce blâme étoit fort faifoit. 

jufte. Ces imprécations ne pou- Car alors Crajfus av oit foixante 
voient s'accomplir fur Craflus ans pajfez,.~] Ceci nous mené fûre- 
fàns tomber fur la République, ment àla connoiffancede l'année 
Un homme de bien ne fait ja- de la naiffance de CrafTus.il par- 
mais d'imprécation qui puifTe tit pour cette expédition l'an de 
Euire à fon païs. Ces impréca- Rome 699. $2. ans avant N.S.il 
tions n'étoient pardonnables , fi avoit foixante ans paffez , il étoit 
elles pouvoient jamais l'être.,que donc né Tan de Rome 63 8. ôc 
quand elles ne pouvoient perdre l'am 1 3 .avant l'EreChrêtienne,» 
Tome V f F 



jp. ÇR ASSU5. 

vifàge le faifoit paroître encore plus vieux qu'îî 

n'étoit. 

v-rmUrs j%uh de Dès qu'il fut arrivé en' Syrie > les affaires luï 

fuccederent d'abord auiîî heureufement qu'il fâ% 

voit pu efperer. Car il fit un pont fur l'Euphrate 

fans aucun obffiacle-, parla fèrement^fon armée r 

& reçut dans la Mefopotamie plufieurs villes qui 

fe rendirent volontairement. Une feule y dons: 

étoit Tyran un certain Apollonius, ofa fe dé-* 

fendre, &Crafius y perdit environ cent fbldats,. 

Irrité de cette audace il mené contre elle toutes 

fes troupes ,- la prend d'aflaut, pille toutes fes- 

richeffes , & vend tous fes habitans. Les Grecs 

^vincTd'OsrLm appelloient cette ville Zenodotfc. Pour cette prife 

dansiaMefifotanie. C ra fius fouffrit que fon armée lui donnât le titre 

Ceji me Urne à m â' Imper ator.- Ce qui lui tourna à grande honte ? car 

%"n*Li'dom'tde É parut par-là avoir le cœur fort bas, & defef* 

fJil^JToit!° mde P erer ^ e ^ re ^ e P^ us grandes chofes, puifqu'if 

étoit fi flaté d'un fi petit fuccès. 

Après que pour s'afïurer des villes qui : s'étoient- 

renduis , il y eut mis en garnifon fept mille 

craffus s™ mou™* Hommes de pied & mille chevaux , il s'en retourna 

hyverner en Syrie. n • 1 Ci J C r rc 

en Syrie avec le reite de ion armée ,- pour y palier 

ii^tii^ZfZ l' n y ver * H- f ut joint là par fon fils , que Cefar 

miu taudwu - lui envoyoit des Gaules , jeune homme qui avoit 

déjà été honoré de plufieurs prix d'honneur que 

les Généraux donnent à ceux qui fe font diftin- 

guez par leur courage^ & qui lui amenoit mille 

cavaliers choifis. 

%»z»uctisfmes De toutes les fautes que Crafîus fit dans cette 



C ït A S S U S. 43 

expédition > & qui furent toutes fort grandes , la Je c^ips , o> t* 
plus grande fans contredit , après celle d'avoir t m &* n * 
entrepris cette guerre , fut ce prompt retour en 
Syrie, Car il devoit paflèr outre fans s'arrêter , & 
occuper Babylone & Seleucie , villes toujours 
ennemies des Parthes. Au lieu que par ce retour il 
donna aux ennemis le tems de fe préparer , ce 
qui fut la caufe de la ruine. D'ailleurs on blâma 
fort les occupations qu'il eut en Syrie, qui et oient pJ/jJ^lZ^' 
plutôt d'un commerçant ., que d'un General d'ar- 
mée. Car il ne s'amufa pas à vifiter les armes de fes 
foldats, à faire des revues , à faire faire l'exercice 
à fes troupes , & à leur propofer des prix de jeux 
.& de combats pour les tenir en haleine ; mais il 
^'appliquok entièrement à calculer les revenus des 
ailles étles contributions, &a pefer lui-même à 
la balance tous les trefors qui étoient dans le 
Temple de la Dé elle à Hierapolis. Il envoyoit 
fignifier aux Principautez., aux villes, & aux 
communautez le nombre de foldats qu'elles de- 

' Et occuper Babylone & Seleucie -, le temple de laDéejfe à Hierapolis.^ 

miles toujours ennemies des Par- Apxès avoir paffé FEuphrate , à 

'■thés. ] Et qui par conféquent au- vingt milles du fleuve , on trou- 

.sroient ouvert leurs portes , 6c lui voit une ville appellée Bam- 

auroient fourni tous les fecours byce , qui étoit aulîi appellée 

dont il avoit befoin. Il en auroit Èdeffe , & Hierapolis ou -ville fa- 

fait fes places d'armes , & il en crée , 6c par les Syriens Magog» 

auroit tiré toutes les commodi- La Déeflè Syriene Atargatis y 

iezneceilairesj pour pouïïer fes étoit particulièrement adorée, 

fuccès contre ce commun enne- Lucien dans fon traité de la 

-mi ; au lieu que par fon retour Déeffe deSyrie parle de ce tem- 

,&n Syrie,il perdit tous ces ayan- ple,comme du plus riche qui fut 

otages , & ce fut à recommencer. dansl'Univers,cardetoutesparts . 

T'ous les trésors <$ui étoient dans on y apportait des offrandes» 

F a 



44 C R A S S U £ 

voient fournir, & il les en exemptoit enfuite pour 
certaine fomrrre d'argent dont on convenoit , ce 
qui le rendoit vil & méprifable à tout le monde , 
& à ceux même qu'il favorifoit^ 
leprmtoprefae Le premier prelage , qu'il reçut de fon mal- 

t^Z^ mi ' heur, lui- vint de cette Deeffe même d'Hierapo- 

lis , que les uns difent être Venus, les autres 

Junon r & quelques-uns la Nature , la première 

caufe , qui de. l'humidité tire les principes & les 

femences de toutes chofes , & qui a découvert là 

fource de tous les biens qui arrivent: aux hommesi 

Gomme ils for toient de fon Temple , le jeune 

Crailus tomba à la porte > & fon père qui le fuk 

voit,f tomba Kir lui. 

jtmiajj'adem dn Dans le tems qu ir rafïèmbloit toutes fes trou* 

03 " M pes de leurs quartiers d'hyver, il lui arriva des 

Ambaflàdeurs du Roi des Parthes y Arface r qui 

lui expoferent en peu de mots leur commiffion. 

vifcovn de tes I^ S tai dirent , que fi cette armée étoit envoyée par les 

'Âmètfadem à Romains contre les Parthes, ce fer oit une guerre immôr- 
telle y qu aucun traité de paix ne terminer oit ? & qui ne 
finiroit que par la ruine total? des uns ou des autres 
Que ft, comme ils l'avoient oui dire) c étoit Craffus 
feuly qui 3 contre le gentiment de [a patrie. > & pour 
ajfouvir fin avarice particulière , avoit pris les armes 
contre eux 3 & étoit entré dans une de leurs Provinces- > 
h Roi leur maître vouloit bien ufir de [a modération en 
cette rencontre ) avoir pitié de la vieilleffe de Crajfus , & 1 
laijjer aller vies & bagues fauves les Romains > quil 
îenoit dans fis Etats, & qui étoient bien plutôt affiegez* 



G R A S S U S. 4 j 

àuatïlêg'eans. Cralîîis ne répondit à ce difcours que - - , . 
par une rodomontade , û leur dit > qu il leur jerott Amb*fî*d«mt p ar 
entendre fa réponfe dans la Ville de Seleucie. Surquoi le 
plus âgé desAmbafladeurs, nommé Vahifes y le 
prenant à rire & lui montrant la paume de fa main , 

ï • J* /"• rr ^1 ■* * * J -7/ Re'pcnfifiere d'un 

lui dit : Lrajjus 3 tu verras plutôt naître du poil dans ce des Ambajfadeun à 
creux de ma main , que tu ne verras Seleucie. crIjjks° montade ** 

CesAmbafladeurs fe retirèrent donc>& allèrent 
annoncer à leur Roi Hyrodes qu il falloit fe pré- 
parer à la guerre. Cependant quelques foldats 

t> > >/ r L U J J Rapport 'de <p& 

Romains s étant iauvez avec beaucoup de danger *»« ç Um E- 
des villes où ils étoient en garnifon dans la Me- TaZwlT™^ 
fopotamie^ allèrent annoncer à Craflus des choies 
très-capables d'inquiéter & d'allarmer; ils difbient 
qu'ils avoient vu de leurs propres yeux le nombre ef- 
froyable des ennemis & les grands &fanglans combats 
qu'ils avoient rendus aux attaques des villes qu on avoit 
prifes. Et comme c'eftla coutume des gens épou- 
vantez de groffir tous les objets pour les rendre 
plus terribles x ils rapportaient } que c* étoient des Grande ®> terrisU 
gens à qui on nepouvoit échaper quand ils pour fuiv oient , iX* ÏSiMïd* 
& qu'on nepouvoit atteindre quand ilsprenoient la fuite; *«■*&«* 
que les traits dont ih feferv oient 3 étoient inconnus , 
qu'on n'en avoit jamais vu de femblables , qu'ils étoient 
plus vîtes que les éclairs , qu'ils devançaient même la 

Ces x4mbaj[adeurs fe retirèrent- neral de ces Rois qui étoient 

donc , & allèrent annoncer à leur Arfacides, Se Orodes 3 ouHyro- 

Roi Hyrodes.'] Plutarque nom- des étoit le nom particulier de 

me ici Hyrodes ( Orodes) ce celui-ci. Il étoit fils' de Phraate 

Roi des Parthes qu'il vient de IL & étoit monté au trône, 

nommer Arface. C'efl à mon après avoir fait tuer Mithridàte 



avis qu' Arface étoit le nom ge^ fon frère aîné. 



F 'ùy 



46* CRASSUS. 

vuéj & qu ils avoient plutôt frappé & porté la mort 
qu'on ne les avoit vu partir. Que des armes , dont leur 
cavalerie et oit armée , les ojfenfwes perçoient tout fans 
que rien put leur refifler 3 & les défenfeves étoignt à 
T épreuve de tout & m pourvoient être fauffées, 

Ces difcours diminuèrent & rabattirent infini** 
orient le courage & F audace des foldats Romains., 
-qui s 5 étant imaginé que les Parthes fie differoient 
^n rien des Arméniens & des Cappadociens , 
.que Lucullus .s'etoit lalîe de mener battant , Se 
flatezque le plus difficile de cette guerre, feroit 
la longueur du chemin, & la pourfuite des enne- 
mis qui n oferoient jamais en venir -aux mains avec 
eux , voïoient contre leurs eiperances de grandes 
batailles $c,de grands dangers qui les attend oient. 
.Gwd fccourage- Ce découragement monta même à un tel point 

ment de L'armée de . \ r l • r\ CT • C V 

Qajr»s. que plulieurs des principaux Omcier-s turent d a- 

ms queCraflùs devoit s'arrêter là , & afTembler le 

ronfeil pour mettre encore en délibération toute 

Centreprife. De ce nombre étoit le Quefteur 

éttgmeyé.ïAr u Caffius. Les Devins même alloient difant lourde^ 

VeviL fmri d " ment que les fignes des victimes étoient toujours 

funeftes ., & que les facrifices de Craftus n avoient 

du ne fmt ) ama i s pu être reçus. Mais Craflus ne voulut 

James «visible* jamais les écouter, ni lui vre d'autres avis que ceux 

qui le prefToient de fe mettre en marche & de 

fe hâter. 

Ce qui le raffiirale plus , & qui le fortifia dans 
.cette penfée , ce fut l'arrivée d'Artavafde, Roi 

Ce fut l'arrivée d'Artavafde , Roy d'Arménie. ] Ce Roi eft apr 



C R A S S U S. 47 

d'Arménie , car il vint le joindre à la tête defix . .^A- viei * 

' i fotnare Crajjus avec 

mille chevaux ,- qu'on difok être feulement fès Ctx mille «*■»«"« * 

. -, o • î • • 1* '11 & lui promet un fi* 

gardes du corps, oc qui lui promit encore dix mille c»m çfo t ^<™- 

che vaux bardez de fer , & trente mille hommes de u 

pied, tous entretenus à fes dépens. Ce Prince 

eonfeilloit à Craffiis d'entrer dans le païs des Par- 

thés par f Arménie , car non-feulement fon armée 

feroit dans, l'abondance de toutes chofes qu'il 

fourniroit lui-même , mais, ce qui feroit en core- 

très-avantageux pour lui, il paîîeroit très-iure- 

ment & très-facilement , mettant devant lui de %* **{&&$ 

11 a 1 O •* 1 (T lui dtnner 

ongues chaînes de montagnes oc un pais boilu , 

très-difficile & prefque impraticable à la cavalerie 

qui faifoit toute la force des Parthes, Craflus le 

remercia allez froidement de fa bonne volonté , fuivlekZnflud'A^ 

& des magnifiques fecours qu'il lui ofîroit, & dit, uv ^ h - 

qu il pr endroit [on chemin par la Me fopot amie #ù ilavoiï 

laijje beaucoup de braves Romains. Cette réponle 

entendue , le Roi d'Arménie partit d'auprès de lui Anavafd& * *"** 

& retourna dans ks Etats. 

Craflùs s'étant mis en marche, comme il faifoit 

pafïèr fes troupes fur le pont , qu'il avoit drefTé 

furl'Euphrate près de la ville de Zeugma , voila J^uuTii 

tout-à-coup des tonnerres effroyables & d'affreux ^^ 

éclairs, qui donnent dans le vilage de fes foldats 

comme pour les arrêter. En même tems utx 

îiuage noir , d'où fortit un tourbillon impétueux 

/ \> ri 1 r/- 1 Horribles prefagei 

accompagne dune ioudre embralee , tomba ^mv^àcrajjHu 

ftWéArtavafde par les uns, Ar- par les autres,, ôc Ortoadifie par 
fttafdç OU Anvafds eyi Artabafe Juftiru 



■ 4 8 CRASSUS. 

fur le pont & en abbarit une partie. Le lieu 
où il devoit camper , fut frappé de deux coups 
de tonnerre , & un de fes chevaux de bataille le 
plus richement harnaché emporta fon Ecuyer , 
fe jetta avec lui dans le fleuve ? où il fut englouti > 
Se on ne le vit plus paroître» On dit aufli que 
l'aigle de la première compagnie , quand on vou- 
lut l'enlever pour faire marcher l'armée , fe tourna 
d'elle-même en arrière. Outre tous ces mauvais 
fignes , il arriva encore après qu'on eut pafle 
rËuphrate, qu'en diftrihuant aux foldats leurs 
Les tournes & ie vivres , on leur donna d'abord du fei & des len- 
fgneJfn^Zls &hs , que les Romains regardent comme funef- 
tomains. t es 5 & comme des marques de deuil , & qu'ils 

fervent par cette raifon fur les tombeaux des 
trépafjez. De plus comme Craflùs haranguoit les 
troupes y il lui échapa une parole , qui jetta le 
trouble & l'effroi dans l'efprit de tous les foldats , 

Tarde imprudente C2LÏ il dît y qu'il UVOît fait VOMpre k fOYlt y àflfl qU dUn 

tcUpée à craffus, cm tf eux n échappât; & quand il eut fenti lemau-* 

tryt confient Jb» f ïï *% * •*• , . 

.arpte. vais erret que cette parole lâchée Iji mconiiae- 

rément avoit produit dans l'armée , au lieu de 
la corriger , ou de l'expliquer pour rafiurer les 
timides , il la négligea par un efprit d'opiniâ- 
treté & de fierté. Enfin quand il fit le facrifice 
accoutumé pour purifier l'armée , le Devin lui 
ayant remis entre les mains les entrailles de la 

eillat'dfuvï^ victime, il les laifia tomber, #c voyant que tous 
ceux qui aiTiftoient à ce facrifice en étoient fâ- 
chez & allarmez, il fe prit à rire ; & dit; voyez 

V» 



Urne. 



C .RASSU S. 49 

■te que c'etl que de la vieillotte , mais les armes neme M »>?»'<< <'<'</'«"• 

2 J i JJ guérir la jrayeur que 

tomberont pourtant pas des mains. **»fm m 4etièmt> 

En même tems ii fe mit en marche le long de 
l'Euphrate avec fept légions de gens de pied, 
près de quatre mille chevaux , & autant de gens 
de trait <irmez à la légère. Il n'eut pas marché 
longtems , que fes coureurs qu'il a voit envoyez 
à la découverte, vinrent lui rapporter qui! ne a<w*« J*;*** 

• nr • fil J 1 rewi de CraJJùs, 

paroiiioît pas un leul homme dans la campagne ? 
mais qu'ils avoient trouvé des traces de beau- 
coup de gens de cheval, qui paroifloient avoir 
pris tout à coup la fuite ? comme il on les avoit 
poursuivis. 

Sur ce rapport Crafïusfe fortifia dans fes efpe- , Cr *0» s fif* te fi» 

-M- r 1 î \ r -r le rapport de fes -«ou- 

rances ^ oc les ioldats commencèrent a mepnler rem. 
les Parthes , comme des gens qui n'auroient 
jamais l'audace de les attendre , & d'en venir à 
un combat. Caffius ne laifîoit pourtant pas de lui 
reprefenter encore & de lui remontrer, qu'il de- s*ges.rmomanc* 
voit s'arrêter dans quelqu'une des villes ou il avoit gar- aljfJ 1 . l M 
nifon , pour laijfer repofèr & rafraîchir fin armée ? 
jufqu'à ce qu'il eut appris des nouvelles certaines des 
ennemis ; que s'il ne vouloit pas prendre ce parti 3 il 
falloit gagner Seleucte en côtoyant toujours l'Euphrate; 
cm les vaiffeaux de charge leur faciliter oient les vivres 
en fuivant toujours leur camp ? & marchant avec lui 
comme de conferve 3 & la rivière qu'ils aur oient tou- 
jours à leur droite , les empêcher oit d'être enveloppez s 
de forte qu'ils fer oient toujours en état de combat tm 
l'ennemi fans defavantage* 

Tome V, G 



yo crassus; 

Pendant que Crafiùs tenoit le Confeïl pour 

délibérer {ur cette propofition , un Capitaine 

d'Arabes , nommé Ariamnes , vint le trouver. 

C'étoit un homme plein de rufe & dé fraude , & 

crtfus fe uijfe l'on peut dire que de tous les malheurs ,• que la 

tromper par Ariam- _ x /T~ 1 1 1 1* "".'"■ 

-.m, capitale # a- fortune allembla dans ce moment pour 1 entière 
fugaS'ri n Ab! ruine de Craffiis, ce fut là le plus grand & le plus 
garus. entier. Quelques-uns des Officiers , qui étoient 

alors à l'armée ? & qui avoient autrefois fervï 
fous Pompée dans ce paï's-là , le connoiflbient & 
fçavoient qu'il avoit tiré de grands plaifirs de 
l'amitié de Pompée, & qu'il paflbit alors pour 
un homme très-affectionné aux Romains. Mais 
alors ce fourbe , gagné par les Capitaines du Roi 
des Parthes , fut lâché par eux & envoie à Craf- 
fiis , pour tâcher de le porter à s'éloigner de la 
rivière & des pais difficiles & boflus , Se de-là 
fe jetter dans ces plaines immenfes > où il pour- 
roit être enveloppé de tous cotez, car les Parthes 
ne penfoient à rien moins qu'à venir l'attaquer 
de front. 

Ce barbare donc étant arrivé dans la tente de 
Craflus , commença d'abord à louer hautement 
t . ^ „ Pompée comme ion bienfaiteur, car il étoit 
de ce traître. auiii éloquent que tourbe. Jiniuite après avoir 
admiré le bonheur de Crafîùs , d'être à la tête 
d'une armée fi belle & fi nombreufe , il le re- 
prit de ce qu'il droit la guerre en longueur 
en différant toujours & en confumant le tems 
en préparatifs, comme s'il avoit befo in d'armes., 



C R A S S U S. y T 

& non pas plutôt de mains & de pieds très-légers 
contre des ennemis , qui depuis longtems ne 
cherchaient qu'à enlever ce qu'ils avoient déplus 
précieux dans leurs meubles , & les perfonnes les 
plus chères , pour fe retirer au plus vite chez les 
Scythes , ou chez les Hyrcaniens. Mais quand 
même vous auriez à les combattre 3 ajouta-t-il > il 
faudrait d'autant plus vous hâter avant que le Roi s 
revenu de [on épouvante , eût raffemblé toutes [es 
forces ; car prefentement il jette au-devant de vous 
Surena .& Syllaces , qui font chargez de vous amufer 
& de vous .empêcher de le pourfuivre ; mais four lui il 
>eft fort loin j & ne par oîtr a nulle part. 

Tout cela étoit faux , car le Roi Hyrodes u Roi brodes 

mii r C f 1 partage [on armée 

avoit d. abord partage ion armée en deux; avec en £m. 
l'une il étoit entré dans l'Arménie qu'il rava- 
geoit, pour ie venger d' Artavafde , & il a voit 
envole Surena à la tête de l'autre contre les 
Romains, non point par aucun mépris pour 
£ux, comme quelques-uns l'ont voulu dire, car 
Hyrodes n'étoit pas affez ignorant ni allez infen- 
tfé , pourméprifer un Antagonifte comme Craf- 
ius , qui étoit un des premiers perfonnages de 
Rome , & pour trouver plus de gloire à com- 
battre Artavafde, & à faire le dégât dans l'Ar- 
ménie. Il eft au-contraire très-vrai-femblable que 
craignant le danger qu'il y avoit à aller fe pre- S a vk dam * 
fenter aux Romains , il prit le parti de fe tenir * ma & m 
au loin, pour attendre & voir ce qui arriveroit ? 
& qu'il envoya devant Surena pour tenter la 



p. C'RASSU'K, 

fortune du combat ,• & pour amufer les Romains-' 

Sknna, homme & les empêcher d'avancer. CarSurena n'étoit 

trh-confiderabieàu ^ un h ornme J u commun \y maïs en richefles>. 

Cent du Rey des L -1 / • 1 \ 

Embes en nobleile & en gloire , il étoit le premier après 

le Roi; en valeur, en prudence & en expérience 
pour la guerre, le premier des Parthes , & en 
beauté de corps & en bonne mine il égaloit ou 
lurpaflbit les mieux faits. Quand il marchoit en 
ta magnificence campagne y fon train feul étoit compofé de mille 

&fon tr<w>. chameaux qui portoient fon bagage , de deux 
cens chariots pour fes concubines , de mille cava^ 
liers tout couverts de fer , & d'un plus grand 
nombre d'autres plus légèrement armez; carde 
fes vaflàux ou de fes efclaves r il pouvoit faire 
jufqu'à dix mille chevaux. Déplus il avoit par fa 
Dr«v ^re^ww naiflànce ce droit héréditaire dans fa famille de 

sZj? maif °* de ceindre le bandeau Royal aux Rois des Parthes le 
jour qu'ils étoient couronnez. C'étoit lui qui avoit 
rétabli fur le trône le Roi Hy rodes, qu'on en 
avoit chalTé, & qui lui avoit conquis la ville de 
friUur de Surent. Seleucie , étant monté le premier fur les murailles r 
& ayant renverfé de fa main tous ceux qui s'op- 
poferent à lui. Quoiqu'il n'eût pas encore alors 
trente ans > il avoit déjà la réputation d'un 

De plus il avoit far fa. naijfan- dans les Cours de ces Princes 

ce le droit de ceindre le bandeau d'Orient,une fonction attribuée 

Royal aux Rois des Parthes le à un de leurs principaux OmV 

jour qu'ils étoient couronnez.. ] Ce ciers , & cela eft remarquable ' 

qui eft attaché aujourd'hui à que ce fût un droit héréditaire 

certains Prélats de facrer les dans la famille de celui qui. au 

Rois , Se de leur mettre la cou- étoit honorer 
ronne fur la tète > étoit alors 



CR A S SUS. J3 

homme de grand fens, de grande prudence/ & 
dont les confeils étoient furs ; Se ce fut princi- 
palement par-là qu'il ruina Craflus , qui d'abord 
par fa vaine audace & par fon orgueil , Se en- 
fuite par fa crainte & par l'épouvante Se rabat- 
tement où le précipitèrent fes malheurs, fe rendit 
très-aifé à furprendre. 

Alors donc le traître Ariamnes , après lui avoir 
perfuadé de s'éloigner des rives de l'Euphrate , 
le mena au travers de la plaine par un chemin 
d'abord uni Se facile, mais qui devint enfuite 
très-difficile par les fables profonds où il fe trouva &âtfù s engagé iam 
engagé au milieu d'une vafte campagne toute d -^ les H otdi ^ 
raie & d f une affreufe aridité , Se où la vue ne 
découvroit ni fin ni bornes , où Ton pût elperer 
de trouver quelque repos & quelque rafraî- 
chiiTement. De forte que fi la foif & la fatigue du 
chemin décourageoient les Romains , la vue les 
jettoit dans un defelpoir encore plus terrible , 
car ils ne voy oient ni près ni loin, le moindre 
arbre , la moindre plante > le moindre ruifleau , 
pas une feule colline ,- pas une feule herbe 
verte; ce n' étoient partout que monceaux de 
brûlantes arènes , comme les flots entaflez d'une 
mer immenfe, qui danscedefert enveloppoient 
& engloutifioient fes troupes. Tout cela en- 
femble devoit fuffire pour leur faire foupçonner 
qu'ils étoient trahis, & ils n'en dévoient plus 
douter après l'arrivée des couriers d'Artavafde. 
Ge Prince mandoit à Craflùs que h Roi Hyrodes d^clZlLlc^ 

Giij/ 



y 4 € RASSU S. 

0i» lui donner des lui étoit tombé fur les bras avec une greffe armée; que 
avis mies. fa g uene q U 'jl avoit à Contenir , l'empêchoit de lui 

envoyer lefecours qu'il lui avoit promis , mais qu'il lui 
confeilloit de fe rapprocher de l'Arménie , afin qu'Us 
puffent unir leurs forces contre leur ennemi commun ; 
'que s'il ne vouloit pas fiuivre cet avis , il ï f averti ffoit 
au moins d'éviter , fur tout dans fies marches & dans j es 
rampemens, les lieux ouverts & favorables à la cava- 
lerie y & de s'approcher toujours des lieux montagneux. 
Mais Craûus , emporté par fa colère & par fon 
arrogance , ne daigna pas lui récrire , ni lui faire 
la moindre réponfe, il dit feulement à fes couriers, 
Amante réponfe je n' ai pas le tems prefientement de p enfer aux affaires 

de Crajjus aux cou~ 7 A . /•/■>•. a • V • 

rysrs d'Anava/de. des Arméniens , bientôt j irai. en Arménie > &je puni- 
rai Artavafde de [a trahifion, 

Caffius fut très-fâché de cette réponfe , mais 

il cefla de donner davantage fes avis à Craflus , 

qui ne pou voit les fouffrir , & prenant ce fourbe 

cTAriamnes en particulier -, il l'accabla de maie- 

caijius acuité diâions & d'injures. O le plus ficeler at de tous les 

ImZZ le f owbe hommes , luixiit-il ^ quel mauvais Démon s 'eft emparé 
de toi , & fa conduit ver s nous ? Par quels breuvages, 
par quels enchantemens , par quels fiortileges es-tu venu 
à bout de perfiuader a Çraffus de jet ter fion armée dans 
ces défier ts infinis & dans ces abym.es de fables , Ô° de 
prendre un chemin plus convenable à un Capitaine de 
■voleurs Numides , qu'à un General des Romains ? 

Et je -punirai Artavafde de fa lui avoit promis , fans penfer aux 

trahifon.~] Il aceufe Artavafde raifons qui rernpêchoientde te- 

de trahifon , parce qu'il ne lui nir fa parole. 
,cnvoïojit pas les fecours qu'il 



CRASSUS, jf 

Le barbare , qui étoit homme fin, & qui fça- 
voit prendre toutes fortes de figures, s'humi- 
liant devant lui , Se lui parlant avec douceur , 
tâchoit de le rafîùrer, Se le conjuroit de fup- 
porter encore un peu de tems cette fatigue. 
Après quoi il alloit le long des files des foldats , 
& marchant avec eux il les confoloit , les for- 
tifioit, les aidoit, & leur jettoit quelques bro- 
cards ; car il leur difoit avec un ris moqueur, Mes ArUmnesfe nui 
amis y vous croyez marcher dans les campagnes riantes 1^-^ fembilnt % 
& délicieuses de la Campanie ; vous voudriez trou- les *>nfokn 
ver ici fans doute les fontaines y les ruijfeaux j les om- 
brages verds , les bains & les hôtelleries dont elle efl 
pleine , & vous ne vous fouvenez pas que vous tra-- 
ver fez les deferts > qui font les limites des Arabes & 
des Ajjyriens. Voilà comme ce fourbe confoloit 
& amadouoit les Romains , Se avant que fa tra- 
hifon fut entièrement découverte, il fe retira ^ 
encore fut-ce du confentement de Cralîùs même 
qu'il trompa en le quittant , car il lui fit entendre u mmpe encore 
Se lui perfuada qu'il alloit travailler pour lui , ^ '" fi ™ h 
en jettant le defordre Se le trouble parmi fes 
ennemis. 

On dit que ce jour-là Crafïùs aulieu de pa- 
roître en public avec fa cotte-d'armes rouge 9 
comme ceft la coutume des Généraux Romains y 
parut avec une robe noire , & que s'en étant 
apperçu d'abord, il alla la changer. Les porte- 
enfeignes ayant voulu prendre leurs enfeignes 
pour partir ; eurent beaucoup de peine à arracher 



f6 C R A S S U S. 

les bâtons qui les foutenoient, & qui étoient 
comme enracinez dans la terre ; de quoi Craiîus 
ne faifoit que rire, & les hâtoit de marcher,, 
contraignant fes gens de pied d'aller auffî vite que 
fà cavalerie. Sur cela quelques-uns des coureurs 
qu il avoit envoyé battre feftrade , revinrent & 
m^Tcraf" e ° u ~ apportèrent qu ils avoient donné dans un corps 
dts ennemis; que leurs camarades avoient été 
tuez ; que pour eux ils s' étoient fauvez feuls avec 
beaucoup de peine , & que toute l'armée des 
Parthes , qui étoit très-nombreufe & pleine 
de fierté & d'audace , venoit inceflàmment les 
attaquer. 
mffiifii&defifée Cette nouvelle jetta le trouble & la confier- 

de Crafjus à la. nou- .• 1 1 /~\ (T C 1 

jveiu de ïa^roçhe nation dans tout le camp. Crailus en tut plus 
des Parthes, troublé que les autres ; la hâte & l'effroi , où il 
étoit , ne lui laiflànt pas l'entière liberté de fon 
efprit y il mit fes troupes en bataille. D'abord il 
fuivit le fentiment de Caflius , il étendit le plus 
qu'il put fon infanterie , pour lui faire occuper 
un plus grand terrein , & pour ôter aux enne- 
mis la facilité de les envelopper, & jetta toute 
fa cavalerie dans les ailes ; mais enfuite il changea 
■Ordre de haaiUe d'avis , & ferrant fon infanterie, il en fit un corps 
io crajjus. j e b at:a ill e quarré qui faifoit face de tous cotez , 

Se dont chacun des cotez prefentoit douze co^ 
hortes de front. Chaque cohorte avoit près d'elle 
une compagnie de chevaux , afin que chaque 
partie de ce bataillon pût être foutenuë à propos 
par la cavalerie; & que tout le corps en étant 

également 



CRASSUS. 57 

également remparé, chargeât avec plus de fureté 
& d'audace. Il donna l'une des ailes à Caffius 5 
l'autre à fon fils le jeune Craflas, Se fe mit au 
centre. Ils avancèrent dans cet ordre , & arri- 
vèrent fur le: bord d'un ruiiîeau , appelle Balifîus , 
qui n étoit pas fort grand , Se qui n avoit pas beau- 
coup d'eau y mais qui ne laifîa pas de faire un très- 
grand plaifir à les fbldats, tantà caufe de l'extrême 
iechererîe & de fexceffive chaleur qu'il faifoit 5 
qu'à caufe de la grande fatigue qu'ils avoient efr 
fiiyée dans cette longue & pénible marche au 
travers de ces arides iablons. 

La plupart des Officiers étoient d'avis quil JS&tfZ-' 
falloit camper en cet endroit, & y parler la nuit ? 
pendant laquelle ontâcheroit, autant qu'il feroit 
poffible, d'avoir des nouvelles des ennemis, & 
quand .on.auroit fçu leur nombre & leur ordon- 
nance ^ dès le lendemain matin on iroit les atta- 
quer. Mais Crafiùs , felaifFant emporter à la fou- Graniejmpndenu. 
gue de fon fils , & à celle de la cavalerie , qu'il 
çommandoit, qui le préfixaient de les mener à 
l'ennemi, donna ordre que ceux qui voudraient 
repaître , repuflènt debout chacun dans fon rang s 
& fans leur donner le tems d'achever , il fit mar- 
cher , & les mena , non au petit pas 3 Se en leur 
faifant faire despaufes, comme on a accoutumé 
défaire marcher des troupes quand on les mené au 
combat , mais rapidement Sç tout d'une haleine 9 
jufqu à ce qu'ils découvrirent les ennemis , qui 
contre leur .attente ne leur parurent ni en fi grand 
Tome V. H 



y8 CRASSUS. 

nombre , m C terribles qu'on leur avoit dît , car 
stratagème de Su- Surena avoit ufé de ce ftratagême , il avoit caché 

™™ chantcontre la plupart defes bataillons derrière les premiers 
corps avancez, & pour les empêcher d'être 
apperçus à l'éclat de leurs armes , il leur avoir 
ordonné de les couvrir avec leurs hocquetons ou 
avec des peaux. 

Quand ils furent en prefence & prêts à charger* 
le General n eut pas plutôt fait lever le lignai de 
la bataille , que toute la campagne retentit de cris 
épouvantables & d'un bruit affreux. Car les 
Parthes ne s'excitent point au combat avec des 
Efpece de tambours cornets ou des trompettes ; mais ils ont quantité 

m»/'™™ 1 * 1 " d'inftrumens creux couverts de cuir, & environ- 
nez de fonnettes d'airain , lur lefquels ils frappent 
en même tems , & le bruit que font cesinftrumens 
eft un bruit lourd & terrible qui paroît mêlé du 
rugiffement des bêtes féroces, & de l'éclatant 
fracas du tonnerre , ces barbares ayant fort bien 

u^ceM&tl obfervéque de tous lesfens , tome eft celui qui 

ie phs d'iwprejjion trouble le plus l'ame , qui émeut le plus vivement 
toutes fes paffions , & qui fait fortir le plus promp- 
tement l'homme hors de lui-même. 

Comme les Romains étoient étonnez & ef- 
frayez de ce bruit , les Parthes jettant tout à coup 
les couvertures de leurs armes , leur parurent tout 
en feu par le grand éclat de leurs cafques & de 

„ , _. . leurs cuiraffes , qui étoient d'un acier Margien , 

T)*ni la Margiane , 14 i i /- l • 1 

très d* mont Taumt, plus etincelant que les rayons du foleil, & par 

il y avoit des mines i . j n o J V • • J 1 1 > 

d'ixcdunt ad er . celui du reroede 1 airain dont leurs chevaux étoient 



CRASSUS. j9 

bardez. A leur tête paroifToit Surena, beau ', bien 
fait , d'une taille avantageufe, & d'une réputation 
de valeur beaucoup plus grande que ne promet- 
toit fa beauté efféminée. Car il fefardoit à la façon surenafefarAok i 
desMedes, &portoit comme eux les cheveux Ufaçon desMedci - 
frifez & mi-partis , au lieu que les autres Parthes 
les portoient encore à la manière des Scythes 9 
tels que la nature les donne , fans en avoir aucun 
foin , pour en paroître plus effroyables. 

D'abord les Barbares vouloient charger les Ro- 
mains à coups de piques pour tâcher d'enfoncer 
£>u d'entrouvrir les premiers rangs > mais ayant 
yû de près la profondeur de ce bataillon quarré fi 
ferré 9 fi uni , & où les hommes étoient fi fermes 
& fe foutenoient fi bien les unsjes autres ? ils le 
retirèrent auffitôt en arrière , failant femblant de r *f VaT , th r et J ont 

„ Jemblant de je dijper- 

fe dilperfer & de rompre leur ordonnance; mais fr» & enveloppent 

1t% - ' r £" 1 • / l « \ tûUt d'un coup le% 

es Komains turent bien étonnez de voir tout a troues. de crajjm. 

coup leur bataillon envelopéde tous cotez. Dans 

Imitant Crafrus ordonna à fes gens de trait & à 

fon Infanterie légère de les charger , mais ils 

n'allèrent pas bien loin , car accablez d'une grêle 

de flèches 9 ils furent obligez de fe retirer & de le 

mettre A couvert fous leur Infanterie pefamment 

Car il fe far doit à. la façon des paremment il faut entendre qu'il 

Medes. ]j Voici un beau titre mettoit fur fon vifage quelque 

pour certains hommes effeminez couleur , comme nous voïons 

que nous voïons encore aujour- que font aujourd'hui les Perfes. 

d'hui qui mettent du rouge com- Ils croient que c'eil de la gran- 

me des femmes. Un General des deur de fe peindre la barbe & les 

Parthes , un General très-brave, ongles ; cela paroifToit horrible 

très-vaillant fe farde $ mais ap- aux Romains. 

H ij 



<«ra» 



év Cl AS SU S. 

armée. Ce fut là le commencement du trouble & ':"■ 
de l'effroi quand on vit la roideiïr & la force de 
ces flèches contre lefqu elles il n'y- a voit point 
d'armes à l'épreuve ■, & qui perçôient également" 
tout ce qu'elles frappoient. Les Pârthes ie fépa*- 
rant > fe mirent de tous les cotez à tirer de loin tous 
enfemble en même tems fans prendre de vifée 
certaine pour tirer jufte , car le bataillon des Ro^ 
mains étoitfi ferré , qu'ils ne pouvoient manquer 
d' àilener leur coup quand même ils l'auroient 
voulu; &ils portoient des coups effroyables ? SC" 
faifoient des blefïures très-profondes , tant à caufe 
la fenedes fledm de laforce & du poids de leurs flèches , qu'à caufe 

des Parthes , G* la j i -, oJIfl *1 "l* / t 1 

grandeur de km de la grandeur oc de la flexibilité- de leurs arcs T - 
qui par leur fouplefB joignoient prefque leurs deux 
bouts quand on les tendoit , & par leur grandeur-' 
donnaient une fi grande étendue à la corde r - 
qu emploïant toute la longueur de la flèche y elle 
la chafToit avec une impétuofité & une roideur 
que rien ne pouvoit foutenir. 

Les .Romains étoient donc par-là en très-mau- 
fais termes ; s'ils demeuroient- fermes dans leurs? 
rangs ? ils.-étoient mortellement blefïez<, & s'ils en 1 
fortoient pour aller chercher l'ennemi , ils ne pou-* 
voient lui faire aucun dommage ,■ & en étoient 
également maltraitez. Les Pârthes prenoient la 
fuite devant eux? & en fuyant ils tiroient tou- 
jours? car ce font les peuples du monde qui font* 
le plus agilement cette manœuvre après les Scy-- 
thés ; ce qui efttrès-fagement imaginé, puifqu eiv 



CHAS SU S. 61 

fuyant ils fauvent leur vie , & qu'en combattant sag* mv m i on & 
ils ôtent à la fuite ce qu'elle a de honteux. * mr m tmbmm > 

Tant que les Romains purent efperer que ces 
Barbares > après avoir épuiié toutes leurs flèches , 
cefïerofent de combattre , ou qu ils en viendroient 
aux coups de mains , ils fe foutinrent , Se fuppor^ 
terent leurs'mâux avec fermeté. Mais quand ils fè 
furent apperçus qu'à la queue des bataillons il y o* i<$ ejc*érm K 
avoir des chameaux chargez de flèches , où ceux- 
qui avoient déjà employé les leurs ? en alloient 
prendre de nouvelles en faifant le tour > alors Craf- 
fus ne Voyant point de fin à fes mifères , envoya 
ordre à fon fils de tâcher à quelque prix que ce 0r ^ e ?«« &4«^ 

£>~ J • • J 1 • 9.-1 i>_ envoyé àfiinjihi. 

tut de joindre les ennemis avant qu il tut entière-- 
ment enveloppé, carc'étoit lui principalement" 
qu'une des ailes de l'armée désParthes chercliok à 5 
tourner pour le prendre à dosv 

Le jeune Craflus prenant donc treize cens che- ~ Le /**** Cra f^ 

j .i . .f| *-<« • r* r- • • e xecute cet ordre, & 

Vaux , dont il y en avoit mille que Celar lui a voit >« ^u»i 
donnez ? cinq cens archers-& huit cohortes de ron- * 
dachers > qui étaient le plus à fa portée , il s'éîàr- : * 
git, Se prenant le tour, il alloit charger ceuxquï . 
îâchoient de l'envelopper. Mais ceux-ci, foity 
comme quelques-uns l'ont dit , qu ils craigniflèni:? 
Se qu'ils vouluffent éviter le choc d'une troupe fi 

Mais ceux-ci ,foit , corâme quel- que certainement quelque chof® : 
ques-uns Vont dit , qu'ils -vouluffent qu'on ne peut fuppléer 3 que par 
éviter le choc d'une troupe fï ferrée, y- le fecours de meilleurs marnai- 
Le texte paroît corrompu en cet crits; j'ai fuivi le fens qui fe 
endroit a car que veut dire îW prefente le plus naturellement» 
«R0?cty{««e»y çyTvxôyrtç^ Il man- " 

H iïj 4 



m arrivai 



compagnons du jeune 
Crajjus 



62 CRASSUS. 

ferrée , & qui mar choit en fi belle ordonnance, ou 
que leur deflein fat d'attirer le jeune Crailus le 
plus loin qu'ils pourroient de fonpere, fe mirent 
MttMHwe des d'abord à tourner bride Se à s'enfuir. Le jeune 

Pannes a l'approche -, . . - C £ -i 

d» jeune Crajjus. Cranus criant alors de toute la torce , ils ne nous 
attendent point, poufla à : eux à bride abbatuë. Il 

ga£Tï7rnh& avoit aveclui Cenforinus & Megabacchus , .celui- 
ci célèbre par fon courage & par fa force, & Cen- 
forinus diftingué par fa dignité de Sénateur & par 
fon éloquence. Us étoienttous deux amis particu- 
liers du jeune Crafius ? & à peu près de même âge. 
La Cavalerie s'étant donc débandée à pour- 
fuivre F ennemi , les gens de pied fe piquèrent de 
ne pas demeurer derrière ., & fuiyirent d'un pas 
égal , portez par leur bonne volonté & par la joye 
que leur donnoit Fefperance de la victoire. Ils 
croyoient fermement avoir vaincu, & ne faire 
que pourfuivre , jufqu à ce que s étant fort éloi- 
gnez de leur gros , ils reconnurent la fraude, car 
ceux qui faifoient femblant de fuir , tournèrent 
tête y Se une infinité d'autres le joignirent à eux 
pour fondre fur les Romains. Ce que voyant le 
jeune Çraflus , il arrêta fa troupe, dans fefperance 
que les ennemis , les voyant en fi petit nombre , 
vien droient les charger à coups de main; mais ces 
Barbares fe contentèrent de leur oppofer leur ca-* 
valerie pefamment armée , & débandèrent fur eux 
leur cavalerie légère , qui caracollant tout autour , 

Et Megabacchus. ] Il n'y a nom efl corrompu , ce n'eft pas 
perfonne qui ne voye que ce un nom Romain. 



C R A S S U S. 63 

Se les environnant de tous cotez fans les joindre > 
les accabloient de flèches, & en remuant juf qu'au 
fonds ces monceaux de fable , ils excitoient une 
pouffiere fi épaiffe que les Romains ne pouvoient 
ni fe voir , ni fe parler , & que fe reffèrrant en un 
petit efpace, & fe prerTantles uns contre les autres, 
ils étoient en butte à tous les traits , & mouroient 
d'une mort qui n'étoit ni facile ni prompte. Car 
fe fentant déchirer les entrailles & ne pouvant 
fupporter la douleur , ils fe vautroient <& fe rou- Etathornbùoàfe 

1C \ C \ \ ini ?-1 • trouvent les troupes 

oient iur leiabie, avec les neches quils avoient <fc ;e «» e g-^/ 

dans le corps, & expiroient ainfi avec des tour- 
mens horribles , ou tâchant d'arracher de force les 
pointes à crochets recourbez , qui avoient péné- 
tré au travers des nerfs & des veines , ils déchi- 
roient encore davantage leurs plaies , & augmen- 
toient leurs douleurs. 

La plupart moururent dans cette détrefîè \ 8c 
ceux qui reftoient encore en vie , n'étoient pas 
plus en état d'agir; car le jeune Craffus les ex- 
hortant d'aller charger cette cavalerie bardée de 
fer , ils lui firent voir leurs mains coufuës à leurs 
boucliers , & leurs pieds percez de part en part , & 
clouez à terre ; de forte qu'il leur étoit également 
impoffible de fe défendre & de s'enfuir. Se met- _ . . , 

1 ^1 a ir î • -11 Grande valant Ah 

tant donc a la tête de la cavalerie , il chargea i*™* &4 i «- 
vigoureufement cette Gendarmerie couverte de 
fer , fe mêla fièrement dans fes efeadrons , mais 
avec un grand defavantagé , tant pour l'attaque 
que pour ladéfenfe; car fes gens avec des jave- 



<j 4 CRASSUS. 

Unes foibles & courtes , donnoient contre âe^ ' 
cuiraffes d'un acier excellent? ou d'un cuir fort 
dur, au lieu-queiesBarbaresayec de bons & forts 
épieux donnoient fur les corps des Gaulois qui 
Les Gaulois eUent étoie-nt nuds !:î ou légèrement ami ez. jC'étpient 
les troues fur je/- j es tr0 upes aufquelles le jeune Craflus avoit le 

quelles le jeune Craf- : " 1 ' * o 3/ ■ U "\ C ' 

jussafuroitiepius. plus de confiance 5 oc c eto-it avec elles ^qu il rai* 

ioit.des exploits merveilleux. v Car ces Gaulois 

Leur gmni eo»- empoignoient jk belles ; mains les épieux des 

**&• Parthes, <& les joignant au. corps j jtls les colle- 

toient & les tiroient de deffiis leurs chevaux à 
terre où ils demeurpient fans pouvoir fe remuer 9 
accablez fous la pefanteur de leurs armes. Il y en 
a. voit plufieursqui abandonnant leurs chevaux > le 
glirToient fous ceux des ennemis & leur perçoienc 
le ventre avec -leurs épées. Ces chevaux effarou- 
chez par la douleur ., bondiffoient, fe cabroient, 
& renverfant leurs maîtres , ils les fouloiçnt aux 
pieds pêle-mêle avec les ennemis 9 & tomboient 
rnorts far les uns & fur les .autres. 
Les Gadois pt» JVXais ce qui travailloit le plus les Gaulois , ce* 

i'Sw^tpk.'ia chaleur & la fpif , car ils n étoient pas 
accoutumez à les fùpporter ; ils perdirent auffi la 
plupart de leurs chevaux , qui courant de vîtelîe 
contre cette cavalerie pefamment armée , s'enfer- 
roient eux-mêmes dans leurs épieux? Ils furent 
donc forcez de fe retirer vers leur infanterie , 8c 
d'emmener le jeune Crailus ? qui fe trouvpit fort 
mal de fes bleffiires. 

Chemin faifant ils virent aflèz près d'eux une 

butte 



C R A S S U S. 6$ 

butte de fable affez élevée, où ils fe retirèrent. Us 
attachèrent les chevaux au milieu , Se firent tout 
autour une enceinte de leurs pavois pour fe re- 
trancher, efperant que cela leur aideroit beau- 
coup à fe défendre contre les Barbares. Mais il en 
arriva tout autrement ; car dans un lieu uni les Mw**ge ?<*'«* 

\ i • o 1 *" troupes ùoflees fur 

premiers couvrent les derniers, oc leur procurent ««««,■»*«,*«,/« 
quelque relâche, au lieu que fur cette colline &"' *"'*"• 
l'inégalité du lieu faifant paroître les uns au- 
defïus des autres , & découvrant davantage celui 
qui étoit derrière , les offrait tous aux coups ; de 
forte que ne pouvant fe dérober aux flèches que 
les Barbares décochoient continuellement fur 
eux , ils en étoient tous également atteints , & 
ils déploroient leur malheureufè deftinée , de ce 
qu'ils periilbient ainfi miferablement fans pouvoir 
fè fervir de leurs armes , & faire fentir leur va- 
leur à leurs ennemis. 

Le jeune Craflus avoit avec lui deux Grecs de 
ceux qui s'étaient établis en cette contrée dans 
la Ville de Carres. Ils avoient nom , l'un Hiero- confeu^ deux 
nymus, & l'autre Nicomachus. Ces deux hom- j^gf* M 
mes , touchez de le voir en cet état , le prefloient rr1 .,, . . 

' * L Ifcijr.es , ville de La, 

de fe dérober avec eux , & de fe retirer dans la M^oumie , »*» 

•11 _PTf" 1 • • 1 /TV 1 • 1 loin ae l'Euphrate i 

ville dllchnes, qui avoit embraiie le parti des e iu #«# *#*z- 
Romains, & qui n' étoit pas fort éloignée. Mais il /eeIchnes - 
répondit , qu'il n'y avoit pas de mort fi cruelle dont la ■ faZlt^ '^ 

Car dans un lieu uni. ] Il y a t£ ôfx'offe } îl faut lire comme dans 
une faute confîderable dans le un manuferit à> yfy y§ t« opaxS, 
texte , car que fîgnifie cv j$u $ car dans un lieu uni. 

Tome K I 



66 CRASSUS. 

crainte pût l'obliger à abandonner tant de braves geni 
qui mouraient pour Y amour de lui. Il leur ordonna de 
fe fauver ., cfe en les embraflant il les congédia. 
Pour lui , ne pouvant fe fervir de fa main y qui 

n/e fah tuerptr ^ tolt tra verfée d'un trait 7 il ordonna à fon Ecuyer 
f » Ecuyer. de le- percer de fon épée , & lui prefenta le flanc. 

On dit que Cenforinus mourut auffi par une main 
empruntée > & que Megabacchus fe tua lui-même 
de la propre main ; tous les autres principaux 
Officiers fe tuèrent de même y & ceux qui réfu- 
tèrent, furent tuez en combattant avec beaucoup 
de valeur. 

Les Parthes ne firent qu'environ cinq cens 

tes Barham tm prifonniers , Se après avoir coupé la tête du jeune 
coymt la ûu. Craiïus, ils marchèrent à l'inftant contre fon père * 
dont les affaires étoient en cet état : après qu'il eut 
ordonné à fon fils de charger les Parthes > & qu'on 
lui eut annoncé qu'ils étoient errdéroute,& qu'on 
les pourfuivoit vivement y & qu'il eut vu d'un 
autre côté que ceux > qu'il avoit en tête > ne le 
preflbient plus avec tant d'ardeur , car la plupart 
étoient allez avec les autres contre le jeune Craf- 
fus , il reprit un peu courage y & rafTemblant fon 
armée > il la retira en arrière fur un coteau , efpe- 
rantquefon fils alloit bientôt revenir de fa pour- 
fuite. 

De tous les meflagers , que fon fils lui avoit 
envoyez pour lui apprendre le danger où il étoit 3 
les premiers étoient tombez entre les mains des 
Barbares , qui les avoient égorgez ; il n'y eut que 



Horrible état de 
Crafjy.s à la nouvelle 
dit dan? er oit était 
fon fils, 



CRASSUS. 6> 

les derniers, quis'étant fauvez avec beaucoup de 
peine, arrivèrent auprès de lui, & lui annon- 
cèrent que fon fils étoit perdu s'il ne lui envoy oit 
très-promptement un puiflànt fecours. A cette 
nouvelle Craflus fe fentit déchiré par une foule 
de paillons , & faraifon fut tellement obfcurcie -, 
qu'il n étoit plus capable de rien voir ni de rien 
entendre. D'un côté la crainte de tout perdre , & 
de l'autre le defir de revoir fon fils ., le portoient 
à l'aller fecourir. 

Dans cette refolutlon il donna ordre enfin à 
fon armée de marcher. Mais dans ce moment les 
Parthes, qui reviennent de la défaite du jeune 
Craflus , arrivent avec de grands cris & des chants 
de viétoire qui les font paroître encore plus ter- 
ribles ; en même temps les tambours & les tym- 
bales rempliflent l'air de leur fon effroyable , & 
retentiflent aux oreilles des Romains , qui voyent 
bien que ce bruit leur annonce un nouveau com- 
bat , & les Barbares portantla tête du jeune Craflus 

btîi > 1 V o 1 ^-et Sarhares in* 

out d une lance , s approchent d eux , oc les f»i te m u$ Romains 

infultant avec une infolence pleine de moquerie , ™ t l *J a ZTe^alnt 

ils leur demandent quelle eft la famille, & qui ^ho^imefi^. 

font les parens de ce jeune homme; car il n eft pas 

pojpble , difent-ils , qu un jeune homme fi courageux & 

d'une valeur fi brillante , fait le fils d'un père auffi lâche 

& aujji timide que Crajfus. 

Ce Ipeclacle abbatit plus le courage & les 

forces des Romains , que tous les autres maux 

4ont ils fe voy oient accablez. Car il n'excita point 



68 C R A S S U S. 

en eux ce feu de la colère ? qui anime le defîr de 
la vengeance , comme il convenoit , mais il les 
remplit d'une frayeur & d'une crainte qui les gla~ 
codage & fermeté cerent. Cependant Crafîus montra dans ce mal- 
tfd£! dans m ^ur plus de fermeté & plus de courage qu il n a- 
voit encore fait, car parcourant les rangs il alloit 
Difcoun q» 3 n tient criant : Romains , c' efl moi feul que ce deuil regarde, 
La grande fortune de Rome & fa gloire font entières 
& demeurent invulnérables & invincibles tant que 
vous ferez debout. Que fi vous avez quelque compafiiow 
d 3 un père > qui vient de perdre un fils 3 dont vous admi- 
riez la valeur , faites laparoîtrepar votre colère & par 
votre reffentiment contre ces Barbares y ravivez-leur 
cette joye infolente _, punijfez leur cruauté , & ne vous 
laiffez point abattre à mon malheur. C 3 eft une neceffité 
que l'onfouffre quelque échec quand on afpire à de gran- 
des chofes. Lucullusn a point défait Tigrane > ni Scipion 
le grand Antio chus , qu il ne leur en ait coûté du fang. 
Nos ancêtres ont perdu mille vaiffeaux fur les côtes de la 
Sicile ,* ils ont perdu en Italie beaucoup de leurs Géné- 
raux & de leurs meilleurs Capitaines , & pas un d'eux 
par fa défaite >ne les a empêchez de vaincre leurs vain- 
queurs: Car ce nefl point par les faveurs de la for- 
tune que les Romains font montez à ce haut degré de 
puiffance , mais par leur patience & par leur courage y 
en fe roidiffant contre les adverfitez. 

Par ces difcours Crafîus tâchoit de ranimer & 

de fortifier fes troupes, mais il ne trouva prefque 

Ttrfonnen'eftranu- perfonne qui les écoutât volontiers, & qui reprît 

mi** c,difc« m , courage , & ayant ordonné qu on jettât le cri du, 



CRASSUS. 69 

combat , il découvrit le dernier découragement 
de fon armée; car le cri qu elle jetta , fut foible , Le cri de r*m& 
petit, inégal, timide, au lieu que celui des enne- ^f^J^ 
mis fut très-fort , très - éclatant & également 
ferme & brave. L'attaque étant donc commen- 
cée , la cavalerie légère des Parthes fe répand fur 
les ailes des Romains , & les prenant en flanc , 
les accable de flèches , pendant que leur gen- 
darmerie les attaquant de front à grands coups de 
lances , les oblige à fe refTerrer en un gros , hors 
ceux qui pour prévenir les flèches , dont les attein- 
tes caufoient une mort douloureufe & longue, 
eurent le courage de fe jetter fur eux en defef- 
perez. Non qu'ils leur fiffent beaucoup de mal r 
mais ils tiroient cet avantage de leur audace ■> 
qu'ils mouroient très-promptement des larges & 
profondes bleiîuresqu ils recevoient; car les Bar- 
bares leur pailoient leurs lances entières au travers 

1 1 • j o î C La raideur- dex 

du corps avec tant de roideur oc de rorce , que C0Hfs de i ance 2 «e- 
fouvent ils en enfiloient deux d'un même coup. P enoia * îss *«- 

i bares. 

Après avoir combattu ainfi le refte du jour , l'a 
nuit venue les Barbares fe retirèrent, difant, qu'ils 
xtecordoient à CrajTus cette nuit feule afin qu'il la donnât 
À pleurer [on fils , à moins qu'il ne trouvât plus expédient 
depenfer à [es affaires x & qu Un aimât mieux aller vo- 
lontairement vers Arface , que d'y être traîné. Et ils 
campoient en prefence de l'armée Romaine , dans 
la ferme efperance que le lendemain ils en au- 
roient bon marché, & qu ils acheveroient de la, 
défaire* 



jo CRASSU S. 

-remue mit fm Cette nuit là fat terrible pour les Romains. Ils 
les Romain. ne penfoient ni à enterrer leurs morts ^ ni à panfer 
leurs blefTez , dont la plupart mouroient dans des 
douleurs horribles. Chacun ne faifoit que déplorer 
les propres malheurs , car ils voyoient bien tous 
qu'ils ne pouv oient échaper, foit qu'ils, attendit- 
fent le jour dans leur camp, foit qu'ils fèhalardaf- 
fent pendant la nuit à fe jetrer dans cette plaine 
immenfe où Ton ne voyoit point de fin. D'ailleurs 
leurs bleiîez leurfaifoient beaucoup de peine pour 
ce dernier parti ; car de les emporter c'étoit un 
embarras qui retarderoit extrêmement leur faite , 
& de les laiflèr , ils ne manqueroient pas par leurs 
gemiffemens & par leurs plaintes de découvrir leur 
évafion. 
comp4ion & Quoiqu'ils fçufîent bien tous que Crafïùs feul 

Mineur des foldats / • i r i 1 1 • i 

four Crajim. etoit la came de tous leurs maux 5 cependant ils 
fouhaitoient tous de voir fon viiage & d'entendre 
fa voix. Mais lui , couché àterre à l'écart dans un 
lieu obfcur , fans lumière , & la tête couverte de 
fon manteau il prefentoit pour les ignorans & 

cfsfmibLÏdàens pour les fous un grand exemple de l'inftabilité de 

II prefentoit pour les ignorans vrent-quel'înconftance de laper- 
ez powr les fous un grand exemple tune , comme û c'étoit elle , qui 
de l'inftabilité de la Fortune , & par fon caprice , eut changé le 
pour lesfages & bienfenfez,. ~] Plu- bonheur en malheur. Mais les 
tarque reprefente admirablement fages & les fenfez pénètrent plus 
ici le différent effet que pro- avant; ils vont jufqu'à la caufe, 
duifent fur l'efprit des hommes & ils voient que cette prétendue 
ces terribles accidens. Lesigno- Fortune eft très-innocente , & 
rans & les fous , qui ne s'arrêtent que ces malheurs font l'effet de 
<£u'à ce qu'ils voyent ; n'y décou- la témérité & de l'ambition. 



C R A S S U S. 71 

ïa Fortune 5 & pour les fages & bien fenfez , un produifetit/ w ^n» 

exemple plus grand encore des pernicieux effets " 10mmei ' 

de la témérité & de l'ambition , qui faifoient qu'il 

ne pouvoit fournir de n'être pas le premier & le 

plus grand parmi tant de millions d'hommes , & 

qu'il croyoit que tout luïmanquoit , & qu'il étoit 

le dernier de tous , parce qu'il y en avoit deux qui rJÏZtn, ^* **' 

lui étoient préferez. 

Oétavius, un de fes Lieutenans* & Caffius 
s'approchèrent de lui > & voulurent le faire lever , 
le confoler & lui redonner courage ; mais le 
voyant entièrement accablé fous le poids de fa 
douleur , & rebelle à toutes leurs confolations & 
à toutes leurs remontrances, ils appellerent les 
Tribuns ? les Centurions , & les chefs des bandes, 
tinrent un confeil fur le champ, & tous ayant 
été d'avis qu'il falloit partir , on fit lever le camp 
fans fe fervir de trompettes. Cela fe fit d'abord r C T^ % ***"** 
avec un grand filence. Mais enluite les malades 
& les bleilez , qui ne pouvoient fuivre , fèntant 
qu'on les abandonnoit , remplirent le camp de 

Et qu'il étoit le dernier de tous , élevéAman au-defïus de tous les 

parce qu'il y m avoit deux qui lui Princes de fa Cour , & pojiiitfo.- 

étoient préferez.. ] Telle efl la na- Hum ejusfuper omnes Principes quos 

ture des ambitieux, non-feule- habebat, Efth. in. 1. Et le îeul. 

ment deux hommes feuls qui leur Mardochée , qui ne flechiiîbit 

feront préferez , mais un ïeul qui pas le genou devant lui, le defe£* 

leur rèfufera l'honneur & le ref- peroit & l'empêchoit de fentir 

peft qu'ils prétendent, les em- toute la grandeur dont il étoit 

péchera de fentir la joye de fe revêtu. Il dit, cumh&c omniaha- 

voir élevez au-deifus de tous les beam, nihil me habereputo,quamdiu 

autres , ëc la corrompra entière- videroMardochœumJudœumfedçn^ 

ment. Le Roi AlTuerus avoit tem ante fores regias.v*.ip 



4tvec 



7* C R A S S U S. 

tumulte 8c de confufion , avec des cris , des hur- 
lemens & des lamentations horribles , tellement 
que les corps, qui marchaient les premiers, en 
forent faifis de trouble & d'effroi , dans la penfëe 
que c'étoient les ennemis qui venoient les atta- 
quer. Ainfi revenant fbuvent fur leurs pas , & le 
remettant enfuite en bataille , ou s'empreflànt à 
charger lur des bêtes de fomme les bleffez qui les 
fuivoient , & à décharger ceux qui étoient moins 
malades , ils perdirent beaucoup de tems. Il n'y 
igutiusfe fauve e t q ue tïQ fe œm cnevaux q ue conduifoit Igna- 

>ec trois cens eue- J. ' y O 

vaux. tius, qui ne s'arrêtèrent point, & qui arrivèrent 

, ^ , à la ville de Carres fur le minuit. Ignatius appelle 

Au-dejfous du pont - . t . / . A j 

je VEnphrate , vis- en langage Romain , les gardes qm etoient lurles 
teism^oiiu murai n es; quanc j ^ i ui eurent r épondu, il les 

chargea d'aller dire à Coponius , qui commandoit 
dans la place, queCraflus avoit donné un grand 
combat contre les Parthes , & fans leur en dire 
davantage , ni leur apprendre qui il étoit , il 
pouffa droit au pont que Craiïus avoit fait iur 
ï'Euphrate , Se fauva fa troupe par ce moyen ; 
igtuamt hUmé ma i s il f ut blâmé de tout le monde d'avoir aban- 

avec rai/on. J C A 1 

donne Ion General. 

Cependant ce mot qu'il avoit jette à ces gardes 
en parlant , afin qu'ils le diffent à Coponius , lut 
très-utile àCraflus; car ce Gouverneur, conjectu- 
rant lagement que la grande hâte de cet inconnu 
& l'obfcure brièveté de fon difeours étoient une 
marque fare qu'il n'a voit aucune bonne nouvelle 
À lui annoncer , ordonna fur l'heure même à la 

garni fon 



C R A S S U S. 73 

garnifbn de prendre les armes. Et fi-tôt qu il fut 
averti que Cr anus avoir pris ce chemin, ilfortit 
au-devant de lui & le conduifit lui & fon armée 
dans la ville. Les Parthes, quoique bien informez; 
de fa fuite , ne voulurent pas le poursuivre la 
nuit , mais le lendemain matin ils entrèrent dans le 
camp , égorgèrent tous les bleflez qu'il y avoit 
laiifez au nombre de quatre mille , & leur cava- 
lerie s'étant débandée dans la plaine après les 
fiayards , elle en reprit un grand nombre , qu elle 
trouva égarez ça & là. Un des Lieutenans de 
Crafîus, nommé Barguntinus s'étant leparé la nuit 
du gros de l'armée avec quatre cohortes, manqua 
{on chemin , & fut trouvé le lendemain fur une 
colline par les Barbares qui l'attaquèrent. Il fe dé- r4*»A f&&»& 

r \- t I 1 • r •! & nm > m des Lieu- 

tendit avec beaucoup de valeur, mais enfin il tenons de aajjus. 

fut accablé par le nombre , & tous fes gens furent 

tuez, excepté une vingtaine , quil'épée à la main r rin & h ?" me { f* 

t- . ■*- i r* r* i f ont J our FePée <* l& 



eft 

main au travers 



fe jetterent en defefperez au travers des ennemis ™* 
pour le taire jour. Les Barbares turent h étonnez 
de cette audace, que pleins d'admiration ils s'ou- 
vrirent & leur donnèrent paflage ; ils arrivèrent 
heureufement à Carres. 

Dans ce moment on donna à Surenaunefaufle 
nouvelle , que Craffus s'étoit fauve avec ce qu'il 
avoit de plus braves gens, & que les troupes qui 
s'étoient retirées à Carres , n'étoient que des mi- 
lices ramaflees , qui ne valoient pas la peine qu'on 
les pourfuivît. Surena croyant donc avoir perdu 
le prix de fa victoire, mais en étant pourtant 
Tome K jfc 



74 C RAS S US. 

encore incertain , & voulant en fçavoîr la vente: 
afin defe .déterminer ouà faireib fiége de Carres r 
fi Craflus y étoit encore >• ou à le pourluivre r s'il en? 
Swma.tnvoye m £ to j t f ort î j[ dépêcha urede les trueHemens qui 

truchement- a 'Carres ' ~ 1 or 

fropofer une confe- parloit parfaitement les deux langues * oc lui or~ 

rence à Crajfrn feur *j % , TJ *11- J /^ Cl~ 

ic jww/w donna de s approcher des murailles de Carres > oc 

enfefèrvant du langage Romain >d ? âppellèrCra£~- 
fus mênre> ou Caffius r & de dire que Surena de— 
mandoit à avoir avec eux une conférence* 

Le truchementayant exécuté cet? ordre,- celai 
, fut d'abord rapporté à Craflus qui accepta avec 

Crajfus -accepte la . L L r .. _. t x \ .*:; . 

$fpjiiiom j oy e cette propoiition; Feu de tems après il vint: 

de la part desBarbares quelques foldàts Arabes quk 
GonnoiUbient de vue Craflus Se Caffius r pour les 
avoir vus dans le camp ■avantlà.bataillesCès foldats; 
s'approchèrent de là place r Se ayanr vu Caffius 
fur les.muraïlles r ils lui dirent > que Surena étoit dif- 
poféâ. traiter avec eux r & à leur donner la liberté de, 
fe retirer r à condition qu ils demeurer oient- amis duJRok 
fon maître.y<&r au ils. lui. abandonner oient la Me fopota- 
mie , que celaparoijjbit expédient pour les uns <&pour. lez 
autres ^plutôt que d*en venir à la. dernière extrémité. 
caijius y donne- Caffius y donna les mains, & demanda que Ton 
convînt promptement du tems & du lieu de cette 
entrevue entre Surena & Craflus. Les Arabes l'af- 
furerent qu'ils y alloïent travailler^ le quittèrent*. 
Surena r ravi de tenir ces gens en lieu où il pou- 
voit les affieger >. mena dès le lendemain contre 
eux lesPartheSj qui leur parlèrent d'abord avec 
la dernière infolence^ & leur déclarèrent que fr 



f.HjJi les mains. 



C R A S S U S. 7y 

les Romains vouloient recevoir d'eux quelque 
compofition favorable, il falloit avant toutes 
chofesqu ils leur livraflent entre les mains Craflus 
& Caffius pieds & poings liez. Les Romains forent 
très-indignez de cette fupercherie , dirent à Crat 
fus qu'il falloit renoncer aux longues & vaines 
eiperances du fecours des Arméniens , & lui dé- 
clarèrent que fans perdre un moment il falloit 
p enfer à la faite. Oeft ce qu'il et oit très-important 
qu'aucun des Carreniens ne fçût avant le moment 
de l'exécution. Mais Andromachus, le plus per- 
fide des hommes, en fut informé le premier, & 
ce fut Craflus lui-même qui lui en fitîa confidence 
Se qui le choifk pour fon guide. 

Les Parthes ne tardèrent donc pas à être aver- -infcu t>**PM 
tis de point enpoint de toute la refolution des Ro- lAnd * maslm * 
mains par î'entremile de ce traître. Mais comme 
ee n'efl: pas leur coutume de combattre la nuit , & 
que cela n'étoit pas même facile^ Craflus ayant 
pris ee tems-là pour partir , ce déloyal, pour em- 
pêcher qu'ils ne puflent avancer chemin, & mettre 
les Parthes dans l'impuiflànce de les atteindre , 
imagina, cette deteftable rufe , de les mener ** dete M^ *ȣ 

O i . A Q f 0Uf empêcher Crtf 

tantôt par un chemin , tantôt par un autre , et fa d'ébaper, 
enfin de les engager dans des marais profonds & 
4ans des lieux coupez de grands foflez où l'on 
avoit beaucoup de peine à marcher, & où il falloit 
faire plufieurs tours & détours pour fe tirer de ce 
labyrinthe. 

Il y en eut quelques-uns qui fe doutant que ce 

Kij 



C R A S S U £ 

riétok pasàbon deffein qu'An dromachus les fài- 

feit ainfr tourner & retourner, refuferent enfin de 

caffm reprend u \ Q f u i vre & Caffius lui-même reprit le chemin de 

chemin de Carres. \ r . Al 

Carres, ht iurce que îesgmdes qui étoient Arabes , 
lui eonfeilloient détendre que la lune eût paffé 
le figne du Scorpion , il leur répondit ., mais fé 

BQ*no:drl»L . & 77. V c ■ • 0^ 1 a r 

crains encore plus celui du sagittaire , et natant la: 
marche il fe fàuva dans' l'A-flyrie avec cinq cens 
chevaux. La plupart des" autres , qui eurent des 
guides fidèles, gagnèrent les pas des montagnes 
Très dmtigre., où appeliez Sinnaques , & le mirent en fureté a van? 

U j a une ville qui *, • -\ • a 1 • a 

&rtec*.»m.- lepoint du jour , oc ces derniers pouvoient etre ; 
environ cinq mille \ qui étoient conduits par un 
homme de bien nommé Oétavius. 

Pour Craffiis , le jour le iurprit comme il étroit" 
encore embarraiTé par la mfe du perfide Andro- 
niachus dans ces lieux marécageux & difficiles. l£ 
avoit avec lui quatre cohortes de gens de pied 
armez de rondaches , peu de cavalerie , Se cinq 
Licleurs qui portoient devant lui les faifeeaux* 
Enfin il regagna le grand chemin après beaucoup 
dé travail Se de peine , îorfque les ennemis étoient 
"***'" déjà far lui Se qu'il n'avoit plus que douze ftades 
pour joindre la troupe que conduifok Oétavius, 
Tout ce qu'il put faire , ce fut de gagner prompt 
tementun autre fommet de ces montagnes moins 
impraticable à là cavalerie , Se par conféquen? 
beaucoup moins lïir, quiétoit fous celui des Sin~* 
naques , auquel il s'alloit joindre par une longue 
éhsîne de montagnes qui rempliffoit tout l'inœr- 



CRASSUS. 77 

tralle qui l'en féparoit. Oétavius voyok donc tout Beiu «&'«» go*- 
a plein le danger qui menaçoit Crafîus ; il defcen- tavu 
dit le premier de ces hauteurs avec un petit nombre 
de fes gens pour l'aller fecourir , mais il fut bientôt 
fuivi de tous les autres , qui, fe reprochant leur 
lâcheté , volèrent à fon fecours. En arrivant ils 
chargèrent fi rudement les Barbares, qu'ils les 
obligèrent à s'éloigner du coteau. Eniuite ils . rjJ 

z-\ rr •!• V î • C •r Les {oldats mettent 

mirent Craiius au milieu d eux , oc lui iaiiant corn- e f a Jr™ «» «&« 

i i i i. .i j. r d'eux pour lui fervir- 

nie un rempart de leurs boucliers, ils dirent iiere- de r ^m. 
ment que jamais flèche ennemie n'approcherob 
du corps de leur General , qu'ils n'euiïènt f tous 
mordu la pouffiere autour de lui jusqu'au dernier r 
en combattant pour fa défenfe. 

Surena voyant donc que les Parthes , déjà re- 
butez , alloient plusmollement à l'attaque , & que 
fi la nuit iurvenoit, & que les Romains gagnafîent 
les montagnes > il lui feroit impofTible de les pren- 
dre, il eut recours à larufe pour abufer Craflùs.* si&aà-avema^ 
Il fit lâcher fous main quelques prifonniers, après" ^rtwwfcp^' 
avoir apofté tout autour d ? eux plufieurs de fes fol- 
dats , qui faifant femblant de s'entretenir enfem-»' 
Me , difoient, comme un bruit gênerai de l'armée^ 
que le Roi ne vouloit point avoir une guerre im^ 
mortelle avec les Romains,- mais au-eontraire> 
qu'il, vouloit acquérir leur amitié & leur donner 
des marques de fa bienveillance,- en traitant Crat 
fus avec beaucoup d'humanité. Et afin que les* 
effets répondiiîent aux paroles , dès que les pri-' 
feœiers durent lâcher ; -lés Barbares fe retirèrent. 

K iij 



78 CRASSUS. 

du combat, & Surena s'avançant painblement 
avec les principaux Officiers vers le coteau , fou 
arc débandé^ & tendant la main. ? invita Cralîùs à 
venir parler d accommodement. Il dit tout haut , 
vifem .mmpeur » ue \ e Roi fin maître leur avait fait éprouver fa force 

de Surent é»X Ra- .*, .„? . . v f fT / i r 

maint. & Ja pwjjançe malgrejm , reauu a la necejjite de je 

défendre > mais que prefsntement il vouloit leur faire 
connoitre fa douceur & fa bonté , & leur donner des 
marque^ de fa bienveillance en leur accordant la paix s 
Ù* en leur donnant la liberté de fe .retirer avec une en* 
tjere fureté, de fa part 

us troues de & a f. ^es^oupesde Crafjus prêtèrent très-volontiers 

f oreille a ce difcours de Surena^ & en témoi- 

crafîm i^défe, ornèrent une extrême ioye. MaisCraflùs, qui n'a- 

CT nfitfe de l ecot*~ ,<->'\ . . f r / n 1 o v 

ter, <yoit jamais ete quetrompé par ces Barbares , oc a 

qui ce changement fi prompt étoit fort fufpecl:., 
parce qu'il lui paroiiToit hors de toute raifon , ne 
iVouloit point y entendre , & délibérait avec fes 
amis.Mais fes foldats fe mirent à crier & aie preflêr 
d'aller. Enfiiite ils en vinrent aux outrages & aux 
injures -, jufqu'a Taccufer de lâcheté en lui r-epro*- 
ses troues iem- chant, qu il les expo f oit à la boucherie en les faifant 

portent contre lui. f * , . » V ' i • i .» ' • 

combattre contre des .ennemis avec le f quels il n avoit pas 
même la hardieffe d'aller s' aboy cher quand ils par viffoient 
djevant lui fans armes. 

Craiîïis eut d'abord recours aux prières , & 
leur remontra qu'en continuant de fe foutenir le 
refte du jour dans ces hauteurs & dans ces lieux 
-difficiles qu'ils occupoient , ils pourraient fefauver 
«les que la nuk ferait venue, il leur montra mlmgj 



CRASSUS. 75? 

ïe chemin, & les exhorta à ne pas trahir ces elpe- 

rances d'un falut prochain. Mais voyant qu'ils o#« fmi ?*? 

s'irritoient, qu'ils étoient prêts à fe mutiner , Se f"f olàats d '," lUr A 

'l r * * cette entrevue. 

qu'en frappant leurs armes de leurs épées, ils 

alloient jufqu'à le menacer ; alors craignant cette 

émeute il commença à defeendre ,• & fè tournant 

il dit feulement ce peu de mots : Otlavius } & toi % vifiomû &*&* 

Petronius 3 & vous tous Officiers & Capitaines Ko- * " 

mains 3 qui êtes ici prefensy vous voyez laneceffité qui 

me force de prendre ce chemin que je voulois éviter > & 

vous êtes témoins des indignitez & des violences que je 

foujfre.. Mais quand vous ferez retirez en fureté > dites- 

à tout le monde que Crajfus a péri par la tromperie d& 

fes ennemis x fans avoir été abandonné par fes Citoyens. 

Mais Oétavius & Petronius n'eurent pas la force: 

de le lainer defeendre feul > ils defeendirent le 

eôteau avec lui ., & Craflus renvoya fes Licteurs r 

qui vouloient le firivre. 

Les premiers que les Barbares envoyèrent au 
devant de lui ,. furent deux Grecs Meftifs , qui -c^-fÀ .*«$ 
étant deicendus de cheval , le ialuerent avec urï fimm B&hr* . 
profond refpec~t> & lui dirent en langage Grec r 
quil navoit qu'à, envoyer quelques-uns des fiens auf^ 
quels Surma ferait voir que lui & fa troupe venoient 
fans armes avec toute forte de bonne fou Mais Craffiis 
leur répondit, que pour peu dé compte qu'il eût fai& 
de fa vie , il ne fer oit pas venu fe remettre entre leurs 
mains. Et il envoya deux freresyappellezRofcius 3 
pour fçavoir feulement fur quel pied on devoir 
iraiter , & quel nombre on dévoie être» 



go C RAS SU S. 

Surena faiiant prendre ces deux frères , les re* 

tint ; & s' avançant à cheval fuivi des principaux 

Officiers de fon année , dès qu'il apperçut Crafîùs : 

Orteil h s*rtna, Qu'efl-ce que je voi ? dit-il: quoi, le General des 

& -noble reponfe de ^T . s i . J , . , \ 1 -* i r\ > J • 

çrajjus. Komains a pied: & nous a cheval ! HJu on lut amené un 

cheval au plus vite. Craffiis répondit , au il n'y avoit 
point .de leur faute à l'un ni a l'autre s'ils venoient a une 
entrevue , chacun À la manière de leur pays. Oh bien 3 
repartit Surena , ily a dès ce moment un traité de paix 
<fa* d'alliance entre le Roi Hyrodes & les Romains > 
mais il faut en aller drejfer & figner les articles far les 
rives de l'Euphrate, car vous autres Romains,, ajouta- 
t-il , vous ne vous fouvenez pas toujours de vos con+ 
vendons. En même tems il lui tendit la main. 
Craffiis voulut envoyer chercher un cheval, mais 
Surena lui dit, qu'il n'en é toit pas befoin. 3 & que h 
Roi lui faif&it prefent de celui-là. 

A Tinftant on lui prefenta un cheval, qui avoic 
un frein d or, &les Ecuyers du Roi, le prenant 
par le milieu du corps, le mirent deûus , Tenvi^ 
«Si/" ,Er donnèrent & commencèrent à frapper le cheval 
pour le hâter de marcher. Oâavius fut le pre- 
mier qui , choqué de ces manières , prit le cheval 
par la bride ; il fut fuivi de Petronius qui corn- 

: Quefi-ce r que je voi ? dit-il., 6c CrafFus qui fent bien l'arro- 
ejuo't , le General des Romains à gance cachée fous cette fauife 
pied ! & nous, à cheval ! ~] Ce politefîè , la repouffe fort noble- 
barbare par fierté & par or- ment par far éponfe, qui lui fait 
gueil s'imagine que Craffus eft entendre qu'il vient à pied, par- 
venu à pied par humilité , & ce que telle eft la coutume de 
g>our lui marquer -plus de refpe&i fon pays, 

mandoiç 



suy 



OSîavius eft tué. 



un Marthe. 



CRÀSSUS. 8r 

tnandoit mille hommes , Se enfuite de tous ceux 
qui l'accompagnoient, qui fe mirent tout ài'en- 
tour pour tâcher d'arrêter le cheval , Se de faire 
retirer par force ceux qui preflbient trop Craflùs. 
D'abord on fe pouffa avec beaucoup de tumulte 
& de defordre , enfuite on en vint aux coups. 
Oélavius \ tirant fon épée , tua un palefrenier d'un 
de ces Barbares. En même tems un de ceux-ci 
donna un grand coup d'épée à Octavius par der- 
rière & le renverfa mort fur la place. Petronius , 
qui n'avoit point de bouclier , reçut un coup dans 
la cuirafle, Se fauta de fon cheval à terre fans 
être bleffé ; & Craflûs fut tué dans ce moment &$* % 
par unParthe nommé Pomaxaithres. Il y en a qui 
difent que ce fut un autre qui le tua , Se que ce fut 
lui qui lui coupa la tête & la main. Mais tout cela 
fe dit plutôt par conjecture que par aucune con- 
noiflance certaine de la vérité. Car de tous ceux 
qui étoient prefens , les uns furent tuez en com- 
battant autour de Craflùs , Se les autres s' étoient 
retirez de bonne heure fur le coteau. 

Les Parthes les y fui virent bientôt , & leur 
dirent que Craflus avoit porté la peine due à 
Ion infidélité, mais que pour eux, Surena leur 
mandoit qu'ils n'avoient qu'à defeendre avec 
confiance , & qu'il leur donnoit fa parole qu'il 
ne leur feroit fait aucun mauvais traitement. Sur 
cette parole les uns defeendirent Se fe livrèrent 
entre leurs mains, Se les autres profitèrent de la 
nuit, Se fèdifperferentçà& là. Mais de ces der~ 
Torne V. L 



% % CRASSUS. 

niers il y en eut fort peu qui fe fauverent > tous: 
les autres pourfùivis le lendemain , & chaflez par 
les Arabes , furent repris & parlez au fil de Fépée^ 
timhre des Ro- On dit qu il mourut en tout dans cette occafîon 

mains qui furent me^ . «Il 1 o >'\ V 11 

ou faiu prifomders t» vingt mille nommes > oc qu il y eut dix mille pn- 

cette occafion. ç 

ionniers. 
s«rena envoyé à Surena envoya l'a tête & la main de Cralîus au^ 
^L°nt l &%T U ^'°* Hyrodes jufques dans l'Arménie. Et en même 
tems il dépêcha partout des eouriers pour ré- 
pandre la nouvelle qu il menoit Craflùs vivant 
pmpe hwufcpe dans la ville deSeleueiej&prépara une pompe bur- 

ie s^ena m g»ifida lefque , qu il appellok par infùîte &par dérifion 
moment. p.-'l -n • r -r • -i r 

Jon triomphe., r armi les priionniers il en trouva un 

appelle CaïusPaccianus, qui refîèmbloit parfai- 
tement à Craflùs. Il l'habille d'une robe à la bar- 
bare y le drefle à répondre à ceux.quiTappelloiènt. 
Crajjus ou General*. & en cet équipage il le fait 
marcher à cheval à la tête des troupes. Devant 
lui marchoient des trompettes & desHuifliers qui; 
portaient des faifceaux de verges & de haches y 
tous montez fur deschameaux. Aux verges et oient 
pendues des bourfes vuides^& aux haches étoient 
fichées des têtes de Romains fraîchement coupées. 
Et après lui marchoient des courtifanes de Seleu- 
cie> toutes excellentes muficiennes 9 qui chan- 
toient des chanfons pleines de brocards & de 
plaifanteries fur la mollene efféminée ? & for la. 
lâcheté de Craflùs. 

Cette pompe bouffonne étoit pour amufer le 
peuple ? & pour lui fervir de divemffement. 



<j R A S S U S. 83 

Mais ce quife pafla en particulier , fut plus ferieu^. 

Surena non content de cette farce , affembla le surma *ffmiu u 

Sénat de Seleucie , & produifit devant lui les f 7,n r ° ur ltti pro ~ 



duire des livres ob- 

li vr es obfcen es d Ariftide, appeliez les Milefiaques , fie**s trouve^ dans 

&, e 1 >, \ C C rr * . le ba*a*a d'un Of- 

ce n etoit pas la une choie luppolee pour noir- /«■«. iw». 

cir les Romains; ces livres avoient été véritable- 
ment trouvez dans le bagage de Ruftius , & don- 
nèrent à Surena un jufte iujet de fe moquer d'eux , 
& de les décrier comme des infâmes > qui à la 
guerre même n'avoientpas la force de s'empêcher 
de faire & de lire de ces abominations. 

Quand Surena eut bien déclamé contre ces H & *%<*»** *? 

Y% • * 1 o 1 o Sénateurs de Seleucie 

mœurs Romaines > il parut aux Sénateurs de Se- /«. ««« ata** & 
leuciequ Efope étoit un homme bien fàge d'avoir Surena * 
<Jit que tous les hommes portoient unebeface ; que dam 

Etptoduifit devant Utiles livres débauches abominables qui s'e- 
obfcenes d'Ariftide , appeliez, les toient paiTées à Milet. 
Milefïaques. ] Voici un General Dans le bagage de Rufiius. ~\ 
<ies Parthes , qui pour décrier les Cet Officier eft inconnu. A la 
Romains & les rendre ridicules , marge de l'exemplaire de M. Bi- 
produit un livre obfcene qu'on got, je vois qu'il a lu v'aitmits. 
avoit trouvé dans l'équipage de Rofcius ; c'en; peut-être un de 
d'un Officier Romain ; cela me ces deux frères dont Plutarquea 
paroît remarquable, & mérite déjà parlé, 
quelque attention. CetArirtide II parut aux Sénateurs de Se* 
étoit un hiftorien de Milet; il leueie, qu'Efope étoit un homme 
avoit acquis beaucoup de repu- bien fage. ] Jamais cette fable 
tation par une hiltoire qu*il avoit d'Efope n'a été mieux appliquée 
faite des chofes qui s'étoient qu'à ce Surena. Il voyoit l'in- 
paffées en Sicile -, par un traité famie de cet Officier Romain , 
de ce qui étoit arrivé en Italie , qui lifoit de ces livres abomina- 
-& par une hiftoire de Perfe , mais blés , & il ne vo'rôit pas les abo- 
li fe deshonora par fes Milefia- minations qu'il commettoït lui- 
ques, où il avoit écrit les avan- même, en fe plongeant dans 
=tures galantes, ou plutôt les toutes fortes de voluptez. 

Lij 



ï>urena. 



84 CRASSUS. 

la poche de devant ils mett oient les défauts de leur pro- 
chain, & dans celle de derrière leurs propres défauts., 
Car ils voy oient que Surena avoit mis dans le de- 
vant de fa beface ces impudicitez Milefienes , & 
dans le derrière les délices & les voluptez qu'il 

Tmm infâme de traînoit après lui x & qui faifoient qu'au milieu du 
pays des Parthes y on croyoit trouver une autre 
Sybaris ; car il étoit fuivi d'une infinité de cha- 
riots quiportoient fes concubines y & tout l'attir 
rail que ce train, demande necelîairement , de 

a qui rejfemhioit forte que fon armée reflembloit proprement aux 

'darwe de Sunna, • o C 11 o 1 

vipères oc aux ierpens^, appeliez Scytales ; car 
fa tête étoit furieufe & épouvantable , elle ne. 
prefentoit que lances, que piques,, que javelines, 
que dards , que chevaux de bataille , & la queue 
en étoit très-ridicule; car ce n'étoit que courti- 
fanes , qu'inftrumens de mufique ,. que ehan- 
fbns , que feftins, que nuits pailees en diflblu- 
tions & en débauches avec ces proftituées. Je ne 
nie pas que Ruftius ne méritât d'être blâmé ; mais 
il me paroît que ces Parthes étoient bien impu- 
dens de fè récrier fi fort fur ces diflblutions Mile- 

On croïoit trouver une autfeSy- méritât d 'être blâmé. ~\ Plutarque. 

ba.ru. ] Sybaris ville de la Luca- ne pouvoit pas manquer de. 

nie au bas de l'Italie ; c'étoit le condamner la corruption de cet 

fiége du luxe & de la molleffe. Officier Romain ; mais outre 

Ses grandes profperitez & la. qu'il y avoit de l'injuftice à 

grandeur , à laquelle la Fortune juger de tous les Romains par 

1. avoit élevée^laplongerent dans la débauche d'un feul, ce n'é- 

toutes fortes de débauches & toit, ni à Surena ni aux Parthes 

-d'abominations , qui cauferent à tant blâmer ces corruptions, 

-çnfin fa perte. Milefienes, puifque c'étoit à des 

Je ne me cas que Rufi'ms ne corruptions femblables qu'ils de-- 



C R A S S U S, 8y 

fienes, eux qui dans la famille des Arfacides 
avoient. eu plufieurs Rois qui venoient de ces 
courtifanes d'Ionie & de Milet. 

Pendant que ces chofes fe pafToient , le Roi 
Hyrodes avoit déjà conclu la paix avec Arta- 
vafde , & il venoit de faire le mariage de la fœur Maru& d<.? aC a- 
de ce Roi d'Arménie avec fon fils Pacorus. Ce ToiiZmmtT 
n'étoit donc entr'eux que fêtes Se banquets , 
qu'ils fe donnoient les uns aux autres , & où ils 
faifoient touj ours entrer quelques divertiflèmens , 'itiJéàfymm u- 
tirez de tragédies Grecques. Car le Roi Hyrodes &S îutoZ 
m et oit pas ignorant dans la langue des Grecs, & <*»*« <w«a 
il avoit lu leurs livres; & le Roi Artavafde avoit 
fait en Grec des tragédies, des traitez & des hiC-. 
toires , dont une partie efl: venue jufqu'à nous. 

Pendant ces réjoùiflances, Sillaces , qui port oit , j nive ' e deSill(tce ^ 
la tête de Craiius , arriva un loir aux portes du o^« «»« u me 
Palais, les tables n'étant pas encore levées., & 
dans le moment qu'un Comédien nommé Jafon , » excellent a c ~ 
natif de la ville de Tralles , excellent Aéteur ""fr^m*- 

'■ rsatoit des morceaux. 

pour le tragique, récitoit quelques morceaux «<« **«*<*«« «f**- 
de la tragédie des Bacchantes d'Euripide , & les 
avantures tragiques de Penthée & de fa mère 

volent plufieurs de leurs Rois ; on voit dans la fuite que lesGar- 

eette réflexion de Plutarque efl des par l'ordre du Roi font af- 

trè.s-fenfée. feoir à table Sillaces , ou fi l'on 

Les. tables n'étant vas encore le- retient la leçon du texte , les ta* 

vies. ] Il faut ajouter dans le blés venoient d'être levées , il faut 

texte la négative , eUptip/Aevee/ i$p entendre qu'on avoit deffervi les 

in Mo-ay a/ IpaTre^*/ , les tables n'é- viandes , & qu'on étoit au fruit , 

toientpas encore levées. On n'é- ce qu'on appelloit la féconde 

toit pas encore forti de table, car table. 

L iij, 



CRASSUS. 

Agave. Comme tout le monde étok dans Fadmi« 
■ration, Sillaces entre dans laïalle, adore le Roi, 
& jette à fes pieds la tête de Craffiis, En même tems 
les Parthes le mettent à battre des mains avec 
<le grands cris & de grandes marques de joye. 
Les Gardes font afïeoir Sillaces à table par ordre 
du Roi , & alors Jafon , donnant à un des per- 
fonnages du chœur les habits de Penthée, <lont 
il étok revêtu , & prenant ceux d'Agave , il 
J? f ecei ^ tsi r prit entre fes mains la tête de Craflùs, & avec 

fait de la tête de l ' 

craf»s, &rappii~ l a fureur d'une véritable Bacchante, plein d'en- 

cation beureufe des -, n r -*1 1 -1 •* A A 

vers des Bacdmn^s thouUalme U chanta cet endroit , ou Agave , 
d'Buripde. revenant des montagnes, & portant au bout 

de fon thyrfe la tête de Penthée, quelle croit 
celle d'un jeune lion , dit , Nous portons de la mon- 
tagne ce Monceau , que nous venons de tuer > nous 
apportons dans le Palais cette heureufè chajfe. 

Ces vers réjouirent toute la compagnie, & 
comme on continua de chanter la luite où Aga- 
ve Se le choeur fe répondent, Se où le choeur 
demande , qui l'a tué > qui efl-ce qui l'a frappé la pre- 
mière ? Se Agave répond , ceft à moy que cet hon- 
neur -efl dû 3 alors Pomaxaithres {élevant, car il 
étok encore à table, voulut prendre la tête des 






Et ou le chœur demande, qui Xo- T/ç à fiaXÎifct tpparet yt\ 
l'a tué . ? ] Ces mots du texte ris A?\ e'/aov Iph to yipaç.. 
êpôveua-ÉV , ne font qu'une glofe Le chœur. 

du texte d'Euripide qu'il faut Qitïeft la première qui? a frappé ? 
rétablir ici, & remettre comme Agave. 

il y a dans Euripide , c'eft le Cefi à moi , cefi à moi que Phon- 

chœur qui parle. neur en tfi dit 



C RAS S US. 87 

mains de Jafbn, difant que c'écok à lui à chan- 
ter ces vers plutôt qu à cet Acteur ? puifque 
c'était lui qui avoit tué Craflus. 

Le Roi ayant pris plaifir à ce débats fitàPo- 
maxaithres le prefent que la loi du pays ordon- 
ne de faire à ceux qui ont tué le General des en- 
nemis,. & donna un talent à Jafon; Se voilà r 
dit-on, quelle lut Tinuë de l'expédition de Crafr 
fus y elle finit comme une véritable tragédie par 
une pièce ridicule y qu on appelle Exode. Mais la &«* w*^b <$ 

1 1. • 1 > • 1 t» • pellée TLxoàe* 

vengeance divine ne tarda pas a punir le noi 
Hyrodes de fa cruauté > & Surena de fa perfidie» 



Loi des Partîtes qnè 
regloit le prefent 
qu'on devait faire à 
celui qui avoit tué le 
Gêner al des ennemis. 



Elle finit comme une •véritable 
tragédie far une pièce ridicule , 
qu'on appelle Exode. ] Les ai>- 
ciens Romains avoient des far- 
ces , qui étoient appellées Sa- 
tires , que Ton chantoit & que 
l'on danfoit , & où les fpe&a- 
teurs «Scies acleurs étoient joiiez 
indifféremment } mais avec de 
certaines bornes & fans bleffer la 



car comme les fujets de ces farces 
n'étoient pas fuivis , elles pou- 
voient fe féparer. Enfin on les 
referva pour la fin des tragédies,, 
furtout des tragédies appellées 
Atellanes , & on changea leur 
nom de Satires en celui d'Exo- 
dia , d'Exodes , ç'efl-à-dire d'If- 
fues, parce qu'on les joiioit à la 
fin de ces tragedies,comme nous 



Loi.Ces Satires furent en vogue jouons aujourd'hui nos farces, 

pendant deux cens vingt ans Mais ce qu'il y a de bien remar- 

jufqu'àLiviusAndronieus, qui quable , c'eft ;que les Âcleurs 

eut le courage de faire de veri- jouoient ces farces fous le même 

tables tragédies à la manière des mafqùe » & avec les mêmes ha- 

Grecs. On goûta fifort ce fpec- bits qu'ils avoient dans la trage- 

tacle 5 que les Satires furent aban- die , & en continuant les mêmes 

données pendant que les Poètes perfonnages <Sc les mêmes rôles ; 

jouèrent eux-mêmes leurs pie- & c'efl ce qui nous fait entendre 

ces, mais après qu'ils les eurent ce paffage de Plutarque , qui 

n'a voit jamais été bien expli^ 



donnez à des Comédiens , la 
jeuneffe Romaine rapporta fur 
le théâtre ces Satires, & les joua 
d'abord dans les intermèdes de 
ces tragediesàlaplace du chœur* 



que. Car nous voyons que ce 
font les mêmes Afteurs des Bac- 
chantes , qui jouent cette farce: 
avec la tête de. Craffus-, Mais 5 .. 



■Sar VentUim- 



■eeJÏFbraaieW. 



Cure hienjînguliere. 



8S CRASSUS. 

Car bientôt Hyrodes fit mourir Surena par un 
effet de l'envie qu'il portoit à fa gloire, & Hy- 
rodes , après avoir perdu Ion fils Pacorus , qui fut 
défait par les Romains dans un grand combat , 
tomba dans une maladie de langueur qui dégé- 
néra en hydropifie,& fut empoifonnë par Phraate 
fon fécond fils, Mais le poifon & la maladie, 
contre l'attente de ce fils impie, ayant fervi de 
remède l'un à l'autre , & s'étant chaflèz récipro- 
quement par une heureufe crife, comme le ma- 



dira-t'on, le mot Exodion, Exode 
ïïgnifie proprement dans les pie- 
ces Grecques , non pas une 
pièce détachée qui fe joue après 
la tragédie , mais la fin , le dé- 
nouement de la tragédie même , 
comme on le voit dans la poé- 
tique d' Ariftote, & cela efl vrai . 
C'eft ainfi que Plutarque a em- 
ploie ce mot à la fin de la vie de 
Pelopidas , & à la fin de la vie 
d'Alexandre , où Fon voit mani- 
festement qu'Exode eft mis pour 
la fin , pour le dénouement de la 
tragédie. Pourquoi donc ne le 
prendrart'on pas ici dans le mê- 
me fensf En voici la raifon. Dans 
la vie de Pelopidas & dans celle 
d'Alexandre , il parlé d'avan- 
tures Grecques, Se il emploie les 
idées & les expreiïïons connues 
aux Grecs,& dans celle de Craf- 
fus il parle d'une avanture Ro- 
maine , c'efr. ► pourquoi il em- 
ploie les idéea & les expreifions 
familières aux Romains. Ici la 
véritable tragédie finitii la mort 



de Crafïùs, & ce qui fe paffe 
dans le palais du Roi Hyrodes 
raiTemble deux chofes , la tragé- 
die êc l'Exode; ce qu'on y joue 
des Bacchantes d'Euripide, voi- 
là la tragédie, Se tout ce que fait 
le Comédien Jafon avec la tête 
de Crafius , & la difpute de Po- 
maxaithres avec lui , voilà l'E- 
xode , fqui fe joiioit après la tra- 
gédie fous les mêmes habits de la 
tragédie même,& en continuant 
les mêmes perfonnages & les 
mêmes rôles. Il me femble que 
cela eil fehfîble , & qu'il meri- 
toit d'être éclairci. 

Mais le poifon & la maladie , 
contre l 'attente de ce fils impie , 
ayant fervi de remède l'un à l'au- 
tre.'] Voici une chofe bien fin- 
guliere , le poifon fert de remède 
à l'hydropifie, Se l'hydropifie 
au poifon, c'eft-à-dire que le feu 
du poifon defïecha les eaux de 
l'hydropifie , Se que ces eaux de 
l'hydropifie amortirent le feu du 
poifon, I 

lade 



'M 



C R A S S U S. % 

lade commencent à fe mieux porter , Phraate prit fW* Aratgk 
une voye plus fîire Se plus courte, Se l'étrangla ZSm. e fcs l>rof>rei 
de fes propres mains. 



LA COMPARAISON 

de Nicias & de Crajfus. 

DAns cette comparaifon nous dirons pre- RWhejfefJeWaat* 
mierement que les ricnelies de Nicias>com- qit; / es que fc a« Ré- 
parées à celles de Crafïus, paroiflent acquifes par Cra ^ Hi 
des voyes plus jufles, ou moins blâmables. Il eft 
vrai qu'il n'y a perfonne qui puifïè approuver le 
travail que Nicias faifoit faire à ies mines , où 
Ton n'employé ordinairement que des feelerats 
ou des barbares , dont la plupart font enchaînez , 
& periffenc tôt ou tard dans ces cavernes fou- 
termines où l'air eft toujours mal fain. Mais fi 
l'on compare cette manière d'acquérir avec celle 
de Crafïus .., qui s'enrichifîoit des biens confifquez 
Se vendus par les proferiptions de Sylla -, ou des 
maifons qu'il achetoit au milieu des embrafe- 
mens lors quelles étoient, ou qu'on croyoit 
qu elles feroient bientôt en proye aux flammes , 



// eft vrai quil ny a perfonne fent maïheureufementleurs.jours 

quipuijje approuver le travail que par le méchant air qu'ils y ref- 

Nicias faifoit faire à fes mines.] pîrent. Cette manière de s'enri*- 

Voici un Eayen qui trouve chirjqueNiciasavoitfuivie,n'efl 

honteux pour l'homme de faire bonne que comparée à celle de 

travailler à des mines , pareeque Crafïus , qui étoit la plus atroce 

ceux qu'on y employé y finif- de toutes les injufHces. i 

Tome K M 



5>o COMPARAISON 

elle paroîtra plus honnête & plus digne d'un 
homme de bien. Car ces voyes de s'enrichir, Crat 
fus les fuivoit auffi publiquement , & avec auffi 
peu de façon que celles de l'agriculture & de la; 
banque. Et pour tous les autres crimes qu'on lut 
imputoit, & qui! niofc très-fortement; comme 
de prendre de l'argent des parties pour opiner 
en leur faveur dans le Sénat , de piller fes alliez y 
d'aller faire la cour aux femmes par fes flateries" 
&par fes cajolleries, & de donner retraite aux 
méchans dans fà maifon pour un certain fàlaire , 
c'efl: de quoi la calomnie même na jamais ofé 
timidité àeNicia* accufer Nicias. Au contraire on le railloit publi- 

<^,i jettoit beaucoup i 

d'argent aux DeU- quement de ce que par timidité il jettoit beau- 
coup d'argent aux Délateurs , faifànt en cela une 
action, qui n'auroit peut-être pas été féante à un 
Pericles > ni à un Ariftide , mais qui étoit deve- 
nu neceflaire pour lui , à caufè de ce naturel ti- 
mide à qui tout faifoit peur. C'efl: même d'une 
femblable action que l'Orateur Lyeurgue fe glo- 
rifia dans la faite auprès du peuple ; car étant 
accufé de s'être racheté d'un de ces Délateurs 
pour de l'argent, & de lui avoir fermé la bou- 
u*lycZgL[° r a t cne : h fi*** charmé, lui dit-il, de ce qu'ayant admi- 
cufé d'avoir donné de n j(l r é VQS affaires pendant fi long-tems il s'efl trouvé 

l argent a un DeL- J •■■•«* / . 

teur. enfin que j'ai plutôt donné, que pris. 

DépenfedeNtcias, Pour ce qui eft de leur dépenfe, celle de Ni- 

plus d'un homme • / • 1 M 1 VT? 

d'Etat qw cdie c'e cias etoit plus d un homme d htat; car par une 

&aIiHU honnête ambition il dépenfa à confacrer des 

offrandes aux Dieux, à donner des jeux au peu- 



iif- 

fonance dans les 



DE NICIAS ET DE CRASSUS. pr 
pie, & à défrayer des chœurs de Tragédies. On 
dira peut-être qqp tout ce que Nicias employa 
dans ces fortes de liberalitez , & tout le bien qui 
lui reftoit, n eft qu'une très-petite partie de ce que 
Craflùs dépenfa en une feule fois > lorlqu il fît un 
feftin à tant de milliers d'hommes , & qu'il leur 
donna encore de quoi fe nourrir longtems après. 
Mais moi je réponds que je fuis fort étonné 
qu'il y ait quelqu'un qui ignore que le vice r* •&' À/fy** 
n'eft qu'une inégalité & une diflonance dans les 
mœurs , furtout quand on voit qu'un homme n*™- 
dépenfè en chofes honnêtes le bien qu'il a acquis 
par des voyes honteufes. En voilà aflèz fur leurs 
richeiïès, & fur l'ufage qu'ils en ont fait. 

Pour ce qui efl: de leur manière de gouverner , La mAn ' me *?&** 

- 1 O vsrntr deNiciasflifS 

Lorfquil fit un feftin à tant de lui donne l'avantage , & il traite 

milliers d'hommes. "| Plutarque même de vice la libéralité de 

oublie ici la dixme de fon bien , Craïîus ', c'efl ce qu'il va expli- 

<ju'il confacra à Hercule , com- quer. 

me il l'a dit au commencement Afais moi je réponds que je fuis 

de fa vie. Au refte voici unju- fort étonné qu'il y ait quelqu'un 

gement dePlutarque bien remar- qui ignore que le vice n'eft qu'une 

quable. Cralîus avoit confacré inégalité dans les mœurs.] Ainfi 

la dixme de fon bien à Hercule , on ne doit pas tenir compte à 

il avoit donné à tout le peuple Crafîus de ces liberalitez im- 

Romain un grand feftin , & dif- menfes, qui ne font que l'effet du 

tribué enfuite à tout ce peuple vice qui étoit en lui , & de cette 

du bled pour trois mois. Nicias inégalité de mœurs qui le por- 

n'avoit fait que conlacrer aux toit à dépenfer en chofés hon- 

Dieux de légères offrandes , que nêtes , ce qu'il avoit acquis par 

donner quelques jeux au peuple, des voies très-honteufes. Les 

Se quelques chœurs de tragédies; largeffes honorables font celles 

tout cela ne faifoit pas la mil- qui viennent de l'égalité des 

liéme , que dis-je , la cent-mil- mœurs, & qui font les fuites & 

liéme partie de la dépenfe de les aocompagnemens d'une vie 

Craïfus. Cependant Plutarque vertueufe. 

Mij 



9 2 COMPARAISON 

lèUabu fte.uiu de dans celle de Nicias il n'y eut jamais ni fourberie, 
cr«jj»s. n ^ j n j u fli ce ^ n { violence , ni emportement; car au 

contraire il fut la dupe d'Alcibiade ,. & il ne fe 
prefenta jamais pour parler devant le peuple qu'a- 
vec beaucoup de crainte & de précaution. Au 
b&tUtè&'baf- lieu qu'on, reproche à Craflus beaucoup d'infide- 

JËl lité y de malhonnêteté, & de bafleiîè dans fes fre- 

quens changemens d'amis & d'ennemis. Et quant 

stivioUnm. à la violence, il ne peut pas nier lui-même qu'il 
n'y ait eu recours pour parvenir au Confulat, ayant 
loué des afîàlîîns pour tuer Caton & Domitius; 
Déplus y quand le peuple tira au fort les Provin- 
ces , il y eut quatre hommes tuez ,. & plufieurs 
autres blefîèz ; & Craflus lui-même , ce que j'ai 

u do»™ m grand oublié de marquer dans fa vie , donna un grand 
ccup de poin S dam coup de poing dans le vifage à un Sénateur, 

tevifage AunSena- *- f I # O p f r • > T 

nw. nomme Lucius Analius, qui s oppoloit a ion 

fentiment, & le chafTa de la place après l'avoir 
mis tout en fang. 
te na^i violent Mais fi en cela Craflus étoit violent, emporté, 

de CraJJus préférable . t, i, -m 

kUpufàUmmixéde oc a un naturel entièrement tyrannique, aulii 
l'extrême pufillanimité de Nicias ., qui dans les 

Aujfi Wextreme pufillanimité de Plutarque préfère avec raifon à 

Nicias qui dans 1er affaires.? 'a- cet égard à la timidité de Nicias 

larmoit. du moindre bruit. ] Si l'audace de Craflus; car au moins 

les naturels emportez 8c violens , dans cette audace il y avoit une 

comme celui de, Craflus } font fierté & une magnanimité dignes 

dangereux pour les Etats , & car de grande louange , & d'autant 

pables de leur attirer de grands plus dignes que les Antagoniftes 

maux , les naturels poltrons , ti- qu'il eut en tête dans le Gou- 

mides 8c fournis aux médians , vernement , étoient bien autres 

comme celui de Nicias, ne le que ceux qui s'oppoferent à\. 

font pas moins. C'eft-pourquoi Nicias.. 



Kicias. 



DE NICIAS ET DE CRASSUS. 95 

affaires, s alarmoit du moindre bruit , fa poltron- 
nerie, Se fa foumiffion pour les méchans , font 
dignes des plus feveres cenfures. Car au moins 
de ce côté-là Craffus avoit une magnanimité Se Magnanimité' &> 

C r V 1 J* J 1 *• fierté de Craljus dans 

une fierté d autant plus dignes de louange , que ce fûn am bimn. 

n'étoit pas contre des hommes de néant , contre 

des Cleons & des Hyperbolus qu'il avoit à com- Différence des am*. 

bl I • 1' f / 1 _ 1 voniftes qu'ils eurent 

attre , mais contre la gloire la plus éclatante de 1,,/^i à cmU T . 

Cefar, & contre les trois triomphes de Pompée. »««k« '«#«*«■»* 

. 1 I ment. 

Ce fut en ce tems —là qu il leva contr'eux le 
mafque, qu'il né voulut pas leur céder, qu'il 
entreprit d'égaler fa puiflànce à celle dont ils 
étoient revêtus , & qu'il emporta la dignité de 
Cenfeurfur Pompée. Car dans les grandes places 
il faut toujours qu'un homme d*Etat recherche , a qu'un homme 

•!/""• • • • 1 1 d'Etat doit vecher-* 

non ce qui le tait envier, mais ce qui le rend c]m i^u m ^s 
éclatant Se illuftre, Se que ce foit à amortir l'en vie t 1 *"'- 
qu'il faffe fervir fa puiflànce Se fon autorité. 

Que fi vous préferez à toutes chofes la fureté , Un hmmetimî(l < 

v_ r C qui aime le ref>os e , 

Se le repos, que vous craigniez Alcibiade fur la *'&>*?** f e w «^ 
Tribune , lès Lacedemoniens à Pylos, & Perdiccas * 
en Thrace, eh mon cher Nicias, la ville d'A- 
thènes eft affez grande pour y vivre en quelque 
coin dans un grand loifir , retiré des affaires , & 
pour y compofer une couronne de tranquillité co m ns &%**»** 
dont Vous vous couronnerez vous-même , con>- i Hiluu% 
me parlent les Philofophes les plus éloquens. 

Comme parlent Us Philofophes Mais ici Sophîfte n'eft pas un 
l'es plus éloquens. ] Le Grec dit terme de mépris pour dire de 
csmme, parlent quelques Sophiftes. faux Philofophes , mais un terme . 

M-iij, 



5>4 COMPARAISON 

L'amour que Ni- L'amour que Nicias avoit pour la paix, étoîtun 
'P^ZÎoZ»» amour véritablement divin, & ce qu'il fit pour 
S r M i *v«nta S e f»r t€rm i ner J a guerre, e fl; un a £j- e très-digne de la 

douceur , Se de 1 humanité des Grecs. Et cette 
feule aétion l'emporte fi fort , & donne un fi 
grand avantage à Nicias fur Craflùs, que celui-ci 
ne pourroit jamais lui être comparé T quand me- 
la ^ix vaut mkux me par fes conquêtes il auroit ajouté la mer Caf- 
Vm^II" g ™ 1 " pienne & l'Océan de llnde à la domination des 
Romains. 

Il eft pourtant certain que celui qui a la princi- 
pale autorité dans une ville, où Ton conferve 
Trois devoirs prit* quelque fentiment pour la vertu , doit ne point 
&Me*menh* x 2W donner lieu aux médians de s'avancer , ne point 
élever aux charges ceux qui en font incapables , 
& ne point accorder la confiance à ces hommes 
de néant qui ne cherchent que l'occafion d'en 
Kiciasèiàméiicc* abufer , & c'eft ce que fit Nicias qui éleva juf- 
qu'au commandement de l'armée un Cleon* 
qui n avoit pour toutes qualitez que l'impu- 
dence & les criailleries dont il étourdiifoit les 
Tribunaux. 

honorable : on appelloit aïnfi les les conquerans méditaient cette 

Philofophes qui avoient écrit le grande décifïon de Plutarque , 

plus éloquemment, qui appelle l'amour que Nicias 

Et cette feide aBion l'emporte (î avoit pour la paix , un amour di- 

fort, & donne un Jï grand avan- vin, & qui allure que ce qu'il 

tage à Nicias fur Crajfùs , que fit pour terminer la guerre , eit 

celui-ci ne pourroit jamais lui être préférable à tous les exploits de 

comparé, &c.~\ Je voudrois que Craiîus , quand même il auroit 

ces grands Capitaines qui ne ref- ajouté la mer des Indes à la 

pirent. que la guerre , que tous domination des Romains. 



cêté-la\ 



DE NICÎAS ET DE CRASSUS. oy 
D'un autre côté auffi je ne'£:aurois loiier Craf- &*$» it&mê*»®* 

fi n i 1 o • I tna ^ s en </"«' moins 

us, lorlque dans la guerre contre bpartacus il biàmabu\» e m- 

chercha à combattre plus promptement que fure- cias - 
ment. Il eft vrai qu'il avoit pour excufe fon am- 
bition , qui lui faifoit craindre que Pompée fur- 
venant ne lui ravît toute la gloire de cette expé- 
dition , comme Mummius avoit ravi à Metellus 
celle de Corinthe 3 au lieu que l'action de Nicias mmtè *&& & 
eft entièrement déraifonnable , horrible j & fans f cias d ' a ? ir ced f 

' ' ' le commandement de 

aucun prétexte qui ait la moindre couleur. Car ÎAmés « a ™ u 
il ne céda pas à fon adverfaire l'honneur & la 
charge de Capitaine General , lorfqu' il voyoit 
de grandes efperances, & une grande facilité 
de réiiffir , mais au - contraire , voyant que ce 
commandement étoit accompagné d'un très- 
grand danger, il aima mieux fe mettre en fureté 
lui-même & abandonner le public. Ce n eft pas 
là ce que fit Themiftocle, qui dans la guerre Bdie action <& 
contre les reries , de peur qu un homme qui 
n'avoit aucun mérite , & qui étoit très-fou & 
très-étourdi , ne ruinât la ville , s'il venoitàêtre 
nommé General, lui donna de l'argent pour le 
faire defifter de fà pourfuke ; ni ce que fit Caton Bel1 * *®*» ** 
qui demanda la charge de Tribun du peuple , 
lorfqu il vit qu'il y auroit le plus d'affaires & de 
dangers. Au-contraire Nicias fe refervant pour 
Capitaine lorfqu il falloit marcher contre la ville */»« l ™iJ} e t î£. 
de Minoa ou contre Cythere , ou contre les mal- %*££$£ 
heureux Meliens, dépoiiilloit la cotte d'armes ^*^™/^Jf' 
dès qu il falloit aller combattre contre les Lace- 



9 6 COMPARAISON 

demoniens , Se livroit à la folie & à la témérité 
de Cleon les navires, les troupes, les armes, & 
un commandement qui demandoit une extrême 
iageflè & la plus grande expérience. En quoi 
faifànt il ne trahiiîbit pas fa gloire , mais il aban- 
donnoit la fureté & le falut de fon pais. Et cela 
même fut caufe dans la fuite qu'on le chargea 
d'aller faire le fiége de Syracufe malgré lui & mal- 
gré tous les efforts qu'il fit pour s'en difpenfer. 
Car on fe perfuada que ce refus n'étoit pas un 
effet de ià raifon ., qui lui difoit que cette entre- 
.prife n'étoit pas expediente , mais l'effet de fa 
mollefîe & de fa pareflè , qui le portoient à faire 
perdre à fa ville en tant qu il étoit en lui , la con- 
quête de la Sicile. 
Autre avantage d* Cependant une grande marque de fon mérite , 
&de la haute opinion qu'on avoit de lui, c'eft 
que bien qu'il naïfl: mortellement la guerre , & 
qu'il évitât avec grand foin le commandement 
des armées, fes Citoyens ne cefîerent point de le 
nommer toujours General y tant ils étoient per- 
fuadez qu'il étoit le meilleur Se le plus expéri- 
menté de leurs Capitaines. Au lieu que Craflùs-, 
qui toute fa vie avoit déliré le commandement, 

Et cela même fut caitfe dans la Syracufe , malgré tout ce qu'il 

fuite qiion le chargea d'aller faire dit pour s'opp.ofef à cette expe- 

le fiége de Syracufe malgré lui. ] dkion. Car fi dans les autres oc~ 

Plutarque impute avec raifon à calions il avoit témoigné plus 

la pareffe & à la timidité de Ni- d'activité & plus de hardieiTe,fes 

cias le choix qu'on fit de lui , confeils auraient été d'un plus 

pour l'envoyer faire le fiége de grand poids. 

ne 



Kt fias fur Çrajjus. 



DE N1CIAS ET DE CRASSUS. $T 
fte put jamais l'obtenir qu'une feule fois dans la 
guerre contre les efclaves, encore fut-ce par 
neceffité , faute d'autres Capitaines , Pompée , 
Metellus , & les deux Lucullus étant alors abfens , 
occupez à d'autres guerres ; & ce qui eft très- 
remarquable , Craflus fe trouvant alors au plus 
haut degré de fon autorité & de fa puiflànce. Ce 
qui fait croire que ceux même qui le favorifoient 
le plus, étoient perfuadez, comme dit le Poëte 
Comique , Qu'il étoit bon atout , hors au métier de &*ff»s jugéim <* 
Mars. Mais cette perfuafion ne fervit de rien aux 
Romains , ils furent entraînez par fon ambition 
defordonnée & par fon ardente cupidité de com- 
mander. En effet les Athéniens envoyèrent Ni- mference ejjin- 
cias à la guerre malgré lui, mais Craflus y en- S5T*^T 
traîna les Romains malgré eux. Crafliis fut la 
feule caufe des malheurs de Rome , mais Athènes 
le fut des malheurs de Nicias. Cependant en cela 
même il y a plus de fujet de louer Nicias que de 
blâmer Craflus. Car Nicias fe fervant de fon ex- 
périence & de fon jugement en bon & fage Ca- 
pitaine , ne fe laiflà pas fùrprendre aux grandes 
efperances de fes Citoyens , mais s'oppofa tou- 
jours de tout fon pouvoir à l'expédition de la 
Sicile , & Crafliis au-contrairepoufla fes Citoyens 

Et Craffus au contraire poujfa veut pas blâmer Craflus de ce 

fes Citoyens à la guerre contre les qu'il porta fes Citoyens à celle 

Parthes.~\ Voici une grande mar- des Parthes , parce qu'il croyoit 

que de la fagelTe de Plutarque , cette entreprife moins difficile 

îl loue Nicias de s'être oppofé à qu'il ne la trouva , & il va même 

l'expédition de Sicile , mais il ne jufqu'à la juftifier par l'exemple 

Tome K N 



j)8 COMPARAISON 

à la guerre contre les Parthes , comme à une 

entreprife facile Sç qui ne pouvoit manquer , en 

quoi il fe trompa , mais au moins on ne peut lui 

E^riu de &f re f u f er J a gloire d'avoir afpiré à de grandes cho- 

fis jufttfe* far le- £> r . & i,~ . , 

mtqu. les , car pendant que Cetar domptoit 1 Occident, 

les Gaulois , les Germains ^ & la grande Bretagne , 
lui de ion côté il vouloit poufler fes conquêtes 
jufqu'à T Orient & à la mer des Indes en fubjuguant 
toute l'Afie. Ce que Pompée voulut faire auffi ? 
& que Lucullus entreprit enfuite. Cependant ils 
étoient tous deux d'un naturel doux , & ils con- 
ferverent la réputation de gens de bien dans 
l'efprit de tout le monde y quoiqu'ils euflènt fait 
le même projet que Craflîis , & qu'ils eufîent eû. 
Pompc'e & Lucui- l es mêmes vues. Car lorfque l'Afie fut décernée 
&s firent ie mim, \ p or npée par le décret du peuple, le Sénat s'y 
oppoia tres-rortement ,. oc quand les nouvelles 
furent portées à Rome ? que Cefar avoit défait 
trois cens mille Germains , Caton opina en plein 
Sénat qu'il le falloit livrer entre les mains des 
vaincus , pour détourner la colère du Ciel fur 
l'a tête de celui qui avoit violé les traitez. Mais 
le peuple fe moquant de cet avis de Caton > fit 
pendant quinze jours des facrifîces & des prières 
publiques pour remercier les Dieux de cette vic- 
toire. 

Que n auroit-il donc point fait, quel "n auroit 

de Pompée & de Lucullus après grande joye qu'eut le peuple 
lui , qui tous deux entreprirent des grandes vi&oires de Ceiat 
la conquête de l'Afie a & par la. contre les Germains» 



DE NICIAS ET DE CRASSUS. j>p 

point été l'excès defajoye, & combien de jours 
n'auroit-il point employez en facrifices & en ac- 
tions de grâces , fi Craflus avoit écrit de Babylone 
qu'il et oit victorieux > & qu' enfuit e entrant dans 
laMedie, & dans laPerfe , &traverfant le pais 
des Hyrcaniens , Sufe & Baélres , il eût fait de 
tous ces Royaumes des Provinces des Romains ? 
En effet ? s'il faut violer la juflice , comme dit t si t* hfîcï &* 

t.-, . . i 1 . n être violée , ce ne 

.Euripide > quand on ne peut vivre en repos > oc don être re dam ^ 

qu on ne fçait pas fe contenter du bien qu'on a , sr4nin çhoJtu 

Il ne faut pas que ce foit pour rafèr la méchante 

petite ville de Scandie , ou le petit Château de 

Mendes , ni pour aller à la chaflè des Eginetes ? 

qui ont abandonné leur païs , Se qui comme des 

oifeaux ie font retirez dans d'autres contrées > 

mais il faut mettre l'iniullice à un très-haut prix v r in i^ ke d ° h s ltri 

' k rr.ije a un tr es-haut 

pour ne pas la commettre légèrement , & pour t fix - 

une médiocre récompenfe , en abandonnant la 

juflice comme une chofe vile & méprifable dont 

on ne doit faire aucun cas. Car ceux qui louent *-w?«# ïau. 

En effet , s'il faut violer la juf- qui ne violoit le droit des gens 

tice, comme dit Euripide."] Plu- que pour conquérir des Royau- 

tarque a égard ici à ce que l'on mes. Mais Plutarque a beau dire, 

oppofoit à Craflus , pour le dé- cette maxime d'Euripide ne juA 

tourner de cette guerre des Par- tifiera jamais Craflus , car à quel- 

thes, qu'il alloit faire la guerre que haut prix qu'on mette Fin- 

à des peuples amis & alliez des juflice , elle eft toujours con- 

Romains, & qui n'avoient rien damnable, la juflice vaut mieux 

fait pour s'attirer leurs armes; & que la conquête du monde en- 

c'eft à cela qu'il applique ce mot tier. 

fï célèbre, s'il faut violer la juf- Car ceux qui louent Ventreprife 

tice, c 'efi pour régner ; ce qui juf- d'Alexandre, & qui blâment celle 

tifîe en quelque forte Craflus , de Craffus , font très-mal à mon, 

N ij 



ïoo COMPARAISON 

mmirc Mjjihiâm*- J'entreprife d'Alexandre, & qui blâment celle 

hU^ue celle de Craf- . T_ ^ , V . j . 

(us. de Cralius, ront tres-mal a mon avis, de juger 

des actions de l'un & de l'autre par les fuccèsr 
qu'elles ont eu. 
Avantage de Nm« Pour ce qui eft de leurs faits d'armes , il y a de 
Ms expùts de gw grands & beaux exploits de Nicias , car il battit 
les ennemis dans plufieurs grandes batailles * & 
peu sQn fallut qu'il ne fe rendît maître de la Si- 
cile , & les malheurs dont il fut accueilli , ne lui 
arrivèrent pas tous par fa faute ; mais il faut im- 
puter les uns à la maladie qui fe mit dans fen 
armée , & la plupart des. autres , à l'envie de les 
Citoyens. Au lieu que Crafliis fit tant & de fi 
grandes fautes ,. qu'il ne permit pas à la Fortune 
ïineapacité de de lui faire la moindre faveur ; de forte qu'il n'y 
fotffLtlfuft a P as tant de f u ) et de s'étonner que fon incapa- 
imedti Romains. c j t £ ^it été formontée par la puiiîanee des Par- 
thés , qu'il y en a qu'elle ait été affez grande 
pour vaincre la bonne fortune des Romains. 
uw mon égaie- Leur fin a été femblable , car ils font morts* 
tous deux malheureufement 9 avec cette diffe- 

av is."] Plutarque marque ici bien Ce n'eft pas une.grande merveil- 

nettement qu'il croyoit l'entre- le que l'incapacité de Crafîus ait 

prife d'Alexandre contre lesPer- été vaincue par la grande puif- 

lès auffi injufte que celle deCra£ fance des Parthes , mais c'en efl 

fus contre les Parthes. Je ne fçai une bien grande qu'elle ait vain- 

s'il a raifon j il feroit peut-être eu la grande fortune des Ro- 

plus aifé de juftifier Alexandre > mains. N'y a-t'il pas là du fubli- 

que d'exeufer Craffus. me ? Quelqu'un: pourroit-il en- 

Qutly en a quelle ait été ajfez* chérir & donner une plus grande 

grande four vaincre la bonne for- idée de l'incapacité de ce Gène.-- 

tune des Romains. ~\ Voilà une rai Romain ? 
idée bien grande & bien forte,. 



ment mœlbsureufè. 



DE NICIAS ET DE CRASSUS. 101 
rence que l'un a toujours eu beaucoup d'atten- 
tion & de refpect pour toutes les chofes qui con- 
cernoient la Divination , & que l'autre les a tou- 
jours méprifées & négligées. Or il efl: très-difficile 
de juger quel parti eft en cela le plus lage & le 

plus fur. Il femble pourtant que les fautes , que *?'&**&*'?* 
t, r j r> 1 • • r j > f att P ar fiumtfjiom 

1 on commet par une eipece de Religion iondee ***$»&»* repës , 
fur les opinions anciennes & reçues de tout hp! s ar ^t"Z 
monde, font plus pardonnables que celles que <*?°tM** *<*&*- 
1 on commet par un elpnt de prelomption oc 
d'opiniâtreté , en fe mettant foi-même au-deflùs 
des Loix les mieux établies. On peut encore dire . ', ' „ 

j. La mort de CraJJm 

fur la mort de l'un & de l'autre , que Craflus eft m i uo > ™™ w- 

eaucoup moins a blâmer que Nieras,, en ce m«^ 
qu'il ne fe livra pas lui-même volontairement ? 
qu'il ne fut point lié ,. qu'il ne fe laiflà point 
abufer par de vaines elperances , mais qu il céda 
aux inftantes prières de fes amis , & qu'il fut. 
feulement la victime de la perfidie & de la de- 

Or il efi très-difficile de juger pece de Religion fondée fur les 

quel parti efi en cela le plus fage opinions anciennes & reçues. ] 

& le plus fur. ] Ce doute de Plu- En effet cette feule raifon doit, 

îarque efl étonnant pour un retenir les hommes d'ailleurs les- 

homme fuperflitieux , comme il plus incrédules. Car pour peu 

étoit ; il ne veut pas décider qu'on ait de fageffe , on aimera 

quel parti efl le plus fur & le encore mieux faire une légère, 

plus fage r oudemépriferlaDi- faute en fe foumettant à des 

vination > ou de la refpecler. Il ufages reçus , que de s'expofer 

fe déclare pourtant plutôt pour à en faire une plus grande , 

le dernier, mais feulement par en fe mettant par préemptions 

déférence pour l'autorité des au-deffus des Loix les mieux - 

anciens ufages. établies. Cette maxime efl très- 

Il femble pourtant que lesfau- importante, &j'ofedire qu'elle 

Us, que l'on commet par une efi coupe la gorge aux libertins.. 

Nu) 



toa COMPARAISON, &c: 

loyauté des Barbares , au lieu que Nicias , vilai- 
nement flaté par Tefpoir de fauver lâchement fa 
vie , fe fournit lui-même à fes ennemis, & rendit 
par-là fa mort plus honteufe. 



Fin de la vie de Crajfus* 



ioj 




SERTORIUS. 

L n'eft peut-être pas fort furpre- 
nant que dans le cours infini des 
fiecles y la fortune étant toujours 
inconftante & indéterminée , le 
hafard ramené fouvent dans le mon- 
de les mêmes accidens. Car foit que le nombre 
des évenemens* qui doivent arriver; foit infini 




Car foit que le nombre des /w- 
nemensfoit infini &fans bornes. ~\ 
Cela ne fçauroit être , car il efl 
impoffible que l'infini Te trouve 
dans le fini. Mais quoique le 
aombre des évenemens ait fes 



bornes, cela n'empêche pas, 
comme Plutarque le ditfort bien 
dans la fuite, que la fortune ne 
puiffe ramener fouvent les mê- 
mes accidens. L'hifloire efl 
pleine de ces exemples. 



Deux opinions fur 
U nombre des mêmes- 



to4 SERTORÏUS. 

qu'a ep itfm, o> & fans bornes, la fortune trouve dans lafecon- 

l mZ7^filt û * r " dite de la matière une riche fource d'accidens 
tout pareils; foit que leur nombre foit déterminé 
& fixe , c'eft encore une neceflîté que les mêmes 
cas arrivent fouvent y puifqu ils font produits par 
les mêmes caufes & par les mêmes combinaifons. 
Il y a des gens qui prennent plaifir à faire des 
recueils de tout ce qu'ils ont lu ou entendu dire 
de ces avantures , que la fortune a ramenées fur 
ce grand Théâtre du monde , & qui font fi fem- 
blables > qu elles paroiflènt l'ouvrage de la raifon 
& de la providence. Par exemple , ils remarquent 
qu'il y a eu deux hommes de grande naiflànce , 
l'un Syrien , & l'autre d'Arcadie , tous deux ap- 

^m£T* P ellez Attis 9 & tous deux dévorez par un fan- 
Deux Atieons , tun glier ; que de deux Aéleons , l'un a été déchiré par 

ÏXZffîZL fes chiens, & l'autre par fes amans; que de deux 
Deux sdpi^s vain- Scipions , le premier a vaincu les Carthaginois, 

^nâêscnbagi- & l' autre les a entièrement détruits ; qullionaété 
won pris troh fais, p r j s tro j s f i s J a première fois par Hercule à caufe 

£9° toujours Avec des * *■ * 

Tous deux appeliez, Attis , & ôc tua beaucoup de Lydiens , 

tous deux dévorez^par un fanglier.~\ & cet Attis même. Mais je n'ai 

DansîesAchaïquesdePaufanias vu nulle part l'hiitoire du fe- 

on lit qu'un certain Attis,ou At- cond Attis. 

tes , fils de Calaus de Phrygie ., Que de deux Atleons , l'un a 

né hors d'état d'avoir des enfans, été déchiré par fes chiens , l'autre 

alla en Lydie , que là il enfeigna par fes amans. ] Afteon , fils 

les cérémonies & le culte de la d'Ariftée fut déchiré par fes 

mère des Dieux , & qu'il fut fi chiens. Et Acleon, fils de Me- 

aimé & fi honoré de cette Déef- lifîùs , fut enlevé par les Bac- 

fe , que Jupiter indigné envoya chiades , & mis en pièces , com- 

en Lydie un monftreux fanglier me on le voit dans le Scholiafle 

qui ravagea toutes les terres , d'Apollonius 3 îiv. iv. 

des 



SERTORIUS. ïoy 

des chevaux de Laomedon , la féconde fois par ùwnjtanm h ci> e < 

A i r j 1 1 i i • vaux ' ce qui fait le 

Agamemnon avec le iecours du cheval de bois, /?»»«//«% 

& la troifiéme fois par Charidemus à l'occafion 

d'un cheval qui s'abbatit fous la porte , & qui 

empêcha que les Troyens ne puflent la fermer 

afTez promptement pour l'empêcher d'entrer , & 

enfin que de deux villes qui portent le nom de 

deux plantes odoriférantes , Jos&Smyrne, on >^wm »«/*»*: 

prétend qu'Homère naquit dans Tune , & mourut Z 3 ^S? m v u 

dans l'autre. Nous ,auffi de notre côté \ ai outons à Homere »^ > > 

, n m o* enterre a Srnyrne* 

.ces avantures , une avanture qui n elt pas moins 
•remarquable 3 c'efl: que les plus belliqueux de tespi»sbeiuquem 

i ■ ' /ra, '.••■ • o * r t de tous les Capitaines 

tous les Capitaines , oc ceux qui ont exécute les wîe w^»«. 
plus grandes chofes par les rufes de guerre & par 
leur profonde capacité, ont tous été borgnes ., 
Philippe, , Antigonus , Annibal , & Sertorius 
dont nous écrivons la vie, & qui fans contredit a ^^m^H 
■été plus fage & plus continent avec les femmes 
que Philippe 3 plus fidèle envers fes amis qu An~ 
tigonus , plus humain envers fes ennemis qu' An- 
nibal, & qui n'a cédé à aucun d'eux en habileté 
& en prudence , mais qui leur a été inférieur à 
tous dansles faveurs de iaFortune , car il l'aéprou- ^2SSÏS 
vé toujours plus cruelle que fes ennemis ; cepen- &nm 
dant il n'a pas lailîe d'égaler en expérience Me* 
tellus', en audace Pompée , en heureux Se glo* 
rieux fuccès Sylla , & de tenir tête longtems à 
toute la puifTance des Romains , tout banni & 
fugitif qu'il étoît , & chef de Barbares en terre 
.étrangère. Parmi tous les Capitaines Grecs il n'y 
Tomç K Q 



ms* 



ro6 SERTO RIUS; 

en a point que nous purifions plus juftement lut 

comparer qu Eumenes de la ville de Cardie dans; 

'Cwfotmuxje s»- J a Cherfonefe de Thrace. Car ils ont été tous deux 

friM & d Eumenes. ... 

de grands Généraux, ils ont joint tous deux lai 
rufe à l'audace , tous deux bannis de leur pais , ils 
ont commandé des armées étrangères , & ils font 
mort tous deux d'une mort violente, ayant été 
tuez tous deux par la trahifon de ceux même avec 
lefquels ils avoient défait leurs ennemis. 
r ôr%î»e de $erto< ' Quintus Sertorius étoit né d'une famille peu 
rîm ' noble, de la ville de Nyrfie dans le Païs des Sabins, 

&evi£arjâtnerc. Il perdit fon père étant encore en bas âge > &iut 
élevé fortkonnêtement & avec beaucoup defoirr 
par fa mère , ; qu'il aima toujours avec une extrême 
ji s'exerç* d'abord tendrefle; elle s'appellok Rhea. Il s'exerça d'à- 
"* * bord à plaider & y réùflit paflablement , de forte 

qu'encore fort jeune il alla à Rome, & y acquit 
a {fez de crédit & de réputation par fon éloquence. 
Mais quelques actions- brillantes,, qu'il fit à la 
guerre , & quelques fuccès heureux , qui hono* 
rerent fes premières armes , tournèrent de ce côté 
s* premier «»* là toute lonambkion. Il fit fa première campagne^ 
fous Seipion,; lorfque les Cimbres & les Teutons 
inondèrent les Gaules. Les Romains ayant été 
vaincus dans une bataille & mis en déroute, Ser- 
torius, qui avoit eu fon cheval tué fous lui , & 

Il fit fa première campagne fous battu par les Cimbres la iv. an- 

Scïpion,~] Je eroi qu'il faut lire née de TOlymp. CLXVIIL 

fous Caepion. C'eft fous le Pro- 103 . ans avant la najjlance de- 

eonful Q. Servilius Caepio qui Notre Seigneur., 
avec le Conful Cn, Mallius. fut 



gagie. 



SERTORIUS. 107 

qui étoit fort blefTé, fe jetta à la nage dans le ow««r^^ 
Rhône , & tout armé qu il étoit de fa cuiraffe & ZZf fme deSert 
de fon bouclier , il nagea longtems contre le tor- 
rent , & traverfa enfin ce fleuve , tant il avoit le 
corps robufte & endurci à toutes les fatigues pas: 
l'exercice Se par le travail* 

Ces mêmes ennemis étant revenus une féconde 
fois avec des armées encore plus nombreufes & 
des menaces plus fieres & plus terribles , l'effroi 
fut fi grand , qu'il parut alors que ce ferait une 
aétion bien difficile & bien hardie même pour un 
Romain ? de demeurer dans fon pofte , & d'obéir 
à Ion General, Marius commando it l'armée ? & 
Sertorius s'offrit pour aller efoion dans celle des sermmvacfyw 

• us 1 11 élans Camée des. e&> 

ennemis , oc promit d en rapporter des nouvelles. „ em is. 
Il prit donc un habit Gaulois , apprit les termes 
les plus communs de la langue > & ceux qui font 
les plus neceflàires pour un entretien court & pat 
fager* fe mêla avec les Barbares , Se après avoir 
vu Se entendu tout ce qui fe paffoit & ce qu'on 

Et Sertornus s'offrit pour aller Grecs cette commifîîon étoit 

sfpion dans celle des ennemis. ] encore plus honorable & plus 

L'emploi d'efpion n' étoit point briguée, comme nous le voyons 

regardé parmi les Romains com- dans le x. liv. de l'Iliade où 

me parmi nous; des gens con- Ulifîe & Diomede vont efpions 

fiderables s'offroient volontiers dans le camp des Troyens , Se 

pour cette commifîîon , la regar- où les Généraux & les Princes 

dant comme d'autant plus glo- mêmes s'offrent pour fuivre U- 

rieufe , qu'elle étoit accompa- liffe , & ié difputent la gloire 

gnée de plus grands dangers, d'être ehoifis. Dans l'Ecriture 

Voilà pourquoi Sertorius , qui Sainte on voit Gedeon def- 

avoit déjà acquis beaucoup de cendre efpion dans le camp de 

^réputation , s'offre ici. Chez les Madian. 

Oij 



*oflf SERTORIUS. 

projettok, il retourna vers Marius, qui l'honora 
des prix dont on récompenie la valeur & le cou- 
rage. Dans la fuite de cette guerre il fit plusieurs 
actions qui marquoient & fa prudence & fon 
audace , qui lui attirèrent feftime de Marius Se 
fa confiance ? & lui acquirent beaucoup de ré- 
putation. 
tneyêenzfrwe Après la guerre des Cîmbres Se àes Teutons il 

Capitaine de mille c r r 1 C f\ • * 1 • î 1 î 

hmmes de phd. lut envoyé en hipagne Capitaine de mille hom- 
mes de pied fous Didius qui y commandoic ï ar~ 
t vniedeiacapue niée , & alla paffer l'hiver à Caftulon, ville des 

neuve fur les confins ^-^ * .* . K~y -ï r* 1 1 C • 1 v 

dsi'AitdaUufic. Ceitiberxens. Comme les loldats le trouvoient la 
dans un pais gras où ils avoient les vivres à f oifon , 
ils ne faifoient tous les jours que boire > s'enyvrer 
& commettre mille infolences. Cela donna unir 
grand mépris pour eux aux Barbares , qu une nuit 
ils envoyèrent demander du fecours à leurs plus 
Ferles d e tAnda- proches voifins les Gyrifœniens ? <& entrant dans: 

^d^JyLmedl toutes les maifons 7 ils firent main baffe fur tous 

Grenade. ceux qu'ils y trouvèrent,, 

Beiie amon yfu Pendant ce tumulte > Sertorïus s'étant fauve , 
iortit avec un petit nombre de les gens ? oc ralliant: 
ceux qui fe fauvoient après lui', il fit le tour de la 
ville 7 & trouvant encore ouverte la porte par ou- 
ïes Gyrifœniens étoïent entrez à la fourdine > iî 
ne fit pas la même faute qu'ils avoient faite 7 car 
il y plaça un corps de Garde 3 fe rendit maître 
enfuite de tous les quartiers ? & parla au fil de 
i'épée tous ceux qui -étoïent en âge de porter les 

*> . ■* J «. A -A Q A _ 

m %(*, amies* -Cette exécution laite ? il commanda a les 



SERT OKI US. i< 

foldats de quitter leurs armes & leurs habits , & 
de prendre les armes Se les habits des Barbares 
qu ils avoient tuez tant des Habitans de Caftulon , 
que de ces Gyrifœniens , & de le fuivre à la ville 
d'où ces derniers étoient fortis pour les aflaiîlir la 
nuit. Les Barbares trompez par la vue de ces ha- 
bits & de ces armes qu ils connoiflbient 9 ou- 
vrirent leurs portes 3 & fortirent en foule audevant 
d'eux pour les recevoir 3 croyant que cetoient 
leurs gens & leurs voifins qui venoient le réjoiiir 
après avoir heureufement exécuté leur entreprife. 
Les Romains en tuèrent une grande partie près des 
portes «, & les autres s'étant rendus à diferetion 9 
lurent vendus. 

C ette action rendit le nom de Sertorius célèbre ^« j m ™ mi 

dVr^r o * C «1 r V 1 1 Queffeurde la Gaule 

ans toute I liipagne^oc a ion retour il iut d abord <mm du to, 

nommé Quefleur de la Gaule qui eft autour du 

PÔ. Ce qui fut très-heureux pour Rome, car la Latrmpjmemnk 

guerre des Marfes , qu on appella la guerre des d ç™èTtl *»s 

confédérée , guerre très-dangereule & très-re- AVmv N - s - 



outaoïe j s éleva en ce tems-Ia 3 ôc bertonus eut 
re de lever des foldats & de faire forger des 
armes. Il s'acquita de cette commiffion avec tant 
de foin & de diligence au prix de la -molleflè & de 
•la lenteur des autres jeunes gens 5 qu'il fit juger' 
que toute ia vie il feroit actif 9 diligent j & horn-^ 



Quand il eut obtenu le grade de Capitaine ? il 
ne modéra pas davantage" Ion audace guerrière 3 
£pe lorfqu il n'étok que fimple ioidat •? mais il 



ïio SERTORIUS. 

fît des Coups de main admirables, & s'expofa 
toujours aux plus grands périls fans fe ménager. 
En fe hazardant ainfi fans aucune retenue , il 

mcZiZ ail darS P erdit un œil ^ ns vn combat ; & bien-loin d'avoir 
honte de cette difformité , il en fit gloire toute la 
vie , difant que les autres ne portoient pas tou- 
jours avec eux les témoignages de leur valeur, & 
qu'ils quittoient fouvent les chaînes , les carquans, 
les piques & les couronnes , dont ils avoient été 
honorez, mais que pour lui ilportoit toujours les 
marques de fon courage , & que tous ceux qui 
yoyoient fa perte étoient en même tems Ipeéta-^ 
teurs de fà vertu, Auffi le peuple lui fit-il tout 
l'honneur que meritoit fon aétion. Car la pre*- 
Henné»? p e lui miere fois qu'il entra dans le Théâtre , il le reçut 

fait le peuple la pre- , x , . - , « ù 

mierefitsqu'Uemre avec de grands battemens de mains , deS acclama- 
tions oc de grandes louanges , honneur que les 
plus vieux Capitaines , ceux qui avoient le mieux 
ïervi , & qui s'étoient acquis le plus de gloire par 
les armes , avoient de la peine à obtenir. 
ii bn g ue ie tri- Malgré cette diftinétion, quand il brigua le 

bunat, Cr enejtex- ,. ° .. c . I if o- 1 n 11 

dus paru fatiio? d e Tnbunat , û en rut exclus par la iaction de Sylla 9 

qui lui fut contraire ; & c'eft de-là apparemment 

source le ia haine que naquit cette haine irréconciliable que Serto- 

fwi»L UUJoms rms eut toujours pour Sylla. Car après que Ma- 
rius , vaincu par Sylla, eut pris la fuite, que Sylla 
fut parti pour aller faire la guerre à Mithridate , 
& qu'on eut vu que des deux Confuls , Oclavius 

otiAvim Nepo* w demeuroit ferme dans le parti de Sylla , & que 

L. Cornélius Cintra , /~\ • • 11- J 

tan s i. avant f..ç. kinna , qui ne cherchoit que des nouveautezj 



SERTORIUS. iir 

laïfoit tousfes efforts pour refliifciter la faction de 
Marius , Sertorius fe joignit à ce dernier , d'autant ufij^n * g***, 
plus même qu'il voyoit qu'Octavius n agiffoit 
qu'avec lenteur , & qu'il le défioit des amis de 
Marius* 

Quelque tems après il y eut fur la place même 
de Rome un furieux combat. Oétavius eut l'a-* 
vantage, Cinna & Sertorius , après avoir perdu <&**&*«**(* 
environ dix mille hommes « furent obligez de b f tus f a - °f làviul 

' O dans la- place <ie 

s'enfuir. Mais ayant gagné & raffemblé par leurs &«««• 

belles paroles & par leurs grandes promenés la 

plupart des gens de guerre > qui étoient répandus 

dans toute l'Italie , ils fe trouvèrent bientôt aflez 

forts pour aller combattre encore Oétavius. Dans 

ce tems-là Marius ,. arrivé d'Afrique, vint fe ™ arim ?■*""!*, 

-I ' m a Afrique Je teint a 

ï anger auprès de Cinna > comme un particulier &»»«. 

auprès de fon ConluL Tous les Officiers de Cinna 

étoient d'avis qu'il falloit le recevoir; Sertorius senonm ioppefeir 

feul s'y oppofoit ? foit qu'il crût que le crédit & la mLIZ ITrli/bm 

confédération > qu'il avoit auprès de Cinna , diffii- 2 * il pwVQl% " bWm 

nuëroient coniiderablement > quand Cinna auroit 

auprès de lui un homme fi feperieur & beaucoup 

plus grand Capitaine y foit qu'il craignît que Mar> 

rius par fes cruautez & par les violences ne 

brouillât & ne ruinât encore leurs affaires 3 car 

jufques dans la victoire il fe laifloit tellement em- afea «*»£$ 

porter à fa colère , qu il ne pouvait- modérer fon 

ïeflèntiment 5 & qu'il le pouflbit au-delà de toutes 

les bornes de la raifon ôc de la j office. Il leur dr- temommice^ue 

foit donc qu'avec le grand avantage qu'ils avaient i enorilis fà** * 



ni SERTORIUS. 

déjà y ce qui leur reftoit à faire étoit peu de chofe J 
& que s'ils recevoient Marius y non-feulement i! 
remporteroit feul toute la gloire de leurs fiiccès , 
mais qu'il attireroit à lui toute la puiflànce > étant 
naturellement homme difficile ? qui ne fouffroit 
pas volontiers que quelqu'un voulût entrer en 
partage de fon autorité ? & d'ailleurs très-infidele 
quand il s'agiifoitde fes intérêts, 

Képnfe ai çinna Cinna lui répondit que toutes fes raifbns & {es 
remontrances lui paroiiioient très-bonnes 9 mais 
en même tems il lui avoiia qu il avoit honte 8c 
qu il faifoit grande difficulté de rejetter Marius 
après l'avoir appelle lui-même & l'avoir foliicité 
de venir prendre part à fes affaires & à fes dan-* 
Beiu nponfe d e gers. Sertorius l'interrompant alors > lui dit : Maiç 

Zrtorm a Çinna. ^j ^ j e cr0 y j s q U g Marius étoit venu de [on propre mou-? 

vement en Italie y c'efl-pourquoi dans le confeil que je 

vous donnoisyje navois égard qu a ce qui me paroijfoit 

utile. Mais puisque cefi vous-même qui l'avez fait venir* 

de ^JiîJvfiT'ce & q u? iï n ' e ft & que par vos ordres , ilnevous apas été 

T on a f rom % permis même de délibérer , & le feul parti qui vous 

La bonne foi ne l J f < " -f 7 

fiHjjre ni raifinne- refie j c'eft de le recevoir & de vous enfervir. La bonne 

Vient > ni incertitude. r . r rr • t , • • ^ '^ J 

foi ne Joujfre ni rayonnement ? m incertitude* 

Cinna fit donc venir Marius. D'abord ils firenç 
trois armées > & ils commandèrent chacun un de 

// ne vous a pas été permis me- délibérant defcivsrtwt , dit fort 

me de délibérer. ~\ Car ceux qui bien Tacite, 

délibèrent fur une chofe, qui en; ha bonne foi ne foujfre ni rai- 

manifeftement contre leur de- fonnement , ni incertitude. ] C'eft 

voir , ont grande envie de la un beau mot. Lorfqu'il s'agit de 

faire } & font déjà vaincus. Qui la bonne foi , il n'eu plus permis 

ces 



SERTORIUS. 113 

ces corps. La victoire s' étant déclarée pour eux, 
Cinna & Marius commirent tant d'infolences & &««,«, e*rr*»- 
de cruautez , que les maux de la guerre parurent *^ r f Gma & de 
aux Romains de grands biens au prix des miferes 
qu'ils fouffroient. Sertorius fut le feul qui après la 
victoire ne fit mourir aucun homme par un ret 
fèntiment particulier, & qui ne fit aucun outrage 
à perfonne ; au-contraire il s'emporta contre Ma- 
rius, &lui reprocha fes cruautez, & prenant à u^t^l 
part Cinna , & ufant auprès de lui de prières & de Y J endCima fU * 
remontrances , il fit tant qu'il le rendit plus doux 
& plus modéré. Enfin voyant que les efclaves , 
dont Mârius avoit lait fes alliez pour la guerre, & 
qu'il avoit retenus enfuit e pour les Satellites & les n parie des s a tei- 
miniftres de fa tyrannie, étôient en très-grand ITieJ ^7u{e^ 

nombre , & qu'ils le rendoient tous les ious plus t ■ r - Uviedi 

j lit ■ i i "t • Marm ' 

redoutables par les excès qu ils commettoient , 

foit par la permiffion 6t par les ordres mêmes de 
Marius, foit par leur propre infolence en fe por- 
tant contre leurs Maîtres à toutes fortes d'injuftices 
jufqu'à les égorger , à abufer de leurs maîtrefîes , 
& à violer leurs enfans , il trouva cette licence fi r , r . , ' 

. r » i ,.f i c x , U fait mer les ef- 

mlupportable , qu il les fit tous tuer a coups de <U^$ 2 «« m*«m 
flèches dans le camp où ils fe retiroient, quoiqu'ils a ^" cZme^LT 
ne fuflent pas moins de quatre mille hommes. ?™" t , fmes d '"* a ' 
Après que Marius fat mort ; que Cinna eut 

de raifonner ni d'être irrefolu, les remontrances qu'il faifoit à 
il faut la garder. Cette réponfe Cinna, étoient juftes 6c très- 
fait grand honneur à Sertorius , fondées. 
Se d'autant plus d'honneur que 

Tome V, P 



TT4 SERTORIUS. 

te jeune Marins été tué , & que le jeune Marks eut obtenu le 

con(ui. Conlulat malgré lui & contre les Loix , Carbon > 

JtoZnJuZ Scipion , & Norbanus s'étant oppofez à Sylla , qui 

parqua. revenoit de Grèce, furent battus , en partie par 

l'incapacité & par la lâcheté des Chefs y & ei> 

partie par la trahifon de leurs troupes. Alors Ser- 

torius commença à connoître que fa prefence 

étoit inutile aux affaires, qui alloient toujours de 

mal en pis., parce que ceux qui avoient le plus de 

pouvoir , étoient ceux qui avoient le moins defens 

& d'expérience. Il fe confirma encore davantage 

dans cette penfée , quand il eut vu que Sylla étoit 

sc^io %£™s d ™ui venu planter fon camp près de celui de Scipion ,> 

àcit dors cmfui fc cju^il lui faifoit toutes fortes de eareflès , corn— 

avec C Norbanus A # # . « . 

Fiaecus , l'an 81. me la paix devant être bientôt conclue, car il vit 

avant N. S. -i. j/°- i\ \ £ /'Ul 

bien que ce n et oient la que de taux iemblans 

pour ramufer& pour corrompre cependant fon 

smsrim avenu, armée. Il en avertit plufieurs fois Scipion, mais, 

Scipion des vâ'ês & ~ . . Ci" '11 • 

des menées de Syiu. Scipion retuia toujours de le croire. 

Alors Sertorius defelperant absolument du falut 
n fe retire en Ef- de Rome , partit pour fe retirer en Eipagne, à 

^ oe ' deiïein de prévenir les ennemis > de fe faifir de ce 

Gouvernement , & de s'y fortifier pour être en 
état de donner unafyle à fes.amis, qui pourroient 
s'y retirer après la défaite de leur parti. Mais il 
efluya en chemin des tems très-fâcheux & de 
grands orages ; & comme il avoit à pafler des 
montagnes très-difficiles, les Barbares dupais ne 
voulurent lui donner paflàge qu'à force d'argent. 
Ceux qui Taccompagnoient , étaient véritable- 



SERTORIUS. iry 

ment fâchez & indignez de voir qu'un Proconful 

-des Romains payât tribut à ces Barbares , mais 

Sertorius, fans être touché de la prétendue honte 

que Ton y trouvoit > dit feulement, qu'il achetoit Bc ' w ™ ot ùseno- 

le temsj, qui étoit la chofe du monde la plus précieufe 

four tout homme qui ajpiroit à de grandes chofes. Il 

fe concilia donc ces Barbares par de l'argent > & 

gagna l'Elpagne en toute diligence. 

Il la trouva très-peuplée & remplie d'une flo- 
riilante jeuneflè très-propre à porter les armes , 
mais il la trouva auffi très-mal difpofée pour tous Aw/&»rf«js#*- 

1/-^ > r* 11/* /J !*•/"* ffnols pour tous les 

es (gouverneurs , a cauie de la nerte , de 1 înlo- Gouverneurs ^ hs 

lence, & de l'avarice deceuxqu'onyavoit en- ***** letlr en ~ 

voyez. Pour la faire revenir de cette averfion , 

il s'appliqua à gagner les Grands par fà douceur m^jm^. 

o ce «I* • / o i 1 i r i r ' im em fay a î ouv 

<x, par ia ramilianté , oc les peuples par le iouia- i« /*■•* «©««> <fe 

gement qu'il leur procura en diminuant les tailles 

Se les fubfides. Mais ce qui les charma davantage , 

& qui acheva de les lui acquérir., ce fut la dé- nies déchue des 

1 j I i 1 loremem des rens de 

charge des logemens des gens de guerre , car g îerre. 
il obligea fes foldats à camper devant les murail- n Mwpe devam Ui 
les des villes , & à paflèr l'hy ver fous les tentes , viUes en t lein 1 ^ 
& il y fit tendre lui-même le premier fbn pa- 
villon. 

Sa condefeendance n'alla pourtant pas à faire 

Qu'il achetoit le tems , quiétoif moment perdu : on en voit de 

la chofe du monde la plus pré- grandes preuves dans ces vies de 

tieufi. ] Parole pleine de grand Plutarque , & nous en avons de 

fens. Le tems eft fi précieux,fur- plus récentes , qui ne font pas 

tout à la guerre , que c'ef! fou- d'un moindre poids, 
ventune perte irréparable qu'un 

Pij 



n6 SERTORIUS. 

tout ce qui auroit pu plaire à ces peuples , car de 
tous les Romains 9 qui s'étoient tranf plantez en 
Efpagne 9 il choifit ceux qui étoient en état de 
porter les armes > & les mit dans fes troupes , il 
fit bâtir beaucoup de vaiflèaux & toutes fortes de 
machines de guerre, & par ce moyen il s'aflura 
des villes. Et dans le tems qu'il paroiflbit doux 

smwLl° niiue e & humain dans le commerce de la vie pendant 
la paix, il fe rendoit terrible par les grands pré- 
paratifs qu'il faifoit pour la guerre. 
c^ Marim fut Dès qu'il eut appris que Sylla étoit maître de 

âéfaitfarsyua v Rome & que J a faftion de Marius & de Carbon 

oblige de Je tuer , ' 1 

& carhon fi>k tué étoit détruite , il ne douta pas qu'il n'arrivât in- 

ceflàmment contre lui une armée conduite par 

Grande prévoyance un bon chef. C'eft-pourquoi il envoya d'abord 

4e Sctforius.. \ C J T> ' T 1* 

occuper les iommets des ryrenees par Julius 
Salinator avec fix mille hommes de pied. Il y fut 
à peine , que Caïus Annius , détaché par Sylla , 
y arriva avec des troupes; mais voyant que Sa- 
linator ne pouvoit être forcé dans fon pofte , il 
demeura au pied des montagnes fans fçavoir à quoi 
wJbïfafà ait™ & déterminer. Enfin un certain Calpurnius fur- 
mus Langui. nommé Lanarius , ayant tué Salinator en trahifon , 
& fes foldats ayant auffi-tôt abandonné les hau- 
teurs des Pyrénées y Annius les pafla facilement 
avec les nombreufes troupes,qui repouflerent fans 
peine ceux qui voulurent s'y oppofer, Sertorius, 
qui n'étoit pas en état de lui faire tête , fe retira 

» e Mi f» iT har ' avec tm * s m ^ e hommes à Carthage la Neuve y 
Witfê. où ils'embarqua ; traverfa la.mer^ & alla aborder 



SERT O RI US. 117 

en Afrique fiir la côte des Maurufiens , où fes 
gens defcendirent pour aller faire de l'eau , mais 
comme ils marchoient fans précaution & fans le 
tenir fur leurs gardes , les Barbares tombèrent fur 
eux & en tuèrent un grand nombre. Cela obli- 
gea Sertorius à fe rembarquer promptement pour >««• 4<#? Z% 
repafïer en Efpagne. Mais il ne put y faire de ***"*' 
defcente , car on le repouffa. C'eft-pourquoi avec 
un renfort de quelques flûtes de corfaires Cili- 
ciens, qui le joignirent , il cingla vers rifle de tev^ Ifîel 
Pityufe , où il aborda malgré la refiftance de la f es f aleares » & 

r V >'\ \ ' bat la garni/on 

garnilon d Annius , qu il battit. tAmms. 

Peu de tems après Annius parut avec une grofle 
flote montée par cinq mille combattans. Serto- iitpnfobhcm* 
rius refblut de le combattre par mer, quoiqu'il ttT ^ merAn ' 

F ' X x mus yvA venoit avec 

n'eût que desvaifleaux très-légers qui avoient été me & r °tf e M*- 
faits pour la courfe , & nullement pour le com- 
bat. Mais tout à coup il fe leva un vent du cou- n eji ban» £ m * 
chant fi impétueux , & la mer fut agitée avec tant wmbu *"*'*" 
de violence ., que la plupart des vaifleaux de Ser- 
torius, à caufe de leur légèreté , furent jettez de 
travers par la force des vagues contre les rochers 
du rivage * & que Sertorius avec peu de vaifleaux 
chaffe de la mer par la tempête & de la terre par 
fes ennemis , fut dix jours entiers, battu de la tour- 
mentera lutter contre les vents & les flots, & ayant 
une peine infinie à fe foutenîr. Mais enfin le vent 
étant un peu tombé , il fut porté fur quelques 
Ifles qui font femées çà & là fur cette plage % & 
qui ri ont point d'eau. Il les quitta bientôt, paffo 

P iii 



n8 SEETORÏUS. 

ii tiorie àucôte j e détroit de Cadis , & prenant à droite r il aborda 
?*&»e* à la côte d'Efpagne un peu au-deffiis de l'embou- 

chure du Betis , qui traverfant un grand paï's pour 
aller fe décharger dans la mer Atlantique , donne 
AUBetique,*»- fon nom à cette partie de TElpagne quil baigne 

jmrà'hm ÏAnddo»- £ Q £ § eaUX# 

Là il rencontra quelques patrons de vaiflêau, 
les^LtnTTies qui revenoient tout nouvellement des Ifles Atlan- 
yics des Bienheu- t }q ues . Ce font des ifles feparées Tune de l'autre 

reux. 1 . «" i A r\ • / 11?' 

par un petit bras de mer* & éloignées de 1 A- 
Quatre cem tienês. frique de dix mille ftades. On les appelle les Ifles 
vheureufe tempe- d es Bienheureux. Il y pie at rarement , &lespluyes 

rature du climat de . , fil i t1 » 

ces ijies , &- k bon- qui y tombent lont des piuy es douces. 11 n y règne 

On les appelle les Ijles des Bien- Il y pleut rarement, & lespluyes 

heureux. ] rlutarque a crû que tpii y tombent. ] Tout ceci s'ac- 

ces Ifles mêmes étoient les lieux corde fort bien avec la defcrip- 

heureux , où Homère a placé tion qu'Homère en fait dans le 

lès champs Elyfées , mais Stra- iv. livre de TOdiûee , & qui 

bon fait fort bien voir que ces marque fi - bien que toute la 

champs Elyfées, ou champs heu- côte occidentale de l'Efpagne 

reux, fontlaBetique 5 l'Anda- lui étoit parfaitement connue, 

loufie , & que ces Ifles n' étoient Les Immortels vous envoyèrent 

appeilées les Illes des Bienheu- dans les champs Elifées à l'extrê-* 

reux , que parce qu'elles appar- mité de la terre, où levage Rhada- 

îenoient aux habitans de l'An- mante donne des loix , où les hom- 

•daloufîe 3 à caufe du voifînage; mespajfent une vie douce & tran- 

car les Ifles voifînes d'une côte quille , où l'on nefent ni les neiges , 

appartiennent d'ordinaire aux ni les frimât s de Vhyver , ni les 

habitans de cette côte-là. Ainfî pluyes , mais ou l'air efi toujours 

ces Ifles des Bienheureux n'é- rafraîchi par les douces haleines 

îoientpas elles-mêmes ces lieux des Zéphyr es , que t Océan y en- 

heureux , mais les Ifles qui ap- voye continuellement ; & l'un ÔC 

partenoient aux peuples heu- l'autre , Homère & Plutarque , 

reux , c'efl-à-dire aux habitans tirent un grand jour de ces pa- 

de l' Andaloufie , qui étoient ces rôles de Juflin : Salubritas cœli 

peuples fortunez. ptr omnem Hijpamam œqualis , 



tans. 



SERTORIUS. irp 

que des vents agréables , qui portant toujours une u™ de km fafo 
bénigne rofée lur leurs aîles,engraiffent tellement 
la terre , que non-feulement elle eft toujours en 
état de répondre aux foins & aux vœux de ceux 
qui voudroient la labourer & la planter , mais 
qu'elle produit d'elle-même toutes fortes d'ex- 
cellens fruits, & en fi grande abondance, qu'ils 
liiffifent à nourrir fes habitans, fans qu'ils fe don- 
nent le moindre travail ni la moindre peine , de 
forte que toute leur vie fe paflê dans un délicieux 
repos. L'air y eft toujours lerein, & n'y caufe 
jamais la moindre maladie à caufè de la douce 
température desfaifons, dont les ehangemens ne 
fcnt jamais fubits , mais toujours infenfibles. Car 
les vents de notre continent, comme les vents du 
Nord & duLevant,après avoir parcouru cet efpace 
immenfe de notre terre , venant à tomber & à fe 
répandre dans cette vafte étendue d'air & de mer , 
fe partagent, fe rompent, &fe perdent avant 
que d'y arriver, ou n'y arrivent que languiffans & 
foibles ; & les vents qui y foufflent du côté de la 
mer , comme les vents du Midi & du Ponant 3 
venant à paflèr fur cette grande plaine d'eau , fe 
chargent d'une pîuye douce & menue dont ils les 
arrofent quelquefois , & dont le plus fbuvent ik 
ne font que les rafraîchir par une moiteur douce & 
féconde , qui nourrit & fait croître tout ce que la 

quia aërisfpritus nulla -paludium provinciam fenetrantibus , evenîi*- 

gravi nebula inficitur. Mue acce- lato terrefiri ffiritu prœcipua hc? 

dùnt & marinât, aura undique <ver- minibus fanitas rtdditun. 
Jus ajjîdui fiants , quibus omnem 



ï20 SERT OR 1US. 

terre y produit. De forte que c'eftune opinion 

généralement reçue , même parmi les Barbares , 

ce* ijies font les & ^ftë comme un article de Religion , que là 

&bamf>s Elijees _ oii 11 

^Homère 4 j^;> iont les champs Elylees oc la demeure des bien- 
"* heureux qu Homère a chantez. 

senonmtentécL'ai- Sertorius , entendant toutes ces merveilles , 
krba^rcesip, £ ntk naître en j ui une mer veilleufe paffion d'al- 

ler habiter ces Ifles, & d'y vivre en repos, délivré 
de la tyrannie & de toutes les guerres. Mais les 
Ciliciens, qui s'en apperçurent , &quin'avoient 
befbin ni de paix ni de repos , & feulement de 
ce qui l'en emfc- richefTes & de dépouilles , le laifièrent là & firent 
cU voile en Afrique pour rétablir Afcalis , fils dlph- 

tha , fur le trône des Maurufiens. Sertorius , bien 
loin de perdre courage , refolut liir le champ 
d'aller au fecours de ceux qui faifoient la guerre à 
Afcalis , tant pour fe vanger de cqs corfaires , que 
pour donner aux gens de guerre , qu'il avoit avec 
lui , quelque nouvelle eïperance qu'ils trouve- 
roient encore à fervir & à s'employer , & pour 
les empêcher par-là de fe débander & de l'aban- 
donner , à caufe de l'extrême neceffité où ils 
alloient bientôt être réduits. Son arrivée fit grand 
plaifir aux Maurufiens, il mit d'abord la main à 
n bat Afcaiis, & l'œuvre, & ayant battu Afcalis dans un grand 

l'affiérp dans la ville 1 •!•" V .«? 1 1 '11 * «1 C 

«« uieù mire. combat , il 1 aliiegea dans la ville ou il le retira. 
A la première nouvelle queSylla en eut, il en- 
voya Paccianus avec des troupes au fecours d'Af- 
11 défait vaccu. calis. Sertorius le défit en bataille , le tua, obligea 
Z% Tj£L fon armée à fe rendre à lui , & l'ayant jointe à ks 

troupes 



SERTORIUS. ^ rit 

troupes il prit d'aflàut la ville de Tingis où Afcalis tÀjtàk, & prend 
s'étoit enfui avec fes frères. Les Africains difent ^l 
que c'eft là qu Antée eft enterré , & Sertorius Tomheau d > Ant > e 
ne pouvant croire ce que les Barbares difoient ^iàeuhye^uàe 

. 1 £ -, n C r • r laTerre, qui fut tué 

de la grandeur monltrueule , nt ouvrir ion tom- parHeroèU. 
beau , où ayant trouvé 9 à ce qu'on dit , un corps n muve dani 
de foixante coudées de haut, il fut très-étonné , to r mbeau m j corps de 

i , . n . r 1 • • r c Soixante coudées, 

immola des victimes , nt religieuiement reiermer 
le tombeau , & par-là il augmenta beaucoup le 
refpeél & la vénération qu on avoitpour ce géant 
dans toute la contrée, & tous les bruits qu on en 
femoit. 

Les habitant de Tingis racontent qu'après la 
mort d' Antée , fa veuve , appellée Tinga , coucha tmga , veuve 
avec Hercule , & en eut un fils nommé Sophax, '£%£££ 
qui régna dans le Pais , & fonda cette ville à qui So ï hax * 
il donna le nom de fa mère ; que de ce Sophax 
naquit Diodorus , qui fournit plufieurs nations 
d'Afrique avec une armée de Grecs d'Olbies & 

Vn corps de foixante coudées de ôc une paume de haut ; que fe- 

haut. ] Voilà en effet une gran- roit-ce donc qu'un géant de foi- 

deur bien monftrueufe. Il eft xante coudées ? Homère dit de 

peut - être ridicule de vouloir Polipheme qu'il étoit auiîî haut 

mettre les fables à la raifon, je -que la plus haute montagne; mais 

dirai pourtant qu'il pourrait y on fçait combien il faut rabattre 

avoir faute à la lettre numérale ; des hyperboles poétiques. Stra- 

& ce qui me le perfuade,c'eft que bon dans fon dernier livre don- 

FEcritu're Sainte , qui parle des ne aufîi foixante coudées à ce 

géants,marque comme une gran- corps d'Ântée; mais il fait en- 

deur excefïive que le lit d'Og tendre en même tems que c'eft 

Roi de Bafan , un des géants , une fable que Gabinius avoit 

étoit de neuf coudées de long débitée dans fon Hiftoire Ro- 

& de quatre coudées de large, maine avec plufieurs autres. 

Goliath n'avoit que fîx coudées Avec une armée de Grecs d'OU 

Tome V, Q 



»a SERTORIUS. 

deMycenes, qui avoient été menez dans ce§> 
quartiers-là par Hercule , & qui s'y étoient établis. 
Cela foit dit en pafïànt pour faire Honneur au Roi 
Le KcijuhagYanà Juba y le plus grand Hiftorien qui ait jamais été 
parmi les Rois , car on prétend qu'il defcendoit en 
droite ligne de ces Princes Diodorus & Sophax* 
fils & petit-fils d'Hercule. 

Sertorius^ après avoir fournis tout le pais y ne 
fit aucun mal , ni aucun déplaifir à ceux qui fe 
mirent à fa merci ^ & qui fe fièrent à fa parole , au 
contraire il leur rendit leurs villes, leurs biens > 
leurs loix & Içurs privilèges, & fe contenta de 
ce qu'ils voulurent bien lui donner. Enfuitedans 
le tems qu'il déliberoit de quel côté il tourneroit 
" „ w l. fes armes , il reçut des Ambaiïadeurs des Lufita-- 

Il <Jl appelle p«r . -VU' O ' 1 CT - J 

les Luttant™ , les mens , qui 1 appelloient oc qui le preiioient de 
venir commander leurs troupes r parce qu'ils 
avoient befoin d'un Capitaine de réputation & 
d'expérience pour la guerre dont ils et oient me- 
nacez par les Romains } & qu'il étoit le feul en 
qui ils puiïent avoir de la confiance , ayant été 
fort bien informez de fes mœurs & de fon natu- 
rel par ceux qui avoient porté les armes fous IuL 
Sincarattere.- Voici fon véritable caraclere , il n'étoit aifé à 

bïes & de My cènes. ] Il y a eu fleuve cfOlbius , qui coule dans 

plufieurs villes appellées 0/&kr, l'Arcadie , Se dont il eft parlé 

& Strabon parle de quelques- dans les Arcadiques de Paufa- 

unes, mais il n'y en a aucune nias; ce qui eft d'autant plus 

dans la Grèce. On conjecture vrai-femblable , que Plutarque- 

que celle dont Plutarque parle joint ici Olbies avec Mycenes à 

ici , étoit une ancienne ville de ville célèbre du Peloponefe. 
l'Arcadie ; ainfî nommée du 



VortHgais, 



SEttTORÏUS. xi 3 

ïeduire ni à prendre par la volupté , ni par la 
crainte; il étoit naturellement intrépide dans les 
périls, & lupportoit avec modération la bonne 
fortune; il ne cedoit à aucun Capitaine de fon 
tems pour joindre l'ennemi de près & lui donner 
bataille ; dans toutes les occafions où il falloir 
dérober quelque marche., ou quelque defïein aux 
ennemis , ou les prévenir & fe faifir de quelque 
polie avantageux > en un mot partout où ilfalloit 
employer la mrpriie , ou la diligence, & ufer de 
force , ou de rufe , il n'y avoit pas de plus excel- 
lent ouvrier que lui , magnifique julqu'à l'excès 
dans les récompenfes dont il honoroit les belles 
actions % & très-moderé dans les peines dont il 
punillbit les fautes. 

Il eft vrai que l'action, qu'il commit fur la fin 'M* de cmauw 

' 1 p • 1 r t~> r 1 ^ u il commit a la. fin 

de les jours contre les jeunes entans JtLipagnols hf tS j mi . 

qu'il avoit en otage, & qui eft pleine d'animofité 

Se de cruauté , fembie marquer qu'il n' étoit ni 

doux ni humain naturellement, mais qu'il prenoit 

les dehors de ces vertus par des motifs d'intérêt -> 

& lorfqu'il y étoit forcé par la neceffité de fes 

affaires. Or il me paroît qu'une vertu vray e , pure 1% venu v?*jè 

&i_ • nr* • 1 • r C \ ' • Z? pure ne fe démtnt 

bien affermie par la raiion , ne le dément ja- ^ milis . 

mais , quelque grand malheur qu'il arrive. D'un 

autre côté auffi il n'eft nullement impoffible que 

les hommes du meilleur naturel, & de la volonté 

// ri eft nullement impoffible que impoffible , il eft très-poffible & 

les hommes du meilleur naturel , & très-ordinaire , & rien n'eft plus 

delavolontélamieux affermie dans vrai que ce qu'Ele&re dit dans 

U bien , &c, ] Loin que cela foit Sophocle : Mes amies , il eft bien 

m 



124 SERT OR IXJS. 

la mieux affermie dans le bien , fe trouvant indî- 
Vaivetftt -change gnement affligez & accablez de grandes adverfi- 
finvcmusmocm. tez ^ ne cnan g e Je mœurs en changeant de for- 
tune. Et c'eft à mon avis ce qui arriva à Sertorius , 
quand la fortune Teut abandonné ; aigri par le 
mauvais état de fes affaires , il devint méchant & 
cruel envers ceux qui Tavoient trahi. 

Pour reprendre le fil de notre Hiftoîre , les 

Lufitaniens ayant donc appelle Sertorius, il partit 

incontinent d'Afrique, & dès fon arrivée, comme 

smonm tnivien General , revêtu d'une autorité fouveraine , il leur 

Luptame 3 commet £ t prendre à tous les armes , les diftribua en divers 

corps , & compofà une armée avec laquelle il fou- 

$e$- grands fncçèu • i t> • • r t 1 i 

mit les .Provinces voiiines. La plus grande partie 
le rendoient volontairement à lui à caufe de la 
réputation qu il avoit d'être doux & humain , & 
en même tems homme d'exécution, joint auffi 
qu il employa la rufe & l'artifice pour tromper Se 
pour apprivoifer ces peuples. 
u bhhe de ser. Sa rufe la plus confiderable & la plus finguliere 
nrim , ©• ïnfage f ut ce ij e j e j a bi c h e : \] n habitant du païs , nom- 

1» il en fit. < 1 * 

mé Spanus , qui paffoit fa vie à la campagne , ren- 
contra un jour dans fon chemin une biche , qui 
venoit de mettre bas fon faon , & qui avoit été 
lancée par des chafleurs. La biche fuyoit fi rapi- 
dement * quil ne penfa pas à la prendre, mais 
furpris & charmé de la beauté du faon & de la 

difficile defe modérer dans l'état oh & nous forcent malgré nous à être 

je me trouve , & de ne pas mur- méchans. Voilà la feule raifoiï 

murer contre les Dieux. Des maux qui puifTe exeufer en quelque 

([terribles changent notre naturel, façon Sertorius. 



SERTORIUS. ï^y 

nouveauté de fa robe , car il étoit tout blanc , il le 

pourfuivit & le prit. Par bonne fortune Sertorius 

étoit alors campé près de là , Se tous les petits pre- 

fens qu'on lui faifoit , foit de fruits , ou de venai- 

fon, il les recevoit avec plaifir , & récompenfoit 

libéralement ceux qui lui faifoient ainfileur cour. 

Cet homme donc lui porta fon faon, qui étoit 

une petite biche. Sertorius la reçut agréablement , 

félon fa coutume, fans y faire plus d'attention; 

mais dans la fuite l'ayant rendu fi privée & fi fami- 

liere,qu elle entendoit quand il l'appelloit,qu elle 

îe fuivoit partout quand il fortoit , & qu'elle 

étoit fi accoutumée au bruit des foldats, & à tout 

le tumulte du camp,- que rien ne l'efFarouchoit, 

peu à peu il la confacra en quelque manière, & en 

fit une affaire de Religion ; il dit que e étoit une Bruits 9 «. sert** 

biche dont Diane lui avoit fait prefent , & fema S/ m * fHr f * 

partout le bruit qu'elle lui découvroit une infinité 

de chofes cachées , car il fçavoit que les Barbares L f, s Barhares »*• 

r 11 \ 1 ■ r a- • twellement fuperjii-. 

iont naturellement portez a la luperitition. tu»x* 

Voici l'artifice dont il fe fervoit pour confirmer v ***%<*■ dont- a 

li dit que c étoit une biche dont Plutarque parle ici , s'étoitfervî 

Diane lui avoit fait préfent, j utilement cf une pareille rufe, en 

L'Hifloire ancienne nous four- produifant une femme Syrienne^ 

nit de grands exemples de pareils qui le difoit grande Propheteife, 

artifices , dont les plus grands & en fe faifant fuivre par dès 

Capitaines & les plus braves Le- vautours apprivoifez qu'il la- 

giflateursfe font fer vis 3 pourprcH choit à propos. Mais ce n'efl pas 

iîter de la fuperfrition 6c de la feulement dans les tems de te» 

crédulité des peuples. Nousve- nebres & d'ignorance qu'on a 

nons d'en voir un grand exem- employé ces moyens, on les voit 

pie dans la vie dëMarius, qui renouveliez & pratiquez dans le 

peu d'années avant le tems dont tems de la plus- grande lumière», 

9. H 



T26 SERTORIUS. 

fi ferait pour faire & pour faire recevoir ces bruits. Quand il avoit 
rfcevotr en kmu. e ^ j es ay ^ f ecrets q ue [ es ennem i s s'étoient jettez 

fur quelque endroit de fa province ^ ou qu'ils tra~ 
vailloient à lui enlever quelque place par quelque 
intelligence qu'ils y avoient, U faifoit femblant 
que fabiche l'en avoit averti la nuit pendant fon 
fbmmeaV & lui avoit ordonné de tenir fes troupes 
fous les armes. D'autres fois qu'il avoit eu des 
nouvelles de quelque avantage remporté par fes 
Lieutenans , il faifoit cacher le courier , & pro- 
duisit en public fa biche couronnée de bouquets 
de fleurs pour marque de quelque bonne nouvelle, 
exhortant fes foldats à avoir bon courage & à faire 
des facrifices aux Dieux , parce qu'immanqua^ 
blementils apprendroient bientôt quelque chofe 
de très-agréable. 

Par cette invention il les apprivoifa tellement^ 
& les rendit fi obéïiîans & fi fouples , qu'il les 
trouva toujours difpofez à faire tout ce qu'il vou- 
era iâie que les loit , perfuadez qu'ils n'étoient pas conduits par 

Lttjîtaniens avaient i 1 O C ' T^' T 

fsSermmji. un nomme prudent oc iage^mais par unDieu. Les 

évenemens même aidoient infiniment à les con- 
firmer dans cette opinion lorfqu'ils voyoient fa 
puiflance croître & augmenter tous les jours con- 
tre toute forte de raifon , & comme par miracle. 
tes grandes, chofes Car avec deux mille fix cens hommes ? qu'il 

que Sertorius fit avec 11 • t» • >'\ a C 

inepvigmedegem, appelloit Romains, quoiqu il y eut iept cens 

7Z e £ZL Gene ' Africains parmi , qui l'avoient fuivi d'Afrique , 

quatre mille rondachers & fept cens chevaux, 

qu'il prit dans la Lufitanie > il foutint la guerre 



SERT OR IUS. ï27 

contre quatre Généraux Romains , qui avoient 
fix-vingt mille hommes de pied, fix mille che- 
vaux , deux mille frondeurs & gens de trait , & 
des villes innombrables , quoiqu'il n'en eût alors 
que vingt* Cependant avec ce peu de forces, & 
des commencemens fi petits , il fubjugua plu- 
fleurs grandes Nations , prit une infinité de villes y 
&de tous les Généraux , qu'on lui avoitoppofez, 
il battit par mer Cotta dans le détroit vis-à-vis de 
la ville de Mellaria ; il défit & mit en déroute ffîj££fâ 
Phidius, Gouverneur de la Betique ,.-• dans \m hrduu 
grand combat qu'il lui donna fur le bord du fleuve 
du Betis, où il lui tua deux mille Romains; par fon 
Quefteur il battit Domitius & Lucius Maniiius' &Q0» #*' 

r r. •1*11 Herculejus. 

Proconful de l'autre Efpagne , & il tailla en 

pièces l'armée de Thoranius , un des Capitaines #«** t^m 

que Metellus av oit envoyez contre lui,. & le tua 

ïur la place, 

Enfin il embarraflà tellement Metellus • quipat 
foit pour le plus grand & pour le meilleur Capi- 
taine que lés Romains eufient alors, il le jetta dans 
de fi mauvais pas y 8c le réduifit à telle extrémité , Sertorwsre'duitMe* 

),j r it T . tîI' a 1 1 ■ /^ 1 teïfos a- une grande ' 

qu il laliut que Lucius Lollius vint de la Gaule extrême. 
Narbonnoife pour le fe courir, & qu'on envoyât 
deRomeen toute diligence le grand Pompée avec 
une nouvelle armée. Car Metellus ne fçavoit que 
iàire^ni de quel côté fe tourner contre un ennemi 
comme celui-là , plein d'audace , auffi habile à % tZrt* ^LTu 
profiter de fes avantages , qu'à s'empêcher d'en & time * 
donner , qui évitoit avec adreffe les combats en 



*zS SERTORIUS. 

rafe campagne , & qui par l'agilité , la fbupleflè ^ 
& la légèreté de fes foldats Efpagnols > fçavoit 
prendre tontes fortes de figures St de formes. Au 
Gratine de Me- li eu q ue J u j 9 {{ £ to { t accoutumé à de vrais com- 
bats^ à des batailles rangées données à jour affigné, 
Queiu iteh vin- & qu y, commandoit une infanterie pefamment 
mandou. armée , qui etoit bien exercée a repouffer oc a 

terrafler tout ce qui ofoit lui faire tête , mais qui ne 
pouvoit ni gravir contre les montagnes , ni être 
toujours à la queue de ces hommes plus légers que 
les vents ■& qui ne faifbient que fuir, ni fupporter 
la faim P ni fe pafTer de tentes , ni s'accoutumer 
comme eux à une nourriture crue. D'ailleurs il 
étoit déjà vieux ., & après tant de combats & tant 
JiZpeuZà de fatigues, il s'étoit laiffé aller à une vie plus 
aii, g r à me vie moiic. molle Se plus déiieieufe. Au lieu qu'il avoit en tête 
Sertorius, qui étoit alors à la fleur de fon âge, 
plein d'ardeur & de feu , & dont le corps étoit 
merveilleufement compofé pour la force , la le- 

La fagejjè & la / o 1 /^ • 1 , , . . . 

semence de Ser- gerete oc la tempérance. Car il ne s etoit jamais 
adonné au vin , ni au plaifir de la table :, même 
pendant fon loifir , Se il s' étoit accoutumé de 
latorief^uZt jeuneiTe à fupporter les plus grands travaux , à 
mbrajfet. £ a j re j e g ranc [ es marches, àpailèr plufieurs nuits 

de fuite fans dormir , & cela en mangeant très- 
peu & en fe contentant de la nourriture la plus 
fimple & la plus commune. Quand il étoit en 
Grands avama^ re pos , il paffoit les jours à chafîèr & à courir deçà 
connoijfawe dniieux oc delà parla campagne , ce qui lui acquit une h 
tk£ e . so,im ^ a ' grande connoiffance des lieux qui étoient accef- 

fibles 



SERTORIUS. ' xip 

îîbles ou impraticables, qu'en fuyant il n'étoit 
jamais embarrafîe pour fe tirer des plus mauvais 
pas , Se en poursuivant il fçavoit toujours enfer- 
mer fon ennemi & le pouffer dans les lieux les plus 
difficiles pour l'empêcher d'échaper. 

Par ce moyen Metellus en cherchant le corn- Etat bie» diffère* 

b . /-- • C CC • Metellus qui cher- 

at, <x ne pouvant y attirer Ion ennemi, iourrroit cbe à combattre, o- 

tout ce que fouffrent les vaincus, & Sertorius en t^Zt^ 1 *" 
le fuyant avoit tous les avantages qu'ont ordinai- 
rement ceux qui ont défait l'ennemi & qui le pour- 
fuivent , car il lui coupoit l'eau 5 les vivres , & 
les fourrages. Quand Metellus fe mettoit en Methode de Sen °- 
marche, Sertorius etort incontinent iur lui oC 
l'empêchoit d'avancer , & quand il étoit campé , 
il lui donnoit tant d'alarmes & le harceloit fi con- 
tinuellement , qu'il le forçoit de déloger. S'il met- 
toit le fiége devant une place, il y arrivoit tout 
auffi-tôt , & l'affiegeoit lui-même par la difette > 
ou il le réduifok à tel point que fes foldats n'en 
pouvoient plus , & que Sertorius ayant défié Me- sertorm mvep 
tellus à un combat fingulier , ils fe mirent tous à défier mdh 
crier que cela étoit bien penfé, & à le preflèr 
d'accepter le défi , difànt qu'il falloir qu'ils corn- 
battiffent General contre General , & Romain 
contre Romain ; & fur ce que Metellus refufa le mtdim refufe u 

i, • 1 f" i 1 • o C J combat , & fe rns° 

combat , ils le moquèrent de lui 3 oc en tirent des que de senorïm. 

railleries ; mais Metellus ne fit qu'en rire & fit 

fort bien, car, comme dit Theophrafte, il faut &*&&€$$•&* 

qum General meure en General ? & non pas en 

(impie avamuréer. 

Tome K R 



ï 3 o SERTORTUS. 

idnp&rigdMiao Un jour Metellus s'étant apperçu que les Lac— 
'rj2j ujîe! lle de cobrites donnoient beaucoup de fecours à Serto- 
rius , & qu'on pouvoit facilement les prendre par 
la foif , car ils n'avoient dans la ville qu'un puits r 
& les ruifleaux ôc les fontaines, qui fetrouvoient 
dans les fauxbourgs ,. ou aux environs de la ville r 
feroient au pouvoir de celui qui l'affiegeroit , il 
MtttUus rajjtege. reiolut d'en faire le fiége, dans l'eiperance qui! 
en feroit maître en deux jours T parcequ'ils man- 
queroient d'eau. Il ordonna donc àfes troupes de 
prendre des vivres pour cinq jours , & fe mit en 
marche. Mais Sertorius imagina promptement- 
les moyens de la fecourir ; il ordonna qu'on- 

Comment Sertorius îaij i «il o • 

tonna d» ficours à remplit a eau deux mille outres , oc promit pour 
™Zï l à'ÏJ Mmm ~ chaque outre une certaine fomme d'argents 
Quantité d'Eipagnols «Se de Maurufiens fe pré- 
sentèrent pour exécuter l'entreprife. Sertorius 
choifît les plus robuftes & les plus légers, &le$ 
envoya par la montagne avec ordre que quand 
ils auroient livré leurs outres aux habitans, ils 
fiflènt fortir de la place toutes les bouches inu- 
tiles, afin que cette eau pût fournir plus longtems. 
à ceux qui la défendroient* • 

Metellus, averti du fuccès de ce ftratagême, 
en fut très-fâché, caries vivres, qu'il avoit fait 
prendre à les troupes, étoient déjà confumez. If 
envoya fur l'heure Aquinus avec fix mille hommes 
pour lui amener un convoi. Sertorius en fut bien- 
tôt averti; dès qu' Aquinus fut parle, il lui dreilâ 
une embufeade fur le chemin > & quand il revint 



5ERT0RÏUS. i 3 r 

avec fon convoi , il fit lever trois mille hommes 

du ravin couvert où il les avoit cachez pour le u u m emvoî ^ 

charger en queue > & lui-même en perfonne fat- n etell ?ï ' ?*j a ' 

O h > r bhgealeverlejiege. 

taquant de Iront > il le mit en tuite > lui tua une 
grande partie de fes gens , & fit prifonniers les 
autres. Aquinus perdit fes armes & fon cheval 
dans ce combat , & fe fauva de vîtefle dans le 
camp de Metellus, qui par cet échec fut obligé de 
lever honteufement le fiége , & eut la douleur de 
fe voir moqué & fiflé par les Efpagnols. 

Tous ces heureux fuccès attirèrent à Sertorius 
l'admiration, feftime, & l'amitié des Barbares, 
Mais ce qui les charma fiirtout , ce fut de voir 
qu'en les armant à la Romaine , qu'en les dreflant 
à garder leurs rangs , à prendre le mot & à lui 
obéir , & en ôtant à leur manière de combattre ce senorimfau <tw 

? 1 1 • 1 C • 11P1 / o 1 armée de bandits une 

qu elle avoit de luneux , de deiordonne oc de am & bien di/cipu- 

brutal , il avoit fait d une multitude de brigands née - 

& de bandits une armée bien aguerrie & bien j&$*£.% 

difciplinée. Une chofe encore qui ne contribua «^»5.^"«* & 

pas peu a lui acquérir leurs bonnes grâces > c elt 

qu'il leur donnoit avec profufion de l'or & de « w donne d e 

l'argent pour dorer leurs cafques & enrichir leurs pZrfaer 'uZKTç- 

boucliersj & qu'il leur enfeignoit à avoir des }™ s iJ^ k ™ kbi * 

tuniques brodées à fleurs , & de magnifiques hoc- 

quetonspardeffiis leurs armes , ne leur plaignant 

rien pour cela , & entrant même avec eux dans 

cette forte d'émulation & d'ambition de propreté 

& de magnificence. 

Mais ce qui acheva de les gagner > c'eft ce qu'il 

Rij 



i 3 2 SERT OKI US: 

Grand trait de po- fit pour leurs enfans. Parmi toutes les nations qu? 
m lue ^ smvw. j ui étoient f ourn ifes r il fit choifir les enfans des 

plus grandes & des plus nobles maifons , & les mit 
tous enfembledansOfca, belle & grande ville, 
J & leur donna des maîtres pour leur enfeigner les 
Lettres Grecques & Romaines. En apparence 
cétoit pour les dreffer & les inftruire, afin que 
quand ilsferoient en âge on pût les employer dans 
les affaires j & leur confier les charges & les em- 
plois , mais en effet e' étoient autant d'otages qu'il 
prenoit habilement de cespeuples pour s'aflurer de 
leur fidélité. Les pères étoient ravis de voir que 
leurs enfans , vêtus de belles robes bordées de 
pourpre r alloient tous les jours aux écoles avec 
beaucoup de décence & de modeftie , que Ser- 
torius payoit toute leur dépenfe > que fouvent il 
prenoit lui-même la peine de les examiner & de 
les interroger , & qu il diftribuoit des prix à ceux 
qui avoient le mieux fait ? & qu'il leur donnoit 
des joyaux d'or que les Romains mettent au cou 
de leurs enfans > & qu'ils appellent Bullas. 
p^Zulïr Cétoit en ce tems-là une coutume en Et 

Et les mît tous enfemble dans Maïs en effet c étoient autant 

Ofca', belle & grande -ville. ] C'é- d'otages. ] Voilà le trait d'un po~ 

toit une ville de l'Efpagne Tar- litique habile. Sertorius trouve 

raconoife,vcifined'IlerdajCom- le fecret de fe faire aimer des 

me nous le voyons par. S trabon ^ peuples en s'afïùrant de leur) 

où l'on a mal écrit Ileofca. née* fidélité j , par ce bienfaitil gagne 

ÏXtpS'a.y è fteoBHcty , il faut lire plus que les autres ne font par la 

7npi iVéf Jeaty >t) o'Vm». La fuite violence. Alexandre avoit fait? 

ne permet pas d'en douter, car il la même chofe avant lui. 

ajoute, Ilerda efi éloignée d'Ofca Cétoit en ce tems-la une con- 

d environ cinq cens fiades, tume m Efpagne, que ceux ■* qufc 



à rnourîr avue leur 



SERTORIUS. Ï33 

tôagne > que ceux qui étoient attachez au Prince > 

^ 1 (T 1 * ."S Prince oh Uiir Gene- 

ou au General ., niourullenttous avec lui , ou après raL 
lui- quand il venoit à mourir , & les Barbares 
appelloient cette forte de dévouement ? d'un mot 
qui fignifie h b ation faite fur le facrifice. Malgré cette 



étoient attachez. aU Prince , oïl ait 
General , mourujfent tous avec lui 
quand il venoit à mourir. ~\ C'étoit 
la même coutume qui étoit dans 
les Gaules, où certains braves, 
que l'on appelloit- Solduriers , 
s'attachoient à un Prince , ou à 
un grand Seigneur , pour avoir 
part à fa bonne Se à fa mauvaife 
îbrtune, & qui lorfqu'ii perif- 
foit mouroient avec lui, ou fe 
tuoient après fa défaite, fans que 
jamais aucun ait manqué à ce 
point d'honneur. Cef. liv. iti. de 
la guerre des Gaules.- Dion liv. 
Lin. rapporte qu'un certainSex 3 - 
tus Pacuvius , ou Apudius , au 
railieu du Sénat de Pvome,fe dé- 
voila de même à Augufte félon 
cette coutume des Espagnols,. 
ôc voulut obliger tous les autres 
hr fuivre fon exemple. Mais ce 
dévouement n' étoit que le dé- 
voilement d'un vil fîateur inte- 
reffé , >qui ne penfoit -rien-moins 
que ce qu'il difoit , & qui vou- 
lait furpréndre les grâces du 
Prince , & il y réiiffit ; car au- 
près des -Princes l'hipocrifie efi 
fouvent aum" efficace que la vé- 
rité. Ces fortes de dé Voiiemens 
rhétoientpas feulement en ufage 
en Efpagné & dans les Gaules , 
om les trouve^pratiquez dans les 



Indes, en Portugal,dârts Fille de 
Ceylan , dans le Royaume de 
Tunquin & ailleurs , & ces dé- 
vouez étoient appeliez - en quel- 
ques endroits les fidelks du Roi- 
en ce monde & en Vautre. La fla- 
terie, l'intérêt & l'amour même 
pour le Prince , ont pu infpirer' 
ces dévoiiemens aux peuples 3 * 
fans qu'il foit neceffaire qu'ils les L 
ayent imitez d'ailleurs. 

Les Barbares a-ppelloient' cette 
forte de dévoilement , d'un mot qiâ 
fignifie- libation faite fur le fa- 
crifice; ] J ; e voudrais bien que 
Plutârque nous eut confervé le 
terrne dont ils fe fervoient pour 
exprimer ce dévouement , corn^ 
me Cefar nous aconfervé le nom ■ 
que les Gaulois donnoient à ces 
braves. 

Libation faite fur le Sacrifice. ~\: 
C 5 efl ce que fignifie proprement- 
%ett£ooomêçi mot emprunté des 
facrifiees, où l'on faifoit'une af« 
perfion,. une libation fur lefacri* 
fîce que l'on ofïroit & fur la vic- 
time qui'allok être immolée ; ôc ! 
c'eft ce- qui peut fervir à- nous- 
faire entendre ce paffage de S* 
Paul dans la n. Epître à Timo-> 
triée iv. 6. ly® 'fî nh<m%^o]Aai y 
ego emmjam delibor^ 



x 3 4 SERTORIUS. 

coutume il y avoit bien peu de ces Ecuyers., ou 

compagnons d'armes des autres Commandans, 

qui fe dévoiïafïènt à mourir ainfi avec eux , mais 

vhfieun miiiieri pour Sertorius il y eut plufieurs milliers d'hommes 

â'bommesfe dévient q u i J e f u i v i re nt avec cette forte de dévotion. On 

pour mourtr avec x^ ^_ - . - . " 

smoriui, dit qu un jour que fon armée fut mile en fuite 

près d'une certaine ville d'Elpagne , & que les 

ennemis lapourfuivoient chaudement, les foldats 

ce que f es foidats Elpagnols , négligeant leur propre vie , ne fon- 

érent dans une de- L ° >\ r ■ n • o Û 1 

Mte fom- ufauver. gèrent qu a iauver Sertorius , oc que 1 enlevant 
îur leurs épaules , ils le firent ainfi pafîer de l'un 
à l'autre juiqu'aux murailles de la ville , & qu'a- 
près l'avoir mis en fureté, alors il fe débandèrent 
Se fe fauverent par la fuite comme ils purent. ' 

Il n'étoit pas feulement aimé des Elpagnols , 
mais encore des gens de guerre, qui venoient 
d'Italie. En effet Perpenna Vento , qui fui voit le 
.même parti que Sertorius, étant arrivé en Efpagne 
avec beaucoup d'argent & beaucoup de troupes, 
mais refolu de faire la guerre à Metellus en fon 
particulier avec fes feules forces, fes foldats s'em- 
portèrent contre lui , & on ne parloit que de 
Sertorius dans leur camp. Ce qui faifbit un dépit . 
êrgmii de Fer- extrême à Perpenna bouffi de l'orgueil que lui 
donnoit fa naiflance & fes richeffes. Bien plus 
encore, dès qu'on eut appris que Pompée étoiten 
chemin & qu'il paflbit déjà les Pyrénées, ces 
mêmes foldats prenant leurs armes , & arrachant 
les enfeignes des endroits où elles étoient plantées 
fe mirent à crier contre Perpenna & à le preiTer de 



SERTORIUS. T 3 y 

les mener à Sertorius ; que s'il ne le faifoit, ils le 

menacèrent qu'ils l'abandonneraient, & qu'ils fe 

retirercient auprès de ce Capitaine^ qui fçavoit le 

lauver lui-même , & fauver les autres. Perpenna* 

forcé de leur obéir,- alla joindre Sertorius avec La eo f Jorteûoit !a 

cinquante-trois cohortes* f ixiéme ptruefun* 

Sertorius ie trouva donc avec une armée tres- 
Bombreuiè ,■ furtout après que les peuples , qui 
font en deçà de l'Ebre, fe furent loumis à lui, 
car de tous cotez il lui arrivoit inceffamment des 
troupes. Mais il étoit al larme de voir que c'étoit 
une multitude de Barbares ramafîez y fans ordre , 
fans difcipline & pleins d'audace , qui crioient 
qu'on marchât à l'ennemi, & qui dans cette im- 
patience ne pouvoientfupporter le moindre dé- 
lai. Il tâcha de les adoucir 6t de les ramener par fes 
remontrances , mais voyant qu'ils s'emportoient 
& qu'ils étoient prêts à fe mutiner , & à en venir 
aux dernières violences, voulant à toute force 
qu'on allât attaquer les ennemis mal-à-propos Se 
Bors de laifon , il les laifla aller r & ne fut pas fâ- &««% »v />«■ 

i / j i i .« . . « /« fiché cjue /es tripes 

che du danger auquel ris couroient , car il eipera j»«hk« font b A %* 

> f 1 C a • 1 / r - tués. 

quêtant battus, ians être entièrement delaits r 

cet échec les corrigèrent , & les rendroitdansla Vuùiité^iUim 

fuite plus louples & plus fournis à fes ordres. dec et tcb*c. 

Cela arriva comme il l'avoir prévu.. G es trou- 
pes furent battues; il marcha à leur iecours, re- 
cueillit les fuyards & les ramena dans fon camp 9 . 
Mais voulant guérir le découragement où cette 
malheureufe avanture les avoit jettez , peu de jours 



i 3 <5 SERTORIUS. 

Bel apoic^e dont après il fît afïèmbler toute fon armée > & com^ 
^^tcmr^LW^, qu'on amenât au milieu deux chevaux , 
fesses. y un vieux , maigre 3 défait , <& d'une extrême foi- 

bleflè , & l'autre jeune , gras , vigoureux & fort , 
& remarquable furtout par la beauté de fa queue 3 
& par la quantité des crins dont elle étoit fournie. 
Auprès du .cheval loible , il mit un homme grand 
&fort, & auprès du cheval vigoureux & fort, il 
mît un petit homme de nulle apparence > & qui 
n'avoit ni force ni vertu. Le lignai étant donné , 
l'homme fort prit à deux mains la queue du cheval 
foible 9 & la tiroit à lui de toute fa force , comme 
pour l'arracher ; & le petit homme foible fe mit à 
arracher .un à un les crins delà queue du cheval 
fort. Après que le premier eut pris beaucoup de 
peine inutilement > & qu'il eut bien fait rire tous 
les fpectateurs , il renonça à fon entreprife. Mais 
le petit homme foible dans tm moment & fans 
aucun effort fit voir la queue de ion vigoureux 
cheval toute nue $c dépouillée de fes crins. 

Alors Sertorius fe levant dit : Mes alliez ., vous 
la patience plus voyez que la patience efl plus efficace que la force ., & 

efficace que a force. ^ pj^p^ fa ç]iq^q S y doïll Oïl île ffaWOit Venir à 

bout tout à la fois 3 quelques efforts qu'on faffe , on les 

La continuation^ fait fans peine peu à peu. Car la continuation eft une 

chofe invincible. O efl par elle que le tems même détruit 

Jïif'&'m^rîfd & ru i ne ce °[ ue l G monde a de plus fort. Ceft un ami 

Il commanda quon amenât au fort célèbre. Horace y a fait 
milieu deux chevaux. ] Cet apo- allufion dans fa I. Êpiil. du 
logue de Sertorius eft devenu liv. u. 



SERTORIUS. 137 

& un allié très- fur & très^fecourable pour ceux y qui aWe'pow ceux qui 
par un raifonnement prudent & fage j fçavent en dij- ault'J ^«Zl'Je 
cerner & faifir l'opportunité , mais aujji c'eft un ennemi °' nohle - 
très-dangereux pour ceux qui le prennent à rebours > & 
qui par une précipitation aveugle & téméraire s veulent 
ravir les occajions avant qu.il les ait amenées. 

C'eil par de femblables apologues que Serto- 
rius confoloit tous les jours fes foldats, relevoit 
leur courage , & leur enfeignoit à attendre les 
occafions favorables , que le tems leur prefente- 
roit. Mais ce qu il imagina contre les Characita- 
niens > parut auffi admirable qu'aucun de fes plus 
grands exploits. Les Characitaniens font des Leshabitamdet* 

1 -11- i 1\ l rr< -1? Car ace a , 

peuples qui habitent au-delà du 1 âge ; us n ont dans u cajinie » 0(i - 

1i •'•11 • 1 • • 1 Salle , près du ri- 

eur demeure, ni villes , ni bourgs , mais ils va ged»Tage. 

ont un coteau fort haut & fort grand tout chaudes char* 
rempli de cavernes & de creux de rochers qui 
font tournez vers le Nord > où ils font leur ha- 
bitation. Toute la campagne , qui environne ce 
coteau y ne produit qu'une boue d'argile & une 
terre très-fine & très-menuë , qui ne peut foutenir 
ceux qui y marchent , & qui, pour peu qu'on y 
touche , s'élève & fe refout en une poudre très- 
fcbtiie, comme la chaux vive ou la cendre. Quand 
ces Barbares craignent d'être attaquez ? & qu'ils 

Cefi par de femblables apologues toit fervi dans plusieurs occa- 

que Sertorius confoloit tous les jours fions importantes. Je voudrais 

fes foldats. ] Il paroît par ce paf- qu'il nous les eût confervez, car 

fage que du tems de Plutarque il n'y a rien de plus inftrucHf 

on confervoit encore plufîeurs que ces apologues appliquez à 

apologues, dont Sertorius s' é- un fait particulier. 

Tome V. S 



char.iens inaccejj - 
ble. 



i 3 8 SERTORIUS. 

ont pillé leurs voifins r ils fe renferment dans cer 
cavernes avec leur proye > & fe tiennent là tran- 
quilles comme dans un lieu inacceffible où Ton 
ne fçauroit les forcer; 
Sértmm va cam- ^ n ) our Sertorius , s'étant éloigné de Metellus ^ 
ter m-dejfms de ce a ]J a ca mper au-deflbus de ce coteau. Les Bar- 

cote au m *■ 

bares qui crurent qu'il n'étoit venu là que parce: 
u eftmocquéde ces qa il avoit été battu r fe mocquoient de lui & 
faifbient des huées. Sertorius ) foit qu'il fût en- 
colère , ou qu'il voulût montrer qu'il ne fuyoit, 
point > monta à cheval- dès le lendemain à la 
pointe du jour , & alla reconnoître le coteau. 
Mais comme il n'y avoir aucun chemin pour ew 
approcher , il étoit au defelpoir , Se nefaifoit que 
courir çà & là inutilement , & ufer contr'eux de 
menaces vaines. Tout d'un coup il s'apperçoir. 
que le vent élevoit de cette terre fine & fbbtile 
beaucoup de menue pouffiere^ &laportoit contre 
l'entrée de ce coteau. Ces cavernes 9 comme je 
l'ai déjà dit , font tournées vers le Nord , & le 
vent qui fouffle de ce pôle Arctique, & qui eft ap- 
pelle Cœcias , eft celui de tous les vents qui règne - 
le plus dans cette contrée , car il s'engendre dans' 
les plaines marêcageufes d'alentour , & dans les 
montagnes couvertes de neiges qui les bornent, . 
Et comme on étoit alors au cœur de l'Eté ^ce 

Et U vent qui fouffie de ce pôle Caecias n'eft pas le vent duNord, 

v ArElique , & qui eft appelle Ge- mais le vent qui vient duLevant: 

cias. ] Plutarque s'éloigne ici du d'Eté , & qui eft directement 

fentiment d'Ariftote , qui dans oppofé au vent d'Afrique , qui 

fonlivre de Jktimdo , écrit que le vient du Couchant d'Hy veiv 



tea». 



SEKTORIUS. 139 

vent étoit encore plus fort, étant nourri par la 
fonte des neiges & des glaces du Septentrion , 
de forte qu'il fouffloit agréablement pendant ces 
grandes chaleurs, & rafraîchifloit le jour ces Bar- 
bares & leurs troupeaux dans leurs cavernes. 

Après que Sertorius eut bien réfléchi fur ce qu il d &to« 

o * 9-A c C • l" r 1 11* 1 imagina pour réduire 

voycit ? oc qu 11 le tut inrorme des habitans des ,« Barbares ©* j» 
lieux voifins , qui fanurerent que ce qu il voyoit, r 
étoit ordinaire, & ne manquoit point, il com- 
manda à fes foldats de prendre des charges de 
cette terre fine & cendreufe , de la porter vis-à- 
vis de ces cavernes , & d'en faire un grand mon- 
ceau. Les Barbares penfant que c'étoit une levée 
qu'il faifoit pour aller les attaquer, s'en moc-« 
quoient au commencement. Quand £qs foldats 
eurent bien travaillé jufqu'à la nuit à porter de 
cette terre, il les ramena dans fon camp. 

Le lendemain matin à l'aube du jour un petit 
vent doux commença à fouffler , & enleva le def* 
fus & ce qu il y avoit de plus lubtil & de plus 
délié dans cette terre entafîee , & le répandoit 
partout comme la menue paille de Taire. Enfùite 
le vent devenant plus fort à mefure que le Soleil 
hauflbit , dans un moment tout le coteau fut cou- 
vert de cette pouffiere. Alors les foldats de Serto- 
rius fe mirent à remuer jufqu'au fond & à boule- 
verfer tout ce monceau qu'ils avoient amafie , Se 
à brifer les mottes de cette argile feche. Il y en 
eut même qui y menèrent leurs chevaux, & 
qui les faifant manier fur cet amas, élevoient 

Sij 



i 4 o SERT OKI US; 

une plus grande quantité de pouffiere , & la 1& 
vroient au vent, qui s'en emparant, la portoit 
dans les cavernes des Barbares, dont les ouver- 
tures étoient tournées de fon côté. Gomme ces 
cavernes n avoient d'autre entrée ni d'autre ifïuè* 
que ces ouvertures mêmes par où elles rece voient 
ce vent, elles en furent bientôt remplies, de 
forte que ces Barbares ne pouvoient plus voir , 
car leurs yeux en étoient bouchez , & ils ne pou- 
voient refpirer fans attirer cette vapeur étouf- 
fante , chargée de cette pouffiere fine qui les fuf- 
foquoit. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine 
qu' ils fupporterent ce fupplice deux jours entiers , 
as Barbares fe le troifiéme ils le remirent à la difcretion de Ser- 

rendent à difcretion • q 1 > • 1 C C 

u trotfiéme jonr. tonus, oc par-ia ils accrurent moins les torce3 

qu ils n'augmentèrent fa réputation, en faifant 

vhahiieté c? i'a- Y oïr que par fa feule habileté Se par fon adrefïg 

dreffe font fouvent ce .i /.■•'>, i , V CC 1 

5 » e tome la force des il et oit venu a bout de ce que tout lerrort des; 

armes ne fçauroit > • • a 

faire. armes n auroit pu emporter. 

Pendant que Sertorius fit la guerre contre Me- 
tellus feul , il fembloit que tous les avantages qu'il 
remportoit lur lui , étoient en partie l'effet de la 
vieillerie & de la lenteur naturelle de Metellus , 
qui ne pouvoit refifter à un jeune homme hardi , 
Se qui commandoit des troupes agiles Se légères ,- 
qu'on eût plutôt prifes pour des bandes de vo- 
leurs , que pour une armée de gens de guerre; 
Mais après que Pompée eut paffé les Pyrenées,que 
senorius &?om- Sertorius eut planté fon camp vis-à-vis du fien , 

pee comparera deux . 1 *- . .. , 

imam 2 «i vom que ces deux Généraux >■ comme deux excellent 



SERTORI US; 141 

lutteurs y eurent fait preuve de leur adrefîe > & faire preuve de tew 

pratiqué l'un contre l'autre les plus grands tours de 4 

paleftre ', qu'ils avoient ou inventez ou appris , Se 

qu'on eut vu que Sertorius en fçavoit davantage, 

foit pour éluder les coups de fon adverlaire , foie 

pour lui en porter aufquels il n'étoit point préparé* 

alors la réputation de Sertorius vola juiqu'àRomey 

Se Ton fut perfuadé ou il étoit le plus grand _ ■ ,-. _ < 

x 1 1 o .Combien Fompee ' 

- Capitaine de ion tems y Se le plus capable de bien fimik à relever u- 

, 1 . /«a " 1'' ' ' • ■ 1 • ' 1 > t» / gloire de Sertorim. ■ 

conduire une guerre. Car la gloire de rornpee 
n'étoit pas alors médiocre , elle étoit au-contraire 
très-florilTante , depuis les grands exploits qu'il 
avait faits fous Sylla , qui obligèrent Sylla mê- 
me à lui donner le iurnom de Grand, Se avant 
même que la barbe ombrageât fon menton , lui 
firent décerner les honneurs du triomphe. Cette 
Haute réputation avoit fait même qu'à fon arrivée 
plusieurs villes;, qui obéïfloient à Sertorius y 
avoient jette les yeux fur lui , Se étoient prêtes 
à lui ouvrir leurs portes. Mais elles changèrent? 
enfuite de volonté ïur ravanture qui arriva de- 
vant la ville de Lauron contre l'attente de tout lef ri u e j e tkrpa g ȏ- 
monde. . '*":"!' ;,* c/w f ; 

t . , lieues de Kalence. 

Sertorius amegeoif cette place; Pompée vint : 
avec toute fon armée pour la fecourir. • Il y avoir ce qmfepajfa mn- 
à quelque diftance des murailles une colline d'où Sermi ?*> #? a $ e ' 

Il ** geoit Lauron , C7° 

l'on pouvoit fort incommoder les afîîegez. Ser- po^peeqmdupow- 

1 ? r • r a t\ r lafeceurir. 

tonus y marcha pour sen laiîir, oc Pompée y 
accourut pour l'en empêcher ; mais Sertorius le 
prévint. Pompée arrêta là fon armée , & fe ré- 



*4* SERT© RI US. 

jouit de cette bonne rencontre > dans la penfeé 
qu'il tenoit Sertorius aflîegé entre fon armée Se 
la ville , & envoya dire aux habitans de Lauron 
qu'ils euiîènt bon courage , & qu'ils fetinfTent fur 
leurs murailles pour jouir du fpe6tacle de voir 
Sertorius affiegé. Ce que celui-ci ayant entendu , 
Serwm appeibà [\ ne fi t qu'en rire , ôc dit , au il en feigner oit bientôt 

Tompee l écolier «e v i- "* j n • r s-i 

syii«. a cet écolier de Sylla, car c eit ainfi qu il appelloit 

Principal devoir Pompée par mocquerie , au il faut au un General 
#H»Gmerai. regarde toujours plutôt derrière lui , que devant lui, 
& en même tems qu il parloit ainfi , il fit voir 
aux affiegez fix mille hommes de bonne infante- 
rie dans le premier camp ? d'où il étoit parti pour 
venir occuper ce porte, qu'il y avoit laifiez , afin 
fmdenct de Smo- que quand Pompée viendroit l'attaquer fur fa 
colline , ils tombafTent fur fes gens & les priflênt 
en queue. 

Pompée s 3 en étant apperçu trop tard , n'ofa 
l'attaquer , de peur d'être enveloppé , & il avoic 
honte d'abandonner les affiegez * qui étoient à la 
veille d'être pris. Ainfi il eut le déplaifir de les 
voir périr à fa vue , fans pouvoir les en empê- 
cher'* car les Barbares defefperant d'être fecou- 
rus, fe rendirent. Sertorius pardonna aux habi* 
tans , & les laiflà aller où ils voulurent , mais il 
Betous Ut cene~ brûla leur ville , non par aucun accès de colère 

&$%$ ou de cmauté > car de tous les Gen ™ c ' étoit 
■moins emporta « u ce lui qui fe laifToit le moins emporter à ces mou- 

vemens, mais pour faire honte & pour fermer la 

bouche aux grands admirateurs de Pompée , afin 



tim. 



SERT OR IUS. 143 

qu on dît parmi les Barbares que prefent avec 
foute fon armée , Se fe chauffant prefque à l'em- 
brafement d'une ville de fes alliez , il ne l'avoit , &*?#. H $? 

r , brûler U ville de 

pas lecouruë, l«««». 

Il eft vrai que pendant le cours de cette guerre 
il reçut plufieurs échecs, non par lui-même , car" 
il fe maintint toujours invincible , & maintint de . &v°rfofi &**& 

A 3.1 1 . -t. 1 . tint toujours invin^ 

même ceux qu 11 commandoit , il ne les reçut que aiu. 

par fes Lieutenans qui furent fouvent battus. Mais 

comme il raccommodoit toujours leurs fautes, & ll ™«^<>^y 

r • 1 îî -1 • • J ^ ,.* t'Wrs les fautes df 

reparoit leurs malheurs , il arnvoit de-la qu il :/« uemmam. 
étoit plus admiré , que ceux qui avoient vaincu, 
eomme cela arriva à la bataille de Sucron contre &'**«•« - * tâp- 
Pompée , & une autre fois à celle de Tuttie contre xlcar. ' '■ 
Pompée & MeteUus enfemble;- ? r^Lflt^Z 

Pour la bataille de Sucron y on dit qu'elle fut * ilUs d ' Htie fi a & 
donnée , parce que r ompee le hatoit d en venir 
aux mains avant que MeteUus pût venir partager 
l'honneur de fa victoire, Se que Sertorius de ion- 
côté étoit ravi de combattre Pompée avant que 
MeteUus l'eût joint. Sertorius fe mit en bataille 
fur le foir pour attaquer la nuit y dans Feiperance f ™ rc if l '*?#***** 

1 r * , r , .. . f i Voulut donner la b a-' 

que comme les ennemis etoient étrangers dans le tAÏlu * p»m}«. u~ 
païs y &'n avaient aucune connoiiîance des lieux $f * * 
les ténèbres leur feroient un grand obftacle pour 
la fuite', s'ils étoient vaincus^ & pour la pour- 
fuite y s'ils étaient vainqueurs. Les deux armées^ 
ayant donné, Sertorius qui menoit fon aile droite*, 
s^apperçut qu'il n'étoit pas oppofé à Pompée # 
comme il l'avoit fouhaitéy & qu'il l'était à A&r 



ï 4 4 S-ERTO RI US. 

nius, qui commandoit l'aîle gauche des ennemis. 

Sur la nouvelle qu'il eut dans le combat que fon 

Senoritu voie a» aile oppofée à Pompée plioit 6c qu'elle étoit déjà 

fifotm & fin aiie J^f^e [[ laifla fon aile droite à fes Lieutenans* 

gauche qui fh.it , \ r j r 1 "1 

laretabut, o> met &i vola au iecours de ia gauche qui! trouva en 

Fo/vPee en faite, rr • • ? i " i 

erret rompue , n-y ayant plus que quelques troupes 
qui faiioient ferme & fe foutenoient encore. Il 
rallie d'abord les fuyards , leur redonne courage , 
& les ramené au combat contre Pompée qui les 
pourfuivoit , & qu il met à fon tour en fuite. îl 
s'en fallut même bien peu que Pompée ne fut tué , 
ou pris , car il fat fort blefll > & il ne fe fauva que 
n . . M par un bonheur extraordinaire. Les Africains , 

Ce qui empêche 1 . 7 

$om$ée d'être fris, qui avoient marché avec Sertorius, prirent fon 
cheval qui avoit un harnois enrichi d'or , & qui 
étoit couvert d'ornemens très-precieux. Pendant 
qu'ils s'arrêtent à partager cette proye ., & à le 
battre entr'eux à qui en aura la meilleure part , ils 
ceJTent de le pourfuivre, & lui donnent le tems 
d'échaoer, 

•JL 

Sertorius n'eut pas plutôt quitté Ion aile droite 
îÊàr^Ztrtto' P our a ^ er Soutenir fa gauche, qu'Afranius ren- 
nusjHftues dans fin verfa tout ce qu'il trouva devant lui, & le mena 
battant julques dans leur camp , où il entra pêle- 
mêle avec eux , & qu'on fe mit à piller, la nuit 
étant déjà toute noire , car il ne fçavoit pas la 
déroute de Pompée, qu'il croyoit victorieux, 
& il ne pouvoit retirer fes gens du pillage. Dans 
ce moment, Sertorius , qui avoit vaincu à fon 

Sertorius revenant A . « • 1 1 r • 1 

de u pourfmte d« aile gauche , revmt de la pourluite des ennemis 9 

& 



S E R T O ÏU U S. *4j 

r & tombant fur ces troupes d'Afranius, déjà trou- ?mp& 9 umit fur 
blées de leur feul defordre , il en fit un grand JZTmreie/v 
meurtre. mu t es; 

Le lendemain dès le matin il fit reprendre les 
armes aies gens , Se fe prefenta encore en bataille ; 
mais fur l'avis qu'il reçut que Metellus approchoit , 
il fit fonner la retraite , & leva le camp en difant : 
Si cette vieille ne fut venue , f allais renvoyer ce petit Mot de senorim , 
garçon a Rome 5 après lui avoir j ait a coups de verges »*e vieil u,o*Pom- 
une petite correction. Mais il étoit fort affiigé de ce ^lu/fon^gàe 
que fa biche blanche étoit perdue , & qu'on ne la " JJ. fa hiche ttoip 
retrou voit nulle part ? car par-là il étoit privé d'un 
merveilleux fecours pour contenir les Barbares 9 
iùrtout dans cette conjoncture, où ils avoient 
plus befoin que jamais d'être encouragez & for- 
tifiez. Par bonheur quelques-uns de fes foldats 
5' étant égarez une nuit à la campagne , la rencon- 
trèrent , & l'ayant reconnue à fa blancheur , ils 
la prirent, & la lui ramenèrent fur le champ. 
Sertorius, ravi, leur promit une grofle fomme ■?#'**>[&?*' 

?.i . | r * _ y.f* -t- rr voir retrouvée. 

s ils tenoient le cas lecret > & qu ils ne diflent à 
ame vivante qu'ils la lui eufîent ramenée , & ca- 
cha fa biche très-foigneufement. 

Quelques jours après il parut en public avec a <ptn fit ie f* 

j 1. \ f biche retrouvée pour 

un air gai pour donner audience a les troupes % en im p 9 f er aux w- 
racontant aux Officiers des Barbares qui l'accom- bans ' 
pagnoient, que les Dieux lui avoient annoncé la 
nuit pendant fon fommeil , que bientôt il lui 
arriveroit un bonheur infigne. Il monte fur fon 
tribunal > reçoit les requêtes de tout le monde ; 8ç 
Tome V. T 



î^S SERTORIUS. 

écoute tous ceux qui ont à lui parler. Dan? ce 
moment la biche, lâchée près de-là par ceux qui 
la gardoient , voyant Sertorius , accourt pleine 
de joye \ monte fur le tribunal r appuyé fa tête 
fur fes genoux r & lui baife la main droite, car 
elle étoit dreffée à cela dès le commencement» 
Sertorius de Ion côté lui fait de grandes ca- 
reffes , avec toutes les démonftrations les plus 
. naturelles d'une véritable affection , jufqu'à ver- 
fer des larmes de joye. Tous les affiftans en furent 
d'abord étonnez , mais enfuite revenus à eux ils 
fe mirent à battre des mains & à crier que Ser- 
torius étoit un homme divin & l'ami des Dieux r 
& le reconduisirent dans fa tente avec toutes 
les marques que leur courage étoit raffermi ^ 
& qu'ils étoient pleins de grandes & belles efpe- 
rances.. 
g pi arrive « Une autre fois dans les plaines de Sagunte , 
s*ton»s dans i es a p r £ s avo i r réduit les ennemis à la dernière di- 
fette y il fut obligé d'en venir aux mains avec 
eux, parce que preflez par la neceffité , ils 
voulurent fortir pour fourrager & amaffer des 
vivres. On combattit des deux cotez avec beau- 
coup de valeur. Memmius, un des Lieutenans 
de Pompée , & le plus grand Capitaine qu'il eût 
auprès de lui, fut tué au plus fort de la mêlée* 
Sertorius remportoit déjà la victoire , & ren- 
verfant avec grand meurtre tout ce qui ofoit lui 
refifter , il pouffa jufqu'à Metellus. Ce vieillard 
malgré fon grand âge ; s'oppofe genereufement 



S E R T O R I U S. 147 

à fès efForts , & fe faifant connoître à fes grands 
coups, il eft enfin porté par terre d'un coup de MetdUiietfétuv 
lance. Les Romains, qui le virent tomber, & ';£.£ ^ w 
ceux qui en apprirent la nouvelle , furent éga- 
lement faifis de honte d'abandonner leur Ge- 
neral. La colère , allumée par cette honte , 
enflamme leur courage, ils tournent tête, & GrMà eomUt M . 
couvrant Metellus de leurs boucliers , ils l'em- *««»• <k f«M« **« 
portent avec vigueur , & mettent les Espagnols 
€n fuite. 

La victoire ayant changé de cette manière ; 
Sertorius , pour faciliter à fes gens le moyen de 
fuir fùrement , & pour donner le tems à un 
nouveau renfort de le venir joindre àfon aife, 
fe retira dans une ville de la montagne , très- fw«*« a .$■«• 
forte par fon affiette, & fe mit incontinent à TZ?^/™ m 

X ' Je retirant dans une 

réparer les murailles, & à fortifier fes portes. "MdeUmnt»gn* 
Rien n étoit plus éloigné de la penfee que de 
s'y renfermer , & d'y fbutenir un fiége , mais 
c'étoit un leurre qu'il jettoit à fes ennemis, qui 
en effet ne manquèrent pas de le fuivre , & de 
planter leur camp devant cette place , dans Tem- 
pérance qu'ils la prendr oient bientôt fans beau- 
coup de peine. Et cependant ils tarifèrent écha- 
per les Barbares , qui eurent tout le tems de 
le retirer , & ils négligèrent d'empêcher le ren- 
fort qu'on aflembloit pour Sertorius , qui avoit 
envoyé de fes Officiers dans les villes de fbn 
obéïflance , avec ordre d'y affembler des troupes 5 
& quand ils en auroient un nombre aflèz confi- 

Tij 



148 SERTORÏUS. 

derable , de lui envoyer un homme fur & fidèle- 
pour l'en avertir. 

Ces Officiers ayant exécuté cet ordre , &lui 
ayant donné dé leurs nouvelles , il fortk de la 
liifrlmrtT' ville, parla fans beaucoup de peine au travers 
des ennemis, alla joindre fes nouvelles troupes , 
& avec ce renfort il retourna fur les pas, af- 
fiégea ceux qui raffiégeoient , leur coupa en-- 
tierement les vivres par terre & par mer ; par 
terre , en les enveloppant de tous cotez r en- 
leur dreflant des embûches , & en fe portant 
lui-même partout avec une extrême vivacité r 
fans fe donner le moindre relâche , & par mer 
en croifant continuellement fur la côte avec 
quelques brigantins , de forte que fes ennemis 
furent obligez de fe féparer. Metellus fe retira 
dans les Gaules , Se Pompée alla pafîer Thyver 
dans les terres des Vaccéens , réduit à une telle 
difette d'argent , qu'il écrivit au Sénat , qu'il 
ramènerait fon armée en Italie , fi on ne lui en 
envoyoit au plutôt , car il avoit déjà dépenfé 
tout fon propre bien en combattant pour la dé- 
fenfe de fon païs. Déjà même c'étoit un bruit 
tout commun à Rome , que Sertorius arriveroit 
en Italie avant Pompée , fi grande étoit l'extrê* 
■EMnmitioùîmo. m i t £ Q ^ par f on grand fens & par fa bonne con- 

nus par fin grand F c3 / r 

fins avoh rédmt les dmte , il avoit içu réduire lqs deux plus grands 

deux plus grands Ca- /-ï t» a i 

fitaines d» Rmt. Capitaines que Kome eut alors. 

Metellus de fon côté fît bien connoître auffi 
combien il le redoutoit , & la grande opinion 



SEETORIUS. 149 

qu il avoit de lui. Car il fit publier à ion de ^ Meteiim met u 
trompe qu'il donneroit cent talens & vingt mille ™J X Senmm * 
arpens de terre à tout Romain qui le tuëroit > cmmiiùéuts. 
Se fi c étoit un banni , il l'aHùroit de Ion rappel, 
montrant allez par4à quil defefperoit de pou- 
voir fe défendre contre lui à force ouverte , puis- 
qu'il achetoit fa tête par une trahifon. Cela parut 
encore par ce quil fit après l'avoir vaincu dans 
un combat; il en conçut une fi grande vanité , Grande vanM d<* 

&r c 1 r \ 11 1. i-\ c Metellus pour avoir 

rut 11 charme de ce grand bonheur , qu 11 ie h M t» senorim »>*■ 

fit donner le titre d'Imperator y & quil fouffrit f eule f oh ' 
que partout où il pafloit , les villes le reçuffent 
avee-des facrifices Se des autels. On dit même' 
qu'il voulut qu'on lui mît fur la tête des cou- 
ronnes^ & qu'on lui fît des feftins fomptueux , 
où il étoit affis , avec une robe triomphale , & 
pendant qu'il étoit à table, tout à coup on voyoit 
defeendre du plancher par des machines inge- ,Machwes wve^ 

r # 1 1 1 1 • r\ ' . tees P our î aire " on * 

nieulement inventées , des figures de la victoire y nenràMeteiim^n* 

ans leurs mains des trophées d or,-- 
& des couronnes, & il y avoit des entrées de 3 
chœurs déjeunes garçons Se de jeunes filles qui' 
chantoient à la louange des hymnes & dts chants- 
de triomphe. En quoi il étoit certainement très- MeteUtiS Aigne âe 
digne de rifée d'être fi bouffi d'orgueil, & de ri f ee i ow ;«** s m 

O • i i exceftive d avoir 

ne pouvoir contenir la joye pour avoir battu dans ^f* ^«« &»*' 

1 . j.i 11 • 1 • a 1 une retraite. 

une retraite celui qu il appeiioit lui - même le 

fugitif é chape à Sylla , & le vil refle de la déroute do»ZtTsmorL" S 
de Carbon, 

Sertorius étoit bien éloigné d'avoir des fen- 

T iii 



i;o SERT OR IUS. 

Mtfuuumisi de timens fi bas ; fa magnanimité & la grandeur de 
fcwr/«fe ç on coura g e } paroiffoient en tout. Premièrement 

tous les Sénateurs qui s'étoient enfuis de Rome , 
& qui étoient avec lui, il les appella toujours 
le Sénat , Se prit toujours dans leurs corps fes 
Quefteurs & fes Lieutenans , ne s' écartant en 
rien des loix & des coutumes Romaines. En- 
fuite, ce qui eft même plus confiderable, quoiqu'il 
ne fît la guerre qu'avec les armes , les villes, Se 
l'argent des Efpagnols , jamais cependant il ne 
leur céda la moindre partie de l'autorité fouve- 
m , , raine, pas feulement en paroles , & il leur 

Sertonus ne donna 1 •>- A 

jamais a »x E/pagwU donna toujours des Romains pour Gouverneurs, 

ni Gouvernement ni q j~\ • j / 

charges àms ï*r- oc pour Capitaines , comme n étant venu que 
mu pour rendre la fuperiorité & la liberté aux Ro- 

mains , & nullement pour accroître & fortifier 
les Efpagnols à leur préjudice. Car il étoit ve- 
Jr^f/1%^ ntablement plein d'amour pour fa patrie, & 
uniquement poflèdé du defir d'y retourner. Mais 
malgré ce defir dans fes plus grands malheurs , 
on ne lui a jamais vu faire la moindre indignité 
ni la moindre bafTeilè auprès de fes ennemis. 
s a fierté d^s fes Au contraire c étoit alors qu'il témoignoit le 

malheurs , C fa j , *. x -, C C * 

do^r dans u vie plus de courage, au lieu que dans les proipen- 
tez & dans fes victoires il envoyoit toujours 
dire à Metellus & à Pompée qu'il étoit prêt à 
mettre bas les armes , & à aller vivre à Rome en 
fimple particulier , fi on vouloit l'y rappeller , 
juhwh me»* être leur déclarant qu'il aimoit beaucoup mieux être 
utenhmwr» à Rome le dernier des Citoyens & fans aucun 



SERT O RIUS. ijr 

nom i que d'être ailleurs Roi & Empereur de tout it r*™ , que #1® 

kl Roi ailleurs. 

monde. 

On dit que cet amour pour la patrie , venoit 
en lui rurtout du grand amour qu'il avoit pour u grand mom 
fa mère, qui l'avoit élevé avec beaucoup de v^™" t™ f* 
foin depuis fonbasâge où il avoit perdu fonpere, 
& aux volontez de laquelle il étoit entièrement 
fournis. Il l'aimoit avec tant de tendreiîè ? 
qu'ayant appris* la nouvelle de fa mort dans le 
tems que les amis y qu'il avoit en Eipagne , l'ap- 
pelloient pour en venir prendre le Gouverne- 
ment , & fe mettre à leur tête , fa trifteffe & fa 
douleur penferent le porter à renoncer à la vie , . * W «*« & 

d- Ci -1 C ■ 1 / x ^leur le porta la 

ant iept jours il rut toujours couche a nomiu de u mm 

terre fans donner le mot à fes troupes, & fans de f* mtTt - 
voir fes amis , & ce ne fut qu'avec beaucoup de 
peine que fes Officiers & ceux qui partageoient 
avec lui le commandement , environnant la- 
tente y . l'obligèrent enfin d'en fortir y de fe faire 
voir à fes foldats , de leur parler y & de reprendre 
le foin de fes affaires , qui étorent en très-bon 
état. C'eft; - pourquoi il parut à la plupart du 
monde qu'il étoit homme naturellement doux & &mrius natnnu 

• î 1 .r •- 1- r n 1 \> hmem doux®? ami- 

ami du repos; que des raiions indiipeniables I a- </»,-#<». 

voient obligé de fe mettre à la tête des armées 

contre fon naturel, & que ne trouvant nulle' 

part de fureté pour lui r & poufie par fes ennemis 

à prendre les armes , il avoir été réduit à la trifte samim fine' i 

rieceffité de fe faire de la guerre même une garde fi &><»»<£*'*'& 

■\ r r> ■& © Ugame menti 

a la perionne^ 



ïj2 SERTORIUS. 



Sa magnanimité 



Une grande marque encore de fa magnanl- 
àans ic Traité tf ii m j t é q e ft ] e Traité qu'il fît avec Mithridate. Ce 
rnnce après avoir ete terraiie par Sylla , s etoit 
relevé de fa chute comme un vigoureux lutteur 
pour une nouvelle lutte, Se s'étoit jette fur Y Afie. 
La gloire de Sertorius voloit déjà alors de tous 
cotez , & les Marchands qui revenoient des mers 
du Ponant , rempliflbient le Levant , & parti- 
culièrement le Royaume de Pont , des nouvelles 
de fes exploits, quils débitoient comme des 
marchandifes étrangères , qui plaifent par leur 
' Mithridate m®* nouveauté. Mithridate refolut de lui envoyer 

des Ambaffadeurs à \ \ rr \ • r r 1 (\ • 

semwu une Ambailade , excite lurtout par les liât enes 

& par les vanteries de fes courtifans , qui le com- 
parant à Pyrrus , <3c comparant Sertorius à An- 
D'un ckè par Ser- nibal , foutenoient quç les Romains attaquez en 

torius , O 1 de (autre a 11 a 

par Mhhridate. même tems des deux cotez , ne pourroient ja- 
mais refifter à deux puiffances fi formidables, & 
à deux fi grands Perfonnages, quand le plus 
habile & le plus expérimenté de tous les Capi- 
taines feroit joint au plus grand de tous les Rois. 
Il envoya donc en Efpagne fes Ambaffadeurs 
offres que uithn- chargez de lettres & de paroles pour Sertorius, 

date fait à Sertorius , ^ . . « m ' 1 • o 11»" 

©- à Relies çondï a qui il oiiroit des navires oç de 1 argent pour 
continuer la guerre , moyennant que Sertorius 
lui aflùrât la poffeiïîon de X Alîe , que lui Mithri- 
date avoit cédée aux Romains par le Traité fait 
avec Sylia. 

Dès que ces Ambaffadeurs furent arrivez au- 
près de Sertorius , & qu ils lui eurent expofé leur 

commifïïon y 



> 

SERTORIUS. 153 

commifllon, Sertorius aflêmblale Confeil, qu'il &«»•;». *$miu 

ll-jo T\ ' ' ~ S y > le Confeil pour exa- 

appellent le Sénat. Ils etoient tous davis quon m/Mr / w/ f re ^- w 
devoit accepter avec joyeles offres de ce Prince, de mhriUe - 
attendu qu'il ne demandoit qu'un vain nom, Se 
un titre inutile d'une choie qu il n et oit pas en 
leur pouvoir de lui donner, & qu'il donnoit 
actuellement & réellement des choies , dont ils TnfJt < . # » . 

s loUS étaient cl avis 

avoient un très-grand befoin. Mais malgré ces d f rece ^ oir 1** efi» 
rauons d utilité , Sertorius leul lut d un avis con- wfofy o^ofe^u 
traire. Il dit qu'il confentoit volontiers que Mi- 
thridate gardât la Bithynie & la Cappadoce , 
accoutumées à être gouvernées par des Rois , & 
fur lefquelles les Romains ne pouvoient avoir 
aucune prétention légitime ; mais que pour une ses r*ij*m« 
Province , que les Romains avoient poffedée à 
très-jufte titre , qu il avoit ufurpée fur eux , & 
retenue lans aucun droit , qu'il avoit enfuite per- 
due par la guerre , ayant été vaincu par Fimbria , 
& qu'il venoit nouvellement encore de céder 
par un Traité autentique qu'il avoit fait avec 
Sylla , il ne fouffriroit jamais qu'il s'en remît en 
polîeffion : Car il faut , dit-il , que Rome croijje mu répen/e Je 
par mes victoires , & non pas que mes victoires croif- 
fent par l'affoiblijfement & par la ruine de Rome. Et 
tout homme de cœur doit chercher à vaincre avec 

Car il faut , dit-il , que Rome le devoir de tout homme dé 

croijfe par mes vittoires , & non bien ; il doit chercher par fes 

p.as que mes victoires crolffent -par vicloires à faire croître Ta patrie, 

l'affôibliffèment & par la ruine de 8c non à augmenter fes vi&oires 

Rome. ] Voilà une réponfe bien par la ruine de fon pais, 
grande 8c bien noble , 8c voilà 

Tome K V 



Sertorius. 



154 SERTORIUS. 

gloire } Ô* s 9 il ne le peut qu'avec home y Une doùpas 
même fauver fa vie à ce prix, 
mfrifa* fonné Cette réponfe rapportée à Mithridate le ietta 

de U réponfe de Set- - A J A o \> rr 

tories. dans un très - grand etonnement , oc 1 on allure 

ce 2 «<? Mithridate qu'il dit alors à fes amis : Quels ordres ne nous don- 

dit jwr cet* à fes A . i-ir rr* 1 j 

*mis. ner a donc point sertorius quand il jera ajjts dans le 

Sénat au- milieu de Rome , puifqu aujourd'hui: confiné 
fur le rivage de l'Océan Atlantique il prefcrit des bornes 
à mes Etats > & nous déclare la guerre , fi nous 
entreprenons quelque chofe fur ÏAfie ? Cependant 
Traité en™ sem- il y eut un Traité fait & juré que Mithridate 

tins O 1 Mithridate. • 1 n • 1 • o 1 r^ 1 

auroit la Bithyme oc la Cappadoce % que pour 
cet effet Sertorius lui envoyeroit des troupes & 
un de fes Capitaines pour les commander , & 
que de fbn côté Mithridate donneroit à Serto- 

Ke»f mutions.* rius trois mille talens comptant & quarante ga- 
lères. 

Le Capitaine que Sertorius lui envoya en Afie, 
fut un des Sénateurs bannis de Rome, & qui 

Manu, Marins s'étoient retirez avec lui , nommé Marcus Marius , 

envye a Mithridate . i «•• 1 • i • 1 -Il i> a 

f 0U r commander fts avec lequel Mithridate prit quelques villes d A- 
fie,, & à qui il rendoit de grands honneurs, car 
lorfque Marius précédé de fes faifceaux de verges 
& de haches entroit dans ces villes > Mithridate 

MitJjridate très-* i r* • • ! 1 » • \ C V 

content de n'être q*e le iuivoit , tres-content de n avoir que le iecond 

confJ. tlfAn H l ' r "~ rang après lui , & de ne faire auprès de ce Pro- 

conlul que la figure d'un de fes courtiians. Ce- 

Le, grâce, ^ pendant Marius déclaroit libres quelques-unes der 

Marins accordoit I i • /y* • i 1 pt 

*hx ville,, âoient ces villes, & amanchiiioit les autres de touslub- 
mh!r € " fides & impôts, & bien-loin d'en faire honneur 



SERTORIUS. 155 

à Mithridate > il ne manquoit pas de mettre dans 
toutes les lettres qu'il leur donnoit , que cétoit 
une grâce quelles recevoient de Sertorius > & quelles 
lui en avaient toute l'obligation. De forte que la 
pauvre Afie , qui étoit encore en proye aux Fer- 
miers du peuple Romain, & foulée par l'avarice 
& par l'infblence des gens de guerre , qui y 
étoient en garnifon , fe ferait tout d'un coup 
foulever par des elperances , comme par de nou- 
velles ailes , & commença à defirer le nouveau 
Gouvernement qu'on lui faifoit efperer. 

D'un autre côté en Efpagne les Sénateurs Se ^uLmilTZ 
autres qui étoient auprès de Sertorius , & de même mtetm »»"•'■&«•- 
rang 6c dignité que lui, n eurent pas plutôt conçu 
i'efperance de pouvoir faire tête à leurs ennemis , 
que leurs craintes finies , une folle jaloufie & une 
envie effrénée s'allumèrent dans leur cœur contre 
la puiiîànce de Sertorius. A leur tête étoit Per- Pe^nmfe m» à 
penna , qui enné d un vain orgueil , a caule de la ©*-«♦*. 
nobleflè de fa naiflànce , afpiroit au comman- 
dement , & alloit femant en fecret parmi fès amis 
ces propos féditieux : Quel mauvais Démon s'eft sW w « feM» 
emparé de nous , & nous traîne ainfi de mal en pis, 
nous qui pouvant demeurer tranquillement dans nos 

Que leurs craintes finies , une fournis. N'eft-elle plus necef- 

folle jaloufie & une envie effrénée faire , & nous voyons-nous en 

s'allumèrent dans leur cœur contre état de nous foutenir par nous- 

la puijfance de Sertorius. ] Rien mêmes , la jaloufie & l'envie 

n'eft plus ordinaire , une puif- commencent à faire fentir leur 

Tance qui nous efl utile , & qui aiguillon , & nous portent à fe- 

peut nous fauver , nous eft coiïer un joug qui nous gêne, 
agréable , •& nous lui fommes 

v ij 



tteux. 



i$6 SERTORIUS. 

maifons s avons dédaigné d'obéir à Sylla, qui étok 
maître de la terre & de la mer ï Ceft bien à la mal- 
heure que nous fommes venus ici au bout , du monde 
pour y vivre en liberté ; eh , nous y fubijfons la plus 
honteufe fervitude ! Et , ce qui efl plus horrible encore 3 
nous la fubijfons volontairement 3 en nous rendant 
nous-mêmes les Gardes & les Satellites de ïexil& de 
la fuite de Sertorius. Nous nous laijfons flater & 
amufer par ce vain nom de Sénat dont il nous leurre, 
& qui eft la rifée & le mépris de tous ceux qui l'en- 
tendent prononcer. O les beaux Sénateurs qui fouf- 
frent les mêmes indolences , qui obéirent aux mêmes 
cornmandemens ? & qui [apportent les mêmes corvées 
& les mêmes travaux que ces Barbares de Œfpagne 
& de la Lufitanie ! 

La plupart ayant continuellement les oreilles 
battues de ces difcours , n'oferent pas véritable- 
ment en venir à une révolte ouverte , car ils 
craip'noient la puiiîànce de Sertorius y mais en 

Moyens- dont ces ~ ° .. „■*■ C CC ' \ r 

mutins fe rivent iecret ils ruinaient peu a peu les affaires en de- 

pont décrier Sertorius. ' ^ JT £1' C t_ 1 J 1 

v po W i$ rendre criant les actions y oc en accablant de maux lqs 
Barbares , dont ils faifoient de très-feveres pu- 
nitions pour la moindre faute , & qu'ils acca- 
blaient d'impôts ? en difant toujours que c'étoit 
par Tordre de Sertorius. De-là fourdirent une 
infinité de révoltes & de féditions dans Iqs vil- 
les , & ceux que Sertorius y envoyoit pour les 
appaifer , ne faifoient qu'augmenter le defordre > 
irriter ces commencemens de defobéïfîance & 
de rébellion , & attifer ie feu auïieu de l'éteindre. 



KUîitX. 



ces infidélité^ perd 
fa bonté ordinaire. 



Injujîice atroce où 
il Je porta contre les 



faifoit (lever. 



Perpenna attire 



SERT O Ri US. 1J7 

Ces infidelitez aigrirent tellement l'eforit de Ser- samtm «mit» 

O L :..£J.1;..Z. j. î 

tonus, qu'il perdit la bonté Se la douceur qu'il 
avoit témoignées julqu alors, & qu'il fe porta à 
une injuftice atroce contre les jeunes enfans Es- 
pagnols qu il faifoit élever dans la ville d'Ofca ., ^f^jp^mh^h 
car il fit tuer les uns , oc vendre les autres. 

Perpenna donc ayant engagé beaucoup de 
gens dans la conjuration , qu'il formoit contre 
Sertorius , y attira auffi Manius , qui étoit un des 
principaux Officiers de l'armée. Ce Manius étoit M ^- Si 
amoureux d'un jeune garçon , & pour lui faire 
voir julqu'où alloit l'excès de fon amour , il lui 
fait confidence de la conjuration , & le preffe de 
niéprifer fes rivaux y & de ne s'attacher qu'à lui , 
parce que dans peu de jours il fera dans une for- 
tune éclatante. Ce jeune garçon va d'abord dé- 
clarer la chofe à un autre de fes amans , nommé 
Aufidius y pour lequel il avoit plus d'inclination. 
Aufidius fut fort étonné de l'entendre , car il 
étoit un des conjurez , mais il ne fçavoit pas que 
Manius fût du nombre; ion trouble & fon éton- 
nement redoublèrent encore quand le jeune 

Ces infidelitez. aigrirent telle- font fi atroces , qu'elles ne peu- 

ment l'efyrit de Sertorius , qu'il vent être exeufées , Se qu'elles 

perdit la bonté & la douceur quil diminuent la comparlion qu'on 

avoit témoignées jufqii alors , & a de fa mort. Que Sertorius fe- 

quilfe porta à une injuftice art o-* roit grand fans cette tache ! 
ce. ] Sertorius pouvoit dire en T attira auffi Manius. Jlly/a 

cette rencontre pour fa juflifï- dans le texte Manlius , & cette 

cation , ce qu'Eleclre dit dans faute eft continuée dans toute la 

Sophocle , & que j'ai rapporté fuite , il faut lire Manius , com- 

dans une remarque précédente, me je l'ai corrigé , car c'eft Ma- 

Mais fon injuftice & fa cruauté mus Antonius. 



158 SERTORIUS. 

garçon lui eut nommé Perpenna , Grecînus , & 
plusieurs autres qu'il fçavoit bien être de la cons- 
piration. 

D'abord il fe mocquade ces difcours , exhorta 
le jeune homme à n'y ajouter point de foi, le 
preflà de méprifer Manius comme un homme 
vain & un fanfaron qui ne cherchoit qu'à le 
tromper par de fauflès elperances. En même tems 
il court chez Perpenna , lui découvre le danger 
où ils étoient , & lui déclare que le tems prefle 3 
& qu'il faut hâter l'exécution. Tous les conjurez 
comment ks con- font du même avis. En même tems ils mènent à 

jurez exécutent lei.r i j.< . - / o 

co^ia. Sertorius un homme ., qu ils avoient attire , oc 

qui lui apportoit des lettres , par lefquelles on 
lui apprenoit qu'un de fes Lieutenans avoit rem- 
porté une grande victoire , & fait un grand car- 
nage des ennemis. Sertorius , ravi de cette bonne 
nouvelle , fait un facrifice pour en remercier les 
Dieux. Et Perpenna , pour célébrer cette heu- 
reufe journée., veut lui donner unfeftin chez lui 
avec fes amis, tous complices de la conjuration , 
&fait tant par fes prières qu'il l'oblige d'y venir* 
crand refped que C'étoit la coutume de Sertorius d'atoir du 

S CmI av ° lî lmr refpea pour la table ; & d'y garder beaucoup de 

Choit la coutume de Sertorius effet la table eft une chofe fa- 

d 3 avoir un grand refpcïï pour la crée , il ne faut y aflîfter qu'avec 

table , <& d'y garder beaucoup de des benediftions Se des actions 

modefiie & de pudeur. ~\ Voici de grâces , & c'efl offenfer la 

un grand exemple qu'un Payen Divinité , qui nous y étale fes 

nous donne du refpeâ: qu'on doit dons , que de la deshonorer par 

avoir pour la table , & de la des a&ions infâmes & par des 

pudeur qu'il faut y garder. En paroles obfcenes.. 



S E R T O K 1 U S. 159 

niodeftie & de pudeur. Il n'y vouloit rien voir 
ni entendre de malhonnête? d'obfcene, ou de 
diflbiu y Se il accoutumoit tous ceux qui man- 
geoient avec lui à des plaifirs honnêtes & iàges ? 
& à faire bonne chère fans infolence , & fans le 
moindre emportement. 

A ce fouper de Perpenna , quand on fut au 
milieu du repas , les conjurez qui ne cherchoient 
qu'une occafion de querelle > commencèrent à 
prononcer ouvertement des paroles fales 9 & fai- 
fant femblant d'être yvres, ils commirent entre 
eux beaucoup de vilenies & d'obfcenitez pour 
piquer & aigrir Sertorius. Et lui, fok qu'il ne 
pût lupporter cette infamie , foit qu'il eût pénétré 
ïeurdeflein , au bégayement de leur langue , aux 
fignes qu'ils fe faifoient, & au manque de ref- 
pe6t ., qu'ils lui témoignoient contre leur cou- 
tume, changea la fituation qu'il avoit à table ^ & 
£è renverfa lur fon lit > comme ne voulant plus 
rien voir ni rien entendre. Alors Perpenna prit 
une coupe pleine de vin , & en buvant il la laiflà 
tomber. Au bruit qu elle fit > c'étoit là le lignai 
dont ils étoient convenus , Antoniusqui étoit affis 
au-deflùs de Sertorius, tire fbn épée & le frappe. smmt»Mt* uiu 

O ' • C 1 •! r r C par les boriure*. 

oertonus le retourne au coup dont il le lent trap- 
pe , & veut fe relever , mais le traître fe jette fur 
fon eftomac & lui prend les deux mains } de forte 
que fans pouvoir fe défendre > il eft en butte à 
tous les coups des conjurez > qui fè jettent tous 
fur lui % & l'achèvent. 



i6o SERTORIUS. 

Dès que fa mort eft divulguée, la plupart des 

Espagnols fe retirent , & envoyant des Députez 

à Metellus & à Pompée , ils fe rendent à eux. 

Perpenna raïTembla tous les autres , Se fe mettant 

à leur tête , il tenta quelque chofe , mais il ne le 

Lesérmë$LUsn*»> fervit des armes, des troupes , & de tous les prê- 
tes cyïaw&s^*- -rjo • C ' ' »•*/"• 

raûfs de senoriHs ne paratils de Sertorius que pour taire voir qu il etoit 

qJl%te F v?ir n fin aum * * n capable de commander, que d'obéir. Il 

incap*du. donna un combat à Pompée, & ne tint point, 

*£Ë*fa%£. i]l &t d'abord battu & pris. Et dans ce dernier 

malheur il ne fe comporta ni en Capitaine, ni en 

foidat. Il s'étoit faifl des papiers de Sertorius, & 

il promit à Pompée qu il lui feroit voir les lettres 

de plufleurs hommes Confulaires , & d'autres des 

plus puiflans de Rome , toutes originales & écrites 

de leur propre main , qui appelloient Sertorius 

en Italie , lui faifant entendre que la plupart , 

dégoûtez du Gouvernement prefent , fouhai- 

toient de le voir changer. 

Dès que fa mort efi divulguée. ] corrompu 2 & il faut lire comme 

Plutarque ne nous a pas nommé ce fçavant homme a corrigé , 

le lieu où Sertorius fut tué; mais IrihluT* «Tsy ofaa. 3 il fut tué à 

de tout ce qui précède , on Ofca. 

recueille que ce fut dans la ville Que four faire voir qu'il étoit 

même d'Ofca. C'eït-pourquoi aujfi incav aile de commander , que 

Claude Pithou a eu raifon de ^'^/ir.]Toutes les forces Se tous 

corriger le texte de Strabon,qui les préparatifs d'un grand Capi- 

en parlant de cette mort , écrit taine font comme les inflrumens 

êTêAïUTci j y'o7u> 9 il mourut de ma- d'un grand ouvrier. Ils devien- 

ladie. Il n'eli pas pofîible que nent inutiles , quand ils tom- 

Strabon ait ignoré la mort de bent entre les mains de gens 

Sertorius , 6c qu'il ait écrit qu'il incapables de s'en fervir , & ne 

mourut de maladie. Ce texte de fervent qu'à montrer leur inca- 

Strabon eft donc manifeilement pacité 6c leur ignorance. 

En 



SERTORIUS. Ï6l 

En cette rencontre Pompée fit une action qui m 
n'étoit nullement d'un jeune homme , mais au- 
contraire d'un homme d'un très -grand fèns & 
d'une prudence confommée , & qui délivra Rome 
de grandes craintes, & d'une infinité de nou- 
veautez qui alloient s'allumer dans Ion iein. Raf- 
femblant toutes ces lettres & tous les papiers de 
SertoriuSj il les brûla jufqu'au dernier fans les 
lire 3 & fans permettre que perfonne les lût 3 & 
fîir l'heure même il fit exécuter Perpenna , de :: y 
peur qu'il ne découvrît & ne nommât quelques- iS ~ 7 '~' 
uns de ceux qui avoient écrit ces lettres , & 
que ce ne fut une fource de troubles & de 
féditions. De tous les complices de Perpenna, 
les uns furent menez à Pompée , & curent le 
même fort , & les autres s' étant retirez en 
Afrique , y furent tuez à coups de flèches par 
les Maurufiens. Aucun n'échappa que le ieul 
Aufidius, le rival de Manius. Ce malheureux^ 
ioit qu'on ne l'eût pas connu, ou qu'on le mé- 

II le s brûla jufqu au dernier fan s à mort . & tous fès complices 

lesl've.~\ Plutarque relevé avec perîflèntmalhearèafonentj :'efl 

raifon la prudence de Pompée le juite falaire de ces méchantes 

d'avoir brûlé ces lettres & ces aérions. Dieu ne foeflre pas 

papiers, car ils alloient rallumer qu'elles demeurent long 

au milieu de Rome une guerre impunies ,& par ces vengeances 

bien plus dangereufe que celle 11 veut effrayer les mêchans qui 

de Sertorius. La fageiTe veut font capables de les imiter. Tons 

qu'on étouffe de bonne heure les complices de la conjuration 

toutes les femences de troubles contre Ceiar périrent d ont ma- 

6: de divilions. niere auili nmefie . & toutes les 

Sur Fheure même il fit exécuter hitloires juïqiv à notre tems font 

Perpenn.r, ] Ce fcelerat eft mis pleines de pareils exe— pies. 

Torns K X 






i6M SERT OR IUS. 

prifat, Se quon nen fît aucun compte ^ vieillit 
dans une méchante bourgade , accablé de mifere 
& de pauvreté ; & l'objet de la haine de tout 
le inonde. 



Fin de la vie de Sertorius 



%6% 




E U M E N E S, 




'K I S T O R I E N Duris écrit qu Eu- 
menes , de la ville de Cardia , étoit 



Naijfance ef£««. 
menés. 

/»!■■■• <ï -/ Cardia 3 ville de la 

fils dun homme que la pauvreté cberfonejedertrace, 

fur la cote de la mer 



avoit réduit à être Roulier dans la ^ 
Cherfonnefe de Thrace , & qu il fut 
pourtant élevé comme les enfans de condition 
dans ,les Lettres & dans tous les exercices de la 
Paleftre. Pendant qu'il étoit encore enfant > le 

Et qu'il fut -pourtant élevé corn- les villes il y avoit des Ecoles 
me les enfans de condition dans les publiques , tous les enfans de 



Lettres & dans tous les exercices 
de la Palefire. ] Gar comme dans 



quelque condition qu'ils fuflènt 
pouvoient y aller. 

Xij 



X64 -EU MENE S. 

Roi Philippe paflàparla ville de Cardia , & com- 
me il fe trouvoit fans affaires , il eut la curiofité 
de voir les exercices des jeunes hommes j & la 
lutte des enfans* Parmi ces derniers, le jeune 
Eumenes réùlîît fi bien, & fitparoître tant d'à- 
dreffe , de gentilleflê ? & de courage , qu'il plut 
te *«• Philippe à Philippe , qui voulut Ta voir auprès de lui , & 

ij™ a "* rei e qui l'emmena. Mais je trouve plus vrai-fèmblable 
ce que d'autres affurent > que Philippe le prit en 
affeétion, & l'avança à caufe de l'amitié qu'il 
avoit pour fon père , & en reconnoiflànce de 
l'hofpitalité, car il logeoit dans fa maifon. 

Après lamort de ce Prince, comme il parut ne 

céder ni en bon fens , ni en fidélité à aucun de 

ii ejt fait premier ceux qui étoient attachez à Alexandre , il fut 

j**"» ftàxan- no mmé premier Secrétaire ; mais quoiqu'il n' eût 
que cette Charge , le Roi lui faifoit pourtant au- 
tant d'honneur qu'à ceux qui étoientle plus avant 
dans fon amitié & dans fa confidence, cardans 

Alexandre iiu donne fort expédition des Indes il l'envoya commander 

le commandement /> \ i J'T'l/l" If 

d'un corps d e troues, un corps , oc après la mort a JcLpheition -, lorique 
Perdiccas fut envoyé remplir fa place, Eumenes 

Mais je trouve plus vrai-fem- Plutarque vient de dire duvil 

blable ce que d'autres ajjùrent. ] métier du père d'Eumenes. Le 

Mais cela n'eil pas contraire à Roi Philippe logeoit chez lui 

la première tradition. Philippe dans la ville de Cardia; n'y 

pouvoit avoir pris Eumenes au'- avoit-il point de maifon plus: 

près de lui par affection pour fon confîderable que celle d'unRou- 

pere , & attiré par la gentilleffe lier pour loger Philippe ? 
de l'enfant,. Eumenes eut le Gouvernement de 

Car il logeoit dans fa maifon. ] Perdiccas.~] Au lieu de l>7ra.f>xw > 

Ceci me feroit douter de ce que Gouvernement , on lit dans un 



EUMENES. i<5y 

eut le Gouvernement de Perdiccas. C'eft pour- abiiamtusu». 

• -\T 1 • / .• • 1 lf Vernemcnt de Pcr— 

quoi JNeoptoleme, qui etoit le grand Ecuyer , u ccaii envoy ére m . 
ayant dit un jour après la mort d'Alexandre , £jj*?* pUce d ' E ~ 
que pour lui il portoit le bouclier & la lance du Prince j Vanîté de N 
& qu Eumenes le fuivoit portant [on écrit vire & [on foleme > i rani E * 
porte[eiiille , les Macédoniens ne firent que rire de 
cette vanité > {cachant fort bien qu'outre tous les 
autres grands honneurs qu Alexandre avoit faits 
à Eumenes , il l'honora encore de fon alliance. 
Car Barfine , fille d'Artabafe , qui fut la première 
perfonne qu'Alexandre aima en Afie , & dont il 
eut un fils nommé Hercule, avoit deux foeurs ; 
Alexandre donna l'aînée , nommée Apama , à 
Ptolemée, & la féconde qui avoit auffi nom Bar- , *&**>$• f** 

_ «111 \ -r» 1 11 fyoufer . a Eumenes 

iine y il la donna a Eumenes, dans cette célèbre mefiiu d-Art<£*fe. 
occafion où il choifit dans les plus nobles mai- 
fons de Perle plufieurs filles qu'il fit époufer à 
fes principaux amis, 

Malgré cette grande faveur , Eumenes ne £«««*« js»»»*- 
îaiflà pas d'être fouvent en dhgrace auprès du Ie^Z. * 
Prince, & de courir même quelque danger à 

Manufcrit, Pamx^a^le comman- rius } Se donné la plus jeune, 

dément de la cavalerie. Je n'ai nommée Drypetis , à Ephef- 

trouvé, nulle part aucune men- tion , afin qu'on trouvât fon 

tion du Gouvernement d'Eume- mariage moins étrange , il per- 

nes ; mais on voit dans Quint- fuada aux plus grands Seigneurs 

Curfe qu'il a été General. de fa Cour & à fes principaux 

Dans cette célèbre occafion où favoris, de fe marier de même , 

il choifit dans les -plus nobles mai- ôc choifit dans les plus- nobles 

fon s de Perfe plufieurs filles quil familles de Perfe quatre-vingt 

fit époufer à fes principaux amis. ~\ filles qu'il leur fit époufer. Quint- 

Après qu'il, eut.époufé la Prin- Curfe, Liv. x* 
jceife Statira a fille aînée de Dar 



o 



166 EU ME NE S. 

caufe d'Epheftion. Premièrement Epheftion ayant 
fait donner à un joueur de flûte , nommé Evius , 
un logement que les valets d'Eumenes avoient 
déjà retenu pour leur maître? Eumenes transporté 
pi^nàrlTAUxlnlre de colère alla à Alexandre avec Mentor , beau- 
de ce f Espion pere d' Artabafe , & fe mit à crier, qu'il valait 

avoit fait donner a L ' ' 1 

un joueur de flme un fc en mieux jet ter les armes & apprendre à fiuter , & 

logement qu'on avoit \ . .. 7 /"• ;• -y •>' /r 1 n 

retenu pour lui. a jouer des Lomé cites y putjqu on prejeroît des fluteurs 
& des Comédiens à ceux qui av oient toujours le har~ 
mis fur le dos , & qui fout enoient tous tes travaux de 
la guerre. Alexandre fut très-fâché d'abord contre 
lui , & enfuite contre Epheftion qu il reprit très- 
aigrement ; mais peu de temps après il changea , 
& fit retomber toute fa colère fur Eumenes, trou- 
vant qu il lui avoit manqué de refpeét , Se qu il lui 
rped , &> avoit parie avec plus d iniolence , qu il n avoit 
parlé contre Epheftion avec liberté. 

Une autre fois Alexandre voulant envoyer 
Nearque avec des vaiflèaux reconnoître les côtes 
de l'Océan, & n'ayant point d'argent dans fon 

Avec Aientor , beau-pere d'Ar~ placée. Outre que cela n'eft pas 

tabtzje. ~J Mentor , un des grands Grec , rien n'en: plus mal ima- 

Seigneurs de Perfe , frère de giné. Et au-contraire il n'y a 

Memnon , avoit marié fa fille rien de plus naturel , ni de plus 

avec Artabafe- Je n'ai jamais vu raifonnable que ce que Plutar- 

de correftion plus malheureufe que dit , qu'Eumenes allant fe 

que celle que le fçavant Reine- plaindre à Alexandre de Pinjure 

iras a voulu faire ici. Au lieu de que lui a faite Epheftion , foit 

ftêxcè Mêyrcp.oç > avec Mentor , il accompagné de Mentor, dont il 

veut qu'on life //st<* S-révrop os » a époufé la petire-fllle , car fa 

d'une voix deStentor, Ei:menes,dh- femme Barfîne étoit fille de la 

i\,fe mit à crier d'une voix deSten- fille de Mentor ? femme d'Ar- 

tpr. Voilà une érudition bien mal tabafe. 



Alexandre trouve 
au il lui avoit man 
que de re 
eft irrité contre lui 



EU MENE S. ' i6j 

épargne pour cette expédition, il eut recours à fes 
amis, & demanda trois cens talens à Eumenes , Alexandre pie e»* 
qui n'en offrit que cent, Se encore de fortmau- menes de liii J rher 

1 1 " trois cens mille ecus. 

vaife orace, difant qu'il avoit eu beaucoup de peine &»»«*« «fa ?»'** 

■y , ^ /~* 1 ' f* T» Ail n'en peut donner que 

a les ramailer de les .Receveurs. Alexandre ne cent miiu. 
lui en fit aucun reproche > & refufa fçs cent ta- Alexandre u ™- 
- Jens , mais il ordonna à fes sens de , mettre fe- ff: r Le wo ^ n , dont 

r s r i v r ujejertpourlecon-' 

cretement le feu à la tente, pour le prendre fur vaincu de ménage. 
le fait & pour le convaincre de menfonge quand 
il feroit emporter fon argent. Malheureufement 
la tente. fut brûlée avant qu'on pût y apporter 
aucun fecours, & Alexandre fe repentit bien d'a- 
voir donné cet ordre, car tous les papiers du ca- 
binet , qu Eumenes avoit fous fa garde , furent 
brûlez. On y trouva de for & de l'argent que 
l'embrafement avoit fondu en rnafle , plus de 
mille talens, dont il ne voulut rien prendre. Et r™« miium. 
il fit écrire aux Satrapes & à tous fes Lieutenans , a-mment Aiexan- 
Capitaines,& Gouverneurs des places, d'envoyer t' fif^trs^VÛi 
des copies de toutes les dépêches qui avoient ^*»r«*'&*% 
été confirmées par le feu > & il les rendit toutes 
à Eumenes. 

Quelque tems après , Eumenes eut une autre ,£**" w reUe 
J- i n • r* t i Eumenes avec E- 

querelle avec Epheftion aufujet de quelque don pfojtion. 
d'Alexandre. Ils en vinrent l'un & l'autre à des 
reproches fort vifs &à des injures fanglantes , & 

On y trouva de tor & de tar- dans fa tente , & il refufe trois 

gent que ï embrasement avoit fondu cens mille écus à fon Roi, à 

en Tnajfey-plus de mille talens. ~\ fon bienfaiteur , à l'auteur de 

Quelle horrible ingratitude! Eu- toute fa fortune ! L'avarice ne 

menés a plus de trois millions reconnoît aucuns droits, 



i6S EUMENES. 

Alexandre ne lui en fît pas plus mauvais vifage 
pour l'heure ; mais Epheftion étant venu à mou- 
rir , le Prince , qui étoit dans une affliction qu'on 
ne peut exprimer ? confèrvoit beaucoup de ref- 
fentiment & d'aigreur contre tous ceux qu'il 
foupçonnoit d'avoir porté envie à la fortune de 
- ce favori pendant fà vie , & de s'être rejouis de fa 
mort ; & les ioupçons tomboient encore plus fur 
Eumenes > car il fe fouvenoit toujours ? & lui 
parloit fouvent des dilputes & des querelles qu'il 
canfterê d'Eu- avoit eues avec IuL Mais Eumenes qui étoit 
menes - homme fin, infinuant, & perfuafif, chercha un 

remède à fa diigrace dans la chofe même qui 
ni ^itJnfr l'avoit perdu , car il prit le parti de féconder l'af- 
tQUTEfbejHm mort, fection , l'empreflèment & k zèle qu'Alexandre 
témoignoit pour honorer la mémoire & pour 
embellir les obfeques de fon ami. Il inventa de 
nouveaux honneurs , & tout ce qu'il crut le plus 
u fournit upim capable d'augmenter la gloire du défunt , & four- 
f We f"?. 1 '?" nit très-liberalement & très-genereufement la 
p w fis funeraiiks. pl us grande partie des fommes qu'il fallut pour 
célébrer fes funérailles, & pour lui élever un 
magnifique tombeau. 
'Alexandre mon, Après la mort d' Alexandre , il s'émut un fort 
différend entre u, grand différend entre la Phalange & les Seigneurs 

La plus grande partie des fom- menés donne ici plus qu'il n J a- 

me s qu'il fallut pour célébrer fe s voit refufé de prêter. Cet avare 

funérailles. ~] Les frais de ces fu- n'efl pourtant pas changé , il 

ner ailles montoient à douze mille donna par avarice, de peur, 

talens , qui font trente-fix mil- qu'une difgrace ne lui fît perdre 

lions de notre monnoye. Eu- plus qu'il ne donnoit. 

de 



EU ME NE S. i£p 

de la Cour. Eumenes étoit intérieurement dugemdegume&i» 
parti des derniers , mais en public & dans tous fes S " gneHrs de u ç< ""' 
difcours il faifoit femblant d'être neutre , & 
jolioit le rôle d'un fimple particulier , difanc 
qu'il n appartenoit pas à un étranger comme lui 
de fe mêler des affaires & des dilputes des Macé- 
doniens. Et quand les autres Seigneurs fortirent 
de Babylone , il refta dans la ville , travailla effi- Eumenes travaille 
cacement à adoucir les gens de guerre , & les dif- fru'^l * dolt ~' 
pofa à écouter des propofitions d'accommode- 
ment. Àuffi quand les premiers troubles furent 
calmez, & que les principaux Officiers s'étant 
abouchez dans une conférence, dont on étoît 
convenu , diftribuerent les Gouvernemens des 
Provinces & les commandemens des armées , 
Eumenes eut pour lui la Cappadoce , & la Pa- Eumenes e p u it 

il - • P > 1 J T» • P Swapt de ta Cappa- 

phlagome , qui confine a la mer du r ont , jul- <w & de u L- 

qu'àTrapezonte , & qui n'étoitpas encore en ce P hla £ ome - 

tems-là aux Macédoniens, car Ariarathes en 

étoit Hoî , & il étoit expreffément porté par le 

traité que Leonatus & Antigonus avec une grofle Leomms &• Ami- 

armée y conduiroient Eumenes pour l'établir TlulZïnntfZ 

Satrape de cette contrée , & pour en chaffer le fr®***™**»- 

Roi Ariarathes, Antigonus ne fit pas grand compte 

de ce que rerdiccas lui écrivit , car il etoit u d'obew 

rempli de hautes efperances , qu'il méprifoit tout 

le monde, & qu'il ne penfoit qu'à fon propre 

aggrandiffement. Leonatus defcendit dans la Uonatm fe diJl 

Phrygie, s'étant chargé de cette expédition en M'^yonimre^ 

€ Vt* •»/? • ti r f m i " en ejl empêche ft* 

.Saveur d iiumenes. Mais Hecatee , Tyran des «<«*«• 
Xome K Y 



tjo EUMENE S. 

Cardianiens , Tétant venu trouver , & l'ayant prie 
avec de grandes inftances de marcher plutôt au 
fecours d^Antipater & des Macédoniens , qui 

nue de u rbef- étaient affiegez dans la ville de Lamia , il fe 
diipofa à faire ce voyage , <§c preiîbit fort Eu- 
menés de fe joindre à lui , & de fe reconcilier 
amenés & Ueca- avec Hecatée. Car Eumenes & Hecatée étoient 
k * fort mal enfemble , & fe défîoient fort l'un de 
l'autre depuis quelques différends que leurs pères 
avoient eus fur le Gouvernement. Souvent même 
Eumenes avoir aceufé ouvertement Hecatée de 
tyrannie , & conjuré Alexandre de rendre la li- 
berté aux Cardianiens, Voilà pourquoi il tâchoit 
de détourner Leonatus d'entreprendre cette 
guerre contre les Grecs , & refufoit de l'y fuivre r . 
lui difant qu Antipater lui étoit très-fùlpecl: r & 
qu il craignoït que pour faire plaifir à Hecatée , 
& en même tems pour fatisfaire la haine parti- 
culière^ quilavoit depuis longtems pour lui, il 
ne lui dreiîat des embûches, & ne le fît périr ; 

conjure epetto- alors Leonatus , prenant en lui une entière con~ 

notas fait a Eume- r 1 * ' i • ■ i ><\ 

na, faance, ne lui cacha rien de tout ce quil avoit 

dans l'efprit. Il déclara que ce fecours d' Anti- 
pater n'étoit quun vain prétexte, & que fon 
véritable deflein étoit de paflèr en Grèce pour 
fe rendre maître de la Macédoine, & il lui fit 
Eecieepatrejau? voir des lettres de Cleopatre, qui le follicitoic 

i Alexandre. ^ ^^ v p^ .\ & j^ promettoit J e l^poufer. 

Bffa que cem un- Après cette belle confidence, Eumenes, foit 

jiaence de Leonatus «.« . J«l 

fan furVcftntà'EHr qu il craignît véritablement Antipater, ouquu 

■menés A ■ O a» . _ ■ * 



menés. 



E U M E N E S; Vjx 

vît bien qu il n y avoit rien de bon à attendre 

de Leonatus , qui fe montroit fi étourdi , & qui 

neparoifïbit plein que d'une témérité précipitée, 

qui le portoit à fuivre des extravagances comme 

des réalitez , il le quitta , 8c partit la nuit avec 

tout fon équipage, qui confiftoit en trois cens Equipage <te- 

chevaux & deux cens de fes domeftiques bien %%" ' *? fes m * 

armez 9 & tous fes effets , qui étoient environ 

cinq mille talens qu'il avoit en or , & fe retira 2& n % miWons - 

auprès de Perdiccas, à qui il découvrit les de£ ^ÏZ*Zl 

feins de Leonatus. Il en fut très-bien reçu, eut &'**»■***• ■ 

beaucoup de crédit auprès de lui , & entra dans 

tous fes Confeils» 

Peu de tems après il fut mené en Cappadoce F < rdicc ? u me f 

r fi en Cappadoce & ly 

avec une bonne armée que Perdiccas même »dut. 
voulut commander. Ariarathes fut fait prifon- 
nier, la Cappadoce fubjuguée, &Eumenes éta- 
bli Satrape , & reconnu. D'abord il partagea les 
Gouvernemens des villes à fes amis , & établit „ , . œ ^ _ 

Il lai/Je a Eumenef 

Commandans des garnifons 3 Juges &Intendans uaMniondesEm. 

j.f i • i -r* t. f ai Plus ' des Charges 

tous ceux quillui plut, rerdiccas ne ie mêlant & des cmwwt 
point du tout de ces fortes d'affaires , & lui en mtm * 
laiflant l'entière difpofition. Après cela il partit E « weww /« /t Per . 
avec Perdiccas pour lui faire la cour , & pour ne f cas pom Ui f air€ 

l l Ja cour t 

pas laiilèr les Rois l'obfeder feuls & fe rendre 
maîtres de fbn efprit. Mais Perdiccas s'aflurant 
<qu il viendroit à bout tout feul de Tentreprife 
-qu'il méditoit , & voyant d'ailleurs que les Pro- 
vinces y qu'il laiffoit derrière , avoient befoin 
-d'un homme ferme & fidèle pour les contenir, 

Yij 



*7Ï EUMENE S. 

~&*dktas h ««- renvoya Eumenes de la Cilicie , en apparence 
^n^tuntènti afin qu'il fut dans fon Gouvernement , & en 
d e v Arménie^- e jy et a g n -j ^ n ^ jj^ l'Arménie continue 

toleme remuoit. x o 

à fes Provinces, & qui étoit troublée par les 
menées de Neoptoleme , qui y fomentoit de 
grandes nouveautez. 

ctratieredeNetp* Ce Neoptoleme étoit un homme bouffi d'or- 
gueil, & que les vaines efperances dont il le 
repaiflbit , avoient rendu d'une fierté infiippor- 
table. Eumenes tâchoit de le ramener par là 
converfation , & voyant que la phalange des 
Macédoniens étoit devenue très-audacieufe & 

Comment Eumenes très-infblente, il travailla à aiïèmbler un corps 

«ffèmbL un corps de « ... • A . 1 r r\ o 1 * 

cavalerie capable de de cavalerie qui put la tenir en reipect, oc lui 
Tnge^Jolilml. ^vcq tête; pour cet effet il donna toutes fortes 
d'immunitez & d'exemptions de tous impôts à 
ceux du paï's qui étoient en état de monter à 
cheval. Il acheta lui-même grand nombre de 
chevaux qu'il donna à ceux de fa Cour aufquels 
il fe fioit le plus , aiguifa & releva leur courage 
par les honneurs & par les dons qu'il leur faifoit, 
les drefla & les accoutuma au travail & à la 
fatigue par des revues, des exercices, & des 
mouvemens continuels. De forte que de tous cts 
Macédoniens , les uns furent fort furpris, & les 
autres très ^ raflùrez en voyant qu'en fi peu de 
tems il avoit aflèmbléfix mille trois cens chevaux 
en état de bien fervir. 
oatere & Amu Environ dans ce tems-là Cratère & Antipater , 

faterpajfent en Afi, , . _ * 

pour miner u puif. .après avoir iubugue les Grecs , pailerent en Aiie 

,/mnce de Verdiccas. 



EUMENES. 175 

pour rainer la puiffance de Perdiccas , Se on avoit 
nouvelles qu'ils marchoient à grandes journées 
pour fe ietter dans la Cappadoce. Perdiccas , qui ^diecas décUn 
et oit oblige d aller taire la guerre a rtolemee , fi™ de mt es u$ 
déclara Eumenes Generaliffime de toutes les 'ZcVj'l* 'at- 
troupes qui étoient dans la Cappadoce & dans nie ' 
T Arménie , & écrivit des lettres à Alcetas & à ;/ orMn K ne « m- 
JNeoptoleme pour leur ordonner d obéir a Eu- /«A/«*v;a 
menés, à qui il avoit donné pouvoir de faire &'}*.*&£** 
tout ce qu il juger oit à propos. Alcetas répondit 
franchement qu il ne fe joindroit point à Eumenes 
& qu il ne marcheroit point à cette guerre , parce 
que les Macédoniens , qui étoient à fes ordres , 
avoient honte de combattre contre Antipater , & 
qu'ils étoient même tout prêts à obéir à Cratère 
à caufe de l'affection qu'ils lui portoient. D'un 
autre côté on voyoit clairement que Neoptoleme 
machinoit quelque trahifon contre Eumenes, car 
lorfqu'il fut mandé , non-feulement il refufa de 
marcher, mais il rangea même lès troupes en Neoptoimeva <*■■ 

i .11 o 11 1? tanner Eumenes 3 & 

bataille oc alla 1 attaquer. e ji b m ». 

Ce fut là qu'Eumenes jouit pour la première 
fois des fruits de fa prévoyance, & des prépa- 
ratifs qu'il avoit faits , car fon Infanterie ayant été mit. ytÈamei*». 
battue, il défit Neoptoleme avec fa cavalerie , t* d * f * f* *"* 
prit fes bagages, & tombant en corps fur fa pha- 
lange, qui s'étoit débandée à lapouriuite de cette ll °%* i*fU~ 
Infanterie qu'elle avoit rompue * il l'obligea à T^le^lVm^Z 
jnettre bas les armes, & à entrer dans fes troupes r 

JEt <i çnmr.àans [es trouves -, agrès lui avoir prêté- ferment d& 



à entrer dans fes. 
troupes. 



ï 7 4 EU M EN ES. 

après lui avoir prêté ferment de fidélité. Neop- 

toleme rallia quelques fuyards & s'enfuit avec 

.a*** & Ami- eux auprès de Cratère & d'Antipater. Ils avoient 

TàfaZ^àEuLZ, déjà envoyé des Ambaflàdeurs à Eumenes pour 

Sl*f Ucher de ^ e P re ff er de quitter le parti de Perdiccas , & 

de fe tourner de leur côté , lui promettant qu'il 

garderoit les Gouvernemens quil avoir déjà, 

& qu ils lui en donneroient encore d autres avec 

de nouvelles troupes , pourvu que d'ennemi 

il voulût devenir l'ami d'Antipater , & que 

d'ami il voulût bien ne pas devenir f ennemi de 

Cratère. 

Eumenes ayant entendu ces propofitions 9 
Génère^ riponfe répondit : Quêtant ancien ennemi d'Antipater 3 il 

-et Eumenes à ces Am- • V J ' r' ' 1 r ■> '7 

■iajfadsm. ne commencer oit pas a devenir Jon ami lorjquil voyou 

quil traitoitrfes amis comme [es ennemis. Que pour 
Cratère il et oit tout prêt à le reconcilier avec Per- 
diccas & à le remettre dans [es bonnes grâces à des 
conditions juftes & raisonnables , mais que s'il corn- 
mençoit à l'attaquer & à lui -enlever [on bien 3 il 
marcheroit à [on [ecours > & ï aider oit de tout [on 
pouvoir s tant que le [ang couler oit dans [es veines 9 
& quil abandonner oit plutôt [on corps & [a vie que 
de trahir [a [ou 

fidélité. ] Il y a dans le texte , qui reçoit le ferment , c'eft elle 

*, XctÇôvTdç op>txç au™ avçpuTîvm' qui le prête. Je croi qu'il faut 

J'avoue que je ne l'entends lire ^ Xa.Co.rn opicxç aura o-uç-pee- 

point. lime femble que xaConaç nom > & à entrer dans fes trou- 

ne peut avoir lieu ici , & que fes , après qu'elle lui aurcii vrsté 

ce mot doit être corrigé , car ce ferment de fidélité, 
n'en; pas cette phalange battue 



E U M E NES. 175 

Cette réponfe rapportée à Cratère & à And- 
pater , ils délibéraient à loifir fur le parti qu'ils 
dévoient prendre , Se dans ce moment Neopto- tomfaù &- 

1 . r \ ■ v t1 1 V 7 1 man ^ e d" Jecèws à 

leme arrive auprès d eux. II leur raconte d aoord c™*™ & à Àt*b 

ïe malheureux fuccès de la bataille > & les con- „"? 

jure l'un & l'autre de le fecourir, fmtout il 

prefTe Cratère , lui difant qu'il étoit extrêmement 

defiré des Macédoniens , & que pourvu qu'ils 

viifent fon chapeau à la Macédonienne , & qu'ils 

entendiflent fa voix } ils courraient fe rendre à 

lui avec leurs armes. En effet y la réputation de Gran à e rip**™- 

Cratère étoit très-grande , Se après la mort d'A- de aaîcr£i 

iexandre la plupart des Macédoniens le defiroient 

pour leur Chef , fe fouvenant que pour l'amour 

d'eux ? & pour foutenir leurs intérêts , il avoir 

fbuvent encouru la difgrace du Prince. Car 

voyant qu'il affectoït d'imiter les mœurs & les 

manières des Perfes, il eut le courage de le con- c.»^ déàaure 

tredire, & de foutenir les coutumes de fon V^f f Z"t lesma T 

* Z de Jon pays contre 

que l'on méprifoit déjà , pour embrafler le luxe > Alexan ^ 
le fafle , St l'orgueil des Barbares. 

Alors donc Cratère envoya Ancipater en Ci- tr*tm*m>ye a* 

1> . o 1 • 11 1 1 V r~ tipaterenCiUcie.O 1 

Iicie , oc lui y avec la plus grande partie de 1 armée marche avec Neop. 
il marcha avec Neoptoleme contre Eumenes, *£»' «**"**»<- 
dans l'efperance qu'il le furprendroit , & qu'il 
tomberait fur lui, pendant que fes troupes feraient: 
en defordre & qu'elles ne longeraient qu'à boire 
& à faire la débauche après la victoire fignalée 
qu'elles venoient de remporter. Or cette pru- 
dence d'Eumenes d'avoir prévu de bonne heure: 



\p6 E U M E N E S. 

aifîmvK îeh- l'arrivée de fon ennemi , & de s'y être préparé , 

menés 3 qui marque 1 \ • f* 1 1 

un granî apiJm. on la prendra toujours ians doute pour la marque 
d'un Capitaine vigilant & fage , mais non pas 
pour un acte de la dernière habileté ; au lieu que 
d'avoir fait non-feulement que fes ennemis n aient 
rien fçu de ce qu'ils dévoient ignorer 3 mais que 
fes troupes mêmes ayent attaqué Cratère avant 
que de fçavoir qui elles alloient combattre , 
& de leur avoir caché le General ennemi , il n y 
a perfonne qui n avoue que c'eft là le chef- 
d'œuvre d'un grand Capitaine. Car il fit courir 
le bruit que c'étoit Neoptoleme., qui revenoit 
contre lui avec Pigres à la tête de quelque cava- 
lerie de Paphlagoniens & de Cappadociens ; & 
la nuit qu'il avoit refolu de décamper pour fe 
mettre en marche, après qu'il fefut endomi, il 

rtfunfontxtraw. eut une vifion fort extraordinaire; il lui fembla 
tvftnfon^ m ^ s *ï u "d voyoit deux Alexandre* qui fe préparoient à 



Mais non pas pour un aEle de levé avec raifon cette prudence 
la dernière habileté. ] Car de pré- d'Eumenes , qui marque en effet 
voir l'arrivée d'un ennemi , dont un grand Capitaine qui fçait d£- 
on eft menacé , & de fe pré- rober à fes troupes la connoif- 
parér à le recevoir , cela marque fance de ce qui pourroit nuire à 
bien de la vigilance , de la pré- fesdeiTeins. Si Cratère avoit été- 
voyance , & de la fagefte dans connu , tous les Macédoniens 
un Capitaine , mais nullement fa feroient paffez de fon côté , ôc 
grande capacité dans fon métier. Eumenes n'avoitplus d'armée. 
Il n'en eft pas de même de ce Ce ilratagéme d'Eumenes a été 
qui fuit. pratiqué quelquefois , & on en 

Mais que fes troupes mêmes trouve des exemples dans l'Hif- 

ayent attaqué Cratert avant que toire. 

de fçavoir qui elles alloient com- Il lui fembla qu'il -voymt deux 

battre., & de leur avoir caché le Alexandres. ] Pourquoi deux 

General ennemi 3 Plutarque re- Alexandres , & comment expli- 

combattre 



EUMENES." 177 

combattre l'un contre l'autre en bataille rangée 7 » 

chacun à la tête de la phalange ; enfuite que Mi- 
nerve vint pour affilier l'un , Se Cerçs pour don- 
ner fecours à l'autre ; que le combat fut rude Se 
fanglant ; qu'enfin celui que Minerve appuyoit ? 
fut vaincu , Se que Cerés fit une couronne d'épis ? 
dont elle couronna le vainqueur qu elle prote- 
geoit. Sur cela il s'éveilla , & la dernière circon« 
ftance de ce fonge ne lui laiffa pas douter un mo- &*mm £»*«*»« 
ment qu'il ne lui fût très-favorable , d'autant qu'il ^12" Cmge * 
combattait pour un pais excellent , qui même 
étoit alors tout couvert d'épis déjà jaunes. Car 
toute cette terre étoit cultivée & enfemencée , 
Se elle prefentoit un fpe£tacle très-agréable aux 
yeux comme dans la paix la plus tranquille ? des 
campagnes couvertes partout de riches moifîbns* 
Mais il fe confirma encore plus dans cette pen- 
fée quand il eut appris que le mot de la bataille 
que les ennemis avoient donnée étoit Minerve *£*■&&*$<& 

Cratère. 

quer cette première partie du œffïfier l'un , & Cerés four donner 

fonge f car dans un fonge fi my- fecours à l'autre. ] Nos fonges 

fterieux , il faut bien qu'il y ait viennent ordinairement des 

de la raifon.C'efl que ces Capi- idées qui nous font les plus fa- 

taines, qui dévoient combattre milieres. La Théologie de ces 

les uns contre les autres, étoient tems-là , confirmée par les Poë- 

tous des Généraux de l'armée mes d'Homère, nourriffoit les 

d'Alexandre , & qu'ainfi cette hommes dans cette opinion , 

^rmée étant divifée & prête à que les Dieux eux-mêmes ve- 

en venir aux mains , c'étoient noient à leur fecours dans les 

comme deux Alexandres , qui occafions , qu'ils combattaient 

alloient Ce choquer. Le refte du pour eux juiqu'à fe battre les 

fonge efi aïfez expliqué dans la uns contre les autres. Voilà 

fuite. Ce qui donna lieu à ce fonge 

Enfuite que Minerve vint four d'Eumenes. 



ï 7 8 E U M E N E S. 

& Alexandre. Il donna tout aufli-tôt pour le fier* 
d'Ex™™. Cerés & Alexandre , & il ordonna à fes troupes de 

fe couronner d'épis , & d'en couvrir leurs armes, 
Plufieurs fois il fur fur le point de découvrir à 
fes principaux Officiers & à fes Capitaines qui 
étoit l'ennemi qu'ils alloient combattre , afin de 
ne pas prendre fur lui feul , de retenir & de leur 
cacher un fecret fi important , & dont il étoit 
peut-être neceffaire qu'ils fuflent informez. Il 
perfifta pourtant dans fa première refolution, & 
GriomiAnce deba- ®É confia ce danger qu'à fa penfée. Dans. l'or- 
miiktmmems, d onnance de fa bataille il noppofa à Cratère 
aucun Macédonien, mais deux corps de cavalerie 
étrangère, quiétoient conduits, l'un par Phar- 
nabafe > fils d' Artabale > & l'autre par Phœnix de 
Tenedos , & il leur ordonna que fi-tôt qu'ils ver- 
doient l'ennemi, ils pouffafTent à lui , & qu'ils le 
chargeaflènt , fans lui donner le tems de fe retirer^ 
m. de parler , & fans recevoir aucun Héraut de fa 
part , pour quoi que ce pût être , Car il craignoit 
extrêmement que les Macédoniens venant à 
reconnoîrre Cratère , ne fe tournaient de fon 
côté. Pour lui il compofa un corps de trois cens 
chevaux de l'élite de fa cavalerie, avec lequel 
EMMMM/emrt-; il paiîà'à f° n au * e droite pour être oppofé a 
telwJ/tNeoîZ Neoptoleme > qui commandoit l'aîle gauche des 
w< ennemis. 

Quand ils eurent pafîe une petite colline , qui 
féparoit les deux armées , & qu'ils furent en: 
prefence , ils s'ébranlèrent & firent leur charge 



y 



E U M E N E S. T79 

avec tant cTimpetuofité , que Cratère furpris, vo- 
mit mille injures contre Neoptoleme , lui repro- 
chant qu'il l'avoit trompé , en le flatant d'un 
prompt changement des Macédoniens, dès qu'ils 
le verroient paroître. Il exhorta fes Officiers à 
donner en cette occafion des preuvesde leur cou- 
rage , & pouflà à l'ennemi. Le premier choc fut 
très-rude, les lances volèrent bientôt en éclats -, 
■Se on en vint aux épées. Cratère ne fit point de ^^i 
deshonneur à Alexandre dans ce dernier jour, 
car il tua plufieurs ennemis de {a main , & ren- 
verfa plufieurs fois tout ce qui ofa lui faire tête. 
Enfin blefie par un Thrace , qui le prit en flanc-, $* mm, 
il tomba de fon cheval. Toute la cavalerie enne- 
mie pafla fur fon corps fans le reconnoître. Gor- 
gias feul, un des Lieutenans d'Eumenes, l'ayant 
reconnu , mit pied à terre , & établit une garde 
autour de lui , mais il tendoit déjà à fa fin & luttok 
contre la mort. 

Dans ce moment Neoptoleme charge l'aîle 
droite où étoit Eumenes; ils fe haùToient tous 
deux de longue main, &ce jour-là leur colère 
étoit encore plus enflammée. Ils firent deux 
charges fans fe reconnoître , mais à la troifiéme , Eimenes&ùeor 
s'étant reconnus , ils pouflènt impétueufèment fa^jjem^"^ 
l'un contre l'autre l'épée à la main avec de Zmbt mmfwum 
grands cris. Leurs chevaux , courant deroideur, 
fe heurtent de front comme deux galères quife 
choquent , alors ils abandonnent la bride , fè 
XaifiiTent tous deux au corps, & tâchent de s'ar- 

Zij 



i8o EU. M EN" ES. 

racher leurs calques & de rompre les épaulettes 
de leurs cuiraflès. Pendant qu'ils fe tiraillent de 
cette manière y leurs chevaux fe dérobent de. 
delîbus eux ; ils tombent tous deux à terre fans 
lâcher prife , & fe colletant toujours -, leur 
combat devient une lutte. Neoptoleme fe relevé 
le premier; Eumenes y profitant de ce moment , 
lui coupe le jarret ,- & fe trouve tout aufii-tôt 
fur fes pieds ; Neoptoleme , qui ne pouvoit fe 
tenir fur fa jambe bleflee , s'appuye à terre fur 
un genou , Se combat ainfi d'en bas avec beau- 
coup de courage ;, fans pouvoir porter de coup 
mortel à fon ennemi ; enfin il reçoit un grand 
coup d'épée à la gorge , & tombe à la renverfe 
tout étendu; Eumenes fe jette fur lui, le dé- 
pouille de fes armes , l'accable d'injures, & il eft 
ii tranfporté par fa haine invétérée & par fa 
colère , qu'il ne s'apperçoit pas que fon ennemi 
a encore l'épée au poing, dont il le bleffe par- 
deflous fa cuirafïè à l'endroit de l'aine à caufe 
de la pofture où il eft fous lui. Mais le coup lui 
fait plus de peur que de mal, étant poulie par 
un bras foible , que la mort gagne déjà. 

Après qu il l'eut dépouillé de fes armes , il fe 
trouva très-mal de fes bleflures , car il avoit les 
cuifles & les bras percez en plufieurs endroits. Il 
eut pourtant la force de fe jetter fur fon cheval, 
& de pouflèr à fon aile gauche , où il croyoit 
que les ennemis faifoient encora ferme. Ayant 
appris là que Cratère a été tué, il pique à l'en- 



EU ME NE S.' 181 

droit où on lui dit qu'il trouvera fon corps. Et 
voyant qu'il reljpire encore , Se qu'il n'a pas DûU i ellr qU e tt 
entièrement perdu connoiiîance , il defeend de moigne Eume " es ™ 

F voyant expirer Cra- 

cheval , fe met à pleurer > lui tend la main , **™. 
maudit & dételle Neoptoleme r déplore le mal- 
heureux état où il le voit réduit , & fe plaint 
& gémit de fa propre infortune , & delaiatale 
neceffité qui Ta forcé de fe trouver en armes 
contre fon compagnon & fon meilleur ami r & 
de lui porter y ou de recevoir de lui les coups, 
les plus terribles.. 

Eumenes gagna cette bataille dix jours après la 
première. Et cette victoire augmenta beaucoup 
la réputation > car tout le monde vit que de ks LarÇuwknfE»* 

d.| , . -v I 11* menés fort accrue par 

eux ennemis >■ il etoit venu a bout de 1 un par ieg a md e (ene **> 

fa prudence r Se qu il avoit vaincu l'autre par fa tatlle ' 

valeur. Mais fi ce grand fuccès releva infiniment Ce d fncch 

fa gloire , il excita auffi contre lui une haine «»**™»*w '«'*« 

C • r a . a ri haine furieufe& une 

îurieuie ex: une envie extrême , non-ieulement «(r«ww>. 
parmi fes ennemis 3 mais encore parmi fes alliez , 
de ce qu'un avanturier Se un étranger comme 
lui avoit défait Se tué le premier & le plus re- 
nommé Capitaine des Macédoniens, avec les bras 
& les armes des Macédoniens mêmes. Si la nou- 
velle de la mort de Cratère eût été portée plutôt 
à Perdiccas , jamais les Macédoniens n'auroient 
eu d'autre Roi que lui. Mais malheureufemerst 

Mais malheur eufement cette eut été tué. ] Cet endroit doit 
nouvelle ne fut fçu'é dans < fon être expliqué par un paiïage de 
camp que deux jours après qu'il Diodore ; liv. xvm. pag. 647. & 

Z iij 



ï8*\ EU MENE S. 

cette nouvelle ne fut fçuë dans fon camp que deux 

Perdue* mi en jours après qu il eut été tué dans une fédition en 

M^ypte dans me f- Egypte y où, comme nous l'avons dit, il étoit 

allé faire la guerre contre Ptolemée. Les Mace- 

, . doniens ne l'eurent pas plutôt apprife , que pleins 

Les ]tâ,dC€ClO)il£tt$ X JL 1 1 J . A 

refont la mon de colère ils refolurent tous la mort d'Eumenes , 

cbarglT Intigonus & nommèrent Antigonus & Antipater pour aller 

er Antidater. exécuter cette vengeance. Cependant Eumenes 

ayant rencontré les haras du Roi , qui paiflbient 

Eumenes frend des fa [ Q mont j^ p r J t tous J es C heVaUX Oui lui 

chevaux dans les ' 1 1 

haras d» Roi , & étoient necelîàires , & envoya des lettres de dé- 

donne des Lettres de « ^ . • f* • * - t* 1? 

deçha^. charge a ceux qui en avoient loin. Et 1 on rap- 

porte qu Antipater , en ayant été informé , le 
Mot d'Antfater prit à rire , & dit \ Qu'il admiroit la prévoyance 
turceu d'Eumenes, qui s'attendoit à leur rendu , ou à leur 

demander compte des biens du Roi. 

Le deffein d'Eumenes étoit de donner la ba- 
taille dans les plaines de la Lydie autour de Sar- 
dis , parce qu'il étoit plus fort en cavalerie ., & 
qu'il avoit l'ambition d'étaler fa grande puinance 
aux yeux de Cleopatre ; mais à la prière de cette 
ce qui obligea Princeflê 9 qui craignit que 9 s'il attendoit là les 

Eumenes à changer ■:' . A . ° /j C* 1> a 

le deffein de donner ennemis , Antipater ne 1 acculât d avoir eu avec 
Itîn^uuhJiL lui quelque intelligence, il marcha vers la haute 

il faut changer la ponctuation Macédoniens -n'auroient en 
du texte en rejettant la virgule d'autre Roi que Perdiccas mê- 
-qui fuit le mot Kiyvfsru> après me , car perfonne n'auroit ofé 
Âiffh nfjLipufç 'BrpÔTspoy 3 fi cette attenter contre lui. On auroit 
nouvelle étoit arrivée enEgypte été retenu par fa grande for- 
deux jours plutôt & un moment tune, 
<avantla mort de Perdiccas , les 



EU MENE S. 183 

Phrygie , & pafla Thy ver dans la ville de Gelenes. 
Là Alcetas, Polemon, &Docimus entrèrent en 
conteftation avec lui pour le commandement de 
l'armée , & fur cela il s'écria : Ne voilà-t-il pas ce > Mot d'amenés fur 

., , . / j r \ 9 l an: bit ion de quel- 

que l on dit communément , chacun penje a s avancer , ques officiers q ii u 
& pas un ne penfe au danger qu'il y a de perdre tout ^Sr'iîSi 
Ù* de fe perdre foi-même î »«<?■ 

Il a voit promis aux foldats qu'il les payerait 
dans trois jours ; mais n ayant point d'argent pour 
fatisfaire à fapromeffe , il leur vendit les fermes c«»«e«- £«»««« 

ol 1A 1 " 11/'1o pays à fes Joldaîi C€' 

oc les châteaux du pais r avec tout le bétail , oc ^aumdoiu 
toutes les perfonnes dont ils étoient pleins. Le 
Capitaine y ou le Chef de bande , qui avoit acheté 
un château, prenoit les machines & les engins 
de batterie , qu Eumenes lui fournifloit y & alloit 
prendre ce château de force , après quoi il par- 
tageoit à fes foldats tout ce qu on y avoit pris- 

Et pajfa l'hiver dans la' ville au milieu de la ville , & va fe 

de Celenes. ] Cette ville étroit jetter dans le Méandre. On peut 

ainfî appellée du nom de Ce- voir Tite-Live , livre xxxvm. 

lenus , fils d' Hercule qui y étoit ôt les notes deGafaubon furStra- 

adoré , ou plutôt de la couleur bon à la fin du xn. L 
des pierres du pais , qui étoient Chacun penfe à s'avancer , & 

toutes noires K&afo-oi* à caufe pas un ne penfe au danger qu il y- 

que toute cette campagne efl a de perdre tout , & defe perdre 

brûlée par les feux fouterrains , foi-même^ Cette réflexion d'Eu-- 

dont elle efl pleine, & qui a menés efl très-fenfée. La con- 

fait que cette partie de la Phry- teflation des Chefs, pour leur 

gie a été appellée la Phrygie avancement particulier , a fou- 

brûlée, xtnMtiKavfAiiïi» On pré- vent ruiné les affaires de leur' 

tend que ce fut dans cette ville parti, & ils fe font perdus eux- 

de Celenes , qu'arriva la ce- mêmes par cette ambition û 

lebre difpute de Marfyas contre déplacée. L'hifloire en fournit' 

Apollon, ce qui efl fondé fur plufieurs exemples. 
j£e que le fleuve Marfyas paffe- 



184 EU MENE S. 

jufqu à concurrence de ce qui leur ëtoit du* 
Par ce moyen il regagna tellement l'affeétion de 
Antigems & An- toute l'armée y que les foldats ayant trouvé dans 

tipater font jetter des Lll \ r\CT ' J 

hauts dam le camp le camp plulieurs billets , que les Omciers des 

d' Eumenes pour por- • • r • o 1 C ' 1 • 1 

*«■/« foidats â le ennemis y avoient tait jetter, oc par ieiquels ils 

™cent mille km. promettoient cent talens & de grands honneurs 

à celui quituëroit Eumenes , les Macédoniens en 

furent très-irritez*, & fur le champ ils rirent une 

ordonnance jw ordonnance que déformais il y auroit toujours 

les Macédoniens font , 1 . / ) 

pot* la fèmé d'En- mille des plus vaillans & des principaux Offi- 
ciers qui feroient fes Gardes du corps , qui fe 
tiendroient tour à tour auprès de lui , & pafîe- 
roient la nuit devant fa tente. Il n'y eut pas un 

Pas un Officier »« A », . . r a r «.:. *' a h rA 

.rejufe de 'faire la Omcier qui reruiat cette ronchon ? oc qui ne fut 

varde la nuit devant • j • j • f • 1 • j>l 

% tente. ra vi de recevoir de lui les marques d honneur 

& de diftinétion que les Rois de Macédoine 

donnoient à leurs amis, car Eumenes avoit le 

privilège de diftribuer des chapeaux de pourpre 

u don le phs ^ J a m ode du païs 1 & des veftes magnifiques 5 

Royal parmi lesMa- . „ ^ . . « f P * , . 

cedoniens. ce qui paile pour le don le plus Koyal parmi les 

Macédoniens. 

profplrtî^tll ^ a pfofp^ité a cela de propre j qu'elle élevé 

verfné. \ Q courage de ceux qui l'ont naturellement le plus 

bas & le plus petit , de forte que Ton croit voir en 

La projperitéa cela de propre, bafTe & la plus rampante , & leur 

qu'elle élevé le courage de ceux qui donne une grandeur apparente.. 

Vont naturellement le -plus bas- & qui trompe la plupart des gens. 

le plus petit. ] Voici une refle- Mais la ver table grandeur d'a- 

, xion très-vraye & très-fenfée. me paroît davantage dans l'ad- 

La profperité élevé le courage verfité. 
de ceux qui efat l'ame la pkis 

.eux 



EUMENES. i8j 

eux quelque forte de grandeur quand on les 
regarde dans l'élévation Se dans la pompe où la 
Fortune les a placez. Mais celui qui a l'ame véri- 
tablement grande & ferme, paroît infiniment 
davantage dans les revers & dans les adverfitez 
qui lui arrivent ? comme Eumenes ; car premiè- 
rement ayant perdu une grande bataille contre 
Antigonus dans le païs des Orcyniens en Cap- 
padoce par la trahifon d'un de fes Officiers , il 
ne donna pas le tems à ce traître d'échaper & de 
fe retirer dans l'armée des ennemis, il le prit & le 
fit pendre fur le champ. Après quoi dans fa fuite 
il tourna tout court , & prenant un chemin tout 
oppofé à celui que les ennemis tenoient pour le 
pourfuivre , il paflà à côté d'eux fans qu'ils s en 
apperçuflent , Se retourna par les derrières dans ^ mmei i atH & 
le même camp où il avoit été battu. Il s'y logea 5 «« «»>*«/«•«■»« 

m i- te ' * . " am J on we»is camp 

& laiiant ramafier tous les corps de fes gens qui pour faire mut /es 

r r • i i r • \ a 1 1 11 X ens l^' 1 avaient t!$ 

a voient ete tuez 3 il les fit brûler honorablement t»^. 
avec le bois des portes & des fenêtres , qu'il 
envoya prendre dans tous les bourgs & villages 
des environs. Il fit brûler les Capitaines à part Se 
les foldats à part , & après leur avoir élevé de 
grands monceaux de terre pour tombeaux , il 
décampa & continua fa marche , de forte qu' An- 
tigonus étant arrivé peu de tems après dans le 
même camp , ne pou voit fe laffer d'admirer fon 

J o„ r C r " Antigonus admire 

audace esc la fermeté. fi » JU & fa 

Enfuite ayant rencontré fur fon chemin les $ 
bagages d' Antigonus , il pouvoit très-facilement 

Tome V. A a 



fermeté» 



i86 EU ME NE S. 

& fans coup ferir faire prifonniers un grand 
nombre de perfonnes libres , & tous leurs efcla- 
ves, & s'emparer de toutes les richefïès qu' An- 
tigonus avoit amaffées par tant de guerres & par 
P^vi i»m»es tant de pillages de villes. Mais il craignit que fes 
*e v^bt j>*s pendre g ens chargez de tant de butin & de tant de riches 

ks bagages d Anti- & ... O , . 

gwm. dépouilles , n en devinilent plus peians pour la 

fuite, plus mous à fùpporter la fatigue d'être 
errans çà & là , & plus incapables par leur impa- 
tience d'attendre le bénéfice du tems , auquel il 
avoit mis toutes fes efperances, ne doutant point 
qu'enfin Antigonus , tas de le fuivre y ne tournât 
fes pas ailleurs. 

Mais comme il étoit très-difficile de retenir 
les Macédoniens & de les empêcher de fe jetter 
fur un butin , qui étoit étalé devant eux , & qu'ils 
n auroient que la peine de prendre , il commanda 
à fes troupes de repaître r de faire repaître leurs 
chevaux 3 & de marcher enluite à l'ennemi , & 

fecLe^TcZTqïi pendant ce tems4à il envoya en fecret un exprès. 

commandât Us b^ ^ Menandre , qui commandoit l'efcorte des ba~ 

gages dej émettre en ' ± 

gmé, ' g a g es Q Antigonus , lui dire que l'amitié qu il c on- 

fervoit pour lui s ïobligeoit de lui donner avis de fe 
mettre en fureté Ù* de quitter au plus vite la plaine > 
ou il pouvoit être enveloppé dans un moment , & de 
fe retirer au pied de la montagne voifme , d'où la 
cavalerie ne pourroit approcher ^ & où il ne pourroil 
être pris par fes derrières. Menandre comprit d'a- 
bord le grand péril où il étoit, & gagna la mon- 
tagne> 



EU ME NE S. Î87 

Cela étoit à peine exécuté , qu Eumenes en- 
voya ouvertement fes coureurs battre l'eftrade , 
& donna Tordre qu'on prît les armes Se qu on 
bridât les chevaux, comme n'attendant que le 
moment de les mener à l'ennemi. Sur ces entre- 
faites les coureurs reviennent, & rapportent que 
Menandre efl: hors d'inlulte , & qu'il s'eft retiré 
dans des lieux difficiles & avantageux. Eumenes 
fit femblant d'être au defelpoir d'avoir perdu une 
fi belle occafion , & emmena fon armée. 

On dit que Menandre faifant un jour ce conte 
à Antigonus , les Macédoniens , qui étoient pre- 
fens , îe mirent à louer Eumenes , & à fe prendre 
d'affection pour lui, de ce que pouvant rendre 
efclaves leurs enfans , & deshonorer leurs fem- 
mes, il leur avoit épargné cet affront , & les 
avoit laifîe échaper. Mais Antigonus prenant la 
parole , leur dit : Eh, mes amis , ce qu Eumenes a Ma fAntïgorm 

V" • 7 \ y n . • i> 7 .7 fur cette aclion d'Eu- 

jait la , c€ n^Jt point pour l amour de nous , mats il menés dont u avok 
s craint defe mettre des entraves dans [a fuite. wawr/w ^f 

Comme Eumenes ne faifoit qu'errer çà & là , 
& fuir toujours fans avoir ni deflein formé , ni 
route certaine, ilconfeillaàlaplûpartde fesiol- 
dats de fe retirer, foit qu'il eût foin d'eux, foit 
qu'il ne voulût plus traîner après lui tant de gens , 
qui étoient en trop petit nombre pour combattre, 
■& en trop grand nombre pour être cachez. Il ne u^^Xfanl 
retint que cinq cens chevaux & deux cens nom- de f estro »P es > wfi 

-l I retire avec peu de 

mes de pied , & fe retira dans un lieu fort d'affiete , mo ^ e «*«* *»/»«• 

Vn lieu fort iïafjiette , appelle Nora. ] C'étoit un château fur 

iA. a 11 



r88 EUMENES.. 

appelle Nora* qui eft fur les confins de la Ly cao~ 
nie & de la Cappadoce. Et là encore il donna 
congé à tous ceux de fes amis, qui ne pouvant 
fupporter les incommoditez du lieu & ladifette y 
où ils étoient, le prièrent de les renvoyer. Il les 
n donne ongé m- embrafla, leur fit mille carefles ;; & leur donna la 

core à ceux <jm vow- *.\ / \ C 

hrem fi retirer. liberté de le retirer. 

Peu de jours après Antigonus arriva devant 

Nora , & avant que d'en former le fiége , il en- 

AntigonmVaffiége voya propofer à Eumenes une entrevue, & lui 

^!f/Ten Tejcet dire qu il n avoit qu à defcendre pour lui parler. 

irejom me entre- Eumenes fit. réponfe qu Antigonus avoit avec lui" 

plufieurs de fes amis , qui pourvoient prendre fa place 

Répo?ife d'Eamenes *■_,., v t/ j » / • 

à Anùgonm. s il venott a manquer , & commander l armée , mais 

que pour lui , parmi ceux , dont il avoit entrepris la 

défenjè > il ri y en avoit pas un feul qui pût le rem- 

n iur demandées placer ^ & quainfi il ri avoit qu'à lui envoyer des. 

oU z es ' otages y s'il vouloit quil descendît pour s aboucher 

y avec lui. Antigonus infifta & lui envoya dire, 

que c* et oit au plus foible à venir parler au plus fort.. 

Autre réponfe fiere Mai s y répondit Eumenes , je ne reconnaîtrai jamais 

d'hommeplus fort que moi ? pendant que je ferai maître- 

la pointe d'un rocher, & qu'on falloit mener par le défaut de -pro- 

avoit. encore fortifié. Son en- <vifwnx. 

ceinte n'étoit que de deux cens Et là encore il donna, congé, ] 

cinquante pas. Il y avoit du II y en eut encore une centaine 

bled , de l'eau , du Tel & du bois qui fe retirèrent , il ne refta avec 

en abondance j, mais il man- lui qu'environ fïx cens hommes,, 

quoit de toutes les autres pro-> tant cava 1 2rie qu'infanterie,mais 

vifîons neceflairesàlavie. C'eft les plus déterminez, Se tous 

pourquoi Plutar que dit tîïç <W- refolus de s'expofer aux plus 

7.mç rlai 'âyânluj a çlpovTtÇ'Nepou- grands périls , & de mourir avec 

vant fuggorter la vie étroite quil lui. 



E U M E N E S. ' 189 

êe mon épée. Antigonus fut donc obligé de lui* 
envoyer des otages comme il l'avoit demandé ; 
il lui envoya fon propre neveu Ptolemée , & il fotîgm M en- 
defcendit. Us fe faluerent & s'embrafierent avec iem&?o»r étage. 
beaucoup d'amitié, comme fe connoiflant de 
longue main } Se ayant vécu longtems enfembie 
dans une étroite liaifon. Leur converfation fut *»*«*& «ta»»*- 
ort longue; Eumenes ne parla jamais ni de lu- 
reté pour fa perfonne y ni d'oubli du paffé > mais 
il demanda toujours qu'on lui confervât fes Gou- 
vernemens , & qu'on lui rendît tout ce qui lui 
avoit été donné. Tous ceux , qui étoiënt prefens, 
étoient étonnez de fa fermeté , & admir oient la- 
magnanimité & fa hardiefle. 

Pendant T entrevue la plupart des Macédo- 
niens accouroient pour voir quel homme c'étoit 
qu' Eumenes-; car depuis la mort de Cratère il n'y 
avoit point d'homme dont il fût tant parlé dans 
l'armée r & qui eût tant de réputation. Mais 
Antigonus, craignant qu'on n'en vînt contre lui z.ltfXwJ 
à quelque violence , fe mita crier qu'on n'appro- / wA f £ ««" ( »«^« 
chat point r nt challer a coups de pierres ceux lence - 
qui s'avançoient malgré cet ordre ; enfin il prit 
Eumenes entre fes bras , & faifant écarter la foule 
parfe .Gardes r il eut encore beaucoup de peine 
à ramener Eumenes dans fa forterellè & àls/on/m™' 
remettre en fureté. 

N'y ayant donc plus aucune efperance d'ac- 
commodement , Antigonus environna la place 
âq bonnes murailles ; laijflà des troupes pour con^ 

A a iij, 



ïoo E U M E N E S. 

n Life des troues titiiier le fiége , & partit avec le refie de fon 

fiîef&pTtiec armée. Eumenes demeura affiegé dans Nora, qui 

i e rejie de fin ar- £ to ' lt abondamment pourvue de bled, d'eau , & 

de fel , mais qui manquoit de toute autre choie 

Emmenés n'a ?ue bonne à manger , de forte qu'il n' avoit que le pain 

in pain fec pour nour- r~ ^ j • r 1 «1 1 ■ f* 

rirfagarJ/on. tout iec. (cependant avec ce pain leul il ne laii- 

foit pas de leur faire joyeufe chère , car il les appel- 

loit à la table tour à tour & afîaifonnoit ces repas 

comment ii ajjai- fi maigres de beaucoup de grâce & de familiarité 

fonne ces refas fi j entretenant fe chofes agréables & plai- 

maigres. O I 

lantes. Outre les charmes de fa converfation , iî 
avoit la mine gracieufe & douce, ne refïentoit en 
rienfon Guerrier, qui avoit toujours eu le har~ 
nois lur le dos , & rompu parles travaux & les fa- 
tigues de la guerre , mais il étoit de belle taille , & 
frais comme un jeune homme , & fibien propor- 
Van naveh j a - tionné, que fart n'a jamais fait de ftatuë d'une 

mais fait de fiattiè ~ , p. _« . 9 f . r C 

fibien proportionnée lymmetne plus parfaite. 11 netoit pas ne tort 
Zm#/ M],U dEH ~ éloquent, mais il avoit une manière de parler 
douce & perfuafive, comme on peut le voir par 
les lettres qui nous relient de lui. 

U s'apperçut bientôt que rien n'incommodoit 
tant fa Garnifon que le petit eipace qu elle occu- 
poit, renfermée dans de petites maifons ferrées 
& dans un terrein qui en tout n avoit pas plus de 

Comme on peut le voir -par les Dan , le texte au lieu de Cjç Im 

lettres qui nous reflent de lui. ] On <?«y «V/çaAwy , il faut lire ùç cms-s 

avoit donc encore du tems de T-wy sWvçoXwy. Et c'eft amfï que 

Plutarque des lettres d'Eume- le fçavant M. Bigot de Rouen 

jies. Je voudrois bien qu'il nous l'avoit corrigé à la marge de fon 

en eût confervé des morceaux. Plutarque- 



EU-MENES. 191 

deux ftades de circuit , où on ne pouvoit ni ie &<«* «w nm 
promener , ni faire le moindre exercice , Se où ^ mtt ^ 5 
leurs chevaux , ne pouvant prefque fe remuer , 
devenoient pefans Se incapables de fervir. Pour 
diffiper donc cette langueur , où les hommes Se 
les chevaux croupiffoient par l'inaétion , Se afin 
de les rendre plus dilpos 8e plus légers pour la 
fuite, fi l'occafion s'en prefcntoit , voici ce qu'il 
imagina : De la plus grande mailon du lieu , & qui a ^«^wi.» 

3 • . , . J ' * 1 C rina pour tenir Ces 

navoit en tout que quatorze coudées, il en htf oU J &fe$chev L 

comme une falle d'exercice qu il donna aux hom- m hul f ie d49J mfi 

mes , leur commandant de s'y promener d'abord 

tout doucement , Se de doubler enfuite le pas peu 

à peu , & enfin défaire les mouvemens les plus 

violens. Et pour les chevaux il les fulpendoit les 

uns après les autres avec de grandes fangles qu'il 

leur mettoit fous le cou, & qu'il paffo k dans des 

anneaux attachez au plancher de l'écurie > enfuite 

par le moyen de quelques poulies il les élevoit en 

l'air ,. de manière qu ils n'étoient appuyez que for 

les pieds de derrière , & que des pieds de devant 

ils pouvoient à peine toucher la terre du bout de 

la pince. 

Pendant qu'il les tenoit ainfi foipendus de la 
moitié du corps, les palefreniers venoient les 
exciter & les irriter avec de grands cris & de 
grands coups de fouet. Ces chevaux , pleins de 
foreur & de rage , tiroient de grandes ruades de 
leurs pieds de derrière , s'agitoient très-vialem- \ 
ment y Se faifant de grands efforts pour appuyer 



%f% EUMENES. 

à plein leurs pieds de devant , & voulant Frapper 
la terre , ils donnoient une fi grande extenfion à 
tout leur corps , qu il n y avoit point de nerf qui 
ne travaillât <3c qui ne fouffrît , & qu à force de 
hennir & de fe tourmenter ils étoient tout cou- 
verts de lueur & d'écume. Après cet exercice 5 
très-propre à les fortifier, aies tenir en haleine , 
& à leur rendre les membres fouples & dilpos , 
on leur donnoit leur orge bien mondé & pilé , afin 
qu ils pufTent le digérer plus promptement & avec 
moins de peine. 
La mort d'A> : upa- , Comme ce fiége traînoit en longueur , Antî- 

ter chance Antiç-Q- 11 j * • / 

ms a? % difiofe a gonus eut nouvelles qu Antipater etoit mort en 
2" lsir * voir . Eti - .Macédoine, & que les affaires y étoient fort 

menés pour ami. ' x J 

brouillées par les factions & par les brigues de 

Cafiàndre & de Polyperchon. N'alpirant donc 

plus à rien de médiocre , & dévorant déjà par 

fes eiperances &parfesdefirs l'Empire entier, il 

voulut avoir Eumenes pour ami , afin qu il lui 

aidât à avancer fes de/Teins & à les conduire à une 

■ii i U i envoyé offrir heureufe fin. U envoya donc Hieronymus à Eu- 

lifiZlnt^ii menés lui propofer des conditions de paix ,• & lui 

exig^it de im. porter la formule du ferment qu il exigeoit de lui, 

Eumenes corrige Eumenes y corrigea quelque chofe , & prit les 

me formule & la . ' A ° x > VCT ' 

ifim conforme à Macédoniens mêmes , qui 1 aiiiegeoient , pour 
Juges , lequel de ces deux fermens étoit le plus 
julie & le plus raifonnable , ou celui qu Anrigonus 

// envoya donc Hieronymus à tîon. Il avoît fait rhifio.'te de 

Eumenes. ] C'eft Hieronymus ceux qui avoient partagé entre 

de Cardia, compatriote d'Eu- eux les Etats d'Alexandre, St 

menés , & hiflorien de réputa- de leurs fuccefleurs., 

lui 



EU ME NES.' T93 

lui prefentoit , ou celui qu'il avoit réformé. Car 
Antigonus parloit bien au commencement de la 
maifon Royale , mais il n'en parloit qu'en paffant 
& par manière d'acquit , pour s'exemter de 
blâme > & tout le refte du ferment ne regardoit 
que lui , Se ne l'attachoit qu'à lui ; au lieu qu'Eu- 
menés dans la correction qu'il fit, nomma la 
Reine Olympias la première avec les Rois les en- , Grande fi idhe ' 

f I •! . y .j r . dEttmenes pour lie 

ans. Outre cela il jura , non qu il fervtrott en tout Reine oiympus & 

& partout Antigonus feul , & que les amis & les enne- f a Z. e$ Koii Jes 
mis d Antigonus fer oient les fiens , comme cela étoit 
dans la formule d' Antigonus > mais qu'il [erviroit 
Olympias & les Roisfes enfans , & quil auroit mê- 
mes amis & mêmes ennemis queux. Cette forme 
ayant paru la plus équitable , les Macédoniens lui 
firent prêter ce ferment tel qu'il l'avoit drefîe 7 

r Au. lieu quEumenes dans la cens hommes, & qui étoit fort 

correction qu'il fit , nomma la Reine preffé dans ce fort , donne un 

Olympias la première avee les Rois exemple d'une fidélité inviola- * 

fes enfans. j Voici un grand ble , Se meprifant cette occaflon 

exemple. Antigonus pouffé par de fe tirer d'affaires & de s'ag-- 

fon ambition afpiroit à fe rendre grandir , il rejette le ferment 

maître de la Macédoine ; pour qu'Antigonus lui propofoit ; Se 

cet effet il vouloit s'attacher Eu- en dreffe un autre , où , au lieu 

menés, qui étoit l'homme du de jurer qu'il n'aura d'autres 

monde le plus capable de le fer- amis , ni d'autres ennemis , que 

vir dans fes deffeins. Il lui offre les amis & les ennemis d' Anti- 

donc la paix , en lui prefentant gonus , il jure qu'il n'en aura 

le model'le du ferment qu'il exi- d'autres que ceux de la Reine 

geoit de lui, & dans lequel il Olympias & de fes enfans , qu'il 

jettoit quelques termes fpecieux fervira envers tous & contre 

de la Keine & de fes enfans , tous. Voilà le devoir de tout 

mais où véritablement il facri- honnête homme , de tout hom- 

fioit leurs intérêts aux fiens. me de bien , en quelque état 

Eumenes qui n' avoit que fix qu'il fe trouve. 

Tome V. Bb 



ïp4 E U M E N E S. 

levèrent le fiége .,. & envoyèrent vers Antigonus 

pour le porter à prêter le même ferment. 

Cependant Eumenes rendit tous les otages 
Cappadociens qu'il avoit à Nora x & ceux à qui ii 
les avoit remis , lui donnèrent en échange des 
chevaux , des bêtes de fomme > & des pavillons» 
Cela étant feit ? il travailla à rappeller la plus 
grande partie des foldats r qui s'en étoient fuis 
après fa défaite, & qui étoient errans par la 
-Évmenvrajfemiie campagne. Il en aflèmbla un corps de près de mille 

promptt ment un co,ps 1. 1 r* 1. • 1 C • \ 

àsmdu.chwmJ chevaux avec leiquels il le retira tres-prompte- 

ment r craignant toujours Antigonus , & avec 

très-grande raifon; car non- feulement Antigonus: 

Antigonmpeufa- envoya ordre à fes troupes de le raffieger, &de 

^EumJei, [ ^nvo\ )pW&* P^s vivement le fiege , mais il fit encore 

esér* de U ranger, une réponfe très-aigre aux Macédoniens, qui- 

avoient approuvé la correction qu'Eumenes avoit 

faite au ferment qu'il avoit dreffé. 

Pendant qu'Eumenes fuyoit çà & là y il reçut 

des lettres des principaux de la Macédoine , qui 

craignoient l'aggrandiffement d' Antigonus ; il en 

Emanes reçokJes reçut auflî de la Reine Olympias r qui l'appel- 

kltres d'Olympias i . . « n~ • 1 • Il 11 

qui l'appeiië à la m. loit y oc qui le preiioit de venir prendre la tutelle 
umitfinfieùt-fiis.. & i agarde j u j eune gi s d'Alexandre, à qui fes 

pbnippe Aridée ennemis drefloient àts embûches pour le faire 

^I7iitc7da. e ^ P er * r - Polyperchon & le Roi Philippe lui écri- 

ii re f m erdre de virent auflî pour lui donner ordre de faire la 

faire la guerre À An- > a • » / • / 

tigonus. guerre a Antigonus avec 1 armée qui etoit en 

^vmdeu Cappadoce ,& de prendre dans le Trefor Royal, 

Gnf cens miiu q U j é tQ j t à Cyndes , cinq cens talens pour ré- 



EU ME NE S. 195 

tablir fes propres affaires > & d'en prendre pour 
les frais de la guerre autant qu'il en auroit befoin. 
Ils écrivirent auffi conformément à cela à Anti- 
gène & à Teutamus , qui commandoient les 
Argyralpides. 

Ces Officiers ayant reçu ces lettres , firent en 
apparence un très-bon accueil à Eumenes , mais 
malgré cette bonne mine , on voyoit manifeste- 
ment qu'ils étoient pleins d'envie & de jaloufie , 
& qu'ils regardoient comme un affront d'obéir *"%** & r < w * 

^ •*• ° • n 1 1? • r-> tamus regardent 

a Eumenes. Pour ce qui ett de 1 envie 9 Eumenes comme un 4nnW*~ 
a guérit, ou 1 adoucit , en ne prenant point I ar- 
gent y qu'il avoit ordre de prendre pour lui , & en 
difant qu'il n'en avoit pas befoin. Mais pour l'am- 
bition & la jaloufie * qui les portoient à refufer de 
lui obéir , quoiqu'ils fuflent très-incapables de 
commander, il n'y fçut d'autre remède qu'un 
eiprit de fuperftition qu'il tâcha de leur infpirer. 
U leur dit qu'Alexandre s'étoit apparu à lui pen- Moym i ont Eti . 
dant fon fommeil, qu'il lui avoit montré une ™™ ei fi fr™ p™* 

f 1 ' 1 11 Us adoucir &* les rœr 

tente royalement parée , dans laquelle il y avoit mener - 
un trône ; & qu'il lui avoit déclaré* quêtant qu'ils 

Et qu'il lui avoit déclaré, que quoi faire un trône d'or >• qu'on 
tant qu'ils tiendroient le confeïl mette fur ce trône le diadème , le 
dans cette tente. ] Diodore a dé- fceptre , la couronne & tous les 
taillé cette particularité, Se il autres ornemens royaux de ce 
femble qu'il manque ici quelque Prince ; que tous les matins tous 
chofe au rapport qu'Eumenes les Chefs lui offrent un facrifice ; 
fait de la vifion qu'il avoit eûë. qu'ils tiennent le confeil près de ce 
Car dans Diodore il ajoute : trône, & qu'on reçoive les ordres 
Voilà -pourquoi je fuis d'avis que au nom du Roi comme vivant en- 
dans Us trefors du Roi on prenne de core & prenant foin de fon royaume 

B b ij 



xo6* EUMENES, 

tiendr oient le confeil dans cette tente pour y délibérer 
de leurs affaires 3 il y fer oit ; quaffis fur ce trône il 
donner oit fe s ordres à [es Capitaines x & au il les con- 
duiroit dans tous leurs deffeins , & dans toutes leurs, 
entreprises 3 pourvu qu'ils s 3 adreffaffent toujours à lui. 

Il perfuada facilement cette vifion à Antigène 

et à Teutamus , qui ne vouloient pas aller tenir le 

fdbujîe pour le Heu Gon f e il cnez l u i comme il croyoit aufli quilfe 

m Ion ximàroit le -ri • 11 x 1 i 

c fi njeii , comment deshonoreroit lion le voyoït allera la porte des 
autres. On dreffa donc d'abord une tente magni- 
fique , on y éleva un trône, qu onappella/<? trône 
d Alexandre 3 & fur lequel on plaça fon diadème > 
fon fceptre, & fes armes , & on s'affembla dans 
cette tente pour y délibérer des affakes les plus 
importantes & les plus prefîées. 

De-là ils s'avancèrent vers les hautes Provinces. 
Sur le chemin Peuceftas , qui étoit ami particulier 
d'Eumenes , & les autres Satrapes fe joignirent à 
eux avec toutes leurs troupes, de forte qu'ils for- 
tifièrent considérablement les Macédoniens en 
nombre d'hommes, & embellirent leur armée 
par la magnificence de leur appareil; mais pour 

Mais Plutarque ne fait pas ou- ce ne feroit qu'à Alexandre qu'ils 

vrir cet avis par Eumenes , il obéiraient; 

laiffe tirer la conféquence à An- Qui ne vouloient -pas aller tenir 

tigene & à Teutamus. Au refte le confeil chez. lui. ] Car le con- 

ce ne fut pas feulement cet efpJt feil doit toujours fe tenir chez lé 

de fuperftition qui calma l'ambi- principal Officier. De - là font 

tion & la jaloufie d^ Antigène Se nées très-fouvent des contefta- 

de Teutamus, ce fut aufli la fa- tions entre les principaux Offi- 

îisfactiondepenferque cenefe- ciers pour le lieu où le confeil. 

roit pa* proprement Eumenes feroit tenu, 
qui donnerait les ordres , & que 



E U M E N E S. r'97 

eux , cottime ils et oient devenus fort mutins & fort t« »•»»/>« d, v,* 

. «11 11* * *1 * a ce fias O 1 des autres 

intraitables, parla licence ou ils avoient vécu s M ra P es fin corrom- 
depuis la mort d'Alexandre , Se très diflblus dans H"**? u lken r 

Jl ou elles avaient Vectt 

leurs mœurs & dans leur manière de vivre , Se «ty«« 1* »•« d '*~ 
qu ils avoient apporte un eiprit de tyrannie oc un 
orgueil nourri Se enflé par le fafte Se par la vanité 
des Barbares , ils furent bientôt à charge les uns 
aux autres , Se nepouvoient ni s'accorder ni com- 
patir. D'ailleurs ils fe mirent à careffer Se à flater 
fans nulle retenue les Macédoniens , & à leur 
fournir de l'argent pour des feftins & pour des 
facrifices , de forte qu'en très - peu de tems ils 
eurent fait de leur camp un lieu de débauche & 
d'intempérance, & de ces vieilles bandes de Ma- 
cédoniens une efpece de peuple libre , dont il 
falloit briguer Se acheter la faveur pour parvenir 
aux charges Se aux emplois , de même que dans ; 
une véritable République. 

Eumenes voyant donc qu'ils fe méprifoient les , 
uns les autres , mais qu'ils le craignoient tous 
également, & qu'ils n'épioient quune occafion 
favorable pour le tuer , il îuppofa un grand befoin 
d'argent , Se emprunta de grolTes lommes de ceux mmtnei*m P r*»t* 

• 1 1 "m «11 r- >'i • rr J C de l'argent à festrou- 

qui le hailloientleplus, afin qu ils millent delor- /.«^/^ww-. 
mais en lui leur confiance , & qu'ils renonçaient ^vu.TlIfrunL 
à luidrefler des embûches par la crainte qu'ils .%* atre cem mille ' 
auroient de perdre ce qu'ils lui auroient prêté. De 
forte qu'il arriva par-là que du bien d'autrui il en 
fit une garde lùre pour la perfonne , & qu'au lieu > 
que les autres donnent leur propre argent pour 

B b u% 



i 9 8 EU M EN ES. 

fauver leur vie , lui au-contraire il ne fauva la fientic 
& ne fe mit en fureté qu'en prenant l'argent des 
autres, 

Pendant qu'il n y eut aucun danger du côté 
des Ennemis, les Macédoniens felivroientàceux 
qui leur faifoient des largefles pour les corrompre* 
& tous les matins ils fe trouvoient à leur porte 
pour leur faire la cour , fe rendant comme les 
gardes & les fatellites de ceux qui avoient befoin 
de leur faveur pour s'élever aux premières charges. 
Mais dès qu Antigonus fut venu avec toutes fes 
forces planter ion camp près d'eux y <8c que les af- 
faires criant à haute voix, demandèrent un veri- 
Le danger pref ent ta bJ e Capitaine , alors non-feulement les foldats 

change ces troupes JL 

v-jes difp/eaïui n'eurent plus les yeux qu€ fur Eumenes, mais 
encore tous ces Satrapes , qui , pendant qu'ils 
étoienttranquiles? & qu'ils vi voient dans le luxe f 
faifoient tant les Grands , changèrent de ton ,, fe 
fournirent à fes ordres, & fans répliquer une feule 
parole, marchèrent au pofte qui leur fut affignéo 
Il efl: vrai auffi que lorfqu'Ântigonus tenta 1$ 

Lorfqù Antigonus tenta le paf- montagne des ZJxiens , & roulant 

fage du fleuve, appelle Pafltigre.^ au travers des rochers , elle pajfe 

On prétend que c'eft le Tigre, par des lieux pleins de précipices 

qui après avoir reçu dans fon Vefpace de cinquante flades , puis 

cours les eaux de plufîeurs ri- elle entre dans les plaines, qui adou~ 

vieres , efl appelle Paiitigre. çijfent Timpétuo/ïté de fon cours ., 

Voici la defcription que Q. & ou elle commence à porter bat* 

Curfe en a faite , liv. v. De teau , & après avoir traverfé fix 

Sufe Alexandre arriva en quatre cens flades de ces plaines par un 

jours à la rivière du Tigre , les canal uni , elle coule doucement & 

habitans du pais V appellent Pafi- fe décharge dans la mer Pcrfîcjue, 
tigre. Elle prend fa four ce dans la 



EUMENES. i 99 

palîàge du fleuve , appelle Paficigre , aucun de 
tous ces Satrapes , qu'Eumenes avoit placez en 
differens lieux pour s'y oppofer, n'en eut feule- 
ment le vent ; Eumenes feul , informé de fa mar- 
che , s'y oppofa , le combattit, lui tua beaucoup t^Z!""» "*q^< 
de monde , remplit le fleuve de morts , & fit quatre d me riviere - 
mille prifonniers. 

Mais ce fut fùrtout à une maladie d'Eunienes 
que les Macédoniens rirent connoître très-évi- 
demment qu'ils jugeoient tous les autres Satrapes 
très-propres à donner de magnifiques feftins , Se 
à bien ordonner de grandes fêtes , mais qu'ils 

n . . _^ r ° i lit 1 • Granât mar-qttt 

eitimoient Eumenes ieui capable de conduire une que u$ Macédonien 
guerre & de bien commander ; carPeuceftas les ^JuTaLilnl^pZl 
ayant traitez magnifiquement dans un grand fef- lld - , , . 

J O 1 O Diodore décrit ce 

tin qu'il leur fit en Perle x & leur ayant donné à fift'» *™ M 
chacun un mouton pour le facrifice , fe flatoit 
qu'il étoit parvenu par-là à un grand degré de 
puiflànce & d'autorité lur les troupes , mais il en ■ *™$«- M&»f* 

C \ • a i r 1 Cf T» 1 > de l efperance dont il 

tut bientôt deiabuie. Peu de tours après comme /* p.uiu 
les foldats marchoient pour aller chercher l'enne- 
mi, Se qu Eumenes , tombé dans une maladie &"»<»« «"M? fi 

i r r r -r • i- • rr \ • f M P ortef enhueve 

dangereule , le taiioit porter en litière allez loin <* u j»«»ë de tar- 
ât l'armée pour être plus loin du bruit, à caufe 
d'une grande infomnie, dont il étoit travaillé } 
quand ils eurent fait quelque chemin, ils apper- 
çurent tout à coup que les ennemis, aytfnt gagné 
les hauteurs de quelques coteaux, qui les déro- 
boient à leurvûë^ commençoient à delcendre 
dans la plaine, Lalueur étincelante de leurs armes 



soo EU MENE S. 

dorées , qui éclatoient aux rayons du Soleil, n'eut 
pas plutôt brillé à leurs yeux , ils n'eurent pas 

f)lutôt vu la belle ordonnance de leurs troupes , 
eurs élephans chargez de leurs tours y & les hoc- 
quetons de pourpre , que leur Cavalerie portoit 
fur fes armes , & qui étoient fon ornement ordi- 
naire , quand elle alloit au combat , que ceux qui 
marchoient les premiers s'arrêtant , fe mirent à 
crier qu'on appellat Eumenes , & quils n avancer oient 
point s'il ne venoit à leur tête. 

En même tems ils mirent leurs boucliers à 
terre , s entr'exhorterent à demeurer là fans bou- 
ger , & déclarèrent à leurs Officiers quils navoient 
quàfe tenir en repos , à ne point combattre > & a ne 
pas expofer les troupes / avant qu Eumenes fut venu 
pour les commander. 

Cela étant rapporté à Eumenes, il vint en toute 

Marnenes hâte fis 1.1. 1 a 1 r 1 • 1 

portées pour aiier a diligence y hâtant les elclaves qui le portoient? 
utstedciamee. ^ ouvrant j es deux cotez les rideaux de fa litière , 

il tendoit la main aux foldats , & leur marquoit 
fa joye & la reconnoifîànce. Dès que fes foldats 
le virent , ils lefaluerent en langage Macédonien , 
relevèrent leurs boucliers , & les frappant avec 
leurs piques , ils fe mirent à jetter des cris de vic- 
toire y & à défier les ennemis comme ne craignant 
plus rien , puifqu ils avbient leur Capitaine à leur 
tête. 

D'un autre côté Antigonus ayant appris de 
quelques prifonniers qu Eumenes étoit malade ., 
& qu'il étoit même fi mal , qu il fe faifoit porter 

en 



EU MENES. ior 

en litière à la queue de l'armée , crut qu il lui feroit Grand ^^ ag t 

fort aifé de défaire les autres , & que fa maladie ZfurîTuSal 

les lui livroit entre les mains. Il fe hâtoit donc àii d ' Et * menei ' 

pour les attaquer. Mais lorfque s'étant avancé pour 

reconnoître leur pofture, il eut vu leur belle 

contenance , & la diipofition de leur armée , il 

s'arrêta longtems fort étonné. Il apperçut enfiiite 

la litière qu'on portoit d'une aile à l'autre ; alors 

fe prenant à rire , félon fa coutume , avec de 

grands éclats , il dit à fes amis qui étoient autour «*w e % e ^a* 

J 1 * rr -i \ /• • • Ùronm donne à Et*' 

de lui : voila cette litterequi arrange ces troupes contre ^ enes porté m u tiere 
nous 3 & qui va nous combattre, & fans perdre '*J? tête ds & n ar * 
un moment il fit fonner la retraite , & fe retira 
dansfon camp. 

// fit fonner la retraite & fe menés après les avoir louez de 

retira dansfon camp. ] Je -m'é- leur fidélité , leur dit cet apo- 

tonne que Plutarque ait oublié logue fort ancien : Vn jour un 

ici une particularité rapportée lion devenu amoureux d'une jeune 

par Diodore , & qui eft allez fille , la demanda en mariage à 

plaçante : après que les deux fon père. Le père répondit , quil 

armées fe furent feparées fans tenoit cette alliance à grand bon- 

combat, elles campèrent à trois neur , & quil étoit prêt à lui don- 

ftades l'une de l'autre , une ri- ner fa fille , mais quil craignoitfes 

viere & des ravins entre deux, grands ongles & fes dents tran- 

Et comme elles fouffroient de chantes , de peur qu après fon ma- 

grandes incommoditez , parce riage , fur la moindre riotte qui 

que tout le païs étoit mangé , furviendroit dans leur ménage , il 

Antigonus envoya des Ambaf- ne les appliquât fur fa fille un peu 

fadeurs aux Satrapes & aux Ma- trop durement. Le lion , qui étoit 

cedoniens de l'armée d'Eume- amoureux , fe fit arracher fur 

ries, pour les porter à quitter l'heure les ongles & les dents > après 

Eumenes , & àfe rendre à lui , quoi le père prit un bâton & fe dé- 

leur faifant à tous de grandes fit de fon ennemi. Voilà , ajouta- 

promeffes. Les Macédoniens re- t— il , ce que prétend Antigonus, 

jetterent fes propositions , & me- // vous fait de grandes promejfes 

nacerentles AmbafFadeurs. Eu- pour fe rendre maître de toutes vos 

Tome V, Ce 



202 E U M E N E S. 

Les Macédoniens Les Macédoniens commençoient à peine à 
frayer ft u're- reipirer & à revenir de leur frayeur , quilsretom- 
traite d'Antigoms b eren t dans leurs premières pratiques , & que fe 

retombent dans leur - . ■*- / -^ rr • o 1 1 

mfiUmc. mocquant de leurs Ofliciers oc les traitant avec la 

dernière hauteur , ils fe remirent à faire les mai- 



forces , après quoi il vous fera fen- 
tir fes ongles & fes dents. Voici 
encore une chofe , qui , à mon 
avis , meritoit d'être recueillie : 
quelques jours après des defer- 
teurs d' Antigonus ayant rappor- 
té à Eumenes que ce General fe 
préparait à partir la nuit fui- 
vante fur la féconde veille , Eu- 
menes fe douta d'abord que fon 
deffein étoit de gagner la Pro- 
vince de Gabene , qui étoit un 
pais gras & capable de nourrir de 
grofTes armées , ôc d'ailleurs 
très-commode ôc très-fûr pour 
des troupes , à caufe des rivières 
Se des ravins dont il étoit tra- 
verfé , c'eft-pourquoi il refolut 
de le prévenir. Dans cette vue 
il perfuada à force d'argent à 
quelques foldats étrangers d'al- 
ler comme deferteurs dans le 
camp d' Antigonus, & de dire 
qu'Eumenes devoit les attaquer 
à l'entrée de la nuit. En même 
îems il fit partir les bagages , & 
donna ordre aux troupes de re- 
paître ôc de fe mettre en marche. 
Antigonus averti par fes defer- 
teurs qu'Eumenes venoit l'atta- 
quer , tint fon armée fous les ar- 
mes , cependant Eumenes avan- 
çoit chemin. Antigonus fçut 
bientôt de fes coureurs qu'Eu- 



menes avoit décampé , ôc con- 
noiffant qu'il avoit été furpris 
par fon ennemi , il ne laifTa pas 
de continuer dans fon premier 
deffein, ôc ayant donné ordre 
aux troupes de lever le camp , il 
fit tant de diligence que fa mar- 
che paroifToit une pourfuite. 
Mais voyant qu'il étoit impof- 
fîble qu'avec toute fon armée il 
joignît Eumenes , qui avoit au 
moins deux veilles d'avance , il 
laifTa fon infanterie fous les or- 
dres de Pithon, & prenant fa ca- 
valerie , il marcha à toute bride > 
de manière qu'au point du jour 
il atteignit l'arriere-garde des 
ennemis qui defcendoit une col- 
line. Il s'arrêta fur la hauteur. 
Eumenes qui vit cette cavalerie, 
ne douta point que toute l'armée 
n'y fût, ôc s'arrêta pour fe mettre 
en bataille. Ainfî Antigonus 
rendit la pareille à Eumenes , ôc 
l'amufa à fon tour , car il l'em- 
pêcha de continuer fa marche , 
Ôc donna letems à fon infanterie 
d'arriver. Après quoi ilfe mit en 
bataille , ôc il y eut là un grand 
combat , qui fut remarquable 
par des évenemens extraordi- 
naires , ôc qui meritoit d'être 
décrit, tel que Diodore le rap- 
porte 3 pag. 6%$. 6S6. 



EUMENES. 203 

très. Leur infolence alla jufqu à fe difperfer dans 
toute la province des Gabeniens , &ày prendre Ga h ene , p rûVlnct 
des quartiers d'hyverfi éloignez l'un de l'autre , deFerfè - 
qu'il y avoit mille ftades entre les premiers & les o****** &*«, 

j . . Diodore metfix jours 

derniers. a»^. 

Antigonus , informé de cet éloignement de 
leurs quartiers, fit marcher fon armée fur l'heure Anti S <m»t marche 
même pour les aller attaquer , lorlqu ils s y atten- amfi éloignées m» 
doient le moins. Il retourna donc fur fes pas par un ** mr9U 
chemin beaucoup plus difficile , plus incommode 
& fans eau , mais beaucoup plus court , dans Tem- 
pérance que s'il pouvoit tomber fur ces quartiers 
fi feparez , il feroit bien mal aifé à leurs Officiers 
de les raflembler allez promptement pour lui faire 
tête. Il ne fut pas plutôt entré dans ce pais fau- 
vage & defert, qu'il fut furpris par des vents fi onâoitaimvm 
froids & par une gelée fi forte , que fes troupes, ne u ^ ice d ''° ver ' 
pouvant les fupporter, furent obligées de s'arrê- 
ter , & d'allumer quantité de feux autant la nuit 
que le jour, elles n'avoient pas d'autre remède. 
Cela fut caufe quelles ne purent cacher leur Les mupes d'An- 

1 1 . c • tirems découvertes 

marche , oc que les ennemis en lurent avertis, car P % /« /«»* c^dies 
quelques Barbares, qui habitoient les montagnes f^t obli&ees de 
voifines , d'où l'on découvrait tout ce defert , 
étonnez de voir ce grand nombre de feux , en- p e *«#« avéra 
voyerent des meflàgersfur des chameaux pour en tw™%%n% 
donner avis le jour même à Peuceftas. env °y e f w de$ cha " 

Mais beaucoup flus court. "] déjà allez expliqué la difficulté 

Dans le texte au lieu de rpse%«ay, de ce chemin, 
j ai 'lu fipu%&ay. T^ci'x&ia.'i ne Envoyèrent des mejfager s fur des 

peut avoir lieu ici. Plutarque a chameaux four en donner avis le 

Ce ij 



meaux. 



Eumenes calme 
ce trouble & cette 
jrayem. 



204 EUMENES. 

11 eji fi effrayé^ A cette nouvelle Peuceftas fut fi effrayé qu'il 
freîinifjiïtt}"* paroifîbit hors dufens, & voyant tous les autres 
Officiers partager fa frayeur, il prit le parti de la 
fuite,, & entraîna avec lui tous les foldats des 
autres quartiers , qu'il trouva fur fon chemin. Mais 
Eumenes calma ce grand trouble & cette grande 
terreur > en leur promettant qu'il arrêteroit les 
ennemis dans leur courfe , de forte qu'ils arrive- 
roient trois ou quatre jours plus tard qu'on ne les 
attendoit. Ils ajoutèrent foi à fes paroles. En même 
tems il envoya ordre à tous les Officiers de lever 
leurs quartiers & de le venir joindre en toute di- 
ligence , & montant à cheval avec tous les autres 
Capitaines , qu'il avoit avec lui & qui étoient 
fuivis de leurs foldats , qui portoient du feu dans 
plufîeurs vaifîeaux , il alla reconnoître un lieu 
fort élevé , qui pouvoit être vu facilement de ceux 
qui étoient en marche dans le defert , & y mefii- 
rant un efpace de terrein d'environ foixante-dix 
ftades de circuit ? il ordonne à fes foldats d'y 



Ce qu'il ft four 
arrêter Antigoms. 



jour même à Peuceftas. ] Car le 
chaîneau ne fait gueres moins 
de quinze cens ïtades , ou foi- 
xante lieues par jour, félon le 
rapport de Diodore. Dans le 
texte de Plutarque il y a un înot 
que j'avoue que je n'entends 
point, lajjotçeAuiç kx[aÀ\oiç. Qu'- 
eft-ce quïaoffaçeÂoaç? ce mot 
m'efl entièrement inconnu. Hen- 
ry-Eftienne lifoit *WaTei«/ç. Et 
il a entendu par - là des cha-. 
meaux dont on fe fervoit comme 



de chevaux pour faire de lon- 
gues traites. Mais je doute qu'il 
y ait aucun exemple de cette 
épithete donnée aux chameaux. 
Ne feroit-ce point une épithete 
tirée de quelque nom de lieu où 
les chameaux étoient les plus 
excellens ? 

Il ordonne à fes foldats d'y allu- 
mer des feux , d'abord fort grands , 
enfuite plus petits , félon la diffé- 
rence des veilles. ] J'ai expliqué 
cet endroit de Pîntarque par 



par les feux d'Emme- 
nés s'en retourne* 



EU M EN E S. loj 

allumer des feux , d'abord fort grands , enfuite 
plus petits félon la différence des veilles, afin 
que ceux qui les verroient de loin, le priflent pour 
un véritable camp. 

Cela étant exécuté , & Antigonus ayant vu 
la nuit ces feux fur la hauteur , en fut fort affligé 
& tomba dans le découragement , ne doutant 
point que les ennemis , avertis de la marche , 
n euflent raffemblé leurs troupes , & qu ils ne 
vinffent au-devant de lui. Pour n être donc pas 
obligé de combattre las encore & recru , contre Amigmm tnmpé 
des troupes toutes prêtes , & qui s'étoient rafraî- 
chies dans de bons quartiers, il prit le parti de 
retourner fur fes pas , non par le plus court che- 
min par où il étoit venu , mais par le bon païs , 
qui étoit tout femé de grofles villes , de bons 
bourgs, & de grands villages, où il pourroit re- 

l'endroit de Diodore , d'où il a de troupes pour tomber fur des 

été pris, pag. &o i . Car Diodore quartiers feparez , mais il n'en 

marque exprefîément qu'Eume- avoit pas alîez pour aller atta- 

nes ordonna à fes foldats d'allu- quer toutes les troupes d'Eume- 

mer la nuit des feux dans le nés qu'il croyoit raffemblées. 

camp. D'en allumer d'abord de D'ailleurs , comme Plutarque le 

fort grands , xomme celafe pra- dit fort bien , il y auroit eu de 

tique à la première veille , les l'imprudence d'aller avec des 

foldats ne-dormant point encore troupes fatiguées d'une longue 

& ne penfant qu'à préparer leur marche dans un defert , attaquer 

fouper ; d'en avoir de moindres des troupes qui s'étoient rafraî- 

la féconde veille , Se d'en avoir chies dans de bons quartiers , & 

la troifiéme de plus petits & tout qui l'attendoient de pied ferme. 

prêts à s'éteindre. Ce palïàge Mais avant que de s'en retour- 

n'étoit pas intelligible dans les ner , ne devoit-il pas les recon- 

interprètes. noître , & voir par lui-même ce 

Et tomba dans le décourage- qui en étoit ? 
ment. ~] Car il avoit bien affez 

Ce iij 



%o6 E U M E N E S. 

faire fon armée extrêmement fatiguée de cette 

longue marche dans le defert. Mais voyant que 

perfonne ne feprefèntoit pour l'inquiéter dans fà 

retraite , comme cela ne manque jamais quand 

on fe retire à la vue de l'ennemi , & tous les 

habitans des environs lui difant qu'ils n'avoient 

point vu d'armée , & qu'ils avoient feulement vu 

Ajam reconm le la montagne pleine de feux , alors il connut que 

nefiftemarcheTol- c'étoit un ftratagême d'Eumenes } & plein de dou- 

m im. j eur j e s 5 ^ tre lajffé ainfi abufer, il tourna bride , 

refblu d'en venir à une bataille. 

Cependant la plupart des troupes d'Eumenes 
*J^j * r r°4jeLbifeT, ayant eu le tems de fe raffembler auprès de lui , 
omirent fa pr»dm- a dmir oient fa grande prudence & fa grande ha- 

ce, &• ne veulent O r & 

r e im po»r chef, buete , oC voulurent qui! les commandât ieul. 

Les deux Capitaines des bandes desArgyrafpides, 

Amigene & Te U - Antigène & Teutamus au defelpoir de cette dif- 

tanmomre^deja- t i n( 5ft on qui lui étoit fi glorieufe , refolurent de 

loupe , conjpmnt 7 ± O ' 

contre m. l e f a i r e périr , & ayant entraîné dans cette conju- 

II tourna bride , refohi d'en ve- chevaux avec fon infanterie le- 
mr à une bataille. ] Comme tou- gère pour les enlever. Mais Eû- 
tes les actions des grands hom- menés , qui avoir, prévu qu' An- 
mes font remarquables , je vou- tigonus feroit cette manœuvre , 
drois que Plutarque n'eût pas avoit fait auiîi de fon côté un 
oublié ici une particularité, qui détachement de quinze cens 
me paroît allez curieufe. Pen- chevaux 8c de trois mille hom- 
dant qu'Eumenes , après avoir mes de pied pour aller au fecours 
bien fortifié fon camp , attendoit de fes élephans.Ce détachement 
que toutes fes troupes l'euifent arriva comme l'efcorte étoit at- 
joint, Antigonus averti que fes taquée & prefque défaite, la 
élephans fe mettoient en marche tirade ce danger, Se fauva les 
pour le joindre, 8c qu'ils n'é- élephans, qui étoient au nombre 
toient pas loin dans le defert , de cent quatorze, 
détacha deux mille deux cens 



Avantage qvFEtt- 
menes tira de l'ar~ 



E U M E N E S. 207 

ration la plupart des Satrapes & des premiers Of- 
ficiers , ils tinrent confeil pour délibérer où , 
quand, & comment ils executeroient leur entre- 
prife. Mais ils furent tous d'avis qu'il falloit fe 
ïervir de lui pour cette bataille , & s'en défaire 
d'abord après le combat. Eudamus qui comman- 
doit les élephans, & PJtaedime allèrent fur le 

I ■*- x _ Ci" S mt % H 'il avait em- 

champ rapporter a Eumenes cette reiolution, non p™mé de ^o^kn, 

par aucune bonne volonté qu'ils eufïènt pour 

lui , ni pour l'obliger , mais uniquement pour la 

crainte où ils étoient de perdre l'argent qu'ils 

lui avoient prêté. Eumenes les remercia & les 

loua extrêmement de leur affection & de leur 

fidélité , & rentrant dans là tente il dit à fes amis : 

Qu'il n'étoitpas au milieu d'une armée d'hommes , mais a ytn dit de fin 

au milieu dune armée de bêtes féroces , fit fon tefta- 

ment & déchira & brûla tous fes papiers, & toutes ment, v Mil/è, 

les lettres qu'on lui avoit écrites, ne voulant pas lenre5& f es t a f im - 

qu'après fa mort ceux qui lui avoient donné des 

avis fecrets fuflènt expofez aux accufations & 

aux calomnies. 

Après avoir difpofé ainfi de fes affaires, il 
délibéra en lui-même s'il livreroit la victoire à fes &™»g* MUcr** 
ennemis, ou fi , traverfant la Medie Se l'Arme- 

II délibéra , en lui-même , s'il les fiens , & menacé d'une mort 
livreroit la'viëioire à fes ennemis. ] prochaine. C'eft un tribut qu'ii 
Que l'homme eft bien petit ici 1 paie à la pauvre nature humaine, 
Les partis les plus extrêmes , di- toujours foible dans ces premiers 
fons même les plus indignes,pa£ aiïàuts ; mais enfin la vertu Se 
fent dans la tête du plus brave l'honneur prennent ledefïus > ôc 
homme , qui fe trouve dans il faerifie fa vie à fa gloire. 
l'état où eft Eumenes , trahi par 



tion d'Eumenes. 



2o8 EUMENES. 

nie , il iroit fe jetter dans la Cappadoce. Il ne prit 
point de refolution fixe pendant que fes amis 
furent avec lui. Quand il fut feul , après avoir été 
encore longtems agité de différentes penfées ? 
que F état de fa fortune lui inlpiroit -, & toutes 

vhonmur & u contraires , enfin faifant effort fur lui-même > il 
finefprT. "[ r mit fon armée en bataille , & exhorta les Grecs & 
les Barbares à bien faire leur devoir. Car pour fa 
phalange & fes bandes des Argyrafpides , bien^ 
loin qu elles eufïent befoin qu il les excitât , elles 
étoient les premières à l'encourager & à bien 
elperer de la victoire , Taflùrant que les ennemis 
ne les attendr oient point. G étoient les plus vieil- 
les troupes , qui avoient fervi fous Philippe & 
fous Alexandre, tous vieux athlètes de la guerre > 
qui jufques-là avoient toujours été invincibles 5 

u phalange .©• ri ayant jamais été battus dans aucun combat. 

les Argyraffides ja- _ J , A » . r . .. o 1 1 

mais barns, La plupart avoient ioixante-dix ans , oc le plus 

jeune en avoit au moins foixante. Ceft pour- 
quoi en allant tête baillée charger les troupes 
d'Antigonus , ils crioient à ces foldats , Scélérats 

joidltT\rhUnT**à ? w f vous ^ tes > c ' e fl contre vos pères que vous combattez , 

wxd'AnUgoms. & f e jettant fur eux avec furie, ils enfoncèrent 

cette infanterie , aucun des bataillons n'ayant pu 

// mit fon armée en bataille.'] neuf mille chevaux, avec quel- 
L'ordre de bataille qu'Antigo- que cavalerie Medoife , & foi- 
nus & Eumenes fuivirent en xante-cinq élephans. Et Eu- 
cette occafion meritoit peut-être menés avoit trente-fix mille fept 
d'être rapporté ici , tel que Dio- cens hommes de pied , iix mille 
dore l'a décrit , pag. 692. & cinquante chevaux , & cent 
69 3. Antigonus avoit vingt- quatorze élephans. 



deux mille hommes de pied & 



foutenir 



E U M E N E S. iop 

foutenir ce choc , & la plus grande partie fut 
taillée en pièces ; Antigonus fut donc entière- . am&ms défait; 
ment défait en cet endroit. Mais d'un autre côté ftnd *"l T r e d ' H " 

autre cote J a cavale 

la cavalerie eut tout l'avantage par la lâcheté ™*flvi£im(*fe. 
de Peuceftas , qui combattit très-mal dans cette 
journée , & qui ne fit le devoir ni de Capitaine ialZtZifZfn 
ni de foldat , de forte qu Antigonus fe rendit Jjjj * çette u ' 
maître de tous les bagages , tant par fon bon 
fens, & par la prefence d'efprit qu'il conferva Grand fem&tr*. 
toujours dans le plus fort du danger, que par^f^*' 41 ^ 
l'affiette & la nature du lieu, qui lui étoit très- 
favorable , car c'étoit une grande campagne 
rafe, dont le terrein n étoit ni trop ferme ni 
trop mou y mais fablonneux & tout couvert d'un 
petit fable menu <& fec, qui étant remué par tant 
de milliers d'hommes & de chevaux 3 éleva avant 
le combat une pouffiere fine & blanche comme 
de la chaux , qui blanchiffant & épaiflîflànt l'air , 
troubloit & obfcurcifïbit la vue > & à la faveur 

Par la lâcheté de Peuceftas , qui que percé de trois flèches , n*a- 
■combattit très-mal cette journée , voit celTé de le défendre , qu'a- 
ce qui ne fit le devoir ni de Capi- près que fes forces lui ayant 
taïne ni de foldat. ] Efl-il poffibîe manqué par la quantité de fang 
qu'un grand Capitaine comme qu'il avoit perdu , il fut forcé 
Peuceftas , qui avoit fait plu- de l'abandonner ; efl-il pofïible , 
fleurs belles aftions , & qui à dis-je , qu'un fi brave homme ait 
l'attaque de la ville des Oxy- fi mal fait à cette bataille , & 
diaques 1 , Alexandre étant fauté qu'il ait pu être aceufé de lâ- 
feul dans la ville , étoit accouru cheté-? C'effc aux Officiers qui 
à fon fecours } avoit forcé ceux ont vu beaucoup de combats 
qui défendoient la muraille ,--&-& de batailleSjà'dire s'ils ont vu 
Vêtant rendu auprès du Roi rien de pareil , car il faut l'avoir 
prefque mourant , l'avoit cou- vu pour le croire. 
•srert de fon bouclier , & quoi- 

Tome K D d 



Mo EU ME NE S. 

de laquelle Antigonus enleva les bagages de& 

ennemis fans être apperçu. 

Le combat étant fini > Teutamus envoya quel- 
ques Officiers de fon corps prier Antigonus de 
leur rendre leurs bagages» Antigonus répondit 
que non-feulement il rendroit tous les bagages 
aux Argyraipides , mais encore qu'en toute autre 
chofe il les traiteroit avec toute forte de bonté 
& d'humanité , pourvu qu'ils lui remiflènt Eu- 
menés entre les mains. A cette offre ? voilà les: 
Argyrafpides qui prennent la malheureufe & 
-éu^L/jË!! 6 * infâme refolution délivrer Eumenes vivant à fes 
ennemis. D'abord ils s'approchent de lui d'une- 
manière qui ne pouvoit lui donner aucun fbup- 
çon , & comme pour le garder à leur ordinaire. 
Les uns fe mettent à déplorer la perte de leur équi- 
page , les autres à le confoler & à lui dire qu'il 
n'a que faire de fe mettre en peine de rien , 
puifqu'enfin il a remporté la victoire , & la plu- 
part à déclamer hautement contre les Satrapes & 
Officiers généraux r qui par leur lâcheté avoient 
fait en forte que leur viétoïre n'avoit pas été corn- 
Eumnes trrtte' p*r plette. Enluite prenantleur tems ils fe jettent fiir 

fis troupes , lie «fi 'j''À"">S / û, C 

larotté. lui, lui otentlon epee oc avec la propre ceinture 

ils lui lient les maim derrière le dos. Nicanor fut 
envoyé par Antigonus pour le recevoir , & com- 
me on le menoit au travers de la phalange Ma- 
cédonienne , qui étok en armes , il demanda la 
permifllon de parler , non pour leur faire aucune 
prière, ni pour les détourner de leur deffèin? 



EU ME NE S. art 

înais pour leur dire des chofes très-importantes* 
& qui regardoient leurs intérêts. 

Sur cela on fait un grand filence > Se alors 
Eumenes montant fur un lieu élevé, & étendant 
fes mains liées : O les plus méchans de tous les Ma- Dîfcoms > Eltme _ 
cedoniens qui ayent jamais vécu, leur dit-il > jamais *#f** «f<* *<>»?*> 
Antigonus aur oit-il ojéjèflater d'élever un auffi grand 
trophée à [a gloire que celui que vous élevez vous-mêmes 
m votre honte en livrant votre General après l'avoir 
chargé de chaînes ! N'étoit-ce pas déjà une atlion ajfez 
lâche , après avoir remporté la victoire , de Ce conter 
vaincus pour retirer des bagages , comme fi la victoire 
eonfiftoit dans les biens, &* non dans la feule valeur & 
dans les feules armes ? F alloit-il encore, quel comble d'in- 
famie ! f alloit-il donner pour rançon de ces malheureux 
bagages votre propre General ï Pour moi , je fuis em- 
mené captif, mais invaincu, vainqueur de mes ennemis, 
& trahi feulement par mes compagnons &par mes trou- 
pes . Mais au nom de Jupiter , Dieu des armées, & au 
nom de tous les Dieux, quiprefident auxfermens , tuez- 
moi ici vous-mêmes, car auffi-bien ma mort fera toujours 
votre ouvrage quand Antigonus me fera mourir. Et ne 
eraignez de lui aucun reproche, car il a befoin d'Eumenes 
mort , & non pas d'Eumenes vivant, Si vous ne voulez 
pas prêter vos mains à ce mini f ère , rendez la liberté à 
une dés miennes , ellefuffira pour exécuter ce que vous 

Et étendant fes mains liées yj être quelque chofe au texte. Ju- 

Comment pouvoit-il les éten- ilin nous dit qu'on a voit lâché 

dre , puifque Plutarque vient de fes liens : Faiïo filentio , laxatif- 

nous dire qu'on les lui avoit liées que vinculis , prolatam-, ficut erat 

derrière le dos f II manque peut- catenatwjnanum ofiendit. xiv. ^. 



£fl EUMENES./ 

merefiufiez. Que fi vous no fiez me confier une épée > jettez- 
moi aux bêtes lié & garotté comme je fiuis ; fi vous mç 
rendez ce dernier office > je vous délivre &* vous ahfious 
de toutes les peines que vous pouvez craindre de la ven- 
geance des Dieux pour ce crime, & je vous déclare les 
hommes du monde les plus pieux & les plus juftes envers 
votre Gêner aL 
,. r Quand Eumenes eut aïnfi parlé, toutes les 

Ejfer que ce dtf- *- L ' 

vurs prodmfi fa? fes autres troupes turent laïues de douleur > oc tout 

****"' retentit de gemiffemens & de plaintes 5 mais les 

Fardes infdentes Argyrafpides fe mirent à crier : Quon remmené 3 

desArgyraftidtscon- (fa* quon ne s'arrête point à fies vains dificours & à tous 

Use Eumenes. r l 3 À n i r r i •/ ; y r 

jes contes j car ce n ejtpas une cnojeji horrible, qu unjce* 
lerat * un maudit Cherjonefien y perifie après avoir tra- 
vaillé les Macédoniens de tant de guerres ; mais c'en 
eft une très-déplorable que les plus braves fioldats d'A- 
lexandre & de Philippe y après tant de combats , de 
blefiures, & de fatigues 3 fiaient privez dans leur vieil- 
leun femmes ^ e j] e du prix de leurs travaux y & réduits à aller men- 
œveiem été pri/es far \ eur v ^ ftfo il y a déjà trois jours que nos fem- 

avec leurs enfant C y j j & j 

lems bagages. mes couchent avec nos ennemis.. 
Eumenes eft mené En finiuant ces mots ils l'emmènent & le hâ~ 
,p (Umi & ' tent de marcher. Toutes les troupes d'Antigonus 
étoient forties à fa rencontre , ilnereftoitprefque 
perlonne dans fon ramp. Antigonus craignant 

Si vous me rendez, ce dernier que quand ceux , qui foufïroient 

office, je vous délivre & je vous l'injuftice , étoient appaifez, & 

abfous de toutes les peines que vous qu'ils pardonnoient à ceux qwi 

pouvez, craindre de la vengeance Favoient faite, les Dieux étoient 

des Dieux. ] Ce fentiment vient fatisfaits & remettoientle cjimeu. 
de l'erreur où étoient les Pavens, 



<tu cam 



EU ME NE S. 2x5 

qu il ne fût écrafé par cette quantité de gens cu- 
rieux & avides de le voir , envoya dix de fes plus 
forts élephans avec beaucoup de piquiers Medois 
& Parthyéens pour écarter la foule. 

Quand Eumenes fut arrivé dans le camp J An- Mtigotm n > ajlAi 
tigonus n eut pas le courage de le voir à caufe de îecmra s edel <= »«>. 
leur ancienne amitié & de la familiarité avec 
laquelle ils avoient vécu longtems enfemble ; & 
comme ceux à qui il Tavoit donné en garde , lui 
demandoient comment il vouloit qu'on le gardât ? 
comme un éléphant * leur dit— il ^ ou comme un lion. 
Mais quelques jours après > attendri & touché de 
compaffion , il commanda qu'on lui ôtât fes fers ïïm f a a^m &?. 
les plus pefans , & qu on lui donnât un de fes ^LÎJlfeTZil 
domeftiquespourlefervir , & il permit à fes amis delevoiP - 
de le voit; de parler avec lui les journées entières , 
& de lui porter tous les rafraïchiffemens dont il 
pourrait avoir befoin. 

Antigonus parla ainfi plufîeurs jours à délibères? 
ce qui! en devoit faire, & H écoutoit les prières 
<& les promenés que lui faifoient pour lui Nearque 
le Cretois , & fon propre fils Demetrius r qui fe #JUi# pmfTJ- 
faifoient un honneur de le iàuver. Mais tous les TT' & tâchc de ' 

le jetuver. 

autres Satrapes & Capitaines s'y oppofoient & le 
preflbient de le faire mourir.. 

On dit qu'un jour Eumenes demanda à Gno- 
marchus qui le gardoit : IX ou vient au Antigonus convention m^ 

r . r . i r • • menés avec Onom ar- 

ayant entre Jes mains jon ennemi x ne le fait pas mourir ftwwi le^hm- 
promptement , ou ne le délivre pas généreusement î 
jDnpxnarchus lui répondit avec infolence : Ce nefi 

Ddiii 



£ï4 EU ME NE S. 

pas aujourd'hui qu il faut tant faire le brave contre 
la mort 3 il falloit le faire dam la bataille, Auffi ai- je 
fait 3 lui repartit brufquement Eumenes , & de- 
mande-le à tous ceux qui ont eu l'audace de me joindre 9 
je t'ajfure que je nen aï point trouvé de plus fort que 
moi. Eh bien , reprit Onomarchus , puifqu aujour- 
d'hui tu as trouvé plus fort que toi , que n'attend-tu 
donc tranquillemement l'heure qù 'il voudra prendre. 
Quand Antigonus eut enfin pris la refolution 
Aniïgonm ordom* de s'en défaire , il ordonna qu on ne lui donnât 

qu'on ne donne plus a i -\ •»-» /- i . 

m*n S er à Eumemi. plus a manger, iiumenes rut deux ou trois jours 
fans nourriture, tendant à la mort. Mais fur quel- 
que nouvelle imprévue, qui arriva, Antigonus 
obligé de lever fon camp , envoya un homme 
Trm j^n a pm p OUr l'achever , & rendit fon corps à fes amis afin 

d le fait achever O" * ,.« « « . .. ^ ? x L -il-- r 

tend fin eorfs à fes qu ils le brûlaiient , oc qu après avoir recueilli les 
cendres , ils les miflènt dans une urne d'argent , Se 
qu'ils l' emportaient avec eux pour la remettre à 
û femme & à fes enfans. 

Eumenes étant mort de cette manière , les 
Dieux irritez ne commirent la punition des Offi- 
ciers & des foldats , qui avoient exécuté un fi 
Anugoms fait u abominable crime , qu à Antigonus lui-même y 

plT" esAr$ytltf " quipourfuivant à outrance ces Argyraipides com- 
me des feelerats , des félons, & des impies, les 

Les livra à Ihyrnus, ] Il ne ques autres. Ainû" la juftice di- 

- ternit point à cet Ibyrtius la pu- vine voulut que ces feelerats , 

nition d'Antigène 3 car il le fît qui avoient commis un fi horri- 

raettre dans une bafTe-folTe & le ble crime , folTent punis devant 

fit brûler tout vif. Il fit. mourir les troupes rnêmes? qui l'avoient 

stufïiEudemus^Ceibanus & quel- vu commettre à leurs yeux* 



s. 



EU MENE S.. ' 2ïj 

livra à Ibyrtius , Gouverneur de l'Arachofie, Se ouSAynus. 
lui ordonna de les faire tous périr , Se de les ex- M^pm^ 

pi j . £ j.f» ce des l'anbe*, voi- 

terminer julqu au dernier } afin qu il n y en eût pas fi™ de u utitUn 
un feul qui retournât en Macédoine & qui vît 
feulement la mer de la Grèce. 



h A COMPARAISON 

de Sertorius & d'Eurnenes, 

VO i l a ce que nous avons recueilli de plus 
digne de remarque dans la vie d'Eumenes 
& dans celle de Sertorius. Frefentement pour 
venir à les comparer , nous dirons d'abord qu'ils 
ont eu cela de commun tous deux 9 qu étant Ce ? tle %<% 

/ C i i »* /i • o 1 • ^ Eumenes ont m 

étrangers 3 lervant dans des pais eloignez^oc bannis à* ™mmm. 
de leur patrie y ils ont jufqu à lamort commandé 
à plufieurs nations > Se ont été Généraux de plu- 
fieurs grandes armées très-belliqueufes & très- 
aguerries. Mais Sertorius a cela de propre & de , ^*»*wr* 

o . r 11- 1 • 1 SertortHs fm 'En- 

iinguiier , que toujours les alliez lui cédèrent de 
leur bon gré le commandement , comme à celui 
qui en étoit le plus digne, au lieu qu Eumenes eut 
toujours plufieurs concurrens qui lui dilputoient 
la première place, & qu'il ne put jamais l'obtenir 



menés. 



Mais Sertorius a cela de propre un plus grand bonheur , d'avoir 

& de fingulier , que toujours fes commandé à des gens fages , qui 

alliez, lui cédèrent de leur bon gré le admiroient fa vertu; au lieu 

commandement. ] Cela ne mar- qu'Eumenes commandoit à des 

que aucune fuperiorité de mérite fous aveuglez par la jalouiie Se 

dans Sertorius ? mais feulement par l'envie*. 



■m'6 COMPARAISON 

que de fes exploits , de forte que l'un fe vit obéï 
par des gens , qui Tadmiroient & qui le regar- 
doient avec juftice comme le plus capable de les 
commander > & que l'autre ne fe vit obéï que par 
des gens , qui reconnoiflant leur inluffifance 
quand le danger et oit prefent, ne fe foumettoienc 
que pour leur utilité propre. 
&*»;<* avantage Loin commanda les Efpagnols & lesLufita- 
^Enmene* f«r Smo- n j ens é tant Romain , & l'autre, étant du fond de 

la Cherfonefe, commanda les Macédoniens. Mais 
ceux-là étoient déjà depuis longtems fournis aux 
Romains , & ceux-ci avoient fibjugué tous les 
hommes. Sertorius parvint au commandement, 
eftimé & honoré pour fa dignité de Sénateur, & 
pour la grande réputation qu il avoit déjà acquife 
dans les armées , & Eumenes y parvint générale- 
ment méprifé à caule de fa charge de Secrétaire , 
dont on faifoit peu d'état , & non-feulement il 



Autre avantage 
(F Eumenes. 



Covime ce nétoit 
pas une courge mili* 
taire , Us gens de 
guerre U mepri- 
foient* 



[Mais ceux-là étoient déjà de- 
plis longtems fournis aux Romains, 
& ceux-ci avoient fubjugité tous 
les hommes. ] C'elt ce qui donne 
à Eumenes un grand avantage 
fur Sertorius. Car Sertorius n'a- 
voit commandé que tes Efpa- 
gnols & les Portugais , déjà 
fournis aux Romains , au lieu 
qu'Eumenes avoit commandé 
les Macédoniens , vainqueurs 
de tous les hommes. Ainfi il fem- 
ble qu'il faut plus de vertu à un 
Cherfonefîen , pour parvenir à 
commander une nation triom- 
phante & vi&orieufe de la terre 



entière , qu'il n'en falloit à un 
Romain pour s'élever au com- 
mandement d'une nation déjà 
foumife , & foumife aux Ro- 
mains. 

Et £umenes y far vînt généra- 
lement méprifé. ] Ceci eft encore 
à l'avantage d'Eumenesj car 
quel haut degré de vertune faut- 
il point pour faire revenir les 
hommes d'un fî grand mépris , 
& pour les forcer à fe foumettre 
à celui qu'ils méprifoient. 

Et non-feulement il neut pas 
dt abord d'aujfi grands fe cour s que 
Sertorius four commencer fin éle- 

n'eut 



avait* 



DE SERTORIUS ET D'EUMENES. 217 

n'eut pas d'abord d'auffi grands fecours que Ser- Deux mm 
torius pour commencer fon élévation, mais en- tA V Ugmmeu - 
core il trouva dans la fuite des obftacles plus 
grands encore pourl'augmenter Se pour s'y main- 
tenir , car il eut une infinité de gens qui s'y oppo- 
(oient ouvertement, & beaucoup d'autres qui lui 
dreiîbient fecretement des embûches ; aulieu que 
Sertorius ne trouva jamais perionne qui s'élevât 
contre lui à vifage découvert, & que ce ne fut 
que iur la fin que quelques-uns d^fes alliez con- 
jurèrent contre fa vie. De forte que pour Serto- 
rius, fes victoires étoient lafin de tous fes dangers; 
& pourEumenes , c'étoit de ks victoires mêmes Mve amntags 
que naiiToient tous les périls aufquels il étoit ex- fin^f^^maù», 
pôle par la jaloufie de ceux quiportoient envie à ^«^ qmi\ x - 

C \ • pofoient à de non-, 

O * veaux périls. 

Quant à leurs faits d'armes, ils font prefque 
tous pareils, mais leurs inclinations fort différen- 
tes, Eumenes aimoit naturellement la guerre , différentes 
les querelles & les débats; & Sertorms aimoit la 
paix, le repos, & la tranquillité de la vie. Car 
l'un pouvant vivre en fureté & avec honneur , 

nation. ] Deux avantages encore querent à Sertorius. 

très - confelerables d'Eumenes Et-pour Eumenes, cétoit de fes 

fur Sertorius. Il n'eut pas d'à- victoires mêmes que naijfoient tous 

bord de fi grands fecours pour les verils. ] Quelle nobleife dans 

commencer fa fortune, & dans cette idée pour relever la vertu 

.la fuite il trouva encore de plus d'Eumenes f Quel afyle plus fur 

grands obftacles pour la cimen- que la vi&oire ? Cependant c'é- 

îer & pour s'y maintenir. Ainfi toit la viétoire qui expofoit tous 

■ voilà de grands ennemis & de les jours Eumenes à de nou- 

grands obftacles qu'Eumenes veaux dangers, 
eut à furmonter-j t & qui man- 

Tome V. E.e 



Leurs exploit s pref- 
que pareils , mais 
leurs inclinatims 



■ar8 COMPARAISON 

s'il eût voulu le retirer des armes , ou céder aux 
plus puiflans , aima mieux lutter jufqu à la fin con- 
tre les plus grands de la Macédoine , malgré tous 
les dangers dont il fe voy oit menacé', - & aufquels 

second avance il fuceamba ; & l'autre au-contraire -, ne defirant 
de stmrhs, point de fe faire des affaires -y fut forcé pour la fu- 
reté de fa perfonne de prendre les armes: contre 
ceux qui ne vouloient pas le laifler vivre en paix. 
Gar Antigonus fe feroit très-volontiers fervi d'Eu— 
menés , & l'auroit employé avec joye , fi Eumenes 
eût voulu fans conteftation lui céder la première 
place 9 & fe contenter du fécond rang , au lieu 
que Pompée ne put jamais fouffrir que Sertorius 
paffât fa vie en repos hors du tumulte des affaires, 

Emenes fait la Ainfi l'un fit volontairement la guerre pour par- 

vuerre pour comman- > 1 o 1? 11 

der , o* senorw venir a commander ; oc 1 autre commanda mal- 

"ZTti 'fin g r ^lui > parce qu'on lui faifoit la guerre. Il efl 

g*tm. donc évident que l'homme qui aime la guerre r 

c'eft celui qui facrifie fa fureté à fon ambition, 

„.■->- . & que le véritable homme de guerre, efl celui 

Quel efl le ven- A r r \ r 

r homme d s qui par la guerre fçait fe procurer la fureté, 

Et que le véritable homme de lui qui n'aime que la fureté & 
guerre efi celui qui -car la. guerre la paix, que fes ennemis forcent 
fçait fe ? procurer la fureté \~] C'eft à faire la guerre malgré lui, ÔC 
une décifïon qui part d'un juge- qui par les armes fçait fe procu- 
ment très-profond & trés-éclai- • rer cette fureté qu'il aime, voilà 
ré. Un ambitieux qui facrifie fon . le véritable homme de guerre , 
repos & fa fureté à fon ambi- car il fait fon afyle de la guerre 
tion , Se qui à quelque prix que même qu'il n'aime point. Parce 
ce foit veut parvenir à comman- feul trait Plutarque relevé infî- 
der , ce n'en 1 pas proprement un niment Sertorius au-deflus d'Eu-: 
homme de guerre , c'en 1 un hom- menés, 
«ne qui aime la guerre. Mais ce- 



DE SERTORIUS ET D'EUMENES. irp 

Xa mort arriva à l'un fans qu'il s'y attendît , & à 
l'autre lorfqu'il l'attendoit à tout moment. A 
l'un P c eft une marque de fa bonté Se de fa dou- 
ceur de ne s'être pas défié de fes amis , &à l'autre 
c'eft une marque de fa timidité & de fafoibleiîe, 
car ayant voulu fe mettre en état de prendre la 
fuite y il fut furpris. La mort ne deshonora point Grand av*nu& 

Jj 1 ? J • 1 r CT 1 C 1 1 • du ïert&rius fur Eu* 

a vie de lun ? quand il lourrrit de les alliez ce mme %i» ûu <uu 

que tous les efforts de fes ennemis n'avoient ja- 
mais pu lui faire fouffrir ; au lieu que l'autre ayant 
penfé à s'enfuir avant fa prife , & n'ayant pu 
l'exécuter , & encore ayant témoigné dans fa 
prifon un grand defir de vivre > nefçut ni fau- 
ver honnêtement fa vie, nifupporter courageu- 
fement la mort ; mais en s'abaiflànt à des prières 
£ & à des fupplications , il fit maître de fon ame 



mors. 



La mort arriva à t 'un , fans Plutarque l'eût expliqué plus 

.■qu'il s'y attendît. ] Car Sertorius nettement , car la comparaifora 

fut tué par Perpenna au milieu ne doit tomber que fur ce que 

d'un feftin auquel ill'avoit prié, l'on a vu. 

Comment pouvoit-il fe défier Et encore ayant témoigné dans 

d'un homme qui l'avoit prié à un fa prifon un grand defir de -vivre. ] 

feftin I '. Mais c'eft un defir quePlutarque 

Car ayant voulu fe mettre en état ne nous a pas exprimé. Au con- 
de prendre la fuite , il fut furvris. ] traire , il paraît qu'Eumenes de- 
Ce que Plutarque dit ici , porte mandok qu'Antigonus le fît 
fur ce qu'il nous a dit pag. 2.0"]. mourir promptement, ou qu'il 
.qu'Eumenes délibéra enlui-mê- le délivrât genereufement. Eft- 
me s'il livrerait la vi&oire à fes ce là témoigner un fi grand defir 
ennemis, ou s'il irait fe jetter de vivre? 

■dans la Cappadoce. Apparem- Il fit maître de fon ame fon enne- 

ment après la bataille il penfoit à mi , qui jufques-là n'étoit maître 

^exécuter ce dernier deflëin de fe que de fon corps. ] Voilà un fen- 

retirer en Cappadoce, & peut- timent plein de nobleffe & de 

^être auroit-il été necelfaire que vérité, Un homme peut devenir 

E e ij 



W6 COMPARAISON, &c. 

fon ennemi, qui.jufques-làn'étoit maître que de 

fan corps., . 

par la force maître de notre & aux prières, alors elle jette ce 
corps , mais notre ame efl libre fceptre , fe dépouille de fa li- 
pendant qu'elle veut conferver berté , & fait voir qu'elle racorn- 
ie fceptre que Dieu lai adonné, noît un maître. 
Sïelles'abaifle aux fùpplieations - 



Fin de la vk £Eumenes - . 



22 X 





RCHIDAMUS, "fils de Zeuxï- 'ârcUiam-u: 
damùs V après avoir régné fur les - 
Lacedemoniens avec beaucoup de 
gloire * laiila deux -en-fans mâles 3 n^mWAg^ 
'l'un nommé Agis '/qu'il eut de fà - * 
femme Lampito 5 dame d'une grande vertu ; ■■ 
l'autre ^beaucoup plus jeune P nommé Agefilas % 

Qrfil eut de- fa. femme Lampko.'j -, biade de Platon. Cette Larnpito 
Il y a dans le texte Lamprido -, étoit fille de Leotychida$,& par 
mais mal , il faut lire Lampido , conféquentfœurd'ArchJdamuSs 
ou Lampito : car c'eftainfi qu'el- ." à qui elle futmaiiée } mais fœuKr 
leefl appellée dans le I . Àlci- de père, * 

Ëe ii) i 



u. 



-m AGESILAS. 

qu'il eut d'Eupolia , fille de Melefippidas. Conv 
me par les Loix le Royaume appartenoit à Agis , 
Ageiilas , qui paroiiîbit devoir pafler fà vie dans 

$ta B&Mtû»; Tétat de fîmple particulier , fut élevé comme les 
autres enfans dans la diicipline de Lacedemone* 
qui eft très-rude pour la manière de vivre. Se 
toute pleine d'exercices laborieux, mais auffi qui 
enfeigne parfaitement aux enfans à obéir ; c'eft- 
pourquoi on dit que le Poète Simonide a appelle 

sparte* feurytoi Sparte la dompteuje d'hommes , comme celle de 
tJuicd 3 hommes P " toutes les villes y qui par l'habitude rend les hom- 

EtitJyetebienma^m- mQS pj us { OU p| eS & pluS foUirUS aUX LoiX , COIT1- 

me les chevaux que l'on forme , & que Ton dreffe 
a Lacedenune dès leurs plus- jeunes années. La Loi difpenfe de 
trhnTllitîtlif. cecte du e neceiîké les enfans qu on élevé pour le 
%*ù£i V everile ' trône. Ainfi Ageiilas eut cela de particulier , qu il 
ne parvint pas à commander fans avoir auparavant 
parfaitement appris à obéir. Voilà pourquoi il fut 
<:elui de tous les Rois quifçut le mieux s'accorder 
avec fes fujets , ayant ajouté à la grandeur veri- 

La Loi diffenfe de cette dure voitpar expérience que ceux qui 
necejjité Us Princes que l'on élevé en avoient fubi toute la rigueur, 
pour le trône. ] Il y a donc long- & qui avoient appris à obéir, 
teins que l'on a adouci Fédu- avant que d'être appeliez à com- 
cation des Princes deftjnez au mander , fçavoient le mieux s'a- 
trône. Mais ce qu'il y a de plus jufter avec leur^ fujets , & ajou- 
furprenant 3 c'eil que Sparte en toient aux nobles inclinations , 
ait donne l'exemple , & qu'une qu'ils tenoient de la naturel fa- 
ville fi rigide ait relâché la fe-ve- miliarité, la douceur , $c l'huma- 
rité de la difcipbne en faveur des nité quedonne l'éducation. Cela 
Princes , qui dévoient régner, Se fait voir combien ces têtes font 
qu'il femble qu'elle auroit dû. précieufes, o:jufqu'à quel point 
jplutôt y affujetir ; çuifqu'elle fça- on eft obligé de les ménager. 



A G E S I L A S. 223 

tablement Royale , & aux nobles inclinations , 
qu'il tenoit de la nature , la familiarité , la dou- v^^i , 
ceur , & L'humanité, qu'il avoit acquîtes osa 
l'éducation. - 

Pendant qu il étoit encore dans lesclafîes des 
enfans qui étoient nourris eniemble , il eut pour 
amant Lyiandre, qui étoit iurtout frappé & en- _ :; -■•".-_-- 
chanté de la grande honnêteté & de lamodeitie. tja^ 



: 



Car étant naturellement le plus courageux , & le 
plus opiniâtre de tous ceux de ion âge 7 <x voulant 
toujours être le premier en tout avec une véhé- 
mence invincible , & avec une impétuofité que 
rien ne pouvoit ni arrêter ni modérer , il étoit 
cependant d'une douceur & d'une obéïïîànce>- 
quifailoient voir qu il 'n'accor doit rien à la crainte, 
mais que tout ce qu'en lui crdonnok, il le faiioic 
par railon 6t par honnêteté 3 & qu'il étoit plus 
piqué du moindre reproche , qu'il ne craignoit les 
plus grands travaux. Le défaut de la jambe boi-- sé^hkmc^ 
teufe étoit caché par la grâce de iaperionne , pen- 
dant qu'il fut à la fleur de ion âge, Cv la gaveté & 
la gentillefle avec laquelle il leiupportoit > étant 
toujours le premier à badiner fur cela , èv à en faire 
des railleries , rendoient moins ienfible & moins 
choquante cette imperfection. Je dirai même que 
ce défaut mettoit dans un plus grand jour Ion 
ambition & ion courage , n'y avant aucun travail ? 
aucune entreprife } quelque difficile quelle fut^ 
qu'il refufàt à cauie de ion incommodité 

Nous n'avons aucun portrait; aucune itacue &»'**»& . 



~* 



aucun 



224 AGE SI LA S; 

perlât m au- qui nous marque la forme & les traits de Ton 
cmejiAiM. vifage , car il ne voulut jamais permettre qu'on en 

fît aucun , & en mourant même il défendit très- 
expreffément qu'on fît de lui aucune .figure ni 
moulée, ni peinte. On trouve feulement qu il 
. s * ™9f'J*f m étoit de petite taille , & qu'il n'étoit pas d'une 
mine fort relevée, mais que là gay été &fa viva- 
cité , toujours arTaifonnée d'une plaifanterie, qui 
ri avoit rien de dur ni defâcheux , ni par le ton , 
ni par l'air du vifage , le rendirent toujours jufqu'à 
fa vieillerie plus agréable & plus aimable que les 
.plus beaux. Cependant les Laçedemoniens n'air- 
moient pas les petites. tailles ; car Theophrafte 
allure que les Ephores condamnèrent à une 
u Roi ArchUa- ame nde leur Roi Archidamus, parce qu'il avok 

mus condamne a l a- r r/ r ' . y f- 

mende pour avoh epoule une femme fort petite , dilant.^ elle ne leur 

époufé une petite fem- r- • ; r> • 1 n 1 

me . ■ enjanteroit pas des Kots;, mais des Roitelets, 

Pendant le règne d'Agis, Alcibiade, banni 

. d'Athènes, vint de Sicile fe retirer à Lacedemone., 

ne^oti^IZ & '^ n V m pas été longtems , qu'il fut foupçonné 

mené de gaUmerie d'avoir quelque commerce de galanterie avec la 

avec la femme du ~ V\ ■ r Yr" A • 1 • ^ 

KùAgis. femme d Agis, nommée limea. Agis lui-même 

Cependant les Laçedemoniens Parmi tous les enfans d 'Ifra'èl il 

naimoientpas les petites tailles. J ny en avoit pas de mieux fait que 

Ce goût n'étoit pas fans quel- lui ; il furpajjoit tous les autres de 

que fondement. Nous voyons toutes les épaules. 1. Rois ix. 2.' 

que Dieu même,voulant donner & Samuel dit au peuple : Certè 

un Roi à fon peuple,choiiît dans ■videtis quem elegit Dominus , quo- 

la Tribu de Benjamin Saiil , qui niam non fit fîmilis illi in omnï 

étoit le plus grand & le mieux populo. Vous voyez, celui que Dieu 

faite- Et non erat de fliis Ijraël, a choifi, parce que dans tout le peu- 

melior illo , ab humer & Jiirfum pie Un y en a pas un fcul qui fuijfe 

pninebat Jjipçr omnern populum. lui être eomparé.x. 23. 24. 

•»' ne 



AGE S IL A S. 12^ 

ne voulut pas reconnoître l'enfant dont elle 
accoucha , Se dit publiquement qu' Alcibiade en 
étoit le père. L'hiftorien Duris écrit que la Reine 
ne s'en formalifa pas beaucoup , Se qu'au con- 
traire quand elle étoit en particulier avec fes 
femmes , elle appelloit tout bas cet enfant Al- 
cibiade , Se non Leotychidas. Il ajoute qu Al- 
cibiade lui-même diloit aflez hautement qu'il 
n avoit pas recherché les faveurs de Timea par 
aucun ejprit de débauche , mais par une honnête am- 
bition de donner aux Spartiates des Rois de [on 
fang. Cela obligea enfin Alcibiade à quitter La- 
cedemone ? depeur qu'Agis nefe vengeât de cet 
affront» 

Depuis ce tems-là le jeune Leotychidas fut 4g& ™ voulais 

C C C\ ^ A • • 1*^ • 1 P as reconnoître le 

toujours luipect a Agis, qui ne voulut jamais le jeune uotjchi^ 
tenir pour fils légitime. Mais étant tombé dans la fm finJlba 
maladie dont il mourut, cet enfant alla fe jetter à 
fes pieds , & fondant en larmes , il fit tant qu'il 
l'obligea de le reconnoître devant tous ceux qui 
étoient prefens. Mais après la mort d' Agis , Ly- 
^fandre, qui avoit déjà défait les Athéniens par 
mer , Se qui avoit plus de crédit & d'autorité dans r . ", . 

y . ~ f>% Lypmdre fait mon» 

Sparte qu aucun autre citoyen , fit monter Agefilas ter Agejjus /»? u 

f i a \>"C 1t» • trône , à caufe de la 

lur le trône , diiant que le Royaume ne pouvoit prétendus bkardift 
appartenir à Leotychidas , qui étoit bâtard. La deLeo v cbidas - 
plupart des Spartiates , charmez de la vertu d'A- 
gefilas , & comptant pour un très-grand avantage 
d'avoir pour Roi un homme nourri avec eux , Se 
qui comme eux avoit effuyé toute la rigueur de 
Tome K Ff 



£î6 A G E S I L A S. 

Féducation Lacedemonienne , lui aidèrent de tout 
leur pouvoir. 

Il y avoit pour lors à Sparte un Devin y nommé 
Diopithes , homme très-verfé dans les anciennes 
prophéties, & qui pafToit pour très-habile & très- 
profond dans les chofes qui regardoient les Dieux. 
te devin . Liophhes Cet homme dit hautement qu'il n étoit pas permis 
quiLThtheux^ne qu un boiteux fut Roi de LaCedemone ; &le jour 
TYpm e aS EtduZ ( 3 ue cette grande affaire fut jugée 9 il cita cet an- 
«rade. cien oracle : Sparte, quelque glorieufe > & quelque 

fiere que tu fois , prends bien garde qu'après avoir fi 
bien marché jufqu'ici fur tes deux pieds , il ne naijfe 
de toi un règne boiteux qui ternira tout ton luftre ; 
car de-là naîtront des travaux infinis 3 qui exerceront 
longtems ta patience > & des orages de guerres fan- 
glantes > que tu auras bien de la peine à furmonter. 
Lyfanin donna à Lyfandre répondit à cela, que fi les Spartiates 

cet oracle une expli- • 1 • 1 J • C 

canon tome contraire craignoient tant cet oracle , ils dévoient lurtout 

& f a vor*bu * a^- £ Q donner de garde de Leotychidas; car quil y 

ait fur le trône de Sparte un Roi boiteux x c'eft 

de quoi Dieu ne fe met gueres en peine , mais ce 

qu il veut empêcher , c'eft que le Royaume ne 

7/ cita cet ancien oracle:Sparte , damus. Ce qui leur étoit encore 

quelque glorieufe & quelque fiere même plus facile qu'à nous. 
que tu fois. ] En effet , voila un II ne naijfe de toi un règne bci- 

oracle bien formel & bien fenfi- tenx. ~] Dans le texte , au lieu de 

ble pour le fait dont il s'agiiToit. fèxd.^» , il faut lire , comme dans 

Je fuis perfuadé que dans ces an- quelques mf. /Wç-Jb quil ne forte , 

eiens tems il y avoit des recueils quil ne naijfe de toi. Car fixâ-^n ne 

d'oracles aufquels les Devins en peut être confiant avec «re'3-ev > 

ajoutoientfelon les occurrences, au lieu que fèxàç» s'y confirait 

comme on ajoute aujourd'hui fort bien, 
des centuries à celles de Nota- Mais # qu'il veut empêcher. 



AGE SI LA S. 127 

tombe entre les mains d'un homme qui ne foit 
pas légitime., & véritablement de la race d'Her- 
cule ; car voilà ce qu'il entend par ce Règne boi- 
teux. Agefilas ajouta à cette raifon que le Dieu 



cefi que le Royaume ne tombe entre 
les mains d'un homme qui ne foit 
pas légitime. ] Cette explication 
cle Lyfandre efl très-ingenieufe, 
& pouvoit paroître très-vrai- 
femblable , mais enfin elle efl; 
contraire à la lettre du texte, qui 
défend formellement un règne 
boiteux , & Agefilas étoit boi- 
teux. Dans la comparaifon Plu- 
tarque fera connoïtre le juge- 
ment qu'il en fait ; mais ce qui 
m'étonne , c'eft que ni les Lace- 
demoniens,ni Plutarque n'ayent 
pas fenti que cet oracle pouvoit 
avoir un fens tout différent de 
celui que lui donnoient les deux 
partis, & que M. le Fevre a dé- 
couvert le premier dans fes notes 
fur Juffin , liv. vi. L'oracle dit : 
Prends bien garde qu après avoir 
fi bien marché jufqii ici fur tes deux 
pieds , il ne naijfe de toi un règne 
boiteux. Le but de l'oracle n'é- 
toit point d'exclure du trône 
Agefilas , parce qu'il étoit boi- 
teux , ni Leotychidas , parce 
qu'il pafToit pour illégitime. Il 
vouloit empêcher que les Lace- 
demoniens ne fe laiffaffent gou- 
verner par un feul Roi. Jufques- 
îàils avoient toujours eu deux 
Rois de la race des Heraclides, 
Voilà les deux pieds fur lefquels 
il a été foutenu. Si au lieu de 
deux pieds il vient à n'en avoir 



Feigne boiteux * 
comment doit être 
explique. 



qu'un , c'eft-à-dire , à n'avoir 
qu'un Roi , il efl perdu , car ce 
feul Roi réuniffant en lui toute 
lapuiffance,qui auparavant a été 
partagée , & par conféquent 
moins redoutable & moins forte, 
deviendra un tyran , qui les ré- 
duira dans une dure fervitude. 
Voilà pourquoi l'oracle les aver- 
tit de continuer à marcher fur 
leurs deux pieds. L'oracle ne 
doit point être entendu d'unRoi 
boiteux, ni d'un Roi bâtard; 
mais d'un règne boiteux , c'eft- 
à-dire du règne d'un feul Rof. 
Certe explication efl très-folide 
& convient parfaitement. 

Agefilas ajouta à cette raifon, 
que le Dieu Neptune lui-même, ] 
Tout ceci efl pris du ni liv. de 
l'hiftoireGrecque deXenophon, 
qui rapporte qu'Agefîlas com- 
battoit les moyens de Leotychi- 
das par trois raifons invincibles. 
La première , votre père Agis a 
dit que vous ri étiez, pas fon fils. La 
féconde , votre mère même , qui le 
doit mieux fç avoir , dit encore au- 
jourd'hui qiiAgis ri efl pas votre 
père. Et la troifiéme , Neptune 
témoigne contre vous-même ; car un 
jour ayant chaffé Agis du lit de la 
Reine par un grand tremblement de 
terre, Agis fut enfuit e dix mois fans 
coucher avec elle , & vous êtes 
venu au monde après ce tems-là t 

Ffij 



a<ï% A G E S I L A S. 

Neptune lui-même avoit rendu témoignage à la 
bâtardife de Leotychidas , en chaiïant Agis de la 
chambre de la femme par un grand tremblement 
de terre ^ & que Leotychidas n étoit né que plus 
de dix mois après cette féparation. 

En vertu de ces raifons & de ces moyens * 

&«. ttm AgeClas fut déclaré Roi, & en même tems mis 

en pofleffion de tous les biens de fon frère Agis > 
dont Leotychidas fut privé comme bâtard. Mais 
voyant que les parens de ce Prince du côté de 
fa mereLampito , tous gens de bien , étoient très- 
npartw m pa- pauvres , il partagea avec eux tous les biens dont 

Z i SIS il Mérita , & par-là il acquitune grande réputation, 

fuccejjim. & l a bienveillance de tout le monde , au lieu de 

l'envie ,. & de la haine % qu il fe feroit attirées par 
cette fucceffion. 

Xenophon écrit que ce ne fut qu en obéïiîant 

en tout à fa Patrie qu'Agefilas acquitune fi grande 

p ar Relies vo^cs autorité & une fi grande puiilànce > qu il faifoit 

AgefiUs parvient à tout ce qu'il vouloit, & voici l'explication de 

un» grande autorité. X ' l 

cette elpece de paradoxe : Toute la plus grande 
puiflance étoit alors entre les mains des Ephores 

Toute la plus gra'~de pui/fance tifioientlepartidupeuple,quand 

étoit alors entre les mains des les Rois tendoient à la tyran- 

Ephores & du Sénat.'] Ce fut Ly- nie ,.. & fe rangeoient auffi du 

curgue qui établit le Sénat, qu'il côté des Rois , quand le peuple 

compofa de vingt-huit Sena- vouloit fe rendre trop puiffant ; 

teurs , qui avec les deux Rois de forte que ce corps étoit 

faifoient une affemblée de trente comme un contrepoids qui 

Magiftrats. Ce Sénat étoit com- maintenoit l'équilibre. Mais dans 

me une forte barrière contre la la fuite des tems , la puiifance 

puiffancetropabfoluë des Rois; de ces trente parut encore 

car les vingt-huit Sénateurs for- trop emportée & trop farieufe j 



A GE S IL A S, ' 44$ 

& du Sénat; les Ephores nétoient en charge 
qu'un an ,■ & les Sénateurs y étoient toute leur 
vie. Ils furent établis pour modérer la puiflànce sevatws&Ephoi 
trop abioluë des Rois , oc pour lui iervir de bar- bu*. 
riere , comme nous l'avons écrit dans la vie de 
Lycurgue. C'eft-pourquoi dès les premiers tems 
les Rois de Sparte eurent toujours pour ce corps 
comme une haine héréditaire, & furent toujours jJI^Vs/L-!* 
en querelle & en différend avec lui. Mais Agefilas 
prit un chemin tout contraire ; au lieu de leur faire 
une guerre continuelle, & de heurter toutes leurs 
volontez, il les ménagea en tout, eut toujours 
pour eux beaucoup de confideration & de défe- ufp{Z'îes%Éf' t . 
renée, n'entreprit jamais la moindre aélion fans ^P curUStmt - 
la leur avoir communiquée, & quand il étoit 
mandé par eux, il quittoit tout , & y aliok en 
toute diligence. Toutes les fois qui! étoit affis 
fur fon trône à rendre la juflice , quand les 
Ephores entroient, il ne manquoit jamais de fe 
lever pour leur faire honneur.Et quand quelqu'un 
venoit à être aggregé dans le Corps des Séna- 
teurs , il lui envoyoit toujours une robe & un 
bœuf, comme des marques glorieufes de diflinc- 
élion qu'il donnoit à leur vertu. Par toutes ces 

c'ell-pourquoi les Spartiates lui trop grande licence du peuple , 

donnèrent un frein , en lui op- & les Ephores le furent enfuite- 

pvofant l'autorité des Ephores, pour refréner la puhTance trop 

environ cent trente ans après îurieufe des uns & des autres. 

Lycurgue. Ainiî le Sénat fut Voyez la vie de Xyçurgue,tonu ■ 

établi pour modérer la puillance I . pag. ip 6. Se 200. 
trop abfoluë des. Rois 3 & la Par toutes ces déférences il par 

Ta Ç tiï 

Jr T lit 



230 AGE S IL A S. 

déférences il paroiffoit augmenter la dignité de 

leurs charges > mais il augmentent la propre puif- 

fance fans qu'on s'en apperçût , & ajoutok à 

La grande»? neft } a Royauté une grandeur d'autant plus folide & 

jamais Ji ferme que / D N , . J. 

r and eiie eji le fmit plus terme, qu elle etoit le rruit de la bienveil- 

3e l'amour. 1 _ > 1 * 

lance qu on lui portoit. 

Dans fa manière de vivre avec les autres Gi- 

AgefAas fe gouver- toyens on peut dire qu'il fe gouverna mieux envers 

non mie UX envers fe s ennem i s qu'envers fes amis , car il ne fit jamais à 

jes ennemis qu envers x ' . « . i 

fes amis. ' fes ennemis la moindre injuftice , & il viola fou- 

vent la juftice en faveur de fes amis. Il auroit eu 
bonté de ne pas honorer & récompenfer lès enne- 
mis quand ils avoient bien fait , Se il n'avoit pas la 
force de reprendre fes amis quand ils avoient fait 
Agef.us Menait <l es fautes. Au contraire il fe faifoic un honneur de 

panout. les fècourir , de les défendre en tout & partout j & 

de fe rendre en quelque façon leur complice ; car 

F*™ principe. Tmt jj e fti mo i t q ue d ans tous l es fervices que l'on rend 

ce qui blefje U fujltce ^ T _ _ . \ , , 

ef honteux, a les amis , il n y peut jamais avoir rien de hon- 

teux. Et quand fes ennemis et oient tombez dans 

roiffeit augmenter la dignité de bienveillance, qui eftleplus fer- 
leurs charges , mai%il augmentoit me Se le plus folide appui de la 
fa propre puijfance fans qu'on s'en Royauté. On a remarqué dans 
apperçût. ] Voici une reflexion la vie de Marc-Antonin , que 
qui me paroît très-judicieufe & cet Empereur étoit perfuadé , 
digne d'attention.Plutarque pré- comme Augufte , que tout ce 
tend qu'un Roi en augmentant qu'un Prince peut faire pour ho- 
là dignité des Sénateurs aug- norer & pour augmenter la di- 
mente fa propre puiiTance ; car gnité des premiers Magiftrats , 
outre que l'autorité qu'il leur relevé d'autant fa puiiTance , & 
donne n'eft qu'une émanation de affermit fon autorité, qui ne doit 
la fienne , & qu'il fait honneur à & ne peut être fondée que fur la 
la juftice, il s'attire par-là une juftice. 



AGESIL AS. • *ff 

quelque malheur, ilétoit le premier à y compatir 
& à leur marquer la part qu'il y prenoit. Et s'ils le 
prioient de leur aider, il s'y employoit de toutes 
les forces , en quoi laifant , il gagnoit tout le mon- 
de , & s'attirait FarTeclion de tous fes Citoyens. 

Les Ephores voyant le grand progrès qu'il fai- 
foit par ces voyes , & craignant fa trop grande 
puillànce , le condamnèrent à une amende * Se , A ^' Ui co » â ' m " é 

1 ê a une amei.de , parce 

alléguèrent pour toute raifon , qu'il s acquérait à r rd ^% mh **« *« 
lui feul les cœurs de tous les Citoyens , qui de- ' 
voient être partagez. Et comme les Phyficiens 
difent , que fi la guerre & la difeorde venoient à 



Les querella &" 



être bannies du monde , tous les corps celeftes /« dïjfânàs mcef- 
s'arrêteraient, toutes les influences feroient fuf- ^u^V 
pendues , Se il n'y auroit plus ni génération, ni l * difiûrde ictns ,!" 

*■ > r~ i i. eU'ûiens. Faux pria- 

mouvement, a caule de cette harmonie trop par- «/>« 
faite; de même le Legiflateur deLacedemone 
avoit jette dans le Gouvernement l'ambition Se 
la jaloufie, comme des femences de vertu , vou- 
lant pour cet effet qu'entre les gens de bien il y eût 
toujours des querelles Se des difïentions , & qu'ils 
fulfent oppofez les uns aux autres.Il prétendoic que 
cette complaifance mutuelle de fe céder toujours 
fans jamais fe contredire , étoit une condefeen- 

Et comme les Phyficiens difent , qui maintiennent l'équilibre fî 

que fi la guerre & la difeorde neceffaire à tout; c'effc-pourquoi 

et oient bannie s du monde, tous les un ancien a appelle la guerre, la 

corps celefies s' arrêter oient. ] Car mère de toutes chofes , trÔMpo? 

ce font les qualitez contraires âTrûvrav &&**$• Et c'eft ce que' 

des élemens qui fervent comme Horace appelle remm concordïtè 

..de contrepoids l'une à l'autre,. & difeors, JEpift. xii.liv. i-. 



232 ÂGES IL A S. 

dance parefleufe & lâche , qui manquant de cette 
Contrariété qui eft le grand principe de l'union^eft 
à grand tort appellée concorde. Il y a même des 
gens , qui prétendent qu'Homère a connu cette 

M>(ts que Van a fait t •/• i . r* "1 V» • • » 

de Umorïté /h<>- grande vente , car , diient-iis , ce roete n auroit 
' mm% jamais fait Agamemnon fi ravi de ce qu Ulyffe Se 

Achille fe querellent & en viennent aux groffes 
paroles , s'il n'avoit été bien perluadé que cette 
dilpute & ce différend des deux plus braves hom- 
mes de l'armée étoit pour les affaires générales un 
très-grand bien. Mais c'efl: ce qu'on n'accordera 
pas fimplement fans quelque exception : car ces 
Curettes tntre Us querelles entre les Citovens, quand elles font 

Cueyzns combien I ^ r J I y > \ 

idhgere»fes fana pouiiees a 1 excès y l'ont .toujours tres-domma- 
e^sjo.a trop fonj. g^y^ aux yiUç^ & J es précipitent dans de 

grands dangers. 

Agefilas avoit à peine pris poffeffion du Royau- 

Car , difent-ils , ce Poète nau- été parfaitement éclairci dans la 
roit jamais fait Agamemnon fi nouvelle traduction. 
ravi de ce cjuVlijJè & Achille fe Mais cefteequon n'accordera 
querellent.'] C'efl: dans le vin. Il v. pas fimplement fans quelque e xcep- 
de l'Odyiïée où le Poète parle tien. ] C'efl: avec grande raifon 
delà chanfon que Demodocus que Plutaixjue ajoute cette clau- 
charita après le repas devant les fe j car autrement , félon le prin- 
Pheaciens , & qui contenoit la cipe de ceux dont il vient de 
célèbre difpute qu'Ulvife & parler, il faudrait donc dire que 
Achille eurent enfemble au mi- la contention & le différend 
lieu d'un ferlin , fur les moyens d' Agamemnon & d'Achille au- 
qu'il falloit prendre pour fe ren- roient été un très-grand bien, ce 
dre maîtres de Troye. Achille qui feroit abfurde. Ce ne font 
vouloit qu'on emploïât la force, pas les difputes en gênerai qui 
& UlyiTe qu'on n'eût recours font utiles , mais les difputes fai- 
qu'à la rufe. . On peut voir les tes avec amitié pour le bien pu- 
remarques fur ce paifage qui a blic , difeordia concors. 



me 



% 



AGESILAS. 235 

me , que des gens , qui revenoient d'Aïîe , rap- 
portèrent que le Roi de Perfe préparait une groiîè 
flotte pour venir ôter auxLacedemoniens l'empire 
de la mer. Et Lyfandre , qui fouhaitok d'être 
encore envoyé en Afie, & d'y aller fecourir fes 
amis 5 qu'il avok laiffé maîtres & commandans 
des places, Se qui s 5 étant mal comportez, & 
ayant commis toutes fortes de violences, avoient 
été dépoffedez par les Citoyens , qui en avoient 
même fait mourir une grande partie , perfuadaà v Lyfandre per/mh 
Agefilas de le charger de cette guerre , Se de pré- } a : re g u g^rr* 1» 
venir ce Roi barbare, en f allant attaquer fort loin ^^^J^l 
de la Grèce avant qu'il eût achevé ks préparatifs. '* demanda pw 
En -même teins il écrivit à £es amis d'Afie qu'ils 
envoyaient promptement à Sparte demander 
Agefilas pour leur General , ce qu'ils firent. De 
forte qu'un jour Agefilas étant venu à l'alîembiée , 
on lui expofa la demande des Grecs d'Afie , -Se il 
fe chargea de cette expédition , pourvu qu'on lui 
donnât trente Capitaines Spartiates pour l'aiTifter , A g<fl*t -&*»*»& 

f f f .1 1 .11 trente Capitaines 

ce pour compoier ion conleil , deux mille nou- pom comparer f m 
veaux Citoyens d'élite tirez des Ilotes, Se fix mille cs "f ilUe & uene ° 
hommes des troupes des alliez. Comme Lyfandre 
l'aida -de fon crédit, les Spartiates lui accordèrent 
très-volontiers tout ce qu'il demandent , Se l'en- 

Et de prévenir ce Roi barbare. ] Deux mille nouveaux Citoyenî 

J'ai rétabli ici la leçon d'un mf. -délite tirez, des Ilotes.'] C'étoit en 

quiaulieuderT^Aêjunça/litwpcTro- effet des Ilotes à qui on avoit 

Aê^»«r«e/ 5 5c cette leçon eft con- donné le droit de bourgeoifie , 

firmée par le mf. de la biblio- & qu'on appelloit par cette rai- 

îheque de S . Germain, ion ^^a^let^nouveaiix Citoyens °. 

Torrw K G g 



534 AGESILAS. 

Lyfanâremisku voyerent avec les trente Capitaines , dont Ly- 
tenu. " "^ ^ f an drefut I e premier , non-feulement à caufë de 
fà grande réputation & de la grande autorité qu'if 
avoir acquife , mais encore à caufè de la grande 
amitié qu Agefilas avoit pour lui j, car il lui étoit 
plus obligé de lui avoir procuré le commande- 
ment de cette armée^ que de l'avoir fait parvenir 
à la Royauté, 

Aubasdei'Euiée, Pendant que les troupes s'afTembloient à Ge- 
refte, qui étoit leur rendez-vous > il alla avec 
quelques-uns defes amis en Aulide y où il coucha. 
Pendant fon fommeil il lui fembla que quelqu'un y 
s'appro chant de fon lit , lui dit ces propres paroles : 

Songe & Agefiias Roi des ]Lacedemoniens , tufçais [ans doute quejufquici 
nul homme na été déclaré General de toute la Grèce % 
que lefeul Agamemnon. Tu reçois après lui. le même hon- 
neur. Puis donc que tu commandes les mêmes hommes que 
lui>& que pour cette guerre tu parts des mêmes lieux que 
lui ? ilefljufie que tufajfes à la Déejfe le même [acrifice, 
qu'il lui fit en cet endroit même avant fon départ. 

Agefilas fe fouvint d'abord du facrifice dlphi- 
génie, que fon père avoit facrifiée pour obéir aux 
Devins. Mais cette vifion ne le troubla point , il la 
raconta le lendemain à fes amis y & leur dit qu'il 

fFmllmJ âgi honoreroit la Déefle d'un facrifice 9 qui étoit vrai- 
femblablement le feul qu'une Divinité pouvoir 

Pendant fon fommeil, &c~\Ce l'honneur qu'il recevoit de la 
fonge venoit du deftr qu'il avoit Grèce. 

de faire en Aulide un facrifice , ' Lefeul qiiune Divinité four oit 
comme Agamemnon avoit fait , trouver agréable , & quil nimi- 
& cela pour rendre plus éclatant ter oit pas la folie de fin devan- 



AGE S IL A S. z^ 

trouver agréable , & qu'il n imiteroit pas la folie 
de fon devancier. En même tems il fe fit amener 
une biche , la couronna de guirlandes, & com- n fait faire par 
manda à fon Devin de l'immoler^ne voulant point f T De f in , le f acri f ci 
que le Sacrificateur établi à cet effet par les Béo- 
tiens-, eût l'honneur d'offrir ce facrifice , comme 
cela fe pratiquent dans le pais. Les Commandans , _ . . . 

xx F Les Béotiens irrite^ 

des Béotiens , en étant informez fur l'heure , en- & cet menât 3 car 

1 C ' C 1 o le facrifice devoit être 

trerent dans une mrieule colère, oc envoyèrent fan parieur sacrifia 
incontinent leurs Officiers à Agefilas lui défendre "'ST^e* des 
de faire ce facrifice contre les loix & les cou- offi^" ry™™- 

t ? t Jent tes cmfiei de la 

tûmes des Béotiens. Ces Officiers s acquiterent de «*'#«»*. 

leur commiffion , & trouvant le facrifice déjà fait , 

ils renverferent ? & jetterent à terre les cuifles de 

la victime qui étoient for l'autel. Cela fâcha ex- A & e Jj lai f ra PP e ' '& 

a a ri •' • \ "'•■•■ / afflige' de cet augure, 

tremement Ageiilas, qui partit tres-irnte contre 
les Thebains, & plein de triftes eiperances, à 
caufe de cet augure , qu'il regardoit comme très- 
mauvais , & qui fembloit lui prédire que fon ex- 
pédition feroit malheureufe , & n auroit pas le fuc- 
cès, qu'il s'en étoit promis* 

Quand il fut arrivé à Ephefe il fut très-choqué Agefiuuiufp 1* 
des honneurs qu on rendoità Lyfandre comme à honttC ^ rs ff rm ' 

-l • m J m doit a Lyjanare. 

celui qui avoit plus de dignité, & plus de puiflance, 
car la foule étoit tous les jours à fa porte ? & quand 

■cier."] Agefilas juge fort bien ici , idées , fans diftinguer ce qu'il y 

& delà nature de Dieu , & de la avoit de criminel d'avec ce qu'il 

folie d' Agamemnon. Dieu ne y avoit d'innocent.Horace a ad* 

demande point le fang des hom- mirablement traité cette matière 

mes , & Agamemnon en immo- dans la in. Sat. du liv. n, 
lant fa fille "-, fuivoit de faulTes 



â3<£ AGE S IL A S. 

il fortoit,tout le monde s'emprefToitpour raceom- 
pagner , regardant Agefilas comme un homme , 
qui n'avoit que le titre .& la figure de General 
feulement pour la forme , & parée que les Spai- 
liâtes l'avoient ainfi ordonné, & Lyfandre comme, 
celui en quifeul refidoient toute l'autorité & toute 
la puiflànce,& aux ordres duquel on de voit obéir. 
Car de tous les Généraux y qu'on avoit envoyez 

GréH&rfyitMicn en Afie , il n'y en. avoit jamais eu qui y eût acquis 
une fi grande réputation , qui fe fut rendu fi ter- 
rible & fi redoutable, & qui eût fait tant de bien à 
fes amis , & tant de mal à fes ennemis r & comme 
ces chofes étoient encore toutes fraîches, les 
hommes s'en fouvenoient. D'ailleurs ils voy oient 
qu Agefilas dans toutes fesiàçons défaire, & dans 
fa converlàtion étoit doux, fimple, & popu- 
laire ; au lieu que dans Lyfandre ils retrouvoient 
la même fierté , la même véhémence y & la mê- 
me brièveté & force de langage qu ils y avoient 
toujours remarquée; c'eft pourquoi négligeant le 
premier , ils fe foumettoient à celui-ci , & ne fai- 
foient que ce qu'il avoit commandé.. 

ierautres vingt- Les autres Spartiates furent les premiers qui le 

TMuf Capitaines qui y L . . , , I» . - 1 

ompofoienfincon- trouvèrent très-mauvais oc qui s en radièrent; car. 
il fembioit qu'ils fufient les efclaves de Lyfandre y 
& non fes égaux , & les confeillers du Roi auffi- 
bien que lui. Enfuite Agefilas lui-même en fut 
très-piqué , car quoiqu'il ne fut pas naturellement, 
envieux , Se qu'il vît même avec plaifir les hon- 
neurs qu'on rendoit au mérite, cependant comme 



AGE SI LA S. 237 

il étoit extrêmement ambitieux , avide de gloire , a^jîus j«i ût tx de 
& plein de courage , il craignit que s'il venoit à w * 
faire quelques exploits éclatans , on ne les attri- 
buât à Lyfandre à caufe de fa grande réputation. 

Voici donc le parti qu'il prit : Premièrement il f arti 1™ M* A s e " 

, /"•> - C • T r 1 o fà as P our diminuer 

s oppoloit a tout ce que propoioit Lyiandre , oc /Www & l?/**- 
réfutoittous Tes avis. Si Lyfandre difoit qu'il falloit 
faire une telle entreprife 5 Si qu'il l'eût fort à cœur , 
c'étoit celle-là qu'il méprifoit & qu'il negligeoit , 
& il en faifoit une toute contraire. Enfuite de 
tous ceux qui a voient affaire à lui, & qui luipre- 
fentoient des placets & des requêtes , s'il fentok 
qu'il y en eût qui s'appuyaflent fur le crédit de 
Lyfandre , c'étoit ceux-là qu'il renvoyoit fans 
leur rien accorder. Dans les Jugemens mêmes > 
ceux à qui Lyfandre étoit contraire > avoient tou- 
jours gain de caufe , & ceux qu'il protegeoit ? 
avoient toujours tort •> & il leur étoit fouvent très- 
difficile de fauver l'amende. Et comme cela n'ar- 
rivoit pas une feule fois par hafard , mais conti- 
nuellement, & qu'on voyoit clairement que c'é- 
toit un deffein formé , Lyfandre en connut auffi- W*" dre ? a w*K" 

ai r o 11 • x r ' çon enVte ^ d * 

tôt la caute, & ne la cacha point a les amis. Il i*jaUufi< d» r«. 
leur déclara que c'étoit uniquement à caufè de 
lui qu'ils étoient fi méprifez & fi maltraitez .,. & les 
«exhorta à aller faire leur cour au Roi & à ceux"qui 
avoient plus de crédit que lui. Mais Agefilas, per- 
iuadé que par cesdifcours & par cette conduite il 
lie cher choit qu'à lui fufciter encore plus la haine 
^e tout le monde ; pour le mortifier davantage ? : 



2$S AGE S IL AS, 

Emploi jr^-i«lefitCommifîàire des vivres? & diftributeur des 

tJSt^TJ, chairs, & ajoutant la raillerie à Hnfulte , il dit en 

«#"■■ prefence de beaucoup de gens : Quon aille pre- 

fentement faire la cour tant quon voudra à mon maîtrs 

boucher. 

^ Lyfandre f e plaint Lyfandre tres-affligé de cette commiffîon , qui 

Itr/atlt.' eHr< le deshonoroit > dit à Agefilas .* Seigneur , vousfça- 

vez mieux que personne rav aller vos amis. Dis plutôt > 

lui répondit Agefilas, que je Jç ai connoître mieux 

queperfonne ceux qui veulent être plus puifjans que mou 

Mais 9 Seigneur > repartit Lyfandre 3 peut-être vous 

en a-fonplus dit que je nen ai fait. Donnez'-moidonc un 

lieu & un rang ou 3 fans vous faire le moindre ombrage 9 

A*efiUs l'envoyé je puiffe vous rendre quelque fervice utile. Agefilas Ten- 

nÙl^nT dam voyafon Lieutenant dans THellefp ont. 

L'fandreiui *- Dans cette charge il pratiqua Spithridate , un 
Z m un des frind- des principaux Seigneurs de Perfe , qui étoit du 

faux Seigneurs de ~ L , °._ , « . , « À 1 

Perfe. Gouvernement de rharnabaze, vaillant homme 

<le là perfonne , qui avoit beaucoup de richefles & 
deux cens chevaux ? Se l'amena à Agefilas. Il ne 
renonça pourtant point à fon reflentiment , & 
plein de l'affront qu il avoit reçu , il chercha les 

fient w'îi A re^. moyens d'ôteir aux deux maifons des Eurytionides 

Dans cette charge il pratiqua Couronne de Sparte. ] Après fa 

Spithridate.'] C'efl le nom de ce mort on trouva dans fon cabinet 

Seigneur de Perfe , & non pas les mémoires où ce deïTein étoit 

Mithridate , comme il eft dans détaillé , & la harangue qu'il 

le texte,qu'il faut corriger, coni- devoit faire pour rendre les Rois 

me il eft dans les mff. électifs ,* comme Plutarque l'a 

// chercha les moyens cïoter aux dit dans la vie de Lyfandre , il 

deux maifons des Eurytionides & n'y avoit à Sparte que deux mai- 

disAgiàss le droit defuccedsr à la fons qui enflent droit à la cou* 



Comment il cherche 
à Je vanger de l\f- 



AGESILAS. 239 

& des Agides le droit de fùcceder à la Couronne 
de Sparte & de l'étendre à tous les Spartiates qui 
en feroient dignes. Et il eft très-vraifemblable que 
pour fon reffentiment particulier il auroit caufé 
un grand trouble > & un grand changement dans 
l'Etat , s'il ne fut mort auparavant dans fon 
expédition de la Beotie. Tant il eft vrai que les Les ambitieux «« 
naturels ambitieux , ne feavent jamais garder de z ard r ent , jam , ais de 

* s 11 mejures a ans leur fo- 

bornesj, & pouffant tout à l'excès dans leurs ma- ^v^ 

ximes politiques , ils font toujours beaucoup plus 

de mal que de bien. Car fi Lyfandre étoit fi 

violent , comme il l'étoit en effet ', & faifoit ainfi 

éclater fon ambition à contre-tems & hors de 

propos y Agefilas de fon côté n ignoroit pas non 

plus qu'il y avoit des moyens plus doux & moins 

blâmables pour corriger un homme démérite & de 

réputation,- à qui l'ambition avoit fait commettre 

une faute. Mais tous deux emportez par la même Age/fL & t y . 

ffi• P C Al • Cendre- également 

on, ni lunne içut reconnoitre le pouvoir biâme^.Ehta^ 

légitime de fon fuperieur > ni l'autre fupporter 2 " e * 

l'imprudence de fon ami. 

Dès le commencement de cette guerre/Tiffa- 

pherne > qui craignoit Agefilas , fît avec lui une r ^ a P herns f™ 

1 • C -C r i -r» • r »ne trêve avec Age- 

trêve , en lui laiiant elperer que le Roi Ion maître fi las - 

ronne ; celle des Eurytionides guerre , Tijfapheme , qui craignait 

Se celle des ■ Agides >. qui toutes Agefilas, fit avec lia une trêve. ] 

deux defeendoient d'Hercule. TifTapherne ne fit cette trêve 

Celle des Eurytionides par Eu- que pour amufer Agefilas, âc 

rytion, fils de Soiïs 3 & celle- pour donner letemsauRoi de 

des Agides par Agis , fils d'Eu- lui envoyer des troupes ; & il la, 

ryfthene. viola dès qu'il fe vit en état de- 

Dès k commencement de. cette reiîfter, 



240 A G E S I L A SL 

lui abandonnèrent les villes Grecques & les lalf- 
feroit en liberté. Mais quelque tems après > per- 
fuadé qu'il avoit des forces fufrifàntes pour lui 

nu rompt biemk re fîfter , il lui déclara la guerre. Agefilas en fut 
ravi , car il attendoit de grandes chofes de cette 
expédition, & il regardoit comme un très-grand 
affront pour lui , que dix mille Grecs fous la con- 
duite deXenophon fulîènt venus du fond de 1' Aile 
jufqu'à la mer de Grèce , qu'ils euflent battu le 
Jloi de Perfe autant de fois qu'ils avoient voulu , 
& que lui , qui commandoit les Lacedemoniens , 
dont l'Empire s'étendoit fur la terre & fur la 
mer, ne pût faire voir aux Grecs aucun exploit 
éclatant Se digne de mémoire. 
comment AgefiUi D'abord donc pour fe venger de la perfidie de 

5nSft£2* TîffapHerhe par une tromperie jufte, il fitfem- 
blant de mener fon armée vers la Carie , & dès 
que le Barbare eut aûemblé toutes tts forces de 
ce côté là il tourna tout court , & fe jetta dans la 
Phrygie , où il prit plufieurs villes > Se amafla 
d'immenfes richefles , faifant voir à fes amis que 
cejt mârifer les d& violer un traité juré , c'eft méprifer les Dieux 

vieux qu S d e viekr mêmes , & qû'au-contraire à tromper fes ennemis 

m GUire^' vohifté il y a de la juftice, de la gloire, & une volupté 

Agefilas en fut ravi. *J Tous fes vîfage gaî , & leur ordonna de 

Officiers en firent très-fâchez ^ dire à leur maître , qu'il lui avoit 

ne croyant .pas être en état de une très-grande obligation de ce 

refïfter aux grandes forces du quen violant fon ferment il avoit 

Roi de Perfe ; mais Agefilas en rendu les Dieux ennemis des Perfes 

fut ravi , il reçut les AmbafTa- & alliez, des Grecs. 
odeurs de TîfTapherne avec un 

inexprimable, 



C7" profit à 
/es ennemis. 



A G E S I L A S. 241 

Inexprimable , accompagnée d'un très - grand 

Ï>rofit. Mais comme il étoit plus foible en cava- 
erie , bX que dans un facriflce le foye des victimes 
•fe trouva fans tête, il fe retira à Ephefe, où il aflèm- 
bla une nombreufe cavalerie , car il déclara aux 
ïiches Se aux aifez que s'ils vouloient s'exempter , A zf L 

1 3 Al et \ \ C ' *1 ' • 1 les r ich. i 

de s enrôler, ce de le luivre , usn avoient chacun g»™ 
qu'à fournir à leur place un homme & un cheval. 
Il y en eut un très-grand nombre qui prirent ce 
parti , de forte qu'en très-peu de tems Agefilas 
eut aiîemblé quantité de fort bons cavaliers , au 
lieu de méchans foldats. Car ceux qui ne vou- 
loient pas fervir dans l'infanterie , ach et oient & 
payoient des hommes, qui s'offroient volon- 
tairement, ôc ceux qui ne vouloient pas entrer 
dans la cavalerie, achetoient de bons cavaliers 
•qui valoient mieux qu'eux. En quoi il imita heu- 
xeufement cette bonne aétion d'Agamemnon > 
qui diipenla un homme lâche & riche d'aller 

Au lieu de méchans foldats. ] 
*ïl y a dans le "texte «yn 4 /A «v 
JiTrhi'ffi , Se parce que les Grecs 
appeiloient ^.txùç , les foldats ar- 
mez à la legere,Henry-Eftienne 
a crû que ce mot ne pouvoit 
avoir place ici , & qu'il falloit 
corriger &txZ/. Mais cette cor- 
rection n'eft nullement neceflai- 



trowper 



exempt» 
lier a la 

a cuniÀiiion 
qu ils journijjuit un 
humme O 1 un chivaL 



Il imite en cefa 
Azamemiton. 



xxiii. liv. de l'Iliade oùHomere 
dit que le Prince Echepolu, 
fils d'Anchife de Grèce , avoit 
donné à Àgamemnon une belle 
cavale pour s'exempter d'aller à 
la guerre Se de le fuivre à Ilion, 
Se pour avoir la liberté de paffer 
tranquilement fes jours au mi- 
lieu des plaifîrs dans la belle ville 
re. Plutarque employé ici -^tXos de Sicyone , où Jupiter l'avoit 



pour vil , méchant , méprifabie. 

. En quoi il imita heureusement 
cette bonne action <£ Agamemnon , 
qui difpenfa un homme lâche & 
riche. 1 Plutarque a tiré ceci -du 

Tome K 



comblé de biens. C'efl ainfï 
qu'Homère note la lâcheté de 
ce Prince. On peut voir là les 
rem. tom. ni. pag. $76. 

Hh 



242 A G E S ï L A S. 

à la guerre pour une bonne jument qu'il luK 

donna. 

Un jour il ordonna aux Commifiaires r qu'il; 
il faa dépouille? aV oît prépofez furie butin, de dépouiller les pri- 

les frifonmers , CT -oïl J t! "r T • V 

^«^«;. ionniers oc de les vendre. 11 le prelentoit beau™ 

coup de gens pour acheter leurs habits , mais 

pour les corps , on les trouvoit fi délicats , fi tendres 

xmophm ^ute , & fi blancs , parce qu'ils avoient été toujours 

C?" qu'ils allvient totlr - Q f\ > 1» 1 3>\ s 

ioui dans des ch a r- nourris oc élevez a 1 ombre^quilss enmocquoient r 

YWU les regardant comme inutiles & de nul prix. Alors 

Agefilas s' approchant , dit à fes foldats, en leur 

Mot d'AgefiUsfur montrant les hommes , Voilà ceux contre lesquels, 

les corps des prifon- ; ô î 1 * 1 

mers, & far ie»rs vous combattez; oc en leur montrant leurs riches 
fouilles. dépouilles , Voilà ce pourquoi vous combattez... 

Quand le tems defe remettre en campagne fut 
AgefiUs dédatt venil Agefilas dit tout haut , qu'il marcheroit en 

ç» // marche en Ly- * © r n t î 

ne, Tiffaphtrt* rt- Lydie ; & ce n'étoit plus un faux femblant pour 

fufe de le croin } & rr*' CT 1 • m* CC 1 C 

ejt trom^ tromper 1 mapherne , mais 1 îilapherne le trompa 

lui-même^ en refufant de croire Agefilas > à caufe 
de la première fupercherie qu'il lui avoit faite. Il 
crut donc fermement que pour cette fois il vou- 
loit gagner la Carie r à caufe que c'étoit un païs 
rude & difficile pour la cavalerie dont il man- 
quoit. Mais quand Agefilas fut arrivé dans les 
plaines de Sardis y comme il favoit dit , alors *, 
Tiflapherne , fort étonné , fut contraint de fe 
hâter pour marcher au fecours de cette place. Et 
en arrivant avec fa cavalerie il pafla au fil de Té- 
pée plufieurs foldats d' Agefilas , qui s'étoient 
écartez §à & là en defordre pour piller. Alors 



A G E S I L A S. 143 

Agcfilas penfànt en lui-même que l'infanterie des Prudence d'Agefi 

a / o l#i h»i Ce hâte de 

ennemis ne pouvoit pas être encore arrivée , & dù J erU bataiUe ^ 
que lui, il avoit toutes fes troupes , il fe hâta de ri ti a P berne - 
donner la bataille ; & fans différer plus longtems , 
il mêla avec fes efeadrons des pelotons de fes gens / mile f»p^*«»t 

... > 1 I 1 1 1 ds gens dt pied avec 

de pied armez a la légère, leur ordonna de rnar- frirons. 
cher à l'ennemi, Se de commencer la charge, 
pendant qu il les fuivroït avec fon infanterie pe~ 
famment armée. Les Barbares ne foutinrent pas le 
premier choc, & prirent d'abord la fuite. Les n^heme^bam, 
Grecs les pourfuivirent 3 fe rendirent maîtres de ^ Jon C(imp îrtu 
leur camp , & y firent un grand carnage. 

Depuis ce combat les troupes d'Agefilas eurent 
une entière liberté de ravager & de piller tout le 
païs du Roi fans aucune crainte, & en même 
tems la fatisfaction de voir la punition exem- 
plaire que ce Prince fit de Tifîapherne, qui étoic 
un très-méchant homme , & le plus dangereux 
ennemi des Grecs. Car le Roi envoya incontinent u r« & p er f e 
à fa place un autre de fes Lieutenans , appelle ™Zil™/fI"laZ 
Tithrauftes , qui lui fit trancher la tête , & qui eh ^ the À Ti ^ 
en faifant prier Agefilas d'entendre à un accom- 

// mêla avec fes efeadrons des avoiié qu'il avoit perdu une 
-pelotons de fes gens de ped.~\ Ce grande bataille, parce que foa 
qu' Agelïlas fait ici a été fou- ennemi s'étoit fervi contre lui de 
vent pratiqué depuis avec grand cette méthode , & qu'il en avoit 
fuccès. Et pour nous rapprocher enfuite gagné une autre , parce 
de notre tems , j'ai oui dire à qu'il avoit profité de cet exem- 
ples Officiers qui ont fervi dans pie , & l'avoit imité, 
les guerres du dernier fiécle , Et qui en faifant frier Agefâat 
qu'un des plus grands Capitai- a entendre à un accommodement» 
nes 5 que la France ait eu 5 avoit & de s'en retourner en Grèce. J 

H h ii 



244 "* AGESILAS. 

7uhrauftes froff* modemenr, & de s'en retourner erï Grèce , lut 
%7 r Z?°iZili envoya de groffes fommes, dont il lui faifoitpre- 
voye de gaffes fîm- -f entï Agefilas répondit que la paix dépendoit 
uniquement de Lacedemone r que pour lui il 
étoit plus aife d'enrichir fes foldats r que de s'en- 
richir lui-même ; & que d'ailleurs les Grecs trou- 
voient qu'il étoit beau & honorable , non de rece- 
voir les prefens r mais de prendre les dépouilles 
de leurs ennemis. Cependant voulant faire en 
quelque forte pi aifir à Tithrauftes > & lui. témoin 
gner fa reconnoiilance de ce qu'il avoit puni 
l'ennemi commun des Grecs? il menafon armée 
trente mitk «m. en Phrygie j après avoir reçu de lui trente talent 
pour les frais de fon voyage. 

En chemin il reçut une lettre des Magiftrats 
tes Spartiates don- de Sparte , qui lui ordonnaient de prendre auffi 

nentanjji a Agefilas . L \ 11? / J ' 1 

le commandement des le commandement de I armée de mer ? honneur 
m * fi que Sparte n'avoir jamais fait qu'à lui leul. Auffi 

tout le monde tomboit-il d'accord que c' étoit le 
plus grand perionnage & de la plushaute , & de la 
plus jufte réputation qui. fût de fon tems , com- 
me Theopompe l'écrit dans quelqu'un de fes 
• , n . . ouvrages. Cependant il aimoit mieux tirer toute. 

Agefilas aimoit o l 

mieux tirer fa pan- f a grandeur de fa vertu , que de fa puifTance. La 

deurdefaverlu que . \ C '*1 r C Vf 1_1* C 1 

ùfapmjjknce. première choie quil ht,, ce tut d établir iur la 

Tithrauftes envoya à Agefilas but qu'elles lui payeroient , Se 

des AmbafTadeurs,qui lui dirent qu'il efperoit qu'à cette condi- 

que le Roi fin maître ayant fait tion il voudrait bien accepter la 

punir l'auteur de la gue;re , lui paix& s'en retourner en Grèce, 

accordoit la liberté des villes Ce fut d'établir fur la flotte Pi- 

d'Afïe, moyennant l'ancien tri- fandrepur fon LiçMçnam. J Cs. 



A G E S I L A S. '&4f 

flotte Pifandre pour fon Lieutenant , ce qui parut 

une fort grande faute , en ce qu'ayant auprès de <?,w</w* $M 

lui plufieurs autres Capitaines plus âgez > Se plus geftUs ' 

expérimentez y cependant fans aucun égard à ce 

qui étoit utile à fon païs r & pour honorer un allié , 

Se faire plaifir à fa femme , qui étoit fœur de ce 

Pifandre , il lui avoit confié le commandement de. u ne f am dmneT 

laflotte par cesfeules confiderations. Et pour lui il l r. cr " m / aden ' £n5 . n i 

I L a La faveur m * 

établit fon armée dans les terres du Gouvernement ?<«"«* 
de Pharnabaze , où il fut dans l'abondance de 
toutes chofes , & amaflà de grofles fommes 
d'argents 

De-là s'avançant jufqu à la Paphlagonie, il fit A(refiUs faît aU 
alliance avec le Roi Cotys> qui fouhaita paffion- lUnce a * éc u K * 1 
nément fon amitié ? à caufe de fa bonne foi & de 
£a vertu r qui avoient déjà obligé Spithridate à, 
quitter le fervice dePbarnabaze>ôt à s'aller rendre 
àiui. Et depuis ce tems-là il ne l'avoit pas quitté 
un moment 3 & l'avoir, accompagné dans toutes 
fes courfes ? Se dans toutes les occafions de cette 
guerre... Ce Spithridate avoit un fils qui étoit très- 
beau , nommé Megabate x dont Agefilas fut fort AgepiM «mon*»* 
amoureux j & une fille fort belle 5 en âge d'être ^f^^^nhnd^, 
mariée y qu' Agefilas fit épouier au Roi Cotys; 
Après quoi prenant de lui mille chevaux & deux 
mille hommes de pied armez à la légère , il s'en 
retourna dans la Phrygien fit le dégât dans tout 

Pifandre étoit frère de fa femme, duire une affaire , & de prendre 

Se Xenophon ajoute que c' étoit les mefures neceffaires pour en - 

un homme ambitieux Se entre- aflurer le fuccès. 
prenant, mais incapable de con-» 

H h fit': 



fise d'un Spartiate. 



A G E S I L A S. 

le pais dePharnabaze , qui n ofa jamais l'attendre^ 
ni fe confier même à fes fortereiïes , mais qui , em- 
portant ce qu'il avoit de pins précieux & déplus 
cher , le retiroit de partout , &fuyoit toujours 
devant lui ., en changeant tous les jours de camp» 
Enfin Spithridate l'obfervaun jour de fi près , que 
. ' , , prenant avec lui le Spartiate Herippidas avec quel- 
fa stithritUtc. cp.es troupes 3 il l'attaqua fi à propos qu'il fe ren- 
dit maître de fon camp , & de toutes les richefles 
dont il étoit plein. Mais Herippidas fe montra en 
cette occafion trop rude & trop âpre contrôleur 
ceqHefaitVav*- de ce qui avoit été fouftrait du butin ; car il força 
les loldats mêmes de Spithridate à rendre ce qu'ils 
avoient pris? & en lesvifitant, & épluchant tout 
avec cette fevere & trop avare exactitude , il 
irrita Spithridate , de forte qu il fe retira d'abord 
à Sardis avec fes Paphlagoniens. 

On dit que dans toute cette expédition il n'ar- 
riva rien à Agefilas, à quoi il fut fi fenfible, car 
outre quil étoit très-fâché d'avoir perdu unaufîî 
brave homme que Spithridate , & les troupes 
qu'il avoit avec lui* &qui n'étoient pas peu con- 

Que -prenant avec lui le Spar- de Spithridate. ] C'eft le même 

tiate Herippidas. ] Cet Herippi- Spithridate , qui à la perfuafîon 

das étoit le chef du nouveau de Lyfandre s' étoit venu rendre 

confeil des trente , que les Spar- à Agefilas , comme cela paroît 

tiates avoient envoyé à Agefilas par Xenophon. Ceux qui ont 

la féconde année de fon Gène- voulu changer ce nom pour en 

ralat, & qui avoient pris la place faire un autre homme, fe font 

des trente premiers , à la tête fort trompez , & ont jette dans 

dcfquels étoit Lyfandre , car ce tous ces endroits une obfcurité 

confeil change oit tous les ans. impénétrable. 

Car il força les foldats mêmes 



A G E S I L A S. 247 

lîderables , ilavoit honte du reproche qu'on pou- 
voir lui faire d'une avarice fordide , & d'une 
Indigne chicheté, à lui qui toute fa vie s'étoit 
piqué , non-feulement de s'en garantir lui-même > 
mais d^empêcher encore fa patrie d'y tomber. 

Outre ces raifons, qui fautent d'abord aux 
yeux, ce qui Taffligeoit encore davantage, c'étoit Jff 4 ^^ 
l'amour qu'il avoit conçu pour le jeune Mega- rt ff< r « '«/"#»» 

. ■!■ ' . . " 1 . 1 Y q» il aveit four -M*- 

Date r qui etoit empreint bien avant dans ion #****. 
cœur -, quoique pendant tout le tems qu'il l'eut 
avec lui , il eût fait tous fes efforts & fe fût fervi 
de tout fon courage pour refifter vigoureufement 
à fes defirs , & pour s'empêcher d'être vaincu ; 
jufques~là qu'un. jour Megabate s'étant approché 
de lui pour le faluer d'un baifer , Agefilas fe dé- 
tourna pour l'éviter..- Le jeune homme, tourhon- - 
teux de ce refus, changea de manières, & ne 
le falua plus que de loin. Dequoi Agefilas étant 
bien fâché , & fe repentant d'avoir rejette ce 
baifer, fît fembiant d'être fort lurpris de ce que 
Megabate ne venoit plus le baifer à fon ordinaire* 
Alors fes amis les plus familiers lui dirent : Cefi 
vous. même.) Seigneur, qui en êtescaufe, vous qui l'autre 
jour n attendues point , & qui refusâtes le baifer de ce ' 
b e au garç on r . comme fi vous en aviez peur. Il fera aifé 
de lui ..pêrjuader d'y revenir x Ù* de vous faluer àl'or°* 

S' étant approché de lui pourrie dans un mf. êaxta.s-o(x[^ pour le 
faluer & pour le baifer. ] Il y a faluer. Cette leçon efl confîr« 
une faute dans le texte. Au lieu mée par le mf. de la Bibliothg*- "" 
de mx<ro[AÎyv qui ne peut rien fi- que de S, Germain, 
gnifier ici s il faut lire comme , - 



*4? AGE S IL A S. 

dinaire , pourvu quil foit affuré que vous ne le fuirez 
point. 

A ces mots Agefilas demeura quelque tems 
tout penfif & renfermé en lui-même , Se enfin 
rompant le filenceil leur répondit : II ne(l pas be~ 
foin que vous lui <en par liez > & que vous lui perjuadiez 
d'y revenir. Car je vous déclare que ce fécond combat? 
que je rends ici contre ce baifer > me fait plus deplaifir 
que fi tout ce que je vois devant moi devenoit or. 
Voilà quelle étoit la fagelTe d' Agefilas pendant 
que Megabate étoit avec lui. Mais dès qu'il fut 
abfent , ion amour fe ralluma avec tant de vio- 
lence ., que fi ce jeune garçon fût revenu Se fe fût 
prefenté devant lui ,' il feroit bien difficile de dire 
fi Agefilas auroit eu allez de force. Se d'empire fur 
lui-même pour refuferfon baifer. 

Quelque tems après Pharnabaze demanda à 
conférence de pb ar - avo i r avec [ n [ une conférence, & un homme de 

naba^e avec Agt~ 

Sas. Cyzique, nommé Apollophanes, qui étoit leur 

hôte commun , les fit aboucher. Agefilas arriva 

le premier au rendez-vous avec fes amis , Se en 

attendant Pharnabaze,il s'affit à l'ombre d'un arbre 

. „ r fur l'herbe q ai étoit fort haute. Dès que Pharna- 

Luze des Per/es , - r ■ f r r T > 1 

vujimpiimé des baze rut arrive, les gens étendirent a terre des 
peaux très-douces , & à long poil, & de magni- 
fiques tapis de diverfes couleurs , mais voyant 
Agefilas aflis tout Amplement à terre fans autre 
façon, il euthontedefamoleiTe , & s'affit comme 
lui fur l'herbe nue , quoiqu'il fût vêtu d'une robe 
d'une fineiTe admirable & d'une très-riche cou- 
leur. Quand 



de 



A G E S I t A S. 249 

Quand ilsfe furent faiuez , Pliarnabaze, qui 
après tous les grands fervices qu'il avoir rendus à 
Lacedemone dans la guerre contre les Athéniens 
ne manquoit pas de fujet légitime de plainte , d^ 
voir fon pais pillé 'Se fourragé par ceux dont il 
auroit dû attendre toute forte de protection & 
de reconnoifïance , parla le premier , & étala fes V haLlu-TLdn 
raifons d'une manière très-fimple & très-touchan- '«#<**«<««• 
te. Agefilas , voyant que les Spartiates , qu'il avoit 
-avec lui , en étoient frappez 9 & que de honte ils 
tenoient les yeux attachez à terre dans un profond 
filence, ne fçachant ce qu'on pouvoit répondre à 
de fi grandes veritez, car ils voyoient que Pharna- 
baze étoit traité indignement , prit la parole , & 
répondit à peu près en ces termes: Seigneur F har- RfanfetAgejiut 
nabaze , pendant tout le tems que nom avons été amis du 2[" 
Roi votre maître, nous l'avons traité en ami ; maispre- 
fentement que nous fimme s devenus fis ennemis , nous lui 
f ai fins une guerre ouverte, comme cela eftjufte. Voyant 
donc que vous lui appartenez,nous cherchons àlui nuire eu 
vous foi fan* du mal. Mais dès le jour même que vous vous 
jugerez digne d'être plutôt l'ami& t allié des Grecs, que 
l'efilave du Roi de Fer Je, comptez que cette armée , que 
vous voyez devant vos y eux, que toutes ces armes, tous ces 

Et étala fes raifons d'une rna- de celle que rapporteXenophon. 
niere très-Jîmple & très-touchan- D'être appelle plutôt l'ami & 

te. ] Xenophon rapporte fon <lif- l'allié des Grecs , que l'efclave du 

cours dans fon iv. liv.pag. 399. Roi de Perfe. ] Il faut rétablir 

& il eft en effet très-fimple ôc dans le texte la leçon du Manuf- 

très-touchant.Laréponfequ'A- crit de Saint Germain , & lire 

gefîlas fait ici J & qui eft très- teyt&ni , au lieu de fyl&uf* 
fc»elle,n 3 eft que le feus & le précis 

Tome K Ii 



250 A G E S ItA.S. 

vaijfeauxyù* nous mêmes jous tant que nousfiommes^que : 

il ny a rien de tout cela ■ n'efl ici que pour garder vos biens j& pour 

hau m de defirabie a rer vo tre liberté y fans laquelle il n'y a rien, de beau 

dans le monde jans M -> l y 

la liberté. ni de defirabie dans le monde. 

Après cela Pharnabaze lui déclara les fenti- 
mens où il étoit ^ & lui dit : Si h Roi envoyé un 
autre General à ma place? & quil me fioumette à fies 
ordres 3 je quitterai fion fiervice > & je me joindrai à 
vous. Mais s'il me continue le commandement } je con- 
tinuerai à le fiervir a uec la même afieclion 3 & je n ou- 
blierai rien pour repouffer vos attaques , & pour vous 
faire le plus de mal que je pourrai pour fies intérêts. A ces 
mots AgeGlas fut ravi , & le prenant par la main > 
& £e relevant avec lui : Plaifie aux Dieux., Seigneur 
Pharnabaze > lui dit-il , qu avec de fi nobles fientimens 
vous fibyez plutôt notre. ami '., que notre ennemL 

Si le Roi envoyé un autre Gène- & forcé d'obéir à ce General ,"■ 

rai à ma place. ] Cet endroit eft -après avoir commandé , voilà la 

défe&ueux dans le texte de Plu- belle couleur que Pharnabaze 

tarque 3 c'efl-pourquoi j'ai fup- donne à fa défeftion. 
pléé ces mots, & qu'il me foumette Je quitterai fon fermée , & je 

à fes ordres , qui y manquent me joindrai à -vous. Aiais s'il -me 

viliblement , & que Xenophon continué le commandement , &c. J 

n'a pas oubliez : car Pharnabaze Agefîlaaa beau appeller ces fen- 

ne fe contente pas de dire Ihficur timens nobles , il n'y a rien de 

csXivç aAAcy . /mv çpcnnyly mi}jjnr\ , moins noble , ni de moins jufte à 

Si le Roi envoyé un autre General, un Officier gênerai d'un Prince 

mais il ajoute, \^\ q C^rmoly que de quitter fon fervice, parce 

c««!/a iotIvi 3 & qu'il me foumette que fon maître envoyé un autre 

à fes ordres. Car voilà le princi- General à fa place, auquel il 

pal. Ce ne feroit pas une raifon l'oblige d'obéir. Peut-être eft-il 

fuffifante pour un Commandant pardonnable de quitter le fervi- 

de quitter le fervice du Prince , ce , mais il ne l'eft point de fer- 

parce qu'il envoyeroit un autre vir contre lui. 
General, mais d'être dégradé Vous foyez, plutôt notre ami, que 



AGE S IL AS, 2jr 

Voilà quelle fut l'inuë de cette conférence. 
S'étant féparez, & Pharnabaze étant monté à 
cheval pour fe retirer > fon fils , demeuré un peu ufnUevu* 
derrière , courut à Agefilas , & lui dit en fouriant , font t\ e $ vre pL 
Seigneur Agefilas j je contracte aujourd'hui avec vous 
les facrez nœuds de l'hofpitalité > Se pour fceau de 
cette union , il lui donna un beau dard qu'il avoit 
à la main. Agefilas le reçut avec joye, & charmé 
de la beauté , de la gentiilefTe , & de la generofité 
de ce jeune Prince , il regarda tout autour de lui 
pour voir fi quelqu'un de ceux qui l'accompa- 
gnoient n'auroit pas quelque chofe d'afTez beau y 
dont il pût payer fon prefent; & s'étant apperçu 
que le cheval de fon fecretaire, nommé Adeus, 
avoit un harnois magnifique , il le fit ôter, & le 
donna à ce jeune homme fi beau & fi généreux. 
Depuis ce moment il ne pouvoit fe iafler d'en par- 
ler, & dans la fuite dutems.ee Prince ayant été 
chafîe de la maifon de fon père par fes frères , & 
obligé de fe retirer dans le Peloponefe , il eut 
grand foin de lui, le protégea, &le fer vit même 
dans fes amours-, car il devint amoureux d'un 



notre ennemi,'] AVrefilas ne fe con- 

-1 e5 
tenta pas de cela , il ajouta: Ce- 
pendant fçachez. que jefortirai au 
plutôt des, terres de -votre obéïffance, 
& que dans la fuite fi nous avons 
la guerre enfemble , vendant que 
nous aurons quelqti autre à pour- 
Cuivre , nous -vous laifferons en re- 
pos , & ne toucherons à rien de 
tout ce qui vous appartient. Xe- 



nqph. iiv. 4» Il me femble que 
cela ne devoit pas être oublié. 
Et s' étant apperçu que le cheval 
de fon fecretaire. ] Il y a dans le 
Grec.^papswç que les Interprè- 
tes de Xenophon ont expliqué 
Peintre. Mais ce n'étoit pas la 
coutume desSpartiates de mener 
desPeintres^on a mieux fait dans 
Plutarque de traduire Secrétaire,, 

li ij 



zp- AGESïLAS; 

us chutes ne- jeune athlète d'Athènes , & cet athlète étant 
;t* ^Sr devenu grand , & ayant paffé Fâge ordinaire des 
q »*»4 a* avaient at* at hletes , fut fur le. point d'être refufé , quand ille 

peiatan certain âge. a ' • • 1 ' • 

prelenta pour être reçu, parmi ceux qui dévoient 
combattre aux jeux Olympiques. LejeunePerfe 
eut recours à Agefilas , Se le pria de rendre fes 
bons officesà fon athlète afin qu'il ne reçût pas cet 
affront. Agefilas, qui vouloitlui faire plaifir , en- 
treprit cette, affaire., en-fît la fienne > & l'emporta 
enfin après beaucoup de peines & de foliicitations». 
Car dans toutes les autres chofes il étoit très-exact 
AgtfiUs. n' étoh & très-iufte , mais dans tout ce qui regardoit les 

feint enclave de la . .', . r\ • Cl- ?/ 

jHjike^andii s'a- amis P il tenoit que cette exacte jultice netoit. 

giflait de fes amis. ? r 1 * î r 

* qu un vain prétexte dont on couvroit le reius que-. 

Ton faifoit de les fervir. Et à ce propos Ton rap- 
port© un petit billet qu'il écrivit à Hidriée le Ca- 
Biiut t Ageflas r i en en ces termes : SïNkias n*a pas commis le crime-. 

r i fait co-mohrefon ^ ont on \> accu r e délivre-le pour la m(iice:s'il l'a commis >, 

\ele pour jes amis. \ J -f J J 

délivre-le pour ï amour de moi ; en un mot délivre-le. 

Voilà quel étoit Agefilas dans la plupart des- 
affaires de fes amis. Il y avoit pourtant des occa- 
fions où il cedoit au. tems pour l'utilité publique ;, 
comme, cela parut un jour qu'il fut obligé de dé- 
camper à là hâte avec aiTez de defordre,.& de 
lailïer un jeune garçon qu'il aimoit, & qui étoit. 
malade. Comme il fe retire k, ce jeune garçon au: 
defefpoir de le voir partir ? i'appellok & le con- 

Et ayant yajfé l'âge ordinaire certain âge ne pouvoient plus 
'des athlètes , fmjùr le foïnt d'être être reçus à combattre aux jeux 
refufé. ] Car les athlètes après un Olympiques. 



Mot ËAgefiUsi 



"Dans fes voyages 
il logeait toujours 
dans les Temples* 



AGE S IL A S. 253 

juroit par les paroles les plus tendres de ne pas 
l'abandonner, Se Agefilas fe retournant dit, qu'il 
efl- mal aifé d'accorder toujours la pitié avec la fa- 
geffe. G'eft ainfi que l'écrit le Philofophe Hiero- 
nymus. 

Il y avoit déjà deux ans qu'il étoit à la tête de 
cette armée , & on ne parloit que de lui dans les 
hautes Provinces de l'Afie; tout y retentifîbit 
du bruit de fa grande fageiïè , de Ion defintereffe- 
ment 7 Se de fa modération. Dans fes voyages il ne 
logeoit jamais dans aucune maifon particulière 3 
mais toujours dans les plus faints Temples. Et au 
lieu que nous ne voulons point que les hommes 
voy ent ce que nous faifons dans notre particulier , 
il voulait toujours avoir les Dieux mêmes poue 
Infpe6leurs Se pour témoins de fes actions les plus 
fecretes. Et de tous ces milliers de foldats , qu'il: 
commandoit r il n'y en avoit pas- un feul qui eût 
une paillafle plus méchante & plus dure que celle 11 «»*&«> #41 
fur laquelle il couchoit. Il étoit fi indiffèrent fur XST" U ^ 
le froid & fur le chaud % . qu'il paroiifoit feul fait iutmfm*m% 

Et Agefilas fe retournant dit , 
qu'il efï mal-aifé d'accorder tou- 
jours la -pitié avec lafagejfe. ~\ Au 
lieu de <x,7roçpaç&ç > qui lignifie Je 
détournant , il y a dans quelques 
mfT. fj,iT,a.çpxq>ei^ fe retournant , 
c'eft-à-dire , fe tournant du côté 
de l'objet. Et cette dernière le- 
çon efl; la meilleure. Du relie je 
ne reçois point l'autre leçon que- 
présentent les mff. qui au lieu de 
ffijpftflf , llfent (pihéiy dç %ecAe7rcy. 



&w <u.'(JM kj çiX&v s qu'il efl diffi- 
cile- d'accorder la pitié a-vec l'a~- 
rrtoun Cela fait un fens très-faux. 
Henry-Eflienne a beau l'adou- 
cir par une explication favora- 
ble appliquée à la conjon&ure, 
il faut ici une maxime géné- 
rale. S'il y avoit quelque chofe a 
changer , il vaudrait encore 
mieux lire ®ç'%*Hmvl$km â/uu^ 
ppov«y > qu'il efl difficile d'aimer <&.; 
d'être fage. 



254 A G E S I L A S. 

tes les ri&wrs des à (apporter les fàifons les plus rigoureufes , & 
fai/ons. telles qu'il plaif oit à Dieu de les donner. 

Le plus agréable de tous les ipeéiacles pour les 
Grecs qui habitoient en Afie , c'étoit de voir les 
Lieutenans du Roi , fes Satrapes , Se autres grands 
feigneurs J qui étoient autrefois fi fiers , &fi infup- 
portables , Se qui nageoient dans les richefles , 
Grand* fou^o» dans j délices , Se dans le" luxe, obéir & faire 

des Satrapes pour Age- * . Y . ~ 

fit**- la cour à un homme , qui alloit couvert d'une mé- 

chante cape, & le réformer, ou plutôt fe transfor- 
mer à une feule parole très-courte &■ très-laconi- 
que, qu'il leur diioit. De forte que la plupart de 
ceux qui voyaient cette métamorphofe appli- 
voke Dhhr am - quoient fort à propos ce pafTage de Timothée , 

tique, ii etoh de J\£ ars efî un tyran ., & la Grèce ne craint point For. 

Milet , C? vivoit du rr^ \?jl r / • ff / •• o 1 1a 1 

ums de Ehiiippe. 1 oute 1 Aiie etoit déjà . émue , oc la plupart des 

Provinces prêtes à fe révolter. Agefilas remit Tor- 
dre & le calme dans toutes les villes, leur rendit 
leurfranchife & leur liberté avec les modifications 
convenables, non-leulement fans verier le fang 
d'un feul homme, mais encore fans en bannir 
r A S ijiUs penre s a même un feul. Après quoi il refolut de poufièr en 
tl^ZuïZ avant, & dé porter la guerre des rives de la mer 
de fes Etats. J e Grèce dans le cœur du Royaume , d'aller for- 

cer le Roi même à craindre pour fa perfonne, & 
pour la félicité dont il joiiifioit dans fes villes 
d'Ecbatane & de Suze, Se l'embarrafïer de tant 

Mars efi un tyran , & la Grèce rans , les Perfes reconnoifïbient 
ne craint point l'or. ] Pour dire , la loi d' Agefilas , malgré leur 
que comme tout plie fous les ty- luxe 6c leurs richefles. 



AGE SI LAS. 25 j 

d* affaires , qu'il n'eût plus le loifir , affis tranquil- 
lement dans fa chaife \ comme celui qui donne 
des prix de jeux, de propofer des récompenfes à 
tous ceux qui fe prefenteroient pour faire la guerre 
aux Grecs, & de corrompre pour cet effet les 
Orateurs , & ceux qui avoient le plus d'autorité 
dans les villes^ 

Mais fur ces entrefaites arrive auprès de lui le 
Spartiate Epicydidas , qui lui annonce que Sparte 
eft menacée d'une furieufe guerre? & que les 

•n 1 1 11 < o 1 • J 7 '■: n tf rappelle par 

Jtphores le rappellent , oc lui ordonnent ae venir UsEphores. 

au fecours de fon païs. O malheureux Grecs > qui , cv.«» p«lf*&* 

vous faites à vous-mêmes des maux plus que barbares ! 

Car peut-on appeller autrement cette envie , cette 

révolte , ■& ce foulevement des Grecs contre les 

s^ r 1 '■-•'■ 1 \ Ee ^ e ve ? e xlon de 

Cjrecs 7 oc cette tureur aveugle qui les porte a p/»wr 2 «e. 
arrêter de leurs propres mains la Fortune qui les 
mené rapidement au comble de la gloire & de la 
félicité, à tourner contre leur propre corps leurs 
armes > : qui étaient dreffées contre les Barbares , & 
à rappeîler dans leur païs la guerre, qui en étoit 
déjà fi loin ? C'eft-pourquoi je ne fçaurois être du 
fentiment de Demaratûs de Corinthe , qui difolt ■ 
que les Grecs > qui n avoient pas vu Alexandre ajjis 
fur le trône de -Darius j avoient été privez df une vo~ 
lupté 'Bien grande ; au contraire , ie fuis perlùadé n 

j.* . Cr % îî Pourquoi les- ex~ 

qu usauroient-verie des torrens de larmes , venant pioiu d'Ak^ndrs ■ 

Au contraire , je fuis ferfuadé point fait la Grèce , fi elle avoit 

qu'ils auraient verfé des torrens de employé contre les Barbares ces ; 

larmes. ] C'eft un grand fenti- belles troupes & ces braves Ge- 

ment. En effet, que n'auroit neraux qu'elle facrifia à toutes s 



a$6 AGE S IL A S. 

devMM im une à penfer quel grand fiijet degloire & de triomphe 
t7Gr e t Umesf9M ils avoient large à cet Alexandre ,& à fes Macé- 
doniens, en-s'amufantpar leurs guerres inteftines 
à facrifier de fi belles troupes & de fi braves Gé- 
néraux à Leuétres, àCoronée, à Corinthe, & 
en Arcadie. Cependant de toutes les aélions 
d'Agefilas , il ny en a point de plus belle & de 
u grdnde obéi/- f$ûs glorieufe que de s'en être retourné ainfi fur 
famé <CAgejîUs la J e c hamp , & il n'y a jamais eu d'autre exemple 

flm glortwfe de fes ■ C ■ U '"CT Q J> C J 

4éiims. $i une h pariaite obemance , ce d une il grande 

juftice. Car Annibal, déjà accablé de malheurs , 

çhatTé partout de l'Italie , eut pourtant beaucoup 

oheïjfanceâ'Age- <de peine à obéir à fes Citoyens, qui le prefîoient 

filas relevée Par les i . * 1 f p 1 o C 

exemples d'Anniid ; de venir les détendre , oc ioutenir une guerre qui 
& d Méandre. j eur a n j t tomber iur les bras dans leur propre pais* 
Et Alexandre , rappelléde même en Macédoine^ 
rion-feulement n'y alla point, mais fît encore des 
plaifanteries de la bataille, que fon Lieutenant 
Antipater avoit donnée .à Agis , & dit à ceux qui 
et oient auprès de lui quand il en reçut la nouvelle : 
Mes amis , il mefemble que pendant que nous étions 
rJî a L * A . l , e * a " d / e occupez ici à défaire le Roi Darius ~, il y a eu une 

Jur la bataille qu An- ' £' . , J J 

tipattr d™»* à Agis -bataille de rats en Arcadie. Comment donc ne 

feroit-ilpas julle de féliciter Sparte de l'honneur 

mu réjiexion de q ue fon Roi Agefilas lui rendit , & du refpeét qu'il 

F lut arque fur le ref- x f , °- 1 • 1 > 111 

tetiKs- ïobèijfam»., témoigna pour les loix, lors qu ayant reçu le bil- 
TJ uL * &Y/k l et -> qpi lui ordonnoit de revenir , il abandonna 
pame. £ m l'heure une fi grande fortune, une puiflance fi 

ces batailles qu'elle donna contre elle-même. Elle n'auroît -point 
laifTé de matière à la gloire & aux triomphes d'Alexandre. 

immenfè -> 



A G E S I L A S. 257 

immenfe 9 & les hautes & magnifiques efperances 
qui le çonduifoient , Se que fe trahiiïant en quel- 
que façon lui-même > il s'embarqua fans voir la 
fin de fon entreprife , laifïant à ks Alliez un 
regret infini de fon départ , & réfutant admira- 
blement par fa douceur le mot de Demoftrate le o»-Erafîftratc; 
Pheacien ^ qui diioit , que les Lacedemoniens valoient 
mieux en public > & les Athéniens en particulier. Car 
fi Agefilas le montra dans le Public très-bon Roi , 
& très-excellent Capitaine , il ie montra encore 
meilleur & plus agréable ami à tous ceux qu'il 
admettait dans fa familiarité & qui joùiffoient de 
fon commerce le plus intime. 

Comme la monnoye de Perle avoit d'un côté 
la figure d'un archer ? il dit en partant que dix mille Bon mo%$AgSi^ 
archers du Roi le chatoient d' Afie , parce qu'on avoit 
répandu dans Athènes & dans Thebes dix mille 
pièces de cette monnoye,qu'on avoit données aux 
Orateurs de ces villes ? qui par leurs harangues 
feditieufes excitèrent les peuples de ces deux 
puirTantes villes , & les obligèrent à prendre les 
armes contre Sparte. 

Sans 'voir la fin de fon entre- plaiiîr à ceux qui les Tentent. 
frïfe. ] C'eft un mot d'Homère Parce qu'on avait répandu dans 

<xTêÀsyTMT«t) Im tpya * Hiad. iv. Athènes & dans Thebes. ] Xeno- 

175". qui eil tiré du difeours phon écrit que Thithraufte avoit 

qu 5 Agamemnon fait à fon frère envoyé en Grèce Timocrate de 

qui vient d'être blefTé.Plutarque Rhodes avec cinquante talens , 

mêle fouvent dans fa compofi- cinquante mille écus , qu'il dif- 

tion des morceaux tirez desPoë- tribua à Thebes , à Argos , à 

tes & furtout d'Homère , qui Corinthe. Mais il ajoute qu'A- 

relèvent extrêmement fa com- thenes n'eut aucune part à cette 

pofition , & qui font un grand diftribution. 

Tome K Kk 



^8- AGESÎLAS. 

Après qu'il eut paffé i'Helleipont il continua 
fa marche au travers de la Thrace -, fans avoir 
recours aux prières pour obtenir de ces Barbares 
le paffage libre , mais en approchant de leurs 
terres > il leur envoyoit demander à chacun com- 
Cemmcnt AgejîUs ment ils : vouloient qu'il paflat.chez eux > en ami > ou en 

paJJoU clam les terres , 3rr 1 \ i •" 1 

des B^hares. ennemi i 1 ous les autres peuples du pais le reçurent 
avec amitié, & l'accompagnèrent avec toutes les 
marques d'honneur félon leur pouvoir. Mais ceux 
qu'on appelle les Tralles, à qui l'on dit que 
Xerxes même avoit donné des prefens pour ob- 
tenir la permiffion de paflèr dans leur pais avec 
fon armée , demandèrent à Agefilas pour fon paf- 

cem -maie sens, {âge cent talens & autant de femmes. Agefilas ne 
répondit à cette impertinente demande que par 
une ironie ; il dit aux Envoyez, en femocquant 

K/ponfi d'Agi (itai d'eux : Que ne font-ils donc venus avec vous pour les 



Adaii; ceux quon appelle Us 
Traites. ] On voit bien que les 
Tralles,dont Piutarque parle ici, 
ne peuvent être les habkans de 
Tralles , ville de Lydie , dont il 
parle dans la vie de Cefar , car 
Agefilas efl enThrace ôc traverfe 
la Thrace. Il faut donc qu'il s'a- 
gifTe ici de quelqu'un de ces peu- 
plesSeptentrionaux.Ona voulu 
corriger Tp«%aM«ç- 5 les Track ai- 
les , les Trackalliens. Mais il ne 
faut rien changer au texte. Le P. 
Lubin a fort bien remarqué que 
Stephanus rapporte que; Theo- 
pompe met les Traites dans la 
province Trallia , qui eto.it une 



province de l'Illyrie , fur la 
frontière de la Thrace & de la 
Macédoine. Ce que Plutarque 
ajoute que Xerxes avoit fait des 
prefens à ces Tralles pour obte- 
nir un pafîàge dans leur pais , eft 
fondé fur ce qu'Hérodote écrit 
dans fon vu. liv. que Xerxes 
paffa au travers de plusieurs païs 
de Thrace. qu'il nomme. Car 
quoiqu'il ne parle pas nommé- 
ment des Tralles, on peut croire . 
fur le rapport de Theopompe 5 
qu'ils faifoient partie d'un de ces 
peuples qui font nommez , ou 
qu'ils étoient dans leur voiii- 
nage». 



A G E S I L A S. 259 

recevoir ? cela en valoit bien la peine. En mêmetems *«x ttaïus qui u 
il marcha contre les Barbares, qui l'attendoient f tI^lZ^ 
en bataille , les attaqua , les mit en luite , Se leur n warche comn 
tua beaucoup de gens. eux > & Ui hat - 

Il envoya faire la même propofition au Roi de M f~°'\f r T S r ' 

J I 1 ou a /on Jili Pauja- 

Macedoine. Ce Roi répondit quilverroit. Cette nUs - 
xéponie rapportée à Agefilas : Eh bien , dit-il , quil Mot trh fer a'a- 

\ r - r * 7 i) rr T refilas fur une r éboule 

voye tout a Jon aije , cependant nous allons payer. Le d»sj>i de Macedoi* 
Roi , rempli d'admiration pour fon audace , & W4 
faifi de crainte , le pria de palier comme ami. Il 
ravagea les terres des Thefialiens , parce qu'ils 
^voient fait alliance avec les ennemis de Lace- 
demone , & envoya Xenocles & Scytha Ambat 
fadeurs à Lariflè pour la folliciter de prendre le 
parti de Lacedemone. 

Les habitans de Lariiîe retinrent ces Ambaflà- à&4*&»* %*■ 
»deurs priionmers. Les Spartiates, pleins dînai- nimiLaûffs. 
gnation, et oient d'avis qu' Agefilas allât mettre le 
fiége devant cette place , mais Agefilas répondit 
quil ne voudroit pas s'être rendu maître de la Theffalie BeM m ^ qMdii 

fur cela 

entière ? & avoir perdu un de [es Ambajfadeurs 3 & 
fit tant qu il les retira par compofition. Et ce n'efi: 
peut-être pas une chofe qu on doive tant admirer 
dans Agefilas , puifque quelque tems auparavant" * 
ayant reçu la nouvelle qu il y avoit eu une grande 
bataille près de Corinthe , où étoient morts une 
infinité de braves gens , mais où les ennemis 
avoient infiniment plus perdu que les Spartiates 9 
non-ieulement il ne parut ni joyeux,ni enorgueilli 
4e cette victoire, mais il s'écria avec un foupir qui 

JDki£ 11 



atfo AGESILA S. 

. s^n feraîmènt partoit du fond du. cœur : O malheureuse Grèce >,quî 
$Agef,Ls. viens de tuer d$. tes propres mains tant de braves gens y 

qui > conservez y aw 'oient fuffi pour défaire en bataille 

tous les Barbares. 

Dans (a marche les Theflàliens , & fîirtout ceux 

de Pharfale , le fuivant en queue -, le harceloient 

continuellement, & incommodoient beaucoup 

A laike de uni Ç Qn arm ^. e \[ [ Q m j t a J a t £ te Jg c J n q cens çfa^ 
c£ns tbevatix.u mtt T, 

les Thej]aiien i/ en vaux ., fondit fur eux , les mit en fuite , en tua plu- 

fuite , <C? il eleve . . r . a f\ 

un trophée de cme lieurs , ht quelques pnionmers -, ex éleva un tro* 
phée de cette défaite entre le mont Prantes & le 
mont Narthacium , plus charmé de cette vicloire 
que de toutes celles qu'il avoit remportées > en ce 
qu'avec une fi petite: troupe de gens de cheval , 
qu'il avoit choifis & formez lui-même , il avoit 
car, u cavahric défait ceux qui de tout tems fe glorifioientle plus 
de leur cavalerie. Là Diphridas ., un desEphores , 
vint au-devant de lui pour lui ordonner d'entrer 
incontinent en armes dans la Beotie. Agefilas, 
quoiqu'il eût formé le deffein de s ? y jetter dans 
ia fuite avec une plus forte armée, ne voulant 
pourtant pas defobéïr aux ordres du Confeil fupe- 
rieur , fe tournant vers ceux qui étoient avec 
lui , leur dit : Voici venir le grand jour qui nous a 
obligez de quitter V Â[ie x Se en même tems il manda 
deux Compagnies de l'armée qui étoit campée 
près de Corinthe. Les Lacedemoniens qui étoient 

Entre le mont Prantes & le Narthacium , ou Narthecium, 

mont Narthacium. ~] J'ai voulu deux montagnes de la Theffalie 

■marquer précifément le. lieu où dans la Phithionde, 
ce trophée fut dreffë. Crantes & . 



des TbeJJaliens étoit 
la plus ejlimée, 



AGES IL A S. i6t 

refiez dans la ville , voulant lui faire honneur à 
eaufe de la prompte obéïiîance qu'il rendoit à 
leurs ordres , firent publier à fon de trompe que 
tous les jeunes gens , qui voudroient aller au fe- 
cours deleurRfcr, n'avoient qu à venir s'enrôler. 
Il n'y en eut pas un fèul dans Sparre qui ne vînt fe 
preienter avec joye , & donner fon nom. Mais les 

tores en choifirent feulement cinquante des Les *P h °™ m 

envoient cinquante 



urs tenues gen% 
us détermine^. 



plus dilpos & des plus forts > qu'ils lui envoyèrent. 21 S 
Agefilas ayant pafle le pas des Thermopyles ', "* 
& traverfé la Phocide amie & alliée de. Sparte , 
entra dans la Beotie & campa dans la plaine de 
Cheronée. A peine étoit-il logé qu'il vit le foieil ll voh le f èlei } 

s'tclipfer , O 1 en mê- 



me tems il reçoit la 



s'éclipfer tout d'un coup & paraître comme la 

Lune quand elle efl: dans fon croiiTant y & fur le 7//l?tt>r{«! 

moment il reçut la nouvelle que Pifandre avoit J'° mdre - 

été défait dans un combat naval près de Guide 

parPharnabaze & par Conon , & qu'il y avoit été 

tué. Cette nouvelle l'affligea fenfibiement , corn- 

me on peut le croire ? tant à caufe de la perte 

de fon beau-frere , qu'à caufe du malheur public» 

Mais de peur qu'un fi grand échec r venant à être 

fçû, ne décourageât & n'enrayât les troupes 

-qui marchoient au combat^ il ordonna à tous 

Dans la -plaine de- Cheronée. ~\ A veine étoit-il logé qitil a)\t 

Sur les'bords du Cephife. On a le foieil s'éclipfer tout et un coup. ] 

fouvent confondu cette bataille Les plus fçavans Ailronomes 

de Cheronée avec celle de Co- marquent cette éclipfeau 2.g. 

renée en Theiïalie, qui fut don- d'Août, la in.- année de FO-- 

née cinquante-trois ans aupara- lympiade xcvi.392. avant l'Ere ■- 

yant , c'eft-à-dire la 11. année de chrétienoe, 
l'Olympiade Lxxxrft, 



2Ô2 A G E S î L A S. 

n fah femer un ceux qui venoietit du côté de la mer , de répandre 
fc^ri»^ un bmit tout contraire , & de dire que Pifandre 
pur rendre & rac e s avo j t gagné une bataille navale avec grande perte 

aux Dieux. O O o 1 

des ennemis , <Sc lui-même , paroifiant en public 
couronné d'un chapeau de fleurs! fit un facrifice 
d'aétion de grâces pour cette bonne nouvelle , 7 & 
envoya à fes amis des portions du facrifice* 

Après qu'il fefut avancé , & qu arrivé devant 

jaunie de a™- Cheronée, il fut enprefence des ennemis, il fe 
mit en bataille , donna aux Orchomeniens l'aile 
gauche ? & prit pour lui la droite. Les Thebàins 
le mirent auffi en bataille de leur côté , ils prirent 
pour euxfaiie droite , Se donnèrent la gauche aux 
mm fin iv. îiv. Argiens, Xenophon écrit que ce fut la plusfurieufe 

^-40 ç. ^jg toutes l es batailles qui euflént été données de 

fon tems , & il doit en être crû 3 car il y étoit , & 
il combattit auprès d' Agefilas > avec lequel il étoit 
revenu d'Afie. 

La première charge ne fut ni bien:Opiniâtre 5 
lu deux «tus g*»- ni bien longue , car les Thebàins mirent d abord 

mi} es ZfUiteT""' en fuite les Orchomeniens, & Agefilas renverfa & 
mit en déroute les Argiens. Mais les uns & les 
autres ayant Içû que leur aile gauche étoit fort 
maltraitée, &qu elle fuy oit, ils tournèrent incon- 
tinent , Agefilas pour s'oppofer aux Thebàins ? 

Et de dire que Pifandre avait refte cette difïîmulation , dç ca- 

gagné une bataille navale. ] Xe- cher de grandes pertes fous de 

nophon , qui y étoit, ajoute^ feints avantages dans des mo- 

mais qu'il y avait été tué. Cette mens critiques , a été fouvent 

circonstance rend l'action d'A- employée par les plus grands 

gefilas bien plus grande. Au Généraux. 



AGESILAS. 263 

Se pour leur ravir la viéloirej & les Thebains 
pour fuivre leur aile gauche qui s'étoit retirée vers 
f Helicon. Dans ce moment Agefilas pouvoit 
remporter une victoire Cire fans coup ferir , s'il 
avoit voulu laiifer paffer les Thebains pour les f«^w^ 
charger en queue , mais emporté par l'ardeur de %J™? S J fji c ™~ 
fon courage êc par une ambition opiniâtre de 
montrer fa valeur r il voulut s'oppoferà leur paf- 
fage y & les attaquer de front pour avoir le plaifir 
de les renverfer de vive force» 

Les Thebains le reeurent fans s'étonner. La 
mêlée fut âpre & fanglante dans tous les en droits 5 
mais plus encore dans le lieu ou Agefilas combat- 
toit au milieu des cinquante jeunes hommes que 
Sparte lui avoit envoyez; La valeur & l'émula- t*»f «****«* 

I J puante jeunes hom- 

tion de cts jeunes gens vinrent fort à propos au mes 1™ l «* E ? ho ™ 

-r% • o C C 1 r C 1 'Il avaient envoyez à 

K01 , oc turent caule de Ion ialuty car ils combat- a&jhos. 
tirent avec beaucoup d'ardeur r s'expofant les 
premiers. Ils ne purent pourtant pas l'empêcher 
d'être* bleffé , car il reçut au travers de les 
armes piufieurs coups de pique & d'épée. Mais pï if^J!f é ^ 
après de grands efforts ils l'arrachèrent encore 
vivanr aux ennemis , & lui faifant tin rempart de 
leurs corps , ils lui immolèrent quantité de The- 
bains, & piufieurs de ces jeutoes gens demeu- 
rèrent morts fur la place. Enfin voyant que ce-* 

T Afais emporté par P ardeur de Ce pafîàge de Pîujarque avoit 

fin courage. ] Xenophon n'a pas befoin d'être éclaira par celui - 

manqué de relever cette faute çle Xenophon, 

ë' Agefilas , liv, $. pag, ^oy. 



■a<?4 AGESïLAS. 

toit une affaire trop difficile que de renverfer de 
front les Thebains, ils furent forcez d'en venir à 
ce qu'ils avoient refufé de faire d'abord 5 ils ou- 
vrirent leur phalange pour leur donner pafiàge y 
Se après qu'ils furent pafTez, comme ils mar choient 
avec plus de defordre 3 ils tournèrent fur eux } & 
les attaquèrent parles flancs & par la queue. Ils ne 
purent pourtant jamais les rompre, ni les mettre 
Ghrieufe retrait en fuite ; ces braves Thebains firent leur retraite 
en combattant toujours , & gagnèrent i'Helicon ^ 
bien fiers dufuccès de ce combat , où de leur côté 
ils s etoient toujours maintenu invincibles. 
Ageftus malgré ie Agefilas , quoique très-afToibli par tant de blet 
ian S qu'a ferdoh, fùres qu'il avoit reçues , Se par la quantité de fang; 

ne fe retire qu apri * , . « A . 1 1 % r ■ 

avoir v» wpor.ur qu il avoit perdu, ne voulut pourtant pas le retirer 

dans fa tente , qu il ne fe fut fait porter au lieu où 

étoit fa phalange ^ & qu'il n'eût vu emporter 

devant lui tous fes morts fur leurs armes mêmes, 

H;«mp«uxxx. Là on vint lui dire que plufieurs des ennemis 

s'étoient réfugiez dans le Temple de Minerve 

Itoniene , qui étoit tout auprès y Se lui demander 

ce qu'il vouloit qu'on en fît. Comme il étoit plein 

âaijjb ZuTrlesrtZ dé pieté Se de refpecT: pour les Dieux , il ordonna 

^li^tZfû quonles laiffâtaUer, Au-devant de ce Temple 

de Minerve. \\ y avo it un trophée y que les Béotiens y avoient 

^ a la bataille de élevé après avoir défait les Athéniens en bataille 

fous la conduite de Sparton , Se tué leur Chef 

Tolmidas. 

Le lendemain matin Agefilas voulant éprouver 
fi les Thebains auroientle courage de recommen- 
cer 



A G E S I L A S. 26$ 

cer le combat , commanda à fes troupes de fe cou- 
ronner de chapeaux de fleurs en l'honneur du 
Dieu, Se à fes Auteurs de joiier de la flûte , pen- 
dant qu'il feroit drefler Se orner un trophée pour Age/îUs fejfe m 

J C • CL ' T\ A trophée de fa vitfoirc. 

monument de la victoire. Dans ce même moment 

1 < . Il -Les enncw's lui en- 

les ennemis lui envoyèrent des hérauts pour de- »<y«* demander u 
mander la permiffion d'enterrer leurs morts. Il la lI^wL. e ' uerrcr 
leur accorda avec une trêve , Se ayant confirmé fa 
victoire par cette action de vainqueur, il le fit por- II fi fan paner à 
ter à Delphes où Ton celebroit les jeuxPythiques. me 'prieflim/v- 
La il fit la procefïïon folemnelle ? qui fut fuivie Z^tZul 
d'un facrifice , & confacra au Dieu la dixme du c v*™&*«*h 
butin qu'il avoit fait en Afie 5 Se qui monta à cent 
talens. 

Après la fête il s'en retourna par mer à Sparte. 
Ses Citoyens le reçurent avec toutes les marques 
d'une véritable joye , Se le regardèrent avec admi- 
ration voyant fes mœurs (impies , Se la vie pleine 
de frugalité & de tempérance. Car il n'étoit pas 
revenu changé des pais étrangers , comme la 
plupart des autres Généraux , il n'avoit en rien 
pris les mœurs des Barbares , il ne fouffroit point 
avec peine les ufages defon païs, il ne les combat- 
toit point. Au-contraire , honorant les coutumes , CemhîeH /W« 

1 ' ctoit Attache emx 

reçues, s'y loumettant , Se les aimant comme les ^»«y?^«^/ « 
plus fimples Citoyens , qui n'avoient jamais paile 
TEurotas , il ne changea la moindre chofe ni à ks 
repas , ni à fes bains , ni à l'équipage de fa femme , 
ni aux ornemens de fes armes , ni aux meubles 
Se aux ornemens de fa maifon , jufques-là qu'il y 
Tome V, ^h 1 



3.66 A G E S I L A S. 

iiuijje a fa mû- laiffa les mêmes portes , qui y étoient auparavant; 

f Zt m ivl Klm- & <3 u i étoient fi vieilles qu'on croyoit que c étoient 

vies,*?!* àoient j es m ê mes qu Ariftodeme y avoit mifes. Et Xeno- 

phon allure que le coche même de fa fille n'étoit 

en rien plus beau , ni plus orné , que ceux de tous 

otmthre, qwiu \q$ autres. On appelle ce coche Canathrej & c'eft 

eïece de coche, r 1 1 • r* i 1 • r • C 1 

une eipece de chàiie de bois taite en rorme de 

griffons^ou d'autres animaux d'une figure étrange* 

, dans laquelle ils mènent les filles aux procédions» 

Les hemmes s en . x f" / 1 1 ' 

jervokutaujji. Xenophonne nous a pas conierve le nom de cette 
fille d'Agefilas ? & Dicearque s'en prend à lui , & 
fe met véritablement en colère de ce que nous 
ignorons le nom de cette fille , & celui de la mère 
d'Epaminondas. Mais dans de vieilles infcriptions 
que nous avons vues à Sparte, nous avons trouvé 
que la femme d'Agefilas s'appelloit Cleora , & 
ckEupoiia, & qu'elle avoit deux filles > l'une appellée Apolia & 

Uuire Proauga. X mtr Q ProlytCt,, 

On voit encore aujourd'hui à Lacedemone la 
fiv!yo"e n 1fr! èl lance dont il fe fervoit, qui n'eft en rien différente 
*mt de Fiutaffue. ç} es au tres, Comme il voyoit qu'il y avoit quel- 
ques Citoyens qui s'enorgueiliifloient , & qui stn 
faifoient accroire* parce qu'ils nourriffoient beau- 
coup de chevaux ; il perfuada à fafœur, appellée 

Et qui étoient fi 'vieilles quon filas , lorfqu'il retourna à Sparte 

croyoit que c étoient les mêmes après la vicloire de Cheronée , 

qu ariftodeme y avoit mifes. ] Cet avoient fept cens huit ans.Quei- 

Ariflodeme étoitfils d'Hercule, le différence de ces mœurs aux 

& celui qui avoit fondé la fa- nôtres ! nos portes , nos chemi- 

mflleRoyaledeSpartel'annoo. nées, nos fenêtres changent 

avant notre Seigneur , de forte comme les modes de nos habits, 
que ces portes du Palais d'Age- 



A G E S I L A S. %6j 

Cynifca,de monter fur un char Se d'aller combat- 
tre Se difputer le prix aux jeux Olympiques, pour us vuhim de 
faire voir aux Grecs que la victoire , qu'on y rem- ZTJuZuîZfL 
portoit, n étoit pas le fruit du courage & de la c p*&> mais de u 
valeur, mais des richefles Se delà dépenfe. Ilavoit 
avec lui le fage Xenophon, qu'il eftimoit infini- 
ment, Se à qui il faifoit de grands honneurs. Il v , 

■tf iU. \ r • ' C C x o r X- en °\><->™ envoyé 

I obligea a raire venir les enrans a Sparte , afin fis/m à sparte f0 ur 
qu'ils y fuffent élevez, Se qu'ils y appriflènt la ^IJZln.™ 
plus belle & la plus grande de toutes les feiences , **/&#*& ««- 

•*- jj , A i o 1> 1 '•• mander £r d obe'ir,U 

celle de commander oc d obéir. pim grande </«/«««- 

Après la mort de Lyfandre , il trouva une ligue * 
toute formée contre lui , & que Lyfandre avoit 
ameutée Se fomentée. Pour faire donc voir quel 
homme c' étoit que Lyfandre, il fut fur le point de 
produire une harangue qu'il avoit laiiîe écrite de 
la main, que Cleon d'Halicarnafîelui avoit com- 

C f Q~ '•! 1 •...-/'.• j , 1 î Cela a été expliqué 

poiee,<x qu il de voit réciter devant le peuple,pour dans u vie de L r 
établir de grandes nouveautez dans la ville & y ■%£* tom - lv,pa ^ 
changer le Gouvernement. Mais quelqu'un des 
Sénateurs , homme fage , ayant lu cette harangue , 
& craignant la force Se la véhémence de cette 
compofition, lui confeilla de ne pas déterrer Ly- 
fandre ^ mais plutôt d'enterrer [on difeours avec lui. 
Agefilas le crut , & garda le filence. Et pour ceux 
qui étôient entrez contre lui dans cette ligue , & 
qui étoient fes ennemis déclarez, il ne chercha 
pas ouvertement à leur nuire , mais en contribuant M T li a f\f trAn : 

X y ges dont Agejilas Je 

4e tout fon pouvoir à leur faire toujours obtenir , f eWoit p™? gagner 

fes ennemis. 

.Mais en contribuant de tout fon pouvoir à leur faire toujours obtenir 

L 1 i j 



a6S ÀGESILAS. 

ou le commandement des armées , ou quelque 
autre emploi considérable, il leur donnoit par-là 
le moyen de faire éclater leur méchanceté & leur 
avarice dans ces emplois ,. & enfuit e en les aidant , 
en les favorifant de fon crédit , Se en follicitant 
pour eux quand ils étoient appeliez en Juftice y 
il les attiroit à lui , & les rendoit fes amis , de fes 
ennemis qu'ils étoient auparavant. De forte que 
bientôt il ne trouva plus perfonne qui refîftât à fes 
volontez & qui voulût lui faire tête. Car l'autre 
Agefîpoihi.fiisde Roi Agefipolis , étant fils d'un banni * & encore 

zw/amas, en f ort bas âge, d'ailleurs d'un naturel doux & 

modefte ,, ne fe mêloit pas beaucoup du Gouver- 
nement. Encore Agefilas trouva-t-il le moyen de 
gagner fes bonnes grâces. Car les Rois de Sparte % 
quand ils font dans la ville , mangent toujours 

'/imbu. enfemble à la même table. 

Agefilas donc voyant qu Agefipolis n'étoit 
pas moins porté à l'amour que lui-même, lui 
ouvroit toujours à table quelques propos far les 
beaux garçons de la ville , & excitoit ce jeune 
homme à en aimer quelqu'un de ceux qu'il aimoit 
aufli , & le fervoit dans fa paffion ; car à Sparte 
momies garons ces fortes d'amours n'ont rien de honteux, au- 

l non a Sparte. . . . ' 

contraire on y voit éclater toute lorte de pudeur y 
d'honnêteté , & de continence , & ce n'eft qu'une 



Rois de Sparte nsan- 
peoiem toujours en- 



Ai, 
tjttd 



ou le commandement des armées , 
ou quelqii autre emploi conjîdera- 
ble. ] Mais eft-ce là l'a&ion d'un 
homme de bien & qui aime fa 
patrie, de travailler à avancer 



les méchans , pour fe les rendre 
amis , en les aidant enfuite à fe 
tirer de toutes les affaires qu^ils 
fe font attirées par leur injus- 
tice. £ 



A G E S I L A S. î6€> 

ambition & un ardent defir de rendre ceux qu'on 
aime , plus aimables ôc plus vertueux , comme 
nous l'avons écrit dans la vie de Lycurgue. 

Par tous ces moyens Agefilas acquit un pouvoir 
prefque abfolu dans la ville , & il s'en fervit pour 
faire déclarer General de la flotte Teleutias , fon u fait déclm 
frère utérin. Après quoi il partit avec fon armée General de la fl° lt * 

t n A \ rr 1 r^ • 1 Teleutias fon frère de 

déterre, alla mettre le liège devant Corinthe, ««w^w^ 
& prit ce qu'on appelloit les longues murailles \ 
pendant que fon frère Teleutias l'aiTiégeoit par 

jmer. Les Argiens occupoient alors Corinthe , & 
«celebroient les jeux ïfthmiques. Agefilas y arriva 
dans le moment qu'ils venoient d^acheverle facri- 

:iice , 8c fe jettantfur eux il les chaûa , & les obligea 

*d' abandonner tout l'appareil de la fête. 

Les bannis de Corinthe qui l'accompagnoient, 
fe mirent à le prier de prefider à la cérémonie & 
de célébrer lui-même les jeux , mais il les refufa 
& voulut qu'ils le fiffent eux-mêmes , & qu'ils 
prefidaffent , & il fe tint là pendant que dura la 
fête, pour leur procurer toute la fèreté qu'ils 
pouvoient defirer. Mais après qu'il fut parti , les 
Argiens qui étoient reftez dans la ville , fe mirent 

■\iij a- -mlr Ce'toh un droit que- 

a célébrer de nouveau ces mêmes jeux, rlulieurs i e5 Argiens fretin- 
de ceux qui avoient vaincu aux premiers, vain- d ^ ein ^ ir f euh - 
quirent encore aux féconds , mais il y en eut 

Les Argiens occupaient alors bien diftinguées dans fon iv. liv. 

Corinthe.'] Plutarque confond ici page 410. 
deux expéditions d' Agefilas Plufieurs de ceux qui avoient 

contre Corinthe , ôc n'en fait -vaincu aux premier s , -vainquirent 

€|u\jne, Xenophon les a fort encore aux féconds , mais il y en; 



270 AGE SI LA S. 

d'autres qui ayant été déclarez vainqueurs la pre- 
mière fois, furent déclarez vaincus la féconde. Et 
fur cet empreffement des Argiens , Agefilas fit 
voir qu'ils dévoient s'accufer d'une grande lâ- 
cheté , en ce qu'eflimant fi fort ces jeux, Se 
regardant comme quelque choie de grand & de 
fort refpeétabie , le droit d'y prefider, ils n'a- 
voient pourtant pas ofé paroîtrepour défendre par 
les armes ce droit qu'ils prétendoient. Pour lui, il 
muet* q»'n faut eftimoit qu'il falloit garder un certain milieu dans 
jZiZje7j F e Jil ces fortes de chofes, Se n'en être ni trop, ni trop 
peu curieux. Quand il étoit à Sparte il n'épargnoit 
rien pour orner & embellir les chœurs, les jeux , 
& les fêtes qu'on y celebroit; il les honoroit de 
fa prefence , il y paroiffoit avec tout l'emprefle- 
ment & le zèle qu'on eût pu defirer. Il n'y avoit 
pas un feui des jeux & des combats des jeunes 
garçons , Se des jeunes filles , aufquels il n'affiftât 
Ageflus n'avait mi avec joye. Mais iln'avoit nul goût pour tous les 

roui pour les amufe- r ' • 11 o 

mem ordinaires des autres amuiemens , qui occupent les hommes , ce 
1?^^. ^ f ont j eur admiration . $r {[ faifoît femblaiit 

de ne pas s'y connoître. 

Un jour lé Comédien Callipidas, qui étoit un 

eut d'autres. ] Je croi que Plu- qu'on eût vaincu deux fois , ou 

tarque a cherché ici plus de fi- qu'on eût été vaincu deux fois 

nefiè qu'il n'y en a. Xenophon aux jeux d'une même année , ce 

dit : Ainfi il arriva cette année que qui n'avoit jamais été vu , parce 

dans ces mêmes jeux plujîeurs vain- qu'il n'étoit jamais a rivé que 

fuirent deux fois , & vlufieurs cette fois-là , qu'ils eufTent été 

furent vaincus deux fois , pour célébrez deux fois dans la même 

marquer tout fîmplement com- année, 
me une chofe fort extraordinaire 



Comment ilrahatjja 



A G E S I L A S. 271 

merveilleux Acteur pour le Tragique , & qui par 
l'excellence de fon art avoir acquis une grande 
réputation parmi les Grecs , & qui en étoit hono- 
ré ; l'ayant rencontré , l'aborda le premier , Se 
après l'avoir falué , il fe mêla avec beaucoup d'of- 
tentation & de fafte parmi ceux qui fe prome- 
noient avec lui > fe faifant voir , & s'attendant que 
le Roi lui feroit quelque carefïe , qui iatisferoit fa 
vanité. Enfin , comme ce Prince ne le regardoit 
pas feulement , il lui dit > Seigneur > eft-ce que vous 
ne me connoiffez pas l à ces mots Agefilas jettant les 1* >«f v*wU YL 
yeux fur lui, mais n'es-tu pas x lui dit-il, Callipidas le 
farceur i Une autre fois on le prefïbit d'aller en- 
tendre un homme > qui contrefaifoit parfaitement 
le roffignol , & il le refuia , en diiant s qiiil avoir 
fouvent entendu le roffignol même. 

Le Médecin Menecrate ayant réiiffi dans quel- 
ques cures defefperées, fut appelle Jupiter , Se 
non-feulement il reçut ce grand titre, mais il 
l'employoit lui-même fort infolemment, jufques- 
là qu il eut f audace d'écrire un jour à Agefilas en 

7» r ' T Tt ' A n Comment il refît- 

ces termes % menecrate Jupiter? au Koi Agefilas x maUfiiied'unMe- 
falut. Agefilas pour lui faire fentir fa folie , lui ré- a^uTJlîSl^ 
pondit , le Roi Agefilas , a Menecrate , famé. \ '■ ff*" l ™-™™ >- 

Pendant qu il étoit dans le territoire de Corin- 
the où il a voit pris le temple de Junon 3 comme 
il regardoit fes foldats emmener tous les efclaves 
qui f ortoient de ce temple , Se emporter tout le 
butin , il arriva auprès de lui des Àmbaffadeurs 
de Thebes ^ pour iuipropofer de faire amitié &. 



•272 ÂGESILASr; 

alliance avec les Thebains , Agefilas , qui de tout 
tems haïiToit cette ville , & qui croyoit de plus y 
qu en cette occafion il étoit important pour le 
iimarqueunzrand bien des affaires , de lui marquer un grand mépris, 
né^is a*x Ambajjk- g t fembiant de ne pas appercevoir ces AmbaiTa- 

deurs de Thebes. t o i i 

deurs , & de ne pas entendre ce qu ils lui di- 
foient ; mais fur l'heure même il fut puni de cet 
iiefipuni de cet orgueil > comme par un effet de la vengeance 
9rg»eii. divine. Car avant que les Thebains fe iuflent 

retirez , un courrier vint à toute bride lui appor- 
ter la nouvelle , qu'une des bandes des Lacede- 
CAoitParjènaides moniens , qui étoit dans le Léchée, avoit été tail- 

Cmnt biens, . r . . . ^ , . . 

lee en pièces par Iphicrate. L, etoit une des plus 
grandes pertes que les Lacedemoniens euffent 
faites depuis longtems ; car ils avoient perdu beau- 
coup de leurs plus braves foldats > & à cette perte 
fe joignoit encore la honte , leur infanterie pe- 
famment armée ayant été défaite par des troupes 
armées légèrement, &les Lacedemoniens par des 
foldats mercenaires. 

A cette nouvelle Agefilas fe leva & fe mît en 
marche pour aller à leur fecours ; mais ayant ap- 
pris en chemin que l'affaire étoit finie , & que les 
morts avoient été enlevez , il s'en retourna au 
temple de Junon, fit appellerles Ambafladeurs 
des Béotiens, & leur donna audience. Mais ces 
Ambafladeurs ? le traitant i leur tour avec arro- 

Qujme des bandes des Lace- Germain , il y a /uolpay- Mais les 
moniens. ] Au lieu de^épay dans Lacedemoniens diioient yuépa., 
Je,mf. de la Bibliothèque de faint pour fxoip*. 

gance 



A G E S I L A S. ^3 

gance 8c avec mépris , ne lui dirent pas un feul l« AmUjfadem 

i • o I • 1 J PI f 'i de Thebei le traitent 

mot de paix, oc lui demandèrent ieulement qu il t i eur m* avec m»-, 

les iaifîat entrer dans Corinthe. Cette demande '"""• 

piqua Agefllas , qui plein de dépit Se de colère , 

leur dit : Si vous voulez voir vos amis s'enorgueillir de 

leurs grands fuccès , demain vous fourrez avoir cette u™™™^"™ 

fatisfatîion tout à votre aife. 

Le lendemain il les mena avec lui , fit en leur 
prefence le dégât autour de Corinthe > s avança 
■jufqu aux murailles de la ville, & après avoir fait 
voir que les Corinthiens n'avoientofé fortir pour 
défendre leur païs , il renvoya ces Ambafladeurs, 
Enfuite après avoir recueilli ceux qui étoienc 
échapez de la défaite , il reprit le chemin de La- 
cedemone , décampant le matin avant le jour 3 
& n'arrivant le foir aux lieux où il voulait loger 
qu'après la nuit clofe , pour empêcher que les Âr- 
cadiens -, qui les haïrToient & qui leur portoient 
envie > ne leréjoùiflent de leur malheur. 

Quelque tems après voulant faire plaifir aux 
Âchéens , il parla avec eux en armes dans 

Si vous voulez, voir vos amis verrez, beaucoup mieux quel efi ce 

s'enorgueillir de leurs grands fuc- grand exploit. Et il ne les trompa 

ces. ] Cette réponfe me paroît point , ajoute Xenophon , car 

mieux dans Xenophon. Jeffai , dès le lendemain matin après 

leur dit-il en fouriant , que ce avoir facrifié , ilmena fon armée 

nefi pas pour voir vos foldats que vers Corinthe &c. 
vous demandez,- à entrer dans Co~ Quelque tems après voulant 

rinthe , mais pour être fpeUateurs faire plaifir aux Achéens , il paffa 

du grand fuccès que vos armes avec eux en armes dans VAcar- 

viennent d 'avoir. Donnezrvous un nanie.'] Les Achéens tenoient la 

moment de patience , je vous con- ville de Calydon , -qui étoit au- 

duirai moi-même, & avec nwï vous paravant de l'Etolie. Les Acar- 

Tome V. Mm 



3*74 A G E S I L A S. 

n ravage ïam- l'Acarnanie , d'où il emmena un grand bu~ 
K»/a & ba * ^ ^ n * a P r ^ s avoir défait les Acarnaniens dans un 
grand combat. Comme il vouloits'en retourner 
vers le commencement de l'automne, les Achéens 
le preflbient d'attendre encore un peu de tems 
jufqu'à l'arrivée de l'hyver> pour empêcher les 
ennemis de faire leurs femailles. Mais il leur ré- 
pondit qu'il vouloit faire tout le contraire ? & 
Pourquoi AgefiUs partir pour leur donner le tems de femer, car x 

voulut dsnner aux . • 1 7J r~" / /• 77 r 

ennemis k tems d e ajouta-t-il , i ht e prochain ^ quand leurs terres fe- 
ront couvertes d'une riche moiffon , ils craindront bien, 
plus la guerre. Et cela arriva comme il l'avoit dit r 
, l'année fuivante il ne fut pas plutôt repaffé dans 
leur pais avec fes troupes ? qu'ils firent la paix, 
avec les Achéens. 

Dans ce tems-là Pharnabaze & Conon avec la 
flotte du Roi de Perle s'étant rendus maîtres de la 
mer > ravageoient toute la côte de la Laconie , & 
les murailles d'Athènes ferebâtifïoient de l'argent 
que Pharnabaze fourniiîbit aux Athéniens. Cela 
fît prendre aux Lacedemoniens la refolution de 
faire la paix avec le Roi. D'abord ils envoyent 
p . , , r Antalcidas à Tiribaze , livrant au Roi avec la der- 

raix hoiifetije que ' 

les ueeâemoniem niere injuftice & avec une extrême lâcheté tous 
ierfi. les Grecs établis en Afie ^ pour la liberté defquels 

naniensj aidez par les Athéniens mane,qui envoya Agefilas avec 

& par les Béotiens s vouloient des troupes. Xenophon a décrit 

s'en rendre maîtres & en chafFer au long cette expédition d'A- 

la garnifon des Achéens. Ceux- gefilas dans (on iv. liv. 
ci fe voyant preiTez envoyèrent Livrant au Roi avec la der~ 

demander du fecours à Lacede- mer e injuftice & avec une extrhm. 



A G E S I L A S: 275 

Agefiias avok fi longtems combattu. Il eft vrai 
qu' Agefiias n'eut aucune part à cette honte , elle 
doit tomber toute entière fur Antalcidas, qui 
étant l'ennemi juré d' Agefiias , hâta cette paix 
par toutes fortes de voyes , parce que la guerre 
augmentoit l'autorité, la gloire P & la réputation 
d' Agefiias, Cependant quelqu'un ayant dit en 
prefence d' Agefiias que les Lacedemoniens perfi- 
foient, il ne laifîà pas de répondre , di plutôt que 
les Perfes laconifent. Il fit plus encore , car en fai- 
sant de grandes menaces & en déclarant la guerre 
à tous ceux des Grecs, qui refufoient de con- 
fentir à cette paix , il les força de s'y foumettre 9 
& de palier par tout ce que le Roi de Perfe 
voulut. 

Mais en cela il fe conduisit par une grande vue MHi$u à'A&ft- 
de politique J car il prit ce parti furtout à caufe t&A 
des Thebains , qui étant obligez par un article * re * «**•?***- 
<le cette paix de laifïèr toute la Beotie libre & 

lâcheté tous les Grecs établis en 
Afie. ] Antalcidas clit àTiribaze 
dans fa première audience , que 
les Lacedemoniens ne fe met- 
•toient point en peine de défen- 
dre contre le Roi la liberté des 
villes Grecques d'Afïe , qu'il 
leur fufrifoit que les autres villes 
& les Mes fuflent libres & in- 
dépendantes. Xenoph. liv. iv. 
pag. 420. 

Di plutôt que les Perfes laco- 
nifent. ] Pour dire par-là que 
tout ce que le Roi de Perfe fai- 
foit en cette occasion , tendoit 



à l'avantage des Lacedemo- 
niens. 

A caufe des Thebains , qui étant 
obligez, de laifïèr toute la Beotie 

o • Jj 

libre & indépendante , en feraient 
doutant plus faibles. ] Car n'é- 
tant plus maîtres de la Beotie , 
toutes fes villes pourroient ou 
demeurer neutres, ou prendre 
le parti qui conviendroit à leurs 
intérêts , ce qui diminuerait 
d'autant les forces de Thebes. 
Xenophon a rapporté les articles 
de cette paix d' Antalcidas dans 
fon v. liv. pag. 43 o. 

Mm ij 



276. AGESILASi. 

indépendante , en feroient d'autant plus foibles y. 
fi elle venoit à s'exécuter. Et il déclara bien ma- 
nifeftement que c étoit là fon intention par ce qui 
arriva dans la fuite. Car après l'horrible action que 

pandas s'entre commit Phcebidas de s'emparer en pleine paix de 

cjtMé'Âebes. la citadelle de Theb es , appellée Cadmée > tous 
les Grecs en furent très-indignez , mais lesXa-ce— 
demoniens le fupportoient encore plus impa- 
tiemment que les autres , furtoutceux qui étoient 
oppofez à Agefilâs demandoient avec emporte- 
ment à Phcebidas par quels ordres il avoir exécuté 
une fi étrange perfidie , ne doutant point que le 
foupçon ne dût tomber uniquement fur lui. 

Âgefilas ne fit nulle difficulté de foutenir 
Phcebidas & de dire hautement & devant tout le 

M*xtw irês-faujf* ni onde ,. qu'il jalloit regarder F.aBion en elle-même > 
& voir fi elle étoit utile. 3 car tout ce qui étoit expé- 
dient pour Lac.ede.mone. y il étoit beau de le faire de 
fon propre mouvement fans, attendre les ordres, de per- 
fonne. Cependant dans tous fes difcours il foute- 

^ffJt/^lutllês no ^ tou J ours q^ ta juftice étoit la première de. 

verm. toutes les vertus ., & que fans elle la valeur même 

n'ëft jamais utile , car fi tous les hommes étoient 
juftes, onn'auroit jamais befoin de la valeur. Et 
à ceux qui lui difoient - 9 cefl-làî intention du grand 

Cefendant dans tous fes difcours qu'il ne, doit perdre aucune oc- 
il foutenoit toujours que la jufiice cafion de la violer pour Tavan- 
étoh la -première de toutes les ver- tage de fon païs. Voilà un. 
tus. ] Agefilas étoit donc per- étrange principe , un principe 
fuadé qu'un homme d'Etat doit bien pernicieux, 
toujours vanter la juftice , mais.. 



A G E S I L A S. 277 

Roi > il leur répondit : Ce Roi, que vous appeliez 
grand y comment eft-il plus grand que moi , à moins 
qu'il ne. [oit plusjufte ? fentiment très-digne & très- 
beau, qu il faut toujours prendre la juftice pour Lttjujiice, u™*> 
règle , & s'en fervir comme de la mefure Royale ^Zl^tlviTgrZ- 
pour mefurer la grandeur. ? mr " 

Après la paix faite ,- le Roi lui écrivit à lui en 
particulier des lettres pour lier amitié & hofpitalité 
avec lui., mais il ne voulut pas les recevoir, difant 
que l'amitié publique fuffifoit , & que tant que celle-là; 
dur oit , on n avoit pas befoin d'une amitié particulière. 
Mais ces beaux fentimens ,, qu il témoignoit dans *$'&" d f msn ^' 
les diicours, 11 ne les luivoit pas dans les actions*- dans u frottée. 
au-contraire il fe laiflbit très-louvent emporter à 
fon ambition, & à fon obftination opiniâtre. Il 
s y abandonna furtout contre lésThebains , lors- 
que , non content de fauver Phœbidas , il perfuada i^w« à'Agefim. 
encore à la ville de prendre fur elle l'attentat, 
qu il avoit commis , de retenir la Cadmée , & de 
mettre à la tête des affaires, & du Gouverne- 
ment de Thebes , Archidas & Leontidas, par la 
trahifon defquels Phœbidas avoit furpris cette 
citadelle. Cela ne manqua pas de faire naître 
d'abord le foupçon que c'étoit Phœbidas qui 
avoit exécuté la chofe, mais que c étoit Agefilas 
qui ïavoit confeillée; & ce qui arriva dans la 
fuite fit bien voir que ce foupçon étoit très-fondée 
Car après que les Thebains eurent chaffé de la uru pourra*» ■ 
Cadmée la garnifon des Lacedèmoniens & remis Atî ' eaimi * 
&n liberté la ville de Thebes , Agefilas fe pîai- 

Mm iij \, 



278 ÂGESILAS. 

gnant hautement de ce que les Thebains avoient 
fait mourir Archidas & Leontidas, qu'il appelloit 
Polemarques ou Gouverneurs , quoiqu'ils fufîènt 
nde'cUreUpterre en effet de véritables Tyrans , leur déclara la 
*™Jg e \?ZïCho7i- guerre. Et le Roi Cleombrotus , qui regnoit alors 
brms. a j a pl ace d' Agefipolis qui venoit de mourir ? fut 

envoyé dans laBeotie avecune armée. Car Age- 
filas y qui étoit iorti de l'âge de puberté depuis 
quarante ans, & qui par les loix étoit difpenfé 
d'aller à la guerre , étoit bien aife d'éviter cette 
expédition, ayant honte qu'après avoir fait la 
guerre quelque tems auparavant aux Phliafiens 
pour des bannis , on le vît encore marcher contre 
les Thebains pour des Tyrans. 
Sfhojrias oppofe* j\ y avoit alors un Lacedemonien , appelle 
Sphodrias , qui étoit du parti oppofé à Agefilas Se 
que Cleombrotus avoit laiffé Gouverneur de la 
M , , ville de Thefpies , homme qui ne manquoit ni 
dnas. d'audace , ni d'ambition , mais dont la tête étoit 

toujours plus remplie de vaines efperances , que 
de fageffe & de bon iens. Cet homme , defireux 
de fe faire un grand nom , & fe persuadant que 
Phœbidas s'étoit rendu très-illuftre & très-celebre 
par l'attentat qu'il avoit commis contre Thebes , 
s'imagina que ce feroit un exploit bien plus glo- 
rieux & plus éclatant , fi de fon pur mouvement 
il fe faifiiToit du Port du Pirée > & qu'il ôtât aux 

Car Agefàas qui étoit forti de de compter l'âge , parce qne 
Icigc de puberté depuis quarante c'étoit ainfi que comptoîent les 
ans.~\ J'ai confervé cette manière Lacedemoniens. 



A G E S I L A S. - 279 

Athéniens l'empire de la mer, en les attaquant 
inopinément du côté de la terre. 

On prétend que ce fut une trame ourdie par ^p^r e ¥'°- 

_ « .1 n 1 / ~ > 1 . / . ^ drias fit far l#J u £' 

relopidas oc par Gelon > qui etoient Gouverneurs gejiion de Peiyidas 
de la Beotie. Car ils lui envoyèrent fecretement 
des hommes qui faifoient femblant de favorifer 
le parti des Lacedemoniens 5 qui louant & exal- 
tant Sphodrias comme le feul homme digne qu'on 
lui confiât une fi haute entreprife , & le feul ca- 
pable de F exécuter , firent tant par leurs loiianges- 
qu ils enflammèrent cet elprit ambitieux y & le 
portèrent à fe charger de cette eommiffion , qui 
n' et oit ni moins injufte ni moins horrible que celle 
de la Cadmée , mais qui ne fut exécutée ni avec 
autant d'audace "ni avec le même bonheur ; car 
étant parti la nuit de Thefpies dans l'efperance de 
fiirprendre le Pirée avant le point du jour , l'aube 
le furprit dans la plaine de Thriafie 5 & l'on dit 
que fes foldats ayant vu quelques feux paroître rrmpes.de %be- 
fur quelques temples de la ville d'Eleufine, furent tL^& 
îaifis d'épouvante , qu'une frayeur divine s'em- 
para de leur elprit > & que lui-même fe voyant 
découvert x perdit toute fon audace y & s m 

On prétend que ce fut une trame lité contre les Athéniens , afin 
ourdie far Pelopidas & far Gelon, de les exciter contre Lacede- 
qid étaient* Gouverneur s de la Bec- mone. C'eft ce que Xenophon.. 
Me7\ Car les Thebains, craignant fait fort bien entendre dans fon 
qu'ils ne fuffent les feuls à faire v. liv. mais il ne nomme ni Pelo- 
ta guerre aux Lacedemoniens , pidas , ni Gelon. Plutarque a- 
firent gagner ce Sphodrias Gou- raconté cette hiftoire dans la vi§- 
*erneur de Thefpies , pour lui de Pelopidas. 
Ikire commettre cet aéte d'hofti- 



aSo A G E S I L A S, 

-retourna honteufement à Thefpies, fe contentant 
d'emmener quelque méchant butin. 

En même tems les Athéniens envoyèrent des 

Ambaiîadeurs porter leurs plaintes à Lacedemone. 

LeCvn/eiideLace- Ces Anibafladeurs trouvèrent que les Seigneurs 

demone appelle Spho . ^ f* • 1 s • 1 > a 

dnas en ju^ce p S ur du C^onieU ri avoient pas attendu qu on vint 
i.iMreMprocès. ^Athènes accufer Sphodrias devant eux , & qu ils 
l'avoient déjà cité pour lui faire fon procès, mais 
il n'oia comparaître & attendre Tifluë de ce 
jugement , craignant la fureur de fes Citoyens , 
qui n'ofoient regarder les Athéniens en face , & 
qui vouloient paraître fe reflentir comme eux de 
cette injuftice, de peur d'être foupçonnez d'y 
avoir trempé, 

Ce Sphodrias avoit un fîls nommé Cleonyme , 
Arcindamusfhd'A- i eune beau, & bienfait. Archidamus, fils du 

gejilas , ejt amoureux ' 

de cuonyme , fiis de Roi Agefilas, en étoit amoureux 9 & comme on 
peut penfèr il partageoit avec lui toutes les peines 
& toutes les angoifles que lui caufoit le danger 
où il fe voyoit de perdre fon père ; mais il n'ofok 
paraître ouvertement pour lui, ni folliciter en fa 
faveur, parce que Sphodrias étoit l'ennemi dé- 
claré d'Âge/ilas. Cependant Cleonyme l'étant 
allé trouver , & l'ayant conjuré avec larmes de 
leur rendre fon père favorable , car c'étoit celui 
qu'ils redoutoient le plus , Archidamus fut trois 
ou quatre jours fans ofer en parler à fon père, 
qu'il craignoit , mais il le fui voit toujours dans 
un profond filence fans le quitter d'un pas. Enfin 
l'affaire étant fur le point d'être jugée , il s'enhardit 

& 



Sphodrias. 



A G E SI LAS. ^8r 

& déclara à Agefilas que Cleonyme favoit prié MUiamm mut- 
d Intercéder auprès de lui pour fon père. Agefilas, "tpJ^hîdJl 
qui connoifîoit la paffion de fon fils, ne travailla 
point à l'en détourner , car Cleonyme dès fon 
enfance avoit donné de grandes efperances qu'il 
feroit un jour un des plus honnêtes hommes de 
Sparte , mais il n'accorda rien non plus à fes 
prières , & ne lui dit pas une feulé parole qui pût 
lui faire efperer quelque grâce Se quelque dou- 
ceur de fa part. Il lui répondit feulement qu il 
aviferoit à ce qu il feroit honnête & convenable 
de faire , & le quitta. 

Archidamus , tout honteux , difeontinua de 
voir Cleonyme , quoique jufques-îà il eût ac- 
coutumé de le voir pîufieurs fois le jour. Cela fît 
que les amis de Sphodrias defefpererent de fon 
affaire, jufqu'à ce qu'un jour un des intimes amis 
d' Agefilas, nommé Etymocles , leur découvrit 
dans une converfation le véritable fentiment semimmiïAge- 
d' Agefilas. Il leur dit donc qu Agefilas bïâmoit $? * dmci [*" fm 
l'action de Sphodrias autant quelle le meritoit, 
mais qu'il ténoit Sphodrias pour un très-brave 
homme, & qu'il voyoit que Sparte avoit befoin 
de foldats tels que lui. Car voilà les difeours 
qu' Agefilas tenoit tous les jours fur cette affaire 
pour faire plaifir à fon fils. De forte que Cleo- 
nyme s'apperçut d'abord de l'emprefîèment 
qu Archidamus avoit eu à le fervir , & que tous 
les amis de Sphodrias parurent & folliciterent 
pour lui avec plus de confiance. . Car Agefilas 
Tome V. Nn - 



z%2 AGESILAS. 

AgefiUs le père à» étoit le père du monde le plus tendre & le plu& 
&je'piîïVnpiZ complaifantpourfesenfans. On dit que pendant 
f™: s , , r qu'As étoient petits, il iouoit ayec eux & fe di- 

11 va a cheval Jur *■ . rt* • 11 \ \ r 

»n bâton avec/es en- vertifloit à aller à cheval fur un bâton,& qu'ayant 

été furpris un jour en cet état par un defes amis , il 

le pria de n'en rien dire à perfonné avant qu'il 

eût lui-même des enfans. 

SfhoârUs e$ ahfom, Sphodrias ayant été abfous à pur & à plein , les 

c? Us Athéniens de- Athéniens n'eurent pas plutôt appris ce jugement 

c Lurent la guerre. <* 1 T ff i O 

sj?am. qu'ils fe préparèrent à la guerre. Ce qui attira un 

grand blâme lur Agefilas , car on lui reprochait 
que pour iatisfaire un defir puérile & infenfé de 
fon fils y il avoit empêché qu'on ne rendît un 
jugement très-jufte , & avoit rendu fa ville cou- 
pable envers les Grecs des plus grands forfaits. 
Alors Agefilas voyant que fon collègue à la 
P\oyauté ? Cleombrotus > n étoit pas difpofé à 
marcher contre les Thebains , & renonçant en 
cette occafion au privilège de la Loi, qui le dil- 
penfoit d'aller à la guerns , quoiqu'il s'en fut déjà 

Ilfe met à la tête x r . . « r • > 1 a 1 o C ' 

des trouas pour mar- iervi , il le mit a la tête des troupes, oc le )etta 

7aLs Cmire les n& ~ dms laBeot^e r où il fit beaucoup de maux aux 

Thebains , & en fouffrit auffi d'eux , de forte 

qu'Antalcidas le voyant un jour fort blefle > lui 

ma d'Avaictdas dit : Seigneur Agefilas , vous recevez aujourd'hui un 

«.Agefilas, y eau fal a j re de Y apprentiffage que vous avez fait faire 

aux Thebains en leur enfeignant à combattre , ce qu'ils*. 

nevouloient », ni ne fçav oient faire ayant vous. En 

effet on afiure que les Thebains fe furpafferent en 

cette rencontre , & qu'ils parurent beaucoup plus 



AGESILAS. 283 

aguerris qu'ils n avoient jamais été , comme ayant 
été exercez Se dif ciplinez par toutes les guerres 
que les Lacedemoniens leur avoient faites. C'eft- 
pourquoi l'ancien Legiflateur Lycursue dans une r - u v?e de Ar 
des trois ordonnances qu 11 avoit faites pour eux , 2.16. 
& qu il appelloit Rhetres , leur avoit défendu de Ce fl «»« grand* 

f . r- I 1 A faute de faire lon<r- 

taire iouvent la guerre contre les mêmes enne- tems-u^rre conte 
mis , de peur de les aguerrir, en les obligeant trop lesmèm * sennemis * 
fouvent à le défendre. Et ce fat cela même qui 
fit encourir à Agefilas la haine de tous les alliez 
de Sparte qui fe plaignoient hautement , & qui 
alloient difant , que ce n'étoit point pour aucune in- 
jure publique 3 mais par un emportement de colère $ 
&par une opiniâtreté obftinée qu'il cherchoit à perdre 
les Thebains. Qu'ils n avoient que faire de fe ruiner* 
& de fe confumer en marchant tous les ans de côté & 
d'autre à la fuite d'une poignée de Lacedemoniens > eux 
qui et oient en fi grand nombre* 

Agefilas, piqué de ce reproche, & voulant ne^utUemanuré 
rabaiflèr cette prefomption des alliez, qui fe 
croyoient fi confiderables , ufa , dit-on , de cet 
artifice , pour leur faire voir combien peu de gens 
de guerre ils étoient. Il ordonna que tous les 
alliez s'affifïent d'un côté pêle-mêle , & que les 
Lacedemoniens s'affiflent à part de l'autre côté. 
Cela étant exécuté , il fit crier par un Héraut, que 

Il fit crier far un Héraut que clairement que toutes les troupes 

tous les Potiers fe lèvent- & ils fe des alliez n'étoient que des arti- 

leverent. ] Il y a beaucoup d'ef- fans , qui ne prenoient les armes 

f>rit & de force de fens dans cet que dans la neceffité,au lieu que 

artifice d' Agefilas. Il fait voir les troupes des Lacedemoniens 

Nn ij 



Agefilas rabat lapre* 
fmption des alliez de 
Syartej quife croyent 
tresconfiderahUs. 



284 AGESILAS. 

tous les Potiers fe lèvent , & ils fe levèrent ; il fit 
appeller de même les forgerons y les charpentiers f 
les marions ? & tous les autres artilans , les uns 
après les autres.Prefque tous les alliez fe levèrent > 
mifeuuJfanplmi au heu qu il ne fe leva pas un feul Lacedemonien y 
&* ucedmoniens. car ]\ \ Qm £ to j t défendu d'apprendre & d'exer- 
cer aucun art méchanique, Se alors Agefilas fe 
prenant à rire , vous voyez , mes amis , leur dit-il y 
que nous envoyons en campagne bien plus de gens de. 
guerre que vous, 

A fon retour de Thebes étant arrivé à Me- 

gare, comme il montoit un jour du Temple de 

Venus au lieu où s'afTembloient les Magiftrats 

Agef^fent tm d ans ] a c i ta d e ll e tout d'un coup il fentit de 

a un coup des convuL- ■* A 

jions de mrfs & une grandes douleurs & de violentes convulfions de 

viclente inflamma- ■■■■£• \ f • 1 f* • • i 

tion à fa jambe neris a iajambe laine > qui devint en un moment 

fort enflée avec inflammation. Il parut que ce mal 

venoit de la grande quantité de fang qui afluoit 

u» Mededn im dans cette partie ; c eft-pourquoi un Médecin de 

ouvre la veine a la A -» JT I _ ^ 

the^iie du pied. Syracufe lui ouvrit lui le champ la veine a la 

étoîent de véritables foldats, qui geaffentpar âixaines , & que. l'on 

toute leur vie . n'apprenoient prît unTroyenpourverjer du vin à 

d'autre métier que celui de la chaque dixaine des Grecs , il y. 

guerre, ce qui efltrès-difFerent. aurait beaucoup de dixaines qui 

Agefilas femble en cette ren- manqueraient d'Echanfon. Car par 

contre avoir profité d'un artifice cette image ce Prince ne veut 

prefque femblable d'Agamem- pas feulement relever le nombre 

non , qui dans le n. liv. de l'I- des Grecs , mais encore faire 

liade , pour faire voir combien voir que les Troyens ne font au- 

les Grecs étoient fuperieurs en près d'eux que de vils efclaves , 

nombre aux Troyens , dit , que qui ne meriteroient que de leur 

fi les Troyens fe mettaient d'un co- fervir d'Echanfons , comme cela 

U , que de l'autre les Grecs Je ran- a été judicieufement remarqué, 



A G E S I L A S. 285- 

cheville du pied. D'abord les douleurs celîerent, 
mais le fang coula avec tant d'abondance qu'on 
ne pouvoit l'étancher. Enfin il tomba en défail- 
lance & fut longtems en grand danger. Mais 
cette pamoifon ayant arrêté le fang, il fut porté d ^/ m (* L l ' lc t 
à Lacedemone , où il fut longtems malade & hors Unguw malade- 
d'état de fervir. 

Pendant fa maladie il arriva de grands échecs 
aux Spartiates & fur terre & fur mer ; le plus con- 
fiderable fut la perte de la bataille de Leuclres^où tw««k^ f - 

.t r- . i n-,1 i . A i tus à leufhes par k$ 

ils turent vaincus par les Ihebains. Avant ce der- iinbdm. 
nier échec, tous les Grecs étant d'avis qu'il falloit 
faire une paix générale , il arriva à Lacedemone 
de tous les endroits de la Grèce des députez pour 
en convenir. Parmi ces députez étoit Epaminon- ^mimnU d*? 
das , homme très-celebre pour fa grande érudi- S" rtc f* IhsUi *' 
tion & pour la profonde connoiflànce qu'il avoit 
de la philofophie , mais qui n'avoit encore donné 
aucune preuve de fa grande capacité pour com- 
mander des armées. Cet homme voyant que tous 
les autres députez fléchifloient fous Agefilas par 

Le plus confîderable fut la perte le de Leu tires qui fut donnée 

de la bataille de LeuUres. ~~\ Il y vingt jours après le traité de 

a une diverfe leçon qui porte y paix. 

la plus confîderable fut la perte de Avant ce dernier échec. ] J'ai 

la bataille de Tegyre , & Palme- ajouté ces paroles qui font très- 

rius la croit la feule bonne , . par- neceffaires , pour éviter la con- 

ce que la bataille de Leu&res ne fufion , en empêchant qu'on ne 

fe donna que longtems après les croye que la bataille de Leuclres 

échecs dont Plutarque parle, fut donnée avant la conclusion 

Mais par la fuite ii paroît qu'il ne de la paix ; car elle fut donnée" 

faut rien changer au texte. Se vingt jours après la-paix faite ,, 

que Plutarque parle de la batail- comme Plutarque le dit plus bas SJ 

N n iij 



HÏ6 AGE S IL A S. 

n s'opte feui à le grand refpeét qu'ils avoient pour lui , il fut le 
j^ejius. £ eu j q U j Q £ a p ar [ er avec une auc i ace pleine de 

francHife. îl fit une harangue ? non pour les feuls 

Thebains , mais en gênerai pour toute la Grèce , 

faifant voir que la guerre augmentoit la puifîance 

Pane y* dam des feuls Spartiates } Se qu'elle ruinoit & affbi- 

Zliw'ieî^Zfs de* bliffoit tous les autres Grecs , & leur remontrant 

Mi 3\ ,, . la neceffité qu il y avoit de fonder la paix fur 

il ny a que L ega- 1 / l 

fat q»i rmde upaix l'égalité & fur la jufli ce , parce qu'il n'y avoit 

ferme C?° durable- \ • C oJ 11 11* 1 

de paix terme oc durable que celle ou toutes les 
parties trouv oient un avantage égal 

Agefilas donc voyant que tous les Grecs 
;étoient frappez de ce dilcours & qu'ils étoient 
prêts à s'y conformer, demanda à Epaminondas 3 
s'il eftimo.it quil fut jufte & raifonnabk de laiffer la 
Beotie libre & indépendante. Epaminondas tout 
auffi-tôt lui demanda à fon tour avec beaucoup de 
vivacité & de hardiefle , s'il eftimoit aujji qu'il fût 
jufte & raifonnable de laiffer la Lac onie dans la même 



La necejjïté qu'il y avoit de fon- 
der la paix fur l'égalité & fur la 
juftice , parce quil n'y avoit de 
paix ferme & durable. ] Voici 
une grande leçon pour ces poli- 
tiques aveugles,qui dans les trai- 
tez veulent toujours mettre de 
leur côté les plus grands avan- 
tages , Se qui ruinent par-là l'é- 
galité , feule capable de rendre 
la paix ferme & durable. 

Demanda à Epaminondas , s*il 
eflimoit qu'il fût jufie & raifort- 
noble de laiffer la Beotie libre & 
indépendante. ~\ Le nœud de tout 



ceci, c'eft que les Thebains vou- 
loient que tous les autres Grecs 
lairlaflent les villes libres , & 
tenir cependant la Beotie fou- 
mife à leurs loix ; Se les Lace- 
demoniens prétendoient de mê- 
me que la Beotie fut libre , & 
être cependant maîtres de la La- 
conie , ce qui étoit injufte des 
deux cotez , car il falloit que 
tout fut égal , autrement celui 
qui'auroit tenu ces villes dans fa 
dépendance , auroit eu un grand 
avantage fur les autres.. 



A G E S I L A S. 287 

indépendance & la même liberté'. Alors Agefîlas le 
levant de fon fiége , plein de colère , le prefla de 
déclarer nettement s 9 il laifferoit la Beotie libre. Et 
Epaminondas lui fit encore la même queftion , 
Se lui demanda s il laifferoit de fon côté la Laconh 
libre. Agefilas en fut fi irrité , & il embrafîa avec 

dP fi n-ii t Agejîlas rompt nvec 

e joye ce prétexte de rompre avec Inebes, /«r/w^ww, ©•/««« 

que fur le champ il effaça du Traité d'alliance le *"-"<•*•«* 
nom des Thebains & leur déclara la guerre. En- 
fuite il ordonna à tous les autres députez de s'en 
retourner après qu'ils auroient fîgné & réglé tous 
les articles dont on pourroit convenir aimable- 
ment r & pour les autres fur lefquels on ne pour- 
roit s'accorder , de les décider parles armes x car 
il étoit bien difficile de vuider & d'afîbupir tous 
leurs différends. 

Il le trouva pendant ce temps-là que Cleom- 
brotus étoit dans la Phocide avec une armée. Les 
Ephores lui envoyèrent ordre fur l'heure de mener 
fes troupes contre les Thebains, & fans perdre un 
moment ils envoyèrent partout pour afîembler 
les forces de leurs alliez , qui étoient très-fâchez 
de cette guerre y Se qui n'y marchoient qu'à 
contre-cœur, mais qui n'ofoient encore con- 
tredire les Lacedemoniens, ni leur defobéïr 3 

< rv> > 1 /•» j- I Cette tnerre fut 

quoique cette guerre tut précédée de beaucoup précédée par bc M ~- 
de fignes. fâcheux & de très-mauvais prefage r™ljf fignts '^ 

Quoique cette guerre fût préce- rapportoît que tous lesTemples- 
àée de beaucoup de fignes fâcheux de la Beotie s'étoient ouverts 
& ds très-mauvais prefage. J On d'eux-mêmes, que les PrêtreiTes 



ï8S' AGE S ÏL A S. 

comme nous l'avons écrit dans la vie d'Epaml- 
nondas, & que le Spartiate Prothous s'y oppofât 
jgefiLuia fit entre- çf e tout fen pouvoir. Aeefilas ne voulut jamais y 

.prendre ae fa propre air 1 1 C 

a^orité. renoncer , oc la ht entreprendre de la propre auto- 

rité , efperantbien avoir trouvé le tems favorable 
pour fe vang.er des Thebains -, toute la Grèce étant 
libre & unie , Se les Thebains feuls exclus du 
Traité de paix. Et -ce qui marque évidemment 
que cette guerre fut entrepriie plutôt par un mou- 
vement de colère } que par des motifs de juftice 
& de raifon, c'efl: le tems; car le Traité de paix 
u h. année de fut conclu à Lacedemone le quatorze du mois de 

l'Olymp. Cit. X6$- T *îl O 1 • V A a ? n > 1* 

Am avam ?. c J uillet , oc le cinq d Août , c elt-a-dire vingt jours 
après , les Lacedemoniens furent défaits à la ba- 
taille de Leuclres , où ils perdirent mille naturels 
Le Roi cieombro- Spartiates tuez fur la place , & où leur Roi même 
t S Leii l el bataUU Cleombrotusfuttué au milieu de fes plus braves 
guerriers , qui mordirent tous la pouffiere autour 
Faiem héroïque de de lui. De ce nombre fut le beau Cleonyme , fils 

CUenyme > fils de j ^ i j • • / / m r - 

sphodrias, de Sphodnas , qui ayant ete abbatu trois tois 

av oient déclaré qu'une grande troupes félon leur ferment, d'or- 

vi&oire fe" préparait pour les donner que toutes les villes por- 

Béotiens $ que toutes les armes teroient leur contribution félon 

avoient disparu du Temple leur pouvoir dans le Temple 

d'Hercule , comme Hercule lui- d'Apollon , & que l'on ne feroit 

même étant parti pour le com- la guerre qu'à ceux qui s'oppo- 

bat. Xenophon ajoute , que la feroient à la liberté des villes ; 

plupart étoient perfuadez que car par ce moyen ils auroient les 

c'étoient là des inventions des Dieux favorables, & les villes fe 

chefs. joindraient à eux très-volontiers, 

Et que le Spartiate Prothous s'y maison fe mocqua de cet avis. 

oppofat de tout fon pouvoir. ] I/a» Car , ajoute Xenophon , il fem- 

visdeceProthousétoitfortjufte; ble que les Dieux poujjoient déjà 

il confeilloit de congédier les Us Lacedmoniens àleurjrmne. 

devant 



A G E S I L A S. i8p 

devant le Roi , Se s'étant relevé trois fois , fut 
enfin achevé en combattant genereufement de- 
vant fon Prince^ jufqu'à la dernière goûte de fon 
fang. 

Ce grand échec étant donc arrivé aux Lace- 
demoniens contre l'attente de tout le monde , & 
aux Thebains cet avantage fi grand & fi glorieux, 
que jamais Grecs combattans contre des Grecs 
n'en ont remporté un pareil , il n'y a perfonne qui 
n'eftime & n'admire autant la magnanimité & le l* magnanimité 

il • 1 1 • •- j 11 • de la ville vaincue 

courage de ia ville vaincue que de celle qui a **#<%»« d'admis 
vaincu. Xenophon dit quelque part que les paroles f£ e *"£% * e j£ 
des gens de bien, même celles qui leuréchapent »• 
à table dans le vin & au milieu de leurs jeux & de Les , { droles . de \ 

i gens de bien toujours 

îeurs plaifirs , font toujours dignes de mémoire ,"*&»« & mémoire, 
& il a raifon, mais il n'y a pas moins de plaifir& 
d'utilité , ou pour mieux dire , il y en a beaucoup 
davantage à remarquer & à confiderer ce que les Mah f* s»' * e fi- 

11- ] • r or o 1 r encore davantage s 

gens de bien diient oc ront, oc la nere contenance c'eji u fere «»«- 

>'\ ' J f •/"• C T "Il nance qu'ils tiennent. 

qu ils tiennent dans la mauvaiie tomme. La ville iani èUverfiu, 
de Sparte celebroir alors une grande fête, & elle 
étoit pleine d'étrangers, que la curiofité y avoit 
attirez, caries chœurs de jeunes garçons & de 
jeunes filles combattoient tout nuds en plein 
théâtre. Dans ce moment les courriers arrivèrent 
de Leùclres avec la terrible nouvelle de cette 

Ily en a beaucoup davantage à une impreflïon très - vive , qui 

remarquer & à confiderer ce que excitant dans notre ame l'admi- 

les gens de bien difent & font. ] ration pour une fi grande vertu * 

Car ces exemples donnez dans nous rend capables de l'imiter» 
des états fi violens } font fur nous 

Tome K O a 



ipo A G E S I L A S. 

Granâeur de cca- défaite. Les Ephores , quoiqu'ils euffent bien 
ZwheTudéfrke compris d'abord que leurs affaires étoient entie- 
deuvfim. rement ruinées, & qu'ils avoient abfolument 

perdu l'Empire de la Grèce, ne permirent pour- 
tant ni aux chœurs de fe retirer , ni à la ville de 
changer l'appareil & la décoration de la fête , mais 
ils envoyèrent dans toutes les maifons aux parens 
les noms des morts qui leur appartenoient , & 
demeurèrent au théâtre à faire continuer les dan- 
fes & les jeux jufqu'à la fin. 

Le lendemain matin chacun {cachant déjà tous 

ceux qui étoient fauvez , & tous ceux qui étoient 

morts y les pères & tous les parens de ceux qui 

avoient été tuez , s'étant rendus à la place pu- 

p ye de uu» dont _ blique , fe faluoient & s'embraffoient les uns les 

les parens avoient ete A . ,, o 1 • 1 

tue\ k ia bataille, autres avec un vilage content , oc pleins de mag- 
Àfflï&ien de ceux nanimité & de joye. Au lieu que les pères & les 

do7!t les parens noient j / ■ / 1 c , 

fauve^. parens de ceux qui étoient ecnapez le tenoient 

cachez dans leurs maifons comme dans un deuil; 
& il quelqu'un d'eux étoit forcé de fortir pour 
fes affaires , il paroiiîok avec une figure , une 
voix & un regard qui marquoient fa trifteffe & 
fon abbattement ,- & marchoient tout en double 
& courbé comme n'ofant lever la tête. Cette 
ane différence en. différence fe remarquoit encore mieux dans les 

core plus marqua n 11 • 1*1 Cl J 

dans us frimes. iemmes , car celles qui attendoient leurs nls de 
retour du combat , on les voyoit triftes , abbatuës 
& dans le filence , & celles dont les fils avoient 
été tuez, on les voyoit courir avec emprelîement 
aux Temples pour rendre grâces aux Dieux , & ' 



A G E S I L A S. r>or 

fe vifiter les unes les autres avec beaucoup de 
gayeté en fe félicitant de leur gloire. 

Cependant le peuple voyant que fes alliez 
l'abandonnoient, & s'attendant bien qu'Epami- 
nondas , après une fi grande victoire , qui rele voit 
fes efperances & enflanimoit fon ambition , fe 
jetteroit au plutôt dans le Peloponefe, corn- sm$4*àe$*& 
mença à rappeller dans fa mémoire les anciens ^^ToC't 
oracles qui lui défendoient de prendre un Roi re & ne bmmx ° 
boiteux ? comme et oit Agefilas. Il fe fait fur 
cela un fcrupule de confcience , qui le jette dans 
le découragement & dans la frayeur d'avoir of- 
fenfé les Dieux, comme fi leur ville n étoit tom- 
bée dans ce malheur, que parce que chafïant du 
trône un Roi entier & ferme fur fes deux pieds 5 
ils y avoient placé un Roi boiteux $ ce que les 
Dieux leur avoient ordonné d'éviter fur toutes 
chofes. Cependant à caufe de fes grandes qua- 
litez, de fa vertu & de fa réputation , non-feu- 
lement ils Favoient pris pour leur Roi , & l' avoient 
mis à la tête de leurs armées , mais dans toutes 
les diflicultez , qui furvenoient dans leurs affaires . 
civiles & dans le gouvernement , ils avoient re- 
cours à lui comme à un excellent médecin , & 
le prenoient pour arbitre en toutes chofes 3 fe rap- 
portant de tout à fa décifion. Et c'eft ce qu'ils 

Commença, a rappeller dans fa ne manque jamais de rechercher 

mémoire les anciens oracles qui lui ce qui peut les avoir attirez, & la 

défendoient de prendre un Roi boi- fuperflition, toujours timide , le 

teux.~\ Cela eft très-ordinaire dans porte très-fouvent à les imputer 

les malheurs publics $ le peuple à des caufes très-innocentes» 

G o ij 



2$z AGESILA Si. 

firent encore en cette rencontre , au fujet de 

ceux qui s'étoient enfuis de la bataille , & qu'on 

Ceft-à dire ceux' a pp e lle à Sparte trefantas : car comme ils étoient 

en grand nombre > & des plus puiilàns de la ville , 

ils n ofoient leur faire fournir les peines ordonnées 

par les loix , de crainte que le defelpoir ne les 

portât à remuer & à iufciter quelques nouveautez 

^Ê^t dans la ville. Car non-feulement les fuyards font 

h ce»x <pi avoimt exclus de toutes fortes de charges & d'emplois , 

£m dans des combats. . y O . J. . 

mais c elt encore une honte horrible de leur don- 
ner fa fille en mariage , ou de recevoir une fille 
d'eux. Tous ceux qui les rencontrent fur leur 
chemin peuvent les frapper, & ils font forcez de 
le fouffrir. De plus ils font obligez d'aller dans les 
rues vêtus pauvrement & falement de méchantes 
robes toutes rapiécées de lambeaux de diverfes 
couleurs. Il faut qu'ils fe faflent rafer la moitié de 
la barbe > & qu'ils nourrhTent l'autre moitié. Il y 
avoit donc un grand danger de foufirir dans 
Sparte tant de gens fi diffamez , & de les y fouf- 
frir dans un tems où elle avoit befoin d'un fi grand 
nombre de gens de guerre. 

Dans cet embarras ils choififientAgefilaspour 

Legiflateur ; & lui fans rien ajouter aux loix, fans 

en rien retrancher > fans y rien changer , il alla à 

l'aflemblée des Lacedemoniens , & dit en plein 

Mx^dim qu'Age- confeil, que pour ce jour il falloit laiffer dormir les 

Jilas trouva pour ton* ' x i j j xi 

Qutfow ce jour il falloit laiffer même tems & les loîx , & les 
dormir leJ loix.~\ Voilà un avis malheureux qui en dévoient être 
plein de fagefle , & qui fauva en les vi&imes , & dont la perta 



AGE SI LAS. 293 

loix y &* après ce jour leur rendre toute leur autorité, firvêr à sparte fe* 

t\ 1 «1 C > c r 1 • /<"'# €?" fis Citoyens, 

Par ce peu de mots il conierva a Sparte les loix 
entières , & lui rendit ce grand nombre de Ci- 
toyens qu'il empêcha d'être deshonorez. En mê- 
me tems pour guérir l'abbatement & le décou- Commemil¥anîme 
rarement où ces jeunes gens étoient tombez , il i*c°»raga e fistr*u- 

O 1 1» a !• TT'11 \ î es déshonorées C?* 

entra en armes dans 1 Arcadie. Véritablement il ^^»«. 
eut grand foin d'éviter d'en venir à un combat > il 
s'attacha feulement à quelque petite place des 
Mantinéens , qu'il prit ? & fit le dégât dans le 
plat païs y ce qui réjouit un peu Sparte & ranima 
les elperances , comme fon falut n'étant pas 
entièrement déploré. 

Bientôt après Epaminondas entra dans la La- ^f^^n 

S. X dans la Lacsme avec 

conie avec toutes les forces de fes alliez, qui me f*rmid*Hc **-: 
montoient à quarante mille hommes de pied 3 
iàns compter les troupes armées à la légère > & 
la tourbe de ceux qui fuivoient fans armes feu- 
lement pour piller. Car tout compté il étoit 
entré dans la Laconie jufqu à foixante-dix mille 
hommes. Il y avoit alors fix cens ans que les , Do- 

3 / • / i 1 . -v t 1 01 » ■ lly avoit fisc cem 

nens s etoient établis a Lacedemone, oc depuis ans peie* Spartiate* 
tout ce tems-là c'étoit ici la première fois qu'ils S2*gj& 

auroit afFoibli l'Etat. Les loix vi les fils d'Hercuîe,fes premiers 

qui ne dorment qu'un jour fondateurs, 
ne fçauroient faire de grands Et depuis tout ce tems-là , cé~ 

jnaux. toit ici la -première fois qu'ils 

Il y avoit alors flx cens ans ^voy oient les ennemis fur leurs ter'* 

que les Doriens s' étoient établis à res. ] Voilà un long efpace de 

Lacedemone.~\ Auparavant Lace- tems. Il y a peu de villes confia 

demone étoit Habitée par des derables dans le monde qui puif- 

Vjjeuplesramaffezquiavoientfui- ient fe vanter d'une fî longue- 

Oo iij 



enne*- 



2p4 AGESILAS. 

voyoient les ennemis fur leurs terres , auparavant 
jamais aucun n'avoit ofé y mettre le pied. Les 
Thebains & leurs alliez trouvant donc un pais 
tout neuf & auquel on n'avoit jamais touché, le 
Les Tbebtmsfac- parcoururent la flamme à la main , le fàccagerent , 

nagent la Lacome la -T . r ,x i . . _p^ o • T 

fiamme à la main, ce le pillèrent julqu a la rivière d iiurotas , oc jul- 

qu'à la ville , fans que perfonne fortît pour les en 

empêcher. Car , comme l'écrit Theopompe ? 

ÂgefiUs emploi»: Agefilas ne voulut pas que les Lacedemoniens 

les Lacedemoniens de 9 n sy -y o^ 1*11 1 

fin* pon foftofer* s oppoiallent a ce torrent <x a ce tourbillon de 

ce tonenu guerre , mais fe contentant de diftribuer dans le 

milieu de la ville, & dans tous les endroits les 

plus importans fes meilleures troupes ', & de bien 

aûurer tous les poftes , il fùpportoit les menaces 

& toutes les paroles hautaines & rleres des Thê- 

Tout ce ftJpjHas bains , qui le défîoient en f appellant parfon nom f 

Ztiî$o7 d " ns & qui le preffoient de feprefenter pour défendre 

fon païs y lui qui avoit feul caufë tous les maux en 

allumant cette guerre. 

Mais ce qui affligeoit encore davantage Age- 
filas , c'étoient les mouvemens tumultueux & 
les troubles | qui s'excitoient dans la ville , les 
plaintes & les allées & venues des vieillards , qui 
étoient au defefpoir de voir ce qu'ils voy oient, 
Se des femmes , qui ne pouvoient demeurer en 
repos, & qui devenoient entièrement forcenées 
en entendant les cris menaçans des ennemis 9 & 



r Oît 



tranquillité. Cela confirme bien Temple des Furies , dont on nofol 
Téloge que Platon a donné à approcher. 
Sparte , qu'elle étoït comme le 



A G E S I L A S. • 295 

en voyant les embrafemens qu ils excitoient aux 
environs & qui éclairoient jufques dans leurs 
portes. A cela fe joignoit encore la douleur de 
voir ternir fa réputation , en ce qu ayant reçu une 
ville très-grande & très-puiffante , il yoyoit toute 
la gloire & toute la dignité de cette ville dimi- 
nuer & dépérir entre fes mains , & il avoit encore 
un fecret dépit de voir démentir la vanterie dont 
il avoit fouvent ufé lui-même , que jamais femme 
de Sparte n avoit vu la famée d'un camp ennemi.. 
Auffi dit-on à ce propos , qu'un Athénien difpu- 
tant un jour contre Antalcidas fur la valeur des 
deux peuples , & donnant la préférence à fon 
païs, lui dit, nous vous avons plusieurs fois chaffez 
des bords duCephife. Ilejîvrai, lui répondit An- Beiu rtfaji jta*-- 
talcidas, mais nous ne vous avons jamais chaffez des IfjiZltnir^' 
bords de l'Eurotas. Un autre Spartiate , mais des 
plus obfcurs , répondit de même à un habitant 
dArgos : Celui-ci lui ayant dit, plufieurs de vos 
Spartiates font enterrez dans les terres d'Argos \ il 
lui répondit vivement , mais aucun devos Argiens SfZuu P 2î fL 
nef; enterré dans les terres de Sparte. f™J mbmm 

On dit quAntalcidas étoit alors Ephore , & 
quil envoya fecretement fes enfans à Cythere , J $ eAU ia$ de u 

1 1 • r. Ta -r Tk/r • A Lacome , au-delTm 

dans la crainte que Sparte ne rat pme. Mais Age- de M a u«. 
filas voyant que les ennemis le mettoient en de- 
voir de paffer Y Eurotas , & de pénétrer julques 
dans la ville, abandonna tout le refte, & fe conten- 
tant de défendre le milieu, qui étoit une hauteur r 
il, mit au-devant fes troupes en bataille. Par bon- 



c 9 6 A G E S I L A S. 

heur F Eurotas étoit alors fort gros & fort enfle 

Lès nehaïnspxf par la fonte des neiges , & les Thebains trou voient 

femi'Eurotas. pj us ^ Q peine & plus de difficulté à le palier à 

caufe de la trop grande froideur de Îqs eaux , qu'à 

caufe de leur rapidité. Comme Epaminondas 

pafîoit le premier à la tête de fon infanterie , 

quelques Spartiates le montrèrent à Agefilas , qui 

ce qu'Affilas dit a p r ès Favoir regardé longtems & Favoir iuivi des 

a bpamtnondas qui I O O 

s'avançait vers spar- yeux, ne dit que cefeul mot , o l'entreprenant hom- 
me ! Toute Fambition d'Epaminondas étoit de 
donner un combat dans la ville même, & d'y 
ériger un trophée ; mais n'ayant jamais pu attirer 
Vh . , Agefilas , & le faire defcendre de fes hauteurs , 

k.paminonaa$ ne o J * 

f ouvam faire d e f- \{ p r i t \ Q parti de fe retirer, & fit encore le dégât 

cendre Agefilas f e \ \ ^ 

min, dans la campagne. 

Cependant à Lacedemone environ deux cens 
mutins , qui couvoient depuis longtems un mau- 
vais deflein , & qui n attendoient que Foccafion 
de faire éclater leur perfidie, s'étant liguez , fe 
faifirent d'un quartier de la ville appelle IJforîum r 
où étoit le Temple de Diane, & qui étoit un 
lieu fort d'affiette & difficile à forcer. Les Lace- 
demoniens vouloient les y aller attaquer à la 
chaude. Mais Agefilas , qui craignoit que cela 
Grande pudenc, ne & éclorre quelque nouveauté dangereufe , 

s Agefihs pom dif. commanda à fes troupes de fe tenir en repos , & 

pwfer des mutins qui . . . r r o r • • 1? 

s'etoient enfart^ lui en limple cape , ians armes , oc iuivi d un 
fèul domeftique, il alla à eux, en criant : Vous 
avez entendu mon ordre autrement que je ne F ai 

Vous avez, entendu mon ordre autrement que je ne l'ai donné. ] 

donné* 



A G E S I L A S. 207 

donné 3 car je ne vous ai pas commandé de vous re- 
tirer en cet endroit , ni tous ensemble > mais les uns 
iàj& les autres ici s en leur montrant differens 
quartiers de la ville. Ces mutins, l'entendant par- 
ler de la forte , furent ravis , car ils le perlùaderent 
que leur defïein étoit caché > & fe féparant en 
deux bandes ,, ils allèrent fe placer dans les lieux 
qu'Agefilas leur avoit marquez. En même temps 
Âgefilas faifant venir des troupes > fit occuper le 
pofte dlflorium , & envoya prendre environ 
quinze de ces mutins > qu'il fit mourir la nuit fui— 
vante. 

Bientôt après il découvrit une autre conjuration n Couvre me 
beaucoup plus grande , & un compfot de grand ^l^ utAtim 
nombre de Spartiates , qui s'aflembloient toutes 
les nuits dans une certaine maifon pour chercher 
les moyens de changer le Gouvernement. Il étoit 
très - difficile de leur faire le procès dans un fi 
grand trouble 5 & très - dangereux de négliger 
leur mauvais deiTein. 

Agefilas 5 après en avoir communiqué avec les 
Ephores 5 les fit mourir , fans aucune formalité de ufahmour* i* 

.coupables fans aucune 

Cette prudence d' Agefilas étoit ils obéïfîent Se remettent à «n 

pleine d'audace , mais elle étoit autre tems ce qu'ils n'ont pas la 

prefque fûre du fuccès. Des force d'exécuter fur l'heure , 

mutins ne font prefque- jamais parce que cette heure n'efl: pas 

allez ameutez ni allez fermes la leur. L'hiiloire prefente des 

pour exécuter leur deiTein , dans occafions où cela a été imité 

un moment qu'ils n'attendent avec fuccès. 
point, & furpris d'un côté de la Les fit mourir fans aucune for- 

prefence de leur General , & malité de Juftice. ] On a beau- 

javis de l'autre d'être ignorez, coup difputé fur ce cas-ci y, pour 

Tome K Pp 



n 9 8 A G E S I L À S. 

formata/ h jufihei Juftice ,. ce qui jufques-là étoit fans exemple à 
ZoTef/mu/. * * Sparte, oùron n avoit jamais fait mourir perfonne 
fans lui avoir fait fon procès, 

Un grand nombre de voifins de Sparte > Se 

quantité d'Ilotes , qu'on avoit enrôlez * defertoient 

tous les jours & paffoient aux ennemis > ce qui 

abbatoit extrêmement le courage des autres. 

€e_ ytAgejtiasfit. Agefilas ; pour empêcher ce découragement , or- 

fpm -empêcher <p on O ^ 1 1 O 

ne /çât u mmhe des donna a les domeitiques daller tous les matins 
avant le point du jour a toutes les paillalles ? 
d'y prendre les armes de ces deferteurs & de les 
cacher y afin qu'on en ignorât le nombre. 

On ne fçait pas bien précifément en quel tems 
les Thebains*quitterent la Laconie ; les uns difent 
qu'ils fe r e tir er en t quand Thy ver fut venu, & que 
les Arcadiens ,. preffez par la mauvaife faifon > 
eurent commencé à décamper & à défiler en 
defordre* Les autres afîurent qu ils y demeurèrent 
encore trois mois & qu'ils achevèrent de four- 
rager & de ruiner tout le pais. Theopompe écrit 
que les Gouverneurs des Béotiens ayant déjà 
donné l'ordre du départ , il arriva dans leur camp 
un Spartiate 3 nommé Phryxus , qui leur appor- 
toit de la part d'Agefilas dix talens pour prix de 
leur retraite. De forte qu'en exécutant ce qu'ils 

fçavoir û l'on peut juftement ques-uns croyent qu'on peut fè 

faire mourir des conjurez fans difpenfer de ces longues forma» 

aucune formalité de Juftice. Le litez , lorfque le tems preffe } Se 

falut de l'Etat eft la première qu'il eft dangereux de différer, 

règle & la loi fouveraine. Dans mais cela eft fujet à de grands 

fes crimes qui le regardent, quel- inconveniens. 



®»# mille emu 



A G E S ï L A S, 3tpp 

avoient refolu , ils reçurent encore de leurs 
ennemis dix talens pour les frais de leur marche. 
Mais pour moi , je ne comprends pas comment 
cette particularité auroit été ignorée de tous les 
autres hiftoriens, & fçuë de Theopompe ieul. 
Ce qu il y a de certain , Se dont tout le monde 
convient également , c'eft qu Agèfilas fut la feule a^c^Ag^Us 
caule du falut de Sparte, parce que renonçant à ^u^ZT ' 
fes deux pallions les plus naturelles Se les plus 
enracinées en lui, à Ion ambition & à fonobfti- 
nation , il ne chercha que la fureté dans les af- 
faires, Se ne travailla qu à fe maintenir. Vérita- 
blement il ne releva pas la puiflânee ni la gloire 
de là ville ; il arriva à Sparte ce qui arrive à un Sparte comfdrée À 
corps bien fàin , qui toute fa vie s' eft accoutumé un cor î s hïm f ain • 

i i • O* qui étant accoa- 

à un régime très-exael: & très-compane , la moin- *'«««( * «» «^ 

j £ i -1 J a 1 1 ••(■".! irh-exatl , eft miné 

cire iaute le perd, de même le plus petit change- }a r u W indr<fim- 

Jtâais pour moi, je ne comprends tems Se le prix ban niiïènt toute 

ipas comment cette particularité. ] vrai-fembiance. 

Plutarque s'oppofe à cette parti- Il arïva a Sparte ee qui arrive 

■cularité , rapportée par Théo- à un corps bien fain , qui toute ja 

pompe , par la feule raifon qu'il vie s' eft accoutumé à un régime 

n'y a que lui qui en parle ; mais très-exa£i & très-compafjé , la 

il y en a encore une autre plus moindre faute le perd. ] Ceci eft 

forte à mon avis. C'eft que cette tiré des livres d'Hippocrate , qui 

particularité eft ridicule en enfeigne qu'il eft dangereux 

toutes manières. Agèfilas au- pour les corps bien fains de 

roit-il envoyé de l'argent aux s'accoutumer à un régime très- 

Thebains pour le prix de leur exacl , & à ne boire par exemple 

retraite , lorfqu'ils avoient déjà que de l'eau la plus faine , parce 

donné l'ordre pour leur départ , que pour peu qu'on s'écarte de 

& qu'on voyoit qu'ils allaient fe ce régime , qu'on ne peut pas 

mettre en marche , & leur au- toujours obferver , on en reçoit 

roit-il envoyé dix talens ? Le- un préjudice confiderable. 



Sparte périt pour 



300 ÂGESILA S. 

ment fùffit pour perdre & ruiner toute la félicité 
de cette ville. Et ce nell point fans raifon , car 
ce Gouvernement ayant toujours été bien confli- 
tué pour la paix , la vertu r & la concorde , dès 
qu ils voulurent y ajouter de nouveaux Etats & 
*>oir vo»i* conque- des dominations acquifes par la force , dont leur 

rit de nouveaux £- T «n t s ' • \ r 1 / > 

tat s . Legiilateur Lycurgue etoit tres-periuade qu une 

ville , qui veut vivre heureufe , n'a aucun befoin P 
ils déchurent de leur première fplendeur &ie per- 
dirent. 

En ce tems-là Agefilas avoit entièrement re- 
noncé à la guerre à caufe de Ion grand âge. Mais 
ion fils Archidamus ayant reçu un grand fecours , 
que lui envoyoit le Tyran de Sicile , fe mit à la 
tête des troupes, défit les Arcadiens dans une 
Bâtante j,^ ga- bataille , qui fut appellée la bataille fans larmes > 

g™ le fis à' Agefilas, '^1 ïï J 

Reliée k bataille car il ne perdit pas un ieul homme, oc tua beau- 

ikns. larmes. 1 1 

coup de monde aux ennemis. 

Cette victoire fit voir plus que toute autre chofe 
la grande foiblefle de Sparte ; car auparavant 

Dont leur Legijlateur Lycur.qvie fuffifantes pour, la rendre rnaîr 

était très-perfuadé qu'une ville , qui treïTe du monde entier , principe 

'veut vivre heurevje, r? a aucun be- que Platon a prouvé, d'une ma- 

foin. ] Plutarque nous a dit lui- niere très -forte & très-fblide 

même dans la vie de Lycurgue dans Ton premier Alcibiade , où 

page 270. que ce Legiilateur il fait" voir que les villes, pour 

ferfuadé que le bonheur d'une ville , être hemeufesv n'ont befoin ni 

comme celui d'un particulier ,, dé- de murailles > ni de vaiiTeaux , 

fend de la vertu, régla & compofa ni d'arfenaux , ni de troupes 3 

lafienne , de manière, quelle pût ni de.grandeur ,& qu'elles n'ont 

êire toujours libre, toujours fiffi- befoin que d'une feule chofe, 

fante à elle-même, &toujoirrs dans c'eft de vertu , tom. 1. pag. 

les maximes de la vertu, ce qui 3^4. de ma2.<-\ edit* 

vaut.mieux que toutes les forces 



• AGE SI LA S. 30Ï 

les Spartiates regardoient comme une chofe fi 

ordinaire & fi Ère pour eux de vaincre leurs mbbmm des 

ennemis , que dans leurs plus glorieux fiiccès s P. mU f es dansle ^ 

' x L O plus gwteux jucceSi 

ils ne facrifioient aux Dieux, pour leur rendre 
grâces de leur victoire, qu'un fimple coq; ceux 
qui avoient combattu, ne fe vantoient point 
ck ne fe gîorifioient point comme d'une chofe 
bien merveilleufe , & ceux qui en apprenoient 
la nouvelle 7 ne s'en réjouirToient point exceffi- 
vement ; car même après le gain de la bataille 
de Mantinée , que Thucydide a décrite, les DansUy-.uv. 
Ephar.es ne firent d'autre prelènt à celui qui en 
apporta le premier la nouvelle, que de lui envoyer 
une portion de chair du repas public pour l'en 
remercier. Mais quand on apprit la nouvelle de L'exch&Uurjcyr 
ce combat d' Archidamus , & qu'on le vit revenir VZTulJiTZ 
vainqueur ,. perfonne ne put fe contenir , ni de- $ u d ' A ^ u 
meurer dans la ville. Son père fortit le premier 
au-devant de lui , pleurant de joy e & de tendref- 
fe ; il étoit fuivi des Officiers & des Magiftrats ; la 
foule des vieillards & des femmes defcendit juf- 
qu'aux bords de la rivière en tendant les mains au 
ciel, & en remerciant les Dieux, comme fi ce 
jour-là Sparte eût lavé l'opprobre dont elle étoit 
couverte , & revu pour la première fois fes an- 
ciens beaux jours. Car auparavant on dit que les r *?*"*^* < ^ 

A ' , r . 1 î C Spartiates avant' ce - 

maris mêmes n oloient regarder leurs remmes en >««.. 
lace , à caufe de la honte qu'ils avoient de toutes 

les pertes qu'ils avoient faites. Et quand Epami- c . , 

r-> 1 a • l •11 \ nr rr o t.p-immOndaS'faiS-- 

is le. mit a. rebâtir la ville, de Meiiene.,, 6x nh ^ u-mu^ 



302 AGESILAS.' 

Me^ne , fins quA- que fes anciens habkans y accouroient de tous 
gefdasofes'yotfofir. cotez p 0ur } a repeupler, jamais ils n'oferent fe 

prefenter en bataille pour l'empêcher , quoiqu'ils 
en fuiîent très-fâchez , & qu'ils confervafîent un 
très-grand reflentiment contre Agefiias , de ce 
qu'après avoir joui fi longtems d'un pais , qui 
n'étoit pas de moindre étendue que toute la La- 
conie , & qui ne cedoit aux meilleurs endroits 
de la Grèce , ni en bonté , ni en fertilité du ter- 
roir y ils Favoient perdu fous fon règne. Voilà 
pourquoi Agefiias refufa d'accepter la paix , que 
lui officient les Thebains , ne voulant pas leur 
abandonner de parole ce qu ils occupoient déjà 
de fait. Mais en difputant ainfi contre eux avec 
opiniâtreté ., non-feulement il ne recouvra point 
ce qu'il vouloit ravoir , mais ilpenfa perdre Sparte 
par un ftratagême qu'on employa contre lui. Car 
Manti»te, éuit après que les Mantinéens fe furent fëparez de 

tArcadic, l'alliance des Thebains , & qu'ils eurent envoyé 

demander du fecours à Lacedemone , Epami- 
nondas , averti qu' Agefiias s étoit mis en marche 
avec des trcupes , &qu'ils'avançoit vers Manti- 
Teg*, vmeà'Ar- née, partit une nuit de Tegée à l'infçu desMan- 
p!L- a * tinéens, avec fon armée , <& marcha droit à Sparte 

fiie d g u marche d' a- p ar u n chemin différent de celui que tenoit Age- 

£ eklai, crvaccw p\ j r , r 11 »\ a 

tre sparte p ur u nias ; de iorte que peu s en rallut quil ne prit 

fwfrw re. d'emblée la ville, qui étoit vuide & fans défenfe. 

Mais un certain Euthynus de Thefpies , comme 

xtnofhmitmsfin l'écrit Calliflhene , ou , comme l'afiure Xeno- 

?ii.uv. phon, un certain Cretois , ayant informé en 



cad 



AGE S IL A S. 303 

diligence Agefilas de ce qui fe paiîoit > Agefdas Ag^u* infant 

ur 1 heure un cavalier avertir la ville , oc w w*?, mo/me 

il v arriva lui-même bientôt après. \^1T \ & ïan *' 

Il y étoit à peine arrive y que 1 on vit les The- 
bains palier l'Eurotas > & marcher contre la ville. 
Agefilas fit face partout , & fe défendit avec 
beaucoup plus de valeur qu'on n'en de voit atten- 
dre de fon âge. Il vit bien que ce n'étoit pas ici $ 
comme la première fois , le tems de fe ménager , A s^ Ut m fi m - 

- A , 3>ï r 1 nage pas t» cette us* 

& de le précautionner feulement -, mais qu il rai- càdon,^ cmb*.m 
îoit payer d'audace > & combattre en defefperé, e ' jfn ' 
moyens dont il ne s'étoit jamais fervi > & aufquels 
il n'avoit jamais mis fa confiance , mais qu'il em- 
ploya alors fort utilement pour repoufîer ce dan- 
ger y car par ce defefpoir & par cette audace il 
arracha fa ville des mains d'Epaminondas. Il éleva 
un trophée de fa viétoire ? & fit voir aux enfans 
& aux femmes les Lacedemoniens qui payoient à 
leur patrie un très-beau & très-digne falaire de 
leur éducation > & à la tête de tous ces braves fon e*;&/« bfinjih.- 
fils Archidamus > qui faifoit des merveilles de fa ïZ/™Z iJZ& 
perfonne , & qui* poufTé par fon courage & 
foutenu par la grande agilité de fon corps y pre- 
nant de petites rues détournées , fe portoit très- 

Les Lacedemoniens qui païoient d'éducation plus propre à former 

à. leur -patrie un très-beau & très- de braves gens que cell e deSpar- 

dïgne falaire de leur éducation. ~\ te. Plutarque fait voir auffi par 

Plutarque entre ici dans les vues ce pafTage* que la valeur doit 

de Platon j qui enfeigne que la être refervée pour le fervice de: 

valeur n'eft pas le fruit de là na- la patrie,comme une dette qu'on 

ture feule, & qu'elle eil l'effet de eft obligé de lui payer. 
l'éducation. Iln'y a jamais eu 



304 A G E S I L A S. 

promptement dans tous les endroits où le danger 
étoit le plus grand , & fe prefentant partout avec 
une poignée de gens , arrêtok partout l'ennemi 
& lui faifoit tête. 

Dans cette mêlée Ifadas , fit de Phœbidas , fut 
spedaei, agréMe un ipeétacle très-beau &très-admirâble,non-feu- 

O* furprenant qui- 1 C r~^' •"■ \ 

fadas tus dephœiù- iement pour les (citoyens, mais encore pour les 
i«dmne.«s F a„e. ennemis# H étoit très-beau de vifage, parfaite- 
ment bienfait , d'une taille avantageufe , & dans 
l'âge qui eft juftement la fleur de la jeunefle , lors- 
que les hommes parlent de l'enfance à l'âge de 
^TZ à ZJt puberté. Il étoit fans, armes, fans habit, tout nud, 
yépée à Vautre ii fait \ Q corps tout reluifant d'huile, Se tenoit d'une 

des exploits inoiiis. A . } f f 

main une pique , & de 1 autre une epee. En cet 
état il s'élance impetueufement hors de fa mai- 
fon , & fendant la prefîe des Spartiates , qui corn- 
battoient , il fe jette (ur les ennemis, porte par- 
tout des coups mortels, & renverle à (qs pieds 
tout ce qui s'oppofe à fa furie. Une reçut pour- 
tant aucune biefiure , foit que Dieu prît plaifir 
à le prelerver à caufe de fa grande valeur , loit 
qu'il eût paru aux ennemis quelque être plus 
grand que l'homme. On dit qu'après le combat 
ufdeslpiZt^ l es Ephores lui décernèrent une couronne pour 
honorer fes exploits , mais qu enfuite ils le con- 
Gnq cens livres,. d arnnerent; à une amende de mille drachmes > 

pour avoir ofé s'expofer fans armes à un fi grand 

danger. 
ISESS't Quelques jours après il y eut une féconde 
van, M*»ii»ée, ou bataille devant la ville de Mantinée , où Epami- 

c-Çammmdas eft tue, ' x t 

nondasj 



A G E S I L A S. 30J 

nondas , après avoir renverfé les premiers rangs 
des Lacedemoniens , comme il s'opiniâtroit à 
les pourfuivre , un Spartiate , nommé Anticrates, 
tournant vifage tout à coup, Se l'attendant de 
pied ferme., le perça de fa pique félon Diofcoride, 
& félon d'autres , de fon épée , ce qui paroîtplus 
fondé ; car encore aujourd'hui à Sparte les def- 
cendans de cet Anticrates font appeliez Mâchai- ae^épécf"' 8 ** - 
rionides , comme ayant véritablement tué Epami- 
nondas avec l'épée. Cette aélion parut fi grande 
& û merveilleufe à caufe de la frayeur qu'on avoit 
d'Epaminondas > qu'on lui décerna à lui de grands 

ho 1 1 f r o n ' Toute la pofleritt 

onneurs oc de grandes recompenies, oc a toute ^ «</«;. ^©«w 

fa race à perpétuité , un affranchiffement de tous ^Zi^tlLiî 

impôts & de toutes charges publiques , immunité t° ts - 

dont jouit encore de notre tems Callicrates , un Pr "\ decl n eent 

' J ans après ja concej- 

de fes defeendans. M- 

Après cette bataille , & la mort d'Epaminon- 
das, les Grecs ayant fait la paix avec les Lacede- 
moniens , Agefiias voulut exclure du Traité les 
Melîèniens & les empêcher de jurer avec les 
autres cette paix } parce qu'ils n avoient point de 
ville. Mais tous les autres vouloient les y com- 
prendre & recevoir leur ferment. C'eft-pourquoi 
les Lacedemoniens fe féparerent des autres Grecs , 
& furent les feuls qui voulurent continuer la 

%Jn Spartiate , nommé Antïcra- joiiît pas longtems de fa vic- 

tes , tournant vifage tout à couv , le toire, car il fut tué fur le champ ; 

fer ça de fa pique. ] Diodore de mais le rapport de Plutarque pa* 

Sicile attribue cet exploit au fils rok mieux fondé, 
de Xenophon , à Grillus , qui ne 

Tome V, Q q 



306 AGESILAS. 

guerre , dans l'efperance qu'ils recouvreraient 
bientôt tout le païs de la Meflenie. Cela fit re- 
AgefiUs biamé garder Agefilas comme un homme violent } opi- 

et avoir voulu conti- . A o ■ f* • 1 1 1 • 

mer u guerre pour niatre, oc inlatiable de guerres, en ce que rejet- 
frm- tant cette p a j x générale , & la faifant comme 
crouler par fes menées > il fe précipitoit encore , 
faute d'argent , dans la neceffité de tourmenter 
fes amis & fes Citoyens , d'emprunter de grofles 
fommes, & défaire de groffes impofitions , & de 
grandes taxes > au lieu qu'il devoit bien plutôt 
mettre fin à tous ces maux , puifque le tems en 
étoit venu , & qu'il en trouvoit une occafion fa- 
vorable. Cela valoit bien mieux , qu'après avoir 
perdu une fi grande puiflànce qui étoit devenue 
ïi formidable > & après s'être vu dépouiller de tant 
de villes & de l'Empire de la terre & de la mer , 
de regimber & defe débattre pour fe remettre en 
poffeffion desrichefTes de Mefîene& des revenus 
de tout fon païs. 
ce q^ décria e». Mais ce qui le décria encore davantage , ce fut 

«« davantage Age. j e s >ê tre H YÏ £ à Xachos , General des Egyptiens ; 

•Au lieu qu'il t 'evoît bien -plutôt mager des maux qu'ils auront 

mettre fin à tous ces maux. ] Ce ibufferts par la continuation de 

jugement de Plutarque mérite la guerre, 
l'attention des Princes & des Mais ce qui le décria encore 

Etats. Il vaut infiniment mieux davantage , ce fut de s'être livré à 

profiter d'une occafion favora- Tachos, General des Egyptiens. 2 

ble de faire la paix , que de re- Mais cette aftion d'Agefilas 

plonger les peuples dans des n'efl point du tout blâmable de 

malheurs inévitables , pour re- la manière dont Xenophon , au- 

couvrer un païs , riche à la ve- teur contemporain , la raconte, 

rite , mais dont toutes les ri- Il dit qu'Agefilas , voyant que 

chefïesnefçauroientlesdédom- Tachos 3 Roi d'Egypte 9 avec 



A G E S I L A S. 307 

car on regardoit comme une indignité affieufe > 
qu'un homme , qui paffoit pour le plus grand 
perfonnage de la Grèce , & qui avoit rempli la 
terre du bruit de fon nom -, prêtât fon corps à un 
barbare , qui s'étoit même révolté contre le Roi 
fon maître , & qu'à l'appétit de quelque argent il 
lui eût fournis fa gloire & fa réputation , en fai- 
fant fous lui lalonélion d'Officier mercenaire, & 
de Capitaine d'étrangers foudoyez. Si à l'âge de >#"»«" «««^ 

A # Oj . ■' 1 o 1 quable de Plut arque 

quatre- vingt ans, qu il avoit alors , oc le corps fa l' ambition de^u- 

tout rompu de bleflures , il fe fût encore chargé " e *' 

d'une belle & glorieufe expédition pour la liberté 

de la Grèce , cette ambition n'auroit pourtant 

pas été entièrement irréprehenfible dans un âge fi 

avancé, car tout ce qui eftbeau, il faut que ce R"»»'0?*»wè 

C - \ o 1 r • r • 1 t • r ce que le tems <& la 

ioit le tems <x la lailon propre quileproduilent , faifi» ^reproduit. 
ou plutôt les belles chofes ne dijfferent des laides 

de grandes forces fe préparoit à fe dît leur allié. On peut voir la 

faire la guerre au Roi de Perfe , fuite dans cet Hiilorien , pag. 

vit avecpiaifir que ce Prince le y 24. y 25". 
demandoit pour General de fes Prêtât fon corps a un barbare. J 

troupes. Car par ce moyen il II y a faute au texte , au lieu de 

efperoit qu'il marqueroit au Roi àySpuTra , il faut lire àyùpcà7rq> , 

Tachos fareconnoiiTance pour comme dans le mf. de la Bibiio- 

tous lesfervices qu'il avoit ren- theque de S. Germain, 
dus aux Lacedemoniens , qu'il Car tout ce qui efi beau , il faut 

feroit rendre la liberté aux villes que ce foit le tems & la faifott 

Grecques d' Afîe , & qu'il fe propre qui le produifent. ] Cela efl 

vangeroit des anciennes injures vrai en certains fens , mais non 

que le Roi de Perfe avoit faites pas en tout. Car je ne croi pas 

aux Lacedemoniens , 6c de celle que jamais [l'âge puifîe difpenfec 

qu'il venoit de leur faire tout un homme d'Etat , un General 

fraîchement , en les forçant d'à- d'armée de profiter d'une occa- 

bandonner MefTene , quoiqu'il fion de rendre un grand fervice 



308 A GESIL A S. 

ta ™rt» tonflie que par la medriocrité, la vertu confinant tou- 
LmUmeàmmê. j Qurs j ans un certain milieu éloigné des deux 

extrêmitez contraires. Mais Agefilas ne faifoit pas 

toutes ces reflexions , il ne regardoit comme in- 

■ digne aucun fervice que Ton rendît au public, il 

AgejlUs regardoit ° ... t a. a ' • i • T 1 • 1 

comme indigne de regardoit plutôt comme indigne de lui de vivre 
im .e vwre tmu e. j nut j[ e ^ fans aétion , & fans mouvement dans fa 

ville , & d'y attendre tranquilement la mort. C'eft 
pourquoi ayant aflemblé beaucoup de troupes 
mercenaires avec l'argent que Tachos lui avoit 

I j^ ha '^ us ^ ur envoyé, & équipé plufieurs vaiflèaux , il s'embar- 
qua, ayant avec lui, comme auparavant > trente 
Spartiates qui compofoient fon confeil. 

tes e* ptiens ac ^s qu'il fut abordé en Egypte , les principaux 
courent fm u rivage Capitaines du Roi , & les premiers Officiers de 

pour le voir. r ' C C J • > r • (T 1 

ia maiion le rendirent a Ion vaiiieau pour le 
recevoir & pour lui faire la cour. Les autres 
Egyptiens n'eurent pas moins d'emprefïement > 
à caufe de la grande attente qu avoient excitée 
le nom & la réputation d' Agefilas. ïls accouroient 
tous en foule fur le rivage pour le voir. Maislort 
qu'ils ne virent aucun éclat , aucune magnifi- 
cence ni fur fa perfonne , ni dans fon équipage y 
En h voyant a leur &v qu'ils virent feulement un vieillard couché 

-end envie de rire p f r* 1*1 1 \11 o ''I 

r de je moquer de lans xaçon iur 1 herbe près de la mer, oc un vieil- 
lard d'une chetive mine , petit de corps , fans 
aucune apparence , & vêtu d'une méchante robe 
d'une étoffe fort groffiere , il leur prit une envie 

à fon pais 3 quand fes forces répondent à undeffeinfi iufte & 
û louable, 



fren 
lui. 



A G E S I L A S. 309 

cîemefurée de rire & de fe mocquer , & Us di- 
foient entr'eux , que c'étoit là véritablement ce 
qu'enfeignoit la Fable, qu'une montagne fut un 
jour en travail & qu'après de grandes tranchées elle 
accoucha d'une fouris. 

Mais ils furent encore bien plus furpris de fa lh fon% M™ de 
groffiereté & de fon impolitefle , quand on lui fin iàpoiiùjje > & 
apporta les prefens & les rafraîchiiîemens qu on pmrîii0 ' 
prefente d'ordinaire aux étrangers, qu'on veut 
honorer, & qu ils -virent qu'il ne prit que les 
farines , les veaux & les oifons , qu'il refufa les 
confitures , les pâtifleries , & les parfums , & que 
comme on le preflbit , & qu'on le conjuroit de A ^ Ui ™n>y* 

1 ••11 J • 7 7 TJ „ les confitures , G* or- 

les recevoir , 11 leur dit de les porter aux Ilotes Je s donne ^ m /« p« 
enclaves. Theophrafte écrit , que de tout ce qu'il afes efcUves ' 
vit en Egypte , rien ne lui fit tant de plaifir j que £p^$g%L 
la plante du papier qui eft fi propre à faire des f elUi P a py rus - 
couronnes , à caufe de la fineflè & de la foupleiïe 
de fon écorce dont on fait des bandelettes ; & 
que quand il partit d'Egypte, il en demanda au 
Roi & en emporta avec lui. 

Quand il fut arrivé auprès du Roi Tachos* & 
qu'il eut joint fes troupes à celles d'Egypte, il fut EtmnemnP $ M 
fort étonné de voir qu'on ne le nommât pas Ge- g*$$ i»™* 1 tf •* 

«j f .1 3 / • l* manière dont Is 

neral de toute cette armée, comme il s y etoit Roiiz D p«kmh 
attendu , mais feulement des troupes étrangères ; '*' 

Il leur dit de les -porter auxllotes haiter que des peuples plus 

fes enclaves. ] Ces Egyptiens aguerris que les Egyptiens la 

étoient trop énervez par le luxe fentifTent aujourd'hui , & qu'ils 

êc par la mollefTe pour fentir la en voulurent profiter, 
force de ce mot, Il feroit à fou- 



310 AGE S IL A S. 

que Chabrias l'Athénien fut fait General des 

troupes de mer , & que Tachos fe déclara Ge- 

neraliffime. Voilà le premier fujet de déplaifir. 

sondepLi/h-defe qu eut Agefilas. Ce déplaifir augmenta infini- 

voir oblige de fttp- l O 1 O , , 

p ne r arrogance de ment , quand il fe vit obligé de lupporter la vanité 
infenfée & la folle arrogance de cet Egyptien 1 , 
& qu'il fallut marcher avec lui contre la Pheni- 
cie , cédant & pliant fous ce joug contre fa dignité 
& contre fon naturel. Mais bientôt il trouva une 
Nesianebosji re- occa {j on d e f e relever ; car Nectanebos , propre 

Voue contre Jon oncle y '11 

Tacbos,cr efl de- neveu de Tachos , Se qui commandoit une grande 

slare Roi. Selon Dio- • 1 P r Ç r 1 1 • o C 

dore,Neciamboi étoit partie de 1 armée , le révolta contre lui , <x tut 

Mis d s Tacbou déclaré Roi par les Egyptiens. 

D'abordil envoya des Ambaflâdeurs à Agefilas 
pour le prier de venir à fon fecours ; il fit les mê- 
mes lemonces à Chabrias , & leur promit à tous 
deux de grandes récompenfes. Tachos en ayant 
été averti, eut recours aux prières, & les conjura 
de ne pas l'abandonner. Chabrias, fléchi, tâchoic 
encore de retenir Agefilas, & de le portera de- 
meurer ferme dans le parti de Tachos, en le 
confolant £vx tous fes griefs, & en lui failant 
des remontrances. Mais Agefilas lui répondit : 
Reponfe d'Agée Seigneur Chabrias > comme vous êtes venu ici de votre 

leut Ta retLlr IZ propre mouvement , vous êtes libre y & vous pouvez 

le pam de T«cbos. p renc j re fe parti qu'il vous plaira ; mais moi , fat été 
donné par ma patrie aux Egyptiens pour leur Général. 

Mais moi , fai été donné par General à Tachos , mais il em- 
ma patrie aux Egyptiens four leur ployé ee mot d'Egyptiens pour 
General. ] Il a éjé envoyé pour déguifer la vérité, & pour cou- 



AGES IL A S. 311 

Se commettrais donc une aflion très-mauvaise & très- 
irijujlefij'allois faire la guerre à ceux au fervice de f quels 
jài été envoyé^ à moins que ma patrie ne me donne des 
ordres contraires. En même tems il envoya de fes u envoyé à spam 

s-\rr - y o 1 ■ n û' demander fes ordres, 

Omciers a Sparte avec des înitructionspour accu- 
fer Tachos , Se pour défendre & juftifier Necta- 
nebos. Ces deux Rois y envoyent aufli chacun de l« <?«* r w -, j, 
leur côté des Ambaffadeurs pour briguer la faveur Zmba^dZÎ d ' $ 
& l'appui des Spartiates ; l'un comme leur ancien 
ami & allié , & l'autre comme un homme déjà 
plein d'affection pour leur ville > & qui par re- 
connoiflance leur feroit encore à l'avenir plus 
affectionné. 

Les Lacedemoniens , après avoir entendu les Kipmfe des i**. 
raifons de part & d'autre , répondirent publique- bafaîw* "* Am ' 
ment aux Ambaffadeurs Egyptiens , quAgefilas 
pourvoiroit a tout. Et en particulier ils lui écri- 
» virent de faire tout ce qvïil trouver oit de plus utile &* y ei a m ordre prh. 
de plus expédient pour Sparte. Agefilas n'eut pas *ZL e ' iÏ^ZTJ m 
plutôt reçu cet ordre > que prenant ces foldats ¥ ilm ^ne. 
foudoyez , qu'il avoit amenez de Grèce , il quitta a ?£f e %f* nè l& 
Tachos & entra au lervice deNecStanebos,, cou- e * tre ** jf«*w<fe 
wrant cette action fi étrange & fi horrible du 

vrir fa perfidie } comme fi en paf- leur allié , & t autre comme un 

fant dans le parti de Ne&anebos homme dé]a plein d'affeStion. ~\ 

déclaré Roi par les Egyptiens , Tachos comme ami & allié de 

il n'avoit fait que fuivre les or- Sparte , & Ne&anebos , comme 

dres de Sparte. L'injuftice de celui qui vouloit le devenir, 

cette défenfe faute aux yeux. Mais cela étoit-il égal f 
Tachos n'étoit-il pas aufïî à la // quitta Tachos & entra au 

^tête d'une armée d'Egyptiens ? fervice de NeUanebos , couvrant 

r Mm comm kur ancien ami &^ cette aiïion fi étrange _& fi hov~ 



NefUnebos* 



3i2 AGE S IL A S. 

^ment de p/*- voile de futilité publique. Mais que Ton ote ce 
\Zr fufcme M ' voiIe trompeur, le nom le plus jufte & le feul 
véritable que l'on puilfe donner à cette démar- 
che , c'efl: celui de trahifon. Il eft vrai que les 
Maiheureufi pM- Lacedernoniens faifant confifter la: plus grande 
*T e des Ucedm °- partie du beau & de l'honnête dans ce qui eft 
utile à leur païs , ils n apprennent & ne connoif- 
fent d'autre juftice que ce qui leur paroît pouvoir 
fervir à augmenter la grandeur de Sparte , & à 
étendre fa domination. 

Le RoiTachos fe voyant donc abandonné par 

ces troupes étrangères , prit la fuite , mais en même 

u iâevt un autre tems il s'éleva de la ville de Mendes un autre 

ft™««r.itoft*. p r i nce ? q U i s'étant révolté contre Nedanebos, 

fe fît déclarer Roi , & ayant affemblé une armée 

de cent mille hommes , il marcha contre lui. Nec- 

tanebos , pour raflùrer Agefilas , lui difoit que 

véritablement les ennemis étoient en très-grand 

nombre, mais que c étoient des troupes ramat 

fées , & la plupart gens de métier , qui n'ayant 

aucune connoiiïànce de l'art de la guerre , étoient 

très-méprifables , & ne meritoient pas feulement 

Vismantt & u~ d'être comjptez : Mais ce nefl pas leur nombre que 

ZTi^ZJll?'* î e crains, lui répondit Agefilas, je crains leur peu 

craindre 3 » e u w d'expérience & leur ignorance , comme celle au on ne 

rible du voile de l'utilité publique. ] action horrible. Et je m'étonne 

Voilà donc Agefilas qui aban- que Xenophon ait cherché à la 

donne le Roi , au fecours duquel pallier, en difant qu'Agefîlas 

il étoit allé , & qui entre au fer- fuivit le parti de celui des deux 

vice du rebele fun ennemi. Plu- Rois qui lui parut le plus afFec- 

tarque a raifon de trouver cette tionné à la Grèce. 

peut 



AGESILAS. 315 

peut tromper. Car les tromperies à la guerre ne réuffif- irmt*to à u 

r • r r 1 r £ uerre rc'iïjjijjent dif- 

jent que contre ceux qui enjoupfonnant quelque cnoje y fidUmm ame /« 

& en imaginant quelque autre pour fe défendre ou fe *** 

pré cautionner 3 tombent dans le piège qu'ils nattera 

doient point. Mais celui qui ne foupfonne rien , qui 

n imagine rien , ne donne point de prife à celui qui 

cherche à le furprendre 3 comme à la lutte celui qui ne 

fait aucun mouvement , ne donne nul moyen à jon ad" 

ver faire d'employer aucun des tours qu'il a appris. 

Peu de tems après le Mendefîen envoya des 
gens à Agefilas pour tâcher de le gagner. Necta- 
iiebos entra d'abord dans quelque foupçon y & 
dans quelque crainte, & comme Agefilas lui con- M *f*"JZ!l? s , 
feilla d'en venir promptement à une bataille , & f" r , " f il hi em : 

L A t Jeille a en venir « 

de ne pas traîner la guerre en longueur contre meùatauu, 
des troupes fans difcipline, & qui ne fça voient ce 
que c'étoit que de combattre , mais qui par leur 
grand nombre pou voient les envelopper , les en- 
vironner de tranchées , couper leurs vivres & leurs 
convois 5 & les prévenir en toutes chofes , cela 
augmenta encore les frayeurs & fes défiances ; il 
fe retira dans une ville fermée de bonnes murail- 
les , & qui avoit une grande enceinte. Agefilas fut 
irrité de ce qu'on fe défioit de lui , & le fuppor- 
toit avec beaucoup d'impatience 9 mais ayant 
également honte de changer encore de parti & 
de s'en retourner fans rien faire , il le fui vit & s'en-* 
ferma avec lui dans cette grande ville* 

Les ennemis les y fùivirent & commencèrent 
d'abord leurs tranchées pour les enfermer. L'E- 
Tome K Rr 



314 AGESILAS. 

gyptien craignant le fuccès du fiége ] changea 

d'avis i & vouloit combattre > à quoi tous les 

autres Grecs étoient difpofez ,. d'autant plus qu'il 

Lefiupçon de Net- y avoit peu de bled dans la place. Mais Agefilas , 

Tt a ^us bien-loin d'y confentir , s'y oppofa de toutes fes 

i- crèche d'en venir f orces ce qui le rendit encore plus fufpeét aux 

a m. combat. , . u 11 • ttf x A 

Egyptiens , qui 1 appelloient publiquement traître 
au Roi. Il fupportoit alors plus doucement ces 
reproches & ces calomnies en attendant l'occa- 
fion d'exécuter unftratagême qu'il avoit imaginé T 
& que voici. 

Les ennemis, comme je viens de le dire,a voient 
commencé à ouvrir une tranchée fort profonde 
autour de la place, pour t'enveloper & l'enfermer. 
Quand cette tranchée eut été conduite tout au- 

Strtttagérne d'Ave- 11 1 C a t r • • J 

jûus, . tour 9 que les deux bouts furent prêts de ie joindre* 

& qu'il n'y eut plus qu'un petit efpace entre deux, 
Agefilas ', en attendant que la nuit fût venue , or- 
donne à fes Grecs de prendre les armes , & allant 

vifcoun plein d* trouver J e J{ { Necianebos \ il lui dit : Seigneur y . 

feus qu Agefilas tient ? O ■* 

àNecianeks pour, ie voici ïoccafion favorable pour vous fauver ,* je n'ai pas 
a mes à la main* voulu vous la découvrir avant quelle fut arrivée > de 
peur de la perdre en la divulguant. Mais puifque les 
ennemis ont travaillé de leurs propres mains à nous re- 
trancher, & à nous couvrir contre eux en ouvrant entre 
eux Ô° nous cette large tranchée , dont la partie, qui 
ejî déjà faite P nous garantira , & nous mettra à cou- 
vert de leur multitude, & le peu qui refle encore à 
faire y nous donnera le moyen de combattre contre eux 
•à nombre égal? <jr avec un égal avantage , allons x 



AGE SI LA S. 315- 

prenez la résolution de vous montrer homme de cœur y 
fùivez-nous & fauvez-vous devîtejje avec votre armée* 
les ennemis n auront pas l'audace de nous attendre de 
front 3 & nos flancs [ont ajftz ajfurez par leur tranchée. 
Alors Nectanebos , admirant le grand fens & la 
grande capacité d'Agefilas , & s' abandonnant à 
fa conduite , fe mit au milieu de fes Grecs , & don- 
nant tête baiflee contre les ennemis , il renverfa 
Coût ce qui oia s'oppofer à fon paflage. 

Agefilas ayant ainfi gagné la confiance de /gejna$ n^m 
Neétanebos, & l'ayant difpofé à le croire , abufa NeLmlls e 
encore les ennemis par un ftratagême tout pareil , 
comme un lutteur qui employé fouvent contre 
fon ennemi le même tour de lutte. Car tantôt Amt jhatagmt 
faifànt femblant de fuir, &les attirant après lui , dA £^ Us - 
& tantôt faifant face , & les tournant, il les poulîa 
enfin dans un lieu étroit comme une elpece de 
chauffée , qui avoit des deux cotez deux foriez 
pleins d'eau. Quand il les vit bien engagez, il 
occupa toute la largeur de la chauffée avec fon 
infanterie , dont il rendit par ce moyen le front 
égal à celui des ennemis qui pouvoient combat- 
tre , & qui n avoient point d'efpace pour caracoi- 
ler à droite & à gauche , & pour les envelopper. 
C'eft-pourquoi ils ne firent pas une longue refi- 
ftance ,■ & commencèrent bientôt à plier. Il 
y en eut un grand nombre de tuez , les autres 
échappèrent par la fuite, & fe diiperferent çà 
& là. 

Dès ce moment les affaires de Neftanebos B Î^J* 

Rrij 



316 AGE SI LA S, 

p,j)ejjio» ie fin changèrent de face > & il fe trouva en pleine & 
Koyaume. afiurée pofTeflion de fes Etats y ce qui lui donna- 

une affeétion finguliere pour Agefilas. Il lui iaifoit 
toutes fortes de careffes , & le conjuroit de de- 
meurer encore avec lui& d J y pafTer fhyver. Mais 
t,JfefspameZ'. ^ & hâta de partir à caufe de la guerre , qui étoit 
kie i'honnews <& d* ^ns f on pais, fçachant bien que fa ville avoit 
befoin d'argent, & qu'elle foudoyoit des troupes 
étrangères. Nectanebos le renvoya donc très- 
honorablement , & avec beaucoup de generofité 
& de magnificence , car il le combla d'honneurs 
miiTl"™ ' & de prefens r & lui donna deux cens trente talens, 
pour la guerre que fon pais avoit à foutenir. Mais 
n y accueilli d' m e ^gefilas > accueilli d'une violente tempête qu'ex- 

Violente tempête.. o ' a 1 

cita l'approche de ihy ver y fut obligé de regagner 

la terre avec fes vaiffeaux y & ayant été poulie par 

n meun dans m j es vents ^ m un \[ exi {j e f er t y appelle le Port de 

Ueudejert appelle le ■ JTl 

EmdeMendas. Meneîas > au-deiîus de la Libye > il y mourut âgé 
de quatre-vingt-quatre ans, dont il en avoit régné 
quarante-un à Sparte > «Se de ces quarante-un il 
en avoit paffé plus de trente dans la réputation du 
plus grand & du plus puiflànt de tous les Grecs r 
Si été regardé comme le Chef & le Roi de prefque 
toute la. Grèce y jufquà la bataille de Leuctres., 
Comme c eft la coutume des Lacedemoniens que 
tous ceux de leur païs, qui meurent dans une terre: 
étrangère, ils les enfeveliffent & les enterrent 
dans le lieu même où ils font morts .., mais pour les 
corps de leurs Rois , ils les emportent toujours à 
* Sparte , les Spartiates , qui fe trouvèrent auprès 



AGES IL AS. 317 

d Agefilas, n'ayant point de miel, firent fondre comm 1*$** 

fC J 1 • J * 1 1 • tiates embaumèrent 

ur ion corps delà cire dont ils le couvrirent tout u corps d'Agefiu", 

entier Se l'emportèrent en cet état à Lacedemone. p °"f lepmer « L *~ 

Son fils Archidamus lui lucceda au trône , qui Letrène demetlm 

demeura dans fa maifon jufqu à Agis , qui fut le àa TJ* r mai f on W- 

cinquième K01 de cette ramille de père en fils de- </«/«»<***. 

puis Agefilas , & que Pelopidas fit mourir , parce 

qu'il tâchoit de rétablir l'ancien Gouvernement 

de Lacedemone» 

N'ayant point de miel. J C'é- quelque païfage de Xenophon. 
toit la manière dont les Spartia- Qui demeura dans fa maifonjuf- 

tes embaûmoient les corps , ils qiià Agis , qui fut le cinquième 

les couvroient tout entiers de Roi de cette famille de père en fils. ~\ 

miel 3 comme cela paroît par Voici cette Généalogie.- 

AGESILAS. 
1 

Archidamus. 
1 

Agis IL & Eudamidas,- 

Agis étant mort fans enfans , fon frère Eudamidas fucceda au' 
$rone,. & eut un fils nommé Archidamus IV. 

Archidamus IV. 

I 

Eudamidas IL 

1 

Agis IIL 



Vie d Age Uas. 



r iij 



3*2 




P o 



P t? 9 W 

JT XL* XL< 




E peuple Romain paroït avoir e# 
pour Pompée dès le commence- 
ment les mêmes fentimens que 
Promethée a pour Hercule dans la 
pièce d'Efchyle , lorfqu après avoir 
été délié par lui >. il dit : Le fils me fi, aujfi cher ? 

Dans la pièce d'Êfihyle , lorf- C'eft de la dernière que Plutar- 

qu après avoir été délié par lui. ] que a tiré ce vers où Promethée 

Éfchyle avoit fait deux trage- dit à Hercule , qu'il lui efi aujfi 

dies, l'une Upptâiùç JWjumtwç 9 agréable que fin père Jupiter lui 

F romethée lié,8t Y autre ïipoptâwç tfk_ odieux. Car Jupiter l'avoit 

*.vôfxim t Promethée délié. Cette fait attacher aux roches du Cau- 

derniere eft perdue , il ne nous café 5 & Hercule venoit de le 

en refte que quelques fragmens, délier, 



3*d POMPE 5 E. . 

Grande hùnt^e que le père rn eft odieux y car jamais les Romains 1 

les Romains avaient > ■ ■ a s~\ ' -• • 1 • 

foHrStrabmfere de n ont eu pour aucun autre Capitaine une hame 
Eompee. £ violente ni fi âpre que celle qu'ils eurent 

, pour Strabon , père de Pompée. ïl eft vrai 
qu'ils redoutèrent fa puilîance dans les armes 
& fon grand courage pendant qu'il fut vivant , 
car c'étoit uïî grand homme de guerre ; mais 
après qu'il fut kïiort frappé de la foudre, comme 
on le portoit fur le bûcher , ils arrachèrent fon 
corps de fon lit > & lui firent toutes fortes d'ou- 
trages. 
Êienveiiume d<i An-contraire , jamais perfonne n'a éprouvé de 

mêmes Romains four A / ■*- .. r C 

Eomp/e. ces mêmes Komains , une bienveillance 11 forte % 

qui ait commencé de meilleure heure , qui ait plus 
duré pendant fa prolperité, & qui ait perfeveré 
plus confiante & plus ferme dans fon adverfité, 
que Pompée. La feule caufe de l'averfion qu'on 
Avariée injkfUhu eut pour le père, ce fut fon avarice infatiable , & il 

destin. y eut plufieurs caufes de l'amour qu'on eut pour 

le fils, fa tempérance dans fa manière de vivre , 

Grandes qualité^, i. • > 1 • j 1 

.desomfee. QvMfiit ion application a tous les exercices ae la guerre > 

Sa tempérance dans fa manière deferretur , non ut, ah eo vccupaye- 

de 'vivre. ] Velleïus Paterculus tur , cufidijjlmus ; dux bello -pe- 

a fait de lui un portrait qui efl ritijflmus , civis in toga, nifi ubi 

admirable, forma excellent , dit- vereretur ne quemhaberet-parem t 

ïl 3 non ea qua fios commendatur modeftijfmus. Amicitiarum te- 

œtatis ,fed ex dignitate confiante , nax , in offènfis exoràbilis-, in re- 

ûuœ in illam conveniens amplitu- concilianda gratia fidelijjïmus , 

dinem , fortunam cjuoque ejus , ad &c fi ôc il ajoute^ qu'il auroît 

tâtimum vit a comitata efl diem, été exempt de tous les vices , s'il 

Innoc-entia eximius , fanûitate n'avoit eu celui de ne pouvoir 



frœcipuus , eloquentia médius , po- fouifrir. un égal. 
temÏA am honoris caufa ad mm 



fon 



P O M P E' E. 321 

ïbn éloquence pleine de perfuafion , la fermeté & *. '"''. î"' n M j 
la confiance de les mœurs , fa bonne foi & lafide- to * ^ »*« » ^ 

!«/-.« /- 1 1 £" * 1 * / J r* L i n avoit eu> celui de 

lite dans les paroles , la facilite de Ion abord ou- m point fifffnr «» 

vert à tout le monde, & le gracieux accueil qu'on egaL 

en recevoit. Car il n'y avoit point d'homme plus 

refervé que lui à demander des fervices , m plus 

prompt à en rendre à ceux qui lui en deman- 

doient. Quand il donnoit , c'étoit fans arrogance, 

& quand il recevoit , c'étoit avec dignité. 

Dès fes premières années la douceur de fon vi- ' l* dcucwrjefo» 
lage ne lui aida pas peu a gagner d abord les bon- f a faveur. 
nés grâces de tous ceux qui l'approchoient, car il 
prévenoit en fa faveur avant qu'il eût parlé , l'a- 
grément qui y étoit répandu étant accompagné 
d'une certaine gravité douce & humaine , & dans 
fa jeunefle , à travers cette fleur on voyoit éclater 
un air de dignité & de majefté, qui marquoit la sm <«> plein & 
nobleflè de fes mœurs, &qui lui attiroit le refpecT: jX\âZ$ ufietl 
de tout le monde, Il avoit les cheveux un peu re- ^ de - fa jeu ' 
levez , & beaucoup de feu dans les yeux, ce qui 
produilbit cette reflembiance qu'on lui trouvolt 
avec Alexandre le Grand, &que l'on difoit en- , 0n ltii îr T oi * 

' 1 beaucoup à-aw 

core plus grande qu'elle ne paroifloit dans lesfta- d'Alexandre. 
tues , qui reftent de ce dernier ; de forte que pen- 
dant que les uns lui donnoient ferieufement ce 
nom, dont il n' étoit pas fâché, les autres ne le 
iiommoient ainfi qu'en fe mocquant & par raille- 

Et beaucoup de feu dans les humiditas quœdam motuum eirca 

yeux."] L'expreffion Grecque efl oculos.CeÛ. pour dire qu'il avoit 

remarquable. ^ $JV«©i t» o/u/uer le regard fin, & beaucoup de 

i?a pv^cov îiypoTMç a mot à mot , êc grâce & de feu dans les yeux. 

Tome K ${ 



Ld pajjie» que U 



3 22 POMPE' E. 

rie. Et Ton rapporte qu'un jour Philippe , homme 
Confulaire , plaidant pour lui , dit qu'il ne faifok 
rien de bien étonnant , ni de bien extraordinaire 3 fi 
étant Philippe il aimoit Alexandre. 

La courtilane Flore étant déjà vieille , prenoit 
encore plaifir à fe fouvenir du commerce qu elle 
avoit eu avec Pompée , & elle difoit que quand 
elle couchoit avec lui, elle ne pouvoit jamais le 
emni/JL F/ore quitter fans le mordre. Elle racontoit qu'un des 
von po»- plus intimes amis de Pompée, nommé Geminius , 

étant devenu pafîïonnément amoureux d'elle , la 
pouriuivoit continuellement > & l'importunoit 
fans celle pour obtenir fes faveurs ; qu'enfin elle 
lui dit franchement qu'elle ne pouvoit les lui ac- 
corder à caufe de Pompée; que Geminius s'adrelîà 
à Pompée lui-même , le conjurant de l'aider dans 
fa paffion ; que Pompée voulut bien lui faire ce 
plaifir ? mais que depuis ce moment là il n'eut plus 

Philippe, homme Confulaire, plat- La courtifane Flore étant déjà 

dam pour lui.'] C'ellL. Martius vieille. ] Le texte ajoute Im^tk 

Philippus, un des grands Ora- vrai-femblablement comme on peut 

teurs de fon tems. Il fut beau- penfer. Mais ce mot ne m'a pas 

père d'Augufte , dont il avoit paru necelTaire , furtout Plutar- 

époufé la mereAttia. Horace en que ne marquant point le tems 

parle dans l'Epift. vu. du Liv. i . où Flore tenoit ce difcours. 

Qu'il nefaîfoit rien debienéton- D'ailleurs , déjà -vieille , dit tout , 
nant ni de bien extraordinaire ,fi car ImetHcèç eft un terme qui a 
étant Philippe il aimoit Alex an- des fïgniflcations différentes Cè- 
dre. ] Malgré la grande réputa- Ion les endroits où il eft placé , 
tion de Philippe , je prendrai la quelquefois il fe prend pour 
liberté de dire , que ce jeu de beaucoup , <valdè , & quelquefois 
mots fur les noms de Philippe & pour honnêtement 3 ajfez, ,fatis« 
<¥ Alexandre me paroît allez 
froid. 



P O M P E' E, 323 

aucun commerce avec elle , Se ne voulut plus la 
voir , quoiqu'il parût toujours l'aimer. Elle ajou- 
toit qu'elle ne fupportapas cette privation comme 
les courtifanes font d'ordinaire , mais qu'elle fut 
long-tems malade de douleur & de regret. Cette 
Flore étoit pourtant alors fi célèbre pour fa beauté 
Se fa bonne grâce , que Cecilius Metellus , vou J 
lant orner le Temple de Caflor & de Pollux des 
plus belles ftatuës, & des plus beaux tableaux , y „ . , vl 

JL ',..*■ * Portrait de Flore 

plaça le portrait de Flore au naturel, à caufe de ^édans urem- 
ion excellente beauté. mi»x. 

Mais la fagefïè de Pompée parut encore avec 
plus d'éclat dans le traitement qu'il fit à la femme 
de Demetrius , fon affranchi , qui avoit beaucoup 
de crédit auprès de lui , Se qui après la mort laiiïa 
quatre mille taiens de bien. Il traita cette femme H «#»«•* 
avec plus de dureté Se de groffiereté que ne por- 
toit fon naturel doux & poli; parce qu'il craignoit 
fa beauté, qui étoit fi grande , qu'elle triomphoit 
des cœurs, les plus infenfibles , Se qu'il étoit en 
garde contre elle; ne voulant pas qu'il fût dit qu'il 
lui étoit fournis. Mais quoiqu'il fe précautionnât 5 
& qu'il prît ainfi fesmefures de loin pour s'empê- 
cher de tomber dans les pièges ? il ne put pourtant 
éviter fur cela les reproches de fes ennemis, qui 
îe calomnièrent beaucoup fur fes amours avec des 
femmes mariées , & qui l'accuferent de leur avoir 
abandonné au pillage le bien public pour prix de 
leurs débauches, & d'avoir fermé les yeux à toute 
cette diffioation. 

Sfij 



324 POMPE'E. 

simplicité de p our ce qui eft de la facilité & de la fimplicité 

Pompée dans fin , . T- r 

w«^«. dont il etoit pour ia bouche, on rapporte de lui un 

mot bien digne d'être confervé. Dans une grande 
maladie qu'il eut , & qui étoit accompagnée d'un 
grand dégoût , fon médecin, pour le ragoûter, lui 
ordonna de manger unegjrive ; ceux qui en allè- 
rent chercher, n'en trouvèrent pas une feule à ven- 
dre , car la faifon en étoit paffée , mais quelqu'un 
leur dit qu'ils en trouveroient chez. Lucullus , qui 
Mot de Pompée en nourrifïoit toute l'année. Cela étant rapporté à 

L»c Jim™ ie e Pompée y Eh quoi , dit-il y efl-cequefi Lucullus n étoit 
friand, Pompée nefçauroit vivre l II ne voulut pas 
qu'on allât chez lui , & fe mocquant de l'ordon- 
nance du médecin, il mangea de la viande la plus 
commune &la plus aifée à trouver* Mais cela n'ar- 
riva que long-tems après. 

Pour revenir à fes commencemens , pendant. 

qu'il étoit encore tout jeune , & qu'il fer voit fous 

imicHtamt re* £ on p ere q u j faifon J a guerre à Cinna , il avoir un 

marquaole dePom- l . < 1 o 

fée , lorfyue tout ami & un compagnon d'armes appelle Lucius Te- 

jtune encore il fer- . 11-1 • f r^ nn 

von /ous fon pere rentius , avec lequel il partageoit ia tente. Ce 1 e- 
ZTun n 2' £L rendus , gagné par l'argent de Cinna, s'étoit char- 
666. u n 85. p-éd'anaffiner la nuit Pompée , tandis que les au- 
très conjurez mettroient le reu a la tente du Ge- 
neral. Pompée ayant eu avis de cette conjuration 
pendant fon fouper , ne s'étonna point , mais but 
encore plus gayement % Se fit plus de careflès que 
jamais à Terentius. Le louper fini , chacun fe re- 
<$rande' trente tira pour fe coucher ; mais Pompée fe déroba tout 
doucement de fa tente * alla mettre une bonne 



POMPE J E, 325 

garde autour du quartier de fon père , & fe tint en 
repos. Terentius , lorfqu' il crut que l'heure étoit 
venue d'exécuter fon delîein , fe leva l'épée à la 
main, & s' approchant de la paillalTe, où il croyoit 
que Pompée étoit couché, il donna plufieurs 
coups dans les couvertures. 

En même tems voilà une grande émeute dans 
le camp par la haine qu'on a pour le GeneraL 
Tous les foldats courent pour aller fe rendre à 
l'ennemi ; ils plient leurs tentes & prennent leurs 
armes.Le General ne fort point delà tente n'olànt 
s'expofer à ce tumulte. Mais Pompée fe jette au 
milieu de ces troupes mutinées, les conjure en 
pleurant de ne pas faire cet outrage à leur Capitai- 
ne., & ne pouvant rien gagner , il fe jette enfin le *w;# &faz 
vifage contre terre au travers de la porte du camp, "»««<***»»»/*- 
& leur commande de palier fur fon corps, s'ils ont 
tant d'envie de fe retirer. A ces mots , laifis de 
honte , ils s'en retournent tous , & changeant de 
volonté , ils fe reconcilient avec leur Capitaine, 
excepté environ huit cens , qui perfifterent dans 
ieur révolte , & allèrent joindre Cinna, 

Après la mort de Strabon,Pompée,comme fon s»Om *ccufé i* 

j . r if . j. 1 I > peculat après Ja 

héritier , eut a ioutenir pour lui un grand procès ««* , eji def en j» 
pour crime de peculat , & après bien des recher- far fou fis * 
ches il trouva qu'un certain Alexandre, un d^s af- 
franchis de fon père , avoit détourné la plus gran- 
de partie des deniers publics , & il le défera à fes # à&men u^ 
Juges. Et pour lui il fut accufé en fon nom d'avoir J£j vd ' & - ** 

; ^Jlfat accufé en fon nom d'avoir m des fikts de chajfe & quelques ii- 

JSjT ii| 



3 26 POMPE' E. 

jeeu/é d'ave* pris eu ^ es fJiets de chafle & quelques livres oui 

des filets de cbajje . ^ _ ^ ^ _ n 

£r </* ftM& avoient ete pris a Aiculum^ (X il etoit vrai que ion 
père les lui avok donnez à la prife de cette Place, 
mais il les avok perdus depuis^lorfque Cinna étant 
retourné à Rome , fes fatellkes entrèrent dans ia 
maifon , & la pillèrent. 

Avant le jugement de ce procès^Pompée eut à 

foutenir de grands combats & à faire de grandes 

rf e Tqt S powpl'e% plaidoiries pour répondre à fon accufateur. Dans 

bu & c défère dans toutes ces actions il fit paroître une vivacité 3 une 

ce procès 3 C qui -l 

lui procurent un force & une fe!idité d'éloquence 3 & en même 

grw wtage- tems une f errnet é fi fort au-deflus de fon âge^qu'il 

en acquit beaucoup de réputatton& de crédk ? juf- 

ques-là qu'Antiftius, qui étoit Pi étèùr , & qui pré- 

fidoit à ce jugement , conçut beaucoup d'eftime 

r Mfam f^t & d'affeclion pour lui , re.folut de lui offrir là fille 

offrir Ja fille. f r . * ^ 

en mariage , & en fit faire la propofition par les 
amis. Pompée l'accepta avec beaucoup de joye; le 
mariage fut conclu très-fecretement , mais il ne 
lailïa pas d'éclater à caufe du grand empreflement 
qu'Antiftius témoigna à fervir Pompée, & à la fin, 
lorfqu il prononça iafentence , par laquelle Stra- 
bon étoit abir us à pur & à plein > tout le peuple le 
mit à crier tout d'une voix comme de concert , à 
pcupil r»r u fm- Taloffius à Talajfius 5 qui eft le mot que l'on crie de 

<vres. ] Qui croiroit^ue le fils du Romains vouloient que leurs 
General eût eu à répondre à une Généraux mêmes portaient le 
aeeufation pour avoir retenu fi defmtereffement & la fidélité à 
peu de choie du butin d'une l'égard du butin fait fur les en- 
ville prifef Mais ce peu de chofe nemis. 
fait voir jufqu'à quel point les A Taloffius à TdtaJJi%ts.'^ C'é* 



P O M P E' E. ' 327 

toute ancienneté à Rome à toutes les noces ; & Mwjfmwâ p** 

? Antijhus , pour 

voici l'origine de cette coutume. i'abfeï»ph n de 

Lorfque les Romains des plus nobles maifons 
ravirent les filles des Sabins, qui étoient venues à 
Rome pour voir les jeux queRomulus celebroit, il 
y eut quelques paftres & quelques bouviers qui 
enlevèrent une fille d'une beauté & d'une taille 
au-defîùs de toutes les autres, & de peur que quel- 
qu'un des nobles ne la leur ôtât , ils alloient criant 
à TalaiTius. C'étoit le nom d'un homme des plus 0ri &™' *»** 

o \ r 1 • n • 1 r nuptial àTalafliiws 

connus <x des plus diitinguez , de lorte que ceux 
qui l'entendirent, fe mirent à battre des mains & 
à crier eux-mêmes à Talajjtus , pour marquer leur 
jfàtisfaction par leurs applaudiiTemens & par leurs 
louanges. Comme ce mariage fut fort heureux 
pour Talaffius , depuis ce tems-là on répète cette 
acclamation par manière de jeu en faveur de tous 
ceux qui fe marient. Et voilà ce qui me paroît de 
plus vrai-femblable de tout ce qui a été dit fur ce 
cri nuptial à Talajfms. 

Quelques jours après la fentence rendue, Pom- 
pée époufa Antiftia , & fe rendit enfùite au camp 
auprès de Cinna, où il fut d'abord en butte à la ca-- 
lomnie ; c'eft pourquoi croyant avoir tout à crain- 
dre d'un General comme celui-là, il fe déroba fe- 
cretementJ Comme on ne le vit plus paroître, ilfe 

toit pour dire que cette fentence cri à Taïajfïuf } on peut voir c& 

û favorable au père de Pompée quePlutarque en a écrit dans la 

étoit le prix du mariage de viedeRomufos^ . vol.i.pag. 1 1/»- 
>ée avec Antiftia. Sur ce 



328 POMPE' E. 

cm *cc»fi'*4- répandit auffi-tôtun bruit dans l'armée queCinna 

voir fait tuer Pom- |s . r • o C 1 • 1 .-r» 

fé,, 1 avoit tait tuer ; oc lur le moment ceux qui haif- 

foient Cinna, & qui nepouvoient le fupporter, al- 
lèrent pour fe jetter fur lui. Il prit la fuite, & ayant 

Ginna tué dam fa été atteint par un Capitaine , il le jetta d'abord à 

*""' les genoux , & lui prefenta fon anneau, qui lui fer- 

voit de cachet, & quiétoit d'un fort grand prix. 
Le Capitaine lui répondit avec infolence ^ Mais je 
ne viens pas pourfceller un contrat s je viens pour punir 
un Tyran injufle & impie ; & le tua. 
cario» /hcccde à Cinna étant mort de cette manière , Carbon , 

ama. Tyran encore plus violent & plus emporté , lui 

fucceda , & prit le maniement des affaires. Bien- 

IW fmvanu. ^ après g^ f£ ^ en j^ j^ de J R plûpart 

des Romains , qui , à caufe des maux qu'ils fouf- 
froient , regardoient comme un grand bien de 
changer de maître. L'excès de ces calamitez 
avoit réduit Rome à ce point, que defefperant de 
recouvrer jamais fa liberté , elle ne cherchoit 
qu'une plus douce iervitude. 
Cejt u Marche Pompée étoit alors dans cette contrée de l'Ita- 
lie , qu'on appelle Picenum, parce qu'il y avoit des 
terres , & plus encore, parce qu'il fe plaifoit dans 
ce païs-là , à caufe de l' affection que toutes les 
villes avoient pour fa famille de père en fils. 
Voyant donc que les plus confiderables citoyens 
& les plus gens de bien de Rome quittoient tous 
leurs maifons , & que de tous cotez ils fe retiroient 
KomaiVfeZirent dans le camp deSylla, Comme dans un port de 
m** smf de &lut,il ne trouva pas digne de lui d'y aller les 

mains 



P O M P E' E. 329 

înains vuides & comme un fugitif qui avoit be- 
foin de fecours ■> mais il voulut commencer par 
obliger Sylla , & lui rendre le premier un grand 
fer vice en arrivant honorablement dans fon camp 
à la tête d'une armée. Pour cet effet il çommen- *«»K« *«« y 
ça à tâter les Piceniens & à les folliciter de pren- u lleimcZZ^ 
dre les armes & de le luivre. Les Piceniens prê- 
tèrent volontiers l'oreille à fes difcours , & réfug- 
ièrent d'écouter les émiflàires de Carbon ? fur 
quoi un de ces émilîaires > nommé Vindius > leur 
ayant dit: Oh que cela eflbeau ! Pompée for ti fraîche- Mot de rmdm 

1 i> / 1 n 7 v r\ l^i toi coûte la vis. 

ment de l ecole,ejt devenu touîd un coup votre Urateur 
& votre Capitaine, ils entrèrent dans une fi furieu- 
fe colère , qu'ils fe jetterent £\lx lui & le tuèrent 
fur le champ. 

Peu de jours après Pompée,qui n'avoît que vingt tl àohn j Un d * 
trois ans, fans attendre que perfonne lui donnât 

Î1 1 r ■..'•"'• y Audace de Vompée, 

e pouvoir de commander une armée > mais s at- q(fi fe f ait G*n«*i 

tribuant de lui-même cette autorité , fit dreffer un tJ A 
tribunal au milieu de la Place d* Auximum , grande 
i& puiflante ville des Piceniens , & là il fit com- 
mandement aux Ventidiens, qui étoient deux frè- 
tes y les premiers & les plus confiderables du païs , 
& qui tenoient le parti de Carbon f de fortir incef 
famment de la ville ? & fe mit à lever des gens de 
guerre y & à établir des Capitaines , des Sergens 
debandes,& des Centurions, & à régler Se ordon- 
ner tous les differens états de la milice. Il en fît 
autant dans toutes les autres villes qu'il parcou- 
rut. Tous les partifans de Carbon fe retiroient 
Tome K Tt 



rite. 



330 P MP E'E. 

devant lui & lui cedoient la place , 8t les autres 
fe rangeoient fous fes enfeignes avec un très- 
grand plaifir, de forte qu'en très-peu de tems il 
s, affemUe mis eut formé trois légions entières , 6t aflèmblé lès 
InZrkefow aïkr vivres,les bagages, les bêtes de fomme, & les cha- 
iv*df syiu.- riots neceflàires pour voïturer tout cet attirail. 

En cet équipage il fe mit en chemin pour aller 
joindre Sylla , & bien-loin de hâter fa marche, de 
chercher à là cacher, il s'arrêtoir partout fur fa 
route pour endommager les ennemis , & pour ex- 
citer toutes les villes où il'pàflbiir, à fe révolter 
2» chemin ii *« -contre Carbon. Enfin trois des Capitaines du parti 

trais Lieutenans de • /~s • s~*\ 1» o t» T& 

Carbon, contraire, Cannnas, (jœlius , oc Brutus marchè- 

rent en même-tems contre lui, non pour l'atta- 
quer de front, & tous enfemble, mais pour l'enve- 
lopper , en l'attaquant par trois difFerens endroits 
avec trois armées, dansl'efperance qu ils l'enlevé- 
roient facilement. 

Pompée ne s'étonna point, mais raiïemblant tou- 
tes fes forces il alla d'abord tomber fur l'armée de 
Bruttis ', à la tête de fà cavalerie, qu'il fit donner la 
première, La cavalerie des ennemis , qui étoit 
iihte celui r .i, Gauloife , foutint le premier choc. Mais Pompée 

commandoit la ca- \ * -y 1 • • 1 1 » O • 

zMkfiie.cUs-efmtmis.- s attachant a celui qui la commandoit, oc quipa- 
roiffoit le plus brave & le plus fort de la troupe, il 
le prévint fi heureufement , qu'il le perça de la 
lance & le jetta à bas de fon cheval. Tous les autres 
tournent bride , & fe renverfent fur l'infanterie, 
qu'ils mettent en fi grand defordre, que tout prend 
la fuite» Cela jetta la diïfenfion parmi ces trois 



PO MPE'E, 33Ï 

Generaux,qui ne pouvant s'accorder, fe retirèrent 
chacun de leur côté comme ils purent. En mê- 
me tems Iqs villes venoient fe rendre à Pompée , 
voyant que la terreur avoit diiperfé tous.fes enne- 
mis. 

La même année le Conful Scipion vint auffi c f L - c°™*<[ 
pour lui donner bataille. Mais quand les deux a«* c«>/w «»« c, 

r C C V' C Norban»s. 

armées lurent en prelence , avant que 1 inrantene 

des deux cotez en fut venue à lancer le javelot, 

les foldats de Scipion ayant falué ceux de Pompée? l'*«« ju sd- 

pafTerentde leur côté? & Scipion abandonné fut iZùtrT, fi%m 

contraint de prendre la fuite. Enfin Carbon ayant * cdU di Sm ^ s * 

envoyé contre lui quelques compagnies de gens 

de cheval près delà rivière d'Arfis, Pompée les 

reçut courageuiement , les renverla, ik, les pour- 

iùivant l'épée dans les reins, il les pouffa dans des 

lieux difficiles ., où la cavalerie ne pouvoit fe re- n fine un corps de 

_ I . | ?»f 9 ' cavalerie de Carben 

muer. Cette cavalerie voyant donc qu il n y avoit à fi rendra *m. 
aucune elperance de fe fauver ; fe rendit avec les 
armes & fes chevaux. 

Sylla n avoit encore rien appris de tous ces heu- 
reux combats 5 mais au premier bruit qui s'en ré- 
pandit y & aux premières nouvelles qu il en eut > 
craignant pour Pompée , qu'il voyoit engagé au 
milieu de tant d'ennemis, & de Généraux fi re- syiu fi met *& 
doutables, il le hâta de marcher à lui pour le le- }ZZII?ïowpIT 
courir. Quand Pompée fçut qu'il approchoit , il 
commanda à tous les Capitaines de faire prendre 
les armes à leurs foldats , & de les mettre en batail- 
le afin que leur General en arrivant trouvât far- ^Tt^iS^ 

Ttij 



■f|f' fOMPE'E, 

/on armée en b<n«ii mée très-beîïe, & en très-bon état. Car 11 efperoît 
voir i a bemé k jh de lui de grands honneurs, & il en reçut de plus 
"**"' grands encore. En effet lorfque Sylla le vit qui s'a- 

vançoit au-devant de lui, & qu'il apperçut fou 
armée en fi bel ordre , toute compofee de très- 
beaux hommes , & dont la bonne mine étoit 
encore relevée par la fierté que leur donnoient 
tant de glorieux fuccès , ravi il defoendit de che- 
val , & Pompée l'ayant approché & falué du titre 
fompée , z ijgt dlMPERATOR r il le faliia du même titre, au grand 

a* xxni. ans , faine _ _ - i ■ • » i 

du, titre ûfimpera- etonnement de tout le monde , qui ne s attendoit 

tor Pur SrlU, o 1 î • . *L s C '• k. 

pas que Sylla commumqueroit a un h jeune hom- 
me, & qui n'étoit pas encore de l'Ordre du Sénat, 
ee grand titre pour lequel il faifok la guerre aux 
Scipions & aux Marius. 

La manière dont il vécut avec lui dans la fuite y 
Se les traitemens qu'il lui fit , répondirent à ce pre- 
mier accueil, & à ces premières careflès ; car lort 
mHnem q»e Syiu que Pompée arrivoit aux lieux où il étoit > il fè le- 
»ifi« knovpà. voit au „j evant d e J u j 5 & ôtoit de deffus fa tête te 

pan de la robe dont il fe couvroit, ce qu'il ne fai- 
îoit pas facilement pour aucun autre , quoiqu'il 
eût autour de lui beaucoup d'Officiers auflî 
eonfiderables parleur valeur, que diftinguez par 
leur nobleffe. 

Pompée ne s'enorgueillit point de tous ces 
honneurs , au contraire , Sylla ayant voulu l'en- 
voyer en Gaule pour y commander à la place de 
Metellus qui y étoit , & qui paroifîbit n'y avoir 
fait aucun exploit digne des grandes forces 



I 



POMPE'E. 3Î5 

qu il a voit à fes ordres, il lui répondit > qttiln'étoit £^ï™f tm * m - 
ni honnête nijufte quil allât g ter le commandement de 
l 3 armée à un Capitaine plus vieux que hii,& d'une plus 
grande réputation. Mais que fi Meîellus le vouloit , & 
quil le priât d'aller lui aider à conduire cette guerre 5 il 
irait très-volontiers. Metellus ayant agréé fa propo- 
fition , Se lui ayant écrit de venir, il entra dans la 
Gaule où il fit en fon particulier des aclions admi- ;/ fi«f (L ™> l * 

11 1" 1 o 1 J • o C C Gaule des aclions 

rables de valeur ex de conduite , <% par la preience admimius , o- ra- 
il ranima & réchauffa la valeur & l'audace de Me- "uLiiuT'*^ 
tellus, que l'âge avoit prefque éteintes, comme 
on dit que le fer embrafé & fondu, verfé iur celui c le f srem ^fi'^ j 

r i n r ' t t jondu , fond rmeux 

qui eft froid & dur, ramollit & le rond plus prorn- u fi r f roid > i™ l * 

\ ■ C a -Kit • 1 feu même. 

ptement que le reu même. Mais comme lors 
qu un athlète eft parvenu à primer dans les jeux 
& les afîemblées , & qu il a vaincu dans tous les ' Avsc v4 ^ & 

f. 1 J 1 y^ C • 1 quelle noblejje Plu- 

grands combats de la Grèce , on ne lait plus aucun %*t<pe relevé /« ex- 
cas des victoires qu il a remportées dans fon en- ¥ %ï t \ re $Tf4- 
fance , & on ne les met pas en ligne de compte , ï Yim > 
f ai fait de même des grands faits d'armes que 
Pompée exécuta alors,quelques grands & admira- 
bles quils foient par eux-mêmes, parce qu'ils font 
enterrez & enfevelis fous le nombre & la gran- ?•*## «**h 
deur des derniers; oc ) ai évite dy toucher, de .£**»& fait* d'*me* 

^f A • a v i /•> • -f , ,i s* de la jeunefjè de 

je marretois a décrire en détail les p^>, 

// lui répondît quil nétoit ni perfonnage. Je ne Fçai fi on 

honnête ni jufie , quil allât oter trouveroît beaucoup d'OF- 

h commandement de V armée à un fîciers , qui dans une occalîon 

Capitaine plus vieux que lui , & Femblable auroient une pareille 

d'une- plus grande réputation. ] modération, 
Voilà h réponfe d'un grand 

Tt iîj 



334 POMP E' E* 

premières aéHons, je ne fuflè obligé de paner lé- 
gèrement fur les autres , qui font très-grandes & 
lùr tous les accidens de fa vie , qui marquent le 
mieux les mœurs de ce perfonnage, & qui font le 
mieux connoître fon naturel. 
ce fm l'an de Rome Après donc que Sylla fe fut rendu maître de 
y. a l'Italie , & qu'il eut été déclaré Diélateur , il ré- 

compenfa tous les autres Capitaines & Généraux , 
en les comblant de richefles, en les avançant aux 
plus grands honneurs, & aux premières dignitez , 
& en leur accordant à tous libéralement & avec 
joye tout ce qu'ils lui demandoient. Mais pour 
Pompée , comme il admiroit particulièrement là 
vertu & fes grandes qualitez , & qu'il le croyoit 
un grand appui & unpuiffant fecours pour lès def- 
feins , & pour la fureté de les affaires, il réfolut à 
quelque prix que ce fût d'en faire fon allié. Sa 
femme Metella entre dans fes vues , & tous deux 
enfemble ils perfùadent à Pompée de répudier la 
pu* obi;™ pom- femme Antiftia & d'écouler Emilie, petite-fille 

fee a répudier An- , .. •»■ i r* /■» 1 1 H 



tijtia, & àépouftr de Sylla, née du mariage de fa fille Metella avec 

fa petite-fille Emi- n » . • n 11 r 

lui qm avoù fon Scaurus , qui vivoit actuellement avec ion man , 



man 



par Plui arque ccm- 
9Je tyrannique 



& qui étoit grofle. 
Cem met blâmée Cette noce fut très-tyrannique , & plus conve- 
nable aux tems malheureux de Sylla , que féante 
aux mœurs & à la vie de Pompée. Car quel Ipec- 
tacle plus horrible que de voir Emilie traînée 
enceinte de la maifon de fon premier mari, vi- 

Cette noce fut très-tyrannique. ] Il manque au texte un mot qui 
cil fuppléé par un Mf. Il faut lire t $ h rvp*m** ™ 10Z ?*(**• 



P O M P E' E. 33j 

vant encore , dans celle du fécond , & Antiftia 
chaflee honteufêment & pitoyablement * comme 
privée d'un père qui venoit d'être tué , même , Antifiim ttié à * m 

f . t f |. . p h Sénat, 

pour ce mari , qui la repudioit dune manière fi 
indigne. Car Antiftius fut tué dans le Sénat , parce 
qu'on crut qu'il tenoit le parti de Sylla,à caufe de 
Pompée fon gendre. Sa mère ne pouvant fuppor- 
ter un fi grand affront , fe fit mourir elle-même', s* femme fi fm 

, ° /-■ f i< . r- | « ■>-. mourir elle-même. 

ce cette mort tut comme un epiiode de la tragé- 
die de ces malheureufes noces^auffi-bien que celle 
d'Emilie > qui mourut bien-tôt après chez Pompée f Jlf LwTLT 
en travail d'enfant. f m de Fôm ? és - 

Environ dans ce tems-îà on reçut nouvelles a 
Rome que Perpenna s'étoit emparé de la Sicile ^ u m fy? mm '- 
qu'il s'y fortifioit, & qu'il vouloit faire de cette 
Me la retraite & i'afyle de tous ceux qui reftoient 
du parti oppofé à Sylla; que Carbon croifoit tout- 
autour avec une puiflànte flotte ; que Domitius 
et oit paffé en Afrique , & que tous les plus iliuf- 
très perfonnages , qui avoient pu échapper aux 
profcriptions,chaflez de Rome de fugitifs^s' et oient 
iettéz de ce côté- là. Pompée fut envoyé contre "' p f^ '»%«"«» 

' „, f A * Sicile contre Ber- 

eux avec une groile armée. /*»»*. 

arrivée Perpenna abandonna la Sicile, & 
Pompée ioulagea les "villes-, qui avoient 
été extrêmement foulées > & il les traita toutes 
avec beaucoup d'humanité, excepté les Marner-' 
tins , qui habitoient la ville de Meflîne , & qui rë- 
fufoient de comparoîtie devant fon tribunal & 
d'$- reconnaître' fà-'vjurif&dtion y alléguant que 




33<5 P O M P E* E. 

c'étoit un de leurs anciens privilèges qui leur 
avoit été accordé par les Romains, à quoi il leur 

V* de Fow ^ e . répondit , ne cefferez^vous point de nous alléguer vos 
i«* aiugmim u»rs loix & vos privilèges 3 « »0WJ <pz #z/0/w i ejD& #ft a?ré? 

"■ ^' Il parut auffi qu'il infulta trop inhumainement 

aux malheurs de Carbon; car fie' étoit uneneceC- 
lîté , comme ce rétoit peut-être , de le faire mou- 
rir, il falloit le faire dès qu'il l'eut pris 7 & toute la 

§w syiu. . haine de l'action feroit tombée fur celui qui en 
avoit donné l'ordre , au lieu qu'il fit amener de- 

Fompée biâmé d'à- vant lui chargé de chaînes un des Romains les 

•®mV fait mourit « -\\ c\ . . n • 1 1 

carbta. plus îlluitres , qui avoir eu trois rois les honneurs 

* du Confulat , & qu affis fur fbn tribunal il le jugea 
' lui-même malgré la douleur & le dépit qui écla- 
toient fur le vifage de tous les afîiftans, & ordon- 
na enfuke qu'on l'emmenât pour l'exécuter. 
Quand on l'eut conduit ? & qu'il vit l'épée dé- 
gainée pour lui trancher la tête >, on dit qu'il de- 
manda un moment & un lieu retiré 3 parce qu'il 
fut furpris d'un flux de ventre qui le preflbit. 
e*»* Qppim ac- Ç a ius Oppius, ami de Cefar , écrit que Pompée 

cufe Pompée a avoir L L y ' 1 X 

traité trop inimm ai- xx2Àx.2l auffi fort inhumainement Quintus Vale- 

ntment Falerius. . , f >'\ r • \ 1 1 

nus ; car ayant içu qu il etoit homme de lettres^ 
& que peu de gens ppuvoient lui être comparez 

Caius Oppius , ami de Cefar. ] ne le compte parmi les princi- 

.C'efl celui qui a écrit la guerre paux amis de Cefar,& pour mar- 

d'Efpagne. Il avoit fait auffi quer combien il étoit porté pour 

d'autres ouvrages , entr'autres lui,il dit, qu'il avoit compofé un 

des vies desHommesilluftresicar traité , pour prouver non ejfe Ca- 

ou cite de lui la vie de Cadras , faris filiumquem Cleopatra dïcat : 

celle du premier Scipion l'Afri- Qjte Cefarion n étoit pas fils de Ce- 

£juâin ; <& celle de Marius. Sue.to,- far ? comme Çlçop^trc l'ajfuroit. 

pour 



ftifpeti dans tout c< 
qu'il écrit des amis 
Vr des ennemis dç 
Cefar* 



P O M PE' E. 337 

pour la profondeur Se .retendue du feavoir , 
quand ii tut amené en fa prefence , il le tira en par- 
ticulier , fe promena long-tems avec lui , Se après 
qu'il l'eut bien queftionné , Se qu'il eut appris tout 
ce qu'il vouloit fçavoir , il commanda à fes fatelli- 
tes de l'emmener Se de le faire mourir. Mais tout -W* ^ être 
ce qu'Oppius écrit des amis ou des ennemis de 
Cefar, il faut le recevoir avec grande défiance , & 
ne le croire qu'avec beaucoup de circonlpecl;ion.> 
Il efl; certain que Pompée fut forcé de punir tous Pompée force '/»/#. 

j 1 o 1 1 • C i de cruauté poW obéi? 

ceux des ennemis de byila qui le trouvèrent les ^ Sj m, r 
plus apparens & les plus connus P Se qui furent 
pris au vu & au fçû de tout le monde. Mais 
tous ceux qui purent fe cacher , il fit femblant de 
ne les pas voir ? & n'en fit aucune recherche ; il y 
en eut même qu'il renvoya, ou qu'il laifla échap- u U fih ùdo*~ 
per. Mais ayant refolu de châtier la ville des Hi- Z^fïl 
meréens,qui avoit embrafle le parti de fes ennemis, mettre ° 
Sthenis, un -des orateurs d'Himera^ lui demanda 
la permiffion de parler , & lui dit , qu'il fer oit une 
chofe très-injufle > filaijfant le coupable , ilfaifoii pe* 
rir les innocens. Pompée lui demanda qui étoit ce 
coupable, dont il vouloit parler. C'efi moi, lui ré- 
pondit Sthenis , moi , qui ayant gagné mes amis par Alt( i ace&m4im . 
la perfuafwn , & employé contre mes ennemis la force 9 »»w deSthtm^ 
les ai portez à faire ce qu'ils ont fait. Pompée , ravi 

Mais tout ce qu'Oppius Jcrit quable. Cet hiftorien étoit fî 

des amis ou des ennemis de Çefar, porté pour Cefar , qu'il n'étoit 

il faiit le recevoir avec grande pas croyable fur ce qu'il difoit 

défiance."] Ce jugement que Plu- des amis & des ennemis de ce 

tarque faitd'Oppius efl remar- grand homme. 

Tome y. Vu 



338 P O M P E' E. 

de la franche liberté , de l'audace & de la magna- 
nimité de cet homme , lui pardonna Ion crime à 
lui le premier, & le remit enfuite , en fa faveur, 
à tous les autres. Ayant été informé que fes fol- 
dats eommettoient beaucoup de defordres dans 
'Jl^Tie'fs^i- l eur marche, il lcella leurs épées de fon cachet 9 
dots dans larfimr- & tous ceux qui ne conferverent pas ce cachet 
entier , furent punis. 

Pendant qu'il executoit toutes ces chofes en 

Sicile , & qu'il y faifoit ces reglemens , il reçut 

iireçut ordre i» un décret du Sénat , & des lettres de Sylla, qui lui 

Sénat de fajjer en Gr donnoient de pafler en Afrique pour faire la 

Afrique jonrre Do- I 11 

miti»s* ' guerre avec toutes fes forces à Domitius , qui avoir 

aflèmblé une armée beaucoup plus puiiTante que 

celle qu avoir Marius , lorfqu'il paffa d'Afrique en 

Italie, & qu'il fe rendit maître des. affaires des 

Romains , devenu de fugitif, tyran iniupportable. 

Pompée ayant donc préparé très-promptement 

tout ce qui et oit neceflaire pour cette guerre, & 

z Lufe en Sicile fes équipages , laifia en Sicile Memmius , mari de 

^alZT/J 1 ^ & fœur , pour y commander , & partit avec fîx- 

avecjix-vingtvaif- vingt vaifTe^ux de guerre^ & quatre-vingt vaif- 

feaux deguerre. fil • • r • r 

féaux de charge , qui portoient les provilions 
de bouche , les armes , fon argent , fes machi- 
nes & tous fes bagages. Des que la flotte fut 
abordée partie à Utique , & partie à Carthage y 

Ilfcella leurs épées defon ca- ne me fouviens pas d'en avoir 

thet. ] Voilà un expédient dont vu aucun exemple. Il étoit bon 

on ne s'étoit pas avîle avant du tems des Romains, mais il fe- 

Pompée , & que perfonne n'a roit inutile aujourd'hui, 
imité après lui. Au moins je 



P O M P E' E, 339 

fept mille des ennemis vinrent fe rendre à lui, & 
il avoit alors fix légions entières. 

On raconte qu'il lui arriva là une avanture 
fort rifible. Quelques-uns de fes foldats trouve- J r ^{^ ToT^Ï 
rent , dit-on , un trefor qu ils partagèrent , & ils 
eurent chacun une grofîe fomme. Le bruit s'en 
étant répandu, tous les autres foldats crurent que 
ce lieu-là étoit plein de richeiîès, que les Cartha- 
ginois y avoient autrefois enterrées dans le tems 
de leurs malheurs. Il ne fut pas au pouvoir de 
Pompée de fefervir de fes foldats pendant plu- 
fleurs jours , ilsétoient tous occupez à chercher r<>usresfoU*u ws 
des trefors ; de forte que lui-même en fe prome- ™i%f*< chmhtr 
liant ne faifbit que rire & fe mocquer de voir 
tous ces milliers d'hommes travailler fans relâche 
à fouiller ces champs. Se les renverfer de fond en 
comble, jufqu'à ce qu'enfin laffez de ce travail 
inutile, ils lui dirent, quilles menât ou ilvoudroit ., 
quils avoient affez porté la peine de leur fotife. 

Domitius vint à fa rencontre, & fe mit enba- *>«**»"**&** 

•il i 1 ■ • 1 r • rr r i f* rencontre, fi met 

taille devant lui , mais comme il etoit iepare des «* ***<«& devant 

% r 1 • * C r lui ,zsr Ce retire en- 

ennemis par une grande fondrière tres-elcarpee $„. 
Se très-difficile à parler, & que dès le matin il tom- 
ba une grofîe pluye accompagnée d'un vent fort 
violent, il crut que pour ce jour-là il feroit impôt 
fible de combattre , & ordonna qu'on pliât ba- 
gage, & qu'on fer étirât. Mais Pompée au-eon- 
traire tirant de cetems-làune occafion favorable 
pour lui , le fuivit vivement , & pafïa la fondrière. Pompa u fmt & 
Lesioldats de Domitius dans ledefordre & dans f^TLfTrJaiL 

Vu fi 



34© P O M P E E. 

la confufion où ils fè trouvoient , n'étant ni tous 
enfèmble, ni bien rangez , fournirent pourtant ce 
choc, quoique le vent leur pouffât la pluye con- 
tre le vifage. Cet orage nelaiffoit pas d'incommo- 
der auffi beaucoup les Romains, qui ne pouvoient 
ni fe bien voir , ni s'entre-reconnoître , de forte 
que Pompée lui-même penfa à être tué, parce 
qu il ne répondoit pas allez promptement à un 
foldat , qui, ne le reconnoiÏÏanr point, lui demarr- 
Fmpu reporte j Q j t j e mot ^ Enfin Pompée renverfa les ennemis 

me grande victoire* x 

& efl faïue du thre avec grand meurtre ; car il ne s'en fauva que trois 

mille de vingt mille qu ils étoient. Ses foldats le 

faluerent du titre JImperator. Mais il leur 

dit qui! n ? accepteroit pas cet honneur, tandis que 

une veut accepter le camp des ennemis feroit debout, & que s'ils 

se titre qu après que j iji t . -1 T 11 • 

/es foidats wont vouloient 1 honorer de ce titre , il talloit aupara- 
frciu c^ d e do- t a | 3 } Dattre ces retraiichemens. 

miiiHS, 

En même tems voiîà tous fes foldats qui fe 
jettent en foule fur cette clôture. Pompée conv- 
battoit la tête nuë fans cafque, de peur d'un acci- 
dent pareil à celui qail venoît (^éviter. Le camp 
Le camp frci & $ es ennemis efl: forcé & pris , & Domitius lui-mê- 

fris, Of Domitius a 1 ' 

3-efltm. me y elt tué. D abord la plupart des villes ou- 

vrent leurs portes , & celles qui voulurent le dé- 
fendre lurent prifes d aiîàut. il fit auffi priionnier 
fonniex l toijlr- 1e Roi Jarbas , qui avoit embraffé le parti de Do- 
■R s y :Zefwet mitius, & il donna fon Royaume à Hiempfaî, 
*•#* Mais voulant encore mieux profiter de la fortune, 

Se de la valeur & de la bonne volonté de fes 

Il entre dans ht „ .« * i tvt • i« > -1 

vnmidk. troupes a u entra dans la Numidie , ou il avança 



POMPE' E. 34 t 

plufieurs journées , domptant & afîùj étrillant tout 
ce qui étoit fur fon paflage 5 & rendant encore la 
puiiîance des Romains terrible & redoutable à 
ces barbares , qui commençoient à la méprifer. Il 
difoit même qu'il ne falloit pas laifler les bêtes n f ait m * me u 

r f i •• i n i r i & tterrt aux è " es 

iauvages , répandues dans ces vaites delerts aer/**?^«.rf« ?«..»-« 
l'Afrique , fans leur faire éprouver la force & la ejm 
fortune des Romains. Pour cet effet il parla quel- 
ques jours à la chaflè des lions & des élephans\ 
Et il ne fut en tout que quarante jours à défaire 
les ennemis , à reconquérir ï Afrique, Se à régler 
tout ce qui regardoit les Rois du païs > quoiqu'il 
n'eût alors que vingt-quatre ans. 

Quand il fut deTetour à U tique , il reçut des 
lettres de Sylla , qui lui ordorïnoit de congédier } v J^f ordre , de 

J - ' 1 *i\ r Sylla de congédier 

fon armée , & d'attendre la avec une feule lé- >»"»»«><?• <jw 

1 ' jTv' •" •• > \ ' ' 1 • C tendre le fucceflèur 

gion le Capitaine qu on lui envoyôit pour lui lue- r : on im envoyai* 
céder. Ces lettres le piquèrent fenfîbîement 3 Se 
il fupportoit cet affront avec grande impatience 
fans en rien témoigner ; mais fes troupes firent 
hautement éclater leur indignation } jufques - là 
que Pompée les priant de fè retirer Se de s'em- 
barquer pour l'Italie y elles fe mirent à dire des 
injures à Sylla , & à protefter qu'ils ne l'abandon* 
neroient jamais , & qu'ils ne fouffriroient point 
qu'il fê fiât à un Tyran. 

D'abord Pompée tâcha de les adoucir & de 
les ramener > mais ne pouvant y réûffir , il defceiï- 
dit de fon tribunal , & fe retira dans là tente, fon- 
dant en larmes. Ses foldats allèrent incontinent le 

Vu iij 



Indignation ié 
l'armée Jur (et ordre* 



342 P O M P K E. 

reprendre > & le rapportèrent fur fbn tribunal , où 
ils parlèrent la plus grande partie du jour , eux à le 
preflèr de demeurer & de ne pas quitter le com- 
mandement, & lui à les conjurer d'obéir , & de 
Grand, txempu de ne pas exciter de révolte. Enfin voyant qu'ils ne 
^dZït^t' ceffoient de le fupplier & de crier contre lui , il 
leur dit d'un ton fermé que s'ils penfoient le forcer 9 
ilfe tuer oit lui-même ; & avec cette menace il eut 
encore beaucoup de peine à les appaifer. 
mveiie L a première nouvelle que Sylla reçut , fut que 



e nou 



que Sylla reçoit de __ , r r . . I - 1 . 

u redite de Pom- Pompée s etoit révolte contre lui 3 iur quoi il dit 
fee ' à fes amis qui étoient prefens , c'eft donc ma deflinée 

Mot de Sylla fur ,, . r . .. , ; ' 

eme nouveiu, d avoir fur mes vieux jours a combattre contre des en- 
fans , ce qu'il difoit à caufe de Marius > qui encore 
tout jeune lui avoit donné beaucoup d'affaires j, 
.& l'avoit réduit à courir de très-grands dangers. 
Mais ayant été informé de la vérité , & averti 
d'ailleurs que tout le peuple recevoit Pompée 
avec de grands honneurs 3 & alloit au-devant de 
lui pour l'accompagner avec toutes les marques 
de la plus grande bienveillance, il fe piqua d'en- 
chérir iur rous les autres , & allant à fa rencontre > 
il l'embraiïa avec tous les témoignages d'une veri- 
nïftïifc table affèaion, lé falua tout haut du furnom de 
FompAqui n'avait Q ranc l f & voulut que tous ceux qui l'accompa- 
gnoient , le faluaflent de même. D'autres dilent 

// leur dit d'un ton ferme » que tîere.Tout autre que Pompée ÔC 

/ils f enfoient le forcer, il fe tu'éroit à fon âge auroit pu fe laiffer ten- 

lui-même. ] Il n'y a point d'e- ter par une chofe aufîi rlatteufe> 

xernple d'une plus grande iide- furtout voyantSylladéja vieux; 

lité & d'une obéiflance plus en- car il mourut deux ans après. 



POMPE 5 E. 343 

«que ce fùrnom lui avoit déjà été donné en Afrique 
par toute l'armée, mais qu'il ne fut reçu généra- 
lement , Se n'eut force Se vigueur que quand il fut 
autorifé par Sylla. Il eft certain que pour lui il fut 
le dernier à le prendre, & qu'il ne le prit que 
long-tems après, lorfqu'il fut envoyé Proconful Pompie m prlt 
enEfpagne contre Sertorius. Car ce fut alors feu- ^M*^ i**r 

1 O 3 ^ niai tems après. 

lement qu il commença a mettre a la tête de tou- 
tes fes lettres , & de toutes fes ordonnances Pom- 
pée le Grand, ce titre ne pouvant plus animer con«* 
tre lui l'envie , parce qu'on y étoit accoutumé. 

Et fur cela il eft jufte de loiier Se d'admirer les 
anciens Romains , qui niionoroient 1 pas de ces 
grands lurnoms Se de ces titres magnifiques les paient {L'-Ut 
vertus guerrières feulement ; mais -auffi les vertus T m civUes - cc? /~ 

O ut:qnes , étaient ho- 



civiles& politiques, car il y eut deux hommes que ime < &ffi 4». fax 

î il i î r i7i/r- nom ^ Grand. 

Je peuple honora de ce grand iurnom de Maxi- 

mus ,c'eft-à-dire , très-grand. L'un fat Valerius , fr ^TnfulZ 

pour avoir rétabli l'union Se la concorde entre le 

Sénat & lui ; & l'autre Fabius Kullus , pour avoir 

chafîe du Sénat quelques fils d'affranchis , qui 

L'un fut Valerius. ] C'eft M. il dit qu'il l'eut pour avoir chaf- 

Valerius , frère de M. Valerius fé du Sénat quelques fils d'af- 

Publicoîa , qui étoit Di&ateur. franchis.' Mais ce Fut une au- 

Cela arriva l'an de Rome 260. tre caïfon qui porta le peuple à 

quatre cens douze ans avant ces lui faire cet honneur. On peut 

exploits de Pompée en Afrique, voir la remarque fur cet endroit 

Et Vautre Fabius Rullus , pour de la vie de Fabius., vol.. 2. pag. 

avoir chajfé du Sénat. ~\ Dans la 293. 

vie de Fabius il a écrit que ce Pour avoir chajfé dit Sénat quel* 

furent les grands exploits de ce ques fils d' affranchis , qui varieitr s 

Fabius Rullus qui lui firent don- grandes rïchefjes s' étalent fait 

ner le furnom de Grand , & ici élire Sénateurs, j C'étoit une 



344 POMPFE, 

par leurs grandes richeifes s'étaient fait élire Se~ 

nateurs. 

h F t ZmpheTTt ^è s 9. ue P° m pé e fut arrivé à Rome il demanda 

s'y oj>p/e,fesr«i- \ç triomphe, mais Sylla s'y pppofa , alléguant que 

la loi n'accordok cet honneur .qu à celui qui étoit 

Prêteur pu Confiil. Voilà pourquoi le premier 

ji fallait êm Scipion , après avoir défait les Carthaginois en Et- 

Cenfttl 011 Prêteur l i 1 r 1_ '11 1 1 • C 

four demander i« pagne dans pluiieurs batailles plus gloneuies , ne 
triche, demanda pourtant pas les honneurs du triomphe, 

parce qu'il n'étqit ni Coniul , ni Prêteur. Il ajouta 
que fi Pompée, qui n'avoitpas encore de barbe, 
& qui à caufe de fa jeuneiîe n'étok pas encore 
reçu dans le Sénat , entroit triomphant dans la 
ville, cela rendrokfa puifTance odieufe &fufpe- 
<5t,e, & attirerait fur Pompée une envie furieufe 
pour un honneur fi prématuré & fi exceffif. Voilà 
les raifons dont Sylla le fervoit contre Pompée , 
témoignant ouvertement qu'il ne fouffriroit jamais 
qu'il triornphât ., qu'il s'y oppoferoit de toutes fes 
forces, & qu'il reprimeroit cette ambition fi dé- 
placée , s'il s'y opiniâtroit. 

Mais Pompée ne s'étonna ni de fes raifons ^ ni 

bonne & belle aclion à Fabius xxxi. en parlant deL. Corne- 

Rullus y d'avoir chaiïe du Se- lius Lentulus. L. Cornelio Len- 

nat ces fils d'affranchis. Mais udo triumphus negatus efl : Res 

elle ne fufKfoit pas pour faire triumpho dignas ejje çenfebat Se- 

donner ce glorieux furnom de natus , fed exemplum à majorjbus 

très-Grand. non accepijfe , ut qui neque Dicla- 

Maïs Sylla s'y oppofa , aile- tor , neque Confia , neque Pr&tor 

guant que la. loi n'accordok cet remge/jijjet , triumpharet, comme 

honneur qu à celui qui était Prêteur Xilander & Cruierius l'ont re- 

ou ConfuL ] C'eft là que Tite- marquç. 
Live dit en termes exprès , liv. 

de 



POMPE' E. 545 

de lès menaces , il le pria feulement de confiderer 
que beaucoup plus de gens adorent lefoleil levant, que le Hardie repaie de 
foleil couchant , pour faire entendre que fapuiiîàn- ^poihfltut- 
ce ne faifok que croître & augmenter tous les f he - 
jours , au lieu que celle de Sylla ail oit toujours 
diminuant & déperiiîant* 

Sylla n'entendit pas bien ce qu'il avoit dit, mais 
voyant au vifage & aux geftes de ceux qui l'a- 
voient entendu, -qu'ils étoient dans l'admiration .., 
il demanda ce que c'étoit que Pompée avoit dit., 
& l'ayant entendu, étonné de la grande audace 
de ce jeune homme , il s'écria par deux fois, 
qu'il triomphe , qu'il triomphe. Et comme la plupart 
en étoient irritez & indignez par une noire jalou- 
fie-, Pompée, pour leur faire plus de dépit, réfblut 
de triompher lur un char traîné par quatre éle- Pom ?« - -voulût 

i .1 . / 1 r 1' a T • triompher fur un 

phans, car a en avoit amené plulieurs d Afrique char traîné p ar qua- 
qu'il avoit pris fur les Rois vaincus. Mais la porte TJll\tL Ce ^ 
s étant trouvé trop étroite, il y renonça, & entra 
forun char traîné par quatre chevaux. 

Ses foldais, qui n'avoient pas obtenu tout ce 
qu'ils avoient efperé, voulurent lui faire de la peine 
& troubler ion triomphe , mais il dit qu'il ne s'en Pùm ? e ' e âit > <f ïl 

C. . Q >.i i a J renoncer oit plutôt au 

oucioitpas, <x qu il y renoneeroit plutôt que de ^ , ? «« de 

î'abairïèr à les flatter. Sur quoi Servilius, un des )diai^ r ^ 

plus confiderables perfonnages de Rome , & un c e jt p. sm>M»t 

de ceux qui s étoient le plus oppofez àibn triom- ^'c^uZ^Vm 

phe, dit publiquement , je reconnois à cette heure a ? rès ' 

que J^ampée eft véritablement grand Ù* digne du Mot de servmm 

._ • . | fur cette fierté '. de 

triomphe. - P#w ^. 

Tome K Xx 



34<f F- O M P E r E. 

Il étoit évident que s'il eût voulu alors , il eût 
été facilement admis dans Tordre des Sénateurs,, 
mais il ne témoigna nul empreffement pour cela 
ïmfie néglige par un raffinement d'ambition , car on dit qu'il 

fort Sénateur par A -, î • r r •■• i J«t i i 

unrafiinementâ'am' cher choit la gloire dans ce qui! y avoit déplus 
extraordinaire & de plus inoiïi. Il n'auroit été ni 
bien extraordinaire, ni bien lurprenant que Pom- 
pée eût été Sénateur avant l'âge-, mais il étoit 
fort étrange j& par confequent fort glorieux, 
qu'il triomphât avant que d'être- Sénateur. Ce 
jfrès /m triomphe triomphe même ne lui fervit pas peu à gagner de 
pL"tr e a Turevi plus en plus l'affection du peuple; car tous les 
des chevdim. Romains furent ravis de voir qu'après un fi grand: 
honneur il ne dédaignoit pas de comparaître avec 
les autres Chevaliers aux revues , & de fubir l'inf- 
peéiîon des Cenféurs. 

Sylla au contraire étoit très-fâché & avoit un 
fecret dépit de voir ce haut degré de gloire & de 
puiflânce ou il s'élevoit ; mais la honte l'empê- 
chant de s'y oppofer il fe tint en repos , jufqu'à ce 
que par force & malgré lui Pomp ée eût fait parve- 
Far fes hrigms ii nir un Lepidus au Confulat, en l'aidant de fes bri- 

procure le Confulat o 1 • 1 C. î 1 

à LepicUs,qm etoit gués , <x en lui procurant la raveur du peuple par 

££_£ homme!. de &> n grand crédit. Alors il ne put plus fe contenir? 

& le voyant paner comme il s'en retournoit de 

l'éleclion au travers de la Place , fuivi d'une foule 

// eût fait parvenir un Lepidus étoit un efprit très-feditieux & 

su Confulat. ] M. Emilius Lepi- le plus méchantde tous les hom- 

dus , qu'il fit nommer Gonful mes , comme Sylla va le dire à 

avec Q. Lutatius Catulus pour Pompée , & comme la fuite le fit 

l ? an de Rome 6jf. Ce Lepidus bien-tôt voir, 



P O M P E' E. 347 

de gens, qui Taccompagnoienc pour lui faire hon- 
neur^ il lui adreûa la parole,& lui dit: Jeune homme y 
je voi que tu es tout fier de ta viéloire; ceft aujji un PrédiMo» queSyi- 
grand Ù* bel exploit d'avoir 'fait que Lepidus , le plus ?«»&. 
méchant de tous les hommes , par le fupport que tu lui 
as donné auprès du peuple , ait été nommé Confid avant 
Catulus > qui eft le plus honnête homme , & le plus 
homme de bien de Rome. Je t'avertis qu'il ri eft plus tems 
pour toi de dormir x ni de te repofer y mais de bienpenfer 
à tes affaires , car tu t'es attiré un adver faire beaucoup 
plus fort que toi. 

Mais en quoi Sylla témoigna principalement 
la mauvaife volonté qu'il avoit pour Pompée - 3 
ce fut dans ion teftament , car il y fit des legs à . ^^'^ 

r . .. ' J r <->. tonte de Sylla four 

tous les amiSjil y nomma des tuteurs pour ion fils, *°»>p" > t*™ fi*- 
&il ne dit pas un fèul mot de Pompée, ce que ce- TL*™ 1 ™ 
lui-ci flipporta pourtant avec beaucoup de dou- 
ceur & de patience 5 jufques-là que Lepidus & 
quelques autres ayant voulu empêcher qu il ne 
fût enterre dans le champ de Mars, & que fon 
convoi ne fe fît publiquement avec les cérémo- 
nies accoutumées,, il accourut au fècours du dé- Pompée ^wi 
■font., & procura à fes funérailles la gloire &. la ^ a t^î 
Xûreté. /^ 

Incontinent après la mort de Sylla , on vk l'effet 

. 'Ceft aufjî un grand & bel ex- A mon avis il faut lire & pono 

floit. ] Le texte eft corrompu Se tuer ainfi tout le pafïàge : <mm y$ 

mal pondue en cet endroit. Le «%} ; $«eî* raura &, tteth*. Comment 

mot .o*.Tau$a ne lignifie rien ici , ne leferois-tu fas ? défi m grand 

& ne peut avoir lieu ; & il faut & bel exploit , &c. 
un point interrogant après y.^ï. 

Xx il 



348 F O M F E* E. 

de fes prédicTions ; car Lepidus voulut s*emparer 

de toute fa puiflance , nos point en cachette. <& 

par des détours, mais en prenant^ou vertement les 

Lepidm pend us armes , Se en rallumant les reftes des anciennes 

T™ eS ancim,m "fil faéMons de Marius y que Sylla n avoit pu entière- 

mm d e Marm. ment éteindre , & dont il fe fortifia. Catulus , fon 
collègue au Gonfuiat , qui avoit pour lui la meil- 
leure & la plus faine partie du Sénat & du peuple--, 
était véritablement dans une grande eftirne pour 

.GwafUre de c«tur fa fageiîe& pour fa juffice 5 -& pafloitpour le plus 
grand des Romains > mais il paroifioit plus propre 
au Gouvernement civile qu à. être à la tête des 
armées, & à conduire des guerres; & les affaires 
demandoient Pompée. C'eft pourquoi: celui-ci 
ne délibéra pas long- tems quel parti il devoit 
fuivre ; abandonnant Lepidus , il fe jetta du côté 

Pënyâ nommé Ge- ^ QS gens de bien , & fut.d 'abord nommé General 

eral de C Armée « ..p r 3 . t • J 

mtn. Lepidus, de 1 armée , qu on envoyoït contre Lepidus , qui 
avoit déjà fubjugué une grande partie de l'Italie , 
& qui tenoit toute la Gaule en deçà des Alpes 
avec l'armée de Brutus. 

Dès que Pompée le fut mis en campagne , \l 

vainquit facilement tout ce qui fe prefenta, mais 

iiïffîigrMaVmrs. il fut long-tems devant Mutine > que Brutus dé- 

do£* mtts éfen " fendoit. Cependant Lepidus fe coula fecrette- 
ment vers Rome , & campé devant fes murailles ii 
demandôit un fécond Confulat , en effrayant ceux 
qufétoient dans la ville, avecune troupe de gens 
qu'il avoit ramafTez de tous cotez. Mais cette 
frayeur fut bien-tôt diflipée par des lettres qu'on. 



neral 
centre 



PO M P E* E. 349 

reçut de Pompée , qui mandoit qu'il avoit termi- 
né cette guerre fans combat. Car Brutus , foit 
qu'il eût trahi fon armée , ou que fon armée l'eût 
trahi, fe rendit à Pompée , qui lui donna une Bmtus fi rend £' 
elcorte de cavalerie pour le mener a une petite 
ville près du Pô ,-■ & qui le lendemain envoya 
Geminrus , avec ordre de le tuer, ce qu'il fit", ^^«^w»* 
aélion dont Pompée fut très-blâmé ; car d'abord 
après et changement' 11 peu attendu , il écrivit 
au Sénat que Brutus fe rendoit volontairement 
à lui , &le furlendemain il écrivit d'autf es lettres 
pour charger Brutus , -qu'il avoit fait tuer. Ce 
Brutus étoit père de celui, qui avec Caffius tua 
Gelàr ; mais ce fils fut bien diffèrent du père , car Bmm u0û fors' 
il fçut faire la guerre avec plus de courage , & **"*?. du pre ' 
mourir plus genereufèment, comme nous l'avons 
écrit dans fa vie. Lepidus donc , forcé d'abord d'a- 
bandonner l'Italie, fe retira dans 1'Ifle de Sardap te f d » s *&f-;& 
gne , ou il mourut dune maladie cauiee par là &£mu*rj*d$*rt 
douleur , non de voir la ruine de fes affaires & de smAe ^f m 
là fortune, mais d'avoir appris par une lettre , qui 
tomba entre fes mains > que fa femme s' étoit -dés- 
honorée par un adultère. 

D A n c . . ./ • Sertorhi fini 

ans ce tems - la bertonus, <jm etoit un autre Hcf»«f 

Mais c& fils fut bien différent Brutus le fils, après avoir foute-^ 

du père., car il ff ut faire la guerre nu la guerre avec beaucoup de 

avec f lus de courage , & mourir courage , fe tua lui - même pour 

•glus genereufèment ~\ Brutus le pe- ne pas tomber entre les mains de 

re fe défendit très-lâchement, -Se fon ennemi. C'en 1 cette mort que 

fe rendit enfin à fon ennemi Plutarque appelle geriereufe , 

pour fauver fa vie % au lieu que parun aveuglement trop Payent 

Xx iij^ 




jclliH Vins, 



350 F O M P ET E. 

Lefiâus^ccu^i'Ef- G a pit a ine que Lepidus, avoit occupé TEipagne^ 
& s' étoit rendu terrible aux Romains * qu'il me- 
naçoit de la dernière ruine , car tous les relies des 
guerres civiles s'étoient retirez autour de lui , 
comme autant de fluxions , qui fe jettant toutes 
fur une partie , forment une maladie très - dange- 
reufe. Il avoit déjà défait plufieurs Capitaines, qui 
n'étoient pas des plus habiles , ni des plus expéri- 
mentez -, & il étoit alors aux prifes avec Metellus 
c*cMm Me- ~p' ms , homme de grande réputation , grand Capi- 
taine , & brave de ia perfonne , mais qui à caufe 
de fbn grand âge paroiilbk trop lent pour fàifir 
les momens favorables que la guerre prefènte , & 
hors d'état de profiter des occafions. Sertorius 
par fa vivacité & par fa vîtefle les lui ravûToit 
toujours d'entre les mains, en fe prefentant à tous 
momens devant lui avec la dernière audace, lors- 
qu'il s'y attendoit le moins , ,en l'attaquant plu- 
tôt en Capitaine de bandits, qu'en General d'ar- 
mée, & en troublant par des embûches fréquen- 
tes, par des allarmes continuelles, &par descour-^ 
fes foud?ines & imprévues ce bon homme, qui 
étoit comme un athlète , accoutumé à des com- 
bats réglez , & qui ne fç avoit mener que des trou- 
pes peiamment armées, ni combattre que de pied 
ferme en bataille rangée Se à jour aflîgné. 
&n$K s opiniâtre Dans cette conjoncture , Pompée qui avoit en- 

, « retenir fes trottbes f r f*110^^ , J•/"~r•• 

j»fq»'àce ^'on l'ait core toute ion armée eniemble oc a ia dilpoiition, 

ÈËTnlZï vouluc en profiter , & fè mit à faire fes menées & 

fes pratiques , pour obtenir qu'on l'envoyât en 



POMP E r E. 351 

>agne au iecours de Metelius. Catulus eut 
beau lui ordonner de licencier fes troupes,il refu- 
la d'obéir, Se fe tint en armes autour de la ville , 
trouvant toujours de nouveaux prétextes pour 
demeurer armé , jufquà ce qu'on lui eût donné le 
commandement qui! demandoit : ce fut Philippe 
qui en ouvrit le premier l'avis, & Ton dit que for 
cette proposition faite dans le Sénat , un des Séna- 
teurs lui demanda tout étonné s 5 il penfoit bien 
férieufèment qu il fallût envoyer Pompée en Es- 
pagne pour le Conful. Non- feulement pour le Con- np*rioit de 1 e^- 

Ç p Z . , r T>1 J . 1 . r . , dus O* de Caftât, • 

julj repartit bruiquement Philippe ., mais pour les 
Qonfuls. Voulant faire entendre par-là que les 
deux Confuls étoient gens de nulle valeur ^ & 
incapables de conduire cette guerre. 

Dès que Pompée fut arrivé en Elpagne , voilà 
d'abord tous les elprits , qui flattez par de nou- 
velles efperances, comme cela ne manque ja- 
mais à la venue d'un nouveau General de ré- 
putation -,■ changent en fa faveur ? & il fait ré- 
volter tous les peuples ., qui n'étoient pas fort at- 
tachez aux intérêts de Sertorius, 

Geluî-ci, piqué des progrez de ce jeune hom- 
me , s'emporta contre lui à des paroles fieres & 
infolentes, & dit qu'il n'employer oit que les verges P4role W olt »**- 

j 1 r 1 r 9-1 • • .., de Senerim «mfrs- 

& la jerule contre cet enfant, s il ne crmgnoit cette vieil- pm^ee. 
k? voulant parler de Metelius. Cependant la crain- 
te qtfil avoir de Pompée, l'obligea à le tenir mieux 
fiir f«s gardes 5 & à faire la guerre avec plus de 
précaution. Car Metellus , ce qu'on n'auroit ja- , ; f^/« tt 



3 POMPE' E. 

jours f at um -vie mais crû, menoit une vie fort defordonnée r s s é- 
tant aoandonne a toutes iortes de déliées oc de 
yoluptez. Tout d'un coup il s' étoit fait en lui un 
changement épouvantable , fa première {Implici- 
te Se fon ancienne frugalité ayant dégénéré fubi- 
tement en un luxe prodigieux & en une dépenfe 
exceiîive. De forte que ces defordres deMetellus 
attirèrent à Pompée l'amour *& la bienveillance 
de tout le monde , & augmentèrent la bonne opi- 
nion qu on avoit de lui. On voyoit que quoique 
fut déjà fort tempérant dans la manière de vivre 
ordinaire j qui n' avoit pas befbin.de beaucoup de 
préparatifs j il ne laiflbit pas d'en retrancher tous 
les jours encore tout ce quiiui paroillbit fuperflu ., 

tempmnu&fA- car naturellement il étoit d'une tempérance & 
gej 3 ° mpee ' d'une fageffe fort grande 3 & très-réglé dans tous 
fes defirs. 

Cette guerre eut diverfes faces > & éprouva 
bien des changemens , mais de tous les échecs 
qui arrivèrent à Pompée ? aucun ne l'affligea -fi 

raie de VEfpagne fenfiblement que la prife de la ville de Lauron, 
dont Sertorius fe rendit maître à fa vue. Pom- 
pée croyoit le tenir enfermé } & fur cela il lui 
étoit même échappé de dire quelques paroles de 

Il s'etoit fait m lui un change- très-contraire , comme fi MeteJ- 

ment épouvantable , fa première lus eût changé de mal en bien , 

/implicite & fon ancienne fruga- & qu'il eût quitté le luxe pour 

lité ayant dégénéré fubitement en embraner une vie fïmple &fru- 

un luxe prodigieux.'] On avoit gale, ce qui corrompt tout.ee 



fait ici une faute horrible , en que Plutarque dit ici. 
donnant à ce pafTage un fen.s 



vanité 



. P O M P E' E. ■ 353 

vanité , lorfque tout d'un coup il fe trouva enve- 
loppé lui-même , & n'ofant remuer de fa place , il 
eut le déplaifir de voir brûler la ville en fa pre- x Echcc T' J arrh 
ience ians pouvoir la iecounr. Mais bien-tot après 
il eut la revanche , car il défit en bataille rangée , 
près de Valence , Herennius & Perpenna , tous ;/, 



: gagne une gran- 



ds-> • • i r de but Aille contre 

eux grands Capitaines , qui s etoient retirez au- j ettx LietHenM;i j e 

près de Sertorius , Se qui lui fervoient de Lieute- SertoriHS - 

nans , ôc il leur tua dix mille hommes. 

Enflé de ce fuccès , & ne formant plus que de 

grands projets^ il fe hâta de marcher à Sertorius, 

afin que Metellus ne pût avoir part à fa victoire. 

Les deux armées en vinrent aux mains près de la 

rivière de Sucron , comme le jour étoit près de «»/« de i'e/~ 

r ' f~* V O V C CC ' f 1 pagne Tarraeonoi/è . 

finir. Car I un oc I autre ie prenaient également xucar. 
d'en venir à une bataille ; de peur que Metellus 
ne furvînt , Pompée pour combattre feul , & Ser- 
torius pour combattre contre un feul. L'avantage Bataille de p am - 
de ce combat demeura douteux entre les deux ItTlZ^iT"^, 

Ott i avantage tut 

partis , car des deux cotez il y eut une aile vie- douteux - 

clorieufe. Mais des Généraux , Sertorius fut celui 

qui remporta le plus d'honneur. Car à la tête de 

l'aile qu'il commandoit, il renverfa tout ce qui 

fe trouva devant lui. Quant à Pompée , un amUdsPompee 

j. \ f / i p .«i contre un cavalier 

cavalier démonte, homme dune taille a vanta- &m^té ,$**'*& 
geufe , s'étant attaché à lui , ils fe chargèrent tous cbm * lm ' 
deux avec furie , Se fe portèrent de grands coups. 
Enfin leurs épées croifées glifferent fur> leurs 
mains avec un fuccès très - différent ; l'épée 
Tome V. Y y 



354 P O M P E* E. 

du Barbare ne fit qu'effleurer la main de Pompée, 

& celle de Pompée abbatit la main de fon enne- 

Pompee en vehpfé m j # En même tems Pompée fe trouva envelop- 

far les Barbares, f , r t 1 ti 1 '-Î • 

codent fe tira de pe a une roule de oarbares , tout ce qu il avoit 

Mger ' autour de lui ayant pris la fuite. Mais il fe fauva 

de ce danger contre toute efperance , en aban- 

. donnant aux ennemis fon cheval , qui avoit un 

harnois d'or , & qui étoit couvert d'ornemens 

de très-grand prix. Gar pendant que les Barbares 

partageoient ce riche butin , & qu'ils fe battoient 

entr eux pour en avoir la meilleure part , il leur 

échappa. 

l* h a t a me recom* Le lendemain dès la pointe du jour, ils fe re- 

mense le lendemain. . T 1*11 (T \ • 

mirent tous deux en bataille pour allurer la vic- 
toire que l'un & l'autre prétendoient avoir rem- 
v armée de Me- portée. Le combat étant déjà engagé , Metellus 
\\ma]e mirer" ' arrive , ce qui oblige Sertorius à fe retirer à la 
débandade ; car fon armée étoit accoutumée à le 
diflîper ainfi dans un moment , & à fe rafTembler 
v armée de Seno- Je même : de forte que Sertorius fe trouvoit fou- 

rim fe dijfipoit en C \ 1 t o 

un moment, & • fe vent leul , errant dans la campagne, oc un mo- 

raljèmbloit de même- _ > • 1 • /T* *> * 

J ment après il reparoilioit avec cent cinquante 

mille combattans, comme un torrent, qui après 
avoir été à fec , fe retrouve groffi tout d'un coup 
par les pluyes , ou par une fonte foudaine de 
neiges. 

Après le combat fi heureufement fini par la 
retraite de Sertorius , Pompée va au-devant de 
Metellus. Quand il fut allez près de lui, il or- 



POMPEE. 355 

donna à fes Licteurs de baifler les faifceaux, pour 

faire honneur à celui qui étoit fuperieur en di~ Honneur ?»« p<?«- 

gnité , ce que Metellus ne voulut jamais permet- P«j*" iit fien «m«- 

tre , & dans tout le relie il le traita avec toute teUtis re M e - 

forte de politeiîe & d'honnêteté , ne s'arrogeant 

aucune diftinclion , ni comme Conlulaire , ni 

comme fon ancien. Le feul privilège qu il confer- 

va , ce fut de donner le mot quand ils campoient 

enfemble , mais le plus iouvent ils avoient des 

camps féparez; car leur ennemi, qui étoit vif & 

remuant , & qui ne fe tenoit pas long-tems en 

même place , mais qui en un moment fe faifoit 

voir en differens lieux, Se qui les attiroit incef* 

jfamment d'une affaire dans une autre , les obli- 

geoit de fe féparer , & de divifer leurs forces. 

Enfin en leur coupant les vivres , en fourrageant 

toute la campagne , & en le rendant maître de la 

mer , il les chafla tous deux de leurs Gouverne- Sertor ' m ch f e 

1 r \ r - 1 1> t\ Pompée V Metellus 

mens , oc les lorça a le retirer dans d autres rro- h U*** Go*vtm** 



mens» 



vinces pour y trouver des lubfiftances. 

Cependant Pompée,qui avoit employé & con- 
fumé pour cette guerre la plus grande partie de 
fon bien , écrivit au Sénat de lui envoyer de l'ar- 
gent pour payer fes troupes , finon qu'il s'en re- ; p f m ? e ' e dem * nd * 

O L L J L ' -1 11 de l argent au Sénat 

tourneroit en Italie avec fon armée. Lucullus , pour payer r«$ trou- 
qui étoit alors Conful , quoiqu'il fût ennemi 
déclaré de Pompée, cependant parce qu'il bri- 
guoit le commandement de l'armée , qu'on en- 
voyoit contre Mithridate , il preflà qu'on lui fît ^ZllLlTu^m 
tenir cet argent * de crainte qu'en le refufant il f* lt eRV0 ^ r 3 w 

Yy ij 



3 $6 POMPE' E. 

ne fournît un prétexte à Pompée de laiflèr-ià 
Sertorius, & de tourner toute fon ambition con- 
tre Mithridate , dont la défaite lui feroit plus 
glorieufe & paroiflbit moins difficile. 
Js'lt !pi q 7e Sur ces entrefaites Sertorius eft tué en trahifon 
connut de luchi- p ar f es Officiers même , à la tête defquels étoit 
Perpenna , qui après fa mort voulut remplir fa 
place , & faire comme lui > parce qu'il avoit la 
même armée > les mêmes moyens , & le même 
équipage de guerre , mais il n avoit pas le même 
Grande différent entendement pour les mettre en oeuvre. D'abord 

de Perpenna, a Ser- r t% f r o r r 

urim. donc Jrompee ie met en campagne , oc ayant ete 

informé que Perpenna étoit fort embarrafle , & 

ne fçavoit où il en étoit ; pour l'attirer au com- 

' Amone dom Pom- bat , il jetta devant lui une amorce de dix co- 

pée fe ferait pour rt- % ril'1 1 J »/ J J 

tirer Perpenna au nortes y aulquelles il ordonna de s étendre dans 
comb^. j a cam p a g ne _, ot de fe difperfer le plus qu elles 

pourroient. Perpenna ne manqua pas d'aller lur 
le champ charger ces troupes difperfées > & de 
les pourîùivre ; & alors Pompée , qui l'attendoit 
en bataille , s' étant montré tout-à-coup , l'atta- 
qua^ le mit en defordre , & le défit entièrement. 
La plupart de fes Capitaines & Officiers furent 
FerpenmbMH & tuez fur la place,Perpenna même fut pris & mené 
à Pompée , qui le fit mourir. Et en cela il ne faut 
pas l'accufer d'avoir manqué de reconnoiflance , 
& d'avoir oublié tous les grands fervices qu'il 

Mais il n'avoit pas le même plus les mêmes. Combien d'ex- 
cntendement. ] Sans cet entende- periences , même de nos jours, 
ment les mêmes moyens ne font ont prouvé cette vérité l 



pris 



POMPE' E, 3J7 

avoit reçus de lui en Sicile , comme beaucoup de 
gens le lui reprochent ; mais au contraire , il 
faut le louer de n'avoir écouté en cette rencontre Tan, f ée WAi d ' a ' 

r . . / o v - r • • r -i Votr f ait mgmir 

que la magnanimité , oc d avoir iuivi un conieil , f«?«wM. 
qui fut le falut de la République. Car Perpenna 
ayant en fon pouvoir tous les papiers de Sertorius, 
faifoit voir des lettres des premiers & des plus 
puiflàns de Rome $ qui ne cherchant qu'à remuer 
dans l'Etat , & à changer la forme du Gouverne* 
ment, appelloient Sertorius en Italie. Pompée 
craignant donc que ces lettres venant à être pu- 
bliques, n'allumaflent des guerres plus grandes en- 
core que celles qu'on venoit d'éteindre, fit mou- 
rir Perpenna fur le champ , & brûla ces lettres fans **»&&* hr » le? 

1 | . l ^ * , / • 1 r 1 *" lettres de £erf>en~ 

les lire. Cela étant exécute , il rit encore quelque »«. 

féjour en Efpagne , jufques à ce qu'il eût achevé 

d'appaifer les troubles , & de calmer Se de diffiper 

les émotions qui auroient pu rallumer la guerre , 

après quoi il ramena fon armée en Italie , où il ar- tompù rame™ fin 

. . /-i « 1 t~< r* 1 armée en Italie dans 

riva jultement comme la guerre des Elclaves utmsAeUgum* 
*étoit dans fa plus grande force. desejiUvts. 

A l'approche de Pompée, Crafliis, à qui on avoit 
donné la conduite de cette guerre , fe hâta de 
donner la bataille très-hafardeufement , & avec 
plus d'ambition que de prudence. Ce qui lui 
réufîît, car il tua douze mille trois cens de ces En- 
claves ; mais malgré fa prévoyance Se fa diligence , 
la Fortune voulut que Pompée eût part à la n «* t** * & 
gloire de ce grand fuccès. Elle fît que cinq mille s ° m e ° 
de ces efclaves , échappez du combat, tombèrent 

Yyiij 



358 POMPE' E. 

entre fes mains, il les tailla tous en pièces ; & fur le 
champ , pour prévenir Crafius , il écrivit au Sénat 

Lmre ffii écrh q Ue véritablement Crajfus avoit défait en bataille ran- 
gée les Gladiateurs , mais que lui } il avoit arraché juf- 
quà la dernière racine de cette guerre ; ce que les 
Komains prenoient très-grand plaifir à entendre , 
& à dire eux-mêmes , à caufe de l'amour Se de la 
bienveillance qu'ils avoient pour lui , & qui étoit 
fi grande , que même fur tout ce qui s'étoit pafTé 
en Efpagne , & fur la défaite de Sertorius , il n'y 
avoit perfonne qui ofât dire , fût-ce en jouant & 
en badinant, que tout autre que Pompée avoit 
mis la main à ce grand ouvrage. 

Cependant malgré cette haute eflime , qu'on 
avoit pour lui , Se cette grande attente, qu'il avoit 
excitée de lui-même, on ne laiffoit pas d'avoir 
quelque foupçon & quelque crainte qu'il ne re- 

Oncraht qu'il n e f u fât de licencier fes troupes, & qu'il ne retînt 

tefufe de lieeneitr r f , , . , l x t 

fis troues. ion armée pour s élever hautement par les armes 

à la fouveraine puifîànce , & pour ulurper une do- 
mination pareille à celle de Sylla. C'eft pourquoi 

, Mais que lui , il avoit arraché fe trouva pas mal de cette petite 

jufquà la dernière racine de cette vanité. 

guerre. ] Je m'étonne que Pom- Et pour ufurper une domination 

pée , après les grands exploits pareille à cède de Sylla. ] On ne 

qu'il avoit exécutez , comptât doutoit point que ce ne fût-là le 

pour beaucoup d'avoir défait but de Pompée ; c'eft pourquoi 

cinq mille efclaves déjà battus Ciceron écrivant à Atticus , dit 

& échappez de la bataille , où dans la v 1 1 . épître du liv. i x. 

leur armée entière avoit été tail- Mirandum enim in modum Cnauf 

lée en pièces par CraiTus. Mais nofler Syllani regni fîmilitudinem 

les ambitieux mettent tout en concufvvit. àfâç sot Myu>, nifat 

ligne de compte , & Pompée ne HU unquam minus objeure tului 



P O M P E' E. 3yp 

ceux qui par crainte alloient au-devant de lui fur 
les chemins pour le faluer Se pour le féliciter de 
fon heureux retour, n étoient pas en moins grand 
nombre que ceux qui y alloient par affection. 

Mais après qu'il eut difîipé ce foupçon , en dé- n d $P e ce f 0H t m 
cîarant que d'abord après fon triomphe il congé- 
dierait fon armée , fes envieux n'eurent d'autre 
prétexte pour le calomnier , que de dire qu'il 
étoit plus porté pour le peuple , que pour le Sénat , Pmf / è * lu \ t ni 

JL I irr-'ll f J pour le peuple qtte 

oc qu après que Sylla avoit abbatu & ruine toute /*«■■ fe <&»«*. 

l'autorité & la puiilance des Tribuns , il avoit ré- 

fblu de les relever , & de les rétablir pour faire 

plaifir au peuple , & pour gagner par-là fa faveur. 

Et cela étoit vrai ; car il n'y avoit rien que le 

peuple Romain aimât avec tant de fureur , ni 

qu'il defirât avec tant d'impatience que de voir 

rétablir l'autorité du Tribunat. De forte que 

Pompée regardoit comme une très-grande fortune 

pour lui d'avoir trouvé le tems favorable d'exe- } l f« lt , àt iï ei " » 

* „. ri/ • ' • -1 rétablir la fuijjttms 

cuter ce deiîein , perluade que jamais il ne trou- <** ttihmau 
veroit une autre grâce fi grande à faire aux Ro- 
mains pour reconnoître l'affeétion dont ils lui 
donnoient tant de marques, fi quelqu'autre le 
prévenoit à leur faire ce plaifir. 

Notre Pompée a defîré d'une ma- nofler biennio ante cogkavit 3 . ïtœ 

niere étonnante d'ufurper une do- Syllaturit animus ejus, & prof cri- 

mination pareille à celle de Sylla. pturit. Il y a deux ans que notre 

$e vous le dis le fçachant fort Pompée a penfé cette infamie ■> tant 

bien , il ny a rien dont il Je foit fon orne eji enflammée du dejir 

moins caché y & dans Tépître x. d'imiter Sylla ? & de faire du 

du livre xx. Hoc turpe Çn<ms praferiptions* 



3^o POMPE' E. 

second triomphe Ce fécond triomphe lui ayant donc été ac~ 

accorde à Pompée w \ s~* C \ 1 J 1 

avec u confiât, corde avec le L.oniulat, ces deux grands honneurs 
enfemble ne le rirent pas regarder comme plus 
grand , ni plus admirable , mais ce qu'on prit pour 
le plus grand indice de fa gloire & de la gran- 
rqJdeifdot ^ eur ? * ut 4 ue Crafîus , qui étoit le plus riche de. 



marq 



o* de u grandeur tous ceux q u j s'eiitremettoient du Gouverne^- 

de Pompée. 11/1 oïl 1 C 

ment , le plus éloquent , oc le plus grand perion- 
nage , & qui au prix de lui > mépriioit Pompée , 
Se tous les plus grands de la République , n'ofa 
pourtant jamais briguer le Confulat , qu'après en 
avoir demandé la permiffion à Pompée , & im- 
ploré fa protection. Pompée en fut très-aife , car 
il y avoit long-tems qu il cherchoit une occafion 
de lui faire plaifir , & d'avoir avec lui quelque 
liaifon d'affaires & d'amitié ; de forte qu'il bri- 
Tompie de^nde g ua en f a faveur avec beaucoup d'empreflement, 

conftamment Crajjm O _ . . . , v . . i i i • 

pow fm collège*» <% lollicita tres-vivement le peuple de lui accor- 

tim. der cette grâce , 1 aliurant qu il ne lui auroit pas 

moins d'obligation de lui avoir donné Crafîus 

pour collègue , que du Confulat même dont il 

l'avoit honoré. 

„ , , , ' Cependant dès qu'ils eurent tous deux été 

Ih ne fat pas pinot T ~L C V ^V 

enfambu r ' t u fa nommez Cornuls, us lurent oppolez 1 un a 1 autre, 

hroiiillent. 

Ce fécond triomphe lui ayant cune autre magiflrature. Mais 

donc été accordé avec le Confu- deuxtriomphespeuventbienfer- 

lat. ] Il triompha fur la fin de vir d'exeufe à cette fîngularité. 
l'an de Rome 582. & dans le lis furent toujours oppofez, l'un. 

même tems il fut defigné Con- à l'autre , & brouillez, entièrement, 

fui pour l'année ftjivante. Hon- fans pouvoir jamais s'accorder. J 

neur bien Singulier , d'être fait Cela nepouvoit être autrement, 

Conful avant que d'avoir eu au- car ils av oient pris tous deux dif- 

& 



P O M P E' E. 361 

& "brouillez entièrement fans pouvoir jamais s'ac- 
corder. Craffùs avoir plus d'autorité dans le Sé- 
nat, & Pompée plus de crédit parmi le peuple, 
car il lui avoit rendu le Tribunat , & il avoit f buf- 
fert que le jugement des pro cessant civils que cri- 
minels , fût par une loi expreflè transféré aux 
Chevaliers. De plus il fe rendit lui-même un fpe- 
étacle très-agréable aux Romains, quand il fepre- 
Fenta publiquement devant les Cenfeurs , pour 
demander l'exemption d'aller à la guerre. Car ce- g>«m des a& 
toit anciennement la coutume à Rome, lorfque v q tn! tulZL 
les Chevaliers avoient été à la guerre le tems porté iokm >. d ' être 

|, I . .j . |°i i>i.i exempts de retous" 

par la loi , ils amenoient leur cheval a la place »«• - 1* &<**> 
publique devant deux Magiftrats , qu'on appelle 
Cenfeurs , & après avoir déclaré tous les Capitai- 
nes & Généraux fous lefquels ils avoient fervi, & 
rendu compte de toutes leurs campagnes, ils ob- 
tenoient leur congé, & là ils recevoient ou l'hon- 
neur, ou la honte que meritoient leurs bonnes, ou 
leurs mauvaifes acT/ions. 

Alors donc les Cenfeurs Géllius & Lentulus 
étant affis fur leur tribunal avec les ornemens 
de leur dignité , pour faire pafTer devant eux les 
Chevaliers en revue , on vit de loin Pompée s'a- J*$u falïiL^ 

ferens partis. Craflusétoit porté étant Prêteur fit cette loi, & 
pour les Nobles & : pour le Se- Plutarque dit encore , parce que 
nat , & Pompée poulie peuple. CaiusGracchus avoit déjà tranf- 
Et il avoit fouffert que le juge- porté ce droit aux Chevaliers 
ment des -procès tant civils, que cri- cinquante-trois ans auparavant. 
minels, fut encore par une loi ex- On vit de loin Pompée s' \avan- 
prejfe transféré aux Chevaliers. ] cer.~] Quel fpeélacle pour le peu- 
Ce futL. Aurelius Cotta , qui pie de voir Pompée , <jyi avait 

Tome K Zz 



3<Sa P O M P K E. 

phes, demande fin vancer vers la place y précédé par toutes les mar- 
tfl^&l ques de fa dignité de Conful, & menant lui-même 
v*uw. fcn cheval parla bride. Quand il fut allez près 

pour pouvoir être apperçu des Cenfeurs > il or- 
donna à fes Licteurs y qui portoient devant lui 
fes faifceaux , de s'ouvrir s & s' approchant du tri- 
bunal des Cenfeurs, il prefenta fon cheval. Tout 
le peuple étoit dans l'admiration & dans un pro- 
fond filence; les Cenfeurs eux-mêmes à cette vue 
paroHIoient ravis de joie y mais d'une joie mêlée 
de refpecT:. Alors le plus ancien des Cenfeurs l'in- 
terrogea tout haut en ces termes : Pompée le Grand r 
je vous demande fi vous avez fait toutes les campagnes 
portées par les ordonnances. Et Pompée répondit auffi 
à haute voix : Oui : > je les ai fait toutes , & je ne les 
ai faites fous d'autre General que fous mou A cette pa- 
role le peuple fe mit à crier de toute fa force 3 & 
il étoit fi tranfporté de joie y qu'il ne pouvoit cal- 
mmwqu, iés m er fes cris , ni ceflèr fes appkudiflèmens. Mais les 

Lenjews firent a _ * . |i \ ,~p r 

Fompà. C enfeurs s étant levez y le re conduifiren t julques 

dans fa maifon % pour kire plaifir à une foule in- 
nombrable, de peuple y qui le fuivoit avec de 
grands battemens de mains. 

Comme la fin du Confulat de Pompée appro- 

déjà triomphé deux fois ,& qui très-lînguliere $ mais elle n'efl 

étoit alors Conful , venir fubir pas plus iînguliere que la chofe 

en fa prefence ce jugement des même. : car a - 1 - on jamais vu 

Cenfeurs comme un fîmple avant Pompée un homme qui 

Chevalier ! a commencé très-jeune à fer- 

Et je ne les ai faites fous d'autre vir , & qui a fervi plufieurs 

General que fous moi. ] L'expref- campagnes , & qui n'a jamais, 

iion dont Pompée, fe fert ici eft fervi que fous lui l 



POMPE' E. 
choit , & que les différends qu'il avoit avec Craf- 
fus fon collègue augmentoient tous les jours , un 
certain Caïus Aurelius , qui étoit de Tordre des 
Chevaliers , mais qui avoit toujours vécu éloigné 
des affaires , un jour en pleine afîemblée , monta 
fur la tribune , & s avançant , il dit devant tout le 
peuple, que Jupiter s' et oit apparu à lui la nuit pen- 
dant fon fommeil , & lui avoit ordonne de dire 
aux Confuls , qu'ils fe gardaient bien tous deux de A»eiim , m h*. 
for tir de charge 3 avant que de s'être reconciliez & d'ê- ZrTfjll & !pJÇk 
tre devenu bons amis. Quand il eut ainfi parlé, Fom- a Ie recencilier ' 
pée fe tint debout fans dire une feule parole , & 
fans avancer, rxiaisCrafîùs, courant le faluer le pre- 
mier, & Tembraflèr, dit tout haut : Mes citoyens ,je 
croi ne commettre aucune bajfejfe , ni rien d'indigne de 
moi, défaire le premier toutes les avances pour Pompée^ 
à qui vous-mêmes vous avez daigné donner le furnom de 
Grand avant qu'il eût de la barbe , & décerné deux 
triomphes avant qu'il fût Sénateur. Après s ? être ainfi 
réconciliez , ils dépoferent le Confulat. 

Crafîus continua de vivre comme il avoit 

r • t% r \ r • 1 Pdtnpêe finit la 

toujours tait , mais rornpee commença a ruir la t uaJ T u , & $ 

plaidoirie, il refufoit beaucoup de caufes , aban- ***<**% 4mhu#. 

donnoit peu à peu les aflemblées , & ne paroiflbit 

que rarement en public ; & il n'y paroiflbit jamais 

que très-bien accompagné. Il n étoit plus facile 

de le voir & de lui parler qu'au milieu d'une 

grande foule : car il prenoit plaifîr à fe faire voir 

*>. r .,. ' „ r , r j . r Il prenais pUifr 

ainii au milieu d un peuple de courtilans , per~ » fi faire voir ** 

— 'lien d'une r 
ÇQWr%ifciti$\ 



r j / 1 1 • 1 • J milieu A' une foule 

luade que cela lui donnoit un certain air de grarx- & 



3 <% F O M P K E. 

deur & demajefté , qui lui attirok plus de refpeél r 
& que pour conserver fa dignité, il falloit ne fe pas 
laifler fréquenter familièrement par des gens de 
petite étoffe. Car ceux qui fe font rendu grands 
par l'épée,& qui ne peuvent fe réduire à cette éga- 
. Iké populaire & civile, qui règne dans, les Répu- 
bliques ,. font fort iujets à tomber dans le mépris 
quand ils reprennent. la robe, les gens cf épéevour- 
lant être les premiers à la, ville, comme ils font été 
£$&£$£ à faimée à & les gens de robe , qui n ont pas jolie 
derée, un grand rôle à l'armée , ne pouvant fupporter 

de ne pas tenir au moins dans la ville le premier 
rang. Voilà pourquoi quand ces derniers tieri-^ 
nent dans les affemblées un homme célèbre par 
fes victoires & par lès triomphes , qui veut faire le 
fier , ils cherchent à le ravaler, & à l'humilier, au 
lieu que quand l'homme d'épée leur cède dans la 
ville le premier rang & le premier degré d'auto- 
rité & de puiflànce , ils ne portent point d'envie 
à la gloire qu'il s' eft acquife par les armes , & lui 
rendent volontiers tout ce qui lui eft du. Et c'eft 
ce que les affaires , qui arrivèrent bien-tôt après x 
firent aflèz connoître» 

Car ceux qui fe font rendu grands dans la ville la même fuperiorité 

far l'épée..~\ CépafTageelt afTez qu'ils av oient eue dans les ar- 

difficile dans le texte. Je croi-en niées, ils cherchoient aies humi-» 

avoir rendu le véritable: fens,- lier. Et il arrivoit fouvent que 

Plutarque explique PefFet ordi- cela.n'étoitpasbien.difïïcile: car 

naire de l'envie que les gens de il y a dès hommes qui ont été 

robe avoient contre les gensd'é- grands dans les armées, & qui 

pée , qui s'étoient aggrandis par deviennent bien petits dans les 

les armes , & qui fiers dé leurs villes, 
exploits vouloient ; conferver 



Origine de la 
i 
g uerrs des Pirates* 



P O M P E' E. y<Jj 

La puifiTance des Pirates commença à fe for- 
mer en Cilicie. Son origine fut d'autant plus dan- 
gereufe y qu'elle fut long-tems cachée. Le cou- 
rage & l'audace de ces Corfaires augmentèrent 
confiderablement pendant la guerre de Mithri- 
date,par quelques fervices qu'ils rendirent à ce 
Prince. Enfuite les Romains étant engagez dans 
leurs guerres civiles, Se livrant entr'eux de fan- 
glans combats aux portes mêmes de Rome, la mer, 
qui fè trouva deferte & fans gardes , les attira 
peu à peu - y & leur fit naître l'en vie de s'avancer 
plus qu'ils n'avoient encore fait y de forte qu'ils 
ne fe contentèrent plus d'enlever feulement ceux 
qui navigeoient, mais ils attaquoient les Ifles & 
les villes maritimes. Ils avoient fait un fi grand 
progrès , que déjà les plus riches , les plus nobles r 
&- ceux qui pafioient pour plus fenfez que les 
autres , montoient fur des vaiïîeaux Corfaires , Se 
fe joignoient à eux , comme fi ce métier fût de- 
venu honorable , Se digne de remplir l'ambition 
d'un Romain, 

Ils avoient en plufieurs endroits des arfenaux, A Qr * nàes f 9rm 

1 3 des tirâtes*-- 

des ports j& des tours à donner les fignaux^ toutes 
bien fortifiées. Partout on voyok leurs efeadres r - 
non-feulement remplies de bons rameurs, con- 

Son origine, fut Sautant plus Confulat de Pompée ■; maïs elle 

dangereufe, qu'elle fut Ion? - tems avoit fait déjà de grands defor- 

cachée. ] Les Romains" necom- dres , aufquels les Romains , en* 

mencerentà donner leur atten- gagez dans leurs guerres civiles 

tion à Gette guerre que l'an de Se étrangères , n'avoient pu. re« 

Rome 674.. neuf ans avant ce medier.v.Florus liv. ï ï i .ch. v ï < 

Zz iij 



Magnificence de 



3 66 POIPFE, 

dukes par d'habiles pilotes-, & fournies de vaî£= 
{eaux d'une vîteiTe , & d'une légèreté qui les ren~ 
doit propres à faire très-agilement toutes| les ma- 
noeuvres dans les occafions, mais encore fi magni- 
fiquement ornées, qu'on étoit plus affligé de leur 
magnificence } qu'ëfiFrayé de leur appareil. Les 

ncence ae ° i t 1 £ \ r 

leurs galères. pouppes de leurs gaieres etoient toutes dorées , 
leurs tapis de la plus belle pourpre, & leurs rames 
argentées , comme s'ils eufTent fait parade de leur 
brigandage. On ne voyoit fur toutes les côtes que 
des tables dreffées , & des gens qui banquetoient 
& qui yvrognoient ; tout y retentiflbit du bruit 
des flûtes & des chanfons*; là e'étoient desOfficiers 
principaux faits prifonniers, & ici des villes capti- 
ves , qui comptoient leur rançon , & tout cela à 
la grande honte de la puiflance Romaine. Leurs 
gaieres montoient à plus de mille , & les ville* 
qu'ils avoient prifes , à quatre cens. 

Leur audace facrilege h'épargnoit pas même 
les Temples , qui jufques-là avoient été inviola- 
bles & facrez. Ils ruinèrent & pillèrent celui d'A- 
pollon Didyméen à Claros , celui des Cabires à 
Samothrace , celui de Cerés dans la ville d'Her^ 

Celui d'Apollon Didyméen à dans l'Ifle de Claros, & peut- 

Claros.']'Dans le territoire de Mi- être ce Dieu y étoit-il adoré 

let il avoit un lieu appelle Di- fous ce nom. Amiot a mal tra- 

dymes , ou Apollon avoit un duit celui de Cafior & de Pollux. 

Temple & un Oracle, & delà ce II a été trompé par le mot Didy- 

Dieu fut appelle Apollon Didy- moi Gemini, les Jumeaux, com- 

méen, Paufanias dit que ce Tem- me on a appelle ces deuxDieux. 

pie eft plus ancien que la Migra- Celui de Cerés dans la ville 

lion Ionique. Plutarque le met d'Herraioxe.'] Amiot & ceux qui 



P O M P E' E. ■ 367 

mione > celai d'Efeulape à Epidaure ■, celui de 
Neptune dans Hfthme, à Tenare, & dans llfle de 
Calaurie, celui d'Apollon dans Aétium > &dans 
Tlfle de Leucade , & celui de Junon à Samos , à rr . . . . 

' ' IL ny a point: de 

Argos , & \JLeucanis, Ils firent auffi les facrifices ville . */M«i.e». 

, Y > r • ■% r-\1 o "1 • came, i/ /«w Z/ r « 

barbares qu on tait a Ulympe , ex: ils pratiquèrent Lm*nmm , v nu de 
certaines cérémonies tres-rnyiterieuies oc tres-le- w^« barbare* 
crêtes',- entre lefquelles étoient celles du Dieu f f" dans ia villa 
Mithres, que Ton a confervées jufqu'à aujour- COTmW „ Db 
d'hui , & dont ils ont apporté les premiers l'exem- Mithres * 
pie. Et après avoir ainil infulté les Romains, par 
mer avec le dernier mépris^ ils eurent encore l'au- 
dace de descendre à t erre ■> & d'infefter les grands lh }#£££ jj 
chemins* où ils commettoient mille piileries & urre ^j~^~ 

*• tem de grands d^- 

ont cité ce paffage dePlutarque, demoniens'ont pris ce culte de la 

ont mal traduit celui de la Terre, -ville d/Hermione , . ok. Cerés a tin* 

ïl n'y avoit point de Temple de Temple fous ce nom. 
la Terre dans la ville d'Hermio- Ils firent aujfilesfacrifices bar- 

ae, mais il y enavoit un de Ce- bar es quon fait à Olympe. ] Ge 

les qui étoit trèsK:elebre, Chtho-r n'efiV pas au mont Oly mp e 3 

nia eft ici Cerés , Se en. voici la comme on a mal traduit , mais 

preuve tirée d'un paffage de dans la ville d'01ympe;qui étoit 

Paufanias dans fes Gorinthia- une ville de la Pamphylie près; 

ques : Les Argiens racontent que de Phafelis 5 ôc une des retrai- 

lafilledeColontas,appellée'Chtho- tes de ces Corfaires. Je ne fçai 

nia, ayant été fauvée d'un emhra- point' quels facrifices on y fai- 

fement par Cerés , & transportée foit. 



àtiermione , y bâtit un Temple ci- 
cette Déejje,qui fut appellée Chtho- 
nia, & fa fête sut le même nom. Et 
ils en difenttoute la cérémonie. 
Et dans les Laconiques il écrit : 
On dit que les Lace demomens ho- 
norent Cerés fous le nom deChtho- 
nia, dont Orphée leur enfeigna le 
culte. Mais à mon avis les Lace- 



Bmre lefquelles étoient celles du 
Dieu \ Mithres. ,] Hérodote écrit 
que les Perfes adoroient la; 
Déefîe Venus fous le nom de 
Mithres. Mais l'opinion la plus' 
commune eil que Mithres n'é- 
toit autre que le "foleïl : car en 
Perfan Mithri , Mi'thir , ou Mi- 
thra lignifie. Seigneur-, . 



3<?8 POMPE'E, 

naille meurtres , & ruinoient & détruifoient les 
v maifons de plaifance. Ils enlevèrent deux Pré- 
teurs, Sextilius & Bellinus , vêtus de leurs gran- 
des robes de pourpre , avec leurs domeftiques Se 
les Licteurs , qui port oient les faifceaux devant 
eux , & les emmenèrent tous prilbniiiers. Ils pri- 
rent auffi la fille d'Antonius, qui avoit eu les 
honneurs du triomphe , comme elle alioit à là 
maifon de campagne, & elle fut obligée de don- 
ner une groflè fbmme pour fa rançon. 

Leur infolence monta à un tel point, que joi- 
ih joigne* la gnant la mocquerie à l'injure , quand quelqu'un 
Zr U * Un ~ avoit été pris, &qu ilfe mettoit à crier qu'il étoit 
citoyen Romain , & qu il difoit fon nom, alors 
faifant femblant d'être étonnez & faifîs de 
crainte, ils frappoient leurs cuifles , & tomboient 
à les genoux , le priant de leur pardonner. Le 
pauvre prifonnier , les voyant humiliez devant lui 
& fupplians -, eroyoit que cela fe faifoit tout de 
bon , d'autant plus même que les uns venoient 
lui mettre des fouliers, les autres l'afFeubloient 



./// prirent auffi la fille d'An- fene , comme cela paroît par un 

tonius , qui avoit eu les honneurs endroit de Ciceron , pro lege 

du triomphe , comme elle alioit à Manilia. An ignorât is ex Mijena 

fa maifon de campagne. ] La fille ejus ipfius libres , quo cum pr&do- 

de l'Orateur JVL Antonius , qui nibus anteà ibi bellum gejjèrat , à 

fut envoyé Proconful en CÛi- pr&donibus ejfefublatos ? Ignorez,- 

çie l'an de Rome DL i . & qui fut fous que fes livres ont été enlevez. 

Conful trois ans après avec X. far les Corfaires de fa maifon le 

Poflhumius Albinus. -C'étoit Mifene , où il avoit fait la guerre 



L'ayeul de Marc - Antoine le contreux f 
Triumvir. Sa maifon. étoit à Mi^ 



dune 



P O M P E' E. 3^9 

 une grande robe , afin qu'il ne pût plus être 
méconnu ; Se après l'avoir ainfi jolie allez long- 
tems y & s'en être divertis , enfin le conduifant 
au milieu de la mer , ils tiroient une échelle , & 
lui ordonnoient de descendre , & de s'en retour- 
ner paix & aife dans fa maifon. Et celui qui refu- 
foit d'obéir , ils le poufïbient eux-mêmes dans la 
mer , & le noyoient de cette manière. Toute la 
mer Méditerranée étoit infeftée par ces brigands 3 
de forte qu'il n'y avoit plus aucune forte de 
commerce , les marchands n'ofant plus aller > ni 
venir. 

Ce fut-là principalement ce qui obligea enfin 
les Romains, qui manquaient déjà de vivres, 
& qui craignoient une grande famine , d'envoyer 
P.ompée donner la chaflè à ces Pirates, & leur en- p m ^ € twf} $ 
lever l'empire de la mer. Gabinius, un des intimes CMtnw *' r «* f : 

Toute la mer Méditerranée étoit fon retour , ou il en fait un por- 

infeftée par ces brigands.'] Ce paf- trait horrible , qu'il .finit par ces 

fagaeft corrompu dans le texte, mots : Qui nifiin aram Iribuna- 

Je croi qu'on doit le rétablir de tus confugijfet, neque vim Prœtoris, 

cette manière twa.acty ô^S Tê tZw nés multitudinem creditorum , nec 

■w& vfjiuç SâxatosetL II appelle la bonorum proferiptionem effugere 

mer Méditerranée t lui kcl& àpets potuijfet. Que in magiftratu nifi 

■Qrâxaecaiy , notre met. rogatïonem de piratico bello tulif< 

Gabinius un des plus intimes fet , profeclo egeftate & improbitate 

amis ~de Pompée , fut celui qui en çoablus , piraticam ipfe feci/fet. 

drejfa le décret. .] Ce Gabinius Qtie s'il n'eut eu recours à fon Tri-* 

étoit Tribun du peuple. C'était hunat comme à un Autel inviola- 

l'an de Rome 6S6. l'an c'y. ble , jamais il ne fe fût dérobé à 

avant N. S. Pompée avoit alors l'autorité du Prêteur , ni à la foule 

trente-huit ans. Ciceron marque defes créanciers, & n aurait évité 

bien le caraélere de ce Gabinius la profcriptîon de fes biens ; & fi 

.dans fa féconde oraifon après dans cette charge il n'eût propofé 

TomeK A. a a 



Les Romains don- 
nent a Pompée une 
pmjfitnce foHVéraiue 
jkm bernes. 



rjo po m f e 3 e; 

amis de Pompée r fut celui qui en drefïa le décret * 
par lequel il ne lui attribua pas feulement le com- 
mandement dès troupes de mer f . mais lui donna 
en termes formels une autorité monarchique , de 
une puiffance fouveraine fur tous les hommes r 
affranchie de toute obligation de rendre compte 
à qui que -ce fût. Car ce décret lui donnoit un 
empire abfolu fur toute la mer r jusqu'aux coiom- 
nes d'Hercule ? & fur toutes les côtes jufqu'à qua- 
tre cens ftades de la mer. Dans cet eipacefe trou- 
Voient non- feulement la plus grande partie des 
terres de la domination des Romains y mais en- 
core les nations barbares les plus confiderables y 
m mi aiment ie ^ ] es Roïs les plus puiflans. Outre cela il lui étoit 

pouvoir de cboijir . i i 1 • r î 1 n 

ipiteç ueuxenam permis par ce décret ae choiiir dans le Sénat qmn- 

Generaax , Z? de y • C C \ î 1 

trente ^ -iréfir ze -Lieutenans pour le ioulager ., en leur donnant 
tom l'argenu & ii m ^ Q p 0rt j on .£ Q fen autorité ou il iugeroit à pro- 
pos 5 de prendre chez les Treforiers & les Rece- 
veurs tout l'argent dont il auroit befoin } & de for- 
mer une flotte de deux cens galères , avec le pou- 
voir abfolu de lever autant de gens de guerre , de 
matelots , & de rameurs qu'il voudroit. 

Ce décret ayant été lu publiquement , le peu- 
ple l'approuva, & le ratifia avec une merveilieufe 
us phsgem de affedHon , mais les plus gens de bien r & les plus 
puiflans du Sénat ? trouvant que cette puifîance 
infinie & prefque fins bornes étoit véritable- 
ment au-deflus de l'envie, mais pourtant fulpecle 

la loi de la guerre contre les Pirates ,fa mifere &fa méchanceté t au* 
r oient, forte à être Pirate lui-même. 



hien soppofent à ce 
décret , mais inuti 
iemenï. 



POMPE' E. 37ï 

3c digne d'infpirer quelque crainte, s'oppoferent 
à ce décret. Il n'y eut que Cefar feul qui y donna 
Ion confentement , non pour obliger Pompée j 
mais pour s'infinuer par-là dès le commencement 
dans les bonnes grâces du peuple .? & pour le l'ac- 
quérir. Mais tous les autres s'élevèrent hautement 
contre Pompée, & le reprirent aigrement. Et l'un 
des Confuls ayant ofé lui dire , qu'en imitant l'arnbi- Les c<,n^h de *& 
lion de Romulus , il aurait aujfifafin malheur eufe , il fut £ cJplïiJnT, 
en danger d'être déchiré par le peuple. ctfrr* 1, AdUm 

Catulus s'étant levé pour parler contre ce dé- 
cret , le peuple, qui rhonoroit & le reipeéloit, 
lui prêta une paifible audience. Après qu'il eut dit 
beaucoup de chofes à l'honneur de Pompée {ans 
aucune marque d'envie , il voulut leur confeiiler 
de l'épargner , & de ne pas i'expofer à tant de 
périls -, Se à tant de guerres les unes après les au^ 
très ; car , leur dit-il , fi vous veniez à le perdre , quel 
.autre Capitaine trouveriez-vous ? Alors ils fe mirent 
à crier tout d'une voix , vous-même. Catulus Témoignage &•<?» 

d 3 .\ . . x t | -i. r honorable rendu à 

onc qu il ne pouvoit venir a bout de dit- &*& ^ r #* u 

iuader le peuple , fè retira. $f*' 

Rofcius fe leva après lui pour combattre a-uffi 

ee décret, & perfonne ne daigna l'entendre * 

mais fans fe rebuter , il fit figne par fes doigts 

que Pompée ne devoir pas être nommé fèul* 

Se qu'il falloit le mettre feulement en fécond. 

Le peuple ? irrité de cette audace , jetta tout en- 

iembîe un cri fi haut & fi fort , qu'un corbeau 

qui voloit par hafard au-deflus de faiîèmblée^ 

Aaa ij 



37*'' POMP E* E. 

cnfifon,fm en fut étourdi > & tomba au milieu de la- placer 

eorbeau en efl âour- j ? ^ -p • rv 1 • p 

di,w tombe à tene. d ou 1 on peut conjecturer que les oiieaux y qui 
tombent à terre tout d'un coup dans ces occa- 
sions y n'y tombent pas , parce que l'air en fe fen- 
dant &fe féparant par cette violente agitation^ 
td véritable ca»fe laiflê un grand vuide j mais parce qu'ils font 

décèlent effet de £ rappez fe CQup fe QQ ^ eom nie ■ d'illl trait, 

lorfque partant avec effort & véhémence il exci- 
te dans l'air une agitation violente & un furieux 
ébranlement. 

Le peuple fe fépara ce jour-là fans rien réfou- 
dre. Mais le jour qu'on de voit donner les furrra- 
ges , Pompée fe déroba fecrettement 3 & fe retira 
à la campagne. Et dès qu il eut appris que le dé- 
cret étoit pafle, il rentra dans la ville de nuit, 
pour éviter l'envie , qu'auroit excitée contre lui 
le concours du peuple qui-lui fer oit venu au-de- 
vant pour l'accompagner. 

Le lendemain matin il fbrtit pour faire les fà- 

crifices , après lefquels ayant convoqué l'aflem- 

tes Romans ac hïcQ y il parla fi bien qu elle lui accorda prefque 

tordent à Fompée le « -, . * ■. . * . • / / i / \ 

do»bie de ce qïiis le double de ce qui lui avoit ete donne par le 
l £nn?° ient dtja premier décret ? car il eut le pouvoir d'équiper 
cinq cens galères, & de lever fix- vingt mille 
hommes de pied y & cinq mille chevaux. Et on 
choifit dans le Sénat vingt-quatre des principaux 
perfonnages y qui avoient tous commandé des 

En fut étourdi. J II y a dans le Plutarque a déjà parlé de cette 

grec ru<p?\i*Sluu'ozf en fut aveuglé ; chute d'oifeaux par la violence 

ce qui ne fîgnifie ici qu : 'étourdi , de l'air dans la vie dé Flaira- 

& cet ufage eft remarquable, nius. 



P O M P E' E, • 373 

armées, & on les lui donna pour fes Lieutenans. 
On lui donna auffi deux Quefteurs. Et comme 
le prix des denrées vint à diminuer tout d'un 
coup , le peuple , ravi , ne manqua pas de dire 
que c'étoit le feul nom de Pompée qui terminoit 
cette guerre. 

Cependant Pompée divifa toute la mer Me- Fo ™P e ' e divi fi i* 

•,. A , X i r V- il i C mer Méditerranée 

diterranee en treize departernens , a chacun del- e »tr^^»^ 
quels il afïîgna une efcadre de vahTeaux avec un ffa&mF* * *" 
Commandant. Ainfî ayant étendu partout fes 
forces,- & embrafîe tout ce grand efpace de mers, 
il enveloppa comme dans des filets toutes les dif- 
férentes efcadres de ces Corfaires , il leur donna iipreMftâpart 

11 rf o 1 • • 1 f 1 des vaiffcmx des 

a en aile , oc les ayant pris il les emmena dans p* r<rt «, 

les ports. Tous leurs vaifleaux , qui f ayant pré- 
venu ', s'étoient ieparez des autres , ou qui 
purent échapper de cette chaiTe générale , fe re- 
tirèrent de tous cotez dans la Cilicie > comme les 
abeilles dans leur ruche. Il fe prépara à aller lui- II tfrf»* te ! a ^ 

A 9 - r . L Vf" .if très dans ta Ldicie, 

même contr eux avec loixante de lés meilleurs 
vaifleaux; mais il ne voulut point partir, qu aupa- 
ravant il n'eût purgé de ces brigands la mer Tof- 
cane , celle d'Afrique , celle de Sardaigne & de 
Corfe , & celle de Sicile , à quoi il n'employa que Les »*«* ? tie Fom -- 
quarante jours ; il eit vrai qu il le donna des peines iwtu 
infinies làns aucun relâche , & qu'il fut admira- 
blement fécondé par fes Lieutenans. Mais com- 
me à Rome le Conful Pifon, transporté de colère 
& d'envie, faifoit tous ks efforts pour ruiner tout 
fon appareil de guerre , & avoitdéja caffé tous 

Âaa iij 



374 p ° M P E 5 E.' 

fes rameurs , il envoya de tous cotez fa flotte à 

Brundufe , où il lui marqua le rendez-vous , & jfe 

Tampù revient à rendit à Rome par la Tofcane. 

Dès que le peuple fçut qu'il arrivoit il fortit 
de la ville , & alla en foule iur le chemin au-de- 
vant de lui , comme il avoit fait peu de jours au- 
paravant pour l'accompagner & le conduire 
quand il était parti, Ce qui eaufoit cette grande 
joye & cette aliegreffe du peuple., c'étoit ce chan-^ 
gement fi prompt & fi inefperé , qui faifoit que 
les vivres -a-rrivoient de tous cotez en abondance , 
tellement quePifon fut en très-grand danger' d'ê- 
tre dépofé de fon Confuîat. Gabinius en avoit 
déjà le décret tout dreffé ; mais Pompée Y em- 

Moàaanm de pécha de le propoier, & après avoir dépêché 

Pompée a i é g # e toutes les affaires avec beaucoup de douceur & 

de pblitefTe , & pourvu à tout ce dont il avoit 

h f e rend « Brm- befoin ^ il fe rendit promptement à Brundufe où 

diife , où il avoit ,* } « & ï 1 cT • 

marqué le rend*? ii s embarqua 3 oc parce que le tems le preiioit , 
ve»safaflme. p 0ur f a j re p[ us d e diligence , il paffa toutes les 

h m s'arrêta qu à villes de fa route fans y entrer. Athènes fut la 
Menés. fçuie où 'Ê voulut s'arrêter. Etant donc delcen- 

du de fon vaiffeau , il entra dans la ville > fit un 
facrifice aux Dieux ; & après avoir reçu très- 
gracieufement le peuple qui venoit le faliier \ il 
en fortit pour fe rembarquer. En fortant il re- 
Honneurs T ie im marqua quelques infcriptions qu'on avoit faites 

firent les Athéniens. 1 1 J. 4- 1 

En fortant il remarqua quelques voient été faites qu'après fon 

infrnpticns quon a-vok faîtes en entrée dans la ville , & pendant 

fon honneur. ] Il ne les remarqua le féjour qu'il y avoit fait, 
qu'en fortant, parce qu'elles n'a- 



F O M P R' E. . 375 

en Ton honneur , & qui n'étoient chacune que 
d'un feul vers. Il y en avoit une au-dedans de la 
porte qui diioit, plus vous vous reconnoijfez homme y 
plus vous re{jembkz à Dieu. Et l'autre en dehors qui 
portoit : Nous vous attendions j nous vous avons rendu 
nos hommages , nous vous voyons > & nous vous recon- 
duirons avec la dernière vénération. 

De tous les Pirates qui reftoient & qui cou- U piâpaft de ce* 

î '"•■"• 1 1 Cor/aires fe rendent- 

roient encore la mer > il y en eut quelques-uns * /»/, 
qui eurent recours aux prières ; & comme il les re- 
çut humainement , & qu'il les traita avec beau- 
coup de douceur > après qu'il les eut en fon pouvoir 
eux & leurs vaifîeaux , il y en eut plufieurs qui 
dans fefperance d'un traitement fembiable cher- 
crièrent à éviter fes Lieutenans & vinrent fe ren- 
dre à lui avec leurs enfans & leurs femmes. 
Pompée leur pardonna à tous ,■ & par leur moyen 
il fùivit à la pifte tous les autres y qui le {entant 
coupables de crimes irrémiffibles , fè tenaient 
cachez , & il en prit une partie. Les plus opiniâtres' 
«8c les plus puiiîàns ayant mis en fureté leurs 
familles j leurs richeffes ,- & toute la tourbe inu- 
tile dans des châteaux Se des fortereflès du mont 
Taurus, s'embarquèrent fur leurs vaifleaux de- 
vant le fort de Coracefie , à. l'entrée de la Cili- Le prenne? £&&# 

L\ .-î !• -m / • 15 • \ de la Cilicie , fur m ; 

a ils attendirent rompee qui ailoit a eux , m fone^t. 



Plus vous -vous reemmiffez, hom- qu'Horace dit depuis au peuple 
me,fluS'Vousrejfemblez.à Dieu. 2 Romain & par lui à Augufle 3 
Il y a dans le grec plus vous êtes Dûs te mïnorçm quod gens 9 ira- 
Dieu. C'eft un beau mot , c'eft à geras,- 
|>eu près dans le même fens 



terminée en 
Ttwis. 



37 6 P O M P E J E. 

Se ayant été défaits dans une grande batailles 
ils fe retirèrent dans le fort. Pompée les y afïie- 
gea, & bien-tôt ils envoyèrent prier qu'on les re- 
çût à merci , le rendirent, & rendirent les villes, 
& les ifles dont ils s'étoient emparez , & qu ils 
avoient fi bien fortifiées , qu elles étoient non- 
feulement difficiles à prendre de force , mais' 
encore très-mal-aifées à approcher. Ainfi cette 
gnene guerre fut heureufement terminée ,, tous ces 
Pirates chafTez de la mer, & tous leurs brigan- 
dages cefiez dans l'eipace de trois mois au plus. 
Il prit un nombre infini de vaifïèaux ., $c entre 
autres quatre -vingt dix galères armées d'éperons 
d'airain , & fes prifonniers montaient à vingt 
mille. 

Il ne voulut pas les faire mourir , parce qu' ; \ 

leur avoit donné fa parole ; mais auffi il ne. crut 

Grande prudence p as qu'il fftt fagement fait de congédier un fi 

de Bompee* ■*-•-"■ , O v O ^^ 

grand nombre "d'hommes aguerris & prenez de 
îa pauvreté , & de leur laifler la liberté de s'écar- 
ter , ou de fe raflembier , s'il leur en prenoit envie. 
L'homme n'eji f*$ Faifimt donc réflexion en lui-même que l'hom- 

ti» animal Jî far ou- » h • îl • 1 • 1 

cbe cjuii ne pmjje me n elt point naturellement un animal indom- 
ptable, ni farouche ; que quand il le devient^ c'eft 
par le vice où il tombe contre fon naturel ; qu'il 
s'adoucit par des habitudes contraires , & par le 
changement de vie & de lieux , & que les bêtes 
même les plus féroces , venant à être nourries 
Se élevées dans une vie plus douce , s'apprivoifent 
peu à peu , & dépouillent toute leur férocité , 

il 



ieucir. 



POMPE' E. 377 

iî réfoiut d'éloigner ces Corlaires de la mer^ de * om i"' e fàp*u» 

kC I o 1 1 p • Cor/aires de la mer , 

s tranlporter dans les terres , oc de leur taire a- u t tra*fpne 

goûter une vie plus douce Se plus innocente > en <Lms les tcrres ' 
les accoutumant à vivre dans les villes , & à cul- 
tiver leurs champs. Il en plaça donc une partie 
dans les petites villes de la Cilicie > qui étoient à 
demi defertes, & qui les reçurent volontiers, 
parce qu'il leur donna des terres à proportion 
pour les nourrir. ïl releva & répara la ville de 
Soli ? que Tigrane, Roi d'Arménie > avoit depuis vnu de aude, 
peu détruite & dépeuplée , & il y établit plu- p^lT/JZ' Eit 
fieurs habitans , & à tous ceux qui reftoient & qui f". aH 'y lée Pom " 

r • 11 1 1 «1 1 1 1 P elo P olls - 

etoient le plus grand nombre , il leur donna la 
ville de Dyme dans l'Achaïe , qui manquoit 
d'hommes , & qui joiiifloit d'un grand & bon ter- 
roir. 

Ses envieux blâmèrent & décrièrent fort cette s* conduite ta- 
conduite , mais ce qu'il fit contre Metellus au lu- m "> mats * 
jet de l'Ifle de Crète , fes meilleurs amis mêmes , ¥ailte i nexctt f abu 
ne pouvoient ni 1 approuver > ni 1 exculer. Ce 
Metellus , proche parent de celui qui avoit com- 
mandé en Eipagne conjointement avec Pompée 
dans la guerre contre Sertorius , fut envoyé com- 
mander en Crète quelque tems avant que Pom- 
pée fût nommé pour aller contre les Corfaires , 

II rejoint $ éloigner ces Corfai- obligavit, liv. in. chap. vi. C'efl 

res de la mer. ] Fiorus loue avec une chofe fûre Se que Pexpe- 

raifon cette prudence de Pom- rience a fouvent prouvée , que 

pée : Idque profpefîtum fingulari le changement de vie & d'habi- 

confilio ducis , qui maritimum ge- tation produit le changement de 

nus à conjpeffiii Unge removit ma- mœurs. 
rss , & Me diterr amis œgris quafî 

Tome K Bbb 



378 P O M P E' E." 

ane, la fecenâe car après la Cilicie , Crète étoit la féconde pe- 

pcpmia-e de ces Cqv . . i t • 1 o C 

//ires. pimere de ces brigands , oc en ayant iurpris un- 

grand nombre > il les exterminoit Se ne leur fai- 
ioit aucun quartier. Ceux qui reftoient fe voyant 
affiegez Se fort preflez , envoyèrent des Hérauts 
à Pompée pour le prier de venir dans leur Xfle, 
qui étoit une dépendance naturelle de fa char- 
ge , puifqu elle étoit renfermée dans T étendue 
de la mer où il commandoit. Pompée reçut favo- 
rablement leurs prières , & écrivit fur le champ 
à Metellus pour lui défendre de continuer la 
guerre ; en même tems il envoya ordre aux villes 
de ne lui pas obéir , Se dépêcha un de fes Lieute- 
nans, nommé Lucius Octavius , pour aller pren- 
dre fa place. 
Procède tres-inî»fle Oclavius arrivé à Crète , entra dans les villes 
l^t7e'p n?fe'c. m ' que Metellus affiegeoit , de combattit pour les 
Corlaires, Cela rendit Pompée , non-feulement 
odieux, mais ridicule, de prêter ainfi fon nom 
à des feelerats & à des impies , oc de fe laiffer fi 
fort aveugler par l'envie Se par la jaloufie dont 
il étoit animé contre Metellus , que de leur don- 
ner fon attache > Se de leur communiquer fon au- 
torité Se fa réputation, comme une fauve-garde > 
pour les empêcher d'être punis comme ils le 
meritoient. Car , ajoûtoient-ils , Achille même 

Car , ajoutaient - ils , Achille ici le jugement que les fages Ro- 

meme dans Homère ne fait pas mains portoient de cette action 

1i action d'un homme, mais d'un d' Achille, qui poursuivant Hec- 

jeune enfant follement avide de tor , fait ligne à fes troupes de ne 

gloire . } Plutarque nous apprend pas tirer fur lui , afin que rien 



POMPE'E. 379 

dans Homère ne fait pas Taclion d'un homme , MiontiAcUiu, 

T : . i ; ; qm dejend a Jet 

mais d'un jeune enfant étourdi Se follement avide "°»p" de tirer fur 

dl . « f * • 1 £* • r* > f* Heffor } traitée de 

e gloire , loriqu il lait ligne a les troupes pour f UW iU. 

leur défendre de tirer fur He6tor, de peur , dit-il, 

que quelqu'un ne le bleffe le premier > & ne ternijfepar*- 

là fa viïloire. Mais ce que Pompée fit en cette oc- 

cafion, ell plus horrible encore ; car il combattit ^^ de tmfèê 

r \ • t 1 trait ce d'horrible* 

pour iauver les ennemis communs du genre hu- 
main , afin de priver des honneurs du triomphe 
un Prêteur , qui avoit efluyé de grands travaux 
pour les détruire. JVleteîius ne fe rebuta pourtant ?«•««/ <u M<ui* 
point pour toutes les défenfes de Pompée, & 
pour tous les efforts d'Oclavius , mais pourfui- 
vant ardemment fon entreprife, il prit d'afîaut 
ces Corfaires , les fit tous mourir ; & après avoir 
fort maltraité de paroles Octavius au milieu du 
camp i & lui avoir reproché fon infamie , il . le 
renvoya. 

Quand on eut à Rome la nouvelle que cette 
guerre des Pirates étoit finie , Se que Pompée 
n'ayant plus rien à faire , amufbit fonloifir à 
vifiter les villes , un des Tribuns , nommé Mani- 
lius drefla un décret, qui port oit , que Pompée pre- Décret du triUn 
nani le commandement de toutes les forces & de toutes deTmféè'* 
les Provinces , qui étoient fous la charge de Lucullus, 
& y ajoutant la Bithynie , ou commandoit Glabrion » 

ne terniffe fa vi&oire , & qu'il avec raifon. On peut voir là les 

ait feul la gloire de le tuer. Cet- remarques dans la nouvelle tra* 

te aclion paroît fort brillante , dudion. 
cependant elle a été blâmée ôç b 

Bbb ij 



cm. 



380 P O M P E' E. 

ir oit faire la guerre aux Rois Mithridate, & Tigrane; 
bien entendu qu il retiendroit toutes les for ces maritimes, 
& qu'il commander oit toujours fur la mer, aux mêmes 
conditions & prérogatives quon lui avoit accordées 
four la guerre contre les Pirates y ce qui n étoit.rien 
tout l'Empire Ko- moins qu' aiïujettir à un feul homme tout l'Empire 

main alluieiti a •»-» • /""> 1 T» * î • 

Pom F ée par ce le- Romain. Car toutes les rrovinces , qui ne lui 
étoient pas accordées par le premier décret, la 
Phrygie , la Lycaonie , la Galatie , la Cappadoce f 
la Cilicie , la haute Colchide , & F Arménie, elles 
lui étoient toutes attribuées par ce fécond décret 
qui lui donnoit toutes les armées & toutes les for- 
ces avec lefquelles Lucullus avoit défait les deux 
Rois , Mithridate & Tigrane* 
combien ce décret La considération de Lucullus , qu'on privoit de 
la gloire de fes grands exploits, & à qui on donnoit 
un lucceflèur pour fucceder bien plus aux hon- 
neurs de fon triomphe , qu au commandement 
de fes armées , n'étoit pourtant pas ce qui oecu» 
poit le plus les Nobles & les Sénateurs ; ils 
étoient bien perluadez qu'on lui faifok un très- 
grand tort , & qu'on ne lui témoignoit pas la re- 
connoiflance que meritoient fes fervices , mais 
ce qui leur faifoit le plus de peine , & qu'ils ne 
pouvoient fupporter , c'étoit ce haut degré de 
puiflance où on élevoit Pompée, qu'ils regar- 
doient comme une tyrannie déjà formée. C'eft 
pourquoi ils s'exhortoient les uns les autres en 
particulier , & s'encourageoient à s'oppofer à ce 
décret , ôç à ne pas abandonner leur liberté mou- 



était injurieux à Lti" 



P O M P E' E. 381 

rante. Mais le jour étant venu , où ce décret 

devoit être propofé, toutes ces belles réfolutions Lei Ndles & lei 

5/ , ,. . | P I 1 Sénateurs veulent 

s évanouirent ; ils eurent il grande peur du peu- soppoferk-cedccnt, 
pie, qu'ils perdirent entièrement courage , Se maUiUn '°f mh 
ri oferent pas dire une feule parole contre le dé- 
cret. Catulus fut le feul , qui , après l'avoir com- camiusfut ufeui 

bi ce >'\ mi s'y oppu/a 3 mais 

attu de toute la rorce, voyant quil ne rame- *»©««». 

noit aucun du peuple , fe mit à crier plufieurs fois 
de la Tribune , en adreflant la parole aux Séna- 
teurs , qu'ils cherchaient donc quelque montagne , com- Mot remarquable 
me leurs ancêtres , ou quelque roche pour s'y retirer > & „£*" *"* **"*' 
pour conserver leur liberté , qui leur alloit être ravie \ 
Malgré tous fes efforts & tous fes cris ,. le décret 
fut autorifé par les fuffirages de toutes les Tribus , 
comme ils parlent, & Pompée abfent fut déclaré 
maître abfolu de prefque tout ce que Sylla avoit 
ufurpé par les armes en faifant une cruelle guerre 
à fa patrie. 

Quand il reçut les lettres , qui lui apprenoient 
cette nouvelle , & qu'il fçut tout ce que le peu- 
ple avoit ordonné en la faveur , comme fes amis , 
qui étoient prelens , s'en réjoiiiffoient , & l'en fe- 
licitoient , on dit que tout d'un coup il fronça les 
fourcils, frappa la cuifïè, & s'écria, comme fur- 
chargé & fâché de ce nouveau commandement, 
S Dieux P que de travaux [ans fin ! IS'aurois-je pas fo ^ mliltîim ** 

Q^uils cherchaient donc quelque lorfque pour s'empêcher daller 

montagne, comme leurs ancêtres. ] à la guerre 5 où on vouloit le 

Il a égard à ce qu'avoit fait mener malgré lui , il fe retira es- 

le peuple Romain quatre cens armes fur le Mont facré. 
jingt & fept ans auparavant , 

m 



382 POMPE'E. 

été plus heureux d'être un homme inconnu & 1 fans 
gloire ? Ne cejferai-je donc jamais de faire la guerre , 
& d'avoir le hamois fur le dos i 'Ne pourr i ai-je jamais 
me dérober à l'envie qui me perfecute ^ & vivre douce* 
ment à la campagne, avec ma femme & mes enfans ? 

Tous ceux qui l'entendirent , les amis même 
les plus familiers , ne pouvoient iupporter cette 
diffimulation , car il n'y en avoit pas un fèul qui 
ne connût que fon ambition naturelle Se fa paf- 
fion de commander, rallumées encore par le dif- 
férend qu'il avoir avec Lucullus 3 lui faifoient 
trouver une fatisfaétion plus parfaite & plus dé- 
licate dans la nouvelle charge dont on l'hono- 
ge> le dé- roit. Auffi y bien-tôt fes aérions le démafquerent 
& découvrirent fes véritables fentimens. Car 
faifant afficher partout des placards > & envoyant 
partout fes mandemens , il rappelloit à lui tous 
les gens de guerre , & ordonnoit à tous les Prin- 
ces & Rois, qui étoient dans l'étendue de fa 
commiffion , de le rendre inceflamment auprès 
de lui , Se dans la marche il ne laifîa rien de tout 
ce que Lucullus avoit ordonné. Il déchargea 
ZT^eZclÉ les uns des P ein es aufquelles Lucullus les avoit 
avMordçm/. condamnez ; il ôta aux autres les récompenfes 
qu'il leur avoit accordées , enfin en toutes choies, 
par une contention opiniâtre & pleine de ja- 
loufie , il n'eut en vue que de faire voir aux parti- 
fans de Lucullus , qu'ils fuivoient & admiroient 
un homme , qui n' avoit nulle autorité , ni le moin- 
dre pouvoir. 



POMPE'E.,, 383 

Lucullus en ayant porté fes plaintes , leurs , LucAlus fi f Uint 

J 13 . J»1 1 de ce procède. 

amis communs turent d avis qu ils dévoient avoir 
enlemble une conférence. Ils s'abouchèrent donc 
dans la Galatie. Comme c'étoient deux grands i*m*mu.ittf«* 

s^ • • f • J 1 1 1 n • o aboucher en QnUtie. 

Généraux , qui avoient tait de belles actions , oc 
remporté de grandes victoires, leurs Licteurs., 
marchaient devant avec les faifceaux entortillez 
de branches de laurier 3 Sc£e rencontrèrent les 
premiers ; mais Lucullus venok de lieux frais tout 
couverts d'arbres & de verdure , & Pompée avoit 
traverfé des pais arides & fecs où Ton ne trou- 
voit pas un feul arbre , ni le moindre ombrage, 
Les Licteurs de Lucullus voyant donc que les us mens de l*. 
lauriers des Liéleurs de Pompée étoient entière- ™f* ' È^^L t 
ment fecs & flétris , leur en donnèrent des leurs Umi Uwkrs mriu 
qui venoient d'être cueillis tout fraîchement , & 
dont ils ornèrent & couronnèrent leurs faifceaux^ 
ce qui fut pris pour un préfage que Pompée era- Préfet^, ton t» 
porteroit le prix , qui étoit dû aux victoires & à Hra ' 
îa gloire de Lucullus. Lucullus avoit fur Pom- 
pée l'avantage d'avoir été Conful avant lui , & 
d'être fon ancien. Mais Pompée avoit de fon cô- 
té deux triomphes , qui relevoient extrêmement 
fa dignité. 

Leur entrevue fe paffa d abord avec toute ta uwa»t*iséfc 
politene poffible, & avec toutes les marquas t^^Zt^ 
réciproques d'eftime & d'amitié. Ils exaltèrent «W*««tf 
beaucoup les exploits l'un de l'autre , & fe té- 
moignèrent la fatisfaction qu'ils avaient de leurs- 



3S4 POMPE'E, 

grands faccès. Mais dans la converfation qui 
fuivit ce premier abord > il n'y eut plus ni mo- 
deftie , ni honnêteté ; ni politeflc , ils en vinrent 
aux injures ; Pompée reprocha à Lucullus fon 
avarice , & Lucullus reprocha à Pompée fon am- 
bition; de forte que leurs amis eurent beaucoup 
lhcMm jiftrihuê c j e p e j ne ^ J es faire retirer. Lucullus de Ion côté 

a fes amis les terres x 

4e la GaUtie. diftribua à fes amis les. terres de la Galatie , com- 

me des terres qu'il avoit conquifes , & fit d'autres 

vompée défend p^ p re fens à qui il voulut , & Pompée , qui s'étoit 

fes mmdemens de L / _. 1 ^ il» i / r i • r 

lui obéir. campe allez près de lui , deiendoit par les man- 

demens qu'on lui obéît dans la moindre choie , 
& lui débaucha tous fes foldats, excepté feize 
cens y dont il ne iè mit pas fort en peine , trou- 
vant qu'il n'en pourroit tirer aucun lervice , à 
caufe de leur arrogance & de leur mutinerie , 
& que d'ailleurs ils n'étoient pas même fort por- 
tez pour Lucullus. De plus , il décrioit ouver- 
tement fa conduite , & ravaloit tous fes exploits 9 
ce que Pompa di- dilant que Lucullus n' avoit combattu que con- 

foit contre Lucullus. i o 1 • r • i 

tre la pompe oc la vaine reprelentation de ces 
deux Rois , êc qu'il lui avoit biffé à combattre 
leur véritable puiffance, & leur puifïànce inf- 
truite & aguerrie par leurs mauvais fuccès > Mi- 
thridate ayant eu enfin recours aux épées & aux 
boucliers $ & ayant appris à fe fervir de fa ca- 
valerie. 
X&Z*~ Lucullus de fon côté , pour repouffer ces in- 
f* jures ; difoit ; que Pompée alloit toujours combat* 

tant 



POMPE' E: 38; 

tant contre un fantôme & contre une ombre de guerre > 
accoutumé qu'il étoitàfejetterfur les corps morts qu'il 
n' avoit pas tuez , comme un oifeau lâche & timide , 
£*r à déchirer & dijjiper des refies de guerres , comme 
des cadavres déjà tout rongez. Que cétoitpar ces beaux 
moyens qu'il s'étott arrogé la défaite de Sertorius s 
celle de Lepidus > & celle de Spartacus , qui étoient 
uniquement dues à Crajfus , à Metellus & à Catulus. 
Et qu'ainfiil ne s'étonnoit point silvenoitencores'at* 
tribuer la gloire d'avoir terminé les guerres d'Arménie 
& de Pont , qu'on pouvait compter comme finies , lui 
qui, à quelque prix que ce fut > avoit trouvé le moyen 
de s'ingérer dans le triomphe de la guerre des efclaves 
fugitifs, 

Peu de jours après * Lucuîlus partit pour Ro- 
me > & Pompée ayant diftribué fa flotte en dif- 
ferens endroits pour garder toute la mer P qui 
eft entre la Phenicie & le Bolphore, marcha ft»;* marée 

Ti/T'I-J- • *^ contre Mithridatg, 

par terre contre Mithndate , qui avoit encore 
enfemble trente mille hommes de pied & deux 
mille chevaux , mais qui n ofoit pourtant en venir 
à une bataille. Ce Prince etoit campé fur une 
montagne très-forte 9 & où il ne pouvoît être. 
forcé, mais il l'abandonna à fon approche , com- 
me manquant d'eau. Pompée s'en faifit d'abord , 
& conjecturant par la nature des plantes & par beJ^ù^c* 

■ - • .' - ; r ^ dam me montagne 

Accoutume qu'il étoit a fe jetter qu'elle eft fondée wr des ao 

fur ks corps morts qu'Un avoit pas rions qui lui donnent quelque 

tuez, :1 comme un oifeau lâche & ti~ couleur. 

mïde. 1 Voilà une fatire des plus Et conjecturant par la nature des 

fortes, & d'autant plusamere* plantes, & par les crevajfes qui 

Tome K C c c 



3 8<î V O M P E' E. 

2« f umirn les crevafîès qui paroifïbient en plusieurs endroits 

fZiri^u qu'à de voit y avoir beaucoup de fources, il ordon- 

d'e*». na que Ton creufât partout des puits , & dans un 

moment tout le camp eut de l'eau en abondance^ 

de forte que Pompée ne pouvoit allez s'étonner 

que Mithridate eût ignoré cela fi long-tems. 

impie enfume ^ Bien-tôt après il le fiiïvit ? campa autour de lui 

Mithridate dans 'n \> r if* î 1 

/in cm?. oc 1 enrerma dans Ion camp avec de bonnes mu- 

railles qu'il éleva tout autour. Mais ce Prince r 
après avoir été afîîégé quarante-cinq jours, fe fau~ 

MhhiJatefe fave va une nuit fans être apperçu avec l'élite de fon 

um mit. armée x ayant fait tuer auparavant toutes les per~ 

rom}/eiefmt>& fonnes inutiles & tous les malades. Pompée fe 

ItojfoJ™ de mit incontinent à fes trouffes ? l'atteignit près de 

l'Euphrate , campa près de lui y & craignant que 

pour lui échapper il nefe hâtât de pafler eefleuve^ 

il fortit de fes retranchemens y & fit marcher fore 

fcWrfe kim armée en bataille fur le minuit, & qui étoit ju*~ 

7nMh. ûilU /w l * ftement le tems où l'on dit que Mithridate eut 
pendant fon fommeil une vifion qui ravertiflbk 

paroiffoient c n plufieurs endroits. J trempée s'afTaiïïe enfuite par la. 

Car outre qu'il y a des plantes fëcherefle de l'air extérieur. Au- 

qui ne viennent que dans les refte Pompée pouvoit fort bien 

lieux où il y a de l'eau , la frai- avoir fait cette conjeéture de 

eheur & la verdure des arbres lui-même , mais il pouvoit aufiï 

en gênerai en: un indice fur de fort bien avoir lu dans l'Hif- 

quelque humidité qui les entre- toire, ou entendu raconter ce 

tient y Se les crevaffes , car c'eft qui étoit arrivé à Paul Emile 

ainfï , à mon avis , qu'il faut ex- quatre-vingts ans auparavant } 

pliquer suy^matç , ne fe forment lorfqu'il faifoit la guerre en Ma- 

que par l'humidité , qui faifant cedoine contre Perfée, V. fa vie 

«lever la terre , la détrempe , & tom. 1 1 . pag. yp I -.. 
cette terre ainfi élevée & dé- 



POMPE'E, 387 

de ce qui lui de voit arriver. Il lui fembla que navi- s •• M itf 
géant Jurla mer de Pont avec un vent favorable, il date daïii <* ««- 
voyoit déjà le Bojphore , & qu'il s'en rejoiliffoit avec 
ceux qui étoient dans [on vaijfeau , comme un homme 
qui voyoit fon falut affuré > & qui fe croyoit dans le 
port. Mais un moment après y dejlitué de tout fecours > 
il fe vit le jouet des vents & des flots fur une petite 
planche du débris de fon naufrage. Comme il étoit 
dans la violente agitation que lui caufoit cefonge* 
£es amis arrivèrent dans là tente, & le réveillèrent* 
en lui difant que Pompée venoit à lui. C'étoit 
donc une necefîité indifpenfable de combattre 
pour défendre fon camp. Ses Lieutenans font 
promptement prendre les armes à leurs troupes > 
& les rangent en bataille. 
Pompée , averti que les ennemis étoient en **"& e P d ' a ^> 

f * « «il • \ C C d'attendre Ujour. 

état de le recevoir , balançoit a expoier les gens 
à un fi grand danger pendant les ténèbres , & 
étoit d'avis qu'il valloit mieux les envelopper 
pour les empêcher de s'enfuir , & le lendemain 
à la pointe du jour les attaquer, d'autant plus que 
£ès troupes étoient beaucoup meilleures. Mais 
tout ce qu'il avoit de plus vieux Officiers &Chefs 
de bandes, firent tant par leurs prières & par leurs Ses 0#««« /* u> 

j.f 1 1 r . \ terminent à com- 

remontrances , qu us le déterminèrent a com- haxtnUtmu 
battre fans attendre le jour; car la nuit n'étoit 

Tirent tant par leurs prières faut lire comme dans le mf. de 

& far leurs remontrances. ] Il la Bibliothèque de S, Germain, 

y a dans le texte <TêOjU6Voi^<nrapcs- ^ TFaçumxQynç , & lui remon~ 

«ûX«3-âvTêç y mais ce dernier mot trant j V exhortant* 
eft contraire même au fens. Il 

G c c ij 



338 P O M P E* E. 

Gr*ni Av^tags pas fort obfoure , & la lune , qui étoit fort bafle ï 
tL lon^uAt donnoit aflèz de lumière pour diftinguer les 
tr.*mi. objets , & s'entre-reconnoître. Et ce fut là ce qui 

trompa le plus les troupes du Roi. Car les Ro- 
mains en les attaquant avoient la lune derrière 
leur dos , & comme elle penchoit vers fon cou- 
cher , elle jettoit les ombres des corps fi loin de- 
vant eux , qu elles donnoient fur les ennemis* qui 
ne pouvant pas bien difcerner l'intervalle, qui les 
féparoit d^s troupes de Pompée f & croyann que 
ces ombres étoient les hommes mêmes qui 
étoient près d'eux ,- lançoient contr'elles leurs 
traits & leurs javelots , & ne bleflbîent perfonne. 
Les Romains , s'étant apperçus de leur méprifè, 
coururent les charger avec de grands cris; & 
comme ces Barbares noferent les attendre , & 
que fàifis de frayeur, ils fe mirent d^abord en fuite> 
v Armée de Mi- les Romains en firent un grand carnage. Il y eut 
thridate battue. ^[ m j e . j^ m iil e hommes tuez fur la place, & 

mthridaie à. la tout le camp fut pris. Mithridate dès le commen- 
taL d !fe°fah C joûr cément du combat avec huit cens chevaux s'ou- 
r*péeâ u main. vr i t un chemin i'épée à la main au travers de l'ar- 
mée Romaine , & pafla outre. Mais ces huit cens 
chevaux fe débandèrent &fèdiffiperent bien-tôt, 
n 7 <P_d**ionnt' & îlfe trouva feul avec trois de fes gens, du nom- 

& latfa feul avec f . O 

iie»x de fes gem & tore delquels- etoit Hyplicratia ia concubine , 

fa (onsnbine. r- j; ai o P 1 

iemme d un courage maie oc d une audace guer- 
rière, de forte que le Roi i'appelloit Hypficrate. 
Ce jour-là elle montoit un cheval de Perle , & 
avoir l'habit d'un homme d'armes de la même 



POMPE'E. 380 

natîofï* Elle fiiivit toujours le Roi, refiftant à toutes 
les fatigues de lès longues courfes , & ne fe laf- 
fent jamais de le fèrvir , & de panfer elle-même ??**?' J*i \"* 
Ion cheval, juiqu a ce qu us arrivèrent a une tor- hj/^*/*,/* (e ». 
terefle appellée Inora , où étoient l'or & l'argent ( 
du Roi, & (es plus précieux meubles. Là Mi- 
thridate prenant les robes les plus magnifiques , 
les diftribua à ceux qui fe rarTemblerent autour 
de lui y & fitprefent à chacun de fes amis d'un „*.v.j ,,„ 

? 1 Mitbrtdate fait 

poifon mortel , afin qu aucun d'eux ne tombât M«* * fa *™* 

. r» s.f 1 • 1 C • d'un poifon très™ 

vit, s 11 ne vouloit, au pouvoir de tes ennemis, prompt. 
Delà il continua là route pour aller trouver le 
RoiTigrane en Arménie. Mais Tigrane refufant ç Jj£* etott *** 
de le recevoir, & ayant mis même la tête à prix, Ti s ram \?'W' de 

I -. /-il • 1 > recevoir Mitbridate» 

car il fit publier quil donnerait centtalens a ce- & met -fa tête * 
lui qui le tuëroit , il alla paffer TEuphrate au lieu P cm-mm-(mi 
où ce fleuve prend là fource , & fe fauva par la 
Golchide, 

Cependant Pompée entra dans l'Arménie, ap-' 
pelle par le jeune Tigrane , qui avoit déjà quitté Ls j eme 7%™»* 
le parti de fon père , & qui alla au-devant de }"»"J* lyjj^ 
lui jusqu'au fleuve de TAraxe, qui prend fa fource * PwB >«* 
dans les mêmes lieux que l'Euphrate; & tournant ^m« & u 

cours de l'Araxto 

Jujqùa ce qu'ils arrivèrent a nomma les "principaux, Hydar ah- 
urie farter effe appelle'e Inora. 3 Bafgoedariz,a , Sinoria , qu'il 
Entre la grande & îa petite Ar- place fur les frontières de la'* 
menie. Strabon liv> xn. écrit grande Armenie 3 ce qui lui fit mê- 
que Mithridate voulut fi fort me donner ce nom. C'eft donc 
s'aiïurer de ces lieux , qu'il " y avec beaucoup de f aifon que îe 
fit bâtir foixante & quinze châ- P„Lubin a cru qu'ici, au- lieu* 
tfeaux, pour y mettre en fureté à } Inora, il falloit lire Sinoria* 
toutes fes' richeïïes , ôC il en. 

G ce iii 



390 POMPE' E. 

fon cours vers le Levant , va fe jetter dans la 
mer Cafpienne. Ces deux Princes s'étant joints 
marchèrent long - tems enfemble recevant les 
villes , qui fe rendoient à eux. Le vieux Tigrane, 
qui venoit d'être défait par Lucullus , ayant été 
informé que Pompée étoit d'un naturel doux Se 
Le vie** tîgran* h uma i n . reçut earnifon Romaine dans fa capi- 

reçoit garmjon Ko- ' 5 O 1 • /- • r 

m*ine dans fa ca- taie , & prenant avec lui fes amis & les parens , 

f haie y P* va fe ,j r> . - i HT > 1 » 

mettre à u meni il le mit en marche pour aller le mettre a la merci 
*imt«. de Pompée. 

Quand il fut arrivé à cheval près de la clôture 
Anime letigrane du camp , deux des huiffiers de Pompée fortirent 

.dam. le camp de j 1 1 • o 1 * J J J C 

t$m F .te. au-devant de lui, oc lui ordonnèrent de deicen- 

dre , & d'entrer à pied , lui difant que jamais en- 

'panuùs étranger core on n ' avo it vu d'étranger paflèr à cheval dans 

n a pajje a cheval # . 1 /• o A a 

dam un camp Ke- un camp Romain. Tigrane obéit , & otant même 

fon épée , il la donna à ces huiffiers ; & enfin 

zmmi$*n de n- quand il fut aiîèz près de Pompée , prenant fon 

gr a n e , r iveMje ^\^ me j] voulut le mettre à fes pieds, & fepro- 

jemr aux pieds Ae i * 1 

iempet. flernant honteufement à terre lui embraffer les 

Pom F e'e l'en m- genoux. Mais Pompée courut à lui pour l'en em- 

d?£L%bt»eîrs- pêcher, écle prenant par la main il le mena dans 

la tente , le fit afleoir près de lui à fa droite , & 

fon fils le jeune Tigrane à fa gauche ? & lui adref- 

pifcoHrs de pm- fant la parole : Tigrane , lui dit-il, quant aux autres 

pee a Tigrane. L ° r • j 

grandes pertes que vous avez jattes , vous devez vous 
en prendre a Lucullus , car c'eft lui qui vous a dépouillé 
de laSyrie, de la Phenicie, de la Cilicie^de la Galatie & 
de la Sophene. Mais pour tout ce que vous avez con- 
fervéjufquà mon tems , je vous le laijje , a condition 



POMPE 3 E. 39* 

que* vous paverez aux Romains fix mille takns pour •*"■*?* **««>«. 

i r y <* T-i • t T Pompée donne «» 

tous les torts que vous leur avez faits. Et je donne a vo- i eH » e %™* u 

ire fils le Royaume de la Sophene. f h (nt , 

Tigrane en fut très-content, & ayant fur l'heure 

même été falué Roi par les Romains , il en eut tant 

de joie qu'il promit de donner à chaque foldat une ^^ci„ ? u vr ^ 

demi-mine /dix mines à chaque Centurion, & un cv» f < tm uvm 

talent à chaque Tribun. Mais fon fils en fut très- *^< •««. 

mal fatisfait, & Pompée l'ayant prié à fouper,il dit 

tout haut , quil navoit que faire dePompée^ qui ne fia- f e piJ n Td e ^ft* 

voit lui faire que des honneurs trop chèrement vendus ,* b,ralit j\ w f en 
, 9 ,{ * : , , * . ,j. r P ert f«* *»* -a* 

& qu il trouver oit quelqu autre Komam qui lut en je* *>>**»*• 

voit à meilleur marché déplus confiderables. 

Ce mot piqua Pompée, qui le fit charger de *°*p» ?%»*', u- 

lA 11 i r • 1 fiut charger de chétîf» 

chaînes , voulant le garder pour ion triomphe. ««. 

Mais peu de tems après Phraate , Roi des Parthes, rïdlmldlZ^eZl 

envoya lui redemander ce jeune Prince , qui étoit K**'^ 1 "° ip 



fo 

fon gendre, & lui reprefenter qu'il devoit ter- 
miner fes conquêtes à FEuphrate. Pompée fit ré- *£«,/,. # p m . 
ponfè , que le jeuneTigrane touchoit de plus près à fin fetm 
père qu'à fin beau-pere , & que pour fes conquêtes il 
leur donner oit les bornes que la raifin & la juftice 
leur prefirir oient ,- Après quoilaiflant Afranius pour 
la garde de l'Arménie, il dreflà fon chemin au 
travers des Nations qui habitent autour du mont pour fJ^ e Zîm- 
Caucafe , par où il falloit neceflàirement pafler thridaf ** 
pour fuivre Mithridate. 

Les plus confiderables de ces Nations font 
les Aibaniens & les Iberiens. Les Iberiens s'é~- 
tendent jufqu aux montagnes Mofchiques &■ 



39 2 FOMFEE. 

au Royaume de Pont ; & les Albaniens font plut 
à l'Orient , & touchent à la mer Cafpienne. Ces 
derniers donnèrent paflàge fur leurs terres à Pom- 
pée dès la première demande qu'il leur en fit. 
Mais l'hyver ayant furpris fon armée dans leur 
païs^ & la .fête des Saturnales, que les Romains 
,,- chômaient fort religieufèment , étant échue dans 
ce temsJà, ces Barbares s'aflemblerent au nom- 
bre de quarante mille hommes , refolus de les at- 
mCylTs.tfa™', taquer. Pour cet effet ils parlent la rivière du Cyr- 
s™ cour,. nus, qui prenant fà fource dans les montagnes 

d'Iberie, & recevant dans fbn fein l'Araxe , qui 
4efcend de ï Arménie, va fe jetter dans la mer 
Cafpienne par douze embouchures. D'autres di~ 
fent que le Cyrnus ne reçoit pas l'Araxe ., mais 
qu'il coule feul , & va fè jetter dans la même met 
allez près des embouchures de l'autre. 

Pompée , quoiqu'il pût facilement s'oppofer: 

Four cet effet ils pajfent la ri- plus grand efi le Çyruf. Il étoit 

mère Cyrnus. ] Le fleuve , que anciennement appelle Corm. On 

Plutarque appelle ici Cyrnus , prétend que Cyrus changea fon 

e-ft appelle Cyrus par Strâbon nom & lui donna le fien. Dans 

& 'par Pline , qu'il vaut mieux nos cartes il efi fort bien marqué 

fuivre; StrabonTa parfaitement Cyrus , & non pas Cyrnus. 

décrit dans fon xi. liv. Au Le- D'autres difent que le Cyrnus 

vant , dit -il, vers la mer Caf- ne reçoit pas l'Araxe. ] C'efl le 

pienne entre l'Albanie & l'Ar- fentiment de Strabon , qui 

menie , roulent le Cyrus & l'A* marque les deux différentes em- 

raxe. Celui-ci par l'Arménie & bouchures de ces deux fleuves. 

le. Cyrus par l'Albanie .& l'Jbme. Et c'eit celui que nos Géogra- 

Et enfuite , entre l'Albanie & la phes modernes ont fuivi dans 

Colchide efi une grande plaine ar- leurs cartes. 
rtfée de plufieurs fleuves , dont le 

au 



•POMPE' E, 303 

au paflàge de ces Barbares , les laifla paiTertran- r ° m P< e Ui iï e ï*f~ 

•.Il r \ • • o 1 -1 r fer la rivière aun 

qmllement ians les inquiéter , oc quand ils turent Manims , ©• in 
parlez il les attaqua, les mit en fuite , & en tua la defMu 
plus grande partie. Leur Roi eut recours aux 
prières. , & envoya des Ambafladeurs lui crier 
merci. Pompée lui pardonna fon injuftice, lui 
accorda la paix, & marcha contre les Iberiens, u accorde u^u 
qui çtoient en moins grand nombre , mais beau- 
coup plus aguerris ;9 & qui fouhait oient avec 
beaucoup d'ardeur de rendre à Mithridate quel-*- 
que fervice fignalé , & de repoufler Pompée. Ces 
: Iberiens ne furent jamais aflùj.ettis ni aux Medes, tbmem , H^ 

t\ r <• 1 • a r ' r \ qui avaient été tatt~ 

ni aux Perles ; ils avoient même évite de recon- j 0ms w,m. 
<noître l'Empire des Macédoniens , Alexandre 
ayant été obligé de quitter trop promptement 
l'Hyrcanie. Cependant malgré leur valeur, & la 
fierté que leur donnoit leur indépendance , Pom- *<*$<« ks-dfnh 

r \ \ r c \ 1 1 « .i i dans m grand cem~ 

pee les dent dans un grand combat , ou il leur tua bat. 
neuf mille hommes, & fit plus de dix mille pri- 
ionniers. 

De-là il fe jetta dans la Colchide. Servilius nfij^ed^u 
vint le joindre à l'embouchure du Phafe , avec 
les vaifîeaux qu'on lui avoit donnez pour la gar- 
de du Pont-Euxin. Mais de poursuivre Mithrida- 
te, qui s'étoit allé cacher au fond du Bofphore 
Cimmerien , & des Palus Meotides, c'étoit une 
entreprilè qui avoit de grandes diffîcultez. Il lui 
vint même fur ce moment des nouvelles que les 
Albaniens s'étoient encore révoltez , & avoient 
^repris les armes. La colère & le defir de vern 
TomeK Ddd 



394 POI F E r E; 

geance le portèrent à tourner contre eux. Il re^ 
u rttmrne corn™ parla donc le Cyrnus avec de grandes peines. & 

es Aibaniens qui jî ' a j 1 ti 1 • C 

^mem revoie d extrem es dangers x car les Barbares, avoient for- 
tifié la rive qui étoit de leur côté avec des paliflàr 
des & des troncs d'arbres ; & le fleuve pafle, il 
avoit encore à traverfer un grand pais aride ? où 
Ton ne trouvoit pas une. goutte d'eau j & àfai* 
re un chemin très-long & très-penible. Il fit rem* 
Myev-iomrnn- plir d:eau . dix mille outres , & avec cette provi* 

vée fe Un pour tra- r '\ • C 11 111 

"vtrfir m pdù «ride* lion il continua, la route pour aller chercher les 

ennemis ? qu'il trouva en bataille fur le bord du 

fleuve de l'Abas, au nombre de foixante mille 

hommes de pied, & de douze mille chevaux,, 

mais mal armez , car ils n'étoient .couverts la plûr 

part que de peaux de bêtes e _ 

comhÀtdermpee Toute cette armée étoit commandée par le 

Tlftes'îiZ frère du Roi, qui s'appelloit Gofis. Ce Prince* 

ment , o>- Gênerai dèsqu on en fut venu aux mains * s'attacha àPomr 

de î armée. x 

II avoit encore à traverfer un Au nombre de foixante mille 

grand fais aride , ou Von ne trou- hommes de pied , & de douz.e mille 

voit pas une goutte d'eau. ~\ C'eft chevaux, maïs mai armez.. J Stra- 

ce que Stiâbon n'a pas oublié bon, en, parlant des forces des 

démarquer. Pour aller de Vlberie peuples de l'Albanie , dirqu ? ils 

dans l'Albanie , dit* il * liv. xi. il peuvent mettre. fur pied plus de 

faut pajfer par la Cambjfene , qui troupes que les Iberiens : car 

efi un fais fans eau, & très-dif- ils arment jufqu'à foixante mille 

ficile jufqu au fleuve d'Alaz.onius. hommes de pied ôc douze miîîe 

Sur le bord du fleuve de ÏAbas. ~j chevaux , & il fait entendre que 

C'eil un fleuve qui coule des ces troupes font mal difcipli- 

montagnes d'Albanie, & fe jet- nées. Ils fe fervent de dards ôc 

te. dans la. mer Cafpienne ; c'eft de flèches , ils ont des cuirafîes 

le même que Ptolemée appelle & des boucliers , & des cafques 

Albanus , & nos cartes le mar- faits de peaux de bêtes, 
quent fous ce nom,. 



nés. 



P O M P E' E. 395 

;pée, & courant far lui , il lui lança fon javelot, 
; qui donna juftement au défaut de la cuirafTe ; 
mais Pompée Tayaut joint 9 lui appuya fa javeline *«$& Upmtù 

j • i ?•] | v ft javeline» 

avec tant de roideur qu il le perça d outre en ou- 
: tre j & le jetta mort aux pieds de fon cheval. On 
dit que les Amazones combattirent à cette batail- Am^rm i t tm 
le pour les Barbares , étant defcenduës des mon- 
tagnes qui font près du fleuve du Thermodon : 
car après le combat les Romains dépouillant les 
morts , trouvèrent des boucliers & des brode- 
quins tels que les portoient les. Amazones ; mais 
on ne trouva pas un foui corps de femme. Elles ^mdfpt^i «fe 

ii. i . i r^ C • 1 • \ f l* fa u ff e *é de cette 

.habitent la partie du Caucaie qui aboutit a la mer a#«v« fa a**^ 
-d'Hyrcanie., & elles ne font pas limitrophes des 
Albaniens , car elles en font féparées par les Gelés 
r Sc les Leges , avec lefquels elles vont paflèr deux 
-mois toutes les -années for -les bords du Thermo- 
don.., après quoi elles fe retirent dans leur paï's # 
ok elles vivent- à part fans la compagnie d'aucun 
; homme. 

Après le combat > Pompée voulut paflèr en 

' Car Mes en font f égarées far lut pajfer en Uyrcanie , & pene- 
• les Gelés & les Leges. J "Plu targue trcr jufquà. la mer Cafpienne.~\ 
: a pris ceci de Theophane de Mi- Mais pour pénétrer jufqu'à cette 
tylene , qui avoit fuivi Pompée mer, il n'avoit que faire de pafler 
à cette expédition , & qui avoit en-Hyrcanie , car étant en Ai- 
fait une 'relation de tout ce qui .banie , il étoit très- voifin de la 
s'y étoit paffé. C'eft dans cette mer Cafpienne. Il y a ici quel- 
s relation qu'il difoit que les Amà- que chofe de défectueux. Plu- 
ozones étoient féparées des Alba- î-arque doit avoir voulu dire que 
. niens parles Gelés & les Leges, Pompée voulut pafler en Hyr- 
; peuplesScythiques.Strab.liv.xi. canie , &-.penetrer jufqu'-à I'au.~ 
d-frès le combat , Pompée vau- tre bout de cette mer. 

Dddii 



%$m fompe'e: 

Hyrcanie , & pénétrer jufquà la mer Cafpienne ; 
■Dêsfirfuns-venî- mais il trouva une fi grande quantité de ferpens 

yngux empêchent ; . , . • 1 • ' / • 

Pompée de fajfe ta venimeux , dont la moindre piqueure etoit mor- 
MjnAMt. te jj e ^ ^ u y £ ut Q^lig^Je s'en retourner , quoiqu'il 

iren fût plus qu'à trois journées. Il le retira dans 

là petite Arménie * où il reçut des Ambaflàdeurs 

tÂktft re^it des des Rois des Elymiens & des Medes, & il leur 

Amba^deurs des -,....... A • f t t> • 1 Tk 1 

Km des Eiymie*s écrivit tres-gracieulement. Le Kot des rarthes 
vdesMedes. étant entré dans la Gordyene ? où il ruinoit les 



jets du Roi Tigrane ^ il envoya contre lui Afra- 
nius qui le chafîà P & qui le pourfuivit jufquà 

cej* te pats don* y Arbelitide, \ 

Arbelles etott la ta.- 

phnu. De toutes les concubines de Mithridate , qui 

u renvoi toutes furent prifes & qu'on lui amena j il n en vit âucu= 

les concubines de o • 1 t ^ 1 > ' 

Mitimdats fi™ Us ne ? oc il les renvoya toutes a leurs parens ou a 
leurs maris , car elles étoient la plupart filles , ou 
femmes des premiers Capitaines , dés Satrapes 
& principaux Seigneurs de la Cour. Il y en avoit 
une ^ nommée Stratonice ; c étoit la plus confia 
derable , celle qui avoit le plus de crédit auprès 
du Prince ? & à qui il avoit confié la garde de la 
fprtereiîe > où il avoit mis la plus grande partie de 

Mais il trouva une fi grande des- Elyméens , la Gabiane , la 
quantité de ferons venimeux. ] Maiïabatique & la Corbiane. Il 
Strabon marque que ce païs-là dit que le plat-païs -ne ..-nourrit 
produit quantité de bêtes veni- que des laboureurs, & que les 
meufes dont la piqueure eft mor- montagnes portent de bons fol- 
telle , & des feorpions* dats,dont la plupart font archers, 

Des Bois des Elymiens. ] Les Se en fi grand nombre que leur 

Elymiens ou Elyméens étoient Roi fe confiant en fes forces re- 

des peuples d'une Province de fufe d'obéir au Roi des Parthes , 

'l'Affyrie , ôc voillns des Medes. ôc dédaigne de fuivre l'exemple 

Strabon jnarque trois Provinces de fes voifins, Strab. liv. xvi» 



des frefens de Mi- 
thridate confoh 
père infâme- 



P O M' P E' E. ■ 397 

fou or & de fon argent , elle étoit fille cTurvtertain Hi P^ '** *r«t»> 
Mulicien tort pauvre oc fort vieux. Un loir elle &;„* de MnbmU*. 
chanta à table avec tant de grâce qu'elle charma 
le Roi , qui en devint fi paffionnément amoureux , 
qu'il voulut l'avoir la nuit même , dont le père 
fortit très -mécontent , parce que le Prince ne 
lui avoir fait aucune honnêteté j ni dit la moindre 
parole gracieufe. Mais le lendemain matin , lors- 
qu'à fon réveil il vit chez lui des tables couvertes l* magnificence 
de vaiiTeile d'or Se d'argent, une foule de domef- 
tiques pour le fervir, des eunuques & des favoris 
du Roi, qui lui apportoient dés habits magnifi- 
ques , & devant fa porte un cheval richement 
harnaché, tel que ceux qu'on donnoit aux amis 
du Prince, alors croyant que c étoit un jeu & une 
mocquerie , il voulut fortir de la maifcn & pren- 
dre la fuite, mais les domeftiques fe mettant au 
devant l'en empêchèrent , & lui dirent que c'étoit 
la maifon d'un homme fort riche , qui venoit de 
mourir , que le Roi lui a voit donnée , & que ce 
qu'il voyoit là, n' étoit qu'une petite montre & 
un léger échantillon des grands biens & des 
grandes richefles que lui apportoit cette fuccet 
lion. A ces mots le laiffànt perluader , quoiqu'à 
peine , il fe revêtit de la robe de pourpre , monta 

Et devant fa -porte un cheval un cheval de leur écurie, har- 

• richement harnaché , tel que ceux naché comme ceux qu'ils mon- 

quon donnoit aux amis duPr'wce.~\ toient eux- mêmes. C'efl ainïî 

C'étoit la coutume de ces Prin- qu'Afîùerus honora Mardo» 

ces d'Orient de donner à leurs chëe. Efth. vi. 8. io. & i î, 
amis 3 qtfils vouloient honorer } 

Ddd iif 



398 POMPE'E. 

à cheval , Se traversa la ville en criant , tous m$ 
: biens font à moi , tous ces Miens font à moi, & à ceux qui 
-ïioient & qui fe mocquoient de lui, il leur difoit 
quil ne falloitpas êtrefurpris de toutes les extravagan- 
ces quilfaifoit , mais que ce qui devait fur prendre, c' et oit 
que dans l'excès defajoye. s qui le rendait fou, il nejettdt 
pas des pierres à tous lespaffans. Voilà de quelle fa- 
mille & de quel lang étoit ifluë Stratonice. Elle 
remit à Pompée le fort où étoient toutes les ri- 
cheflès de Mithridate ;, & lui fit de grands pre- 
faritffc iFm- : ^ ens ' Pompée ne prit que ce qui pouvoit fervir 
tbridateque ce qui à décorer les temples & à orner fou triomphe , & 

pouvait dê'cortr les . . « 1/1 1 » 11 1 Ja 

templier omet hn lui donna tout le relte, voulant qu elle le gardât 

triomphe. pour. elle. Le Roi des Iberiens lui envoya un lit, 

îune table, & un trône , y tous d'ormaffif, le priant 

vf*ge <}*e tombée fe les recevoir pour gages de fon amitié. Pompée 

fait des riches pre- . m 1 " • 1 C • 1 

-femduKoidesibe- les remit entre les mains des treloners pour le 
vt8i}S ' trefor public. 

comme mm di- Dans un autre château , appelle Cainon, il trou- 

rioHs j le Château -, . ~ i •»*• i • i >'\ 

neuf. va quelques papiers lecrets de Mithridate, quil 

parcourut avec un très-grand plai&, parce quil 
y trou voit des marques & des témoignages fen- 
fibles des mœurs & du naturel de ce Roi ; car 

Mémoires de Mi- 3/ • i • 1 P 1*1 ' (T ' 

aridité, r i mar- c etoient des mémoires par leiquels il paroiiloit 

Voilà de quelle race & de quel Tcturnç rot •§/>&$ t* ^ etîjuotToç 
fang étoit ijjùë Stratonice. ] Plu- luxopey &Vctf 

tarque dans cette expreflion fe- Et cela eil plaifant appliqué à 

rieufe & magnifique t^thç jufyî cette vile courtifane , qui avoit 

hx> % fat'aç à) cufActToç m çparowH , un père fi infâme, 
emprunte les termes mêmes dont Car c étoient des mémoire f par 

lïomere fe fert en faïfant parler lefquels il -paroiflbit qu'il avoit 

fes Héros , empoifonné beaucoup de gens.~\ 



lius. 



P G M P E' E. 300 

qu'il avoit- empoifonné beaucoup de gens ? entre r oiem ris mœ « ri 

autres fon propre fils Ariarathes , & Alcée de ^ "* 

Sardis, parce quil avoit remporté fur lui le prix 

de la courfe des chevaux. Il y avoit auffi plu- 

fieurs explications de fbnges y que lui ou ks fem- *«»»/>/« tt*^*- 

C • t1 J 1 tiûns défonces. 

mes avoient laits. 11 y trouva encore des lettres 
lafcives que Monime lui écrivoit & qu'il écrivoit L «*r« 14^ de 
à Monime. Theophane ajoute qu'il y trouva de m£™T °* d * 
plus un difcours de Rutilius r par lequel il exci- 
toit Mithridate à faire mourir tous les Romains 
qui étoient en Afie. Mais la plupart croyent avec 
raifbn que c'eft une malice noire > & une calom- 
nie de ce Theophane r: qui haïfïbit Rutilius , peut- cjowmes de-Th*. 

a .-'*!' 1 * /T" 1_1 "^ * Tin phane contre Rwîi- - 

etre parce qu il ne lui rellembloit en rien. 11 eit \ 
auffi- très-vrai-fèmblable que Theophane avoit 
inventé ce menfonge pour faire fa cour à Pom- 
pée, dont Rutilius avoit fort noirci le père dans 
les hiftoires, en le peignant comme le plus mé- 
chant de tous les hommes, 

G'étoit la coutume de ces Prin- le haïïîbit , parce qu'il né lui rdf- ■■' 

ces d'Orient de tenir des regif- fembloit en rien. Rutilius étoit - 

très exacts de tout ce qui fe paf- un grand hiftorien , il avoit écrit 

foit à la Cour.' Nous en "voyons en Grec l'hiftoire Romaine , & 

des preuves par l'hiftoire d'Efl- Appien s'en eft beaucoup aidé» 

lïér dans l'Ecrituse fainte.- Il fut> exilé en Alîe. Et Sylla 

- Et une calomnie de Theophane , l'ayant rappelle , il ne voulut 

quirhaïffi>it Rutilius, peut-être par— pas revenir ; fur quoi Seneque v 

ce qu'il ne lui rejfembloït en rien. ~] dit fort bien , Mquiore animo 

G'efl Pub. Rutilius Rufus , qui pàjjîis efife patrie eripi, quamjîbî 

avoit été Confuî l'an de Rome exilium. Il y a bien de l'apparen- 

6 4.5? .Ciceron lui donne ce grand ce qu'un homme de cette vertu 

éloge, neque in urbe aker eo fane- n'avoit rien écrit de Sti*abon 2 

ïhrvel integrïor: C'eft pourquoi père de Pompée , qui ne iftt 

Pîuîsrque dit ici que Theophane exactement vrai. 



4oo ï O M P E' E. 

De la petite Arménie ^ Pompée marcha ve^rs la 

ville d'Amiius dans la Cïalatie. Là par une jufte 

L'ambition fit cm- punition des Dieux fon ambition lui fit commet- 

mettre a Peœpee des *- • 1 • • 111a i 

tétions qui u firmt tre des actions qui lui attirèrent le blâme de tout 
mondl e im e le monde. Il avoit déchiré la réputation de Lucul- 
lus fur ce que la guerre étant encore allumée il 
avoit dilpofé des Provinces, fait desprefens, dé- 
cerné des honneurs, & fait tout ce que les, vain- 
queurs n'ont accoutumé de faire qu'après la 
n tombe dans les guerre entièrement terminée & finie ; & lui, il 

. mêmes fautes qu'il i i i a • • 1 

refrocboit. à luciii.- tomba, dans le même -.inconvénient , car lors 

lm ° que Mithridate étoit encore , très-puiflànt dans le 

Bofphore, & qui! y avoit aflemblé des forces 

capables de lui tenir tête , cependant comme fi 

.tout eût été fini, & qui! n'eût eu plus rien à 

craindre , il difpofa des Gouvernemens , & fit de 

, grandes largefies. Plufieurs Princes, Seigneurs, & 

Capitaines, & entr'autres douze Rois Barbares 

s'étant rendus auprès de lur 5 ce fut pour faire 

plaifir à ces Princes qu'en récrivant au Roi des 

Parthes , il ne le traita pas comme les autres 

dans la' fufcription de fes lettres de Roi des 

Rois, 

Pendant qu'il étoit dans la Galatie il fe fentit 
Pompée fi propoff enflammé d'un violent defir de recouvrer la 

de reeouvrer la. Sy- Q —, 1> a 1 • 1 • C 

rh,çr de pénétrer Syrie , <x panant par 1 Arabie de pénétrer jul- 
jufy_»aUmtrr t u £ e. ^^ j a mer rouge , pour avoir l'honneur d'avoir 

pouffé de tous cotez fes conquêtes jufqu'à l'O- 
céan, qui environne la terre , car en Afrique il 
étoit le premier qui eût porté fes victoires juf- 

ques 



POMP E*E. 401 

, ques fur les bords de la grande mer; & en Efpagne 
il avoit étendu les bornes de l'Empire Romain 
jufqu'à la mer Atlantique ; Se depuis peu encore 
en pourfuivant les Albaniens, il s'en étoit bien peu 
fallu qui! n'eût arboré fes enfeignes viétorieufes 
far le rivage de la mer d'Hyrcanie. Il fe mit donc >/?»'«» p«»?« 

t ° r . r - -\ C r \ 1 *voit pouflt fa viç~ 

en marche pour taire faire a ion armée le tour de mt*$. 
la merRouge , d'autant plus même qu'il voyoit 
que Mithridate étoit difficile à relancer à main 
armée , & plus dangereux en fuyant , qu'en com- 
battant , c'eft-pourquoi il dit -qu'il laijjèroit à fes 
trouves un ennemi plus redoutable que les Romains 3 
.c' étoit la famine. En effet il laifla plufieurs vaif° . 
4eaux pour croifer fur le Pont Euxin, &pour em- , p**/*«-*?Mk 

" i 1 a couper les vivres & 

pêcher les marchands de porter aucunes provi- MiAnte*. 
•fions dans le Bofphore , & ordonna la peine de 
.mort contre tous ceux qui Teroient pris. 

Comme il marchoit avec la meilleure partie de 

fo^ / • 1 .' C C 1 * 1 J Ce^te défaite de 

n armée, il- trouva iur ion chemin les corps de rn*»™ /4 i^ 

xeux qui fous la conduite de Triarius ayant mal- d f e ttoit * rrivée 

1 ' J trois ans avant que 

heureufement combattu contre Mithridate, & Po ™t> ee r*Jl«* en 
ayant été tuez , n'av oient pas reçu la fëpulture. Il n ' ^ u 
les enterra tous honorablement & magnifique- foidatsdeTriww. 
ment. Et il femble que ce devoir de pieté négligé 
par Lucullus. , ne fut pas une dç$ moindres cauie^ 
de la haine qui s'éleva contre lui. 

// trouva, fur fin chemin les date -étoit arrivée trois ans avant 

corps de ceux y qui fous la. conduite que Pompée paffât en Syrie. 

de Triarius , ayant maiheurtufe- Triarius perdit là 23. Tribuns 3 

ment combattu. ]- Cette grande cent cinquante Centurions , ÔC 

défaite de Triarius par Mithri- fon camp fut pris. 

Tome V* Eee 



Après que Pompée eut fubjuguépar fon Lieu- 
tenant Afranius les Arabes y qui habitent autour 
du mont Amanus , il . defcendit dans la Syrie ? 
ii fahde u Syru dont il fit une province du peuple Romain , parce 

%œ Frovince Ko- j 11 3 • . 1 t» • 1 • • -ri r • 1 

maïne, qu elle n avoit point de Roi légitime. Il loumit la 

^^nnti J udé e r ou il prit le Roi Ariftobule prifonnier. II? 
KoiArijiobHie. fonda là quelques villes & en affranchit d'autres ? 
en puniffant les Tyrans qui les avaient* aflùjetties. 
t^atfoZjide Rendre Mais fa plus grande occupation étoit de rendre 
UMice,jjeter- ] a ; u fl-i ce & j e terminer les différends des villes & 

miner les dijferems > 

desvuu*,- des Rois. Et s'il ne pouvoit aller lui-même > il 

envoyoit fes amis avec fes pouvoirs ? comme 
il. fit pour les Arméniens & les Earthes^ qui étant 
en différend pour quelque pais qu'ils préten- 
doient chacun leur appartenir > & s'en étant remis 
à la décifion r il leur envoya trois arbitres pour 
Juges. Gar fi la réputation de fa puuTanee étoit 
grande^ celle de f à vertu 3 de fa bontés & de fa 
D^meiie miihi juftiee > ne l'étoit pas moins. C'étoit par-là qu'il 

il efl aux FrincesO* '111 • J V 

aux -Généraux Mm couvroit la plus grande partie des iautes que 

mi e*. jujkf. commettoient fes amis & ceux qu'il honoroit de 

fa confiance y car ne pouvant les empêcher de 

les commettre ., ni fe refoudre aies punir > il rece- 

II fournit la Judée , oh il frit le voient au culte ordinaire, nia 
Roi Ariftobule prifonnier, ] Plu- fes trefors. Il aurait pu parler 
tarque pafîe ceci légèrement, & auffi de la vigne d'or qu'Arifto- 
51 ne dit pas un mot du Temple bule envoya à Pompée , qui 
de Jerufalem qui fut forcé , & étoit eftimée cinq cens talens , 
où l'on tua plus de 12000 Juifs, cinq cens mille écus. Strabon 
Pompée entra dans le Temple , écrit qu'il l'avoit vue à Rome 
& eut la modération de ne tou- dans le Temple de Jupiter Ca- 
cher à aucune des chofes qui fer- pitolin , où elle fut confacrée. 



POMP E' E. 4^3 

voit avec tant de douceur & d'humanité ceux qui Do*ce»*&hm#> 
venoient lui porter leurs plaintes, qu'ils fortoient mt ePm ? es 
d'auprès de lui très-fatisfaits , Se qu'ils fuppor- 
toient patiemment l'avarice & les duretez de fes 
miniftres. • 

Celui de fes domeftiques qui avoitle plus de Demttr ius . ?$*»> 
crédit auprès de lui, c'étoit fon affranchi Deme- ^XnËÏ*' fi * 
trius, jeune homme .., qui ne manquoit ni d'efprit, 
ni de fens , mais qui abufoit infolemment de fà 
fortune. On raconte à ce propos qu un jour Ca- ÂVMe arYÎi)k 
ton le Philofophe étant encore jeune :, mais déjà *c*on&w%t«. 
d'une grande réputation & d'un courage fort 
élevé , alla à Antiochepour voir la ville pendant 
que Pompée n'y étoit point. Il marchoit à pied 
félon fa coutume ., & tous ceux qui l'accompa- 
gnaient étoient à cheval. Quand il fut près de la 
ville il apperçut devant la porte une foule de 
gens vêtus de robes blanches, & fur le chemin 
il vit d'un côté de jeunes gens , & de l'autre des 
enfans tous bien rangez en haye. Cette vue le 
fâcha i car il penfoit que toute cette pompe fè 
faifoit à fon intention , & que tous ces gens 
étoient fortis pour le recevoir , & lui faire leur 
cour , ce qu'il ne vouloit en aucune manière. Il 
ordonna donc à ceux qui le fidvoient.de defoen- 
dre de cheval & de marcher à pied avec lui. Dès 
qu'ils furent affez près ., le héraut, qui regloit 
toute la cérémonie, & qui avoit placé tous fes 
gens , vint au-devant d'eux une verge à la main^ 
M une couronne fur la tête; & leur demanda > 

E e e ij 



404 P O M P E' E. 

ou ils avaient laiJJeDemetrius > & à quelle heure il' 

arriveroit. Voilà les amis de Caton à rire à gorge 

seaumotdeCatoi, déployée, mais Caton s'écria , O la malheur eufe 

tu/e à une flânerie ville /'& pafia outre fans dire un feul mot de plus, 

ln tg * e * Il eft vrai que Pompée lui-même étoit caufe qu'on 

haïïlbit beaucoup moins fon affranchi ,; car on- 

VinfoUnce dé cet voyoit que ce miferable fe mocquoit de lui & 

tffrancln , qui fe .,.- J . C \ 0„ >\ r Ta 1 • 

mocquoh même dé 1 îniuitoit avec miolence, oc qui! ne le tachoïc 

fan mtùire. • t C 1> >*î • • ^^ 

point. Juiques-laquil arnvoit tres-iouvent que 

Pompée ayant prié plufîeurs pèrfonnes à fouper , '+ 

pendant qu'il attendoit fa compagnie pour la 

recevoir , Demetrius étoit déjà affis à table, la tête 

orgueilleufement couverte de fon bonnet enfoncé 

jufqu au-defTous des oreilles; Avant qu' il fût arri- 

f aZ w :P/:t 1 ' vé en Italie, il avoit déjà acquis les plus belles 

11 iou*hfisf*rcs, maifons de plaifance qui fuflent autour de Rome, 

TtveVu™ ™ gres & ^ es P^ US beaux parcs pour les exercices delà 

jeunefle. Il avoit auffi des jardins magnifiques, 

quon appelloit les jardins de Demetrius. Ce- 

Modepe de Pom- pendant Pompée lui-même jufqu'àfon troifiéme 

f^ Ami fin hge- triomphe , n' habitoit qu une maifon fimple & 

modefte. Mais depuis ce tems-là ayant bâti à Rome 

ce théâtre fi célèbre & fi magnifique , qu'on 

appelle le théâtre de Pompée 3 il bâtit tout auprès , 

comme une efpece d'appentis , une maifon , 

plus honorable que la première , mais qui n' avoit 

La tète orgueilleufement couverte & non les pans de la robe. On 

de fon bonnet enfoncé jufquau def- fçait que le bonnet étoit la mar- 

fous des oreilles.] C'eft ce .que que des affranchis» ; 
fignifie ici /^ctT/oy , un bonnet , 



P O M P E' E. 405 

riert de trop marqué , ni qui pût lui attirer l'envie. 
Car même celui qui en devint le maître après 
Pompée , la première fois qu'il y entra , fut tout 
étonné , & demanda, ou et oit donc la [aile à manger 
de Pompée? c'eft ainfi qu'on le rapporte. 

Le Roi des Arabes, qui habitent aux environs , u *»" d « Ar * ifi 

l'i/c- rr 11 / TO J . • r • * er * t Ictirei fort 

de la f ortereiie appellee retra , n avoit pas rait jomifi$ - r«^w. 
jufques-là grand compte de la puiflànce des Ro- 
mains , mais il commença à la craindre furieufe- 
ment à l'approche de Pompée. C'eft-pourquoiil 
lui écrivit des lettres fort humbles, qu'il étoit 
prêt à fe foumettre , & à faire tout ce qu'il or- 
donnèrent. Pompée voulant s'afïurer davantage p^« '**&% 
de fes fentimens, menafon armée contre la for- ^J^flZt 
tererTe de Petra , & cette expédition fut blâmée ?■$■■*&& 
de beaucoup de gens, car on s'iniaginoit qu'elle 
n'étoit entreprife que pour éviter de pourluivre 
Mithridate, contre lequel on prétendoit qu'il de- 
vait tourner toutes fes forces, comme contrel'an- 
cien ennemi des Romains , & un ennemi qui rallu- 
moit la guerre , Se qui félon les nouvelles qu'on 
avoit du Bofphore , le préparoit à traverfer la 
Scythie & laPeonie 7 Se à mener une puiflante um^^T* 
armée dans le cœur de l'Italie. Mais Pompée per- 
fuadé qu'il étoit beaucoup plus aifé de ruiner les 
forces de ce Prince quand il prendroit le parti de 
faire la guerre , qu'il ne l'étoit de le prendre au 
corps, quand il prendroit celui de fuir, ne voulut 
pas s'amufer inutilement à le pourluivre , Se cher- 
cha à faire entre- deux quelques expéditions pour 

E e e iij 



466 P O M P E s E. 

couler le tems, & ne pas demeurer cependant 
fans rien faire. 

La Fortune le tira de cet embarras , car n ayant 
pas encore beaucoup de chemin à faire pour 
arriver à Petra , & étant déjà campé pour ce jour- 
là, comme il s'exerçoit hors de fon camp;àma?- 
^^otlTL nierun cheval, on découvrit de loin des courriers 
bmnes nouvelles. q u j venoient du côté du Pont -, & qui apportoient 
de bonnes nouvelles , comme on le connut d'a- 
bord aux pointes de leurs javelines , qui félon la 
coutume étoient environnées de lauriers. Les fol- 
Ad.ts , les ayant apperçus , accoururent autour de 
Pompée, qui avant que de parler aux courriers 
vouloit achever fon exercice , mais ils fe mirent 
à crier , & à le prier de lire fes lettres. Il defcendit 
donc de cheval % & prenant fes dépêches il entra 
dans le camp. 

Il n'y avoit point encore de Tribunal dreflë, 
de lesfoldats n'avoient pas la patience d'en élever 



Xrtbunœux 



je Von un^ ce qu'ils font en coupant des mottes de terre 

drelj'eit à la vuerre r f • (T a 1 >* 1 CT 

p w us comman- tort eparfies oc couvertes de gazon qu ils entailent 

'yff' les unes fur les autres , mais parie grand empref- 

fement & la grande envie qu'ils avoient defça- 

voir ces nouvelles, ils portèrent les bâts des 

bêtes de fomme , & les entaflànt ils en compor 

ferent un Tribunal , fur lequel Pompée étant 

pompée éprend monté , il leur apprit que Mithridate étoit mort; 

llîuîe^lmlrTi qu'il s' étoit tué lui-même > ; fur ce que fon fils Pharnace 

Mubrid^e, s' étoit révolté contre lui ; que ce fils s' étoit emparé de 

fout ee queppjfedoit le pefe, & qu'il lui écrivoit lui- 



POMPEE, 407 

•même quil en avoit pris pojfejfion pour lui & pour les 
Romains. 

A cette nouvelle toute Tannée s' abandonnant 
à la joye y comme on peut penfer , fe mit à faire 
des facrifices , & à célébrer desfeftins, comme fi 
un nombre infini d'ennemis étoient morts dans la 
perfonne feule de Mithridate» 

Pompée donc ayant mis à fes exploits & à fes 
campagnes une fin fi heureufe & fi peu attendue y 
partit fur l'heure même de T Arabie , & traver- 
îànt rapidement les Provinces qui la féparoient 
de la Galatie, il arriva à la ville d'Amiius, où il l ^^Z 
trouva beaucoup de magnifiques prefens que i» il ï muv? - 
Pharnace lui avoit envoyez , & plufieurs corps 
morts des Princes du fang Royal y parmi lefquels 
étoit celui de Mithridate , qu'on ne pouvoit pas 
bien reconnoître à fon viiage , parce que fes fer- 
viteurs y qui favoient embaumé , avoient oublié 
de faire écouler la cervelle , dont la corruption 
Favoit défiguré. Ceux qui furent curieux de voir 
ce fpeclacle ? ne laiflereritpas de le reconnoître à 
certaines cicatrices quil avoir au vifage. Mais 
Pompée ne voulutpasle voir? & pour détourner 
de deiTus lui la vengeance des Dieux , il l'envoya *^ & £T?î h '' 

^ o . <* l cerps de Mithrwtt-*- 

a Sinope. Il admira feulement la magnificence de «&•»#«. 
fon habit y. Se la grandeur Se la richeilè de les 
armes. Gar un certain Publius ayant volé le fou- 

Etflufîeurs corps morts des Prin- morts à Porapée,pour le raïîïirer 

ces du fang Royal , -parmi lefquels davantage , & pour lui faire voir 

Met celui de Mithridate. ] Phar- qu'il n'avoit plus rien à craindre 

îiace avoit envoïé tous ces corps de la maifon de Mithridate, 



4 o8 POMPE'E, 

Ou*** cm miiu tenu, de fbti épée •> qui avoit coûté quatre cens 
talens, il le vendit à Ariarathes. Et un certain 
Caïus , qui avoit été nourri dès fon^enfance avec 
Mithridate , ayant pris fon diadème v qui étoit 
d'un ouvrage exquis , il le donna depuis fecrete- 
ment à Fauftus, filsdeSylla* qui le lui demandai 
avec de grandes inftances. Pompée ne fçut rien 
alors de ces deux vols. Mais Pharnace les ayant 
découverts enfuit e , fit punir les voleurs. 

Pompée après avoir réglé & allure toutes les 

pcmpû retourne en a ff a i res Je ces Provinces.partit pour s'en retourner 

halte , en. célébrant J x X 

des fêtes ?*r te che- à petites journées , en célébrant fur fa route des 

fêtes & des réjoùiflances. Etant arrivé à Mitylene, 

ii Affront mi- il affranchit la ville , à caufe de Theophane qui 

tyien e: &aitfea« x i' avo j t Qjfâ & qui en étoit , & il affilia au com- 

aijpuies des l'aetes. ' X * 

bat des Poètes , qui tous les ans difputoient le 

prix de la poëfîe en recitant leurs ouvrages , & 

qui en cette occafion n'avoient pris que fes ex^ 

ploits pour le fiijet de leurs compofitions. Il fut 

îi charmé, de -leur -théâtre, qu'il en prit le plan 

pour en faire à Rome un tout pareil, mais plus 

ARhedtsUajjijte grand & plus fuperbe. En partant à Rhodes il 

sopbift^T^uut entendit les déclamations des Sophiftes , .& leur 

iormek ch^» miu g t p re f ent à chacun d'un talent. Pofidonius a 

laiffé par écrit le difcours qu'il prononça en là 

prefence contre .Hermagoras le Rhéteur , pour 

réfuter fon opinion fur l'invention en gênerai. A 

Contre Hermagoras le Rhéteur , t«ç ko.$ ô'x« £ nrYio-tcàç. Cet Herma- 

pour ^réfuter fon opinion fur lin- goras avoit écrit du fond de la 

vention en gênerai. ] C'en 1 à ,mon rhétorique , & il avoit voulu ré- 

âvis .le fens^ de. ces paroles teteÀ duire l'invention à quelques chefs 

Athènes 



POMPE'E, 4op 

Athènes il exerça fa libéralité envers les Philo- 
fophes avec la même magnificence , & donna de 
plus à la ville cinquante talens pour la faire ré- , a «?"<*»« «"fit 
parer. 

Il fe flatoit qu'il arriverait en Italie le plus 
glorieux de tous les hommes , & que dans la mai- 
Ion on i'attendoit avec autant d'impatience qu'il 
en avoit d'y arriver ; mais le démon , qui a foin 
de corrompre les plus grands biens , & les plus s*k>» maifaipu*, 
éclatantes faveurs delà fortune, & qui ne manque finouli t atwu 
jamais d'y mêler une portion de maux fuffifante 
pour les gâter, lui préparoit depuis long-tems 
un retour très-defagréable & très-trifte. Car la ^ e retour & 
femme Mucia avoit toujours vécu dans le de- fZ? ee *"*** mai ' 
fordre depuis Ion départ. Pendant qu'il fut éloi- Grand de/ordre de 
gné il méprifa tous les rapports qu'on lui en fit 
mais à fon retour, comme il fut fur le point d'en- 

generaux , ce que Pofîdonius te Mucia , femme de Pompée , 

n'approuvoit point , non plus étoit fœur de Q. Metellus Celer 

que Cieeron, qui dans fon i. liv. & de Q. Metellus Nepos , Cefar 

de inventione Rhetorica , écrit , l'avoit débauchée. C'eft pour- 

narn Hermagoras quidem , nec quoi quand Pompée eut époufé 

quid dicat attenâere ,nec quidpol- la fille de ce corrupteur de fa 

iiceatur intelligere videtur,qui$ra- femme, on lui reprocha , qiia- 

torïs materiam in caufam & in près en avoir eu trois enfans , il 

qu&flionem dividat. Ce Pofîdo- F avoit chaffée , & que V ambition 

nius étoit d'Apamée , il fut de dominer V avoit porté à épouser 

maître de Cieeron. Il ne faut la fille de celui qu'il appelloit en 

pas le confondre avec Pofîdo- foupirant fon Egifihe. Il falloit 

nius d'Alexandrie, qui avoit été que la débauche de Mucia fut 

difciple de Zenon , & qui étoit bien publique , puifque Cieeron 

mort long-tems auparavant. écrivant à Atticus , dit , Divor- 

Car fa femme Aîucia avoit tou- tium Mucia vehementer probatur* 

purs vécu dans le defordre. ~\ Cet- lib. I . Epit. XII. 

TomeK Fff 



fa femme Mucia, 



4io P O M P F E. 

trer en Italie , ayant réfléchi plus mûrement fur 
tout ce qu'on lui avoit mandé , il lui envoya la 
lettre de divorce, fans expliquer , ni alors , ni de- 

n u repaie, puis, les raifons pour lefquelles il la répudioit, 
mais la véritable caufe en efl: allez expliquée dans 
les lettres de Ciceron, 

Il fe répandoit alors à Rome des bruits fort 
divers fur l'arrivée de Pompée ,■ & il s'y émut d'a- 
bord un grand tumulte r far ce qu'on croyoit qu'il 

F^tur de Rome à meneroit tout droit fon armée dans la ville, & 

l'arrivés de Pompée, 3 .. , ^ .. \r cr • - o C 

qu il s en ierviroit pour 1 aliujettir , ce pour le ren- 
dre maître de l'Empire. Craflus, prenant fes en- 
fans & tout ce qu'il avoit de plus précieux , en 
fortit à la dérobée , foit qu'il eût peur véritable- 
ment , ou plutôt, comme il y a plus d'apparence , 
Fuite de çrafus ; qu'il voulût par la fuite donner plus de vrai- 

pour rendre Pompée /- i i >* i i -o J T> ' \ 

f ius [«fiez. iemblance a la calomnie , oc rendre r ompee plus 
lulpecl & plus odieux. Mais Pompée n'eut pas 
plutôt mis le pied en Italie , qu'appellant tous 
fes foldats à une affemblée , il leur fit une harangue 
convenable au tems , & après les avoir remerciez 
Pompée comédie J e leurs fervices il les congédia , & leur ordonna 

fin armée des qu'il ,, p 1»f* f* î 1 *11 O 1 ' 

arrive, en itaiis. de le diiperier dans les villes , oc de s en retourner 
chacun chez eux , pourvu qu'ils fe reflbuvinflènt 
de fe rendre tous auprès de lui pour le jour de fon 
triomphe. 

Son armée s'étant ainfi féparée , dès que cette 
nouvelle fut répandue partout , il arriva une 
chofe merveilleufe , car toutes les villes par où il 
paflbit , voyant le grand Pompée marcher fans 



POMPEE. 4ir 

armes, & accompagné feulement d'un petit nom- 
bre de les amis & de fes domeftiques , comme s'il 
revenoit d'un fimple voyage de plaifir, fortoient r r ° tHes hs villes 

, 11. 1 1 ° i rr m- ? U fêtent au-devant de 

au-devant de lui , par la grande affection qu elles Pompél 
lui portoient , & l'accompagnoient jufqu'à Rome 
avec de fi grandes forces ? que s'il avoit voulu re- 
muer & exciter des nouveautez , il n'auroit pas eu 
befoin des troupes qu'il avoit congédiées. 

Comme la loi ne lui permettoit pas d'entrer 
dans la ville avant fon triomphe , il envoya au n demande <^ on 
Sénat pour le prier de remettre l'éledion des £^ 
Coniuls , & d'avoir pour l'amour de lui cette fm triom i ,he ' 
complaifance , afin que le jour de cette élection 
il pût être à Rome , & folliciter pour Pifon. Mais 
Caton s' étant oppofé à fa requête , il n'obtint 
pas cette faveur. Pompée , étonné de fa liberté & 
de la roideur avec laquelle il le portoit ouverte- 
ment à tout ce qui étoit jufte , defira pafTionné- 
ment de gagner & d'acquérir cet homme à quel- 
que prix que ce fût. Et comme Caton avoit deux 
nièces , il réfolut d'époufer l'une 5 & de faire Pompée demande à 

r C V \ r r\ Tiif • f*\ * Coton fes deux nié- 

epouler 1 autre a Ion fils. Mais Caton , qui regar- ceSj v une poltr m, 
doit là pourfuite comme un moyen qu'il avoit T ls f ame f9f " /m 
imaginé pour le corrompre , & pour l'attirer dans 
fes intérêts en faveur de cette alliance .> le re- 
fufà ; fà feeur & fa femme fupportoient avec 

r Afin que U jour de cette éïeUlon Rome fur la fin de cette année- 
il put être à Rome , & folliciter là qui étoit l'an de Rome 69 1. 
four Pifon. } On lui refufa cette II n'y entra qu'au commence- 
faveur. Ainfï il ne put être à ment de Tannée fuivante. 

Fffij 



412 P O M P F K 

peine qu'il refuiat le grand Pompée pour fon allié. 
ïmpeVrfanâ de Dans ce même tems Pompée voulant faire 

l'argent dam les Tri- C \ \ C • / 1- 1 

bn< four faire nom- nommer Coniul Alramus, répandit quelque ar- 

mer Afranius Confttl j 1 rr< * 1_ 1 C CC 

^ r l'année fuivL gent dans les 1 nbus pour gagner les iurlrages, 
t e ^iàoitïanh ^ cet ar g ent f ut diftribué dans les jardins même 

Rome 6j?$. O / 

de Pompée. Cela fut fçu tout auffi-tôt dans la 
Btùje au e cem vi j| e & p omp é e fut fort décrié & fort blâmé 

ai tien Lm attire. r F 

de ce qu'une charge , qu'il avoit obtenue, comme 

la plus grande récompenfe de fes hauts faits , il 

la rendoit vénale, afin que l'argent la donnât à 

ceux qui ne pouvoient y parvenir par leur vertu. 

Alors Caton ne manqua pas de dire à fa femme 

Bem mot de Caton & à la fœur } voilà des reproches que nous aurions par- 
four jufifier fon re- T» / i r> i r • / 

fm. tagtz avec roinpee le wand , Ji nous avions accepte 

fon alliance. Et elles avouèrent qu il avoit beau- 
coup mieux raifonné qu'elles, & mieux connu ce 
qui étoit honnête & décent. 
Magnificence d» §on triomphe fut fi grand & fi pompeux > que 

triomphe de Pompée. } ,. £ A , * . 

quoiqu il rut partage en deux jours, ce tems ne 
iuffit pas pour étaler toute fa magnificence , il y 
eut une fi grande quantité de choies qu'on avoit 
préparées qui ne purent parler en revue , qu'il y 
en auroit eu fuffifamment pour embellir & orner 
un autre triomphe. A la tête de toute la pompe 
-on portoit les titres des Nations vaincues. On 
iifbit dans des écriteaux féparez , le Pont , l'Ar- 

Dans ce même tems , Pompée le Confulat à Afranius pout 

voulant faire nommer Confia Afr vz- l'année fui vante , qui étoit Tan 

nhu.~] L'année même du Confu- de Rome 6p 3 . Et en effet il fut 

lat de Pifon , qui fut Tannée de le collègue de Metellus Celer. 
fon triomphe , il vouioit affurex 



Nations vaintu'è-i 



P O M P E' E. 413 

menie, la Cappadoce,la Paphlagonie , la 3Yle~ 
die> la Colchide, les Iberiens^ les Albaniensj 
la Syrie s la Cilicie , la Mefopotamie , la Phenicie , 
la Paleftine , la Judée , 1' Arabie , les Pirates défaits 
fur terre & fur mer. On voyait que dans tous ces F««f* > »*//« > 
pa'is il avoit forcé mille forterefles , pris près de & * ' " ' 
neuf cens villes , enlevé aux Pirates huit cens ga- 
lères , & qu'il avoit repeuplé trente - neuf villes Filles repeuplât, 
abandonnées par leurs habitans. Outre cela on 
lifoit dans ces écriteaux , qu'avant lui les revenus 
publics ne montoient par an qu à cinq mille my- ?&#-&$ ma t 

1 • • 1 1 • JJ1 O l ioin d e livres. 

nades, ou cinquante millions de drachmes, oc que 

1 1 V a 1 -n • • avenus des Ko- 

du revenu de les conquêtes les Komains en ti- m*îm 3 combien a«g- 

A • •11, ,* 1 mentez Par les con- 

roient huit mille cinq cens myriades , ou quatre- ^m'L tompée. 
vingt-un millions cinq cens mille drachmes, & ^™" »«&'«« 

o f i ? Jept cens- cinquante 

qu il avoit porte au treior public , tant en argent mille Uvres - 

monnoyé qu'en meubles d'or & d'argent s vingt Soh:am »»#«»* 

mille talens^fans compter ce qu'il avoit donné 

aux foldats , dont celui qui avoit eu le moins , 

avoit reçu quinze cens drachmes. Les prifon- Se P* cem **»$*»• 

3 . r • î 1 te Uvres-, 

mers , qui turent menez parmi la pompe de ce 

triomphe j outre les Capitaines des Pirates ? furent 

le fils deTigrane, Roi d'Arménie * avec fa femme 

& fa fille; la Reine Zozime , femme de Tigrane s«** <fciijp*w# 

même ; Ariftobule Roi des Juifs ; la fœur de ' ^ re% 

Et que du revenu defss conquêtes vingt^cinq millions de livres , êc 

-les Romains en tiroient huit mille que celui de fes conquêtes feules 

cinq cens myriades,'] Ce paffage monta à quarante millions fept 

eft considérable. On voit par-là cens cinquante mille livres. La 

que le revenu de la République République eut donc plus de 

.n'étoit avant Pompée que de 6$. millions Ôc demi de revenu* 

Fffiii 



4ï4 POMPE' E. 

Mithridate avec cinq de fes enfans , plufieurs 
femmes de la Scythie , les otages des Iberiens, des 
Albaniens , & ceux du Roi de Commagene. On 
portoit auiïi quantité de trophées , autant qu'il 
avoit gagné de batailles fous fes auipices , ou par 
fes Lieutenans. 

Mais ce qui relevoit le plus là réputation & 

fa gloire , & ce qui n étoit jamais arrivé à aucun 

autre Romain, c'eft que dans ce troifiéme triom- 

Tmpée triomphe .p ne , il triomphoit de la troifiéme partie du mon- 

de la troifiéme partie A . A ^ • j / ■ • 1/1 1 

du monde , après de entier., après avoir déjà triomphe des deux au- 

avoir triomphé des * 1 • *1 • J* T» 

deux âmes. très. Avant lui il y a voit eu d autres Romains, qui 
avoient triomphé trois fois. Mais lui , après avoir 
triomphé la première fois de l'Afrique , & la fé- 
conde fois de l'Europe , dans ce troifiéme triom- 
* phe il triomphoit de l'Afie , & ainiî il achevoit 
en quelque façon de triompher de la terre entière. 
Il étoit pourtant encore fort jeune , car ceux qui 
le comparent à Alexandre , & qui à quelque prix 
que ce foit , veulent le faire reflembler à ce Roi 
de Macédoine, prétendent qu'il n'avoit pas enco- 
re trente-quatre ans; mais dans la vérité il en avoit 

Mais dans la vérité il en avoit la treizième année de l'Olymp. 

quarante -cinq accomplis , & il i6S. l'an 104. avant N. S. ÔC 

entrait ce jour - là même dans fa il fit ce troifiéme triomphe au 

quarante -jîxiéme année. ] J'ai commencement d'Août l'an de 

corrigé ici le texte qui efl mani- Rome 692. la quatrième année 

feflement corrompu. Il touchoit de l'Olymp. 179. l'an y p. avant 

à fa quarantième année : cela efl N. S. d'où il s'enfuit manifeite- 

faux ; il faut lire , il touchoit à ment qu'il avoit quarante-cinq 

fa quarante -fixiéme année : car ans accomplis , & qu'il entroit 

il étoit né au commencement dans fa quarante-fixiéme année. 
d'Août de l'an de Rome 647. 



P O M P E' E, 415 

quarante-cinq, & il entroit ce jour-là même dans ^péftJm-Jl 
fa quarante-fixiéme année. Et il auroit été bien- me triomphe. 
heureux s'il eût terminé là fa vie , Se qu'il n'eût Pom H e malh T 

J 1 veux a avoir Vecti 

vécu qu'autant que lui dura la fortune d'Ale- '<>«?-"»». 
xandre. Car tout le tems qu'il vécut de plusj, 
ne lui apporta que des profperitez qui lui attirè- 
rent l'envie Se la haine de les citoyens , ou des 
adverfitez iniupportables Se fans remède. Car en 
employant pour les autres contre toute forte de 
juftice l'autorité qu'il avoit acquife par fes grandes 
qualitez , il diminua autant fa réputation & fa 
gloire qu'il augmenta la puifïance de ceux qu'il 
fèrvoit y Se fans qu'il stn apperçût , il fè trouva 
enfin que fa force Se la grandeur furent les feules La grandeur & 
caufes de là ruine. Comme il arrive aux Places u}Zu ll™ïef* 
de guerre, que les endroits & les quartiers les rmne ' 
plus forts, quand une fois ils ont reçu les enne- Btiuamparaifin. 
mis , leur prêtent leurs propres forces , & leur 
aident à ruiner tous les autres endroits , & à s'en 
rendre les maîtres, de même Cefar aggrandi Se 
fortifié par la puifTance de Pompée , fe fervit con- 
tre lui des forces Se des armes qu'il lui avoit 
données contre fes citoyens , Se cela arriva de 
cette manière : 

Lucullus à ion retour d'Alie , où Pompée f a- 
voit traité d'une manière fi indigne , fut très -ho- 
norablement reçu du Sénat, qui lui donna enco- 
re de plus grandes marques de fon affection & 
de fon eftime après que Pompée fut arrivé. Car 'f "f Wi „ miett * 

. 1 . m i- J. 1 1 r* 1 . voulu des Romains 

û n oublia rien pour réveiller fon ambition 3 Se ^« u utow de 

pompée. 



4i6 POMPE'E, 

pour le porter à le mêler du Gouvernement. 
Mais le courage de Lucullus étoit déjà prefque 
émoulie & amorti , & toute la vigueur Se l'ac- 
tivité , qu'il avoit auparavant pour les affaires > 
étoient prefque éteintes , car il s' étoit entiere- 

LucuUusjiwt à ment livré à l'oifiveté, & abandonné aux délices 
aces/ & au plaifir de jouir de les richefles. Cependant 

\n fe ranime & d'abord après le retour de Pompée il fe ranima, 

s eleve contre Pom- , , . L 1 • o ? 1 r C 

t«. s éleva contre lui , oc s y attacha li fortement pour 

faire revivre fes ordonnances, que Pompée avoit 
eaflees , qu il prenok déjà le deûus , & l'emportoit 
de beaucoup dans le Sénat par l'aide & par le fup- 
port que lui donnoit Caton. 
fwpee p»w lui Pompée voyant donc qu'il ne pouvoit tenir 

refifîer , a recours 1 J . m A rrr r 

anx Tribuns. contre lui , & qu il etoit repoufle partout , lut 

forcé d'avoir recours aux Tribuns du peuple , & 

à s'accofter de jeunes gens féditieux & hardis , 

dont le plus feelerat , le plus audacieux , & le 

ii taccofte de cio- plus téméraire étoit Clodius , qui fe faififfant 

dim j grand feelerat. i i • i • . v j A i t o 1 a 

de lui , le jettoit a la tête du peuple , oc le traî- 
nant partout après lui dans les afiemblées con« 
tre fa dignité , le proftituoit , en s'en fervant à 
indignité epech- tout propos à lui faire approuver & confirmer 

dius lai fait corn- ;•! r - r • o f\ r ' 

menr*, tout ce qu il laiioit, oc tout ce qu il propoloit pour 

flatter le peuple, & pour s'infinuer dans fes bonnes 
grâces. Il fit plus encore , comme s'il ne l'avoit 
pas deshonoré, mais plutôt qu'il lui eût rendij 
de grands fervices , il eut l'infblence de lui de- 
n vobiige duban- mander pour falaire d'abandonner Ciceron fon 
meilleur ami , & celui qui dans fon minifteré 

avoit 



Manière dont 
bée ( 
Ciceron. 



P O M P E' E. 417 

avoir toujours paru pour lui, & l'avoit foutenu.& 
protégé en toutes rencontres ; & ce falaire il l'ob- 
tint. Car lorfque Ciceron appelle en Juftice fe vit 
en grand danger , & qu'il eut befoin de fecours , *W« «û»/* *vec 
non-feulement Pompée n eut pas 1 honnêteté de 
le voir, mais encore il fit fermer la porte de jta 
cour à ceux qui venoient de fa part , & fortit par 
la porte de derrière. C'eft pourquoi Ciceron 
craignant Tiflixë de ce jugement , fortit fecrete« 
ruent de Rome , & alla volontairement en exil. 

Quelque tems auparavant Cefar , de retour de 
fa Preture d'Elpagne , entreprit une affaire qui 
lui acquit d'abord une merveilleufe faveur du 
peuple, & dans laiuite une très-grande puiflânce,, 
mais qui nuilît extrêmement à Pompée , & fit un 
très-grand tort à la ville. Il briguoit alors Ion pre- 
mier Conlulat , & voyant que Craffiis & Pompée 
éroient fort brouillez , & qu'en s' attachant à Y un, 
il auroit immanquablement l'autre pour ennemi, 
il prit le parti de les reconcilier, action qui pa- 
roifïbit d'abord très-belle & entreprife pour le crSfmJ&'t^^ 

b° I 1 . • = / . r • > ' C " Ses &î* es politique. 

ien public, mais qui etoit faite a mauvaile in- encda . 

tention & très - infidieufement , avec grande fi- 

nèfle , & grande habileté. Car cette puiflànce > 

Quelque tems auparavant Cefar ce qu'il vient de dire de l'ingra- 

âe.retour >de fa Preture d'Ejpa- titude de Pompée , ce qui n'eft 

gne. ] C'eft ainfi que cet endroit pas , Cefar revint de fa Preturs 

doit être traduit ; fi on traduifoit d'Efpagne l'an de Rome 6g 3 . il 

dans ce même tems-lk 3 le lecteur fut Confui l'année fuivanteô'p^. 

ferait trompé: car il croirait que &. Ciceron fortit , de Rome l'an 

ce qu'il va lire eft poflerieur à 69 y. fous le Confulat de Cal- 

l'exil volontaire deCiceron* & à purniusPifo &d f AulusGabinius. 

Tome K Ggg 



Cefar réconcilie 



L 

<soncori 



418 P O M P E 9 E. 

qui partagée en deux maintenoitRome dans l'é- 
quilibre, comme un vaifïèau qu'une charge éga- 
lement diftribuée empêche de pancher plus d'un 
côté que d'autre 9 venant à être réunie , Se à ne 
porter que fur un feul. endroit > fît un poids fi fore 
que rien ne put le contrebalancer , & qui entraî- 
nant tout? rénverfa la République de fond en 
comble. C'eft: pourquoi Caton répondoit fort 
bien à ceux qui difoient que les différends furve- 
nus dans la fuite entre Pompée & Cefâr avoient 
* aminé &> u ruiné la ville ; vous vous trompez infiniment , leur dit— 

w^orde de Cefar V? .. r . . v ■ / ■ 7* 

de Pommée, la plus il , a l ac enjeu * ce qw vient a arriver en 'derme? "heu 3 ce 
f^n/deRowJ U ri e ft nullement l'inimitié '& la difeoï 'de deCefiar& de 
Pompée qui ont été la -première & la plus grande caufie 
de nos malheur s y c'e fi leur amitié & leur concorde. En 
effet ce fut par elle que Cefar obtint le Gonfulat y 
& l'ayant obtenu il fe mit d'abord à carén r er& à 
flatter la populace , les pauvres & les indigens 7 
& à propofer des loix pour F envoi des colonies 
Éïitéle^csrÊt & P our le partage des terres , ravalant ainfi la di- 
fmrdUmjhfins. gnité delà charge y Sc faifant en quelque façon de 
Ion Confulat une charge de Tribun. Et comme 
fon collègue Bibulus s'oppofoit à lui de toute fa 
force , & que Caton fe préparoit à foutenir Bibu- 
lus , Cefar prenant Pompée > l'amena lur la tribu- 
ne 3 & là devant toute l'aiTemblée du peuple il lui 
demanda tout haut > s'il n'approuvoit pas fies loix, 
Pompée ayant répondu, qu'il les approuvoit? Gelar 
reprit , fi quelqu'un donc entreprend de s'y oppojer & 
d'empêcher quelles ne fioient autorifiées , ne viendrez- 



POMPE'E. 419 

vous pas vous ranger auprès du peuple pour l'appuyer 
& lefoutenir? Oui fans doute, fy viendrai, répondit Ef ,wemmt & 
Pompée , & contre ceux qui menacent de Tépée , je n,eraire ? vi9Um 
viendrai avecîépée&le bouclier. 

Il parut à tout le monde que jamais jufqu'à ce 
jour Pompée n'avôitrien fait, ni rien dit de fi fort 
ni de fi violent. Auffi fes amis, pour l'excufer , Us Amii de?om ^ 
prirent le parti de dire que c'étoit une parole qui fë vedent rtxCH " 
-lui étoit échappée fur le champ & fans reflexion. 
Cependant par toutes les choies qu il fit dans la 
fuite , on connut évidemment qu'il s'étoit livré 
à Ceiar pour obéir aveuglement à toutes fes vo» 
lontez. Car bien-tôt après contre l'attente de 
tout le monde il époufa fa fille Julie , qui étoit Pûwp / e e > potlfe >a 
fiancée à Csepion , & dont les noces étoient fur lie >fiu<**c*r*r 9 
le point.. d être célébrées, lit pour adoucir le rei- v àm ™ f* w*« 

fl fr* . . j 1 . | r r\\ • .ce dernier. 

entiment de Csepion il lui donna la fille, quiavoit 

été promife à Fauftus, fils de Sylla ., & Cefar Ce f ar é ^f e , cd - 

epouia Calpurnie , mie de Pilon. fin. 

Alors Pompée remplifîànt la ville de troupes , 
fe rendit à force ouverte maître de toutes les af- 
faires ; car le Conful Bibulus s' étant rendu à la 
Place accompagné de Lucullus & de Caton , les pm&» Au fii~ 
foldats de Pompée fe jetterent fur lui., briferent ^luc^î*^- 
fes faifceaux , & quelqu'un d'eux eut l'infolence lm - 
de jetter fur lui un panier de fumier, dont il le 
couvrit depuis la tête jufqu aux pieds , & deux 
Tribuns du peuple , qui 1 accompagnoient , fu- 
rent bleffez. 

Par ce moyen ceux qui refiftoient à Cefar & 

G gg*) 



La loi de la dif- 
tributim des terres 
autorifee par le peu- 
fie. 



Ordonnances de 
tombée confirmées. 

Le o-ouvernement 
des Gaules donne' a 
Cefar j avec i'illy- 
rie , & tjuatre lé- 
gions. 



Bihulm fe renfer- 
me dans fa maifen 
pendant les hait der- 
niers mois de fon 
Çonfulat. 



Caton fre'dit les 
malheurs qui doi- 
vent arriver à la 
ville ey à Fompee 
lui-même. 



F O M P E' E. 
à Pompée ayant été chaflèz de la Place > ils fiè- 
rent autorifer par le peuple la loi de la diftribu* 
tion des terres > & le peuple leurré -par* cet appas, 
le rendit trait able & facile pour tout ce qu'ils 
voulurent v fans s'ingérer d'y former aucune op- 
pofition , & donnant fans mot dire Ion fuffiage 
à tout ce qu'il leur plut de propofer. Toutes les 
ordonnances de Pompée , que Lucullus attaquoit 5 
furent donc confirmées ; on donna à Cefar le 
gouvernement des deux Gaules en deçà & en 
delà des Alpes 3 & de tout le païs de l'Illyrie 
pour cinq ans, avec quatre légions entières ; on 
defigna Confuls pour l'année fuivante Pifon, 
beau-pere de Cefar , &.Gabinius> le plus outré 
de tous les flatteurs de Pompée, 
w Ces chofes s'étant paffées de cette manière 5 
Bibulus fe renferma, dans fa maifon , & pafla les 
huit derniers mois de fon Çonfulat fans en fortir 
pour faire les fonélions de fa charge 3 & fe con- 
tentoit d'envoyer afficher des placards remplis 
d'inveélives &: d'accufations contre Cefar & 
Pompée, D'un autre côté Caton ? comme s'il eût 
'été faifi de Tefprit prophétique , & divinement 
inlpiré , annonçoit en plein Sénat les maux qui 
dévoient arriver à la ville,, 6t à Pompée lui-même» 



Bïbulus fe renferma dans fa 
maifon , & pajfa les huit- derniers 
mois de fin Çonfulat fans en finir f\ 
Sur cela les.plaifans de Rome , 
pour marquer quelque événe- 
ment de cette année-là 3 au Heu 



de dire fous le Çonfulat de Cefar 
& de Bïbulus, difoient" fous le. 
Çonfulat de Jule Se de Cefar , 
faifant deux Confuls d'un feul 
homme en féparant fon nom Se 
fon furnom. 



Bitiu met de ?otk~ 
pee a LwuIIhs. 



POMP E 5 E. 4*1 

Pour Lucullus , renonçant à toutes les affaires il fe 
tenok en repos, comme n'étant plus propre au 
gouvernement à caufe de fon grand âge, & ce fut 
alors que Pompée lui dit ce mot fi remarquable , 
qu'il et oit plus hors de faifon pour un vieillard de vivre 
dans le luxe & dans les déliées > que de [e mêler du gou- 
vernement. Mais malgré cette, belle fentence ii fe 
laiifa lui-même bien-tôt amollir par l'amour qu'il t?*?* fi i*s 

C ' C • 1 C • C • amollir pur l\i- 

avoit jfour la jeune lemme , car il taiioit tout mo*r $/h « par., 
pour lui plaire i il ne pouvoit la quitter, paflbk f *J m 
la plupart dutems avec elle dans fes maifons de 
campagne , & dans fes jardins , & ne penfok 
plus aux affaires publiques , de forte que Ciodius , 
qui étok alors Tribun du peuple, vint à l'en nié- 
prifer , Se à entreprendre des chofes très-infoleii- eb^?^;^ 
tes & très-fédkieufes. Car après qu'il eut chafle 
Giceron , qu'il eut comme exilé Caton en Cypre , 
fous prétexte d'une commiffion qu'il lui donna 
d'aller commander dans cette Ifle confifquée au 
peuple Romain , que Cefar fut parti pour les 
Gaules , Se qu'il vit que le peuple étok entière- 
ment à fa dévotion , parce que dans tout ce qui 
dépendok de fa charge, il ne cherchoit qu'à lui 
plaire Se à le flatter ; il entreprit d'abord de calîer 
& d'annuller quelques-unes des ordonnances de 
Pompée ,.& ayant enlevé le jeune Tigrane fon 
prilonnier, il le tint avec lui , & fufcka des procès 
à tous fes amis, pour éprouver par-là jufqu'où 
pourroient aller le credk & la puiffance de 
Pompée, 



lentes de Llodivs 
contre Compte-, ■ 



Jufqu'à quel ex- 
cès Clodius pouffa 
fou audace centre 
lui. 



V. les remarques 
fur la vie de Caton 
d'Utique. 



'(Le Sénat prend 
plaifir a vvir Pom- 
pée i outragé C?° 
' baffciié , ç? pour- 
quoi. 



Un domeflique de 
Clodius farprjs 
*iï>ec un poignard 
a la main près de 
Pompée. 



422 POMPE 5 E. 

Enfin un jour que Pompée affiftoit au juge- 
ment d'un de ces procès ., Clodius ayant autour 
de lui une troupe de gens pleins d'audace &d'in- 
folence , monta fur un lieu élevé, d'où il pouvoit 
être vu de tout le monde , & fit à haute voix cet 
interrogatoire; Qui eft le Souverain de cette ville fi 
intempérant? Qui eft l'homme qui cherche un homme ? 
Qui eft celui qui [e gratte la tête du bout du doigt ! Et 
à chacune de ces queftions fes feellites , comme 
un chœur qui répond, ne manquoient pas de ré- 
pondre tout haut à chaque fois .q-uil fecoùoit £1 
robe^ c' eft Pompée, 

Cela caufoit un grand déplaifir à Pompée, qui 
n étoit pas accoutumé à entendre ces iaveclives 
atroces, &qui étoit très-novice à ces fortes de 
combats. Mais ce qui l'affligeoit le plus., c' étoit 
de fentir que le Sénat prenoit plaifir à le voir ou- 
tragé &barTouéavec cette infamie , & quil re- 
gardoit ce traitement fi indigne , comme une pu- 
nition très-jufte de ce qu'il avoit abandonné Ci- 
ceron. Mais après que dans cette aflemblée on en 
fut venu aux mains, qu'il y eut eu des gensblefTez 
de part & d'autre , & qu'un domeflique de Clo- 
dius , s' étant glifie dans la foule , eut été furpris 
un poignard à la main près de lui , alors fe fer- 

Clodius ayant autour de lui paroît par le rapport de Dion 
une troupe de gens pleins d'au- liv. xxxix. c'eft - à - dire deux 
dace & d'infolence , monta fur un ans après ce qu'il va raconter 
lieu élevé. ] Ce que Plutarque du domeflique de Clodius fur- 
dit ici fe pafTa fous le Confulat pris avec un poignard. Plutar- 
dePhilippus & de Marcellinus que ne fuit pas bien ici l'ordre 
l'an de Rome 697. comme cela des tems. 



POMPE' E. 423 

vantde ce prétexte, & craignant d'ailleurs Tirn- 
pudence de Clodius , &fes calomnies , il ne pa- 
rut pas une feule fois à la Place pendant tout le 
tems que dura fon Tribunat ; niais fe renfermant nmpérfi nnfir- 

dC % C •! 1 t ïi; C • 1 tnt dans fa maifon 

ans la rnaiion , n cherchoit avec les amis les pendant u Tribun* 

moyens d'appaifer la colère du Sénat , Se des de clodh,s ' 
gens de bien, qui étoit allumée contre lui. 

Culleon lui confeilloit de répudier fà femme conjdi 2 »« u 
Julie , & de fe réunir avec le Sénat, en renonçant **f Gdleo,u 
à l'amitié & à -l'alliance de Cefàr , & il ne voulut 
pas l'entendre. Mais il écouta & luivit l'avis 
de ceux qui lui confeillerent de rappelier Cice- p^e/*»^ 
ron , qui étoit l'ennemi juré de Clodius , & très- %^$**- de 
aimé du Sénat. Il mena donc lui-même le frère 
de Ciceron fur la Place pour demander ce rappel 
au peuple. Il y eut beaucoup de coups donnez, St 
quelques gens tuez de part & d'autre , ruais enfin 
Pompée l'emporta fur Clodius, &Giceron$ rap- 
pelle par un décret du peuple , ne fut" pas plutôt 
arrivé à Rome , qu'il remit Pompée dans les bon- cker6n llé 
nés grâces du Sénat , & appuyant la loi , qu'on ' T ' m ? Pom ?' ée da ™ 

• ° r , I > t* r \ '" bonnes gracei dti 

avoit propoiee pour donner a rompee la corn- sem/ 

Jldais il écouta &fuivit l'avis l'homme efi Jî muable , qu'il arrive 

de ceux qui lui confeillerent de très-fouvent , que ceux de qui on 

rappelier Ciceron , qui étoit ïenne- attendrit beaucoup de bien , ou 

mi juré de Clodius. J Voilà un beaucoup de mal, entrent tout d'un-" 

changement bien fingulier. coup dans des difpofition s toutes 

Pompée avoit chaffé Ciceron contraires , & qu'on en reçoit toute 

pour l'amour de Clodius , & il autre choje.que ce que l'on en avoit ' 

le rappelle aujourd'hui contre attendu. Mais alors , fi on y ' 

ce même Clodius. Sur quoi prend bien garde , ce n'eft pas 

Dion fait cette reflexion très- l'esprit qui change ; -çe font les - 

fage ôc très-vraye ; Lîejprit de intérêts, 



4*4 P O M P E' E, 

faJ ™^ dt nliflïon de faire venir des bleds , il la fit paffer j &: 
Â/«b , <u»« à par ce m©yen il le rendit encore une fois maître 

Pompée. Importance *■* ia.t-T 

& cette commïjjïon. de tout 1 Empire tant par mer que parterre ; car 
par cette loi tous les ports > tous les marchez^ tou- 
tes les exportions des denrées } en un mot tout 
le commerce des marchands , qui trafiquoient 
par mer , & tout celui des laboureurs , qui culti- 
voient la terre , dépendaient de lui. 

Clodius crioit hautement s que ce décret n'a- 
voit pas été donné à caufe de la difette des bleds , 
mais que la dijette des bleds avait été trouvée pour 
faire donner ce décret ,afin que par cette nouvelle commif- 
[wn Pompée put ranimer (ÉTremettrefùr pkdfapuiffan- 
ce, quiétoit bien languiflante , & dans une espèce depa- 
moifon. D'autres dilènt que ce fut une rufe du Con- 
Politique de spin- Ç u \ Spinther, qui voulut comme renfermer Pom- 

ther j qui fut L'on- / i 1 f ï • r 1 

r»i avec q^ c«ci- pee dans un plus grand emploi , afin que pendant 
nn^tomVl qu'il fexerceroit , il pût lui de fon côté être en- 



Clodius crie contre 
es décret. 



Il la .fit pajfer. ] Cette loi 
contenoit un autre article qui 
méritoit d'être compté ,. c'efl 
qu'elle accordoit à Pompée tou- 
te l'autorité de ProconfuI pour 
cinq ans au-dedans & au-dehors 
de l'Italie. Dion, liv. xxxix. 
: Par ce moyen il le rendit encore 
une fois maître de tout l'Empire. ] 
Il dit encore une fois , parce que 
Ciceron l'a voit déjà rendu une 
fois maître de l'Empire, en con- 
tribuant à faire autorifer la loi 
Manilia; où fîmplement, comme 
Dion l'explique encore une fois 
ç'eil-à-dire , comme il l'avoit 



déjà été dans la guerre contre 
les Pirates. 

// put lui de fon coté être en- 
voyé au fecourf du Roi Ptolemée , 
& le rétablir dans fes Etats. ] 
Le Roi Ptolemée Auletes, fils 
de Ptolemée Lathurus , mortel- 
lement haï de fesfujets, s'étoit 
fauve d'Egypte , & étoit ailé 
à Rome demander que le Con- 
ful Spinther , à ,qui on avoit 
décerné la Cilicie , vînt le réta- 
blir dans fon Royaume. Dion a 
fort bien détaillé toute cette 
hiftoire, liv. xxxix, 

voyé 



P O M P E' E. 4*5- 

#oyé au fecours du Roi Ptolemée , pour le ré- 
tablir dans fes Etats. 

Cependant le Tribun Canidius propofà par un Amt decret ?«* 
autre décret d envoyer rompee lans troupes avec GmUm. 
deux Liéteurs feulement, qui porteraient devant 
lui les faifceaux, pour moyenner la paix entre le 
Roi & le peuple d'Alexandrie. Il paroifloit que 
Pompée n'étoit pas fâché de ce décret, mais le 
Sénat le rejetta honnêtement > fous prétexte qu'il 
craignoit pour la perfonne.de Pompée, qui feroit 
trop expofé. Malgré cela on trouvoit tous les jours 
des billets, qu'on femoit dans la Place,& devantla 
porte duiieu où fe - tenoit Je , Sénat , & qui por- 
toient que Ptolemée lui-même demandok qu'on 
lui donnât pour General Pompée au lieu de 
Spinther, Timagene ajoute que Ptolemée quitta 
l'Egypte, & vint à Rome fans aucune necelîîté, 
porté à cela par Theophane 3 qui menageoit à 
Pompée des occasions de s'enrichir, & un nou- 
veau prétexte de commander encore une armée. 
Mais la malignité de Theophane n'a pu rendre m*%«;« ^r/**-- 

fir o 1t1î 1 11 phane réfutée par le 

vrai-lemblable, que le naturel de bonnat^dd/pm- 

] Pompée fa fait tenir pour incroyable, &pour ab- fe '' 

Le Tribun Canidius propofa par hefoin de fecours vient à vous 3 ne 

un autre décret Renvoyer Pompée lui refufez, pas 'votre amitié ', mais 

fans troupes avec deux tluijfiers ne kfecourez d'aucunes troupes. Si 

feulement. ] Il fît ce décret à Pin - vous faites autrement 3 vous aurez. 

fligation de Caton , & en vertu de grands travaux àfoutenir , & 

cfun prétendu oracle des Sybil- vous vous jetterez, dans de grands 

les qui fut. produit & ferné dans dangers. 'î Voilà, un oracle bieffi 

le public traduit en Latin , qui clair & bien formel. Qui doute- 

àjfoit: Si le Roi d'Egypte ayant ra qu'il ne. fût fuppofé l 

Tome V. H h h 



4 s5 POMPEE. 

folument faux , parce que Pompée n avoir en lui 
aucune forte de méchanceté, & que fon ambi- 
tion n'aVôit rien de bas ni "d'indigne? 

Pompée ayant donc eu l'intendante des bleds, 
envoya d'abord partout fes ILieutenans & fes 
amis , & il alla en perfonne en Sicile, en Sardai- 
gne , & en Afrique , où il en "amafla quantité. 
Dans le moment qu'il alloit s'embarquer, il s'é- 
leva un vent fi impétueux % que fes pilotes fai- 
foient difficulté de partir. Mais fe jettant le pre- 
mier dans fon vaifleau , il commanda qu'on levât 
Béa» moi dïfom- les âtocres ^ & cria , ileftnecefîaire que faille > mais il 

fée , qui se nbarqtte - y n /Y> . i • - T ■'.-. -J\ ç . p 

tendant me fim^fs ® eft pas necejjatré que je vive, La rortune iavonia 

impêt: cette audace , & cette bonne volonté ; il arriva 

heureufemènt , remplit de bled tous les marchez 

de Rome , & couvrit la mer de vaiiïèaux. De forte 

que le fuperflu dé cette abondance fe répandant 

Pompé* ■ procure partout aux environs, fuffit à nourrir tous les 

l'abondance à Rome » . % • r o C • rC 

^Àtomfesvoijim. peuples voiiins , oc rut comme un rameau qui 

// efl necejfaire que faille, mais vie , & l'autre d'aller où le de- 

il nefl pas necejfaire que je vive. "] voir de notre charge , ou des af- 

J'ai vu. des critiques malheureu- faires preffafltfes & indifpenfa- 

ferment difficiles & délicats, qui blés nous appellent, il ne faut 

ont voulu condamner ce mot pas balancer, il faut facrifierla 

de Pompée- s , Se y trouver une première à l'autre, parce que ce 

forte de côntradi&ion , parce n'eft pas une necefiité de vivre, 

qu'il ne peut pas aller s'il ne vit. mais que c'en eft une de faire 

Mais outre que ces mots, que la notre devoir. Ce mot doit être 

pafïion di&e , ne doivent pas employé dans toutes les occa- 

être examinez à la rigueur , & lions où nous fommes appeliez à 

avec cette précifion , il eft cer- faire quelque chofe de neceiïài- 

tain que celui-ci eft plein de for- re & d'honnête , mais qui eft : 

ce & de fens. Entre deux necef- accompagné de quelque grand 

fitez ., l'une de conferver notre danger, qui menace notre vie*-. 



■à» 



POMPE' E. 427 

coulant d'une fource féconde & intariflàble 9 
porte partout le recours de fes eaux. 

Pendant que ces chofes fe parlaient à Rome, Les s umes de - 

* |T _, ta . ■ j. 1 1 Gaules cimentent la 

les guerres des Gaules cimentoient la grandeur grandes d e cefan 
& l'élévation de Celar ; car lorfqu'il paroilîbit le 
plus loin de Rome , & attaché à combattre les 
Belges;, les Sueves & les Bretons , c'étoit dans Ui **«-&« , ta 

a 1\ r » y peuples de la Si*an~ 

ce même tems-la que ians qu on s en apperçut, b s ,& CMX de u 
par la grande habileté & par fes pratiques fecret- &™ mt: Bma &™- 
^tes au milieu du peuple même & dans les prin~ 
cipales affaires du gouvernement, il minoit & 
ruinoit peu à peu la grande puiflànce de Pom~ 
pée. En effet, faifant de fon armée comme fon &[«* M & M 

.« \ 3 ' * . armés comme fm 

propre corps., il ne lemploy oit pas proprement #<&* »?, && 
contre les Barbares , mais des combats qu il don- e * erce ' 
iioit contre ces Barbares, il s'en fer voit comme 
d'autant de grandes chafles par le moyen def- c ° ml ** de Ce f*<? 

11 . 1 ij a 1» 1 • rr • •! o comm e autant d$ 

quelles il 1 exerçoit oc 1 endurcilloit au travail oc chagè,. 
aux fatigues, pour le rendre par-là plus terrible 
Se plus invincible dans les occafions ferieufes qu'il 
ûxà préparait. 

D'un autre côté tout For & l'argent , toutes les &fa *«?%< à» 

j / • ' • 1 ! o • 1 (V '°\ » p & h' argent des enne- 

dépouilles oc autres richeiies quil gagnoit iur mis a sag mr > &■ 
ce grand nombre d'ennemis, il les envoyoit à Gt 9 m >- 
Rome pour tâcher de gagner & de corrompre 
les plus puifTans ; & en faiiant de riches prefens 
: à tous ceux qui étoient nommez Ediles , Prêteurs ^ 
& Confuls , & à leurs femmes mêmes, il açque- 
roit un grand nombre de partifans. De forte 
qu'ayant repafTé les Alpes fans retourner à Ro~ 

Hhh ij 



428 P O M P E' E: 

Cowmmhsfequt me , comme il hyvernoit à Lucques,ilsyrendfe 
cr/^ < * »*- une foule innombrable d'hommes & de femmes 
de toutes conditions , qui accouraient à l^envs 
pour le voir, & entr'autres deux cens Sénateurs ^ 
du nombre defquels étoient Grafius & Pompée 
même, & que Ton voyoit tous les jours à la poi> 
te de Gefar jufquàfix-vingt faifceaux.de Procon- 
fuls & de Prêteurs, Il renvoya tous ces gens-là 
comblez de riches prefens , & remplis de grandes 
efperanees, & il fit avec Pompée & Graflùs un* 

naité fient tmdu traité fecret , par lequel il fut convenu queux 

et Lacques entreront- - r* 1 1 1 1 * C 1 C • 

& , Gfar vcraf- deux enlemble demanderoient une leconde fois 
fifi ' le Gonfulat pour Tannée fuivante , que Gefàr les 

y fèrvkok en envoyant à Rome une grande par- 
tie de fèsgens de guerre pour donner leurs fùffia- 
ges en leur faveur , & que dès qu'ils feroient élus, 
ils fe feroient décerner le gouvernement des Pro- 
vinces, & le commandement des armées, & fe- 
roient continuer Cefàr pour cinq ans encore dans 
ceux qu'il avoit déjà. 
LHKomAim hdi- Ges fecrettes pratiques ayant éclaté , & le bruit 
î«2 e "* *** 2 " s?eîx étant répandu à Rome , lés principaux en ^ 
furent* fort indignez, jufques-là que le Conliil 
MàrcellinUs tétant levé, leur demanda à tous 
te confii Maneî- deux*' devant tout le peuple , s'ils pour fuivr oient le 

il nus interroge Pom- ., Il'*' 1- J 

ï*e v ou/fis dt- Confulat, & le peuple leur ayant commandé de 

e "* e ' répondre , Pompée prit le premier la parole , & 

dit , que pour lui il le pourfuivroit peut-être , & que 

Que pour lui il le pourfuivroit peut-être. ] Dion lui attribue une 
réponfe , qui me paroît plus digne de luii Jerfai befçin 9 dit-il^ 



POMPE'E. 429 

put-ètre aujfi il ne le pourfuivroit pas. Mais Craflùs , 9*/>* tuuf» ?*> 
en pkis hn politique , répondit , g^ ujerott ce qu il dJsf e tr$i»fi,* 
jugeroit le plus expédient & le plus utile pour la Répu- 
blique. Marcellinus s'attacha donc à Pompée , & 
s'emporta contre lui avec tant de violence , que 
Pompée tout en colère lui reprocha, qu'il étoit le &&<*!,»$„?**> 
plus injufle & le plus ingrat de tous les hommes > de ne „L ** 
pas fè fouvenir j que par fon moyen, de muet il étoit de- 
venu éloquent, & d' affamé '.? fi faouh qu il étoit fouvem 
obligé de rendre gorge .- 

Cependant tous les autres s*étant déportez de 
briguer l&Coniulat ,. Lucius Domitius fut le feui 
à qui Caton perfuada de pouffer fa pointe, & qui! 
encouragea à ne pas fè rebuter > car > lui dit -il, „ Catm M' u * àe * 
dans ce combat y ce nefi pas du Confulat qu ils agit, il mer/a hngmpw 
s 9 agit de défendre* contre deux Tyrans la liberté publi- 
que* C'efl: pourquoi Pompée & fes adherans 3 re- 
doutant la raideur & la véhémence de Caton , & 
craignant que comme il* àvoit déjà le Sénat à la 
dévotion, il ne fît changer & n'entraînât la plus 
laine partie du peuple, prirent le parti cTempêcher 
que Domitius ne descendît à la Place pour faire la 
brigue» Pour cet effet ils envoyèrent des hommes nm ms-vMtm 

• C ' C f •'■ '\ r '^ que prend Pompée* 

armez , qui le jettant iur lui comme il etoit en p our m ptcher vï- 
chemin, ttierent d'abord l'efclavé qui portoit un *™£? d ' aUer **** 
flambeau devant lui r & mirent en fuite tous les 

d i aucune ma^ifiratùrè four les gens portait nrï flambeau devant lui.°\ 

de bien ; mais je demande le Con- Il y a dans le texte œ7r'wtmw M 1= ' 

fulat contre Us méchans &' les A<t»v , Us tuèrent Aidkus , comme' 

féditiénx* fiFefclave eût été appelle Me~>- 

Tuèrent d'abord l y e[çlav$ qui litus. Mais Xvla ad.er a fort bien 

H H h iij,- 



430 P O M P E 5 E. 

autres. Catoft le retirage dernier après avoir été 
blelïe au coude du bras droite en défendant Do* 
mitius» 

cnffm & fondée Etant donc parvenus au Confulat par ces voyes 

fam confit*. .g y^^^i 9 ils ne fe gouvernèrent pas dans la 

iuite ayecplus de modération; car premièrement 

lorfque le peuple étoit fur le point d'élire Caton 

vompée^ em^cbe Prêteur, & qu'il alloit donner les fuffraees, Pom- 

Caton d'être élit r • 1> /Y* 1 1 r C r \> C • •! 

pme^ pee rompit 1 afiemblee , tous prétexte 3 diioit-il , 

qu'il avoit obfervé au ciel quelques oifeaux de 

mauvais augure» Et après avoir corrompu les 

Tribuns par argent, ils firent nommer Prêteurs 

Amus par/* un Antias & Vatinius. Enfuite ils firent propofer par 

mm ccrromp». Trebonius, Tribun du peuple * des décrets qui, 

Djcret ^ih firent comme on en étoit convenu , continuoient à 

prapofer par le Tri" J 

hm Tanins. Cefar pour autres cinq ans les Gouvernemens 
& le commandement qu il avoit déjà, donnoient 
à Craflùs la Syrie , «Se la conduite de la guerre 
contre les Parthes , <& décernoient à Pompée 
toute l'Afrique , les deux Efpagnes , avec quatre 
légions , dont il en prêta deux à Gefar qui les 

vu que /^VtôVj eft corrompu, & dit qu'il avoit vu au ciel queL» 

que Plutaf que avoit écrit ànrU- que oifeau de. mauvais augure } 

r«>y*v [M/) , Sec. comme le q qui l'aiTemblée étoit rompue fur le 

fuît le- prouve manifeftement , champ. Ainfi on avoit toujours 

«T/Js'4«yTo q- un prétexte fur pour empêcher 

Sous prétexte , difoit-il , qitil tout ce qui déplaifoit. C'efl 

avoit obfervé au ciel quelques oi- pourquoi Clodius, pour préve- 

féaux de mauvais augure,"] Toutes nir un femblable inconvénient 9 

les fois que le peuple étoit ailem avoit fait une loi , qù aucun Ma° 

blé pour donner fes fuffrages fur gifirat nobferveroit les /ignés du 

quelque chofe, il fuffifoit que le ciel quand le peuple fer oit ajfem- 

Coftful ou un autre' Magiftrat blé. 



P O M P E' E. 431 

lui demanda pour la guerre des Gaules. 

Crafîlis , Tannée de fon fécond Conlùlat finie > 
partit d'abord pour fon Gouvernement. Et Pom- 
pée refté à Rome pour la dédicace de fon théâ- 
tre , & voulant honorer cette confécration ., cé- 
lébra des jeux Gymniques, & des jeux de Mufi- >«* magnum 

j 1 l j l_ a v . 1 i que Pompes donne 

que 9 donna des combats de betes ? ou 11 y eut plus pu», u dédicace de 

de cinq cens lions de tuez 9 & pour couronner la fon the * tre ' 

fête 9 il la termina par le plus étonnant de tous 

les fpedtacles , par un combat d'élephans. Ces cmbat %j*». 

magnificences lui attirèrent l'admiration & la 

bienveillance du peuple , mais en mêrrie tems 

51 s'attira pour la féconde fois une envie auffi 

forte de ce qu'abandonnant fes Gouvërnëmens 

& fes armées à fes Lieutenans qu'il affedtionnoit 

le plus, il alloit fe promener par toute l'Italie dans Pm^/ep^e^ 

les plus belles maifons de plaifance ? & le divertir iZ//J'fiJ'J taUe 

avec fa femme, foitqu il fût amoureux d'elle, Mais m »'««/*■■ 

ou que charmé de l'amour qu elle avoit pour lui, Z l H J~™™? f on 

1 x r 3 amoureux , i amonr 

il ne pût fe réfoudre à la quitter. Car on allègue à<f*f*™n*™t**~ 

œ 1 1 . top 1 • ™ t as £ "£ a 2' a 

cette dernière raiion , oc I on ne parloit par- *«« «5 pnmtn* 

tout que de la grande paffion que Julie avoit pour 

fon mari , quoique Pompée ne fût plus en âge 

Par un combat d'éléphant. ~] faite. Car en les embarquant en 

©ion ajoute ., contre des hommes A'frique,on-leùr avoit jure qu'on 

armez*. Et il dit qu'il y eut dix- ne leur feroit aucun mal. Les 

îmit élephans qui combattirent. Romains touchez de pitié les 

Il raconte même que quelques- fauverent. Chofe afTez finguiie- 

uns' de ces élephans étant bief- re , un ferment prêté à des éle» 

fez 3 femblerent demander quar- phans ; & des élephans qui s'en 

fier aux Romains , Se fe plaindre contentent Se qui s'embarquent' 

de l'injuftice qu'on leur avoit fur la foi de ce ferment, 



de 



432 POMPE'E, 

d'être fort aimé, mais la caufe du violent amont' 

Granit fageft h de cette jeune femme ^'étoit la grande fageffe de 
fon mari, qui n avoit point de makrefïè , & qui 
n'aimoit qu' elle & les charmes de fon entretien > 
qui , malgré fà gravité naturelle , n'avoit rien que 
d'agréable & d'infinuant , & qui étoit furtout 

som^it très-propre très-propre à gagner les femmes, à moins qu'on ne 

gagner les femmes. ...il ri ' ■> C T>! V • 

veuille acculer la coumianelUore d avoir menti, 
quand elle lui a rendu ce grand témoignage. 
.ottafionoàupaf Cette grande paffion de Julie pour Pompée 

fton de Julie pour C " / $ ' ° l 1 

powpee paru 'avec parut lurtout avec éclat un jour que le peuple 
étoit afîemblé pour l'élection des Ediles. Caria 
diipute s'étant échauffée , on en vint aux .mains, 
combat k Rome il y eut beaucoup de gens tuez autour de Pom- 

ur l'eleclion des / o *1 f* ' - ï C 1 C '•% 

uitj. pee , oc il tut tout couvert de lang , de iorte.qu.il 

fut obligé de changer d'habit. Voilà donc une 

grande émeute & un grand concours de monde 

dans fa maifon, quand les domeftiques y portèrent 

fes habits pour en prendre d'autres, Julie qui 

étoit groflè , ayant vu malheureufement la robe 

Vaiurmedejuiit de fon mari toute enfanglantée , tomba en défail- 
li caufe une defail- 1 0_ 1 1 ' . » L J ■ 

lance / & u fait lance , oc elle ne revint qu avec beaucoup de pei- 
itejjer. ne ^ tuais le trouble Se la frayeur , où cette vûë l'a- 

voit jettée, lui cauferent une fi grande émotion, 
qu'elle fe -blefîa. Cela fit que ceux même qui 
étoient le plus acharnez à condamner l'amitié 
que Pompée avoit pour Cefar, ne pouvaient blâ- 
mer l'amour qu'il avoit pour là femme. Elle de- 
5Mif Accouche d'n- vint grofle une féconde fois , & accQucha d'une 

ntjille »& meurt ett rit -11 *1 o V C 

travail. nlle y mais elle mourut en.travail, oc 1. entant ne 

furvêcut 



,pour 
Ml, 



POMPE'E, 433 

ïùrvêcut pas longtems à la mère. Mais comme 
Pompée fe dilpoioit à l'aller enterrer dans une de 
lès terres près d'Albe , le peuple lui faifant vio- ^p^i^ff «■ 

I 111 k terrer Julie dam le 

Lence , porta le corps dans le champ de Mars , «&*»/ </<? Mm. 
plutôt par la pitié & par la compaffi on qu'il avoit 
de cette jeune femme , que par aucune envie qu'il 
eût de faire plaifir ni à Pompée ni à Cefar. Et 
encore dans tous les honneurs que le peuple ren- 
doit à Julie , il paroiffoit qu'il en faifoit beaucoup 
plus pour l'amour de Cefar abfent, que pour l'a- 
mour de Pompée même prefent. 

Dès que l'alliance , dont Julie étoit le nœud, >//*, u mudâe 
& qui couvroit bien plus leur furieufe cupidité & Tsl^L 
de dominer , qu'elle ne la refrenoit > fut éteinte 
par fa mort , voilà Rome aflaillie d'une violente 
tempête ; toutes les affaires y furent d'abord dans 
une terrible agitation , & l'on ne parloit plus que j uîie & &$„ 
de divifion & de rupture : pour furcroît de mal- mmr " re " t u >" êm * 

L ' L année , l an de Rome 

heur on apprit bientôt après la nouvelle que #*■ î*- *« avant 
Graflus avoit été défait & tué par les Parthes. 

A ■ C 1 1 r • n * Crajfus , le phî 

Ainii le plus tort rempart , qui reitoit encore /«* r«mf<** contre 
contre la guerre civile , fut emporté, car comme u ^ enecmh 
ils craignaient tous deux ce tiers , ils gardoient 
plus de mefures l'un avec l'autre , & fuivoient 
en quelque forte un peu plus la juftice, &larai- 
fon. Mais la Fortune ayant emporté ce cham- 
pion , qui pouvoit entrer en lice avec celui des 
deux quiferoit demeuré vainqueur, alors on peut 
fort bien appliquer ce mot du Poète comique : 
ïlsfe préparent l'un contre l'autre > ils frottent tous deux 
Tome K I i i 



POMPE'E. 
leur corps d 'huile 3 & répandent la poujjïere fur leurs 
m Fonum *•*- bras. Tant il eft; vrai que la Fortune même la plus 
puante ?our r em ~ grjggiidecft peu de chofe contre la nature, dont 

plir L avidité de la o l ? 

nature. elle ne peut jamais remplir les cupiditez , puit 

qu'un commandement fi étendu & une domina- 
tion û vafte > n'étoient pas fuffifans pour afïbuvir 
l'ambition de deux hommes feuls. Bien qu'ils euf- 

Beau trait dont r r * 1 v o »*1 cT 

piàtdrquecaraéierije lent iouvent entendu dire 5 oc quiis eulient eux- 
\7afa&lîZ mêmes lu que l'Empire de l'Univers avoit. été 
t«* partagé en trois lots par les Dieux , & que cha- 

cun avoit été content de celui qui lui étoit échu 
par le fort , ils ne croyoient pourtant pas que tout 
l'Empire Romain leur pût luffire , quoiqu'ils ne 
fuffent que deux à le partager. Cependant Pom- 
pée dans une harangue qu'il fit alors au peuple ? 
m* d'une baran- dit expreffement que tous les cowmandemens 3 au on 

gua de Eomfee. * • \ . , ,, * 

lut avoit donnez 3 il les avoit eus plutôt qu il n avoit 
efperé j & aujji qu'il les avoit quittez plutôt qu'on ne 
s'y étoit attendu. 

En effet , il avoit pour témoins de cette vérité r 

Bien qu'ils euffent fouvent en- nez, par rapport à l'ordre de la 
tendu dire , & qu'ils euffent eux- naijjance. Nous tirâmes au fort , 
mêmes lu que l'Empire de l'XJni- & la fortune décida de notre par- 
vers avoit été partagé en trois lots tage , &c. Et il en fait une heu- 
par les Dieux. ] Plutarque rap- reufe application, pour faire voir 
porte ici une partie d'un pafTage l'avidité de la nature ; les trois 
du xv. livre de l'Iliade, où Nep~ plus puiffans Dieux partagent 
tune dit : Nous fommes trois fre- entr'eux l'Univers , & ils font 
res-, tous trois fils de Saturne & contens , & deux hommes par- 
de Rhea, Jupiter le premier, moi tagent l'Empire Romain, c'eft- 
le fécond , & Pluton le troifîéme. à-dire la terre prefque entière , 
L'Empire fut partagé, on en fit & leur ambition n'eft pas encore 
if aïs lots , qui ne furent point don- Satisfaite. 



POMPE'E. 43 j 

toutes les armées qu'il avoit toujours congédiées 
d'abord après fes expéditions. Mais alors, voyant 
que Cefar ne fe difpofoit pas à licentier la Tienne, 
il chercha à fe fortifier contre lui par les princi- 
pales charges , Se par les premiers emplois de la 
ville , fans remuer autrement Se fans introduire 
aucune nouveauté dans l'Etat , car il ne vouloit ? om ï à vem p«- 

a r J rr J 1 ;• • -I £ -r • retire tie pas fe défier 

pas paroitre le dener de lui , au-contraire il lailoit de cefar, v u m é- 
fembiant de le mépriier , & de n'en faire aucun ■ ■" 
compte. Mais quand il vit que les charges ne fe 
diftribuoient pas comme il l'avoit penfé , les Ci- 
toyens étant corrompus par argent , il trouva qu'il 
lui étoit plus expédient que l'Anarchie régnât dans 
la ville , Se il y travailla de tout fon pouvoir. 

D'abord il fe répandit un bruit qu'il falloit élire 
un Dictateur * Se ce fut le Tribun Lucilius qui ofa Le l rih T LucUius 

1 propofe de nomme* 1 

en parler le premier , Se qui propofa au peuple de *«»/« bïàae». 
nommer Pompée à cette charge. Caton l'entre- 
prit vivement fur cela , & le Tribun fut far le 
point d'être dépofé. Alors les amis de Pompée , 
•de peur que cela ne lui fît tort ? s'avancèrent & 
firent leurs efforts pour l'excufer ? en difant qu'il 
ri avoit jamais demandé cette charge , & qu'il ne 
la vouloit point. Sur cela Caton fe mit à louer 
hautement Pompée , & à l'exhorter à faire en- 
forte que tout fe pafïat dans l'ordre félon la cou- 
tume Se les loix ; & Pompée , qui avoit honte 
de ne pas fe rendre à un fentiment fi raifonnable , 
y tint fi-bien la main , que Domitius Calvinus , & t , „ 

£ T i >. rr\rr\i^C\ LanaeRomejool 

-V alenus Meiiala turent élus Conluls. j i. «w *vam ? c. 

lii ij 



On remet en avant 
la propcfnion d'élire 
un Diclatenr. 



Comment Caton 
éluda cette fropofi- 



435 POMPE 5 E. 

Mais bientôt après, les chofes étant retombées 
dans la même confufion , & la même Anarchie 3 
& la plupart remettant en avant avec plus d'au- 
dace & d'infolence le premier propos d'élire un 
Dictateur , alors Caton craignant d'être forcé , 
prit le parti de jetter à la tête de Pompée quelque 
*<»* charge confiderable , dont l'autorité fût limitée 

par les loix , pour l'éloigner par ce moyen de 
celle qui n'avoit point de bornes ? & qui étoit 
toute tyrannique. Bibulus? ennemi déclaré de 
lire Fondée r<»i r ompee , ouvrit le premier 1 avis en plein Sénat 
confui jg l'é{j re £ QU [ Conlul , car par-là > dit-il , ou là 

ville finira du trouble & du defordre ou elle fe trouve > 
ou 3 fi elle doit tomber en fervitude s elle fera foumife à 
celui qui vaut le mieux. 

Cet avis ayant iurpris tout le monde à caufe 
de celui qui en étoit l'auteur , Caton fe leva, 
D'abord chacun s'attendit qu'il alloit combattre 
le fentiment de Bibulus , & il fe fit tout d'un coup 
un grand filence. Caton prenant la parole dit 3 
tfiwnjwp* l ' d - que pour lui il naur oit jamais ouvert cet avis , mais 

vis de ùibvtM. 11^ J 

puifqu il étoit ouvert par un autre , [on opinion étoit 
m Mapjîrat i»ei qrf on le fuivît , & il ajouta > qu il pré fer oit un Ma- 
Vimx Im \'Anar- giftrat quel qu il fût , à l* Anarchie y & qu il étoit per- 
fuadé quil ny avoit perfonne plus capable que Pompée 
de gouverner dans de fi grands defordres & dans une fi 
grande confufion. Le Sénat embrafla cette opinion > 
fedanfui"Tande & ordonna que Pompée feroit élu Conful tout 
te^oi. feul, Se que s'il venoit à avoir befoin d'un Col- 

lègue^ il pourroit choifir lui-même celui qu'il 



POMPE' E. 437 

voudrok, mais feulement après deux mois. 

Pompée ayant donc été ainfi élu& déclaré feul 
Confulpar Sulpitius, qui prefidoit à Ton tour en jtyhhuxrf»h& 

1 / I t» • t V' 11 J' 1 J * ut < -*"/ w ' l année 

qualité de Roi pendant I interrègne , alla d abord /"»/»«»« avec m. 
embraffer Caton ? avec toutes les marques d'une 
véritable amitié , conférant qu'il lui avoit toute l'o- 
bligation de l'honneur qu'il recevoit , & le conjurant de 
l'ajjifter en particulier de [es confeils dans les fonctions de 
fa charge. Caton répondit > que Pompée ne lui avoit Genenufe repnfè 

%> ' 7 • . i • • ; i> -de Caton à F ornpee, 

ation ; que ce qu H avoit dît , une l avoit 

nullement dit pour l'amour de lui; mais uniquement 
pour l'amour de la République ; qu'il l'aideroit volon- 
tiers de [es confeils en particulier , quand il l'en requer-* 
y oit ; & que quand il ne l'en requerroit pas , il diroit 
toujours en pleine Affemblée du peuple ce qui lui pa- 
roîtroit le plus expédient & le plus convenable. Et 
voilà quel étoit Caton en tout & partout. 

Pompée étant entré dans la ville , époula imf&^t^ec^ 
Cornelie, fille de Metellus Scipion, qui venoit Zs", & Lw*% 
tout récemment d'être laifîee veuve par Publius 3 %*»* &*$«'.• 
fils de Crafius , à qui elle avoit été mariée fort 
jeune ? & qui avoit été tué par les Parthes avec 
fon père. C étoit une perfonne pleine de char- Beau pomah de 
mes , fans compter ceux de fa beauté; car elle MaeliZs^IlL 
étoit très-fçavante dans les belles Lettres , elle 
joùoit' fort bien de la lyre , elle étoit habile en 
Géométrie , elle lifoit utilement les préceptes 

Fille de Metellus Scipion. ] Ce tellus , «5c fut appelle Metellus 

Scipion étoit fils de Scipion , Scipion. 

dit Nafïca , mais il paiîa par Elle lifoit utilement les pre'cep- 

adoption dans la famille des Me- tes des Philofephes. ] Il ne dit 

I i I iij 



43§ PO M P E'E. 

des Philofophes , & ce qui eft encore plus eftî- 
mable , fes mœurs étoient fort éloignées de ces 
airs méprifans & de ces affectations ambitieufes , 
que donnent ordinairement aux jeunes perfonnes 
ces grandes fciences & ces belles qualitez. D'ail- 
leurs elle étoit fille d'un père , que la naiflance 
Se fa réputation égaloient à ce qu il y avoit de 
plus grand. 
mariage de Fom- Cependant ce mariage déplaifoit à la plu- 

pie avec Cornelie, - 1 ^ rit V r • Ï*a 

uâmé ■& pourvoi, part des gens , a cauiede la diiprcportion d âge ; 
car on difoit que Cornelie à caufe de la grande 
jeunefle auroit mieux convenu à fon fils. Les 
plus graves & les plus gens de bien ajout oient à 
cela , que Pompée en cette occafion avoit foulé 
aux pieds les intérêts de fa patrie ? qui , fe trou- 
vant dans un état très-déplorable , Tavoit choifi 
pour fon médecin , & s'étoit abandonnée entière- 
ment à (a conduite > & lui cependant couronné de 
fleurs il celebroit des noces & faifoit des facri- 

Pompée àeve-hrt- /- i. j.« i t 

garder comme m* nces > au lieu qu il devoit regarder comme une 

pas elle lifoit les -préceptes des Phi- pour donner beaucoup de vani- 

lofsphes , mais elle lifoit utilement, té. Je dois être plus perfuadé 

écc.Combien de perfonnes les li*- qu'un autre que Féloge,quePlu- 

fent par curioiîté, ôc qui n'en tarque donne ici àCornelie,peut 

deviennent pas plus fages. n'être point flatté. J'ai un 

Et ce qui efi encore plus efiima- exemple domefLique, qui prouve 

ble , fes mœurs étoient fort éloi- que beaucoup d'efprit ôc de fça- 

gnées de ces airs méprifans & de voir,& de grands talens peuvent 

ces affectations ambitieufes .] Voilà fe trouver dans une femme , ôc 

un grand éloge. Une jeune fem- être accompagnez d'une mode-, 

me modefte avec tant de char- ftie aufîi grande ôc plus eftimable 

mes & tant de perfections , dont encore que fes talens. 
une petite partie fuffit fouvent Au Heu qu'il devoit regarder 



POMPE'E. 439 

calamité publique ce Confulat confié à lui feul ; calamité 'ptà$»t,û 

• i/-!- Ç\ }'\ 1 • • / / CenfuUi donne à Lui 

car il etoit bien iur qu il ne lui auroit pas ete f e J, 
donné ainfi contre les loix & contre les coutumes 
reçues , fi la ville eût été floriflante & dans le cours 
ordinaire de fes profperitez. 

D'abord il s'attacha à régler les pourluites & Fo y ù ye p e { et 

. 1 t) t ' C • procédures qu'en de- 

les procédures que 1 on devoir iaire contre ceux , voit faire contre 

1 r O 1 1 (T 1 ceux qui achètent les 

qui par des preiens oc des largeiies achetoient fufr^ 

les fuffrages & s'élevoient aux dignitez ,> **& fit 

des loix pour régler ces jugemens. Il fe conduifit 

très-dignement Se avec toute f intégrité poffible 

dans tout le relie , & rétablit dans les affemblées 

la fureté , Tordre > & la tranquillité , en y prefi- 

dant lui-même avec des gens armez, Mais fon 

beau-pere Scipion ayant été appelle en juftice 

pour ces mêmes faits , alors il oublia fes beaux n oiihUe ks **- 

■*■ « n « --. . glemens quandils'a- 

reglemens , oc envoya quérir les trois cens loi-- $« <fcy«» &*»-/«■«. 
xante Juges qu il pria de le favorifer. Mais Fac- 
eufateur , voyant Scipion reconduit par tous fes 
Juges, de la Place jufques chez lui,avec beaucoup 
d'honneur, fe déporta de la pourfuite. 

Cela fit donc encore mal parler de Pompée * 
mais on en parla encore plus mal, lorfqu'après 
avoir défendu par une loi expreflè les louanges , n-*f™& w*** 

J- i- O loi de louer les accu- 

comme une calamité publique ce de l'Etat ne font pas des digni- 1 

Confulat confié à lui feul. ] Cette tez , ce font des malheurs & des 

reflexion de Plutarque efl pleine difgraces terribles, 
de fens , & renferme un grand Lors quatre s avoir défendu far 

précepte. Les plus grandes di- une loi exprejfe les louanges que 

gnitez , où l'on monte par le Von donnoit aux aceufez.. ~\ Pom- 

renverfement des loix, & par pée ayant remarqué fouvent que 

le defordre de toutes les parties les louanges que l'on donnoit 



440 POMPE' E. 

j^M puUoHt pour que l'on donnoit aux accufez en plaidant: pour 
thm îfl l iJ e . mre ' eux y il & prefenta lui-même pour faire l'éloge 
de Plancus le jour même qu'on le jugeoit. Ca- 
ton, quife trouvoit un des Juges , fe boucha les 
oreilles avec les deux mains y difant , qu'il ne lui 
étoit pas permis d'entendre des louanges 3 qu'on don- 
noit contre la loi à un accufé. Cela donna lieu de re- 
culer Caton 9 mais il n'empêcha pas que Plancus 
ne fût condamné unanimement par tous les fuf- 
tirages jà la grande confufion de Pompée fon pro- 
tecteur. 
TUutjHsippfas, Peu de jours après ? il arriva qu'Hypfeus , 

accufé d avoir brigue > L r • • 11 

u an/niât , en iif- homme .Çonlulaire ., pouriuivi criminellement , 

trihuant de l'argent . r r* 1 • T» ' C C x 1 • 

pm acheter les fuf- obierva li-bien rompee , que le prelentant a lui 

fagv- comme il fortoit du bain pour aller fe mettre à 

table ., il embrafla {ks genoux & le fupplia de le 

fecourir ; mais Pompée parla outre avec une fierté 

pleine de mépris , en lui difant pour toute réponfe, 

à/pî™pî ΰZ a'- Q ue tout ce % u9 *l avan £°it par [es importunitez , c étoit 
fuiaire 2 »; le fiiiid- de faire gâter fonfouper. Cette bizarrerie & cette iné- 
galité de favorite r les uns Se de rebuter les autres 
lui attirèrent le blâme de tous les honnêtes gens. 
Mais dans tout le refte U le comporta avec tant 

de fageflè > qu'il rétablit l'ordre partout , & qu'il 
< 

aux accufez en plaidant pour fut condamné malgré la protec- 

eux , en déroboient plufieurs à tion de Pompée & les grands 

la juftice , voulut réformer cet éloges qu'il lui avoit donnez de 

abus par une loi. vive voix 6c par écrit. Ciceron 

// fe prefenta lui-même four futficharmedecegrandfucc.es, 

faire V éloge de Plancus. ] De T. qu'il en témoigne fa joye à 

Munacius Plancus Burfa, qui Marius dans la féconde lettre du 

étoit accufé par Ciceron , & qui liv. vu, 

choifit 



POMPE'E. 441 

clioîfît pour fon collègue fon beau -père pour tmpêeâtifrpw 

1 » . • 1 r* *~\ C 1 Al collcque fon beau- 

les cinq derniers mois de ion Coniulat. Alors on p m ?&%»» , ^ 
lui continua pour autres quatre années fes Gou- l ^ oii '£%*&$£ 
vernemens , avec la permiffion de prendre dans lat - 
Je trefor mille talens par an pour entretenir & trm millions 
fbudoyer lès troupes. 

Les amis de Cefar prenant pied fur cela , pré- 
tendirent qu'on devoit aufïi avoir des égards 
pour lui 3 qui faifoit des guerres fi difficiles , & qui 
<donnoit tant de combats pour la liberté de Rome, 
& qu'il étoit jufte , ou qu il obtint un fécond 
Conlulat , ou qu'on lui continuât fon Gouver- 
nement encore quelques années, pendant lefquel- 
les un fuccefleur ne viendroit pas lui enlever le 
fruit de ks travaux, & il commanderoit feul 
dans les conquêtes , & jouiroit en repos des hon- 
neurs méritez par lès exploits- 

Sur cela une grande dilpute s'étant émue, 

Et qui donnolt tant de combats amis de Cefar doivent dire , je 

four la liberté de Rome. ] Ce paf- croi qu'il faut rétablir ici le mot 

fage eft important. Il y a dans le du Mf. de la Bibliothèque de S. 

texte âyavi^ofAlya Totrûruç aycùVaç Germain , où on lit dycen^ofMvn 

îvnp tjjç «Vê/^oviejç. Et on a cru ToexTuç aycôyotç vTrtp ihiv^çj.a.ç. II 

que ce mot ûytfJLovia. ne pouvoit donnoit tant de combats pour la 

fignifîer ici que la République, liberté de Rome. En effet , Cefar 

Mais j'avoue que je ne l'ai ja- vouloit faire croire qu'il ne pre- 

mais vu dans cette lignification, noit les armes que pour remettre 

Plutarque s'en efl fervi dans la les Romains en liberté 3 car il 

vie de Cefar , pour dire le Gou- demandoit que toute l'Italie mît 

vernement deCefar,c'eft-à-dire, bas les armes, qu'on délivrât 

fonGouvernement desGaules Se R orne de la crainte où elle étoit , 

del'lllyrie.llfaudroitdoncl'ex- Se qu'on laiflât la République 

pliquer ici dans ce fens-là. Mais comme auparavant à la difpofî- 

comme ce n'efl pas-là ce que les tion du Sénat & du peuple^ 

Tome VI K K K 



442 P O M F E' E. 

Pompie s'empioye Pompée , comme pour détourner par amitié la 
Teffla pwijjwl haine & l'envie que cette demande pouvoit exci- 
je denier u <.on- contre Cefar, dit au il avoit des lettres de lui 

julat , quoi 2** (ta- J X 

>'• par lefquelles il demandoit un fuccefîeur, & prioit 

qu'on le déchargeât du foin de cette guerre ? 
mais que pour le Confulat > il étok bien jufte & 
raifonnable de lui accorder la permiflion de le 
demander quoiqu abfent. Caton s'oppofa à cela 
catm iy oppoÇe , ^ Q tout f on pouvoir , voulant abfolument que 

CP" Pompée fe relire — ~ \ ' Cr \ a 

somme vainc» Ceiar > après avoir poie les armes , revint comme 
fîmple particulier \ & qu'en cet état il demandât 
à fes citoyens la récompenfe de fes fervices» 
Pompée ne contefta pas davantage , mais fe tut 
comme vaincu y ce qui fit foupçonner qu'il n'a- 
voit pas fi bonne opinion des intentions de Cefar 5 
& qu'il n'étoit pas fi porté pour lui , d'autant 
plus même qu'il lui envoya redemander les deux 
Pomp/e redeman* légions qu'il lui avoit prêtées )■ prétextant fa de- 

de a Cefar les deux Jpl 1 t» 1 J • l / * 

egionsiu'uiui avoit mande lur la guerre des rarthes, dont il etoit 
chargé. Cefar ^ quoiqu'il comprît bien à quel def- 
fein & dans quelles vues on lui redemandoit ces 
troupes , ne laifla pas de les renvoyer y après leur 
avoir fait de riches prefens. 

Peu de tems après Pompée tomba malade à 

Maïs que four le Confitlat , H on le permettroit nommément. Ce 

éteit bien jufte & raifonnable de lui qui n'étoit autre chofe que dé- 

aecorderlafermiffiondeledeman- truire la loi & la rendre entie- 

âer quoiqu abfent. ~\ Il y avoit rement inutile. Car ceux qui 

une loi qui défendoit aux ab- étoient puifTans & qui avoient 

fens , de demander le Confulat. des troupes , ne manqueroient 

Pompée fit ajouter à cette loi gueres de fe faire donner cette 

cette queue, excepté à ceux à qui perniiflion. 



fresces. 



A o 1 1 1 1 aux Dieux , O" fêtes 

même , oç de proche en proche cet exemple ga- „fe„ p ar && 
gna toute l'Italie , de forte qu'il n'y eut ville ni Vltalie ^ 0lt 



F O M P E' E, 443 

Naples d'une maladie très - dangereufe , dont il 
guérit pourtant enfin. Les Napolitains , à la per- 
iuafion d'un des principaux habitans , nommé 
Praxagoras, offrirent des facrifices pour remercier 
les Dieux de fa guerifon. Leurs voifins firent de M?«* "if» 

aux Dieux y O* fêtes 
célébrées par toute 
l'Italie , pour la g 
rifon de Pompés, 

petite ni grande , où l'on ne célébrât des fêtes 
pendant plufieurs jours. Il n'y a voit point de lieux 
afïez grands pour recevoir l'affluence du peuple^ 
qui accouroit de tous cotez au-devant de lui. 
Tous les chemins, tous les bourgs , tous les ports , 
toutes les côtes , en un mot toute la campagne 
étoit pleine de gens qui faifoient des facrifices & 
de grandes réjoùiflances , pour marquer leur joye 
du retour de la lanté. Il y en a voit même plu- 
sieurs ? qui;, couronnez de chapeaux de fleurs , al- 
loient le recevoir avec des flambeaux Se i'accom- 
pagnoient ainfi partout le chemin ; de manière 
que Ion retour avec ce grand cortège faifoit un 
des plus beaux & des plus magnifiques fpecta- 
cles qu'on eût pu voir. Auffi dit - on que ce ne 
fut pas une des moindres caufes de la guerre ci- 
vile. Car la joye exceflîve qu'il eut de tous ces 
honneurs , lui remplit la tête d'une préfomption $ e j hnnetf " e *; 

_ # 1 A _ *■ cejjîfs renverfent la 

demeiuree , qui renverla tous les railonnemens tu* de Pmf«. 
qu'il auroit dû tirer des affaires prefentes, & qui 
lui faifant abandonner la prévoyance & la pré^- 
caution , dont il avoit toujours ufé jufques-là 
pour aflùrer fes grandes profperitez , & le fiic- 

Kkk ij 



'444 P O M P E* E. 

ces de fes grandes actions , le jetta dans une au~ 
uéprisinfenféqite dace fans bornes, & dans un mépris infenfé de 

'Bombée aVoit pour . , . *- i /^ C • P i\ 5 . « 

la pmjjimce de &. m grande puiiiance de Ceiar ; juiques-la quil 

^ r ' difoit publiquement , qu'il navoit befoin contre lui 

fréfomption im- ni d'arme s y ni d'aucune diligence pénible & laborieu- 

p e " m fe^Ô* qu'il le détruiroit beaucoup plus facilement , quil 

ne l'avoit élevé. 

A cela fe joignit encore l'arrivée d'Appius, qui 
lui ramena des Gaules les troupes quil avoit 
prêtées à Cefar , & qui dans tous fes difcours ra- 
vala extrêmement toutes les grandes actions qui 
s'étoient paffées dans ce païs-là , & fema partout 
muniis d'jp- des propos très -injurieux à Cefar, difant haute- 
ment que Pompée ne connoiffoit pas fes propres forces y 
ni la grandeur de fa réputation 3 - de chercher à fe for- 
tifier pat d 'autres troupes contre Cefar ; quil le déf ét- 
roit avec celles qu'il amenoit lui-même dès qu'il par op» 
troit devant lui > tant les foldats avoient de haine pour 
Cefar , & d'affellion pour Pompée > qu'ils mouroient 
d'impatience de revoir. 

Tous ces difcours enflèrent tellement Pompée r 
& le plongèrent dans une fi grande nonchalance , 
par Texcefîîve confiance quils lui infpirerent , 
qu il fè mocquoit ouvertement de ceux qui crai- 
gnoient la guerre , & que quand on lui difoit , 
que fi Cefar revenoit à Rome avec fon armée, 
on ne voyoit pas avec quelles forces il pourroit 
s'oppofer à lui, il répondit en riant, & avec 
un vifage ouvert , où la joye & Taflurance pa- 
ïoifloient peintes > qu'on ne fe mit point en peine ? 



POMPE'E, 441 

car 9 aioûtoït-il j en quelque endroit de l'Italie que je Met de *«»#"»' 
frappe du pied , il en Jomra des Légions qui obéiront a ayante mp pr<- 

j fempweufe. 

mes ordres. r 

Cefar au - contraire s'appliquoit fortement à ngihme & an 

r m • o i i 1 • r* • • 1 or* tention de Cefar. 

les amures, oc redoubloit la vigilance oc Ion at- 
tention; car il s'approchoit à grandes journées de 
l'Italie , & chemin faifant } il envoyoit tous les 
jours à Rome de fes foldats pour affilier aux éle- 
ctions ; & par fes largefîes il eamoit & c©rrom- i<**g€" ds &fi* 

~ •*■ « !? 1 r pour gagner les pr in- 

poit tous main pluiieurs de ceux qui etoient «>*»*. 
dans les principales charges. De ce nombre fu- n «oit g>»m 
rent le Conlul iEmilius Paulus, quil fit changer mlliim , r2 * 
pour quinze cens talens qu il lui donna > Curion R ^^ ttns miîk 
Tribun du peuple , pour lequel il acquitta de éçm - 
grandes fommes qu il devoir , & Marc-Antoine 9 
qui par la grande amitié qu il avoit pour Curion 3 
s'étoit engagé conjointement avec lui pour les 
mêmes fommes. 

On dit alors qu un des Capitaines ? que Cefar 
avoit envoyez à Rome, s' étant tenu long-tems 
à la porte du Sénat ; & ayant oui dire enfin que 
le Confeilrefufoit à Cefar la prolongation de fon 
Gouvernement , frappa de la main le pommeau »»* M «*w 
de fon épée ; & dit tout haut i mais celle-ci la lui 
donnera. 

Cefar awcontraire s'appliquoit gle confiance d'un Capitaine 

fortement à fes affaires , & redou- corrompu par une vanité infen- 

bloit fa vigilance & fon attention. ~\ fée , & les bons effets de l'attend 

On ne fçauroit mettre dans un tion & de la prévoyance d'ur^ 

plus grand jour ce que produi- Capitaine fage & prudent, 
ient-la nonchalance & l'aveu- 

Kkk ii| 



icier de Cefar»' 



446 POMPE 5 E. 

Toutes les actions de Cefar , tous fes grands 
préparatifs , & toutes fes vues ne tendoient qu'à 
cette unique fin. Cependant toutes les demandes 
& les inftances que Curion faifoit pour lui , pa- 
roinoient plus modérées & plus populaires ; car 
Demandes d e c«- {{ demandoit de deux chofes l'une-, ou que Pom- 

thn pour Cefar. , J-aV/- / - ^ ^ f a 

pee congédiât ion armée, ou que Ceiar retint 
auffi la fienne , car ayant mis bas les armes x & étant 
devenu tous deux [impies particuliers 3 ils en viendraient 
À des conditions jufie s & raisonnables , ou demeurant 
armez ils [e contenter oient de ce qu'ils av oient > & fe 
ùendr oient en repos , par la peur quils aur oient l'un de 
l'autre; au lieu que * qui affoibliroit l'un fans affoiblir 
l'autre 9 augmenteront de moitié la puijjance qu'il re- 
doutait. 
ManMM appeiu Sur C ela le Conlul Marcellus appella Celar 

Cefar brigand , V , . - . . , , . , j , i- 

veut u faire déçu™ brigand, ce dit qu on devoit le déclarer enne- 

envemi de la patrie. ^ ^ ^ ^^ ^jj ^ £-. J^ ^^ jyj^ 

Curion > appuyé par Antoine & par Pifon, vint à 
bout de faire pafler la choie par les luflfrages du 
Sénat ; car il propofa que tous ceux qui vouloient 
que Celar feul mît bas les armes , & que Pom- 
Manien don* on pée retînt les fiennes ,. paflaflènt d'un côté ; en 

opina dam le Sénat, X A * 1a 1 rr _ r ... 

même tems la plupart paiierent. Eniuite il or- 
donna que ceux qui vouloient que l'un & l'autre 
les pofaflent, & qu'aucun des deux ne demeurât 
armé , pafïàflènt encore d'un côté , il n'y en eut 
que vingt-deux qui demeurèrent fidèles à Pom- 

// ny en eut que vingt-deux qui demeurèrent fidèles cl Pompée. J 
Dion allure pourtant tout le contraire- Car il écrit qu'il ne fe 



POMPE* E. 447 

pée , tous les autres fe rangèrent du côté de Cu- 
rion , qui , fier de fa victoire , Se traniporté de la 
joye qui le pofTedoit, delcendit incontinent à la 
Place vers le peuple > qui le reçut avec de grands 
cris & de grands battemens de mains , & avec 
quantité de bouquets, & de chapeaux de fleurs 
qu il jetta fur fa tête* 

Pompée nétoit pas prefent à cette délibéra- n é * h ^d e u 

1 o -1 n i fC 1 - > • Vllie aveç I ou <*?- 

non du Sénat , car û eit derendu a ceux qui re- ««. 

viennent à la tête des armées d'entrer dans la 

ville , mais le Conful Marcellus m levant de fa 

place , dit qui! ne demeurer oit point affts à écouter vifiom du Confui 

tranquillement des difputes, lorfqu il avoit des avis cer- juTm"!™ "* 

tains que l'on voyoit déjà fur les fimmets des Alpes dix 

légions qui s'avanç oient contre eux , & quil alloit 

leur opposer un homme , quifçauroit leur tenir tête s & 

défendre la patrie dans un fi grand danger. 

Dès ce moment on changea de robe à Rome . 0n &<»***"«< 

i t 1 ll'o'-n/r il la robe de demi* 

comme dans un deuil public ; ce Marcellus tra- 
verfant la Place fuivi de tout le Sénat , fortit de la 
ville pour aller trouver Pompée. Quand il fut ar~ 
rivé en fa prefence , il s'arrêta vis-à-vis de lui,- & 

lui dit , Fompée , je vous ordonne de fecourir votre t 0rdïe i™ Marcel * 
patrie , & pour cet effet de vous fervir des troupes que 
vous avez déjà >■ & d'en lever de nouvelles, Lentulus }. 
un de ceux qui étoient défignez Confuls pour 
Tannée fùivante , lui dit la même ehofe. Mais 

trouva perfonne qui voulût que eus Csecitius & Curion , celui 

Pompée pofat les armes, & qu'il qui avoit apporté des lettres de 

n'y eut pour Cefar que deux Cefar, 
hommes feuls: ua certain Mar« 



lus dorme k Pompée» 



Lettre de Cefar 
Itt'ê au peuple , mal* 
vre' le Sénat* 



Il étoit alors Conful 
avec C. Claudius 
JAarçellm , l'an de 
Rome 704. 

Vropojîtion que 
Ciceron faifoh pour 
moyenmr un accents 
modem ent. 



Cefar /empare 
itAriwinum, 



P O M P E' E. 

ayant Voulu commencer à enrôler fes foldats 5 
les uns n'obéiflbient point à fes mandemens > les 
autres ne venoient fe prefènter qu'en petit nom- 
bre , & avec très-mauvaife volonté , & la plu- 
part , au lieu de donner leurs noms , crioient la 
paix* la paix. Car Antoine avoit lu au peuple mal- 
gré le Sénat , une lettre de Cefar, qui contenoit 
des propofitions très-propres à gagner la multitu- 
de. En effet il propofoit que Pompée & lui quit- 
tant leurs Gouvernemens 9 de congédiant leurs 
armées , vinffent devant le peuple , & que là ils 
rendirent compte de leurs aélions. 

Lentulus 9 qui étoit déjà entré en charge, n'at 
fembloit point le Sénat , car Ciceron revenu de- 
puis peu de jours de fon Gouvernement de la Ci- 
licie y menageoit un accommodement ; il propo- 
foit que Cefar quittant les Gaules , congédierait 
toute fon armée , excepté deux légions qu il re- 
tiendroit , & qu'avec ces deux légions & le Gou- 
vernemqnt d'Illyrie , il attendrait fon fécond 
Coniulat. Cet expédient déplut extrêmement à 
Pompée , de forte que les amis de Cefar fe laifîè- 
rent perfuader qu il devok congédier encore une 
de ces deux légions. Mais Lentulus s'y oppofànt, 
& Caton criant que Pompée faifoit une grande 
faute , & qu il fe laiflbit tromper , l'accommode- 
ment fut rompu. 

Dans le même tems on reçoit des nouvelles 
que Cefar s' étoit emparé d'Ariminum , bonne 
& grande ville d'Italie ? ôc qu'il s'avançoit à 

grandes 



POMPE'E, 449 

grandes journées vers Rome avec toutes fes forces, fl f avance w« 
Mais cette dernière circonftance étoit faune , f°™Z. " V€C *** 
car il ne menoit avec lui que trois cens chevaux 
& cinq mille hommes de pied, n'ayant pas voulu 
attendre le refte de fon armée , qui étoit encore 
au-delà des monts , parce qu'il aimoit mieux , n vaut 
avec ce peu de troupes , tomber à l'improvifte tomher auec ?*» »* 

C 1 i i f . troupes fur des gens 

iur des gens troublez ociurpns , que pour arriver mpu , ^av* 
plus fort > leur donner le tems de fe remettre , *Z£% w4 " im 
& ne les combattre que préparez. Car même 
étant arrivé fur le bord du Rubicon , qui faifoit 
les bornes de fon Gouvernement , il s'arrêta & 
demeura longtems plongé dans un profond 
filence, différant de palier, & penlàrit, en lui- 
même à la grandeur & à la témérité de cette 
entreprise ; puis tout d'un coup , comme ceux qui 
fe précipitent du haut d'un rocher dans un abyfme 
d'une profondeur infinie , faifant taire fa railbn , 
& fermant les yeux au danger, il s'écria en lan- 
gage grec, le fort en efl jette', & paffa avec fcn „%££&£ 
armée. 

Dès que le bruit en fut porté à Rome , voilà 
toute la ville faifie d'étonnement , de frayeur ôc 
de trouble , jamais on n'avoit vu un pareil effioi. &M efradam 
Tout le Sénat court d abord vers Pompée, tous 
les Magiftrats fbrtent auflî en foule , & fe retirent 
auprès de lui. Là Tullus lui demande tout haut 
quelles forces, & quelle armée il avoitpour les défendre £ 
Pompée eft longtems à répondre , & ne répond 
que d'un ton mal afluré , qu'il avoit toutes prêtes 
Tome V. L 1 1 



RailL 
& bruta 
nitti. 



450 PO M F E' E, 

les deux légions que Cefar lui avoit renvoyées , &' 
que des trouves , quil avoit enrôlées depuis peu 3 il 
pourroit en affembler très-promptement jufquà trente 
mille hommes. Sur celaTullus fe mit à crier , Pom- 
pée y vous nous avez trompez , &confeilla fur l'heure 
que fans différer on envoyât des Ambaflàdeurs 
araire de Fa- ^ Cefar. Un certain Favonius, qui n étoit pas 
d'ailleurs un méchant homme y mais qui par une 
opiniâtreté obftinée Se par une brufquerie info- 
lente Se brutale croyoit imiter la franchife & la 
TiluTilZ liberté de Caton, dit à Pompée, quil frappât donc 
la terre du pied pour en faire fortir les légions quil leur 
avoit promifes.: 

Pompée iupporta fort doucement cette raille- 
rie très-importune > & Caton l'ayant fait relfou- 
venir de tout ce qu'il lui avoit prédit de Cefar 
Beiu réonfi de ^ s ^ e commencement , il lui répondit , dans tout 
Eompee à Caim. ce q Ue vous m ' ' en avez prédit y vous avez deviné plus- 
véritablement & en plus grand prophète ; & dans tout 
ce que f ai fait > fai agi plus gracieufement &plus en 
homme de bien. En même tems Caton propofa de 
nommer Pompée General avec une autorité fou- 
Maxime de Caton, veraine y ajoutant que ceux qui ont fait le s plus grands 
imnejipas toujours m aux y font ceux qui fçavent aufji le mieux y apporter 
les remèdes. Et tout auffi-tôt il partit pour la Si- 
cile > dont le Gouvernement lui étoit échu parle 
fort y Se tous les autres Magiftrats allèrent de 
même aux Gouvernemens qui leur étoient tombez 
en partage. 

L'Italie étant donc aiafi prefque toute foule-* 



POMPE'E, 451 

vée , on ne fçavoit quel parti prendre , ni à quoi 
fe déterminer. Ceux qui étoient dehors , prenant 
la fuite , accouroient de tous cotez à Rome , Se 
ceux qui étoient à Rome , en fortoient & l'aban- 
donnoient , voyant que dans une fi furieufe tem- 
pête , & dans un fî grand effroi , tout ce qui auroit 
pu rendre quelque fervice 5 y étoit foible ; <& au- 
contraire tout ce qui pouvoit nuire & qu'on avoit 
le plus à craindre ? y étoit fort & violent 5 & diffi- 
cile à réduire par ceux qui avoient le pouvoir de 
commander. Car il étoit impoffible de calmer 
la frayeur qui s' étoit emparé de tous les efprits 3 
& on ne laiffoit pas même à Pompée la liberté 
de fe fervir de fon jugement pour remédier à un 
ii grand defordre; mais chacun , félon qu'il étoit 
agité de crainte , de trifteffe , ou de doute & 
d'incertitude , cherchoit à l'entraîner dans la mê- 
me paffion , de forte qu'il arrivoit fouvent que 
dans le même jour il prenoit des refolutions toutes 
contraires. D'ailleurs il n avoit aucunes nouvelles 
certaines des ennemis ; car les uns lui rappor- 
toient une chofe , .& les autres une autre toute 
oppofée , & s'il refufoit de les croire > ils fe fâ- 
choient tous également contre lui. Enfin après 
avoir déclaré qu'il ne voyoit dans la ville qu'un 
trouble & une confufion fans remède , après avoir 
ordonné auxSenateurs de le fuivre,& protefté que JlZdomfJx^ 
tous ceux quirefteroient dansRome,il les tiendroit naM fï? e < leIh ! v , n * 
pour partifans de Ceiar, ilfortit de la ville le loir j«* «»««• 
lur la brune. Les Confuls prirent auffi la fuite " 



tenu 



Lllij 



4p P O MPE' e; 

tes cor.fHhprtn' fans avoir fait les facrifices que Ton a accoutume 
f9*a*frb/mt*. j e £ a ^ re avant q ue ^ e p art i r pour quelque guerre 

que ce foit. 

Dans cette afïreufe extrémité , Pompée ne laif- 
foit pas de pouvoir fe dire heureux , & digne 

Avantage de Pom- A 13 • > C 1 1 CT n • 

p e dans cette extrê- même d en vie r a cauie de cette grande arrection 
"""• que tout le monde lui témoignoit ; car bien que 

la plupart blâmaflent & déteftaflent cette guerre , 
il ny en avoit pas un feul qui blâmât r ni qui haït 
celui qui la conduifoit , & ceux qui le fuivoient 
pour Famour de lui r fans pouvoir fe refoudre à 
le quitter > étoient infiniment en plus grand 
nombre que ceux qui le iuivoient pour famour 
de la liberté. 

Peu de jours après Cefar arriva à Rome , & 
s'étant faifidelaville, il traita très-humainement 
tous ceux qui y étoient reftez T & calma leurs 
craintes. Mais Metellus , fun des Tribuns x ayant 
voulu K empêcher de prendre de 1- argent du trefor 
public y il le menaça qu'il le tuëroit ; & à cette 
terrible menace r il ajouta ce mot plus terrible 
Mot- tennis je encore • qu'il lui étoit plus difficile de le dire 3 que de 

€.e far ««Tribu» Me- . Ç . \ i . / /»« 11 

mets. le faire. Ayant donc écarte Metelius par ce-moyen> 

Se pris tout l'argent qui lui étoit necerlàire, il fe 
mit à pourfiiivre Pompée , fe hâtant de le chaflèr 
de l'Italie avant qu'il eût pu recevoir les forces 
qui lui venoientd'Efpagne*. 
pompe* empare de Mais Pompée s'étant emparé de Brundufe > Se 

truniuft. , v sy ayant ramafle quantité de galères , fit embarquer 
fur F heure les Gonfuls , & les envoya devant à 



P O M P E E. 453 

Dyrrachium avec trente Cohortes. En même 
tems il dépêcha en Syrie Scipion , fon beau-pere * 
Se fon fils Cneus pour lui aflèmbler des navires 
& des matelots. Et après avoir bien bouché Se 
barricadé toutes les portes , fait de lieu à autre 
des Forts & des places d'armes , garni les mu- 
railles & les tours de ce qu'il avoit de plus léger 
& de plus dilpos dans fes frondeurs & les gens 
de trait, & ordonné à tous les Brundufiens de le 
tenir tranquilement dans leurs maifons fans en 
fbrtir , il creufa devant toutes les rues de la ville y 
de grandes traverfes , qu'il remplit de pieux fort 
pointus , & qu'il couvrit de clayes avec de la 

Et après avoir bien bouché & portumferebant 3 maximis defixis 

barricadé toutes les portes. ] Plu- trabibus , atque eis prœacutis -prœ- 

îarque pafle ici fous filence tout fepit. Pour retarder plus facilement 

ce qui fe paffa au fiége de Brun- Us efforts de Cefar , & pour empê- 

dufe pendant neuf jours. Cela cher que fur le moment de far e- 

meritoit pourtant d'être rapporté * traite fes foldats ne for cent la placer 

comme Cefar l'écrit dans le pre- il ferme & barricade les portes, 

mier livre de la guerre Civile. fait de lieu à autre des Forts & 

Il creufa devant toutes les rues.'] des places d'armés, creufe à la tête 

Tout cet endroit eft obfcur Se de toutes les rues de grandes tra- 

broiïillé même dans le Grec. Je verfes qu'il remplit de pieux fort 

l'aï éclairci par le texte même de pointus , & qu'il couvre de clayes 

Cefar, qui dans le premier liv. . avec de la terre , en les égalant 

de la guerre Civile écrit : Quo pardejjus. Il nefe referva que deux 

facilius impetum Cœfaris tardaret , portes & deux rués qui conduis 

nt ' fub ipfa profeUione milites oppi- foient au port, & il les paliffada 

dum irrumperent , portas obfiruit 3 avec de grojfes pièces de bois fort 

vicos plateafque inœdificat , fojfas pointues. On voit par-là que 

tranfverfas vils prizducit , atque Pompée paliffada les deux rues 

ibi fudes fiipitefque prœacutos qu'il s'étoit refervées. Et larai- 

âefgit , h&clevibus cratibus terra- fon le vouloit , afin qu'en cas 

que in<zquat. Aditus autem atque d'attaque il pût faire fa retraite 

.itinera duo , qu<z extra murum ad avec plus de fureté. 



454 ÎOMPE'E 

terre , en les égalant pardefius. Il ne referva que 
deux rues qui conduifoient par dehors fur le port, 
& il les paliiîàda avec de grolTes pièces de bois 
fort pointues. Le troifiéme jour d'après toutes &s 
autres troupes fe trouvèrent embarquées fans 
tmpù tmiarye aucun trouble. Cela fait , il éleva tout d'un coup 

avec fis troupes. r t A «« . , . , *îl 

un lignai a celles qui gardoient les murailles ; 
elles accoururent à lui très-promptement , &les 
ayant recueillies dans fes vaiflèaux il trayerla 
la mer. 

Cefar voyant les murailles abandonnées > fe 
douta d'abord que Pompée prenoit la fuite ; c'eft 
pourquoi faifant promptement prendre les armes 
à fes gens pour l'en empêcher , il efcaladala ville 9 
Se peu s'en fallut qu'il ne tombât dans les pièges 
qu'on lui avoit tendus y en s'enferrant lui-même 
dans les pieux de ces traverfès ; mais en ayant été 
averti aflèz-tôt par les habitans , il n'eut garde de 
pafTer au travers de la ville , & prenant un grand 
détour j il arriva au port , où il trouva que toute la 
flotte étoit partie , excepté deux navires chargez 
de quelques fbldats* qui ayant échoué contre la 
digue , qu'il avoit faite , furent pris par des cha- 
loupes qu'il envoya. 
&t emharftwmt L a plûp ar t des zens comptent cet embarque- 

de tompee regarde X l o L 1 

comme me rufi de ment de Pompée parmi les meilleures rufes de 
bu. ' ' guerre dont il fe foit jamais fervL Mais Celàr 

Se trouvèrent embarquées fans avoient mené lesConfuls àDyr- 
mtcwi trouble. ] Ils s'embarque- rachium , & que les Confuls 
rent fur les mêmes vaiïleaux,qui avoient renvoyez. 



un reproche. 



P O M P EtÉÏ 455^ 

s'étonnoit comment ayant une ville très-forte, 
&■ attendant l'armée qui lui venoit d'Efpagne > 8c &{<# en *g< mt 
étant encore maître de la mer , il abandonnoit amrmm - 
& livroit toute l'Italie; & Ciceron même lui c/m-*» /»**»>> 
fait un grand reproche de ce qu'il aima mieux 
imiter la conduite de Themiftocle , que celle de 
Pericles x vu que les affaires qu'il avoit reflem- 
bloient plutôt à celles de ce dernier , qu à cel- 
les de l'autre. D'un autre côté Cefar lui-même 
fit bien voir par des effets qu'il craignoit la lon- 
gueur du tems; car ayant pris Numerius, ami 
de Pompée \ il l'envoya à Brundufe avec ordre 

Et Ciceron lui-même lui fait un qu'aux portes d'Athènes , bien- 

grand reproche de- ce- qu'il aima loin de fortir de fa ville , prit le 

mieux imiter la conduite de Themi- parti de s'y défendre , & la fïtua- 

fiocle , que celle de Pericles. ] Le tion de Pompée alors étoit plus 

pafîage de Ciceron, que Plutar- femblable à celle de Pericles 9 

que a ici en vue , eft dans la let- qu'à celle de Themiftocle. Elle 

tre xi. du vn. liv. à Atticus. Je eft encore condamnée par l'e- 

l ? ai rapporté ailleurs. Pompée y xemple des Romains , qui, les 

eft fort blâmé d'avoir abandonné Gaulois s'étant rendus maîtres 

Brundufe. Themiflocle avoit de la ville , fe retirèrent dans le 

autrefois abandonné Athènes , Capitole , ôc s'y défendirent 

& l'avoit confiée à fesvaifTeauxj courageufement. Voilà ce que 

mais cet exemple de Themifto- Pompée devoit imiter, 
ele ne fait rien pour Pompée ; Car ayant fris Numerius ami 

car Themiflocle ne pouvoit pas de Pompée. ] G'eft celui que Ce- 

combattre feul par terre contre far appelle CN.Magius,qui étoit 

tant de milliers de Barbares , & prœfeâus fabrum CN. PompeiL 

le feul parti qu'il avoit à prendre, Xylander a crû qu'il pouvoit 

e'étoit de' s'embarquer. Cette s'appeller Numerius Magvus , ôc 

a&ion de Pompée eft de plus que le furnom Numerius étant 

condamnée par l'exemple dePe- écrit par une feule N. ceux qui 

ïicles , qui cinquante ans après , n'avoient pas entendu ce que 

les Lacedemoniens & leurs al- cette lettre fïgnifîoit , avoient 

Mez étant entrez en armes dans écrit CN, ç'eft-à-dire Cnms v 
je, ôc s'étant avancez juA 



45^ P O M P E' E. 

de déclarer de fà part à Pompée , qu'il ne deman- 
doit pas mieux que d'en venir à un accommo- 
dement y à des conditions juftes Se raifonnables. 
Mais Numerius j, au lieu de revenir 9 fit voile avec 
Pompée, 
&> ferma m*i- Cefar s étant donc ainfi rendu maître de toute 

tre de l'Italie en fit- «j-r f-* C ' • C C 1 

'étante jours . fans 1 Italie en ioixante jours lans verlerune goutte de 
jerfir une g out, de fang ^ you \ i t d'abord pourfuivre Pompée , mais 

il n avoit pas des vaifleaux tout prêts ; car Pom- 
pée les avoit tous pris pour lui en ôter les moyens. 
Renonçant donc à ce deflein, il tire en diligence 
vers TEipagne, pour tâcher de gagner l'armée 
qui y étoit. 
,cr*ndes fi^s ^ Èménk ce tems4à,Pompée afiemble de gran- 
2omféeraj)ïmbiefar <J es forces tant de terre que de mer: il avoit une 

terreO? far mer. Il a . ••if il r Cr \ 

eut une année entière flotte invincible , car elle etoit çornpoiee de cinq 
%ï$p. m C£S eens vaiffeaux de guerre , & d un plus grand 
nombre encore de flûtes légères & debrigan- 
tins. Dans fon armée de terre il avoit une cava- 
lerie , qui étoit la fleur des Chevaliers de Rome , 
& de toute l'Italie 9 au nombre de fèpt mille 9 
tous des plus nobles maifons , de la première ri- 
chefle, & du courage le plus élevé, &une infan- 
terie nombreule , mais rarnaflee de tous cotez > 

Il .avoit une cavalerie , qui étoit cinq cens de la Cappadoce , 

la. fleur des Chevaliers de Rome autant de la Thrace , deux cens 

& de toute V Italie , au nombre de de la Macédoine, cinq cens 

fept mille. ] Mais Cefar dit lui- Gaulois ou Germains 3 huit cens 

même , que cette cavalerie d'é- qu'il avoit levez dans Ces terres 

lite étoit prefque toute compo- ou qui étoient de fa fuite,& ainfi 

fée d'étrangers. Il y en avoit , des autres dont il nomme les 

4it-il, fix cens de la Galatie, païs. 

& 



P O M P E' E. 4j7 

<& qui demandoic beaucoup de foin pour être 
aguerrie Se dilciplinée. Auffi l'exerça-t-il conti- p mf & eum 
nuellement pendant le féjour qu'il fit à Beroé , où "f »^~ h 

L > 1 . n . infanterie « Berae. 

il ne demeurqit pas lui-même oififj, mais feifbit 

les mêmes exercices que fes foldats , comme s'il II f ait *« m ' em ^ 

• / r > 1 n J r a - . exercices ope fa 

avoit ete a la ïieur de Ion âge , ce qui ne contn- / id*ts. 
buok pas peu à raflurer & à encourager les trou- 
pes.de voir le grand Pompée à l'âge de cinquante- ^"poJ^ZL 
huit ans s'exercer encore à pied tout armé , mon- dam ^ a ?8 * """* 
ter enfuite à cheval, tirer Tépée facilement en 
courant à toute bride , &la remettre avec la mê- 
me ailànce dans le fourreau > & lancer le javelot, 
non-feulement avec plus d'adrefle &plus de ju- 
ftefle que les autres, mais avec plus de force , en le 
poufïànt à une diflance, dont les plus jeunes & les 
plus vigoureux pouvoient à peine approcher. 

Il avoit avec lui plusieurs Rois & plufieurs 
grands Seigneurs du païs, qui venoient lui faire 
leurs foumiffions , & un iî grand nombre de Ca- 
pitaines Romains qui avoient commandé des 
armées, qui! en auroit pu faire un Sénat complet, uhknus .v A & 
Labienus,rintimeamideCefar,&quiravoit ac~ r ^^ 
compagne dans foutes fes guerres des Gaules , 

Tirer l'épie facilement en cou- étonnant , dit Dion, que Labie- 
yant à toute bride. ] Au lieu de nus eût pu quitter le parti deCe- 
* &Unt tw <Wço> qui eft dans le far, qui. l'avoir, comblé d'hon- 
texte 3 il faut corriger , comme neurs , ôc qui lui avoit donné le 
dans un mf. 3-ïVyToç tS JWa,. Le commandement de toutes les 
cheval courant à toute bride. troupes qu'il avoit au-delà des 
Labienus 5 l'intime ami de Cefar, Alpes pendant qu'il étoit à Ro- 
& qui V avoit accompagné dans me. Et il en donne la raifon. La- 
toutes fes guerres des Gaules , alla bienus , dit-il , yê -voyant comblé 
Je rendre à lui, ~] Il paroît fort d'honneurs & de richejfes , s'oit*. 

Tonw V. M m m 



45 8 P O MPE' E. 

alla fe rendre à lui. Brutusmême, le fils de celui 
qui avoit été tué par Geminius dans une petite 
ujmieBmîmv* bourgade près du Pô-, homme d'un grand coura- 

ft/Mmenr* iuù. g e 9 & qui jamais auparavant n avoit daigné parler 
à Pompée, ni le fàluer, le regardant comme le 
meurtrier de fon père, alla auffi le foumettre à lui , 
comme à celui qui combattoit pour la liberté de 
Rome. Et Ciceron, quoiquileût écrit tout autre- 
ment ,-&• donné des confeils tout contraires , eut 
honte de ne pas être du' nombre de ceux qui 
s'expofoient genereufement pour la patrie. Tidius 
ndius SéKthk SextiuSj, quoique dans une extrême vieillefie, & 

quoique fon vie» x boiteux d'une jambe, alla auffi le trouver iufques 

fait de mime, ~ i 

dans la Macédoine, Tous ceux de la Cour de 
Pompée le voyant arriver ,fe mirent à rire & àfe 
mocquer^ mais Pompée fe levant de la place cou- 
rut au-devant de lui , prenant pour une grande 
marque de la juftice de fa caufe , que des gens 
d'un âge fi avancé flilent plus que leurs forces ne 
pou voient permettre, & préferaflent d'être en 
danger avec lui, à être en fureté avec les autres. 
Fcmph ùem un Mais après que dans un grand confeil , qui fut 
tenu , on eut arrêté fur la propofition de Caton 
qu'on n ôteroit la vie à aucun citoyen Romain 
que dans le combat, & qu'on ne laccageroit ni ne 
pilleroit aucune ville foumife à l'Empire, le parti 
de Pompée fut encore plus aimé & plus fuivi. Car 

blla jufquà -prendre des airs qui le traita plus froidement , ce que- 
ne lui convenaient point. Cefar Labienus ne putfupporter , & alla 
voyant quil vmloit s'égaler à lui > f* rendre à Pompée. 



grand confeil d< 
guerre. Kefoluticn 
qui yfittprife. 



POMPE 5 E. 4j-p 

, ceux qui ne fe mêloient en aucune façon de cette 
guerre à caufe de leur grand éloignement , ou qui 
n'y entroient point à caufe de leur foiblefle > qui 
empêchoit de les rechercher , s'y intereflbient par 
leurs fouhaits 9 & combattoient parleurs difcours 
pour la jufticc> perfùadez que celui qui ne louhai- 
toit pas que Pompée demeurât vainqueur 9 étoit 
ennemi des Dieux & des hommes. 

Ce n eft pas que Cefar ne fe montrât très- 
doux & très-gracieux dans fa victoire , car en „. „ , , 
.hipagne ayant deiait 1 armée de rompee , $c ^iw (S ^p w? « 
l'ayant toute prife, il renvoya les Capitaines , & Zj{»£* s o%ïw. 
retint les fbldats dans fes troupes. Enfùite ayant 
repaiTé les Alpes & traverfë toute l'Italie , il arriva 
à Brundufe , vers le Iblftice d'hyver, & s'étant 
embarqué peu de jours après, il alla prendre terre ^f^M, 
près d'Oricum parmi des bancs de fable & des ro- t**'fw >, f 

■ L J> S -1 J A a i vr-1 .11. t> r prend ttm près £Q~ 

chers ? douilaepeohayibullius Kurus ami parti- 

II alla prendre terre près d'O- Vibullius. C'eft L. Vibullius 

ricum parmi des bancs de fable & Rufus. Voici comme en parle 

des rochers."] C'eft ainfi qu'il faut Cefar , liv. 1 1 1 . Nous avons 

traduire cet endroit ; car il efl dit que Vibullius Rufus , Vun des 

faux que Cefar eut pris terre à Intendans des machines de Pom- 

Oricum , puifque ce pofte étoit pée , fut fris deux fois far Ce- 

occupé par une efcadre de la far , l'une à Çorfinium, & Vau- 

flotte de Pompée.. Il n'entra à tre en Efpagne , & qu'il V avait 

Oricum que le foir, Torquatus, déjà renvoyé une fois. Cefar crut 

qui y commandoit pour Pom- donc qu'à caufe de .cette faveur 

pée, ayant obligé la garryifon ilferoit très-propre à porter queU 

à lui ouvrir les portes. -Cef. que farole d'accommodement , 

liv. i n, d'autant plus même qu'il avoit 

D'où il dépêcha Vibullius Rufus.'] beaucoup de crédit auprès de fin 

Il y a dans le texte d'où il dépê- maître. Il le dépêche donc avec 

cha Vtbius > mais c'eft une faute , charge de lui dire de fa part , &c\ 
ii faut lire comme j'ai corrigé 

M m m rj 



ricum. 



4 ôo j P O M PE'E. 

culier de Pompée , Se l'un des ïntendans de fes 
machines , qu il avoit pris pour la féconde fois 
prifonnier en Efpagne y & qu'il menoit avec lui. 
cefar eaveye faire II le chargea -d'aller trouver Pompée , & de lui 
SSlSfc P^opofer de fa part qu ils fe trouvaient tous deux 
ï* e - enfemble, qu'ils convinrent de congédier tous 

deux leurs armées en trois jours y & qu'étant de- 
venus amis y & ayant confirmé leur amitié par 
les fermens accoutumez ils s'en retournafîent en 
Italie, 
Pompée prit encore ces offres pour de nouvelles 
embûches qu'on lui dreflbit > & defeendit prom- 
ptement vers la mer y où il fe faiiît de tous les 
Towpie fopé très- poftes & de tous les lieux forts d'affiete , & pro- 

commodément , O* * x . f . Il 

cefiw contraire, près a loger une armée de terre* de tous les ports 
& .de toutes les rades commodes pour les varf- 
feaux, de forte que tous les vents étoient bons 
pour porter à Pompée des vivres , des troupes ^ 
Cefar fcneUe & de l'argent. Ceïàr au-contraire étoit réduit 
* com - fi à l'étroit &par terre & par mer, qu'il étoit 
forcé de chercher à combattre ; pour cet effet il 
attaquoit tous les jours Pompée dans fes retran- 
chemens, & le défioit de fortir en pleine cam- 
pagne. 

Ces fortes d'attaques & d'efearmouches lui 
réuffiflbient ordinairement > mais une fois il faillit 

Pompée frit encore ces offres qu'il le trouva dans la Canda- 
•pour de nouvelles embûches. ] Plu- vie , comme il venoit de la Ma- 
tarque ne dit pas où Vibullius cedoine , pour mettre fes trou- 
trou va Pompée. Et c'eft ce que pes en quartier d'hy ver à Dyr- 
Cefar n'a pas oublié 3 car il dit rachium & à Apollonie. 



battre. 



POMPEE. 4<Si 

à perdre toute fon armée; car Pompée combat- 
tit avec tant de courage Se d'opiniâtreté , qu'il 
fit enfin tourner le dos à fes troupes , après lui 
avoir tué deux mille hommes fur la place, Se il l'au- ce/* fat* ra ? 
roit entièrement défait s'il avoit .pu, ou plutôt 2£^""^g 
s'il avoit ofé le pourfuivre , Se entrer dans fon s ' n avoh P nfl ' te ' âe 
camp pêle-mêle avec les fuyards. Auffi Cefar dit 
le foir à fes amis: Aujourd'hui nos ennemis rempor- M ot de c e far /«r 
toknt une viâoire complette , s'ils avoient eu un chef hf*** de *•«#• 
qui eût [çu vaincre. 

** Ce fùccès enfla tellement le courage des trou- 
pes de Pompée , qu elles le hâtoient d'en venir 
à une dernière décifion par une bataille. Pompée 
écrivit même aux Rois , aux Capitaines Se aux 
villes de fon parti , comme s'il avoit déjà tout 
vaincu, mais en lui-même il redoutoit extrême- 
ment l'ifïuë de ce combat , perluadé qu'il devoit 
plutôt miner & ruiner par la longueur du tems , Pznîtrh-puàmt 

11' r* o % C ^' J 1 • 9 we Pompée vtuleis- 

a diiette oc par les fatigues , des hommes in- jU w , r 

viricibles dans les armes , & accoutumez de lon- 
gue main à vaincre toujours quand ils combat- 
tolent enfembie , mais qui à caufe de leur vieillerie 
.ne pouvoient plus fournir à toutes les autres pé- 
nibles fonctions de la guerre , comme à faire de 
longues & fréquentes traites, à décamper tous les 
jjours, à creufer des tranchées, & à bâtir des forts , 
& qui 3 pour mettre fin à tous ces travaux , ne de- 
mand oient qu'à en venir à une bataille. Avec 
toutes ces raifo m Pompée ne laiflàpas d'avoir d'a- 
bord beaucoup de peine à perfuader à les gens 

M mm iij 



Cefar décampe 



4&î POMPEE, 

d'attendre > & de iè tenir en repos. Il en vint 

pourtant à bout. 

Mais après que Cefar , réduit par cet échec -à 

une extrême difette de vivres., eut levé foncamp 
faute le TivrZ ' pour gagner la Theffalie au travers du pais des 
Entre l'Epie cr Athamanes , il n'y eut plus moyen de contenir 

la fierté & l'infolence de ces loldats 9 qui croyant 

Fierté' C^ infolence s~y C 1 C ' 1 1 

des troupe de Pom- que Ceiar prenoit la tuite , voulaient les uns ? 
pée , fur te décade- q u ' on \ Q pourfuivît lur l'heure, & les autres, qu'on 

ment de Cefar, XL . r* .m \ ■ 

repallât en Italie fans différer. Il y en eut même 
qui envoyèrent devant de leurs amis , ou de leurs 
domeftiques à Rome pour leur retenir des mai- 
Ions près de la Place , comme devant briguer 
les premières charges , dès qu ils y feroient arri- 
vez. Plufieurs autres s'embarquèrent d'eux-mê- 
mes lur le champ pour aller porter à Cornelie p 
que Pompée avoir fait retirer dans -fille de Lef- 
bos, l'agréable nouvelle que la guerre étoit enr 
tierement finie. 

Pompée ayant alîemblé le Conleil pour décî- 

Pompée affemhle i-i.j . > i A r • • 

/* confia furie parti der du parti qu on avoit a prendre > Arranius ,qui 

q&'il devoit prendre. 11 • Cl*' > J v 

Y parla le premier > lut d avis qu on devoir gagner 
Avki'Afianiuu p rom p temcnt fltalie, puifqu'elle étoit le plus 

prand prix qu'on s'étoit propofé dans cette 
guerre , & que ceux qui en leroient maîtres > au- 
roient à leur dévotion la Sicile > laSardaigne, la 
Corfe , l'Efpagne & la Gaule entière. Et , ce qui 
touchoit encore plus Pompée que tout le refte, il 
ajouta que puifque fa patrie lui tendoit les mains 
de fi près, il n'étoit ni beau , ni honnête def aban- 



P O M P E' E, 463 

donner aux indignitez Se aux outrages qu'elle 
fouffroit , Se de la laifler ainfi livrée à la trille fervi- 
tude , où l'avoient réduite les efclaves «Se les flat- 
teurs des Tyrans. Mais Pompée trou voit qu il n'é- Ce i ui ' ™¥ cl * 

. « J 11 C r • 1 r ' • /-\ r Pompée defttfvre ces 

toit ni honorable pour la réputation de ruirCeiar <»«. 
pour la féconde fois y Se de s'en voir pourfuivi , 
lorfque la Fortune le mettoit en état de le pour- 
fuivre lui-même , ni pieux ni jufte d'abandonner 
fon beau-pere Seipion , Se tant de perfonnages 
Confulaires > qui étoient dans la Grèce Se dans la 
Theflàlie , Se qui ne manqueroient pas de tom- 
ber d'abord au pouvoir de Cefar avec tous leurs 
trefors , Se toutes les troupes qu'ils cemman- 
doient > qui étoient très-confiderables, Il trouvoit 
d'ailleurs que c'étoit le mieux fervir Rome Se 
avoir d'elle le plus grand foin } que de combattre 
pour elle le plus loin qu'il étoit poffible], afin que 
fans avoir aucune part aux maux de la guerre , Se 
fans en entendre même le bruit , elle attendît 
tranquilement le vainqueur. 

Cet avis ayant paffé ^ il fe mit aux troufles de ***¥«■#»* *# 
Celar dans la relolution de n en point venir a une 
bataille , mais de l'affiéger partout & de le ruiner 
par la difete, en étant toujours fur lui. Car outre 
qu'il étoit perfuadé que c'étoit là le meilleur 
parti y il lui étoit revenu quelque difeours qui 
avoit été tenu parmi les Chevaliers , qu'après qu'ils „ , , 
Jejerotent défaits de Lejar, iljaUoit aujjt très-prompte-^ vdim desmpte. 
ment fe défaire de lui. Et l'on prétend que cela fut 

r ■ 1 t% r C C • Pourquoi Fompe'c 

eauie que dans cette guerre rompee ne le iervit m fe firvu >j«m*i? 



de Caton , en aucune 
çbofe confiderMe. 



Pompée aceufé 
continuer la guerre 



464 P O M P Ê E. 

jamais de Caton en aucune chofe de conféquen^ 
ce, & qu en marchant contre Cefar, il le laifla 
fur la côte pour avoir foin des bagages , dans la 
crainte que dès que Cefar feroit ruiné &; détruit 5 
il le contraindroit auffi lui r même de quitter fà 
charge & toute fon autorité. 

Ainfi Pompée n eut pas plutôt commencé à 
le mettre aux trouffes des ennemis, que Ton com- 
mença à crier contre lui , & à Taccufer de faire 
laguerre,non à Cefar , mais au Sénat & à la patrie^ 
tjoL çmm " der afin. de commander toujours feul , Se de neceffer 
jamais d'avoir autour de lui pour fes Gardes & 
fes fatellites ceux quife croyoient dignes de com- 
mander à tout l'Univers. Auffi Domitius Enobar- 
Appelle Agamem- \- )US en l'appellant toujours Agamemnon & Roi des 

non Z? Roi des Rois, *. + *-. •il- o V ° 1 1! 

Rois > lui attiroit la haine oc 1 envie de tout le 
monde. Et Favonius ne le piquoit pas moins par 
fes plaifanteries^queleç autres par leur trop grande 
liberté ; car il alloit criant., mes amis » ne vo,us atten- 
dez pas four cette année d'aller manger des figues de 
Tufeulum. Et Lucius Afranius , celui qui avoit per- 
du l'armée d'Elpagne , & qui étc^it aceufé de 
trahifon , voyant alors Pompée éviter le combat^ 
dit, qu'il étoit fort furpris comment ceux qui ïaceufoient* 

Domitius Enobarbus en ïap- Et Lucius Afranius , celui 

pellanç toujours Agamemnon } & qui a-voit perdu l'armée d'EJpà- 

Roi des Rois. ] Comme nous gne , & qui étoit aceufé dé trahi- 

voyons dans l'Iliade qu'Aga- fon.~\ Aclius Rufus àccufa même 

memnon efl appelle Roi des Rois, Afranius de trahifon pour la pertç 

parce qu'il étoit le General de de l'armée d'Efpagne. C'efl ainiî 

tous les Princes qui le fuivirent qu'enparle Cefar, liv. 1 1 1 . 
au fiége de Troye. 

n'avoient 



Flaifanteris d< 
favonius» 



POMPE'E, 46^ 

navoient pas le courage de s'avancer & de combattre 
celui qu'ils appelloient marchand & trafiqueur de pro- 
vinces & d'armées. ^ 

Par ces difcours & autres femblables , ils forcè- 
rent enfin Pompée, qui étoit jaloux de fa réputa- 
tion jufqu'à la petitefle, & à qui une mauvaife pompée ut™* i* 
honte ôtoit la force de réfifter à fes amis, ils le ^X^#/*" 
forcèrent, dis-je , àiuivre leurs efperances & leurs 
mouvemens , & à renoncer aux reflexions & aux 
railonnemens les plus fages , ce qui n auroit pas 
été pardonnable même à un fimple pilote de 
vaiflèau , bien-loin de l'être à un Capitaine gê- 
nerai de tant de nations & de tant d'armées fi 
nombreules. Et lui , qui même avoit accoutumé 
de louer les médecins , qui n accordoient rien aux 
appétits defordonnez de leurs malades , il fe laiûa 
aller à complaire à la partie la plus mal laine de M*wâfe Um* 

f / j j l a^ Ta i de Pompée , la caufs 

Ion armée, de peur de leur paroitre trop radieux defapme. 

Se trop rude , où il s'agifloit de leur vie & de leur 

lalut. Car comment pourroit-on croire bien fains 

ces hommes , dont les uns, en le promenant dans p^j»™» ». 

leur camp, briguoient déjà les Confulats & ks f ?/£4l ""*" 

Pretures ; & les autres , comme Spinther, Domi- 

dus, & Scipion s entrebattoient déjà, & faifoient 

Et les autres comme Spinther , mandoient la connTcation de 

Domitius • & Scipion s'entrebat- ceux qui fuivoient le parti de 

toient deja.^] Cefar a mis cette fo- Cefar. Et il y eut une grande 

lie des Officiers de Pompée dans contestation en plein Confeil, fi 

tout fon jour liv. m. Ils difpu- l'on auroit égard à Hirtius dans 

toient déjà des récompenfes Se la prochaine élection des Pre- 

des facerdoces. Déjà les uns dé- teurs 3 fur ce qu'il étoit abfent , 

iîgnoient les Confuîs pour les Pompée l'ayant dépêché vers 

années fuivantes , les autres de- les Parthes^les amis & les parens 

TomeK Nnn 



'466 F O M P E' E. 

des menées & dés cabales pour la charge de fou* 
verain Pontife, dont Cefar étoit revêtu, & cela 
comme s'ils n avoient eu à combattre qu'un Ti- 
Kahatêem , peu- grane , Roi d'Arménie, ou qu'un Roi des Naba- 

* J téens , & qu'ils n'euflerit pas eu affaire à Cefar & à 

fon armée, qui avoit forcé mille villes , dompté 

se& fimmédre trois cens nations, gagné contre les Germains & 

â* étions de ce/*, j^ Gau j ois ^ batailles fans nombre , fait un mil- 
lion de prifonniers , & taillé en pièces un million 
d'hommes en bataille rangée. Malgré tout cela, 
criant toujours après lui , & lui rompant conti- 
nuellement la tête , ils ne furent pas plutôt def- 
cendus dans la plaine dePharfale, qu'ils l'obligè- 
rent à tenir un confeil, dans lequel Labienus , qui 
eommandoit la cavalerie,fe levant le premier, jura 
quil nefe retirer oit du combat qu'après avoir mis les en- 
nemis en fuite,- Tous les autres firent après lui le 
même ferment. 
Songe rem«rïM La nuit fuivante Pompée fît ce fonge : Il lui 
fembla, que comme il entroit dans le théâtre, tout le peu- 
ple le reçut avec de grands battemens de mains s & que 
e'efî-à-direo ù lui il [e mit à orner de quantité de riches dépouilles la 
chapelle de Venus , appellée Nicephore. Cette vifion le 
rafluroit bien d'un côté , mais elle le troubloit 

tPHirtius s'emprefïant auprès de Pontife. Lentulus la prétendoit 

Pompée pourle porter à tenir la par le privilège de fon âge , De- 

parole qu'il avoit donnée à Hir- mitius,par fon crédit & par fa di- 

tius , & à ne pas donner lieu de gnité,&Scipion,par l'alliance de 

croire qu'il avoit été abufé par Pompée , qui étoit fon gendfe. 

fes promefïes. Déjà Domitius , Cette vifion le rajfurôit bien d'un 

Lentulus & Scipion en étoient coté , mais elle le troubloit aujji de 

fouvent venus aux grofles paro- l'autre. ] Car quel plus heureux 

lés pour U charge de fouverain augure pour Pompée , que d'or- 



Ce qu'il trouvois 
d'effrayant dans ce 
fvnge. 



Terreurs paniques , 
dans le camp de 



ÏOMPE'E, 467 

auffi de l'autre; car il craignoit que Cefar rappor- 
tant fon origine à Venus , ce fonge ne lignifiât 
que lui-même par fes propres dépouilles orne- 
roit Se releveroit la gloire & l'éclat du defeen- 
dant de cette Décile. Il s'éleva même dans tout le 
camp certains tumultes & certains mouvemens^ 
qu'on appelle terreurs paniques , qui l'éveillèrent 
en (urfaut. Et comme on pofoit les gardes du ma- *w«. 
tin, tout d'un coup fur le camp de Ceiàr, qui étoit 
fort tranquille , & où on n'entendoit pas le moin- 
dre bruit y on vit une grande lumière P à laquelle s**»* â l,im ^ * 
un grand flambeau s'étant allumé , alla fondre TJm/™Gf«r" r 
-fur le camp de Pompée. Cefar lui - même rap- 
porte qu'il le vit de fes propres yeux en allant vi- 
îiter fes gardes. Et dès le grand matin Cefar le 

ner de riches dépouilles la cha- gne , pour voir fi Cefar auroit la 
.pelle de Venus viftorieufef N'é- hardielTe de l'attaquer dans fon 

fort avec tant de defavantage. 
Mais Cefar, voyant qu'en au- 
cune manière il ne pouvoit atti- 
rer Pompée au combat , jugea 
qu'il lui feroit plus avantageux 
de changer de méthode , de re- 
muer fon camp , & de faire tous 
les jours des marches. Car en 
changeant ainfi de polie , il fe- 
roit mieux fubfifter fon armée , 
n'en: pas capable la fuperftition f & fatiguerait celle de fon enne- 
Et dès le grand matin Cefar fe mi, Se par-là même il pourrait 



X 



toit-ce pas un figne bien évi 
dent d'une grande victoire? Voi- 
là le bon côté , mais voici le 
mauvais. Cefar defeendoit de 
Venus. A.infî il a voit à craindre 
que ces riches dépouilles ne fuf- 
fent les fiennes propres , dont il 
orner oit le temple de cetteDéef- 
fe. Cette reflexion eft bien inge- 
nieufe. Mais de quel raffinement 



préparant à remuer fon camp 
avant la pointe du jour. ~\ Cet en- 
droit ne feroit pas intelligible , fi 
on n'avoit devant les yeux celui 
de Cefar qui fert à l'expliquer. 
Pompée fe contentoit de ranger 
fes troupes au pied de la monta- 



fe prefenter quelque occafion 
favorable pour le combattre» 
Cette réfolution prife , le lignai 
du départ donné , & les tentes 
déjà pliées , on rapporte à Cefar 
que Pompée étoit forti de fes 
retranchemens , &c. 

Nnn ij 



4 68 P O M P E' E. 

préparant à remuer fon camp avant la pointe du 
jour y & fes foldats pliant déjà leurs tentes , & en- 
voyant devant leurs valets & leurs bêtes de fom- 
me, il arriva des coureurs qui rapportèrent que 
dans le camp des ennemis on voyok des armes 
que l'on portoit.de tous cotez ? & qu'on y enten- 
doit un bruit & un defordre comme de gens qui 
iè préparent au combat. Après ceux-là il en arriva 
encore d'autres qui affiirerent que les premières 
troupes de Pompée étoient déjà en bataille» 
met- fetef» fur A cette nouvelle Cefar s'écrie r voici le jour [h 

Vavis qu'il eut que 7 /~ / \ 7 7 r • ^ i 

Eompeë fe m etioit dejire ou nous combattrons , non contre la faim & la ne- 
m bauiiie. cejjité , mais contre des hommes. En même tems il 

donne ordre qu' on expofe devant fa rente la cotte 
d'armes de pourpre qui eft le lignai de la bataille 
parmi les Romains. Les foldats ne Font pas plutôt 
apperçuë^ que laiiîant-là leurs tentes* ils courent 
aux armes avec de grands cris & une extrême 
allegrefle. Et les Officiers , menant leurs troupes 
dans les lieux qui leur étoient affignez > les rangè- 
rent en bataille , & les placèrent chacun dans leur, 
rang fans aucun trouble r auflî tranquillement , & 
avec autant d'ordre que fi ce n eût été qu'un;, 
fimple chœur de Tragédie. 
ordre de hawiie p omD é e fe mit à fon aile droite % qui étoit op- 

de Bonite & de X * 1 L 

Cefar. Pompée fe mit à fon aîle droite , pée , vit que fon armée étoit 

qui étoit oppofée à Antoine. ] Tout rangée de cette forte : Pompée 

cet ordre de bataiilejtel que Plu- étoit à l'aîle gauche avec les 

tarque le détaille ici, eft con- deux légions que Cefar lui avoit 

traire à ce que Cefar dit lui-mê- renvoyées au commencement 

me dans fon m. liv. Cefar s'é- de leur diflention. Scipion étoit 

îant approché du camp de Pom- au milieu avec les légions de 



POMPE' jfeV 469 

pofée à Antoine r qui commandoit Taîle gauche 
de Cefar. Il donna le corps de bataille àfon beau- 
pere Scipion, qui devoit avoir en tête Lucius Al- 
binus y Se plaça Lucius Domitius à Taîle gauche 9 
qui étoit fortifiée par toute la cavalerie ; car le 
flanc de la droite étant couvert par un ruiflèau *•• 
dont les bords étoient fort efearpez y prefque 
tous les chevaliers Romains avoient pris polie 
à cette aile gauche y comme devant forcer par4à 
Cefar > & tailler en pièces la dixième légion, qui 
pafîoit pour là plus brave & la plus aguerrie * & 
à la tête de laquelle Cefar avoit accoutumé de 
combattre. Mais Cefar, voyant cette aîle gauche 
des ennemis défendue par une fi nombreufe ca- 
valerie, & craignant l'éclat de leurs armes, qui 
étinceloient comme le feu, fit venir du corps de 



Syrie. La légion de Cilicie Sc- 
ies cohortes cTEfpagne , qu'A- 
franius avoit ramenées , étoient 
à l'aîle droite. Cette aîle droite 
avoit le flanc couvert d un ruif- 
feau de difficile accès. C'efl 
pourquoi Pompée avoit rejette 
toute fa cavalerie , les archers 
Se les frondeurs à fon aîle gau- 
che. Cela faifoit en tout 45". ou 
4.5. mille hommes en cent dix 
cohortes, qui n'étoient pas com- 
plettes. L'armée de Cefar étoit 
dans cet ordre ; il n'avoit que 
vingt-deux mille hommes. Il 
plaça la dixième légion à l'aîle 
droite , félon la coutume , & à 
la gauche il mit la neuvième ; 
mais comme, elle étoit fort a£- 



foiblie par les combats de Dyr- 
rachium , il lui donna pour ren- 
fort la huitième. Le refte rem- 
plilToit Fefpace entre les cfeux 
aîles. Antoine commandoit la 
gauche , Sylla la droite, & Do- 
mitius le corps de bataille. Et 
pour lui il fe plaça à la droite - 
vis-à-vis de Pompée. Appien 
conte encore la chofe difFerem- 
ment. Efî-il polîible que la ba- 
taille de Pharfale j qui décida 
du fort du monde entier , ait été 
fi différemment écrite f ou plu- 
tôt eft-il polîible que ce que 
Gefar en dit lui-même ait été fi 
contredit ? Il me femble qu'il 
mérite plus d'en être cru que 
les autres. 

Nnn iiji 



470 P O M P E 5 E. 

■ordre que Ce/ar réferve fix cohortes qu il plaça derrière cette dî~ 

donne à Jîx cohortes . / i i j « « 

.qu'a a fah venir dn xieme légion , leur ordonnant de ne bouger Se 
corps de réferve. ^ Ç Q ten j r e n repos afin qu ils ne fuiTent pas ap- 

perçus des ennemis ; & que quand leur cavalerie 
s'ébranleroit pour donner , alors ils s'avançaflent 
aux premiers rangs , & qu ils fie gârdaflènt bien 
furtout de lancer leurs javelots de loin , comme 
ont accoutumé de faire les troupes les plus braves 
pour en venir plutôt aux coups de main, mais 
que les portant droit à la vifiere, ils tâchaflènt de 
donner dans les yeux & dans le vifage des enne- 
Mot de Gjar fur mis ; car , dit-il , ces beaux danfeurs fi mignons & fi 

les chevaliers qui n > r - l 1 / i i 

étoiem dans l'arma fieuns , pour conjerver leur beauté j n auront pas le 
de Bom^e, cour âge de Contenir l'éclat du fer de ces javelots au on 

fera briller fi près de leurs yeux. 

Pendant que Cefar donnoit fes ordres^Pompée 
à cheval confideroit l'ordonnance des deux ba^ 
tailles y & voyant que les ennemis attendoient de 
pied ferme , Se fans faire aucun mouvement , le 
fignal de charger , Se que la plus grande partie 
de fes gens au contraire , au lieu de garder leurs 
rangs fans impatience , branloient Se s'agitoient T 
flottant çà Se là dans un grand defbrdre faute 
d'expérience de fart de la guerre ., il craignit qu'ils 
ne fe rompiffent dès le commencement du corn- 
Ordre que Pcmfe'e bat. C'eft pourquoi il envoya ordre aux premiers 

donne à fes troupes. s>Y 1 (V C 1 1 n 

rangs qu ils demeuraiient termes dans leur polie , 

& que bien ferrez, & s' appuyant les uns les autres 

n ep biàme- p A r \\ s foutinfTent le choc de l'ennemi. Cefar blâme 

Cejar C? pourquoi, ' * 

Cefar blâme fort cet ordre. ] C'eft *lans le 1 1 1. livre de la 



Le mouvement e «- 

des 

combananu 



F O M P E' E. 471 

fort cet ordre. Car par-là il ralentit la vigueur & 
la force y que rimpetuofité de la courle donne 
aux coups, & en éteignant le mouvement qui ** **>»*»'»■ 

r ' o. \ r r j> ^ amme lam 

remplit le plus d un certain enthouhaime ou d une 
fureur martiale Tarne des combattans , lorfque de 
roideur ils vont choquer l'ennemi y & augmente 
le plus leur courage en l'allumant toujours davan- 
tage par la courfe & par les cris y il refroidit & 
glaça pour ainfi dire fes troupes* 

Cefar avoit environ vingt -deux mille hom-* 
mes , & Pompée en avoit un peu plus du double* 
Dès que le lignai fut donné de part & d'autre * 
& que les trompettes eurent fonnéj, chacun ne 

guerre civile. Je vais traduire le voient moins de coup quand ils les 



paffage entier tel qu'il eft , car 
M", d' Ablancourt n'en a pris que 
le fens , & encore fort imparfai- 
tement ; & tout ce que dit un 
grand homme comme Cefar, 
doit être confervé à la lettre. // 
n'y avoit entre les deux armées 
qu'autant d'efpace qu'il en falloit 
pour charger. Mais Pompée avoit 
ordonné à fes trouves de foittenir 
le choc de V ennemi fans branler , 
& de laijfer F armée de Cefar s'é- 
tendre & rompre fes rangs par la 
courfe ; & l'on dit que ce fut par 
le confeil de Triarius , afin que la 
première ïmpetuofîté & la force de 
ces troupe Sffujfent émoujfées & af- 
faiblies par cette courfe, & que 
leurs rangs fe rompijfent en s* éten- 
dant , &' queux fermes dans leur 
pofle les attaquaient après qu'ils 
feraient ainfi difperfez,. D'ailleurs 
UeJperoU que leurs javelots porfe^ 



attendraient dans leur pofle , que 
s'ils alloient eux - mêmes au - de- 
vant , & quil arriverait même 
que les foldats de Cefar épuifez, 
par cette double carrière , qu'ils 
aur oient franchie feuls , perdraient 
haleine & arriveraient tout recrusi 
Ce qui me paroît avoir été fait 
par PorApée fans aucune forte de 
raifon ; car il y a dans notre ame 
une ïmpetuofîté & une certaine 
ardeur naturelle , qui s'enflamme 
par V impatience du combat , <& lés 
Généraux , au lieu delà diminuer* 
doivent ^augmenter. Et ce n'efl 
pas en vain que de toute ancienne- 
té nos ancêtres ont fait fonner les 
trompettes, & jetter de grands cris 
avant le combat , perfitadez, que 
par toutes ces chofes leurs troupes 
étaient animée s \, & les ennemis- 
étonnez*. 



47^ POMPE' E. 

penfa qu'à fon affaire particulière. Mais un petk 

nombre de Romains , les plus gens de bien > Se 

quelques Grecs des plus fages, qui fe trouvoient 

sages refixiens de k ors du péril , voyant approcher le terrible 

quelques Romains, *■ ' r L - rJ 

cr j e iniques Grecs moment de cette anreuie melee', conlideroient 
à quelle extrémité l'avarice infatiable & l'ambi- 
tion defordonnée de deux hommes avoient ré- 
duit l'Empire Romain. Car c' et oient mêmes ar- 
mes , même ordonnance de bataille ? mêmes 
enfeignes , même nombreufe élite de citoyens 
d'une feule & même ville 9 enfin une feule & 
même puiflance, qui ailoit fe tourner contre elle- 
même 3 montrant par ce grand exemple com- 
bien la nature humaine ., quand elle s'abandonne 

Mien la n^re à ç pa flf ion e ft aveU crle & forcenée. Car s'ils euf- 

humaine abandonnée L O 

« fa pajjion . eji jfe nt voulu fe contenter de commander en repos 

aveugle Zf forcenée. * . ... «n t « 1 

oc de jouir tranquillement de leurs grands ex- 
ploits , la plus grande & la meilleure partie du 
a que us Romahs monde entier y & par terre & par mer , leur étoit 

aur oient pâ faire f . f ^-y. s*i nr 1 1 1 

avec ces dLt armées ioumiie. Ou, s ils euilent voulu accorder quel- 

Ilirf iem fe dt ~ que chofe à cet ardent defir de trophées & de 

triomphes , & étancher leur foif de guerres & de 

batailles , ils avoient encore à dompter les Parthes 

& les Germains , la Schytie entière leur offroit 

Conjtderoïent à quelle extrémité nés de force & de fens. Com- 

V avarice infatiable & l'ambition bien de grands hommes les ont 

defordonnée de deux hommes , lues fans en profiter ! combien 

avoient réduit l'Empire Romain. ~\ de guerres civiles ont encore 

Les réflexions que Plutarque defolé les Etats ! l'avarice & 

•rapporte de ces hommes fages , l'ambition écoutent - elles les 

Se celles qu'il y ajoute font plei- confeils de la fageffe i 

fes 



POMPE 5 E. 473 

les varies folitudes, & l'Inde tous {es trefors. En- 
core auroient-ils eu un prétexte honnête Se. plau- 
fible pour couvrir leur inlatiable cupidité, le def- 
fèin de polir & de civilifer ces Nations barbares. 
Car quelle cavalerie des Scythes , quels arcs des 
Parthes , quelles richeffes des Indiens auroient pu 
refifter à foixante dix mille Romains qui feraient 
entrez dans leur pais , Se fous la conduite de deux 
Généraux 3 comme Cefar Se Pompée , dont ces 
Nations étrangères avoient connu le nom avant 
que d'avoir même entendu parler de celui des Ro- 
mains 5 fi loin ces deux grands Capitaines avoient 
porté leurs armes viétorieufes ? & tant ils avoient 
dompté de differens peuples lauvages , farou- 
ches & brutaux ? Et alors ils étoient en bataille 
l'un contre l'autre , tout prêts à fe charger fans 
avoir pitié au moins de leur propre gloire , dont 
ils étoient fi jaloux, qu'ils lui immoloient leur 
patrie , Se qu'ils alloient pourtant flétrir en per- 
dant l'un ou l'autre le titre d'Invincible , qu'ils 

Le dejfein de -polir & de cïvili- gner aux Nations les plus bar- 

fer ces Nations barbares. ] Voilà bares à adorer les Dieux de la 

un plaifant motif pour aller por- Grèce , Se pour les polir & les 

ter la guerre jufqu'aux bouts du civilifer en les retirant de leur 

monde, Plutarque. étoit dans ce vie fauvage & brutale, 

principe , que la guerre pou- Sans avoir pitié au mçins de 

voit être entreprife à cette fin , leur propre gloire. ] Cette idée 

& c'en: même là le but qu'il eft noble & forte , & elle 

donne à Alexandre : car dans jette un grand ridicule fur ces 

fon traité de la fortune de ce deux chefs. Ils font tout pour 

Prince , il le reprefente comme la gloire , & cependant ils vont 

pn Philofophe , ou plutôt com- flétrir cette gloire , à laquelle 

me un Millionnaire , qui par- ils facrifient tout comme à leur 

court toute la terre, pour enfei- idole. 

Tome K O o o 



47 4 POMPE 5 E. 

avoient eonfervé jufqu'à ce jour. Car l'alliance 
qu ils avoient contractée , les attraits de Julie y 
&ces noces avoient été plutôt des gages fufpeéts 
& des arrhes trompeurs d'une focieté contra- 
riée pour leur utilité particulière r que le nœud 
d'une véritable amitié. 

Quand donc la plaine de Pharfale fut toute 
couverte d'armes , d'hommes & de chevaux , & 
que de part & d'autre on eut fonné la charge ; le 
premier, qui s'avança de l'armée de Cefar pour 
fondre fur l'ennemi, ce fut Caïus Craffianus , qui 
à la tête de fix-vlngts hommes voulut tenir la, 
grande promefïè qu'il avoit faite le jour même 
à fbn General. Car Cefar l'ayant rencontré le 
premier le matin en fortant de fon camp , & 
l'ayant arrêté ôtfalué par fon nom, il lui avoir 
demandé ce qu'il penfoit de la bataille , & il lui; 
MotieCrajjîanm a y i t répondu en lui tendant la main , vous la ga- 

en Crafiinus a Cejar i- a c -' 

avant u batailu. gnerez glorieufement ? Cefar , & aujourdhui vous me 
louerez ou mort ou vif. Se fouvenant donc de cette 
grande parole , il s'élança le premier, entraîna 
avec lui plufieurs foldats de la première compa- 
gnie , & fè jetta tête baiflee- au milieu des enne- 
mis. On en vint bien-tôt aux épées & aux coups 
de main avec grand meurtre ; & comme Crafîia- 

r A la tête de fix<-vïngts hommes. ~\ miere compagnie de la dixié- 
C'eft le fens de ce mot , ày«fywy me légion , & alors fix-vingts 
sjteiToy «;:o<m Xox^y^- Car Crafli- foldats de ceux qu'il avoit com- 
mis n'étoit pas leur Capitaine ; mandez autrefois , fe joignirent 
c'étoit un vétéran volontaire , volontairement à lui. 
qui avoit commandé la pre- 



POMP E' E. 475- 

nus pouiïbit toujours en avant , renverfant tout 
ce qui ofoit lui faire tête , un foldat de Pompée 
l'attendant de pied ferme , lui porta un fi grand 
coup d'épée dans la bouche , qu'il le perça d'ou- 
tre en outre , & que la pointe fortit derrière la 
nuque du cou. Craffianus étant tombé mort , le 
combat fe foutint en cet endroit avec un égal 
avantage. 
Pompée ne mena pas à la charge ion aile droite PaHte de * om P" ?«* 

rr •• 1 a • • i a r perdit un ttmi trèi- 

allez promptement, mais jettant la vue de cote £»•««»*. 
& d'autre , il attendoit ce que feroit fà cavale- 
rie , ce qui lui flç perdre un tems très-précieux. 
Déjà cette cavalerie avoit étendu fes efcadrons 
pour envelopper Cefàr , & pour repoufïèr jut 
ques dans fbri bataillon fa cavalerie qui étoit en 
petit nombre , lorfque Cefar levant le lignai 3 %«*( * ou 

3-\ 4' • " v r i donné À propos* 

qu il avoit promis , tout d un coup ia cavalerie r 

s'entrouvrit , & les fix cohortes , qu'il avoit pla- 
cées derrière fà dixième légion , & qui faifoient 
trois mille hommes ^ s'ébranlèrent pour aller au- 
devant de la cavalerie de Pompée, & pour l'em- 
.pêcher de les tourner ;& l'ayant jointe très-brut 
quement , ils dreflerent la pointe de leurs javelots, 
félon l'ordre qui leur avoit été donné, & viferent 
droit au vifage. Cette jeune cavalerie , qui étoie 
novice à toute forte de combats, & encore moins 
faite à cette forte d'efcrime , à laquelle elle ne 
s attendoit point , n'eut le courage ni de parer , ni , u \ eme cava ~ 

if . L t » 1 • • ' r * eri ' e Pompes 

de ioutemr les coups qu on lui portoit ainii aux prend u frite , 

t • i r 1 a^ r i comme Cefar Va* 

yeux , mais détournant la tête, ou le couvrant le veit p r éw! 

O o o ij 



P O M P E' E. 
vifage avec les mains , elle plia d'abord , & prit 
honteufement la fuite. Les gens de Cefar lui 
voyant tourner le dos y ne daignèrent pas pren^ 
dre la peine de la pourfuivre y mais fe jetterent 
'v infanterie de fur l'infanterie de cette aile , qui dénuée de là 

ïaile gauche de V -. -a • rr \ r 

Fompéedêmée def* cavalerie , pouvoit être aiiement enveloppée. 

C *7Ù" ' eJÎ mifi Ces cohortes la prennent donc par les flancs pen- 
dant que la dixième légion la choquoit de front, 
elle ne fit pas une longue refiftance ? & fe mit à 
fuir à vauderoute , voyant qu au lieu d'envelop- 
per les ennemis , comme elle ï avoit elperé y elle 
le trouvoit elle-même enveloppée. 

Cette aile ainfî rompue , Pompée voyant 

une grande pouffiere s'élever , conjeélura tout 

auflî-tôt ce qui étoit arrivé à fa cavalerie. Ilferoit 

difficile de dire ce qui luipaiTa dans l'efprit en ce 

tm je pommée, moment. Tout d'un coup il relTembla a uîi 

Quand il vit la de- . f / \ \ C C C 

route de fin du homme étonne qui a perdu le iens ; car ians le 

fouvenir qu'il étoit le grand Pompée, il quitta la 

impie , fe reti- partie , fe retira à petits pas dans fon camp, repre- 

T U)L"7ZLt 3 entant parfaitement ce qu'Homère dit dans ce 

2»i fe retire devant paflage : mais dans ce moment Jupiter du haut des cieux 

u.i Treyens. *■ ^ . 

vérfe la terreur dans le cœur d'Ajax. Il s'arrête tout 
étonné , & rejettant fon bouclier fur [es épaules , & rer 
gardant tout autour de lui, il fe retire à pas lents , non 
enfuyant > mais en tournant fouvent la tête. Tel Pom- 

Re-prefentant -parfaitement ce vant Heftor. Plutarque l'ap- 

quHcmere dit dans ce paffage. ] plique heureufement à Porr?- 

G'eft un paflage du xi. liv. de pée, qui fe retire devant Ce- 

Hlhde, où Homère parle.no- far , & par-là il ennoblit eu 

blement de la fuite d'Ajax de- quelque façon fa fuite. 



P O M P.E'.E.' 477 ■ 

pée entra dans fa tente , & s'affit fans dire une 
feule parole jufqu'à ce que les ennemis > qui pour- 
fuivoient les fuyards , étant arrivez à fes retran- 
chemens , il s'écria^ quoi jufques dans mon camp ! 
& fans proférer une feule parole de plus , il fe 
leva , prit une robe convenable à l'état prefent n , , 

i r r o r ' 1 / 1 r rn Pompée change 

de la fortune, oc le déroba lecretement. Toutes £h<Ait,&> f e fe 
les autres légions prirent auffi la fuite > & Ton fit r 
grand meurtre des valets & de ceux qui avoient r r 

O 1 tejar en mes 

été laiifez pour la garde du camp. Car de troupes v An \ e miLle ©* 

1/ tV 11- ' C \ I -11 vingt-quatre mille 

réglées , Poilion , qui le trouva a cette bataille , M^mm. 
• Se qui étoit du parti de Cefar ? afîùre qu'il n y fut 
tué que fix mille hommes. 

Quand le camp eut été forcé 3 on vit la folie i?fifo fr u va- 
& la vanité des troupes de Pompée; car il ny avoit "plpJc p$$ m l 
pas une feule tente qui ne fut couronnée de bran- lmrs fenPeSi 
.•ches de myrte , ornée de gazons & de lits de 
fleurs y & remplie de tables dreffées , & de buffets 
couverts de vaiffelle d'argent. On y voyoit par- 
tout des urnes remplies de vin , & tout l'appareil 
& toutes les marques de gens qui ont fait un fa- 

Quand le camp eut été for ce. ] ches de myrte."] Voici comme Ce- 
Car après la bataille gagnée, far en parle. Le camp ayant été, 
Cefar, pour ne pas donner le forcé , on vît en entrant les tables 
teras à Pompée de fe rafTurer , dreffées avec de magnifiques buffets 
alla attaquer fes retranchemens, de vaiffelle d, 'argent , les tentes 
Se fit donner un grand affaut. accommodées de gazions tout frais, 
Les cohortes laiflees pour la & quelques-unes , comme celle de 
garde du camp 5 fe défendirent Lentulus, couvertes de lierre, avec 
courageufement , mais enfin le plufïeurs autres chofes , qui mar- 
camp fut forcé. quoi en t un peu trop de luxe & de. 
Car il ny avoit pas une feule molleffe , & une trop grande affur- 
Mme- qui ne fût couronnée, de bran- rance de la viffoire, 

O o o iij 



47? P O M P Ë 5 E. 

crifîce > & qui longent bien plus à célébrer une 
fête , & à fe réjouir , qu'à s'armer & à fè prépa- 
rer à une bataille > tant ils étoient féduits & cor- 
rompus par leurs vaines efperances, & remplis 
d'une folle témérité en entreprenant cette guerre. 
Quand Pompée fut un peu éloigné du camp, 
il laiflàfbn cheval, n ayant que peu defes gens 
auprès de lui ; & comme il vit que perfbnne ne 
le pourfùivoit, il marcha tout doucement, plongé 
dans les penfées qui dévoient occuper un per- 
ïbnnage , accoutumé pendant trente-quatre ans 
à/pf^ùfprt ! à tout vaincre & à tout forcer , qui dans fa vieil- 
À0*k*.' leflè commençoit à éprouver ce que cétoit que 

la défaite & que la fuite. Il faifoit en lui-même 
ces réflexions , comment il avoit pu fe faire qu en 
tine heure de tems il eût perdu toute la gloire 
qu'il avoit acquifè , & augmentée par tant de 
guerres & tant de batailles , & que dépouillé de 
cette grande puiflànce , qui , fi peu de momens 
auparavant lui fourniiïoit tant de milliers d'hom- 
mes de pied , tant de milliers de chevaux , & 
ces nombreufes flottes , dont il étoit appuyé & 
fortifié , il rut devenu fi petit , & qu'il marchât 
ainfi en fi chetif équipage , que fes ennemis mê- 
mes , qui le pouriùivoient ., ne pouvoient le re- 
connoître. 

Il paflà àLariiïè fans s'y arrêter, & étant ar- 
rivé à Tempe, brûlant de foif , il fe jetta à terre 
.fur le vifage, but dans la rivière , & s' étant relevé , 
11 traverfa la vallée , & arriva fur le rivage de la 



P O M F E 3 E. 479 

mer. Là il paflà la nuit dans une mifeable ca- impu p*ff e u 
bane de pêcheurs ; à la pointe du jour il fe jetta T*Liî$i»w>T 
dans un batteau de rivière > & parmi ceux qui le 
Envoient , il choifit ceux qui étoient de condi- 
tion libre pour les mener avec lui , & renvoya 
les efclaves y leur ordonnant d'aller hardiment 
trouver Cefar , & de n'avoir aucune crainte. 

Comme il côtoyoit le rivage il apperçut à la 
rade un grand vaiffeau de charge > qui étoit prêt 
à faire voile, & dont le patron étoit un Romain ,■ 
qui n'avoit jamais eu de commerce avec lui , & 
qui ne le connoiflbit que de vue. Ce patron s'ap- 
pelloit Peticius. La nuit précédente il avoit vu 

.'C t» / i **ri> • c a Songe $u»¥atirvn 

en longe rompee r non tel qu il 1 avoit louvent vu bvàffhm de ch**- 
autrefois % mais dans un état d'humiliation & de f^ZeT^™* 
baiîeflè y & qui s'entretenoit avec lui. Et il racon- 
toit ce fonge à ceux qui étoient dans fbn vaiffeau y 
comme il arrive d'ordinaire aux gens qui ont beau- 
coup de loifir de s'entretenir de ces fortes de cho- 
fes, fùrtout quand elles font fi confîderables. Dans 
le moment qu'il achevok d'en parler > tout d'un 
coup un des matelots cria quil voyoit un batteau 
de rivière \ qui s'éloignoit de la terre faifànt force 
de rames pour s'approcher d'eux , & dans ce bat- 
teau quelques hommes , qui faifoient ligne avec 
leurs hâbks y & qui tendoient les mains de leur 
côté , comme pour demander du lecours. 

A ces mots Peticius fe levé & jette les yeux du 
côté de la barque ; il reconnoît d'abord Pompée $ 
tel qu'il f avoit vu en fonge > & fe ipppant la 



4 8o P O M P E s E. 

tête de douleur , il commande à fes matelots de 

defcendre l'efquif , tend la main à Pompée, Se 

ce Patron reçoit l u j f a i t figne d'approcher , conjecturant dès ce 

dans /on vaiffea» P~ , £ ; L x p V r 1 • 1 •■ 

Fompee & ceux de moment a ion habit oc a la figure 1 échec qui lui 
/*>*'*' étoit arrivé ^ & ce grand changement de fortune. 

Ceft pourquoi fans attendre qu' il le priât , ni mê- 
me qu'il lui pai.'.ât , il le reçut dans fon vaifïeau , & 
avec lui tous ceux qu'il voulut , comme les deux 
Lentulus & Favonius , & continua fa route. . 
Quelques momens après ils virent fur le rivage 
LtRtïDejotams le Roi Dejotarus y qui fe tourmentoit à leur faire 

parait fur le rivare, •» . j i i i o \ • %•*• 

f^t figne , &u ligne., ils approchèrent de la terre, oc le recueilli- 
Xtr%oT ech '■'' rent - L'heure de manger étant venue , le patron 
du vaiflèau leur apprêta lui-même à fouper de ce 
qu'il avoir ; & Favonius , voyant que Pompée , 
faute de valets , commencoit à fe deshabiller lui- 
même pour fe baigner , courut à lui , le desha- 
TavMi»ifirt de billa y le baigna 9 & le trotta d'huile, & depuis ce 
moment il continua d avoir loin de lui , oc de le 
fervir comme les valets fervent leurs maîtres , 
jufqu'à lui laver les pieds , & à lui préparer les re- 
passe forte que quelqu'un voyant avec quelle no- 
blelTe,&quelle fimplicité,£ans aucune affectation il 

Et Favonius , voyant que Pom- lui-même } on lit ùp%o{jitvov uvtoy 

vée, faute de valets , commencoit à v<nro)\ueij t commençant à fe dé~ 

fe déshabiller lui-même. ] Il y a chauffer lui-même. Et dans la li- 

dans le texte une faute qu'on gne fuivante, il faut lire J-sréAwffê, 

trouve corrigée dans le mf. de il le déchaujfa. Dans la traduc- 

la Bibliothèque de S. Germain, tion j'ai mis deshabiller , au lieu 

car au lieu de Apxo/uMùy *«t»v de déchaujfer , car ce mot com- 

4W5-oA««y ,cojmaençant àfebaigmr prend tout. 

e ' ! lui 



POMPE'E. 48 r 

lui rendoit tous ces fervices , s'écria , oh que tout 
fied bien aux généreux courages l 

Pompée pafîa en cet état près d'Amphipolis , 
où n'ayant été qu'une nuit à l'ancre , il cingla vers 
rifle de Lefbos pour y prendre fa femme Cor- usbTjL/prlnire 
nelie & fon fiis 5 qui étoient dans la ville de r*fy™orneu e o- 
Mitylene. Quand il fut abordé , & qu'il eut jette 
l'ancre fur le rivage, il envoya à fa femme un lUnvoyt me**- 

1 » ff 1> „ 1 • C 1 ritr à fa femme à 

courrier ., non tel qu elle 1 attendoit 3 car lur les MiyiJ*. 
nouvelles qu'on lui avoit annoncées, ou qu'on 
lui avoit écrites pour la féliciter , elle fe flatoit 
que la guerre avoit été entièrement finie par le 
combat de Dyrrachium , & qu'il ne reftoit à 
Pompée d'autre affaire que de pourfuivre Cefar» 
Le courrier l'ayant trouvée dans cette confiance * Câat ^ ee tm „ 
n'eut pas la force de la faluer , & lui ayant fait rîer u mM> *' 
entendre la plupart de fes malheurs , & les plus 
grands , plus par fes larmes que par fes paroles , 
il la preflà de f e hâter fi elle vouloit voir Pom- 
pée fur un feul vaifleau P & qui n'étoit pas même 
à lui. 

A cette trifte nouvelle Corneiie fe ietta à terre s»f& *\ Cov " 

■\ 11 j I V C ' r r o C nelie qui croyoitEem" 

ou elle demeura longtems i eiprit égare , oc ians péevai»^ 
proférer une feule parole. Enfin étant revenue 
à elle à grand'peine , & penfant que ce n'étoit pas 
là le tems de s'amufer à verfer des larmes & à 
poufïèr des regrets , elle fe leva , traverfa rapide^ 
ment la ville ? & courut au rivage. Pompée alla 
au-devant d'elle > & la reçut entre fes bras com- 
me elle alloit tomber de foiblefle. En fe biffant 
Tome V. Ppp 



lueur. 



4«* P O M P K E, 

aller fur lui, elle lui dit d'une voix foible & le 

vifcovrs de Cer* vifage baigné de larmes : Mon cher mari,helas ! que 
neiu à [m mari, pétat où je te vois , efl bien l'ouvrage de ma for tune , & 
non de la tienne ! Te voila réduit à un [eul pauvre petit 
vaiffeau > <ÙT même à un vaiffeau d'emprunt * toi qui 
avant ton mariage avec Cornelie as navigéfur cette mer 
avec cinq cens voiles ! Pourquoi es-tu venu me voir ? Eï 
que ne m'as-tu abandonnée à mon malheureux dejlin 3 -, 
moi qui ne. t'ai apporté que malheurs & que miferes ? 
Quefaurois été heureufefije fuffe morte avant qued'ap* 
prendre la mort de Publius Craffus mon premier mari: 
que les Par thés m'ont tué! ou quefaurois été [âge > fi 
après fa mort je l' avois fuivi dans le tombeau y comme 
j'en avois le deffein ! Je n'ai donc confervéma vie que 
pour faire le malheur du Grand Pompée ! 

On aflïire que Cornelie dit à Pompée ces 
mêmes paroles , & que Pompée lui répondit :■ 
2t"ktrul°cornl Cornelie y tu n'as connu jufqu ici que la bonne fortune^ 
u*~ & c'eft cela même qui t'a trompée , parce quelle a été 

avec moi plus longtems . quelle n'a accoutumé d'être* 
avec fes favoris. Mais il faut fupp or ter fes revers puif- 
que nous fommes nez hommes j & la tenter encore , car 
Une faut pas defefperer que de la baffeffe > ou je fuis 
réduit y je nepuifje encore m élever à ma grandeur paf- 
fée, comme de ma grandeur paffée je fuis, tombé dans 
la bafjeffe ou tu me vois. 

Cornelie fît venir de la ville tout ce qu'elle 
a voit de plus précieux j) & tous fes domeftiques a 
LesMityleniens vinrent laluer Pompée & le prier 
de vouloir entrer dans leur ville ? mais il les refufo 



POMPE' e; 483 

<& leur dit qu'ils dévoient obéïr au vainqueur , *m?u confiai* 
& fe rafïurer; car, ajouta-t-il, Ce far eft bon & 2* r Tc*fïr. temdo ~ 
clément. Et le tournant en même tems vers Cra- 
tippe le Philofophe , qui étoit auffi defcendu 
de la ville pour le voir, ilfe plaignit un peu de p^^^, 
la Providence , & voulut former quelques doutes àeU?rovi ^™ e /*- 

r it ^ • r -r • r 1 t 1 • vant Philo f°P f * 

iur elle. Cratippe iaiioit lemblant par compiai- a**#«. 
lance de céder à fes raifons , & tâchoit tout dou- 
cement de le porter à avoir de meilleures efpe- 
rances , pour ne pas lui paroître trop dur & trop Manière d^ceUs 

1 \ - rn r 1 > \ ^ rat 'pp e tache àe le, 

importun en lui reiiitant 11 mal-a-propos , car a ramener. 
tout ce que Pompée objectait contre la Provi- 
dence , Cratippe pouvok fort bien répondre , 8c 
démontrer qu à caufe du grand defordre qui 
regnoit dans toutes les parties de l'Empire, les af- J^n^^fE. 
faires a voient befoin de tomber entre les mains & eri > &-&*&*- 
d un Monarque qui les gouvernât. Et pour le ««•. 
mieux convaincre 9 ilpouvoit lui faire cette quel- 

// fe -plaignit un peu de la Pro- davantage , fl vous eujfiez, vaincu 

■évidence. ] Car c'eft la folie des vous-même ? Ce n'efi donc pas 

hommes , ils doutent de la Pro- par ce qui nous regarde en par- 

vidence dès qu'elle ceffe de les ticulier, qu'il faut toujours juger 

favorifer , comme fi elle ne de- de la Providence , il en faut ju- 

voit être occupée que de leur ger par ce qui précède & par ce 

fortune. qui fuit, en un mot, par les de^- 

Il pouvait lui faire cette quèf- feins de Dieu fur les hommes» 

tion, quiparoît fans réplique : Pom- Si l'on y prend bien garde, ce 

pée , comment croyez-vous , &c. J qui nous fait douter de la Pro vi- 

En effet , cet argument eft très- dence , eft ce qui la prouve in-* 

fort, & il réduit à Fabfurde. vinciblement.Onnepeut à mon 

Pompée dit ". Il ny a point de avis douter que ce ne foit le ve- 

Providence , parce que Cefar a ritable fens de tout ce pafîàge 

vaincu ; Se Cratippe pouvoit rë- qu'on a voulu changer très-mal 

çondre , mais y en auroit-il m à propos. 

pppij 



484 PO M P E J E. 

tion, qui paroît fans réplique : Pompée s commem 
croyez-vous » & quelle fi grande preuve nous donnez^ 
vous que fi vous aviez remporté la viBoire , vous au- 

Xar tout cela eft . r> J T ^ f~* C 5 **f 

nop ékvé A »-dejfm nez mieux uje de votre fortune , que Lejar r mais il. 
<hs hommes pour être f ut l a j{f er j| toutes ces fortes de difputes , corn- 

fonde par une intet» L ' 

agence aujji bornée me tout ce qui appartient aux Dieux. 

Pompée ayant embarqué la femme & les 
amis, fit voile fans s'arrêter en nul endroit que: 
dans les ports où la neceffité le forçoit # de re- 
lâcher pour faire de l'eau > ou pour avoir des 

Fille maritime de T . \ -\ y a r \ ^ A- j 

la Tampon*. vivres. La première ou il sarreta > rut Attalie dans 
laPamphylie. Làilfut joint par quelques galères- 
de Cilicie > & il aflembla quelques troupes ; en- 
viron foixante Sénateurs fe rendirent auprès de. 
lui y & ayant reçu des nouvelles que fa flotte 
étoit encore entière T & que Caton après avoir 
recueilli beaucoup de foldats de la défaite , étoit 
palTé en Afrique ,. il fe plaignit amèrement de^ 
Fmfàfe iiàme fon fort à fes amis. Surtout il fe blâma fort lui- 

i' avoir combattu fi a J ?a 1 • rrr c x 1 

un défaite, même de s être lame forcer a combattre avec 
fon armée de terre, fans faire aucun ufage de fes 
forces maritimes 3 dans lefqu elles il étoit fans 
contredit le plus fort , & de ne s'être pas approché 
de la flotte , afin que s'il eut reçu un échec par 
terre , il eût eu au moins fur la mer une autre 
armée toute prête & capable de faire encore 
tête à l'ennemi* Et il faut avouer que jamais ni: 

Sans faire aucun ufage de fes ffct&af-, comme dans lemf. delà 
forces maritimes. ] Au lieu de Eibliotheque de S. Germain^ 
fmoK&iffâ&tij j il faut lire «ttcu^ 



POMPE 5 E. 

Pompée ne fît une fi grande faute , que d'avoir cwwfc fumé 
donné la bataille fi loin du lecours de fes forces Chaînas cf/Jr" G 
de mer 7 ni Cefàr n'imagina une rufe fi profonde 
que de l'avoir ainfi éloigné de fa flotte. 

Cependant Pompée, forcé d'entreprendre , Se 
de tenter quelque chofe avec le peu de moyens 
qui lui reftoient, envoyoit dans plufieurs villes y 
& alloit lui-même en d'autres demander de l'ar* 
gent, & travailler à équiper des vaifleaux. Mais^ 
connoifiant la vivacité & la diligence de fon en-* 
nemi ? & craignant que par fon arrivée foudaine 
il n'interrompit & n'interceptât même tous fes 
préparatifs, il examinoit en lui-même quel afyle 
& quelle retraite 1ère il pourroit avoir dans l'état 
où il fe trouvoitv 

Après avoir tenu fur cela un confeil, on trouva Jc^îipttu- 
qu'il n'y avoit ni Province > ni Gouvernement *?? f ell < mraite 
dans l'Empire où ils puflent être en fureté. Et 
pour ce qui eft des Royaumes étrangers , il pro- 
pofa lui-même celui des Parthes , & dit que celui-- ^ ^&mh?£ 
là lui paroifloit le plus propre pour le prefent à 
les recevoir & à les protéger foibles comme iffc 
étoient , & enfuite à les appuyer & à les renvoyer 
avec des forces fùffifantes pour les rétablir. Pref- 
que tous les autres y qui étoient de ce confeil r 
jettoient les yeux fur l'Afrique & fur le Roi Juba. 

Mais Theophane de Lefbosdit, qu'il trouvoit 

Envoyait dans plufeurs villes. ] tetç'vrt&witfiiïnï comme dans le 
Il y a dans le texte \m t«ç ttÔMç m ^ de ^ a Bibliothèque de S. 
ma.pi'ïïîix'ïïi* Il faut lire %m râç &&*, Germain, 

Ppp iij, 



4 8<5 P O M £ E' E. 

rbùphau propre très - infenfé , premièrement , de laiflèr là l'E- 
l^ItmZs"" 1 ^ g7P te • , *5M n ^toit qu'à trois journées de navi- 
gation , & fon Roi Ptolemée qui ne venoit véri- 
tablement que d'entrer dans l'âge de puberté s 
mais qui étoit engagé à Pompée par toutes les 
obligations que fon père lui avoit des grands fer- 
vices qu'il en avoit reçus , pour aller fe jetter 
entre les mains des Parthes, la plus infidelle de 
toutes les nations. En fécond lieu il reprefenta à 
Pompée qu'il avoit très-grand tort , de peur d'être 
le fécond après un Romain , qui étoit même fon 
beau-pere ? de refufer d'être après lui le premier 
de tous les autres hommes, & de ne vouloir pas 
éprouver fa modération , pour aller rendre maître 
de fà perfonne un Arface, qui n'avoit pu fe 
rendre maître de celle de Craûus vivant. Et en- 
fin , que rien n'étoit plus mal penfé que de mener 
une jeune femme de la maifon de Scipion parmi 
des Barbares, qui ne mefùroient leur pouvoir 
qu'à la licence de commettre toutes fortes d'in- 
fblences & d'infamies. Car quand même elle 
ne fourTriroit rien de leur brutalité, cependant 

Et fon Roi Ptolemée , qui ne ve- fa quatorzième année. 
noit que d'entrer dans ïâçe de pu- Pour aller rendre maître déjà 

berté."] C'eft Ptolemée, furnom- -perfonne un Arface.~\ Mais alors 

mé Dionyfîus, fils de Ptolemée il n'y avoit point de Prince de 

Auletes , qui étoit mort Tannée ce nom fur le trône des Parthes, 

d'auparavant, c'eft-à-dire , l'an & jamais Craiïus n'eut à com- 

de Rome 704. & cette bataille battre contre Arface. Apparem- 

dePharfale fut donnée l'an 705*. ment Theophane met ici un 

après laquelle Pompée fe retira Arface pour un des defcendans 

en Egypte. Ptolemée étoit dans à Arface. 



FOÎO E J E.. 
le feu! ibupçon qu'elle auroit pu en fo offrir , 
parce qu elle auroit été avec des gens capables 
de tout entreprendre , & qui en avoient le pou- 
voir , étoit une affreufe indignité. On prétend 
que cette dernière confideration fut la feule qui 
rompit le voyage de l'Euphrate , s'il efl: vrai que 
ce fut le raisonnement de Pompée , & non pas 
plutôt iamauvaife fortune ? qui lui fit prendre cet 
autre chemin. 

Quand l'avis de s'enfuir en Egypte l'eut em- r-r ^J *% f ° ££ 
porté , il fit voile de l'ïfle de Cypre fur une galère P me - 
de Seleucie avecia femme; tous les autres de la 
iuite étoient les uns fur des vaifleaux longs , & 
les autres fur des vaifleaux marchands , & il tra- 
verfa ainfi la mer heureufement fans aucun danger. 
Ayant appris que le Roi Ptolemée étoit avec Ion F , mpe > t p , snâ u 
armée à Pelufev où il faifoit la guerre à fafœur ™ x * * e * e !* Ie ™ e(i 

' O le Roi Ptolemée. 

Cleopatre r il prit cette route , & envoya devant u enz>oye au Roi 
un de fes amis pour apprendre au Roi ion arrivée *. "* de f es ? mis hil 

# 1 a i \ t * apprendre [on arri- 

#c pour le prier de le recevoir, w. 

Ptolemée étoit fort jeune y mais celui qui gou- 
vernoit toutes fes affaires, nommé Pothin , afîem- rhû ^ r ïa tt ellé 
bla fur l'heure un confeil des principaux de la Pot n hhl ' t* emî <*' 

gr\ OJ i 11.1 •« * • - • fl • » tmmjlre du Roi , afi 

^our y. et des plus habiles Miniitres, qui tous n a- fimbum confeiiM 

voient qu'autant de crédit & d'autorité qu'il vou- "* 

loit bien leur en communiquer, & leur commanda 

au nom de fon maître dédire chacun leur avis. ^ 

G'étoit déjà une choie bien étrange & bien in-- r - . 

digne r de voir décider de la iortune du Grand '*w« </««* entre 

Pompée * un Pothin, valet de chambre du Roi ^ 7^ ^ '* 



488 POMPE'E. 

un Theodote de Chio , qui était aux gages du 
Prince pour lui enfeigner la rhétorique , de un 
Achillas Egyptien. Car parmi tous ces valets de 
chambre du Roi , & ceux qui Tavoient élevé , ces 
trois perfonnages étoient les principaux Confeil- 
lers dont il fuivoit les avis en toutes choies. Ce- 
pendant Pompée attendoit à l'ancre allez loin de 
la côte le relultat de ce beau confeil 9 lui qui re- 

Sage rtjkxio» h g ar doit comme indigne de fa grandeur , d'avoir 
l'obligation de fon falut à Cefar fon beau-pere. 

tes avh fora y- Les avis furent direclement oppofez , les uns 

&*& voulant qu'on reçût Pompée , & les autres qu'on 

le renvoyât. Mais Théo dote déployant toute 

fon éloquence , & voulant montrer toute fon ha- 

Lui qui regardoit comme indi- & homme de bien , auroit dit 

gne de fa grandeur , d'avoir l'obli- tout le contraire. Il auroit con- 

gation de fon falut à Cefar fon feillé de recevoir Pompée,parce 

beau-père."] Cette reflexion de qu'outre que c'étoit un at~te 3 que 

Plutarque efh très-fage. L'aveu- l'humanité demandoit , & que 

glement , où l'orgueil & la haine c'était un crime atroce que de 

précipitent les hommes, ne fe tuer un fuppliant , le jeune Roi 

comprend point. Pompée aime avoitlàune grande occafionde 

mieux s'expofer à être le joiiet faire une action très-louable, & 

de trois indignes perfonnages qui d'acquérir en même tems deux 

gouvernoient le Prince , que de grands amis , en moyennant 

devoir fon falut à Cefar , qui entre le beau-pere & le gendre 

étoit fon beau-pere & le plus une paix, qui auroit réjoui l'Era- 

grand des Romains. pire , & qui lui auroit fait à lui- 

MaisTheodote déployant toute même un très -grand honneur. 

fon éloquence , & voulant montrer Cela ne pouvoît avoir que des 

toute fon habileté. ] Voilà une fuites heureufes , ou glorieufes. 

^ -malheureufe éloquence , & une Au lieu que le confeil de Theo- 

frabileté bien pernicieufe. Cç dote fut funefte à celui qui le 

Theodpte dit des chofes fpe- donna,à ceux qui l'exécutèrent, 

cieufes, mais très-mauvaifes. Un & au Roi même qui eut la foi- 

Jhomme véritablement éloquent bleffe d'y confentir, 

bileté 



P O M P E' E; 489 

bileté dans fon art , dit , que ni l'un ni l'autre de ces . 
deux partis n et oient fur s. Car s'ils recevoient Pompée , „ Ceî » ide #*<«&« 

J- J . l l emporte. 

ils aur oient Ce far pour ennemi, & Pompée pour maî- 
tre ? & s'ils le renvoy oient , ils avoient à craindre que 
Pompée ne fe vengeât un jour de ce qu'ils l' avoient 
chaffé 3 & Ce far j de ce qu'ils ne P avoient pas retenu , 
& qu'ainfi le meilleur & le plus fur et oit de le recevoir 
pour le faire mourir y parce que par ce moyen ils fer oient 
plaifir à Cefar , & n aur oient point à craindre le ref- 
Çentiment de Pompée , car 5 aioûta-t'il en fouriant» Proverbe /on an- 
un mort ne mord point. cmfavé parmi mm. 

Cet avis ayant pafïe y Achillas fut chargé de Te- Achiius chargé 
xecution ; il prit donc avec lui un certain Septi- d y i ^ re " voirFam - 

" F I pee j Çy de Le mer. 

Hiius , qui avoit été autrefois chef de bandes fous 
Pompée y & un certain Salvius , qui avoit été auffi 
fous lui Capitaine de cent hommes > & trois ou 
quatre fatellites les valets , & montant fur une bar- 
que 3 il le fit mener au vaifleau de Pompée , où les 
principaux perfonnages de fa fuite s'étoient ren- 
dus des autres vaifleaux pour voir ce qui arriveroit. 

Quand ils virent cette manière de réception 
qui n'avoit rien de Royal , ni de magnifique , ni 
qui répondît aux grandes efperances que Theo- 
phane avoit voulu leur donner > & qu'ils n'ap- 
perçurent que fix ou fèpt hommes > qui venoient 
à eux dans un chetif bateau de pêcheurs , ils 
commencèrent à avoir pour fufpecl: ce peu de 
compte qu'on faifoit d'eux , & à craindre les fui- 
tes, c'en; pourquoi ils confeilioient à Pompée 
de s'élargir & de gagner la haute mer pendant 

TomeK QSiSi 



4s>o H O M F E" E.. 

qu'ils étoient encore hors de la portée du traita 
lu barqm d'A- Cependant la barque s' étant approchée, Sep-- 
"aîTemtjt. ga ^Imius fut le premier qui fe leva ,- & faluant Pom- 
pée , il l'appella en langage Romain hnperator, 
n U fim , & Achillas le falua en langage Grec, & l'invita à 

t'invite à entrer (TA PL 11 Jl a 

dans ra harpe, palier dans la barque , parce que le long de la co- 
te il y avoit beaucoup de vafe , & que la mer y 
étant pleine de bancs de fable , n avoit pas aflez 
d'eau pour fa galère. En même teins on voyoit 
plufieurs vailîeaux du Roi, quon armoit en di- 
ligence, & tout le rivage couvert de foldats; de 
forte que quand Pompée auroit voulu changer 
d'avis , il ny avoit plus moyen de prendre la fuite , 
& d'ailleurs témoigner de la défiance , c'étoit 
donner à fes meurtriers un prétexte pour excufer 
leur injuftice. 
Férfâ emhrafe Embraflant donc Cornelie , qui déjà par a van- 

àZmu 'harpe £a- ce pleuroit A mort, il ordonna, à deux Capitaines 

sbuus.. (j e f a f u j te ^ à un de fes affranchis , nommé Phi- 

lippe, & à un efclave , qu'on appelloit Scynes, de 
palier dans la barque avant lui, & comme Achil- 
las lui tendoit la main de delîùs la barque pour lui 
aider à palier, il fe tourna du côté de fa femme 
& de fon fils r & leur dit ces vers de Sophocle : 
Fers de Scfîoch Tout homme qui entre à la cour d'un Tyran , devient 

àrmUe z? à' fin fon efclave , quoiqu 'il y [oit entré libre. Voilà les der- 
nières paroles qu'il dit à fa femme & à fon fils, Se 
il pafla ainfi dans la barque, 

Il y avoit allez loin de fà galère jufqu au ri- 
vage ; voyant donc que dans ce trajet aucun de 



fils en les pitiant. 



P O M P E' E, 491 

ceux qui étoient avec lui ne lui faifoit honnêteté y 
& ne lui adreiïbit pas même la parole , il jetta la 
Vue fur Scptimius> & fe remettant fon vifage , mon 
ami? lui dit-il , ne te reconnois-je point pour un homme Pompfc dam u 
qui as fait autrefois la guerre avec moi r septimius lui recmmh sepkmms, 
fit Cgne de la tête feulement que cela étoit vrai , t. "* ^^ 
fans lui dire une feule parole , & fans lui faire la 
moindre civilité. Il fe fait encore un grand filen- c ?<P*w&> ™ l f 

y 5? f ait P as La moindre 

ce? & Pompée prenant un papier, ou il avoit écrit "*>Me. 

une harangue Grecque , qu il devoit faire à Pto- , Fom i"' e reUt Hfte 

PUJ'ir ^ 1 1- harangue Grec T *e 

lemee en 1 abordant , il le met a la relire. ?«;/ ^» pr^mu 

Comme ils approchaient de la terre , Cornelie, r ° u 
pleine d'inquiétude, regardoit avec fes amis de 
deiîus fa galère ce qui arriveroit , & elle reprenoit J»?««We deGr- 
ue courage en voyant pluiieurs Seigneurs i ere regardm (e \ui 
de la Cour fe prefenter à la defcente de Pompée fs ^ 0iu 
comme pour le recevoir & lui faire honneur. 
Dans ce moment, comme Pompée prenoitla main 
de fon affranchi Philippe 3 pour (e lever plus faci- 
lement % Septimius lui donne par derrière un &pmm j^ 

j 13/ / 1 Cl' le premier Fompée. 

grand coup depee au travers du corps. balvius s*i<èim&-Ashii~ 
& Achillas tirent en même tems leurs épées, & Ust ' Acheveni > 
le frappent à coups redoublez. Pompée prend fa 
robe avec fes deux mains & s'en couvre le vifage , 
fans proférer une feule parole indigne de lui , & 
iàns faire le moindre mouvement, mais jettant feu- 
lement un fimple foupir , il fouffre avec magnanï- Mm de p«jy>& 
mité tous les coups dont on le perce. Il avoit 
cinquante-neuf ans accomplis, car il fut tué juf- fJÏJf î# * 

Il avoit cinquante-neuf 'ans accomplis. ~] Plutarque fe trompe, il 



49 2 P O M P E' E. 

tement le lendemain du jour de fa naiffance» 
Ceux qui étoient dans la galère de Cornêlse 
& dans les deux autres navires , voyant ce meur- 
tre , jetterent des cris , qui firent retentir toute la 
côte , & levant promptement les ancres , ils pri- 
rent la fuite 3 aidez par un vent frais qui leur louf- 
fla en pouppe dès qu'ils eurent gagné la haute 
mer; ce qui fit- que les Egyptiens, qui appareil- 
loient pour les pourluivre , renoncèrent à ce def- 
fein. 
*oufL uZlT'à ^ es meurtriers ayant coupé la tête de Pompée* 
p,*pét,6' latent jetterent hors de la barque le corps tout nud, Se 

Lur le YtVdwe fin . -*• ■■ 

corps toâ mï le laifferent-là en fpectacle à tous ceux qui eurent 
franchTdep'Lpt, la curiofité de le voir. Philippe demeura tou~ 
mmmé mup Fe . j ours auprès de lui , jufquà ce qu'ils fuiTent rafla- 
fiez de cette vue. Quand il n'y eut plus perfonne, 
il le lava dans F eau de la mer , Se l'ayant enfeveli 
avec la propre chemife , parce qu'il n'avok aucun 
autre linge , il jetta les yeux partout fur la côte y 
& apperçut quelques vieux relies d'un petit ba- 
teau de pêcheur , qui quoique peu considérables^ 
stfther de Po»+e'e fuffifoient pourtant pour compofer dans la necef- 

fah de quelques r , f , f „ L L 1 o - 

vi e « x rejies de ba- jjte le bûcher d un pauvre corps tout nud oc qui 
nétoit pas même entier. 

Pendant qu il ramaffoit toutes ces pièces , & 

n'en avoît que cinquante-huit; Rome 705". l'an 46. avant N. 

êc c'efl ainn que l'écrit Dion , S. Cela fait juftement cinquan- 

ce qui fe juftifie même par l'an- te-huit ans accomplis, puifqu'ïl 

née de fa naiiTance ; car il étoit fut tué le lendemain de fon joue 

né l'an de Rome 647. l'an 1 04. natal, 
avant N. S. & il fut tué l'an de. 



tenu ds Pechsur, 



F O M P.E' E. 493 

qu'il les affembloit , un Romain , déjà vieux , & „ "" "'"". °$' ! " 

X ' ' Romain qui Je trou- 

qui dans fa jeuneffe avôit fait les premières cam- ™-i* ? ar W<*à> 

r t\ r s r 1/1*1 a 'de Philippe à faire 

pagnes ious rompee , s étant approche , lui de- /„ fkmraiiki d* 
manda , qui es-tu, mon ami, toi qui te prépares à faire grAnd Fom ? ea ' 
les funérailles du Grand Pompée l Philippe lui ayant 
répondu qu il étoit fon affranchi , ha , lui repartit 
le Romain ; tu n'auras pas feul cet honneur ;je te prie 
de me recevoir pour compagnon , & de m'affocier à 
cette œuvre y comme à une rencontre pieufe & fainte } 
afin que je n aye pas fujet de me plaindre en tout de met 
mauvaife fortune , qui ma confiné depuis tant dt années 
dans ces pais étrangers , puifqu après tous les malheurs 
qui m y font arrivez , f ai enfin la confolation de toucher 
de mes mains & d'enterrer le corps du plus grand Ca- 
pitaine que les Romains ayent jamais eu. Voilà com- 
ment les funérailles de Pompée furent faites, 

Le lendemain Lucius Lentulus > qui ne fçavoit . £«»*»&* #&*& 

j • s r • crf • j ^ ? e QP re voit le Je» 

rien de tout ce qui s etoit paiie, arrivant de Cy- a» bûcher > f e doute 

pre , & côtoyant le rivage , vit de loin le feu du Tom^falfeZd & 

bûcher, & tout auprès Philippe , qu il ne reconnut eJ} tuéi 

pas d'abord. A cette vûë il dit en lui-même, 

qui efl celui qui eft venufe repofer ici defes travaux , & 

y finir fa deftinée l Et un moment après , jettant un 

profond loupir, hélas , dit-il, peut-être efl-ce toi 3 

Grand Pompée ! Et bien-tôt après il descendit à „ Cef f e ' crip r™ 

* *1 r o r n-< 11 C i r 1 t» arrêta, O* qu on 

terre ,■ ou il lut pris çC tue. Telle lut la lin de Pom- u fi* mourir m pi- 
pée le Grand. fm ' 

Cefàr ne tarda pas à arriver en Egypte , qu'il 
trouva toute étonnée & pleine de trouble. A fon &f*rrffi fe«> 

• r i • r 1 a i t» ■ ■ r • la Me de Pompée, 

arrivée on lui preienta la tête de rompee , mais 



4^4 POMPE'E. 

il détourna la vue pour ne la pas voir , & regar- 
da avec horreur celui qui la lui prefentoit , com- 
me un fcelerat , maudit des Dieux & des hommes. 
n pu»e en rut- On lui remit entre les mains fon cachet -, dont 

VA*t fon cacbet.Qhel i r • i« / jî ' ' a 

'fou i e cachet. la gravure etoit un non arme dune epee, oc 

* l l „ fait D T'- en le recevant il le mit à pleurer. Il fit mourir 

Achillas & Pothin. Le Roi ayant ete défait dans 

un combat-, qui fut donné près du Nil, difparut 

de manière qu'on n'en eut jamais depuis aucunes 

; iheoiote échappé nouvelles. Theodote le fophifte échappa à la 

k la vengeance de j g~\ f s / C ' Vt^ 

cefar, <£ fmi far vengeance de C^eiar^, car s étant eniui d Lgypte, 
■*"""' il fut Ion g-tems errant dans la dernière mifere, 

& l'horreur de tout le monde. Mais quelque 
tems après Brutus ayant tué Cefar , & étant de- 
venu le maître en Afie , y trouva par hafard ce 
malheureux , lui fit fouffrir tous les tourmens 
imaginables , & le fit enfin mourir. Les cendres 
Les cendres de d e Pompée furent portées à Cornelie , qui les 

Pompée portées à . , r *-. , A , ,.. • > P 

Grneiie , ?( * les depola dans le tombeau , qu u avoit a la terre 

dépofa dans fon tom- \> X ! L ~ 
hea» d'Aile. a AIDe. 




49T 

LA COMPARAISON 

■ dAgefilas & de Pompée. 

Près avoir écrit les vies de ces deux grands" 
hommes, oppofons-les l'une -à l'autre, & 
parcourons brièvement les différences qui s'y 
rencontrent , ■&• qui font telles : premièrement, Fremief <**& 

-n / s/1 > j -nr q > de Pompée fur Age- 

rompee s éleva a une grande puiliance oc a une jum a u ^ja^ de$ 
grande réputation par des voyes très-juftes , s'é- * 9œs 
tant excité & pouffé de lui-même, & ayant ren- 
du plufieurs grands & fignalez fervices à Sylla , 
pour lui aider à délivrer l'Italie de tous fes Ty- 
rans, au lieu qu Agefilas parvint à la Royauté 
par une conduite , qui ne peut être excufée ni de- 
vant les Dieux ni devant les hommes , ayant dé- 
claré bâtard le jeune Leotychidas, que fon frère 
avoit reconnu pour fon fils légitime , & ayant 
tourné en plaifanterie Y oracle fur le Roi boi- 
teux» 

Premièrement , Pompée s'éleva ment , far 'quelles voyes vous avez, 

a une grande puijjance par des obtenu votre charge, 
voyes très-juftes. ] Car , lorfqu'il Et ayant tourné en plaifanterie 

s'agit de la fortune & de f éleva- V oracle fur le Roi boiteux. ] Age- 

tion des hommes,il faut toujours filas étoit boiteux, & fon frère 

examiner' les voyes. Celui qui aîné palToit pour bâtard. Il y 

n'en a fuivi que de jufles , efi avoit un oracle formel qui dé- 

infiniment préférable à celui qui fendoit aux Spartiates de pren- 

en a fuivi de mauvaifes. Epicle- dre un Roi boiteux , & qui , s'ils 

te dit fort bien à un homme qui defobéiffoient, les menaçoit de 

fe vantoit d'être Prêteur en grandes guerres <5c de grands 

Grèce; Je vous demande feuU- malheurs, Agefilas ^ appuyé de 



4$>6 COMPARAISON 

second avants* En fécond lieu , Pompée continua toujours 
dnnoijjancL * ' d'honorer Syila pendant fa vie, & après fa mort 
ils'oppofa àLepidus & à fbn parti, & malgré eux 
il r enterra honorablement & magnifiquement, 
& donna à fon fils Fauftus Sylla fa fille en ma- 
riage ; au lieu qu Agefilas fur le moindre petit 
prétexte, qu'il put trouver, rompit avec Lyfandre 
Se le traita avec la dernière indignité. Cependant 
les fervices que Sylla avoit reçus de Pompée né- 
toient pas moins grands que ceux que Pompée 
avoit reçus de IuL Et au-contraire c'étoit Ly- 
fandre qui avoit fait Agefilas Roi de Sparte , ôc 
Capitaine gênerai de toute la Grèce. 
Trotfeme avantage En troifiénie lieu , toutes les fautes qu'ils firent 
flJeîîlL™ f " ■ l'un & l'autre en violant la juftice dans le gouver- 
nement, Pompée les fit en faveur des alliances 
qu'il avoit contractées ; car dans la plupart il eut 
en vûë de fervir Celar & Scipion , qui étoient 
fes beau-peres, & quand Agefilas fauva la vie à 

Lyfandre , pour fe maintenir fur l'oracle ; car fes menaces furent 

le trône , & pour en exclure fon accomplies. Sparte fut tourmen- 

frere, foutenoit que cet oracle tée par de grands orages de 

ne Revoit pas être expliqué à la guerre , & eut à foutenir des 

lettre , Dieu fe mettant fort peu travaux infinis. Mais dans les" 

en peine qu'un Roi fut boiteux, remarques fur la vie d' Agefilas , 

mais qu'il devoit être pris fïgu- on a vu que cet oracle pouvoit 

rément , & expliqué de la bâ- avoir un autre fens , que l'éve- 

tardife. Et c'en: cette explica- nement juftifioit de même, 
tion que Plutarque traite de Et quand Agefilas fauva la vie 

plaifanterie. Par-là on voit qu'il à Sphodrias , qui avoit mérité la. 

croyoit qu'on devoit le prendre mort par tout ce quil avoit fait 

dans le fens littéral. En effet , contre les Athéniens. ] Sphodrias 

on pouvoit fort bien croire que avoit entrepris de furprendre le 

ç'étoit le fens le plus naturel de Pirée en pleine paix , & d'ôter 

Sphodrias^ 



3'AGESILAS ET DE POMPE'E. 497 
iodrias , qui avoit mérité la mort par tout ce 
qu'il avoit fait contre les Athéniens , ce fut pour 
fèrvir la violente paffion de ion fils. Et s'il foutint 
fi hautement & avec tant de zèle Phoibidas dans 
l'horrible action qu'il avoit commife en violant 
le traité de paix fait avec les Thebains, il parut ma- 
nifeftement qu'il ne le fît qu'en faveur du crime 
même. En un mot tous les maux que Pompée fit 
aux Romains par ignorance > ou par une mauvaifè 
honte , pour n'ofer rien refufer à les amis , Agefi- 
îas les fit aux Lacedemoniens par une obftinée 
opiniâtreté & par un excès de colère , qui le por- 
tèrent à allumer la guerre contre les Béotiens. 

Que s'il faut imputer à une certaine fortune 
les tautes de l'un $c de l'autre , il eft certain que 
les Romains ne pouvoient pas prévoir celle de 
Pompée 5 ni fe précautionner contr'elle,aulieu que 
les Lacedemoniens fçavoient fort bien tous les 

aux Athéniens l'empire de la mife en violant le traité de-paix. ~\ 
mer. Il fut cité en Juitice. Mais Ce Phoibidas s'étoit emparé 
Archidamus , fils d'Agefilas , en pleine paix de la citadelle 
étant éperdument amoureux de de Thebes. Agefilas le prote- 
Cleonyme , fils de Sphodrias , gea & l'empêcha d'être puni, 
obligea fon père à le protéger, Plutarque dit fort bien que c'é- 
de manière qu'il fut abfous. Plu- toit protéger le crime pour le 
îarque a grande raifon de con- crime même, 
damner cette conduite d' Agefî- Au lieu que les Lacedemoniens 
las , qui par Complaifance pour fçavoient fort bien tous les maux 
la paffion de fon fils commet dont les menaçoit ce tegne boi- 
ta, plus grande de toutes les in- teux. ] Ceci marque encore que 
îuftices. Plutarque étoit perfuadé que 
Et s'il foutint fi hautement & l'oracle du règne boiteux de- 
avec tant de zjele Phoibidas dans voit être pris au pied de la 
l'horrible aiïion qu'il avoit com~ lettre» 

Tome ¥i R*£ 



4 $)S COMPARAISON 

ni aux dont les menaçoit ce règne boiteux , & ce- 
pendant Agefilas les empêcha de les éviter ? com- 
me ils pouvoient fort bien le faire. Car quand mê- 
me Leotychidas auroit été mille fois plus étran- 
ger &plus bâtard qu'il n'étoit* cela empêchoit-ii 
que la famille des Eurytionides n eût pu donner à 
Sparte un Roi légitime , & ferme fur fes deux 
pieds \ fi Lyfandre pour l'amour d' Agefilas n'eût 
jette une grande obfcurité dans le fèns de l'oracle l 
Avantage cmfiâe- Pour c e qui eft de l'invention qu' Agefilas don- 
\1!?Jét z î%îl na à & patrie, lorfqu'après la perte de la bataille 
u poimquu de LeucTxes elle ne fçavoit quelle punition elle 
devoit ordonner contre les fuyards , en leur con- 
feillant de laifïèr dormir les loix pour ce jour-là , 
il faut avouer qu'il n'y a jamais eu de rufe de poli- 
tique qui lui foit comparable , & que nous n'a- 
vons rien de Pompée qu'on puifïè lui oppofer. Au 

Car quand même Leotychidas qui ne fut ni bâtard , ni boi- 

aitroit été mille fois -plus étranger teux f 

& plus bâtard qu'il n'étoit. ] Voi- En leur confetllant de laijfer 

ci le raifonnement de Plutar- dormir les loix pour ce jour-là. ~] 

que : on difpute du fens de Plutarque a grande raifon de 

l'oracle ; les uns prétendent louer cette politique d'Agefî- 

qu'il doit être expliqué à la las, quiparcepeudemotscon- 

îettre, d'un Roi véritablement ferva à Sparte fes ioix, & lui 

boiteux ; les autres prétendent rendit un grand nombre de ci- 

qu'il doit être pris figurement , toyens , qui alloient être def- 

& qu'il veut parler d'un Roi bâ- honorez. Il y a des occafîons 

tard. Dans cette incertitude , où cet expédient d' Agefilas 

pourquoi ne pas chercher à fe pourrait avoir lieu; mais on ne 

mettre à couvert des malheurs doit y recourir que pour de 

dont on étoit menacé , en grandes chofes , & dans un be~ 

cherchant dans la famille Roy a- foin prenant de l'Etat, 
le des Eurytionides un Prince 



D'AGESILAS ET DE POMPETE. 409 
contraire il ne crut pas devoir obferver les loix 
qu'il avoit faites lui-même , & il les viola , pour 
montrer à ks amis toute l'étendue de fon pou- 
voir. Au lieu qu' Agefilas , réduit à la néceffité de 
violer les loix pour fauver les citoyens, trouva un 
tempérament, qui fauva en même tems & les loix 
&les coupables. 

Je compte auffi parmi les actions qui montrent 
la grande habileté d' Agefilas dans la politique , 
faction incomparable qu'il fit , lorfqu ayant reçu 
la lettre des Ephores , il abandonna fur l'heure u $ uu, 
même l'Afie , & renonça à toutes les grandes con- 
quêtes qu'il avoit faites. Car il ne fit pas comme 

Vaft'wn incomparable quilfit , trouvé dans la vie de Pompée ■ 

lorfqu' ayant reçu la lettre des quelque action du même genre 

.Ephores , il abandonna fur l'heure qui pût être comparée à celle 

même l'Afie. ] En effet , on n'a d' Agefilas. Il me femble qu'il 

jamais vu. un exemple d'une y en a une toute pareille , qui 

obéilTance plus parfaite. Age- pourrait fort bien entrer en 

filas, marqua par cette aftion comparaifon. C'elt ce qu'il fit 

qu'il étoit perfuadé qu'il vaut en Afrique , lorfqu'il reçut les 

mieux obéir à fa patrie & à fes lettres de Sylla , qui lui ordon- 

fuperieurs , que de faire les noit de congédier fon armée , 

plus grandes conquêtes. On ôc d'attendre le fucceifeur 

trouve bien des gens qui font qu'on lui envoyôit. Après les 

ravis d'être utiles à leurpaïs, grands exploits qu'il venoit de 

en travaillant à leur propre faire , malgré la grande victoire 

grandeur s mais il eft rare d'en qu'il venoit de remporter fur 

trouver qui renoncent volon- Domitius , & qui fut fuivie de 

tiers à leur propre grandeur la prife de plusieurs villes , ôc 

pour fervir leur patrie , comme de celle du Roi Jarbas même , 

elle le veut. dont il donna le Royaume à 

Car il ne fit pas comme Pompée.'} Hiempfal , ôc ce qui eft encore 

Mais de ce côté-là Pompée le plus fort, malgré le refus que 

difpute à Agefilas. Je fuis fur- faifoient fes troupes de l'aban- 

gris que Plutarque n'ait pas donner a il obéit, menaçant 

Rrrij 



joo COMPARAISON 

Pompée? qui en travaillant à fa propre grandeur ; 
fut utile à fon païs , mais au-contraire uniquement 
attentif à la grandeur de fa patrie, il renonça pour 
elle à une fi grande puHïance & à une fi grande 
gloire, que jamais perfonne ni avant lui, ni après 
lui n'en eut de pareille , fi on excepte Alexandre 
le Grand. 
Quatrième avan- Que sll faut prendre ce fiijet par un autre en- 
lîétllfilt droit, qui efl: celui de leurs expéditions & de 
guene, leurs exploits de guerre, je luis perfuadé que ni 

quant au nombre des trophées que Pompée a éri- 
gez,ni quant à la grandeur des armées qu'il a con- 
duites , ni à la quantité des batailles rangées qu'il a 
gagnées > Xenophon lui-même n oferoit mettre 
Bet ihge de xeno- en comparaiion les viéloires d' Agefilas , quoique 
caufe des autres grandes vertus & des belles qua- 
lités de cet Hiftorien , onlui ait accordé comme 
un privilège ipecial , de dire & d'écrire tout ce 
qu'il a voulu de ce Roi de Lacedemone. 

Je luis perfuadé encore qu'il y a une grande 

qu'il fe tuë'roit lui-même , fï Fon les hommes , dans la guerre mê- 

s'opiniâtroit à le retenir. Voilà me. C'eft un bel éloge de cet 

une obéiïTance auflï parfaite aux Hiftorien, mais en même tems 

ordres de Sylla , que celle d'A- il elt taxé fort poliment d'avoir 

geliias à ceux des Ephores. un peu exagéré le mérite d'A- 

Qn lui ait accordé comme un gefilas fur le fait de la guerre ,.- 

privilège Jpecial, de dire & d'écrire ce qui doit faire voir aux Hif- 

îout ce'*quil a voulu de ce Roi de toriens & aux Panegyrift.es que 

Lacedemone."] Piutarque dit cela la pofterité n'efl pas la duppe 

à caufe du traité que Xenophon des éloges qu'ils donnent àleurs 

a fait, qui eft l'éloge du Roi Héros, & qu'elle n'admet que 

Agefilas , où il veut le faire paf- ceux qui font fondez fur des ae~ 

fer pour le plus grand de tous tions qui les justifient. 



.pharim 



D'AGESILAS ET DE POMPE'E. jor 

différence entre ces deux perfonnages du côté de 

la bonté Se de la generofité pour leurs ennemis. 

Car Agefilas voulant aflervir Thebes , & détruire G n«uiéme a vm* 

& exterminer MefTene , dont celle-ci étoit une "£« f« ^«/w , <fo 

i . i .11 j r o v i / coie de u bontéçy 

des principales villes de Ion pais , oc 1 autre la me- <fe u gmerojîté in-, 

tropole de la Béotie, peu s'en fallut qu'il ne perdît ' 
Sparte. Au moins perdit-il laiuperiorité & le com- 
mandement qu'elle avoit fur le refee delà Grèce; 
êc Pompée au-contraire après avoir défait les Pi- 
rates , accorda des villes à ceux qui voulurent 
changer de vie & de profeffîon, & ayant en fa 
puiflànce Tigrane, Roi d'Arménie, & pouvant 
le mener captif derrière fon char à fon triomphe > 
il aima mieux en faire l'allié du peuple Romain , 
& dit en cette occafion ce beau mot 9 qu il préférait b sm m p d« Pmi 
„À la gloire d'un jour , la gloire de tous les fiécles* fee 

Que s'il faut adjuger le prix de la vertu guer- 
rière au General qui a fait les plus grands & l es *«»<* avan^ 

■*■ J. O u Agefilas fur fom^ 

Il aima mieux en faire ï allié du importantes que la gloire qui 

f enfle Romain. ~\ Il lui laiffa tout vient des armes. 

-Ce qu'il poffedoit , ôc donna à Que s' il faut adjuger le prix de 

fon fils 5 au jeune Tigrane , le la -vertu guerrière au Général qui 

Royaume de Sophene. Mais s'il a fait les plus grands & les fins 

ne mena pas Tigrane le père importais exploits.'] Nous ve- 

après fon char à fon -entrée nons de voir que Plutarque a 

triomphale , il y mena Tigrane donné à Pompée l'avantage fur 

le fils avec fa femme ôc fa fille , Agefilas du côté du nombre 

& il y mena la Reine Zofime , des trophées , de la grandeur 

femme de Tigrane le père. des armées , ôc de la quantité 

Quilpréferoit à la gloire a un de batailles gagnées ; ôc ici il 
jour, la gloire de tous les fiécles.~\ donne à Agefilas fur Pompée 
Voilà un grand principe , ôc l'avantage du côté de la gran^- 
qu'on peut , ou plutôt qu'on deur ôc de l'importance des ex- 
ploit étendre à des chofes plus ploits. En effet , il n'y a rien 

Rrr iii 



foi COMPARAISON 

pie.u'gtAnàmàet plus importans exploits d'armes, & donné les 

e *? lms ' confeils les plus profonds, les plus glorieux & les 

plus folides , il eft certain que le Lacedemonien 

laiflè ici le Romain bien loin derrière lui. Premie- 

Açefilas loué de .1 i« « * 1 J C *11 

n'avoir j>a$ a ban- rement il ne livra ni n abandonna ia ville , quoi- 
p7che f dVs\tLmû °l u ^ ^ e V ^ attac T J é par une armée de foixante-dix 
mille combattans , & qu'il n'eût avec lui qu'une 
poignée de troupes , & de troupes même qui ve- 
noient d'être battues à la journée de Leuâres. Et 
Pompée n'eut pas plutôt appris que Cefar avec 
cinq mille trois cens hommes feulement avoit pris 
une petite ville d'Italie , qu'il s'enfuit de Rome , 
TmpA MmM* jf a }£ de frayeur , ne pouvant le laver du reproche 5 

voir qtMie Rome a J ' L L ' 

t attache de Cef ar . ou d'avoir honteufement cède à ce petit nombre s 
ou de l'avoir fauffement crû beaucoup plus grand. 
Et dans fa fuite il emmena avec lui fa femme & 
fes enfans , abandonnant les femmes & les enfans 
des autres fans fècours & fans défenfe, au lieu qu'il 
devoit ou vaincre en combattant pour fà patrie , 
ou recevoir les conditions du vainqueur , qui étoit 
fon concitoyen & fon allié. Qu'arriva-t'il aufïi de 
cette lâche delertion ? Il en arriva que celui à qui 
il trouvoit insupportable de prolonger letems de 
fon gouvernement, & de lui faire accorder le 
Confulat , fe vit par la prife de Rome en état & 
en droit de dire à Metellus qu'il le tenoit fon pri- 

dans Pompée qui puifTe égaler Pompée abandonna Rome à 

la grande aftion d'Agefïlas , l'approche de Cefar , qui venoît 

qui défendit fa ville avec peu de avec cinq mille trois cens 

troupes contre foixante - dix hommes, 
mille combattans ; au lieu que 



D'AGESILAS ET DE POMPE'E. - 
îniei de guerre, & lui & tous k .; qui 

étaient avec lui. 

Ce qui eil donc le principal c : ■ -1 

d'armée 3 deiçavoir torcer les ennemis a combat- 
Ère quand il eit le plus fortj & s'empêcher d'y r- ■ 
erre force quand il efl le plus foible , eeft ce : 
qu Agefilasfcut parfaitement pratiquer, & par-là -• 

il le maintint toujours invincible. Leiar de même 
içut iort bien s" empêcher de ie commettre contre 
Pompée avec des forces intérieures aux Gennes^ 
e peur d un échec qu il vovoit iraaifiibie , mais kc 

and il l'eut éloigné de ia flotte « alors ie tentant 

ie plus tort 3 il içut le torcer à combattre avec 

ion armée de terre 3 & à mettre toute & Fortune 

au haiard d'une bataille , où il fut detait , & qui 

dans ie moment même mit Ceiar en poflèffion de - _,., * 

ion argent , de les vivres ci de la mer . dont 'il ' 

pouvoir demeurer maître fans aucun nique s'il 

avoir içu éviter le combat. 

Tout ce qu'on allègue pour juffi Ger cette action* 
eeft cela même qui l'aggrave & qui terme un 
très-grand reproche contre un General de cette 
réputation. Car qu'un jeune General tans expe- . 

• Lî' 1 Q 1 "Il 

nence^ trouble par les murmures oc par les criaille- - : 

ries d'une armée, quii'accuie de molleflê ee tfe 

lâchetés ie 1 aille entraînera quitter le parti le plus 

iur & le conieil ie plus iàge , cela peut tort bien - 

arriver , oc eit même pardonnaoie ; mais que 

Pompée le Grand , dont les Romains appelloient 

ie camp kurpatru, ex la tente \ \ qui re- ,.. . . .-.-.. k 



5 o4 C OMPARAÏSON 

ées Romains , o> gardoient comme traîtres & deferteurs ceux qu! 
juin* . . ^ t0 ^ ent rc fl; ez J ans Rome, tant les Préteurs, que 

les Conluls, ce Pompée, à qui jamais ils n avoient 
donné de luperieur pour le commander , & qui 
avoit fait toutes fes campagnes & toutes fes ex- 
péditions fous lui-même avec une fbuveraine au- 
lûar^s. tonte , oc en qualité de Generaliiiime , ce avoit 

toujours réùffi, qui efl>ce qui peut fouffrir que 
parles brocards d'un Favonius &d'un Domitius/ 
& de peur d'être appelle Agamemnon , il fe laifle 
forcer à mettre au hafard d'une bataille l'Empire 
& la liberté ? car s'il ne regardoit qu'à la honte & 
à l'infamie prefente , il devoit dès le commen- 
cement combattre pour les murailles de Rome * 
ou, après s'être tant vanté que par la fuite il avoic 
imité la rufe de Themiftocle , il ne devoit pas 
après cela dans la Theflalie regarder comme fi 
honteux ou fi infâme le refus , ou le fimple re- 
tardement du combat. Car la plaine de Pharfale 

Car s'il ne regardoit qùa la Car la plaine de Pharfale n'é- 

honte & a t infamie prefentjs , il de^- toit pas un théâtre ni un fiade que 

voit dès le commencement combat- les Dieux leur eujfent ouvert. ] 

tre, four les murailles de Rome. ] Cette idée efl grande & noble. 

Ce raifonnement de Plutarque Les lieux pour les jeux publics 

efl d'un très-grand fens. Pom- & pour les combats font mar- 

pée devoit regarder comme quez & ouverts par les Dieux 

honteux &infâme d'abandonner mêmes, & il ne dépend des A- 

Rome, qu'il devoit défendre , .ôc thletes, ni de les changer, ni de 

nullement de refufer dans la refufer de combattre ; il faut 

Theffalie un combat qui ne lui qu'ils" entrent dans cette lice, ou 

convenoit point, & qu'il devoit qu'ils cèdent aux autres la cou- 

refufer. Mais rien n'eft plus or- ronne, qu'ils n'ont pas le cou- 

dinaire aux hommes que de pla- rage de difputer.Mais une plaine 

cer la honte où elle n'efl point, n'eft pas un lieu defîgné aux 

n'étoit 



D'AGESILAS ET DE POMPE'E. 50; 

n'étoit pas un théâtre ni un ftade que les Dieux 
leur euilent ouvert afin qu'il y vînt combattre au 
cri d'un Héraut , ou qu'il quittât la couronne à un 
autre , mais il avoit plufîeurs autres plaines , plu- 
lieurs milliers de villes & la terre entière , dont 
l'empire qu'il avoit fur la mer lui donnoit le 
choix , s'il avoit voulu imiter Fabius Maximus ? 
Se Marins & Lucullus, & Agefilas lui-même. 
Ce dernier n'eut pas à Sparte de moindres mur- 
mures à fouffrir quand les Thebains l'appelloient 
au combat pour ladéfenfe de fon païs qu'ils rava- 
geoient à fa vue, ni de moindres reproches & 
de moindres calomnies à foutenir en Egypte 
par la folie du Roi, fur ce qu'il lui confeilloit de 
prendre patience , & de fe tenir en repos. Auffi 
en fuivant toujours les confeils les meilleurs & 
les plus fages , comme il l'avoit refolu dès le com- 
mencement^ fans felaiffer jamais ébranler, non- ^f^Jft« 
feulement il fauva les Egyptiens malgré eux, & {»#«»* /*»««»»»« 

„ ri 110 r • ' murmures , les 

eonlerva leul Sparte debout & en Ion entier au «^«/a« ©• i«.«- 

• l". 1 o 'Cl' tomates, 

milieu de tous ces mouvemens , oc pour amii dire 
de toutes ces fecouiïès & de tous ces tremblemens 
dont elle étoit agitée ., mais encore il éleva dans 
fà ville un trophée de la défaite des Thebains 5 
en donnant à fes citoyens le moyen de vaincre 
une féconde fois , parce qu'il ne fe laiffa pas forcer 

Généraux , où il faille neceflai- avantages qui peuvent leur apu- 
rement qu'ils combattent ; c'eft rer la vi&oire qui eft le prix de 
à eux à choiiir leur champ de leurs travaux, 
bataille g & à chercher tous les 

Tome V, S f f 



5o<S COMPARAISON 

par eux à le perdre & à les perdre tous avec 

AgefiUs hue de lui. C'eft-pourquoi Agefilas dans la fuite fut lotie 

t tuxi»ii*voitfa»- J etous ceux quil avoit fauvez par la violence 

Ve^malgreeux, ; • r • o T> / 

quil leur avoit taite^ oc rompee au^contraire 
Pompée m -ton- £ ut blâmé de ceux dont il n' avoit fait que fuivre 

traire blâme de ceux 1 

dont les confias ta- les confeils y & qui favoient porté à commettre 

veient perdu. \ C • 1 J- tI /l ■ "> j- 

les fautes qui le perdirent. 11 elt vrai qu on dit 
Fompee trompe par qu'il fut trompé par fon beau-pere Scipion } qui 

fin beau-pere sa- vou l ant fauver les grandes richefles , qu il avoit 

apportées d' Afie , & fe les approprier , & qui 

les ayant cachées > le prefîa de donner la bataille , 

comme n'y ayant plus d'argent s'il la difïèroit. 

Mais cela ne le Mais quand cela feroit vrai, un General comme 

uppepom j^ ne devoit pas tomber dans cet inconvénient , 

ni après s'être laifle fi facilement fiirprendre , fe 

hâter de hazarder ainfi fa fortune , & de mettre 

le tout pour le tout. A ces traits nous pouvons 

fuffifamment connoître l'un & l'autre de ces 

caractères, 

mni» ^n^ Q uant * leur voyage en Egypte , l'un y alla 
de Pompée f H r jge- par neceffité pour le fauver , & l'autre y alla vo- 

filas du coté du voy a- | . * p ^- f ,« 

te i'E&fu. lontairement , lans neceilite oc avec peu d hon- 
neur , feulement pour amaifer de l'argent > afin 
d'avoir de quoi faire la guerre aux Grecs de ce - 
qu'il auroit gagné à fervir les Barbares. Et enfin 
les reproches que nous faifons aux Egyptiens 

Et enfin les reproches que nous tiens en quittant le parti de Ta- 

faifons aux Egyptiens au fujet de chos , qu'il étoit allé fecourir y 

Pompée. ] Car fi les Egyptiens & en s'attachant à fon ennemi 

trahirent & afTaffinerent Pom- Neftanebos contre lequel il 

pée j Agefilas trahit les Egyp- devoit employer fes armes» 



D'AGESILAS ET DE POMPE'E. J07 

au fujet de Pompée , les Egyptiens les font à Age- 
filas, pour le vilain tour qu'il leur joua, car fi 
Pompée fut trompé pour s'être fié aux Egyp- 
tiens , les Egyptiens furent trompez pour s'être 
fiez à Agefilas , qui changea départi, & qui prit 
les armes contre ceux au fecours defquels il étoic 
venu. 



Fin de la vie de Pompée, 



Sffij 



pp 





AGIS ET CLEOMENE 

E n eft ni mal-à-propos , ni fans 
grande apparence de raifon que la 
plupart des hommes tiennent que 
la fable dlxion eft faite fur les am- 
bitieux. Car comme Ixionpenfant R *k *&/»/«•*. 
embrafler Junon , n'embraflà qu'une nuë ? & que fw les amhitiettx - 
de cet embrasement naquirent les Centaures 
moitié'Hommes & moitié chevaux ± les ambitieux 

Ce nefi ni mal-à-propos 3 ni fans peut douter que ce ne foit le ve-* 

grande apparence de- raifon, que ritable fens de la fable. Et cela 

la plupart des hommes tiennent que feul devroit defabufer ceux qui 

la fable d'/xion eft faite Jur les déclament contre les allégories 

ambitieux.'] Cette allégorie eft fi d'Homère. 
ieafible ôc û naturelle ■> qu'on ne 

Siïiiïi 



Centaures , leur- 

mel-'fim".' 



origine a 
blêmit 



ffù AGIS ET CLEOMENE. 

de même en fùivant la gloire , n embraflent 
qu'une vaine image de la vertu , & emportez par 
les divers mouvemens de l'envie , de la colère , & 
de toutes les autres pallions , ils ne produifent rien 
de pur, ni qui puiffe être reconnu & avoué , 
mais toutes leurs productions font bâtardes Se 
mixtes , de manière que ce que des Bergers difent 
Bergers, Uttfiu* de leurs troupeaux dans une pièce de Sophocle, 

ves de leurs trett- . L A L r ' 

pemx. quoique nous foyons leurs maîtres > nous Comme s forcez 

de lesjervir , & de les entendre > quoiqu'ils ne parlent 

point , c'eft ce qui arrive véritablement à ceux qui 

Gouverneurs qui dans le Gouvernement ne fuivent que les vues , 

dTplpu , 'Tmci ^ es ca P r * ces & ^ es mouvemens de la multitude 9 
compare^. jj s f ervent & obéïflènt réellement pour avoir le 

vain titre de Gouverneurs & de Magiftrats. Car 

La pouppe <rouver« « « • r > 1 •• 

ne laproHê. comme les matelots qui lont a la proue , voyent 

mieux ce qui eft devant eux , que les pilotes qui 
tiennent le timon , & cependant ils fe tournent 
inceflàmment de leur côté, & font ce que ces pi- 
lotes leur ordonnent, de même ceux qui dans le 
Gouvernement ne voyent que la gloire , ils ont 
bien le nom de Magiftrats , mais ils font effective- 
mentl.es efclaves du peuple pour exécuter fes or- 
dres. Au lieu que le véritable & parfait homme de 

Au lien que le véritable &par- qui fe mêlera du Gouvernement 9 

fait homme de bien n'a aucun be- ne deftrera qu autant de gloire qu'il 

foin de gloire , qu'autant. ] C'en: lui en faut pour exécuter de gran~ 

une vérité quePlutarque met en- des allions ,par la confiance quelle 

core dans un grand jour dans le lui attire ; car il rieft ni agréable 

Traité : Comment il faut qu'un ni facile defervir des gens qui ne 

Philofophe converfe avec les Prin- le veulent pas , & c'efi la confiance 

ces. L'homme de bonfens , dit-il , qui excite la volonté. Il en eft de 



AGIS ET CLEOMENE. 511 

bien n'a aucun befoin de gloire ? qu'autant qu'elle *» ?«« uguire 

1er > C • J 1 n, • e ft necefl'aire au Ma- 

m ouvre un pailage a taire de grandes actions par gifirJ. 

la confiance qu'on a en lui. Il n'y a que les jeunes Amour de lagUir* 

pi x • *1 f *11 permis aux ieunts 

gens convoiteux d honneur a qui il taille permet- gens , ^ ^^ 
tre de s'enorgueillir en quelque forte , & de faire 
parade de la gloire > qui leur revient de leurs belles 
aclions^car les vertus^qui germent & qui pouffent 
dans cet âge-là , confirment & fortifient } comme 
dit Theophrafte ? ces bonnes difpofitions par les 
loiianges , & croiffent elles-mêmes, à mefure que 
croiffent la fierté & le courage qu'elles infpirent. 

Mais fi le trop eft dangereux en tout , le trop , A " wur e * c M de 

1? JLO ' ± l a gloire ,permcimst 

d amour pour la gloire eft lurtout pernicieux da ™ i* Gouverne- 

j 1 yr^r ° 1 t-< • 1 / • • ment &es Etats» 

dans le Gouvernement des .htats , car il précipite 
dans une folie & dans une fureur déclarée ceux 
qui font revêtus d'une grande autorité , lorfque 
prenant malheureufement le change , ils veulent 
que ce ne foit pas le beau & l'honnête qui foit 

lagleire comme delà lumière; la tinuë quand ils avancent en âge, 

lumière eft un -plus grand bien pour c'eft un grand malheur pour eux., 

ceux qui voyent, que pour ceux qui & leur perte fûre ; car elle ne 

font vus ; la gloire de même eft permet à Famé ni de fe renfer- 

plus utile à ceux qui en fentent les mer en elle-même, lorfqu'elle eft 

effets , qu'à ceux qui en font revêtus, ainfi béante après la vanité , ni 

Il ny a que les jeunes gens con- d'embrafler jamais aucun bien, 

voiteux d'honneur' à qui il faille principalement & pour lui-mê- 

permettre de s'enorgueillir. ] Tous me , mais toujours pour la repu- 

lesPhilofophes conviennent que tation qu'il produit , c'eft-à-dire 

l'amour 1 de la gloire peut-être qu'elle nelui permet jamais d'ern- 

utileauxjeunesgens,parcequ'el- brafferle bien comme bien. On 

le les aide à refréner les mouve- peut voir cette matierebien ap- 

niens de la jeuneiïe , & qu'elle profondie dans le Commentaire 

les porte à entreprendre de gran- de Simplicius fur la maxime lu. 

des chofes pour la louange qui du Manuel d'Epi&ete , tome !•■ 

leur en revient. Mais fi elle con- page 2 6fa * 



tête. 



jîiz AGIS ET CIEOMENE, 

comiimiiefidan- glorieux, mais que ce foit le glorieux qui foitle 

S^/^L fa "beau & l'honnête. Mais ce que dit un jour Pho- 

-cion à Antipater, qui lui demandoit quelque chofe 

qui n'étoit pas honnête 3 vous ne fç auriez avoir en 

mêmetems Phocion pour ami & pour flateur^c eft cela 

même? ou quelque chofe d'approchant qu'un 

Itomme d'Etat doit dire au peuple , vous ne Jf auriez 

avoir le même homme pour enclave .& pour MagiftraK 

Taiîe d» fêlent Car il arrive alors ce qui arriva au ferpent ? dont 

dont la queue s'était 11T11 1 ■ • » / \ r 

revoie cmm u parle la table : la queue s étant révoltée un jour 
contre la tête, voulut commander j& conduire à 
Ion tour , & n'être pas réduite continuellement à 
la fuivre. Elle prit donc le commandement , & 
s'en trouva bientôt très-mal elle-même , allant 
comme une folle, & la tête en fut toute meurtrie 
&froiflee en fuivant contre fa nature cette partie 
lourde & aveugle , qui ne fçavoit où elle alloit. 
Cefl;ce que nous avons vu arriver à la plupart 
de ceux,qui dans leur manière de gouverner n'ont 
eu en vue que de complaire au peuple , car en 
dépendant toujours de cette multitude , qui mar- 
che au hazard , Se qui n'a point de vues lures & 
certaines , ils fe font mis en état de ne pouvoir 
<lans la fuite ni corriger , ni arrêter le defordre 
qu'ils avoient caufé par leur complaifance. 

Ce qui m'a jette dans cedifeours contre l'ambi- 

. tion de plaire au peuple , c' eft la confideration de 

la grande puifîance qu elle a & des terribles effets 

qu'elle caufe , comme on le voit par les malheurs 

qui font arrivez aux deux Gracques Tiberius & 

Caïus* 



AGIS ET CLEOMENE. 513 
"Caïus. Ils étaient tous deux heureufement nez , ils Grandes i^^\ 

r f 1 /-. 1 ■ / 1 o des deux Gracques , 

avaient été tous deux parfaitement bien élevez, oc & u fe»u caufedc 
ils étoient entrez tous deux dans le Gouverne- Uw *' m ' 
ment avec de grandes qualitez s Se avec tout l'a- 
grément poffible. Cependant ils le perdirent tous 
deux, moins par le defir immodéré de la gloire, 
que par la crainte exceffive de la honte , crainte 
qui ne procedoit en eux que d'un fonds de no- 
bîefle &de generofité. Car ayant reçu de gran- 
des marques de la bienveillance de leurs citoyens, 
ils eurent honte de ne pas répondre à ces obliga- 
tions, qu'ils regardoient comme une dette. Tâ- 
chant donc toujours de furpaffer par des décrets 
favorables au peuple les honneurs qu'ils en rece- 
voient, & étant toujours d'autant plus honorez 
qu'ils témoignaient davantage leur reconnoiflan- 
ce, en lui complaiiant en tout, par cette ambition 
qui fe trouva égale & réciproque, ils allumèrent 
dans leur coeur un fi violent amour pour le peuple, 
& dans le cœur du peuple un fi ardent amour pour 
eux, qu'enfin fans qu'ils s'en apperçuffent , ils fe Vambkîo» pm e 

d? 11 /Y» • ^ • I Couvent a des extrê- 

un coup dans des arraires , ou ils mite ^ , ^ Vm ne 

MQ pouvoient plus reculer ni dire , puifque la chofe t 

Puifque la chofe nefi pas belle s foit -pas honnête , il fer oit pourtant 

il efi tems d'en voir la turpitude > malhonnête d'y renoncer. Mais au- 

& d'y renoncer. TjCepafîageavoit contraire , que puifque la chofe 

iéxé pris dans un fens tout con- nefi pas belle , il feroit honteux 

traire, & par confequent très- d'yperfifier. In-et ju,ù tuthey > #.t%çh 

faux, comme la fuite du raifon- ®h roTrâm&aj s mot k mot, puij que 

nement le fait alfez entendre, la chofe nefi pas belle, il efi hon- 

Car Plutarque n'a garde de vou- teux dyperfeverer. Car to^«^v » 

.loir dire , que quoique la chofe ne iïgnifie quelquefois l Jpuiv > pofer, 

Tome K '■ T t 1 



eut plus reculer. 



514 AGIS ET CLEOMENE. 

rieft pas belle ? il efl tems d'en voir la turpitude & d'y 
n paru a sene- renoncert jr t c ' çft ce quq vous verrez vous-même 

aon, a qui il a, rie- 1 

die ces vm, en Jifant leur vie. Nous allons leur comparer 
deux autres hommes > tous deux portez pour le 
peuple* & tous deux Rois de Lacedemone, Agis 
& Cleomene > qui ayant voulu augmenter comme 
eux la puiflance du peuple , & rétablir le beau & 
l'honnête Gouvernement de la République La- 
cedemonienne, qui étoit aboli depuis long-tems , 
encoururent la haine des nobles & des puiflàns y 
qui ne voulurent rien relâcher de leur ambition 
& de leur avarice. Il efl: vrai que ces deux Lace- 
demoniens n'étoîent pas frères comme les deux 
Romains , mais ils fuivirent tous deux dans le 
Gouvernement la même route , comme auroient 
pu faire les deux frères les plus unis } ce qui com- 
mença de cette manière : 

Après que l'amour de For & de l'argent fe fut 

gliffé dans la ville de Sparte , qu'avec la pofleffion 

Les grands ma u X des richellès^ fe trouvèrent l'avarice & la chicheté, 

que l'amour des ri- 9 1 • •••/Y* '• 1 • r 11 

chejjhïi-odmfrdam ce qu avec la jouiiiance s introduiiirent le luxe 5 
la mollefle > la dépenfe & la volupté , Sparte fe 
vit d'abord déchue de la plupart des grandes & 

fixer, perfeverer , comme Hefy- eft la glofe du mot T07tà.caSraj 3 

chius l'a fort bien expliqué. Je qui eft la véritable leçon, 

dois avertir que ce paflage eft Sparte fie vit d'abord déchue 

tout autrement dans un mf. où de la plupart des grandes & bel- 

on lit ai Ziç in hZ irnëii , twv ùy.trt les prééminences , qui la dijiin- 

k«A«v ouxponSb tq jJLy7ru.v<raJîcti' guo\ent,~\ Cela eft inévitable, 

Cela fait le même fens ; mais dès qu'un Etat devient riche , il 

Pexpreiïïon eft moins élégante ; décheoit de fa grandeur. C'eft 

Se je croi même que /a» irtwffafiruj une vérité prouvée par mille 



AGIS ET CLEOMENE. jij 
belles prééminences qui la diftinguoient , Se fe 
trouva indignement ravallée Se réduite dans un 
état d'humiliation Se de bafîefïè, qui dura jus- 
qu'aux tems du règne d'Agis Se de Leonidas. 

Ag;is étoit de la maifon des Eurytionides , fils °^ lne â ' A & s: 
d'Eudamidas , Se le fixiéme defeendant d'Agefi- 
las qui paffa en Afie , & qui fut le premier des 
Grecs en puiiîance Se en autorité. Car Agefilas 
eut un fils nommé Archidamus , qui fut défait Se 
tué dans un combat par les Mefïapiens devant une 
ville d'Italie appellée Mandonium. D' Archidamus n n p> a P oint * s 

_A • A'OT"J -1 A* •/• Vi ^ e ^ e Ce nom ' Les 

naquirent Agis oc Eudamidas. Agis , qui etoit Géographes tiennent 
l'aîné, ayant été tué par Antipater devant les TvvmZ[^7iud7u 
murailles de JVÎegalopolis , ville d'Arcadie , Se J a iï£ ie - 
n'ayant point laiflé d'enfans, fon frère Eudamidas 
monta fur le trône , Se eut un fils nommé Archi- 
damus , du nom de fon grand père ; à cet Archida- 
mus naquit un fils qui fut nommé Eudamidas , Se 
de cet Eudamidas vint cet Agis ? dont nous écri- 
vons la vie. 

Pour Leonidas , fils de Cleonynie, il étoit d'une origine de Démit 
autre maifon , de la maifon des Agides ; Se il fut 
le huitième qui régna à Sparte après Paufanias , 
qui avoit vaincu Mardonius à la bataille de Pla- 
tées. Car Paufanias eut un fils , appelle Pliftonax. 
Celui-ci eut Paufanias IL qui s'en étant fui de 
Sparte à Tegée, fon fils aîné, appelle Agefipolis* 

exemples ; & une des plus gran- vertu & la richefTe font la ba- 
des preuves , c'elt ce qui eft ar- lance , quand l'une baiffe l'autre 
rivé à l'Empire Romain. La haufle. 

Ttt ij 



$i6 AGIS ET CLEO MENE. 
régna en fa place r & étant mort fans enfans , fou 
frère Cleombrotus lui fucceda. Ce Cieombrotus 
eut deux fils , Agefipolis IL & Cleomene. Agefl- 
polis ne régna pas îong-tems ? & ne laiffa pas de 
pofterité. Son frère Cleomene régna après lui 5 
& eut deux fils , Acrotatus & Cleonyme. Mais de 
fon vivant il perdit fon aîné Acrotatus , & laiflà 
Cleonyme le plus jeune, qui ne régna point , la- 
couronne paffa à fon neveu Areus^fils d' Acrotatus. 
Cet Areus ayant été tué près de Corinthe, fon 
fils Acrotatus monta fur le trône > & ayant été 
défait & tué à une bataille près de la ville de 
Megalopolis par le tyran Ariftodeme 3 il laifîa fà 
femme groffe ; elle eut un fils dont ce Leonidas , 
fils de Cleonyme , eut la tutelle. Cet enfant étant 
mort en bas âge , le Royaume tomba à ce tuteur y 
dont les mœurs ne convenoient pas trop à celles 
de tes citoyens; car quoique tous les Spartiates 
fuflent déjà abâtardis & corrompus par la cor- 
ruption générale où étoit tombé le Gouverne- 
M»un corromps ment , il y avoit cependant dans Leonidas une dé- 

de Leonidas , O* • i / o / \ 1 

foà eiUs veno^t. pravation plus marquée , oc un eioîgnement plus 
fenfible des mœurs & des ufages de fon pais, 
comme dans un homme qui avoit roulé long- 
ea prend d'erdi- tems dans les Palais des Satrapes , qui avoit fait 
plufieurs années la cour à Seleucus^ & qui en- 
fùite y fans garder ni melures ni bornes , avoit vou- 
lu tranlporter tout cet orgueil & tout ce fafte 
dans les affaires des Grecs ; & dans un Gouverne- 
ment jufte & légitime. 



naîre les mœurs Z2" 
les c oui urnes des 
lieux ou l'on a été 
nourri: 



Agis etcleomenl 517 

Mais Agis ? Sc en heureux naturel & en grandeur m Mmri d ' J & 5 
d'ame ? furpaiïà fi fort, non-feulement Leonidas, 
mais encore prefque tous ceux qui a voient régné 
après Agefiias le grand/ que n'ayant pas encore 
vingt ans accomplis , quoiqu'il eût été nourri 
dans les richeffes, dans le luxe , & dans les déli- *«^*"W-. 

je s de la mère &• dç 

ces de la mère Agefiftrate & de ion ayeule Archi- t^wu tAg* 
damie, qui avoient plus d'or & d'argent que tous 
les autres Lacedemoniens enfenible, renonça d'a- 
bord à toutes les voluptez , n'eut plus aucune at- 
tention^ ni la moindre complaifànce pour la beau- 
té de fa perfonne , rejetta toutes les parures & les 
vains ornemens 5 dépouilla 3 & fuit toute forte 
de fuperfluité & de magnificence ^ & fit gloire 
d'aller vêtu d'une fimple cape 9 & de rechercher 
les repas , les bains , & toute l'ancienne manière 
de vivre de Sparte , & dît hautement au Un au- ^ voir d ' m Roi 

r « va t> ' • r 7 1 1 de s P arte ' & « 

rmt que j aire a être Koi 3 p parle moyen de la- quoi u Royauté <u z 
Royauté' il nejperoit de faire revivre les loix , & vmlw ^ rm ' 
de rétablir dans [on ancienne vigueur la difcipline La* 
conique. 

Cette difcipline , & les affaires des Lacedemo- 
niens avoient commencé à être malades & à ie 
corrompre, depuis le moment qu'après avoir ruiné 
le Gouvernement d'Athènes, ils eurent commen- 
cé à fe remplir d'or & d'argent Cependant le par- 

Qu'il nauroït que faire d'être que de S, Germain. C'eft un 

Roi , fi far le moyen de la Roy au- grand mot. La Royauté ne doit 

té.'] Dans le texte au lieu de <TJ fervir qu'à maintenir ou à réta- 

rtÉiiroy j il faut lire Si âuT«y 3 com- blir tout ce qui eil beau & hon- 

me dans le-mf. de la Bibliothe? nête, 



5 i3 AGIS ET CLEOMENE. 

y. u vie de Vf ca p- e des terres , que Lvcurg;ue avoit fait , & le 

s3- nombre des héritages, qu il avoit établi, s étant 

confervez dans les fucceffîons , chaque père lait 

fant àfon fils fa part telle qu il l'avoit reçue , cet 

ordre & cette égalité, qui perfevererent fans aucu- 

ce q»i fervjt a ne attem te, relevèrent en quelque forte la ville de 

rdevev la ville de * il 

Sfarte. toutes les autres fautes qu'elle avoit faites contre 

fon ancien Gouvernement, & la conferverent 
encore entière, Mais un des plus puiiïàns. ci- 
toyens , nommé Epitades , homme fiiperbe , 
opiniâtre & entêté , ayant été nommé Ephô- 
re , & ayant eu un différend avec fon fils , fit 
Loi dmée pat un une loi , par laquelle il étoit permis à tout 

trlltlat^ homme de difpofer de fa maifon & de fon héri- 
tage , & de le donner de fon vivant, ou de le laif- 
fer par teftament après la mort à qui il voudroit. 
Cet Ephore fit cette loi pour aflbuvir fon reflèn- 
timent particulier , & les autres citoyens la reçu- 

Et le nombre des héritages qiiil blir ce qui eil ruiné ôc perdu. 

avoit établi. ~\ Au lieu de &, tov oi- Fit une loi , par laquelle il étoit 

Jtov ov oAvaxp'ycç, il faut lire com- permis à tout homme de dijpofer 

me dans un mf. & t&v om«>v «y l de fa maifon & de fon héritage. ] 

AvKvpyoç &e. Cet ordre & cette Solon avoit fait à Athènes la 

égalité perfeverant fans aucune même loi , mais plus reftreinte ; 

atteinte , relevèrent en quelque car il permettait aux pères qui 

forte la ville. Comme il n'y a n'avoient point d'enfans mâles , 

rien de plus préjudiciable aux nez de légitime mariage , de 

villes ôc aux Etats qu'une gran- donner leur bien à qui ils vou- 

de inégalité , cette égalité , que droient.Plutarque juge fort bien 

le partage des terres avoit in- deçesloix, ôc fait fort bien voir 

troduite , continuant dans Spar- combien elles étoient injuftes & 

te , fervit à la relever. Ce qui préjudiciables à l'Etat. V. les 

JTubfifte encore d'un bon éta- remarques fur la vie de Solon, 

bliffement , peut fervir à r.éta- Tom. i, pag. 4.16. 



pauvreté dam m 

Etat. 



AGIS ET CLEOMENE. 519 
rent & la confirmèrent par des motifs d'intérêt & 
d'avarice , ce qui ruina un très-bel établiffement, 
& acheva de fapper le plus iur fondement de leur 
police ; car les puiiîans acqueroient tous les jours 
ïàns garder aucunes bornes , en chaflànt les héri- 
tiers des fucceffions qui leur appartenoient. Ainfï 
tous les biens fe trouvant bien-tôt entre les mains 
d'un très -petit nombre 3 la pauvreté gagna & Ce w e f*** 
remplit toute la ville , & a la place des Arts hon- 
Jiêtes & libéraux, qu elle en chafià, elle y intro- 
duifit tous les Arts mercenaires & mechaniques , 
& avec eux la haine & l'envie contre ceux qui 
retenoient injuftement ces poflèflions. 

Il ne relia donc dans la ville qu'environ fept 
cens Spartiates naturels > & de ces fept cens il 
n'y en a voit à peu près que cent qui eufîent con~ 
fervé leurs héritages. Tous les autres étoient une 
populace accablée de pauvreté, qui demeuroit 
dans la ville fans y avoir le moindre degré d'hon- 
neur., foutenant à contre-cœur & très-mollement 
les guerres contre les ennemis du dehors , & 
épiant toujours l'occafion de changer la fituation 
prefente des affaires , & de fe tirer d'un état fi vio- 
lent. C'eft pourquoi Agis , perfuadé que c étoit 

^Soutenant à contre-cœur & très- rebutent enfin, & ne caufent des 

mollement les guerres contre les en- féditions & des guerres civiles» 

nemis du dehors. "] Il eft impofïi- Cela n'eft pas fi fenfible dans les 

ble que les pauvres foutiennent Etats abfolument defpotiques , 

de bon coeur les guerres , quand êc il n'eit pas difficile d'en voir 

ils n'y travaillent que pour l'a- la raifon. Encore cela ne laifle-- 

vantage des riches, qu'ils agran- t'il pas de s'y faire fentir très- 

ddifTent contr'eux 3 & qu'ils ne fe fouvent jqfqu'à certain point* 



po AGIS ET CLEOMËNE. 
une très-belle chofe , comme ce Tétoit en effets 
de repeupler la ville , & de la ramener à fbn an- 
cienne égalité.., commença à fonder les fentimens 
de fès citoyens. 
tesjeunesgenspiHs jj trouva d'abord contre fon attente les plus 

difeT^ a r Amener a la - _ . * ; _ » ■ " V. 

fimpiiché , $te les jeunes dilpolez à lui obéir , & tout prêts à em- 

vieilUrds. ' 1 /V 1 o ^ • 1 1«1 J 1 

braiier la vertu, oc a quitter pour la liberté leur 
manière de vivre , comme on quitte un méchant 
habit pour un meilleur. Mais la plupart des 
vieux j déjà entièrement pénétrez par la cor^ 
ruption , envifagerent d'abord comme une chofe 
très -redoutable , la réforme de Lycurgue , & 
tremblèrent au feul nom de -ce Legiflateur ., 
comme des efclaves fugitifs , que Ton ramené à 
leurs maîtres. Ceft pourquoi ils blâmoient ex- 
trêmement Agis, quand il déploroit l'état pre- 
fent des chofes , & que regrettant l'ancienne di-* 
gnité de Sparte , il cherchqit les moyens de la 
rétablir. 

Il ny eut que Lyfandre , fils de Libys, Man- 
Learoùferfonn*. ^roclidas , fils d'Ecphanes , & Agefilas , qui ap- 

ges qu Agis trouva J 1 * o ' 1 - X 

portc^àatfHyer/es prouvèrent fes vues, Se qui f excitèrent forte- 

defleim, A , x1 r . o > 1 T C ^ r • 

ment a les luivre oc aies exécuter. Lyiandre etoit 
celui des Spartiates qui avoit le plus de réputa- 
tion , & qu'on honoroit le plus ; Mandroclidas 
étoit le plus propre à conduire des pratiques fe-* 
crettes , car fa rufe & fbn adrefle étoient accom- 
pagnées d'audace & de fermeté, & Age-filas étoit 
oncle du Roi, & homme très -éloquent, d'ail- 
leurs mou & poffedé de l'amour des richefîès , 

mais 



AGIS ET CLEOMENE. 521 
maïs il étoit excité & aiguillonné par fon fils 
Hippomedoiij qui s' étoit acquis beaucoup de' 
gloire dans plufieurs guerres & dans plufieurs 
combats , Se quiavoit beaucoup de crédit & d'au- 
torité , à caule de Taffeétion que lui portoit toute 
lajeuneiîe. Mais la véritable raifbn qui l'obligea ce^m porta j S e- 

di 1 | % rr • 1* A * ri • r &** * entrer dam 

entrer dans les deiieins d Agis ; ce lut la quantité /« dejfeh» d'Agio 

de dettes immenfes dont il étoit accablé , & dont 
il efperoit de fe décharger fans bourfe délier en 
changeant le Gouvernement. Agis ne l'eut pas 
plutôt gagné , qu'il travailla avec lui à gagner fa 
mère , f œur d' Agefilas > laquelle avoit beaucoup 
de pouvoir dans la ville ? à caufe du grand nombre 
de fes efclaves , de fes amis, & de fes débiteurs, 
& qui influoit beaucoup dans les affaires les plus 
importantes. 

Dès qu'Agis fe fut ouvert à elle de fbn deffein , La *** 
elle en fut d'abord étonnée , & voulut faire chan- 
ger ce jeune homme , en lui reprefentant qu'il en- 
treprenoit des chofes , qui n étoient ni poffibles 
ni utiles. Mais Agefilas lui fît voir que cette entre*- 
prife feroit auffi utile , que belle , & qu elle réùf- 
firoit infailliblement , & le Roi étant revenu à la 
charge 9 la conjura de vouloir facrifier fon or Se 
fon argent à l'honneur & à la gloire de fon fils. 
Il lui reprefenta que par Ces richeffes il ne pourrait j a- Ce ¥H h re P™ 

. 9 , x j r> • -r A j. j fente à fa mère fou, 

mats s égaler aux autres ixois, puijque même les aomej- u vaincre, 

Puifque même les domeftiqu.es fon eft d'une très-grande force , 
des Satrapes , & les efclaves des & une démonstration , pour faire 
tuteurs de Ptolemée. 3 Cette rai- voir qu'un Roi ne fçauroit être 

Tome K Yuu 



l'Agis 
seppofe d'abord à fes 
dejjh'ns. 



$22 AGIS ET CLEOMENE.. 
tiques des Satrapes j & les efclaves des tuteurs de Pto~ 
lemée &* de Seleucus poffedoient plus de biens que n'en 
avaient jamais pojfede 'tous les Rois de Sparte ensemble $ 
ce n'efl pas par au H eu q Ue G p ar \ a tempérance , par une vie (impie & 

hs ricbejfes que les J j - • / •/ • n i 

roù peuvent acque- frugale s & par la magnanimité u pouvoit ejjacer le 
r 'doireT ****** e l uxe de tous ces Rois y & rétablir parmi [es citoyens 
T égalité & la communauté des biens ? comme elles 
étoient du tems de Lycurgue , il acquerroit véritable- 
ment la réputation & la gloire d'un très-grand RoL 
Generofté des Alors M Reine & toutes (es Dames , animées 

&amëi deSfarte. _ . . ,. - « 1 . . , 

ce excitées par la noble ambition de ce jeune 
Prince P changèrent tout d'un coup de fentiment '«, 
& comme par une infpiration divine elles furent 
tellement frappées de la beauté de ce projet , 
qu'elles prefferent Agis de mettre promptement 
la main à l'œuvre & de fe hâter ^ & qu'envoyant 
chercher leurs amis P elles les exhortèrent à fe 
joindre à lui. Elles parlèrent même aux autres 
femmes de la ville ? comme fçachant bien que les 
Grande, autorité Lacedenioniens avoient de tout tems beaucoup 

des femmes de Sparte , 1/r ' « r Q ».i ' 1 

da, t s CEut, de deterence pour leurs temmes , oc qu ils leur 

laijffbient plus de pouvoir & d'autorité dans les 
affaires publiques , qu'ils n'en prenoient eux-mê- 
mes dans leurs affaires particulières & dans l'in- 

grand par fes richeffes , puifqu'il que la vertu qui puifTe rendre un 

y a eu des domefeiques de Sa- Prince véritablement grand, 
trapes & des efclaves même de Ilfowvoit effacer le luxe de tous 

leurs favoris , qui ont poffedé ces Rois. ] Au lieu de tàç àiesya 

plus de richeffes que les Rois les rpv^àç } il faut lire comme dans 

plus riches , & qui cependant le mf. de la Bibliothèque de S» 

ont toujours été très-méprifa- Germain tàç oicâywy Tpuç*$. 
blés & très-petits. Il n'y a donc 



AGIS ET CLEOMENE. 523 
teneur de leurs maifons. Or la plus grande partie 
des richefles de Sparte étoit alors entre les mains 
des femmes, Se c'eft ce qui rendit l'entœprife 
d' Agis très-difficile & très-épineuie ; car toutes 
les femmes s'y oppoferent d'abord , voyant bien £«/«?>«» oi ^- 

511 11.1 ri « 1 nairemeni tres-aita- 

qu elles alloient perdre, non-leulement leur luxe *&«« « fc.«* fe» & 

o 1 1 fi. 1 1 . n- aleursddit.es* 

ce leurs delices,parle moyen de cette vie ruitique 
& groffiere qu on vouloit rétablir. Se à laquelle 
on donnoit tant d'éloges , mais encore tous leurs 
honneurs Se toute la puiflance qu'elles avoient à 
caufe de leurs richefles ; elles recoururent toutes 
à Leonidas , Se le conjurèrent , puif qu'il étoit le 
plus âgé , de retenir Agis , Se de l'empêcher d'e* 
xecuter fon projet. 

Leonidas étoit très-porté à fècourir les riches , 
mais comme il craignoit le peuple , qui fouhaitoit 
fort ce changement , iln oia pas s'oppofer à Agis 
en face & à vifage découvert, mais fous main il 
cherchoit à le traverler , Se à faire échouer fon J> *« L««»«fc* 
deiïein ; il parloit en fecret aux Magiftrats , & "Âgh. ' 
calomnioit Agis en dilant qù 'il offr oit aux pauvres 
les biens des riches 3 le partage des terres 3 & .1* abo- 
lition des dettes 3 comme le prix de la tyrannie qiiil 
vouloit ufurper , & que par-là il cherchoit à faire, non 
des citoyens pour Sparte , mais des fatellites & des 
gardes pour fa perfonne. 

Cependant Agis étant venu à bout de faire 
élire Lyfandre Ephore , porta d'abord au confeil 
une Ordonnance qu'il avoit dreflee , & dont les Qrimnme d'A* 
principaux articles étaient que tous les débiteurs *"' 

Vuu ij 



5 24 AGIS ET CLEOMENE. 
feroient déchargez de leurs dettes ; que de toutes 
les terres , qui étoient depuis la vallée de Pellene 
jufqu au mont Taygete^ au promontoire de Ma- 
lée & à Sellafie, on en feroit quatre mille cinq cens 
lots ; que de celles qui étoient au-delà de ces 
limites , on en feroit quinze mille ; que ces por- 
tions feroient diftribuées à ceux du voifinage 3 
qui étoient en état de porter les armes , & que 
celles qui étoient au-dedans , feroient pour les 
Spartiates naturels, au nombre defquels on corn- 
pteroit les voifins & les étrangers qui auroient eu 
une éducation honnête & noble ; & qui fe trou- 
veroient bien conformez de leur perfonne y & 
dans la fleur de l'âge ; qu'ils feroient tous diftri- 
ziJ?s%_peiiL%tî- buez en quinze tables ? appellées Phiditiesv dont 
diucs j a moindre feroit de deux cens, & la plus forte 

de quatre cens , & qu'ils obferveroient tous la 
même manière de vivre & la même difcipline que 
leurs ancêtres. 

. Cette -Ordonnance ayant été écrite, & les 
Sénateurs n'étant pas tous de cet avis , Lyfandre 
fit affembler le peuple , & parla fortement à fes 
citoyens , pendant que de leur côté Mandrocli- 
das & Agefilas les conjuroient T que pour com^ 
plaire à un petit nombre ? qui même leur inful- 
toit & les fouloit aux pieds , ils ne viffent pas d'un 
oeil indiffèrent la dignité de Sparte entièrement 
avilie & perdue , mais qu'ils fe fouvinffent des an*- 
>o««-w«/«w«. Hciens oracles qui leur avoient été rendus autre* 

4»$ mk Spartiate. £ • o • " 1 1 • 1 r 1 

lois, cfc qui tous leur oidonnoient de ie donner 



AGIS ET CLEOMENE. py 

garde die l'amour des richeflès, comme d'une 
paffion , qui feroit certainement pernicieufe à 
Sparte , & qui cauferoit fa ruine totale, & encore 
-de ceux qu'ils avoient tout fraîchement reçus de 
la DéeiTe Pafiphaé ; car dans la ville de Thalames 
il y avoit un Temple &un Oracle de cette Déef- dtUDùjjt?^^ 
fe , qui étoit en grande vénération. ^ullZl vm 

Quelques-uns prétendent que cette Pafiphaé ^ e iu était «^ 
eftunedes Atlantides, filles de Jupiter, &qu elle D ' e ft Pa iï U(fi 
eut pour fils Ammon. D'autres aflùrent quelle 
n'eft autre que CafTandre^ fille de Priam, qui 

Et encore de ceux qu'ils avoient Laconie dans la ville de Tha- 

tout fraîchement reçus. ~\ Le mf. de lames fur le Golfe MefTeniaque , 

la Bibliothèque de S. Germain & par conféquent affez loin de 

ajoute ici au texte un mot qui Sparte. Apparemment après ur- 

paroît necelfaire , ^ t»v tuaynoç bem, il manque le nom de la ville 

m ncwiçoLctç ttiKofjitff fxi)itùv ÀvtqÏç* la plus prochaine de ce Temple , 

Car dans la ville deThalames il ou peut-être le nom même de la 

y avoit un Temple & un Oracle de ville de Thalames ; car Ciceron 

cette Déejfe. ] On alloit coucher peut avoir voulu dire , que ce 

dans fon Temple , «Se la nuit la Temple étoit , non dans Tha- 

DéefTe faifoit voir en fonge tout lames , mais aux portes de Tha- 

ce que l'on vouloit fçavoir. Ci-° lames. 

ceron a parlé de cet oracle de Efi une des Atlantide s , filles de 

. Pafiphaé dans le I. liv. delà Di- Jupiter, & quelle eut pour fils 

vination : Atque etiam qui pr<z- Ammon. ~\ Cet endroit me paroît 

erant Laccdœmoniis non contenu corrompu. Peut-être vaudroit-il 

■vîgilantibus curis ] , in Pafiphaa mieux traduire, efi une des At- 

fano , quod efi in agro propter ur~ lantïdes , celle qui de Jupiter eut 

bem ,fomniandi caufa excubabant , Ammon. 

quiaveraquietis oraculaducebant. D'autres ajfurent qu'elle n'efi 

Mais je croi qu'il manque un autre que Caffandre. ] Paufanias 

mot à ce texte de Ciceron. Le pourroit faire croire, quec'étoit 

Temple de Pafiphaé n' étoit pas laDéefTe Ino.S^ le chemin d'Oe- 

û près de Sparte,qu'il ait pu dire tyla à Thalames , dit-il, efi leTem- 

qu'il étoit propter urbem , près de pie & ï Oracle d'Ino, On le con~ 

,J& ville, Il étoit au fond delà fuite m dormant, & tout ce que 

Vuuiij 



$26 AGIS ET CLEOMENE. 

mourut dans Thalames; & que parce que 

rendoit fes oracles à tout le monde , elle fut ap~ 

du je^ mou p e llé e P afiphaé, Mais Phylarcus écrit que la fille 

darer à tout le d Amyclas, appellee Daphné, fuyant la vi ve pour- 
fuite d'Apollon, qui vouloit avoir fes faveurs, 
& étant changée en la plante , qui porte .ce nom 5 
fut fort honorée de ce Dieu, & reçut de lui la 
vertu de prophetifer. On dit donc que les ora- 
cles , qui venoient d'elle , ordonnaient aux Spar- 
tiates de revenir tous à ï égalité ordonnée par la 

tes HZ K*/r! l°i que Lycurgue avoit établie dès le commen- 

that. cernent, 

Par-deffiis tout cela le Roi Agis s'avançant au 
milieu de Failèmblée , après un dilcours fort court , 
dit qu ilalloit beaucoup contribuer pour fa part au 

Ve^C^Z Gouvernement qu il vouloit établir, & qu ilmet- 

fesèwu & commun, toit d'abord en commun tous fes biens, qui 
étoient très-confiderables , & qui confiftoient en 

' skcmmiiiee'cus. terr€S labourables , en pâturages , & enfix cens 
talens d'argent comptant; quelamerë & fa grand'- 
mere alloient faire la même chofe aufTi-bien que 
tous ks parens & tous fes amis ? qui tous étoient 
les plus riches des Spartiates. 

Tout le peuple fut étonné de la magnanimité 

l'on veut fç avoir , la Déejfe le fait de la quantité de couronnes & de 

'voir en for.ge. Dans la cour du bandelettes quija cachent. On dit 

■Temple il y a deux jiatu'és debron- quelle efl aufll de bronzje, Il y a 

ne , l'une de Paphie > on a corrigé bien de l'apparence que c'eftlno 

avec raifon de Pajïphaé , & l'an- même qui fut appellee Pafijhaé, 

tre du foleil. Celle qui efl dans le parce qu'elle rendoit fes oracles 

Temple , ne peut être rvû'i à caufe à tout le monde. 



AGIS ET CLEOMENE, 5^27 
de ce jeune Prince 5 & en même tems ravi de 
joye , de ce qu'après trois cens ans on revoyoit 
enfin un Roi digne de Sparte, Mais alors Léo- £«»»^ /«»« 1* 
nidas > levant le maique y s oppola a lui de tout owmmm à a^, 
fon pouvoir ^ car venant à penier qu ilferoit obli- 
gé de faire la même chofe , & que fes citoyens 
ne lui en auraient pas la même obligation ? mais 
que tout le monde mettant également tous fes 
biens en commun , l'honneur en reviendront tou- 
jours à celui-là fèuïj qui avoit donné l'exemple, 
il demanda tout haut à Agis \ s'il ne penfoitpas que QuefiioÀ de i m 
Lycurgue fût un habile homme & un homme de bien $ m as a £1S ' 
Agis ayant répondu qu'il le tenait pour tel. Ou avez- Kep6nIe d ' A & s ' 

j si l • t * J T ' Autre auefiion âé 

vous donc VU) repartit Leonidas , que Lycurgue ait uontiat. 

jamais ordonné une abolition des dettes > ou qu'il ait 

donné droit de bourgeoifie aux étrangers , lui qui était 

très-perfuadé que la ville ne pourroit être faine J fi tous 

les étrangers n'en étoient chaffez ? Agis lui répondit,- 

qu'il ne s'étonnoit point que lui , qui avoit été élevé ^^ n f etm "f olld9 

dans les pais étrangers , & qui sétoit marié dans 

une maifon de Satrape , ne connût pas Lycurgue 3 & 

qu'il ignorât qu'en chaffant de fa ville l'or & l'argent , 

il en avoit banni toutes dettes aclives & paffives, 

Sue pour ce qui étoit des étrangers , qui venoient . ^ els f"flT 
1 1 O . 1 Lycurgue cbajjeit de 

dans fa ville, il n'en vouloit qu'à ceux qui ne pou- s f ans - r - u vie de 

y 7 ' j \ 1 Tr ■ T Lycurgue, tcm* U 

voient s accommoder aux mœurs & a la dîjctphne page 157. 
qu'il établiffoit , que c'étoient-là les feuls qu'il chaffoit > 
non quil fît la guerre à leurs perfonnes ■ , mais c'eft 
qu'il crdignoit leur manière de vivre , & la corrup- 
tion ck leurs mœurs , il appréhendait que mêlez & '-con- 



js8 AGIS ET CLEOMENE. 

fondus avec [es citoyens > ils n engendraient infenfible- 

ment dans leur arne l'amour du luxe & de la molleffe , 

& une envie demefurée de s'enrichir. Jgnore-t-on que 

ie* € p"rZleïyde~> Terpandre j Thaïes & Pherecyde > tous trois étrangers P 

pourri honore^ cependant parce que dans leurs poèmes & dans leur 

dans Sparte, cpoi- f'irl' •! 1/r • 7 / • T 

î* étrangers. ' philo jophte , ils debitoient les mêmes maximes que Ly- 

curgue > ils font honorez à Sparte avec grande diftinc- 

tion. Et vous même 9 conçinua-t-il > vous louez ex~ 

trêmement Ecprepes qui > étant Ephore 5 coupa les deux 

tes deux corda cordes > que le Muficien Phrynis avoit ajoutées aux 

IZÂs'TÙ ijrT. fipt -» d° nt l a ty re étoit garnie ; vous loiiez de même 

^r 2 wi««^«j. ceux q U j a p r ès lui firent la même chofe à Timothée , & 

cependant vous me blâmez >moi qui veut bannir deSparte 

le luxe y les délices 3 la dépenfe x & toute vainc fuper* 

fuite. Comme fila vue de ces gens > qui avoient coupé 

ces cordes de la lyre > n avoit pas été d'empêcher que 

tout ce frac as & cette fuper fuite de mufique nefeglif* 

faffent dans une ville * dont tous les excès , qui s'étoient 

introduits dans la vie & dans les moeurs 3 avoient déjà 

Vous loiiez, extrêmement Ecpre^ cordes d'un instrument , à moins 

pss qui , étant Ephore , coupâtes qu'on ne veuille dire, que cet 

deux cordes. ] Tout ce qui alloit Ephore prit une hache pour faire 

à rendre la mufique plus molle craindre qu'il alloit mettre la 

& plus efféminée étoit fufpecl: à lyre en pièces,, 
ces hommes fages, & l'expe- Vous loiiez, de même ceux qui 

rîence n'a que trop prouvé qu'ils après lui firent la même chofe à 

avoient raifon. Au refte le Grec Timothée!] ATimothée de Milet, 

dit qu'il les coupa wsrâpvea , que grand Poè'te Dithyrambique & 

l'on a traduit avec une hache, grand Muficien. Il avoit pis fait 

Mais il faut que ce mot fignifie encore que Phrynis , car il 

autre chofe qu'une hache , ôç ajouta à la lyre une onzième Sç 

qu'il fignifie une forte de cou- une douzième corde. Sparte fit 

teau. Car il eft ridicule de pren- un décret très-fevere contre lui, 



tire une hache pour couper les 



ruiné 



AGIS ET CLEOMENE. ;ap 

ruiné toute l'harmonie > & la bonne correspondance qui 
regnoient auparavant dans toutes Ces parties. 

Après ce difcours tout le peuple fuivit le parti 
d'Agis , & tous les riches le rangèrent du côté de 
Leonidas , & le prièrent de ne pas les abandonner. 
Ils s'adrefîèrent auflî aux Sénateurs , qui avoient 
fur cela le principal pouvoir, en ce qu'ils avoient 
fèuls le droit d'examiner les propofitions avant 
qu elles puflent être reçues & confirmées par le 
peuple ; & ils firent tant par leurs prières , & par 
leurs inftances que ceux qui rejettoient l'ordon- ceux ? »; «/««- 
Agis , 1 emportèrent enfin d une voix. d'Agis , reportent 
Mais Lyfandre, qui étoit encore en charge, fe d ' une f eitie ^ x - 
mit incontinent à pourfuivre Leonidas en vertu uonidû pourfmvi 
d'une ancienne Loi , qui détendait au 9 aucun defeen- crimîne J lement * en 

' 1 I J venu d une ancienne 

dant d'Hercule eût des enfans d'une femme étrangère , lei de sp*rt*firtr« 
& qui ordonnoit la peine de mort contre celui qui jorti 
de Sparte fer oit allé s'établir chez les étrangers. Après 
avoir apofté beaucoup de gens pour tenir contre 
Leonidas le même langage , il fe mit avec les au- 
tres Ephores à obferver le ligne du ciel. Et voici 
quelle eft cette coutume : 

Tous les neuf ans les Ephores choififlent une c*uum* fort /«- 
nuit où le ciel eft k plus pur & le plus ferein, **"****• 
ïans aucune clarté de lune^fe tiennent affis en 
rafe campagne dans un profond filence , les yeux 
attachez au ciel, & s'ils voyent une étoile traver- 

JEt s'ils voient une étoile tra- Comment e(t-il pofîlfele que des 
verfer d'un -coté du -ciel à l'autre , gens fi fages d'ailleurs, euïïent 
ils mettent en juftke leurs Rois.~} une imagination fi extravagante? 

Tome V. , X x x 



Depojîtîan des 
mains contre Leoni 



y 3 o AGIS ET CLEOMENE, 
1er d'un côté du ciel à l'autre , ils mettent en jus- 
tice leurs Rois , les acculent d'avoir commis 
quelque faute énorme contre là Divinité , & les 
dépofentj, julqu à ce qu'il vienne de Delphes, ou 
d'Olympie quelque: oracle , qui ordonne de les 
rétablir. Ly fendre difent donc qu'il avoit obfervé 
ce figne, appella Leonidas en jugement , Se pro- 
duifit des témoins, qui dépofoient qu'il avoir 
ias - époufé une femme d' Aile, qu'un des Lieutenans 

de Seieucus, chez lequel il logeoit, lui avoit don- 
née , qu'il en avoit eu deux enfans , qu'enluite 
venant à être haï de cette femme, qui ne pouvoit 
le iupporter , il étoit revenu contre ion gré dans 
fe patrie , & qu'ayant trouvé le trône fans fuc- 
ceffeur légitime , il s'en étoit emparé. En même 
tems il perfuada à Cleombrotus d'intervenir au 
procès, & de demander la couronne, comme 
étant de la race Royale , & gendre de Leoni- 
das. 

Leonidas effrayé de cette pourfuite , dont il 
craignoit l'ifluë , alla fe réfugier dans le Temple 
de Minerve , appellée Chalcioicos, & la femme de 

une étoile,c'eft -à-dire une exha- Allafe réfugier dans le Temple 

laifon , pafTant d'un côté du ciel de A<fwerve,appellée Chalcioicos. ] 

àl'autre 5 marquoit que leurs Rois II y avoit à Sparte un Temple 

avoient commis quelque péché de Minerve qui étoit tout d'ai- 

énorme contre la Divinité , ôc rain , c'eft pourquoi la Déeiïe 

meritoient d'être dépofez. Il ne fut appellée Chalcioicos , c'eft- 

faut pas croire qu'ils donnafTent à-dire , qui habite la maifon d'ai- 

à cela quelque fondement ; c'é- rain. Paufanias écrit dans les 

toit feulement un tra t de politi- Phociques que ce Temple exik 

que pour avoir toujours quelque toit encore de fon tems. 
prétexte de chaffer leurs Roi& 



AGIS ET CLEOMENE. yjr 
Cleombrotus,quittant fon mari, alla folliciter pour 
ion père en le rendant fuppliante avec lui. Leoni- 
das fut donc fommé de fe prefenter , Se comme il 
ne comparut point , on lui ôta le Royaume ? Se on ^omdas dépose 



C'"" Fon rr e ,i({y 



e donna a ion gendre Cleombrotus. cuomhti M mis i 



fa place. 



'wes r«- 
tablijjcnt Leoaidai. 



A Â*is C/ J 



Dans ce tems-là Lyfandre fortit de charge 
Ion tems étant expiré. Les Ephores , qui lui fuc- tli^nfu 
cédèrent , rétablirent Leonidas, qui s'étoit jette 
entre leurs mains , & intentèrent un procès à Ly- 
fandre & à Mandroclidas 9 fur ce que contre la 
loi ils avoient décerné l'abolition des dettes > Se 
le nouveau partage des terres. Lyfandre & Man- 
droclidas fe voyant donc en danger d'être con- 
damnez , perfuadent aux deux Rois qu'ils n'ont 
qu'à s'unir, à fe bien entendre enfemble, & à fe €Uomhvomu 
mocquer de toutes les ordonnances Se de tous les 
décrets des Ephores \ car, difoient-ils -, toute la for ce 
de ces Magiftrats ne vient que de la mefmtelligence 
des Rois , parce qu'ils appuyentpar leurs fuffrages celui 
des deux qui propoje le meilleur avis , lorfque l'autre le 
combat <&* s'oppoje à ce qui eft expédient <Ô° utile; au lieu$ 
ajoûtoient-ils , que quand les deux Rois font d'accord, 
& ne veulent que la même chofe , rien ne peut s'oppofer 
à leur volonté, ni à leur puijfance , & /eft contrevenir 
aux loix que de leur refifter , les Ephores n'ayant que le 
pouvoir d'arbitrer & de décider entre les deux Rois , pouvoir des %j>h* 
quand ils font de différent avisj& nullement le droit res > en ï miUmte - 
de s'ingérer dans leurs affaires quand ih font d'accord. 

Les deux Rois perfuadez par ces difeours ? le 
rendirent à raiTemblée , firent fortir les Ephores 

Xxx ij 



j 3 2 AGIS ET CLEOMENE. 

de leurs lièges , en établirent d'autres en leur 
place 3 du nombre defquels fut Agefîlas , & ayant 
fait prendre les armes à quantité de jeunes gens; 
& délivré les prifonniers, ils fe rendirent très-re- 
doutables à leurs ennemis , qui crurent qu'ils al- 
loient faire main-baffe fur eux. 

Cependant on ne tua perfonne, au-contraire 
Agefîlas ayant voulu faire tuer Leonidas comme 
il s'enfuyoit à Tegée , & ay^ant envoyé après lui 
des gens pour exécuter ce meurtre , Agis , qui en 
fut averti , dépêcha en même tems des gens 
fidèles qui accompagnèrent Leonidas, & le ren- 
dirent en fureté à Tegée. 

Leur entreprile allant donc ainfi fon train , & 

n'y ayant perîbnne qui y fît aucune oppofition 

Agejîus f e »t mine ni la moindre refiftance > un feul homme , Age- 

par fin avarice > lu r \ r* I 

~phs beiu des Loi* . lilas > renverla oc ruina tout, en corrompant la 

Teints t!«t P lus belle de toutes le , s loix & la P lus di g ne de 
<y i» j>m a ge des Sparte , par la maladie la plus honteufe, par fon 

terrts , qui re'tablif- *■ . *■ • 1 /Y* 1 • J 1 

fou ïégaim. avance ; car comme il pofiedoit une des plus 
grandes & des meilleures terres du païs, qu'il de~ 
voit de groflês fommes > & qu'il n'étoit ni en état 
de payer fes dettes , ni en volonté d'abandonner 
fa terre pour la mettre en commun , il perfùada à 
Agis y que le changement feroit trop grand , trop 
violent , & même trop dangereux , s'ils entrepre- 
noient de faire pafler en même tems ces deux 
chefs y l'abolition des dettes & le partage des ter- 
M* itnt *tfe res, mais que fi on ciommençoit d'abord à ga- 

ftrvit pour rtiijjir , CT CT J V U t' ■ 

dam. /m &#». gner les polieileurs des terres par J. aboiitipn des 



AGIS ET CLEOMENE. 533 
dettes , ils fupporteroient enfuite le partage des 
terres avec plus de douceur & de facilité. 

Cet expédient fut goûté par Lyfandre même 
trompé par Agefilas. Prenant donc aux créan- 
ciers tous leurs contrats & toutes leurs obliga- a&u m ir&Ur 
tions ; que les Lacedemoniens appellent Claria, \2ïïusZïigluZ 
ils les portèrent à la place publique, les aûemble- dct Lae * dmtiii «*- 
rent en un monceau , & y mirent le feu. Dès que 
la flamme s'éleva en l'air , les riches & les ban- 
quiers , qui avoient prêté leur argent , s'en re- 
tournèrent très-deiblez , & Agefilas , leur infùl- 
tant encore, dit que de [a vie il navoit vu un feu MetfApfttasp* 

r 1 ' r 1 ' «* contrats br»Uz? 

ftbeaumji clair. 

Incontinent après , le peuple demanda qu'on fît 
auffi le partage des terres , & les Rois ordon- 
naient que cela s'exécutât , mais Agefilas faifant 
toujours naître de nouvelles difficultés pour 
l'empêcher, & alléguant prétextes fur prétextes, 
gagna du tems , jufqu'à ce qu'Agis fut obligé de 
partir à la tête d'une armée,car les Achéens, alliez i« AcUtm j** 
de Lacedemone , leur avoient envoyé demander TitTdemmfZm 
du fecours, contre les Etoliens* qui menaçoient **■&&** 
d'entrer par les terres des Megariens dans le Pe- 
loponefe. 

Aratus , General des Achéens , avoit déjà a£- 
fèmblé des troupes pour s'y oppofer , & il avoit 
écrit aux Ephores. Sur fes lettres, les Ephores en*- j> r«^ <** 
yoyerent d'abord Agis > dont le courage étoit fort A°ïbéeZ f 7Z $ dZ 

troupe:,- 
Vont le courage était fort éle- Dans - le mf. de la Bibliothèque 
m gar fon ambition naturelle. J de S. Germain, & dans un autre^ 

Xx'x iij 



534 AGIS ET CLEOMENE. 

élevé par fon ambition naturelle , & encore par 
la bonne volonté que fes troupes lui marquoient, 
car c'ét oient pour la plupart de jeunes gens,& de 
jeunes gens pauvres , qui fe voyant déjà déchar- 
gez de toutes dettes & libres } & efperant encore 
qu'ils partageroient les terres , s'ils re venoient de 
cette expédition, le montroient merveilîeufe- 
ment afïeciionnez pour Agis. Et c'étoit un fpe- 
clacle charmant pour les villes de voir ces troupes 
crande difiipiim traverfer le Peloponefe doucement fans y faire le 

des troupes de Lace^ . I / ' a '' • d -1 • 1 f 1 

iemon, dam leur moindre degat , ni le moindre petit deiordre , 6c 
fans que le bruit de leur marche fût prefque en- 
tendu. Tellement que les Grecs étoient émerveil- 
lez , & faifoient en eux-mêmes cette reflexion , 
que ne devoir point être autrefois la difcipline & 
le bon ordre de l'armée de Lacedemone, quand 
elle avoit à fa tête Agefilas , ou Lyfandre ? ou l'an- 
cien Leonidas , puifque commandée par un jeune 
homme , plus jeune que tous ceux de fon camp , 
elle témoignoit pour lui tant de refpeâ & 
tant de crainte ; auffi ce jeune homme ne faifoit 
Agis faifiit gloire gloire que de vivre dans une grande fimplicité^ 

de vivre dans une ° . x . -1 O J >A ' • • -a 

grande fimtUcité. d aimer le travail , oc de n être jamais ni vêtu m 
armé plus magnifiquement que le moindre fol- 
dat de fon armée. Et c'eft ce qui le faifoit admi- 
rer & aimer du peuple. Mais cette nouveauté , 
qu'il introduifoit , déplaiioit infiniment aux ri- 

au lieu de è?r*ip,uevwv > il y a l^ap - faut lire ^ip^syov > en le rappor- 
fAifli- Les Lacedemome?is enflez. , tant à Agis. 
&e. Mais il eft aiféde voir,qu'il 



AGIS ET CLEOMENE. y 3 j 

ches , qui craignoient que fon exemple ne fût (ui- 
vi par tous les peuples des environs. 

Agis joignit Aratus près de Corinthe comme ArnUi ! thnt "■ 
il deliberoit dans un conieil de guerre s il haiar- 
deroit la bataille 5 & quelle dilpofition il donne- 
roit à fes troupes. D'abord Agis lui marqua beau- 
coup de réfolution &• de bonne volonté 3 & fit 
paroître une audace , qui n'étoit ni furieule ni té- 
méraire. Il lui dit très-iérieufement qu'il étoit d'à- t ï.i>Mc t ne ùh 
vis de combattre y & de ne pas Joujjrtr que la guerre &****. 
paffât le feuil des portes du Peloponefe 3 mais qu'il fer oh Agis e fi d'avis d* 
ce qu Aratus juger oit à propos , car il étoit plus ancien comh - xUTi ' 
que lui f & d'ailleurs Capitaine General des Achéens. 
Au lieu qu'il n étoit lui que General des troupes auxi- 
liaires 9 & qu'il n'étoit venu ni pour leur rien comman- 
der > ni pour être à leur tête , mais feulement pour com- 
battre avsc eux & les fe courir. 

Bâton de Sinope écrit pourtant qu Agis ne fut «ïM* > i»* 

d,.i | . ,. ° | avait écrit ïhifxohe 

avis de combattre , quoi qu Aratus le vou- dePerfe.iiâoit^s 

îût. Mais Bâton- n'avoir pas lu ce qu Aratus lui- imm ***** 

même avoit écrit fur cela pour fa juftification , 

difant que les laboureurs ayant déjà recueilli & Raifins tAratut 

ferré tous les grains & tous les fruits de la terre { CJjjE haf4rd * T 

il avoit jugé plus à propos de lauTer entrer les 

ennemis-, que de halarder la bataille , où il s'a- 

Difant que les laboureurs ayant dans le païs , ne pouvoit pas 

déjà recueilli & ferré tous les être confîderable , tous les biens 

grains & tous les fruits de la étant renfermez dans les villes 

terre, il avoit jugé plus à propos Se dans les châteaux, qu'ils n'é- - 

de laijfer entrer les ennemis. ] Cet- toient en état ni d'ailïeger, ni de - 

te raifon eft fort bonne , car le prendre d'emblée, 
dégât que les Etoliens feroient 



■0t AGIS ET CLEOMENK 
jiratus euçtdie Us gifloit de tout. Dès qu Aratus eut donc réfolu de 
jèrâ sm e ne pas combattre , il congédia fes alliez après les 
avoir comblez de louanges. Agis, étonne de cet- 
te conduite , partit avec fes troupes, & reprit le 
chemin de Sparte , où les affaires étoient déjà 
brouillées > & où il trouva un grand changement. 
Car Agefilas , qui étoit Ephore , fe voyant déli- 
vré de la crainte , qui le rendoit auparavant bas 
& timide , ofa tout , & ne s'abflint d'aucune 
injuftice qui pouvoit lui apporter quelque ar- 
Agtfiiçti. ajoâte m gent , car il ajouta 1 Tannée un treizième 

treizième mois à ' • • 1 1 11 1a 

l'aimée,®- fourni, mois , quoique la période ne le demandât 
point , & que cela fut contre Tordre des tems , 
& fit payer fur ce pied-là pour treize mois , les 
impôts qu'on ne devoit que pour douze. Mais 
craignant enfuite ceux à qui il avoit fait un fi 
grand tort , & fe voyant haï de tout le monde , 
U prit & entretint des fatellites qui lui fervoient 
de gardes lorfqu'il alioit au Sénat 9 & quant aux 
deux Rois , il témoignoit pour l'un beaucoup de 
four cumbrom. mépris , & vouloit qu on crût que Thonneur 
a 4ph qu'il portoit à l'autre , étoit un refpect qu'il ren- 

doit plutôt à la parenté dont il étoit lié avec lui , 
qu'à fa dignité de Roi. Et il fit courir le br.uk 
qu'il feroit encore Ephore Tannée fuivante. C'eft 
pourquoi fes ennemis fe liguant promptement 
enfemble , & s'expofant au dernier péril , pour 
éviter les maux , dont ils étoient menacez , firent 
Leomdai ^ptiié venir ouvertement Leonidas de Tegée > & le ré- 

ieTevée, fj> rétabli i i. ri a > 1 1 r* • r n • 

fw umm. tablirent lur le trône * a la grande iatisraction 

du 



Agis et cleomene. 537 

du peuple même , qui étoit très - irrité de voir 
qu'on l'avoit abufé par Tefperance d'un partage 
de terres , qu'on n'avoit point exécuté. 

Pour ce qui eft d' Agefilas , fon fils Hippome- 
don , qui étoit bien voulu de tout le monde à 
caufe de la valeur , fit tant par fes prières auprès 
de fes citoyens , qu'il le tira d'affaires & le fauva. 
Et quant aux deux Rois , Agis fe réfugia dans Agis & #«>»*"- 
le Temple de Minerve , appelle Chalcioicos y $c 7J dZl2?re^lf" 
Cleombrotus alla fe rendre fuppliant dans celui 
de Neptune , car c' étoit contre lui que Leoni- 
das paroilîbit le plus irrité. Aufli laiffant-là Agis , Lemias va dans 
il alla d'abord à Cleombrotus avec une troupe mm. Le, reproches 
de foldats , & étant entré dans le Temple , il lui XfcuombiTtm^' 
reprocha avec de grands emportemens , qu'étant 
fon gendre > il s'étoit élevé contre lui., qu'il lui 
avoit ôté le Royaume, & qu'il l'avoit chafle de 
fà patrie. 

Cleombrotus n'avoit rien à répondre à ces re- 
proches, mais il fe tenoit-là affis dans un profond 
filence , & avec une contenance qui marquoit 
fon embarras. Sa femme Chelonide, fille de Leo- 
nidas , avoit d'abord embraffé le parti de fon pe- ch*rhé admirable 

nn • / o > f ' àe Chelonide peur 

injuitement traite, oc après que ion mari eut fi» peré , & f on 

ufurpé le trône, elle le quitta fans balancer, oc <~/^«^\ 
fe rendit la compagne de fon père dans fes mal- 
heurs , le fervant & ne l'abandonnant point pen- 
dant qu'il refta dans Sparte, oc fe rendant iup- 
pliante avec lui, & depuis qu'il'iut forti , elle per- 
le vera dans fon deuil toujours pleine de refïen- 
Tome V, Y y y 



;$8 AGIS ET CLEOMENE. 
timent contre Cleombrotus» Mais alors chan- 
geant comme la Fortune , on la vit aflïïe auprès 
de fon mari fuppliante comme lui } & le tenant 
tendrement embrafle ? avec fes deux enfans à fes 
pieds , l'un d'un côté , l'autre de l'autre. 

Tous ceux qui étoient prefens fondoient en 
larmes & admiroient la vertu & la charité de 
cette femme & cet amour conjugal. Cette pau- 
vre femme montrant fes habits de deuil & fes 
Difcours très-M- c h eV eux épars & négligez, mon père, s'écria-t^elle* 

chant de CheUmde , , . r , l >r 1 f J 

à fm père Lemidas. ces habits Ji lugubres >ce vtjage abbatu, & cette gran- 
de affliction ou vous me voyez , ne viennent point de la 
compaffion que f ai pour Cleombrotus 3 ce font les reftes 
& les fuites du deuil que f ai pris pour tous les maux 
qui vous font arrivez > & pour votre fuite de Sparte- 
Que faut-il donc que je faffe présentement ? Faut -il 
que pendant que vous régnez a Sparte , & que vous 
triomphez de vos ennemis ,je continue de vivre dans la 
defolation ou je me trouve? ou jaut-il que je prenne des 
robes magnifiques & Royales j lorf que le marij que vous 
m avez donné dans majeuneffeje le vois fur le point d'ê- 
tre égorgé par vos propres mains ? S 3 il ne peut de far mer 
votre colère , ni vous fléchi f par les larmes de fa femme 
& de fes enfans , fçachez qu'il fera plus puni de fon 
mauvais confeil } & quilfouffrira un fupplice plus cruel 
que celui que vous lui préparez x lorf qu'il verra fa fem- 
me 3 qui lui eftfi chère 3 mourir avant lui. Car comment 
pourrois-je vivre? Comment pourrois-je me trouver avec 
les autres femmes de Sparte , moi , qui n'aurai pu par 
mes prières toucher de compaffion ni mon mari pour mon 



AGIS ET CLEOMENE. 539 

père , ni mon père pour mon mari, & qui, & femme 
& fille me ferai toujours vu également malheur eufe , 
& 1 toujours un objet de mépris pour les miens ? Quant * ar cette iémanh» 

y y ., /, . , r elle dtclarou nue fan 

a mon mari >s uapu avoir quelques raijons apparentes mari n'avait pas 
pour excufer ce qu'il a fait, je les lui ai ravies en le ^LL^fact- 
quittant , en prenant votre parti, & en fervant prefque dliite ° 
de témoin contre lui-même. Et vous , vous lui fournirez 
des moyens bien plaufibles de jufiifier fin injuflice en fai~ 
fant voir par votre conduite que la Royauté eft un fi 
grand bien & un bienfi defirable , que pour l * obtenir on 
peut avec juftice égorger fes gendres , & facrifier tout 
le bonheur de fes enfans. En faifant ces lamenta- 
tions , Chelonide appuya fon vifage fur la tête 
de Cleombrotus , & tourna fur les affîftans des 
yeux abbatus par la trifteffe , & dont les larmes 
avoient terni tout l'éclat. 

Leonidas , après avoir parlé un moment avec umijat envoyé 

C • J n éT^\ 1 J C t o CleombrotHs en exil-, 

les amis , ordonna a Cleombrotus de le lever oc 
de fortir prompt ement de Sparte. En même- 
tems il pria inftamment fa fille de demeurer , & 
de ne pas l'abandonner , après la marque de ten- 
dreïîe qu'il venoit de lui donner , en lui accor- 
dant cette faveur infigne , le làlut de fon mari , 
mais il ne put la perfuader. Et dès que fon mari 
fe fut levé , elle lui remit Fun de fes enfans entre 
les bras , prit l'autre entre les liens , Se après avoir 
fait fa prière à la Déeiîe & adoré fon autel , elle chehniiejuhfa 

11 .1 i • 1 r r r^\ 1 maï ^ dansfgn exil % 

alla en exil avec lui ; de lorte que 11 Cleombrotus 
n'eût eu le cœur entièrement corrompu par la 
vaine gloire & par cette ambition démefurée de 

Yyy ij 



;4o AGIS ET CLEOMENK 

régner, il auroit trouvé que ï exil avec une corn- 
, Bea» jugement Je pagne fi vertueufe étoit pour lui un bonheur 
Phnariue. préférable à la Royauté. 

Après que Leonidas eut chafle Cleombrotus, 

& dépofé les premiers Archontes, & qu'il en eut 

mis d'autres en leur place , il fe mit à tendre des 

lemtda^ tend des embûches à Agis. Il tâcha donc d'abord de lui 

embûches a Agis. r 1 1 • C f* t o 1 

perluader de quitter ion alyle , oc de venir règnes 
avec luL & lui faifoit entendre que fes citoyens lui 
pardonnoient tout le pafTé , parce qu'ils voyoient 
bien qu étant encore jeune , defireux d'hon- 
neur, & fans expérience, il s'étok laiiTé tromper 
par Agefilas. Mais comme Agis doutoit de la 
fincerité de fes paroles , & qu'il s'opiniâtroit à 
demeurer dans ce Temple , Leonidas renonça au 
deffèin de Tabuler par de faux femblans. Ara- 
phares , Demochares ,■ & Arcefilas , qui avoient 
accoutumé de lui rendre fouvent vifite , lui con- 
tinuèrent leurs foins, & quelquefois ils le me- 
noient du Temple jufqu'aux étuves , & après 
qu'il s'étoit baigné ils le ramenoient en fureté 
dans le Temple y _ car ils étoient tous trois fes- amis 
particuliers» 

Il arriva un jour qu Amphares avoit emprun- 
té d' Agefiftrata % mère d'Agis , de riches tapiflè- 
ries & de la vaiflèlle d'argent très -magnifique.: 
Ces richefies lui firent naître l'envie de trahir le 
Roi & les Reines , dans l'efperance que ces meu- 
norribie perfidie blés précieux lui demeureroient. L'on dit même 
Amt * que ce fut lui ? qui plus que les deux autres , 



AGIS ET CLEOMENE. 541 
prêta l'oreille pour ce deflein aux fuggeftions de 
Leonidas , & qui excita le plus contre Agis les 
Ephores , du nombre defquels il étoit. Agis de- 
meuroit donc tout le refte du tems dans le Tem- 
ple, mais comme il fortoit quelquefois pour al- f^^M^e 

! 1_ • «1 T 1 J C J> J * Agis i a quoi hi 

1er au bain, ils retolurent de profiter d un de ces firvoitfin^u,sUi 

1 r J T > 1 / • / le quittait pour aller 

momens pour le lurprendre. L ayant donc épie mbami 
un jour comme il s'en retournoit après s'être bai- 
gné , ils allèrent au-devant de lui > l'embrafferent 
Se le mirent à l'accompagner \ en s'entretenant & 
en badinant avec lui comme avec un jeune hom- 
me, Se un homme avec lequel ils vivoient avec 
beaucoup de familiarité. 

Au bout de la rue il y avoit un détour qui me- 
nait à la prifon ; quand ils furent à ce coin Am- 
phares, en vertu de fa dignité , faifit Agis Se lui 
dit, Agis ,je vous mené aux Ephores 3 afin que vous leur 
rendiez compte de votre conduite. En même -tems 
Demochares, qui étoit grand & fort, lui jettant 
fon manteau autour du cou , fe mit à le traîner , 
& les autres le pouffant par derrière, félon le corn- Aga >»/«» pn- 
plot lait enta* eux , perionne ne parodiant pour le de /,$ amis. 
fe courir , Se la rue étant deferte ,. ils le jetterent 
dans la prifon. 

En même -tems arrive Leonidas avec grand 
nombre de foldats étrangers , Se il environne la 
prifon ; les Ephores arrivent auflî , «& après avoir 
fait venir ceux des autres Sénateurs , qui étoient 
dans les mêmes fentimens qu'eux , ils interroge- 4 
ient Agis , comme dans un jugement juridique f 

Yyyiij 



interroge 
somme un sriminek 



542 AGIS ET CLEOMENE. 

& lui ordonnèrent de fe juftifier fur ce qu'il avoir 
voulu innover dans la République. Le jeune Roi 
ne fit que rire de leur diffimulation. Amphares , 
prenant la parole, lui dit qu'il n'étoit pas tems de ri- 
re , qu'il fleurer oit tout -à- l'heure , & qu'il porter oit 
la peine de [a folle témérité. Un autre des Ephores , 
faifant femblant de le favorifer & de lui ouvrir 
une voye pour fe tirer de cette affaire criminelle , 
lui demanda, s 3 Un avoit pas été forcé par Lyfandre Ù* 

mu ryenfe d'A- par Agefilas. Il répondit qu'il n'avoit été forcé par 
perfonne , mais que plein d'admiration pour Lycurgue * 
& voulant l'imiter , il avoit entrepris de remettre la 
ville dans le même état ou ce Legiflateur l' avoit laiffée, 
Le même Ephore lui demanda s'il ne fe repentoit 

Anne reponfe de point de ce qu'il avoit fait. Le jeune Prince répondit 

îtti très-belle. _>-t r ... • - u • r r 1 77 £ 

qu il ne Je repentir oit jamais a une entreprijeji belle , fl 
noble y & fi vertueufe 3 quand même il v en oit la mort 
h eji condamné à devant les yeux. Alors ils le condamnèrent à mort 9 
& fur le champ ils ordonnèrent aux Officiers pu- 
blics de le mener dans la chambre, appellée Déca- 
de , qui eft l'endroit de la prifon où Ton étrangle 
ceux qui font condamnez. 
Demochares, voyant que ces Officiers n ofoient 

De le mener dans la chambre, Cajade le lieu où l'on jettoit les 

appellée Décade. ] On prétend criminels après qu'ils avoient 

que ce mot Décade eft corrom- été exécutez , & la chambre où 

pu , qu'il n'y avoit point dans la on les executoit pouvoit être 

prifon de Sparte de chambre de appellée Décade. Il eft vrai que 

ce nom , & qu'il faut lire , appel- ce mot ne fe trouve point ail- 

lée Cajade. Mais je nefçai s'il n'y leurs. Et ce n'eft peut-être pas 

avoit point de différence entre une raifon. 
Décade Se Cajade. On appelloit 



tnert. 



AGIS ET CLEOMENE. y 43 

mettre la main fur Agis, & que les foldats étran- 
gers fe détournoient, & ne vouloient point prê- 
ter leur miniftere à cette exécution , comme v Il > a &/*#*'«* 

s r . • • n i r ' r a f° ner J es mains 

n étant ni pieux , ni juite de porter les mains iur o*r u per/em* d'm 
la perfonne du Roi , les accabla d'injures Se de 
menaces , & traîna lui-même Agis dans le ca- 
chot, car déjà le peuple avoit été informé qu'il 
étoit pris , déjà on s'aiîembloit devant les portes 
de la prifon , où il y avoit un grand tumulte , déjà 
toute la rue étoit éclairée d'un nombre infini de 
flambeaux, & la mère d' Agis Se fon ayeule étoient 
accourues rempliflant tout de leurs cris , Se priant 
que le Roi des Spartiates eût au moins le privilè- 
ge de fe défendre & d'être jugé devant fes ci- 
toyens. Cela fut caufe qu'on hâta encore fon exé- 
cution , de peur qu'on ne l'enlevât cette nuit-là 
même , fi on donnoit le tems au peuple de s'af- 
fembler. 

Gomme on le menoit au lieu où il devoit être 
étranglé , il vit un des exécuteurs qui pleuroit 
& qui étoit touché de fon infortune ; mon ami, v &*» mot tAgh 

1* J* *1 rr 7 7 -rr • r à un des executmrs 

ui ait-il, cejje de me pleurer s car pendant amji contre ^mpUmou. 

les loix & la juftice , je fuis en meilleur état, & plus 

Comme n'étant ni pieux , ni leur Roi. Au plus fort cie la 
jufte de porter fes mains fur la guerre même David , maître de 
perfonne du Roi. ] C'eft un fenti- la vie de Saiil , non-feulement 
ment gravé dans le cœur de tous l'épargna. & dit , à Dieu neplaife 
les hommes. Le caraélere de que je porte ma main fur mon Roi , 
Roi eft fi vénérable & fi faint , fur l'oint du Seigneur ; mais il fe 
qu'il n'y a que les derniers fcele^ repentit même de lui avoir cou- 
rats qui puifient fe porter à cet pé le pan de fa robe.