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Full text of "Lettre au sujet du portrait de Son Excellence Saïd-Pacha, ambassadeur extraordinaire du Grand-Seigneur à la Cour de France, en 1742 : exposé au Salon du Louvre le 25. août de la même année"

1HE 



cZJX 

du. AetML-, 




: ! 



1- 



LETTRE 

AU SUJET DU PORTRAIT 
DE SON EXCELLENCE 

SAÏDPACHA, 

AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE 

du Grand - Seigneur à la Cour de 

France , en 1742.. 

Expofèan Salan du Louvre te 25. Août 
de la même année. 

le prix eu de fis fols» 




A PARIS, 

Chez Prault père , Quay de Gêvres> 
au Paradis. 



M. DCC. XL IL 

Avec Approbation & Privilège dw Roï 




LETTRE 

AU SUJET DU PORTRAIT 
DE SON EXCELLENCE 

SAÏD-PACHA, 

AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE 

du Grand Seigneur , à la Cour de 

France , en 1742. 

'A v o is cru jufqu'ici 3 Mon- 
iteur , que les préjugés n'é- 
roienr accrédités que chez le 
vulgaire \ mais l'erreur où 
vous êtes fur le compte de 
Son Excellence Saïe-Pacha, m'apprend 
que les hommes qui ont , je ne dis pas 
feulement beaucoup d'elprit , mais eo- 

A 




(ï) 

core beaucoup de jugement y ne font pas 
exempts de piévention. 

Eh , quoi 1 Vous ne pouvez pas imagi- 
ner, dires vous , que la flatteue n'entre 
pour quelque chofe dans tout ce que l'on 
débite d'avantageux au fujet de Son Ex- 
cellcnce ? Vous convenez cependant que 
tout ie monde fe réunit furies louanges 
cju'on lui donne , & c'eft ce qui vous em- 
barrafle ; car vous Tentez bien que de ce 
concours de voix qui s'accordent 11 ra- 
rement , & qui vous paioilTenr fi peu fai- 
tes pour s'accorder 3 û faut conclure né- 
ccifaiiement que S. £. mérite tous les 
Eloges qu'on lui donne \ conféquence 
à laquelle il n'efl. pas pofuble de réfi- 
fter, 

Seriez-vous encore arrêté par le pré- 
jugé national , dont je veux e(Tayer de 
vous débarralTer ? Je ne pardonne qu'à 
nos Dames (& vous en devinerez aifé- 
ment h raifon ) l'idée que nous infj ire 
le fcul nom de certains Peuples : Je ne 
(ai fi cette idée Lit tort aux autres Na- 
tions i mais je penfe qu'elle ne fait pas 
beaucoup d'honneur à la nôtre. Pour- 
quoi le Turc & ie Pcrfan ne font ils pas 



à nos yeux des hommes-ordinaires ? Leuc 
nom feul eft- il de mauvaife augure ? En 
vérité, c'eft une chofe allez fingulieredc 
voir à quel poinr l'aiTembiage différenc 
de cercaines lettres de I alphabet prend 
fur notre efprit , & quelquefois même 
fur nos cœurs ! Cetre illufion eft toujours 
pour moi un nouveau fujet d'étonnement; 
Mais ce qui me frappe encore davantage , 
c'eft de voir cette erreur plus commune 
chez les Nations les plus civilifées , tant 
il eft vrai, que polir notre eïprit_, ce 
n'eft pas toujours le perfectionner. Nous 
ne recueillons fouvent de nos études 5c 
de nos exercices , que de Tordue il & de 
la prévention. 

Oui , Monfîeur , j'ofe le dire , ( 6c je 
ne croi pas me tromper) i'amour propre 
entre pour beaucoup dans le préjugé dé- 
raifonnable que nous concevons contre 
certains Peuples. Nous relfemblons a£- 
fez y en ce point • aux Romains qui trai- 
toient fans mifericorde , de barbares f 
tous les Etrangers : Ils n'eftimoient qu'- 
eux; &,parlamêmeraifon, méprifoiert 
fouverainement tout ce qui s'éloignok 
de leur manière d'agir - ê ou de leur raçoa 
de penfer. 

Aij 



M. Racine , père de celui dont la 
piété vient de faire eltimer les talens , 
obfcrve ingénieufement dans fa Préface 
fur fa Tragédie de Bajaz.et , que le Peu- 
-pie ne met guercs de différence entre ce 
qui efl à mille ans de lui , & ce qui en efl 
à mille lieues. Le jugement que l'éloigne- 
ment des lieux nous fait porter tous les 
jours fur certaines Narions , Téloigne- 
ment des tems nous le fait porter fur nos 
PrédécefTeurs dans les Sciences & Jes. 
Beaux- Arts. Vous favez la fameufe que- 
relle dfs Anciens & des Modernes : Eh 
bien , ce qui nous a fait humilier ks An- 
ciens , efl précifément ce qui nous lait 
quelquefois juger peu favorablement des 
Etrangers *, même caufe > même effet. 
L'amour propre efl: un vrai Protée ; il le 
déguife fous mille différentes formes 9 8t 
toujours pour nous tromper. 

Puifqu'il nous trompe , effayons , 
de fecouer le joug , Se reconnoillons 
que les vertus &: les talens font de 
tous les lieux ôc de tous les tems - s quoi- 
qu'ils ne fe relTemblcnt pas chez tous les 
Peuples Se dans tous hs âges. 

Un nouveau témoignage de cette vé- 
rité vient declatter à nos yeux en la, 



perfonne du nouvel AmbafTadeur de 
Sa Hautejfe. Le portrait de S. E. cjue 
Ton eft fur le point d'expofer au Lou- 
vre , m'a fait naître l'idée de join- 
dre aux obfervations générales que je 
viens de faire , quelques remarques par- 
ticulières qui pourront achever de vous 
défabufer. 

Saïd-Pacha eft le fils 8c le digne hé- 
ritier de Mèhemet Bffendi^ ci-devant Am- 
bafTadeur en France de la part du Sultan 
Achmet 111.8c dont toute la France a 
connu 8c révère encore le mérite émi- 
nent. 

Je ne vous ferai point ici rénumération 
de tous hs Titres honorifiques de Saïd- 
Pacha. Quelques fbient ces Titres , ceux 
qui l'approchent favent qu'il en mérite 
encore de plus relevés , 8c qu'il les mé- 
rite d'autant plus 9 qu'il ne fe croie pas 
même digne de ceux qu'il a. 

Vous ne vous étonnerez point de tant 
de modeftie 9 avec tant de qualités capa- 
bles d'inlpirer de l'orgueil 3 lorfque vous 
fàurez que S. E. joint le mérite du cœur, 
à celui de l'efprit •; 8c qu'Elle a reçu dans 
fa Patrie une éducation bien fupérieure à 

Aiij 



(0 

celle que l'on y reçoit ordinairement. Il 
eft vrai que fcn émulation s fon goût & 
fa pénétration $ n'y ont pas peu contri- 
bua . Le defir d'apprendre , naturel à ceux 
qui méritent de favoir , a multiplie les 
travaux de S. E. fon difeernement en a 
facilité les progrès. On ne peut affez 
admirer ceux qui fa vent fe faire des ref- 
fburces dans les endroits où les retour- 
ces qui mènent a finftruction ne font pas 
fort communes. 

Ce n'eft donc point par les fecours que 
nous avons ici , que Son Excellence eft 
parvenue à favoir beaucoup -, mais , dès 
qu'Elle a fû , Elle a voulu que les fecours 
même que nous avons (liftent rapprochés 
de fes Compatriotes , 6c S. E. les leur a 
communiqués par l'établi (Ternent d'une 
Imprimerie dans fa propre maifon : Par- 
là , fa demeure eft: devenue l'azile des 
Sciences & des Arts , dans un Pays où 
les Arts & ks Sciences ont la Religion 
même pour antagonifte. 

J'ai vu , à la Bibliothèque du Roi , un 
\Atlas forti de cette Imprimerie de Conf 
tantinoplc , & il m'a paru bien exécuté, 
autant que j'en ai pu juger , dans une 



(?) 
Langue dont ks caractères même me font 

étrangers. 

Par le goût décidé que S. E. a témoi- 
gné de bonne heure pour les études les 
plus utiles, vous pouvez „ Monfîeur, 
juger de fes connoilfances -, elles^ (ont 
variées & fort étendues : Se ce que je 
trouve encore plus digne de notre efti- 
me , ks connoifTances ne l'empêchent 
pas d'être modefte &c réfervé fur les cho- 
fes mêmes qu'il fait le mieux. Ce ne font 
pas ceux qui font les plus inftruits qui 
décident le plus volontiers, 

Si toutes ces qualités lui font hon- 
neur, la juftice que lui rendent (es Com- 
patriotes n'en fait pas moins à fa Nation. 

Dix ans d'Ambaffade chez les diffé- 
rens Peuples avec lefquels le Grand Sei- 
gneur a les plus grands intérêts à démê- 
ler , prouvent aflez le cas que l'on fait de 
S. E. à la Porte Ottomane. 

L'Art des Négociations y Ci difficile 
dans les affaires même les plus familières 
de la fociété , fi important, lorfqu'ii a 
pour objet ks intérêts des Nations, a 
toujours été l'un des principaux objets 
des études de Sàid-Pacha : on l'en a ré- 

Aiiij 



(8) 
c ompenfé par le choix que l'on a fait Je 

lui pour l'envoyer lucceflivement en 
Mofcovie , en SiKde j en Saxe y en qua- 
lité d'Ambalfadeur de Sa Hautelîe : Il 
eft venu J en dernier lieu , juftifier ici les 
cfpérances -qu'il y avoir données il y a 
Yingt ans ; il les a furpafîées. Il eft chéri 
de la Nation Françoife ; &,ce qui doit 
la flatter infiniment , elle n'aime point un 
ingrat. 

Plusieurs relations bien circonftan- 
cïées * ne vous laiiTeront rien à defirer 
fur la pompe & la magnificence de l'Elis 
trée de S, E. fur la réception honorable 
qu'on lui a faite , fur les riches préfens 
dont on l'a comblé ; ce font autant de 
détails que j'abandonne à des plumes 
plus exercées que la mienne, dans l'arc 
des déferiptions. 

Mais ce que je ne craindFois pas de 
Tepeter après toutes hi relations du. 
monde, c'eit que le mérite intérieur, &:, 
ii j'ofe le dire > domeftique &: familier 
de S. E. n'eft inférieur en rien au mé- 
rite de repréfentation. Doiié d'un cœur 
compatiffant, & d'un efpritaifé, doux, 

* Foye\ Us Mercnres de Juin } Juillet , C7V. 



affable , ( fans que pour cela il perde riefî 
de la décence & de la dignité convena- 
ble ) il eft né pour la fcciété > il eft for- 
mé pour éclairer les autres ; & 3 ce qui 
yauc encore mieux, pour s'en faire ai- 
mer en les éclairant. Le bon fens , 8c 
certain air de gravité j naturel à S. E. 
ne lui ôrc rien de la confiance intime 
&c de l'aimable vivacité qui nous plai- 
fent fi fort. Deftinée par goût 9 par état, 
& par le choix du Souverain 9 à l'art in- 
firmant des Négociations , je penfe bien 
qu'après nous avoir plû en s'accomodanC 
à notre goût % S. E. faura plaire encore 
à d'autres Peuples qui penfent différem- 
ment. ( L'Homme d'Etat fait être der 
tous les Pays. ) Mais ce dont je répon- 
drois auffi y c'eft que Saïd- Pacha fera 
par-tout également grand > fage , équi- 
table , & bienfaifant. 

Cette dernière qualité me donne oc- 
cafion de vous rappeller un trait qui 
cara&érife le bon cœur de S. E. cV qui 
vous fera voir quel étoitici fon crédit. 

Un Soldat des Gardes Françoifes J 
garçon d'honnête famille , avoit joint à 
la faute de s'enroller indiferetement , 
celle de déferter jufqu'à fept fois. Vous 



(M 

iÇavez que ce crime eft du nombre de 
ceux qui ne laiffent aucun efpoir de grâ- 
ce aux criminels. Celui-ci fe rrouvoit en- 
core dans un cas plus défavorable : la 
déferrion qu'une jeuneflfe imprudente lui 
avoir, fait réitérer tant de fois 3 ne lui 
laiiïoir. plus attendre que la mort , lorfque 
je ne fçai quel hazard , heureux pour le 
coupable , inltruifît de (on fort, M, Aved y 
l'un des Membres de l'Académie Roya- 
le de Peinture , &: celui qui a fait e» 
dernier lieu le Portrait de Saïd-Pach*. 
Les Peintres font faits pour concevoir 
& fentir les chofes vivement. Les en- 
trailles de M. Aved s'émeuvent au récit 
qu'on lui fait dç la mort prochaine de 
ce malheureux. Les bons cœurs ignorent, 
dansces fortes de cas , ce que c'eft que la 
réflexion. Tout autre que M. Aved , Se 
que ceux qui penfent commedui , n'eût 
peut-être vu , dans le récit qu'on lui fai- 
foit, que la dure néceflîté de laiffer pé- 
rir un coupable dévoué au châtiment. 
M. Avtdvok quelque choie de mieux; 
il prend la réfolution d'employer > ( pour 
fauver ce malheureux , ) le crédit 3 que 
fes talens , fa franchife , fon bon cœur 
& fon efprit lui ont acquis fur celui de 



fil) 

l'AmbaiTadeur. Un homme eft en danger 
de perdre la vie : il n'en faut pas davan- 
tage pour intereffer vivement M. Aved : 
il paît y il vole chez S. E. lui communi- 
que le fait dont il s'agit , la follicite , 
écoute les objections , y répond , les fait 
difparoître : S. E. écrit en Cour 3 de- 
mande la grâce ., &: l'obtient. 11 me fem- 
ble que cette anecdote intereffante dont 
je puis vous certifier la vérité y honore 
également le pouvoir fouverain 9 les arts 
& l'humanité. 

Ceux qui font accoutumés à confon- 
dre le faftueux avec le magnifique , 3c 
qui ne jugent de la libéralité que par la 
profuilon 3 m'ont paru peu fatisfaits de 
la fage économie que S. E. a jugé à pro- 
pos d'obferver dans fa dépenfe. Cepen- 
dant ceux qui ont mérité le plus auprès 
de lui 3 ont lieu de louer fa générofïté -> 
ils fe trouvoient même payés avant d'a- 
voir rien reçu. Il arrive ibuvent que l'a- 
mateur d'une Profefïion 5 la récompenfè 
aux dépens de plufieurs autres. S. E. a 
rendu juftice à tout le monde. Ne faire 
tort à qui que ce foit > eft y ce me femble, 
un allez grand fujet d'éloges pour tout 
homme en place , qui , par état, eft obli- 



00 

gé d'employer & de payer les foins St 
les travaux de tant de Citoyens. 

Ceux qui ont eu le bonheur d'entre- 
tenir S. E. ( & je connois plufieurs per- 
fonnes qui ont joui fouvent de cet avan- 
tage ) trouvent que fa converfation eft 
également agréable &: folide. Si notre 
Langue qu*il pofTede ,, eft en lui un mé- 
rite de plus , il n'étoit pas moins flatteur 
pour nous de la lai entendre parler. 

S. E. connoît les Beaux-Arts ; & fçait ju- 
ger des Artiftes. Elle en a vifité plufieurs, 
de a fait à tous ceux qui fe font préfentés, 
un accueil qui doit les flatter. 

De jolis Ver-] lui ont été adreffes j Elle 
les a goûtés. Si dans ce genre Elle n'a pas 
été plus célébrée , c'eft que la Poëfie ne 
trouve rien à gagner pour elle dans ks 
éloges où la fiction devient inutile ; & 
que ceux qui aiment le plus la vérité , ne 
font pas ceux qui reçoivent le plus de 
Dédicaces. 

La Peinture a paru fur-tout fixer l'at- 
tention de S. E. 

Elle a vu le Cabinet de M. Majfi ; 
excellent Peintre en miniature , dont la- 
main habile a fçû tant de fois multiplier 
avec fuccès l'Image de notre Roy , fi 



chère à Ton Peuple , & qui Peft devenue 
à tous les autres. 

M-l'Ambadadeur s'eft aufîï tranfporté 
chez M. Chardin , connu par cette admi- 
rable (Implicite qui le rend fi fidèle Imita- 
teur de la Nature^ & qui fera dire un jour, 
qu'il étoit dans fon art, ce que notre in- 
comparable LaTontaine étoit dans le fîen, , 
c'eft-à-dire, inimitable. 

Ne penferez-vous pas svec moi , Mon- 
teur y qu'en voyant ces chef- d'oeuvres 
reconnus pour tels J S. E. aura fenti tout 
le prix de ce Jïwfle ôc de ce vrai fi ra- 
res , fi difficiles a faifir dans un iiécle où 
l'art en tout £enre efl fi voifîn de la ma- 
nière & de Y affiliation ? 

Il eft fans doute encore beaucoup 
d'autres célèbres Artiftes de toute efpe- 
ce à qui S. E. a eu occafion de rendre 
jufrice. Si dh n'a pas vifité tous ceux 
qui le méritent ^ c'en: que l'abondance 
occafionne naturellement l'embarras du 
choix. Au furplus , il elt peu d Etats où 
l'on éprouve , en vifitant les habiles gens, 
le chagrin d-e les trouver en trop grand 
nombre pour les voir chacun en parti- 
culier. 

Le premier Peintre qui ait eu Thon- 



ri4) 

rveur de faire le Portrait de S. E. eft M. 
De la Tour , fi fameux dans un genre où 
les crayons le difputent aux pinceaux 
dont ils fçavent fe palier , & qui dans les 
Tableaux qu'il nous a donnés , ne nous 
laiiTe d'aurre appréhenfion que celle de 
voir la gloire de l'Auteur durer plus long- 
temps que ûs ouvrages qui devroienc 
durer toujours. Il y a bien du mérite à 
rendre fon nom immortel par des ouvra- 
ges fi péiidables. Il efl: peu d'Artiftes fur 
lesquels on ait à faire de pareilles obfer- 
vations ; car malheureufement ks mau- 
vais Tableaux ne font pas toujours ceux 
qui durent le moins. 

Ce Portrait de S. E. n'efl: pas le feul 
qui nous reite. 

Dans celui que M. jived doit expofer 
au Louvre , S. E. eft peinte en pied dans 
fon Cabinet , debout devant un Bureau 3 
fur lequel font tes Lettres de Créance & 
des Livres tels que le Groùm i &c des 
Traités de Paix , par lefquels le Peintre 
a caracterifé fon fujer. Les qualités du 
coeur & de l'efprit dont je vous ai fait , 
Monfieu-r , une foible ébauche , m'ont 
paru aufïi parfaitement bien failles & rc- 
préfentées dans ce Tableau , où d'ailleurs 



(i5) 
la reffemblance eft frappante dans tous 

les traits. 

M. Aved a faifi Pinltant où S. E. efl 
prêre à partir pour faire fon Entrée dans 
Paris, Les Troupes qui Font accompa- 
gnée j fe iaifîent voir dans l'éloignement. 
Comme cette magnifique Cérémonie 
s'efl: faite en Hy ver , tout ce qui paroîc 
dans le lointain annonce la rigueur de 
la Saifon. Les Arbres defiechés , les fri- 
mats répandus dans le vague des Airs, 
prouvent allez que pour foutenir la cu- 
riofité d\ Parifien , & pour la juftifier 
pendant un fi grand froid, qui ce jour-là 
même étoit redoublé , il ne falloir rien 
moins qu'un fi grand fpeclacle , donc 
S. E. fut le principal ornement, &dont 
eUe fit une véritable Fête , par l'air arTa- 
bie & noble à la fois qui fatisfit tout le 
monde. 

Un Globe , une Lunette d'approche , 
une Carte Géographique , &c. placés in- 
génieufement dans le Tableau , ne font 
pas feulement deftinés à l'orner -, ils le 
font encore à donner au Spectateur une 
idée des connoiilances acquifes par S. E. 
dans l'Hiitoire , TAflronomie ; h Géo- 
graphie , &c. 3c généralement dans tou- 



(i<0 

tes- les Sciences & les Beaux-Arts \ qui 
décorent ceux même dont Je mérite per- 
fbnncl femble être au-deiîus de toute dé- 
coration. 

Je m'arrête en cet endroit de ma def- 
cription , par la raifon que je vous ai dé- 
jà dite de mon peu de talent pour en faire 
une bonne : de plus longues & de meil- 
leures ne vous manqueront p^s ; mais 
peut-être n'y trouveriez vous pas les ob- 
servations que je vous envoyé -, & c'eft ce 
qui m'a déterminé à vous en faire part. Je 
Voudrons bien, fans ofer l'efpérct, qu'elles 
vous occupa fient agréablement ; mais 
n'tft-ce pas a fiez pour moi d'être lu fans 
ennui*- Quoiqu'il en foir ^foyezperfuadé, 
Monsieur , que je ne me repentirai point 
d'avoir écrit une fi longue Lettre 3 il } par- 
là , je fuis parvenu à vous ôter ce mauvais 
préjugé dent je vous ai d'abord entrete- 
nu , & à vous retracer , avec quelque fuc- 
cès , des véritez que vous êtes plus qu'au- 
cun autre en état de développer. 

J'ai l'honneur d'être , &c. 
Moniîeur, 

A Taris ce 18 Août 1742. 



122 

On croit que les Vers fuiv ans trouvent ici na- 
turellement leur place , e eft pourquoi l'on ne fait 
point difficulté de les y. mettre , quoiqu'ils foient 
déjà connus. 

VERS 
DE M. DE BONNEVAL, 

A SON EXCELLENCE 

S AÏ D -TA CH A, 

■s 

Ambaffadeur Extraordinaire du Grand 
Seigneur. 

JL/ E s Décrets du Divan , fâge dépofîtaire, 
Tu lis dans tous les yeux les fecrets de nos 

coeurs: 
On fe fouvient toujours de ton illuftre Père 9 
Et Ton fe plaît à voir Tes dignes Succefleurs. 
Tu fis briller alors ces grâces naturelles , 
Que le printems de l'âge authorife toujours. 
La cohorte des Ris, des Jeux & des Amours 
T'offrit à chaque pas des conquêtes nouvelles | 
Mais déjà taraifon connoifTant fon pouvoir , 
D'imiter MEHEMET,te faifoit un devoir, 
C'cft ainfi que conduit dans la noble carrière 



(it) 

Par les foins affidus d'une Divinité , 
Télcmaque ne vit que les pas de fbn perc 
Pour fuivre le chemin de l'immortalité. 
PuifTe , ton Fils & toi, reporter à Byfânce y 
L'inaltérable fceau d'une heureufe alliance ; 
Mais à condition , que ce fils à Ton tour , 
Viendra renouveller celui de notre amour. 



Vu te n. Aoufi 1741. JOLLY. 
Le Privilège eft au Glaneur François,