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LETTRES DE
JOACHIM DU BELLAY
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IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE
PAR P. MOUILLOT IMPRIMEUR A PARIS
TROIS CENTS EXEMPLAIRES
NUMÉROTÉS
Numéro
/
1
LETTRES DE
JOACHIM DU BELLAY
PUBLIÉES POUR LA PREMIÈRE FOIS
D'APRÈS LES ORIGINAUX
PAR
PIERRE DE NOLHAC
HIHBRE Dl L'iCOLI FRlkHÇlIlI DK ROHI
AVEC VU PORTRAIT INÉDIT ET UN AUTOGRAPHE
PARIS. CHARAVAY FRÈRES ÉDITEURS
4 rue de Furstenberg
i883
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university
LIBRARY
INTRODUCTION
INTRODUCTION
On ne connaissait jusqu'à ce jour aucun autographe
de Joachim du Bellay. J'ai eu la bonne fortune de
mettre la main sur huit de ses lettres originales, qui,
grâce au silence des catalogues, gisaient ignorées à la
Bibliothèque nationale de Paris.
La première est tirée d'un manuscrit du fonds
latin, n*» 8589, qui contient la correspondance de Jean
de Morel, gentilhomme d'Embrun, en Dauphiné,
maréchal des logis de Marguerite de France, duchesse
de Berry et plus tard gouverneur du bâtard d'Angou-
lême. C'était le meilleur ami de Joachim du Bellay,
« son Pylade », comme l'appelle le poète en tête de
l'élégie latine bien connue qu'il lui adresse ^
* Tous ceux qui s'occupent du XVI^ siècle savent l'importance
de ce personnage dans le mouvement littéraire du temps. Après
avoir beaucoup voyagé, après avoir été lié avec Erasme dont il
G INTRODUCTION
Les autres lettres proviennent du fonds français,
n« 10485. Le manuscrit qui ks renferme est formé
d'un assez grand nombre de lettres reçues à Rome par
le cardinal Jean du Bellay. On y trouve des autogra-
phes de tous les cardinaux français du temps, les
cardinaux de Bourbon, de Vendôme, de Lorraine, de
Guise, de Ghâtillon, de Tournon, d'Armagnac, etc., et
de plusieurs prélats italiens et allemands. Les lettres
de famille y tiennent une certaine place. On en
rencontre d'abord d'Eustache du Bellay, évêque de
Paris, et neveu à la mode de Bretagne du cardinal,
au même degré que l'était Joachim (fF. 1 60-1 63); je
les reproduirai en appendice parce qu'elles parlent
du poète, sous le nom de « Monsieur de Lire » *, ou
font mention des mêmes faits que lui. Viennent ensuite
une série de lettres des frères du cardinal, René du
Bellay, l' évêque du Mans' (fF. 166-174), et Martin du
reçut à Bâle le dernier soupir, Morel s était fixé à Paris. II y mou-
rut en i58i. La docte femme qu'il avait épousée, Antoinette de
T.oynes, avait contribué à faire de sa maison le rendez-vous favori
des poètes et des érudits. V. les notes sur la lettre 1 de J. du Bellay;
celles de M. Tamizey de Larroque aux Sonnets exotériques de
G. -M. Imbert, réimprimés par lui en 1872; La Croix du Maine,
Bibl. 1. 1, p. 55, 99, 557 j Scév. de Sainte-Marthe, Elog.^ Liv. III
(p. 78 de Téd. de i63o).
* Lire, Lyre ou Lyray, dans les Manges, à douze lieues d'Angerç,
immortalisé par un vers des Regrets^ était le lieu de naissance et la
seigneurie de Joachim du Bellay Les lettres de sa famille ne lui
donnent pas d'autre nom que celui de cette terre.
* Les lettres de René du Bellay sont au nombre de sept. Elles sont
INTRODUCTION 9
Bellay, rhistorien * (fF. lyS-iSi); deux de Jacques du
Bellay, frère d'Eustache (fF. 192-193); enfin, trois
lettres de Joachim (fF. 182-186) à son illustre parent, et,
immédiatement après, quatre, autres sans suscription,
adressées évidemment à Morel (fF. 1 87-1 91), qui trou-
vent place, on ne sait pourquoi, dans cette correspon-
dance de famille'.
Une autre lettre, la septième de notre édition, est
dans le manuscrit 8584 du fonds latin. Le volume a
pour titre : Latince et Gallicœ clarorum virorum
epistolce ad Joannem cardinalem Bellaium scriptœ.
Il comprend la correspondance de divers savants :
Sleidan, Sturm, Pomeranus, Latomus, Salmon Ma-
crin, etc. Les deux derniers feuillets sont occupés
signées « R. Dubellay, e. du Mans ». La seule qui soit datée est
du 37 avril i545, et nous savons que René occupa le siège épiscopal
du Mans de i535 à 1546 (Gall. Christ, t. XIV, 414 B). Un manus-
crit de Montpellier, dont il sera question plus bas et qui contient
une copie de toutes les lettres dont je parle ici^ a induit en erreur
M. Revillout et, après lui, MM. Burgaud des Marets et Rathery
(Œuvres de Rabelais^ deuxième éd. t. I, p. 48), en leur faisant ajou-
ter à la liste des frères du Cardinal un certain Joachim, qui aurait
été, comme Jean et comme René, évêque du Mans. Uoriginal de la
Bibl. Nationale ne permet plus de croire à Texistence de ce person-
nage, dont mention ne se trouve nulle part.
* On trouve des lettres des quatre frères du Bellay (Guillaume,
Martin, Jean et René) dans le vol. 269 de la collection Dupny.
* Si leur contenu et la formule dont se sert Du Bellay « vostre
frère, serviteur et amy » ne suffisaient pas à l'établir, on n'aurait
qu'à comparer l'écriture des notes mises au dos avec celle de Morel,
telle qu'elle se trouve au ms. 8589 du fonds latin.
I O INTRODUCTION
par une lettre qui est de Joachim, mais qui ne porte
pas de signature. La formule finale est restée inache-
vée: tout indique qu'on est en présence de la copie
d'une lettre au Cardinal. Malgré une certaine analogie
dans l'écriture, les particularités d'abréviations, d'or-
thographe, les fautes dans la transcription du latin, le
caractère des ratures nombreuses qui s'y rencontrent,
m'empêchent de croire que cette copie soit de du Bellay
lui-même. Mais l'importance de la lettre exigeait que
l'auteur en gardât un double et celui-ci lui a vraisem-
blablement appartenu ; c'est, en effet, une sorte de
mémoire justificatif, où Joachim réfute successivement
les accusations calomnieuses que la publication des
Regrets^ à son retour d'Italie, lui avait values auprès
de son oncle.
Les lettres à Morel font allusion aux travaux litté-
raires de Du Bellay ; mais les lettres au Cardinal, sauf
la dernière dont je viens de parler, sont presque uni-
quement des lettres d'affaires ^ Le poète était revenu
d'Italie, après avoir exercé auprès de Jean du Bellay,
de i552 à i555, les fonctions d'intendant de sa maison.
Il avait gagné là (au prix de quels sacrifices, les Regrets
nous rapprennent) la confiance du Cardinal. Celui-ci
résolut d'utiliser, lors du retour en France de son
* La volumineuse correspondance diplomatique du cardinal du
Bellay, disséminée dans différents recueils, ne contient, malheureu-
ment pour nous, aucune réponse aux lettres de ses neveux.
INTRODUCTION I I
neveu, ses aptitudes et son dévouement. Il avait occupé,
parfois simultanément, plusieurs sièges épiscopaux en
France, Bayonne, Paris, Limoges, Bordeaux, Le Mans ;
bien qu'il eût été obligé de les abandonner à des
parents ou à des amis, à cause de la prolongation de
son séjour à Rome, il s'était réservé certains droits
dans leur administration *, et notamment, pour
révêché de Paris, il gardait le plus important de
tous, la collation des bénéfices s.
Pour seconder ses « custodinos » (comme on appe-
lait alors les prélats qui administraient un évêché
* A la fin de sa vie, Jean du Bellay intervenait encore dans le
gouvernement du diocèse de Paris, résigné par lui en i55o à
Eustache du Bellay, du diocèse du Mans, dont Charles d'Angennes
avait été investi en i556, et du diocèse de Bordeaux, dont le
titulaire fut, de i553 à i558, François de Mauny; pour ce dernier
archevêché, il reprit son titre, via regressuSf à la mort de Mauny,
, mais pour lézarder peu de temps, puisqu'il mourut à Rome le 17 fé-
vrier i56o.
* Il avait obtenu, dès i533, dans un voyage quMl fit à Rome, après
sa nomination à Tévêché de Paris, pour prêter serment devant le
sacré collège, le privilège de conférer directement et sans partager
ce droit tous les bénéfices de ses diocèses. « Induisit ei summus
pontifex bulla data 2 martii i533, ut omnia bénéficia tam secularia
quam regularia ratione Parisiensis ecclesiae aut aliarum ecclesiarum,
quibus praeerat vel praeerit, ab ipso dependentia conferre libère posset,
quam approbavit concessionem Franciscus I, die prima octob.
1534. « {Gali. Christ, t. VII, 160 D.) Les lettres de Joachim et de
Tévêque de Paris le montrent exerçant ce droit sans quitter Rome,
et nommant aux prébendes et aux abbayes d'un diocèse qu'il n'avait
pas vu depuis douze ans. Les décisions du concile de Trente parvin-
rent à grand'peine à faire disparaître ces abus.
1 2 INTRODUCTION
appartenant en fait à un autre), et pour surveiller la
gestion de ses revenus français, qui lui permettaient
d'entretenir à Rome un grand train de maison, le
Cardinal du Bellay avait besoin de mandataires
fidèles et éprouvés. Joachim % qui lui offrait toute
garantie, fut chargé de concourir à l'administration
du diocèse de Paris, et les lettres qui suivent nous le
montrent exerçant les pouvoirs de vicaire général*.
Ces délicates fonctions lui Valurent plus de déboires
qu'elles ne lui promettaient d'honneur. Sans cesse en
lutte avec les vicaires de l'évêque de Paris et avec
Eustache du Bellay lui-même, menacé dans sa faveur
auprès du Cardinal par des dénonciations qui partaient
de sa propre famille et qui s'en prenaient non seule-
ment à l'administrateur, mais encore au poète, aigri
* Le portrait d'homme mûr reproduit aa regard de cette page
vient de la Bibliothèque Nationale; c'est un crayon assez impar-
fait, qui se trouve au cabinet des Estampes, dans un cahier numé-
roté N a 27 (PI. 5). M. Bouchot, qui a bien voulu me le signaler,
estime que c'est un croquis d'après nature fait par un élève de.
Jean Cousin, à qui aurait appartenu le cahier.
* Etait-il dans les ordres ? C'est à peu près certain. Il avait le
titre d'archidiacre de Notre-Dame. C'est ainsi du moins que Guil-
laume CoUetet traduit ces mots de Sainte-Marthe : In B. Virginis
cède in qua sacerdotium pracipuœ dignitatis obtinebat. » (Elog.
Lib. I., éd. de Poitiers, 1602, p. 41). V. Revillout, Mémoires lus à
la Sorbonne dan» les séances des Sociétés savantes en 1867..,
Imprimerie Impériale, 1868, p. 38 1. Quant à Tarchevêché de Bor>
deaux, dont le cardinal aurait été, dit-on, sur le point de se démet-
tre en faveur du poète, les lettres n'en font aucune mention.
1 4 INTRODUCTION
par ces misérables soucis et par sa surdité crois-
sante, attristé par le départ pour, la Savoie de sa
chère protectrice, la duchesse Marguerite, nous
pouvons retrouver dans ces lettres les causes princi-
pales de Taccablement profond dont ses vers portent
la marque et qui a certainement hâté sa mort.
Toutes les lettres conservées de J. du Bellay appar-
tiennent aux derniers mois de sa vie (juillet-décembre
1559). On sait qu'il mourut d'une attaque d'apoplexie,
le I*' janvier i56o,'pcude semaines avant le Cardinal.
Il avait à peine trente-cinq ans et se trouvait dans
tout réclat de sa gloire ; il partageait avec Ronsard le
titre, si retentissant alors, de rénovateur de la poésie
française*. Mais plus que Ronsard, Du Bellay avait
éprouvé des souffrances et des mécomptes, et sa
correspondance nous révèle les embarras d'affaires et
les discordes de famille qui achevèrent d'attrister ses
derniers jours.
* Leurs deux noms sont souvent réunis dans Tadmiration con-
temporaine. Je citerai ici un témoignage inédit, que je tire des let-
tres reçues par Morel (f. 55). Un naïf et enthousiaste gentilhomme,
qui fut ambassadeur en Espagne, Forquevaulx, lui écrit du fond de
la France, de Narbonne, ville « voisine de la barbarie espagnolle et
fort esloignée de la douceur françoise «, dont il était le gouverneur :
« Quelque ignorance et rudesse qui en moy soit, Je me délecte
néantmoins de veoir et lire les bonnes choses, et je vous asseure,
Monsieur que j*ay merveilleux regret de n'avoir eu Theur de veoir
et cognoistre Monsieur de Ronsard et Monsieur Du Bellay, puis-
qu'il estoit à Paris, pource qu'il me semble de n'avoir point demy
veue en mes yeulx, n'ayant veu et cogneu les deux lumières de
INTRODUCTION I D
Cette correspondance, sauf la première lettre à
Morel, était connue par la copie qu'en a faite le pré-
sident Bouhier et qui se trouve parmi les manuscrits
de TEcole de médecine de Montpellier *. M. Revillout,
professeur à la Faculté des lettres de cette ville, a
découvert cette copie. Ta publiée et a eu le mérite,
dans une substantielle étude, de mettre en œuvre à
peu près tous les renseignements biographiques qu'elle
contient '. M. Marty-Laveaux Ta donnée aussi dans sa
remarquable édition des œuvres françaises de Joachim
du Bellay '. Mais la copie du président Bouhier est
très fautive, surtout dans la transcription des noms
propres, et l'orthographe du poète n'y est point du tout
respectée.
On comprendra facilement l'importance de ces
lettres pour fixer l'orthographe tant discutée de l'au-
France, comme toatz les hommes de bon jugement les estiment. »
(Lettre du 8 mai i558.) Dans son sonnet sur la mort de Du Bellay
{Œuvres françoises de J, Du Bellay, Rouen, 1597 (f. 517), la femme
de Morel le comparait aussi à Ronsard :
.... Du Bellay estoit des poètes l'honneur ;
Et si ne perdray pas de Ronsard la faveur,
Car je ne puis ne veux lui faire aucune ofTence.
#
* Bibl. de l'Ecole de Médecine de Montpellier, H, 24. — Les lettres
au cardinal et les lettres à Morel y sont rangées dans le même ordre
que dans le ms. original. La lettre VII est dans une série à part.
* Les derniers mois de la vie du poète Joachim du Bellay ^ dans
le recueil de Mémoires cité plus haut.
* Ce sont les deux premiers volumes de la Pléiade françoise
Paris, Lemerre, 1866-67). ^^^ lettres sont au t. II, pp. 53 1 et suiv.
l6 INTRODUCTION
teur de l'Illustration de la langue
reproduis avec la plus grande cKOL-tliut.
ses contradictions d'une lettre ei itièm
l'autre; je n'ai ajouté que les accents
toujours absents du manuscrit, mais n
faciliter la lecture'. J'ai, pourleménit;
les V des «, et les j des i. L'orthogr
Bellay, bien loin d'être simplifiée, sl' j
latines ou pseudo-latines'. On romyrqu
très différences capitales entre la copii
singulière de'sinence vol^, moff, uic. l-
mots en é, qui est toujours en e^, ;im''
personne du pluriel des verbcs, La
lettres de Joachim, d'après une copie
près de deux siècles, pouvait donner liei
' L'écrit
ure de Du Bellay nesl pas
plus .JUSl
graphe. Il
a au moins denii écritnreh
ad il introduit des roots lal
,<:L l>.ns
cardinal m
lontrent une main beaucot
p plus po^
Moret;<u
premier abord on ponrraii
laire. Mai
e Charavay a conclu, co
graphes.
• - Quand à l'Orthographe, j'ay pi
UMige qna
1* Raison... (Irlpltre tu lect
illustratioa 4e la langue françoizé).
J'approuïo
letier du Mans] ; mais voyant que telle n
I doctes comme aux iodoctes, j'aymc bi
fention que de la tuyvre • (Prfface de
première polémiqui
début de la carriért
que toutes les autres
son déclin. Cette car-
aciive, très rem-
iloureuse. Sans parler
es souffrances morjiies
embarras maiêriels tt
. l'auteur des Regrets.
iquîétudes de sa vie
et accent de
place à part au milieu
1 8 INTRODUCTION
latin par Du Bellay à son intime ami, le savant gantois
Charles Utenhove *. Elle a disparu, comme ont dis-
paru de la correspondance . de Morel des lettres de
Ronsard, de Jodelle et de Marie Stuart.
Je crois intéresser les curieux d'histoire littéraire,
en publiant à la fin de V Appendice une lettre adressée
aussi à Jean de Morel et se rapportant à la Deffense
et illustration de la langue françoise. Elle est du
dernier fidèle de Técole de Marot, Charles Fontaine,
à qui Ton a toujours attribué et, je crois, sans discus-
sion, la réponse faite au manifeste de la Pléiade et
connue sous le nom de Quintil Horatian. Fontaine
écrit de Lyon ; il consacre trois grandes pages à désa-
vouer ce livre et prie Morel de « soutenir fort et ferme
contre tous » qu'il n'en est pas Tauteur. C'est là un fait
* M. Marty-Laveaux publie (Tome I, p. xxxvij) une lettre latine
au même Utenhove, tirée d'un volume intitulé Epitaphiutn in mor-
tem Hcnrici secundi.,. per Carolum Utenhovium Gandavensem et
alioSf duodecim linguis. Paris, Rob. Estienne, i56o. Je la repro-
duis pour être complet. Il s'agit d'un recueil de poésies latines, inti-
tulées Illustrium quorumdam nominum Allusiones, et qui ont paru
plusieurs fois, tantôt sous le nom de Du Bellay, tantôt sous celui
d'Utenhove.
Joach. Bellaius C. Utenh. «tio s. Jam tandem saxum et trun-
eus esse desii, mi Carole; factus sum enim ex surdo surdaster,
speroque brevi, Deo juvante, melius me habiturum. Interea, si
lubet, et vacat, vellem te paucis. Jamdudum ut scis parturio ilias
meas, vel potius tuas allusiones : sed vide ut quod cœpisti perficias ;
nam htc mihi obstetricem praestes, vel Lucinam potius, citius Ele-
phanti parient. Pluribus per otium tecum agam. Intérim vale, et
nos, ut facis, redama. Vale. Cal. Martis. Anno MDLIX.
INTRODUCTION
nouveau pour l'histoire de la première polémique ii
portante de la littérature française.
Ce document nous reporte au début de la i
d'écrivain de Du Bellay, tandis que toutes les autres
lettres sont contemporaines de son déclin. Cette car-
rière de douze ans à peine, a été très active, très rem-
plie, et il faut ajouter très douloureuse. Sans parler
des contradictions littéraires, les souffrances morales
ou physiques, et aussi les embarras matériels et
vulgaires n'ont pas manqué à l'auteur des Regrets,
Mais ne doit-il point aux inquiétudes de sa vie
cette émotion personnelle et pénétrante, cet accent de
sincère mélancolie, qui lui fait sa place à part au milieu
de nos anciens poètes?
J
LETTRES DE
JOACHIM DU BELLAY
Mh
I — A JEAN DE HOREL
Monsieur et frère, à ceste heure congnoys-je
véritablement ^ue je suys sourd, puys que je
demeure si longuement sans entendre ung seul
mot de votz nouvelles. La craincte que j'ay
< Lettre autographe inédite (Lat. 8589, f. 44).
24 LETTRES DE JOAGHIM DU BELLAY
qu'elles soient aultres que bonnes me contraînct
de vous prier me mettre hors de ceste peine et
me faire, s'il vous plaîst, entendre de vostre dis-
position et de madamoiselle de Morel % que je
pense de cest heure estre de retour des champs,
avec nostre Camille *, en son aultre petit mes-
naige'. Il me desplaist que ma disposition ne
^ Antoinette de Loynes, mariée en secondes noces à
Jean de Morel. C'était une femme lettrée; on trou-ve d'elle
une épître latine à Tami de son mari;, L^Hôpital, dans
un ms. de la coll. Dupuy (699, f. 24), une autre à Utenhove
au no io327 du fonds latin (f. 141), et des vers disséminés
dans plusieurs recueils du tçmps. Citons notamment
un sonnet sur la mort de Ou Bellay, imprimé pouc la
première fois dans Pouvrage intitulé : Epitaphium in mor-
tem Henrici.,, secundi, per Carolum Utenhovium.,. plus
les Épitaphes sur le trespas de loach. du Bellay, Paris,
de rimprimerie de R. Estienne, i56o.
> Camille^ fille aînée de Morel, a été louée à Penvi par
les poètes et les savants, qui se réunissaient chez son père.
Son maître Utenhove lui avait appris le latin et le grec,
ainsi qu'à ses sœurs. Elle parlait de plus l'italien et l'es-
pagnol. On trouve des lettres originales de Camille de
Morel dans la Collectio Camerariana, à Munich, et dans
la correspondance de Sainte-Marthe (Bibl. de l'Institut
292, tf, 44 et 46).
' s Dorât, dans une longue épître latine à Utenhove {Va'
riorum poematum silva.,. Bâle, i5Q8, à la suite d'un recueil
de Buchanan), décrit la maison des champs de Morel ;
mais par un manque de précision, commun à presque tous
LETTRES DE JOACHÏM DU BELLAY 25
me permect de vous aller voyr; ce sera à la pre-
mière commodité; et ce pendant vous me ferez,
s'il vous plaist, ce bien de me faire entendre quel-
que chose de madame de Savoye *. J'ay différé
de vous envoyer le mémoyre de la léctre que je
luy demande, jusques à ce que je feusse adverty
si mons' Forget * sera de retour de la court. J'ay
quelque chose dé nouveau de Romme sur la
mort du feu pappe', qui est fort bien faict; je
les poètes du xvie siècle, il néglijge de nous dire où elle se
trouvait. La maison de ville de Morel devait être à cette
époque rue Pavée, près Pèglise Saint-André des Arcs (V. la
suscription d^une lettre à lui adressée en i563).
1 La. célèbre protectrice de la Pléiade, Marguerite de
France, duchesse de Berry, fille de François I«', venait
d*épouser, le 9 juillet ibbg, le duc de Savoie, Emmanuel-
Philibert Téte-de-fer. Son départ de la cour de France fut;
un deuil pour c tous amateurs de la vertu et des bonnes
lettres i, ainsi que le dit Du Bellay dans la lettre VI.
> Secrétaire de Marguerite de France. Elle le cite dans
une lettre à M. de la Vigne, du 22 décembre ibbj ^Fr.
4129, f. 41). L^évéque de Toulon en fait mention en ibôz
(Lat. 8389, f. 37). Du Bellay lui adresse le sonnet
CLXXVII* des Regrets. V. aussi Ronsard, éd. Blanchemain^
t. V, p, 336,
3 Paul IV, de la famille des Carafia, élu le 23 mat i555,
mort le 18 août 1559. Du Bellay, étant à Rome, avait cé-
lébré son élection (Sur le papat de Paule I V, Œuvres,^
t. II. p.. 74).
30 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
VOUS en feray part quand j'auray ce bîen de vous
voyr. Et con questo vi bascîo le manî et mi ra-
comendo.
Vostre obéissant et affectionné amy à vous
faire service,
J, Dubellay.
Il — A JEAN DE MOREL*
Monsieur, j'ay veu ce qiTe m'avez escript et
suys fort déplaisant de la mort de pauvre feu
mons' de la Vigne * tant pour la perte de sa per-
1 Lettre autographe (F. 10485, f. 187).
> Jean de la Vigne^ conseiller du roi Henri II et son amt
bassadeur auprès du Grand Seigneur, mourut pendan-
son retour en France en octobre ou novembre iSSg. (V. une
lettre de Pévêque d^Acqs, ambassadeur à Venise, datée du
10 nov. dans Charrière, Négociations de la France dans le
Levant, t. II, p. 6o5). Les lettres quUl reçut du roi, de la
reine et des principaux personnage^ de la cour, durant
son séjour à Constantinople (iSSy-Sg), sont conservées à
la Bibl. Nat. (Fr. 4129). On y trouve quatre lettres de Mar-
guerite de France, encore duchesse de Berry (ff. 41-45).
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 2J
sonne que celle qu'y peult avoir faicte mon pau-
vre filleuP, qui en doibt estre maintenant en
grand peine. Je croy que Ton aura esgard de faire
quelque récompense à ses serviteurs, mesmes à
ceulx qui l'ont servy en tel estât que mondict
filleul.
Celuy, comme vous distes, qui en a mandé la
première nouvelle, n'aura pas failly de demender
la meilleure pièze, si est-ce que l'on fera tort, ce
Elle les sigkie : c Vostre bonne amye, » et les adresse c à
M. d'Âuvilliers i. L'une d'elles témoigne que la duchesse
prit la défense de son protégé contre des calomnies dont
il fut l'objet pendant son ambassade. Il récompensa cette
amitié en la faisant son héritière (Brantôme, Œuvres, éd.
Lalanne, t. V. p. 57 et 68 ; Lettres de Marguerite de
France, publiées en 1881, par M. Tamizey de Larroque,
dans la Revue historique, d'après les originaux de Saint-
Pétersbourg).
^ .Ce filleul de Du Bellay pourrait être Joachim Dallier,
sieur du Plessis, qui était né du premier mariage d'Antoi-
nette de Loynes avec Lubin Dallier, avocat au Parlement.
11 remplissait auprès de M. de la Vigne les fonctions de
secrétaire (Charrière, t. II, p. 6o5). On trouve plusieurs
lettres de ce beau fils de Morel dans la correspondance de
celui-ci. (Lat. 8589, ff. 45-53). Il fut protégé par l'évéque de
Toulon, et entra au service de la duchesse de Savoie, qu'il
accompagna au-delà des Alpes, ainsi que le témoigne sa
lettre écrite de Chinon, où il se trouvait avec la cour, et
datée du 1 3 mai 1 56o.
28 LEITRES DK JOACHIH DU BELLAY
me semble, à madame de Savoye, si on ne laisse
en sa disposition les abbayes dudict s' de la Vi-
gne, attendu qu'il estoit sa créature et qu'elle les
luy avoit faiçt donner. Mons' de Tholon * ne s'y
endormira pas. Si par vos lectres il vous plaîsoit
luy en toucher quelque mot, affin que, faisant
pour luy, il feîst quelque chose pour ses amys,
l'occasion ne seroît pas maulvayse, et je vous en
auroys tousjours nouvelle obligation. In ogni
modo ce seroit follye de se mectre en fraiz pour
en faire aultre diligence, veu ce que dessus. J'ay
veu la proffétie de Nostradamus dont nous ne
fauldrons, mons' Cacault et moy, à vous ayder
* Jérôme de la Rovère, piémontais, évêque de Toulan,*
plus tard archevêque de Turin et cardinal {Gall. Christ,
t. 1, p. 753 D). Élevé en France, il fut Tun des serviteurs
les plus dévoués de la duchesse Marguerite. II prononça
deux oraisons funèbres de Henri II, l'une à N. D. de Paris,
Tautre à Saint-Denis, imprimées par H. Hstienneen ibbg.
Sa liaison avec Du Bellay est attestée par Âubert, qui le
nomme avec Morel parmi les meilleurs amis du poète
[Elégie sur Iç trespas de M. /, du Bellay, par G. Aubert,
de Poitiers^ Œuvres, Rouen, iSgy, p. 523). L'amitié qui
l'unissait à Morel était plus étroite encore. Il lui envoie de
Rivoli en Piémont, et de Poissy, pendant le colloque, deux
lettres signées « Vostre plus affectionné et obéissant amy
et filz, Hiero. E, de Tolon. » (Lat. 8589, ff. 35 et 37,
années i56i et i562).
LETTRES bË JOÀCHIM DU BELLAY 2g
à rire de ladicte profetie *, En récompense de quoy
je vous envoyé ung distique que Ton me bailla
hyer qui me semble assez à propoz pour l'expli-
cation de ladicte profetie.
Nostra damus, cum verba damus, nam fallere nostrum est,
Et cum verba damus, nîl nisi nostra damus ^,
Je ne scay si l'aurez veu quelque foys, mais je
le trouve bien gentil.
J'ay trahy ou traduict beaucoup plus de la moi-
tié de nostre besongne ',• mays en vers alexan-
drins, car les aultres ne me satisfont en si grave
matière *, et m'eust fallu user d'une infinité de
* Nostradamus fut lié avec Morel, comme le prouve uue
lettre qu^il lui envoie, en i56i, «du vallon de Craux en
Provence » (Lat. 8589. f. 28).
s Ces vers, qui ont été attribués à Jodelle et .à Bèze, dit
M. Marty-Laveaux, se trouvent, sous la forme suivante,
dans les Allusiones de Charles Utenhove :
Nostra damus cum falsa damus, nam fallere nostrum est,
Et cum falsa damus, nil nisi nostra damus.
3 II s'agit du Discours au Roi de Michel de THospital
que Du Bellay traduisait du latin, et dont il est question
dans la lettre suivante. Le discours fut présenté au roi
François II, peu après son sacre, qui eut lieu le 18 sep-
tembre 1559. Les deux lettres qui en font mention ne sont
donc pas antérieures à cette date.
^ Du Bellay, pour les sujets sérieux, préférait à juste
titre le vers de douze syllabes au vers de dix. Ronsard
30 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
périphrases, dont je me feusse beaucoup eslongiié
de la nayfveté de mon autheur, que je m'esforce
de représenter le plus au naturel qu'il m'est pos-
sible. Vous voyrez de quoy et en jugerez.
Et con questo vi bascio le mani.
Vostre obéissant frère, serviteur et amy.
J. Dubellay.
(Au dos) : La main volante et plume de du
Bellay*.
lU — A JEAN DE MOREL'
Monsieur, depuys le partement d'Horace, je me
suys advisé qu'il seroit bon et presque nécessaire
d'envoyer une coppie de la translation de Tépistre
pensait de même; il se vante d'avoir mis en vogue notre
alexandrin ; s'il a écrit la Franciade en vers de dix syl-
labes, c'est, dit-il, qu'il y a été obligé par Charles IX.
V. son Art poétique (éd. Blanchemain, t. VII. p. SSg).
* Ces mots, et ceux qui se trouvent au dos de la lettre
suivante, sont de l'écriture de Jean de Morel.*
* Lettre autographe (Fr. 10485, f. 189).
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 3l
de Mons' de PHospital à Monseig' le Gard** de
Lorraine, ne videatur sibi neglectus fuisse*. Et
n'est besoing d'y mectre i'épistre liminaire à la
Royne mère, car Tépigramme de Mons' de PHos*
pital suffira pour luy, puys que le latin luy est
dédyé*. Et pour ce que nous n'en avons point
de prest que celuy qUe vous avez faict relyer pour
Madame de Savoye, il me semble qu'il seroit bon
de le luy envoyer (je dy à mondict seig' le Gard**)
par mesme voye. Et j'en feray escripre et relyer
un aultre tout pareil pour madicte Dame de
Savoye; car, n'estant à la court, on peult plus
1 Cette lettre nous montre Du Bellay distribuant à ses
puissants protecteurs ses œuvres encore manuscrites. Il
s^agit ici du Discours au RoL., escript premièrement en
vers latins et présenté au roy François II peu après son
sacre par Messire Michel de l'Hospital, lors premier pré-
sident des Comptes et Conseiller du Roy en son privé con-
seil, à présent Chancellier de France, et depuis mis en vers
françoys par J. du Bellay, ainsi que le porte la pre-
mière édition^ qui en fut faite en i566 (V. Œuvres, éd.
Marty-Laveaux, t. II, p. 477 et 568). Du Bellay traduisit
aussi, peu de jours avant sa mort, mais en le développant,
un second « discours au roi » de L^Hospital.
^ Le premier discours est précédé d^une épigramme
dédicatoire de L^Hospital au Cardinal de Lorraine, traduite,
comme le reste, par Du Bellay. U n'y a aucune trace d'épître
préliminaire à Catherine de Médicis.
32 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
commodément différer pour son regard que pour
celuy de mondict seig' le Card'^ Quant à la Royne
régnante*, Tépistre en faict assez mention, et me
semble que celuy de la Royne mère suffira pour
toutes deux. Et sur ce Je me recommende*.
Vostre obéissant frère, serviteur et amy,
J. Dubellay.
(Au dos) : Promssce de faire escrire et relief
une aultre copie pour la miëne.
IV — A JEAN DE MOREL'''
Monsieur, ne m'estant permis pour ceste heure
tant pour mon indisposition que pour une dé-
pesche que je faiz à Romme, de pouvoir aller
trouver en vostre maison, je ne craîndray point de
vous supplier prendre la peine de venir jusques
1 La Reine régnante est Marie Sluart. Les vers de L'Hos-
pital la nomment assez brièvement.
2 Italianisme. Cf. la formule qui termine la lettre I.
3 Lettre autographe (Fr. 10485, f. 190).
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 33
icy, si c'est vostre plaisir et loisir, pour ce que je
vouldroys vous communiquer quelque chose qui
m'est de grande importance. Et vous sçavez
qu'en tous mes petiz affaires j'ay tousjours recours
à vous comme ad sacram anchoram. Plura non
licet per occupationes. Tu impudentiam nostram
excusabis et valebis *.
Vostre obéissant frère, serviteur et amy,
J. Dubellay.
V — A JEAN DE MOREL*
Monsieur, je vous envoyé une lectre que j'es-
criptz à Mons' de Tholon, que je vous supplye
* Quoique ce billet ne soit pas daté et ne contienne
aucun fait précis qui puisse y suppléer, sa présence au
milieu des lettres datées ne permet pas de le rapporter à
une autre époque que les derniers mois de iSSg. L'affaire
importante que Du Bellay voudrait confier à son ami, se
rattacherait-elle à celles dont parlent les lettres au Car-
dinal?
* Lettre autographe (Fr. 10485, f. 191).
3
34 LETTRES DE JOACHIM BU BELLAY
recommender à Mons' Dolu *, sMl n'est desjà party*
Si non je vous prye me la renvoyer, si ne faictes
quelque aultre dépesche à la court par aultre que
par iedict s' Dolu, avec la quelle je vous prye
faire tenir ladicte lettre, et me tenir tousjours en
vostre bonne grâce, à laquelle je me recommende
de meliore nota*.
Vostre humble frère, serviteur et affectionné amy,
J. Dubellay.
1 Jean Dolu, valet de chambre de François II, avait été
envoyé à Constantinople pendant Tambassade de Jean de
la Vigne. Sa correspondance se trouve aux archives, du
ministère des affaires étrangères. V. Charrière, Négocia-
tions de la France dans le Levant, t. II, p. 499 et suiv. et
la note de M. Lalanne (Œuvres de Brantôme, t. V, p. 57).
Nommé résident de France à Constantinople, après le rap-
pel et la mort de M. de la Vigne, il partit de France au
mois de janvier i56o (V. Gharrière, t. If, p. 608, note).
2 Ce billet est peut-être le dernier qu^ait écrit Joachim.
On ne peut le placer qu'aux derniers jours de décembre i559,
au moment où Dolu se disposait à quitter Paris pour aller
prendre les dernières instructions du roi, qui était alors à
Blois avec la cour.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 35
VI — A JEAN DE MOREL *
Monsieur et frère, ne m'ayant (comme vous
sçave^) permis mon indisposition de pouvoir faire
la révérence à Madame de Savoye depuis la mort
du feu Roy * (que Dieu absolve) j'ay pensé que
pour réparer cèste faulte et pour me ramentevoir
tousjours à sa bonne souvenance , je ne luy pou-
Tois faire présent plus agréable que ce que je
vous envoyé pour luy présenter, s'il vous plaist,
de ma part'. C'est le Tumbeau latin et françois
1 Copie (Lat. 8589, f. 82). Cette lettre a été imprimée
avec quelques légers changements sous le titre de <c Lettre
à un sien amy, » dans le Tombeau dont il est question
ici: Tumulus Henrici IL., per Joach. ^Bellaium. Idem
gallice totidem versihus expressum per eumdem... Parisiis,
apud Federicum Morellum, iSSg. (V. Œuvres, t. II, p. 472
et 567.)
s Henri II avait été blessé, au tournoi donné en rhon-
neur du double mariage de sa sœur Marguerite avec le
duc de Savoie, et de sa fille Elisabeth avec le roi d'Espagne;
il était mort au palais des Tournelles, le 10 juillet.
3 Du Bellay avait déjà beaucoup travaillé à l'occasion
du mariage de sa protectrice. Non content d'avoir fait les
Inscriptions du tournoi, il publia un Epithalame sur le
36 LETTRES DE JOACHIM DU BEI^LAY
du feu roy son frère , basty de ferrementz de nos-
tre mestier, sinon de telle estoffe et artifice qu'il
eustbien peu estre d'une meilleure main, pour le
moings de telle révérence et dévotion que pour ce
regard il nedoibt céder ny à l'excellence du Mau-
solée , ni à forgueil des Pyramides Ëgiptiennes.
Je l'eusse bien peu enrichir, si j'eusse voulu, de
figures et inventions poëticques, et l'œuvre en
estoit bien capable , comme vous pouvez penser.
Mais il m'a semblé que pour la dignité du sub-
ject et pour rendre l'œuvre de plus grande Majesté
et durée, un ouvraige Doricque, c'est-à-dire plein
et solide, estoit beaucoup mieux séant qu'ung Co-
rynthien de moindre estoffe , mais plus élabouré
maria f^e de très illustre prince Philibert Emanuel duc de
Savoy e et très illustre princesse Marguerite de France.
Il devait être récité au festin nuptial, qui ne put avoir lieu,
par les trois filles de Morel et leur jeune frère Isaac.
(V. Œuvres y t. II, p. 422.) J'en ai trouvé 1' « ordonnance »
dans un manuscrit du fonds français (460Q, f. 3o2]:
Camille devait être habillée « en Amazone ou en habit de
Pallas, Parmet en teste, laGorgonne en son bras gauche »,
Lucrèce a en gentildone romaine » et Diane « en Nymphe
et Déesse, son arc et .flesche au poing. » Le poète aurait
été représenté par Isaac de Morel, « habillé en Orphée à
l'antique, couronné de laurier, une harpe à la main. »
Cette mise en scène assez curieuse appartient évidemment
à Du Bellay.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 3 7
d'artifice et invention d'Architecture. Or, tel qu'il
est, si madicte Dame s'en contente j'estimeray
mon labeur bien employé ne m'estant , comme
vous sçavez, mîeulx qu'homme du monde, jamais
proposé aultre but ny utilité à mes estudes, que
l'heur de pouvoir faire chose qui lui feust agréable,
j'avois (et peult estre non sans occasion) conceu
quelque espérance de recevoir quelque bien et
advancement du feu Roy plus par la faveur de
madicte Dame que pour aultre mérite qui fust en
moy. Or Dieu a voulu que je sentisse ma part de
ccste perte commune, m'ayant la fortune par le
triste et inopiné accident de ceste douloureuse
mort, retranché tout à ung coup , comme à beau-
coup d'aultres, toutes mes espérances. Ce désastre
avec le parlement de madicte Dame, qui [à ce que
j'çntends) est pour s'en aller bien tost es pays de
Monseign' le duc sonmary*, m'a tellement es-
tonné et faict perdre le cœur, que je suis délibéré
de jamais plus ne retenter la fonune , m'ayant ,
nescio quo fato, esté jusques icy toujours si ma-
1 Elle était encore à Bloîs le jg novembre iSSg. Le 17
décembre elle faisait son entrée à Lyon, se rendant à
Nice. V. Lettres de Catherine de Médicis, publiées par
M. H. de la Perrière, tome I, Parie, 1880, p. 129.
38 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
rastre et cruele , mais abdere me in secessum ali-
quem, avec ceste brave devise pour toute consola-
tion, Spes et fortuna valete. Et qui seroii si fol
de ce vouloir doresnavant travailler Tesprit pour
faire quelque chose de bon, ayant perdu la faveur
d'ung si bon prince, et la présence d'une telle
princesse , qui depuis la mort de ce grand Roy
François , père et instaurateur des bonnes lectres,
estoit demourée Punique suport et refuge de la
vertu et de ceulx qui en font profession? Je ne puis
continuer plus longuement ce propoz sans larmes,
je dy les plus vrayes larmes que je pleuray jamais.
Et vous prye m'excuser si je me suis laissé trans^
porter si avant en mes passions , qui me sont
(comme je m'asseure) communes avecques vous
et tous ceulx qui sont comme nous admirateurs
de ceste bonne et vertueuse Princesse, et qui vé-
ritablement se ressentent du regret que son ab-
sence doit apporter à tous amateurs de la vertu et
des bonnes lectres. Quand à moy (et hoc mihi
apud amicum liceat), encores que îusques icy j'aye
enduré des indignitez de la fortune aultant que
pauvre gentilhomme er\ peult endurer, si est-ce
que pour perte de biens , d'amis et de santé , et si
quelque aultre chose nous est plus chère en ce
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 3 9
monde , je n'ay jamais esprouvé si grand ennuy
que celuy que j'ai receu de la mort du feu Roy, et
du prochain département de madicteDame qui était
le seul appuy et columne de toutes mes espé-
rances. A tous le moings si ceste fascheuse et
importune surdité qui me contrainct de demourer
continuelement enfermé en une chambre , eust
attendu quelque aultre saison, et ne m'eust osté si
mal a propoz le moyen de pouvoir faire la révé-
rence à madîcte Dame, et lui baiser les mains de-
vant son partement : j'aurois moings d'occasion de
me plaindre de ma fortune, mais vous ferez, s'il
vous plaist, ce debvoir pour moy. Et cependant
ne m'estant permis d'accompaigner ses aultres ser-
viteurs en ce voyaige * ou partye d'icelui, je la
suyvray avecques prières et vœutz pour sa bonne
prospérité et santé, et avecques cette humble af-
fection, révérence, et dévotion que je lui doy, ac-
compagnée d'ung perpétuel regret de son absence.
Ce qui me reste de consolation c'est une conscience
de bonne , pure et sincère volunté envers Dieu et
1 Parmi ces serviteurs se trouvait le chancelier de la
duchesse, Michel de PHospitai, qui a raconté son voyage
en vers latins, et qui resta auprès de Marguerite, à Nice,
jusqu'à la fin de mars i56o.
40 LETTRES DE JOÀCHIM DU BELLAY
envers les hommes, avecques ung contentement, ou
(s'il fault dire ainsy) ceste gloyre, qu'ayant en la
profession où j'ay esté poussé, plùstot par néces-
sité que par élection, rencontré tant d'heur que de
plaire à madicte Dame, je me puis vanter d'avoir
esté agréable à la plus saige, vertueuse et humaine
Princesse qui ait été de son temps *. Et sur ce ,
Mons' et frère , pour ne vous ennuyer de plus
longue lectre, encores que je m'asseure ce discours
vous estre aultant agréable qu'aultre pourroit estre,
je feray fin pour me recommander bien affectueuse-
ment à vostre bonne grâce, et suplier le Créateur
vous donner en parfaicte santé heureuse et longue
vye.
De vostre maison au cloistre Nostre Dame, ce
iij® d'octobre iSSg.
Vostre obéissant frère et affectionné amy
à vous faire service,
J. Du Bellay.
(Au dos) : A Monsieur et frère Monsieur de
< Le témoignage universel des contemporains atteste que
ce ne sont point là des louanges banales envers la du-
chesse Marguerite. V. son éloge dans Brantôme {Œuvres
complètes, éd. Lalanne, t. VIII, p. 128) et dans le P.
Hilarion de Coste {Éloges et vies des Reynes, Princesses,.
Paris, i63o, p. 426.)
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 4I
Morel. — Copie d'une lectre de feu Mons' de Go-
nor, Joachim du Bellay, à moy sur le départe-
ment de Mad"® de Savoye *.
vu — AU CARDINAL DU BELLAY*
Monseigneur, si mon indisposition et les
affaires, qui me tiennent par deçà' pour la
conservation de ma maison, m'eussent permis de
vous aller trouver pour me purger en vostre
présance de ce qu'on m'a callomnieusement imposé
envers vous, comme j'ay veu par voz lectres que
^ Ces mots sont de la main de Morel. Ils montrent que,
contrairement à l'opinion de Tabbé Goujet, adoptée par
M. Marty-Laveauz {Notice, p. X), Joachim du Bellay porta
le titre de seigneur de Gonnord, en Anjou, après la mort
de son frère aîné. On peut rapprocher la dédicace de
Ch. Fontaine, citée plus loin p. 86. Toutefois les cousins
de Joachim ne l'appellent jamais que Mons^ de Lire,
• Copie (Lat. 8584, f. 86). V. plus haut, p. 9. Je crois
inutile de signaler les ratures.
* En France.
42 LETTRES DE JOACHÏM DU BELLAY
Mons' de Tolon * m'a ces jours passés commu-
nicquées, je n'eusse esté contraînct de vous ennuyer
de ceste longue et fascheuse lectre, ny vous en
peine de la lyre; ce que je vous supplie très
humblement de faire, tant pour la mémoyre de
ce peu de services que je vous ay faict que pour
la révérence du lieu que vous tenez, qui vous
oblige (ce me semble) d'ouyr ung chascung en
ses justifications. Ce que je doy le plus craindre
en cecy, ce seroit que l'opinion que vous pourriez
avoir conceue de moy et l'impression qu'on vous
en auroit donnée m'eust entièrement fermé le
passaige; mais je m'asseure tant de vostre accous-
tumée et naturelle bonté, que ce préjudice ne
me fera condemner indicta causa*. Et d'autant
plus je m'en asseure, que vous mesmes. Monsei-
gneur, avez souvent esprouvé et esprouvez encore
tous les jours les traicts de la calumnie, à vostre
grand honneur et à la confusion de voz ennemys.
Or, pour venir au faict, et afin que, mettant
toute opinion et toute passion à part, vous puis-
siez juger si je suys digne d'une telle indignation
* V. une note sur la lettre II, p. 28.
s Pour les mots latins de cette lettre le copiste a em-
ployé une autre écriture que pour le reste du texte.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY ^3
que celle que vous monstrezparvosdictes lectres,
je vous supplye très humblement, Monseigneur,
de lyre patiemment tout ce discours, ou si je vous
ments d'ung seul mot, ne si par artifice je vous
diesguise rien de la vérité, je me soubzmetz à
estre estimé tel de tout le monde et pis encore,
(si pis se peult imaginer) qu^il vous a pieu me
dépeindre par vosdictes lectres.
Vous emendrez donc, s'il vous plaist. Monsei-
gneur, qu'estant à vostre service à Romme je
passoys quelque foys le temps à la poésie latine
et Françoise, non tant pour plaisir que je y prinsse
que pour ung relaschement de mon esperit
occupé au'x affaires que pouvez juger, et quelque
foys passionné selon les occurrences, comme se
peult facillement descouvrir par la lecture de
mes escritz, lesquelz je ne faisois lors en intention
de les faire publier, ains me contentois de les
laisser veoir à ceux de vostre maison qui m'es-
toient plus familliers ; mais ungescrivain Breton *
que de ce temps là je tenois avec moy en faisoit
des coppies secrettement, lesquelles, (comme je
1 Un certain Ereton ou Le Breton est raillé deux fois
dans les Regrets et particulièrement dans le sonnet LVIII.
V. lettre IX, où il est question d'un Le Breton, secrétaire
44 LETTRES DE JOAGHIM DU BELLAY
découvry depuys) il vendoit aux gentilzhomm^s
François qui pour lors estoient à Romme, et
mons' de St-Ferme * mesmes feut le premier qui
m'en advertit. Or, estant de retour en France, je
fus tout esbahy que j'en trouvé une infinité de
coppies imprimées tant à Lyon que Paris, dont
je mys de ce temps là quelques imprimeurs en
procès, qui furent condamnés en amendes et
réparations comme jepuys monstrer par sentences
et jugement donnez contre eulx. Voyant donc
qu'il n'y avoit aulcun remède et qu'il m'estoit
impossible de supprimer tant de coppies publiées
par tout, joinct que le feu Roy (que Dieu absolve)
qui en avoit leu la plus grand part, m'avoit
commendé de sa propre bouche d'en faire ung
recueil et les faire bien et correctement imprimer,
du cardinal de Lorraine, pour qui Joachim paraît fort
mal disposé. A ce même N. Le Breton est dédié le très
rare Discours de la Court imprimé en i558 par Philippe
Danfrie Cf. Lettres inéd, du Cardinal d'A rmagnac, publiées
par M. Tamizey de Larroque, 1874, p. 55.
^ Etienne Boucher, abbé de Saint-Ferme, au diocèse de
Bazas, abbaye de Tordre de Saint-Benoît. Il s^occupa
longtemps des procès de Catherine de Médicis en Italie, -et,
en récompense de ces services, devint évéque de Quimper
en i56o. V. Lettres de Catherine de Médicis, publiées par
M. H. de la Perrière', t. I, p. 107.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY ^,5
je les baillé à ung imprimeur sans aultrement les
revoir*, ne pensant qu^il y eust chose qui deust
offencer personne, et aussi que les affaires, où de
ce temps là j'estoie ordinairement empesché pour
vostredict service, ne me donnoient beaucoupt de
loisir de songer en telles resveries, lesquelles
toutes fois je n'ay encore entendu avoir esté icy
prinses en mauvoise part, ains y avoir esté bien
receues des plus notables et signalez persounaiges
de ce Royaulme, dont me suffira pour ceste heure
alléguer le tesmoignaige de Mons' le chancel-
lier Olyvier, personnaige tel que vous mesmes
congnoissés. Car ayant z:eceu par les mains
de Mons' de' Morel ung semblable livre que
celuy qu'on vous a envoyé, ne se contenta de
le louer de bouche, mais encores me feist ceste
^ Les Regrets et autres œuvres poétiques de Joach. du
Bellay, Ang, ont été imprimés par Fédéric Morel en i558.
La seule édition complète est celle de 1876. (Paris Liseux).
Ils sont dédiés à M. d'Avanson, ambassadeur de France
à Rome, Tun des adversaires politiques de Jean du
Bellay. Le poète ne se justifie pas de ce fait dans sa lettre,
et il est probable que le cardinal n*en parlait point
dans la sienne ; mais ce n'en était pas moins là un nouveau
grief.
s De, ici et trois lignes plus bas, est ajouté d'une autre
main; même remarque pour la même particule dans la
46 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
faveur de Thonorer par escript en une espitre
latine qu'il en escrivit audict de Morel *. Uextraict
de ladicte epistre est imprimé au devant de quel-
ques myennes euvres latines ' que vous pourrez
veoir avec le temps. Et je Tay bien voullu insérer
en la présente de mot à mot ca l'ame que j'ay
enclos cy dedans '. Par là, Monseigneur ^ vous
pourrez juger si mon livre a esté si mal receu ^
interprété des personnaiges d'honneur comme de
ceulx qui le vous ont envoyé avec persuasion si
peu à mon advantaige. Je ne sçay à la vérité qui
me peult avoir preste ceste charité, et ne voudrois
obliquement taxer personne; mais ilz me semblent
suscription de la lettre de Ch. Fontaine (v. plus loin
p. 95). Cette adjonction est-elle de Morel, dont je crois
reconnaître l'écriture dans certaines annotations du ms.
8584?
* J'ai trouvé l'original de cette lettre parmi la correspon-
dance de Morel (Lat. 858g, f. 34); je la publie dans l'ap-
pendice L
* Joachimi Bellaii Andini poematum libri quatuor.^, Pa-
risiis, apud Federicum Morellum,., i558.
8 L'opinion d'un homme respecté de tous, comme
l'était François Olivier, devait avoir de l'importance aux
yeux du cardinal du Bellay. Mais n'y avait-il pas de la part
de Joachim une certaine malice à lui envoyer une lettre
dont les dernières lignes condamnaient ceux qui n'avaient
pas fait la fortune du poète?
LETTRES DE JOÀCHIM DU BELLAY 47
qu^en cela ilz ont fort mal noté ce que dit Martial
en une scienne épistre * : « Absit ab epigrammatis
meis malignus interpres ». Et au mesme lieu:
« Pessime facit qui in alieno libre ingeniosus
est ». Or ne voyant, Monseigneur, en toute ceste
belle accusation , aliquod certum aut difinitum '
crimeriy auquel je puisse répondre particulière-
ment, je me contenteray de dire generallement
qu'en tout le livre il ne se trouvera poinct
expresse nec tacite que j'aye en rien touché vostre
honneur. Au contraire se trouvera qu'en plusieurs
endroicts je me suys mis en devoir de le deffendre,
si quelqu'un l'eust vouUu offenser, mesmement
au sonnet que j'ay aussi enclos cy dedans, au-
quel je parle apertement de vous et non par
métaphore ou allégorie '. Voilà, Monseigneur,
1 Martial. Epigr. lib. /. Epist, ad lectorem : Absit a
jocorum nostrorum simplicitate malignus interpres nec
epigrammata mea scribat. Improbe facit qui in alieno libro
ingeniosus est.
« Sic,
3 Le sonnet que le poète envoie au cardinal est le seul
dans lequel il ait daigné parler de son protecteur, et
encore san9 prononcer son nom :
Si après quarante ans de fidèle service,
Que celui que je sers a fait en divers lieux...
[Regrets, sonnet XLIX.)
48 LETTRES DE JOACHIM DU- BELLAY
comment j'ay voulu dénygrer vostre honneur,
lequel tant s'en fault que je voulusse en rien
offenser (qui seroît à moy non une meschancetay,
mais ung vrai parricide et sacrilège) que pour le
maintenir je voudrois, s'il en estoit besoing,
hasarder le myen avec ma propre vye et tout ce
que Dieu m'a donné en ce monde. L'on vous a,
(à ce que je puys juger), voullu persuader que je
me plaignois de vous ; je respons que je ne me
plaincts de vous, mais de mon malheur et de
l'ingratitude de quelques ungs (si sourdis ^ liceat
maledicere) qui, ayant receu tant de bien et d'hon-
neur de vous, l'ont si mal recongneu que vous
mesmes pouvez tesmoigner ce que tout le monde
a peu veoir. Et quand, en quelque endroit de mes
sonnetz, on vouldroit interpréter que les plainctes
que je y faictz se doibyent nécessairement référer
à vous, (comme on veoit ordinairement que ceulx
qui se sentent vrais et fidelles serviteurs sont
quelquefois plus prompts à se plaindre et pas-
sionner que les aultres), je ne veulx pas du tout
nyer que, voyant beaucoup d'aultres, qui ne vous
attuchent de si près que moy, ny de parenté ny
* Sic.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 49
de servitu *, recevoir tant de bien et d^honneur de
vous comme ilz ont faict, il ne m^en soit eschappé
quelque regret parmy les aultres'. Mais je pense
vous avoir assez faict congnoistre par la conti-
nuation du service, que je vous ay depuzs faict et
feray toute ma vye, s'il vous plaist, que telles
plainctes ne procédoient de mauvoise voulonté ;
et s'il m'est permis faire comparaison de moy à
ung si juste personnaige, je pourrois alléguer à ce
propos l'exemple de Job, lequel en son adversité
dispute contre Dieu, alléguant son innocence et la
grandeur de ses afflictions , qu'il dict n'avoir
mérités, et sembleroit de prime face (à qui ne
prendroit bien le sens de l'Escripture) ce que ses
parents mesmes luy reprochent, qu'il blasphémast
contre Dieu, qui toutesfois, congnoîssant l'inten-
cion de Job et son infirmité, à la fin de la dispute
approuve la cause dudict Job et condenpne celle
de ses cousins : et Dieu veille qu'en ceste mienne '
adversité je n'esprouve encore ceste persécution
de ceulx dont par raison je debvrois attendre toute
aide et consoUation et non pas recevoir tant
> Sic. On retrouve le même mot vers la fin de la lettre,
î V. notamment les sonnets XXni,XXVIlI,XXXn, XLVI,
XLVIÎ.
?0 LETTKES DE MACHIM DC lELLAT
de mal pour le bien que je pense leur a^oir
faîct'-
Quant à Pinquisition, qui est le principal poinct
dont Ton veult me faire peur, je vouldrois estre
:]ussi asseuré. Monseigneur, de debvoir reguagner
vostre bonne grâce que f aj peu de craincte de
tel inconvénient. Je n^ay vescu jusques icy en
telle ignorence que je n^entende les points de
nostre foy, et prye Dieu qu^il ne me laisse pas
tant vivre que de penser seuUement inon qu^es-
crire- chose qui soit contre son honneur et de son
Eglise.
Ce qui m^a faict ainsy toucher les Carraf-
t'es en quelque endroict', a esté Tindignité de
qùoy ils usoient en vostre endroict, dont je ne
pouvois quelquefois ne me passionner et en des-
chargeois ma cholère sur le papier. Tout le reste
ne sont que risées et choses frivoles, dont per-
sonne (ce me semble) ne se doibt scandalizer s'il
n'a les oreilles bien chatouilleuses. Quant aux
< Ici Tallusion est très claire * Joachim a des « cousins •
comme Job^ et ce sont eux qui vont lui susciter les ennuis
des lettres suivantes.
2 Les Caraffa^ famille à laquelle appartenait le pape
Paul IV; sont attaqués dans les Regrets, sonnets CIII
et CV.
LETTRES DE JOÀCHIM DU BELLAY 5l
belles qualitez quUl vous plaist me donner par
vosdictes lettres, je les prents comme de mon Sei-
gneur et Maistre, avec lequel (comme dict David)
je ne veulx entrer en jugement ; mais je ne crain-
dray poinct de vous dire, encores que Démocrite
excludat sanos Helicone poetas%que ceulx qui me
congnoissent et qui m^ont hanté familièrement,
ne m'ont (ce croy-je) en telle réputation, et ne
pense qu'en ma vye ny en mes actions il se soit
encores rien trouvé digne de la cathène'.
Voilà, Monseigneur, la grande meschanceté que
j'ay commise en vostre endroit, vous suppliant
très humblement au reste de prendre en bonne
part ce qu'en une si juste defFence que celle de
mon honneur, j'ay respondu non à voz Jectres,
mais aux calumnies de ceulx qui m'ont déféré
envers vous sans les avoir jamais, que je sache,
offencées ny de faict ny de parolle. Dieu le leur
pardoint, car quant à moy toute la vengeance que
» Horace, Epist. ad Pis., v. 2g5-7 :
Ingenium misera quia fortunatius arte
Crédit et cxcludit sanos Helicone poetas
Democrîtus^ bona pars lion ungues ponere curât...
^ Le vieux mot français est cadette; IMtalien dii ca-
tena.
52 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
j'en désire, c'est qu'il me donne la grâce de pren-
dre ceste persécution en patience, et à eulx de
recongnoistre * le tort qu'ilz m'ont faict. Ce pen-
dant, Monseigneur, ceste lectre portera tesmoi-
gnaige , envers vous et envers tout le monde, de
mon innocence et de l'obéissance et servitu que
je vous ay tousjours portée et porteray toute ma
vye.
Monseigneur, je supplie le Créateur, etc. De
Paris, ce dernier jour de juillet iSSg.
VIII — AU CARDINAL DU BELLAY '
Monseigneur, je croy que vous aurez receu de
ceste heure ce que je vous ay dernièrement es-
cript pour ma justification qui me gardera d'user
de redictes, fors de ce mot seulement, c'est que si,
en tela ny aultre chose, je sentois ma conscience
f Re est ajouté de seconde main.
* Lettre autographe (Fr. 10485, f. 182).
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 53
coulpable en vostre endroict, il ne me fauldroit
point d'aultre bourreau que moy mesmes. Ce
n'est la première tragédye que Ton m'a excitée pour
semblable soubson, que celle dont il vous a tous*
jours pieu de vostre grâce me justifier, et fault que
je vous dye. Monseigneur, que nescio quo fato
tous ceulx qui au maniement de votz affaires ne
se sont proposez aultre but que vostre seul com-
mendement, sans respect d'aultre chose, ont courru
ceste même fortune ; ce que je prendroys en plus
grande patience pour ce regard, si j'eusse receu
ceste playe d'une aultre main. Car les menasses
précédentes et l'effect qui s'en est ensuyvy incon-
tinent apprès me font assez foy de ceulx a qui
j'en suys tenu. S'ilz ont bien ou mal faict, je m'en
rapporte à leur propre conscience et à vous. Mon-
seigneur, qui sçavez mieulx que personne de ce
monde si je leur en ay donné occasion. Or ne
vous veulx je celer. Monseigneur, que quelques
excuses que j'en ay sceu faire, ny mesmes quel-
que tesmoingnaige qu'il vous ayt pieu d'en donner
par vos votz lectres, il ne m'ha esté possible de
leur arracher ceste opinion de la teste, qui me
faict penser que quelques ungs de par delà me
pourraient prester quelques charitez, ou que
54 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
ceulx-cy sentant m'avoyr faict tort me hayssent
pour ceste seule raison (ce que Ton void arriver
ordinairement). S'il est ainsi, et que par force ilz
veuillent avoyr eu occasion de faire ce qu'ilz ont
faict, ce serait bien peine perdue à moy de m'en
tormenter d'advantaige. Bien vous suppliray je
de croyre (car je ne veulx point faire du théatin*
en une chose qui touche de si près mon hon-
neur) que je n'ay le cœur en si bas lieu que je ne
soye pour m'en ressentir quelquefoys et que, si
ce n'estoit vostre respect, je ne feisse sonner le
1 Allusion à la conduite du pape Paul IV, ancien géné-
ral des Théatins, dont on était alors très mécontent à la
cour de France. 11 avait appelé le duc de Guise contre les
Espagnols et n'avait tenu aux Français aucune de ses pro«
messes. (V. Œuvres complètes d'Estienne de la Boétie pu-
bliées par Léon Feugère, 1846, p. 38o.) « Contrefaire le
Théatin » était passé en proverbe. — M. Revillout, à qui
j'emprunte cette note, dit qu'on retrouve cette expression
dans une lettre du cardinal de Châtîllon au cardinal du
Bellay. L'original de cette lettre, qui est du 29 juin i55oy
est dans notre ms., au fol. 82 ; voici le passage d'Odet de
Châtillon : « Monsieur, ce souer, bien tard, vostre home
m'a aporté vostre lectre du xxv™«, de façon que desja j'a-
voys veu le veu du cardinal Théatin, mays non pas le
vostre, lequel ay estay bien ayse de veoyr duquel je ne m'é-
bays point s'il y en a eu quy ont doubté à quelle fin il
tendoyt. Mays le mieulx que je y veoye c'est que les Papes
obtienent à la fin tout ce qui leur plaist. »
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY DD
tort que Ton m'ha faict à telles oreilles, que peult
estre cela ne servirait de rien à ceulx qui en sont
cause'.
Ce pendant je prendray patience le mieulx
qu'il me sera possible, et avec les Stoïciens essay-
ray à me persuader que l'homme n'est point mal-
heureux pour la perte des choses externes, mays
seulement pour avoyr commis quelque acte mes-
chand, dont je sens ma conscience necte, Dieu
mercy; auquel je supplye vous donner, Mon-
seigneur, en parfaicte santé, très heureuse et très
longue vye. De Paris, ce dernier jour d'aougst
1359.
Vostre très humble et très obéissant
serviteur.
J. Dubellay.
(Au dos) : A Monseigneur.
É
> Les c oreilles » qui écouteraient le plus volontiers les
plaintes du poète sont, sans doute, celles de la duchesse
Marguerite.
56 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
IX — AU CARDINAL DU BELLAY*
Monseigneur, depuys ma dernière dépesche,
j.'ay receu une lettre de Monsieur du Bellay* que
f ay enclose en ce pacquet, avec une coppie de la
response que j'ay faicte à Mons' de Paris, pour
ce que je me double bien que mondict s' Dubellay,
suyvant ses bonnes coustumes, ne fauldra d^exé-
cuter les menaces contenues en sesdictes lettres.
Je ne vous en feray aultre discours que celuy que
vous voyrez par madicte response. Ce jourd'huy
est vacqué une prébende de vostre eglize de
Nostre Dame, que Mons' le thésauryer de Beau-
voys' a conférée au filz de Mons' de Saveuse, en-
core que je luy eusse faict remonstrer de ne me
* Lettre autographe (Fr. 10485, f. i83).
* C*est la lettre de Jacques du Bellay (V. Append. II),
que Joachim avait eu le temps de recevoir. Si ce n^était
pas celle-ci, on ne s'expliquerait pas sa présence parmi
les lettres originales reçues par le cardinal.
' Ce trésorier de Beauvais n'est autre que Nicolas de
Thou^ conseiller clerc au Parlement, archidiacre de Pa-
ris, abbé de Saint-Symphôrien de Beauvais, plus tard évê-
que de Chartres. C'est le frère du premier président,
Christophe de Thou, et l'oncle du grand historien, Jacques-
LETTRES DE lOACHIM . DU BELLAY 5^
faire ce tort qu'en Pabsence de Mons' de Paris je
ne feisse la charge qu'il vous a pieu me donner,
et qu'il me pouvoit bien porter aultant de respect
qu'il avoyt faict au feu chantre Moreau ^ Il ne
m'a allégué aultre chose que la prière de Mons'
de Paris luy en avoyt faicte. Je vous supplye très
humblement, mon seigneur, de ne m'estimer si
ambitieux que je recherche tel souvenir si non
Auguste de Thou. — Voir la lettre de Tévêque datée de
Paris du 20 septembre : c II est mort ung de voz cha-
noines nommé de Pardieu , nepveu de Mons' le cardinal
de Meudon : Mons' de Thou, vostre chanoine et vicaire,
en a fait la collation au fils de Mons' de Saveuse. »
(V. Appendice iV.)
^ MM. Burgaud des Marets et Rathery ont publié (Œu-
vres de Rabelais, 2« édit., t. I, p. 61), un extrait des regis-
tres du secrétariat de Tarchevêché de Paris, dé i352,
qui nous apprend et qu'était ce chantre Moreau. C'est
lui qui reçut de Rabelais la démission de la cure de
Meudon, au diocèse de Paris, et de Saint-Christophe du
Jumbet, au diocèse du Mans : « Resignavit, cessit et di-
misit pure, libère et simpliciter, hujusmodi Pariochalem
Ëcclesiam in manibus D^^^ Joannis Moreau , Ecclesiae
Parisiensis canonici, vicarii generalis R»i D^^^ cardinalis
Bellaii, R™^ nuper Parisiensis Episcopi, cui collatio et
dispositio Beneficiorum Ecclesiasticorum Episcopatus Pa-
risiensis auctoritate Apostolica reservata exstitit. » M. Re-
villout conclut que Joachim du Bellay, qui rappelle l'exem-
ple du feu chantre Moreau , était comme lui vicaire géné-
ral du cardinal.
58 LETTRES DE JOAGHIU DU BELLAY
aultant que c^est pour vostre service, en quoy je
ne céderay jamays à personne. Ce qui me donne
plus d'ennuy, c'est l'injure que l'on me faict de
me vouloyr oster sans révocation ny aultre exprès
commendement de vous ce qu'il vous a pieu me
donner. Je ne veulx prescher mes mérites, mays
s'il vous plaist de le réduyre à mémoyre, vous
trouverez. Monseigneur, qu'en moins d'un an et
demy vous avez disposé de plus de troys mil
livres de rante ce pendant que je m'en suys meslé.
Et si avoys ung légat en teste, qui m'a donné de
la peine telle que vous avez peu entendre. Je se-
ray bien ayse que les aultres facent mieulx, mays
je m'asseure bien qu'ils ne s'en sçauroient acquic-
ter plus fidèlement.
Monseigneur, je supplye le Créateur vous
donner en parfaicte santé très heureuse et très
longue vye. De Paris, ce i" de septembre iSSg,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
J. Dubellay.
Je ne veulx oublyer à vous advenir, Monsei-
gneur, que Mons' Gallandius ' est malade à l'ex-
i Pierre Galland, professeur au Collège Royal, célèbre
par sa querelle avec Pierre Ramus , au sujet de laquelle
Du Bellay composa sa Pétromachie (i55i.— Œuvres, t. !I,
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY SQ
trémîté et, dict-on, qu^on le cèle mort depuys
cinq ou six jours. Je ne sçay à quelle fin. On dict
aussi que sa prébende estoit vacquée en Régalle
et que le Breton, secrétaire de Mons' le Card'^ de
Lorraine, la veult impétrer; ce sera une forte
partye, s'il ne se treuve que la partie adverse
dudict Gallandius luy eust passé maintenue ^ Il
seroit bon de bailler Niquet en teste audict
Breton*. Le procureur général du Roy, Bour*
pr>o3). Il mourut le 6 septembre iSSg. L'évéque de Paris
n'en savait encore rien le 20 septembre (V. Appen-
dice II).
* Ce passage s'explique par les règles d'un droit cano-
nique particulier à la France. Le roi avait le droit de con-
férer, pendant la vacance des sièges épiscopaux, les béné-
fices qui étaient à la disposition de Tévéque , et ce droit
faisait partie de la prérogative royale appelée régale. Or,
c'était un privilège de la régale qu'elle devait avoir eu son
effet; autrement le bénéfice vaquait toujours en régale.
Si donc Gallandius avait obtenu une prébende vaquée en
régale, et ne s'était. pas arrangé avec celui qui la lui dispu-
tait, la régale, par suite du litige, n'avait pas eu son plein
effet, et c'était toujours au roi et non au cardinal à dispo-
ser de la prébende. (Note de M. Revillout). « Passer main-
tenue f signifiait confirmer définitivement un droit à celui
qui en jouissait déjà de fait. (V. Appendice V.)
' Ce Nicquet ouNicaytest nommé dans les lettres de l'é-
vêque de Paris (V. App. 111, V. VII). Pour Le Breton, cf.
une note sur la lettre VII, p. 43.
60 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
dinSfaict les plusgrandes instances du monde pour
une prébende de Nostre Dame. Il m'en fi st parler
et escripre parla Royne* pour celle de Mons' de
Saînct Ferme*, et dernièrement m'en a faict
escrire par ladicte dame pour celle de Saveuse,
encore que je n'en aye faict la collation, mays le
thésaurier de Beauvoys. Il semble que ledict pro-
cureur en veuille avoyr par force et n'est pour se
désister de telles importunitez si vous ne luy en
fermez la bouche, car il n'use de moindres motz
si non que le Roy le veult ainsi. Et sans vostre
exprès commendement on ne peult disposer des-
dictes prébendes, comme je luy ay très bien faict
entendre.
(Au dos) : A Monseigneur.
^ Gilles Bourdin, célèbre magistrat, procureur général du
roi au Parlement, commentateur d'Aristophane, était un
protégé de la maison de Lorraine. V. Sainte-Marthe, Elog,f
î^iv. II, p. 5o.
s La reine est Marie Stuart; mais il est possible qu*il s'a«
gisse ici de la reine-mère. Sur les démarches de Bourdin,
cf. App. III.
• V. une note sur la lettre Vil.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 6l
X — AU CARDINAL DU BELLAY *
Monseigneur/ le seelleur de Mons' de Paris
m^a ce matin envoyé une lettre de change de douze
cens escutz, pour vostre ordinaire de novembre*,
me priant de la vous faire tenir, ce que j'ay faict
incontinent, et Pay envoyé sur Theure enclose en
la présente à vostre banquier Didato ', qui à ma
requeste et sur ma cédulle a fourny une grand
partye desdicts XII cens escutz. Ce n^est la pre-
mière foys qu'il a faict le semblable et est encore
prest de faire selon les occurrences, qui mérite
bien, ce me semble, que Ton en face quelque re-
congnoissance en son endroict. Il vous avoit pieu,
Monseigneur, luy en donner quelque asseurance
par ung mot de lectre que je luy baillay de vostre
part, il y a environ d'un an. Toutesfois depuys ne
1 Lettre autographe (Fr. 10485, f. i85).
s Pour les revenus des mois suivants, expédiés à me-
sure, soit par Joachim, soit par i^évêque de Paris au car-
dinal, V. Append. V et VII.
» Sur ce banquier italien, établi à Paris, qui faisait les
affaires du cardinal, v. Appendice V.
62 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
s^en est ensuyvy aulcun effet. S'il vous plaisoyt
en faire une nouvelle recharge à Mons' de Paris,
on le contenteroit de peu de chose et que Ton
baille ordinairement à d'aultres, qui ne sont pour
vous faire tant de service que ledict Didato. Je
vous ay escript par cy devant que le filz de feu
Mons' de Saveuse avoit esté pourveu de la pré-
bende vacquée par la mort d'ung nepveu de
Mons' le Card»^ de Meudon, suyvant vostre com-
mendement. Vous estiez obligé envers ung con-
seiller de ceste court nommé Helyn en la somme
de mil escutz, dont luy aviez constitué rante de
deux cens livres par an. Vostre recepveur Com-
braille a payé lesdicts mil escutz et, par ce
moyen, est esteincte ladicte rante et le contract
cassé, que je mectray entre les mains de Mons'
de Paris incontinent qu'il sera de retour. Ledict
Helyn, par une aultre partye, vous debvoit deux
cens escutz pour quelques lotz et vantes ; il a
pryé qu'on lut donnast terme jusques au XXV*
de ce présent moys, dedans lequel il ne fauldra
de satisfaire à ce qu'il vous doibt.
Je vous ay escript touschant les deux aultres
prébendes et les importunitez et instances qu'en
font messieurs les courtizans.. Vous y adviserez,
. LETTRES DE lOACHIM. DU BELLAY 63
s'il VOUS plaîst, Monseigneur, et voyrez si je vous y
puys servir de quelque chose. En quoy je m'em*
ployray et en toutes aultres choses, qui concerne-
ront vostre service, sans aulcune exception. Et me
trouverez tousjours tel jusques au dernier souspir
de ma vye. Ce qui sera l'endroict où je suppliray
le Créateur vous donner, Monseigneur, en par-
faicte santé très heureuse et très longue vye. De
Paris, ce VII* de octobre iSSp.
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
J. Dubejlay.
Mons'd'Ivry* m'est venu voyr ce matin,. qui
m'a dict vous avoyr escript touchant l'expédition
de son abbaye de Sainct Sierge, que Ton luy
veult faire perdre, vous suppliant de luy estre
aydanten ceste affaire. Il m'en a parlé plus parti-
* C'est le grand architecte Philibert de Lorme, qui suc-
céda par la faveur de Catherine de Médicis, au 52^ abbé
des bénédictins de Saint-Serge d'Angers, Jacques d'Ânne-
bault^ mort le 7 juin i558.(V. Hauréau, Gall, Christ., t.
XIV, 653 E). Il fut aussi abbé d'Ivry et de St-Eloy-lez-
Noyon. On sait que ce fut le cardinal du Bellay qui le
présenta à la cour. Les démêlés de Philibert de Lorme avec
Ronsard sont racontés par Binet dans sa Vie de Ronsard :
Le poète composa une satire, où « il blasme le Roy de ce
que les bénéfices se donnoient â des maçons et autres plus
64 LETTRES DE JOACHIH DU BELLAY
culièrement, et que, s'il vous plaist lui faire avoyr
ladicte expédilion, il ne plaindra V cens escutz
pour la dilligence du convoyeur. Il m'a aussi
parlé de quelques permutations avecques pen-
sions rédimables comme l'on advisera. Je n'ay
voulu faillir à vous en advenir, Monseigneur,
affin que vous advisiez, s'il vous plaist, ce qu'il
vous plaira de m'en commender.
Au (dos) : A Monseigneur,
viles peraonnes, taxant parlkulièrementun De Lorine,ar-
chilecle des Tuilleries, qui avoit obtenu l'abbaye de Li-
ïry... I (V. Œuvres de Ronsard, éd. Blanchemain, tome
prélim., 1867, p. 3o).
APPENDICE
/£
^
f — LE CHANCELIER OLIVIER A JEAN DE MOREL *
Monsieur, j'ay receu par les mains de Mons'
le Prévost d'Estampes celle que Mons' le prési-
dent de l'Hospital a naguères escripte à monsieur
le Rév. Gard** d'Armaignac*. De qua nihil aliud
1 Lettre autographe (Lat. 8689, f. 34).
2 Les épîtres de PHospital circulaientmanuscrites et assez
souvent sans nom d^auteur.- M. Dupré Lasale [UHospital
avant son élévation au poste de chancelier de France, Paris/
1875, p. 323), qui ne connaissait de la lettre d'Olivier que
la partie latine, a cru qu'elle se rapportait à l'épître apolo-
gétique de L'Hospital à Barthélémy Faye qui circula en
1657. (Mich, Hospitalii Galliarum cancellarii carmina,
Amsterdam, 1732, p. 358). Il s'agit au contraire de l'épî-
tre : Ad Georgium Armeniacum Cardinalem; ex morbiâ
quae utilitas percipi possit {Carmina, p. 24). Les lettres
de Georges d'Armagnac, évêque de Rodez, ambassadeur à
Rom&, etc., sont conservées en grand nombre à la Bibl.
nationale. On en trouve parmi les lettres au cardinal du
66 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
dicam quam quod vel sine titulo auctorem suum
référât, et bis mille aliis intermixta non me fallere
queat. Perlectam seposui per ocium subinde
relecturus, cum Musis sîmul ac Philosophiae
indulgere juvabit ^ D. Bellaii poemata mifai
post tuum discessum ter quater relecta semper
magis ac magîs allubescunt *. Quamquam sunt
in iis ' nonnulla quae me fugiunt, quod scilicet
res ipsas non capio. Nescio quid ille Graecè vel
Latine praestare queat : hoc unum scio qualia
Bellay. M. Tamizey de Larroque en a publié un assez
grand nombre, qui forment un volume de la Collection
Méridionale (Lettres inéd. du Cardinal d'Armagnac, iSy4J.
^ Le no 8585 du fonds latin contient (ff. iSg-iôo), la
copie dMne belle lettre d^éloges cicéroniens, écrite par Oli-
vier à L^Hospital avant que celui-ci fût chancelier; c^estdu
moins ce que nous apprend ifne note qui paraît de la main
de Morel. Olivier débute ainsi : Janus tuus Morellus^ imo
et noster maxime, tuam nobis epistolam reddidit, versibus
conscriptam plane tuis, sed in queis te ipsum quottidie
superas... Ex Leonvillano nostro, xvij cal. augusti.
* Parmi ces vers dont Olivier fait un si pompeux éloge,
figure un sonnet, le CLIV^, qui lui est adressé : le poète le
coiùpare à Scipion et le loue d'avoir eu le courage de
quitter la cour, en pleine prospérité, pour aller vivre dan«
ta terre de Leuville, près Montlhëry, et s'y consacrer aux
lettres.
> L'original porte c hiis ». Plus loin : « que^ grecè, prea*
tare, etc. ».
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 67
scribit, nisi ab eo praestari non posse, qui sit
varia ac multiplici eruditione, judicio autem
perelegante perpolitus. Nam selectissimum ilium
Gallicae dictionis nitorem ac perpetuam quamdam
in illa lingua gratiam, qui talem vei polliceatur
ve) jam jam re ipsa praestet, nondum quemquam
hactenus légère contigit. Tu hune meo nomine
plurimum salvere jubebîs. Opto homini fortu-
nam tali ingenio dignam, nam, vel invita illa,'
clarus ac illustris evadet. Quod si fortunae nihil
accesserit, certe lllius ipsius magno probro vel
potius ingenti summatum virorum pudori futu-
rum est. Bene vale. 4* Kal. septembris *.
Vostre bon frère et amy, F. Olivier.
(Au dos) : Mons' Moas' de Morel, mareschal
des logis de Madame Marguerite, Duchesse de
Beny *.
1 Dans le recueil des poèmes latins de Du Bellay (J,
Bellaii Andini poematum libri quatuor^,. Parisiis, i558),
où la partie latine de cette lettre se trouve reproduite, elle
se termine ainsi : Ex Leonvillano nostro, quarto Cal. Sep-
tembr. M.D.LVIII.
* More! a ajouté : c Main propre de Monsieur le chan-'
cellier Olivier. »
^
s
LETTRES DE JOACHtH DU BELLAY
H JACQUES DU BELLAY A JOACHIM DU BELLAY '
Mon cousin, je receu à ce matin ung tectre du
selleur de Mons' de Parys, la quelle je n'ay voulu
monstrer à mondict s' de Parys, sçachant bien
qu'il' ne se pouroyi conienyr, luy voulant fayre
telle injure que, en Faage où il est et estre ce
qu'il est, luy vouloyr bailler' la loy, chousé que
je m'asseure qu'il ne l'endurera d'homme du
monde que de Monseygneur le cardynal. Ledict
seelleur ni'a mandé que luy avés dict que vous
révoqueryés les vycayres que Mons' de Parys a
créez, après que Monseigneur les a premyere-
ment créez, chouse que je m'assure que nç
sçaryez fayre. Et quant vous vouldrez meptre
cela à exécution, je suys certain que Monseigneur
■ Lettre autographe {Fr. 10485, f. 192). Celte lettre, cu-
rieuse par son orthographe bizarre et irrégulière, est de
Jacques du Bellay, baron de Thouartré, qui fut gouverneur
d'Anjou et panelier du roi Henri II ; il était frère de ré-
voque de Paris, dont il prend assez vivement la défense
ici. Son fils René (V. la lettre suivante) fut constitué pa-r
révique, son oncle, héritier de tous ses biens.
■ L'original porte qui.
' L'original porte baller.
LETTRES DE lOACHIM DU BELLAY 69
le cardynal vous fera entendre que ce n'est en
Pendroyt de Mons'de Parys là où doybvés entre-
prendre telle chouse. Si vous le faictes, j'en seré
mary et vous ausy, et m'en asseure bien, et quant
je debveroys passer les montaygnes, j'en parleré a
Monseygneur le cardynal, et croy qu'il ne
vouldra fayre ceste honnte à Mons' de Parys.
Après m'estre recommandé a vostre bonne grâce,
je pryray Dyeu vous donner sancté. De Lo-
noye [?], ce xxvui"* d'aust.
Vostre bon cousin et amy, J. Dubellay.
(Au dos) : Mons' de Lyre, mon cousin, à
Parys.
III L EVÊQUE DE PARIS AU CARDINAL DU BELLAY *
Monseigneur, tout à ung coup j'ay receu voz
deulx lectres l'une du x", l'aultre du xiiii* du
* Lettre autographe inédite. (Fr. 10485, f. 160.)
70 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
passé, et jà estoys party de Paris pour aller à
Glatigny, Tyron et Montigny*, qui i;n^a engardé
jousques icy vous avoir peu envoyer voz basgues,
desquelles j'en refusoys quattre mille escuz. Je
ne sçay si les marchans sont en ceste mesme
volunté. J'ay incontinant envoyé vos lectres à
Mons' de Goue, et, si ce délibère de vous aller
faire service comme je Pay veu en volunté, par
luy je vous envoyray vos dictes basgues, sinon
ce sera par voye seure. Vos lectres sont allées
seurement à Mons' de Lymouges *, car de bonne
fortune il y avoyt de ces gens à Paris, qui s^en
alloient après luy. J'ay amené céans à son mes-
nage madamoyselle vostre niepce, ayant con-
sommé le mariage à Glatigny*. S'il plaisoyt à
1 Glatigny, Tiron et Montigny sont dans le Perche, au
diocèse de Chartres. C'est au château de Glatigny, près
Montmirail, que naquit l'aîné des Du Bellay, Guillaume,
seigneur de Langey.
s Sébastien de l'Aubespine, frère de Claude de l'Aubes-
pine, secrétaire d'Etat, est surtout connu par son ambassade
près de Philippe II; « regere coepit episcopatum Lemovicen-
sem i55g, » {Gall, Christ, t. II, 540 B). Il mourut en i582.
V. Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne
de François II, tirées du portefeuille de Sébastien de
l'Aubépine,.,, par Louis Paris. Paris, Impr. royale, 1841.
s 11 s'agit du mariage de René du Bellay, baron de la
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY JI
Dieu luy faire ce bien, et à nous, de vous rame-
ner par deçà, luy faisant, et à nous, ceste honneur
la voyr en son mesnage, je m'asseure, Monsei-
gneur, qu^auriés grand contentement d^elle :
passant à Montigny, mon frère et moy y avons
séjourné trois jours, pendant lequel temps avons
parlé à la dame de Boutigny', qui prétend la
moytié de toute la terre de Montigny, les acquestz
et déniés dotaulx distraictz qui appartenoyent à
feu Mons' vostre frère, par achapt qu'il avoyt
faict de Barbe d'Houarty, veufve de feu Léonard
de Feuly, parce que feii mondict s' vostre frère,
avoyt tousjours tenu le chasteau et empesché
ladicte dame de Boutigny d'y entrer, combien
qu'elle fict ses efifors d'y vouloir entrer. Despuys
sa mort, je y avoys envoyé gens de renfort, pour
semblablement l'empescher, qui venoyt à grands
frais et en danger de quelque foUye. Or, Mon-
seigneur, après avoyr eu plusieurs propos ensem-
Lande, fils de Fauteur de la lettre précédente, avec la nièce
du cardinal, Marie, princesse d'Yvetot et dame deLangey ;
la jeune femme était fille de Martin du Bellay, mort quel-
ques mois auparavant, le 9 mars iSSg. Cette union resserra
1«8 liens qui unissaient les adversaires de Joachim au puis,
sant protecteur dont ils lui disputaient la confiance.
^ Boutigny, près de Dreux.
72 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
ble, nous avons faict ung accord par provision
que le chasteau vous demeure et les acquestz, et
oultre la moytié de tout le revenu, et à elle
Taultre moytié, dont elle jouira par main . de
commissaires, et les débatz à qui il appartiendra
le total chasteau (par ce qu'elle prétend y avoyr
la moytié), l'assignât des dénies dotaulx et aultres
différens sont remys à Paris, où elle se y doibt
trouver avec son conseil, à Pasques, pour les
vuidersans procès, s'il est possible. Voilà, Mon-
seigneur, ce que avons peu faire, mon frère. et
moy, pour le présent et pour le mieulx. J'ay bien
ceste espérance que, la menant comme je la
cognoys,que le chasteau vous demeurera, ensem-
ble toute la justice et chastellenie, en luy bail-
lant . quelque récompanse en domaines, chose
qui est fort aisée, sans rompre ceste belle terre.
Je. vous advertyray de tout, pour sur ce recepvoir
voz commandemens. Je vous supply, Monsei-
gneur, ne troulver mauvays si je me suys ung
peu absenté de Paris, tant pour le maulvays aer
qui y est, que pour mes aultres affaires. Je croy
que si j'estoys à Paris, je seroys malade pour la
puantisse de la rivière.
Quant à Sainct Maur^. il y. a eu tousjours des
LETTRES DE JOÀGHIM DU BELLAY 73
hostes ^ Il est mort ung de voz chanoines^
nommé de Pardieu, nepveu de Mons' le cardinal
de Meudon *. Monsieur de Thou vostre chanoine
et vicaire , en a faict la collation au filz de
Mons' de Saveuse. Si Gallandius est mort, je n'en
sçay encores rien. Ce sera pour Mons' Nicayt,
suyvant vostre commandement. S'il en vaçque
d'aultres, je vous supply me commander à qui
voulés qu'elles soyent baillées. L'on m'a de
Paris escript que le procureur général du Roy a
lectres de la Royne pour avoir la première. Je ne
sçay si l'on vous en aura escript, aussi qu'il vous
plaist qu'on face des dignitez s'il en vacque. Il y
en a qui sont malades et bien décrépites. Passant
à Tyron, j'ay donné bonne ordre â tout mon
voiage; y estoit nécessaire. A Bourdeaulx', si je
suys contrainct d'y aller, je mettray voz affaires
^ Le château de St-Maur-des-Fossez avait été commencé
sur les plans de Philibert de Lorme, par le cardinal du
Bellay, alors qu'il était évéque de Paris et doyen du cha-
pitre de St-Maur. Catherine de Médicis Tacquit d'Eustache
du Bellay, en 1 563, et le fit continuer.
* Ce fait et les suivants sont mentionnés dans les lettres
IX et X de Joachim.
3 Depuis la mort de François de Mauny, l'archevêché de
Bordeaux était revenu entre les mains du cardinal. V. p. 1 1,
note I.
74 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
en repos, les ayant bien acheminées. Quant aulx
prébendes de vostre église qui pouront vacquer,
il y a Padvocat du Mesnil * ou Sainct Ayl *, qui a
grand envye d'en avoir une, ainsin que m'a dict
ung conseiller de la court de Parlement, allié de
sa famé, qui faict ses affaires. Aussi iL y a l'archi-
diaconé de Montfort, au Mans, qui a vacqué
déspuys ung an. Ceste arçhidiaconé et une pré-
bende de Paris feroient ung bon appointement
pour ce que prétend ledict Sainct Ayl.
1 Jean-Baptiste du Mesnil^ avocat du roi au Parlement
depuis i556f un des magistrats les plus intègres et les plus
lettrés du XVI« siècle. V. Sainte-Marthe. Ehg, Lit, IL,
p. 49-
3 Le seigneur de Saint-Ây, près d^Orléans, est nommé
par Rabelais parmi les familiers qui assistèrent, en ib^S,
aux derniers moments de Guillaume du Bellay, seigneur
de Langey, frère aîné du cardinal. {Pantagruel, Liv. IV,
ch. XXVil). 11 en fait aussi mention dans une lettre au car-
dinal du Bellay, du 6 février 1547, publiée pour la pre-
mière fois par Libri dans le Journal des Savants (janvier
1841). Diaprés une note de MM. Burgaud des Marets et
Rathery {Œuvres de Rabelais, 2^ éd., t. Il, p. 625), c«
seigneur de Saint-Ây aurait été Orson Lorens, écuyer.
11 est encore nommé dans une lettre inédite et sans date
de René du Bellay, évêque du Mans, à propos de la sépul-
ture de M' de Langey : « Mons', depuys ma dernière lectre,
faj receu deux des vostres, l'une du xxv, Taultre du xxvi*
du moys passé. Pour responce quant à la sépulture de feu
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 7 5
Monseigneur, après avoir présenté mes très
humbles recommandations à vostre bonne grâce,
l'e pry le Créateur vous donner en santé très
longue et très heureuse vie. De Gizieulx % ce xx*
de septembre iSSg.
Vostre très humble et très obéissant nepveu et
à jamays serviteur, Eustache Dubellay.
(Au dos) : A Monseigneur.
IV — l'ÉVÉQUE de paris a JOACHIM DU BEIXAÏ '
Monsieur mon cousin, j'ay receu deux de voz
lectres Pune du dernier d'aoust, Taultre du XVI*
mon frère, St Ayl n'en sçait, sinon ce que je vous en
ay desja mandé. Pai eu des lectres de Rabelays qui ne m'en
escript rien... » (Fr. 10486, f. 167).
^ Giseux, en Anjou, seigneurie de la maison du Bellay.
Eustache du Bellay s'y fit enterrer dans une sépulture de
famille.
s Lettre autographe. (Fr. 10485, f. 162].
76 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
de ce moys. Quant à la première où m'escrîpvez
des colères de mons' du Bellay, à tous le moings
que vous lés baptizés telles, je ne vous y fays
response. Si vous pansez y gangner quelque
chose, adressez vous à luy. Il a esté par le monde
pour vous sçavoir xespondre. Quant au second
article de vostre dicte lectre, vous n'aurez aultre
chose de moy sinon que j'ay les cheveulx gris. Je
n'aprandré de plus jeunes que moy, et qui n'en-
tendent si bien mon estât et ce que je doibs, à me
gouverner par leur oppinion. Quant celluy qui a
toute puissance de me commander me aura baillé
la loy, je luy obéyray et non à aultre. Quant à
vostre seconde lectre du XVI® de ce moys, par
laquelle me mandés qu'avés communicqué à mon
scëlleur une lectre de monseigneur le Cardinal,
puis me parlés des bénéfices vacqués et prestz à
vacquer, je suys d'un lieu duquel vous estes
sorty, là où les gens ne se veuUent avoir par au-
dace et aucthorité, mais par amytié ne refusant
jamays à faire plésir. Les vaccations àdvenuees
dont m'escripvés, moy estant à Paris de retour,
nous en ferons bien ensemble au contentement
de monseigneur le Cardinal et de vous et de moy.
Ce sera au plustost que je pouray, acheminant
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY ']']
mes affaires pour ceste effect chascung jour. Après
m'estre recommandé à votre bonne grâce, je pry
le créateur, mons' mon cousin, vous donner en
santé très bonne et longue vie. Du Plessis, ce
XXIX" de septembre iSSg.
Vostre meilleur cousin et amy a vous faire à
jamays plésir,
Eustache Dubellay, E. de Paris.
(Au dos) :* A mons' mon cousin mons' de Liray,
à Paris.
V — l'ÊVÊQUE de paris au cardinal du BELLAY '
Monseigneur, je vous ay escfipt du XXIII* du
passé et envoyé deulx moys de vostre ordinaire,
sçavoir décembre et janvier, et par mesme dépes-
• lettre autographe inédite (Fr. 10485, f. i63).
78 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
che VOUS ay envoyé voz deulx basgues, Téme-
raude et le rubis. J'estime, monseigneur, qu'auté«
receu le tout et seurement pour estre bien obligé
le banquier Dîdato de ce faire. Aussi, monsei-
gneur, je vous ay escript des trois prébendes vac-
quées en vostre église de Paris; l'une desquelles
a esté baillée à mons' de Saveuse ; Paultre, per-
sonne ne s'est trouvé pour mons' Nicquet; et ce
pendant un Régaliste * estoyt prest à le faire re-
cepvoir, estant icelle prébende en {légale non
encores assopie, qui estoyt celle de Gallandius.
Quoy voyant, mons' de Lyray a esté d'advis la
bailler à mons' l'advocat du Mesnil, qui la défen-
dra, et par ce moyen demeure paisible du tout
mons' de Lyray pour la chanterie* L'aultre elle
est en main seure*, pour en disposer ainsin qu'il
vous plaira commander, soyt pour mons' de Nic-
quet qui m'en a escript à ceste fin du xvi® du
passé, soyt à mons' de Lyray qui la demande*.
*
< Le régaliste était celui qui était pourvu par le roi
d*un bénéfice en régale ; il pouvait céder son droit à un
autre régaliste. V. sur la nature delà prébende de Galland
la lettre IX et la note.
* Entre les mains d'un commendataire.
.' Si Joachim du Bellay demandait une prébende, c'est
qu'il n'était point, quoi qu'en disent les témoignages con-
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 79
Je VOUS supply, monseigneur, me mander à qui
je la bailleray affin que ne Pung ne l'aultre s'en
prène à moy. Si je ne voys vostre commande-
ment, elle demeurera tousjours où Pay mise, at-
tendant qu'il vous plaise en ordonner.
Monseigneur, après avoir présenté mes très
humbles recommandations à vostre bonne grâce
je pry le Créateur vous donner en santé très lon-
gue et heureuse vie. De vostre maison de Gizieulx
le x* de novembre iSSg.
Vostre très humble et très obéissant nepveu et à
jamays serviteur,
Eustache Dubellay.
(Au dos) A Monseigneur.
temporains, chanoine de Notre-Dame. M. Revillout a déjà
fait cette remarque à propos de la lettre de Pévêque de
Paris du 28 décembre.
S^
8q lettres de JOACHIM du BELLAY
VI — JACQUES DU BELLAY AU CARDINAL DU BELLAY *
«
Monseygneur, j'é veu par ugne lectre que vous
avez escripte à Mons' de Parys, usant de vostre
acoustumée bonté envers les vostres, d'avoyr
pytyé des affligiés pour la faveur que ont main-
tenant mes partyys adverses, dont je vous mercye
très humblement. Je sçay que, si Dyeu m'avoyt
tant délayssé d'avoir faîct offence aus hommes,
je ne seroys oublyé; mays, grâce à.Dyeu, je ne
les ay jamays offencé, et me confye en Dyeu et la
justice de ma cause, et s'il lui playsoyt permeptre
vostre retour en France à vostre contentement, je
seroys guary de toutes mes maladyes, vous fayzant
toute ma vie service comme je doy, et avoyr cest
honneur vous voyr en ungne maison,en laquelle il
vous a pieu loger madamoyselle votre nyepce ', de
la quelle je ne me puys garder de vous dyre que
elle seuUe suffist pour m'empescher d'avoyr ennuy .
* Lettre autographe (Fr. 10485, f. 193), du même auteur
que la lettre publiée à l'Appendice II.
s II parle de sa belle-tille, Marie du Bellay, nièce du
Cardinal. V. Appendice III.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 8l
Madamoyselle de Boutygny presse de meptre
fin au partage de la terre de Montîgny*, la moytyé
du chasteau et du revenu luy en apartyent par la
coustume, hors mys les acquests et les denyés
dotaulx de la feu dame d'Ouarty. Je vous supply
mander ce qu'il vous playra en estre faict , car,
pour tous les biens du monde, je ne voudroy^
vous déplayre* Je ne vous enuyré de plus longue
lectre sçachant bien que avés de plus grandes af-
fayres, suplyant le Créateur, Monseygneur, vous
donner en sancté beureusse et longue vie. De la
Fuellée ', ce xxiii* de décenbre.
Votre très humble et très obéyssant serviteur et
- nepveu,
J. Dubellay,
«
(Au dos) :, A Monseygneur Monseygneur le car-
dynal du Bellay, à Romme.
* V. sur cette affaire Appendice III.
* La Feuillée, dans le Maine, seigneurie de la maison
du Bellay.
i^ LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
VII — L ÉVÊQUE DE PARIS AU CARDINAL DU BELLAY *
Monseigneur, pour respondre à vostre lettre du
jour Sainct Luc, en octobre dernier, j'ai envoyé
vers Mons' du Mans * pour de luy entendre ce
que me mandés par vostre dicte lettre en ces motz :
quant à Sainct Ayl ', c'est à Mons' du Mans à y
satisfaire. Je veulx en estre résolu. Je n'ay encores
eu sa response; incontinent que Pauray, je la vous
envoyray, et ce pendant je ne puis parler audict
Sainct Ayl, pour lequel contenter vous avés ung
archidiaconé en vostre diocèse du Mans de val-
leur de quatre à cinq cens livres ainsi qu'on m'a
donné à entendre. Davantaige, Monseigneur,
vous avez ceste tierce prébende de Paris, s'il ne
vous plaist la bailler à l'ung des deulx de mess"
de Lyray et Nicquet, dont j'attens vostre comman-
dement pour n'estre en malle grâce ni de l'ung ni
de l'aultre. Au pis aller, Monseigneur, la première
1 Lettre autographe (Fr. 10485, f. 164).
> Charles d'Angennes «. Cenomanensi donatus cathedra
anno i556... munus adiit 22 octobris ibSg, » {Gall, Christ,,
t. XIV, 414 D).
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 83
vaccante, si vostre plaisir est la luy donner je croy
qu'il s'en contentera : toutesfoys, pour en estre
plus asseuré, je lé vouldroys sçavoir de luy^ce que
je scauray par moyens, ayant entendu la response
de mondict S' du Mans.
Monseigneur, quant à Mons' de Lyre, si j'ay
pansé qu'il ayt esté cause de me mettre en vostre
malle gracê, ce n'a esté sans démonstration que
luy mesmes en a faict de la faire cognoistre : vous
supplyant, Monseigneur, ne trouver maulvays si
je ne me puys tant commander de faire bon visage
à ceulx qui ne veullent faire tel tort sans que
j'aye jamays songé de le mériter. Mais pour cela
il ne sçauroyt dire que j'aye prins l'esprit de ven-
gence contre luy, et pour avoir employé ceulx .
qu'avés esleuz à votre service (comme Mons' le
Trésaurier de Thou), ce n'est pas commettre voz
affaires à mes varletz*. Et ce que je puys de moy-
mesmes, je n'y employé personne, Et fault. Mon-
seigneur, que je vous die que, davant mon parte-
1 II est certain que Joachim, dans ses rapports avec
l^évéque de Paris et dans le maintien de ses droits à Pad-
ministration du diocèse, témoigna d*une irritabilité exces-
sive. Les termes dont il paraît s'être servi vis-à-vis de ses
collègues, les chanoines et vicaires de Paris, en sont une
84 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
«
ment de Paris, il estoyt du tout sourd , comme il
est de ceste heure , sans quasi aulcune espérance
dfi guérison. Scripto est agendum et loquendum
cum illo. £t, au temps qui court, il est besoing
avoir gens cler voyant et oyant mesmes pour le
faict de la religion , et en Pestât qu'il est, ce luy
est chose impossible d'y vacquer. Quant aulx trois
mille livres de bénéfices* que luy avés* donnés, ce
n'est à moy, Monseigneur, de retrancher vos bien*
flaictz en son endroict, mais plustosi je les vouldroys
alonger, si j'avoys le moyen et d'effet et d'affec-
tion. Luy mesmes sera tesmoing combien et quan*
tesfoys j'ai escript à Mons' de Saincte Croix * pour
le prieuré de Bardenay ^ près Bourdeaulx que luy
avez donné, et y fays tout ce que je puys. Quant
il vous plaira entendre ce qu'il a eu, le me com-
mandant *, je le vous feray sçavoir au vray.
preuve. On trouverait son excuse dans Pétat de santé dont
Eustache du Bellay fait plus loin un si triste tableau.
1 L'aisance de Joachim est attestée par ce chiffre consi-
dérable de revenus ecclésiastiques; cela ne Pempêchait
pas, on le voit, de demander encore une prébende.
s L'abbé de Sainte-Croix, à Bordeaux, était alors Auger
>-Hunaut de Lanta, qui occupa ces fonctions de i553 à i565
{Gall. Christ, t. IL 865 C).
8 Serait-ce Verdelais^ où se trouvaient des Célestins»
^ Le ms. porte « commandement •, qui n'offre aucun sén&.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 85
Quant à Madamoyselle de Villeneufve , je ne
scay de quoy, Monseigneur, elle se plainct : ses
enfans et filles sçavent assés combien je l'honore
et révère et feray toute ma vie. Elle aura tousjours
ce que feu Mons' de Langey* lui faisoit bailler et
y feray du mieulx qu'il me sera possible. J'estime
que de ceste heure vous aurés long tempsareçeui
voz basgues. Je vous envoyé une lettre de bancque
de douze cens escuz, port et change payés , pour
vostre moys de fébvrier.
Monseigneur , après avoir présenté mes très
humbles recommandations à vostre bonne grâce,
je pryle Créateur vous donner en santé très longue
et très heureuse vie.
De la Fueillée, au pays du Maine, ce xxviii* de
décembre iSSg.
Votre très humble et très obéissant nepveu et à
jamays serviteur, g^^^^^j^^ ^^ ^^jj^^
^ Martin du Bellay, seigneur de Langey depuis la mort
de Paîné de la famille, en ib^S, était mort le 9 mars iSSg.
-^•^
86 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
yill — CHARLES FONTAINE A JEAN DE MOREL ^
Monseigneur et bon amy, sachez que je vous
ay escript deux ou trois foys depuis mon parte-
ment, et esperois tous jours (comme encore j'es-
père) faire en brief un voyage a Paris et là vouç
voir et faire mon debvoir envers les amis ; mais
je ne sçay comment s'est faict que' le temps s'est
i Lettre autographe inédite (Lat. 8489, fF. 61-68); y. plus
haut; Introd. p. 18. Le papier est déchiré en plusieurs en-
droits; quand j'ai pu remplir les lacunes, j'ai mis les mots
suppléés entre crochets; dans le cas contraire, on trouvera
des points. — Charles Fontaine, né à Paris en i5i5, établi
en 1540 à Lyon, où il se maria deux fois, mort vers la fin
du XVI« siècle, a joué un certain rôle parmi les poètes du
temps , surtout à Pépoque de la publication du livre dont
il récuse la paternité dans cette lettre. Il se réconcilia bien-
tôt avec la Pléiade, et on trouve des dédicaces à Ronsard,
Dorât, Baif, Belleau, Jodelle, et à tous les autres poètes du
groupe dans le recueil intitulé : Sensuyvent les ruisseaux de
fontaine, oeuvre contenant Épitres, Elégies et Estrenes
pour cette présente année 1 555. Par Charles Fontaine, Pa-
risien. Lyon, Th. Payan, i555. Page 199 figure même un
quatrain à Joachim du Bellay, Seigneur de Gonnor.
D'autres dédicaces à Du Bellay et à la Pléiade trouvent
place dans le recueil publié par Fontaine en i557 et inti-
tulé Odes, Enigmes et Epigrammes... (Lyon,Citoys)^
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY' 87
coulé et les affaires m^ont retardé jusques a pré^
sent que j^ay receus unes vostres lettres uniques
depuis deux ans passez, en date du xliij^ mars
dernier, par lesquelles en premier lieu usez de
prière et trop grande humiliation en ce qui n^es-
toit besoing, et cela appartiendroit mieulx a moy
envers vous, comme vous entendez, qu^au con-
traire. Or bien soyez très asseuré que je n'y voul-
droye faillir ny en plus grand chose pour vous,
comme j'y suys tenu ; et suys allé a ce matin a la
Teste noire, ou n'ay trouvé vostre porteur qui
bailla hier voz lettres a ma femme, moy estant
[absent]. Mais j'y retourneray a l'yssue du dis-
ner. C'est quant à ce p[oint].
Quant au second point de voz lettres, par lequel
m'advertissez que vous estes employé en mes af-
faires par delà, je vous sçay gré, et vous en suys
attenu plus grandement que de chose qu'ayez onc
faict pour moy par cy devant. Mais puisque ja avez
tant fait pour moy et me monstrez encore amitié si
grande par voz lettres qui sont fidèle tesmoing de
vostre noblesse de cueur, laquelle avec vostre cler
esprit vous tient en grand estime et révérence a
l'endroit de tout^s^ens amateurs de la vertu, de la
bonté et des lettres, ^é vous vueil aussi advertir
88 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
de quelque chose qui concerne mon nom et hon-
neur et vous prier m^ aider et pour la raison. Car
soyez asseuré qu^a tort et sans cause Ton me
charge par delà d^avoir fait unpetittraicté intitulé
Quintil sur la Defifence et illustration de la langue
Françoise *, et en ay jà y a environ trois sepmaines
que j'en ay escrit response, et m'en suis purgé a
* Le Quint il'Horatian sur la défense et illustration de
la langue française. Lyon, i55i, in-S®, anonyme. Telle est
Findîcation que donne le Manuel du Libraire. Ni Brunet,
ni aucun de ceux qui ont cité ce livre ne me paraissent
avoir eu entre les mains celle édition originale; je n'ai
pas été plus heureux. Il portait à la dernière page le qua-^
train saivant :
LA FONTAINE A I. D. B. A.
' lamais si tost ne t*aura
Claire eau de ma fontaine vive,
Que legier feu esteinct sera
De rhuyle obscur de ton olive.
L'auteur a pris pour titre le nom même de ce Quincti-
lius dont parle Horace dans VÉpitre aux Pisons (v. 488
et sqq. Quinctilio si quid reci tares...), comme d'Un cen-
seur impitoyable, mais utile, des œuvres poétiques de ses
amis; la Défense avait rappelé ce souvenir au ch. XI de
la 2« partie. Le Quintil a été joint, à partir de i555, tou-
jours sans nom d'auteur, à V Art poétique françqys de Tho-
mas Sibilet. — Le manifeste de la Pléiade avait pour titre :
La Deffence et illustration de la langue française par /.
D. B. A. Paris, Arnoul l'Ahgelier, 1549, P^^^^ in-d^. La
LSmtES DE JOACHIM DU IKLLAT 89
monsieur le Prévost du Fort PEyesque qui
m^en avait fait advertir, comment cela estoitmal
prins et a mon desavantage. Sachez donc et main-
tenez franchement contre tous que je ne suis au-
teur dudict Quintil, mais le principal du collège
de ceste ville, lequel me pensant faire plaisir y ad-
jousta et feit un quatrain en la fin ou il a mis mon
nom dessus *; dont Ton a prins Foccasion de m^esti-
mer Pauteur dudict Quintil précèdent ledict qua-
Défense était précédée d^une épître datée du i5 février
(i3 février i55o, nouv. style), et suivie de VOlive, qui por-
tait un titre spécial, la même date, et les mêmes initiale^
I. D. B. A. (Joachim Du Bellay, Angevin). Le nom de
l'auteur était trahi seulement par les distiques grecs et la-
tins de Dorât qui figuraient en tête de* la Défense et de
VOlive. L'auteur du Quintil s'égaye fort au dépens des ini-
tiales mystérieuses et leur cherche mainte explication :
( ... ou bien fault dire (ce qui est le plus vray semblable)
que tu te contentes ton surnom estre déclaré exprès»
sèment par les deux tresdoctes et bienfoictz épigrammes
grec et latin de ton amy Dorât. Mais cela ne dolbt
suffire, car tous les lecteurs Françoys ne sont pas
grecs et latins. » Toutes les critiques du Quintil ne sont
pas aussi superficielles et ce petit livre n'est point sans
valeur.
i Le principal du collège de la Trinité à Lyon fut, de
1342 à i565, Barthélémy Aneau, qui a fait imprimer un
certain nombre de vers latins et français. C'était un ami
de Clément Marot et de Charles Fontaine. On comprend
9Q LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
train, qui toutesfoys ne sera point estimé estre
sorti de moy ny sentir ma veine à tous qui avec
bon jugement y adviseront d€t près, ny aussi plu-
sieurs choses qui sont dans le corps dudict Quin-
til. Et davantage quant ledict quatrain ou est
mon nom seroit mien (ce qu'il n'est, et vous jure
mon Dieu que jamais je n'y ay pensé ny n'en ay
jamais escript ny composé un seul vers ny une
seule lettre), s'ensuit il qu'il faille incontinent et
légèrement juger et conclure : ergo le Quintil qui
précède ledict quatrain est dudict Fontaine? Mais
pourquoy donc (respondra un homme de bon
jugement) et plus tost ne mettoit ledict Fontaine
que ce dernier le Choisisse pour lui renvoyer la responsabi-
lité du pamphlet; mais aucun bibliographe jusqu^à présent
n'a fait à Aneau un pareil honneur. Le démenti, d'ailleurs
assez entortillé, que contient cette lettre, ne paraît pas
avoir été écouté de son temps. La Croix du Maine (I,
p. 107) cite sans hésiter le Quintil parmi les œuvres de
Fontaine. Depuis Colletet et Ménage {Menagiana, 3« éd.,
171 5, t. III, p. 322), jusqu'à MM. Egger {L'Hellénisme en
France, 1869, i. I, p. 184) et Marty-Laveaux , personne
n'a émis de doute sur cette attribution. Le dernier édi-
teur du livre, M. Em. Person, ne la discute pas davan-
tage. V. La Deffence reproduite conformément au texte
de Védition originale»., et suivie du Quintil Horatian
(de Charles Fontaine), BibL historique de la langue fran-
çaise; Versailles et Paris, 1878, in-8o.
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY ' 9I
son nom devant ledict Quintil, que le Quintil es-
tant fini le mettre sur un Quatrain seul, qui ne
correspond au Quintil qui est en prose, mesme at-
tendu qu^il semble par ledict quatrain qu^il ayt
promis et produit au dessus une oeuvre poétique
par laquçUe il se veuille donner gloire qui effa-
cera rOlive? Je çroy que vous et tout homme de
bon esprit qui m^a congneu dedans et dehors, ou
seulement dehors, par mes petites oeuvres juvé-
niles, ne m^estimera point si arrogant et immo-
deste que ledict Quatrain sonne.
Il y a plusieurs autres raisons que je diray
paraventure quelque jour plus amplement, fai-
sans du tout au contraire de Pestime que d^aucuns
ont que soys auteur dudict Quintil ; mais à pré-
sent pour n'estre trop long je vous en diray encor
une, que bien prendrez ou je suis bien deceu.
Vous sçavez, Mons' et amy, que j'ay souvent et
fort debatu avec vous que feu Mons' de Langey
(quem ego virum honoris causa nomino) n^estoit
autheur d'ung livre qu'on [luy attri]buoit, ductus
vel sola hac ratione, que Tautheur dudict [livre
louoit] bien fort Mons' de Langey, et qu'estoye
en ceste opinion que [ledict] seigneur n'eust esté
si immodeste de se louer tant en un sien livre et
92 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
en tierce personne', qui me semble chose très
mal consonnante et conforme a tout bon autheur
qui veult tenir sa réputation, et a toute bonne
œuvre escrite : or est-il que Pautheur dudict
Quintll en certain passage extolle la Fontainç
pour abaisser un autre et en parlant de-Fontaine
en tierce personne, ce que jamais je ne feroîs
pour les raisons que je debatois avec vous a
l'honneur de Mons' de Langey, comme j'ay dit.
Pour conclusion, vous povez penser si je suis
joyeux, id est que je suis bien fasché d'avoir esté
nommé et imprimé en un bel quatrain qui n'est
mien, et au moyen de quoy l'on pense que je
soys autheur du Quintil. Il est vray aussi que
1 Guillaume du Bellay^ seigneur de Langey, parle de
lui-même à la troisième personne dans ses Ogdoades:
mais, si c'est de cet ouvrage quMl s'agit dans la lettre de
Fontaine, celui-ci a dû le voir en manuscrit, car il n'a été
imprimé qu'en 1 569, à la suite des mémoires de Martin
du Bellay : Les Mémoires de Martin du Bellay, seigneur
de Langey, contenant le discours de plusieurs choses ave^
nues au Royaume de France depuis l'an MD XIII Jusqu'au
trépas du roy François premier, ausquels V autheur a inséré
trois livres et quelques fragments des Ogdoades de Guill.
du Bellay.,, son frère, œuvre mis nouvellement en lumière
par René du Bellay , baron de la Lande, Paris, P. L'Huil-
lier, 1569, in-fol. Fontaine a inséré dans ses Ruisseaux
Une pièce De la mort de Monsieur de Langey (p. 121).
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 9 3
rôn pourroit penser que je seroye fasché de quoy
Pautheur de PlUustration auroit ainsi escrîpt :
«O qu'il me tarde que je voye sécher ces prim
temps, tarir ces fontaines ^ ; » mais je vous asseure
que non suis, tant pource que je doubte sMl en-
tend taxer ma Fontaine d'amour' ou quelque
autre livre qui seroit nommé les Fontaines, car
il ne dit pas « tarir ceste fontaine » ; comme aussi
parce que je ne fay pas cas de madicte Fontainç,
qui est seulement mon adolescence que depuis
j'ay recourue^ et en vouloir ny pensement
d'escrire contre ledict cçste occasion, et en
1 Voici le passage de Du Bellay (Défense et iltustr.
Livre II, ch. XI) : « O combien 'je désirç voir sécher ces
printens, châtier ces petites jeunesses, rabbattre ces coups
d^essay, tarir ces fontaines, bref, abolir tous ces beaux
tiltres assez suffisans pour dégoûter tout lecteur sçavan^
d'en lire d'avantaige. » — a Envieux souhait! » répond U
Quintil, « par lequel tu désires les œuvres d'autruy estre
aoéantiz, qui ne sont moins dignes de durée que les tiens,
et te mocques de leurs tiltres qui sont modestes, et non
ambitieux comme le tien, et ne dégoustans les lecteurs
(comme tu dis), mais plustost Içs invitans. »
* La Fontaine d'amours, contenant élégies, epistres et
epigrammes. Paris, J. de Marnef, 1546, in-i6; sans hom
d'auteur. Je ne sais pourquoi tous les annotateurs de
Du Bellay parlent, à propos de ce passage de la Défense,
des Ruisseaux de fontaine postériturs de plusieurs années.
94 LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY
quelque sorte qu'il entende ce passage; car aussi
j'ay bien d'autres pensemens en ma teste. Il est
vray que qui me taxeroit impudemment et nom-
ineement, certes adonc je voudroys abandonner
tous les présens pensemens et affaires pour ne
prendre ung autre nouveau, à sçavoir de contr'es-
crire, me deffendre et purger, avec toute modestie
^toutesfoys, au moins autant qu'il me seroit natu-
rellement possible. Je suis trop long, mais je
vous pry m'excuser et soustenir fort et ferme
contre tous que je ne suys auteur ny du Quintiî
hy du Quatrain qui est après, et que l'on y vise
de près. En cest endroit me recommanderay a
vostre bonne grâce et a la damoiselle de voz
biens, que Dieu gard et vous et les vostres et
siens. Il vous plaira faire mes^ recommandations a
mess'les conseillers du Lyon et Vérins et a mon s' de
Villaines, quant l'occasion se trouvera, sans ou-
blier les autres que sçavez estre de ma cognoisr
sance, mesmement Mons' de Belle Isle et Mons'
Chesneau*, auxquels vous plaira dire que j'espère
1 Fontaine a écrit me.
s Dans les Ruisseaux cités plus- haut, on trouve une
dédicace c à Monsieur du Lyon, conseiller au Parlement
de Paris » (p. 167), une autre « à Monsieur de Belle Isle »
[ DU BELL*Y 95
estre bien tost a Paris, 00, si en brief je n'y voys,
qu'ilz auront de mes nouvelles.
C'est de Lyon ce viij aprii par
Celui qui est vostre entièrement,
Charles Fontaine.
(Au dos) : Mons' de MoreP.
(p. ig3], une enfiii n à Louis Chesneau, lecteur eaHébrieu,
à Paris B (p. 20ï).
' Le de est en surcharge; v. plus haut p. 45, note 2.
TABLES
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TABLES
^
I. TABLE DES MATIERES
Pages
INTRODUCTION 7
LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 23
I — A Jean de Morel 23
II — A Jean de Morel 26
III — A Jean de Morel 3o
IV — A Jean de Morel 32
V — A Jean de Morel 33
VI — A Jean de Morel 35
VII — Au CARDINAL DU BeLLAY 4I
VIII — Au CARDINAL DU BeLLAY 52
IX — Au CARDINAL DU BeLLAY 56
X — Au CARDINAL DU BeLLAY 61
APPENDICE 65
I — Le chancelier Olivier a Jean de Morel. . . 65
II — Jacques du Bellay a Joachim du Bellay. . . 68
III — L'ÉvÊQUE DE Paris au cardinal du Bellay. . 70
IV — L'ÉvÊQUE de Paris a Joachim du Bellay ... 76
1 00 TABLES
Pagts
V — L'ÉvÊQUE DE Paris au cardinal du Bellay. . 78
VI — Jacques du Bellay au cardinal du Bellay . 80
VII - L'évÊQUE de Paris au cardinal du Bellay. . 82
VIII — Charles Fontaine a Jean de Morel 86
ï
II. TABLE DES NOMS DU SEIZIÈME SIECLE
Aneau (B.) 89.
Angennes (Ch. d^), ii, 82.
Angoulême (Henri ^ bâtard
d'), 7-
Annebault (J. d'), 63.
Armagnac (cardinal d*)^ 8,
44, 63^ 66.
Aubert (G.), 28.
Aubespine (Cl. de r)»;?^.
Aubespine (Séb. de 1'), 70.
Avanson (Jean d'), 63.
Baïf, 86.
Bellay (Eustachedu), évêque
de Paris, 8, 9, 11^ 56^ 61,
62, 68-85.
Bellay (Guillaume du), 9, 17,
74, 91» 9*-
Bellay (Jacques du), baron
de Thouarcé, 56, 68, 76,
80, 81.
Bellay (Jean, Cardinal du),
8-12, 41-64, 68-85.
Bellay (Marie du), 71*^0.
Bellay (Martin du), 9, 71,
85, 92.
Bellay (René du), évêque du
Mans,'8, 9, 74.
Bellay (René du), baron de
la Lande, 68, 70, 92.
Belleau, 86.
Belle-Isle (M. de), 94.
Bèze (Th. de), 29.
Binet (Cl.), 63.
Boucher (Et.), abbé de Saint-
Ferme, 44, 60.
Bourbon (Cardinal de), 8.
Bourdin (G.), 60.
Boutigny, 71, 72, 81.
Brantôme, 27, 34, 40.
Breton (Le), 4?, 44, 5c)
TABLES
lOI
Buchanan^ 24.
Cacault, 28.
Carafta (les) 25, 3o.
Catherine de Médicis, 3i,
37, 44, 63, 73.
Charles IX^ 3o.
Châtillon (Cardinal de), 8,
54.
Chesneau (L.), 94, g5.
Combrailles, 62.
Cousin (Jean), 12.
Dallier (J.), sieur du Plessis,
27.
Dallier (Lubin), 27.
Danfrie (Ph.), 44.
Didato, 61, 62, 78.
Dolu (Jean), 34.
Dorât, 24, 86, 89.
Elisabeth de France, reine
d^£spagne, 35.
Erasme, 7.
Estienne (H.), 28.
Faye (B.), 65.
Feuly (L. de), 71.
Fontaine (Çh.), 18, 41, 46,
86-9 3.
Forget, 25.
Forqueraulx, 14,
François !•', 11, 25, 38.
François II, 2g, 34.
Galland (P.), 58, 73, 78.
Gone, 70.
Gonnord (Seign' de), 41, 8b.
Guise (Cardinal de), 8.
Hélyn, 62.
Henri II, 17, 24, 28, 5S, 44,
68.
Hunaut de Lanta (A.), 84.
Imbert (G. M.), B.
Ivry (M. d'). V. Lorme (Phi-
libert de).
Jodelle, 18, 20, 86.
La Boétie, 54.
La Croix du Maine, 8, 90.
Langey. V. Bellay (Guillau-
me, Martin, et Marie du).
Latomus (B. le Masson, dit),
L*Hospital (Michel de), 24,
29-31, 39, 65, 66.
Lire (M. de) = Joachim du
Bellay.
Lorens (Orson).V. Saint- Ay.
Lorme (Philibert de), 63,73.
Lorraine (Cardinal de), 8,
3i, 44, 59.
Loynes (Antoinette de), 8,
i5, 24.
Lyon (M. du), 94.
Macrin (S.), 9.
Marguerite de France, 7, 25,
28, 3r, 35-4I, 55, 68.
Marie Stuart, 18, 32, 60.
Marot, 18, 89.
Mauny (F. de), 11, 74.
Meigret (Louis), 16.
I02
TABLES
Mesnil (J.-B. du), 74, 78.
Meudon (Cardinal de), 57,
62, 73.
Moreau (Jean), 57.
Morel (Camille de), 24, 36.
Morel (J. 4e), 7, 9, 14, 18,
23-41, 45, 46, 65-68, 86-95.
Morel (F.), 35, 45, 46.
Nicquet, 59, 73, 78, 79, 82.
Nostradamus, 28, 29.
Olivier (F.), 45, 46, 65-67.
Ouarty (Barbe d'), 71, 81.
Pardieu (M. de), 57, 73.
Paul IV, 25, 5o, 54.
Pelètier (J.), 16.
Philippe II, roi d^Espagne,
35, 70.
Pomeranus, 9.
Rabelais, 57, 74, 75.
Ramus, 59.
Ronsard, 14, i5, 18, 29, 63,
se.
Rovère (J. de la), évêque de
Toulon, 25, 27, 28, 33,. 42
Saint-Ay (M. de), 74, 75, 82.
Saint-Ferme (M. de).V. Bou-
cher (E).
Sainte-Croix (M. de). V. Hu-
naut de Lanta.
Sainte-Marthe (Scèv. de), 8,
12, 74.
Saveuse (M. de), 56, 60, 62,
73, 78.
Sibilet (Th.), 88.
Sleidan, 9.
Sturm, 9.
Thou (Nie. de), trésorier de
Beauvais, 56, 57, 60, 73,
83.
Thou (Christophe et Jac-
ques-Auguste de), 56.
Tournon (Cardinal de), 8.
Utenhove, 17, 18, 24, 29.
Vendôme (Cardinal de), 8.
Vérins (M. de), 94.
Vigne (Jean de la), 25, 26,
34.
Villaines (M. de), ^4.
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PAR P. MOUILLOT
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