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Full text of "Lettres de Catherine de Médicis, publiées par Hector de La Ferrière"

HANDBOUND 

AT THE 



UN1VERSITY OF 
TORONTO PRESS 



"x> 



ÏLS 



COLLECTION 



DE 



DOCUMENTS INÉDITS 



SUR L'HISTOIRE DE FRANCE 



PIBLIES l'Ail LES SOINS 



DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



LETTRES 



DE 



CATHERINE DE MÉDICIS 



PUBLIEES 



PAR M. LE C" HECTOR DE LA FERRIERE, 

MEMBnE NON RÉSIDANT DU COMITÉ DES TRAYAUX HISTORIQUES 
RT DES SOCIÉTÉS SAVANTES. 



TOME QUATRIEME. 

1570-1574. 




PARIS. 

IMPRIMERIE NATIONALE. 



M DCGG XCI. 



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V 



t 4 



SOMMAIRE. 



^-_— 



Préface. d 

Pages. 

Introduction i à ccvm 

Correspondance de Catherine : 

Année 1 570 là 21 

Année 1671 21a 87 

Année 1672 87 à i5i 

Année 1573 i52 à 276 

Année 167/1 276 à 3i3 

Appendice 3 1 5 à 3 1 8 

Table chronologique 3io,à 336 

Table des personnes à qui sont adressées les lettres 337 et 338 

Table des matières 33o, à 382 

Errata 383 



PRÉFACE. 



Le précédent volume des Lettres de Catherine de Médicis, le troisième, 
s'arrêtait à la paix de Saint-Germain (août 1570), date, nous l'avons 
dit, presque obligatoire; celui-ci, le quatrième, s'arrête à la mort de 
Charles IX, limite qui également s'impose. En effet, le règne de Henri III 
ne ressemblera en rien au précédent, et apparaîtra une tout autre Cathe- 
rine que celle qui régnait sous le nom de Charles IX. Condamnée à un la- 
beur incessant, elle aura cette fois à combattre l'incurable indolence de 
Henri III, et k réprimer ses excessives prodigalités et l'influence funeste 
d'indignes favoris. 

Dans cette nouvelle période de quatre années, la négociation du mariage 
de Marguerite de Valois d'abord avec Dom Sébastien, le jeune roi de Por- 
tugal, puis avec Henri de Navarre, et celle du mariage du duc d'Anjou avec 
la reine d'Angleterre, qui ne sera abandonnée que pour faire place aux 
prétentions du duc d'Alençon. Cet imberbe prétendant à la main d'Elisabeth, 
ces interminables négociations rempliront bien des pages; mais, remarque 
essentielle, pour la première fois, la politique extérieure tiendra une large 
place. Dans la lutte engagée entre Philippe II et les Flandres que la tyrannie 
et les cruautés du duc d'Albe ont soulevées, lutte au cours de laquelle se ma- 
nifeste et s'accentue le persistant mauvais vouloir et la perfidie des Anglais 
à l'égard de la France, Charles IX, tantôt sous l'impulsion patriotique de 



Catherine de Médicis. — iv. 



I :o*iiB 



PRÉFACE. 
Coligny prendra le parti de ceux que l'Espagne traite de rebelles, tantôt 
sous la pression dominatrice de sa mère les de'savouera et se désavouera 
lui-même. 

La Saint-Barthélémy sortira de ce duel sans merci engagé entre Catherine 
et Colignv. 

— A-t-elle été oui ou non préméditée? 

Depuis trois siècles celte question passionne les esprits, et de nos jours, 
singulier contraste, les historiens protestants allemands qui ont abordé ce 
brûlant sujet se sont prononcés contre, tandis que plusieurs historiens pro- 
testants français ont pris parti pour, et plus d'un avec la vivacité des polé- 
mistes du xvi c siècle. 

En faisant tuer Coligny, en réalisant cette pensée homicide, qui la haute 
depuis des années, Catherine perd tout le terrain conquis par l'habileté de 
nos ambassadeurs; elle compromet la réussite du mariage du duc dAlençon 
avec Elisabeth qui, cédant à la séduction de La Mole, semblait anfin dis- 
poser à l'accepter pour époux; elle s'aliène le Grand Seigneur qui, en cas 
d'une guerre avec l'Espagne, offrait à Charles IX l'appui de sa flotte, et au 
duc d'Anjou toutes les conquêtes à faire en Espagne et en Italie; elle si- 
fait des ennemis de ces princes de la Germanie favorables à une interven- 
tion commune dans les Flandres et à la candidature du duc d'Anjou à la 
couronne de Pologne. A cette heure fatale, la haine l'emporte sur la poli- 
tique, l'Italienne reparaît et se ressouvient des Borgia. 

Dès le lendemain de la Saint-Barthélémy, le duc d'Albe s'y attendait et 
lavai! prédit à Philippe II, avec cette souplesse d'évolution qui la rend si 
redoutable, Catherine reprend sa tâche de la veille, et, comme si ce massacre. 
dont le sang rougit encore ses mains, n'était qu'un simple et fortuit accident, 
elle cherche à regagner une à une toutes les alliances perdues, à renouer le 

r 

projet de mariage de son fils dAlençon avec Elisabeth, enfin elle se remet à 
briguer la candidature de son fils d Anjou au trône de Pologne. 

(Juelques mois lui suffisent pour retourner cette Europe indignée et fré- 



PRÉFACE, 
missante, et l'élection de Pologne est la grande victoire diplomatique du 
règne de Charles IX. 

r 

Mais dans les crises politiques, dans les coups d'Etat, même quand ils 
réussissent, il y a toujours une part d'imprévu qui déjoue toutes les espé- 
rances escomptées sur l'avenir. Catherine croyait avoir exterminé à jamais 
les protestants : eh bien, ce baptême de sang les retrempe, et tout l'effort 
des forces royales vient se briser contre la résistance invincible d'une seule 
ville, la Rochelle. 

De la Saint-Barthélémy se dégage une autre conséquence non moins inat- 
tendue : les chefs protestants et les catholiques modérés, ceux que l'on ap- 
pelle les politiques, en prévision de la mort prochaine de Charles IX, et 
pour s'éviter le règne de Henri III, se rapprochent et s'allient, et durant 
leur séjour à Saint-Germain, au mois de juillet 1674, menacés d'une sur- 
prise, comme sept ans auparavant ils l'ont été à Meaux, Catherine et 
Charles IX s'enfuient précipitamment et, ne se croyant pas même en sûreté 
à Paris, vont s'enfermer à Vincennes, sous la garde de trois mille Suisses. 
Mais à cette conspiration il faut des chefs, et ceux désignés, le duc d'Alençon 
et le roi de Navarre, Catherine les tient prisonniers. Alors dans l'enceinte 
de ces hautes murailles de l'imprenable forteresse s'ourdit une nouvelle con- 
spiration de palais, où les femmes de la cour jouent le premier rôle. Cathe- 
rine à laquelle le danger a rendu toute sa clairvoyance, toute son énergie, 
quand elle voit disputer au fils, son idole, cette couronne de France prête à 
tomber du front de Charles IX, fait arrêter La Mole et Coconas. Tous deux 
payent de leur vie la tentative d'évasion du duc d'Alençon et du roi de 
Navarre; les deux maréchaux de Cossé et de Montmorency sont mis à la 
Bastille. Montgomery, qui entré dans Saint-Lô et Carentan se croyait déjà 
maître de toute la Normandie, enveloppé par une véritable armée dans le 
donjon de Domfront, est réduit à se rendre à Matignon. Catherine l'emporte 
sur tous les points; mais, la joie du triomphe dans les yeux, lorsqu'elle 
vient annoncer à Charles IX que leur ennemi mortel, ce Montgomery, que, 



PRÉFACE. 
hier encore, surexcité par la fièvre, il voulait avoir mort ou vif, est enfin en 
leurs mains, brisé, terrassé par la maladie et sentant la mort venir : ?Ma 
mère, répontl-il d'une voix affaiblie, toutes choses humaines ne me sont plus 
de rien.» 

Tel est le résumé de ce quatrième volume; telles en sont les grandes 
lignes. L'introduction qui suit développera ce que nous venons d'indiquer 
sommairement. 



INTRODUCTION. 



Au retour de Mézières, où elle était allée au-devant d'Elisabeth, la tiancée de 
Charles IX, et où elle avait déployé pour les fêtes du mariage du Roi sou fils 
toutes les splendeurs de cette cour de France, sans rivale alors en Europe, 
Catherine fut longtemps retenue à \ illers-Cotterets par le plus rude des hivers. 
Durant ce séjour forcé, à l'exception de quelques lettres écrites en faveur de 
Marie Stuart, mais uniquement pour complaire au Hoi son fils qui, avec une 
affection soutenue, sollicitait la liberté de la pauvre captive, elle poursuivit la 
négociation du mariage de Marguerite de Valois avec le roi de Portugal dom 
Sébastien. Philippe II lui avait bien promis d'y mettre la main et d'en faire son 
affaire personnelle, mais peu à peu s'en était désintéressé. 

A son défaut, Pie V dans le but d'écarter le projet de mariage de Marguerite 
avec Henri de Navarre, l'une des conditions secrètes, disait-on, de la récente 
paix de Saint-Germain, avait envoyé don Loys de ïorres en Portugal, avec in- 
jonction de peser éuergiquement sur la décision du jeune roi. Cette première 
mission n'ayant point réussi, il venait de l'y renvoyer. 

Tenue au courant des bonnes intentions du pape, Cathexune avait écrit à Four- 
quevaux, notre ambassadeur en Espagne : «J'attendrai à savoir ce que Torres 
aura négocié avant de faire jugement de ce que je dois espérer '. •■ 

Sur ces entrefaites et sans qu'elle pût même s'y attendre, une étrange propo- 
sition de mariage lui vint d'Angleterre : le cardinal de Chatillon y était resté de- 
puis la dernière paix, et, pour se ménager au retour les bonnes grâces du duc 
d'Anjou, il lui fit savoir que, s'il se décidait à demander la main de la reine d'An- 
gleterre, il avait les plus grandes chances d'être agréé. Il se croyait seul à suivie 
cette piste; mais il avait été devancé par le vidame de Chartres qui, réfugié ainsi 

Bibl. nat. , Dépêches de Fourqnevaux , n" i o55a , p, 854. 

ClTIlERIXE DE MÉD1CIS. IV. \ 



■ " :o*.ile 



ii INTRODUCTION. 

que lui en Angleterre, s'en était ouvert au maréchal de Montmorency et lui 
avait fait valoir tous les avantages d'une pareille union l . 

Fort surprise , Catherine se tient d'abord sur une prudente réserve : ce Nous avons 
pensé, — écrit-elle le 20 octobre à La Mothe-Fénelon, — que cette ouverture 
se faisoit par l'intelligence, et peut-être les menées de la reine d'Angleterre, et 
beaucoup plus en intention de se servir du temps et de nous pendant que ceci se 
négocieroit qu'elle feroit conduire à la longue, que pour la volonté qu'elle eut de 
se marier. Je répondis à celui qui m'en parla que je ne pensois pas que ladite 
reine voulût se mettre à la subjection d'un mari; mais que, s'il y avoit quelque 
femme ou fille à marier qui lui appartint de si près qu'elle la pût faire et assurer 
héritière de la couronne après elle, qu'il seroit beaucoup plus convenable ainsi. 
Je vous ai bien voulu faire ce discours, vous priant de le tenir si secret que nul 
des vôtres n'en sache rien. Il faut tâcher de découvrir et voir si vous pourriez 
rien apprendre de ceci pour m'en donner avis à toutes occasions 2 . 15 

L'un de ces habiles diplomates italiens dont Catherine aimait à se servir, un 
neutre, ainsi qu'elle l'appelait, aussi bien vu à la cour d'Angleterre qu'à celle de 
France, Guido Cavalcanti, sans que le cardinal de Chàtillon et le vidame de 
Chartres ne s'en doutassent, s'était déjà mis en campagne. Une légère indisposition 
ayant forcé La Mothe-Fénelon à garder la chambre, il vint le visiter, et ayant 
amené l'entretien sur le ressentiment que devait éprouver la reine Elisabeth de 
voir l'archiduc Charles qui, depuis tant d'années sollicitait sa main, épouser sa 
cousine de Bavière, il lui avait demandé incidemment si ce n'était pas là une 
heureuse occasion de penser pour elle au duc d'Anjou. A cette brusque confi- 
dence, La Mothe avait répondu que ce parti était si honorable et avantageux pour 
M. le duc d'Anjou qu'il ne manquerait pas d'en faire part à la Reine mère, et que 
sur un tel fondement se pourrait bien établir une bonne alliance 3 . 

Quelques jours plus tard, l'entretien se reprit. Leicester, auquel Cavalcanti s'en 
était ouvert, avait très bien accueilli ce propos et avait promis de lui en parler à 
son retour d'Hampton Court, où était la reine et où il se rendait". 

Etait-ce une indirecte invitation d'y aller voir Elisabeth ? La Mothe le crut, 
et le lendemain il en prit le chemin. Avant de se faire introduire auprès de la 
reine, il revit Leicester, et cette fois il se hasarda à lui dire qu'on lui avait donné 

Voir notre livre Le tri' siècle et les Valois, 3 Correspondance diplomatique de La Mothe-Fè- 

p. 968. nelon, t. III, ]>. 4 17. 

2 Voir le présent volume, p. 7. ' lbid. , p. A 1 7 . 



INTRODUCTION. ,„ 

à entendre que, si le duc se présentait, il serait peut-être agréé, mais qu'avant 
tout il tenait à lui demander conseil , le Roi et la Reine mère le considérant comme 
le meilleur ami de la couronne de France et, si ce projet devait réussir, voulant 
n'en être redevables qu'à sa seule influence. 

Flatté de cette marque de confiance, Leicester lui déclara qu'il n'avait jamais 
été partisan du mariage de la reine avec l'archiduc Charles, et que, puisqu'elle 
semblait décidée à ne jamais épouser l'un de ses sujets, il était tout disposé à 
prendre en main la cause du duc. D'ailleurs, l'heure lui semblait favorable, la 
reine étant au plus mal avec l'Espagne , et il l'engagea à lui en toucher quelques 
mots, s'ofïïant aie mener chez elle 1 . 

Evidemment ce petit prologue était arrangé à l'avance. Quand La Mothe 
l'aborda, Elisabeth était plus parée que de coutume et toute souriante. Encou- 
ragé par Ion bienveillant accueil, il se dispensa de tout préambule et, allant 
droit au but, il lui rappela qu'à plusieurs reprises elle lui avait exprimé le 
regret de ne pas s'être mariée de bonne heure, et que, lui ayant manifesté l'in- 
tention de ne s'allier qu'à une maison royale, il avait cru y voir un encourage- 
ment à parler du duc d'Anjou, le prince le plus accompli qui fût aujourd'hui à 
marier. 

Elle lui répondit qu'elle pensait que les pensées du duc étaient logées plus 
haut; qu'elle était bien vieille; et que, sans la considération de laisser des héri- 
tiers, elle aurait honte de parler d'un mari, étant déjà de celles dont on veut 
bien épouser le royaume et non la personne -. 

La Mothe crut devoir s'en tenir là; mais, à la suite de ce premier entretien, la 
reine s'étant laissée aller à quelques confidences avec les dames de son entourage, 
le bruit de son mariage avec le duc d'Anjou devint la nouvelle du jour. Il eut 
beau répondre à tous ceux qui lui en parlèrent qu'il n'en était nullement question, 
ce bruit prit de la consistance. H s'en plaignit d'abord au cardinal de Châtillon, 
qui rejeta cette indiscrétion sur le vidame de Chartres; Leicester, auquel il s'en 
plaignit également, en attribua fort adroitement la cause au vif désir que toute 
la cour en avait, ajoutant que jusqu'ici la reine s'était bornée à objecter la diffé- 
rence d'âge, et il lui conseilla de la voir de nouveau. 

La Mothe suivit cet avis; mais, ne sachant comment entrer en matière, il eut 
l'idée de vanter à la reine la douce intimité de Charles IX et de sa jeune femme, 

1 Voir notre livre Les projets de mariage d'Elisabeth, p. 5o et suiv. — 2 Correspondance diplomatique 
de La Mothe-Fénelon , t. III, p. /117, 4 18. 



,v . INTRODUCTION. 

et il en conclut que la plus grande sécurité pour une princesse qui rêverait le 

bonheur on ménage, ce serait de s'allier à la maison de France. 

Elle lui répliqua que Al"" d'Etâmpes et M mv de Valentinois lui Taisaient 
un peu peur, et qu'elle voulait, non seulement être honorée, mais aimée par sou 
époux. — ]1 riposta que celui auquel elle faisait allusion possédail la double qua- 
lité de savoir bien aimer et de se faire aimer 1 . 

A ce moment, le cardinal de Gliàtillon s'étant fait annoncer, La Mothe prit congé 
d'Elisabeth. Restée sous l'heureuse impression de cet entretien, elle se montra 
disposée à épouser le duc d'Anjou et à débattre les conditions du mariage, avec 
toute la réserve prudente d'un diplomate consommé. 

Le cardinal lui rappela que sa sœur Marie Tudor s'était mal trouvée d'avoir 
miuIii traiter de son union avec le prince d'Espagne sans avoir préalablement 
pris l'avis de ses conseillers, et il l'engagea à consulter les siens. 

Le lendemain, Elisabeth rassembla donc ses conseillers. Un seul s'étant permis 
d'observer que le duc était bien jeune pour elle. « Gomment l'entendez-vous, — 
s'écria-t-elle toute courroucée 2 , — ne suis-je pas encore d'âge à le satisfaire hi Et 
elle chargea Cécil d'en conférer avec h 1 cardinal de Chatillon. 

Les choses en restèrent là momentanément; mais la nouvelle s'étant répandue 
que la reine pensait de nouveau à Leicester et que les memhres du Conseil jus- 
qu'ici hostiles à cette union y poussaient leur maîtresse, La Mothe-Fénelon jugea 
que le mieux était de s'en expliquer avec Leicester lui-même. 

Lorsqu'il lui en parla, le comte lui avoua qu'ccil avait eu tous ses collègues 
pour adversaires lorsque l'heure lui était propice, et qu'aujourd'hui, s'ils fai- 
saient semblant de l'appuyer, c'était uniquement pour écarter le duc d'Anjou 3 -. 

Etait-il sincère en se faisant si bonne justice? La Mothe feignit de. le croire, 
mais tout eu conservant ses doutes. 

11 

Revenons au mariage du frère à celui de la somr : nous avons laissé Catherine 
attendant le retour de don Loys île Torres et bien décidée à régler sa conduite 
sur le résultai plus ou moins favorable de sa mission. Dès son retour à Madrid, 
Fourquevaux lui demanda quelle réponse il rapportait de Lisbonne. 11 ne lui 

' Correspondance diplomatique de La Mothe-Fé- 2 Correspondance diplomatique de l.a Moilie-Fé- 

nelon, 1. lit, j>. 638, 43<). Les projets de mariage neion, t. lit, p. h'xo. 
d'Elisabeth, y. ■]'■>. ' Ibid., p. 44u. 



INTRODUCTION. v 

cacha pas quelle était peu satisfaisante, que l'entourage du roi n'avait cessé de lui 
répéter qu'il était trop délicat pour se marier, que Madame Marguerite de France 
ayant attendu des années avant d'épouser le duc de Savoie, Madame pouvait 
bien faire de même, et que d'ailleurs les conseillers du jeune roi, qualifiant 
la récente paix de Saint-Germain d'humiliante capitulation avec les huguenots, 
avant de s'engager plus avant, voulaient voir comment les choses tourneraient 
en France '. 

Peu satisfait de ce faux-fuyant, Fourquevaux, à sa première audience, se 
permit d'interroger Philippe II sur ce que lui avait rapporté Torres; il répondit 
qu'il n'en savait pas plus que ce qu'il lui avait dit à lui-même ; mais le 
prince d'Evoli qu'il vit le même jour, chercha à lui rendre un peu de con- 
fiance, n'attribuant ce retard qu'aux conseils des deux théatins qui gouvernaient 
le jeune roi, mais dont l'influence touchait à sa fin, et il l'assura que le roi son 
maître restait toujours très favorable à ce projet de mariage. 

Fourquevaux se laissa--t-il prendre à ces belles paroles; ou zélé catholique était- 
il , au fond du cœur, hostile au mariage de Marguerite avec le prince de Navarre 
dont il redoutait l'éventualité, en cas dune rupture définitive avec le Portugal? 
Toujours est-il que, revenu à ses premières illusions, il écrivit à Catherine : 
trDes plus grands aux plus petits, tous à Lisbonne veulent votre fille, i> Et, pour 
effacer les lâcheuses impressions qu'elle avait du jeune roi : «tout ce qu'on a dit 
de lui à Votre Majesté n'est pas véritable; il est blond comme fil d'or, sain et 
robuste, et si, comme on le dit, il est peu affectionné aux femmes, il ne s'en 
portera que mieux et sera un meilleur mari 2 . - 

Malicorne, envoyé tout récemment en Portugal, en avait fait à Catherine un 
tout autre portrait : tt.IÏ porte à sa ceinture un des livres de saint Thomas; il court 
de lieu en lieu sans s'arrêter nulle part, afin de lasser ceux qui le suivent et finir 
par rester seul avec ses théatins; l'on en parle comme d'un prince bizarre et de 
petite réputation 3 . n 

A l'heure présente, qu'importait à Catherine qu'il fut beau ou laid, sain 
d'esprit ou bizarre? Elle avait complètement renoncé à ce mariage et pensait sé- 
rieusement à Henri de Navarre. Non moins dégoûté qu'elle des façons d'agir du 
Portugal, Charles IX, dans un long mémoire daté du 7 février 1071, expose tous 
ses griefs à Fourquevaux, et dans les termes les plus amers, se plaint du peu de 

1 Bibl. nat. , fonds français, n" 10752. — 2 Ibid. — 3 Ibid. 



vi INTRODUCTION. 

cas que l'on a fait de la main de sa sœur: trElle n'est pas de si petite maison, 
disait-il, qu'elle demeure sans parti et sans être demandée et recherchée de plu- 
sieurs endroits. J'entends que vous ne me parliez plus de ce mariage, sinon comme 
d'une chose à quoi je ne pense plus, mais de marier ma sœur en tel lieu que 
j'en recevrai plaisir, contentement et service et dont le mari se sentira grandement 
honoré et obligé l . ■» 

Sans le nommer, c'était désigner Henri de Navarre. 

Un mauvais vent soufflait sur tous les projets de Catherine; si la rupture du 
mariage de Portugal n'avait été pour elle qu'une légère déception, l'obstination 
du duc d'Anjou à ne pas vouloir entendre parler de son mariage avec la reine 
d'Angleterre était pour elle un vrai chagrin. 

Contrainte d'en faire le triste aveu à La Mothe-Fénelon, elle lui écrivait: 
crMon fils m'a fait dire par le Roi son frère, qu'il ne la veut point épouser, quand 
même elle voudroit, d'autant qu'il a toujours très mal ouï parler de son honneur 
et en a vu des lettres de tous les ambassadeurs qui y ont été; qu'il penseroit être 
déshonoré et pourroit perdre toute la réputation qu'il a acquise. J'ai grand regret 
de l'opinion qu'il a et voudrois qu'il m'eût coûté beaucoup de sang de mon corps 
que je la lui eusse pu ôler, mais je ne l'ai pu gagner en ceci, encore qu'il me 
soit obéissant 2 . n 

Ce qu'elle n'osait avouer, c'est que la principale cause du refus du duc d'Anjou 
c'était sa liaison avec Renée de Châteauneuf; mais dans la vie des cours, il y a 
toujours de secrets dessous de cartes, des surprises inattendues. Quelques jours 
plus tard, le duc revint de lui-même sur sa première décision. A quels motifs 
attribuer ce changement ? 

Châteauneuf avait-elle invité son jeune amant à donner à sa mère une appa- 
rente satisfaction, sauf à mieux se garder des regards indiscrets, ou bien espérait- 
elle qu'une prochaine rupture viendrait de la capricieuse et fantasque reine 
d'Angleterre? Quelle que fût la cause de ce revirement, Catherine avait repris 
toutes ses illusions: rc J'ai tant fait, écrit-elle le 8 février 1671 à La Mothe-Fé- 
nelon, que mon fils d'Anjou s'est condescendu à l'épouser, si elle le veut, ce que 
voyant j'ai fait temporiser ici milord Ruckhurst encore qu'il aye pris congé , afin qu'il 
vienne de nouveau parler au Roi mon fils et à moi, et qu'étant assurés à présent 
de la volonté de mon fils d'Anjou nous lui en parlions de façon que la reine sa 

' Iîilil. nat. , fonds fiançais, n" 10752, fol. 953. — "' Correspondance diplomatique de La Mothe-Fé- 
nelon, I. VII, p. 70. 



INTRODUCTION. vu 

maîtresse, à son retour, reconnoisse qu'il ne tient plus à nous, si elle a envie de 
se marier et d'épouser mon fils l . n 

La veille de son départ de Paris, lord Buckhurst, qui était venu, de la part 
d'Elisabeth , complimenter Charles IX à l'occasion de son mariage, ayant manifesté 
le désir de voir le jardin des Tuileries dont Catherine était si fière, et ainsi l'oc- 
casion d'avoir avec lui cette entrevue secrète se présentant tout naturellement, 
elle s'y rendit de son côté et en l'apercevant feignit l'étonnement. 11 se rapprocha 
et l'entretien Rengageant, elle lui exprima de nouveau toute l'affection que le Roi 
et elle portaient à sa maîtresse, et leur désir commun de profiter de toutes les 
occasions pour la fortifier. Buckhurst y crut voir une allusion au projet de ma- 
riage du duc d'Anjou et d'Elisabeth. Loin de s'en défendre, elle lui déclara for- 
mellement que, si le Roi et elle étaient assurés que la reine ne se moquât pas 
de son fils, ainsi qu'elle l'avait fait jusqu'ici de tous ses autres prétendants, ils 
le désiraient vivement, sous la réserve toutefois que leur honneur ne serait eu 
rien compromis. A cette avance si directe, il répondit que la reine, au départ, 
lui avait recommandé, si Leurs Majestés abordaient ce propos, d'affirmer qu'elle 
était résolue de se marier hors de son royaume et à un prince de même aile, 
mais, comme ce n'était pas aux filles à rechercher les hommes, elle n'en dirait pas 
davantage; puis, venant à exprimer sa propre opinion, il ajouta que tous les grands 
du royaume faisaient à la reine l'obligation de se marier, mais que tous les 
prétendants aujourd'hui sur les rangs, le roi de Suède, le frère du roi de 
Danemark, étaient de pauvres sires et d'un pays bien éloigné, tandis que le duc 
d'Anjou était leur plus proche voisin et s'appuyait sur un grand roi; et, en 
prenant congé, il la pria de lui dire ce qu'elle désirait qu'il écrivît à Elisabeth. — 
A cette offre si flatteuse, elle répondit que, si la reine était vraiment dans l'inten- 
tion de se marier, le Roi son fils et elle étaient disposés à entrer tout aussitôt en 
pourparlers 2 . Ce qui acheva de l'illusionner, c'est que Calvacanti lui remit un 
portrait d'Elisabeth laissé par Buckhurst pour en faire hommage au duc d'Anjou. 

A quelques jours de là, Téligny, venu à la cour pour débattre certaines ques- 
tions relatives à l'exécution de l'édit de pacification, lui parla le premier du ma- 
riage du duc d'Anjou, et lui offrit d'en écrire au cardinal de Chàtillon dans les 
termes qu'elle voudrait bien lui indiquer. 

Elle lui répéta ce qu'elle avait dit à lord Buckhurst que, si le Roi et elle pou- 

1 Voir le présent volume , p. 28. — ! Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon , t. Vll.p.189. 
Voir Calendar of State papers (1571), p. 4i3. 



vm INTRODUCTION. 

vaient compter sur la bonne volonté d'Elisabeth, ils feraient tout pour sauvegarder 

son honneur, comme le leur propre. 

Sur l'observation de Téligny, que le duc d'Anjou semblait bien peu disposé à 
cette union, elle affirma qu'il n'en était rien; d'ailleurs, il y avait tant de gens 
hostiles à ce mariage, que s'ils le croyaient possible, ils feraient tout pour 
l'empêcher; il valait donc mieux qu'ils s'imaginassent que son fils n'y pensait 

plus 1 . 

Téligm ayant exprimé les mêmes doutes à Charles IX, le Roi le rassura éga- 
lement , et lui dit qu'il se proposait d'emmener son frère hors de Paris, afin de le 
soustraire à l'obsession de certains moines qui s'appliquaient à surexciter en lui 
cet accès de dévotion, et que, dans peu de jours, il le mettrait en disposition 
de faire ce qu'il voudrait 2 . 

Le pins passionné de tous les opposants, c'était le cardinal de Pellevéï « Quant 
au mariage de la reine d'Angleterre, écrivait-il, qui est la pratique de notre 
apostat le cardinal de Chàtillon, je vous assure que le duc n'en a nulle volonté. 
Tenez cela pour résolu. Le roi d'Espagne, avec toutes les qualités que l'on peut 
désirer et avec une princesse si catholique 3 , vous savez le peu de pouvoir qu'il 
avoit pour le gouvernement de cette nation par trop soupçonneuse; Monsieur n'eût 
jamais été le roi; mais le mari de la reine 4 . n 



111 

Encouragée par les assurances que lord Buckhurst lui rapportait de la sincé- 



rité de Catherine, Elisabeth, le 29 mars, fit savoir à Walsingham, son nouvel 
ambassadeur en France, qu'elle était décidée à accepter le duc d'Anjou pour 
époux; mais que, voulant s'épargner une réponse trop directe, elle désirait 
que la Reine mère, si experte dans les négociations de ce genre, voulût bien 
se charger de faire ce qu'elle jugerait convenable et d'usage en pareil cas. Quant 
à la religion, elle déclara qu'elle n'en permettrait jamais l'exercice public 5 . 

Walsingham jugea bien que, s'il communiquait un pareil ultimatum au duc 
d'Anjou, détourné de ce mariage et par le nonce et par les chefs catholiques, il 

1 C.m;rs r ,„l. dipbm. de La Mothe-Fénelon, » Record office, State papers (France, copie du 

I. VII p. 1 80. temps). Voir notre livre Le 1 ri' siècle et les Valut* . 

Mémoriei et lettres de II ahingham, p. 90. p. ^9<> (celte lettre est -ans suscription). 

Marie Tudor. Mémoires de Walsingham, p. 65 et 68. 



INTRODUCTION. ix 

en prendrait le prétexte d'une rupture immédiate ; aussi se borna-t-il à dire à Ca- 
therine que sa maîtresse acceptait l'offre de la main du duc. Elle s'attendait à une 
réponse moins laconique et qui lui eût permis de vaincre les scrupules de son fils; 
usant de la même réserve, elle répondit que, «si l'on négociait de bonne foi, leurs 
bonnes relations n'en subiraient aucune altération, quel que fût le résultat final ' •». 

Walsingham ayant ajouté qu'il était autorisé à conférer des conditions du ma- 
riage avec M. de Foix, mais qu'il serait peut-être préférable de faire partir pour 
l'Angleterre un personnage de haute qualité, muni de pleins pouvoirs, et de pré- 
férence ayant indiqué M. de Foix, Catherine promit de l'y envoyer, mais un peu 
plus tard 2 . En réalité, elle voulait y voir plus clair, et se décida à faire repartir 
pour Londres Cavalcanti, auquel elle remit des instructions verbales, de crainte 
que la reine ne fit plus tard un mauvais usage de notes écrites. 

Avertie de l'arrivée de ce nouvel envoyé, Elisabeth vint l'attendre, le 1 1 avril, 
à l'hôtel de Cécil, où elle eut avec lui une conversation secrète 3 . La Mothe, au- 
quel Cavalcanti ne crut pas devoir en faire part, alla seul le lendemain, 12 avril, 
au palais, et officiellement fit à la reine la demande de sa main, se portant garant 
de la grande et sincère admiration que le duc professait pour elle'. 

Après l'avoir prié de remercier Leurs Majestés du grand honneur qu'ils lui 
faisaient, «par l'offre d'une chose si excellente, comme étoit leur fils et frèreu, 
elle lui dit que Téligny lui en avait écrit et dans des termes si flatteurs pour M. le 
duc d'Anjou, qu'elle venait de s'en expliquer plus ouvertement avec Walsingham 
qu'elle ne l'avait fait jusqu'ici, et qu'elle l'avait chargé de le redire en son nom; 
puis, revenant sur le passé, elle rappela qu'elle n'avait refusé l'offre de la main 
de Philippe II, son beau-frère, que par motif de conscience; qu'elle n'avait pris 
que huit jours pour donner une réponse négative aux propositions des rois de 
Suède et de Danemark, et qu'en réalité l'archiduc Charles était le seul qui, à 
bon droit, aurait pu se plaindre de ses lenteurs et de ses irrésolutions; que 
la faute en était uniquement aux troubles qui alors agitaient l'Europe; mais en 
même temps elle insista sur le refus formel qu'elle lui avait fait de l'exercice de 
sa religion , et pria La Mothe de ne pas se montrer trop exigeant sur cet article. 
Il lui observa que, dans tous les mariages qui avaient été conclus entre personnes 
de religion différente, l'on avait toujours respecté la conscience des deux époux. 

1 Lettres de Walsingham , p. 76 et •j'ô. — 2 Ibid. , p. 70. — 3 Voir noire livre Le m' siècle et les Valois, 
p. 25g. — i Correspond, diplom. de La Mothe-Fcnelon , t. IV. p. 63 et suiv. 

Catherine de Médius. — 11. b 

lUPIUSUr.lE BATIOXAtC. 



x INTRODUCTION. 

Elle abonda dans son sens el lui dit qu'elle avait été sacrée et couronnée par 
un évèque catholique, sans avoir toutefois assisté à la messe, et qu'il lui serait 
pénible de voir le duc abandonner sa religion; car, s'il délaissait Dieu, il ne tar- 
derait pas à la délaisser elle-même, et sur ces dernières paroles si encourageantes, 
elle' le congédia '. 

Le projet de contrat que Catherine avait remis au départ à lord Buckhurst 
comprenait huit articles : «Le mariage serait célébré suivant les cérémonies 
de l'église catholique; le duc et les siens auraient le libre exercice de leur culte; 
après la célébration du mariage, il prendrait le litre de roi et administrerait 
conjointement avec la reine; il serait couronné et prélèverait chaque année 
(io,ooo livres sur les revenus de l'Angleterre; ses enfants succéderaient aux biens 
paternels et maternels; en cas de prédécès de la reine, il retiendrait le titre de 
roi et administrerait le royaume; si la reine ne laissait pas d'enfants, il conti- 
nuerait à toucher les 60,000 livres; enfin une perpétuelle ligue serait établie 
entre les deux royaumes' 2 , v 

Une première discussion s'engagea à ce sujet entre La Mothe-Fénelon et Bur- 
ghley qui, contre toute attente, se montra beaucoup moins traitable sur la ques- 
tion religieuse que la reine, et qui affirma que la moindre concession pourrait 
être l'occasion de scandale et de troubles dans le royaume. 

La Mothe lui objecta que la reine venait de lui dire qu'elle n'estimerait point 
le duc s'il renonçait à sa religion; lui eu refuser le libre exercice c'était donner 
lieu de douter de tout le reste 3 . 

Ce premier entretien était trop mal engagé pour pouvoir se continuer utile- 
ment. Les jours suivants, La Mothe revit plusieurs l'ois Elisabeth, mais sans pou- 
voir rien obtenir d'elle. 11 finit par la [nier de vouloir bien répondre à la lettre 
<pie Cavalcanti lui avait remise de la part du duc d'Anjou. D'abord elle s'en 
défendit vivement : rr la plume lui tomberait des mains, n'ayant jamais écrit à 
aucun des princes qui avaient sollicité sa main, à l'exception de l'archiduc Charles*, 
el encore ne s'agissait-il pas de son mariage -n. 

Douée comme elle l'était, et au suprême degré, de l'intelligence d'un homme 
d'Etat rompu à la pratique des grandes affaires, il y avait néanmoins en elle un 

1 Correspond, diplom. de La Motlie-Fénelon (dé- ; Correspond, diplom. de La Mothe-Fénelon, 

pèche du 1/1 avril 1571), t. IV, |>. 65. 1. IV, p. 68. 

1 Voir notée livre Le xri siècle et les Valois, ' Voir notre livre Les projets de mariage de la 

p. -280. reine Elisabeth , p. 9 et suiv. 



INTRODUCTION. m 

côté vraiment puéril de vanité féminine, rt C'est souvent plus qu'un homme, di- 
sait le marquis de Salisbury, et quelquefois moins qu'une femme, * Tout en 
affectant vis-à-vis de La Mothe-Fénelon de n'être pas digne du duc d'Anjou et 
semblant redouter qu'tril n'eût que faire d'elle t>, elle s'étendait sur les louanges 
de son jeune prétendant, et se complaisait à vanter sa bonne grâce ; sa valeur aux 
armes, sans oublier de parler de sa main, que l'on disait l'une des plus belles de 
France. 

Jamais deux jours de suite la fantasque et capricieuse créature n'était de la 
même humeur. Lorsque La Mothe la revit, d'une voix sèche, elle lui demanda s'il 
savait le propos tenu sur elle par l'un des hommes les plus haut placés à la cour de 
France. Sur sa réponse négative, elle prétendit que ce personnage l'avait gratifiée 
d'un mal incurable à la jambe, et qu'il avait dit «-que Monsieur feroit bien devenir 
épouser cette vieille qui ne guérira jamais; sous ce prétexte on lui donnera un 
breuvage de France, et une fois veuf, il pourra prendre pour femme la reine 
d'Ecosse S. 

La Mothe insistant pour savoir le nom de l'insolent dont le roi son maître 
ferait bonne et sévère justice, elle s'y refusa, mais toutefois le chargea de s'in- 
former de la vérité du propos; elle s'en montrait si courroucée qu'elle par- 
lait d'envoyer Sidnev en Espagne et de reprendre d'amicales relations avec Phi- 
lippe II. Quelques jours plus tard, revoyant La Mothe, elle lui exprima ses regrets 
de ce qu'il n'était pas venu au bal de lord Northampton, car elle y avait dansé, 
et il aurait pu écrire au duc qu'il ne courait pas le risque d'épouser une boiteuse 2 . 

A son excessive vanité s'ajoutait une incroyable superstition ; sa grande préoc- 
cupation du moment, c'était de savoir comment se réglerait la cérémonie de son 
mariage; elle craignait que le duc, au moment de s'agenouiller devant l'autel, ne 
vînt à rompre, et à l'avance s'effrayant à la pensée que l'anneau nuptial pourrait 
tomber à terre, elle en concevait les plus sinistres pressentiments 3 . 

Toutes ces réserves et ces perpétuelles variations expliquent assez le peu d'es- 
poir que Cavalcanti 'rapportait d'une solution favorable. Rentré le 2Z1 avril, il remit 
à Walsingham les lettres d'Elisabeth. Elles le déterminèrent à solliciter une au- 
dience de Catherine. Reçu à Saint-Cloud le 26 avril, il lui demanda, en l'abor- 
dant, si elle était satisfaite de la réponse de la reine. Elle se plaignit de n'en avoir 
aucune aux articles emportés par lord Buckhurst, à l'exception de celui sur l'exer- 

1 Correspond, diplom. de La Mothe- Fénelo» , t. IV, p. 80. — 2 Ibid., t. IV. p. ç»4. — ' Ibid., p. 96. 



INTRODUCTION. 



cice de la religion, dont les conditions étaient tellement dures que, si son fils y 
souscrivait, la reine sa maîtresse aurait sa part de blâme, car un changement si 
brusque de religion ferait à juste titre accuser son époux de n'avoir ni piété ni 



conscience '. 



Pour toute excuse il allégua que la reine n'exigeait pas que le duc pratiquât 
les rites de la religion anglicane. 

N'avoir pas le libre exercice de sa religion ou l'abjurer' 2 , répliqua-t-elle, c'était 
la même chose; nulle considération ne pourrait y déterminer son fils, et en défi- 
nitive la meilleure garantie de paix pour l'Angleterre, ce serait l'appui du Roi son 
fils. 

Sur son observation qu'il en résulterait plus de mal que de bien, elle se ra- 
doucit et alla jusqu'à lui dire que son fils, ayant plus de zèle pour' sa religion que 
de savoir, il céderait peut-être bientôt aux persuasions de la reine; ce danger 
dont il semblait si fort s'effrayer serait ainsi de bien courte durée; d'ailleurs ce 
mariage amènerait peut-être de grandes mutations dans la chrétienté, ce que les 
catholiques redoutaient par-dessus tout. 

C'était plaider la cause de l'anglicanisme. 

Étonné d'un pareil langage, Walsingham lui demanda si elle lui permettait de 
transmettre ces paroles à Elisabeth 3 . Elle l'y autorisa et lui fit signe de se retirer. 



IV 

Jusqu'ici nous avons suivi pas à pas tous les projets de mariage ambitionnés par 
Catherine dont pas un ne devait aboutir. Toute son action s'est limitée à ces 
stériles négociations et s'y est rapetissée; mais, à partir du mois de mars 1671, 
l'horizon s'élargit et une politique nouvelle se fait jour, politique toute française 
et dont, contre toute attente, l'initiative appartient en propre à Charles IX. Pour 
mieux en déterminer les causes et le point de départ, retoujrnons en arrière et 
voyons ce que sont devenus les principaux chefs protestants depuis la paix de 
Saint-Germain (août 1670). 

Coligny, Jeanne d'Albret et les deux princes de Navarre et de Coudé n'ont pas 
quitté la Rochelle; avant tout, il leur importait d'assurer la stricte exécution du 
nouvel édit de pacification, et, pour y parvenir à plusieurs reprises, ils avaient dé- 

1 Lettres de Walsingham, p. 99. — s Ibid., p. 99, — ' Ibid., p. 99 cl ion. 



INTRODUCTION. va 

puté à la cour Téligny , Beauvoir La Nocle et Cavaignes. De son côté, Jeanne 
d'Albret n'avait cessé de se plaindre de ce que ses sujets catholiques méconnais- 
saient son autorité. Une correspondance s'étant engagée à ce sujet entre elle et 
Catherine, elle lui avait écrit : 

Madame, Monsieur le maréchal de Cossé estant venu icy et nous ayant fait entendre la bonne 
volonté de Voz Majestez à l'enlreténement de l'édit, nous luy avons bien au long remonstré 
que, si le Roy n'y met la main à bon escient, que nous ne voyons point que les choses n'aillent 
de mal en pis, car aullant de bonne volonté' le Roy monstre à la paix et repos de son 
loyaulme, autant la plus grande partie de ses minisires s'emploient à sa ruine. Ce sont faits trop 
longs à discourir par celte lettre; mais nous en avons baillé" le mémoire au s r de Quincé. Il me 
reste à faire ma plainte particulière du traitement que mon filz et moy recevons tant par nos villes 
qui ne nous sont encore rendues, que luy en l'autorité de son gouvernement, ce qui nous l'ait 
plus de mal, parce que toutes ces défaveurs se font mesme contre l'édit ou pour préférer à nous t 
quelque manière de gens si éloignés de nostre repos et du service que nous et les nostres vous 
ont fait. Il vous plaist m'asseurer que mou fils et moy, estant près de vous, aurions honneur et 
faveur et bon traitement que nous sçaurions désirer, comme m'a dit Monsieur le marescbal, et 
ayant veu par le passé commencer l'effet et se continuer autrement, je suis de complexion 
soupçonneuse, Madame, comme vous sçavez bien, qui me fait avoir crainte grande que voz vo- 
lonlez soient bonnes, comme je n'en fais nul doute, et que ceux qui jusqu'icy ont eu pouvoir 
de les altérer en nostre endroict fissent toujours de mesme. Je ne suis pas si ignorante que je 
ne cognoisse bien que toute notre grandeur dépend de Voz Majestez et le très humble service 
qui nous oblige et appelle à vos pieds, pour y employer vie et biens; mais je suis ung pelit 
glorieuse, je désire y eslre avec honneur et faveur que je pense mieulx mériter que d'aultres 
qui en ont plus que moy. Je craindrois, Madame, vous fascher de ces propoz si vostre bonté 
ne m'avoit accoutumée en mes jeunes ans aux privilèges que ma vieillesse me pourroit donner 
de parler privément à Votre Majestez \. 

Charles IX, voulant aplanir toute difficulté, renvoya Cossé à la Rochelle, et, 
les bonnes paroles dont il était porteur ayant dissipé tous les soupçons, le ma- 
réchal put écrire au Roi de cette ville : et Sire, l'assurance qu'ils ont prise entiè- 
rement à votre sincère intention et volonté de l'entreténement de l'édit, joint à ce 
que leurs députés leur ont mandé de ce que Votre Majesté leur a dit les a telle- 
ment rassurés que je ne vois aucun doute d'entrer en défiance, s'il ne survient 
quelque chose 2 . n 

A ce moment la Rochelle avait dans ses murs l'un des plus rudes adversaires 
de Philippe II, Ludovic de Nassau, le bras droit de son frère Guillaume 

1 Aulogr. Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. — "' Bifal. oat., fonds français , a° 1 5553. 



v,v INTRODUCTION. 

d'Orange. Du port de cette ville partaient les vaisseaux armés par lui qui, sur 
toutes les mers, allaient faire la chasse à ceux de, l'Espagne. A plusieurs re- 
prises, don Francès de Alava, ambassadeur du Roi Catholique , était venu s'en 
plaindre à- Charles IX et ses persistantes remontrances avaient motivé la mission 
de Castelnau de Mauvissière à la Rochelle. 

De son côté. Catherine y avait envoyé un homme à elle, Galeas Frégose, ce rusé 
diplomate italien dont l'ambassadeur d'Espagne disait : « C'est le plus hérétique 
des hérétiques. i> Durant son séjour à la Rochelle, Ludovic de Nassau, avec lequel 
il eut de fréquents entretiens, lui confia que, n'espérant rien tirer delà trop par- 
cimonieuse reine d'Angleterre, qui faisait la sourde oreille à toutes ses demandes 
de subsides et de secours, il songeait à s'adresser à Charles IX et à lui faire passer 
sous les yeux une brillante perspective de gloire et d'agrandissement pour son 
royaume. A son retour Frégose rapporta fidèlement au Roi tout ce que le comte 
Ludovic lui avait laissé entrevoir 1 . 

Ces offres si séduisantes ne pouvaient être faites en temps plus opportun. 
Charles IX avait à se venger de bien des injures. Il suffira de les énumérer : le 
refus de la main du duc d'Anjou par dona Juana, la sœur de Philippe II, et plus 
récemment l'injure personnelle que lui avait faite le roi son beau-frère en s'ap- 
propriant sa fiancée Aune d'Autriche; le massacre des Français dans la Floride, 
an mépris du droit antérieur acquis à la France sur cette terre appelée de tout 
temps la terre aux Bretons; enfin les intrigues incessantes des agents de l'Espagne 
pour ' détacher les Suisses de notre alliance. 

L'on était à l'un de ces moments où toutes les ambitions se mettent en cam- 
pagne : Philippe II convoitait Sienne, et, de son côté, l'empereur Maxhnilien . 
mécontent de* ce que le pape avait fait de Cosme de Médicis un grand-duc de 
Toscane, semblait disposé à en appeler aux armes, et s'appuyait sur le duc de 
Ferrare, que la jalousie poussait également à une agression. Tandis que Cathe- 
rine, secrètement influencée par la duchesse de Nemours qui soutenait les intérêts 
de la maison d'Esté à laquelle elle appartenait, était défavorable à son cousin de 
Médicis, Charles IX se disait loutprêt à le défendre. Dans la seconde quinzaine de 
mars, Petrucci, l'ambassadeur de Florence, ayant mis en défaut la surveillance de 
Catherine et ayant pu parvenir jusqu'à lui : rr Quel prétexte avez-vous donc pris?n 
sY-cria-t-il en l'apercevant. Sur sa réponse qu'il avait dit venir pour s'informer du 

' Nèjrocialionx diplomatiques arec la Toscane, t. III, p. (j'19. 



INTRODUCTION. lv 

jour de l'entrée de la reine sa femme : «Vous savez sans doute, reprit-il , que 
je suis vivement sollicité de prendre parti contre le Grand-Duc et contre le Pape, 
avec force promesses pour m'y décider. J'ai répondu que l'état de mon royaume 
ne me permettait d'ici à un an que de penser à son repos. Au point de vue delà 
religion, l'aire la guerre à un pape est toujours répréhensible; il n'est pas moins 
mal de chercher querelle à votre maître à l'occasion de son titre de "rond-duc 1 .? 

Petrucci s'étant incliné pour l'en remercier : cr Si le Grand-Duc et moi, ajouta- 
l-il, nous nous entendions pour venir en aide au prince d'Orange, les Espagnols 
auraient à penser à autre chose qu'à l'Italie et à mon royaume. Il m'importe de 
savoir à quoi m'en tenir sur ses intentions; je lui enverrai sous peu Frégose; son 
titre d'Italien n'éveillera pas de soupçons' 2 , u 

Quelques semaines plus lard et en pleine cour, Charles IX s'expliqua encore plus 
ouvertement. Le chevalier de Seurre lui ayant parlé en faveur du duc de Florence : 
«Je suis décidé à le soutenir-*, dit-il à haute voix. — tr Sire, vous devez d'autant 
plus le faire, reprit de Seurre, qu'en l'ayant lui et les Vénitiens pour alliés, vous 
pourriez pour toujours abattre la domination des Espagnols en Italie et l'abattre 
également dans les Flandres avec l'appui de l'Angleterre et celui des princes de la 
Germanie 3 . n 

C'était donc là une nouvelle orientation de la politique; Catherine s'en effraya, 
et, pour détourner cet orage, le 2 mai elle écrivit à Fourquevaux : «Si vous en- 
tendez par delà parler des bruits que l'on fait courir en Italie, faites-leur entendre 
la vérité de l'intention et volonté du Roi mon fils, qui est de vivre avec le Roi 
Catholique en bon frère et en bonne paix 4 . ■» Et elle arrachait à son fils une lettre 
qui confirmait la sienne. 

Mais, en dépit de cette apparente soumission, Charles IX n'avait nullement re- 
noncé à ses projets : te H a son caprice toujours en tète, écrivait Petrucci le 
29 mars, et il le réalisera s'il peut compter sur la tranquillité du royaume. 
Les huguenots, pour l'assurer de leur bonne volonté, disent que, si le Pape en Italie 
veut marcher avec leur roi contre celui d'Espagne, ils iront jusqu'à se mettre au 
service de Sa Sainteté 5 , v 

Mais comme contre-partie à ces velléités belliqueuses de Charles IX, Petrucci 

Négociations diplomatiques avec la Toscane, 4 Bibl. nationale, fonds français, n° 10752. 

t. III, p. 655. p , 107 /j. 

Unil., p. 055. '' Négociations diplomatiques avec ta Toscane, 

3 Ibid., p. 671. t. III, p. 671. 



xvi INTRODUCTION. 

mettait on regard la pénurie du trésor, la mauvaise volonté de la Reine mère et 
celle du duc d'Anjou. Toutefois, il croyait qu'à la longue le Roi l'emporterait. 
D'ailleurs , à l'entendre , la France se montrait favorable à cette guerre des Flandres , 
considérée comme facile, surtout avec l'assistance de l'Angleterre et celle des 
Turcs, qui au premier bruit de sa déclaration semblaient disposés à en prendre 
leur part. 

Dans une lettre du 29 mai, il y revient encore : crL'on voit bien que le Roi est 
conseillé par l'ambassadeur d'Angleterre; tous les Flamands qui se réfugient en 
France sont considérés comme ses propres sujets l .i> 

Tout dépendait de la ligne de conduite qu'allait suivre Catherine. Jusqu'à ce 
jour, elle semblait opposée à une rupture avec l'Espagne; mais d'imprudentes 
et injurieuses paroles attribuées, à bon droit, à l'ambassadeur don Francès de 
Alava, commencèrent à 1 "indisposer et peu à peu modifièrent sa volonté. Ce revi- 
rement, qui se manifeste d'abord dans les instructions données le 2 mai à Jero- 
nimo Gondi, envoyé par elle à Madrid pour se plaindre de ces inqualifiables 
procédés, s'accentue dans une lettre écrite de sa propre main à Pbilippe II le 
3o mai suivant où, faisant allusion aux méchants propos d'Alava, rc J'ai voulu cacher 
le tout, mande-t-elle, mais de peur que cela n'altérât le Roi mon fils qui est jeune 
et n'a accoutumé de si long temps que moy de ouïr mentir de luy et le désir que 
j'ai de voir continuer l'amitié qui est entre vos deux personnes et couronnes a 
été cause que j'ai mis peine, tant que j'en ai eu le moyen, que ces propos ne soient 
venus à son oreille; mais puisqu'il les a sus, il a voulu incontinent en avertir 
Votre Majesté. 11 ne les croit pas, ni moi aussi, nous assurant que n'eussiez en- 
duré telle imposture sans en faire la démonstration qui convient et à l'alliance 
et à l'amitié qui est entre nous 2 , n 

Ce ne sont encore là que des plaintes qui ne vont même pas jusqu'à la me- 
nace, et Catherine ne s'est pas encore associée aux projets que le Roi son fils pour- 
suit toujours. Le 1 1 juin, revoyant Petrucci, et, se laissant aller cette fois à tout 
son ressentiment contre Pbdippe II : et L'heure est venue de prendre une résolu- 
tion, s'écria-t-il, et d'agir; la Reine ma mère est trop timide 3 . n 

Son ardeur belliqueuse habilement entretenue par la correspondance qui s'était 
établie entre lui et le prince d'Orange allait entrer dans une voie plus marquée, 

Négociations diplomatiques arec la Toscane, 3 Arcb. nal., collection Simancns,K 1 5a t,n°8-2. 

I. III, p. 670. Négociations diplomatiques arec ta Toscane, 1. III. 

Voir If présent volume, p. 48. y. (178. 



INTRODUCTION. XVI 

plus décisive: Téligny, l'envoyé habituel des chefs protestants et qui, grâce à sa 
douceur, avait gagné toute sa sympathie et sa confiance, lui proposa de lui ame- 
ner de la Rochelle Ludovic de Nassau, et, l'y ayant décidé, rendez-vous fut pris 
au château de Lumigny en Brie et fixé au 19 juillet. Cette première entrevue 
(hua trois heures, et jour ayant été arrêté pour une seconde à Fontainebleau, le 
comte y lut conduit par Briquemaut et y passa trois jours, caché dans la loge du 
concierge du palais. A sa première audience, après avoir rappelé en termes cha- 
leureux et éloquents les tristes causes qui avaient déterminé la prise d'armes des 
Flandres et les indignes cruautés du duc d'Albe : «Mon frère le prince d'Orange, 
avait-il dit, a été suscité par Dieu pour nous tirer de dessous ce joug. L'accueil si 
froid fait à nos remontrances, lors de la dernière diète de Spire, nous a dégagés 
de lout serment d'obéissance. Il ne nous reste plus qu'à nous jeter aux pieds de 
\ otre Majesté et qu'à la prier de nous prendre sous sa protection. Toutes les 
villes nous ouvriront leurs portes; le roi d'Espagne n'a que quatre mille hommes 
à nous opposer; nous sommes maîtres de la mer et les princes de la Germanie 
sont prêts à nous assister; à vous, Sire, la Flandre et le pays d'Artois, anciennes 
possessions de la France; à l'Empire, le Brabant, la Gueldre et le Luxembourg; à 
la reine d'Angleterre, la Zélande et le reste des États, si toutefois elle nous prête 
son concours. Après l'avoir d'abord refusé elle y semble maintenant toute dis- 
posée '.n 

Au sortir de chez le Roi, Ludovic de Nassau s'étant rendu chez Walsingham, 
l'entretien qu'ils eurent ensemble jette un grand jour sur la politique de l'Angle- 
terre dans cette question brûlante des Flandres, politique qui, par sa fausseté, sa 
perfidie, rendra toute action commune impossible et amènera fatalement Calhe- 
rine (nous le verrons plus tard) à se débarrasser de Goligny, pensée homicide qui 
la hantait depuis tant d'années, lorsqu'elle se verra impuissante à contre-balancer 
l'influence qu'il avait prise et que, malgré elle, il maintenait sur Charles IX. 

Ludovic, après avoir répété à Walsingham tout ce qu'il avait dit à Charles IX, 
lit valoir tous les avantages d'une guerre heureuse contre l'Espagne; puis il lui 
remit sous les yeux leurs vieux griefs contre Philippe II, les secours fournis aux 
Irlandais rebelles, et l'appui qu'il n'avait cessé de prêter à Marie Stuart. Sans se 
départir du flegme britannique, Walsingham écouta ce long exposé sans la 
moindre marque d'approbation : a Je transmettrai à la reine, dit-il, vos propo- 

1 Lettres de Walsingham, p. 1 38. 

Catherine de Mébicis. — iï. n 



Hi .'iMl, il NATIONALE. 



iviii INTRODUCTION. 

sitions et vos oflïes; à elle seule il appartient de prendre en toute liberté la réso- 
lution qu'elle jugera la meilleure dans l'intérêt de ses sujets et de sa gloire. Quant 
à moi, je ne puis m'expliquer, et vous comprendrez ma réserve 1 . 1 » 

Mais Walsingham se montra moins réservé dans la lettre où il rendit compte 
à Leicester de cet entretien : « Les guerres, lui dit-il, qui n'ont en vue que l'agran- 
dissement des États sont toujours injustes; mais, lorsqu'on les entreprend pour sa 
propre conservation, elles sont toujours nécessaires; vous trouverez peut-être que 
le remède est pire que le mal; car, en voulant humilier l'Espagne, nous élève- 
rons une autre puissance dont nous n'aurons pas moins à craindre. Mais examinez 
la situation de l'Europe : les princes d'Allemagne, qui sont prêts à entrer dans 
cette coalition, jugent bien que l'incorporation des Pays-Bas rendrait la France 
trop puissante; aussi veulent-ils l'obliger à se contenter de l'Artois et de la Flandre. 
Quant au Brabant et autres pays , anciennes dépendances de l'Empire , ils entendent 
les remettre à quelque prince allemand, et je n'en vois pas qui y ait meilleur 
droit que le prince d'Orange. Quant à la Zélaude et la Hollande, ils veulent la 
concéder à notre maîtresse. « 

Et faisant allusion à la politique habituelle de l'Angleterre : «Si la reine 
refuse de s'associer à ces desseins, elle doit néanmoins encourager les autres à y 
persévérer pour pouvoir profiter des troubles d'autrui, ainsi qu'elle l'a fait jusqu'ici; 
car nous pouvons être assurés à l'avance qu'aussitôt que la France et l'Espagne 
auront fait la paix, elles nous déclareront la guerre; d'ailleurs la grandeur exté- 
rieure de la France est moins à craindre que la continuation de nos troubles 
intérieurs; le moindre secours venu de l'étranger pourrait les aggraver. Pour 
prévenir les maux du dedans, ayons recours aux remèdes du dehors et profitons 
des calamités de nos voisins. Appuyez donc auprès de la reine les demandes du 
comte Ludovic, afin que ce feu qui commence à s'allumer devienne un grand 
incendie dont nous pourrons profiter 2 . n 



Si secrète qu'eût été la dernière entrevue de Charles IX et de Ludovic de Nas- 
sau, elle n'avait pu échapper à l'œil clairvoyant de l'ambassadeur d'Espagne don 
Fiancés de Alava. Déjà, en faisant part à Philippe II de celle de Lumigny, il lui 



' Lettres de Walsingham, p. l'ia. — ' Ibid. , p. i43. 



INTRODUCTION. m 

avait écrit : «Le roi de France favorise sans mesure le parti huguenot. -n A sa 
première audience il alla jusqu'à déclarer à Charles IX que, s'il était donné suite 
à de telles pratiques, il regardait la guerre entre les deux couronnes comme iné- 
vitable. «Vous avez été mal informé, répliqua le jeune Roi; d'ailleurs, quand 
même cette entrevue aurait eu lieu, à quel titre le roi votre maître pourrait-il 
s'en plaindre ? Le comte Ludovic est prince allemand, il n'est donc ni son sujet, 
ni pensionné par lui; quant à votre menace de guerre, on se tromperait étran- 
gement, si l'on croyait nous intimider; que chacun fasse ce qu'il croira le plus 
utile à ses intérêts '.Si 

Catherine qu'Alava vit, au sortir de chez le Roi, lui tint le même langage. 
Tout en partageant les rancunes de son fds contre Philippe II, de nature prudente 
et craintive elle subordonnait les éventualités d'une brouille avec l'Espagne au 
concours effectif de l'Angleterre, et le meilleur moyen de se l'assurer, c'était de 
mener à bonne fin le projet de mariage du duc d'Anjou avec Elisabeth. Pour 
vaincre l'obstinée résistance de son fils, elle s'était adressée à l'évêque de Da\ 
dans les conseils duquel il avait toute confiance. «L'on a, lui avait-elle écrit, telle- 
ment dégoûté mon fils d'aller en Angleterre que j'ay un extrême regret de voir 
comme les choses en sont, et ay été bien aise de ce que lui avez mandé, et vous 
prie qu'il ne sache point que je vous aye écrit et brûlez cette lettre; priez-le de 
bien considérer ce qu'il perd, qui vous fait merveilleusement ébahir comment il n'v 
a personne ici qui ne lui aye pu faire entendre ce que c'est de la grandeur que ce 
mariage lui pourroit apporter et l'amitié des princes d'Allemagne pour parvenir à 
l'empire el à la conquête des Pays-Bas et sur cela vous étendre, comme le sçaurez 
bien faire et aussi lui ôter le scrupule de sa conscience 2 . ri 

Elle ne s'en tint pas là, elle envoya à Londres Larchant, le capitaine des 
gardes du duc d'Anjou, et Cavalcanti, l'homme indispensable, auquel au dé- 
part elle remit deux portraits de son fils de la main de Janet : l'un devait 
donner une idée avantageuse de son visage; l'autre de sa taille et de sa tour- 
nure. 

Larchant devait se borner à réclamer un sauf-conduit pour le maréchal de 
Montmorency, le chef annoncé de la grande ambassade qui irait demander la 
main d'Elisabeth. A cette première ouverture, Elisabeth répondit que, tant que 
la question de la religion ne serait pas vidée, une pareille mission était bien 

Arch. nat., collection Simancas, K i5-22. — s Archives du Ministère de la guerre; voir le présent 
volume, p. 62. 



„ INTRODUCTION. 

inutile, et, qu'eu égard à la haute situation du maréchal, elle ne serait qu'un em- 
barras de plus. 

D'un commun accord la question religieuse fut pour le moment laissée de coté; 
mais la remise du portrait du duc par Cavalcanti agit plus et dans un sens favo- 
rable que tous les arguments employés jusqu'alors. En toute hâte, la reine 
manda La Mothe au palais et de prime abord lui montrant l'un des deux portraits 
du duc, «ce n'est qu'un crayon, dit-elle, un peu charbonné; mais dans l'ensemble 
du visage, il y a un grand air de dignité et de sérieuse maturité, ce qui me 
plaît infiniment; car je ne veux pas être menée à l'église par un enfant 1 v. Elle pré- 
tendit n'avoir que trente-cinq ans. La Mothe, qui savait bien qu'elle en dissimulait 
au moins deux, lui répondit en courtisan : rrque l'âge n'avait pas de prise sur elle 
et n'avait pu lui enlever aucune de ses perfections t>. Grâce à cette adroite flatterie, 
la voyant si bien impressionnée, il la décida à écrire au duc d'Anjou, faveur que 
jusqu'ici elle lui avait refusée. 

«Monsieur, disait-elle, combien que ma dignité excède ma personne et que 
mon royal rang me fait douter que mon royaume est plus recherché que moi- 
même, si est-ce que la réputation que j'entends par mon ambassadeur et aussi 
par votre gentilhomme qu'avez conçue de quelques grâces miennes, sans que je 
l'aye mérité, me fait croire que la règle de notre affection se tirera par la force 
rie choses plus excellentes qu'ai oncques connu en moi résider et pourtant me 
fâche que mon insuffisance ne puisse satisfaire à une telle opinion que M. de Lar- 
chant m'a déclaré que déjà en avez conçue, espérant que vous n'aurez oncques 
à vous repentir de cet honneur que vous me faites 2 . v 

Ce n'était que de la vraie monnaie de cour et c'est dans une lettre de Burghley 
à Walsingham qu'il faut rechercher la pensée secrète d'Elisabeth : «Elle n'ignore 
pas, lui mandait-il, ce qu'il y aurait à craindre si l'affaire échouait par sa faute; 
mais elle est persuadée que la question religieuse motivera la rupture et qu'ainsi 
elle évitera le blâme 3 .'» 

Ainsi que Burghley l'avait pressenti, le duc d'Anjou ne se laissa pas prendre 
aux astucieuses paroles d'Elisabeth ; le refus de toute concession sur l'exercice 
de sa religion que Larchant n'avait pu lui dissimuler, l'avait si fort troublé 
que Walsingham écrivait à Burghley : «Il a fallu de chauds encouragements 
pour le ramener au point où il semble revenu; l'on s'agite beaucoup pour rompre 

' Correspondance de La Mothe-Fénclon, t. IV, p. i8(i. — 2 Record office, State papers; voir noire livre 
Le if/' siècle et les Valois. — 3 Lettres de Walsingham , p. tag. 



INTRODUCTION. mi 

ce projet de mariage, le nonce, les ambassadeurs de Portugal et d'Espagne sont 
tous les jours en mouvement pour en détourner le duc 1 . t> 

Catherine se montrait fort mécontente de toutes ces intrigues : rr L'humeur en 
laquelle est mon fils, mandait-elle à La Mothe, me fait beaucoup de peine, nous 
soupçonnons fort que Villequier, Sarret et Lignerolles sont les auteurs de es 
fantaisies. Si nous pouvons en avoir aucune assurance, je vous assure qu'ils s en 
repentiront 2 . -n 

Charles IX n'était pas moins irrité : une discussion, très aigre et en présence 
de Catherine, s'étant engagée à ce sujet entre le duc et lui, «Mon frère, s'était-il 
écrié, vous auriez dû être plus franc avec moi, et ne pas me mettre dans le cas 
de tromper la reine d'Angleterre que j'estime et que j'honore. Vous parlez tou- 
jours de votre conscience; il est un autre motif que vous n'avouez pas, c'est l'offre 
d'une forte somme que le clergé vous a faite, parce qu'il tient à vous garder ici 
comme le champion de la cour catholique. Sachez-le bien, je nen veux reconnaître 
d'autre que moi-même; puisque le clergé a tant de superflu et moi tant de be- 
soins, les bénéfices étant à ma libre disposition, je m'en souviendrai à l'occasion 
et j'aviserai. Quant à ceux qui se font les entremetteurs de ces menées, j'en rac- 
courcirai, s'il le faut, quelques-uns de la tête 3 .n 

Le duc ne répliqua rien à cette rude apostrophe, mais, des larmes dans les 
yeux, il se renferma dans ses appartements qu'il ne quitta pas de la journée. 

Prévenu tout aussitôt de cette violente scène, Walsingham, la première fois qu'il 
revit Catherine, y fit allusion; elle le supplia de n'en rien dire et lui annonça le 
prochain départ de M. de Foix pour Londres. En transmettant cette nouvelle à 
lord Burghley, lui d'ordinaire si perspicace se persuada que ce nouvel envoyé 
emporterait des instructions l'autorisant à céder sur la question religieuse et voici 
les motifs qu'il en donne : la mésintelligence entre la France et l'Espagne qui s'ac- 
centue; la jalousie entre le Roi et le duc d'Anjou parvenue à un état si aigu qu'il 
ne se passera pas six mois qu'ils n'en viennent aux mains, le Roi ne pouvant plus 
supporter son frère auprès de lui, et le duc ayant peur d'y rester; a depuis la 
mort de Henri II, ajoutait-il, la Reine mère n'a jamais tant pleuré 4 n. 

Ce qui le confirmait dans ses illusions, c'est l'entretien qu'il venait d'avoir avec 
l'ambassadeur de Florence : et Le Roi et la Reine mère, lui avait dit Petrucci, ne 
désirent rien tant que de conclure une alliance étroite avec l'Angleterre; et, eu 

1 Calendar of State papera (i5G()-i 071 ), p. 697. — ~ Corresp. dipl. de La Motke-Fénelon, (•. Vit, 

p. q.'Î'j. ■ — ' liid., p. f i()S. — ' Calendar of State papera (1571-1073), p. '1(17. 



xxu INTRODUCTION. 

égard à l'immitië qui existe entre l'Angleterre et l'Espagne, le moment leur semble 
très opportun; il serait donc, nécessaire, pour abaisser la prépondérance domina- 
trice de la maison d'Autriche que l'Angleterre s'alliât avec les princes de la Ger- 
manie et les Vénitiens. Le Roi et la Reine mère m'ont avoué qu'ils sont très dispo- 
sés à entrer dans cette ligue 1 .» Resté sous l'impression de ces encourageantes 
paroles : tr Je crois que M. de Foix, écrit-il à Leicester, emportera l'ordre de 
conclure le mariage ou, à son défaut, une étroite alliance. L'on est ici tort per- 
suadé de la sincérité de Sa Majesté, les circonstances sont très propices; si Sa 
Majesté n'est pas résolue à se marier, cbose très nécessaire à notre Etat très chan- 
celant, ce sérail le moment de faire une alliance avec la France qui pourrait nous 
servir durant quelque temps'-, n 

M. de Foix, de la mission duquel Walsingham à l'avance augurait tant, allait 
trouver Elisabeth dans les meilleures dispositions : tout récemment, en envoyant 
à La Motlie un panier d'abricots de ses jardins, elle lui avait fait dire par Leicester 
que c'était pour le convaincre que l'Angleterre produisait de beaux fruits. «Je 
n'en ai jamais douté, avait-il répondu, mais ils seraient encore plus beaux, si 
l'on se servait de greffes de France 3 . « 

Walsingham avait engagé Rurghley à traiter M. de Foix avec les plus grands 
égards. La réception qu'on lui fit fut donc exceptionnelle : le comte d'Oxford et 
le marquis de Northamplon furent attachés à sa personne; il eut huit audiences 
de la reine, de quotidiennes conférences avec ses conseillers, mais sans aucun 
résultat appréciable. «En nos entretiens, écrivait Rurghley à Walsingham, il y a 
eu autant de variations qu'il y a eu de jours, n Elisabeth en explique elle-même le 
motif à son ambassadeur : cfNous n'avons rien fait, parce que M. de Foix, n'étant 
pas satisfait de nos réponses, a tenté par toutes sortes de moyens de nous amener à 
les faire telles qu'il les désirait, n Toutefois, on finit par se mettre d'accord sur une 
rédaction remplie d'équivoques; elle portait que le duc d'Anjou ne serait pas con- 
traint d'assister à des cérémonies contraires à l'église de Dieu. 

C'était ôter toute sa portée à la rédaction proposée par M. de Foix, contraires à 
fa religion catholique". 

Dans les jours qui précédèrent son retour, Charles IX et Catherine furent 
avisés que les chefs protestants, en s'aidant de leurs amis d'Angleterre, cher- 

' Calendar of State papers (1570-1571). 3 Correspondance de La Molhe-Fénelon , t. IV, 

p. 5oi. P- 20 °- 

5 Lettres de Walsingham', p. l36. ' Lettres de Walsingham , p. i52. 



INTRODUCTION. xxiii 

chaient à entraver le mariage du duc d'Anjou et faisaient secrètement proposer à 
Elisabeth le prince de Navarre; l'on trouve quelque trace de cette menée dans 
les mémoires de La Huguerie 1 , mais Charles IX croyant la négociation beaucoup 
plus sérieuse qu'elle ne l'était en réalité, pour y couper court, prescrivit à La 
Mothe-Fénelon de dire bien haut, si l'on venait à lui parler du prince de Navarre, 
que son mariage avec Marguerite de \alois était chose conclue 2 . 

L'incident n'eut pas de suite et la veille du départ de Londres de M. de Foix, 
fixé au 6 septembre , les conseillers d'Elisabeth , ainsi que le leur avait recommandé 
Walsingham, lui touchèrent quelques mots d'une alliance intime avec la France. 
11 se retrancha derrière ses instructions qui lui enjoignaient de n'accepter aucune 
discussion sur autre point que le mariage. Néanmoins, il leur conseilla d'en- 
voyer en France un personnage de crédit pour traiter à la fois et du mariage et 
de l'alliance qu'ils semblaient si vivement désirer et il leur désigna sir Thomas 
Smith, l'un des négociateurs delà paix signée à Troyes en i56i, comme celui qui 
serait le plus favorablement accueilli; mais diverses circonstances retardèrent son 
départ, et ce n'est que plus tard que nous le retrouverons à Blois, où il sera pré- 
cédé par un visiteur dont la présence allait éveiller toute l'attention et toutes les 
craintes de l'Europe catholique et nécessiter sur la signification et la portée de 
sa venue les explications atténuantes de Charles IX et de Catherine; ce visiteur 
c'était l'amiral de Coligny. Bien des motifs l'avaient déterminé à accepter cette 
invitation : d'abord 1 éloignemeut momentané de tous les Guises de la cour; le 
départ prochain pour l'Espagne de don Francès de Alava, son irréconciliable 
adversaire, dont Catherine avait obtenu le rappel; l'entrée au Parlement de Paris, 
en qualité de maître des requêtes, de Cavaignes, l'un des chefs protestants le plus 
en évidence 3 ; enfin le départ de Schomberg pour l'Allemagne, où il allait re- 
chercher l'amitié et l'alliance des princes protestants, mission dont Catherine dans 
une lettre au marquis de Brandebourg revendiquait l'initiative'. D'ailleurs, en 
venant à Blois, Coligny ne faisait que céder au désir exprimé par ses propres 
coreligionnaires : le 12 août, Walsingham avait mandé à Burghley : «Tous ceux 
de la religion supplient très humblement la reine notre maîtresse qu'il lui 
plaise, en parlant à M. de Foix, de lui insinuer qu'elle souhaiterait que le 
Boi rappelât l'amiral, et qu'elle eût la bonté de dire qu'un sujet de tel mérite 
ne devait pas être laissé à la Bochelle. n Et il ajoutait : et 11 y a beaucoup d'espoir 

1 Mémoires de La Huguerie, t. 1, p. 36. — 2 Correspondance de La Mothe-Fénelon, t. VU. p. 53. — 
1 Voir le présent volume, p. 66. — ' Voir le présent volume, p. 65. 



xxiv INTRODUCTION. 

que le Roi employera l'amiral à des choses de la dernière importance; car il 
commence à s'apercevoir lui-même de l'insuffisance des autres, dont les uns ont 
plus d'attachement pour d'autres que pour lui, et les autres sont plus espagnols 
que français l .'i> 

A cet égard, Charles IX dans son dernier entretien avec Ludovic de Nassau 
s'était franchement expliqué : rr Je ne veux rien entreprendre dans les Flandres, 
lui avait-il dit, sans avoir pris l'avis de Coligny. Je ferai la moitié du chemin pour 
aller au-devant de lui et j'irai jusqu'à Blois pour le voir 2 . ■» 

De son côté, Hubert Languet écrivait au duc de Saxe, son maître : k Les Papistes 
redoutent une entrevue de l'amiral avec le Roi; car ils sont persuadés qu'il a dans 
ses mains des documents qui feront preuve des intelligences coupables de ses sujets 
avec l'Espagne, et ils se méfient de l'empire qu'il prendra sur Sa Majesté 3 .-)} 

Gomment Catherine s'était-ellc décidée à consentir à ce rapprochement avec 
l'amiral. Tout récemment, lorsque Charles IX se proposait d'aller en Bretagne, 
avec la pensée d'y trouver l'occasion de s'y aboucher avec lui, elle s'y était opposée. 
C'est qu'indépendamment du mariage de sa fille avec Henri de Navarre, auquel 
I amiral pouvait prêter son concours, un motif tout personnel l'y avait déterminé : 
Frégose, dans ses entretiens à la Rochelle avec les chefs protestants, s'était aperçu 
que Coligny semblait tout disposé à vouloir se remettre dans les bonnes grâces de la 
Reine mère et qu'il ne s'opposerait même pas à ce que l'autorité restât entre ses 
mains, comme par le passé. C'était la prendre par son faible. Ce qui acheva de la 
rendre accessible à cette entrevue qui rentrait dans sa politique d'alors, c'est que 
l'amiral, dans une lettre datée du 3 août, venait de confirmer tout ce que Frégose 
lui avait rapporté : « Madame, lui disait-il, j'ay reçu la lettre qu'il a pieu à Vostre 
Majesté m'escrire par le sieur de Quincey 4 , et entendu aussi de lui ce qu'il avoit 
de commandement de me dire et entre autres choses que Vos Majestés vouloient 
que je leur allasse bientôt baiser les mains, qui estoit la plus agréable nouvelle 
que j'eusse pu recevoir, ce que je désire principalement pour leur faire cognoistre 
que je n'ay aullre but et dessein qu'au bien, repos et grandeur de ce royaulme. 
Je vous supplie très humblement, Madame, le croire et vous assurer que je 
m'emploiera y à vous faire service de telle façon que vous en recevrez contente- 
ment 5 , a 

' Lettres de Walsingham, p. 107. 4 Malheureusement nous n'avons pu retrouver 

J Bibl. nul., l'omis français, n° 1 7 i63 , fol. 6. celte "lettre si importante de Catherine. 
H. Langue!, Ircanaseculidecimisexti, p. i54, s Bibl. nat., fonds français, n° i 5553, fol. 212. 



INTRODUCTION. xxv 

Coligny était donc aussi favorablement désiré à Blois, par Charles IX que 
par Catherine : accompagné par le maréchal de Cossé et suivi par cinquante 
gentilshommes, il y arriva le ta septembre. Au retour d'une récente excursion 
au château de Chambord, Catherine avait été prise de la fièvre et gardait la 
chambre; c'est dans ses appartements que l'amiral lut d'abord introduit. Le Roi 
l'y attendait. 

Si l'on s'en rapporte uniquement à l'ambassadeur de Florence, cette première 
entrevue fut convenable, mais froide; mais de Thou dit tout le contraire : 
l'amiral ayant voulu se jeter aux pieds de Charles IX, écrit-il à Burghley, Sa 
Majesté l'en empêcha et d'un ton affectueux : «Mon père, nous vous tenons main- 
tenant, vous ne vous éloignerez plus de nous 1 . 1 » 

Catherine l'embrassa, et de ses appartements il fut mené chez le duc d'Anjou, 
qui était également indisposé, et fut reçu par lui avec une apparente cordialité. 
Ses amis étaient loin de partager sa confiance; pour les rassurer il écrivit à ceux 
des églises de Lyon : « Je veux vous avertir que le Roi et Messeigneurs ses frères 
m'ont fait bonne chère'-. n 

Ces craintes n'étaient que trop fondées : peu de jours après son arrivée, le duc 
de Montpensier le rencontrant dans une des galeries du château très mal éclairée : 
ft Comment, lui dit-il, allez-vous ainsi tout seul et si imprudemment; vous ne 
connaissez donc pas les gens avec qui vous avez affaire? n 

«Ne suis-je pas dans la maison du Roi et sur sa parole, répondit-il. -n 

ce Mais le Roi dans sa maison n'est pas toujours le maître 3 . 11 

La pensée de faire tuer l'amiral et ses principaux lieutenants n'était pas nou- 
velle; aussi loin que l'on remonte dans le passé nous en retrouvons la trace : le 
vénitien Michel Suriano affirme qu'en i56o lé jeune Roi voulait se jeter sur 
les chefs protestants et éteindre ainsi l'incendie de la réforme 4 . 

En 1 563 , l'année où au mois de mars fut signée, à Amboise, la première paix 
avec les Huguenots, dans le courant du mois d'août suivant, leurs principaux 
chefs reçurent cet avis secret : «Ceux de C... ont tenu conseil, pour après que les 
reîtres seront partis donner en un même jour les Vêpres siciliennes à ceux de la 
religion. Advertir M. le Prince, M. l'Admirai et M. d'Andelot; qu'ils se tiennent sur 
leurs gardes; car ils ont délibéré de leur jouer un mauvais tour et les faire 
mourir tous trois en un seul jour, s'ils peuvent. Que M. le Prince croye cet 

1 De Thou, Hist. univers., Irad., t. VI, p. a 7/1. — ' Bibl. n;it., fonds français, n" i5553, fol. 206. — 
' La Huguerie, Mémoires, t. I", p. 95. — ' Tomaseo, Ambass. vénitiens, t. I", p. 3a5. 

Catherine de Médicis. — 1». u 



IX vi INTRODUCTION. 

avertissement pour véritable, parce que le prince de Porcian a de ses amis qui 

hantent le gouverneur de C... , conducteur de l'affaire Ki\ 

L'année suivante, le duc de Ferra re étant venu en France, Catherine, à plu- 
sieurs reprises, s'ouvrit à lui de l'éventualité de l'assassinat de l'amiral. Aussi, à 
la première nouvelle qu'il eut de la Saint-Barthélémy, se rappelant celte confi- 
dence, il en fit part à ses deux envoyés, le comte Gasparo Fogliani et Giannelli 2 . 

Lors de l'entrevue de Bayonne, en i565, le propre confesseur de ce même 
duc de Montpensier auquel il répugnait maintenant de voir frapper un ennemi 
désarmé, en son nom, remit un mémoire au duc d'Albe où il était dit : s Le moyen 
le plus court et le plus expéditif, ce serait de se débarrasser de cinq ou six des 
principaux chefs protestants 3 . 11 

Cette sanguinaire solution dont on lui faisait l'aveu, le duc d'Albe dut s'en 
emparer et la conseiller à Catherine. Pour arriver secrètement jusqu'à elle, il 
su disait de traverser la longue galerie qui reliait l'évèclié où logeait la Cour à la 
maison de bois destinée à la reine d'Espagne. 11 y a des choses qui se disent et 
ne s'écrivent pas. Au lendemain de la Saint-Barthélémy, il manda à don Diego 
de Çuniga, le 10 septembre: «Souvent je me suis souvenu de ce que j'avais dit 
à la Beine mère à Bayonne, et de ce qu'elle m'avait promis, je vois qu'elle a 
bien dégagé sa parole 4 . 11 

Ces bruits d'assassinat étaient donc toujours dans l'air. Soubise y fait allusion 
dans ses Mémoires, à l'en croire, l'exécution en aurait été projetée durant le séjour 
que l'amiral fit à Moulins en i565 5 . 

Que l'idée en soit venue, tout le passé le rend admissible; mais le connétable, 
qui avait suivi la cour dans cette ville, n'aurait jamais laissé loucher, lui présent, 
à l'un de ses neveux; d'ailleurs le récent massacre des Français dans la Floride 
par les Espagnols avait exaspéré l'opinion en France, et Catherine était trop 
irritée elle-même contre Philippe II pour oser risquer alors un pareil attentat; 
mais comme l'a dit de Thou, les protestants, esprits soupçonneux, s'obstinaient à 
croire qu'on avait fait un traité à Bayonne entre les deux rois, à l'effet d'affermir 
l'ancienne religion et d'extirper entièrement la nouvelle 6 . 

Le 1 o mai 1567, don Juan de Çuniga écrivait de Borne où il représentait l'Es- 

' Bibl. nat., fonds français, n° 468a, fol. 53. ' Arch. nat., collect. Sitnancas, K i535, 

' Archives de Modène, Cancelleria ducale. 5 Jules Bonnet, Mémoires de Soubise. 

Voir Papiers d'Etat du cardinal de Graneelle . '' De Tliou, Histoire universelle, trad. , t. VI. 
t. IX,]). 398. 



INTRODUCTION. xxvn 

pagne : c:Le pape Pie V m'a dit en très grand secret : les maîtres de la France 
méditent une chose que je ne puis ni conseiller ni approuver et que la con- 
science réprouve; ils veulent faire périr par pratiques le prince de Coudé et 
l'amiral '.» 

Poursuivons cette enquête : Gondé ayant été tué à Jarnac par Montosquiou, au 
mépris de toutes les lois de la guerre, il ne restait plus qu'à en l'aire autant 
à Coligny. En i56p,, durant le long séjour de Catherine à Metz, l'amhassadeur 
d'Espagne, don Francès de Alava lui ayant reproché l'inaction de l'armée royale 
depuis la victoire de Jarnac, inaction qui avait permis à l'amiral de réorganiser la 
sienne : «11 n'a plus en son pouvoir que la Rochelle, répondit-elle, et toute ma 
crainte c'est qu'il ne la livre aux Anglais. La reine de Navarre est entièrement 
gouvernée par lui et elle nous ruine. De grâce, conseillez-moi, que dois-je faire ?» 
— « J'ignore , Madame , de quelles ressources l'amiral dispose encore , mais quand la 
lorce fait défaut , il faut recourir à d'autres moyens. » — 8 Lesquels ? r — rc Eh bien . 
puisque vous l'exigez, vous devriez avoir recours à la sonaria-, comme disent les 
Ilaliens, et faire tuer l'amiral, Larochefoucault et Grammont. t — rr Baissant la 
voix, car le cardinal de Lorraine était dans la chamhre voisine, il y a trois jours, 
j'ai offert cinquante mille écus à celui qui tuerait l'amiral, et vingt ou trente mille 
à ceux qui tueraient d'Andelot et Larochefoucault, H y a sept ans, on l'avait décide 
et ceux qui l'ont empêché alors, s'en sont repentis depuis 3 , r 

Ainsi de sa propre bouche, elle confirme ainsi l'avis donné en i 563 aux chefs 
protestants que l'on méditait contre eux de nouvelles Vêpres siciliennes. 

En 1571, la sinistre préméditation du meurtre de Coligny reparait : le pape 
croit, écrit un agent florentin, que la paix de Saint-Germain n'a été conclue et 
l'amiralinvité à Blois qu'avec la secrète intention de le tuer; mais à voir les choses 
menées avec tant de prudence, il ne pense pas que le Roi soit dans des dispositions 
aussi hardies 4 . 

Ce meurtre semblait si bien dans le jeu de Catherine, qu'à la première nou- 
velle de la prochaine arrivée de l'amiral à Blois, Philippe II écrit de sa propre 
main : a Ce ne peut-être qu'avec l'intention d'en finir avec cet homme abominable, 
ce qui serait un acte de grand mérite et d'honneur 5 , n 

k'ervyn de Lettenhove : Conférence de Bayonne. '' Négociations diplomat. avec la Toscane, t. U\ , 

- Sonaria, sonnerie des morts, glas. p. 782. 
Arch. ia(.. collection Simàncas, K i5i4, s Arch. na!., collection Simàncas, k i5-jo. 

pièce 80. pièce 3 1 . 



xxviii INTRODUCTION. 

L'avertissement donné par le duc de Montpensier, et qui de bien des côtés lui 
était confirmé, détermina Coligny à s'en expliquer avec Catherine et à savoir 
de sa propre bouche ce qu'il avait à redouter. A la première question qu'il lui 
posa, rr Je sais bien, dit-elle avec une apparente franchise, que vous ne pouvez 
pas plus vous fier à nous que moi à vous, car vous avez offensé le Hoi mon fils et 
pris les armes contre lui; eh bien, je vous assure que, si vous continuez à lui être 
un bon serviteur et fidèle sujet, je vous ferai des faveurs de toutes sortes 1 , a 

Et ces faveurs ne se firent pas attendre; indépendamment de ses charges qui 
lui sont toutes rendues, le Roi, pour le dédommager des pertes qu'il a subies, lui 
fait don de cent mille livres, lui abandonne le revenu durant un an de tous les 
bénéfices du feu cardinal de Chatillon, son frère, l'autorise à poursuivre partout 
la revendication des meubles et objets précieux pris dans le château de Chatillon, 
lors de la dernière guerre civile. Il fait plus encore, cédante son imprudente re- 
quête, il donne l'ordre d'enlever la croix et la pyramide dressées sur l'emplace- 
ment de la maison des frères Gastines condamnés à mort et exécutés pour exercice 
prohibé du culte protestant dans leur logis. Enfin pour lui donner une marque 
publique de sa bienveillance, il accueille avec bonté les députés de la Rochelle, 
lorsqu'il les lui présente, et il invite à Blois sa nouvelle épouse Jacqueline cl En- 
tremonts à laquelle Catherine témoigne les plus grands égards. 

Tant de faveurs accumulées semblent inexplicables à l'ambassadeur Giovanini 
Michieli : C'est incroyable, dit-il dans sa relation, qu'un homme qui ne s'est fait 
un nom que dans les guerres qu'il a soutenues contre le Roi, ait conquis en si peu 
de temps une si grande autorité " 2 . 

Marguerite dans ses Mémoires, l'explique à sa manière : «Les renards avoient 
sceu si bien feindre qu'ils avoient gagné le cœur de mon frère ce brave prince 
pour l'espérance de se rendre utiles 3 . •» 

Ces démonstrations si flatteuses pour l'orgueil de Coligny, si Catherine en laisse 
toute l'initiative au Roi son fils, elle semble du moins partager à demi sa 
confiance dans l'avenir : «Nous sommes à espérer plus de repos en ce pays, écrit- 
elle au duc de Florence, que n'en avions eu jusqu'ici »; elle est si peu préoc- 
cupée des éventualités du lendemain qu'elle pense à dresser une cassine à Saint- 
Maur-les-Fossés où elle désire avoir toutes sortes de gens «qui sachent faire 
toutes façons de fromages, laitages, confitures, salures, salades et fruits et elle 

1 Négociations diplomatique» avec la Toscane, t. III. p. 705. — 2 Relat.de Michieli. — 3 Marguerite de Valois, 
Ses Mémoires, édil. de L Lalaune. 



INTRODUCTION. xxix 

prie le Grand-Duc de lui envoyer les personnes qu'il y croira les plus propres 1 . ■- 
Toutefois ces futilités qui tiennent dans sa vie une part plus grande qu'on ne le 
croit, ne la détournent pas de la négociation du mariage de sa fille avec Henri de 
Navarre et bien avant qu'elle ne soit assurée du consentement définitif de Jeanne 
d'Albret, elle se préoccupe de l'obtention d'une dispense, et Je ne serai jamais con- 
tente, écrit-elle à M. de Ferais, le nouvel ambassadeur de France à Rome, que Sa 
Sainteté ne m'ait octroyé cette grâce; pour le. cas où elle voudroit se dispenser 
de bailler ladite dispense en public, qu'elle l'accorde et fasse dépêcher en parti- 
culier et me l'envoyé, l'assurant que je la garderai devers moy, qu'elle ne viendra 
à la connaissance de personne, désirant surtout avoir la conscience apaisée de ce 
côté-là 2 . 11 

Pour s'assurer plus de chances, elle a recours au duc de Florence. Se prome- 
nant un jour avec Petrucci, son ambassadeur : a Le nonce fait tout ce qu'il peut, 
lui dit-elle, pour entraver le mariage de ma fille; si le Saint-Père ne croit pas 
pouvoir accorder la dispense pour cause d'hérésie, que du moins il nous la con- 
cède pour raison de parenté. Si je la demande, si je la désire, c'est uniquement 
par acquit de conscience; car il y a dans ce royaume deux ou trois archevêques 
qui en ont l'autorité et la donneront au besoin 3 . n 

A la suite de cet entretien, dont Petrucci l'informa sur-le-champ, Cosme de Médi- 
as ayant fait représenter à Catherine qu'avant de solliciter une dispense, il faudrait 
amener l'amiral et Jeanne d'Albret à revenir à la vraie religion : cr Je voudrois, 
répond-elle, qu'il m'eût coûté la moitié de ce que j'ai , et dix ans de ma vie et que 
l'amiral voulût faire vers Notre Saint-Père ce que me mandez; mais il est plus à 
désirer qu'à espérer qu'il le fasse, ni la royne de Navarre; car de penser qu'à pré- 
sent si promptement ils veulent se soumettre au Pape, il ne seroit pas croyable, 
et de tirer le mariage en longueur il en adviendroit plus de mal que de bien; 
car rien ne nous peut faire espérer l'augmentation entière de nostre religion et 
le repos universel de ce royaume que le mariage de ma fille et du prince de Na- 
varre; quand le Pape aura tout bien considéré, il trouvera qu'il fera un grand 
service à Dieu et à toute la chrétienté de nous bailler cette dispense, pour la- 
quelle nous avions délibéré de demander au nouveau ambassadeur qu'il la de- 
mande à Sa Sainteté; mais depuis nous n'avons voulu, et attendrons d'avoir 
l'entière résolution de la reine de Navarre, encore qu'elle aye envoyé homme 

1 Archives de Florence. — " Voir sa lettre, dans le présent volume, p. 75. — 3 Négociations diploma- 
tiques avec la Toscane, t. III, p. 715. 



«i INTRODUCTION. 

exprès pour nous prier de bailler ma fille à son fils, suivant la promesse du feu 
Rov mon seigneur qu'il en fil au feu roy de Navarre son mary '.u 

C'est à ce moment (pic parvint à Blois la nouvelle de la victoire de Lépante. 
tr Cette victoire, écrivait Walsingham à Burghley, peut amener quelque change- 
ment ici. La Reine mère qui gouverne tout esl naturellement peureuse, et l'on 
appréhende que ceux de la l'action de l'Espagne, qui sont le plus en crédit auprès 
d'elle, ne profilent de cette victoire pour persuader au lioi de dissimuler les ou- 
trages qu'il a reçus des Espagnolset ne le portent» suivre, -durant quelque temps, 
la même route que le roi d'Espagne' 2 , n 11 ne se trompait pas : à partir de ce joui . 
Catherine se montra opposée à toute brouille avec l'Espagne, et vis-à-vis de l'a- 
miral elle affecta une froideur de plus en plus marquée. 

En présence de ce mauvais vouloir qu'elle ne dissimulait plus, (Joligny annonça 
son intention d'aller à Châlillon , ce vieux manoir paternel qu'il n'avait pas revu 
depuis des années. Le prochain départ de Charles IX pour un déplacement de 
chasse le motivait d'ailleurs; mais 'avant de s'éloigner, il tint à avoir un dernier 
entretien avec Catherine : rSi la reine de Navarre, lui dit-il de prime abord, 
tarde tant à venir à la cour, la crainte qu'elle a conçue de la présence de la 
garde du Roi à Blois, en est l'unique cause, n — trNous sommes trop vieux tous 
deux, répondit Catherine, avec une simulée bonhomie, pour chercher à nous 
tromper. Vous devriez plutôt, vous, être en défiance que la reine; quoi qu'elle 
dise ou fasse, nous n'admettons pas qu'elle puisse avoir de pareilles craintes 3 .- 

Au sortir de cette entrevue , elle répéta à Pelrucci tous les propos qu'elle avail 
eus avec l'amiral, et le pria de donner, de sa part, les meilleures assurances à Té- 



ligny. 



Ce dissentiment de Coligny et de Catherine ne fut toutefois que passager et ne 
modifia en rien la polique du moment: Frégose est envoyé en Béarn, afin de 
presser la venue de Jeanne d'Albret à Blois; le comte Ludovic y est également 
mandé, à l'effet de donner suite aux projets dont il avait entretenu le Roi; mais 
avec sa dissimulation habituelle pour se couvrir vis-à-vis de Philippe II, Cathe- 
rine écrit le iS octobre à Fourquevaux : r Empêchez le Roi Catholique, avec 
lequel nous voulons vivre en paix, d'entrer en opinion que l'on ait reçu le comte 
Ludovic de Nassau pour s'en servir ou le favoriser à l'encontre de luy, mais plu- 
tôl en intention de l'en détourner, s'il en avoit volonté, de quov vous le pouvez 

Archives do Florence; voir le présent votante, p. 76. — Mémoires et lettrée de Walsingham, p. 1S1. 
— Négoe. diplom. avec In Toscane, t. [il, p. •">■>'<. 



INTRODUCTION. xxxi 

rendre assuré, s'il advient qu'il soit besoin que vous lui en parliez; car il ne luy 
en faut ouvrir le propos et en tout événement qu'il ne s'aperçoive que nous en 
ayons escript quelque chose; mais il faut faire faire ces offices comme de vous- 
même 1 .r> 

Ces menteuses protestations ne l'empêchent pas de poursuivre la politique 
anti-espagnole, dont secrètement elle tient tous les fils : Schomberg, le 29 octobre, 
lui ayanl mandé d'Allemagne que l'électeur de Saxe, qu'il avait vu le premier, 
était bien disposé, et qu'il allait visiter les autres princes, elle lui répond le 
20 novembre : et Ce a été plaisir au Roi et à mon fils le duc d'Anjou et à moy 
d'entendre la bonne espérance que vous me donnez du succès de l'affaire que 
vous avez charge de manier par delà, qui me donne assurance qu'il en sortira 
un bon effet, commun profit, honneur et réputation de ce royaume et de toute la 
Germanie, qui est ce qui me le fait désirer 2 . n ■ 

Tout en s'occupant du mariage de sa fille avec Henri de Navarre , Catherine 
ne perd pas de vue l'Angleterre; durant une absence de Walsingham, le 1" no- 
vembre elle reçut killegrew, qui le remplaçait momentanément, et le propos étant 
tombé sur Marie Stuart, comme il accusait celle-ci d'être complice de Norfolk, et 
par suite de l'abandon de la France de songer à épouser don Juan d'Autriche, 
elle répondit que l'on mettait beaucoup de choses sur le compte de sa belle-fille 
qu'elle ne pouvait croire. Killegrew ayant répliqué que ce qu'il avançait pouvait 
se vérifier par les originaux des lettres qu'elle avait écrites et qui pouvaient être 
mis sous ses yeux, rrsans vouloir relever cette accusation, elle lui demanda des 
nouvelles de la santé de la reine, et pour mieux s'en assurer elle lui dit qu'elle se 
proposait de l'envoyer visiter, n — cr II me semble, Madame, répliqua-l-il, que ce 
n'est ni beaucoup d'honneur pour le Roi ni pour vous, étant telle qu'elle est, de 
s'en soucier si fort. Si le Roi voulait s'entendre avec la reine ma maîtresse pour 
pacifier l'Ecosse, sans parler de Marie Stuart, j'estime qu'on pourrait plus facile- 
ment arriver à un accord 3 . n Elle lui promit de le redire à sou fils, et l'entretien 
ne se poursuivit pas. 

Ce n'est pas la première fois que Catherine parlait ainsi en faveur de Marie 
Stuart; dans la dernière entrevue qu'elle avait eue avec Walsingham, celui-ci 
ayant prétendu que l'on savait la vie étrange qu'elle avait menée et qu'elle étoit 
odieuse à chacun : et Le Roi mon fils pour son honneur ne peut que lui aider, 

1 Bibl. nat., fonds français, 11° 10752, p. 1206. — ' Bibl. nal., fonds français, Cinq cents Colbert, 
n" 4oo (volume non paginé). — ' Correspond, diplom. de La Motlw-Féiieloit, t. VII, p. 285, 



mu INTRODUCTION. 

avait-elle répondu, et c'est un office que la reine votre maîtresse ne peut trouver 
mauvais 1 , b 

Nous voici parvenu à la fin de l'année 1571; elle finira plus mal qu'elle n'a 
commencé. Deux faits se produisent pleins de menaces pour l'avenir et semblent 
la préface de la sanglante nuit : les Guises s'étaient d'abord retirés à Joinville, 
où ils avaient tenu un conseil de famille pour s'entendre sur la ligne de conduite 
que nécessitait pour eux la venue de l'amiral à Blois; de Joinville ils vinrent à 
Troyes, et dans les premiers jours de novembre, le bruit s'étant répandu que c'était 
avec l'intention d'attaquer l'amiral, de tous côtés ses amis lui offrirent d'accourir 
à sa défense; Jeanne d'Albret en tète lui proposa d'amener le prince de Coudé 
et le prince de Navarre, son fils. Sans trop s'effrayer l'amiral crut néanmoins 
devoir en avertir le Roi : «Tant s'en faut, lui écrit-il, que je me sois ému 
pour les assemblées qu'ont faites ceux de Guise que, hors environ vingt-cinq 
arquebusiers que j'ai mis pour la garde de ma porte, je n'a y point eu pour un 
coup douze gentilshommes d'extraordinaires, mais bien ai-je adverty nies amis 
pour se tenir prêts, et n'eût été, Sire, la promesse que j'avois faite à Votre Ma- 
jesté, quand je partis de Blois, j'avois bien moyen de relever de peine ceux 
qui disoient quy me viendroient assiéger en ma maison et de faire la moitié du 
chemin au-devant d'eux, mais je crains de déplaire et désobéira Votre Majesté, 
et d'autre part je désire tant entretenir la paix et le repos en vostre royaume que 
je sçay lui être tant nécessaire, que je préférerai toujours le public et le service 
de Votre Majesté à mon particulier, comme peut en rendre témoignage le langage 
que je lui en tins dernièrement à Blois en présence de votre mère et de Mon- 
sieur vostre frère. Je supplie très humblement Vostre Majesté d'être assurée que 
je ne donnerai ny plaisir ny advantage à mes ennemis pour prendre les armes; 
car, si je le fais, ce ne sera que par votre commandement, et puisqu'il plaît à Votre 
Majesté que je me contienne chez moi, je le ferai pour lui obéir; mais je la sup- 
plie aussi très humblement que ce ne soit ny à ma honte ny à ma défaveur, et 
faire différence entre ceux qui font bien ou mal 2 . n 

Un fait plus significatif encore, et qui aurait du ouvrir les yeux de l'amiral, et 
éveiller toutes ses défiances, c'est la violente émeute que provoqua l'enlèvement 
de la croix de Gastines. Une maison qui avait appartenu aux deux frères est 
brûlée; celle du Marteau d'or et une troisième dans la rue de la Monnaie sont 

' Cakndar of Stale papers , îôyo, 1571, p. 543. — ' Bibl. nal., fonds fiançais, 11° 3io,3, p. a5. 



INTRODUCTION. Ulli; 

également saccagées et Charles IX écrivait au prévôt des marchands et aux éche- 
vins : « Faites-en une punition exemplaire et en plein jour, pour que l'on puisse 
donner crainte aux canailles qui font lesdites séditions, et que les autres y prennent 
exemple '. * 

M. de Nançay avait si bien prévu ce soulèvement du peuple de Paris que, dès 
le lendemain du jour où Goligny avait obtenu du Roi l'enlèvement de cette croix, 
il avait écrit au duc de Nemours : «L'on a dépesché la commission au prévôt de 
Paris, lequel dit qu'il ayme mieux quitter son état que de prendre cette charge- 
là. Le chevalier du guet en a autant l'ait. Ils ne peuvent trouver personne qui 
veuille entreprendre ce fait-là; ils ont failli de tuer à Paris le prévôt des mar- 
chands Marcel 2 , n 

Déjà en décembre 1 568, lorsque le cardinal de Châtillon était venu négocier 
la paix qui fut plus tard signée à Longjumeau, de crainte pour sa vie, l'on n'avait 
pas osé le laisser entrer de jour dans Paris. La haine que le peuple de la grande 
ville portait aux huguenots était donc restée aussi implacable que par le passé, 
et elle attendait, suivant la propre expression de Charles IX, qu'on lui lâchât la 
main. 

VI 

Dans les mois qui suivirent le retour de M. de Foix en France, la situation de 
l'Angleterre s'était singulièrement aggravée : au dedans, la révolte des nobles du 
Nord sous la conduite des comtes de Northumberland et de Westmoreland, ces 
chefs des puissantes maisons de Percy et de Nevile, la conspiration de Norfolk, les 
troubles de l'Irlande, la guerre d'Ecosse qui se prolongeait, l'Angleterre soute- 
nant le jeune roi, la France Marie Stuart; au dehors, la rupture avec l'Espagne 
dont l'ambassadeur venait d'être brusquement congédié, enfin la victoire de Lé- 
pante qui, en relevant la fortune de Philippe II, lui permettait de secourir à la 
fois les rebelles d'Irlande et les catholiques d'Angleterre. 

«Dans des circonstances aussi difficiles, nous manquons d'alliances, avait écrit 
Leicester à Walsingham 3 . n A l'heure présente, le mariage de la reine avec le duc 
d'Anjou leur semblait donc l'unique moyen d'obtenir celle de la France; mais 
comment reprendre une négociation que Burghley lui-même regardait comme 

1 Arcb. nal., Registres de l'Hôtel de ville, ' Bibliothèque nationale, fonds français, a" 3 188, 

n° ai 88, voir dans ce présent volume, p. 84, la p. 27. 
lettre de Catherine et les notes qui l'accompagnent. J Mémoires et lettres de Walsingham , p. 17IJ. 

Catherine de Médicis. — i». e 



tU.'Bm^riK VHlOïlLl:. 



ïxxiv INTRODUCTION. 

morte? Depuis le départ de M. de Foix, une seule fois Elisabeth avait dit incidem- 
ment à La Mothe-Fénelon : «11 me semble que le duc tient ce projet de mariage 
pour rompu •»', et il n'avait rien répondu. Sir Thomas Smith, que M. de Foix, à 
son départ de Londres, avait officieusement indiqué, vint donc pour traiter à la 
fois d'une ligue avec la France et du mariage de la reine avec le duc d'Anjou, 
si toutefois la négociation pouvait encore en être utilement renouée. Une lettre 
<l<- Leicester à Walsingham précise bien les instructions qu'il emportait : «La 
reine me paraît maintenant tout à fait décidée à se marier et à ne pas refuser 
les conditions raisonnables qui lui seraient soumises. J'ai jugé à propos de vous 
faire connaître ce changement. Les dispositions présentes de notre maîtresse sont 
si favorables que je crois fermement que, si l'affaire est bien menée, l'issue n'en 
peut être douteuse. Faites-en prévenir l'amiral, et faites-lui savoir que la reine 
attend de lui les meilleurs et les plus fidèles avis. 11 serait bien à désirer qu'il lui 
à la cour en même temps que Smith, afin de déjouer les intrigues de ceux qui 
ne veulent pas de celte union. Sa Majesté s'en est ouverte à Montgomery qui 
retourne en France, et il doit s'en entendre avec l'amiral '. v 

Un événement tragique avait précédé de quelques semaines l'arrivée de Smith 
en France : Lignerolles, que Catherine avait menacé de toute sa colère, pour 
avoir, le croyait-elle, détourné le duc d'Anjou de son mariage avec Elisabeth, et 
qui, à bon droit, passait pour un agent des Guises et de l'Espagne, avait été assas- 
siné à Bourgueil en plein jour par Villequier assisté de quelques gentilshommes 
et, sur la demande du maréchal de Tavannes, Charles IX avait octroyé le pardon 
à ses meurtriers -. 

«Ce n'est pas un médiocre avancement pour notre cause, avait écrit Walsingham 
à Burghley 3 .v 

Etrange cl triste époque où un assassinat était considéré comme un indice 
favorable à un projet de mariage! 

A son arrivée à Amboise, Smith vit tout d'abord M. de Foix; il lui avoua qu'il 
était très préoccupé des difficultés de sa mission et voudrait bien savoir quel était 
le point délicat, l'obstacle. M. de Foix lui ayant répondu que le duc d'Anjou 

1 Caîeiidar of State papers (1571 ), p. 583; Mé- mère, parce que l'on se doublnit qu'il ne descouvril 

moires et lettres de Walsingham, p. 17!). au roy d'Espagne des affaires qu'il avoit trop connues 

- Voici ce qu'en écrivait lecomle de Saint-Paul, par le menu.» (Arch. de Turin, déchiffré tir la dê- 

l'ambassadeur «le Savoie : -Kslanl le roy à Bour- pêche du comte de Saint-Paul.) 

jjiieil, M. de Lignerolles fut tué, cl ay eslé assemv ' Cahmdar of State papers ( 1 5 7 -j ) , p. .'!. 
que c'esloit par le commandement de la Royne 






INTRODUCTION. vvxv 

n'entendait rien céder sur l'exercice de sa religion, il ne voulut pas admettre que 
ce fût son dernier mot, et, sans plus tarder, il sollicita une audience. 

Catherine le reçut en présence de Charles IX et lui affirma de nouveau que 
la religion était le seul empêchement au projet de mariage. Smith lui deman- 
dant si, cette question une fois résolue, il y en aurait d'autres à débattre, elle 
répondit affirmativement, mais en la tenant toujours pour la principale. Sur sou 
observation que ce serait alors le moyen le plus honorable de rompre, elle s'écria 
quelle ne le voulait nullement, mais que la tête de son fils était si troublée à la 
seule pensée de n'avoir pas l'exercice de son culte qu'elle avait perdu tout em- 
pire sur lui; car, s'il n'entendait pas la messe, il se croirait à jamais damné. — te Ne 
pourrait-il pas, Madame, reprit-il, pour quelque temps, l'avoir dans une cha- 
pelle particulière.'! — ttll est devenu si dévot, répondit-elle, qu'il en entend 
deux ou trois par jour; il observe si scrupuleusement tous les jeûnes que sou 
visage en a pâli. J'aimerais mieux qu'il fût huguenot que de le voir ainsi com- 
promettre sa santé. Il ne se contentera pas d'une messe basse, il veut la grande 
avec toutes les cérémonies de l'église catholique et toutes les conditions que 
M. de Foix a stipulées. a — «M. de Foix savait bien, Madame, que jamais la 
reine n'accéderait à de pareilles exigences et maintenant vous réclamez la grand- 
messe, tout le cérémonial romain, les quatre mendiants et les mille diables! v 
— «Mais votre maîtresse ne pourrait-elle pas, à ce sujet, solliciter l'assentiment 
de son parlement U — te C'est impossible, Madame v, et sur ce dernier mot, il se 
retira '. 

Le lendemain s'étant rencontré avec les deux évêques de Limoges et d'Orléans, 
sur leur offre de mettre par écrit les conditions exigées, il déclara qu'il aimerait 
mieux mourir que de les transmettre. 

La rupture étant donc un fait accompli, et Catherine ne pensait plus qu'à sub- 
stituer comme prétendant le duc d'Alençon à son frère d'Anjou, et II a seize ans 
passés, avait-elle écrit à La Mothe-Fénelon , il est petit pour son âge; s'il étoit de 
grande venue comme sont ses frères, j'en espérerois quelque chose; car il a l'enten- 
dement et le visage assez de plus d'âge qu'il n'a 2 .* — «La reine aurait lieu de 
s'en olïenser, avait-il répondu; toutefois lord Burghley auquel je m'en suis ou- 
vert le préférerait de beaucoup au duc d'Anjou, d'abord connue plus éloigné 
du trône d'un degré, puis comme mieux disposé à s'accommoder de la religion 

Calendar of State paptrs ( 1 572 ) , p. 9 et 1 0. — 2 Correspond, diplomat. de La Motlie-Fcnelon , t. VII . 
P- 179- 



ïxvvi INTRODUCTION. 

anglicane. Il m'a même dit qu'il en avait parlé à la reine sa maîtresse qui, 
tout en alléguant la disproportion d'âge, lui avait demandé quelle taille le duc 
pouvait avoir, et sur sa réponse qu'il avait à peu près la sienne : «Vous voulez 
dire celle de votre petit-fils, avait-elle répliqué 1 .» 

Lors de leur venue à Blois, Catherine ayant rencontré dans le parc Walsin- 
gham et Smith : «Le duc de Norfolk a-t-il été exécuté, demanda-t-elle, en les 
abordant? » — Sur leur réponse qu'ils n'en avaient aucune nouvelle, «11 serait 
à désirer que votre maîtresse pût sortir de ces troubles, et se tournant vers 
Smith, ne sauriez-vous pas trouver un moyen de lui faire accepter mon fils 
d'Alençon? Où pourrait-elle trouver mieux? Ne voudriez-vous pas retourner en 
Angleterre pour le lui proposer ?» — «De grand cœur, Madame, ou il faudrait 
que je fusse bien malade, v 

L'entretien se poursuivant et Catherine revenant toujours sur le sujet qui lui 
tenait tant au cœur, Smith lui dit incidemment que, si Elisabeth avait des 
enfants, toute cause de trouble disparaîtrait en Angleterre, «Pourquoi alors 
n'accepte-t-elle pas le duc d'Alençon, répondit-elle, la barbe commence à lui 
pousser? Je lui ai dit dernièrement que j'en étais fâchée, de crainte qu'il ne fût 
aussi grand que son frère. n Smith, pour la flatter, lui ayant cité Pépin le Bref 
dont la petite taille n'allait pas à la ceinture de la reine Berthe, «Vous avez 
raison, reprit-elle, c'est le cœur et le courage qu'il faut avant tout considérer dans 
un homme », et elle le congédia 2 . 

Mais pour faire accepter par Elisabeth ce prétendant imberbe, elle comprît 
bien qu'il fallait d'abord lui dominer une sorte de satisfaction. A la première ou- 
verture que lui fit Smith de conclure une ligue entre les deux nations, elle l'écouta 
donc favorablement. D'ailleurs cette apparente concession rentrait dans ses vues 
et s'accordait bien avec sa politique du moment hostile à Philippe II, et toute 
prête à devenir agressive : «On fait des levées d'hommes, écrivait Killegrew à 
Burghley, destinés à porter la guerre dans les Flandres, et il y a en ce moment 
à la cour bon nombre de gentilshommes de Picardie et de Normandie qui y se- 
ront employés 3 , n 

Catherine s'attendait même à ce que. la rupture vînt de l'Espagne. \u mois 
d'avril suivant, lorsque la ligue avec l'Angleterre fut définitivement conclue, 
Walsingham s'en applaudissant et lui remontrant que les Espagnols, jaloux de 

' Correspondance diplomat. de La Mothe-Fénelon , t. IV, p. 370. — : Mémoires du duc de Nevers, t. I, 
p. 534 el suiv. — 3 Calendar of Stale papers (1072), p. 97. 



INTRODUCTION. xxxvii 

cette amitié si ostensiblement affermie, faisaient tout pour la rompre, trJe n'en 
doute pas, répondit-elle, le Roi mon fils en a été également averti; mais on ne 
lui mande pas de quel coté ils se tourneront contre nous*, u 

Sur ces entrefaites, elle apprit coup sur coup que la reine de Pologne venait 
de mourir et que, la santé du roi devenue très mauvaise, l'on s'attendait à sa fin 
prochaine. Il y avait donc là une couronne à prendre. Le duc d'Anjou y pensait 
déjà, et non moins favorable que sa mère à l'alliance avec l'Allemagne protes- 
tante, il écrivait à Scliomberg : c:Si cela se fait comme nous le désirons, cela aidera 
grandement à acheminer l'autre affaire' 2 . v 

Sans perdre une heure, Catherine appelle à Blois l'homme dans les conseils 
duquel elle avait le plus de confiance, Jean de Mordue, cet habile évèque de Va- 
lence, dont Brantôme nous a tracé ce portrait si ressemblant : r Fin, délié, rompu 
et corrompu autant pour son sçavoir que pour sa pratique 3 , n Sans hésiter Moulue 
lui propose de faire partir pour la Pologne Jean de Balagny, son fils naturel, qu'il 
avait légitimé et qui terminait alors ses études à l'université de Padoue; mais Ca- 
therine ne savait rien de la Pologne, rien de l'état des choses dans ce royaume, et 
Vulcob, notre ambassadeur à Vienne, auquel elle s'adressa pour se renseigner. 
lui répondit : tt Depuis la mort de la reine de Pologne, la propre sœur de l'Em- 
pereur, séparée de son mari, cette cause de froideur ayant disparu, il y a entre 
l'empereur Maximilien et le roi son beau-frère bonne intelligence; et il ajoutail : 
«Sigismond-Auguste n'a pas d'enfants de ses deux femmes et passe pour avoir 
eu un fils d'une des demoiselles d'honneur de la princesse Anne; on doute néan- 
moins qu'il se décide à l'épouser. Des cinq sœurs qu'il a eues' quatre sont vivantes; 
celle qui est décédée était veuve du vayvodc de Transylvanie 4 .d 

De toute nécessité, en vue de cette royauté de Pologne que Catherine con- 
voitait, il fallait rompre la liaison du duc d'Anjou avec Renée de Chàteauneuf, 
besogne à demi faite, car il venait de s'amouracher de Marie de Clèves, la jeune 
sœur des deux duchesses de Guise et de Nevers. Chàteauneuf, que l'énergie de 
son caractère rendait si redoutable, pouvait reprendre son empire sur l'infidèle; 
Charles IX pensa à la marier à l'étranger et en chargea Vulcob, qui jeta les yeux 
sur le vayvode de Transylvanie. En sa qualité de vassal du Grand Seigneur, le 
vayvode ne pouvant se passer de son agrément. Charles IX l'en fit solliciter par 
l'évêque de Dax, son ambassadeur, et délivra par avance un certificat de bonne vie 

' Mémoires et lettres de Wahingham, p. as5. — 2 Bibi. nat., Cinq cents Colbert, n" ioo. — 3 Bran- 
tome, édit. de L. Lalanne, t. IV, p. 45. — ' Bibl. nat., Cinq cents Colbert, n" 3r)y, p. 333. 



sxxvm INTRODUCTION. 

et mœurs à la maîtresse de son frère : «C'est une belle et fort honneste demoiselle 
qui est de la maison de Bretagne et ma parente 1 . A 

Ce danger conjuré, il ne restait plus qu'à poursuivre la négociation du ma- 
riage de Henri de Navarre avec Marguerite. Du jour où Pie V eut connaissance 
des chances probables de ce projet, effrayé des dangers dont la cause catholique 
lui semblait menacée, il se décida à tenter un dernier effort sur dom Sébastien. 
11 ne pouvait plus songer à renvoyer une troisième fois à Lisbonne Tories dont 
il se déliait et avec raison depuis qu'il avait été pourvu d'une riche abbaye par 
Philippe II; faute d'un homme sûr, il confia cette mission à son propre neveu, 
le cardinal Alexandrin et le fit partir sur l'heure. En traversant Madrid le car- 
dinal vit Fourquevaux : cr Est-il vrai, lui demanda-t-il, que le prince de Navarre 
épouse Madame Marguerite? J'ai plein pouvoir de Sa Sainteté" et je me crois 
assuré de mener à bonne fin le mariage avec le roi de Portugal-. v 

Catherine avait prévu la question : «Dites au cardinal, s'il vous parle du ma- 
riage de ma fille avec dom Sébastien, avait-elle écrit à Fourquevaux, que, ayant 
tout lait pour l'effectuer, je suis délibérée maintenant de conseiller au Roi mon 
fils de ne le point conclure, car l'on a trop dédaigné ce que l'on devoit priser 3 . « 

Le cardinal Alexandrin fit prompte et bonne besogne, interna Martin da 
Camara, le plus opposé à ce mariage, au monastère de Coimbre et emporta la 
promesse du jeune roi d'épouser Marguerite. A son retour à Madrid, il en lit les 
plus grands éloges à Fourquevaux, vanta sa grâce, son bon esprit, affirma qu'il 
avait toujours désiré épouser Madame, et qu'il n'en avait été détourné que par les 
Camara, eu égard à sa trop grande jeunesse 4 . n 

Fourquevaux lui répondit qu'il était trop tard. En elfet Charles IX venait 
d'écrire à M. de Ferais : «Le mariage de ma sœur est une résolution que j'ai prise 
avec autant de bonnes considérations et de respects que non seulement j'en espère 
le repos particulier de mes sujets et le bien de mon royaume, mais celui delà 
chrétienté en général, étant ledit prince jeune et si bien né qu'il ne sera malaisé 
de le ramener au chemin que sa Saincteté peut désirer, comme nous en avons eu 
l'exemple en feu son père 5 , v 

Le cardinal Alexandrin repartit le 2 janvier pour la France; Philippe II lui avait 
adjoint le général des jésuites, François Borgia, pour l'aider à rompre à tout 



IJihl. nat., fonds français, n" 3i3«j. — ! Ibid.,n° 10752. — ; Ibid., 11° 107^2. — " Ibid., n° 3951, 
[» , 35. — 5 Ibid. 



INTRODUCTION. ïxm 

prix le mariage de Henri de Navarre. Dès son arrivée à Blois, le 7 février, il débuta 
par proposer à Charles IX d'entrer dans la ligue catholique dont la récente victoire 
de Lépante avait rehaussé la puissance. 

Dans des instructions données le 7 janvier dernier à Maniquet, son maître d'hôtel 
ordinaire, envoyé sous un déguisement pour traiter d'une alliance avec les princes 
protestants, Charles IX avait par avance formellement déclaré que jamais il ne 
ferait partie d'une ligue que les Vénitiens, le pape et Philippe II n'avaient conclue 
que dans leur intérêt particulier. A la demande du cardinal il se contenta d'ob- 
jecter que pour s'unir à eux, en ce moment, il manquait d'argent. 

rrMais Sa Sainteté, s'écria Alexandrin, est toute disposée à en fournir à Votre 
Majesté. 15 — « Je remercie le Saint-Père, répliqua le Roi, mais avant tout, je veux 
pacifier mon royaume '. 15 

Le cardinal cherchant à le dissuader du mariage de sa sœur avec le prince de 
Navarre. «De l'avis de tout mon Conseil, j'y suis décidé 11, répliqua Charles IX. 
Alors, à défaut du roi de Portugal, Alexandrin lui parla des deux fils de l'empereur 
Maximilien; l'un d'eux pourrait épouser Madame; à l'entendre la chose était facile. 

Baissant la voix et lui prenant les mains : ce Je n'ai pas d'autre moyen, dit 
Charles IX, de me venger de mes ennemis, n 

Quels étaient ses ennemis? 

Au moment où Charles IX négociait une alliance avec l'Allemagne protestante, 
contre l'Espagnol, l'ennemi commun, ce n'est ni Coligny, dont il suivait alors les 
conseils, ni les autres chefs protestants qu'il entendait désigner. 

L'entretien en resta là. Des vases d'or et d'argent d'une valeur de 3 0,0 00 écus 
étaient destinés à Alexandrin, il les refusa. Il avait, il est vrai, refusé égale- 
ment les présents du roi d'Espagne. 

Dans le compte rendu de son entretien avec le Roi : «Je trouve, dit-il, les 
Français enfoncés dans cette idée du mariage de Madame Marguerite avec le 
prince de Navarre, comme si de cette union dépendait le salut du royaume. Il n'y 
a pas moyen de rien faire contre. Je quitte la France sans avoir accompli quoi que 
ce soit de ce que je projetais. J'aurais aussi bien fait de n'y point venir 2 , v 

Mais dans une nouvelle lettre datée du mois de mars suivant il semble revenir 
en partie sur son premier dire : a Bien que mes représentations et mes démarches 

Bibl. nat., fonds Dupuy, 4a8, p. 17 '4. — 3 Bulletin de l'histoire du protestantisme (i5 aoùl 1889), 
Dissertation histor. , par Ranke. 



u INTRODUCTION'. 

n'aient pas abouti à une décision confonne aux vues de Sa Sainteté, je rapporte 
pourtant quelques particularités que je lui communiquerai et en raison desquelles 
je puis dire qu'on ne m'a pas congédié d'une façon tout à fait défavorable l . -n 

Ces ménagements auxquels il fait allusion s'expliquent par le désir d'obtenir 
une dispense pour le mariage de Marguerite. 

C'est Catherine qui se chargea vis-à-vis de Philippe II d'excuser un refus si 
formel et de répondre à ses nouvelles instances en faveur du mariage de Margue- 
rite avec le roi de Portugal : trM'assurant, lui écrit-elle, que le cardinal Alexandrin 
a fait entendre à Votre Majesté la réponse que le Roy mon fds et moy lui fîmes 
sur le propos qu'il nous tint du mariage du roi de Portugal et de ma fille, cela 
a été cause que je n'en ai faiL nulle réponse au père général des Jésuites, me re- 
mettant à ce que Votre Majesté a entendu par ledit cardinal, sachant qu'elle se 
doit bien souvenir de la réponse qu'elle nous en avoit fait faire par les lettres du 
sieur de Fourquevaux, lors ambassadeur près V. M., que de dix ans le roy de 
Portugal ne se pouvoit marier, comme les lettres que nous avons encore en font 
foi, chose que je ouïs à mon grand regret; ce que le Roi voyant qu'il n'avoit plus 
d'espérance et que le mariage que la reine de Navarre le requéroit de sa sœur 
avec son fds lui apportoit commodité à ses affaires, lui a accordé sadite sœur, 
ce que j'ai trouvé bon, puisqu'elle est en lieu quelle sert au Roy mon fds et à ce 
royaume, de quoy je vous ai bien voulu advertir comme de ce qui nous touche, 
si alliés comme nous sommes, et par la grâce de Dieu si bons aniisu, et elle 
termine sa lettre par les plus chaleureuses protestations d'amitié' 2 . 

Au sortir de Blois, le carrosse du cardinal Alexandrin se croisa avec celui de 
Jeanne d'Albret, il lit semblant de ne pas la voir, pour se dispenser de la saluer 3 . 
Que de lettres avaient été écrites pour la décider à venir à la cour! Que de mes- 
sagers envoyés de part et d'autre! Catherine, pour en finir, lui ayant offert de 
nouvelles sûretés pour elle et ses enfants : « Madame, avait-elle répondu, vous 
me mandez que vous voulez nous voir et que ce n'est pas pour nous mal faire; 
pardonnez-moi si, eu lisant vos lettres, j'ay eu envie de rire; car vous voulez nie 
rassurer d'une peur que je n'ai jamais eue, et ne pense point comme l'on dit que 
vous mangissiez les petits enfants 4 . i 

Si elle s'obstinait à se tenir à distance, c'était uniquement pour imposer ses 

1 f.ottere e ncgotiuti del card. Allessandrio (Lettera 3 Mathieu, Histoire de France, l. I', [>. 333; 

al eard. liuslicucci). voir Gabutius, Vie d'Alexandrin-, (Mil. de i6o. r >. 

' Voir celle lettre à l'Appendice, p. 3i5. ' Bibl. impériale de Saint-Pétersbourg. 



INTRODUCTION. XLI 

conditions : s'appuyant sur l'abandon fait, à titre de douaire, du duché de Berry à 
Marguerite de France, elle demandait la Guyenne et de nombreuses places fortes. 
Galéas Frégose, le premier que Catherine avait envoyé en Béarn, eut grand'peine 
à lui faire comprendre qu'un pareil démembrement était impossible. Entré en 
campagne après lui, Biron eut enfin raison de sa résistance. «Toutefois, avait-il 
écrit à Catherine, la reine ne pourra partir que le 28 décembre, et elle laissera 
son fils en Béarn; il n'en sortira que le mariage ne soit définitivement conclu. 
Préalablement, elle exige que la ville de Lectoure lui soit rendue, ne voulant 
pas être trompée comme les autres qui ont été à la cour devant elle et qui n'ont 
rien obtenu 1 , v 

A la fin de décembre, la garnison de Lectoure ayant été retirée, Jeanne y 
passa une partie de janvier, et dans les derniers jours de février elle prit enfin 
la route de Tours; mais, sur son refus de se trouver à Blois en même temps 
que le cardinal Alexandrin, Catherine se vit forcée de lui donner rendez-vous, 
le i5 février, à Chenonceaux. La traitant de très haut, elle n'alla point à sa 
rencontre et se borna à l'attendre sur le seuil de ses appartements; toutefois 
elle l'embrassa la première et baisa sur le front Catherine de Bourbon. Jeanne 
embrassa également Madame Marguerite. 

«J'ai grand'faim», ce fut son premier mot. Catherine la fil servir, et toutes 
deux s'enfermèrent dans un cabinet où elles restèrent très longtemps. En sortant, 
Jeanne d'Albret parut toute radieuse; elle dit assez haut pour qu'on pût l'entendre : 
«Le mariage de mon fils avec Marguerite est chose conclue 2 . 11 Dès le lendemain 
elle reprit le chemin de Tours pour y attendre le départ du cardinal Alexan- 
drin. 

Dès ses premiers entretiens à Blois avec la Beine mère, elle renouvelle ses 
exigences: «Vous vous tenez toujours, Madame, lui dit Catherine, aux choses 
générales; si nous arrivions au fait. » — «Eh bien, il faut avant tout qu'on accède 
à toutes mes demandes. v — «Alors, restons-en là, répliqua Catherine; libre à 
vous de demeurer à la cour; vous y serez bien vue et bien traitée, et si votre fils 
veut y venir, il sera également bien choyé. •» — «Mon fils ne viendra pas, ré- 
pondit-elle, que tout ne soit convenu et réglé. n — «Dans ce cas-là, ce qu'il y 
aurait de mieux à faire, reprit Catherine, c'est de nous abstenir et de remettre 
la négociation à des hommes de confiance. » — «Madame, je ne me fie à qui que 

Bibl. impériale de Saint-Pétersbourg'. — - I3ibl. nat. Dépêches des ambassadeurs vénitiens, filza VII; 
Archives de Mantoue; Négociât, diplomat. avec la Toscane, l. III, p. 7/19. 

Catuem.ve de Médicis. IV. 



F 

■UPnilICItlE KATIOX4LI . 



xui INTRODUCTION. 

ce soit au monde, j'entends traiter seule 1 , n L'entretien tournait à l'aigre; Biron, 
qui y assistait, crut prudent de s'interposer. Jeanne s'étant adoucie, Catherine en 
profita pour désigner Morvilliers et de Foix. Jeanne promit d'y réfléchir, mais la 
journée se passa sans qu'elle s'arrêtât à aucun nom 2 . 

Avant d'aller plus loin, elle voulut consulter les ambassadeurs d'Angleterre, 
Walsingham et Smith, restés à Blois pour traiter de la ligue, et pria le Roi de lui 
permettre d'adjoindre à cette conférence quelques ministres, ce qu'il lui accorda, 
non sans répugnance. 

tr Je tiens le loup par les oreilles, leur dit-elle tout d'abord, et pourtant vous 
me voyez encore indécise. 11 y a tout à la fois danger à conclure et à ne pas 
conclure ce mariage. Le Roi et la Reine mère désirent que mon fils reste à la 
cour après le mariage, et ils ne veulent pas lui permettre l'exercice de sa religion, 
afin d'en faire un athée. Tout au contraire, ils exigent que, lorsque Madame 
viendra en Béarn, elle puisse à son gré faire dire la messe. Or les papistes pren- 
dront son parti et ce sera l'occasion d'une nouvelle guerre civile. Le retard du 
mariage tient à trois points que je vais vous soumettre : Puis-je en bonne con- 
science prendre un papiste pour fiancer mon fils à Madame? n 

Tous déclarèrent qu'elle le pouvait. 

«Mais après la cérémonie des fiançailles, si celui qui me représentera va à la 
messe, malgré ma défense formelle, ce sera l'occasion d'un grand scandale. -n 

A l'unanimité, ils répondirent : «Rassurez-vous, votre représentant n'aura en 
réalité d'autorité qu'autant qu'il restera dans la limite de son mandat. » 

Elle ne fit aucune autre objection, et passant au troisième point : « Puis-je 
consentir que la cérémonie des fiançailles soit faite par un prêtre revêtu du sur- 
plis et de l'étole?u Ils se consultèrent longtemps. — ce La chose en elle-même est 
indifférente, répondirent les ministres, mais toutefois elle pourrait scandaliser les 
dévots timorés, n — «Alors, jamais, s'écria-t-elle, je ne le permettrai, ce serait 
offenser Dieu.n 

Puisque sa conscience y répugnait, tous furent d'avis qu'elle ne devait pas y 
consentir. «D'après cela, écrivit Walsingham à lord Burghley, on tient le ma- 
riage pour rompu; mais ce n'est point mon avis; il y a trop de raisons qui en 
font une nécessité 3 . n 

Toutes ces arguties le démontrent assez, la grande difficulté, c'était toujours 

1 Bilil. nat. Dépêches des ambassadeurs vénitiens, Glza VII; Archives de Mantoue; Négociât, diploimt. 
avec la Toscane, l. III, [>. 7.59. — 2 Ibid. — s Mémoires et lettres de Walsingham , p. <?. 1 1 . 



INTRODUCTION. XUII 

la question religieuse. Jeanne avait écrit à son fils : «Mandez-moi que vous tenez 
surtout à savoir la volonté de Madame sur la religion, afin que la Reine mère, 
à laquelle je montrerai votre lettre, sache par vous que c'est la seule raison qui 
vous empêche de venir 1 , s 

Dès qu'elle lui eut montré la lettre de son fils, Catherine lui objecta que Beau- 
voir l'avait assurée qu'elle permettrait, à son fils d'épouser sa fille à la messe. 
— «J'ai peine à vous croire, Madame, répliqua-t-elle, d'autant qu'il m'a affirmé 
tout le contraire, et au besoin il vous le redira. » — «En tous cas, il m'a dit 
quelque chose à ce sujet, reprit Catherine. n — «C'est possible, Madame, mais 
rien d'approchant. « 

Catherine n'insista pas, et l'entretien en resta là. 

Il restait à Jeanne la ressource d'avoir une explication avec Marguerite. Ce 
n'était pas chose facile; car elle était toujours aux côtés de sa mère et, quand 
elle rentrait dans ses appartements, Madame de Curton, sa gouvernante, ne la 
perdait pas des yeux et écoutait tout. Enfin Jeanne parvint à être seule avec 
elle, et à la première question sur ce changement de religion qu'elle se croyait 
en droit d'espérer d'elle, Marguerite répondit avec fermeté : «J'ai été élevée dans 
la religion catholique, jamais je n'y renoncerai, fût-ce pour le plus grand mo- 
narque du monde. u — «Ce n'est pas ce que l'on m'avait dit, reprit Jeanne; 
sans cela je ne m'y serais pas embarquée, Biron m'a donc trompée. » 

Si elle ne rompit pas sur cette ferme réplique, c'est qu'en réalité l'ambition 
l'emportait sur les scrupules de sa conscience. 

Les soucis et les tracasseries de tout genre avaient aigri son humeur, et ses 
incessantes discussions avec Catherine l'avaient jetée dans une irritabilité perpé- 
tuelle. Elle s'en prenait à Brodeau, son secrétaire, à Cavaignes qu'elle accusait 
de ne pas marcher droit, aux ministres qu'elle traitait d'espions mis à ses trousses; 
elle se plaignait à la fois de la princesse de Condé et de Marie de Clèves, deux 
rieuses dont le sourire ironique l'exaspérait. 

«Je m'ébahis, écrivait-elle à Beauvoir, comment je puis supporter les traverses 
(pie j'ai : l'on me pique, l'on me brave, l'on veut me tirer les vers du nez; pour 
me surveiller on fait des trous dans ma chambre et dans ma garde-robe. Si cela 
durait un mois, je tomberais tout à fait malade, t 

Dans la même minute elle passait du plus profond découragement à l'espoir, 
à la confiance, faisant à son fils un portrait très flatteur de Marguerite, la disant 

' Bibl. imp. deSaint-Pe'lersbourg. 



ïliv INTRODUCTION. 

belle, de bon jugement, et de grand crédit sur la Reine mère et ses frères; puis 
elle lui traçait la façon de faire la cour à cette incomparable beauté, c Prenez- 
vous-y mieux que votre cousin le prince de Coudé; regardez à accommoder 
votre grâce; ne craignez pas de parler hardiment; car notez qu'à votre venue 
vous imposerez l'opinion que l'on aura de vous; accoutumez-vous à relever vos 
cheveux, mais non à la mode de Nérac; qu'il y ait des pans; je vous recommande 
la dernière mode comme celle que je préfère l . v 

Elle avait entrevu la profonde dissolution de cette cour, et pour l'en préserver : 
« Mettez-vous en garde contre tous les allècliements pour vous débaucher en 
\otre vie et votre religion; c'est leur but; ils ne le cèlent pas. Si vous restiez ici, 
vous n'échapperiez pas à cette corruption -. n 

Combattue jusqu'aux derniers jours par ces scrupules, voulant ce mariage et 
effrayée des dangers du lendemain, se méfiant de Catherine et glacée par la 
froideur de Marguerite, dont elle redoutait l'intelligence et la volonté, elle finit 
néanmoins par signer, le 1 1 avril, avec un profond regret, le contrat de mariage 
de son fils et, le jour même, elle en fit part à la reine d'Angleterre : ccDieu dans 
sa bonté a disposé les cœurs d'un coté et de l'autre pour prendre cette résolution 
indissoluble du mariage de Madame avec mon fils. Je ne veux faillir de vous re- 
mercier des bons offices que votre ambassadeur y a faits 3 , v 

Cette union fut diversement appréciée : notre ancien ambassadeur en Espagne, 
Eourquevaux, mandait de Dax à Catherine : te S'il est ainsi que le mariage de 
votre fdle soit accordé et la cérémonie des fiançailles passée avec M? r le prince 
de Navarre, c'est le devoir que vos serviteurs s'en réjouissent, faisant compte que 
Vos Majestés auront préféré ce parti à celui du Portugal pour aucuns grands 
avantages qu'elles y auront connus et devront prier Dieu qu'il le fasse succéder 
à votre contentement. Ce propos se disoit assez à Madrid devant mon partement; 
mais peu de personnes vouloient y croire et alléguoient que pour une seule raison 
y en a dix mille en faveur dudit Portugal, lesquelles, s'il plaira à Votre Majesté 
les ouïr de moi quelque jour, je les lui dirai, encore que ce doive être trop lard '. •• 

Le grand obstacle à ce projet d'union, c'était toujours l'obtention d'une 
dispense. A son départ de Blois, le cardinal Alexandrin avant dil hautement que 
jamais le pape ne l'accorderait, le cas fut soumis aux membres du conseil privé, 
et la majorité fut d'avis qu'il valait mieux ne pas la solliciter et aller de l'avant; 

1 Bibl.nat., fonds Dupuy, n" aài. — ! Ibkl, — ' Record office, Slatepapers, France. — ' Bibl.nal., 

fonds frnnrais, n" iOio'i. 



INTRODUCTION. xtv 

car d'après les dernières paroles du cardinal, un refus semblant probable, passer 
outre et désobéir au Saint-Père aggraverait encore la situation. Un tel acte d'au- 
dace, d'ailleurs si en désaccord avec ses pratiques habituelles, répugna à Cathe- 
rine; une négociation conduite avec discrétion lui parut préférable. Dans des 
circonstances aussi difficiles il fallait avoir sous la main des hommes habitués à 
déjouer les intrigues des cours de l'Europe. Depuis longtemps, Fourquevaux de- 
mandait son rappel. Vivonne de Saint-Gouard, brillant homme d'épée qui avait 
dignement représenté la France en Angleterre, en Allemagne et dans le Levant. 
fut envoyé à Madrid, et à Rome M. de Ferais, dont l'habileté avait été appréciée 
dans une récente mission à Bruxelles. 

Suivons d'abord Saint-Gouard en Espagne 1 : le secrétaire d'État Cayas qu'il 
vit le lendemain de son arrivée lui parla le premier du mariage de Marguerite 
et s'étonna de ce que la Reine mère, si sage, si prudente d'ordinaire, s'y obsti- 
nait; c'était vouloir fournir au roi de Navarre le moyen de faire encore pis que 
par le passé. Saint-Gouard lui observa qu'il était mal informé; la Reine avait 
toujours négocié en toute sincérité jusqu'à la fin avec le Portugal et avait été in- 
dignement trompée. Tout récemment, le Roi Catholique lui avait fait savoir par un 
jésuite que Dom Sébastien ne pensait pas à se marier de dix ans, prétexte ridi- 
cule, eu égard à l'âge et à la beauté de Madame. 

Cayas affirma que le Roi son maître n'avait jamais donné pareille charge; 
puis, laissant de côté le mariage de Portugal, il parla en termes élogieux de l'un 
des deux lils de l'empereur Maximilien de beaucoup préférable pour époux au roi 
de Navarre. Saint-Gouard répliqua que Madame n'était pas faite pour rechercher 
des maris et que dans peu de temps ils reviendraient sur leurs injustes préven- 
tions, Henri de Navarre étant un prince a né à toutes bonnes choses n. Et sur ce 
dernier mot, il rompit l'entretien' 2 . 

Passons maintenant à la mission de Ferais. Au départ, Catherine lui avait 
tracé sa ligne de conduite : c:Vous verrez par la lettre du Roi mon fds qu'il veut 
que vous fassiez entendre à Notre Saint-Père la résolution qu'il a prise du ma- 
riage de ma fdle avec le prince de Navarre, et la bonne lin et intention où il 
tend et aussi ce qu'il désire de Sa Sainteté pour la dispense, qui est nécessaire 
à ma fdle et audit prince à cause de leur consanguinité, dont je pense bien que 
Sa Sainteté voudra faire pour le commencement quelque difficulté à cause, 

Négociation» diplonuiiirjites arec la Toscane, t. I!I, p. 7 5o. — 2 Diljl. nal.. fonds français, ri" i6io4, 
p. 72. 



ïlvi INTRODUCTION. 

connue vous savez, de la différence de la religion. Toutefois, j'estime que, après 
avoir pensé au bien que l'on en doit espérer, elle s'y accommodera 1 n. 

Ne négligeant aucun moyen de parvenir à ses fins , elle avait chargé l'ambas- 
sadeur de Toscane de solliciter de nouveau l'appui du Grand-Duc : u Priez-le, 
avait-elle ajouté, de remettre en mémoire à Sa Sainteté que l'Angleterre s'est sé- 
parée du Saint-Siège pour le simple refus d'une dispense 2 a, mais pour atténuer 
la portée d'une pareille menace : cr Toutefois cela n'est pas à craindre en France. 
car mes fils sont tous trop bons catholiques 3 . n 

Arrivé à Rome le i5 décembre, Ferais, avant de s'occuper de la dispense, eut 
à résoudre une grave difficulté. Tout récemment, dans une cérémonie, l'ambas- 
sadeur d'Espagne, enorgueilli de la victoire de Lépante, avait usurpé la première 
place, celle qui appartenait de toute ancienneté à la France.' Ferais déclara 
fièrement qu'il n'entrerait dans aucune négociation tant que légitime réparation 
ne serait pas faite, rc J'ai cru un instant, écrivit-il au Roi, m'en aller comme 
j'étois venu, car le Saint-Père avoil été gagné, mais j'ai crié haut, et satisfaction 
m'a été donnée, n 

Sorti victorieux de ce premier engagement, il va nous dire l'impression pro- 
fonde produite à Rome par l'annonce du mariage du roi de Navarre et de Mar- 
guerite : trLa résolution qu'ils ont entendue prise, les a grandement étonnés et 
attérés, car ils avoient employé tous moiens qu'ils avoienl pu imaginer pour pou- 
voir parvenir à celui de Portugal, jusqu'à un courrier naguères député au duc 
de Savoie pour prier Son Altesse d'en écrire à Sa Majesté; à quoi le duc avoit ré- 
pondu que c'étoit inutile, attendu que c'étoil chose conclue; qu'il écriroit néan- 
moins, ce qu'il a fait; c'est ce qui détermina le Pape à prescrire au légat Alexan- 
drin de ne faire qu'un court séjour en France 4 .n 

A la première audience qu'il eut de Pie V, Ferais crut devoir laisser de côté la 
question de la dispense; mais, à la seconde, il s'étendit sur tous les avantages 
de cette union et chercha de son mieux à faire revenir le Saint-Père sur les im- 
pressions fâcheuses qu'il avait conçues. A cette date, le cardinal Alexandrin n'avait 
point encore vu Charles IX; Pie V prit ce prétexte pour décliner toute réponse; 
mais déjà il était atteint du mal qui devait l'emporter si rapidement, et la négo- 
ciation de la dispense se trouva momentanément suspendue. Nous y reviendrons, 
lorsqu'elle sera de nouveau soumise à Grégoire XIII, son successeur. 

\ (i!i- itIIc Ici lit» dans li' present volume. — ' Néffoci niions diplomatiques avec la Toscane , t. III, p. 7^0. 
— 3 Ibid. — 4 Bibl. nat., fonds français , n° i6o.3<), f° -'i65. — 5 Ibid., fonds français. 11° 160/1. P 28. 



INTRODUCTION. xlvh 

Vil 

Dans la vie des nations, l'événement le plus inattendu déchaîne les tempêtes 
et décide parfois de leur destinée; la moindre étincelle allume un grand in- 
cendie; il en fut ainsi pour les Provinces-Unies, et le hasard, nous allons le voir, 
y eut la plus grande part. 

La rupture des relations commerciales entre l'Angleterre et lès Flandres, ces 
deux contrées qui vivaient l'une par l'autre, les ayant également appauvries, le 
duc d'Albe avait été réduit à l'humiliante nécessité de chercher à les reprendre, 
seul moyen qu'il eût de calmer l'agitation que le récent et odieux impôt du 
dixième denier et son maintien par la force rendait de jour en jour plus me- 
naçante. Dans le but d'opérer une heureuse diversion, il avait envoyé à Londres 
Antonio de Guaras et Schwegenhem. Munis de pleins pouvoirs, ils y étaient 
arrivés juste au moment où l'ambassadeur d'Espagne don GueraudeEspes, accusé 
de complicité dans le complot dont Ridolfi élait l'âme, et que Norfolk paya de sa 
tète, venait d'être expulsé d'Angleterre. Dévorant cet affront, le duc d'Albe ne 
rappela pas ses deux envoyés, et, Elisabeth, non seulement toléra leur présence, 
mais leur laissa poursuivre leur secrète négociation et il n'y a pas à en douter : 
tr Encore que la reine, écrivait La Mothe-Fénelon au Roi, montre d'estre fort 
offensée contre le duc d'Albe, elle ne laisse pourtant d'entendre aux partis et ex- 
pédiens qu'il lui fait offrir pour accommoder les différends des marchandises 1 .'): 

Elisabeth fit plus encore; pour faciliter cette entente également recherchée des 
deux côtés, elle consentit à l'éloignement des vaisseaux du prince d'Orange qui 
jusqu'alors avaient trouvé asile et sûreté dans tous les ports de ses Etats 2 . Sortie 
de celui de Douvres sous le commandement de Lumbles et de Trélon, la Hotte 
des Gueux de mer se dirigea vers les côtes de la Hollande, et par la violence 
du vent fut forcée de jeter l'ancre devant la Briele. La garnison espagnole ve- 
nant d'évacuer cette place pour aller réprimer une émeute à Utrecht, l'occasion 
était inespérée; les Gueux débarquent, occupent la place et s'y fortifient. Fles- 
singue leur ouvre ses portes, et en peu de jours, à l'exception de Middelbourg, 
ils sont maîtres de la Zélande, avant même que Ludovic de Nassau, qui, au 
premier moment traita leur entreprise d'imprudente et d'inopportune, eût eu le 
temps d'y mettre la main. 

1 Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon , t. IV, p. £09. — 2 Fronde, Hislor-y ofEnglanà 
1. X , p. 253. 



ïLvm INTRODUCTION. 

La nouvelle de la prise de Flcssingue eut un grand retentissement en Angle- 
terre. Les Flamands qui s'y étaient réfugiés se formèrent en compagnies et s'em- 
barquèrent pour aller combattre avec leurs compatriotes; les ministres anglicans 
pétitionnèrent pour que la guerre fût déclarée à l'Espagne; enfin dans les pre- 
miers jours de juin, le capitaine Morgan arriva à Flessingue avec un premier 
détachement de soldats anglais, bientôt suivi par un second de douze cents 
sous le commandement de sir Humfrey Gilbert, et l'on en attendait encore trois 
mille pour occuper et garder les villes de l'intérieur. Elisabeth avait fermé les 
yeux et se promettait de s'approprier cette conquête sauf, en cas d'insuccès, à 
désavouer ses propres sujets 1 . C'est la politique habituelle de l'Angleterre, poli- 
tique inaugurée et léguée par elle à sa nation. 

De longue date, Mondoucet, notre résident à Bruxelles, avait fait pressentir 
ce soulèvement à Charles IX, et l'avait engagé à en profiter pour recouvrer les 
provinces qui, autrefois, relevaient de la couronne de France. Ce conseil s'accor- 
dait avec les propres vues du jeune Roi; le 27 avril, il avait écrit à Ludovic 
de Nassau : «Le sieur de Téligny qui vous remettra cette lettre m'a fait en- 
tendre, à diverses fois et très particulièrement, les grands moyens qui se 
présentent de faire quelque bonne entreprise pour la liberté des Pays-Bas, 
aujourd'hui opprimés par les Espagnols; on nous demande seulement que nous 
leur donnions la main pour les arracher de cette oppression et on nous indique, 
d'autre part, beaucoup de moyens dont on pourroit s'aider, cbose véritablement 
digne de compassion et en laquelle tout prince généreux et chrétien doit employer 
les forces et les ressources que Dieu a mises en ses mains, comme en ce qui 
nous touche, je suis bien déterminé de le faire, autant que les occasions et la 
disposition de mes affaires le permettront, comme j'ai donné ordre au sieur de 
Téligny de vous dire plus particulièrement 2 , n 

Se croyant ainsi assuré de l'appui effectif de Charles IX, le prince d'Orange 
avait demandé au roi de Suède (Jean III) d'entrer dans la ligue conclue entre 
la France, l'Angleterre et plusieurs princes de la Germanie pour porter la guerre 
dans les Flandres. Avant de s'engager plus avant, si bien disposé qu'il fût, le roi 
de Suède voulut savoir à quoi s'en tenir sur les véritables intentions de Charles IX 
et, pour preuve de sa bonne volonté, lui offrit le concours de sa Hotte. Tout en 
le remerciant de son offre, et en lui promettant en échange la liberté entière du 

Cakndar of State papers , 1571-1072, p. i5o. — - Van Prinsterer, Wehives de la maison de Hol- 
lande. 



INTRODUCTION. , Ln 

commerce, ainsi qu'en 1609 Henri II la lui avait concédée, le jeune .Roi ue se 
départit pas d'une prudente réserve et le h mai lui répondit qu'il entendait rester 
en paix avec ceux qui ne le provoqueraient pas 1 . 

Mais les événements, en se précipitant, allaient réagir sur lui et modifier sa 
volonté. Ludovic de Nassau qui avait suivi à Paris Jeanne d'Albret, enhardi par 
la révolte de la Zélande, part avec La Noue pour aller tenter un coup de main 
sur Mons et Valenciennes, et des mains de Charles IX il reçoit secrètement une 
très forte somme. Le duc de Bouillon le dit dans ses Mémoires 2 et la Hugueriele 
confirme dans les siens 3 . C'était donc la guerre avec l'Espagne et à bref délai. Le 
duc de Longueville, gouverneur de la Picardie, que le Roi n'avait pas initié à ses 
secrets desseins, est pris de peur et lui écrit : « Je ne doute pas, Sire, que le Roi Ca- 
tholique n'ait juste occasion de se plaindre des entreprises qui se dressent par le 
comte Ludovic et ceux de la religion à l'encontre de luy. Je me trouve en peine 
extrême de vous voir à la guerre, comme sans difficulté vous serez, incontinent 
que cela sera découvert 4 , v 

Charles IX était alors en déplacement de chasse à Montpipeau. Epouvantée de 
se voir à la veille d'une rupture avec l'Espagne, Catherine y accourt. Une lettre 
de faillirai y arrivait presque en même temps qu'elle : rr Je vois, Sire, lui disait-il, 
les affaires réduites en tels termes qu'il est besoing que Votre Majesté preigne 
une prompte et toulesfois bien digérée résolution. Je la supplie très humble- 
ment y vouloir bien penser et croire que vostre grandeur et ruine eu dépendent 
et, pour ce que c'est un fait d'armes et duquel les capitaines doivent avoir cognois- 
sance, je supplie très humblement Vostre Majesté vouloir avoir l'advis de ceux 
lesquels promptement vous pourrez appeler 5 . i> 

Voilà donc de nouveau la lutte engagée entre les deux influences qui se dis- 
putent Charles IX, et c'est la politique à double face de l'Angleterre qui va fournir 
ses meilleures armes à Catherine. Dès les premiers jours du mois dernier, La 
Mothe-Fénelon avait prévenu le Roi que les conventions proposées par les deux 
envoyés du duc d'Alhe étaient à peu près acceptées , renseignement exact, car, le 
3o avril suivant, une proclamation annonçait la reprise des relations commer- 
ciales entre les Flandres et l'Angleterre 7 . 

Bibl. nul., tonds français, a" 33o/i, f" 2. ' Bibl. nul., fonds Dupuy, n" i<)4, f y. 

' Panthéon lilt. , Mémoires de Bouillon, t. II. j). o. ° Correspondance diplomatique de La Mothe-Fé- 

La Huguerie, Mémoires, t. I", p. n5. nelon , t. IV, p. 4a3. 
' Bibl. nal., fonds fiançais, i555t), p. lih. ' Fronde, llistory of En gland, l. X, p. 3i2. 

C.ATIItRINIi DE MÉDiCIS. — l\ . G 

IMPtU^LIMt RATIOHA1K. 



L INTRODUCTION. 

Était-ce le moment de risquer une guerre contre l'Espagne, et, surtout avant 
de savoir comment réussirait la mission du duc de Montmorency et de Paul de 
Foix qui tous deux étaient alors à Londres pour ratifier la ligue conclue ré- 
cemment à Blois, recevoir le serment d'Elisabeth et demander officiellement sa 
main pour le duc d'Alençon? 

Une lettre de lord Burghley à Walsingham justifie les défiances de Ca- 
therine à l'égard des Anglais : "Pour ce qui regarde, disait-il, les affaires des 
Pays-Bas, nous avons grand sujet d'en être jaloux; car étant entre les mains des 
Espagnols, nous ne pouvons pas y trafiquer sûrement, et si les places mari- 
times tombent dans les mains de ceux où vous êtes, ils régleront non seulement 
le commerce de nos marchandises en ces contrées-là; mais la souveraineté de la 
Manche qui nous appartient se trouvera bornée et bien exposée 1 '. 11 

La même pensée est reproduite dans une lettre à sir Englefield : « Les Anglais 
ne se sont pas proposé de donner les Flandres aux Français, ce qui serait pour 
eux un grand dommage et entièrement contraire à leur politique 2 . 11 

Nous trouvons un nouveau témoignage de cette mauvaise foi traditionnelle 
des Anglais, «leur péché originels, comme dit Michelet, dans un mémoire non 
sipué, daté du 3 juin : r?Si l'on a l'assurance que le duc d'Albe soit de force à 
résister à toutes les attaques des Français, le mieux dans l'intérêt de l'Angleterre 
serait de les laisser pendant un certain temps se débattre entre eux. Si toutefois 
les Français parviennent à s'emparer d'une partie de ces contrées, il serait bon 
que le duc d'Albe lut secrètement informé que la reine notre maîtresse est dis- 
posée à assister le Boi Catholique par tous les moyens honorables dans la 
défense de ses possessions héréditaires s . t> 

Catherine avait d'autres arguments en réserve; elle met sous les yeux de 
Charles IX les avis que lui ont transmis René de Birague, gouverneur de nos 
possessions du Piémont, et Tavannes, dont la vieille expérience avait tant d au- 
torité sur le Roi son fils. 

"Tout l'effort du roi d'Espagne, disait Birague dans son mémoire daté de la 
fin de mars, est à redouter du côté de l'Italie; pour se revenger des Flandres, il 
y enverra toute l'armée qu'il a dressée pour la guerre contre les Turcs, et le duc 
de Savoie est de son côté, « II conseille donc au Roi de presser l'embarque- 

1 Mémoires et lettres de Walsingham, leiire du une copie prise dans les archives de Simancas. 
il juin, |i. s45. (History of Engluai, t. X, p. 3y8 , noie.) 

Lettre citée par l'historien Froude, d'après 3 Calendar of State papcrs{i5-]i), p. ia3. 



INTRODUCTION. u 

ment de l'armée de mer de Strozzi, afin qu'elle soit prête à la Saint-Jean, et 
(|iie, si la guerre se déclare, elle puisse aller eu Zélande 1 .- 

L'avis de Tavannes pour détourner le Roi d'une brouille avec Philippe 11 e^t 
encore plus explicite : et La crainte quej'ay, que votre courage ne soit plus prompt 
que vos forces, me fait aller tardif et craintif jusqu'à ce que je sois éclairé" des 
moyens que vous pouvez avoir de faire la guerre », et il n'en voit point pour se 
défendre sur tous les points où l'Espagne peut attaquer la France; insistant sur 
la faiblesse des places du Piémont et de la Provence, il engage Charles IX à at- 
tendre jusqu'à ce qu'il puisse reconnaître si l'armée du prince d'Orange est plus 
forte que celle du duc d'Albe et il le supplie de gagner du temps et de fortifier 
ses frontières avant de s'engager plus avant 2 . 

V 1 aide de pareils auxiliaires Catherine parvint à faire partager par son (ils 
toutes ses craintes; elle reprit sur lui son autorité et ce qui acheva de la lui 
assurer ce sont les mauvaises nouvelles venues des Flandres : quatre jours après 
être entré dans Valenciennes, La Noue en avait été délogé par les Espagnols et 
contraint d'aller s'enfermer dans Mons. te Je crois bien, écrivait le prévôt Moril- 
lon au cardinal de Granvelle, que le recouvrement de cette place a rompu les 
desseins des Français 3 . » 

Ce fait de guerre, tout fâcheux qu il fut, n'était rien en comparaison du 
malheur qui menaçait les protestants. Leur plus opiniâtre, leur plus énergique 
auxiliaire Jeanne d'Albret se mourait. 

Tout récemment la duchesse de Nemours avait mandé de Paris à Renée de 
Ferrare, sa mère : et La reine de Navarre est icy; n'est pas trop saine, mais fort 
brave, porte plus de perles qu'elle n'en porta jamais 4 . v 

Peu de jours après, Jeanne, pleine d'illusions sur l'état de sa santé, écrivait elle- 
même à Catherine : tf J'ay vu vostre fontaine des Tuileries, M. de Retz m'avant invitée 
à un souper privé, avec lequel j'ay veu en cette ville beaucoup de choses pour nos 
noces. Je vous attends en bonne condition 5 -; mais elle s'était surmenée pour en 
hâter les préparatifs, et était au bout de ses forces. Le 3 juin prise d'une vioïente 
lièvre, elle s'éteignait le 9. rr Grande reine, a dit d'Aubigné, qui n'avoit de la femme 
que le sexe, l'âme entière aux choses viriles, cœur invincible aux adversités . •• 

1 Bibl. nat., fonds français, n° 3p,5o, f 82. ' Bibl. naf., fonds français, n" 3iao,fol. ai. 

■ Ibid. , p. 87. 5 Bibl. nat. de Saint-Pétersbourg (autographe). 

Pion, Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle, ' D'Aubigné', Histoire universelle, édit. deM.de 

t. IV, p. 34i. Ruble. t. III, p. 292. 



„, INTRODUCTION. 

Le jour même où expirait Jeanne d'Albret, lord Lincoln et sir Thomas Smith 
arrivèrent a Paris; ils y venaient remplir la même mission que Montmorency et 
Paul de Foix à Londres et recevoir le serment de Charles IX, obligatoire garantie 
de la dernière ligue. La mort de la reine de Navarre ne fut point un obstacle aux 
fêles qui leur lurent prodiguées. Catherine tenait à leur donner une haute idée 
de la cour de France : banquet dans le jardin des Tuileries, bals, concerts, co- 
médies se succédèrent sans relâche, tantôt chez les ducs d'Anjou et d'Alençon, 
tantôt chez le duc de Nevers et le comte de lletz. A son tour, Coligny les recul 
magnifiquement; mais le temps s'écoulait, et loin de revenir à son ardeur belli- 
queuse, Charles IX, retombé sous la domination de sa mère, écrivait le 16 juin 
à Vulcob, son ambassadeur à Vienne : 

rr J'ay nouvelles du costé des Pays-Bas que les affaires des dieux vont toujours 
■■il empirant et que ceux qui sont dans Mons se trouvent aujourd'hui assiégez de 
tous costés, avec peu d'espérance de se pouvoir garder d'être pris en ladicte ville, 
(lui ne sera que ce que l'on peut attendre de semblables malheureuses entreprises. 
Pour ma part, je continue à faire donner le meilleur ordre que je puis pour en- 

rder que aucuns de mes sujets de la nouvelle religion ne sortent hors de mon 
royaume au secours desdicts Gueux, tant je blasme leurs malheureux desseins et 
désire empescher qu'il en survienne quelque chose qui puisse apporter altération 
i la bonne et sincère amitié que j'ay avec le Roi Catholique, mon beau-frère '. r. 
Du moment que tout dépendait comme parle passé de la volonté de la Reine 
mère, il ne restait plus à Coligny que la ressource de marcher clans sa voie et 
d'appuyer de son inlluence personnelle le projet de mariage du duc d'Alençon 
dont Montmorency cl Paul de Foix poursuivaient à Londres l'interminable négo- 
ciation. Sir Arthur Champernon l'ayant invité à souper avec Middlemore, venu 
avec lord Lincoln, l'un de ces agents secrets en qui Elisabeth avait toute conliance. 
el avec lequel il avait déjà eu de fréquents rapports en îaGo, au sortir de 
table , le prenant à part, il aborda toutes les questions du joui- et celle qui lui 
tenait le plus au cœur, la guerre dans les Flandres. Il lui représenta le danger 
qui menaçait à la fois l'Angleterre et la France, si Philippe 11 venait à l'em- 
porter. De toute nécessilé il fallait brider son ambition et jamais occasion plus 
opportune ne se représenterait; d'ailleurs tout était préparé pour une action 



1 Bibl. na 1 ., l'omis français, n° 33 17 , i° a3; voir sa lettre au vicomte d'Orlhe, Arch. nat, collect. Si- 
mancas, K l5a6. 



INTRODUCTION. lui 

commune et le succès semblait certain. Après ce chaleureux exposé, comme il 
pressait Middlemore de lui dire ce qu'il en pensait : 

« Je n'ai aucune qualité, répondit-il, pour traiter de pareilles matières; 
j'ignore d'ailleurs les intentions tle la reine ma maîtresse, a 

— rrMais du moins, quelle est votre opinion personnelle, dites-la-moi? n 

— ce Eh hien, en Angleterre, l'on désire surtout que la France et l'Espagne s'en 
tiennent à leurs possessions actuelles, car l'agrandissement de l'une ou de l'autre 
pourrait devenir un véritable danger; l'on redoute surtout que la France ne vienne 
à s'emparer des Flandres, ce que l'Angleterre ne peut souffrir à aucun prix. - 

— crMais si votre reine s'unissait à nous, elle aurait sa part des avantagv- à 
recueillir; le vrai danger, c'est de laisser passer l'heure. Je me suis réjoui de la 
nouvelle ligue qui a uni nos deux nations et le plus sûr moyen de l'affermir, ce 
serait le mariage du duc dWlençoim, et il en fit un éloge pompeux. 

— r Avant tout, il y a à considérer, observa Middlemore, la différence d'âge 
et de religion, s 

— et Quand il s'est agi de M. le duc d'Anjou, la différence d'âge n'a jamais été 
mise en avant, répliqua Coligny; quant à la religion, j'ai le plus grand espoir 
dans le jeune prince; je ne doute pas qu'il ne se conforme à tout ce que voudra 
votre reine, il y est déjà porté par sa propre inclination. ■» 

Il s'arrêta là, et pria Middlemore de transmettre à la reine les nouvelles pro- 
testations de son attachement 1 . 

Cette ouverture ayant été si froidement accueillie, et ne pouvant à l'heure 
présente rien gagner sur l'esprit de Charles IX, l'amiral rentrait à Chàtillon dans 
les derniers jours de juin et y tombait malade. Les déceptions par lesquelles il 
venait de passer n'y avaient pas peu contribué, et II eust plus tost esté guéri , écrivait 
Jacqueline d'Eulrenionts, sa femme, à Renée de Ferrare, sans une infinité de 
rompement de lèle que tous les jours il a pour les affaires de la religion et du 
royaume' 2 , -n 

VIII 

Retournons en arrière et voyons où en était, à Rome, la négociation de la 
dispense pour le mariage du roi de Navarre et de Marguerite de Valois. La 
maladie de Pie V n'avait pas permis à M. de Ferais de la poursuivre. Dès I< 

1 Biitish Muséum. Voir uolre livre Le xvf siècle et les Valois, p. 3 1 5 . — - Bibl. nat. , fonds français, 
n" 33f)7, fol. a5. 



in INTRODUCTION. 

lendemain de sa mort, survenue le t er mai, en l'annonçant au Roi, il avait 
ajouté : «Il n'est pas croyable les brigues et menées que font les cardinaux, et 
on a l'opinion qu'ils feront l'élection dans cinq ou six jours, par la crainte que la 
venue des étrangers ne puisse atténuer l'effet de leurs volontés 1 .?) 

Ces prévisions se réalisèrent : le i3 mai, Grégoire Xlll fui élevé à la pa- 
pauté. 

De longue date Ferais était l'un de ses familiers; il voulut mettre à profit 
cette intimité, et à sa première audience il l'entretint de la dispense. Le Pape ne 
s'attendait guère à une si brusque mise en demeure; il ne put dissimuler son 
embarras, et, après quelques minutes de silence : «Tous les décrets de l'Eglise, 
dit-il, sont contraires à ce que vous me demandez. n 

«Mais il y a, répondit Ferais, des considérations d'intérêt public qui sont au- 
dessus de tous les décrets et de toutes les lois; il y a des cas de force majeure, 
des nécessités qui s'imposent dans l'intérêt du repos de tout un royaume. Je 
supplie Votre Sainteté d'y avoir égard. La requête que je lui soumets n'est-elle 
pas le plus grand témoignage de l'obéissance que le Roi Très Cbrétien porte à 
Votre Sainteté? Un refus pourrait servir d'argument aux autres princes et leur 
fournir le prétexte d'en discourir à leur gré, chose qui pourrait grandement 
altérer la bonne volonté du Roi mon maître envers le Saint-Siège ' 2 . n 

Grégoire XIII, pour se débarrasser d'un si tenace solliciteur, ayant allégué les 
nombreuses affaires qui lui incombaient à son avènement : «Il n'y en a pas de 
plus importante 11, riposta Ferais. 

Pressé ainsi, le Pape changea de terrain : «Au nom de qui me présentez-vous 
cette requête? Est-ce en celui du prince de Navarre?» 

— «Son âge ne le comporte pas, dit Ferais; elle est adressée à Votre Sainteté 
au nom du Roi et de la Reine mère. Le mariage du prince de Navarre devant se 
faire catholiquement, Leurs Majestés en conçoivent un grand espoir pour son 
retour à notre sainte religion. 

— «Il ne m'est pas permis de m'occuper en ce moment d'une si grosse affaire n, 
répliqua le Pape; et il fit comprendre à Ferais que pour une première fois il ' 
avait assez insisté 3 . 

Quelques jours plus tard, Ferais revint à la charge; il s'était fait accompagner 
par le cardinal de Rambouillet, qui s'y était prêté de bonne grâce. «La résolution 

l'.ibl. uni., fonds français, n" 161/40. — 2 Bibl. nat., fonds français, n° 16160, f" 102. — Bibl. 
nat., fonds français, n" 16160, f'° ia3. 



INTRODUCTION. lv 

c[ue j'ai à prendre, dit le Pape, mérite un sérieux examen. Mon intention est 
d'accorder la dispense, si toutefois mon pouvoir va jusque-là 1 . u 

Sur ces entrefaites, la nouvelle de la mort de la reine de Navarre parvint à 
Home. Quelles conséquences allait-elle avoir dans les circonstances actuelles? A 
cet égard, les opinions étaient diverses : c'est le Pape qui, en voyant Ferais, lui 
en parla le premier: «■ Cette mort, lui dit-il, décidera peut-être le Roi votre 
maître à prendre une autre résolution, et je me le promets presque. Le roi de 
Navarre est si jeune, il pourra à cette heure se réduire et lui-même requérir la 
dispense. Ti 

— «Sa Majesté, répondit Ferais, ne m'a pas encore écrit. v 

La première lettre qu'il reçut ne lui parvint que dans les premiers jours de 
juillet. crLes difficultés, lui disait Charles IX, que le Saint-Père me fait pour la 
dispense du mariage de ma sœur avec mon frère de Navarre, me mettent en 
grande peine, car je suis résolu de faire et consommer ledit mariage aussitôt que 
mondit frère sera arrivé, pour plusieurs considérations qui importent grandement 
au repos de mon royaume; et il sera incontinent près de moy, m'ayant écrit de 
Tours qu'il ne séjourneroit aucunement par les chemins, de manière que, si je 
ne reçois la dispense que par votre neveu de Beauville, je vous laisse à considérer 
en quel ennui je me retrouverai " 2 . n 

Le jour de l'arrivée du roi de Navarre étant encore incertain, Charles IX, de 
Charleval où il était encore, manda à Biron : et 11 me déplaît qu'il y ait des gens 
qui, par artifice, le veulent mettre en doute de mon intention pour le retarder 
encore par les chemins. De lui-même il est de bonne volonté et m'assure qu'il 
connoîtra bientôt la vérité et que cela ne l'empêchera pas de venir. Je me suis 
avisé de lui écrire cette lettre de ma main que je vous envoie, et serois bien 
marri de ne pas le retrouver à mon retour à Paris, comme je vous prie de le lui 
dire 3 , v 

Les inquiétudes manifestées par Charles IX n'étaient nullement fondées. Suivi 
d'un brillant cortège de gentilshommes protestants, Henri de Navarre entrait à 
Paris le 5 juillet. Coligny l'y avait devancé. En toute hâte il était accouru pour 
prêter son aide à Genlis, que Ludovic de Nassau, serré de trop près dans Mons. 
venait d'y envoyer pour rappeler ses promesses à Charles IX. 

Celte fois, diverses circonstances allaient favoriser l'intervention de l'amiral 

1 Bibl. nat. , fonds français, n" îbiAo, f° y(13. — 2 Biljl. nal.. Ibn<ls français, n" 161/10. — ! Bilil. 
nal., fonds français, n° 1 5555. 



lvi INTRODUCTION. 

L'arrivée de Genlis à Paris a\ant été dès le premier jour signalée à l'ambassadeur 
d'Espagne, et le Roi n'étant pas encore de retour de Gliarleval, c'est à Catherine 
qu'il était venu soumettre ses remontrances et demander que ce rebelle fût mis eu 
prison et puni comme il le méritait. Pour s'éviter une réponse trop directe, 
Catherine avait allégué l'absence du Roi, auquel elle en ferait part. Charles IX, 
mis ainsi en demeure de s'expliquer, s'en était habilement tiré : cr J'ai répondu, 
avait-il écrit à Saint-Couard, que je désirois grandement châtier tels gens pour 
avoir accompagné le comte Ludovic, mais qu'il lu II o i t considérer, comme il v 
avoit un très grand nombre de ceux de la religion en ma ville de Paris, et qu'ilz 
s'estoient assemble/ eu mon royaume en plusieurs endroitz, lesquels comme il 
sembloit ne chercher qu'un prétexte et argument de recommencer les troubles, 
s'estanl jà descouvert avoir l'ailly de surprendre mes villes de Laon et Péronne, 
de manière que, si je faisois apréhender ledit Genlis, il seroit à craindre qu'ilz 
voulussent faire servir celte démonstration d'occasion de troubler le repos de 
mon royaume, pour lequel establir j'avoys eu tant de peine que je voulois faire 
tout mon possible pour n'y rentrer. Ainsy je le suppliay admonester ledicJ 
ambassadeur de ne faire pour ce regard plus grande instance et se contenter de 
ce que je puis faire sans préjudiciel' à mes affaires 1 .!! 

Celte réponse n'était qu'une échappatoire, et Charles IX se réservait toute 
liberté d'agir. Quant à Catherine, les exigences hautaines de l'ambassadeur 
d'Espagne l'ayant vivement mécontentée, elle ferma momenfanémcntlesyeux sur 
les agissements de Coligny, qui ainsi encouragé reprit toutes ses espérances. 
\\ant obtenu d'elle une audience à Saint-Cloud, par hasard il se rencontra dans 
la salle d'attente avec Strozzi et Rrantôme. ce Dieu soit loué, dit-il en les abor- 
dant, tout va bien! Avant qu'il soit longtemps nous aurons chassé les Espagnols 
des Pavs-Ras et nous en aurons fait nosfre Roy maisfre ou nous y mourrons 
tous et moy le premier. Je ne plaindray point ma vie, si je la perds pour si 
bon subject. n 

ce 11 auroif voulu, ajoute Rrantôme, que Strozzi rompist son dessein d'aller sers 
les isles du Pérou et que nous allassions fondre par mer sur les Flandres et lui 
par terre si bien que, si nous nous entendions ainsi, tout iroit bien 2 , n 

Libre ainsi d agir, Coligny se remit à l'œuvre : 

et II fait tout ce qu'il peut, écrivait Çuniga, le i3 juillet, au duc d'Albe, pour 

1 Bibl. <li' L'Institut, fonds Godefroy, a° 256. — J Brantôme, édit. il' 1 t.. Lalanne, l. IV. p. 398. 



INTRODUCTION. LVI , 

faire partager au Roi ses mauvaises intentions. Hier, il resta longtemps avec 
Sa Majesté; à la fin de leur entretien, il fit de grandes révérences qui donnent à 
penser que Sa Majesté a consenti à sa demande '.n 

Çuniga avait été bien servi par ses espions; car, de son côté, le comte de Saint- 
Paul, l'ambassadeur de Savoie, écrivait au duc son maître : «Briquemault et 
Genlis ont obtenu du Roi de lever quatre mille hommes de pied 2 , n 

Ce n'était là qu'une avant-garde; de son côté, Coligny levait une véritable 
armée, et, de plus en plus effrayé, Çuniga écrivait de nouveau, le 18 juillet, à 
Philippe II : tr L'amiral sera le capitaine général des troupes envoyées au secours 
de Mons. n 

Charles IX était si bien décidé à la guerre qu'il venait de donner l'ordre à 
Strozzi de se préparer à prendre la mer avec sa flotte, et le ^5 juillet Strozzi lui 
écrivait : r.Ie vous supplie, Sire, vous assurer que ce que je coygnoistray estre 
pour votre service, je l'exécuteray ou nous y mourrons l'un sur l'autre. Dites votre 
intention au présent porteur que, si vous voulez, je vous passe quatre mille 
hommes choisis parmi sept ou huit mille ayant vivres et vaisseaux, comme le por- 
teur vous dira. Si vous ne nous employez près et que j'aille loin, je n'en veux 
mener que la moitié, qui me suflira 3 . n 

Tout dépendait de ce qui allait se passer dans les Flandres, et Charles IX en 
attendait l'issue pour se déclarer ouvertement contre l'Espagne et transmettre ses 
dernières instructions à Strozzi. 

Cette flotte, depuis si longtemps immobile à Brouage, avait été jusqu'ici Ja 
redoutable menace qui avait retenu celle de don Juan d'Autriche dans les eaux 
de la Sicile. Catherine, restée dans l'ombre et jouant, comme toujours, un 
double jeu, se servit de l'ordre donné à Strozzi pour se couvrir vis-à-vis de Phi- 
lippe II et, pour, en cas d'un échec de Genlis, se ménager de plausibles excuses. 
Le 17 juillet, elle écrivit à Saint-Gouard : a Je vous prie, faisant entendre au 
Roi Catholique monsieur mon beau-fils la résolution que le Roi mon fils a prise de 
laisser sortir son armée de mer, lui dire, de ma part, que, tout ainsi que j'ay 
toujours procuré l'entreténement de l'amitié fraternelle qui est entre le Roi mon 
fils et lui, je me réjouis aussi maintenant de les voir tellement désireux de vivre 
en paix et couper chemin à toute occasion qui pourroit engendrer le contraire, 



1 Arch. nal.. collection Simancas, K 1529. — 2 Arch. de Turin; voir noire livre Le xvi siècle et les 
Valois, ]). 319. — 3 Bibl. nat., fonds français, n° 1 5 5 5 5 , f° 5g. 

Catherine de Médicis. — iv. h 



tviir.mcnic sat!,*» 



umi INTRODUCTION. 

s'étant le Moi monsieur mon lils résolu de faire partir celle année sans in faire 

plus longtemps différer, afin de le tirer du soupçon qu'il en avoit 1 .» 

Et ce qui motivait cette conduite si calculée, si prudente de Catherine, c'est 
que la réponse que le maréchal de Montmorency et Paul de Foix venaient de 
rapporter de Londres aux propositions de mariage faites par eux en son nom 
était loin d'être satisfaisante. Les honneurs ne leur avaient pas été ménagés, leur 
réception avait été aussi pompeuse que celle, récemment faite à lord Lincoln: 
mais, eu dépit de leurs instances réitérées, ils n'avaient pu obtenir ni un oui ni un 
non. Elisabeth avait remis à un mois sa résolution définitive. Dans l'intervalle elle 
s'attendait a quelque offre assez avantageuse pour la décider à passer sur la dis- 
proportion de l'âge. C'est en réalité Calais qu'elle désirait qu'on mit dans la cor- 
beille. Burghley en fait l'aveu à Walsingham : «Je voudrais que nous puissions 
l'avoir et que le duc d'Alençon en fût gouverneur, sa vie durant, de manière que 
nous \ eussions sûreté pour notre étape. A moins qu'on ne puisse par quelque 
moyen lever la difficulté que Sa Majesté s'est mise dans la tète que le monde 
trouverait mauvais qu'elle eût fait un tel choix, le succès me paraît incertain 2 . to 

Elisabeth s'en explique elle-même dans une lettre à Walsingham : tt Voyant 
MM. Montmorency et de Foix dans une extrême perplexité de l'éloignement que 
nous faisons paraître de nous rendre à leur désir, et jugeant qu'un refus serait 
pour eux un chagrin sensible, nous fûmes conseillée de ne pas rejeter tout à l'ail 
leur proposition et d'attendre le retour de lord Lincoln pour être mieux à même 
de juger du personnage et de ses qualités 3 . « 

Coligny auquel Walsingham communiqua la dure condition exigée pour l'accep- 
tation du duc d'Alençon par Elisabeth, en dit quelques mots à Catherine et à 
Charles IX, mais en ayant soin de l'attribuer à la seule initiative de l'ambassa- 
deur. Sur leur relus formel de rendre Calais, M. de Foix, à titre de dédomma- 
gement, proposa Flessingue à Walsingham. place bien plus avantageuse pour les 
Anglais que Calais; il fit même entendre (pion pourrait stipuler dans le contrat 
de mariage du duc que la France y aiderait de toutes ses forces' 1 . 

Sur ces entrefaites, le bruit s'étant répandu que le fils cadet de l'empereur 
Viaximilien se posait comme prétendant à la main d'Elisabeth, le duc d'Alençon* 
de l'assentiment de Catherine cl du Roi, fit partir pour Londres La Mole, son plus 
dévoué confident. C'était là une dernière partie à jouer, et Ions les partisans 

\ >i. dans le présent volume, celte lellre, p. 107. — ' Lettres et mémoires de Walsingham, 
11. a56. ///i'/., ]i. a65. — ' Ibid., p. -.'58. 



INTRODUCTION. l;\ 

de l'alliance anglaise y. mirent la main : cLa Mole est un de mes plus intime-; 
amisfl, écrivit le maréchal de Montmorency à Bùrghïey, et Coligtty plaida à sou 
tour auprès de lui la cause du duc : rr Étant ce gentilhomme l'un des siens 
qui lui est le plus agréable, je n'ay pas voulu faillir de faire cette lettre pour 
vous remercier de votre bonne volonté envers moy et combien que je sache 
assez en quelle recommandation vous avez la continuation de l'amitié naguères 
contractée entre ces deux royaumes, toutefois pour le bien que je prévois en 
devoir réussir, je ne puis que je ne vous supplie encore très instamment, étant 
mù d'une même affection que vous, d'y vouloir toujours tenir la main, et vous 
diray qu'il me semble que cette amitié pourroit être plus étroitement confirmée 
et fortifiée avec une bonne alliance par ce mariage. De ma part, je m'estimeray 
toujours heureux de pouvoir servir à chose si sainte, si désirable, et d'autant que 
vous connoissez bien le faict qui proviendroit d'une si belle alliance, je ne vous 
diray autre chose l .r> 

Toutes les volontés marchaient donc vers un but commun, lorsque la nou- 
velle de la défaite de Genlis, coup de foudre inattendu, parvint à la cour. Parti 
le 12 juillet, il devait se borner à rallier le prince d'Orange qui, le 7 du même 
mois, avait passé le Rhin. La simple prudence lui imposait la nécessité de ne pas 
opérer seul et avec d'autant plus de raison que les Espagnols étaient admira- 
hlement servis par leurs espions et par les avis officieux que les propres conseillers 
de Charles IX leur transmettaient. «Le cardinal de Lorraine m'a fait dire, 
mandait le duc d'Albe à Philippe II, que je me tienne sur mes gardes et qui) 
croyait l'armée de mer destinée à agir dans les Pays-Bas 2 . -n La inarche de Genlis 
avait donc dû être signalée. Emporté par sa fougue, il va tomber dans l'embuscade 
que le fils du duc d'Albe, don Frédéric de Tolède, et Chiappin Vitelli lui ont 
tendue près de Quiévrain. Sa petite armée est taillée en pièces, bon nombre de 
ses compagnons et lui-même sont faits prisonniers, et des lettres saisies sur eux et 
de leurs propres aveux arrachés par la torture, les Espagnols acquièrent la preuve 
qu'ils n'ont marché au secours de Mons que par ordre du Roi : t J'ai en mon 
pouvoir, écrivait Albornos, le secrétaire du duc d'Albe, au cardinal de Granvelle, 
une lettre qui vous frapperait de stupeur si vous la voyiez. Pour le moment il 
convient de dissimuler 3 . -n 

' Record office, vol. LUI (autographe); voir notre livre Le xvi' siècle et les Vidais, p. 3i6. — 
' Gachard, Bulletin de l'Académie royale de Belgique., t. \\ I. — Gachard, Correspondance de Philippe II , 
1. Il , p. 369. 



i..v INTRODUCTION. 

Charles IX, auquel Coligny vint se plaindre des indignes traitements infligés à 
des prisonniers, s'en montra d'abord très irrité : tr Le roi d'Espagne, dit-il hau- 
tement et à plusieurs reprises, veut me faire mon procès 1 .» 

En réalité la défaite de Genlis était un accident de guerre bien moins im- 
portant que les Espagnols s'empressèrent de le publier. L'armée qu'amenait le 
prince d'Orange, celle que rassemblait Coligny étaient intactes; r mais sous 
l'impression du premier moment, écrit Walsingham à Burghley, la peur des 
armées espagnoles a saisi la Reine mère. L'amiral a beau rejeter cette défaite sur 
ceux qui avaient empêché le Roi de se déclarer, l'audace augmente aux pacifiques u; 
et comme s'il prévoyait le parti que Catherine allait en tirer : r Ceux de la religion 
qui jusqu'ici s'endormaient dans la sécurité commencent à se réveiller et à voir 
le danger qui les menace. Si l'affaire des Pays-Ras ne réussit pas, il n'y a rien 
à espérer pour eux 2 , a 

Le même jour il mande à Leicester : nLes chefs protestants ont fait mander 
au Roi que, s'il laisse succomber le prince d'Orange, il ne sera plus en sa puis- 
sance de maintenir son édit de pacification. L'amiral m'a prié de solliciter votre 
intervention auprès de la reine et de savoir si, sur la proposition que le Roi lui 
en fera faire, elle voudrait agir de concert avec lui pour le secours de ce pauvre 
prince dont les intérêts la touchent de si près par rapport à la religion, et aux 
intérêts de son Etat. Si les Espagnols triomphent elle peut s'attendre à tous les 
maux 3 . A 

Ainsi, même après la défaite de Genlis, cette dernière lettre le témoigne, 
Charles IX était disposé à intervenir dans les Pays-Bas, à la seule condition que 
les Vnglais marchassent avec lui. 

Tout devait déterminer Elisabeth à écouter le conseil de Walsingham; niais 
en dehors de ses ministres elle poursuivait une politique toute personnelle dont 
seule elle tenait les fils. Dans les derniers jours de juin, don Guaras, l'un des 
deux agents qui avait traité avec elle d'un traité de commerce, profitant d'une 
audience secrète, lui avait remis une lettre du duc d'Albe qui la pressait de se 
réconcilier avec l'Espagne. Après l'avoir lue attentivement: RCeux de Flessingue, 
avait-elle dit, me proposent de remettre leur ville entre mes mains. Si cette place 
peut être de quelque utilité pour le Roi Catholique, je suis toute prête à accepter 
leur offre. A laide des Anglais qui y sont déjà et de ceux que j'enverrai, il me 

Alberi, Relaz. di Viclticli , série I, I. IV, p. a83. — - Lettres et mémoires de Walsingham, |>. 2G/1. 
— Ibià. 



INTRODUCTION. m 

sera facile d'en être maîtresse et je la remettrai à celui que le duc enverra pour 
la recevoir 1 . « 

11 n'est point admissible que Guaras, l'agent de l'Espagne, ait, de sa propre 
invention , prêté à Elisabeth le langage qu'il lui fait tenir. Vraie ou fausse l'offre 
de livrer Flessingue fournissait au duc d'Albe le moyen le plus sûr d'effrayer 
Catherine, et il était trop habile pour ne pas en profiter. Elle avait donc dans les 
mains des raisons assez fortes pour faire partager ses appréhensions à Charles IX. 
Mondoucet, son envoyé à Bruxelles-, l'ayant prévenu que le duc avait acquis la 
preuve de son intervention dans les Flandres par les papiers saisis sur Genlis 
et ses compagnons, il lui adressa cette humiliante lettre : «Si l'on veut faire juge- 
ment de moy parce que les apparences et les belles occasions qui se sont pré- 
sentées et offrent encore aujourdliuy pour m'aggrandir me incitoyent d'entre- 
prendre sans considérer ce que j'ay faicl jusques icy et la volonté que j'ay de vivre 
en paix et de laquelle j'ay par tant et diverses fois donné entière asseurance, je 
ne fais doubte ou que l'on ne me tienne consentant desdites entreprises ou 
très affectionné à la paix. Quant à ce que le duc d'Albe vous a fait entendre 
auroil esté dict par deçà, c'est chose dont je n'ay jamais oy parler, ce sont men- 
songes, lesquelles luy ont esté escriptes pour toujours le mettre en défiance de 
moy, auxquelles il ne debvroit avoir aucun égard. Vous luy en parlerez de cette 
manière; aussy devrez-vous, quelquefois, luy dire ce que sçavez de l'affaire de 
ses ennemis pour le contenter et luy faire croire davantage votre intégrité; car. 
encores qu'il ne y adjoute foy, toutesfoys cela servira à mon intention, pourvu 
que le fasciez dextrement. Il faut surtout qu'il ne soit descouvert qu'aiez intel- 
ligence avec le prince d'Orange et qu'estans ceux que y despescherez surpriûs, 
l'on ne les trouve pas chargez de chose que en face foy 3 . n 

Cette dernière phrase, il est utile de le retenir, indique bien que, tout en 
cédant aux nécessités du moment, Charles IX n'avait pas renoncé à intervenir 
dans les Pays-Bas et à secourir le prince d'Orange. 

En Europe on s'attendait si bien à une prochaine lutte entre la France et 
l'Espagne, que, se voyant à la veille d'être privés de l'appui indispensable de Phi- 
lippe II et de se trouver ainsi seuls à la merci des Turcs, les Vénitiens envoyèrent 
en mission extraordinaire leur plus habile diplomate, Giovanni Michieli. Parti de 

Froude, llisiory ofEvgland, 1. X, p. 38a. — 2 Claude de Mondoucet, s' df Monteaux en Btésois. 
— Dibl. un t., fonds français, n° i6is5, ('" 1 83. 



lsii INTRODUCTION. 

Venise, le 10 juillet, malgré son grand âge, il franchit cette longue distance en 
onze jours. A sou arrivée à Paris, il ne trouva ni le Roi ni la Reine mère et sa 
première audience fut remise à leur retour. \u jour fixé Geronimo Gondy, 
l'introducteur des ambassadeurs, vint les prendre lui et Cavalli, le résident ordi- 
naire, dans un carrosse d apparat. Sur chaque marche du grand escalier du Louvre, 
un hallebardier de la garde du Roi se tenait immobile. Dans la salle de réception 
étaient réunis les deux frères de Charles IX, le prince de Coudé, le roi de 
Navarre, les ducs de Guise, de Montpensier* de Nevers, le cardinal de Roui-bon, 
et tous les giands dignitaires de la couronne. Catherine avait voulu qu'il en fût 
ainsi, afin de donner plus d'autorité aux déclarations pacifiques qu'elle avait 
imposées au Roi. Prenait! le premier la parole, et affirmant que la fortune de la 
République Sérénissime était à jamais liée à celle de la France, Micbieli supplia 
Charles i\ de ne pas rompre avec l'Espagne au moment où l'on était en pleine 
guerre avec les Turcs. « Rassurez ces seigneurs, répondit- il. je suis peiné de ce 
que l'entrée de mes sujets de la religion dans les Pays-Ras. au mépris de mes 
ordres, ait pu l'aire soupçonner que je veuille déchirer la guerre à l'Espagne. 
J'entends et je veux vivre en bonne amitié et paix avec tous mes voisins. ■• 

Au sortir de l'audience, prenant à part Micbieli, Catherine lui dil : rc Mandez 
à ces seigneurs que les effets encore plus que les paroles démontreront que nous 
voulons la paix '. t 

L'ambassadeur, se le rappelant plus tard, supposa qu'elle faisait allusion à 
ce qui fut exécuté depuis. La pensée de se débarrasser de Coligny la hantai 1 déjà 
sans aucun doute, mais avant d'en venir à cette extrémité toujours envisagée, il 
fallait que de nouveaux motifs l'y déterminassent. A ce moment, se croyant maî- 
tresse absolue de la situation, elle alla à la rencontre de sa fille la duchesse de 
Lorraine qui, venant aux noces de sa sœur, était restée malade dans les environs 
de Châlons. A son point de vue. c'était une imprudence et une faute. Coligny 
reprit bien vite tout le terrain perdu et poussa de nouveau le Roi à la guerre. 
Durant quatre ou cinq-jours, nous dit 1 ambassadeur de Toscane, on en parle 
comme d'une chose décidée. Micliieli le confirme dans sa relation et Cavalli 
ajoute dans la sienne : b \ chaque heure on fait partir des hommes de pied et 
de cheval; l'amiral devient tout aussi puissant que la été le connétable de Mont- 
morenev -. ■• 

' Alberi, Maz. di Wiclùeli, sériel, t. IV. p. a8i. — 2 Ibid., p. 3a4. 



INTRODUCTION. lxih 

Prévenue par un avis de Retz et de Birague, Catherine accourut précipi- 
tamment à Paris dans la soirée du h août. Revenu de la chasse depuis quatre 
jours le Roi l'y avait devancée. C'est dans les Mémoires de Tavanncs qu'il 
faut lire la scène émouvante qui eut lieu entre elle et son fils : a Je n'eusse pensé, 
dit-elle, que pour avoir pris tant de peine à vous élever, vous avoir conservé 
la couronne que les huguenots et les catholiques vous voulaient oler; après 
urètre sacrifiée pour vous et encouru tant de hasards, que vous m'eussiez voulu 
donner récompense si misérable. Vous vous cachez de moi, qui suis votre mère, 
pour prendre conseil de vos ennemis; vous vous ôtez de mes bras qui vous ont 
conservé pour vous appuyer des leurs qui vous ont voulu assassiner. Je sais que 
vous tenez des conseils secrets avec l'amiral; vous désirez vous jeter inconsidéré- 
ment dans la guerre avec l'Espagne pour faire votre royaume et nous en proie 
de ceux de la religion. Avant de voir cela, donnez-moi congé de me retirer au 
lieu de ma naissance. Ils ne veulent pas la guerre dEspagne, mais celle de la 
France l .y> 

Mais ce qui allait donner plus de valeur aux supplications de Catherine, c'est 
le bruit qui vint à courir qu'Elisabeth rappelait des Pays-Bas tous ses sujets 
qui y étaient alors. «J'ai écrit en toute hâte au comte de Leicester, mande 
Walsingham à Smith, pour tâcher de faire suspendre le rappel de nos troupes; 
sans quoi tout le dessein court risque. Si l'affaire des Pays-Bas ne réussit pas. 
nous sommes évidemment en un péril extrême -. s Et dans une lettre du même 
joui' à lord Burghley : ce Le Roi était tout résolu à la guerre, mais la Reine >a 
mère lui a remontré que sans notre secours elle échouerait misérablement, et à 
force de larmes elle l'a fait entièrement changer d'avis. Je crains bien qu'il n'en 
résulte de fâcheux effets si Dieu n'y met la main.t 

En effet, le lendemain de son retour à Paris, Catherine ayant eu la visite de 
l'ambassadeur d'Espagne, venu pour lui remettre la lettre du duc d'Albe en ré- 
ponse à celle qui le félicitait de la défaite de Genlis : rr Personne, lui dit-elle, ne 
désire plus que moi la prospérité du roi votre maître. i> — et II en est persuadé, 
répliqua-t-il; mais dès que Votre Majesté s'éloigne, l'on ne parle plus que 
de guerre; en revenant elle ramène la paix, n Et il lui insinua qu'elle seule 
pouvait empêcher une rupture \ L'entretien ne se poursuivit pas; toutefois 



Panthéon littéraire, Mémoires de Tavamies , p. 453. — ' Lettres et mémoires de Walsingham, p. #70. 
1 Ibid. 



Ltn INTRODUCTION. 

Gondi que Çuniga vit dans la même journée, lui affirma que la Heine avait 
mandé l'amiral aux Tuileries et défait tout ce qu'il avait arraché au Roi 1 .^ ' 

Le bruit du rappel des Anglais, dont Catherine avait dû se servir si efficacement, 
n'était pas fondé; mais ce qui était plus vrai, c'était qu'avec leur mauvaise foi ha- 
bituelle ils pensaient à agir dans les Flandres pour leur propre compte; leur chef, 
sir Humfrey Gilbert, écrivait de Flessingue, le i3 août, à Burghlcy : «J'ay été 
informé qu'un gros corps de Français se prépare à venir ici. Que dois-je faire? 
Sortir de celle ville, ou si la Heine m'en laisse foute liberté, provoquer une 
émeute entre les Français et les habitants et tailler en pièces tous les Français 2 1-n 

En veut-on une autre preuve? Sir Ralph Lane, le i5 août, offrait au bourg- 
mestre de INieuport de se mettre, lui et ses concitoyens, sous la protection de la 
reine d'Angleterre. « Ce n'était pas, disait-il, pour les soustraire là leur obéissance 
envers leur souverain, le roi d'Espagne, mais uniquement pour préserver leurs 
biens, leurs personnes et leur liberté contre la tyrannie du duc d'Albe 3 . n 

En réalité, au point de vue anglais, ce protectorat, tel qu'il l'entendait, n'était 
que l'acheminement à une conquête définitive ''. C'est ainsi que procède toujours 
l'Angleterre. 

Voilà donc Charles IX de nouveau repris par sa mère; aussi, lorsque l'amiral 
le mit en demeure d'exécuter ses promesses, n'osant lui avouer cet inattendu revi- 
rement, il lui fit entendre que ne voulant pas à lui seul assumer la responsabilité 
de la guerre il prendrait l'avis du conseil. «Mais, Sire, autant n'en pas parler, 
s'écria l'amiral; ce conseil n'est composé que d'hommes de robe longue qui in- 
stinctivement ou par profession l'abhorrent. Je ne me sens pas le courage de dis- 
cuter avec eux.n — « Rassurez-vous, reprit le Roi, je n'y appellerai pas que des 
robes longues, mais des hommes d'épée, Montpensier, Cossé, Nevers, Tavannes. 
Vous les connaissez bien tous, pas un n'est de force à vous répondre. 11 

L'amiral ne pouvait que se soumettre à ce que le Roi exigeait. Un jeune homme 
de vingt-trois ans, qui depuis s'est fait un nom illustre, Duplessis Mornay, venait 
de visiter les Pays-Bas; il s'était rendu compte de leurs besoins, de leurs aspira- 
tions et de leurs espérances. C'est à lui qu'il eut recours, et de leur collaboration 
sortit le mémoire qui motivait éloquemment la guerre avec l'Espagne. Nous 
nous bornerons à le résumer sommairement : 



' Arrli. nul., coll. Simancas, K tô3o. — 2 Calentlar of State papers (1672), p. 169. — " Ibidt, 
p. 169. — ' Ibid., p. 1 9 . 



INTRODUCTION. nv 

«Tous nos maux, y était-il dit, viennent de nos divisions domestiques; le 
meilleur moyen d'éviter la guerre à l'intérieur, c'est de la porter au dehors; mais 
elle doit être juste, facile et profitable. Cette guerre, Sire, vous l'avez déjà com- 
mencée : le Roi Catholique ne sait-il pas que vous avez reçu et favorisé Ludovic 
de Nassau? Ne sait-il pas que vous vous êtes entretenu avec Genlis, à son re- 
tour de Mous? Que peut-il croire, sinon que Votre Majesté a la volonté de lui 
nuire en secret, et qu'ouvertement elle n'ose? H est aussi bien votre ennemi pour 
l'avoir menacé de votre épée que pour l'en avoir frappé. Le premier coup donné 
en vaut deux. 

rc Cette guerre est facile, les portes des villes vous sont ouvertes. Rien à craindre 
de l'Allemagne ni de l'Italie; sept cantons de la Suisse et les Ligues Grises mar- 
chent avec vous. Le Pape, il est vrai, est acquis à l'Espagne; mais il a le Turc 
sur les bras. 

«Cette guerre est profitable; mais pour réussir il faut se déterminer prompte- 
ment et ne pas laisser aux Espagnols le temps d'en finir avec le prince d'Orange, 
car, vainqueurs, ils se vengeront 1 ." 

Charles IX, au fond du cœur, approuvait ce patriotique langage qui réalisait 
son propre désir, mais dominé par sa mère, et voulant gagner du temps, il char- 
gea Morvilliers d'y répondre. H ne pouvait en attendre que des conseils fie paix : 
« C'étoit, nous dit d'Aubigné. l'ennemi des nouveautés, le temporisateur qui fai- 
soif prudence de crainte, d 

Pour mieux les combattre Morvilliers reprit un à un tous les arguments de 
Colignv : «Ceux qui vous conseillent, Sire, d'entreprendre cette guérie disent 
que les grandes villes des Pavs-Ras, lassées d'un joug insupportable, sont dispo- 
sées à vous prêter et jurer obéissance, qu'elles vous ouvriront leurs portes; que, 
sans grandes dépenses, vous pouvez vous rendre maître des Pays-Ras; qu'il est 
permis d'ailleurs de reprendre par les armes un bien dont on a été dépouillé; que 
les Allemands empêcheront le duc d'Albe de lever des troupes en leur pays; enfin 
que Ludovic de Nassau occupe déjà Mons; on vous dit encore que les Français, 
dès qu'ils ne peuvent avoir la guerre à l'étranger, la font à leur propre patrie; 
que le roi d'Espagne n'est pas moins irrité de la guerre sourde qui lui est faite 
qu'il le serait d'une ouverte, et qu'une fois les Flandres pacifiées, à son tour il 
vous la déclarera. 

' De Thon, Hisi. universelle, édit. de 173&, t. VI. — 3 D'Aubigné, Hist. universelle, édil. de Ruble, 
t. III . p. ag5. 

Catherine de Mtuicis. — iv. 1 



ItlITLIMERIE MHuvlIl. 



lxvi INTRODUCTION. 

tr A cela je réponds que la conquête, si facile qu'elle soit, exigera clans l'avenir 
de coûteuses garnisons, et des impôts plus élevés que ceux que les villes payent 
aujourd'hui à l'Espagne; que Philippe II vous fera la guerre tant qu'il n'aura 
pas recouvré les provinces perdues; que l'argent manque déjà au prince d'Orange: 
et que d'ailleurs ce n'est ni chose permise ni honnête de soutenir des sujets ré- 
voltés contre leur souverain. 

cf La ligue que la reine d'Angleterre a conclue avec Votre Majesté ne l'a été que 
dans son propre intérêt; et pour preuve, dans les articles signés à Blois, elle a 
refusé de renoncer au traité qui l'obligeait à la défense de la Flandre. Que l'Es- 
pagne lui donne une satisfaction, elle se réconciliera avec elle, car, en raison de 
leur commerce, Anglais et Flamands ne peuvent se passer les uns des autres. ■« Et 
résumant ses arguments : rc Cette guerre est pleine de difficultés et plus périlleuse 
qu'utile, et la réputation de Voire Majesté n'y est point intéressée, n 

Consulté par Charles IX, le duc de Nevers ne se montra pas moins opposé à 
mu' rupture avec l'Espagne : et Vous devez, observa-t-il au Roi, vous contenter de 
ce qu'il a plu à Dieu de vous donner sans vous mettre en danger de perdre plus 
que de gagner; car n'espérez pas du premier coup emporter les Flandres. L'armée 
du duc d'Albe sera plus tôt prête que la vôtre. Vos villes de Picardie ne valent 
lien, celles de Provence encore moins, celles du Languedoc bien peu, hormis 
Narbonne, celles de la Guyenne rien du tout. Il sera donc libre au roi d'Es- 
pagne de traverser toute la France et de vous prendre vos villes où bon lui sem- 
blera. Vous n'avez pas le moyen de mettre sur pied des armées assez puissantes 
pour l'arrêter à vos frontières. Voilà pourquoi je ne puis que vous déconseiller 
la guerre l .n 

Coligny, dans l'éloquent mémoire qu'il soumit au conseil, rappelait qu'en 
i.5'68 protestants et catholiques, marchant sous le même drapeau, avaient 
repris le Havre aux Anglais, et il invoquait ce glorieux souvenir pour les en- 
traîner de nouveau dans une guerre commune. En cela, il manquait de mémoire : 
soit qu'il ne voulût pas se brouiller alors avec la reine d'Angleterre, soit qu'il fût 
arrêté par scrupule de religion, il avait refusé de s'associer à cette patriotique 
campagne. A l'heure présente les rôles étaient intervertis, et si, faisant violence à 
leur patriotisme, certains chefs catholiques repoussaient cette guerre, c'est qu'au 
point de vue de leurs propres croyances ils s'effrayaient de la voir conduite par 

' Bibl. n;it. . fonds français, n° 3g5o. 



INTRODUCTION. lswi 

l'amiral, qui x poussait surtout avec la pensée de soutenir ses coreligionnaires 
des Flandres, et ils en redoutaient presque le succès; car étant dû en grande 
partie au contingent si aguerri des troupes protestantes, leur parti prendrait eu 
France trop d'autorité, trop de prépondérance. L'intérêt patriotique, c'est la 
taule du temps, était ainsi primé par l'intérêt religieux. 

La décision du conseil fut donc telle que l'appréhendait Goligny. Il eut beau 
plaider chaudement les facilités, les avantages d'une intervention armée dans 
les Pays-Bas, la guerre fut unanimement repoussée. Alors se retournant vers le 
Roi : rc Puisque l'avis contraire au mien l'a emporté, je n'ai plus rien à dire; mais 
par avance je suis certain que vous vous en repentirez. Toutefois Votre Majesté 
ne trouvera pas mauvais qu'ayant promis service et appui au prince d'Orange, je 
ne manque pas à ma parole, à l'aide de mes amis, parents et serviteurs et même 
de ma personne, s'il en est besoin. » Et s'adressant à la Beine : « Le Boi se reluse à 
entreprendre la guerre : Dieu veuille qu'il ne lui en survienne pas une autre 
dont il ne sera pas en son pouvoir de se retirer. r> 

Etait-ce nue menace ? 

Le Vénitien Michieh, auquel nous empruntons le récit de cette mémorable 
séance, ne le pense pas 1 . 

Mais Catherine dut la prendre pour telle et s'en souviendra. Tout danger de 
guerre étant ainsi de nouveau écarté, elle retomba dans la môme faute quelle 
avait déjà commise, et, se croyant de nouveau maîtresse absolue de la situation. 
elle alla retrouver sa fille de Lorraine à Monceaux. De leur coté, les chefs pro- 
testants allèrent au château de Blandy assister aux noces du prince ,de Condé et 
de Marie de Clèves, faites à la huguenote. 



Avant d'aborder les dernières scènes de ce terrible drame dont nous ne sommes 
encore qu'au prologue, voyons où en était la négociation pour la dispense et 
reprenons-la au point où nous l'avons laissée. Le cardinal de Lorraine, parti pour 
assister au conclave, apprit à Lyon l'élévation de Grégoire XIII à la papauté, et 
néanmoins, se décidant à aller jusqu'à Rome, il pria Catherine de le faire trouver 
bon au Roi son fils. Loin de s'en mécontenter, Charles IX voulut mettre à profit 

1 Alheri, Ile/':. dtMiehieli, série I, I. IV, p. 285. 



lAvm INTRODUCTION. 

l'autorité que le cardinal avait conservée sur le Saint-Siège et invita Ferais à n'agir 
désormais que d'après ses conseils. A la première ouverture qui lui en fut faite, 
le cardinal parut tout étonné : «Voilà deux ans, dit-il à Ferais, que Sa Majesté 
m'a laissé en dehors de ses affaires. n Toutefois, flatté de cette marque de faveur, 
il promit son complet concours; mais toutes les instances furent inutiles. De l'avis 
du Sacré Collège, le pape exigeait avant tout que le roi de Navarre fît une pro- 
fession de foi catholique entre les mains de son envoyé extraordinaire l'évêque 
Salviati, auquel il enverrait pouvoir d'accorder la dispense dès quelle serait de- 
mandée '. 

Ferais, en faisant part au Roi de cet ultimatum , ne lui cacha pas qu'en l'obligeant 
à suivre les avis du cardinal de Lorraine il lui avait lié les mains, et qu'ainsi toutes 
les remontrances qu'il n'avait cessé de soumettre à Sa Sainteté avaient été toujours 
mitigées et adoucies par ce très peu sûr auxiliaire. Charles IX en avait déjà conçu 
le soupçon : trJe trouve bien étrange, avait-il écrit le ih juillet au cardinal, une 
si soudaine mutation de l'espérance que l'on m'avoit toujours donnée. En quoi je 
ne puis autrement penser que quelqu'un n'ait diverti Sa Sainteté de sa première 
bonne volonté. J'ai soudain envoyé au sieur Ferais des lettres bien complètes de 
mon intention, voulant bien vous avertir qu'après avoir tiré réponse de Sa Sain- 
teté, favorable ou non, j'ai résolu de passer outre audit mariage 2 . n 

II fallait bien que le cardinal n'eût pas la conscience bien nette et s'at- 
tendît à ces reproches; car, prenant les devants, il avait écrit à Catherine : 
"Madame, il me déplaît merveilleusement que je ne puis rendre Votre Majesté 
certaine de la dispense de Madame votre fille, et vous supplie de croire qu'il n y 
a en ce mauvais office ni menée de personne qui y empêche, et que la difficulté 
est seulement du fait. Si vous ne me donnez quelque moyen du côté du roi de 
Navarre, nous n'en viendrons jamais à bout 3 . » 

Les choses n'avaient donc pas fait un pas, quand Chavigny apporta à Grégoire Mil 
une dernière lettre de Charles IX. Malheureusement, nous ne la connaissons que par 
la réponse qu'y fit Ferais au Roi : te Sire, l'arrivée du s r de Chavigny a bien éclairci 
Sa Sainteté du doute en lequel elle se retrouvoit à la concession de la dispense, 
par la bonne espérance que Votre Majesté lui donne de voir bientôt, le roi de 
Navarre réduit et prêt de satisfaire à toutes les conditions que Sa Sainteté désire. 
Lui ayant là-dessus réitéré toutes les remontrances que je lui ai ci-devant pro- 

liilit. uni. , tonds Dupuy, n° 80, p. 900. — ' I5il>l. nat., fonds Dupuy, n" 186, p. 200. — ' Voir 
cette lettre dans le fonds français, n" îOo.'îi), f° '19A. 



INTRODUCTION. Lxu 



posées sur le fait dudit mariage et comme cela apporte un entier et assuré repos 
à tout votre royaume, qu'aussi les choses étant aussi avancées comme elles sont 
maintenant, elles ne se pouvoient, en quelque sorte que ce fût, reculer ne dif- 
férer sans un grand murmure et préjudice aux affaires de Votre Majesté, Sa Sain- 
teté, se voyant ainsi pressée de votre part, s'est tellement ébranlée à satisfaire en 
cet endroit à Votre Majesté que l'entière résolution et concession n'en peut 
plus guère demeurer à vous faire savoir, comme je ferai par Chavigny qui l'em- 
portera dans peu de jours, n 

Si cette lettre avait pu parvenir à temps, il eût été inutile d'user de subter- 
fuge pour décider le cardinal de Bourbon à se prêter à un simulacre de mariage; 
il eût suffi de la lui mettre sous les yeux. 

Maintenant que nous avons précisé dans quels termes était la question de la 
dispense du mariage à la veille de la célébration des noces de Marguerite de 
Valois et de Henri de Navarre, revenons à Goligny et montrons-le aux prises 
avec les obstacles que lui a créés la dernière décision du conseil, si hostile à la 
guerre contre l'Espagne. 

«Son courage est invincible, écrivait Walsingham, le 10 août, à Burghley. Il 
représente au Roi ce qui est à craindre si le prince d'Orange succombe ou s'il est 
obligé de traiter à des conditions qui laissent les Pays-Bas retomber sous la domi- 
nation des Espagnols. Il m'a prié de vous dire que ce n'est point son intérêt parti- 
culier qui le fait agir, et qu'après de si longs troubles il ne se mêlerait plus de 
rien, s'il ne voyait le péril qui en général menace tous ceux de la religion et en 
particulier le Roi son maître et la reine notre maîtresse. Dans l'état où sont les 
choses, il trahirait Dieu et sa patrie s'il ne faisait pas tout ce qui dépend de lui 
pour éviter de si funestes suites 1 . i> 

Et dans une lettre du même jour à Leicester : «D'une main ferme l'amiral 
tient toujours le gouvernail et vous prie de faire en sorte que le rappel des troupes 
anglaises demeure suspendu. Pour ce qui est de Flessingue, l'offre de cette place 
sera faite à notre reine par ceux qui en sont maîtres 2 . « 

De ce côté-là, pas de sujet d'ombrage 3 . Tout en rendant justice à l'énergie de 
l'amiral, ce que ne dit pas Walsingham, c'est que de toutes parts des avis sinistres 
lui venaient : «Souvenez-vous, lui écrivait un ami inconnu, de cette maxime 
pratiquée par tous les papistes, que l'on ne doit pas garder la foi aux hérétiques. 

1 Lettres et mémoires de Walsingham, p. 279. — » Ibid. , p. 276. — 3 De Thon, Histoire univer- 
selle, traduction, t. VT, p. 353. 



LNX INTRODUCTION. 

On n'a cessé de répéter au lïoi que les protestants ont résolu de lui ôter la 
couronne et la vie; il ne supportera jamais que ceux qui ont pris les armes 
contre lui jouissent du bienfait de l'édit qu'il leur a accordé, et, les armes à la 
main, il se fera justice du tort que les guerres lui ont l'ait. Si vous êtes sage, 
il vous faul au plus vite sortir de cette cour, cloaque infect 1 .* 

La réponse de Coligny à tous ces prudents conseils était invariable : «■ Il vaut 
mieux mourir cent fois que de vivre en de perpétuels soupçons; je suis lassé de 
telles alarmes, à tout événement : j'ai assez vécu. J'aime mieux que mon corps soit 
traîné dans les rues de Paris que de me rengager dans une nouvelle guerre 

civile 2 . D 

Aux Rochelais qui, se croyant menacés par la Hotte de Strozzi, lui manifestent 
leurs appréhensions : « Quoi que l'on puisse vous dire, écrivait-il, vous n'avez, Dieu 
merci, nul motif de craindre. Je vois le Roi si bien disposé que nous avons toute 
occasion de le louer 3 . « 

Sa confiance était donc restée inébranlable et il n'avait pas à douter du Roi. 
Eu effet, le 11 août, Charles IX mandait «à La Mothe-Fénelon : te La défaite de 
Genlis n'est pas si grande qu'on l'avait publié. 11 serait bon pour nos affaires 
(pie la reine d'Angleterre, qui a tant de moyens, se mît dans les Pays-Bas des 
pieds et des mains. Si cela étoit, le prince d'Orange, qui marche droit vers Mons. 
seroit bien plus assuré et bien plus fort. Il sera très bon que vous continuiez à 
échauffer tant que vous pourrez cette reine à se déclarer ouvertement, s il est 
possible, contre le roi d'Espagne \n 

Il ajoute bien dans la même lettre, qu'à moins d'être attaqué, il ne se mettra 
pas de la partie; mais c'est là le langage olliciel dont la simple prudence lui faisait 
une nécessité; tous ses actes démentent ses paroles: <r Quoique l'amiral, écrit de 
nouveau Walsingham à Burgldey, n'ait point obtenu fout ce qui était nécessaire au 
bien de sa cause, il en a néanmoins obtenu une partie 5 .* 

Les craintes des Espagnols justifient d'ailleurs le dire de Walsingham : «Ceux 
qui viennent de France, mandait le 1 1 août le prévôt Morillon au cardinal de 
Granvelle, disent qu'on fait de grands préparatifs et équipages, et qu'en Lorraine 
il \ a vingt-quatre pièces d'artillerie en fonte. Le roi de France assure toujours 
qu'il ne se mêlera pas du jeu; mais l'amiral est journellement avec lui. Il tt'j 

' Dp Thou, Histoire universelle, t. VI, p. 353. ' Négoc. diplomat. de L« Mothe-Fénelon , t. VI i, 

Ihid. P-3i4. 

. // /)( / 5 lettres et mémoires d< Wakiugh»m, p. l*}f>. 



INTRODUCTION. ,. X w 

a qu'un logis entre celui dudit amiral et la cour. Je crains bien que les Français 
ne nous trompent 1 , if 

Et une dépêche de l'ambassadeur vénitien, datée du i3 août, est encore plus 
affirmative : cr Trois mille huguenots sont de nouveau rassemblés à la frontière 
pour tenter d'aller secourir Mons. C'est ce qui a engagé le roi de Navarre à 
demander que ses noces soient faites, afin que les gentilhommes en grand 
nombre qui sont venus pour y assister puissent aller se joindre à cette entre- 
prise. Aussi, sans attendre la dispense, dans six jours se fera le mariage. L'on 
dit bien que le Roi a défendu ces mouvements de troupes; mais nous croyons 
qui! ne sera pas plus obéi que les autres fois. Le nombre des Anglais en Zélande 
s'accroît et ils tentent de s'en emparer. Ces jours derniers, l'amiral a eu des 
entretiens avec l'ambassadeur d'Angleterre et chercbe à le faire déclarer ouver- 
tement contre l'Espagne' 2 , n 

Cette lettre s'accorde avec celle que le prince d'Orange écrivait à son frère 
Jean de Nassau, le 11 août : «r L'amiral m'avertit que, nonobstant la déroute et 
défaite des Français passées, il prépare de nouveau environ douze mille barque- 
busiers et deux mille chevaux, faisant estât de venir en leur compagnie 3 . « 

A son retour de Monceaux, d'où elle ramène sa fille la duchesse de Lorraine, 
Catherine se retrouve donc eu présence de l'éventualité imminente d'une guerre que . 
pour le moment du moins, elle croyait écartée, et elle ne peut en douter, car. 
le 1 5 août, Gomicourt vient, au nom du duc d'Albe, demander des explications sur 
tous ces mouvements de troupes à la frontière-. Au sortir de l'audience qu'il eul du 
Roi, à laquelle elle assista ainsi que le duc d'Anjou, il la prend à part, et, à l'appui 
de ses remontrances, il lui représente que, contrairement à ce qu'elle avait écrit 
à Philippe II, la flotte de Strozzi n'était point encore partie. Elle lui promet d'en 
parler au Roi son fils et de lui dire dès le lendemain tout ce qui en était; mais 
elle ne le rappela point, et pour excuse elle allégua que tout sou temps avait élé 
absorbé par les préparatifs des noces de sa fille 4 . 

C'est qu'à cette heure-là elle poursuivait d'autres desseins. Si cette guerre, qui 
semble maintenant inévitable, a lieu et malgré elle, le pouvoir absolu qu'elle a 
retenu jusqu'ici passera de s«s mains dans celles de Coligny, devenu le suprême 

Piou , Correspondance du cardinal de Granvelk , ' Gaclmrd, Correspondance de Giiilliimiied'Orait/;', 

t. IV, p. 3tio; Arcli. nat, .collect.SiniaiiMs, K i53o. I. III, p. 5^ î. 

2 Laslrage diSun /fortWomeo, Venezia, 1870, * Archives nationales, collection Simàhcas, 

appendice, p. 1 1 3. K i53o. 



lxxii INTRODUCTION. 

arbitre de l'État; pour elle, ce sera peut-être l'exil, le renvoi à Florence. Cet 
homme se placera donc toujours entre elle et son fils! Alors blessée dans sa 
passion la plus ardente, Yajfetlo di signoreggiare\ elle revient à l'idée, qui n'a 
jamais cessé de la hanter, de faire tuer l'amiral. 

« Il ne faut pas lui savoir gré de ce qu'elle a fait, écrira Çuuiga à Philippe II, 
elle n'a agi que dans son propre intérêt et non dans celui du Roi son fils et de 
l'État 2 . n 

Mais elle est prudente; pour se couvrir vis-à-vis des protestants, il faut que le 
mariage ait lieu à la date fixée et qu'aucun obstacle ne vienne l'empêcher. 
Le i3 août, elle mande donc à Mandelot, le gouverneur de Lyon : «Je vous fais 
ce mot de lettre pour vous dire que, en tant que vous aymez le service du Roi 
monsieur mon fils, vous ne laissiez passer aucun courrier venant de Rome en ça, 
que lundy ne soit passé 3 . n 

Quant au cardinal de Bourbon, à l'avance, elle s'est assurée de son obéissance : 
ce Ils l'ont trompé, écrit Çuniga à Philippe II, par une lettre écrite, qu'ils ont fait 
semblant de recevoir 4 . n 

Comme surtout elle tient à être la première à annoncer à Grégoire XIII que 
le mariage de sa fille est un fait accompli, le 18 août, Charles IX donne l'ordre 
à Mandelot de ne laisser passer par la ville de Lyon aucun courrier ni autre 
quel qu'il soit, allant en Italie 5 . 

Le lendemain du mariage, c'est elle qui prend la plume et qui écrit au Pape : 

k \ olre Sainteté entendra de ce gentilhomme que avons affectué ce mariage, 
vous assurant que, s'il plaist à Votre Sainteté mettre toutes ces causes et considé- 
rations ensemble et l'état de ce royaume, qu'elle jugera ce mariage estre néces- 
saire pour le salut et repos d'icelui, ayant plus d'égard à notre besoin que aux 
difficultés mises en avant par l'artifice d'aucuns pour empêcher les effets de notre 
bonne volonté. Pourtant retournerons derechef à supplier Votre Sainteté prendre 
de nous cette fiance et nous accorder ladite dispense, avec cette assurance que 
[en] ce que avons fait n'avons été mus que du bien et nécessité de ce royaume, 
que nous désirons sur toutes choses rendre Vostre Sainteté satisfaite et l'honneur 
de Dieu et de son église continué, augmenté et remis par tout ce royaume 6 . m 

' Armand Baschet, La Diplomatie vénit. , p. 54i. 4 Arch. nat., collect. Siraancas, K i53o. 

- Arch. nat., collect. Simancas, K i53o. 5 Cotresp. de Mandelot, p . 3 1 . 

l'anlin Paris, Correspondance de Charles IX et " Voir cette lettre dans le présent volun 

de Mandelot, p. 2(j. p. 110. 



INTRODUCTION. lxxiil 

Pour se couvrir auprès d'Elisabeth, le 2 1 août, elle adresse à La Mothe-Fénelon 
une lettre qu'il pourra montrer avant que la nouvelle de la mort de l'amiral 
soit parvenue à Londres : «S'il y avoit, lui dit-elle, quelque chose de bien com- 
mencé et assuré au mariage de mon fds d'Alençon, il seroit fort aisé à faire que 
la reine d'Angleterre, mon fds et moy, nous nous voyons avec sûreté pour elle el 
pour nous, en un beau jour bien calme, entre Boulogne ou Calais et Douvres; car 
je n'ay pas moindre volonté de la voir qu'elle moy et que si elle éloit ma 
propre fille, ainsi que vous ferez entendre à ses ministres et à elle aussi 1 . 1 » 

Et quel moment choisit-elle pour se débarrasser de l'obstacle qui la gêne? 
Celui où sur tous les points la fortune semble lui sourire. Cette succession au 
trône de Pologne qu'elle convoite depuis des années, elle est enfin vacante. 
Monluc, malgré son grand âge, a consenti à aller soutenir la candidature du duc 
d'Anjou. Dès le 17 août, il a pris le chemin de Strasbourg, où il a donné rendez- 
vous à ses compagnons d'ambassade. De son côté, Schomberg a déjà préparé les 
voies et s'est assuré du puissant concours du duc de Saxe. 

L'évèque de Dax rapporte de Constantinople le traité le plus avantageux qui 
jamais ait été conclu avec la Porte : le Grand Seigneur offre l'appui de sa flotte 
et s'engage à remettre au duc d'Anjou toutes les conquêtes à faire sur le roi 
d'Espagne. 

Le mariage du duc d'Alençon est dans les meilleurs termes : Elisabeth s'est 
laissé captiver par la bonne grâce et les cajoleries de La Môle : « Que le duc 
vienne! Qu'il vienne! 11 répètent chaque jour les dames du palais. Smith s'en fait 
l'interprète auprès de Walsingham : rc L'amant fera bien peu, s'il ne prend pas la 
peine de venir voir l'objet de ses amours; il y a vingt moyens pour passer de 
France ici et faire plus en une heure qu'on ne saurait faire en deux ans. Cupido, 
Me qui vincit omnia, in oculis residet. Les femmes veulent paraître être forcées 
même à ce qu'elles désirent le plus 2 . ■» 

Le 22 août, le circonspect Burghley, devenu tout favorable au mariage du duc, 
mande à Coligny : cr J'espère que Dieu ne laissera pas aller une œuvre si merveil- 
leuse, et la conduira à quelque perfection; à quoi je m'asseure que vous vous 
emploierez, comme moi ici, de ma part, ferai mon devoir le mieux qu'il me sera 
possible 3 , v 

Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon , t. VII, p. 3ao. — - Lettres et mémoires de Wal- 
singham , p. 297. — 3 Voir notre livre, Le m* siècle et les Valois, p. 3ig. 

Catherine de Médicis. — iv. j 



imiuiuji. nxTion&iK. 



nxiv INTRODUCTION. 

Mais cette lettre partie le jour même où Coligny sera blessé, il ne la re- 
cevra pas. 

Le sort en est jeté : ce n'est plus l'astucieuse et timorée élève de Machiavel qui 
en ce moment pense et agit; c'est une simple femme , qui cède à l'une de ces colères 
irréfléchies, plus fortes que la volonté; c'est un de ces accès de folie furieuse, où 
les yeux ne voient plus que rouge. Sans se soucier des dangers du lendemain, 
Catherine brisera tout pour satisfaire sa haine, espérances à demi réalisées, projets 
mûrement conçus. 

Le Vénitien Michieli l'a dit en toutes lettres : «C'est sa propre vengeance qu'elle 
accomplit, la sua vendetta. n Mais si décidée qu'elle soit au meurtre de l'amiral, 
elle ne peut agir seule; c'est à la duchesse de Nemours, et d'accord avec le 
duc d'Anjou, qu'elle a recours. Leur vengeance commune est le lien qui unit 
ces deux femmes pour ce pacte de sang. 

L'assassin, toutes deux l'ont sous la main : c'est Maurevel, le spadassin déjà 
aux gages de Catherin' 1 . 11 n'en est pas à son coup d'essai; chargé de tuer l'amiral, 
il a frappé de Mouy. C'est le serviteur dévoué de la maison de Lorraine; plus 
tard, sur la recommandation du cardinal de Guise et pour tous ses méfaits, il re- 
cevra une forte somme de Philippe 11. 



é 









Une immense estrade a été dressée devant le porche de Notre-Dame ; le 1 8 août . 
toute la cour y prend place; pas un des ambassadeurs étrangers n'est présent: 
l'on savait, à l'avance, que celui d'Espagne ne paraîtrait pas et son absence mo- 
tivait cette abstention '. Marguerite de Valois et Henri de Navarre se sont 
agenouillés et le cardinal de Bourbon oflicie. Pendant que s'accomplit ce simulacre 
de mariage, l'amiral est resté dans l'église; et là, montrant au maréchal Damville 
les drapeaux de Jarnac et de Moncontour appendus aux murailles de la nef : 
« Dans peu , s'écrie-t-il , on les arrachera et on en mettra d'autres plus agréables 
à voir, n Jusqu'à la fin il ne veut pas croire aux dangers qui le menacent. C'est en 
vain que Duplessis-Mornay le supplie de sortir au plus vite de Paris, que déjà 

' Philippe II avait écrit le -io juin précédent à quelques jours auparavant feignez d'être indis- 

Çuniga : posé; d'aucune façon, il ne convient pas que vous 

f Si l'on ne vous invite pas au mariage, no vous assistiez à ce mariage." ( Arcli. nat., collection Si- 
en occupez pas. Si l'on voih inwle. acceptez, mais manias, k rfiag, n" 92.) 



INTRODUCTION. lxxv 

Montmorency a quitté; il s'y refuse. Le 20 août, le Roi lui ayant témoigné la 
crainte que les Guises, entourés, comme ils étaient, ne se portassent à quelque 
attentat sur sa personne, et, par mesure de prudence, lui ayant demandé s'il ne 
serait pas à propos de faire entrer à Paris les arquebusiers de sa garde, il 
approuve à l'avance tout ce que fera Sa Majesté. 

S'il ne s'éloigne pas, c'est que les Eglises protestantes lui ont fait un devoir 
de rester; c'est que Charles IX lui a demandé de sacrifier quatre jours aux 
plaisirs, et qu'après il lui a promis de mettre ordre à tout. Les heures de ces 
quatre jours sont toutes prises par les tournois, les banquets, les bals, les 
ballets, qui ont lieu sans relâche, tantôt au Louvre et tantôt à l'Hôtel de ville. 
Ebloui par les magnificences de ces fêtes qui surpassent celles qui furent dé- 
ployées aux noces d'Elisabeth et à celles de Claude de Valois, les deux filles 
aînées de Catherine et dont il avait été témoin , le Vénitien Michieli s'étonne de 
ce que cette France, que l'on disait tombée si bas, s'est si promptement relevée. 
a II y avait autour de Leurs Majestés, dit-il dans sa relation, une jeunesse d'élite, 
assez nombreuse pour en faire une armée et plus d'une centaine de femmes toutes 
splendidement parées, n 

Gentilshommes protestants et catholiques se mêlent, se confondent 1 dans ces 
bals de chaque soir; mais parmi ceux auxquels sourient ces sirènes de cour, plus 
perfides que celles de la fable, combien sont déjà marqués par le doigt de la 
mort! Déjà le premier acte du drame sanglant se prépare. 

Dans la soirée du ai août, à l'heure même d'une dernière fête au Louvre, 
M. de Chailly, maître d'hôtel du duc d'Aumale, introduit furtivement Maurevel 
dans la maison du chanoine Villemur, l'ancien précepteur du duc de Guise. Une 
vieille femme et un valet en ont la garde. L'assassin y passe la nuit et le lendemain 
matin, posté à la fenêtre qui donne sur la rue par laquelle l'amiral passe habituel- 
lement, dérobé par un épais rideau, l'arquebuse à la portée de la main, l'œil aux 
aguets, il attend'-. 

Au sortir du conseil qui se tint au Louvre le 22 août, l'amiral accompagne le 
Roi jusqu'au jeu de paume et l'y laisse avec Téligny et le duc de Guise. Suivi 
par huit ou dix de ses familiers, il reprend le chemin de son logis; Guerchy est 
à sa droite, des Pruneaux à sa gauche. Tout en marchant, il lit un placet qui 
vient de lui être remis. Au moment où il se penche pour rajuster sa mule, un 

1 Alberi, Heinz, venez., t. IV, p. 288. — 2 Arch. nat., collection Siraancas, K t53o. n° 18. 
S 



lxxvi INTRODUCTION. 

coup de feu retentit, une balle, lui enlève l'index de la main gauche, une autre lui 
laboure les chairs du bras jusqu'à l'os du coude et s'y loge; s'il ne se fût pas 
baissé, il eut été atteint en plein corps. Ceux cpii l'entourent s'arrêtent épou- 
vantés; lui seul, de sang-froid, désigne la fenêtre d'où l'on a tiré. L'on y court, 
l'on enfonce la porte; l'arquebuse toute fumante est encore sur une table, mais 
le meurtrier s'est enfui par une porte de derrière restée ouverte et le bruit du 
galop du cheval qui l'emporte s'entend encore. 

Soutenu par deux bras, tout couvert de sang, l'amiral regagne péniblement sa 
demeure. M. de Piles va de sa part prévenir le Roi de l'attentat. A la première 
parole qui lui est dite, Charles IX de colère jette sa raquette et s'écrie en 
jurant : et Je n'aurai donc jamais un moment de repos, n Tout aussitôt il retourne 
au Louvre et s'enferme dans ses appartements. Par son ordre ses gardes font 
sortir tous ceux qui étaient alors au palais. 

Catherine venait de se mettre à table; avertie presque en même temps, elle se 
lève et rentre dans sa chambre, sans mot dire, le visage impassible, ff J'en conjec- 
ture qu'elle s'y attendait n. écrit Çuniga à Philippe II. 

Appelé en toute hâte, Ambroise Paré croit d'abord qu'il est urgent de couper le 
bras du blessé, de crainte que les balles ne fussent empoisonnées, et l'amiral s'y 
était résigné, mais il y renonce; à l'aide de mauvais ciseaux il coupe le reste de 
l'index; trois fois il se reprend pour cette douloureuse opération; puis, pratiquant 
d'habiles incisions, il parvient à extraire la halle restée dans le bras. A le voir 
ainsi torturé, les amis de l'amiral se lamentent et murmurent; lui seul, avec un 
héroïque courage, ne se plaint pas et les console. 

Coudé et le roi de Navarre accourent des premiers, puis viennent un à un tous 
les chefs protestants; l'indignation est à son comble, les menaces dans toutes les 
bouches. Les Guises et le duc d'Anjou sont violemment accusés. Si l'on ne fait pas 
bonne et prompte justice, tous s'écrient qu'ils se la feront eux-mêmes. Sajis 
Briquemault qui les retient, les plus violents parlent d'aller au Louvre et d'y tuer 
Guise sous les yeux du Roi. Au sortir de chez l'amiral, il y en a même qui vont 
pousser des cris de mort sous les fenêtres de l'hôtel de Lorraine. «Ils usèrent, 
dit Brantôme, de paroles par trop insolentes, disant qu'ils frapperoient, qu'ils 
tueroient 1 . n «Menaces imprudentes, dit à son tour le Vénitien Cavalli. car les 
menaces servent d'armes à ceux qui sont menacés '-.n 

1 Brantôme, édition de L. Lalanne. i. IV, p. ;>o. — 2 Desjimlins Document* diplomat. avec la Toscane 
t. III, p. 8i3. 



INTRODUCTION. lxxvh 

Cossé, Dam ville et Villars étant venus visiter Coligny : «La mort ne m'effraie 
pas, leur dit-il, mais je voudrais bien voir le Roi avant de mourir; car j'ai à lui 
parler de choses qui intéressent sa personne et son Etat, m Damville s'offrit pour 
aller prévenir le Roi et Téligny se joignit à lui. Déférant à ce désir, Charles IX, 
dans l'après-midi, se rendit rue Béthisy, accompagné par sa mère et ses deux 
frères. Montpensier. Gondi, Nevers, Tavannes, tous les complices de Catherine, 
l'ont suivie. 

S'approchant du lit du blessé et d'un ton de vraie affection : « Le mal est pour 
vous, dit Charles IX, la douleur pour nioi.ii Et il lui promet une exemplaire justice. 
Catherine joint ses hypocrites protestations à celles de son fils. Après en avoir 
exprimé ses remerciements au Roi: a Ce que je regrette, dit l'amiral, c'est que 
ma blessure me prive de l'aire service à Votre Majesté;, l'on a voulu me faire 
passer pour un rebelle, un perturbateur; Dieu jugera entre mes ennemis et 
moi. La fidélité que j'ai toujours gardée au Roi votre père me fait un devoir de 
vous supplier avec toutes les instances possibles de ne pas perdre l'occasion pré- 
sente dont la France peut tirer de grands avantages. Vous avez fait connaître assez 
clairement quelles sont vos intentions en vue de la guerre des Flandres. Si vous 
en restez là, vous exposerez votre royaume à un péril évident 1 , v 

L'amiral s'animant de plus en plus, le Roi lui représenta qu'il s'agitait trop, et, 
avant de s'éloigner, il lui offrit de le faire transporter au Louvre; déjà il le lui 
avait fait proposer par M. de la Châtre. L'amiral l'ayant de nouveau refusé, il lui 
dit qu'il ferait disposer des logements autour du sien, afin qu'il fût entouré et 
consolé par tous ses amis. Au sortir de la chambre de l'amiral, il se fit montrer 
la balle qui avait été extraite par Paré; elle était de gros calibre et de cuivre. 

Si l'on en croit l'étrange confession d'une nuit de fièvre et d'insomnie, ce dis- 
cours du duc d'Anjou àMiron, si habilement arrangé pour innocenter certaines 
culpabilités et dont il ne faut accepter le témoignage que lorsqu'il est corroboré 
par d'autres, Coligny, au moment où Charles IX se retirait, lui ayant demandé 
de lui parler en secret, et tous les assistants s'étant tenus à l'écart, il l'aurait 
engagé à" régner seul désormais et à se défier de la Reine sa mère. Ces paroles 
arrachées à force d'instances par Catherine à son fils, l'auraient décidée à en 
finir avec les protestants. 

D'autres historiens admettent qu'elle fut encouragée, poussée à cette dernière 

1 De Thon, Histoire universelle, t. VI, p. 388. Voie Négoc. diptomat. de fa Toscaw , dépêche de Ca- 
viana, t. III, p. 812 et suiv. 



lxxviii INTRODUCTION. 

résolution par Philippe II, et ils s'appuient sur une lettre de l'archevêque de 
Rossano, nonce du Pape à Madrid, au cardinal de Gôme, lettre où il est dit : 
ffSi le Roi Très Chrétien est dans l'intention de purger son royaume de ses 
ennemis, le moment est venu; en s' en tendant avec le roi d'Espagne, il pourrait 
détruire ce qui en reste, surtout à présent que l'amiral esta Paris dont le peuple 
est attaché à la religion catholique, et il serait facile de le faire disparaître pour 
toujours 1 , v 

Cette lettre, datée du 5 août, ne pouvait pas parvenir avant la sanglante journée, 
le temps ne le permettait pas, et elle n'est pas parvenue. Nous n'en voulons pour 
preuve que celle qui fut adressée le 23 août à Philippe II par Çuniga : ce II est à 
désirer, dhVil en parlant de Coligny, que ce coquin vive; car s'il vit, attribuant cet 
assassinat au Roi, il renoncera aux projets qu'il avait conçus contre Votre Majesté, 
et les retournera contre celui qui a consenti à cet attentat sur sa personne. S'il 
venait à mourir, je crains que tous ceux qui survivront ne fassent plus que ce que 
le Roi voudra et ordonnera. Si jusqu'ici l'on ne s'est pas déclaré ouvertement 
contre Votre Majesté, peut-être est-ce dans la crainte que l'amiral avec ses héré- 
tiques n'ait plus de pouvoir que le Roi, ainsi que bien des fois je l'ai entendu 
répéter par la Reine mère a, et il ajoute : «Elle m'a envoyé dire qu'elle ne pouvait 
pas me parler en ce moment, de crainte qu'on ne me voie entrer au palais, 
et qu'elle ne veut pas même écrire à Votre Majesté, afin que l'on ne sache pas 
ce qu'elle veut faire, car les lettres peuvent être prises, mais que bientôt elle me 
parlera ou m'écrira n, ce qu'elle ne fit pas 2 . 

\ Catherine, à elle seule, incombe donc toute la responsabilité de la Saint- 
Barthélémy. 

Dans l'après-midi du 22 août, Charles IX prévient tous ses ambassadeurs à 
l'étranger de la blessure de l'amiral : cr Faites part, écrit-il à La Mothe-Fénelon , à 
la reine d'Angleterre de la délibération où je suis d'en faire si grande justice que 
chacun y prendra exemple en mon royaume et de faire garder entièrement et 
inviolablement mon édit de pacification. Je ne veux oublier de vous dire que ce 
méchant acte procède de l'inimitié d'entre la maison de Châtillon et ceux de 
Guise cl saurrai bien donner ordre qu'ils ne mesleront rien de mes sujets en leurs 
querelles 3 , d Et dans une lettre à Schomberg, son envoyé en Allemagne: cr II semble 
que l'auteur d'une telle et si exécrable méchanceté n'ait autre envie que d'essayer 

' Theiner, Continuation des annales de liaionius, L I, p. 39,7. — s Arch. nat., collection Simancas. 
K i53o, n" 19. — 3 Corrcsj). diplom. de La Mothe-Fénelon , t. VII , p. 3a 1. 



INTRODUCTION. L xx U 

de remettre quelque trouble en mon royaume. Si nos actions passées ont donné 
aux princes de la Germanie témoignage de ne pas douter de moi, celles qui sui- 
vront ne leur donneront occasion de me voir changer de l'opinion qu'ils peuvent 
en avoir conçue 1 , n 

XI 

Prévenus, à onze heures du malin, de l'attentat, le prévôt des marchands et les 
échevins, pour obvier de leur côté à tout désordre, prescrivent aux capitaines de la 
milice bourgeoise de se rendre en armes avec leurs hommes à l'Hôtel de ville, 
«en toute modestie et sans émouvoir personne n 2 . La fin de cette journée fut donc 
calme en apparence; mais les protestants avaient tout à redouter de ce peuple de 
la grande ville qui naguères avait fêté la défaite de Genlis par des processions et 
des banquets 3 . 

Le samedi matin (a3 août), les ducs de Quise et d'Aumale viennent demander 
an Roi la permission de s'absenter momentanément de Paris : cr Allez où bon vous 
semblera 15, leur dit-il rudement, et les regardant s'éloigner : «Je saurai bien les 
retrouver, s'ils sont coupables. n C'était une feinte; ils prennent bien le chemin 
delà porte Saint-Anloine, mais revenant sur leurs pas ils s'enferment dans leur 
hôtel. 

Lorsqu'un grand événement semble comme attendu, il y a sur tous les visages 
une préoccupation visible : tel était ce jour-là l'aspect de Paris. Inquiets de cette 
menaçante agitation, les principaux chefs protestants chargent Cornaton et Téli- 
gny de demander au Roi de faire garder le logis de l'amiral. Le duc d'Anjou, qui 
à ce moment-là se trouvait au Louvre, désigne Cosseins. H s'y rend tout aussitôt 
avec cinquante arquebusiers. 

Ce choix n'était pas fait pour calmer les défiances : Cosseins passait pour 
l'ennemi déclaré de l'amiral. 

Ambroise Paré répondait de la vie de l'illustre blessé; l'enquête criminelle 
était poursuivie parle premier président de Thou, auquel le Roi venait d'adjoindre 
le conseiller Cavaignes, l'ami dévoué de l'amiral; déjà la servante et le valet de 
M. de Villemur avaient été interrogés, M. de Chailly arrêté, ainsi que l'homme 

' D r Ebeling, Archivai. Beilràge, 1872, p. 2o5. overlhrow, spare not to make déclaration of their 
Arcb. nal., Registres de l'Hôtel de ville. joy by gênerai processions, banquets and tbe like. 

The citizens o! Paris, underslanting ofGeniis (Calendar 0/ State papers , 1672, p. i53.) 



txu INTRODUCTION. 

qui avait amené le cheval sur lequel le meurtrier s'était enfui; enfin il avail été 
reconnu que la bête était sortie des écuries du duc de Guise. L'on était donc sur 
la bonne piste et il y avait là de quoi effrayer Catherine. La veille, à son souper. 
Pardaillan lui avait adressé des paroles menaçantes. Perdre une minute, c'était 
s'exposer à être découverte 1 . 

Tavannes dans ses Mémoires a bien compris et bien rendu les motifs de sa 
suprême résolution où la crainte entra pour beaucoup : a Si elle se fût parée de 
l'arquebusade, mal aisément elle eût achevé ce à quoi £événenient l'a contrainte^ 
Dissimulée et prudente jusqu'à la fin, pour éviter tout soupçon, elle donne ren- 
dez-vous dans le jardin des Tuileries à Nevers, Gondi, Birague, ces Italiens dont 
elle est sûre, et à Tavannes, acquis d'avance à toute répression violente. Ne lisons- 
nous pas dans ses Mémoires «qu'il est plus permis à un Roi d'entreprendre sur 
ses sujets par voie extraordinaire qu'à eux d'entreprendre sur lui 3 n. 

Pendant -que ces sinistres personnages tiennent conseil et que des paroles de 
sang sont déjà dans toutes les bouches, l'espion gagé de Catherine, Bouchavannes, 
esl introduit. Ce Judas a assisté à toutes les délibérations qui ont été prises dans 
le logis de l'amiral. Caviana, Petrucci, ces Florentins dévoués corps et âme à la 
Reine mère, parlent d'un complot dont ils précisent les moyens d'exécution, 
désignant même les noms de ceux qui seront chargés de frapper et ceux de leurs 
victimes. Le Vénitien Michieli fait bien également allusion aux révélations de Bou- 
chavannes, qui pour rendre le complot plus odieux prête aux conjurés 1 intention 
non seulement de tuer le Roi, ses frères, et la Reine mère, mais de frapper aussi 
le roi de Navarre. 

Mais des paroles imprudentes, des menaces que l'indignation du premier 
moment a pu arracher aux protestants, il y a loin à un complot. Moulue, leur 
plus inexorable adversaire, ne les en accuse pas dans ses Commentaires : «La 
Reine, nous dit-il, m'a bien annoncé que l'on avoit découvert une grande conspi- 
ration contre le Roi et son Etat , et que cela avoit été la cause de ce qui étoit ad- 
venu; je say bien ce que j'en ai creu '. n 

Tavannes, l'un des acteurs de ce terrible drame, les décharge lui-même «de 
l'entreprise à eux depuis imputée 5 i>. Ce sont ses propres expressions. 

Vedendo la Rpgina che se la cosa si fosse dif- ' Panthéon titt. , Mémoires de Tavannes, p. 434. 

ferita tricente, portava pericolo di scorprizzi venne Ibid. 

a questo. (Alberi, Ilelaz. di Cavalli, série i", t. IV, 4 Monluc, édit. de Ruble, t. III, p. îai. 

p. 3a8.) Panthéon litt.. Mémoires de Tavannes, p. 436. 



INTRODUCTION. txxxi 

Bossuet n'y croit pas davantage : «Rien ne parut plus vain, plus mal fondé 
que la conspiration dont on accusoit l'amiral 1 . n 

Mais ce qui est plus vraisemblable et ce qu'a pu en toute vérité répéter Bou- 
chavannes, c'est que le jour même, au logis de l'amiral, l'on avait délibéré si l'on 
ne l'emmènerait pas hors de Paris, malgré la cour, et en employant la force, s'il 
le fallait. En répondant de la loyauté du Roi, qu'outragerait cette marque de 
défiance, Téligny et Briquemault, soutenus par le prince de Condé et Henri 
de Navarre, s'y étaient opposés, et leur avis l'avait emporté sur celui .du vidame 
de Chartres, qui avait persisté dans le sien. Mais ce qui n'avait pas été effectué ce 
jour-là, pouvait l'être le lendemain, et Coligny hors de Paris, c'était peut-être la 
guerre civile, à courte échéance et dans quelles conditions : te Les protestants 
étaient prêts et tout armés pour la guerre des Flandres et de l'assentiment du Roi 2 , n 

Catherine bien décidée à en finir cette fois avec l'amiral, ainsjLjju'elle l'avait 
toujours voulu, n'avait donc pas une heure à perdre : a Puisque la blessure de 
l'amiral les mettoit à la guerre, nous dit Tavannes, elle la première et tous après 
elle furent d'avis qu'il valoit mieux qu'on livrât bataille dans Paris 3 . ^ 

Mais l'on ne pouvait rien sans le Roi. C'est Gondi qui se chargea d'aller le 
préparer aux terribles révélations que Catherine allait lui faire, tandis que le duc 
d'Anjou accompagné par le bâtard d'Angoulème irait parcourir les rues de Paris 
et juger par lui-même de l'altitude du peuple. 

C'est dans l'après-midi de ce même jour que se tient au Louvre et dans le 
cabinet de Charles IX, le conseil appelé à délibérer sur la nécessité de la Saint- 
Barthélémy. Durant près de deux heures Catherine torture son fils; elle passionne, 
elle irrite son humeur si naturellement violente; avec un art infernal elle s'acharne 
à provoquer cet accès de fureur sur lequel elle compte pour lui arracher Tordre 
de massacre que de sang-froid il eût refusé. 

Tout d'abord elle lui représente l'occasion inespérée qui s'offre à lui de tirer 
vengeance de tous ces rebelles qui sont venus s'enfermer dans les murs de Paris 
comme dans une cage; il a donc enfin le moyen de se laver de la honte de ces 
traités que le malheur des temps lui a imposés et qu'en aucun cas il n'est tenu 
d'observer; puis elle cherche à lui démontrer la perfidie, l'astuce séditieuse em- 

' Bossuet, édit. de Bar, t. XII, p. 485. pâli. (Alberi, Relaz. venez., Relut. di Cavalli, i " se- 

1 Gia stavano arraati e pronti per rispetto dell rie. t. IV, p. 3*37.) 
eose di Flandra, risolse la Regina, per assicurarei 'Panthéon littéraire, Mémoires dr Tavannes, 

da lanti pericoli di far l'uccisione dei capi princi- p. /|38. 

CiTIIKMNE DE MÉD1CIS. — IV. t 



tirniMtnit \.itic^ m. 



lxxxi. INTRODUCTION. 

ployée par l'amiral pour le décider à la guérie des Flandres et précipiter la ruine 
d'un royaume appauvri et écrasé par une énorme dette; elle lui fait entrevoir le 
blàmr qu'il va s'attirer de tous les princes voisins par cette déclaration de guerre' 
à un roi son allié, son proche parent. 

Et comme il ne s'émeut pas, elle lui rappelle les meurtres de Charry, djjjn;and 
François de Guise. Celui de l'amiral n'en sera que la juste expiation. 

Et comme il reste toujours impassible, elle le menace, ainsi qu'elle l'a fait plus 
d'une fois,. de se retirer, de le laisser seul aux prises avec les dangers qui le me- 
nacent. 

Ce moyen est usé, et pour échapper à la tentatrice, il invoque son honneur, 
ses promesses, ses amitiés. 

C'est là où elle l'attend : ceux qu'il croit ses fidèles sujets, ses dévoués amis, 
ce sont des traîtres; ils conspirent, ils en veulent à sa vie, à celle de ses frères. 
L'heure qui sonne à ce cadran, sera la dernière de son règne. S'il recule, d'autres. 
à sa place, joueront le jeu. 

Il doute encore, il ne veut pas en croire sa mère; il lui faut le témoignage 
des conseillers qui l'entourent. 

Tous affirment que les protestants vraiment conspirent. Alors, plus il a mis de 
confiance en eux, plus son courroux s'en échauffe. Il y a en lui du tigre, et la 
férocité de sa nature se réveille. En i 565 , lorsqu'il faillit être surpris par les 
chefs protestants à Rosay, l'enfant avait parlé en homme : a Avec plus de jure- 
ments qu'il n'en faudroitn, nous dit un contemporain, il s'était écrié : ffL'on ne 
me donnera plus de pareilles alarmes; j 'irai jusques dans leurs maisons et dedans 
le lit chercher ceux qui me les baillent 1 n. 

La colère de Meaux lui revient et se tournant vers sa mère: a Vous le voulez, eh 
bien, qu'on les tue tous, qu'on les tue tous!» Et il se retire, l'écume aux lèvres, 
le blasphème à la bouche. 

Après cette brusque sortie du Roi, les tuera-t-on tous, ainsi qu'il l'a dit, telle 
est la question que le conseil se pose. INevers intercède pour Condé son beau- 
frère et rachète sa vie. Catherine ne veut pas que l'on touche à Navarre. Décapiter 
la maison de Bourbon, ce serait donner trop de puissance à celle de Guise. Morvil- 
liers hasarde bien quelques timides conseils; mais les hommes faibles cèdent tou- 
jours aux violents, et le massacre en grand est décidé. 

Bibl. nat., fonds Français, a" 3347. 



'• 



INTRODUCTION. tixsm 

Après deux heures de repos, la colère de Charles IX ne s'est pas refroidie: 
elle a fait place à une résolution sombre. Marcel, l'ancien prévôt des marchands, 
l'homme d'exécution qui a dans sa main la populace de Paris, a été mandé au 
Louvre : «De combien de bras pouvez-vous disposer? i> lui demande le Roi. 

tt Cela dépend du temps, n 

« Eh bien, dans un moisi n 

trDe cent mille et plus, si Votre Majesté le veut. n 

« Et dans une semaine ? i> 

trEn proportion de ce nombre. •» 

« Et dans une journée? -n 

a De vingt mille au moins, j'en réponds '.n 

Sur les plus solennels serments un secret rigoureux lui est prescrit. 11 trans- 
mettra aux chefs des quartiers les ordres du Roi : «La nuit prochaine, que dans 
chaque maison un homme se trouve armé, muni d'une torche, et le bras gauche 
entouré d'une écharpe blanche: qu'à chaque fenêtre il y ait un flambeau. La 
cloche du Palais de justice donnera le signal. n 

Après Marcel, le prévôt des marchands Le Charron, est introduit : de la 
bouche du Roi il apprend la conspiration des huguenots, et à son tour il lui est 
enjoint «de se saisir de toutes les clefs des portes de la ville, à ee que nul ne 
;uit ni y entrer ni en sortir, de retirer tous les bateaux de la Seine, de mettre 
en armes toute la milice bourgeoise, de masser l'artillerie devant l'Hôtel de ville 
pour la porter où besoin serait, enfin d'attendre les derniers ordres qui lui seront 
transmis 2 , n 

Mais il y avait plus à compter encore sur Marcel et sur ses hommes que sur 
Le Charron et la milice bourgeoise. 

A l'heure du coucher de la Reine mère sont réunis dans sa chambre tous ceux 
qui sont appelés à jouer un rôle dans la sanglante tragédie. L'on y parle à voix 
basse; l'on échange des mots mystérieux. Marguerite de Valois, la mariée d'hier, 
seule n'est pas dans le secret : l'apercevant assise sur un coffre et se tenant à 
l'écart. Catherine lui fait signe de se retirer et lorsque, obéissant, elle vient lui faire 
sa révérence, la retenant par le bras : itN'y allez pas^-, lui dit la duchesse de Lor- 
raine, sa sœur; mais sur un geste plus impérieux de cette mère dont le seul regard 



1 Alberi, Belaz. dî Michieli et di Cavalli, i' série. I. IV, p. 9987. - ' \ivli. nul.. Registres de 
Hôlel de ville. 



ixxxn INTRODUCTION. 

la fait tre.ubler, elle sort «• toute transie, toute éperdue, sans pouvoir s'imaginer 
ce qu'elle avait à craindre '•». 

Dès qu'elle n'est plus là, les derniers ordres sont donnés : c'est le duc de Guise 
mandé au Louvre qui, assisté du duc d'Aumale et du bâtard d'Angoulême, ira 
attaquer le logis de l'amiral. 

A chacun des complices l'on désigne un huguenot à tuer; puis tous se rendent 
au coucher du Roi. Pour la dernière t'ois protestants et catholiques se coudoient 
dans cette même chambre, les meurtriers confondus avec leurs victimes. Lorsque 
La Rochefoucault, qu'entre tous il affectionne, vient lui dire adieu, Charles IX 
est pris de pitié : trNe t'en va pas, Foucault, lui dit-il, tu coucheras avec mes valets 
de chambre i>; mais il s'y refuse et s'éloigne. Tous partent les uns après les autres, 
les rideaux du lit royal sont tirés, et pour quelques instants le silence se fait 
dans le Louvre. 

Catherine se relève la première et elle va chez le Roi son fds. Lui aussi est déjà 
debout. Habituée à lire dans ses yeux, y a-t-elle entrevu de l'hésitation? On est 
tenté de le croire; car de sa propre autorité elle ordonne que le signal fixé d'abord 
à une heure avant le jour soit donné sur-le-champ, et au lieu de la cloche du 
Palais de justice, elle fait sonner le tocsin à Saint-Germain-l'Auxerrois, l'église 
la plus voisine. 

Ainsi jusqu'à la dernière minute c'est elle, assistée du duc d'Anjou, qui a tout 
lait, tout ordonné. Le nonce Salviati l'affirme dans ses dépêches 2 . La Saint-Bar- 
thélémy est bien sa propre vengeance, c'est bien un crime politique, le crime de 
la peur. La religion n'y fut pour rien. ( Un éminenl ministre protestant en attribue, 
ainsi que nous l'avons fait, la cause décisive à la jalousie inquiète que Catherine 
et le duc d'Anjou avaient conçue de l'amiral; il rappelle que Henri IV en donna 
cette explication à son historiographe Mathieu, disant la tenir de Villeroy, et avec 
une louable impartialité il ajoute : « C'est à tort que les historiens protestants ont 
écarté de leurs récils tout cet ordre de faits, ne voulant voir qu'une question 
religieuse où la politique eut tant de part 3 . n 

Mais une part de la responsabilité du massacre de la Saint-Barthélémy, et c'est 
ici le lieu de le dire, revient, à bon droit, à la politique égoïste et perfide 

1 Mémoires de Marguerite de Valois, éilit. de ' Goquerel , Précis de l'histoire de l'église réformée 

F,. Lalaime, p. 3i. de Paris , p. 84; voir Mathieu, Histoire de Henri IV, 

1 Tlieiner, continuation des Annales de Baroniu.i, t. 1", p. 335. 
t. I",p.33i. 



INTRODUCTION. lxxx 

d'Elisabeth et de ses conseillers. Ce n'est pas nous qui l'en accusons à la légère, 
c'est Walsingham, l'illustre homme d'Etat. N'est-ce pas lui qui, à la première 
nouvelle du rappel des Anglais des Flandres, et voulant l'empêcher à tout prix 
et maintenir l'action commune des deux nations, avait écrit à Burghley : «Je 
crains qu'il n'en résulte de fâcheux effets. n N'est-ce pas lui qui, dans une lettre 
à Leicester et du même jour, ajoutait : «Vous pouvez juger de la perplexité de 
l'amiral, qui prévoit les malheurs qui arriveront, à moins qu'il ne tombe un 
secours du ciel 1 , n 

Coligny a donc payé de sa vie sa confiance dans les Anglais. Bien peu de jours 
avant que n'éclatât la conspiration d'Amboise, il avait écrit à François II : « Il faul 
mettre un mors à la bouche de la reine d'Angleterre i>; mais à partir du jour, où, 
en pleine guerre civile provoquée par lui, il lui avait livré le Havre, en échange 
d'un maigre subside, qui ne lui fut remis ni en entier ni en temps opportun, 
il s'était vis-à-vis d'elle à jamais lié les mains. Dans les papiers trouvés après sa 
mort, éclairé par une triste expérience sur la mauvaise foi des Anglais, il con- 
seillait à Charles IX de s'en défier à l'avenir, comme de ses plus dangereux 
ennemis. Pour l'honneur de sa mémoire que ce repentir tardif, que cette pensée 
patriotique lui soient comptés : on va le tuer, juste à l'heure où son cœur ne 
battait plus que pour la France. 

XII 

Téligny et Guerchy sont restés jusqu'à minuit dans la chambre de l'amiral, qui 
s'est mis au lit; ils y ont laissé le ministre Merlin, Ambroise Paré et Nicolas Muss, 
son fidèle serviteur. La première partie de la nuit se passe calme et silencieuse. 
Entre deux ou trois heures du matin, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois se 
met à sonner le tocsin à toutes volées; et dans la rue un bruit de pas de chevaux se 
fait entendre. Guise n'a pas perdu de temps. Il est déjà devant l'hôtel de l'amiral. 
Sans descendre de cheval, il échange quelques mots avec Cosseins qui l'attendait. 
Au nom du Roi qui l'avait soi-disant chargé d'un message pour Coligny. Cosseins 
demande à Labonne , qui avait la garde et les clefs de la porte, de la lui ouvrir. Sans 
défiance, il obéit et tout aussitôt il est poignardé. Les cavaliers se précipitent dans 
la cour, et tuent l'un des cinq Suisses de la garde du roi de Navarre qui, cette nuit- 
là, étaient de service. Les autres se réfugient dans l'intérieur de l'hôtel et en bar- 

' Mémoires ci lettres de Walsingham. 



lhxti INTRODUCTION. 

ricadent la porte. Au bruit des coups de l'eu, l'amiral s'est levé et s'est revêtu de 
sa robe de chambre. Sur sa demande le ministre Merlin récite des prières. A ce mo- 
ment entre Cornatoii : rr L'on enfonce la porte intérieure, s'écrie-t-il , nous sommes 
| »frd us. r. — rr 1 1 y a longtemps que je suis préparé à la mort, répond Coligny d'une 
voix calme. Vous autres, mes amis, si cela est encore possible, sauvez-vous. Vous 
ne sauriez préserver ma vie. Je ne veux pas que vos proches me reprochent votre 
mort. Je recommande mon âme à la miséricorde de Dieu.-» 

Ils obéissent à regret; et, seul, Nicolas Muss s'obstine à rester avec son vicuv 
maître. 

La porte du bas a cédé : les Suisses se sont l'ait tuer sur les marches de l'esca- 
lier, el Besme entre le premier dans la chambre de l'amiral dont la porte a été 
rompue; derrière lui viennent Sarlabos, Attiu, Tosiaghi, Petrucci et les trois 
Suisses de la garde du Roi dont l'histoire a retenu les noms, Martin Koch. Con- 
rad Burg, de Saint-Gall, et Léonard Grassenfelder, de Glatis '. 

A l'aspect de ce vieillard à cheveux blancs, ce ce Christ des guerres civiles i> , ainsi 
que l'appelle Michelet, les meurtriers hésitent. Cet homme impassible, au regard 
résigné, leur impose. 

rr Es-tu l'amiral? 11 dit Besme le premier. 

rr Oui, jeune homme, tu devrais avoir pitié de ma vieillesse; mais tais ce que 
tu voudras, tu ne feras pourtant ma vie plus brève. •» 

La brute lui plonge son épée en plein corps, et la retirant lui en balafre le vi- 
sage. L'amiral tombe, les bourreaux le frappent à coups redoublés, et plus d'un se 
vantera plus tard de l'avoir tué. L'Italien Tosinghi se saisit de sa chaîne d'or et s'en 
pare comme d'un trophée. 

rr Est-ce l'a i t ? t» criejïuise, d'en bas. 

crOuiïi, répond Besme, ouvrant la fenêtre. 

rcEh bien! jette-nous-Ie. •» 

\idé de Sarlabos, Besme soulève le corps. L'amiral respirait encore; sa main 
défaillante se cramponne convulsivement au rebord de la fenêtre. Vain effort! Le 
corps tombe lourdement sur le pavé. Descendu de cheval, le bâtard d'Angon 
lême étanche avec son mouchoir le sang qui lui dérobe la ligure. 

rr C'est bien lui-n, dit-il; et il le frappe du pied. 

Petrucci coupe la tête qu'il va porter au Louvre. 

1 Revue historique , numéro de juillet 1 879. 



INTRODUCTION. lxx.wu 

tf Aux autres maintenant », s'exclame le bâtard remonté à cheval; et Guise, d'Au- 
male, Tavannes, du Guast, Nevers, Coconas, le suivent à travers les rues criant : 
rcTuez, tuez, le Roi l'ordonne, n 

Accourue à l'appel sinistre du tocsin , la bande de Marcel, cette populace sortie 
des repaires de Paris, la même dans tous les temps quand il s'agit de piller et 
de tuer, se rue dans la cour où a été laissé le corps de l'amiral ; à son tour elle le 
piétine, l'insulte, puis le promène triomphalement, et lorsqu'elle est lasse d'in- 
jures , elle va l'attacher au gibet de Montfaucon. 

L'amiral avait prévu qu'il en serait ainsi : r J'aime mieux, répétons-le ici, 
que mon corps soit traîné dans les ruisseaux de Paris, que de recom mencer la 
guerre civile-_a._ tf*£ ****** 

Alors, suivant l'effroyable expression de Tavannes, cria mort et le sang cou- 
rent les ruesn. Téligny est tué d'un coup d'arquebuse sur le toit où il s'est réfu- 
gié, La Rocheibucault dans son hôtel par des hommes masqués dont le frère de 
Chicot est le chef; tout souriant, il avait cru un instant à l'une de ces plaisan- 
teries dont le Roi était coutumier. Gaumont La Force et son fils aîné sont massacrés 
par les gens du duc d'Anjou. Son fils cadet tenu pour mort est miraculeusement 
sauvé. Le marquis de Resnel arraché par son cousin Bussy d'Amboise, avec le- 
quel il plaidait, des mains des soldats qui le traînaient à la Seine, est tué par hu 
d'un coup de pistolet. Nommons encore Groslot le bailli d'Orléans, désigné nomi- 
nativement par le Roi aux massacreurs, Lavardin, le vieux Rrion frappé dans 
les bras de son élève le marquis de Conti, Francourt, l'ami de Jeanne d'Albrel. 

Seul Guerchy défendit courageusement sa vie. L'illustre Ramus, l'historien 
Laplace seront les victimes du lendemain. 

Tous ces gentilshommes venus sans défiance au palais, qui ont passé la nuit dans 
la chambre du roi de Navarre et que Marguerite dans ses Mémoires nous dit y 
avoir vus, Pardaillan, Piles, Reauvais, le vieux précepteur du Roi son mari, au 
matin, chassés impitoyablement du Louvre, et en passant à travers la double haie 
des Suisses, sont égorgés. 

Accouru l'un des premiers au Louvre, l'envoyé de Mantoue écrivait le joui 
même au duc son maître : ce J'ai vu devant le palais plus d'une douzaine des prin- 
cipaux chefs prolestants ou morts ou achevant de mourir l .v 



Fu veduto inanzi ail' allogiamento del eu almero una docina de principali inorti e eue finivano di 
niorire. (Arch. de Modène). Voir notre livre Le xn' siècle et les Valois, p. 3a 1 et suiv. 



lixvviii INTRODUCTION. 

Dans cette nuit sanglante les femmes de la cour sont aussi cruelles que les 
hommes; elles vont impudiquement repaître leurs yeux de la vue de ces cadavres, 
restés nus sur le sol. Pour l'honneur de leur sexe, deux seules se montrent 
pitoyables, Marguerite de Valois et la douce Elisabeth d'Autriche, femme de 
Charles IX. 

Marguerite, toute couverte de sang par M. de Leran,qui, poursuivi par les meur- 
triers, s'était réfugié dans son alcôve et s'était fait un rempart de son corps, obtient 
sa vie de M. de Nançay, le capitaine des gardes; elle sauve également Miossens, le 
premier gentilhomme de la chambre du roi son mari '. 

Elisabeth est non moins digne d'éloges : «Elle s'était allée coucher de bonne 
heure la veille de la Saint-Barthélémy, nous dit Brantôme; ne s' étant éveillée 
qu'au matin, on lui dit à son réveil le beau mystère qui se jouoit. Hélas ! dit- 
elle soudain, le Roy mon rnary le sçait-il "' — Oui, Madame, répondit-on, c'est 
luv-mème qui le fait faire. — mon Dieu ! s'écria-t-elle, qu'est cecy? et quels con- 
seillers sont ceux qui luy ont donné tel advis? Mou Dieu! je le supplie et fe re- 
quiers de luy vouloir pardonner, car, si tu n'en as pas pitié, j'ay grand peur que 
cette offense ne luy soit pas pardonnée; et soudain demanda ses heures et se mit 
en oraison et à prier Dieu, la larme à l'œil 2 , -n 

Bon nombre des chefs protestants et des principaux, Moiilgomery, le vida me 
de Chartres, Geoffroy de Caumont, logeaient au faubourg Saint-Germain. Si c'était 
par défiance, ce fut leur salut. En partant du Louvre, pour gagner le Pré aux 
Clercs, il fallait en remontant suivre la rive droite de la Seine jusqu'au Chàtelel, 
puis traverser successivement le pont aux Meuniers, la Cité, le pont Saint-Mi- 
chel, et redescendre le long de la rive gauche du fleuve jusqu'à la tour de Nesles 3 . 
A la pointe du jour, réveillé par le bruit des cloches et la fusillade, Montgo- 
mery se lève et monte à cheval, se demandant d'où provient ce tumulte. Son in- 
certitude n'est pas longue: tout au lointain, il voit venir à fond de train de nom- 
breux cavaliers: ce sont Guise, d'Aumale, le bâtard d'Angoulèine, et c'est bien à 
lui qu'ils en veulent. L'amiral mort, il est le seul chef redoutable des huguenots. 
Sans hésiter, il prend la fuite, se fiant à la vitesse de son cheval. La poursuite 
est longue, acharnée. Ce n'est qu'à Montfort-l'Amaury que, désespérant de l'at- 
teindre, ces chasseurs d'homme rebroussent chemin. 

L'un de ceux qui comme lui eurent l'heureuse fortune d'échapper aux meur- 

' Mémoires de Marguerite, élit, de L. Lalanne, p. 33, 54. — ! Brantôme, édit. de L. Lalanne, l. X, 
p. 3g8. — ' Voir Léon Mai tel, Montgomery. Paris, Picard, 1890. 



INTRODUCTION. lxxxix 

Iriers, Geoffroy de Gaumont, une fois liors de Paris, et en sûreté dans 
sa province, écrivit, de Castelnau, le i3 septembre, trois lettres à Catherine, à 
Charles IX et au duc d'Anjou. Elles jettent un nouveau jour sur ce qui se passa, 
cette nuit-là, au Pré aux Clercs. Nous citerons, et en entier, celle qui est adressée 
à Catherine. 

a Madame, estant arrivé cheux moy aveques deux de mes gens seulement, et 
assés indisposé, j'ay estimé debvoir advertir Vos Magestés que l'esmotion survenue 
à Parys nie contraygnit partir sans avoir cest honneur de pouvoir bayser très hum- 
hlement les mayns de Vos Majestés et entendre les commandements qu'il leur 
playroit me fayre, combien que sans l'esmotion populayre je ne fusse party, ne 
sachant en ma conscience chose quy jainays aye donné ocasion à personne que 
de me byen vouloyr. Toutesfoys, voyant le trouble sy grand et un nombre de gens 
armés venir de l'urye au cartyer du faulxbourg S 1 Germayn, où je logeois, je prins 
party aveques un merveilleux regret de monter à cheval et me mètre hors ledict 
fauxbourg, atandant sy je pourrois descouvrir que ce pouvoit estre, ce que je fis, 
suivy de quatre ou cinq des miens, sans aultres armes que nos propoyns et nos 
espées. Estant dehors je vy plusieurs gentilshommes les uns après les aultres à 
cheval fort effrayés parmy lesquels je cherchay sy je pourrois apercepvoir mon 
frère et ses enfantz, quy estoint logés tous au devant du derrière de mon logis et, 
ne les trouvant poinct, m'en retornay vers ledit faulxbourg pour essayer d'en retirer 
mon frère et sesdicts enfants malades et fort jeunes; mays je trouvay ledit faulx- 
bourg saysy de toutes partz et l'endroict dudict logis tout playn d'harquebouziers, 
sans voyr moyen ny aparance d'en pouvoir aprocher, quy fust cause que je m'en 
retornay marry et à merveille estonné. En l'instant s'entend un grand bruit et 
effray parmy ceulx qui estoint sortis, comme dict est, quy crioynt : a Serrons-nous et 
gagnoyns pays n , ce que de mon costé je fus forcé fayre pour un nombre de cavalerye 
qui ce descouvroit et quy fist une charge dans laquelle je perdis de mes gens; et de 
là on commença d'avanser le pas à bon client, et moy, ne cognoyscnt le pays qu'ils 
prenoynt, ne volus tenir ceste route, ayns tornay vers le chemin de Chartres; et 
entendent ceste esinotion durer dedens Parys, rentra y en double qu'ons en feroit 
ailleurs de mesmes et qu'en l'équipage où j'estois malaysément je m'en pourrois 
saulver, quy me fist résouldre de gagner ma maison pour incontinent après mon 
arrivée en informer Vos Majestés et les tenir certaynes de mon immuable fidélité 
et affection à la grandeur d'icelles en laquelle je suis certayn qu'aultre ne m'a 
oncques passé, ny ne pourroitàl'advenir, et selon laquelle. Madame, je les suplye 

Cathkqi.ne nu Médicis. — iv. • i. 



llIt'IMMLniE XAIIOSALC. 



xc INTRODUCTION 

très humblement me vouloir faire trayclement et selon la cogooyscerice que ci-de- 
vant en avés pu avoir et le contentement qu'il vous a plu me dire en avoyr rep- 
ceu; car sy par un tel événement et porsuite, on pouvoil soupsonner le movns du 
monde que Vos Magestés tinssent une tant soit petite ombre de malcontentement 
de moy je ne pourroys vivre ny ne vouldroys. 

«A ceste cause, Madame, ainsi que votre bonté m'a tousjours esté favo- 
rable, qu'il playse à Vos Majestés que je demeure en l'assurance et honneur de vos 
bonnes grâces, et le faire cpgnoystre par sv bons tesmoygnages qu'on n'en puisse 
doubter 1 . r 

Dans cette lettre, Gaumont ne dit pas qu'il ait vu Charles IX tirer du Louvre 
et de la fenêtre de sa chambre sur ses sujets @K Le Toesin contre les massacreurs. 



ce pamphlet calviniste, n'en parle pas. Tout au contraire Brantôme, d'Aubigné, 
Goulard, dans \ Estai de la France sous Charles IX, Barnand dans le Réveille-matin 
l'affirment. Tout récemment, feu M. Bordier a reproduit le tableau du massacre 
l'ail par un contemporain, Dubois, réfugié en Suisse après la Saint-Barthélémy. 
A l'une des fenêtres du Louvre un personnage braque une longue arquebuse sur 
le faubourg Saint-Germain. 

Est-ce Charles IX? 

Dans son état de crise furieuse, affolé, grisé par la tuerie, il est admissible 
que le chasseur déloyal (d'Aubigné l'apostrophe ainsi) ait tiré sur les fuyards, qu'à 
cette distance il ne pouvait atteindre; mais, ainsi que l'a observé, avec justesse, 
l'historien protestant Soldan, «cela n'est ni prouvé, ni suffisamment réfuter. 

Le massacre commencé, le Boi fit appeler Henri de Navarre et le prince de 
Condé : rtMon frère et mon cousin, leur dit-il, ne vous effrayez pas et ne vous 
affligez pas de ce que vous entendrez; si je vous ai mandés, c'est pour votre propre 
sûreté 3 . « 

\ quelques jours de là, il n'en fut pas de même : rcLe prince de Condé, écrit 
le a8 aoùl l'envoyé de Manloue, n'ayant pas voulu s'humilier, et ayant osé 
dire qu'il y avait cinq cents gentilshommes prêts à venger cette lamentable 
exécution, pris de colère, le Boi le menaça de son poignard, et se tournant vers 

' Bibl. nat., fonds Français, n° i5553, f' 199. M. Berty, p. 119; t. VII, p. 182; l. \. |>. 433: 

• Elle était siluee dans le pavillon sud-ouest du Bernard , Procès-verbaux des Etats de t5gS, p. 368 . 

Louvre. Voir Bordier, Peinture de la Saint-Barthé- dans la collection des Documents inédits. 
lemy, Genève, 1 858; Bulletin de la Société de l'His- 3 La strage di San Bartholomeo, Dépêches des 

taire du Protestantisme , t. V, 33a ; (. VI, article de ambassadeurs vénitiens, appendice, p. 84. 



INTRODUCTION. ici 

•Je roi de Navarre : r. Quant à vous, montrez bonne volonté, et je vous ferai bonne 
chère 1 . » 

a Le sang étanché, a dit Tavannes dans ses Mémoires, le sac commença; Paris 
sembla une ville conquise", et il n'exagère pas : «J'ai vu de mes yeux, ajoute l'en- 
voyé dé Mantoue, des soldats de la garde du Roi emmener des chevaux, emporter 
de l'argent et des objets précieux -. - 

Les échevins s'en émurent. Pour beaucoup, piller c'est plus que tuer, s Sur 
les il heures du matin, ils vinrent trouver le Roy et lui représentèrent que 
des princes et seigneurs de sa cour, tant gentilshommes, archers, soldats de sa 
garde, que toutes sortes de gens et peuples meslés parmi et sous leur ombre, pil- 
loient et saccageoient plusieurs maisons e( tuoient plusieurs personnes par les 
rues 3 . d 

L'accès de colère de Charles IX avait lait place à la stupeur; il commanda aux 
échevins et au prévôt des marchands de monter à cheval, de se faire accom- 
pagner de toute la milice de la ville et de faire cesser les meurtres, les pilleries, 
saccagemenls et sédition, et d'y avoir l'œil jour et nuit '. 

On eut beau proclamer à son de trompe et par tous les carrefours et lieux pu- 
blics cette défense, le massacre n'en continua pas moins. Une fois que le peuple 
a pris goût au sang, et qu'il a les armes dans les mains, il est malaisé de les lui 
arracher. «Tous les soirs, écrit l'ambassadeur Saint-Paul au duc de Savoie son 
mailre, l'on tue et puis l'on jette dans la Seine des huguenots qui étaient partie 
cachés dans les maisons, et partie dans les prisons 5 , n 



XIII 

Dans les lettres adressées, le 2/1 ao.ùt, à ses ambassadeurs et aux gouverneurs 
des provinces, Charles IX fait uniquement allusion à la lutte engagée dans les 
rues de Paris entre les deux maisons rivales de Guise et de Chàtillon, querelle 
particulière , et menée avec une telle furie qu'il n'a pu y porter remède, et 

' Archives de Modène (lettre inédite). Tavannes a Archives de Modène. 

le confirme en ces termes : <■ Le Roi menace le priuce Arch. nat. , Registres de la ville; Cimber el 

de Gond é qui ne se pouvôit feindre.- [Mémoires Danjou, Archives curieuses , t. VII, p. 217. 
de Tavannes, édition du Panthéon littéraire, ' Ibid, p. 219. 

p. 435.) ■ Archives de Turin. 



xc.i INTRODUCTION. 

qu'enfermé au Louvre il s'y est fait garder «pour après donner ordre par toute 
In ville en l'apaisement de la sédition, à cette heure, grâces à Dieu, amortie n 1 . 

Cette première version officielle de la Saint-Barthélémy est reproduite dans 
une lettre du duc d'Anjou à M. de Matignon, gouverneur de la Normandie : 
tr Vous verrez par les lettres du Roy mon frère ce qui s'est passé cette nuit entre 
ceux de la maison de Guise et les gentilshommes et amis de mon cousin l'admirai 
de Chatillon , à mon très grand regret, et comme l'intention du Roy est de ne rien 
altérer à son édit de pacification '--r. 

Le 26 août, le Roi écrit à La Mothe-Fénelon, son ambassadeur en Angleterre : 
<?Je vous fis hier une dépêche de l'émotion qui advint, dès le matin, qui continua 
hier et qui véritablement, à mon très grand regret, n'est encore apaisée; mais 
pour ce que l'on a commencé à découvrir la conspiration que ceux de la religion 
prétendue réformée avoient faite contre moy-même, ma mère et mes frères, vous 
ne parlerez point des particularités de cette émotion et de l'occasion, jusqu'à ce 
que vous ayez plus amplement et certainement de nos nouvelles 3 . v 

Mais dans la soirée du 2 5 août, le duc de Guise, à son retour de la poursuite 
de Montgomery, ayant r efusé d'assumer à lui seul la responsabilité de la Saint- 
Barthélemy, Charles IX se voit contraint de tenir le 2 G un lit de justice et en 
plein Parlement, après avoir exposé comment le fait de Coligny avait eu lieu, 
il déclare que tout ce que M. de Guise a fait l'a été par son commandement et 
non pour cause de religion, et il met la haute cour en demeure de faire le procès 
aux complices de l'amiral. 

Dans sa réponse le premier président M. de Thou ne trouve rien de mieux 
pour faire l'éloge du Roi que de rappeler ce mot attribué à Louis XI : crQui ne 
sait pas dissimuler, ne sait pas régner 4 , n L'avocat général Pihrac, se levant à son 
tour, demande à Charles IX s'il ne trouverait pas à propos que l'on inscrivit sa 
déclaration sur les registres du Parlement, et que l'on fit cesser les meurtres et 
le pillage. Le Roi consent à cette insertion cl commande sur-le-champ que l'on 
proclame dans tous les carrefours la défense de tuer et de piller. 

Le 27 août, le Roi envoie dans les provinces de nouvelles lettres. Les Mémoires 
de l' Estai de la France nous donnent celle qui fut adressée aux officiers de Bourges. 
Dans le fonds français de la Bibliothèque nationale se trouve la minute originale de 

' Voiries Mémoires de l'Est tt de la France, 1.1, ' Correspondance diplomatique de La Mothe-Fé- 

p. 996. uelon, 1. VU, p. .'Ï25. 

! Bibl. nat.. fonds français, n° 3ig3, f 7.I ' De Tliou, Uist. univers., trad., t. VI. 



INTRODUCTION. xoni 

celle qui fut envoyée au vicomte de Orthe; elle mérite d'être reproduite : «Je 
vous prie donner ordre à la seureté de la ville de Bayonne, et qu'en icelle ne 
s'esleve aucune esmotion entre les habitans ny se commette aucuns massacres 
entre eulx, ainsy qu'il est à craindre sur ceste nouvelle, et combien qu'il n'y avt 
rien en ce faict de la rupture de l'édit de pacification, néantmoins il est à craindre 
que aucuns, se couvrant de ce prétexte, ne veuilent exécuter leurs vengeances, 
de quoy j'auroys ung incroyable regret, vous priant, à ceste cause, faire publyer 
et entendre par tous les lieux et endroicls de vostre charge qu'on y demeure en 
repos et seureté sans prendre les armes ny s'offenser l'un l'aultre, sous peyne de 
la vie'.n 

Le 28 août, jour où toute la cour assiste à une procession solennelle, à l'ex- 
ception toutefois du roi de Navarre et du prince de Condé qui résistent encore, 
le premier aux caresses, le second aux menaces de Charles IX, paraît une déclara- 
tion royale sur la cause et l'occasion de la mort de l'amiral et de ses complices : 
a Charles IX promet toute sûreté, toute liberté aux protestants-», mais provisoire- 
ment pour obvier aux troubles et scandales, il interdit toutes assemblées quel- 
conques sous peine de la vie et confiscation des biens; il ordonne de relâcher 
ceux qui seraient encore dans les prisons, exceptant toutefois ceux qui auraient 
eu des commandements, pratiqué des menées et seraient imputés complices de la 
récente conspiration. 

Le 3o août, le Boi, variant de nouveau, révoque tous les ordres verbaux qu'il a 
donnés, et dans ces termes : ce Quelque commandement que nous ayons pu faire 
à ceux que nous avons envoyés, lorsque nous avions juste cause de craindre 
quelque sinistre événement, nous avons révoqué et nous révoquons tout cela, ne 
voulant pas que par vous ou autres en soit aucune chose exécutée 2 .!: 

Ce retour à la pitié, le légat Salviali l'explique par la crainte qu'inspirait 
l'Allemagne protestante, et Tavannes, dans ses Mémoires, par des sentiments plus 
humains, et Le coup fini, le péril passé, le sang répandu blesse les consciences 3 .-^ 

Mais qu'elle fut de courte durée cette apparence de clémence : le 3 1 août 
Charles IX écrit à Mondoucet, son envoyé à Bruxelles : «Le duc d'Albe a dans 
ses mains plusieurs de mes sujets rebelles et le moyen de prendre Mons et chas- 

Bibl. nul., fonds français. n° i5555, f" '1 1 et </<> Mandelot, p. 5i; lettres de Charles IX h 

( minute orig.). Matignon du même jour (Bibl. nal. , fonds français. 

5 Voir Mémoires de VEslat de lu France, t. I, n° 3a54, u° 7028 et n' 3a56, f° 54). 
p. 3ig; Paulin Paris, Correspondance de Charles IX 3 Mémoires de Tavannes. 



xav INTRODUCTION. 

lier ceulx qui sont dedans; s'il fait le contraire, j'auray très grande cause de 
me plaindre de luy et de l'accuser de tout le mal qui en succédera. S'il vous 
répond que c'est tacitement, le requérir de faire mourir lesdits prisonniers et 
faire tailler en pièces ceulx de Mous, vous luy direz que c'est ce qu'il doibt faire '. n 

Le 8 septembre suivant, il prescrit de nouveau à Mondoucet de bien faire en- 
tendre au duc qu'il ne mécontentera personne en France, s'il fait mourir les pri- 
sonniers qu'il a en ses mains et les défenseurs de Mons-. 

Il justifie ainsi lui-même la parole qu'on lui attribue : tr Qu'il n'en reste pas un 
seul qui puisse me reprocher leur mort, n 

Hier encore il souriait à la vie, il rêvait la guerre, il rêvait la gloire; aujour- 
d'hui, son front s'est asssombri; quand on lui parle, nous dit le Vénitien Michieli, 
il ne regarde plus en face, il baisse la tète, et s'il relève les yeux, il semble ne 
le faire qu'avec peine; après avoir regardé un instant celui auquel il s'adresse, il 
les abaisse tout aussitôt 3 . 

Quel contraste effrayant! Cette mère qui a provoqué, surexcité dans son fils 
cette furie sanguinaire non encore assouvie, les mains rouges de sang, est restée 
i en pleine possession d'elle-même. 

L'ironie aux lèvres : «Suis-je aussi mauvaise chrétienne, dit-elle à Gomicourt, 
venu pour prendre congé d'elle, que le prétendait don Francès de Alava? Re- 
tournez vers votre maître, racontez-lui ce que vous avez vu, dites-lui ce que vous 
avez entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, et n'oubliez pas d'ajouter : 
Beatus qui nonfuerit in me scanda hsatus ! 5 n 

Elle est plus laconique en s'adressant à l'ambassadeur de Toscane : ail valait 
mieux que cela tombât sur eux que sur nous. Je ne m'en suis ouverte à personne 5 -n ; 
et à d'Elbène l'envoyé du duc de Savoie : «Ce qui a été fait était plus que néces- 
saire. Votre duc n'a pas à regretter l'amiral qui ne l'aimait guère . n 

En faisant part à son maître de ce dernier entretien, d'Elbène nous peint bien 
Catherine au lendemain de la Saint-Barthélémy : «Elle a rajeuni de dix ans, et 
me fait l'effet d'une personne qui sortirait d'une grave maladie, ou qui viendrait 
d'échapper à un grand danger 7 . 11 

1 Bibl. nat., fonds français, n° 16127, p. 194. 5 Desjardins, Négociai, diplom. avec la Toscane, 

1 Ibii. (. III, p. 828. 

1 Alberi, Relaz. di Michieli, 1" série, t. IV. 6 Archives de Turin. Voir notre livre, Le xri' siècle 

4 Gacliard. Relation trouver à Mous et publiée en et les Valois. (Pion, 1 86t). ) ' 
; S 5 2 dans les Bulletins de /'. I ead. royale de Belgique. ' Ibid. 



INTRODUCTION. xcv 

Dès le 2 5 août, les ambassadeurs vénitiens avaient écrit : te Le Roi a expédié 
dans la nuit des courriers à Orléans et autres villes, afin que l'on fît de même 
qua Paris et il a envoyé à Chàtillon-sur-Loing se saisir des enfants de l'amiral, n 

De son côté, le légat Salviati a écrit le 28 août : «Je crois que le semblable de 
ce qui s'est fait à Paris sera fait dans les provinces. i> 

Alors la question se pose ainsi : A qui attribuer le massacre? 

Est-ce aux premiers ordres verbaux du Roi, ordres révoqués, nous l'avons vu, 
le 3o août? 

Ou bien, est-ce aux passions des populations exaspérées par les maux soufferts 
durant les dernières guerres civiles? 

11 est donc indispensable de rechercher comment les choses se sont passées 
dans chaque ville, car partout il n'en a pas été de même. 

A Paris, le massacre a eu lieu en partie en plein jour; dans les provinces, c'est 
surtout la nuit, dans les prisons, et à des dates éloignées les unes des autres. 
Ln historien protestant anglais, Withe, en a conclu que le massacre en grand 
n'avait pas été prémédité; car, à moins d'être de très maladroits conspirateurs, 
Catherine et ses conseillers italiens auraient pris leurs mesures pour qu'il eût lieu 
partout le même jour 1 . 

L'ambassadeur Cavalli, qui était sur les lieux, est plus affirmalif encore : crL'on 
commit tant d'erreurs, écrit-il dans sa relation, l'on prit tant de décisions con- 
traires qu'il fut facile de reconnaître que cette exécution avait été résolue à l'im- 
proviste et non pas préparée de longue main, comme je l'ai toujours cru' 2 . 

Tout à l'opposé, feu M. Bordier, dans son livre, la Saint-Barthélémy cl la 
Critique moderne, à l'appui de la préméditation qu'il a vivement soutenue, a 
emprunté au Réveille-malin des François et à YEstal de la France sous Charles IX 
une lettre de Catherine que nous n'avons pas cru devoir imprimer, à sa date, 
avec toutes les autres, la tenant pour apocryphe, et que d'ailleurs voici : 

«Strozzy,je vous avertis que cejourd'hui aâ août l'amiral et tous les huguenots qui 
esloient icij ont esté tués. Partant, avisez dilligemmcnl à vous rendre, maislre de la Rochelle, 
et faites aux huguenots qui vous tomberont sous les mains le mesme que nous avons 
fait à ceux-ci. Gardez-vous bien d'y faire faille, autant que craignez de desplaire au 
Roy et à moy. n 

Cette lettre, soigneusement cachetée, était soi-disant accompagnée d'une seconde 

1 Wilbe , Massacre 0/ St. Bartholomew., London, 1868, |>. 657. — " Alberi, Heinz, venet,, I. IV. 



xcvi INTRODUCTION. 

qui prescrivait à Strozzi de n'ouvrir la première que le 26 août. Si les premiers édi- 
teurs n'ont pas donné la date de la réception de ces deux lettres, suivant M. Bor- 
dier, c'est qu'ils ne la savaient pas; toutefois ils ont supposé que ce fut après la 
reddition des places de sûreté par les protestants, qui eut lieu au commence- 
ment de mai. Cette date qu'ils n'ont pu préciser, il prétend, lui, l'avoir trouvée, 
grâce à deux lettres de Strozzi du 2 5 juillet et 29 août. 

Dans celle du 2 5 juillet, Strozzi remercie chaleureusement le Roi de lui avoir 
enfin permis de mettre à la voile, mais comme il ignore encore la destination de 
sa flotte, prèle à partir dans douze jours, si c'est pour aller près, il prendra à son 
bord huit mille hommes; si c'est pour une expédition lointaine, il n'en prendra 
(pic la moitié '. 

Toujours d'après M. Bordier, Strozzi n'aurait pu écrire cette lettre du 2.5 juillet, 
si, déjà, il eût eu dans ses mains le pli cacheté de Catherine. H ne l'a donc 
reçn qu'après le 2 5 juillet. Pour mieux l'affirmer, il reproduit en son entier la 
lettre adressée, le 29 août, par Strozzi au duc d'Anjou. 

Nous nous bornerons à en citer la première partie telle qu'il l'a imprimée : 

k Monseigneur, je receus hier une lettre de vous et du par ensemble celle du Boy; au 
matin une du Roy, 2 g de ce mois. Nous devions partir dimance et cesqun estoit à son 
navire, tout enbaqué nos troupes. Parce qu'il ni a rien icy où nous ne somes que 
M. de la Garde et moy, avec quelques gcnlisomes , nous lesserwns à quinze ou sese lieues 
d'icy. Ils estoient mauves port tout dimance. Nous sommes sans moiens, sans un cheval 
ni argent. Nous avions tout mis pour faire notre voyage 2 , v 

A la suite de cette citation M. Bordier ajoute : rr Ainsi, le vendredi 29 août, 
Strozzi mande que le dimanche précédent le 2 h , le dimanche de la Saint-Barthélémy, 
il devait prendre la mer avec toute sa flotte, mais que, par suite de diverses circon- 
stances, dont la principale fut la mauvaise mer qu'on eut tout le jour, il n'a rien fait; il 
fera ce qu'il pourra. L'enthousiasme du 2 5 juillet est tombé à plat; mais je 
pense qu'il est maintenant indu bitable pour le lecteur, que Strozzi avait reçu le 
contre-ordre et nécessairement le pli cacheté qui justifiait ce contre-ordre avant le 
(5 août, jour où, après s'être flatté qu'il prendrait la mer, il avait dû rester, v 

L'on pourrait objecter que, dans cette lettre du 29 août, pas une allusion n'est 
faite au prétendu pli cacheté. Catherine avait bien, il est vrai, annoncé à Philippe II, 
pour le rassurer, le départ de la flotte, et ce devait être pour une expédition loin- 

1 Bibl. nul., fonds français, n° i5555, f° 45. — ' Ibid., f 45. 



INTRODUCTION. xcvn 

taiue, car le 8 septembre suivant, elle écrivait à Strozzi : « 11 faut servir son maître 
à sa guise; il vous avoit permis dresser une armée de mer et sortir, et comme 
vous étiez prêt à faire voile, il est intervenu une occasion par laquelle il est non 
seulement contraint de révoquer ledit voyage, mais de se servir de vous à choses 
qui lui touchent de plus près et sont de plus grande importance '. a 

De son côté, le duc d'Anjou lui écrivait : tt Comme nous aurons paciGé toutes 
choses, il faudra faire servir vos vaisseaux à quelque bon effet, comme j'espère que 
vous pourrez lors 2 . •» 

Ce qui a pu induire en erreur M. Bordier et infirme l'interprétation qu'il en a 
déduite, c'est une faute de lecture du texte original. Il est donc indispensable de 
le rétablir tel qu'il doit être lu : 

et Monseigneur, je receus hier une lettre de vous, au matin une du Roy, ag de ce mois. 
Nous devions partir dimance et cesqun estoit à son navire, tout enbaqué nos troupes. 
Par ce qu'il n'y a rien icy où nous ne somes que M. de la Garde et moy avec quelques 
gentisomes, nous les lerrions à quinse ou sese lieues d'icy, il estoin mandé pour tout di- 
mance y> et non «mauves port tout dimance n, ainsi que l'a imprimé M. Bordier 3 . 

Maintenant que nous en avons fini avec ces lettres de Strozzi, passons au mas- 
sacre dans les provinces et commençons par Meaux. Prévenu par un courrier arrivé 
à 7 heures du soir, le jour de la Saint-Barthélémy, Louis Cosset, procureur du 
Boi au bailliage, fait dans la nuit emprisonner plus de deux cents protestants. 

Le lendemain, du haut de l'escalier qui conduit à la salle des audiences, la liste 
des détenus à la main, il en fait, un à un, le sinistre appel, et, au sortir de la 
geôle, tous sont égorgés jusqu'au dernier 4 . 

A Orléans, le délégué qui représentait à la cour les intérêts de sa ville, rentré 
de Paris dans la soirée du 2^ août, annonce le massacre. Dans la nuit du a5, 
un courrier apporte l'ordre d'armer les catholiques et d'attendre de nouvelles 
instructions; elles parviennent le lendemain, et une lettre de Sorbin, le prédica- 
teur du Boi, les accompagne, véritable provocation au massacre. Un conseil est 
tenu à l'Hôtel de ville, et le maire, les échevins, les officiers de justice décident 
la tuerie. Elle dure trois jours, et le nombre des victimes est évalué à cinq cents 5 . 

1 Bibl. nat. , fonds français, n° 1 5555 , f° 5g. s De Thou, But. universelle, traduite, t. VI, 

2 Ibid. , f° 58. p. 4g a ; Bulletin de la Société de l'histoire du proles- 
1 lbid., f° 48. tantisme français (août 1872), p. 3/17; Baguenault 
4 Marrât, Hisl. de Meaux; Toussainl-Duplessis, de Puchesse, la Saint-Barthélémy à Orléans; Her- 

Histoire du diocèse de Meaux. luison, 1873. 

',.-.- HLI.iM. DE MliuiClS. — 1?. M 

ItirniMEntE *âi iouali.. 



xcvni INTRODUCTION. 

Le oo août, àTroyes, le bailli Anne de Vaudrey fait rechercher et emprison- 
ner les protestants. Le 2 septembre, un marchand nommé Belin' apporte de 
Paris la déclaration royale du 28 août, qui prescrivait de les laisser vivre en toute 
sûreté de leurs vies et de leurs consciences. Le h septembre, une bande d'assassins 
envahit les prisons et massacre les détenus. 

Passons à la Picardie. Le duc de Longueville, qui y commandait, en trans- 
mettant à M. d'Humières, gouverneur de Péronne, la déclaration royale du 
28 août, lui enjoint, et pour obvier aux troubles qui pourront s'élever à l'occa- 
sion de la mort de l'amiral et de ses adhérents, d'interdire toutes assemblées de 
protestants et prêches en leurs maisons, afin d'éviter tout doute ou soupçon 
qu'on pourroit concevoir a, et il lui signale, pour s'en plaindre, la .démolition d'un 
temple protestant par des catholiques, ce qui est un commencement d'alté- 
ration à ledit 2 . 

La modération est à l'ordre du jour aussi bien à Nantes qu'en Picardie. Une 
lettre du duc de Montpensier, datée du 2,5 août et reçue le 8 septembre, avait fait 
entendre aux échevins que l'exécution de Paris leur démontrait assez que l'in- 
tention du Roi était qu'ils en fissent de même dans leur ville. Sans en tenir 
compte, ils se réunissent à l'Hôtel de ville, et d'un commun accord ils jurent 
de ne point contrevenir à l'édit de pacification, et font défense aux habitants de 
se porter à aucun excès contre les protestants 3 . 

Il n'en fut pas de même à Beaupréau, à Saumur, à Blois, à Tours, à Angers, 
où le duc de Montpensier et M. de Puygaillard avaient envoyé de pareilles lettres. 
Le sang y coule et M. de Monlsoreau s'y signale par sa cruauté. En traversant le 
bas Poitou, il entre de force dans plusieurs châteaux, et, de crainte que ces vio- 
lences ne fassent soulever les protestants, M. de Sanzay y accourt, et le 18 sep- 
tembre mande au Boi : k Grâces à Dieu, ceux de la religion font démonstration de 
recevoir tous les commandeinens de Vostre Majesté; aucuns vont à la messe; 
bonne partie se dispose à y aller au premier mandement, et les plus maulvais se 
résouldent d'obéir; et pour ce que le s r de Montsoreau m'avoit mandé, qu'il n'avoit 

1 Le 27 août, ce même Belin avait e'eril au Hist, de France, t. IX, p. 337, d'après une copie 

maire de Troyes : rrLes choses ont continué jusqu'il Iransmise par l'archiviste deTroyes; voirBibl. nat., 

présent et continueront encore avec unedélibération fonds Dupuy, n" 333 et le Bulletin de l'histoire du 

de Sa Majesté de faire tin à exterminer ceux- de la protestantisme français. 

religion. Je crois que vous avez reçu lettres pour ! Bilil. nat. fonds français, n° 3209, P 08 v°. 

achever l'exécution de sa volonté, non pas là seule- ;| Voir Dupuis de Saint-André, Hist. desprotes- 

miimiI. mais par tout le royaume.» Henri Martin, tants en Touraine, 1888. 



INTRODUCTION. xcix 

trouvé obéissance à Vostre Majesté au château de la Forest-sur-Saivre, je y 
envoyé ung mien frère, qui, en toute obéissance, y fut receu par ceuix que se y 
estoient retirés pour la sûreté de leurs personnes, et tous s'en sont en allez en 
leurs maisons. M. du Lude m'écript qu'il s'en va à Niort, pour estre voisin de la 
Rochelle et de Marans, où quelque petite troupe est retirée '. n 

Chargé par M. de Montpezat de se mettre dans la ville de Périgueux, M. des 
Bories écrit au Roi, le 6 septembre, qu'il a reçu sa déclaration sur la mort de 
l'amiral, et qu'il a fait part de son intention de maintenir l'édit de pacification 
à ceux que Sa Majesté avait dépêchés pour tenir les Grands Jours, et il ajoute qu'ils 
l'ont engagé à ne pas mettre de garnison dans Périgueux. Jusqu'à présent d'ailleurs 
aucune assemblée ne s'est faite en ce pays de Périgord' 2 . 

A Limoges, les consuls préservent leur ville de tout excès, de toute violence 3 . 

A Clermont-Ferrand, Saint-Herem, prévenu de la Saint-Barthélémy, se borne, 
dès qu'il en reçoit la première nouvelle, à de simples précautions 4 . 

A Issoire, le 29 août, le capitaine Combelle ayant annoncé aux échevins les 
événements de Paris, ils dépèchent aussitôt un courrier à Saint-Herem et, en 
attendant ses instructions, ils font fermer les portes de leur ville à l'exception de 
trois dont ils confient la garde à des citoyens honorables. Le 3 septembre, ils 
font défense à ceux de la religion de sortir de leurs murs, défense qui coïncide avec 
l'ordre que, le 6 septembre, Saint-Herem leur prescrit d emprisonner les protes- 
tants, et de tenir étroitement fermées les portes de leur ville dont on avait chassé 
les étrangers et les vagabonds. Elles ne se rouvrirent que le 28 septembre; mais 
il ne fut commis aucun meurtre à Issoire 5 . 

A Rouen, nous dit Floquet, l'historien du Parlement de Normandie, cr l'on usa tout 
d'abord, vis-à-vis des protestants, de feintes rigueurs n. On les emprisonna pour les 
soustraire à la furie populaire, que put contenir l'autorité respectée de Garrouges, 
le gouverneur; mais son absence et celle du Parlement dont ne siégeait que la 
chambre des vacations, laissa le champ libre aux meurtriers. Déjà au mois de 
mars de l'année précédente, une violente émeute avait ensanglanté la ville; des 
protestants et deux Anglais avaient été tués. Catherine en avait exigé une puni- 
tion sévère, «pour la conséquence fâcheuse que pareil fait traîne après soin; mais 

' Bibi. nat., fonds français, il" 1 5555, f° 88. 4 Voir Imbcrdis, Guerres do religion en Âu- 

2 Ibid. , f° 56. vergue. 

' Leroux, Hisl. de la réforme dans le Limousin, 5 Communication de M. l'archiviste du Puy-de- 

Limoges, 1888. Dôme, M. G. Houchon. 

M. 



c INTRODUCTION. 

les coupables n'avaient été qu'exilés. Rentrés à Rouen, et ayant à leur tête le 
capitaine Marommc, le 18 septembre, ils se portèrent aux prisons et ordonnèrent 
au geôlier de leur livrer les protestants. Il s'y refusa d'abord; contraint d'obéir, 
il chercha à en sauver un; mais ils avaient la liste des prisonniers, se la firent 
remettre et tuèrent celui-là comme tous les autres \ 

En apprenant le massacre de Rouen, le duc de Longueville écrivit d'Amiens 
au Roi le 9 3 septembre : te Cette exécution a tellement esmeu le peuple que je ne 
puis me promettre grande assurance de pouvoir empeseber quelque désordre en 
mon absence 2 . ■» 

Le 3o septembre, la bande des meurtriers de Rouen, sous les ordres du capi- 
taine Caumont, voulut entrer dans Dieppe; mais le gouverneur Sigognes le 
chassa de la ville; néanmoins, tout en préservant les protestants du massacre, il 
exigea leur abjuration 3 . 

Ceux de Saint-Lô et d'Alençon durent leur salut à Matignon. Arrivé à temps 
dans son château de Lonray, situé aux portes de cette dernière ville, en atten- 
dant les ordres du Roi, il se fit remettre des otages par les protestants, ce qui lui 
permit de les faire profiter de la déclaration plus clémente du 28 août. Il y eut 
toutefois quelques meurtres isolés à Mortagne, et parmi les victimes, le grand 
bailli du Perche' 1 ; mais, de sa propre autorité, et peut-être pour couvrir sa respon- 
sabilité, Matignon ayant fait imprimer les dépêches royales, Charles IX lui en 



1 L'on avait eu soin, a dit Floquet, de choisir 
IVpoque des vacances de la cour. Que pouvait faire la 
chambre des vacations, alors que des bandes armées 
et forcenées tenaient la ville en leur pouvoir? Qu'eût 
pu le Parlement assemblé tout entier? L'auteur des 
mémoires de l'Estat de la France n'en accuse pas 
moins la cour de Rouen ou tout au moins ses prin- 
cipaux membres d'avoir ordonné les massacres; 
mais n'avait-il pas déjà accusé cette compagnie des 
scènes sanglantes de mars 1.571? (Floquet, Hist. 
du Parlement de Normandie, t. III, p. 128.) Voici 
ce que Charles XI écrivait à ce sujet a Matignon 
le slt septembre 1.572 : rrj'ay entendu que le peuple 
de ma ville de Rouen par force et violence a rompu 
les prisons où estoient aucuns de la nouvelle opi- 
nion, quelque résistance et empeschementqueayent 
pensé mettre ceulx de ma cour de parlement et en 



icelles tué les prisonniers et quelques autres aussi 
qui estoient dans la ville, et d'autant que ceulx des 
aultres villes se vouldroient, possible, se servir de 
cet exemple et faire de mesme, ce que vous sçavez 
estre directement contre mon vouloir et intention, 
je vous prie, incontinent la présente receue, faire 
faire derechef expresses defencesà toutes personnes 
de quelque condition ou qualité qu'elles soient de 
tuer, piller, saccager, en aucune sorte que ce soit, 
soubz couleur et prétexte de religion , et peyne contre 
ceux qui y contreviendront d'eslre punis de morl 
sur-le-champ. 1 ( Bibl. nat. , fonds français , n" 3a56 , 
P60.) 

■ Bibl. nat., fonds fiançais, 11° 1 5555 , i'° 09. 

3 Vitet, Histoire de Dieppe. 

1 Odolanl-Desnos, Mémoires historiques sur la 
ville d'Alençon et ses seigneurs, t. II, p. 285. 



INTRODUCTION. ci 

exprima son très vif mécontentement : «Je trouve merveilleusement étrange que 
vous permettiez que les lettres et dépêches que je vous ai faites depuis la mort de 
l'amiral, au lieu qu'elles doivent être tenues secrètes et non publiées, sinon ce 
qui est requis pour mon service, elles soient imprimées et divulguées partout 
comme vous verrez par une impression que je vous envoyé qui a esté faite à Gaen, 
ayant advisé de vous faire incontinent ceste dépesche pour vous dire que je suis 
bien marry que cela se soit ainsi fait, d'autant que, par ce moyen, lesdites im- 
pressions sont envoyées hors mon royaume, vous priant ne faillir de faire regar- 
der quels imprimeurs ont fait lesdites impressions, pour faire prendre et brûler 
tout ce qu'ils en ont imprimé et en ôter de dessus les presses les caractères, afin 
qu'il n'en soit plus fait; mais il faut que ce soit incontinent et doucement, sans 
bruit, afin qu'en réparant ceste faute on ne la fasse point plus grande '.n 

A qui revient l'honneur d'avoir sauvé les protestants de Lisieux? M. Dubois 
dans ses Archives normandes, M. Floquet dans son Histoire du Parlement de Nor- 
mandie' 1 , et M. de Formeville 3 , le revendiquent pour le lieutenant général Fumi- 
chon, et M. Bordeaux 4 pour l'évêque de Lisieux Hennuyer. 

A Bourges, à la première nouvelle de la blessure de l'amiral, les deux célèbres 
professeurs Hotman et Doneau prennent la fuite, et il n'était que temps : trDans 
la soirée du 1 1 septembre, au son du tocsin, le peuple envahit les prisons et mas- 
sacre les protestants. 11 A cette date, l'archevêque était à Paris 5 . 

A Dijon, le 28 août, le comte de Chabot-Charny reçoit, par M. de Comartin, 
une première lettre du Boi, puis une seconde par M. de Bitan; il tient un premier 
conseil où il appelle M. de Buffé, frère de M. de Comartin, M. de Vintimille et 
Jeannin, alors simple avocat au Parlement de Dijon . C'est lui qui eut l'idée d'in- 
terroger les deux messagers du Boi, mais séparément. Mis en demeure de signer 
les ordres dont ils étaient porteurs, ils s'y refusèrent, objectant que le Roi ne leur 
avait rien donné par écrit, et que d'ailleurs leur parole de gentilhomme devait 
suffire. Jeannin rappela alors au conseil que l'empereur Tbéodosc, rejeté de la 
communion par saint Ambroise, pour avoir trop précipitamment ordonné de mettre 
à mort un grand nombre de chrétiens, s'était vu forcer de promulguer une loi, 

BibL nat., fonds français, n° 3a5G, f° Sj. * Cordeaux, Hennuyer et la Saint- Barthélémy à 

2 Flnquct, ///.•>(. du Parlement de Normandie, t. III, Lisieux, i84o, in-8°. 

I 1 - l34. 5 Raynal, Ilist. du Derry , t. IV, p. 107 et suiv. ; 

3 De Formeville, La Saint-Barthélémy à Lisieux, voir Ilist. des Martyrs, e'ilil. 1089, p. 3o'i. 
Gaen, i8'i2,in-8°. 6 Lettres de Jeannin. 



eu INTRODUCTION. 

ordonnant aux gouverneurs des provinces, qui recevraient tels commandements 
contraires à toutes les tonnes de la justice, d'attendre durant trente jours la 
signification de nouveaux ordres. Les membres de ce conseil extraordinaire se 
rendant à son avis envoyèrent M. de Ruffé à Paris. Le Roi ayant tout rejeté sur 
les Cuises, les protestants que Chabot-Cliarny avait fait emprisonner par me- 
sure de prudence, furent ainsi épargnés. 

Toutefois, le 29 septembre, le maire de Dijon, Millière, informa les écbevins 
que, la veille, par l'ordre de M. de Cbarny et conformément aux lettres du Roi, 
le sieur de Traves, l'un des cbefs des protestants, détenu au cbâteau, avait été tué 
par les gens du prévôt des marcbands et son corps jeté dans le fossé 1 . 

Le 2 5 octobre, Charny demanda au Roi ce qu'il devait faire de Dagonneau, 
détenu encore dans la prison de Dijon, de Ladvanture qui l'était dans celle de 
Seurre, sous la garde dus 1 Didron, enfin de Crespin et du capitaine Gris, égale- 
ment prisonniers à Màcon, et, en même temps, il le prévint qu'il avait appris 
que Clermont d'Amboise était à Genève, avec trois cents gentilshommes, et qu'il 
paraissait disposé à profiter de ledit de pacification 2 . 

A Màcon La Quiche épargne les protestants; mais à la Charité, c'est la compa- 
gnie italienne du duc de Nevers qui se jette sur eux. 

Nous voici à Lyon, et si nous nous y arrêtons plus que dans les autres villes, 
c'est que les documents y abondent et méritent d'être étudiés de près. Le mer- 
credi 27 août, entre 8 et 9 heures du matin, Mandclot, gouverneur de la 
ville, est avisé de la blessure de l'amiral par une lettre du Roi datée du 22. De 
crainte d'une émotion populaire, il fait fermer les portes de la ville et place des 
corps de garde dans tous les quartiers. La nuit s'écoule sans trouble; mais le len- 
demain jeudi, dès le matin, aie peuple, écrit Ravot, le secrétaire de l'hôtel de 
ville, à MM. de Rubys et de Masso, de résidence alors à Paris pour les intérêts de 
leur ville, a commencé à murmurer jusqu'à vouloir prendre les armes, faisant 
contenance de se vouloir jeter contre les personnes et les biens de ceux de la 
nouvelle religion 3 n. 

Ce même jour arrive le courrier dépêché au consulat par MM. de Rubys et de 
Masso. rt Après avoir làil le récit de ce qui s'était passé à Paris ils ajoutaient que : 
l'intention de Sa Majesté était qu'il fût exécuté en reste ville comme a esté fait à Pans, 



' Archives de Dijon, communication de M. Garnier, archiviste de la Côte^d'Or. — ' Bil>l. nat., fonds, 
français, n° i5555. f° i5y. — 3 Archives du Rhône. 



INTRODUCTION. cm 

en laquelle un grand nombre de gens ont été tués. Le Roi le leur avait déclaré et 
commandé pour le faire entendre audit consulat 1 . « 

Le vendredi 29, à 10 heures du matin, Maurice du Peyrat, chevalier de 
l'ordre, apporte à Mandelot la lettre du Roi du 26 août. Ainsi que toutes celles 
du même jour, elle ne parlait que déjà lutte engagée entre les deux maisons de 
Guise et de Chàtillon, «n'ayant en cecy, disait le Roi, rien de la rupture de l'édit 
de pacification, lequel je veux au contraire être entretenu autant que jamais. Je 
vous prie, enjoignait-il à .Mandelot, de faire entendre que chacun ait à demeurer 
en repos et sûreté en sa maison, ni prendre les armes, ni s'offenser l'un et l'autre, 
sous peine de la vie, m'advertissant au plus tôt de l'ordre que vous y aurez donné 
et comme toutes choses passeront en l'étendue de votre gouvernement 2 . ■» 

A la suite d'un long entretien qu'il eut avec du Peyrat, Mandelot manda à son 
hôtel les échevins. D'un commun accord il fut décidé que, non seulement les per- 
sonnes, mais aussi les biens de ceux de la religion seraiénl*mis en sûreté, et que 
la milice bourgeoise serait convoquée et chargée de l'exécution des mesures arrê- 
tées; mais Mandelot changea brusquement d'avis, «par peur, dira-t-il plus tard, 
que tout le peuple ne s'en nieslàt 3 *. 

Les troupes dont il pouvait disposer étaient peu nombreuses; en outre des 
soldats de sa garde, il n'avait sous la main que ceux de la garnison de la cita- 
delle, et les trois cents arquebusiers de la ville, en tout mille hommes. 

Aussi avait-il écrit, le 3 1 au matin, à la noblesse des pays environnants de lui 
venir en aide, et il avait invité les corporations des nations étrangères à prendre 
les armes. Le samedi 3o, il fit à son de trompe publier une ordonnance qui 
mettait tous les protestants en demeure de se rendre à son hôtel pour y entendre 
la volonté du Roi. Tous ceux qui y viennent sans défiance sont aussitôt saisis 
par des soldats et enfermés dans la prison de Roanne, à l'archevêché et dans les 
monastères des Célestins, des Cordeliers et des Carmes. Ce même jour, les biens 
des protestants sont placés sous le séquestre 4 . 

Dans la nuit du samedi au dimanche, il y eut des meurtres isolés, triste préface 
du lendemain. 

1 Archives du Rhône, Lettre du 3 septembre. (lance dà secrétaire Ravot et dans les délibérations 

Mandement de payement pour cedit courrier, re- consulaires. 
gistre consulaire. Séance du 3 septembre (157a). 3 Archives du Rhône. 

Cette lettre a disparu ainsi (pie bien d'autres pièces 3 Paulin Paris, Correspond'/ m- ■ dé Mandelot et ds 

relatives à la Saint-Barthélémy; mais ce qu'elles Charles IX. 
contenaient se trouve reproduit dans la correspon- ' Archives du Rhône. 



civ INTRODUCTION. 

Le dimanche 3i août, des groupes menaçants parcourent les rues. Sur les 
remontrances de Mandelot, il n'y a aucun désordre; mais dans l'après-midi, la 
nouvelle s'étant répandue qu'une émeute venait d'éclater à la Guillotière , et 
Mandelot s'y étant rendu, le peuple, profitant de son absence, force les portes 
des prisons et égorge les huguenots. Mandelot est réduit à faire procéder par 
les officiers de justice à une enquête contre les meurtriers qui, leur forfait ac- 
compli, se sont tous enfuis. 

Voici en quels termes Jean deMasso annonce ce massacre à son frère : «Hier, 
entre 3 et h heures, quelques-uns du peuple entrèrent dans les prisons de 
Monsieur de Lyon et là occirent de vn c à vm c huguenots et fut fait sans bruit ni 
émeute. Les deux frères Darutz avoient été tués dès vendredi. Il n'y avoit entre 
les prisonniers de marque que deux frères Vassan, Jacques d'Orlin et un des 
Grabols 1 . 1 » 

H oublie Goudiind, le grand artiste auquel nous devons la musique des 
psaumes de Marot 2 . 

Dans une lettre datée du 10 septembre suivant, Masso cite de nouvelles vic- 
times, l'avocat Gordon, les capitaines La Jacquerie et La Sauge, Claude Lene, 
l'orfèvre L'Hoste, M c Guillaume le menuisier 3 . 

De son côté, Ravot, le secrétaire de la ville, rend compte le 3 septembre à 
MM. de Masso et de Rubys du massacre de Lyon et il ajoute, rrafin que le peuple 
ne soit pas cy après molesté ne recherché pour raison de la susdite émotion, nous 
avons advisé qu'il est très requis obtenir de Sa Majesté déclaration telle que vous 
adviserez être nécessaire pour assurer le peuple de n'en tomber cy après en in- 
convénient; et seroit bon que ce qui a été fait en ladite ville fut advoué^.n 

Il devait y avoir encore d'autres victimes : avertis que plusieurs des protes- 
tants enfermés dans la citadelle avaient pu s'évader et s'étaient réfugiés en 
Bresse 4 , les échevins en prévinrent sur-le-champ MM. de Masso et de Rubys, 
et dans un procès-verbal officiel ils protestèrent contre leur élargissement. 

Mis par eux en demeure de s'expliquer, Mandelot se borne à répondre que 
ceux chargés de représenter les prisonniers en étaient responsables sur leur 
tête, et comme s'il voulait se faire pardonner ce semblant d'indulgence, il fait 
emprisonner La Bessée, Benoit Sève, Georges Raymond, Perce val, V. Locart, 

1 Archives du Rhône. ' Archives du Rhône. 

2 Voir Bulletin de la Société de l'histoire du pro- i lbid. 
testuiitisme (année 1 885). 4 lbid. 



INTRODUCTION. cv 

et Clément Gaucher. Allant plus loin encore dans cette voie de rigueur, il 
somma ceux de la ville de Montluel de lui livrer les protestants qui s'y étaient 
réfugiés. Ils parurent d'abord vouloir obtempérer à cette injonction; mais, à la 
date du 12 septembre, le secrétaire de la ville, Ravot, était encore à ignorer s'ils 
les livreraient 1 . 

Le conflit n'en demeura pas là : les échevins furent de nouveau prévenus par 
MM. de Masso et de Rubys, que l'on se plaignait à la cour de ce que l'exécution 
des protestants n'avait pas été aussi complète à Lyon qu'à Paris et au mépris des 
ordres du Roi. Une pareille dénonciation ne pouvait rester sans réponse. A la 
suite dune longue discussion à laquelle, à leur honneur, MM. de Gombelande et 
Daveyne refusèrent de prendre part, ils adressèrent de nouvelles remontrances 
à Mandelot. Mis ainsi en suspicion, il ne s'en tint pas au premier mémoire sur les 
événements de Lyon qu'il avait confié à M. de l'Isle pour le remettre au Roi, il en 
adressa un second à M. de la Rue , chargé de ses affaires à Paris , et sans attendre 
sa réponse, il écrivit le 1 5 septembre à Charles IX : 

a Sire, je n'ay aucune coulpe, n'ayant sceu quelle étoit la volonté de Votre Majesté que 
par ordre, encore bien tard et à demi, et ay craint quelle fut plustot courroucée de ce 
que le peuple auroit fait que de trop peu, d'autant que par toutes les provinces voisines 
il ne s'est rien touché 2 , n 

Dans sa lettre, datée du i/t septembre, le Roi lui recommande de tenir sous 
bonne garde ceux de la religion réputés pour factieux, et de lui en transmettre les 
noms. Plus tard de nouveaux ordres lui seront transmis. 

Quant à ceux des protestants qui avaient usé du bénéfice des édits, il lui 
est enjoint de les remettre en liberté et de les laisser vivre paisiblement en leurs 
maisons, suivant la déclaration qui précédemment lui a été adressée. 

Mais, par rapport à l'exécution qui avait eu lieu, et que les échevins, nous 
l'avons vu, auraient désiré que le Roi avouât, la réponse est formelle : ce Sa 
Majesté est déplaisante que le peuple ait de son autorité privée entrepris telle exé- 
cution, et ledit s r de Mandelot donnera l'ordre qu'il n'advienne cy après le sem- 
blable 3 . i) 

Les biens des protestants leur seront rendus et ceux qui voudront abjurer se- 
ront renvoyés devant l'évêque ou son représentant 4 . 

1 Archives du Rhône. " Voici comment ces mesures de clémence étaient 

1 Paulin Paris, Correspondance de Mandelot. appréciées à Lyon: n- Il n'est pas besoin que je vous 

lbid. mande, écrivait M. de Grollier à son cousin M. de 

Catiieri\f. de Médic-.is. — IV. Ji 

IvpniMLniE niriojAii:. 



i:\i 



INTRODUCTION. 



Toutefois Mandelot fmiL par avoir gain de cause à la cour, et le 28 septembre, 
M. de Masso écrivit aux échevins : 

ttJ'ay entendu que Monsieur le gouverneur a esté mal adverty de quelques 
propos qu'il dit qu'avons dit au Roy et à la Reyne de luy sur l'exécution faicte à 
Lyon; nous vous supplions faire en sorte qu'il soit adverty de la vérité, car jamais 
n'avons parlé de luy qu'avec l'honneur et révérence que nous luy devons 1 .n 

Celle tardive marque' de déférence ne l'innocente pas du reproche de cupidité 
dont sa mémoire est entachée. Dans sa lettre au Roi du 2 septembre, faisant al- 
lusion aux biens des protestants mis sous le séquestre, et dont il conseille le par- 
tage, il supplie Sa Majesté de lui faire tant d'honneur de ne pas l'oublier 2 . 

De Lyon passons au Dauphiné. 

M. de Gordes, qui y commandait, dès le 28 août fut avisé par une dépèche 
venue de Lyon des événements de Paris. Si l'on s'en rapporte uniquement à l'his- 
torien Chorier, il convoqua Truchon, le premier président, et les principaux 
conseillers du Parlement de Grenoble et leur remontra que dans les circon- 
stances présentes le mieux était de temporiser; il lui semblait inadmissible que le 
Roi fût dans l'intention de faire retomber sur tant d'innocents les crimes imputés 
a 1 amiral. Soutenu par Truchon, il fit adopter cette résolution 3 . 

Les propres lettres de Gordes nous feront encore mieux apprécier sa prudente 
conduite : il commence par défendre aux protestants de sortir de leurs maisons 
et les remet en garde à ceux des catholiques qui passaient pour être leurs amis 1 . 
Grâce à ces mesures, l'ordre fut maintenu à Grenoble et dans le reste du Dau- 
phiné. Dans les lettres qui lui sont adressées durant le mois de septembre de 
toutes les villes de son gouvernement, il est prévenu que l'on fait bonne garde, 
et que partout les proleslanls ont été mis en demeure de livrer leurs armes. 

Le 27 septembre, le maréchal Damvillc qui rentrait dans son gouvernement 



Mnsso, 1rs lvaux faits d'armes qu'en a faict icy d'a- 
voir tué quatre ou cinq cens quanailles et avoir 
sauvé ceulx qui en partie estaient cause des maux 
advenus en France. Il est^v-ray que c'est souz ung 
prétexte qu'ilz yront N la messe qui consisle en 
partie d'aller à l'offrande. Vous estes de par delà 
pour le pouvoir remonstrer». (Archives du Rhône, 
H '17, f 85.) 

1 Archives du Rlione. 

1 Ibid. 



1 Chorier, Histoire du Dauphiné, édit. de 1670 , 
in-P, p. 6/17. 

4 Chartrier de .M. le duc d'Aumale, lettres de 
M. de Gordes dont l'analyse nous a été communiquée. 

Chorier, dans son Histoire du Dauphiné, parle 
du massacre de Montélimart, mais celle assertion 
est contredite par les documents publiés par M. de 
Cotton (I. II, p. 35o) et par ceux également pu- 
bliés par M. Lacroix, archiviste de la Drôme (ar- 
rondissement de Montélimart, t. Il, p. 169). 



INTRODUCTION. cvh 

du Languedoc, lui écrit de Saint-Mathurin : rr Je vous envoie copie de la lettre du 
Roy, dont le vouloir et l'intention n'est point autre que de garder et entretenir 
son édit de pacification 1 , t> 

Cette lettre justifiait la conduite de Gordes. 

Les protestants de la ville de Vienne durent leur salut à l'archevêque Gri- 
raaldi; ceux de Die à leur gouverneur M. de Glandage et, dans nos possessions au 
delà des Monts, ceux du marquisat de Saluées à Ludovic de Birague qui y com- 
mandait. 

Il en fut de même pour la Provence, où le comte de Tende se signala par sa 
modération. 

Bellièvre, du Parlement de Grenoble et frère de l'ambassadeur en Suisse, avait 
été envoyé en mission extraordinaire à Montpellier en qualité d'intendant de jus- 
tice. Dès le 8 août 1672, il avait écrit au Roi : «Nous trouvasmes les habitans de 
cette ville d'assés mauvais, accord, voulans les catholiques retenir l'aclvantaigc 
auquel ilz se trouvoient et les aultres estans impatiens de telle subjection avec 
une animeuse poursuyte des injures passées, laquelle nous leur avons petit à 
petit faict délaisser non par peynes ou procédures criminelles qui n'eussent servy 
qu'à aigrir davantage les parties, mais plutôt en faisant cesser aulcunes choses, 
que nous voyons se continuer contre vostre édit 2 . n 

Tel était l'état des esprits dans Montpellier, quand dans la nuit, du 3o août, 
sur les 3 heures du matin, un courrier envoyé à M. de Joyeuse, alors à Béziers, 
annonça, en passant, à M. de Bellièvre le massacre de Paris. En attendant les or- 
dres de M. de Joyeuse, par mesure de prudence, il fit fermer les portes de la ville 
et, avant le jour, mit sous bonne garde tous les protestants; mais crsans offense 
de personne 3 n. Le 8 septembre, la déclaration du Roi du 28 août, qui leur as- 
surait la liberté de conscience et la sûreté de leur vie fut promulguée, et aucun 
meurtre ne fut commis à Montpellier 4 . Le 10 septembre Bellièvre put donc 
écrire au Roi : «Le dimanche dernier du mois, au matin, arriva M. de Ville- 
neuve, lieutenant de la compagnie de M. de Joyeuse, avec partie d'icelle qui a 
si bien pourveu au surplus que l'ordre et l'asseurance y sont lelz que Votre 
Majesté le sçauroit désirer selon les affaires qui se présentent, mesmes pour le re- 
gard de quelques lieux prochains de ceste ville comme Manguyol, Somières et 

1 Chartrier de M. le duc d'Aumale ; voir Long, 3 Bibl. nalionale, fonds français, n" 1 5 5 5 5 , 
La réforme en Dauphiné. f° 67 bis. 

2 Bibl. nat., fonds français, n° 1 5555, f° 92. ' Voir d'Aubais, Pièces fugitives , t. Il, p. a3. 

». 



cvm INTRODUCTION. 

Pignan où aucuns de la religion s'estoient du premier coup jectés; sur les re- 
montrances qui leur ont été faictes, ils ont délaissé iceux lieux en leur acoustumée 
liberté et commerce. Nous sommes après à essayer de pouvoir l'aire de mesme 
es montagnes des Cévennes; mais le principal et plus important est de se pou- 
voir asseurer de Nymes où, à ces fins, M. de Joyeuse a mandé M. le baron de 
Portes, par lequel je leur ay aussi escrit. J'entens qu'ilz faisoient assés bonne dé- 
monstration de vouloir obéir, sinon que la nouvelle de ce qui est succédé à Lyon 
les aye efiïayez. Si ladite ville est une fois asseurée, j'espère que rien ne se bou- 
gera en cette province 1 , n 

Il se faisait d'étranges illusions, ou était bien mal renseigné; car Gaylus, de son 
côté, écrivait au Roi le 28 septembre: ce Ayant entendu la mort de l'admirai par les 
lettres par lesquelles il a pieu à Monseigneur le duc d'Anjou m'envoyer pour me 
commander de me saisir des villes de Montauban, Milliau et Saint-Anlonin, dans 
ces contrées ceulx de la prétendue religion réformée feirent si bonne dilligence qu'ilz 
furent dans lesdites villes quatre jours après la mort du dit admirai, qui a esté cause 
que l'on ne s'en est peu emparer, et se sont retirez là tous ceulx du plat pays 2 T>. 

Nous venons de le voir, la grande préoccupation de Bellièvre, c'est que Nîmes 
ne vînt pas aux mains des protestants. 

Les choses s'y passèrent plus pacifiquement qu'il ne pensait. A la première 
nouvelle de la Saint-Barthélémy, le juge mage, M. de Montcalm, convoqua d'ur- 
gence un conseil extraordinaire pour aviser aux mesures à prendre. A la première 
réunion de ce conseil, un avocat nommé Yillars émit l'avis que les portes de 
la ville fussent gardées sans distinction de religion par autant de protestants 
que de catholiques. Cette proposition fut admise et M. de Joyeuse, qui en fut 
avisé, approuva la conduite qui était tenue et engagea ceux de Nîmes à main- 
tenir l'ordre ainsi qu'ils l'avaient fait jusqu'alors 3 ; mais ils s'obstinèrent à tenir 
leurs portes fermées aux troupes royales. Dans les premiers jours de janvier ib^o , 
Charles IX écrivait au maréchal Damville : rr J'ay connu par la réponse que ceux 
de Nîmes vous ont baillée pour ce que vous leur avez commandé de ma part 
leur mauvaise intention; à quoy j'ay délibéré ne faire aultre response, mais vous 
dire que vous poursuiviez et diligentiez vos préparatifs pour en avoir raison 
par la voie de la force, puisque celle de la douceur ne peut plus de rienr, et 
dans une nouvelle lettre du 2 mars suivant au duc d'Anjou, d ajoutait : ail y a 

' Bibl. nat. , fonds français, 11° 1 5555, f" 60. — "- Ibid., î° io5. — ' Mesnard, Hïrt. de Nîmes. 



INTRODUCTION. cix 

quinze cens hommes d'armes à Nîmes commandés par le fils d'un maréchal et un 
autre vilain qui a toujours fait profession de voleur. Ceux de Nîmes seront aisés à 
prendre, car ne peuvent être secourus que du côté de Sommières que mon cousin 
lient bloqué 1 .!) 

A Toulouse, on n'usa pas de la même modération qu'à Montpellier. Dans 
les premiers jours de septembre, M. de Rieux ayant apporté aux capitouls une 
lettre de Charles IX, ils répondirent le 8 au Roi qu'ayant appris que ceux 
de la religion dans les villes environnantes avaient fait emprisonner des catho- 
liques, ils s'étaient saisis de tous ceux qu'ils avaient pu appréhender, au nombre 
desquels se trouvaient trois ou quatre instigateurs des derniers troubles 2 . 

De son côté, Daflis, le président du Parlement en prévint Charles IX; mais 
la nouvelle du massacre qui avait eu lieu dans plusieurs villes étant venue à se 
répandre, Lanthomy, l'un des violents du Parlement, demanda hautement que 
l'on en fît de même à Toulouse. Le président Daflis soutenu par plusieurs de ses 
collègues s'y opposa, et obtint qu'un député fût envoyé à Paris pour prendre les 
ordres du Roi. La réponse ne parvint qu'à la fin de septembre : Sa Majesté or- 
donnait de tenir les protestants en bonne et sûre garde, de les traiter toutefois 
humainement et de lui adresser leurs noms avec la désignation des charges et des 
offices qu'ils occupaient 3 . 

«Les faits de Paris, écrivirent les échevins de Carcassonne au Roi, n'ont pro- 
duit aucun effet. Rien n'a été altéré ni changé, -n 
Tout désordre fut donc écarté pour le moment. 

Arrivons à la Guyenne. Montpezat manda du Fou, le 27 août, au duc d'Anjou: 
«J'ai despesché ung courrier à Bordeaux pour advertir Messieurs de la court de 
l'intention de Sa Majesté et fait autres dépèches à Dax, Bayonne, Xaintes, Blois, 
Agen, Cahors, Rouergue, Périgueux et Bazas, et vers M. de Strozze pour cet effet, 
afin qu'il n'y ayt aucune esmotion, et aussi que les capitaines, gouverneurs et 
autres ministres du Roy prennent garde à leurs places. J'envoie en Xaintonge 
vers M. de Strozze pour apprendre ce que sont devenuz les soldatz qui n'y se 
seront embarquez 4 . n 

Dans les jours qui suivirent l'ordre fut maintenu à Bordeaux et Charles IX put 
écrire à Lagebaston, le premier président du Parlement : «Nous avons très grand 
contentement du bon ordre qui a esté donné par le sieur de Montferrand pour 

1 Bibl. impériale de Saint-Pétersbourg. — 2 Bibl. nat. , fonds français, n° i5555, i" Go. — s Ibid., 
P6-2. — ' Ibid., f° 43. 



ex INTRODUCTION. 

contenir toutes choses eu vostre ville, suivant nostre intention comme aussi du 
bon debvoir duquel vous vous y êtes particulièrement acquitté. Vous êtes main- 
tenant bien informé de nostre volonté et des causes qui nous ont meu et contraint 
permettre et lâcher la main à cette exécution qui a esté faite. Continuez à faire 
votre debvoir selon nos intentions l , n 

Le même jour il écrivit à M. de Montferrand : cr Je vous prie que je demeure 
obéi et mon commandement suivi, usant de toute hostilité à l'endroit de ceux qui 
supposent à ma volonté et défendant de toute oppression ceux qui se contien- 
dront et demanderont à vivre paisiblement en leurs maisons 2 . 15 

Durant la première quinzaine de septembre, la tranquillité se maintint donc 
à Bordeaux, et Montferrand répondit le 20 septembre au Roi: a Ceux de ceste 
ville vivent en paix les ungs avec les autres et ont tous promis à M. de Mont- 
pezat et à moy, de se contenir et de suivre la volonté de Vostre Majesté 3 . -n 

Nous verrons plus loin qu'il ne persévéra pas dans cette voie de modération. 
Il ne nous reste plus qu'à parler de Bayoune. La plupart des historiens ont 
attribué au vicomte de Orthe, qui en était le gouverneur, cette belle réponse: «■ Il 
n'y a pas de bourreaux à Bayonne, il n'y a que des soldats, n 

Une lettre de lui datée de cette ville le 3 1 août, tout en faisant un grand hon- 
neur à sa modération, amoindrit un peu le prestige de la glorieuse légende dont 
a profilé sa mémoire. 

«J'ay entendu ce qu'est arrivé à Paris le xxu et xxm c du présent mois d'août, 
écrit-il au Roi, et puisque se sont querelles particulières, j'espère vous rendre si 
bon et fidèl compte de ceulx que m'avez baillé en charge que de les faire vivre 
en tel point qu'il ne se attemptera chose quelconque à votre dessein. 

fc Au demeurant, Sire, craignant que ceste mutation engendrast quelque chose 
de maulvais et que ceulx qui le pouvoient prendre de ceste façon se prévalussent 
des deniers qui se lèvent de ceulx de la religion prétendue réformée et que les 
commissaires-receveurs et autres commis à ladicte levée sont de la religion pré- 
tendue réformée, j'ay commandé à ceulx de ceste ville de n'en vuider leurs mains 
ou bien les mettre en main si seure et solvable qu'il puisse estre mis là où il 
vous plaira ordonner", n 

1 Bibl. nat., fonds français, u° i5553, f 187, 4 Biltl. nat. , fonds français, n° 1 5555, F" 47; voir 

minute originale. l'ardcle publié par M. Tamizey de la Roque dans 

■ Ihiil. , f° 187. le tome 1 de la Revue des questions historique*, el les 

Uni., 11° 1 5555 , f" 95. 11" du Bull, de l'Ilist. de la Soc. du protestantisme. 



INTRODUCTION. cm 

De cette longue excursion à travers les provinces, une conclusion se dégage, 
c'est que l'ordre ou le désordre ont dépendu du plus ou moins d'autorité des 
gouverneurs sur les populations, et de leur plus ou moins de souci de la vie hu- 
maine 1 . Si certains se sont montrés faibles et indécis comme Mandelot, cruels 
comme Montferrand et Montpensier, d'autres ont prudemment attendu les ordres 
du Roi, et préservé ainsi la vie des protestants. Aussi l'histoire a-t-elle retenu les 
noms de Chabot-Gharny, du duc de Longueville, de Saint-Hérem, de. Matignon, 
de Leveneur, de Hennuyer, de Fumiclion, de Bouille, de La Guiche, de Gordes, 
du comte de Tende, de Villars,de Bellièvre, de Joyeuse, du vicomte de Orthe et 
enfin de Glandage, et elle a glorifié à jamais leur mémoire. 

XIV 

11 nous reste à voir maintenant comment la Saint-Barthélémy fut acceptée et 
appréciée par l'Europe; puis, pour compléter cette étude, nous rechercherons les 
conséquences fatales dont elle fut l'unique cause. La lin du règne de Charles IX 
et celui tout entier de Henri III en seront troublés, et la France touchait à sa ruine, 
si Ja main victorieuse et pacifique du grand roi Henri IV n'était venue mettre fin 
à nos guerres civiles et religieuses. 

Un courrier parti précipitamment de Lyon arriva le 2 septembre à Rome; il 
était porteur d'une lettre de Danes, le secrétaire de M. de Mandelot, à M. de Jou, 
commandeur de Saint-Antoine. Danes le priait de faire savoir sur-le-champ au 
Saint-Père , qui l'en récompenserait largement, que les principaux chefs protestants 
avaient été tués à Paris et que le Roi avait donné 1 ordre aux gouverneurs des 
provinces de se saisir de tous les huguenots. 

Averti le premier, le cardinal de Lorraine fit remettre deux cents écus au cour- 
rier, et prenant avec lui l'ambassadeur Ferais, il alla annoncer cette grande nou- 
velle au Saint-Père. Grégoire XIII ne put maîtriser un premier mouvement de joie; 
il fit remettre cent écus au porteur de la lettre et voulait même que l'on allumât 
des feux de joie dans Rome. Ferais lui objecta qu'avant tout il fallait attendre 
une lettre officielle du Roi et celle de Salviati son propre légat 2 . 

Elles ne se firent pas attendre : le 5 septembre, Beauville arriva à Home, et 

1 Les ordres du Roi forent diversement exécutés (Mézeray, in-f\ édition de 1680, t. Ut, [>. 261.) 
dans les provinces selon l'honneur des gouverneurs 2 Bibl. nationale, fonds français, n' i6iio, 

et Taffeclion qu'ils avaient aux différentes fractions. f° 191 v*. 



cui INTRODUCTION. 

Ferais fit remettre au pape la lettre du Roi et celle de Salviati, dont Beauville 
s'était chargé 1 . 

«Très Saint-Père, disait le Roi dans sa lettre, nous envoyons présentement 
devers Vostre Sainteté le sieur de Beauville, pour dire et faire cognoistre àVoslre 
Sainteté aucunes choses de nostre part sur lesquelles nous prions et requérons 
Vostre Sainteté tant et si affectueusement que faire pouvons lui accorder bénigne 
et favorable audience et ajouster la mesme foy à ce qu'il vous dira, comme vous 
vouldriez faire à nostre propre personne 2 . n 

Charles IX gardait le silence et sur le massacre et sur ses causes; mais une 
lettre du duc de Montpensier au pape les expliquait et les motivait. Après avoir 
rappelé la bonté, la clémence dont Sa Majesté avait usé envers les huguenots et 
l'amiral, le duc les accusait lui et les siens d'avoir voulu tuer le Roi, sa mère, 
ses frères et les principaux seigneurs catholiques a pour bâtir un roi à leur dévo- 
tion et abolir toute autre religion que la Jeun»; mais le jour où devait s'exécuter 
cette damnable entreprise ce Dieu avoit illuminé l'esprit du Roi qui avoit fait 
tomber l'exécution sur l'amiral et ses complices v. «Leur nombre est si grand en 
celte ville, ajoutait- il, que je ne le sçaurois déclarer à Vostre Sainteté, et ce que 
j'en loue le plus, c'est la résolution que Sa Majesté a prise d'anéantir toute cette 
vermine et de remettre l'église catholique entre ses bons sujets au repos et splen- 
deur qu'ils la désirent 3 , n 

Nous détachons de la dépèche du légat Salviati au cardinal de Corne cette 
seule phrase qui exclut toute idée de préméditation du massacre en grand des 
huguenots : rrSi l'amiral était mort du coup d'arquebuse qu'on lui tira, je ne puis 
croire que tant de personnes eussent été tuées. Lorsque j'écrivis ces jours passés à 
Votre Seigneurie et par lettre chiffrée que l'amiral s'avançait trop et qu'on lui 
donnerait sur les doigts, j'étais convaincu qu'on ne pouvait plus le supporter et 
j'étais resté avec cette persuasion lorsque dans ma dépèche ordinaire j'écrivis que 
j'espérais donner bientôt à Sa Sainteté quelque bonne nouvelle; mais je ne croyais 
pas à la dixième partie de ce que je vois présentement de mes propres yeux 4 . v 

Dans une nouvelle lettre datée de Paris et du 27 août, qui ne parvint à Rome 
que plus tard , Salviati entre dans de nouvelles explications : « La Reine mère est 
décidée non seulement à supprimer ledit, mais aussi à rétablir la religion catho- 
lique par les voies légales dans toute son observance. L'on ne peut en douter 

' Bibl. nat. , fonds français, 11° i6o4o, f° 191 v°. — 2 Archives du Vatican. — *' Ibitl. — l Theiner, 
Continuation lien Annales de Baronius, t. I", p. .'!a<|. 



INTRODUCTION. cira 

depuis la mort de l'amiral et de tant d'autres personnages de valeur, ce cpii est 
d'ailleurs conforme aux entretiens que j'ai eus avec elle à Blois à l'occasion du 
mariage de Navarre et d'autres affaires qui se traitaient alors. Je puis l'attester 
devant Notre Saint-Père et l'univers entier '. * 

L historien protestant Soldan a ingénieusement observé que l'interprétation de 
la lettre de Salviati dépend de la ponctuation et que si l'on adoptait la sienne, et 
telle que nous la reproduisons dans la note ci-dessous-, ce mot conforme aux entre- 
liens que le légat avait eus arec la Reine à Blois, s'appliquait uniquement à l'intention 
de Catherine de rétablir partout la religion catholique et non à celle de faire tuer 
l'amiral. 

D'autres historiens ont relevé la contradiction qui ressort des deux lettres de 
Salviati, et à les entendre, c'est un argument de plus en faveur de la préméditation 
de la Saint-Barthélémy. 

Si l'on veut bien se reporter à l'entrevue que Catherine eut à Metz, en i5Gg, 
avec l'ambassadeur d'Espagne et à l'aveu qu'elle lui fit d'avoir promis des sommes 
importantes à ceux qui tueraient Coligny, Grammont et Larocbefoucault, il est 
admissible-, à la rigueur, qu'à Blois, et avant l'arrivée de l'amiral, elle ait fait à 
Salviati la même confidence. Si elle ne donna pas suite alors à cette pensée homi- 
cide, c'est qu'à ce moment-là Coligny lui était utile pour les deux mariages 
qu'elle poursuivait, celui de Marguerite avec le prince de Navarre et celui du duc 
d'Alençon avec Elisabeth, et utile encore pour la négociation d'alliance entamée 
avec les princes protestants d'Allemagne et la reine Elisabeth. 

Tuer l'amiral, c'était bien la ressource suprême qu'elle n'avait cessé d'envisager 
et, si les nécessités de la politique l'en détournèrent momentanément, elle n"\ 
renoncera pas. 

Dans cette même journée du 5 septembre, Beauville fut conduit chez le pape 
par le cardinal de Lorraine et Ferais 3 . Après avoir fait le récit de tout ce qui s'était 
passé à Paris, il supplia Sa Sainteté, en récompense du fait accompli, d'accorder 

' Theiner, Continuation des Annales de Baronius , a ragiouamenlo allre voile havuto con esso meco, 

t. I, p. 329. essendo a Blés, e traltando del parentado di Navarra 

1 Quai regina in progresso di tempo intende poi e dell' altre cose chez eorrevano in quei tempi, il 

non solo di revocar tall editto, ma per mezo de la che essendo vero ne posso rendere testimonianza e 

giustizia di restiluire la fede calholica uel (nelf) a N. S., e a lulto il mondo. (Soldan, La France et 

anlica observanza, parendogli che nessuno ne la Saint-Barthélémy, p. 1/11, note.) 
debba dubitare, adesso che hanno fatlo morire l'a- 3 Dépêche de Ferais. ( Bihl. nat. , fonds français , 

miraglio con tanti altri huomini di valore, conforme n" 161 io.) 

ClTnERINE DE MÉDIC1S. — ■ IT. 



r.„v INTRODUCTION. 

la dispense refusée jusqu'alors, el de vouloir bien l'antidater de quelques jours 
avant la célébration du mariage de Marguerite de Valois; en même temps, il 
réclama l'absolution pour les cardinaux de Bourbon et de Rambouillet et poin- 
tons les évèques qui avaient autrefois assisté à la cérémonie. 

Grégoire XIII répondit simplement qu'il y réfléchirait et aviserait. 

Le lendemain les dépècbes du légat Salviati furent lues en plein consistoire, et 
le cboix d'un légat à envoyer en France s'étant porté sur le cardinal Ursin, le 
Saint-Père, suivi de tout le sacré collège, fit chanter le Te Deum dans la cbapelle 
du palais de Saint-Marc qu'il habitait alors. 

Le 8 septembre, toutes les troupes papales faisant la haie, Grégoire XIII alla 
entendre une messe d'actions de grâces dans la chapelle française de Saint-Louis. 
Le cardinal de Lorraine l'attendait sur le seuil. Au-dessus du porche une inscrip- 
tion 1 placée par son ordre, et écrite en lettres d'or, proclamait que Charles IX en 
faisant massacrer les protestants n'avait fait que suivre les conseils qu'on lui avait 
donnés, (l'était à la fois s'attribuer la meilleure part dans la préméditation de la 
Saint-Barthélémy et compromettre Rome aux yeux de l'Europe protestante. 

En agissant ainsi le cardinal de Lorraine, si profondément personnel, n'avait en 
vue que sa propre fortune, que sa propre ambition. De longue date Ferais s'était 
plaint à Charles IX et à Catherine d'avoir été très mal secondé par lui dans la 
négociation de la dispense, et lui avait, à bon droit, reproché d'avoir à dessein 
adouci toutes ses remontrances. Allant au-devant de ces justes soupçons, le car- 
dinal avait cherché à s'en justifier' 2 ; mais trop habile pour ne pas s être aperçu que 
tout son crédit à la cour de France était en pleine baisse, il cherchait à se remettre 
au mieux avec la papauté. 

Sa main est encore plus visible dans la première édition du récit du mas- 
sacre du 3)4 août, qui parut à Rome le 18 septembre 1672. Sous la plume de 
Camille Capilupi, la Saint-Barthélémy change de nom et ne s'appelle plus que 
le Stratagème de Charles IX, dont la dissimulation est hautement glorifiée. 

Dans ce pamphlet inspiré évidemment par les vues intéressées de ceux qui lui 

1 Voir celle inscription dans le tome Vit de la ques bons effects et quelques moyens du eoslc 

Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon et du roy de Navarre, nous n'en viendrons jamais 

dans le 11° V des Cinq cents Colbert, p. 1 19. à bout. J'y fais tel devoir el fera y jusqu'au bout; 

3 -La difficulté, Madame, avait-il écrit le mais les choses impossibles, il n'yaq.ie Dieu qui 

58 juillet, n'est nullement dans la consanguinité , les puisse.» (Bibl. nat. , fonds français, n" 16189, 

mais dans la religion; si vous ne me donnez quel- fol. 483.) 



INTRODUCTION. cxv 

en avaient suggéré la première idée, Gapilupi, pour affirmer la préméditation de la 
Saint-Barthélémy, rapporte que, peu après son arrivée à Rome, le cardinal de Lor- 
raine avait dit au cardinal Sermoneta cpie, de jour en jour, il s'attendait à rece- 
voir semblable nouvelle de Paris, et, à l'appui de la préméditation, il ajoute, que, 
lorsque le cardinal entendit de la bouclie de l'envoyé du duc d'Aumale les particula- 
rités de la sanglante journée , aux questions qu'il lui adressa sur ce qui s'était passé, 
les personnes présentes virent bien qu'à l'avance il était au courant de tout. 

Dans la seconde édition du Stratagème qui parut peu après, ce premier pas- 
sage a été supprimé et ce retranchement coïncide avec la nouvelle orientation 
politique de la France; nous en trouvons la preuve dans l'avertissement mis en 
tête de l'édition française de îBy/t du Stratagème : «Quand ce livre parut, nous 
dit l'anonyme éditeur, chacun en a eu copie, qui a voulu en avoir, et inesmes 
avoit été commencé à imprimer. Le cardinal de Lorraine qui, au commencement, 
le Irouvoit bon, ayant eu advertisseinent que tout n'estoit achevé en France, 
comme on avoit présumé, et qu'on avoit usé d'autre langaige envers plusieurs 
princes étrangers, joinct que cela eut pu rompre l'élection du roi de Pologne, 
empêcha que l'édition ne s'imprimât 1 .') 

Rapprochement instructif, et qui indique bien que même à Rome les argu- 
ments invoqués par le cardinal de Lorraine, en faveur de la préméditation de la 
Saint-Barthélémy, dont il cherchait à s'attribuer tout le mérite et le conseil, ne 
rencontraient que peu de créance, le jour même où une messe d'actions de grâces 
était dite en grande pompe à Saint-Louis, l'ambassadeur d'Espagne écrivait au 
roi son maître : et Bien que les Français veuillent donner à entendre que leur 
Boi méditait ce coup depuis qu'il fit la paix avec les huguenots, et lui prêtent des 
stratagèmes qui ne paraîtront pas permis même envers des hérétiques et des re- 
belles, je tiens pour certain que, si l'arquebusade donnée à l'amiral fut un dessein 
projeté quelques jours auparavant et autorisé par le Boi' 2 , tout le reste fut inspiré 
par les circonstances 2 . n 

Le 1 1 septembre, un jubilé fut annoncé aux fidèles et fixé chaque année au 

1 L'éditeur de l'édition de iSyli commet une Noire Bibliothèque nationale possède un exemplaire 

erreur volontaire ou involontaire. Ce livre fut im- de l'édition rarissime de septembre 1672 sous le 

primé le 18 seplemhre 167a, et dans la seconde n° 5o5 LB" du catalogue. Aujourd'hui il a été mis 

édition qui parut au mois d'octobre suivant, ainsi a la réserve. 

que nous l'avons observé, la phrase compromet- 2 Gachard, Bulletin de la Commission d'histoire 

tante pour le cardinal de Lorraine a été supprimée. de Belgique. 

0. 



/ 



cxvi INTRODUCTION. 

jour anniversaire de la Saint-Barthélémy pour remercier Dieu de la victoire de 
Lépante et de la grâce qu'il avait faite à Charles IX d'échapper à une si détestable 
conjuration. Pour en perpétuer le souvenir, une médaille fut frappée 1 . D'un côté 
elle représentait l'effigie de Grégoire XIII, de l'autre, l'ange exterminateur frap- 
pant de son glaive les huguenots et tout à l'entour l'exergue suivant : Ugono- 
torum strages; enfin Vasari fut appelé de Florence pour peindre sur les murailles 
du Vatican les principales scènes de la sanglante journée. 

Les salves d'artillerie du château de Saint-Ange, les Te Deum chantés dans 
toutes les églises, les feux de joie, les peintures murales de Vasari, le jubilé, les mé- 
dailles commémoratives, ont fait accuser la papauté d'être la complice de la Saint- 
Barthélémy; mais ce qui est hors de doute, c'est qu'à Rome, à la fin de septembre, 
on croyait encore à la réalité de la conjuration des huguenots : «Sire, écrivait Fe- 
rais, le 22 de ce même mois à Charles IX, je rends grâces à Dieu de ce qu'il lui a 
plu conserver et préserver Votre Majesté, celle de la Reine sa mère et de Messieurs 
ses frères de l'abominable conspiration qu'ils avoient pourpensée. Je ne crois pas 
qu'il y ait histoire qui fasse mention d'une si cruelle et si mauvaise volonté 2 . n 

Dans la première quinzaine de novembre suivant, l'homme qui avait arquebuse 
l'amiral Coligny vint à Rome et fut amené au Vatican par le cardinal de Lor- 
raine. Cette visite fut vivement blâmée, et Grégoire XIII, ce qui est entièrement, 
en sa faveur, s'en montra très irrité : a C'est un assassin, s'écria-t-il en parlant de 
Maurevel 3 . i> 

L'éminent historien qui a compulsé toutes les archives de l'Europe pour sou- 
tenir la thèse de la préméditation de la Saint-Barthélémy affirme qu'il n'a trouvé 
aucune preuve de la complicité de Rome 4 . 

L'historien protestant Soldan l'affirme également, et invoque à l'appui les 
lettres de Salviali qui excluent toute entente avec Rome 5 * 

1 Elle a été reproduite par Bonnani, Numism. où nous lisons également : frQui è venuto cpiello 

pontifie, t.. I. p. 33-6; le Cabinet des médailles en che dette l'archibusata airammiragUo,etècqndotlo 

possède un précieux spécimen. dal cardinal di Lorena. A molli non è piaciuto 

' Bibl. mit., fonds français, n° 16060, fol. 98. che coslui sia venuto in Roma.» (Arcliivio di 

s Nous faisons cet emprunt à l'entretien cpie Vienna.) 

l'empereur Mnximilien eut à ce sujet avec Vulcob ' Lord Aelon, 7,a Slrage di San Bartholomeo . 

au mois de novembre 1672. (Bil>l. nat., Cinq cents p. 62. 

Colbert, ms. 397.) ° Soldan, La France et la Saint-Barthélémy, 

L'Empereur avait reçu du C" Prospéra d'Arco, i855, p. io3. Voir Mackintosb, Hisiory oj Ea<j- 

unc lettre de Rome datée du i5 novembre 1.572, land, Londres, i834, t. III, p. 354. 



INTRODUCTION. cxm 

De Rome passons à Vienne : 

Vulcob, l'ambassadeur de France, ne reçut que le 26 septembre les deux 
lettres du Roi du 22 et du 28 août. Sur-le-champ il se rendit auprès de l'empe- 
reur Maximilien et il commença par lui lire la première lettre de Charles IX, afin 
de lui faire bien apprécier en quels termes le Roi avait désapprouvé l'attentat 
commis sur la personne de l'amiral et les ordres sévères qu'il avait donnés pour 
poursuivre et punir le meurtrier. 

C'était une sorte de préface pour atténuer de plus graves aveux. L'Empereur 
l'écoute sans faire une seule réflexion ; alors Vulcob en vint à ce qui avait suivi , « au 
grand regret du Roi, par l'occasion que les protestants sur qui l'orage étoit tombé 
avoient d'eux-mêmes donnée»; puis il se pressa d'affirmer « qu'il n'étoit en cela 
question ni de la religion, ni de la rupture de l'édit, que tout procédoit de la- mal- 
heureuse conspiration de l'amiral et de ses adhérents ». 

— «Je m'attendais, répondit Maximilien, à tout ce que vous venez de me dire. 
Il n'y a pas trois semaines ou environ, l'on m'a écrit de Rome et à propos des 
noces du roi de Navarre : A cette heure que tous les oiseaux estoient dans la 
cage, l'on pouvoit les prendre tous ensemble. Quant à ce que vous m'assurez 
que le Roi votre maître n'entend pour cela rompre son édit de pacification, il 
y en a qui le croiront malaisément. Au reste nous verrons ce que le temps et les 
effets nous en apprendront, n 

— k Je conviens, reprit Vulcob, qu'il n'y a pas faute de personnes qui, de longue 
date et sans aucune occasion, n'ayent désiré que l'on fît mourir tous ceux de la 
religion, à quelque prix que ce fût; mais je vous affirme de nouveau que l'inten- 
tion du Roi est de maintenir l'édit de pacification, à moins toutefois que les pro- 
testants ne donnent l'occasion de le rompre l . u 

Ce jour-là l'entretien ne se poursuivit pas; mais Vulcob revit Maximilien dans 
la première semaine d'octobre et, comme il cherchait à bien établir que les hu- 
guenots avaient eonspiré, sans le laisser achever : et On m'écrit de Rome, lui dit 
l'Empereur, que le eardinal de Lorraine affirme que ce qui a été fait à Paris a été 
délibéré et résolu avant qu'il ne quittât la France 2 . u 

Les protestations de Vulcob ne purent modifier en rien cette mauvaise im- 
pression; au mois de novembre suivant, étant venu annoncer à l'Empereur que 
Je prince de Condé et le roi de Navarre avaient assisté à la messe, le jour de la 

" Bibl. nal., Cinq cents Colbert, 11° 3g 7 , P 719. — 5 Ibid., n 397, 1° 73.3. 



cxviiî INTRODUCTION. 

fête de Saint-Michel. «Je le crois aisément, répondit-il . ils ne pouvaient guère 
l'aire autrement '. n 

L'entretien s'étant de nouveau porté sur la Saint-Barihélemy et les causes qui 
y avaient déterminé le Roi. «Quand on veut faire une chose, dit l'Empereur, les 
prétextes ne manquent pas. On m'a bien accusé moi-même d'y avoir participé 
et pourtant je n'y suis pour rien.* 

— a Puisqu'on a conçu cette opinion de Votre Majesté, riposta Vulcob, on ne 
doit pas s'étonner que le Roi mon maître ait été également calomnié -. n 

Maximilien avait une raison toute personnelle de parler ainsi : affirmer la pré- 
méditation de la Saint-Barthélémy, c'était, en la rendant plus odieuse, affaiblir 
les chances du duc d'Anjou à la royauté de Pologne et doubler celles de son fds 
l'archiduc Ernest. 

En Espagne, tout au contraire, le massacre de la Saint-Barthélemy_s'accoj*dajt_ 
avec les propres vues de Philippe II; de longue date il l'avait conseillé; c'était pour 
lui le plus sûr moyen d'en finir avec la rébellion des Pays-Bas. 

Parti de Paris le 26 août, Jean de Oalegni, secrétaire de Çuniga et porteur 
d'une lettre de lui, arriva à Madrid le samedi 7 septembre 3 . 

«Tandis que j'écris, disait l'ambassadeur, ils les tuent tous, ils les mettent nus 
et les traînent par les rues, ils pillent les maisons et n'épargnent pas un enfant. 
Béni soit Dieu qui convertit les princes français à sa cause ! Puisse-t-il inspirer à 
leurs cœurs de continuer comme on a commencé 4 ! -n 

Ce retour de fortune était inattendu. En apprenant la mort de ses plus mor- 
tels ennemis au moment où il se préparait à la guerre, Philippe ne fut pas 
maître de son premier mouvement; son visage glacial s'anima d'une joie sauvage. 
Sans perdre une heure, il alla au monastère de San Geromino faire chanter le 
Te Deum et laissa au secrétaire d'État Cayas le soin d'annoncer celle grande nou- 
velle à l'ambassadeur de France 5 . 

Le lendemain Saint-Gouard partit pour San Geromino; en le voyant le Roi se 
prit à rire, ce qu'en toute sa vie il n'avait jamais fait, et, avec les expressions les 
plus emphatiques, il loua la profonde dissimulation de Charles IX, il félicita Ca- 

1 Bibl. nat.. Cinq cents Colbert, 11° 397. plusieurs points. On peut en voir uue copie aux 

p. 3.'Î7. archives du Ministère des affaires étrangères. 

! Ibid. ' Arch. nat., collect. Simancas, K i53o,n"53. 

1 Gachard a publié le récit de Oalegni sur la 6 Voir les dépêches de Saint-Gouard. (Bibl. nat., 

Saint-Barthélémy, récit incomplet et inexact sur fonds français. n° 1 G \ok.) 



INTRODUCTION. cm 

iherine d'avoir si bien, à son image, élevé un pareil fils. C'était bien maintenant, 
et ajuste titre, le Roi Très Chrétien 1 . 

A ces éloges intéressés, Saint-Gouard fit une réponse regrettable dans la 
bouche d'un ambassadeur de France : n Avouez, Sire, que c'est au Roi mon 
maître que vous devez vos Pays-Bas. j> 

A quelques jours de là, Philippe II, s'entretenant de la Saint-Barthélémy 
avec le prince d'Lvoli : «Vous rappelez-vous, lui dit-il, que Saint-Gouard m'a 
naguère prévenu que je verrais des choses admirables, et cela au moment où 
j'avais de si graves soupçons. Depuis j'ai pensé que, s'il me parlait avec tant d'assu- 
rance, c'est qu'il fallait que ce fut chose concertée et que le Roi la lui avait 
confiée 2 , i 

Resté sous la même impression il écrit à son ambassadeur : a C'est une des 
plus grandes joies de ma vie tout entière; allez exprimer à la Reine mère la sa- 
tisfaction que j'ai ressentie d'un acte si utile à Dieu et à la chrétienté, ce sera le 
plus grand titre de gloire du Roi mon frère auprès de la postérité a . v 

Mais une nouvelle lettre de Çuniga, datée du 3i août, vint jeter du froid sur 
l'enthousiasme irréfléchi des premiers jours. 

<r Le massacre n'a pas été prémédité, écrit-il, ils ne voulaient que la mort de 
l'amiral et l'imputer au duc de Guise; mais l'amiral n'ayant pas été tué du coup 
d'arquebuse et sachant d'où il partait, de crainte de sa vengeance, ils se sont dé- 
cidés à ce qu'ils ont fait i . v 

Catherine s'était réservé la tâche délicate d'écrire à Philippe II. Dans sa lettre 
du 26 août, pour motiver la Saint-Rarthélemy, elle a recours à la prétendue 
conspiration dont Dieu leur a fait la grâce de les préserver et elle en manifeste 
d'autant plus de joie que tr celte occasion (c'est ainsi qu'elle l'appelle) augmen- 
tera l'amitié entre les deux couronnes, ce qu'elle désire avant tout». Le Roi son 
fils ayant donné charge à son ambassadeur de raconter comment tout s'est passé, 
elle s'en remet à sa suffisance 5 , n 

Mais dans une lettre à M. de Saint-Gouard elle laisse déjà entrevoir les 
craintes que lui inspire l'Espagne. 

et Je sais bien, dit-elle, que ceux de par delà sont malaisés à émouvoir, sinon 
en tant qu'ils cognoissent y aller de leur profit. L'on estime que la crainte qu'ils 



1 Bibl. nat., fonds français, n° i6io4,f" 18A, 191. — s Arch. nat., collect. Simancas, K i53o. 
• Ibid., K i53o, n° 53. — ' Ibid., K i53o. — s Ibid., K i53o. 



ck INTRODUCTION. 

avoient que le Roi mon fils favorisât les troubles des Flandres les inviteroit plu- 
tôt à non seulement entretenir, mais à fortifier et estreindre amitié avec nous que 
tout aulre respect; maintenant, comme à cause de cette mutation, nous sommes 
embarqués à courir pareille fortune qu'eux, il est à croire qu'ils ne se donneront 
aujourd'hui autant de peine de rechercher notre amitié 1 .!) 

Mais tout en ne dissimulant pas ce qu'elle aura plus tard à craindre de la 
politique si égoïste, si personnelle de Philippe II, elle ne pense encore qu'à se 
servir de la Saint-Barthélémy au profit du duc d'Anjou à la fortune duquel elle 
subordonnera désormais toute son action à l'extérieur. 

Pour bien comprendre Catherine, pour saisir sa pensée du jour dans toutes 
ses variations, c'est aux lettres qu'elle adresse aux ambassadeurs en qui elle a le 
plus de confiance qu'il faut avoir recours. 

«La démonstration, mande-t-elle à Saint-Gouard, que le Roi mon fils a faite en 
son intention au service de Dieu et à l'endroit de ceux de la nouvelle religion 
servira peut-être à persuader au Roi Catholique de donner en mariage sa fille aînée 
au duc d'Anjou, le plus sûr moyen d'assurer l'union des deux couronnes, n 

Toutefois ne se départant pas de sa prudence habituelle, elle n'autorise pas 
Saint-Gouard à en parler en son nom : c'est une simple idée qu'elle met en avant; 
à lui de la produire et de la poursuivre en temps utile et favorable. 

Ce mariage qu'elle ambitionnait, les Espagnols, de leur côté, pour l'entraîner 
dans leur voie, au moyen de cette amorce, en avaient fait une demi-ouverture à 
Saint-Gouard, avant même qu'il eût reçu la lettre de Catherine, et voici ce qu'il 
lui en avait écrit : a Un personnage attitré (il ne le nomme pas) est venu me 
dire : Ne serait-il pas très à propos de faire le duc d'Anjou roi d'Angleterre? — 
Je le trouverais très bon, ai-je répondu, si c'était chose dont on pût disposer; 
mais en France, il y a un proverbe qui dit que l'on n'achète pas la peau de l'ours 
paravant qu'il soit mort; mais le Roi Catholique étant vieux pourroit bien lui 
faire épouser l'Infante et leur donner un Etat de tant qu'il en a et que après on 
aviserait aux choses d'Angleterre, n 

ce II ne m'en a plus reparlé, ajoutait-il, mais je crois qu'ils voudraient bien 
nous désunir du côté de l'Angleterre pour être ainsi assurés de toutes parts. t> 

Nous en avons fini pour le moment avec l'Espagne; il nous reste à examiner 
l'impression produite par la Saint-Barthélémy en Angleterre. 

' Bibl. nat. , fonds français, n" iGio4, (° 191 v". 



INTRODUCTION. cxxi 

Un courrier venu de France et débarqué à la Rye apporta le premier la nou- 
velle de la Saint-Barthélémy, bientôt confirmée par des protestants échappés de 
Dieppe. 

Killegrew remit à La Mothe-Fénelon la lettre de Charles IX, datée du 26 août, 
dont le courrier était porteur. C'était la reproduction de toutes celles écrites ce 
jour-là et la même allusion à la lutte engagée entre les deux maisons de Châtil- 
lon et de Guise dont l'amiral et les principaux chefs protestants avaient été les 
victimes. 

La Mothe s'empressa de mettre cette lettre sous les yeux de Killegrew, à l'effet 
d'atténuer l'opinion déjà répandue en Angleterre que la Saint-Barthélémy était 
de longue date concertée avec Rome et Philippe II, et que les noces du roi de 
Navarre et de Marguerite de Valois n'avaient été qu'un piège pour avoir sous la 
main tous les huguenots 1 . 

Charles IX, dans une seconde lettre, datée du lendemain, changea de langage : 
et Je vous fis hier, disait-il à La Mothe-Fénelon, une dépêche de l'émotion qui 
advint, dès le matin, qui continua hier et qui véritablement, à mon très grand 
regret, n'est encore apaisée; mais pour ce que l'on a commencé à découvrir la 
conspiration que ceux de la religion prétendue réformée avoient faite contre moy- 
même, ma mère et mes frères, vous ne parlerez point des particularités de ladite 
"émotion et de l'occasion, jusqu'à ce que vous ayez plus amplement et certaine- 
ment de mes nouvelles 2 . n 

Dès que La Mothe eut reçu cette nouvelle dépêche, il fit demander une au- 
dience à Elisabeth; elle était alors au château de Woodslock, et lui fit répondre 
qu'elle l'y recevrait le 8 septembre. Au jour fixé, elle s'entoura de tous les 
membres de son conseil, de toute sa cour, ce qui n'était pas d'usage. A l'entrée de 
l'ambassadeur il se fit un grand silence, tous les yeux se fixèrent sur lui irrités et 
menaçants. Vêtue de noir, en signe de deuil , Elisabeth s'avança de quelques pas 
à sa rencontre, et l'emmenant dans une embrasure de fenêtre : «Les bruits qui 
courent sont-ils vrais"? 11 dit-elle d'une voix brève et sévère. 

— «La soudaineté du danger, répondit La Mothe, n'a même pas laissé au Roi 
le temps de la réflexion; il a été contraint de laisser exécuter contre l'amiral et 
les siens tout ce qu'ils avaient prémédité contre sa personne, n 

■ — tr Je voudrais de bon cœur, reprit-elle , que les crimes imputés à l'amiral et aux 

1 Correspond, diplom. de La Mothe-Fénelon, t. V. p. 1 1 5 et suiv. — ' Ibid. , t. VU, p. 3a5. 
Catherine db Médicis. — îv. p 



UiriliyLIUE NiTIOSALi;. 



cxxii INTRODUCTION. 

siens fussent encore plus grands que ceux qui leur ont été autrefois reprochés, 
et que cette nouvelle conspiration dépassât toutes celles du passé; car je suis ja- 
louse de l'honneur et de la réputation du Roi, que j'estime et que j'aime plus que 
tout le reste du monde. Tout d'ahord j'ai pris sa défense et cherché à le justifier; 
mais depuis que j'ai appris qu'il a tout fait approuver par son Parlement, je ne 
sais plus que penser ni que dire; je prie Dieu de détourner de sa tête les malheurs 
que j'entrevois. 11 

La Mothe, après l'en avoir vivement remerciée, affirma que rien n'avait été 
prémédité, que la religion n'y était point mêlée et que l'édit serait intégralement 
maintenu et observé , et il exprima le désir que le bon accord entre les deux cou- 
ronnes n'en fût ni refroidi ni diminué. 

« Je crains bien, dit-elle, que ceux qui ont fait abandonner au Roi ses propres 
sujets ne le fassent renoncer à notre amitié 1 , n 

Et comme il se récriait et qu'il exprimait le désir sincère de Leurs Majestés de 
poursuivre le projet de son mariage avec le duc d'Alençon , et de recevoir bientôt 
Leicester à la cour de France, ainsi qu'il l'avait projeté : « Je ne permettrai pas, 
répliqua-t-elle, qu'il expose sa vie en allant en France, et je réglerai ma propre 
conduite sur celle qui sera tenue. » 

Au sortir de chez la reine La Mothe-Fénelon vit tous les ministres et il eut à 
essuyer les reproches les plus violents pour tr cet acte trop plein du sangn. Ils 
n'étaient en cela que les interprètes des colères que la Saint-Barthélémy avait 
soulevées en Angleterre. L'évêque de Londres demandait, en guise de repré- 
sailles, la tête de Marie Stuart, et Killegrevv venait d'être envoyé en toute hâte à 
Edimbourg. Ses instructions signées de la main de Burghley portaient ctque la 
reine d'Ecosse était devenue un très grand danger pour l'Angleterre, et qu'il ne 
s'agissait pas seulement d'un simple changement de prison, mais qu'on attendait 

plllS 11. 

Une lettre de Leicester à Walsingham nous fait bien comprendre l'état des 
esprits en Angleterre. 

a Si le Roi est l'auteur de cet affreux guet-apens, qu'il en subisse la honte et la 
confusion; mais si l'imminence du danger qu'on lui a fait entrevoir l'a porté à 
cette extrémité, ainsi que l'ambassadeur de France veut nous le faire accroire, 
quelle que soit l'horreur d'un tel acte, si vraiment il n'a cédé qu'à la crainte, et si 

1 Correspond, diplom. de La Mothe-Fénelon , t. V, p. 120 et suiv. 



INTRODUCTION. cxxiu 

son cœur est touché d'un vrai repentir, qu'il en donne une juste justification tant 
à Dieu qu'aux hommes en faisant poursuivre tous ceux qui lui ont donné de si 
pernicieux conseils '. v 

Mais l'Angleterre était encore plus effrayée qu'indignée. « L'ambassadeur de 
France auprès de Sa Majesté, écrivait Burghley à Walsingham, a tout t'ait afin de 
m'ôter l'idée que le Roi n'est pas coupable du massacre, il m'a donné l'assurance 
qu'elle n'a rien à craindre de la flotte de Strozzi; néanmoins nous avons sujet de 
nous défier de tout ce qu'on peut nous dire; aussi travaillons-nous à mettre nos 
côtes en état de défense et à faire prendre la mer, le plus tôt possible, à la 
flotte de Sa Majesté 2 . v 

Continuons à jeter un regard sur l'Europe : dès le 29 août Mondoucet écrivait 
à Charles IX : n Les Espagnols font de telles réjouissances que Votre Majesté peut 
penser les prospérités que telles choses apportent à leurs affaires, « 

Effrayé du parti qu'ils allaient en tirer, il vint au camp du prince d'Orange 
lui annoncer lui-même la nouvelle de la Saint-Barthélémy. Si inattendu, si ter- 
rible que fût ce coup, le Taciturne ne se départit pas de son câline habituel : 
fr J'avois appuyé, dit-il, le meilleur de mes affaires sur le Roy votre maître, il me 
semble impossible que jamais il puisse se purger de ce qu'il a fait à l'endroit des 
princes protestants de l'Allemagne et autres de cette religion. Il est bien néces- 
saire qu'il prenne de bons conseils, car je prévois que son royaume retournera 
dans de nouveaux troubles 3 . t> 

Dans une lettre à son frère Jean de Nassau, il ne lui dissimule pas les fatales 
conséquences qui en résulteront pour leur cause : « S'il ne fût intervenu l'exécu- 
tion de la Saint-Barthélémy nous étions déjà pour cette heure maîtres du duc 
d'Albe et eussions capitulé à notre plaisir 4 , r> 

En Suisse, cette terre amie, qui de tout temps nous avait fourni de braves et 
fidèles soldats, l'indignation n'est pas moins grande. Grantrie, qui y était résident, 
écrit à Catherine le 19 septembre : «Madame, il vint nouvelles de toutes parts 
à tous les cantons protestants d'une vesperline donnée à tous les huguenots par 
tout le royaume et que mesme l'on n'avoit pas pardonné aux femmes et enfans, 
criant si haut et avec tant d'exécrations que je ne l'oseray jamais écrire. Brief, 
Madame, ils disoienl que c'estoit une délibération et résolution que Vostre Majesté, 
Monseigneur d'Anjou avec MM. de Guise, avoient machinée il y a longtemps, 

1 Lettres de Walsingham, p. 29G. — 2 lbkl. , p. 295. — 3 Bibl. nat. , fonds français, n° 16197, 
fol. 72 v°. — 4 Gachard, Correspondance de Guillaume d'Orange. 



oxuv INTRODUCTION. 

exemptant le Roi de cela et que Vostre Majesté avoit establi les noces du roi de 
Navarre avec Madame pour mieulx attrapper ceux-là et que l'on voyoit bien en 
un même temps ce que le sieur Strozzi a fait à la Rochelle, feignant d'aller aux 
Indes, ce qui s'est exécuté à Orléans, Lyon et autres lieux. 11 ne sera pas hors 
de propos de faire imprimer une apologie où tout le succès de cecy fût bien dis- 
couru, faire mention de quelques-uns de la religion qui auroient ouy ces mal- 
heureux conseils avec les confessions de ces secrétaires du feu amiral et autres 
prisonniers que Vos Majestés tiennent, pour cela estre publié par toute l'Alle- 
magne, icy et autre part 1 .!) 

De son côté Schomberg jette un crime d'alarme : «■ Madame, je vous laisse à 
penser si les adversaires et compétiteurs de votre fils sont soucieux et diligents à 
ne perdre ceste occasion qui se présente à se restablir et remettre en la bonne 
grâce et faveur des princes protestants aux dépens de la réputation du Roi et de 
la grandeur de Monseigneur votre fds. Il faut nécessairement, si vous ne voulez 
quitter de gaîté de cœur une si belle partie, quasi gagnée, que, par tous les moyens 
du monde, Sa Majesté fasse connoître aux princes d'Allemagne que ce qui est 
advenu en France n'est pas en haine ni ruine de la religion des huguenots. Oultre 
cela rien ne nous accule tant notre négociation, sinon qu'ils se persuadent qu'on a 
voulu donner moyen au duc d'Albe d'avoir plus aisément la raison du prince 
d'Orange, mesme qu'ils tiennent pour chose certaine que le Roy envoie M. de 
Guise au secours dudit duc d'Albe. Il leur est pareillement imprimé en la tête 
que le Roi a fait une protestation par laquelle il jure saintement et religieuse- 
ment qu'il n'a jamais eu volonté ni intention de prester par homme du monde 
faveur contre son bon frère le roy d'Espagne; que l'amiral l'y avoit bien voulu 
persuader, et quasi contraindre, mais que ledit amiral avoit reçu le loyer de 
son malheureux conseil. Or il est requis sur toutes choses que le Roi envoyé 
homme de grande autorité et d'entendement à cette prochaine diète, tant pour 
sa justification que pour avoir l'œil sur tout et pour rompre ou pour le moins 
traverser les menées qui s'y brasseront contre son service et la grandeur de Mon- 
seigneur 2 , ri 

Par le même courrier il mandait au duc d'Anjou : «L'opinion que les princes 
d'Allemagne se sont imprimée en la teste, et de laquelle il est impossible de les 



1 Bibl. nat., Cinq cenls Colbert, n° 627, ' Bibl. uni., Cinq cents Colbert, n' lt 00 (volume 

fol. 1 56. non paginé"). 



INTRODUCTION. cxxv 

détourner en ceste première heure, est que tout ce qui est advenu en France 
s'est fait par préméditation. Ces calomnieuses opinions et plusieurs autres, que 
j'ai mandées au Roi et à la Reine, nous renversent quasi tout dessus dessous. Je 
meurs de dépit, Monseigneur, de voir que vos compétiteurs sont en terme de 
vous supplanter, mais sus, holà, si vous ne voulez vous faire désarçonner du 
tout '.11 

Il avait également écrit à l'évêque de Limoges : « Avant tout, il faut consolider 
la playe que la mort de l'amiral et l'effusion du sang des huguenots ont faite au 
cœur des princes de la Germanie; car présentement on n'aura nulle raison d'eux. 
C'est au Roi à faire connoistre par effet et par un gracieux traitement qu'il fera 
aux huguenots, qu'on ne veut exterminer la religion, et surtout on doit fuir toute 
intelligence secrète avec l'Espagnol et ses adhérents. Au surplus, le Roi et Mon- 
seigneur le duc d'Anjou doivent rechercher, caresser et chérir de tout leur pos- 
sihle les princes d'Allemagne, pour ne leur donner occasion de se précipiter par 
désespoir aux lacs des ennemis de la couronne de France 2 , n 

De Pologne où il soutenait si habilement la candidature du duc d'Anjou, et où 
il n'avait pu parvenir qu'au risque de sa vie, Moulue, l'évêque de Valence, écrit 
au secrétaire d'Etat Brùlart cette lettre énergique qui, sans aucun doute, dut être 
mise sous les yeux de Catherine : cr Vous entendrez comment ce malheureux vent 
qui est venu de France a coulé le navire que nous avions déjà mené à l'entrée du 
port. Vous pouvez penser comme celui qui en avoit la charge a occasion de s'en 
montrer content, quand il voit que la faute d'aultruy a perdu le fruit de ses la- 
heurs; je dis faulte d'autruy, parce que, puisque on avoit envie de ce royaume de 
Pologne, l'on pouvoit et devoit surseoir l'exécution qui a esté faicte 3 . « 

Krassowski, ce nain polonais, qui après avoir longtemps séjourné à la cour 
de France où il était si goûté, venait de retourner en sa patrie et y était devenu 
le plus dévoué et le plus habile auxiliaire de l'évêque de Valence, écrivait le même 
jour à Catherine : «Les Allemands, qui ont déjà dépensé en pure perte soixante 
mille thalers pour l'élection de l'archiduc Ernest, se sont mis à écrire de telles 
calomnies que je n'ose les répéter. Ils ont été jusqu'à dire que le Roi et Mon- 
seigneur le duc d'Anjou couroient les rues de Paris, criant : Mort aux huguenots! 
Tous les protestants du royaume, et ils sont nombreux, qui estoient de nostre 
parti, ne sçavent plus que faire, ni ou aller' 1 . 11 

1 Bibl. nat. , Cinq cents Colbert, n° ioo. — ' Ibid. — 3 Cinq cenls CoJbert, n" 7, foi. kh^. — ' Bibl. 
nat., fonds français, n° 58o6. 



cxxvi INTRODUCTION. 

Mais les remontrances les plus vives, les plus hardies vont être faites à Cathe- 
rine par du Ferrier, l'ambassadeur de France à Venise : 

et Madame, la vérité est certaine, indubitable que les massacres advenus par tout 
le royaume de France non seulement contre l'amiral et autres principaux chefs 
de la religion, mais aussi contre tant de pauvre peuple innocent, ont si fort émeu 
et altéré l'humeur de ceulx qui sont par deçà affectionnés à votre couronne, en- 
core qu'ils soyent du tout catholiques , qu'ils ne se peuvent contenter d'excuse 
aucune, imputant tout ce qui a esté fait à vous tant seulement et à Monseigneur 
d'Anjou. Par le moyen susdict, il s'est ostéla couronne impériale, n'ayant aupara- 
vant rien tant désiré les Allemands, mesme les protestants, que de le faire em- 
pereur et de remettre l'Empire en la maison de France, et disoient estre bien 
informés que ledit amiral et aultres ne conspiroieut jamais contre Vos Majestés 
ou aucun des vostres, et ne se peuvent assez émerveiller que par tels moyens on 
ait voulu faire si grand et évident tort à Monseigneur et si fort agrandir le roi 
d'Espagne, qui se peult dire aujourd'hui le seul prince de la chrétienté qui com- 
mande à tous aultres; et disent encore que, pour venir à bout desdicts chefs, il y 
avoit d'autres moyens aussi certains et qui n'eussent pas tant ollensé les étrangers 
et donné à parler à la postérité. Et combien, Madame, que je ne croye à rien de 
tout ce que dessus, je vous ai bien voulu escrire et vous supplier de vous garder 
mieux que vous n'avez faict d'aulcuns désespérez qui passent par icy, lesquels 
sont si fols et téméraires de dire que vous avez mieux aimé ruyner le royaume 
de France eu vous vengeant de l'amiral que l'augmenter et que vous ressentir du 
mal de celuy qui a faict mourir vostre ûlle '. r> 

Une pareille lettre blessa profondément Catherine; le i cr octobre, elle lui 
répondit : «J'ay veu ce que m'avez escript le 16 septembre de l'opinion que au- 
cuns ont que ce qui a esté exécuté en la personne de l'amiral et de ses adhérens 
a esté à l'instigation de moy et de mon fils le duc d'Anjou, avec tous ces discours 
qu'ils vous ont fait là-dessus du tort que par ce moyen a esté fait à mon fils à 
l'endroit des princes protestants, qui a voient tous le désir de le faire empereur, 
et de ce que j'aurois mieux aymé ruiner ce royaulme en me vengeant de l'amiral 
que de l'augmenter et me ressentir du mal de celuy qui a fait mourir ma fille. 
Sur quoy je vous ay bien voulu advertir que je n'ay rien fait, conseillé, ny permis 
en rien que ce que l'honneur de Dieu, le devoir et l'amitié que je porte à mes 

1 liiLI. impériale de Saint-Pétersbourg; voir noire livre, Le xvi' siècle el les Valois. 



INTRODUCTION. cxxvii 

enfans me commande, d'aultant que, ayant l'amiral, depuis la mort du feu roy 
Henry, monstre par ses actes qu'il ne tendoit que à la subversion de cet Estât, 
et que, au lieu de se recognoistre comme subject, il s'estoit si bien établi et 
aggrandi en ce royaulme, qu'il y avoit les mesmes pouvoirs et commandement 
que lu y à l'endroyt de ceux de sa religion, tellement que, estant rebelle à son 
prince, il a pris par force ses villes tenues et gardées contre luy, n'ayant 
point craint de donner plusieurs batailles et esté cause de la mort d'un si grand 
nombre de personnes, et encores depuis la dernière paix et édit de pacification, 
il a conspiré si malheureusement contre la personne de son Roi et de ses frères, 
comme les princes estrangers seront bientost éclaircis au vray par le procès que 
sera bientost jugé en sa court de parlement à Paris, que je m'asseure que l'on 
dira que le Roy mon fds a fait ce qui appartenoit à sa grandeur, et que l'amiral 
estant si fort, si puissant en ce royaulme, comme il estoit, ne pouvoit estre au- 
trement puny de sa rébellion que par la voie que l'on a esté contraint de prendre 
tant en sa personne que de ceux qui tenoient son party, et ayant esté bien marry 
que, sur l'esmotion, plusieurs autres personnes de leur religion ont été tuées par 
les catholiques qui se ressentoient d'infinis maux, pilleries, meurtres et autres 
meschants actes que l'on avoit exercés contre eulx. 

«Et pour le regard de ce que me mandez de celuy qui a fait mourir ma fille, 
j^est chose que l'on ne tient point pour certaine, £t si elle estoit, le Roy mon fils 
n'en pouvoit faire la vengerie en Testât que son royaume estoit lors; mais à présent 
qu'il est tout ung, il aura assez de moyen et de force pour s'en ressentir, quand 
l'occasion s'en présentera et m'asseure que, quand les princes protestants auront 
bien sceu la vérité et considéré tout ce que dessus, ils continueront à l'endroit de 
mon fils la mesme volonté qu'ils avoient auparavant que ceci fût advenu. 

«Pour le regard de ce que me mandez pour l'élection (lu roy de Pologne et ce 
qui en a esté fait du costé de l'Empereur, et aussi les propos que le légat de 
Nostre Saint-Père vous en a tenus en faveur du duc d'Anjou, et que Sa Sainteté 
feroit plus pour lui que pour nul autre, si elle sçavoit qu'il y voulut entendre, 
je vous prie, Monsieur du Ferrier, lui dire que nous le prions de s'y employer 
de tout son pouvoir '.n 

1 Bibl. nat. , fonds français, n° 3i 555 , f° 112. 



cixviii INTRODUCTION. 



XV 



Maintenant que nous avons fait notre tour d'Europe et que nous avons pu 
faire apprécier l'impression profonde produite par la Saint-Barthélémy, reve- 
nons à Catherine et voyons-la aux prises avec les difficultés et les dangers du 
lendemain. Les ambassadeurs de Venise et des princes d'Italie, ceux du duc de 
Savoie et du roi d'Espagne ne lui avaient pas ménagé les félicitations et les en- 
couragements; mais de la part de celui de l'Angleterre, de Walsingham, l'ami, le 
confident de Coligny et des autres chefs protestants, elle devait s'attendre à de 
sévères et énergiques remontrances, et elle avait à tenir un tout autre langage. 

Le 26 août il avait envoyé l'un de ses secrétaires la remercier. d'avoir veillé à 
sa sûreté et à celle de ses compatriotes, et il l'avait priée de lui faire connaître les 
causes qui avaient pu motiver cette sanglante exécution; car, divers bruits ayant 
couru, il tenait à transmettre à la reine sa maîtresse ce qui en était au vrai. Au 
lieu de répondre, ce qui lui eût été peut-être difficile, elle préféra s'en entretenir 
avec lui. Le 1" septembre, Lansac et Mauvissière, suivis de douze gentilshommes, 
car les rues étaient encore peu sûres, vinrent le chercher à son hôtel et le condui- 
sirent au Louvre. Charles IX le reçut le premier et en l'abordant il lui dit que, 
pour couper court à tous les bruits répandus, il avait ordonné que l'on procédât 
au procès de l'amiral et de ses- complices et qu'il s'empresserait d'en adresser le 
résultat à la reine sa sœur. Il ajouta qu'il avait été contraint, à son extrême re- 
gret, à ce qui avait eu lieu, pour préserver sa vie, celle de sa mère et de ses 
frères, et protesta de la sincère affection qu'il portait à la reine Elisabeth, osant 
espérer qu'elle ne prendrait pas occasion de ce qui venait de se passer pour 
croire le contraire. 

Walsingham répondit que, si la culpabilité des protestants pouvait être démon- 
trée, sa maîtresse en ressentirait plus de joie que personne; car au-dessus de toute 
autre considération elle mettait la vie de Sa Majesté. S'étant plaint du meurtre 
de trois Anglais, Charles IX s'en montra très peiné et promit de faire punir sé- 
vèrement les coupables, si l'on parvenait à les découvrir. De chez le Roi, Wal- 
singham fut mené chez Catherine. Elle se borna à répéter tout ce que son fils lui 
avait dit et, au moment où il se retirait, elle l'assura que l'édit de pacification 
serait maintenu et la conscience des protestants respectée 1 . 

1 Lettres et mémoires de Walsingham, p. a83 et suiv. 



INTRODUCTION. cxm 

A la suite de cette première entrevue, Mauvissière vint le visiter et ayant 
amené l'entretien sur le projet de mariage du duc d'Alençon, il le pria de l'ap- 
puyer avec le même zèle que par le passé. 

— n Tout ce que je vois, répondit Walsingham, ne m'y encourage guère, n 

— «Pourquoi alors, répliqua Mauvissière, ne vous en expliquez-vous pas de 
nouveau avec la Reine ? n 

— «J'y suis tout disposé, mais à la condition qu'elle me fasse appeler, n 
C'était un jeu joué; Catherine l'envoya chercher tout aussitôt, et allant droit 

au fait : «J'ai su par Mauvissière que vous avez émis des doutes sur notre sin- 
cérité à vouloir le mariage de mon fds d'Alençon avec votre reine, faites les moi 
connaître et je vous répondrai, -n 

H allégua les étranges procédés dont on avait usé dans la négociation du ma- 
riage du duc d'Anjou, ce qui avait donné lieu de supposer que ce n'était qu'une 
ruse pour tromper les protestants et préparer la Saint-Barthélémy; puis il se 
plaignit de la violation de l'édit de pacification. 

Evitant de répondre directement : « La ligue que nous avons récemment conclue, 
dit-elle, l'a été avec votre reine et non avec l'amiral, en quoi y avons-nous 
manqué ?a 

— «Je le reconnais, Madame, mais la liberté de conscience avait été accordée à 
l'amiral et à ses coreligionnaires; c'était pour nous la meilleure garantie de sécu- 
rité n; puis faisant brusquement allusion aux conventions secrètes de la conférence 
de Bayonne, «La Saint-Barthélémy, osa-t-il dire, est une véritable déclaration de 
guerre à tous les princes protestants. i> 

— «Vous me parlez de Bayonne, reprit-elle avec aigreur; c'est une des inven- 
tions de l'amiral pour nous rendre odieux et nous faire des ennemis de tous nos 
amis. D'ailleurs, sachez-le bien, votre reine n'a pas autant à se louer de lui que 
vous le pensez; dans un testament qu'il fit, lors d'une maladie à la Rochelle, il 
recommandait au Roi mon fils d'abaisser, autant qu'il le pourrait, les Espagnols 
et les Anglais, à l'effet d'assurer la tranquillité de ses propres États, n 

— «C'est son éloge, Madame, que vous venez de faire n, répliqua-t-il. 
Laissant de côté ces questions irritantes, elle revint au projet de mariage 

de son fils d'Alençon, pour reserrer plus intimement une parfaite union entre 
les deux couronnes, et elle mit en avant, comme par le passé, l'idée d'une en- 
trevue. 

«En supposant, Madame, qu'elle put avoir lieu, permettez-moi, dit-il, de vous 

Catuerise de MÉD1CIS. IV. Q 



LUI r IMI I.IL NATIONALE. 



ou* INTRODUCTION. 

poser deux questions: la première relative à l'exercice de la religion, telle que 
le duc d'Alençon la réclame; la seconde, relative à l'édit de pacification. n 

— et Aucune difficulté, répondit-elle, en ce qui regarde la question religieuse, 
mon fils d'Alençon donnera à cet égard toute satisfaction à votre reine, n'en 
doutez pas; quant à l'édit de pacification, le Roi mon fils laissera à ses sujets 
protestants toute liberté de conscience, mais ne permettra à l'avenir que l'exer- 
cice de la seule religion catholique, n 

— «Mais, Madame, vous m'aviez dit tout le contraire dans notre première en- 
trevue, n 

— et De nouvelles menées ont été découvertes et elles motivent la suppression 
de l'exercice de la religion protestante. Toutefois [es huguenots auront en France 
la même liberté que les catholiques en Angleterre, t 

- — et Notre reine, Madame, n'a pas publié d'édits; si elle l'avait fait, elle tien- 
drait sa parole, n 

— ttEHe est libre de ses actions, comme nous des nôtres, n 

— «Alors Madame, en cas d'une attaque, l'Angleterre peut-elle toujours 
compter sur la France ?n 

— ce Certainement, même en cas d'une attaque du roi d'Espagne ; vous le voyez . 
je ne fais aucune difficulté de vous le nommer. Notre seul désir c'est de maintenir 
notre royaume en repos 1 .!) Sur cette dernière réplique, l'entretien se rompit. 

Cette interdiction de l'exercice de la religion protestante était bien tout d'a- 
bord dans la pensée de Catherine et de Charles IX. Dès le lendemain de la Saint- 
Barthélémy, une lettre de la duchesse de Guise à sa mère, Renée de Ferrare, 
l'indique formellement : te Madame, il me fâche vous dire chose qui vous fâche; 
mais je ne dois, ce me semble, fallir, c'est que le Roi s'en va faire un édit comme 
il veut que tout le monde en son royaume aille à la messe, et aujourd'hui le roi 
de Navarre et la princesse de Navarre y sont allés ce matin, présents le nonce 1 du 
pape et le prince de Condé et trois de ses frères. Si vous n'y allez, je crains que 
l'on s'en prenne à vos serviteurs. Ils ont tant résolu de ne vouloir point non 
seulement l'exercice, mais qu'ils veullent résolument que tout ce qui est en ce 
royaume tienne leur religion. Je crains qu'ils vous le commandent' 2 .'!) 

Jusqu'ici Walsingham n'avait parlé qu'en son propre nom; une fois qu'il eut 
reçu les instructions d'Elisabeth et de ses ministres, étant laissé libre de sou- 

' Lettres de Walsingham, p a83 cl suiv. — * Bibl. nat., fonds français, n" 3a3o, f U. 



INTRODUCTION. cxxxi 

mettre leurs remontrances soit au Roi, soit à Catherine, il préféra s'adresser à 
elle, car on lui attribuait les cruautés qui se commettaient dans toutes les pro- 
vinces. 

rcLa reine ma maîtresse, lui dit-il tout d'abord, ne sait cpie croire, ni que 
penser envoyant que, sans distinction d'âge ni de sexe, ceux de la religion sont 
massacrés; elle a donc tout lieu de craindre que l'honneur du Roi n'en soit en- 
taché, et elle s'étonne qu'une princesse si prudente et si expérimentée que Votre 
Majesté y ait prêté les mains. Il eût été aussi facile d'arrêter les malheureux que 
de les égorger •»; et z*evenant sur ce qu'il avait déjà dit : te Ma maîtresse ose espérer 
que le Roi s'en justifiera et devant Dieu et devant les hommes, ri 

— «Je ne suis point surprise, dit-elle, de l'étonnementde votre maîtresse, cette 
exécution a été faite avec plus de cruauté que le Roi mon fils n'aurait voulu. Il 
n'est pas un tyran; l'on a eu bien de la peine à le contraindre à faire ce qu'il a fait. 
Le procès', qui se poursuit, démontrera l'imminence du danger auquel nous avons 
échappé; nous avons été prévenus du complot par des personnes non suspectes 
d'agir par passion religieuse, mais plutôt liées d'amitié avec l'amiral », et elle pré- 
tendit que Montgomery était prêt à monter à cheval avec une forte troupe de 
cavalerie. 

— ce Mais, Madame, le jour même de la blessure de l'amiral, il s'est adressé à 
moi pour savoir s'il y avait à craindre des troubles et je lui ai répondu que je ne 
le pensais pas; il n'avait d'ailleurs avec lui que quarante cavaliers, v 

— » Soit, je veux bien croire qu'il n'est pas aussi coupable que les autres ; d'ail- 
leurs, depuis sa fuite, il a offert de se soumettre. Priez la reine votre maîtresse 
de s'en rapporter uniquement aux explications que notre ambassadeur lui don- 
nera 1 , n Et elle le congédia. 

De ces divers entretiens, Walsingham en vint à cette conclusion qu'il y avait 
moins de péril à avoir la France pour ennemie que pour amie et ce qui allait 
se passer en Picardie allait le rendre encore plus défiant et plus hostile : sans 
tenir compte des remontrances de Charles IX qui avait insisté pour qu'il ne fît 
aucun quartier aux compagnons de Genlis et aux défenseurs de Mons, remon- 
trances qui lui avaient été soumises par Mondoucet et appuyées par Philippe II, 
le duc d'Albe avait traité de la reddition de la place, accordé aux assiégés 
d'en sortir avec les honneurs de la guerre, enseignes déployées, et il avait reçu 

1 Lettres et mémoires de Wahingham, p. 299. 



cxxsu INTRODUCTION. 

Ludovic de Nassau avec les plus grands égards, cr Philippe II, écrivait Gassot, au 
duc de Nevers, dont il était l'un des familiers, en est très mécontent, estant les 
affaires en si bons ternies, le prince d'Orange dégoûté de son entreprise, et 
n'ayant aucune espérance de secours du côté de la France l .i> 

Si, pour la première fois de sa vie, le duc se montrait humain, c'est qu'il tenait 
à rendre la Saint-Barthélémy encore plus odieuse, et laisser à Charles IX ce rôle 
de bourreau dont il ne voulait plus. 

Ces malheureux Français qui, depuis des mois enfermés dans Mous, y luttaient 
si vaillamment, avaient trouvé un généreux défenseur dans Mondoucet. Le 18 sep- 
tembre il avait écrit à Charles IX : «Ils pensent avoir agi par votre ordre, et 
maintenant voyant la démonstration que Votre Majesté a faite du contraire en 
France, ils ne savent plus de quelle part aller, ne fuyretque sorlans de là dedans, 
leur volonté estoit de s'aller se jeter à vos genoulx et à vos pieds afin d'obtenir 
leur pardon -. •» 

A ces touchantes supplications, le Roi répondit en donnant l'ordre de leur 
courir sus, et le duc de Longueville chargé de leur souhaiter la bienvenue que le 
Roi leur réserve, les fera traquer de ville en ville, de village en village comme 
des bètes fauves. Un seul fut épargné, c'est La Noue. Avait-on déjà jeté les yeux 
sur lui pour ramener ceux de la Rochelle à l'obéissance, les lettres du Roi, les 
remontrances de Riron, ayant été jusqu'ici impuissantes, tout porte à le croire. 
Avant de rentrer en France, il eut un entretien avec le duc de Longueville, et 
le conseil qu'il en reçut sur la conduite qu'il aurait à tenir indique bien l'état 
d'irritation sous l'empire duquel Charles IX était resté depuis la Saint-Barthé- 
lémy : tt Advisez bien désire sage et parlez sagement; car vous ne parlerez plus à 
ce Roy doux, bénin et gracieux que vous avez veu cy devant; il est tout changé; 
il a plus de sévérité ast'heure au visage qu'il n'a jamais eu de douceur 3 .n 

Pendant que la Picardie était le théâtre de celte chasse à l'homme, Walsin- 
gham tombé malade, et ne se sentant pas assez bien rétabli pour demander au- 
dience, pria la Reine de lui envoyer un gentilhomme de confiance avec lequel il 
pût s'entretenir en toute sécurité. 

Le 7 octobre, il reçut la visite de MM. de Mauvissière et Rrùlart. Catherine, 
s' obstinant à croire que le mariage de son fils d'Alençon était encore possible, les 



' Bibl. nat., fonds français, Lettre de Gassot ait ! Bibl. nat., fonds français, n° 16127, ^ 10 ^- 

duc de Nevers, n" 323^7, f* 68. 3 Brantôme, (Mit. de L. Lalanne, t. V, p. 317. 



INTRODUCTION. cxxxm 

lui avait envoyés pour lui en parler; mais à la première ouverture deMauvissière, 
il l'arrêta tout court : «Après toutes les cruautés, qui sans relâche se continuent 
contre ses coreligionnaires, comment voulez-vous que notre reine puisse pen- 
ser que le duc soit l'époux qui lui convienne 1t> Puis changeant de terrain, il 
demanda des explications sur la flotte formidable que Strozzi rassemblait entre 
la Rochelle et Bordeaux, et sur le procès des prétendus complices de l'amiral. 
Mauvissière lui promit de lui donner toute satisfaction sur la flotte de Strozzi 
et affirma que le procès touchait à sa fin. 

Le 8 octobre, Brûlart seul vint le revoir : et II lui dit qu'on travaillait sans re- 
lâche au procès des complices de l'amiral et qu'aussitôt terminé, il lui en ferait 
connaître le résultat. Quant à la flotte de Strozzi, deux mille hommes de ceux qui 
en faisaient partie venaient d'en être détachés et envoyés à la frontière des Pays- 
Bas où les Espagnols massaient de grandes forces. Le Roi tenant avant tout à 
l'amitié de la reine Elisabeth, elle n'avait donc rien à redouter *. •» Mais, en dépit 
de ces pacifiques démonstrations, Walsingham resta avec tous ses soupçons : 
rr Autant, écrit-il à Smith, j'avais mis de bonne volonté à me fier à leur sincérité, 
autant aujourd'hui j'ai des raisons de croire qu'ils ne veulent que nous endormir. 
J'ai toujours eu bonne opinion du duc d'Alençon; mais la Reine mère ayant pro- 
mis de passer en Angleterre, et revenant sur sa parole, il me semble que l'on 
ne cherche qu'à gagner du temps; aussi, tout considéré, je vois plus de mal à 
craindre d'eux que d'amitié à espérer. ■» Et dans une lettre à Burghley : «Ils sont 
tellement avides de sang, ajoute-t-il, qu'il n'y a pas une ville, où il y ait des pro- 
testants, qui échappe ou au sac ou au massacre 2 . n Ce qui venait de se passer à 
Toulouse et à Bordeaux et qu'il ignorait encore allait donner raison à cette sinistre 
prédiction. 

A Toulouse, calme complet jusqu'au 3 octobre. Ce jour-là, arrive de Paris 
Delpech, l'un des riches marchands de la ville. Il dit publiquement que l'on de- 
vait suivre l'exemple de Paris et qu'il en a l'ordre du Roi. Averti de pareilles 
provocations, Daffis, le premier président du Parlement et La Valette de passage 
à Toulouse font défense à lui et à la bande qu'il avait recrutée d'user de vio- 
lence à l'égard des protestants détenus encore dans les prisons. Au mépris de cet 
ordre, et le soir même, sur les 1 o heures, Delpech, son fils et les deux conseillers 
du Parlement Richard etLanthomy, suivis d'une soixantaine de batteurs de pavé, 

Lettres et mémoires de Walsingham, p. 3i G. — ~ lbid., p. 317. 



cxxxiv INTRODUCTION. 

se font ouvrir les portes de la prison des capitouls en donnant le mot d'ordre , 
et massacrent jusqu'au dernier tous les prisonniers' 1 . Le bourreau logeait hors la 
ville, il est mandé et le lendemain on lui fait pendre à l'orme delà cour du palais 
deux des conseillers protestants du Parlement, Latger et Ferrières, revêtus de 
leurs robes rouges. Coras avait refusé de sortir de la prison et y avait été tué. tr 11 
ne faut pas accuser le peuple de ce massacre, nous dit l'auteur anonyme de ce 
récit, ce sont les riches bourgeois de la ville qui y mirent la mainn, et il nous 
livre leurs noms 2 . 

A Bordeaux, lâcheuse coïncidence, le bruit se répandit également, le 2 octobre, 
que le Roi avait envoyé à M. de Montferrand l'ordre de mettre à mort quarante 
des principaux protestants dont il avait désigné les noms dans un rôle signé de sa 
main. Les deux nuits suivantes, Montferrand fait entrer dans la ville un grand 
nombre de soldats et, ayant gagné tous les capitaines de la milice bourgeoise qui 
auraient pu s'opposer au massacre, il mande les jurats à son hôtel. Là, sans leur 
montrer les prétendus ordres du Roi, il les emmène assister aux exécutions qui 
vont suivre. Le Parlement averti trop tard de pareils attentats le mande à sa 
barre, mais il n'obéit pas et durant que la cour siégeait, il parcourt les rues 
à cheval et il fait massacrer par sa bande trois membres du Parlement et d'autres 
notables de la ville au nombre de quatre-vingts; puis les prisons furent forcées 
et tous ceux qui y étaient encore furent égorgés. Quand il n'y eut plus de vic- 
times à frapper, une proclamation défendant le pillage est affichée sur toutes 
les murailles de Bordeaux. Le premier président du Parlement, Lagebaston, 
auquel nous empruntons ce lamentable récit, était de longue date en suspi- 
cion, pour avoir épousé une protestante et continué des relations intimes avec 
ceux de la religion. Craignant pour sa vie, il s'enferma dans le château du Ha 
d'où il écrivit au Roi : «Sire, il n'est point vraisemblable qu'il soit entré dans 
votre ceur de commander tels exploits en ville fort paisible, non seulement parce 
que vous aimez vos sujets, comme le père fait ses enfants; mais aussi pour ce 
qu'avec l'église catholique vous aimez mieux leur retour à la vraie religion, 
comme par deçà ils y retournoient à troupes, tous les jours, que non pas de les 
faire massacrer et affoiblir vos forces d'autant. Il semble aux plus clairvoyans qu'il 
n'y a rien ici de semblable à l'exemple de ce qui s'est fait à Paris, d'autant que 
Votre Majesté et la Roine votre mère et Messeigneurs vos frères y estans, et la 

1 De TI1011 a évalué à deux cents te nombre des ' Bibl. nat., fonds français, n° 3a5o. Voir La 

victimes. Faille, Histoire de Toulouse, t. 11, p. 3 10. 



INTRODUCTION. chxv 

conspiration preste à exécuter et si pressante qu'elle ne pouvoit attendre la voie 
ordinaire de la justice, il a mieux valu commencer par prévenir que d'estre pré- 
venu, comme vous avez déclaré en vostre cour de parlement l'avoir fait pour 
cette seule cause; mais en cette ville, de laquelle vous estes éloigné de six à sept 
vingts lieues, il n'y a rien de semblable. Telle exécution s'est faite ici et continue 
fort mal à propos, d'autant que Montauban, Castres et autres villes du Languedoc 
ne regardent que la mine et contenance de la Rochelle et que, faisant la rétive 
à se remestre à vostre obéissance, pourra pour son importance être la ruine de 
toute la Guienne, déjà aussi d'ailleurs presque ruinée '.n 

Charles IX dont on s'est servi du nom et de prétendus ordres donnés par lui 
pour ces derniers massacres, tout au contraire, avait cherché à les prévenir et à 
les empêcher. Voici la lettre qu'il écrivit, dans cette intention, le 3o septembre, 
au duc de Longueville : crMon cousin, d'autant que, sur ce naguères advenu en 
ma ville de Houen, où le peuple assemblé a par force ou violences rompu les 
prisons, et là tué tous les prisonniers, quelque résistance et empêchements que 
ma cour du parlement et autres mes officiers ayent pensé d'y faire, ceux des 
autres villes se voudront, possible, servir de cet exemple et faire le semblable, 
ce (pie vous sçavez estre directement contre mon vouloir et intention, je vous 
prie, incontinent la présente receue, faire derechef expresses défenses à toutes 
personnes, de quelque qualité ou condition qu'elles soient, de tuer, piller, sac- 
cager, en aucune sorte que ce soit, sous couleur ou prétexte de religion, à peine 
contre ceux qui y contreviendront d'être punis de mort sur-le-champ, sans au- 
cune forme de procès 2 .r> 

Ce qui vient encore à la décharge de Charles IX, c'est la lettre que Montpezat, 
très compromis pour n'avoir rien empêché, adressa d'Agen, le 22 octobre, au 
duc d'Anjou, lettre qui témoigne du très vif mécontentement du Roi, ce dernier 
massacre allant de nouveau soulever contre lui les colères à demi apaisées 
d Elisabeth et de l'Allemagne protestante : tr Monseigneur, je voy bien que je 
tombe de fièvre en chaud mal, vous merciant très humblement de ce qu'il vous 

Bibl. nat. , fonds français, n° 1 5555 , f" 1 2/1 et prendre ses fonctions au Parlement. Ce n'est que 

soir. Lngebaston était encore, à la fin d'octobre , au plus tard qu'il fut réintégré dans sa cbarge de pre- 

ehâteau du Ha d'où il adressait lettres sur lettres niier président. (Voir ses lettres dans le même vo- 

au Roi, à Catherine et au duc d'Anjou, les sup- iume du fonds français.) 

pliant décrire à MM. de Villars et de Montpezat, ' Bulletin de l'histoire du protestantisme (année 

afin d'obtenir de pouvoir aller librement et de re- 1890). Reproduction de la dépêche originale. 



cuxvi INTRODUCTION. 

plaist me mander du mal contentement qu'a Sa Majesté de ce qui s'est passé à 
Bordeaux et de la bonne opinion qu'il vous plaist d'avoir qu'il n'y ait pas de ma 
faute l . n 

Mais ce regret intéressé que manifeste Charles IX n'allait en rien profiter à 
Briquemault et à Cavagnes condamnés à l'avance et sacrifiés à la raison d'Etat. 
Si, en effet, de leurs aveux ou prétendus aveux la preuve était acquise de la 
conspiration imputée à Coligny et aux chefs protestants, la Saint-Barthélémy 
était assimilée au cas de légitime défense, et ainsi Charles IX et Catherine inno- 
centés vis-à-vis de l'Europe. 

Briquemault s'était d'abord réfugié à l'hôtel de la princesse de Coudé, puis à 
l'ambassade d'Angleterre où il avait été pris, au grand mécontentement de Wal- 
singham. Cavagnes auquel Benée de Ferrare avait donné asile fut livré par sa 
fille, la duchesse de Nemours, à laquelle elle l'avait confié. Dans le procès les 
rôles furent intervertis; Briquemault, l'homme d'épée, le vétéran des guerres 
civiles, chercha, nous dit Petrucci, à sauver misérablement sa vie 2 , et si Ton en 
croit Mézeray, il proposa même le moyen de prendre la Bochelle, tandis que 
Cavagnes, l'homme de robe, se défendit avec dignité et courage 3 . Gassot, qui sol- 
licitera plus tard la confiscation des biens de Téligny, écrivit également au 
marquis de Villars que Cavagnes lui-même avait reproché à Briquemault «de 
se montrer foible de cœur H. 

Pour donner plus d'autorité, plus de retentissement à la condamnation décidée 
à l'avance, Coligny fut impliqué dans le procès. La cour, dans son arrêt, décréta 
que son effigie serait suspendue à une potence de la place de Grève, tout à côté 
de celles de Cavagnes et de Briquemault, qu'elle y resterait vingt-quatre heures, 
puis serait traînée à la queue d'un cheval par les rues de Paris et suspendue au 
gibet de Montlaucon; que tous ses portraits seraient brisés et foulés aux pieds par 
la main du bourreau, ses biens confisqués, ses armoiries rompues, ses enfants 
proclamés roturiers, sa maison de Châtillon rasée; qu'en son lieu et place serait 
dressé un pilier et sur une plaque de cuivre inscrit l'arrêt de condamnation, enfin 
que, chaque année, des prières publiques et processions solennelles auraient lieu. 

1 Bibl. nal., fonds français, n° i5555, fol. i56. ' Desjardins, Négociations diplomatiques avec la 

De leur côté les jurats de Bordeaux écrivirent au Toscane, t. III, p. 84. 

Unique tout avait été fait par le commandement 3 Mézeray, Histoire de France, in-f\ t. III, 

de Montferrand et que cela dépendait plus de sa p. 1 33. 

charge que de la leur. (Ibid., fol. 129.) ' Bibl. nat. , fonds français, n" 33a&7, fol. 68. 



INTRODUCTION. cxsxvii 

le ik août, pour rendre grâces à Dieu de la découverte de sa criminelle conspi- 
ration. 

Le 27 octobre, le jour même où Elisabeth d'Autriche donnait une fille à 
Charles IX, Briquemault et Gavagnes mis sur une claie furent traînés en grève, 
injuriés par la populace massée sur tout le parcours. 

Si nous nous reportons à douze années en arrière, une vieille gravure du temps 
nous montre toutes les femmes de la cour d'alors assistant des fenêtres du châ- 
teau d'Amboise au supplice de Mazères et de Castelnau, les deux lieutenants de 
La Renaudie. Menée malgré elle à cet horrible spectacle, la jeune duchesse de 
Guise revint toute éplorée trouver Catherine de Médicis. t-Qu'avez-vous donc, lui 
dit la Reine à vous lamenter ainsi ?n — « Ah! Madame, je viens de voir la plus 
piteuse tragédie, je ne doute point qu'en bref un grand malheur ne tombe sur 
notre maison et que Dieu ne nous extermine de tout pour les cruautés et inhu- 
manités qui s'exercent 1 , -n 

Mais la guerre civile avait endurci les cœurs, et l'on s'était habitué à voir 
couler le sang. Toutefois, Brantôme, si indulgent d'ordinaire pour Charles IX, 
lui reproche d'avoir voulu voir mourir les deux condamnés : ce D'aucuns ne le 
trouvent beau, disant que c'estoit aux roys d'estre cruels seulement toutes et 
quantes fois que le cas le requiert, mais doivent encore moins estre spectateurs, 
de peur qu'ils ne s'accoustument à choses plus cruelles et inhumaines 2 . •» 

Et non moins sévère Walsingham écrivait à Leicester : et Entre toutes les tra- 
gédies, la dernière est la plus surprenante, et la plus extraordinaire. Voir exé- 
cuter en personne un de ses sujets, et un de ses plus vieux soldats, est un exemple 
inusité parmi les chrétiens. Dieu ne permettra pas qu'un prince d'un tel caractère 
règne longtemps sur son peuple 3 . n 

En regard de ces dures appréciations, nous, qui à la distance où nous sommes 
du xvi c siècle n'en partageons ni les passions, ni n'en subissons les influences, 
sans toutefois plaider les circonstances atténuantes, nous nous permettrons de 
dire que dans la présence de Charles IX et de Catherine à ce supplice des deux 
condamnés, il entrait encore plus de politique que de cruauté. Par le côté théâ- 
tral de cette exécution, ils tenaient à affirmer devant l'Europe l'existence d'une 
conspiration à laquelle elle croyait si peu. 

La nuit était venue et pour que l'on ne perdît rien de la vue du supplice, des 

1 Régnier de la Planche, Histoire de France sous * Brantôme, édit. de L. Lalanne, t. V, p. 358. 

François II, édition de Menechet , p. 16a. 3 Lettres el mémoires de Walsingham, p. 335. 

Cathkiuke de Médicis. — iv. n 

"Ll. 



chuïhj INTRODUCTION. 

torches furent allumées autour de l'échafaud. Au moment où Briquemault mon- 
tait à la sinistre échelle, le lieutenant du prévôt l'arrêta sur le premier échelon 
et lui demanda s'il n'avait pas de nouvelles révélations à faire. Le courage lui 
était revenu et se tournant vers le peuple qui l'entourait : a Tout ce que j'ai dit 
est faux, s'écria-t-il , je n'ai jamais songé à conjurer contre le Roi ni contre l'Etat. 
Je prie Dieu, au tribunal duquel je vais bientôt comparaître, de vouloir par- 
donner au Roi et à tous ceux qui sont cause que je meurs injustement, comme 
je souhaite qu'il me pardonne les péchés que j'ai commis. n 

Cela dit, il continua à gravir les échelons, puis s'arrètant une seconde fois et 
prenant de nouveau la parole : ce J'ai quelque chose à révéler au Roi, mais je vois 
bien que je ne le peux. 11 H haussa les épaules, comme s'il voulait_ exprimer qu'il 
n'avait plus rien à dire, puis se livra au bourreau l . 

Quant à Gavagnes, jusqu'à la fin il resta muet. Le supplice achevé, la foule se 
rua sur la potence, la renversa et s'acharnant sur ces deux cadavres, s'en disputa 
les lambeaux qu'elle promena dans toutes les rues. 

Telle fut la dernière scène du drame qui depuis le 26 août ensanglantait la 
Fiance. 

XV 

Le supplice de Briquemault et de Cavagnes sur lequel Catherine et Charles IX 
avaient compté pour affirmer devant l'Europe la conspiration des huguenots et 
innocenter ainsi la Saint-Barthélémy n'avait en rien modifié l'étal des choses. 
Lodieux du massacre était non moins profitable aux puissances prolestantes 
qu'aux puissances catholiques également intéressées à l'isolement de la France. 

Toutes les dépèches de nos ambassadeurs témoignent de leur persistante hosti- 
lité et ce qui allait tout à la fois ouvrir les yeux à Catherine et l'épouvanter, c'est 
le rapprochement qui se ménageait entre l'Angleterre et l'Espagne. Mondoucet, 
celle sentinelle vigilante de la frontière, dès le 2 5 septembre avait écrit à 
Charles IX : a Le duc d'Albe fait force dépêches du côté de l'Angleterre et a 
bonne envie de se remettre en bon ménage avec la reine Elisabeth, et, à ce que 
j'entends, elle y prête l'oreille, ayant par deçà quelqu'un de ses gens où l'on né- 
gocie avec lui pour la reprise du trafic, n 

Ce que Mondoucet avait entrevu le premier, La Molhe-Fénelon le confirme : 

1 Voir de Thon, Histi universelle, t. VI, p. /1 59. 



INTRODUCTION. cxxxis 

cr Je sens Lien, écrit-il à Charles IX le 1 o octobre, que toutes choses ont com- 
mencé et continuent de nous devenir si contraires par deçà et même pour l'horri- 
ble tragédie qui s'est jouée à Rouen. Ceux de ce conseil ne travaillent en rien 
tant, à cette heure, que de chercher comment ladite dame se pourra retirer de 
votre intelligence et observent le temps, quand et à quelle occasion elle le pourra 
faire sans danger; donc, les partisans de l'Espagne ont le vent en poupe et sont 
ceux qui plus que les autres, bien cjue la ruine des protestants leur plaise, aggra- 
vent les meurtres et exécutions de France et célèbrent jusques au ciel le duc 
d'Albe de ce qu'il a su par sa valeur repousser l'armée du prince d'Orange et 
reprendre Mons et a gardé la capitulation à ceux de dedans et n'en a tué pas 
un sous la sûreté de sa parole. Guaras est depuis deux jours à Windsor. J'en- 
tends qu'il est arrivé un navire de la Rochelle et que quelqu'un de ceux qui 
étoient dedans est allé jusqu'à Windsor. Le soupçon et défiance croit de plus en 
plus en ceux-ci et ne peuvent ni par mes paroles ni par les propres lettres de 
\ olre Majesté aucunement se rassurer K v 

A cette lettre Catherine répond, le 23 octobre : ce II n'a esté rien fait contre la 
reine d'Angleterre et ses sujets et ne lui a esté donné aucune occasion de penser 
que nous veuillons aucunement enfreindre nostre traité. Si le Roi a esté contraint 
de châtier ses sujets rebelles et qui avoient conspiré contre sa personne et son 
Estât, cela ne la touche aucunement, et pour ce qu'ils disent que, voyant les 
meurtres qui ont esté faits en plusieurs villes du royaume par les catholiques 
contre les huguenots, ils ne se peuvent assurer de l'intention et volonté du Roy 
qu'ils n'en voyent quelque punition et justice et ses édits mieux observés, la reine 
Elisabeth connoitra bientôt que ce qui est advenu es autres lieux que cette ville 
a esté entièrement contre la volonté du Roy, lequel a délibéré d'en faire faire 
telle punition et y establir bientôt un si bon ordre, que chacun cognoistra quelle 
a esté en cet endroit son intention 2 , n 

Il fallait donc à tout prix détourner l'Angleterre de ce rapprochement avec 
l'Espagne qui semblait imminent. Fort heureusement l'accouchement de la jeune 
femme de Charles IX fournit à Catherine le prétexte de flatter l'orgueil d'Elisa- 
beth, moyen infaillible de se la rendre favorable. Elle se hâte donc d'envoyer 
M. de Mauvissière à Londres, avec la double mission de demander à la reine 
d'être la marraine de la petite princesse, et de vouloir bien reprendre les propos 

1 Correspond, diplom. de La Motke-Fénclon , t. V, p. 160 et suiv. — s lbid. , t. VII. p. 377. 



au INTRODUCTION. 

de son mariage avec le duc d'Alençon. Un plus habile ambassadeur ne pouvait 
être choisi; il s'était déjà fait apprécier et aimer en Angleterre par sa modération. 
A sa première audience, Elisabeth lui dit : «Vous me voyez bien embarrassée; 
après ce qui vient de se passer en France, si je m'adresse pour me représenter à 
n'importe quel personnage, il pensera que je le tiens en bien peu d'estime, et 
que je veux me défaire de lui.n 

Mauvissière ayant cherché à effacer cette mauvaise impression : ail y en a 
môme, reprit-elle, qui craignent le contre-coup de la Saint-Barthélémy en Angle- 
terre n; puis venant au projet de son mariage avec le duc d'Alençon, crLes choses 
en étaient en si bon termes, qu'il n'y avait plus de grave difficulté; mais, à cette 
heure, je m'aperçois que le physique, l'inégalité d'âge et la différence de religion 
y mettent plus d'empêchements que je ne me l'étais d'abord figuré. Je vous re- 
verrai dans quelques jours, -n 

Il eut beau insister, il ne put obtenir une meilleure réponse. 

La Mothe-Fénelon, dans une lettre datée du i5 novembre, en donne la vé- 
ritable explication : « Le roi d'Espagne a écrit à la reine Elisabeth une lettre fort 
pleine d'affection et d'offres, et d'une quasi-soumission, qui semble ne convenir 
guères à la grandeur d'un tel prince ni à la récordalion des injures qu'il a re- 
çues. Tant y a qu'en ladite lettre, après beaucoup de belles et bonnes paroles, 
il insiste au renouvellement des anciens traités et de l'ancienne confédération 
d'entre cette couronne d'Angleterre et la maison de Bourgogne, et qu'il est prêt 
de la confirmer et jurer de nouveau '. n 

Mais les hésitations d'Elisabeth ne tenaient-elles pas à une autre cause. Elle, 
qui avait mis la main si avant dans nos premiers troubles, elle qui, en i563, 
s'était saisie du Havre en pleine paix, n'entrevoyait-elle pas dans la guerre civile 
qui se rallumait sur tous les points de la France la chance inespérée de ravoir 
Calais que le traité humiliant de Troyes lui avait fait perdre en 1 5 G 4 ? N'y était- 
elle pas d'ailleurs encouragée par les lettres incessantes qui lui venaient de la 
Rochelle 1 

Languillier, un de ceux qui y avait le plus d'autorité, lui écrivait le 1G no- 
vembre : et Sentant l'orage prêt à tomber sur nos têtes, pour après s'étendre plus 
loin et ruiner la sainte Église du Seigneur, et élever en plus grand triomphe 
celle de l'Antéchrist, nous recourons plus hardiment à Votre Majesté, vo;:s sup- 

' Correspond, diplom. d? Ln Molk«- Fcnrloii , t. V, p. aoo. 



INTRODUCTION. cxli 

pliant de nous faire tant de faveur et de grâce que de nous supporter, secourir et 
aider des grandes forces et infinis moyens que. Dieu a mis en vos mains '. n 

Au xvi e siècle, l'idée de patrie n'avait pas sur les cœurs la puissance, l'em- 
pire qu'elle exerce aujourd'hui sur les nôtres; elle n'élait pas mise au-dessus de 
tout. A quelques jours de là, faisant allusion au massacre de Bordeaux, les habi- 
tants de la Rochelle écrivaient de nouveau à Elisabeth : rt Votre Majesté ne peut 
ni ne doit tenir la ligue avec ceux qui veulent exterminer votre peuple de la 
Guienne qui, de toute éternité, vous appartient, de quoy Votre Majesté leur fait 
encore cet honneur d'en porter les armes. Ce considéré, Madame, qu'il vous plaise 
de leur aider de vos forces et moyens, et ils consacreront et exposeront leurs vies 
et biens pour vous reconnoitre leur reine souveraine et leur princesse naturelle 2 . i> 

C'est donc vainement que Mauvissière prolongea son séjour à Londres, espé- 
rant toujours obtenir une meilleure solution. A son départ, Elisabeth se borna à 
lui dire que Walsingham ferait connaître sa réponse à la proposition si flatteuse 
d'être la marraine de la fille de Charles IX. 

A Rome la situation s'était également profondément modifiée et dans un sens 
hostile à la France. La joie que lout d'abord l'on y avait ressentie de la Sainl- 
Barthélemy avait été de courie durée et l'espoir, un instant conçu, de voir / 
Charles IX entrer enfin dans la ligue catholique contre le Turc et appliquer eu 
France les décrets du concile de Trente s'était bien vite évanoui. 

Toutefois Ferais avait pu obtenir du Saint-Père que le cardinal Ursin, qui déjà 
était en route pour la France, restât à Avignon et y attendit de nouveaux ordres. 
Pour obtenir cette concession, il avait fait valoir les craintes que sa venue inspi- 
rerait aux princes prolestants d'Allemagne et à Elisabeth; mais dans les premiers 
jours d'octobre, revenant à sa première idée, Grégoire XIII lui représenta que le 
séjour en France du marquis d'Ayamonte, envoyé par Philippe II pour compli- 
menter Charles IX de l'heureux succès de la Saint-Barthélémy, était un acte 
encore plus significatif et plus agressif que l'envoi de sou légat. Ferais répliqua 
que le marquis d'Ayamonte n'était qu'un ambassadeur ordinaire, tandis qu'un 
légat extraordinaire aurait à débattre les questions religieuses, le grand danger 
du moment 3 . 

Sur ces entrefaites, le cardinal de Ferrare vint à mourir, et usant de repré- 



1 Record oflice, Stal? papers. Voir notre livre Le xvi' siècle et les Valois, p. 254. — ■ s Ibid., p. 334. 
- ' Bihl. nat., fonds français, n° i6o4o, P" 44 et suiv. 



cxlii INTRODUCTION. 

sailles. Je pape, de sa propre autorité, ayant dispos/' de tous les bénéfices dont il 
jouissait, et le conflit s'envcnimant de plus en plus, Catherine, toujours prudente, 
écrivit au cardinal Ursin, le 98 octobre : rrLe Roi mon fils, craignant vous voir 
en trop grande incommodité à venir le trouver, si la saison l'hiver prochain 
s'avance davantage, a ad visé envoyer devers vous ce courrier exprès avec ses 
lettres pour vous advertir que, lorsque votre commodité le portera, vous pourrés 
bien vous acheminer par deçà'.n 

Les dangers qu'amènerait infailliblement la présence du légat à la cour de 
France, ainsi que Ferais lavait représenté au Saint-Père, n'étaient que trop réels: 
Charles IX les signale dans sa lettre du 2 novembre au comte de Retz, qui pour- 
suivait alors à Metz une négociation secrète avec le comte Palatin, et le duc Casi- 
mir, son fils : ft Je sais bien que la reine d'Angleterre a écrit aux princes allemands 
et aux cantons protestants par messager exprès que. pour certains, javois déli- 
béré et résolu d'entrer dans la ligue catholique et que ce n'était pas pour l'em- 
ployer contre le Turc, mais contre elle et les princes de la Germanie; sur quoy 
j'ay écrit à mon ambassadeui^£assurer __du contraire^ ce que vous ferez de votre 
part et aussi Schomberg, si vous êtes ensemble-.- 

Schomberg ayant tardé à rejoindre le comte de Retz, Charles IX lui écrit direc- 
tement : «Je m'assure que vous n'aurez rien oublié de faire entendre aux princes 
et seigneurs de l'Allemagne à qui vous aurez parlé ou écrit la vérité de toutes 
choses, et que les mauvais bruits que Ton v fait courir sur les choses qui sont 
advenues en ce royaume et les délibérations et intelligences que lesdits bruits 
disoient que nous avions et avons encore entre le Roy Catholique et moy sont 
faux. •• 

Toutes ces précautions étaient nécessitées par les mauvaises dispositions qui 
partout se manifestaient contre la France : «La reine d'Angleterre arme, écrivait, 
le 1 2 novembre, le nouvel ambassadeur de Toscane, Vincenzo Alamanni, et ce ne 
peut être que pour porter secours à la Rochelle. Le Roi a été averti que le roi 
d'Espagne cherche à s'accorder avec le prince d'Orange, que le duc d'Alhe l'y 
pousse, et fait son possible pour que les menées du prince d'Orange avec l'An- 
gleterre soient favorisées par le roi son maître 3 . 

Il n'était que trop bien renseigné, car Saint-Gouard venait d'écrire le 7 novem- 

1 Tbeiner, Continuation des Annales de Baronius, " Bibl. nat.. Cinq cents Colberl (4oo) (volume 

t. I , p. 36 1 . non pagine*) ; Négociations diplomat. avec la Toscane; 

' Bibl. nat., Cinq cnits Colberl, n° 7, p. 576. Lettres et Mémoires de Walsingham. 



INTRODUCTION. cxlui 

bre : ce Le duc d'Albe, poui' justifier sa mauvaise cause et sou mal procédé aux 
affaires de Flandre, travaille par paroles mensongères à obscurcir l'honneur et la 
grâce que nous doivent le Roi et la salvation de ses Etats, lesquels étoient perdus 
sans remède par la faute dudit duc l . « 

Mais le plus grand danger de la venue du légat, c'est qu'elle pouvait faire ob- 
stacle à la levée des six mille Suisses négociée par Bellièvre, les cantons protestants 
faisant mine de s'opposer à leur départ 2 . 

Pendant que le cardinal Ursin, parti enfin d'Avignon, s'acheminait à petites 
journées pour venir à la cour, où il était si peu désiré, les bruits les plus sinistres 
eurent de nouveau cours à Paris. L'on ne parlait rien moins que d'une nouvelle 
Saint-Barthélémy, et voici en quels termes Charles IX en fait part à M. de Bel- 
lièvre : et Ces jours-ci étant allé à la chasse du côté de la Brie, et la Reine ma mère 
et mon frère le duc d'Anjou à Monceaux, conduisant ma sœur de Lorraine 
qui s'en relournoit, aucunes canailles firent courir parmi le peuple un bruit 
aussitôt que je fus parti, que je voulois qu'on exterminât et pillât ceux qui ont 
été de la nouvelle religion estant en ceste ville 3 , n 

Le duc de Nevers, le maréchal de Tavannes et le cardinal de Créqui eurent 
facilement raison de cette émeute, et Catherine en les remerciant d'avoir maintenu 
l'ordre dans les rues leur prescrivit d'en faire une punition exemplaire, et de 
pareils bruits pouvant apporter de nouveaux troubles n. 

Le 2 h novembre, le cardinal Ursin entrait enfin dans Paris, wll n'a pas été 
reçu, se hâte d'écrire Walsingham, avec les égards dus à sa qualité, ce qui fait 
supposer que c'est pour aveugler les princes protestants 5 . ■» Une lettre de Charles IX 
à M. de Bellièvre nous donne le véritable motif de cette apparente froideur : 
et J'ai à vous louer, dit-il, du bon effort que vous avez fait pour osier hors de 
l'esprit des cantons protestants les mauvaises impressions que l'on leur avoit 
données des choses advenues au jour de la Saint-Barthélémy et depuis en aucunes 
villes de mon royaume, semblablement aussi l'impression qu'ils ont par là conçue 
que j'aye intention d'une ligue avec les autres princes catholiques pour faire 
mettre à exécution par force en leur pays le concile de Trente, à quoy servira 
beaucoup ce que vous en avez rédigé par écrit et fait translater en allemand 



' Bil>l. nat., fonds français, n" 1610^1, j>. a4o. ' Bibl. nat., fonds français, n° 1.5902, f° 256. 

2 Ibid. , 258 v°. 5 Lettres et Mémoires de Walsingham. 

5 Négociât, diplom. avecla Toscane, l. III, f° 861. 



cxuv INTRODUCTION. 

pour être espandu en plusieurs endroits de l'Allemagne où les esprits des pro- 
testants sont imbus de semblables bruits, vous voulant bien dire que depuis votre 
parlement je n'aynon plus pensé a l'établissement du concile que je faisois lorsque 
vous êtes party d'auprès de moy, ce que je vous dis aflin que, si le séjour du 
légat qui est plus long de par deçà que je ne désireroys, donnoit quelque lieu à 
semblable suspition, vous soyez asseuré pour toute vérité qu'il n'en est rien et 
chose à quoy je n'ay pensé ni rie pense en sorte du monde 1 . 1 » 

Mais le cardinal Ursin ne se rebuta pas; pour mieux décider Charles IX à 
entrer dans la ligue catholique, il en vint à se contenter de sa simple adhésion 
sans la moindre coopération, l'autorité de son nom leur suffirait. Ces nouvelles 
et incessantes instances ne furent pas mieux accueillies, l'état du pays ne le mo- 
tivait que trop. Sancerre, Montauban, Nîmes, Sommières tenaient leurs portes fer- 
mées. Tous les négociateurs envoyés à la Rochelle avaient échoué. A bout de voies 
Charles IX avait jeté les yeux sur La Noue, qui avait accepté cette délicate mis- 
sion et qui le 16 novembre avait porté à la Rochelle des paroles de conciliation 
et de paix. 

Voilà sous quelles sombres prévisions finissait l'année 1572, lorsque, le 23 dé- 
cembre, Mauvissière revint de sa mission en Angleterre. 

Le jour de sa rentrée à Paris, Walsingham vint le visiter, et à la suite de leur 
entretien il demanda audience à Catherine, mais elle n'était pas encore remise de 
son opinâtre catarrhe et le lendemain il fut reçu par Charles IX. Tout d'abord il 
revint sur les massacres qui avaient eu lieu dans les provinces, il se plaignit de ce 
qu'on forçait d'abjurer tous ceux qui' avaient pu échapper à la mort; c'était évi- 
demment l'anéantissement de la religion protestante que l'on poursuivait. La reine 
sa maîtresse avait donc lieu de s'étonner que le Roi ait pu songer à elle pour être 
la marraine de sa lille. 

Charles IX répondit que le massacre des protestants par la populace des villes 
était un fait accompli qu'il regrettait profondément, mais auquel il ne lui était 
plus possible de remédier. L'exercice de deux religions ne pouvait être toléré dans 
le royaume. 

Ce préambule un peu aigre de Walsingham n'avait pour but que de donner 
plus de prix aux concessions qu'Elisabeth l'avait chargé de faire en son nom. 
trSi je suis revenu sur le passé, reprit-il, c'est uniquement pour exprimer à Votre 

1 liibl. nat., fonds tançais, 11° i5(joa, fol. 208 v°. 



INTRODUCTION. cx..v 

Majesté la douleur que ma maîtresse a ressentie d'entendre si mal parler de ce 
qui a eu lieu en France. Si elle avait écouté l'avis de ses propres conseillers et 
ceux des princes ses voisins, non seulement elle n'aurait pas accepté d'être la 
marraine de la fille de Votre Majesté; mais elle aurait rompu toutes relations; ce 
qui l'a retenue, c'est l'attachement qu'elle a voué à Votre Majesté dès son âge 
le plus tendre; elle n'a donc voulu voir dans l'offre que vous lui avez faite 
qu'une nouvelle preuve d'amitié. i> Et il s'empressa de lui annoncer qu'elle en- 
verrait en France un personnage de distinction, pour, en son lieu et place, tenir 
sa fille sur les fonts du baptême 1 . Charles IX l'eu remercia vivement et en 
profita pour lui parler de nouveau du mariage du duc d'Alençon, en le priant 
de l'appuyer. 

Si Elisabeth, après l'insuccès apparent de la mission de Mauvissière, n'avait pas 
persisté dans son premier refus, c'est qu'une secrète intrigue s'était nouée entre 
elle et le duc d'Alençon. Le duc, c'est ici le lieu de le dire, avait hautement 
blâmé la Saint-Barthélémy; il n'avait pas caché à Walsingham les regrets, 
l'horreur qu'il en ressentait, et on disait tout bas qu'il avait promis aux chefs 
protestants de venger la mort de Coligny. Que ce fût vrai ou non, il avait conçu 
le projet de se réfugier en Angleterre. Pour faciliter et préparer sa fuite, il venait 
d'y envoyer un de ces personnages équivoques comme l'on en retrouve à toutes 
les époques troublées. H se nommait Maisonfleur; après avoir guerroyé en Italie 
sous les ordres du duc de Guise, il était devenu écuyer tranchant de Charles IX, 
puis s'était fait protestant. On a de lui un recueil de psaumes et Brantôme lui a 
dédié quelques-unes de ses poésies' 2 . 

Le vaisseau sur lequel le duc d'Alençon devait s'embarquer resta longtemps en 
vue des côtes de Normandie. Dans une lettre à Burghley, Maisonfleur lui révèle 
le secret et le but de sa mission: ce Sachez, Monsieur, que, lorsque je fus adverti 
que l'on avoit découvert le fond dama négociation à Mauvissière, la crainte que 
j'ay eue que, lui étant de retour à la cour, par ce moyen il n'en arrivât inconvé- 
nient à la personne de Monseigneur le duc, je lui écrivis une bien longue lettre 
par laquelle je l'advertissois de la susdite découverte et de ce qu'il lui en pourroit 
arriver, s'il ne donnoit bon ordre à ses affaires, et par ainsi qu'il s'advisât à se 
dépescher de venir en ce pays avant l'arrivée de Mauvissière à la cour; qu'il 
n'oubliât pas aussi d'amener quant et lui son beau-frère 3 et son cousin \ et 

1 Lettres et mémoires de Walsingham j p. 358. 3 Le roi de Navarre. 

! Brantôme, édit. de L. Lalanne, t. XI. ' Le prince de Condé. 

Catheiu.ve de Medicis. IV. 6 



lULniL IAT10XAL1 



ex m INTRODUCTION. 

quoiqu'il en fût. qu'il se haslâtde s'en venir au Havre où le vaisseau armé l'at- 
lendoit. Je ne veux point nier que je l'exhortasse et supliasse de venir en An- 
gleterre, avec espérance que, quand il seroit par deçà, il ne pourroit faillir, avec 
le temps, de parvenir au but où il prétcndoit, à sçavoir d'épouser sa maîtresse, 
quand elle verroil qu'il se seroit mis en devoir de la venir trouver pour se ranger 
auprès d'elle et lui faire service, lui remontrant qu'encore qu'elle ne m'eût voulu 
jamais accorder de dire oui cl me donner sa parole de l'épouser, si est-ce toutefois 
([lie je m'osois à quasi assurer que, estant par deçà, il y recevroit un accueil si 
favorable, un si bon traitement qu'il ne debvoit pas faire de doute qu'en fin de 
compte il ne vînt à bout de son entreprise, mais qu'avant de lui faire une entière 
démonstration de sa bonne volonté et lui accorder son désir, il falloil qu'il se 
séparât du conseil et de la présence de ses plus proches, autrement l'on ne 
se pou voit lier en lui; car sa maîtresse avoit esté par tant de fois trompée de ce 
costé-là, qu'elle n'étoit pas délibérée de s'y fier jamais que sur bon gages, et 
pour ce, tant pour la crainte que j'avois que le rapport de Mauvissièrc ne lui fît 
tort, comme par l'extrême désir de le voir ici auprès de sa maîtresse, je le priois, 
je lui conseillois, je l'exhortois, je le sollicitois, je l'adjurois par tout ce qu'il 
avoit de plus cher au monde, qu'après ma lettre reçue, il ne faillît à monter à 
cheval et s'en venir au Havre où on l'attend oit avec le vaisseau, n 

Au dernier moment le duc d'Alençon recula-t-il, ce qui était le propre de son 
caractère, ou, sur un avis transmis par Mauvissière, ne put-il pas s'enfuir? Nous 
ne pouvons le dire, mais en tous cas il ne vint pas au Havre et Maisonfleur en 
prévint Burghley : cr J'arrivay à Douvres où j'ay séjourné quatre jours, attendant 
nouvelles du Seigneur que sçavez; mais après avoir considéré que du vent qui 
regnoit pour lors, le vaisseau qu'avez envoyé devoit, à son retour deçà, plutôt 
prendre la roule de la Rye que de Douvres, il m'a semblé que, pour l'incerti- 
tude du lieu où il arrivera, il estoit meilleur de revenir en ceste ville pour y at- 
Lendre les nouvelles, ce que j'ay fait 1 '.» 

\ son tour, Walsingham parle, à mots couverts de ce projet de fuite dans une 
lettre à Burghley : rc Je souhaite que le vaisseau demeure encore huit ou dix jours, 
afin que, s'il change de sentiment, après avoir mieux réfléchi, il soit en mesure 
d'en profiter 2 . •» 

1 M. Fronde, flans sou Histoire d'Elisabeth, a responrlnnce. et je l'ai publiée dans mon volume 
publié deux lettres do Maisonfleur. J'ai eu la bonne Le xvi' siècle et les Valois, d'où j'ai extrait celle-ci. 
fortune de retrouver an Record office toute sa cor- ! Lettres et mémoires de Walsingham, p. 383. 



INTRODUCTION. cslvh 

Mais la défiance reprenant le dessus il ajoute : «Si vous trouvez que ceux qui 
négocient de delà, clochent et ne parlent pas le même langage, je trouve ici la 
même inconstance et les mêmes variations en ceux qui négocient avec moi. Pour 
déguiser la chose ils empruntent certains noms à des Amodia de Gaule; en quoi 
ils ont raison de donner des noms chimériques à une chimère 1 . ■» 

H parlait en diplomate pratique et circonspect, mais Elisabeth, tout en possé- 
dant au plus haut degré les qualités d'un véritable homme d'État, n'en était pas 
moins femme et femme avec toutes ses futilités, tous ses caprices. Le duc d'Aleu- 
çon, une fois dans ses mains, pour la rançon d'un pareil otage, elle eût peut-être 
exigé Calais, son éternelle convoitise, et il y avait certes de quoi la tenter; mais 
le côté romanesque de l'aventure avait eu non moins de prise sur sa fantasque 
imagination et ce rapprochement presque amical avec la France servait de cou- 
verture à ce mystérieux projet et lui permettait de le poursuivre. 

Quant à Catherine, Madame la Serpente, ainsi que l'appelle Maisonfleur, ou 
elle fut prévenue de ce projet de fuite par Mauvissière, et, avec sa dissimulation 
habituelle, elle se borna à y mettre obstacle, ou elle ne le fut pas à temps et elle 
crut avoir gagné la partie en Angleterre, sans savoir encore qu'elle en était rede- 
vable à l'intrigue tramée en dehors d'elle. 



XVI 

Le cardinal Ursin quitta enfin Paris dans les premiers jours de janvier ih'j'à. 

A son audience de congé, en son nom personnel, et sans y mêler celui du pape, 
il proposa à Charles IX de s'entendre secrètement avec le duc de Savoie, pour la 
destruction de Genève, la citadelle imprenable du calvinisme. Pour mener à bonne 
fin cette entreprise, le duc se contenterait d'une simple lettre du Roi, et en pren- 
drait à sa charge tous les frais, à la seule condition qu'ils lui seraient remboursés 
plus tard. Charles IX répondit à cette brusque ouverture que son royaume était 
dans un tel état qu'à l'heure présente il ne pouvait songer qu'à en assurer le 
repos 2 et, en toute vérité, il put écrire à Saint-Gonard : ce Le légat est parti 
comme il était venu. •» 

Dans les jours qui suivirent, une nouvelle alarme vint de la Bresse. Le duc de 
Savoie avait fait arrêter tous ceux de la nouvelle religion qui y résidaient et tous 

' Bibl. de ITnstitut, fonds Godefroy, n° 957. — * Bibl. nat., fonds français, n" 15902. 



cxLvm INTRODUCTION. 

les réfugiés de la Saint -Barthélémy. Charles IX s'empressa d'écrire à Bellièvre 
que le duc ne lui en avait jamais parlé, et qu'en tout cas il n'en avait jamais 
donné le conseil l . 

En dépit de ces pacifiques déclarations la situation intérieure s'était de plus en 
plus aggravée : La Noue n'avait pu vaincre l'obstination des défenseurs de la Ro- 
chelle, et le duc d'Anjou, suivi du roi de Navarre, du prince de Coudé et du duc 
d'Alençon, en avait pris le chemin, sans avoir à ses côtés le grand homme de 
guerre auquel il devait ses deux victoires de Jarnac et de Moncontour. La mala- 
die, qui devait l'emporter, retenait Tavannes à son château de Sully. La Châtre 
et Dainville, de leur côté, étaient devant Sommièrcs et Sancerre; c'était donc la 
guerre civile, et sur tous les points. Un dernier espoir restait à Catherine; elle 
s'était mise en tète qu'Elisabeth , en se faisant représenter par Worcester, un ca- 
tholique, à la cérémonie du baptême de la fille de Charles IX, était mieux dis- 
posée à reprendre la négociation de son mariage avec le duc d'Alençon, qu'elle 
ne l'avait été lors du séjour de Mauvissière en Angleterre. La cérémonie du 
baptême ayant eu lieu le 2 février, dès le lendemain elle s'en expliqua avec Wor- 
cester. 

te Combien je regrette, lui dit-elle, que mon fils d'Alençon soit retenu au 
siège de ia Rochelle, et que vous ne puissiez le voir. Il est bien changé, à son 
avantage, depuis que lord Lincoln est venu en France; son visage s'est fort 
amendé; la barbe commence à lui venir, et sa taille ne le cède en rien à celle de 
ses deux aînés. A ce siège, où le devoir l'appelait, il apprendra à commander 2 , v 

Worcester lui représenta que reprendre en ce moment les propos du mariage 
de son fils, ce serait plutôt en retarder la conclusion et il lui conseilla de laisser 
passer quatre mois sans en parler, afin de voir quelle tournure prendraient les 
affaires de France. 

Cette réponse échappatoire n'était pas faite pour la contenter. Le jour du dé- 
part de Worcester, elle eut une entrevue avec Walsingham et de nouveau lui 
exprima combien elle regrettait que son fils d'Alençon n'ait pu venir voir Wor- 
cester, avant qu'il prît congé; mais le devoir le retenait au siège de la Rochelle, 
rtll est làcheux, Madame, répondit-il, que le Roi l'ait employé à une guerre 
contre ses sujets. Ne pas y aller eût été préférable, et aurait été pris en bonne 
paît et par notre reine et par toute l'Angleterre. r> 

Bibl. mil., fonds français, 11° i5goa , f° i3i. — J Voir Le Laboureur, addit. aux Mémoires de Cas- 
lelitau, t. III, j). a85. 



INTRODUCTION. cxlix 

— rf Un prince qui a du sang dans les veines, répliqua-t-elle , ne peut pas rester 
dans l'inaction, il était de son honneur de partager les dangers de son frère 1 , n 

Il y avait une arrière-pensée dans le conseil donné par Worcester; une lettre 
de La Mothe-Fénelon au Roi, datée du 2 5 février, nous en révèle la perfidie : 
ffLes Anglais au retour de Worcester veulent entreprendre de secourir la Ro- 
chelle; pour cela il a l'ordre de ne pas séjourner en France 2 . Une seconde lettre 
datée du même jour est encore plus alarmante : cr II ne se parle rien de plus chau- 
dement en ce royaume que de secourir ceux de la Rochelle et ce qui échauffe 
davantage les Anglais, c'est qu'il vient ordinairement des leurs et de leurs nou- 
velles par mer dudit lieu, par lesquelles est mandé que, s'il se peut présenter 
quelques forces vers la Guienne en faveur de ceux de la religion, qu'inévilable- 
ment il s'y suscitera bien forte guerre civile et qu'il se pourra facilement recon- 
quérir une bonne partie de tout le pays que ceux de la religion avoient occupé 
aux derniers troubles; en quoy, pour se prévaloir d'une si belle occasion, si 
d'adventure elle s'offroit, l'on m'a adverti qu'il a esté mandé vers le quartier 
d'ouest de tenir prêts dix mille hommes et mille chevaux, les mieux choisis 
d'Angleterre; mais toutefois, ne se peut rien résoudre jusqu'à la réponse de 
l'homme du comte Palatin qui doit apporter les réponses des princes protestants 
d'Allemagne 3 .!? 

Tout était donc à craindre de l'Angleterre et, le 8 mars suivant, Charles IX 
écrivait à son frère le duc d'Anjou : ce La reine Elisabeth ne sait point encore quel 
parti elle prendra; dans ses propos, il y a toujours de belles paroles, mais peu 
d'effets. Elle attend ce que deviendra le siège de la Rochelle; il faut toujours que 
l'on veille sur la flotte, et qu'elle se trouve sur ses gardes 4 . n 

Du côté de l'Espagne, les mêmes défiances, les mêmes craintes. Saint-Gouard, 
si optimiste au lendemain de la Saint-Barthélémy et qui un instant y avait vu le 
gage assuré d'une alliance entre les deux couronnes, commençait lui aussi à se rendre 
compte des menées secrètes de Philippe II : «Je ne veux pas être pronostic de 
mauvais pensement, écrivait-il le G janvier au Roi, si donnerois-je conseil à Voire 
Majesté que, ne méprisant tous mes avis, elle mît meilleur ordre à ses affaires 

1 Voir Le Laboureur, addil. aux Mémoires de Cas- 3 Bibl. nat. , fonds français, n° 1 5 5 5 , f° 100. 

telnau, t. III, p. a85 ; Calendar of State vapers J Ibid. (Ces deux lettres n'ont pas été imprimées 

(1572), p. 254; Lettres et mémoires de Walsin- dans la Correspondance diplomat. de La Alothe-Fé- 

ghatn, voir les instructions donner s à Worcester, nelon.) 

p. 37/1. ' Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg (original). 



cl INTRODUCTION. 

sans se travailler de leurs ambitions, et gagner autant de temps sur eux, comme 

ils ont toujours su bien faire durant ces extrémités 1 .!) 

Charles IX était sur ses gardes, et le 20 janvier il répondit à Sainl-Gouard : 
ce J'ai eu beaucoup de peine pour remédier à leurs artifices, ayant publié et voulu 
faire croire par le monde que nous avons juré la ruine de tous ceux qui font 
profession d'autre religion que la nôtre et que ce que j'avois fait estoit avecques 
eulx prémédité de longtemps. Leurs persuasions ont été reçues pour si fort vrai- 
semblables, estant confortées d'allées et venues de ceux qui sont envoyés vers 
moy que, si la pure vérité n'eût eu assez de force pour surmonter son contraire, 
j'estime qu'ils fussent parvenus au-dessus de leurs intentions, et qu'ils ne 
m'eussent non seulement esloigné et distrait l'amitié de la reine d'Angleterre et 
des princes et cantons protestants, mais ils se la fussent acquise et assurée à mon 
dommage. J'ai pris par vos lettres éclaircissement de plusieurs conjectures que 
j'avois déjà remarquées de l'intention du Roy Catholique, lequel, sous couleur 
de piété et de religion, veut, s'il peut, accommoder les affaires des Pays-Bas, se 
réconcilier avec la reine d'Angleterre et les princes protestants, et me laisser sur 
les bras les ennemis que nous nous sommes acquis pour la défense de cette que- 
relle, et pendant qu'il me connoit occupé à la réduction de la Rochelle. Le duc 
d'Albe est toujours à Nimè;;ue, faisant tout ce qu'il peut pour accorder avec la 
reine d'Angleterre et augmenter aux princes de la Germanie la méfiance qu'ils 
ont conceue de moy 2 . » 

Le 22 février, dans une nouvelle lettre, il énumère tous ses griefs : «Ils ont tou- 
jours fait leurs affaires à mes despens. Je cuide qu'ils voudroient encore faire le 
semblable, ne se contentant de l'exécution que j'ay faite en mon royaume, laquelle 
a esté la salvation entière de leur bas pays, ains la calomniant et desprisant au- 
tant qu'ils peuvent, s'efforçant de rendre mes actions odieuses en Allemagne et 
jusques en Pologne pour traverser l'élection de mon frère, à Rome et ailleurs. 
Le duc d'Albe fait sous main tout ce qu'il peut pour s'appointer avec la reine 
d'Angleterre, pratiquer le comte Ludovic de Nassau, afin de me rejeter sur les 
bras tout l'orage et me laisser seul démesler en la querelle à laquelle ils ont au- 
tant d'intérêt que moy. Le duc publie que je leur ai promis secours, pour faire 
conoistre à un chacun que nous sommes tellement conjoints ensemble que nous 
avions juré ensemble et promis l'un à l'autre tout secours et ayde pour exterminer 

' Bibl. nat., fonds français, n" i(ho5, p. 7. — ' Ibid., \>. là. 



INTRODUCTION. eu 

tous ceux qui fout profession d'autre religion que de la nostre, afin d'accroître 
la défiance que les protestants d'Angleterre ont conçue de moy pour les choses pas- 
sées l . a 

Cette lettre était à la fois la condamnation de la Saint-Barthélémy, et le retour 
forcé, indispensable à la politique que sa mère lui avait fait abandonner. 

Il fallait donc au plus vite, et surtout en vue de la candidature du duc d'Anjou 
au trône de Pologne, dissiper en Allemagne les défiances que le duc d'Albe et 
Philippe II y avaient semées à pleines mains. Catherine et Charles IX, ne se fiant 
même pas à des lettres chiffrées, rappelèrent Schomberg à Paris. Muni de nou- 
velles instructions, il repartit sur-le-champ pour cette nouvelle campagne. 

Il vit d'abord le comte Palatin, et son thème était fait à l'avance, ses arguments 
tout prêts : Le Roi n'a pas voulu recevoir le légat du pape, le cardinal Ursin; il est 
moins disposé que jamais à entrer dans une ligue catholique contre le Grand 
Seigneur; il n'a pris aucune part à la Saint-Barthélémy; depuis ce jour aucun 
protestant n'a été inquiété ; le duc d'Anjou campe, il est vrai, sous les murs de 
la Rochelle; mais il n'exige des Rochelois que leur simple soumission, et leur 
garantit la liberté de conscience et le libre exercice de leur religion; puis, répu- 
diant au nom de Charles IX toute intelligence avec l'Espagne, il rappela à l'ap- 
pui la récente ligue conclue avec l'Angleterre , et en terminant cet habile plaidoyer, 
il conjura le comte Palatin d'intervenir auprès de la reine Elisabeth en faveur du 
duc d'Alençon et d'appuyer également la candidature du duc d'Anjou à la cou- 
ronne de Pologne. 

Le comte l'écouta sans l'interrompre , mais s'enferma dans une prudente réserve 
dont Schomberg ne put le faire sortir. Toutefois, son fils, le duc Jean-Casimir, 
se montra plus favorablement disposé. 

De Heidelberg, Schomberg alla voir le landgrave de Hesse, qui de prime abord 
ne lui cacha pas les difficultés de sa propre situation : rt Je ne puis, lui dit-il, me 
mettre mal avec l'Empereur, sans encourir le blâme des autres princes protes- 
tants; mais pour venir en aide au duc d'Anjou, je puis faire obstacle à tout accord 
des Provinces-Lnies avec le roi d'Espagne. Que le Roi votre maître continue à 
regagner le cœur des princes protestants, comme il a déjà bien commencé. Dieu 
exaucera les ardentes prières que je ne cesse de faire pour sa grandeur, et dans 
ce but, que la Reine mère fasse en sorte que le Roi reprenne en grâce les enfants 
et la veuve de l'amiral -. « 

1 Bibl. Dat., fonds français, n" îGioô. p. 3o. — ' Bibl. nat. , Cinq cents Colbert. n" ioo. 



oui INTRODUCTION. 

A force d'instances, Schomberg put obtenir de lui une lettre pour la douairière 
de Brunswick, sœur du feu roi de Pologne, dans laquelle il voulut bien la prier 
de prendre en main les intérêts du duc d'Anjou l . 

11 fut moins heureux auprès du duc de Saxe. Le duc revenait de Vienne et 
s'était laissé gagner par l'Empereur, il soutint que Charles IX était complice du 
meurtre de l'amiral et qu'il avait donné l'ordre à tous les gouverneurs des pro- 
vinces de massacrer les prolestants. Schomberg jugea bien qu'un pareil langage 
lui avait été suggéré par Maximilien et clans l'intérêt de la candidature de son 
fils l'archiduc Ernest au trône de Pologne; il n'insista pas, et jugea également 
inutile d'aller voir le margrave de Brandebourg qui décemment ne pouvait pas 
renoncer à soutenir la candidature du duc de Prusse, ce nouveau prétendant à 
la couronne des Jagellons' 2 . 

De Heidelberg, Schomberg se rendit tout droit à Francfort-sur-le-Mein, où il 
devait avoir une entrevue avec le comte Ludovic de Nassau, entrevue ménagée 
par Galéas Frégose, dont nous retrouvons la main clans toutes les négociations 
secrètes. Le prince d'Orange s'était montré d'abord très défavorable à ce rappro- 
chement avec la France : a Le Roi Charles IX, avait-il écrit à son frère, est 
décrié non seulement par deçà, mais par tous les endroits du monde, estant 
fort blasmé de perfidie, lui qui pour son titre ordinaire vouloit usurper le nom 
de Charles le Véritable 3 . n 

Zuleger, le chancelier du comte Palatin, lui avait écrit également : «Du côté 
de la France il n'y a que mensonges et tromperies; Frégose est homme fait pour 
mentir et tromper 4 , n 

Mais le comte Ludovic n'était pas à ignorer qu'à la suite d'une conférence 
tenue à Nimègue, des relations amicales avaient été reprises entre l'Angleterre et 
l'Espagne et un accord conclu. La France venant à lui au moment où l'Angleterre 
s'en éloignait, il se rendit à Francfort, bien décidé à traiter, si les conditions 
étaient acceptables. 

Schomberg avait en réserve des armes que Catherine lui avait fournies, a J'ai 
fait écrire par Brûlart à Schomberg, avait-elle mandé au duc d'Anjou, comme 
de lui-même (et en chiffres), afin qu'il fasse publier en Allemagne la dé-libération 
où est le roy d'Espagne de faire tuer le prince d'Orange et comme il y a gens dé- 



Bibl. nal.. Cinq cents Colbert, n" /ioo. — 2 Ibid. — ' Groen van Prinsterer, Archives de la maison 
de Hollande, t. IV, p. il 5. — ' Ibid. 



INTRODUCTION. CUII 

péchez expressément , et qu'il s'en serve envers les princes protestants selon que 
les occasions se peuvent présenter, et qu'il ne faille pas de prester des charités à 
ceux qui si évidemment font publier toutes choses fausses, afin qu'il puisse tra- 
vi'rscr ce qu'ilz veulent négocier'.^ 

A la suite d'une entrevue qui ne dura pas moins de huit heures, Schomberg 
et le comte Ludovic arrêtèrent les conditions suivantes : « Si le Roi de France 
déclare la guerre à l'Espagne, la Hollande et la Zélande seront remises entre ses 
mains; s'il ne veut pas rompre ouvertement, et s'il promet de fournir un subside 
île trois cent mille llorins, toutes les conquêtes à faire lui appartiendront 2 , r 

Schomberg s'empressa de rendre compte à Catherine de ce qu'il venait de con- 
clure avec le comte Ludovic, et voici en quels termes il lui en fit apprécier tous 



les avantages 



rc Madame, le sieur de Frego.se vous aura amplement l'ait entendre ce que 
je lui ay communiqué touchant les occurences de par deçà et principalement 
touchant les affaires du Pays-Bas. J'espère qu'il vous aura apporté une bonne 
résolution du comte Palatin, vers lequel le comte Ludovic avoit fait aller son 
frère , le comte Jean , pour cet effet. H ne faut pas douter que Vos Majestés sçauront 
bien embrasser cette tant belle occasion. Madame, le repos dû royaume, la sûreté 
del'Estat, la ruine du capital ennemy du Roy votre fils (Philippe II), la vengeance 
du tort qu'il fait à monseigneur le duc d'Anjou, la subversion de tous les desseins 
de la maison d'Autriche et le comble de vos désirs est entre les mains de Vos 
Majestés, et dépend de vos volontés. Si vous laissez eschapper cette belle prise, je 
désespère que vous la puissiez jamais rattrapper; mais, Madame, le tout est de se 
haster et de tenir cette menée aussi secrète que Vos Majestés désirent les susdictes 
choses sortir à bon effet. Depuis le partement de Frégose, je me suis encore as- 
semblé avec le comte Ludovic, et nous avons débattu sur les entreprises en mains, 
qui sont assurément grandes et belles, et sur les conditions qu'on pourroit mettre 
en avant entre le Roy et le prince d'Orange. Sur ce 'fait, nous les avons mises par 
écrit, Madame, ajoutc-t-il, elles ne vous obligent à rien et n'ont été traictées par 
moy avec le comte Ludovic, que pour faciliter la résolution du Roy, mais le comte 
m'a dit plus de vingt fois que, s'il n'avoit bientost une resolution du Roy, qu'il 
prend roit party et qu'il ne pensoit être obligé à rien si on traîne les choses à la 



longue 3 .n 



Bibl. imp., Saint-Pétersbourg. — 2 Groen Prinsterer, Archives de la 7>uiiso/< d'Orange, 1. IV. 
Bibl. nat. , Cinq cents Colbert, n° 4oo (volume non paginé). 
Catherine de Mkdicis. — iv. 



llM'I.iy r i. > 1 ; 



cliv INTRODUCTION. 



XVIII 



L'opinion publique commençait à devenir une puissance avec laquelle il fallait 
compter. Charles IX l'avait si bien compris que, le 1 1 novembre 1 57 2 , il écrivait 
à Bellièvre, son ambasseur en Suisse : rtll y a un nommé Brutus qui l'ait une 
histoire latine sur les Mémoires de feu amiral de Chatillon; adviserez de retirer 
ladite histoire et mémoires, en promettant argent pour une l'ois ou pension audit 
Brutus, ainsi que vous verrez estre à faire l .t 

De son coté Catherine écrivait, le 3 décembre, à Bellièvre : tr Le Roy mon fds 
a eu grandement agréable la translation en allemand et impression que vous avez 
fait faire des choses par vous discourues aux seigneurs des Ligues' sur le faict du 
feu amiral, affin qu'il soit publié en Allemagne 2 . i> 

La grande préoccupation du Roi et de la Reine mère était donc que le récit de 
la Saint-Barthélémy ne fût fait que par une plume officielle; et, tandis qu'à la 
Rochelle, à Sommières, à Sancerre, l'on va se battre à coups de canon, en France 
et surtout à l'étranger, ce sera à coups de pamphlets, et cette guerre de la plume 
ne cessera plus. 

François Hotmail publie à Genève son livre De furoribus gallicis 3 , bientôt suivi 
par la première édition du Réveille-malin des François, paru d'abord en latin et 
imprimé à Baie, le douzième jour du sixième mois après la journée de la trahison, 
ainsi que nous le dira la traduction française de 157/1. 

Mais ce n'est encore là qu'un appel aux passions religieuses. Dans un livre de 
patiente érudition et qu'il qualifie lui-même d'historique, Holman demande au 
passé des armes contre la tyrannie et justifie par la tradition les doctrines démo- 
cratiques, dont il s'est fait l'apôtre. Le remède aux maux présents, à l'entendre, 
c'est le retour aux lois fondamentales de la monarchie, aux grandes assemblées. 

Chai les I\ doit faire allusion au livre Vindicte et chercha h le gagner. (Bihl. nat. , fonds français. 

contra lyranuos paru en 1670,, sous la rubrique de n° 15902, f' ip,5.) Voir Chevreul, lie de Languel. 

1 r>-7 cl par les soins de Dnplessis Mornay, qui, 2 Ibid., Paa3. 

tans la préface de la seconde édition , datée de 1 58o , ' De furoribus galticis liorrenda et indigna Custe- 



l'attribue, à juste titre, à Hubert Languet. Ce livre lioni, nobilium atquc illustrium virorum cœde sim- 

fut commencé à Genève en 1572, et Languel ayant plex narratio, Erncsto Varatnando, Frizio, enclore, 

pris le pseudonyme de Junius Brutus, il est h pré- Editnburgi, i'>j-i , in-â'. 

sumer que, par suite de quelque indiscrétion, le \ la même date parut une traduction en alle- 

Roi fut prévenu qu'un nommé Brutus y travaillait maud, s. !.. 1 5 7 3 , in-/i°. 



INTRODUCTION. CLy 

fr L'homme lil>re n'est pas fait, pour subir le bon vouloir, le bon plaisir; au peuple 
seul appartient le droit d'élire et de déposer les rois l ,n 

De dogmatique qu'il était, le pamphlet s'est donc fait antidynastique, et dans 
la forme et dans le fond. Ce n'est plus à Charles IX et à Catherine que s'attaque 
Hotman dans sa Gtuilefivnque, cette utopie du passé, mais à la royauté. 

Dans une lettre au comte Palatin, il a précisé la pensée de son livre: rrLes 
guerres civiles n'ont été que le commencement de nos maux; il faut en chercher 
la cause plus haut, dans l'oubli de l'ancienne constitution du royaume ouverte- 
ment violée depuis un siècle'-. r> 

Et dans une autre lettre à Bullinger, il en détermine le but : «Ce livre est de 
grande importance pour reconquérir notre gouvernement et rendre à notre France 
son assiète et vrai repos 3 . n 

Il n'en exagérait pas la portée; Palma Cayet, dans sa chronologie noveunaire, 
a reconnu l'influence qu'il exerça : « Il fut agréable aux réformés et à quelques 
catholiques qui aspiraient à la nouveauté. t> 

De nos jours, Augustin Thierry en a dit à son tour: s L'amour du gouvernement 
parles grandes assemblées s'y montre à chaque page; il a eu une grande action 
sur les hommes et sur les idées, v 

Dans le camp de la défense on forge aussi des armes. Un juriste natif de Tou- 
louse, Pierre Carpentier, qui, à l'exemple de tant des lettrés d'alors, s'était fait 
protestant, sauvé par Bellièvre le jour de la Saint-Barthélémy, avait pu, grâce à 
lui obtenir un passeport et s'était réfugié d'abord à Metz, puis à Strasbourg. C'est 
là que, passé aux gages de Catherine, il composa en latin un livre sur la Saint- 
Barlhélemy, peu après traduit en français '. 

Toujours aux aguets, Walsingham fut un des premiers avisé de l'apparition de 
ce nouveau libelle et, le 2 janvier, il écrivait à lord Burghley : cr Je vous envoie un 
livre infâme de Charpentier pour défendre ce qui a été fait ici en dernier lieu. 
Plusieurs des exemplaires latins ont été envoyés en Allemagne; mais l'auteur est 
si bien connu pour misérable qu'on ne croit pas que cet écrit serve de grand'chose. 
On en a aussi envoyé en Pologne 5 . % 

Dareste, Vie d'Holman, i85o. de ceux qui faisoient profession de la religion , mais 

**•»■ par celle de ceux qui , sous ce couvert , nourrissoienl 

Ibul. , p. 5i. les factions». Dès qu'il l'avait reconnu, il s'en était 

Dans ce factura, il soutenait que r- les persécu- retiré, 
(ions de l'église étoient advenues, non par la faute B Lettres et mémoires de Walsingham, p. 36o. 

T. 



ci.vi INTRODUCTION. 

C'est là, en effet, que la lutte est la plus ardente et sur le terrain même 
de la Saint-Barthélémy, et Moulue s'est jeté au plus épais de la mêlée. 

ce Au diable soient les causes, écrit-il à Brûlait, qui d'un bon roi et humain, 
s'il en fût jamais, l'ont contraint de mettre la main au sang. Quant à moy je n'ay 
pas loisir de prier, encore qu'en ceste saison il y eust du tonnerre ; car j'ay cinq 
cents dogues attirez à me mordre qui aboyent jour et nuit et faut que je responde 
à tout. Vous verrez ce que j'écris au Roy et à Monsieur le duc d'Anjou louchant 
le fait de la Rochelle, je m'asseure et croyez-le que si entre cecy et le jour de 
l'élection survient nouvelle de quelque cruauté, s'il y avoit icy des millions d'or 
pour gagner les hommes, nous n'y ferions rien ' -n. 

Un instant il eut l'idée d'appeler Charpentier auprès de lui, mais il y renonça 
et, le 22 janvier, il écrivait au secrétaire d'Etat Brûlart : crll n'est pas besoin de 
faire venir l'homme de Bâle, c'est-à-dire Charpentier; car il ue seroit pas venu à 
temps, encore que j'en eusse eu bien à faire, car toute la suite de M. de l'Isle 
(Gilles de Noailles) et moy n'avons pas tant de latin qu'il faudroit pour envoyer 
un diacre aux ordres, encorcs que ce fût au Puy en Auvergne. Je vous prie faire 
solliciter M. de Pibrac pour la lettre que je demande' 2 . 11 

A défaut de l'homme, il eut le pamphlet. Le doyen de Die qu'on lui envoyait 
comme auxiliaire, le lui apporta et il le fit répandre à profusion. Cette apologie 
de la Saint-Barthélémy suppléa pour le moment à celle confiée à la plume de 
Pibrac qui tardait trop à lui parvenir: « J'attends, avait-il écrit au Roi, le 92 jan- 
vier, en grande impatience ce qu'il m'envoyera. Cependant, en ma dernière ré- 
ponse je n'ay pas oublié le meurtre fait en la personne de M. de Fumel, à coups 
de fouet, j'ai rappelé que La Mothe-Gondrin fut pendu, et un conseiller de Paris, 
la journée de Saint-Michel, le siège de Paris. Si d'aventure le sieur de Pibrac ne 
l'avoit repris de si haut, je vous supplie que l'on le refasse, car il y a temps assez 
de me l'envoyer, n 

Puis passant à l'éloge du duc d'Anjou : et II faut dire que Monseigneur, voslre 
frère, est sorty d'une nation qui a esté tout jamais amye de ceste cy, instruit au 
maniement des affaires d'Estat, pour avoir esté conducteur de deux armées et 
que vous avez pensé que l'offre que vous leur faisiez de luy, qui vous est si cher, 
leur seroit agréable 3 , v 

L'homme le plus influent de la Pologne, c'était Albert Laski, le palatin de 

1 Voir Y Estât de la France sous Charles IX , t. 1 , 2 Bil.l. nat. , Cinq cents Colbert, n" 338 , T 53. 

p. /i5o. ' //«'<'■ 



INTRODUCTION. clviï 

Siradie. Il importait d'autant plus de le gagner qu'on le tenait pour rallié au 
légat le cardinal CiOiniuendon, si favorable à la candidature de l'archiduc Ernest. 
Catherine, qui ne perdait pas des yeux la Pologne, avait donc écrit, le 1 3 janvier, 
à Moulue : 

a On dit que le Laski croit beaucoup en une femme pour l'aimer grandement et 
qu'elle peut infiniment le faire tourner en telle part quelle vouldra, qui est 
cause que je vous ay bien voulu donner advis de ce que dessus, et vous dire que, 
estant la puissance dudit Laski bien grande, je désire que vous regardiez de le 
gaigner avec les mêmes moyens qu'il veult estre pratiqué et mesmes par celuy 
de ceste femme à laquelle vous regarderez de faire , pour cet effecl , quelques hono- 
rables présens et promesses, si bien que vous puissiez la disposer à persuader le 
Laski envers lequel elle a grande puissance à faire entièrement en cette élection 
pour mon fils d'Anjou ] .n 

Cette voie était la bonne, car désormais le Laski prendra en main la cause du 
duc et lorsqu'on l'accusera de s'être vendu à Monluc : «Mon père, s'écriera-t-il 
la main sur la garde de son épée, a été ambassadeur de Pologne auprès de 
François I er qui l'honorait de son amitié; mon oncle était à ses côtés à la bataille 
de Pavie et il a partagé sa captivité à Madrid. Voilà pourquoi je suis pour le duc 
d'Anjou et je ne m'en défends pas 2 . 11 

L'apologie de Pibrac arriva enfin sous la forme d'une lettre adressée à un docte 
personnage qu'il appelait Elvidius. Pibrac rappelait d'abord que, lors de leur visite 
à l'amiral, le jour de sa blessure, Leurs Majestés avaient cru remarquer dans 
l'ambiguïté de son langage, l'ardeur de ses yeux, le son de sa voix, et un étrange 
embrasement de haine et quelque méditation de hardi dessein n; mais faisant la 
part de son légitime courroux, elles l'avaient volontiers excusé. Le lendemain soir 
ou était venu les avertir qu'au logis de l'amiral on conspirait pour les tuer, pour 
bouleverser l'Etat et disposer de la couronne, et que la chose était si avant que, 
s'ils n'avisaient de suite, ils seraient tous tués le lendemain à l'heure du souper. 

Le même personnage ayant dévoilé le plan de la conspiration, nommé tous les 
complices, dans la nuit le Roi avait rassemblé ses conseillers et leur avait mani- 
festé sa volonté de procéder d'abord ;\ une complète enquête, de faire arrêter 
tous ceux qui seraient convaincus d'avoir conspiré; mais sur l'observation que le 
temps pressait et que si, dans la nuit prochaine, l'on n'en finissait pas avec les 

1 Bilil. nat., Cinq cents Colbert, n° 338, f° Gi. — 2 Mémoires de V Estât de la France sous Charles IX , 
t. I , [>. /i5o. 



givhi INTRODUCTION. 

conspirateurs, c'était la perte certaine de Leurs Majestés et du royaume. A ces 
pressantes mises en demeure de se défendre, Charles IX avait répondu : « J'aime 
mieux courir le danger de ma vie que de me perdre de réputation et d'exposer 
mon âme; du moment que la conspiration est découverte, l'on peut y parer sans 
être réduit à tuer 1 , » 

<r Renoncez, Sire, à cette espérance, s'était écrié le plus ancien du conseil; ils 
sont trop nombreux, vous en prendrez peut-être un ou deux, et encore non sans 
être contraint de tuer, et vous n'échapperez pas à une quatrième guerre civile. 
Nous vous en supplions, sauvez-vous, Sire, sauvez la Reine votre mère, sauvez le 
royaume, n 

Après avoir gardé un instant le silence et s'interrogeant jusqu'au fond du cœur, 
le Roi, d'une voix triste, les traits décomposés, avait repris : a Puisque cela vous 
semble le moyen le plus expédient, et en rien contraire aux lois divines et hu- 
maines, je consens qu'il en soit fait ainsi. Que Dieu soit juge et témoin que c'est 
à mon grand regret, et pour me garder d'être surpris et non pour surprendre. n 

Ses plus intimes confidents et ceux qui lui semblaient les plus propres pour 
l'exécution s' étant rendus à son appel, il leur avait commandé expressément de 
ne frapper que les conspirateurs dont tous les noms lui avaient été signalés; mais, 
comme il arrive toujours, bien des coupables avaient échappé, bien des innocents 
avaient été tués. Ce mal s'était étendu en plusieurs villes de France contre la vo- 
lonté de Sa Majesté qui en avait été plus douloureusement indignée que personne. 

ff Telle est la nature de la populace, ajoutait Monluc, que ou elle vit paisi- 
blement, ou bien se mutine et se laisse aller à toutes cruautés n; et en terminant, 
il faisait allusion aux haines, querelles, vengeances, que les dernières guerres civiles 
avaient mises au cœur de tous les catholiques. 

Il lui restait à innocenter le duc d'Anjou du massacre de la Saint-Barthélémy 
dont il passait pour le principal instigateur. Il le montre s'opposant à ces excès 
de cruauté, secourant ceux qui étaient en danger, et dans ce dernier tumulte 
de Paris faisant voir cr qu'il pouvoit en temps de paix préserver des violences ceux 
qu'en temps de guerre il avoit vaincus par les armes -n. 

Monluc ne se contenta pas de l'apologie de Pibrac, il en fit répandre une autre 
sous le litre De la relation sincère et vraie des troubles de Paris. Celle-là disculpait 
entièrement le duc, affirmait qu'il s'était retiré du conseil sans avoir voulu prendre 

1 Ornatissimi cujusdem viri de rébus gallkis ad Elvkium, Lutetiœ, apud Morellum, i5g3 (traduction). 

— ' Mémoires de l' Estai de la France , t. I . p. ti'i-j. 



INTRODUCTION. eux 

part à la délibération qui avait décidé de la Saint-Barthélémy. Cette suprême ré- 
clame ne lui ayant pas paru suffisante, il avait distribué à profusion des portraits 
du duc dont les traits avaient été singulièrement adoucis : « Contemplez ce visage, 
disait-il, apercevez- vous dans ces traits empreints de tant de bienveillance et de 
bonté, la moindre apparence de cruauté? n 

A ces factums publiés à la décharge du duc, ses adversaires en opposèrent 
d'autres, et le plus perfide de tous est attribué par d'Aubigné aux jésuites d'In- 
goldstadt. A l'en croire, ils firent imprimer un panégyrique, dans lequel le duc 
d'Anjou était glorifié comme et premier inventeur, auteur, violent solliciteur, con- 
ducteur et brave exécuteur de la dernière bataille contre les ennemis de l'Église. 
Sans luy le nez saignoit à tous, il falloit donc dire de lui comme de David : 
Charles en a tué mille, mais Henri dix mille 1 n. 

D'Aubigné le confesse lui-même : «Le trop d'affectation de ce libelle servit aux 
François.^ Au lieu crdes Français» c'est Monluc qu'il aurait dû dire. Tout part de 
lui, tout se résume en lui, attaque et défense. 

XIX 

Le mercredi 1" avril, Monluc entrait à Varsovie, accompagné par tout le per- 
sonnel de son ambassade. Lansac, l'abbé de l'Isle, le doyen de Die, Bazin, Choisnin . 
Séchelles, de Poix, Balagny et La Personne l'avaient tous rejoint et s'étaient 
groupés autour de lui. Rosenberg et Pernstein, les deux ambassadeurs de l'em- 
pereur Maximilien, arrivèrent presque en même temps, suivis par un brillant 
cortège de gentilshommes. Parmi eux s'était subrepticement glissé l'ambassadeur 
d'Espagne; puis venaient les quatre ambassadeurs du roi de Suède, celui du duc 
de Prusse, les envoyés des ducs de Courlande, de Poméranie, de Transylvanie et 
de l'hospodar de Valachie; enfin le légat du pape, le cardinal Commendon. Les 
envoyés du Grand Seigneur et ceux d'Yvan le Terrible ne parurent pas. 

Aussi loin que la vue peut porter, la vaste plaine de Kamien, qu'un pont de 
bois jeté sur la Vistule relie à Varsovie, a disparu sous la multitude des tentes 
qui la couvrent. Celle placée au centre, de forme ronde et soutenue par un mât 
élevé, est assez spacieuse pour contenir six mille hommes; elle les domine toutes, 
et la diète d'élection y siégera. 

D'Aubigné, Histoire universelle. 



clx INTRODUCTION. 

Dans cet immense espace, Us sont là quarante mille gentilshommes aux costumes 
variés, portant les uns des piques et des flèches, d'autres des mousquets; on les 
voit passer sur leurs puissants chevaux du Nord aux crinières flottantes, tantôt 
divisés par petits groupes, tantôt massés en épais escadrons. Dans un rayon de 
moins de trois lieues, il y a cent mille chevaux. Chaque palatinat a son enceinte 
réservée, sa tente principale où délibère sa nohlesse, sous la garde de pièces 
d'artillerie; c'est l'aspect d'un camp la veille d'une bataille. 

Le vendredi 3 avril tout entier est consacré à la prière. L'archevêque de 
Gniezen officie dans 1 église cathédrale de Saint-Jean et l'on chante le Veni Creator. 
Le surlendemain, 5 avril, un carrosse traîné par quatre chevaux traverse lentement 
le pont de la Vistule; à sa rencontre s'est porté tout le sénat; c'est le cardinal 
Gommendon, le légat du pape; à ses côtés marchent les deux grands maréchaux 
de Pologne et de Lithuanie. Les honneurs militaires lui sont rendus et il va 
s'asseoir sur le siège élevé d'où il présidera l'assemblée; au-dessous de lui, les 
ambassadeurs et tous les prétendants, et tout autour, sur deux rangs, les palatins, 
les nonces, les sénateurs. 

C'est à lui qu'appartenait le privilège d'ouvrir la séance; d'une voix ferme et 
nette, il ht d'abord la lettre du Saint-Père. Sa Sainteté recommande à la noblesse 
polonaise d'élire un roi qui soit agréable à Dieu ; puis, prenant la parole en latin, 
il la félicite de ce que ce long interrègne s'est passé sans une sédition, sans une 
querelle, et s'élève avec force contre les menées des hérétiques. 

Lui coupant brusquement la parole et l'apostrophant : «Vous empiétez sur le 
pouvoir des sénateurs et des nobles^, s'écrie Sborowski. 

Il y eut un moment de tumulte; de violentes menaces sont adressées à l'inter- 
rupteur. Impassible, le cardinal fait signe qu'il veut répondre, et, le silence ré- 
tabli, se tournant vers l'audacieux : «Je connais mon devoir, j'obéis aux ordres 
de Sa Sainteté, je ne suis pas un sénateur; mais, vous qui m'avez interrompu, à 
vous seul vous n'êtes pas le sénat. t> 

Et. reprenant son discours, il exhorte l'assemblée à choisir de préférence un 
roi catholique, sans toutefois faire allusion à l'archiduc Ernest, sans se prononcer 
pour l'un des prétendants à la couronne, et restant dans son rôle de représentant 
du Saint-Siège, il termine sa harangue par une invocation à Notre Seigneur Jésus- 
Christ, et il exhorte la noble assemblée à revenir à l'unité d'une seule foi. 

L'ambassadeur du duc de Prusse, vassal de la Pologne, à ce titre, prend le 
premier la parole. Discours prononcé et écouté pour la forme, car les chances du 



INTRODUCTION. c,..vi 

duc étaient nulles. L'ambassadeur de l'Empereur parle après lui. Sa harangue froi- 
dement dite, froidement écoutée, ne fut qu'une pâle et incolore diatribe contre le 
duc d'Anjou auquel il reprocha de ne pas savoir le polonais, insistant sur la longue 
distance qui séparait les deux pays, ce qui ne permettrait jamais à la France de 
venir au secours de la Pologne, allant jusqu'à dire que le passage par l'Allemagne 
serait fermé au duc d'Anjou, puis il s'étendit complaisammenl sur l'éloge de l'Em- 
pereur qui avait toujours su maintenir la paix et la concorde entre les catholiques 
et les protestants de son vaste empire, allusion directe à la sanglante tragédie de 
Paris et à la part que le duc d'Anjou y avait prise. Il avait pu, on ne sait par 
quel moyen, mettre la main sur les offres secrètes faites par la France à la Po- 
logne, il se les appropria et en enleva tout le mérite à Moulue. Ce dernier trait 
était d'une indigne perfidie. 

Ce discours terminé sans aucune marque d'approbation, Moulue fut invité à 
prendre la parole. Son discours était tout prêt, il ne se contenta pas des trente- 
deux copies destinées aux trente-deux palatinats. il en avait fait imprimer un 
grand nombre d'exemplaires; mais il jugea bien qu'il fallait avant tout, répondre 
aux attaques de l'ambassadeur de l'Empereur et, pour en avoir le temps, il pré- 
texta une subite indisposition. Il avait pu se procurer une copie de la harangue 
de Rosenberg, il passa la nuit à composer sa réplique et à la faire copier. Le len- 
demain, introduit dans la tente royale par deux palatins, venus le chercher à son 
logis, il salua l'assemblée, s'inclina devant le cardinal Commendon et prit la parole 
en ces termes : wLes rois de France ont toujours aimé et honoré les rois de Po- 
logne par-dessus tous les autres princes de la chrétienté; la Pologne a toujours 
été réservée par une spéciale grâce de Dieu comme un ferme rempart pour re- 
pousser les efforts et excursions des nations barbares; c'est la forteresse inexpu- 
gnable pour couvrir et défendre le reste des provinces de la chrétienté. Si j'ai été 
choisi parle roi de Fiance, comme ambassadeur auprès de vous, c'est que toute 
ma vie j'ai été affectionné à votre nation. Avant tout, Sa Majesté Très Chrétienne 
désire non seulement entretenir et renouveler l'ancienne amitié qui a été entre- 
vous et les Gaulois, mais la resserrer par quelque nouveau lien. Si, durant cet in- 
terrègne, il se produisait quelque danger, j'ai charge de vous dire que toute l'auto- 
rité que peut avoir la couronne de France est à \otre disposition. Dans cette assem- 
blée vous allez avoir à mettre en balance les prétentions au trône de Pologne des 
princes étrangers, le Roi mon maître vous requiert d'admettre au rang des plus 
lavorisés compétiteurs son frère, le duc d'Anjou, de Rourbonnais et d'Au- 

GlTUERlNE DE MlHICIS. H. L 



l'.lrnvi '.il. 'i'i'h.ii 



cuii INTRODUCTION. 

vergue. J'ai délibéré de n'user ni de fraude, ni de tromperies, ni de messages secrets . 
ni de calomnies, ni de libelles diffamatoires à {'encontre des autres compétiteurs; 
mais, Français de nation et conséquemment franc, simple et de nature ouverte, je 
propose de traiter avec vous véritablement et sincèrement, v Après cet exorde : 
te Je l'ai toujours remarqué avec admiration, reprit-il, vous seuls entre toutes 
les nations avez retenu le privilège et la faculté d'élire vos rois, et par même 
moyen conserver jusqu'ici tous aultres ornements de liberté et de dignité, là où 
les autres nations, qui souloient estre aussi libres et jouir de tous droits de fran- 
chise, étant maintenant dépouillées de telles libertés, sont abattues et proster- 
nées par terre, et regardées des passants comme tombeau de libertés éteintes. t> 

Puis il fit appel à la concorde, noble et vieille tradition qu ils tenaient de leurs 
ancêtres, celte concorde à laquelle ils sont redevables depuis si longtemps, de 
la gloire souveraine de leur nom. Il rappela la conformité de mœurs, l'amitié et 
la grande conjonction des cœurs qui avait toujours existé entre la France et la 
Pologne, les visites si fréquentes des Polonais en France et des Français en Po- 
logne, la communauté de gloire des deux peuples, l'excellence de leur chevale- 
rie, la longue durée de leur empire, l'affection que les Valois leur avaient toujours 
portée; puis après avoir fait un séduisant portrait du duc d'Anjou, ftde riche 
taille, de belle disposition de sa personne, de santé ferme et robuste, habile à 
manier les affaires de l'Étal, parlant le latin et l'italien, et en une seule année ca- 
pable d'apprendre leur langue, il s'attaqua aux nombreux libelles semés dans la 
Pologne : cr II n'y en a pas un qui eût osé écrire que les mœurs du duc étoient 
dépravées et corrompues; il a appris à manier les affaires d'État, toutes les par- 
ties de l'art militaire sont en lui plus que son âge ne porte, a 

Enfin il aborda le sujet brûlant de la Saint-Barthélémy : a Ce qui est advenu à 
Paris, certainement, c'est par cas fortuit. Le Roi, de sa nature enclin à la clémence , 
eût préféré faire prendre les conspirateurs, que non pas les massacrer; mais 
comme il y a coutume aux tumultes soudains, la populace s'est portée de fureur à 
une chose autrement que l'on ne désiroit, et dont le Roi fut très courroucé et troublé. 
Il tant rejeter lacoulpe de cette journée sur autreque sur le duc d'Anjou. Il savoit 
bien que le bruit d'une si grande exécution et si inusitée vous détourneroit ou 
pour le moins vous détiendroit quelques jours lui faire ce qu'il désire, attendu 
que vous haïssez naturellement toutes cruautés. n 

Enfin dans sa péroraison : «Très révérends seigneurs, et vous illustres palatins, 
très vaillants chevaliers, de la part du Roi Très Ghrestien, je vous présente le se- 



INTRODUCTION. msin 

rénissime duc d'Anjou, recevez-le tout prêt et appareillé à gouverner vostre 
chose publique, comme s'il étoit né pour vous et s'il étoit vostre fds. H ne vou- 
droit pour rien diminuer vos libertés; si vous le faites votre roi, il a délibéré 
d'employer toutes ses pensées, toutes ses affections, tous ses conseils pour at- 
teindre ce seul but, et que jamais vous ne vous puissiez repentir de l'avoir fait 
et qu'il puisse être véritablement et a bon droit surnommé le bon roi prudent et 
vaillant et père de votre pays, n 

De chaleureuses acclamations saluèrent cet habile et brillant plaidoyer. Sans 
trop de flatterie, Paul Manuce. dans l'épitre qui accompagne sa belle édition de 
l'Orateur, a pu comparer l'évêque de Valence à Cicéron dont la Rome antique 
s'enorgueillissait. Tout le temps qu'il tint l'auditoire sous le charme de sa parole, 
une alouette, l'oiseau symbolique des anciens Gaulois, perchée au sommet de la 
tente royale, battit des ailes et chanta. *Si l'élection, dit Choisnin, eût été faite 
un jour après, il ne s'y fust trouvé un seul contredisant; nos ambassadeurs furent 
depuis ce jour-là si caressés, si visités, que je sçay bien que ledit évèque, il lui 
en cuida coûter la vie, tant estoit las tous les jours d'avoir parlé depuis le matin 
jusqu'au soir^; mais les partis n'avaient point désarmé, les bruits les plus alar- 
mants trouvaient créance : l'on parlait de la marche d'une armée du duc de 
Prusse venant venger l'humiliant accueil fait à sa candidature, d'une invasion 
de la Lithuanie par le Moscovite et de la Podolie par les Tartares. Ces milliers 
de gentilshommes, qui campaient dans la plaine de Kamien. refusant de s'incliner 
devant la volonté du Sénat, décidèrent que trois cents d'entre eux, pris dans 
chaque palatinat, formeraient une Chambre des nonces à laquelle ils transmet- 
traient, chaque jour, leurs vœux et leurs décisions. Une grave question restait à 
débattre, la revision des lois, revision prévue et comprise dans le programme de 
la Diète de convocation du 6 janvier. La question religieuse étant venue s'y joindre, 
le parti protestant y entrevit le moyen d'assurer son indépendance et la liberté 
de sa croyance, il s'y rattacha et finit par avoir gain de cause. Dans une séance 
orageuse qui se tint le a3 avril, une. commission fut nommée dans le but, tout à 
la fois, de restreindre le pouvoir royal, et d'assurer aux protestants les garanties 
qu'ils réclamaient. La revision des lois n'était pas une œuvre de quelques jours, 
et, sous une forme détournée, c'était la remise indéterminée de l'élection d'un roi. 
Les nobles commençaient à en avoir assez de cette vie sous la tente. Mazoviens, 
Lithuaniens, gentilshommes de la grande Pologne, réunis par la même pensée et 
marchant au même but, vinrent en masse réclamer l'ouverture du scrutin. Mise 



clxiv INTRODUCTION. 

ainsi violemment en demeure d'en finir, la Diète décida que la commission nom- 
mée se bornerait à régler les prérogatives du pouvoir royal et à les limiter, con- 
cession indirecte faite aux protestants qui pouvaient craindre une restriction à 
l'exercice de leur religion, surtout de la part du duc d'Anjou, qu'on leur avait 
représenté comme le chef du parti ultra-catholique de France. Sous celte double 
pression, la Diète décida que l'élection du roi aurait lieu le premier lundi de mai. 
La commission chargée de la revision des lois, ayant siégé sans désemparer, soumit, 
le 2 mai, une série d'articles votés par elle à l'unanimité. En conséquence, le 
3 mai, le grand maréchal Firley proclama l'ouverture du scrutin. Par mesure de 
prudence et pour laisser toute liberté aux suffrages, les ambassadeurs de tous les 
prétendant'-- avaient été éloignés de Varsovie; le cardinal Commendon s'était établi 
à Skierniewice, les ambassadeurs de l'Empereur à Lowict, les Suédois àZokroczyn, 
Moulue à Plocko; avant de s'éloigner, le a5 avril, il avait prononcé devant la 
Diète un nouveau discours, où, tout en revenant sur les arguments de sa pre- 
mière harangue, il avait repoussé cette calomnie qu'on lui prêtait, qu'il était venu 
en Pologne comme à la foire pour acheter un royaume: 

et Nous sommes ambassadeurs, s'était-il écrié, et non marchands et trafiqueux. 
Si nous avons offert de l'argent, c'était pour l'employer aux nécessités publiques 
de ce royaume; cessent donc au moins pour quelques jours les injures, médi- 
sances méchamment controuvées, et que recognoissent ces ouvriers de bourdes 
et d'artifices qu'en affaires de si grand poids et de si grande importance, devant 
un si excellent et prudent Sénat, devant si fréquente assistance de tant de nobles 
et vaillants chevaliers, il ne faut pas combattre de calomnies, de faussetés ni de 
tromperies, mais de raisons et certains arguments; et si vous, Seigneurs, pour 
vostre singulière prudence, arrestez cela en vostre entendement, il ne nous reste 
plus rien sinon de prier Dieu tout-puissant et tout bon, que mettre fin à ce grand 
et haut négoce, il vous fasse tous demeurer fort conjoints et, quant à ce qui me 
touche, moy particulièrement, il conduise à fin désirée cette même légation qui 
est la seconde devers vous, et la quinzième vers autres princes, tellement que à 
vous et à vos successeurs il en demeure une joyeuse et perpétuelle mémoire de 
mon nom et de ce que je vous auray le premier offert un roy si sage, prudent, 
vaillant, dévot et affectionné au bien de vos affaires 1 .!) 
. Le lundi h mai, le scrutin s'ouvrit. La noblesse, nous dit Choisnin, avant que 

Mémoues de l' Estât de li Fiance sous Charles IX , p. aa/| el suiv. 



INTRODUCTION. ci.x> 

de délibérer chacune dans son quartier, se mit à genoux et invoqua l'assistance 
du Saint-Esprit. Dans les palatinats de la grande Pologne l'archevêque de Gniezen 
proclama lui-même les noms des compétiteurs. Yvan le Terrible ne donnant plus 
signe de vie et le duc de Prusse s'étant retiré, il n'en restait plus que quatre : 
l'archiduc Ernest, le duc d'Anjou, le roi de Suède et un Piasle, c'est-à-dire, sans 
le désigner, tout noble polonais que ses égaux voudraient choisir. Cette candida- 
ture anonyme souleva de grands débats; mais elle était secrètement soutenue, car 
chacun de ces nobles pouvait y prétendre, et comme on leur reprochait de ne vou- 
loir désigner aucun nom, l'un des chefs, l'orateur du parti Tomicki, en nomma 
sept; Jean Zborowski mit en avant tous ceux de ses parents et tous ses amis. «L'on 
vit alors surgir une armée entière de Piastes-n, s'écrie ironiquement Orzelski. 

Le 8 mai, sous la présidence du grand maréchal, tous les sénateurs à leur 
rang accoutumé, derrière eux les députés, et au troisième rang les nobles, le 
grand chancelier brisa les plis scellés qui renfermaient le recensement des voles 
de chaque palatinat, et proclama les noms des candidats suivant leur ordre d'in- 
scription. 

A ce premier tour de scrutin le duc d'Anjou tenait la tête : son nom avait été 
porté tout seul par les deux palatinats de Mazovie et de Plocko, et par les neuf 
palatinats de la Volhynie et de la Podlachie. Sur trente-deux palatinats, vingt-deux 
lui étaient donc acquis et sans concurrent; dans tous les autres il avait la majorité. 
Des acclamations enthousiates accueillaient son nom, chaque fois qu'il était pro- 
noncé. Le parti piaste, qui voulait que le roi fut un Polonais, avait, il est vrai, 
recueilli de nombreuses voix, mais réparties sur tant de noms que les candidats 
désignés, comprenant l'inutilité de leur poursuite, se désistèrent. 

Ce n'était là qu'une première épreuve. Suivant l'ordre déterminé par la Diète 
de convocation du 5 janvier, le Sénat désigna trois orateurs chargés de défendre 
devant la Diète, dans la journée du 5 mai, les prétentions des compétiteurs restés 
sur la brèche. 

L'un de ceux qui porta la parole pour le duc d'Anjou, Karnkowski, après 
l'éloge flatteur qu'il en fit, s'écria : cr La voix du peuple est la voix de Dieu, le 
peuple veut Henri de Valois pour son roi.ï> Les autres orateurs ayant à peine été 
écoutés, l'archevêque se leva et au moment où il allait proclamer le duc d'Anjou. 
kNous ne sommes plus en nombre, représenta le palatin de Sandomir, nous de- 
mandons la remise à demain. v C'était le jour de la Pentecôte; d'un commun 
accord, une nouvelle séance fut fixée au lundi î î mai. 



ci.ivi INTRODUCTION. 

Ce grand jour allait-il se passer paisiblement? La minorité, si tumultueuse, 
qui s'était montrée si obstinée, allait-elle accepter ce verdict? Dans le doute, tous 
les partisans du duc d'Anjou, sous le commandement de Cbristopbe et Jean Zbo- 
rowski, de Laski et de Chodkiewicz, viennent se ranger en ordre de bataille autour 
de la tente royale, à leurs bonnets, autour de leurs lances et au frontail de leurs 
chevaux , des branches de sapin , en signe de ralliement. Les adversaires du duc aux- 
quels s'étaient ralliés les partisans des candidats évincés du parti piasle, s'étaient 
retirés au village de Grochow; ils offrirent de souscrire à l'élection, à condition 
que les articles réglementant et limitant le pouvoir royal lussent préalablement 
acceptés. C'était leur dernier moyen de résistance. Soutenue par le palatin de 
Sandomir, et par voie de conciliation , cette proposition fut acceptée ; des délégués 
pris dans le sein de la Diète leur lurent donc envoyés. Massée autour du pavillon 
royal, une véritable armée attendait leur retour, quand ils furent admis à la Diète, 
et que l'un d'eux commença à lire les conditions qu'ils entendaient imposer, de 
grandes clameurs couvrirent sa voix. La tente royale avait été envahie; gentils- 
hommes, sénateurs, tous affolés criaient : «Henri, Henri de Valois, roi de Pologne, 
nous le voulons, nous le voulons !n A ces cris les milliers de cavaliers du dehors 
répétèrent à leur côté : te Henri, Henri, nous le voulons, nous le voulons! r 

Suivant l'usage, l'archevêque répéta alors par trois fois : « Nous avons pour roi 
le très illustrissime duc d'Anjou. m Les délégués des dissidents de Grochow firent 
mine de se retirer, et ils allaient peut-être donner le signal de la guerre civile: 
fort heureusement Sborowski, n'écoutant que son patriotisme, leur cria : «Ne vous 
éloignez pas, l'archevêque n'a pas proclamé le roi élu, il l'a seulement nommé. 
L'élection ne sera valable que lorsque les ambassadeurs du nouveau roi auront 
accepté, en son nom, les conditions stipulées. n 

Cette échappatoire sauvegardait les réserves des protestants et celles des dissi- 
dents. Les partisans du duc d'Anjou, ne se possédant pas de joie, à la suite de la 
proclamation de son nom, avaient quitté la salle. Le Sénat redevenu libre rendit 
la parole aux délégués de Grochow; mais la nuit étant venue, la séance fut levée 
et remise au lendemain. 

Rappelé en toute hâte de Plocko, Moulue revint à Varsovie avec Lansac et 
l'abbé de l'Isle; à leur passage ils furent acclamés. Toutefois le dernier mot n'était 
pas dit. Le i5 mai, les conditions imposées à Charles IX en faveur de son frère, 
et celles particulièrement applicables au nouveau roi et limitant son pouvoir furent 
soumises à Monluc en pleine Diète. La plus difficile à remplir, c'était l'engagement 



INTRODUCTION. ciavh 

qu'il avait à prendre au nom du duc d'épouser l'infante, le jour même de son 
entrée à Cracovie. ce Bien qu'il en ayt cuidé mourir d'ennui, a écrit Choisnin dans 
ses Mémoires, il mit sa signature au bas de cet inacceptable article et de tous les 
autres; puis les envoyés de France, lui en tête, furent conduits en grande pompe 
devant l'arcbevêque et prêtèrent entre ses mains le serment obligatoire. 

Schomberg eut la bonne fortune d'annoncer le premier à Catherine l'élection 
du duc d'Anjou. Lorsque le courrier porteur de son message, pliant le genou 
devant elle, lui dit : aJe vous salue, mère de notre roi a, la parole lui manqua et 
elle se prit à pleurer de joie. 

La meilleure partie de cette grande victoire diplomatique qui replaçait la France 
au rang qu'elle devait tenir en Europe, lui appartient. Claude Vigenère a pu dire 
sans trop de flatterie au duc d'Anjou dans la préface De la description, de la Pologne : 
«Ce que je sais et puis parler à la vérité, c'est qu'à Sa Majesté seule, la Revue 
vostremère, est venue l'opinion de vous acquérir une belle et plantureuse mo- 
narchie; à quoy elle est toujours demeurée ferme, arrestée, nonobstant toutes les 
difficultés, empesebements et remonstrances qu'on luy ait sceu mettre devant'.- 

Cet éloge n'a rien d'exagéré : à aucune époque de sa vie, Catherine n'a eu l'oc- 
casion de déployer avec plus d'audace et d'habileté ce génie politique qu'elle tenait 
de sa race. Ce fut bien alors la digne nièce du pape Clément VII, rr l'homme le 
plus dissimulé de son temps t> , au dire de l'historien Guichardin , l'un de ses familiers 
et de ses amis. 

Au risque de nous répéter, résumons cette glorieuse campagne. Elisabeth , à la 
première nouvelle delà Saint-Barthélémy, avait mis sa flotte sur pied de guerre, 
prêté une oreille complaisante aux envoyés du duc d'Albe et à ceux de la Rochelle. 
Eh bien, trois mois à peine écoulés, elle accepte d'être la marraine de la fille de 
Charles IX, se fait représenter par Worcester, un catholique avoué, et consent à 
reprendre les propos de son mariage avec le duc d'Alençon. 

Ciégoire XIII s'était flatté de faire entrer Charles IX dans la ligue contre le 
Turc et de faire appliquer en France les décrets du concile de Trente. Son légat 
extraordinaire, le cardinal Ursin, envoyé dans ce double but, a beau s'éterniser 
dans sa mission, il revient à Rome les mains vides, et Catherine, la veille encore si 
obséquieuse, ose dire en pleine cour : rr Désonnais je ne permettrai pas que le 
pape mette sa main dans les affaires de la France, a 

1 Claude de Vigenère, Lo description de la Pologne. Richer, 1879, p. 7. 



awvni INTRODUCTION. 

Guillaume d'Orange qui avait dit à Mondoucet que jamais Charles IX ne lave- 
rait ses mains de la tache de sang de la Saint-Barthélémy, accepte de lui un 
subside et, en son nom, Ludovic de Nassau, son frère, signe à Francfort le double 
engagement de porter de nouveau la guerre dans les Flandres et de soutenir la 
candidature du duc d'Anjou au trône de Pologne. 

Philippe II, en apprenant le massacre des huguenots, avait ri pour la première 
fois de sa vie; croyant la France asservie à sa propre politique, il avait fait 
d'humiliantes avances à Elisabeth, et cherché à s'approprier, à notre détriment, 
l'alliance des Suisses, nos amis de fous les temps, lui aussi est déçu dans toutes 
ses espérances, et cette coalition dont il était menacé la veille de la Saint-Bar- 
thélémy, se reforme contre lui. 

Les princes protestants de l'Allemagne n'avaient plus sur les lèvres que des 
malédictions et des menaces pour la France; ils s'étaient vantés de refuser au duc 
d'Anjou un libre passage à travers leurs Etals. Eh bien, ils le recevront avec tous 
les honneurs dus à la royauté et lui feront respectueusement cortège jusqu'à la 
frontière de Pologne. 

L'empereur Maximilien avait exploité la tragédie de Paris au profit des pré- 
tentions de son fils l'archiduc Albert au trône de Pologne; pour la rendre plus 
odieuse il avait jusqu'à la fin soutenu à Vulcob notre ambassadeur qu'elle avait 
été de longue date préméditée; après avoir répandu l'or à pleines mains, s'être 
fait assister par les ducats de l'Espagne, il a la honte de voir le duc d'Anjou l'em- 
porter sur son fils à la presque unanimité des suffrages. 

Voilà la grande œuvre de Catherine : après avoir perdu dans une seule journée 
tout le terrain conquis par deux années d'efforts et d'intrigues; après avoir brisé 
tant d'alliances péniblement conquises, encouru la réprobation universelle, elle 
retourne comme un gant cette Europe frémissante et indignée; c'est bien là l'apogée 
de sa politique, le triomphe le plus éclatant de la diplomatie française inspirée 
par elle et servie par des hommes oubliés aujourd'hui, mais dont il est juste de 
rappeler tous les noms si glorieux, Ferais, les deux Noailles, le président du 
Ferrier, Vulcob, Lansac, Mondoucet, Saint-Couard, Monluc, évèque de Valence, 
Schomberg, Paul de Foix , Mauvissière et La Mothe-Fénelon. 

Mais si cette victoire diplomatique, la plus grande du règne de Charles IX, n'a 
pas produit les fruits qu'on était en droit d'en attendre, la faute en est à la Saint- 
Barthélemy. Les protestants que Catherine croyait à jamais anéantis, retrempés 
par ce baptême de sang, tiendront en échec toutes les forces royales dans les trois 



INTRODUCTION. eus 

villes de Sancerre, de Sommières et de la Rochelle, et cette guerre fratricide se 
prolongera jusqu'à ce que la main pacifique et victorieuse de Henri IV y vienne 
mettre fin et chasse l'étranger de Paris. La vraie grandeur de la France date de 
lui. 

XVIII 

L'élection du duc d'Anjou au trône de Pologne avait imposé la nécessité d'une 
transaction avec les assiégés de la Rochelle. Le ih juin 1673, les quatre délé- 
gués du roi, Brùlart, de Sauve, Pinart et Villeroy arrêtèrent les conditions de 
la paix; elles étaient dures et humiliantes: le plein exercice de la religion réfor- 
mée; l'exemption d'une garnison; l'interdiction de réédifier une citadelle; un gou- 
verneur non suspect et qui ne serait reçu qu'après que les troupes assiégeantes 
se seraient retirées; la liberté de leur culte étendue à tous les hauts justiciers, et 
par suite celle de célébrer les mariages et les baptêmes à la façon huguenote. Les 
mêmes conditions étaient accordées aux deux villes de Nîmes et de Monfauban, 
de longue date étroitement confédérées avec la Rochelle 1 . 

Le mois suivant, Charles IX, sous la forme d'un édit, ratifia toutes ces conces- 
sions. A ce prix, il se flattait d'obtenir la soumission du Languedoc, du Dauphiné 
et des autres provinces où la résistance se prolongeait. 

Mais son illusion fut de courte durée, le 26 août il écrivait au maréchal Dam- 
ville : ce II me semble que mes sujets, faisant profession de la nouvelle prétendue 
religion en vostre gouvernement, ayent fort peu de volonté de recevoir mon édit 
de pacification, usant de remise et longueur comme ilz font, et continuant tous 
actes d'hostilité, et n'estoit que ilz se sont cogneuz pressés par les empeschemens 
que vous avez donnez, tant sur la récolte que autrement, ilz se montreroient en- 
cores plus insolens, chose que je ne veux croire procéder des bons et de ceux qui 
ont quelque bien, mais de plusieurs belistres qui vivent et font leur profit de la 
guerre et du trouble, lesquelz sont assistez des ministres et autres transportez de 
pareille passion, qui sont avec eux hors de mon royaume. Je vous ay envoyé ledit 
de pacification, ils l'accepteront ou le refuseront, mais qu'ils fassent le premier, 
comme je désire et prie à Dieu, il faut les accueillir et traiter gracieusement, 



Voir dans le 11° 1 5558 du fonds français la réponse faite par le Roi aux demandes de ceux de la 
Rochelle; La Popelinière, Ilist. de France, t. II. 

Catukrink DE M; : :i>k:is. — iv. v 

1 I 1 l n.llf. 



r,h\x 



INTRODUCTION. 



qu'ils ayent toute occasion de demeureur en repos. 11 importe grandement d'avoir 
résolution sur ledit éclit ; car, sans cela, je ferai acheminer les Suisses de vostre 
coslé ou je les renverray en leur pays l .u 

Une sorte de transaction intervint : les protestants du Languedoc ayant demandé 
à Damville la permission de tenir deux assemblées, l'une à Montauban, et l'autre 
à Milhau, le Roi y consentit; mais le choix du jour anniversaire de la Saint- 
Barthélemv pour ces deux assemblées faisait pressentir les résolutions qui y seraient 
prises. Elles dépassèrent de beaucoup les concessions de l'édit et nous nous bor- 
nerons à les résumer sommairement : exercice public de la religion réformée dans 
tout le royaume, désaveu de la conspiration imputée aux protestants la veille de 
la Saint-Barthélémy; poursuites juridiques contre les massacreurs du ïk août; 
annulation de tous les jugements rendus depuis cette date; restitution aux pro- 
testants de leurs biens, de leurs offices; admission de leurs enfants dans toutes les 
écoles; cimetière commun avec les catholiques; garde des villes par leurs propres 
troupes payées des deniers de l'Etat; une chambre composée des juges de la reli- 
gion dans chaque cour de parlement; entretien de leurs ministres prélevé sur les 
dîmes; deux places de sûreté par province; enfin clans le Béarn retour aux règle- 
ments décrétés par Jeanne d'Albret-. 

En Dauphiné, les mêmes exigences se produisent; M. de Gordes, le 5 septem- 
bre, s'en plaint à M. de Hautefort, ambassadeur en Suisse : 

tr Je suis bien marry que je ne vous puis mander que Moutbrun et ses adhérens 
ayent désir de recevoir la paix que tant s'en fault que la dernière remontrance et 
requeste qu'ilz m'ont faite estoit permission de se reposer sur le Boy pour obtenir 
beaucoup de choses qu ilz prétendent luy demander et cependant tenir les lieux 
qu'ilz tiennent et pouvoir exiger les contributions pour la nourriture de leurs 
gens de guerre et que je licenciasse mes forces, ce que je ne leur ay accordé; et 
je vous promets que. je ne vois pas qu'ilz avent aucune volonté d'obéyr et est 
échappé à Lesdiguières de dire que, pour cet hiver, le pays qu'ilz tiennent leur 
est si avantageux qu'ilz ont loisir jusqu'à Pâques de penser à recevoir l'édit de 
pacification 3 , n 

Charles IX croyait en avoir fini avec ceux de la Rochelle; et tout au contraire 
\\ est contraint d'écrire à M. du Lude : et Vous avez sagement fait de m'a voir 
mandé la continuation des déportements des Bochelois; ils font tout le contraire 

1 Bibl. nat., fonds français, n° 3a46, Pi. — ' Voir La Popelinière, llist. de France, t. II, p. 180. 
— ' Bibl. nat., fonds français, n* 1 5558, f' 102. 



INTRODUCTION. ctxxi 

de ce que j'espérois d'eux, attendu la bonne volonté que j'avois de les confirmer 
en leurs privilèges. Parce que je n'ay encore eu aucunes nouvelles de M. de 
Biron, je ne me puis résoudre à ce que je dois faire, joint que je luy ay donné 
tout pouvoir de prendre tel parti qu'il cognoistra estre utile et nécessaire pour me 
rendre obéy. Mon intention est de tenter celuy de la douceur en tout ce qu'il me 
sera possible; mais aussi où il cognoistra ne les jamais réduire par ce moyen au 
chemin de l'obéissance, je désire qu'il soit au plus tôt présenté à rencontre d'eulx 
par les voies les plus rigoureuses pour les chastier de leur témérité, sans y perdre 
temps 1 . t> 

Dans une lettre à Biron, après l'avoir entretenu de toules les difficultés du 
moment: te Je suis délibéré, ajoute-t-il, de mettre la main à bon escient et de 
rendre cbacun content de la protection qu'il doit espérer de moy 2 . i> 

Si du moins pour se faire obéir, il avait eu sous la main des troupes disciplinées, 
niais l'esprit de révolte les avait gagnées : et Je suis assuré, mande-t-il, le 3o août, 
à Damville, que mon pauvre peuple ne cesse d'être affligé et opprimé autant que 
jamais par plusieurs compagnies de gendarmes et autres soldats à pied qui tien- 
nent les champs et font des maux exorbitants sans vouloir se retirer en leurs 
maisons 3 .^ 

Jusqu'aux Suisses, ces troupes si fidèles, qui deviennent une charge et un 
danger pour les populations. Leur séjour en Dauphiné où ils sont depuis plus de 
quinze jours, écrit Truchon, le premier président au Parlement de Grenoble, à 
M. d'Hautefort, apporte grande ruine à cette pauvre province, comme il sera de 
même au Languedoc, s'ils y viennent 4 . La plus grande difficulté du moment c'est 
que le duc d'Anjou, en dépit des instances des députés polonais, s'obstinait à ne 
pas qui I ter la France. Sa récente et insensée passion pour la princesse de Coudé 
n'en était pas l'unique cause, ce II s'ennuyoit, nous dit le duc de Bouillon dans ses 
Mémoires, d'aller commander à une nation si éloignée et si différente de mœurs. 
Dans l'état de santé du Boi, c'étoit se mettre au hasard de perdre la France et 
le duc d'Alençon ne manquerait pas en faire ses menées 5 . •» 

Le cardinal de Lorraine cherchait par tous les moyens à le retenir, allant jus- 
qu'à lui conseiller d'user de mesures rigoureuses envers les protestants, ce qui 
infailliblement amènerait la reine Elisabeth et les princes allemands à prendre 

1 Bill. nat. (minute origin.), tonds français, 3 ILid., n° 3a46, p. !>. 

n» i5558, ( b i53. 4 Ibid., n° i5558. 

1 Bibl. nat., fonds français, n° 1 5558 , f° 1 55. s Panthéon litler. , t. M, p. i h 



ci.xxu INTRODUCTION. 

parti pour eux et, eu faisant une nécessité de sa présence, rendrait impossible son 
départ pour la Pologne l . 

Dès le mois de mars précédent, Vincenzo Alamanni, l'ambassadeur de Toscane, 
témoin de la mauvaise intelligence des deux frères, avait écrit au Grand-Duc: 
crLa trop grande autorité prise dans le royaume par Monsieur, plus obéi que le 
Roi lui-même, est un véritable danger pour le repos de la France. Son départ 
serait une grande garantie de sécurité 2 , n 

Catherine n'avait pas encore eu le courage de se prononcer: et Je suis marrie, 
avait-elle écrit au duc de Nevers, que celte grandeur me l'éloigné; car autrement 
je pense que je l'empescherois. ■» Enfin pris d'impatience, Charles IX se décide à 
partir le premier pour forcer son frère à venir le rejoindre et le a 3 septembre 
il en prévient Daniville : te Le commissaire Martin est arrivé devers moy et peu 
après le sieur de Forges et les députtez de ceulx de la religion du Languedoc, 
lesquels je n'ay pu encore oyr ny moins prendre la résolution sur ce qu'ilz ont à 
me proposer, parce que mon frère le roi de Pologne estant pressé des seigneurs 
polonois, qui sont icy, de son voyage en son royaume, j'ay employé tout le temps 
à y prendre une résolution. Je pars présentement pour m'acheminer à Fontaine- 
bleau et là avoir plus de loisir d'entendre l'affaire qui touche votre gouvernement, 
d'où je ne partiray que je n'y aye pris une finale résolution 3 .'» 

Le 5 octobre, Charles IX est à Crécy, d'où il va à Monceaux, quelques jours 
plus tard il s installe à Villers-Cotterets. Il y avait donné rendez-vous aux députés 
des protestants du Languedoc et à ceux du Dauphiné. Lorsque Catherine prit 
connaissance de leur exorbitante requête, son irritation fut au comble : «Si Condé 
était encore en vie, s'écria-t-elle en pleine cour, et qu'il fût dans le cœur de la 
France avec vingt mille chevaux et cinquante mille hommes de pied, il ne deman- 
derait pas la moitié de ce que ces misérables ont l'insolence de nous proposer 4 . •» 

Mais Charles IX, depuis qu'il était aux prises avec ces difficultés de chaque 
jour, avait appris à mieux se contenir, à être plus maître de lui que par le passé; 
voulant gagner du temps et s'éviter une réponse trop directe, il insinue habile- 
ment au\ députés du Languedoc que dans l'intérêt de lajKicilication il valait mieux 
que Daniville traitât avec eux et sur les lieux mêmes. Pour les mettre en confiance, 
il les fait accompagner par M. de Caylus et Jacques de Crussol. 



Végociat. dijihui. avec la Toscane, t. lit , p. 8I>8. ! Bibl. nat., fonds français, n" 3qA5, I" 3i. 

Ibid. ' DeTJiou, Hist. universelle , l. \ll, p. 17. 



INTRODUCTION. clsxui 

Durant tout le temps des premières guerres civiles, et sous le nom de d'Acier, 
Crussol avait été l'un des chefs les plus redoutables des protestants du Midi; sauvé 
par le duc de Guise à la Saint-Barthélémy, et, à la mort de son frère aine, ayant 
hérité du titre et du duché d'Uzès, il s'était fait catholique. Caylus et lui, porteurs 
des dernières instructions du Roi, devaient assister Damville dans la conférence 
qu'il était appelé à tenir avec les députés protestants, et dans un lieu rapproché 
de Montauban. 

En quittant Villers-Cotterets, Charles IX va droit à Vitry-le-François, et, dès 
le lendemain, il écrit à Damville : «J'arrivay en ce lieu le xxis de ce mois, où 
estant je me trouvay un peu mal disposé, qui est cause que je m'y suis arresté 
pour me reposer et prendre quelque purgation, affin de me guérir, comme 
j'espère, Dieu aydant, l'estre entièrement dans quatre ou cinq jours, et de pour- 
suivre après mon voyage de Nancy et de Metz pour y conduire mon frère le roi 
de Pologne, suivant ma première délibération, ayant bien voulu vous donner 
advis de ce que dessus, affin que, si d'aventure l'on faisoit courir aultre bruit 
de mon indisposition, vous en saichiez la vérité qui est telle que je le vous es- 
criplz '. Ti 

Le duc d'Anjou rejoignit enfin le Roi son frère à Vitry. Là encore il cbercha 
par tous les moyens à prolonger son séjour en France; il aurait bien voulu y passer 
encore l'hiver; mais Catherine l'en dissuada. Surmontant sa douleur, ce Partez, mon 
fils, lui dit-elle, partez, vous ne demeurez pas longtemps en Pologne. n Déjà elle 
avait dû lire dans les yeux de Charles IX sa mort prochaine. 

Le i 5 novembre, le pauvre Roi écrit à Damville : rt Je séjourneray encore quel- 
ques jours à Vitry pour me fortifier; mon frère le roi de Pologne part aujour- 
d'hui, conduit par la lieine ma mère, mon frère d'Alençou et plusieurs autres 
princes et seigneurs, m'ayant laissé un extrême regret de ne pas lui avoir rendu 
cet office de le reconduire moi-même, comme je l'ay toujours désiré et eusse 
fait 2 .* 

C'eût été plutôt pour être bien sûr que, cette fois, il était hors du royaume. 

Chemin faisant, Catherine lui écrit : «Mou fils, je ne puis être à mon aise, vous 
ayant laissé fâché et ennuyé, que je ne sache comment vous vous portez, aussi pour 
vous dire qu'il va vous trouver deux des ambassadeurs de Pologne pour prendre 
congé de vous et je m'assure que vous ne faudrez à leur bien recommander 

1 BiU ml., fonds français, n" 3a45, f 35. — ' Ibid., w Bsk'j, P 4g. 



euiiv INTRODUCTION. 

vostre frère et leur assurer de vostre bonne volonté envers eux et le royaume de 

Pologne l . n 

Et dans une nouvelle lettre, datée de Nancy, le a3 novembre : cr Je vous sup- 
plie ne pas prendre l'air sans le congé des médecins. Hier arriva ici les ambassa- 
deurs d'Angleterre, <pii font bonnes mines el belles paroles; mais je ne sais qu'en 
croire 2 . i> 

Le duc d'Alençon, un peu malgré lui, avait accompagné son frère le roi de 
Pologne et suivi sa mère à Nancy. De longue date, nous l'avons vu, il inéditait 
de s'enfuir en Angleterre, et il avait eu la criminelle pensée de se saisir de quel- 
ques vaisseaux de la flotte royale, et d'aller rejoindre celle de Montgomery, qui 
chercbait à forcer l'entrée du port de la Rochelle. Madame de Mornay fait allusion 
à ces projets d'évasion dans la Vie de son mari : a Le duc projetait diverses pratiques 
contre le Roy son frère, et en cas qu'elles ne réussissent pas, de passer eu An- 
gleterre et de relever le parti de la religion 3 . n 

A l'heure où nous sommes, tous ses rêves d'ambition semblaient à la veille de 
se réaliser: il était à la fois sollicité par les Flamands, qui déjà pensaient à lui, 
et par ceux que l'on appelait les politiques, dont les Montmorency étaient les chefs. 
Ce qui les avait jetés dans cette voie, c'est qu'ils tenaient pour certain que l'ab- 
sence seule de leur frère aîné, le maréchal, les avait préservés du massacre, el 
k ils emplissoient les esprits, dit le duc de Bouillon dans ses Mémoires, du mau- 
vais gouvernement qui étoit dans le royaume, des édits violés, de la substance 
de la France qui alloit en Italie 4 ». Et après lui, ajoute, Hotman. ce Ils ont pris le 
nom de politiques, avec l'appui du duc d'Alençon, ont demandé que l'on fit revivre 
l'ancienne constitution françoise, en convoquant les Étals généraux, seul remède 
à tant de maux, et le plus grand coup porté à la tyrannie. Jamais plus grande 
confusion n'a régné dans le conseil d'un despote 5 ." 

Le maréchal de Montmorency, de nature froide et prudente, ne s'associait que 
timidement à cette conspiration; mais ses deux frères, Thoré et Méru, ainsi que 
le vicomte de Turenne, son neveu, s'y étaient mis entièrement et se servaient, 
auprès du duc d'Alençon, de La Mole, son favori. Leurs menées n'échappèrent 
point à la pénétration intéressée du roi de Pologne. Il avait d'ailleurs un grief tout 

' Bibl.nat., fonds Dupuy, n° an, f aa. ' Panthéon littéraire, Mémoires du duc de 

- Ibid., n" 211, 1" 23. Bouillon. 

1 Mémoiresde Madame de Mornay, édit deWitt, s Oareste. Étude sur Hotman [Revue historique , 

i. I, [). a5. i885). 



INTRODUCTION. CLXXV 

personnel contre La Mole, qui avant lui s'était occupé de la princesse de Coude 
De crainte qu'il ne profitât de son absence pour le supplanter auprès d'elle, au 
moment de quitter la Reine sa mère, il la supplia de l'aire en sorte d'éloigner 
ce rival redoutable. Le moment était mal eboisi : La Mole était en pleine laveur. 
Grâce à la séduction de sa personne, dont Marguerite de Valois ne sut pas se dé- 
fendre, il s'était poussé si avant dans l'intimité de l'inflammable Elisabeth, que 
Leicester avait eu quelque raison d'en être jaloux ; et il avait si bien disposé la reine 
à accepter une entrevue avec le duc son maître que, sans la Saint-Barthélémy, 
tout porte à croire qu'elle aurait eu lieu. Pour son malheur, le duc d'Alençon ne 
consentit pas à s'en séparer, et continua à nouer de nouvelles intrigues. Le séjour 
de sa mère à Blamont, lieu qu'elle avait fixé pour faire ses adieux au roi de 
Pologne, allait lui en fournir l'occasion. 

Durant les quatre jours qu'elle y passa, Catherine eut de secrets entretiens 
avec le comte Ludovic de Nassau et le duc Christophe, le fils cadet du comte 
Palatin; c'est Schomberg, qui, lors de sa récente mission en Allemagne, avait 
arrangé cette entrevue et préparé les voies à une entente. Grâce à son habileté, le 
comte Ludovic avait été si bien mis en confiance, qu'il venait d'écrire à son frère 
le prince d'Orange : a Le Roy de France a promis d'embrasser les affaires des Pays- 
Bas autant et aussi avant que les princes protestants d'Allemagne les voudront 
embrasser et sans mettre en compte l'argent qu'il a déjà fourni 1 »; mais en même 
temps il le prévenait que l'on était à la veille de «remuer ménage en France », et 
(pie cette prise d'armes les priverait du secours d'auxiliaires français. 

Cathei'ine avait tout intérêt à pousser à une nouvelle guerre dans les Flandres, 
soit pour empêcher les Nassau de venir, comme par le passé, secourir leurs core- 
ligionnaires de France, soit pour assurer un libre passage à travers l'Allemagne 
à son fils d'Anjou et lui ramener les sympathies que la Saint-Barthélémy lui avait 
l'ait perdre; elle promit donc au comte Ludovic et au duc Christophe qu'un sub- 
side de cent mille écus leur serait versé à Strasbourg; mais en même temps elle 
s'arrangea pour empêcher toute entrevue secrète entre Ludovic et le duc d'Alen- 
çon. Toutefois sa surveillance fut mise en défaut: le duc, la veille de son départ, 
put glisser à l'oreille du comte : «Maintenant que je vais avoir le gouvernement, 
ainsi que l'avait mon frère, j'emploierai tout pour vous seconder, n 

Catherine y mit bon ordre. Il ne put obtenir cette lieutenance générale du 

Van Prinsterer, Arch. de la maison d'Orange, t. IV. 



clkvi INTRODUCTION. 

royaume à laquelle le dvie. aspirait, en dépit de la promesse qui lui en avait été 
faite; il ne lui restait plus que la ressource de s'enfuir, et il se l'était ménagée par 
l'entremise île Thoré (Guillaume de Montmorency), qui, avant la Saint-Barthé- 
lémy, avait eu de fréquentes communications avec le comte Ludovic, et depuis les 
avait continuées '. 

D'autre part, Maisonfleur, resté à Londres, l'y poussait vivement. «Si vous ne 
vous hâtez pas, lui écrivait-il, la reine Elisabeth aura lieu de croire que toutes les 
longueurs dont vous avez usé jusqu'à présent, tout le beau langage que lui avez 
tenu par vos lettres n'ont été qu'autant de ruses pour la surprendre, et que tout 
s'est fait par le conseil de Madame la Serpente (c'est ainsi qu'il appelle Catherine de 
Médicis), afin de prolonger les choses et les tenir en haleine pour quelque sien 
dessein que personne n'entend. Que direz-vous à cela, Lucidor? (c'est le nom 
qu'il lui donne.) N'est-ce pas là ce que vous demandez? On vous appelle, on vous 
invite à vous hâter, ô Lucidor, le plus fortuné prince de la terre, s'il sait user de 
la fortune' 2 . v> 

XIX 

Charles IX put enfin quitter Vitry. Le 25 novembre il entre à Châlons : «Il va 
un peu mieux, écrit Cavalli, l'ambassadeur de Venise, qui l'y vit le 2 décembre; 
mais il ne quitte pas la chambre; il a commencé à assister aux séances de son 
conseil 3 . « 

Ce même jour, Charles IX donna audience à l'envoyé d'Elisabeth, Randolph, le 
maître des postes d'Angleterre, avec lequel il s'entretint des conditions d'un traité 
de commerce déjà soumis à la Reine sa mère. Dans tous les temps et avant tout, 
les Anglais sont des hommes pratiques. Randolph était également chargé de 
poursuivre la négociation du mariage de la reine sa maîtresse avec le duc d'Aleneon, 
l'amorce tendue pour obtenir de meilleures conditions dans les tarifs à débattre. 
Tout récemment en causant avec La Mothe-Fénelon de ce projet, Burghley avait 
prétendu que les marques de la petite vérole qui défiguraient le visage du duc, 
n'avaient pas disparu. Randolph devait donc rapporter un nouveau portrait qui 
permît d'en juger. Charles IX, qui ne pensait alors qu'à éloigner ce frère aussi 
redoutable maintenant que l'autre, y fait allusion dans une lettre du 2 décembre, 

1 Panthéon littéraire, Mémoires de Bouillon. — J Record office , Statepapert, Franco; voir notre livre 
Le xvi' siècle et les Valois, p. 170. — ' Bihl. nat. , Dépêches des ambassadeurs vénitiens, iilza VII, 

p. 1J9. 



INTRODUCTION. clxxvti 

à La Mothe-Fénelon : «Randolph a trouvé mon frère fout autre et plus agréable 
qu'il ne pensoit; il en emportera la peinture qui est vraiment sans flatter d'après le 
naturel, ainsi que l'ambassadeur résident témoignera par ses lettres et Randolph 
de bouche, qui sera cause que je ne m'eslendray davantage, pour m'en remettre 
à eux que je crois certainement qui en parleront avec vérité, laquelle entendue par 
la reine, sera, si elle désire ce mariage, cause d'y avoir une heureuse fin, ainsi 
que je désire de très grande affection et que l'asseurerez à ladite reine, et à ses 
ministres non seulement de ma part, mais aussi de celle de ma mère et de mon 
frère le duc d'Alençon 1 *; et de sa propre main il prolesta à Elisabeth de son dé- 
sir de lui être agréable et d'arriver à la conclusion du traité de commerce qu'elle 
recherche. 

Le 5 décembre, il est à Pont-Fa vergier d'où il écrit à La Mothe-Fénelon : 
« Madame ma mère sera, à mon avis, aujourd'hui partie pour revenir et espère 
que serons ensemble à la Fère en Picardie dedans sept ou huit jours, pour 
pourvoir avec son bon avis et ceux de mon conseil que j'ay mandés aussi pour s'y 
trouver aux choses que je trouveray estre nécessaires pour achever d'établir le 
repos en mon royaume; et par même moyen, si Dieu nous fait la grâce, comme 
de notre part nous le désirons de bon cœur, que la négotiation du mariage entre 
cettedite reine et mon frère le duc prend quelque bon chemin pour réussir, 
regarder et résoudre en cette compagnie les articles du traité qu'il faudra en faire. 
Vous remercierez aussi la reine des honnêtes compliments qu'elle vous a faits de 
ma guérison, qui est telle qu'il ne me reste plus qu'à me renforcer encore un 
petit que je ne sois au mesme estât que j'estois avant ma maladie, me trouvant 
très bien d'avoir pris l'air; allant par les champs comme je fais, pour être vers la 
fin de la semaine prochaine au lieu de la Fère. 

rLa peinture de mon frère n'étant pas achevée de mettre en couleur à la der- 
nière audience que j'ay donnée au sieur Randolph, pour cette cause lui et l'ambas- 
sadeur résident s'en iront à Paris sous la conduite de Géromino Gondy, qui la déli- 
vrera audit Randolph en présence de l'ambassadeur résident. Tous deux ensemble 
la verront, la considéreront, et, après qu'ilz l'auront trouvée bien faite et ressem- 
blante d'après le vif et le naturel de mon frère, elle sera par ledit Gondy accom- 
modée, et l'étui dans lequel elle sera mise scellé de cire et fermé parle maréchal 
de Retz, lequel vous en enverra un double tout semblable à l'autre par un 

Le Laboureur, Additions aux Mémoires de Castelnau , t. II, p. 36i. 

Catherine de Médicis. It. « 



XiliniALK. 



clxsviii INTRODUCTION. 

courrier exprès qui sera à Londres avant que ledit Randolph n'y arrive, afin que 
l'on ne puisse changer ni innover, lorsqu'on la fera voir à la reine '.ii 

Le 6 décembre, Charles IX est à Gormisy. De ce lieu il écrit à Damville de 
venir le retrouver à Compiègne, dès qu'il sera fixé sur le succès de la négociation 
confiée à MM. d'Uzès et de Gaylus pour pacifier le Languedoc, et le prie de 
laisser durant son absence tout pouvoir à M. de Joyeuse 2 . 

Enfin nous le retrouvons à Reims, où sa mère, le io, vient le rejoindre 3 . 11 pro- 
fite du court séjour qu'il y fait, pour décharger tous ses sujets de quatre sols 
du principal de la taille, dans l'espoir de calmer l'agitation des provinces de plus 
en plus menaçante. Sous l'empire des mêmes appréhensions, il avait refusé de 
laisser entrer de nouvelles troupes du pape dans le Comtat 4 . 

De plus en plus effrayé, il écrit de Soissons, le 17 décembre, à Damville : 
crJe désire que vous fassiez bien rudement entendre aux députez de ceux de la 
religion le mécontentement que j'ay des leurs, en ce que contre la suspension 
d'armes accordée dune part et d'autre, ilz ne cessent de courir, piller et saccager 
tous les lieux où ils peuvent mettre les pieds, y commettent la même hostilité 
qu'ils feroienl en guerre ouverte 5 . ■» Catherine joint ses recommandations à celles 
du Roi son fils . 

Ces plaintes n'ont rien d'exagéré. L'ambassadeur de Toscane écrit, le 2 3 dé- 
cembre, au Grand-Duc : et Les soulèvements en ce pays sont arrivés à un tel point 
que s'il n'y est promptement porté remède, j'entrevois de nouvelles guerres que 
l'on sera dans l'impuissance d'empêcher 7 «; et toutes les nouvelles venues des pro- 
vinces le confirment : Caylus, que le Roi a dépêché pour assister Damville, n'a 
échappé qu'à grand'peine à quatre embuscades que lui ont tendues les rebelles, 
et il ont tué l'un des hommes de son escorte. Le 22 novembre, il écrit au Roi : 
«Les chemins du Languedoc sont si mal assurez que homme n'y passe qu'il n'y 
soit volé s . ■» 

Le 12 décembre, les magistrats de Toulouse mandent à Charles IX : «Les hu- 



' l.e Laboureur, Àddit. aux Mémoires de Caslcl- ' Négociât, diplom. aiec In Toscane, t. 111, 

uaii , t. III , p. 36à. p. 893. 

2 Bibl. nat. , fonds français, n° 3a&6, f° 69. s Le Laboureur, Addit aux Mémoires de Cas- 

irJe suis arrivée ce soir en cette ville, écrivait- telnau, t. M, p. 300. 

plie h Beliièvre, le 10 décembre, où le Roy monsieur " Bibl. nat., fonds français, a' 3a46, P 7G. 

mon lilz s'csl aussi trouvé. 1 1 Bibl. nat., l'on ls frao- Négociai, diplom. avec la Toscane, 1. 111, p. 89I. 

rais, n° i5goa, f° 089.) ' Bibl. nat., tonds français, 11° 1 5558 , f° 1O0. 



INTRODUCTION. clxxix 

guenots ont plus pillé et se sont plus augmentés en temps de surséances d'armes 
non observées que par le gain dune grande bataille '.n 

Daffis, le premier président du Parlement de Toulouse, loin d'atténuer le 
danger de la situation, dans une lettre du 3 décembre, en fait une peinture ef- 
frayante : crDe jour en jour, Sire, les calamités et les misères accroissent sur les 
endroits où le nombre de vos sujets diminue; vos villes sont surprises, le pays 
gasté et ruyné et qu'on tascbe de soustraire à l'obéissance de Vostre Majesté. 
Je ne puis obmettre à vous représenter à toutes occasions et continuer à vous 
advertir de nostre extrême ruyne, s'il n'y est autrement pourveu. Nous sommes 
environnés en ceste ville de tous costez par les ennemys qui surprennent jour- 
nellement des villes près de nous, lesquelles n'ont moyen de se défendre ni 
celle-cy de les garder, de sorte que le peuple, estant sans défence, vient en tel 
désespoir que ordinairement pour se garantir il ayde de deniers ceux de la nou- 
velle opinion qui en attirent une infinité à leur parti. Depuis le commencement 
des troubles, les villes catboliques des environs de nous n'ont jamais esté en plus 
grand danger, de manière qu'il semble que leur dessein soit de faire icy un pays 
de conquête; ils s'y fortifient et s'accommodent de lieux qui leur sont nécessaires 
pour leur passage; pour à quoy obvier, il est nécessaire requérir Vostre Majesté 
nous impartir son ayde et protection 2 . -n 

M. de Rieux écrit de Montpellier au Roi, le 12 décembre, que les empêche- 
ments sont aujourd'hui si grands sur les chemins à l'occasion des courses des 
ennemis qu'il a été contraint de prolonger l'assemblée des Etats qu'il avait 
ordonnée au 8 du présent, les députés des diocèses ne pouvant s'y rendre sans 
grand danger, et il ajoutait : et Nous sommes encore détenus sans qu'il nous soit 
possible encore nous pouvoir mettre en chemin à l'exécution de la charge que 
Vostre Majesté nous a donnée 3 , n 

rr II n'y a que trente chevaux à Blois, écrit M. de Sanzay, et une compagnie de 
gens de pied pour tenir tète aux ennemis, qui gâtent tout le pays 4 .T> 

Ruffec se plaint du mauvais état des places du Poitou; pas une n'est en état de 
résister à une attaque 5 . 

Les protestants de Bretagne exigent de M. de Bouille la liberté de leurs 
prêches 6 . 

' Hibl. nat., fonds français, n° 1 5558. f° 22 1. ' Bibl. nat., fonds français, n" 1 5558. f° 2 hh a. 

' IlmL, f i5 9 . ' llntl, P 17/i. 

' IbuL, f 186. ' lbkl., P 2 -2/.. 



CLXXX INTRODUCTION. 

\ bout de voies et pour faire face à tant de diflicultés, Charles IX adresse une 
circulaire à tous les gouverneurs des provinces et il leur expose la situation telle 

qu'elle est : 

ctj'av esté adverty, de plusieurs endroits, que par les provinces de mon royaume 
il y a des personnes qui vont de maisons en maisons, suscitant les gentilshommes 
et autres subjets à rébellion et désobéissance, sous prétexte du bien public, leur 
remettant au devant les pilleries, rançonnements, injures, violences et autres 
maux qui ont eu cours en mon royaume durant les troubles d'icelluy; sur quoy ils 
donnent à entendre que tant s'en fault que j'aye le vouloir d'y mettre ordre et 
délivrer mes sujets de l'oppression dont ils se ressentent encores journellement et 
seront perpétuellement chargés, au contraire que je n'ay autre intention que de 
nourrir toujours la division entre mes sujets, et nommément parmi les plus grands, 
affin de pouvoir, avec moins de contredit, continuer, voire augmenter toutes sortes 
d'exactions et subsides, s'efforçant par semblables raisons et inventions desvoyer 
les plus simples de la fidélité qu'ils me doivent et par promesse et belles espérances 
wagner les autres, jusqu'à menacer de ruynes ceux qu'ils retrouvent plus durs et 
difficiles, afin de rendre leur partie plus forte; et davantage suis adverty qu'ils se 
donnent parmi eux rendez-vous pour, comme il se dit, attenter à ma personne 1 
et exécuter sur plusieurs villes de mon royaume leur délibération et entreprise, et 
sachant assurément qu'il y en a de si oubliés qu'ils ont non seulement prêté 
l'oreille à celle proposition, mais font et mènent lesdites pratiques, je vous prie 
de bien vouloir ouvrir les yeux et les étendre sur votre gouvernement pour au 
plus tost découvrir la vérité de ce fait. i> 

Et, en terminant, il rappelle qu'il a mandé à Compiègne plusieurs notables 
gentilshommes et autres gens de justice de toutes les provinces bien informés de 
l'état du mal qui y est pour, sur leur rapport, y donner prompt remède par le 
conseil de la Heine sa mère, de son frère le ducd'Alençon, du roi de Navarre, des 
princes de son sang, officiers de sa couronne et autres notables personnages '. 

XX 

Cette assemblée de Compiègne dont il attendait des remèdes efficaces pour ar- 
racher la France à l'anarchie qui achevait de la ruiner, Charles IX, en présence 

1 Bibl. nat., l'omis français, n" i 5558, P 195. 



INTRODUCTION. clxxxj 

Je la rébellion qui partout gagne du terrain, se voit forcé d'y renoncer. Suivi de 
toute la cour il s'arrête au château de Chantilly où il est reçu royalement par le 
maréchal de Montmorency, et c'est Catherine qui, le 19 décembre, en fait part à 
La Mothe-Fénelon : trMon fils a passé en ce lieu trois jours, lesquels M. le duc 
de Montmorency et ses livres lui ont bien fait employer, car il y a trouvé les 
chasses et les plaisirs de la volerie à souhait, y ayant les princes et seigneurs, 
qui sont icy avec nous, mesme mes cousins de la maison de Guise, esté fort bien 
reçus et festoyez. Et espérons que doresnavanl tous nos serviteurs seront si bien 
ensemble qu'ils procéderont d'un bon accord aux affaires et services de mondit 
sieur fils, dont je vous ai voulu avertir 1 , n 

Ce séjour à Chantilly avait donc eu pour but de ménager un rapprochement 
entre les deux maisons de Guise et de Montmorency. 

Etait-ce vraiment possible? 

A quelques jours de là, dans un entretien confidentiel qu'il eut avec Catherine, 
Viucenzo Alamanni, l'ambassadeur de Toscane, ne lui cacha pas que le cardinal 
de Lorraine entretenait de secrètes pratiques avec le roi d'Espagne j^t l'empereur 
Maximilien et qu'il ne tendait à rien moins qu'à troubler de nouveau le royaume. 
«Je ne l'ignore point, dit-elle, mais nous travaillons à pacifier toutes choses, n 

— cr Alors, répondit-il, pourquoi n'appelez-vous pas le maréchal de Montmo- 
rency à la cour? Sa venue ne pourrait avoir que d'heureux résultats et favoriser 
votre œuvre de pacification, n 

— et Ne pourriez-vous pas lui écrire de venir, répliqua-t-elle, mais de vous- 
même, et sans que j'y paraisse en rien. 15 

— ce Volontiers, Madame, et je suis même tout prêt à aller à Chantilly, si 
vous le trouvez bon. n 

Elle s'y refusa et se borna à le prier d'écrire, ce qu'il fit, mais sans rien en es- 
pérer; car, depuis le retour à la cour de Morvilliers, si hostile aux Montmorency, 
les dispositions de Catherine étaient tout autres, et le maréchal et ses frères 
avaient repris tous leurs soupçons. Ces variations de chaque jour, ces inimitiés si 
ardentes entre les grandes familles princières aggravaient encore les difficultés du 
moment. L'on peut en juger par une lettre de Charles IX à Damville : « Je ne 
puis omettre à vous dire qu'il y en a aucuns si malins et envieux du repos de 
ce royaume que, pour avoir moyen de nourrir et continuer les troubles et se 

Bibl. nat., fonds français, n° 1 7 y 7 2 , f a34 (copie). 



cwxxii INTRODUCTION. 

prévaloir de ia substance et sang de mes subjets, n'ont pas oublié de s'ayder de 
tous les artifices qu'ilz ont peu y pouvoir servir, s'estant entre autres desbordez 
jusques-là de semer et publier que la pluspart des princes et autres mes princi- 
paux ministres et serviteurs estoient divisez et bandez les uns contre les aultres et 
tous en très mauvaise intention contre moy; que ceux qui avoient volonté de par- 
venir à une mutation d'estat n'avoient à taire que de se nionslrer et assembler, 
d'autant que incontinent après qu'ilz avoient fait corps, mon beau-frère, le duc de 
Montmorency et vous aussi vous en deviez rendre chefs. Vous jugerez combien 
cela est hors de la conception de toute personne de jugement. Toutefois leurs im- 
postures n'ont pas esté rejetées de tout le monde, comme j'entends. t 

Et il ajoute : « Estant puis peu de jours arrivé en ce lieu de Saint-Germain pour 
y séjourner pour veoir à mes affaires, déjà la plus grande partie des princes et des 
grands seigneurs s'y est rendue et les autres y doivent bientost estre, par l'advis 
desquelz je suis après à pourveoir aux désordres que. les divisions et guerres civiles 
ont causés en mon royaume, me décharger en dépense, et retrancher ce qui se peut 
pour d'autant soulager mon peuple, et spécialement remédier aux chargeset fautes 
qu'il supporte à l'occasion des gens de guerre, remettre sus l'intégrité de la justice 
et n'omettre aucune chose qui puisse servir au bien et repos de mes sujets, 
mesmes de ceux de la nouvelle prétendue religion , vivans sous le bénéfice de ma 
dernière déclaration, et convier ainsi ceux qui ont pris les avances à embrasser 
la bonté et clémence dont je désire user 1 , n 

H espérait que les députés de la religion, alors assemblés à Milhau, se mon- 
treraient plus tolérants et qu'une générale pacification pourrait en sortir. De Saint- 
Germain il adressa une nouvelle lettre à tous les gouverneurs des provinces, pour 
se plaindre des calomnies répandues partout et des libelles qui poussent le peuple 
à la révolte; mais, dans ce temps désolé, les protestants ne sont pas les seuls à 
nous parler de la misère et des maux dont se mourait la France. D'autres écrits, 
plus modérés sous la forme, et à un autre point de vue, retracent le triste tableau 
de ces calamités. Nous ne nous arrêterons qu'à un seul qui les résume tous. Le 
procès fait par l'auteur au luxe, aux folles dépenses nous dépeint et avec vérité 
la France d'alors et telle que l'avait faite le règne des Valois. 

Il s'en prend d'abord aux guerres civiles, «qui ont mis le feu partout et apporté 
l'impunité de brûler, saccager et dissiper toutn; puis à la stérilité des six der- 

' Voir Négociât, diplomat. avec la Toscane, I. III, p. 8r)5. 



INTRODUCTION. clihih 

nières années, à l'accroissement des impôts, à l'exportation du blé, du vin et des 
marchandises hors de France; crcar, avertis de la cherté qui est ordinairement en 
Espagne et en Portugal et qui souvent advient en d'autres lieux, les marchands 
obtiennent par le moyen des favoris de la cour des permissions pour y transporter 
les blés et nous laissent la cherté •■>. 

Il s'en prend aux rois et-aux princes qui ont trop donné aux choses de plaisir, 
peinture et pierreries qui se vendent dix fois plus cher que du temps des anciens 
rois. 

Il s'en prend aux rentes constituées sur la ville de Paris où chacun a mis son 
argent, ce qui a fait cesser le trafic des marchandises et des arts mécaniques, au 
luxe de la table couverte de trop de mets, au luxe des bâtiments et des meubles. 

(tDans l'ancien temps l'on ne savoit ce que c'étoitque de faire tant de frises, de 
corniches, de chapiteaux, d'architraves, de cannelures, de colonnes, de moulures; 
l'on ne savoit mettre ni marbre, ni porphire aux cheminées, ni dorer les poutres 
et les solives; l'on ne voyoit point tant de lits de drap d'or, de velours, de salin, 
de damas, ni tant de bordures exquises; Ton ne faisoit point aux jardins tant de 
beaux parterres et compartiments, cabinets, allées, canalset fontaines. Aujourd'hui 
l'on emploie l'or et l'argent en choses vaines, comme à dorer le bois ou le cuivre, 
et celui qui se devoit employer aux monoyes a esté mis en dégast. 

a- 11 n'y a chapeau, cappe, manteau, collet, robe, Juppé, colletin, casaque, 
chausses, pourpoint qui ne soient couverts de passements d'or ou d'argent, ou 
doublés de toile d'or et d'argent. 

a Les édits sur la réformation des habits ne servent de rien; puisqu'on porte à 
la cour ce qui est défendu, on en portera partout. Pour entretenir ces excessives 
dépenses, il faut jouer, emprunter, vendre et se desborder en toutes voluptez et 
enfin payer ses créanciers en belles cessions ou faillites 1 . i> 



L'année lôy/i débuta mal. Une tentative pour s'emparer de la Rochelle, qui 
échoua et coûta la vie à ceux qui l'avaient entreprise, avait surexcité toutes 
les défiances des protestants. C'est vainement que Charles IX et Catherine la dé- 
savouèrent. A la fin de décembre, sous prétexte de célébrer la Cène, La Noue y 

1 Discours sur les causes de l'extrême cherté qui médier. Paris, à l'Olivier de Pierre FHuiHier, rue 
est aujourdh'mj en France et sur les moyens d'y re- Saint-Jacques, îôyi. in-8\ 



clxxxiv INTRODUCTION. 

étant venu, la ville, obéissant à ses conseils, se mit en état de défense, et Henri de 
Rohan, seigneur de Frontenay, prit le commandement de la milice bourgeoise. Dans 
la seconde quinzaine de janvier, Saint-Sulpice y l'ut envoyé par le Roi; il élait 
porteur des plus pacifiques assurances et chereba de son mieux à détourner les 
Rocbelois de faire cause commune avec ceux du Languedoc 1 . Mais le vent de la 
révolte souille partout. Jacques de Crussol que le Roi avait envoyé pour assister 
Damville, lui écrit le 9 janvier : (tJ'ay remarqué que ceux de la nouvelle pré- 
tendue religion se disposent plus à la guerre qu'à la paix 2 . t> 

De son coté Saint-Hérem lui mande le 1 2 : et Ceux de la nouvelle opinion ont 
pris cinq chasteaux proches de la ville du Puy. Ladite ville est tellement investie 
que on n'y peult porter nulz vivres ny bonnement y entrer. Partie de leurs forces 
de Dauphiné et Vivarais et des Cévennes, qui sont en nombre de quatre cens 
cbevaulx et deux mil hommes de pied ont fait ladite entreprise. Je suis ad vert y 
de plusieurs endroits et mesmes par des leurs qu'ilz sont résolus entrer dans la 
Limagne d'Auvergne, avec autres forces qu'ilz attendent, pour y exécuter autres 
entreprises par le moyen et intelligences d'aucuns de ce pays. Je fais tout ce que 
je puis pour faire assembler la noblesse pour rompre leur dessein, mais le peuple 
est tellement froid, la noblesse craint tant la despence, autres si mal contents à 
cause des informations et exécutions de justice qui a esté faite contre quarante 
ou cinquante gentilshommes, que je crains qu'estant désespérés, comme ils sont, 
s'il ne plaist à Vostre Majesté leur pardonner et abolir lesdites informations, 
qu'ils ne se rendent du party de ceux de ladite religion 3 . n 

En Poitou, c'est le propre lieutenant du Roi, La Haye, qui prêche la rébellion. 
Déjà il avait envoyé des députés à l'assemblée des protestants qui se tenait à Mil- 
hau, pour v présenter ses projets de réforme, et il avait invité la noblesse du 
Poitou à s'attaquer aux abus, et à empêcher que le Roi, pour enrichir certains 
mignons de cour, ne se ruinât par des dons excessifs. L'unique remède, c'était la 

r 

convocation des Etats généraux 4 . 

En Dauphiné, Montbrun s'est saisi de deux postes considérables sur la fron- 
tière de la Provence et en plein Cointat Venaissin, et il a pillé l'abbaye de Virieu 
presque aux portes de Grenoble 5 . 

' Voir La Popclinièro, Histoire de France, I. II, * La Popelinière. Histoire de France, t. Il, 

p. 2o5, 366,319. p. 207. 

' Bibl. nat., fonds français, n° i555o,, f° 3. ' De Thou, Histoire universelle, trad., t. VIII. 

s Ibid. , (' 10. p. 26, 27. 



INTRODUCTION. clxsxv 

En Quercy, les protestants se sont emparés de villes et de châteaux importants; 
et, maître du Béarn tout entier, Pons de la Case fait des courses dans toute la 
Gascogne '. 

Le plus grand danger, c'est que le duc d'Alençon est le chef accepté par tous 
les mécontents, tous les rebelles. L'éloigner devient une nécessité. Si son mariage 
avec Elisabeth, toujours resté en suspens, venait enfin à se réaliser, ce serait la 
meilleure des garanties pour les protestants, et le plus sûr moyen de les ramener 
à l'obéissance. Dans toutes leurs lettres, Catherine et Charles IX invitent donc 
La Mothe-Fénelon à insister de nouveau auprès de la reine Elisabeth, à l'effet 
d'obtenir une solution favorable. Reçu par elle, le 2 janvier, La Mothe tente 
un suprême effort. Du moment que Randolph était revenu si favorablement im- 
pressionné, et qu'il lui avait parlé en si bons termes du duc, elle n'avait plus 
aucune raison pour différer de se prononcer. Elle s'excusa sur divers empê- 
chements, qui ne lui avaient pas permis de réunir son conseil. Leicester, qu'il 
vit, au sortir de celte entrevue, lui dit que l'incident de la Rochelle venait fort 
mal à propos; car le mariage n'était possible qu'à la condition d'une parfaite 
intelligence entre les deux royaumes et que, pour y parvenir, il fallait que le 
Hoi son maître laissât vivre ses sujets en toute liberté de conscience et en toute 
sécurité 2 . 

Une partie de janvier se passa à attendre une réponse. Enfin, le 26, Elisabeth 
représenta à La Mothe les inconvénients qu'elle appréhendait d'une entrevue 
officielle et publique. En cas que le mariage ne s'ensuivît pas, cela pourrait être 
une cause fâcheuse de brouille. Elle ne consentait donc qu'à une entrevue privée 
et sous la condition que le duc ne se ferait pas accompagner par un personnage 
aussi haut placé que le duc de Montmorency. 

La Mothe-Fénelon n'avait pas qu'à poursuivre la négociation du mariage du 
duc d'Alençon. Une autre tâche plus difficile lui incombait, celle de surveiller 
le comte de Montgomery dont tout était à redouter dans l'état précaire de la 
France. Alarmé des fréquentes visites à la cour d'Arthur Champernovvn, le beau- 
frère du comte, et craignant que ce fût pour solliciter la permission d'armer des 
vaisseaux, il s'en était une première fois expliqué avec les conseillers d'Elisabeth, 
qui avaient nié qu'il en eut été jamais question. 

Néanmoins, resté avec tous ses doutes : a S'il advenoit, avait-il écrit à Charles IX . 

La Mothe -Féneion, Corresp. diplom., t. V. — ' Ibid.. I. V. 

GâTHEBIKE DE MkDICIS. — IV. y 



iuiT.ivrr.it: natio-ial:: 



cuxwi INTRODUCTION. 

«{ne les Anglais fassent quelque exploit en France, qui réussit avantageusement , 
indubitablement leur reine l'avoueroit, et, quand bien même elle n'auroit pas la 
volonté de le faire, ses sujets l'y contraindroient 1 .* 

Il avait affaire à un habile et rusé adversaire; La paix une fois signée avec les 
Rochelois, Monlgomery lui avait manifesté le désir de profiter de l'amnistie con- 
cédée par le Roi; plus fard, avec une apparente sincérité, il l'avait entretenu 
des dispositions plus favorables d'Elisabeth à la conclusion de son mariage avec 
le duc d'Alençon, et s'en était réjoui; mais il lui avait incidemment fait part de la 
permission qu'il avait obtenue d'elle d'aller avec toute sa famille habiter Jersey, 
ne lui cachant pas qu'en attendant la réponse de Charles IX il irait passer quel- 
ques jours dans les environs de Londres. 

Cette réponse du Roi fut toute bienveillante; il adressa à La Mothe deux passe- 
ports pour Madame de Montgomery et sa belle-fille et il ne s'en tint pas à cette 
première faveur ; rrVous m'écrivîtes quelquefois, manda-t-il à La Mothe, que le 
comte de Montgomery avoit le désir, considéré le malheur qui lui est advenu à 
l'endroit du feu roi mon père, de ne plus revenir en France, si je vouloislui per- 
mettre de jouir de ses biens et lui bailler faculté de les vendre. S'il est. encore en 
cette disposition, je la lui accorderai volontiers; mais, en quelque façon que 
ce soit, je vous prie de l'assurer que je ne manquerai à aucune chose que je lui 
promets-, n 

Vinsi, dans la première quinzaine de février, au moment même où Montgoinen 
se préparait à reprendre les armes, Charles IX croyait n'avoir plus rien à redou- 
ter de lui. Mais, d'un autre côté, effrayé de l'état plus menaçant de jour en jour 
du pays, il appela à Saint-Germain les membres du Parlement de Paris, et là, en 
présence de quelques députés des provinces qu'il y avait également mandés, il 
leur fit part de son intention bien arrêtée de réformer la justice et les abus, re- 
grettant amèrement de ne pouvoir, aussitôt qu'il l'aurait voulu, appliquer des 
remèdes aux maux dont souffrait la France. Le plus grand obstacle à son bon 
vouloir, c'étaient les profondes jalousies qui divisaient les grandes familles de la cour 
et notamment celle des Guises et de Montmorency. Pour se venger de ce que l'on 
n'écoutait pas ses conseils, le cardinal de Lorraine était accusé de pousser secrè- 
tement les catholiques de la Saintonge à se révolter. Catherine tenta bien de rap- 
procher ces deux maisons rivales; elle obtint même l'échange de part et d'autre 

' Correspondance diplomat. de La Mothe-Féiie- ' Voir celle lettre de Charles 1\, dans nuire 

Ion , t. V. livre Le xn' -siècle et les Valois , p. 38(). 



INTRODUCTION. clxxïwi 

de paroles de conciliation l . «L'on sait Lien, écrivait Hubert Languet, ce que 
valent de pareilles promesses 2 , n 

L'un de ces drames si fréquents à cette cour des Valois, «cour de sang et de 
soien, allait raviver leur mutuelle inimitié. Le 16 janvier., un gentilhomme nommé 
Ventanbrau, sortant au matin du Louvre, où sans doute l'avait retenu quelque 
galante aventure, en descendant le grand escalier, se trouva l'ace à face avec le 
duc de Guise qui venait au palais. Yentanbran s'était d'abord mis à sa suite; mais, 
proche parent de La Mole, et conseillé par lui, il avait passé dans la maison du 
duc d'Alençon. Guise lui en avait conservé rancune, et, une rivalité de femme y 
étant mêlée, il n'attendait que l'occasion de se venger de lui. 

Des paroles injurieuses furent d'abord échangées. Guise, hors de lui, tira sa 
rapière. Ainsi menacé, Ventanbrau remonta précipitamment l'escalier, mais, 
poursuivi par le duc et atteint d'un coup en plein corps, il tomba sur le plancher, 
sans plus donner signe de vie. Le duc crut l'avoir tué, et alla chez le Roi, qui était 
encore au lit. «Sire, lui dit-il, j'ai tué Ventanbran, et je viens solliciter le pardon 
de \ otre Majesté. Il a osé m'avouer qu'il avait été gagné par M. de Montmorency 
pour m'assassiner, et, comme je tiens le maréchal pour le plus loyal des hommes. 
j'en ai été si indigné que je l'ai frappé, -n 

Catherine , le duc d'Alençon et La Mole entrèrent dans la chambre de Charles IX 
au moment où, tout irrité, il disait au duc : «Comment, vous avez fait cela dans 
mon propre palais ?n 

Prenant hardiment la parole : «Vous n'aviez pas le droit. Monsieur le Duc. 
s'écria La Mole, de tirer l'épée au Louvre, n 

— «Si c'eût été vous, riposta Guise, je vous en eusse t'ait autant, n 

- — « Qui s'attaque à l'un des miens s'attaque à mon-, s'écria le duc d'Alençon, 
prenant fa il et cause pour son favori. 

\ entanbran s'était relevé; amené devant le Roi. il chercha à se justifier; mais 
Catherine passa du côté des Guises et le fit mettre eu prison. Appliqué à la ques- 
tion, il nia les propos que lui prêtait le duc; mais Catherine persista à soutenir 
rpi'il avait été véritablement suborné par Montmorenc\ pour assassiner le duc de 
Guise et qu'ainsi le Roi avait à se délier et tout à craindre du maréchal et de ses 
frères. La cause de ce subit revirement s explique par l'insistance que Montmo- 
rency venait de mettre à faire donner la lieutenance générale du royaume au duc 

' ffégoc. dipl. tiucc h Tofeatte, l. lit. — ' IbiiL. p. 901: Gakndctr of State papas (1573-1.57/1): 
Languel . Arcnna seculi decimi sexti. 



cLixsviii INTRODUCTION. 

d'Alençon. Après lui avoir été promise, elle lui était maintenant refusée, Catherine 
lui préférait le duc de Lorraine, dont elle était sûre et redoutait qu'il ne se servît 
de celle grande autorité au détriment du roi de Pologne. 

Ces rivalités, ces accusations que de chaque côté on se renvoyait, avaient 
troublé l'esprit du Roi. Menacé à la fois de voir le duc d'Alençon à la tète de 
toutes les forces du royaume, comme l'avait été le roi de Pologne, ou la France 
retomber dans la guerre civile, il ne savait plus à quoi se résoudre, et, consé- 
quence lâcheuse de cette querelle, le duc de Montmorency, alors à la cour, et 
dont la présence seule aurait pu détourner l'orage que l'on pressentait, profita 
d'un court voyage de Catherine à Paris, pour se retirer à Chantilly. 

Nous touchons au dénouement de la crise. De l'avis de La Noue, la prise 
d'armes avait été fixée au i h mars et le duc d'Alençon en avait été' avisé. Ce jour- 
là, le roi de Navarre et lui devaient sortir du palais, sous un prétexte de chasse, 
et en costume de veneurs. Duplessis-Mornay les conduirait à Mantes, dont le gou- 
verneur, M. de Buhy son frère, gagné à leur cause, ouvrirait les portes à Guitry, 
qui, à la tête d'une nombreuse troupe de cavalerie, en prendrait possession. De 
Manies, le duc d'Alençon et le roi de Navarre se retireraient à Sedan, où le duc 
de Bouillon leur o lirait asile. Tel était le plan d'évasion arrêté; mais Guitry, par 
trop de précipitation, ou pour vouloir s'attribuer à lui seul l'honneur de cette en- 
treprise, devança de dix jours celui fixé pour agir. 

Réduit à se décider à l'improviste et suivant en cela le conseil de La Mole qui 
redoutait peut-être de le voir passer dans d'autres mains que les siennes, le duc 
lit dire à Mornay par Thoré et Turenne qu'il ne sortirait pas du palais que la ville 
de Mantes ne fût prise. Il avait été arrêté que Buhy, au jour convenu, se tien- 
drait à la porte de Rosny et laisserait entrer Guitry et sa troupe. A 5 heures du 
malin Mornay se porta devant celle du pont; mais Guitry n'arriva qu'à 8 heures, 
et il n'avait plus que quarante cavaliers. Les autres, qui s'attendaient à servir 
d'escorte au duc d'Alençon, ne le voyant pas venir, avaient jugé plus prudent 
de se retirer. Buhy feignit alors de poursuivre Guitry. Au retour de cette 
simulée démonstration de fidélité, peu rassuré sur sa propre personne, il se ré- 
fugia à Sedan, où Duplessis-Mornay vint le rejoindre 1 . 

Rien n'avait été encore ébruité. Charles IX, en toute sécurité, le matin même 
du 2.3 février, avait écrit à Damville : 

' Négociât, diplom. avec la Toscane, t. III; Calendar of State papers (îSya-i.^'i). p. /180; Mémoires 
de Bouillon; Mémoires de Madame de Mornay. 



INTRODUCTION. clxxxix 

«Je persiste à vouloir chercher tous les moyens possibles pour venir à une paix. 
combien que il me semble cjue mes subjectz de la nouvelle opinion ausquelz vous 
avez affaire s'en recullent autant qu'ilz peuvent; car non seulement ils mesprisent 
les conditions avantageuses que je leur ay faict offrir, mais ne se laissent aucu- 
nement entendre et rechercher et refusent d'entrer en conférence, comment j'ay 
veu par les dernières despesches que vous m'avez faictes. Je vous ay mandé que 
je vous despescherois le sieur de Saint-Suplice, par lequel je vous ferois bien au 
long entendre mon voulloir. Depuis j'ai advisé retenir encore quelques jours le 
sieur de Saint-Suplice, à ceste fin de pouvoir avecques plus de loysir délibérer et 
résouldre sa despesche, laquelle je désire rendre telle quelle soyt fructueuse. En 
attendant je vous fais la présente pour vous prier, mon cousin, adviser à faire pro- 
longer la suspension d'armes, s'il est possible, jusques à la Saint-Jean prochaine- 
ment venant, affin que nous puissions plus commodément faire négocier la susdite 
paix et que, par le renouvellement de la guerre, les choses ne se rendent plus diffi- 
ciles; il faut que ladite trêve soit telle et asseurée qu'il ne soit rien imposé ni en- 
trepris sur mes sujets et nos villes et que cbascun se contienne dans ses limites, 
sans tort ou dommage à aucun, ni assembler vivres, lever deniers, comme il a été 
fait jusques à cette heure contre la foi promise. Ce sera le chemin pour parvenir 
à une générale pacification pour à laquelle, atteindre je vous asseure que je 
n'épargnerai rien de ce que je pourrai faire avec dignité et raison l . y 

Dans la soirée de ce même jour, le corps de cavalerie de Guitry est signalé. La 
peur en ayant grossi le nombre, La Mole, d'accord avec le duc d'Alençon, vient 
tout avouer à Catherine. Marguerite de Valois le dit dans ses Mémoires, sans con- 
fesser toutefois que c'est elle qui le lui avait conseillé, et elle ajoute : et Nous fûmes 
contraints de partir à deux heures après la minuit, la Reine ma mère mettant 
dans son chariot mon frère et le roymonmary, qui cette fois-là ne furent traités 
si doucement que l'autre 2 . t> 

Ce fut alors dans le palais une folle panique, un sauve-qui-peut général: 
trWous trouvâmes, raconte ironiquement d'Aubigné, à moitié chemin de Saint- 
Germain, les cardinaux de Bourbon, de Lorraine et de Guise, Birague, déjà 
ebancelier, tous montés sur coursiers d'Italie ou grands chevaux d'Espagne, em- 
poignant des deux mains l'arçon en aussi grande peur de leurs chevaux que des 



Bibl. liât., fonds français, n° 'è-iàj, f° 10. — ' Mémoires de Marguerite de Valois, ddi(. Caboche 
p. 53. — D'Aubigné, Histoire universelle, t. I!, p. 100. 



CM INTRODUCTION. 

I .tir Lettre d!un contemporain, M. de Taix, à l'éroèque de Troyes, lettre datée 
de cette ville, nous fournil de curieux détails sur celle folle panique, qui, à Paris. 
faillit tourner au tragique : 

tf Samedi, sur les onze heures du soir lut advertissement que mille ou xtu' 
chevaux, eslans déjà à \ionlfort-l' Auiaury, venoienl envelopper Saint-Germain. 
Sur flieure, l'on lit desloyer toute la cour eJ gagaer Paris, à l'arrivée de laquelle 
il se leva un bruil elliovable que le lîui estak pris et qu'ilfedlait refaire la Samt-Bar- 
lliéiemi/ et de fait je cuis que l'un y a numneiiré , ainsi que le gentilhomme qui nous 
a apporté la nouvelle nous le dit en avoir vu les préparatifs, le dimanche matin. 
Le Roi pour montrer cœur et visage de prince asseura ne vouloir partir celte 
nuit, avanl disposé ses gardes à l'entour de luy. 

ffSa Majesté a certaines nouvelles que les Anglais sont à la Rochelle, y ayant 
esté appelés par les huguenots de dedans. Le Roi est si nécessiteux qu'il a grand - 
oeioe à fournir la dépense de sa maison, de sorte que l'on ne vit jamais un tel 
désordre 1 ..») 

1 ii courrier, parti eu toute hàle, porta au roi de Pologne la nouvelle de cette 
nouvelle prise d'armes; il répondit sur l'heure au Roi son frère : rt J'ay sceu le 
hazard et le danger où vous estes cuidé tomber, chose qui m"a tanL étonné de 
penser que ce qui vous doit tant ait eu ceste intention, qu'il faut que je dise que 
Dieu veut nous punir; mais, si vous ne prenez garde à vous, je crains que l'on 
ne vous en fasse quelqu'une autre. Vous voyez à quels gens vous avez allaite, 
pensez-y bien. Je oe vous veux mettre en soupçon de personne, mais les actions 
de chacun vous doivent bien faire penser à vous conserver-, v 

Charles IX, de Paris et de l'hôtel de Goudy, lit part à Datnville du danger auquel 
il venait d'écbapper : rt Je vous avois mandé que je vous dépescherois Saint-Suplice 
et depuis Vilieroy, lequel étoit prêt à partir, quand j'ay reçu advis comme mes 
subjeetz de la nouvelle opinion ont repris les armes généralement par tout le 
rovaunie, de sorte que, pour cette occasion, il m'a fallu changer d advis, ne 
pouvant penser que mesdietz subjeetz aient aucune volonté de paix, piiisqu il/, ont 
laid ceste .déclaration de leur mauvaise intention, dont vous sçavez, mou cousin, 
mieux que mil autre, et eu appelle à Dieu à tesnioing. en quel devoir je me suis 
mis pour moyenner une généralle pacillication par tout mon royaume, naiap.t rien 
obmis de ce que j'ay peu faire pour lever la inelliance que mesdilz subjecU 

Rilil. nal. , fonds Dupuy, n° 5oo. — ' Ibid., 0*011, f*6i. 



INTRODUCTION. cxci 

avoient prise et sur laquelle ilz s'excusoient, jusques à avoir faict retirer de 
plusieurs endroictz en leurs maisons les compagnies de gensdarmes qui y avoient 
esté ordonnées pour tenir garnison; mais puisqu'ainsi est qu'ilz ont si fort mesprisé 
les grâces qui leur ont esté offertes, il se fault résouldre d'user des moiens et 
forces que Dieu a mis entre mes mains pour me rendre obéy, combien que je vous 
confesse que ce soit avec le plus grand regrect et desplaisir que je receuz jamais, 
pour ce que je congnois bien que la continuation de la guerre est la ruyne entière 
de mon Eslat et de mes subjectz. 

«■ Ii me reste à vous dire comme, sur l'advertissemenl que j'euz que aucuns de 
mes sujets de la nouvelle opinion avoient repris les armes et s'assembloient pom- 
me venir surprendre en ma maison de Saint-Germain, je suis venu en cette ville 
pour remédier et pourvoir avec plus de moyen à leurs entreprises, lesquelles, 
j'espère, avec l'aide de Dieu, n'auront tel effet qu'ils se sont promis 1 . n 

Le mot d'ordre donné par les chefs protestants lut partout exécuté avec une 
extrême rapidité : le 27 février, Mortemart écrit au Roi, de Poitiers : «Les armes 
ont été prises par ceux de la religion si soudain et hors d'espérance que, mardy 
dernier vingt troisiesme de ce mois, après avoir saisi diverses places, ilz ont surpris 
Lusignan qu'ilz détiennent et failly d'escalader Nyort par l'arrivée de M. le 
comte du Lude 2 . -n 

Gaylus, délégué par le Koi pour la pacification du Languedoc, jette également 
un cri d'alarme : ce Us ne cessent journellement de faire la guerre plus cruelle 
que cy-devant; àquoyjenepuis remédier, n'ayant nulles forces en mains. D'ailleurs 
vostre peuple y est si pauvre que la pluspart ne se peut nourrir, et en oultre vous 
asseurerai-je que des troys parts du peuple les deux y est mort, à cause de la 
stérilité des deux années passées et plusieurs maladies contagieuses 3 . 15 

Charles IX ne se crut pas en sûreté à Paris; le 8 mars il s'enferma sous la 
garde des Suisses dans l'imprenable forteresse de Vincennes. Il y avait appelé M. de 
Guitry, auquel il avait envoyé en parlementaires MM. de Turenne et de Torcy. 
Amené par eux, le 10 mars, il fut aussi bien accueilli que s'il eut rendu le plus 
signalé service; de prime abord, il mit sous les yeux du Hoi des lettres où il 
était dit qu'un nouveau massacre des huguenots avait été délibéré et arrêté en 
conseil; ils n'avaient donc pris les armes que pour leur légitime défense; il nia 

1 Bibl. nat., fonds français, n" 3a45, f° i5; voir les Dépêches de l'ambassadeur Valentin Date dans le 
Calendar of State papers (\5-]li), p. 671 , If] h. — ' Bibl. nat., fonds français, n° i555g, f° i3. — 
5 Ibid.,P i5. 



excn INTRODUCTION. 

i|iie le duc d'AIençon y fût pour quelque cliose, affirma qu'il ne lui avait jamais 
parlé; mais à mots couverts, il avoua la participation du roi de Navarre 1 . 

Charles IX aurait bien voulu le retenir jusqu'au retour de Strozzi qu'il avait 
envoyé porter des paroles de paix à La Noue, guerroyant alors dans le Poitou; 
niais il ne consentit à rester que deux jours. Au départ, de nouvelles caresses lui 
furent prodiguées. Le Roi et Catherine le supplièrent de faire en sorte que 
ceux qui étaient en armes rentrassent paisiblement dans leurs maisons. Il le 
promit, et accompagné par MM. de Torcy et de Turenne, ce que le Roi lui avait 
accordé sur sa demande, il prit le chemin de la Normandie où sa compagnie 
l'attendait' 2 . 

Chaque jour apporte une*, mauvaise nouvelle : le ik mars, Charles IX écrit à 
La Mothe-Fénelon : « J'ay eu advis certain du sieur de Matignon que Montgomery 
a fait descente en ce royaume, le 1 1 de ce mois 3 . ■>■> 

La surveillance de La Mothe avait donc été mise en défaut, car il venait 
d'écrire au Roi : rr Je sais sûrement que M. de Montgomery, il n'y a pas cinq 
jours, étoit encore à Jersey. Lui et son fils s'en reviennent sous peu trouver la 
comtesse qui est à Hamptonne 4 . t> 

Tout d'abord, en quittant Jersey, Montgomery s'était présenté devant la Ro- 
chelle, mais, sur les conseils de La Noue, l'entrée lui en avait été refusée. Il se 
dirigea alors sur la Normandie, où l'appelait Colombières, son ancien compagnon 
d'armes. crSon destin, a dit l'historien La Popelinière, le força d'en prendre le 
hasard 5 . 11 

Le hasard, c'était la jalousie de La Noue. 

Le 8 mars, en pleine mer, Montgomery écrit à lord Burghley, et lui rend 
compte de l'étendue du mouvement insurrectionnel : rr Estant à la rade de Saint- 
Martin de Ré, près la Rochelle, j'ay receu une lettre par laquelle j'ay vu que M. de 
la Noue est accompagné de 600 à 800 gentilshommes, et quelque 3, 000 fan- 
tassins, qui sont dans le Poitou. Le jour de mardi gras, 23 février dernier, furent 
pris pour la religion Lusignan (je dis le chasteau), Saint-Maixent, Fontenay-le- 
Comte, Pons, Tallemont-sur-Cironde, et toutes les isles de Brouage et Oleron, 
pour l'asseuré. 

Bibl. nat., fonds français, Dépêches des ambassadeurs vénitiens, filza VIII. — ' Ibid. — ' Le Labou- 
reur, \iidil. aux Mémoires de Castelnau, I. 111. p. 3o4. — " Hamptpn-Gourt. Voir Correspond, diplomat. 
de Lu Mothe-Fénelon, t. VI, p. 5i. — : ' La Popelinière, Ilist. de France. 



INTRODUCTION. cscni 

et Le bruit estoit, lorsque nous sommes bougés, que fut le 2 de ce mois de mars, 
que Blaye (je dis le chasteau et le bourg) estoient pris et les galères prises en 
partie et l'autre partie bruslée à Nantes, mais je ne vous asseure pas ces deux 
places-là. M. de Saint-Etienne est dans Lusignan, le capitaine Normand dedans 
Fontenay, M. de Saugeon aux isles, MM. de Roban et de Surgères sont en cam- 
pagne avec ledit La Noue et toute la noblesse du Poitou. Le cas pareil, et audit 
jour du mardy gras (a3 février), est advenu en Béarn, Languedoc et Dauphiné, 
tellement qu'on ne fait que recommencer. Les huguenots et papistes sont tous 
ensemble, et dit-on que c'est pour tirer les estrangers bors de la cour. Dieu veuille 
v mettre la main ! ' n 

à 

En s'aidant de l'étranger pour rallumer la guerre civile en France, Montgomery 
se montrait bien ingrat envers Charles IX qui, le 9 février précédent, lui avait 
écrit: rr Monsieur le Comte, j'ay esté bien aise d'entendre par votre frère , le sieur de 
Saint-Jean, la bonne volonté en laquelle il vous trouva de vous contenir douce- 
ment par delà sans entreprendre ou favoriser aucune ebose qui soit contre le 
bien de mon service, et me semble que vous ne sçauriez mieux faire pour votre 
honneur et avantage, ayant pour cette cause advisé envoyer le sieur de Cha- 
teauneuf, présent porteur, pour vous dire que, vous comportant de mesme, je vous 
feray conserver en tout ce qui vous touchera 2 .t> 

Et il ajoutait: «J'ay fait dégager vostre vaisselle, et ay commandé au tré- 
sorier de mon épargne la garder pour vous la faire rendre, comme je luy ay or- 
donné 3 , n 

Si l'on veut une preuve de plus de la participation des Anglais à l'entreprise de 
Montgomery, voici une nouvelle lettre de lui à Burghley datée de Carentan : 
ft Monsieur, il y a environ douze jours que j'ay mis pied à terre en Normandie, 
près Coutances, là où bonne troupe de gentilzbommes et aultres gens de guerre 
me firent cet honneur de me venir recepvoir, et le lendemain que j'ay esté arrivé, 
je m'en suis venu en ce lieu de Carentan, là où le sieur de Matignon, lieutenant 
du Roy en ce pays, avoit mis forces, se doutant bien qu'elle estoit de conséquence, 
encores qu'elle ne fust pas forte , mais que dans peu de temps on la peut accom- 
moder de telle façon qu'on la rendroit imprenable, et n'avons esté que deux jours 
devant qu'ils ne se soient rendus par composition, et depuis avons pris un chasteau 
auprès environné de trois ou quatre rivières, nommé le Pont-Douai, de façon 

1 Record office, State papers , France. — Voir ' Record office, State papers , France, vol. LIV. 

notre livre Le .m' siècle cl les Valois. Ibid. 

Catherine de Médicis. — iv. i. 

MPIUMEBIK NATIOXAIT. 



Wl v INTRODUCTION. 

([ne nous tenons des passages pour tenir tout le pays de Costentin en sub- 
jection et la [dus grande part de toute la coste, et oultre avons gagné sur le 
bord de la mer, dans des forts qui estaient la pour garder la descente, des pièces 
d'artillerie, de quoy il y a quatre canons. Nous avons prins aussy la tour et fort 
de Tatihou. J*espère, moyennant la grâce de Dieu, devant qu'il soit huit jours 
d'aujourd'hui, nous acheminer plus avant dans le pays; aussy je ne veux faillir 
de vous dire que les sieurs vicomte de Touraine (Turenne), nepveu de M. le ma- 
reschal de Montmorency, de Torcy \ capitaine de cinquante hommes d'armes et 
chevaliers de l'ordre, sont venus me trouver de la part du Roy, et vous envoyé 
par escripl la créance (ju'ilz avoient charge de me dire et de me faire entendre 
et à la noblesse qui est icv; mais la mémoire est si fraîche encore du jour de la 
Saint-Ilarthélemy que nous ne sommes pas délibérés de nous laisser tromper et 
abuser, comme nous avons faictparle passé. La dernière nouvelle que nous avons 
eue là, où estoient nos reistres conduits par M. le comte Ludovicq, estoil qu'ils 
estoien! à Sedan, il y a déjà près de huit jours, lequel lieu appartient à M. le duc 
de Bouillon. Il y a plusieurs seigneurs et gentilzbommes, encores qu'ilz ne soient 
point de iioslre religion , qui se sont joints avec nous, cognoissant notre querelle 
estre le bien et repos du publicq. 11 n'est pas que vous n'en sçachiez bien ample- 
ment toutes nouvelles, et si j'avois le moyen de vous en despartir aussi souvent 
que je le désirerois bien, je vous en manderois tous les jours et aussy pour me 
ramentavoir en vos bonnes grâces, auquelles je désire faire perpétuelle demeure, 
comme celuy qui se sent vostre obligé pour tant de faveurs et courtoisies que j'ay 
recettes de vous, que je n'oublieray jamais, et ne tiendra qu'à faute de moyen que 
ne fasse paroistre l'envie que j'ay de vous faire quelque bon service, saluant en 
cet endroit vos bonnes grâces de mes humbles recommandations, et prie Dieu. 
Monsieur, vous donner en très bonne santé heureuse et longue vie. 

t Monsieur, je vous supplie humblement que par votre moyen il y ayl marchans 
(|ui apportent aux isles jusqu'à dix milliers de poudre, six milliers pour harque- 
bouziei-, e1 quatre milliers pour ai'lillerye, que nous ferons acheter là, el aussy, 
s'il est possible, que nous v [missions faire acheter jusqu'à huit ou dix pièces de 
campagne que l'on paiera ce qu'elles vaudront 2 . i> 

Une lettre plus significative encore est celle qui fut écrite de Careiitan à 
Hurghley par tous les chefs protestants. 

1 Blossft de Torcy. — 2 Record ollice, State papers, France; voie notre livre Le n/' stiele-el les Valok. 



INTRODUCTION. cxcv 

te Monseigneur, jusqu'à cesle heure nous étions persuadés que M. de Montgo- 
mery, pour avoir eu cet honneur d'estre par plusieurs fois bien venu en la court 
de Sa Majesté, estoit suffisant pour rernonstrer à Sa Majesté et à Messeigneurs de 
son conseil le mérite de la cause de nostre prinse d'armes et le besoing que les 
gentilzhommes, qui sont assemblés en ce pays de Normandie, ont d'estre conservés 
sous la protection et faveur de Sa Majesté, ce que nous avions toujours espéré 
de sa clémence, sçachant que, pour la faveur de la religion, et nos princes et 
chels et aultres nations ont toujours eu recours à Sa Majesté et ont trouvé secours. 
A ceste heure, oultre la faveur de ceste cause, nous espérons que la nécessité 
publique de toute la France, qui est cogneue à tout le monde, et l'intérest et péril 
des princes du sang et grans officiers de la couronne rendra ceulx qui ont prins 
les armes tant plus recommandables, ce que nous espérons de vous, Monseigneur, 
plus que d'aultres du conseil de Sa Majesté, tant pour sçavoir de quel poids est 
vostre conseil envers Sa Majesté, que pour sçavoir par les faveurs par cy devant 
reçues de vous par nos chefs, quelle est votre affection devers ceux qui main- 
tiennent la querelle de la religion '. ■■ 



XXII 



C'est dans l'enceinte des hautes murailles de Vincennes, où Charles IX se 
croyait en pleine sécurité qu'une nouvelle conspiration se greffe sur la première. 
Les femmes de la cour y jouent le premier rôle. Déjà du temps de Henri 11. 
Mordue leur reprochait amèrement de se mêler de trop de choses : cLe Roi, 
disait-il, devrait leur fermer la bouche, de là viennent tous les rapports, toutes 
les calomnies 2 . v Spectateur et complice de toutes ces intrigues, le duc de Bouil- 
lon en fait, à son tour, l'aveu dans ses Mémoires : «Parmi toutes ces choses, il y 
avoit des amours mêlées, qui font à la cour la plupart des brouilleries, où ne se 
passent peu ou point d'affaires que les femmes n'y ayent part, et le plus souvent 
sont cause d'infinis malheurs à ceux qu'elles aiment ou qui les aiment 3 , t> 

En réalité, il ne s'agissait dans cette dernière conspiration que de faire évader 
le duc d'Alençon et le roi de Navarre. Le danger n'en était pas moins grand; car 

1 Record oflice, State papers, France, vol. LV1I 5 Monluc, édition de Ruble, t. III, p. 1 35. 

(orig.). Celte lettre était signée par Moulgomery, du 3 Panthéon littéraire, Mémoires du duc d 

Refuge , Montmartin , Vallainville, Guitry, de Rerre. Bouillon. 



e 



CXCVI INTRODUCTION. 

c'était donner deux chefs aux rebelles qui en manquaient, et dont l'un, le duc 

d'Alençon, aspirait à la couronne, à l'exclusion du roi de Pologne. 

«L'on a bien répandu le bruit à la cour, écrivait Hotman, que l'intention des 
conjurés était de tuer le Roi et la Reine mère; mais ceux qui viennent de France 
affirment qu'il n'était uniquement question que de la fuite des deux princes 1 , n 

Gondé, dès qu'il a pu gagner Strasbourg, justifie également en ces termes 
le duc d'Alençon : «En sa qualité de seconde personne de France, désirant que 
lout s'acheminast paisiblement et que le royaume vint à une bonne concorde, il 
prit résolution avec ses plus fidèles serviteurs, ne pouvant mieux, à ce que du 
moins il ne fust plus spectateur de telles désolations, que de se retirer bors du 
royaume vers les princes, anciens amis de cette couronne, en intention de faire 
tant par eux envers le Roy qu'il ouvriroit les yeux pour voir la calamité de son 
peuple et y remédier par bon et convenable moyen; mais finalement ladite réso- 
lution estant descouverle, tant s'en est fallu que l'on eût eu esgard d'y pourvoir, 
que l'on a interprété comme si le seigneur duc eust machiné contre l'Estat et per- 
sonne dudit Roy, chose du toutcontrouvée 2 . » 

Le jour de la fuite des deux princes avait été fixé au 8 avril. Des cbevaux les 
attendaient à la sortie du château de Vincennes, et des relais étaient préparés à 
diverses distances; mais ce complot, conduit surtout par des femmes, fut déjoué 
par l'espionne attitrée de Catherine, Charlotte de Sauve. Jamais plus beaux yeux 
n'avaient été mis au service de ce vilain métier. Elle se partageait alors entre le 
duc d'Alençon et le roi de Navarre qui s'entre-jalousaient; elle feignit de s'inté- 
resser a leur cause, leur arracha leur secret, et n'eut pas grand'peine à se faire 
nommer tous ceux qui étaient de la partie, et en tète La Mole et Coconas. La 
duchesse de Nevers et Marguerite de Valois affectaient de la traiter de très haut; 
elle se vengea de leurs dédains en livrant leurs deux amants à la vengeance de 
Catherine. 

C'est Charles IX qui annonça le premier à Damville cette nouvelle conspiration : 
«Il se découvrit, lui écrit-il, une méchanceté et malheureuse entreprise, sem- 
blable à celle qu'on vouloit tenter dernièrement à Saint-Germain, qui fut cause 
que m'ayant été confirmée par plusieurs divers avis, je fis renforcer mes gardes 
et entrer dans le clos de ce chasteau de Vincennes un corps de garde de Suisses 3 , n 
Il ne s'agissait plus que de se saisir des coupables, et de nombreuses arrestations 

1 Daieste, Élude sur Hotman (Revue historique). — 2 Déclaration du prince de Coudé", la Rochelle , 
1076. — 3 Bibl. nal.. fonds français, 11° 3267, f° 35. 



INTRODUCTION. cxcvu 

furent faites; mais c'est surtout aux deux chefs que Catherine en voulait. La Mole 
n'avait pas quitté le château; on l'avait sous la main; mais Goconas, ce rusé Pié- 
montais, avait disparu. Deux jours durant on le chercha inutilement. ce L'on a fini 
par le prendre, écrit l'ambassadeur vénitien Contarini, il était caché par une 
grande dame dans son hôtel et peu à son honneur 1 , n 

Aussitôt pris, Coconas fut amené dans la chambre du Roi, qui voulut l'inter- 
roger lui-même. Il avoua qu'à Blamont le duc s'était entendu avec le comte 
Ludovic pour aller le rejoindre. Il accusa tout à la fois le maréchal de Cossé, 
François de Montmorency et Thevalles, gouverneur de Metz, d'être du complot. 
Le plan de campagne, c'était de réunir les forces des protestants du Languedoc 
à celles de la Saintonge et du Poitou. 

Il prétendit que les conjurés étaient d'accord avec les Anglais et les Allemands 
et qu'il le tenait de Bodin'- et il engagea le Roi à rappeler au plus vite le comte de 
Retz; car autour de lui il n'y avait personne à qui il pût se fier 3 . 

Catherine ne se contenta pas de faire arrêter les complices subalternes de cette 
nouvelle conjuration; elle fit mettre à la Bastille les deux maréchaux de Cossé et 
de Montmorency. 

«Tous ceux que l'on estime coupables sont pris, écrit le secrétaire d'Etat 
Brûlait à M. d'Hautefort, ambassadeur en Suisse, par lesquels on espère pénétrer 
ce fait et que cy-après tels maux n'adviendront plus, quand ils auront esté châtiés 
comme ils le méritent 4 , -n 

Avide de nouvelles, l'ambassadeur d'Espagne étant venu visiter Catherine : n II 
faut, dit-elle en le voyant, que bonne justice soit faite de tous ces coquins. 11 

— ce Je ne puis que vous approuver, Madame, dit-il; pour éteindre l'incendie, il 
est indispensable de se débarrasser de quelques-uns des plus grands et d'abattre 
quelques têtes, n 

— «■ Il serait parfaitemant raisonnable de le faire n, répondit-elle. 
Quelques jours plus tard il la revit et l'engagea de nouveau à en finir avec les 

maréchaux de Cossé et Montmorency, ce Mais ils ne l'oseront pas, écrit-il à 
Philippe II; toutefois, ils ont fait étrangler dans la prison le secrétaire de la con- 
juration 5 , n 

' Fue pieso fiaalmante il coûte da Cocona che ' Jean Bodin , l'auteur de La République. 

con tenta instantia si cercava, perche era tenulo 3 Bibl. nat. , fonds français, n" 1 555g , f° 48. 

occullo da uua gran dama con poco suo honore. ' Ibid. 

(Bibl. nat., Dépêches des ambass. vénitiens ,filzaVW , 5 Arch. nat., coll. Simancas, n° i53/i. 
p. S 7 4.) 



Mcwii INTRODUCTION. 

Le a5 avril, l'ambassadeur d'Angleterre, le docteur Dale, vint à son lour visiter 
Catherine. Son entrée en matière fut des plus habiles : rrLa reine ma maîtresse, 
dit-il, est on ne peut plus satisfaite du témoignage d'affection que le Roi, dans sa 
lettre, lui a exprimé de votre part, et de ce que les choses que l'on prêtait au duc 
d'Alençon votre fils ne sont pas telles qu'au premier moment l'on en avait répandu 
le bruit. L'amitié qu'elle lui porte repose uniquement sur celle qu'elle a pour 
Votre Majesté et elle se ressentirait grandement de la voir amoindrie, r 

Catherine l'en remercia et affirma que le duc d'Alençon et le Roi étaient dans la 
meilleure intelligence. 

De ces compliments si flatteurs le docteur Dale passa au fait de La Mole : «La 
reine ma maîtresse le tient pour un gentilhomme fort honnête; elle a quelques 
raisons de croire qu'il ne lui est point tombé au cœur la méchanceté qu'on lui 
impute. Elle ignore de quoi on l'accuse; mais, si l'offense n'est pas de celles que 
l'on ne peut pardonner, elle intercède de grand cœur pour lui; et ce qui l'y en- 
courage, c'est la clémence dont le Roi votre fils a usé tant de fois envers ses sujets 
rebelles, r, 

— et Le cas n'est pas le même, répliqua-t-elle, si le Roi a pardonné à ses sujets, 
c'est qu'ils n'avaient pris les armes que pour cause de religion et pour l'unique 
satisfaction de leur conscience. Tout au contraire, La Mole a été nourri de notre 
pain, je puis le dire; le Roi mon fils ne l'a jamais traité en sujet, mais en compa- 
gnon, en ami. Son crime est donc plus grand que celui de ses autres complices. 
Lorsque de pareils accidents se sont produits en Angleterre, votre reine n'a pas 
même pardonné à ses propres parents et les a laissés aux mains de la justice. 
11 en sera de même pour La Mole; il est entre celles des gens du Parlement de 
Paris que tout accusé ambitionne avoir pour juges, eu égard à leur grande inté- 
grité.'» 

Cette réponse qui mettait en cause Elisabeth, troubla singulièrement l'ambas- 
sadeur et il ne put que l'approuver. Toutefois Catherine lui promit de faire con- 
naître à la reine sa sœur toute la vérité, comme à la personne qui lui était la plus 
chère en ce monde '. 

Le procès fut donc déféré au Parlement et le duc d'Alençon et le roi de Navarre, 
sans èlie mis en cause directement, eurent à donner des explications sur leurs 
relations avec les accusés. 

' Cakndar of Sunc papers { 1 5 7 h ). 



INTRODUCTION. oxch 

Le duc. d'Alençon plaida misérablement sa cause : à Blamont il avait repoussé 
les propositions du comte Ludovic; il avait également refusé, et du conseil de 
Montmorency, de présenter au Roi la requête des protestants et de s'enfuir de 
Saint-Germain. A la première alarme qui fut donnée, La Mole, son ami sur et 
fidèle, l'avait engagé à tout avouer à la Reine sa mère, ce qu'il avait fait. Le Roi et 
sa mère s'en étaient montrés reconnaissants et lui avaient promis d'oublier le passé. 
Turenne, au retour du camp de Guitry, lui avait affirmé que, de sa vie, il n'avait 
vu si belles troupes de gentilsbommes et si bien disposés à le servir, et qu'il ne 
devait pas perdre une si belle occasion. 

Son évasion, il est vrai, avait été résolue, et le jour en avait été fixé. La Mole 
lui en avait donné le conseil. S'il ne s'est pas enfui, c'est que le lendemain matin 
il voulait communier 1 . 

Le roi de Navarre adressa, lui, à Catberine son mémoire justificatif et d'accusé 
se fit accusateur : il rappela qu'à la Saint-Bartbélemy il avait vu tuer sous ses 
yeux tous ses amis, tousses serviteurs venus à la cour sur sa propre parole. Lors 
du séjour à Vitry, il avait été question de le tuer lui et le Roi, et de faire roi le 
duc d'Anjou. Si la Rocbelle avait été prise, il eut été inévitablement mis en prison. 
Tout récemment à l'hôtel de Gondy, on l'avait de nouveau averti que l'on en 
voulait à sa vie; c'est le duc d'Alençon qui lui a proposé de s'enfuir. N'avait- il pas 
juste occasion de le faire? 

n Voilà tout ce que je sais, Madame, ajoutait-il en terminant. Que désormais 
il plaise à vous et au Roi de me traiter comme je dois l'être, étant ce que je 
suis 2 , r 

L'astrologue Cosme Ruggieri passait pour l'un des amis les plus intimes de 
La Mole; arrêté dans l'hôtel de l'ambassadeur de Florence où il s'était réfugié, 
il commit l'imprudence de demander à ceux qui l'emmenaient à la Conciergerie 
si le Roi n'avait pas eu des vomissements. 

Ces paroles furent rapportées à Catherine; et, superstitieuse comme elle l'était, 
elle se persuada qu'il était l'auteur de quelque miléfice à l'encontre du Roi et 
écrivit au procureur général La Guesle : te Ce soir l'on m'a dit de votre part que 
Cosme ne disoit rien. C'est chose certaine qu'il a faict ce que mon (ils d'Alençon 
avoit sur lui et que l'on m'a dit qu'il a fait une figure de cire à qui il a donné des 
coups à sa tête, et que c'est contre le Roi et que ladite figure a été trouvée parmi 

' Calendar of State papers (iijû-ib-jli). — ' Gimbes etDanjou, Archivas curieuses, t. VII. 



ce INTRODUCTION. 

les besognes de La Mole; aussi que, où il logeoit à Paris, il y a beaucoup de mé- 
chantes eboses et des livres et autres papiers. Je vous prie en avertir, de ma part, 
de tout ce cpie dessus le premier président et le président Hennequin et me man- 
der si ladite ligure a été trouvée, et, au cas qu'elle soit faite, que je la voye'.n 

Et dans une lettre du même jour à La Guesle elle ajoutait ces mots ter- 
ribles : « Faites tout dire à Cosme. Qu'on sacbc la vérité du mal du Roi. S'il a fait 
quelque enebantement pour faire aimer La Mole à mon fils d'Alençon, qu'il le 
défasse 2 .t) 

Le Parlement ne perdit pas de temps à juger La Mole et Coconas. Son arrêt ne 
se fit pas attendre et en voici les termes : «La Mole et Coconas seront décapités en 
place de Grève, leurs corps coupés en quatre quartiers, qui seront attachés à 
quatre potences placées bors des quatre portes principales de cette ville, et leurs 
têtes exposées sur des poteaux plantés en ladite place de Grève. Préalablement ils 
seront mis à la torture pour savoir de leur bouebe tous ceux qui sont participants 
de ladite conspiration 3 .')! 

Le vendredi 3o avril, le malin, La Mole et Coconas furent donc menés dans 
la chambre de la question; le président Jean Hennequin était chargé de les in- 
terroger. 

La Mole fut tourmenté le premier. 

«Je vous adjure, lui dit Hennequin, de tout avouer 4 . •» 

— a Je ne sais que ce que j'ai dit, j'en prends Dieu à témoin. Faites-moi la 
grâce de parler au duc mon maître.» 

Sans lui répondre : «Vous avez assisté, reprit Hennequin, à l'assemblée où la 
conjuration a été décidée. Le duc d'Alençon l'a affirmé. •» 
— ■ «On le lui a fait dire par force, n 

— te Voulez-vous parler avant de subir la question? n 

— rr Faites-moi ce que vous voudrez. Vous trouverez sur mon corps les cica- 
trices des blessures reçues pour le service du Roi. Je suis condamné à mort, je ne 
pense plus qu'à bien mourir, n 

— «Si vous n'attendez plus rien des hommes, avant de paraître devant Dieu 
avouez tout», reprit Hennequin. 

— «Mon maître me fait mourir, je n'ai plus rien à dire, n 

' Bibl. nat., fonds Dupuy, n° 590, f° ai. 3 Bibl. nal. fonds Dupuy, n° 590, f" 2/1. 

'- Ibid., n° 5go, f° 2/4; imprimé dans les Mé- * Mémoires de l' Estât de la Franco sous Charles IX, 

moires de Nevers, t. I, p. 5. t. 1". p. 201. 



INTRODUCTION. cci 

Le bourreau se saisit de lui et le dépouilla de ses vêtements. Il portait au cou 
un Agnus Dei. 

11 fut lié aux boucles, puis placé sur le petit tréteau. 

tt Qu'on m'ôte de là, s'écria-t-il , je parlerai, n 

Délié et mis devant le feu : rr Je ne sais rien, dit-il; que le Roi me fasse enfer- 
mer clans un couvent, je prierai Dieu le reste de ma vie. n 

Repris par le bourreau, il avoua que le duc et le roi de Navarre devaient se 
réfugier à Sedan, et de là entrer dans les Flandres. Il invoqua pour sauver sa vie 
les révélations qu'il avait faites à la Reine mère à Saint-Germain. 

Cela ne suffit pas à Hennequin; la Reine lui avait ordonné d'interroger La Mole 
sur Ruggieri et les figures de cire trouvées chez le nécromancien. 

Le bourreau le reprit et lui versa de l'eau dans la poitrine. 

Suffoqué : cr Je parlerai, je parlerai», s'écria-t-il d'une voix étranglée. 

Délié et remis devant le feu : «Que je sois damné, dit-il, si cette figure n'est 
autre que l'image d'une femme que je voulais épouser; elle était destinée à me 
faire aimer d'elle, n Et il ajouta : et Si le Roi me laisse la vie, je tuerai ce méchani 
Thoré, il est cause de tout, a 

Ses membres étaient brisés, la parole lui manquait, Hennequin en eut enfin 
pitié et le remit à l'exécuteur qui lui lia les mains et le mena dans la chambre de 
la Tournclle, d'où il devait être conduit en Grève. 

Tourmenté après lui, Coconas avait fait au Roi des aveux si complets que la 
question ne put lui arracher que ce que déjà il avait confessé. Tous deux montè- 
rent sur la fatale charrette qui prit le chemin de la Grève. 

La place était noire de peuple. Du haut de l'estrade, s'adressant à la foule dont 
les yeux étaient attachés sur lui : 

cr Priez pour moin, dit La Mole. 

Puis se tournant vers le bourreau : 

« Ne me bande les yeux, r 

Ainsi fut fait. 

Il s'agenouilla sur le billot. 

tr Avez -vous quelques nouvelles révélations à faire? v lui demanda le greffier cri 
minel. 

— trNou. d 

Le bourreau tenait sa hache levée, il la laissa retomber, et la tète roula et re- 
bondit sur le plancher de l'échafaud. 

Catherine de Médius. — iv. w 



ut > inuUK. 



cci. INTRODUCTION. 

Une noie secrète du temps nous révèle toutes les démarches faites par le duc 
d'Alençon pour sauver La Mole et Coconas : 

«M. le duc, entendant Testât du procès, supplia le Roy de leur pardonner ou 
à tout le moins leur remettre la mort publique et ignominieuse. Il en a esté refusé , 
puis se retira à la Reine sa mère et, à genoux, la supplia, puisqu'il a reçu tant 
d'honneur que d'estre son fils, qu'elle lui fasse cette faveur envers le Roy que ses 
gens ne meurent pas par Supplice publique, et que, s'il est possible, elle obtienne 
leur rémission. Cette daine obtint du Roy le supplice secret et que l'on escriroit 
au Parlement pour surseoir l'exécution; mais le porteur des lettres, arrivant à 
Paris, trouva la porte Saint-Antoine fermée, et l'heure de l'exécution du supplice 
fut avancée, ce que l'on dit avoir été fait par l'avertissement d'un parfumeur mi- 
lanois nommé René, qui vint raconter le cas au premier président', disant davan- 
tage que la Reine mère avoit obtenu leur rémission, qui fut cause de les faire 
sortir plus tôt de la Conciergerie et de faire cheminer hastivement la charrette l .t 

Le sursis serait-il arrivé à temps et l'exécution aurait-elle été retardée, que ni 
La Mole ni Coconas n'auraient pu échapper à la vengeance du roi de Pologne. 

Le 16 mai, jour où il n'avait pu encore savoir qu'ils avaient été exécutés, il 
écrivait à Nançay, son plus intime confident : cr Si jamais j'ai eu joie, ce a esté 
quand j'ay sceu que La Mole et Coconas sont en cage; mais jusques à ce que le 
seigneur qui les traitoit si doucement à la Rochelle, en anciens compagnons, les 
ait fait danser la volte avec la corde, je ne seraypas bien satisfait, non tant pour 
moy, comme pour le repos de la France; car, si on ne les châtie, je ne sçay ce 
que feront Leurs Majestés à tous ceux qui sont si méchants que d'entreprendre 
contre eux. Je ne parle que de ce que je puis parler. Je n'ose rien dire; mais je 
vous diray bien que Leurs Majestés me sont plus chères que les autres. Vous 
penserez bien ce que j'entends là-dessous. Or, aymez-moi toujours et venez me 
voir, car j'en ay une envie extrême, n 

Puis revenant à La Mole et à Coconas : 

ff Écrivez-moi si on mettra la tête de ces deux seigneurs en montre ou en Grève 
ou aux Allées : car je suis gros de le sçavoir 2 . n 

Dans la nuit qui suivit le supplice de La Mole et de Coconas, à la grande co- 
lère de Charles IX, les quatre quartiers de leurs corps furent détachés du gibet et 
emportés 3 . 

1 Record office, State papers, France. — ' Bibl. nal., Dépêches des ambassadeurs vénitiens, lilza VIII. 
— • Ibid. 



INTRODUCTION. gcm 

A qui faut-il attribuer l'enlèvement des restes des suppliciés? 

Brantôme n'a pas résisté à l'envie d'en parler, mais tout en le racontant, il a 
cherché à dépister ses lecteurs : « J'ay cogneu deux belles et honnestes dames, 
'esquelles, ayant perdu leurs serviteurs en une fortune de guerre, firent de tels 
regrets et lamentations, et monstrèrent leur dueil par leurs habits bruns, plus 
d'eau bénistiers, d'aspergez 1 d'or engravez, plus de testes de mort, et de toutes 
sortes de trophées de la mort en leurs affiquets, joyaux et bracelets qu'elles por- 
toyent, qui les escandalisèrent fort et cela leur nuict grandement; mais leurs maris 
ne s'en soucioyent autrement 2 , -n 

Plus affirmatif que Brantôme, Gomberville, l'éditeur des Mémoires du duc de 
Nevers, sans toutefois les nommer, désigne clairement Marguerite de Valois et la 
duchesse de Nevers : «Deux princesses leur avoient porté leur affection si avant 
que, après leur mort, firent embaumer leurs tètes et chacune garda la sienne. 
On pourroit deviner qui étoient ces princesses; mais ce seroit une cruauté d'en 
avoir seulement la pensée 3 . s 

Le surlendemain de l'exécution de La Mole et de Coconas, le 2 mai, Cbarles IX 
l'annonça à La Mothe-Fénelon : «Avant que de souffrir le dernier supplice, lui 
dit-il, ils ont reconnu que à juste occasion ils avoient été condamnés à mort, se 
pouvant dire qu'il a été usé à la confession et jugement de leur procès de toute la 
plus grande sincérité et les choses pesées avec le plus grand respect qui se puisse 
observer, et que s'il se fût pu trouver quelque excuse pour eux, elle eût été em- 
ployée; mais ils se sont trouvés si coupables que eux-mêmes se sont condamnés et 
confessés dignes de mort beaucoup plus cruelle que celle dont ils ont souffert 4 , y> 

11 s'était fait tirer du sang, et, se sentant mieux, il revint au projet de mariage 
du duc d'Alençon: «Je n'ai rien oublié, écrit-il à La Mothe-Fénelon, de ce que 
j'ay pu y avancer de mon côté, et que si du côté de delà la disposition y eût été 
aussi ouverte et sincère, il en fût déjà sorti un bon effet au commun bien et uti- 
lité de ces deux royaumes; et bien que ces derniers accidents survenus soient tels 
qu'ils ont interrompu le dessein et délibération que j'avois pris de m'approcher de 
la Picardie pour faciliter l'entrevue de mon frère le duc d'Alençon, si est-ce qu'ils 
n'ont en rien diminué la bonne volonté que j'ai toujours eue d'établir par le moyen 
de son mariage une indissoluble amitié entre nos deux royaumes 4 , n 



1 Asperges, goupillons. — ' Brantômo, édit. L. Lalanne, t. IX, p. 122. — 3 Mémoires de devers, l. I. 
p. 5. — 4 Corresp. diplom. de La Mothe-Fénelon, t. VII, p. 567. 



cciv INTRODUCTION. 

Et se faisant illusion jusqu'à la fin sur la gravité de son mal : «Incontinent que 
l'état des affaires de mon royaume aura été un peu remis, ce que j'espère dans 
peu de temps, je m'approclieray de ladite frontière de Picardie pour effectuer 
cette entrevue n; et il lui recommandait, en finissant sa lettre, de supplier le reine. 
Elisabeth de ne favoriser et de ne laisser favoriser en aucune façon ses sujets re- 
belles. 

Catherine se faisait-elle aussi illusion sur l'état désespéré de son fils, ou 
voulait-elle, dans l'intérêt du roi de Pologne, en dissimuler la triste réalité?'La 
veille, elle avait écrit au duc de Savoie : «Je veux vous rassurer sur la santé de 
mon fils, lequel a été fort malade quelques jours. Il ne lui reste plus qu'une grande 
faiblesse et un peu de relique de son rhume 1 , n 

XXIII 

Elisabeth, n'ayant pu réussir à sauver la vie de La Mole, se préoccupa de la 
situation précaire du duc d'Alençon et chercha par tous les moyens à lui venir 
en aide. 

Dans ce but, elle envoya en France le capitaine de Jersey, Thomas Leighton. 
Les instructions qu'il emportait étaient précises : il devait exprimer au Roi la 
part sincère qu'elle avait prise au chagrin que lui causaient les troubles de son 
royaume, les regrets qu'elle éprouvait du dissentiment survenu entre lui et son 
frère et dont il avait à plaider la cause. Son départ ayant été retardé, avant qu'il 
arrivât en France, le sort des armes avait été défavorable aux protestants. Cathe- 
rine, soutenue par une énergie virile, avait paré à tous les dangers. Avec un 
trésor vide, elle avait su trouver le moyen de mettre trois armées sur pied. Deux 
devaient opérer en Poitou et en Languedoc; la troisième, la plus forte, composée 
de trois mille gens de pied, d'une nombreuse cavalerie et de vingt pièces de ca- 
non, sous le commandement de Matignon, aurait raison de Montgomery. 

Menacé par des forces si supérieures aux siennes et réduit à abandonner le 
siège de Valognes, ce chef si redoutable s'était porté sur Saint-Lô avec toute sa 
cavalerie; mais Matignon le suivait de près: à peine entré dans la ville où com- 
mandait Colombières il y était assiégé le 27 avril, par l'armée royale. Se voyant 
perdu, dans la nuit du i cr au 2 mai, à la tête de centcinquante cavaliers, il force 

1 Archives de Turin. 



INTRODUCTION. ca- 

les lignes catholiques, prend la route de Carentan, où il laisse son fils et cenl 
vingt hommes et se dirige sur Passais. Le 6, il arrive à Mortain; le 7, il entre à 
Domfront. 

En apprenant que Montgomery s'était enfui de Saint-Lô, Charles IX eut un 
violent accès de colère. De sa main détaillante, il écrit, le i5 mai, à Matignon : 
« Si vous me faites ce service de prendre Montgomery et Guitry en vie et me les 
amenez, je l'estimeray le plus grand service que Ion me sçauroit faire 1 .!) 

<f Gardez bien qui! n'échappe, mande de son côté Catherine à Matignon, et 
rendez-en bon compte au Roy, suivant qu'il vous écrit, et vous pourrez dire que 
non seulement en Normandie ceux qui nous font la guerre seront vaincus, mais 
aussy par tout le royaume, tant la prise de Montgomery donnera le repos à ces 
malheureux pays 2 , -n 

Leighton n'eut son audience que le i5 mai. Le Roi, dont le mal s'était encore 
aggravé, le reçut au lit et l'écouta patiemment. Aux regrets qu'il lui exprima, au 
nom d'Elisabeth, de le voir dans d'aussi mauvais termes avec son frère d'Alençon, 
il prétendit qu'il n'en était rien et qu'au contraire il était assuré de sa fidélité et 
de son obéissance. Ceux qui répandaient de pareilles calomnies ne cherchaient 
qu'à favoriser la rébellion. 

Leighton demanda à voir le duc et le roi de Navarre, ce qu'il obtint. Tous deux, 
se sentant surveillés, se tinrent sur la réserve. Conduit chez Catherine, après lui 
avoir exposé de point en point le but de sa mission, Leighton ne lui cacha pas que 
la façon dont on surveillait le duc d'Alençon et les gardes dont il était entouré 
donnaient lieu à de fâcheuses suppositions. 

a Mais le duc n'est pas plus gardé que le Roi, répondit-elle aigrement; il peut 
aller où bon lui semble. S'il reste auprès du Roi son frère, c'est que cela lui plaît. 
L'intérêt que votre maîtresse témoigne à mon fds est de bon augure pour notre 
projet de mariage, et j'en conçois bonne espérance, n 

Leighton riposta par un éloge pompeux des grandes qualités du duc, et affirma 
de nouveau qu'il l'assisterait de tout son pouvoir. En prenant congé de la reine 
il dit quelques mots en faveur du maréchal de Montmorency; il rappela les ser- 
vices de son père, et prétendit que de son emprisonnement il résultait plus de 
mal que de bien 3 . 

Catherine, dans une certaine mesure, tint compte des représentations de la 

1 Bibl. nat. , fonds français, n" 3a 45, P a5. — 2 Archives de Monaco. — ' Calendar 0/ State papers 
(i5 7 4). 



CCVI INTRODUCTION. 

reine Elisabeth. Le 18 mai, étant venue aux Tuileries et ayant amené avec elle 
le duc d'Alençon et le roi de Navarre, elle prit un prétexte pour y appeler 
Leighton, et affectant de lui montrer les deux princes : et Vous voyez, lui dit-elle, 
comme ils sont prisonniers, n 

La conversation étant venue sur La Mole et Leighton s'étant plaint de la part 
d'Elisabeth que la promesse que la Reine lui avait faite de lui pardonner n'avait 
pas été tenue, elle nia d'en avoir fait une pareille 1 . 

Dans la nuit qui suivit, le Roi vomit beaucoup de sang, symptôme menaçant 
de sa mort prochaine. Le duc d'Alençon fit savoir à Leighton que, si son frère 
venait à mourir, il s'attendait à être mis à la Rastille. 

A la première nouvelle du péril qu'il courait : ce Il faut à tout prix qu'il soit 
sauvé, écrit lord Rurghley à Walsingham, le 2 5 mai, pour servir de contrepoids 
à ce tyran de Pologne. Le meilleur moyen, c'est de gagner ses gardes à prix 
d'argent; mais il faut user de beaucoup de circonspection. La moindre impru- 
dence pourrait lui être fatale. Faites en sorte que l'argent soit envoyé en grand 
secret, et sous des apparences plausibles, n 

Et il indique les diverses bourses où l'on pourra puiser la somme né- 
cessaire 2 . 

Mais Catherine faisait bonne garde. 

Durant ce temps, les forces du Roi déclinaient à vue d'œil : le 2 5 mai, il put 
encore écrire à du Ferrier, son ambassadeur à Venise : ce Montgomery s'estant mis 
aux champs pour essayer de s'estendre davantage a esté pressé et serré de si 
près qu'il a esté contraint de se jeter dans la ville de Domfront, assez foible et 
mal soutenable. Il a esté aussitôt environné par les forces que conduit Matignon, 
qui a fait retrancher toutes les saillies de ladite ville, de sorte que ledit Mont- 
gomery est hors de toute apparence d'en sortir et avoir secours, et pense que 
Dieu nous fera la grâce de l'avoir par deçà mort ou vif pour luy faire porter la 
pénitence du premier malheur qu'd a causé en ce royaume 3 , n 

Dans la soirée du 2 5 mai, après une défense héroïque dans le vieux donjon 
bâti au xi e siècle par ce redoutable Guillaume de Rellème dont la fille, coïnci- 
dence bizarre, avait épousé un Montgomery, l'indomptable capitaine, sous la 
promesse de la vie, se rendit à Matignon. Il y était entré avec quarante hommes, 
il ne lui en restait plus que quinze. Devant ces vieilles murailles trouées par les 

1 CalendarofStatepapers(iï>-]*-iZ>TU),p. 199. ! &M. nat., Cinq cents Colbert, n° 366, 

• lbid.,p. 5o6. f 6i3. 



INTRODUCTION. ccvn 

boulets, l'armée royale avait perdu deux cents hommes dont dix capitaines et 
quatre enseignes. 

Le 3o mai, quelques heures avant l'agonie de son fils, Catherine apprit cette 
victoire et elle eut le triste courage d'écrire à Matignon : a Nous ne vous sçaurions 
assez dire le plaisir et contentement que nous avons eu de la belle prise de Dom- 
front et du comte de Montgomery. Vous avez si bien et si heureusement com- 
mencé que je m'asseure que Dieu vous fera la grâce que vous achèverez de 
mesme et que remettrez Saint-Lô et Carentan sous l'obéissance du Roy monsieur 
mon fils 1 , n 

La veille Charles IX lui avait écrit : «Mon indisposition depuis un jour est fort 
accrue, et suis aujourd'hui en tel estât que j'attends ce qu'il plaira à Dieu faire 
de moy, en la main duquel sont toutes choses humaines, estant tout prest de me 
conformer à sa sainte volonté. Cependant j'ay prié la Reine ma mère que, sup- 
pléant au défaut de ma maladie, elle veuille avoir plus grand soin que jamais de 
mes affaires et de celles de mon royaume, ainsy qu'elle s'en est très dignement 
acquittée jusqu'icy, désirant qu'elle soit obéye en tout ce qu'elle commandera tant 
durant ma maladie que là où il plaira à Dieu faire son saint commandement de 
moy, jusques à ce que le roy de Pologne, qui est mon légitime héritier, soit 
arrivé. J'ay fait entendre cette mesme volonté à mes frères le duc d'Alençon et 
roi de Navarre, qui m'ont promis de l'ensuivre et obéir à madite dame et mère 
selon l'amour et bonne affection qu'ils lui portent' 2 . n 

La nuit du 29 au 3o mai s'annonçait terrible. Mazille, le premier médecin de 
Charles IX, fit sortir de cette chambre, déjà marquée parla mort, tous ceux qui 
y étaient; il n'y laissa que deux gentilshommes et la nourrice du Roi qui depuis les 
premiers jours de sa maladie l'avait toujours veillé. Toute protestante qu'elle 
était, Charles IX l'affectionnait. Rrisée par la fatigue, elle s'était assise sur un 
coffre et à demi assoupie, elle entendit le Roi se plaindre et murmurer. Se levant 
tout aussitôt, elle s'approcha du lit : «Ah! nourrice, ma mie, que de sang, mur- 
mura-t-il, que de sang! Que j'ai eu de mauvais conseils! Mon Dieu, pardonnez- 
moi! Je ne sais plus où je suis. Que deviendra tout cela? Je suis perdu, v — «Sire, 
lui dit sa nourrice, les meurtres sont sur la tête de ceux qui vous les ont fait 
faire. Puisque vous en avez regret, croyez que Dieu ne vous les imputera pas.» 

Et sur celte dernière parole, essuyant avec son mouchoir les yeux du mourant 
brûlés et agrandis par la fièvre, elle le laissa reposer. 

' Bibl. nat., fonds français , n" 3256, f 93. — 2 Bibl. nat., fonds français, n° 3a55, f" 92. 



ccm , INTRODUCTION. 

Le 3o mai au matin, il fit appeler son frère le duc d'AIençon et le roi de Na- 
varre et leur enjoignit d'obéir à sa mère à laquelle il laissait la régence; puis 
luisant approcher tout près de son lit le roi de Navarre de crainte qu'on ne l'en- 
tendît, il lui recommanda Marie Touchet et l'enfant qu'il avait d'elle. 

Le 3i au matin, lorsque Catherine, les yeux rayonnants de joie du triomphe 
el de la vengeance satisfaite, vint lui annoncer que Montgomery, leur ennemi 
mortel, était enfin dans les mains de Matignon, il ne répondit rien, et comme 
elle se plaignait de son silence : te Toutes choses humaines, répondit-il, ne me 
sont plus de rien. i> 

Un peu plus tard, sentant la mort venir, il fit éloigner sa femme dont la 
douleur lui faisait mal et ne garda que sa mère auprès de lui,. Il voulut lui 
parler encore, mais la parole lui manqua. L'agonie commençait; elle se prolongea 
jusqu'à quatre heures du soir. 

Au sortir de celte chambre où elle laissait son fils inanimé, Catherine prend la 
plume et elle écrit au nouveau roi : a Votre frère est mort, ayant reçu Dieu le 
matin; la dernière parole qu'il dit ce fut : Et ma mère! Cela n'a pu être sans une 
extrême douleur pour moi et ne trouve consolation autre que de vous voir bientôt 
icy, comme voire royaume en a besoin et en bonne santé; car, si je venois à vous 
perdre, je me ferois enterrer avec vous toute en vie l . » 

1 Bibi. nat. , tonds Dupuy, n" 5oo . P 88. Voir le Vray discours des derniers propos et Irespas du feu Roy 
Rouen, Mai-lin Le Mégissier; 1 5yi ). 



LETTRES 



DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



1570. — Septembre. 

Minute. Orig. Bibl. nat. foods français, n° i555o , f° 388. 

A MONSIEUR DE RELLIÈVRE. 

Monsieur de BeHièvre, il ne me reste au- 
cune chose à adjouster à la lectre que le Roy 
monsieur mon filz vous escript présentement L 
pour responce à ce que nous avons receu de 
vous du nu de ce moys, sinon que je vous 
prye en tout et partout vous conformer à son 
intention, comme il s'asseure et moy aussi que 
vous sçaurez très bien faire, ne bougeant en- 
cores de là où vous estes jusqu.es à ce que le 
faict des reystres et Suisses soyt entièrement 
arresté et résolu ; et sur ce , n'ayant autre chose 
à vous dire pour cesle heure, je prie à Dieu, 
Monsieur de BeHièvre, vous avoir en sa saincle 
et digne garde. 

Escript à Monceaulx, le . . . jour de sep- 
tembre 1570. 

1570. — 1 1 septembre. 

Aut. Arch. nat. coliect, Simancas , K 1517, pièce io3. 

A M 8 MON FILS LE ROY CATOLIQUE. 

Monsieur mon fils, s'an retournant le ma- 
réchal de Vostre Majesté, je n'é voleu léser aler 
sans la présante pour la remercier du beau et 

1 Voir cette lettre, ibid., f 287. 

Catherine de Médicis. — iv. 



bon cheval le Tigré que Jéronimo Gondi m'a 
balle de sa part,chause qui m'a esté sigrate 1 
tent pour la rareté de set cheval que prinsi- 
palement pour m'êlre d'ele mesme donné que 
je guarderé et tiendré cher, corne venant de 
Vostre Majesté que je ayme ayst 2 honore corne 
je doys et ay l'aubligation pour toutes les dé- 
mostrations qu'el a tousjour fayst et an pa- 
roles et enn esfaict, en mon endroyt que je 
métré pouine de reconoitre en toutes les au- 
casions et chauses que je penseré luy aystre 
agréable, ne désirant moyn la servir que le 
Roy mon fils propre , priens Dieu me fayre la 
grase que toute ma vye voye contineuer et 
augmenter sete bonne amytié et ynteligense 
que avés ensemble. 

De Monseaulx, cet xr 9 jour de sebtembre 

IO7O. 



Vostre bonne mère et seur, 



Caterine. 



1570. — i3 septembre. 

Aut. Bibl. nat. fonds français, n° 3339, f° 68. 
A MA COUSINE 

LA DUCHESSE DE iNEMOURS. 

Ma cousine, ayent entendu que Monsieur 

1 Gi-ate, grata, agréable. 
' Ayst, et. 



IMPniVEQIE NiTIOttil t. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



de Nemours aytoit malade, ie Roy mon fils 
ha comendé Valois présant porteur de l'aler 
voyr de sa part, et je n'ay voleu le le'ser par- 
tir san set mot pour vous prier me menderde 
ses novelles et des vostres , et ausi vous aseurer 
que, encore que je aye eu enn grent reume, 
je me suys si bien pourgée que je me porte 
très bien; et n'estoyl que alendons ysi ma 
fille de Lorayne samedi, nous l'usions partis 
venderdi; mes lundi san remise nous serons 
à Paris, s'il plest à Dieu, lequel je suplie que 
vous y puise trover et vostre mary ausi sayns 
et conlens que le désirés. 

De Monseaulx, cet xm e de sebtembre 1 570. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1570. — là septembre. 
Orig. Bibl. nat. fonds français, n°3i78, f° 17'j. 

A MONSIEUR D'HUMIÈRES. 

Monsieur de Humières, le sieur de Danzay, 
qui est ambassadeur en Dannemarch, m'a 
mandé qu'il me fait venir quelques hacquenées 
qui doivent venir à Péïonne, chose dont je vous 
veulx bien adverlir, affin que vous ordonnez à 
celluy qui conduira lesdictes hacquene'es de 
s'en venir droict à Paris, et de ne parler à 
homme vivant que premièrement il ne se 
soyt adressé à moy mesmes, d'aultaut que je 
désireroys que l'on ne sceult pas son arrivée, 
sans en estre la première advertye. Estant là 
toute l'occasion de ce mot de lettre, je finiray 
en priant Dieu, Monsieur de Humières, vous 
avoir en sa saincte garde. 

Escript à Monceaux, le xiih c jour de sep- 
tembre 1070. 

Caterine. 



1 570. — 1 5 septembre. 

Copie. Iîibl. nat. fonds français, n° 1075a. p. 8&6. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, pour ce que 
j'envoye présentement au roy d'Espaignc 
mon fils six hacquenées des meilleures que 
l'on a peu recouvrer par deçà, j'ay bien voulu 
accompaigner celluy qui a la charge de les 
conduire de ce mot de lettre pour le vous 
addresser et vous prier par mesme moyen de 
les présenter audict roy de ma part avec les 
plus honnestes et gratieuses paroles qu'il vous 
sera possible. Et, m'asseurant que vous sçau- 
rez bien suivre mon intention, je prieray Dieu, 
Monsieur de Forquevauls, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Monceaulx, le quinziesme sep- 
tembre 1 570. 

CiTERIVE. 



1570. — i5 septembre. 

Copie. Bibï. nal. fonds français, n" 10753, p. 84a. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, j'ay donnécharge 
à ce porteur, maréchal du Roy Catholique, de 
vous bailler six hacquenées, afin que de ma 
part les présentiez audict Roy avec de belles 
paroles; aussi je luy ay baillé deux petits 
chiens de Lion pour les bailler de ma part aux 
deux Infantes mes filles, et vous prie de leur 
dire que ne sçaurois avoir plus grand plaisir 
que d'entendre ce qu'elles vouldroinl d'icy 
pour leur envoyer. Aussi je luy ay l'aie! 
bailler deux pièces de velours noir figuré et 
ouvré pour la duchesse d'Albe, à qui je vous 
prie les bailler, de ma part , non pour présent, 
mais pour luy faire voir des laçons de deçà, 
que, si vouloit quelque chose, que ce fui en 
ma puissance, elle l'auroit, taul je me liens 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉD1GIS. 



oubligée du service que faict aux deux Infautes. 
Je ne vous fairay pour ce coup plus longue 
lettre, priant Dieu, Monsieur de Forquevauls, 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 

DeMonceaulx. ce quinziesme jour de sep- 
tembre 1570. 

Caterine. 



1570. — 16 septembre. 

Minute. Orig. Bibl. nal. fonds français, n° i555a, f° a63. 

A MADEMOISELLE DE POIZIEUX. 

Mademoiselle de Poizieulx, les dames de 
Sipierre et d'Alluye l m'ont supplie'e de voulloir 
prandre les filles de feu Monsieur de Crevant 
vostre nepveu, ce que j'ay accordé en leur fa- 
veur et en celle de feu leur père qui a esté bon 
serviteur du Roy monsieur mon fiiz et de mon 
filz le duc d'Anjou; à ceste cause je vous prie 
que, les envoyant quérir par ladicte dame d'Al- 
luye, vous ne failliez de les luy envoyer et, 
estant venues devers elles, elles en prandront 
chacune une pour les nourrir et instruire 
jusques à ce qu'elles aient attainct aage pour 
me pouvoir faire service ou à la royne future 
ma fille et, m'asseurant que vous n'y ferez 
l'aulte, je prieray Dieu, Mademoiselle de Poi- 
zieulx, qu'il vous aict en sa saincte garde. 

De Montceaulx, le xvi c jour de septembre 
1570. 

Caterine. 



1570. — a3 septembre. 

Imprimé dans ia Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon , 
I. VII, p. t3l. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fénelon, par la lettre 

1 Marie et Jeannette Piennes, dont l'une, Marie, avait 
épousé M. de Sipierre, l'autre, Jeanne, Fiorimond Ro- 
bertet , s' d'Albùe. Leurs deux portraits ont été placés dans 
les galeries de Versailles sous les n 05 3ao5, 3ao6. 



] que le Roy monsieur mon fils vous escript, 
! vous verrez qu'il remet à vous satisfaire en 
brief à trois dépesches que nous avons puis 
naguières receues de vous, dont les deux der- 
nières n'ont encore esté leues, qui me laie! 
aussi attendre à respondre à ce que par icelles 
vous m'escrivez. Et n'estant ceste dépesche 
faicte que pour accuser la réception des vos- 
tres, affin que n'en demeuriez en aucune 
peine, je n'estendrai ceste-cy davantage que 
pour prier Dieu de vous avoir en sa saincte et 
digne garde. 

Escript à Paris, le xxin c jour de septembre 
1670. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon , despuis ceste 
lettre escripte, nous avons ouvert et veu vos- 
dictes dépesches, ausquelles le Roy monsieur 
mon fils vous faict si amplement responce qu'il 
n'est besoin, me remettant à sesdictes lettres, 
vous en dire davantage, comme aussy ne fai- 
sai-je que pour vous prier d'assister en tout ce 
que vous pourrez ma fille la royne d'Escosse, 
et faire, s'il est possible, que par les moyens 
que nous vous mandons, elle puisse estre bien- 
tost mise en liberté et ses affaires aller bien. 

Escript à Paris, le xxm c jour de septembre 
1570. 

1570. — 26 septembre. 

Imprimé dans ia Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon , 
t. VII, p. 1S1. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fénelon, nous avons 
veu par vostre despesche du xix e de ce moys, 
que nous avons receu en fermant celle-ci , ce 
que nous mandés de l'armement des grands 
navires et préparatifs de vivres qui se font par 
delà, et l'occasion pour laquelle vous estimés 
que cest; à quoy, toutefois, il ne se fault pas 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



trop fier, et sera bon que ayés toujours l'œil 
ouvert, comme ave's acoustumé, pour voir de 
quel eosté l'on les voudra employer, pour 
nous en avertir continuellement. 

.Nous avons aussi eu par vosfre lettre le 
retardement du parlement du secrétaire Cecil 
et de ceux qui dévoient aller avec lui pour la 
négociation des traicte's et affaires de ma fille 
la roync d'Ecosse. 

Quant aux François qui estoient de delà, et 
que nous mandés qui l'ont dilliculté de revenir 
en France pour le danger qu'ils pensent qu'il 
y auroit, eulx retournant à Rouen, Dieppe, 
et Calais, et que l'on l'ait dilliculté de les y 
recevoir, vous les pourrez bien asseurer qu'ils 
doibvent revenir asseurément, et que le Roy 
monsieur mon fils a pourveu qu'ils y seront 
doucement receus et maintenus. 

Et quant aux marchands qui poursuivent 
de delà des déprédations, vous aurés veu ce 
qu'en aura esté accordé par l'édict de pacifica- 
tion, qui vous a esté envoyé; à quoy il vous 
lault régler, vous priant, pour la fin de ceste 
lettre, de continuer, à nous adverlir tousjours 
de ce que vous pourrés apprendre de l'em- 
barquement et passage de la royne d'Espagne 
et des autres occurances. Et sur ce, je prierai 
Dieu vous avoir en sa saincte et digne garde. 

Caterine. 

L'ambassadeur de ma fille la royne d'Ecosse 
m'a présentement dict que vous avés escript à 
sa mailresse, ou faict dire que nous ne la 
pouvions aucunement secourir des harquebu- 
siers dont nous luy avons donné espérance; 
sur quoy je n'ay aultre chose à vous dire, si 
ce n'est qu'il lault que vous vous comportiés 
en cela avec la plus grande discrétion que pour- 
rez envers la royne d'Angleterre. Toulesfois, 
sans dire chose qui nous mette à la guerre, 
faisant néanlmoings tous les bons offices que 



vous pourrez pour assister ma fille la royne 
d'Escosse à sa prompte délivrance et au bien 
de ses affaires, comme le Roy monsieur mon 
fils vous a escript '. 

Ce xxvi e jour de septembre 1570. 

Cateri>e. 

l'iNART, 

1 Voici ce qu'écrivait Charles IX : «J'ay donné charge 
au s' de Walsingham, comme il prenoit congé de mov, 
de dire de ma part à la royne sa mailresse que je m'estois 
toujours asseuré que, suivant ce qu'elle m'avoit si ex- 
pressément promis, qu'elle ne fairoil ni permettroit poinl 
qu'il s; fis! en Escosse aulcune chose au préjudice de la 
royne d'Escosse ma sœur, el qu'ayant entendu que le 
comte de Sussex estoit allé de cecosté là avec des forces, 
ayant, comme j'ay sceu par les derniers advis que j'ay 
eus, desjà coumencé à faire beaucoup de mal etdebrul- 
leries en Escosse, je m'eslonnois fort de cella et le trou- 
vois merveilleusement estrange, veu l'asseurance qu'il 
m'avoit donnée que, jusques à ce qu'il se vit ce qui pour- 
rait réussir de l'appointemenl qui se traitoit, il ne serait 
faict aulcune entreprise de ce costé là; m'ayant sur 
cela son ambassadeur, qui est icy, et le s' de Walsin- 
gham respondu que ledict conte de Sussex n'estoit point 
advoué de ladicte royne leur maitresse. Toulesfois esti- 
mant qu'il n'entreprend pas telles choses de luy mesmes, 
je leur ay bien faict entendre que, s'il y avoit de mes sub- 
jecls qui usassent de tels déporlements à mes voysins, je y 
sçaurois fort bien pourvoir, el en fairois faire telle exécution 
cl justice que ce serait exemple el que pour cesle cause je 
priois ladicte roine leur maitresse d'y pourvoir et de me 
faire cognoislre qu'elle a volonté d'entretenir ce qu'elle 
m'a si expressément promis en cella et aussy pour la 
prompte délivrance et liberté de madietc seur ta royne 
d'Escosse et que, si cela se faisoit aultreraent et qu'elle 
no satisfit à sadicle promesse, j'avois grande occasion de 
m'en ressentir comme je ne fauldrois pas de faire déli- 
bération de ne laisser aucunement mudicle sœur, mais 
au contraire de l'assister et ayder non seulement pour 
sa personne, afin qu'elle puisse élre bientost mise en li- 
berté el aussy pour les affaires et conservation de son 
pais et de n'espargner en cela les moyens que Dieu m'a 
donnés.» (Ibul, p. 139.) Voir dans le Cakndar of Suite 
papers (1670, p. 34o), lettre de la reine Elisabeth au 
comte de Sussex; lettre de sir Henri Norris à Cécil et à 
la reine sa maitresse (Uni., p. 34i, 363, 344); Gau- 
thier, Vie de Marie Sluarl, t. H, p. 167 et suiv. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



1570. — 37 septembre. 
Ori{J. Bibl. nat. fonds français, d° 3 178 , f* 178. 

A MONSIEUR DE HUMIÈRES. 

Monsieur de Humières, vous m'avez faicl 
grand plaisir d'avoir faict accompagner les 
dix huict chcvaulx qui me sont venuz naguères 
])Our leur donner moien de venir jusques en 
ce lieu en plus grande seureté, dont je vous 
ay bien voullu remercier par la présente, la- 
quelle n'estant à autre effect, je finiray en 
priant Dieu, Monsieur de Humières, vous tenir 
en sa saincte garde. 

Escriptà Paris, le xxvn c septembre 1570. 

Caterine. 



1570. — 1" octobre. 

Copie. Bibl. nal. fonds français, n° 10753 , f° Si 3. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, pour ce que j'ay 
entendu que la duchesse d'Albe n'est plus au- 
prez des Infantes et s'en est allée, je vous ay 
bien voullu escripre la présente, afin que vous 
m'en mandiez l'occasion et qui est celle que 
l'on a mise en sa place, d'autant que j'en suis 
en peine, craignant qu'elles ne soient si bien 
avec une autre comme elles estoint avec la- 
dicle duchesse. Au demeurant, estant la royne 
d'Espaigne passée, comme nous avons eu ad- 
vertissement, je vous prie, aussi tost qu'elle 
sera arrivée, de l'aller voir et visiter de la 
part du Roy monsieur mon fils et de la 
mienne et luy dire que vous avez ceste charge 
expresse de nous en attendant que l'on y en- 
voyé un gentilhomme exprez, comme nous 
avons résollu de faire, priant le Créateur, 
Monsieur de Forquevauls, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Paris, le 1 er jour d'octobre îôyo. 

Caterine. 



Monsieur de Forquevauls, le porteur est si 
pressé de partir que je n'ay moyen de vous 
escrire si amplement que je désirerais, pour 
le long temps qu'il y a que l'on ne vous a faic! 
dépesche, d'autant qu'il fault, si l'on vous 
veult faire seurement tenir des lettres, les en- 
voyer par courrier exprez. Le brodeur de la 
feue royne ma fille n'est encore venu, com- 
bien que j'aye , par une lettre que vous m'avez 
escriple par un courrier qui passoit en Flan- 
dres, entendu son parlement. 



1570. — ia octobre. 
Copie. Bibl. nat. n° 1075a, p. 854. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, par vostre lettre 
du huict d'aoust j'ay esté bien particulière- 
ment informée de ce qu'avoit négotié en Por- 
tugal don Francez de Torres 1 par le comman- 
dement de nostre Sainct Père le Pape, spé- 
cialement sur ce que concerne le mariage 
dudict roy de Portugal avecques ma fille, fai- 
sant assez de démonstration Sa Saincleté de 
la bonne volonté qu'il a qu'icelluy mariage 
s'effectue bien tost. J'estimois suivant ce que 
m'esciïvez par ladicte lettre que don Francez 
de Torres seroit pour retourner inconlinant à 
Rome; sur cella nous avions dépesche vers le 
cardinal de Rambouillet pour l'instruire de ce 

1 Torres fut reçu par dom Sébastien, le k juin. Il lui 
parla en termes élogieux de Marguerite de Valois. Le 
jeune roi promit d'écrire prochainement à ce sujet à Sa 
Sainteté; mais loin de là dans la lettre qu'il écrivit, il 
n'y fil pas la moindre allusion. Fort étonné de ce si- 
lence, le pape insista en faveur de celte union qu'il 
considérait comme le moyen le plus sur d'assurer la paix 
de la chrétienté, et il ordonna à Torres de retourner à 
Lisbonne. C'est à ce second voyage que fait allusion la 
lettre de Catherine. Voir Sanlarem, Quadro elementar 
dus relaçôes politicas e diplomaticas de Portugal, t. XII. 
p. half, Gacliard, Chroniques belges inédite». 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



qu'il avoit à faire envers Sa Saineteté. Par 
rostre dernière du vintiesme du dernier passé 
vous m'escriviez que don Louys est retourné 
en Portugal. J'atlendray donques à sçavoir ce 
qu'il y aura négolié avant que de faire juge- 
ment de ce que j'en doibs espérer pour aprez 
vous escripre de ce qu'il m'en semble comme 
aussi de la responce que le Roy Catholique 
vous a faict bailler par escripl. Aussi le Roy 
monsieur mon fils est délibéré d'envoyer bien 
tost aprez le parlement de ce courrier un gen- 
tilhomme de qualité par delà, pour visiter la 
royne d'Espaigne sur son arrivée, comme 
vous verrez par sa lettre et pareillement son 
intention tant sur ce qui touche le sieur don 
Francez que sur toutes les particularitez que 
lui avez escriptes par vos précédentes dé- 
pesches. Vallée, porteur de vostre lettre du 
vintiesme, m'a dict comme la duchesse d'Albe 
estoit retirée d'auprez mes petites-filles, dont 
je suis très marrie; car je sçay le soing et la 
peine qu'elle prenoit près d'elles, qui me fai- 
soit asseurer qu'elles seroint très bien et di- 
gnement traictées pendant qu'elle y demeure- 
rait. Je n'en puis penser la cause, vous priant 
de la m'escripre à la vérité et davantage 
comme se gouvernera la marquize de Fro- 
mesta qui a esté mise en son lieu, craignant 
infiniment qu'elles ne soinl traictées avecques 
l'honneur et le respect qu'elles méritent. Je 
vous prie m'escripre doresnavant bien parti- 
culièrement le cas que l'on faict d'elles, l'ordre 
qu'il y a à leur maison et si l'on les visite 
souvent, ayant tant aimé leur mère que je 
leur porteray toute ma vie toute l'affection et 
amitié qu'il me sera possible. Quant à ce que 
concerne vostre particulier, je vous prie, Mon- 
sieur de Forquevauls, continuer à servir le 
Roy mondict sieur et fils de la mesme volonté 
que nous connoissons que vous avez faict 
jusques à présent et voulloir avoir patience 



jusques à ce que nous voyons ce que se devra 
espérer de ce mariage de Portugal, vous as- 
seuranl que voz labeurs et peines ne vous se- 
ront inulilles et que le Roy mondict sieur 
et fils les vous reconnoistra, ce qu'il n'a peu 
jusques à ceste heure faire comme il désire- 
rait au moyen des grands affaires qu'il a eues, 
qui l'ont mis en une extresme nécessité. L'on 
vous fera sçavoir par celluy que nous vous dé- 
pescherons quand se confirmera le mariage du 
Roy mondict sieur et fils et tout ce qui est de 
ce faict là , comme aussi serez vous plus par- 
ticulièrement adverti de tout Testât des affaires 
de ce royaume, n'étant ceste dépesche en- 
voyée par ce courrier exprez que pour vous 
oster de la peine en laquelle nous estimons 
que vous vous trouveriez pour n'avoir receu, 
il y a long temps, aucune lettre de nous, sinon 
un petit mot de moy par un courrier qui 
passa par icy, allant de Flandres en Espagne, 
pour, à monadvis,advertirieRoy Catholicque 
de l'embarquement de la royne sa femme. Je 
prie Dieu, Monsieur de Forquevauls, vous 
avoir en sa saincte et digne garde. 

Escript à Escouen, le douziesme jour d'oc- 
tobre 1670. 

Caterine. 



1570. — 20 octobre. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Motlie-Fétielvn , 
t. VII, p. i43. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon , M r le car- 
dinal de Chastillon a fait tenir propos à mon 
fils le duc d'Anjou d'une ouverture de ma- 
riage de la royne d'Angleterre et de mon fils; 
en quoy celui qui en a parlé donne telle 
espérance qu'il croit qu'il se faira fort aisé- 
ment 1 , si nous voulons; mais, parce que nous 

1 Au moment de quitter l'Angleterre, le cardinal vint 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



avons pensé que cette ouverture se faisoit pour 
l'intelligence et peut être menée de la reync 

trouver La Molhe-Fénelon et, après avoir cherché à sa- 
voir de lui où en était le projet de mariage de Mon- 
sieur, c'est ainsi qu'on appelait le duc d'Anjou, et de la 
princesse de Portugal, il lui insinua que c'était peut- 
être l'heure favorable pour penser à une autre alliance 
et qu'il avait quelque raison de croire que Monsieur pour- 
rait être agréé par la reine Elisabeth. La Mothe-Fénélon 
répondit que ladite reine avait toujours déclaré qu'elle ne 
voulait point se marier, à la réserve pourtant de l'archi- 
duc Charles, sur lequel s'étaient portées ses préférences; 
mais que, rrsi elle trouvoit bon d'épouser Monsieur, il en 
adviendroit plus de conciliation au monde, plus de paix 
en France et plus de terreur à ses ennemis que de nulle 
chose qui se pust aujourd'hui mettre en avant». 

Le cardinal de Chàtillon n'était pas le seul à s'entre- 
mettre dans cette étrange négociation; le ridante de 
Chartres y jouait aussi un rôle et l'avait même gagné de 
vitesse. La Mothe-Fénelon, dans une lettre à Catherine 
de Médicis du 9 novembre 1070, l'avait prévenue que 
d'après la confidence à lui faite par un des principaux 
du gouvernement, depuis trois mois le vidame menait 
cette intrigue avec Cécil '. Le renseignement donné était 
exact et en voici la preuve dans une lettre du vidame au 
maréchal de Montmorency, où tous les avantages de 
cette union pour la France sont exposés en regard des 
dangers qu'apporterait le mariage d'Elisabeth avec l'ar- 
chiduc Charles. 

tt Monseigneur, j'ay receu une lettre qu'il vous a pieu 
m'escripre pour responce à ce que vous avois escript par 
Monsieur de Saragosse. J'ay congneu que pensiez que je 
fusse encores au lieu dont vous avois escript. Si j'eusse 
pensé que ma présence y eust esté requise, j'eusse différé 
tant qu'il vous eust pieu le me faire entendre, mais il 
vous estoit fort aisé à penser que, si l'on procédoit par 
deçà à ceste négociation , elle seroit adressée à Monsieur 
le cardinal de Chastillon, ou à l'ambassadeur du Rov. 
Quant à moy je n'ay prétendu en cest affaire que le ser- 
vice du Roy et de la couronne de France. Et si les affaires 
succédoient, comme je y voy une telle espérance et as- 
seurance, s'il estoit poursuivy diligemment, le contente- 
ment que je désire ne me pourrait fuir. Il est vray que 
je serais fort marry, si jamais j'oyois dire que, par faulte 
île diligence, cest affaire fust demouré imparfaict, aussy 
seroit-ce ung domage public oullre le particulier du 

' Correspondance de Lu MatheJPéiuUa , l. il! . p. 359. 



d'Angleterre, et beaucoup plus en intention 
de se servir du temps et de nous, pendant 

prince, auquel les premiers fruicts en appartiennent. 
Monsieur, une lettre que j'ay receue de Monsieur de Sa- 
ragosse me faict entrer en soupçon et crainte, que, en 
attendant, entre deux personnes qui ne se sont jamais 
veues, qui ostera premier le bonnet, il ne se metle quel- 
qu'ung entre deux qui face perdre l'occasion de contrac- 
ter une grande amitié et fort utile à la France, laquelle 
estant perdue s'en suyvroit le domage et le regret, mais 
en vain. Je suis bien asseuré que l'archiduc d'Austriche 
ne s'endormira pas, et ne laissera perdre l'occasion qui 
se présente à une assemblée des Estais qui se vont tenyr, 
voire les préviendra, s'il peull, ne perdra pas une heure 
que pendant qu'il voyt que la royne est en deflîance et 
doubte pour les affaires de la royne d'Escosse et des diffé- 
rens qu'elle a avec le roy d'Espaigne , et que voyant que 
l'Empereur a vent en pouppe, et qu'il fait desmarriages 
tels qu'il sçauroit souhaiter, il ne se serve de l'occasion et 
faveur du temps. Et pendant que les amis simulés pais- 
tront la jeunesse animeuse, et la rempliront de grandi' 
espoirance, luy promelant par adventure des plus 
grandes choses (combien qu'elles ne soient pas aysées à 
trouver, et pour moy je ne les sçay pas), ils prendront 
cest advantage sur la parlye, et renforceront leur gran- 
deur de la puissance et faveur d'un royaulme qui n'est 
point petit. 11 ne fault penser que les difficultés pour la 
religion puissent engendrer quelques difficultés aux capi- 
tulations qui facent plus de retardement , car je sçay par 
la bouche de la dame, et aussy par ceulx qui ont sceu 
toute ceste uégotiation passée, et par ung qui a esté em- 
ployé, qui ne parle pour mettre le beau devers elle, n'es- 
tant de ses subjecls, mais estranger, que la carte blanchi; 
luy a esté donnée, et s'est contenté l'archiduc pour le 
faict de la religion de si peu que cella se doibt estimer 
pour rien; davantage la considération de l'aage qui 
est plus viril, et mesme donne ung beau lustre aux 
persuasions et jugement de ceulx qui tendent de ce coslé 
là. Je crains que ceux qui tiennent le party contraire ne 
persuadent, avec apparence, à cause du trop long si- 
lence, ou froyde poursuite, qu'il y aye du mécontenb'- 
ment ou de la froideur en ceulx de la France, estant 
chose propre au sexe de faire plus de choses par despit 
que par amour. Est à craindre que la froideur de ceste 
part ne soit cause de l'eschauffer et faire haster plus 
qu'elle ne feroit, si n'estoit pour se faire regretter après 
à loisir par ceuk qui se seraient portés trop froidement 
en Mm endroit. Il me semble que c'est beaucoup qu'elle 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



que cessi se ne'gocieroil, qu'elle fairoit con- 
duire à la longue, que pour volonté' qu'elle 

parlamente, sans avoir ouye parler le canon. Et n'est 
pas peu de chose, qu'estant sa principale defl'ence de la 
différence de l'aage et de l'inconstance de la jeunesse et 
la crainte d'estre, d'icy à quelques anées, peu aymée 
cl mesprisée, et en danger de veoir de ses yeulx aymer 
d'autres, l'on luy a faict abandonner ceste contre-escarpe 
tellement que l'on peult veoir au pied de la muraille qui , 
je vous asseure, n'est point veue de flanc, des particu- 
larités et moyens que l'on a tenus en ses approches 
jusques là. J'en ay dit quelque chose à cest gentilhomme 
qui est fort affectionné à cest affaire, en faveur du bien 
de la France et abondant en hayne de la grandeur qui se 
voit préparer à la maison d'Uilricbe, si elle s'impatro- 
nize de ce royaume, tellement qu'il n'est à craindre 
sinon que la tardivité ne donne loisir à ceulx qui de long- 
temps ont faict deseing de se saisir de ce pais, de venyr 
au bout de leurs intentions, lesquelles sont fort favorable- 
ment receues. Et croy qu'ils jouyront, si leurs conseils 
ne sont troublés par une division et par object nouveau 
plus désirable que celluy qui se présente. Ce qui me 
semble estre indubitablement en la jeunesse d'un prince 
quia la réputation d'avoir le sens meur devant les ans, 
et ausy courageux et d'ausy grande espérance que prince 
qui soit né de l'aage des hommes. Monsieur, vous sçavez 
fort bien combien la maison d'Autriche seroit agrandie 
sur la maison de France, si elle estoit renforcée de ce 
royaume, et n'y a point de doubte qu'elle ne donnast 
pour lousjours par cy après la loy à la France. Et est 
chose seure qu'elle coutraindroit le Roy à rompre la paix 
qu'il a donnée à ses subjecls. Davantage, si par ce ma- 
riage n'est donné satisfaction au grand cœur de Monsei- 
gneur frère du Roy pour l'occuper et luy donner matière 
de faire plus grands deseings, il ne fault point doubler 
que tous ceulx qui prennent la couleur et prétexte de la 
religion pour advancer les moiens de la division et ruyne 
de la France, aflin d'agrandir la maison d'Autriche, ne 
proposent à Monsieur le duc d'Anjou quelque mariage, 
qui sera aux despens de la couronne de la France, si la 
bonne nature et amitié d'entre les frères ne résiste à leur 
malicieux deseing; mais il n'en sçauroit proposer duquel 
se doive espérer plus de grandeur, non seulement à luy 
mais à toute la maison de France, en gaignant le dessus 
sur la maison d'Autriche, laquelle veult, soubs couver- 
ture et couleur du mariage du Roy, faire avaller ceste 
cuvée et gaigner ung royaume, sans qu'il luy soit donné 
empeschement. Et ne fault point doubler que, si le ma- 



cusl de se marier, je répondis à celuy qui m'en 
parla que je ne pensois pas que ladicte rovne 

riage de l'archiduc se faict, qu'il ne soit en peu de temps 
mieulx obéy que n'a esté le roy Philippe, et ce moiennant 
le danger de la religion. Et leur sera aisé de nous don- 
ner la loy, ou pour le moins de nous faire redoubler la 
ruyne de la France par division et guerres civiles. Au 
contraire, si ce bien est réservé pour nos princes, il y 
aura bien de quoy rendre la pareille à ceux qui ont 
dressé tous leurs conseils à procurer que la France se 
ruynast par une guerre civile, voyans que, par guerres 
ouvertes, jamais ils n'auroient peu parvenir à leur inten- 
tion. Pour amour du mal qu'ils ont faict, Monseigneur 
pouroit avec forces du Roy, faveur d'Angleterre et 
moiens du prince d'Orange, avoir la confiscation de la 
Flandre par droict de féodalité pour félonie commise. Et 
ausy la maison d'Autriche, qui se bastit l'empire hérédi- 
taire et la monarchie, trouveroit en ung instant deux 
frères, roys ausy puissants l'ung que l'autre, pourcontre- 
poid de son ambition, ligués avec les princes protestans 
de i'Allemaigne, et auroient les deux frères plus de part 
en l'Empire que ceulx qui se veulent atribuer par la 
ruyne des anciennes maisons de la Germanye, comme de 
la maison de Saxe et des princes Palatins, qui sont ama- 
teurs de la couronne de France. Le partage de Monsieur 
d'Alençon seroit aisé à trouver en le duché de Milan, 
avec la faveur de I'Allemaigne, des Suisses ausy et des 
princes italiens dévotieux de la France, et si besoing es- 
toit pour le recouvrement du royaume de \aples, la fa- 
veur du Turc se trouveroit par après bien à propos. Mon- 
seigneur, il m'a semblé que cela est si aparent et si facile 
à persuader que, puis que vous en aurez une fois ouvert 
la bouche, il n'y faudra plus aultre soliciteur que le Roy 
mesmes, qui peult veoir parce moyen son royaume luy 
demeurer uny, ses forces partagées, sa force telle et si 
grande qu'il ne pourra estre offencé, ny commandé par 
menasses qui contraignent faire la guerre à ses subjects , 
pour complaire à ceulx qui sont envieux de sa grandeur, 
et n'ont peu trouver moyen de la diminuer que par elle- 
mesme. Lors se pourroit faire une ligue parfaite entre 
nos princes et les protestans de la Germanye et les Suisses ; 
de ceste façon ung grand plaisir viendrait à la Royne de 
veoir tous ses enfans roys. Lors l'Eglise galicaine pourroit 
s'exempter des erreurs de l'Eglise romaine, comme elle a 
faict plusieurs fois, le temps passé; lors se pourroit faire 
faire ung concilie général , auquel les erreurs introduites 
par l'ambition et advarice de l'Église romaine ne seraient 
favorisées et confirmées par practiques et corruptions et 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



d'Angleterre se voulusl mettre en la subjeetion 
d'un mari; mais que, s'il y avoit quelque 
femme ou fille à marier qui lui appartint de 
si près qu'elle la pust faire et asseurer héri- 
tière de la couronne après elle, qu'il seroit 
beaucoup plus convenable ainsi; et que, si 
cela sepouvoit faire de cette façon, que ladicte 
royne auroit, par le moyen de ceste alliance, 
tous les contentemens et grandes amitiés 
qu'elle pourroit désirer et espérer en ce 
monde, tant du Roy monsieur mon fils, 
que de mondict fils le duc d'Anjou et par 
conséquent de tous ceux de mon royaume, et 
aussy des grands qui y sont alliés. 

Et, au second voyage de celui qui tint ce 
propos de la part dudict sieur cardinal de 
Chaslillon. celluy qui m'en a parlé, m'a 
dict, à cette occasion, que icelluy sieur cardi- 
nal avoit sceu qu'à ces prochains Estats, qui se 
debvoient tenir en Angleterre, icelle royne 
seroit fort pressée, voire contraincte de se ma- 
rier à quelque grand prince, et qu'il falloit 
nécessairement qu'elle avisast de s'en résoudre ; 
sur quov je n'ay rien répondu. Aussy, paï- 
en la France, l'Allemaigne et l'Angleterre s'introdui- 
roient ung ordre et police de religion et unité de doctrine 
que toutes les aultres provinces de la chrestienté seroient 
contrainctes d'embrasser et finiroient les différens des 
sulijects avec leurs princes, des quelles Sathan se sert 
pour la destruction de la chrestienté, et pour donner loisir 
au Turc d'usurper pendant que les princes chrestiens 
s'amusent à défendre les superstitions du Pape et main- 
tenyr sa grandeur. 

- Monseigneur, je me recommande très humblement à 
votre lionne grâce, et vous suplie de rechef me départir 
votre faveur et conseils touchant comment je me doibs 
gouverner à escripre à Leurs Majestés ou non. 

"Monseigneur, je prie Dieu vous donner très heureuse 
et très longue vye. Ce jour d'octobre 1670.» (Record of- 
fice. State papers, France, vol. XL VIII; copie du temps.) 

Voir notre livre : Les projets de mariage de la reine 
Elisabeth (Calmann-Lévy 1 ; voir la réponse de La Mothe- 
Fénelon. t. III, p. 337, 35g. 

Catuemnb de Médicis. IV. 



mesme moyen , il me dict que celuy qui en a 
parlé à mondict fils avoit encore en cella 
quelque chose à me faire entendre. Je seau nu 
que c'est. 

Mais cependant je vous diray que, si l'on 
cognoissoit clairement que ladicte royne eusl 
franche volonté de se bien establir avecque 
nous par le moyen du mariage de mondict 
fils avec celle qu'elle voudroil faire héritière 
de sa couronne après elle, comme j'eslime que 
c'est chose qu'elle a et doibt avoir en affection 
pour son repos et contentement, à présent 
qu'elle se voit hors d'espérance d'espouser 
l'archiduc Charles, qui se marie à sa niepce 
la fille du duc de Ravière, je crois qu'il seroit 
expédient, et j'estime que c'est chose que 
nous et elle devons désirer, pour le bien de 
la chrestienté, et principallement de ces deux 
couronnes, qu'elle fisl déclarer auxdicts pro- 
chains Estats d'Angleterre la plus proche à sa 
couronne héritière après elle de sadicte cou- 
ronne et royaume; et, en ce faisant, faire ex- 
pressément résoudre aussy par lesdicts Estats 
le mariage de ceste héritière avec mon fils, 
chose qui, je suis très asseurée, apporterait à 
ladicte royne tous les contentemens qu'elle 
sçauroit espérer, comme s'il estoit son propre 
fils; car il est de si bon naturel que, si elle 
luv faisoit et procurait ce bien, il la servirait 
et honorerait d'affection. Et, oultre cella, se 
pourroit cette royne prévaloir grandement, 
à l'occasion de ce mariage, en toustes ses af- 
faires, lant de la faveur et des moyens du 
Roy monsieur mon fils que de mon fils le duc 
d'Anjou, qui a eu cet honneur d'avoir, à son 
âge, conduit et commandé heureusement de 
si belles armées, et gaigné de si grandes ba- 
tailles, y ayant acquis l'expérience et telle ré- 
putation par toute la chrestienté, que prince 
ne la sçauroit désirer plus grande ni meilleure 
qu'il l'a. 



11 IT 1 11). '. if «ATIOVILE. 



10 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



Je vous ay bien voullu faire tout ce dis- 
cours, vous priant de le tenir si secret que 
nul des vostres, ni aultre, quel que soit, n'en 
sache rien. Et faut tascher de descouvrir et 
voir si vous pourriez rien apprendre de ceci, 
pour m'en donner advis à toutes occasions; et, 
si vous cognoissez que l'on en puisse espérer 
quelque bon fruict, il fault que secretlement 
et accortenient, comme je sçay que vous sça- 
vez très bien faire, vous en parliez comme de 
vous-mesme au secrétaire Gecil, qui s'est allié 
à une maison qui a, comme j'ay entendu, 
laid toujours concurrence à la royne d'Ecosse 
ma lille, pour la succession de la couronne et 
royaulme d'Angleterre, affin qu'il regarde 
quelle femme ou fdle de cette maison là se- 
rait la plus apte à s'y introduire; et sur celia, 
entrer en propos avec luy, à bon escient, et 
luy faire amplement entendre, comme vous 
sçavez très prudemment faire, le grand bien 
qu'il se fairoit à lui-mesmes et à sa maison de 
moyenner et conduire cella à perfection; et 
que, par ce moyen, il honorerait et asseure- 
roit du tout sadicte maison, et si, demeure- 
rait à jamais grand, mauiant encores avec 
beaucoup plus d'authorité qu'il n'a jamais 
faict le royaulme et affaires d'Angleterre. Et, 
outre cella, il se serait employé' pour un 
prince qui recognoistroit si bien le bon office 
qu'il faira en cella pour luy qu'il n'en pour- 
rait espérer que tout heur et félicité à luy et 
aux siens. 

H y a, ce me semble, une femme de ceste 
maison là qui a esté long-temps prisonnière 
avec son mari et leurs deux fils. J'ay ouï dire 
que le mari est mort en prison; il faudrait 
sçavoir si elle seroit la plus proche, et, si 
ainsi estoit, pour ce que si on lui faisoit ce 
bien là, et qu'il n'y feust par mesme moyen 
pourvu, ses fils seraient héritiers de ladicte 
couronne d'Angleterre, il faudrait faire, pour 



remédier à cella, que les susdicts Estats la dé- 
clarassent héritière de la couronne d'Angle- 
terre, et, pour certaines grandes occasions, 
lesdicls enfans descendans du mariage d'elle 
et de mondict fils seulement et non d'autres 
mariages. 

Je vous ay bien voulleu commettre ce dis- 
cours, sçaehant bien que vous estes si affec- 
tionné à ceste couronne et si prudent que 
vous en sçaurez dignement user, et vous y 
comporter comme il fault, vous priant que 
j'aye sur ce de vos nouvelles le plus souvent 
que vous pourrez, et que personne du monde 
ne sçache rien de ce que je' vous escripts, ne 
l'aillant, quand vous me manderez quelque 
chose, de m'en faire, de \ostre main, une lettre 
à part que vous plierez fort menu. El ne m'en 
escrivez jamais que quand \ous m'envoyerez 
quelqu'un exprès pour les autres affaires de 
vostre charge, ou par homme seur, qui vous 
pourra estre envoyé d'ici; et, quand vous m'en 
escrirez, vous direz à celuy à qui vous baille- 
rez vos lettres, que, s'il se trou voit pressé ou 
en danger d'eslre arreslé ou fouillé, combien 
que nous soyons hors de cette crainte-là, 
puisque Dieu nous a donné la paix, qu'il jette 
ou fasse desdictes lettres en sorte qu'elles ne 
soyent point veues ni trouvées de personne, 
priant Dieu, Monsieur de la Mothe-Fénelon, 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 

Escript à Escouen, le xx e jour d'octobre 
1570. 

Caterine. 



1570. — 30 octobre. 

Imprimé dans la Correspondance thphimatiqve de La Motlte-Vènelon . 
t. VII , p. 147. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, depuis ma 
petite lettre escripte, j'ay parlé au personnage 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICÏS. 



11 



(jue je vous cscriptz par icelle, qui avoit encore 
quelque chose sur ce faict là à me dire; et 
parce que cela me met en doubte que ceci se 
fasse à quelque intention, qui n'est pas peul- 
eslre si sincère qu'ils la proposent, je vous 
prie et charge sur vostre honneur de n'en 
parler aucunement au secrétaire Ceci!, ni ;i 
quelque personne que ce soit, et n'en faire 
aulcun semblant ni démonstration que vous 
en sçachiés rien , ni quejevous en aye escript; 
car aussi i'advis que je vous en donne n'est à 
aultre intention que pour l'asseurance que 
vous m'esles fidelle et asseuré serviteur, que 
cella demeurera enseveli en vous, et que vous 
ne perdrez une seule occasion et moyen de 
descouvrir et pénétrer par delà à quoy tend 
ce faict, et qui conduit ceci auprès de la royne 
d'Angleterre; et aussy de quelle volonté ils y 
procèdent , et ladicte royne aussy ; mais surtout 
comportés vous en cella si dextrement que 
créature qui vive ne puisse penser qu'en sa- 
thiés rien, priant Dieu , Monsieur de la Mothe- 
Fénelon, vous avoir en sa saincte et digne 
garde. 

D'Escoucn, le xx octobre, au soir, bien 
tard, 1070. 

Vostre meilleure amye, 

Caterine. 



1570. — 20 octobre. 

I mpriuié dans la Correspondance diplomatique de La Motlie-Fénehn , 
t. VII. p. i4s. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, j'ai avisé 
de vous envoyer le secrétaire de l'Aubespine 
afin que, par luy, vous nous puissiez escrire 
ce que la royne d'Angleterre vous aura res- 
pondu sur le propos que le Roy monsieur 
mon fils lui a mandé par le sieur de Walsin- 



gham 1 , pour le faict de la royne d'Ecosse ma 
fille ; et sur ce que vous luy eu avez aussy 
modestement déclaré suivant la dépesche que 
nous vous en avons faicte, conforme à ce que 
mondicl fils a pour cela respondu par escript 
à l'ambassadeur de la royne d'Angleterre 2 . 

Quand vous me voudrez escrire du contenu 
en cette lettre, il faut que ce soit de vostre 
main; et suffira que me mandiés par une 
lettre à part que c'est de l'affaire dont je vous 

1 Envoyé extraordinaire de la reine Elisabeth. Voir Bes 
lettres et négociations, Amsterdam, Gallet, 1700, in- '1. 

- Voici la lettre de Charles IX : 

«Monsieur l'ambassadeur, j'ay veu par vostre letliv 
escripte du jour de hier la remonstrance que vous aviez 
à me faire de la part de la royne d'Angleterre madame 
ma bonne seur; à quoy je vous diray que je suis bien 
fort ayse de la volunté qu'elle a de prendre une si bonn>' 
résolution sur les affaires de la royne d'Escosse ma seur, 
et que, pour cest effect, elle aye envoyé le secrétaire Ce- 
cille et aultres ses ministres; mais pour ce que je désire 
que cela soit accéléré et qu'il y soit mis une prompte 
fin, je ne puis que je ne la prye ceste fois pour 
toutes et sans plus de remise ou longueur, ne voul- 
lant pas vous nier que je n'aye ci devant envoyé le 
sieur de Verac, dont vous faictes mention par votre 
lettre , avecq quelques gens et munitions pour secourir 
Dumbarton que j'entendois lors que l'on vouloit aller 
assiéger, et que pour l'antienne alliance qui est entre ce 
royaume et celluy d'Escosse, et particulièrement pour 
ce que ladirte royne d'Escosse ma seur me touche 
de si près, je me suis délibéré de la secourir en ceste 
nécessité et de procurer sa liberté par tous les moyens 
que Dieu a mis en ma puissance ; ayant véritablement , 
selon cela, donné ordre de faire quelques préparatifs en 
Bretaigne, pour cest effect, sans voulloir toutes fois rien 
offenser ne altérer de la bonne amityé et intelligence qui 
e9t entre ladicte royne votre maistresse et moy, qui met- 
tray, de ma part, lousjours peyne de la nourrir et con- 
firmer par tous les bons et honnestes moyens et dépor- 
temens dont je me pourray adviser, m'asseurant que, de 
sa part, elle vouldra faire le semblable, et que ceste fois 
elle fera parroistre à madicte bonne seur la royne d'Es- 
cosse que , quant il n'y auroit que l'instante prière que je 
luy en fays, qu'en ceste faveur le traicté que j'espère qui 
se fera bientost sera si bien estably que doresenavant en 



12 LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS 

ay escript par ledicl de l'Aubespine, sans 
exprimer davantage, car je l'enlendray bien. 

AEscouen, ce xx m *jour d'octobre 1670. 

Vostre très affectionnée, 

CiTERINE. 

PlNART. 



1570. — a'i octobre. 

Aul. Arch. nal. collect. Simancas. K i5i8. pièce l5. 
\ MADAME MA FILLE 

LA RGTNE CATOLIQUE. 

Madame ma fille, le Roy mon fils et moy 
avons donné cherge au sieur de Malicorne 
présant porteur de aler visiter ayle et nous 
congratuler aveques ayllc de ce qu'elle ayst 
aînée à bon port près le roy son mary, nous 
asseurant que, y étant, aylle continuera les 
bons aufises que faisoyl la l'eu reyne ma fille 
pour l'entretenemcnt de l'amitié entre nous et 
le roy son mary, s'asuranl Vostre Majesté que 
le Roy mon fils et moy ne lui portons moyndre 
volenté que si elle aytoit nostre fille et seur, 
corne en tout cet que aylle nous voldra em- 
ployer îuclron pouine lui l'ayre conoistre par 
ayfest ynsin que plus amplement lui faira 
entendre ledist sieur de Malicorne, qui cera 
cause que fayré fin, prient Dieu lui donner 
cet que aylle désire. 

D'Ecouan, ce xxiih"* jour d'octobre lj^o. 

Catemne. 

sera une mutuelle amilye entre elles el inoy, aussi comme 
de ma part, je le désire bien fort; et estant ce que je 
puis cm lire pour {<■ présent , je prierray Dieu, Monsieur 
l'ambassadeur, vous avoir en sa garde. 

itEscripI ,i Escouen, le ivn" jour d'octobre 1Ô70".» 

' ReconI office , Slolr jmjn-r.-, . Knoio'. \'tl. i'iS; Voir i]r]nVlir< i].' 

Moi ' I II reine EliBsbelh 'tans 1c CaJeftifar qf SfeXc pavera (1570- 
1571), p. 358,35g, 364; lettre .1.- La Molne-Féndon à Catherine , 
dans le tome III de n GarrafjwndVmca dijilomatitjur , p. 38o. 



1570. — 26 octobre. 

Copie, orig. Arch. nat. collect. Simaueas , K i5i8. pièce 1': 



A MADAME MARIE CHACUN. 

Doîia Maria Chacon, Havcndo entendid.0 
que despues de la partida de Madama la Du- 
quesa de Alva el Rey Catbolico mi buen bijo os 
lia puesto cerca de las Infantes mis nietaspara 
que las siruays y tengays cuydado de sus 
personas he guerido screuiros esta para dezi- 
ros que yo estoy muy assegurada assi (le la 
buena élection que el lia lieclto como de que 
vos 110 oluidareys en naila de emplear el cuy- 
dado, diligencias y afficion que decis tener 
a su salud servicio y aung yo tenga por cierto 
que vos las terneys en tan buena recommen- 
dacion quai conviene a la subjection y obe- 
biencia que vos les deneys assi por respecte de 
su padre como por lo que el os lia manda do; 
lodavia por tocarme ellas tan de cerca os he 
guerido dogar las tengays por singularmente 
commendadas en lodo loque tocare à su criança 
insliturion amor y temor de Dios y a su 
salud como conviene a vuestra obligacion y 
deuer que eumpliendolos como yo creo pues lo 
sabreys bien hazer yo terne memoria para os 
bazer conoscer con efleclo et contentamiento 
que en esto decibire con rogar à Dios, Dona 
Maria, os tengo en su sancta guarda. 

De Santecoues, à 2& octobre 1870'. 

Cathf.rina. 

1 Voici la traduction de celte lettre : 

ttMadame Marie Cbacon, ayant appris qu'après le dé- 
part de Madaine la duchesse d'Albe, le roi mon bon Ids 
vous a mis auprès des lofantes pour veiller sur elles, j'ai 
voulu vous écrire pour vous dire que je suis toute rassu- 
rée sur le bon choix que le roi a fait et que, y apportant 
toute diligence el affection, vous n'oublierez rien de ce 
qui tient à leur santé et à leur service, el quoique je sois 
certaine que vous y apporterez tous vos soins, suivant 
l'obéissance que vous leur devez ainsi qu'à leur père pour 
vous conformera tout ce qu'il vous a ordonné, comme 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉD1CIS. 



13 



1570. — 24 octobre. 

Aut. Arch. nat. collecl. Simancas, K i5i8, pièce i-'i. 

A M" MON FILS LE ROY CATOLIQUE. 

Monsieur mon fils, ayenl entendu l'arxivaye 
de la royne vostre femme, le Roy mon fils et 
moy n'avons voleu fallir l'envoyer visiter et 
nous congratuler de cet que Dieu l'a feste ari- 
ver en bonne santé pour l'espérenze que avons 
que, avstent près de Vostre Majesté, a\ le aidera 
à perpéteuer sete bonne amityé entre nous et 
nos royaumes, ynsin que fesoyt, la royne ma 
fille, et ni'aseurant que de vostre cousté y tro- 
verez toute la correspondense que pouvés 
désirer, je ne doucte poynt que, encore que 
Dieu ayst aulté ce bien que, ayent asleure 
celuisi de la royne vostre femme et belie- 
seur du Roy vostre frère, que yl ne le fase 
ausi fort et durable que le désirons aveques 
l'eslrète parentèle de les Ynfeutes vos filles , les- 
quelles, pour m'estre si proches, je ne puis, 
encore que je sçache asé vostre bouté, que 
je ne lé recomende à Vostre Majesté et lui 
prie, voyent que la ducbesse d'Albe n'ayst 
plus auprès, de comender à celé qu'i lui auré 
plu mestre en son heu de lé servir et avoyr le 
mesme souin d'eulx et de leur santé qu'ele 
avoyst, et m'escuser cet je prans l'ardiese de 
luy en mender si librement et l'atribeuer à 
l'amour que je leur porte et à la royne leur 

elles me sont si proches, je vous prie de veiller de très près 
à tout ce qui a trait à leur éducation , instruction , amour 
ot crainte de Dieu et à leur salut, ainsi que vous en avez 
le devoir; car si vous vous en acquittez, comme je me le 
promets, j'en aurai mémoire pour vous faire connaître 
la satisfaction que j'en recevrai. Je prie Dieu, Madame, 
vous tenir en sa saincle et digne garde.» 

Au bas de la lettre et de la main de Philippe 11 : 
"On peut répondre qu'en ce qui regarde les Infantes la 
reine ma femme aura les mêmes soins que si c'était 
sîs filles.» 



mère, qui me représentet, et, ne la volant 
anuier de plus longue letre, fayré fin, prient 
Dieu donner à \ostre Majesté cet que désire. 

Vostre bonne mère et seur. 

De Ecouan, cet xxiiii mc de octobre 1570. 

Catbrine. 



1570. — 3i octobre. 
Copie. Bibt. nat. fonds français, n° 1075a , f° 882. 

A MONSIEUR DE FOURQLEVALLX. 

Monsieur de Forquevauls, estant advertie 
d'une calomnie de laquelle on charge le sieur 
de Sainct-Estienne, précepteur et grand aul- 
mosnier de la feue royne ma fille , luy mettant 
sus qu'il n'est pas bon catholicque, et oultre 
qu il m'a rapporté et au Roy monsieur mon 
fils des choses du Roy Catholicque pour nous 
mettre ensemble eu discord, je vous en av 
bien voullu escripre exprez pour luy servir de 
tesmoignage que nous le connoissons et lenons 
pour homme de bien, véritable et bon chres- 
tien. Et pour tel le feu Roy monseigneur et 
moy l'avons esleu au service et institution de 
toutes mes filles, lesquelles il a enseignées si 
chrestiennement et y a faict si bien son deb- 
voir que nous avons très agréables tous les ser- 
vices qu'il nous a faicts et ne nous donna 
jamais occasion de le soubsonner autre que 
1res bon catholicque. Davantage tant s'en fault 
qu'il nous ait faict aucun rapport au préjudice 
dudict sieur Roy Catholicque que je luy en 
ay tousjours ouy parler très dignement et nous 
en a dict tout le bien qui se peut dire du 
meilleur prince du monde, de sorte qu'il auroit 
plus de raison de luy voulloir bien pour la 
bonne relation qu'il nous en a faicte que de 
croire ceulx qui luy escrivent légèrement telles 
mensonges, ce que je vous prie très instam- 
ment faite entendre audict sieur Rov Catho- 



l'i 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



lieque et luy en parler de bonne sorte; car je 
ne puis moins l'aire que de sentir l'injure 
qu'on faict à noz bous serviteurs de dénigrer 
et calomnier ainsi leur vie, offençant leur 
honneur et bonne réputation. Vous le direz 
semblablemenl à l'évesque de Siguence, quia 
tenu ces propos dudict de Saint-Eslienne , ne 
pouvant croire toutes fois qu'il adjouste foy à 
telles mensonges conlrouve'es conlre un tant 
homme de bien et qui a esté tant son ami, 
pour voulloir prendre ce prétexte de luy nier 
une petite pension qu'il a sur son évesche', 
chose qui me sembleroil bien esloignée de 
raison et justice; et pour ce qu'il demande une 
attestation audict de Sainct-Estienne pour 
prouver comme il est bon catholicque, le tes- 
rnoignage du Roy monsieur mon fds et de 
moy luy doibt suffire; de tout ce que dessus 
vous me fairez entendre la rosponse que ledict 
sieur Roy Calholieque el luy vous fairont. Et 
m'asseurant que vous n'y ferez faillie, je sup- 
plieray le Créateur qu'il vous ait, Monsieur 
de Forquevauls, en sa saincte et digne garde. 
Escript à Paris, ce dernier octobre i&70. 

Caterine. 



1570. — 3 novembre. 

Copie. Bibl . nal. fonds français, n° 1075a, f°885. 

A MONSIEUR DE FORQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, par voslre lettre 
du huictiesme jour du moys d'aoust dernier 
passé apportée par le capitaine Renavent, vous 
m'avez faict sçavoir ce qu'avoit négotié don 
Louys de Torres par le commandement de 
Nostre Saint Père le Pape en Portugal pour 
le mariage de ma fille, et me mandiez que le- 
dict don Louys estoit pour s'en retourner bien- 
tost à Rome et que l'on feroit bien de donner 
charge à nostre ambassadeur résident près de 



Sa Saincteté de moyenner que ledicl de Torres 
fust renvoyé audict Portugal pour continuer à 
traicter le mariage. Suivant cella, comme je 
vous ay escript, nous avons faict une bonne 
dépesche au cardinal Rambouillet pour l'in- 
struire de nostre intention sur ledicl faict, tanl 
pour eschaufer tousjours Nostre Sainct Père à 
pourchasser l'exécution de ce mariage que 
pour adviser s'il seroit à propos que de Torres 
fut commis de Sa Saincteté en ceste charge, 
sur deux causes conlenues en vostredicle lettre 
du huictiesme d'aoust: la première que les 
Portugois vouldroint, si Sa Sainctelé s'entre- 
mesloit de ceste affaire, qu'elle le feisl traicter 
par quelque évesque; la deuxiesme poureslre 
icelluy de Torres, espagnol de nation, et sur 
la dernière que l'on debvoil considérer ce que 
m'escripvez qu'il falloit que ledict mariage 
fut moyenne et traicté de façon par Sa Sainc- 
teté que le Roy Calholique n'entrast en jalou- 
sie de voir entreprendre sur son marché pour 
ce qu'il pourroit gaster tout, n'oubliant par 
mesme moyen à luy faire entendre ce que 
m'avez escript de la démonstration que faisoit 
de Torres d'affectionner ledict mariage et 
toutesfois qu'il falloit avoir tousjours devant 
les yeulx qu'il estoit espaignol et, pour vous 
en parler ouvertement, Monsieur de Forque- 
vauls, jaçoit que don Louys de Torres soit 
très obligé et particulier serviteur de Nostre 
Sainct Père et qu'il se monstre estre très affec- 
tionné en ceste négotiation, toutesfois, estant 
sujet du Roy Catholicque, j'estime qu'il ne né- 
gotic rien en ce faict que le Roy Catholicque 
n'eu soit bien adverti et que ce ne soit par 
son voulloir el consentement, de sorte que, si 
ledict roy n'y aporte la bonne volonlé qu'il 
a tousjours mis peine de nous faire croire, il 
sera bien dillicille que ceste pratique réussisse, 
ainsi que désirons; de quoy je vouldrois bien 
estre éclaircie et sçavoir ce que j'en doibs 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



la 



espérer; car il me fascheroit d'estre entretenue 
en longueur, et que ceux qui ont les premiers 
entreprins ceste négotiatiou et qui se faisoinl 
forts de la faire effectuer, voulussent continuer 
à s'en prévaloir et nous payer de bayes. Je 
vous prie d'y avoir l'œil ouvert. Cela dépend 
de vostre bon jugement, prudence et dexté- 
rité, espérant qu'au retour dudict de Torres, 
vous aurez moyen d'y voir clair, dont j'attends 
de voz nouvelles en bonne dévotion et n'aura 
de rien servi la dépescbe qui a esté faiete à 
nostredict ambassadeur à Rome puisque Sa 
Saincteté avoil jà envoyé ses lettres à de Torres, 
faisant estât que par vostre première je sçau- 
ray ce qu'il aura Dégolié en Portugal, puis- 
qu'il y est retourné. Du sieur de Malicorue 
vous entendrez le surplus de lestai des affaires 
de ce royaume avec l'occasion de son allée par 
delà, m'en remettant domptes sur luy que je 
vous prie croire comme si c'estoil moy-mesmes , 
vous aurez aussi conneu par ma dernière le 
desplaisir que j'ay de ce que la duchesse d'Albe 
s'est retirée en sa maison et a laissé mes petites- 
filles. Je veulx croire que celle qui y a esté 
comise s'en aquitera avecques le devoir qu'il 
appartient, dont vous me ferez plaisir de m'en 
mander toujours des nouvelles; priant Dieu, 
Monsieur de Forquevauh, vous avoir en saincte 
et digne garde. 

Escript à Sainct-Germain-des-Prez lez Pa- 
ris, letroisiesmejour de novembre 1570. 

Depuis la présente escripte est arrivé vostre 
secrétaire avecques vostre dépescbe du quator- 
ziesme jour du passé sur laquelle l'on ne vous 
peust faire plus parliculière response jusques 
à ce qu'ayons sceu ce que portent les lettres 
que nous avez mandé le roy de Portugal et 
le cardinal avoir escript à Sa Saincteté; car 
sur cella l'on fera jugement de ce que l'on 
doibt espérer de toute ceste pratique; qui ne 



prend à mon advis tel chemin que debvons 
désirer l . 



î 570. — G novembre. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Mothe-Fcnelon . 
t. Vil, p. 155. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, par la lettre 
du Rov monsieur mon fils, vous serez si am- 
plement satisfait à vos deux dernières dépes- 
ches des xxv et xxx e ~ du moys passé, qu'il 
n'est besoin de vous en dire davantage, si n'est 
que nous sçavoDS très bien que vous vous estes 
toujours porté pour les affaires de ma fille la 
royne d'Escosse avec la bonne et grande affec- 
tion que vous sçavez que nous avons de l'as- 
sister et secourir, et ne nous sçauroit-on rien 
persuader de vous, et n'en ayez peur, qui 
nous altère la bonne opinion que nous avons 
du bon debvoir que nous sçavons que vous y 
avez toujours fait et faites encores, vous ren- 
voyant pour ceste occasion les lettres qu'elle vous 
a escriptes et aussi celles que l'évesque de Glasco 

1 Voici ce que Fourqucvaux avait écrit le ik oc- 
lobre : trBien m'a faict bon serment ledict de Torres que 
le Roy Calolicque procède sincèrement audict mariage 
et a toujours faict bons offices; en foy de quoy il m'a 
produict les copies d'aucunes lettres de Sa Majesté es- 
criptes à don Jeban de Borja , son ambassadeur en Por- 
tugal, cependant que ledict de Torres y estoit, par les- 
quelles estoit mandé bien expressément au sieur de Borja 
qu'il luy assistât à procurer et faire tout ce qu'il poui- 
roit penser qui peult servir audict traité pour satisfaiiv 
à Sa Saincteté et à Vostre Majesté.» (Même volume, 
p. 834.) Dans une nouvelle lettre datée du 9 no- 
vembre suivant, Fourquevaux ajoute : ttJ'estimois don 
Luys de Terres homme de bien devant que l'abbaye luy 
fut donnée et lui avoir promis le chapeau , car H me te- 
noit le langage de bon serviteur du pape. Toutefois 
après qu'on lui a donné ledict os à ronger, comme à 
un mastin affamé, il s'est tout changé." 

2 Voir ces lettres dans le tome III des Négociations 
diplomatiques de La Molke-Fénelon , p. 33g et 366. 



16 

son ambassadeur, qui est ici, cscrivoil à l'e- 
vesque de Ross, lesquelles j'ay l'ait voir au Roy 
mondit sieur et fils et à mon fils le duo d'Anjou 
qui oui bien jugé par icelles, comme aussy 
ai-je l'ait principalement par celle dudit am- 
bassadeur, ce que m'avez escripl venir de luy 
et non pas de vous; mais je crois que de delà 
l'on n'a pas cette opinion, puisque la royne 
d'Angleterre vous a donné pour ladite royne 
d'Escosse ma lillc la bonne espérance que vous 
nous escriviez par vosdites deux dernières des- 
pescb.es, sur lesquelles il ne me reste plus 
rien à vous dire. Sur ce, je prierai Dieu, 
Monsieur de la Mothe-Fénelon, vous avoir en 
sa saincte et digne garde. 

Escript à Paris, ce vi 8 jour de novembre 
1570. 

(ÎATER1NE. 
PlNART. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



1570.— 



ibre. 



Aul. Arcli. des Médicis à Florence, dalla filza litfo , 
nuova numerazione. 

A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE FLORENCE. 

Mou cousin, j'é reseu vostre letre, et veu le 
contentement que avés reseu de cet que le 
capitayne Nicolo vous ha dist de nostre part, 
cet que ne m'a esté moyns agréable de voyr la 
réponse que avés fayste, et souis bien ayse 
que cet souit présanté celé aucasion de ays- 
cripre à l'Ampereur, cet que le Roy mon fils 
et moy avons fayst très volantier, etvoldroys 
qu'il vous peult aultent servir, couie je désire 
vostre grandeur, et que né soyés molesté. Le 
Roy mon fils ha l'ayst pour vous aulter toutes 
plus grandes ennuie dire à vostre enbassadeur 
et à seluy de Ferare, qu'il ne feroyt dornavent 
plus apeler neul anbassadeur de vous dus * à 

1 Dut, deux. 



ces cérémonies, mes que au reste y les hono- 
reret et voyret volantier, mes que en sela yl 
voulouit aulter toutes disputes, ynsi que l'Em- 
pereur et roy d'Espagne ne volant en jouger ' 
en fesoy nt , et vous prie le trover bon , car il m'a 
semblé aystre vostre avantage, et mesme que 
j'é trové aucasion de fayre trover bon au Roy 
mon fils que le vostre vous alat trouver, encet 
pendent ces noses et son entraye sel passeront, 
et après, si l'Empereur consant à cet que le 
pape vous ha donné, fera aucasion d'aulter 
toutes disputes, et vous prie vous aseurer 
que neul aullre dé dus ni seront. Je faire cet 
propos pour vous dire que'la prinsipale auca- 
sion qui m'a l'ayst désirer que vostre enbassa- 
deur vous alast trover, et pour vous dire la 
volante en quoy le Roy mon fils, ses frères et 
moy somes de vous aystre seurs amys et pa- 
rans,et que de vostre coûté, vous voliés conr- 
respondre en toutes les aucouranses et auca- 
sion qui setporont présanter, avecques vostre 
honneur et réputation de cet que vous aystes; 
car, pour aystre de mon sanc, je ne vous vol- 
drès jeamès rechercher, ne que mes enfans le 
fiset aullrement, et pour vous parler privé- 
ment aveques la surté que me donnés par vos 
letres en parant et amy, je vous prie me vou- 
loir conseller et ayder en cet que je veuls si- 
après déclarer, qui est que m'ayant donné Dieu 
troys enfans, qui me sont resté en vie, l'ayné 
avst cet qu'il peult désirer, roy d'un si beau et 
grant royaume qu'il a de quoy se contenter; le 
second, Dieu lui ha donné de grens beur et 
bonne forteune en cet que son frère luibaco- 
mendé, et voyant qu'il est de mesme père et 
mère et qu'il n'a sinon cet qu'il peult avoyr dan 
sel royaume , qui n'est pas beaucop , je désirerès 
qu'il eut moyen de set 2 contenter sans fayr de- 
sayn sur tel voysin; et me samble qui ha un 

1 Jouger, juger. 
: Sel, se. 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



17 



grent moyeu , et désireroys encore que cet feult 
parvoslre moyen pour tousjourle vousaquérir 
et le Roy mon fils et toute la mayson pour 
sur amys, corne y le veulet, et sien set que 
je veulx dire ne préjudisie à personne, mes au 
coritreyre, je croy certaynement qu'il servira 
pour le servise de Dieu, de son ayglise et uti- 
lité de cet royaume : c'et que, voyent cornent 
le Pappe ayst en pouine de Avignon pour res- 
pect des huguenos, qui en sont, et que pour 
ayslre dan le royaume tout le Contât, le Roy 
mon tils ne veult nulement qui haye des 
ayslranger, et que cela ne peult que aportcr 
lousjour trouble à cet royaume, si plèsoyt à Sa 
Sainteté, puisque les chauses sont ynsin, et 
qu'il n'en tyre poynt de argent, de donner cet 
Aystat à mon fils le duc d'Enjou , et qu'il en re- 
conneul le Sainct Siège Aposlolique, ynsin 
cornent font les aultres prinses, qui tienenl dé 
fieu de l'église, Sa Saincteté obligeroyt le Roy 
mon fils, mondist fils et nous tous, et croy 
que serovt cliause qui serviroyt et seroyt utile 
à tute la crélienté en beaucop de fason et 
s'an santyroy ynfiniment aubligé à vous. Sur 
ce fayst,je vous prie m'en mender votre avis 
et enn user, cornent vous conestrés aystre le 
mylleur, le plus honorable pour mondist fils; 
vous enn ayent voleu mender mon aupinion, 
et cet que je an désire, pour après l'avoyr eu- 
tendeu vous y fasiés corne jeugerés pour le 
myeulx. D'aultres m'ann ont parlé et dist qu'il 
en parleroynt au Pappe; je les enn é renier- 
sié, et né voleu entrer plus avenl aveques 
eulx en propos, car je désire, si set deoit fayre, 
que ce souit par vostre moyen et vous prie 
que sesi souit si segret, que, s'il douit aystre, 
que l'on sache plus tost la volante du Pappe, 
que l'on ne puise panser, que je ann'aye parlé. 
Au movns personne n'en sara ryen. Je vous 
en prie, encore que je me fie en vostre enba- 
sadeur, je ne luy eun é ryen voleu dire; bien 

Catherine de Médicis. IV. 



lui ai-je dist que je désiroys que vous vous 
employasé pour la grandeur de mes enfans, 
ynsin que la conestriés, et que je vous ayscrip- 
voys cet que j'avoys pansé. Je vous prie que 
sesi souit segret, et ne m'an puis fyer que à 
moy mesme, come dornavent je fayré de toutes 
les chauses que je désireré de vous, et vous 
prie vous aseurer de nostre amytyé, et volante 
que avons à vostre bien et grandeur et à 
vostre conservatyon , et des vostres. Quant à 
cet que l'enbasadeur m'a dist de vostre part 
pour le désir que j'é de cet que tient Madame 
de Parme de le ravoyr, je envoyré quelque 
personage pour vous fayre enlendre tous nié 
droys, m'aseurant que m'y faire raison, je ne 
vous recomanderé davenlage cet fayst, et 
fayré fin, priant Dieu vous donner cet que 
désirés. 

De Monseaus, cet vm c de novembre 1670. 

Voslre bonne cousine, 

Caterine. 



1570. — ai novembre. 
Orig. Arch. nat. Musée. AE 11. 695. 

A MONSIEUR DE LA MOTHÏÏ-FÉNELOX. 

Monsieur de la Mothe, pour respondre à la 
petite lettre que m'a apportée le secrétaire de 
l'Aubespine, je vous diray que je suis bien 
aise de quoy vous estes de mon oppinion, qui 
est que la royne d'Angleterre, quelque chose 
qu'iiz nous ayent voullu persuader et per- 
suadent encores ceulx que sçavez, ne se ma- 
riera jamais et que les démonstrations qu'elle 
a cy-devant faictes et qu'elle pourroit encores 
faire ne sont que pour se prévalloir toùsjours 
et cependant de faire ses affaires ; mais si \ous 
priav-je de faire tout ce que vous pourrez pour 
savoyr au vray quelle volunté elle a et à 
quelle intention et l'occasion pourquoy l'on 
nous a tenus si souvent les languaige el pro- 

3 



.m. 



18 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



pos que je vousaycripts, et si cella se fnict par 
son intelligence, car ceci tend à quelque fin 
que je désire bien sçavoyr; et pour ceste cause 
je vous prie aussi d'y veiller et faire en sorte 
que le puissiez descouvrir de delà, et comme 
je m'asseure que vous en sçaurez très bien 
trouver les moiens, et croy que du M illord 
Robert Ton en pourrait bien apprendre et 
sentir quelque cbose, car est accoustumé 
de parler franchement, quand il est tenu 
accortement, ainsi que sçavez très bien faire, 
sans qu'il se double de l'occazion pour quoy 
vous l'en mettrez en propos. Vous tenterez 
aussi les autres moiens que penserez qui vous 
pourront servir pour en sçavoir des nouvelles. 
Cependant je prie Dieu, Monsieur delà Mothe, 
qu'il vous ait en sa saiucte et digne garde. 

Escript à Toury le Moustier en Valloys, ce 
xxi e jour de novembre 1570. 

(De sa main.) Cet que je vous ayscrips se 
n'et pas que je ne désirase qu'ele le voleut 
ausi h bonn esien, cornent nous coresponde- 
rion de volante', et vous prie, ynsin que je 
m'aseure de vostrc afection en mon endroyt 
et au servise du Roy mon fds, en déeouvir 
tout cet que enn est à la ve'rité. 

Caterine. 
I'inart. 



1570. — 21 novembre. 

Imprimé dans la Correspondance diplomaln/ue de La Motlte-Fénelon , 
t. VU. p. ,6s. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fènelon, vous nous 
avez si amplement escript et faict entendre 
si particulièrement toutes choses par le secré- 
taire de l'Aubespine, que je vousasseure que le 
Roy monsieur mon fils et moy en demeurons 
bien fort salisfaicts, vous priant de continuer, 



à présent que les depputés, d'une part et 
d'aullre, seront arrivés auprès de la royne 
d'Angleterre, et vous tenir lousjours prest à ce 
que , par le traicté que je désire et espère qui 
se fera pour la liberté de ma fille la royne 
d'Escosse, il ne soit rien altéré ni préjudicié 
aux confédérations et alliances anciennes d'en- 
tre ceste couronne et celle d'Escosse, nous te- 
nant aussy advertis de toutes aullres occu- 
rences, comme avez accoustumé. 

Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le 
xxi c jour de novembre 1070. 

,. Cateriîve. 

Monsieur de la Mothe, j'ay faict retarder 
ceste despesche jusques à ce que j'eusse esci ipl 
et faict response de ma main à la royne 
d'Escosse madame ma fille, à laquelle je vous 
prie la faire tenir et l'asseurer lousjours que, 
sans l'asseurance que nous a donnée la royne 
d'Angleterre de sa délivrance, que nous n'eus- 
sions pas failli de faire tout ce qu'il nous eust 
esté possible pour elle; mais, estant la négo- 
tiatiou si acheminée, nous craignons que cela 
lui eust porté préjudice, et diverti ladicte 
royne d'Angleterre de ceste bonne volonté que 
je ne pense pas qu'elle ne tienne; aullrement, 
comme j'escript de ma main à madicte fille 
la royne d'Escosse, le Roy monsieur mon fils 
aura juste occasion de se ressentir et souvenir 
de ses promesses et asseurances. 

De Mézières, le xxix e jour de novembre 1 570. 

Caterine. 

PlNART. 

[1570. — 3 décembre. ] 
Minute. Bibl. nat. fonds français, n° i555s, f° 3i4. 

A MONSIEUR DE ROISSY. 

Monsieur de Roissy, vous m'avez faict fort 
grand plaisir de me mander ainsi particu- 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



19 



fièrement que vous avez faict par vostre lettre 
du deuxiesme de ce moys ce que vous aviez veu 
à Saint-Germain-en-Laye. Je n'a y esté moins 
esbahye que ayse de ce que Ton a reine'dyé à 
ceste poutre qui estoyt soubz ma chambre, 
puisqu'elle estoyt ainsy pourrie. Je suys main- 
tenant en double que les autres ne soyent 
aussy gastées, mesmement celles qui sont au 
dessus des chambres où logent mes fils et 
filles, et partant, je vous prie retourner audict 
Saint-Germain et y faire regarder et pour 
mesme y pourveoir, s'il en est besoing; car, 
puisque le pourry c'est trouve' en unglieu, il 
peut bien estre en plusieurs et ne seray con- 
tente que je ne soys aussi asseurée de celles 
cy-dessusdictes, comme le suis maintenant 
de la mienne. De Villers Cotteretz, où nous 
serons mardy, je feray satisfaire à ce que désirez 
pour la seuretté des. xii mil escuz de bagues 
dont vous estes respondant, priant Dieu, mou 
cousin, vous avoir en sa saincte et digue garde. 

» 

1570. — k décembre. 

Copie. Bibl. Dat. fonds français , u* 1075a , f° 908. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, le Roy monsieur 
mon fils, après avoir parachevé ses nopces à 
Mézières, le vingt-sixiesme du passé", s'en re- 
tourne à si grandes journées vers sa bonne 
ville de Paris qu'il n'est possible d'adviser à 
loisir à la response de la despesche que nous 
avez faicle par le courrier qui vous avoit esté 
envoyé. Si tost que seront arrivez en lieu de 
séjour, je n'oublieray de le faire résouldre et 
vous le mander incontinanl. Cependant infor- 
mez-vous bien au vray si les princes de Bohesme 
passent par ce royaume en retournant vers 
l'Empereur 1 , quand ils partent et du temps 

1 Les 61s de l'Empereur qui avaient fait un long séjour 
à la cour d'Espagne. A ce sujet, Fourquevaulx avait écrit 



qu'ils pourront y estre, afin qu'en estans par 
vous diligemment advertis la bonne affection 
que le Roy monsieur mon fils a de les bien 
recevoir et traicter soit entièrement suivie et 
accomplie; priant Dieu, Monsieur de Forque- 
vauls, vous avoir en sa saincte et digne garde. 
Escript à Soissons, le quatriesme décembre 
1 570. 

Mandez-moy des nouvelles des Infantes et 
voyez-les souvant de ma part. 

Caterine 



1570. — 8 décembre. 

Copie. Arch. nat. registre du bureau de la ville de Paris. 
H i 7 86 d , p. s3 r°. 

A MESSIEURS 

LES PRÉVOST DES MARCHANDS 
ET ESCHEVINS 

DE LA VILLE DE PARIS. 

Messieurs, ce a esté ung fort grand plaisir 
et contentement au Roy monsieur mon filzct 
, à moy d'avoir entendu la joye et démonstration 
d'allégresse que, en général et en particullier, 
vous et vos bons concitoyens avez faict du ma- 
riage du Roy monsieur mon filz , les cérémonies 
duquel vous verrez bien amplement desduictes 
par le discours que nous vous envoyons, le- 
quel et les lettres du Roy mondict filz m'em- 
pescheront vous faire ceste-cy plus longue, 
synon pour prier Dieu, Messieurs, vous avoir 
en sa saincte garde. 

Escript à Villers-Cotterets, le vm e jour de 
décembre 1670. 

Caterine. 



au Roi : «Les princes partiront ou feront estât de partir 
de cette cour en ce mois de janvier qui vient. Je pense 
qu'il y aurait de la jalousie s'ils passoient par voir.' 
royaulme.» (Ibid., p. go3.) 



20 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDIGIS. 



1570. — îO décembre. 

Copie Bibl. nat. Ciuq cents Colbert , vol. CXL, 1° ioi r° etn*. 

Al IX PRÉVOST DES MARCHANDS 
ET ESCHKVmS 

DE LA VILLE DE PARIS. 

Messieurs, il a este' bien advisé à vous d'a- 
voir prévenu le danger qui pouvoit advenir 
aux pouls de noslre ville par le moyen des 
orandes crues qui ont eu cours, et m'a esté 
grand plaisir de l'entendre ainsi, comme je 
serav tousjours de veoir que toutes choses pros- 
pèrent en voslre ville, à laquelle j'ay veu par 
ce que nous escripviez que les volleries qui s'y 
l'ont portent un grand préjudice; pour à quoy 
remédier, le Roy monsieur mon filz et mon filz 
le duc d'Anjou en cscripvent bien expressément 
à mon cousin Monsieur le duc de Montmo- 
rency, lequel, je m'assure, y sçaura bien pour- 
veoir selon l'autorisation du Roy mondict fils, 
lequel a résolu de faire son entrée en voslre 
ville le jour qu'il vous escript ', dedans lequel 
temps je vous prie que toutes choses soient 
prestes; priant Dieu, Messieurs, qu'il vous 
ait en sa saincte et digne garde. 

Escript à Villers-Costeretz, le seiziesme jour 
de décembre mil cinq cens soixante et dix. 

Caterine. 

PlNAIiT. 

1570. — 16 décembre. 

Copie. Bibl. nal. Parlement, n° o,3 , f i3q. 

A MESSIEURS LES GENS 

TENANS LA COUBT DE PARLEMENT 

DU BOX MONSIEUR. MON FILZ, À PARIS. 

Messieurs, je croy bien que les remons- 
trances que vous avez envoyées au Roy mon- 
sieur mon filz sur la vériffication des édicls 

1 Lettre de Charles IX fixant son entrée au i5 fé- 
vrier suivant, f Ihid. , I" hos.) 



qui ont estes long temps à envoyer, ne sont 
procédées que du désir que vous avez de voir 
toutes choses aller bien pour son service; mais 
je vous puis aussy asseurer qu'ils n'ont esté 
faits sans grand considération etàaullre fin que 
pour le bien de ses affaires et non pour aultre 
particulier respect, ne voullanl adjouster ce 
mol aux lettres que le Roy mondict sieur et 
filz vous a escript, sinon pour vous dire que le 
retardement qui a esté faict en la publication 
desdicts édicls n'apporte pas peu de préjudice 
en sesdictes affaires et que vous ne sçauriez 
faire chose qui luy donne plus de contente- 
ment que de les vériflier cesle foys sans y user 
de remise ou difficulté; priant Dieu, Mes- 
sieurs, vous avoir en sa saincte garde. 

Escript à Villers-Cotleresls, le seizième 
jour de décembre 1670. 

Cateiune. 

PlNAIST. 



1570.— a8 décembre. 

Aut. Archives de Turin. 
A MADAME MA SEUR 

MADAME LA. DUCHESSE DE SAVOIE. 

Madame, Boivin m'a dist qu'il vous en- 
voyé un homme que je n'é voleu qu'il souit 
aysté sans set petit mot et vous aseurer de la 
bonne santé de nous tous, Dieu mersis, en- 
core que, ces jours pasés, la royne ma fille 
aye eu un grenl reume sur les deu pies, mes 
asteure elle cet porle fort bien et n'i a que ma 
fille de Loraync qui ha un peu de fièvre, mes 
j'espère que ne 1\ deurera poynt, si plest à 
Dieu, el toutes ses maiils qu'il ont nous ont 
aresté vsi plus que nous ne pansions, qui ayst 
cause que la contesede Pancalier n'esl aurore 
veneue, pansant de jour an jour que deusions 
aler à Sainl-Germayn; mes, si nous demeu- 
rons encore ysy, je la menderé pour l'envie 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIG1S. 



que j'é de savoir bien au long de vos novelles 
et de vostre fils. Boyvin m'ann a dist bien au 
long, ensemble quelque auv'èrture que, de sa 
part, yl m'a leste pour le bien et avansnnient 
de mon fils, qui nous l'est de plus en plus co- 
noystre cornent M. de Savoie nous ayme et 
de'sire voyre mes en fans grens , qui eera , quant 
y le seront, tous son apui et auront plus de 
moyen d'eyder à la siene et, pour se que le 
Roy mon fils et moy avons dist librement 
audict Boyvin cet que y nous en semble et 
qu'il m'a aseure' le mender à Monsieur de 
Savoye, je ne vous en fayré rediste ; etvous su- 
plire's ceulement l'en remersier de notre part 
et l'aseurer que conèsent tent son afection 
en notre endroyl que, en tout cet que aurons 
de moyen, yl an peult fayre aytast de nous et 
s'an promelre corne de prinse qui désirent 
son bien et grandeur corne le notre propre, et 
vous prie l'enn aseurer et que neul n'i puise 
plus fayre acroyre que ayons aultre aupinion 
de lui que du plus aflfectioné parent et amy 
que aye cete courone, et me remetent sur le- 
dist Boyvin, je fayré fin, vous bésant lé mayn. 

Cet xxvm'' jour de décembre i5yo. 

Votre très humble et très hobéisanle seur, 

Caterine. 

[1571. — Janvier.] 
Minuit'. Bibl. Dût. fonds français, n° i5553, f° 2&. 

AUX CAPITOULS DE TOULOUSE. 

Messieurs, je me remettray de la responce 
que je vous pourray faire à la lettre que j'ay 
receue de vous du xxv septembre sur celle 
que vous receviez du Roy monsieur mon filz , 
à laquelle ne me reste aultre chose à adjous- 
ler, siuon de vous asseurer de l'entière et 
bonne affection qu'il a de vous graliffier de 
tout ce qu'il lui sera possible; mais estant 
question d'innover aucune chose des termes 



21 

de l'édict de paciflication 1 , il n'y veult au- 
cunement toucher; par quoy je vous prie de 
vous conformer à son intention en cest. en- 
droict et continuer tousjours au bon debvoir 
dont vous avez usé jusques icy en tout ce qui 
concerne et regarde le bien de son service; 
priant Dieu, Messieurs, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

Escript de Villiers Costerets 2 . 



1 57 1 . — Janvier. 

Minute. Riul. nat. fonds français, n° 1 5553 , f° 59. 

A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE FLORENCE 3 . 

Mon cousin, j'ay en telle recommandation 
ce qui louche et appartient au sieur de Vilars, 
François Boyvin, conseiller et maistre 
d'hostel ordinaire de la royne ma fille, en 
faveur et considération de ses notables et 
continuels services, que j'ay bien voulu ac- 
compaigner de la présente celle que le Roy 
monsieur mon filz vous escript en sa faveur, 
vous priant vouloir honorer de vostre ordre son 
filz Alphonse Einilio Boyvin et le pourveoir à 
son rang et degré d'une commanderie de celles 
qui y sont affectées, lui faisant en cest en- 
droict tout favorable et gracieux traictement, 
et j'estimeray à grâce et plaisir le bien qu'il 
recevra de vous, ainsi que particulièrement 
j'ay dit au s r Troile Ursin, l'ung de voz gen- 
lilzhommes, qui s'en retourne vous trouver, 
pour le vous faire entendre de ma part; et je 
vous prie de le croyre, comme vous le feriez 
moy mesme, et je supplieray le Créateur vous 

1 11 s'agissait Je la suppression des prêches réclamée 
par eux. 

2 Au dos de la lettre du Roi on lit : Janvier 1571. 

1 Au bas de la page : La Royne au duc de Flo- 
rence. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



avoir, mon cousin , en sa saincte et digne garde. 
Escript à Villers-Gosterets, le . . . jour de 
janvier 1071. 

1571. — 1" janvier. 

Aul. Archives de Turin. 

\ MADAME LA DUCHESSE DE SAVOIE. 

Madame, j'é entendeu par Boivin cornent 
\| vous eiivoyoyt un paquet et je né voleu 
que çoit ayté san cete letre, qui ne sera que 
pour vous dire cornent la royne ma fille ayst 
guérye, Dieu mersis, et ausi ma fdle de 
Loravne set porte myeulx et tout le reste set 
portet fort bien et prie à Dieu que toute cet 
annayc, de quoy nous avons cet matin le 
cominensemenl, yl set puiset aussi bien 
porter et nous souit si heureuse que je lé 
voye conserver et cet royaulme demourer en 
pays, et que nous puisé voyr avant quelc 
achève et vous et Monsieur de Savoye et 
vostre fils soyés en bonne santé et tele pros- 
périté que désirés. Je croy, Madame, que 
avez entendu la prise du comte de Gayase 1 
que le Pappe a fait prendre subs 2 coleur de 
religion, chause qui ne contente neulement 
le Roy mon fils, car yl a esté tent en Italia 
et du temps de cet Pappe et jeamès Ton lui 
enn a rien dist que asteure que Tons ha veu 
que luy avoye donné cherge, chause que le 
Roy mon fils n'a neulement délibéré d'en- 
durer, et cet l'on ne luy rend, j'é granl peur 
que sesi sera cause de troubler le monde et, 
à cet que je antemps, ceulx qui l'ont feyst 
prendre et luy veule mal au veulet avoyr 

1 Le c-omte, accusé d'hérésie, avait été déféré à l'in- 
quisitk>D. Voit ;i ce sujet les lettres du cardinal d.> 
Rambouillet dans le 11° i6o3g du fonds français et 
une Iellre de Charles IX au comte, (lbid.) 

: Subs, sous. 
Au, ou. 



j son bien (d'aultent que son beau frère lu\ 
avoyt fayst une donèson) auret mis enn avent 
au Pappe qu'il étoyt huguenot, afin que rien 
n'eult puisanse en son endroyt de le sover et 
n'ont considéré que l'afront ayst fayst au 
Roy mon fils et à moy qui lui avons nome' 
pour avoir la cherge qu'il a, et, après les 
beaus bruys que l'ons a fayst de moy, volouyr 
encore suicroyre que ceulx que nomons au 
Roy mon fils pour le servir sont buguenots, 
si bien que sesi nous touche tent à l'honneur 
et réputation que, si le Pappe ne nous en 
satisfayt, le R<>\ mon fils n'est pas délibéré 

| de l'andurer et s'en resantira et y anvoyra un 
jeantilhomme pour luy en parler et alendre 
la réponse pour, selon sela, feyre cet que yl 
devera pour son bonneur et réputation et con- 
servation de ceulx qui le cervet et voldroit 
servir. J'é grent peur que cet bonhomme de 
Pappe à la fin par ses fays trouble toute la 
erétienté, cet que Dieu ne veulle, lequel je 
prie vous donner ce que désirés. 

De Villers-Coulré, le premier jour de 
l'an 1571. 

Vostre très humble et très hobéissente seur, 

Caterine. 

1571. — 3 janvier. 

Orig. Aut. Copie transmise par M. Feuillet de Couches. 

A MADAME MA SEUR 

MADAME LA ROYNE DE NAVARRE. 

Ma sœur, vous entendrez par le mareschal 
de Cossé ' si amplement l'intention du Roy 



1 Le même jour, de son côté, Jeanne d'Albret écrivait 
de la Rochelle à Catherine : « Madame, .Monsieur le ma- 
reschal de Cossé estant venu icy et nous ayant fait en- 
tendre la. bonne volonté de Voz Majestez à l'entreté- 
nement de l'édict, nous luy avons bien au long 
remonslré que, si le Roy n'y met la main à bon 
escient, nous craignons que les choses n'aillent 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDIGIS. 



23 



mon fil" sur la despesche que le sieur de Mas- 
parot présent porteur vous porte que ue vous 
en feray rediste, bien vous priai-je pour 



l'amitié que vous porte que voulliez rendre 
content le Roy mon fds, lequel vous voyez en 
tout ce qu'il vous tousche comment il venlt 



de mal en pis; car aultant de bonne volonté que le 
Roy monstre à la paix et repos de son royaulme, 
aultant en voyons-nous par aucuns et la plus grande 
partie de ses ministres qui s'emploient aultant à la ruine 
de ce royaume que les bons en désirent l'establissement. 
Ce sont faits trop longs à discourir par ceste lettre, 
mais nous en avons baillé le mémoire au sieur de 
Quincé. Il me reste à faire ma plainte particulière du 
traitement que mon filz et moy recevons tant par mes 
villes, qui ne me sont pas encore rendues, que luy en 
l'autorité de son gouvernement pour le service de Sa 
Majesté et pour sa compagnie et pour son frère bastard, 
ce qui nous fait plus de mal, parce que toutes ces défa- 
veurs se font mesme contre l'édict, ou pour préférer à 
nous quelque manière de gens si esloignés de noslre 
repos et du service que nous et les nostres vous ont faict 
que ceste défaveur apporte avecques soy une double 
honte. Il vous plaist m'assurer que mon filz et moy, 
estans près de vous, aurions honneur et faveur et bon 
traitement que nous sçaurions désirer, comme m'a dict 
Monsieur le mareschal et en ayant veu par le passé 
commencer l'effect et se continuer autrement, je suis de 
complexion soupçonneuse, Madame, comme vous sçavez 
bien, qui me fait avoir crainte grande que voz volontez 
soient bonnes, comme je n'en fais nul double, et que ceulx 
qui jusqu'icy ont eu pouvoir de les altérer en mon en- 
droict et lesquelz sont en mesme crédit et n'ont point 
diminué leur malice contre moy, comme les effectz me 
le monstrent, fissent toujours de mesme; vous suppliant 
très humblement croire, Madame, que je ne suis pas si 
ignorante que je ne cognoisse bien que toute nostre 
grandeur dépend de Voz Majestez et le très humble 
service qui nous oblige et appelle à vos pieds pour y 
employer vie et biens; et, cognoissant cela, que je ne dé- 
sire y venir infiniment, mais je suis ung petit glorieuse, 
je désire y estre avec l'honneur et faveur que je pense 
mieulx mériter que d'aultres qui en ont plus que mov. 
Je craindrais, Madame, vous fascher de ces propos si 
vostre bonté ne m'avoit accoustumée en mes jeunes ans 
au privilège que ma vieillesse me pourrait donner de 
parler privément à Vostre Majesté, vous suppliant très 
humblement. Madame, le prendre comme m'avez 
toujours fait cet honneur, et à l'avenir me faire paroistre 
à bon escient que vous m'honorez de vostre amitié, et 



me tenir en vostre bonne grâce à laquelle je présente 
mes très humbles recommandations, et supplie Dieu. 
Madame, vous maintenir en sa saincle grâce en longue 
vie.» (Aulogr. Bibl. impér. de Saint-Pétersbourg.) 

Voici ce que, de son côté, écrivait Colignv au Roi, le 
a janvier, au sujet de la mission du maréchal de Cossé : 
«Sire , j'ay esté fort aise de veoir icy Monsieur le mareschal 
de Cossé , pour estre seigneur que je m'asseure voudra 
rendre raison et justice à un chascun, suivant le comman- 
dement et intention de Vostre Majesté; mais au demeu- 
rant bien marry que son pouvoir n'ayt esté plus ample, 
car sur quelques instances que nous luy avons faictes et 
dont luy en avons baillé partie par escript, il a esté d'advis 
de les vous envoyer par le s' de Quincey présent por- 
teur, lequel ne doublant point qu'il n'ayt bien instruict 
de toutes choses, il ne sera à ceste cause besoing que je 
face à Vostre Majesté longue lettre. J'adjousteray doncq 
seullement comme ayant Madame d'Andelot ma seur 
escript à M r de Barhezieux pour la restitution de ses 
meubles, il luy a faict une response que ledict s r de 
Quincey pourra monstrer à Vostre Majesté, s'il luy 
plaist la veoir, par laquelle il semble que, au lieu de les 
rendre, comme il est tenu de faire, puisqu'ils sont en 
nature, et qu'il s'en trouve saisy, il veuille user de repré- 
sailles et se récompenser de ses pertes sur madicle seur ; 
à quoy, Sire, comme en chose que je sçay totalement 
contraire à vostre volonté et à voz édictz, je supplie hum- 
blement Vostre Majesté vouloir pourveoir en sorte que 
je congnoisse quel sera l'entreténement d'iceulx non seul- 
lement en parolles, maisprincipallementeneffect. -n (Bibl. 
nat. , fonds français, n° i5553, p. 1.) — Dans une lettre 
datée du même jour à Catherine et qui reproduit entiè- 
rement celle ci-dessus, il ajoutait de sa main : « Ma- 
dame, j'é conféré de plusieurs particularités aveques 
ledict s' de Quinçay, et luy ay prié de les faire entendre 
à Voz Majestés, comme il sçaura bien faire et fidèlement; 
j'ajousleré seulement que je vous supply très humblement 
de ne dire plus que ce sont de mes opinions ou que je 
menace le Roy; car il n'y a gentilhomme en France qui 
plus désire le bien et repos de ce royaulme que moy et 
qui s'employe plus vouluntiers pour l'un et pour l'aultre 
que je 1ère, mais pensez aussy que vous voyés la pro- 
chaine ruine de ce royaulme, si n'y est bien tosl poujçyeu 
et que de la prouvision que fera icy Monsieur le mares- 



24 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



que soyez satisfaicle , comment par ledici 
Masparot entendrez touschani vos affaires de 
Flandres, qui vousdoibt bien faire congnoistre 
de quelle façon le Roy mon filz embrasse vos 
affaires et ce qui toucbe vostre fils le prince 
de Navarre, lequel luv et mov désirons infi- 
niment voir icy avecques vous, et, me remec- 
tant sur la suffisance dudict Masparot, feray 
fin, priant Dieu vous donner ce que désirez. 

De Villers-Cotteretz, le m c janvier 1071. 

Vostre bonne sœur. 

CaTERINE. 



1571. — 5 janvier. 

Copie. Ribl. nat. fonds fraudais, n° 1070a , f° 1099. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAULX. 

Monsieur de Forquevauls, pour ce que je 
serois bien aise que Dona Catherine de Vera 
fust auprez des Infantes mes filles pour leur 
faire service, tant pour l'amour de ma cou- 
sine, la douairière de Nevers, qui m'a prié 
vous en escripre en sa faveur, que pour l'es- 
pérance que j'a\ que ladicle de Vera s'ac- 
quilcra fort bien et fidèlement de son debvoir 
envers elles, je vous prie tenir la main et 
moyenner que, en considération des services 
quelle a faicts à la feue royne d'Espaigne nia 
fille, elle puisse rentrer au service desdictes 
Infantes mes filles, priant Dieu, Monsieur 
de Forquevauls, vous avoir en sa saincte et 
digne garde. 

Escripl à Villiers-Costerets, le ciuquiesme 
jour de janvier 1571. 

Caterive. 

chat dépeint tout le bien el le mal que l'on peult espérer 
en ce royaulme.n ( Même vol. , p. 3.) — Voir également , 
dans ce même volume, les lettres écrites de la Rochelle 
par le maréchal de Cossé, qui toutes font mention de 
sa mission, et une nouvelle lettre de Jeanne d'Allinl, 
du (i janvier. 



1571. — (i janvier. 

Orig. Arcli. nat. collect. Siuiancas. K i5ai, pièce 19. 

\ DON FRANCÈS DE ALAVA. 

Monsieur l'ambassadeur, je me remel(ra\ 
sur ce que le lïoy monsieur non fils a faict 
entendre au secrétaire Aquilon 1 desoninten- 
cion sur ce que m'avez escript de ce prison- 
nier, pour vous dire que l'indisposition de la 
royne ma fille n'a esté autre chose que froict 
qui l'avoit saisie en ce voiage que nous avons 
faicl par un si mauvais et fascheux temps, dont 
nous sommes tous resentis et pareillement 
ma fille la duchesse de Lorraine. Maintenant, 
Dieu mercy, ladicte royne ma fille est hors 
du lit et du tout guarie, dont je loue Dieu. 

De Villeis-Cofray, le vi c jour dejanvien 070. 

Caterine. 
De Neltville. 



1571 8 janvier. 

Orig. Arch. des Médias à Florence, dalla Clza u-a(i . 
nuova nuojcrazione. p. 3o8. 

A MON COUSIN 

LE PRINCE DE TOSCANE. 

Mon cousin, j'ay voulu accompaigner de 
ce mol la lettre que le Roy monsieur mon filz 
vous escript présentement par le sieur Troile 
Ursin, lequel il vous renvoyé, ayant esté le 
très bien venu par de ça, quant l'on a sceu 
l'occasion de son voyage, qui estoit pour se 
conjoyr, de vostre part, du mariage du Ro\ 
mondicl sieur et filz, lequel, je vous puis 
asseurer, ne porte pas moins bonne affection 
de sa part à tout ce qui vous touche, que 
par effecl vous lu, avez voulu en cest endroicl 

1 Voir, dans le même carton (n° 82), la négociation 
engagée entre Vquilon, récemment envoyé en France 
par Philippe II, et Ahneiila au sujet du projet de ma- 
riage de Marguerite de Valois avec le roi de Portugal. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS 

faire démonstration de la voslre, remectant le 
surplus sur ce que vous en dira ledict sieur 
Troille, dont je vous prye le croire comme 
inoy mesmes, suppliant le Créateur vous avoir, 



mon cousin, en sa saincte et digne garde. 

Escript à Villiers-Costerez, le vm e jour de 

janvier 1 07 1. 

Vostre bonne cousine. 

Caterine. 



1571. — 8 janvier. 
Copie. BiM. nat. fonds français, n° 10769. f" 937. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieurde Forquevauls. je ne vousescrip- 
rav rien de particulier sur le mariage de Por- 
tugal; car vous verrez l'intention du Roy mon- 
sieur mon lîls par le mémoire qui vous est 
envoyé', avant pris ceste résollution depuis 

1 Voici en outre du mémoire les instructions données 
à Fourquevaux et apportées par L'Aubespine : 

«Quant au mariage de Portugal, le Roy a este incon- 
tinent informe tant par le cardinal de Rambouillet que 
par le nonce mesmes de Sa Sainctelé résident prez de 
Sa Majesté que Nostre Sainct Père ne s'est pas moins 
trouvé trompé en l'espérance qu'il avoit prise de pouvoir 
traicter ce mariage et en venir à bout au retour de don 
Loys de Toirès que Sa Majesté l'a esté de l'asseurence 
qu'il avoit prinse sur la promesse qui luy en avuit esté 
faicle si expresse, lequel de Torrès a bien sceu tant en 
son voyage que depuis son retour à Rome servir le Roj 
Catholique aux despens du service du Roy; quoy entendu 
par Sa Majesté, il a bientosl pris la résolution qu'il sV- 
toil proposée pour n'estre Madame sa seur si mal nour- 
rie et de si petite maison qu'elle demeure san? parti et 
sans estre recherchée et demandée de plusieurs bons 
endroietz; au moyen de quoy le Roy veult et entend que 
le sieur de Forquevauls ne parle plus de ce mariage au 
Roy Catholique ne à autre de par dellà, sinon comme 
de chose à quoy Sa Majesté ne pense aucunement, mais 
de marier bientosl Madame sa seur en tel lieu qu'il en 
recevra plaisir, contentement et service et dont le mari 
se sentira grandement bonnoré et oblige a Sa Majesté.» 
Même volume, p. y53.) 

Catherimc ue Médiu». — n. 



que l'on a sceu la négoliation de Tories. Ce 
m'a esté grand plaisir d'entendre par la lettre 
que m'avez escripte par vostre nepvéu lu 
grande démonstration d'amour qu'a faict la 
Royne Catholique à mes petites-filles, quand 
elle les a veuës, le soing qu'elle a d'elles et le 
bon braiclement qu'elle leur faict. Je ne sçau- 
rois recevoir plus de contentement; ces! chose 
que je désire qui continue, vous priant d'estre 
soigneux de l'observer et de m'en advertir 
bien particulièrement et mesme par le secré- 
taire de L'Aubespine, présent porteur, quand 
il s'en retournera. Je suis bien aise de ce que 
le Roy Catholique mon beau-fils a trouvé mes 
haquenées belles, comme il m'escript qu'il a 
faict, vous advisant, comme, sur la prière que 
vous m'avez faicte pour la dame de Forquevauls 
voslre femme, je l'av très volontiers retenue 
à mon service et au nombre de mes dame^. 
n'ayant vouilu qu'elle ait autre maistrèsse 
que moy pour l'affection et bonne volonté que 
je vous porte, comme j'av donné charge au 
secrétaire de L'Aubespine de vous faire 
entendre, priant Dieu, Monsieur de Forque- 
vauls, vous avoir en sa saincte et digne 
garde. 

Escript à Villiers Costeretz, le huictiêsmc 
janvier 1571. 

C VTKHINE. 



157 1. — 39 janvier. 

Copie. Bibl. nat. fonds français, n° 1075a . j>. 963. 

A MONSIEUR DE FOLRQLEVAUX. 

Monsieur deFourque.auls.avecques le Roy 
monsieur mon fils je vous asseureray pour le 
faire entendre au Ro\ Catholicque mon beau- 
fils de la meilleure disposition de la royne 
ma fille, laquelle a certainement esté si mal 
que nous en désespérions. Depuis ceste nuict 
elle est beaucoup mieuix, avant moin', de 

h 



imiMt vtno\ n> . 



26 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉMCIS. 



fiebvre et assez bien reposé. Los médecins nous 
assoiront qu'elle est en 1res bon chemin 
pour avecques la grâce et ayde de Notre Sei- 
neur eslre bien tost guérie. Je ne vous escrip- 
ra\ ])(iint l'ennuv où je me suis retrouvée, la 
voyant en ceste extrémité de laquelle nous 
avons bien \oullu luire tesmoing l'ambassa- 
deur d'Espagne 1 . C'est le principal ce qui me 
rejouisl el donne plaisir et très grand conten- 
tement qu'elle est maintenant mieulx et qu'elle 
sera tousjours amandant. Ceste dépesche sera 
bien tost suivie de Laplace vostre secrétaire, 
lequel je retiens jusques âpre/ la foire S'-Ger- 
main pour ce que je veulx qu'il porte à mes 
petites-filles quelques choses de ladicte foire. 
Par luv vous aurez plus particulièrement et 
amplement de noz nouvelles, pliant Dieu, 
Monsieur de Fourquevauls, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

Escript au chasteau de Boulongne, le vingt 
neuf me janvier 2 . 

Cateri.ne. 

1 Voici ce que nous lisons dans un mémoire remis le 
38 janvier à M. de Seurre envoyé auprès de S. MJ'Em- 
pereur : "Et pour ce que Sa Majesté estime que 
S. M. impériale et l'Impératrice s'enquerront inconti- 
nent de la disposition de la royne, le chevalier de Senrre 
leur dira que, depuis la médecyne qu'elle a prise, elle 
se porte beaucoup mieux et sont apaisées ses douleurs et 
>a liebvre forl amoindrie, si bien que les médecins ont 
bonne espérance qu'elle sera bien tost entièrement gua- 
rye, estimanl sa maladie avoir esté cause du grand 
travail el fascheux temps qu'elle a eu par les chemins, 
lant en venant en ce royaume que aussy depuis son 
arrivée; que la rigueur du froid y a esté la plus grande 
qu'elle se soit vue de longues années.» (Copie, Bibl. 
nat., fonds français, n° t583a, p. 17».) 

5 Au dos : itLa Royne à M. le duc de Florence. 1 



1571. — 2 février. 

Imprime ilans la Corirspontltincr ihjitnmatique île h Mathe-Finelon, 
l. VII, p. 70. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON'. 

Monsieur de la Mothe Fénelon, après avoir 
entièrement dépesché ce porteur, je l'ai ren- 
voyé quérir pour lui bailler ceste lettre, la- 
quelle n'est que pour vous faire entendre ce 
que je n'ai voulleu fier ni à secrétaire, ni à 
personne que à moy-mesme, et de ma main 
vous l'escrire, m'aseurant que vous conduiras 
ce faict si secrètement et deslrement qu'il ne 
nous apportera nul inconvénient, comme je 
craindre is, si la royne d'Angleterre pensoit 
eslre desdaiguée ou méprisée, et que relia 
feust cause de nous mettre en quelque guerre 
ouverte, ou qu'elle nous la fist soubs main, 
comme elle a faict jusques icy. 

Et pour venir au poinct, c'est que mon fils 
m'a faicl dire par le Roy qu'il ne la veut 
jamais espouser, quand bien mesme elle le 
voudrait, d'autant qu'il a toujours si mal ouï 
parler de son honneur et en a veu des lettres 

1 Voici ce que La Molhe-Fénelon avait écrit à Cathe- 
rine le 3i janvier 1571 : «Madame, estant en un feslin 
où j'ay esté convié pour arcompaigner la royne d'Angle- 
terre, le xxm°" de ce mois, elle a prins plaisir d^ deviser 
l'après disnée fort longtemps avecques moy ; et, entre 
autlres choses, elle m'a dict qu'elle estoil résolue de se 
marier, non tant pour s'est sçavoir passer (car elle en 
avoit faict assez de preuve), comme pour satisfaire à ses 
suhjecls et aussi pour obvier par l'authorilé d'un inary. 
ou par la naysance de quelque liguée, s'il plaisoit à 
Dieu luv en donner, aux entreprises qu'elle sentoit bien 
qu'on fesoil contreelle et sur son Estât, si elle devenoil 
si vieille qu'il n'y eust plus lieu de prendre parly, ni 
espérance qu'elle deubtavoir d'enfans. 11 est viay qu'elle 
craignoit grandement de n'eslre bien aymée de celluj 
qui la vouldroit espouser, que luv seroit un second in- 
convénient plus dur que le premier; car elle en mourroit 
plus tost, et que pourtant elle y vouloit bien regarder. 1 
( tloirespondance diplomatique de La Mothe-Fénelou , t. II] . 
p. i54.) 



LETTRES DE CATHERIiNE DE MÉDIGIS. 



1t 



escriptes de tous les ambassadeurs, qui y 
ont esté, qu'il penserait estre déshonoré et 
perdre toute la réputation qu'il pense avoir 
acquise '. 

Et pensant toujours le vaincre par raison , 
je vous en ay escript tousjours de mesme train 
jusques à la présente que je me suis délibéré 
de faire, afin qu'allant les choses plus avant, 
elle n'eust plus d'occasion de nous vouloir du 
mal, et se ressentir de ce qu'elle auroit esté 
refusée. 

Et vous promets que, si elle dict à bon 
escient de se vouloir marier, que j'ay grand 
regret de l'opinion qu'il a ; et voudrais qu'il 
m'eust cousté beaucoup de sang de mon corps 

' Elisabeth avait favorablement accueilli l'ouverture 
que lui avait l'aile La Mollie-Féuelon de son mariage 
avec le duc d'Anjou : trMonsienr, avoit-elle répondu, 
estoit de telle estime et de si excellente qualité qu'il 
estoit digne de quelque grandeur qui l'ust au monde, et 
qu'elle croyoit que ses pensées cstoient bien logées en 
plus liaul lieu que en elle, qui estoit desjà vieille etqui, 
sans la considération de la postérité, auroit honte do 
parler de mary, et qu'elle estoit desja de celles dont 
on voudrait bien espouser le royaume, mais non pas la 
rovne, ainsy qu'il advenoit souvent entre les grands, qui 
se maryoient la plus part sans se voir, et que ceulx de la 
mayson de France avoient bien réputation d'estre bons 
inarys à bien tort honorer leurs femmes , mais à ne guières 
les aymer. Et suivyt assé longtemps ces propos avec 
toutes les plus honnestes et favorables parolles, qui se 
pourraient respondre à ung qui monstroit ne parler 
aulcunement que de luy mesmes et sans aulcune charge. 
Donc ne fault doubler, Madame, que ce qui en serait 
maintenant miz en avant ne lus! roceu d'elle et embrassé 
de tout son royaulme avec affection ; mais je ne puis 
juger encore si elle accomplirait par après, car souvent 
elle a promis à ses Estais de se maryer et puis elle a 
trouvé moyen d'en prolonger et interrompre les propos. 
N'.mtmoins, de tant qu'on imputera à une très grande 
laulte à la France d'avoir laissé eschapper ung si grand 
party, comme est cestuy-cy, qui semble se présenter à 
Monseigneur, je désirerois que vous l'eussiez déjà dis- 
posé à le vouloir.» (Correspondance diplomatique de La 
Mothe-Fénelon , t. III. p. 419.) 



que je la lui eusse peu oster ; mais je ne le 
puis gaigner en ceci, encores qu'il me soi! 
obéissant. 

Or, Monsieur de la Molhe, vous estes sur le 
poinct de perdre un tel royaume et grandeur 
pour mes enfans dont j'ay un 1res grand re- 
gret. Voyez s'il y auroit quelque autre moyen, 
comme je vous avois mandé aultrefois, qu'elle 
voulleust adopter quelqu'une de ses parantes 
pour fille, et la déclarer son héritière et que 
mon fils l'espousast; ou une chose que je 
trouve aussy mal aisée et plus, qu'elle voul- 
leust mon fils d'Alençon; car, de luy, il le 
désire, et il a seize ans passés; et d'aultanl 
qu'il est petit de son âge, je fais encore plus 
de difficulté qu'elle le veuille ; car, s'il estoil 
de grande venue, comme sont ses frères, j'en 
espérerois quelque chose, car il a l'entende- 
ment, le \isage et la façon assez de plus d'âge 
qu'il n'a ; et n'y a à dire quant à l'âge que de 
trois ans de son frère à luy. 

Je ne vous mande cessy pour espérance que 
j'aye, mais c'est pour faire voir par quel 
moyen nous pourrions avoir ce royaulme 
entre les mains d'un de mes enfans, veu, 
oultre leur grandeur, le bien et le grand ser- 
vice pour le Roy et le royaume. 

Je vous prie de bien considérer tout ce que 
je vous en escripts et me mander ce que vous 
en semble, et ce que j'en puis espérer, et me 
I'escrire par une lettre qui ne soit baillée 
qu'à moy seulle, et non devant personne; el 
«l'assurant qu'avez la mesme volonté en ce 
faict que j'ay, je ne vous en dirai davantage, 
ni ne le vous recommanderai. Je finis, priant 
Dieu, Monsieur de la Mothe, vous avoir en sa 
saincte et digne guarde. 

Boulogne, près de Paris, second de feb- 



rier 1671. 



(Iatrrine. 



28 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICTS. 



1571. — 8 février. 
Orig. Bibl. nat. fonda français, n" 16093. f 21a. 

\ MONSIEUR DE BELLIÈVRE. 

Monsieur de Beiïievre, vous aurez veu par 
la dernière dépesehe que vous a laid le Roy 
monsieur mon filz comme il a trouvé bon que '. 
ayant donné ordre aux affaires de Suysse si 
dignement que vous ave/, faict el pris congé 
de la plus par! des cantons, après leur avoir 
faict une saige et prudente proposition de 
remonslrance pour la conservation de la bonne 
amitié que nous avons avec eux, vous vous 
soiez acheminé pour venir par deçà, chose à 
quoy il a esté d'autant plus conforme qu'il a 
veu par la vostre du xxtx r du passé le peu 
d'apparence qu'il y a d'aucunes pratiques 
d'alliance ou levée qui se lacent en Suysse en 
la laveur des Espagnols et ne pouviez, à ceste 
occasion, plus saigement vous résouldre que 
de continuer vostre chemin par deçà, pour 
n'estre nécessaire voslre retour aux Ligues H 
la craincle qu'il y eus! eu qu'il n'eusl esté 
interprété à quelque intention aultre que de 
la vérité, qui eusl peu altérer noz affaires, si 
bien que vous vous pouvez asseurer que vous 
serez le bien venu et veu de vostre maistre, 
comme il en a juste occasion, l'ayant si bien 
et si dignement servy, comme vous avez faict, 
et sur ce je prie Dieu, Monsieur de Bellievre, 
qu'il vous ayt en sa sainete garde. 

Escript au chaste.au de Boullongne, le 
vin' jour de lebvrier 1571. 

Caterine. 
Brulart. 

1 Voir la lettre de Charles IX aux caillons pour leur 
annoncer le départ de Bellievre; .Ile ajoute quelques 
déHaih à celle de la IVine mère sur les pratiqués des 
Espagnol", en Suisse. (Même vo'ume, p. •?,,*.) 



1571. — 18 février. 

Imprimé Hnnsla Correspondance diplomatique de ha Mbffo-FaWon , 
I. VII. p. i83. 



\ MONSIEUR DE LA MOTHE-FENELOV 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, je vous ay 
escript une lettre de ma main par Sabran, et 
vous mandois que, voyant que mon fils ne 
vouloit se marier, que vous essayiez de voir 
si la royne d'Angleterre voudroit son frère 
d'Alençon, ou lui bailler quelqu'une de ses 
parentes. Or, despuis, j'ay ta,nt faict que mon- 
dict (ils d'Anjou s'est condescendu à l'espouser. 
si elle le veut, ce qu'il désire, à ceste heure, 
infiniment. Ce que voyant, j'ai fait tempo- 
user icy milord Boueaust 1 , encore qu'il ave 
prias congé, affin qu'il vienne encore de nou- 
veau parler au Boy mon fils et à moy, et, 
qu'estant asseurés à présent de la vollonté de 
mondict fils, nous lui en parlions en façon 
que la royne sa maistresse, à son retour. 
congnoisse qu'il ne tient plus à nous que. 
si elle a envie de se marier, et espouser mon 
fils, la chose s'effectue avec son honneur el le 
nostre. 

De quoy je vous ay bien voulleu advertir 
par ce porteur que je retins jusqu'à présent, 
pour l'espérance que j'avois de gaigner à la 
lin mon fils, comme j'ay faict, et le vous a\ 
voulleu escrire de ma main pour estre très 
nécessaire, si la chose se debvoit faire, qu'elle 
se vit plus tost faicte el le mariage conclud que 
sceu. Et, pour ceste occasion icy, nous faisoi^ 
toujours entendre à tous secrétaires el autres, 
que je n'ay jamais peu gaigner mon fils à se 
voulloir marier. Et parce que tout le monde 
parle, je vous prie doresnavant, n'escrireplus 

1 Thomas Sackville. lord Riirklmnt. Voir ses lettres 
dans le Caleiular of StatO papcrs de i5 7 i; il était arrivé 
i Paris le ai février et eut son audience le •>:'>■ 



LETTRES DE CATHE 

de ce propos par Lettre qui puis-e venir entre 
aullre main que les miennes, et que personne 
ne les aye ne voye que le Roy mon fils, son 
frère et moy ; et aux autres lettres qui seront 
des autres nouvelles et affaires, le secrétaire 
les aye, comme avez acoulumè, mais qu'il 
n'y aye jamais rien qui parle de ce mariage, 
lequel désirons qu'il ne traîne point, mais 
incontinent que le Milord sera de retour, que 
vous laschiez de descouvrir ce qu'il aura dirt, 
et sur cella la volloute' de la royne d'Angle- ! 
terre, et nous mandiez comment nous aurons 
à nous y conduire, affin que bientost nous en 
puissions avoir l'issue qu'en désirons ; et sur- 
tout que les catholiques n'en prennent ambre, 
mais gaignez-les de façon qu'ils le désirent, et 
leur faictes cognoistre le bien et advantage que 
ce leur sera. 

J'ay entendu ce que m'aviez mandé 1 parce 
porteur qui me semble que c'est un bon 
acheminement, et que j'espère conduire le ! 
reste de façon que la fin en sera heureuse cl 
comme la désirons, ce que attendant, je prie 
Dieu, Monsieur de la Ylothe, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

De Paris, ce xvn e jour de febvrier 1071. 

(Jaterine. 



1 57 1 . — 19. février. 

Copie. Bibl. nat. fonds français . n° 1075a . f° 100Û. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, j'ay voullu que 
vostre secrétaire ait attendu que j'eusse veu 
la foire Saint Germain avant qu'il vous fust 
dépéché, afin qu'il peust estre porteur de ce 
que j'envoye présentement par luy à mes pe- 

1 Voir les dépêches de La Mothe-Fénclun des 6 et 
12 février. (Coir.:ipnndanre diplomatique, t. III, p. liô^ 
et suiv.) 



R1NE DE MÉDIG1S. 29 

lites-filles, que je vous prie leur présenter et 
bailler en les visitant de ma part et continuer 
à nie donner souvent advis de leur bonne dis- 
position, comme vous avez très bien faict jus- 
ques à présent, et mesmes aussi de la façon 
dont continuera à se gouverner envers elles la 
Rouie Catholicque leur belle -mère. Vous 
saurez comme la rovne ma tille se porte 
maintenant très bien, ne luy restant do sa 
maladie, sinon qu'elle est foible. et fault que 
le temps la remette sus et fortifie, comme j'es- 
père qu'elle sera bien tost avecques l'ayde de 
Dieu. Vous pouvez penser. Monsieur de For- 
quevauls, si je loue Dieu et suis aise de sa 
convalescence, ayant receu autant d'ennuv el 
de fâcherie pendant son grand mal. qu'il se 
peut dire, ce que vous tesmoignerez par delà 
par tout où il sera besoing,\ous conjouissant, 
de ma part, avecques le Roy Catholique, la 
royne sa femme, et les princes de Bohesnie : 
de sadicte convalescence. Il ne me reste au- 
cune chose à vous escripre par la présente. 
oultre ce que vous mande le Rov monsieur 
mon fils, ny pour response à la despèsche 
que nous a apportée le sieur de Malicorne d< 
rostre part; car sur ce qui concerne le ma- 
riage de Portugal et toutes autres choses re- 
gardant le service du Roy mondial sieur el 
filz, vous aurez sceu l'inlention par le secré- 
taire de L'Aubespine; au moven de quoy je 
linirav, en priant Dieu. .Monsieur de Forque- 
vaulz, vous avoir en sa saincte et digne 
garde. 

Escript au chasteau de Boulogne, le vint 
deuxiesme février i!ï'-i -. 

Gatbrinb. 

1 Les fils de l'empereur Maximilien alors en K^- 
pagne. 

2 Voir la lettre de Fourquevanx où il entretient la 
Reine de la mission de M. de Malicorne. (Ibiit., p. 976.) 



30 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



1 57 1. — a3 février. 

Orifj. Bihl. nal. fonds français, n° 8178, i' 9o3. 

A MONSIEUR DE HUMIÈRES. 

CHEVALIER DE L'ORDRE Dl; ROY MONSIEUR MOV FILZ 
ET COLVERNECR DE PERONNE. 

Monsieur de Humières, ayant entendu qu'il 
\ a en l'église de Peronne, ung nomme' Le 
Heu, qui a la voix l'orl bonne et excellente 
pour une taille el désirant grandement le re- 
couvrer avec plusieurs aultres pour dresser 
une chappelle de musique, je vous ay bien 
voulu faire ce mol de lectre pour vous prier 
de faire en sorte (pie vous le m'envoyies 
iiicoutiment là par où je seray et affin qu'il 
puisse venir bien tost et que la faillie d'argent 
ne le relarde, je vous prie luy fournir ce qu'il 
fauldra lant pour le monter que pour la des- 
pence de son voiage et je vous feray rem- 
bourser incontinent, et m'asseurant que vous 
me ferez voulontiers ce plaisir, je ne vous 
feray la présente plus longue, priant Dieu, 
Monsieur de Humyières, vous tenir en sa 
saincle garde. 

Escript au chasteau de Boulongne, le 
xxiir""" - jour de febvrier 1671. 

Caterine. 
Chvxtereau. 



157 1. — 08 lévrier. 
Copie. Iiil>l. nal. foixls françaù . d? 1076a, f n iot2. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Fourquevauls, don Francès 
d'Alava est si coustumier de nous donner oc- 
casion de nous plaindre de luy au Ro\ Catho- 
lique mon beau-fils son maistre que nous le 
pouvons plus supporter 1 . Vous verrez parla 

1 Charles l\ ajoute que don Francès dp Alava est 
venu le trouver an logis de son frère de Lorraine on il 



lettre que \ous escript le Roy monsieur mon 
fil/, les propos qu'il nous a tenus, qui sont 
pleins de telle indiscrétion qu'il n'esl possible 
de les souffrir, m'accusant de tout le mal, 
comme si je n'avois jamais rendu de tesmoi- 
gnage audict Roy Catholique de l'amitié et 
bonne volonté que je luy porte, desquels je 
serais marrie qu'il n'eut meilleure connais- 
sance que ces ministres font démonstration 
de l'avoir. Si ledicl ambassadeur ne nous sa- 
tisfait, nous avons autre cause de croire qu'il 
a inventé ce qu'il nous a dit pour mesdire de 
nous, ce que je vous prie bien faire entendre, 
de ma part, au Roy Catholique et qu'il con- 
sidère que l'indiscrétion d'un ministre ne peut 
de rien servir à l'enlrelénement d'une bonne 
paix et amitié', laquelle je meltray peine de 
nourrir, tant que je vivray, ainsi que j'ay t'aie) 
jusques à reste heure. Je prie Dieu, Monsieur 

avail couché, à l'occasion d'une lettre injurieuse pour 
lui et pour la reine qu'on avait interceptée el qu'il désa- 
vouait, et qu'il lui a répondu que tout cela venait de per- 
sonnes qui ont un extrême regret de l'amitié et bonne 
intelligence qui est entre ces deux royaumes, et à la lin 
de sa lettre il fait part à Fourquevaux de la réponse de 
la Reine sa mère, présente à l'entretien. 

rOn a cause de dire que j'aime le Roi Catholique, 
car j'ai engardé que les huguenots allassent aux Pays- 
Ras, d'où il est advenu que l'orage en est tombé sur ce 
royaume ; en quoy l'on me pourrait reprocher avoir 
préféré le bien du Roi Catholique à celui de mon fiis», 
à cela Alava ayant répondu : "Si les huguenots fussent 
allés aux Pavs-Ras, ils eussent été chastiés, comme ils le 
méritent et vous en seriez maintenant délivrés. — Alors, 
repliqua-l-elle, c'est la cause pour laquelle le Roi 1110:1 
lils el le Roi Catholique devraient se plaindre de moy . 
car l'un et l'autre se sont très mal trouvés de ce que 
j'ay fait, mais j'espère que Dieu un' fera la grâce de voir 
quelque jour le Roi Catholique pour lui désigner ceulx 
qui lui estoient mauvais ministres, lui desguisantla vérit.- 
des choses dont il devoit avoir la plus grande assenranre.- 
Sur cette dernière réplique de la reine, Alava répondit 
fort insolemment, et c'est des propos qu'il a tenus que 
se plaint la Reine, (lbid., p. 1009.) 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



31 



de Fourqucvauls. qu'il vous ayt sous sa saincte 
et digne garde. 

Escript aux faubourgs S 1 Honoré, ie der- 
nier de février 1571. 

Caterine. 



1571. — a 8 lévrier. 

Copie. Bibl. nat. fonds français, ri 3 i6oai, f° t66. 

A MONSIEUR DE GORDES. 

Monsieur de Cordes, vous entendrez par la 
lettre que vous escript le Roy monsieur mon 
fils combien le faict de la traicte de cent cin- 
quante gros muyds de sel marin qu'il a ac- 
cordés aux s" du canton de Berne luy est 
particulièrement recommandé et vous veulx 
bien dire que vous ne sçauriez faire service 
qui luy soit plus agréable que de faire mectre 
à si bonne et deue exécution les lectres pa- 
tentes qu'il leur en a faict expédier, [afin] qu'ils 
ayent occasion de demeurer contens en cest 
endroict selon que les bonnes démonstrations 
de leur affection au service du Rov mondict 
sieur et filz les méritent; en quoy me pro- 
mectant que vous ensuivrez sa volunté, je ne 
vous eu diray rien davantaige et prieray Dieu , 
Monsieur de Cordes, qu'il vous ayt en sa 
saincte garde. 

Escript au chasteau de Boulogne, le der- 
nier jour de lévrier 1671. 



Caterine. 



Brul 



1571. — Mars'. 

Minute. Bibl. nat. fonds français, n" i5553, f° 59. 

A MONSIEUR DE SAINT-GOUARD ». 
Monsieur de S' Couard, j'ay receu les lettres 

1 Au dos : Du . . . jour de mais 1571. 
Pareille lellre, et dans les mêmes termes, l'ut adressée 
au cardinal de Rambouillet. (Ibid., p. 58.) 

J Jean de Vivonne, s r de Saint-Gouard, le grand-père 



que vous m'avez escriptes et veu tout ce que 
vous avez mandé au Roy monsieur mon filz 
de ce qu'il s'est passé depuis que vous estes 
par de là avec Noslre Saint Père 1 pour l'élar- 
gissement du conte de Gavasse et pour ce que 
par la dépesche qu'il vous faict présentement 
vous entendrez la résolution qu'il a prinse 
avec le nonce et l'évesque de Salviati; comme 
il veult que vous vous en reveniez, je ne vous 
en manderay autre chose en la présente que 
de vous asseurer qu'il a grand contentement et 
satisfaction du debvoir que vous avez faict en 
cest affaire, priant le Créateur \ous avoir eu 
sa saincte et digne garde. 



1571. — 3 mars. 

Imprimé dans la Correxpotulanoe diplomatique tte la Mothe-Fenelon , 
t. VII. p. 189. 

V MONSIEUR DE LA MOTHEFÉNELON. 

Monsieur de la Motbe Fénelon, j'ai veu 
vostre petite lettre, et si vous avez receu la 
dernière que je vous ai escripte, vous verrez 
que les choses sont changées, et que mon li!< 
désire infiniment espouser la royne d Angle- 
terre et ne craint sinon qu'elle ne le veuille 
non plus qu'à l'accoustumée, et qu'elle fasse 
mine de se voulloir marier pour servir à ses 
affaires; mais, quoiqu'il en soit, il faultessayer 
par tous moyens de la conduire à le faire, 
et pourluv donner occasion de dire iibrement 
sa volonté, j'ai parlé au milord Boucaust 2 , le 
jour devant qu'il partist, encore qu'il eusl 
longtemps auparavant prins congé de nous en 
cérémonie; et, de peur qu'il fust sceu il fis! 

de la marquise de Rambouillet. Voir au sujet de sa 
mission le volume que M. le vicomte de Brémond d'Ars 
lui a consacré. (Paris, Pion, i884, p. aa5.) 
1 PieV. 
Lord Buckliurst. Voir sa lettre à la reine sa maîtresse 
dans le Calendur of State yapers (1571), p. 4i3. 



32 LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



semblait d'aller voir les Tuilleries et moy 

d'y estre allée me promener sans dessein, où 
je feignis de l'entrevoir, el lui dis que j'eusse 
eu regret qu'il s'en feust all( ; sans que |>lus 
,111 Ion;; je luy eusse explicqué l'amitié que le 
Roy mon fils el moy avons pour la royne 
sa mai tresse, veu qu'elle nous avoil laid 
entendre par luy relie quelle nous vouloit, el 
comment nous désirions, par lous moyens, de 
ln\ correspondre, el l'assurer que, de nostre 
part, nous travaillerons tousjours à la fortifier 
davantage, quand l'occasion s'en présenterait. 

Il me dicl qu'il pensoit que je voulluse luy 
dire cella pour le mariage d'elle et de mon fils. 

Je lui dis (pic si nous estions asseurés 
qu'elle le voulions! el ne se moquasl comme 
des aultres, que le Roy mon fils et moy le 
désirerions el le voudrions avecque son hon- 

ir, mais qu'elle gardasi, de son côté, le 

nostre. affin qu'il ne nous en tournast une 
moquerie. 

Lors il commença à me dire qu'elle luy 
avoil commandé de nous dire, si nous entrions 
eu ce propos, qu'elle estoil résollùe de se ma- 
rier, et hors de ce royaume, et à un prince 
de mesme aisle; et que, n'estant L'honneur 
d'une tille de rechercher les hommes, qu'elle 
n'en pouvoit dire davantage; mais, quand 
elle en seroil requise, comme son honneur le 
veut, qu'elle respondroit et n'en sorti roil nulle 
moquerie. Et après, me dict qu'il me voulloit 
parler de luy mesme, qu'elle estoit contraincle 
de se marier, el asseuroit qu'elle le voulloit, 
que t<ui> les grands le luy conseilloient, que 
mon lils n'estoit ni comme le ro\ de Suède, 
ni le frère du roj de Dannemark, ny l'archi- 
duc Charles, qui sont tous princes esloignés de 
l'Angleterre et pauvres, eux et les leurs, mais 
mon fils estoil vo\sin el appuyé d'un grand 
roy; et «pie ce mariage, s'il se faisoit , seroit 
bien utile pour les deux parties; et qu'il me 



prioit que je lui disse ce que je voudrais sur 
cella mander à sa maistresse. 

Je luy disque je n'a vois à dire aultre chose, 
de la part du Ro\ mon fils et moy, que ce que 
je lui avois dict, que, ne se mocquant, et se 
voullanl marier véritablement, que le Boy mon 
fils el inox entrerions en ce propos, luy gar- 
dant son honneur cl qu'elle aussi nous gar- 
das! le nostre; qu'estant royne si grande, il 
ne la fault pas rechercher comme une aultre 
princesse, sans sçavoir sa volonté', veu mes- 
mement que les aultres qui l'ont laid s'en 
sont mal trouvés; mais que. la sçachant, nous 
lui garderons ce qui est du à une fille, grande 
royne comme elle est. 

Il me demanda s'il en dirait aultant de la 
part de mon fils, je lui dis que non, que c'es- 
loil de la part du Roy el de moy, et qu'il pou- 
voit bien l'assurer, de la part de mon fils, qu'il 
la servirait toujours en ce qu'elle lui voudrait 
commander. 

Voilà tout ee qui s'est passé entre nous. 

Et, le jour auparavant, Cavalranty ' m'avoil 
baillé le portrait de ladicte dame pour le bail- 
ler à mon fils, que le milord lui avoil baillé. 
Despuis, le Secrétaire du cardinal de Chas- 
tillon a eu la response, qui est que nous le 
remercions et le prions de voulloit- tirer l'en- 
tière résolution de celle royne, si elle seveull 
marier ou non, et après nous venir trouver 
pour en conférer ensemble, el prendre une 
résolution comme nous y debvons procéder, 
el l'avons laicl. affin qu'il s'en vienne icv. 

1 Guido Cavalcanti était un 'l<- ces habiles diplomates 
ilalieDS qui servaient également les deux cours de France 
'■i d'Angleterre, "" neutre, comme le qualifiait Catherine 
el que le duc d'Albe souvent utilisa. C'est lui qui attesta 
que la conduite de la reine d'Angleterre avait toujours 
été irréproclialile. et que sa réputation de chasteté était 
reconnue par toute l'Angleterre. (Lettre de lord Buclt- 
liursl à la reine d'Angleterre, Calendav »f Slate jnijins, 
1071, p. 419.) 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIC1S. 



33 



Et Téligny, qui nous a aussy pressé de lui 
faire responce et avoir quelque chose plus 
particulière pour luv mander, aÔin qu'il le 
puisse dire à icelle royne, si elle luy demande : 
— « Ouand je leur auray assuré de le vouiloir, 
quelle seureté auriés qu'ils le veullent?» Je 
luy ay dict et le Rov aussy, qu'il luv mande de 
l'asseurcr que , si nous sommes asseurés de sa 
vollonté, que lors elle cognoistra que nous 
serions bien marris de nous mocquer d'une 
telle princesse, et y fairons ce que debvons 
pour lui conserver son honneur et réputation; 
car, cella se faisant, nous le désirons conser- 
ver comme le nostre propre. 

(I nia dict : ^Mais Monsieur y est si con- 
traire, n — Je lui ay respondu que non; mais 
qu'il y en avoit tant qui ne désiroient ce ma- 
riage que, s'il faisoit autrement, ils essaye- 
i-oient par tous movens de l'empescher; et, 
en pensant qu'il ne le veut, ils se mocquent de 
ce que l'on en dict. 

Je vous av voulleu advertir de tout, aflin 
que. parlant à cette rovne, vous suivies le 
mesme propos, et que, nous advertissant par 
lettre expresse, qui ne soit baillée qu'à mov. 
de tout comme les choses iront après qu'elle 
aura entendu tout cessy, et nous mandiés ce 
qu'il vous semble que nous devions faire, et 
comment il nous failli conduire. 

Cavalcanti a grand envie que toute la 
négotiation luy tombe entre les mains tout 
seul. Je luy en ai donné espérance, car je n'ay 
voulleu malcontenter personne, de peur que, 
se voyant méprisé, il eust moyen de nous \ 
nuire. Vous parlerez à luy, et luy direz le con- 
tentement que nous avons de luy, et que, si 
cecy va en avant et sans longueur, nous ne 
serons pas mescognoissans. 

Ce porteur vous dira comment j'ay parlé au 
secrétaire, et les propos qu'il m'a tenus; et 
m'en remettant sur luy, je l'eray fin à la pré- 

CaTHERINE DE MÉD1CES. IV. 



! sente, priant Dieu, Monsieur de la Mothe. 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 
De Paris, ce n"" jour de mars. 

Catkrine. 



1371. — 10 mars. 

Minute. Bibl. nat. fonds français, n° i5553. f° 5u. 

A MON COUSIN 

MONSIEUR LE GRAND MAISTRE 

ET AU COKSEIL DE MALTE. 

Messieurs, j'ay en telle singulière et spé- 
cialle recommandation ce qui touche et appar- 
tient au chevallier de Seurre, conseiller au 
conseil privé du Roy monsieur mon filz, pour 
ses continuels, bons, agréables et recomman- 
dables services et mesmes estant maintenant, 
comme il est, en ung voyage qui luy a esté 
ordonné auprès de l'Empereur, qui lait que 
j'ay bien voulu accompaigner de la présente 
celle que le Roy monsieur mon filz vous escript 
en sa faveur touchant le prieuré de Cham- 
paigne à présent vacquant par le trespas de 
frère Jehan Audelert, aflin de l'en pourveoir 
et grattiffier, ce dont je vous prie, de ma part, 
aultant affectueusement que je puis et vous 
ferez chose qui me sera tant agréable que, si 
jamais vous m'employiez en quelque endroit 
que ce soyt pour vous et vostre ordre tant en 
général qu'en particulier, je vous ferav tous- 
jours congnoistre par effect la bonne souve- 
nance que je vouldray avoyr du bien qu'aura 
reçu de vous le chevalier de Seurre, lequel 
encores une foys, je vous recommande en 
priant Dieu, Messieurs, qu'il vous ayt en sa 
saincte et digne garde. 

Escript au faulxbourg Saint-Honoré-les- 
faris, le \ e jour de mars 1671 '. 

1 Pareille lettre, et dans les mêmes termes, lut écrite 
par Catherine au grand maître seul. (Même volume, 
P- 4 9-) 



lllPTUXECir 



:;.'. 



LETTRES DE '.AT 



I .">" 1 . — i o mars. 

Oriff.'Arcb. dis M.-diiis à Florence, dalla iilza hnZo , 
nuova numerazioue. 

A MON COI SIM 

LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, ayant esté priée de la pari de 
ma cousine la duchesse de Nevers ] de vous 
escripre en faveur du seigneur Ermôdio Ventu- 
relli, chevalier de vostre ordre, e( estant infor- 
mée tanl de la bonne vollunté et affection 
qu'il a de vous faire service, que de ses verluz 
el bonnes quallités; et desquelles estant bien 
el suffisamment acompagné, il est pour se 
bien acquiter des charges que l'on luy voul- 
droit bailler, je vous ay bien voullu prier par 
la présente de voulloir mettre en considéra- 
tion sa valleur et bonne vollunté de vous eu 
servir, selon que vous verrez qu'il mérite, 
l'einploiant es choses dont vous cougnoistrez 
qu'il sera digne; en quoy j'auray grand plai- 
sir qu'il vous satisftace, en sorte que vous en 
ayez contentement, priant Dieu, mon cousin, 
vous tenir en sa saincte garde. 

Escript à Paris, le x e jour de mars 1571. 

Vostre bonne cousine, 

Catemne. 

1571. — 18 mars. 

Aut. Bibl. nat. fonds français, n° io-j&o, I* 39. 

A MON CODSIN 

MONSIEUR LE DUC DE NEMOURS. 

Mon cousin, j'é reseu vostre letre par cet 
porteur el entendu par luy cet que lui avés 
comendéme dire, et vous prielevoulouircroyre 
de cet qu'il vous dire de ma part, et vousaseurer 
que ce n'é faulte de bonne volante et d'envie 
que le Roy mon fds n'ave de vous gratifier et 

1 Henriette de Clèves. 



HERINE DE MÉD1C1S. 

W)UB fayre conestre combien yl vous ayme. 
aystime el tyent pour cet que lui aystes el nté- 
rilés; mes cet porteur vous dire cet qui aysl 
ocasion que n'estes à présan satisfayst et, de 
ma part, je sayré tousjours bien ayse quant 
cet présanteré ocasion que par ayfect vous 
puisiés conestre quel ayst ma bonne volante, 
el que ne l'é heulemeut changée cornent, en 
toutes ocasions, le conestrés et en cetpendaul 
j je prie Dieu vous donner bonne sa nié. 
De Bloys, cet wiii" de mars 1 5 7 1 . 
Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1 57 1 . — 18 mars. 

Ytjt Bibl. nat. fonds français. n° îoaio. f" & 1 . 
A MA COUSINE 

MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS. 

Ma cousine, je suis ynfiuiment marye de 
cet que estes encore malade el voldrès bien 
avoyr le moyen de vous rendre aussi saine que 
vous désire et que cet que m'a dist cet porteur 
vous eull peu rendre le contentement que dési- 
rés. Yl vous dire cornent le tout a\st pasé el 
vous prie croyre que ne tient à avoyr bonne 
volante et aymer et stimer Monsieur de V- 
mours; car le Roy lui fayré tousjour paroystre 
en cet qui présenteré pour son contentement . 
mes que ce souit chause qu'il puise san fayre 
tort à ceulx qui le serve bien, contint pou- 
les plus au long entendre par cedist porteur. 
Yl m'a dist que Mousieur de Nemours s'ait v;i 
en Savoye, et que vous nous viendré \ u\ r ysi, 
de quoy j'é ayslé bien avse, et désire bien que 
ce souit au plus tosl. Je ne vous veulx celer 
que nous somes en quelques ayspérenses que 
la royne ma fille souit grose. Si p'étoyt \ra\, 
je serés trop heureuse; et, sachant cornent li 
désirés, je vous l'é bien voleu mender, encore 
que je vous prie n'en volouyr dire ri.en, de 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



35 



peur que ceulx qui ne le de'sire comme nous, 
ne s'en moquaset, s'il n'étoyt vray. Je finiré 
ma l'être en cet bon endroyt et prire' Dieu 
qu'il souil vray et qu'i vous douin ausy bonne 
santé que la vous désire 

Vostre bonne cousine. 

De Bloys, ce xvm e de mars 1671. 

C.VTERINE. 



1571. — ig mars. 

Orig. Bibl. nat. fonds français, n° 3aa8, f° 6. 

A M" LE PRÉSIDENT DE METZ '. 

Monsieur le président, il est puis naguères 
vacqué ung estât de maistre des requestes 
ordinaire de l'hoslel par le dérez du feu sieur 
de Villemain. en laquelle vaccation l'on a bien 
eu souvenance de la promesse qui vous a cy- 
devant esté faicle du premier qui viendroit ;'i 
vacquer. Toutelïoys la nécessité des affaires du 
Roy monsieur mon tîlz s'est trouvée si grande 
et avoir un tel besoing de faire son proffict de 
ses parlies casuelles pour en employer les 
deniers au paiement des reistres, qu'il n'y a 
eu lieu de vous pouvoir à ce coup faire sentir 
l'effect de nostre promesse; mais pour cela 
vous ne devez penser que le Roy monsieur mon 
tilz n'ayt bonne volunté de l'exécuter, comme 
vous le cognoistrez par ey-après; et sur ce je 
prie Dieu, Monsieur le président, qu'il vous 
ayt en sa saincte garde. 

Escript au faulxbourg Saint-Honoré. ce 
\ix e jour de mars 1671. 

c uterine. 
Brulart. 

1 Viart, conseiller du roi. 



157 1. — 37 mars. 

Orig. Arch. du palais de justice de Rouen . 
regislres secrets du Parlement de Normandie. 

A MESSIEURS LES GENS 

TENANS LA COURT DE PARLEMENT \ ROUEN. 

Messieurs, ce a esté très bien faict à vous 
tenir la main à faire continuer et parachever 
les informations contre ceulx qui sont autheurs 
et coulpables de l'esmotion qui est advenue 

: aux portes de la ville de Rouen 1 et, si vous 
désirez faire chose agréable au Roy monsieur 
mon filz. vous ferez descouvrir la vérité' du 
faict sans déguisement, afin que ceulx qui 

1 sont vrayment causes du mal en portent la 
peine, ne voullant pas le Roy mon die t sieur 
et filz que ce faict demeure sans pugnitioii 
pour la conséquence pernicieuse qu'il frayne 
après soy, demourant ceulx des autres villes 
de ce royaume en la licence ou craincte de 
commectre chose semblable selon ce qu'ilz 
verront que Ton en fera démonstration, et 
m'asseurant que vous y ferez, comme vous 
voiez qu'il est nécessaire pour le bien et ser- 
vice du Roy mondit sieur et filz et repos de 
son royaume, je ne vous en diray daventage, 
priant Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Saint-Denys- en -France, ce 
xxvn e jour de mars 1571. 

t'.ATERINE. 
PlNART. 



1571. — 3 avril. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique de la Mothe-Féuelon . 
t. Vil, p. 199. 

A MONSIEUR DE LA MOTHEFÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, sur le pro- 

' Voir Culeiulur of State papers (1571), p. hs3; Mr- 

5. 



36 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIOIS. 



pos que je tins dernièrement à milord Bou- 
eaust \ du mariage de la royne d'Angleterre et 
de mon fds le due d'Anjou, elle nous a l'ail 
l'aire responce par son ambassadeur icy rési- 
dant 2 , d'en avoir reçu contentement, et qu'elle 
trouvoit en mondict fds toutes choses conve- 
nables pour l'effectuer, et que, si elle pensoit 
qu'il y eusl aulcune juste occasion qui y peust 
porter empeschement, qu'elle ne voudrait que 
l'on en traictasl , de peur de diminuer en quel- 
que chose la bonne intelligence et amitié qui 
est entre nous et elle; et partant, si mondict 
fils vouloit mettre entre les mains de son 
ambassadeur ici résident les conditions qu'il 
désire pour y parvenir, qu'elle lui en l'airoit 
responce; mais qu'elle trouverait beaucoup 
meilleur que le Roy envoyast quelque personne 
de qualité devers elle pour négotier ceste 
affaire. 

Sur quoy nous a semblé plus expédient de 
dépescher le s r Cavalcanti , comme personne 
de qualité, devers elle, neutre et confident de 
ladicte dame, et ayant bon accès et intelligence 
avec des principaux de delà, avec les lettres 

moires de V estât de la France sous Charles IX, t. I, 
p. 5 1 ; voir Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, 
t. III, p. 87 et suiv. 

1 Lord Buçkhurst. 

2 Walsingham. 

Dans une dépêche du a avril à lord Burgliley, Walsin- 
gham rend compte de la conversation qu'il a eue avec 
Catherine: «J'ai répondu, dit-il, à la Reine mère que la 
reine ma maîtresse regardait que l'offre de Monsieur 
élait un effet de sa honne volonté, et de celle du Roi; 
considérant surtout que, le Roi étant marié, on ne pou- 
voit lui offrir rien déplus grand, et qu'ainsi Sa Majesté 
acceptait l'offre avec beaucoup de reconnaissance, et que, 
si elle découvrait quelque raison apparente qui l'oblige à 
changer d'avis, elle s'en expliquerait avec le Roi à co;ur 
ouvert, mais sous la réserve d'abord de se convenir et 
de certaines conditions sur lesquelles il faudrait préa- 
lablement s'entendre.» (Lettres de Walsingham, Amster- 
dam, in-6°, 1700, p. 75.) 



et mémoires dont vous trouverez les copies cy 
encloses, l'ayant chargé expressément de vous 
rapporter lesdictes lettres et proposer, de 
bouche, le contenu ezdicts mémoires que ne 
luy avons voulu bailler tout à propos signés, 
affin que, si ce négoce ne prenoit l'issue que 
nous désirons, il n'en demeure rien par escript 
devers ladicte dame. Comme il ne fera rien 
que par vostre conseil, je vous prie de luy 
donner les adresses et les moyens que vous 
juger es nécessaires. 

Il nous a aussy promis de nous apporter 
lettres d'elle, et responce auxdiets mémoires, 
ensemble les demandes qu'elle voudrait faire 
de son costé pour effectuer ce négoce, aflin 
que celluy que nous y envoyerons du conseil 
du Roy, après le retour dudicl Gavalcanii, 
pour avecque vous traiter de cest affaire, 
puisse estre mieux instruiclde nos intentions 
et plus esclerci de celles de ladicte dame. Sur 
quoy il sera bon que vous l'alliez trouver pour 
lui dire que le Roy, mon fils d'Anjou et moy, 
avons eu fort agréable ladicte responce que 
son ambassadeur nous a faicte, et désirons 
en ce négoce deux choses : l'une qu'il passe 
fort secrettement, tant pour la dignité des 
deux costés que pour obvier aux empesche- 
mens que plusieurs, tant de dedans que de- 
hors nos royaulmes, y voudraient donner; 
l'autre, d'en avoir prompte résollution et ex- 
pédition pour ne demeurer longuement en 
suspens, et pour éviter les inconvéniens que 
la longueur y pourrait apporter. Je vous re- 
commande cest affaire ; el sur ce je prie Dieu . 
Monsieur de la Molhe-Fénelon, vous avoir 
en sa saincte et digne garde. 

Paris, ce 111 e jour d'apvril 1571. 

Catbrine. 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



1571. — 6 avril. 

Aut. Arch. nat. collect. Simancas, K i5lo, n° 49. 

A. M" MON FILS LE ROY CATOLIQUE. 

Monsieur mon fils,s'an retournant le conte 
d'Olivaies ', n'é voleu fallir de remersier Vostre 
Majesté de l'honneste \isite que par lui nous 
ha fayst fayre et des bons el ainyable propos 
que, de sa part, nous ha tins, deuquel n'an 
attendions moins, ni ne doutons de sa bonne 
volante ver nous, laquele vous prions nous 
volouir contineuer et croyre que lui sera, de 
nostrecouté,telement correspondue que Vostre 
Majesté' conoystre que ne la porte hà personne 
que lui ensouityngrate,nedésirent plus granl 
plésirque de avoyr quelque moyen, et cet pré- 
sente aucasion queparayfeet le puisiés myeulx 
conoystre que ne le puis par la présante fayr 
entendre hà Vostre Majesté, lui prient, enn 
atendent cju'i s'offre quelque aucasion, na- 
jousterfoys àceulx qui, pour empêcher nostre 
amitié, lui pourroynt mender au 1er dire 9 
chause que, parvostre bonté et bon jeugement, 
ayle peult bien conoystre n'estre ni vray ni 
assurense de vérité, s'aseurent Vostre Majesté 
qu'il ni a neul , tent proche luy soyt-ayle 3 , que 
désire davantage son contentement, la conser- 
vation de sa grandeur et lui fayre servise aynsin 
que plus au long en prie le comte d'Olivares 
de dire à Vostre Majesté que fayst, 

Vostre bonne mère et sœur. 

De Paris, c t iv 6 "" jour d'avril 1671. 

Caterine. 

1 Le comte Olivarès, envoyé par Philippe II pour 
complimenter Charles IX à l'occasion de son mariage , 
était arrivé à Paris le 1" mars. (Lettre de Walsingham 
à lord Burghley, Calendar of State papers, 1 b-j 1 , p. '1 là.) 

2 Au fer dire, ou faire dire. 

3 Soyt-ayle, soit-elle. 



1571. — 5 avril. 

Orig. Arcb. des Médicis à Florence, dalla filza 6726 . 
nuova nuiueraziooe , p. 3i3. 

A. MONSIEUR LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, suivant ce que vous m'avez 
faict dire par vostre ambassadeur, que vous 
auriez agréable que j'emoyasse par devers 
vous quelque personnage, qui fust entendu 
en la jurisprudence, pour conférer avec vous 
des droicts de la succession de la maison de 
Médicis , et désirant vous satisfaire, j'ay 
faict elleetion du sieur de Bruet, conseiller du 
Rov monsieur mon lilz en sa court de parle- 
ment de Pariset maistredes requeslesordinain- 
de mon hostel, pour aller bien instruict par 
devers vous pour cest effect, estimant que, 
pour sa suffisance et ses bonnes qualités que 
sont en luy et pour eslre bien asseurée qu'il 
sçaura bien suivre la bonne volonté et affec- 
tion que j'ay tant envers vous que au bien et 
accroissement de vostre maison, vous l'auriez 
pour agréable, et qu'il sera pour s'acquicter 
de ceste charge en sorte que nous en demeu- 
rerons tous deux contents et satisfaits, ayant 
bien voulu néanmoins faire surseoyr son par- 
lement jusques à ce que je vous en eusse 
donné advis, et que vous m'ayez mandé là- 
dessus de vos nouvelles. Et pour ce que vostre- 
dict ambassadeur 1 m'avoyt faict entendre que 
vous estimez qu'il eust esté bien à propoz 
que j'eusse nommé deux ou troys personnages, 
pour après choisir celuy des trois qui serin I 
à propoz et convenable pour ceste charge, je 
luy ay dict la cause qui m'en a gardée et prié 
le vous faire entendre, affin que vous cong- 
noissiez tousjours comme en toutes choses je 
veulx procéder avec vous en toute la sincé- 
rité, bonne volonté et affection qu'il convient 



Petrucci. 



.38 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



à la bonne amitié, qui est entre nous, priant 
Dieu, mon cousin, vous tenir en sa saincte 
garde. 

Escript à Paris, ce v'" c jour de avril i5-i. 

Vostre bonne cousine, 

GaTERINE. 



1371. 



(i avril. 



Orig. Arch. du palais de justice de Rouen . 
registres secrets du Parlement de Normandie. 

V MESSIEURS LES GENS 

TENANSLA COURT DE PARLEMENT 

m BOÏ MONSIEUR MON FM.Z À ROI IV 

Messieurs, \ous verrez amplement par les 
lettres que le Roy monsieur mon fils vous 
escript le contentement et satisfaction qu'il a, 
comme aussi ay-je, delà diligence et dextérité 
dont vous avez use à la prinse d'aucuns des 
coulpables de la première esmotion advenue 
en la ville de Rouen et du bon ordre qu'avez 
donne' qu'il ne soit advenu plus grand incon- 
vénient à la seconde, de laquelle aussi nous 
avons eu grand regret, qui me gardera de 
vous en faire redicte, sinon pour vous prier de 
tousiours tenir la main à ce que lesdicts coul- 
pables soient exemplairement chastiez et que 
l'intention du Roy mondict sieur et filz* soit 
en cest endroict exécute'e, laquelle aussi en- 
lendrez assez des commissaires qu'il a pour 
cest efïect depputez ; sur quoy me remectaut, 
je prie Dieu, Messieurs, vous avoir en sa 
sainte et digne garde. 

Escript à Paris, ce vi" jour d'avril 1071. 

Caterine. 

PlNART. 



1571.— 8 avril. 

Copie. Bibl. nat. fonds français, n° ,075a, f° 1059. 

A MONSIEUR DE FOIRQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, je ne sçaurois 



rien ajouter a ce que vous escript le Rov 
monsieur mon fils 1 , attendant que l'on vous 
renvoyé Lasalle, par lequel l'on \ous escrira 
plus particulièrement pour responce à celles 
qu il nous a apportées de vostre part. J'escrips 
un pelil mot à Donna Marie Chacun par le 
comte d'Olivarez, la priant d'avoir en toute 
recommandation mes petites-fiiles. \ous l'en 
prierez encore de ma part ; car, encores que je 
sois assure'e qu'elle en a tout le soing que l'on 
sçauroit désirer et qu'elle -y faict tout bon de- 
voir, toulesf'ois comme estant si affectionnée 
pour l'amitié' que je portois à la royne leur 
mère, je ne me puis garder de les luv recom- 
mander, désirant aussi qu'elle m'escrive quel- 
quefois de leur disposition et santé, de la- 
quelle il me semble que je seray faicte plus 
certaine, quand j'en auray asseurance par 
elle. J'estime que ledict comte s'en retournera 
plus content; aussi en a-(-il loute occasion, 
comme le Roy. monsieur mon fils le vous es- 
cript. Priant Dieu , Monsieur de Forquevauls, 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 

Escript à Paris, le buictiesme jour d'apvril 
1571. 

Caterine. 



157 I. — 1a avril. 
Orig. Arch. nat. eollecl. Simancas, K 1 ."> , 9 . pièce 60. 

V M» MON FILS LE ROY CATOUQUE. 

Très bault et très puissant prince, nostre 
très cher el très amé bon filz, salut : la re- 
commandation qui vous a esté faicte en faveur 
de Paul Camille Dadde et de ses frères gentils- 
hommes milanoys vos subgets, avecques la 
valleur et vertu dont ilz sont douez, nous in- 
citte d'accompaigner la prière que le Rov 

1 La lettre du Roi qui précède celle-ci relate l'entre- 
tien qu'il a eu avec Olivarès et Fiancés de Alava venus 
se plaindre d'actes de piraterie. 



LETTRES DE CATHERINE DE MED1CIS. 3S 



QOstre dès cher sieur et fils vous faict présen- 
tement pour eulx, en vous suppliant et requé- 
rant, autant que faire pouvons , d'eslre contant , 
pour l'amour de nous, degratiffier en cest en- 
droict les sieurs Daddede la requeste qui nous 
est l'aide pour eulx et en cella les préférer à 
tous autres, vous asseurant que vous ferez pour 
gehtiizhommes qui le mérittent, et desquels 
\ous retirerez service selon le» occasions et 
charges èsquelles vous serez pour les em- 
ployer, de manière que vous n'en recevrez 
que contentement et satisfaction et nous ferez 
davantaige plaisir irès agréable, quand nous 
cognoistrons qu'ilz aurontreceu ce bienffaict 
de vous à nostre requeste, ainsi que vous 
dist de la part du Roy nostredict sieur et 
filz et de la mienne le s 1 de Forquevaulx, che- 
valier de son ordre, conseiller en son conseil 
privé et son ambassadeur résidant près de 
vous, sur lequel nous remectous le surplus, 
vous priant de le croire de ce qu'il vous dira 
de nostre part comme de uous-mesme, priant 
Dieu, très hault, très excellent et très puissant 
prince, nostre très cher et très amé filz, vous 
avoir en sa très saincte et digne garde. 

Esciipt à Paris, le xu"" jour d'avril 1071. 

Caterine. 



157 1. — i3 avril. 

Copie. Bibi. oal. fonds français. n ù 10752 . f° 1098. 

V MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, vous sçaurez 
d'Âlmède qui nous a meu de le dépescher et 
le vous envoyer. Le mémoire aussi que le Roy 
monsieur mou fils et mov vous envoyons vous 
en esclaircira plus particulièrement. Ainsi il 
ne me reste maintenant qu'à \ous prier vous 
servir dùdict Almède et des moyens qu'il a, 
avec la dextérité dout vous avez toujours usé 
et sur tout que nous ayons advis et response 



sur le contenu audict mémoire, \osliv homme 
Lasalle le suivra de bien prez, par lequel l'on 
faira response particulièrement sur tout ce 
que vous nous avez mandé par vos deux der- 
nières, et mesme pour ce qui concerne vostre 
congé que je désire pour vostre considération 
particulière, mais non pour le service du Roy 
mondict sieur et fils. Du reste je m'en remets 
sur Almède, priant Dieu, Monsieur de For- 
quevauls, vous avoir en sa saincte et digne 
garde. 

Escripl à Paris, le treiziesme joui d'avril 
1071. 

Caterine. 

Monsieur de Forquevauls, je vous recom- 
mande une affaire en faveur du s r Dadde 1 , 
pour lequel le Roy monsieur mon fils m'a 
dit vous avoir escript à la requeste de mon 
cousin le duc de Nevers. 



1571 



18 avril. 



Orig. Arch. des Médicis à Florence, dalla citata tilza U- t 'Sj 
nuova numerazione. 

A MON CODSIN 

LE DLC DE FLORENCE. 

Mio cugino, ho voluto far queslo niotlo 
per dervi, corne avendo inviato qui il Papa 
il \escovo Salviati, e sapendo chi vi è, io 
non 1' ho voluto lasciar ritornare senza coinu- 
nicaili quai cosa, la quale non avrei ardito 
fanela dire per altra persona; assicurandoini 
che ve la dira cosi fedelmeute, corne se ve 
l'avessi detta io medesima; e per queslo 
conoscerete quanto io desideri il vostro bene 
e conservazione, ne vorrei che alcuno sapessi 
nienle. ma lo ritenessi in voi solo, per servir- 
vene et rimediarvi come conoscerete esser bi- 

1 Voir la généalogie de la famille Adda , dans le Teatre 
Eraldtco de Tetloni , Lodi, i843, l. II. 



'.() 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



sogno. Et rimetendomi a quelle che il signor 
Satviati \i dira non faro la présente |>iu lunga, 
pregandovi a credere quel che vi dira, corne 
;i me medesima, che non desidero meno la 
vostra conservazioue clic propria. 

Fatta a Parigi, il di i8 d' aprile 1071. 

\ nsira buona eugina, 

CaTARINA. 



157 1. — 20 avril. 

Orip. Arrh. des Médicis à Florence , dalla cilate filza /1737. 
nuova numerazione. 

A MON COUSIH 

LE GRAND-DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, s'en allant le seigneur Au- 
douyn de Thurin par de là, pour avoir justice 
d'un procès qu'il a à l'encontre des Baillons, 
pour raison d'une maison et ses dépendances 
que lesdicts Baillons ont cv-devant vendue au 
feu collonnel Jehan de Thurin son père, la- 
quelle ledict Audouyn a este' contraint par 
justice rendre à autres, ausquels lesdits Bail- 
lons l'a voient, au desceu dudict l'eu collonnel, 
auparavant vendue, je l'av bien voullu acom- 
paigner de la présente, pour vous prier luy 
impartir de vostre faveur en ce qu'il vous en 
requerra pour la conservation de son bon 
droict et mérite de sa cause, encores que je 
soys bien asseurée que vous l'ayez assez pour 
recommandé, quand ores je ne vous en eusse 
escript, qui est l'endroict où je prie Dieu, 
mon cousin, vous tenir en sa saincte garde. 

Escript à Paris, le x\ me jour d'april 167». 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 

1 Voir sos dépèches dans la continuation des Annales 
•If Raronmt, par le père Theiner, t. I". 



157 1. — 3o avril. 
Orig. Bibl. nal. fonds français, n° 3aa8, f° 16. 

A MONSIEUR \TART. 

COK5BU.I.ER DU ROT MOSS1EVH SlOfl FILZ ET PRESIDENT À MET!. 

Monsieur le président, pour répondre à 
vostre lettre du ni eme de ce moys,je vous diraj 
que, comme je sçay que l'intention du Roy 
monsieur mon fils est de mettre à bon effel 
la promesse qui vous a esté faicte du pre- 
mier estât de maistre des requestes qui vieil- 
lira cy-après à vacquer, j'y tiendray la main 
pour ma part, sçairhant assez quels sont vos 
mérites et services. Au demeurant, quant à ce 
que vous me mandez des députez de ceulx 
de la nouvelle prétendue religion, ils sont ve- 
nus icy avec pareilles remonstrances ou peu 
approchantes de celles qu'ils me feirent der- 
nièrement à Villiers-Costrets; sur quoi le Roy 
mondict sieur et lils leur a respondu par l'avis 
de mon cousin le mareschal de Vieilleville 
que l'on ne vouloit rien changer pour ri' 
regard en lestât de la \ille de Melz. mais 
que l'on leur permectoit bien de faire leur 
exercice au lieu de Coucelles ; en quoy ils ne 
seraient empeschés, qui est la meilleure pro- 
vision que l'on ayt estimé leur pouvoir bailler 
là dessus et tout ce que vous aurez de moi 
par ce mot, en priant Dieu, Monsieur le pré- 
sident, qu'il vous a\l en sa garde. 

Escript à Saint-Léger, le dernier jour d'avril 
1671. 

Caterine. 
Brlxart. 



1571. — 2 mai. 

Copie. Bibl. nal. fonds français. n° 10769 , p. 106&. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, j'ay receu vostre 
lettre du vintiesme d'avril avec celle que vous 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



41 



avez escripte au Roy monsieur mon fils, nous 
advertisant comme le s r Don Francisco Lasso, 
mayord'homme mayor de l'Imperatrix, qui 
avoit accompaigné la Roy ne Catholique, s'en 
retourne en Allemagne et qu'il passera par ce 
royaume ; sur quoy et pour l'ordre que l'on a 
donné de le l'aire recevoir, je m'en remectray 
à ce que le Roy mondict sieur et fils vous en 
escript plus particulièrement J et aussi de 
bruicts ([ue l'on l'aict courir en Italie, afin 
que, si vous en oyez parler par delà, que vous 
leur laides entendre la ve'rité de l'intention et 
volonté du Roy mondict sieur et fils, qui est 
de vivre avec le Roy Catholique son bon 
frère en bonne paix et amitié et les asseurer 
que ce que l'on dict au contraire que c'est 
chose qui est controuvée et du tout faulse. 
Au demeurant, ayant sceu que la RoyneCatho- 
lique est grosse, je vous prie de vous en aller 
conjouir avec le Roy Catholique de ma part, 
et luy faire entendre l'aise, plaisir et conten- 
tement que ce m'a esté d'entendre ceste bonne 
nouvelle, qui est tout ce que je vous escripray 
pour le présent que de prier le Créateur, Mon- 
sieur de Forquevauls, vous avoir en sasaincte 
et digne garde. 

Escript à Saiuct Ligier, le deuxiesme jour 
de may 1671. 

Caterine. 

1 rrPour ce que j'ay eu advis de plusieurs endroicls, 
écrivait Cbartes I\, que l'on faict courir le bruit en 
Italie que je veux commencer la guerre au Roy Catho- 
lique et que, sous ce prétexte, ses ministres font faire 
levées de plusieurs compaignies tant de cheval que de 
pied, avec amas d'armes, vivres et munitions, je vous ay 
bien voulu adverlir que c'est chose faulsement controuvée 
et à laquelle je n'ay point pensé.-' (Bibl. nat. , fonds 
français, n° io35a, p. 1062.) 



1571. — 4 mai. 

Copie. Bibl. nat. fonds français, n°39oa, P 1 i. 

A MONSIEUR DE DANZAY. 

Monsieur de Danzay, sur l'occurencedu re- 
tour par de là des s rs de la Gardie et Rieltre l , 
ambassadeurs du roy de Suède monsieur mon 
bon frère et cousin, présents porteurs, j'ay 
advisé d'accompaigner la lettre que le Rov 
monsieur mon filz vous escript 2 de ceste-cv 
pour vous tesmoigner le grand plaisir et 
contentement que nous avons receu de la 
négociation desdictz ambassadeurs, lesquek, 
I outre l'assurance que nous avons desjà de la 
bonne affection que le roy de Suède leur 
maistre porte à ceste couronne, nous ont con- 
firmé le zelle qu'il a de demourer ferme en la 
bonne grâce, amytié et intelligence qui est de 
tout temps entre les roys de France et la 
Suède; sur quoy ilz ont esté oys bien volun- 
tiers et ont esté receus et Iraictez aussi 
favorablement que le veult l'amitié et l'hon- 
neur de celuyen la part duquel ilz sont venuz, 
comme vous pourrez entendre d'eulx , et espère 
que vous ferons bien tost plus avant entendre. 
Cependant je prie Dieu, Monsieur de Danzay, 
vous tenir en sa saincte et digne garde. 

Caterine. 



1571. — 7 mai. 

\ut. Arch. des M&licis, ilalta citata filza tfjtio. 
A MON COUSIN 

LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, le chevalier de Seurre m'a faist 
entendre qu'il a quelques afayres pour conte 

1 Nicolas Biellre, gentilhomme de la maison du roi de 
Suède. 

2 Une lettre du Roi accompagne celle-ci , p. 1 et suiv. : 
il accorde la liberté du commerce à tous les sujets du roi 
de Suède. 



Cathebi>e de Médicis. 



1UPFIMEH1C n\r:ovu> 



42 LETTRES DE GATH 

d'un piïoré de Champagne que le Roy mon 
filz lui lia donne' ver Nostre Sainct Père, et 
pour se que je le conoys afectioné serviteur de 
Dieu et du Roy, et qu'il a de lontemps ayslé 
employé par le Roy monsigneur en beaucoups 
de grent clierge, et que yl n'a eu le temps de 
l'en récompanser, ni le Roy mon iilz, depuis 
qu'é à présant, des servises qu'i leurs a laits 
et fayst tou le' jour, yl désire que asheure, 
que cete aucasion c'et présentay, que l'on ne 
luy fase neul empeschement à son pryoré, et 
que le Pappe le veulle favoriser le meynleneut, 
et vous en é voleu escripre pour vous prier 
que soyés cause enver Sa Saincteté qu'il aye 
cet que le Roy mon filz et moy désirons, 
ynsin que plus au long vostre embasadeur 
vous enn escripre, et je repeuteré' cet bien 
come à moy mesme, cornent je say ausi qu'en 
favré de même le Roy mon filz, et ses deus 
frères, et en cet que me voldrés employer, me 
troveré preste à me revancher du plésir que 
me fayré en sesi et, n'étent la présante hà 
aultre fin, je feré fin, prient Dieu vous avoyr 
eu sa saincle et digne guarde. 

De Anesl 2 , cet vu" jour de may 1571. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1571. 



9 mai. 



Imprima d.ins les .\cfiocitilions diplomtitiijues avec la Toscane, 

1. 111, r 775. 
AU COMMANDANT 

FR\.\COIS PETRUCCT, 

û 
AMBASSIDEUR DE TOSCANE. 

M. l'amhascialore, mando queslo portoredal 
• Iran Duca, per 1' occasione cbe io vi dirô in 
quesla di mia mano, che è per mettervi in 
ronsidera/.ione quel cb' io ho pensato dipoi la 

1 Je repeuteré, je répulerai. 

1 Charles IX était à Anel le io mai 1071 . (Bilil. nat. , 
n° 3aa8, p. 3.) 



ER1NE DE MEDICTS. 

paitita del nosiro secrelario : cioè che li vostri 
padroni conosebino cbe in questa occasione 
di far un Papa, ajutando a esser il cardinal 
di Fcrrara, che questo puô riunire insieme 
tutti li Principi d'Ilalia, e nella nostra ami- 
cizia; cbe penso che.quando solamente si riu- 
nissin fra loro, che questo sarebbe un gran 
bene per tutti, e per assicurar un riposo alla 
Crislianila; ed,essendomi venula questa con- 
siderazione,vel' ho volutoscrivere e piegarvi la 
faciale sapere a' voslri padroni; ancora che io 
ho dalo carica a queslo portore, che, in caso 
cbe il Gran Duca non voglia esser contro il 
cardinale di Feirara, ma aijurlarlo, afin che 
altenga la promessa che il suo nipote in ha 
falla, a suo nome, d' essere lor amico, che 
se ne vadi il nosiro ambasciatore a Roma, ee 
che ne tiri una promessa di mano del cardinal 
di Feirara, innan zi chesia assicurato di quello 
che averà promesso il Gran Duca, e che me 
lamandi per conservarla; perché non lo voglio 
ingannar in modo nessuno; e vi prego ad assi- 
curarnelo da mia parte. Faro fine pregando 
Dio avervi in sua guardia. 

Cataiiinv. 

1571. — 1 3 mai. 

Orig. Arch. des Médirisà Florence, Clza '1730. 

\ MOV COUSIN 

EE GRVNDDIG DE FLORENCE. 

Mon cousin, j'ay receu la lettre qui par 
vostre ambassadeur m'a esté baillée et veu par 
elle la bonne intention que avez au repos de 
la cbrestienlé, qui est tout ce que nous dési- 
rons, aussi que, pourestre si conforme en ceste 
volonté, je veulx croire que Dieu nous assistera 
avecques vostre ayde à faire un pape ' qui 
sera pour son service et le repos de tout le 

1 Pie V était mort le i"mai, et le i3 Grégoire XIII 
était nommé après trois jours de conclave. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



43 



inonde, ce qui nous sera nécessaire ; car jamais 
je ne pense qu'il en feust plus de besoin, pour 
estre toutes choses comme elles sont, que 
d'avoir ung pontife homme de Dieu et de bien 
et n'ayant esgard que à maintenir la paix et le 
repos : car aullrement il ne pourrait conserver 
ni son autorité, ni que nostre religion n'en 
diminue, et m'asseurant de vostre saincte 
intention, ne vous en diray davantage et me 
remeetant à ce que le Roy a donné charge vous 
faire entendre par son ambassadeur résidant à 
Rome et aussi quelque chose que j'ay mandé 
au vostre par son secrétaire, qui sera cause que 
ferav lin, priant Dieu vous donner ce qui sera 
bon pour son service et repos public. 

De Chenonceaulx, ce xin* de may 1571. 

Vostre bonne cousine. 

Caterine. 



157 1. — 30 mai. 
Copie. Bibl. nal. fonds français, u° 1075a , p. noû. 

A MONSIEUR DE FOURQIEYAUX. 

Monsieur de Forquevauls, j'ay receu les 
lettres que vous m'avez escriples par vostre 
homme, présent porteur, avec les tapisseries 
de cuir d'Espaigne que vous m'avez envoyées 
et vous remercie de la peine que vous en avez 
prinse ; elles ont esté rendues à Paris au temps 
que je n'y estois pas, qui a esté cause que je 
ne les ay encores peu voir; mais, à ce que 
j'en ay entendu et que l'on m'en a mandé, 
elles sont fort belles et croy que vous y avez 
usé du meilleur mesnage que vous avez peu, 
tant pour le regard du pris que pour la voiture 
jusques à Paris. J'ay faict bailler à ce porteur 
la somme de trois cents douze livres pour les 
m 11 Métiers qui ont porté ladicte tapisserie et 
pour son voyage d'estre venu et retourné 
deux cents livres, ne l'ayant voullu retenir 
davantage et ne fauldray de vous envoyer le 



surplus de ce que vous avez advancé pour le 
payement et voiture de ladicte tapisserie par le 
premier qui ira exprez par delà, comme vous 
dira plus au long ce porteur, qui me gardera 
de vous faire plus longue lettre, priant Dieu, 
Monsieur de Forquevauls, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. » 

Escript à Gaillon, le vintiesme may 1571. 

Monsieur de Forquevauls, depuis la pré- 
sente escriple j'ay baillé à ce porteur pour 
sou voyage oultre les deux cens livres cy dessus 
mentionnez cinquante livres davantage, qui 
font ensemble deux cens cinquante livres. 



1571. — ao mai. 

Copie. Arch. nal. coliect. Simancas, K i5ai, u° 72. 
INSTRICTION DE LA REINE MÈRE 

A JÉRÔME DE GOND Y. 

Puisque le Roy mon fils a voulu avertir le 
roy son frère des impostures et menteries de 
son ambassadeur ysi résident, j'ai bien voulu 
charger Jeromiuo de Gondv de dire au Rov 
Catholique ce qu'il me semble et sur ce que 
son ambassadeur a pensé dire contre moi. 
ce que j'estime estre plus contre lui et s'est 
fait plus de tort, et à moy grand honneur, 
puisque ces propos mettent en lumière, car l'on 
cognoistra plus clèrement, en oyant parler de 
leurs meschancetés, ma vie et ma conscience, 
qui est le plus grand heur et honneur que je 
puisse avoir et désirer en ce monde pour estre 
l'une et l'aultre telles qu'elles sont et de faire 
instance qu'il en lasse ce qui est requis à telles 
méchancetés. Je penserais me faire tort à 
commencer ce que je n'ai jamais l'ait, depuis 
que pour l'envie que aulcun m'a portée et que 
d'aulcuns ont eue de gouverner, l'on a inventé 
toutes les calomnies qui me dussent oster du 

6. 



44 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



lieu que je tiens, niais Dieu qui est juste et 
connoit la vérité m'a toujours conservée et 
gardée et ayant laissé à lui seul la vengeance 
aussi m'avoit vengée plus rigoureusement que 
je n'eusse sceu ni voulu faire, et m'assurant 
qu'il a encore la mesme protection de moy et 
des miens, n'ayant encore changé ne de vie 
ne de volonté, je ne veux aussi demander à 
personne, ni prince ni aultre, raison du tort 
que j'endure, m'assuranlqu'il m'en fera raison, 
comme il a toujours fait, mais de ce qui louche 
au Roy mon fils et à ses frères qui sont jeunes 
et courageux je dis bien que pour entretenir 
la bonne amitié qu'ils lui portent et leur faire 
eounoistre celle qu'il leur porte de son costé, 
que en faisant la démonstration que requiè- 
rent ces méchantes impostures que cela forti- 
fiera et augmentera toujours cette amitié, la- 
quelle je ne doute point qu'elle ne soit 
désagréable à tous les médians qui voudraient 
par la ruine de ces deux couronnes s'aggran- 
dir, chose que je désire plutosl mourir que 
voir advenir; qui est cause qu'ayant l'honneur 
d'estre mère de ces deux rois, je en parle 
librement, comme celle qui mettra peine 
d'apaiser toutes les choses qui pourraient 
altérer cette bonne amitié et de la augmenter 
par tous les moyens que Dieu m'a donnés et 
que puisse penser; et l'un qui me semble le 
plus propre c'est d'avoir d'un costé et d'autre 
un ministre qui aye unemesme volonté et qui ne 
soit corruptible, comme a été celui-ci qui au 
commencement faisoitee qu'un homme de bien 
devoit de bons offices et depuis, à la persuasion 
et ambition d'aucuns, s'est laissé aller pour 
nous cuider mectre mal tous les uns contre 
les autres, qui est cause que ne le sçaurions 
plus endurer en ce royaume et le prieray de 
l'en oster incontinent. El au reste lui recom- 
manderay les Infantes, encore que je sache 
cela superflu pour estre de si bonne nature 



qu'il est; mais l'amour que je porte à la 
royne leur mère me les fait tent aimer que je 
ne me puis garder de les recommender et à 
luy et à la royne sa femme que visiterez, de 
ma part, avec toutes les offres et honnestes 
propos que vous pourrez adviser, comme aussi 
la princesse de Portugal et princesse de Bo- 
hesme. 

Fail à Gailion, le xx° de may 1071. 

Caterine. 



1571. — ai mai. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Mothc-Fcnelon , 
t. VU, p. 316. 

A MONSIEUR DE LA MOTHEFÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, vous avez 
veu par mon aultre lettre comment l'ambassa- 
deur d'Angleterre est venu parlerai! Roy mon 
fils et à moy, et qu'il ne nous a rien dict 
davantage que ce qu'il me dict à Saint-Clou, 
ce qui me faict doubler que la royne d'Angle- 
terre ne se veuille servir de ce bruict et qu'elle 
nous laisse là quand elle aura faict ses affaires. 
Pour ce, prenez-y garde et nous advertissez 
de ce qu'il vous en semble et en pourrez sça - 
voir ; car, encores que je vous aye escript par 
l'ambassadeur, je vous y ai voulleu dépescher 
ce courier, attendant que Sabran soit guéri, 
pour vous advertir de cessy, et que nous avons 
faict bonne mine à l'ambassadeur; et suivant 
le conseil que nous avez donné de laisser 
indécis ce qui concerne la religion pour entrer 
au traicté des demandes de la royne d'Angle- 
terre, nous luy avons dict que nous voyons 
tant de raisons de tous les deux costés, de la 
royne et de mon fils , que nous désirions de traic- 
ter tous les aultres articles ' , et espérions que 

' Voici les articles tels qu'ils furent reiuis aux mains 



Dieu cependant envoyera quelque moyen pour 
le faict de la religion, puisque c'est sa cause. 

11 nous a dict qu'il le trouve, et s'asseuroit 
que la royne sa maîtresse envoyeroit bientost 
ses demandes et articles. 

Encore que Pinart aye dépesche' ce courier, 
il ne sçait pas ce que je vous mande ; pour ce, 
ne m'en mandez rien que par homme exprès. 
Voilà tout ce que je vous diray pour ceste 
heure, car je vous envoyerai le surplus par 
l'aultre, et je feray fin, priant Dieu, Monsieur 

des conseillers d'Elisabeth par La Mothe-Fénelon el Ca- 
valcantiv. 

1 . Que le mariage se solemnisera sans user des céré- 
monies qui ne sont conformes à la religion de Mon- 
seigneur. 

a. Que pour luy et pour ses domestiques il pourra 
faire libre exercise de sadicte religion, sans toutesfois 
altérer en aucune façon l'ordre sur icelle receu et 
approuvé par la loy en Angleterre. 

3. Que, incontinent le mariage faict, mondict sei- 
gneur aye le litre de roy d'Angleterre, et gouverne et 
administre iceluy conjoinclement avec la royne. 

h. Que le lendemain, après le mariage consommé, 
Monseigneur, comme mary de la royne, sera couronné 
et receu des subjects comme roy. 

5. Qu'il prendra soixante mille livres sterlins par an du 
revenu du royaulme d'Angleterre, aflin qu'il se puisse 
maintenir convenablement à la dignité et grandeur de 
roy. 

6. Les descendans de ce mariage succéderont es biens 
paternels et maternels, conformément aux lois et cous- 
tumes des royaulmes et pais où ils sont situés. 

7. Et où ladicte royne précéderoit, laissant hoirs 
procréés de ce mariage, mondict seigneur retiendra le 
nom et titre, gouvernement et administration dudict 
royaulme, pour et au proufit desdicls hoirs. 

8. Et où il n'y aurait aucun descendant survivant à 
ladicte dame, en ce cas mondict seigneur jouira, sa 
vie durant, desdicts soixante mille litres sterlins, afin 
qu'il puisse continuer sa première splendeur et gran- 
deur. 

Qu'entre le Roy Très Chrestien et ses enfans, les roys 
d'Angleterre et leurs enfans, sera perpétuelle amitié et 
fraternité, ligue et union. (Record office, State payera, 
France, vol. XL1X. Copie du temps.) 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 45 

de la Mothe-Fénelon, vous avoir en sasaincte 
et digne garde. 

De Gallion, ce xxiv e jour de inay 1671. 

Caterine. 



1571. — ai mai. 

Orig. Archives deBerlîu. 

A MON COUSIN 

M" LE MARQUIS DE BRANDEBOLBG. 

ÉLECTEUR DU SAINT-EMP1KE '. 

Mon cousin, le Roy monsieur mon filz. 
pour l'entière bonne volonté qu'il portoit à 
feu mon cousin le marquis de Brandebourg 
vostre père' 2 , laquelle il transporte en vous 
son successeur, a voulu donner charge au sieur 
de Schomberg de vous visiter de sa part pour 
se condouloir avec vous de la mort intervenue 
à feu mon cousin et se conjoir de vostre pro- 
motion à la dignité électoralle, l'ayant prié 
de vous faire semblable office de la mienne 
et vous asseurer que j'enlreliendray tousjours 
le Roy mondict sieur et filz en la bienveillance 
et amitié que je sçay qu'il vous veult porter; 
priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Gaillon, le xxiui' jour de may 
1671. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 

1571. — au mai. 

Copie. Arch. nat. rollect. Simancas, K 1D71, n° 75. 

A DON FBANCÈS DE ALAVA, 

AUBASSADECB D'ESPAGNE. , 

Monsieur l'ambassadeur, j'ay receu vostre 

1 Jean-Georges, né le 1 1 septembre i5a5, mort le 
3 janvier i5û8. Il avait été marié trois fois. 

2 Joachim II* du nom, né le 9 janvier i5o5, mort 
le 3 janvier 1 571. 



46 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



lettre touschant le laict des pirateries que vous 
prétende/, avoir e>té commises sur les subjeclz 
du Roy Calolicque mon beau-fils et veu ce 
que vous en avez escript au Roy monsieur 
mon fils, lequel vous y faict présentement si 
particulière respouse, et par laquelle vous 
cognoistrez de quelle affection il embrasse ce 
faict icv, que, m'en remettant sur icelle, jene 
vous en manderay aultre chose en la présente 
que de vous asseurer que j'y tiendray la main 
en tout ce qu'il nie sera possible; pliant le 
Créateur, Monsieur l'ambassadeur, \ ous avoir 
en sa saincte el digne garde. 

Escript à Gaiilon, le xxmi' jour de may 

1571. 

Caterine. 



1571. — ai mai. 

Orig. Arch. des Médicis à Florence . dalla cilata filza £730 , 
nuova numerazione. 

A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE FLORENCE. 

Mio cugino, io ho recevuto la vostra lettera 
per questo apportatore, et veduto quello che 
avete incominciato di l'are col Papa, et la ris- 
posta che vi ha l'atto. Mi pare, che sia ineglio 
per ora et più a proposito di non parlar- 
gliene più, conforme alla vostra opinione, 
délia quale io sono, et me ne rimetto al vostro 
buono giudizio; desiderando il Re mio fi- 
gliuolo e il governar per vostro consiglio 
e advertimenlo. Et quando vederele che sia a 
proposito, avvertitecene, avanti che se ne 
parli a lui, accio possiamo mandai" quai cosa 
secondo il tempo et le occasioni, che allora 
si potranno presentare, il quale noi stime- 
remmo l'atto a noi proprij. Il vescovo Sal- 
viati e qui, mandato da Sua Santità, che 
ci è straordiuariamente caro, e per amor di 
lui, e a sua persuasione, il Re mio Ggliuolo ha 



acconsentilo che il Papa usi délia maniera, 
che voi intenderete per lui, su la sicurezza 
che ci ha dato, che il conte 1 non riceverà 
alcuna vergogna; il che vi prego a voler far 
considerare al Papa, accio che alla fine non 
segua cosa , che possa alterar Y amicizia e 
buona intelligenza che è ira il Papa et Re mio 
figliuolo, perche gli ha detto al vescovo, che 
dona il suo cousenso uel modo di sopra pei 
amor di lui, et per la sicurlà che ne ha dato, 
che altrimenti non 1' avverabbe acconsenlilo, 
ma assicura dovene noi cosi buou grado, 

corne se 1' avessimo ottenuto da Sua Santità; 

■ - 

et abbiamo la volonta di riconoscervi in 
tutto quello potremo, et che ci vorrete im- 
piegare. 

Io \i parlero d' un altra cosa, che è il l'atto 
del conte di Gayazzo : che ci tocca tanto che 
ne siamo in gran pena andandoci del nostro 
honore e riputatione , e il Re mio figliuolo 
m'a pregato che io ve ne serva, afin che lo 
vogliate abbracciare, e operare col Papa che 
ci facci conoscere che lui non vuole, a peti- 
zione di quelli che non fanno che calumniar 
le nostre azioni e odiare quelli che ci son 
fedeli servitori, e che non dipendono da altri 
che dal Re mio figliuolo, per ricevere un dis- 
honore al detto conte, io, che alla fine tutto 
riuscirà a suo honore e contento. E vi ab- 
biamo voluto mandar questo per pregarvi che 
dal canto vostro ci vogliate far conoscere, corne 
desiderate vederci contenu in questo affare, 
corne in tutti gli altri che saranno di nostro 
servizio, et faro fine, pregando Dio vi guardi 
et conservi. 

Di Parigi, il di 26 Maggio 157t. 



Vostra. buona cugina. 



1 Le comte de Gaiasso. 



Catarina. 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



M 



1571. — a5 mai. 

fat. Bibl. nal. fonds fraDçais, n° 39a8, f° 16. 

A MA COUSINE 

MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS. 

Ma cousine, Neuehele vous dire de nos 
novelles, qui cera cause que ne vous fayré 
longue letre; car yl m'atendent cheu le Roy 
mon fils, et vous dire' reniement que j*é aysté 
bien ayse d'avoyr ceu des vostres et de vostre 
mary que je désireroys plus saynpour l'amour 
de luy et de vous, laquele je prie ne vous en 
fâcher et voldroys que vous nous puisiez 
encore voyr, avent que nous prinsion nostre 
volaye 1 , car j'é bien peur à fayre, cornent 
nous faysons, que nous soyons plus longs à 
nostre voyage que ne pansoys. Je voldroys 
que vous visiés la royne ma fille cornent ayl 
est aprivoysaye aveques nous tous, et croyl et 
embelit tou les jours et ayst fort sayne, qui 
me fayst ayspérer qu'ele sera bien tost grose, 
cet que je prie à Dieu et vous donner ce que 
désirés, Je ne vous parle de vos afayres, car 
Nochele vous dire toust. 

De Gallon, cet xxv eme de may 1 5y i . 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1571. — 27 mai. 
Copie. Bibl. nat. fonds français, n* 1075a, f° 1109. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, vous entendrez 
bien particulièrement l'intention du Roy 
monsieur mon fils et la mienne sur tout ce 
que vous nous avez escript, par le s r Geronimo 
Gondi' 2 , gentilhomme ordinaire de sa chambre, 

1 Volaye, volée. 

3 Voir dans le n° 10759 du fonds français ce qui 
concerne la mission de Gondi, et plus haut p. 1x3. 



que me gardera (m'en remectant sur luv et 
pour vous dire les occasions pour lesquelles 
il est dépesché par delà) de vous faire plus 
longue lettre que de prier le Créateur. 
Monsieur de Forquevauls, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Trie, le vint-septiesme jour de 

may ï&ji. 

Caterine. 

1571. — 28 mai. 

Orig. Art'it. des Médicis a Florence, dalla iilza £726. 
nuova numerazione, p. 3ia. 

A MON COUSIN 

LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, ayant entendu parce que vous 
m'avez mandé et faict dire que vous auriez 
agréable que j'envovasse par devers vous 
quelque personnaige expérimenté au faict de 
la justice, qui vous peust desduire et faire 
amplement entendre le droict que j'ay en la 
succession universelle de tous et chacun des 
biens de la maison de Médicys, et auquel 
vous peussiez dire et faire entendre ce que 
vous aurez à nous dire et remonsfier là 
dessus, j'ay bien voullu à présent que je suis 
demeurée d'accord avec ma seur la .duchesse 
de Parme de l'usuffruict de tous et chacuns 
des biens de la succession de ladicte maison 
sciluez et assis tant au duché de Florence 
que autres lieulx de la Toscane, et n'y ayant 
plus aulcune chose qui me puisse empescher 
de disposer desdicts biens à ma volonté, 
envoyer par devers vous le sieur de Bruel 
présent porteur, conseiller du Roy monsieur 
mon fils en sa court de parlement de Paris 
et maistre des requestes ordinaire de mon 
hostel, tant pour prendre la possession et 
jouissance de lonles et chascunes des terres, 
seigneurves et autres biens qui m'appar- 
tiennent à cause de ladicte succession, que 



48 



pour conférer avecques vous de mes droictz 
en icelle, et le vous faire bien au long en- 
tendre et rcmonstrer, et pareillement oyr et 
entendre de vous tout ce que vous aurez à luy 
dire là dessus, pour après m'en advertir. El 
pour ce que la suffisance dudict de Bruet est 
lelle et si bonne qu'il s'en sçaura bien ac- 
quitter, je ne vous feray la présente plus 
longue, que pour vous prier le croire de tout 
ce qu'il vous dira de ma pari, comme vous 
vouldricz faire moy-mesme, priant Dieu, mon 
i-ousin , vous tenir en sa saincte garde. 

Escript à Paris, le xxtiii' jour de may 



Mon cousin, cesle lettre a esté gardée avec- 
tout le demeurant de la dépesche du sieur 
de Bruet présent porteur jusqu'à ce jourdbuy, 
d'aultant que, lorsqu'il estait prest de partir 
pour vous aller trouver, vostre ambassadeur 
me pria faire surceoir son voyage jusque à ce 
qu'il vous en eusl adverly. Et pour ce je n'ay 
autrement voullu rafresrbir ladicte lettre affin 
que vous congneussiez que je n'ay rien changé 
de la volonté en laquelle j'estois, lorsque la- 
dicte dépesche fut signée. 

Vostre bonne cousine. 

Gaterine. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 

a esté lieule que je ne l'ay peu pieu an- 



1571 . — 3o mai. 
Aut. Arch. nat. collect. Simancas , K i5ai. n' 8a. 

A M» MON FILS LE ROY CATOLIQUE. 

Monsieur mon fils, Vostre Majesté entendre 
parJeronimoGondi,présantporteur,l'aucasion 
pour quoy le Roy vostre frère lui envoyé, qui 
cera cause que ne lui en fayré rediste; bien 
lui diré-ge que j'é enguardé lent Ion temps 
que j'é peu qu'il eut cete aucasion de vous 
envoyer pour tel ayfayst, ayenl mys pouine 
qu'i n'ann anlendist ryen; mes la continuation 



pécher et non pour les propos quil i a de 
mov. J'é voleu cacher le tout; car, Dieu mersi, 
yl ne me peuvest que fayr grent honneur; car 
on conoystré encore mieuls cet que je suis et 
le tort que cet sont fayts ceulx qui les ont 
controvés et ynventés, beaucoup plusgrent que 
à moy que en volent en savoyr la vérité ceré 
myeulx conneue et en reporteré plus d'hon- 
neur; mes, de peur que cela alterast le Boy mon 
fils, qui ayst jeune et n'a acoteumé de si Ion- 
temps que moy de ouir mentir de luy, et le 
désir que j'é de voir contineuer l'amitié qui 
est entre vous deux personnes et coronnes a 
esté cause que j'é mys pouine tent que je ann 
é eu le moyen qu'i ne sont veneus à ses 
orelles, mes puisqu'il les a ceu, yl a yncon- 
tinent voleu enn avertir Vostre Majesté, s'asu- 
rent que, le sachent, encore qu'il mette les 
vous avoyr ayscript , yl ne lé croyt ni moy ausi, 
nous asurent que n'eusiés enduré tel ynpos- 
teure sans en fayre la démostration qui con- 
vient et à la alianse et amytié qui est entre 
nous; et, pour avoyr ynslruit de tout cet afayre 
le Boy mon fils Jeronimo Gondi, n'en dire 
daventage à Vostre Majesté et la priré de le 
croyre de cet qu'i luy dira de la part de 
Vostre bonne mère et seur, 

Caterixe. 



1571. — à juin. 
Copie. Bibl. nat. fonds français. n° 107DJ, p. no3. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVALX. 

Monsieur de Forquevauls, je ne vous feray 
la présente longue, car vous entendrez par 
Gondi, présent porteur, ce qui est de nostre 
intention et ne vous fais ceste-cy pour autre 
fin que pour vous prier de vouloir tenir cest 
affaire secret et ne le dire ny escrire à quel- 
que personne que ce soit tant vous soit-il 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



49 



ami, dv les propos que sur ce sujet ledicl 
Gondi \ous dira et communiquera; sur quoy 
vous l'assisterez et ayderez d'advis et de con- 
seil, ainsi que par son instruction est porté 
que le Roy mon fils le veut et entend, lequel 
m'a faict vous escripre la présente que je fini- 
rav, priant Dieu vous avoir en sa sainrte 



garde. 



De Lions ', ce quatriesme jour de juin 

Caterine. 



ib 7 i. 



1 Ô7 ! . — /i juin. 

Orijj. archives de Mantoue. 

A MOH COUSUS 

MONSIEUR LE DUC DE MANTOUE. 

Mon cousin , le conseiller Scotia estant venu 
de vostre part trouver le Roy monsieur mon 
lilz. m'a par mesme moien baillé la lettre que 
vous m'avez escripte et, oultre le contenu 
d'ic'elle, faict entendre de voz nouvelles et 
mesme de la bonne affection et dévotion que 
vous portez à ceste couronne, dont le Ro\ 
monsieur mon filz et moy n'avons jamais faic! 
aucun double, aussi vous pouvez faire estât 
qu'en tout ce qui vous toucbera et concernera 
il sera toujours prest de vous monstrer l'effecl 
du réciproque en vostre endroict; à quoy, de 
ma pari, je tiendray la main d'aussi bon cœur 
que je supplie le Créateur vous avoir, mon 
cousin, en sa saincte et digne garde. 

Escripi à Lvons, le 1111 e jour de juing 
,5 7 i. 

\ostre bonne cousine, 

Caterine. 

1 Lyons-la-Forêt, dép. de l'Eure. 



(lATHBI;ISt DE MEDICIS --IV. 



1 :>7 1 . — 8 juin. 
Orig. Arch. des Médicis à Florence, p. 3, cari. VIII. 

A MON cousm 

MONSIEUR LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, j'ay receu vostre lettre du 
x 6 de mai et veu ce que me mandez tant de ce 
que vous avez mandé de surseoir, que du 
fait de Gaiazzo, de quoy je ne sçaurois assez 
vous remercier et de vous voir continuer en 
celte bonne volonté en toutes les choses 
que je désire, comme aussi pour Bruet que 
vous voulois envoyer, et que voudrais que 
trouviez bon, et ne vous parleray pas de ce 
que j'ay dit à i'évesque Salviati pour vous 
dire et dont vous ne me touschez rien dans 
voslre lettre. Je ne double pas néanmoings 
qu'il ne vous ail dit tout ce que je l'av prié de 
vous dire et qui vous tousche, c'est (et je vous 
prie le tenir secret) que l'ambassadeur d'Es- 
paigne icy résident a dit à quelque personne 
que le roy son maistre avoit envoyé quérir le 
s r Chupin el lui déclarer que sa volonté est 
d'avoir Sienne pour don Juan d'Austrie et 
pour vous persuader à ne le desnier el ne vous 
y opposer, vous promettre beaucoup de belles 
choses, si le faites, et ne le faisant, beaucoup 
de 'mal. Quelquefois cet ambassadeur a ac- 
coustumé de mentir, mais il m'a semblé que 
je ne correspondrais pas à l'amitié que vous 
nous portez, si je ne vous en avois escripi, ce 
que je fais. Nous avons receu par le secrétaire 
de l'ambassadeur les deux lettres pour le Ro\ 
mon fils et pour moy, à laquelle je vous fais 
response par la présente. Le Roy mon fils n'a 
pas veu la sienne, pour s'être un peu blessé 
en courant le serf 1 , mais d'aultant que c'est 

1 Voici comment Guido Cavaicanti raconte, le 8 juin, 
cel accident à Cécil : «Le Roi, en courant un cerf dans 
la foret de Lyons, s'est heurté contre une branche 
d'arbre; c'est à la tempe droite que le coup a porté. 



lurRiyrRie NiTiotULE. 



50 



peu de chose, j'espère que dans deux ou trois 
jouis il vous en fera response et congnoistrez 
qu'il est prince qui de'sire le bien et conser- 
vation de la chrestientée aultanl que quelque 
aultre prince peut faire, et n'attribuez ce que 
je vous dis qu'à l'amitié que je vous porte et 
au désir que j'ay de la conservation de vostre 
grandeur. Je prie Dieu qu'il vous assiste et vous 
donne ce que désirez. 

Delà foresl deLyons, celviii" jour dejouin 
,671. 

Vostre bonne cousine, 

CaTERINE. 



1571. — 8 juin. 

Aut. Bib). nat. fonds français, n* 8«a8, f 5. 
A MA COUSINE 

MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS. 

Ma cousine, j'é aysté bien ayse de vous 
savoyr à Paris et veoldrès que vostre mary y 
feult ausi sayn qu'il fust jeamès et que vostre 
prose fust achevé et vous revoyr ysi auprès de 
la milleure parente et amye que ayés; et quant 
au Roy, yl a aysté un peu blésé, mes, Dieu 
mersis, yl est du tout guéri pour s'an povoyr 
aler dernayn à Gallon pour n'estre ysi auprès 
lieu de milleur hayr pour s'achever du tout 
de guérir et après parachever son voyage, le- 
quel je voldrès qui fust déjeà achevé et en 
cet pendent je vous prie me mender sovent 
de vos novelles et cet porteur vous dire des 
noslres que pour cet heure ne sont pas grent 

Sans son chapeau il pouvait être gravement ules9é. 
M. de Koix dit que les médecins ne veulent pas qu'il se 
remue de six jours. Il est donc resté à Lyons, où il est 
ass« mal logé, et retournera mercredi à Gaillon. On dit 
qu'il veut aller de là en Bretagne. La reine sa femme a 
•1 ■ dès chagrine de cet accident.» liecord office, Stale 
jnijiers, France.) ' 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 

cas, et je fayré fin, prient Dieu vous donner 



cet que désirés. 

De Lions, cet vui c jour de jouin 1571. 
Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1571. — 8 juin. 

Orig. Archives de Modem'. 
A MA COUSINE 

MADAME LA DUCHESSE DE FERRARÉ. 

Mil cousine, j'av receu les lettres que vous 
m'avez escriptes par le chevallier Janelly, pré- 
sent porteur, et entendu de luy ce qu'il m'a 
dict de vostre part louchant la bonne volonté 
et affection que vous portez au bien des 
affaires du Roy monsieur mon filz, dont je 
vous remercy. El vous prie croire que en tout 
ce qui louchera celles de mon cousin le duc 
de Ferrare et les vostres, je m'y employeray 
très volontiers, comme vous dira de ma pari 
ledict Janelly, dont je vous prie le voulloir 
croire, priant Dieu, ma cousine, vous tenir 
en sa saincte garde. 

Escripl à Lions, le vin jour de juing 



1.571. 



Vostre bonne cousine, 



Gâterie. 



I 571. — 11 juin. 

Orig. Arcli. île la préfecture de la Seine-Inférieur* 
F. du chapitre de la cathédrale de Rouen. 

A MESSIEURS 

LES DOYEN, CHANOYNES 
ET CUAPP1TRE 

DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME DE ROUEA. 

Messieurs, Jehan Bout, chantre dema chap- 
pelle de musique et chappellain du collège 
S'-Esprit fondé en l'église Notre-Dame dudicl 
Rouen, m'a faicl entendre que, pour l'actuel 



service qu'il luy convient faire près de nous, 
il auroit este' contrainct laisser le service de 
ladicte chappelle du collège S'-Esprit, et pour 
ce qu'il craint que, au moyen de son absence, 
l'on le voulut empescher de prendre et re- 
cuillirlesfruictz, proffictz etesmolluments qui 
deppendent de ladicte chappelle, je vous ay 
bien voullu escrire la pre'sente pour vous 
prier de réserver et retenir audict Bout, pen- 
dant qu'il me fera service actuel, les fruitz 
et revenuz de ladicte chappelle, et vous me 
ferez plaisir que j'aurav bien agréable, priant 
Dieu. Messieurs, vous tenir en sa saincte ei 
digne garde. 

Escrip à Lyons, le x' jour de juing 1671. 

CiTERINE. 
ChANTEREAU. 



157 t. — (Juin.] 
Aut. Aixh. nat. collect. Simancas, K i5ai, n* 73. 

A MA FILLE LA ROYiNE CATOLIQUE. 

Madame ma fille, envoyent le Roy mon 
fils cet jeantilhomme ver le roy son frère, 
n'é volen le léser aler sans me ramentavoyr 
en sa bonne grase par la présante et le prier 
me fayre cet honneur de me tenir comme set 
je avès celui de estre sa mère; car l'afection 
que je porte au roy son mary et alla royne sa 
seur ay tieule que, pour leurs aystresi proche, 
eome Vostre Majesté leur ayst, je ne me puis 
guarder de la luy porter samblable , cet que je 
désire ynfiniment qu'i cet présante aucasion 
pour, par ayfect , la luy povoyr monstrer, et cet 
Voslre Majesté conoyst qu'i lui aye ysi chause 
qui lui pleyse, ayl i a une seur et panser de 
avoyr une mère qui seront trop ayse de lui en- 
voyer chause qui l'i satisfase; et pour avoyr 
donné cherge àJeronimo Gondi présanl por- 
leur lui dire auccoune chause de ma part, je 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 51 

fayré fin à la présante, priant Dieu luy don- 
ner cet qu'elle désire. 

Vostre bonne seur et mère, 

CiTERUR. 



1571. — Juillet. 

Minute. Bibl. nat. fonds français. n° i5553. 1'' i&5. 

A MONSIEUR DE LONGUEVILLE. 

Mon cousin , d'autant que par la lettre que 
présentement l vous escript le Roy monsieur 
mon filz vous entendrez amplement son inten- 
tion sur tout ce qu'il avoit à vous mander pour 
responce à ce que avions receu de vous le 
xxuu" du passé, je ne vous en feray autre 
redicle ni pius particulière réponse pour la 
parfaicte asseurance que j'ay que vous n'ou- 
blierez aucune chose de l'exécution de son 
intention. 

Suppliant à tant le Créateur vous avoir en 

sa saincte et digne garde, le jour de 

juillet 1071. 

1571.— Juillet. 
Minute. Bibl. nat. fonds français, n° i5553, f° i4i s . 

A MESSIEURS LES GEINS 

DU PARLEMEixT DE BORDEAUX. 

Messieurs, estant veuuz par deçà les con- 
seillers Sabatier et Catet vos députés et délé- 
gués devers le Roy monsieur mon filz, ilz luy 
ont faict entendre comme ilz avoienl charge, de 
vostre part; sur quoy leur ont esté faictes les 
responces que vous verrez, qui me gardera, se 
remettant le Roy monsieur mon fils sur leur 

1 11 s'agissait de rupture de ponts sur la rivière (PO* 
tie. Voir dans le même volume, les lettres de M. de 
Longueville, p. i64, i65, 173, 17Û, 193. 

2 (Écrit au dos.) a Lettre répondant à celles qui uni 
esté envoyées par la court du Parlement de Bordeaux. " 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



52 

suffisance, de vous en dire aulre chose pré- 
sentement, suppliant à tant te Créateur vous 
avoir, Messieurs, en sa très digne garde. 

Escripl à Monceaulx, le jour de juil- 

lel 1B71. 

1571. — 3 juillet. 

1 lopie. Arcb. not. Regislrc dai délibérations 
lu bureau Je la ville (le Paris, H 1786 , C o5. 

\l \ PRÉVOST DES MARCHANDS 
ET ÉCIIEYÏNS DE PARIS. 

Messieurs, je vous prie, suivant ce que le 
Roy monsieur mon fils vous escript , de regar- 
der et trouver par tous les moyens qui vous 
seront possibles, soit par emprunt ou autre- 
ment, jusques à la somme de cent millivres, 
afin de les envoier à Metz avecq les autres 
deniers de la subvention, qui y sont desjà, 
pour ce qu'ilz ne se trouvent suffisanz pour 
contenter les reistres et faire avecq euk qu'ils 
attendent le reste. Vous sçavez combien cella 
louche le repos de ce royauime et le nostre 
particulier, qui me gardera de vous faire ceste 
lectre plus longue, si n est pour dire que vous 
ne sçauriez faire service plus à propos au Roy 
mondict sieur et filz, priant Dieu, Messieurs, 
qu'il vous ayt en sa saincfe et digne garde. 

Escript à Monceaulx, ce m cme jour de juil- 
let 1 57 1 . 

CatKMXE. 
l'l\AHT. 

1571. — 3 juillet. 

Imprimé .lans la C.ormpondancc d,|>lo»mfi</ue de La McÛW-FélsloH 
I. Vil, p. a'ii). 

\ MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Motlie Fénelon, pour ce que 
la ])einturc de mon lilz n'estoit pas du tout 
parachevée, (|uand vostre homme partit der- 



nièrement, je ne vous l'a\ plus tesl peu en- 
voyer qu'à ceste heure par Vassal, présent 
porteur; encores n'a ce peu estre en une 
seulle peinture de la main de M' Janet 1 . 
comme je l'eusse désiré. 11 n'eust le loisir que 
de faire, comme vous verrez, le visage qui esl 
fort bien et parfaitement faict, après le \ra\ 
naturel; el l'aultre peinture qu'il a aussi 
l'aide, servira seulement pour la taille, qui 
est aussi la vraye semblance de mondict (ils: 
mais il ne s'est pas, en ceste peinture, amusé 
à faire parfaictement le visage, pour ce que 
l'aultre estoil faict et que je, voulois faire par- 
tir en dilligence ce porteur, 

Je suis d'advis que vous baillez lésdictes 
deux peintures au s r comte de Lestre' 2 , et 
faudra que vous luy fassiez aussy entendre ce 
que je vous ay mandé, et que vous accommo- 
diez cella de telle sorte qu'il soit prins de 
bonne part, en attendant que iedicl M e Janet 
ait parasebevé la peinture qu'il faict en plus 
grand volume, que j'espère vous envoyer cy 
après, si nous voyons que les choses succè- 
dent, comme je le désire, el qu'il me semble 
que l'on désire aussy par delà, par ce que j'ay 
veu par voz dernières petites lettres, l'une du 
jour de Sainct Jehan, qui estoit dedans un de 
vos paquetz, et l'aultre que m'a baillée cedict 
porteur. 

1 Voici ce que La. Motlie Fénelon , dans sa dépêche 
du ao juillet, disait du portrait : kNous sommes venus 
de propos en propos à parler du portrait de Monseigneur 
votre tils, et elle m'a dict que, encore que ne soit que le 
crayon, et que son teint n'y soit que quasi chafouré de 
charbon, si ne laissoil ce «sage de montrer beaucoup de 
beaulté et beaucoup de marques de dignité el de pru- 
dence, et qu'elle avoil esté bien ayse de le veoyr meut 
comme d'ung homme' pari'aict, car me vouloit dire touj 
librement que mal volontiers, estant de l'âge qu'elle est, 
eustellevolluestreconduicte à l'église, pour estre maryée 
avec ung qui se fusl montré aussi jeune comme le comte 
d'Oxford. n {Qnretpond. diplomat., t. IV, p. iH6.) 
1 Leicester. 



LETTRES DE G AT HE 

Auxquelles pour responce je vous diray 
que nous avons prias fort grant plaisir d'en- 
lendre par icelles que les choses soyent en 
si bons termes et tant affectionne'es de la part 
de la royne d'Angleterre et dudict comte de 
Lestre, et aussy du comte de Sussex et de mi- 
lord Burgley, auxquels nous sçavons infini- 
ment bon gré des bons offices qu'ils iont, 
mesmement audict sieur comte 'de Lestre, 
qui démonstre bien, par ce que me mandez, 
la bonne \oloute' qu'il y a, dont il se peut as- 
seurer que, les choses advenant, ainsi que 
j'espère qu'elles seront, et comme nous le 
désirons, qu'il cognoistra par effect le bon gré 
que lui en sçavons; mais, affin que cessy soi! 
Iiicntosl résollu, il faullque, par son moyen, 
les articles que nous demandons et qui sont 
mentionnés en l'instruction que vous a portée 
le sieur de Larchant, nous soyent accordés, 
s'il est possible, avec le plus d'avantage que 
vous pourrez les estendre et moyenner, et que 
cella soit asseuré sans le remettre à quand 
uiondict fils sera par delà, comme me man- 
dez par vostredicte lettre. Et par ce moyen 
mondicl fils en aura plus de contentement et 
d'obligation à la royne et aux gens de bien qui 
manient cest affaire, lesquels je vous prie 
d'entretenir toujours en la bonne volonté et 
affection qu'ils montrent avoir en cest affaire, 
et qu'ils fassent en sorte que les choses n'ail- 
lent point à la longue et que, pour oster le 
moyen à ce qui y veullent traverser, le tout 
se puisse promptement résoudre, comme il est 
très nécessaire, et que nous le désirons, vous 
priant de continuer à travailler tellement en 
cessy, comme déjà vous avez si bien commencé , 
que de brief nous y puissions voir une bonne 
et honorable résollution. 

Je vous prie me faire ce plaisir que je puisse 
avoir bienlost une peinture de la royne d'An- 
gleterre en petit volume, de la grandeur et 



RINE DE MÉD1CIS. 53 

qu'elle soit bien pourtraicte et faicte de la 
façon mesme de celle que m'avez envoyée 
dudict comte de Lestre, ainsi que vous dira 
ledict Vassal; car la peinture que nous en 
avons est du tout en plat, qui n'a pas si bonne 
grâce qu'elle aura, estant un peu tournée sue 
le costé droict. 

Et quant à ce que m'avez escrit d'icelhn 
sieur comte de Lestre, je suis bien marrie que 
par cedict porteur je ne lui peus envoyer la 
peinture de ma cousine la duchesse de Nevers 
de Montpensier; mais elle ne s'est poinct en- 
core faille peindre, à cause qu'elle a esté un 
peu malade. Le peintre y travaille, et j'espère 
vous l'envoyer incontinent qu'il aura faict. Je 
luy ay parlé de ce que sçavez; elle m'a fort 
sagement respondu qu'elle u'avoit autre vo- 
lonté que celle de mon cousin le duc de Mont- 
pensier son père, qui est en sa maison de 
Champigny. Je lui en eusse volontiers escript, 
mais vous cognoissez le personnage, qui pense 
que le meilleur sera que je lui eu parle moy 
mesme, comme je fairay aussytost qu'il sera 
avecquenous,etdesi bonne affection quej'es- 
père que icellui sieur comte en recevra satis- 
faction et contentement. Me remettant pour 
le reste de voz dépesches à ce que vous es- 
cript le Roy monsieur mon fils et à ce qu'il vous 
mande pour responce à voz dernières dépes- 
ches, je ne vous fairay plus longue lettre, 
si n'est pour vous recommander encores une 
fois d'affectiou ladicte négociation des petites 
lettres, dont j'espère que nous aurons bientost 
de bonnes nouvelles par le sieur de Larchant, 
priant Dieu, Monsieur de la Mothe-Fénelon, 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 

Escript à Monceaulx, le 111 e jour de juillet 

1 5-7 1. 

C\TERlJiE. 

PlXART. 

Je vous prie que bientost en puissions voir 



54 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



cp que désirons, car la longueur ne porte 
que subject à ceux qui ne désirent ta grandeur 
de mon lits et qui ayment mieux leur maison, 
bien et contentement qu'ils espèrent icy, qui 
ne l'ont que luy dire beaucoup de choses qui 
ne peuvent apporter rien do bon à son service. 



157 1. — 6 juillet l . 

Minute. Bibl. nat. fonds français, n° i5553, C 116. 

A MONSIEUR DE PIENNES. 

Monsieur de Pyennes, vous verrez ce que 
le Roy monsieur mon filz vous escript présen- 
tement 2 sur les leclres qu'il a receues de vous 
du xxii! c "" e du passé et d'aullant que sur le 
tout vous serez par là bien amplement adverty 
de son intention, je ne vous en feray autre 
redicte, me remectant sur le contenu en 
sesdictes lettres, n'estant besoing vous faire 
plus particulière recommandation sur ce qui 
concerne le devoir de vostre charge, d'aultant 
que, je m'asseure, vous n'y oublierez aucune 
chose. Suppliant à tant le Créateur vous avoir, 
Monsieur de Pyennes, en sa saincte et digne 
garde. 

Monceaulx, vi juillet 1671. 



1568. — 6 juillet'. 

Minute. Bibl. nat. fonds français, n° i5553, f° 119. 

A MONSIEUR LE VICOMTE D ORTHE. 

Monsieur le vicomte , j'ai receu voz lettres du 
ui'°" du passé et veu celles que vous escrip- 

j (Ecrit au dos.) tDu vi juillet 1.571. m 
2 Voici ce que lui mandait Charles XI : <tJ'ay recru 
vos lettres du xxn""' du passé et veu ce que par icelles 
me mandés de l'alarme qui avoit esté esté en ma fron- 
tière de Picardie , laquelle vous avez saigement apaisée. 1 
(Mémo volume, p. 117.) 

' (Ecrit au dos.) «A M. le vicomte d'Horte, le vi juil- 
let 1571.» 



vez au Roy monsieur mon fils 1 , lequel vous y 
faict présentement la responce que vous ver- 
rez, sur laquelle me remectant, je ne vous en 
feray la redicte par ceste présente, estant bien 
marrye que vous n'avez point esté gratiffié de 
l'abbaye de S 1 Sever que vous avez demandée, 
ce qui ne s'est peu l'aire, d'autant que, bien 
longtemps auparavant que vous en eussiez 
escript, le Tloy mondict sieur et fils en avoit 
disposé; mais trouvant quelque autre chose 
dont vous soyez adverty à propos, asseurez- 
vous que vous ne serez point esronduict et 
quant à moy j'y tiendra) la main non seule- 
ment en cella, mais en toutes les choses qui 
vous toucheront et concerneront, sachant, 
comme je fais, vos anciens services et mérites, 
vous priant cependant ne vous lasser de con- 
tinuer. Pour ceste réparation on a en vous 
particulière et entière fiance. Je supplieray le 
Créateur vous avoir, Monsieur le vicomte, en 
sa saincte et digne garde. 

Escript de Monceaulx, le vi e jour de juillet 



5 7 i. 



1571. 



7 juillet. 



Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Moltic-Fétulon. 
p. a3». 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Motlie Fénelon, ceux qui ne 
désirent pas le mariage d'entre la royne d'An- 
gleterre et mondict fils le duc d'Anjou ont fait 
courir le bruict par deçà que ce que ladicte 
royne faisoit en ce négoce , u'estoit pas de bonne 
volonté qu'elle y eut, mais seullement pour 
se servir du temps. Cela vérilablement nous 
a fait penser à cest affaire, et aller plus ret- 
tenus, et a esté cause que mondict fils, pour 

1 Voir la minute du Roi qui accompagne celle-ci. Il 
s'agissait de la réparation des murailles de la ville de 
Bajonne. 



LETTRES DE CATH 

ceste occasion, n'en a pas voullu tesnioigner, 
comme aussi n'estoit il pas raisonnable qu'il 
y eust si grande affection. 

Doul le sieur Walsingani, qui en a eu advis 
d'Angleterre, et des aultres bruits que ces 
gens-là mesmes ont l'aicl courir par toute la 
chrestienté, pour tascher à rompre ce traicté 
de mariage, m'a faict dire que, tant s'en l'ault 
qu'il soit vray qu'icelle royne y procède par 
dissimulation, qu'au contraire elle y marche 
de très bon pied, et ses principaux ministres 
aussi, qui l'ont expressément escript audicl 
sieur de Walsingani pour me le dire ou l'aire 
dire, comme il a faict par mon cousin le sieur 
de Foix et qu'icelle royne et tous les siens ne 
désireront jamais tant chose qu'ils l'ont la con- 
clusion d'icelluy mariage, dont le Roy mon- 
sieur mon fils et moy, et aussi mondict fils 
le duc d'Anjou sommes aises, espérant, puis- 
qu'ainsi est, que, par le sieur de Larchantque 
nous attandons en bonne dévotion, vous nous 
envoyerez les responces des conditions que 
nous désirons, et les aultres choses que vous 
avez entendues par luy, si avancées qu'il s'en 
prendra bientosl quelque bonne résolution, 
comme il est nécessaire et que nous désirons , 
ainsi que vous pourrez assurer ladicte royne 
et tous ceux de ses ministres qui conduisent 
cest affaire, et leur dire hardiment que nous 
y marchons aussi de fort bon pied, et qu'ils 
ne croyent rien de tous les bruits qui pour- 
roient courir du contraire, qui ne sont que 
pour rompre cest affaire, lequel je vous re- 
commande sellon la parfaicte confiance que 
nous avons en vous, à qui j'en ay voullu 
incontinent faire ceste lettre, ayant sceu 
que tous ces bruicts couroienl, afin que, si 
l'on vous en parle de delà, vous asseuriés 
tousjours ladicte royne et ses ministres de 
noslre sincère volonté et bonne affection. Sili- 
ce, je prie Dieu, Monsieur de la Mothe- 



ERINE DE MÉD1CIS. 55 

Fénelon, vous avoir en sa saincte et digne 
i garde. 

Escript à Monceaulx, le \i? m ° jour de juillet 
1 071. 

Ceste lettre vous servira d'advis pour en 
user discrètement, comme vous sçavez très 
bien faire; car si de là, ils ne sçavoient en- 
core tous ces faux bruits, vous vous conduiras 
en cela, et vous parlerés ainsi que vous le ju- 
gerés à propos. 

Caterine. 

PlHÀRT. 

1571. — lojuillot. 

Orig. Arch. (les Médicis à Florence , dalla filzti Û736 . 
nuova numerazione , p. 3i5. 

A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, j'ay veu ce que m'avez mandé 
par deux fois touchant le faict du grand 
prieuré de Champaigne, et la difficulté qu'a 
faict jusques à présent Nostre Sainct Père de 
vous en accorder les provisions pour le che- 
valier de Seurre, dont je m'esbays grande- 
ment , veu le bon crédit que vous avez en son 
endroict, et la bonne volunté que je sçay que 
vous avez de favoriser ce qui vous est recom- 
mandé de ma part si estroictement : et pensant 
que le reffus qu'il vous en a faict jusques à 
présent de les vous accorder, doive aussi tosi 
procéder de l'attente qu'il avoit de veoir ce 
qui succéderait de la négociation du chevalier 
Salviaty, que le grand maistre de Tordre 
Sainct-Jehan avoit envoyé devers nous, pour 
nous .prier de retracter cela en faveur de sa 
religion ou de l'hospitallier qu'il en a faict 
pourveoir contre la volonté du Hoy mondict 
sieur et fils, comme à l'occasion des mauvais 
offices qu'aucuns de par deçà ont faict uudict 



56 LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIUIS. 

de Seure envers Nostredict S' l'ère. Il m'a 
semblé ne devoir différer, après que ledict de 



Sahialv a esté esconduict tolalement de cesle 
requeste, d'en faire une bonne recharge à 
Sa Saincteté pour luy faire comprendre que 
cela ne se peut plus révocquer, ;iyant esté 
au contraire expressément enjoinct ausdicts 
Hosfiilalliers d'en plus faire de poursuicte; el 
à ceste cause, que son bon plaisir soit de ne 
plus différer d'en pourveoir ledicl de Seurre; 
el par mesme moyen vous escripre la pré- 
sente, pour vous prier le plus affectueusement 
que je puys, de continuer d'employer vostre 
bon crédit et moyen envers Nostredict Saincl 
Père, en luy faisant tenir la dépesebe que 
nous luy en faisons maintenant , affin de le 
l'aire condescendre à nous gratiffier, sans avoir 
autre esgard aux prétentions dudict Hospital- 
ier qui s'en accommodera à nostre volouté, 
s'il est saige et advisé, affin de ne préjudicier 
à sa religion , et d'adviser de recevoir faveur 
en quelque autre endroict de luy et de rnoy. 
Et ce faisant, oultre ce que ferez pour ung 
personnaige d'bonneur et qui a fa ici beaucoup 
de services à ceste couronne et à moy en par- 
ticulier, je m'en sentiray grandement tenue à 
vous pour le recognoistre en ce que vouldrez 
m'employer d'aussy bon cœur que je supplie 
le Créateur vous avoir, mon cousin, en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Montceaux, le x m " jour de juillet 



1 571. 



Vostre bonne cousine, 

FlSES. 



(Iaterine. 



1571. — 12 juillet 

Copie. Rihl. mit. Parlement, n° 93. 

A MESSIEURS LES GENS 

DE LA COl'R DU PARLKMEIVT DE PARIS. 

Messieurs, je vous prie, suivant ce que le 



Roy monsieur mon fils vous escript ' de pro- 
céder incontinent à la vérification des lettres de 
création et provision de Testât de grand prévost 
de France, dont a charge Monsieur de Mon- 
truel et croire qu'elles ont esté l'aides avec 
tant de poix et grandes considérations qu'il 
ne se doibl faire aucun resfus ou difficulté; 
comme je vous prie qu'il n'y en soit faict ; el 
au demeurant, que ladicte vériification se face 
le plus diligemment qu'il sera possible pour 
ce que le Roy mondicl sieur el fils commande 
audict sieur de Montruel d'aller en plusieurs 
lieux pour le faict de sa charge, ce qu'il ne 
peut faire que cette vérification ne soit faicte 
premièrement, et croyant que sçaurez en cet 
endroit l'intention du Roy mondict sieur et 
filz, je ne vous feray plus longue lettre que 
pour vous dire que, en ce faisant, vous ferez 
chose que nous aurons bien agréable, priant 
Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa saincte 
et digne garde. 

Escriptà Crecy, le douziesme jourde juillet 
mil cinq cent soixante et onze. 

Gaterine. 

1571. — a5 juillet. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique */e La Mothe-Fènelon , 
I. VU. p. q34. 

A MONSIEUR DE LA MOTHEFÉNELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon, comme 
j'ay une particulière confiance en vous, je ne 
vous celleray point que l'humeur en laquelle 
est mon fils d'Anjou me fait bien grande 
peyne; il est tellement obstiné à ne passer en 
Angleterre, sans avoir une publique asseu- 
rance pour l'exercice de sa religion, que le 
Roy ni moi n'avons peu obtenir qu'il se soil 
fié à la parole de la royne d'Angleterre. Nous 

' La lettre du Roi précède celle-ci et n'y ajoute rien. 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDIGIS. 



57 



soubçonnons fort que Yillequier, Lignerolles 
ou Sarret, possible tous trois, soyent les ans- 
leurs de ces fantaisies : si nous pouvons en 
avoir aulcune asseuraucc,je vous asseurc qu'ils 
s'en repentiront. Pour tout cela, je ne veux 
pas que nous nous rebutlions, car, possible, 
pourrons nous gaigner quelque cliose sur son 
esprit, ou sur celluy de ladicle royne. 

Si, par malheur, les choses ne peuvent 
pas s'accorder pour mondict fils, comme je le 
souhaite, je suis re'sollue de faire tous mes 
efforts pour le faire réussir pour mon fils 
d'Alençon, qui ne sera pas si difficile. Ce- 
pendant, comme on nous propose de tascher 
de faire une ligue avec icelle royne pour 
nous l'attacher davantage, et esloigncr le fils 
de l'Empereur et aullres, ne faictes jamais 
semblant de cessy; mais bruslez la présente, 
après l'avoir leue, et ne croye's rien que l'on 
puisse vous dire ou escriie, que ce que vous 
verrez par lettres signe'es de la main du Roy 
ou de moy, qui ne vous dis pas cella sans rai- 
son ; car ceux qui ne désirent pas que les 
choses qui sont, grâces à Dieu, si bien avan- 
cées et disposées, réussissent et s'effectuent, 
sont assez artificieux pour publier ou escrire 
ce qu'ils penseront qui soit pour empescher 
ce bon œuvre, priant Dieu, Monsieur de la 
Mothe-Fénelon, vous avoir en sa saincte et 
digne garde. 

A Fontainebleau, ce jeudi xxv cme jour de 

juillet 1071 '. 

Caterine. 

1 Voici une lettre de Charles IX qui complète celle 
de la Reine sa mère : 

ir Monsieur de la Mothe Eénelon, à ce que j'ay veu 
par les lettres que m'avés escriles, du ix' de ce moy s, 
touchant la négotiation , et despuys par celles que m'avés 
aussy cscrites le xi e ensuivant, que m'a apportées le sieur 
Larchant.et entendu par ce qu'il nous a dict de bouche 
et davantage considéré ce que me mandez et à la Royne 
madame ma mère, par vos dépesches des xiv\ xx° et xxn e 

Catherine de Médicis. — iv. 



1571. — 3i juillet. 

Ori{f. Arch. des Médicis à Florence. 
A MON COUSIN 

M" LE DUC DE FLORENCE. 

Mon cousin, j'ay receu vostre lettre, par 
laquelle me mandez que vous trouvez bon que 
je vous envoie quelque ung pour conférer de 

de ce movs, il se trouve de grandes difficultés sur l'ar- 
ticle de la religion. Ayant à ce propos mis en grande 
considération ce que la royne d'Angleterre madame ma 
bonne sœur et cousine, dict audicl Larchant, et encores 
depuis à vous; qui est qu'elle ne pense pouvoir con- 
sentir que mon frère ait l'exercisse de la religion par 
delà, et que cella pourrait estre cause (si elle la luy ac- 
cordoit , comme nous le désirons pour luy et les siens) de 
troubler son Estât, ce qu'elle aymeroit mieux estre morte 
que de voir; voylà pourquoi je pense qu'il esloit très néces- 
saire, premier que envoyer mes deppulés de delà, qu'il 
v allast quelque personnage bien entendu et agréable pour 
le faict de ladicte négotiation. Et pour ce que je pense 
que M r de Eoix, mon cousin, y seroit fort propre, je l'a y 
prié d'en accepter la charge, comme il a faict, lui ayant 
faict faire une instruction bien ample et lettres de ce que 
luy et vous aurés à taire en cella; ayant avisé de vous 
renvoyer cependant ce présent porteur pour vous en ad- 
vertir, et pour vous dire que, avant hier après disner, 
nous ouismes sur cella le s' de Walsingam, qui s'est 
tousjours monstre bien affectionné à cest atfaire, si ce 
n'est quant audict point de religion, pour lequel véri- 
tablement il se rend difficile, et croy qu'il en pourra es- 
crire à sa maistresse selon sa passion; mais, ledict sieur 
de Foix arrivant, comme il faira bientost par delà, vous 
taira entendre toutes choses et comme vous aurés à vous 
y gouverner en cella. 

«Cependant je ne veux oublier de vous dire que je 
suis.après à pourvoir et donner ordre au faict d'Escosse, 
ainsi que m'avés escript, dont je vous tiendray adverti in- 
continent par votre aultre secrétaire que j'ay retenu 
pour vous le renvoyer aussytost que cella sera taict, mais 
je vous prie, Monsieur de la Motte Fénelon, que cepan- 
dant vous ayez toujours l'oeil ouvert et preniez si bien 
garde aux actions de la royne d'Angleterre du costé 
d'Escosse, qu'elle ne puisse rien entreprendre ni donner 
secours ou assistance que je ne sois promptement adverli 
de ses délibérations.!) (Même vol., p. a35.) 

8 

IXI'IUMIIHL NAT10NA.lt. 



58 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



nos affaires avec les vostres, ce que je nie | Vostre Majesté nous en donnera touljour de 



suis délibéré de faire et je vous envoyé le 
s r de Bruet présent porteur; sur lequel me re- 
mettant et qui vous dira auhuncs choses par- 
ticulières, fera y fin, priant Dieu, mon cousin, 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 
De Fontainebleau, le 3i juillet 1071. 

Vostre bonne cousine, 

Catemne. 



1571. — 3i juillet. 

Arch. nat. collecl. Ninianras. K i5to,, n° 70. 

\ M' MON FILZ LE ROY CATOLIQCE. 

Monsieur mon fils, je entendu par Jero- 
nimo Gondi, ayslent de retur, cet que lui 
avés donné charge nous dire et ausi par la 
letre que Vostre Majesté m'a escripte ay sceu, 
cet que je uedouto\s poynt, que yl ne feult 
veneu à vos aurelles chause si méchante ni 
que puisiés croyre que un vostre minisire 
eull conneu lele maleurté d'une personne si 
proche corne je vous suis et si necle, Dieu 
mersis. que je ne m'en puis sucier, d'aultant 
que lui ni personne aultre avecque vérité 
ni mensonges ne peuvest endomager ni 
aubscursir une chause si nesle et si clère 
cornent ayst ma vie et mon honneur, qui est 
cause que, setle Roy mon fils m'eult creu , que 
Vostre Majesté n'eull eu cet déplaisir de co- 
noystre qu'il aye de si malheureus ministres 
à son servise; mes, l'ayens veu le plus tard 
que j'é peu, yl a voleu le vous le fayre en- 
tendre, afin que Vostre Mageslé cognoyse 
que yl ne veut que rien puise diminuer la 
lionne amvtié que Dieu a myse entre vous 
deux, laquele, de; ma pari, comme chause 
que je désire voyr continuer aultent que ma 
vie, tant que Dieu nie la prestera , je mestré 
poine de tout cet que j'é de moyen Penter- 
tenir et augmenter envers lui, m'asurent que 



son coulé auccasion d'avovr cete vol un té, la- 
quele continuera tant que vivre. 

De Fontoynebleau, le x\xi""jour de juillet 
1 ") 7 1 . 

Vostre bonne mère et seur, 

Catbbuib. 



1571. — Août. 

Copie. Bil>l. n.il. fonds français. n° iGo3g, f° At6. 

AU CARDINAL DE R U1BOUILLET. 

Monsieur le cardinal, je ne puis assez louer 
les bons et continuels offices que \ous faictes 
par deçà au bien du service du Roy monsieur 
mon filz ' et le soing et dilligence don l nous 

1 La lettre du Roi qui accompagne celle-ci entre dan* 
quelques détails sur la restitution de la principauté 
d'Orange : 

«Sur ce que Sa Sainteté vous avoit dit en ceste même 
audience avoir esté advertie que j'estoys en promesses de 
remettre les villes de la principauté d'Aurange es mains 
du prince dtidict Aurenge ou du comte de .Nassau son 
frère, vous alléguant sur ce le péril, danger qui en 
pourroit succéder, et comme ledict prince ne demande 
rien plus que de se deffaire de sodicte principauté, 
ehos? qu'elle jugeoit propre pour moy pour l'unvr 1 I 
joindre à mes pays et provinces et que là où je n'y voui- , 
drois entendre et n'en aurois nulle volonté , il lui sembloit 
que quelque personnage calholicque y deust mettre pour 
assurer tant mes pays et provinces que le comtat de Ve- 
nisse, espérant qu'il se trouveroit homme, lequel feroit 
cet acliact que après retourneroil au bénéfice du S' Siège 
ponrveu que je ne le trouvasse mauvais; j'ay donc entendu 
là dessus ce que vous m'en escripvez assavoir que c'estoit 
UOg partyque le s r Torquato (lonti mettoil en avant pour 
embarquer le pape en resl affaire, aflin que la commu- 
nauté d'Avignon et autres terres de l'église contribuas I 

entre elles de leurs deniers communs à l'achat de ladii ti 
principauté pour de reste façon et soubs main unyr aux 
terres riveraines de l'église; sur quoy je vous répondra} 
<pie, suivant le singulier désir et affection que j'ay tou- 
jours eu de observer inviolablemeiit ce que j'ay promis 
'•I accordé par mon e lit de paiillicalion, j'ay délibéré et 
résolu faire absolument au prince d'Aurange la susdiclc 
restitution de ses villes. n (Même volume, p. 'ili et '1 1 3 . ) 



LETTRES DE CATHE 

usez à le satisfaire de ce qui s'y pre'sente, doni 
il luy demeure aussy le contentement que 
pouvez désirer et vous respond amplement 
sur ce qui est venu de vous par vostre der- 
nière dépcsche, à laquelle ce seroit chose 
superflue de rien adjouster, qui me gardera, 
me remeclanl sur elle, de vous l'aire plus longue 
lettre, si ce n'est que, estant non moins dési- 
reuse que vous de vous veoir bientost par deçà 
à vostre contentement, nous avons dépesche et 
sollicité les r de Ferrailzpour s'acheminer et se 
rendre au plus tost qu'il pourra par delà, afin 
de vous lever le siège et vous donner moien 
de pourveoir à vostre retour 1 , vous priant 
croire que en tout temps vous ne serez que le 
très bien veneu;sur ce je prie le Créateur vous 
avoir, Monsieur le cardinal, en sa saincte et 
digne garde. 

Escripl à. . . le. . . jour d'aoust i5yi. 

Caterine. 



IUNE DE MEDIC1S. 



59 



157 1. — Août. 

Aut. iiibl. nat. fonds Dupuy, n° 911, f° 19. 

AU ROY MONSIEUR MON FILS. 

Monsieur mon fils, j'e' reseu anuit vostre 
lelre par Tournas , et j'e' veu ce que m'asure 
bien y voyr que voliés que vostre seur fust 
bien corne les aultres et cela troveré mieuix, 
car sayt qu'il l'i fault ne vous coûtera à 
beaucoup près de cet qu'il a couste' l'ameu- 
blement et lé livraye des aultres. Yl est vray 
qu'il fault que lui donniés un acoustrement 
de piereries que, set le trovés bon, avent que 
je parte, je les troveré et les donneré à mètre 
enn œuvre à Dejeardin et lé prendre au mil- 
leur marché que je pouré' 2 . Le conte de Rets 

1 Le séjour du cardinal à Rome se prolongea jusqu'à 
la fin de décembre 1571. Voir ses lettres dans le même 
volume. 

2 Walsingham écrivait à lord Burghley le 16 sep- 



et moy nous fayron \ostre ménage, de fason 
que vous voyré qu'ele sera honnorablement 
aultent que ses seurs et ne sera pas si cher. 
L'on m'a dist que la royne de Navarre cet 
playn que ne l'avés mandaye et avés mendé 
l'amiral et que ne lui avés l'ayst parler de cet 
mariage quepar tierse personne et que n'auseret 
vous en suplier, mes que c'et à vous à lui 
romender. Yl me semble qu'il ni auroyt poynt 
de mal que mandisiés au maréchal de Cosé 
qui l'alast la trover et lui dire que lui avés 
comendé de l'aler trover pour la prier vous 
venir trover à Bloys au commensemenl de 
septembre et nous amener son fils pour l'an- 
vie que avés de lé voyr tou deus et luy fayr 
conestre cet que volés fayre pour son fils et 
pour aylle et lui envoyer une lelre de créanse 
sur lui de vostre mayn, qui porte que. vou<- 
aprochant de Bloys, lui avés voleu fayre en- 
tendre l'anvie que avés de la voyr et son fils, 
come le maréchal de Cosé lui dira plus au 
long, et n'avés voleu atendre que je fuse de 
retour, afin que ne trove estrange cet 1 je ne 
lui escript, et afin que plus tost ayle donnasl 
aurdre à ses afaye pour y pouvoyr venir et 
par mesme moyen avertir l'amiral du temps 
qu'il viendra et le mender au maréchal de 
Cosé. Je vous suplie m'escuser, cet je ne par 
d'isi jeus 2 à temps et ne léser de tenir en 
vostre bonne grase 

Vostre bonne et affectionnaye mère, 

Catf.rine. 

tembre : «Le mariage du prince de Navarre n'avance 
pas à proportion des préparatifs que la Reine mère fait 
à Paris; car déjà elle a fait provision des joyaux et des 
habits de noces. » (Mémoires de Walsingham , Amster- 
dam, 1700, p. 1 55.) 

1 Cet, si. 

8 Jeus, juste. 



S, 



«0 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



1571. — Août. 

lut. \rch. nat. collect. Simancns, K i5i8, n"8i. 

\ M" MON FILS LE ROY CVTOLIQUE. 

Monsieur mon fils, je panseroys fallir à 
I obligation que j'é hà Vostre Majesté de l'ami- 
tié qu'ele m'a tousjour monstre et ausi an 
désir que j'é de voyr conlineuer entre Vostre 
Majesté et le Roy vostre frère lionne amytié, 
et je ne luy dises cet que lia favst don Frcn- 
sès d'Alava depuis quinse jours de s'an es Ire 
lui de Paris, ayent l'ayst semblent, un moy 
durent auparavent, d'estre malade, afin de 
n'obéyr au comendement de Vostre Majesté 
de venir prendre congé du Roy mon fils et, de 
nous, et povoyr mieulx achever d'éfectuer ces 
l'asons acoteumayées, volant par cete fuite 
fayre croyre au monde qu'il étoyt en dënger 
de sa vie pour ayspérer par cete ynacoteumée 
i'ason d'embasadeur entre roys si amys et 
parons, cornent, Dieu mersis, vous deusaystes, 
de s'an aler [que] n'est eusitée et que le Roy 
mon fils s'an santent aufensé deut fayre cet 
qu'il désiroyt, afin que Vostre Majesté ne le 
trouve menteur de cet qu'i lui ha mendé que 
lui volions comenser la guère, chause certay- 
netnent que, cet ne le conèsions pour tel qu'il 
et, que j'euse eu grent peur qu'i eult altéré 
cete bonne amitié', veu que, avent partir, yl 
disouit à tous ceulx qui l'allouint voyr, qu'il 
s';m volouil aler et qu'il n'atendoyt que vostre 
congé qu'il vous avoy envoyé demander, mes 
ne luy volyés donner, mes qu'il ne povoyt 
plus demeurer, veu qu'il savoyt que vous vo- 
liôs nous comenser la guère et qu'il savet 
bien qu'il ne povoyt demeurré ensuite, chause 
qui ne nous émovoyl poynt, le conoysant tieul 
qu'il et; mes sa fuyte ha donné à parler hà 
beaucoup, ne le conoysant comme nous ba- 
sons, et si se n'éloyt que je m'asure que Vostre 
Majesté luy en fayré tèle démostration de 



l'ofanse qu'il y a leste que le Roy mon lils 
auré aucasion de coneslre que c'et san le co- 
mendement de Vostre Majesté, je luy asure 
(pie je an serès en pouinc, mes ayent cete 
asurense, en lieu d'enn eslre en pouine, je 
an loue Dieu de cet qu'i lui ha pieu le tent 
déiéser qu'i ce souit conduit à fayre une tele 
et si grande l'aulte hà Vostre Majesté, afin 
que par cete ysi elle puise conoyslre toutes 
les au! très chauses plus que véritable, de 
quoy ne luy demendon neul chatisment, mes 
pour la conséquanse que cete fuite peull 
aporler après soay et fermer la bûche 1 à tous 
ceulx qui voldresl nous voyr en guère, et re- 
confirmer par sesi l'amytié entre vous deus, 
comme celle qui ha l'honneur d'estre mère 
à tou deus et qui désire plus lost mouryr que 
voyr aultre chause que cet que ayst à présent, 
je ne me puis guarder que je ne die à Vostre 
Majesté que je désirerès que Vostre Majesté 
fyst tele démostration ver ledist don Fransès 
que le Roy mon fils coneut cornent cet hacle 
luy lia dépieu, et tou le monde que Vostre Ma- 
jesté ne luy ha fest favre; et la suplie tn'escu- 
ser de cet que luy. en consèle et monde el 
l'atribuer au désir que j'é que rien puise alté- 
rer cete bonne pays et amylié entre vous deus 
roys, cet que je prie à Dieu ne puise jeamès 
avenir, mes de plus en plus augmenter l'amy- 
tié el bonne yntéligense entre vous deus et 
leur donner tout l'heur et félisilé (pie vous 
désire 

Vostre bonne mère et seur, 

Catbrine. 



1571. — i" août. 

Qrig. Record oflicr, State ftvpv», France. 
A MADAME Mt BONNE SEUR 

LA ROYNE D'ANGLETERRE, 
Madame ma bonne seur, ce m'a esté ung 
1 Huche, bouche. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



61 



singulier bien etplésir d'avoir entendu au retour 
du sieur de Larchant 1 les honnestes et ho- 
norables propos qu'il m'a disl de vostre part 
et d'avoir aussi veu par la lettre qu'il m'a 
apportée, escripte de vostre mayn, le désir 
et bonne volonté que vous avez de fortiGer et 
accroytre de plus en plus nostre amitié et al- 
liance; en quoy j'ay bien conneu que vous 
voulez cheminer frenebement et de bon pied et 
pour effectuer bientost la négociation que 
nous traictons 2 , chose qui m'a tellement aug- 

1 Grimonville, sieur de Larchanl , capitaine des gardes 
du duc d'Anjou, avait été envoyé en Angleterre pour 
poursuivre la négociation du mariage du duc avec Eli- 
sabeth. Voir à ce sujet les lettres du duc de Montmo- 
rency et de Walsingham à lord Burghley. (Calendar of 
State papers, ih^i, p. A7& et '1 7 5 . ) 

2 Voici la réponse faite par la reine Elisabeth aux 
propositions de mariage : 

r Sur ce que le Roy Très Chrestien et la Royne sa mère 
ont escript de leurs mains, et ce qu'ils ont baillé en 
créance à Mr. de Mauvisière, et commandé par leurs 
dépesches à Monsieur de la Mothe-Fénelon d'offrir de 
rechef avec tout l'honneur et respect qu'il leur est pos- 
sible de la part de Leurs Majestés Très Chrestiennes, 
Mr. le Duc leur frère et fils pour mary et espous à la 
royne d'Angleterre et de déchirer a ladicte Dame, 
qu'elles n'espargneront rien qui soit en leur pouvoir, ny 
au pouvoir de la couronne de France, pour conduyre 
cest honorable propos au bon offert qu'elles désirent, 
en ce toutesfoys, que tout ainsy qu'elles sont soigneux 
d'observer l'honneur et dignité de ladicte Dame et de sa 
couronne, leur dignilé pareillement et celle de Mr. le 
Duc et de la couronne de France ne soit en rien offen- 
sée, et qu'elles puissent cognoistre plus d'asseurance en 
ce faicl qu'ils n'en y ont veu jusques icy, et qu'il ne 
leur soit plus usé de difficultés ny de remises; car, à ta 
première qui leur seroit opposée, ils jugeraient bien que 
ce seroit leur imposer silence, pour jamais plus en 
parler. 

«Ladicte Dame avec beaucoup d'honneste démonstra- 
tion a bien receu l'offre, et a grandement remercié leurs 
Majestés Très Chrestiennes ri Mr. le Duc de leur persé- 
vérance et bonne affection vers elfe; mais d'autant que 
le propos ne signifioit si non en général teur bon désir, 
et qu'en général elle avoit desja assez déclaré le sien. 



inenté l'affection que j'avois à la perfection 
d'une œuvre tout louable, saint et profitable 

elle requérait que les ambassadeurs en vinsent aux par- 
licularités. 

ttSur quoy, ayans déclaré qu'ils n'avoienl point de 
nouveaux articles, ny charge d'en metlre en avant 
d'aultres que ceux mesmes qui avoient esté proposés 
lorsque le propos avoit esté meu et qu'on se pouvoit 
bien souvenir que toute la difficulté estoit restée sur 
deux points: l'ung de la religion, et Paultre de l'en- 
trevue. Et que touchant le premier l'on s'estoit laissé 
entendre de chacun costé, que Mr. le Duc se deb\oi( 
contenter, et ladicte Dame ne debvoit estre mal con- 
tente qu'il eut pour luy et ses domestiques l'exercice 
de la religion eu privé, en quelque modesle façon, 
qui ne fit poinct d'offence à la religion receue en 
Angleterre. El quant au second, que les Princes et 
S" du Conseil de France ne pouvoient estimer, qu'avec 
l'honneur du Rov et dignilé de la couronne, ny avec 
la réputation de Monsieur le Duc, l'entreveue se peult 
faire, sans avoir quelque asseurance de marriage. 

«A quoy leur a esté respondu, qu'ayant de long 
temps ladicte Dame résolu de ne s'obliger à nul party 
de mariage, sans avoir vu celluy qui aurait à estre son 
mary, et que le poinct de la religion avoit tousjours 
esté réservé pour estre accordé entre eux deux à leur 
entreveue, chose à quoy le Roy et la Royne mère 
s'esloient desjà bien condeseendus, et le luy avoient 
ainsi escript par lettre de leur main, et par Monsieui 
le maréchal de Retz expressément consenty, elle n'avoil 
donné occasion qu'on se retirast de cette offre, et elle 
demeurait ferme et constante en cette résolution, de ne 
le pouvoir en façon du monde faire aultrement et qu'il 
n'en falloit plus parler. 

ttLesdits ambassadeurs ont répliqué : que Leurs Ma- 
jestés Très Chrestiennes requéraient estre salisfaict d'au- 
cunes choses, sans lesquelles leur conseil ne pouvoit esti- 
mer qu'elles peussent en façon du monde passer oultre, 
sinon avec une notable offence de leur honn"-:- et ung 
trop grand hazard de la dignité et réputation de Mr. te 
Duc; c'est que Leurs Majestés Très Chrestiennes soyent 
bien asseurées que ladicte Dame se veult résolument 
marier; qu'elle estime l'alliance de France et le party de 
Mr. te Duc honorable et sortable pour elle, que les 
articles et tout ce qui dépend dudict mariage soit ainsi 
conclud et arresté; qu'il ne reste rien plus que l'entre- 
veue pour l'effectuer; qu'il soit remis à Leurs Majestés 
communication de la forme d'icelle, et du temps et avec 



62 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



à toute la chrétienté que je ne veulx rien 
oublier ni espargner de ma part de ce que il 
v pourra servir, ayant, à ceste cause, le Roy 
mon filz et moy advisé, pour ne laisser ceste 
affaire lirer en longueur, de vous envoyer et 
dépécher exprès le sieur de Foyx pour vous j 
remonstrer en cet endroict les choses où nous j 
trouvons difficultés, vous priant le croire et 
en ce et aux aultres particularités qu'il vous 
dira de ma part et adjouster aultant de foi 
que faniez à 

\ oslre bonne seur et cousine, 

Catekine. 

quel équipage et cornpaignie Monseigneur y viendra, 
avec le muluel consentement toutesfois de ladicte Dame, 
laquelle pour cest effect oclroyera son sauf-conduit ; que 
le prétexte de son voyage soit fondé sur telle occasion 
que Leurs Majestés Très Chrestiennes estimeront estre 
honorable pour eux, et que l'honneur de ladicte Dame 
y soit pareillement considéré ; que incontinent à la- 
dicte enlreveue, s'il plaise à Dieu, que les personnes 
se puyssent complaire, le mariage se solemnisera, sans 
donner la peyne à Monsieur le Duc de retourner ung 
aultre foys. 

-Auxquelles demandes ladicte Dame avec délibération 
de son conseil a respondu : Que les répulant bien ho- 
nestes et honorables, elle déclairoit que sa resolution 
pour satisfaire à l'extrême désir de ses subjects estoit 
de se marier ; qu'elle réputoit l'alliance de la France et 
le party de Mr. le Duc, pour le grand bien qu'elle avoit 
ouy dire de luy, très honorable et bien sortable pour 
elle, si Dieu vouloit qu'ils se puissent complaire; que 
puisque le Roy et la Royne sa mère se réservoient d'or- 
donner aucunes choses de l'entreveue, avec le mutuel 
contentement et consentement d'Elle, qu'elle estimoit estre 
bon à différer à faire les articles jusques à ce qu'ils eussent 
déclairé leur intention, et que, cependant, elle déclairoit 
que tous les articles qui avoienl esté arrestés pour le 
Roy, lorsqu'il se parloit de luy, demeurassent entiers 
et accordés pour Mr. le Duc, et qu'elle estoit contente, 
s'il playsoit à Dieu qu'à leur première entreveue ils se 
puissent complaire, que le mariage se solemnisast. 

"Et ainsi a esté respondu par Sa Majesté, présents les 
S" de son Conseil aux ambassadeurs du Roy. 

"Le cinquiesme de septembre 1571.71 

(Record office, State papers, France, 1571.) 



1571. — g août. 
Copie. Bibl. nat. foûds français, n° 10753, f° 1 a 33. 

V MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, quand vous 
fairez response à ce paquet, faictes que la 
response me soit baillée à mes mains propres 
et que nul ne la voye ; car j'ay moy-mesme 
fermé le paquet. 

De Fontainebleau , ce deuxiesme jour 
d'aoust 1 07 1 . 

Caterine. 



1571. — 2 août. 

Aut. Dépôt de In guerre, vol. III . p. a3. 

A MONSIEUR L'ÉVESQUE DE D'ACQS, 

AMBASSADEin À CONSTAiVTISOPLE. 

Monsieur d'Acqs,j'é veu une letre que vous 
avés ayscriple à mon fils, la plus sage et qui 
m'a le plus contentée que lettre que j'éjeamès 
veue, et yl vous y respond, et lui et moy dé- 
sirons que vous fasiés tout cet que pourés, 
afin de avoyr, s'il et possible, l'eun decesréau- 
mes et que nous mandiés cet qui valet ché- 
cun; car ons a telement dégoûté mondist fils 
de aler enn Angletere que j'ey un eslresme 
regret de voyr corne les chause en sont, et 
aysté bien ayse de cet que lui enn avés mandé, 
et vous prie qu'il ne sache poynt que vous aye 
aiscript et brusler cete letre, laquèle je vous 
ay voleu fayre, d'aultent que je say qu'il a 
toute foys à vos letres que luy enn escrip- 
vez , disant que avés entendu, au retur 
de cet porteur, que tout ayst rompeu, de 
quoy avés un ynfini regret, et que lui priés 
de bien considérer cet qu'il pert et cet que 
luy désirés prochasser n'est en rien parel pour 
aystre l'eun à la porte de cet royaume et au- 
jourd'hui le troysième royaume de la cres- 
lienté el le plus entier et en pays : et les autres 



LETTRES DE CATH 

au but du monde et à la mersi du Turc, qui 
vous fayst merveilleusement hebéir ' cornent 
\1 n'y a personne isy qui ne lui aye peu fayre 
entendre ce que c'et de la grandeur que cet 
mariage lui pouroyt a porter et l'amitié dé 
prinse d'Alemengne pour parvenir à l'empire 
et la conqueste dé Péys-Bas et sur sela vous 
ay tendre, cornent le sarés bien fayre ; et ausi 
lui mender le moyen pour sa surlé et l'y 
auller le screpul de sa consiense, ayent 
l'exersise de nostre religion, et lui dire le bien 
qu'il pouré fayre pour la religion et enn es- 
cripre une bonne letre de persuasion à Ville- 
cler, lui disant que ne voldriés fallir à la 
dévotion que portés à mon fils et anvye que 
avés de sa grandeur que ne lui remonstriés le 
tort que l'on luy fayst de rompre cet mariage, 
et, sachant cornent il l'i et afectioné serviteur, 
que vous ne vous povés guarder de vous en do- 
loir aveques luy et le priez de fayre l'ofise que 
favriés, si estiés ysi de le remonstré à mon fils 
et luy mender à luy toutes les raysons que 
penseras les plus vrave et pugnantes pour 
luy fayre penser qu'eun jour mon fils sara 
un très mauves gré à ceulx non pas seulement 
qui l'enn aront disverti, mes qui ne luy auront 
remonstré le bien et grandeur qui l'i veulet 
fayr perdre et sur tout qu'yl ne puisse panser 
que je vous enn aye ryen mendé, car mesme 
à cet porteur je luy ay fayst acroyre que 
ayscrys à Mendelot pour vous baller une letre 
à faire tenir à Maieras 2 et mandé à mon fils 
cornent vous entendes de avoyr quelque plase 
pour sa seureté, si se n'et après qu'il sera là en 
gagnant la royne, au si les fauldroyt demander 
aveques les aultres articles, cet que je trou- 
vères mal esay qu'ele accordast. Je vous prie 
encore un coup que neul ne sache que vous 
aye ayscript et de brusler la présante. 

1 Hebéir, ébahir. 

2 Ferais, sieur de Malras. 



ER1NE DE MÉDICIS. 63 

De Fontaynebleau, cet n e de ausl 1371. 

Caterine. 

P. S. Je me suy s avisaye depuis de baller cete 
litre, afin que personne ne s'an doucte, au se- 
gretayre Souvré,qui la metera dan le paquet. 



l'ôl\. — h août. 
Copie. Bihl. nat. Parlement, 93. 

A MESSIEURS LES GENS 

TENONS Ll COUR DE PARLEMENT A PARIS. 

Messieurs, le Roy monsieur mon filz ayant 
pour certaines causes et considérations pourveu 
M' Arnault deCavaignes, naguères conseiller 
en la cour de parlement de Toulouse, d'un 
estât de conseiller et maistre des requestes 
ordinaires de son hostel, lequel il a, à celte 
occasion, créé et érigé de nouveau, ainsi que 
vous verrez tant parl'édit de création que par 
ses lettres ' que ledict sieur Roy vous en escrit, 

1 Nous lisons dans la lettre de Charles 1\ : «Nous 
n'avons pas ignoré la religion de laquelle ledict de Ca- 
vaignes l'ait profession, ayant mesmement voulu par 
nostredict édict de pacification que tous nos sujets in- 
différemment l'eussent peceus et admis en toutes charges 
et estais , et que nous nous sommes aidez des deniers pro- 
venans de sondict estât de conseiller en nos urgentes et 
nécessaires affaires, i (Même volume.) 

Ce n'est pas sans difficultés que Cavaignes put être 
mis en possession de l'office dont Catherine l'avait gra- 
tifié, car voici ce que Jeanne d'Albret écrivait à la Reine 
mère, le a 2 mai 1672 , durant le court séjour qu'elle fit 
à Paris avant sa mort. 

«Madame, le sieur de Cavaignes s'en allant pour vous 
remonstrer les difficulté: que l'on lui laict en Testât que 
vous lui avez donné, a pensé que ma recommandation 
lui peust servir, ce que je ne luy ai voulu refuser pour 
lui devoir cela, et comme plus ancien serviteur de Voz 
Majeslez, me semblant que ces difficulté^ lesquelles je 
remettray à luy à vous dire, ne sont qu'aultant d'argu- 
ments à ceulx qui sont bien aises d'entretenir les per- 
sonnes en double de l'observation des éditz de pacifica- 
tion. Ce ne sera pas à moy. Madame, ni à ceulx qui ont 
cet honneur d'approcher de vous de cognoistre de quelle 



66 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



et d'autant que vous pourriez faire difficulté 
de recevoir ledict Cavaignes audict estât tant 
à cause de la religion de laquelle ledict de 
Cavaignes fait profession que autres considé- 
rations et retnonstrances que vous pourriez 
faire au Roy mondict sieur et filz là dessus, 
je vous ay bien voulu faire ceste lettre pour 
vous prier, suivant le vouloir et intention dudict 
sieur, ne faire aucune difficulté de recevoir le- 
dict de Cavaignes audict estât de maistre des 
requesles ordinaire du Roy mondict sieur cl 
tilz, d'autant que les causes et considérations 
qui ont meu iceluy sieur de l'en pourvoir sont 
si grandes et importantes qu'il ne veult qu'il 
n'y soit faict aucune difficulté, priant Dieu, 
Messieurs, vous avoir en sa sainte garde. 

Escript à Fontainebleau, le qualriesme 
jour du mois d'aoust mil cinq cens soixante et 
onze. 

Catekiîve. 



1571. — 6 août. 
Copie. Bibi. nul. fonds fi-aoçais, n° 107521 f° ulilt. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Fourquevauls, estant venue en 
ceste ville et n'ayant eu loisir de vous faire 
le discours de ce que nous dict l'ambassadeur 
d'Espagne à sa dernière audience, je le vous 

affection le Roy et vous les voulez entretenir que cela 
nuira, mais à ceulx qui loin de Voz Majeslez ne com- 
posent leurs arguments que sur les effetz contraires à 
vos volontez, comme celui de quoy se plaint le sieur de 
Cavaignes, lequel vous le fera si bien entendre, Ma- 
dame, que, me remectant à luy, je lairray ce propos pour 
vous dire que j'ay veu vostre fontaine des Tuileries, de 
bonne grâce m'ayant donné là un souper privé Monsieur 
le comte de Retz, avec lequel j'ay veu en ceste ville 
aucunes choses pour nos nopees. Madame, je vous al> 
tends en bonne dévotion, et cependant je prieray Dieu 
vous donner, Madame, très heureuse et longue vie. 

« Jeiunne. h 
(Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg.) 



ay bien voullu escripre, afin qu'il ne mandas! 
rien davantage à son maistre. Sacbez donc 
qu'il vint à l'audience et la voullust avoir du 
Roy et de moy ensemble, l'un devant l'autre , 
et nous dit qu'il se douloif toujours de ceste 
nef qui a esté prinse à la Rocbelle, et de quoy 
l'on ne luy en faisoil nulle raison et aussi de 
ce qu'il estoit sorti beaucoup de vaisseaux sov- 
disanls au conte Ludovic pour aller en Flandres 
et que, si l'on demande pourquoy s'arme le 
duc d'Alix-, que c'en est la cause, ne se faillant 
esbahir s'il commance à s'armer et offenser, si 
l'on ne luy faict justice des princes et de l'ad- 
mirai, Laquelle il nous requiert; à quoy nous 
avons respondu que, quant à la nef qu'y fai- 
sons ce qui est en nous; mais qu'encore nous 
ne sommes pas bien obéis dans la Rochelle, 
où nous manderons pour faire arrester ceste 
llolle, et, s'ils ne le font, leur faire connoistre 
combien il nous dcsplaict et qu'il ne faut 
prendre ceste excuse pour commancer la 
guerre, car nous luy en donnerons nulle occa- 
sion. Et quant à la justice des prinses qu'il 
demande luy estre faicte, dont il n'avoit encore 
laid de mention, que c'estoit nous voulloir 
brouiller, mais que nous allions à Rlois, où il 
viendroit et espérions accommoder de telles 
choses que le Roy seroit obéi , et après il connes- 
troit comment le Rov veult demeurer bon frère 
de son maistre. Sur quov il a faict une grande 
exclamation de ce mot que j'av dict, qu'il 
voulloit brouiller, et qu'il en demandoit justice; 
et aprez feist appeler les cardinaux de Rourbon 
et d'Est et dict à cclluv de Rourbon qu'il se 
plaignoit d'un Laudonnière qui s'advouoit à 
luy, lequel cardinal luy respoudict qu'il ue 
l'advouoil point, s'il avoit mal faict, comme 
aussi, ne l'ayant point faict, il le porteroit et 
favoriseroit. Sur cella, il luy dit qu'il portoil 
touts les hérétiques, de quoy Monsieur le car- 
dinal s'est trouvé fort offensé, car il les hait. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



Vous voyez que cest homme est faict pour in- 
jurier tout le monde. Je vous ay voutlu mander 
cecy succinctement, afin que vous en soyez 
adverli, s'il l'escrivoil autrement par delà et, 
vous prie, retenez le bien pour nous en sçavoir 
servir, quand connoistrez en estre besoin. Au 
reste nous vous prions nous faire entendre 
comme toutes choses passeront; car on ne 
peusl plus négotier avec luy, s attaquant ninsin 
à tous. Vous connoissez la main, bruslez la 
présente. 

Dudirt sixiesme d'aoust 1571. 

Caterixe. 



1571. — G août. 
Copie. Bibl. nat. «fonds français, n° 10753 , f" ni3. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, le s r Geronimo 
Gondi est arrivé de deçà sur le point que le 
Roy monsieur mon fils vouloit de'pescher un 
des vostres, pour sçavoir ce qu'il a négotié 
sur la charge que luy avions donnée, dont je 
vous ay bien voullu advertir et prier de croire 
que, si le Roy mondict sieur et fils a bonne 
volonté de veoir ceste despeche, suivie de 
vostre successeur, suivant la prière que vous 
luy en avez faicte, de ma part aussi je ne l'ay 
moindre et liendray la main que ce soit in- 
continant, afin qu'en cella vous soyez satis- 
faite selon que vous le désirez, vous asseu- 
rant, Monsieur de Forquevauls, que, quand 
vous serez de deçà, nous espérons vous faire 
connoistre, l'occasion s'en présentant, le con- 
tentement que nous avons du bon debvoir que 
vous avez faict en vostre négotiation, priant 
Dieu, Monsieur de Forquevauls, vous avoir 
en sa saincte et digne garde. 

Escripl à Fontainebleau, ce sixiesme jour 
d'aoust 1 57 1. 

Caterine. 

ClTDEIUNE DE MÉDICIS. IV. 



1571. 



août. 



Orig. Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg, vol. LUI, f° lu. 

JEANNE D'ALRRET A LA ROYNE ', 

MA SOUVERAINE DAME. 

Madame, j'ay receu celle qu'il vous a pieu 
m'escripre par le sieur de Quincé et suis 
marrie que le sieur de Reauvoir est tellement 
retardé par ses gouttes qu'il n'a su partir par 
le désir que j'ay que mes affaires vous soient 
véritablement monstrées et ne pouvant choisir 
aultre qui les sache si bien, j'ay attendu sa 
guérison qui, j'espère, sera dans peu de jours 
que je vous l'euverray; et quant à l'honneur 
qu'il vous plaist me faire de me souhaiter en 
vostre compagnie et que penseriez que j'ay 
oublié le lieu dont j'ay cet honneur d'estre 
sortie, si je n'y vois, je vous supplie très 
humblement croire, Madame, que ce sera 
toujours avec mon plus grand contentement 
quand je penseray estre si heureuse que vous 
pouvoir faire très humble service, ne me 
pouvant oublier moy mesme ny le lieu d'où 
despend ma grandeur, auquel par tant de 
debvoirs de sang, de subjection, et d'office je 
suis appelée, que mon principal dessein sera 
toujours d'y satisfaire par très humble service 
et obéissance, comme bonne Françoise, de 
tous ces costés là et ne sais pourquoy, Madame, 
vous me mandez que voulez voir mes enfans 
et moy et que ce n'est pour nous mal faire. 
Pardonnez moy, si, lisant ces lettres, j'ay eu 
envie de rire ; car vous me voulez asseurer 
d'une peur que je n'ay jamais eue et ne pensay 
jamais, comme l'on dict, que vous mangissiez 
les petits enfans. Je ne sçay, Madame, si sur 

1 11 ne nous a pas été donné de retrouver tes lettres 
écrites par Catherine à Jeanne d'Alhret. Pour suppléer à 
cette regrettable lacune, nous avons cru devoir insérer à 
leur date les réponses de la reine de Navarre, qui four- 
nissent quelques indications sur le contenu de ces lettres. 



lUrniMCilie KAT10KALE. 



GG 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



cela l'on vous a voulu bailler quelque opinion, 
mais les effeetz de mes services tant passés 
que présents et à venir vous doivent assez me 
faire cognoislre et voudrais mettre en garantie 
la généralité de la cause de la religion dont je 
ne me veux despartir, pour monstrer ma fidé- 
lité et le désir de voir le Roy obe'y en ses 
e'dictz et son royaume paisible. Voilà les choses 
pour lesquelles, Madame, j'emploicray vie et 
biens et, pour l'espérance que j'ay de vous en 
mander davantage par le sieur de Beauvoir, je 
ne vous en diray davantage. Vous verrez, Ma- 
dame, par la dépesche de mon filz au Roy 
que remporte le sieur de Quincé, la défaveur 
qui luy a esté faicte, m'asseurant que c'est 
au desçu de Voz Majestez, mais pour me faire 
paroistre de l'elfect de voz promesses, je vous 
supplie très humblement, Madame, donner 
ordre que nous ne soyons plus traités si 
indignement; car, comme il vous plaist me le 
mander, nous sommes si proches que vostre 
bonté ne peut estre qu'elle ne nous touche, et 
sur cela jeprieray Dieu, Madame, vous donner 
très longue et heureuse vie. 

De la Jarrie près de la Rochelle, ce vn c aoust 
1571. 

Votre très humble et très obéissante 
seur et subjecte, 

Jeuanne. 



1571.— 28 août. 
Orig. Bibl. nat. fonds Dujmy, n° 801, f° 90. 

A MONSIEUR DE THOU, 

rO.1SBtI.LEIl DO BOÏ M01SIKL-H UON FILZ EN ^05 COUSEIL PRIVE 
ET PREMIER l'RRSIOBIÏT BK SA COURT DE PARLBliBXT DE PARIS. 

Monsieur le président, le Roy monsieur 
mon filz a cy-devant en faveur de son mariage 
donné et octroyé lectre à Scipion Massey et 
Anthoine Rives, natifz de Lyon et bourgeois 
de Paris, pour estre receuz marchans merciers 



nonobstant que lesdictz Massey et Rives n'ayent 
faict aucun aprenlissaige, dont ilz sont relevez 
par lesdicles lectres, estans d'ailleurs congnuz 
hommes d'esprit, dignes d'estre au nombre 
des aullres marchans de nostrc ville de Paris, 
oultre ce, que les services qu'ils ont faiclz au 
Roy par cy-devant les doibvent recommander 
en cela et en plus grand chose, et d'autant que 
lesdictz marchans et gardes les veullent ein- 
pescher de jo\ r desdictes lectres , mesures qu'il/, 
ont inlerjecté l'appel de la sentence du pré- 
vost de Paris, qui aurait receu lesdictz Massey 
et Ryves et que depuis, combien qu'il y eust 
lectres d'évocation au privé conseil, la con- 
gnoissance dudict appel , à l'instante prière des- 
dietz marchans, vous est renvoyée, je vous prie 
tenir la main à la conservacion du droit des- 
diclz Massey et Ryves, à cequ'ilz puissent joyr 
promptement du bénéfice desdictes. lectres se- 
lon l'exprès voulloir et intencion du Roy, à 
laquelle lesdictz maistres et gardes n'ont deu 
s'opposer, attendu la faveur et tiltre sur le- 
quel lesdictes lectres sont fondées, et donner 
à congnoistre, parl'expédiciou de vostre bonne 
justice, que les présentes jointes à la volonté 
du Roy en cause favorable ont eu lieu de 
recommandation, priant Dieu, Monsieur le 
président, vous tenir en sa saincte garde. 
A Chenoneeau, le xxvin c jour de aoust l'an 

H. V C LXX1. 

Caterine. 
Chaxteheau. 



1571. — a8 août. 

Orig. Archives de Berliu. 
A MON COUSIN 

M" LE MARQUIS DE BRANDEBOURG, 

ÉLLCTEUll DU SAIKT-BMPiBK. 

Mon cousin, vous entendrez par la lettre 
que présentement vous escript le Roy mon- 



LETTRES DE G AT II 

sieur mon filz comme renvoyant en Allemai- 
gne le s r de Schombert 1 son chambellan 
ordinaire, il luy a donné charge de vous 
visiter de sa part et vous tesmoigner la con- 
tinuation de sa bonne et sincère volonté en 
voslre endroict et dire le singulier désir qu'il 
a de l'accroistre de plus en plus, dont je ne 
vous feray aucune redicte, ains m'en remec- 
tray entièrement au contenu de ladicle lui In' 
pour vous asseurer seulement par ce petit mol 
que, comme j'ay esté celle qui, oultre son incli- 
nation naturelle, l'a tousjours ci devant bien 
fort assisté en ce bon advis et conseil, ainsi 
déliberay-je de le l'aire par cy après pour tenir 
en ung singulier compte et estime voslre 
amitié et bienveillance et des autres princes, 
vos mutuels amys et de ceste couronne, selon 
que j'ay donné charge au s r de Schombert de 
vous dire de ma part, dont je vous prie le 

1 Voici la lettre de Charles IX : ttMon cousin, renvoyant 
en Allemagne le sieur de Schombert, mon chambellan 
ordinaire, je lui ay donné charge de vous visiter de ma 
part pour tousjours vous tesmoigner la continuation de 
la vraye et sincère amitié que je vous porte et au sur- 
plus dire le désir que j'ay que nostre commune bonne 
intelligence avec vous mon cousin, le duc Auguste de 
Saxe et les autres princes, seigneurs et Estatz du Saint- 
Empire vos mutuelz amis s'accroisse et establisse de plus 
en plus ainsi que ledict sieur de Schombert a eu cy- 
devant charge de dire et respondre de ma part à moii- 
ilict cousin l'Électeur, et de le requérir de continuer sui- 
vant sa bonne intention en l'exécution et effects de ce 
bon œuvre, vous priant aussi de vous conformer en cest 
endroict à sa volonté el vous asseurer que je désire aul- 
lanl la conservation de vous, vos Estais et pays et des 
autres princes et seigneurs de la Germanie, voz mutuelz 
amis et les miens, que de mon propre royaulme selon 
que mes effects le feront plus cognoistre que les parolles, 
ainsi que j'ay donné charge audict s r de Schombert le 
vous dire de ma part, dont je vous prie le croire comme 
moy mesme, suppliant le Créateur, mon cousin, qu'il 
vous ait en sa sainte et digne garde.» 

Voir dans le même volume les lettres de Schomberg 
au Roi. (Bibl. nat., Cinq cents Colbert, n° ioo.) 



ER1NE DE MÉDICIS. 



67 



croyre comme moy mesmes, priant Dieu , mon 
cousin, qu'il vous ayt en sa saincte garde. 

Escript à Chenonceaux, le xxvin jour 
d'août 1671. 

Voslre bonne cousine, 

Caterint. 

BltUI.ART. 



1571. — 1" septembre. 

Arrli. uat. collcct. Simaocas, K i5ao, p. 72. 

AU SIEUR CHAPUV VITELLI. 

Sieur Vitelli, ayant entendeu que vous estez 
passé à Bloys si près de nous, sans vous avoir 
veu, j'ay bien voulu vous faire ce mol de lettre 
pour vous dire que j'ay grand regrert de n'a- 
voir peu parler à vous, tant pour estre et de- 
meurer satisfaicte du désir que j'ay desçavoir 
j des nouvelles du Roy Catolicque monsieur 
mon fils et de Mesdames les Infantes, mes 
petites-filles, et afin aussi que je vous puisse 
faire traicter et accommoder partout par ce 
royaulme comme le désir et affection que vous 
avez tousjours porté à ceux de ma maison le 
mérite, qui est cause que j'envoye par devers 
vous le conte de Coconnas présent porteur 
pour vous visiter et vous offrir ma bonne 
\ volonté, et vous prie me faire entendre par luy 
I des nouvelles de la sauté et bonne disposition 
; des Roy et Royne Catolicques et de Mesdames 
les Infantes mes petites-filles, vous asseurant 
que d'aultant quelles seront bonnes, elles me 
seront aussy plus agréables; et pour ce que 
ledict conte vous pourra plus au long esclairer 
là dessus mon désir et intention, je feray fin. 
priant Dieu, sieur Vitelli, vous avoir en sa 
saincte et digne garde. 

Escript à Chenonceaulx, le premier jour de 
septembre 1671. 

Catkrjni-:. 

ClIANTEREAU. 



68 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



1571. — 13 septembre. 

Orig. Arcli. de Venise, lellres des rois de France, n° aG. 
A NOS TRÈS CHERS ET GRANDS AMIS, 

ALLIEZ ET CONFÉDÉHEZ, 

LES SEIGNEURIES DE VENISE. 

Très chers et grands amis, alliez et con- 
céderez, par le sieur Léonard Contarini que 
vous avez naguères envoyé vostre ambassadeur 
devers le Roy noslre très cher sieur etfdz nous 
avons receu vostre lettre du xv° jour de juin 
dernier et entendu de luy ce qu'il avoit charge 
nous dire de vostre part, pour se conjouir de 
voslre part en vostre nom avec nous de l'heu- 
reux succès du mariage du Roy nostredict sieur 
cl fdz et de nostre très chère et amée fille la 
royne sa compaigne et espouse,qui sont offres 
si gracieuses que par iceulx nous cognoissons 
de plus en plus la grande faveur et affection 
que vous avez en ce qui touche la continuation 
de l'amitié et parfaite intelligence qui a tou- 
jours esté entre ces deux Estatz , à laquelle vous 
vous pouvez asseurer de toute correspondance 
de noslre part et que nous n'oublierons aucun 
office que nous y penserons y pouvoir convenir. 
Aussi avons nous entendu dudict sieur Con- 
tarini les autres particularités dout vous l'avez 
chargé, sur lesquelles nous l'avons tellement 
éclaira de noslre désir à vostre bien, grandeur 
et contentement que vous recevrez toute satis- 
faction du rapport qu'il vous en fera, duquel 
nous sommes asseurés qu'il s'acquittera si 
dignement et que vous adjouterez telle foy à 
ses paroles que ne vo"us en dirons aultre 
chose, et à tant, très chers et grands amis, 
alliez et confédérez, nous prions Dieu vous 
avoir en sa très saincte et digne garde. 

Escript à Blois, le m* jour de septembre 
1571. 

Caterine. 

Fises. 



1571. — 32 septembre. 

Copie. Bibi. nat. fonds français, n° 17803 , f" loi v . 

A MONSIEUR DE VULCOB '. 

Monsieur de Vulcob, nous avons veu par voz 
deux dépesches des xvm et xxv du passé ce que 
nous avez mandé des choses qui se présenloient 
lors d'icelles en la court de l'Empereur mon- 
sieur mon bon frère, dont le Roy monsieur 
mon lilz est bien ayse que vous luy donniez si 
ordinairement advis, et quant à ce que le s r 
Profcolfky nous a dicl qu'il pensoit que mon- 
dicl bon frère seroit fort prest à faire mectre 
la moictyé des postes qui seroyent nécessaires 
pour envoyer pacquetz par le chemin de Metz, 
sans prendre le tour de Bruxelles, pourveu 
que le Roy voulsist porter de son costé l'autre 
moictiédela despence, c'est chose qu'il fera fort 
voluntiers, tant il désire avoir souvant des nou- 
velles de la court de mondict bon frère; mais 
il faudrait que vous regardassiez d'accommoder 
ce faict là avec ledict Profcolfky et advisassiez 
par ensemble les lieux où l'on pourrait establir 
lesdicts postes et la façon dont il y faudrait 
procéder; en quoy, de tant que ce ne peut estre 
que es terres de l'empire et ceulx de l'obéis- 
sance du Roy mondict sieur et filz , je croy qu'il 
faudra que son auctorité et commandement y 
intervienne envers les princes seignours des 
lieux et provinces où se pourront establir les- 
d i et z postes; à quoy, après avoir accordé de 
ce qui se devra faire, vous nous en donnerez 
bien ample advis. 

Au surplus, Monsieur de Vulcob, je vous 
veulx bien dire comme hier la royne ma belle- 
fille me demanda que c'est que le Roy mon filz 
avoit résolu pour le faict de lillre de grand 
duc, affin d'en pouvoir escripre à mondict 
bon frère; sur quoy je luy ayl dict que le Roy 

1 Voir une lettre de Charles IX qui précède celle-ci. 



LETTRES DE CATH 

mondict sieur et filz n'avoit riens faiet en cela 
en intention d'en donner aucun mescontente- 
ment à mondict bon frère, mais au contraire 
que le Pape et l'ambassadeur de mon cousin 
le duc de Florence m'ont tousjours faict en- 
tendre que c'estoit chose que mon bon frère 
auroit très agréable; sur laquelle asseurance le 
Roy mondict sieur et fdz luy a baillé ledict 
tiltre pour lequel j'ay tousjours conseillé à 
mondict cousin de s'acommoder avec mondict 
bon frère pour le meilleur expédient que je y 
sceusse pour luy, ne voulant le Roy mondict 
sieur et fds que pour cela mondict bon frère 
pense que l'amitié qu'il luy porte puisse venir 
en aucune comparaison de celle qu'il porte à 
mondict cousin, quelque parenté dont il me 
touche; car quant à luy il le tient pour affec- 
tionné serviteur de ceste couronne; mais quant 
à mondict bon frère pour son bon père qu'il 
vénère et honore grandement, ce que j'ay prié 
madicte fille* luy escripre, vous priant faire 
mes excuses envers mondict bon frère et l'im- 
pératrice si je ne leur escriptz point à ceste 
heure, d'autant que la maladye de laquelle je 
suis détenue depuis quasi ungmoys ne me le 
permecl, vous ayant voullu donner advis de ce 
que dessus, affin que, si sur l'occasion de ce 
qu'en escripra madicte fille, mondict bon frère 
vient à vous parler, vous luy tenez le mesme 
langaige, qui sera concordant avec celluy qui 
vous a esté dernièrement escript, priant Dieu, 
Monsieur de Vulcob, vous tenir en sa saincte 

garde. 

Caterine. 



ERINE DE MÉDICIS. 



69 



1571. — 27 septembre. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Mollic-Fénelon , 
t. VII , p. s56. 

A MONSIEUR DE LA MOTHEFÉÏVELON. 

Monsieur de la Mothe-Fénelon , je n'adjous- 

1 Elisabeth d'Autriche. 



ferai aultre chose à la lettre que le Roy mon- 
sieur mon filz vous escript * que pour vous dire 
seullementquantà ce que m'escrivezparvostre 
lettre du xn emc : tt que vous ne vous pouvés poinc t 
apercevoir qu'il se tienne aulcun propos par 
delà de mariage de madicte bonne sœur, aullre 
que celluy qui est ouvertement en termes », je 
croys que la chose se trouvera ainsi; car, du 
costédont nous avons quelque doubte, je tiens 
les choses tant avancées, pour le regard du 
mariage de ma fille, que, quand l'on y auroit 
pensé cy-devant, cella seroit à cette heure 
délaissé 2 , vous voullant bien dire que, tant s'en 

1 Voici ce que contenait la lettre de Charles IX : t?Mon- 
sieur de la Molhe, le s' de Foix est arrivé devers moy 
depuis cinq ou six jours , duquel j'ay bien particulièrement 
entendu comme toutes choses se sont passées par delà 
en la négociation que vous et luy avez à manier avec la 
royne d'Angleterre, dont je demeure infiniment satisfaicl 
de la grande dextérité avec laquelle vous vous y estes 
Ions deux comportés. 

trSur quoy ayant faict venir devers moy le s r de Wal- 
singham, je suis venu à lui dire que les demandes rai- 
sonnables que je faisois pour mondict frère touchant le 
faict de l'exercice de sa religion n'avoient esté receues de 
madicte bonne sœur aussi bien que j'espérois, encores 
(ju'il me semblast qu'elles estaient assez tolérables, veu 
que mondict frère ne vouloit rechercher, en façon du 
monde, qu'il feut rien changé au royaulme d'Angleterre 
au faict de religion, qui est à présent establie, mais 
seullernent qu'il luy feust permis, pour servir sa con- 
science, d'avoir l'exercice libre de sa religion pour luy et 
sa famille; à quoy voyant que madicte bonne sœur estoit 
bien loin de condescendre, il me sembloit que c'estoit 
une occasion qu'elle vouloit prendre pour se despartir de 
la négociation dudict mariage et toutes fois, d'autant 
que j'avois trouvé quelque obscurité en ses responses, 
j'altendois à y voir plus certain jugement jusqu'à l'arrivée 
d'icelluy de ses conseillers que mondict cousin m'a dict 
qu'elle délibérait envoyer par deçà.» (Même volume, 
p. 31 et suiv.) 

2 Allusion au projet de mariage, mis un instant en 
avant, du prince de Navarre avec la reine d'Angleterre, 
et que Jeanne d'Alhret elle-même avait écarté. 

Voici le résumé d'une dépèche de Walsingham à Ce- 
cil, datée de Blois le 1G septembre, et qui résume bien 



70 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



l'ault qu'il y ayl nouvelle conspiration de ceux 
de la Rochelle avec ceux du prince d'Orange 
pour courir sus aux subjets du Roy monsieur 
mon filz, qu'au contraire mon cousin l'admirai 
est ici avec nous, qui ne désire rien plus que 
d'ayder en tout ce qu'il peust à empescher les 
pirateries qui se font en la mer par meschantes 
gens, qui n'ont aucun adveu de ceux de ladicte 
Rochelle, comme aussy à s'employer en toutes 
autres choses concernant le bien du service 
du Roy mondict sieur et filz, comme son (idelle 
subjel. Sur ce je prie Dieu, Monsieur de la 
Motte-Fénelon , vous avoir en sa saincte et 
digne garde. 

Escript à Rlois, le xxvm me de septembre. 

Caterine. 



1571. — 28 septembre. 
Copie. Bibl. nal. fonds français, n° 10702 , f° 1196. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVALX. 

Monsieur de Forquevauls, j'ay esté très 
aise d'entendre la santé de mes petites-filles 
par vostre lettre du dix-septiesmc d'aoust. Je 

la situation: Le Roi est satisfait de la manière dont M. de 
Foix a été trailé en Angleterre; la nouvelle de la rupture 
du mariage de la reine avec le duc d'Anjou n'altérera 
pas les relations d'amitié; la duchesse d'Uzès, qui gou- 
verne la Reine mère, est favorable à notre reine; l'amiral 
de Coligny est arrivé à Rlois le 19 septembre; il m'a fait 
comprendre quels soupçons pèsent encore sur lui et c'est 
ce qui m'empêche de le visiter. 

Le seul obstacle au mariage de Madame Marguerite et 
du prince de Navarre, c'est la religion. Jeanne d'Albret 
est en Réarn à prendre des bains; et le comte Louis de 
Nassau à laissé à Rlois un homme de confiance pour at- 
tendre la réponse du Roi aux propositions qu'il lui a faites. 
La résolution de l'entreprise des Flandres dépend de 
ce que la reine Elisabeth veut faire; si on laisse passer 
l'occasion, le raccommodement peut se faire entre l'Es- 
pagne et la France; les Guises dissuadent de l'alliance 
entre la France et l'Angleterre; ils la jugent très préju- 
diciable à leur nièce Marie Stuart. (Calendar of Slate 
papert, 1571, p. 535.) 



ne vous fairay austre response sur ce que vous 
me mandez du mariage de Portugal que ce 
que vous escript le Roy monsieur mon fils. 
lequel est bien délibéré de ne croire plus en 
parolles, voulant accommoder les affaires de 
son royaume, afin de pouvoir par aprez mieulx 
servir au bien delachrestienté 1 . Depuis, voslrc 

1 Mémoire pour servir d'instructions à Fourquevaux : 

trPar ce que le s' de Fourquevauls escript par sa 
lettre du quatricsme du moys d'aoust que l'on se moc- 
que publiquement du bruict qui y court du mariage 
de la royne d'Angleterre avecques Monseigneur le duc 
d'Anjou et aussi que l'on estime qu'il s'y pourra parler 
diversement de la venue de Monsieur l'amiral en cesti 
court, le Roy a voullu rendre ledict s r de Fourquevauls 
informé de la vérité de l'un et de la cause de l'autre 
pour en respondre comme de lui-mesme, si on luy en 
parle. 

rrQuaut au premier, la vérité est qu'il a esté désiré et 
recherché avecques affection tant par la royne d'Angle- 
terre que par le Roy et Monseigneur et que les choses 
ont passé si avant que l'on estoit pour facilement lumbor 
d'accord des principaulx points, si celluy concernant 
le faict de la religion n'eust empesché le cours de la 
négociation pour la très grande dévotion de l'une et 
l'autre des parties envers celle de laquelle ils font pro- 
fession , de manière que ce qui estoit encommancé est 
demeuré accroché et irrésolu à cette difficulté, avecques 
néanmoins telles satisfactions et consentement des parties 
pour la démonstration de bonne volonté réciproque (pu 
s'est faicte d'un coté et d'autre qu'il s'en espère tout 
accroissement de mutuelle et fraternelle intelligence. 

«Pour le regard de l'autre point, comme le Roy 
n'a eu depuis l'édict de la paix plus grand désir que de 
recevoir ses sujets en amitié et concorde les uns avec- 
ques les autres et oster toute marque de division et dis- 
corde passée, l'ayant Monsieur l'amiral supplié très hum- 
blement luy permettre de le venir trouver pour luj 
baiser les mains avecques l'humilité et révérence que 
doiht un sujet à son roy auquel il veult rendre tout 
devoir d'obéissance, ledict sieur Roy luy a très volon- 
tiers permis de ce faire; au moyen de quoy, depuis son 
arrivée, il a esté vacqué à pourvoir à ce que pourroit 
rester à exécuter audict édict de pacification, comme à 
faire remettre le service divin es lieux où il estoit dis- 
continué, et la justice en son premier estât pour l'esta- 
blissemenl du repos et de l'autorité de Sa Majesté. C'est 



lettre du trentiesine m'a este' envoyée par Don 
Francez et m'a esté un grand contentement 
de sçavoir que le Roy Catholieque monsieur 
mon beau-fils vous aye asseuré de révoquer 
d'icy ledict Don Francez; car il persévère à 
taire tous les jours les pires offices par ca- 
lomnies, pratiques et inventions extraordi- 
naires dont il se peusl adviser, non seule- 
ment pour altérer la paix qui est entre le 
Roy mondict sieur et fils et ledict Roy Ca- 
iholicque, mais aussi pour brouiller celle de 
ce royaume ; j'auray à grand plaisir que cel- 
luy qui viendra en sa place soit d'autre hu- 
meur, me prometant qu'il sera tel que je le 
désire, pour entretenir ces deux roys en 
bonne paix et amitié, et ne s'eutrenietra que 
de ce qui concernera le service de son maistre. 
Je vous prie mettre peine d'apprendre qui ce 
sera, pour nous le mander incontinant, et s'il 
sera marié comme Madame de Forquevauls le 
m'escript que l'on le veut choisir. Nous atten- 
drons ce que vous nous manderez sur les 
autres particularitez de la dépesche de Co- 
lange, priant Dieu , Monsieur de Çorquevauls, 
\ous avoir en sa saincte et cligne garde. 

Escript à Rlois, le vint-huictiesrue jour de 
septembre 1 67 1. 

Monsieur de Forquevauls, je vous prie de 
dire à Almède que j'ay receu la lettre qu'il 
m'a escripte et que je le prie de continuer à 
me mander ce qu'il apprendra, l'asseurant 
qu'il me fera tel plaisir que je seray tousjours 
bien aise de faire pour luy. 

le poinct que l'on veut cueillir du voyage de l'admirai 
par deçà et non dresser pratiques ny entreprinses pour 
troubler le repos de la chrestienté. Faict à Blois, le 
vint-sixiesme jour de septembre 1571.71 (Bibl. nat., fonds 
français, n" 10753, f" ngi etsuiv.) 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 

1571. — 38 septembre. 



71 



Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Molhe-Fénelon , 
t. VII, p. 257. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe, le sieur de Walsin- 
gham m'est venu trouver reste après disné, 
qui a commencé son propos par me dire qu'il 
voulloit parler à moy, non comme ambassa- 
deur, mais comme personne privée, et me 
dire que, encores qu'il sache que l'intention 
du Roy monsieur mon fils cl la mienne ne 
soit autre que d'entretenir la bonne amitié et 
intelligence qui est entre sa maistresse et ce 
royaume, si est-ce qu'il semble que, en quel- 
que sorte on la veuille altérer, s'estant trouvé, 
depuis quelque temps en çà, que vous, qui 
vous estiez tousjours cy-devant comporté fort 
dignement en vostre charge et n'aviez faict 
que tous bons offices, avez mis entre les mains 
du secrétaire du duc de Norfolk quelque 
argent pour servir à ceulx qui pourchassent 
mauvaises praticques par delà contre sa mais- 
tresse, disant que, parmy les papiers dudict 
secrétaire et dudict duc, il s'estoit trouvé 
plusieurs choses de grande conséquence qui 
se traictoyent entre lui et la royne d'Escosse, 
ma belle-fille, contre sadicte maistresse, 
mesmes des lettres que madicte belle-fille 
escrivoit audict duc, par lesquelles elle lui 
mandoit que. voyant bien que, réussissant 
le faict du mariage qui se traictoit entre mon 
filz le duc d'Anjou et sadicte maistresse, l'af- 
fection que l'on lui avoit portée du costé 
de deçà se pourroit refroidir grandement, et 
elle seroit quasi contrainte de se mettre entre 
les bras du Roy Catholique mon beau-fils, 
qui la faisoit rechercber pour la marier avec 
don Joan d'Autriche, luy faisant aussi pro- 
messe de faire, par mesme moyen, le ma- 
riage de son filz avec l'une de mes petites- 



ri 



LETTRES DE CATHERI.NE DE MEDICIS. 



filles ' ; ijui esloyent ofl'res à quoy elle le prioit 
de l'excuser, si elle se disposoil d'entendre 

1 Voici comment, de son côté, Walsingham raconte à 
Lord Burghley ce qui s'est passé à cette dernière au- 
dience : «Je dis à la Reine mère que, si elle le trouvoit 
bon, je Tinfonnerois amplement de l'état présent de 
l'Angleterre et lui dirais en niesme temps mon sentiment 
sur certaines choses, non pas par ordre de la reine ma 
maîtresse, en qualité d'ambassadeur, mais comme simple 
particulier qui ne souhaite rien davantage que la bonne 
amitié et la bonne union entre les deux couronnes. Je 
lui dis premièrement sur l'état de l'Angleterre ce qui 
s'étoit passé entre leur ambassadeur M' de la Mothe et 
le duc de Norfolk au sujet de l'argent et du paquet en- 
voyé à \ iraque. Je l'informai aussi du contenu du dis- 
coure envoyé au duc par la reine d'Ecosse ; je lui dis 
encore que M r de la Mothe, ayant fait demander sans 
raison audience à Sa Majesté pour la solliciter d'envoyer 
du secours à la reine d'Ecosse, n'avoit pas été bien in- 
spiré. Je finis par lui mettre sous les yeux le conseil que 
le duc d'Albe a donnée la reine d'Ecosse soit à l'occasion 
de son mariage et de celui de son fils, soit sur le des- 
sein qu'elle avoit de se dégager de la dépendance de la 
France. 

fcPour ce qui regarde mon propre sentiment je ne luy 
cachai pas que j'avais du déplaisir de ce que son am- 
bassadeur avoit eu des intelligences avec le duc de Nor- 
folk tenu pour un sujet dangereux. Secondement je luy 
dis qu'il éloit regrettable que l'on eut tant d'empresse- 
ment pour la liberté de la reine d'Ecosse, la plus dan- 
gereuse ennemie de la reine Elisabeth. Je crains fort, 
dis-je, que cela ne fasse croire à la reine ma maitresse 
que vos protestations d'amitié ne soient pas tout à fait 
sincères, et il serait à souhaiter que Leurs Majestés, en 
sollicitant cette mise en liberté, eussent égard à la sû- 
reté de la reine ma maitresse , et à l'intention de la reine 
d'Ecosse de se soustraire à leur protection. 

r Elle a répondu à cela que, comme d'un costé elle 
étoit bien aise d'apprendre que ces cabales étoient dé- 
couvertes, aussi de l'autre avoit-elle du déplaisir qu'il 
arrivas! quelque chose capable de faire soupçonner Sa 
Majesté qu'il y eust de la mauvaise intention de leur 
part, qui lui souhaitoient autant de bien qu'à eux- 
mêmes. Pour ce qui regarde, dit-elle, ce qu'a fait La 
Mothe, je sais, tant parce qu'il doit au IVoi mon lils qui 
ne veut pas qu'il entre en rien qui puisse le moins du 
monde préjudiciel' à la reine votre maitresse, que parce 
qu'il a pour elle en particulier de la bonne volonté, je 



en la nécesité où elle se vovoit aujourd'hui 
réduicte, encores qu'elle luy eust toujours une 

sais, dis-je, qu'il n'a eu aucune mauvaise intention, et 
j'espère qu'elle l'expliquera de mesme. L'argent, dit-elle, 
à ce que j'apprens de l'ambassadeur d'Ecosse, a été en- 
voyé par lui à La Mothe pour le faire passer à la reine 
d'Ecosse, qui, à ce qu'il disoit, en éloil tout à fait des- 
tituée. J'ai répliqué pour lors, qu'on envoyoit cet argent 
dans une autre vue , ainsi que le duc mesme l'a confessé, 
et qu'ainsi l'ambassadeur d'Ecosse l'avoit mal informée. 
Elle me dit de plus que cet argent n'éloit point de l'ar- 
gent du Roi, mais que c'éloit une partie de celui que la 
reine d'Ecosse reçoit tous les ans d'ici pour son douaire. 
Vous voyez par là, Milord, que l'ambassadeur négotie 
finement quelque chose pour faire plaisir à la reine 
d'Ecosse. 

ttPour ce qui regarde les sollicitations qu'on fait pour 
sa liberté , elle m'a dit que le Roi et elle , tant à cause de 
leur ancienne alliance avec l'Ecosse , qu'à cause du ma- 
riage, ils ne pouvoieut honnestemenl moins faire que de 
recommander sa cause; mais qu'elle protestoit n'avoir 
jamais fait avec intention de porter le moindre préjudice 
à Sa Majesté. Je la priai pour lors de considérer si 
l'amitié de f Angleterre n'étoit pas aussi avantageuse à la 
France que celle d'Ecosse. En second lieu, s'ils avoient 
à présent le mesme besoin qu'ils avoient eu jusqu'alors 
de l'amitié et de l'alliance de l'Ecosse. Pour le premier 
point, je lui fis considérer que la France, à cause de 
' aggrandissement de quelques-uns de ses proches voisins , 
avoit besoin de l'amitié et de l'Angleterre et de l'Ecosse. 
Sur le second point, je lui dis que l'Angleterre n'avoit 
point de pied en France, et que l'Ecosse étoit à la France 
plus à charge qu'à profit. Elle répliqua que le Roi ne 
pouvoit néanmoins s'empescher honneslement d'être tou- 
jours ami et allié de l'Ecosse, quoiqu'il n'en eust pas le 
besoin qu'il en avoit autrefois. Je répondis que le roi 
pourrait être allié avec l'Ecosse en se joignant avec la 
reine ma maitresse, et y maintenant comme elle le gou- 
vernement du jeune roi. Elle répondit à cela que le Roi 
ne pouvoit pas avec honneur abandonner sa belle-sœur. 
Je répliquai que le Roi n'étoit pas dans de plus grandes 
obligations à l'égard de sa belle-sœur, qu'un père naturel 
à l'égard de son fils naturel; que cependant, si ce fils 
lomboit dans la débauche et dans la dissolution, et que 
son père le chaliast, la faute n'en serait pas au père, mais 
au fils. De même, si le Roi, par suite des indignités com- 
mises par sa belle-sœur, lui refuse sa protection , elle ne 
peut s'en prendre qu'à sa mauvaise conduite, indigne 



LETTRES DE CATHE 

bonne affection, ainsy qu'elle le lui avoil pro- 
mis. 

Sur quoy je lui ay respondu, quant au 
premier poincl, que je vous tenois pour un»; 
honneste gentilhomme, digne ministre de son 
maistre, el que je ne pense avoir faict chose, 
de par delà, dont vous ne respondiez tous- 
jours au l'un mondicl sieur cl fils, el de la- 
quelle maclicte bonne sœur ayl occasion de se 
mal contenter; mais, quant à l'argent dont il 
me parloit, qui estait deux milleescus, comme 
je pensois, que je sçavois bien que l'ambas- 

de son rang, et non à lui. Je la priai en outre de consi- 
dérer que, si le Roi est obligé par honneur, comme elle 
le dit, de solliciter la liberté de la reine d'Ecosse, à plus 
forte raison est-il obligé par honneur d'avoir égard à la 
seureté de ma mai tresse: premièrement, parce qu'elle est 
une princesse vertueuse, qui gouverne ses Etats suivant 
les loix et la justice; secondement , parce qu'elle a pour lui 
une sincère alFection. Or, si en procurant la liberté de la 
reine d'Ecosse, le royaume de la reine ma maitresse est 
exposé aux troubles, que peut-il arriver qui intéresse da- 
vantage l'honneur et la conscience du Roi ? Quelques 
assurances et quelques protestations qu'elle puisse faire 
au Roi de croire paisiblement à l'avenir à l'égard de la 
reine ma maitresse, je la pripis de considérer première- 
ment, qu'ayant autant d'ambition qu'elle en avoil, un 
traité n'étoit pas suffisant pour la tenir en bride. Secon- 
dement, qu'elle se laisse gouverner par ses païens qui 
ont brouillé toute l'Europe, comme elle l'avoit vu elle- 
mesme. En troisième lieu , qu'elle avoit dessein de se sou- 
mettre à l'obéissance des Espagnols qui la pousseraient 
perpétuellement à exciter des troubles en Angleterre et 
en France. Ces considérations, Madame, lui dis-je, si 
vous les pesez bien, vous donneront sujet, j'espère, de 
n'avoir pas trop d'empressement pour procurer plus de | 
liberté à la reine d'Ecosse, surtout depuis la dernière dé- 
couverte qu'on a faite de ses mauvaises intentions pour 
Sa Majesté. Ainsi vous ferez bien, selon moi, d'attendre 
l'arrivée du ministre que la reine ma maitresse a dessein 
d'envoyer ici. Elle me dit pour conclusion qu'elle en par- 
lerait au Roi son fils, qui, m'assura-t-elle, seroit l'aschc de 
rien faire qui pust donner le moindre mécontentement à 
Sa Majesté, ou lui causer le moindre préjudice, n (Ambas- 
sades rie Wahingham, Amsterdam, 1700, in-i", p. 16a 
et suiv.) 

Catheiwve de Médicis. — IV. 



RINE DE MEDICIS. 73 

sadeur d'Escosse avoil remonslré quelquefois 
au Roy moud il sieur et filz, que sa niaistresse 
estoit en nécessité d'argent par delà, et qu'il 
n'y avoil autre moyen d'en faire tenir que par 
vous, à (jui nous n'avons jamais trouve' mau- 
vais qu'il s'adressast pour faire tenir de l'ar- 
gent pour les affaires de madicle belle-tille; 
et quand il l'auroit faict pour le regard des- 
dicts deux mille escus, et que vous auriez es- 
saye de les faire tenir en Escosse par le moyen 
dudict secrétaire, nous ne le pouvons avoir 
désagréable, veu la bonne intelligence que, 
de luul lemps, ce royaume a avec les Escossois, 
el mesmes Feslroicte alliance que ladicte revue 
d'Escosse a en ce royaume, qui nous a tou- 
jours faict penser que madicle bonne sœur 
ne pourrait prendre en mauvaise part que 
nous l'aydissions en ses affaires en choses 
mesmement où il ne luv pourroit estre faict 
aucun préjudice; de sorte que, soit que vous 
eussiez essayé de faire tenir lesdits deux mille 
escus en Escosse par le moyen dudit secrétaire, 
pour les gens de madite belle-fille, ou que 
ce feust pour l'agent du Roy mondicl sieur 
et fils, qui est par delà, dont je m'infor- 
merais mieux iv après, il me sembloit que 
madicte bonne sœur n'avoit point occasion 
de s'en fascher ni malcontenter en façon du 
monde. 

A quoy ledit s' de Walsingham m avant ré- 
pliqué que l'on sçavoit assez la vie estrànge 
que avoit menée madicte belle-fille, qui estoit 
odieuse à un chascun, et qu'elle ne méritoit 
que nous en eussions un si grand soing, je 
lui ay respondu que je sçavois bien que le plus 
souvent l'on disoit d'une pauvre princesse af- 
fligée, comme est madicte belle-fille, plusieurs 
choses qui ne se trouvent quelque fois pour la 
pluspart véritables; mais que le Roy mon- 
sieur mon fils ne pouvoit, pour son honneur, 
qu'il ne lui aidast à accommoder ses affaires 

10 



IUPni»LH!E saiiqrils 



74 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDIG1S. 



en son pais, qui est une office que madicte 
bonne sœur ne pourrait trouver mauvaise, 
pour estre convenable à l'alliance que cesle 
couronne a de tout temps et ancienneté avec 
les Escossois, et le lieu quelle a tenu en ce- 
dict royaume, n'ayant volonté toutefois de 
rien faire en cela que avec le respect de l'a- 
mitié et bonne intelligence (pie nous avons 
avec madicte bonne sœur, à laquelle nous ne 
voudrions en rien contrevenir, mais faire toutes 
cboses qui la pourraient plutost augmenter et 
accroistre en ce qui nous serait possible. 

Surquoy je vous diray que nous vous prions 
continuer à vous gouverner en ces affaires de 
telle façon que, maintenant que la négotialion 
du mariage de mon fds d'Anjou n'est aux 
termes qu'il estoit il y a quelque temps, ma- 
dicte bonne sœur ne juge, par les instances 
que vous lui ferez, que nostre amitié soit en 
quelque sorte diminuée en son endroict. 

Oullre tout ce que dessus, ledict sieur de 
Walsingham m'a dict que sa maistresse avoit 
plus de désir de se marier que jamais, mais 
qu'il pensoit que de ce costé l'on en feust res- 
froidy. Bien scavoil elle que le Roy monsieur 
mon fdz et moy le désirions infiniment, mais 
que mon fils», le duc d'Anjou n'y avoit trop de 
volonté, ce qu'il me prioit de sçavoir de luy. 
A quoy je luy ay respondu que mondict filz 
n'estoit si mal advisé qu'il ne reeongneust bien 
que c'estoit le plus digne party qui se puisse 
offrir pour sa grandeur et que, quand ma 
bonne sœur s'accommoderoit aux choses rai- 
sonnables que nous désirions d'elle, qui est 
la permission de pouvoir librement et publi- 
quement exercer sa religion avec sa famille 
selon que sa conscience le luy commande, que 
j'estimois qu'il ne se trouverait point de diffi- 
culté, mais que, estant mondict filz tant ama- 
teur de sa religion comme il est, ainsi que 
ledict sieur de Walsingham le pourrait assez 



cognoistre, quand soigneusement il s'en vou- 
dra enquérir, je ne pensois pas, pour quelque 
grand avantage et grandeur qui lui peust estre 
proposée en ce monde, il soit jamais pour 
condescendre à aucun party, si l'exercice pu- 
blic de sadicte religion ne lui demeure libre 
pour luy et tous les siens. 

Et m'ayant là-dessus respondu ledict sieur 
de Walsingham qu'il pensoit que ce serait 
chose fort difficille, et qui ne se pourrait 
faire, je luy ay dict que je m'estois assez en- 
quise delà volunté de mondit fils; mais que, 
le congnoissant comme je faicts , je sçavois bien 
qu'il avoit tant de révérence à sa religion que 
pour devenir le plus grand monarque du 
monde, il ne voudrait perdre à la pouvoir 
exercer publiquement avec tous les siens en 
telle liberté que sa conscience le lui com- 
mande, et pour riens du monde se mettre en 
danger d'y estre empesché aucunement soubz 
quelque petite permission que lui en pour- 
rait faire madicte bonne sœur, à laquelle je 
m'asseurois qu'il n'avoit autre volunté, toute 
sa vie, que de faire service, se sentant gran- 
dement luy estre obligé. 

Vous ayant voulleu faire ce discours de tous 
ces propos que j'ay euz avec le s r de Walsin- 
gham, allîn que, en donnant advis à sa mais- 
tresse, vous ensoyez, de vostre part, informé, 
et en parliés ce mesme langage, réservant 
louteffois à lui dire riens de ce dernier point, 
contenant la volunté de mondit filz, si elle 
ne vient à vous en parler la première; auquel 
propoz \ous lui pourrez dire davantage que, 
par là, elle peult congnoislre qu'il ne tient, de 
nostre costé, que les choses n'ayent esté con- 
duictes à l'effect que nous avons tant désiré. 
Et si, là dessus, pour luy faire mieux cong- 
noislre combien nous avons envye de con- 
tracter alliance avec elle, et nous asseurer de 
son amitié, vous lui mettiés en avant mon filz 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉD1CIS. 



le duc d'Aleuçon, pour entrer en ceste place, 
lequel ne se rendroit pas si scrupuleux au 
faict de sadicte religion que faict mondict 
filz le duc d'Anjou, j'estime que cela ne vien- 
droit pas mal à propoz. Toutefibis c'est chose 
que je remets à vostre jugement pour en faire 
selon ce que vous estimerez, voyant Testât 
présent des choses, s'en debvoir faire pour le 
mieux ou bien s'il seroit meilleur d'attendre à 
en faire l'ouverture au milord que doit en- 
voyer par deçà madicte bonne sœur. 

Vous adjoutterez à ce que dessus que nous 
sommes bien marrys que nous n'avons une 
autre personne, semblable à mondict filz 
d'Anjou, pour la lui offrir; mais qu'il n'y a 
pas grande différence entre lui et mondict fils 
d'Alençon. 

Escript à Blois, le xxvin 1 " 6 jour de sep- 
tembre. 

Brilard. 

Caterine. 



[1571. — Octobre.] 

Copie. Bibl. nal. fonds français. n° 3899. f" agi v\ 

A MONSIEUR DE FERALS. 

Monsieur de Ferais, vous verrez par la 
lettre que le Roy monsieur mon filz vous es- 
cript qu'il veult que vous faciez entendre de 
sa part à Nostre Saint Père la résolution qu'il a 
prise du mariage de nia fille avecq le prince 
de Navarre et la bonne fin et intention où il 
tend par ce moyen, aussy ce qu'il désire de 
Sa Sainteté pour la dispence qui est néces- 
saire à madicte fille et audict prince à cause 
de leur consanguinité, dont je pense bien 
que Sadicte Sainteté vouldra faire pour le 
commencement quelque difficulté, à cause, 
comme vous sçavez, de la différente reli- 
gion dudict prince. Touttefois j'estime qu'a- 
près avoir bien pensé au bien qu'il en peult 



I réussir et ce que l'onendoit espérer il s'y accom- 
modera et disposera voluntiers; à quoy vous 
essayerez de parvenir par les moiens que ver- 
rez estre plus à propos en traiclant de ceste 
affaire comme chose que le Roy mondict filz 

! et moy désirons singulièrement pour importer 
à l'efficace dudict mariage et où vous trou- 
verez Sa Sainteté dure et en scrupule d'oc- 
troyer ladicle dispence publiquement, vous 
luy ferez entendre de ma part, que ne vou- 
lant décliner aucune règle et discipline de 
nostre mère Saincte Eglise, je ne seray jamais 
contente qu'elle m'ayt octroyé ceste grâce , de 
laquelle je la supplie affectueusement ne me 
vouloir esconduire et pour le cas où elle ne 
se vouldroit dispenser de bailler ladicte dis- 
pence en publicq, qu'elle l'accorde et face de- 
pescherenpartirulieretlam'envoye, l'assurant 
que je la garderoy devers moy si chèrement 
qu'elle ne viendra à la cognoissance de per- 
sonne, désirant sur tout avoir la conscience 
apaisée de ce cousté là, ce que Sadicte Sainteté 
doit louer et estimer que je ne me desmar- 
cheray jamais d'aucun pointqueje cognoistray 
servir à son contentement et auctorité du 
S' Siège, priant Dieu, monsieur de Ferais, 
vous avoir en sa saincte et digne garde l . 

Caterine. 



1 En note : (tLa depesclie cy dessus au s' de Ferais 
fui depuis revocquée et au lieu d'icelle luy fut escriple 
la lectre cy après inscrite dattée du vu"" octobre 1571; 
pour cela on n'a laissé d'enregistrer ladicte dépesche pour 
se souvenir de la cause du changement qui fut que la 
rovne de Navarre n'estoit encore venue devant le Roy 
et oye sur le faict dudict mariage, 011 pouvoit prendre 
autre chemin, comme il advint; car elle fut ores ung 
temps sans vouloir approuver ledict mariage jusques à 
ceste extrémité qu'on la menaça de faire déclarer son filz 
illégitime à cause du mariage qui avoit esté contracté et 
célébré entre elle et le duc de Clèves, enfin, elle déclara 
qu'elle n'en espéroit que tout malheur, comme il est 
advenu. n (Ibid., f° 295 v°.) 



76 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



1 57 1 . — 7 octobre. 

Copie. Bihl. nat. fonds français, n° 3899, P sq5 r°. 
A MON COUSIN 

MONSIEUR LE CARDINAL DE FERRARE. 

Mon cousin, nous ferrions lort à l'affection 
que vous avez tousjours portée à cestc cou- 
ronne et moy encore plus que nul autre, si 
nous laissions passer aucune occasion de mé- 
rite sans vous en faire part et que le Roy 
monsieur mon il 1 z ne moy pareillement ne 
vouldrions faire; aussy en cestc intention, le 
sieur de Ferails \son ambassadeur par delà, a 
eharpe de vous communiquer aucune chose 
qu'il a à dire et faire entendre à Nostre Sainct 
Père, afin de prendre sur ce vostre bon advis 
et suivant iceluy se conduire, lequel je m'as- 
seure que très voluntiers vous luy vouldrez 
impartir, et davantage que vous n'oublierez 
aucun office de vostre part que vous jugerez 
nous pouvoir moienner avec quelque conlan- 
tement pour ce regard et tous autres, priant 
Dieu vous avoir en sa saincte et digne garde. 

Caterine. 



1571. — 8 octobre. 

Orig. Arcb. fies Médiris à Florence. 
A MON COUSIN 

M r LE GRAND-DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, j'ay receu vostre lettre par 
Galeas Frégose et veu celle que escripvez au 
Roy mon filz, qui est sage et bonne, et voul- 
diois qu'il m'eust cousté la moitié de ce que 
je ay et dix ans de ma vie el que l'admirai 
voleut faire vers Nostre Sainct Père le Pape ce 
que me mandez; mais il est plus à désirer 
que à espérer qu'il le fasse, ni la roynr de 

1 Charles IX l'invite à s'en ouvrir an cardinal de 
Ken-are et l'engage à se hâter, 'testant bien à présupposer 
que les Espagnols y meltronl toutes les traverses qu'ils 
potirronl.i (Ibid., I" •ip.'j). 



Navarre; par quoy je vous prie reguarder par 
Ions aultres persuasions de obtenir, s'il est 
possible , la dispense; car de penser que à pré- 
sent si promptemenl ils veuillent se soub- 
mettre au Pape, il ne seroit pas croyable et 
de tirer le mariage en longueur il en advien- 
droil plus de mal que de bien; car rien ne 
nous peult faire espérer l'augmentation en- 
tière de noslre religion et le repos universel 
de ce royaulme que le mariage de ma fille el 
du prince de Navarre, qui me semble, quant 
le Pappe aura le tout bien considéré, il trou- 
vera qu'il fera un grand service à Dieu et à 
toute la chreslienlé de nous bailler ceste dis- 
pense, pour laquelle avions délibéré de mander 
au nouveau ambassadeur qu'il la demande à 
Sa Sainteté; mais depuis nous n'avons voliu 
et attendrons d'avoir l'entière résolution de la 
royne de Navarre, encores quelle ayt en\oyé 
homme exprès pour nous prier de bailler ma 
fille à son filz, suivant la promesse do Roy 
monseigneur qu'il en fist au feu roy de Na- 
varre son mary; et pour ce que je informe 
bien au long vostre ambassadeur de toutes 
choses, je me remettray surluy, le cognoissanl 
à vostre service et au noslre et se conduisant 
si dextrement el sagement en toutes ces né- 
gociations que je ne puis que je ne vous en 
dise le contentement que le Roy son frère et 
moy en avons et désirons que le laissiez en- 
cores icy pour quelque temps; et, me re- 
mettant sur luy, feray fin, priant Dieu vous 
donner ce que désirez. 

De Rloys, ce vm e jour d'octobre î &7 i . 

Le Roy mon filz vous remercie infiniment 

touchant ce que ayez offert des bagues et a 

donné charge à ce porteur de les rapporter, si 

le trouvez bon. 

Vostre bonne cousine, 

Cateriive. 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



77 



1571. 



1 7 octobre. 



Aut. Arch. ili'^ M&Kcîb à Florence, dalla ritala filza 6727. 
nuova numerazione. 

A MON COUSIN 

M» LE GRAND-DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, je vous envoyé cet courier 
exprès pour vous faire entendre aucoune 
cliause, que je prie voslre embassadeur vous 
mender, que je désireroys, cet yl me semble 
povoyr venir au fin que je désire, que le vo- 
liez conduire, corne de vous mesmeet sari que 
mon non 1 y enlreviegne et pour u'avoyr neul 
chifre, j'é dist audist enibasadeur ma concep- 
tion, et cet que je désireroys, sur lequel me 
remetent, je ne vous fa y ré plus longue lelrc, 
après vous avoyr dist, que tous les jours nous 
nous apersevons combien voslredist enibasa- 
deur nous sert au repos de cet royaume, que 
le bien qu'il vous an mende, nous le tien- 
dron en partie de vostre sage conseil, que je 
voldroys que l'amyral voleut du tout croyre, 
mes yl est plus à le désirer que à y espérer de 
l'ynduire à le fayre; mes ne fault pour sela 
léser de l'i en fayre fayre ynstense de vostre 
pari , car délia nostre yl enlreroyt en stipeson 2 . 
Je prie à Dieu, qui nous lia si bien conduit le 
tout jeusques asteurc, qui lui plèse de para- 
chever, et que nostre bonne yntention puisse 
ayslre de tous ausi bien coneue cornent y la 
conoyst. 

De Bloys, cet xvir jour de octobre 1571. 

Vostre bonne cousine, 

Caterise. 



157 1. — 1 S octobre. 

1 ^o[ùtr. BiM. nat. fonds frnnrais , n° 1075a. f J 1206. 

A MONSIEUR DE FOURQLEVAlîX. 

Monsieur de Fnrqnevauls, il nous a semblé 

' Non, nom. 

- Supeson, soupçon. 



I que l'on vous debvoit adveitir des deux points 
I contenus en la lettre que le Roy monsieur 
mon fils vous escript avant que de vous don- 
ner congé : le premier desquels est de très 
grande importance à son service, afin que par 
voslre prudence et la longue expérience que 
vous avez des choses de delà vous empeschiez 
le Roy Catholique avec lequel nous voulons 
vivre en paix d'entrer en opinion que l'on ail 
reçu le conle Ludovic de Nassau pour s'en 
servir ou le favoriser à l'encontre de luy; mais 
plustost en intention de l'en destourner, s'il en 
avoit volonté; de quoy vous le pouvez rendre 
asseuré ', s'il advient qu'il soit besoin que vous 
luy en parliez; car il ne luy en fault ouvrir le 
propos et en tout événement qu'il ne s'apper- 
çoive que nous en ayons escript quelque chose ; 
mais faul faire ces offices, comme de vous 

1 Voici an sujet de Ludovic de Xassau ce qu'ajoulait 
Charles IX : irj'ay advisé vous devoir advertir comme le 
conle Ludovic de Nassau m'a faict très instamment prier 
par aucun des principaux de la religion prétendue réfor- 
mée, mes sujets, avoir pour agréable son service et luy 
permettre de me venir trouver et de demeurer près de 
moy en ma court, ce que je n'ay peu honneslement refu- 
ser, eu esgard à sa bonne volonté, m'ayant faict entendre 
n'eslre subject du roy mondict bon frère parce qu'il n'a 
biens, terres, possessions quelconques soubs son obéis- 
sance et qu'il désire eslre receu de moy comme prince 
allemand; et d'autant que c'est chose que l'on voudra à 
l'advenlure faire trouver mauvaise audict Roy Calho- 
licque, je vous prie vouloir soigneusement observer ce 
qui s'en dira par delà et selon que vous connoistrez qu'il 
sera besoing, et que ledict Roy Catholicque le prendra, 
lui en parler comme de vous mesme et luy dire sans 
qu'il s'aperçoive que je vous en ave rien mandé ou escript 
qu'il ne doibt esfie marri si je prends ledict comte près 
de moy, puisqu'il n'est son subject. s'asseurant que ce 
n'esl pour dresser aucunes enlreprinses à son préjudice, ny 
pour le favoriser à l'encontre de luy, mais plustost pour le 
distraire de telle volonté s'il l'avoil , n'ayant plus grand 
désir que de vivre en paix et amilié avec luy et empes- 
clier qu'il ne se face chose que la puisse altérer ny 
rompre-, (Ihùl., I 1303.) 



78 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICiS. 



mesmes. Priant Dieu, Monsieur de Forque- 
vauls, vous avoir en sa saincle et digne garde. 
Escript à Buri, ce dix-huictiesme jour 
d'octobre 1 571. 

Caterink. 

Monsieur de Forquevauls, je faicts i< y 
escripre en ma présence que nous faisons par- 
tir dedans quinze jours, au plus lard, un cour- 
rier qui vous portera vostre congé et parlant 
je vous prie vous en tenir asseuré et faire mes 
recommandations à mes petites- filles, aus- 
quelles je ne veuix escripre que je ne leur 
envoyé quelque chose. 



157 1. — 28 octobre. 

\ut. Arch. des Médicis à Florence, dalla ritala filza ^727- 
a. ilili , nuova numerazioDC. 

A MOH COl'SIN 

M" LE GRAND-DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, après nous avoyr ayscript pour 
les alayres d'importanse et nous y avoyr tele- 
ment aydé par le moyen de vostre embassa- 
deur, que nous comensons à espérer quelque 
plus sur repos en cet royaume que jeusques 
ysi ni avons veu, cela ayst cause que je vous 
dire présentement que, après tent de travaulx 
non obmetent cet que je douys au servise de 
mes enfans, je désire, quant nous sommes du 
coûté de Paris, avoyr quelque bien au l povoyr 
paser mon temps aveques plesirs honnestes, 
(■unie ayst d'avoyr une maison à ma fason et 
y au y ayent fayst fayre une qui s'apelle 
Saiut-Mort-dé-Fusés, je y veulx dreser une 
casine au je désire avoyr de toutes sortes de 
jeans qui sachent fayre toutes fasons de for- 
mages, létages, confileures, saleures. salades, 
fruys; et sachant que pour aystre d'un mesme 



sanc vous avés aussi fayst une semblable 
chause, je vous veulx prier de me faire recou- 
vryr des personnes que vous panseré aystre 
propre à cet ayfayst; et afin que entendiés 
nivculx ma conseption, je vous en envoyé 
un mémoyre et méseures. Cet je vous mende 
si pétille chause, car ceulx que je avme, je 
leur monde de tout, et me fayié grent plesir, 
quant en fayré de mesme en mon eudroyct. 
Et pour n'estre cete lelre lia aucune fin, je 
priré Dieu vous avoir en sa saincte garde. 



Cet xxvm e d'octobre 1 571. 



Cvtf.rine. 



1Ô71 . — 3i octobre. 
Copie. Bibl. nal. fonds français. n° 1075a , f" îaiô. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, je vous puis 
asseurer que c'est avec regret que le Roy mon- 
sieur mon fils vous donne congé de le venir 
trouver; car il vous estimoil encore ulille et 
nécessaire pour son service par delà, attendu 
vostre longue espériencc, prudence et dexté- 
rité à conduire et manier les affaires et mesmes 
celles qui s'y présentent tous les jours par les 
artifices de ceulx qui sont très marris de voir 
le repos en la chrestienlé, toulesfois pour 
satisfaire à la promesse qu'il vous a faictc 
d'envoyer La Marque son vallet de chambre 
ordinaire pour demeurer près du Rov Ca- 
tholicque mon beau-fils attendant qu'il ail 
choisi quelque personnage pour tenir le lieu 
d'ambassadeur, je vous prie le bien instruire 
de ce qu'il aura à faire pour le service du Rov 
moudict sieur et fils et luy faire connoistre 
ceulx de qui vous vous servez; luy donner aussi 
: entrée chez mes petites-filles, afin qu'il m'en 
puisse mander particulièrement des nouvelles 
comme vous voulliez faire. Il vous dira mon 
advis sur la response que le Roy mondict sieur 



LETTRES DE GATH 

et (ils \ous mande l'aire au cardinal Alexan- 
drin pour le mariage de Portugal, vous advi- 
sani d'autant quej'ay désiré et recherché ledicl 
mariage comme un chascun sçait, ayant laid 
tout ce qu'il m'a esté possible pour l'effectuer, 
je suis délibérée de conseiller maintenant le 
Roy mon sieur et fils de ne le rechercher 
jamais, car l'on a trop dédaigné ce que l'on 
dehvoit priser. Au demeurant vous serez le 
1res hien venu, Monsieur de Forquevauls, et 
vous verray de bien bon cœur, de quoy je vous 
prie estre très asseuré, et croire au surplus 
ledict La Marque de ce qu'il vous dira de ma 
part, comme si c'estoyt moi mesme. Priant 
Dieu, Monsieur de Forquevauls, vous avoir en 
sa saincte et digne garde. 

Escript à Vaujour, le dernier jour d'octobre 

i5 7 i '. 

Caterine. 



ERINE DE MEDIG1S. 



79 



1571. — 2 novembre. 

Orig. Arch. des Médicis à Florence. 

A MON C0DS1N 

M" 1-E GRAND-DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, j'ay donné charge à vostre 
ambassadeur vous mander quelque chose 
touchant le comte de Petillano, affin que son 
frère ne lasse difficulté à obéir à l'arrest et 
jugement que en a donné l'Empereur et que 
le refus d'obéir ne fut cause de amener une 
guerre où nous ne la désirons et aussi quel- 
ques aultres choses que je désire que soyez 

1 Fourquevaux répondit à celte lettre 1-e 3 1 no- 
vembre : (tlie pauvre La Marque a eu mauvaise venue en 
Espaigne, car dans vingt quatre beures après estre arrivé 
en ceste court un apoplexie le suffoqua; il fust icy le 
vingt six"" du présent mois et me donna la depesche de 
Vostre Majesté, ensemble les instructions, que fut suivie 
de peu de propos devant et depuis le souper parce qu'il 
avoit besoin de repos. Ce soir là fust nostre dernier 
adieu.» (Même volume, p. if>.'i4.) 



adverty, m'asseurant que nous en servirez 
et ne me alléguerez ni nommerez en nulle 
d'icelles choses; car je ne continuerais plus, 
sij'estois mise en vue, ce que je désire faire, 
affin que cognoissiez combien je désire vostre 
conservation et vous prie aussy, de vostre costé, 
me faire cognoistre comment désirez conti- 
nuer à nous achever de mettre en repos en 
faisant ce que pourrez que obtenions dispense 
pour le mariage de ma fille, lequel mariage 
nous cognoissons estre l'entier repos de ce 
royaulme et pour ceste occasion sommes 
résolus de le faire et désirons avant sçavoir 
ce que aurez pu obtenir du Pappe, lequel, 
quand il aura bien considéré, il cognoistra 
qu'il fera plus pour nostre service et celuy de 
Dieu en nous l'accordant que s'il nous refuse; 
et comme cellela qui désire la paix et repos 
de ce royaulme et m'asseurant que en avez 
la mesme volonté, je ne vous en diray davan- 
tage et feray lin, priant Dieu vous donner ce 
que désirez. 

D'Amboise, le jour des Morts 1571. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine, 



1 57 1 . — 3 novembre. 

Copie. Arch. des Médicis à Florence. 
A L'AMBASSADEUR DE MON COUSIN 

LE DUC DE FLORENCE '. 

Monsieur l'ambassadeur, j'ai vu vostre 
lettre et trouve bien estrange tant de méchan- 
ceté, et vous en parleray plus au long, mais 
je vous veulx eu cependant vous remercier 
du bon debvoir que avez faict de m'en ad- 
vertir et le reconnoistray avec tant d'autres 
que faistes ordinairement. Je vous envoie une 
letlre pour envoyer à vostre commodité à 

1 Pelrucci. 



80 



LETTRES DE CATlIERlMi DE MED1CIS. 



rostre maistre, laquelle, ainsi que j'ay employé 
aux plus grandes de nos affaires, j'ay bien 
voulu escripre aussi pour chose de mon plai- 
sir, comment pourrez voir par le mémoire 
que je lui envoie que je désire qu'il me fasse 
recouvrer des personnes pour une casine que 
je veux dresser à St-Maur, qui sera l'endroit 
où je vous prie lui en escrire aussi et à Dieu 
qu'il vous ayt en sa sainte garde. 

Caterine. 



1571 . — 6 novembre. 

Orig. Bibl. nal. fonds français, n° 3a56 , f°&o,. 
A MON COI -IN 

LE MARESCHAL DE COSSÉ. 

Mon cousin, je vous prie que, suivant ce 
que le Roy monsieur mon iilz vous escript, 
vous regardiez à empruncter des particuliers 
de Paris jusques à la somme de cinquante 
mil livres ' oultre les aullres sommes que ont 
jà promis de prester et l'aire fournir les 
^ Marcel et receveur de Vigny, car sans ce 
secours nos affaires sont en très mauvais es- 
tât, ainsi que vous le cognoissez mieulx que 
nul aultre, ce qui vous doibt d'aullant plus 
mouvoir pour la singulière affection que vous 
avez au bien du service du Roy monsieur 
inondict sieur et filz d'y donner tout le re- 

1 Charles IX. lui écrivait également au sujet de cet 
emprunt: «Voudray seullement vous parler du parly 
des !i c mI. que Scipion Sardini nous a offert de fournir 
prompteuient en baillant bonne et seure assignation de 
remboursement avec un tiers de debles en dix huict 
mois, qui est c°' 1. par chacune demie année et vous 
diray que encores que s'estant cy- devant présentés 
telz par lys, j'aye toujours fait grande dillicullé d'y en- 
tendre pour la conséquence. Se est-ce que considérant 
les parties pressées auxquelles j'ay à fournir el mesme 
celles des h" xxv™ 1. des reitres du comte de Mansfeld, je 
suis content d'accepter ledict parly. n (Même volume, 
p. 5o.) 



niède qui vous sera possible, selon qu'il s'en 
fie entièrement en vous, suppliant le Créa- 
teur, mon cousin, qu'il vous ayt eu sa saincte 
el digne garde. 

Escript au Lude, le vi eme jour de novembre 
1571. 



(De sa main.) Mon cousin, j'e' dist à Sarri 
tout cet que je vous pouvès meiider, qui est 
cause que ne vous dire sinon qu'il l'ault que 
soyés le premier jour de décembre lia Bloys, 
ayenl fayst pour l'argent cet que yl vous dira. 

Vostre bonne cousine. 

Caterine. 



1571. — ao novembre. 

Orig. Bibl. nat. Cinq cents Colberl, u" ioo. 

A MONSIEUR DE SCHOMBERT, 

CHAMBELLAN ORDINAlliE Dl* noï MONSIEUR BIOS FILZ . 
COLONEL DE QUINZE CENTS CHEVAULK PEISTBES. 

Monsieur de Sclionibert, ce a este' plaisir 
au Roy monsieur mou fil/., à mon filz le duc 
d'Anjou et à moy d'entendre la bonne espé- 
rance que vous me donnez du succez de l'af- 
faire que vous avez charge de manyer par de 
là ' el mesmes de veoir que mon cousin l'élec- 
teur de Saxe l'embrasse avec une si grande 

1 Le 29 octobre, Schomberg avait écrit au Roi : 
-L'Electeur de Saxe est fort bien disposé; je pars au- 
jounlhui voir l'Électeur de Brandebourg et le duc de 
Brunswick accompagné des lettres écrites de In main de 
l'Électeur de Saxe el de là je dois venir trouver ledict 
sieur là où il sera; il est résolu de tout et s'emplove en 
cecy comme si la conservation de son Estai en dépen- 
doit. Durant le voyage que je feray en Brandebourg 
mondict sieur Electeur envoie celui mesme qu'il a déli- 
béré dépeseber vers Vostre Majesté cy après, vers le 
Landgrave de Hessen pour prendre résolution en ladicle 
affaire. Quant au comte Palatin, mondict s' Électeur, 
affin que les affaires se puissent tant mieulx et plus sin- 
cèrement conduire, a remis la négociation en mains à 
Monsieur le duc Jean Casimir." (Même volum e. | 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



81 



et singulière affection, qui nie donne asseu- 
rance qu'il en sortira ung bon effect au com- 
mun proffict, honneur et réputation de ce 
royaume et de toute la Gerinanye, qui est ce 
qui me le faist désirer, priant Dieu, Monsieur 
de Scliombert, qu'il vous ayt en sa garde. 

Escript à Durelal, le xx eme jour de no- 
vembre 1571. 

Caterlne. 
Brilart. 



1571. — 28 novembre. 

Orig. Dibl. Dat. fonds Dupuy, n° 801, f° 91 r". 
A MONSIEUR 

LE PREMIER PRÉSIDENT DE THOU. 

Monsieur le Président, pour cognoistre de 
jour en jour, et plus nous allons en avant, 
combien la prompte pubiicacion des ecdictz 
qui ont esté cy devant présentez à la court 
de parlement est requise et nécessaire à cause 
des grosses sommes de deniers qu'il nous fault 
payer aux estrangers, le recouvrement des- 
quelles est fondé sur l'effect desdictz ecdictz; 
à ceste cause, le Roy monsieur mon filz vous 
a voulu escripre la lectre que j'acompagneray 
de la présente, vous priant que vous tenez la 
main, aultant qu'il vous sera possible, à ce 
(ju'il soyt promptement procédé à la pubii- 
cacion d'iceulx ecdictz, qui est l'un des plus 
agréables services que vous luy sçauriez l'ayre 
pour ceste heure, priant Dieu, Monsieur le 
Président, qu'il vous ayt en sa saincte et 
digne garde. 

Escript à Duretal, le xxvin esme jour de no- 
vembre 1EJ71. 

Caterjne. 
Brûla rt. 



1571. — 1" décembre. 

Imprimé dans fa Correspondance diplomatique de la Mollte-Fénelon . 
t. VII, p. a83. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Motbe, j'ay aujourd'huy 
donné audience au s r de Quillegray 1 lequel, 
m'estantvenu trouver, a commencé ses propoz 
par me dire que la royne d'Angleterre ma 
bonne sœur l'envoyoit par deçà pour se tenir 
près du Roy monsieur mon filz pendant le 
temps que le sieur de Walsingliam se fera 
panser de sa maladye; elle luy a donné charge 
de me veoir par mesme moyen , avec comman- 
dement de me communicquer de tous affaires, 
ainsy qu'au Roy mondicf sieur et filz , d'aullant 
qu'elle sçait bien que luy et moy ne sommes 
qu'une mesme chose ; et aussi pour le respect 
de l'amitié qu'elle me porte, me tenant au 
lieu de sa bonne mère ; m'ayant faict entendre 
qu'il a une entière bonne affection de s'ac- 
quitter. de la charge qui lui est commise, avec 
tous les dignes offices qui luy seront possibles, 
pour entretenir la bonne intelligence qui est 
entre nous et sa maistresse, portant une par- 
ticulière affection à ce royaulme pour y avoir 
esté longuement nourry. 

A quoy je luy ay respondu que madicte 
bonne sœur avoit assez d'occasion de m'aimer 
pour sçavoir qu'il n'avoit pas tenu à moy, et 
que je n'aye faict tout mon possible pour 
l'allier d'alliance avec la personne de ce 
monde qui m'est la plus chère, ainsi que j'en 
ay encore une bonne volonté, et de servir de 
toutes choses qui seront en ma puissance au- 
dedans de ce royaume la bonne volonté et 
amitié qu'elle me porte. 

1 Arthur Killegrew : il avait été euvoyé en France 
pour remplacer provisoirement Walsingham. Voir dans 
le Calendar of State papen (1571), p.545, les instruc- 
tions qui lui furent données. 



DiTHEItlNK DE MbOICIS. IV 



l u l r ni ! n i r RATIO 



82 



LETTRES DE CATHERINE DE MED1CIS. 



Puis est venu à me dire que sadicle mais- 
Iresse avoit entendu avec grand plaisir que le 
Roy mondict sieur et fils ait pris en bonne 
part la responce que a aporté d'elle le s r deFoix 
sur l'effaict du mariage, laquelle, encores 
qu'elle luy ayt assés déclaré et qu'il ne soit 
besoin d'en faire nulle aultre expression, si 
est-ce que, d'aultant que ledict sieur de 
Fois luy a dict que le Roy mondict sieur et 
llls auioit grand plaisir qu'elle envoyast devers 
luv quelqu'un pour cest effaicl, elle a délibéré 
d'y envoyer l'un de ceux de son conseil, com- 
bien qu'elle ait jà donné à entendre ce qu'elle 
pouvoit faire en cest endroit, et qu'elle s'y 
soit mise plus avant qu'elle ne devoit, estant 
fille, comme elle est; que le retardement du 
parlement dudict seigneur de son conseil 
estoil procédé à l'occasion des grands affaires 
qu'elle a eus depuis quelque temps en ç.à, à 
cause des conspirations qui se sont descou- 
vertes ; car, ayant esté choisi une fois pour 
eest^ charge, milord Cobham, il s'est trouvé 
l'un de ceux qui sont fort chargés desdictes 
conspirations; et despuis, ayant esté des- 
tiné un aultre en sa place, ladiete maistresse 
en avoit aussi eu quelque soubçon qui l'eni- 
peschoit de se pouvoir fier à luy ; de sorte 
qu'elle a esté contraincte de se résoudre à un 
aultre qu'il estime debvoir partir bientost, et 
que nous aurons agréable. Toutes lesquelles 
choses je lui ai bien fort gratiffiées et asseuré 
que ledict seigneur seroil le très bien venu. 

Après ces propos, il s'est un peu retiré de. 
moy, comme s'il eust voulleu prendre congé, 
loutesfois estant demeuré un espace de temps 
ferme devant moy sans me parler, je lui ay 
demandé des nouvelles de la royne d'Escosse , 
ma belle-fille ; sur quoy il m'a dict qu'elle 
estoit en la maison du comte Schrewbury, 
bien traictée, ainsi qu'il appartient à sou 
estât, mais non toutesfois en telle liberté" 



qu'elle a esté cy-devant pour faire beaucoup 
de mauvaises entreprises, ainsi qu'il s'est 
descouvert qu'elle vouloit faire, s'estant trouvé, 
par l'accusation du duc de Norfolk, et aulcune 
de ses lettres qu'elle lui a escriptes, comme 
elle estoit entrée en deflïence du Roy mondict 
sieur et fils et de moy, disant que nous adhé- 
rions plutost à madicte bonne sœur es choses 
qu'elles avoient à débattre ensemble, que à 
elle; et que partant elle estoit résollue, se 
vovant ainsi destituée de nostre costé, d'en- 
tendre au mariage de don Jehan d'Austriche, 
et d'envoyer son (ilz en Espagne, par le moyen 
d'un sieur auquel elle en escrivoit, alfin d'en 
faire aussi là le mariage. 

Je lui ay respondu là-dessus que j'eslois 
bien aise que madicte bonne sœur eust par là 
occasion de cognoistre combien l'on estime 
que nous marchons syncèrement en la conser- 
vation de son amitié ; et estimois que l'on 
mettoit sus beaucoup de choses à madicte 
belle-fille que je ne pouvois quasi croire. 

Sur quoy il m'a répliqué que, si le Roy 
mondict s r et fils vouloit, toutes les mauvaises 
pratiques qu'elle a faites contre sa maistresse 
et les choses contenues cy-dessus se vérifie- 
roient en peu de temps en Angleterre, avec 
vous, parles procès-verbaux et originaux des 
lettres cscrites, qui vous seroient représentées. 

Après cela, je lui ay dict que le Roy mon- 
dict sieur et fils désireroit bien sçavoir le bon 
portement de madicte belle-fille, et seroit en 
quelque bonne vollonlé, pour en eslre plus 
assuré, de l'envoyer visiter. 

Il m'a dict que sa maistresse estoit princesse 
de vérité et l'asseurroit de son bon portement, 
et qu'il peut croire qu'elle ne luy voudrait 
poinct faire aucun mauvais traitement, luv 
semblant que ce ne luy est pas beaucoup 
d'honneur, estant telle qu'elle est. de s'en 
soucier si fort. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



83 



Après ce propos, il m'a dict qu'ii a voit charge 
de sadicte maistresse de parler à mov ouver- 
tement, et de me déclarer ce qu'elle a sur le 
cœur, quy est que, si le Roy mondict sieur et 
fils vouloit prendre re'sollution avec sa mais- 
tresse d'apaiser les troubles d'Escosse et d'y 
establir l'obéissance du jeune rov, sans parler 
en façon du monde de ladicle royne ma 
belle-fille, elle estime que les choses se pour- 
raient aisément accorder au commun bien et 
repos de tout le rovaulme et à nostre conten- 
tement. 

Sur lesquelz deux derniers poincts , à sçavoir : 
de vérifier avec vous les charges de madicte 
belle-fille, et le dernier, de l'accommodement 
des affaires dudict Escosse, je lui ay respondu 
que j'en parlerais au Roy mondict fils, pour 
lui eu rendre responce à Rourgueil, auquel 
lieu je lui ai assigné une nouvelle audience. 
Rien luy voullois-je dire, comme de mov- 
niesme, que le Roy mondict fils ne pourrait 
jamais délaysser ladicte royne d'Escosse; car, 
oultre ce qu'elle est royne d'un royaulme qui 
a une ancienne et estroicte confédération avec 
le sien, elle est son alliée de si près qu'il ne 
serait jamais trouvé bon qu'il l'abandonnast en 
son affliction, telle qu'elle l'a aujourd'huy, luy 
semblant appartenir à son honneur d'assister 
à tous les princes qui sont ses alliés, et ne les 
délaisser non plus qu'il ne le vouldroit faire à 
l'endroict de sadicte maistresse, en façon du 
monde, quand elle viendrait à tomber en 
quelque affliction. 

Il m'a réplicqué là-dessus que le Roy mon- 
dict sieur et fils n'aurait poinct occasion de 
rien craindre en cessi, ayant, d'un costé, 
l'amitié des princes protestans, comme elle 
luy est bien asseurée par le moyen de Tédict 
de paciffication, et, d'un aultre costé, celle de 
l'Angleterre, me priant derechef que je luy en 
parlasse. 



Qui est le sommaire de tout le propos que 
j'av eu avec lui, désirant le Roy mondict 
sieur et fils avoir vostre advis sur ce qu'il a 
proposé de vérifier, en vostre présence, tout 
ce qui s'est dict par delà des menées et cons- 
pirations qui ont esté conduicles par madicte 
belle-fille la royne d'Escosse, dont je vous 
prie le rendre certain par vostre première 
dépesche. Cependant il ne manquera de vous 
donner cy après advis de ce qu'il résoudra 
et respondra sur iceulx poincts audict sieur de 
Quillegray, auquel j'ai aussy parlé des deux 
mille escus 1 , au mesme langage porté en vostre 
dépesche du v c du passé ; et ay excusé ce que 
j'en avois cy-devaut respondu audict sieur de 
Walsingham sur ce que je ne Pavois bien en- 
tendu. 

A quoy il m'a réplicqué qu'il sembloit que 
vous eussiez eu quelque intelligence avec les 
gens dudict de Norfolk, laquelle je lui ay dict 
avoir esté possible pour l'adresse desdicts deux 
mille escus, mais qu'elle ne se trouvera poinct 
s'eslre estendue es choses dont l'on accuse le- 
dict duc, ce qu'il m'a confessé, me disant 
qu'il faudrait donc rendre lesdicts deux mille 
escus. 

A quoy je lui ay respondu que, estant sa 
maistresse si bonne amie du Roy mondict 
fils, je croy qu'elle ne voudrait pour deux 
mille escus faire chose qui contrevienne à la- 
dicte amitié. Et sur cela il m'a dict qu'il lui 
en escriroit, de sorte que je ne fais poinct de 
doubte que lesdicts deux mille escus ne vous 
soyent restitués. Surce, je prieray Dieu, Mon- 
sieur de la Mothe , vous avoir en sa saincte et 
digne garde. 

Escript à Duretal, le 1" jour de décembre 

1 571. 

Caterine. 

1 Voir la lettre de Charles IX qui précède celle-ci 
pour l'explication de ces deux mille écus. 



84 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



1571. — 8 décembre. 



Aicb. nat. registre des délibérations du bureau de la ville de Paris, 
II 1786,1° a6. 

A MESSIEURS 

LES ESCHEV1NS ET CONSEILLERS 

DE LA VILLE DE PARIS. 

Messieurs, ce a este' ung fort grand plaisir 
et contentement au Roy monsieur mon iilz et 
à mov d'avoir entendu lajoye et démonstration 
d'allégresse que en général et en particulier 
vous et vos bons concytoyensavez fait du ma- 
riage du Roy niondict lilz, les cérémonyés 
duquel vous verrez bien amplement desduictes 
par le discours ' que nous vous envoions, le- 
quel et les lettres du Roy niondict sieur et 
lilz m'empeseberont vous faire cesle-cy plus 
longue, synon pour pryer Dieu, Messieurs, 
vous avoir en sa saincte et cligne garde. 

Escript à Villiers-Cotleretz, le vm c jour de 
de'cembre 1571. 

Caterine. 

PlNART. 



J571. — 16 décembre. 

\rch. nat. registre des délibérations du bureau de la ville de Paris, 
H 1786, f 198. 

A MESSIEURS 

LES ESCHEVINS ET CONSEILLERS 

DE LA VILLE DE PARIS. 

Messieurs, le Roy monsieur mon filz a 
trouvé fort mauvais ce qu'il a veu et entendu 
des dissimulations dont il a este' usé au trans- 
port de la croix et démolition de la piramide 
estant en la place de la maison de feu Gas- 
tines -, estimant que les longueurs ont esté 

1 Voir ce discours dans le Cérémonial français de 
Godefrnij, II, p. 45 et 46. 

- Le Parlement avait condamné à mort Philippe Gas- 
lines et deux membres de sa famille pour avoir célébré 
dans sa maison le culte réformé; il avait en outre or- 



cause des émotions populaires qui sont adve- 
nues samedy et dimanche dernier à Paris, 

donné que la maison serait rasée et que sur son emplace- 
ment serait élevée une croix, dite croix de Gastines. Sur 
la demande de l'amiral, Charles IX avait enjoint aux 
échevins de procéder immédialement au transport de la 
croix de Gastines et à la démolition de la pyramide ; mais 
cet ordre devint la cause d'une violente sédition. Les 
échevins écrivirent au Roi : tt Nous avons assemblé nos 
forces ceste nuit avecq celles de M. le Prévost de 
Paris; la croix et la pyramide ont esté ceste nuit abbatuz 
et desmolis sans aucun bruit ou rumeur.» (Même 
volume, p. 193 v°.) Ce calme n'était qu'apparent, 
l'émeute recommença et les échevins mandèrent de 
nouveau au Roi: trLes séditieux ont mis le feu au reste 
d'une maison des Gastines sise devant la croix et pyra- 
mide et de là se sont transportés tant sur le pont Notre- 
Dame où ils ont saccagé et brûlé des meubles de la 
maison du Marteau d'or que dans la rue de la Vieille 
Monnaye chez le commissaire Reauleroys où ils ont voulu 
faire quelque ravage.» (Ibid., p. îofi.) — Le volume des 
délibérations du conseil de la ville renferme de nom- 
breux documenls sur celte sédition. 

Voici la lettre de Charles IX en réponse aux échevins : 

r De par le Roy, 
«Nos amez et féaux, avant que le Courier que vous 
avez envoyé fust arrivé , nous avons sceu de Bragelonne 
et du commissaire Estourneau ce qui est passé tanl 
pour le transport de la croix que démolition de la pira- 
mide et le discours de la sédition qui est advenue, des 
sacagemens et bruslemens de maisons, qui est cause que 
nous avons en toutte dilligence dépesché devers nostre 
cousin le duc de Montmorency, aflin de s'acheminer in- 
continent avec plus de forces qu'il pourra en nostredicte 
ville pour faire contenir le peuple et garder qu'il n'y 
advienne plus de tumultes et pour aussy en faire faire 
punition sy grande et sy exemplaire en plain jour que 
cela puisse donner telle Irémeur et crainte aux canailles 
que nous avons entendu qui font lesdictes séditions, que 
les autres y prennent exemple. A quoy, en attendant 
l'arrivée de nostredict cousin, nous voulons et vous man- 
dons que, salon la grande affection que sommes asseurez 
que portez à nostre service et au bien et conservation de 
vous-mesmes, vous vous employerez avec telle dilligence 
et aydez de vostre part à faire la justice desdictes émo- 
tions à telle quantité desdits perturbateurs du repoz 
publirq de nostre ville et contempteurs de nos ordon- 



LETTRES DE CAT1I 

dont il désire que pugnition exemplaire soit 
faicte et que l'exécution de sa volunté soit au 
demeurant suivye, ainsi que il vous escript par 
lettres plus amplement, qui me gardera de 
vous en faire plus longue lettre, priant Dieu, 
Messieurs, qui! vous ayt en sa saincte et 
digne garde. 

A Amboise, le xvi e jour de décembre 
1071. 

Caterine. 

PlNART. 

nances que cela puisse retenir et donner telle crainte à 
ceux qui seroienl si téméraires d'avoir encor en leur 
cœur telles pernitieuses et sy meschantes entreprises el, 
en attendant l'arrivée de noslredict cousin le duc de 
Montmorency, nous voulons et vous mandons très 
expressément, afiu que tousjours la force nous demeure, 
et à vous pareillement pour nous faire obéir et contenir 
en nostredicte ville que adviserez pour tout ce que 
penserez qu'il sera nécessaire, le chevalier du guet et 
ses gens avec ce que lui avez baillé de renfort, les 
sergens, officiers du corps de ville et ceux de dos 
bons subjects bourgeois de nostredicte ville, nous tenant 
adverty toutes heures de ce qui se passera, affin que 
nous n'en demeurions en peyne, louant cependant gran- 
dement le bon devoir que vous avez faict à ce qui est 
advenu et que nous mandez et asseurez que ferez pour 
empescher que plus grand inconvénient n'advienne, 
dont nous nous reposons sur vous selon la parfaicte fiance 
et affection que sçavons que portez à nous, à nostre 
service et aussi à la conservation de vous-mesmes. 

t Donné à Amboize, le vint et uniesme jour de dé- 
cembre,mil cinq cents soixante et unze au soir, bien [art. 

(•Charles. 

- PlNART. 

trSy toutes choses estoient appaisées, comme nous le 
désirons, à la réception de ces présentes et que congnois- 
siez que les forces du chevalier du guet et de nos sergens 
et officiers de ville fussent suffisantes pour faire contenir 
touttes choses en repos, vous différerés de mettre les 
armes es mains de ceux do nos bons citoyens que vous 
escrivons.3 (Bibl. nat.. Parlement, n" q£ , F 71.) 



ERINE DE MÉDICIS. 85 

1571. — 21 décembre. 

Copie. Bibl. nat. Parlement, n° 96 , P ;3. 

A NOS AMEZ ET FÉAUX LES GENS 

TEÎVANS LA COUR DE PARLEMENT. 

Messieurs, nous vous renvoyons ce courrier 
eu sy grande dilligence que par luy je ne 
vous feray pas longue lettre; mais, me re- 
mettant à celle du Roy monsieur mon filz. 
vous priray seullement de vous employer selon 
ce qu'il vous mande sy dilligemment à ré- 
primer ces émotions, qu'elles puissent eslre 
du tout appaisées et quant el quant la justice 
exemplaire faicte, ayant mondict sieur et filz 
donné l'ordre qu'il vous escript; mais je dé- 
sire que, avant qu'il soit besoin qu'il y aille 
des forces, tout soit en repos, à quoy je m'as- 
seure que vous travaillerez de toutte affection 
pour son senice et bien de toutte la ville et 
de vous-mesmes, que je prie Dieu avoir en 
sa saincte et digne garde. 

Escript à Amboize , le vingt et uniesme jour 
de décembre mil cinq cents soixante et 

unze. 

Caterine. 



1571. — 36 décembre. 

Copie. Bibl. nat. fonds français, n° 10752, f° 1292. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, nous sommes 
très marris de la mort du povre La Marque 1 
el n'a failli le Roy monsieur mon fils de re- 
connoistre envers les siens ses services, leur 

' <r Sire, avait écrit Fourquevaux, le povre sieur de la 
Marque a mauvaise vernie en Espaigne : car, dans vint- 
quatre heures aprez estre arrivé en cest court, un apo- 
plexie le foudroya. 11 fust icy le vint-sixième du présent 
à cinq heures du soir et me donna la despesche de Vostre 
Majesté.») (Même volume, p. i35o.) — La Marque avait 
été envoyé pour remplacer momentanément Fourquevaux. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉD1GIS. 



86 

ayant donné touts ses estats. Sitost que l'on 
aura advisé de vostre successeur, il vous sera 
renvové, afin que puissiez retourner, comme 
il est très raisonnable. Cependant le Roy mon- 
dict sieur et fils a délibéré, comme il vous 
escript, envoyer bien tost un gentilhomme par 
delà pour se conjouir avec le Roy Catholicque, 
mon beau-fils, et la Royne Catholicque de son 
enfantement, en attendant, je vous prie, allant 
vers eulx, leur tesmoigner le plaisir que m'a 
donné cette nouvelle, avec toutes les bonnes 
démonstrations desquelles vous pourrez ad- 
viser. Toutes les fois et quant il vous sera 
parlé du mariage de ma fille avecques le 
prince de Navarre, je vous prie respondre sui- 
vant ce que le Roymondict sieur et fils et moy 
vous avons mandé et qu'il ne s'y fera chose 
qui ne soit à l'honneur de Dieu pour son ser- 
vice et du devoir d'un prince très crestien, 
espérant que ceulx qui réprouvent ledict ma- 
riage, ayant connoissance de nostre bonne et 
syncère intention, non seulement l'approuve- 
ront, mais en désireront l'effect, lequel nous 
espérons se verra bien tost. Je vous prie con- 
forter tousjours Chassincourt à demourer prez 
de mes petites-filles et y continuer le soing et 
la vigilance qu'elle y a eu jusques icy, en l'as- 
seurant que je ne l'oublieray jamais, ains 
qu'elle demourra rémunérée à son contente- 
ment, et me mandez souvant et particulière- 
ment de leurs nouvelles, mesmement de leur 
traictement depuis cest enfantement; car bien 
souvent nouveaux accidents produisent nou- 
veaux effects, ce que néantmoins je n'espère 
dudict Roy Catholicque mondict beau-fils en 
cest endroict. Pour fin, Monsieur de Forque- 
vauls, puisque cest inconvénient de la morl 
dudict La Marque est intervenu , il fault , et vous 
en prie, vous résouldre attendre encores pour 
quelques semaines par delà jusques à ce que 
nous avons choisi vostredict successeur et con- 



tinuer, comme avez jusques icy très bien et 
prudemment faict pour le service du Roy 
mondict sieur et fils, en vous asseurant sur 
moy que vostre successeur sera plustost vers 
vous que je ne le veulx le promettre. Cepen- 
dant je tiendray la main de vous faire avoir 
ce que l'on vous a promis pour sortir de vos 
debtes. Je prie Dieu, Monsieur de Forque- 
vauls, vous avoir en sa saincte et digne garde. 
Escript à Amboise, le vingt sixiesme jour 

de décembre 1671. 

Caterine. 

1 - 
1571. — 27 décembre. 

Orig. Bibl. nat. collect. Dupuy, n°8oi, !° 9a. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PRÉSIDENT ES LA COUP.T DU PABLEJAEST HE PAIUS. 

Monsieur le Président, parla dernière des- 
pesche que nous vous avons faicle vous vous 
trouverez satisfaict à toutes celles que nous 
avons depuis reçues de vous, qui me gardera 
de vous faire ceste-cy fort longue, laquelle 
n'est que pour vous prier de vous conduire si 
acortement en ce que le Roy monsieur mon 
fils vous escript pour la croix de Gastines, 
qu'il soit plustost exécuté que descouvert que 
l'on ait envye de le faire, priant Dieu, 
Monsieur le Président, qu'il vous ayt en sa 
garde. 

Escript à Amboise. le xxvn e jour de dé- 
cembre 1571. 

Caterine. 

PlNART. 

1571. — 28 décembre. 

Aut. Bibl. nal. fonds français, n" 3so8 , f* 17. 
A MA COUSINE 

MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS. 

Ma cousine, cete isy 1 seré pour vous dire 
1 Cete isy »«rc, celle-ci sera. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



87 



cornent j'é reseu une de vos le très; ayslé bien 
ayse de avoyr entendu de vos novelles et vol- 
droys(jue celles de vostre mary feuset milleure 
etquelébeyns l'eusettout guéri, cet que peuit 
aystre qu'il fayront, mes qui se souit un peu 
repose' et reveneu trover l'ayr où yl a esté le 
plus nouri, qui est alla court, et seré bien 
ayse de savoyr den combien je vous revoyré ; 
se ne seré jeamès si tost que je le désire; et 
quant à nos novelles, nous sommes ysi aten- 
dent que river souit pasé pour comenser le 
voyage de Bretagne, lequel ne se romp pour 
rien etencetpendent la roync de Navarre s'an 
vient et acbeveront, Dieu aydent, le mariage 
et acommoderon nos al'ayres, c'yl plest à 
Dieu, lequel je prie vous donner cet que dé- 
sirés. 

D'Enboise, cet xxvin de décembre 1571. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1572. — 2 janvier. 

Aut. Arch. nat. collect. SimancaB, K iiis8 , n" 18. 

A M" MON FILS LE ROY CATOLIQUE. 

Monsieur mon fils, ayent entendu la no- 
velle du fils qu'il a pieu à Dieu donner hà 
Vostre Majesté, le Roy mon fils et nous n'a- 
vons voleu fallir de nous en congratuler ave- 
ques aylle et nous en réjouir comme de 
chause que nous ayspéron l'orliliré et aug- 
mentera de plus en plus l'amytié et bonne 
pays entre vous deus et vos réaumes, ayspé- 
rant que bien tost Dieu nous layré la grase 
que enn aurons aullent délia royne ma fille 
(jue retiendré tousjour daventagc cete aliense 
aveques celés 1 (jue avés déjeà, qui nous sont 
si proches que ne puis que lé vous conti- 
neuer de lé recomender hà Vostre Majesté, 
comme une dé chause de cet inonde qui 

1 Los Infantes. 



nous ayst la plus chère, encore que je sache 
que, pour vous estre filles, yl n'aye besouin de 
neule recomendation ver Vostre Majesté, la- 
quele je priré de croyre cetjeantilhoiume sieur 
de S' Goylx l , présant porteur, de ce qu'il dira 
hà Vostre Majesté de ma pari et s'asurer que 
cet' 2 sans fintise et de l'afection que vray mère 
saroyt mender et ne la volant anuier de longue 
letre, me remetré sur lui et finayré, prient 
Vostre Majesté me tenir tousjour contineuée 
en sa bonne grase, et prie Nostre-Seigneur 
Dieu luy donner cet qu'elle désire. 

D'Enboyse, ce n° jour dejeanvier 107a. 

Vostre bonne mère et seur, 

Caterise. 



1572. — 2 janvier. 

Orig. Archives de la maison de Coudé. 
Communiqué par M. ie duc d'Aumal*. 

A MONSIEUR DE GORDES. 

Monsieur de Gordes, pour ce que ma cou- 
sine la comtesse douairière de Tende venue 
présentement en Provence pour donner ordre 
àquelques siens affaires et que pour se rendre, 
comme elle désire, audict pais, il luy con- 
vient passer par vostre gouvernement, cela 
est cause que je l'ay bien voullu accompaigner 
de la présente pour vous prier que, passant 
par vostre gouvernement, vous luy assistez de 
vostre faveur en tout ce que vous congnoislrez 
qu'elle en aura besoing pour effectuer sondicl 
voyage et le plaisir et laveur qu'elle recepvra 
de vous en cest endroict me sera fort agréable; 
priant Dieu, Monsieur de Gordes, vous tenir 
en sa saincte garde. 

Escript à Paris, le 111° jour dejanvier 1.572. 

Caterine. 
Chantereau. 

' Jean de Vivonne, s* de Saint-Goaid. 
! Cet , c'est. 



88 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIUS. 



1572. — 5 janvier. 
Orig. Bibl. Dat. collect. Dupuy, u" Soi, P g3. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRÉSIDENT EN LA COURT DE PAIUEMEKT DE PARIS. 

Monsieur le Président, eucores que ic Rov 
monsieur mon fils vous escrive assez affec- 
tueusement pour le procès de ma cousine 
Madame de Martigues, à laquelle il de'sire sin- 
gulièrement recongnoislre les services qu'il a 
reçuz de feu mes cousins les duc d'Estampes 
et sieur de Martigues, néanlmoings ayant en- 
tendu qu'audict procès l'honneur et la réputa- 
tion de feu mondict cousin le duc d'Estampes, 
la mémoire des vertuz duquel est encores si 
fresche et son honorable vie si bien cougneue 
qu'il n'est besoing de fayre autre preuve 
contre ses calomnies, j'ay bien voulu vous en 
escripre aussy ce mot pour vous prier d'y 
prendre si bien garde qu'à faulte d'avoyr esté 
madicte cousine ou ses gens advertiz de bonne 
heure de la vidange dudict procès elle n'y soit 
surprise, ny l'honneur dudict deffunct inte- 
resse. Je vous prie doncques bien fort, Mon- 
sieur le Président, de regarder à la précipita- 
tion qu'en pouroit avoir sollicité sa partye et 
avoyr et le deffunct et madicte cousine et ce 
qui touche l'un et l'aultre en recommandacion 
pour la conservacion de leur droict; et sili- 
ce je prieray Nostre Seigneur vous donner, 
Monsieur le Président, sa grâce. 

Amboise, le v e,rae jour de janvier 1572. 



Chantereal. 



Caterine. 



1572. — i3 janvier. 

lut. Arch. nal. collrcl. Simancas, K l5a8, n° 19. 
A MADAME MA NIEPCE 

LA PRINCESSE DE PORTUGAL '. 

Madame ma niepsse, le Roy mon fils et 

1 Dona Juana, la sœur Ho Philippe II, veuve du roi 
■ !o Portugal. 



nous ayent entendu l'eureus acouchement dél- 
ia royne voslre belle-seur n'avons voleu fallir 
de l'anvoyer visiter et nous en réjouir aveques 
elle et le roy son mary, cornent je fovs ave- 
ques vous et ayspére que ceré tousjours un 
lien claventege pour ayslreyndre et asurer l'a- 
mitié entre ces deus roys, qui est lout cet que 
je désire le plus et sachent lé moyen que \ 
avés, je vos prie de contineuerà les y anployer 
pour la entertenir, corne je vous prie ausi de 
avoyr pour recomendéles ynfentes vos niepsses 
et leurcontineuer le souin que enn avés tous- 
jour eu, qui nous aublige tous à le reco- 
noyslre, come, de ma part, je seroys bien 
ayse qu'i se présantet chause par desà où je la 
puise servir. 

D'Enboyse, cet xiii me iour de jeanvier 1 072. 

Vostre bonne lente, 

Caterine. 



1572. — *k janvier. 

Orig. Archives de Modène. 
A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE FERRARE. 

Mon cousin, s'en retournant le chevaliei 
Gianelli devers vous, je ferois tort à sa vertu 
et mérite, si je ne vous tesmoignois combien 
ses actions par deçà ont esté agréables au 
Rov monsieur mon filz et à moy, et quel a 
esté le soing qu'il a tousiours eu à ce qui a 
touché votre service, comme son debvoir le 
requéroit. Il vous dira ce qui a esté faict pour 
les assignations qui vous ont eslé baillées; 
en quoy je suis bien marrie que les affaires 
n'ayent permis de vous satisffaire selon mou 
désir. Vous ne doublez que ce 11'eusl eslé 
beaucoup myeux, mais j'espère que, l'année 
prochaine, l'on y fera si bien que vous en 
demourrez coulent. Ledict Gianelli vous satis- 
fera de toutes nouvelles; sur quoy me remec- 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



89 



(ant. je prieray Dieu, mon cousin, vous avoir 
en sa sainte garde. 

Eseript à Amboyse, le xxnn me jour de jan- 
vier 1 072. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1572. — 3 février. 

Orig. Bibl. oal. ancien fonds français, n° 3a6o , f° i . 

A MONSIEUR DE PRIE, 

< HEVALIEH DE L'OBDIIE DU ROY MOKSIEUR MON FILZ. 

Monsieur de Prie, je viens tout présente- 
ment de recepvoyr vostre lettre que j'ay faict 
veoir au Roy monsieur mon filz, lequel entend 
que le légat 1 vienne à Tours; par ainsy vous 
avez bien faict de donner ordre à sa venue 
el vous prie de mander à Dumas qu'il tienne 
ses chevaulx preslz pour le conduyre et mener 
audict Tours et qu'il n'est poinct de besoiug 
de l'aire tourner les chevaulx vers le chemin 
de Locbes, priant Dieu, Monsieur de Prie, 
vous tenvr en sa saiucte garde. 

Escrit à Amboyse, le nT " e jour de feb- 
vrier î 5-9. 

Caterine. 
Chanterf.u . 



1572. — G février. 
Orig. Archives du Rhône. 

A MESSIEURS LES ESCHEYINS. 
UANANS ET HABITANS 

DE LA VILLE DE LÏON. 

Messieurs, ayant le Roy monsieur mon filz 

1 Le cardinal Alexandrin venait d'Espagne el dans 
l'espoir de faire rompre le projet de mariage du prince 
■ li' Navarre avec Marguerite de \ alois et de renouer 
le mariage de celle-ci avec le jeune roi de Portugal. Voir 
dans le n° 5a3 du fonds Dupuy, page 2S6, le mémoire 
que Charles IX lui remit lorsqu'il quitta Blois. 

CATHERINE DE MÉDIUS. — IV. 



faict eslection du sieur des Arches, son con- 
seiller et maistre des requestes ordinaire de 
son hostel, comme personnage dignement 
doué de vertu, suffisance et intégrité, pour, 
en ensuyvant la dernière conférance à Bloys 
el le povoir et comission qui luy ont esté 
présentement délivrez, aller par delà pourveoir 
à ce qui reste à y exécuter dépendant de l'édit 
de paciffication, et à la sincère administration 
de la justice, pour le bien du service dudict 
sieur Roy mon filz et le repos de ses sub- 
jectz, je l'a y bien voulu acompaigner de la 
présente, et vous prier de le recognoislre. 
assister, obéir et entendre soigneusement en 
tout ce qui dépendera du faict de sa charge 
et povoir, de sorte qu'il en puisse succéder le 
fruict que nous nous en sommes promis au 
bien du service dudict sieur Roy mon filz, 
conservation et soulaigement de sesdicts sub- 
jeetz; et ce nous sera très agréable plaisir. 
suplianf le Créateur qu'il vous ayt, Messieurs, 
en sa saincte et digne garde. 

Eseript à Amboyse, le sixiesme jour de 

febvrier 1672. 

Caterine. 



1572. — 6 février. 

Orig. Brilish Muséum, bibl. Cott. Catigula , C, Ht. o° 87. 

A TRÈS HADLTE, TRÈS EXCELLENTE 

ET TRÈS PUISSANTE PRINCESSE, 

NOSTRE TRÈS CHERE ET TRES AMÉE BONNE SËUR ET COUSINE 

LA ROYÎNE D'ANGLETERRE. 

Très haulte, très excellente et très puissante 
princesse, nostre très chère et très amée 
bonne seur et cousine, le Roy nostre très cher 
sieur et filz, envoiant le s r du Croc, son 
conseiller et maitre d'hostel ordinaire, par 
delà pour aller avec celui qui sera dépesché 
de vostre part en Escosse, affin d'essayer à pa- 
ciffier les troubles qui y sont et cependant } 
faire accorder cessation et abstention d'armes 



1 a 

IMPRIMERIE M4TIO 



90 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



suivant ce qui a esté advisé entre ses dcj>- 
putez et voz ambassadeurs, nous luy avons 
aussi donné charge vous dire aulcunes choses 
de nostre part pour le faict de la royne d'Es- 
eosse nostre 1res chère et très ame'e belle-fille, 
dont nous vous prions le croire comme nous- 
incsmes, qui prions Dieu, très haulte, 1res 
excellente et très puissante princesse, nostre 
très chère et très a urée sœur et cousine, qu'il 
vous ayt en sa très sainetc et digne garde. 

Escript à Blois, le vi° jour de février 1573. 

Vostrc bonne sœur et cousine, 

Caterinb. 

l'iXART. 

1 57:2. — 7 février. 

Copie. Bibl. not. fomls français, n 1097a , p. 5a. 

Imprimé dans les Additions nux Mémoires de Castelnau, 

1. III, p. 2S9. 

\ MONSIEUR DE LA MOTHE-FENELON. 

Monsieur de la Motlic, puisque par la lettre 
du Roy monsieur mon fils vous serez bien am- 
plement adverty de toutes choses et satisfaict 
à vos dernières dépesches, m'en remettant à 
icelles, celle-ci sera seulement pour \ous prier 
continuer à faire, le plus vivement que vous 
poliriez, entendre à la reine d'Angleterre ma 
bonne sœur et cousine, comme en toutes 
choses nous procédons sincèrement, que nous 
ne désirons rien tant que de lier nostre amitié 
et bien avec elle, qu'elle puisse estre perdu- 
rable entre nous et les nostres, et que, selon 
que je vous ay escrit pour luy faire entendre, 
je commenceray le propos des erres de la né- 
gociation du mariage et nous nous estendrons 
en tout ce qu'il sera possible pour sa satis- 
laclion; aussi que nous la prions de faire de 
niesnie de sa part, l'asscuianl que jamais prin- 
cesse ne lui plus respectée, honorée et servie 
qu'elle sera de mon fils le duc d'Alencon, si 
ce mariage se faict; et que nous le ferons ve- 



nir en poste par deçà, si nous voyons que les 
choses soyent pour prendre la bonne et heu- 
reuse fin que nous y désirons. Persuadez pour 
certain à ceux et à celles que vous penserez 
qui pourront servir en cette affaire, que le Roy 
mondict s r et fils et moi reconnoistrons si bien 
envers eux les bons offices qu'ils y feront, et 
par si bonne preuve, qu'ils auront toute oc- 
casion de contentement, après la première con- 
férence qui se fera de ce propos et que nous 
aurons vu quel pouvoir en ont les s rs comte 
de Wolccslrc ' et Walsingham, et ce qui s'en 
pourra sentir de la volonté de ladicle reine. 
J'escriray de ma main auxdicls s rs comte de 
Wolceslre et au niilord trésorier'-. Cependant, 
je vous prie, ne perdez une seule occasion de 
tout ce que penserez qui pourra servir à cette 
affaire et vous asscurez comme je vous ay cy- 
devant plusieurs fois escrit que vous ferez un 
très grand service à celle couronne , à mov 
en particulier et aussi à mondict fils le duc 
d'Alencon, qui ne l'oublierons jamais. Et outre 
le mérite de vos labeurs, cela augmentera 
grandement la récompense et biens que je 
vous asseure qui vous seront faits, et à quoy 
je liendray la main que ce soit le plus lost 
qu'il sera possible, d'aussi bon cœur qu'après 
vous avoir encore bien fort recommendé d'af- 
fection celte affaire, je prie Dieu vous avoir 
en sa saincte et digne {farde. 

Caterixe. 



1572. — m février. 

Orig. Hibl. n«t. collecl. Hupny, 11" Soi, r g5. 

A MONSIEUR DE THOU, 

l'flKMIER Pr.BSÏDBNT ES SA COURT DE PARU1IBN UI mil . 

Monsieur le Président, nous avons veu par 
voz leclres du quatriesme de ce présent moys 

1 Worcester. 
I '' liOnl Biir^liley. 



LETTRES DE GATH 

le bon devoir et diligence dont vous avez usé 
à fayre publier les ecdictz dont le Roy mon- 
sieur mon lilz vous parla dernièrement que 
vous estiez en ceste court et n'a trouve' que 
bon la surcéance que l'on a faicte pour cclluy 
des monnoies, s'asseurant que c'a esté pour 
beaucoup de bonnes considérations, comme 
ses advocat et procureur général nous ont 
escrit, remectant selon la résolution qu'il 
prandra sur leurs remonstranccs à vous fayre 
là dessus entendre son intention, laquelle, je 
m'asseure, vous sçaurez bien suivre, comme 
vous avez faicl en tout ce qui s'est présenté 
pour son service; cependant je prieray Dieu, 
Monsieur le Président, qu'il vous ait en sa 
saincte et digne garde. 

Escrit à Blois le xi Mmc jour de février 1672. 

Monsieur le Président, j'ay aussy receu 
la lectre que m'avez escriple pour les terres 
vaines et vagues du duché d'Orléans et ay 
bien veu le plaisir que m'avez faict en cella, 
dont je vous mercie de très bon cœur. 

Caterixe. 
Pjnart. 



ERINE DE MEDIGIS. 91 

cesle charge, mais il en avoit auparavant lu 
réception de vozdictes lectres desjà disposé 
en faveur de maistre Simon Roger, comme de 
personne qu'il lient digne et cappable de l'ad- 
ministration de ceste function, vous asseurant 
que, s'il advient cy après vaccation de sem- 
blables estatz, il aura souvenance desdietz 
nommez pour les y appeller. Nous avons au 
demeurant avec plaisir entendu que les choses 
advenues en l'abbaie de Jouarre ne sont pas 
si grandes que l'on les faisoit et ainsi que vous 
en sçaurez les parlicularilez et en serez plus 
avant et clairement informé, nous serons bien 
aises d'en estre par vous advertiz, comme je 
vous en prie et Dieu, Monsieur le Président . 
vous avoir en sa saincte et digne garde. 
Escript à Bloys, le x" jour de mars 1672. 

Caterine. 

PlNART. 



1572. — 10 mars. 
Orig. Iîibl. nat. collect. Dupuy, o° 801, P g6 r°. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRÉSIDENT B* LA COJJKT DE PARLEMENT DE PARIS. 

Monsieur le Président, nous avons veu les 
lettres que nous avez escrites et l'acte de 
1 eslection qui a esté faicte des trois person- 
naiges y desnommez pour estre pourveu de 
l'un d'iceulx à Testât de président, vaccant 
par le trespas de feu maistre Pierre de Sainet- 
André; à quoy je vous veulx bien dire que le 
Roy monsieur mon Glz, congnoissant lesdietz 
nommés pour gens d'honneur, de vertu, inté- 
grité et longue expériance au faict de judica- 
ture, qu'il eust voluntiers appelle l'und'eulxà 



1572. — 1 1 mars. 

Orig. Arch. des Médicis à Florenc, dalla filza , 
nuova nuuierazione , p. 3a8. 

A MON COUSIN 

LE DUG DE FERRARE. 

Mon cousin, j'estime que la requesle que 
j'ay à vous faicte en faveur de Messire Julian 
de Médicis archevesque d'Aix, vous sera très 
agréable pour l'ouverture que je vous feray 
de pouvoir honorer sa vertu, et faire chose 
qui puisse d'aullant illustrer les personnes 
qui portent le nom qu'il faict. Le Roy mou- 
sieur mon lilz et moy désirons le faire pro- 
mouvoir à la dignité de cardinal; et parce 
qu'il sçayt que vostre auctorité et interven- 
tion le peult beaucoup favoriser à y parvenir, 
il désire qu'il vous plaise vous y employer 
et moy je vous en prye de toute affection el 
recevoir ceste mienne requeste si favorable- 
ment que ledict de Médicis vous demoure 



92 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



d'aullanl tenu de la grâce que luy aurez im- 
party et que je receoyve ce contantemenl de 
luy avoir moyenne vostre faveur et recom- 
mendalion, priant Dieu, mon cousin, vous 
avoir en sa garde. 

Escript à Bloys, le xi c jour de mars 1572. 

Vostre lionne cousine, 

Caterihe. 



I 572. — 2a mais. 
Copie, lîibl. nat. Parlement, u° gfi , f° 30-3. 

V MESSIE 1RS LES GENS 

texans la court de parlemebt de paris. 

Messieurs, vous ayant le Roy monsieur mon 
lilz faicl entendre la volonté qu'il a ' que de son 
eedit l'ait sur la création des estatz de garde 
des seaulx sorte son plain et entier estai, vous 
vous en seriez réservé sur la publication 
qu'avez faicte sur l'ampliation dudict eedit la 
nomination de commissaires pour juger les 
oppositions de cculx qui avoient esté cy-de- 
vant pourveus desdietz estatz el payé sur an- 
nation, je vous ay bien voulu faire la présente 
tant pour accompaigner ce que moudict sieur 
et filz sur ce vous escript que pour vous prier, 
comme je m'asseure, que ferez tenir la main 
à l'exécution dudict eedict , et que lesdietz com- 
missaires que vous nommerez pour juger les- 
dictes oppositions soient gens de bien, zélés à 
son service; à quoy m'asseurant que, pour le 
il ésir qu'aurez à luy faire service agréable, ne 
fairez l'aulte, mettray fin à la présente, priant 
Dieu le Créateur vous donner ce que désirez. 

A Blois, le vingt deuxiesme jour de mars 
mil cinq cens soixante et douze. 

Cateiune. 

ClIANTF.HF.AU. 

1 La lettre de Charles IX pi écède celle-ci. 



1572. — 22 mars. 

Orifj. Bihl. nat. fonds Dupuy, n° 56g. P" 19 r". 

V MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRESIDENT BN LA COCBT DB PàRLBSIEST DE PABIS. 

Monsieur le Président, je vous prye suivant 
ce que le Roy monsieur mon fds vous escript 
vous enquérir doulcement qui est l'imprimeur 
qui a imprimé ung livre traduict de latin en 
françoys faict à Londres contre la royne 
d'Escosse madame ma fille : et cependant faire 

1 Le livre auquel elle l'ail allusion esl la Détection tle 
Burhanan, livre publié en latin,* en anglais et en écos- 
sais, et dontune traduction française venait de paraître. 
Pour lui donner le crédit qui lui manquait, lord Bur- 
ghley, dans un écrit intitulé Lettre d'un habitant de 
Londres à un ami", avait vanté le lalenl de Bucbanan, 
et c'est lui qui en avait fait répandre en France de 
nombreux exemplaires. Il n'y a pas à en douter : trj'ai 
jugé à propos, écrivait-il à Walsingham , de vous envoyer 
ce petit traité, récemment imprimé en latin et qui doit, 
à ce que j'apprends, être traduit en anglais avec beau- 
coup d'additions "n , el procédé non moins cruel , un exem- 
plaire de ce libelle fut remis à Marie Stuarl. -J'avoy 
demandé ung prestre, écrit-elle à La Motbe-Fénelon , 
le 22 novembre 1071, pour ni administrer le saint 
sacrement, et, en Testât où je suis, me renger du toul 
ce qui peult nuire à ma conscience, et ledict Ballmau. 
qui estoit porteur de ma lettre, m'a rapporté en lieu de 
consolation ung livre diffamatoire par un athée Bucca- 
nan, duquel cognoissant l'impiété, je vous priois, 
t'anné passée, faire ce tant à l'endroit de cesle royne, 
qu'il ne fust laissé ausprés de mon lilz. Si l'on s'efforce 
me faire injure en ce qui constitue mon royaume, ma 
personne et mou honneur, je ne le trouve plus estrange, 
puisque en malice il déclare autre ce qui est de l'àme'.» 
Charles IX, recevant des mains de La Motbe-Fénelon 
l'édition anglaise, lui avait répondu, le i5 novembre 
1571 : «L'aigreur de la reine Elisabeth à l'encontre de 
ma belle-sœur est plus grande que jamais et notamment 
en ce qu'elle a dernièrement permis estre imprimé le 
livre que vous m'avez envoyé, duquel l'imputation seule 

• The copie of a letler uritleu by one in London to his friend. 
(Goodail, t. Il, p. 3i4, 38 1 . ) 

b Di&T's. P- lG '- 

c LabanotT, Lettres tk Marie Stuart, t. IV, p. 6 , 5. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



93 



prendre et brusler secrettement et sans bruict 
tout ce qui se pourra trouver desdiclz livres, 
faisant faire aussy soubz main deffences à tous 
imprimeurs en imprimer, soubz telles peines 
que vous adviserez, de sorte que, s il est pos- 
sible, il n'en demeure un seul formulaire el 
vous ferez chose que le Roy mondict fils et 
moy aurons fort agréable, priant Dieu, Mon- 
sieur le Président, que vous aye en sa saincte 
et digne garde. 

Escript à Bloys le xiii""* jour de mars 

1072. 

Caterine. 

PlNART. 

est si honteuse et tant au déshonneur de madicte belle- 
sœur que, gardant le respect qui doit estre entre tous 
princes et princesses, elle ne pouvoil jamais souffrir avec 
raison ledict livre estre mis en lumière, quelqu'inimitié 
qu'elle lui porte; désirant à cette occasion que vous in- 
sistiez envers madicte bonne sœur de faire défendre et 
censurer ledict livre-, car, encores qu'il ait jà coureu par 
le monde qui en aura esté imbu , croyant assez souvent 
plustol le mensonge que la vérité, pour le moins elle 
connoistra par ladite instance que je ne puis entendre 
que avec grand regret qu'elle ait souffert un si vilain 
écrit estre publié d'une personne de laquelle, pour la 
qualité qu'elle a de princesse, sa proche parente, elle 
devoit avoir l'honneur plus recommandé, aussy pour 
avoir eu mon alliance (ayant esté femme de mon frère 
aisné), sans se montrer en cest endroict si avant vaincue 
de la hayne qu'elle luy porte qu'elle luy ayt fait oublier 
ce qui étoit de sa grandeur el dignité.» Le 5 décembre 
suivant, La Molhe-Fénelon avait écrit à Catherine : r J'es- 
père aller trouver la reine demain et ne fauldray de luy 
insister qu'elle veuille faire supprimer ce livre qui a 
esté imprimé dans cette ville contre l'honneur de la 
royne d'Escosse, lequel livre a esté de nouveau imprimé 
en anglois, avec l'adjonction de quelques rithmes fran- 
çoises, qu'on impute à ladicte daine, qui sont pires que 
tout le demeurant du livre. n (Correspond. Je La Mothe- 
Fénelon, t. IV, p. 3oi.) 



1572. — aa mars. 

Aut. Bibl. nal. fonJs français . n° îoaflo, f" s3. 

A MON 'COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE NEMOURS. 

Mon cousin , j'é reseu vostre lettre par No- 
clielle et veu cet que me mandés et vous prie 
vous asurer que n'aurés jeamès parente qui 
aye plus en recomendation cet qui vous toucbe 
que je ay, et n'i aubliré rien de cet que je y doys , 
et vous en reposés sur moy et n'en douctés. 
Je pansovs vous voyr aveques vostre femme; 
mes, à cet que ma dist cet porteur, vous 
volés encore ayséier de vous guérir. Je prie 
à Dieu qu'il vous en fase la grase et que 
puisiés aystre bien tost ysi aussi sayn que 
le désirés; et pour se que cet porteur vous 
dire toutes noveles, je ne vous fa_yré la pré- 
sanle plus longue, après vous avoyr prié de 
vous haster de vous guérir afin de nous venir 
plus tost trover; car nous enn alons dan sis 
semaynes hà Fonteinebleau, au la royne ma 
fille fayré ces couches; et je m'aseure que 
cerés bien ayse de cete novelle qu'elle souit 
prose; car au movns nous serons asseurés 
que la rase contineuré et m'aseure que ceré 
lousjour pour vous reconestre pour cet que 
vous et les vostres leurs estes. 

De Bloys, cet x\n e jour de mars 1672. 
Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



1572. — 28 mars. 
Orig. Archives tlu Valican , n° ia5. 
A NOSTRE TRÈS SA1NCT PÈRE 

LE PAPE. 

Très Sainct Père, il y a environ deux ans 
nous avons eu un procès pendant à la rôle 
pour raison d'un crédit de vingt mil escus 
mis sur le mont de piété par nos prédéces- 



\)'l 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICTS. 



seurs el pour ce que nous ;«\ mis besoin de 
rostre faveur et autorité pour accélérer le ju- 
gemenl dudicl procèa, nous vous supplions 
autant affectueusement que faire pouvons que 
le lniii plaisir de Vostre Sainteté soil de com- 
mander bien expressément que le procès soil 
iruidé el <|uc sentence soil donnée le plus lost 
qu'il se pourra, afin que ledit procès puisse 
prendre fin et que justice soil faite et admi- 
nistrée sans longueur, comme nous avons 
donné charge au sieur de Ferai/, ambassadeur 
du lio\ oestre très cher sieur et filz, vous prier 
de uostre part, dont nous vous supplions le 
croire comme noUs-mesmé; priant le Créateur 
qu'il veuille longuement conserver Vostre 
Sainteté au gouvernement de nostre safncte 
mère l'Église. 

Au boisde Vineennes, le xxviu'jour de mars 
i 572. 

Vostre dévote fille, la mère du Roy, 

Caterine. 



1572. — 29 mars. 
Copie. Bibl. nat. fonds français, n" 10754, p. i3l3. 

A MONSIEUR DE FOURQUEVAUX. 

Monsieur de Forquevauls, par la lettre que 
le Roy monsieur mon fils vous escript pré- 
sentement ' vous entendrez comme c'est seul- 
lemeni pour vous advertir de la réception de 
la vostre du quatorziesme de ce mois, espé- 
ra ni de vous voir bien tost de deçà, comme 
vous luv avez mandé de vous y en venir le 
trouver, qui le garde et moy aussi de vous 
faire la présente plus longue, priant Dieu, 
Monsieur de Fourquevauls, vous avoir en sa 
-ai nclc cl digne garde. 

Escript à Bloys,le vingt ueufviesme jour de 

mai>l5 7 2 - Catkh.nk. 

1 Le Roi lui annonce que M. de Saint-Goart part 
pour le remplacer. [Même rolumè, (* 1 3i a.) 



1572. — 2g mars. 

Copie. lîibl. nat. londs franrais , n° 9704, f° && 1 

A MONSIEUR DE MANDELOT. 

Monsieur de Mandelot, la bonne voulante el 
affection que j'aj toujours congne'ue en vous 

par effect en tout ce qui louche et concerne 
le Service du Kov monsieur mon filz et le 
mini me donne occasion de nf adresser à vous 
avant tous ceulx desquelz je puis par raison 
espérer d'avoir service notable autanl que le 
besoing et la nécessité des affaires dudicl sei- 
gneur le requièrent, el sur l'asseurance que 
j'en ay eu vous, je vous ay bien voulu escrire 
la présente pour vous prier, sur tous les plai- 
sirs et services que vous désirez faire au lîov 
mondict sieur et filz el à moy, de faire recou- 
vrer à change ou intérêts la somme de ceul 
mille livres, s'il est possible, ou pour le 
moins quatre vingtz mil livres au Kov mondirl 
sieur cl filz pour subvenir à la nécessité de 
ses affaires, el alliu que vous puissiez faire ce 
service si grand et à propos à ung tel besoin;; 
que celluy qui s'offre présentement, je vous 
prie y emploier tous les moyens que vous 
pourrez avoir, tant de vous que de voz amys el 
regarder de les prendre à tel pris et à tel 
terme el temps de payement que vous jugerez 
le pouvoir recouvrer des marchans, soil pour 
en estre payé à la Saincl-Jehau prochaine ou 
aux payemens de la foire de Toussainclz ou 
autre plus bref ou plus long terme que vous 
adviserez, pourveu que ledict terme ne soil 
moindre de trois mois, si vous le prenez à 
mterest, ou au pris que vaudra sur le change 
pour foyre si vous le prenez pour les payemens 
de ladicte foyre de Toussainclz; et affin que je 
puisse estre asseurée de ce qui se pourra es- 
pérer de cest affaire par vostre moyen, je 
vnu> prie m'en donner advis dedans le prochain 
liimly après Pasques, vous asseurant (pi il n y 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉD1GIS. 



95 



aura point de faillie que je ne face rembour- 
ser ladicte somme avec l'intéi-est au terme 
que vous me manderez; et je vous promectz et 
m'en oblige en mon propre et prive' nom, et 
vous prie de croire que j'aimerois mieulx avoir 
perdu deux fois autant que d'avoir failly au 
remboursement de ladicte somme et des inté- 
rests que vous aurez promis au temps qui sera 
convenu. J'ay donne' si bon ordre au payement 
des vn m ii c et tant de livres que vous avez faict 
payer pour moy à Lyon qu'il n'y aura point 
de faulte qu'il n'y soit entièrement satisfaict; 
et sur l'asseurance que j'ay en voslre bonne 
volonté et le moyen que vous avez par de là 
je ne vous en l'eray plus ample recommanda- 
tions et prierny Dieu , Monsieur de Mandelot , 
vous tenir en sa saincte garde. 

Escript à Bloys. le xix mars 1872. 

Caterine. 
Chanterku'. 

Monsieur de Mandelot, si vous prenez 
ladicte somme à intérestz, je vous prie que le 
terme de payement ne soit moindre que de 
Irovs mois et que ce soit avec le moindre in- 
te'rest (pie vous pourrez , dont je me remetz à 
\011s. 



1572. — 3i mars. 

Ol%. Bibl. nat. fonds Dupuy, a" Sol, f 97 r°. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRESIDEXT ES L4 COURT DE PARLEMENT DU ROI. 

Monsieur le Président, j'ay pourveu maistre 
Vincent Odry de l'office de lieutenant général 
en mon conte' et bailliage de Gyen par la ré- 
signation qui luy en a esté faicte par maistre 
Guillaume Odry, son oncle, luy en ayant faict 
dépescber ses lettres de provision en bonne 
tonne, pour lequel office il a preste le ser- 



ment par devant mon chancelier, et d'autant 
(jue, pour le regard des cas royaulx et privi- 
leiges, il luy est encore nécessaire de prester 
aultre nouveau serment en la court de parle- 
ment à Paris, je vous ay bien voulu escripre 
la présente en sa faveur et prier le recevoir 
audict serment, tant en considération des ser- 
vices faictz par sondict oncle au feu Roy Henry, 
mon très honoré seigneur et espoux, et au Roj 
înondict sieur et filz et à moy depuis trente 
deux ans en çà qu'il feust pourveu audict 
estai, m'asseuranl aussi que ledict maistre 
Vincent Odry, à l'exemple et imitation de son 
oncle, continuera à s'emploier en mes affaire 
et que je pourray recevoir contanlement de 
ses services suivant la démonstration qu'il 
m'en a desjà faicte; priant le Créateur, Mon- 
sieur le Président, vous avoir en sa saincte 
garde. 

Escript à Bloys, le dernier jour de mars 
1 07a. 

C\TERIXE. 



1572. — -? avril. 

Aut. Bibt. nal. fonds français, n° 102&0, f° 53. 

A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE NEMOURS. 

Mon cousin, je n'é voleu que cet laquay 
s'an souit retourné san set mot pour vous 
prier me volouir mender de voslre santé el 
ausi vous aseurer de selle du Roy mon fils 
et de tous mes enfeus, lesquels aveques une. 
désiron de vous revoyr bien lost en - 
conpagnie; m'aseurent que y seres mieulx 
et plus sayn que d'estre tousjour hors de 
cete conpagnie qui vous ayme et désire 
aullent de bien et de santé que vous faystes 
vous-mesmes; el ne vous pouvent menti- i 
milleure novellcs pour cet heure que l'aseu- 
rcnse de la groyse de la royne ma fille, je 



96 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



finiré la présante en cet endroyt, prient Dieu, 
mon cousin, vous donner cet que désiras. 

De Bloys, ce n eme jour d'avril 157a. 

\ ostre bonne cousine, 

Caterine. 



1572. — 3 avril. 
Copie. Bibl. nat. fonds Moreau , n° 71g. P 3. 

A MONSIEUR DU CROC. 

Monsieur du Croc, vous estes si advise' et 
avez tant de cognoissance des affaires d'Escosse 
et aussy de l'intention du Rov monsieur mon 
(ils en la charge que nous vous avons com- 
mise ', qu'il n'est besoing vous l'aire redicte 
de tout ce que le Roy mondict sieur et fils 
vous mande ; aussy ne sera ce petit mot que 
pour vous dire que je suis bien tnarrye que 
nous ne pouvons faire pour la liberté' de ma 
fille la royne d'Escosse ce que nous désirons 
envers la royne d'Angleterre; mais puisque 
cette nouvelle occasion d'aigreur de ladicte 
royne d'Angleterre contre elle est advenue, 
et que conformément à ce que vous mesme 
nous mandez, si nous continuons d'en faire 
instance, on lu\ fera plus de préjudice que 
de bien, estant besoing de différer pour celle 
heure, ayant le Roy mondict sieur et fils 
commandé expressément au s r de la Mot lie 
de s'enquérir souvent de sa santé et de faire 
en sorte par prières que l'on la Iraicte le 
mieulxque l'on pourra, donlje m'asseure qu'il 
s'acquittera bien soigneusement, et que, de 
vostre pari, vous ferez aussy tout ce que vous 
pourrez en Escosse pour l'establissement de 
la paix, et que le petit prince, son fils, soit 
nourry en nostre affection et bonne amitié, et 

1 Voir dans le Calendar nf State papert (i55a) les 
instructions données à Du Croc, et, dans le même vo- 
lume, toutes les lettres qui font mention de sa mission 
en Ecosse, p. 87, 91, 9/4, 97, 99, toi, io5. 



au demeurant que nous ayons de vos nou- 
velles le plus souvent que vous pourrez, sien 
avez le moyen. Priant Dieu, Monsieur du 
Croc, vous avoir en sa saincte et digne garde. 
Escript à Blois. ce m" jour d'apvril i5t3. 

Caterive. 



1572.— ta avril. 

(ïrig. Bibl. imp. de Saint-Pélersbouig , vol. XVIJ1 . P -3. 

A MONSIEUR DE HAUTEFORT, 

CONSEILLE!! DD ROY MON KILZ E\ SON CONSEIL PB1TÉ , 
PBBHIBB PRÉSIDENT DD PARLEMENT EN SA COUR DE DiUPHUfB '. 

■ ■ 

Monsieur de Hautefort, j'ay esté très ayse 
d'avoir sceu ce que vous me mandez par vos 
lettres du 1111 e de ce mois, espérant, puisque 
vous estes party avec intention de faire vostre 
voyage en Suisse, que vous y ferez ung bon et 
notable service au Roy monsieur mon Gis, 
qui 11'eust peu y envoyer personne qui se fus! 
emploie avec plus d'affection que vous ferez, 
chose dont je vous prie de vous asseurer que 
luv et moy aurons à jamais souvenance de 
voz services pour les recognoistre en ce qui 
s'offrira pour vostre contentement, priant 
Dieu, Monsieur de Hautefort, vous avoir en 
sa saincte garde. 

Escript à Clienonceaux, le xn r jour d'a- 
vril 1 572. 

Caterine. 



1572. — 16 avril. 
Minute. Bibl. nat. fonds français, n° 16106, f° 36. 

A MONSIEUR DE SAINTGOUARD. 

Monsieur de S' Gouard, vous verrez par la 
lettre que le Roy monsieur mon filz vous es- 
cript pour quelles causes ce courrier vous est 
dépesché, de quoy je ne vous feray redite 

1 Frère de M. de Bellièvre. 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



97 



et me suffira, faisant response à la vostre 
du xin cn " de mars, vous advertir que ceste 
tavaiolle 1 qui ne s'est retrouve'e en laquesse 2 
que j'ay envoye'e à mes petites-filles, a esté 
oublyée à eslre mise avecques les autres be- 
songnes et en ay sceu la faulte. Je vous prie 
les visiter souvent et me mander les nouvelles 
de leur santé et disposition. Quand vous irez 
veoir le Roy Catholique de la part du Roy 
mondict sieur et filz, vous le prierez bien dex- 
trement les avoir en toutes bonnes recom- 
mandations, encore que veuillez croire n'y 
estre besoing le luy ramenlavoir. Au surplus 
le Roy mondict sieur et fils entend que vous 
luy escriviez plus souvent que n'avez faict de- 
puis que vous estes par delà, n'ayant rien 
reçu de vous depuis celle du xin 3 . 

1 Linge d'église garni de dentelles dont on se sert 
pour le pain bénit ou un baplème. 

5 Quesse, caisse. 

3 Voici la lettre de Saint -Goard qui s'était croisée 
avec celle de la Reine mère : 

<t Madame, encore que je aye escript à Vostre Ma- 
jesté avecque la despesche que je foys au Roy, si ay-je 
voullu encore luy escripre sete-si et luy dire, comme 
je cstois faisant ma despeclie, le secrétaire Cayes m'est 
Tenu visiter, lequel n'a failli me parler du mariage de 
Madame et de Monsieur le prinse de Navarre, le blâ- 
mant infiniment, et se atacbant bien fort à la roine de 
Navarre, se ébéissant comment une si sage prinsese 
comme vous n'avoit plus lost voullu eslire pour parti de 
Son Altesse un roy tel que esloyt seluy de Portugal, que 
non seluy dont il n'avoit nulle comparaison et de plus 
tous les subsons que tel bien et honneur ne luy don- 
nast moyen à l'avenir de faire pis que jusques à sete 
heure il n'avoit faict, se eschoffant, extrêmement sur 
sete matière, et me disant que estoit affection qu'il 
portoit à Vostre Majesté et au Roy ; à quoy je luy voulus 
respondre que sertenement je croyois qu'il avoit bon 
zèle, mais aussi que je croyois qu'il n'estoit pas bien in- 
formé que Vostre Majesté traictant avecque toute vérité et 
intégrité ce mariage, elle y avoit esté trompée et que 
le Roy le connoisant s'en estoit desdigné, mesme comme 
de nouveau il apparoissoit en la dernière pratique qui 
avoit esté, escripvant le Roy Catholique à Vostre Ma- 

CtTHERlNE DE MÉDICIS. IV. 



1572. — aa avril. 

Orig. Recortl office, State papen, France, vol. LU. 

A TRÈS HAULTE, TRÈS EXCELLENTE 

ET TRÈS PUISSANTE PRINCESSE, 

KOSTRE TRES CHERE ET THES AMÉE SECR ET COUSINE 

LA ROYNE D'ANGLETERRE. 

Très haulte, très excellente et très puis- 
sante princesse, nostre très chère et très amée 
bonne sœur et cousine, encores que par les 
lettres que nostre très cher sieur et filz 
vous escript et que vous pourra aussi faire 
entendre le sieur de Smith, vostre ambassa- 
deur, présent porteur, qui s'en retourne par 
devers vous, il vous soit aisé à juger combien 
nous avons de plaisir et contentement que le 
succès de la nouvelle alliance, ligue et confé- 
dération qui s'est faite et négociée entre les 

jestépar le père jesuiste , qui ne touchoit que les mesmes 
el premières pratiques, se donnant à entendre que le 
roi de Portugal ne se poulvoit marier de dix ans, chose 
qui se devoit tenir pour ridicule, vu l'âge de Son Altesse 
et beauté, et se esbahit que telle chose eut esté dite et 
me dit que jamais le roy son maistre n'avoit donné 
telle charge et que il en avoit fait les instructions, et me 
demanda si je estois bien assuré que l'on eust dit telle 
chause à Vostre Majesté. Je lui dis que oui et que elle 
me l'avoit escript. 11 me demanda si je n'en avois rien 
dit au roy son maistre et luy dis que oui et qu'il m'a- 
voit respondu que ce négoce estoit es mains du pape. Il 
dit se esbair de telle chose et encore qu'il ne pouvoit 
croire que pour cela vous voulussiez faire ce mariage de 
M r le prinse, attendu qu'il y eu avoit bien d'autres, 
quand du tout l'espéranse de celuy de Portugal seroit 
perdu , ayant l'Empereur de beaus enfants et prêts à ma- 
rier, ce que se pourrait facilement ménager ; à quoy je 
voulus bien respondre que Son Altesse estoit telle et de 
telle maison que elle ne rechercheroit jamais les maris 
et que je croyois ausi que nous aurions bientôt nou- 
velles que elle seroit mariée, et que je m'assurois, sis'es- 
toit à M. le prinse de Navarre, comme je croyois, que 
avant que se fust long temps, l'on perderoit cette mau- 
vaise opinion que je voyois que de sa l'on avoit de luy, 
parce qu'il estoit né à toutes bonnes choses.» (Même 
volume, f 22.) 

i3 



UP TU ME ME SATIOIAl E, 



98 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDIGIS. 



députés de nostredict sieur el filz et vos am- 
bassadeurs soit conclu et arresté 1 , et le grand 
désir et affection que nous avons d'y demou- 
rer fermes el de la voir par quelque bonne 
occasion plustost augmenter que diminuer, 
ainsi que vous entendrez plus amplement par 
ledict sieur Smith, qui sera cause que, nous 
en remettant à luy, nous n'estendrons celle-ry 
davantaige, si n'est pour vous dire que Dieu 
continuant de plus en plus ses grâces et béné- 
dictions en ce royaulme y a apporte' la confir- 
mation et ratification du repos par le mariage 
conclu et arresté entre ma très chère et ame'e 
fille Marguerite el noslre très cher et amé filz 
le roy de Navarre, dont nous attendons aussi 
ung commun bien et universel, qui nous faict 
croire et asseurer que vous entendrez ceste 

1 Le même jour, de son côté, Walsinghani écrivait à 
Lord Rurghley : «Vous verrez par la lettre de M. le 
chevalier Smith la principale accroche qui a retardé la 
conclusion de la ligue. MM. de Montmorency et de Foix 
y ont travaillé efficacement et avec ardeur. Le Roi a 
paru fort résolu sur la matière, comme il fait en tout 
ce qui concerne son honneur et son intérest. Vous ne 
devez pas craindre que les préparatifs de Strozzi * re- 
gardent ou l'Ecosse ou l'Irlande. Les principaux qui gui- 
dent le Roy sont très bien intentionnés pour Sa Majesté. 
On a tenu depuis peu cette entreprise échouée. Le Roi 
y est résolu; sans cela elle auroit entièrement avorté. Les 
gens de robe longue craignent que cela ne produise de 
la brouille entre cette couronne et l'Espagne, el seroient 
bien faschés que le Roi s'engageasl à l'heure qu'il est dans 
une guerre, parce qu'ils appréhendent que l'administra- 
tion des affaires ne tombasl alors en d'autres mains. Au 
milieu de ces difficultés il est difficile de juger quel sera 
le dénouement de cette affaire. Les dernières nouvelles 
d'Espagne sont que le voyage du duc de Médina Cœli en 
Flandres est différé sur la seule appréhension que Strozzi 
n'entreprenne quelque chose en ces quartiers. (Mémoires 
et ambassades de Walsingham,p. n 17.) Voir dans ce même 
volume, p. 3l3, la lettre de la reine Elisabeth traçante ses 
ambassadeurs leur ligne de conduite dans la négociation 
de celte même ligue H une lettre de Smith a Burgliley, 

p. 331. 

' La flotte de Slrozzi était rassemblée à Brouage. 



nouvelle avec fort grand plaisir, et tanl plus 
nous prierons Dieu, très haulte, liés excel- 
lente et très puissante princesse, noslre très 
chère et très amée bonne seur et cousine, vous 
avoir en sa très sainte et digne garde. 

Escript à Bloys, le x.xii jour d'avril 1672. 

Vostre bonne seur et cousine, 

Caterixe. 



1572. — 26 avril. 

Orig. tiilil. nal. collect. Dupuy, a" 8oj, P 98 r°. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PDEU1SR PRESIDENT EN LA <ui HT DE, PARLEMENT DE PAIII-. 

Monsieur le Président, je pensoys que , après 
que l'édict et ampliation des petit/, sceaulx 
avoit esté publiés en la court de parlement 
sans aultres modiflicacions que celles qui sont 
contenues ez requestes de ladicte court, il en 
auroyt plus de difficulté à l'exécution dudicl 
édict et ampliation ; mais je viens tout présen- 
tement d'entendre que ladicte courl ne veult 
aulcunement pernieclre que Scipion • jouisse 
du sceau des requestes dudict pallais, combien 
qu'il ne soyt aulcunement réservé ne excepté 
par la vériffication qui eu a esté faicle, qui 
est chose qui me faicl penser que cela se faict 
plustost pour s'opposer et retarder mes des- 
seings que pour raison que puisse avoyr 
ladicte court de ce fayre; laquelle exprouver 
et réserver par ladicte vériffication et sur la- 
dicte réserve entendre l'intention du Roy 
monsieur mon filz, sans laisser cela en incer- 
titude et en la secrette voulonté de ladicte 
court. Et pour ce que telles difficultés m' 
peuvent que à relarder mes affaires el que 
tout le doinmaige qui en procède retumbe 
sur mesdictes affayres, je m'en plainctz à vous 
et vous veulx bien dire que c'est chose qui 

1 Scipion Sardini, le richissime financier qui épousa 
Isabelle de Limeuil. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



99 



me desplaist infiniment et à laquelle je vous 
prie, aultant qu'il m'est possible, de remédier 
incontinent et fayre en sorte envers ladicte 
court qu'elle n'empesche poinct ledict Scipion 
de jouir dudict sceau des requestes; car aultre- 
ment je seroys à recommencer et mes affaires 
arrestées du tout à mon grand regret et des- 
plaisir, et m'asseurant que vous m'osterez en- 
tièrement de ceste peine et que je n'en oiray 
plus parler, je prye Dieu, Monsieur ie Prési- 
dent , vous tenir en sa saincte garde. 

Escript à Bloys, le xxvi eîmc jour d'avril 
1572. 

Caterine. 
Chantereau. 



1572. — 27 avril. 
Orig. Bibl. oat. fonds Dupuy, n° 801, P 99. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PBEUIEB PRESIDENT EN LA COCR DE PARLEMENT DE PAB1S. 

Monsieur le Président , je vous ay cy-devant 
escript et faict entendre la peine en quoy 
j'estois et suis encore à présent à cause de 
l'empeschement que l'on donne à Sardiny, 
qui a contracté pour les petits sceaulx, en la 
jouissance du sceau des requestes du palais, 
et pour ce que j'ay plus de fiance en vous 
que en nul autre de la cour de parlement, et 
que je sçay que vous avez toute puissance de 
faire cesser et lever cest empeschement, je 
vous ai bien voulu faire ceste recharge pour 
vous prier estre moyen que ladicte difficulté 
soit levée et ostée, et faire en sorte que ledict 
Sardiny jouisse dudict sceau sans que j'en oye 
plus parler; mais d'aultant que c'est chose 
que j'ay fort à cueur et que je désire estre 
faict promptement, je vous prye encore ceste 
fois, si avez envye de me faire plaisir, donner 
ordre que le sieur Sardiny jouisse sans aul- 
cune difficulté dudict sceau des requestes, et 



m'asseurent de la bonne volonté qu'avez envers 
moy et ce qui me touche que vous ferez tout 
ce qu'il vous sera possible pour me rendre 
satisfaicte de ce costé-là , je ne vous en diray 
autre chose. Je prie Dieu, Monsieur le Prési- 
dent, vous tenir en sa sainte garde. 

Escript à Bloys, le xxvii cn " ! jour d'avril 
1572. 

Caterine. 
Chantereau. 



1572. —Mai 1 . 

Aut. Arch. oat. collect. Simancas. K 1517, pièce 1. 
A MADAME MA FILLE 

LA ROYNE D'ESPAGNE 2 . 

Madame ma fille, j'é voleu par la présente 
havertir Vostre Majesté cornent nous soumes 
aseurés que la royne sa seur ayst grose et ne 
le vous mende plus en doute, Dieu mersis, 
m'en réjouisant aveque Vostre Majesté comme 
délia chose de cet monde de quoy j'é la plus 
grent joye pour beaucoup de reyson et entre 
lesaultres pourvoyr la confirmation de l'amitié 
entre lé deus roys vos maris, qui et cet que 
je désire le plus, et à quoy je tacheré tousjour 
par tous les moyens que je auré ver le Roy 
mon fils de non seulement l'antertenir, mes la 
augmenter, corne je prie Vostre Majesté fayre 
de son coûté, car vous avés ysi un gage qui 
vous y donet bien le volouyr, corne ayle l'a de 
son coûté cete mesme volonté, qui me fayst 
aseurer que de nos vies l'on ne voyré guère 

1 Une lettre du commandeur Petrucci nous donne la 
date de celle ci-dessus : le 1 a mai il écrivait à François 
de Médias : a La Regina Ghristianissiraa ha sentito raoversi 
la creatura nel ventre; ma è tanlo vergonosa che non lo 
confessa che al Re, suo marito, ed a gran penaancora.n 
( Négociations diplomaties avec la Toscane, t. III , p. 77 4. ) 

2 Anne d'Autriche, la Glle ainée de l'empereur Maxi- 
milien. 

13. 



100 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉD1CIS. 



entre lé deus roys, cet que je prie à Dieu et 
hà Vostre Majesté de tenir en sa bonne grase. 
Vostre bonne mère et seur, 

Caterine. 



1572. — 10 mai. 
Orr'g. Bibl. nat. collect. Du'iuv:, n° 8oi, f° 101 r°. 

A MESSIEURS LES GENS 

TESANS LA COUBT DU ROT MONSIEUR MON T1LZ A PARIS. 

Messieurs, pour ce que mon cousin Monsieur 
de Montpensier vient de .l'ayre entendre pré- 
sentement par lectres au Roy monsieur mon 
tilz et à raoy que, par importunité d'aucuns, le 
procès qu'il a pendant pardevant vous contre 
les sieurs du Loué et du Bouchage pour raison 
de la succession de Chauvigny a esté mis sur 
le bureau sans qu'il en aict esté adverty que 
après que l'on a vacqué deux jours à l'expé- 
dition d'icelluy, et que il dictque ledict procès 
luy est de telle importance qu'il se délibère 
d'aller à Paris pouryestre, quant ledict procez 
se jugera; et que nous désirons pour l'amour 
de luy que la décision et vuidangedudict procez 
soyt sursize, affin qu'il ne luy soyt par ses 
parties faicte aucune surprinse, je vous prye 
remectre le jugement dudict procez d'icy ung 
mois dans lequel il se rendra à Paris et en pour- 
suivra luy-mesmes l'expédicion, priant Dieu, 
Messieurs, vous tenir en sa saiucte et digne 
garde l . 

Escript à Chambort, lex c jourdemay 1572. 

Caterine. 
Chantereau. 

1 Pareille lettre fut adressée et dans les mêmes termes 
par Catherine au premier président M. de Tbou. (Voir 
dans le n° 801 du fonds Dupuy, f° 100 r°. ) 



1572. — 12 mai. 
Minuit*. Bibl. nat. fonds français, n* i6ofio , f° 91. 

A MONSIEUR DE FERALS. 

AMBASSADEUR À ROME. 

Monsieur de Ferrailz, vous entendrez de 
mon cousin Monsieur le cardinal de Ferarre, 
ou de mon cousin le cardinal d'Esle l'intention 
du Roy monsieurmonfilz qu'il vous afaict assez 
particulièrement entendre, et partant vous vous 
conduirez conformément à ce qu'ilz vous di- 
ront, favorisant en l'occasion qui se présente 
mon cousin le cardinal de Ferrare en tout ce 
qu'il vous sera possible, et" je prieray Dieu, 
Monsieur de Ferrailz, vous tenir en sa garde. 

Le xii e mai 1 572 l . 

1 Charles IV, le 19 mai suivant , avait ajouté à celle 
lettre : <tM. de Ferais, depuis le parlement de vostre 
nepveu Beauville , j'ay receu vostre lettre du premier de 
ce moys par laquelle j'ay sceu la mort certaine de noslre 
S'-Père; en quoy je vous ay par voslre suzdict nepveu 
mandé mon intention. Touteffois envoient Le Fay vers mon 
cousin le grand-duc de Toscane pour l'occasion qu'il a 
charge vous dire, je luy ay commandé aller jusqu'à vous, 
tant affin de me rapporter touttes nouvelles comme pour 
faire entendre à mon cousin le cardinal de Ferrare ce qu'il 
aura fait et le devoir auquel je me suis mys pour luy ayder, 
chose qu'il exécutera suivant vostre advis, et l'instruction 
que luy donnerez. Voussçaurez de plus comment le uonce 
de Sa Sainteté m'est venu trouver en ce lieu, tant pour 
se condouloyr avecques moy de la mort de nostredict 
S'-Père, comme pour me prier au cas où le cardinal de 
Ferrare De feust et ne peust estre pape, ayder au car- 
dinal Farnèse à y parvenir. Je luy ay respondu que je 
désirois infiniment le cardinal de Ferrare estre esleu, 
soyt pour l'affection particulière que je lui porte, obli- 
gation qu'il a à ceste couronne, que pour eslre bien 
asseuré qu'il serviroit grandement la chrestienté, ayant 
telle espérienec aux affaires du monde et l'inlenlion 
grande et le zèle très grand au service de Dieu, et ac- 
croissement de l'auclorité du Saint-Siège; que n'estant 
faicl pape et ne le pouvant eslre, quand ledict cardinal 
Farnèse le serait, j'en serais bien ayse.m'asseuiant qu'il 
avoit tousjours devant les yeulx l'obligation qu'il doit 
avoir au feu roy Henry mon père, lequel ne creignist 



1572. — ia mai. 

Copie. Bibl. nat. fonds Moreau , n° 719, P* 38. 

AU COMTE DE SUSSEX. 

Monsieur le comte, mon cousin le duc de 
Montmorency et les autres ambassadeurs du 
Roy monsieur mon fils s'en allant par dellà, 
avec charge de proposer à la royne d'Angle- 
terre madame ma bonne seur et cousine les 
moyens de rendre l'amitié' et confédération 
de ces deux royaumes indissolubles, j'ay pensé" 
qu'il n'estoit que bien à propos, oultre la lettre 
que le Roy mondict filz vous escript, vous 
faire ceste-cy pour vous prier d'employer à 
l'exe'cution de cest affaire ce que nous sçavons 
que vous avez de moyens près madicte bonne 
sœur, vous asseurant que ne ferez jamais dé- 
monstration de vostre bonne affection envers 
prince qui en soit moins ingrat et recognois- 
sant que le Roy mondict filz, comme vous 
dira mondict cousin le duc de Montmorency, 
lequel je vous prie croire de ce qu'il vous en 
dira comme moy-mesmes, qui prie Dieu, 

s'attirer sur les bras une guerre pour conserver luy et les 
siens en leurs biens et grandeurs. Voilà en substance la 
responce que je luy ay faicte, laquelle ne m'oblige à 
rien et néanmoings on ne m'en peult sçavoir que bon 
gré. Je vous en avertis affin de vous en servir en 
temps et lieu.r' (Bibl. nat., fonds fiançais, n" 161&0, 
fol. 110.) 

M. de Ferais, ce jour- là même, avait écrit au 
Roi : trLes cardinaux estans entrez lundi dernier en 
conclave à si grande bastivité qu'ilz ne donnèrent pas 
seullement loysir à quatre aultres, qui vindrent en dilli- 
gence de dehors de laisser leurs bottes; ilz entrèrent en 
fort grande controverse parmy eulx pour les grandes 
brigues et menées qui y estoient et la force des bandes 
divisées; mais comme les hommes proposent et Dieu 
dispose de toutes choses, par je ne sçay quelle inspi- 
ration divine, dès le lendemain, qui fut hier, n'ayant 
demeuré que quinze heures enfermez, ilz se levèrent 
incontinent quinze ou vingt et adorèrent pour pape 
le cardinal Boncompagni.i (Bibl. nat., fonds français, 
n° 160/10, p. io4.) 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 101 

Monsieur le comte, vous avoir en sa saincte 
et digne garde. 

Escript à Chambort, le xii eme jour de may 
1572. 



Caterine. 



PlNART. 



1572. — 12 mai. 

Copie. RecorJ office, State papers , France. 

A LORD BURGHLEY. 

Monsieur de Builay, suivant ce que le Roy 
monsieur mon filz vous escript je vous prie 
de bon cueur assister mon cousin le duc de 
Montmorancy et ses autres ambassadeurs qui 
s'en vont par delà des moyens que je sçay 
qu'avez pour faire réussir la négociation dont 
ilz ont charge. Ce sera par ce moyen rendre 
l'amityé d'entre monsieur mon filz et la royne 
ma bonne seur et cousine, vostre souveraine, 
indissoluble, comme je sçay que vous estes 
bien, enclin et disposé à la veoir fortiffier et 
accroistre, vous asseurant que le Roy mondict 
filz vous sçaura tant de gré des bons offices 
que vous ferez en cella pour le commung bien 
de ces deux royaumes, et le fera si bien re- 
cognoistre en vostre endroict que vous aurez 
grande occasion d'en demourer content et 
satisfaict, ainsy que vous pourrez plus avant 
entendre de mondict cousin le duc de Montmo- 
rancy et du s r de Foix mon cousin, lesquelzje 
vous prie croire de ce qu'ilz vous en diront 
comme moy-mesmes, qui prie Dieu, Monsieur 
de Rurlay, vous avoir en sa saincte et digne 
garde. 

Escript à Chambort, le xu e jour de mai 
1572. 

Caterine. 

PlNART. 



102 



LETTRES DE CATHERINE DE MED1C1S. 



1572.— 16 mai. 

Urig. Arch. des Médicis à Florence, cart. VI, n° 33i. 
A MON COUSIN 

M" LE GRAND-DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, j'ay rcceu la lettre qui m'a 
esté baillée par vostre ambassadeur et ay veu 
la bonne intention que avez au repos de la 
chresticnté, qui est tout ce que nous dési- 
rons, aussy que pour estre si confiante en 
cette volonté je veux croire que Dieu nous 
assistera avec vostre aide à faire ung pape 
(jui sera pour la .satisfaction et le repos de 
lout le monde, tel qu'il nous est nécessaire; 
car je pense qu'il ne fut jamais plus besoing, 
toutes cboses estant comme elles sont, d'avoir 
ung pontife homme de Dieu et de bien, et 
n'ayant esgard que à maintenir la paix et le 
repos; car aultrenient il ne pourrait conserver 
ny son autorité ny que notre religion ne soit 
diminuée; et, me fiant à vostre sainte inten- 
tionné ne vous en diray davantaige, et me re- 
mettant à ce que le Roy et moy vous avons 
fait entendre par son ambassadeur résidant à 
Rome et aussy pour quelque chose que je luy 
ay mandé par un secrétaire, je feray fin, 
priant Dieu vous donner ce que désirez. 

De Chenonceaulx, le xiv c may 1672. 

Vostre bonne cousine, 

Gaterine. 



1572. — 17 mai. 

Imprimé daos les Négociations avec la Toscane, t. III , f° 775. 

AU COMMANDEUR PETRUCCI, 

AMBASSADEUR DE TOSCANE. 

M. l'ambasciatore, mando questo portore 
dal Grau Duca, per l'occasione che io vi dire 
in questa di mia mano, che è per mcllervi 
in considerazione quel ch' io ho pensato dipoi , 
la partita del nostro secretario : cioè che li 



vo.-tri padroni conoschinoche in questa occa- 
sione di far un Papa, aitando a esser il car- 
dinal di Ferrara, che questo puô riunire 
insieme tutti li principi d'Italia, e nella 
nostra amieizia; che penso che, quando sola- 
mente si riunissin Ira loro, che questo sarebbe 
un gran bene per tutti, e per assicurar un 
riposô alla cristianita; ed, essendomi venuta 
questa considerazione, vel' ho voluto scrivere 
e pregarvi la faciate sapere a' vostri padroni, 
ancora che io ho dalocarica a questo portore, 
che, in caso che il Gran Duca non voglia 
esser contro il cardinale di Ferrara, ma aiu- 
tarlo, afin che atteuga la'promessa che ilsuo 
nipote m' ha fatta, a suo nome, d' essere lor 
amico, che se ne vadi il nostro ambasciatore 
a Roma , e che ne tiri una promessa di mano 
del cardinal di Ferrara, innanzi che sia assi- 
curato di quello che averà promesso il Gran 
Duca, e che me la mandi per conservala; 
perche non lo voglio ingannar in modo nes- 
suno; e vi prego ad assicurarnelo da mia 
parte, faro fine, pregando Dio evervi in sua 
guardia. 

Ghenonceaux, 17 di maggio 1672. 

Gaterixa. 



1572. — a5 mai. 

Orig. Cibl. nat. collect. Dupuy, n° 8oi, f" 103 r". 

A MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRÉSIDENT EN LA COURT DB PARLEMENT DE PARIS. 

Monsieur le Président, le Roy monsieur 
mon filz respond si particulièrement à vos 
lectres des xvu csnie et xxii 05 " 10 jours de ce pré- 
sent moys que je ne sçauroys sans redicle 
aulcune chose adjouster; bien vous veulx-je 
prier de tenir la main très instamment à la 
publication de l'édict de la pollice des draps 
et des lectres patentes de la révocation des 
procureurs comme chose très nécessaire et 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



103 



qui importe au bien de ses affayres et service, 

chose qu'en ce faysant nous aurons bien 

agréable, priant Dieu, Monsieur le Président, 

vous avoyr en sa saincte et digne garde. 

Escript à Montpipeau , le xxv"*"" 3 jour de may 

1572. 

Caterine. 

PlNART. 



1572. — 26 mai. 

Orig. Bibl. aat. collect. Dupuy, n" 801, P io3 r". 

A MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRÉSIDENT ES LA COCR DE PARLEMENT DE PARIS. 

Monsieur le Président, vous verrez ce que 
le Roy monsieur mon filz vous escript tou- 
chant le différent d'entre le Chastellet et les 
prévost des marchans et eschevins de la ville 
de Paris: et pour ce qu'il désire que toutes 
choses demeurent en surséance jusqu'à ce 
qu'il soyt par delà, je vous prie, de ma part, 
tenir la main à ce qu'il ne se face rien en ceste 
affayre que nous n'ayons parlé à vous, qui 
est chose que je désire bien fort, priant Dieu, 
Monsieur le Président, vous tenir en sa saincte 
garde. 

Escript à Montpipeau, le nvi 8 "' jour de 

may 1572. 

Caterine. 

Chantereau. 

1572. — 38 mai. 
Orig. Bibl. nat. fonds français, Cinq cenfcs Colbert, n° 471, f° 79. 

A MONSIEUR DE MAUVISSIERE. 

Monsieur de Mauvissiere, c'a esté bien faict 
à vous de vous acheminer à Boullongne pour 
y recepvoir les sieurs Anglois qui viennent de 
la part de la royne d'Angleterre madame ma 
bonne seur et cousine ', et les conduire jusques 

1 Elle fait allusion à l'amiral lord Lincoln qui venait 



à ce qu'ilz soient arrivez où nous serons, sui- 
vant ce que le Roy monsieur mon filz vous a 
escript ces jours passez, et vous prie vous y 
conduire le plus à la réputation de mondict 
filz et satisfaction desdictz Anglois qu'il vous 
sera possible, nous donnant au demeurant 
advis incontinant que lesdietz Anglois seront 
arrivez à Boullongne, du jour qu'ilz en devront 
partir et combien de jours ilz pourront estre 
au chasteau de Boullongne et quel chemyn ilz 
devront tenir, affin que nous ne soyons sur- 
prins. Il me reste à vous dire que j'ay esté byen 
ayse de veoir l'advis que me donnez par vos- 
dictes lettres et me ferez tousjours plaisir de 
m'advertir des choses que vous estimerez tou- 
cher le bien des affaires du Roy mondict filz, 
et n'ayant pour le présent de quoy vous faire 
ceste-cy plus longue je prieray Dieu, Mon- 
sieur de Mauvissiere, qu'il vous ayten sa saincte 
et digne garde. 

Escript à Montpipeau, ce xxviii eme de may 

1572. 

Caterine. 

Pinart. 



1572. — 5 juin. 

Copie. Bibl. nat. fonds Moreau , n° 719, f* 3C. 
A MADAME MA SOEUR 

LA ROYNE D'ANGLETERRE. 

Madame, envoyant le Roy mon fils le duc 
de Montmorency et le sieur de Foix mon 
cousin\ n'ay voulu par la présente, oultre ce 

en France pour la ratification du traité de la récente ligue 
et recevoir le serment de Charles IX. (Voir dans les Am- 
bassades de Walsingham , p. 291, les instructions datées 
du 25 mai qu'à son départ pour la France Lincoln 
reçut d'Elisabeth.) 

1 Voir dans le n° 17973 du fonds français le «Som- 
maire discours de la négociation de MM. de Montmo- 
rency, de Foix et La Mothe-Fénelon en Angleterre, 
et principalement les propos échangés avec la reine 



10/. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



que je leur ay prie' vous dire de ma part, 
lin déclarer l'nyse et plaisir que je ressens 
et ay de voir confirmée et renouvellée une 
si bonne et si ferme amytié entre vous et le 
Roy mon lils, lequel l'embrasse de telle affec- 
tion qu'il désire par tous moyens la faire 
immortelle, comme aussy je le désire, de 
mon coslé, qui me fait désirer que ainsy que 
ne voulons y espargner rien pour ccst affaire, 
que je vouldrois que Dieu m'eut fayte si bcu- 
reuse que chose venant du Roy mondict sieur 
et de moy vous peut eslre si agréable, comme 
de bon cœur avons donné charge auxdicls 
sieurs nos cousins de le vous offrir pour vous 
en servir de mary ou de fils, ainsy qu'il vous 
plaira, et si avions quelque aultrc chose plus 
chère que celle-cy, qui est mon fils le duc, 
d'aussy bon cœur et volonté nous vous l'offri- 
rions; car j'ay toujours désiré pouvoir avoir 
cet heur et honneur, que, ainsy que je vous 
aime comme mère sa fille, que par une si 
heureuse occasion je me puisse nommer telle, 
et, me remectant à ce qu'ilz vous en diront 
de nostre part, feray fin, priant Dieu que 
puissiez congnoislre par effect l'amitié et 
affection que vous porte 

Vostre bonne sœur cl cousine, 

Caterjne. 



1572. — 16 juin. 

Orig. Bibl. nat. fonds français , n° 33i8 , f 58. 

A MONSIEUR DE VULCOB. 

Monsieur de Vulcob, nous avons veu ce que 
nous avez escript par ceste dépesche du vingt- 
quatriesme du passé de Pestât auquel sont 
réduicles les choses entre les Pollonois et les 
Turcs et Tarlares, ce que aussy m'avez en 
particulier escript avoir obtenu de l'Empereur 

Elisabeth sur le fait de son projet de mariage avec 

M. h' duc d'Alencon. n 



le chaslelain Massa pour son maistre, et ne 
vous puis celer que le Roy monsieur mon filz 
est grandement satisfaict du bon debvoir dont 
vous usez à le tenir adverty de toutes les choses 
qui occurent de par delà 1 , et luy ferez service 
bien fort agréable d'y continuer, priant Dieu, 

1 Une lettre de Charles IX à Vulcob, datée également 
du 1G juin, complète celle de Catherine : nM.de Vulcob, 
par ma dernière dépesche je vous ay adverty de la récep- 
tion des vostres des dix et dix-septième de may; depuis 
lesquelles j'ai receu celle du vingt-quatriesme et veu ce 
que me mandez de la continuation de l'indisposition de 
mon cousin le duc de Bavière, de laquelle il y a occasion 
de doubler grandement, veu quej'on le veoyt aller tous- 
jours en diminuant, ayant aussi entendu ce que lors il 
esloit venu d'advis de Varsovie de Testât auquel les 
affaires estoient réduietz entre les Turcs et Polonoys et 
semblablement la maladye du roy de Polongne qui l'avoil 
empesché de donner audience au Chaoux envoyé vers 
luy de la pari du Grand Seigneur et au cardinal Com- 
mendon, duquel je seray bien ayse d'entendre la responce 
qu'il aura pour le faict de la ligue à laquelle il semble 
que les Palatins du pays condescendent que ledict roy 
entre, et les ecclésiastiques de contraire opinion. Vous 
me faictes service agréable de me donner ainsi advis par- 
liculier de toutes choses; à quoy je vous prie de continuer 
ainsi soigneusement que avez bien sceu faire jusques ici. 
J'ay nouvelles du costé des Pays-Bas que les affaires des 
Gueux vont toujours en empirant et que mesmes ceulx 
qui sont dedans Montz se trouvent aujourd'huy assiégez 
de lous costez avec peu d'espérance de se pouvoir garder 
d'estre pris et la ville réduicte en l'obéissance du duc 
d'Albe , qui ne sera que ce que l'on peult actendre de sem- 
blables malheureuses entreprinses et le juste jugement de 
Dieu envers ceulx qui s'eslevent contre l'auctorité de leur 
prynce, cherchant toujours, pour ma part, à faire donner 
tout le meilleur ordre que je puis pour engarder que au- 
cuns de mes subjects de la nouvelle opinion ne sortent hors 
de mon royaume au secours de cesdicts Gueux, tant je 
blasme leurs malheureux desseings cl désire empescher 
qu'il ne survienne chose qui puisse apporter altération 
à la bonne et sincère amitié que j'ay avec le Roy Callm- 
licque. Au surplus je vousdiray que la reyne ma femme 
continue à se bien porter de sa grossesse. 1 (Bibl. nat., 
fond'* franc., n" 33 1 8 , f 33.) Voir dans les Cinq cents 
du fonds Colbert, n" 3g, les lettres de \ulcob des 10 
et 39 mai. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIC1S. 



105 



Monsieur de Vulcob , qu'il vous ait en sa saincte 
garde. 

Escript au chasteau de Bouiongne, le xvi c 
jour de juiiig 1672. 

Caterine. 
Brulart. 



1572. — 21 juin. 

Orig. Record office, State papers. France, vol. LUI. 
\ MADAME MA SOEUR 

LA ROYNE D'ANGLETERRE. 

Très haulte, très excellente et très puissante 
princesse, nostre très chère et très amée bonne 
sœur et cousine, nous avons si grande affection 
non seulement en la continuation de la parfaite 
amitié' d'entre le Roy noslre très cher sieur et 
filz et voz royaumes et communs subjects, mais 
aussi de veoir qu'elle puisse augmenter et estre 
à jamais indisoluble par quelque plus belle 
occasion que vous pourrez croire et estre 
asseure'e que tout ainsi, comme nous avons 
de noslre part faict entièrement tout ce qui 
nous a este' possible pour la conclusion dudict 
traite', en espérance queceseroit uug commen- 
cement qui nous amènerait à plus grande for- 
tification d'amitié, que tout de mesme nous 
tiendrons la main à l'entier entreténement 
d'iceluy suivant le serment qu'en a preste mon- 
dict filz, comme nous en espérons le semblable 
de vostre part, vous priant, aultant qu'il vous 
est possible, le croire ainsy et que nous esti- 
merions à bien grant heur qu'il pleust à Dieu 
permettre qu'encore par plus estroits liens nous 
puissions faire apparoistre davantaige combien 
en nostre particulier nous vous estimons et 
avons en affection et à vous dire vray autant 
que ma propre fille, puisqu'il vous plaist bien 
que nous vous appelions ainsi, remectant le 
surplus au sieur comte de Lincoln 1 , grant 

1 Dans une lettre à lord Burghley, datée du 23 juin, 
Walsingham lui annonce que lord Lincoln, après avoir 

CATHERINE de MÉD1CIS. IV. 



admyral d'Angleterre, priant Dieu, 1res haute, 
très excellente et très puissante princesse, 
nostre très chère el très amée bonne sœur et cou- 
sine, vous avoir en sa saincte et digne guarde. 

Escript du chasteau de Boullogne, ce 
xxi° jour de juing 1572. 

Vostre bonne sœur et cousine, 

Caterine. 



1572. — 27 juin. 
Copie. Bibl. nat. fonds Moreau . n° 319, r> 38. 

A MONSIEUR BURGHLEY, 

TRÉSORIER GÉNÉRAL D'ANGLETERRE. 

Monsieur de Burghley, les bons offices que 
vous faites en la négociation du mariage d'entre 
la royne d'Angleterre ma bonne sœur et cou- 
sine et mon fils le duc d'Alençon monstre 
bien que vous y avez mis très grande affec- 
tion, dont je n'ay voulu perdre l'occasion de 
vous remercier et vous asseurer que vous ne 
fîtes jamais service à prince qui, de meilleur 
cœur, le recongnoisse en vostre endroict et de 
tous les vostres que fera toute sa vie mondict 
fils, désirant, de ma part, qu'il se puisse pré- 
senter occasion où le Boy mon fils et moy 
puissious vous faire congnoistre combien nous 
estimons ceste vostre bonne volonté, qui apor- 
tera à ces deux royaulmes et à toute la chres- 
tienté tant de bien que vous ne pouvez en 
recepvoir qu'ung fort grand honneur, vous 
recommandant affectueusement cest affaire 
et de bientost parachepver ce que avez si bieu 
commencé, ce que je prie Dieu vous faire 
la grâce et à nous de le voir. 

De Meudon, ce xxvit jour de juing. 

La bien vostre, 

Caterine. 

reçu le serment de Charles IX , est reparti pour l'Angle- 
terre le jour mime. (Caleiular of State papers, 1579, 
p. i35.) 

là 



mrniu^ME iiiimut 



106 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



1572.— 3 juillet. 

Imprimé par le père Theiner 
dons la continuation ries Annales ecclésiastiques deBaronius, 1. 1 , p. 337. 

A NOSTRE TRÈS SA1NCT PÈRE 

LE PAPE. 

Très Sainct Père, ayent entendu par le 
ayvesque Salviali 1 que Voslre Sainteté' ha en- 
voyé ver le Roy mon fils, corne elle de'syre 
voir contineuer la pays entre ses deux roys, 
di qui Dieu m'a fcst si heureuse que d'avoyr 
l'honneur d'eslre mère de l'eun et helle-mère 
de l'aultre et aystre aymée du Roy mon fils 
tent que je m'aseure qu'il ne me cèle guère 
de chose, qui est cause que j'é bien voleu 
l'ayre la présente lia Vostre Saincleté, tent 
pour leouer Dieu deu bien qu'il a fayst à toute 
la crétienté, après avoyr prias le l'eu pappe, 
de avoyr porveu set Sainct Siège et toute son 
ayglise d'un tel prinse, de quoy le Roy mon- 
dist fils et nous tous enn avons senteu l'ayse 
et contentement que prinse très crétiens en 
douivest resanlir; et ausi la présente sera 
pour dire hà Vostre Sainteté sur se que ledist 
évesque nous ha dist de sa part que ceuls 
qui ont voleu fayre croyre à Vostre Sainteté 
que le Roy mondist fils eult volunté de com- 
meuser et l'ayre la guerre au i-oy d'Espagne 
son frère ' 2 , que aylle lé remarque pour 

1 Voir dans la continuation des Annale» de Baronius. 
par le père Theiner, les dépêches de Salviali. 

- Déjà Charles IX avait écrit dans le même sens à 
M. de Ferais, son ambassadeur à Rome : ttJe vous prie 
continuer d'asseurer Sa Sainteté de ma pure intention, à 
laquelle tendent toutes mes actions, n'ayant autre désir 
et soing ipie de me maintenir en paix et fuir toutes occa- 
sions de guerre et seroys très marry qu'à l'occasion de 
quelques séditieux et turbulens qui ont suivi le comte 
Ludovicq je me visse contrainct y entrer, après m'estre 
mis en debioir de les faire chastier de ceste témérité et 
désobéissance. Je sçay qu'il y en a qui veulent inférer, 
«vaut ledict comte esté si longtemps en mon royaume et 



persones que le voldroynt; car cornent je 
lui ay déjeà dist, sachent de ses volontés, 
je la puis aseurer qu'il ne la comenseara 
jaeamès, si l'on ne lui contraint par forse et 
ne désire que achever de acomoder le dedans 
de son royaume, et que l'on lui en donne le 
louisir et ne lui empeschet de establir le re- 
pos qui est encomensé, lequel yl se promet 
entier par le mariage du roy de Navarre, 
aystenl à présent morte la royne de Navarre 
sa mère, et pour aystre nous tous très hobéis- 
sans enfans de l'église et volant le Roy mon 
fils et moy porter toutes nos vies et tous 

en estant party pour aller en telles entreprises, que j'en 
suis particippant et consentant ; mais j'ay esté le premier 
trompé de luy, car chascun sçait et mesmes le Hoy Ca- 
tholicque mon bon frère, auquel j'en ay faist parler par 
mon ambassadeur résidant auprès de luy, qu'il me pour- 
suivoit très instamment requérir ledict sieur roy son 
maistre le recepvoir en sa bonne grâce, et cependant, 
soubz couleur de ceste démonstration qu'il faisoit, est pari y 
de mondict royaume secrètement pour faire icelles en- 
treprises, desquelles, j'espère, il rescepvera tel traitement 
qu'il mérite , et est à présumer que, si j'en eusse esté par- 
ticippant, elles eussent esté suivies d'autres forces et mieulx 
et n'eust le duc d'Alve reprins facilement Valentiennes ; 
ce sont toutes raisons confirmées par effecls, lesquelles 
je vous prie faire bien considérer à Sadicte Sainteté, la 
suppliant n'adjouster foy aux mensonges et artifices de 
ceux qui blasment mes actions pour s'en prévalloir, non 
tant pour l'entrelénement de la paix que pour leur in- 
térêt particulier, lesquels cependant, soubz prétexte de 
ce remuement, impriment telles opinions de moy pour 
donner couleur aux grands préparatifs de guerre qu'ilz 
font de toutes partz des frontières. Vous pouvez pro- 
mettre à Sa Sainteté que mon armée de mer n'entre- 
prendra rien non seulement contre le Roy Catholique, 
mais les autres princes mes amis et alliés, avec qui je 
suis en paix, s'estant présentées de trop belles occa- 
sions pour employer ladicte armée, lesquelles ne se 
fussent passées de ceste manière, si j'eusse eu aultre 
volonté que d'occupper ceste noblesse ardente de son 
naturel d'estre employée dans quelques lieux sans 
préjudicier à noz amys et notamment à moudict frère le 
Roy Catolicque. 1 (Bibl. nat., fonds français. 11' i(io3g, 
P657 v°.) 



LETTRES DE CATH 

mes aultres enfens l'aubéisance et respect que 
prinse chrétiens douvet hà Vostre Sainteté 
et au Sainct Siège Apostolic, nous lavons tous 
voleu par la pre'sente suplier, ynsin que par 
fembasadeur et Mesieus les rardinauls de 
Lorayne, deFerrare et d'Est déjeà lui ha esté 
suplié de nous volouir acorder la dispanse de 
la consaguinité qui est entre ma fdle et ledist 
roy de Navarre, qui n'est que au tier degré', 
chause qui ayst si hordinayre que nous nous 
aseuron que Vostre Sainteté' nous la don- 
nera, ayspérent bien de Vostre Sainteté de 
plus grant grase, car nous ne lui en demen- 
deron riens que n'estimions résonable et que 
avecques la décharge de sa consiense el ne 
nous la puise acorder, suplient Vostre Sainc- 
teté me fère cete grase de s'aseurer qu'y! n'i a 
chause en cet monde que je désire plus pour 
l'honneur que je ay que de voyr conlineuer 
et augmenter la pays et union entre ces deux 
roys; et tent que je vivray, en cet que je auré 
de moyen, je m'i employré, et priré Dieu me 
fayre la grase, qu'en sesi et aultre chause je 
puisse fayre celon sa volonté et le désir que 
j'ié de servir à sa gloyre et au repos de la cré- 
iienté et lui supplie donner hà Vostre Sainc- 
teté l'heur de se bien gouverner et régir son 
église, qu'il en souet servi et honnoré et la 
gloire et Voslre Saincteté ann aye l'honneur 
et contentement que luy en désire 
Vostre dévote et hobéissante fdle, 

Caterine. 



ERINE DE MÉDICIS. 



107 



1572. — 8 juillet. 

Bibl. nat. fonds Dupuy, n° 801. f J loi. 

A MONSIEUR DE THOU, 

PREMIER PRÉSIDENT EN LA COURT DE PARLEMEST DE PARIS. 

Monsieur le Président, aiant entendu que 
Monsieur Rouillard, conseiller à la court de 
parlement, est prestde fayre son rapport d'un 



procès pendant en ycelle court entre Michel 
de Vernoy, Loys deNozières et consors, allen- 
contre des eschevins, manans et habitans et 
bouchers de la ville d'Orléans, je vous ay 
bien voulu escripre la présente pour vous prier 
donner audiance audict sieur Rouillard de fayre 
son rapport dudict procès et au demeurant 
tenir la main à ce que le bon droict desdietz 
de Vernoy, Nozières el consors leur soit gar- 
dé, lequel je vousay bien voulu recommander 
en bonne et briefve justice, priant Dieu, 
Monsieur le Président, vous tenir en sa saincte 
garde. 

Escript au chasteau de Bouloigue, le 
vin" jour de juillet 1572. 

Caterine. 
Chantereau. 



1572. — 17 juillet. 

Minute. Bibl. nat. fonds français, n° i6to4, f° 118. 

A MONSIEUR DE SAINTGOUARD. 

Monsieur de Saint Gouart, vous verrez par 
la lettre que vous escript le Roy monsieur 
mon filz pour quelle occasion il vous renvoie 
Longlée présent porteur. Je ne vous useray 
de redicte et me remettray entièrement sur ce 
qu'il vous escript, seullement, je vous prie, 
faisant entendre au Roy Catholicque monsieur 
mon beau-filz la résolution que le Roy mon- 
dict sieur et filz a prise de laisser sortir son 
armée de mer l , luy dire, de ma part, que 

1 Le 3 juin, Ferais avait écrit de Rome au duc d'Anjou : 
« Ils ne se peuvent persuader que les vaysseaux que Sa 
Majesté a faict armer pour la seureté de ses portz et havres 
soient pour aultre occasion que contre eulx et voylà, Mon- 
seigneur, qui fait que don Jehan d'Autriche fera encore 
halte jusqu'à la fin de ce moys à Corfou.u ( Bibl. nat., 
fonds français, n" 160&0, f° 139.) 

De son coté, le 16 juillet, la veille du jour où partit 
la lettre de Catherine, M. de Saint-Gouardavaitadresséau 
duc d'Anjou cette lettre chiffrée : «Depuis que je suis 

i4. 



108 LETTRES DE CATH 

tout ainsy que j'ay toujours procuré l'entreté- 
nemeut de l'amityé fraternelle qui est entre le 
Roy mondict sieur et filz et luy, je me resjouys 
aussi maintenant de les veoir tellement dési- 
reux de vivre en paix et couper chemin à toute 
occasion qui pourrait engendrer le contraire, 

icy, où je ne pense pas en une seule occasion avoir manqué 
à donner advis de ce qui se faict, donnant peu de foy à ce 
que je leur dicls de la bone intention de Sa Majesté à la 
manutention de la paix , me mestant tousjours devant deux 
pointz desquels j'ay traiclé icy avecques toute instance et 
comme il m'estoit commandé: l'un pour le conte Ludo- 
vicq et quelques vaisseauli armez contre les corsaires, 
colorant ce qui aparoissoit de plus, et dont ilz estaient 
advertiz, de toutes les couleurs que j'ay peu jusques icy 
et desquelzj'ay tousjours adverty Sa Majesté. Le prétexte 
et occasion qu'ilz ont d'armer et faire les grands prépa- 
ratifs qu'ils font sont couverts et excusez de tout le 
monde tant pour l'entreprise contre le Turc que pour 
la défense de leurs Pays-Bas. Il est tout apparent que la 
crainte qu'ilz ont que le Roy ne les trouble leur a faict 
substanter cette grande armée qu'ilz ont en Cicille pour 
seulement attendre plus à leur particulier que non au 
publicq ce qui est d'extresrae considération, si l'on vient 
de fortune à une rupture, ce que ne voudrait le Roy, s'il 
n'y estcontrainct, non que je me fie de ce qu'il sçait qu'il 
ne peult avoir ung plus puissant ennemy au monde que le 
Roy et qu'il est du tout coutrainct abandonner l'entre- 
prise du Levant et autres desseings que je vouldrois 
mectre ma vie qu'il a en Italie et le danger en quoy il 
voit sa Flandres, s'il plaist au Roy y entreprendre et si de 
son costé il rompt, sur les soubçons que luy donnent ses 
ministres que le Roy n'attend aultre que meilleure occa- 
sion. Tout cela mérite que vous aiez la mesme mefnaoce 
qu'eulx à celle fin que vous ne soiez trompé en belles 
paroles. Je faits ce que je puis pour pénétrer en ce qui se 
dit. Les paroles du roy et de ses ministres sont toutes 
pleines de voulloir continuer la paix; mais leurs apareils 
et le doubte en quoy je sçay qu'ils sont, me font mal ju- 
ger de leurs intentions, quelques belles paroles qu'ils me 
donnent et je ne vouldrois pas conseiller que l'on s'i Cast. 
Il est grand besoing que bien soigneusement l'on observe 
les remuement: qu'ilz feront aux frontières et qu<> l'on 
s'asseure sur ce que pourrait faire ceste grande armée de 
mer à sa première furie, laquelle ne sçauroit pas exécu- 
ter de grandes eboses, si elle ne le faict à l'impourveu.» 
( ïbid. , p. 1 1 5. ) 



ERINE DE MEDICIS. 

s'estant le Roy mondict sieur et lîlz résolu de 
faire partir ceste armée sans la faire plus lon- 
guement différer, aflin de le tirer du soubçou 
qu'il en avoyt, espérant que ce propos le ren- 
dra très content et croire que on ne luy a rien 
voulu cacher à son préjudice. Vous verrez 
aussy mes petites -filles, leur ferez mes recom- 
mandations et présenterez de ma part ce que je 
vous envoyé par ce porteur, en continuant à 
me mander de leurs nouvelles. 



1572. — 20 juillet. 
Orig. Bibl. imp. de Sainl-Pétersbourg , vol. XIX, f' 9. 

A MONSIEUR DE VILLEROY. 

Monsieur de Villeroy, je receuz hier soir les 
lettres que m'avez escriptes avecq celles que 
le Roy monsieur mon filz escripvoit à Mon- 
sieur l'admirai, ensemble celles qu'il m'a 
escriptes pour monstrer à l'ambassadeur d'Es- 
paigne, qui sont très bien et me servirav de 
celle qui faict mention de celles que je en 
avois escriptes. J'ay aussi veu et faict partir 
incontinent celles que moy et mon filz d'An- 
jou escripvimes au roy de Navarre 1 et au 
s r de Riron auquel j'ay pareillement escript. 
J'envoye à mon filz une dépesche de Flandres 
et une aultre d'Espaignc, lesquelles vous dé- 
chiffrerez incontinent et me les renvoirez 
après que le Roy mondict sieur et filz et mon 
filz les auront veues et vous me manderez tous 
les jours de leurs nouvelles et aussi de mon 
filz le duc 2 , priant Dieu, Monsieur de Villeroy, 
vous avoir en sa saincte garde. 

Escript à Meudon, le mardy xx e jour de 
juillet 1072. 



Caterine. 



PlNART. 



1 Voir pour l'entrée du roi de Navarre à Paris Calni- 
dar of State papers ( 1 571-1 57 2), p. 167. 
a Le duc d'Alençon. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 109 



1572. — g août. 
Arch. nal. collect. Simancas, K i53o, pièce 10. 

AU ROY CATHOLIQUE. 

Très hault, très puissant et très excellent 
prince , nostre très cher et très aîné bon frère 
etfilz, d'auitant que il nous a esté faict présent 
d'une jument d'Espaigne, laquelle a esté mise 
et délivrée es mains du s r de S' Gouart, ambas- 
sadeur du Roy nostre très cher sieur et filz 
près de vous, pour la nous envoier, et que nous 
désirions singulièrement la pouvoir avoir par 
deçà au plus tost que faire on pourra, pour l'es- 
pérance que nous avons qu'elle sera propre 
pour le service de nostre personne, nous avons 
bien voulu vous escripre la présente et vous 
prier affectueusement permectre audict S' 
Gouart la nous envoyer, et ordonner qu'il ne 
luy soit faict ny à ceulx qui auront la conduicte 
d'icelle jument aucun trouble ou empeschement, 
comme nous nous asseurons que pour l'amour 
de nous vous luy accorderez très volontiers 
ladicte permission, et sur cette asseurance, 
après vous avoir présenté noz très affectueuses 
recommandations, nous prions le Créateur, très 
hault, très puissant et très excellent prince, 
nostre très cher et très amé bon frère et fils, 
vous donner en parfaicte santé très bonne et 
longue vye. 

Escript à Paris, le ix e jour d'aoust. 

Caterine. 
Chantereau. 



1572. 



io août. 



Copie. Imprimé dans la Correspondance diplomatie* 
de La Mothe-Fénelon , t. Vil . p. 3i5. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fénelon, ainsi que 
Vassal présent porteur estoit prest à monter à 
cheval pour s'en retourner, la despesche que 



nous aviez faicte de Brichil , le iu e de ce moys , 
est arrivée, laquelle j'ay aussitost veue, ayant 
eu plaisir de voir le contenu en icelle qui me 
donne encore quelque espérance. En quoy je 
suis bien asseurée que vous ne perdrés une 
seule occasion de tout ce qui se peult faire en 
cella, pour nous faire avoir, s'il est possible, 
le fruit et contentement que nous en désirons 
de si grande affection que vous pouvez , estant 
asseuré que, si ce mariage se faict, vous nous 
aurez donné le plus grand contantement que 
puissions, pour ceste heure, désirer et espérer 
et dont vous aurés telle rémunération que 
jamais gentilhomme ne l'a receu meilleure 
ni de meilleur cœur que nous la vous tairons; 
et quand encores les choses ne succéderont si 
bien que nous vouldrons, sachant bien que 
vous vous v estes employé de la plus grande 
affection que se peult, nous ne laisserons de 
recognoistre vos bons services d'aussi bon cœur 
que je prie Dieu vous avoir en sa saincte garde. 
Escript à Paris, le dimanche x e jour 
d'aoust î 572. 



Caterine. 



Pinart. 



1572. — i.'i août. 

Copie. Bibl. nat. fonds français. n° 3706, f° 73. 

V MONSIEUR DE MANDELOT. 

Monsieur de Mandelot, je vous faictz ce mol 
de lettre pour vous dire que, sur tant que vous 
aymez le service du Roy monsieur mon filz et 
à luv obéyr, vous ne laissiez passer aucun 
courrier venant de Rome en çà, soit qu'il soit 
dépesché vers ledict seigneur ou aultre quelque 
ce soit, que lundy ne soit passé, et faictes le 
semblable de tous les aultres courriers qui 
viendront d'Ytalie , faisant retarder et les ungs 
et les aultres jusques à lundy passé, prenant 
bien garde qu'ils ne puissent passer jusques 



110 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDICIS. 



à la première posle secrettement et de là prendre 
la posle pour s'en venir par deçà, et m'asseu- 
rant que vous satisferez à la \olunlé dudict 
seigneur et à la mienne, je fera y fin à la pré- 
sente, priant Dieu, Monsieur de Mandelol, 
vous tenir en sa sainrle garde. 

Et que le fassiez, sans que Fou puisse cog- 
uoistre que eu ayez commandement et le plus 
secrettement que pourrez, sans que en soit 
bruict. 

Escript à Paris, ce xun e jour d'aousl 1 1672. 

Caterime. 

CllANTEREAU. 



1572. — 19 août. 

Imprimé par le père Theiner 

'lans ta continuation des Amialcs ecclésiastiques de Baronius, 

1. 1. p. 333. 

A IVOSTRE TRÈS SAINCT PÈRE 

LE PAPE. 

Très Sainct Père, je remercie très afec- 
lueusement Vostre Sainteté de la bonne vo- 
lonté qu'elle me démontre par la lettre ays- 
cripte de sa mayn, que je ay ces jours pasés 
reseue et la prie croyre que le Roy mon filz 
et moy luy corresponderon tousjour aveque 
toutte la dévotion et bobéïsanse quelle saroyt 
de nous désirer, m'aseurent ausi tant de sa 
bonté paternele que Vostre Sainteté nous gra- 
lifira libéralement des grases dépandentes de 
son hauctori té, quand le besouing des afayres 

1 Le 1 4 août tombant un jeudi et le lundi suivant, le 
1 8, étant le jour fixé pour la cérémonie des uoces de Mar- 
guerite de Valois et du roi de Navarre, il était impor- 
tant de ne laisser passer aucune dépêche venant de Rome. 
Le 18 de ce même mois d'août, Charles I\ ajoutait : •• V 
laissez passer aucun courrier ny autre quoiqu'il soit 
allant eu Italie dans six jours à compter de la date de 
la présente, sinon en vous faisant apparoir de passeport 
bien et duement expédié et ligné de l'un de mes se- 
crétaires d'Estat.n (Bibl. nat. fonds français, n" 2706, 

r 7S .) 



de cet royaume le requèra ; et an cet fianse nous 
avons recours hà Voslre Sainteté. J'espère que 
Vostre Sainteté ayant ouï cet que le Roy mon 
fils lui lia mandé par un sien valet de ebambre 1 , 
qu'elle n'auré plus longuement diféré de co- 
mender l'expédition délia dispause que avons 
demandée hà Vostre Sainteté pour le mariage 
de ma fille avecques le roy de Navarre, et veuls 
croyre ausi que Vostre Sainteté, conoysant 
notre droyt ynlention, ne prendre que de 
bonne part la solannisalion dudist mariage, 
que avons l'esté pour ne se povoyr plus lon- 
guement diférer sans danger de plusieurs yn- 
convéniens, ynsin que plus amplement lui 
dira le sieur de Ferai, embasadeur pour le 
Roy mon fils ver Vostre Sainteté; et seulement 
dire hà Vostre Sainteté que la fianse qu'il povoyt 
prendre de hors cet royaume, et l'aseurense 
que avons que ma fille aveques cet que le Roy 
mou fils et moy ferons pour satislayre à cet 
que désirons pour le servise de Dieu et le re- 
mettre [en] vostre volonté et la noslre, le 
conèsant de si bonne volonté que cela nous 
asseure aveques le temps satisfayre aux poyns 
(jue Vostre Sainteté nous ha demandé; qui ha 
esté cose, pour toutes ses reysons et selles que 
Vostre Sainteté entendra de cet jeanlilhomme, 
que avons ayfeclué cedist mariage, nous 
aseurenl que, s'il plest hà Vostre Sainteté 
mestre toutes ses causes et considérations en- 
semble et Testât de ce royaume, qu'ele juegera 
cet mariage avstre nésessaire pour le salut et 
le repos d'icelui, cet que conoysant, elle fayré 
plus de fondement sur noslre droicte yntanlion 
et éyan plus d'égard et à nostre besouïn que 
auls difficultés mis enn avent par l'artifise 
d'aucuns pour empêcher les elfects de nostre 
bonne volonté. Pourtent retourneron derechef 
hà suplier Vostre Sainteté prendre de nous 

1 M. de (îhauvigny. 



sete fianse et nous haccorder ladisle dispanse 
aveques cete aseuranse que cet que avons fayst 
n'avons aysté meus que du bien et nésésité de 
cet royaume, que nous désirons sur toutes 
choses rendre Vostre Sainteté salisfayste et 
l'honneur de Dieu et de son ayglise continué 
et augmenté et remis par tout cet royaume, 
corn est l'intention et désir du Roy mon fils 
et de 

Vostre dévote et hobéissante fille, 

Caterine 1 . 

1 Le 10 août, M. de Ferais avait répondu à Charles IX 
et lui avait rendu compte de ses dernières démarches : 
rSire, l'arrivée par deçà du s' de Chauvigny a bien 
esclarcy Sa Sainteté du doubte en laquelle elle se 
retrouvoit à la concession de la dispense du mariage de 
Madame par la bonne espérance que Vostre Majesté luy 
donne de veoir bientost le roy de Navarre réduict et prest 
de satisfaire à toutes les conditions que Sa Sainteté désire , 
luv ayant là-dessus reytéré toutes les remonstrances que 
je luy ay cy devant proposées sur le faicl dudict mariage , 
et comme cella apporte ung entier et asseuré repoz à tout 
vostre royaulme , pays et subjets, aussi qu'eslans les choses 
ainsi advancées, comme elles sont maintenant, elles ne se 
pourroient en quelque sorte que ce soit reculer ou différer 
sans ung grand murmure et préjudice auxalïairesde Vostre 
Majesté, qui ne larroit pour tout cela de passer oultre 
à l'exécution d'une si heureuse alliance, l'effcct de laquelle 
importait tant au bien, grandeur et prospérité de voz 
affaires et service et aussi estant intervenu là dessus Mon- 
seigneur le cardinal de Lorrain'' , qui ne s'est pas espargné 
en ses belles, doctes et accoustumées remonstrances, 
Sadicte Sainteté se veoyant ainsi persuadée et pressée 
de vostre part s'est tellement eshranlée à se condescendre 
et satisffaire en cest endroit à Vostre Majesté que l'entière 
résolution et concession n'en peult plus guèresdemourer 
à vous faire sçavoir, comme je feray par ledict Chauvigny 
qui l'emportera dans peu de jours; mais pour ce qu'il 
m'a dic.t que les préparalifz sont si fort advancez que son 
séjour de deçà pourrait causer quelque retardement à 
l'effect et exécution de ce mariage, il m'a semblé, Sire, 
vous devoir envoyer en toute diligence ce courrier pour 
advertir Votre Majesté de l'intention de Sa Sainteté bien 
disposée à vous satisffaire, afGn que riens ne demoure, 
en attendant le retour dudict s r de Chauvigny.» (Bibl. 
nat., fonds français, 11° iôo'io, p. 166.) 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIC1S. 

1572. - 



111 



août. 



Copie. Imprimé dans la Coirespondance diplomatique 
Je la Mothe-Féueltm , L 'VU, p. 3ao. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Molhe Fénelon, considé- 
rant voz deux despesches des vu et xi cmi! de ce 
moys, je suis encore en quelque bonne espé- 
rance du propos du mariage de la royne d'An- 
gleterre et de mon fils d'Alençon; en quoy je 
suis très asseurée que vous n'obmetlrez rien de 
tout ce qui se peult pour en voir la bonne et 
heureuse fin que désirons; aussi ne vous en 
fairai-jepas longue lettre, me remectant à ce 
que vous en escript le Roy monsieur mon filz. 
Et seulement vous diray que, s'il y avoit 
quelque chose de bien commancé et asseuré 
audict mariage, il seroit bien fort aizé à faire 
que ladicle royne d'Angleterre, mon filz d'A- 
lençon et moy, nous verrions avec seureté 
pour elle et pour nous en un beau jour, bien 
calme, entre Boulongne ou Calais et Douvres . 
ainsi que. l'on pourroit aizément disposer 
toutes choses, comme nous en avons devisé 
amplement, mon cousin le duc de Montmo- 
rency et moy; car je n'ay pas moindre xolonté 
de la voir qu'elle moy, et que si elle esloit ma 
propre fille, ainsi que vous ferez entendre à 
ses ministres doulcement, et à elle aussi, si 
voyez que bon soit, et qu'il se puisse espérer 
quelque bon succès dudict propos de ma- 
riage'. 

Cependant nous regarderons, ces jours icy, 
au faict d'Escosse, pour renvoyer incontinent 
le sieur de l'Espinasse, afin qu'ilz n'ayent pas 
seulement la suspension d'armes, mais aussi 
une bonne paix entre eux, vous recomman- 
dant lousjours ma fille la royne d'Escosse et 

1 Voir notre livre : Les projets de mariage de la reine 
Elisabeth , p. i'i5 et suiv. 



\\-2 



priant de continuer, de ma part, quand il 
sera à propos, envers ladicte royne d'Angle- 
terre et ses ministres les bons offices qu'avez 
accoustunié de faire pour elle, priant Dieu 
vous avoir en sa garde. 
Escript à Paris, le 
1572. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 

Dieu, mon cousin, vous tenir en sa saincte 
garde. 

Escript à Paris, le xxn e jour de aoust 
1572. 

Vostre bonne cousine, 

Caterine. 



xxi emc jour d'aoust 
Caterine. 



PlNABT. 



1572. — 22 août. 

Orig. Arch. des Médicis à Florence, dalla Glza 6736, 
Duova nurûerazione , p. 338. 

A MON COUSIN 

MONSEIGNEUn 

LE GRAND DUC DE TOSCANE. 

Mon cousin, j'ay entendu par le sieur 
Bruet, qui est par delà pour mes affaires, la 
bonne intention que vous avez de me faire 
toute raison des biens qui m'appartiennent, 
vous estant enfin ai-reste' sur le seul poinct 
des valleurs après beaucoup de disputes pas- 
sées pour raison de voz droietz entre ledict 
Bruet et voz depputez, dont il m'a tousjours 
rendu bon compte, ce que j'ay eu bien agréa- 
ble pour l'asseurance que j'ay tousjours eue, 
que vous n'en feriez pas de moings, et que 
vous vouldriez chercher toute occasion de 
m'en donner contentement; mais pour ce que 
j'entends que ledict Bruet est entré en ung 
chemin assez long pour le faicl desdictes 
valleurs et qu'il me semble que, si à ce coup 
nous n'y advisons vous et moy, que de long 
temps l'occasion se puisse présenter; par quoy 
je vous prie derechef, pour le bien que je 
vous veulx et à vostre maison, d'y mectre 
une lin au plus tosl, et me renvoier ledict 
Bruet, auquel j'en escriptz en conformité. 
et n'estant la présente à autre fin, je ne la 
vous fera y plus longue, sinon pour prier 



1572. — 27 août. 

Miaule. Bibl. nat. fonds français, d° i5555, f° ia v°. 

A MONSIEUR LE VICOMTE DE HORTE 1 . 

Monsieur le vicomte, vous verrez par la 
lectre 2 que le Roy monsieur mon filz vous 

' Après avoir dicté cette' lettre elle a ajouté : tr Voici 
la lettre de Monseigneur à laquelle il ne faut rien chan- 
ger, et au lieu du Roy monsieur mon lilz, mettre le Rov 
monseigneur et frère.» (Au dos : Du xxvu' d'août.) 

2 Nous joindrons à celte lettre celle de Charles IX : 
trj'estime que vous n'estes pas à sçavoir la bles- 
seure de mon cousin t'admirai; et comme j'estoys après 
à faire tout ce qui estoyt possilile pour la vérification du 
faicl et cliastiment d'icelluy, à quoy il ne s'est rien 
oulilyé, il est advenu cependant que iceulx de la maison 
de Guyse et les autres seigneurs et gentilshommes qui 
leur adhèrent, et n'ont pas petite part en cesle ville, 
comme chascun sçait, ayant sceu notamment que des 
amys dudict sieur admirai voulloyent poursuivre sureulx 
la vengeance de ceste blesseure, pour les soupçonner en 
estre cause, se sont esmeuz cesle nuit passée , sy bien que 
entre les ungs et les autres il s'est passé une grande et 
lamentable sédition, ayant forcé le corps de garde qui 
avoit esté ordonné autour de la maison dudict admirai, 
luy tué avecques quelques autres gentilshommes, comme 
il en a esté aussy massacré d'autres eu plusieurs endroitz 
de la ville, ce qui a esté mené avec une telle lune qu'il 
n'a esté possible d'y apporter le remède tel que Ton eust 
peu désirer, ayant eu assez d'affaire à employer mes 
gardes et autres forces pour me tenir le plus fort en ce 
chasteau du Louvre, pour après faire donner ordre par 
toute la ville à l'apaisement de la sédition qui est i 
reste heure amorlye, grâce à Dieu, estant advenue pour 
la querelle qui est de ung long temps entre ces deux mai- 
sons, de laquelle ayant toujours préveu qu'il survien- 
droyt quelque mauvais efiéct, j'avoys cy-devant faicl 

tout ce qu'il estoyt possible pour l'appaisrr, ainsy que vous 
sçavez. chose que seroyt pour altérer le repos qui a esté 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



113 



escript comme nous avons receu voz lettres 
et entendu ce qui se pre'sente de voslre couslé, 
dont il a receu contentement, et ne pouvez 
mieulx faire que de continuer à le tenir ad- 
verly de ce que vous en apprendrez. Ce- 
pendant il vous commande que, s'il survient 
par deçà chose que je pense sera pour trou- 
bler le repozqui depuis l'édict de pacifficalion 
a esté si bien estably, en leur faisant entendre 
son intention et tout ce que vous aurez à faire 
là dessus, ce que, je m'asseure, vous sçaurez 
bien suyvre et partant je ne vous en feray une 
redicle, me contentant de vous prier de luy 
satisfaire le mieulx qu'il sera possible , et faire 
en sorte que toutes choses soyent contenues 
en l'étendue de vostre gouvernement et re- 
mettre soubz son obéissance, ainsi que le bien 
de son service le requiert. 

jusques icy parmy mes subjeetz depuis l'édict de pacifi- 
cation, s'il n'y estoyt remédié, ainsi que de voslre part 
je m'en asseure en l'estendue de vostre charge, en atten- 
dant mon frère le roy de Navarre ou mon cousin le ma- 
réchal de Savoye* qui ne pourront estre si tost par de 
là , donner ordre à la seuretté de la ville de Bayonne et 
que en icelle il ne s'eslève aucune esmolion entre les 
habitans ny se commette aucuns massacres entre eulx, 
ainsy qu'il est à craindre sur ceste nouvelle , et combien 
qu'il n'y ayt rien en ce l'aict de rupture de l'édict de paci- 
lisation, néantmoyns il est à craindre que aucuns, se ser- 
vans de ce prétexte, ne vendent exécutter leurs ven- 
geances, de quoy j'auroysun incroyable regret, vous priant 
à ceste cause faire publyer et entendre par tous les lieux 
et endroietz de vostre charge que cliascun ayt à demeu- 
rer en repos et seureté en ceste province sans prendre les 
armes, ny offenser l'un l'autre, sous peine delà vye, et 
faisant bien expressément observer nostre édict de paciffi- 
cation , et s'il y a aucuns contrevenants à mes lettres, les 
faire pugnir par justice et à cest efl'ect, sy besoingest, 
pour leur courir sus, assembler le plus de forces que vous 

pourrez.i (Minute. Bibl. nat., fonds français, n° 1 5555, 

p.4o.) 

C'est ici que nous placerons le mémoire daté du 

a5 août et remis par le Roi au sieur de Schomberg, dé- 

• M. le marquis de Villars. 

Catherine de Médicis. — iv. 



1572. — 28 août. 

Aut. Arch. nat. collect. Simancas, K i53o, n° ai. 

A M" MON FILS LE ROY CATOLIQUE. 

Monsieur mon fds, je ne foys neule doucle 
que ne ressenties comme nous mesmes le heur 
que Dieu nous ha fayst de donner le moyen au 
Roy monsieur mon fils de set défayre de ses 
sugès rebelles à Dieu et à lui, et qu'il lui aye 
pieu luy fayre la grâce de le préserver et nous 
tous de la créaulté de leurs mayns, de quoy 
nous aseurons que en leourés Dieu avecques 
nous, tant pour nostre particulier corne pour 
le bien qui en reviendré à toute la crétienté 
et au service et honneur et gloyre de Dieu, 
ynsiu qu'espéion que bien tost cet conestra 
et en sentira-t'on le fruit; et randons par cet 
ayfect le témognage de nos bonnes et droyetes 
ynlentions, car ne les avons jeamès eu autre 
que tendent à son honneur, et m'en réjoui 
encore d'aventage de penser que cete aucasion 
confirmeré etaugmentereTamytié entre Vostre 
Majesté et le Roy son frère, qui est la chause 
de cet monde que je désire le plus, et l'aseure 

péché de nouveau par lui vers des princes de la Germanie 
pour leur faire entendre les causes de la mort de l'ami- 
ral : tLe Roy déclare que , ayant appris que ledict amiral 
et ses adhérens avoient résolu de se venger et attenter 
contre Sa Majesté, la Royne sa mère et Messeigneurs ses 
frères, il consentit que MM. de la maison de Guise, le 
vingt quatriesme jour dudict mois d'aoust, tuassent ledict. 
amiral et autres de sa faction qui avoient conspiré et con- 
juré pareil dessein , comme aussy pour et à l'occasion de 
ce que l'on a trouvé dans le Louvre les sieurs de Piles 
et Manneuil de ladicte faction la nuit auparavant ladicte 
exécution, qui avoient quelque dessein sur Sa Majesté, 
dont néanmoins elle est fasebée, el a résolu à ceste cause 
en donner advis à Messieurs le comte Palatin, duc Au^ 
guste de Saxe, landgrave de Hesse, duc de VVirtem- 
berg, duc Casimir et autres princes, ausquels ledict de 
Schomberg dira qu'il ne s'agit icy ny du faict de la reli- 
gion ny de la rupture de l'édict de pacification, et de- 
mande toujours leur bonne amitié et affection. « (Copie. 
Bibl. nat., fonds français, n° a8o5, p. 37.) 



1 [;M\iiicniE ^ntnjLE. 



114 



LETTRES DE CATHERINE DE MEDIGIS. 



que, tant que je vivre, je le fayré tousjours 
l'ofice de celé que j'é l'heur d'estre à tous deus 
et la prie s'an aseurer; et pour ce que le Roy 
mon fils donna charge à son embassadeur de 
Iuy conter cornent le tout ayt passé etlajouste 
aucasion qu'il a de cet fayre, je me remetre' 
à ce qui lui en dire et fayre' fin, priant Vostre 
Majesté ne trover mauves cet je lui recomende 
les Ynfantes ses filles par cet porteur Mon- 
ta vgne, que je leur envoyé, et priré Dieu iuy 
donner cet qu'ele désire. 

De Paris, ce xxvm eme jour de aoust 1572. 

Vostre bonne mère et seur, 

Gaterink. 



1572. — 29 août. 

Minute. Bibl. nat. fonds français, n° 1610A, f° 1 53. 

A MONSIEUR DE SAINT-GOUARD. 

Monsieur de Saint-Gouard, par le dernier 
courrier que je vous ay dépesché, je vous ay 
escript ung pourparler qu'avoit eu Jeronimo 
Gondy avecques l'ambassadeur d'Espagne; 
pour ce que c'est chose que j'ay à cœur autant 
que le zèle que j'ay au service du Roy mon- 
sieur mon fiiz me le commande et l'affection 
que je porte à mon filz me y convie, je at- 
tendz avecques dévotion bien grande à sçavoir 
si l'on vous en aura parlé et ce que vous au- 
rez présenly de ce négoce. 

Je sçay bien que ceux de par delà sont 
malaisez à esmouvoir, sinon en tant qu'ilz 
cognoissenl y aller de leur profiit. L'on estime 
que la crainte qu'il/, avoyent que le Rov mon- 
sieur mon filz favorisast les troubles de 
Flandres les invileroyt plus tost à non seule- 
ment entretenir, mais à fortiflier et estreindre 
amityé avecques nous que tout autre respect. 
Maintenant à cause de cesle mutation, comme 
nous sommes embarquez à courir pareille for- 



tune que eulx et avec telle connexité en nos 
affaires que la prospérité de i'ung causera 
bon succez à l'autre, il est à croire que ilz ne 
se donneront aujourd'buy tant de peine de re- 
cherchernotre amityé, comme ilz eussent faict. 
si ilz en eussent eu besoing pour la conser- 
vation de leur pays. Touttefoys, considérant 
que le Roy ne sçauroit mieulx mettre sa fille, 
aisnée ny tant faire pour ses affaires que de 
fortifier par une nouvelle alliance la bonne in- 
telligence qu'il a avecques ceste couronne, je 
désireroys que ceste démonstration que le Roy 
mondict sieur et filz a faicte de son intention au 
service de Dieu à l'endroicl de ceux de la nou- 
velle religion servist à persuader audict roy de 
plus volontiers entendre à cedict négoce , car, si 
l'on estoit bien asseuré de l'union de ces deux 
roys, il n'y a prince en la chrestienté qui 
osast plus entreprendre de traverser leurs in- 
tentions; ainsy seuls y donneraient la loy. L'on 
cognoist par effectque les entreprises et intelli- 
gences que ceulx de ceste autre religion ne ten- 
doyent qu'à une subversion d'Estat, à quoy il 
a esté entièrement impossible remédier, par 
l'autorité que les cbefz s'est oyent acquise du- 
rant les troubles et la minorité de mes enf- 
fans, lesquelz n'ont failly prendre garde de y 
pourvoir, si tost que le temps et l'occasion 
leur en a donné le moyen. J'ay jusques icy pour 
mon regard entretenu autant qu'il m'a esté 
possible ces deux couronnes en amytié. Je ne 
me lasseray jamais de faire bons offices, 
cognoissant eslre la grandeur de l'ung el 
l'aullre, toulefoys je désireroys que ledict Roy 
Gatholicque se meist en debvoir de la recher- 
cher et eslraindre , comme il en a les moyens; 
et me semble qu'il seroit très à propos sur ceste 
occasion d'en faire démonstration. Et néan- 
moings je ne veulx que Iuy en parliez de ma 
part, ny à aucun de par delà, aussi je vous 
prie que personne descouvre que je vous aye 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 
rien mandé, vous faisant ce discours comme 



115 



demoy niesme, pour vous ouvrir mon inten- 
tion, de laquelle estant faict capable, je me 
pronieels que vous vous en sçaurez bien ayder 
selon les occurences. Je vous envoyé ung pe- 
tit mot de lettre tant audict Roy Catholicque 
que à mes petites-filles que je vous prie 
leur présenter et me continuer à me mander 
de leurs nouvelles. 

Je leur eusse dépesché Montaigne, sans ce 
qui est survenu, mais je crains qu'il n'y ait 
sûreté par les chemins. J'estime que aurez 
faict pour la jument. J'escripts à ceste cause 
au vicomte de Horte de faire accompagner 
celuy par qui la nous l'envoyez jusques à Bor- 
deaux et à Montferrand d'en faire autant jus- 
ques à Poitiers où je donneray ordre qu'elle 
me sera conduite et amenée seuremenl l . 

(Au dos.) A monsieur de Saint-Gouard, du 
xxix e d'aoust. 

1 La première lettre de Saint-Gouard en réponse à 
celle que lui apporta le 1 2 septembre Montaigne est du 
1 9 ; elle rend compte à Charles IX de l'audience qu'il a eue 
de Philippe II : «Me remettant aux relations qu'il avoit 
jà eues, et laissant ce faict aux discoureurs, je lui ai dit 
que je lui traicterois les affaires d'Estat jusques au point 
où elles estoient, qui est que Vostre Majesté, après avoir 
esté tué l'Admirai avecques la plus grand part des plus 
remarquez et principaux chefs de sa faction, elle estoit 
allée à sa court de parlement pour faire la déclaration 
de sa volonté et l'occasion que l'avoit meue à telle réso- 
lution, qui estoit pour bonnes et justes occasions; qu'elle 
avoit proceddé avecques ceste détermination contre les 
exécutez pour avoir cognti nouvelle conjuration contre sa 
personne rcalle, n'entendant rompre son édict de pacif- 
fication, néanmoins encores que la cognoissance fust bien 
requise, si est-ce qu'elle deffendoit tous presches pour ce 
commencement, veu la quantité de genlilhommes en 
des cbasleaux et maisons fortes , ayant apparence si on n'y 
rémédioit avecques prudence et dextérité, ilz s'esleve- 
roient tant pour la deffense de leur religion que de leurs 
vies, chose qui le faisoit aller un peu plus retenu par ung 
temps à celle fin d'accomoder toutes choses en son lieu 



1572. — 3i août. 

Orig. Archives de Gènes. 
A MES TRÈS CHERS ET BIEN AMES 

LES SEIGNEURS DE LA RÉPUBLIQUE 

DE GÉSES. 

Messieurs, il y a quelques mois que le Roy 
monsieur mon filz vous recommanda l'expé- 
dition du procès que le sieur Jullcs Senturion 

et que pendant ce temps il estoit raisonnable et plus que 
nécessaire que ses ministres usassent à l'endroict de Vostre 
Majesté de toutes sortes de respect et bons déportemens 
à celle fin que chacun cogneust la fraternelle, mutuelle 
intelligence qui est entre Voz Majestez et dont despend 
l'exécution présente de ce bon commencement ; et de plus 
je le voulois bien advertir qu'il estoit demeuré entre les 
mains de ses ministres de la deffaicte de Genlis plusieurs 
gentilshommes de ceste faction, lesquelz seroient pour 
faire assez de mal, s'ilz estoient en liberté, comme aussi 
ceulx qui sont dans Mons, cognus pour les plus factieux 
des Pays-Bas, estant l'un des plus grands services qui se 
puisse faire pour la chreslienté que de les prendre et 
passer tous au fil de l'espée et qu'il escrivit et comman- 
dast au duc d'Alve de n'en donner à ses considérations 
liberté aux prisonniers qu'il a de ladicte deffaicte, parce 
que ce serait autant fortiffier les ennemis communs et 
qu'il se gardast bien de se fier en chose qui luy disent 
ou promissent par ce qu'il ne se trouvera qu'ils ayent 
gardé jamais aucune foy, qui est le propre à tous genres 
d'hérétique, et aussi que je luy voullois bien dire que pour 
n'avoir esté le prince d'Orange combatu, les troubles 
passés, il s'en est ensuivy le mal qu'il voit en ses Pays- 
Bas, mais qu'il n'estoit sorty et que serait bien pis sans 
le remède de Vostre Majestés 

A cela Philippe II répondit : teque l'on donnerait à 
Sa Majesté toute sorte de contentement et qu'il avoit 
toute volonté de bien tenir la main à tout ce que je lui 
avois dist, désirant autant que pour luy mesme de veoir 
le royaume de France restably en sa première grandeur ; 
à quoy il ne faisoit aucune difficulté pour le veoir aux 
mains d'ung Roy, lequel avoit monstre tant de prudence 
et de valleur, ayant faict veoir Dieu ung miracle en luy 
de l'avoir gardé de tant de dangers et puis avoir exécuté 
par luy au temps que l'on désespérait le plus de toutes 
choses, ung faict qui luy semble plus grand et admirable 
que lepremierjour qu'il en fustadverty. ( Même volume , 
f" 1 8 1 et suiv. ) 

»5. 



1 1 6 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



a par delà contre aulcuns de vos citoyens ; 
sur quoy vous me fistes entendre lors que ledict 
procès estoit en partie expédié et que ce qui 
en resloit à dépescher seroit bientost fini, de 
laquelle résolution je pris espérance que, tant 
pour le respect de la justice de la cause du 
sieur Senturion , que pour la recommandation 
que je vous en fis, ledict Senturion en de- 
meurerait content et salisfaict au pluslost que 
faire se pourrait; mais d'aullant que j'ay en- 
tendu qu'il est intervenu beaucoup de choses 
particulières qui, à la persuasion de ses mal- 
veillans, desturbent et empescbentgrandement 
son affaire, j'ay bien voulu vous escripre la 
présente pour vous recommander encore ledict 
Senturion et la justice de sa cause et vous 
prier que en cet endroicl et en tant de choses 
vous le voulliez recognoistre comme chevalier 
• aimé et favorisé de moy et comme bon et loyal 
citoyen de vostre respublique, vous asseuranl 
que tout ce que ferez en sa faveur me sera 
grandement agréable et pour ce je prieray 
Dieu, Messieurs, vous donner sa saincte 
grâce. 

Escript de Paris, le dernier jour d'aousl 
1572. 

Caterine. 



1572. — 3 septembre. 

Imprimé par le père Tlieiner, 
dans la conlinualion des Annales de Baronius, t. I , p. 3iG. 

A NOTRE TRÈS SAINCT PÈRE LE PAPE. 

Très Saint Père, ayant le Roy nostre très 
cher sieur et filz nommé à Vostre Sainctcté 
nostre cher et bien amé le sieur de Sainct 
Estienne, M" Claude Sublet, aulmosnier dudict 
seigneur et cy devant précepteur de noz très 
chères et très amées filles, pour estre à sa no- 
mination pourveu de l'abbaie de S 1 Bcnoist 
sur Loyre, au moyen de la résignation que 



entend faire d'icelle abbaye M° Paul de Mosuel , 
dernier possesseur d'icelle, soubz le bon plaisir 
de Vostre Saincteté, nous avons bien voulu 
icelle supplier, aultant que faire pouvons, que 
son bon plaisir soit, admettant ladicle résigna- 
tion , remettre audict Sublet l'annat et droietz 
de la chambre Appostolique qui pouvoient estre 
deubzt à cause de la vaccalion de ladicte abbaye; 
en quoy Vostre Saincteté fera chose quy nous 
sera très agréable tant pour estre ledict Sublet 
personne que nous désirons estre favora- 
blement traicté en cest endroict de Vostre 
Saincteté, que pour ce que ladicte abbaie a 
deux foys en ung an esté expédiée. Et sur ce, 
nous prirons le Créateur, Très Sainct Père, que 
icelle Vostredicte Saincteté il maintienne lon- 
guement et heureusement au régime et gou- 
vernement de nostre mère saincte église. 

Escript à Paris, le m" jour de septem- 
bre 1672. 

Vostre dévote fille, la Royne mère du Roy 
de France, 

Caterine. 

ClIANTEREAU. 



1572. — 5 septembre. 
Imprimé dans les Mémoires de Claanin , édit. du Panthéon littéraire. 

A MONSIEUR DE MONLUC, 

EVESQliG DE VALENCE, 
CONSEILLER DU BOY MONSIEUR MON FILS EN SON CONSEIL PJUVB '. 

Monsieur de Valence, outre ce que vous en- 
tendrez par la response que vous faict présen- 
tement le Rov monsieur mon fils, je vous dirav 
qu'il ne songea jamais à dire de vous ce que 
Mancgiea faict semer par delà, et qu'il ne vous 
tient poinct pour personne qui mérite un tel 
traictement, dont si vous avez eu occasion de 

' Parli pour la Pologne le 17 juillet, à la nouvelle de 
la Saint-Barthélémy, il fui arrêté à Verdun par Tordre de 
Manegre , lieutenant du gouverneur de la place. 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



117 



vous tenir asseuré, auparavant ce qu'en a dict 
ledietManegre, vous en devez prendre encore 
à ceste heure la mesme asscurance, et croire 
qu'il vous tient pour bon, affectionné et utile 
serviteur, comme je fais aussi, pour ma part, 
n'ayant rien cognu en vous jusques icy qui 
m'ait peu faire penser à consentir d'estre faicl 
de vous ce qu'il a dict par delà, qui est bien 
digne de pugnition, comme le Roy mondict 
sieur et fils désire qu'elle soit faicte , vous priant 
de ne vous fascher de ces choses, et de vous 
tenir asseuré de la bonne grâce du Roy mondict 
sieur et fils et de la mienne, et de conti- 
nuer vostre voyage selon que nous le dési- 
rons, priant Dieu, Monsieur de Valence, qu'il 
vous ait en sa saincte garde. 

A Paris, le cinquiesme jour de septem- 
bre 1572. 

Catemne. 

Monsieur de Valence, il y a longtemps que 
je ne fus si marrie que j'ay esté du tour que 
l'on vous a faict, et vous prie ne vous en fas- 
cher, et vous asseurer que en sera faict telle 
démonstration que en serez content, et vous 
prie que cela ne vous retarde ny vous descou- 
rage. 



1372. — 5 septembre. 

Minule. Dibl. na(. fonds français, n" 1J555, f° 54. 
A MON COUSIN 

MONSIEUR LE DUC DE LONGUEVILLE. 

Mon cousin, ne pensez pas, je vous prie, 
que ce soit faillie d'affection si le Roy monsieur 
mon filz ne vous a envoyé plus tost ce porteur; 
nous avons esté tant empeschez à pourveoir 
aux affaires que ceste mutation nous a faict 
naistre que chascun a esté deslourné de toute 
autre fantaisye; car je vous asseure que vostre 
maistre vous ayme comme il en a bien assez 



de raison, et pour mon regard seroys marrye 
qu'il ne vous estimast comme le méritez, et 
seray tousjours celle qui l'entretiendra en ceste 
bonne intention, comme j'ay donné charge 
de vous dire de ma part. 

1572. — 7 septembre. 

Imprima dans la Correspondance diplomatique de La Uothe-Fènelon , 
t. VII, p. 33g. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fénelon , le Roy mon- 
sieur mon filz et moy avons résolu que vous 
proposerés à la royne d'Angleterre, ma bonne 
sœur et cousine, que nous ferons volontiers 
l'entrevue qu'elle désire, comme aussy fais-je 
pour avoir ce bien que j'ay si souvent désiré 
de la voir, et mon filz d'Alcnçon encores plus 
qu'elle ny moy, tant il est parfaictement son 
serviteur; mais il faut que l'entrevue se face 
sur la mer, comme je vous ay, ces jours 
passés, escrit, et qu'elle vienne à Douvres, et 
mondict fils d'Alencon et moy yrons à Rou- 
longne ou à Callais, par un beau jour, nous 
acheminer en mer; et sy ce n'est assés d'un 
jour, nous nous pourrons encores revoir. 
J'espère en Dieu que sy nous nous voyons 
(estant tous les articles accordez), comme me 
mandez qu'ils sont pour mondict fils le duc 
d'Alencon, qu'ils estoient pour mon fils le duc 
d'Anjou, excepté celluy de la religion; à quoy 
vous préparerez, entre cy et là, quelque bon, 
honneste et salutaire expédient, que nous ne 
nous départirons poinct que nous ne facions 
ledict mariage, pour lequel je vous prye tra- 
vailler d'aussy grande affection qu'avés tousjours 
faict, afin que nous en ayons la bonne yssue 
que nous désirons. Et croyés que jamais ser- 
vices ne feurent si bien recognuz envers bon 
serviteur (comme vous estes) qu'ils seront en 
vostre endroict, non seulement par le Roy et 



■118 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICIS. 



parnioy, mais aussi par mondict fils d'Alençon, 
lequel je vous recommande. 

Vous priant, au demeurant, suivant ce que 
le Roy mondict sieur et fils vous a escrit, 
requérir de nostre part ladicle royne ne 
sçavoir aucun mauvais gré au sieur de Wal- 
singham, son ambassadeur, des termes qu'il 
nous a dist dernièrement, nous faisant la ré- 
ponse au bout du mois, dont elle lui aura 
donné charge; car ce feust nous-mesmes qui 
interprétasmes le tout, ainsy qu'il nous fut es- 
crit. Je vous asseure qu'il est bien affectionné 
(à ce que j'ay connu) à entretenir la bonne 
paix et amitié d'entre elle et nous, qui l'aymons 
pour eeste occasion, et aussy pour les bons 
offices que nous avons sceu qu'il a faicts pour 
la négociation dudict mariage; en quov encore 
que ceste émotion soit advenue icy, j'estime 
qu'il persévérerai, car il a veu comme nous 
avons eu très grand soing de le conserver et 
tous les siens, comme ils ont esté, et n'y a eu 
que en la perquisizion de Briquemault l qu il 
s'esmeut un peu; mais cella feust soudain 
passé et envoya faire l'excuse comme vous 
a escrit mondict fils. Je vous prye nous es- 
crire le plus lost que pourrez des occurences 
de dellà, priant Dieu vous avoir en sa saincte 
garde. 

Escript à Paris, le vii c jour de septembre 
1572. 

GàTEBIBBi 

PlNART. 



1572.— S septembre. 

Imprimé dans la Correspondance de La Mnthe-Fèneloti , t. VII , p. 343. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Motlie Pénelon, il s'est 
trouvé entre les papiers du feu admirai une 

1 Bricquemanlt avait été arrêté dans l'hôtel de l'ain- 
bassadeuc d'Angleterre. 



longue lettre qu'il escrivoit au Roy monsieur 
mon fils, laquelle il avoit commencée dès quand 
il alla à la Rochelle, et continuée tousjours 
jusques à la mort; il y avoit une autre lettre 
avec, qu'il escrivoit à Telligny, par laquelle il 
le chargeoit expressément qu'après sa mort il 
présentast et fist voir au Roy ladicle lettre, par 
où il traitte et discourt plusieurs choses, luy 
faisant des remonslrances, et, entre autres par- 
licullarités, luy veult persuader que les plus 
grands ennemis qu'il ay t sont et seront tousjours 
le roy d'Espagne et la royne d'Angleterre, 
quelque démonstration qu'ilz fassent du con- 
traire, les appelant anciens ennemis de ceste 
couronne; et conseille le Roy mondict sieur et 
fils de ne cesser jamais tant qu'il les ayt ruynés 
tous deux, ce que je veux faire voir au sieur 
de Walsingham escript de la main dudict feu 
admirai, afin qu'il cognoisse comme il u'estoil 
pas si affectionné à l'endroit de ladicle rovne 
qu'il disoit, ny tant désireux de nous entretenir 
en amitié avec elle; qui jugera bien sur cela 
que ce n'estoit que fiction dudict admirai et 
un très dangereux et malin esprit qui ne pou- 
voit faire sinon mal, l'ayant bien montré en 
la malheureuse conspiration qu'il avoit faite 
contre son Roy et nous tous, qui luy avons 
toujours faict tant d'honneur et de bien. 

Vous ayant bien voulu escrire ce que dessus, 
allin que, si voyés qu'il soit à propos, vous en 
puissiez parler, et le faire entendre à ladicle 
royne d'Angleterre et l'asseurer que nous 
faisons toujours envers elle le contraire du 
très malin conseil dudict admirai; car nous 
sommes résolus de continuera jamais, aultant 
qu'il nous sera possible de nostre part, la vraie 
et parfaicte amitié d'entre elle et nous; et 
tant s'en fault que la veuillons diminuer ny 
changer, qu'au contraire nous désirons la for- 
tiffier, comme peut bien croire ladicle royne, 
désirant et recherchant de si bon cœur et si fort 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIG1S. 



119 



son alliance, comme nous faisons; et en quoy, 
suivant cesle dépesche, je vous prie de persé- 
vérer tousjours, affin qu'en ayons la bonne issue 
que nous désirons, et que nous f'aict espérer 
vostre dernière dépesche, et ce que de la Mosle 
nous a dict de bouche. 

Vous priant, au demeurant, nous escrire 
en quelle pari aura pris la royne d'Angleterre 
ce que lui aurés dict de la conspiration dudict 
admirai et de ses adhérens 1 , estant très néces- 
saire que vous enlreleniés tousjours si bien 
ceste princesse que nous puissions demeurer 
avec elle en bonne paix, et que, du costé 
d'Escosse, nous y ayons la bonne part et in- 
telligence que nous avons de tout temps ac- 
coustumé, car il nous importe grandement, et 
m'asseurant que vous y continuerez vos soins, 
je prieray Dieu vous avoir en sa saincte et 
cligne garde. 

Escript à Paris, le vm e jour de septem- 
bre 1572. 

Caterine. 

PlNART. 



I 572. — 8 septembre. 
Mioute. Bibl. nat. fonds français , n° 1 5555 , f° 09. 

A PHILIPPE STROZZI. 

Mon cousin, il fault servir son maistre à sa 
guise. Il vous avoit permis dresser une armée 
de mer et sortir. Vous vous estes constitué en 
très grande despensse pour le faire, et comme 
estiez pressez à faire voile, il est intervenu 
une occasion par laquelle il est conlraincl 
non seullement révocquer ledict volage, maiz 
se servir de vous à choses qui lui touchent de 
plus près et luy sont de plus grande impor- 

' Voir dans le tome V de la Correspondance de La Mothe- 
Fénelon, p. 1 ao , le récit de sa première entrevue avec la 
reine Elisabeth après la Saint-Barthélémy; et noire livre 
\je xv f siècle et les Valois, p. 319 et suiv. 



tance; à quoy il se fault résouldre, comme je suis 
certaine que ferez très sagement. Au regard 
des frais que vous avez faietz et du peu de 
moyens que vous avez de changer vostre es- 
quipnge, le Roy monseigneur et fils vous faict 
présentement secourir d'argent et ne vous 
peult rien manquer, car je vois comme il dé- 
sire faire pour vous; au moyen de quoy fault 
luy faire le service qu'il vous demande et croiez 
luy en ferez jamais ung plus à propos, comme 
j'ay donné charge au capitaine Brault vous 
dire '. 



1572. — 11 septembre. 

Imprimé dans la Correspondance diplomatique de La Mothe-Fènelon , 
t. VII, p. 345. 

A MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fénelou, vous estes 

1 De son côté, le duc d'Anjou lui avait écrit : rLe 
Roy mon seigneur et frère vous prie de deux choses : la 
première est de remettre vostre voïage de mer à une autre 
l'oys; l'autre de maintenir cette compagnie ensemble 
pour le service es occasions qui se présentent, qui luy 
sera de très grande importance. Je seroys le premier à 
requérir le Roy mondict seigneur et frère de ne révoc- 
quer vostre voïage de mer, comme j'ay esté à vous le 
faire permettre, si je ne cognoissois que vous luy estes 
tous si nécessaires aujourdhuy qu'il ne s'en peult aulcu- 
nement passer; au moyen de quoy, mou cousin, je vous 
prie vous résouldre, selon vostre prudence accoustumée, 
à l'intention du Roy mondict seigneur et frère, et nous 
vouloir tous ayder à recepvoir le fruict des occasions que 
Dieu nous a mises dans les mains pour le bien de ce 
royaume et emploier tout vostre crédit et moyens pour 
retenir cette compaignie. Le s' de Biron part présen- 
tement et vous porte de l'argent. Nous le ferons suivre 
bientost après d'une autre bonne somme, et espère que 
vous aurez de quoy changer vostre équipage ; puis . 
comme nous aurons pacifyé toutes choses en ce royaume, 
il fauldra faire servir vos vaisseaulx à quelque bon effect, 
comme j'espère que vous pourrez lors; et cependant ne 
les faicle désarmer pour qu'ils soient toujours prestz et 
esquipez pour sortir au besoin. Au moyen de quoy vous 
luy ferez le service qu'il vous demande. n (Bibl. nat., 
fonds fiançai?, a" 1 5555.) 



120 LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 



sy amplement adverty par les lettres du Roy 
monsieur mou fils ' des propos que nous 
avons euz avec le sieur de Walsingham, am- 
bassadeur de la royne d'Angleterre, ma bonne 
sœur et cousine, que, m'en remettant au con- 
tenu de ladicte lettre, que je vous prie sui- 
vre suivant l'intention de mondict sieur et 
filz, je vous diray que j'ny plus d'espérance, 
à présent, que le mariage d'entre ladicte 
royne et mon filz d'Alençon se faira, que 
je n'eus onques; et ne puis croire que icelle 
royne ne se résoulde, après qu'elle aura este' 
esclaircye de la conspiration de l'admirai et 
qu'elle aura bien entendu nostre bonne inten- 
tion envers elle, et, en ce faisant, asseurer ses 
affaires et subjectz, comme elle peut aisément 
faire par le moyen dudict mariage . Aussy je 
vous prie continuer à faire toujours ce qu'il 
vous sera possible, afin que nous y verrions 
clair le plus tost que vous pourrez, estant bien 
dellibe're'e de m'acheminer, et mener mondict 
filz d'Alençon avec moy, pour faire l'entre- 
veue, quand ladicte royne vouldra. J'estime 
que, suivant ce que vous escrit mondict sieur 
et filz, qu'il soit bien à propos de la faire es 
isles de Jerzay et de Guernezay, qui sont de ses 
possessions et asse's près de la coste de Nor- 
mandye et d'Angleterre, aussy pour sa com- 
modité et la uostre; et sy les seuretés qu'elle 
peut désirer, et celles aussy, qui seroit besoing 
que y ayons, se y pourront bien accommoder, 
pour une part et pour l'autre, sans aucun 
doubte de péril ou danger. Sy elle trouve bon 
que ce soit èsdictes isles, il ne sera que bon 
de sentir de ladicte royne et de ses ministres 
quand elle voudra que ce soit, que je désire- 
rois bien estre vers lexx me du moys prochain, 
et ce que l'on préparera , d'une part et d'autre , 
pour sa seureté et la nostre. Et j'ay veu aussy 

1 Voir notre livre Le xvi' siècle et les Valois, p. 337 
et suiv. 



ce que me mandés du médecin Penna; en- 
cores que le visage de mondict fils d'Alençon 
soit fort amendé et qu'il amende tous les jours, 
sy suis-je bien d'advis que ledict médecin y 
use des remèdes qu'il m'a faict voir par escript 
qu'il y faira; car il me semble que ce soit 
choses qui ne peuvent nuire; estant ce que, 
pour cette heure, j'ay à vous dire, priant 
Dieu vous avoir en sa sainte et digne garde. 

Escript à Paris, le xi omc jour de sep- 
tembre 1572. 

Ledict médecin essayera sa pratique sur 
un page , et l'esté il usera de ses remèdes sur 
mondict filz. 

Cateiune. 

PlNART. 



1572. — i3 septembre. 

Copie. Bibl. nat. Cinq cents Coibert, n" 4oo '. 

A MONSIEUR DE SCHOMRERG, 

CHAMBELLAN OBDlSAinE DU BOT MOHSIECR MO* FILS. 

Monsieur de Schonberg, vous verrez par la 
response que vous faict le Roy monsieur mon 
fils 2 à quoy il s'est résolu de nouveau pour le 

1 Volume sans pagination. 

■ Une lettre de Schomberg à la Reine mère, datée du 
29 aoùt,a\anl qu'il eût reçu la nouvelle de la Saint-Bar- 
thélémy, éclaire bien notre situation en Allemagne : trJe 
diray seulement à Vostre Majesté que je serais d'opinion 
que le Roy print premièrement des princes ce qu'il pour- 
rait, aflîn qu'il les séparaat et mist seulement en jalousie 
avecquesla maison d'Autriche; car, ce faisant, vous coupez 
la bouche à l'un, et préparez le chemin à l'autre de 
parvenir à ce que vous scavez. Or il est à craindre que 
le Roy, pensant gagner quelque chose en prolongeant 
cest affaire et tenant bon en ses offres, ne perde beau- 
coup, voire le tout, veu le présent estât des affaires 
d'Allemagne et les dangereuses menées de nos adver- 
saires ; il me semble mesme bien à propos que les princes 
ne veullent faire reste ligue que pour quatre, cinq ou 
six mois, c'est assez de les tenir accrochés seulement 



LETTRES DE CATHERINE DE MÉDICFS. 



121 



faict du réciproque secours, tant il désire ceste 
négociation estre conduicte à l'heureuse fin 

par quelque bout que ce soit; car, s'ils sont une fois 
liguez avecques vous, les villes maritimes et autres Estatz 
qui cognoistront le bien et repos de toute la chrétienté 
qui en procède et la conservation assurée de leurs Estatz 
ils s'efforceront, et s'offriront d'eux mesmes d'y vouloir 
entrer, joint qu'on leur en peult parler après ouver- 
tement et tout à loisir, et le temps de la ligue finy, les 
princes, qui par ceste alliance auront animé contre 
eux la maison d'Autriche et ses adhérans, n'oseront plus 
despartir de vostredicte alliance, laquelle vous ferez après, 
estant le terme de la première fini, à vostre volonté et 
discrétion, veu que le nombre d'eulx sera plus grand, 
et eux au bout de leur leçon et procè à la maison d'Au- 
triche et leurs adhérens, s'ils n'ont vostre alliance pour 
bouclier, laquelle ils seront contraincts d'acheter au même 
prix que le Roy faict à ce coup la leur. Or touchant l'af- 
faire que Vostre Majesté sçait, le Landgrave lui supplie, 
pour l'honneur de Dieu, que Voslre Majesté advise à 
attirer, conjoindre et obliger à vous par quelque servitude 
et ferme lien d'amitié à quelque prix que ce soit et condi- 
lion les Électeurs et princes, si Vostre Majesté a envie ne 
poursuivre l'entreprinse dont il est question. Tout com- 
mence. Dieu mercy, peu à peu à s'acheminer comme 
je feray entendre à Vostre Majesté à mon retour; car les 
affaires du co-rival se portent aussi mal en cesl endroict 
qu'ilz font en Pologne où l'on ne veut de luy en façon 
du monde, quelques offres qu'il face'; il faut que le 
Roy conserve ses amis par deçà et qu'il en acquière 
encore d'autres. Vostre Majesté ne doibt en rien craindre 
la diette accordée à l'Empereur à Mulhausen ny aultre 
dietle impériale que ce soit; car vostre homme veut 
perdre ses biens et l'honneur, si les électeurs permettent 
qu'on en mette seulement un pauvre mot en avant. Je 
dirois quelque chose davantage touchant ce fait à Vostre 
Majesté, mais je ne l'ose fier à ce présent papier. Bien 
vous veulx-je advertir que j'ay sceu de bien bon lieu que 
l'Empereur et les Estais catholiques ses adhérens ont 
bien bonne envie de vous renouveler à ceste prochaine 
diète la vieille querelle de Metz. Voslre Majesté a bon 
moyen de leur rompre ce coup et je vous assure que l'élec- 
teur de Saxe y fera son debvoir; je luy sçauroys bien faire 
souvenir de sa promesse. J'escris bien amplement de 
l'affaire de Pologne à Monseigneur vostre fils. Si nous 
eussions commancé dès lors que je vous en portoys la pre- 

* L'archiduc Ernest, prétendant au trône de Pologne. 
Catherine de Médicis. — ir. 



qu'il a lousjours espérée, désirant, encores 
que ses offres ne se trouvassent telles que les 
princes les voulsissent accepter, que pour cela 
vous ne rompiez poinct ceste négociation, 
mais regardez par tous les meilleurs moyens 
que vous pourrez à la laisser unie, excitant 
les princes à envoyer par deçà leurs ambas- 
sadeurs; car nous avons plus de volunté 
que jamais d'estreindre ceste correspondance, 
quelque mauvaise interprétation que l'on es- 
saye de donner par delà des choses qui sont 
advenues de deçà, lesquelles ne nous ont en 
rien diminué la vol unie de conclure ceste 
affaire. Doncques, je vous prye y prendre 
plus de soing que jamais et vous y gouverner 
de si bonne façon que la chose s'enlrelienne, 
bien que, possible, il ne se trouve pas loute 
convenance en ce que nous et eulx désirons, 
qui sera le plus digne service que vous sçau- 
riez l'aire au Roy mondicl sieur et filz pour le- 
quel aussy vous regardiez à ne laisser en lier 
en l'entendement des susdicts princes que ce 
qui a esté l'aict à l'admirai et à ses complices 
soyt faict en hayne de la nouvelle religion n\ 
pour son extirpation; mais seulement pour la 
pugnition de la scélérée ] conspiration qu'ilz 
avoient l'aide, par la révélation de laquelle il 
semble que Dieu ayt voulu délix ter ce royaulme 
du plus cruel et intestin ennemy qu'il y eusl 
sceu naistre. Quant aux affaires de Poloigne 
nous louons fort la dépesche que vous avez 
l'aide de ce costé là; et, si les choses réus- 
sissent selon l'espérance qui nous en est donnée 
de plusieurs costez, vous aurez bonne pari à 
l'honneur, priant Dieu, Monsieur de Schon- 
berg, qu'il vous ayt en sa saincte garde. 

mière parole nous serions assurément aujourdhui en beau 
chemin. » (Même volume.) Voir la lettre de Schombergau 
duc d'Anjou. (Ibid.) 

1 Scélérée, scélérate. (Expression employée dans les 
Mémoires de du Bellay, t. V, p. 38t.) 

16 



lïirKiy mu n irio-. 1 1 l 



122 LETTRES DE CATHERINE DE MÉDIGIS. 

Escript à Paris, le xm e jour de sep 
tembre i 572 '• 



CvTERINE. 



BlUJL.VRT. 



1Ô72. — i3 septembre 



1 La lettre de Charles IX, datée du 12 septembre, 
.1 laquelle Catherine fait allusion, complète la sienne : 
rrVous avant envoyé ung mémoire des choses qui sont 
advenues tant en la blessure que en la mort du feu 
admirai et d'aucuns de ses complices pour la malheu- 
reuse conspiration qu'ilz avoient faict contre ma propre 
personne, [celles] de la Royne madame ma mère, de 
mes frères et contre mon Estât, j'estime bien que vous 
l'avez faict enlendre à mes cousins le comte Palatin, duc 
Auguste île Sa v, duc Julles de lirunsvich, lantgrave de 
Hesseu et autres princes protestans, suivant ce que je 
vous en ay escript et pense que, avant entendu la vérité 
dés choses, ilz jugeront que j'ay faict en cela ce que je 
debvois faire pour prévenir ung grand mal et inconvénient 
qui m'estoil bien certain et à tout mon royaume duquel 
il se peult dire en vérité qu'il tenoit ordinairement les 
peuples divisés, oultrc la particulière entreprise et conspi- 
ration qu'il avoit récemment faicte pour le subverlir et 
transférer à autruy ma couronne, dont il a reçu juste 
punition; car il avoit plus de puissance et estoit mieulx 
obéy en la part de ceulx de la nouvelle religion que je 
n'estois, ayant moyen par la grande auclorité usurpée 
sur eulx de me les sublever et leur faire prendre les armes 
rentre moy toutes et quanles fois que bon lui sembloit, 
ainsi que par plusieurs fois il a assez monstre, il avoit jà 
envoyé ses mandemens à tous ceulx de ladicte nouvelle 
religion pour se trouver tous ensemble en équipage 
d'armes au 111" de ce moys à Meleun, lieu proche de 
Fontainebleau, où au mesme temps je debvois estre, de 
sorte que, s'estent arrogé une telle puissance sur mes 
subjects, je ne me pouvois dire roy absolu, mais com- 
mandant seulement à une des parties de mon royaume, 
dont, s'il a pieu à Dieu m'en délivrer, j'ay bien occasion 
de l'en louer et bénir le juste jugement qu'il a faict dudict 
admirai et de ses complices et estime qu'il n'y a prince 
qui pour cette seule considération et sans attendre à veoir 
une malheureuse conspiration, telle qu'elle s'estoit des- 
couverte , eust peu souffrir avec si longue patience ung de 
ses subjects duquel la grande auclorité luy eust esté avec 
toutes raisons si suspecte, et néantmoins me surmontant 
moy mesme je l'a vois supporté et porté avec telle laveur 
que j'eusse faict le plus digne serviteur de mon royaume 
pour par une si grande bonté et clémence vaincre sa 
félonie; mais, l'ayant veu si mal recongnoistre la grâce 



Imprime dans la Coiresponituncti diplomatique lie La Mvtltc-Fénetvn , 
l. Vit, p. 34 7 . 

& MONSIEUR DE LA MOTHE-FÉNELON. 

Monsieur de la Mothe Fe'nelon , à l'occasion 
du propos cpje le sieur de Walsingbam, am- 
bassadeur de ma sœur et cousine la rovne 
d'Angleterre, avoit tenu à Mauvissiere, comme 
vous verrez par ma lettre d'hver, j'ay présen- 
tement donné audience audict ambassadeur et 
luy ay faict entendre que le Roy monsieur 
mou filz et mes fdz les ducs d'Anjou et d'A- 
lençon et moy désirons, aul.ml que nous 

(pie je luy faisois, il ne m'a pas esté possible de le sup- 
porter plus longtemps et me suis résolu de laisser le cours 
d'une justice à la vérité extraordinaire et autre que je 
n'eusse désiré, mais telle que en semblables personnes 
il estoit nécessaire de pratiquer, si je ne me l'eusse voulu 
mectre en danger d'allumer ung nouveau feu en mon 
royaume, vous priant de bien faire entendre aux susdiçts 
princes que ces choses sont ainsi passées non pour haine 
de ceulx de la nouvelle religion ny par aucune prémé- 
ditation ou partye faicte par secrète intelligence avec 
qui que ce soit pour exterminer la nouvelle religion, 
mais pour les seules considérations cy-dessus déclarées, 
encores que à mon grand regret il en ayl esté tué quelques 
ungs en aucunes villes de mon royaume pour la fureur du 
peuple que l'on n'a peu si bien retenir que l'on eust 
désiré, d'autant qu'il avoit esté imbu de cette malheu- 
reuse conspiration à laquelle il eslimoit tous ceulx de 
la nouvelle religion participer pour les grandes et cer- 
taines intelligences qu'ilz avoient avec ledict feu admirai 
et qu'il ne se soit, dès le xxvu° jour d'aousl, mandé el 
enjoint à tous les gouverneurs et lieutenants généraulx de 
conserver et maintenir en protection et sauvegarde tous 
ceulx de la nouvelle religion, tous ainsi que mes subjetz 
catholiques, et pour les garder de tomber en quelque 
inconvénient je leur ay ordonné de s'abstenir de leurs 
presches et assemblées pour quelque temps, demeurans 
quant au reste en toute assurance sans être de riens forcez 
et recherchez. n (Bibl. nal. , fonds Dupuy, 11° 8G,f" ao5 et 
suivants.) Voir dans le Calendar of Stole papers, 1071- 
157a. p. 1 83-i 8 '1, le récit du massacre de la Saint-Bar- 
thélémy. 



LETTRES DE CATHERINE DE MED1CIS. 



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iisuies jamais et d aussi grande affection qui 
se pourrait dire, ie mariage de ladicte rovne, 
sa maislresse, et de mon filz d'Alençon: que 
nous proce'dions en cella sincèrement el 
droictement, et nous n'eussions pas accordé 
de faire l'entrcveue, si nous n'y avions une 
parl'aicte volonté'; et que ce qui estoit advenu 
de la mort de l'admirai et des autres ses adhé- 
rens ne nous avoit rien fait changer en cella. 

Sur quoy ledict ambassadeur reprenant à 
peu à près les mesmes propos qui! me tint 
avant hver, comme vous verrez par nostre dé- 
pesche de ce jour-là, il m'adict,en protestant 
qu'il ne me parlerait point eu ambassadeur, 
pour ce qu'il n'avoit point encore eu lettres 
de sa maislresse, mais seulement de quelques 
particuliers d'Angleterre, depuis les nouvelles 
de la mort dudicl admirai, mais, comme de 
luy mesmes; el, pour la bonne affection qu'il 
portoit à l'enlretènement de l'amitié d'entre 
nous el sadicte maistresse, il me vouloit bien 
dire que sa maislresse avoit fait ce dernier 
traité avec nous, pour ce qu'elle voioit que 
nous entretenions sincèrement l'édict de pacif- 
tication et permettions en ce royaulme l'exer- 
cice de la religion de sadicte maislresse et des 
princes protestans de la Germauve et dénions- 
trions porter si bonne volonté à ceux de nos 
subjets qui estoient de ladicte religion, mais 
que, voiant ce qui estoit au contraire adveneu, 
il e?limoit que sa maistresse serait en grand 
doubte et que l'on penserait que cecy eust esté 
exécuté selon la délibération du concile de 
Trente, et ce qui feut dicl à Bayonne pour 
l'extirpation desdicls de la religion. 

Sur quoy, parlant franchement, comme 
j ay toujours accoustumé, je lui av déclaré que 
nous avions faict ledict traité avec la royne 
d'Ahgïeterre, sa maislresse, pour la bonne 
affection que nous portions à elle el